→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1794, 03-04, t. 8, n. 9-10, 12-13, 15-16 (1, 8, 22, 29 mars, 12, 19 avril)
Taille
18.30 Mo
Format
Nombre de pages
301
Source
Année de téléchargement
Texte
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
(
No.9
. )
Primidi , 11 Ventóse ,
l'an deuxieme de la Republique.
( Samedi premier Mars 1794 , vieux ftyle. )
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
& Arts divers, doivent tre adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , nº . 2 .
Le prix de l'Abonnement eft de 36 livres
franc de port.
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN. ,
VENTOSE.
2 duodi
3 tridi..
20 jeudi 19
21 vend . 20
4 quartidi . 22 fam . 21
La Lune de mois a 30 jours . Du I au 30 ,
les jours croiffent matin & foir de 52 minutes.
Ere Républicaine.
20
Ere
J. PHASES
del de la
Vulgaire L LUNE .
I primidi lere Décade . 19merc . 18
Tems moyen au Midi vrai
H. M. S.
5
8 29
58 28
S 8 47
8 64
5 quintidi .
6 fextidi .
7 feptidi .
8 octidi .
23 Dim. 22 D. Q.
24lundi. 23 le 5, à 2
8 81
S 8 96
25 mardi
9 nonidi .
10 Décadi.
27 jeudi 26
26 merc. 25 du mat.
24 h. o m.
59 Il
S9 25
5 9 38
28 vend. 27 5 9 50
11 primidi II Décade . 1fa . M. 28 , 5 9 61
12 duodi ..
13 tridi..
2 Dim. 29 $ 9 71
lundi . 30 N. L. S 9
80
14 quartidi .
Is quintidi.
16 fextidi .
17 feptidi.
4 mardile II , à 5 9 88
merc. 210 h . 3 5 995
6jeudi 3m. du f. S
1
10
2
7 vend.
S 18 octidi
19 nonidi 10 7
8 fam.
S 10 II
9 Dim.
S
10
20 Décadi. 10lundi 7 P. Q.
21 primidi III Décad . 11 mardij 8 le 18, à 3
22 duodi...
23 tridi
.
24 quartidi.
12 merc . 9h . 6 m. § 10 19
13 jeudi. 10 du foir.
14 vend. 11
is
S
10 17
S
10 18
S 10
27 feptidi .
25 quintidi . IS fam. 12
26 fextidi .... 16 Dim.. 13
S
10
17
5 10 15
S
10
28 octidi
29 nonidi ..
30 Décadi ...
17 lundi ; 14
18 mard le 26, às
19 merc. 16 h. 2 m. S
20 jeudi . 17 du fcir.
P. L. S
10
s
10
9 98
S 9 91
1200.300x
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTERAIRE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE PATRIOTES:
Du Primidi 11 Ventose , l'an deuxieme
de la République.
( Samedi 1. Mars 1794 , vieux style. )
1
MONALENSIS
A PARIS ;
Au Bureau du Mercure , rue des Poitevins ,
No. 18.
t
TABLE des matieres littéraires , depuis le 4 Janvier jusqu'au
22 Février 1794 , vieux style.
STANCES TANCES sur la prise de Toulon .
page
I.
Charade , Enigme , Logogriphe .
4.
Richard Macwill , ( nouvelle ) . 5.
Variété. Lettre du citoyen Beaumeż .
9.
Traité élémentaire de l'imprimerie , par Momero .
Ibid .
12 .
Annonces d'ouvrages nouveaux . • 13.
49.
50.
I.a vraie bravoure , comédie en prose...
Le Manant et l'Idole , fable ...
Charade , Enigme et Logogriphe..
Les époux malheureux , etc. par Darnaud- Baculard .
Annonces, etc ....
Les souffleurs de verrerie , ( conte ) .
Charade et Logogriphe.
...
1
Vocabulaire des privatifs français , 1er , extrait ..
Annonces , gravures.
Spectacle
Couplets à une jeune femme ...
Charade , Enigme , Logogriphe ...
Vocabulaire des privatifs français , 2º . extrait .
52.
59.
97 .
98.
99.
103.
104 .
145.
146.
147 .
Annonces , gravures .
152.
Spectacles ..
Ibid.
Couplets à une ci-devant religieuse .
193.
Charade, énigme .. 194 .
Les deux amis de Syracuse , conte ...
195.
Mascarades monastiques et religieuses de toutes les nations
, par G. G. Rabelli . 199.
Annonces , gravures..
203 .
L'Ere républicaine , par 4. Ximinės .. 241 .
Charade, Logogriphe .. 242 .
Traduction d'une lettre de Brutus à Ciceron · 243.
Annonces...
250.
L'inconstance
justifiée , chanson ..
281 . · •
Charade , Enigme , Logogriphe ..
282.
Conversation familiere entre un homme de lettres et un
libraire sur les armoiries , etc... 284 .
Annonces..
287 .
A ma niece , etc. chanson .
Charade , Enigme ...
Histoire de Russie , tome 13 , in- 4°
Annonces...
Bayerische
Staatsbibliothek
München
chanson
......
321 .
322 .
323.
327-
1
( No. 9. 1794. )
MERCURE FRANÇAIS
DU PRIMIDI , 11 VENTOSE , l'an deuxieme de la Républiques
( Samedi 1er . mars 1794 , vieux style . }
POÉSIE.
LE SAULE DU MALHEUREUX ,
A la vallée de Ghenevieres , près Néaufle - le - château , actuellement
Néanfle-la-Montagne.
Sur l'air de la tomance du Saule , dans la tragédie d'Othello .
CHARMANT vallon , le plus doux des déserts ,
Où souvent , seul , j'ai cherché la nature ,
J'entens déja ton ruisseau qui murmure ,
Je vois enfin tes saules toujours verds .
Chantez le saule et sa douce verdure,
Oui , les voilà ces ramiers amoureux ,
Ces monts , cés bois , ces prés , cette onde pure .
Ah , devrais -tu , riche et simple nature ,
T'offrir si belle à l'oeil du malheureux !
Chantez le saule et sa douce verdure .
Songe si doux qui m'a flatté long- tems
Crédule espoir , n'es - tu qu'une imposture ?
Helas ! ce champ me donne avec usure
Ce que ses fleurs m'ont promis au printems.
Chanteż lé saule et sa douce verdure .
L'abeille , au moins , ne blesse en son courrour
Que l'ennemi qui brava sa piqure.
Cruels humains , auteurs de mon injure ,
Je vous aimais , et je meurs par vos coups.
Chantez le saule et sa douce verdure .
Me voilà donc , saule cher au malheur ,
Sous tes rameaux , nourrissant ma blessure.
Ah , dis au vent dis à l'eau qui murmure ,
En s enfuyant , d'emporter ma douleur.
Chantez le saule et sa douce verdure.
A 2
( 4 )
Puisse bientôt , ce sont mes derniers voeux ,
Quelque pasteur , voyant ma sépulture ,
Dire en passant , on trompa sa droiture ,
Il fut sensible et mourut malheureux.
Chantez le saule et sa douce verdure .
Par le citoyen DUCIS.
Pourle
CHARADE.
OUR le faire applaudir , rends juste mon premier ;
A toute femme il est facile
De nous mener par mon dernier.
Souvent à certain jeu l'homme le plus habile
Est enfilé par mon entier.
J.
ENIGM E.
E ressemble à plus d'un humain ,
Qui paresseux , sans énergie ,
A besoin d'être mis en train
Pour sortir de sa léthargie.
Docile , voilà tout ; sans desirs , sans esprit ,
J'obeis froidement à la moindre secousse
Et je suis de ceux dont on dit ,
Ma foi , va comme je te pousse.
La faute en est à mon papa
Qui m'a bâti d'une étrange maniere ;
,
Val de jatte , et sans bras , n'ayant outre cela
De peau que dessus mon derriere.
Avec cette tournure - là
Personne à m'accuser ne peut trouver matiere.
Aussi , cher lecteur , tu me vois
Avec plaisir au sein de ta famille ,
Amusant ton fils ou ta fille , •
Et toi- même à leurs jeux tu te joins quelquefois.
Explication des Charade et Enigme du no . 8.
Le mot de la Charade est . Manoir celui de l'Enigme est Geinture .
1
( 5)
+
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
uvres choisies de Dorat-Cubiéres , recueillies et publiées par
Annette Delmar , pour servir de suite aux poésies de Dorat.'
Deux volumes in- 12 ; prix , 5 liv . 10 sols . A Paris , chez Girod
et Teissier , rue de la Harpe , au coin de celle des Deux - Portes ,
n . 162 .
LEE
citoyen Cubiéres ( 1 ) est du nombre des écrivains qui
se sont prononcés dans la révolution : depuis cette époque ,
il n'a cessé de consacrer ses talens au patriotisme , et cet usage
qu'il en a fait les rend plus honorables et plus intéressaus .
Ila sur- tout employé contre les ennemis de la liberté l'arme
du ridicule , et ce n'est pas la moins puissante dans les combats
de l'opinion . Il y a dans tout ce qu'il a écrit de la facilité ,
de l'agrément , de jolis vers : il est bien vrai qu'il abuse un
peu de cette même facilité , et qu'il ne travaille pas assez ses
ouvrages . Il a la bonne foi d'en convenir , et s'il n'a pas revu
cette nouvelle édition avec assez de sévérité , il a une excuse
très-valable et tres - heureuse . Encore dans la force de l'âge et
de la santé ( avantage précieux que tout le monde n'a pas )
il a pu , il a dû se livrer aux travaux des fonctions publiques ,
et il partage depuis long- tems celles de cette mémorable commune
qui a été si constamment et si éminemment révolution
naire , et que l'histoire n'oubliera pas . Ses écrits ont été insérés
plus d'une fois dans les actes municipaux , et cette récompense
est sans doute plus flatteuse pour lui que toutes les louanges
qu'on pourrait lui donuer.
On se bornera donc ici à citer quelques-uns des morceaux
les plus agréables , répandus dans les différens poëmes qui
composent ce recueil .
Dans l'assemblée de Sorbonne l'auteur a voulu montrer le
( 1 ) Je ne dis point Dorat- Gubiéres , parce que je n'aime pas cas
sortes de sobriquets , et celui - là d'ailleurs est trop mal choisi . Sans
parler de l'excessive médiocrité de l'auteur , quel patron pour un
républicain que Dorat , un faiseur de sornettes , un rimeur de toi
lettes , un chantre de caillettes et puis à quoi bon des patrons ?
Un citoyen n'en doit avoir d'autre que l'opinion qu'il a su alla .
cher à son nom . S'il s'agit de distinguer par des prénoms les personnes
de la même famille , Pierre et Jean ne sont pour nous que
comme Caius et Lucius pour les Romains , et ne signifient pas
davantage , aujourd'hui que nous sommes déniaisés . Il semble que
nous ayons peur de notre ombre. J'invite Cubiéres à laisser- là son
Dorat un poëte doit aller à l'immortalité sans patron.
A 3
(408)
pouvoir de la raison sur ses plus grands ennemis . Il feint
que des moines theologiens , accoutumés à damner tous les
philosophes sans les avoir lus , sant convertis par la lecture
de leurs écrits qu'on les avait chargés de réfuter . On dira
peut- être que la fiction était un peu torte ; mais enfin elle s'est
vérifiée depuis , et nous avons vu récemment des conversions
de cette espece .
Un augustin , vainqueur dans plus d'une querelle ,
Doit lire de Buffon l'histoire naturelle ,
Et faire au comité promptement son rapport.
Pour combattre Rousseau , d'un glorieux effort
La preuve en ce moment est sur- tout nécessaire ;
On l'attend d'un grand carme , orne d'un scapulairer
Voltaire avec gaieté déployant son savoir ,
Dans les mains du papiste a brise l'encensoir ,
Et pour le terrasser il faut un grand genie..
Un Jacobin , venu des confins d'Ibérie ,
Se présente aussi - tôt , et devant les docteurs
Jure de mettre au sac l'oracle des penseurs .
On espere beaucoup de sa sainte promesse ,
Et l'on sort pour entendre ou pour dire la messe
Les champions tondus regagnent leur couvent ,
Et là , dans un loisir et pieux , et savant ,
Chacun lit son auteur , le commente , l'explique ,
L'admire très - souvent , et fort peu le critique .
Buffon donne à penser au vaillant augustin ;
Voltaire amuse , instruit le pere jacobin .
Chaque moine devient philosophe , et le charme
Déja même s'étend sur l'invincible carme .
L'imagination , mere des voeux ardens ,
Lui fait voir en esprit les bosquets de Clarens ;
Dėja , malgré sa regle , il adore Julie ,
Et même la préfere à la vierge Marie .
On convoque l'assemblée , et l'augustin prend la parole i
Pourquoi damner Buffon ? d'utiles vérités
Ses livres sont remplis : assise à ses côtés ,
L'éloquence l'inspire , et cette enchanteressa
Répand sur ses tableaux la pompe et la richesse .
Ah ! que ne prêchons-nous aussi bien qu'il écrit ! . ...
Buffon est orthodoxe : oui , messieurs , je soutien
Qu'on peut être à la fois philosophe et chretien .
C'est beaucoup il est pourtant vrai •que
Locke a fait les
(7)
T
christianisme raisonnable ; mais c'est un plaisant christianisme ; iln'y
a qu'à demander aux docteurs chrétiens ce qu'ils en pensent.
Voyez avec quel art , quelle grace rapide
Il trace le portrait de l'animal stupide ,
Qui servit autrefois de monture au Sauveur.
Il lui donne l'allure et l'esprit d'un docteur .
L'âne a l'air , grace à lui , d'avoir fait sa licence ,
1
Ce vers est plaisant . Le carme , juge de Rousseau , n'est pas
plus sévere à son égard que l'augustin pour Buffon..
Sur Rousseau , dit le pere enflammé de coursóux ,
Vous avez pû tonner ! A quoi donc pensez - vous ? g
Et pourquoi l'accabler des vains foudres de Rome ?
Son étude constante est le bonheur de l'homme.
Au sortir du berceau , pour le rendre meilleur ,
Et pour le préserver du crime , et du malheur ,
Quels soins ne prend - il pas ? Sa rapide éloquence
D'une chaîne barbare a délivré l'enfance .
L'homme n'est plus esclave en recevant le jour ,
Et le faible habitant du terrestre séjour ,
Grace à la passion qui l'agite et l'enflamme ,
A la force du corps doit la santé de l'ame.ra
Sensible et courageux , quels préjugés cruels ,
N'a -t-il pas attaqués jusqu'aux pieds des autels ?
-1 Son prêtre de Savoie est tant soit peu déïste ;
Mais comme dans le bien noblement il persiste
Et comme il sait braver la , honte et les revers
Toujours ami de l'ordre et fléau des pervers !
Il doute ; c'est son crime ainsi que son excuse.
Lorsque d'impiété la Sorbonne l'accuse ,
Aurait- elle oublié que du divin Sauveur
Il trace dans l'Emile un portrait enchanteur ,
Et que de lévangile il fait l'apologie ;
Qu'il est sur-tout versé dans la théologie ;
Quil est doux , tolérant , compatissant , humain
Indigné de le voir suivre un si bon chemin , १
Monsieur le président , moins juste que sévere ,
Peut damner sans retour cet honnête vicaire
Et l'envoyer rôtir dans les feux éternels :
J'apprends à pardonner les erreurs des mortels ;
Et quittant pour Rousseau le grand prophête Elie
Avec l'humanité je me réconcilio.
2
A 4
( 8 )
Je croyais con ertir le prêtre Savoyard ,
Lui prouver tous ses torts , et sous son étendart
Il vient de me ranger. J'absous l'auteur d'Emile ;
Son livre désormais sera mon évaugile .
Je prétends y puiser mes articles de foi ,
Et vous devriez tous agir ainsi que moi .
De ma religion j'adore les maximes ;
Elles sont à -la - fois touchantes et sublimes :
Et le plus saint respect me conduit aux autels ;

Mais entre l'homme et Dieu pour quoi tant de mortels ?
Pour quoi tant de valets , quand on n'a qu'un seul maître ?.
Pour célébrer sans cesse et benir le grand être ,
Dont l'image par-tout se présente à mes yeux ,
N'est - ce donc pas assez de contempler les cieux ?
Voilà un brave carme . Tous les autres juges tiennent le
même langage , et la Sorbonne fait ses adieux à la theologie .
Dans le tems de la prise de la Bastille , l'auteur , qui allą
en visiter les ruines , écrivit , dans son enthousiasme civique ,
une lettre à sa tante en vers et en prose , qu'il appella
Voyage à la Bastille. Ce voyage autrefois n'eût été rien moins
qu'amusant . Nous ne connaissons qu'un petit poëme trèsgai
, intitulé la Bastille , fait sur les lieux et par un prison
nier. Il est vrai que ce prisonnier était Voltaire , et si quelque
chose prouve l'heureux fonds de gaîté dont la nature l'avait
doué , c'est sans doute un ouvrage de cette nature . Il y a peuts
être moins de mérite à rire sur les ruines de la Bastille que
dans ses cachots , aussi le rire de Voltaire est-il un peu sardonique
, et celui de Cubiéres est plus épanoui.
Il trace le tableau de ce qu'était Paris armé
premiers jours de la révolution.
Vous avez vu sur nos remparts ,
Depuis peu nommés boulevards ,
Et bravement gardés par des marionnettes ,
Vous avez vu l'essaim de nos jeunes grisettes ,
Suivant du petit Dieu les flattans étendards ,
Courir en caraco , folatrer en cornettes ;
*
Et les yeux éblouis de l'éclat des beaux arts ,
Qui vont accumulant merveille sur merveile
Vous, n'aviez en ces lieux admiré les Césars
7
Que sur la scene de Corneille .
Eh bien tout est changé ce Paris autrefois
Des talens , des plaisirs le mémorable asyle
Où vivait un peuple tranquille ,
Sous l'abri paisible des lois
dans les
( 9 )
Ce Paris , maintenant , tel que Lacédémons ,
Quand l'Ephore y tenait conseil ,
D'un camp présente l'appareil ,
Et semble gouverné par l'altiere Bellone .
Sur le pont d'Henri IV , où l'on voyait jadis ,
Ainsi que sur la molle aréne ,
Rapidement rouler des chars à la douzaine ,
Traînés par des chevaux hardis ,
Quel spectacle à présent s'offre aux regards surpris !
Auprès d'une longue machine ,
Qui pourrait vous tuer , fussiez - vous à la Chine ,
Sur des tas de boulets des canonniers assis ,
Au lieu du tendre essaim des amours et des ris ,
Des grenadiers , l'un l'autre excitant leur courage ,
Et les instrumens du carnage ,
Au lieu des pompons de Cypris .
Dans le temple de la chicaue ,
Avocats , procureurs , allaient dès le matin ,
Plaider le pauvre genre humain ,
Et tounaient par la sarbacane
De Cujas et de Dumoulin.
Le front paré d'une cocarde ,
Chargés d'une giberne et d'un grand havresac ,
Les procureurs montent la garde ,
}
Et leurs clercs couchent áu bivouac , etc.
En voilà assez pour donner une idée de la tournure d'esprit
et de style et du ton de plaisanterie propre à l'auteur ,
On ne préviendra pas les petites critiques de détail que le
lecteur instruit peut faire sur ces vers , qui ont été écrits dans
l'ivresse de la joie , et comme il le dit lui -même , sur des
affûts de canon.
Finissons par une grande vérité et un excellent avis qui
se trouvent dans cette même leure : C'est de la messe
que sont nés tous nos malheurs ; la Saint- Barthélemy , les
dragonades , toutes les persécutions , etc. C'est de la comédie
que naissent tous nos plaisirs . Il faudrait donc n'avoir
jamais de messe et avoir toujours la comédie , ‚ ,
ANNONCES.
Etrennes politiques et morales , par une citoyenne , dédiées
à la Convention nationale ; pour l'an 2. de la République ,
( Ere vulgaire , 1793 , 1794. ) Prix , 25 sols . A Paris , chez
l'auteur , boulevard Montmartre , no . 5411 ; et chez Raymond
et Villiers , libraires , quai des Augustins , ºº , 41 ,
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE .
ON
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 15 février 1794.
N commence enfin à voir un peu plus clairement ce que
veut l'ambitieuse Catherine . Reste à apprendre si deux des
principales puissances coalisées , et sur - tout co - partageantes , ce .
qui est le plus important dans cette affaire , laisseront tranquillement
achever l'exécution de ces projets qu'elles ont sûrement
intérêt de traverser , puisqu'elles se trouveraient ellesmêmes
avant peu menacées du sort qu'eprouve aujourd'hui
la Pologne , et que l'autocratrice de toutes les Russies ferait
éprouver à l'Europe entiere , en supposant que ses moyens égalassent
ses desirs , aussi vastes au moins que ceux d'Alexandre ,
de conquérante et par conséquent d'injuste mémoirë.
Ses forces seraient en effet capables d'exécuter de grandes
choses , si l'on pouvait s'en rapporter à l'état des troupes
tant régulieres qu'irrégulieres qu'elle avait l'année derniere ,
mais qui paraît tenir heaucoup de l'exageration , puisqu'on
lui suppose 432,542 hommes , dont l'entretien s'éleve annuellement
à 6,266,311 roubles , environ 35 millions de liv. de
France . Assurément ces troupes , lors même qu'on en
rabattrait beaucoup , suffisent de reste aujourd'hui , que
ses associés sont engagés dans une guerre ruineuse en
hommes et en argent , pour effectuer l'envahissement de la
Pologne et la transformer , comme on s'y était attendu depuis
long - tems , en une espece de trône sur lequel siégerait le
prince Constantin , son petit - fils , sous le nom duquel elle
gouvernerait encore ce pays , long-tems agité des troubles que
sa politique astucieuse y avait fait naître , suivant la maxime
bien connue d'elle , divide ut imperes.
Une nouvelle vient à l'appui de cette divination , de cette
prophétie assez facile des mesures que va prendre l'impera
trice pour attacher un fleuron de plus à sa couronne . Les
lettres de Mittau , en Courlande , portent qu'il est arrivé dans
eene viile des ingénieurs Russes , chargés de traiter des opérations
sur le terrein de ce duché . Il est question , par la
éunion de diverses rivieres , de former un canal de naviga
tion qui conduira toutes les productions de la Pologne à
Riga , sans passer ni par les donanes de Prusse ni par aucun
autre territoire étranger. Ce vif intérêt au commerce futur
de la Pologne indiqne assez que l'impératrice compte travailler
pour elle même,
Le bruit court dans notre ville , où l'on est en général
très-bien servi en nouvelles , et surtout pour ce qui regarde
la partie du commerce , qui nous intéresse essentiellement ,
que les cours de Stockholm et de Copenhague , dont les
relations se resserrent de jour en jour , s'occupent dans ce
moment d'abolir les droits de douane pour les productions
respectives des deux Etats . Les principes d'économie politique
mieux connus qu'autrefois , car cette science , l'une des
plus importantes , vient , pour ainsi dire , d'être créée de nos
jours , ont démontré que ces taxes n'étaient un revenu pour
le fisc qu'au détriment du peuple , ou du moins une fausse
position , une espece de double emploi dans le grand livre
des finances nationales : car il en resultait que le peuple
qui recevait dans ses ports ou à ses frontieres , était obligé
de payer réciproquement à l'entrée des ports ou des frontieres
où il exportait ses productions, Le succes qu'aura probablement
une pareille reforme en Danemarck et eu Suede ,
guérira les autres nations commerçautes de leurs vieux préjugés.
Mais en rendant justice à la sagesse des vues de
M. de Bernstorff et du duc de Sudermanie , on ne peut s'eme
pêcher de dire que ce dernier vient de faire , dans sa capitale
, une loi somptualie qui paraît bien impolitique . On y
défend au peuple l'usage de certaines productions qu'on
réserve exclusivement aux gens de la cour . Les classes privilégiées
devraient bien se contenter , dans ce siecle - ci , des
avantages dont on est accoutumé de les voir jouir , mais n'eu
pas solliciter , n'en pas même recevoir de nouveaux ; car
c'est le moyen de les perdre avec les anciens . Qu'ils se mettent
bien dans la tête , ces hommes ennemis de l'egalité et avides
de distinctions utiles ou honorifiques , que leur égoïsme ,
leur suffisance vaniteuse n'en seront qne plutôt écrasés par
la masse de l'intérêt commun et la majestueuse fierté d'une
collection d'hommes qui sent ses droits .
--
De Francfort- sur- le -Mein , le 20 février .
Le roi de Prusse , suivant des lettres de sa capitale , ne
tardera pas à se rendre à l'armée du Rhin , où le général Mollendorff
est déja arrivé , Cet officier a pris avant son départ une
singuliere précaution qui annonce du courage , et même de la
prévoyance et du sang - froid , mais qui d'un autre côté n'est pas
de bon augure pour l'armée qu'il commandera . Il a fait son
testament , et l'a remis au tribunal de la chambre .
Un autre général , autrefois celebre , mais qui vient de voir
fléttir ses lauriers , a publié la piece suivante . Cette espece de
mémoire aidera les gens du métier , seuls en état de juger , á
prononcer sur son differend avec le général Wurmser , rela(
12 )
tivement à l'invasion du Palatinat par les troupes de la Répu
blique Française .
Bulletin de l'armée du duc de Brunswick , du quartier-général
d'Oppenheim .
Après l'avantage remporté sur les Français à Morn - Lautern ,
je crus devoir prévenir le genéral Warmser que sa position .
sur la Moter était mauvaise , et qu'il ferait mieux d'occuper la
rive de la Saare . Mes representations furent sans effet ; alors je
crus nécessaire d'occuper le poste important d'Onweiller , et ,
le 13 , je marchai à Bergzabern ; à l'effet d'être à portée de
secourir l'aile de l'armée autrichienne , en cas d'une attaque
que je prévoyais , vu les renforts cousidérables que l'ennemi avait
reçus. Effectivement , le même jour les Français forcerent le
Tannebruck , se rendirent maîtres , le 14 , de la forêt de Marienthal
, et occuperent le Krahenberg.
Le 15 , les Prussiens , sous mes ordres , s'opposerent aux
progrès de l'ennemi ; il y eut plusieurs attaques très - vives ;
et enfin , le 16 , nous nous rendîmes maitres des postes , repoussant
les Français vers Haguenau ; de maniere que nous
occupions les hauteurs de Lembach , et le général Wurmser
son ancienne position de Grahenberg , de l'autre côté de
Lembach.
Le 17 , l'ennemi resta tranquille.
et
Le 18 , nous avions concerté une attaque générale des
troupes impériales , mais qui ne put avoir lieu ; le tems plu
vieux et les mauvaises routes s'opposerent au charroi de l'artillerie
. L'ennemi attaqua du côté de Lembach ; il perdit un
canon de 8 et plusieurs prisonniers , Je conseillai alors au genéral
Wurmser de descendre sur Haguenau , de manière à
appuyer sa droite sur le point important de Liebenfiau ,
sa gauche au Rhin ; ce qui l'eût mis dans le cas de déloger
absolument l'ennemi de Wordt . Le général Wurmser approuva
ce plan , qui devait s'effectuer le 22 ; mais dans le même tems ,
Je général Hotze et les Autrichiens furent forcés par l'ennemi
dans le poste très - important de Liebenfrau , qui fut abandonné ;
et tandis que , par une fausse attaque , ils paraissaient se porter
sar Lembach , les Français s'emparerent effectivement de
Frauenberg ; de sorte que le poste de Lembach n'étant plus
tenable , je fus obligé de donner l'ordre de se replier vers
Scherholl , laissant uu avant - poste à Klembach ,
" Le 23 , le corps du général de Courbiere se porta de
Rodenthal à Weiler , appuyant sa droite sur Scheroll .
" Dans la nuit du 22 au 23 , l'armée autrichienne avait
passé la Saare , entre Sultz et Sourbourg ; et après avoir repoussé
l'ennemi , prit poste le 24 sur les hauteurs de Weissembourg
, appuyant sa droite sur Geisberg et sa gauche sur
Lauterbourg.
Ce même jour , les Français firent différentes attaques.
( 13 )
contre les Prussiens à Klembach et Tanbenheim ; il y eut
deux combats très- vifs , dans lesquels l'ennemi perdit beaucoup
de monde sans pouvoir deloger les troupes Prussiennes .
" Cependant le général Mercandin avait donné l'avis que
plus de vingt bata llons étaient en marche du côté de Saarbruck
pour venit faire une nouvelle attaque sur Kaiser-Lautern .
Cette nouvelle paraissait d'autant plus probable , que le général
Kalkestein , qui avait parcouru tous les avant -postes , anionçait
que plusieurs colonnes marchaient du côté de Hambourg
et de Deux Ponts ; toutes ces connaissances furent acquises
dans la reconnaissance générale du 25, où le prince Hohenlohe ,
avec quinze escadrons prussiens , repoussa l'ennemi et se maintint
dans la position avantageuse de Stebuch. Le général
Wurmser m'avait fait pressentir ce jour , par le général Funk ,
que son dessein était de quitter Weissembourg et de lever le
blocus de Landau ; je m'y opposai de tout mon pouvoir , lui
remontrant la facilité de tenir contre des forces supérieures
dans la position excellente où il se trouvait , au lieu qu'une
pareille retraite serait déshonorante pour les troupes alliées ,
et lui proposai au contraire une attaque générale pour le 26 ,
ce qu'il accepta .
.....
Dans ces entrefaites , le brave colonel Goetz fut mortellement
blessé à une attaque du poste de Sebuch ; les troupes
prussiennes prirent et conserverent ce poste ; mais par une
fatalité que je ne puis concevoir , l'attaque du 26 n'eut pas
lieu ; au contraire , les Français , en nombre supérieur , attaquerent
Weissembourg , et forcerent quelques bataillons auf
trichiens. ( Ici le gazettier embouchant la trompette
héroïque , peint le duc de Brunswick courant dans les rangs ,
à tous les postes , l'épée à la main , et ralliant , aidé du colonel
de Wartensleben , les bataillons autrichiens , deshonorés
par cette fuite . ) Je parvins à les faire rester fermes , et l'ennemi
, fatigué de cette résistance ne s'en tenait plus qu'à
une canounade , lorsque l'armée impériale reçut l'ordre de
se retirer en passant la Lauter ; elle fila ainsi depuis le 27
une heure , entre Dornbach et Frekenfeld , vers Germeisheim
, et le 30 elle passa le Rhin à Philipsbourg , malgré
mes instances , mes plus pressantes sollicitations , observant
au général la force de la position de Germesheim , la possibilité
de s'y maintenir en attendant les renforts en route ,
et les dangers de couper la communication avec l'armée prussienne
, ce qui devait nécessairement livrer nos nombreux
magasins.
Cette retraite m'obligea de songer moi - même à prendre
des positions rétrogrades : dans la nuit du 27 , je pris pòste
à Berzgzaben et le 28 à Aldeldesweiler , où le corps d'armée
du prince de Hohenlohe et l'avant-garde du général Kohler me
tejoignirent ; le 29 nous gaguâmes Burweiler , et les Impériaux
ayant achevé de passer le Rhin , j'ai pris une position
( 14 )
1
"
concentrée entre Oppenheim , Obernheim et Alzey , ayant
Mayence au centre. J'ai laisse le colonel Szeculy à Creutznach
à l'effet de secourir Coblentz en cas que l'ennemi se
portât de ce côté ; le lieutenant- général de Linde reste à
Bingen . Le 30 l'ennemi tenta d'attaquer notre arriere-garde
mais il fut vigoureusement repoussé par le major général
Ruchel.
Les nouvelles de Vienne disent que l'empereur complettement
guéri de ses maux de gorge qui laissent pourtant des inquiétudes
, parce qu'on craint que ce prince n'ait des dispositions
à la phthisie pulmonaire , assiste reguliérement au conseil de
guerre beaucoup plus multiplié depuis la reprise de Toulon .
On croit que la cour n'est pas sans alarmes sur ses états d'italie .
Le roi de Sardaigne demande des secours avec plus de vivacité
que jamais . Cependant on assure que l'escadre anglaise demeurera
tout l'hiver dans la Méditerranée , soit pour intercepter
le commerce français , soit pour essayer de réduire la
république de Gênes à abandonner sa neutralité .
L'empereur s'est vu forcé , quoiqu'à regret , de mettre un nouvel
impôt sur ses sujets pour la continuation de la guerre . On
doutait d'abord s'il aurait lieu , parce qu'il avait commencé
par rejetter les plans que lui avaient présentes certains extens
deurs en finance qui voulaient travailler à Vienne dans le même
goût que Terray , Caloun : et consors travaillaient à Paris lors
du bon tems de la royauté. Ce prince a seulement fait ensorte
que la nouvelle taxe pesât le moins possible sur la classe pauvre
de ses sujets ; et en cela il a autant consulté ses interêts que
les leurs ; car ses coffres auraient été difficilement remplis par
des gens plus faits pour recevoir que pour donner. Après
tout , c'est ici la guerre des nobles et des riches contre les
roturiers et les sans culottes ; il faut que les frais en soient
acquittes par ceux pour qui elle a l'air d'être entreprise ; et
certes la derniere classe serait bien dupe de payer pour la
premiere , qui commence pourtant à s'humaniser envers elle
tant la peur est un excellent maître de politesse .
On attend impatiemment que cet argent soit réalisé pour
faire face à beaucoup de dépenses très-urgentes ; car enfin il
faut retenir le roi de Prusse dans la coalition , et l'on ne le
peut qu'avec d'assez grands sacrifices , du moins à s'en rapporter
à des lettres de Ratisbonne elles disent positivement
que le ministre de Prusse a déclaré à la dieté que la guerre
actuelle étant dirigée contre l'empire et non contre les possessions
particulieres de sa majesté prussienne , elle n'était
tenue qu'à fournir son contingent comme membre de l'empire
, e qu'au cas qu'on voulût une assistance plus efficace ,
le roi se prêterait au desir de la diete , aux conditions suivantes
:
1º . Que tous les états de l'empire fournira ent au plutôt leur
contingent eu homme .
( 15 )
s: go . Qu'on fournirá avec soin tout ce qui est nécessaire £
l'entretien de son armée , et qu'à cet effet on fera délivrer
chaque jour à ses troupes 80 mille rations de pain et 21 mille
rations de fourrage pour la cavalerie .
+
2
·

f
30. Que si ces conditions ne sont pas acceptées par l'empire
, sa majesté non- seulement n'augmentera pas le nombre
de ses troupes , mais qu'elle se verra forcée de retirer celles
qui se trouvent sur le Rhin , etc.
Cependant l'empereur a reçu quelque secours de l'électeur
de Cologne. Toute la vaisselle d'or et d'argent de la cour
avait été envoyée à la monnaie : l'électeur n'a pas voulu que
son neveu éprouvât cette privation ; en conséquence , il lui a
donné pour la retirer 36000 ducats , et a offert de lui prêter
8,000,000 de florins . D'ailleurs , on va tirer des églises toute
l'argenterie inutile au culte , et même fondre une partie des
cloches en canons .
Les levées se poussent vivement en Hongrie , quoique ce
pays ait été désolé par une maladie épidémique , qui est heureusement
moins considérable que celle qui regne actuellement
à Constantinople , et qui , sans être la peste , fait pres
qu'autant de ravages . Les gazettes vendues à la cour , profitant
de la diversité de l'activité de ces conscriptions militaires
faites en plusieurs lieux à -la- fois , ce qui semble en effet les multiplier
, ne seraient pas fâchées de faire croire qu'au printems
prochain près de 500,000 hommes vont agir contre la France.
Il est vrai qu'elles ont la bonté de comprendre dans cet armement
formidable les 100,000 hommes d'armée d'Empire
demandés par François II à la diette de Ratisbonne , et qui
ne seront pas prêts de , si-tôt , quoique ses délibérations à ce
sujet aient dû commencer le 6 février.
-
Le cabinet de Vienne est fort inquiet des suites de cette
la Basse Allemagne guerre pour . A peine les habitans de
Luxembourg , l'une des plus fortes places connues , sont ils.
revenus de leurs premiers mouvemens de frayeur , en apprenant
qu'ils allaient être attaqués par 80,000 Français , qui ,
en effet , se portent du côté de cette ville que l'on vient de
mettre en état de siége . On sait d'ailleurs qu'ils ont ravagé
à plusieurs reprises le duché de Deux-Ponts , et ont enlevé à
Worms et à Spire une valeur de près de 5,000,000 .
On sait qu'il y a eu le 7 février une forte canonnade près
de Mayence. On n'a point encore de détails sur cette action
assez courte , mais qui a dû être vive .
Suivant les dernieres lettres de Manheim , qui sont du 11 ,
cette ville va devenir une forteresse des plus respectables . On
ne cesse d'en augmenter les fortifications , et l'on va encore
établir devant le fort du Rhin trois nouvelles redoutes , qui
coûteront plus de 20,000 florins . De leur côté , les Français
fout des retranchemens sur les bords du Rhin , vis -à-vis de
( 10 )
-
Philipsbourg ; mais le feu continuel de l'armée autrichienne
ralentit beaucoup ces travaux . Leurs lignes s'étendent en
core depuis Neustadt sur le Hardt jusqu'à Spire et Neuhofen ;
leur quartier - général est à Neustadt. Une grande quantité de
grosse artillerie de siége est arrivée ces jours derniers à Spire.
Le roi de Prusse s'est plaint de ce que la capitulation des
troupes d'Anspach qui sont à la solde de la Hollande a été
enfreinte en quelques points ; il a menacé les états - généraux de
les faire retirer , si l'on ne s'en tenait exactement aux termes du
traité. L'armée hollandaise se trouverait fort affaiblie par ce
retrait joint à celui du corps de Brunswick , elle perdrait
4,500 hommes :
Les troupes Saxonnes qui doivent se rendre à l'armée du
Rhin , marchent sur trois colonnes , dont deux doivent
passer par Chemnitz am Hoff à travers le cercle de Franconie ,
et la troisieme par Langensalbe et Eisenach .
S'il faut en croire des lettres de Cologne du 12 février , les
troupes de la République Française se sont retirées non- seulement
du pays de Trêves mais encore du duché de Deux-
Ponts et des environs de Kaiserslautern ; elles ont même abandonné
les retranchemens élevés à grands frais à Pirmasens .
Cependant on trouve dans ces lettres l'aveu que le butin que
les Français ont fait passer sur leur territoire est immense .
En effet , sans compter des provisions de bouche et des effets
de toute espece , ils ont emmené plus de 6000 chevaux de
paysans , et déposé à Bitche 482 cloches . Les soldats se sont
fort enrichis par le pillage ; on en voit qui ont plusieurs dou
zaines de montres . Il faut néanmoins tout dire : dans leur
retraite ( qui s'effectua sur trois colonnes vers Sar - Louis , Sarguemines
et Bitche ) , les -Prussiens reprirent un assez grand
nombre de charriots , et firent aussi des prisonniers.
Nous apprenons en ce moment que le 6 février , à une
heure 18 minutes de l'après -midi , on a essuyé à Vienne un
tremblement de terre , qui s'est fait sentir dans tous les bâtimens
et sur- tout aux étages les plus élevés ; la secousse se
fit par différentes oscillations non interrompues . Leur direction
était du Nord - Ouest au Sud- Est , et vice versâ du Sud-
Est au Nord- Ouest . Elles ont duré environ 8 secondes . Le
baromêtre était à 28 p . 9 1. Depuis 8 heures du matin , il.
n'avait baissé que d'une demi-ligne . Le thermomêtré sé trouvait
à un degré au- dessus du point de congellation et le tems
clair et serein , une espece de brouillard sur les hauteurs du
voisinage , sur tout du côté de l'Ouest et du Nord- Ouest.
Un faible vent de Sud -Est s'éleva vers midi , à la suite d'un
très grand calme ; il se prolongea jusqu'au soir . On a remarqué
que le mouvement de la pendule astronomique de l'Observatoire
n'avoit été nullement dérangée par ces secousses
sensibles , mais assez faiblement à la vérité ..
PROVINCES-UNIES
( 17%) .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
>
Suivant des lettres de Bruxelles , du 12 , il circule depuis
quelques jours dans tous les Pays- Bas beaucoup d'écrits révobutionnaires
qui exhortent les Belges à l'insurrection . Ils y
sont sûrement moins disposés que l'année derniere ; la police
est néanmoins inquiette , et met la plus grande activité à en
rechercher les auteurs . Elle regarde ces écrits comme les
avant-coureurs de la grande diversion qui se prépare , que l'on
devinait en partie , et qui a été dévoilée par un officier de
la premiere requisition arrivé depuis peu de jours à Tournay .
Des corps considérables de troupes de la Republique s'avancent
pour renforcer les armées du Nord et des Ardennes
et les gens du métier conjecturent qu'une armée française
s'ébranlera des environs de Givet pour pénétrer dans le comté
de Namur, et tourner ainsi celle du prince de Saxe- Cobourg qui
se trouve dans les environs de Maubeuge et de Mons . Un
second corps plus considérable attaquera simultanément de
front toute la ligne des cantonnemens antrichiens au - dessus de
Tournay , et tâchera d'y faire une trouée pour rejoindre l'armée
qui se sera avancée par Namur. D'après la connaissance
plus positive de ce projet hardi , l'on vient d'augmenter d'un
tiers tous les cantonnemens qui couvrent le Tournaisis et la
Ouest- Flandre , et du côté de Namur , outre le corps de troupes
hollandaises qui s'est porté sur Liege pour défendre cette ville
où les esprits sont on ne peut pas mieux disposés en faveur
des Français , on a encore détaché de l'armée sur Mons
quatre mille six cents hommes d'élite . Quant aux places
d'Ypres et de Niewport , si les Français veulent les attaquer ,
comme on le croit , on est sûr que la derniere est en état
de résister . Son territoire est déja infesté de troupes qui enlevent
des bestiaux , et en général toutes les provisions de
bouche ; les secours attendus de Vienne n'arrivant pas , il
a falln y pourvoir d'une autre maniere . Le duc d'Ursel et le
comte de Merode levent des régimens à leurs frais ; on
espere que cet exemple sera suivi par les autres personnes
opulentes .
<
༤། ་
Le colonel Mack est parti pour Londres après un conseilde
guerre tenu à Bruxelles , dont il va porter le résultat au
cabinet de Saint - James ; on ne sait pas encore si le duc
d'Yorck ne reviendra pas prendre le commandement des troupes ;
on croit néanmoins qu'il restera au colonel Murray . Quoiqu'on
ne soit pas instruit des délibérations arrêtées dans ce conseil ,
on dit , mais seulement comme conjecture , qu'en cas d'invasion
de la part des Français on inonderait toute la Flandre .
Les persécutions continuent à Liege contre les patriotes ; on
oblige les ouvriers , qui pendant le séjour des Français ont
Travaillé par ordre de la municipalité à rendre l'argent qu'ils
Tome VIII. B
18 !
E
ont reçu ; on continue ainsi à faire des quêtes dans les églises
pour les prêtres émigrés . On remarque comme suspects ceux.
qui n'y contribuent pas . Le prince évêque a été averti par une
lettre de son ami le général Beaulieu qu'il était parti de Namur
pour aller prendre le commandement de l'armée dont le quartier
- general est à Arlon .
Les Hollandais commencent à quitter cette ville pour se
rendre aux frontieres sous les ordres du prince héréditaire
d'Orange .
ANGLETERRE . CHAMBRE DES COMMUNES.
Séance du 22 janvier . M. Fox annonce qu'il ferá une motion
sur les traites faits avec la Sardaigne et la Russie .
A
M. Pitt dit qu'il ne s'y oppose pas .
5
Séance du 23. Le chancelier de l'échiquier a déclaré son
Intention de donner le budget le mercredi suivant .
ལ ༔ ༣ སྙ་ ། ༤ས་ 、,
A 3 heures , l'orateur , acconipagné de plusieurs membres ,
s'est rendu à St. Janies pour présenter à sa majesté l'adresse
de la chambre.
#
a
15011
CHAMBRE DES PAIRS.
r Lord Stanhope a fait le 23 , ainsi qu'il l'avait annoncé , la
motion de l'adresse au roi , et d'engager S. M. à reconaître la
nonvelle République Française .
2 . 1112
2
Après avoir sollicité l'attention entiere des pairs , et annoncé
qu'il aurait occasion d'interpeller le ministre de donner , sur
points importans , des éclaircissemens qui puissent
satisfaire la chambre et le publié , lord Stanhope examine
comment le ministere est parvenu a précipiter l'Angleterre dans
la guerre actuelle . Il rappelle que pendant la derniere session
du parlement , les ministres assufaient que si les Français ne
pouvaient urer des armes de l'Angleterre , il leur serait impossible
de soutenir la guerre . Et cependant , dit le lord , maintenant
les Français sont abondamment pourvus d'armes , et
ont la meilleure artillerie de PEubpe . H récapitule la quantité
d'armes , de fusils , de bouches à feu , de munitions de toutes
sortes , que les Français se sont procurés depuis certe fastueuse
assurance du ministre. Le calcul qu'il en fait ne peut
être déféctcux il l'a pris dans les comptes des fonctionnaires
publics responsables de France . Il est des contrées où
les ministres peuvent tromper le peuple ; mais en France il y
peu de danger que cela arrive du moins pour un tems long.
En France, les ministres parlent , écrivent , agissent toujours
en présence de la guillotine et il serait à souhaiter que ce
fût le cas de tout ministre qui aurait le desir de tromper le
parlement.
.
1
1
a
( 19 )
On a encore dit , continue lord Stanhope , que la
troupe française était saus habits ; et des informations que
j'ai prises , m'ont appris que ce sont les troupes les mieux habillées
de l'Europe . Mais en supposant qu'elles aient à souffrir
de ce côté , croyez-vous que des hommes qui combattent
avec ardeur pour la liberté sentiraient ce besoin comme des
troupes mercenaires . Des hommes livrés à l'enthousiasme de la
liberté éprouvent- ils le besoin d'un luxe ridicule ou d'un faste
impertinent ?
On donnait encore comme une preuve de l'impossibilité
où ils seraient de soutenir la guerre , le manque de numéraire
: et cette observation avait eu droit de surprendre !
n'était - ce pas le cas dans lequel l'Amérique s'était trouvée ?
Mais ce manque de numéraire est bien loin d'exister : On pourrait
hasarder d'avancer qu'il y a dans ce moment en France
plus d'or , d'argent et de billion que dans toutes les autres
contrees de l'Europe , prises ensemble . Une partie de cette richesse
a été procurée par l'emprunt forcé et quelque autre
imposition.
99
A l'égard des assignats français , lord Stanhope observe que
dès l'an passé il avait avancé une proposition qui l'avait exposé
à beaucoup de sarcasmes et de railleries , c'était que la valeur
d'un assignat serait bientôt préférée à celle d'un billet de la
banque . Les événemens l'ont confirmé dans son avis . Depuis
six mois les assignats out gagné quarante pour cent , et gagneront
sans doute encore plus dans six autres mois .
,, On a encore insisté beaucoup , selon lui , sur la certi
tude qu'il y avait que leurs biens - fonds demeureraient sans
acquéreurs ; la vérité est au contraire que jamais ils ne se sont
mieux vendus que dans cette circonstance . Et pour ne choisir
qu'un exemple entre mille autres , il est certain qu'un champ
sur lequel le camp des Prussiens était établi s'est vendu pendant
ce tems même à un très -haut prix .
„ Le défaut de displicine des troupes des Français devait
encore mettre à même de les subjuguer ; elles ne pouvaient tenir
devant les troupes autrichiennes , piussiennes et anglaises les
mieux disciplinées de l'Europe . Le contraire est assez prouvé
par un grand nombre de combats . Des généraux Autrichiens ont
avoué que les Français étaient tellement disciplinés , si braves aut
milieu du carnage , qu'ils étaient devenus la terreur des troupes
qu'on leur oppose .
" Enfin le dernier motif qu'on faisait valoir pour amener la
guerre contre les Français , c'est qu'ils devaient manquer de
bled ; et c'était déja sans doute une idée bien horrible que de '
songer que vingt- cinq millions d'hommes , dont la presque totalité
ne nous avait jamais offensés , devaient éprouver les
horreurs de la famine , parce que la forme de leur gouvernement
déplaisait à quelques despotes d'Allemagne . Mais ce
plan infernal n'a point encore eu les succès qu'on en atten-
T
B 2
( 20 )
:
dait , et que l'absurdité seule pouvait supposer . Il n'a servi qu'à
produire chez ce peuple un enthousiasme qui a surpassé tout
ce qu'on rapporte du républicanisme si vanté de l'ancienne
Rome. Lord Stanhope déploie ensuite la destinée de ceux
des Français , qui , abusés par les promesses de l'Angleterre ,
ont levé l'étendard de la royauté dans quelques parties de la
nouvelle république ; il rapporte les exemples de Lyon , de la
Vendée et de Toulon. Il fait ensuite une distinction entre ce
qui a pu passer en France et leur constitution celle - ci est précédée
de la déclaration des droits imprescriptibles de l'homme ;
il en rapporte quelques morceaux , et porte le défi à tous les
philosophes de l'univers de la désapprouver. Il ajoute que
les Français , dans cette nouvelle constitution , ont renoncé
solemuellement à se mêler du gouvernement des autres états ,
et qu'ils ont déclaré que la base de toute loi politique était
cette maxime , qui l'est aussi de la morale et de la justice :
Fais aux autres ce que tu voudrais que les autres te fissent.
Lord Stanhope justifie la nation française en général du reproche
d'athéisme ; il maintient que cette doctrine n'était ci-devant
avouée , ou publiquement professée que par les hommes d'un
rang élevé , d'an rang aristocrate , et le clergé mitré et constitué
en dignité.
Enfin , après uu grand nombre d'observations tendantes à
établir la nécessité de la paix , il se résume , en demandant
qu'il soit présenté une adresse à S. M. , pour lui représenter
qu'aucun peuple n'a le droit de se mêler du gouvernement
intérieur d'un autre ; que les Français ont adopté ce principe
et l'ont déclaré dans les 118 et 119 articles de leur constitution
; et que sa majesté soit instamment suppliée de reconnaître
la République Française , comme le moyen de procurer
à l'Angleterre une prompte réconciliation avec elle , et d'établir
une paix durable entre les deux peuples .
CHAMBRE DES COMMUNES.
Séance du 24 janvier. La chambre , après s'être occupée de
quelques affaires particulieres , reçut un message des lords pour
lui annoncer que le procès de Waren - Hastings recommencerait
le 13 de février prochain .
La chambre s'est formée en comité pour délibérer sur la
partie du discours du roi , relative au secours qu'il demande ;
et , sur la motion de M. Rose , il a cté dit qu'un seconṛslui
serait accordé. Le rapport sur cet objet a été renvoyé au luudi
suivant , auquel jour la chambre s'est ajournée ..
Séance du 27 janvier. Cette séance a été remplie par une conversation
entre plusieurs membres , à laquelle une observation
de M. Adam a donné lieu .
Il s'est leve pour prier la chambre de se rappeller que dans
la derniere session il avait fait une motion pour proposer un
( 21 )
bill à l'effet d'assimiler les lois criminelles d'Ecosse à celles
d'Angleterre , et de remarquer qu'elle n'avait aucuu rapport
avec les jugemens qui ont été portés dernierement dans ce
royaume . Mais leur sévérité étant une raison de faire plusieurs
amendemens à son premier projet , afin d'y renfermer tous les
cas de sédition , il croit devoir en prévenir la chambre .
Les membres de l'opposition applaudirent au dessein de
M. Adam , et insisteient sur ce que le bill projetté soit fait
de maniere que MM . Muir et Palmer puissent en profiter ,
pour faire réformer ou modifier les seniences rendues contre
cux .
MM. Pitt et Dundas soutenant que les jugemens étaient bien
rendus , et déclarant qu'ils s'opposeraient à ce que la motion
de ce bill en différât l'exécution , l'orateur a représenté à la
chambre l'irrégularité d'un débat sur une simple notice , et la
discussiou a été renvoyée au mardi suivant .
La chambre a continué les mêmes commissaires pour suivre
le procès de M. Hastings .
CHAMBRE DES PAIRS .
Séance du 29. Lord Grenville apporta à la chambre un
message du roi, relatif aux troupes étrangeres maintenant à
Cowe , et semblable à un autre qui devait être envoyé aux
communes. S. S. parla de la nécessité dans laquelle on se
trouvait de les débarquer , à cause du mauvais état où l'espace
de tems qu'elles avaient passé à bord les avait réduites .
Lord Grenville fit ensuite la motion , qu'on votât des remercimens
an roi pour ce grand message. Lord Lauderlale souhaita
, au préalable , connaître le nombre de soldats , et lord
Grenville répondit qu'il ne savait que ce qui était contenu
daus le message . La motion fut alors arrêtée à la chambre ,
et on s'ajourna au lendemain .
CHAMBRE DES COMMUNES. Séance du 29.
Après la lecture de quelques bills particuliers , le secré
taire présenta l'estimation des dépenses des troupes pour les
colonies , etc. La chambre se forma cn comité . Et la question
suivante fut votée . Doit - il être voté 85,000 hommes , dont
12,115 hommes de troupes de la marine , qui seront employées
pour le service de l'année 1794 ?
M. Fox se leva alors , et dit qu'il ne prenait point la parole
pour attaquer le nombre des troupes qu'on demandait , et dont
jamais on n'avait eu plus besoin que dans les conjonctures actuelles
qu'il voulait seulement faire quelques observations sur
ce qui avait été dit dans une précédente séance par un des
ministres du roi ( M. Dundas ) , que jamais le commerce
n'avait eté mieux protégé qu'il l'était actuellement . Il dit
:
B 3
( 22 )
4
qu'au contraire , dans le cours de l'année derniere un grand
nombre de vaisseaux marchands avaient été pris ; que la flotte des
Indes occidentales avait été arrêtée dans le port contre le but
de l'expédition qu'on se proposait , l'espace de trois mois ; que les
vaisseaux qui devaient être envoyés dans la Méditerranée et les
ports d'Italic , n'avaient osé , pendant long-tems , mettre à la
voile dans la crainte d'être pris par les Français qui avaient
une supériorité décidée dans ces parages : que lorsque ces vaisseaux
avaient enfin pu partir , ils étaient arrivés trop tard pour
l'objet que les négocians sc proposaient , ce qui leur avait causé.
un notable prejudice . On a vu , ajouta M. Fox , des flottes
entieres de vaisseaux marchands , consumer un tems très - long
à attendre des convois , et forcées d'abandonner le projet de
leur expédition à cause des alarmes , causées par cinq ou six
frégates françaises , maîtresses du canal , lesquelles viennent de
prendre encore quinze ou seize navires . L'honorable membre
dit encore qu'une flotte chargée de vivres , et venant d'Irlande ,
avait été prise par les Français , et était maintenant dans leurs
ports . L'existence de ccs faits l'avait mis à même d'être fort
étonné quand il avait entendu avancer avec confiance que le
service n'avait jamais été mieux fait pour lui , il ne pouvait
trop désapprouver la conduite des ministres : il suffisait ,
pour les juger , de songer que dans le moment où nous étions.
alliés à quatre puissances contre les Français réduits à euxmêmes
, nous étions moins à même de proteger notre commerce
que quand toutes les forces de l'Europe etaient réunies contre
nous . Sûrement , continue M. Fox , cette circonstance bien
certaine atteste que les ministies , ou sont privés de talens ,
ou ne jugent point à propos de les employer , et je desire que
la chambre prenne ce que j'avance dans la plus sérieuse recommandation.
:
M. Pitt prit la parole . Il n'était point préparé sur un sujet
aussi inattendu ; sa mémoire ne se trouvait point chargée du,
détail de toutes nos pertes , ni de leurs époques precises ;
mais il pouvait soutenir ce qui avait éte avancé par son honorable
ami ( M. Dundas ) , que jamais le commerce de l'Angleterre
u'avait été protégé d'une maniere plus effiacace .
Il ne voulait offrir à la chambre d'autre preuve de l'attention
du ministre pour les intérêts du commerce , que la considération
, que la France avait employé tous ses vaisseaux en croisieres
, et les avait envoyés dans differens parages , sans égard à leur
force , à leur sûreté . Cette mesure désavantagense , au premier
coup- d'oeil , à l'Angleterre , avait réduit la marine des Français à
un état de véritable insignifiance . Celle d'Angleterre a une
supériorité décidée sur les mers , et a , pour ainsi dire , fermé
les ports français de la Méditerranée .
Il avait fallu faire dépendre la sûreté du commerce de
l'Angleterre de la seule vigueur de ses armes dans la Méditerranée
, seul passage où l'on a pu compter sur l'assistance de
"
1
( 23 )
l'Espagne . Lord Hood avait été envoyé dans cette mer avee
une flotte bien équipée : il avait été ainsi dans le cas de s'em- '
parer de Toulon en bloquant son port et en empêchant les
vivres d'entrer dans cette ville ce qui avait contraint ses
habitans à capituler.
>
Plusieurs membres ont successivement parlé pour défendre
ou inculper le ministere . M. Sheridan entr'autres s'est plaint
amerement de l'état dans lequel on avait laissé Halifax : il a
donné lecture d'une lettre datée du 7 décembre 1793 , où
il est dit que cette place et sa garnison sont hors d'état de se
défendre.
Enfin , après un assez long débat , la question ayant été
mise aux voix , elle a été décidée pour l'afirmative .
Il a été également arrêté que le rapport s'en ferait le vendredi
suivant , jour auquel la chambre s'est ajournée .
CHAMBRE DES PAIRS.
Séance du 13 janvier. L'ordre du jour était la motion que lord
Stanhope avoit annoncée , et que les pairs avaient ajournée à
cette séance.
Il prit la parole , et après avoir dit à la chambre que l'objet
sur lequel il appellait son attention , était de la plus haute importance
, et avait d'ailleurs un rapport spécial avec ses pouvoirs
, il passa à l'examen de la couduite des cours, de justice
. Elle était oppressive , et en tout point contraire aux droits
constitutionnels qui appartiennent à chaque Anglais , dès le
moment de sa naissance . I annonça que sa motion avait pour
objet le jugement rendu contre MM. Muir et Palmer . Le
jugement pouvoit être considéré comme injuste , cruel et contraire
aux lois . Il souhaitait trouver des moyens constitutionnels
pour le faire réformer , et il se flattait de prouver que
le mode qu'il voulait proposer était régulier , conforme à la
constitution , juste , et autorisé par ce qui s'était déja fait .
Lord Stanhope mit ici sous les yeux de la chambre ce qui
s'était passé , relativement à Algernon Sydney , lord Russel et
autres victimes du regne tyrannique de Charles II . Il en tira
la conséquence que la chambre a vait le droit de rapporter et
casser les jugemens rendus contre M M. Muir , Palmer , Skirving
et Margarot.
Selon lui , il était facile de démontrer que les procédés de
la cour de justice d'Ecosse ne s'accordaient en aucune maniere
avec les idées que la chambre s'était formées d'un tribunal.
Il rappella à cette occasion plusieurs décisions de la chambre
rendues dans le cours du procès de M. Hastings .
Lord Stanhope cita ensuite des fragmens du discours du lord
avocat , et de celui de M. Muir ; et les mettant en opposition ,
déclara que le lord avocat avait parfaitement justifie sa conduite
, il s'étendit beaucoup sur le peu de tems qui avait été
B. 4
( 24 )
accordé à M. Muir pour préparer sa défense ; il rappella les
dispositions des lois anglaises à ce sujet , qui préviennent un
pareil abus , et s'éleva avec beaucoup d'énergie contre celles
d'Ecosse qui l'ont laissé subsister . Il ajouta qu'il n'attaquerait
pas dans ce moment la légalité de la conviction . Ce point devant
ête l'objet de nouvelles recherches de sa part , son but actuel
était de faire suspendre l'exécution de ces jugemens , jusqu'à
ce qu'il ait fait faire une information régulière sur la conduite
de la cour de justice d'Ecosse .
Lord Stanhope , s'étant résumé , conclut à ce qu'une adresse.
fût présen ée au roi pour en obtenir cette suspension . Il ajouta
que si sa motion était adoptée , ce dont il ne faisait aucun
doute , il en p' poserait de semblables pour MM. Skirving ,
Margarot et Palmer dont les cas demandaient pareillement
l'intervention de la chambre .
Lord Mansfield , dit qu'il avait lieu d'être étonné de ce qu'il
venait d'entendre , et qu'il ne pouvait garder le silence lorsqu'on
attaquait une cour à laquelle il avait l'honneur d'appartenir
. Il pouvait assurer que jamais la justice , sous la glorieuse
constitution de la Grande - Bretagne n'avait été mieux administrée
que par cette cour ; les jugemens rendus dernierement
par elle étaient conformes à la loi d'Ecosse ; ce que le noble'
lord avait avancé relativement à Sydney , au lord Russel , ne
pouvait recevoir aucune application ; les accusés devaient être
jugés par la loi d'Ecosse et non par celle d'Angleterre . Faire juger
des , délits commis en Ecosse selon la loi d'Angleterre , c'était
enlever aux Ecossais leur constitution et la soumettre à des
lois auxquelles ils n'avaient point concouru par leurs représentans
; lord Stanhope n'avaient d'ailleurs apporté d'autre
preuve de ce qu'il avait avancé sur la cour de justice que sa
simple assertion ; les jugemens des tribunaux d'Ecosse comme
ceux des tribunaux d'Angleterre étaient sujets à une révision
quand ils étaient injustes ; au lieu d'employer contr'eux la voie
réguliere d'un writ d'erreur , se pourvoir par la voie d'un
appel de merci au trône , c'était exciter le peuple à se révolter
contre ces jugemens . Lord Mansfield s'attacha ensuite à disculper
le lord avocat , et conclut au rejet de la motion de lord
Stanhoper
Lord Stormont , lord Landerlale et le duc de Norfolk la
combattirent. Le lord chancelier insista sur la différence qui
existe entre les lois d'Ecosse et d'Angleterre . Selon les premieres
, il ne peut y avoir d'appel à la jurisdiction britannique
dans les causes criminelles . Cette motion , selon lui , ne
tendait qu'à détruire l'acte d'union ; et peut-être ne trouverait-
on pas dans les annales du parlement qu'on en eût proposé
une plus ridicule elle avait , pour tout fondement des
feuilles publiques qui avaient rendu compte du procès , et
pour seul appui le fanatisme de quelques sociétés particulieres ..
:
Lord Thurlow parla après le lord chancelier , il fut d'avis
( 25 )
·
que non-seulement la conduite de la cour de justice d'Ecosse
était conforme à la loi , mais encore rigoureusement adaptée
aux circonstances actuelles .
La chambre s'étant divisée sur la motion du lord Stanhope ,
49 voix furent contre elle , une seule en sa faveur .
.
ne
Séance du 31 janvier . La chambre s'étant formée en comité
et le traité passé avec le roi de Sardaigne ayant été mis sous ses
yeux , M. Fox dit qu'il croirait trahir ses commettans , s'il n
faisait pas des observations sur ce traité . Il lui semblait en tout
point extravagant et absurde . Une de ses conditions était que
le roi de Sardaigne aurait sur pied , pendant tout le cours de la
guerre , une armée de 50,000 hommes pour défendre ses états
contre l'ennemi commun ; et qu'en considération de cet arrangement
, l'Angleterre serait tenue non - seulement d'avoir une
flotte dans la Méditérannée , mais encore de payer au roi de
Sardaigne un subside annuel de 200,000 liv. sterlings , pendant
tout le tems de la guerre . M. Fox demanda ce que le roi de
Sardaigne donnait en échange. Il avait cru d'abord que lors du
traité , le roi de Sardaigne était encore maître de Nice , en
pouvait mettre l'Angleterre en possession , et lui donner passage
sur le territoire de Savoie ; mais il avait vu , avec la plus
grande surprise , qu'avant même qu'on eût entamé aucune
négociation pour ce traité , le roi de Sardaigne était déja dépouillé
de Nice et de la Savoie . On n'avait déterminé aucun
tems fixe , pendant lequel ce subside devait être payé : il avait
été au contraire stipulé que ce serait pendant tout le tems de la
guerre ; et si la Sardaigne ne jugeait jamais à propos de faire la
paix , il faudrait toujours le lui payer . Il avait encore été stipulé
que l'Angleterre lui garantirait non - seulement le pays dont
elle était en possession à cette époque de la guerre , mais encore
ceux dont ses ennemis s'étaient déja emparés : la paix ne pou
vait être faite qu'après qu'elle aurait été entierement indemnisée
, d'où M. Fox conclut que , loin que ce fût à l'Angleterre
à lui payer un subside , ce serait au contraire à elle à en payer
à l'Angleterre . Si jamais , ajouta- t il , il se trouvait des ministres
qui fussent capables de conclure une paix avantageuge , ils
auraient les mains liées par ce traité . Il se résuma en disant ,
que le silence qu'il gardait dans le moment actuel sur les traités
passés avec les autres puissances , ne devait pas être pris pour
une approbation , et que ces traités lui donneraient par suite
matiere à une ample discussion .
M. Powys se leva pour répondre à M. Fox . Il avança que si
l'honorable membre voulait jetter les yeux sur le traité de
Portugal , celui de la grande alliance , le traité de Worms de
1743 , il trouverait que celui de Sardaigne en était une sorte
de répétition . Non - seulement , selon M. Powys , il leur ressemble
par son ensemble , mais chacun de ses articles est
copié d'un article des autres ; les clauses blâmées par M. Fox .
étaient les mêmes que celles que le roi de Sardaigne Victor
( 26 )
Amédée avait exigées lors du traité dans lequel il s'engagea à
continuer la guerre ; et le traité passé à cette occasion avait
toujours passé pour très - sage . Il portait les noms de Newcastle ,
des Montagnes , des Dorset , des Selham , restes chers à la
nation . Il était encore un point de vue sous lequel on pouvoit
considérer celui que M. Fox critiquait ; il faisait partie d'une
confédération générale formée pour la défense de tous les
établissemens civils et religieux ; et il était de toute équité et
de toute politique que les états les plus puissans defendissent
les plus faibles .
' M. Ryder dit que le membre qui venait de parler avait
anticipé sur ce qu'il avait intention de dire ; ils s'étouna que
les membres de l'autre côté de la chambre parussent n'avoir
pas plus de connaissance des traités qu'on leur avait cités ,
que s'ils n'eussent jamais existé . Pouvaient- ils ignorer la grande
alliance du roi Guillaume et de la reine Anne ? avaient- ils oublié
le traité passé par George II ? 11. ne pouvait concevoir les
expressions dont on s'était servi de l'autre côté pour caractériser
celui soumis à la discussion . Si on eût négligé de traiter avec
le roi de Sardaigue , il s'en serait suivi les conséquences les
plus graves . Si les troupes sardes n'avaient pas été assez nombreuses
pour empêcher l'invasion de leur territoire par un
ennemi puissant , si elles n'avaient pas toujours obtenu des
succès , elles avaient au moins préservé les limites des autres
états d'Italie , et interrompu l'incursion des Français dans les
plaines fertiles de cette contrée , elles avaient défendu cette
barriere aux dépens de leur sang , forcé les Français d'avoirs
toujours deux armées dans le midi : sans elles , peut - être les
Français , déja en possession du nord , de l'Italie , l'auraient
entierement envahie . M. Ryder conclut de toutes ces considérations
, qu'il donnait sou assentiment au traité .
Plusieurs membres parlerent successivement sur cet objet .
M. Grey , pour combattre le traité , MM. Cauning et Stanley
pour l'appuyer. M. Fox revint à la charge , et soutint qu'on ne
pouvait , en aucune maniere , le comparer avec ceux qu'on
avait cités , Lors du traité de 1703 le ioi de Sardaigne n'était
point l'allie de l'Angleterre ; il n'était pas même neutre , mais
l'allié actif de son ennemi , de la France : c'est le subside
seul qu'on lui donna qui pût le décider à quitter son alliance .
Lors du traité de Worms le nouveau roi de Sardaigne était
indécis s'il suivrait , ou non , la politique de son prédécesseur ;
et ce fut encore le subside qui l'acquit à l'Angleterre ; mais
lorsque le traité soumis à l'examen de la chambre a été passé ,
les états du roi actuel étaient envahis par les Français il ne
pouvait échapper à leur ravage .
Après un assez long débat , la chambre a passé le vote suivant
: Qu'il serait alloué au roi 200,000 livres sterlings pour
remplir ses engagemens avec le roi de Sardaigne .
Voici le traité passé entre l'Angleterre et l'Espagne qui a été

( 27 )
également déposé sur le bureau dans la chambre des communes :
il donnera , sans doute , bientôt matiere à d'importans débats.
Voyez le numéro VIII de ce journal , où nous avons inséré
cette piece.
Le major Maitlant dit qu'il a de fortes raisons de croire
qu'il y a plusieurs officiers Français employés sous les ordres
du comte de Moyra .
Le chancelier de l'échiquier répond qu'il croit qu'en effet
quelques hommes de mérite de cette nation sont employés ;
mais qu'il iguore et leur grade et leur paie.
Le major Maitlant réplique que quel que soit le mérite
qu'on suppose à ces officiers , il est parfaitement illégal qu'ils
reçoivent une paie de l'Angleterre , dans une guerre contre
la France .
Le secrétaire Dundas est d'avis qu'on peut apporter de bonnes
raisons pour justifier l'emploi donné à ces officiers : il aunonce
que si on fait une motion sur cet objet , il est prêt à
répondre dès demain .
M. Whitbread dit qu'il lui paraît étrange que les ministres
ne répondent que d'une maniere évasive sur un objet qu'on
leur dit être illégal ; qu'ils doivent avoir une connaissance
exacte de ces faits .
Le major Maitlant annonce qu'il fera le lendemain une motion
à ce sujet.
Le chancelier de l'échiquier annonce à la1 chambre qu'il
vient de recevoir , par la voie du commerce , la nouvelle que
la Convention nationale de France a rendu un décret portant .
que les étrangers en France , et les Français qui ont des fonds
placés chez l'étranger , seront tenus d'en faire la déclaration
dans un délai fixe ; que ces fonds sont mis en requisition
et que les propriétaires en recevront le paiement en assignats
au pair : il a cru qu'il était de son devoir d'en instruire aussitôt
la chambre . L'objet lui paraît d'une grande importance ,
et fait pour occuper son attention . Il s'agit de prendre des
mesures , et de les prendre avec célérité pour qu'elles puissent
être efficaces . Il pric la chambre de permetre que dans vingtquatre
heures , pendant lequel tems chacun de ses membres
aura le tems de réfléchir sur ce sujet , il lui soit fait un rapport
par le comité des subsides .
La chambre décide qu'elle entendra ce rapport demain .
On donne une premiere lecture de la résolution arrêtée
dans une seance précédente d'accorder au roi 85,000 hommes
pour le service de la marine , y compris 12,015 hommes de
troupes dites de la marine ; et la question d'une seconde
lecture ayant été mise aux voix , M. Hussey prend la parole ,
et insiste sur la nécessité de donner à la marine anglaise la
plus grande énergie possible . Il rappelle ce qui a été dit par
un membre dans une autre question , qu'il valait mieux fortifier
notre marine que de payer un subside de 200,000 liv.
( 28 )
sterlings au roi de Sardaigne ; il adopte cette opinion . Il
pense que si la paix peut être obtenue , et personne ne le
desire plus que lui , on ne parviendra à la conclure , en des
termes honorables , et avec sûreté , qu'en donnant aux forces
maritimes de l'Angleterre un grand caractere d'énergie .
L'amiral Gardner partage les sentimens exprimés par le
préopinant. Mais il demande qu'il lui soit permis de retablir
certains faits relatifs à l'escorte du convoi de la mer Baltique .
1 conclut que les accidens que ce convoi a éprouvés ne
doivent pas être imputés au défaut d'escorte , mais aux capitaines
de vaisseaux qui n'ont pas obéi aux signaux.
M. Fox réplique que le fait allégué par lui reste entier , et
qu'il demeure viai que six vaisseaux du convoi ont été pris
et conduits dans les ports de Norwege . Quant à la question
de savoir sur qui devait être rejetté le blâme de cette perte ,
il n'y avait rien de plus vague que les assertions du préopinant.
Le chancelier de l'échiquier prend la parole pour justifier
de nouveau l'assertion de son ami ( M. Dundas ) sur la protection
que le commerce avait reçue . Il fait l'historique de
tous les convois qui ont eu lieu depuis la guerre. Il prétend
que les malheurs qui ont pu arriver ne doivent pas être imputés
à la négligence de l'amirquté .
M. Fox revient sur chaque partie du discours du chancelier
, et déclare qu'il persiste dans ses assertions . Il ajoute
qu'il est prêt d'entrer dans les explications les plus minutieuses
sur ce sujet , pour prouver ce qu'il a avancé .
La discussion se prolonge elle devient très - vive entre
MM. Dundas , Sheridan , Grey , Fox et Pitt .
Plusieurs membres disent que ces débats n'ayant jetté aucun
jour sur cet objet ,, ils feront une motion pour qu'il soit
donné à la chambre des éclaircissemens précis .
On fait une seconde et une troisieme lecture de la résolution
relative aux 85,000 hommes pour le service de la mer.
La chambre s'ajourne.
N. B. La nécessité de donner les débats du parlement d'Angleterre
avec une certaine étendue , pour leur conserver ce
qu'ils ont d'intéressant , sur-tout par rapport à la France calomniée
, et défendue tour-à-tour par les ministériels et les membres
les plus distingués du parti de l'opposition , nous force à
renvoyer au numéro prochain les nouvelles d'Angleterre .
( 29 )
REPUBLIQUE FRANÇAIS. E.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DUBARRAN .
Séance du décadi , 30 Pluviôse.
ne
Au
Barrere a donné lecture des nouvelles heureuses de la Vendée.
Le comité de salut. public , a - t - il ajouté , ne vous parle
de cette partie honteuse de la République que pour
plus vous en parler pendant la campagne prochaine.
moment où quatorze armées de Répu blicaius vont se précipiter
sur les royaumes ennemis , le royaume de la Vendée
doit avoir disparu avec ses amés et fideles sujets . Préparons-
nous à une campagne audacieuse et forte ; réunissons
nos efforts : jamais la puissance d'un peuple ne fut à un
aussi haut degré d'énergie et de grandeur,
1
Ce rapport était à peine terminé , qu'une députation de la
section des Gardes-françaises a paru à la barre . Les plus vifs
applaudissemens ont accueilli ces citoyens. Les uns portaient
des pelles , des bêches et autres instrumens propres à creuser
la terre ; les autres , des chaudieres remplies de salpêtres . Tous
ensemble , après avoir chanté un hymne patriotique ont fait
hommage à l'Assemblée des prémices de leurs travaux . Barrere
a saisi cette circonstance pour parler à la Convention nationale
d'un établissement nouveau pour accélérer la fabrication
des armes , des poudres , des salpêtres . Il a lu l'arrêté suivant,
pris par le comité de salut public le 14 pluviôse.
1 Le comité de salut public , considérant que la fabrication
révolutionnaire du salpêtre , de la poudre et des canons , dans
toute l'etendue de la République , exige un grand nombre
d'agens éclairés , pour être portee promptement à toute l'ac
tivité nécessaire , arrête ce qui suit :
Art. 1. Tous les districts de la République enverront à
Paris deux citoyens robustes , intelligens, et accoutumés au
travail pris dans les compagnies des canonniers ou parmi les
citoyens qui ont fait le service le plus actif dans la garde
nationale . Paris en fournira deux par section .
II . Ces citoyens seront âgés de 25 à 30 ans : un au
moins de chaque district devra savoir lire et écrire . Le choix
en sera fait par les administrateurs de districts , sur la présentation
des sociétés populaires , dans l'intervalle de cinq
jours au plas après la réception du présent arrêté.
,, III . Les administrateurs de district leur feront un état de
route comme aux canonniers de l'armée .
( 30 )
" IV. Ces citoyens se rendront à Paris immédiatement après
leur nomination . Deux jours après leur nomination au plus
tard , l'agent national du district sera tenu d'en donuer conmaissance
, ainsi que de leur départ , au comité de salut
public
" V. La municipalité de Paris , fera préparer des emplace
mens convenables pour loger ces citoyens . Elle nommera un
commissaire pour les recevoir , les inspecter , et leur faire fournir
tous les objets qui leur seront nécessaires .
VI . Ces citoyens seront saus fusils , dans leur voyage et
pendant leur séjour à Paris . Il leur sera allone trois livres par
jour , tant qu'ils seront dans cette commune : ils ne pourront
cependant y rester que trois décades .
99 VII. Neuf instructeurs , nommé par le comité de salut
public , seront charges de leur faire les cours necessaires sur
1'art de raffiner le salpêtre , de fabriquer la poudre , de mouler,
fondre et torer les canous .
" VIII. Les premiers cours commence ont le 1er, ventôse .
Les citoyens seront exercés aux manipulations particulieres
des arts qu'on y démontrera.
" IX. Apres les cours , on donuera , à chaque citoyen qui les
aura suivis , des exemplaires d'instructions simples sur l'art de
faire le salpêtre et la poudre , et sur celui de foudre les cauons :
Ces instructions seront accompagnées de planches nécessaires
pour bien comprendre les procedés de ces arts , et pour pou
voir guider tous les artistes dans la fabrication des machines et
ustensiles que ces arts exigent .
* X. Les éleves , après avoir reçu ces instructions par les
leçons et l'expérience , seront employés à raison de l'intelligence
qu'il auront montrée , et des connaissances qu'ils auront
acquises .
XI . Les dépenses nécessaires pour l'exécution du présent
arrêté , seront prises sur les fonds mis à la disposition
de la commission des armes et poudres de la République .
" Ainsi , près de huit cents ouvriers vont être formes , ins
truits et disséminés dans les diverses manufactures d'armes ,
de poudres et de salpêtres . C'est une émission de talens nouveaux
qui va être faite dans le cours d'un mois . L'ancien
régime aurait demandé trois ans pour ouvrir des écoles , pour
former des éleves , pour faire des cours de chymie ou d'armurerie.
Le nouveau régime a tout accéléré . Il demande trois
décades pour apprendre aux citoyens choisis dans les districts
a raffiner les salpêtres , à fabriquer la poudre , à mouler ,
fondre et forer les canous . C'est ainsi que l'influence de la
liberté rend tous les fruits précoces et toutes les institutions
faciles .
La représentation nationale étant en possession et en devoir
de tout encourager , de tout exciter par ses regards , de tont
honorer par sa présence , la Convention , sur la proposition
( 31 )
de Barrere , a décrété que quatre commissaires ,
pris dans SOB
sein , se rendront à l'ouverture de ces cours publics qui vont
commencer le 1er . ventôse prochain .
Sur la proposition du même membre , il a été décrété par
article additionnel à la loi du 3 pluviôse , sur les idiômes étran
gers et l'enseignement de la langue française , qu'il sera établi un
instituteur de la langue française dans chaque commune de la
partie du département de la Meurthe , dont les habitans parlent
un idiôme étranger , et dans les communes du département
des Pyrénées orientales qui parlent exclusivement l'idiome
catalan .
Le délai accordé pour le changement du service des étapes ,
étant insuffisant , l'Assemblée a adopté un projet de décret
par lequel il est statue que les préposés aux étapes continueront
leurs services et les fournitures nécessaires jusqu'au 1er
floréal prochain.
Westermann , admis à la barre , s'est plaint de ne pas connaître
les motifs des dénonciations qu'on dirige contre lui.
Sa pétition est renvoyée au comité de salut public .
Romme a fait hommage à la Convention d'un ouvrage que
le comité d'instruction publique a jugé digne d'être mis au
rang des élémentaires à l'usage de la République : c'est l'annuaire
du cultivateur . Tous les objets qui se rapportent à l'agriculture
y sont développés de la maniere la plus claire , et la
plus simple. L'Assemblée décree que cet ouvrage sera imprimé
à Paris au nombre de deux mille exemplaires pour
être distribués aux représentans du peuplé et aux corps admiministratifs
de la République. L'ouvrage sera réimprimé dans
le chef lieu de chaque département , sous la surveillance de
l'administration , pour être envoyé à chaque commune.
Séance de primidi , 1er . Ventôse .
On a fait lecture de plusieurs adresses de différentes 'com
munes de la République qui invitent la Convention à rester
à son poste jusqu'à l'affermissement de la liberté .
Un décret sur le traitement des inspecteurs des charrofs
militaires , et quelques décisions d'un intérêt particulier ont
Templi cette séance.
PRÉSIDENCE DE SAINT- JUST.
Séance de duodi , 2 ventôse.
L'Assemblée procéda hier au soir au renouvellement du
bureau. Saint-Just fut élu président.
Anjourd'hui , la séance s'est ouverte par la lecture de l'analyse
de 800 adresses de communes ou de sociétés populaires
qui toutes félicitent la Convention sur ses travaux , et l'invitent
à rester à son poste jusqu'à ce que le triomphe de la liberté
soit assuré.
( 32 )
D'après un rapport fait par Loiseau , au nom du comité de
l'examen des marchés , l'Assemblée avait décrété d'accusation
et renvoyé au tribunal révolutionnaire Choisot , inspecteur
des charrois militaires . Le président du tribunal a demandé au
comité quelques - uns de ses membres pour guider le jury , et
l'éclairer sur l'incertitude de sa marchie dans cette affaire . Le
comité a passé à l'ordre du jour sur cette demande ; il a seulement
chargé la section des charrois d'envoyer au tribunal
toutes les pieces relatives à Choiset . Cependant une citation
pour paroître au tribunal a été adressée à Loiseau ; mais le représentant
du peuple ayant déja fait , par son rapport , la
fonction d'accusateur public , ne pouvait témoigner dans l'affaire
, ni aider le jury dans l'instruction .
D'après ces observations , la Convention a rendu le décret
'suivant :
La Convention nationale , sur la proposition d'un de
ses membres , tendante à ce que les rapporteurs des éomités
qui auraient proposé des décrets d'accusation ou renvois au
tribunal révolutionnaire , des citoyens prévenus , comme conspirateurs
ou agens et préposés infideles , ne puissent étre
cités au tribunal révolutionnaire pour y donner des renseignemens
, décrete que les rapports qui lui seront faits en
pareille circonstance , seront imprimés et distribués aux jurés ,
et que , conformément à l'arrêté des comités de l'examen et
de surveillance des marchés , en date du 1er . ventôse , les
membres de la Convention ne devront comparaître au tribunal
pour y donner des renseignemens , mais que l'accusateur public
près le tribunal révolutionnaire sera tenu de se les procurer
dans les différens comités de la Convention qui auront
proposé des renvois ou décrets d'accusation. "
Au nom du comité de la guerre , Guillemardet a présenté
un projet sur l'organisation du service de santé des armées
et des hôpitaux militaires . Après une assez longue discussion ,
l'Assemblée en a adopté plusieurs articles , et ajourné les
autres au lendemain .
Séance de tridi , 3 nivôse.
La commission des subsistances est venue présenter à la
Convention le tableau général du maximum , établi d'après
les bases déterminées par le décret du 11 brumaire ; savoir ,
le prix des productions ou fabriques en 1790 , les frais de
transport , cinq pour cent pour le marchand en gros , dix
pour cent pour le détaillant .
Chargé par le comité de salut public de faire connaître
à la Convention les avantages de ces tableaux , Barrere a
pris la parole. Après avoir rappellé les maux qu'a produits
la premiere loi du maximum , piége tendu à la Convention
nationale par le cabinet contic- révolutionnaire de Londres
et de Paris , Barrere a développé toute la grandeur et l'iniportance
( 33 )
portance du travail de la commission , qui embrasse a- la- fors
Tous les genres de productions ; qui assure aux citoyens les
moyens de se procurer les objets qui leur sont nécessaires ;
qui met un frein à l'ambition des fabricans , à la cupidité
des possesseurs de magasins , à l'avidité des marchands , à
l'agiotage de quelques fripons et aux complots des intrigans
et des étrangers qui avaient placé dans chaque besoin du
peuple un eri ou une plainte contre le législateur , dans chaque
boutique du commerce , un moyen contre- révolutionnaire.
Combien de tyrans ont contenu les peuples avec des greniers
et des distributions d'argent ! combien de moyens de despotisme
ne sont pas sortis des disettes factices , des accaparemens
obscurément accumulés , et des cris d'un besoin artifi
ciel dans le dénombrement de ces crimes qui ne fremit pas
en se rappellant celui des Anglais , accapareurs de subsistances
dans le Bengale , pour faire périr neuf millions d'Indiens , et
asservir les trois millions qui auraient survécu à ce forfait de
lese-humanité ?
Le comité de sûreté générale développera dans quelques
jours , dans le grand rapport qu'il prépare , toutes les mancuvres
qu'on ne cesse d'employer à Paris pour agiter le peuple ,
Four exciter ses plaintes , pour l'égarer dans ses besoins
Mais le peuple , a dit Barrere , le véritable peuple , celui
qui aime la libetré , et qui ne cache pas ce sentiment sous
des haillons empruntés et de grands pantalons hypocrites ;
le peuple est là avec son bon sens naturel , avec son instinct
de libetré , avec son imperturbable courage , pour soutenir le
premier tous les sacrifices , toutes les privations qui sont évidemment
nécessaires à l'affermissement de la République . L'économie
est la vertu des peuples libres ; les sacrifices journaliers
sont l'appanage de ceux qui se battent pour leurs droits : La
liberté et des pommes de terre ! la liberté et des patates ! nous disait
avec énergie , ces jours derniers , le Negre libre venu de Saint-
Domingue , et qui est aujourd'hui membre de la Convention .
Eh bien ! pensez- vous que les Républicains d'Europe n'aient pas
le même courage que l'homme libre de l'Afrique ; et nous qui
Evons planté les premiers l'arbre de liberté , croyez-vous que
nous ne puissions faire et agir comme les Noirs d'Amérique ,
qui ont reçu ce bienfait de notre saint amour pour l'humanité
? "
En rappellant la nation à des mesures économiques , Barrere
ne lui a point proposé ce qu'on appellait autrefois un carême ,
ni un jeûne fanatique ; il l'a seulement invitée à ajourner cette
partie de ses plaisirs que la table permet aux Républicains ;
à supprimer les délices qui n'appartiennent qu'aux Sybaristes .
Encore quelques mois , a - t - il dit , et la France libre bénira
ses défenseurs , et elle aura fondé en même tems les moeurs
républicaines , celles de la tempérance et de l'égalité . "
Bariere a termine en présentant sous de nouveaux rapports
Tome VIII. C
( 34 )
?
les avantages du travail de la conmission . Le tableau qu'elle
a formé est l'ouvrage le plus nouveau et le plus important qui
ait paru sur l'économie politique . On connaîtra désormais
par une époque donnée , les prix de cette multitude de productions
et de matieres que la nature libérale nous a fournies ,
et que l'industrie de la nation a préparées . Les mêmes prix
offrent le résultat des rapports établis entre nes moyens , notre
industrie et les besoins incalculables de 27 millions d'hommes .
Parcouru dans ses diverses ramifications ce tableau indique
les différentes productions et le lieu où elles se trouvent ; il
fait connaître toutes les manufactures et les dépôts multipliés
que le commerce alimente et disperse. Il va exciter l'industrie
, rapprocher le fabricant du consommateur , et modérer '
les usures et les profits du commerçant et de l'homme industrieux
. Le consommateur n'achetera plus des marchandises qui'
auront passé par cinq ou six mains avares , c'est-à - dire par
des éponges absorbantes . Le peuple n'achetera plus des matieres
qui auront attendu dans les magasins de l'homme avide
ou du speculateur sans entrailles le moment que son avarice .
lui indique être le plus avantageux pour la vente . Les besoins
ne seront plus épiés pour être imposés arbitrairement par le
commerce .
Ce rapport dont nous ne pouvons offrir ici qu'une analyse
trop imparfaite , a été suivi de la lecture d'un projet de décret
dont l'Assemblée a ajourné la discussion au lendemain.
Cambon a annoncé que le comité des finances préparait
un compte général des recettes et dépenses de la République
depuis le commencement de la révolution . Ainsi , la nation
connaîtra la situation exacte de ses finances. Dėja les tableaux
sont à l'impression . Il a proposé de supprimer , comme inutile
, la place de contrôleur général auprès des caisses de la
trésorerie nationale , et de créer un contrôleur auprès de la
caisse générale , et un autre auprès de celle de la recette journaliere
. Les appointemens de ces deux contrôleurs seront
fixés à 5000 liv . pour chacun .
Ces propositions sont adoptées .
Carrier , représentant du peuple dans la Vendée , a présenté
à la Convention un tableau des développemens de cette
guerre , de ses désastres et des victoires des armées républi
caines . L'Assemblée a décreté que Carrier sera entendu au
comité de salut public.
Séance de quartidi , 4 Ventôse .
Barrere a soumis à la discussion le projet de décret qu'il
avait présenté la veille sur le tableau du maximum. Il a répondu
aux diverses observations qui ont été faites plusieurs
articles ont été adoptés ; d'autres ont été renvoyés à un nouvel
examen du comité de salut public .
Florent Guiot , représentant du peuple , écrit de Lille que
( 35 )
2
M. Lejosne , noble , avocat , et convaincu d'intelligence criminelle
avec les ennemis de la République , a subi le supplice
réservé aux conspirateurs , ainsi qu'un de ses complices. Deux
autres ont subi le même sort deux jours après , et il se trouve
encore dans les maisons d'arrêt de Lille une vingtaine de
personnes impliquées dans le même complot .
J'arrive , ajoute ce représentant , de faire une tournée
dans les places d'Armentieres , Bailleul et Hazebrouck , ainsi
que dans les cantonnemens et avant-postes qui en dépendent.
J'ai remarqué avec une vive satisfaction que les volontaires
de premiere requisition y fout les progres les plus rapides
dans les manoeuvres militaires ; mais j'ai éprouvé une jouissance
bien plus délicieuse en voyant l'ardeur et le patriotisme
qui animent tous les soldats de la République ; ils ne forment.
qu'un voeu , ils n'ont qu'un seul cri , celui de terrasser les
satellites des tyrans . "
Le citoyen Mogue , envoyé par le comité de salut public
près l'armée de l'Ouest et dans les départemens circonvoisins
, admis à la barre , a répondu à des inculpations portées
contre lui par Bourdon de l'Oise , relativement à des arres
tations faites dans le département d'Indre et Loire . Renvoyé .
aux comités de salut public et de sûreté générale .
Une députation des sociétés populaires de St. Quentin et
de Vervins est venue réclamer la liberté des citoyens de leur
commune arrêtés par Roger , et envoyés dans les prisons de
l'Abbaye . Le comité de sûreté génerale avait déja reconnu
leur innocence , et la Convention s'est empressée de rendre
la liberté à ces citoyens .
Plusieurs citoyens de la commune de Versailles , admis à
la barre , ont sollicité un rapport sur Mouton , qu'ils accusent
d'avoir exercé les plus grandes vexations dans le département
de Seine et Oise , et qui a été pour cela incarcéré par ordre
de la Convention .
Taillefer et Bréard se sont plaints à cette occasion de ce
que , dans les départemens , des hommes à nouveaux bonnets
rouges s'inuoduisent dans les comités révolutionnaires , et font
arrêter les plus chauds patriotes . Sur la proposition de ces
deux membres , l'Assemblée a chargé ses comités de sûreté
générale et de salut public de lui présenter incessamment un
rapport sur les moyens de faire cesser de pareilles menées .
Au nom des comités des domaines et d'alienation , un
membre a fait un rapport sur les ventes des biens des émi
grés . Elle est commencée dans 82 départemens ; les 4 autres
me sont en retard que parce qu'ils ont été le théâtre de la
guerre . Le principe de morcellement en petites portions est
constamment suivi . La somme des biens vendus jusqu'au 20
pluviôse se monte à 103,996,115 liv . , et cependant 16 districts
n'ont pas encore fourni d'état . Pour rappeller les admi
mistrateurs négligents à leurs devoirs , la Convention a de7
361
crété que la liste des districts qui n'ont pas commencé la
vente des biens des émigrés , et les motifs de leur retard ,
seront rendus publics par la voie de l'impression et envoyés
aux départemeus.
J
Un décret a été rendu pour le paiement des arrérages dûs
aux instituteurs et institutrices des petites écoles .
Séance de quintidi , 5 ventôse .
Les bulletins de la Convention seront désormais adressés
directement à tous les tribunaux , à tous les chefs - lieux de
canton , aux états majors des armées de terre et de mer , à tous
les corps militaires et vaisseaux armés de la République . Le
comité de correspondance est chargé de prendre avec l'administration
des postes , toutes les mesures nécessaires pour
que T'envoi des bulletins soit fait avec la célérité et l'exactitude
possibles .
Les 48 sections et les sociétés populaires de la commune de
Paris ont demandé par la voix de leurs commissaires respectifs ,
une loi pour anéantir et supprimer tous les soumissionnaires
de la République , qui , par des manoeuvres astucieuses , se.
sont introduits dans les fournitures de l'équipement des troupes.
Qui souffre de tous ces fournisseurs ? c'est la République ; ce
sont les artistes indigens , ce sont les ouvriers sans fortune ,
qui , pour manger du pain , sout forcés , pour le besoin de la
vie , d'aller chez ces égoïstes demander de l'ouvrage pour le
confectionner à vil prix . Pour remédier à ces maux qui sont
incalculables , les sections demandent que le décret contre les accapareurs
soit mis en exécution sans aucune réserve ; que le décret
qui a mis tous les draps , les toiles en requisition , soit exécuté
dans toute sa rigueur ; que toutes les marchandises nécessaires
à l'entretien et à la fourniture des armées soient versées , sans
délai , dans les magasins d'administration , afin que les marchandises
soient réparties dans les atteliers de la République .
Renvoyé au comité de salut public.
On a fait lecture de la lettre suivante .
Les représentans du peuple , envoyés dans Commune-Affranchie pour
y assurer le bonheur du peuple avec le triomphe de la Répu
blique dans tous les départemens environnans , et près l'armée des
Alpes , à la Gonvention nationale , en date du 30 pluviôse¸· l'an
2. de la République une et indivisible .
Citoyens collegues , il nous est difficile de vous exprimer
combien nos coeurs sont attristés de l'excessive indulgence
avec laquelle vous souffrez qu'on vienne impunément
à votre barre enlever la confiance et le respect public aux
hommes vertueux qui servent , avec le plus d'ardeur et de
constance , les principes et la marche de la révolution .
C'est pour
la seconde fois qu'on ose se présenter devant
vous, pour couvrir d'accusations impures la commission révolu-
99
( 37 )
tionnaire de Commane- Affranchie , dans l'espérance sans doute
de relever encore une fois l'affreux courage des conspirateurs ,
qui n'attendent qu'une intermittence dans la vengeance nationale
, pour renouer le fil de leurs trames parricides contre
la patrie.
sont
Ce tribunal , citoyens collegues , mérite toute votre estime ;
considerez les personnes qui le calomnient , interrogez à son
égard celles en qui vous avez mis votre confiance ; elles vous
diront avec quel dévouement pur il remplit ses rigoureux
devoirs , avec quelle religieuse méditation les accusés
examinés , avec quelle courageuse impartialité le juge descend
dans leur pensée la plus intime , dans leur conscience , pour
en suivre tous les mouvemens . Les jugemens de ce tribunal
peuvent effrayer le crime ; mais ils rassurent et consolent le
peuple qui les entend et qui les applaudit .
" Il est possible que les hommes irréfléchis qui ont accueilli
avec tant de complaisance la calomnie qu'il etait de leue
devoir et de leur dignité de repousser , ne soient eux - mêmes
que trompés ; its manquent d'instruction depuis que leurs.
amis , leurs correspondans sont anéantis sous la foudre populaire.
» C'est à tort qu'on pense nous faire les honneurs d'un
sursis , nous n'en avons point accordé. Notre confiance est
sans bornes et sans réserve dans l'austere probité du tribunal
, et nous n'oublierons jamais le principe à ce point de
croire que nous ayons le droit de suspendre le cours de la
Justice .
" On cherche en vain de toutes les manieres à intéresser
notre sensibilité , à affaiblir l'énergie de notre caractere.
Nous avons fait le sacrifice de nos affections personnelles .
Nous nous enveloppons avec la patrie , nous resterons forts
et impassibles avec elle .
Signés , FOUCHÉ , LAPORTE , MEAULLE.
Une députation de la société Révolutionnaire est venue
répondre à la dénonciation faite contre elle par Fabre d'Eglantine
. Elle a rappellé les services qu'elle a rendus à i
liberté , et ce qu'elle a fait pour la République . L'orateur a
terminé , en demandant que la Convention se fit faire un
prompt rapport sur l'arrestation de Maillard ,
membres. Renvoyé au comité de sûreté générale .
un de ses
Une députation de la commune de St. Girons , département
de l'Arriege , a dénoncé Alard et Picot , commissaires
pationaux , pour avoir exercé des vexations contre plusieurs
patriotes. Cette dénonciation a été renvoyée au comité des
décrets , qui prépare un rapport sur Alard , député - suppléant .
Quelques pétitions particulieres sont renvoyées aux comités
qui les concernent.
C 3
( 38 )
Séance de sextidi , 6 Ventôse.
Barrere a remis à la discussion le projet de décret sur le
ableau du maximum ; il est adopté en ces termes ;
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport du
omité de salut public , décrete :
Art. I. Les prix de toutes denrées et marchandises , sou
mises à la loi du maximum , dans les lieux de production on
de fabrication , sont ceux déterminés dans les tableaux du
maximum qui viennent d'être présentés par la commission des
subsistances et des approvisionnemens de la République.
,, II . Ces tableaux seront imprimés et envoyés à chaque
district , au plus tard au premier germinal ; la commission
demeurant chargée de l'impression des tableaux du maximum ,
et responsable des retards de l'impression et de l'envoi des
exemplaires aux districts à l'époque ci - dessus désignée.
" III . L'agent national de chaque district sera tenu , dans le
délai de dix jours au plus tard , à compter du jour de la réception
, d'appliquer les frais de transport , à raison des
distances , à chaque espece de marchandises employées dans
son district , conformément aux bases établies dans l'article
IV ci -après . Il sera envoyé par la commission une instruction
sur les moyens d'éxécution , Cette instruction devra être
approuvée par la Convention nationale .
IV. Le tableau fait par l'agent national contiendra ,
1º . Les noms des objets et marchandises que les habitans du
district sont dans l'usage de consommer.
2º . L'indication du lieu de production ou de fabrication
desdits objets .
3º . La distance du lieu du chef- lien de district .
4º . Le maximum du prix de production ou de fabrication ,
ainsi qu'il est porté dans les tableaux envoyés par la commission
des subsistances et approvisionnemens .
5º . L'évaluation des frais de transport , d'après les bases
posées dans l'article suivant .
10
6°. Il sera ajouté à ces deux premieres bases cinq pour cent
de bénéfice , pour former le maximum du marchand en gros .
7º. Il sera ajouté en sus des cinq pour cent ci - dessus ,
pour cent de bénéfice , pour former le prix à vendre au consommateur
par le détaillant .
L'administration de district déterminera le nombre d'exemplaires
de ce travail qu'il est nécessaire de publier pour que
l'objet en soit connu aux municipalités . Les frais de l'impression
seront acquittés par les receveurs de district , et leurs
récépissés seront reçus comptant à la trésorerie nationale.
" V. Le prix des transports des grains et fourrages déterminés
par l'article XV de la troisieme section de la loi , du
11 septembre , à 5 sols par lieue de poste pour la grande
route , et 6 sols pour la traverse , demeure réduit à 4 sols
139 1
6 den. pour la grande route par lieue de poste , et à 5 sols .
pour la traverse .
9
" VI. Les prix des transports pour les autres denrées et
marchandises , seront évalués par chaque lieue de poste
grande route , par quintal , poids et marcs , 4 sols ; pour les
routes de traverse , 4 sols 6 deniers .
,, VII . Les prix de transport pour toute espece de denrées
et marchandises , seront évalués par eau , en remontant , 2 sols ;
en descendant , 9 deniers ; et par les canaux de navigation
pour chaque lieue de poste , en calculant la distance par le
nombre des lieues de poste par la route de terre , du lieu
du départ au lieu d'arrivée .
,, VIII . Les agens nationaux des districts designeront dans
le tableau les articles qui , pouvant leur parvenir par eau , u
devront supporter que les frais de transport par cette voie ;
ils pourront seulement , dans les cas d'impossibilité du transport
par eau , y substituer le prix du transport par térre .

" IX. Les prix des transports ci - dessus indiqués ne seront
point applicables aux bois et charbons , dont les transports
ne se paient pas au quintal .
Les agens nationaux , près les districts des lieux de consemmation
, sont chargés de faire l'évaluation des frais de
transport à ajouter aux prix de ces marchandises , et ils prendront
pour base de leur évaluation le prix des transports de
1790 , auxquels ils ajouteront la moitié en sus .
,, X. Les lieux d'arrivage pour les marchandises venant de
l'étranger , seront regardés comme lieux de fabrication et dé
production .
XI . Les sels , tabacs et savons étant compris dans les
tableaux du maximum , le décret du 29 septembre qui en fixait
le prix est rapporté .
,, XII. Le maximum du prix des charbons et des bois à
brûler demeure fixé , conformément à la loi du 27 septembre ,
au 20º . en sus du prix de 1790 , auquel il sera ajouté les
frais de transports , ainsi qu'il est porte dans les articles précédens
, et dix pour cent seulement de bénéfice pour le mar
ehand détaillant.
,, XIII. La commission des substistances et des approvisionnemens
est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires
pour l'exécution du présent décret , dont elle demeurera
responsable , et rendra compte au comité de salut public
. L'insertion au bulletin tiendra lieu de publication . " ,
Un membre a demandé au rapporteur si dans le tableau du
maximum on avait fixé les journées de travail , et il a démontré
la nécessité de cette mesure . Cette question a été renvoyée à
l'examen du comité de salut public .
Un adjudant , envoyé par les représentans du peuple à l'armée
du Rhin , s'est présenté à la barre avec quatre drapeaux pris
sur les ennemis voici le discours qu'il a prononcé .
C
( 40 )
Montagne terrible , et funeste à tous les tyrans , c'est de
ton sommet qu'est parti le feu électrique qui embrâse tous les
soldats de la liberté . Ces drapeaux sont un bien faible hommage ;
mais tous les vrais enfaus de la patrie aiguisent leurs bayounettes ;
la charge va battie et sonner par- tout , et tous nous avons
juré de ne revenir que pour déposer à tes pieds les dépouilles
des rois : c'est alors que tu pourras décréter la liberté du
monde . "
La Convention accepte l'hommage de quatre drapeaux avec
un don de 591 liv. offert par le quatrieme bataillon des Vosges ,
L'adjudant a remis ensuite des dépêches des représentaus du
peuple , elles sout entendues au milieu des plus vifs applaudissemens
. Voyez article Nouvelles . ) Faure demande la parole
sur cette lettre en ce qui le concerne , et dit qu'il s'agit d'une
procédure intentée , à Strasbourg , contre des patriotes . On
reclame l'ordre du jour sur ces querelles particulieres . La Convention
passe à l'ordre du jour , suspend la procédure dont parle
Faure , jusqu'au rapport du comité de sûreté générale , et
décrete que l'endroit de la lettre des représentans du peuple à
l'armée de la Moselle , où il est parlé de Faure , ne sera point
inséré au bulletin .
Gouly annonce que les Républicains de l'Isle - de-France qui ,
depuis une année , se sont réduits â 8 onces de pain par jour ,
tant pour armer 12 corsaires , que pour faire une expédition
importante contre le chef- lieu des établissemens hollandais
en Asie , envoyent à la Convention 170 livres d'indigo net ,
pour les frais de la guerre . Mention honorable .
Une lettre de d'Artygoite , représentant du peuple à Touloase
, apprend que la commune de Grenade lui a envoyé
toute l'argenterie de son église , 635 livres de cuivre , quantité
de charpie , bandes , compresses , et linges pour le pansement des
blessures de nos fieres d'armes.
André Dumont continue , dans les départemens de la Somme ,
du Pas - de- Calais et de Loire , à découvrir l'argenterie et le
numéraire caches . Tous les ci - devant sont arrêtés .
Un décret important pour la fabrication des cuirs est rendu
en ces termes :
La Convention nationale considérant que le tan est au
nombre des objets de premiere nécessité pour la fabrication ,
des cuirs , décrete que les adininistrateurs de district sont aus
torisés , sur la demande des tauneurs , à mettre en requisition
tous les bois de chêne de l'âge de 20 ans et au - dessous
pour être écorchés par les propriétaires ou acquéreurs , suivant
les besoins des tanneries , et à taxer les écorces , conformément
aux lois .
( 41 )
!
PARIS. Nonodi , 9 ventôse .
L'invitation . fraternelle à un carême civique , faite par Barrere
à la tribune de la Convention , a déja produit sur l'opinion
cet effet moral qui a plns de force daus l'ame des vrais Républicains
,, que les commandemens de la loi . L'administration
des subsistances fit afficher à la porte des bouchers l'avis
suivant :
L'administration des subsistances prévient ses freres et
concitoyens , que le dernier marché de Poissi a été peu garni
de boeufs en conséquence , elle attend du civisme et de
l'humanité des habitans de Paris , qu'ils voudront bien laisser
toute la distribution de la viande pour les malades , les
infirtues et les femmes en couche . Les comités révolutionnaires
et civils sont chargés de surveiller cette distribution chez les
bouchers . "
Depuis ce moment , la destination indiquée , a été ponetuellement
remplie . Il est à croire que les citoyens des départemens
, qui ont déja donné tant de preuves de leur émulation
patriotique avec ceux de Paris , sauront s'imposer la
même privation ; nous serions bien peu dignes de la liberté ,
si nous ne savions l'acheter au prix de quelques sacrifices .
Eh ! que sont nos souffrances au prix de celles de nos braves
défenseurs , qui ne connaissent ni saisons , ni fatigues , ni
dangers , et qui exposent tous les jours leur vie pour le
triomphe de la République . Que l'on songe ce qu'il en a
coûté d'efforts , de privations et de peine aux Anglo Americains
pour conquérir leur indépendance , aux Hollandais pour
secouer le joug de la maison d'Autriche , aux illustres compagnons
de Guillaume Tell pour planter l'arbre de la liberté
sur les rochers de la Suisse . Et nous , qui avons établi uu
gouvernement plus parfait , ne saurions-nous le défendre , ni
supporter les embarras inseparables d'une si grande révolution
! La patrie ' obtiendrait - elle pas ce que l'on accordait
si facilement à la superstition ? Il faut considérer la France
entiere dans un état de siége ; elle l'est véritablement , puisqu'elle
mite contre les forces combinées de l'Europe . Eh bien !
si nous étions dans une ville assiégée , oserions - nous nous
plaindre de manquer d'un peu de viande .
Cette privation momentanée importe à l'agriculture . Comment
cultivera - t - on , labourera- t- on , ensemencera- t- on si l'on
dévore les bestiaux , qui dans la plus grande partie de la République
concourent à la reproduction ? On ne sait pas , ou
l'on oublie que les deux tiers du globe ne vivent que de
riz , de pommes de terre et de légumes . Que faisons - nous de
ces jardins de luxe ; de ces parcs , de ces vastes enclos deve
( 42 )
nas propriétés nationales? pourquoi ne les convertissons-nous
pas en jardins potagers ? pourquoi ne pas ensemencer le bois
de Boulogne , le bois de Vincennes , et tant d'autres terrains
inutiles , en pommes de terre et en légumes ? N'a-t-on pas vu
T'heureux essai qui en fut fait , il y a quelques années , dans
la plaine des Sablons ? On en parle souvent ? Suffit-il d'en
parler ? Chaumette en a fait la notion au conseil de la commune
, et la discussion sur eet objet a été mise à l'ordre du
jour. Hâtons- nous ; le tems presse . Ne saurons - nous être ni
prévoyans , ni soigneux à tirer parti de nos moyens ?
.
Cependant malheur à qui oserait répandre de fausses alarmes
sur les subsistancs ! C'est l'arme puissante dont se servent nos
ennemis ; ils veulent nous affamer , ou plutôt ils cherchent
à nourrir le peuple de crainte , bien sûrs quc la peur du mal
est une avance prise sur le mal lui même . Mais nos ressources
sont immenses ; la France riche au-dedans d'un sol fertile
environnée de deux mers abondantes en poissons , peut se
suffire à elle même. C'est une vérité qu'il importe de répéter.
Ce qui est nécessaire aux besoins réels ne nous manquera
jamais . Quant aux commodités , laissons - les aux peuples avilis
et dégradés par le luxe de la servitude . Avee du fer et du
brouet noir les Spartiates , qui n'étaient qu'une poignée d'hom
mes en comparaison de nous , firent trambler toute la Grece.
Avec du fer et des pommes de terre , nous braverons les efforts
combinés de l'Europe .
Pourquoi ces vaines terreurs ! la saison productrice s'ouvre
sous les auspices les plus favorables . Nous avançons de semaine
en semaine vers les dons abondans de la culture . Le zele des
communes qui possedent du superflu sera inépuisable . La seule
commune de Mereville a envoyé à Paris , ces jours derniers ,
2400 douzaines d'oeufs et 150 livrrs de beurre , qui ont été
distribués au marché St. Germain , par le comité révolutionnaire
de la section de Mutius Scévola . La nouvelle loi sur le
maximum est décrétée ; elle produira des effets salutaires pour
les approvisionnemens , parce qu'elle est plus complette , qu'on
est remonté jusqu'aux premieres sources de la fabrication et
de la production ; parce qu'elle donnera un prix uniforme
dans toute la République , sauf les différences qui proviendront
du transport , et que le tarif en est mieux proportionné,
Nes ennemis en ont été tellement effrayés qu'ils se sont hâtés
de faire imprimer un faux maximum , ce qui a obligé le comité
des subsistances à détromper ses concitoyens , par l'affiche
suivante :
La malveillance s'agite pour rendre funeste la loi bienfesante
du maximum général , dont les bases viennent d'être dé- ·
crétées par la Convention nationale ; un faux maximum se colporte
, se crie , et se vend dans Paris . Aucun des prix qu'il
annonce n'est vrai. Citoyens prenez garde à ce, piége , le
iableau général du maximum est à l'impression ince travail est
( 43 )
immense par ses détails , et ne peut paraître que sous quelques
jours . La commission ne perdra , pas un moment pour que le
décret que la Convention , qui ordonne que le tableau général
du maximum soit publié dans toute la République au fer , ger,
minal , soit exécuté.
Que conclure de ces nouvelles manoeuvres et de toutes ces
réflexions ? que la loi du maximum nous sauvera ; que nous
devons nous défendre de cette inquiétude qui multiplie les
obstacles et les font naître quand ils n'existent pas ; qu'avec
du calme , de la patience et du courage , nous supporterons
tout , nous triompherons de tout .
Les cours publics et gratuits pour apprendre à fabriquer le
salpêtre , la poudre et les canons , sont ouverts depuis le
premier de ce mois . Les professeurs sont les citoyens Guitton ,
Fourcroi , Dufourni , Berthollet , Carny , Pluvinet , pour la
fabrication des poudres et salpêtres ; Hassenfratz , Monge ,
Perrier , pour la fabrication des canons .
Les six premiers professent à tour de rôle au laboratoire du
Musænm national , maison du jardin des Plantes à onze heures
du matin .
Les trois autres à la salle des électeurs au ci - devant évéché ,
à deux heures après midi .
Quoique les éleves appellés de chaque district par le comité
de salut public , n'aient pas encore eu le tems de se rendre tous
Paris à la premiere époque indiquée , ces cours attirent déja
un auditoire nombreux. Ce point central de lumieres , est une
des idées les plus heureuses pour accélérer la fabrication des
instrumens qui doivent servir à pulvériser nos ennevais . Les
démonstrations sont claires , réduites à leurs plus simples termes,
et toujours accompagnées de l'expérience etde la pratique . Nous
ne doutons pas qu'il ne sorte de cette école une infinité
d'artistes qui rapporteront dans leur département la haine des
tyrans et les moyens de les détruire.
Il y aura trois cours de chaque espece qui dureront 8 jours
consecutifs chacun .
Le comité de salut public à également appellé auprès de lui
tous les citoyens qui peuvent lui fournir d'utiles renseignemens
sur l'état des mines , fonderies , acieries , et autres fabriques
importantes pour la République . Ce comité infatigable ne
néglige rien de ce qui peut intéresser la sûreté , la gloire et la
prospérité nationale,
Plusieurs papiers répandent que l'expédition des corsaires armés
aux Isles - de- France , de S. Maurice et ci - devant Bourbon ,
que le représentant du peuple Gouly avait annoncée à la
Convention , a eu le plus grand succès , et que les Français
s'étaient emparés de Batavia, Si cette nouvelle se confirme ,
c'est un des coups les plus funestès que nous ayons pu porter
à la fortune commerciale des Hollandais .
( 44 )
L'inquiétude des Jacobins et de tous les amis de la chose
publique sur la maladie de Robespierre et Couthon , est enuerement
calmée. Celui - ci est presque rétabli. L'indisposition
de l'autre , quoique plus grave et provenante d'un grand échauf ·
fement , n'aura aucune suite facheuse .
Les femmes de Charles Lameth et de Déprémesnil ont été
arrêtées.
Le notaire Etienne s'est tué avec un rasoir dans la maison
d'arrêt de Saint Lazare .
Gouttes , évêque constitutionnel d'Autun , est entré à la
Conciergerie.
a
Grammont ci - devant acteur du théâtre de la Montansier , et
depuis commandant en second de l'armée révolutionnaire
été arrêté et conduit au Luxembourg.
Une lettre de Montpellier annonce , que les Espagnols ont
évacué Collioure , après avoir emporté ce qu'ils ont pu
de nos
magasins.
On apprend d'Ostende qu'on a pendu à Dixmande un espion
qui portait dans un bâton les plans de Niewport , Fuines ,
Menin .
Suivant les dernieres lettres du Midi , l'escadre anglaise que
l'on croyait éloignée , croise toujours depuis les isles d'Hieres
jusqu'à celle de Corse.
Les représentans Milhaud et Soubrany ont fait juger militairement
et révolutionnairement , en présence de l'armée au
camp de l'Union , trois officiers - généraux . Lautherica a été
acquitté ; Souleyrac déchargé d'accusation , mais condamué à
une détention limitée , pour avoir refusé à ses freres soldats
les devoirs de l'humanité . Bernede , général de brigade , a été
condamné à mort et exécuté avec trois émigrés .
Billaud- Varennes , membre du comité de salut public , est
parti pour l'armée du Nord . Cette armée occupe les positions
les plus avantagenses ; nous avons trois camps principaux ,
P'un entre St. Quentin et Guise ; un autte près Cambiay , et
un troisieme sous Landrecie .
Un citoyen a annoncé au conseil général de la commune
qu'un des moyens par lesquels les rebelles de la Vendée s'étaient
procuré des armes et des munitions , venait de la facilité dont
jouissent nos bateaux - pêcheurs d'aller jusques sous les vaisseaux
anglais sans être inquiétés . Ces renseignemens ont été renvoyés
au comité de salut public .
Le tribunal criminel révolutionnaire a comdamné à la peine
de mort , Foucault Pavant , âgé de 44 ans , notaire à Paris ,
( 45 )
-

Choiseau , âgé de 65 ans .
entrepreneur des chevaux
Maussion , ci - devaut inrue
Ste . Croix de la Bretonnerie ;
demeurant à Paris , rue d'Enfer ,
d'artilleric de la République ;
tendant de Rouen , ex noble , âgé de 43 ans , demeurant à Paris ,
fauxbourg St. Honoré ; et plus de 20 autres conspirateurs ou
fournisseurs infideles .
Maillet et Giraud , l'un président et l'autre accusateur
public auprès du tribunal révolutionnaire établi à Marseille ,
accusés de manoeuvres pour exciter la guerre civile , ont été
acquittés.
Le total des prisonniers , dans le département de Paris , est
de 5829.
NOUVELLES.
ARMÉE DES PYRÉNÉ IS .
Perpignan , 24 pluviôse . « Nous touchons à ce moment à des
attaques vigoureuses contre les Espagnols ; ce qui a retardé
nos opérations , c'est qu'il a fallu reorganiser l'armée et la
pourvoir des approvisionnemens de tout genre.Nous attendons
incessamment du gros canon , qui nous arrive de Toulon. II
paraît que le systême offensif sera suivi sur cette partie des
frontieres , comme sur toutes les autres. La République va se
déborder à-la- fois sur tous les tyrans qui la menacent. Nos
troupes brûlent d'impatience de se venger des atrocités des
Espagnols . Plusieurs prisonniers Français , qui se sont échappés
des mains de leurs oppresseurs , nous ont fait le récit des
horribles traitemens qu'on leur fait éprouver.
,, Le jour que la nouvelle de la reprise de Toulon fut
connue à Barcelone , le peuple se porta au fort pour égorger
les prisonniers Français ; heureusement que la garde fut dou
blée à tems . Le tyran d'Espagne , d'après les dispositions du
peuple , diminua les vivres aux prisonniers Français . Ensuite
de cette barbarie , il détacha une bande de prêtres , etc. pour
solliciter les prisonniers à s'engager au service d'Espagne ; un
grand nombre de ces malheureux prirent ce parti plutôt que
de mourir de faim , avec l'espoir de repasser en France à la
premiere occasion .
" Pour parvenir facilement à ce projet , il eut soin , quelques
jours auparavant , de faire partir de Barcelone les officiers
et volontaires qui pouvaient avoir quelqu'influence sur
leurs camarades ; il en a fait passer une partie au Mexique .
Il a donné le nom de Royal - Roussillon au corps qui
s'est formé de ces prisonniers , et avant de les former en bataillon
, il a eu soin de les faire débaptiser : nos ci- devant
( 46 )
1
prêtaes se sont chargés de cette cérémonie ; vous ne devez
pas ignorer de quelle maniere ils s'y sont pris ; écoutez ce trait :
Un malheureux volontaire , ne pouvant résister à tant de scélératesse
, prit un bouton républicain , le baisa en levant les
yeux au firmament : il fut apperçu à l'instant , et de suite condamné
aux galeres pour vingt ans .
" En voici une digne des scélèrats de prêtres on a eu
recours au poison pour nos prisonniers malades : dans le fort
des convulsions et des douleurs occasionnées par cet ingrédien
; eh bien les prêtres faisaient entendre au peuple qué
c'était le démon qui les tourmentait . Je ne finirais point ,
si je voulais tout vous dire : j'ai cru devoir vous donner
le récit de tant d'atrocités qui a soulevé d'indignation tous
les esprits qui aiment la patrie la société populaire de Perpignan
a arrêté , dans sa séance d'hier au soir , de faire une circulaire
pour instruire toute la République de ces cruautés
et , par un cri unanime , on a demandé à l'instant une adresse
à la Convention nationale , pour qu'elle declare une guerre å
mort avec les Espagnols , et de suite on a crié de toutes parts :
plus de prisonniers à l'instant , tous ceux présens à cette
scène , la plupart volontaires , ont juré de se battre jusqu'à
extinction , et de regarder comme un lâche tout individu
qui aurait le malheur de se livrer prisonnier , et d'être
exclu à jamais du nom Français . La sociétc députa de suite
deux de ses membres vers les représentans du peuple , pour les
instruire de la conduite espagnole , et de ce qui s'était passé
à la séance ; ils ont répondu qu'ils avaient été instruits , et
qu'ils étaient prêts à seconder les mesures de la société par tous
les moyens possibles : on lira ce soir l'adresse à la Convention
à ce sujet , ainsi que la circulaire . ,,
ARMÉE DU REIN .
Strasbourg , 2 ventôse . Les intérêts de la République ont
décidé le repos de l'armée du Rhin , mais elle n'emploie ses
loisirs qu'à préluder la victoire .
,, Le 24 du mois dernier , un détachement aux ordres du
général Frimont a pris à Turckeim 22 voitures de sel ; le lendemain
, des boeufs et moutons , farines et avoines , et toute
facilité pour revenir à la charge avec succès .
,, Quelques jours après , un fort détachement d'hussards.
autrichiens escortait un convoi de boeufs , chevaux , fourrages ,
vins et autres denrées également utiles ; 60 chasseurs du
huitieme régiment ont mis l'escorte en faite , et le convoi a
été conduit dans les magasins de la République. L'ennemi a
été poursuivi jusqu'à Oggersheim , petite place fortifiée de murailles
et de fossés , la garnison a été battue , la ville prise , et
ceux qui ont fui n'ont évité la mort qu'à la faveur des rochers
et des marais .
La division française rentra dans les lignes après cette expé(
47 )
dition , l'ennemi fit aussi - tôt passer de nouvelles forces à
Oggersheim avec des magasins en conséquence . Quelques détachemens
aux ordres du général de Saix se sont portés de .
nouveau sur cette ville ; et malgré la défense de la place et
l'infériorité du nombre , ils ont enlevé cent voitures d'effets ,
à travers toutes les difficultés du terrain et le feu continuel des
ennemis . On a tué un grand nombre d'hommes , fait 104 prisonniers
dont 5 officiers , sans presqu'aucune perte de notre côté.
Seize chasseurs ont mis en déroute un escadron entier de
cavalerie autrichienne .
Signés , LACOSTE et BEAUDOT.
ARMÉE DE L'OUES T.
NANTES , 30 pluviôse . La marche des colonnes que j'avais
chargées de traverser la Vendée , a déja produit la mort de près
de 6 mille brigands , la découverte d'une quantité considérable
de grains e : de fourrages que j'ai fait déposer dans les magasins
des environs , et de quelqu'argenterie que je m'empresse de
t'adresser. L'envoi eût été plus considérable , si quelques
soldats indignes du nom français , n'eussent détourné une
partie de ces effets . J'ai lieu de croire qu'ils changeront de
conduite , lorsqu'il verront tous la Convention nationale consacrer
dans son bulletin les noms de ceux qui ont génereusement
apporté sur l'autel de la patrie le prix des dangers qu'ils ,
ont encourus.
" On compte parmi ceux qui ont rapporté ces effets , les
citoyens Lebrun , lieutenant du premier bataillon des fédérés
nationaux ; Thuriot , chef de bataillon ; Labeune , capitaine ;
Pelletier, Philippeaux , adjudant - majors ; Develle , lieutenant ;
Jacques , caporal ; Thinan , grenadier ; Joly , adjudant , sousofficier
; Moul , caporal - fourrier , tous du dixieme bataillon.
de la Haute-Saône ; Martin , caporal du quatrieme bataillon
du Bec- d'Ambès , le commandant des hussards volontaires de
Cholet .
" On doit des éloges particuliers au désintéressement patriotique
du citoyen Donadieu , lieutenaut au huitieme régiment
des hussards , ci -devant neuvieme qui , après avoir
charge , sans balancer , deux cavaliers rébelles qui voulaient
lui faire une dangereuse résistance , les avoir terrassés , enlevé
la valise d'un d'eux . s'est empressé de m'apporter un sac de
1500 liv . qu'elle renfermait , et la croix de St. Louis que portait
le ci - devant uoble ... Ce jeune officier n'a cessé de donner .
depuis la guerre de la Vendée , des preuves d'une valeur
qui mérite d'être récompensée . 19
Signé THURREAU.
?
( 48 )
COTIS MA ITIMES .
L'Orient , 22 Pluviôse . « Il vient d'arriver en ce port , sous
l'escorte de deux fregates , dix navires venant de l'Isle- de-
France , chargés principalement de cotton , toiles de cotton ,
mousseline , café , poivre et indigo . Leur cargaison est estimée
à plus de 30 millions . Un des navires était chargé de
salpêtre et tout préparé : on ne peut pas être plus à l'ordre
du jour.
" Les chantiers sont ici dans la plus grande activité . Le
cri général est : descente en Angleterre . "
Dunkerque , 29 pluviôse . Nous vous annonçons , avec plaisir ,
l'entrée en ce port de la prise faite en mer par le Lougre de la
République , le Voltigeur , capitaine Defraye , d'un navire hollandais
de cent vingt tonneaux chargé de genievre , venant
d'Amsterdam , et allant à Ornay dans l'isle de Guernesey . Nous
attendons aussi à tout moment on navire de Dantzick chargé de
planches propres aux ponts et bor lages des vaisseaux ; et hier
est arrivé en rade un bâtiment américain venant de Gottenbourg ,
chargé de quatre cents mille livres de fer , et de 40 tonneaux
de chauvres . Ce navire était destiné pour le Havre ; mais
ayant échoué sur nos bancs , ce n'est qu'à l'activité de nos bateaux-
pêcheurs qu'il doit son salut . Il est actuellement dans
notre rade , où il n'attend qu'une marée favorable pour faire
son entrée dans le port. "
Cherbourg, 2 ventôse . « Encore cinq bâtimens anglais pris
par la corvette Républicaine la Légere , et entrés dans la rade de
ce port ; un hier , les quatre autres ce matin . Ce sont cinq petits
pierrenx des isles de Jersey et Aurigny ; l'un d'eux est chargé ,
dit-on , de balais , de paniers d'osiers , de chaises et de roues
d'artillerie ; une autre l'est de balottage. Un convoi de 25 à
30 voiles , signalé français , venant du Havre , cingle pour
Cherbourg. Il est présumable que , malgré un grand vent
contraire , il attrapera heureusement la rade .
P. S. Dans la séance d'hier , 8 ventôse , Saint -Just a fait
un rapport sur les détenus pour cause de suspicion , à la suite
duquel la Convention a décrété :
Art. Ier , Le comité de sûreté générale est investi du
pouvoir de mettre en liberté les patriotes détenus. Toute personne
qui réclamera sa liberté ,
rendra comple de sa conduite
depuis le 1er. mai 1780 .
,, II . Les propriétés des patriotes seront inviolables et sacrées.
Les biens des personnes qui seront reconnues ennemies
de la révolution , seront séquestrés au profit de la République
. Elles seront détenues jusqu'à la paix et bannies ensuite
à perpétuite . 55
( No. 10. 1794. )
MERCURE FRANÇAIS.
D'OCTIDI , 18 VENTOSE , l'an deuxieme de la République .
( Samedi 8 mars 1794 , vieux style . )
POÉSIE .
CONTE. Le Fruit précoce.
GILLE , deux mois apres son mariage ,
Voit d'un enfant augmenter son ménage :
Le malheureux de bons mots est criblé .
1
De ta moitié la couche est bien précoce ,
A mon avis , lui dit le railleur Josse.
Gille répond saus paraître troublé :
Parbleu , l'ami , je te croyais plus sage ;
Ne dois -tu pas appercevoir , nigaud ,
Que le poupon n'est pas venu trop tốt ,
Mais qu'on a fait trop tard le mariage ?
Jx n'ose
CHARAD L.
E n'ose pas vous dire mon premier ,
Avec dégoût vous détournez la tête ;
Mais en revanche on court au- devant du dernier ,
Et pour lui bien des gens ont toujours la main prête .
Mon tout dont on se sert pour mieux armer l'amour ,
Poite l'épouvante et la flamme ;
Souvent il embrâse notre ame ,
Et souvent s'éteint dans un jour .
EN
LOGO GR IP H E.
N tout pays tu me trouves , lecteur ,
On me voit au théâtre , à l'église , aux toilettes ,
Chacun me met sur ses tablettes ,
Et j'ai du caractere autant qu'homme de coeur.
Tome VIII. D
I.
( 50 )
Je plais au froid pédant ainsi qu'au petit-maître ,
Par fois même à la cour je me trouve en faveur ,
Mais on me voit toujours à l'auteur de mon être
Modestement rapporter cet honneur.
Malgré cette brillante et frivole existence ,
Auprès des savans même on me voit réussir.
A ma table on les voit venir ,
J'obtiens souvent leur confiance ,
Et près de moi long - tems je sais les retenir ;
Mais comme il faut pourtant payer sa dette
A la commune vanité ,
Malgré l'egalité
Qu'avec tant de soins on décrete ,
Je suis resté toujours titré.
J'ai quelquefois une peau douce et fine ,
De dentelles je suis paré ,
Et qui voudrait alors me juger sur la mine
Par mes dehors brillans pourrait être égaré .
C'est le dedans , l'esprit , le caractere ,
Et non l'habit que l'on doit rechercher.
Parmi les biens qu'on a su m'attacher ,
Il est une faveur légere .....
Mais pour l'avoir , il faut me l'arracher ;
Si quelqu'un y parvient , il en a le salaire ,
Et je pnnis le téméraire
En le forçant bien souvent à chercher.
Mais , lecteur , que tant d'avantages
Par mes dangers sont compensés !
Que d'ennemis contre moi ramassés !
Des élémens je crains tous les ravages ,
..
Le beurre et le tabac sont pour moi des poisons ,
Le ver même en secret ma ruine exécute ;
Enfin , dans toutes les saisons
Des feuilles je crains la chûte.
Explication des Charade et Enigme du n ° . 9.
Le mot de la Charade est Sonnez , celui de l'Enigme est Volant.
( 51 )
1
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Systême de dénominations topographiques pour les places , rues ,
quais , etc. , de toutes les communes de la République , par le
citoyen Grégoire. Imprimé par ordre du comité d'instruction pum
blique ; brochure , in-8° .
RIEN
JEN n'est indifférent de ce qui peut servir la cause de la
liberté . Si c'est un défaut en politique de donner trop d'im
portance aux petites choses , ce serait une faute de les négliger
entierement ; car tout se tient dans l'ordre social , et l'essentiel
est de mettre chaque chose à sa place. Au plan général du
gouvernement doivent se rattacher les usages , les moeurs publiques
et privées , mon pas de maniere à les violenter ; car
on ne dispose pas des habitudes comme on pose des principes
; mais par une tendance continuelle à mettre autant qu'il
est possible , les uns d'accord avec les autres .
C'est ce qu'a très -bien senti et développé le citoyen Grégoire,
et ce qui nous engage à retracer ici les principales idées du
rapport qu'il a fait sur cette matiere , et qui nous a paru trèsbien
conçu.
66 Quand on reconstruit un gouvernement à neuf, aucun
,, abus ne doit échapper à la faulx réformatrice on doit
,, tout républicaniser ..... Le patriotisme commande de nou-
" velles dénominations , et beaucoup de citoyens appellent
" vos regards sur cet objet . Leur abandonnerez vous ce tra-
,, vail , qui éprouverait alors de l'incohérence et des lenteurs
,, inévitables ? D'ailleurs , depuis quelque tems , une foule de
" gens pour qui tout est manie , ou qui ne voient le bien que
,, dans les excès , proposent de travestir toutes les dénomi-
" nations de maniere à dérouter la mémoire et introduire la
" confusion dans les travaux de l'administration . Il faut donc
qu'une raison calme regle ce mouvement , ensorte qu'il
" n'en résulte aucune dissonance dans les opérations du gou-
,, vernement. Et pourquoi le législateur ne saisirait - il pas
" cette occasion d'établir un système combiné de nomencla-
" tures républicaines , dont l'histoire d'aucun peuple n'offre
" le modele ? ,,
Ces motifs sont très - judicieux ; et si l'on ne trouve pas de
modele d'une nomenclature politique et morale ordonnée par
le gouvernement , c'est qu'il n'y avait pas non plus de modele
de cette autorité révolutionnaire qui a produit tant de merveilles
inouies jusqu'à nous , parce qu'elle tient à un enthou
siasme patriotique qui se porte sur tout , et fait exécuter d'un
D 2
( 52 )
commun accord ce qui par sa nature ne saurait se commander
, et ce que par- tout ailleurs on tenterait vainement.
Mais du moins l'auteur a su retrouver dans les anciennes
républiques des idées originelles qui justifient les sienues , et
le morceau suivant est d'un homme en qui les connaissances
historiques et littéraires étendent les lumières du patriotisme .
La nouveauté du sujet m'invitait à faire une excursion
9 , littéraire dans l'histoire des autres peuples . Je vais détacher
,, de mes recherches quelques faits propres à piquer la curio sité.
" Dans une ville grecque on était sûr de trouver quatre
" choses , des temples , des théâtres , des bosquets , des
portiques .
Il aurait pu ajouter des bains , établissement d'une utilité
générale , qui jusqu'ici n'a montré que la mesquinerie des
entreprises particulieres , et qui dans une république doit avoir
cette magnificence des états libres , qui travaillent toujours
en grand en travaillant pour le peuple.
A Sparte, on remarquait le portique des Perses, ainsi nommé
parce qu'on y avait représenté la défaite de l'armée de
Xercès. Olympie , en Elide , avait une rue du Silence . Athenes
" avait une porte nommée sépulcrale , parce que les convois
funebres y passaient ; car on inhumait hors de l'enceinte des
villes , et l'on ne connait gueres que Sparte où les tombeaux ,
placés dans le séjour des vivans , en hâtaient la destruction .
La place Pompéion était ainsi appellée , parce que de la
partaient les cortèges des jeunes filles et des jeunes garçons
pour se rendre aux fêtes du voisinage . Les trépieds
9 étaient chez les Grecs des symboles de la victoire ou des
monumens votifs . Athenes en avait un dépôt dans une rue
, qui en avait pris le nom. Elle avait aussi les rues des
Etrangers , des Ennemis , des Faiseurs de cassettes , des Four-
9 mis , etc. Athenes était comme Paris , divisée par sections .
appellées Come ; chacune veillait à sa propre police , sous
, la surveillance d'une autorité centrale.
,, Hâtons- nous d'observer que les deux principales pro-
, menades d'Athenes étaient les Tuileries on Céramiques , ainsi
" nommées parce qu'anciennement ou y faisait des tuiles
, comme aux Tuileries de Paris , dans les treiziemie et qua-
, torzieme siecles . Il y avait deux Céramiques ou Tuileries
» l'une dans l'enceinte , l'autre hors des murs de la ville . Dans
le Céramique externe , Platon enseiguait la philosophie ; on
y révérait les monumens des héros morts en défendant la
patrie , excepté de ceux qui avaient péri aux Thermopyles
et à Marathon : ceux - ci avaient été inhumes dans les
lieux témoins de leur valeur . Les Tuileries situées dans la
› ville et qui donnaient leur nom à l'une des sections
d'Athenes , présentent un rapprochement d'une singularité
piquante. Là était le palais national de l'Aréopage , com-
·
( 53 )
" posé de 500 représentans du peuple Athénien , qui pendant
, une année exerçaient les fonctions de sénateur . Là était
" déposé le code des lois , l'acte constitutionnel de la Répu
blique . Là ou montrait la place où s'était opérée la révo-
" volution du pays , etc. ""
Le savant rapporteur s'est mépris ici sur quelques circons
tances. L'aréopage n'était point composé de représentans du
peuple . Jamais les Athéniens , ni aucun des anciens peuples
républicains n'ont connu le gouvernement representatif , qui
est une invention moderne . Le peuple d'Athenes traitait lui-même
toutes les grandes affaires dans les assemblées générales , où il déerdait
à la pluralité , après avoir entendu ses orateurs . Le nombre
des citoyens fut toujours assez borné pour permettre à la
democratie cette plénitude de puissance active , impossible à
exercer , quand les citoyens se comptent par millions ; et il en
était de même à Rome . Quant à l'administration journaliere ,
elle était confiée à differens conseils , et l'aréopage en partageait
quelques attributions ; mais il n'était par lui même qu'un
tribunal , un corps de judicature , composé de 50 personnes ,
élues à certaines conditions . Il ne fut porté à 500 que lorsque
la liberté d'Athenes fut détruite , et qu'on laissa entrer dans
çe corps jusqu'à des étrangers . Les prytanes ou présidens da
conseil de chaque tribu ou section étaient chargés de la police
générale , et renouvelles tous les mois ; les archontes , magistrats
d'abord perpétuels , puis décennaux , puis annuels , comine
les consuls de Rome , étaient au nombre de neuf , ei se partageaient
les différentes branches de l'administration , precisement
comme nos ministres . Le rapporteur n'a pas fait assez
d'attention aux sources où il a puisé ses notions sur le gou
vernement d'Athenes : il lui est facile de les rectifier en réim
primant son rapport , d'ailleurs rempli d'excellentes vues .
I propose de donner aux places , aux rues , des denomi
nations géographiques , historiques , commerciales , commé
moratives , etc .; et ce doivent être en effet les élémens généraux
de cette espece de nomenclature . Mais je ne voudrais
pas , je l'avoue , y faire entrer les idées morales , ni avoir une
rue de la Tempérance , une de laJustice , une de l'Amourfilial , etc .;
et voici ma raison : c'est qu'on peut très - bien dénommer un
lieu
par des rapports à une route , à un métier , à un fait
qui s'y est passé , à un monument qu'on y voit , mais les
qualités morales , les vertus n'appartiennent à aucun endroit
particulier on doit seulement souhaiter qu'elles se trouvent
par- tout les vertus ( s'il est permis d'employer cette phrase
iriviale ne courent pas les rues , et aucune rue ne doit être
appellée plutôt qu'une autre la rue de la Tempérance , etc. Pour
graver la morale au fond des coeurs , il ne servirait à rien de
donner aux rues des inscriptions morales , qui ne sont faites
que pour des monumens particuliers dont l'objet est determine.
D 3
( 54 )
1
A cela près , je crois qu'on ne peut mieux faire que d'adopter
les vues de l'auteur , qui méritent d'être étudiées dans
le rapport même , où l'on trouvera des développemens intėressans
dont on n'a pu donner ici qu'une notice très - abrégée ,
et qui doivent faire honneur à ses connaissances autant qu'à
son civisme depuis long- tems éprouvé.
ANNONCES.
Calendrier des Républicains Français , commençant le 22 septembre
1793 , et finissant le 21 septembre 1794 , avec les
mois et les noms des jours , imprimé d'après celui de la Convention
, précédé du rapport du citoyen Fabre d'Eglantine ,
député . A Paris , chez les imprimeurs réfugiés Liégeois , place
des Quatre- Nations , n . 1889 .
Abrégé de l'Histoire Universelle , en figures , dessinées et
gravées par les premiers artistes de la capitale ; ou Recueil
d'Estampes , représentant les sujets les plus frappans de l'histoire
tant sacrée que profane , ancienne et moderne avec les explications
qui s'y rapportent . Commencé par MM. Vauvilliers
et Auger , de l'académie des inscriptions et belles - lettres ; et
continuée par M. Paris , de plusieurs académies et sociétés
littéraires . Ouvrage destiné à l'instruction de la jeunesse . Le
prix du cahier in - 8° . est de 4 liv . ro sous . Histoire profane ,
nº . 15 , Macédonien , 27 me , livraison . De l'imprimerie de Pierre-
François Didot le jeune . A Paris , chez Duflos le jeune , rue
Saint- Victor , nº . 151 , la premiere porte- cochere à gauche en
entrant par la place Maubert ; et chez les principaux libraires .
de l'Europe .
GEOGRAPHIE.
Le citoyen Desnos , libraire , ingénieur - géographe pour les
globes et spheres , annonce qu'il est le seul posseseur de la
grande carte de la République Française divisée en tous ses
départemens , districts et cantons , conformément au décret de
la Convention nationale , dressée sur les meilleures cartes qui
ont paru jusqu'à présent , et sur celles des triangles , levée
géométriquement , et mise au jour par les citoyens de l'académie
des sciences . Cette carte en 24 demi- feuilles , est de
5 pieds de hauteur et de largeus , quand elle est réunie , et la
plus grande qui ait paru jusqu'à présent ; elle offre un tableau
si detaillé de la France et de sa nouvelle division , qu'elle renferme
le théâtre de la guerre dans les Pays-Bas , le Rhin ,
l'Allemagne , la Suisse , la Savoie , l'Italie et l'Espagne . Elle
peut être placée dans les salles et bureaux d'assemblées munici
pales , de districts et de départemens . On pourrait même dire
u'elle y est nécessaire . Prix , 36 liv .
La même carte en six grandes feuilles brochée en forme
d'atlas in -fol. , ou pliée et encartonnée , format in-4 ° . portatif ,
se vend même prix .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 21 février 1794.
La Porte Ottomane est toujours sollicitée par la Russie
d'entrer dans la coalition , et même menacée en cas de refus ,
suivant l'usage de cette cour hautaine qui se conduit déja
comme si elle avait l'empire de l'Europe entiere , qu'elle se
promet trop facilement d'après ses rapides succès en Pologne ;
succès dont elle ne devrait pourtant pas oublier qu'elle doit
une grande partie à l'ambition mal entendue des cours co - partageantes
, réellement plus fortes et plus riches de ce que
l'avide Catherine ne posséderait pas en Pologne , si consultant
elles - mêmes davantage la justice et la saine politique , elles
eussent respecté , il y a vingt- cinq ans , et dernierement encore ,
un état voisin trop faible pour leur nuire , mais assez fort
néanmoins pour les aider à réprimer les tentatives de cette
nouvelle conquérante qu'elles ont imprudemment appellée du
fond des glaces du Nord dans les pays plus tempérés et plus
fertiles qu'arrosesla Vistule ; et surtout si elles se fussent opposées
de bonne heure à ses invasions sur le Ture dont l'existence
telle qu'elle était enfin arrangée , combinée avec celle
des autres états voisins après quelques siecles de mouvemens
convultifs , se trouvait nécessaire au repos et au commerce
de l'Europe qui vont se déranger de nouveau , et auront encore
besoin de plusieurs siecles d'agitation pour se raffermir dans
un nouvel ordre .
Quoi qu'il en soit de ces vérités , de ces principes méconnus
ou bravés dans le tems par l'ambitieuse maison d'Autriche
et la Prusse aussi jalouse de s'aggrandir à quelque prix que
ce fût , et que les princes qui les gouvernent , et qui ont consommé
sur la Pologne l'iniquité de leurs prédécesseurs , porteront
la peine d'avoir violé , comme ils porteront infailliblement
encore celle de faire aujourd hui nue guerre sacrilege à
la régénération de l'ordre social en France , dont ils s'efforcent
et obtiennent en partie de troubler la fermentation
réguliere ca lai en substituant une fausse par leurs agens perfides
et par leur or corrupteur , encore plus que par la force
de leurs armes . La Porte Ottomane n'entrera pas avec eux
dins la coalition contre la France , parce qu'elle ne le doit
pas , et que le divan est tout à la fois plus probe que les
D 4
( 56 )
cabinets d'Europe et plus éclairé qu'on ne pense sur ses véritables
intérêts , et ensuite parce qu'à vrai dire elle ne le peut
gueres en ce moment , quand même le grand- seigneur et son
conseil en auraient la coupable , l'ingrate volonté, suggerée par
la crainte ou par de fausses promesses sur la valeur desquelles
la mauvaise foi de ses voisins ne lui a que trop appris à ne
point compter.
Les négociations entamées depuis long- tems entre le cabinet
de Pétersbourg et le divan , écrit-on de Constantinople , n'avancent
que très -lentement ; la Russie ne répond qu'évasivement
aux demandes de la Porte ; la Porte de son côté ne
montre plus pour la Russie cette deférence presqu'exclusive
que les circonstances lui imposaient autrefois . Enfin , le bruit
Court que notre ambassadeur à Pétersbourg a demandé des
éclaircissemens si précis à la cour dǝ Russie , sur certains
articles antérieurs , que cette cour ne voulant ou ne pouvant
y répondre , l'a laissé partir pour revenir ici avant le terme
fixé pour la duree de son ambassade . On présume , d'après
les dernieres dépêches de Pétersbourg , que M. Kutuzow quit
tera incessamment aussi son ambassade auprès du grand- seigneur
vers la fin de février , et qu'une rupture ne tardera pas
éclater entre les deux cours .
Les ministres des puissances coalisées contre la France ont
présenté à la Porte un mémoire , dans lequel ils la somment
pour ainsi dire de donner une déclaration positive sur ses
intentions à l'égard de la nation française , attendu que , dit ce
mémoire , l'incertitude de ses intentions peut être très-nuisible
aux puissances coalisees , en inspirant à d'autres états le desir
d'embrasser une neutralité peu conforme à leurs besoins . Le
divan , choqué de ce ton impérieux , n'a répondu au mémoire
qu'en ordonnant aux commandans des ports de l'empire ottoman
d'observer et de faire observer la plus parfaite neutralité ,
avec l'attention de ne donner aucun sujet d'ombrage ni à l'un ,
ni à l'autre parti .
Le capitan-pacha fait travailler avec la plus grande activité
au radoub et aux constructions des vaisseaux dans tous nos
ports , afin d'être en mesure dans le cas que des escadres russes
dont on annonce la prochaine arrivée , viennent à se présenter.
On travaille aussi à fortifier les places de Bender et
d'Anape , et elles viennent d'être pourvues de munitions et de
vivres comme en tems de guerre.
Les dernieres nouvelles d'Egypte sont très- fâcheuses les
beys de cette contrée se sont partagés les provinces dont ils
s'approprient les revenus , et toute la contrée est en révolte
onverte contre la Porte .
De Francfort- sur-le-Mein , le 27 février.
Le cabinet de Vienne commence ou affecte de concevoir
( 57 )
de nouvelles espérances . Il a fait publier , par les papiers
publics ; la nouvelle suivante , de l'authenticité de laquelle
beaucoup de gens se permettent encore de douter .
Le premier de ce mois , la cour reçut la nouvelle officielle
que l'impératrice de Russie allait réaliser son union avec les
puissances coalisées contre la France . En conséquence , elle
fait équiper une escadre de 20 vaisseaux de ligne avec un
nombre suffisant de transports pour recevoir 30 mille hommes
de troupes de terre : cette expédition se rendra à Ostende ,
où on débarquera les troupes destinées à agir de concert
avec les armées combinées du côté de la Flandre française .
Cependant , comme l'impératrice de Russie promet depuis
si long- tems à la coalition des secours qu'elle ne lui donne
jamais , et que d'ailleurs elle se propose peut- être de faire
un tout autre usage des forces qu'elle rassemble , on presse
la levée des recrues en Hongrie , et l'on prévoit déja que ce
pays ne fournira pas à beaucoup près autant de troupes qu'ou
s'en était promis . La levée en masse annoncée pour toutes
les provinces héréditaires ira tout au plus à 20,000 hommes
qui marcheront sous les ordres du comte de Kaunitz , com-
‹ mandant général en Croatie .
Il en est à -peu près de même de la levée en masse des
sommes destinees a l'entretien des armées nombreuses qu'il
faudra avoir sur pied pendant la longue campagne qui terminera
cette guerre , dont la continuation deviendrait impossible
parce qu'on serait épuisé d'hommes et de vivres . On
avait beaucoup trop compté sur la ressource des dons paatriotiques
, et l'on est obligé d'avoir recours aujourd'hui aux
impôts et aux emprunts. On vient d'en ouvrir un à Amsterdam
de deux millions et demi de florins à 5 pour 100 remboursables
en six annees . L'empereur a aussi eu grand soin
de demander aux états d'Italie , qui relevent de lui , le paiement
des subsides auxquels ils sont astreints , dans le cas où
l'empire d'Allemagne serait attaqué .
PROVINCES - UNIES ET BELIQUE.
Une lettre de l'empereur au maréchal de Cobourg lui annonce
sa présence à l'armée pour le printems . Ce priuce a
aussi écrit au ci - devant prince de Condé , en lui souhaitant
des succès contre la France qui lui fournissent une nouvelle
occasion de montrer , par des preuves , l'estime particuliere
qu'il a conçue de l'altesse émigrée .
On remarque , dans ce sein d'écrire à des généraux , l'envie
qu'il a de leur faire tenter l'impossible , et de suppléer ,
pour ainsi dire , au nombre par l'empressement des chefs à
faire que leurs soldats leur méritent de pareilles distinctions ,
et il faut avouer que cela n'est pas mal- adroit. En effet , des
éloges impériaux coûtent moins à donner que des florins
( 58 )
impériaux . Ces moyens d'encouragement sont plus nécessaires
que jamais ; car l'argent et les hommes deviennent
rares au moment où l'on en a le plus besoin , c'est - à- dire ,
à l'entrée de la campagne qui va s'ouvrir déja dans les premiers
jours de mars. Le plan ne ressemblera en rien à celui
de la derniere . Le projet des généraux alliés , imaginé , diton
, par le colonel Mack , de retour de Londres , où il était
allé se concerter avec le cabinet britannique , qui a plus que
tout autre droit de donner son avis , puisqu'il paie plus que
tout autre , est d'augmenter la cavalerie et l'artillerie , afin
dtre supérieurs aux républicains dans ces deux armes ; de
ne plus se tenir sur la défensive , pour éviter de se laisser
attaquer , ce à quoi les Français excellent ; mais de les prévenir
, de les pousser ensuite et d'empêcher les rassemblemens
qu'ils voudraient faire pour porter du secours aux forteresses
assiégées .
Tous les officiers ont reçu ordre de se rendre , pour le
19 de ce mois , chacun à leurs postes respectifs ; les troupes
sont aussi en mouvement sur la frontiere , de sorte qu'il est
certain que les hostilités ne tarderont pas à recommencer ,
du moins du côté des Autrichiens ; car les Français ne les ont
presque pas interrompues.
On mande de Bruxelles , en date du 18 , que le colonel
Mack est arrivé la veille . George III l'a tres -bien reçu ; il lui a
même fait présent d'une épée d'or enrichie de diamans , et M. Pitt
lui a donné un jour entier , quoique surchargé d'affaires dans
ce moment.
Tandis qu'on met ainsi toute la Belgique sur la défensive le sta-'
thouder n'oublie rien de son côté pour tirer parti des troupes
hollandaises : il vient de leur écrire d'un style qui conviendrait
mieux à un faiseur de mandemens qu'à un général . Voici cette
piece assez singuliere :
L'époque de l'année est de nouveau venue , où , d'après le
louable usage qui nous a été transmis par nos pieux ancêtres ,
nous sommes appellés de nouveau à nous humilier devant la
majesté divine en corps de peuple . Il ne se trouvera pas aisément
quelqu'un , qui révoque en doute , que les circonstances et les
motifs qui doivent nous animer , dans la conjoncture présente ,
d'une maniere si particuliere , à célébrer cette solemnité religicuse
, n'ont peut- etre jamais , depuis l'établissement de cette
republique , été ni si multipliés , ni si intéressans , jamais si
propres , soit qu'on considere la situation de cette république ,
soit l'état de l'Europe entiere , à faire l'impression la plus
profonde sur les esprits attentifs .
" Les sombres nuages qui s'étaient épaissis , déja depuis
long- tems , autour de nous , et à l'égard desquels nous ne
pûmes cacher notre sollicitude , lorsqu'au commencement de
l'année derniere , à la même occasion qu'aujourd'hui , nous
esquissâmes la position de la république , ces nuages ont éclaté
( 59 )
}
en une tempête affreuse , qui nous a conduits sur le bord de
notre ruine nous avons été attaqués le plus à l'improviste ,
et de la maniere la plus injuste , par un ennemi , qui était bien
convaincu lui - même que le gouvernement de cet état avait
évité avec le soin le plus attentif tout ce qui aurait même pu
donner la moindre ombre de raison à cette attaque , mais pour
qui la conquête de ces provinces pacifiques était devenue nécessaire
pour remplir son but , de renverser tous les gouvernemens
de l'Europe , fondés sur la justice et le bon ordre . Durant
quelquesjours , dont le souvenir ne pourra jamais s'effacer de notre
mémoire , nous avons couru un danger , dont dans des guerres
précédentes , lors même qu'elles eurent pris le tour le plus
malheureux , nous n'avions pu nous présenter la possibilité.
Non -seulement il en eût été fait de la constitution et de l'indépendance
de l'état en général , en cas que l'ennemi eût réussi
dans son entreprise ; mais l'effet immédiat en eût été , que tous
les habitans , sans distinction de rang , de conditions , ou
de sentimens , y auraient trouvé plutôt ou plus tard l'anéantissement
entier de leur religion , la ruine de leur liberté , et
la spoliation de leurs propriétés .
Mais , au moment même où nous étions si près de notre
perte , et sur le bord de l'abîme même , nous avons été soutenus
et sauvés et notre délivrance presque désespérée , encore dans
cette occasion- ci comme en tant d'autres , marquées dans nes
annales , s'est effectnée par une série d'événemens , dans lesquels
l'incrédulité méme cherche en vain à méconnaître la main
du Très - Hant. L'ennemi , qui , il y a si peu de tems , se trouvait
encore à notre porte , a été chassé , dans un intervalle de peu
de semaines , jusques au- delà de ses propres frontieres ; et
notre armée , conduite par les descendans de cette illustre maison,
à laquelle nous sommes redevables en grande partie de la
tranquille jouissance du culte religieux et de la liberté , à contribué
par l'intrépidité et la persévérance qu'elle a montrées
durant une campagne longue et pénible pour sa part , aux
secours , qui ont mis nos alliés en possession de quelques
forteresses importantes , qui pourront servir dans la suite à
opposer une résistance redoutable aux attaques réitérées , que
l'ennemi pourrait entreprendre , et former ainsi un avant- mur
pour la sûreté de la Republique…...
ITALIE ET
""
SUISSE.
Le roi Amédée , quoiqu'ayant encore les jambes malades
n'a pas renoncé au trône pour y faire monter son fils , ainsi
que l'avaient annoncé plusieurs feuilles il sait déja à quels
hommes il a affaire dans la personne des Français , et s'attendant
à de nouveaux efforts de leur part ne néglige rien pour se
mettre en état de leur résister . Ce prince travaille beaucoup ;
il dispose lui -même tout le plan de la troisieme campagne ,
( 60 )
dont il espere plus de succès que des deux premieres , parce
qu'il aura plus de forces à sa disposition . En effet , il attend
6000 Napolitains et 15000 Autrichiens . Il fait exécuter en outre
deux camps , dont l'un sera dans le voisinage d'Alexandrie ,
et l'autre sur la frontiere de Gênes ; mais comme il faut pour
tout cela de l'argent et des vivres , on a fait un recensement
des provisions de bouche , et adressé une invitation pressante
à toutes les personnes un peu aisées d'apporter leurs fonds à
l'emprunt. Le gouvernement a eu aussi recours à une refonte
d'une partie de la monnaie ; il vient de faire frapper pour trois
millions de livres de Piémont , en pieces de 15 sous d'une
qualité inférieure pour remplacer les bonnes . Le dessein de la
cour , en adoptant cette mesure est sur- tont de faciliter
l'échange d'un papier-monnaie qui engage la circulation , et
qui n'ayant aucnn gage est tombé dans le plus grand discrédit .
Il vient de paraître aussi un nouvel édit portant augmentation
des impôts . Cette augmentation consistera entr'autres
en une taille plus forte sur les terres des Piémontais ; une
contribution de 4 liv. par famille , une taxe sur le produit
des censes , et un accroissement d'un tiers sur les droits d'importation
. Il a été aussi expédié des lettres circulaires qui
ordonnent de porter au fisc et à l'arsenal toutes les cloches
de luxe , dont la valeur sera payée par le trésor royal .
Lettre du chevalier Chevillard , commandant des vaisseaux du roi
au département de Sardaigne , écrite à bord du vaisseau la Marguerite
, le 14 janvier 1794.
Ayant été informé , le 9 au soir , que deux chebecs barbaresques
se trouvaient à la hauteur de Portovecchio , je mis
aussi - tôt à la voile avec mon vaisseau et la demi - galere la
Sainte- Barbe. Dans la nuit , je fus encore joint par les galiottes
le Serpent et la Sultane. Au point du jour , nous nous trouvâmes
à 4 milles des isles Cerbicales ; nous découvrîmes alors
au large deux bâtimens à trois mats , qui mirent en paune
pour nous attendre et arborerent le pavillon barbaresque . La
Sainte - Barbe et les deux galiottes étaient restées en arriere ;
je leur fis auss- tôt le signal de forcer de voiles et de rames .
A 7 heures et demie , je profitai du calme pour commencer
le combat ; les deux chebecs riposterent vigoureusement . La
demi- galere étant arrivée , elle commença de son côté un feu
soutenu , secondé par celui des deux galiottes . L'ennemi ,
quoique fortement endommagé , ne paraissant pas disposé à
se rendre , je pris le parti de terminer par l'abordage . J'ordonnai
en conséquence à la Sainte - Barbe et au Serpent d'abor
der le second chebec , et moi - même je fis jetter les grapins
sur l'autre , protégeant par un feu vif de mousqueterie ceux
qui sautaient à bord de l'ennemi . Cette manoeuvre fut exécutée
avec tant de hardiesse et de promptitude , que nous ne
tardâmes pas à nous emparer du chebec. Ce bâtiment était
( 61 )
de 18 canons , outre plusieurs pierriers , avec 100 hommes
d'équipage , commandés par Rais- Muhamed Zivi , d'Alger.`
Tandis que nous remportions ce succès , la Sainte - Barbe
cano: nait fortement l'autre chebec , qui faisait de son côté
une vigoureuse défense ; cependant il avait refusé l'abordage
de la demi galere , et s'était un peu éloigné . Alors je fis
voile sur lui , résolu de l'aborder ; mais un signal de la prise
deja faite me fit retrograder ; ce bâtiment courait risque de
couler bas , ayant reçu boulet à fleur d'eau ; je cherchai i
l'alléger en faisant passer sur mon bord les deux tiers des
esclaves et une partie du monde que j'y avais laissé . Pendant
ce tems , la Sainte - Barbe , soutenue par les galioues , aborda
une seconde fois l'autre chebec . Ou se battit de part et d'autre
avec la plus grande fureur ; déja plusieurs des nôtres étaient
sur le bord de l'ennemi , lorsque j'eus le déplaisir de le voir
sauter en l'air avec tout ce qui s'y trouvait . En un instant
Jes flammes couvrirent le bâtiment . La Sainte -Barbe se dégagea,
non sans peine , et elle recueillit , avec les galiottes , ceux
de nos gens et des ennemis qui avaient sauté . Après ce coup ,
l'équipage de la Sainte- Barbe ne put se modérer ; il fit mainbasse
sur tous les ennemis . à la réserve de 5 Napolitains qui
étaient esclaves . On apprit depuis que quelques Turcs et
Algériens avaient mis le feu aux poudres , aimant mieux périr
que de se rendre . Ce chebec avait 12 canons et 96 hommes
d'équipage . Notre perte a été de 7 hommes tués et 75 blesssés .
Nous avons fait 72 esclaves , dout 16 blessés ..... 99
Signé , CHEVILLARD .
Des lettres de Gênes de la fin de janvier , portent que la
croisiere établie par l'escadre anglaise à la hauteur de ce port
équivaut à un blocus formel , puisqu'elle écarte la navigation
marchande , et fait ainsi le plus grand tort à la République .
L'insolence des Anglais n'en impose nullement au sénat qui
continue de mettre la ville et le territoire en état de défense ,
en faisant passer par -tour , avec la plus grande activité , des
troupes , des a tirails de guerre et des munitions . D'après ce
qui s'est passé le 22 janvier ( les batteries de la côte ont tiré à
boulets sur un cutter anglais qui cherchait à couper le chemin
à un vaisseau marchand déja arrivé sous le canon de la place ) ,
il a défendu d'admettre désormais dans le port aucun navire
parlementaire qui n'aurait pas des dépêches à remettre au
gouvernement. Ce différend pourrait bien finir par une rupture
entre la Grande -Bretagne et Gênes . Voici la lettre que le
secrétaire d'état a écrite au consul Anglais , relativement à la
conduite de sa nation dans cette affaire.
M. le Consul ,
Je suis chargé par le sérénissime gouvernement de vous
otifier avec quelle amertume il voit s'accroître de jour en jour
( 62 )
1
"
le trouble et les obstacles apportés par les vaisseaux anglais au
commerce des nationaux Génois et de tous ceux qui sous la
protection de la neutralité de cet état , s'emploient à cette occupation
utile et honorable .
Je dois encore , par ordre public , vous signifier la surprise
et la douleur portées à l'ame du sérénissime gouvernement
par les événemens dé la matinée , où les pratiques hostiles se
sont vues accompagnées de la violation du territoire ; mesures
trop opposées à cette correspondance qu'une conduite impartiale
, qu'une neutralité , productive de tant d'avantages aux
vaisseaux de la nation anglaise , durant leur station dans ce
port , devait faire espérer de la part de l'Angleterre en faveur
de la république de Gênes .
ils
99 C'est pour cela que je suis aussi charge , par mon emploi ,
de vous déclarer que toutes les fois que les vaisseaux anglais
tenteront de suivre quelques prises à la portée du canon ,
seront exposés à être éloignés par l'artillerie des forts , en conséquence
de l'édit de neutralité et du droit des
par-tout.
gens reconnu
,, L'intention du sérénissime gouvernement , M. le consul ,
est que vous fassiez part de ces déterminations au ministre britannique
, le seigneur Frank-Dale , afin qu'elles puissent parvenir
par lui à la connaissance de sa cour , de l'équité de laquelle la
république de Gênes attend une réparation authentique des
agressions commises par ses commandans maritimes " .
ESPAGNE . De Madrid , le 2 février .
L'emprunt de 80 millions de réaux pour la continuation
de la guerre ne se remplit point avec l'empressement qu'on
avait attendu de la nation . Les événemens de la guerre favorisent
peu la confiance publique , et son objet n'a pas davantage
l'assentiment généra !. Le commerce n'imagine pas l'utilité
dont il peut être pour lui d'être alimenté uniquement par les
Anglais , dont le despotisme a déja ruiné celui du Portugal ;
c'est une leçon qui n'a pas été sans fruit pour la sagacité nationale
; mais les cours jusqu'ici en faisant la guerre ou la
paix , ont toujours moins consulté l'intérêt général des peuples
que les besoins particuliers de ceux qui sont les entrepreneurs
intéressés de leurs calamités . La concurrence du
commerce de France avec celui d'Angleterre maintenait une
sorte de balance dans nos ports ; cette concurrence une fois
détruite , il faudra plier sous le despotisme commercial de la
Grande-Bretagne , et l'expérience a prouvé que ce despotisme
n'est pas le moins oppressif de tous .
On a publié ici des relations pompeuses de nos avantages
dans le Roussillon ; mais ces relations ont été contredites par
d'autres rapports , et nos forces dans toutes les Pyrénées se
( 63 )
trouvent réduites à moins de 20,000 hommes en état de porter
les armes . Le surplus est dans les hôpitaux , où on compte ,
dit- on , 15,000 malades ou blessés .
Le vice amiral dom Louis de Borgia , qui commande la
division de Cadix , doit passer à Carthagene pour y prendre
le commandement de l'escadre , qui restera dans la Méditer
ranée , et dom Juan de Langara se rendra à Cadix , où on
présume qu'il joindra une escadre anglaise , avec laquelle il
agira de concert dans l'Océan .
L'escadre qui a conduit nos troupes auxiliaires en Portugal
dans la baie de Roses , est rentrée à Lisbonne avec ses bâtimens
de transport Un de ceux- ci a échoué et a perdu la plus
grande partie de son équipage . Un vaisseau de 64 canons a
éprouvé le même sort auprès du port , et n'a pu sauver que
huit hommes .
Une lettre de Cadix nous apprend que des corsaires des isles
de France , Maurice et de Bourbon , s'étant réunis , ils ont en◄
levé aux Hollandais le riche comptoir de Batavia . Cette nouvelle
, si elle se confirme , servira à prouver aux Ellandais
combien est exagérée la protection que le ministre anglais dit
avoir exercée avec tant d'éclat en faveur de son commerce et
de celui de ses alliés .
ANGLETERRE.
CHAMBRE DES COMMUNES . Séance du 1er février. •
le
La résolution d'accorder au roi 200 mille livres sterlings
pour le mettre en état de tenir ses engagemens avec
roi de Sardaigne , fut lue une seconde fois . M. Grey fit ,
au préalable , quelques observations nouvelles contre le
traité.
M. Pitt prit ensuite la parole , et dit que depuis ce qu'il
avait annoncé la veille à la chambre , concernant le décret de
la Convention nationale sur les propriétés des Français en pays
étrangers , il avait cherché à se procurer de plus amples éclaircissemens,
ainsi qu'à réflechir aux mesures que l'administration
devait employer. Il croyait cependant qu'il n'y avait aucun
danger de différer de s'occuper de cet objet jusqu'au lundi
suivant ; et priait la chambre de lui permettre de renvoyer
à ce jour la motion qu'il était dans l'intention de présenter.
Elle lui pardonnerait néanmoins sans doute d'occuper dès à
présent quelques - uns de ses momens à lui présenter les principales
bases du plan qu'il avait conçu . Le chancelier de l'échiquier
lut alors un papier où était l'acte qu'il avait annoncé :
il dit qu'il lui semblait être au arrêté du comité des finances
et de sûreté générale réunis . D'après cette lecture , cet arrêté
( 64 )
met en requisition les propriétés que les François possedent
en pays étranger. Toutes les sommes placées par eux dans les
fonds etrangers , les marchandises , et tout ce qui leur est dû ,
il oblige les banquiers , non-seulement de déclarer ce qu'ils
possedent , mais encore de faire la déclaration des noms de
ceux à qui il connaissent de semblables propriétés ; et nomme
cinq banquiers et cinq agens de change pour surveiller son
exċention .

M. Pitt s'étendit alors sur la nécessité où était le gouvernement
anglais de prendre des mesures qui empêchassent l'effet
de cet arrêté . A proprement parler , selon les lois de l'An
gleterre , des ennemis étrangers ne pouvaient , pendant le cours
d'une guerre , exercer aucune action pour se faire payer de
ce qui peut leur être dû cependant les maximes générales
des tems modernes avaient fort adouci cette sévérité . Mais lorsque
, comme dans la circonstance actuelle , c'était le gouvernement
qui desirait retirer de l'Angleterre les propriétés par ...
ticulieres comme une espece de tribut propre à soutenir la
guerre , la politique exigait qu'on prévint une semblable
mesure, La disposition de cet arrêté , qui ordonne que ces
objets seront remboursés aux propriétaires par des assignats
au pair , fut alors critiquée par M. Pitt. Il se résuma en disant
qu'il était de la dignité et de la justice de la chambre , de con
serveraux Français leurs proprietes jusqu'au retour de la paix ;
et annonça que lui ou quelqu'un de ses amis proposerait lundi
an bill qui défendrait , quant à présent , tout paiement ; et:
qu'un autre bill serait présenté le plutôt possible pour assurer
aux indivivus la restitution de leurs propriétés .
Le major Maitlant demanda au secrétaire de la guerre s'il
était prêt à donner , comme on le lui avait demandé la veille
les noms et les appointemens des officiers Français employés
sous les ordres du comte de Moyra.
Le secrétaire de la guerre ( M. Dundas ) dit qu'il ne croyait
pas devoir répondre à une question de cette nature ou à toute
autre , sans l'exprès commandement de la chambre .
Le major Maitlant , secondé de M. Grey , en fit alors la
motion : elle a été rejettée sans aucune division .
CHAMBRE DES COMMUNES . Séance du 3 février.
Le solliciteur général rappela la nécessité exposée le samedi
dernier , par son honorable ami ( M. Pitt ) , de prendre des
mesures relatives au décret de la Convention nationale . Il observa
que s'il y avait quelque différence dans les opinions ,
elle pourrait paraître lors de la discussion des articles ; il ajouta
qu'il croyait suffisant , quant à présent , d'ordonner la rédaction
d'un bill qui empêcherait que les fonds ou effets qui sont
dans les mains des Anglais , et appartiennent à des personnes
résidentes en France , ne soient mis à la disposition de ceux
qui ont maintenant le gouvernement en France , et qui
64
en.
( 65 )
en assurât la propriété et le bénéfice à leurs véritables propriétaires
.
Cette motion a été adoptée . Le procureur général , le sollici
teur général , M. Ryder et le chancelier de l'échiquier ont été
nommés pour préparer le bill ,
La chambre s'est alors changée en comité général , pour
s'occuper du moyen de lever le subside qui doit être accordé au roi.
M. Roze fit la motion que les impôts existans sur la drêche .
le cidre fussent continués ; il fit la même demande à l'égard de la
taxé sur les terres : ces deux motions ont été adoptées , et la
chambre ordonna que le rapport sur ces objets lui serait fait le
lendemain.
Sur la motion du lord Arden , la chambre a décidé
qu'une somme de 558,021 liv . sterlings serait mise à la disposition
du roi , pour l'ordinaire de la marine pendant
l'année 1794 , ainsi qu'une autre de 547,310 pour l'extraordinaire.
Le secrétaire de la guerre dit que l'Angleterre a mis son état
militaire sur un pied plus considérable que dans toutes les
guerres précédentes ; les forces levées pendantl'année de 1756
et même celle de 1774 n'avaient point excédé chaque année
le nombre de 22 mille hommes ; pendant cette premiere campague
au contraire la cavalerie et l'infanterie avaient été portées
à 37,169 hommes.
Gelui qui présidait le comité ayant fait cette premiere proposition
, que le nombre des forces de terre , en y comprenant
3,882 invalides , fût porté à 30,244 hommes effectifs pour
l'année 1794.
M. Hussey se leve et dit , que le membre qui venait de parler
avait oublié de spécifier les avantages qui resulteraient de cette
guerre ; il craindrait dans les circonstances actuelles de s'opposer
à l'augmentation demandée ou à tout autre mesure qui
pût tendre à procurer la sûreté de l'Angleterre ; cependant il
aurait voté plus volontiers pour l'augmentation des forces
navales , que pour celles de terre ; parce qu'il pensait que
c'était sur tout à elles à agir, Il conclut en disant que , s'il
était persuadé que l'augmentation demandée pût être de
quelque utilité à l'Angleterre , il l'appuyerait de tout son
pouvoir.
Le major Maitland , en répondant à ce qui avait été avancé
par le secrétaire de la guerre , qu'il avait été levé dans cette
campagne des forces plus considerables que pendant celles de
toutes les guerres précédentes , observa que jamais en revanche
on n'avait dépensé de pareilles sommes . I desirait s'assurer
și le comité avait pris en considération l'objet de la guerre ;
c'était de réduire la valeur française , et de deraciner leurs
opinions de liberté . Il croyait du devoir des membres de
la chambre de s'assurer avant de voter un subside qui tirait
Tome VIII . E
( 66 ) 1
l'argent de la poche de leurs commettans , si cet argent
devait être employé à procurer la sûreté à ce royaume . En
examinant les opérations de cette campagne , il serait facile.
de prouver au comite que les ministres avaient employé
"de grandes forces pour l'acquisition de petits objets , et de
bien petites forces pour celles des plus grands et des plus
"importan's
Le secrétaire de la guerre avait dit en rapportant ce qui
s'était passé , que jamais l'énergie de la nation ne s'était plus
montrée . Pour lui il cherchait en vain comment , depuis le
commencement de cette campagne , l'honneur , le crédit , ou
l'avantage de la nation s'étaient accrus. I ! voyait au contraire
que les opérations n'avaient point réussi ; que tous les projets
avaient avorté . Son intention n'était point de l'imputer aux
generaux , aux officiers , à aucun de ceux qui avaient servi
pendant cette campagne , qui tous au contraire s'étaient conduits
avec honneur et distinction ; il s'en prenait à la mauvaise
conduite de l'administration .
Le major Maitlant est entré alors dans le détail des opérations
' de la campagne . Les premiers succès des gardes , quand ils
furent envoyés en Hollande , n'avaient pas été prévus par
les ministres . Les anglais s'étaient emparés de Valenciennes
avec l'assistance d'un allié puissant les mesures ultérieures
auraient dû de même , pour réussir , être combinées avec
lui.
:
C'était une question de savoir si l'affaire de Dunkerque n'inprimait
point un déshonneur aux armes de l'Angleterre ? Pour
Îni il allait examiner les causes de ce désastre . Il fallait savoir
´d'abord si l'armée qui était devant était capable d'exécuter ce
qu'on attendait d'elle il fallait s'informer encore si ce projet
"avait eu l'attache du duc d'York et du prince de Cobourg ;
ou si , au contraire , les ministres n'avaient pas arrêté cette
opération sans avoir consulté les généraux . En supposant que
la possession de Dunkerque fût utile , les forces envoyées
contre lui étaient sans aucune protection . Le duc d'Yorck , à
' son arrivée devant cette place , n'avait trouvé aucune artil-
´lerie . La défaite qu'il avait essuyée , avait eu les plus tristes conséquences
; elle avait occasionné la levée du siège de Maubeuge et
la reprise de Toulon , et était un signal donné à tous les Français
pour se rallier . La destruction des navires à Toulon
n'était d'aucun avantage pour l'Angleterre . Si les ministres
avaient eu le dessein de conserver Toulon , quel avait été le
but de l'expédition de sir Charles Grey : dix mille hommes sous
la conduite de ce brave officier , auraient pu garantir cette
place. Pourquoi , depuis la prise du général O-Hara , lorsqu'il
paraissait presque impossible de la conserver , avoir différé son
évacuation . Il croyait pouvoir offrir encore comme une preuve
de l'inhabilité des ministres , leur conduite à l'égard de l'expédition
du général Grey ; elle avait remis de jour en jour ,
( 67 )
jusqu'à l'arrivée de la mauvaise saison . Un nouveau genre de
corruption sSétait rétabli . Dss officiers de sir Charles Grey
étaient compris dans le nombre de ceux qui sont sous le
commandement du compte de Moyra , et touchent´ainsi
un double traitement . L'expedition de ce dernier s'était
bornée à faire faire une descente en Angleterre aux troupes
Hessoises .
Le major Maitlant porta ensuite ses regards sur les Indes
occidentales . Il trouva que les ministres n'y avaient pas déployé
plus de sagesse qu'en Europe , et apres quelques autres consi
dérations sur le nombre des officiers qui se trouvent dans
chaque régiment , il se résuma en observant que l'établissement
actuel excedait de beaucoup celui qui avait eu lieu pendant
le ministere du lord Chatham , tems célebre par les plus signalées
victoires .
Les débats qui ont eu lieu pendant le reste de la séance sont
devenus très - vifs . MM . Pitt' , Fox et plusieurs autres membres
ont parlé successivement.
:
M. Jenkinson examine d'abord si le défaut de succès est
une raison suffisante de blâme , ensuite si ce blâme doit tomber
sur les ministres i entreprend de justifier l'entreprise
de Dunkerque dont aucun militaire n'avait regardé le siége
comme impraticable ; elle a manqué , mais doit - on réussir
par-tout , et peut- on le dire dans un moment où l'on ne ' cesse
d'exalter dans la chambre le courage et les forces des Français
. Cette entreprise a procuré des succès d'un autre côté :
l'ennemi a été affaibli sur le Rhin et la Moselle , ce qui était
pour les alliés un objet d'une grande importance.
Les ministres , selon M. Jenkinson , ne méritent pas plus
de blâme pour ce qui s'est passé dans les Indes occidentales .
On n'a point obtenu les succès qu'on espérait à la Martinique
et à la Guadeloupe ; mais à l'époque de la formation du projet,
le parti aristocrate était maître de ces cités ; le but des forces
qu'on y envoyait n'était pas d'en faire la conquête , mais d'en
prendre possession ; dans l'intervalle il s'y fit une révolution
qui donna l'ascendant au parti démocratique .
Toulon était sans doute un objet d'une grande importance
pour l'Angleterie ; mais on peut répondre à ceux qui demandent
pourquoi on n'a pas envoyé des troupes pour le
garder , qu'il n'etait nullement capable de balancer la chance
qu'il y avait de s'emparer des ' isies françaises ; d'ailleurs , à
cette époque , Lyon , Marseille et beaucoup d'autres parties
du Midi de la Erance , étaient disposées à une insurrection
contre le pouvoir qui domine dans ce pays ; si cette insurrection
eût éclaté , Lyon aurait pu tenir aussi long-tems que les
ministres avaient lieu de l'espérer . Tout devait donc faire penser
que les forces additionnelles seraient employees plus utilement
dans les Indes occidentales qu'à Toulon , où l'on n'en
E 2
( 68 )
a senti le besoin qu'à cause de la reddition imprévue de
Lyon.
L'expédition du comte de Moyra était sage dans son plan .
Il fallait attribuer son défaut de succès à la circonstance que
les royalistes n'ont pu s'emparer d'aucun port , ce qui l'avait
mis dans l'impossibilité d'envoyer dans cette contrée des
forces suffisantes , pour qu'on pût en attendre des succès .
MM. Fielding , Berkeley ont parlé sur ce sujet . M. Hussey ,
après avoir émis son vou pour une paix honorable et sûre ,
a somme le ministre de declarer à la chambre et à toute
'Angleterre quel était l'objet qu'il se proposait par la conti-
Auation de la guerre sur le continent , et quels étaient ses
probabilités de l'obtenir.
M. Pitt annonce qu'il dira peu de choses pour le moment ,
puisqu'on a annonce l'intention de soumettre par la suite à
une discussion plus réguliere les objets qui ont fait naître
des objections : il n'entreprend maintenant que de répondre.
al honorable membre ( M. Hussey ) qui lui a demandé , d'une
maniere si formelle , quelles sont les espérances de succès
pour les forces de terre . Il est trop raisonnable et trop loyal
pour exiger qu'on détaille le plan d'une campagne ; et comment
sans cela le satisfaire ? Mais il ne faut que considérer
la nature de cette guerre et le systême actuel de la France
doat le changement , plus que toute autre circonstance , peut
procurer une paix honorable et sûre , pour se convaincre que
les opérations navales ne suffiraient pas seules contre un
peuple qui a abandonné son commerce et ses colonies . 4
M. Pitt rappelle alors les causes qu'il a déja donnees de la
guerre. La premiere était l'urgence de contenir les Français ,
qui portaient atteinte au territoire des autres puissances ; la
seconde , la sûrete du commerce de l'Angleterre , qui motive
sur-tout la nécessité de faire la guerre sur le continent, Les
Français s'étaient emparés des Pays - Bas , et menaçaient la
Hollande d'une invasion . Si l'on eût souffert qu'ils ajoutassent
ainsi port à port , commerce à commerce , qu'ils joignissent
tous les moyens de puissance navale de la Hollande aux
ports des Pays -Bas , quelle eût pû être la sûreté de l'Angleterre
? Sauver la Hollande d'une invasion recouvrer les
Pays -Bas , qui sont la seule barriere de la Hollande contre
les Français , étaient des objets qui importaient autant à l'Angleterre
qu'à l'empereur lui-même.
Viennent ensuite des détails de quelqu'étendue , pour éta
blir que le résultat de la campagne , tout bien considéré ,
été avantageux . Si 30,000 Anglais , conjointement avec les
puissances alliees , ont été și utiles , que ne doit - on pas
espérer quand leur nombre sera renforcé , et qu'ils agiront
avec des armées accrues elles - mêmes par de puissans renforts
?
M. Pitt passe ensuite en revue les principales objections
( 69 )
qui ont été faites . Le siège de Dunkerque a été entrepris du
consentement du duc d'Yorck. Ce n'est point à l'insuffisance
des moyens employés qu'on doit imputer sa levée , c'est à
la faiblesse de l'armee destinée à le couvrir , relativement aux
forces supérieures que les Français sont venus à bont de rassembler
a la hâte pour la forcer.
Ce n'etait pas le moment d'expliquer maintenant pourquoi
on avait diminué les forces qui devaient être confiées à sir
Charles Grey.
A l'égard de celles qui étaient sous le commandement du
comte de Moyra , il était à cette heure inutile de discuter le
mérite de cette expedition , si l'on pouvait appeller de ce
nom ce qui n'avait été qu'un projet , maintenant mis de côté :
tout ce qu'il dirait , c'est que les ministres n'avaient eu aucun
moyen d'entreprendre une, expédition semblable , dans un
tenis antérieur , et l'on ne pouvait exiger qu'il déclarât comment
on devait maintenant employer ces troupes.
Enfin , on avait fait , pour la defense de Toulon , tout ce
que les circonstances permettaient , et on ne pouvait pas dire
que les officiers qui avaient conduit les opérations qui avaient
eu lieu , n'eussent pas deployé, beaucoup de courage , et tenu
une conduite honorable au nom anglais.or
I 2
7
Après quelques mots dits par sir Jacques Murray , pour
justifier l'expedition de Dunkerque , M. Fox prit la parole.
Il témoigne son ressentiment de ce qu'on parle toujours
des succès de la dernieree campagne , tandis que l'ennemi s'en
est attribué la gloire , avec sans doute plus de fondement. La
situation de l'Europe lui paraissait très -critique et très- dangereuse
, les événemens passés l'alarmaient infiniment sur l'avenir .
On prétend , dit le député de Westminster , que la défense
de Toulon ne devait pas faire abandonner l'expédition pour.
les Indes occidentales . Sans doute on a droit de détruire les
vaisseaux lorsqu'il était devenu impossible de les conserver ;
mais cet évenement devait être regardé comme une infortune ,
et non comme un succès extraordinaire. Pouvait - on dire à
Louis XVII ou aux royalistes. Français nous nous sommes
mis en possession d'un port et d'une flotte que vous avez eu la
confiance de remettre en nos mains ; mais nous devons aussi
prendre et garder pour nous vos Indes occidentales ; mais
nous ne pouvons conserver l'un sans mettre l'autre en danger,
et nous devons donner la préférence à ce que nous retiendrons.
.
Selon M. Fox , tout ce qu'a produit l'expédition du comte
de Moyra , c'est d'apprendre aux royalistes Français qu'ils ne
peuvent compter sur la protection , des alliés , et qu'ils feront
mieux de se soumettre à leur gouvernement. Il releve ensuite
l'expression d'une nation armée , dont il dit qu'on honorable
membre s'est servi : il s'alarme de cette expression, Faire la
guerre à une nation armée , c'est faire la guerre , dit-il , à une
1
E 3
( 70 )
sation qui combat pour la liberté , la justice et l'humanité ;
c'est faire la guerre à une nation dans le désespoir à une
nation invincible . It conclut qu'on ne peut pas dire que l'Angleterre
ne peut avoir de sûreté tant que le gouvernement
actuel , qui a des principes de haine contre elle , subsistera .
Continuer la guerre , c'est accelerer les maux qu'on redoute ;
on ne peut conquérir une nation armée . Envain dirait on
que l'Angleterre peut aussi s'armer ! Une nation ne s'arme
pas pour faire une guerre offensive .
Ces débats se sont encore prolongés quelque tems , après
quoi , la motion qui leur avait donné lieu , a passe.
:
A
A
CHAMBRES DES COMMUNES Séance du 4 février.
Le mutiny bill de la marine est la pour la pie niere fois .
Il est ordonné que les comptes de la trésorerie présenté
par M. Boze , sérout mis sur le bureau . 117
La même chose est ordonnée pour le compte sur le produit
sentés des taxes .
E 10
navale. #021
A
al sup
Lord Arden presente l'état de la dette navale.
allo est s
On s'occupe de différentes pétition's particu
culieres .
M. Hobart fait le rapport du comité des subsides : il est
admis , après quelques observations , auxquelles il est répondu
par le secrétaire de la guerre .
3: 4
Vient ensuite le fapport du comité des voies et moyens . Le
solliciteur général propose d'insérer dans le bill , une clause
pour exempter les catholiques romains de la double taxe sur
les terres.ol shady shob
3004
-On décidé qu'on préparera la rédaction de cette clause
pour être présentée.
Le bill relatif aux propriétés des personnes qui résident en
France , lu , pour la premiere fois , le sera une seconde le
jeudi suivant .
M. Adam se leve : il vient s'acquitter du devoir qu'il s'est
imposé vers la fin de la derniere session du parlement , et même
dans celle - ci . Alors l'honorable membre présente une motion
tendante à porter un bill pour changer les lois criminelles
d'Ecosse , les assimiler à celles d'Angleterre , et principalement
à établir le droit d'appel de la cour judiciaire . Sa proposition
est autorisée par l'article 18 de l'acte
royaumes , lequel porte que les lois, cónce des deux
la propriété
ne pourront être changées que dans des cas très- urgens ; mais
que les lois publiques , ou celles de police , le pourront être.
En conséquence de cette clause , la loi anglaise , sur la trahison
qui est toute entiere dans le statut d'Edouard III , a été incorporée
dans le code Ecossais . Dix autres actes du parlement ,
passés depuis l'union , ont corrigé les lois écossaises , entr'autres
l'acte pour abolir les jurisdictions héréditaires . Sa motion
était donc fondée sur les exemples précédens. Elle est fondée
sur le grand principe , que les tribunaux qui conuaissent d'une
1
( 71 )
affaire en premiere instance , ne doivent pas décider en dèrnier
ressort principe que la sagesse humaine a suggéré pour
préserver de l'erreur et de la faiblesse humaine . La seule objection
qu'il prévoyait , c'est qu'un tel appel attribuerait la
connaissance des matieres criminelles à un tribunal qui n'est
pas instruit des formes écossaises mais cette objection aurait
bien plus de force contre l'appel en matiere civile , qui est cependant
d'usage .
:
M. Anstrusther répond qu'un bill de cette nature , loin de
rappeler les lois écossaises à leur pureté originaire , apporterait
un changement essentiel à leurs principes. Il soutient qu'on ne
pourrait citer aucune circonstance dans laquelle , avant l'union ,
un appel ait eu lieu en Ecosse en matiere criminelle. Dailleurs ,
le changement qu'on propose serait très - impopulaires car s'il
y a un pays qui soit très - attaché à ses lois , c'est l'Ecosse .
Il y a trop peu de personnes qui pensent autrement pour
être citées . 29
Le sergent Adaire , M. Fox , M. Stanley ont appuyé la
motion. Le solliciteur général , le maître des rôles , le sergent,
Watson l'ont combattu . La chambre s'étant divisée , il y a cu
pour la motion , 31 voix ; centre , 162 .
ར ི
La gazette de la cour , datée de , Whitehall , du 11 février
annonce que dimanche ,, 9 courant , le richt honorable Henri
Dundas , un des principaux secrétaires d'état de sa majesté
a reçu des dépêches du lieutenent gouverneur pour S, Moà
Ja Jamaïque , datées du 15 décembre 1793 , portant la nou-s
velle que le major Grant , commandant du môle Saint- Nicolas
, avait accepté la reddition des paroisses de Saint Mare
et de Gonaïves de Saint- Domingue, à sa majesté Britannique ,
aux mêmes termes et conditions accordés précédemment au
môle Saint- Nicolas et à Jérémie ; qu'en conséquence le, pavillon
: anglais flottait sur tous les fortset batleries , de
quartiers et paroisses .
ces
La seconde piece , datée du bureau de l'amirauté , du 11
février , donne les détails de la prise de la fregate française,
l'Inconstante , par les frégates du roi la Pénélope et l'Iphigenic.
Ils sont contenus dans une lettre du capitaine Rowley au
commodore Ford, ab tus
135 907
1
9
10
71
love :: l
3.5 ~
54
E 4
( 78)
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE SAINT JUST.
Séance du septidi , 7 Ventôse.

L'Assemblée générale de la section du Bonnet- rouge déclara
par un arrêté du 6 septembre ( vieux style ) , que le
citoyen Nicolau , administrateur du département de Paris .
avait perdu sa confiance : cette déclaration fut basée sur trois
motifs . Le premier , c'est que Nicolan avait toujours refusé ,
sous les prétextes les plus frivoles , de répondre à des dénon-,
ciations faites contre lui . Le deuxieme , pour avoir plusieurs
fois paru se rendre le défenseur officieux des gens suspects ,
et avoir cherché dans diverses circonstances à influencerAssemblée
de la section par des opinions dangereuses . Le troisieme
, c'est qu'il était parvenu , au moyen de ses opinions ,
et en les entourant de citations de lois , à égarer des citoyens
peu instruits , trop confians , et que par la il avait donné lieu
au désordre qui pendant quelque tems s'était manifesté dans
la section . r
te
Quelques jours après , Nicolau fit une adresse à ses con
citoyens , dans l'objet de refuter ces inculpations. Cette réponse
déterinina l'Assemblée générale à expliquer les griefs
qui avaient motivé sa premiere résolution . Le résultat fut•que·
l'Assemblée déclara , de plus fort , à l'unanimité qu'elle retirait
sa confiance à Nicolau .
Ces deux arrêtés furent communiqués officiellement à diverses
autorités constituées . C'est après les avoir mûrement
réfléchis que le comité de sûreté générale pronouça un mandat -
d'arrêt contre Nicolau. Telle est l'affaire qui a donné lieu
aujourd'hui à un rapport , dans lequel Dubarran , organe de
ce comité , à expose les motifs qui l'ont décidé dans la mesure
qu'il a prise. Citoyens , a ajouté le rapporteur , plus
les circonstances deviennent pénibles , plus it importe au i
Jégislateur de s'armer de force et de sagesse pour déjouer
l'intrigue et les complots . Un gouvernement révolutionnaire
s'organise en France . Il jette l'effroi dans l'ame des despotes ;
il fait frémir tous les brigands qui sont encore dans l'intérieur .
" Les ennemis de la révolution n'ont aujourd'hui qu'un
but unique c'est d'empêcher le développement des grands
moyens de résistance que vous allez opposer à la tyrannie.
Rompre l'action centrale du gouvernement ; décrier toutes les
mesures de salut public qui ont donné enfin à la révolution
3
( 73 )
ce caractere majestueux qui n'appartient qu'à un peuple plein
du sentiment de sa dignité ; appeller les soupçons et les défiances
sur les intentions les plus pures et les plus généreuses &
voilà aujourd'hui l'abîme dans lequel on voudrait nous précipiter,
Mais , citoyens , que l'expérience du passé ne s'efface pas
de notre souvenir . L'histoire des révolutions nous apprend
que ce n'est pas tout que de savoir vaincre . Le grand art
consiste à profiter des avantages que peut fournir la situation
où l'on se trouve . Dans l'état révolutionnaire , tous les ressorts
sont en action , toutes les forces se meuvent pour assurer au
corps politique le triomphe qu'il veut avoir sur la tyrannie ,
Laissez - les se ralentir , se modifier , vous portez un coup ,
sinon mortel , du moins bien dangereux pour l'énergie na
tionale . Ne vous abusez point. Le modérantisme est toujours
là pour se saisir de la révolution , et lui imprimer , s'il le
pouvait , un mouvement rétrograde . Dirigez la au contraire
avec cette force d'impulsion que le peuple a placée dans vos
mains , lorsqu'il vous a chargés du soin d'assurer son bonheur
. Vous ne souffrirez pas que , par de pénibles tiraillemens ,
la révolution soit livrée à des commotions et à des orages
susceptibles de l'ébranler.
Nous avons déclaré la guerre à toutes les aristocraties ;
nous avons déclaré solemnellement , au nom du peuple , que
nous étions tous égaux par la nature et devant la loi ; nous
avons juré d'être libres . Les tyrans humiliés chancelent sur
leurs trônes ; les fers de l'esclavage ue souillent plus nos
mains ; nous en avons dégagé celles de plusieurs fiers de
nos freres ; nous ne voulons reconnaître ni rois , ni patri- ?
-cieus , ui pléberens . Des homnies égaux en droits , des citoyens
libres et ne formant qu'une famille ; tel est le pacte social
qui a uni tous les Français .
99 Een faveur de qui 25 millions d'hommes voudraientils
aujourd'hui se diviser?
99 Ne nous écartons donc jamais de cette colonne , à laquelle
il nous importe tant de rester unis ; nous ferons échouer
tous les efforts de la malveillance ,
Le projet était formé ( nous le savons ) d'anéantir le gouvernement
révolutionnaire , et de lui substituer un mode d'organisation
qui fit évanouir les grandes mesures qui ont mis
la atterreur à l'ordre du jour dans l'ame des conspirateurs .
Quek moyen fallait - il prendre ? C'était de s'appitoyer sur
le compte des gens suspects , de prétendre que l'on ne frappait
que des patriotes de crier à l'injustice , à l'oppression ,
et de compromettre ainsi les intérêts du peuple , en se donnant
tous les dehors d'une fausse humanité .
" A entendre ceux à l'égard desquels on a exécuté la loi
du 17 septembre , ce sont autant de victimes de la haine et
de la perfidie pas un qui ne se prétende un patriote de
( 74 )
1789 ; ils vous diront qu'ils ont monté la garde , payé leurs
contributions , participé à l'emprunt forcé , obtenu une carte
civique , assisté à la plantation de l'arbre de la liberté , et
qu'ils sont soumis à la loi . Sur tous ces objets , il n'est per
sonne de mieux en regle qu'eux . Ils vous diront même encore
que presque tous ceux qui exercent des fonctions pénibles
dans les pouvoirs constitués , sout des intrigans , des
ultra- révolutionnaires , des hommes barbares ces expressions
sont prodiguées comme l'étaient , il y a un an celles de
maratistes , de factieux , de desorganisateurs .
9
Mais , remontez à leurs principes prenez connaissance
des opinions qu'ils ont professées , des patriotes qu'ils ont
calomnies , des aristocrates qu'ils ont défendus , de ce qu'en
un mot ils ont fait pour enrayer le char de la révolution , et
vous aurez alors la véritable mesure de leur civisme d'est
de ces élémens que doit se composer la preuve morale qui
détermine l'opinion de ce jury politique que vous avez și
sagement placé dans les comités révolutionnaires .
Ne redoutons pas , citoyens , de rechercher toutes les
causes de ces déclamations exagérées . Beaucoup d'hommes se
prononcerent pour la révolution , dès son origine depuis
cette époque , il en est qui l'ont abandonnée ; presque tous
voulaient la liberté , mais tous ne réclamaient pas avec le même
degré d'énergie les droits sacrés de l'égalité ; et c'est cepen
dant la premiere base du régime républicain. La révolution a
suivi le cours que lui traçait la nature. Les principes sur lesquels
ellest fondée n'ont pas varié , ils seront toujours les
mêmes; nais c'est que dans quelques individus les affections
et les idées n'ont 1pas demeuré
constamment
unies à la cause
seule des principes .
3
4
" Il fauo néanmoins que la révolution parvienne au terme
qui lui est destiné , et ce terme sera celui où le peuple verra
son bonheuroconsolidé par la défaite des tyrans et le calme
dans l'intérieur . Toute mesure qui tendrait à comprimer l'élan
sublime qui nous avance vers ce terme , à desorganiser leo.
gouvernement, révolutionnaire , à remettre en liberté les gens
suspects , et cela sous le faux prétexte que l'on n'a atteint que
les patriotes , toute mesure de ce genre serait évidemment
contre- révolutionnaire. » — Dubarran a terminé ces réflexions
en proposant à la Convention de décreteri qu'il n'y avait pas
lieu à délibérer sur la mise en liberté réclamée par Nicolau ,
ancien administrateur du département de Paris ce qui a été
adopté. J
D'après la dénonciation d'un membre qui a instruit l'Assemblée
que le général Lapoype et son chef d'artillerie ont
proposé de relever les fortifications que Louis XIV avait fait
bâtir pour tyranniser Marseille ; la Convention rationale a
décrété que le général Lapoype et son chef d'artillerie sont
( 75 )
mandés à la barre pour rendre compte de leur conduite dans
cette commune .
Les comités de liquidation et de salut public proposaient
relativement à la loi qui oblige les créanciers de la République
de déposer les titres de leurs créances , une modification à
l'égard des puissances neutres et allices . Le but de cette
modification était de n'exiger d'elles qu'une copie collationnée
de leurs titres . Lacroix et Rheubell se sont opposés à cette
exception , et ont demaudé que les étrangers alliés et neutres
fussent obligés de déposer leurs titres originaux de créances ,
dans un délai prescrit , sous peine de destitution . Cette proposition
a été adoptée . La Convention nationale a renvoyé à son
comité de salut public pour fixer ce délai .
Séance d'octodi , 8 ventôse..
9
:
La Convention nationale avait décrété que ses deux comités
réunis de salut public et de sûreté générale lui feraient un
rapport sur les déteutions , sur les moyens les plus courts de
reconnaître et de délivrer l'innocence et le patriotisme opprimés
, comme de punir les coupables . Saint-Just a traité
aujourd'hui cette question dans ses rapports avec la sûreté du
peuple et du gouvernement . Décider , non ce qui importe à tef
ou tel individu , mais ce qui importe à la République . Céder ,
non à des vues privées , mais à des vues universelles être
juste mais l'être conséquemment à l'intérêt public : tels sont
les bases sur lesquelles l'orateur a fondé son discours . Un
empire se soutient- il par son propre poids , ou faut - il qu'un
systême profondément combine d'institutions y mette l'har-'
monie ? Une société dont les rapports politiques ne sont point
dans la nature , où l'intérêt et l'avarice sont les ressorts secrets
de beaucoup d'hommes qué l'opinion contrarie , et qui s'efforce '
de tout corrompre pour échapper à la justice , une telle société ne
doit- elle-point faire les plus grands efforts pour s'épurer , si elle
veut se maintenir ? Et ceux qui veulent l'empêcher de s'épurer ,
ne veulent-ils pas la corrompre ? Et ceux qui veulent la
corrompre , ne veulent- ils pas la détruire ?
A la détention de l'aristocratie , le systême de la République
est lié. En approfondissant cette vérité , Saint - Just a
été conduit à de nouveaux résultats . L'opulence , a - t- il dit ,
est dans les mains d'un assez grand nombre d'ennemis de la
révolution ; les besoins mettent le peuple qui travaille dans la
dépendance de ses ennemis . Concevez - vous qu'un empire puisse
exister , si les rapports civils aboutissent à ceux qui sont
contraires à la forme du gouvernement . Ceux qui font des
révolutions à moitié , n'cut fait que se creuser un tombeu.
La révolution nous conduit à reconnaître ce principe que celui
qui s'est montré l'ennemi de son pays , n'y peut être propriétaire
. Serait- ce donc pour ménager des jouissances à ses
tyrans , que le peuple verse son ' sang sur les frontieres , et
( 76 )
que toutes les familles portent le deuil de leurs enfans ? Vous
reconnaîtrez ce principe : Que celui -là seul a des droits dans
notre patrie , qui a coopore à l'affranchir. Abolissez la mendicité
, qui déshonore un état libre ; les propriétés des patriotes
sont sacrées , mais les biens des conspirateurs sont là pour
Lous les malheureux. Les malheureux sont les puissances de la
terre : ils ont le droit de pailer en maître aux gouvernemens
qui les négligent, Ces principes sont éversifs des gouvernemens
corrompus ; ils détruiraient le vôtre , si vous le laissiez cor-
Tompre ; immolez donc l'injustice et le crime , si vous ne voulez
point qu'ils vous immelent . ( Foyez dans les derniers numéros le
décret qui a été adopté à la suite de ce rapport. ):
Tandis que la Convention décrétait la loi et les tableaux du
maximum , des intrigans avaient conçu le projet d'altérer ses
travaux , de détruire le bienfait de ses décrets , et d'égarer ensuite
les citoyens des départemens. Un faux maximum se colportait
avec affectation dans Paris ; aucun des prix qu'il annonçait
'était exact ; le peuple était trompé , et il l'était sur les
objets qu'illui importe le plus de connaîtae , sur le prix donnė
par le législateur aux objets du premier besoin . Barrere en
dénonçant ce délit à l'Assemblée , lui , a proposé un projet de .
décret qui a été adopté en ces termes : La Convention
nationale apres avoir entendu le rapport du comité de salut
public , décrete que l'imprimé , ayant pour titre , tableau du
maxim m, etc. , sera envoyé sur -le-champ à l'accusateur public
du tribunal révolutionnaire , pour faire toutes les informauons
et recherches nécessaires pour connaître les auteurs de
cet écrit , et en faire punir tous les fauteurs , instigateurs et
complices , et en faire avertir les districts à tems .
Ce décret sera , inséré, dans le bulletin , et tiendra lieu de
publication , pour éclairer les citoyens sur cette intrigue
contre-révolutionnaire .
Sur la proposition du comité d'aliénation , la Convention
a décrété que les bâtimens , cours et jardins du ci - devant
Couvent du Val- de - Grace , qui avait été destiné pour former
A hospice d'humanité militaire , serviront à faire un hospice
pour les enfans de la patrie , et luger les filles et fenres
indigentes pour y faire leurs couches . Les meres accouchées
qui auront prolongé leur séjour dans cet hospice jusqu'à
leur parfait rétablissement et au- delà , pourront allaiter les
enfans et y seront nourrices sédentaires.
Séance de nonodi , 9 Ventôse.
On a repris la discussion sur la forme de la perception
de l'impôt . Beffroi avait commencé un discours pour appuyer
l'opinion qu'il avait déja énoncée sur la perception de l'impôt
en nature ; mais sur les observations de Charlier , et d'après
les fortes objections qu'il a faites contre le mode , l'Assemblée
d'une voix unanime a décidé que l'impôt ne sera point pergu
en, nature ,
( 77 )
Le ministre des contributions publiques écrit qu'il a déja
été vendu pour 1793 , dans ro6 maîtrises , tant dans les bois
ci-devant domaniaux que ceux ci-devant ecclésiastiques et d'émigrés
, 50854 arpens 17 perches , 189,002 pieds d'arbres ou
balivaux , 3.718 cordes.
Le produit de ces ventes se monte , dans les biens domaniaux
, à 12,442.477 liv . 7 s . 8 d .; dans les bois ci- devant
ecclesiastiques , à 5,687,821 liv . 14 sols ; dans ceux des émigrés
, à 2.287.483 liv. 19 sols to deniers ; ce qui forme un
total de 20,417,783 liv. 1 sous 7 deniers . Dans ce produit
n'est pas compris celui de tous les bois délivrés pour les besoins
de la guerre et de la marine , non plus que celui des deux sous
pour livre perçus sur les ventes des bois des communes .
D'après les rapports de son comité de législation la Convention
a rendu les décrets suivans .
Premier décret.
Le délai de huitaine pour l'enregistrement des certificats
de résidence fixé à peine dé nullité dans les cas déterminés
par les articles XXV et XXVI de la 6e . section de la loi sur
les émigrés , ne commence à courir que du jour du visa donně
par le département. "
Second décret.
Tout officier militaire démissionnaire , destitué ou sus-
'pendu , est autorisé à requérir et obtenir des certificats de résidence
par un fondé de pouvoir , lorsqu'il ne peut se présenter
en personue , sans encourir la peine prononcée par la loi du
17 septembre dernier ( vieux style ) , et que ces certificats suppléeront
à ceux qui auraient dû être fournis en sa présence
et signés par lui , en exécution de la loi du 28 mars contre les
émigrés. "
Troisieme décret. ;.
Art. 1er . Les tableaux nominatifs qui aux termes de la
loi du 26 frimaire doivent être dressés , de toutes les personnes
dont les biens ont été ou seraient ci - après confisqués au proft
de la République , seront envoyés et proclames de la même
maniere que la liste générale des émigrés , et seront en outre
affichés dans chaque chef- lieu de district seulement ; en conséquence
l'impression de ces tableaux ne pourra être tirée audelà
de 10,000 exemplaires.
II . Dans la décade qui suivra la publication de la présente
loi , il sera formé des listes particulieres des Anglais ,
des Espagnols , et des princes étrangers en guerre contre la
République ou au service de ses ennemis, qui ont en France
des biens , soit meubles , soit immeubles ou des créances .
Ces listes seront faites par les municipalités " respectives dans
l'arrondissement desquelles its possedent des biens du des
créances , et elles indiqueront ces créances et ces biens .
( 78 )
III. Elles seront dans la décade suivante adressées par
les agens nationaux des communes à l'administration du district
, qui les vérifiera , y ajoutera s'il y a lieu , et en formera
un état général que l'agent national adressera dans la troisieme
décade à l'administration du département , à l'administrateur
des domaines nationaux , à la regie nationale de l'enregistrement
et des domaines .
" IV. Seront en outre tenus les agens nationaux près les
districts d'adresser tous les mois à l'administration de leur
département , à l'administrateur des domaines nationaux , et
à la régie nationale de l'enregistrement et des domaines , les
nouveaux renseignemens qu'ils se seront procurés sur les biens
et créances de chacun des individus compris dans l'article II .
,, V. L'administrateur des domaines nationaux comprendra
ces listes et ces renseignemens dans les tableaux mentionnés en
l'article 1er . de la présente loi , et dans les états dont la formation
est ordonnée par l'article X de la loi du 26 frimaire.
,, VI . Les créanciers des émigrés n'auront désormais qu'une
seule déclaration et qu'un seul dépôt de titres à faire ; ils les
feront au secrétariat du district du dernier domicile de leurs
débiteurs , indiqué par la liste générale arrêtée en conformité
de l'article II de la loi du 27 brumaire.
" VII. Les créanciers des déportés , des prêtres reclus ,
des Anglais , des Espagnols , des princes étrangers qui sont
en guerre avec la République , ou au service de ses ennemis ,
des personnes mises hors de la loi , ou condamnées avec
confiscation de biens , sont assujettis aux mêmes déclarations et
dépôts de titres que les créanciers des émigres .
9. VIII . Ces déclarations et depôts seront faits par les créaneiers
des émigrés et autres , dont il est parle en l'article
précédent , dans les quatre mois , à compter du jour de la
publication faite au chef- lieu du district de leur domicile , des
listes générales ou tableaux sur lesquels leurs débiteurs se
trouveront placés . Ce délai passé , ils seront déchus de leurs
créances.
" IX. Les dépositaires publics et particuliers , les débiteurs ,
les comptables , les fermiers et les détenteurs des biens des
émigrés et autres , compris dans les listes ou tableaux géné
raux , mentionnés en la présente loi , feront dans le même
délai les déclarations prescrites par les lois des 25 novembre
1792 , 25 juillet 1793 , et 26 frimaire ; et ce sous les peines
qu'elles prononcent .
99
X. Les dispositions des lois des 2 septembre et 25 novembre
1792 , 13 janvier 1793 , 26 frimaire 26 nivôse et autres , qui
sont contraires à celles de la présente loi , sont rapportées .
Séance de décadi , 10 Ventôse.
La Convention avait décrété que parmi les détenus , ceux
qui voudraient obtenir leur liberté seraient obligés de fournir
( 79 )
!
des preuves de leur civisme depuis 1789. Cette disposition
n'a pas paru suffisante à Fayau , il a craint que plusieurs de
ces détenus , désespérant de pouvoir fournir ces preuves , et
pour priver la République des biens que doit lu acquérir leur
détention , ne se dessaisissent de ce qu'ils possedent entre les
mains des personnes qu'ils voudraient choisir . Il a demande ,
par motion d'ordre , que la Convention déclarât nulles toutes
transactions , donations ou ventes qui auraient été faites par
eux depuis l'époque de leur détention . Renvoyé au comité
de salut public."
L'administrateur provisoire , des domaines nationaux écrit ,
en date du 4 ventôse , que les ventes des biens d'emigrés ,
dont les notes lui sont parvenues dans le cours de la troisieme
décade de pluviôse , s'élevent , pour 155 districts , à
23,886,997 liv . 6 sous 8 deniers , sur une estimation de
11,084,143 liv . 14 sous 11 deniers , et présentent un excédent
de 12,802,853 liv . 11 sous 9 den . sur cette estimation ; la
totalite des adjudications prononcées jusqu'à ce jour par
344 districts situés dans l'etendue de 83 départemens s'éleve
à 127,883,143 liv. 2 s . 8 den . , et elle excede de 64,225,244 1 .
16 sous 9 deniers le montant des estimations . Du nombre des
départemens en activité sont ceux de la Mayenne , de la Loire
inférieure , de la Vendée . Le résultat des détails que contiennent
les lettres des districts , présente le même intérêt que
celui de leurs opérations . Par- tout l'ardeur des acquéreurs est
égale à l'activité des corps administratifs , par - tout l'enthousiasme
républicain anime les encheres , et toutes se font aux
cris de vive la République vive la Montagne !
Les citoyens venus des départemens ont été introduits dans
la salle ; l'un d'eux a dit Envoyés Paris de tous les districts
de la République , nous venons , peres de la patrie , vous
féliciter sur vos glorieux travaux . La marche imposante et rapide
des événemens dus à votre courage et à votre énergie , a depuis
huit mois laissé derriere nous des siecles ; le gouvernement
révolutionnaire a sauvé la chose publique : aussi depuis ce.
tems , la perfidie de nos ennemis a cessé de trouver à salarier
des traîtres ; nous avons nous -mêmes appris à les reconnaître ,
et bientôt un fer vengeur en a fait justice .
" Ces lâches , qui ne combattent qu'à l'aide du crime , voudraient
une trêve ; vous la leur avez refusée , graces vous soient
rendues . En effet , pouvons-nous entendre parler de trêve
alors que le feu sacré du patriotisme entretient chez nous l'enthousiasme
de la liberté , que quatre années de lutte victorieuse
contre le triple monstre de la royauté , de l'aristocratie et du
fanatisme , ont donné au peuple Français la connaissance de
ses propres forces ? Pouvons- nous entendre parler de trêve ,
alors que nous sommes unis , ae la cause par nous défendue
est celle de l'humanité ; alors enfin que nous avons à venger la
mort de ceux de nos braves défenseurs que les tyraus ent
immolés à leur rage ?
1
( 80 )
" Citoyens législateurs , guerre à mort à la tyrannie , c'est
le cri unanime de tous les Français . Rendons - nous dignes de
la liberté , rendons- nous dignes de nous-mêmes ; nos moyens
sont puissans , tous les jours ils augmentent , et les leur's
diminuent.
" Appellés ici pour apprendre à conjurer les élémens sur tous
les despotes coalisés , nous voudrions deviner l'art , et déja
nous sommes impatiens d'aller par- tout où les besoins de la
patrie nous appellent , communiquer les instructions données
par des professeurs aussi complaisans qu'éclairés , justifier
l'attente des sociétés populaires , et du comité de salut public
, et de la Convention ' nationale .
" Par-tout nous mettrons en requisition les richesses que
la nature bienfaisante et révolutionnaire a enfouies dans le
sol de la liberté , et promet à l'active industrie des patriotes .
,, Avec dù fer , du salpêtre , nous allons bientôt forger la
foudre et la vomir en éclats pour anéantir jusqu'au dernier
des tyran's ; une fois confondus , l'univers devient libre , et
bénira les Français qui lui ont donné l'exemple. "
Citoyens , à répondu le président , vos voeux sont partagés
par tous les Français ; point de paix que les tyrans
vaincus ne se prosternent devant notre République triomphante.
Continuez à travailler avec zele ; la nation entiere
vous contemple et applaudit à vos travaux. 19
L'agent national du district de Grenoble écrit que 2088
numéros de ventes des biens d'émigrés , estimés 3,181,920 ! . ,
ont produit jusqu'à ce jour 10,520,066 liv . , difference de
7,348,187 liv.
Séance de primidi , 11 Ventôse .
L'arsenal de Meulan , créé par la Convention le 22 vendémiaire
, est particulièrement destiné à perfectionner l'artillerie
volante ses travaux n'ont pas été infructueux . Les
canonniers et le directeur de cet établissement sont venus
aujourd'hui présenter à la Convention une piece de 4 , montée
sur un affût dont l'avant-train est supprimé , et qui a l'avantage
de porter tous les canonniers nécessaires au service de
la piece , dans les chemins difficiles ou étroits . La marche de
cet affût surpasse en célérité tous ceux que l'on connaît . Les
canonniers de l'arsenal de Meulan ont reçu de la Convention
les applaudissemens dus à leur zele et à leur patriotisme.
Un membre a dénoncé les abus qui se commettent à l'égard
des certificats de résidence et de non -émigration. Renvoyé à
la commission chargée de revoir la loi sur les émigrés .
Cambon , au nom du comité des finances , présente le tableau
détaillé des assignats créés jusqu'à ce jour . Il s'était fait,
depuis l'origine du brûlement , une erreur considérable dans
l'état des assignats brûlés . Il résulte du dépouillement de tous
les
( 81 )
les procès - verbaux , qu'au lieu de onze cents et quelques
millions portés dans l'affiche des brûlemens , la somme d'assignats
brûlés s'éleve à 1,891,351,317 liv . L'erreur , propagée
depuis l'Assemblée constituante , venait de ce qu'on annon
çait à la tribune les créations , sans y rapporter les brûlemens
; de sorte que ceux qui comparaient ces deux objets ,
pouvaient croire que la masse en circulation était plus considérable
qu'elle ne l'est en effet . Cambon fait ensuite rendre
deux décrets le premier porte que les diamans et autres
objets précieux de la couronne seront estimés , et qu'ils seront
uniquement employés à l'echange des denrées de premiere
nécessité , provenantes de l'étranger. Le deuxieme or
donne le versement dans les dépôts de consignation de la
République des fonds en signes représentatifs des billets de
caisse d'escompte , auxquels l'Assemblée constituante avait
donné cours de monnaie , et leur remboursement.
Séance de duodi , 12 Ventôse .
Les membres du directoire du district de Beauvais applaudissent
au décret qui admet les hommes de couleur à jouir de la
liberté. Ils invitent la Convention à ne signer le traité de paix
que lorsque le dernier des tyrans sera rentré daus la poussière :
ils annoncent un nouvel envoi d'argenterie .
La société populaire de Corbeil felicite la Convention sur les
dernieres mesures qu'elle a adoptées en décrétant que nul individu
ne pourrait obtenir sa liberté qu'en rendant compte de
sa conduite depuis le mois de mai 1789.
La section des Quinze - Vingts apporte ses essais de salpêtre .
Elle déclare qu'elle est disposée à se passer de tout , pourvu
que nos braves défenseurs ne manquent de rien. La municipalité
de Clairvaux écrit qu'elle a suspenda sa manufacture de
verre pour employer les ouvriers à la fabrication du salpêtre ,
Une députation des districts de Cluze et de Chamberry annoncent
que les saints de ces deux districts ont fait leur entrée
à la monnoie de Paris le 5 de ce mois . Leur épuration a produit
6,883 marcs , 4 ouces 2 gros d'argent , et 8 marcs 2 gros d'or,
La récolte de l'argenterie des autres districts du département ,
qui est en route , produira une pareille quantité . La députation
fait ensuite hommage à la Convention du sabre et du bonnet
donnés par l'évêque de Rome , Clément XI , au prince Eugene .
Puisse ce sabre , dit elle , devenir le glaive vengeur de la
liberté dans la patrie des Brutus et des Scavola , et servir à
renverser le trône imposteur et cruel qui fit couler tant de flots
de sang et désoler si long tems l'humanité ! Puisse-t-il servir
à venger un grand crime , un grand attentat commis dans la
personne de l'envoyé du Peuple français ! Les habitans du Mont-
Blanc regrettent de n'avoir pas des trésors immenses à offrir à
la patrie ; mais elle veut sur- tout des enfans tendres , fideles
Tome VIII,
F
( 82 )
et prêts à tout sacrifier pour elle ; et à cet égard , nous ne lui
laisserons rien à desirer .
Au nom du Comité général , il a été fait an rapport sur la
réclamation des citoyens détenus dans les prisons de Sedan ,
contre le tribunal criminel militaire du premier arrondissement
de l'armée des Ardennes . Il en est résulté un décret '
qui suspend les juges de ce tribunal , et ordonne leur arrestation
jusqu'au rapport définitif des Comités de salut public et
de sûreté générale .
Séance de tridi , 13 Ventôse .
Au nom du comité de salut public , Saint-Just a présenté à
la Convention nationale le mode d'exécution du décret rendu
le 8 de ca mois contre les ennemis de la révolution . C'est
une idée très- genéralement sentie , a dit le rapporteur , que
toute la sagesse du gouvernement consiste à réduire le parti
opposé à la révolution , et à rendre, le peuple heureux aux
depens de tous les vices et de tous les ennemis de la liberté .
C'est le moyen d'affermir la révolution , que de la faire tourner
au profit de ceux qui la soutiennent , et à la ruine de ceux
qui la combattent .
Identifiez -vous par la pensée aux mouvemens secrets de
tous les coeurs ; franchissez les idées intermédiaires qui vous
séparent du but où vous tendez . Il vaut mieux hâter la marche
de la revolution , que de la suivre et d'en être entraîné . C'est
à vous d'en déterminer le plan et d'en précipiter les résultats
pour l'avantage de l'humanité .
2
" Que le cours rapide de votre politique entraîne toutes
les intrigues de l'étranger ; un grand coup que vous frappez
d'ici , retentit sur le trône et sur le coeur de tous les rois . Les
lois et les mesures de détails sont des piqûres que l'aveuglement
endurci ne sent pas . Faites -vous respecter en prononçant
avec fierté les destins du Peuple Français . Vengez le peuple
de 1200 ans de forfaits contre ses peres .
" On trompe les peuples de l'Europe sur ce qui se passe
chez nous . On travestit vos discussions , mais on ne travestit
point les lois fortes ; elles pénetrent tout- à-coup les pays étrangers
, comme l'éclair inextinguible .
" Que l'Europe apprennent que vous ne voulez plus un
malheureux , ni un oppresseur sur le territoire français ; que
cet exemple fructifie sur la terre , qu'il y propage l'amour
des vertus et le bonheur . Le bonheur est une idée ncuve en
Europe ! ,,
Saint-Just a lu un projet de décret qui a été adopté en ces
termes :
Art. Ier. Toutes les communes de la République dresseront
uu état des patriotes indigens qu'elles renferment , avec
leurs noms, leur âge , leur profession , le nombre et l'âge de leurs
( 83 )
enfans . Les directoires de district feront parvenir , dans le plus
bref délai , ces états au comité de salut public .
II. Lorsque le comité de salut public aura reçu ces états
il fera un rapport sur les moyens d'indemniser tons les malheureux
, avec le bien des ennemis de la révolution , selon le
tableau que le comite de sûreté générale lui en aura présenté
et qui sera reudu public .
,, III . En conséquence , le comité de sûreté générale donnera
des ordres précis à tous les comités de surveillance de la
République , pour que dans un délai , qu'il fixera à chaqne
district , selon son éloignement , ces comités lui fassent passer
respectivement les noms , la conduite de tous les détenus depuis
le 1er . mai 1789. H en sera de même de ceux qui seront
détenus par la suite .
,, Le comité de sûreté générale joindre une instruction au
présent décret pour en faciliter l'exécution . "
Il existe dans la République beaucoup de citoyens qui ont été
mutiles en défendant la- cause du peuple. Danton a pensé qu'il
serait utile de leur accorder des terres aux environs de Paris ,
et de leur donner des bestiaux , afin de mettre en activité ,
sous les yeux même de la Convention , cette colonie de patriotes
qui ont souffert pour la patrie . Cette proposition est
fenvoyée au comité de salui public .
Au nom du même comité , Barerre a obtenu la parole .
Il a dit : Au moment de l'ouverture de la campagne , les
intrigans redoublent d'efforts . Vous prenez tous les jours des
mesures pour assurer les subsistances , et ce sont les subsistances
qu'on travaille tous les jours ; vous vous occupez des
moyens d'assurer les approvisionnemens des marchés de la
Republique et de la ville de Paris ; chaque jour les aristocrates
inserent dans leurs journaux des mensonges qui tendent
à tromper les départemens sur la situation de cette ville . Vous
vous occupez d'accélérer la fabrication d'armes ; eh bien , on
éleve des révoltes dans les ateliers de l'Indivisibilité , des Invalides
et du Luxembourg ; la marine fixe votre sollicitude ,
on arrête les plus habiles administrateurs de la marine . Vous
vous attachez à maintenir la neutralité avec les puissances
qui ne sont point entrées dans la coalition ; on trompe les
comités révolutionnaires ; on arrête tantôt un agent , tantôt
un autre avant - hier c'était l'agent de Malte , hiet c'était
l'agent de Geneve . Sans doute il n'appartient point à des
pygmées d'arrêter notre marche ; ce sont des pierres jettées
dans le chemin de la révolution qu'il faut déblayer ;, il est
nécessaire de le dire à cette tribnne , car de cette tribune
, vous parlez à tous les gouvernemens , que , quoique la
Convention et les comités ne puissent ni ne veuillent garantir
la moralite des agens étrangers , ils reposent ici sous l'empire
du droit des gens que nous respectons alors même qu'on le
viole à notre égard . Il faut que personne ne puisse devancer
F 2
( 84 )
la révolution . Les mesures diplomatiques n'appartiennent qu'au
gouvernement ; il faut rappeler à la loi sur le gouvernement
révolutionnaire tous ceux qui voudraient s'en écarter .
Voici le projet de décret.
,, La Convention nationale interdit à toute autorité constituée
d'attenter en aucune maniere à la personne des envoyés
des gouvernemens étrangers . Les réclamations qui pourraient
s'élever contre eux , seront portées au Comité de salut
public , qui seul est compétent pour y faire droit . — Adopté .
Barrere a fait ensuite lecture de la correspondance. Voyez
article Nouvelles . )
PARIS , sextidi , 16 Ventôse.
Le conseil général de la commune s'occupe avec la plus
grande activité des mesures propres à faire mettre en culture.
les jardins de luxe et autres terreins inutiles qui peuvent être
compris dans son arrondissement . Deja une commission particuliere
a été chargée de faire des recensemens dans les sections
, et a été autorisée à se transporter au département pour
lui remettre les recensemens et le presser de mettre à exécution.
un projet si salutaire .
Sur le rapport envoyé par le comité de surveillance du département
sur les manoeuvres pratiquées par les marchands de
vins et de liqueurs qui , par des mêlanges empoisonnés ,
alterent la santé du peuple , le conseil géréral a arrêté qu'une
députation , prise dans son sein , se transporterait à la Conveution
pour y demander une loi rigoureuse contre les auteurs
d'un pareil mêlange , et en même - teins contre ceux qui
cherchent à affamer le peuple , et a anéantir l'espece en faisant
tuer des vaches pleines .
L'administration des travaux publics a été chargée de sollieiter
un décret pour la translation des cimetieres , attenda
qu'ils deviennent dangereux à la santé des citoyens , et particulierement
celui de la Magdeleine , où l'on enteire beaucoup de
cadavres qui rendent l'air, putride et mal sain .
Le conseil général occupé des moyens de découvrir les
individus qui cherchent à échapper à la surveillance des ma¬
gistrats et des bons citoyens par de fréquens changemens de
domicile à Paris , a arrêté :
1°. Que les locataires , propriétaires et principanx - locataires
ne pourront loaer , sans que les citoyens qui se présentent à
cet effet n'aient exhibé leurs cartes civiques ; ils feront leur
déclaration au commissaire de police des citoyens qui viendront
loger dans leurs maisons , ainsi que des motifs qui les amenent
à Paris ; 2 ° . que les commissaires de police sont chargés
de faire mettre , en vertu de la loi , à la porte de chaque
( 85 )
maison , une liste écrite en très - gros caractere , et à hauteur
raisonnable , de tous les citoyens qui y logent ; 3 ° . que les
propriétaires et principaux - locataires seront tenus d'euvoyer
un duplicata de cette même liste auxdits commissaires de
police ; et sur l'amendement d'un membre , le conseil a arrêté
que les citoyens qui ne se conformeraient pas au présent
arrêté , seraient regardés comme snspects . Sur la proposition
d'un autre membre , il a été arrêté de plus que les
propriétaires et principaux- locataires seront tenús d'avertir
les commissaires de police des déménagemens ; et dans le cas
où ils contreviendraient à cet arrêté , ils seront compris dans
la classe des gens suspects ; et pour l'exécution du présent ,
le conseil a arrêté , l'envoi aux sections , anx sociétes populaires
et aux comités révolutionnaires , et l'impression de l'affiche
sur la porte des salles destinées aux seauces de chaque
section .
Il a été arrêté également que les étaux des bouchers ne pour
ront être ouverts avant six heures du matin , que le comman
dant général sera invité à empêcher que les citoyens ne s'assemblent
evant ladite heure à la porte des bouchers , et que
les citoyens qui contreviendront au présent arrêté seront renfermés
dans le plus prochain corps de garde jusqu'à la distribution
de la viande.
La societé des défenseurs de la République était venue ma- /
nifester au conseil général le desir de voir its sections conserver
une cloche révolutionnaire , pont rallier les citoyens dans les
momens de danger ; elle croyait que le canon d'alarm.c et la
generale ne suffisaient pas pour frapper dans le même moment
les oreilles des Républicains . Le president a répondu que lorsque
la voix de la patric appelle tous ses enfans à sa défense ,
les moyens usités pour les convoquer sont suffisans . $
Le citoyen Lemangin , commissaire des guerres , dans une
lettre adressée de Commune - affranchie , aux officiers munici
paux , exprime ses regrets sur l'arrêté pris par une section de
Paris qui portait le nom de Beaurepaire , quoiqu'elle l'eût
remplacé par celui de Châlfer l'un des martyrs de la liberte ;
il retrace les vertus civiques et militaires de Beaurepaite , dont
on a dit , avec justice , qu'il aima mieux mourir que de capituler
avec les tyrans . Le conseil , après avoir entendu
avec intérêt le contenu de cette leure , a arrêté que copie
en serait envoyée à la section de Châlier , ci- devant de
Beaurepaire .
Le comité civil de la section du Contrat Social , a dénoncé
le citoyen Leduc , accusé d'avoir consommé 219 lives de
viande depuis le 2 jusqu'au 20 pluviose , et dépose sur le
bureau une piece à l'appui de cette dénonciation.
Le département de Paris a pris un arrêté , portant que les
ageus nationaux feront executer sévérement les lois relatives à
F 3
( 86 )
1
la suppression de la mendicité , et enverront sur - le - champ
dans des hospices destinés à cet usage , ceux des mendians
que leur âge ou leurs infirmités mettent hors d'état de gaguer
leur vie par le travail .
La société des Cordeliers vient de faire imprimer et afficher
à ses frais , un arrêté de la société populaire des Défenseurs
des droits de l'homme , séante au temple de la Raison ,
section de la Maison Commune : il porte que Fabre d'Eglantines
, Phelippeaux , Bourdon ( de l'Oise ) et Camille Desmonlins
, ont voulu réchauffer les cendres du brissotisme ,
ressusciter ses infâmes manoeuvres et ses atroces projets ;
qu'en conséquence ils ont perdu la confiance de la société ,
sont regardés par elle comme traîtres à la patrie , indignes
de siéger dans le sein de la Convention nationale , et sur-tout
parmi les habitans de la montagne , qu'elle regarde pour eux ,
comme la roche Tarpeyenne , du haut de laquelle ils seront un
jour précipités .
Guffroi , membre du comité de sûreté générale et auteur
d'un journal intitulé : Rougiff, ou le Franc en vedette , a été
dénoncé à la société des Jacobins dans la séance du 13. On
lui a reproché que les principes de son journal n'étaient point
conformes à ceux d'un vrai patriote , et qu'il avait des liaisons
intimcs avec des ci - devant nobles . Après avoir entendu la
lecture du dernier numéro , la société l'a rayé de la liste de ses
membres , et a arrêté qu'elle denoncera son journal à la Cons
vention , et que le comité de sûreté générale sera invité à
prendre contre lui des mesures de rigueur .
Le fils du célebre auteur de l'Histoire Naturelle , Leclerc-
Buffon , a été arrêté et conduit au Luxembourg.
On assure que Chapelier , l'un des reviseurs de la constitution
, que les papiers publics disaient être en Angleterre ,
a été arrêté à dix lieues de Paris .
On apprend d'Amsterdam que le gouvernement hollandais ,
vient , à l'exemple de celui d'Angleterre , de défendre le
payement des traites tirées par les Français sur les banquiers
négocians Hollandais .
On mande de Brest qu'on a signalé l'ordre à toute la flotte
de se tenir prête à appareiller le 5 de ce mois .
Loménie -Brienne , ci - devant cardinal et archevêque de sens ,
si connu par ses intrigues politiques , par un esprit souple et
actif , et par l'établissement de la fameuse Cour pléniere , vient
de terminer sa carriere à Sens . Il s'était couché bien portant
, après avoir maugé plus qu'à son ordinaire : le lendemain
( 87 )
·
9 matin quand on entra dans sa chambre , on le trouva expirant
, et se débattant contre les horreurs de la mort. On présume
, qu'instruit de l'arrestation de son frere et de plusieurs
des siens , il a hâté la fin de ses jours par le poison . D'autres
prétendent qu'il est mort d'une attaque d'apoplexie .
Dans le même tems , le ci- devant abbé Loménie son neveu
et coadjuteur , a épousé la citoyenne Lanisy , sa cousine
germaine .
MAISON D'ARRÊT.
/
Le total des détenus , dans le département de Paris , était ,
au 14 de ce mois , de 6018 .
Plusieurs plaintes ayant été portées sur différens abus qui se
commettaient dans les maisons d'arrêt , et sur la trop grande
consommation des subsistances qui s'y faisait , l'administration
de police a publié le réglement suivant :
L'administration de police considérant que les nombreux
abus qui se sont introduits dans les maisons d'arrêt , soumise à
sa surveillance , sont en opposition avec le voeu de la loi ,
qui ne permet , dans aucun cas , la violation des principes de
l'égalité , l'un des plus fermes appuis de la révolution
française ;
" Considérant que le sort des individus , que des mesures
.
de sûreté générale ont forcé à séquestrer momentanément de la
société , doit être uniforme , et qu'elle se rendrait coupable
d'une criminelle insouciance , si elle n'employait tous les
moyens qui sont en son pouvoir pour faire ditparaitre des
maisons d'arrêt le luxe et la misere qui doivent y être éga- lement inconnus ; (
" Considéraut enfin qu'il est de toute justice que les riches
détenus expient leur fortune , en la faisant contribuer au
soulagement de leurs freres indigens , sur qui , d'ailleurs , la
privation de la liberté pese bien plus douloureusement que sur
ceux dont la detention n'a point interrompu les jouissances
habituelles , arrête ce qui suit :
" Art . Jer . Les frais de la garde des maisons de suspicion
seront supportés par les détenus en général , et conformément
à la loi.
II. L'administration de police dérerminera le uombre des
citoyens qui composeront la garde desdites maisons .
III. Le traitement de chaque homme sera de 50 sols par
garde de 24 heures .
,, IV. Il sera établi , dans chacuue de ces maisons , un
traiteur chargé de fournir aux détenus la nouriture ci - après .
spesifiée ; et s'il manquait une cuisine dans l'une de ces maisons ,
il y serait
pourvu sans délai.
F 4
( 88 )
V. Les détenus seront nourris conformément à la loi , et
afiu que les traiteurs puissent suivre , à cet égard , la loi d'une
maniere précise , elle leur sera envoyée pour être de suite ,
exécutée . En conséquence , les detenus ne pourront , à
l'avenir , avoir la faculté de faire venir leurs alinens du dehors ,,
et ce , pour prévenir les abus qui peuvent se glisser lors de
l'entrée des mets dans la prison : il leur sera seulement permis
de faire venir du vin .
" VI . Il sera payé aux traiteurs pour la nourriture de
chaque détenu 50 sous par jour , non compris le pain et le
vin ,
an moyen dequel paiemeut lesdits traiteurs seront
chargés de tous les frais qu'exige l'exploitation dé leur entreprise.
" VII . L'administration de police surveillera très - exactement
la nourriture fournie aux détenus .
" VIII . Il sera dressé préalablement un état des dépenses
journalieres , et chaque détenu sera tenu de déclarer pour
quelle somme il peut contribuer au paiement de ces dépenses .
" IX . Les détenns qui seront reconnus pour indigens , ne
contribueront à aucuns des frais de garde et d'alimeut .
,, X. Les détenus contribuables nommeront entr'eux un
trésorier chargé de recueillir les sommes résultantes desdites
déclarations .
" XI. Les concierges seront également tenus de se nourrir ,
de se chauffer et de s'éclairer à leurs frais , et ne pourront
rien exiger ni recevoir des détenus , sous quelque prétexte que
ce puisse être.
Les commissionnaires sont supprimés.
,, XII . Pour remédier aux abus qu'out introduits , dans les
différentes maisons d'arrêt , les commissionnaires qui exigeaient
des détenus un salaire exorhitant , il sera établi dans chaque
maison d'arrêt deux boëtes propres à recevoir les lettres et
paquets qui pourraient être adressés aux détenus , ou par eux
envoyés au-dehors .
,, XII. L'une de ces boëtes , destinée à recevoir les objets .
qui seront envoyés par les détenus , sera placée dans l'inté
rieur de la maison d'arrêt ; celle qui devra recevoir les objets
apportés du dehors , sera placée à l'extérieur , et adossée à la
principale porte d'entrée de la maison d'arrêt .
,, XIV. Chacune de ces boëtes sera garnie d'une serrure
de sûreté , dont le concierge seul aura la clef.
,, XV. A neuf heures précises du matin , et à deux heures
précises du soir , le concierge fera l'ouverture des 2 boëtes ,
et se conformera , pour l'expedition de la distribution des lettres
et paquets qui y seront renfermés , aux instructions comprises
dans les articles subséquens.
,, XVI . Il sera nommé par l'administration de police , un
citoyen chargé de recevoir des mains du concierge les leures :
et paquets qui se trouveront dans la boëte de l'extérieur , et.
1
( 89 )
de les distribuer aux détenus auxquels ils seront adressés ; il
sera de même chargé de se transporter , une demi- heure avant
celle indiquée pour l'ouverture des boëtes , dans les chambres
des détenus , afin de recueillir les objets qu'ils adresseront
au-dehors , pour les déposer dans la boëte du départ ;
ce commissaire sera nommé commissionnaire intérieur , et il ne
pourra , dans aucun cas , et sous aucun prétexte , exercer
d'autres fonctions que celles désignées par le présent article .
Son traitement sera de 4 liv . par jour , s'il n'est pas nourri ,
et 3 liv. par jour , s'il est nourri , le tout aux frais des détenus.
" XVII. Il sera également nommé par l'administration de
police deux autres citoyens , chargés du transport des lettres
et paquets qui seront adressés au dehors par les détenus ils
seront tenus , en conséquence , de se rendre à la maison d'arrêt
dont ils feront le service , aux heures précises indiquées pour
l'ouverture des boëtes , recevront des mains du concierge les
objets qui se trouveront renfermés dans la boëte de l'intèrieur
, à l'effet de les porter aussi- tôt à leur destination . Leur
salaire est fixé , quant à présent , à trois sols pour chaque
objet de transport ils seront nommés commissionnaires extérieurs.
" XVIII . Les concierges auront soin de visiter tous les paquets
qui entreront dans les maisons d'arrêts ou qui en sortiront
; et s'il s'y trouvait quelques lettres , papiers ou autres
objets qui intéressent la sûreté publique , ils les feront passer à
l'administration de police.
" XIX. Dans le cas où il parviendrait à l'administration de
police des plaintes contre les citoyens commissionnaires qu'elle
aurait choisis , elles seront vérifiees , et , s'il y a lieu , ils seront
renvoyés aussi- tôt .
?, XX . Au moyen des précédens articles , nuls commissionnaires
, autres que ceux choisis par l'administration de police ,
ne pourront avoir l'entrée des maisons d'arrêts ; et ceux que
l'habitude ou le choix des concierges y avait établis ou maintenus
jusqu'à présent , seront tenus de se retirer auss-tôt après
la notification du présent arrêté.
" XXI. Il est expressément défendu à tous concierges , gui- :
chetiers et autres personnes attachées à la garde des maisons
d'arrêts , de recevoir de qui que ce soit , même à titre de gratification
, aucune somme ou dous de telle nature qu'il puisse
être , à peine de destitution . En conséquence , l'administration
de police invite tous les citoyens qui auront quelques plaintes à
former coutre les concierges des maisous d'arrêts , ou leurs
agens , à les lui dénoncer aussi- tôt.
" XXII. Les concierges sont personnellement responsables
de l'exécution du présent reglement " .
Les Administrateurs de police. Signé , Heussée , Figuet , Men
( go )
nessier , N. Froidure , Soules , Beaudrais , Cailleux , Dangé ,
Michel , Massé , Laurent.
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort :
Etienne - Claude Marivetz , âgé de 65 ans , ci - devant écuyer
des tantes émigrées de Capet , convaincu de complicité dans la
conspiration formée par le dernier tyran , et de correspondance
avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la République ;
Jean-Baptiste Poupart- Beaubourg , ci - devant écuyer , âgé de
39 ans , né à l'Orient , ci - devant inspecteur du doublage des
vaisseaux de la marine , demeurant à Paris , rue de l'Hirondelle ,
convaincu d'avoir entretenu des intelligences avec Laporte ,
ci- devant intendant de la liste civile , et d'avoir composé et imprimé
des écrits tendants à provoquer la guerre civile et la dissolution
de la Convention nationale.
J. F. Froullé , âgé de 60 aus , natif de Paris , libraire et imprimeur
, quai des Augustins , convaincu d'avoir composé et im- ..
primé en 1793 ( vieux stile ) un ouvrage in - 8 ° . ayant pour titre :
Liste comparative des cinq appels nominaux , dans laquelle se trouve
la relation des 24 heures d'angoisses qui ont précedé la mort de
Louis XVI ; lequel ouvrage provoque la dissolution de la représentation
nationale et le rétablissement de la royauté en France.
Et Thomas Levigueur , âgé de 47 ans , natif de Rougeville ,
département du Calvados , libraire et imprimeur , convaincu
d'avoir coopéré à la composition de cet ouvrage .
Nombre d'autres conspirateurs ont subi la même peine.
-Plusieurs prévenus ont été acquittés ..
}
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE . Bastia , 13 Pluviôse. Les Corses -Paolistes
signalent leurs derniers instans par les plus grandes cruautés .
Uu bateau venant de Calvi , pour fuir les Anglais , ayant
abordé dans la partie de la Corse qu'on appelle les Agriades ,
dans le voisinage de Saint-Florent , un malheureux sergent du
61. régiment , a été mis en pieces par les Corses , après avoir
été blessé d'un coup de fusil ; une femme a été mutilée ,
dépouillée en entier et conduite en cet état sous les yeux de
Paoli , dont l'ame de sang a paru jouir de ce spectacle .
,, De l'autre côté des monts , dans la partie d'Ajaccio , les
Paolistes ont attaqué les Républicains . J'y avais envoyé l'adjoint
aux adjudans généraux , Graziany , pour former la compagnie
Coti , et deux autres compagnies , qui pussent donner
des secours aux patriotes , en attendant que les troupes de la
( 91 )
République puissent y ramener le drapeau tricolore . Les Républicains
n'ont perdu que deux hommes ; les Paolistes en
ont perdu douze , sans compter les blessés , qu'ils ont emporté.
Les Paolistes étaient en nombre décuple ; et , selon leur usage ,
ont été brûler et dévaster les possessions des patriotes . Il faut
espérer que leur tems ne sera pas de longue durée .
"
" Je t'annonce que la nouvelle des victoires des armées
de la République , a électrisé les défenseurs qui sont dans ce
point éloigné. J'ai fait une disposition que les troupes ont
adoptée avec transport . J'ai formé des compagnies d'officiers
et de sous- officiers , des régimens qui sont en Corse . Ces
officiers se trouvent excédens dans les différens corps qui sont
extrêmement réduits par les maladies et le défaut de recrutement.
Ces compagnies d'officiers et de sous- officier , sont
destinées à marcher aux grenadiers . Elles porteront le nom
de la Montagne , de Sans - Culotte , etc. et j'assure la Convention
nationale , que la République en tirera le plus grand service .
Si les Anglais débarquent , nous les chargerons à la bayonnette
, et j'espere qu'ici , comme dans le continent , la Montagne
foulera aux pieds ses ennemis . Il se forme aussi des
compagnies volontaires de la garde civique , qui veulent marcher
aux grenadiers . Enfin , président , c'est à qui de nous imitera
le mieux nos freres de l'armée de Toulon , et ceux de l'armée
du Rhin. Il y a six jours que 40 bâtimens Anglais étaient sur
nos côtes , un coup de vent les a dispersés , et nous craignons
qu'ils ne reviennent plus .
Signé , LACOMBE- SAINT-MICHEL.
ARME É DES PYRÉNÉES.
Traits de bravoure les plus marquans , extraits des différens rapports
sur la journée du 17 pluviôse . Division de Chauvin-
Dragon , armée des Pyrénées occidentales .
--
Le citoyen Dufour , caporal au 1er . bataillon de la 5e . brigade
d'infanterie légere , avait été fait prisonnier quatre Es
pagnols le conduisaient ; il saute sur la bayonnette de l'un
d'eux , en tue trois , prend le 4 ° . au coilet et l'amene prisonnier.
( Il y a plus de cent hommes témoins de ce fait . ) .
Le citoyen Bourdei aîné , grenadier au 4. bataillon des
Basses-Pyrénées , est grièvement blessé ; ses amis le conjurent
de se retirer ; il répond en criant : Vive la République ! Il brûle
toutes ses cartouches et ne cesse de poursuivre l'eunemi
quand ses forces lui manquent .
que
Le citoyen Dougadot , sergent- major au 2e . bataillon du
Tarn , tombe d'un coup de balle qui lui traverse le corps
( 92 )
ses camarades veulent l'emporter. Allez à votre poste , leur dit-il ,
pous vous devez à la patrie avant de penser à moi .
Le citoyen Bigot , adjudant-major du 4. bataillon des Landes
, marchant au pas de charge , à la tête d'un détachement
envoyé pour reprendre le poste de la Mazure , reçoit une balle
qui lui perce la cuisse ; il marche du même pas jusqu'à ce que
Je détachement se soit emparé du poste ; alors il se plaint de
sa blessure , le chef de bataillon veut lui donner deux de ses
camarades pour le soutenir ; il les refuse , en disant : Gardeles
pour combattre les ennemis , je me retirerai comme je pourrai.

Le citoyen Abadie , caporal des canonniers du 3e . bataillon
du Gers , répond à une proposition de battre en retraite :
Non , foutre , non , je ne quitterai pas mon canon , ni mes camas
rades le leur , tant que nous aurons des munitions , et que nous ne
verrons pas tout le détachement achevé . Sur la fin de l'action
voyant les Espagnols fuir , il dit à ses camarades : Allons mes
amis , vite au canon . Au même instant , faute d'avant - train , il
met les deux crosses d'une piece de 4 sur ses épaules , ses
camarades poussent aux roues , ils traînent la piece à trois
on quatre cents toises , et font plusieurs décharges à mitraille.
Les Espagnols s'étaient emparés de la maison où sont cantonnés
les canonniers du 3e . bataillon du Gers ; le citoyen
Vives , sergent major dans la compagnie , craignant qu'ils
n'emportent le guiden , court à la maison avec un chasseur
du er . bataillon de la 5. demi - brigade d'infanterie légere ,
dont on regrette de ne pas savoir le nom ; ils y trouvent trois
Espagnols , le chasseur en tue un d'un coup de bayonnette ,
Vives tue le second d'un coup de sabre ; le troisieme saute
par la fenêtre , le chasseur le blesse d'un coup de fusil à la
cuisse , et l'amene prisonnier.
Le citoyen Dugoyen , fusiljer au 4° . bataillon des Landes ,
est atteint d'une balle au commencement du combat , il ne
quitte pas son poste dans le cours de l'action , il reçoit une
seconde balle au bras ; son capitaine veut le faire retirer ; Du - i
goyen secoue son bras : Il n'est pas coupé ; je veux me venger , et
renvoyer à ce j..... f..... la balle que j'ai reçue , et continue à se
battre.
" Le citoyen Palacio , sergent au 1er , bataillon des chasseurs
des Montagues , marchait en colonne avec sa compagnie ; il se
detache à la course avec Bélard et Marcadet ; Palacio reçoit un
coup de feu , et dit : Je meurs .... ; mais ils fuient.
" Le citoyen Magaillon , sergent de la premiere compagnie
du er . bataillon des chasseurs des Montagnes , étant de pa(
93 )
tronille à la Croix - de - Heudaye , voit arriver deux colonnes ennemies
; il est forcé de battre en retraite avec son detachement :
une colonne de grenadiers avance pour les couper ; Magaillon
se bat avec opiniâtreté , reste seul . Il est pris par trois grenadiers
espagnols : l'an d'eux prend des cordes pour le lier ; il
profite de cet instant , prend sa carabine par le boat du canon ,
en renverse deux dans un fossé , tire sur le troisieme , qu'il tue ,
va rejoindre ses camarades , et revient à la charge , à la tête de
sa compagnie .
Signé BOUCHOTTE .
ARMÉ E DU NORD.
Lille , 2 ventose . Les soldats de la République. viennent
de remporter deux nouveaux avantages sur les satellites du
despotisme. Le premier a eu lieu le 25 pluviôse près de Rekem .
Le général de brigade Dumonceau et le chef de batailion
Wartel , commandant à Pont- à -Bruck , à la tête d'un détachement
du dixieme bataillon du Calvades , d'un autre détachement
des dragons du sixieme régiment , et d'un troisieme détachement
de chasseurs du treizieme , ne format ca tout que
cent hommes , ont encontré , dans une patrouille , un corps
de troupes ennemies six fois plus considérable , composé de
cavalerie anglaise et allemande , et d'infanterie autrichienne . Ils
l'ont attaqué avec une audace républicaine , et l'évenement n'a
pas eté longtems douteux , ils ont fait mordre la poussiere à
cinquante ennemis , et fait un pareil nombre de prisonniers ,
et pris 28 chevaux . Nous n'avons perdu qu'un seul homme ,
c'est
un maréchal-des-logis , qui emporte tous les regrets
de son corps . Hier en arrivant Commines pour visiter ce
poste important , sous plus d'un rapport j'en trouvai la
principale rue obstruce par des prisonniers de guerre . Le chef
de bataillon Daendels , qui le coinmande , avait enlevé , le
matin même , cinquante- huit hommes , des régimens de Dousnack
, des chasseurs d'Yorck et des chasseurs Hanovriens qui
occupaient un poste à quelque distance de Commines , Parmi
les prisonniers , se trouve le commandant du poste , et deux
autres officiers . Il a encore prís , sept chevaux .
" Nous n'avons également perdu dans cette affaire qu'un
seul homme.
" Je dois vous ajouter que dans une et l'autre occasion ,
les volontaires de premiere requisition ont montré autant d'intrépidité
et même autant d'habileté dans les manoeuvres , que
leurs freres d'armes qui servent la patrie depuis un grand nombre
d'années .
Le citoyen Prévot , officier de génie , m'a remis une
medaille d'or , portant l'effigie d'un tyran , dont la valeur
est de 366 liv . pour la déposer sur l'autel de la patrie ; vẹ
pouvant l'insérer dans ma lettre je l'ai remise aŭ directòire
( 94 )
du district qui l'adressera à la Convention nationale , avec
un nouveau convoi d'argenterie qui ne tardera pas à suivre
celui qui vient d'avoir lieu .
Salut et fraternité .
Cambray , 2 ventôse . « Les généraux Pichegru et Ferrand
ont eu ici une entrevue , pour se concerter sur les moyens
d'exécuter les plans envoyes par le comité de salut public : à
l'issue de cette conférence , Pichegru est parti pour se mettre
à la tête de l'armée du Nord , et Ferrand pour prendre le
commandement de celle des Ardennes . " ?

Douay , 3 Ventôse . Le 29 pluviôse , le chef de brigade ,
Compere , commandant les avant - postes de Douay , ayant reçu
l'avis que l'ennemi était à Plines , et s'efforçait de tourner une
patrouille , rassembla avec célérité 80 hommes de cavalerie
qu'il cacha dans un bois entre Pont - à - Rache et le pont de
Flines . Cette disposition faite , Compere vint se montrer avec
quelques hommes de cavalerie , devant un détachement de
30 hussards de la Tour qu'il attira vers Flines , en feignant de
se replier. L'ennemi fut parfaitement la dupe de ce mouvement
, et s'avança imprudemment jusqu'à l'église de Flines
soutenu par une compagnie de tirailleurs à pied ; c'était où
Compere les attendait , et en brave republicain , il revint sur
et les chargea avec sa vigueur ordinaire ; ses forces
furent bientôt rassemblées , et plusieurs des esclaves furent
bientôt battus . Cependant , comme ceux - ci étaient en nombre
supérieur ils enleverent un officier et un dragon qu'une
nouvelle charge rendit bientôt aux braves Sans - culottes auxquels
ils avaient été arrachés . Cette seconde charge mit les
dragons en fuite ; il ne restait que la compagnie des tirailleurs
qui , en moins de 5 minutes , fut au pouvoir de Compere . Le
feu des ennemis a enlevé à la République un dragon du 13. régiment
, un blessé , un cheval tué et un pris . L'ennemi a perdu
30 hommes que Compere a faits prisonniers , dont un officier
et un dragon monté .
eux ,
Les apports annoncent qu'il y a encore eu 20 hommes
de cavalerie mis hors de combat , et 12 chasseurs à pied
tués .
Je ne puis , général , te parler trop avantageusement de
nos braves Sans- culottes , parmi lesquels les dragons du treizieme
régiment et les hussards du sixieme se sont distingués
par une intrépidité que l'on ne trouve que chez les Republicains
. Compere a reçu six coups de feu dans ses habits ,
et son cheval a été frappé d'une balle à la cuisse . " ,
Salut et fraternité.
Signé , DRUT , général de division .
Réunion-sur-Oise , 10 ventose. Les troupes de la division que
( 95 )
commande le général Souham ont enlevé plusieurs postes à
l'ennemi , ont fait 80 prisonniers et pris 28 chevaux . L'ennemi
a eu bon nombre de tués et de blessés . "
COTES MARITIME S.
Port-Malo , 10 venlôse. Le quartier général de l'armée des
côtes est en cette ville , sous les ordres du général Rossignol.
On attend dans les environs 18,000 hommes et un convoi d'artillerie
de différens calibres . Tout se prépare ici pour une
descente. "
Caen , 7 ventôse. Le 4 , sur les huit heures du matin , une
corvette anglaise de 26 canons , et une frégate d'environ 36 sont
venues devant St. Vallery - en - Caux ; elles avaient arboré pavillon
national ; mais l'erreur n'a pas été longue aussi - tôt
reconnue , un feu assez vif s'est engagé de part et d'autre.
L'Anglais a fui et a dirigé sa marche du côté de Dieppe .
" Tous les habitans de ces côtes paraissent animés des meil
leurs principes. Tous sont bien disposés à se défendre.´,,
Dunkerque , 18 ventôse . Nous avons oublié de rendre comptedu
trait de bravoure suivant , transmis par Hector Barrere ,
agent du conseil exécutif.
Le 25 nivôse , deux bâtimens anglais parurent à la vue de
Dune - Libre . Le brave Jancen , enseigne non entretenu , fut
envoyé pour les reconnaître , avec un petit bateau armé seulement
de 4 pierriers et 20 hommes , Arrivé près d'un des bâtimens
, il s'apperçoit que c'est un vaisseau à 3 mâts , armé de
8 canons de 6 , six pierriers et un fort équipage . Sans consulter
le danger , il veut monter à l'abordage ; mais il tombe à
la mer : un de ses compagnons l'en retire ; il recommence sa
manoeuvre , et surmontant toute difficulté il s'empare du
vaisseau .
"
Jancen n'est point satisfait de cette prise ; il court sur le
second bâtiment , l'atteint , monte à l'abordage et le ramene
dans le port , aux cris de vive la République ! ,,
Du 9 Ventôse.
Une deuxieme prise faite par le capitaine Defraye vient
d'entrer en ce port : c'est un superbe navire Dantziquois , du
port d'environ 350 tonneaux , chargé de planches propres à
ponter les navires qui seront très - ntiles . dans le moment actuel ,
pour les armemens en activité, Ce navire venait de Dantzick ,
destine pour Londres . C'est encore une plume de moins au
corsage de Pitt . ,,
Rochefort , 6 Ventôse . Il vient d'arriver un navire américain
parti de Bilbao , avec un chargement de 200 tonneaux de
( 96 )
maïs pour Cadix ; c'est la frégate la Médée , en croisiere depuis
8 jours , qui a enlevé cette intéressante cargaison au Capei de
Madrid .
que
les
P. S. Grégoire , dans la séance du 114 a annoncé "
administrateurs du département de Paris viennent d'envoyer
au comité d'instruction publique l'original d'une lettre de
Charles IX , l'un des Néron de la France . Elle est adressée
à son frere , le duc d'Alençon . L'époque de l'assassinat du
connétable de Mouy , qui en fait le sujet , ainsi que la signature
, ont été vérifiés a la bibliotheque nationale . On ne peut
douter que cette piece ne soit de l'auteur du massacre de la
Saint Barthelemi . Ce monument d'infamie royale est ainsi
conçu :
Mon frere , pour le signalé service que m'a fait Charles
de Louvier , seigneur de Monrevel , présent porteur , étant
celui qui a tué Mouy de la façon qu'il vous dira , je vous
prie , mon frere , de lui bailler le cordon de mon ordre ,
ayant été choisi et élu par les freres compagnons dudit ordre
peur y être associé et faire ensorte qu'il soit , par les manaus et
habitans de ma benne ville de Paris , gratifié de quelque
honnête présent , selon ses mérites , priant Dieu , mon frere ,
qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde .
Ecrit au Plessis - les -Tours , le 10 ° , jour d'octobre 1569.
Signé , votre bon frere CHARLES IX.
Charles Louvier , ne jouit pas long- tems du fruit de son
crime ; il fut tué dans la rue St. Denis , par le fils même
de Mouy.
5
(N. I2 . 1794. )
MERCURE
FRANÇAIS .
DU DUODI , 2 GERMINAL , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 22 mars 1794 , vieux style . )
ON
POÉSIE.
CHANSON . AIR : De la Croisée.
Na mille goûts différens ,
On fait mille choix dans ce monde ,
L'un veut tonjours courir les champs
Et l'autre voyager sur l'onde ;
L'un de la ville aime le bruit ,
L'autre la paix de la campagne ;
Tel court la plaine et tel la fuit ,
Moi j'aime la Montagne.
Dans la plaine l'on craint souvent
Le vent , ou la grêle , ou l'orage ;
Dans la plaine regue le vent ,
Et crêve toujours le auage .
Le tonnerre qui fait trembler
bis.
Quand l'éclair brillant l'accompagne ,
Sous tes pieds vois - le se former
bis.
Du haut de la Montagne.
Dans un marais toujours fangeux
De noires vapeurs empoisonnent
Mille reptiles venimeux ,
Insectes piquams y foisonnent.
Un atmosphere , épais , obscur
Souvent y cache la campagne ;
Mais pour la vue et pour l'air pur
s
Il n'est que la Montagne.
Qui de ce bienfaisant ruisseau
Peut arrêter le cours rapide ?
Qui peut corrompre ainsi son cau
Si ce n'est ce marais fétide ?
Tome VIII. K
( 146 )
Il le change en bourbier fatal
Pour l'habitant de la campagne ;
Son ende était comme un cristal ,
Sortant de la Montague.
La vertu nous place très - haut ,
Le vice abaisse , il humilie ' ;
On rampe quand on est un sot ,
On s'éleve avec du génie ;
Au Parnasse un auteur gravit
.
S'il prend la gloire pour compagne ;
Le dieu du goût et de l'esprit
Siege sur la Montague .
Quand Dieu fit entendre sa voix
A l'Hébreu rébelle et volage ,
Quand l'Eternel donna des lois
Qui devaient le rendre plus sage ,
Pour annoncer de tels arrêts
Il ne s'est pas mis en campagne ;
Mais il a dicté ses décrets
Du haut de la Montague.
bis
bis.
Vis..
C'EST
CHARADE.
' EST le mépris qui mon premier fait naître ;
Et l'on n'est plus debout , quand on est mon dernier
Mais que d'appas cachés sous mon entier !
Il est menteur par fois peut-être ,
Mais il n'importe , on brûle de connaître
Tout ce que la pudeur a su lui confier.
ENIGME.
SANS prétendre jamais tenir à la noblesse
Je forme pourtant des quartiers ,
Et suis sous ce rapport une sûre richesse .
Les biens que j'ai comptés de tous sont les premiers .
Heureux qui peut m'avoir en nombre raisonnable ,
Et sait m'employer avec soin !
( 247 )
Celui -là possédant un trésor véritable ,
D'autre chose n'a pas besoin.
Très longue quelquefois de mince corpulence
Je puis servir à mesurer ;
Tantôt à ta maison je sers dans sa naissance ;
Là sur des monts glacés placée en évidence ,
Je t'empêche de t'égarer ;
2
Ici , tout près de la riviere
Je sers à certaine ouvriere
Pour achever ses utiles travaux ;
Sous un autre rapport , lecteur , au sein des eaux
Je demeure ma vie entiere ;
Enfin , pour que sur moi tout se trouve épuisé ,
Jadis je fus le nom d'un pays très -fertile ;
Cer
Mais depuis qu'il est divisé ,
nom à retenir devient fort inutile ,
Et sans le rappeller me trouver est facile .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du Nº . 11 .
Le mot de la Charade est Dégré ; celui de l'Enigme est Bottes
celui du Logogriphe est Silence , où se trouve si mot italièn qui
veut dire oui , cêne , ciel , cele , lice , scêne , siecle , nièçe , scie , cıl, isle
Nil, Seine , Nice , lieu , lesine , cens , sel et clin.
?
( 48 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES. T
Le vieux Celibataire , comédie an cinq actes et en vers , par le
citoyen Collin - Harleville ; représentée pour la premiere fois à
Paris , sur le théâtre de la Nation , en 1792 ( vieux style ) .
Prix , 40 sols ; à Paris , chez Maradan , libraire , rue du cime.
tiere Saint-André- des - Arts , no . 9.
C.
1
et
E sujet avait été mis plus d'une fois sur la scene ,
l'auteur fait mention dans sa préface des écrivains qui l'ont
essaye avant lui . Le plus ancien et le moins connu est Avisse ,
'auteur d'une Gouvernante , en trois actes et en vers jouée
en 1737 au théâtre Italien . Elle était oubliee , comme tant
d'autres pieces ; quelque curieux l'a déterree pour y trouver
des ressemblances avec le vieux Célibataire. Il y en a en effet ,
et le citoyen Collin , est le premier à en convenir ; mais il
affirme ( et il doit être cru ) qu'il n'avait jamais lu Fouvrage
d'Avisse . La ressemblance consiste en ce que dans les deux
pieces on voit un neveu déguisé en domestique près de son
oncle , et une gouvernante rusée et intrigante ; la différence
est que dans Avisse , le jeune homme est aposté par la gouverante
elle - même pour jouer le rôle de neveu , et que le bon homme ,
au lieu d'être séduit par elle , la presse lui -même de l'épouser .
Je m'en rapporte entièrement là - dessus à l'auteur du vieux
Célibataire ; car je ne connais pas la piece d'Avissè , et n'en
avais jamais entendu parler. Au reste , rien n'est plus indifférent
ici que cette identité de moyens , qui par eux - mêmes
appartiennent à tout le monde , et qui ont été employés
dans plusieurs pieces . Rien n'est moins neuf que ces déguisemens
mis en usage pour rapprocher des parens qui ne se
connaissent pas , et dont l'un a besoin de l'autre ; et sans
vouloir rappeller des exemples inoins heureux , ce ressort a
été mis en usage avec beaucoup de succès dans l'Ecole des
Meres. D'ailleurs , si quelque idée se présentait naturellement
dans le sujet du vieux Célibataire , c'était la concurrence entre
une gouvernante qui veut épouser son maître , et des héritiers
qu'elle veut écarter . Encore une fois , le fond de toutes
ces intrigues est très - commun , et tout dépend de l'exécution .
1
Aussi le citoyen Collin , qui a sans doute assez d'esprit
et de talent pour sentir cette vérité , s'exprime- t -il avec une
franchise très -louable sur les obligations qu'il peut avoir à
une autre comédie , jouée il y a dix ou douze ans , dont le
sujet était le même que le sien. « Le vieux Garçon ne m'a pas
99 seulement fourni le sujet du vieux Célibataire , mais encore
" plusieurs idées de détail . Les débats et gaspillages de lintérieur
, l'insolence des valets réunis tous un moment contre
( 149 )
9 leur maître , ont échauffé ma verve , et je dois le personnage
de madame Evrard à ce vers du vieux Garçon , qui
me frappa dans le tems :
Et j'ai pensé vingt fois épouser ma servante .
" Je me fais un vrai plaisir de rendre hommage à une comé-
, die dont le but était profondément moral , et plusieurs intentions
très - dramatiques , à qui il n'a peut-être manqué ,
" pour être encore mieux sentie , que d'avoir une gouver
" nante jouée aussi supérieurement, que la mienne.
On ne peut pas parler plus noblement de ses rivaux ; mais
comme la modestie de l'auteur n'est qu'au droit de plus à
la justice du public ; je me fais aussi un vrai plaisir de lui
dire que , si un vers du vieux Garçon lui a donné l'idée de
sa gouvernante , ce rôle , très bien fait et le meilleur de la
piece , n'est l'ouvrage que de son talent.
Je ne parlerai point ici du Gélibataire de Dorat , où ce-
›› pendant il y a un vieux Saint - Géran bien prononcé. „
le
Cette réserve mérite encore des éloges . L'auteur , quelque
envie qu'il eût de louer ses prédécesseurs , n'a pu que garder le
silence sur le Célibataire , et a cité le seul rôle où il y eût quelque
intention et quelque nuance de comique . Il s'en faut de beaucoup
que ce rôle soit prononcé , et de plus il n'est mullement
lié à la piece , qui d'ailleurs est aussi mal conçue , aussi mal
faite et aussi mal écrite qu'aucune des autres prétendues comédies
de Dorat , quoiqu'elle ait eu dans la nouveauté un de
ces succès que Dorat savait arranger , et qui finirent par
ruiner. On sait aujourd'hui qu'il n'avait aucun talent pour le
theatre. Sa Feinte par amour , la seule piece de lui que l'on
joue encore , est prise par - tout , dans la Coquette corrigée
dans Amour pour Amour , dans les pieces de Marivaux , etc .;
c'est un plagiat continuel , un amas de bluettes que le jeu
des acteurs fait valoir , et qui s'évanouissent à la lecture . Sen
Célibataire n'est autre chose qu'un homme de trente ans qui
ne veut pas se marier , et assurément ce n'est pas là le sujet ;
l'auteur ne l'a pas même apperçu . Ce Célibataire ne l'est pas
même par principe ; car il a la rage de marier tout le monde.
hors lui , et il imagine de faire épouser une femme qu'il
aime ( du moins, à sa maniere ) à un de ses amis , qui est déja
marié secrétement à une autre femme. Cette fantaisie bizarre
ne produit que des situations forcées et des scenes à contresens
, où le héros de la piece, le principal personnage , donné pour
un homme d'esprit , un homme brillant , est sans cesse la dupe
de tout le monde. Il fait l'important , et chacun se mocque de
lui. Il est aimé ; tout doit l'en convaincre , et lui seul re s'en
apperçoit pas; et cette meprise , qui pourrait être vraisemblable
dans un amant tendre , discret et timide , n'est qu'une bêtise
dans un fat . Enfin il se marie comme par pitié , après avoir
lu un billet de désespoir , dans lequel cette femme qui l'aime ,
K 3
( 150 )
on ne sait pourquoi , annonce qu'elle va se jetter dans un
couvent voilà un beau plan et un plaisant Célibataire ! Je ne
dis rien du style : les gens de goût ont apprécié dès longtems
l'insupportable jargon de l'auteur , brouillé à jamais avec
le mot propre et avec le bon sens .
L'analyse du vieux Célibataire a été donnée dans le Mercure
et dans plusieurs autres journaux on ne trouvera donc ici
qu'un résumé snccinet sur le mérite et les défauts de l'ouvrage.
L'intrigue en est fort simple , et n'en est pas moins intéressante
. On desire le bonheur da neveu et de sa femme , deux
jeunes gens honnêtes et aimables , et quoiqu'on applaudisse
à l'adresse et aux agrémens de la gouvernante , on desire qu'elle
soit punic de sa méchanceté et de ses calomnies . Ces trois rôles
sent ce qu'ils doivent être , et le but de l'ouvrage y est par.
faitement rempli ; la scene où la gouvernante cherche à mener
son vieux maître jusqu'au mariage est sur- tout faite avec beaucoup
d'art , et suffirait pour prouver le talent dramatique, L'idées
de mettre sous les yeux du bon homme le charme de l'enfance
et de la paternité , avant de lui parler de mariage , est aussi
ingénieuse que juste , et forme un tableau qui a de l'intérêt .
Mde. EwRARD.
Je ressemblais aussi beaucoup , je m'en souvien ,
A mon pere... digne homme ! il était assez bieu ,
Ayant moins de richesse hélas ! que de uaissance .
On le félicitait sur notre ressemblance ;
Aussi m'aimait - il plus que ses autres enfans ;'
Et puis , il m'avait eue à plns de soixante ans .
Je flattais son orgueil autant que sa tendresse ;
Il m'appellait souvent l'enfant de sa vieillesse .
M. DUBRIAGE .
A plus de soixante ans !

Mde . EwRARD.
Oui ; c'est qu'il était frais !
It même il a vécu vingt ans , encore après .
Enfin , sur le motif qui me faisait agir
On s'est mépris , au point de me faire rougir .
Oui , monsieur , pour jamais , s'il faut que je lè dise ,
La médisance ici peut m'avoir compromise.
Je ne suis pas encor d'âge à la désarmer ;
On me soupçonne enfin...
M. DUBRIAGE.
De quoi ?
( 15 )
Mde . EWARD .
De vous aimer ,
De vous plaire... je dis d'avoir touché votre ame.
Charle , en entrant , a cru que j'étais votre femme .
Mon amitié pour vous me fait tout supporter , etc.
Tous ces traits sont excellens , et le reste de la scene y
répond. Il est impossible de mettre plus de finesse et de
décence dans la séduction.
J'avoue que les autres parties du sujet ne me paraissent
qu'effleurées. La faiblesse de M. Dubriage , son assujettissement
à ses domestiques , leur ascendant , les chagrins qui
doivent en être la suite , les désordres et les rapines qui doivent
avoir lieu dans une maison où les domestiques commandent ,
tout cela n'est que superficiellement indiqué , et faisait pourtant
un point capital dans ce sujet . Le rôle du vieux Celibataire
est presque nul ; il n'éprouve qu'un peu d'ennui et de
légeres contradictions ; sa crédulité sur le compte de son neveu
n'est point assez motivée ; il est hors de toute vraisemblance
qu'il n'ait pas lu en entier des lettres dont on lui lisait une
partie , et même ce qu'on lui en lisait devait lui inspirer la
curiosité de voir le reste . Ici , l'auteur a laissé voir de la faiblesse
et dans les ressorts et dans les détails ; les uns devaient
être plus fortement conçus , et les autres bien autrement développés.
C'était là que devait se montrer la force comique.
Voyez dans le Malade imaginaire , qui pourtant n'est qu'une
piece du second ordre , et qui finit même comme une farce ,
voyez quelle foule de peintures comiques l'auteur a tirée d'un
seul faible , d'un seul travers bien moins fecond que le sujet
du vieux Célibataire . Mais il faut convenir aussi que le comique
n'est pas la partie dominante du talent de l'auteur . Ceux qui
ne connaissent pas toute l'étendue de l'art se hâteront de
prendre ce jugement pour un arrêt de proscription ; ils se
tromperont beaucoup . Ils oublieront que Térence , qui a
laissé une réputation immortelle , et dont les écrits seront toujours
lus avec plaisir , a manqué de comique , au jugement des
anciens et des modernes . Le citoyen Collin me semble avoir
beaucoup de rapports avec lui . Chacun a sa portion particuliere
de talent , et l'applique aux arts qu'il cultive celle de
Collin est d'avoir beaucoup de vérité et de naturel dans ses
apperçus et dans son dialogue ; il ne saisit pas dans la nature
et dans les sujets ce qu'il y a de plus plaisant ; mais ce qu'il
saisit , il le peint très fidelement , sans affectation et
charge. Son épisode des cinq cousius , par exemple , pouvait
fournir une scene très - gaye , et laisse beaucoup à desirer.
D'abord, trois auraient suffi , puisqu'il n'en fait parler que trois ;
il en a très-bien caractérisé la niaiserie provinciale ; mais s'il
eût voulu approfondir davantage le comique , il eût donné à
KA
sans
( 152 ).
1
ses trois cousins un caractere différent , et le plus brutal de
tous , se sentant fort chez son oncle et devant une gouvernante
qui après tout n'est pour lui qu'une domestique , aurait été
jusqu'aux traits piquans et aux duretés qui auraient déconte
nancé la dignité de Mde . Ewrard , au grand contentement des
spectateurs ; un autre eût eu la prétention gauche de la raison
et de la politesse , et le troisieme aurait été servile et révérencieux
; enfin , M. Dubriage serait arrivé dans le fort de la
querelle , et les aurait tous mis à la porte . J'invite l'auteur à
réfléchir sur cette idée ; si je hasarde de la lui proposer , c'est
parce que je lui crois le talent de l'exécuter , et parce qu'il
me semblé qu'en total il n'a ni médité , ni travaillé cet ouvrage
autant qu'il l'aurait pu , et autant que le sujet le comportait.
Comment n'a- t- il pas seulement esquissé le tableau d'une
maison au pillage , qui pouvait fournir tant de détails à la
poesie comique ? Qu'il lise un roman intitulé la Jardiniere
de Vincennes , fort médiocre à la vérité , mais qui lui fournira
beaucoup en ce genre de peintures domestiques. Les poëtes
comiques doivent tirer parti de tout , et Moliere s'est enrichi
des nouvelles de Scarron .
*
Une nouvelle preuve pour moi que l'auteur n'a pas donné
à cette production tout le soin qu'elle méritait , c'est que le
style n'en est pas , à beaucoup près , aussi pur et aussi soigné
que celui de ses autres pieces , et particulièrement
de l'Opti
miste , la meilleure de toutes sans comparaison . Il s'est laissé
aller ici à la facilité paresseuse de rompre à tout moment ses
vers par des incises , par des suspensions , par des enjambemens
. Cette méthode vicieuse peut favoriser une sorte de
débit qui ressemble à celui de la prose , et qui convient surtout
aux actenrs quand ils ne savent pas réciter des vers ;
mais rien n'est plus rebutant à la lecture et l'auteur a fait
preuve, du talent nécessaire pour être lu. Sans doute , il doit
y avoir une grande différence entre le style soutenu et le dialogue
comique ; mais si les vers de la comédie ont leur caractere
particulier , ils ne doivent pas perdre absolument celui
de vers . S'ils doivent avoir le naturel de la conversation
c'est par une tournure aisée et rapide , et non pas en deve
nant une prose hâchée . Voyez si Moliere , et Regnard , qui
certes ne manquent pas de naturel , coupent ainsi leurs vers
habituellement en deux ou trois parties . Si cela était , les
retiendrait - on si facilement ; et c'est encore une raison péremptoire
; car le vers de comédie , comme tout autre ,
doit se graver dans la mémoire .
De plus , la versification peche quelquefois contre la langue ,
la mesure le rythme .

Il a de la prudence ,
De l'esprit ; mettons-le dans notre confidence .
Cet e muet , placé à l'hémistiche , ôte la césure , en sorte
( 153 )
qu'il n'y a pas de vers . L'auteur ne peut pas ignorer cette
regle.
D'épouser en effet j'admire la hardiesse.
Hardiesse est de quatre syllabes , et c'en est une de trop
pour le vers . Cette faute est si étrange , que je l'ai prise
d'abord pour une faute d'impression ; mais elle se retrouve
encore une autre fois dans la piece .
Si j'eusse voulu croire à certaines personnes.
On peut croire à quelque chose , croire à un récit , croire
à la vertu , à la parole , etc.; mais dès qu'il s'agit des per
sonnes , le régime direct est seul admis en français . On dit
je crois à votre serment , et je vous crois , et non pas je
crois à vous.
Charles et Laure sa femme se séparent après un court
entretien .
!
Mais adieu , car je crains......
GHARLES.
Aeine pourrons-nous
Peindre nos sentimens.......
Cette expression est très-impropre , et ce qu'il y a de dis,
c'est que l'impropriété la rend froide , comme il arrive toujours.
Il s'agit bien - là de peindre. Charles veut dire à peine
aurons -nous le tems de nous parler de notre amour , d'épancher
nos coeurs l'un dans l'autre , etc.
:
et Au reste , ce genre de fautes est très -rare chez l'auteur ,
on ne le releve ici que parce que c'est le pire de tous : il rend
le style faux , ce qui est mortel , et ce qui doit le paraître à un
homme qui sait écrire comme Collin .
Il est toujours beau de se corriger ; mais sur- tout apres un
succès et un suecès mérité. Si les observations que j'ai faites
peuvent engager Collin à revoir et fortifier son ouvrage
j'en serais d'autant plus charmé que ce serait une preuve qu'il
n'aurait vû dans une critique que le motif qui l'a dictée , c'est-àdire
le sincere intérêt que tout homme de lettres doit prendre
à un talent véritable et du très - petit nombre des talens qui
restent encore à la scene comique .
ANNONCE S.
ง avec les
Calendrier des Républicaiys Français , commençant le 22 sep
tembre 1793 , et fuissant le 21 septembre 1794
mois et les noms des jours , imprimé, d'après celui de la Con.
vention , précédé du rapport du citoyen Fabre d'Eglamine ,
député . A Paris , chez les imprimeurs réfugiés Liégeois , place
des Quatre - Nations , n . 1889 .
MERCURE
**D **
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
1
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 6 Mars 1794.
L'IMPÉRIEUSE Catherine éprouvera décidément la mortification
on pour mieux dire le cruel chragrin de voir la Porte
Ottomane , qu'elle avait compté faire plier par ses menaces ,
résister à ce genre d'oppression , qui n'aurait pas tardé d'en
amener un autre encore plus directement contraire aux intérêts
de l'Empire Ottoman . Le grand-seigneur , sans être arrêté
par quelques inquiétudes et quelques embarras que la Russie
a vraisemblablement préparés avec art dans ses vastes domaines
, refuse de souscrire aux demandes injustes de la Czarine ,
et d'entrer dans la coalition contre la France .
Il paraît constant que son minisste jouit d'un très - grand
crédit auprès du divan ; il a célébré le 21 janvier l'anniversaire
de la mort de Louis XVI par un festin splendide , auquel
ont assisté la plupart des Français qui se trouvent actuellement
dans la capitale de l'Empire Ottoman . Les ministres
des puissances coalisées s'étaient réunis au nombre de dix , à
la tête desquels était M. Kutuzoff , pour faire perdre à M..
Descorches son crédit auprès du divan . Mais ils ont complettement
échoué. Le ton de la menace n'a pas mieux réussi à
l'ambassadeur Russe , qui a cru pouvoir se permettre aussi
de l'employer. Il a osé présenter une note dans laquelle il
déclare que l'impératrice , déterminée par les événemens précédens
et décidée d'ailleurs à prendre une part active à la
cause commune des têtes couronnées , ne laisserait jamais
professer sa neutralité à une puissance capable d'inquiéter ses
frontieres ; que S. M. I. s'attendait par conséquent que la
Porte mettrait incontinent un embargo sur tous les vaisseaux
français mouillés dans ses ports , et déclarerait la guerre à la
France. Le ministre Russe ajoutait dans cette note qu'il avait
l'ordre le plus précis de la cour de Pétersbourg d'envisager
un refus du divan comme une déclaration de guerre .
Catherine II commencera les hostilités quand elle voudra ;
car , malgré cet ordre intimé d'une maniere si contraire au
droit des gens et à toutes sortes d'égards , le divan , après une mûre
délibération , a pris le parti de notifier à toutes les puissances ,
qu'il comptait garder la neutralité , et l'on arme par ordre
exprès du grand - seigneur dans tout l'Empire Ottoman pour
( 155 )
la faire respecter. D'ailleurs un grand nombre de lettres des
frontieres de la Turquie annoncent une rupture entre la Ture
quie et la Porte comme très - prochaine et presque comme
certaine . Les avis de Constantinople s'accordent aussi avec
cette nouvelle. Tous les pachas des provinces voisines du
Danube et du Dniester ont reçu des ordres pour des préparatifs
militaires , et les forteresses de Brailow , Ismaïl , Bender
et Chokzim doivent être approvisionnées le plus promptement
possible pour un an.
Le bruit court aussi qu'une des peuplades sauvages qui
habitent la partie de la Perse située sur les bords de la mer
Caspienne , et que l'on connaît sous le nom de Mikrel- Arabi ,
a déclaré la guerre à la Russie et la fait en même tems en
ravageant une grande étendue de pays qui lui appartient de
On sait en outre que le gouvernement Suédois
fera équiper au printems une flotte de 8 vaisseaux de ligne ,
et de 4 frégates . On assure également que le Danemarck
mettra en mer 12 vaisseaux de ligne pour le maintien de la
neutralité convenue entre eux .
ce côté . -
De Francfort- sur -le - Mein , le 11 mars.
Il s'est tenu dernierement à la cour de Vienne une grande
conference , dont le général Wurmser , devenu la pomme de
discorde entre la Prusse et l'Autriche , a paru être le sujet
principal . Cet officier s'est parfaitement justifié , dit la gazette
de Vienne . On croit que pour le dédommager et le consoler
des bruits désavantageux répandus sur son compte , il réunira
bientôt à la dignité de feld - maréchal la vice -présidence du
conseil aulique de guerre , ce qui serait plus assorti à son
grand âge et à la faiblesse de sa santé , que de l'emploi dans
De troisieme campague . Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'il cons
tinue toujours à jouir de toutes les apparences de la faveur.
M. Trautmansdorf , chancelier des Pays Bas , sera chargé ,
dit on , du département des affaires étrangeres ; depuis quelque
tems il a une influence marquée dans toutes les négociations
majeures. Le baron de Vins , qui commande les troupes autrichiennes
dans le Piémont , est également arrivé de Turin
tant pour concerter les opérations de la prochaine campagne
que pour se justifier des mauvais succès de la derniere. L'empereur
a été si content de son apologie qu'il a expédié un
courier au roi de Sardaigne , et demandé que le commandement
soit donné au géneral de Vins , ou à tout autre général
Autrichien qui pourrait le remplacer , et avec carte blanche
pour toutes les opérations de la campagne que l'on se fatte
de voir mieux aller dès qu'il y aura plus d'ensemble , plus
d'harmonie dans des troupes accoutumées à se bien battre.
Il y a eu aussi vers la fin de l'autre mois une promotion
assez considérable d'officiers , d'autant plus nécessaire qu'il en
( 156 )
avait péri beaucoup depuis quelque tems dans les escarmouches
et combats livrés contre les Français .
Tous ces préparatifs de guerre ne permettent pas de douter
qu'il n'y ait encore une campagne et même très- sanglante ;
tout vient à l'appui , nous ne dirons pas de cette conjecture ,
mais de ce fait très - positif. La presse de terre ou recrutement
est poussée avec la plus grande vigueur , puisque des jeunes
gens ont éte enlevés dans les cafés et dans les auberges ; et la
difficulté de se procurer des hommes se fait tellement sentir
qu'il est question de remplacer tous les sommeliers par des
femmes , auxquelles on est bien décidé de faire remplir toutes
les places jadis occupées par des hommes , que comportera la
faiblesse de leur sexe . *
L'argent , l'argent , ce nerf indispensable de la guerre est
encore plus difficile à se procurer que les hommes . Cependant
il survient de tems en tems des ressources , bien petites
à la vérité , mais précienses dans la pauvreté actuelle du fisc . L'archiduc
et l'archiduchesse, ci - devant gouverneurs des Pays Bas ,
et récemment arrivés de la Hongrie où ils font leur séjour ,
ont versé 40,000 florins dans la caisse militaire . Cet exemple
a été suivi par la chambre de commerce de Vienne , qui a
aussi donné 44,000 florins les frais de la guerre .
pour
Cette pénurie est si bien connue , on sait tellement que
l'Agamemnon de la querelle des rois est ruiné , que Frédéric
Guillaume , malgré l'engagement qu'il a fait prendre à la cour
de Vienne pour l'entretien des troupes , a pris d'ailleurs des
précantions , sentant bien qu'elles pourraient être exposées à
mourir de faim si elles n'avaient d'autre pourvoyeur que Frangois
II qui a chargé les cercles de ces approvisionnemens .
In conséquence , les provinces méridionales de la Prusse ont
reçu ordre de fournir 600 mille mesures de bled , et ce grain
sera payé en argent comptant aux cultivateurs qui le fourni
ront , et que l'empereur rendra quand'il le pourra , ou au sujet
duquel le roi de Prusse lui cherchera une querelle pour avoir
droit de lui enlever quelque province , comme son oncle a
pris autrefois une partie de la Silésie à l'Autriche .
Il n'est pas encore sûr , nonobstant tous ces préparatifs ,
que Frédéric Guillaume reste jusqu'à la fin dans la coalition .
Les efforts qu'on fait pour l'y retenir indiquent assez qu'il
a envie de la quitter , c'est ce que le conjure de ne pas faire .
sa soeur , femme du stadthouder et le lord Malmesbury , envoyé
d'Angleterre . Au reste , Frédéric- Guillaume a lieu d'être mécontent
des réponses dilatoires données au marquis de Lucchesini
son envoyé. La coalition espere que , la cour de Vienne ne degoûtera
plus par ses lenteurs un allié aussi important ; c'est
pour la presser que l'impératrice de Russie vient d'y envoyer
le prince de Nassau , le plus intrépide courier de cabinet que
l'on connaisse , et qui ne plaint pas sa peine pour gagner un
pour-boire royal .
A
( 157 )
to
Le cabinet de Vienne qui s'est donné le mot avec celui de
Londres , pour tenter le nouveau plan du vieux colonel Mack ,
comme un chef-d'oeuvre militaire , et persuader à ses soldats
qu'il doit les mener infailliblement à la victoire , n'en attend
pas moins avec beaucoup d'impatience , parce que c'est avec
beaucoup d'inquiétude , des nouvelles de. sa grande armée de
Flandres . Il sait , soupçonne , ou apprendra bientôt qu'une
forte colonne de Français marche par Longwy sur Trêves ,
d'où l'on s'empresse de fuir , quoiqu'il soit aussi difficile de
trouver des chevaux que des batteaux , tout étant employé à
transporter les gens qui se retirent à la hâte devant les Fran
çais , dont un autre corps a passé la Moselle entre Tsarback et
Berncastel.
Voici la véritable explication du bruit que plusieurs gazettes
allemandes ont pris plaisir à répandre d'une prétendue
demande de paix faite par la République Française à la Prusse ;
nous en sommes d'autant mieux informés que cela s'est passé
presque sous nos yeux : C'est pour le rachat des prisonniers,
et particulierement pour rendre à la liberté les soldats de l'ansienne
garnison de Mayence , qui était restée en ôtage pour
l'exécution des articles de la capitulation , que les commissaires
Français , Ochet , Paris et Fittermann sont venus dans
cette ville. Ils y sont venus sous une escorte de troupes prussiennes
; et deux d'entr'eux sont partis de même sous une
pareille escorte pour Francfort. On assure qu'ils veulent
faire valoir leurs prétentions sur cette derniere ville , à titre
des contributious imposées par le général Custine , en compensation
ou paiement des sommes à payer en vertu de la
capitulation ; et que de plus ils ont apporté avec eux une
somme de 300,000 liv. L'on ne sait pas encore si les instructions
dont ces commissaires sont chargés , sont de nature à
en faire espérer le succès , et si , outre la liberté des prisonniers
Français , ils doivent encore demander celle des Mayençais
ou autres membres du club établi dans cette ville. Il y a
trente- un prisonniers de cette classe , renfermés dans la forteresse
de Pétersbourg près d'Erfurt . Les prisonniers de guerre
français , qu'on a conduits d'ici à la forteresse de Magde
bourg, sont au nombre de 73 officiers et 577 soldats .
Cependant quelques personnes persistent à soutenir que les
trois commissaires Français , venus dans notre ville , ont proposé
aux minisrtes Prussiens de faire une paix séparée . L'honneur
le lui détend ; mais l'intérêt personnel pourrait bien
parler plus haut. Les arrangemens pour continuer la guerre
ont néanmoins toujours lieu . It y a eu des conférences
égard pendant tout le mois dernier , comme on va le voir .
Le cercle du Bas - Rhin étant assemblé en cette ville , pour
délibérer sur les arrangemiens à prendre relativement à la
guerre d'Empire , il y a été porté le 14 de ce mois , à la
dictature , un mémoire de M. de Hochstatter , ministre de
cet
( 158 )
Prusse , concernant la demande que sa cour fait aux six cer.
cles autérieurs de l'Empire , pour approvisionner l'armie
prussienne sur le Rhin de 41,965 rations et 82,154 portions
par jour ; approvisionnement que , dans la cherté actuelle ,
l'on value sur le pied de 54 creutzer la ration et de 12 creutzer
la portion par jour, La proposition est la même que le comte
de Gortz a faite , au nom de S. M. Prussienne , à la diete de
Ratisbonne , qu'il y presse même avec les plus vives instances,
mais qui rencontre les plus grandes difficultés .
Plus récemment encore , puisque c'est le 1er . mars que son
excellence le comte de Soden , ministre du roi de Prusse
vient de faire au cercle de Franconie la déclaration suivante
:
S. M. le roi de Prusse n'a pu apprendre qu'avec le plus
grand déplaisir qu'on lui prête des vues tendantes à séculariser
des évêchés , des chapitres , à les supprimer , à s'approprice
certaines , villes de l'Empire pour se dédommager des
frais immenses qu'elle a faits pendant denx ans pour faire la
guerre aux Français , et défendre contr'eux l'Empire Germapique
et ses hauts allies .
S. M. assurée que ses vues sont pures , pourrait passer
sous silence de pareils bruits et se contenter de la conviction
où elle est qu'ils ne trouveront aucune croyance pres des
Etats de l'Empire bien intentionnés . Cependant , par surabondance
, et pour confondre les mal- intentionnés qui inventent
de semblables contes à dessein , et peut- être pour exciter la
méhance , le soussigné a ordre de déclarer formellement
qu'en faisant la guerre aux Français , S. M. n'a eu en vue
que la défense de l'Empire Germanique et le maintien de sa
constitution ; que son dessein n'était aucunement de faire des
conquêtes pour elle ; que si on en fait sur la France , l'Empire
y aura part ; que jamais l'idée ne lui est venue de se
dédommager aux frais de l'Empire , dont la constitution lui
a toujours été sacrée , et pour le maintien de laquelle elle at
déja fait tant de sacrifices , ainsi qu'il est généralement connu.
Le soussigné déclare enfin , que S. M. ne démentira jamais
ces intentions pour l'avenir , et qu'elle sera toujours prête à
assurer et à garantir à l'Empire Germanique , son territoire
et sa constitution , et à ses Etats en particulier , tant aux
ecclésiastiques qu'aux séculiers , leurs possessions et leurs
droits ; en un mot le maintien inviolable de tout le corps
Germanique , pourvu que d'ailleurs l'Empire , et sur- tout les
six cercles qui sont en ce moment les plus exposés aux dan
gers , veulent y coucourir d'après ce que la constitution et
leur patriotisme exigent d'eux. "
Après avoir ainsi rassuré sur ses intentions , le roi de Prusse
a témoigné aux Etats de l'Empire que l'armement des paysans
ne lui paraissait pas une mesure convenable. Il trouve
que ces hommes , mal armés et peu aguerris , ne feront que
( 159 )
l'embarrasser , et qu'en derniere analyse , des paysans levés à
la hâte , ne sont pas des soldats , à moins que ces paysans
ne soient des républicains Français .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
}
Il se fait ici de grands préparatifs pour réaliser le plan da
colonel Mack , sur lequel les coalisés ont fondé leurs dernieres
et plus grandes espérances . Pour y parvenir , on se
propose d'attaquer par- tout les Français , au lieu de se borner
à repousser leurs attaques . Mais comme les nombreuses troupes
de la République embrassent une étendue immense de territoire
depuis Thionville jusqu'à Dunkerque , le colonel a cru
qu'il etait indispensable de circonscrire pour les troupes de
la République les points d'attaque , car les Français se portent
sur tous à la fois , et la terreur des habitans contribue à en
affaiblir un assez grand nombre . En conséquence , tous les
environs de Niewport , d'Ostende et de Furnes viennent d'être
inondés : c'est une perte d'environ 25 millions de florins pour
ces contrées , mais ou a cru que ce sacrifice était dû à la sûreté
de la Flandre maritime . L'avantage qu'on trouve dans cette
mesure extrême , c'est qu'il deviendra possible d'opposer aux
Français une plus grande masse de troupes du côte de Lille
et de Maubeuge . Mais les Français seront également dans le
cas de porter une plus grande masse du même côté ; et si toute
la savante opération du colonel se borne à déplacer des
armées , celles des Français , indépendamment des autres avantages
conserveront toujours celui du nombre.
On avait cru la campagne commencée , parce qu'on entendait
continuellement le canon gronder sur les frontieres , mais
il n'est encore question que d'escarmouches , qui sont , il est
vrai , les préludes d'affaires très- sérieuses et très- prochaines .
Les Français attaquent par- tout les avant-postes autrichiens ;
non contens d'avoir fait des incursions dans le Luxembourg
et la principauté de Chimay , ils ont fait avancer une colonne
formidable du côté de Landrecie et de la forêt de Mormale ,
ce qui semble indiquer qu'il y aura avant peu une bataille par
laquelle le sort de la campagne sera décidé .
Le colonel Mack , après avoir eu une conférence avec l'archiduc
Charles , le prince de Cobourg et milord Elgin , ett
reparti pour aller faire l'inspection des villes et des corps
d'armée jusqu'à Trêves. On croit que ce sera sous les ordres
du prince Charles , gouverneur des Pays - Bas , et décoré du
titre de généralissime , que se vieil officier de cavalerie cxécutera
son plan . Son premier soin paraît être de fortifier les
armées autrichiennes à l'instar des Français qui renforcent
sonsidérablement leur armée du Nord par des divisions tirées
des autres . Cela leur inspire tant de conhance , que tout récemment
encore la garnison de Philippeville a fait une sortie sur
( 160 )
4
---
les avant- postes autrichiens , où elle a parfaitement rempli ses
vues qui étaient de se procurer des vivres . On craint d`ailleurs
pour Ostende , d'après les préparatifs que les Français
font à Dunkerque . On croit d'après quelques données que
ce sera par Maubeuge que les Autrichiens ouvriront la campagne.
Le prince Cobourg a fait rentrer dans Valenciennes
et dans la forêt de Mormale , extrêmement fortifiée , la plus
grande partie de ce que les Français auraient pu trouver à
enlever dans la Belgique ..
;
Au reste , jamais cette province n'a vu des apprêts aussi formidables
, et nous touchons au moment des plus grands événemens.
Le sort de toute l'Europe semble attaché a celui de
cette contrée , déja épuisée par les événemens antérieurs .
L'armée de la Republique vient de faire un mouvement en
avant , sous les ordres du général Pichegru ; ce qui donne
lieu de penser que la campagne s'ouvrira par l'attaque générale
des postes occnpés par les alliés. Ces postes sont ainsi
disposés le centre de la grande armée autrichienne , commandée
par le prince de Cobourg , est appuyé sur Valenciennes
, Condé et le Quesnoy ; la droite , aux ordres du général
Clairfayt , s'appuye sur Tournay , Orchies et Marchiennes ;
et la gauche , commandée par le prince Hohenlohe , couvre
Mons et Charleroy . Un cordon de troupes , commandé par
les généraux la Tour et Beaulieu , s'étend depuis les bords de
la Meuse jusqu'au Luxembourg. L'armée anglaise couvre la
Flandre occidentale, et occupe Courtray, Wewelsheim et Menin ;
les Hanovriens sont à Furnes et à Niewport . Enfin , un corps
de 10 mille hommes est réparti dans les cantonnemens de l'extrême
frontiere,
:
O assure que la communication est parfaitement établie
entre tous ces corps d'armées , d'autant plus qu'on croit que
les Républicains agiront en masse ; et cette masse est si considérable
, qu'il y aurait à craindre qu'un premier échec quelconque
ne devînt très - funeste à toutes les divisions de l'armée
des alliés le choc est imminent. Nos généraux ont tenu un
grand conseil de guerre au retour du colonel Mack de la
tournée qu'il est allé faire dans le Luxembourg . Il a annoncé ,
dit- on , la prochaine arrivée de quelques nouvelles troupes
d'Autriche ; mais on débite aussi que les Français ont fait
avancer , vers leur armée du Nord , de fortes divisions de celle's
du Rhin et de la Moselle , et que ces dernieres armées seront
complétées par des troupes qu'ils ont tirées de leur armée des
Alpes.
ITALIE ET SUIS I.
On apprend par des lettres de Livourne , du 15 février ,
que quelques vaisseaux anglais étant entrés dans le golfe de
Saint-Laurent , canonnerent vivement la plage et débarquerent
même
-3
( 161 )
"
même quelques troupes à Pirallo , qui n'est éloigné que de
deux petites lieues du fort de Moteila , dont elles s'emparerent
au bout de deux jours de la plus vive attaque par terre
et par mer . Elles effectuerent leur jonction avec celles de
Paoli , et s'avancerent contre l'autre fort de Fornella . Mais
on ne sait point encore le resultat de la canonnade entendue
du cap Corse de ce côté- là .
S'il en faut croire d'autres détails , les Anglais ont aussi
sommé Centuri de se rendre mais le commandant , après
avoir arboré le pavillon tricolore , leur a repondu par des
coups de canon ; ils n'en ont pas moins débarqué sur la côte ,
dont ils ont dévasté une partie . Les chaloupes de débarquement
et l'escadre qui les protégeait se sont pourtant vues à
la fin contraintes de gagner le large .
Le sénat de Gênes prononce plus fortement de jour en jour
sa résolution de rester neutre . On´ assure que la violence
exercée contre cette république n'a pas eu l'approbation des
cours coalisées , ce qui a determiné le cabinet de Saint James
à faire passer à l'amiral Hood l'ordre de lever le blocus . On
croit du moins que cet ordre lui a été apporte par le dernier
Courier de Londres , puisque depuis il entre journellement
dans le port des bâtimens charges de grains et de toutes sortes
d'autres comestibles .
Peu s en est fallu qu'il n'y eût , vers le milieu de février ,
quelques troubles à Gênes au bal du théâtre . A la suite de ce
divertissement , on devait planter des arbres de la liberté .
Mais le gouvernement próhiba le lendemain les bals , parce
qu'il s'était formé deux partis qui aurait pu occasionner quelque
tumulte.
Les bonnes dispositions de la République Génoise envers la
République Française semblent redoubler. C'est pour les
affermir encore , ou plutôt les entretenir , qu'elle a nommé .
le sénateur Barthélemy Borecado pour se rendre à Paris en
qualité de chargé d'affaires , à la place de l'avocat Massaconi
qui est rappellé .
Le roi de Sardaigne , celle des puissances de l'Italie sur
laquelle porte plus directement l'effort de cette guerre , continue .
ses préparatifs pour l'ouverture de la campagne prochaine , et déja
il a ete arrête d'établir un camp à Cairol , dans la principauté
de Piémont , où il viendra un corps considérable de
troupes. On est occupé ici , écrit - on de Turin , à fonifier
l'hôpital militaire pour ce camp , et à Degliani on forme les
magasius. Quelques détachemens de nos soldats viennent deja
de se mettre en marche pour se rendre de ces côtés .
attend aussi les nouvelles troupes Allemandes promises par
l'empereur , et que commandera le général de Vins , L'armée .
renforcée en outre de quelques régimens Napolitains , ne sera
gueres moins que de 50,000 hommes. Cependant le roi de
Tome VIII. L
-- On
( 162 )
Naples paraît être assez embarrassé pour lui-même . Les approvisionnemens
d'une armée de 19,000 hommes , qu'on va faire
passer dans la Lombardie Autrichienne , cause dans la capitale
une grande cherté de vivres . Les besoins de cette guerre
ont déterminé le roi à établir une imposition de 7 pour 100
cette taxe devant durer sur tous les biens ecclésiastiques :
jusqu'à la paix , on ne doute pas que les prêtres n'adressent
les prieres les plus ferventes au ciel , pour que le Dieu Sabaoth
ou des armées , comme ils l'appellent , veuille bien se
joindre , en qualité d'auxiliaire à sa majesté Napolitaine , et
ameuer la cessation de la guerre et de la taxe qui diminue leurs
richesses par des victoires éclatantes .
ANGLETERRE
.
CHAMBRE DES PAIRS . Séance du 14 février . ¿¡
On fait une premiere lecture de plusieurs bills passés par
la chambre des communes .
Lord Lausdowne dit qu'il a reçu avis du secrétaire d'état
que des affaires de la plus grande importance empêcheraient ,
aujourd'hui les ministres du roi de se trouver à la chambre :
il croit en conséquence devoir différer sa motion , avec l'agrément
de L. S. jusqu'au lundi prochain : il les prie également
de remettre celle de son honorable ami ( lord Albermale ) au¸
mardi suivant .
Lord Grenville confirme ce que Lord Lansdowne vient
d'avancer. Lord Guildford et le comte de Stanhope disent
quelques mots à ce sujet : les changemens sont adoptés ..
Le comte de Moyra déclare que c'est avec plaisir qu'il saisit
une occasion de donner quelques détails sur les faits qui ont
rapport à lui , et dont il a été question dans l'autre chambre.
C'est le 17 novembre qu'il a été nommé pour commander
l'expédition sur les côtes de France . Dès le vendredi suivant
tout était prêt , et il quitta Portsmouth ; mais la situation de
la mer ne permit point aux frégates de l'accompagner : la flotte
ne put mettre en mer que le 1er . décembre .
Avant son départ , les ministres du roi avaient reçu des
avis de plusieurs personnes qui avaient quitté l'armée des
royalistes le 10 décembre , au moment de sa marche sur Dol .
Ces personnes ayant éprouvé des délais inattendus , n'avaient
pu arriver en Angleterre que le 25. Elles avaient annoncé que
les royalistes devaient faire connaître par des signaux , à l'arrivée
de la flotte anglaise , le lieu où ils desiraient que les
troupes effectuassent leur descente ; mais on longea les côtes
pendant plusieurs jours sans appercevoir aucuns de ces signaux . Cette circonstance le détermina , conformément aux ordres
( 163 )
qui lui avaient été donnés de se rendre à Guernesey . Il dépê
cha de ce lieu plusieurs émissaires aux royalistes . Il apprit
que quatre jours après le départ de leurs envoyés ils avaient
tenté une attaque sur Grandville , et qu'ayant été défaits ils
s'étaient retirés sur les bords de la Loire . Tous les journaux
français ont avancé qu'une forte colonne de royalistes s'était
portée vers Caen en Normandie . Une violente tempête sur ·
vint alors , et les rades de Guernesey n'étant pas sûres , une
partie de la flotte fut obligée de les quitter. A la nouvelle
cependant de la marche des royalistes vers Caen , il crut de
son devoir de tenter de coopérer avec eux mais ce fut alors
qu'il apprit leur entiere défaite .
Le comte de Moyra rappelle alors ce qui a été dit dans l'autre
chambre , à l'égard des appointemens accordés à des officiers
Français au service de la Grande - Bretagne .
Il ajoute que si ces faits eussent été bien connus , il ne croit
pas qu'on eût pu lui en faire un reproche à son départ de
Guernesey. I jugea nécessaire de nommer quelques officiers
Français dont il devait tirer des connaissances locales et
d'autres avantages exclusifs . Ces officiers consistaient en deux
aides -de- camp , un secrétaire et un quartier- maître - général.
Les ministres ne lui avaient jamais donné aucun ordre sur
cet objet ; mais il crut pouvoir faire tout ce que lui semblait
exiger l'avantage du service du roi et la cause qu'il défendait ,
et si le paiement de ces officiers peut faire quelque difficulté ,
il demande qu'il soit pris sur son propre traitement .
On a dit encore , continue le comte de Moyra , que des
artilleurs Français avaient été nommés ; il est vrai , selon lui ,
que le conseil qui dirige les opérations des royalistes , fit de
fortes représentations à l'Angleterre , pour lui exposer qu'ils
avaient une artillerie considérable dont ils ne pouvaient faire ,
usage faute d'artilleurs . Alors il trouva convenable de demander
que l'armée sous son commandement fût fournie avec
des artilleurs Français pris en Flandre . On a demandé , ajoute
le comte de Moyra , que le nom de ces officiers fût connu ..
Ils ne craignent aucun danger personnel ; mais ils ont en
France leurs femmes , leurs enfans , et publier leurs noms se
serait exposer ceux -ci à la vengeance du parti qui gouverne
maintenant dans cette contrée .
Lord Landerlale prend la parole : Si les ministres s'étaient
expliqués avec autant de sincérité , la chambre eût été sati
faite mais ils ont gardé un silence opiniâtre , et n'ont pas ,
daigné donner la moindre explication sur ce sujet. Au sur-,
plus , personne n'a douté de la convenance de ces appoin
temens ; mais il faut aussi convenir que leur illégalité est,
évidente .
Lord Grenville observe que toute la responsabilité pour les
J9 LI
( 164 )
mesures prises par lord Moyra , doit porter sur le ministere
qui a soutenu qu'il avait agi légalement et constitutionnel.
lement .
Lord Guidlford se leve pour parler ; mais l'orateur observe
qu'il n'y a point de question proposée à la chambre : elle
s'ajourne.
CHAMBRE DES PAIRS . Séance du 17 février .
Lord Turlow annonce à L. S. que la santé du marquis de
Coruwalis est telle qu'il est douteux qu'il puisse se rendre à
sa place le vendredi ; il fait , en conséquence , la motion , que
la séance du procès de Waren Hastings soit remise au lundi
suivant ordonné.
On fait lecture , pour la premiere fois , du bill relatif aux
propriétés des Français .
On fait également la premiere de celle du bill de l'emprunt.
Lord Lansdowne prend la parole : il eût vu avec plaisir la
motion qu'il va soumettre à la chambre , présentée par quelque
noble membre plus capable que lui de donner du poids et
de la force à ses pensées : il a cru què les derniers évenemens
auraient porté les ministres eux- mêmes à mériter l'estime et la
reconnaissance de la nation , en s'occupant de lui procurer la
paix elle lui paraît si nécessaire à la prospérité de l'Angleterre
, qu'il est prêt à soutenir de tous ses moyens ceux qui
voudront tendre à ce but , quelque soit leur parti .
Il n'entre point dans son plan de discuter maintenant les
causes de la guerre , non plus que d'examiner la maniere dont
elle a été conduite. Le premier de ces objets a déja été pleinement
traîté en plusieurs occasions . A l'égard du dernier , il
dira seulement , que si des revers semblables à ceux qui ont
accompagné les armes de l'Angleterre pendant la derniere
campagne , ont lieu à l'avenir , les ministres appelleront sur eux ,
non-seulement les recherches du parlement , mais encore son
animadversion.
Ce qu'il vva dire ne peut être contredit par personne dans
la chambre , ni dans le royaume , de quelque parti qu'il soit .
La situation de l'Angleterre , soit qu'on la considere dans l'intérieur ou à l'extérieur , doit exciter les plus vives alarmes
dans l'esprit de tous ceux qui souhaitent sa prospérité . C'est un devoir pour tout membre de l'une ou l'autre chambre
de chercher à suggérer quelque moyen pour la sauver de l'état
de détresse où elle est plongée , et la rétablir le plus prompte- ment possible dans celui de prospérité où elle était au com-' mencement de cette malheureuse guerre . L'honorable membre
s'est long-tems occupé de ce grand objet , et le résultat
( 165 )
de ses méditations a été que le seul remede possible était la
paix .
C'est une chose triste que depuis le commencement de la
guerre on n'ait point voulu préciser son objet , et qu'on se
soit toujours exprimé à cet égard en termes , vagues , peu ffaits
pour donner quelque satisfaction , et propres au contraire pour
prêter au sens que des desseins coupables ou des projets mal
entendus l'ont seuls occasionnée . Si l'objet de la guerre , ainsi
que beaucoup de personnes l'ont pensé , est de réduire les
Français , par la force des armes , à abandonner leur systême
actuel de gouvernement , pour adopter celui qui convient aux
puissances coalisées , on peut dire que cette résolution est impraticable
, ou au moins d'une difficulté telle que son exécution
est d'une extrême improbabilité . ,
༤,༥༠
3
C'est une chose assez ordinaire d'entendre des hommes que
leur état ne doit pas rendre bons juges en cette partie , parler
tout à leur aise de détruire toute la frontiere de France ; mais
c'est là une opinion moderne . Malboroug , Schomberg , et
après eux le général Kloyd , qui a écrit un traité sur ce sujet ,
ont tous regardé l'idée de forcer cette frontiere comme absurde
et chimérique . Malboroug , après une longue suite de victoires
éclatantes , après les plus brillans succès regarda
cette tâche comme impraticable : y a-t - il lieu d'espérer que les
généraux des alliés soient plus heureux que ce grand homme ?
Il faut en appeler aux faits . Dans la première campagne ,
la France fut envahie du côté de la campagne , par une
armée nombreuse , ayant à sa tête le duc de Brunswick ;
mais cette expédition a manqué complettement , et le blâme
Fen a été très -injustement rejetté sur le duc de Brunswick , un
des plus grands généraux de l'Europe. Dans le même- tems la
France fut attaquée sans plus de succès du côté de Lille .
Depuis , Strasbourg et Dunkerque ont fourni deux humiliantes
preuves de l'absurdité de ce systême .
7
On dira peut- être que ceux qui , les premiers , ont prononcé
sur la France , n'ont point vu la circonstance de la réunion
contre elle de toutes les grandes puissances de l'Europe . On
ajoute encore qu'on va maintenant employer un officier dont
les connaissances militaires doivent triompher de toutes les
difficultés regardées jusqu'à ce jour comme insurmontables . Mais
est- il un général qui puisse triompher des obstacles, qui ont
déjoué l'habileté de Cobourg et de Clairfait , élevés tous
deux à la meilleure école de l'Europe , sous le général
Laudon.
Après s'être long-tems étendu sur ce sujet , lord Lansdowne
examine les secours que l'Angleterre peut retirer de ses alliés ,
et si ceux- ci , tout en paraissant agir pour la même cause ,
dos vues semblables .
LYS
ont
( 166 )
1

Lorsque tant de puissances se trouvent réunies , continue- t-il '
l'intérêt particulier de quelques - unes les porte toujours à
adopter un systême de conduite différent de celle des autres ,
et on doit peu se fier à la ligue qui existe entre elles . Si l'on
jette maintenant les yeux sur celles qui combattent la France ,
on verra que depuis le commencement de la guerre , l'Espagne
n'a pas cessé d'agir conforinément aux principes de l'ancienne
alliance qui a subsisté entre les deux contrées , et comme convaincue
que si la France était détruite , ses possessions en
Amérique seraient bientôt à la disposition de l'Angleterre . La
Prusse s'est unie à l'Autriche ; et une alliance aussi extraordinaire
, aussi contraire à tout ce qui a existé jusqu'à ce jour ,
ne peut subsister long- tems . L'alliée la plus étroite de l'Angleterre
c'est l'Autriche , c'est- à - dire une puissance dont l'aggrandissement
ne peut qu'être fatal à la liberté de l'Europe .
Lancien invariable systême du cabinet de Vienne est d'envahir
les états indépendans du corps germanique , et d'en grossir
ses forces deja formidables . De tous les cabinets'de l'Europe ,
celui de Vienne est le plus ferme , le plus systematiqué : là les ministres
les généraux changent , mais les principes sont toujours
les mêmes .
f
23!!
Le dernier roi de Prusse avait coutume de dire qu'il avait
vu quelquefois les généraux de l'Autriche agir mal , mais qu'il
ne se rappellait aucune circonstance où le cabinet de Vienne
eût mal jugé . Il est done d'une extrême importance de surveiller
toujours les desseins d'un gouvernement qui conçoit de
vastes plans et a le pouvoir de les exécuter.
L'autre alliée de l'Angleterre est la Russie , puissance déja
considérable , étendue , riche , et le devenant chaque jour da
vantage, L'impératrice de Russie qu'on veut regarder comme
le colosse de l'Europe , n'a jusqu'à présent servi l'Angleterre
que par ses voeux : toutes les autres puissances se sont épuisées
dans une guerre qui ne leur fournira aucune espérance ; elle
a employé ce tems à faire des acquisitions considérables . L'Angleterre
s'est garantie avec beaucoup de bon sens , d'une guerre
avec elle à l'occasion d'Oczakow ; mais depuis , les ministres
lui ont vu prendre , sans y former la moindre opposition , de
vastes parties de la Pologne , et celles sur- tout qui peuvent
donner une véritable importance à Oczakow. Au lieu de combattre
les Français , Catherine batit des forteresses dans ses
nouveaux domaines , et prépare la route qui doit la mener à la
conquête de la Turquie.
Des puissances si nombreuses , mues par des intérêts différens
, ne peuvent agir d'après des principes communs . Depuis
le commencement de cette guerre , il n'est aucun manifeste ou
déclaration d'un des alliés qui n'ait été directement contraire
à celui d'un autre , ou n'en ait matierellement différé. Le premier
manifeste qui a paru est celui du duc de Brunswick. ll'annon(
167 )
çait que l'intention du roi de Prusse et de l'empereur n'était
point de conquérir la France , de s'emparer de son territoire ;
mais d'y rétablir la paix . La seconde déclaration est celle du
prince Cobourg , du 4 avril 1793 , et dans laquelle il fait l'éloge
de Brunswick , ore de le seconder , et annonce , de la maniere
la plus solemnelle , que s'il devient nécessaire qu'il réunisse
ses opérations aux siennes ; s'il prend possession de quelques
places françaises , à l'aide de troupes Autrichiennes , il les
gardera en dépôt , et les rendra à Dumourier dès qu'il en sera
requis quatre jours après , il parut une nouvelle déclaration
du prince Cobourg contraire en tout à la premiere. Le général
Wurmser publia à son tour une déclaration : loin de répéter
les promesses du duc de Brunswick , qui rejettait toute idée
de conquête , le général y parle de la réunion de l'Alsace aux
domaines de la maison d'Autriche . Si l'on passe du Nord au
Midi , non - seulement les déclarations da lord Hood et de donJuan
de Langara différent entr'elles , mais celle du général O - Hara qui
vient après , est dans une contradiction parfaite avec elles , ou
du moins , s'en éloigne beaucoup ; la premiere de ces pièces
annonce qu'on prend possession de Toulon , sous la promesse
solemnelle de le rendre à la France , à la paix ; la seconde
dit , que ce sera avec une indemnité dont il n'a été nullement
question lors de la reddition de cette place .
Ici lord Lansdowne s'éleve contre la conduite tenue à Toulon
: il dit que si,, conformément aux articles de la capitulation ,
on cût laissé les Toulonnais se gouverner conformément à la
constitution de 1789 , cet exemple aurait produit un grand
effet dans toute la France ; mais que c'est une circonstance
remarquable , que du moment où la déclaration du lord eâ
été envoyée à la Convention nationale , ce dessein fut abandonné
par la crainte de ce qu'il devait produire.
Vient ensuite un blâme rigoureux de la conduite de l'Angleterre
à l'egard des puissances neutres , et particulierement
du grand duc de Toscane. Cette conduite est , non - seulement
injuste , mais impolitique , puisqu'il peut arriver que le grand
duc , frere de l'empereur , monte sur le trône impérial ; les
conséquences en peuvent être extrêmement sérieuses ; car si les
rois oublient les services , ils n'oublient pas les injures. Les
traitemens que les ministres ont fait essuyer aux Américains ,
aux Suédois , aux Danois , aux Suisses , sont censurés avec
une égale force. Lord Lansdowne fait , à cette occasion , un
grand éloge du général Washington ; si la guerre n'avait éclaté
entre l'Angleterre et les Etats - Unis , il l'attribue à sa prudence.
pa Le des Suisses avec des expressions très - flatteuses , et dit
que si la folie et l'incapacité se répandaient sur toute l'Europe ,
la sagesse se réfugierait à Berne.
II
Il s'a tache ensuite à démontrer l'impossibilité de subjuguer
l'opinion des Français , quand il existerait une parfaite union
L 4
( 168 )
1
entre ceux qui les attaque . Le changement de gouvernement
en France a été préparé depuis un grand laps d'années : c'était
l'avis d'un des plus grands hommes d'état de l'Angleterre , lord
Chatam , qui l'avait annoncé .
Enfin , après avoir montré l'impossibilité de conquérir la
France et mème de remporter sur elle des avantages de quelque
conséquence , lord Lansdowne souhaite qu'on ne rejette pas
la paix , sous prétexte du manque d'indemnité . Quelle indemnité
l'Angleterre peut elle demander à la France ? Čertes elle ne
voudrait point accepter de sa monnaie ; elle n'en peut recevoir
que quelques miserables isles qui seraient plutôt une charge
qu'un bénéfice ; l'Angleterre ne doit faire la paix qu'à des conditions
généreuses , comme il convient à une grande nation .
Un point est hors de doute : c'est que d'abord les Français .
ne voulaient point la guerre, et que depuis ils ont montré à
chaque période qu'ils ne voulaient plus la paix .
Lord Lansdowne se résume en demandant qu'il soit présenté
une adresse au roi pour lui représenter qu'attendu que les
événemens malheureux de deux campagnes successives , promettent
peu de succes , qui d'ailleurs ne pourraient jamais
dédommager des pertes qu'une telle guerre doit occasionner ;
il veuille bien déclarer son intention de faire la paix dans
des termes convenables , à l'intérêt et à l'honneur des deux
nations , et faire part de cette disposition à ses alliés , à l'effet
de mettre fin à cette longue et journaliere effusion de sang
humain.
Lord Fitz-William se leve pour s'opposer à la motion ; il
parle long- tems sur ce sujet ; mais la faiblesse de sa voix fait
perdre une grande partie de ce qu il dit à ceux qui se trouvent
placés à quelque distance : ce qu'on en peut saisir , c'est qu'il
avance que la France a porté atteinte aux lois des nations
a voulu dicter ses volontés aux autres états , qu'elle a forcé
l'Angleterre à une guerre purement défensive de sa part . Cette
motion tend à annuler les traités qui sont maintenant sur le
bureau de ' L. S. et à abandonner les alliés . Sur quel principe
un tel manque de foi pourrait - il être justifié ? Comment , après
s'être engagé solemnellement à soutenir la guerre , montrer
un changement d'opinion si soudain et si inexplicable ? Ce
changement serait impolitique et n'aurait que des suites funestes
. Mais l'Angleterre est- elle préparée à souscrire anx conditions
sans lesquelles il a été donné à comprendre que la paix
ne pourrait être faite ? Est - elle donc disposée à faire le sacrifice
de ses lois , de sa religion , de sa constitution ? Après
s'être montré assez faible pour demander la paix , serait - elle
ûre de l'obtenir ? Lord Fitz- William déclare qu'il ne le
pense pas . Selon lui la France a attaqué la Sardaigne à cause
de sa faiblesse , et ses prétentions deviendront plus fortes à
S
་ ། ་ ་
( 169 )
mesure que l'Angleterre deviendra plus humble les voeux
qu'on fait pour la paix ne servent qu'à l'éloigner.
Le duc de Grafton seconde la motion . Il déclare qu'il est
vraisemblable qu'elle ne sera soutenue que par une faible
minorité ; mais que c'est aussi une faible minorité qui , après
avoir d'abord fait d'inutiles efforts pour prévenir la guerre
d'Amérique , a enfin triomphe et donné la paix . La confiance
accordée aux ministres lui semble dangereuse et devant avoir
des conséquences fatales . Il compare l'état actuel de la nation
avec ce qu'elle a été ; il la montre surchargée d'impôts , et
marchant à sa ruine . M. Pitt , en 1772 , parlait d'un paix de
douze ans ; depuis , il a saisi toutes les occasions de faire la
guerre . Ici le duc Grafton donne à entendre qu'il y a de grands
défauts dans la constitution britannique ; il reproche ensuite
aux ministres de n'avoir point profité de la modération de la
France en 1792 , pour assurer une paix durable . Enfin il se
résume en déclarant qu'il vote pour la metión , du fond de
son ame.
Lords Cornavon , Darnley, le duc de Leeds et lord Sydney
combattent la motion . Lord Guilford la soutient , ainsi que
ford Lauderlale .
Lord
1:4
sb Grenville prend la parole : quels que soient les motifs
qui ont porté à représenter cette motion , on en retirera du
moinss cet avantage d'offrir de nouveau à la chambre , à tout le
parlement , au peuple lui- même , les principes qui ont dé
terminé la guerre. #
Unqnoble lord a sommé les avocats de la guerre de déclarer
en deux mots quel est son objet . Il n'est pas besoin de deux
mots pour l'exprimer. Il n'en faut qu'un : la sûreté.

0.2009
Lord Grenville s'étend beaucoup sur cet objet ; selon lui ,
l'Angleterre est nécessitée à faire la guerre pour sa conservation :
il cherche ensuite à répondre aux reproches qu'on a faits aux
ministres sur leur conduite avec les puissances neutres : il
compare aussi la situation où se trouvaient les armes des
Français en février dernier , et celle où elles se trouvent actuellement
' : et il en tire des motifs de féliciter l'Angleterre et
les puissances alliées .
91-578
Enfin la chambre se divises 3110
Il y a pour la motion , 12 ; par procuration , 1. Contre la
motion ,186 procuration , 17. 103. Majorité contre la motion
, go thr
( 170 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE RHUL.
Séance du primidi , 21 Ventôse .
Pour faire jouir les nations alliées ou neutres de tous les
avantages de la réciprocité des échanges et du commerce , la
Convention nationale a décrété , d'après le rapport de son
comité de salut public , qu'il est permis à tous étrangers des
nations alliées ou neutres d'exporter des productions , matieres
et marchandises , surabondantes et superflues , les productions
territorialės dont la quantité excede évidemment les besoins ,
ainsi que celles des arts et du luxe , en se conformant anx
dispositions réglémentaires que la commission des subsistances
et approvisionnemens présentéra à l'approbation du comité de
salut public.
CEL
"
Deux intrigans dangereux nommés Bertrand et Langlois ,
tous les deux commissaires du conseil exécutif provisoire dans
le département du Gard , avaient surpris la confiance du représentant
du peuple Boisset , et lui avaient arraché par de
perfides manauvres , un acte de rigueur contre un des meilleurs
patriotes de Nismes , et maire de cette commune , le citoyen
Courbis . Le comité de sûreté générale investi de l'examen de
cette affaire , a démontré l'innocence du maire de Nismes , et
l'erreur involontaire où était tombé le représentant du peuple
Boisset. En conséquence , la Convention a décrété la mise en
liberté de ce citoyen , et l'a rendu à ses fonctions. Elle a approuve
et confirmé en même-tems l'arrestation des nommés
Bertrand et Langlois , ordonnée par l'arrêté de son comité de
sûreté générale , qui demeure chargé de prendre sur la con
duite de ces deux individus , et notamment sur la mission qui
leur a été confiée par le conseil exécutif provisoire , les renseignemens
les plus exacts 91 , Bolt in el sabe
76
f
Au nom du comité de salut public , Barrere a fait un rapport
sur l'administration des travaux publics ; après avoir montré les
vices attachés à cette branche du gouvernement , il a fait adopter
un projet de décret , relatif à l'établissement d'une commission
de trois membres , chargée de l'entretien des ponts et chaussées ,
de la construction des forts , des ports de mer , des édifices
nationaux , et en général de l'administration de tous les travaux
publics.
( 171 )
Séance de duodi , 22 Ventôse.
Tallien , que six mois d'une commission pénible à Bordeaux
ont mis à même d'en bien juger les habitans , a fait à
la Convention le tableau politique de cette commune . Après
s'être plaint de ce que des journaux vendus calomnient les
représentans du peuple envoyés dans les départemens , il a
détruit les faux bruits qui se répandaient que Bordeaux était
en contre- révolution , que les gens suspects s'y promenaient
audacieusement , et que le patriotisme y était opprimé.
" Bordeaux , a-t- il dit , ne sera jamais révolutionnaire comme
Paris , par exemple ; mais les lois y seront toujours observées
avec exactitude , et les mouvemens révolutionnaires , donnés
par le centre , suivis avec empressement . Bordeaux est entiérement
rendu à la République . Mettez en requisition ses vaisseaux
, ses magasins , ses marchandises , et vous n'éprouverez
point de résistence . Il est même quelques négocians que vous
pouvez utilement employer dans les circonstances actuelles .
Forcez le commerce à réparer ses erreurs ; présentez-lui- en
les moyens ordonnez et vous serez obéi .
-
Tallien a ensuite ramené l'attention de l'Assemblée sur
- l'état de détresse où se trouvent les citoyens de ce département
relativement aux subsistances . Depuis huit mois , ils sent
réduits à une demi- livre de mauvais pain pour une journée.
Dans le district de Cadillac regne en ce moment la disette
la plus absolue ; les citoyens des campagnes se disputent
l'herbe des champs . Tallien a terminé par proposer le
projet de décret suivant , qui a été adopté : Le comité
de salut public se concertera sur- le- champ avec la commission
des subsistances pour subvenir promptement aux besoins
de tous les districts du département du Bec- d'Ambès , et notamment
de celui de Cadillac . La Convention renvoie à ses
comités de salut public et de sûreté générale l'examen de la
conduite des représentans du peuple en mission dans ce département
, pour lui en faire un prompt rapport. "
"
Tandis que de son côté la commission des six est occupée
à la révision des lois sur les émigrés , le comité de législation
s'est livré à la recherche des moyens propres à faciliter l'exécution
des décrets sur la confiscation des biens des prêtres insermentés
, déportés ou réclus , sans blesser l'intérêt des
tiers. Bezard , organe de ce comité , après avoir développé
les vues qui l'ont dirigé dans ce travail , a fait adopter le
: décret suivant :
Art. Ier. Les biens des ecclésiastiques séculiers ou réguliers
, freres convers et lais , donnés ou tiersaires , qui se sont
déportés volontairement , ou qui l'ont été nominativement en
exécution de la loi du 26 août 1792 , ou des arrêtés des corps
administratifs , ou pour cause d'incivisme , en vertu des lois
des 21 , 22 avril et 30 vendémiaire dernier , des vieillards et
( 172 )
infirmes , réclus , et de ceux qui ont préféré la déportation à
la réclusion , sont acquis à la République .
4
II. Le n ° . III de l'article VIII de la quatrieme section
de la loi du 28 mars 1793 est rapporté.
III . , Le décret du 17 septembre dernier , qui déclare applicables
en tous points aux déportés les dispositions des lois
contre les émigrés , sera exécuté ainsi qu'il suit
IV. La confiscation à l'égard des biens des ecclésiastiques
nominativement déportés en exécution de la loi du 26 août
1792 , ou des arrêtés des corps administratifs , et de ceux des
vieillards et infirmes réclus en vertu de cette loi et autres
postérieures , a lieu , à compter du décret dudit jour de
septembre dernier .
V. En conséquence , sont déclarés valables tous les actes
de vente , cession , transports , obligations , donations , dettes ,
hypotheques , faits et contractés par eux antérieurement à ladite
loi , pourvu que ces actes aient été passés en forme authentique
, ou qu'ils aient acquis la fixité de date par enregistrement
, dépôt public ou jugement avant le 17 septembre , sans
néanmoins à l'égard des donations , déroger aux dispositions
adoptées par la loi ཨ ༦ ༣ dJ u 17 nivôse dernier.
VI. Les héritiers sont valablement saisis de leurs successions
- ouvertes avant cette époque.
VII. A l'égard des ecclésiastiques qui se sont déportés volontairement
, ou , qui ont préféré la déportation à la réclusion ,
leurs biens sont frappés de la confiscation à compter du jour
de leur sortie du territoire français ..
VIII. Toutes dispositions de ces biens et tous contrats par
eux consentis depuis cette époque , sont de mul effet.
IX. Les biens des déportés pour cause d'incivisme , antérieurement
à la loi du 17 septembre dernier , sont confisqués
du jour de l'arrêté en vertu duquel leur arrestation s'est
effectuée .
X. Quant à ceux déportés depuis pour les mêmes causes ,
la confiscation de leurs biens a lieu du jour de la dénonciation
prescrite par la loi du 30 vendémiaire dernier et autres
antérieures .
XI. " " Les dispositions du décret du 17 frimaire dernier ,
relatives à la séquestration des biens des peres et meres qui
ont des enfans émigrés , ne sont pas applicables aux peres et
meres des déportés ou réclus , si ce n'est dans le cas où ils
seraient dans la classe des ci- devant nobles .
"
XII. , La Convention renvoie à ses comités des secours
publics et des finances réunis , les pétitions des parens des
déportés et réclus , qui demandent que leurs enfans soient
exceptés de la confiscation , par forme de secours , "
La Convention a prorogé les pouvoirs du comité de salut
public .
!
( 173 )
Séance du tridi , 23 ventôse.
Saint - Just , au nom du comité de salut public , obtient la
parole. Il annonce qu'il y a dans la République une conjuration
ourdie par l'étranger , dont le but est d'empêcher par la
corruption , que la liberté ne s'établisse . Son projet n'a pas
été seulement de corrompre et d'abandonner la République à
ses longues convulsions , mais un complot était préparé pour
tout briser soudain , et substituer le gouvernement royal à la
démocratie . Un grand nombre de personnes paraît servir la
conjuration ; là , on a enterré des comestibles , intercepté les
arrivages par l'inquiétude ; on a aigri les citoyens par des discours
séditieux ; il y a des hommes d'intelligence avec l'étranger
; il y en a d'autres abusés par différens prétextes. On a
mis en courroux les vengeances des uns ; on a mit à profit
l'ambition des autres ; on a profité du désespoir de ceux qui
sont démasqués depuis long - tems pour les porter à tout
risquer pour échapper au supplice . On a irrité le dégoût pour
la vertu , des hommes tarrés qui n'esperent point de bonheur
e de fortune si la République s'établit : c'est la ligue de tous
les vices réunis contre le peuple et contre le gouvernement,
Le premier auteur du complot est le gouvernement anglais ;
voici quelques paroles proférées dans le conseil d'état deux
jours avant la rentrée du parlement . Si nous faisons la
guerre , le gouvernement convulsif de la France prendra de
nouveaux moyens d'autorité de notre résistance ; si nous
faisons la paix , elle aura la guerre civile ; corrompons cette
Republique . On ajouta même : Que toutes nos séances
s'ouvrent par ces mots : corrompons cette République .
,, Il fut
dit qu'il fallait preparer la guerre , mais retardez la campagne
; qu'on en recueillerait le double avantage de comprimer
le peuple Anglais et de ne rien risquer. C'est par une suite
de cette maxime que les riches dans Paris dévorent le nécessaire
du peuple , et qu'il s'y est fait des repas à cent écus
par tête . Les conjurés ont des signes de reconnaissance dans
les spectacles et dans les lieux où ils se rencontrent , dans
ceux où ils mangent .
" Chargés par vous du soin de veiller sur le bonheur de la
patrie , a dit Saint -Just , nous avons tout mis en usage pour
pénétrer les desseins de nos ennemis ; leur projet est donc ,
puisqu'ils n'ont pu nous empêcher de vaincre , de confondre
toutes nos idées de droit public ; de nous donner des moeurs
lâches ; de nous inspirer une cupidité effrénée , afin : qu'engordis
par les vices , las des affaires , et entraînés par les jouissances
, la nécessité d'un chef se fit sentir par la paresser
universelle , et que tout étant préparé , le chef fût porté en
triomphe ; et cette idee d'un chef a saisi l'espoir ridicule de
quelques personnages qui croient déja se voir sur le parvis .
L'orateur donne ensuite des détails sur la maniere dont le
( 174 )
plan de cette conjuration s'exécute . Des Italiens , des
banquiers , des Napolitains , des Anglais sont à Paris , qui
se disent persécutés dans leur patrie. Ces nouveaux Sinons
s'introduisent dans les assemblées du peuple ; ils y déclament
d'abord contre les gouvernemens de leurs pays ; ils s'insinuent
dans les anti- chambres des ministres ; ils épient tout ; ils se
glissent dans les sociétés populaires ; bientôt on les voit liés
avec des magistrats qui les protegent.
Vous aviez rendu une loi contre les étrangers ; le lendemain
on vous propose une exception en faveur des artistes ; le
lendemain tous vos ennemis sont artistes , même les médecins ;
et si l'on poursuit ces fabricateurs de complots , on est tout
étonné de les voir en crédit . Les hommes qu'ils ont corrompus
les défendent , parce que leur cause est commune ; attaquezles
, Vous les trouverez - unis ; interlocuteurs apprêtés , ils
s'interpelleront en public : l'un joue Caton , l'autre Pompée.
" L'affaire de Chabot vous apprendra , qu'après des scenes
concertées avec les partisans de l'étranger , on y riait de
l'importance qu'ils avaient su se donner en public . Cette scene
a été renouvellée plusieurs fois .
" Les nobies , les étrangers , les oisifs , les orateurs vendus ,
voilà les instrumens de l'etranger ; voilà les conjurés contre la
patrie , contre le peuple . Nous déclarons la guerre à ces tartuffes
en patriotisme nous les jugerons par leur désintéressement
, par la simplicité de leurs discours , par la sagesse des
conseils , et non par l'affectation .
:
99 L'esprit imitatif est le cachet du crime . Les contre- révolutionnaires
d'aujourd'hui n'osant plus se montrer , ont pris
plus d'une fois les formes du patriotisme. Un Marat était dans
Nancy il y a quelques mois , qui pensa allumer un autre
Vendée . Un Marat était à Strasbourg , il s'appelait le Marat du
Rhin ; il était prêtre et Autrichien : il y avait fait la contrerévolution.
Il n'y eut qu'un Marat ; ses successeurs étaient des
hypocrites , dont rougissait son ombre . On n'imite point la
vertu ; mais on est vertueux à sa maniere , ou l'on est hypocrite
.
" Les sociétés populaires étaient autrefois des temples de
L'Egalité ; les citoyens et les législateurs y venaient méditer la
perte de la tyrannie , la chute des rois , les moyens de fonder
la liberté . Dans les sociétés populaires , on voyait le peuple
uni à ses représentans , les éclairer et les juger ; mais depuis
que les sociétés populaires sont remplies d'êtres artificieux ,
qui viennent briguer à grands cris leur élévation à la législature
, au ministere , au généralat ; depuis qu'il y a dans ces
sociétés trop de fonctionnaires , trop peu de citoyens , le peuple
y est nul ; ce n'est plus lui qui juge le gouvernement ; ce
sont les fonctionnaires coalisés qui , réunissant leur influence , font
taire le peuple , l'épouvantent , le séparent des législateurs -
qui devraient en être inséparables , et corrompent l'opinion.
༞ ་ ་
( 175 )
dont ils s'emparent , et par laquelle ils font taire le gouvernement
, et dénoncent la liberté même.
" Voilà le fruit de cette parricide indulgence contre laquelle
je me suis déclaré ces jours derniers . Avez - vous remarqué depuis
ce tems , malgré l'opinion et le cri du patriotisme , quelle
couleur a pris la faction de l'étranger ? Un bruit sourd s'est répandu
de l'ouverture des prisons , des lettres répandues dans
les halles demandaient un roi ; elle a tenté de s'emparer de
l'impulsion que vous donnâtes à la justice , contre elle - même ;
elle a redouté les malheureux que ce décret bienfaisant conciliait
à la liberté ; elle s'est crue perdue ; elle a éclaté plutôt
qu'elle ne l'avait résolu ; elle a voulu reporter la mort contre
les patriotes et le gouvernement , et a tourné contre la sûreté ,
publique cette violence que nous implorâmes contre
faction même ; car tous les complots sont unis , ce sont des
vagues qui semblent se fuir , et qui se mêlent cependant .
cette
Après avoir développé la marche criminelle et ténébreuse de
l'étranger , après avoir montré les pieges tendus, à la liberté
par la destruction de tous les sentimens de la nature , de la
justice , de la morale ; après avoir caractérisé les divers genres
de corruption , Saint-Just explique ce problême , en apparence
incontestable de la discordance des diverses factions .
C'est l'étranger , dit- il , qui attise ces factions , qui le
fait se déchirer par un jeu de sa politique , et pour tromper
l'oeil observateur de la justice populaire ; par-là il s'établit une
sorte de procès devant le tribunal de l'opinion ; l'opinion
bientôt se divise , la République en est bouleversée . Ce moyen
ôte à la représentation nationale et à ses décrets , la suprême
influence dans l'Etat , parce que les ravages de la corruption
dont j'ai parle , rendent la curiosité plus sensible aux débats
des partis , et détournent tous les coeurs et toutes les pensées
de l'amour et de l'intérêt de la patrie .
Les partis divers ressemblent à plusieurs orages dans le
même horizon , qui se heurtent et qui mêlent leurs éclairs et
leurs coups pour frapper le peuple . L'étranger créera donc le
plus de factions qu'il pourra ; peu lui importe quelles qu'elles
soient , pourvu que nous ayons la guerre civile ; l'étranger
soufflera même , comme je l'ai dit , la discorde entre les partis ,
qu'il aura fait naître , afin de les grossir et de laisser la révolution
isolée. Tout parti est donc criminel , parce qu'il est
un isolement du peuple et des sociétés populaires et une indépendance
du gouvernement . Tout faction est donc criminelle
parce qu'elle tend à diviser les citoyens ; toute faction est donc
criminelle parce qu'elle neutralise la puissance de la vertu ,
publique .
" Les relations que nous nous sommes ménagées , nous ont
appris que les alliés n'ouvriraient poiur la campagne , pour ne
point détruire le peuple par les évenemens de la guerre ; mais
ils préparent des mouvemens dans l'intérieur et dans Paris . C'est
15
( 176 )
une campagne intérieure , une campagne de troubles et de
corruption , de famine qu'on nous prépare . Pour voiler ce
dessein , le colonel Mack doit faire des menaces continuelles ,
qui , sans danger pour les alliés , les feront redouter ; pendant
ce tems il s'our dissait une conjuration pour renverser le gouvernement
actu el et la représentation , pour y substituer une
régence qui aurait menagé et avait promis le retour des Bourbons.
On a remarqué de la joie parmi les émigrés répandus en
Europe. L'étranger devait ensuite proposer la paix à la régence
usurpatrice , et reconnaître son autorité . Il y a pour trois milliards
d'assignats d'imprimés à Bruxelles et a Francfort , et
affectés sur les biens des patriotes de France , avec lesquels
on devait établir des bureaux d'échange des assignats républicains
dans tous les districts . Les moyens d'exécution étaient
la destruction de la représentation ; d'abord par le scandale et le
dégoût des hommes corrompus , ensuite par le fer les nobles
et les étrangers ' sont dans le complot.
:
Il y a dans Paris des émigrés ; on en a arrêté au palais de
l'Egalité ; on en arrête tous les jours ; on a troublé Paris ces
jours derniers , ils le troubleraient de nouveau , si vous n'extirpiez
le mal dans sa racine . Allez chercher ces scélérats chez
les banquiers , ils sont en pantalons , leurs propos sont révolutionnaires
, on n'est jamais à leur hauteur , ils concluent toujours
par un trait dirigé avec douleur contre la patrie . Ua
patriote est celui qui soutient la République ; quiconque la
combat en détail est un traître .
" Des mesures sont déja prises pour s'assurer des coupables ,
ils sont cernés . Il reste à prendre des mesures pour arrêter
le plan de corruption , plus pernicieux que les fureurs des
conjurés même. Ces mesures , nous vous les proposerons dans
une loi severe , mais juste . Rendons grace au génie du peuple
Français , de ce que la liberté est sortie victorieuse de l'un
dés plus grands attentats que l'on ait médités contre elles . Le
développement de ce vaste complot , la terreur qu'il va repandre,
et les mesures qui vous seront proposées , débarrasseront la
République et la terre de tous les conjures . Que tous les citoyens
veillent sur la sûreté du peuple , en même - tems que le gouvernement
poursuivra les conspiratsurs . La guerre sera continuée
avec fureur ; plus de repos , que les ennemis de la revolution
et du peuple Français ne soient exterminés plus de pitié
plus de faiblesse pour les coupables qui ôsent attenter à la
liberté de leur patrié .
:
A la suite de ce rapport , Saint -Just a lu un projet de
décret qui a été adopté à l'unanimité et au milieu des plus
vifs applaudissemens . Le voici :
Le tribanal révolutionnaire continuera d'informer coutre
les auteurs et complices de la conjuration ourdie , contre le
peuple Français et sa liberté , il fera promptement arrêter les
prévenus , et les mettra en jugement .
" Sont
( 177 ) .
,, Sont déclarés traîtres à la patrie , et seront punis comme
tels ceux qui seront convaincus d'avoir , de quelque maniere
que ce soit , favorisé dans la Republique le plan de corrup
tion des citoyens , de subversion des pouvoirs et de l'esprit
public ; d'avoir excite des inquiétudes à dessein d'empêcher
l'arrivage des denrées à Paris d'avoir donné asyle aux emigrés
; ceux qui auront tenté d'ouvrir les prisons ; ceux qui
auront introduit des armes dans Paris dans le dessein d'assassiner
le peuple et la liberté ; cenx qui auront tenté d'ébranler
ou d'altérer la forme du gouvernement républicain .
" La Convention nationale , étant investie par le peuple
Français de l'autorité nationale , quiconque usurpe son pouvoir
, quiconque attente à sa sûreté ou à sa dignité , directement
ou indirectement , est ennemi du peuple , et sera puai de mort.
" La résistance au gouvernement révolutionnaire et republicain
, dont la Convention nationale est le
centre , est un atteutat
coutre la liberté publique ; quiconque s'en sera rendu
coupable , quiconque tentera , par quelque acte que ce soit ,
de l'avilir , de le détruire ou de l'entraver , sera puni de
mort.
" Le comité de salut public destituera , conformément à la
loi du 14 frimaire , tout fonctionnaire public qui manquera
d'exécuter les decrets de la Convention nationale , ou les arrêtés
du comité ou qui se sera rendu coupable de prévarication ou de
négligence dans l'exercice de ses fonctions ; il le fera poursuivre
selon la rigueur des lois , et pourvoira provisoirement à son
remplacement.
" Les autorités constituées ne peuvent déléguer leurs pouvoirs
; elles ne pourront envoyer aucuns commissaires au- dedans
niau-dehors de la République , sans l'autorisation expresse du comité
de salut public, les pouvoirs eu commissions qu'elles peuvent
avoir donnés jusqu'à ce moment , sont annullés dès à présent.
Ceux qui après la promulgation du présent décret oseraient
en continuer l'exercice , seront punis de 20 ans de fers .
" Les agens de la commission des armes et poudres con .
tinueront provisoirement leurs fonctions.
,, Il sera nommé six commissions populaires pour juger
promptement les ennemis de la révolution détenus dans les
prisons . Les comités de sûreté générale et de salut public se
concerteront pour les former et les organiser .
Les prévenus de conspiration contre la République , qui se
seront soustraits à l'examen de la justice , sont mis hors de la
loi.
" Les comités de surveillance , qui auront laissé en liberté
les individus notés d'incivisme dans leur arrondissement , seront
destitués et remplacés.
" Tout citoyen est tenu de découvrir les conspirateurs et les
individus mis hors la loi , lorsqu'il a connaissance du lieu où ils
se trouvent.
2 ome VIII. M
( 178 )
Quiconque les recélera chez lui ou aillenrs , sera regardé
et puni comme leur complice .
Les individus arrêtés pour cause de conspiration contre
la République , ne pourront communiquer avec qui que ce
suit , ni verbalement , ni par écrit , sons la responsabilité
capitale de ceux qui sont préposés à leur garde et à celle des
prisons quiconque aura participé ou aide à ces communications
, sera puni comme leur complice ,
Le comité de salut public est chargé de veiller séverement
à l'excution du présent décret ; il en rendra compte à la Convention
nationale , selon la loî.
Les administrateurs du district de Weissembourg ont fait
passer à la Convention le voeu librement émis , en assemblées
primaires , par les citoyens de plusieurs communes étrangeres
situées dans l'arrondissement de ce district , pour la réunion
avec la République Française.
Javoque , rappellé de commission par un décret , demande
à rendre compte de sa conduite . Bourdon réclame l'ordre du
jour , motive d'après la loi sur le gouvernement révolutionnaire
, qui ordonne que les commissaires de la Convention
rendront compte de leur mission au comité de salut public.
Adopté.
Le général Lapoype , accusé d'avoir ordonné la réédifica
tion du fort Nicolas à Marseille , et mandé à la barre de la
Convention pour rendre compte de ce fait , s'en est pleinement
justifie et a été admis aux honneurs de la séance.
Séance de quartidi , 24 Ventôse.
Cette séance n'offre aucune discussion importante . On a
lu deux lettres : l'une du citoyen ' Roux , representant du
peuple dans le département des Ardennes , annonce que l'inau
guration du temple de la Raison s'est faite à Sedan avec so-
Jemnité ; que cette commune fait son service militaire avec une
activité et une ardeur qui désesperent ses ennemis , tantintérieurs
qu'extérieurs , et qu'elle est toujours digne de figurer parmi les
grandes communes qui ont juré de défendre l'unité et l'indi
visibilité de la République.
La seconde lettre , dont l'extrait a été lu par Tallien , est
de son collegue Isabeau , représentant du peuple à Bordeaux.
Elle détruit les calomnies que des intrigans et des émissaires
envoyés à Paris par les aristocrates Bordelais , ne cessaient
de répandre chaque jour contre cette commune. « Oui , dit
Isabeau , la grande majorité des citoyens de Bordeaux est
excellente , pure et révolutionnaire ; elle a toutes les vertus
républicaines ; mais comme autrefois on avait trop vanté ce
pays , on est tombé dans l'excès opposé , en cachant les traits
de patience , de vertu et de républicanisme qui l'honorent .
Les beaux esprits , les orateurs , les plumes élégantes qui
verfalle cité ne sont plus ; les sans- culottes
( 179 )
1
qui leur ont succédé dans le club et dans les places savent
mieux agir qu'écrire ou parler. Les représentans du peuple
qui y séjournent ont le même systême , qui est d'employer
tous leurs instans au travail et au bonheur du peuple , sans
se vanter de ce qu'ils font ; de - là vient que Bordeaux est
tombé dans une sorte d'oubli dont ses ennemis profitent pour
le calomnier. Les arrestations continuent et j'ai pris le parti
de ne plus relâcher aucun ci - devant noble , même avec les
preuves de patriotisme mentionnées dans la loi du 17 septembre
, parce qu'on peut être aisément trompé sur ces preuves.
La guillotine a fait justice at- hier d'un prêtre assermenté ,
coupable de royalisme ; aujourd'hui il y passera une religieuse.
Voilà la repouse à nos modérés qui avaient semé le bruit que
la peine de mort était abolie .
Séance de quintidi , 25 Ventôse.
L'accusateur public près le tribunal revolutionnaire , aux citoyens
représentans du peuple composant le comité de salut public.
Paris , le 24 ventôse , l'an gº . de la République.
" Citoyens , par suite de l'instruction qui a eu lieu au tribunal
au desir des décrets des 16 et 23 ventôse , qui enjoint
au tribunal de faire arrêter et juger sans délai tous les auteurs
et complices de la conspiration tramée contre le peuple , je
vous informe , citoyens , que le résultat de cette instruction
ne m'a pas permis de différer un instant de faire mettre en
état d'arrestation les citoyens Ronsin , Vincent , Hébert ,
Momoro , Ducroquet et le général Laumur tous ont été
mis cette nuit à la Conciergerie. Un banquier Hollandais ,
nommé Knoff , doit être arrêté en ce moment . L'information
se continue avec célérité , et j'ose espérer que j'arriverai encore
dans peu à quelques nouveaux renseignemens . Je vous
promets qu'il ne sera rien négligé par le tribunal pour parvenir
à assurer enfin la tranquillité et la liberté du peuple , et
la sûreté de la Convention .
Salut et fraternité . FOUQUIER.
Il est un objet , dit Robespierre , qui , dans ce moment
doit occuper tous les bons citoyens , c'est la conspiration
nouvellement découverte qui devait anéantir la liberté . Que
tous les bons patriotes , que tous ceux qui portent dans leur
coeur le geime du patriotisme , prouvent qu'ils aiment la liberté
en se réunissant à nous pour la sauver. ( Oui , vui , s'écriet-
on de toutes parts , nous serons unis , nous sauverons le peuple. )
Robespierre continue Les conjures avaient ramassé dans
Paris une armée d'émigrés , une nuée de déserteurs et d'étrangers
, et des hordes de scélérats . Le moment était marqué
pour renverser la liberté ; l'instant où devait éclater la conspiration
était annoncé d'avance dans les cours des tyrans armés
contre la République Française , par les émissaires qu'ile
M
( 180 )
entretiennent au milieu de nous . Le comité de salut public
a entre ses mains les preuves de cette horrible conspiration .
Des lettres ont été interceptées à la poste ; elles tracent en
peu de mots la trame ourdie pour perdre la liberté ; un membre
du comité est chargé de vous les lire . Je finis en disant
au peuple qu'il doit surveiller ses ennemis , les découvrir
sous les dehors imposteurs sons lesquels ils se cachent . Je
l'adjure de s'unir a la representation nationale , qui va se lever
encore pour sauver la liberté. Je l'adjure de se rendre dans
ses sections , pour étoufier la voix des orateurs merceuaires ,
des agens des puissances cosées contre la nation Française
, qui ne manqueront pas d'y semer des divisions , de
s'y former des partis . 19
Couthon ne parle pas avec moins d'énergie sur cette conspiration.
Il est tems , dit il , que la morale publique s'épure ,
que la justice et la vertu soient à l'ordre du jour. Les infâmes
ont beau se masquer ; ils seront découverts . Nous périrons
tous , ( on applaudit ) oui , tous , ( applaudissemens unauimes)
plutôt que de souffrir que le peuple qui veut la liberté , qui
chérit la vertu , qui la porte dans son sein , soit gouverné par
unc tyrann e quelconque , ou par le crime. Peuple , tu as placé
ta confiauce dans la Convention et dans ses comités de salut
public et de sûreté générale : ils sauront la mériter , en sauvant
encore la patrie . "
Couthon annonce que l'agent de France en Suisse a écrit , il
y a huit jours , au comité , que les émigrés disaient hautement
qu'avant un mois il y aurait un massacre à Paris , et que la
Convention serait dissoute . Il donne lecture de deux lettres
dont la premiere est datée du 21 février . En voici l'extrait :
99 Оп He peut plus se faire illusion , il Y a deux partis dont
les efforts teudent à déchirer la France . Le comité de salut
public vcut conserver son autorité ; il jouit d'une grande confiance
; les Jacobins , guides par Robespierre , l'entourent et le
soutiennent ; il s'applique à faire marcher régulierement le
gouvernement révolutionnaire par l'affermissemeut des lois et
de la morale .
,, D'un autre côté viennent Hébert et Vincent ; ils ont
jetté le gant aux Jacobins ; mais ils ne se sont pas encore expliqués
; ces deux hommes ne sont que des prête-noms .
1
,, Les deux partis en viendront bientôt aux mains . On travaille
à dépopulariser Robespierre . Les commis du bureau de la guerre
out des domiciles par- tout ; ils commencent par gagner les
femmes , afin de mieux réussir auprès de leurs maris . En attendant
, la Vendée ressuscite , et Condé et Valenciennes ne sont
pas repris. ",
La seconde lettre porte en substance :
Les deux partis dont je vous ai parlé se forment , e
mesurent , bientôt ils seront aux prises ; on tente de dépopu
( 181 )
lariser Robespierre ; de tous les hommes , c'est celui dont la
réputation est la plus difficile à détruire .
99 Il est un fait , c'est que le parti d'Hébert, veut accaparer
l'opinion ; Danton ne s'est pas encore prononcé. On parle
toujours d'une descente en Angleterre . Le ministre de la
marine met en requisition les vaisseaux marchands : il
défile sans cesse des troupes vers les côtes de la Manche . 19
Barrere prend à son tour la parole : Il dit que la conspiration
qui vient d'être dejouée avait de ramifications dans les armées
à l'extérieur et dans l'intérieur de la République . Déja trois
cents témoins sont entendus . Il fait une invitation au peuple ,
ou plutôt il rappelle à la Convention que le peuple toujours,
vigilant quand il s'agit de sa liberté , saura bien arrêter les
complots et punir les couspirateurs .
Voici l'extrait d'une lettre des représentans du peuple ,
à Commune-Affranchie , en date du 21 ventôse.
La justice a bientôt achevé son cours terrible dans .
cere cité rébelle . Il existe encore quelques complices de la
revole lyonnaise ; nous allons les lancer sous la fondre . Il
faut que tout ce qui fit la guerre à la liberté , tout ce qui
fat opposé à la Republique ne présente aux yeux des répu
blicains que des cendres et des décombres .
ན་
" C'est sur les tombeaux de l'orgueil révolté et des privileges
oppresseurs que nous venons de célébrer la fête de l'egalité
et de proclamer , sous les voûtes du ciel , votre décret qui
brise les chaines de l'esclavage , et appelle les hommes de
toutes les couleurs à la jouissance de la liberté. En vain
les tyrans se liguent pour enchaîner le peuple , la nature
est plus forte qu'eux ses lois retentissent dans tous les
coeurs , elles agissent d'un pôle à l'autre avec la même énergie ,
elles entraînent tous les êues que l'univers embrasse dans
son immensité .... Dans la fête qui ent lieu hier ,
avons observé tous les mouvemens , nous avons vu le peuple
applaudir à tout ce qui portait un caractere de sévérité
, à tout ce qui pouvait réveiller des idées fortes , terribles
ou touchantes . Le tableau qu'offrait la commission / révolutionnaire
suivie de deux exécuteurs de la justice nationale
tenant en main la hache de la mort , a excité les cris de
sa sensibilité et de sa reconnaissance .
nous
Nous avons vu ce même peuple pénétré d'un sentiment
profond , attendri jusqu'aux larmes a l'aspect du malheur
et de la vieillesse éleves dans un char , escortés et honorés
par la représentation nationale .
,, Ce n'est donc pas sans fondement que nous osons vous Inous
annoncer que le peuple de Conimune-affranchie méritera bientot
d'être compte au nombre des enfans de la République
et de rentrer sous les lois. Il mérite déja que vous preniez un
nouvel intérêt à ce qui le touche. Les égaremers cruels où
M 3
( 182 ) 1
l'ont plongé ses maîtres , le réduisent aux souffrances 9 à la
privation des premiers besoins de la vie .
" Vous pouvez , cioyens collegues , le satisfaire aisément :
l'opulence , qui fut si long- tems et si exclusivement le patrimoine
du vice et du crime , est restituée au peuple , vous
en êtes les dispensateurs ; les propriétés du riche conspira
teur lyonnais , acquises à la République , sont immenses , et
elles peuvent porter le bien- être et l'aisance parmi des milliers
de Républicains . Ordonnez promptement cette réparti
tion ; ue souffrez pas que des Tripons enrichis enlevent dans
des ventes scandaleuses les propriétés des Sans - culottes , le
patrimoine des amis de la liberté . Le bonheur public est dans
votre pensée , dans vos résolutions , dans vos décrets ; ne faites
rien à demi , osez le réaliser en entier . "
·
Signés , MEAULLE , LAPORTE et FOUCHE .
Nota. Dans le cours de cette séance il a été fait un
rapport par le comité de sûreté générale sur l'arrestation du
citoyen Palloi , accusé de malversation dans l'inspection des
travaux de la Bastille . La liberté lui a été rendue avec la faeulté
de faire valoir ses droits en dommages et intérêts contre
les auteurs de son arrestation illégale , pardevant les tribunaux
civils.
Séance de sextidi , 26 Ventôse.
*
Plusieurs sections viennent féliciter la Gonvention sur les
mesures qu'elle a prises pour anéantir les nouvelles conju
rations qui avaient été ourdies contre la liberté . L'Assemblée
ordonne l'impression et l'envoi aux départemens des discours
de res sections et des réponses du président. De vifs applaudissemens
retentissent dans toute la salle . Couthon annonce
que les preuves de la conspiration s'accumulent au comité de
sûreté générale. Il fait part d'un fait qu'il n'y a plus d'inconvéniens
à révéler , puisque les coupables sont en lien de
sûreté. Le voici : on a tenté de faire parvenir au Temple , aux
enfans Capet , une lettre , un paquet et 50 louis en or. Le
but de cet envoi était de faciliter l'évasion du fils de Capet ;
car les conjures ayant formé le projet d'établir un conseil
de régence , la présence de l'enfant était nécessaire à l'installation
du régent.
Couthon entretient ensuite l'Assemblée d'un autre objet.
La loi sur les successions s'exécute dans les départemens.
Cependant les aînés y apportent tant d'obstacles , qu'ils forcent
les cadets à avoir recours à l'arbitrage . Alors ils choisissent
pour arbitres des avocats inciviques , mais très-expérimentés ,
qui parviennent par leur astuce à éluder la loi . Couthon demande
qu'il soit décrété qu'aucun citoyen ne pourra servir
d'arbitre , s'il n'est muni d'un certificat de civisme , Cette proposition
est adoptée .
Amar se présente à la tribune , aux noms du comité de salut
( 183 )
"
public et de sûreté générale. Les cris de vive la République se
font entendre de toutes parts . Voici une analyse succincte de
son rapport. Corrompre plusieurs de nous , nous diviser
nous avilir , dissoudre la représentation nationale , et nous
donner un roi . Tel était le but des cours étrangeres , jalouses
de notre gloire et de nos succès ; mais le complot ne sera
point executé. Le peuple aime la vérité , nous allons lui dé
masquer les intrigans qui ont voulu se mettre entre lui et vous ,
et qui faisaient un infâme trafic du patriotisme .
,, Nous avons énoncé les motifs qui nous out fait demander
l'arrestation de Chabot , Bazire , Delaunay d'Angers , Julien
de Toulouse et Fabre d Eglantine ; nous les avons interrogés
séparément ; ces interrogatoires offrent , les uns ,
des contradictions
; les autres jettent un grand jour sur le plan de
corruption ; c'est Chabot et Bazire sur tout qui nous ont découvert
cette horrible intrigue .
" Aux gens corrompus parmi nous se sont attachés des
émissaires des puissances coalisées , des banquiers anglais ,
juifs autrichiens , etc. Ils ont prononcé l'execrable mot banqueroute
, et l'agriculteur épouvante s'est empressé d'acheter des
grains. Delà les accaparemens , l'agiotage. C'est à l'agiotage
qu'est dû l'emprisonnement de quelques- uns de nos collegues :
les uns ont écouté les banquiers étrangers ; d'autres ont eu dea
relations honteuses avec les administrateurs des compagnies de
finances. Voilà leurs crimes . Voyons quels hommes se sont
liés à eux. L'on compte dans le nombre Proli , le baron de
Frey , beau- frere de Chabot , Gusman , espagnol , tous vendus
nos ennemis .
Proly , fils naturel de Kannitz , dévoué à la plus basse
débauche , était l'ami des Guadet , des Brissot .
Le baron de Frey , dont la famille a été annoblie par
Marie-Thérese , et auquel Chabot s'est lié par les liens du sang ,
à trois freres au service de l'empereur.
Chabot nous a avoué qu'ils ne lui avaient donné leur
soeur que pour se faire une réputation de patrio isme , en la
mariant au premier révolutionnaire de l'Europe . Chabot
ajouté que ses beaux- freres avaient été pendus en effigie à
Vienne , que leurs biens avaient été saisis et qu'ils étaient
ruinés.
9. " Quoi ! Chabot ! vos beaux - freres sont ruinés et ils vous
donnent leur soeur avec 200 mille livres ; quoi ! vous vous allies
avec les ennemis de la France ! Vous connaissez leurs dessins ;
ils veulent se faire une réputation de patriotisme , et vous les
secondez dans leur projet de servir l'Autriche ; l'homme libre
ne fut jamais le partisan de la tyrannie.
,, Deux autres intrigans qui ont trempé dans cette affaire
sent , le baron de Bauce , ex-constituant , et Benoite .
Tous ces individus formaient une association qui jouait à
la hausse et à la baisse , et se partageaient le profit. Le baron de
M
6 ).
( 184 )
+
9 Bauce et Benoite habiles dans l'art de l'agiotage et de la
corruption étaient entremetteurs . Le but de ces hommes vils
était de faire renchérir les denrées , et de porter le peuple à s'en
procurer par la violence .
Chabot , pour faire connaître l'immoralité de ces individus ,
témoigna quelques scrupules sur les moyens peu délicats que
l'association employait pour s'enrichir. Je ne sais pas , lui répoudit
Benoite , comment en France on peut se refuser à
faire fortune ; en Angleterre on achete publiquement les
membres du parlement . Je crus alors , ajoute Chabot dans son
interrogatoire , qu'il me parlait au nom de Pitt ..... Quoi !
Chabo ! vous connaissiez ces ames infâmes , et vous restiez
dans l'association ! Le crime est dévoilé ; la Convention en
fera justice.
Amar parle ici de ce qui est relatif à la compagnie des
Indes , aux compagnies financieres , et à la falsification du
decret de la Convention ; il rappelle d'abord les diffé
rentes lois qui astreignent toutes les actions financieres.
au droit d'enregistrement , qui prescrivent que les actions ne
pourront être cédées , sans que la cession et le cessionnaire ne
soient inscrits sur l'action même . Il fait voir ensuite comment les
agioteurs avaient trouvé le moyen d'éluder la loi , en imaginant
les reconnaissances et les transferts .
Bazire , continue le rapporteur nous a apporté
'une conversation qu'il eut avec Delaunay d'Angers , dans
laquelle on voit la perversité de Pitt mise en action . Pourquoi ,
lui disait Delaunay , ne pas imiter les membres du parlement
anglais , qui vendent leur conscience ? c'est un moyen certain
d'atteindre la fortune : il ajoutait , pour éloigner les doutes
qu'élevait Bazire , il ne sagit que de faire baisser tous les effets
des compagnies financieres , profiter de cette baisse pour
acheter , provoquer ensuite une hausse subite , pour remettre
ces mêmes actions sur la place.
1
Mais avec quels fonds , dit Bazire , faire ces acquisitions ?
Rien de plus facile que de s'en procurer , répond Delaunay ;
l'abbé d'Espagne réclame 4 millions ; il abandonnera pour un
certain tems la jouissance , si on lui procure son paiement.
et
Julien de Toulouse disait à Bazire que tandis que De-
Jaunay présenterait des mémoires pour faire baisser les effets
publics , lui , Julien , ferait peur aux administrateurs , aux
banquiers pour favoriser l'association et ses profits , qu'on
ne demandait à Bazire que de se taire et de laisser faire
que Delaunay ferait exactement à tous leur part de bénéfice .
Nous reprochons donc aux membres de l'association de
Delaunay d'Angers , d'avoir suivi , pour perdre le crédit
national , les mêmes moyens que Brissot et ses complices
employaient pour perdre la liberté ; d'avoir interprété les lois
justes de la Convention pour favoriser les gains des coassociés
d'avoir substitué aux décrets des représentans du
99-
( 185 )
1
peuple , leurs arrêtés particuliers , en changeant le texte des
décrets.
" Bazire a su tous ces complots ; on lui a offert 100 mille
livres pour se taire il s'est tu , et en laissant commettre le
crime , il le commettait lui-même .
Amar passe au faux materiel qui a été commis par les
accusés , membres de la commission des finances , eu changeant
le texte du décret qui supprime les compagnies de finances. Il
a indiqué les manoeuvres employées par eux pour empêcher
l'exécution de l'article de ce décret , qui ordonne à ces compagnies
de finances de verser au trésor public les 8 millions
qu'elles devaient à l'état.
Ila cité le trait suivant de Chabot : 500 mille livres en
actions de la compagnie des Indes furent déposées chez un des
accusés pour favoriser l'inexécution du décret sur la restitution
des huit millions.
On parlait de donner sur cette somme 50 mille écus à
Chabot. Non pas , a-t - il dit , je suis resté pur jusqu'à
présent , je ne veux point de cette somme . Nous partagerons
le tout au même instant , afin que nous ne paraissions pas plus
fripons les uns que les autres . 99
Le rapporteur , après avoir redit tout ce que Chabot avait
déclaré pour s'efforcer de faire croire que son intention avait
été de ne suivre la marche des conspirateurs que pour mieux
les faire arréter tous au même instant , a détruit le systême de
cet accusé , et donne toutes les raisons que le comité de
sûreté générale avait de croire que Chabot était lui - même un
conspirateur..
Amar , avant de terminer son rapport , ajoute que des
renseignemens certains prouvent que Delaunay et Chabot
avaient reçu des sommes considérables pour intriguer dans
l'affaire dès 21 députés décapités , et sauver Fonfrede et Ducos.
C'est Bazire , qui a dénoncé ces manoeuvres de Chabot et de
Delaunay .
"o
Le rapporteur résume les faits , et conclut au décret d'accusation
contre Chabot , Delaunay d'Angers , Julien de Toulouse
et Fabre d'Eglantines , comme auteurs de la conspiration ,
et contre Bazire , comme complice , et à leur renvoi devant
le tribunal révolutionnaire , pour y être jugés conformément
anx lois.
pas
13
Billaud Varennes s'étonne de ce que le rapporteur n'a
assez fixe l'attention sur le principal objet de la conspiration;
elle ne voulait pas seulement convrir de turpitude quelques ,
individus ; mais bien verser la diffamation sur la Convention
nationale toute entiere. Le parti de l'étranger sait bien que ,
pour renverser la liberté , il faut d'abord dissoudre la représentation
nationale ; pour arriver à ce but , il voulait la diffamer
et la présenter comme un ramas d'hommes infâmes et
de scélérats . Voilà le but de Fintrigue dont Chabot était
I
( 186 )
l'ame . Je demande , dit Billaud - Varennes , que le déeret porte
que la Convention accuse Chabot et ses complices d'avoir
voulu la diffamer
Robespierre appuie avee force la demande de Billaud - Varennes
, et voit avec raison que ce complot de l'etranger ne
se bornait pas à perdre quelques individus , mais la Repu
blique entiere , en ôtant au peuple la confiance donat il investit
ses représentans. Il établit un contraste sublime, entre
le parlement Anglais , dont les membres se gloribent d'être
corrompus , et le sénat Français qui scrute ses membres , et
qui envoie à l'échafaud ceux qu'il trouve coupables . C'est
ainsi que la corruption de quelques individus fait ressortir la
vertu publique de cette auguste Assemblée. Le decret présenté
par Amar est adopté avec les amendemens de Robespierre
et de Billaud Varennes .
Séance de septidi , 27 Ventôse .
Les sections de Paris viennent successivement témoigner
à la Convention l'indignation qu'elles ont éprouvée , en apprenant
qu'une faction scélérate voulait dissoudre la représentation
nationale et ravir au peuple sa liberté . Elles demandent
le prompt jugement des conspirateurs , et jurent de
verser jusqu'à la derniere goutte de leur sang pour defendre
la Convention nationale.
Barrere annonce que , depuis l'arrestation des conjurés ,
tous les rapports confirment que la tranquillité renaît dans la
République , et que les arrivages se font avec succès . Il annonce
aussi la prise de dix vaisseaux ennemis , chargés de
beurre , de lard , de cuir et de iiz . Barrere fait ensuite
rapport qui se termine par l'adoption des deux décrets
suivans :
#
un
Premier décret. Les commissions de salpétriers , données
par le conseil exécutif , sont supprimées . Ceux qui en étaient
pourvus continueront néanmoins de se livrer à l'exploitation
du salpêtre , et recevront incessamment de nouveaux pouvoirs
qui seront envoyés par la commission des armes et poudres.
Cette commission est seule chargée à l'avenir de delivrer les
pouvoirs de salpétrier aux citoyens qui seraient dans le cas
d'exercer cette profession. ". 1
·
Second décret. Les citoyens Fleuriot Lescaut , Dejean et
le Gamus sont nommés pour remplir les fonctions de la commission
des travaux publics . Le palais ci - devant Bourbon
appelle maison de la Révolution , est consacrée à la commissiun
des travaux publics . "
Saint-Just , organe du comité de salut public , rend compte
des motifs qui ont déterminé l'arrestation des représentans
du peuple , Hérault - Séchelles et Simond. Ils sont prévenus
de complicité avec les ennemis de la République. Un emigré
, poursuivi depuis quelques jours par le comité révolu
( 187 °)
tionnaire de la section Lepelletier , fut arrêté dans la chambre
de Hérault - Sécheiles , et transféré dans une maison d'arrêt.
Le lendemain Hérault - Séchelles et Simond , qui voulaient
sans doute donner au prévenu le mot d'ordre dans l'instruction
de son procès , ont abusé de leur qualité de député ,
violé les consignes et forcé la garde pour arriver jusqu'à lui .
Ces deux hommes , ajoute Saint-Just , nous étaient déja suspects
par leur conduite antérieure : l'un , pour avoir soutenu
Proly et abusé des pieces diplomatiques du comité de salut
public ; l'autre , pour n'avoir pas été du parti des patriotes
du Mont-Blanc , et pour être lié avec les agens de la nouvelle
conspiration . Saint-Just prévient l'Assemblée que le len- '
demain le comité présentera l'acte d'accusation contre ces
deux membres. La Convention approuve l'arrestation de ces
deux membres .
PARIS. Décadi , 9 gentôse.
Les esprits ne sont occupés ici que de la découverte et
des détails de la nouvelle conspiration tramée contre la chose
publique . Ceux qui connaissent le jeu de l'intrigue et des
passions dans les grandes crises révolutionnaires , la perver
sité produite par tant de siecles de corruption politique et
morale , l'ambition d'hommes nouveaux , et la profonde scélératesse
des cours , ont été moins étonnés que tant de per
sonnes aient su en imposer par un masque de patriotisme .
Mais des gens moins observateurs et ius confians , des patriotes
de bonne foi qui ne jugent des hommes que par la
droiture de leur propre coeur , ceux qui se passionnent trop
aisément pour des individus , quand il ne faut se passionner
que pour la liberté et pour la patrie , ont dû être frappés
du changement subit qui s'est opéré parmi certains acteurs
du grand théâtre des événemens .
Cependant au milieu de cet étonnement de l'opinion surprise
encore plus que séduite , jamais la Convention n'a joui
de plus de confiance , et n'a reçu de la part des citoyens des
témoignages plus unanimes et mieux prononcés de leur dévouement
à la cause de la liberté. Sections , sociétés populaires
, députations de l'intérieur et de l'extérieur , tous sont
venus protester de leur fidelité républicaine , et applaudir aux
mesures prises contre les prévenus. Ceux même à qui il en
a coûté le plus de croire à la perfidie , et ce sentiment honore
leur conscience , attendent le résultat de l'instruction
pour applaudir au châtiment de ceux qui seront jugés coupables.
Eh ! quel autre desir peuvent former de vrais Répablicains
, que de voir la justice affermir et consolider la liberté .
L'intérêt et le salut de la République , voila quel a été et quel
( 188 )
1
sera toujours la religion et le cri de ralliement de tous les
patriotes. En mettant la probité et la vertu à l'ordre du jour ,
la Convention a fixé la révolution d'une maniere terrible ponr
les intrigans , les ambitieux et les hypocrites , mais rassurante
pour les amis sinceres et modestes de la liberté . Il en résul
tera que le peuple deviendra plus circonspect dans ses opi
nions sur les personnes , qu'il y aura moins de superstition
individuelle et plus de véritable esprit public , et qu'il apprendra
à discerner les nouveaux venus en révolution , que
l'intérêt , l'esprit d'intrigue et la cupidité des places avaient
convertis si subitement , des patriotes de 89 , qui dès le principe
se sont mis sous la brêche et ont combattu constamment
contre l'aristocratie des prêtres et des nobles , la corruption
de la cour et tout esprit de parti.

Comme les détails de la conspiration n'ont pas encore reçu
dans les séances tout leur développement , nous croyons devoir
rapporter ici le discours de Billaud - Varennes à la séance des
Jacobins du 24 de ce mois .
Discours de Billaud- Varennes aux Jacobins sur la nouvelle conspiration.
Billaud- Varennes. Le rapport qui a été présenté hier à la
Convention par St.Just , et lu hier à cette société , a déja jetté un
grand jour sur la conspiration tramée contre la liberté , sur
cette conspiration d'autant plus funeste , qu'elle avait été tissue
par des hommes qui avaient pris le masque du patriotisme ;
elle était aussi profondément combinée qu'atrocement conduite ;
elle portait le crime au- delà de ce qu'avaient imagine jusqu'ici
les conspirateurs ; elle lait à égorger la Convention et les
Jacobins , elle avait pour jet d'affamer le peuple et de le harceler
pour le conduire à l'esclavage .
Déja par les resultats de l'instruction , par les preuves
acquises au tribuual révolutionnaire , la plupart des conjurés
sont connus , et eu ce moment ils sont en état d'arrestation .
Ces conspirateurs sont d'autant plus coupables , qu'ils sont
sortis du sein du peuple , et qu'ils ne se sont servis de la confiance
qui leur avoit été donnée que ponr l'égorger . Ces conspirateurs
sont Hébert , Momoro , Vincent , etc. Il est des traits
qui caractérisent ces hommes , et qui vont apprendre au peuple
qu'en révolution il ne faut jamais idolâtrer personne . Ces
hommes atroces , car ils ne peuvent être qualifiés autrement ,
puisqu'au moment qu'ils étaient comblés de la faveur populaire
, ils méditaient de faire égorger le peuple : ces hommes
atroces , dis je, allaient chercher leurs complices au fond des prisons.
Ils devaient distribuer des armes aux scélérats qui ont déja
combattu contre le peuple ; ils devaient les faire venir aux
Jacobins pour les inonder de leur sang et de celui du
peuple.
Deja il existe au tribunal révolutionnaire des preuves
( 189 )
matérielles de ce que je vous annonce ; c'est d'après ces preuves
que les conspirateurs ont été incarcérés. On a mis en arrestàtion
les hommes qui , en parlant de liberté , avaient le royalisme
dans le coeur ; celui qui devait être nommé par eux régent de
la République Française vient aussi d'être arrêté . Telle
était la marche de la conspiration déja les mesures étaient
prises pour égorger une partie des prisonniers ; l'on avait mis
part ceux à qui la liberté devait être rendue pour verser le
sang du peuple. La pénurie momentanée des subsistances est
le résultat des efforts des conjurés ; les deurées ont été enfouies
ou perdues pour en priver le peuple , et l'exciter au
désespoir. Des hommes de l'armée révolutionnaire étaient déja
consignés pour combattre contre la liberté ; une fausse patrouille
devait massacrer le corps de garde placé à la prison de l'Ab
baye ; donner eusnite la liberte aux prisonniers , qui se seraient
répandus dans Paris pour égorger les patriotes . L'on
devait se porter à la monnaie et au trésor public , là s'emparer
des deniers de la République et les distribuer aux malveillans
qui devaient servir la cause des conjurés
La fin de cette décade devait être l'époque de l'anéantissement
de la liberté , mais la liberté sera triomphante à la
fin de cette décade , et la mort des conjurés attestera bientôt
son triomphe...
Cette conjuration avait des ramifications étendues : nous
avons appris par la correspondance d'aujourd'hui , qu'un
contre - révolutionnaire de l'Assemblé constituante , avait dit en
pays étranger , que dans cinq à six jours on verrait éclater en
France une conspiration qui étoufferait la liberté . Elle a des
ramifications jusque dans nos armées ; tout a été tenté pour
engager les soldats à deserter les drapeaux de la République,
Mais le Français des armées a soutenu l'honneur du nom Frauçais
, il s'est levé et a demandé le supplice des scélérats qui
voulaient perdre la liberté .
Tels étaient les projets sinistres des hommes qui ont trop
long -tems abusé le peuple ; ils seront punis de leur scélératesse
tel qui est patriote aujourd'hui , et qui demain sera devenu
un contre- révolutionnaire , doit tomber sous la hache de la
loi.
Il est beaucoup de traits aussi atroces que ceux que je
viens de vous peindre ; mais la prudence me dit qu'il n'est
pas encore tems de les dévoiler : j'en ai dit assez pour faire
connaître au peuple l'atrocité de ces hommes qui ont voulu
étouffer la liberté , et pour faire desirer qu'il disparaissent
de l'univers .
" On avait parlé d'insurrection dans une société populaire .
Sans doute l'insurrection est le plus saint des devoirs,lorsqu'elle
est légitimée par l'oppression ; mais le but des conspirateurs
était de la faire naître contre la Convention nationale.
On avait demandé le tappel des représentans du peuple
( 190 )
1
7
anprès des armées , l'épuration de la Convention , l'organisation
du conseil exécutif , d'après la constitution . Le but de
ceux qui faisaient ces propositions , étaient de dissoudre la
Convention nationale et de lui substituer une autre puis-
.sance.
Des hommes qui devaient être contens d'avoir atteint à
la hauteur où ils étaient parvenus , et on jamais ils n'auraient
dû espérer d'arriver , des ambitieux qui aspiraient au ministere ;
ces hommes qui , n'étant ci - devant que des ouvreurs de loges ,
étaient montés aux premieres loges ; ces hommes sont les
conspirateurs d'aujourd'hui .
" Il n'est pas nécessaire de vous dire combien leur conduite
doit exciter d'indignation ; jurons tous de n'épargner aucun
conspirateur quelque part qu'il se présente . ( Nous le jurons !
s'écrient les membres et les citoyens des tribunes , levés tous
spontanément et agitant leurs chapeaux .
" Aujourd'hui l'on fait justice des conjurés , après demain
nous ferons un rapport sur l'affaire de Chabot ; vous verrez
alors qu'on a découvert toute l'infamie des conspirateurs.
Vous n'en serez que plus fermes dans votre opinion , et si
vous levez le poignard , ce, sera pour exterminer tous les
traîtres.
" Le discours de Billaud est souvent interompu par
applaudissemens et des marques d'indignation."
des
" J'ai oublié de vous dire , reprend l'orateur , que Ronsiu
est un des conjurés ; c'était un des principaux acteurs de la
conspiration ; il est allé dans une prison pour combiner les
moyens de faire évader les prisonniers . Il a été proposé à
l'un d'eux de se rendre à Francfort pour avertir nos ennemis
du plan de conspiration et du moment de son exécution .
Vous devez frémir de l'état affreux où l'on nous a mis ; mais
l'énergie que l'on a déployée , rassure les amis de la pa
trie.
:
Indépendamment d'Hébert , Ronsin , Vincent , Momoro ,
du général Laumur , d'Hérault-Séchelles et Simond , beaucoup
d'autres individus ont été arrêtés , entr'autres la femine d'Her
bert et celle de Momoro , et plusieurs membres de la société
des Cordeliers . L'instruction se fait au tribunal révolutionnaire
avec la plus grande activité ; une foule de témoins ont
déja été entendus .
On assure que Chabot a voulu s'empoisonner dans sa prison
. Mais les secours qu'on lui a promptement administrés
ont mis ses jours hors de danger.
Vallet - Villeneuve , trésorier de la commune , a été blessé
mortellement d'un coup de pistolet qu'il s'est tiré dans sa
maison. On dit que sa caisse s'est trouvée en bon ordre. Il
a peu survécu à ses blessures . Le citoyen Hermand, a été
1.
( 1914)
nommé par le conseil général pour remplir provisoirement
les fonctions de trésorier..
En suite d'un arrêté du comité de salut public , le théâtre
Français , fermé depuis plusieurs mois , va être r'ouvert incessamment.
Il sera uniquement consacré aux représentations
données de par et pour le Peuple , à certaines époques de chaque
mois. Les sociétés d'artistes dans les divers théâtres de Paris ,
seront mises tour-i-tour en requisition pour les représentations
qui devront être données trois fois par decade . Le répertoire
des pieces à jouer sur le théâtre du Peuple , sera
soumis à l'approbation du comité .
On a commencé de mettre en culture le jardin des Tuileries
, celui du Luxembourg , et plusieurs terreins nationaux .
Si nous sommes préservés des gelées tardives , jamais récolte
n'a promis une aussi grande abondance .

3
Dans le nombre des personnes condamnées à la peine de
mort par le tribunal criminel révolutionnaire , se trouvent
Regnault dit Bellescize , ex - noble , ci - devant officier dans le
régiment de la Rochefoucault dragons ; Quétineau , général divisionnaire
dans la Vendée ; Sophie - Adélaïde Leclerc Glatigny,
ex religieuse du couvent de la Visitation de St. Denis , et le
fameux Duruey , ancien banquier de la cour plusieurs préve
aus ont été acquittés .. 1
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE. De Bastia , le 20 pluviase,,
A la nouvelle du blocus du golfe de St. Florent , par 20
vaisseaux de ligne ou fregates anglaises , je m'y suis rendu
pour visiter toutes les parties de la defense. A la voix de la
patrie menacée , les matelots et les soldats ont redoublé d'efforts
, et l'on est maintenant très - én état de recevoir l'ennemi.
Le de la colline de la Convention , poste le plus impor
camp
tant , est très -bien défendu . J'y ai bivouaqué pendant une nuit
entiere ; à la tête des troupes , dans l'attente qu'il devait être
attaqué ; mais ce fut envain . Les Anglais avaieut seulement
débarqué un canon de petit calibre , avec lequel ils ont tire
sur la tour de la Mortella , qui n'a pas seulement daigné leur
répondre. Cette tour est bien defendue , bien approvisionnée
en vivres , charbons , munitions de guerre . A mon départ
j'ai vu deux vaisseaux à trois ponts se préparant à la canonner
; je ne crois pas que le résultat soit à l'avantage des Anglais
; car le soldat Français est plein d'ardeur.
" On m'a dit que le nombre des débarqués était de 3000
Anglais ou Napolitains . Etonnés de ne leur avoir vu faire aus
cun mouvement pendant la nuit , j'ai présumé que l'attaque
de la Mortella n'etait qu'une fausee attaque , qu'il serait pos
sible que les troupes débarquées eussent marché sur Murato ,
( 192 )
pu comà
travers des montagnes escarpées , d'où elles auraient
biner des opérations pour tourner St. Florent et l'attaquer du
côté de la mer , ou pour couper la communication de Bastia à
St. Florent. Après avoir assuré la défense de cette deiniere , et
donné de justes éloges à l'ardeur des troupes Françaises , j'ai
augmenté le camp de St. Bernardino , où j'ai fait construire la
redoute de la Montague ; j'ai renforcé le poste du Litimé , qui
assure la communication de St. Florent à Bastia , et je me suis
rendu à Bastia , pour y prendre les derniers moyens de défense,
et faire arrêter les personnes suspectes .
" A mon retour à Bastia , j'ai trouvé une garde de 200
hommes qui allaient au camp en chantant la Carmagnol . Les
compagnies d'officiers et de sous officiers que j'ai formées rivalisent
d'exactitude avec les compagnies de grenadiers dont
elles font le service . li est touchant de voir le soldat et le
matelot , n'ayant ni souliers , ni culottes , supporter toutes
ces privations avec plaisir . Cette nuit je voyais un matelot
de la Fortunée , n'ayant qu'une culotte de toile toute déchirée .
Je lui dis Comment fais- tu pour le parer dufroid avec une si mauvaise
culotte? je gêle , mais cela ne fait rien , vive la Republique.
Cette réponse arrache des larmes .
Le soixante- unieme régiment , ci-devant Vermandois ,
montre un courage et un patriotisme au - dessus de tout
éloge .
99
Aujourd'hui , en venant de Saint - Florent , j'ai trouvé
des soldats de ce corps sortant moribonds de l'hôpital de
Bastia , en pleurant de crainte de ne pas se trouver à la
bataille .
" Avant - hier une frégate anglaise et un cutter ont attaqué ,
à une lieue de Bastia , une polacre qui nous apportait des vivres de
France. Elle a été canonnée pendant toute la nuit ; des matelots
voulaient la rendre , un particulier les a menacés d'un coup de
fusil pour les en cmpêcher : je compte lui donner une gratitification
. J'envoyai un détachement de troupes pour protéger
la polacre échouée ; ils ont sauvé la cargaison , et les ennemis
ont eu cinq à six hommes tués par les coups de fusil : Nous
n'avons pas perdu un seul homme.
" Le 20 , à huit heures du soir . J'apprends , à l'instant , que
deux gros vaisseaux ont attaqué la Mortella , et ont été obligés
de se faire remorquer par dix chaloupes , pour éteindre le fen
des boulets rouges . Je vous ferai part de la suite de cette
opération . J'ignore quel est le sort que les destinées me préparent
, mais j'espere battre les Anglais . Le 21. J'envoie , par
le même courier , au comité de salut public , de nouveaux
détails importans sur un avantage remporté par nous .
Signé , LACOMBE St. MICHEL.
Dans une lettre du 4 pluviôse , parvenue à la Convention ,
après celle qu'on vient de lire , Lacombe Saint-Michel donne
des détails d'une premiere tentative faite par des Anglais ; nous
la rapporterons dans le prochain numéro. )
d
Jer . 135 .
( No. 13. 1794. )
MERCURE FRANÇAIS
DU NONIDI , 9 VENTOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 29 mars 1794 , vieux style . }
POÉSIE .
IMITATION de l'Elégie II . du Ier , liv . de Tibulle .
Quis fuit horrendos primus qui protulit enses ?
Tox qui forgeas l'épée et la lance guerriere ,
Ah ! ton barbare coeur fut de marbre ou d'airain .
Par toi , l'art des combats , science meurtriere ,
Du trepas aux mortels abregea le chemin.
Que ton fatal génie a fait verser de larmes !
Mais non ; cruels humains , n'en accusez que vous ;
Contre le tigre et l'ours il nous donne ces armes ,
Et nos coupables mains les tournent contre nous.
C'est le crime de l'or , métal riche et stérile,
Et l'homme plus heureux ignorait les combats .
Quand sa table s'ornait d'une coupe d'argile ,
De murs et de remparts on ne s'entourait pas .
Au milieu des brebis paissant dans la prairie
Le tranquille berger goûtait un doux sommeil.
O si les Dieux alors m'avaient donné la vie
La trompette jamais n'eût hâté mon réveil ;
Le sang à més côtés n'eût point rougi la terre.
Des cruels malgré moi m'entraînent à la guerre.
Deja quelqu'ennemi trop avide de sang!
Brandit le javelot qui doit percer mon flanc.
+
Mes Pénates chéris , veillez à ma défense ,
Vous dont l'oeil protecteur garantit mes foyers ;
Vous qui , dans les beauxjours de ma premiere enfance ,
Me regardiez courir et jouer à vos pieds.
Ah ! ne rougissez point de votre forme antique.
La naïve candeur , la bonne foi rustique
Regnait chez-nos . ayeux , lorsque sous d'humbles toits
Ils adoraient des Dieux faits du plus simple bois.
Tome VIII.
s du P
( 194 )
On ne leur offrait point de pompeux sacrifices ;
Du miel des fruits , des fleurs nous les rendaient propices ;
On leur portait les voeux d'un coeur reconnaissant ;
Ils estimaient l'hommage , et non pas le présent.
O mes Dieux paternels , acceptez mes offraudes !
Loin de nous de la guerre écartez tous les traits ;
Un jeune agneau paré de myrte et de guirlandes
Couvrira votre autel , et payera vos bienfaits .
Qu'un autre aux ennemis arrache la victoire !
J'aime mieux qu'à ma table , après ces jours d'effroi ,
Le guerrier désarmé , s'enivrant avec moi ,
De ses exploits fameux me raconte l'histoire .
Eh pourquoi de nos ans vouloir hâter le cours ?
La mort à pas furtifs s'avance tous les jours .
Il n'est plus de printems , plus d'été chez les ombres ;
Mais une nuit profonde , une nuit saus amour ,
Et l'éternelle horreur de ces demeures sombres ,
Et Cerbere et le Styx qu'on passe sans retour.
Des mânes désolés , troupe obscure et plaintive ,
Voltigent dispersés sur la fatale rive ,
Plus sage et plus heureux le mortel ignoré
Qui vieillit sous son toit , de ses fils entouré !
L'abondance y sourit , et le bonheur y brille ;
Il aime , il est aimé d'une tendre famille ;
Puissé-je ainsi vieillir , et dans l'hiver des aris
Conter des tems passés l'histoire à mes enfans !
Que la paix cependant, fertilise nos plaines !
La paix conduit le soc quincŕeust nos sillons ;
Elle échauffe et colore , au feu de ses rayons ,
Le nectar que Bacchus nous verse à tasses pleines .
Dans sa cave laissant son vin et sa raison ,
Sur un rustique char , à la marche bruyante ,
Le vigneron le soir ramene à la maison
Sa famille , de joie et de santé brillante .
La rouille a dévoré les casques et les traits, i
Les amours seuls entre eux font la guerre ou la paix.
Vénus a ses combats , ses rêves , ses ruptures ,
Ses aimables fureurs et ses douces blessures.
Viens donc , divine paix ; fais briller dans tes mains
Parmi l'or des épis la pourpre dés raisins .
ANDRIELX ,
( 195 )
CHARADE.
CRAIGNEZ de mon premier la douceur hypocrité ;
Fuyez de mon second l'affluence subite ;
Voyez si dans mon tout , des méchans retranchés
N'ourdissent point encor quelques complots cachés .
ENIGME LOGO GRIPHIQUE.
Je ne crains point , mon cher lecteur ,
Que jamais aucun amateur
Pour son plaisir me mette en cage .
Oh ! si j'avais quelques appas ,
Si j'avais un joli plumage ,
Si j'avais un joli ramages:
Enfin , tout ce que je n'ai pas ;
Je pourrais craindre l'esclavage :
Mais je n'ai rien de tout cela ,
Et si je suis un oisean rare
4
Je ne dois point ce bonheur là
Aux dons de la nature avaré.
Or , j'ai cela de curieux ,
Que si de ma queue on me prive ,
Je cours , je vole sur la rive ;
Ce que je perds s'offre à mes yeux ,
Aux sanglots je lâche la bonde ,
Mon désespoir est furieux ,
Je me précipite dans l'onde..
Explication des Charade et Enigme du nº . 12 .
Le mot de la Charade est Fichw; celui de l'Enigme est Perche.
N 2
( 196 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Annuaire du Républicain , ou Légende Physico - économique ; avec
l'explication de trois cent soixante - douze noms , imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peut
donner aux jeune Citoyens , et rappeller aux hommes faits les
connaissances les plus nécessaires à la vie commune et les plus
applicables à l'économie domestique et rurale , aux arts et au
bonheur de l'humanité . On y a joint le rapport et l'instruction
du comité d'instruction publique , dans laquelle se trouve la nouvelle
division décimale des jours et des heures. Par Eleutherophile
Millin , Professeur de Zoologie à la Société d'Histoire naturelle
et qu Lycée des Arts . 1 vol. in-12 de 410 pages en pelils caracteres
, avec un frontispice gravé et des tables . A Paris , chez
Marie François Drouhin , rue Christine , n °. 2. L'an Ile. de la
République Française.
LESES grands changemens arrivés dans l'économie physique
et politique des empires ont presque toujours été consacrés ,
soit par la réformation du calendries , soit par la création
d'époques ou ères solemnelles qui établissaient un nouvel ordre
dans le cours et le partage des tems , et dans l'organisation
du systême solaire . C'est ce que le citoyen Ximenes a rappellé
avec une élégante précision dans ces vers : --
Nabonassar apprit aux peuples de l'Aurore
" L'art de compter les jours qu'ils ignoraient encore ;
» Romulus prit des Toscans
" Les calendes et leurs ides.
» Le Rabin consúlta l'ère des Seleucides ;
» Gésar voulut aussi régler l'ordre des tems .
» La Grece eut des olympiades ,
" L'Hégire subjugua les Turcs et les Persans ,
» Et la France aurà ses décades.
it des conquêtes , si l'ambition qui
Mais si l'audace qui fait des
asservit les peuples , si la cupidité et l'avarice qui ravagent
la terre , si le fanatisme qui établit le culte des furies , ont eu
leurs ères fameuses , n'associons pas à ces époques désastreuses
le triomphe de la liberté , de l'égalité , de la fraternité et de
toutes les vertus d'une nation généreuse sur les vices et l'oppression
des tyrans et des despotes .
La nation Française opprimée , avilie pendant un grand
nombre de siecles , par le despotisme le plus insolent , s'est
( 197 )
enfin élevée au sentiment de ses droits et de la puissance à
laquelle ses destinées l'appellent. Chaque jour elle s'épure de
tout ce qui la souille ou l'entrave dans sa marche , qui est
aussi majestueuse que rapide . Elle veut que sa régénération
soit complette , afin que ses années de liberté et de gloire
marquent encore plus par leur durée dans l'histoire des peuples
, que ses années d'esclavage et d'humiliation dans l'histoire
des rois . "
La réforme du calendrier , dit le citoyen Millin , est donc
une des opérations les plus philosophiques de toutes celles
qui ont signalé la sagesse et l'énergie de la Convention nationale
. On ne pouvait pas ajouter à une pensée plus grande
que celle de réformer l'ère et de diviser les mois en décades ,
une idée plus ingénieuse que celle de substituer des noms
qui nous instruisent de tout ce qui sert à la vie commune et
aux besoins de l'humanité , à ceux des tyrans , des moines ,
des brigands et des imbéciles canonisés par Rome , et sur la
vie desquels des légendaires imposteurs ont écrit les contes
les plus absurdes et les plus dangereux .
Les peres de famille , ceux qui tiennent des écoles publiques
ou privées ont eu jusqu'ici pour habitude de faire apprendre
chaque jour aux enfans des fragmens de la mythologie hébraïque
ou catholique , et de leur lire la vie des imposteurs
et des fanatiques que les hagiographes avaient presque deifiés .
Ils remplissaient ainsi leur mémoire de récits ridicules qui
n'avaient pas , comme les fables ingénieuses de la mythologie
des Grecs , le mérite de l'enrichir d'images vives et riantes .
Ces ouvrages mystiques leur laissaient une impression que la
raison la plus exercée ne pouvait quelquefois effacer . Ils les
habituaient ainsi à vivre sous le joug des préjugés , pour qu'ils
ne pussent échapper à l'empire des prêtres.
Le citoyen Millin a pense qu'un ouvrage élémentaire , qui
présenterait sur les productions et sur les instrumens dont
chaque jour de l'Annuaire porte le nom , uue explication
claire , exacte et précise , serait une substitution heureuse
aux traités mystiques et aux légendes ; qu'il offrirait un moyen
facile d'instruction aux jeunes citoyens , et rappellerait à
Fhomme forme , des faits qu'il peut avoir oubliés .
Il suffira de faire lire chaque jour aux enfans l'article qui
lui correspond , pour qu'ils aient acquis facilement à la n
de l'année les notions les plus importantes de physique , d'histoire
naturelle et d'économie rurale . On pourra dans les écoles
faire cette lecture en commun , et le lecteur y ajoutera luimême
ce qu'il jugera nécessaire , selon les tems et les localités
.
Une simple définition eût été trop seche , une description.
détaillée aurait trop grossi le volume ; le citoyen Millin a
tâché de ne donner sur chaque objet que ce qu'il y a de plus
utile et de plus curieux à savoir ; de maniere cependant que
N 3
( 198 )
les divers articles formassent ensemble un petit corps d'instruction
aussi complet que l'espace et le sujet l'ont pu permettre
. Après avoir vu tous les articles dans leur série chronologique
, l'instituteur pourra les faire reprendre à l'éleve dans
un ordre naturel . La table alphabétique des jours servira à
trouver les articles dont on aura besoin , et celui qui voudra
faire cette opération les rangera dans l'ordre le plus convenable .
Cet exposé indique assez le plan de l'Annuaire du Républi- ,
cain ; mais nous ferons mieux connaître son utilité pour l'ins
truction des jeunes Républicains , en citant la notice qui forme
la leçon du 9 nivòse .
SALPETRE . Ce sel neutre est le nitie commun , appellé
par les chimistes nitrate de potasse ; il est le produit de la combinaison
saturée de l'acide nitrique avec la potasse . Sa saveur
est fraiche ; il crystallise en prismes ; ses faces sont terminées
par des pyramides diedres ou en biseau , et souvent creusées par
un canal dans toute leur longueur .
il se
Le nitre existe en grande quantité dans la nature ;
forme journellement dans les lieux habités par les animaux ,
dans les étables , dans les latrines. Comme la présence de la
craie et d'un sel acide quelconque facilitent sa formation ,
on le trouve abondamment sur les murs de plâtre abrités de
la pluie ; on l'appelle alors salpêtre ou nitre de houssage , et les
vieux plâtres en contiennent une grande quantité . Il se produit
aussi abondamment dans les matieres animales putréfiées .
C'est ainsi que l'on forme des nitrieres artificielles ; quand la
putréfaction est assez avancée , on lessive cette matiere pour
en extraire le nitre. C'est done ou par le houssage , ou par
les nitrieres artificielles , ou en lessivant les vieux plâtras
qu'on obtient le nitre. Le salpétrier le fait dissoudre et crystalliser
trois fois pour le purifier . Les chimistes et les phar
maciens font encore subir à ce nitre , après la troisieme cuite ,
de nouvelles dissolutions et des crystallisations . Ils sont alors
certains de l'avoir bien par.
Le nitre purifié par trois cuites , est celui qu'on emploie
dans les arts . Mis sur le feu , il fuse ; mais si on Y mêle une
substance combustible , il produit une flamme vive , accomparnée
d'une espece de décripitation ; il détonne. Telle est la
théorie de la fabrication de la poudre à canon à laquelle on
ajoute du souffre pour allumer plus promptement ce mélange .
Cent livres de poudre à canon d'Essonne près Corbeil , contiennent
soixante quinze livres de nitre , neuf livres et demie
de souffre , et quinze livres et demie de charbon . On triture
pendant dix à douze heures ce mélange dans des mortiers de
bois avec des pilons de la même matiere ; on y ajoute peu à
peu une petite quantité d'ean ; lorsque le mouvement a évaporé
presque tout ce fluide , et que la poudre inise sur une assiette
de fayence n'y laisse aucune trace d'humidité , on la porte au
graindir. Grainer la poudre , c'est la faire passer dans des cribles
dont les trous sont de différentes graudeurs , jusqu'à celle de
( 199 )
la poudre à canon ; ces cribles sont mus horisontalement et
en ligne droite ; on la tamise pour ôter la poussiere , et en
l'expose dans le séchoir aux rayons du soleil du midi qu'elle
reçoit à travers un vitrage . La poudre de chasse se lisse pour
qu'elle ne salisse pas les mains . Cette opération a lieu en la
faisant tourner dans un tonneau où elle acquiert le poli par le
frottement. La poudre lisse a moins de force que la poudre
à canon . En général , pour que la poudre soit bien faite , il
faut que le charbon soit d'an bois léger , celui des matieres
animales n'est pas propre à cet usage ; il faut aussi que la
trituration soit bien faite , et le mélange bien exact. La détonation
est due à la combustion du gaz hydrogene et de l'air
vital ; voilà pourquoi elle a lieu dans les vaisseaux fermés ,
et elle emporte tous les obstacles qu'on lui oppose.
On retire encore du nitre une autre substance interessante ,
mais sous une autre forme ; en le mêlant avec de la terre
argilleuse , et en distillant ce melange dans des cornues appellées
cuines , sur un fourneau allongé nominé galere , on
obtient l'acide nitreux ou eau forte , dont l'usage est si répandu
pour différentes dissolutions métalliques , pour graver sur le
cuivre et sur le marbre ; pour les travaux des doreurs , des
chapeliers , des peintres , etc .; pour brûler les excroissances
charnues. Uni avec l'acide mutiatique on en fait l'acide
nitro-muriatique , le grand dissolvant de l'or , et si utile dans
les essais . On fait avec l'alcool et l'esprit de nitie un éther
appellé ether nitreux .
>
Le nitre brûlé avec différentes doses de tartre forme des
matieres fondantes , nommées flux , qu'on emploie pour réduire.
et fondre les différentes substances métalliques .
Le nitre est un médicament rafraîchissant , diurétique , antiseptique.
Lorsque le sel était cher , on le substituait souvent,
à son usage.
ANNONCES.
Les Nuits d'Young en vers français , avec le texte de Letourneur
, et Télémaque aussi en vers français , avec le texte de
Fénélon , notes et citations , poëme de chacun 24 chants ;
in - 12 , papier vélin , presse de P. Didot l'aîné .
Les Nuits d'Young en 4 volumes , paraissent à raison de
6 liv. par volume ; ainsi que les cinq premiers volumes de
Télémaque , dont le sixieme et dernier paraîtra dans le courant
de germinal prochain . Le prix de chaque volume est de 8 liv .
On trouve ces deux ouvrages à Paris , chez J. E. Hardouin ,
auteur et éditeur , rue St. Antoine , nº . 64 , vis - à vis celle de
Fourcy, où l'on souscrira jusqu'à la fin de ce mois ; lequel tems
passé , les Nuits seront du prix de 30 l. , et le Télémaque sera du
prix de 60 liv . On les trouve aussi chez Bailly , barriere des
Sergens ; l'Esclapart , rue du Roule ; et Girod et Tessier , rue
de la Harpe , près celle des Deux - Portes .
N 4
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE ,
ALLEMAGNE.
De Francfort- sur- le- Mein , le 18 mars.
V
OICI le tableau que les lettres de Vienne nous présentent
de cette capitale , où les conseils d'état et de guerre se multiplient
en raison de la proximité de l'ouverture de la campagne
, et qui envoie au moins autant de couriers aux puissances
étrangeres qu'elle en reçoit chaque jour.
Le cabinet impérial se trouve surchargé d'affaires , Il est aussi
occupé du sein de se procurer de l'argent que de celui de ras.
sembler des troupes nombreuses et bien aguerries ; car il faut
l'un et l'autre , pour combattre avec succès les Républicains ,
dont l'adresse , l'activité et le courage harcellent continuellement
les armées autrichiennes .
Les besoins de ces armées sont si loin d'être remplis par
les recrues qui se font dans tous les états héréditaires que le
gouvernement a pris le parti extrême de faire enfever tous les
jeunes gens dans les cafes et les auberges de cette capitale . La
presse est aussi exercée contre tous ceux qui n'ont pu justifier
de leurs moyens d'existence . On imagine bien que des gens
entraînés ainsi à- contre-coeur au service militaire ne font pas
de bons soldats ; mais il en faut à quelque prix que ce soit , et
quels qu'ils soient , Il en faudra même bien davantage encore ,
si , comme les alliés s'en plaignent et en gémissent , le roi de
Prusse se retire en effet de la coalition ,
Les habitans de la principauté de Lawerstein - Vertheim ,
dans la seigneurie de Rosenberg , ont décidément refusé de
s'armer.
opie de la lettre écrite par le roi de Prusse , à l'électeur de
Mayence , le 31 janvier.
L'urgence extraordinaire des circonstances actuelles me
porte à écrire cette lettre à votre altesse , dans la pleine assu
rance où je suis qu'elle connaît parfaitement la situation de
l'Allemagne notre patrie.
» La crise dangereuse où ce pays se trouve jetté par une
( 201 )
guerre sans exemple , avec un enuemi formidable , qui menace
déja les six cercles antérieurs de se déborder sur leur territoire
pour mettre tout à feu et à sang ; une pareille crise est trop
connue de V. A. , elle est trop manifeste , pour qu'elle ne juge
pas de la nécessité la plus indispensable de concourir avec moi
et tout co - état anime d'un zele patriotique , aux mesures les
plus propres à éloigner le danger .
" Parmi toutes les mesures que l'Empire peut employer
pour atteindre ce but , il n'en est aucune qui me paraisse plus
insuffisante et plus efficace , contre un enuemi dont le nombre
ne diminue jamais , qui oppose au combat un fanatisme furieux ,
les ressources de la tactique et une artillerie nombreuse ; rien
n'est plus insuffisant , dis -je , que la levée en masse et l'armement
du peuple déja proposés à différentes fois . Cette mesure ,
déja si dangereuse et singulierement délicate par elle - même ,
est encore en cela seul d'autant moins admissible , qu'elle ne
peut s'accorder en aucune maniere avec la défense de l'Empire
par mes troupes , et qu'elle aurait et devrait avoir immanquablement
pour suite leur retraite .
› Comme il m'est impossible dès ce moment de continuer,
de mes propres moyens , une guerre aussi éloignée des frontieres
de mes états et qui entraîne des frais si considérables , je
me suis déja ouvert franchement , il y a quelques mois , aux
principales puissances qui prennent part à cette guerre , et j'ai
entamé avec elles sur cet objet des négociations , qui jusqu'à
présent n'ont pu être encore terminées .
" C'est pourquoi je me trouve maintenant forcé de demander
que l'Empire , au cas que mon armée doive lui assurer ultérieurement
protection et défense , se charge sans délai de son
approvisionnement. A la vérité , les ouvertures nécessaires à ce
sujet viennent d'être faites à la diete ; mais que V. A. considere
qu'il est impossible d'attendre sa décision et l'exécution de son
décret. Ainsi la seule chose qui reste à faire , c'est que les six
cercles antérieurs , qui ont le plus besoin de défense , en attendant
le conclusum de la 'diete , s'occupent incontinent de l'approvisionnement
provisoire , s'assemblent et se réunissent à cet
effet le plus promptement possible.
Je prie en conséquence V. A. , de la maniere la plus
amicale et la plus pressante , et pour le bien de l'Allemagne
notre patrie , qu'en vertu de sa qualité d'archi - chancelier et
de directeur du Haut- Rhin , elle veuille convoquer incessamment
les six cercles antérieurs . Comme il n'y a que les ambassadeurs
plénipotentiaires de ces cercles qui soient appellés à
une pareille assemblée , lear prompte réunion ne rencontrera
aucune difficulté ,
Cet approvisionnement provisoire ,dont les six cercles antérieurs
se chargeront , leur convocation et réunion la plus
prompte , sont les seals moyens de sauver l'Allemagne dans
cette grande crise, Sans l'approvisionnement des cercles , il ue
( 202 ),
m'est pas possible de faire combattre plus long - tems mes
troupes contre l'ennemi . Je ne manquerais pas , quoique avec
regret , de les faire rentrer dans mes états pour leur propre défense
, et d'abandonner l'Empire à lui - même et à son sort .
" C'est donc entre les mains de V. A. que je remets le salut
de l'Empire , et plein de confiance en sa sagesse et son patriotisme
, je m'attends qu'elle employera les moyens que lui donnent
les lois , de maniere que mes vues , dirigées vers le bien
de la patrie , soient remplies , et que , par l'approvisionnement
de mes troupes , je sois mis en état d'assurer ultérieurement à
rEmpire en danger , la protection et la défense la plus efficace .
Dans cette attente , je suis , etc.
Proposition faite par M. de Dohm , ministre de Prusse , au cercle
du Bas-Rhin et de Westphalie.
De Cologne , le 12 février.
" La guerre , sans exemple , que S. M. le roi a soutenue
pendant deux campagnes contre la France , nou pas sur les
frontieres de son pays , mais dans des contrées fort éloignées ,
et déja presqu'entierement épuisées , au milieu de la plus grande
cherté de vivres , de difficultés de toutes especes , sans épargner
les plus grands sacrifices , et en faisant sortir de ses états des
sommes énormes d'argent une pareille guerre a du néces--
sairement miner les forces de la Prusse , dans une proportion
bien plus grande que celles des puissances qui sont plus rapprochées
de la France , S. M. se trouve pour cette raison absolument
hors d'état de coopérer , de ses propres moyens seuls ,
à une troisieme campagne , d'une maniere aussi active qu'elle
l'a fait jusqu'à présent.
Elle se voit au contraire forcée de retirer sous quelques
semaines ses troupes des frontieres de l'Empire d'Allemagne ,
qu'elle a jusqu'à ce moment si bien protégé et défendu , et de
les faire rentrer dans ses états , si l'on ne s'occupe pas d'une
maniere ou de l'autre , des moyens de pourvoir à leur entretien
et approvisionnement. Le roi a fait depuis quelques mois
une ouverture franche à ce sujet , aux puissances coalisées ,
et il en est résulté des négociations dont l'issue sera sans doute
satisfaisante , mais dont le résultat ne peut être aussi prompt
que la nécessité de commencer une nouvelle campagne . Dans
Pincertitude où S. M. se trouve par-là , si elle prendra part
ultérieurement à la guerre , et dans l'impossibilité qui s'ensuit
de faire les dispositions nécessaires pour l'approvisionnement
futur des troupes prussiennes , elle a fait exposer ces circonstances
à la diete de l'Empire , et fait en même-tems proposer
que l'Empire réuni se chargeât, à dater du 1er février , de l'entretien
de son armée , destinée à agir contre l'ennemi ; qu'il
fût pris à ce sujet une prompte décision , et que l'on arrêtât
la répartition du quantum sur les cercles . L'urgence des plus
1
L
( 203. )
les saéminentes
des conjonctures actuelles justifie et appuie tellement
cette proposition , qu'il n'y a presque pas à douter que
Empire réuni ne reconnaisse parfaitement qu'on ne peut prétendre
de S. M. Prussienne , qu'elle continue plus long - tems
de ses seules forces , au grand prejudice de ses états ,
crifices qu'elle a faits jusqu'à présent avec tant de désintéressement
& de patriotisme ; mais au contraire , qu'après que
tant de Prussiens ont péri pour la défense de l'Empire , et
que la personne même de S. M. et celles des princes de sa
maison , ont été exposées à des périls si multipliées pour le
même sujet , c'est maintenant aux états de l'Empire de concourir
sérieusement et par tous les moyens en leurs pouvoirs ,
d'après l'exemple de S. M. , à éloigner le danger dont ils sont
eux-mêmes menacés . Quoique S. M. soit convaincue que ces
vérités irrefragables feront l'impression convenable de la diete ,
et que la décision de celle ci sera conforme à son attente :
cependant d'après la nature des délibérations sur la diete , cette
décision demandera plus de tems que l'urgence du danger ne
permet d'attendre ; vu que , si le roi doit continuer de défen
dre et protéger l'Empire dans la campagne qui doit s'ouvrir ,.
celui- ci doit se charger sans délai de l'approvisionnement de
l'armée prussienne.
2
Dans cet état de choses , le seul moyen qui reste est que
les six cercles antérieurs , les plus exposes au danger , et qui
ont le plus besoin de protection , savoir , ceux de Franconie ,
de Baviere , de Suabe , le cercle électoral du Haut- Rhin , celui
du Bas - Rhin et de Westphalie prennent provisoirement
sur eux , à dater du 1er février , sous la réserve de la décision
éventuelle de la diete , et jusqu'à sa pleine réalisation ,
l'approvisionnement de l'armée prussienne qui agit contre l'ennemi
; cet approvisionnement ou livraison en nature comprend
journellement 41,966 rations et 82,154 portions , avec le nécessaire
en bois , pailles , voitures , etc. , et que par contre ,
après l'émanation de la décision de la diete , ils perçoivent
des autres cercles une bonification en argent proportionnelle .
,, S. M. pleine de confiance dans ses co - états de ce cercle ,
est assurée que , pénétrés de l'urgence des eirconstances , ils
mettront à pousser et accélérer cette négociation , tout le zele
qu'exige le maintien de leur propre existence et de celle de
toute l'Allemagne.
.
En même tems que le soussigné a l'honneur de recommander
, avec la plus grande confiance , cette affaire au patriotisme
des deux hauts co- directeurs ; il doit demander que cette
proposition , faite au nom de S. M. le roi de Prusse , soit
communiquée promptement à tout le cercle , et que son assem
blée, actuellement scparée , soit convoquée de nouveau , pour
prendre aussi- tôt cette affaire en considération , et envoyer
une députation à la convention de Francfort , pour laquelle
la lettre de convocation de l'électeur de Mayence ne tardera
1
( 204 )
surement pas d'arriver , et dont l'ouverture se : a vraisemblablement
fixée à une époque très -prochaine .
" Le soussigné ose espérer des sentimens de patriotisme
éclairé des deux hauts co-directeurs , qu'ils concourront de
tous leurs efforts à un but aussi important ; et c'est dans cet
espoir qu'il attendra leur déclaration pour eu faire rapport à sa
cour. "
Dans l'assemblée du cercle de Suabe , tenue à Ulm , on a
agité la question des subsides proposés par le roi de Prusse
pour l'entretien de son armée toutes les voix se sont réunies
à la negative . Il a même été décidé qu'il n'était pas nécessaire
de se consulter avec les autres cercles , et l'on a résolu
d'écrire à l'empereur , à l'effet de l'engager à détourner de
pareilles prétentions .
On apprend encore que les cercies de Baviere et de Franconie
sont également contraires aux demandes de la Prusse . ,
Le premier de ces cercles doit protester contre l'assemblée
de cercles antérieurs convoqués à Francfort par l'électeur de
Mayence.
Si les deux faits suivans sont vrais , ils viennent à l'appui
de ce que l'on vient de voir , et doivent faire sentir au cabinet
autrichien que les puissans secours de Frédéric- Guillaume sont
peut-être à la veille de lui échapper . Ces faits , dont on ne
garantira pas l'authenticité , se trouvent pourtant consigués
dans plusieurs de nos gazettes d'Allemagne.
1º . Dans celle de Berlin , on dit que le roi a demandé à
son ministere s'il pouvait traiter avec le gouvernement actuel
de France , et que la réponse a été affirmative .
2º. Les autres gazettes allemandes parlent avec une sorte
d'humeur du bon accueil que reçoivent ici , du général Prussien
, les commissaires Français . Ce général leur a donné à
diuer , et leur a parlé avec beaucoup de politesse . On conjecture
que leur séjour ici n'a pas pour unique objet l'échange
des prisonniers .
Au reste, il est aisé de juger des dispositions prochaines de
ce prince par les deux pieces suivantes , où l'on voit transpirer
son embarras , et même une sorte de détresse .
Il paraît certain que le roi de Prusse s'est fait rendre compte
plutôt que de coutume de l'état de ses finances , dont on était
bien dans l'usage de lui présenter le tableau tous les ans ,
mais à une autre époque . On croit voir dans cette attention
à compter avec lui - même l'envie de ne point s'engager imprudemment
à continuer, de supporter presqu'à lui seul les
frais d'une guerre à laquelle il ne serait point en état de faire
face , et qui l'épuisant pour long-tems le laisserait à la discrétion
de l'Autriche , en état de l'attaquer un jour avec avantage
puisqu'elle même aurait ménagé ses forces . C'est vraisemblablement
ce que commence à sentir le neveu du grand Frédéric
( 205 )
qui se sera enfin avisé d'ouvrir les yeux , ou à qui M. Hertzberg
les aura ouvert.
Il résulte de tout cela que le jeune empereur doit éprouver
un embarras proportionné aux efforts qu'il a à faire dans
cette campagne vraiment funeste pour lui , quand même il
y aurait quelques avantages , si elle n'est pas décisive . Ces
efforts doivent être prodigieux , et l'attention à donner aux
affaires bien fatigante ; car enfin , il s'agit à la fois de veiller
sur les armées de la Flandre et du Rhin , sur l'Italie , sur la
Prusse , et enfin sur la Porte dont les projets hostiles contre
la Russie ne sont plus douteux . - L'Italie seule exigera pour
sa défense au moins 30.000 hommes . L'expérience n'a que
trop fait connaître le peu de confiance qu'on doit avoir dans
la lactique et le courage des troupes sardes. En conséquence ,
il a fallu se déterminer à envoyer dans le Piémont ce nombre
de troupes qui sera tiré tant de l'Autriche antérieure que de
la Croatie et de la Lombardie . Cela empêchera d'en envoyer
autant qu'on le voudrait et qu'il en faudrait à l'armée des
Pays Bas et à celle du Rhin. Cependant la levée en masse ordonnée
sur les bords de ce fleuve est d'autant plus urgente
que les Français se disposent à le passer de nouveau , et à
faire une incursion dans la vallée du Neker . Il a fallu grossir
de son mieux les moyens de défense de ce côté , et ce qu'on
a jugé de plus à propos a été de former à la hâte des milices
tirées de 79 villages de ces contrées . On a aussi creusé des
fossés profonds , et l'on a établi des retranchemens et des batteries
entre Neurenburg et Vieux -Brissac la raison de cette
mesure est que la situation des rives du Rhin paraît permettre
aux Républicains d'aborder avec facilité dans cet endroit .
:
La tenue d'un conseil de guerre qui a eu lieu le 11 chez
le quartier-maître-général du haut et bas Rhin , pour aviser
aux moyens de pourvoir à la marche des troupes saxones et
prussiennes , semblerait annoncer , et que le danger est pressant
, et que l'on compte encore sur les secours de la Prusse .
Cependant ce prince qui était attendu le 8 dans notre ville
n'y est pas encore arrivé , et l'on doute qu'il vienne avant
que les divisions qui se sont élevées entre lui et les principaux
états du corps germanique soient entierement terminées ,
ce qui pourrait bien n'être pas de si -tôt . Au reste , on fait
courir le bruit que l'ouverture de la campagne commencera
par le siége de Maubeuge .
PROVINCES - UNIES IT BELGIQUE .
Le fameux colonel Mack , qui peut sans doute avoir des
talens militaires , mais dont il paraît qu'on exagere le mérite ,
afin d'inspirer aux soldats destinés à exécuter ses nouveaux
plans , une confiance propre du moins à faire marcher à la
victoire si elle n'en est pas le garant , est de retour depuis
( 206 )
quelques jours à Valenciennes , après avoir inspecté toutes les
positions occupées par les troupes alliées depuis la mer jusqu'à
Luxembourg. Rien ne transpire encore du conseil de
guerre tenu entre les principaux officiers , et qu'il a présidé .
Le gouvernement a pris des arrangemens avec les états de
chaque province ' belgique , pour lever en leur nom dix mille
hommes qui compleuteront les régimens Wallons . Le Brabant
en fournira trois mille , la Flandre ( proprement dite ) quatre ,
et les autres provinces les trois derniers mille , d'après une
répartition calculée selon leur population. L'empereur , afin
d'encourager ces nouvelles troupes , dont l'engagement ne sera
que de la durée de la guerre , assure à chaque soldat une pension
viagere de 100 florins .
que
Les Hollandais , que l'on avait cru pendant quelque tems
devoir fournir leur contingent en numéraire , le donneront en
hommes ; il est arrivé à Bruxelles un grand corps de troupes
de cette nation et un convoi considérable de poudre es
d'armes annoncé par le prince héréditaire d'Orange et son
épouse , qui sont aussi depuis quelques jours dans cette ville ,
à ce que portent des lettres de Bruxelles du 10. On y voit
aussi 700 grenadiers Hongrois , au moyen desquels on complettera
les bataillons qui couvrent les frontieres .
On sait que les Français concentrent leurs forces du côté
de Cette et de Dunkerque , et qu'ils couvrent par trois camps
les frontieres de la Picardie et du Cambresis , ce qui a donné
licu à quelques changemens dans la position des armées alliees .
Le centre de la grande , commandé par le prince de Cobourg ,
s'est avancé au- dessus de Valenciennes , et le quartier général
qui s'y trouvait va êtte transféré Bermerain on a eu soin
de former une chaîne depuis la Meuse jusqu'à la mer.
Suivant des lettres de la Haye des premiers jours de mars ,
on y est dans l'attente des nouvelles de l'ouverture de la cam
pagne , et l'on croit que les armées françaises tenteront une
attaque générale contre celles des puissances coalisées , qui
ne se sentant pas en état de suivre la marche lente et dispendieuse
des sièges , préféreront probablement aussi de risquer
une bataille , sur- tout si elles esperen : qu'elle puisse devenir
decisive .
Le quartier - général du prince héréditaire doit être établi
incessamment à Namur , et des bâtimens partis d'Ostende vont
chercher en Angleterre des troupes pour renforcer l'armée du
duc d'Yock. On croit qu'on lui enverra les regimens hessois
destinés primitivement à l'expédition du comte de Moyra sur
Jes côtes de France , pour porter des secours aux royalistes ,
dont l'entiere déroute ne permet plus de penser à tirer parti
de leurs efforts dans l'intérieur de la République .
Deux grandes nouvelles , continuent les mêmes lettres de la
Haye , et dont l'une nous touche très -directement ; ' c'est qu'il
( 207 )
`est arrivé ces jours derniers au Texel ( à la fin de février ) un aviso,
venant du cap de Bonne - Espérance , dont on a sur- le - champ fait
passer par un exprès les dépêches & Amsterdam . Les directeurs
de la compagnie des Indes ont été convoqués aussi- tôt et ont tenu
un conseil qui a duré neuf heures . Malgré le secret gardé par les
membres du conseil , il a transpiré que ces dépêches sont d'une
nature fort désagréable . Il ne s'agit de rien moins que de la perte
de Batavia , enlevé , dit- on , par les forces réunies des isles de
France et de Bourbon . Le gouvernement ni les directeurs
n'ayant point contredit cette triste nouvelle , on y ajoute foi
dans toute la république , et le commerce est dans les plus vives
inqniétudes.
Nous apprenons aussi par des lettres de Londres , que le
gouvernement des Etats-Unis a suspendu toute espece de paye
ment aux Auglais , et défenda d'exporter du blé et autres objets
en Angleterre . La justification de cette mesure extrême , qui
pourrait bien entraîner la guerre , est l'enlevement fait par les
Anglais de plusieurs bâtimens américains , chargés de blé pour.
la France .
Les états de Hollande avaient ouvert l'an dernier un emprunt
de 6 millions de florins à 4 pour 100 d'intérét ; mais
on avait jugé à propos de suspendre brusquement la négociation
; une nouvelle résolution des états , datée du 18 février ,
l'ont fait rouvrir , et l'emprunt aura décidément lieu .
ANGLETERRE. De Londres , le 14 Mars.
L'attention générale est fixée sur le procès de Warren- Hastings
, et voici le précis de ce fameux procès :`
Warren-Hastings est né à Darlsford , dans le comté de Worcester
, en 1730. Après avoir fini ses études à Westminster, il
passa aux Indes en 1750 , en qualité d'écrivain de la compagnie
. La connaissance qu'il acquit des langues persanne
et indienne , le rendit propre à être employé pour l'établis
sement d'une nouvelle factorerie . Cette entreprise ne réussit
pas , et Hastings fut même fait prisonnier par Suraja Dowla ,
mais cette circonstance le mit à même de se faire connaître
du lord Clive , et il fut nommé bientôt après , par lui , président
de Méer Jaffeir , successeur de Suraja -Dowla. Il occupa
ce poste jusqu'au moment où il fut nommé membre de l'administration
de Bengale. En 1764 il revint en Angleterre , en
1769 il obtint la seconde place dans le conseil de Madras ,
et en 1772 il retourna au Bengale , où il fut nommé gouverneur
général .
Il fut réélu deux autres fois à ce poste malgré l'opposition
des premiers employés de la compagnie , nommément du général
Clavering et du colonel Monson .
Depuis , la compagnie fut accusée de mauvaise foi , de,
1
1
( 208 )
cruauté et d'injustice envers ses voisins , d'oppression envers
ses sujets , et l'intervention du gouvernement fut jugée nécessaire
. Hastings fut alors rappellé : il arriva à Londres le
16 juin 1785 , après être parti de Calcutta le 9 février de la
même année .
Le 20 juin , M. Burke se chargea de faire une motion à l'effet
d'examiner la conduite du gouverneur - général ; ce ne fut cependant
que dans la session suivante , au mois de février 1786 ,
qu'il fut décidé que M. Burke présenterait les chefs d'accusation
à la chambre des communes . Le 4 avril produisit l'acte
d'impéachement dont voici les principaux articles :
La destruction du peuple des Rohillas ;
Le refus de payer le tribut de 26 lacs de roupies , promis
par la compagnie en retour de la jouissance des douanes du
Bengale , de Bahar et d'Orissa ;
Les cruautés et injustices commises contre le najah de Benarés
; 1
K
Les malheurs auxquels la famille royale d'Oude a été en
proie , par une suite de ses relations avec la compagnie des
Indes ;
La ruine totale des provinces de Farrukaba par six révolutions
consécutives ;
La province d'Oude changée en désert ;
La destruction des anciens établissemens par une influence
usurpée , moyennant des contrats onéreux pour la compagnie
et des pensions nouvellement créées ;
L'argent et les présens reçus contre l'ordre exprès de la
compagnie , contre la teneur d'un acte ; enfin , l'emploi repréhensible
de cet argent ;
Une administration contraire aux pouvoirs qui lui étaient
accordés ;
La maniere dont il a abusé de1 la confiance de Mucaffet-Jung
qui s'était remis à sa garde ;
Les contrats onéreux conclus par lai , et les fraudes dont il
s'est rendu coupable.
Le 10 mai , la chambre des communes accusa , à la barre de
la chambre des pairs , Warren-Hastings des crimes de haute
trahison . Le 15 mai , sur la demande de M. Burke , il fut confié
à la garde du sergent d'armes ; et le 28 il fut livré par celui- ci
à l'huissier de la verge noire. Le comité , chargé par les communes
de poursuivre cette affaire devant la chambre des
pairs , est composé de MM . Burke , Fox , Sheridan , Pelhanı ,
Windham , Gilbert Elliot , Grey , Adam , Maitland , Long ,
Bourgoyne , North , S. John , Fitz Herbert , Fitz Patrik ,
Ragort , Erskine .
Tel est le précis de ce procès , qui a commencé le 13 février
1788. On peut dire que ce jour offrit un spectacle digne
du philantrope . On vit une espece de toi , qui avai : commandé
à 20 millions d'hommes , comparaître à la barre de Westminster-
Hall ,
( 209 )
Hall , et contraint , au nom de la loi , de fléchir le genou
devant ses organes , et de livrer sa conduite à l'examen de la
justice.
CHAMBRE DES COMMUNES . Séance du 10 février.
N. B. Nous croyons pouvoir nous dispenser de faire con
naître les séances qui ne sont pas d'un intérêt majeur .
que
M. Whitbread demande que le traité entre la grande Bre
tagne et le Hanovre soit communiqué à la chambre.
Le chancelier de l'échiquier repond : que le roi d'Angleterre
est en même - tems électeur d'Hanovre ; et les deux pou
voirs étant unis dans la même personne , il ne peut y avoir
de traité ; mais qu'il y a des articles qui reglent les conditions
sous lesquelles les troupes de Hanovre sont entrées au service
de l'Angleterre. Il ajoute que ces articles peuvent être com →
muniqués par le secrétaire d'état de la trésorerie , et qu'il ne
voit aucune objection , si l'honorable membre veut réduire sa
motion à ce point précis.
La motion est faite et agréée dans ce sens .
M. Grey se leve : c'est un devoir sacré pour tout membre de
parlement , de veiller à ce qu'il ne soit porté aucune atteinte à
la constitution ; cette atteinte n'aurait pas des suites moins
dangereuses , si elle se présentait sous le nom de privilege ou
de prérogative de la couronne .
Dans la discussion à laquelle il va se livrer , il aura soin de
ne mêler aucune observation étrangere . Il déclare que son
objet n'est pas d'examiner s'il est avantageux ou non d'introduire
dans le royaume des troupes étrangeres . Il se bornera
à prouver que le roi n'en a pas le pouvoir sans le consentement
du parlement , qu'autrement cette mesure est pleinement
illégale et inconstitutionnelle . Il peut être quelquefois
utile d'introduire ces troupes ; mais ce ne peut être que
dans le cas d'une nécessité extrême . C'est à la chambre des
communes à le constater d'abord , et elle le fait avec cette surveillance
, avec cette jalousie constitutionnelle , qui forme la meil
leure partie de son caractere , et le plus sûr garant des droits
et des libertés du peuple. Il ne s'agissait point , en cette occasion
, de la défense de l'Angleterre . Il ne nie point que , peut
être , pour ce cas , on peut avoir recours à des forces étrangeres ;
cependant il affirme , qu'il serait plus prudent encore de s'en
fier à ce qu'on appellait , ces jours derniers , avec tant d'emphase
, l'energie d'une nation armée . Mais ce n'est point là
l'objet qu'il a à discuter ; il va se borner à prouver ce qu'il a
avancé .
Pour cela il n'est pas nécessaire de remonter au premier
période de la loi commune de cette contrée. On sait qu'à
cette époque la profession de soldat n'était point ce qu'elle
Tome VIII
1
( 210 )
est devenne dans les tems modernes ; les lords inférieurs possédaient
des tenures militaires , et fournissaient , pour la défense
de l'état , pendant un tems limité , un certain nombre
de soldats . Au tems de Charles II il n'y eut plus d'armée que
celle eréée par un acte du parlement. La chambre doit examiner
si le roi a pu aujourd'hui constituer dans le royaume ,
une loi militaire , sans la sanction du parlement .
Il invoque contre une pareille prétention , et la loi positive
et les principes qui ont le plus contribué à la révolution .
-La déclaration , le bill des droits déclarent expressément que
lever , en tems de paix , une armée sans le consentement du
parlement , est contre la loi . On peut vouloir objecter que
cette disposition n'est point applicable au tems de guerre ;
mais cette distinction n'est point admissible . Ce principe de la
constitution , qu'au parlement seul appartient d'accorder au
roi les forces militaires dont il a besoin pour la défense de
Pétat , ne peut être détruit par une subtilité . Il faut regarder
le bil des droits comme une explication des lois de l'Anglesterre
dans tous les points de vue qu'il embrasse . Ce bill n'accorde
aucun droit au peuple anglais ; il déclare seulement ceux
dont il jouissait auparavant , et qui existaient déja . On ne doit
point l'interpréter captieusement , en s'armant de quelques
expressions particulieres. Si on veut l'entendre dans son vrai
et généreux sens , il est facile de voir que ceux qui l'ont rédige
ont eu l'intention d'empêcher que le roi ne pût introduire
aucune force étrangere dans cette contrée , soit en tems
de guerre , soit en tems de paix , sans l'aveu du parlement .
D'après l'esprit de ce bill , le roi n'a donc pas le pouvoir qu'il a
exercé relativement aux troupes hessoises .
M. Grey fait ensuite l'histoire de différens cas applicables
à sa proposition . Le premier qui se présente est celui de 1775 ;
il rappelle également celui de 1698. C'était au sortir de la
guerre le roi Guillaume envoya un message au parlement
pour témoigner le desir où il était que les troupes hollandaises
fussent autorisées à rester , s'engageant à ne les employer à
aucun usage impropre . Mais cette proposition fut rejettee par les
communes . ( Ici l'honorable membre donne lecture du message
du roi et de la réponse des communes. )
Il déclare ensuite qu'un autre point sur lequel il appelle l'attention
du commerce , est la disposition de l'acte d'établissement.
Cet acte dit expressément qu'aucun office de confiance ,
, civil ou militaire , ne pourra être possédé que par les sujets
99 naturels du roi , nés dans le royaume . Certes , le commandement
de ces troupes actuellement en Angleterre , est un
haut grade de confiance , et il est confié d'une maniere absolument
contraire à l'acte du parlement. Le mutiny bill vient
à l'appui de sa proposition : sans lui l'armée ne peut être sous
la loi militaire. C'était encore un principe que le mutiny bill de
la marine était de même nature : tous deux prouvent quele
( gr )
roi ne peut avoir de troupes que celles que le parlement lui
accorde. Sans le mutiny bill un soldat ne peut être puni pour
désertion , ou désobéissance aux ordres militaires . Les troupes
hessoises ne sont maintenant sous aucune loi militaire ; elles ne
peuvent être traitées comme soldats . Quelque pouvoir qui ait
été exercé sur elles auparavant , au moment de leur arrivée en
Angleterre , elles ont été déliées de toute obéissance , et débandées
ipso facto.
M. Grey rapporte ensuite plusieurs autres actes du parlement :
le vingt-neuvieme du regne de Georges II et le huitieme du
roi actuel , qui consacrent les principes qu'il avance . Il jette'
les yeux sur différens messages émanés du trône depuis 1715
jusqu'au tems présent , relatifs à des débarquemens de troupes
étrangeres ; il rapporte avec détail un discours célebre fait en
réponse , dans une occasion semblable , en 1756 , par l'orateur
des communes Orlow. Si quelques troupes ont été débarquées
sans le consentement préalable du parlement , les ministres se
sont vus obligés , pour se défendre , de justifier de l'absolue
nécessité de cette mesure et de se mettre à couvert , par un'
bill . Une protestation célebre contre une semblable , a été signée
en 1775 , par un grand nombre de pairs , et notamment par
le duc de Richemond , qui fait maintenant partie du cabinet .
C'en est fait de la liberté de la constitution , si le gouvernement
veut introduire en Angleterre le nombre de troupes qu'il juge
à propos . Il est loin de présumer au roi aucun dessein qui:
tende à cela ; mais cet acte n'en doit pas moins alarmer la
jalousie constitutionnelle de la chambre. La décision qu'elle
va porter sera prise pour l'expression de ses véritables sentimens
.
Pendant que tous les jours on affecte de faire retentir si
haut tes alarmes conçues à l'occasion de prétendues atteintes
portées à la prérogative de la couronne , et d'une tendance
imaginaire à désobéir à l'autorité légitime , on passe sous si-.
lence , et on néglige les droits du peuple. Pendant que des
malheureux sont punis avec sévérité , avec rigueur pour des
offenses légeres , dues a leur ignorance ; tandis que ces malheureux
sont peut-être égarés par ceux mêmes qui siegent
dans le cabinet , les vrais intérêts du peuple sont oubliés , ou
sacrifiés avec mépris à l'extension de la prérogative royale.
Cette constitution dont quelques hommes faibles apparemment
se sont glorifies , elle sera déclarée une révolte perpétuée ; et
le dogme de l'obéissance passive de la non - résistance , la meilleure
des doctrines . On dira que s'opposer dans quelques circonstances
que ce soit au pouvoir du monarque , c'est s'op- :
poser au pouvoir de la divinité ; que résister sous quelqu'op- .
pression qu'on gémisse , est un crime pour le sujet . nfiu , M.
Grey se résume en répétant qu'il est persuadé que le roi n'a
eu aucun pernicieux dessein mais qu'il est du devoir de la
chambre de surveiller l'usage que les ministres veulent faire.
O 2
( 214 )
de sa prérogative , à l'exemple du parlement qui , sous le roi
Guillaume , établit la constitution . Il fait la motion qu'il
soit di cl ré qu'employer des étrangers dans un grade militaire
, ou introduire des troupes étrangeres dans le royaume ,
sans le consentement préalable du parlement , est contraire à
la loi .
M. Powis s'oppose à la motion il a souvent lui -même
exhorté la chambie à surveiller le ministere et les prérogatives
de la couronne . Mais aujourd'hui il serait plus effrayé à la vue
de trois ou quatre personnes couvertes d'un bonnet rouge ,
qu'à celles de toutes les couronnes , et des signes de royauté
de tous les rois de l'Europe . Il ne sait pas ce que le public
ce moment. Il est
pensera de l'opinion qu'il manifesté en
possible qu'il soit dénoncé pour incivisme , mais il est prêt à
le supporter. M. Powis fait allusion à certaines sociétés qui ,
selon lui , surveillent le parlement en Angleterre : il prodigue
d'ironiques complimens à ces sociétés , et termine
qu'il defendra les ministres tant qu'il les verra rester dans les
bornes de la prérogative ; et que la discussion lui paraît , quant
à présent , prématurée .
par
dire
M. Whitbread remarque qu'il est difficile de concilier ce
que le préopinant vient de dire avec ses opinions précédentes :
pour lui , il soutient hardiment la motion : le vote qu'elle
renferme a eu déja l'approbation de la chambre en 1775. Ce
qui a été allégué contre elle , le danger qu'on affecte de redans
cette contrée ,
douter de l'introduction des bonnets rouges
ne peut rendre légal en 1794 ce qui avait été illégal en 1774. Il
demande s'il est un tems plus convenable surveiller
pour
l'extension de la prérogative que celui où des ministres artificieux
affectent de répandre que la démocratie du tems doit , si
elle n'est renversée , produire une tyrannie de l'espece la plus
cruelle : l'illégalité de l'emploi des troupes étrangeres est
établie par tous les exemples rapportés : elle prend sa source
dans la révolution : le bill des droits l'établit clairement ; mais
on attache trop d'importance à s'appuyer du passé pour établir
les vrais principes. Si l'on suit cette regle , les ministres peuvent
trouver des exemples dans un période ou dans un autre pour
justiher tout ce qu'ils voudront faire. Rien de mal ne se fait
maintenant qui n'ait déja été fait. Le véritable tems pour la
surveillance est celui où les différentes cours de justice rendent
des jugemens si extraordinaires , accablent d'amendes exorbitantes
et contraires à la loi . Le message qui a été envoyé au
roi n'est pas suffisant on n'y designe ni le nombre , ni l'emploi
des troupes , ni le tems qu'elles doivent rester en Angleterre .
Enfin , M. Whitbread pense que la clause du traité passé avec le
landgrave de Hesse , qui stipule que ces troupes seront prises à
Ja solde de l'Angleterre , pour être employées dans la Grande-
Bretagne ou l'Irlande et qu'elles seront sur le même pied que
( 213 )
celles formées des sujets de ces royaumes , ne saurait être légale
et constitutionnelle.
M. Grey et Smith prennent la parole pour appuyer la
motion.
M. Pitt dit que si la question préalable n'eût pas été demandée ,
il n'aurait fait aucune difficulté de voter pour le rejet de la
motion ; il avoue qu'il a pris part lui-même aux mesures qui y
ont donné lieu, et ne pense pas avoir besoin d'un bill d'amnistie ,
comme on l'a insinué . Si les ministres étaient cités jamais en
jugement pour l'avis qu'ils ont donné en cette occasion , il leur
suffirait de rappeler les lois . La motion ne peut s'appliquer à
aucun des cas soumis à la chambre : il votera donc pourla question
préalable : le principe abstrait qu'elle renferme n'est fondé sur
aucune loi ou declaration de loi ; ainsi , il n'y aurait pas
hésiter pour le rejetter . Il n'a point à examiner si en tems de
paix ou de guerre les troupes étrangeres peuvent être habituellement
maintenues dans le royaume avec les différens modes
d'acquiescement que le parlement peut donner ; mais il soutient
que les ministres du roi ayant , en tems de guerre , fait entrer
des troupes , soit dans un lieu de rendez - vous pour le service
étranger , soit même pour la défeuse du royaume , lorsque le
roi a prévenu de ce qui a été fait , et a reçu une adresse approbative
du parlement , ne peuvent être accusés d'avoir fait
quelque chose contre la loi , ou qui n'ait pas été autorisé par
des exemples anterieurs . En 1745 , 1756 , 1775 , 1782 et 1784
le roi a bien pu faire usage de sa prérogative , sans le consentement
préalable du parlement . A l'égard de la communication
de cette mesure au parlement , les ministres ont senti , dans
l'occasion actuelle , qu'ils devaient la faire comme ils l'eusseut
faite en tems de paix . Le remede au danger qu'on redoute de
cete branche de prérogative , est que le roi n'a aucun moyen
de payer ces troupes sans avoir recours au parlement ,
Telle est l'admirable structure de la constitution , qu'elle
met dans les mains de la chambre des communes le pouvoir le
plus effectif pour réprimer les abus de la prérogative . Il ne
trouve rien ni dans la déclaration des droits , ni dans le bill
d'établissement , d'où l'on puisse induire que le consentement
préalable du parlement est nécessaire pour introduire des
troupes dans le royaume en tems de guerre . Il se résume , en
répétant que la motion n'est point fondée en fait , et qu'elle
n'est nullement applicable au cas soumis maintenant à la
chambre.
M. Fox dit qu'il s'était d'abord proposé de soutenir que toute
discussion était superflue et hors de saison ; mais s'il existe
quelque disconvenauce à traiter ce sujet , il en existe une bien
plus grande dans la conduite de l'honorable membre , qui aurait
cru déshonorant et indigne de lui de ne pas donner une opinion
décidée sur la question générale , et qui , en conséquence
0 3
( 214 )
de cette résolution , a fait , en faveur de la prérogative , un
plaidoyer plus fort et plus éloquent , que n'eût osé l'entreprendre
l'avocat de la couronne , et le plus savant et le plus expérimenté.
On a osé assurer sans équivoque , que le droit d'introduire
des troupes étrangères dans ce pays , appartenait à la piérogative
royale . Si cette assertion était fondée , la constitution de
l'Angleterre mériterait les reproches les plus amers ; elle
serait incapable de maintenir la liberté , qui ne durerait
qu'autant qu'il plairait à un prince arbitraire de ne pas la
détruire .
Le tems que les troupes hessoises doivent rester dans cette
contrée est fort incertain ; et quand on considere les délais
qu'a essuyés l'entreprise du comte de Moyra , et les différens
projets qu'on peut former dans le cours de la guerre , n'est-on
pas fondé à dire que leur séjour peut être fort long : qu'il
est convenable que le parlement prenne des informations à cet
égard , et qu'on doit appliquer au moment actuel la conduite
qui s'est tenue dans une occasion semblable . Lors du débarquement
des troupes étrangeres à Minorque et à Gibraltar ,
on prit le parti d'un bill d'amnistie . Avec quelle indignation
encore ne fut pas reçu son préambule , parce qu'on y élevait
des doutes sur la légalité de ce débarquement . Il n'existe ancune
différence entre le tems de la guerre et de celui de la paix . Où
peut- on trouver un exemple qui l'établisse ?
M. Fox suit ensuite le chancelier de l'échiquier dans les
raisonnemens qu'il a faits sur les exemples précédens ; il soutient
que c'est pour empêcher qu'on ne s'autorise de celui donné
actuellement , que la motion proposée est absolument nécessaire
; il conjure les membres qui ont pris part aux débats de
1777 , de ne point abandonner leurs sentimens sans en bien
considérer l'importance.
Il s'agit de la constitution : c'est une armée qui la menace .
Dans une situation aussi critique , faut-il se laisser gouverner
par des subtilités . De quoi serviront toutes ces distinctions
minutieuses quand on verra une armée étrangere dans cette
contrée , comme la couronne serait autorisée à l'y introduire ,
'selon la doctrine du jour ? Qui donc alors entreprendra de la
renvoyer avec une simple lecture du bill des droits ?
M. Pitt donne quelques explications , après quoi la chambre
se divise .
184 voix contre 85 écartent la motion par la question
préalable.
( 215 )
:
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE RHU L.
Séance d'octidi , 28 Ventôse.
La séance s'est ouverte par un concours de députations et
d'adresses , de sections , sociétés populaires et communes des
environs de Paris qui annoncent que dès qu'elles ont eu connaissance
de la conjuration tramée contre la liberté et la Convention
, le premier mouvement de tous les citoyens qui les
composent , a été de se lever en masse pour venir declarer
qu'ils les défendront jusqu'à la mort , et ne cesseront de surveiller
que lorsque tous les traîtres auront cessé de vivre . Ces
adresses sont vivement applaudies . Vous avez dû éprouver ,
dit Bourdon de l'Oise , une sensation bien agréable en voyant
les différentes sections et les sociétés populaires de Paris se
succéder dans votre sein , et vous féciliter d'avoir déjoué les
trames odieuses ourdies contre la liberté , et sur tout d'avoir
mis la vertu et la probité à l'ordre du jour. L'allégresse des
citoyens ne m'étonne pas ; ce qui m'étonne c'est le silence de
l'une des premieres autorités constituées de Paris ; c'est le
silence de l'armée révolutionnaire .... Je demande que la Convention
charge ses comités de salut public et de sûreté géné- -
rale , de procéder , dans le plus court délai , à l'examen de la
conduite et à l'épuration des autorités constituées de Paris ,
qui dans ces circonstances ont gardé le silence sur les événeincus
présens , et d'en rendre compte à l'Assemblée . Cette
proposition est adoptée .
• Couthon , au nom des deux comités annonce que les
preuves de la conspiration arrivent de toutes parts ; qu'elle
avait des branches à l'infini , àd'extérieur , dans les départemens,
dans les armées , dans les sociétés populaires , et jusques dans
les comités de surveillance ; mais que les deux comités tiennent
tous les fils , et qu'ils ne lui échapperont pas , ainsi que
tous les gens à masque . Il ajoute que Saint Just est chargé de
proposer le décret d'accusation contre Hérault et Simon , et
que lesdeux comités en ont été unanimement d'avis .
Cambon prévient la Convention que le travail du comité des
finances sur les rentes viageres sera totalement terminé primidi
prochain . Il demande la parole pour ce jour- là . Il annonce
en même tems , que le decret qui porte que les rentes viageres
seront payées à bureau ouvert le premier germinal , scra
exécuté . 0 4
( 216 )
Séance de nonidi , 29 Ventôse .
Plusieurs députations sont admises à la barre . Elles félicitent
la Convention sur les mesures qu'elle a prises contre les conjurés
. Les comités révolutionnaires et civils de la section de
Marat regrettent que les importans travaux dont ils sont chargés
les aient empêché de suivre et de démasquer dans leur section
les traîtres qui s'étaient enveloppés du manteau du patriotisme .
Nous sommes tous peres de famille , disent les députés
de l'armée révolutionnaire ; des soldats comme nous sont difficiles
à corrompre. Excepté à Commune- Affranchie , Ronsin
n'a vu aucun de nous : il n'a pas même visité nos casernes ;
sans doute , lorsqu'il est entré dans l'infâme conspiration que
vous avez frappée , il n'a point compté sur nous pour l'exécution
de ses criminels desseins ; car nous vous l'assurons
citoyens , de ses subordonnés que nons étions , nous serions
devenus ses plus cruels ennemis s'il avait voulu nous faire
faire un pas contre la représentation nationale . Continuez législateurs
à poursuivre les traîtres , qu'ils périssent , et que la
République soit sauvée.
La commune de Paris se présente à son tour. Les nouveaux
dangers de la patrie l'ont obligée de rester à son poste ; mais
aujourd'hui que les conspirateurs sont arrêtés , elle s'empresse
de venir feliciter la Convention sur les mesures vigoureuses
qu'elle a prises . Elle jure de nouveau de ne jamais abandon-
Le la Convention , et de verser jusqu'à la derniere goutte de
son sang pour la liberté et l'égalité .
1
Le président observe , dans sa réponse , que la commune
est la derniere à venir témoigner à la Convention l'intérêt
qu'elle prend à son sort , et cela à la suite d'un décret tel
que celui de la veille . A l'écharpe qui vous décore , ajout t
il , la Convention reconnaît avec plaisir les magistrats d'un
peuple qu'elle porte dans son coeur ; elle se plaît à croire
que vos vaux , que vos sentimens sont purs , quoique l'expression
en soit très - tardive . "
On demandait que la réponse du président fût imprimée
dans le bulletin , Dauton s'y oppose . Il craint dans ce moment
que les malveillans n abusent des expressions séveres , mais
justes , dont le président s'est servi a l'égard d'un corps dont
la très grande majorité est composée d'excellens patriotes.
Il invite la Convention à ne laisser aucune prise à la dissention
, à écarter toutes les passions particulieres qui pourraient
prévaloir sur l'amour de la patrie .
Le président s'adressant à Danton , lui dit qu'il va répondre
à la tribuue , et il invite ce membre à venir lui -même occuper
le fauteuil . Président , reprend Danton , ne demande pas que
je monte au fauteuil , tu l'occupes dignement , mi pensée est
pure ; si mes expressions l'ont mal rendue , pardonne-moi
une inconséquence involontaire ; je te pardonnerais moi - même
( 217 )
une pareille erreur. Le président descend de la tribune .
et se jette dans les bras de Danton . Cette scene est vive.
ment applaudie. Les propositions relatives à l'impression des
discours n'ont pas de suite .
.
Bourdon de l'Oise obtient la purole pour une motion d'ordre.
Il demande que Bouchotte , ministre de la guerre , soit tenu
dans les 24 heures de rendre compte aux comités de salut
public et de sûreté générale des motifs qui l'ont engagé à
faire venir à Paris , à Saint - Germain - en- Laye , et dans les
environs un si grand nombre de prisonniers et déserteurs Autrichiens
. Etait- ce , dit-il , pour consommer avec scandale
les subsistances que les citoyens de Paris ont tant de peine
à se procurer ? étaient- ils là pour protéger la contre- révolution
? "
Taillefer atteste qu'un grand nombre de ces déserteurs et
prisonniers ont été revêtus de l'uniforme national . Un autre
membre avance comme un fait constant et dénoncé par le commandant
de la force armée de la Courtille , que cinq de ces
hommes criaient à la Courtille : Vive le Roi !
Delmas rapporte qu'il y a environ un mois qu'on dénonça
au comité de la guerre qu'il y avait à Paris un grand nombre
de déserteurs ennemis . Le comité de salut public , auquel le
comité de la guerre communiqua cette dénonciation , prit un
arrêté pour que dans les 24 heures ces individus sortissent de
Paris , et fussent disséminés sur le sol de la République , sous
la surveillance des communes. Cet arrêté ne fut pas exécuté.
Le comité de salut public prit un second arrêté . Delmas ignore
si celui-là a été exécuté . Tous ces membres appuient la proposition
de Bourdon de l'Oise à l'égard du ministre de la
guerre .
Le peuple et la Convention , dit Danton , veulent que tous
les coupables soient punis de mort ; mais la Convention doit
prendre une marche digne d'elle . Prenez garde qu'en marchant
par saccade on ne confonde le vrai patriote avec ceux qui s'etaient
couverts du masque du patriotisme pour assassiner le
peuple. Le décret dont on vient de lire la rédaction , n'est
rien ; il s'agit de dire au comité de salut public : Examiuez le
complot dans toutes ses ramifications ; scrutez la conduite de
tous les fonctionnaires publics ; voyez si leur mollesse ou leur
négligence a concouru , même malgré eux , à favoriser les cons
pirateurs . Un homme qui affectait l'empire de la guerre , se
trouve au nombre des coupables . Eh bien ! le ministre est , á
mon opinion , dans le cas d'être accusé de s'être au moins laisse
paralyser. Le com ne salut public veille jour et nuit ; que
les membres de la Convention s'unissent tous ; que les révolutionnaires
qui ont les premiers parlé de République , face à
face avec Lafayette , apportent ici leur tête et leurs bras pour
servir la patrie. Nous sommes tous responsables au peuple de sa
IN ...
( 218 )
liberté. Français ! ne vous effrayez pas , la liberté doit bouil--
lonner jusqu'à ce que l'écume soit sortie .
T
99 Nos comités sont l'avant- garde politique ; les armées
doivent vaincre quand l'avant- garde est en surveillance . Jamais
la République ne fut , à mon sens , plus grande . Voici le nouveau
tems marqué pour le triomphe de cette sublime révolution .
Il fallait vaincre ceux qui singeaient le patriotisme pour tuer la
liberté ; nous les avons vaincus .
&
Je demande que le comité de salut public se concerte
avec celui de sûreté générale , pour examiner la conduite de
tous les fonctionnaires . Il faut que chacun de nous se prononce.
Qui plus que moi s'est prononcé ? J'ai demandé le premier le
gouvernement révolutionnaire ; on rejetta d'abord mon idée ,
on l'aadoptée depuis ; ce gouvernement révolutionnaire a sauvé
la République ; ce gouvernement , c'est vous . Union , vigilance ,
méditation parmi les membres de la Convention . J'insiste pour
le renvoi. "
Après quelques débats , la proposition de Bourdon de l'Oise
est décrétée.
La commission des douanes instruit la Convention que les
préposés qu'elle a établis sur la frontiere ont pris six cents
marcs d'argent que nos ennemis intérieurs faisaient passer à l'étranger.
Ils ont arrêté 21500 liv . de faux assignats qu'on introduisait
en France .
Amar présente la rédaction du décret d'accusation rendu le
26 de ce mois contre Delaunai d'Angers , Julien de Toulouse ,
Fabre d'Eglantines , Chabot et Basire . Elle est adoptée .
Barrere , après avoir rendu hommage au zele des citoyens de
Paris , annonce que sous trois jours le comité de salut public
fera un rapport général sur la conspiration . Il envite la Convention
à se prémunir contre les motions exagérées qui pourraient
paralyser les mesures prises , et favoriser les ennemis de
la patrie . Il la prévient que le tribunal recherche avec chaleur
les fils de la conjuration , et que les conjurés entreront en
jugement primdi prochain .
Séance de décadi , 30 Veutose.
Une députation du conseil général de la commune de Versailles
est admise à la barre . Elle présente une adresse par
laquelle elle assure la Convention de son éternelle reconnais
sance , et qu'elle termine en réclamant la liberté de plusieurs
patriotes de cette commune , incarcérés par suite des intrigues
des aristocrates . Bourdon de l'Oise les attribue princi-
'palement à un citoyen nommé Heron . On demande l'ar
restation d'Heron . Elle est décrétée .
-
Bientôt après Couthon , a obtenu la parole au nom du comite
de salut public et de sûreté générale . Il a invité la onvention
à renvoyer à leur examen toutes les mesures de police
qu'on lui proposerait. Il a représenté que le décret rendu
( 219 )
contre le citoyen Heron avait été porté trop légerement ; que
le comité de sûreté générale rend hommage au patriotisme de
ce citoyen , qui le sert avec sagesse et ardeur dans ses mesures
et que c'est sans doute ce qui a provoqué son arrestation . 66 II
est tems de tout dire a ajouté Couthon , et un de ces jours
le comité de salut public vous nommera les individus qui
composent le nombre des modérés dont les projets sont de
tourner à leur profit le moment actuel . Les comités tiennent
tous les fils ; ils les réuniront pour frapper tous les traîtres . "
Robespierre a ensuite fixé l'attention de l'Assemblée sur les
efforts que la malveillance ne cesse de faire pour l'induire en
erreur. Quand les comités , a dit Robespierre , découvritent,
dénoncerent et confondirent , avec l'appui de votre puissance ,
la faction qui menaçait la liberté , ils ne dissimulerent point
que les formes dont la faction s'était couverte exposaient la
liberté à de grands dangers. Ils avaient bien prévu que l'aristocratie
et les autres factions , car il serait absurde de croire
qu'il n'y en eût qu'une dans une république en tems de révolution
; ils avaient prévu , dis -je , qu'elles se prévaudraient des
coups que nous portions sur une d'elies , pour exterminer les
patriotes qui refusaient de se ranger sous leur banniere , pour
suivre l'étendard de la République et de la Convention . Ils
ont promis en votre nom au peuple de frapper tous les conspirateurs
, ils ne souffriront pas que le glaive de la tyrannie
effleure un seul patriote . Ils ont promis de conserver les amis
de la liberté , ils ont promis que nul ne serait alarmé que
ceux dont les desseins criminels auraient servi les factions
quelque nom qu'ils portent , de quelque forme qu'ils s'enveloppent.
On a porté mille obstacles au zele des comités ; on
a voulu donner au cours de la justice une impulsion fausse
et précipitée ; on a osé former le coupable projet d'en déve-
Jopper dans la procédure tous les patriotes , dont une faction ,
maintenant bien connue du peuple et de nous tous , redoute la
pureté et l'énergie.
Pour consommer ce crime , il fallait dépouiller peu à
peu les comités et le tribunal révolutionnaire de la connaissance
de la conspiration . Pour cela , il fallait répandre dans
Ja Convention nationale des insinuations perfides et de fausses
idées , pour lui donner le change sur la nature et les auteurs
de la conspiration . On a voulu établir deux especes de pnissances
pour suivre un plan dont les succès tiennent à l'unité
de conduite . Pour cela , on s'est flatté qu'on calomnierait les
hommes les plus purs , qu'on les rendrait suspects à la confiance
publique , qu'on surprendrait à la Convention des décrets
, parce que ne pouvant pas elle-même connaître les faits ,
elle les adopterait sur le champ , sur la motion d'un membre
qui l'alarmerait sur des dangers chimériques . Par -là , la procédure
ne devait pas avoir le cours certain et uniforme qui lui
appartient. Comme les conspirateurs s'étaient cachés sous le
( 220 )
masque du patriotisme , on croyait facile de ranger dans la classe
de ces faux patriotes , et de perdre ainsi les sinceres amis de
la liberté . Hier encore , un membre fit une irruption au comité
de salut public , et avec une fureur qu'il est impossible de
rendre , demanda trois têtes . ( Un mouvement d'indignation se
manifeste dans l'Assemblée . ) :
" Ce systême de calomnie est suivi d'une maniere effrayante ,
et porté jusqu'à l'atrocité ; il est vrai que nous sommes , comme
on l'a dit , pressés entre deux crimes ; il est vrai qu'une faction
qui voulait déchirer la patrie , est près d'expirer ; mais l'autre
n'est point abattue , elle veut trouver dans la chûte de la
premiere une espece de triomphe , et dans tout cela on ne compte
pour rien la République . Il semblerait que le sang du peuple ne
coule que pour quelques conspirateurs ; que les prodiges de
sa vertu n'éclatent que pour le triomphe de quelques fripons .
Non , ce n'est ni pour assurer l'impunité aux coupables , ni
pour servir les projets de quelques ambitieux soudoyés par
l'étranger , ni pour laisser au crime le patrimoine de la vertu ,
que nous nous sommes dévoués à la fureur des factions les plus
dangereuses , que nous avons bravé les périls qui nous étaient
offerts . En combattant la folie armée du glaive du patriotisme
nous avons consenti à mourir s'il le fallait pour la patric ,
pourvu que nous eussions soulevé un coin du voile qui couvrait
l'abime où l'on voulait l'entraîner. Eh bien ! ce courage ,
nous l'avons montré contre toutes les factions de la République ,
et nous ne prendrons point de repos qu'elle ne soit affermie.
[ Vifs applaudissemens . )
,, Si l'influence de l'amour de la patrie , si les droits du peuple
français ne triomphaient pas en ce moment de toutes les factions
, vous manqueriez la plus belle occasion que la Providence
vous ait présentée pour consolider la liberté . La
faction qui survivrait , rallierait tous ceux de l'autre qui auraient
échappé au glaive de la loi . Pressés comme vous entre
deux crimes , je ne sais si nous serons étouffés ; mais si cela
arrive , si la vertu de la Convention n'est pas assez forte pour
triompher de ses ennemis , ce qui sera le plus heureux pour
nous , c'est de mourir , c'est d'être enfin délivrés du spectacle
trop long et trop douloureux de la bassesse et du crime
qui ont passé depuis trois ans sur la scene de la révolution ,
et qui se sont efforcés de ternir l'éclat des vertus républicaines
; mais si la Convention est demain et après demain ce
qu'elle est depuis quelques mois ; si elle est décidée à faire
triompher le peuple , la justice et la raison ... ( Oui , oui , s'écrie-
t- on de toutes parts .
Si telle est la disposition constante de la Convention ; si
elle veut atteindre la palme de la gloire qui lui est offerte ;
si nous voulons tous au sortir de notre mission goûter le bon
heur des ames sensibles , qui consiste dans la jouissance du
bien qu'on a fait , à voir un peuple grand s'élever à ses hautes
( 221 )
9
destinées , et jouir du bonheur que nous lui aurons préparé ;
je dis que si la Convention exempte de prévention et de
faiblesse , veut terrasser d'un bras vigoureux une faction après
avoir écrasé l'autre , la patrie est sauvée. "
Ce discours vivement applaudi a été suivi du rapport du
décret rendu contre le citoyen Heron .
Des députations de diverses communes sont venues féliciter
la Convention sur les mesures vigoureuses qu'elle a prises
contre la nouvelle conspiration qui voulait perdre la République
et redonner des tyrans à la France .
Séance du primdi , 1er . Germinal .
Plusieurs communes adressent à la Convention l'expression
de leur reconnaissance pour les sages et vigoureuses mesures
qu'elle a prises contre les conspirateurs . Des députations sont
admises pour le même objet.
Cambon observe que l'affluence des citoyens ne lui permet
pas de terminer dans cette séance son rapport sur les rentes
viageres . Il croit cependant urgent de décréter le premier
titre du décret qui suit le rapport , et qui est relatif aux
biens à produire par les créanciers pour toucher leur paiement.
Ce premier titre du décret est adopté .
Nota. Il y a eu une séance extraordinaire du soir . L'Assemblée
y a procédé au renouvellement du bureau. Tallien est
élu président.
PRÉSIDENCE DE TALLIEN.
Séance de duodi , 2 Germinal.
Barrere fait lecture d'une adresse au peuple français sur la
conspiration dévoilée . La Convention l'adopte.
Cambon , au nom du comité des finances , fait son rapport
sur les rentes viageres . L'Assembl e en ordonne l'impression
et l'ajournement. Elle adopte aujourd'hui les deux articles
suivans :
Art. Ier. A compter , à Paris de ce jour , et dans dix jours ,
' dans tout le reste de la République , aucun titre de séance
viagere sur la République , de quelque nature qu'il soit , ne
pourra être vendu , négocie , cedé , ni transporté directement ,
ni indirectemont , sous peine de nuilité de l'acte de vente ,
négociation , cession , transport ou partage , et de 300 liv . d'amende
payable par le propriétaire , l'acheteur , le notaire , le
courtier de change ou autre agent qui aurait participé auxdites
ventes , cessions , transports , négociations on partages.
" II . A compter des mêmes époques , il est défendu aux préposés
du droit d'enregistrement , d'enregistrer aucun acte de
vente , négociation , transport ou partage , prohibé par l'article
222 )
précédent , sous peine de 1000 liv . d'amende , et d'être destitué
de leur emploi.
Cambon rend compte d'un fait important : Chacun sait ,
dit-il , que nous comptous aujourd'hui sous les drapeaux de
la patrie 1,500,000 défenseurs , et que l'année derniere ncus
n'en avions que 600,000 . Eh bien le résultat des dépenses
contre lequel nous nous élevions avec raison , avant que le
gouvernement eût un point central , s'élevait de 3g0 à 400 millions
par mois ; il ne donne plus que 170 à 180 millions .
Cette diminution ne date pas d'aujourd'hui , mais de plus de
sept mois ; tel est l'effet de la centralisation du gouvernement ,
et plus on lecentralisera , plus on verra diminuer les dépenses
et disparaître cette foule de fipons qui obstruaient toutes les
administrations publiques . Le gaspillage des especes métalli-'
ques n'existe plus aujourd'hui ; il ne se dépense pas un écu
que le comité de salut public ne l'ait jugé indispensablement
nécessaire. Je dois dire que , dans une guerre aussi grande , il
n'y eut jamais tant d'ordre ; encore une petite reforme parmi
les subalternes qui ne tiennent point au point central , et vous
verrez les dépenses diminuer encore , "
Au nom du comité de salut public , Barrere propose le
moyen de donner au peuple , au prix du maximum , les subsistances
venues de l'étranger. Son projet de décret est adopté
en ces termes :
Art. 1er. Les grains arrivés de l'étranger , distribués aux
districts , aux communes , ne seront vendus au peuple que
sur le pied du maximum .
" II . Il sera ajouté au maximum pour frais de transport des
grains vendus dans chaque chef- lieu de district ou de dépôt ,
la somme de 50 liv . par quintal , équivalent aux frais de transport
de dix lieues .
" III . Il ne pourra être ajouté aux prix des grains transportés
d'un département ou d'un district dans un autre , qu une'
somme équivalente aux frais de transport pour la distance de
dix lieues seulement , le surplus sera acquitté par la nation .
" IV . Il ne sera payé aucun frais de transport aux cultiva
teurs pour transporter leurs grains dans les chefs - lieux de
district ou de marchés ou de dépôt dans l'étendue de leurs
districts.
,, V. Les frais de transport des grains ou farines d'an district
dans le district immédiatement voisin , seront à la charge des
consommateurs , quelle que soit la distance des chefs - lieux des
districts.
,, VI. Lorsqu'il y aura un district intermédiaire entre les deux'
districts , les frais de transport seront acquittés par la nation ;
distraction faite de 50 sols par quintal pour la distance de dix
lieues , cette derniere portion de frais devant être à la charge
des consommateurs , selon l'art . 3.
,, VII . Les frais de transport qui devront être à la charge de
( 225 )
la nation , seront acquittés sur les certificats de la municipalité
du lieu de versement , énonciatif de la requisition de la commission
des subsisances et approvisionnemens de la République ,
et le mandat du directoire du district qui sera expédié au bas du
certificat.
,, VIII. La municipalité en fera l'avance aux chartiers et conducteurs
de voitures , et en sera remboursée par le collecteur
qui les donnera comme comptant au receveur du district , ou
par le receveur du district , ou par ledit recevenr , qui l'enverra
comme comptant à la trésorerie nationale , sur les quittances
des chartiers - conducteurs , sur le mandat du directoire du
district.
Duroy , représentant du peuple , chargé de surveiller l'organisation
et l'encadrement des troupes à cheval de l'armée du Rhin ,
président de la Convention nationale . Colmar , ce 25 ventôse ,

l'an 2. de la Républiq e' une et indivisible.
au
J'appris hier en arrivant à Neuf- Brisach , où je m'étais
rendu pour voir le 21 , régiment de cavalerie qu'on venait
d'y arrêter un individu qui se disait représentant du peuple..
Je présumai aussi-tôt que ce personnage était le même qui.
avait passé à Colmar l'avant derniere nuit , et sur le compte
duquel on m'avait dit des choses qui me faisaient croire que.
c'était un faussaire et un fripon qui parcourait les communes
de la ci - devant Alsace.
"
" Je me fis représenter ce scélérat ; je lui demandai ses pou
voirs ; je pris des informations , et il en est résulté que ce
prétendu représentant du peuple se nomme Thiry , natif de
Sedan , âgé de 24 ans , qu'il avait servi dans le régiment d'infauterie
, ci-devant Condé , où il avait commis des vols ; qu'il
avait ensuite servi sous Lafayette , avait joué le rôle d'espion
double ; qu'il s'était rendu à Nancy avec un faux pouvoir du
comité de salut public , sur lequel on a grossierement contrefait
les sign tures de nos collegues Couthon , Barrere et Julien ,
secrétaire du comité ; qu'il était parti de Nancy avec une voiture
de luxe et une comédienne qu'il avait mise en requisition
pour son usage ; que dans différentes communes des départemens
de la Meurthe , de la Moselle , du Haut et Bas- Rhin , il
prenait la qualité de représentant du peuple , se faisait délivrer des
sommes considérables , dont il ne donnait qu'une légere partie
aux pauvres , et s'appropriait le surplus ; qu'il convertissait les
assignats en bijoux , que la direction de route vers Huningue annonçait
assez son dessein de passer à l'étranger pour y jouir
du fruit de ses crimes , et y mettre le comble en nous trabissant
. J'ai ordonné l'arrestation définitive de ce monstre et
de sa compagne , que j'envoie au comité de sûreté générale de
la Convention nationale avec les faux pouvoirs dont il était porteur
, et les autres pieces qui constastent ses forfaits . Je vais
( 224 )
prendre de plus amples informations que je ferai également
passer au comité .
,, Comme il est à craindre qu'il ne soit pas le seul scélérat
de cette espece , je crois qu'il est de la sagesse de la Convention
nationale de douner à ma lettre la plus grande publicité ,
afin que toutes les communes de la République se tiennent sur
leurs gardes , et fassent arrêter quiconque se permettrait de
pareils attentats , 19
Séance de tridi , 3 Germimal.
D'après un rapport de Barrere sur la lettre du citoyen
Duroy , la Convention renvoie au tribunal révolutionnaire pour
y être jugé , le fanx représentant Thiri et ses complices . Le
même membre instruit la Convention que nos ennemis comptaient
déja sur la destruction de la représentation nationale que
leurs complices faisaient circuler dans l'étranger . Voici un
article du journal le Courier de la Belgique , envoyé par
le général de division , Souhan , en date du 15 mars , qui
correspond à l'époque où la conjuration devait être exécutée .
Le bruit public en cette ville , depuis ce matin , est qu'il vient
d'y avoir une nouvelle révolution à Paris , qu'une partie des
enragés de la Convention ont été massacrés ; enfin , que Paris
est dans un état de crise terrible . Tous les bruits ne sont pas
marqués au coin de l'authenticité ; mais toujours est- il certain
qu'il y a beaucoup de troubles dans la capitale de la malheureuse
France. ,,
Les députés de diverses communes et sociétés populaires se
présentent à la barre , et témoignent dans des adresses énergiques
leur reconnaissance à la Convention , pour avoir encore sauvé
la République .
Richard , de retour de l'armée du Nord , fait le rapport
suivant :
Ce n'est qu'avec la plus profonde indignation qu'on y a
Feçn la nouvelle de la conspiration , que vous avez si heureusement
déjouée . Les soldats ont été révoltés d'apprendre qu'on
eût formé le criminel projet de ravir à la République le fruit
de leur patience dans leurs travaux , et de leur courage dans
les combats . L'armée ne reconnaît que la Convention , elle
se ralliera toujours autour d'elle ; ce n'est que là qu'elle voit
la représentation nationale . Vous ne doutez pas que la conspiration
n'ait des ramifications dans les armées . Nous avons
fait arrêter à celle du Nord plusieurs iudividus , qui avaient
avec les conspirateurs une correspondance très - active . Nous
ne négligeons rien pour saisir tous les fils de cette frame infernale
, et nous ne nous reposerons point que nous n'ayons
fait arrêter tous les coupables . Elle offre un spectacle bien
sublime , cette armée du Nord ! Dans l'intemperie des saisons
, et au milieu des privations les plus absolues , les soldats
oubliaient
( 225- )
oubliaient leurs besoins pour ne songer qu'à la patrie , et
lorsque nous allâmes aux avant- postes faire nos tournées , ce
n'étaient ni des vêtemens , ni des souliers qu'ils nous deman
daient , quoiqu'ils eussent besoin de tout , mais ils nous demandaient
l'ennemi . Bientôt nous les y conduirons nous-mêmes,
et les esclaves des rois apprendront par leur défaite , que ce
n'est pas envain que les soldats d'nn grand peuple , d'un peuple
libre , ont jure de vaincre . La rareté des subsistances n'est
point augmentée par la consommation de cette armée ; car
depuis un mois elle ne vit qu'aux dépens de l'ennemi . Déja
les soldats s'apperçoivent de l'insuffisance de ses moyens ; la
certitude de vaincre augmentera l'ardeur de leur courage , et
nous pouvons assurer que l'armée du Nord égalera par ses
exploits les triomphes de l'armée du Rhin .
Les nommés Queutin Chatelain , graveur , et Jacqnes Désessarts
, brocanteur , ont été condamnés à la peine de mort
par le tribunal criminel du département de Paris , comme convaiucus
de fabrication et distribution de faux assignats de
400 liv . républicains . L'ordre etait donne pour l'exécution de
ces deux condamnés , lorsque , près d'aller au supplice , ils
ont demandé l'un et l'aute à faire leurs déclarations sur des
complices et des decouvertes , de faux assignats mis par eux
en dépôt . En conséquence , le président du tribunal , accompagné
d'un administrateur de police , ont entendu lesdits Chatelain
et Désessaris ; et s'étant rendus à l'endroit par eux indiqué
, il a été trouvé dans la terre une boîte de fer-blanc
contenant cent cinq faux assignäfs de 400 liv . ,
même espece ,
ainsi que du papier preparé pour servir à la fabrication D'aprés
les aveux des deux condamnes , sept complices de cette fabrica
tion et de cette distribution ont été arrêtes . C'est dans ces
circonstances que l'accusateur public du tribunal criminel a
prié la Convention nationale d'ordonner le sursis du jugement
de mort des nommés Chatelain et Débessarts , attendu la né ,
cessité indispensable d'avoir leur témoignage pour l'instruction
du procès de leurs complices . Le sursis a été décrété .
Dubarrau , au nom du comité de sûreté'sgénérale , a fait un
rapport sur l'arrestation de divers officiers du 1er. régiment
de cavalerie et du 68. d'infanterie . D'après ce rapport , deux
sont mis en liberté et rétablis dans leurs fonctions , six renvoyés
au tribunal révolutionnaire pour y être jugés , et les
autres demeurent en état d'arrestation .
Séance de quartidi , 4 Germinal .
Barrere fait part à la Convention des nouvelles prises
faites par les bâtimens de la République . Il dénonce ensule
une polygamie nouvelle inventée par les émigrés , et propagee
par l'avarice de quelques intrigans et de quelques étrangers .
Tome VIII. Р
( 226 )
Les relations diplomatiques et des rapports intérieurs
attestent le fait suivant . Une femme ou fille qui veut émis
grer , commence par divorcer ; ensuite elle se marie à un Suisse
ou à un Gênois , à un étranger. Elle demande ensuite des
passe ports , et fuit avec ce mari , après avoir vendu ses meubles
et ses biens ; il est même des intrigans qui font métier de
pareil mariage pour favoriser les émigrations des personnes
et des fortunes , la vente des biens et des meubles . Ce qui a
donné lieu à découvrir cette fraude , c'est qu'on a vu le même
individa venir chercher des femmes trois et quatre fois à des
époques différentes . Pour arrêter ce délit nouveau , Barrere
propose et la Convention adopte le décret suivant :
66
Nulle femme ou fille d'émigré , soit qu'elle soit divorcée où
non , ne pourra épouser un étranger , ni sortir du territoire de
la République , ni vendre ses biens , sous peine d'être traitée
comme émigrée . "
Le comité des secours publics a fait rendre le décret suivant ?
Art. 1. Les citoyens qui sont demeurés chargés d'enfaus
abandonnés , lesquels n'étaient pas à la charge des ci-devant
seigneurs recevront l'indemnité accordée par la loi du 19
août 1793 vieux style ) , quelle que soit l'époque à laquelle
ils ont eu ces enfans à leur charge , en se conformant d'aillents
aux formalités prescites par les lois .
J
II. Les parens d'enfans abandonnés , qui s'en étaient chargés ,
ne participeront point à ces indemnités , à moins qu'ils ne
justifient de leur indigence ; en conséquence , tout citoyen qui
réclamera une parcille indemnité sera tenu de déclarer devant
le conseil général de sa commune , ou à sa section , qu'il n'est
pas parent de l'enfant , et, au cas de parcuté , de faire constater
egalement son indigence.ildiq n'a
399 III . Celui qui sera convaincu de fausse déclaration sera
condamné à une amende de dix fois la valeur de l'indemnité
réclamée , laquelle sera versée dans la caisse du receveur de
district. Les agens des communes sont chargés des poursuites
que pourraient nécessiter l'exécution du présent article . " ,
I U. 2
Autre décret. La Convention nationale , après avoir entendu
le rapport du comité de salut public , décrete que les
commissaires nommés par les autorités constituées pour les
mesures dont l'exécution leur est textuellement confiée par
une loi ou par un arrêté du comité de salut public , et en ce
qui concerne seulement l'exécution de cette loi et de ces
arrêtes , ne sont pas compris dans les dispositions portées
contre les commissaires par le décret du 26 ventose .
PARIS. Septidi , 7 Germinál.
#
Dans le nombre des personnes qui ont été mises en arrestation
, on compte Anaxagoras Chaumette , agent national à
la commune ; Gobet , ci-devant évêque constitutionnel de Paris ;
Lhuillier , agent national près le département ; Antonelle , cidevant
maire d'Arles , et juré du tribunal révolutionnaire
Claviere , frere du ci-devant ministre , etc.
Il est certain que Chabot a voulu s'empoisonner dans sa
prison ; mais on lui a donné à tems du contre - poison ; il a
Fallu employer la force ; l'enflure s'est dissipee ; mais il s'obstine
à refuser toute nourriture . Il est à l'infirmerie de la
Conciergerie !
* * ,,, í ,! ་ རྣན
La société des Cordeliers s'occupe de son épuration : elle
discute de meilleur moyen de chasser de son sein les agens
des conspirateurs qui ont voulu l'égarer. Dans la derniere
séance , uu membre a developpé les intrigues à l'aide desquels
ils étaient venus à bout de dominer la société , et d'étouffer
trop souvent la voix des vieux patriotes qui cherchaient à
parler le langage de la raison et de la vérité . Vincent, a-t- il
dit , avait à ses ordres un grand nombre de personnes à qui
il avait distribué des places. Si quelqu'un prononçait à la
tribune une opinion qui lui déplût ou qui contrariât ses vues ,
il faisait signe à ses affidés , et aussi- tôt ils couvraient la voix
de l'orateur par des murmures ou des huées .
2
Un autre membre a proposé , lorsque l'épuration serait faite ,
de se réunir aux Jacobins , et ne former avec eux qu'une so
ciété unie par les mêmes sentimens par la passion de da
liberté et l'horreur de la tyrannie . Il a craint que dans d'autres
circonstances des malveillans ne cherchassent à diviser deux
sociétés qui resteraient séparées , et à créer ainsi de nouveau
des factions et des partis . Ha proposé d'examiner si ce principe
de réunion ne devrait pas s'étendre jusqu'aux sociétés
particulieres des sections , et s'il ne serait pas plus utile qu'il
n'y eût dans Paris qu'un vaste foyer de lumieres , un centre
unique de patriotisme. I
3
Le comité de salut public chargé , par le décret du 24 ventôse
, de pourvoir au remplacement des agens nationaux
nommé provisoirement Vincent Cellier , et Pierre -Jacques
Legrand , membres du conseil général de la commune , pour
remplir les fonctions d'agent national et de second substitut
de l'agent national de cette commune.
Decadi dernier , 30 ventôse . Les éleves de la République
t
( 228 )
pour la fabrication des salpêtres , poudres et canons , sont
allés présenter aujourd'hui à la Convention le fruit de leurs
premiers travaux . Le conseil général de la commune avait
arrêté que cette offrande serait l'objet d'une fête civique .
Les membres des sociétés populaires , ceux de toutes les
autorités constituées , l'agence nationale des poudres , l'admi
nistration révolutionnaire des salpêtres , la commission des
armes , et une foule de citoyens ont accompagné le cortège.
On portait diverses bannieres , avec des inscriptions : sur l'une
était écrit : Mort aux tyrans ; sur une autre : Le peuple Français
debout contre les tyrans et ceux qui les servent.
971
Chacun a orne sa récolte du , moment en salpêtre avec un
appareil revolutionnaire , des attributs de la liberté , de l'égalite
, du courage , de la force ici , le salpêtre était porté sur
une peau de lion ; là , il s'élevait en pyramide , en montague ;
par-tout il portait les couleurs nationales ; il était surmonté de
palmes , de brauchages , de couronnes de chêne , de fleurs , de
guirlandes.
Les
Le salpêtre lui -même avait pris dans les mains des Répu
blicains les formes des emblêmes de la liberté ; il était figuré
en faisceau en colounes , en bonnet , en piques , en arbres
et en feuillages . Les ustenciles simples qui servent à sa fabrication
étaient portes par les citoyens qui les avaient employés
à sa fabrication . Le cortège que présentait cette fête était
ausssi Brillant et aussi gai que nombreux . Le quai qui borde
la longue galerie du Muséum des arts en était couvert.
drapeaux , les flammes elevées , dans l'air , la force armée qui
précédait , accompagnait et terminait le cortége , lui donnait
l'ordre et l'appareil militaire si convenable au genre d'industre
et de courage qu'elle, représentait. Une musique guerriere
répétait les airs cheris du Republicain , et dévançait les groupes
desseleyes. Au milieu de ces derniers était porté le salpêtre
qu'ils avaient extrait des souterrains de leur caserne , celui
qu'ils avaient raffiné , la poudre fabriquée par eux , et le canon
fondu et fini par leurs mains . Ils étaient précédes des instrueteurs
qui les ont si promptement formés dans ces arts,
atiles.
L'état des salpêtres fournis par les 48 sections , dans le courant
de la 3. decade de ventôse , se monte à 28,892 livres.
Cette quantité , ajoutée à celle de 13,256 , produit antérieur ,
forme un total de 49,148 lives , existant à l'époque du 1er.
germinal.c
Un citoyen de garde au Temple a été arrêté , traçant avec
an crayon un plan de la tour . Il a été conduit à l'administration
de police .
Une lettre venant du Havre - Marat , en date du 27 ventôse ,
écrite au conseil par des agens de la commission des subsis*
((+229 )
Fances de la République , annonce qu'il arrivera incessament
à Paris 150 milliers de riz de la meilleure qualité ; 80 milliers
de suif , en outre de celui qui avait déja été expédié : 1200
barriques de salaisons , tant en boeuf, que porc et poissons .
Dans la séance dú 3 , on a donné lecture d'une lettre du
représentant du peuple , Albitte , écrite de Chambéry le 15
ventôse :
Dans cette lettre , Albitte invite es freres à se défier
d'une nuée de muscadins et muscadines qui va pleuvoir à Paris.
Le comité de sûreté générale , dit - il , investi du pouvoir d'absoudre
, sera bientôt assiége de tous les modérés de la Republique.
Prémunissez - vous contre cette nouvelle invasion ,
contre cette Vendée de solliciteurs , et réfléchissez bien que
les riches seuls ont le moyen d'entreprendre ce voyage , tandis
que le sans - culotte dénué de ressources , ne peut avoir contre
la calomnie et l'intrigue que la vertu.
Il est digne de vous , sentinelles de la liberté , il est
digne de vous de faire examiner sévérement , par les comités
de surveillance , tous ces voyageurs et voyageuses , tous ces
pelerins masqués de la contre-revolution . Certes , l'on trou
vera dans ces avocats officieux plus d'un personnage qui meritera
l'arrestation , etc. 99
Le conseil arrête que le citoyen maire sera invité à écrire
à Albitte , pour le féliciter sur son zele et sa sollicitude patriotique
, et que fa lettre d'Albitte sera renvoyce à l'administration
de police , pour tirer parti des observations qqu'elle
renfermé , et surveiller les individus dont elle fait mention .
Les départemens auront appris presque en même-tems la découverte
de la nouvelle conspiration , l'instruction du procès
et le jugement des conspirateurs . Tel est l'effet de l'infatigable
activite du comite de salut public et de celle du tribunal révolutionnaire
. Voici de quelle maniere la Convention rend
compte au Peuple Fiançais des nouveaux dangers qui ont
menacé la liberté et la représentation nationale .
Adresse de la Convention au Peuple Français , présentée par
Barrere , au nom du comité de salut public .
Au moment où la nation s'éleve par des victoires à ses
glorieuses destinées ; au moment où elle prépare de nouveaux
combats contre les tyrans de l'Europe , leurs vils suppôts ,
deguisés au milieu de nous , allaient assassiner la liberté , et
précipiter le peuple dans l'infortune et l'esclavage.
Le plan d'une contre révolution sanglante était préparé.
La représentation nationale devait disparaitre sous le fer
des assassins.
Le sang des patriotes devait être prodigué à la fureur des
- conjurés .
74937
. د
P 3
2
3
44
3
97
( 230 ))
Le gouvernement républicain devait être anéanti pour y
substituer les crimes de la tyrannie.
Les armées devaient être livrées à l'incertitude des événemens
ou à la perfidie de quelques chefs ; et quand la prannie
aurait été établie dans l'intérieur , les armées étrangeres auraient
consommé l'attentat.
" Cette horrible conjuration , profonde dans ses moyens ,
immense dans ses ramifications , s'est ourdie chez l'étranger ,
s'est organisée à côté de nous .
Le succès de cette conjuration était confié aux ennemis
communs de la révolution , aux prisonniers criminels , et à
des hypocrites qui trompaient le peuple en jouant le patriotisme,
[ "
En un jour , en quelques heures , à un signal donné , tous
les contre -revolutionnaires étaient réunis , tous les scélérats
armés , toutes les prisons ouvertes , tous les assassins déchaînés
, et la Convention entourée tout-à- coup de ruines , de cadavres
et du sang des patriotes .
Envain nos efforts constans avaient soutenu le gouverne
ment révolutionnaire . D'un côté , on lui avait imprimé une
inertie fatale ; de l'autre , toutes les mesures étaient contrerévolutionnaires
. Depuis quelques jours les spectacles étaient
remplis d'aristocrates , et les rues couvertes de conjurés . Les
femmes insultaient par un luxe insensé à la misere publique ,
et la voracité des égoïstes appellait la famine au- dedans , tandis
que les stipendiés la préparaient au -dehors.
" Tous les vents portaient l'orage sur la représentation
nationale et sur les patriotes , tandis que la calomnie et lą
trahison inondaient les départemens et les armées de fausses
nouvelles.
" Dans l'un , on publiait que l'ennemi était à six lieues
de Paris ; dans l'autre , on disait qu'il y avait eu un projet de
prendre la cocarde blanche ; plus loin , on racontait qus Paris
était cerne par les troupes étrangeres .
" A Paris , on insinuait que la Vendée s'était grossie , pour
effrayer le peuple , et l'opinion déchirée recevait à chaque instant
des impressions funestes à la liberté .
" Par-tout on arrêtait les subsistances que le commerce
apporte à la population immense de Paris , et l'on jettait dans
la rivière , ou l'on laissait avarier les subsistances qui y étaient
ramassées .
J
་ ་
Pendant que certains conjurés excitaient le peuple à
l'insurrection , Ronsin , placé à la tête d'une partie de la force
armée , avait apparu avec quelques officiers dans toutes les
prisons , comme pour y faire la revue d'autres conjurés . Ainsi
done , quelques intrigans masqués en patriotes avaient conçu
Je projet insensé de faire rentrer la plus belle révolution
dans le chaos , d'où tant de sacrifices du peuple , tant de travaux
de ses représentans , tant de courage de ses armées , l'on
fait éclore .
( 231 )
* Non , citoyens , leurs voeux impies ne seront pas remplis .
les conjurés sont saisis ; ils sont déja en présence de la
justice.
&
2. Connaissez les projets execrables qu'ils avaient, médités ;
vous n'aurez encore qu'une faible idee des maux qu'ils vous
préparaient.
Il fallait préparer par la famine, une crise forte , pour
anéantir la liberté publique . Il fallait amener les citoyens à un
exces de besoin et de malheur , pour l'empêcher de s'effrayer
du despotisme .
x Ignorant la vertu du peuple qu'ils n'aimerent jamais , et
ne mesurant que le désespoir qu'ils voulaient exciter en
lui , ils osaient espérer de lui donner un tyran sous un
non déguisé , et les marches du nouveau trône relevé par
la main sanglante du crime , étaient les cadavres des Répu
blicaius .
" Combien de moyens étaient déja employés ! des détachemeus
nombreux d'hommes dévoués à la conjuration étaient répandus
par tout.
" Des amas d'armes , de boulets et de munitions , étaient
préparés. On en retrouve chaque jour dans la Seine.
" Des aides - de- camp de l'infâme Charette , des chevaliers
du poignard reconnus dans la journée du 10 août , et des
emigrés , étaient rentrés impunément dans Paris ; des désertears
Autrichiens étaient entassés , dans des casernes.
29 Des listes de proscription étaient faites ; le choix des
victimes était indiqué ; le déchaînement des aristocrates détenus
était le prix de leur atroce complicité avec les con
jurés la destruction de la représentation nationale était provoquée
la perte des plus ardens défenseurs des droits du
peuple était jurée ; et tout coïncidait pour commettre ce grand
attentat.
,, Déja un grand nombre de satellites des conjurés nous
environnaicut. I en arrivait tous les jours . Les contre- révolutionnaires
accouraient de toutes parts ,
Déja le service des troupes préposées à l'arrivage des
subsistances était paralyse ou recevrait une fausse direction .
Les subsistances étaient arrêtées ou cachées , et les moyens
d'approvisionnement atténués ou anéantis .
" On s'assurait de toutes les communications ; on intercepait
les passages.
La monnaie et la trésorerie nationale devaient être pillées ,
et l'on osait croire qu'en distribuant des métaux et des assi¬
guats , on tromperait , on séduirait le peuple. Ah ! qu'ils, te
connaissentmal , ces vils conspirateurs , s'ils pensent qu'il puisse
exister pour toi un trésor plus précieux que ta liberté ? Ils ne
voient donc pas les sacrifices journaliers que tu fais pour elle ,
ton sang prodigué aux armées . Les sueurs répandues pour
fertiliser les campagnes , et tes has toujours en activité pour
fabriquer des salpêtres et forger des armes .
'93
11
P 4
((-2324)
Citoyens , plusieurs factions , qui seront successivement
punies , trempaicht dans la même conjuration : tant le parti de
l'étranger , qui tient à sa solde tous les vices de la royauté et
tous les crimes de l'avarice , avait jetté parmi nous de profondes
Taciues .
" Une faction a été chargée d'avilir la représentation natio .
nale par la corruption des richesses ; une autre devait l'assassiner
par l'impulsion violente d'une famine factice ; une troisieme
cherchoit a dégoûter , par toutes les calomnies , le peuple
de ses représentans , et par tous les dangers , les representans
de la représentation même ; et toutes ensemble avaient reçu
l'ordre d'entraver sans cesse le gouvernement , de contre- révolutionner
ses mesures , et d'anéantir insensiblement le peuple
par les hypocrites , et la liberté par la licence .
" Eh quoi lorsque la République s'élance du sein des
orages et des trahisons vers les instiutions qui doivent assurer
la liberté ; quand les représentans du peuple font des lois populaires
qui terrassent l'aristocratie , et qui distribuent les
richesses des conspirateurs aux patriotes peu fortunés ; quand
le fléau de la mendicité va disparaître devant une plus juste
distribution de la fortune , de viles passions et de basses intrigues
s'opposeraient à sa grandeur le crime et l'assassinat l'arrêteraient
dans son essor , et l'affermissement de la République
serait plus difficile que le rétablissement du despotisme !
,, Loin de nous , citoyens , une si triste pensée : s'il pouvait
exister encore , au milieu de la révolution , de ces hommes
modérés , égoïstes ou indifférens , fléaux des Républiques , la stabitité
des lois nouvelles devrait du moins les intéresser , comme
le gage unique de leur sûreté personnelle.
Ce n'est pas au milieu des guerres civiles , dans la dégradation
des droits du peuple , dans l'anéantissement de sa représentation
, que ces moderés imprudens , ces égoïstes barbares
et ces propriétaires orgueilleux jouiraient de leur fortune
ou de leur indifference. Ce n'est pas lorsqu'un grand nombre
d'assassins salariés se répandrait dans les villes , que des troupes
indisciplinées inonderaient les campagnes , que les citoyens
provoqués par la faim et divisés par le tyran se détruiraient
entre eux ; ce n'est pas lorsque toutes les propriétés seraient incertaines
, la vie de chacun menacée ,
larmes dans toutes les familles , que nous pourrions résister aug
armées ennemies , préserver nos ports , garantir nos foyers de
l'incendie , e le nom français , d'une honte éternelle .
et la terreur ou les
" Que cette conjuration dévoilée et punie serve donc à
nous raillier tous , à nous unir , à nous serrer les uns contre
les autres ; que toute la République imite Paris ; son esprit
public parvenu à la plus grande hauteur dans ces circonstances
terribles , nous présage tous les succès de la liberté.
" Avec quelle rapidité et quel sentiment patriotique les
citoyens de Paris se sont portés autour de la représentation
( 233 )
nationale avec quelle touchante énergie ils viennent de se
montrer pour la defense de la République et la sûreté des'
representans ! Aujourd'hui des homines qui avaient usurpé une
réputation de patriotisme sont mis en jugement ; hier , c'était
un jour de fête civique autour de la Convention , et dans Paris .
Aujourd'hui , on s'occupe de punir les traîtres de l'intérieur ;
hier, on portait du salpêtre pour les assassins du dehors .
Quel moment pour déployer toutes les ressources nationales
, pour réclamer les secours et invoquer l'union indissoluble
de toutes les parties de la République ! La Convention
vient d'arrêter , par son courage , cette terrible secousse qui
devait bouleverser toutes les idées , diviser les citoyens , introduire
des armées étrangeres et faire périr la République .
" Quel est le Français qui oserait supporter l'idée même
d'un pareil avenir ? ne serions - nous plus cette nation libre et
guerriere qui a abattu dans la même année la tête du tyran et
proscrit toutes les aristocraties , qui a terrassé l'hydre du fédéralisme
; qui a chassé les Anglais de Dunkerque , les Espagnols
de Toulon , les Prussiens de Landau , les Autrichiens de
Maubeuge , et les brigands royalistes de la Loire et de la
Vendée !
9 , Non ; non les cris des victimes du patriotisme ne
protesteront jamais contre nous . Nous sauverons la République
et les Républicains . Des mesures promptes et terribles sout
prises dans l'intérieur , les armées ne respirent que la haine
des tyrans , et brûlent de les vaincre .
" Ainsi du centre aux frontieres , peuple , soldats , législateurs
, tous votent la mort des traîtres et l'anéantissement
absolu des factions criminelles ; tous votent une campagne
terrible contre les hordes étrangeres , le bannissement prochain
des ennemis de la révolution , la marche du gouvernement
révolutionnaire et l'affermissement de la République.
Citoyens , nous ne cesserons de vous répéter cette vérité ;
le gouvernement d'un peuple libre n'a d'autre garantie que la
justice et la vertu du peuple . Il est donc vrai que ceux qui
cherchent à alterer sa justice et à corrompre sa verin , ôtent
au gouvernement sa garantie , et au peuple son gouvernement .
Ils doivent donc périr plutôt que la République.
,, La Convention nationale ne veut et ne peut vouloir que
la République , parce que le peuple a voulu et veut la République.
Ceux qui corrompent ou détruisent la garantie du
gouvernement , ne veulent donc pas la République . Il faut
donc aussi que les corrupteurs périssent , ou la République
ne sera jamais affermie . Méconnaître ces vérités , c'est faire
renaître l'espérance des conspirateurs , établir l'impunité des
traîtres, rallier les conjurés du dehors , et faire courir de nou,
veaux dangers au peuple et à la liberté .
Mais telle la Convention nationale s'est montrée , lorsqu'il
s'est aginde punis les federalistes et le tyran , telle elle
( 234 )
se montrera toujours pour punir les faux patriotes et les traîtres.
Quand elle pense aux biens de tout genre qui doivent
résulter des lois républicaines pour les Français , elle ne peut
s'empêcher de leur rappeller que le plus grand des forfaits est
de s'opposer à l'affermissement de la République , et de rejetter
la nation dans les chaines qu'elle a brisées ,
19 La Convention nationale invite tous les bons citoyens à
demasquer les charlatans en patriotisme , et à dénoncer les
traîtres ; à maintenir la dignité du peuple Français , et à étendre
le principe politique de l'unité de la République , à l'unité des
esprits et des coeurs ,
Elle ne cessera de poursuivre tous les attentats contre la
liberté , toutes les injustices , toutes les négligences des fonc
tionnaires publics ; elle puuiia leur orgueil et les forcera, de se
renfermer dans les bornes de leurs fonctions .
1 Elle fora cesser par tous les moyens que la puissance du
peuple a remis dans ses mains , tous les abus par lesquels on
s'est efforcé de corrompre ou de paralyser le gouvernement
révolutionnaire.
Et vous , soldats de la République , suivez le cours de
vos victoires ; c'est pour vos succès que nous travaillons , en
faisant tomber les têtes conspiratrices ; ce sont des trahisons
que nous éloignons de vos camps , des intelligences que nous
détruisons dans les places , des défaites que nous épargnons à
voire courage ; ce sont vos amis , vos familles que nous défendons
, en détruisant les factions de l'intérieur
les défendez en exterminant, les armées de l'étranger,
, .comme vous
» La Convention nationale rappelle à tous les citoyens et à
tous les fonctionnaires , que la justice et la probité sont à l'ordre
du jour dans la République Française,
"
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE.
Voici les noms et les qualités des vingt accusés qui ont été
mis en jugement .
9 1. J. R. Hebert , âgé de 35 ans natif d'Alencon ; avant la
révolution , homme de lettres , puis substitut du procureur de
la commune de Paris , actuellement agent national , demeurant
cour des Miracles ;
2 , E. P. Ronsin , âgé de 42 ans , natif de Soissons , commandant
de l'armée révolutionnaire ;
3. A. F. Momoro , âgé de 38 ans , natir de Besançon , imprimeur
, rue de la Harpe , administrateur provisoire du département
de Paris ;
4. N. Vincent , âgé de 27 ans , natif de Paris , employé au
bureau de la guerre ;
5. F. P. Ducroquet , âgé de 31 ans , natif de Nielle , dépar(
235 )
C
-tement de la Somme , perruquier-coëffeur , et commissaire aux
accaparemens ;
6. J. C. Lekokq , âgé de 38 ans , natif de Loude , en Hollande
, associé à une maison de commerce , domicilié à Passy ;
7. M. Laumur , âgé de 35 ans , natif de Paris , colonel au
sixieme régiment d'infanterie ;
8. J. D. Bourgeois , âgé de 26 ans , natif de Paris , menuisier
, rue Guisarde ;
9. J. B. Mazuel , âgé de 28 ans , natif de Commune -affranchie
, cordonnier , rue Grange -Bateliere ;
10. J. B. Laboureau , âgé de 41 ans , natif d'Arnay- sur-Arrou ,
département de la Côte- d'or , étudiant en médecine ;
11. J. B. Ancard , âgé de 36 ans , né à Grenoble , coupeur
de gands à Paris , rue des Mauvais - Garçons ;
**
âgé 12. A. H. Leclerc , de 44 aus , natif de Canisier , dépar
tement de la Seine inférieure , et chef de la seconde division
au département de la guerre ;
A
13. P. J. Proly , âgé de 42 ans , né à Bruxelles , domicilié
en France depuis 1782 , négociant , rue Vivienac , puis rédacteur
d'un journal ;
14. F. Desfieux , âgé de 39 ans , natif de Bordeaux , marchand
de vin en gros , rue des Filles - Saint-Thomas à Paris ;
15. Anacharsis - Cloots ( Jean- Baptiste ) , âgé de 38 ans , natif
de Clèves dans le Bas-Rhin , habitant en France depuis 27 ans' ,
et à Paris , rue de Ménars , homme de lettres , ci - devant député
à la Convention ;
16. J. Pereira , âgé de 51 ans , rié á Bayonne , manidacturier
de tabac à Paris , rue Saint - Denis ;
17. M. A, Catherine Latreille , femme Quetineau , âgé de
34 ans , née à Montreuil- Bellay , département de Maine et
Loir , demeurant à Paris , rue de Bussy ;
18. J. A. Florent Armant ; âgé de 28 ans né à Chavlar ,
département de l'Ardêche , éleve en chirurgie , demeurant à
Paris , rue de Bussy ;
>
19. A. Descombles , âgé de 29 ans , natif de Besançon
ancien garçon épicier , rue Sainte- Croix - de -la- Bretonnerie ;
20. P. Ulric Dubuisson , âgé de 48 ans , natii de Laval ,
- homme de lettres , nommé à différentes époqacc commissaire
du pouvoir exécutif , rue Saint-Thomas
3-
*
L'acte d'accusation dressé par accusateur public porte :
* Qu'examen fait , tant des terrogatoires subis par les
prévenus , que des pieces et charges , i ex resulte que jamais
il n'a existé contre la souverainete du peuple français et sa
liberté , de conjuration plus atace dans son objet , plus vaste ,
.plus immense dans ses rapports 15. ses détails , que celle
ourdie par les prévenus , et que l'active vigilance de la Convention
vient de faire échouer en la dévoilant , et en livrant
aus tribunal ceux, qui paraissent en avoir été les instrumens
principaux..
4
( 236 )
" En effet , cette exécrable conspiration , dirigée par des individus
qui avaient trompe la nation entiere par les dehors
les plus specieux du patriotisme , avait pour objet principal
d'aneantir à jamais la souveraineté du peuple , la liberte fran
çaise , et de rétablir le despotisme et la tyrannie , en usant de
tous les moyens , pour priver ce même peuple des subsistances ,
et en projettant de massacrer et de faire massacrer les représentans
du peuple les plus énergiques , et les plús zélés defenseurs
de la liberté.
Le tyran indiqué pour asservir le peuple Français , ne devait
d'abord lui être presenté que sous le titre de grand juge ,
ainsi que la preuve en est établie dans les informations .
La représentation nationale devait être anéantie et disparaître
avec les représentans du peuple , qui auraient , en périssant
sous les poignards des conjurés , expic le crime impardeunable
pour les feroces agens de la tyrannie , d'avoir soutenu conrageusement
les droits du peuple.
Le gouvernement anglais , et les puissances coalisées contre
la République , sout les veritables chefs de cette conjuration ,
doni les perfides agens , masques d'une profonde hypocrisie ,
les uns étrangers , et les autres sortis du sein de quelques
autorités , revêtus de la confiance du peuple , qu'ils avaient
usurpé , se repliaient en tous sens pour faire illusion : combles
de ses faveurs , élevés pour la plupart aux fonctions publiques ,
des Ronsin , des Hebert , Momoro , Vincent , des corrupteurs
par ctat , des banquiers étrangers , des généraux , étaient les
intermediaires entre ses chefs et les agens , qui ne voulaient
de la révolution que des houneurs et des places , pour satisfaire
leur ambition , et sur-tout des richesses , avec lesquelles ,
à l'instar des tyrans , ils parvinssent à entretenir leurs vices ,
et à alimenter leurs debauches , en insultant aux généreux
sacrifices du peuple pour la liberté .
99 Cette conjuration méditée , suivie depuis long- tems sous
les dehors du patriotisme , touchait à son exécution au moment
où elle a échoué . Plusieurs factions , qui seront rapprochées
daus le cours de l'instruction , usaient au même instant des
memes moyens , excitaient les mêmes troubles , pour arriver
les unes et les autres à la destruction du gouvernement répabiicain
, de la représentation nationale , et à la ruine des meilleurs
defenseurs du peuple.
1 parait que c'est chez le banquier hollandais Kokq , à
Passy , que se rendaient les principaux conjurés , Ronsin ,
Hebert , Vincent et Laumur ; que là , après avoir médité dans
l'ombre leur révolte criminelle et le moyen d'y parvenir , les
conspirateurs se livraient , dans l'espoir d'un succès complet ,
à des orgies poussées fort avant dans la nuit .
Il paraît que les conjurés s'étaient distribué chacun leur rôle .
On voit Ronsin parcourir de son autorité privée toutes les
maisons d'arrêt de Paris , avec l'un des sous-commandans ,
( 237 )
Mazuel ; on les voit faire des listes dans les mêmes prisons ,
contenant les noms de ceux des detenus qu'ils croyaient propres
à exécuter leurs infâmes complots .
" On voit Hébert et Vincent dénoncer tantôt les mauvais
citoyens , tantôt les courageux défenseurs du peuple , pour
égarer l'opinion publique , et confondre , dans une ruine commune
, la représentation nationale et tous les patriotes , comme
les auteurs de la disette des subsistances , tandis qu'il est prouvé
qu'eux seuls , de concert avec leurs complices , Ronsin et Mazuel
, tenaient dans l'inaction la plus coupable , une partie de
Farmée révolutionnaire ; on voit les mêmes conjurés et leurs
complices , Momero , Ducroquet , Laboureau , Ancard et Bours
geois , leur proposer de porter une main parricide sur ce qu'il
ya de plus sacré , sur les droits de l'homme , de les couvrir
d'un voile funebre ; on les voit enfin , dans tous les lieux
publics et particuliers , avilir la représentation nationale , en
calomniant les patriotes les plus énergiques ; oser même les
qualifier d'hommes usés ; propositions faites et suivies sous toutes
les formes par l'aristocratie ; on les voit enfin calomnier éga
lement et avec acharneinent criminel , sous tous les rapports,
les membres des comités de salut public et de sûreté générale,
et se permettre , en un mot , de demander le renouvellement
de la représentation nationale ne calcnlant que le desespoir
où ils auraient conduit le peuple , et méconnaissant sa veint
supérieure à tous les dangers , ils formaient l'espoir' sacrilege
de lui faire demander l'esclavage ; c'est à ce plan de conjuration
qu'il faut attribuer les manoeuvres employées par Ducroquet
, ses agens et ses complices , pour empêcher , par tous les
genres d'oppression , les approvisionnemens , soit en dépouil
lant les vendeurs , soit en arrachant des mains des acheteurs ,
soit en laissant corrompre une partie des denrées qu'il avait
induement saisies , soit en s'appropriant les autres .
3
Le systême d'affamer Paris , en écartant les approvisionnemens
de son enceinte , est suivi et exécuté par tous les
complices dans le même-tems , et des fonctionnaites publics
font les défenses les plus severes de laisser passer les provisions
destinées pour Paris , des arrêtés pris par diferentes com
munes , prononçant même des amendes contre quiconque ap
porterait des denrées à Paris , prouvent jusqu'à quel pointles
conjurés avaient porté ' excès des mesures qui pouvaient pr
parer et ameuer la crise effroyable qui devait reproduire le
despotisme et la tyrannie.
L'on voit aussi que le projet de Ronsin et de ses come
plices était moins de faire servir l'armée révolutionnaire pont
l'intérêt général de la République , que de la réserver pour
l'exécution de leurs affreux complots ; si , comme le disait
Ronsin lui même , il parvenait à porter l'armée ret lutionnaire
à cent mille hommes , au lieu de six ; plan d'une force armée
aussi considérable de la part de Ronsin et de ses complices,
Ce
( 258 )
qui manifestait hautement le desir d'être un Cromwel , ne fûl- ce
que pour vingt- quatre heures , démontre qu'il voulait , ainsi que
tous les usurpateurs , fonder sa domination sur les armes et
les crimes de tous les genres .
Aussi s'est - on apperçu bientôt des progrès rapides que
faisait chaque jour ce systême de disette factice , imaginé par
des conjurés pour arriver plutôt à l'exécution de leurs noirs
complots.
" Les conjurés, suivant avec la plus active perversité le cours
de leurs trames , en tiraient le parti le plus utile à leurs projets ,
tandis qu'ils agrissaient le peuple sur les besoins journaliers
ils en attribuaient la cause à ses représentans , contre lesquels
seuls ils dirigenient leurs coups.
*
Vincen : ' a pas craint de déclarer qu'il se proposait d'ha
biller des mannequins en représentans du peuple , et qu'il les
placerait dans les Tuileries , en appellant le peuple autour
de lui , et en disant : Voyez les beaux représentans que vous avez ;
ils vous prêchent la simplicité , et voilà comme ils se harnachent
projet qui tient évidemment au systême d'avilissement de la représentation
nationale , formé par Vincent et ses complices ,
suivant les vues des despotes coalisés .
par
" D'autres conjurés , les Deffieux , les Pereyra , les Proly ,
les Descombes , etc.
préparaient aussi de leur côté
l'avilissement de la représentation nationale , sa dissolution
et ne craignaient pas de publier leurs projets assassins , en
désignant les représentans du peuple , qu'ils se proposaient de
faire tomber sous leurs coups meurtriers .
4
7
Ces conjurés . commençaient par jetter les brandons de la
discorde entre les membres des deux sociétés populaires
réunies jusqu'à ce jour , pour écraser les traîtres et les despotes
et de - là , ils tenterent les mêmes manoeuvres dans d'autres
endroits , soit publics , soit particuliers ...
Dans le moment où ces conjurés formaient le projet de
la révolte criminelle contre la souveraineté du peuple et le
gouvernement révolutionnaire , leurs émissaires se répandaient
de toutes parts à Paris et dans les communes environnantes ,
pour exciter, par des placards incendiaires , la rébellion envers
la représentation nationale et les autorités constituées .
" De tous côtés , des pamphlets , des écrits distribués dans
les halles , marchés et autres endroits publics , provoquaient le
peuple au retour de la tyrannie , dont le rétablissement était
préparé par cette horde de conjurés , en demandant hautement
l'ouverture des prisons , pour renforcer le nombre de leurs
complices , arriver plus promptement et plus sûrement au massacre
des représentans du peuple : déja même tout indique que
de nouveaux instrumens de mort se préparaient . i
A certe fin , de fausses patrouilles devaient égorger les
citoyens de garde aux maisons d'arrêt . Le trésor public et la
maison de la monnaie devaient devenu la premiere proie des

( 139 )
conjurés et de leurs complices. Il est à remarquer que le mo
ment où celé conspiration a éclaté , et celui où la Convention
avait rendu un décret sévere contre les conspirateurs , et assu
rait leurs biens aux malheureux . C'est ainsi que les conspirateurs
, dont les forfaits devaient surpasser ceux mênies des
despotes coalisés contre le peuple Français , se proposaient de
rétablir la tyrannie , et anéantir , si jamais il eut êté possible ,
la liberté qu'ils n'avaient paru défendre que pour Passassiner
plus sûrement. C
.
D'après l'exposé ci - dessus , l'accusateur public a dresse
la présente accusation dontre Charles Philippe Rousin
Hébert , Momoro , Vincent , Laumur , Kok , Proly , Desfieux j
Anacharsis C'oots ; Pereira , Descombles , la femme Quetineau
, Armand , Ancard , Ducroquet , Leclerc , Mazuel ,
Laboureau , Dubuisson et Bourgeois , pour avoir conspiré
contre la liberté du peuple Français et la représentation nationale
; pour avoir tenté de renverser le gouvernement républivain
, pour y substituer un pouvoir monarchique ; pour avoir
ourdi le complot d'ouvrir les prisons , afin de livrer le peuple
et la représentation nationale à la fureur des scélérats détenus ;
pour avoir coincide entr'eux , à la même époque , dans les
moyens et le but de détruire la représentation nationale
d'anéantir le gouvernement , et livrer la République aux horreurs
de la guerre civile et de la servitude , par la diffamation ,
par la révolte , par la corruption des moeurs , par le renversement
des principes sociaux , et par la famine qu'ils voulaient
introduire dans Paris ; pour avoir suivi un systême de perfidie
qui tendait à tourner contre le peuple et le régime républicaiu ,
les moyens par lesquels le peuple s'est affanchi de la tyrannie.
En conséquence , l'accusateur public réquiet qu'il lui
soit donné acte de ladite accusation ; qu'il soit ordonué qu'à sa
diligence , et par un huiss er du tribunal porteur de l'ordonnancé
à intervenir lesdits Ronsin , Hebert , Momoro , Vincent ,
Laumur , Kok , Proly , Desfieux , Cloots , Pereyra , la femme
Quetineau , Ancard , Descombles , Ducroquet , Leclerc , Mazuel
, Laboureau , Dubuisson et Bourgeois seront arrêtés , pris
au corps et écroués sur les registres de la maison d'arrêt de la
Conciergerie où ils sont détenus , pour y rester comme en
maison de justice , comme aussi que ladite ordonnance sera
notilite tant aux accusés qu'à la municipalité de Paris .
Fait au cabinet de l'accusateur public , le 30 ventôse , l'an
deuxieme de la République Française , une et
Signe , A. Q. FOUQUIER.
20
439
Indivisible.cd
La lecture des charges et de l'interrogatoire des accusés
ont commence le primidi germinal , et l'instruction a été terminée
le 4 à midi.
Tous les accusés , à l'exception de J. B. Laboureau , ont été
déclarés , par le jury , convaincus d'etre auteurs ou complices
d'une conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple Fran(
240 )
çais , tendante à troubler l'Etat par une guerre civile en armant
les citoyens les uns contre les autres , et contre l'exercice de
l'autorité légitime , par suite de laquelle dans le courant de
ventôse dernier , des conjurés devaient dissoudre la représentation
nationale , assassiner ses membres et les patriotes , dé
truire le gouvernement républicain , s'emparer de la souveraineté
du peuple , et donner un tyian à l'Etat , ont été condamnés à la
peine de mort.
L. B. Laboureau , impliqué dans cette affaire , a été acquitté
et mis en liberté ..
La femme Quettinau s'étant déclarée enceinte , il a été prononcé
à son égard un sursis .
A trois heures après midi du même jour , les dix-huit comdamnés
ont été conduits au lieu de leur supplice , au milieu
d'une foule immense et des cris répétés de vive la République.
Hébert a été le dernier exécuté , et c'est le seul dont la tête ait
éte montrée au peuple .
NOUVELLES.
A
Nous avions renvoyé à ce numéro la lettre du représen
tant du peuple Lacombe Saint-Michel , écrite de Bastia le 4 pluviôse
, et qui contenait les détails d'une tentative infructueuse
faite par les Anglais dans le golfe Saint-Florent. Mais l'abendance
des matieres et l'importance des événemens qui se sont
succédés ne nous le permettent pas.
La carriere des grands événemens va s'ouvrir . Nous n'avons
point de nouvelles officielles des armés du Rhin et de la Moseile
, parce qu'il ne s'y est rien passé d'assez intéressant ,
mais les papiers étrangers prennent soin de nous instruire des
attaques journalieres de nos avant- postes , des avantages dont
elles sont la suite , et de la terreur que causent nos armes et
nos mouvemens sur le Rhin . L'armée de la Moselle rassemblée
sous Thionville paraît menacer à la fois le pays de Trêves et
le Luxembourg.
7 V
J

De nombreuses prises entrent tous les jours dans les ports
de Rochefort ; Cherbourg , Nantes et autres de la République .
On écrit de Port- Malo qu'on y aftend un grand nombre de
bâtimens de transport venant du Havre , de Cherbourg , de
Granville , de Nantes , etc. Deja l'embarquement de canous de
tout calibre , ainsi que de leurs caissons , s'effectue . Il est donc
question d'une grande expédition , pour laquelle plusieurs
bataillons sont requis , et brulent d'être employés.
od.
1
13 20
Le tal des prisonniers , dans le département de Paris , est
de 6629. 3 5
( No. 19. )
Ger !
MERCURE FRANÇAIS
DU
TRIDI 23 GERMINAL , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 12 avril 1794 , vieux style . }
POÉSIE.
PAR- FOUT
( Fable. )
AR - FOUT où l'on est plus de deux
On vit rarement sans querelle :
Tous les échellons d'une échelle
Prirent un jour dispute entre eux
Sur le rang et sur la naissance ; †
Le plus élevé prétendait
Avoir sur tous la préférence ;
Pour le prouver il , pérorait :
Entre nous , disait- il , il est trop de distance ;
D'ailleurs , chacun de nous , en sa placé arrêté ,
Ne détruit-il pas le systême
De cette belle égalité ; 29 1
Que condamne slas raison- même ?
Mais , dit l'un d'eux , nous sommes tous de bois ,
102
Et le hasard nous plaça tous
97 .
Je pense.
D'accord ; mais placés une fois ,
On a mis la prééminence usin
Le tems a consacré ce qu'a fait le hasard ,
Pour renverser l'ordre ordinaire
Vous êtes venus un pen tard ; -
Vils échellons ! apprenez à vous faite.y
Outré de ce discours qu'il ne soupçonnait pas ,
29 1:|:|:ཀ པ T 12
Un philosophe alors s'empara de l'échelle
Et la plaçant du haut en bas ,
Changea les raugs , et finit la querelle.
Tome VIII. T
( 290 )
CHARADE.
Mon premier , cher lecteur , te met trop vite au paɛj
Mais deviens mon second , et demeures tranquille ;
Et comme l'a bien dit certain docteur subtile ,
Compares à mon tout la vie et ses ébats.
NIGM E.
J.E suis une maison obscure et fort petite
Sans porte et fenêtres construite ;
Pour pouvoir éclairer ce petit logement ,
En deux pieces on le partage :
Par ce moyen , d'un seul appartement
སྱཱ ཙཱན་ རྡོ
On en fait deux fort clairs , de plain pied , sans étage ,
Commodément dans ce réduit
Logent trente - deux locataires
Avec leurs meubles nécessaires .
Du sexe masculin deux d'entr'eux font grand bruit
S'agitent fortement , et mettent tout en oeuvre
Pour faire exécuter aux autres la manoeuvre.
La troupe à ce signal matche avance en avant
Et ne revient dorénavant
01
Que quand est décidé le sort de la victoire.
Gela lui sert de peu , car de toute la gloire
Un vient en recueillir le fruit ,':
L'autre faisant mal ses affaires ...
Maudit souvent avec grand bruit
La maison et ses locataires .
2
LOGO GRIPHE.
7.101 sa liu; a posab
J'At le bec fin , et mon caquet perçant
ΑΙ
De bien des gens écorche les oreilles ;
Il est pourtant un lieu magique ' , ' intéressant ,
Où l'on me voit produire des merveilles
T
1
( 291 )
Je suis par fois un peu méchant ,
Mais aux seuls défauts m'attachant
C'est l'amour propre que je blesse .
Souvent Iris sur sés levies me presse ;
Enfin , de moi si l'on veut s'amuser ,
Chacun me donné un vif ét long baiser.
Jusqu'ici , tu le vois , je suis peu redoutable ;
Mais si ce soir tu m'entendais
*
Dans un lieu solitaire , ou dans un bois épais į
Je te ferais une frayeur du diable .
De mes sept pieds veux - tu voir le produit?
Tu trouverás l'obscur réduit
Où le repos et la paresse ,
Quelquefois le plaisir , plus souvent la douleur ,
Te retiennent sans cesse ;
Ce que tu veux trouver agréable et flatteur
Quand tu vas courir les campagnes
Un arbre verd habitant des montagnes ;
Ce qui souvent est dans les doigts
D'une soigneuse ménagère ;
Ce que
chérit le coeur d'un pere ;
Un terme de mépris que tu dis quelquefois ; h
Ce qui ne craint jamais d'être, attaqué par terrë
Un mot qui ne te sert qu'à supposer toujours '; "
Mais je finis , car si j'allais déplaire
Par moi tu punirais un ennuyeux discours .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 14.
f
Le mot de la Charade est Théâtre ; celui de l'Enigme est la Peinture;
celui du Logogriphe est Gendre , où se trouve cedre , erè , code
Encres
25
1
2104.1
113 ?
Trust :
Í t
login
1
( 292 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Recueil des actions héroïques et civiques des Républicains Français ;
présenté à la Convention nationale au nom de son comité d'instruction
publique ; par Léonard Bourdon , député par le département
du Loiret . Imprimé par ordre de la Convention nationale. A Paris ,
de l'imprimerie nationale , l'an IIe.
UNN philosophe à qui l'on demandait quel serait le livre de
l'antiquité qu'il voudrait conserver , s'il n'en pouvait sauver
qu'un seul , répondit sans hésiter : Les hommes illustres de Plutarque
. C'est en effet l'ouvrage le plus propre à former de
bons citoyens , soit pour la vie publique , soit pour la vie
privée. Les hommes y sont peints par leurs actious , et loués
par leurs vertus. C'est dans des vues encore plus grandes et
plus utiles qu'a été conçu le plan du Recueil des actions heroiques
et civiques des Républicains Français . Le moderne Plutarque
a senti que des traits bien choisis étaient les meilleurs traités
de morale patriotique ; il en a banni les réflexions oisives ,
il a vivifie en quelque sorte son ouvrage , où toutes les vertus
sont mises en action pour donner à la jeunesse des exemples
imposans et des leçons énergiques.
Voici la marche , dit L. B. , que nous avons suivie. Chaque
numéro contiendra d'abord un récit des premiers événemens
de la révolation ; les différens traits d'héroïsme et de civisme
seront variés de maniere à éviter l'uniformité : tantôt ce sera
un trait de désinteressement ; une action héroïque lui succédera
; et sera suivie d'un sentiment de piété filiale . Les actions
vertueuses des corps , des individus , des femmes , des enfans ,
tracées successivement , fourniront un nouveau moyen de
varier les récits.
C
En effet , ces annales de toutes les vertus patriotiques pré-
Bentent , dans leur ensemble , tant d'avantage pour l'éducation
publique , que la Convention nationale a décrété , le 10 nivôse ,
que les numéros du Recueil des actions héroïques et civiques des
Républicains Français seront envoyés en placards et en cahiers
aux municipalités , aux armées , aux sociétés populaires et à
toutes les écoles de la République ; qu'ils seront lus publiquement
les jours de décade , et que les instituteurs seront
tenus de les faire lire à leurs élevés .
Il est évident , comme l'observe le rédacteur , que l'intention
de la Convention nationale , en décrétant l'envoi de ce
recueil à toutes les écoles de la République , a été de donner
à tous les jeunes citoyens un livre élémentaire de morale qui ,
substitué aux catéchismes , aux livres bleus dont on obscur.
( 293 )
cissait leur imagination , et avec les secours desquels on les
préparait à l'esclavage , en les éloignant de la vérité , pût leur
inspirer une généreuse émulation , et les enflammer du desir
d'imiter les vertus des fondateurs de la République .
Les instituteurs rendront ce recueil encore plus utile à leurs
éleves , si en le leur faisant lire ils leur donnent quelques explications
, soit sur la signification des mots , soit sur la position
des lieux , et s'ils les mettent à portée de discourir entre eux
sur le dégré d'estime que chacun croira devoir accorder à
chaque trait .
Aucuns des traits cités dans ce répertoire ne sont à négliger
; mais ne pouvant tous les rapporter , qu'il nous soit permis
du moins d'enrichir notre journal de plusieurs de ces
faits mémorables , qui serviront en même tems à faire connaître
le bon esprit , le choix excellent et le style pur et animé de
l'annaliste patriote . Voici comme il s'exprime :
20 frimaire , l'an second. Deux voitures de fourrage destinées
pour l'armée du Rhin , sont arrêtées à Saussure , district
de Remiremont , département des Vosges , par le manque de
chevaux . Seize braves sans- culottes , la plupart peres de famille ,
abandonnent leurs travaux et se présentent pour y suppléer.
Huit d'entre eux s'attelent à chacune des deux voitures . Ni
la difficulté des chemins presqu'entierement rompus , ni les
rochers qu'il faut gravir , ni la pluie qui ne cesse de tomber ,
ne peuvent arrêter leur marche ; ils conduisent les deux cha- *
riots , dans l'espace de quatre jours , à Colmar , distant de
vingt-deux lieues de Saussure. Les représentans du peuple ,
délégués dans le département , vont au-devant de ces braves
Républicains , les serrent dans leurs bras , et veulent leur faire
recevoir la juste indemnité de leur travail . Ga ne se paie pas
répondent- ils unanimement ; nos fils versent leur sang à la frontiere
, ne sommes- nous pas trop heureux de travailler en même tems
pour eux et pour la République ? Les noms de ces hommes libres
recueilleront les hommages de la postérité.
·
Premiere voiture : Nicolas Romari , Adam-Jean - Nicolas et
Jean -Baptiste-Dominique Lambert , Joseph Laharte le vieux ,
Joseph-Jean Laharte le jeune , Bernard-Trichelieu , Jean - Nicolas
Laharte et Jean-Nicolas Noël. Seconde voiture : Nicolas Antoine ,
Joseph et François Mathieu , Nicolas Guérin et Sébastien
Grandemange , François et Martin Lambert. 1
1
10 brumaire , l'an second . Dandurand , du département du
Cantal , maréchal-des -logis du quatorzieme régiment de chasseurs
, reçoit , dans une seule affaire à la Vendée , trente- un
coups de feu et douze coups de sabre il tombe entre les'
mains des rebelles . Répete avec nous , s'écrient les brigands
vive Louis XVII , ou bien la mort.... Vive la République ! répond
avec vivacité Dandurand.
T3
( 294 )
L'énergie de ce héros étonne les brigands ; il recueille toutes
ses forces , et le sabre à la main il se fait jour au milieu d'eux
et parvient à échapper à leur rage . ,,

16 brumaire , l'an second . Un colonel de hussards marchait
à la découverte à la tête d'un escadron ; il rencontre un corps
de cavalerie supérieur en nombre . L'Autrichien qui commande
ce corps s'avance en criant aux Français : Allons , enfans de la
patrie , le jour de gloire est arrivé . Etonné d'entendre ces mots
sacrés dans la bouche d'un esclave , le colonel s'arrête . Tu as
donc peur , enfant de la patrie ? dit le chef ennemi ; tu n'oses
avancer ! Le Français fremit d'indignation : pour toute réponse
il pique des deux , ajuste l'insolent Autrichien , et lui fait
mordre la poussiere . "
2
6 octobre 1789. Le régiment ci-devant Royal - Cravates
cavalerie , était en quartier à Melyn vers la fin de 1789 ; sa
bonne conduite , son exacte discipline et son zelę à protéger
le transport des subsistances lui avaient assuré l'estime et la
reconnaissance de tous les citoyens , Dans une assemblée gé,
nérale il fut arrêté qu'on députerait six commissaires vers ces
braves militaires , pour leur remettre une expédition de l'acte
qui contenait le récit de leurs services . Les commissaires
étaient chargés en même tems de leur delivrer une somme
d'argent au nom de tous les citoyens , comme un témoignage
de la gratitude publique et une indemnité des fatigues qu'ils
avaient essuyées ,
:
Un brigadier sort des rangst Nous remercions la ville des
marques qu'elle veut bien nous donner de sa reconnaissance ; la nation
nous paie pour faire son service si vous êtes contens de notre
conduite et de notre zele , nous sommes trop heureux ; nous n'avons
fait que ce que nous devions faire ; nous ne pouvons accepter vos
dons : je parle au nom de tous mes camarades ,
99 Les commissaires insistent : Puisque vous l'exigez absolument,
reprend le brigadier , nous les acceptons ; mais veuillez engager le
maire à venir au quartier à l'heure de la parade , nous lui remèttrons
cette somme , et il voudra bien en disposer en faveur des
indigens,
Le maire se rend au voeu de ces généreux militaires ; il
est chargé de la distribution ,,,
20 septembre 1792. La ville de Thionville était assiégée
depuis plusieurs mois ; la garnison affaiblie était hors d'état
de soutenir un assaut. Le commandant veut adresser des ordres
à Metz , pour obtenir un renfort ; mais les troupes autrichiennes
entourent la place de toutes parts ! mais toutes les
issues sont occupées ! Qui osera tenter le passage ? qui pourra
le faire avec succès ? Trois hussards se présentent. Ce sont
eux qui s'ouvriront un chemin au travers des rangs ennemis ;
( 295 )
2
ee sont eux qui porteront à Metz la nouvelle de la détresse
dans laquelle est Thionville . Les portes de la ville sont ouvertes
; les hussards sortent au grand galop . Une sentinelle
tire sur eux , les manque et est tuée. Ils passent au travers
de plusieurs postes sans être blessés . Ils tombent dans une
embuscade , ils la franchissent à travers mille coups de fusil
et de sabre ; ils arrivent à Metz couverts de gloire et de blessures
. Les ordres sont remis , fidellement exécutés , et les
Autrichiens sont forcés de lever honteusement le siége .
12 septembre 1792. Une patrouille de huit dragons du
troisieme régiment , commandée par le brigadier Coquillen , se
porte à Languyes près Beaumont. A peine sortis de cette commune
et arrivés sur la hauteur , ils apperçoivent cinq hussards
hongrois escortant un troupeau de moutons et trois chevaux
qu'ils avaient volés ; nos dragons fondent sur ces brigands , et
les forcent d'abandonner leur proie . Ils se disposent à la conduire
vers Gaudrieux où leur corps est en cantonnement ,
lorsqu'ils découvrent de loin quarante autres esclaves du régiment
de Beru qui courent à leur poursuite . A la vue d'un
parti si supérieur en force , la prudence semblait commander
la retraite mais des Français fuir devant des Autrichiens !
abandonner leur conquête ! mais des Français céder au nombre !
Coquillon qui a déja éprouvé la bravoure de ses compagnons ,
Coquillon qui voit leur, bonne contenance , les dispose en
tirailleurs . Fier de sa supériorité , l'ennemi s'avance à grands
pas . Les dragons serrés se précipitent comme l'éclair ; leurs
chevaux touchent à peine la terre ; ils enfoncent les Autri❤
chiens ; ils mettent le désordre dans leur troupe : la victoire
n'est pas long- tems incertaine ; plusieurs esclaves mordent la
poussiere , les autres fuient à toute bride ; les huit vainqueurs
les poursuivent , et dédaignent de faire des prisonniers . Ils
étaient parvenus aux avant-postes autrichiens , lorsque Coquillon
, aussi prudent que brave , sonne la retraite , et les
ramene à leurs moutons,
1792. Deux régimens Français étaient prêts à en venir
aux mains l'un contre l'autre ils étaient en présence . Après
avoir employé les motifs les plus touchans pour désarmer ces
furieux , le maire d'Aix voyant que ses paroles sont inutiles ,
se précipite au milieu d'eux : Citoyens , tirez sur moi , foulezmoi
aux pieds , et sauvez - moi l'horreur de voir mes amis et mes
freres s'entr'égorger sous mes yeux , Le dévouement héroïque du
magistrat du peuple désarma des citoyens. égarés , ils oublie
rent leurs querelles dans des embrassemens mutuels . ››
Brumaire , l'an second . Le second bataillon du Tarn , fameux
dans l'armée des Pyrénées occidentales , est commandé
pour aller attaquer une redoute espagnole : Leyraç , et Liberté
T
4
( 296 )
Barrau son épouse , tous deux grenadiers , marchent à l'ena
nemi à côté l'un de l'autre . Le frere de Liberté Barrau est
aussi dans les rangs ; le combat s'engage , l'artillerie tonne
de toutes parts . Barrau voit expirer son frere ; elle reste à
son poste . Leyrac , son époux chéri , tombe auprès d'elle , la
poitrine percée d'une balle . La vertu républicaine triomphe
de l'amour comme elle venait de triompher de la nature .
Barrau presse sa marche , elle entre la troisieme dans les retranchemens
, et la redoute ést emportée . Dix - neuf cartouches
qu'on lui avait remises avant le combat sont épuisées ; elle
s'empare de la giberne d'un ennemi qu'elle venait d'abattre à
ses pieds , et poursuit , avec ses camarades , les Espagnols
fuyant de toutes parts devant les troupes de la République.
Enfin le bataillon s'arrête et le champ de bataille ne retentit
plus que des cris de victoire vive la République ! Alors Liberté
Barrau retourne auprès de son époux , bande sa plaie , le
dans ses bras , et le porte , avec ses freres d'armes , presse
l'hospice militaire : là , en lui prodiguant les soins de la tendresse
conjugale , elle prouve qu'elle n'a pas renoncé aux
vertus de son sexe , quoiqu'elle ait déployé toutes celles qui
ne semblent devoir être l'apapage que de l'autre. »
à
Février 1793 ( v. s . ) . Olivier Brosselin , habitant de Quimperle
, avait à peine atteint sa dix - huitieme aunée en 1790 .
A la voix de la patrie en danger , il s'enrôle avec un de ses
freres parmi les nombreux défenseurs que le Finistere a fourni
pour la défense de la liberté . Grenadiers au 2. bataillon de
ce département , l'un et l'autre se sont montrés les dignes
enfans d'un pere qui , après avoir servi honorablement pendant
une longue carriere dans les armées françaises , n'a cessé
de donner , dès l'origne de notre sainte révolution , les
preuves du civisme le plus soutenu ; l'un et l'autre ont su se
faire distinguer au milieu d'une troupe de héros , qui ont
presque toujours obtenu l'honneur de combattre dans les premiers
rangs de l'armée du Nord .
,, Après l'affaire de Wissemberg , Olivier , couvert de blessurés
, reste parmi les moits ; fait prisonnier , il essuie les
mauvais traitemens , les insultes et les menaces que nos lâches
ennemis , au mépris des droits les plus sacrés de l'humanité ,
permettent aux vils apostats de la France d'exercer contre
les républicains que les hasards de la guerre foot tomber en
leur pouvoir. Vingt fois il voit , sans s'ébranler , les apprêts
du supplice ; enfin , au bout de neuf mois , il parvient à
s'échapper. Pendant quinze jours il erre à l'aventure ; il traverse
des forêts immenses , presque nu , sans bas , sans souliers
, saus argent , sans provisions ; il passe Wirtemberg ,
- Basle , Huningue , et enfin excédé de fatigues , épuisé par la
faim et par le ressentiment de ses blessures , il arrive à Nancy ,
où le 58. régiment , ci - devant Rouerguele reçoit à bras
| 297 )
1
:
ouverts. Son premier cri , en mettant le pied sur le territoire
français , fut Vive la République ! Vive la Montagne ! L'usaga
de son bras droit restait à Olivier ; il rejoint son bataillon ,
et lui déclare l'intention où il est de reprendre son service . "
Novembre 1792 ( v. s . ) . « Le jour de la prise de Spire , le
itoyen Guye étaut d'ordonnance auprès du général , est
chargé de s'assurer si la seconde porte de la ville était ouverte ,
avec ordre , dans ce cas , d'y pénétrer , pour y reconnaître la
situation de l'ennemi . Guye part , franchit la porte , traversé
plusieurs rues sans rencontrer personne arrivé sur la place
où les ennemis s'étaient rangés en bataille , il crie à leurs
chefs de mettre bas les armes . Au même instant il reçoit trois
balles dans ses habits ; son cheval percé de coups s'abat sous
lui . Deux croates le croyant hors de combat , fondent sur lui
pour le dépouiller ; Guye parvient à se dégager , tue l'un et
l'autre avec ses pistolets , et gagne une rue détournée où il
combattait encore , lorsque nos troupes s'emparerent de la
ville . Personne ne conteste à Guye l'honneur d'y être entré
le premier . ,
27 brumaire , l'an second . ‹ Pierre Chassot , chasseur au
17. régiment , faisait patrouille dans les environs de Saint-
Quentin . Il apperçoit cinq hulaus qui emmenaient cinq prisonniers
liés et garottés ; Chassot oublie qu'il est seul , et
'écoutant que son courage , il fond avec la rapidité de l'éclair
sur les brigands , les charge avee tant de vigueur et d'adresse ,
qu'il parvient à les mettre en désordre et à leur arracher leur
proie. Cependant , encore en présence de l'ennemi , il s'ap
perçoit qu'il a laissé tomber la baguette de l'un de ses pistolets
; il met pied à terre , la ramasse , remonte à cheval ,
impose tellement aux esclaves par sa hardiesse et sou sangfroid
, que ceux- ci , au lieu de profiter de l'avantage qu'il leur
avait donné sur lui , ne pensent qu'à fuir . Chassot ramene en
triomphe les cinq prisonniers dont il a brisé les fers . "
et
27 mai 1793 ( v. s . ) . Un dragon du 5e . régiment de l'armée
du Nord , avait fui devant l'ennemi ; son pere répond à une
lettre dans laquelle il lui demandait de l'argent : J'avais économisé
50 liv. que je te destinais ; j'apprends ton infâme conduite
dans la plaine de Mons . Oublie que tu avais un pere ......... Mon
fusil est chargé , lâche ! et si jamais tu approches de ma maison ,
la terre de la liberté sera purgée d'un traître. "
29 mars 1792 ( v. s. ). Un faire dueanton de Brives
département de la Correze , pour donner l'exemple aux jeunes
gens de sa commune , quitte son écharpe et s'enrôle . Son pere ,
son épouse veulent le retenir : Serions- nous done , répond le maire,
moins braves que nos ennemis ? Les aristocrates out quitté femme ,
( 298 )
enfans , héritages pour combattre contre la liberté ; je pars , moi .
pour la défendre.
13 novembre 1792 ( v . s . ) . Des émigrés accablaient de
mauvais traitemens un de nos hussards , qui , après avoir été
blessé , était tombé entre leurs mains ils le menaçaient de
lui faire subir le plus cruel supplice . J'ai soif , dit froidement
le hussard , qu'on me donne à boire . On lui présente de l'eau ;
il jette le vase à ses pieds , en disant : C'est du vin qu'il me
faut , je ne suis pas accoutumé à boire de l'eau. Malheureux ,
lui cria- t on , tu seras pendu. Le prisonnier jette un regard de
mépris sur celui qui venait de proférer ces paroles atroces :
Fil esclave , pense- tu intimider un homme libre ? Apprends qu'il y
a six millions de républicains en France , prêts à périr pour l'arracher
la vie et celle de tes infames compagnons ...... Voilà ma poitrine.....
frappe..... ma mort ne restera pas sans vengeance . "
4 juin 1791 ( v . s . ) . Thénard était en patrouille avec sept
de ses camarades attaqués par 50 Autrichiens , ils tiennent
ferme ; sept sont couchés par terre ; Thénard reste senl :
Rends- toi , ou tu es mort , dit un hulan ; vivre libre ou mourir ,
répond Thénard , en lui brûlant la cervelle ; mais aussi -tôt il
tombe lui-même percé de coups . ››
28 juin 1793 ( v. 3. ). Amand Sailland , à la fleur de son
âge , entre dans l'un des bataillons de l'Orne : l'amour de
la liberté et le desir d'exterminer les rebelles de la Vendée ,
le font distinguer au milieu de ses freres d'armes . Dans la
malheureuse affaire de Machecoul , une balle l'atteint pres de
Ja tempe gauche , et traverse sa tête il perd la vue. Ses camarades
volent à son secours ; ils veulent le tirer de la mêlée
et le porter à l'hôpital : Mes amis , laissez- moi , retournez à vos
postes je suis encore en état de me défendre ; si l'ennemi s'approche ,
je ne le verrai pas , mais je l'entendrai..
99
Ses mains pressées sur les deux ouvertures de ses plaies ,.
empêchent son sang de couler , et il reste sur le champ du
combat. Bientôt il est atteint de deux autres blessures , l'une
à la cuisse , l'autre à l'épaule.
,, Dans cet état affreux , il tombe entre les mains des brigands
son courage et sa constance redoublent la rage de
ces tigres ; meurtri de coups de crosse , sans traitement , sans
nourriture , il reste quatre jours entiers exposé aux injures
de l'air et baigué dans son sang."
,, Enfin , l'un de ses impagnons d'infortune , l'aide chirurgien
du bataillon vient à son secours . On le transporte
dans un hospice , où il reçoit les secours et les traitemens
que son état exige . Trois mois après , ses blessures étaient fermées
; il commençait à se rétablir ; il apprend que les troupes
1
( 299 )
1
de la République ont mis les rebelles en déroute , Ivre de
joie , il sort de son lit à tâtons ; il s'esquive de l'hôpital ; il
marche seul et presque nud ; il arrive à plus d'un quart de
lieue de la ville ; il rejoint ses compagnons ; il se précipite
dans leurs bras ; en criant : Mes amis , je ne regrette plus mes
yeux , puisque la Republique est triomphante. "
La Convention nationale a accordé à ce jeune héros le
brevet de capitaine , et 2400 liv . de pension . "
11 novembre 1791 ( v . s . ) . Lors de l'exécrable affaire de
Nancy , 22 soldats du régiment de Château- Vieux sont condamués
à expier dans les supplices l'honorable résistance
qu'ils avaient voulu opposer aux desseins perfides de Bouillé.
Ces infortunées victimes du royalisme marchaient à leur derniere
heure à travers une rue étroite ; l'un d'eux profite d'un
moment de presse , et se glisse furtivement dans une allée ,
( cette allée conduisait au logement de celle qu'il aimait ) .
" Les 21 victimes reçoivent le coup mortel ; on cherche
de toutes parts celle qui manquait à ce massacre. Toutes les
maisons de la ville sont visitées ; et les bourreaux , fatigués de
perquisitions inutiles , gémissent en pensant qu'un infortuné
s'est soustrait à leur rage.
» Au fond d'un grenier disposé pour former des magasins
de toile , est un réduit obscur et secret : c'est- là que la
jeune Elise a caché Philippe ; c'est-là qu'elle l'a mis à l'abri
de la rage de Bouillé ; c'est-là qu'elle le nourrit pendant trois
mois à l'insçu de ses parens mêmes qui habitaient la même
maison.
8.
" La. nouvelle du carnage de Nancy et de l'horrible exécution
des Suisses s'était promptement répandue dans tous
les cantons ; elle y avait porté la désolation dans toutes les
familles des infortunés soldats de Château-Vieux . Le pere de
l'un d'eux , un riche fermier des envirous de Basle , ne rece
vant plus de nouvelles de son fils , entreprend le voyage
de Nancy . I entre en frémissant dans cette ville désolée ; il
interroge tous ceux qu'il rencontre , et il craint leur réponse .
Tous partagent ses peines ; personne ne peut l'instruire ; enfin
il découvre un soldat du régiment , qui lui dit : Ton fils
bon vieillard , w'a point peri avec nos infortunes camarades ; j'ignore
son sort , mais il allait souvent dans une maison ici près , je
te l'indiquerai . Rassures - toi , peut - être sauras - tu là ce qu'est devenu
ton Philippe. Le pere court à la maison indiquée , la fille du
logis se présente à lui ; Qu'est devenu Philippe ? …..... Craignant
de trahir son amant , la jeune fille assure qu'elle ne peut
l'en instruire ; cependant elle invite le vieillard à se reposer
un moment ( ses parens étaient hors du logis ) , Le vieillard
éploré lui parle de sa famille , du nombre de ses enfans , de
la profession de chacun d'entr'eux ; il lui parle sur - tout de
( 300 ).
; Philippe il lui raconte mille petits détails qu'elle a entendus
elle-même plusieurs fois de la bouche de Philippe . Avec quel
intérêt elle l'écoute ! ..... avec quelle attention ses yeux fixés
sur les levres de l'étranger , en suivent les mouvemens rapides ! ...
Vingt fois la sensibilite entr'ouvre sa bouche pour rassurer un
pere éploré........ et chaque fois l'amour que tout allarme ,
arrête ses paroles prêtes à s'échapper : cependant elle console
le vieillard ; et sans compromettre la sûreté de ce qu'elle
aime , elle laisse pénétrer dans le coeur d'un pere quelques
rayons d'espérance ; elle lui promet de faire elle-même des
recherches , et l'invité à repasser dans une heure .
A peine il est sorti , qu'Elise vole au grenier elle dépeint
à son ami la taille , la figure , l'âge de l'étranger ; elle
lai raconte mot pour mot tout ce qu'il lui a raconté . Ah !
c'est mon pere ! ..... Pourquoi as - tu differé le bonheur que j'aurai
de le voir ? Va , cours au- devant de lui .

Le bon Suisse devance l'heure qui lui avait été assignée ;
il est déja de retour .... Elise le conduit à l'asyle de son fils .
ils sont dans les bras l'un de l'autre aussi - tôt les yeux
baignés des douces larmes de la tendresse paternelle et de la
reconnaissance , le bon pere prend la main d'Elise et la place
dans celle de son fils : Mes enfans , mes bons enfans , que le
ciel bénisse votre union , soyez l'appui de ma vieillesse . Les parens
d'Elise sont instruits du dépôt qu'elle avait gardé avec
tant de discrétion ; ils consentent à son mariage avec Philippe
peu de jours après ce couple vertueux s'échappe , à la
faveur de la nuit , d'une ville où les bourreaux de Château-
Vieux étaient encore tout - puissans.1994
ANNON CL .
Le primidi 21 germinal on a mis en vente , rue des Poitevins ,
no. 18 , la cinquante - septième livraison de l'Encyclopédie , par
ordre de matieres . Cette livraison est composée du tome Ve .
2. partie de la Médecine ; du tome V. , 2. partie de l'Histoire
; et de la 15e . partie des planches de l'histoire naturelle ,
fermant la 5. partie de la Botanique par Lamarck .
Le prix de cette livraison est de 39 liv. en feuilles , et de
40 liv . 10 sols broché .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
On
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 28 mars 1794.
N commence enfin à voir clair dans les projets de l'impératrice
de Russie . Fiere , ou pour mieux dire satisfaite de
ses succès dans la Pologne , succès faciles pour le dire en
passant , elle renouvelle ses vues sur le territoire occupé par
les Turcs en Europe . Elle a fait rassembler deux armées nombreuses
sur les frontieres de la Turquie , dont au premier
ordre l'une peut entrer dans la Moldavie , et l'autre dans
la Valachie ses flottes sont disposées de la même maniere ;
l'une , équipée dans les ports de la Crimée , est destinée à
attaquer Constantinople du côté de la mer Noire ; l'autre , qui
se trouve dans les ports de Cronstadt et de Revel , doit se
rendre dans l'Archipel pour y répandre la terreur des armes
russes et peut être de concert avec le fameux pacha de
Scutari.
Mais pour mieux se garantir le succès , Catherine II fait
toutes les dispositions qui pourront lui assurer , non pas la
neutralité , mais la nullité de la Pologne. Elle y parviendra par
un moyen bien simple , la réduction de l'armée polonaise , qui
ne consistera plus qu'en 15,449 combattans. Le surplus de
l'armée licenciée est engagé par tous les moyens possibles,,
soit de séduction , soit de force , à grossir celle des Russes
que l'on se propose de conduire incessamment sur le territoire
des Turcs . Ces derniers s'en doutent , et ne mettent plus
à ce qui les intéresse uue négligence qui les avait rendus la
fable de l'Europe. Ils savent prendre et prennent en effet les
moyens de défense convenable ; par un exemple , un firman du
grand - seigneur vient d'ordonner au gouverneur de Choczim
d'approvisionner sa place , et de la mettre en état de résister
aux Russes en cas d'une attaque imprévue . ,
Dix mille Prussiens vont camper dans les environs de Varsovie
, peut-être pour seconder les vues de l'impératrice , et
pour prendre aussi possession , au nom de leur maître , de
quelques nouvelles parties de cette malheureuse république ,
dont il ne res e plus que l'ombre , à l'aspect de laquelle les
états voisins doivent trembler que le même sort ne
attende.
les
Ce qui confirme ces craintes , c'est que la cour de Berlin
1
( 302 )
vient d'établir à Thorn une douane sur la Vistule : les mare
chandises et productions , tant de la Pologne qué de la Prussé
méridionale , qui arriveront par ce fleuve , seront soumises à
un droit. On suppose que cet établissement n'a pas été fait à
l'insu de la cour de Petersbourg ; ce qui donne lieu à de
grandes conjectures sur les liaisons qui regnent entre le roi
de Prusse et l'impératrice de Russie .
Au reste , chacune des deux principales puissances , qui
va figurer dans la guerre prochaine , a ses inquiétudes parti
culieres. Tandis que la Porte Ottomane est en alarmes sur
les mouvemens qu'excite dans l'Arabie un nouveau réformateur
, qui ne parle de rien moins que de détruire le Mahométisme
, le cabinet de Pétersbourg et même celui de Londres
redoutent la neutralité armée de la Suede et du Danemack qui
se préparent en effet à la faire respecter , en mettant en mer
un nombre de vaisseaux suffisans et bien armés , et qui pourraient
tenter une diversion en faveur du Turc . Ces cours ,
jalouses et inquietes , ne doivent s'en prendre qu'à elles - mêmes .
de cette mesure : elle a été provoquée sur-tout par les ordres
que les Anglais se sont permis de donner à leurs corsaires ,
ordres desavoués jusqu'ici par le droit des gens qui voulait
et vent encore , car les principes de l'éternelle justice sont impérissables
, qu'on respectât le pavillon neutre , auquel il était
permis d'exporter toutes sortes de munitions , à moins qu'elles
ne fussent de guerre , et par conséquent propres à donner à
l'une de ces puissances ennemies la possibilité de continuer
la guerre .

A
Ces deux cours feront bien de s'opposer aux progrès de
la Russie , car la trop fameuse Catherine a pendant le cours
de son regne ajouté dix mille lieues carrées au vaste empire
de la Russie. Cette augmentation égale , à peu de chose près ,
toute l'étendue de l'empire d'Allemagne. Elle arracha en 1772
et 1793 six mille lieues carrées à la malheureuse Pologne , et
la Crimée , le Cuban et le district d'Oczakow forment une
étendue de quatre mille lieues susdites . Cependant il faut
avouer que ces possessions ont besoin d'être vivifices par le
commerce , et que pour en tirer tout le parti possible il faut
que les vaisseaux russes afent le libre passage , par le canal
près de Constantinople , de la mer Noire dans la Mediterrano .
C'est à se procurer ce dernier avantage qui couronnera tous
les autres , que la Russie va travailler.
ས་
12 1034
Il lui faut pour cela de l'argent et de l'artillerie . Pour remplir
le premier article , on dit qu'elle va négocier des emprunts
en Hollande et en Saxe . D'ailleurs , le comte d'Igelstrom a
remis à la grande commission chargée de la liquidation' une
note par laquelle il demande que la somme d'un million et
de quelques cents mille roubles déposés chez les ci devant
banquiefs Tepper et compagnie par la cour de Petersbourg ,
et destinée à la solde des troupes russes lui soit payee de
( 303 )
préférence à tous les autres créanciers de ladite maisen de
banque . Ce ministre fonde sa demande sur ce que beaucoup
d'effets et meubles des banquiers Tepper ont déja été vendus ,
et que la somme qu'il réclame était un simple dépôt dont on
n'a jamais exigé le moindre intérêt .
Il est plus qu'apparent , pour ne pas dire décidé , que la
majeure partie de l'artillerie qui se trouve dans l'arsenal
de cette ville sera vendue à l'impératrice Catherine .
De Francfort-sur - le-Mein , le 3 avril.
L'ouverture de la campagne approche ; elle peut même à
quelques égards passer pour commencée , puisqu'il y a déja
eu plusieurs affaires d'avant- postes assez considérables ; et
pourtant les armées des puissances coalisées ne sont pas suffi
samment en mesure , c'est-à - dire en nombre ; car il faut beaucoup
de troupes , et de bonnes , pour arrêter ou même ralentir
la marche des Républicains .
Cependant l'empereur croit ou feint de croire qu'il suppléera
par les secours du ciel à ce manque d'hommes trop
bien senti . Des prieres publiques pour le succès de ses armes
se font par ses ordres dans toutes les églises de Vienne . Cette
dévotion , propre à soutenir ou à abattre au contraire le courage
des peuples , suivant les divers dégrés de lumieres repandus
dans le public , ne s'est gueres emparée de sa jeune majesté
impériale , que depuis l'espece de rupture survenue entre l'Auriche
et la Prusse relativement aux troupes à fournir par cette
derniere , que Frédéric- Guillaume ne refuse pas , mais qu'il ne
vent point-du-tout entretenir à ses dépens ..
Ces troupes feraient pourtant bien faute à la coalition si
elles venaient à lui manquer ; car alors le roi de Prusse ne
serait obligé de fournir que son contingent de 15,000 hommes ,
et l'on sent quelle prodigieuse différence il en résulterait pour
les armées du Rhin , où jusqu'ici les troupes prussiennes ont
presque tout fait..
Ou s'accorde néanmoins à dire aujourd'hui que cette retraite
du roi de Prusse se réalise , et que ses ministres ont annoncé
officiellement aux cercles intéressés qu'il ne resterait plus à
la disposition du prince de Cobourg que les 20,000 hommes
de contingent commandés par le comte de Kalkreuth : en attendant
l'effet des vives instances des cercles auprès du roi pour
le faire changer d'avis , l'avant-garde de l'armée prussienne ,
disent des lettres du 28 mars , a ordre de se mettre en marche
le 29 de ce mois ; et le feld- maréchal de Mollendorf-a envoyé
des officiers à Cologne pour préparer les quartiers de canton
nement entre Cologne et Bonn pour une armée de cinquantequatre
mille hommes . On dit même que S. M. prussienne se
rendra vers la fin de ce mois à Cologne .
Qu apprend de Manheim que le général major de Hotze a
pris le commandement des troupes autrichiennes qui s'y trou
( 304 )
---
vaient à la place du général Kospoth qui se rend dans le
Brisgaw . On tire en général plus de parti qu'on n'avait
espéré du cercle de Souabe. Il part que les préparatifs de défense
Y continuent avec le meilleur succès , et qu'il regne la
plus grande activité dans les fonderies de canon établies à
Gemununn. On forme aussi de grands magasins à Pfortzheim
qui semblent destinés à servir de rendez vous aux troupes
autrichiennes d'infanterie et de cavalerie par lesquelles les
régimens seront portés au complet.
De leur côté , les Français ne s'endorment pas ; quoiqu'ils
aient transporté à Landau les magasins qu'ils avaient à Spire ,
ils occupent cependant toujours le poste avancé qu'ils avaient
à Germesheim , et d'où , au moyen d'une écluse établie sur la
Queich , ils peuvent inonder tout le pays .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
-
Suivant des lettres de Bruxelles , le maréchal de Cobourg
a établi son quartier général à Raismes , et le comte de
Clairfayt vient de transporter le sien de Tournay dans le voisinage
de Lille. La petite guerre entre les avant - postes , pre-
Jude des grandes opérations , annonce assez quelle vigueur on
'mettra. C'est en partie pour animer les officiers par l'espoir
des récompenses , et pour acquitter celles qui sont déja dues ,
que l'on a tenu depuis peu un chapitre de l'ordre de Marie-
Therese à Valenciennes , où l'on a désigne ceux qui seront
admis à porter la croix de cet ordre . - Il n'est pas jusqu'aux
bourgeois auxquels on veut faire partager cette émulation : ils
monteront la garde dans cette résidence , tous habillés en uniformes
qu'ils se procurent à leurs dépens . Leur service milifaire
commencera aussi - tôt après le départ des troupes ham
bourgeoises , qui n'attendent pour se mettre en route que
d'étre habillées à l'autrichienne : elles seront bientôt jointes
par 6000 Hanovriens , auxquels on préparait des logemens le
19. et que renforceront 5000 hommes de cavalerie venant de
la Bohême. On a suspendu les préparatifs pour la cérémonie
de l'inauguration de l'empereur en qualité de duc de Brabant ;
et l'archiduc Charles , après avoir reçu le 15 un courier du
prince Cobourg , être allé à Ath d'où il est revenu le 16 sur
les dix heures du soir , et est reparti brusquement dans la nuit
du 20 au 21 pour se rendre à Vienne ; on prétend qu'il a
promis d'être de retour au 8 avril . Chacun raisonne à perte
de vue sur ce brusque départ ; mais le fait est qu'on n'en
soupçonne pas même la cause . Il y en aurait une bien suf
fisante , si l'on pouvaity compter , dans le bruit qui court de
la mort de l'empereur. Cet événement ne serait d'ailleurs pas
très- étonnant , puisque ce jeune prince est attaqué d'une maladie
de poitrine qui a déja sérieusement menacé ses jours .
Le lord Elgin a ausssi quitté brusquement les Pays - Bas
pour se rendre à Londres .
Le 18 il y a eu de nouveau à Valenciennes un conseil de
guerre
( 305 )
-
guerre auquel ont assisté les généraux Clairfayt , Hohenlohe ,
le major Mack et le duc d'Yorck. Des lettres particulieres
de Valenciennes annoncent que depuis quelques jours les Républicains
font de grands mouvemens dans les environs de Guise
et de Saint - Quentin . Les mêmes lettres ajoutent qu'une colonne
de l'armée de la Moselle a effectué depuis peu sa jonction avec
celle de Pishegru , à laquelle d'ailleurs il arrive tous les jours
de nouveaux renforts .
8060 prisonniers Français , dont les commissaires envoyés
par la Convention ont négocié l'échange ou payé la rançon à
Francfort , ent passé le 17 du mois dernier par Cologne pour
retourner dans leur patrie . On a ren arqué que ces commissaires
avaient été parfaitement bien accueillis par le général
Kalkreuth , ce qui a donné beaucoup d'humeur à la cour de
Vienne , mécontente d'ailleurs de ce que le duc de Brunswick a
rejeté les mauvais succès de la derniere campagne sur le général
Wurmser.
L'affaire du choix d'un grand chancelier des états de Brabant
, qui avait donné lieu il y a quelques mois à des différeuds
entre ce pays et la cour de Vienne , est enfin heureusement
terminée , et le choix que l'empereur a fait de M. de
Limpens est agréé par les états .
Il a été publié par ordre du gouvernement une défense de
payer les fonds appartenans aux Français , à l'instar des défenses
du même genre faites en Angleterre et en Hollande . En voici
les principales dispositions :
1. Défendons et interdisons à tous les sujets de notre domination
aux Pays- Bas , de faire des paiemens quelconques aux
personnes qui résident en France ou qui y ont fait quelque
résidence depuis le commencement de cette année , ou qui y
prendront résidence pendant la présente guerre , ainsi qu'à
tout sujet du gouvernement actuel de France , ni de leur en
voyer , leur remettre ou faire remettre quelque numéraire ou
valeur d'icelui , soit en nature ou en espece , soit en marcha
dises ou autres effets , soit par des remises et lettres - de- change ,
assignations , ni de toute autre maniere quelconque , directement
ni indirectement , à peine , outre la nullité du paiement
fait , d'encourir la peine de détention pendant 20 ans , et une
amende du double de la valeur de ce qui aura été payé , envoyé
ou remis en contravention au présent article .

11. Défendons également , sous la même peine , de payer ,
d'accepter et endosser ou de prometire de payer des lettresde-
change , promesses , assignations , billets à ordre ou tels
autres effets de cette nature , soit que ces effets soient tirés ,
endossés par les individus ci - dessus mentionnés , soit qu'ils
soient tires pour leur compte , à leur usage ou sur leur crédit.
III. Finalement , nous défendons à tous ceux qui ont en
leur pouvoir , à titre de dépôt , de consignation , de factorie ,
ou à tout autre titre , quelques deniers , lettre-de-change , assignations
, promesses , billets à ordre , ou autres effets appar
Tome VIII. V
( 306

tenans auxdits individus , de s'en dessaisir ou de s'en défaire
eu maniere quelconque , sous les peines statuées aux articles
précedens .
IV . Si cependant lesdites denrées , marchandises ou effets
ne pouvaient se garder sans crainte de détérioration , l'on
pourra s'adresser au magistrat de l'endroit pour obtenir la permission
de les vendre , ce qui ne pourra être accordé qu'à
charge de consigner les deniers à provenir de la vente .
V. La moitié des amendes ci - dessus statuees appartiendra
au dénonciateur , et l'autre moitié à l'officier exploiteur .
ANGLETERRE. De Londres , du 21 a , 25 Mars.
Des convois considérables partis samedi dernier n'ont pu se
rendre à leur destination . Le vent passant subitement au sud-
› ouest les a forcé de relâcher à Torbay et à Plymouth , et l'on
sait qu'on en a pourtant grand besoin où ils sont attendus .
-
Les Français sont plus heureux sous tous les rapports : trente
de leurs bâtimens charges de provisions , sous le convoi de la
frégate l'Embuscade , ont échappé à la poursuite de nos croiseurs
et sont entrés dans le port de Brest ; cette nouvelle est sûre ; elle
est arrivée à l'amirauté .. Les croiseurs Français au contraire ne
réussissent que trop bien à enlever nos bâtimens ; ce succès est
le fruit d'une manoeuvre singuliere qui offre tout à - la- fois l'idée
de la prudence et de la témérité . Ils se tiennent caches dans
leurs ports , lorsque nos frégates sont en vue et à portée de les
intercepter; mais pour peu qu'elles s'écartent , ils arrivent à l'embouchure
de nos rades , et ramassent tous les navires qui en
- sortent ou veulent y entrer. Ainsi l'on voit que la protection
de notre flotte nombreuse ne leur est pas fort utilė ……
Il paraît décidé que la grande escadre ne formera plus un
- corps d'armée navale destinée à agir en masse : elle sera coupee
en divisions plus ou moins fortes , en raison des besoins de
défense , soit contre de grandes attaques de la part de l'ennemi ,
soit pour protéger la rentrée ou la sortie des convois . Ce
dernier objet à occupé sérieusement l'amirauté dans un conseil
tenu le 18.
Hier 24 , lord Elgin arriva de Bruxelles , chargé de dépêches
extraordinaires de la plus grande importance , et qui ont
donné lieu à un conseil . On croit qu'il a prevenu le gouvernement
que le roi de Prusse renonce au subside considerable par
lequel la Grande- Bretagne voulait le retenir dans la coalition .
Ce lord a aussi apporté la nouvelle que , le 18 , l'archiduc
Charles avait reçu à Bruxelles la nouvelle de la maladie soudaine
et alarmante de l'empereur son frere ; ce qui l'avait determiné
à partir brusquement pour Vienne .
-La proposition d'une souscription pour la défense du royaume
, suivant le mode indiqué par le secrétaire d'état , n'a pas
eu grand succès aux assises de Devonshire , quoique le chef du
grand jury ait lu une lettre très - pressante du lord - lieutenant ,
qui donnait l'exemple en offrant 300 liv. sterling.
( 307 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE TALLIEN .
Fin du rapport de Saint -Just sur Danton , Lacroix et autres.
66. Dumourier qui s'était rendu à Paris vers ce même tems
dans le dessein d'influencer le jugement du tyran , n'osa point
résister lui - même au cri de la justice publique qui envoya le
týran à la mort . Quelle conduite tins - tu dans le Comité de
défense générale ? Tu y recevais les complimens de Guadet et
Brissot , et tu les leur rendais . Tu disais à Brissot : vous avez
de l'esprit , mais vous avez des prétentions . Voilà ton indignation
contre les ennemis de la patrie ! Tu consentis à ce qu'on
ne fit point part à la Convention de l'indépendance et de la
trahison de Dumourier ; tu te trouvais dans des conciliabulės
avec Vimpfen et d'Orléans .
Dans le même tems tu te déclarais pour des principes
modérés , et tes formes robustes semblaient déguiser la faiblesse
de tes conseils ; tu disais que des maximes séveres
feraient trop d'ennemis à la République . Conciliateur bannal ,
tous tes exordes , à la tribune commençaient comme le tonnerre
, et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge
. Quelle proposition vigoureuse as tu jamais faite contre
Brissot et son parti dans la représentation nationale où je
t'accuse ? A toa retour de la Belgique tu provoquas la levée
en masse des patrio es de Paris pour marcher aux frontieres .
Si cela fut alors arrivé , qui aurait résisté à l'aristocratie qui
avait tenté plusieurs soulevemens ? Brissot ne desirait point
autre chose , et les patriotes mis en campagne n'auraient- ils
pas été sacrifiés ? Ainsi se trouvait accompli le voeu de tous
les tyrans du Monde pour la destruction de Paris et de la
liberté . Tu provoquas une insurrection dans Paris ; elle était
concertée avec Dumourier ; tu annonças même que s'il fallait
de l'argent pour la faire , tu avais la main dans les caisses
de la Belgique . Dumourier voulait une révolte dans Paris pour
avoir un prétexte de marcher contre cette ville de la liberté ,
sous un titre moins défavorable que celui de rebelle et de
royaliste .
ta
Toi qui restas à Arcis - sur - Aube avant le 9 août , opposant
la paresse à l'insurrection nécessaire , tu avais retrouvé
chaleur au mois de mars pour servir Dumourier , et lui fournir
un prétexte honorable de marcher sur Paris . Desfieux , rẻ-
connu royaliste et du parti de l'étranger , donna le signal de
-V 2
( 308 )
eette fausse insurrection ; le 10 mars un attroupement se
porta aux Cordeliers , de là à la commune : on lui demanda
de se mettre à sa tête , il s'y refusa . Fabre alors s'agitait beau .
coup ; le mouvement , dit - il à un député , a été aussi loin
qu'il le fallait . Le but de Dumourier se trouva rempli ; il fit de ce
mouvement la base de son manifeste séditieux et des lettres
insolentes qu'il écrivit à la Convention .
Desfieux , tout en déclamant contre Brissot , reçut de
Lebrun , complice de Brissot , une somme d'argent pour envoyer
dans le Midi des adresses vehementes où la Gironde était improuvée
, mais qui tendaient à justifier la révolte projettée
des fédéralistes .. Desfieux fit arrêter ses propres commis à
Bordeaux , d'où l'adresse fut envoyée à la Convention nationale
; ce qui donna lieu à Gensonné de dénoncer la Montagne
, et à Guadet de déclamer contre Paris .
,, Desfieux déposa depuis en faveur de Brissot au tribunal
révolutionnaire . Mais Danton , quelle contradiction entre cette
mesure extrême et dangereuse que tu proposas , et la modération
qui te fit demander une amnistie pour tous les coupa
bles ! qui te fit excuser Dumourier , et te fit , dans le comité
de défense générale , appuyer la proposition faite par Guadet.
d'envoyer Gensonné vers ce général ? Pouvais- tu être aveuglé à
ce point sur l'intérêt public ? oserait- on te reprocher de manquer
de discernement ?
,, Tut'accommodais à tout . Brissot et ses complices sortaient
toujours contens d'avec toi . Ala tribune , quand ton silence
était accusé , tu leur dounais des avis salutaires pour qu'ils
dissimulassent davantage. Tu les menaçais sans indignation ,
mais avec une bonté paternelle ; et tu leur donnais plutôt des
conseils pour corrompre la liberté , pour se sauver , pour
mieux nous tromper , que tu n'en donnais au parti républicain
pour les perdre . La haine , disais -tu , est insupportable à mon
eoeur , et tu nous avait dit , je n'aime point Marat. Mais n'es -tu
pas criminel et responsable de n'avoir point haï les ennemis
de la Patrie ? Est- ce par ses penchans privés qu'un homme
public détermine son indifférence ou sa haine , ou par l'amour
de la pairie que n'a jamais senti ton coeur ? Tu fis le conciliateur
, comme Sixte - Quint fit le simple pour arriver au but
où il tendait . Eclaté maintenant devant la justice du peuple ,
toi qui n'eclatas jamais lorsqu'on attaqua la patrie ! Nous
t'avions cru de bonne foi , quand nous accusâmes le parti de
Brissot ; mais depuis , des flots de lumiere sont tombés sur
ta politique. Tu es l'ami de Fabre ; tu l'as défendu ; tu n'es
pas homme à te compromettre : tu n'as donc pu que te défendre
toi-même dans ton complice...... Tu abandonnas le parti républicain
au commencement de notre session , et depuis as - tu
fait autre chose que nuancer d'hypocrisie les délibérations ?
,, Fabre et toi fûtes les apologistes de d'Orléans , que vous
vous efforçâtes de faire passer pour un homme simple et très(
30g )
malheureux. Vous répétâtes souvent ce propos . Vous étiez sur
la Montagne le point de contact et de répercussion de la
conjuration de Dumourier , Brissot et d'Orléans . Lacroix te
seconda parfaitement dans toutes ces occasions .
" Tu vis avec horreur la révolution du 31 mai . Hérault ,
Lacroix et toi demandâtes la tête d'Hanriot qui avait servi la
liberté , et vous lui fites un crime du mouvement qu'il avait
fait pour échapper à un acte d'oppression de votre part. Ici ,
Danton , tu déployas ton hypocrisie n'ayant pu consommer
ton projet , tu dissimulas ta fureur ; tu regardas Hauriot en
riant, et tu lui dis : N'aye pas peur , vas toujours ton train ;
voulant lui faire entendre que tu avais eu l'air de le blâmer
par bienséance , mais qu'au fond tu étais de son avis . Un
moment après tn l'abordas à la buvette , et lui présentas un
verre d'un air carressant , en lui disant : Point de rancune . Cependant
le lendemain tu le calomnias de la maniere la plus
atroce , et tu lui reprochas d'avoir voulu t'assassiner. Hérault
et Lacroix t'appuyerent ; mais n'as- tu pas envoyé depuis un
ambassadeur à Petion et à Wimpfen dans le Calvados ? ne
t'es- tu pas opposé à la punition des députés de la Gironde ?
n'avais- tu pas défendu Stingel qui avait fait égorger les avantpostes
de l'armée à Aix - la -Chapelle ? Ainsi defenseur de tous
les criminels , tu n'en as jamais fait autant pour un patriote .
Tu as accusé Roland , mais plutôt comme un imbécille acrimonieux
que comme un traître ; tu ne trouvais à sa femme que
des prétentions au bel esprit. Tu as jetté ton manteau sur tous
les attentats pour les voiler et les déguiser.
,, Tes amis ont tout fait pour toi ; ils placent ton nom dans
tous les journaux étrangers et dans les rapports journaliers
du ministre de l'intérieur : les rapports dont je parle , envoyés
tous les soirs par le ministre de l'intérieur , te présentent
comme l'homme dont tout Paris s'entretient tés moindres
réflexions y sont rendues célebres . Nons avons reconnu depuis
long-tems que tes amis ou toi rédigez ces rapports .
99 Danton , tu fus donc le complice de Mirabeau , de d'Orléans
, de Dumourier , de Brissot . Les lettres de l'ambassadeur
d'Espagne à Venise , au duc d'Alcudia , disent qu'on te soupçonnait
à Paris , et Lacroix , d'avoir eu des conférences , au
Temple , avec la reine . L'étranger est toujours très - instruit sur
les crimes commis en sa faveur ce fait est connu de Lullier ,
et peut s'éclaircir dans la procédure .
:
,, L'ambassadeur d'Espagne dit dans la même lettre , écrite
au mois de juin dernier Ce qui nous fait trembler , est le
renouvellement du comité de salut public . Tu en étais Lacroix ,
tu en étais Danton .
il
" Mauvais citoyen , tu as conspiré faux ami , tu disais
y a deux jours , du mal de Desmoulins , instrument que tu
as perdu , et tu lui prétais des vices honteux ; inechant homme ,
tu as compare l'opinion publique à une femme de mauvaise
V 3
( 310 )
vie tu as dit que l'honneur était ridicule ; que la gloire et la
postérité étaient une sottise . Ces maximes devaient te concilier
l'aristocratie ; elles étaient celles de Catilina. Si Fabre est
innocent , si d'Orléans si Dumourièr furent innocens
tu les sans doute . J'en ai trop dit tu répondias à la
justice.
"
" Citoyens , la conjuration d'Hébert étant dévoilée ces jours
derniers , l'étranger s'efforça de verser le scandale sur tout ce
que la liberté honore . On y impliqua les meilleurs défenseurs
de la liberté , on y implique même Marat ; on annonça qu'il
allait descendre du Panthéon . Que son ombre en descende
pour server le coeur des ennemis du peuple et pour les confondie
!
Il a été ourdi depuis six mois un plan de palpitation et
d'inquiétude dans le gouvernement ; ehaque jour on nous
envoyait un rapport sur Paris , on nous insinuait avec souplesse
tantôt des conseils imprudens , tantôt des craintes dépla
cées . Les tableaux étaient calculés sur les sentimens qu'il
importait de nous faire naître , pour que le gouvernement
marchât dans le sens qui convenait aux complots criminels .
On y louait Danton , on y accréditait Hébert , Camille - Desmoulins
, et l'on y supposait tous les projets sanctionnés par
l'opinion publique , pour nous dé courager . Ces rapports oserent
nous dire pendant le procès d'Hébert , qu'on parlait d'arracher
Marat du Panthéon et d'y mettre la Corday : ce sont les mêmes
plumes qui louaient Danton et Desmoulins qui traçaient ces
horreurs.
" La faction de Dumourier a fait assassiner Marat ; ses complices
veulent encore assassiner sa mémoire . Ceux qui louerent
les vices de Dumourier étaient bien faits pour outrager sa
gloire et pour immoler sa vertu .
" Achevons de peindre ces hommes qui , n'osant se déclarer ,
ont conspiré sous la poussiere ; ils eurent toutes les qualités
des conspirateurs de tous les tems ; ils se louaient mutuelle -
ment , et disaient l'un de l'autre tout ce qui pouvait t omper
les jugemens. Les amis du profond Brissot avaient dit longtems
de lui qu'il était un inconséquent , un étourdi même .
Fabre disait de Danton qu'il était insouciant , que son tempérament
l'entraînait à la campagne , aux bains , aux choses
innocentes . Danton disait de Fabre que sa tête était un imbroglio
, un répertoire de choses coiniques , et le présentait
comme ridicule , parce que ce n'est presque qu'à ce prix qu'il
pouvait ne point passer pour un traîtie , par le simple apperçu
de sa maniere tortueuse de se conduire . Danton riait avec
Ducos , faisait le distrait près de d'Orléans , et le familier près
de Marat , qu'il détestait , mais qu'il craignait . Hérault , était
grave dans le sein de la Convention , bouffon ailleurs , et
riait sans cesse pour s'excuser de ce qu'il ne disait rien .
Il est en outre quelques rapprochemens à faire de la con(
311 )
duite de ces hommes en différens tems . Danton fut un lion
contre Lafayette , l'ennemi de d'Orléans . Danton fut plein d'indulgence
pour Dumourier , l'ami de d'Orléans . Danton pro- .
posait il y a 3 aus aux Jacobins , la loi de Valérius qui ordonnait
aux Romains de tuer sur l'heure ceux qui parleraient
de Tarquin . Danton ne trouva plus ni d'éloquence , ni de
sévérité contre Dumourier , qui trahissait ouvertement la patrie
et voulait faire nn roi.
" Danton , comme je l'ai dit , opina d'abord pour le bannissement
du tyran , et pour sa mort ensuite . li avertit souvent
certains membres du comité de salut public , qu'il fallait beaucoup
de courage pour y rester , parce que l'autorité qu'on lui
confiait était dangereuse pour lui - même . Ce fut Danton qui proposa
les 50 millions ; ce fut Hérault qui l'appuya ; ce fut
Danton qui proposa qu'on érigeât le comité de salut public en
comité de gouvernement ; c'etait donc un piege qu'il lui
tendait.
9
" Danton ayant été expulsé du comité , dit à quelqu'un
Je ne me fâche point , je n'ai pas de rancune , mais j'ai de la
mémoire. Que dirai - je des prétentions de ceux qui se prétendirent
exclusivement les vieux Cordeliers ; ils étaient précisément
, Dauton , Fabre , Camille Desmoulins et le ministre
auteur des rapports sur Paris , où Danton , Fabre , Camille et
Philippeaux , sont loués , où tout est dirigé dans leur sens et
dans le sens d'Hébert ? Que dirai - je de l'aveu fait par Danton ,
qu'il avait dirigé les derniers écrits de Desmoulias et de Philippeaux
.
" Vous êtes tous complices du même attentat ; tous vous
avez tenté le renversement du gouvernement révolutionnaire
et de la représentation ; tous vous avez provoqué son renouvellement
au 10 août dernier ; tous vous avez travaillé pour
l'étranger , qui jamais ne voulut autre chose que le renouvellement
de la Convention , qui eût entraîné la perte de la République
.
Je suis convaincu que cette faction des indulgens est liée
à toutes les autres , qu'elle fut hypocrite dans tous les tems ;
vendue d'abord à la nouvelle dynastie , ensuite à toutes les
factions . Cette faction à abandonné Marat , et s'est ensuite
parée de sa réputation ; elle a tout fait pour détruire la République
en amolissant toutes les idées de la liberté ; eile
eut plus de finesse que les autres , elle attaqua le gouvernement
avec plus d'hypocrisie , et ne fut que plus criminelle .
99 Camille Desmoulins , qui fut d'abord dupe , et finit par
être complice , fut , comme Philippeaux , un instrument de
Fabre et de Danton . Celui- ci raconta , comme une preuve de
la bonhomie de Fabre , que , se trouvant chez Desmoulins au
moment où il lisait à quelqu'un l'écrit dans lequel il demandait
un comité de clémence pour l'aristocratic , et appellait
la Convention la cour de Tibere , Fabre se mit à pleurer ;
V 4
( 312 )
le crocodile pleure aussi . Comme Camille Desmoulins ' manquait
de caráctere , on se servit de son orgueil. It attaqua en
rhéteur le gouvernement révolutionnaire dans toutes ses conséquences.
Il parla effrontement en faveur des ennemis de:
la révolution , proposa pour eux un comité de clémence , se
montra très-inclement pour le parti populaire , et attaqua ,
comme Hébert et Vincent , les representans du peuple dans
les armées ; comme Hébert , Vincent , et Buzot lui-même , il
les traita de pro -consuls ; il avait été le défenseur de l'infâme
Dillon , avec la même audace que montra Dillon lui- même,
lorsqu'à Maubeuge il ordonna à son armée de marcher sur
Paris , et de prêter serment de fidélité au roi . Il combattit la
loi contre les Anglais ; il en reçut des remercimens en Angleterre
dans les journaux de ces tems - là . Avez -vous remarqué
que tous ceux qui ont été loués dans l'Angleterre ont ici
trahi leur patrie
Fabre plus d'une fois provoqua l'aggrandissement des pouvoirs
du comité de salut public , soit par lui-même , soit par
ses amis ; nous frémimes souvent d'un piege si méchant . Fabre
espérait que nous succomberions sous le fardeau de tant d'affaires
; il s'en vantait , mais le génie de la liberté a vaincu
pour nous . Celui qui , parmi nous , accepta toujours avec le
plus de joie le pouvoir , fut Hérault , le complice de Fabre
et de l'étranger.
Tout se lie après que Fabre eut tout fait pour nous
donner une jurisdiction dans le dédale de laquelle il espérait
nous perdre , alors il fit attaquer les opérations du gouverhement
; alors Hérault , qui s'était placé à la tête des affaires
diplomatiques , mit tout en usage pour éventer les projets du
gouvernement. Par lui les délibérations les plus secrettes du
comité sur les affaires étrangeres étaient communiquées aux
gouvernemens ennemis . Il fit faire plusieurs voyages à Dubuisson
en Suisse , pour y conspirer sous le cachet même de là
République. Nous nous rappellons qu'Hérault fut avec dégoût
le témoin muet des travaux de ceux qui tracerent le plan
de constitution dont il se fit adroitement le rapporteur
déhonté .
Nous avons intercepté des lettres de las Casas , ambassadeur
d'Espagne à Venise , dans lesquelles il rapporté
les délibérations diplomatiques du comité , au tems de
Hérault.
8
" C'était dans ce même -tems qu'environné de pieges et de
la responsabilité des succès de quatorze armées , une nuée
d'ennemis attaqua le gouvernement , c'est- à - dire , vous attaqua
vous- mêmes . 1
Le moment était favorable ; l'Alsace était envahie ; Toulon
était aux mains des Espagnols et des Anglais ; Perpignan menacé ,
nos armes malheureuses dans le Nord , dans le Mont-Blanc
dans la Vendée , par-tout enfin .
( 313 )
#
99 Alors le parti Hébert demandait l'établissement de la
constitution , afin que dans ce chaos de daugers et d'advers
versités , dans cette agonie factice de la liberté ,
le passage du
gouvernement révolutionuaire à un régime plus faible que ses
ennemis , fût le passage de la vie au tombeau .
L'établissement de la constitution fat demandé par Danton ,
l'ami de Fabre . En même-tems Philippeaux ou plutôt Fabre ,
dont le style , l'hypocrisie , les insinuations sont recounues
facilement dans les écrits du premier ; en même-tems Philippeaux
attaqua le gouvernement comme associé à la trahison .
Philippeaux avait autrefois écrit en faveur de Roland et de,
l'appel au peuple , et contre Marat. Philippeaux mit au jour
lans ces derniers tems divers écrits qui sont évidemment de
différentes plumes. Le but de ces écrits était d'en induire la
complicité du gouvernement avec ceux qui trahissaient la
patric
" Philippeaux , auteur quelques jours avant d'un catéchisme
ridicule , était devenu tout à coup un homme d'Etat ; Philippeaux
est l'ame du club du Mans , où la liberté , où la
représentation nationale n'a pas un ami , où l'on a demandé
votre renouvellement , où l'on a dit que vous étiez usé , dans le
même tems que le disit Hébert..
Vous avez même appris ce matin qu'une révolte avait
éclaté au Mans contre Garnier , représentant du peuple ; cette
révolte a été fomentée par ceux -là mêmes qui rédigaient une
adresse en faveur de Philippeaux ; ils sont arrêtés ; le tribunal
révolutionnaire va instruire cet affaire . Revenons à notre
sujet.
Liet
On peut se souvenir que Fabre , en ce tems- là , né quittait
pas Camille ni Philippeaux . Fabre , en même - tems qu'il·
dirigeait ces deux personnages , était par- tout ; il était saus
cesse an comité de sûreté générale ; il était dans les groupes ,
à la police , à la commune , aux Jacobins ; il se multipliait eu
divers écrits ; il se glissait auprès des patriotes , et il est prouvé
que cet homme qui s'était efforcé d'accroître l'autorité du
comité , la sappait dans chacun de ses membres .
Au milieu des dangers qui environnaient la patrie , on
délibérait les soirs sur tout ce que chacun de nous avait remarqué
de contraire au bien public dans la journée. Il se trouva
que Fabre disait à chacun des membres du comité du bien
d'eux-mêmes , et du mal de chaque autre complice de Chabet ;
il l'accusa lorsqu'il le sut arrêté , comme Chabot accusa ses
complices. Fabre s'attachait sur-tout à prouver que tous les
complots avaient pour but de perdre Danton . La réaction de
ces intrigues aurait été de renverser le gouvernement et la
représentation , de ruiner les partis opposés : et que serait-il
résté ? Fabre et sa faction .
" Maintenant il faut rapprocher d'autres faits des précédens.
( 314 )
,, L'été dernier , Hérault dit que Lullier , procureur -général
du département de Paris , avait confié qu'il existait un parti en
faveur du jeune Gapet , et que si le gouvernement pouvait
perdre faveur et le parti arriver au degré d'influence néeessaire
, ce serait Danton qui montrerait au peuple cet
enfant.
4
" Dans ce même tems , Danton dîna souvent rue Grange-.
Bateliere avec des Anglais ; il dînait avec Gusman , espagnol , trois
fois par semaine , et avec l'infâme Saint Amarante , le fils de
Sartine , et Lacroix . C'est -là que se sont faits quelques - unsdes
repas à cent écus par tête .
Il est clair que le parti qui voulait établir prématurément
la constitution , celui qui attaquait le gouvernement , celui
qui attaquait la Convention , celui qui corrompait , celui qui
voulait un comité de clémence , avaient tous pour objet d'a- .
mener le dégoût du régime présent , et il est évident que la
royauté était celui qu'on lui voulait substituer .
Qu'on examine maintenant la conduite de tous ceux dont
j'ai parlé , leurs liaisons , leurs excuses toujours prêtes en
faveur des hommes tarrés ; on reconnaît à des signes certains
le parti opposé à la révolution , et qui dissimula toujours . Que
ceux dont j'ai parlé nous disent d'où vient leur fortune ; que
Lacroix dise pourquoi l'été dernier il faisait acheter de l'or
par un banquier.
, Ceux qui depuis 4 ans ont conspiré sous le voile du
patriotisme , aujourd'hui que la justice les menace , répetent
ce mot de Vergniaud : la révolution est comme Saturne ; elle
dévorera tous ses enfans .
" Hébert répétait ce mot pendant son procès ; il est répété
par tous
ceux qui tremblent et qui se voient démasqués .
Non , la révolution ne dévorera pas ses enfans , mais ses
ennemis , de quelque masque impénétrable qu'ils se soient
couverts .
,, Les conjurés qui ont péri étaient- ils les enfans de la liberté,
parce qu'ils leur ressemblerent un moment ? La révolution dévorera
jusqu'au dernier ami de la tyrannie ; il ne périra pas un
véritable patriote par la justice ; elle n'immolera que les factions
criminelles,
Choyens , elles méditent chaque jour votte perte , tous
les fripons se rallient à elles ; elles s'attendent depuis quel .
ques jours à être démasquées . Danton , Lacroix , disent : Préparons
- nous à nous défendre ; ainsi Hébert , déjà poursuivi par
l'image de son supplice , criait , il y a trois decades , on veut
me perdre , defendez- moi.
Un innocent parle-t-il de se défendre ; a-t-il des pressentissemens
de terreur , avant qu'on ait parlé de lui ? Les comités
ont gardé prudemment le silence , et l'opinion et le peuple
accusaient avant moi ceux que j'accuse ; ils s'accusaient ; ils se
deguisaient eux-mêmes , avant que nous ayous parlé d'eux ; ils
( 315 )
se préparaient à demander si nous voulions détruire la représentation
, parce que nous les accusons ; et ceux -là nous font- ilsun
crime d'avoir accusé Brissot , Chabot et leurs complices ?
veut- on les réhaliser ? Soyez donc inflexibles ; c'est l'indulgence
qui est féroce , puisqu'elle immole la patrie ,
" Quand les restes de la faction d'Orléans , dévoués aujour
d'hui à tous les attentats contre la patrie , n'existeront plus ,
vous n'aurez plus d'exemples à donner ; vous serez paisibles ;
l'intrigue n'abordera plus cette enceinte sacrée ; vous vous
livrerez à la législation et au gouvernement ; vous sonderez
ses profondeurs , et vous déroberez les feux du Ciel pour animer
la République tiéde encore , et enflammer l'amour de la patrie
et de la justice . Alors il ne restera plus que des patriotes ;
alors sera détruite l'illusion des intrigues qui , depuis 5 ans ,
ayant pris le masque de la révolution , voudraient aujourd'hui.
lui faire partager leur opprobre en faisant dire que les patriotes
seront tous déshonorés les uns après les autres . Ainsi ,
donc , parce que des lâches et des ennemis de l'humanité se
sont faits prophêtes , la Divinité aurait perdu de sa gloire !
parce que des hypocrites auraient usurpe la réputation du pa
triotisme , l'éclat du patriotismne serait compromis ! Ceux que,
´je dénonce n'out jamais été patriotes , mais aristocrates adroits
et plus dissimulés ' que ceux de Coblentz .
" Toutes les réputations qui se sont écroulées étaient des
réputations usurpees par l'aristocratie , ou par des factions
criminelles ; ceux qui nous reprochent notre sévérité , aimeraient
mieux que nous fussions injustes ? Peu importe que le
tems at conduit des vanités diverses à l'échafaud , au cimetiere ,
au néant , pourvu que la liberté reste . On apprendra à devenir
modeste , on s'élancera vers la solide gloire et le solide bien , qui
est la probité obscure . Le penple Français ne perdra jamais sa
réputation ; la trace de la liberté et du génie ne peut être
effacée dans l'Univers . Opprimé dans sa vie , il opprime après
lui les préjugés et les tvrans . Le monde est vide depuis les
Romains , et leur mémoire le remplit et prophétise encore la
liberte .
,, Pour vous , après avoir aboli les factions , donnez à cette
République des douces moeurs ; rétablissez dans l'état civil l'estime
et le respect individuel. Français', soyez heureux et libres ;
aimez - vous ; haissez tous les ennemis de la République : mais
soyez en paix avec vous - mêmes . La liberté vous rappelle à la
nature , et l'on voulait vous la faire abandonner. N'avez-vous
point d'épouse à cherir , d'enfans à élever ? respectez - vous mutuellement
. Et vous , représentans du peuple , chargez - vous du
gouvernement suprême , et que tout le monde jouisse de la
liberté , au lieu de gouverner. La destinée de vos prédécesseurs
vous avertit de terminer votre ouvrage vous- mêmes
d'être sages et de propager la justice sans courir à la renommée ;
semblables à l'Ete suprême , qui met le monde en harmonie
( 316 )
sans se montrer. Le bien public est tout ; mais pour la renommée
, elle n'est rien . Barnave fut porté en triomphe sous vos
fenêtres ; où est- il ?
" Ceux que j'ai dénoncés , n'ont jamais connu de patrie ; ils.
se sont curichis par des forfaits , et ce n'est point leur faute,
si vous existez. Il n'est point d'ennemis qu'ils n'ayent protégés ,
point de traîtres qu'ils n'ayent excusés ; avares , égoïsies , apologistes
des vices , rhéteus , et non pas amis de la liberté ,
la République est incompatible avec eux ; ils ont le soin des
jouissances qui s'acquierent aux dépens de l'égalité ; ils sont
insatiables d'influence ; les rois comptent sur eux pour vous
détruire : à quelles protestations pourriez -vous croire de la
part de ceux qui , pressant la main sacrilege de Dumourier ,
lui jurerent une amitié éternelle , serinent qui fut gardé : la Belgique
et l'armée , vous et l'Europe en êtes témoins .

Il y a donc eu une conjuration tramée depuis plusieurs
années pour absorber la révolution française dans un changement
de dynastie. Les factions de Mirabeau , des Lameth
de Lafayette , de Brissot , de d'Orléans , de Dnmourier , de
Carra , d'Hébert , les factions de Chabot , Fabre , de Danton ,
ont concouru progressivement à ce but par tous les moyens qui
pouvaient empêcher la Republique de s'établir , et son gouvernement
de s'affermir.
,, Nous avons cru ne devoir plus temporiser avec les coupables
, puisque nous avons annoncé que nous détruirions toutes les
factions , elles pourraient se ranimer et prendre de nouvelles
forces , l'Europe semble ne plus compter que sur elles . Il était
donc instant de les détruire , afin qu'il ne restât dans la République
que le peuple , et vous , et le gouvernement dont vous
êtes le centre inviolable.
" Les jours du crime sont passés ; malheur à ceux qui soutiendraient
sa cause , la politique est demasquée , que tout ce
qui fut criminel périsse ; on ne fait point des Républiques avec
des ménagemens , mais avec la rigueur farouche, la rigueur inflexible
envers tous ceux qui ont trahi . Que les complices se
dénoncent en se rangeant du parti des forfaits ; ce que nous
avons dit ne sera jamais perdu sur la terre. On peut arracher
à la vie les hommes qui , comme nous , ont tout osé pour la
vérité , on ne peut point leur arracher les coeurs ni le tombeau
hospitalier sous lequel ils se dérobent à l'esclavage et à la honte
de voir laisser triompher les méchans . ››
Séance de duodi , 12 Germinal .
Au nom du comité de salut public , Carnot fait un rapport
sur la suppression du conseil exécutif et des six ministres ,
dont la Convention avait maintes fois senti que l'existence
était incompatible avec le régime républicain.
Une institution créée par les rois , pour le gouvernement
héréditaire d'un seul , pour le maintien de trois ordres , pour
( 317 )
des distinctions et des préjugés , pourrait - elle devenir le
régulateur d'un gouvernement representatif et fondé sur le
principe de l'égalité ? Telle est la question qu'examine
le rapporteur ; cet examen le conduit à poser les principes
suivans . Un vaste pays comine la France ne saurait se passer
d'un gouvernement qui établisse la correspondance de ses
diverses parties , ramasse et dirige ses forces vers un but
détermine ; ce n'est qu'en resserrant de plus en plus le faisceau
de la République par une organisation nerveuse , et des liens
indissolubles , qu'on peut assurer son unité , et d'empêcher de
devenir la proie des ennemis du dehors .
S'il est reconnu qu'un gouvernement est indispensable pour
le maintien de la liberté publique ,
il ne l'est pas moins que le
caractere de ce gouvernement soit tel , qu'après l'avoir établie
et défendue , il ne vienne pas à la renverser lui-même.
C'est pour lui seul que le peuple se donne un gouvernement ;
c'est pour remédier, autant qu'il se peut. à l'inconvénient de ne
pouvoir délibérer en assemblée générale.
Le gouvernement n'est donc , à proprement parler , que le
conseil du peuple , l'économe de ses revenus , la sentinelle
chargée de veiller autour de lui pour en écarter les dangers ,
et lancer la faudre sur quiconque serait tenter de le surprendre
.
Carnot propose ensuite le remplacement des ministres , par
des commissions établies en nombre suffisant , pour que l'influence
particuliere de chacune soit peu sensible , et qu'elle
soit circonscrite dans le cercle des fonctions qu'elle peut
exercer sans les déléguer. Le décret qu'il présente est adopté à
l'unanimité . En voici le texte : 3
Art. Ier . Le conseil exécutif provisoire est supprimé ,
ainsi que les six ministres qui le composent ; toutes leurs
fonctions cesseront au 1er. Boréal prochain.
,, II . Le ministere sera suppléé par douze commissions dønt
l'énumération suit :
1º. Commission des administrations civiles , police et tribunaux
.
2º. Commission de l'instruction publique .
3. Commission de l'agriculture et des arts .
4°. Commission du commerce et des approvisionnemens.
5. Commission des travaux publics .
6. Commission des secours publics.
7° . Commission des transports , postes et messageries .
8°. Commission des finances .
9º. Commission de l'organisation et du mouvement des
armées de terre .
10°. Commission de la marine et des colonies .
11. Commission des armes , poudres et exploitation des
mines.
12º . Commission des relations extérieures .
( 318 )
3
" III . Chacune de ses commissions , à l'exception de celles
dont il sera parlé dans l'article suivant , sera composée de deux
membres et d'un adjoint ; cet adjoint fera les fonctions de
secrétaire et de garde des archives de la commission ;
" IV. La commission des administrations civiles , polics et
tribunaux , et celle de l'instruction publique , seront composées
chacune d'un commissaire et de deux adjoints ;
La commission des relations extérieures ne sera que
seul commissaire sans adjoints ;
d'un
Celle de la guerre et celle de la marine ne seront également
chacune que d'un seul commissaire et d'un adjoint ;
Celle des finances sera de cinq commissaires et un adjoint ;
La trésorerie nationale , le bureau de comptabilité et celui
de sa liquidation générale , seront indépendans des susdites
commissions , et correspondront directement avec la Convention
nationale et le comité de salut public ;
, V. La commission des administrations civiles , polices et
tribunaux , comprendra celle qui est aujourd'hui désignée sous
le nom de commission de l'envoi des lois ; elle sera chargée
du scean de la République et des archives du sceau ;
De l'impression des lois , de leur publication et de leur
envoi à toutes les autorités civiles et militaires ;
Du maintien général de la police , de la surveillance des tribunaux
et de celle des corps administratifs et municipaux .
" VI . La commission de l'instruction publique sera chargée
de la conservation des monumens nationaux , des bibliotheques
publiques , musées , cabinets d'histoire naturelie et collections
précieuses ;
De la surveillance des écoles et du mode d'enseignement ;
De tout ce qui concerne les inventions et recherches scien¿
ufiques ;
De la fixation des poids et incsures ;
Des spectacles et fêtes nationales ;
De la formation des tableaux de population et d'économie
politique.
,, Vii. La commission d'agriculture, arts et manufactures será
chargée de tout ce qui concerne l'économie rurale , les desséchemens
et défrichemens , l'éducation des auimaux domestiques
, les écoles vétérinaires , les arts mécaniques , les usines ,
les filatures , et de tout ce qui tient à l'industrie manufacturiere
.
,, VIII. La commission du commerce et des approvisionnemens
sera chargée de la circulation intérieure des subsistances
et deurées de toute espece , des importations et expor
tations ;
De la formation des greniers d'abondance et magasins de
tout genre ;
De la subsistance des armées et de leurs fournitures en
effets d'habillement , d'équipement , casernement et campement
;
( 319 )
Elle exercera seule le droit de préhension' , sous la surveillauce
du comité de salut public .
,, IX . La commission des travaux publics sera chargée de la
construction des ponts et chaussées , du systéme général des
routes ei, canaux de la République , du travail des ports et
défenses des côtes ;
Des fortifications et travaux défensifs de la frontiere ;
Des monumens et édifices nationaux , civils et militaires .
X. La commission des secours publics sera chargée de tout
ce qui concerne l'administration des hôpitaux civils et militaires
, les secours à domicile , l'extinction de la mendicité ,
les invalides , les sourds et muets , les enfans abandonnés , la
salubrité des maisons d'arrêt.
99 XI . La commissiou des transports • postes et messageries
sera chargée de tout ce qui concerne le roulage , la poste aux
chevaux , la poste aux lettres , les remontes , les charrois , `
convois et relais militaires de tout genre .
,, XII . La commission des finances sera chargée de ce qui
concerne l'administration des domaines et revenus nationaux
les contributions directes , les bois et forêts , les aliénations
des domaines , les assignats et monnaies .
,, XIII . La commission de l'organisation du mouvement des
armées de terre sera chargée ;
De la levée des troupes et de leur organisation ;
De l'exercice et de la discipline des gens de guerre ;
Des mouvemens et opérations militaires.
,, XIV . La commission de la marine et des colonies aura la
levée des gens de mer , les classes et l'organisation des armées
. navales , la défense des colonies , la direction des forces et
expéditions maritimes .
XV. La commission des armes et poudres est chargée de
tout ce qui concerne ,
Les manufactures d'armes à feu et armes blanches ; les fonderies
, bouches à feu et machines de guerre quelconque ; les
poudres , salpêtres et munitions de guerre ;
Des magasins et arsenaux , tant pour la guerre que pour la
marine .
,, XVI . Enfin la commission des relations extérieures sera
chargée des affaires étrangeres et des douanes .
,, XVII . Ces douze commissions correspondront avec le
comité de salut public , auquel elles sont subordonnées ; elles
lui rendront compte de la série et des motifs de leurs opérations
respectives .
Le comité annullera ou modifiera celles de ces opérations
qu'il trouvera contraires aux lois ou à l'intérêt public ; il
hâtera près d'elles l'expédition des affaires , fixera leurs attributions
respectives , et les lignes de démarcation entre elles .
XVIII . 1º . Chacune des commissions remettra jour par
jour au comité de salut public , l'état de situation sommaire
de son département ;
99

( 320 )
J
2º . La dénonciation des abus et difficultés d'exécution qui
se seront rencontrees ;
30 Ses vues sur les riformes , le perfectionnement et la
célérité des mesures d'ordie public .
Les membres de chacune des commissions particulieres sont
solidairement responsables pour leurs actes illégaux et pour
leur négligence , conformément à la loi du 14 frimaire , relative
au gouvernement révolutionnaire .
XIX. Tous les emplois ou commissions , tant civils que
militaires , seront dounes au nom de la Convention , et dėlįvrés
sons l'approbation du comité de salut public .
* XX. Les membres des commissions et leurs adjoints
serout nommés par la Convention nationale , sur la préseniation
du comité de salut public .
Ces commissions organiseront , sans délai , leurs bureaux ,
sous l'approbation du comité de salut public . Les nominations
des employés lui seront également soumises , et devront être
confirmées par lui.
XXI. Le traitement de chacun des commissaires seia de
12,000 liv.; celui des adjoints sera de 8,000 liv. ; celui des
employés dans les bureaux sera arrêté par le comité de salut
public , et ne pourra excéder 6,000 liv .
XXII. Le comité de salut public est chargé de prendre
toutes les mesures nécessaires à l'exécution du présent decret .
Les représentans du peuple près l'armée des Pyrénées orientales
, Pinet et Cavaignac , font passer à la Convention les
détails d'un plan de guerre civile qui devait s'allumer dans le
département des Landes , et dont un heureux hasard a fait
tomber entre leurs mains la preuve écrite . Les malveillans ,
les ci - devant nobles ' , les ci - devant seigneurs , les prêtres ,
tous les royalistes y préparaient sourdement une nouvelle
Vendée . Cette conspiration s'étendait jusqu'aux extrémités de
la frontiere , et enveloppait tout le département des Laudes .
D'abord , une émigration considérable d'habitans du pays des
Basques annonça son existence. Les représentans du peuple
firent arrêter plusieurs coupables ; ils créerent une commission
extraordinaire pour les juger , et firent cerner les habitans
de ce pays , qui , vendus à l'Espagnol , avaient envoyé
à Caro une députation pour le livrer à son maître. Dans le
même tems , les représentans furent instruits qu'à Dax on
professait hautement le royalisme : ils ne purent douter
d'après cela , qu'il n'existất un vaste complot ; ils en suivaient
les traces , lorsque parcourant les divisions de l'armée ,
un officier du 4. bataillon des Landes leur femit les lettres
suivantes :
Au citoyen Dulau , sous -lieutenant dans les grenadiers du 4. bataillon
des Landes , à Vrugne. Samadet , le 1er. mars 1794 .
Je vous prie , mon cher ami , de faire passer l'incluse à
son adresse , après l'avoir cachetée , et me gardez le secret . „
Signé , PROVERes - Du Martin, ›
( 321 )
---
▲ monsieur , monsieur l'abbé Juncarot , au camp des émigrés sur
la montagne de la Rune , en Espagne. Samadet , le 1er."
mars 1794.
Persévérez , monsieur , toujours dans le projet d'entrer :
voici le moment favorable ; nous sommes tous à la famine ..
Les déserteurs sont en si grand nombre dans ce pays , que
l'éclat n'est pas loin ; et si l'Espagnol veut , vous serez à votre
aise.
,, M. Durgons et M. Sorbets travaillent de tous leurs moyens ;.
le premier ; en abouchant les déserteurs en secret , et l'autre en
mettant plus de régularité qu'il ne faut dans ses commissions ,
et tous les deux s'entendent , et ce sont eux qui doivent
commander sitôt que le premier mécontentement se montrera .
Il y a plusieurs de mes a nis qui s'y prêteront.
:
Costa-Buat est terrible je n'ai pas osé le mettre dans le
secret ; j'ai essayé de le corrompre ; mais il m'a été impossible ;.
il tient toujours le parti des chevaliers de Don Quichotte de
l'ordre ça ira ; mais nous lui ferons bientôt son compte ; il le
mérite , car il est tout sans - culotte . L'avocat d'Arbins nous
sert aussi , car les déserteurs passent souvent chez lui à Serres .
où il s'est retiré , et il est bien de notre parti .
Dites et assurez à l'Espagnol que tous les nobles t
seigneurs de ce pays sont à leur secours ,
et que s'ils peuvent
approcher Bayonne ils sont les maîtres . Je connais l'endroit ,
et je suis sûr du coup , et j'espère que les Carmagnoles danseront
mal à leur aise . Ce sera , pour le 1er juin qu'il convient
de choisir un coup d'essai , parce que la famine y fera plus
que toute l'armee . J'attends cette époque avec le désir de vous.
embrasser , pour vous témoigner que je suis , avec un trèsprofond
respect , monsieur , votre très - humble serviteur.
Signe , PROUERES DU MARTIN .
" Nous nous assurâales , continuent les représentans du
peuple , du patriotisme de l'officier qui nous remit ces lettres
et nous présumons qu'elles ne sont tombées entre ses mains
que par une erreur née de analogie de son nom avec celui
auquel elles étaient adressées . Nous avons donné des ordres
pour que celui- ci fût arrêté .
» Aliuştant même que nous avons cu connaissance de ces
lettres , nous avons fait partir une compagnie de gendarmerie
pour arrêter les quatre chefs qui y sont désignés , ainsi que
leurs familles . Le lendemain nous sommes partis pour Saint-
Sever à la tête d'un escadron de dragon . Nous avions en outre
à Saint - Sever et à Tartas le dépôt du 18. régiment de dragons
qui nous offrait une force de 800 hommes ; et besoin deux
escadrons du 12 , régiment de l'ussards pouvaient , dans une
demi journée , se rendre auprès de nous. La terreur avait
dévancé notre arrivée , les conspirateurs avaient été arrêtés .
Notre premier acte fut d'ordonner le désarmement d tout le
département des Landes.
Tome Vill.
·
( 322 )
" Le lendemain nous avons parcouru nous - même , avec
toute la cavalerie , les diverses communes qu'habitent les chefs
connus de la conjuration ; nous avons employé trois jours à
cette expédition militaire , durant lesquels nous avons fait
arrêter près de 80 ci - devant nobles et seigneurs . Nous continuerons
les arrestations jusqu'à ce que le dernier de ces ennemis
irréconciliables de la liberté soit enchaîné . Nous pensons
que ce serait étouffer tous les germes de la guerre civile
dont on nous menace sans cesse , que d'étendre cette mesure
à la République entiere .
,, La commission extraordinaire que nous avions créée à
Bayonne nous avait suivis de près ; une guillotine avait été
apportée et dressée sur la place de Saint- Sever déja huit des
chefs ont payé de leurs têtes . Le zele et le patriotisme de ce
tribunal redoutable aux méchans , nous assurent que successivement
celles de tous les coupables tomberont sous le glaive
national.
L'instruction de leurs procès nous a pleinement convaincus
qu'une nouvelle Vendée était prête à se lever dans ce
malheureux pays : déja tout était préparé. On a trouvé chez
deux ou trois des conspirateurs , du pain de deux qualités
différentes , pour 800 hommes : une partie de ce pain portait
en étiquette ic mot officiers ; l'autre , soldats . On a trouvé chez
Dumartin , l'auteur des deux lettres , plusieurs cartouches
faites et d'autres à demi- préparées . Ce conjuré avait , comme
agent national , fait un iequisitoire à la municipalité de Samadet
, pour faire relever d'anciens remparts tombés en ruine ;
et vous remarquerez que cette commune , située sur un lieu
très- élevé , offre une position militaire très - avantageuse . Nous
avons remarqué aussi que les lieux qu'habitaient ses complices ,
étaient de difficile accès .
,, C'est dans deux communes de ce district , et au moment
où le soulevement allait se manifester , que des scélérats ont
coupé l'arbre de la liberte . Ils ont eté arrêtés , ainsi que les
officiers runicipaux de ces communes . La liberté sera vengée
d'un si noir attentat .
Plusieurs déserteurs , effrayés par notre présence , se sont
hâtés de retourner à leurs bataillons . Nous savons qu'il en
existe encore dans les bois ; nous irons les en chasser , et
nous vous eu rendrons bon compte .

›› -
La levée des grains requis pour les subsistances de l'armée
se faisait ici d'une maniere très - lente dans ce moment
le contingent est plus que rempli . Les représentans du
peuple terminent par lever toute inquiétude sur cette nouvelle
conspiration , qui ne peut plus avoir de suites funestes
que pour ses auteurs .
Séance du tridi , 13 Germinal.
Cambor , au nom du comité des finances , présente un
appersuu du compie général rendu par les commissaires de la
( 323 )
trésorerie nationale , et dont les tableaux ont été distribués
ce matin . Il rapproche l'évaluation des dépenses de la République
de ce qu'elles enssent été sous l'ancien régime dans de
pareilles circonstances. Il prouve par- là combien l'économie
publique a fait de piogies sous le régime de la liberté . Il développe
l'ordre qui legue dans l'administration de la fortune
publique , et l'exactitude que les lois nouvelles ont mise dans
la comptabilité . Il termine par annoncer qu'il va s'ouvrir un
grand livre où seront portés comme comptables , tous ceux
qui ont eu en maniement les deniers de la République . Les
informations à cet égard sont commencées , et toutes les meaures
sont prises. On n'oubliera , ni les hommes à longues
moustaches et à bonnet rouge , qui sont allés dans les dépar
temens et y ont levé des taxes révolutionnaires , ni ceux qui ,
sous prétexte de détruire le fanatisme , s'en sont appropriés
les reliques et les dépouilles .
Couthon fait part à l'Assemblée que d'après les premiers
résultats de l'instruction du procès commencé contre Fabre et
ses complices , le ci-c. genéral Westermann se trouvant compromis
, l'accusateur public a décerné contre lui un mandat
d'arrêt ; comme il axistait un décret d'après lequei ce général ne
pouvait être mis en état d'arrestation sans qu'au préalable la
Convention en eût éte instruite , l'accusateur public ar référé
de la mesure qu'il avait prise au comité de salut public qui l'a
autorisée , persuadé que l'intention de l'assemblée n'était pas
de soustraire un conspirateur au glaive de la loi . — Approuvé .
Albite , représentant du peuple dans le Mont Blanc , écrit
que les citoyens de cette partie de la République sont dans les
meilleures dispositious ; ils ont appris avee autant d'étonnement
que d'indignation , la nouvelle conjuration tramée contre la
liberté par des hommes qui affectaient d'eu porter les couleurs .
L'esprit public est fortement prononcé pour la Convention
dans les départemens de l'Ain et du Mont-Blanc . Tous les gens
suspects sont arrêtés . L'armée est à son poste . Elle n'attend
que le moment de déployer son énergie .
Les deux comités des finances et de l'examen des marchés
étaient occupés à faire un rapport sur d'Espagnac , lorsqu'ils
ont appris que cet individn , impliqué dans l'affaire de Chabot ,
était traduit devant le tribunal revolutionnaire . Ils proposent à
la Convention de les autoriser à renvoyer à l'accusateur public
les pieces et renseignemens qu'ils ont relativement à d'Espagnac .
Adopte.
Séance de quartidi , 14 Germinal.
La séance s'es . ouverte par la lecture de plusieurs adresses
de félicitation . Garnier de Saintes , représentant du peuple
dans le département de la Sarthe , écrit qu'il a saisi tous les fils
de a couspiration qui était ourdie au Mans , et qui prenait
sa source dau's celle que la Convention a si heureusement
( 324 )
découverte . Bientôt il se rendra au sein de la représentation
nationale pour lui dévoiler le noeud de cette trame . Il finit par
annoncer que le peuple de ces contrées est tout entier à la
liberté et à l'égalité .
D'après le rapport de ses comités , la Convention rend les
décrets suivans .
Premier décret . Art. 1er . Tous les anciens employés des
ci-devant compagnies de finance , leurs cessionnaires ou délégataires
liquidés et remboursés du montant de leurs caution .
nemens avant la loi du 24 août dernier , mais qui n'ont point
touche de ces compagnies les intérêts desdits cautionnemens ,
antérieurs à leur liquidation , seront tenus de remettre et justifier
, avant le 16 prairial prochain , exclusivement , à peine
déchéance , au directeur général de la liquidation , leurs memoires
en réclamation desdits intérêts , et déclararions signees
d'eux ou de leurs fondés de pouvoir ad hoc , qu'ils sont propriétaires
ou non d'autres creances sur la République , qui ,
réanies , excédent où n'excedent pas la somme de 3,000 liv .
" II . Dans les cas où ces déclarations n'excéderaient pas
la somme de 3,000 l . , ils y joindront, dans le même délai etsous
la même peine de déchéance , leur quittance ou celle de leur
fondé de pouvoir , avec un certificat du conservateur des hypotheques
, constatant qu'il n'y a pas d'opposition sur eux .
,, III. Lesdits intérêts arriérés ne leur seront alloués , par le
directeur général de la liquidation , que sur le pied de quatre
pour cent , à partir seulement du 1er janvier 1791 jusqu'au
1er. vendemiaire de la ge . année républicaine . ""
1
Second decret, 66 Art. Ier . Les militaires de tous grades et
de toutes armes , créanciers directs et immédiats de la nation ,
pour charges , offices , maîtrises et jurandes , cautionnemens
créances sur les corps et communautés supprimés , rentes , pensions
, indemnités ou secours , qui , à raison de leur service
dans l'une des armées de terre et de mer de la République
les commissaires civils pres lesdites armées et les prisonniers
de guerre , n'auraient pu produire leurs pieces et titres dans
les formes et les délais prescrits par les précédentes lois sur la
liquidation , seront liquides de la maniere suivante :
,, II. Ces militaires déposeront ou feront parvenir leurs
titres et pieces au bureau du liquidateur de la trésorerie nationale
, lequel les enregistrera , en délivrera des récépissés , et
donnera des avis motivés sur l'objet de chaque réclamation .
,, III . Le liquidateur de la trésorerie nationale, remettra les
pieces et avis à fur et mesure au comité des finances , lequel en
rendra compte à la Convention nationale par des rapports
particuliers pour chaque réclamation , et fera liquider les
créances et droits reconnus légitimes , en prenant pour base
les lois existantes sur la liquidation de la dette publique.
,, IV. Pour jouir du bénéfice de ces dispositions , les récla(
325 )
mans justifieront qu'ils servaient ou qu'ils étaient partis pour
servir dans l'une des armées de la république à titre d'engagement
, enrôlement ou réquisition , ou qu'ils étaient prisonniers
de guerre , avant l'expiration des délais fixés pour la déchéance.
V. A cet effet ils joindront aux pieces et titres qu'ils produiront
, un certificat , soit de l'état major ou du conseil d'administration
de leurs régimens respectifs , constatant l'époque à
Jaquelle leur service a commencé , s'ils l'ont continué ,
motifs pour lesquels ils auraient pu le cesser ,
ou les
" VI. Les veuves et héritiers desdits militaires seront admis
à la liquidation dans les cas prévus par les précédentes lois , en
faisant les justifications ordonnées par les articles IV et V.
1
" VII Les dispositions de la présente loi n'auront pas
lieu à l'égard des militaires qui auront été renvoyés de l'armée
pour cause d'incivisme ou de lâcheté . Les militaires actuellement
en activité de service , qui ont des pensions à recevoir sur le
trésor national , fourniront un certificat de civisme delivré par
le conseil d'administration de leur bataillon , vise par le commandaut
ou le commissaire des guerres . 19
car un autre décret , la Convension ordonne que les lois
relatives aux peusions dues aux militaires estropiés et aux veuves
des militaires qui ont péri dans les combats , seront applicables
aux citoyens estropiés à la journée du 10 août , aux veuves et
aux enfans indigens , au dessus de l'âge de 12 années accomplies
, de ceux qui ont péri dans cette mémorable journée .
Séance de quintili , 15 Germinal.
Deux citoyens se présentent comme députés de la société
populaire de Cette . Ils sont admis à la barre .
L'orateur. Legislateurs , la trahison voltige encore autour
du peuple ; elle veut s'élever avec la monarchie . Eh bien ,
elevons là sur l'echafaud ! Legislateurs , mettez la mort à l'ordre
dujour. ( Il s'eleve de violens murmures . )
Maral disait au peuple : Abats 300,000 lêtes , et la liberté
sera à jamais assurée . Si , plus docile à la voix de son ami ,
le peuple eût alors déployé sa tonte-puissance , il eût écrasé
le germe de la Vendée , du fédéralisme et d'une guerre qui
dévorera des millious d'hommes ; mais nous fumes faibles , et
la liberté chancela .
Le président. Ce n'est pas la mort qui est à l'ordre du jour ,
mais la justice . La Convention nationale a prouve qu'elle
n'épargnait aucun conspirateur , aucun ennemi de la liberté ,
qu'elle allait les rechercher même dans son sein . Lorsque nous
frappons un conspirateur , un ennemi du peuple , ce n'est pas
à la mort que nous l'enyoyons , mais devant un tribunal
redoutable , il est vrai , pour le criminel , mais juste envers
tous les accusés , et rassurant pour le bon citoyen , pour l'in
nocent opprimé. En exerçant ces actes d'une juste sévérité
nous remplissons le devoir que la confiance du peuple
( 326 )
notre conscience nons imposent ; mas à l'impassibilité da
législateur succede la sensibilité de l'homme ; en frappant let
coupable , nous gémisssons sur la perversité de nos semblables.
Te langage que vous venez de faire entendre dans cette enceinte
es indigne d'un républicain , et les citoyens qui rem
plissent nos tribunes , ont prouvé par leurs murmures qu'ils
ne partageaient pas vos sentimens . Nou , ils ne les partagent
pas...... ; car ils sont Français républicains , c'est - à - dire justes
et humains et malgré ceux qui voudraient anéantir toutes
les vertus publiques et privées , jamais nous ne deviendions
des antropophages ; car la vertu , la probité et la justice sont
à l'ordre du jour. Rendez cette répouse à ceux qui vous out
envoye.
De vifs applaudissemens s'élevent à plusieurs reprises . On
demande que ces deux individus soient chassés de la barre .
l'expulsion est aussi - tôt décrétée .
Laplanche voulait qu'ils fussent saisis et conduits au comité
de sûreté générale . Bréard a demandé que la Convention ,
pour maintenir les principes , se bornât à renvoyer sun -lechamp
la pétition au comité . Adopté .
L'Assemblée entend la lecture de plusieurs adresses de félicitation
elle rend ensuite quelques décrets d'un intérêt
particulier.
Saint -Just se présente à la tribune , au nom des comités de
salut public et de sûreté generale .
4 L'accusateur public du tribunal révolutionnaire , dit Saint-
Just , a mande que la révolte des coupables avait fait suspendre
les débats de la justice jusqu'à ce que la Convention ait pris
des mesures . Vous avez échappé aû danger le plus grand qui
fainais ait menacé la liberté : maintenant tous les complices sont
découverts , et la révolte des criminels au pied de la justice
même , întîmidés par la loi , explique le secret de leur conscience
, leur désespoir , leur fureur , tout annonce que la
bonhonie qu'ils fesaient paraître , était le piege le plus hypecite
qui ait été teudu à la révolution .
" Quel innocent s'est jamais révolté devant la loi ? il ne
faut plus d'autres preuves de leurs attentats que leur audace .
Quoi ceux que nous avons accusés d'avoir été les complices
de Dumourier , et d'Orléans , ceux qui n ont fait une révolution
qu'en faveur d'une dynastie nouvelle ; ceux - là qui ont conspiré
pour le ma heur et l'esclavage du peuple mettent le comble à
Teur infamie ! ".
,, S'il est ici des hommes véritablement amis de la liberté ,
si l'énergie qui convient à ceux qui ont entrepris d'affranchir
leur pays eest dans leur coeur , vous verrez qu'il n'y a plus de
conspirateurs cachés à punir , mais des conspirateurs à front
découvert , qui , comptant sur l'aristocratie avec laquelle ils
ont marché depuis plusieurs années , appellent sur le peuple la
vengeance du crime.
'( 327 )
" Non , la liberté ne reculera pas devant ses ennemis ; leur
coalition est découverte. Dillon , qui ordonna à son armee de
marcher sur Paris , a déclaré que la feinme de Desmoulins avait
touché de l'argent pour exciter un mouvement pour assassiner
les patriotes et le tribunal révolutionnaire . Nous vous remercions
de nous avoir placés au poste de l'honneur ; comme
vous , nous couvrirons la patrie de nos cops .
Mourir n'est rien , pourvu que la revolution triomphe ;
voilà le jour de gloire , voilà le jour où le sénat romain lutta
contre Catilina ; voila le jour de consolider pour jamais la libertė
publique. Vos comités vous répondent d'une surveilance heroïque
. Qui peut refuser sa véneration dans ce moment terrible
où vous combattez pour la derniere fois contre la faction qui
fut indulgente pour vos ennemis , et qui aujourd'hui retrome 22
fureur pour combattre la liberté.
" Vos comités estiment peu la vie : ils font cas de Thoungu
Peuple tu triompheras ; mais puisse cette expéricare h
aimer la révolution par les périls auxquels elle expuse tes
amis.
Il était sans exemple que la justice eût été insultée , et si
elle le fut , ce n'a jamais été que par des émigrés insensés ,
prophétisant la tyraunie . Eh bien , les nouveaux conspirateurs
ont récusé la conscience publique . Que faut - il de plus pour
achever de nous convaincre de leurs attentats ? Les malheureux
! ils avouent leurs crimes , en résistant aux lois . Il n'y a
que les criminels que l'équité terrible épouvante . Combien
etaient-ils dangereux tous ceux qui , sous des formes simples ,
cachaient leurs complots et leur audace ! En ce moment on
conspire dans les prisons en leur faveur ; en ce moment l'aristocratie
se remue : la lettre qu'on va vous lire , vous démontrera
vos dangers.
" Est - ce par privilege que les accusés se montrent insolens ?
Qu'on rappelle donc le tyran , Custine et Brissot du tombeau ;
car ils n'ont point joui du privilege, épouvantable d'insulter
leurs juges.
" Dans le péril de la patrie , dans le degré de majesté où
vous a places le peuple , marquez la distance qui vous sépare
des coupables ; c'est dans ces vues que vos comités vous
proposent le décret suivant :
,, La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de ses comités de salut public et de sûreté générale , décrete que
le tribunal révolutionnaire continuera l'instruction relative à la
conjuration de Lacroix , Danton , Chabot et autres ; que le
président emploira tous les moyens que la loi lui donne pour
faire respecter son autorité et celle du tribunal révolutionnaire ,
et pour réprimer toute tentative de la part des accusés pour
troubler la tranquillité publique , et entraver la marche de la
justice ;
Décrete que tout prévenu de conspiration , qui résistera ou
>
X 4
( -328 )
insultera à la justice nationale , sera mis hors des débats sur le
champ . "
Avant de rendre ce décret , l'Assemblée se fait donner lecture
de la lettre que les comités ont reçu de l'administration de
police.
Commune de Paris . Ce jourd'hui , 15 Germinal.
Nous , administrateurs du département de police , sur
une lettre à nous écrite par le concierge de la maison d'arrêt
du Luxembourg , nous nous sommes à l'instant transportés en
ladite maison d'arrêt , et avons fait comparaître devant nous
le citoyen Laflotte , ci- devant ministre de la République , à
Florence , détenu en ladite maison depuis environ six jours ,
lequel nous a déclaré qu'hier , entre six et sept heures du soir ,
étant dans la chambre du citoyen Arthur Dillon , que lui
declarant a dit ne connaître que depuis sa détention , ledit
Dillon , après l'avoir tiré à part , lui avait demandé s'il avait
eu connaissance de ce qui avait eu lieu ce jour au tribunal
révolutionnaire ; que , sur une réponse négative de la
part dudit Laflotte , ledit Dillon lui avait dit que les accusés ,
Danton , Lacroix , Hérault avaient déclaré ne vouloir parler
qu'en présence des membres de la Convention , Robespierre ,
Bairere , Saint -Just et autres ; que le peuple avait applaudi ;
que le jury embarrassé avait écrit une lettre à la Convention ,
qui était passée à l'ordre du jour ; qu'à la lecture dudit décret
, le peuple avait donné de fortes marques d'improbation ,
qui s'étaient répandues jusques sur le pont ; ( bruit que ledit
Dillon avait eu soin de répandre dans la prison ) que sa crainte
était que les comités de salut public et de sûreté générale
no fissent égorger les prisonniers detenus à la Conciergerie , et
que le même sort ne fût réservé aux détenus dans les autres
maisous d'arrêt ; qu'il fallait résister à l'oppression ; que les
hommes de tête et de caur devaient se réunir ; que ledit Dillon
dit encore qu'il voulait la République , mais la République
libre .
Dillon ajouta alors qu'il avait un projet concerté avec
Simon , deputé de la Convention , et qui était détenu dans
lad te maison , homme de tête froide et de coeur chaud ; qu'il
voulait le communiquer à lui déclarant ; que lui déclarant ,
*sen ant toute l'importance dont il pounait être de découvrir
ce projet , pour la chose publique , il prit le parti
de dissimuler et d'entrer dans ses vues ; que ledit Dillon lui
dit qu'il viendrait le trouver chez lui ; qu'il amenerait Simon ,
et ferait ensorte aussi d'amener Thouret , aussi détenu ; il
donna alors à un porte- clef , que lui déclarant croit s'appeler
Lambert , une lettre . Sur l'observation du porte - clef , ledit
Dillon coupa le signature ; qu'il lui dit alors que ladite lettre
était pour la femme de Desmoulins ; qu'elle mettait à sa dispo
sition mille écus , à l'effet de pouvoir envoyer du monde autour
( 329 )
et que , du tribunal révolutionnaire ; apics quoi il sortit de la chambre ;
que lui declaraut se rendit dans la sienne ,
réfléchissant
sur l'importance dont pouvait être la découverte de leur
projet , il se décida à avoir l'air de partager leurs idees pour
mieux connaitre leur plan .
" Vers huit heures et demie arriverent en effet Dillon et
Simon après lui avoir tous les deux confirmé les nouvelles
que Dillon lui avait précédemment dites , ils chercherent à
émouvoir en lui toutes les passions qui pouvaient le porter à
adopter leurs projets , tantôt en éveillant les mécontentemens
qu'ils lui supposaient de sa détention , tantôt en lui faisant
voir la gloire à laquelle il pourrait participer , en travaillant
à rétablir la liberte qu'ils disaient perdue ; tantôt enfin en
cherchaut à exciter son ambition , par l'espérance des places
auxquelles il devait étre porté. Enfin , quand ils crurent s'être
Assurés de sa personne , quand ils s'imaginerent l'avoir associé
à leurs infâmes complots , ils lui détaillerent et discuterent
devant lui différens projets .
» Ne cherchant qu'à gagner da tems et à connaître ses
complices , lui déclarant accéda à tout ; il leur dit même
qu'il avait quelque argent à leur disposition ; enfin , quand il
se fut assure de tout , quand il se fut persuadé qu'ils étaient
les seuls depositaires de leur secret ; quand ils lai eurent
doune parole de ne point agir avant d'avoir appris les nouvelles
du lendemain , il les congédia , contens de s'être acquis
une créature. Il était neuf heures du soir ; les guichets étaicut
fermes, et il ne pouvait faire sa déposition sens donner l'alarine
dans la prison . Il eut la présence d'esprit , pour ne dooner
aucune suspicion à Dillon , de rentrer encore dans sa cham,
bre , et d'y rester jusqu'à onze heures à une partie de wisch ;
il veilla toute la nuit ; et à la pointe du jour , il descendit au
guichet dont il se fit ouvrir la porte , et accourut dire au
citoyen Coubert , qui a la confiance du concierge , ce qui
s'etait passé la veille , afin qu'il en fit son rapport au con
cierge , pour s'assurer des conspirateurs .
Quant au projet discuté par Simon et Dillon dans sa
chable , il se réserve , sons le bon plaisir des comités de
sûreté générale et de salut public , d'aller lui - même leur cu
faire le rapport , croyant que la prudence l'exige ainsi .
" Lecture faite au citoyen Laflotte , il a dit, que la présente
déclaration contient vérité , et a signé avec nous ; ajoutant
encore le déclarant , que sur l'escalier du citoyen Benoit ,
concierge , ayant rencontré le citoyen Laminiere , aussi détenn
, celui - ci lui avait dit que le citoyen Arthur Dillon,
était descendn dans les autres chambres , vers les 8 heures ;
qu'il lui avait aussi fait part de ces nouvelles , et de ses craintes ,
que ledit Laminiere avait traitées de chimeres , et que
ledit
déclarant lui avait dit qu'il allait voir à en conférer avec lesdits
citoyen Simon , Thouer , tlui declarant a signé.
ALEXANDRE LAJLOTTE.
( 330 )
:
,, Sur quoi nous administrateurs de police , disons qu'il sera
l'instant référé aux comités de sûreté générale et de salut
public , pour par eux être ordonné ce qu'il appartiendra . 99
WITCHENILE , administrateur de police.
} 3 Le décret résenté par Saint-Just est adopté à l'unanimité .
Séance de sextidi , 16 Germinal.
;
D'après un rapport de Barrere , la Convention décrete que
le comité de salut public est chargé de faire indemuiser incessamment
les patriotes de Marseille , des pertes et des malheurs
qu'ils ont éprouvés dans les journées du 21 an 25
août vieux style ) , en résistant au federalisme , en maintenant
courageusement l'unité et l'indivisibilité de la République
. Les indemnités seront prélevées sur les biens des f défalistes
et autres conspirateurs mis à mort. Les 21 chasseurs
du bataillon de la section 11. , détenus dans les prisons d'Avignon
, seront renvoyés sans délai par - devant le représentant
du peuple actuellement à Marseille , pour être statué sur ce
qui les concerne .
Vadier obtient la parole pour une motion d'ordre . « Hier ,
dit-il , j'ai été temoin des débats scandaleux qui ont eu lieu
au tribunal révolutionnaire. J'ai entendu les propos les plus
akoces . Danton disait que ses ennemis , les consités de salut
pulTe et de sûreté générale , et la Convention elle - même ,
seraient déchirés par morceaux dans peu de jours . Ce traître
espérait que la conspiration , ourdie par Dillon et Simon ,
notre collegue , au Luxembourg , et dont le but était de faireégorger
les deux comités , réussirait , appuyés du systême de
diffamation que ces traîtres avaient eu soin de mettre en acti
vite contre ces mêmes comités . "
Vadier fait une réflexion consolante pour les bons patriotes ,
et déchirante pour les agens de la faction ; c'est que le nombre
des conjurés est petit , et que presque la totalité de la
Convention est composée d'hommes vertueux et amis ardens
de leur patrie et de la liberté . Soyez tranquilles , citoyens ,
s'écrie -t - il , et pour la Convention , et pour le peuple , et
pour la liberté . Montrons - nous tels que nous sommes . Que
chaque membre rende compte au peuple de sa vie politique
et privée ; que chacun de nous présente au peuple l'état de
sa fortune. De vifs applaudissemens s'élevent à cette proposition.
L'Assemblée entiere demande à aller aux voix . Le
priucipe est décrété , et le comité de salut public est chargé
d'en présenter le lendemain la rédaction .

Garnier de Saintes , revenu du Mans , entretient la Conven .
tion de la conspiration découverte au Mans , et qui était une
suite de celle d'Hébert : il dit que plusieurs des chefs de cette
conspiration , arrivent au tribunal révolutionnaire , et démontre
avec évidence , que Phélippeaux , l'espoir de tous les mal(
31 )
veillans dans la commune du Mans , était l'âme de cette consé
pia on . Garnier a remis à ce sujet plusieurs lettres interceptées
de Phelippeaux et de ses agens il entre ensuite dans les
détails du bien qu'operent dans les départemens , les travaux
du comité de salut public. Vifs applaudissemens .
Conthon entre ensuite dans quelques détails sur la nouvelle
conspiration qui s'était formée dans les prisons , par suite de
celle dont les chefs ont été livrés à la justice . Simon ( du Mont
Blanc ) , Thouret , ex - constituant , et Arthur Dillon , ci - devant
général , dirigeaient ce complot ténébreux . Dans la nuit d'hier ,
les portes des prisons devaient être ouvertes à ces monstres ,
par les soins d'un concierge qu'ils avaient gagné.
que
Tous les prisonniers et leurs complices du déhors devaient
se réunir sous le commandement de Dillon , et se porter d'abord
au comité de salut public , dont ils savaient bien les membres
étaient en permanence continuelle , pour égorger , avec le
sang- froid du crime , ces membres . Ils devaient ensuite délivrer
les conjurés , immoler les juges du tribunal révolutionnaire ,
s'emparer des avenues de la Convention et des Jacobins , mase
sacrer tous les députés et les patriotes les plus ardens , se porter
ensuite au Temple , en extraire l'enfant Capet , et le remettre
entre les mains de Danton qui devait le présenter au peuple .
" Citoyens , s'écrie Couthon , ces hommes se sont défendus
par des diffamations contre la représentation nationales
Ils ont traité le comité de salut public , d'autorité tyrannique.
Ils ont rappelé l'idée effrayante de dictature , de décemvirat. La
réponse du comité à ces accusations aussi folles qu'atroces se
trouve dans les sentimens fiers et républicains de tous les
membres qui le composent , dans leur vie privée et dans cette
sentence terrible consignée dans la déclaration des droits :
que tout individu qui usurperait la souveraineté du peuple , soit mis
à mort à l'instant par les hommes libres .
Je demande que la Convention nationale proclame de
nouveau dans son sein , en présence du peuple , cette maxime
redoutable pour les despotes et consolante pour les amis de
la liberté et de l'égalité . ›› La Convention toute entiere
se leve et fait , au milieu des plus vifs applaudissemens des tribunes
, la proclamation demandée par Couthon.
-
Séance du septidi , 17 Germinal.
PRÉSIDENCE D'AMAR.
L'Assemblée avait décrété la veille que chacun de ses membres
rendrait un compte moral de sa conduite politique. Elle
avait renvoyé la rédaction de ce décret au comité de salut
public qui s'en est occupé aujourd'hui ; mais il a pensé que cet
objet était intimement lié à une infinité d'autres mesures
générales , sur l'épurement de la morale publique . Il a cru devoir
suspendre cette rédaction jusqu'au rapport qu'il présentera à la
( 33% )
Convention le 21. 11 en fera un antre sur l'influence morale et
politique de la marche révolutionnaire du gouvernement. Il en
sera fait un autre sur les fonctions des représentans du peuple
dans les départemens , et auprès des armées , pour maintenir
entr'eux l'unité des mouvemens et les ramener tous au centre
du gouvernement . Un quatrieme proposera uu projet de fête
decadaire dédiée à l'Eternel , dont les hébertistes n'ont pas
ce au peuple d'idée consolante . Enfin , un cinquieme rapport
concernera les moyens d'épurer la morale publique ; de
montrer aux citoyens le bonheur dans l'exercice de leurs
devoirs et dans la pratique de la vertu . Le comité de salut
public fait part de nos nouvelles prises maritimes .
Séance d'octidi , 18 Germinal
On aumet une dépuration de la société populaire de Montpellier
, elle presente l'urne qui renferme les cendres du
représentant du peuple , Beauvais , mort à Montpellier par
suite des tourmens que la barbarie anglaise et espagnole lui a
tit cudurer à Toulou . La députation donne lecture du procèsverbal
des honneurs funebres que les citoyens de Montpellier
on rendus à ce vertueux républicain. La Convention entend
avec recueillement le récit. Les cendres de Beauvais reposent
quelques instans auprès du président et sont de suite transportées
2x archives , pour y demeurer jusqu'à ce que le comite d'iusaction
publique ait fait un rapport sur les honneurs qui
doivent être rendus à la memoire de ce député . La Convention
change le même comite de lui faire un rapport sur les honacurs
à rendre à Fubie ( de l'Hérault ) , Pierre Bayle et Gasparip
également victimes de leur dévouement à la patrie .
par
L'accusateur public près le tribunal révolutionnaire envoie
à la Convention nationale un double des dépositions faites
Laflotte et Meunier , détenus au Luxembourg , et Lambert ,
porze-olef.
e:
Il en résulte que Dillon a dit aux deux premiers avoir un
pojet concerté avec Simon et Thouret , pour arracher Danton
ses complices à la justice , égorger le tribanal révolution-
Daire, les membres du comité de salut puplic , et se répandre
spite dans Paris , en criant : Vive les fondateurs de la Repu
lique ! à bas les dictateurs !
On voit de plus que Dillon disait à Laflotte que 27 sections
de Paris demandaient les assemblées primaires ; que le peuple
intéressait en faveur des accusés , et il en donnait pour
Preuves que la femme de Chaumette avait passé au Luxembourg
, et fait un signe de contentement à son mari , en battant
des mains . L'accusateur public ajoute que Dillon va être
mis en jugement , mais qu'il ne peut prendre aucun parti à
Tégard de Simon , sans un décret positif de la Convention .
Après la lecture de ces pieces , Legendre déclare qu'une
nouvelle preuve de l'existence de ce complot , c'est qu'il a
( 333 )
reçu , et mis entre les mains du comité de salut public , une
lettre anonyme , dans laquelle , après avoir flatté son ambition
de l'espoir le plus chimérique , on le chargeait de porter
les premiers coups de poignard dans la Convention ; et l'os
lui indiquait plusieurs moyens de réussir à assassiner Robespierre
et Saint-Just.
Le décret d'accusation est porté contre Simon , au milieu des
plus vifs applaudissemens et des cris de vive la République !
PARIS. Primidi , 21 Germinal.
C'est le 12 de ce mois qu'a commencé l'interrogatoire secret
de Danton et de ses complices . Le 14 l'instruction publique
s'est ouverte. Cette séance a été consacrée à prendre l'âge , la
demeure et les qualités des accusés , et à leur faire lecture
des rapports de Saint-Just et d'Amar dont ils ont demandé conmunication
, ce que le, tribunal leur a accordé . il a été partillement
donné lecture du décret rendu la veille , contre Westermann
. L'accusateur public a pris ensuite la parole , et sur
son requisitoire , le tribunal a mis sur -le -champ en cause l'exgénéral
Westermaun .
Latr'autres particularités que les feuilles du jour out rapportées
unanimement , on a remarqué que Fabre d'Eglantine , qui occupait
le premier le fauteuil , avait une contenance pénible et
souffrante.
Danton , interrogé sur son nom et sa demeure , a répondu :
bientôt dans le néant , et mon nom au panthéon de l'histoire.
Hérault- Sechelles , interrogé sur son nom et son état avant la
révolution , a répondu je m'appelle Marie -Jean , noms peu saila
lanis même parmi les saints . Je siegois dans cette salle où j'étais
détesté des parlementaires.
:
Camille Desmoulins , ayant apperçu parmi les jurés Remandin
, a voulu le recuser ; mais le tribunal , en conformité de
la loi qui veut que la recusation seit faite dans les 24 heures
et par écrit , a décidé qu'elle ne serait point admise.
Le même Camille , interroge sur son âge , a repondu ; Jai
l'âge du sans-culotte Jésus , 33 ans,
Hérault a demaudé pour défenseur officieux Simon , député,
détenu pour lors au Luxembourg et actuellement à la Conciergerie
. Si l'on rapproche cette demande de l'insurrection
qui se méditait dans la maison d'arrêt du Luxembourg , et à
la tête de laquelle se trouvaient Simon et Arthur Diloa , il
est aisé de juger du motif de cette demande.
Le tribunal a procédé ensuite à l'audition des témoins. Lhullier
, agent national près le departement de Paris , accusé de
complicité avec Delaunay , Chabot et autres , a été mis le
mêmejour en jugement.
1
( 334 )
Les débats de l'instruction se sont prolongés durant cette
séance et celle du lendemain . Les répouses des accusés ent
été vagues , obscures et souvent contradictoires ; ils se sont
accusés les uns les autres , sur- tout dans l'aflaire relative à
Chabot . On a déja vu par les rapports faits à la Convention
par Saint -Just , dans la séance du 17 , et par les opinions de
Billaud-Varennes , Vadier et Couthon dans celle du 16 , quelle
avait été la conduite audacieuse de Danton et de ses complices
devant leurs juges. Il est prouvé par la découverte de
Ja conspiration de Simon , Dillon et Thouret , que Danton ue
faisait autant de bruit que pour exciter un mouvement dans
lequel il espérait d'être secondé.
Au commencement de la séance du 16, le président du tribunal.
ayant donné lecture du décret de la Convention qui lui ordonne ,
après trois jours de débats dans l'instruction d'une procédure ,
de demander aux jurés s'ils sont suffisamment instruits sur
l'affaire , les jurés ont déclaré qu'ils allaient se retirer dans
leur chambre , pour en délibérer . Alors Dauton , Westermaun
es quelques autres des accusés , ont demandé la parole ; ils
oat insisté , crié , apostrophé et renouvelle les scenes indécentes
de la yeille . Le président a ordonné de faire retirer les
accusés , ce qui a été exécuté .
Quelque tems après les jurés sont rentrés , et ont déclaré
qu'ils étaient suffisamment instruits . L'accus.teur public en
résumant tous les faits a rappellé l'audace que les accusés
ont montrée , les indecences qu'ils ont commises ,
les outrages
qu'ils ont faits à la justice nationale , les sourires , les
ironies , les menaces mêmes qu'ils se sont permis pendant tour
le cours des débats. Les protestations qu'ils ont faites ; il a cité
le décret rendu la veille concernant les accusés ; il a requis que
les questions fussent posées à l'instant , et qu'après la déclaration
du jury , il fut procédé au jugement saus appeller aucun des
accuses . Le tribunal fait droit au requisitoire de l'accusateur
public . Vers les une heure après midi , le jugement a été
prononcé .
J. P. Lacroix , âgé de 40 ans , natif de Pont- Audemer ,
département de l'Eure , ci -devant soldat , homme de loi ,
député à la Convention ;
G. J. Danton , âgé de 34 aus , natif d'Arcy- sur-Aube , cidevant
avocat , député à la Convention .
B. Camille - Desnioulins , âgé de 33 aus , natif de Réunionsur-
Oise , département de l'Aisne , homme de lettres , député
'à la Convenion .
P. Phelippeaux , âgé de 35 ans , natif de Ferriere , département
de l'Oise , ci -devant homine de loi , députe à la Convention
;
natif de Paris ,
M. J. Hérault-de Sechelles , âgé de 34 ans
ex- avocat général au ci - devant parlement de Paris , ci devant
membre du tribunal de cassation , députe à la Convention ;
( 335 )
J. F. Westermann , âgé de 40 ans , ex- général de brigade ,
convaincu d'être auteurs ou complice d'uue conspiration qui a
existé , tendante à rét blir la monarchie , à détruire la repré
sentation nationale et le gouvernement républicain , ont été
condamnés à la peine de mort.
P. F. Fabre d'Eglantines , âgé de 39 ans , natif de Carcassonne
, homme de lettres , député à la Convention ;
J. Delaunay , âgé de 39 ans , natif d'Angers , ci - devant homme
de loi , député à la Convention ;
1
F. Chabot , âgé de 38 ans , natif de Saint- Geniez , département
de l'Aveyron , ex- capucin , député à la Convention nationale
; convaincus d'être auteurs ou complices d'une conspiration
tendante à diffamer et à avilir la representation nationale
, et à détruire par la corruption le gouvernement républicain
, en trafiquant de leurs opinions comme représentans
du peuple , ont été condamnés à la même peine .
C. Bazire , âgé de 29 ans , natif de Dijon , département de
la Côte- d'Or , ex- commis aux archives des états de Bourgogne ,
député à la Convention , convaincu d'être complice de la
conspiration de Chabot et de Delaunay , en ayant gardé le si-.
lence , soit sur les révélations qui lui ont été faites , soit en
écoutant les propositions d'intérêt qui lui ont été faites , a été
condamné à la même peine.
M. R. Sahuguet- d'Espagnac , âgé de 41 ans , natif de Pry ,
département de la Correze , ex-abbé , fournisseur des armées
de la République ;
Sigismond-Junius Frey , âgée de 36 ans , né et directeur de
tabac à Brunn en Moravie ; fournisseur de l'armée , vivant de
ses revenus ;
E. Frey , âgé de 27 ans , natif de Brann , en Moravie ,
frere de Junius Frey , vivant de ses revenus ;
C. F. Diederichsen , âgé de 51 ans , natif de Lachenbourg ,
dans le Holstein , avocat en la cour de Dannemarck ;
en.

A. M. Gusman , âgé de 41 ans , natif de Grenade ,
Espagne , naturalisé Français en 1781 , vivant de ses revenus
convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration , ont été
.comdamnés aussi à la même peine .
L. M. Lullier , ci - devant homme de loi , agent national
près le département de Paris , impliqué dans cette affaire ,
a été acquité , et reconduit au Luxembourg où il était détenu
par mesure de sûreté .
Vers les sept heures du même jour , les condamnés ont
subi leur jugement sur la place de la Révolution . Diéderiens en
a été exécuté le premier : les têtes de Lacroix et de Daton
sont tombées les dernieres . Celle de Danton a été seule outrée
au peuple , au milieu des cris prolongés de vive la Répu-
-blique !
Le tribunal s'occupe actuellement de l'instruction du procès
de Simon , Arthur Dillon , Thouret et autres , impliqués dans
la conspiration de la maison à arrêt du Luxembourg.
( 336 )
T
La femme de Camille - Desmoulins a été conduite à Sainte-
Pélagie.
Deforgues , ministre des affaires étrangeres ; Paré , ministre
de l'intérieur , et son principal commis , ont été mis en état
d'arrestation .

La société des Jacobins , dans sa séance du 16 , a mis à
l'ordre du jour la discussion des preuves et des branches de la
conspiration de Danton Lacroix et leurs complices . Des
faits très -importans ont déja été révélés . Le peu d'espace qui
mous reste ne nous permet pas de les raporter en ce moment ;
nous en ferous un article particulier dans le prochain numéro .
Dans cette même séance , Dufourny a été vivement inculpé
par Vadier et Robespierre . Les faits ont été si directs que la
société a exclus Dufourny de son sein et l'a renvoyé au comité
de sûreté générale : depuis il a été mis en état d'arrestation .
Une lettre , écrite d'Abgar , en date du 9 germinal , par
un capitaine du premier bataillon de la Mayenne dans l'armée
du Nord et dent lecture a été faite aux Jacobins , annonce
que les généraux Pichegru , Ballaud et Salland , ont attaqué
et repoussé l'ennemi ; que les Républicains , sur plusieurs
colonnes , étaient dans la forêt de Mormale et avaient enlevé
des redoutes et des forts à la bayonnette.
On apprend par une autre lettre , écrite d'Arlon à la même
date , du 9, que nos troupes , après un choc terrible , avaient
forcé cette ville d'ouvrir ses portes , qu'elles y sont entrées tam
bour battant , drapeaux déployés ; qu'elles y ont pris 8 pieces
de canon beaucoup de chevaux , et fait un butin considérable.
On mande de Maubeuge , à la date du 10 , qu'une nouvelle
redoute a été établie à peu de distance des glacis de cette ville ,
malgré les efforts de l'ennemi. Cette redoute aura l'avantage dé
resserrer de plus en plus l'ennemi dans ses lignes .
Les nouvelles du Bas- Rhin , de la Belgique et même d'Angleterre
, s'accordent à confirmer la retraite de la grande armée
du roi de Prusse : il ne laissera que 15 à 20,000 hommes pour
son contingent , comme électeur de Brandebourg.
Nous apprenons par les débats du parlement d'Angleterre ,
dans la séance du 18 mars , que trois vaisseaux français ont
abordé sur la côte du Northumberland , et qu'ils ont fait un enlevement
de bestiaux . Le secrétaire d'état , Dundas , est convenu
de cette excursion ; mais il s'est excusé sur ce que les bâtimens
qui étaient dans le port de Shiclos et de Leith , n'ont pu être
employés , et qu'il est d'ailleurs connu que la partie de la côte
que les Français ont visitée , est extrêmement périlleuse .
Dans une séance subséquente , M. Sheridan a reproché ouvertement
au gouvernement la fabrication de faux assignats ,
dont lui et M. Vayler out offert d'indiquer le lieu et la manufacture
. Telle est la morale de ce perfide gouvernement.
Le total des prisonniers et des détenus , dans le département
de Paris , est de 7063.
( No. 16. )
MERCURE FRANÇAIS .
DU SEXTIDI , 30 GERMINAL , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 19 avril 1794 , vieux style . )
POÉSIE.
Le désaveu du Vieillard. Stances.
Je désavoue , adorable Éliante
Ces vers menteurs dictés par Apollon :
Voyez Procris ; est- elle moins brillante ,
Quand elle sort des bras du vieux Titon ?
D'un doux baiser , si j'ai craint quelque chose ,
C'est pour mon coeur et non pour vos appas ;
Je l'aurais pris sans danger pour la Rose :
En l'effleurant , on ne la fleurit pas .
J'allais descendre au tenebreux rivage ,
Mais la beauté sourit à mes vieux jours ;
De tous mes sens je retrouve l'usage ,
Et je n'ai plus que l'âge des amours.
CROSMONT.
CHARADE.
t
MON premier revient tous les ans
Pour égayer et fleurir la nature ;
Dans mon second voyez une pâture ,
Et dans mon tout l'abri des habitans .
ENIG ME.
Je suis gris , vert , blanc , rouge , enfin de cent conleurs .
L'on me voit au village , ainsi que dans la ville .
Peu grand et très -utile ,
Je passe fort souvent dans les mains des tailleurs .
Tome VIII. Y
( 338. )
Mais par un changement et bizarre et nouveau
Je deviens tout d'un coup jumeau .
Par une autre métamorphose ,
Mon sein produit des fleurs , et la poire et la rose.
M₁
LOGOGRIPHE.
A plus grande valeur dans ma force réside ,
De mes attraits bien des gens sont epris
1
Je vaux aussi bien peu quand j'ai le ventre vide ,
Mais si-tôt qu'il est plein , je suis d'un plus grand prix.
Dans cet état parfois je me mets en voyage ;
On me desire alors , et je suis attendu ,
Sur le chemin on me ménage ,
A bras ouverts je suis reçu ,
Et si -tôt qu'on me voit je suis le bien venu ;
J'ai cependant besoin d'adresse
Pour n'être point dans ma route arrêté ,
Et pour la terminer avec plus de vitesse .
Mais par quelle fatalité
Faut-il , hélas ! que le mépris succede
Au sentiment qu'on m'avait accordé.
J'arrive , ch bien ! me voilà dégradé ;
On m'enleve , on me prend tout ce que je possede ;
Je suis alors à peines regardé .
Mais si de moi ma tête est divisée ,
Changeant de sexe , et toujours plus prisée ,
Je dévance , ou suis le desir ,
Et souvent après moi l'on trouve le plaisir
Ami lecteur , toujours je t'intéresse ; -
Bien souvent tu m'attends comme ton seul espoir,
Je laisse à décider à ta délicatesse ,
Lequel vaut mieux me faire , ou bien me recevoir.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du Nº . 15 .
Le mot de la Charade est Passage ; ' celui de l'Enigme est Trictrac
celui du Logogriphe est Sifflet ; où l'on trouve lit , site , if, fil ·
fils ,fo, isle, i.
1 x 12
.angluss sob zaista nch tasvuce
2 YI
( 339 )
.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
1
Le Francinisme ou la Philosophie naturelle . Par T. Vernes , de
Geneve , auteur de la Franciade . A Paris , chez Didier , libraire ,
rue des Aris , maison de Châteauvieux. Un volume in- 12 de
340 pages , broché . Prix , 2 liv . 10 sols , et 3 liv . 5 sols ( franc
de port ) pour les départemens .
V OICI un profond penseur , ami de l'homme , admirateur de
notre glorieuse révolution , et dont l'ame électrisée par le génie
de Rousseau de Geneve , dans la maison même où naquit ce
philosophe , s'est élevée aux régions sublimes de la métaphy
sique , et jusques dans le sein de l'Etre infini , pour y décou
vrir notre destinée , notre morale et notre croyance . Nous devons
par une juste reconnaissance faire connaître son ouvrage qui
doit donner lieu à des méditations et à des réflexions sérieuses
aux Républicains Français qui se sont affranchis des préjugés
de la superstition en même tems que des chaînes de la servitude.
* Le francinisme , dit l'auteur , ente en quelque sorte l'arbre
de la liberté sur celui de la religion ; leurs fruits en sont plus
beaux , leur tige auguste plus sacrée , plus affermie , et leurs,
branches étendues sur les deux mondes doivent en assurer
jamais le repos.
Un traité abstrait n'est gueres du ressort de ce journal ;
'cependant nous sommes persuadés que nos lecteurs , animés
de l'esprit public , et déja formés aux vertus républicaines
examineront volontiers avec l'auteur du francinisme les grands
principes de la inorale universelle , et la foi convenable au
premier peuple du monde qui doit servir de modele en tout aux
autres nations de la terre . C'est pour remplir ce but que nous!
allous rapprocher dans cette analyse , qui pár son importance
doit être exacte , suivie et précise , les principales idées répandnes
dans les résumés que T. Vernes a donnés des principaux
chapitres de sa dissertation . Mais il faut avoir recours à l'ou
vrage même pour les développemens des preuves et des raisonnemens
.
A spectacle des beautés de la nature , l'homme enflammé
du desir de connaître la cause suprême et ordonnatrice de
tant de merveilles l'a cherché dans le cercle de sa'nature , ou
de l'univers de son ame et de ses sens . N'y rencontrant point
le grand Etre , il a voulu franchir les bornes de cet univers ;
mais ne pouvant se former aucune idée qui est pardelà
le cercle où toute son existente est crite , il s'est
4 - forcé d'y rentrer ; alors if west fait des Dieux à l'image
( 340 )
des objets qui frappaient ses sens ; ou il a nié l'existence de
celui qu'il ne pouvait appercevoir . L'athéisme et toutes les
fausses religions ont donc eu cette source cominune l'impossibilité
où l'homme était de connaître , la divinité, il n'a point
senti que cette impossibilité naissait de sa propre nature ;
il n'a point vu que l'Eternel etant d'une nature absolament
différente de celle des élémens qu'il avait créés et combinés
à sa volonté , il ne pouvait être apperçu de ses créatures
, ni dans le cercle de ces élémens , ni hors de ce cercle
que ne peuvent franchir toutes les idées humaines . Du moment
où l'homme aurait senti l'impossibilité où il était de connaître
un Dieu qui n'est rien de ce que sont ses ouvrages , il eût
mis en doute si le cerele de la nature ne renfermait pas des
êtres dont l'existence n'affectair point ses sens , et si à plus
forte raison il n'en existait pas hors de ce cercle . Dans ce
doute , ne pouvant ni nier , ni admettre ce qu'il ne connais
sait pas , et ce qu'il ne pouvait connaître , il aurait observé
les effets qu'on attribuait à un être inconnu , tel qu'une cause
intelligente et ordonnatrice ; et si cet examen l'avait conduit
à la reconnaître , il se serait borné à chercher les intentions
de cette cause ou de Dieu à son égard plus il eût étudié
la nature , plus il eût vu que toutes les oeuvres qu'elle renferme
annoncent l'intention du bonheur des Etres , et que cette intention
ramene sans cesse à l'idée du premier auteur de ces
oeuvres .
Après avoir reconnu que la Divinité était d'une nature abso-
Jument distincte de celle de ses ouvrages , l'homme ne lui eût
prêté aucune des passion's qui lui sont propres , rien en général
de ce qui résulte des facultés intellectuelles ou matérielles de
l'homme ; ces facultés et tous leurs résultats sont l'ouvrage de
Dieu comme le reste de la nature , et il est démontré que le
Créateur ne peut être rien de ce que sont ses oeuvres . Dieu
n'est donc ni jaloux , ni vindicatif , ni misericordieux , ni
haineux , etc. etc. Les seuls attributs que nous puissions lui
prêter sont la puissance et la bonté , vu qu'il les a déployées
sur tous les atômes de la création , comme le prouve l'examen
du plan de l'univers .
L'univers est composé de deux élémens , celui de la matiere
et celui de la vie ; c'est de leurs combinaisons que le Créateur
a tiré tous les phénomenes qui frappent nos yeux . L'univers
est né d'un seul jet ' : les rapports intimes et l'ensemble parfait
des choses créées annoncent l'ensemble de leur création ou
l'identité de leur existence . Si j'examine les élémens constitutifs
des êtres , la vie et la matiere , et que je cherche leur
sort chez les êtres organisés , je vois qu'à la mort aucun des
atômes de la matiere ne s'anéantit ; qu'elle a apporté avec elle
la raison suffisante d'une continuité d'existence , et qu'en effet
elle continue d'exister sous de nouvelles formes. Je vois
ensuite que l'élément de la vie , ou la vie des êtres , ne fait
2
( 34 )
༄ ༞ ༄ ། ། ༄
que s'échapper à leur mort de ses enveloppes matérielles , et
ne perit point , puisque la durée de cet élément est aussi essentielle
à l'entretien de la nature que la durée de la matiere
elle -même , et que l'un et l'autre ont les mêmes raisons d'une
continuité d'existence . Les deux élémens constitutifs de mon
être sont donc indestructibles , et doivent circuler éternellenient
au sein de la nature. A la mort des êtres organisés la
matiere retourne à la matiere , l'élément de la vie à celui de
la vie répandu sur la masse universelle de la nature , et c'est
de leur réunion et de leurs combinaisons sans cesse renouvellées
que résulteront les générations à venir , comme c'est
de leur réunion et combinaisons précédentes ou actuelles que
sont parvenues toutes les générations présentes ou passées .
Quatre choses étaient d'une nécessité absolue à l'existence de
l'univers . L'élément de la vie , celui de la matiere , leurs
formes , puis un Dieu pour créer ces élémens , et ordonner
toutes les formes pour le même but.
Les preuves de l'existence de Dieu sont tirées , non - seulement
de l'univers considére comme un effet accompli , mais
aussi de ce même univers considéré comme un effet à accomplir
, comme un ouvrage dont tous les atômes devaient apporter
avec eux leur forme , leur place et leurs rapports respectifs
et innombrables au plan de l'existence generale . Tous
les êtres , depuis l'homme le plus accompli d'entre eux , jusqu'à
celui qui semble le plus imparfait , sont composés de deux
élémens de matiere et de vie ; tous subiesent à la mort la même
destinée , er circulent sans cesse les uns dans les autres au sein
de la nature par une chaine de vies et de morts non inter-
ថុ ន
rompue .

em-
La
L'élément de la vie , pareil à l'astre du jour dans son
pire , projette en quelque sorte des rayons de vie sur tout
le corps qui le contient'; il y projette de même la volonté
ce n'est que dans son foyer , à la racine des instrumens du
sensorium , qu'il jouit de Fintelligence , ouou plutôt qu'il est
cette intelligence elle- mème . le siége de cette intelligence
forme le monde moral univers est le monde hysique ;
ce dernier se verse en quelque sorte tout entier dans l'autre
au moyen des creations intellectuelles qu'il y occasionne .
mémoire se compose de ces créations . La collection de ces
créations mentales , cu le systême entier des idees , des images
des sentimens et des connaissances de l'homme , forme l'ame
acquise , qu'on he doit pas confondre avec l'ame vitale et ele
mentaire . Quand la vieillesse ariive , les organes s'alterent
l'élément de la vie s'en retire insensiblement , ou du moins
son action n'est plus la même , il n'opere plus que des creations
faibles et languissantes ;
nu
, vient la
On la
separation totale des deux élémens , Peut- être l'auteur
découvrira - t - on un jour , non pas
lesecret
de
que
cette séparation n'arrive une fois car l'ordre de la nature veut
Y 3
f 342 )
qu'elle s'effectue ) , mais au moins le secret de la retarder con
sidérablement. Ce secret ne s'est point trouvé parce qu'on a
toujours envisagé la vie comme un mode d'existence qui s'anéantissait
à la séparation de l'ame et du corps , et non comme un
élément aussi indestructible que la matiere de ce corps . Cet
apperçu ne présente peut-être que des espérances chimériques ;
niais , ajoute- t- il , j'ai le sentiment confus qu'il pourrait eonduire
à des découvertes bien intéressantes pour l'humanité .
Ainsi , après le trépas nos élémens dispersés concourent à
la formation d'autres corps , et renaissent sous d'autres formes .
Les générations actuelles sont composées des élémens qui for-,
maient les générations passées , et celles qui succéderont se
composeront de ceux de la nôtre , d'où il résulte une conséquence
qui devient la base de toute morale , de toute politique
. C'est que notre être ou ses élémens devant sans cesse
exister dans les générations des êtres sensibles qui nous succéderont
, ce n'est qu'en travaillant au bonheur de ces générations
futures que nous nous préparerons à nous - mêmes une
sûreté éternelle d'heureuses vies .
n
Ces mêmes principes justifient pleinement la divinité sur
l'inégale répartition des biens et des maux qu'on lui avait
reprochée. En effet les élémens de l'homme devant , par une
succession alternée de vies et de morts , renaître dans toutes
les classes des êtres sensibles , durant une série incalculable
de siecles , ils auront , au bout de la trame immense de l'existence
du genre humain , passé par tous les plaisirs , les traverses
, les sensations attachées à cette existence . C'est dans
les classes les plus nombreuses de la société que nos élémens
sont appellés à renaître le plus souvent ; c'est donc au bonheur
de ces classes que nous devons , travailler le plus efficacement
principe qui s'accorde parfaitement avec celui de
l'égalité et de la liberté des peuples .
"
Au reste , il ne faut pas confondre le systême de la métempsicose
avec les opinions du francinisme . La métempsicose
ne ramene à la vie qu'une partie de l'homme , le francinisme
le fait revivre tout entier dans les deux élémens qui conatituent
son être . Le francinisme a ôté à la mort son glaive .
tout ce qu'elle avait d'effrayant pour l'homme ; elle n'est ponr
fui qu'un sommeil ou plutôt que le passage d'une vie à une
autre , d'une forme à d'autres formes ; la bonté de son créateur
lui est un sûr garaut que Sous quelques formes qu'il
renaisse , il y jouira d'une somme de biens supérieure à celle
des' maux.
Enfin pour faire encore mieux connaître ce systême moral ,
physique et métaphysique , nous rapporterons , ainsi qu'il suit,
dans les expressions même de l'auteur , la profession de foi du
Franciniste.
Le spectacle de l'univers m'annonce une cause, premiere,
ntelligente et ordonnatrice de tout ce qui existe.
( 343 )
A
Si cette cause existe et qu'elle ait créé l'univers , je ne puis
par l'essence même de ma nature , l'y rencontrer elle - même
nulle part ; cette cause antérieure à toute existence , devant
être nécessairement d'une nature absolument distincte de celle
des objets qu'elle a pu créer et modiffer à son gré.
Je ne cherche donc à voir cette cause extérieure à ma nature
, ni dans la sphere de ses oeuvres , où j'ai senti qu'elle
ne pouvait être contenue , et où toute mon existence est cir-s
conscrite ; ni hors de cette sphere dont ma pensée et mes
regards ne peuvent franchir les bornes .
Reconnaissant avec la plus parfaite évidence que , par l'essence
de mon être , je ne puis me représenter cette nature
divine , qui n'est sûrement rien de tout ce qui frappe mes
sens , je ne tente point de la voir elle -même ; mais j'observe
si le spectacle de l'univers , en m'annonçant une cause premiere
, ne m'a point trompé , et si l'harmonie de toutes ses
parties continue à me démontrer son existence .. La contemplation
de ses effets est l'unique moyen qui me reste de sortir
d'un doute absolu .
y est
J'observe l'univers de deux manieres , je l'envisage d'abord
comme un effet à accomplir ; je rassemble les principaux matériaux
pour le former..... Par - tout j'ai besoin d'un Dieu ;
par-tout j'appelle à moi l'architecte suprême je considere
ensuite l'univers comme un effet accompli , et je vois que tout
est formé et ordonné pour le même but ; que tous les
atômes qui le composent out dû apporter avec eux la raison
suffisante de leur existence , c'est- à - dire de leur place , de leur
mouvement , de leurs qualités respectives , de leurs rapports ,
soit à leur destination particuliere , soit au plan général de la
nature. Je sens alors que ce plan magnifique , que cette ordonnance
sublime n'a pu avoir son type que dans une intelligence
ordonnatrice , et son exécutión que par une intelligence
toute puissante . Dès - lors voilà le Dieu de l'univers ,
voilà la nature divine que , sans chercher à la connaître , j'adorerai
toujours.
Si l'on me dit que le monde a pu exister de toute éternité ;
je réponds que les lumieres de ma raison ne permettent de
refuser l'éternité à ce que je connais , aux objets qui m'entourent
; mais qu'elles ne me permettent nullement de refuser
cette éternité à la nature divine , que je ne puis connaître en
aucune maniere . Il en est de même de toutes les idées de
l'homme qui , applicables à la nature , ne le sont nullement
à son auteur .
Si l'on m'objecte encore qu'un Dieu tout-puissant n'eût pas
dû laisser exister le mal sur la terre , je réponds que , ne.
pouvant connaître en aucune maniere la nature divine , nous
ne pouvons pas connaître davantage les regles de la perfecon
des mondes , vu que ces regles découlent nécessairement
de cette nature premiere et non de la nôtre . Telle chose
YA
( 344 )
semble une imperfection , qui néanmoins tient sûrement aux
regles de la perfection universelle .
Après m'être assuré de l'existence de Dieu , je cherche si
ses ouvrages ne m'indiquent point ses intentions .
"" J'observe les êtres animés , ceux auxquels ressortissent tous
les autres ; je les vois composés de deux élémens , celui de
la matiere et celui de la vie .
Ces deux élémens , que je vois ou que je sens , sont aussi
nécessaires au maintien de la nature , aussi indestructibles et
imperissables l'un que l'autre.
J
Du développement de l'élément de vie sous les formes
matérielles qui lui conviennent , naissent les facultés intellectuelles
et physiques des êtres sensibles . La seule difference
d'organisation , en occasionne une entre leurs facultés respectives
.
L'être sensible est né de l'union de l'élément de la vie à
celui de la matiere , il meurt à la séparation des deux élémens .
A la mort de l'être sensible , rien de lui ne s'anéantit que
ses facultés provenues de l'union des deux élémens et le
produit de ses facultés ou de ses forces physiques et morales ,
tel que ses idées , impressions , sentimens , ete.
A cette séparation des élémens , époque de la mort des
êtres , l'élément de la matiere qui formait le corps de l'individų
, retourne au sein de la matiere universelle , l'élément
de la vie qui formait sou ame rejoint la masse de l'élément
vital répandue dans la nature ; ces deux portions se rejoignent
à leur élément respectif , pour en sorir bientôt sous de nouvelles
formes organisées.
Ainsi la mort n'est point pour nous un anéantissement
mais un passage des élémens constitutifs de
nouvelles formes animées , à de nouvellesment ,
être à de
Nous sommes
immortels sur cette terre par la transmigration des élémens de
notre être , sous toutes les formes de la vie et de la matiere .
Dès que nous ne mourons que pour renaître , des que mon
ame et mon corps on leurs élémens dispersés , doivent revivre
dans toues les classes des êtres sensibles , circule dans toutes
les générations futures , comme ils ont circule dans les générations
passées , mon plus grand intérêt est de travailler au
bonheur de ces générations , et de me préparer ainsi une
heureeuuse existence , sous quelque forme que se revêtent mes
élémens .
La mort n'étant que la transmigration de mes élémens sous
d'autres formes animées , elle n'a rien qui m'épouvante ; sa
voix m'avertit seulement de me préparer un doux avenir ;
l'infini se borne pour moi à la terre où je dois circuler et
revivre sans cesse , et l'éternité n'a plus d'abîme .
Je ne quitte à la mort des organes usés par l'âge que pour
en posséder d'autres qui me renouvelleront les plaisirs de la
nature . Quoique perdant par le trepas le souvenir du passé ,
1
( 345 )
mon être ou ses élémens conserve toujours les qualités inhérentes
à sa nature , celles de l'intelligence et du sentiment
qui se développeront de nouveau , dès l'instant où ils auront
revêtu les formes qui leur sont propres . Il m'importe donc
autant de préparer d'heureux jours aux êtres à la formation
desquels mes élémens doivent concourir , que si je renaissais
tout entier et le même d'une vie à l'autre .
Le vrai moyen de m'assurer d'heureuses vies , sous toutes
les formes animées que revêtiront mes élémens dispersés , est
de consacrer ma vie présente à guérir le genre humain de ses
erreurs et de ses maux , à répandre dans son sein des semences.
de vertu qui fructifieront pour les générations à venir , à
diriger l'exercice d'une bienfaisance , d'une commisération
universelle non seulement envers mes semblables , mais encore
envers tous les êtres animés , qui , quoique d'une organisation
moins intelligente que celle de l'espece humaine , sont
d'une nature parfaitement identique avec la mienne , viennent
de la même source que moi , doivent un jour mêler leurs
élémens aux miens , et concourir à la formation de mon espece
, de même que mes élémens concourrent à celle de tous
les êtres sensibles .
La conduite de l'homme est le produit nécessaire des lois
immuables de sa nature , des circonstances qui le modifient
sans cesse , de son éducation , du moule national où son ame
reçoit ses formes ; ses vertus ou ses vices ; ce sentiment pro
foud des bornes de son libre arbitre , me porte donc à lui
accorder toute la tolérance que comporte un ordre social
fondé sur les bases de la justice éternelle ou sur les vrais
rapports des êtres .
Tous les hommes sont mes freres , mes égaux ; nous avons
tous les mêmes droits , la même origine , les mêmes besoins ,
la même destinée. A la mort nos élémens se confondront et
reformeront d'autres êtres ; je revivrai en eux, et ils revivront
en moi . Lies deja si intimement par notre nature , je veux
dès cette vie serrer ces nænds éternels , mêler mon existence
à la leur , mon ame à leur ame , par ces deux sentimens .
ces précieuses affections , attribut de l'homme aussi beau que
celui de l'intelligence , et que mes élémens n'ont atteint sous
la forme humaine , qu'après avoir vécu peut- être sous toutes
les autres formes des êtres sensibles .
?
Le bonheur des classes les plus nombreuses de la société
est celui qu'il m'importe le plus d'assurer ; c'est dans ces
classes que n
mes élémens sont appellés à renaître le plus souvent.
Je dois donc suivre et propager les principes de vertu ,
d'humanité , de liberté et d'égalité , non seulement pour Pintérêt
de ma vie , présente , mais encore pour celui de toutes
mes vies à venir , qui se prolongeront peut-être dans une étendue
incalculable de siecles ; pour l'intérêt enfin du genre
·
( 346 )
humain entier , dont nos individus ne sont que des rayons
qui s'en détachent durant l'instant de cette vie , puis à la
mort retournent au foyer commun , d'où ils ressortiront pour
s'animer encore .
Les biens et les maux qui semblent inégalement répartis sur
une génération p : ise à part , le sont dans une égalité parfaite
quand on en considere la répartition sur le genre humain dans
toute la durée. Les élémens de chaque individu par une succession
continuelle de vies et de morts , se reproduisant dans
toutes les classes de la société , dans toutes celles des êtres
sensibles auront en fin de compte éprouvé tous les biens et les
maux de la nature . Heureux , vous serez un jour misérables ;
misérables , vous serez un jour heureux ; que cette idée vous
porte à vous consoler , à vous secourir , à vous aimer les uns
les autres.
Après avoir confié l'homme à la nature , après l'avoir soumis
à ses lois , Dieu n'intervient plus dans sa conduite ; mais
ses créatures ne lui en doivent pas moins des actions de graces
pour tous ses bienfaits . J'éleverai mon ame à toi , suprême
auteur de tout bien , pour te témoigner ma reconnaissance ,
pour me remplir de plus en plus de tes intentions sublimes ,
toutes sont le bonheur du genre humain ; plus il jonira de ce
bonheur en se réglant d'après ces intentions , plus il s'en montrera
digne , et plus la divine bonté aura de motifs pour prolonger
son existence .
Si ce n'est là qu'un beau rêve , du moins on peut dire que
c'est celui d'un philosophe embrâsé de l'amour de ses semblables.
Mais pourquoi étant créateur d'un systême favorable
à l'espece humaine , l'auteur a -t- il eu la fantaisi d'associer et
d'assimiler notre nature à celle de tous les animaux . Ne pouvait-
il pas dire que chaque espece , non seulement de tous les
êtres organisés , mais encore de tous les corps insensibles ,
ayant son moule particulier , et étant composée de molécules
qui lui sont invariablement affectées , la continuité ou le renouvellement
de la vie et de la formation des individus de
chaque classe doivent toujours se former par le concours des
mêmes principes et des élémens qui leur sont propres. Il doit
sans doute répugner à l'homme de penser que ses élémens
sont confondus et communs avec ceux des animaux les plus
immondes et les plus malfaisans .
ANNONCE.
Le primidi 21 germinal on a mis en vente , rue des Poitevins ,
no. 18 , la cinquante septieme livraison de l'Encyclopédie , par
ordre de matieres . Cette livraison est composée du tome Ve .
ge . partie de la Médecine ; du tome Ve . , ge , partie de l'Histoire
; et de la 15e . partie des planches de l'histoire naturelle ,
fermant la 5e . partie de la Botanique par Lamarck,
49
Le prix de cette livraison . cst de 39 liv . en feuilles , et de
oliv . 10 sols broché .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
T
ALLEMAGNE.
De Francfort- sur - le-Mein , le 9 avril .
OUTES les lettres de la capitale de l'Autriche s'accordent
sur l'embarras qu'éprouve l'empereur pour l'ouverture de la
campagne prochaine qu'il sent bien devoir être la derniere ,
et que par conséquent il faut rendre décisive ; ce qu'on ne
pourrait qu'à force d'hommes et d'argent dont on manque
ou du moins dont on n'a pas en quantité suffisante. D'ail
leurs , la multiplicité des conseils de guerre et les autres opérations
du gouvernement autrichien sont un aven tacite de
cet embarras , qui paralyse en partie même les foibles moyens
qu'on a , parce qu'il décourage .
--
Quant à l'argent , voici l'une des nombreuses et mauvaises,
mesures adoptées pour s'en procurer on a fait faire de nouveaux
billets de banque sur du papier plus fert , sous prétexte
que les anciens s'altéraient trop aisément etant sur papier
trop fin , et l'on est prêt à les changer contre ,les anciens ,
c'est-à - dire à mettre en émission une grande quantité de paz
pier- monnaie . Le ministere s'occupe aussi d'étendre la circulation
de ces mêmes billets au-delà des états héréditaires
et dans les cercles de l'empire où les troupes autrichiennes
sont placées . Son plan est d'engager les meilleures maisons
de commerce qui sont en relation avec celles des villes du
domaine de l'empereur à recevoir et à mettre en circulation
une certaine quantité de ces billets de banque . Mais il y a
tout à parier que cet arrangement ne prendra pas , au grand
chagrin de la cour de Vienne . L'or est si recherché dans cette
ville qu'on échange les ducats à raison de 4 florins 34 creutzers ,
et l'on crot que ce prix pourra encore hausser : ceci n'indiquerait-
il pas la crainte d'une banqueroute ? Ce qu'il y a de certain
c'est qu'on ne pourra l'échapper si l'on vent tenter encore
une campagne après celle qui va s'onvric , ou seulement si
l'on a des désavantages trop marqués dans celle - ci même. On
continue bien d'envoyer l'argenterie à la monuaie , mais cette
faible ressource ne reud que fort peu de choses ; d'ailleurs
les arsenaux sont épuisés de canons , et pourtant les armées
manquent d'artillerie : il y a tant de points menacés par les
troupes de la nouvelle République qu'on ne sait pas conument
faire face par- tout , et sur tout par quoi commencer.
( 348 )
La défection presque certaine du roi de Prusse ajoute beaucoup
à l'inquiétude et à l'impuissance des rois coalisés . Nous
avons reçu ici des dépêches de Berlin qui la confirment ;
cependant comme ,les électeurs de Baviere et de Mayence
consentent enfin , ainsi que les principaux cercles , à ses demmandes
, on n'a pas encore renoncé absolument à tout espoir
de le rengager dans une partie qu'on est trop sûr de perdre
sans lui . Mais cette espérance est si légere qu'on est obligé
de prendre ses précautions et d'agir comme si l'on n'y comptait
plus du tout. C'est ce que fait l'empereur qui ordonne qu'on
envoie de la Bohême et de la Hongrie autant et même plus
de troupés que ces pays n'en peuvent fournir : il demande
trop pour avoir assez s'il est possible ; c'est ce que font aussi
les généraux depuis quelque tems .
9
Dès le milieu du mois dernier , plusieurs régimens de l'ar
mée autrichienne du Rhin , tant infanteric que dragons , ont
reçu l'ordre de se rendre , le plutôt possible , à Treves par
le Hundstuck . On compte que ces differens corps doivent
former un total de 10,000 hommes , et seront rendus à leur
destination dans huit jours. La premiere division part aujour
d'hui de Heidelberg . On suppose que c'est la crainte où l'on
est que les Républicains ne tentent une invasion de ce côté ,
qui a fait prendre cette mesure ; et l'on n'est pas sans avoir
d'assez vives inquiétudes , sur l'affaiblissement qui en résulte
pour
l'armée autrichienne du Rhin .
De Trèves , le 23 mars . Aujourd'hui à midi le bataillon de
Manfredini , qui était ici , a reçu l'erdre de partir incessamment
pour Merchingen . Il est sorti vers trois heures par là
porte Neuve , tambour battant et avec ses pieces de campagne
. Le bataillon de Bender se dispose également à se mettre
en marche . La cavalerie qui était postée en avant de Trèves ,
s'est jointe au bataillon de Manfredini . Cet ordre inattendu
inquiette d'autant plus les habitans de Trèves , qu'on dit que
les Républicains se portent en avant ; que déja même il en
est arrivé à Perle avec cinq canons . On ajoute qu'ils élevent
des retranchemens dans ce poste.
Du 27. mars. Le régiment de hussards de Léopold est entré
hier dans Trèves ; les troupes creates doivent y arriver demain .
On apprend que les Français sont retranchés sur le Ha
melsberg , au nombre de 1300 hommes . Le général Melas
vient de se mettre en marche contre eux .
-
De Mayence , le 24 mars. Le roi de Prusse, ayant ordonné
que son armée , à l'exception de 20,000 hommes , quitterait
les bords du Rhin , plusieurs régimens sont partis hier et aujourd'hui
pour se rendrena Cologne , et de-là dans les états
de Frédéric- Guillaume en Westphalie.
( 349 )
Aujourd'hui deux bataillons du régiment de Ghiulay
infanterie hongroise , et trois escadrons de Kaiser , dragons
sont également passés par ici . Ces troupes ont été détachées
de l'armée du général Brown , pour se rendre à Trèves .
Hier le colonel Fischer est arrivé ici comme courier de l'armée
du prince de Cobourg .
Les commissaires Français sont revenus ici de Francfort. Ils
ne tarderont pas à se mettre en route pour retourner dans
leur patrie.
Du Haut -Rhin , le 25 mars , Les régimens Prussiens à Kleist
et Knobelsdorff , accompagnés de 500 chasseurs , sont déja
passés par Schwalbach pour se rendre à Cologne . On ignore
encore quand partira le quartier - général. Le corps Prussien
aux ordres du général Kahler a ordre de se mettre en marche
le 30 de ce mois . Il faut convenir cependant qu'on dit aujour
d'hui que le départ de toute l'armée prussienne vers le Bas-
Rhin , dépend encore de l'issue de certaines négociations ,
De Manheim , le 1er . avril. On a déja perdu plusieurs centaines
d'hommes de la garnison de cette ville , dans des affaires
d'avant-postes .
Toutes les nuits , 1200 hommes de la réserve se rendent
dans les retranchemens du Rhin . On y établit de nouvelles
fleches , et à chaque instant on redoute quelques entreprises de
la part des Républicains .
?
On avait cru pendant quelque tems que les Français abandonneraient
la contrée du Rhin ; mais l'on s'est trompé . Ils
se trouvent plus en force que jamais du côté de Neustadt et
Germersheim , d'où ils ne cessent de faire des excursions vers
Manheim et Frankenthal .
Des lettres d'Hunsruck mandent qu'une partie du corps
d'armée de Hohler s'est avancée , par Meisenheim , sur Kusel ,
et que ses patrouilles vont jusques dans les maisons de Schonberg
. Mais les troupes allemandes ne trouvant plus rien dans
les contrées où les Français ont passé , le défaut de subsistances
retarde souvent leur marche .
On prépare , à Spire , quantité d'échelles d'assaut.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Il va être un peu plus question que par le passé des Provinges
- Unies , tant à cause de leur alliance avec la Grande
Bretagne , qui , si le roi de Prusse se retire effectivement de la
coalition, jouera le principal rôle , et fera la plus grande dépense
en hommes et en argent dans cette guerre , que par le voisi
nage où elles sont d'un pays déja témoin et bientôt nouvelle
victime de ce fléau , et de la principauté de Liége.
2
(( 350 )
Des lettres de la Haye du 27 mars s'expriment ainsi : « Les
régimens des gardes qui étaient partis dilonttrouve à Outes.
hom et Breda des ordres de ne pas continuer leur marche.
Il paraît qu'on a été décidé par les changemens survenus inopinément
dans la position des armées des alliés . Les troupes
anglaises et hanovriennes doivent occuper la même position
dans laquelle elles se trouvaient à l'ouverture de la derniere
campagne ; tandis que les troupes hollandaises paraissent destinées
à couvrir la province de Namur . Une grande activité
regne dans les arsenaux de la Flandre autrichienne . Les officiers
qui se trouvaient encore ici ont été obligés de rejoindre
leurs corps respectifs . C'est pour fournir aux dépenses de ces
troupes que les états vont ouvrir un emprunt en viager de
488 mille florins à 10 pour 100 sur une seule tête sans distinction
d'âge . On doute que cet empruntise remplisse malgré
les avantages offerts , qui véritablement sont énormes puisqu'il
faut payer 10 pour cent sans retenue sur une seule tete ,
9 sur 2 , et 8 sur 3 , tandis que le gouvernement trouvait autrefois
à emprunter à 4 et demi pour 100. "
On est plongé dans la plus grande inquiétude à Bruxelles,
sur le brusque départ de l'archiduc Charles , quoiqu'il ait
promis d'être de retour vers le milieu d'avril au plus tard .
Une autre nouvelle bien plus importante , et qui a un certain
degré de vraisemblance , c'est l'espece d'altercation survenue
entre les principaux généraux de la coalition ; c'est ce que
l'on s'accorde à raconter de la maniere suivante , à quelques
différences près dans les détails .
On assure qu'il s'est tenu un conseil général à Ath , où les
plans d'opérations de la prochaine campagne , apportés de
Vienne par le comte de Haddick , ont été soumis aux géné
raux assemblés . Il était établi , comme partie d'un de ses plans ,
que le général Clairfait aurait le commandement de l'armée
avancée sur le duc d'Yorck : celui - ci s'est vivement opposé
à ce projet. Depuis il a été tenu deux conférences ,
auxquelles ont assisté le prince Charles et lord Elgin , ambassadeur
d'Angleterre ; mais les choses ont été loin de pouvoir
s'arranger. Le duc d'Yorck a persisté à vouloir garder le comé
mandement en chef de l'armée de Flandre , sous la direction
du prince Cobourg , et les débats sont devenus extrêmement
vifs . On ajoute qu'il s'est élevé une altercation personnelle
entre le due d'Yorck et Cobourg , à la suite de laquelle le
premier a déclaré que les troupes anglaises n'agiraient pas
jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouveaux ordres du cabiner de
Londres lord Elgin a eu une conférence avec lui à Courtnay,
et est parti aussi- tôt pour l'Angleterre. Le 9 , le prince Charles
est lui -même parti pour Vienne , immédiatement après le retour
du comte de Wreterlaw qu'il avait dépêché à Valenciennes
auprès de Cobourg, N.;
( 351 )
Le général Beaulieu vient d'écrire qu'il ne pouvait plus
défendre Luxembourg , à moins d'un renfort considérable ,
qu'on ne peut lui donner sans affaiblir considérablement les
armées d'où on le tirera . 11 demande sur-tout de l'artillerie .
Il court un bruit assez général que le voyage de l'empereur
dans la Belgique aura décidément lieu , quoique le projet en
ait été formé et abandonné plusieurs fois on va jusqu'à fixer
le jour du départ entre le 2 et le 6 avril . Ce jeune prince ,
dont la santé commence à se rétablir , sera accompagné du
vice-chancelier des Pays -Bas , Trautmansdorff , et des ministres
Colloredo et Rhugen . Il sera établi en son absence un
conseil de régence , à la tête duquel on place l'archiduc Leopold
Palatin de Hongrie : le vieux Kaunitz , Stharemberg et le
maréchal de Lascy composeront ce conseil : le premier présidera
, Staremberg sera chargé des affaires intérieures et diplomatiques
, et le maréchal de Lascy dirigera tout ce qui a rapport
au militaire .
Le corps de Condé va , dit- on , être grossi de tous les pay- ,
sans Alsaciens , qui ont suivi les troupes autrichiennes lors
qu'elles furent forcées d'évacuer l'Alsace . Le ci - devant prince
a fait envain les sollicitations les plus pressantes auprès de la
cour de Vienne , pour en obtenir des secours , au moyen
desquels il pût rétablir ses équipages et recruter pour son corps ,
11 va s'en former plusieurs autres à - peu-près sur le même
plan ; on parle sur tout entr'autres d'une légion du ci-devant
comte de Beon , destinée d'abord à l'expédition du lord Moyra
sur les côtes de France , ensuite à la défense de Jersey , er
qui servira définitivement dans la Belgique , sous les ordres
du duc d'Yorck. M. de la Châtre aura aussi un régiment .
ITALIE ET SUISSE.
"
Le bruit court que les Anglais appellés dans l'isle de Corse
par ce même Paoli qui s'est vendu à leur or , et leur avait
ménagé des intelligences pour gagner le prix de sa trahison ,
se sont retirés à Saint - Florent . Ce qu'il y a de sûr c'est
qu'ils ne sour point maîtres de Bastia , que la flotte de l'amiral
Hood n'a pas trouvé jour à attaquer avec avantage . Ces
avis ont été apportés à Livourne par une frégate anglaise venant
de cette isle .
On apprend de Rome que le prince Frédéric , quatrieme
fils du roi d'Angleterre , vient d'y arriver. On croit qu'il sera
employé dans l'armée de la Lombardie , où l'on fait passer à
la hâte des bataillons du Tyrol que l'on fait marcher si vite
qu'ils ne prendront de repos que tous les cinq jours . Des
bataillons de Croates seront également envoyés dans ce pays ;
la terreur des princes Italiens est extrême ; ils ont exigé de
la coalition qu'elle leur fournit une armée pour opposer à
celle que les Français ont au pied des Alpes . On bat la caisse
( 352 )
de sorte.
d'un bout de l'Italie à l'autre , afin de se procurer des soldats .
Mais le pape n'a pu en lever encore pour sa part que 226.
Les recrues de la Bohême qu'on se propose de laire passer,
dans ce pays ne montent pas à plus de 3000 hommes ,
que les princes Italiens sont obligés de prendre et de payer
assez cher des déserteurs de tout pays , où la rareté et la
cherté des vivres se font déja sentir d'une maniere vraiment
inquietante. Aussi cela donne- t - il quelque prix à une géné
rosité du saint-pere, qui a fait donner des rafraîchissemens à
une division de 9 vaisseaux anglais . mouillés , devant Civita
Vecchia. Il est vrai que ce n'est pas un acte entierement désintéressé
, puisque ces vaisseaux ont à bord des troupes des ›
tinées à faire partie de l'armée combinée qui se rassemble dans
la Lombardie.
Les Anglais continuent de bloquer le port de Gênes : ils
font plus , ils donnent de tems en tems la chasse à des bâtimens
marchands de cette république , et échangent quelques
coups de canons contre les citadelles qui protegent le port.
En conséquence les ordres les plus pressans ont été donues
pour un prompt armement dans tout le territoire de la republique
; tons les arsenaux et atteliers de guerre sont dans la
plus grande activité on s'occupe sur - tout de la monture des
canons , et on presse vivement le recrutement .
On fait dans cette ville un emprunt pour la Suede , ouvert
dans la maison de banque connnuuee sous le nom des freres de
la Rue ; il est à 5 pour 100 , et se remplit avec facilité. On
ne sait pas encore à combien de millions il monte , mais on
le croit considérable , et destiné aux operations majeures dent
la Suede va s'occuper avec le Danemarck , et qui contribue
Tont vraisemblablement beaucoup à rendre la paix à l'Europe .
Le pape , qui se croit apparemment encore une puissance
sur la terre , a tenu le 26 février un consistoire sur les affaires,
politiques de l'Europe ; il a chargé un cardinal de veiller avec
soin à la fonte de plusieurs pieces de canon . Des bâtimens
anglais chargés de 280 hommes de cavalerie , s'étant arrêtés
à son port d'Ostie , et lui ayant fait demander des rafraîchissemens
, il s'est empressé de leur en faire donner. En général
le très -catholique saint - pere et les très - hérétiques Anglais
vivent très - bien ensemble depuis la guerre contre la France .
Les corsaires français déploient dans toutes les mers la plus
grande activité ; ils enlevent des bâtimens à leurs ennemis
jusques dans le voisinage de Livourne . Un cutter anglais a
apporté dans cette ville la nouvelle que denx frégates françaises
avaient jette dans Calvi des troupes et des munitions
de guerre et de bouche , qui mettraient cette ville en état de
faire une assez longue défense.
250 1 11.
ANGLETERRE.
( 353 )
ANGLETERRE. De Londres , du 25 Mars at 4 Avril.

-
M. Pitt a eu , dans les derniers jours de mars , une conférence
à Hollwood avec plusieurs membres des communes ; on
ne sait pas trop sur quoi elle a roulé , mais on sait et on est bien
sûr qu'elle tendait à se faire de nouveaux partisans dans le
parlement , ou à raffermir la foi et réchauffer le zele des anciens.
La milice des trois royaumes a reçu l'ordre du bureau
de la guerre d'être prête à tenir la campagne au 10 mai pro
chain . Lord Howe a dû se porter à Jersey , parce qu'on
craint pour cette île , d'autant mieux que des corsaires français
enlevent des navires marchands jusqu'à l'entrée même de Falmouth
et de Plymouth. L'amiral Macbride a été spécialement
chargé d'établir une croisiere contre eux pour protéger le
commerce . On renonce bien complettement au projet insensé
de tenter une descente sur les côtes de France . Qu'irait- on
y faire ? Les royalistes de la Vendée et des départemens voi
sins sont presqu'entierement exterminés .
M. Lally-Tollendal a obtenu une pension sur l'établissement
d'Irlande , et M. Bouillé vient de quitter Londres avec son
neveu. Il passe à Saint - Domingue , où il a un commandement
sa femme ne l'accompagnera pas , elle va demeurer à Bruxelles .
Différentes lettres de Philadelphie annoncent que les Américains
en général , et particulierement les négocians , sont
aussi mécontens qu'on peut l'être de la Grande - Bretagne ,
contre laquelle ils ne demandent pas mieux que d'avoir la
guerre. Leurs navires ont actuellement des passe - ports en
anglais , français et hollandais , et sont revêtus des signatures
respectables de quelques membres du congrès . L'amirauté
vient d'apprendre positivement que trente navires américains ,
chargés d'approvisionnemens sont entrés dans les ports de
France. Un fort manufacturier de Birmingham écrit que
les meilleurs ouvriers de Manchester , du comté de Leicester
de Birmingham et de beaucoup d'autres villes du royaume ,
s'embarquent pour l'Amérique . Le commerce et les manufactures
doivent en souffrir infiniment . Il n'est pas dans Birmingham
, ville si renommée pour ses manufactures , une branche
d'industrie qui ne commence à être cultivée avec succès en
Amérique.
-
Il est survenu une mésintelligence entre lord Hood et le
général Dundas , au sujet de la diversité des moyens å tenter
pour l'attaque de Bastia , qui n'a pas réussi . Les choses ont
été poussées au point que M. Dundas résigne son commandement
, qui passe au colonel Moore , et retourne en Angle
terre . De nouveaux troubles ont éclaté dans la partie méridionale
de l'Irlande . Le peuple du comté de Munster a attaqué
les fauxbourgs de Cork : 184 personnes ont été arrêtées ; mais
on ne tient pas encore les auteurs de l'insurrection . Le bruit court
que M. Pitt a essayé de prendre à la solde de la Grande- Bre
tagne 25 à 30,000 Prussiens , mais que la négociation a échoué.
Tome VIII. 2
1
( 354 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE D'AMA R.
Séance de nonidi , 19 Germinal. !
En attendant l'organisation des commissions qui doivent
remplacer le ministere supprimé , le comité de salut public avait
nommé le citoyen Goujon au ministere de l'intérieur et des
affaires étrangeres , mis en état d'arrestation ; mais le citoyen
Goujon étant appellé comme suppléant à représenter le peuple
Français, le comité a nommé pour le remplacer le citoyen Herman .
La Convention confirme cette nomination . Sur la proposition
de Couthon , elle décrete en même - tems que les rapports pour
l'admission des suppléans de la Convention seront faits de concert
par les trois comités réunis de salut public , de sûreté géné
rale et des décrets .
Fouché de Nantes était à la tribune pour rendre compte de
la situation de Commune - Affranchie , mais on a réclamé
l'exécution du décret qui renvoie tous ces rapports préalablement
aux comités de salut public et de sûreté générale . Le
reste a été employé à entendre divers rapports sur des objets
particuliers.
Séance de décadi , 20 Germinal .
Le ministre des contributions publiques met sous les yeux de
la Convention nationale trois états relatifs à la fabrication des
monpaies . Le premier présente la fabrication des especes de
cuivre et de métal de cloche , depuis le 1er . janvier 1793 ( vieux
style ) jusqu'au 10 germinal , montant à la somme de 5,028,885 1.
17 sols.
Le second comprend les envois de cuivre et de cloche ' ,
faits par les départemens aux maisons et atteliers monétaires
jusqu'audit jour 10 germinal , savoir : 1792 et 1793 , en
cuivre , en bronze , montant à 576,928 liv.3 sols ; et en cloche ,
à 5,482,855 liv.
Et le troisieme fait connaître le produit de la fabrication
des especes de cinq décimes , depuis le 1er . pluviôse jusqu'au
dix de ce mois , montant à 77,556 liv .
Un grand nombre de pétitions particulieres ont été entendues
et renvoyées aux comités qu'elles concernent .
Séance de primdi , 21 Germinal .
La séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs adresses
de félicitation . Elles seront insérées au bulletin .
( 355 )
Le représentant du peuple à l'armée du Nord adresse à la
Convention un don civique que la compagnie de canonniers
du Pantheon , attachée au parc d'artillerie de la place de Lille ,
l'a chargé de déposer sur l'autel de la patrie. Ces braves soldats
renoncent à l'usage de la viande pendant une décade et demie .
Toute l'armée du Nord , ajoute ce représentant , se dispute
l'honneur de faire ce dernier genre de sacrifices à la République ,
et je serai forcé de mettre des bornes à son dévouement.
Quoi qu'en disent les gazetiers de Bruxelles et les agitateurs
de l'intérieur , nous avons encore des ressources immenses ,
et je vous promets que l'armée du Nord ne manquera pas
un seul instant de subsistances. J'ai visité tous les camps et
cantonnemens qui sont à plusieurs lieues de Lille . Je n'essayerai
pas de vous peindre le courage , le patriotisme et l'enthousiasme
revolutionnaire qui animent tous les braves défenseurs de la
patric et l'émulation qui regne parmi les volontaires de la
premiere requisition pour combattie encore avec plus de succès
les satellites des despotes . Avec une armée aussi bien disposée
à la victoire , on n'a pas besoin de compter les ennemis de la
liberté , il suffit de lui donner le signal du combat. "
Sur le rapport de Ramel , la Convention rend le décret
suivant :
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
du comité des finances , decrete que les dispositions du décret
du 8 germinal sur le paiement des sommes dues aux habitans
de Commune-Affranchie et du port de la Montagne , seront
applicables à la libération des debiteurs des mêmes habitans
pour une cause postérieure au 12 juillet dernier ( vieux style ) ,
et antérieure au jour présent , 21 germinal , l'an 2 de la République
Française ; et en conséquence , qu'ils ne seront valablement
libérés que par la voie du dépôt ordonné , et par l'acquit
des autres formalités prescrites par le susdit décret du 8 germinal
. "
mLes pouvoirs du comité de salut public étant expirés , la
Convention en décrete la prorogation à l'unanimité .
Séance de duodi , 22 Germinal .
Grégoire , au nom du comité d'instruction publique , a fait
un rapport relatif au travail bibliographique commencé sur les
livres appartenans à la nation . Il s'est plaint de la négligènce
et de l'ignorance avec lesquelles en ont été dressés les catalogues
. La Convention a rendu le décret suivant .
Les administrations de district rendront compte à la Convention
du travail relatif à la confection des catalogues de
chacune des bibliotheques de leurs arrondissemens respectifs ,
dans la décade qui suivra immédiatement la réception du présent
décret . "
Le comité de salut public avait annoncé un rapport important
sur la police générale de la République . Il avait aussi promis
2 2
( 356 )
plusieurs autres rapports qui seront faits successivement . Mais
celui de la police générale se trouve différé par beaucoup de
réflexions que le comité a faites , et par de nouveaux renseignemens
qui nécessitent des mesures qui n'avaient pas été prévues
et des changemens sur beaucoup de points importans . Nous
sommes calmes maintenant ici , a dit Couthon ; la liberté ne
compte guere dans cette enceinte que des défenseurs , et le
peuple des amis . Nous nous sommes purgés d'un nombre de
faux freres qui trahissaient la patrie , et déshonoraient la majesté
du peuple qu'ils étaient appelles à représenter et à servir . Il
fut , après ces actes de rigueur nécessaires que nous avons été
forcés d'exercer , travailler paisiblement aux moyens de ratacher
au centre du gouvernement toutes les autorités secondaires ,
et les relever de l'état de relâchement où elles sont plongées .
Il faut seconder les sources de la prospérité publique , que
la malveillance a voulu tarir. Il faut diriger toutes nos pensées ,
toutes nos affections vers le bonheur commun , réunir toutes
nos facultés , et mettre en action tous nos moyens pour ramener
les moeurs , et prouver à l'Univers que ce n'est pas en vain que
la Convention nationale de France a mis la probité et les moeurs
à l'ordre du jour .
" Voilà les bases principales du rapport qui vous avait été
promis pour hier. Le comité ne veut rien faire à demi ; il ne
veut vous présenter que des rapports et des résultats dignes de
vous. Encore quelques jours , il vous entretiendra de ces grands
objets. Les autres rapports , comme je l'ai déja annoncé , vous
scront faits successivement. "
Couthon , a ensuite annoncé nos prises maritimes , et il a
fait part de plusienrs traits de bravoure . { Voyez l'art . Nouvelles.
)
D'après un rapport de son instruction publique l'Assemblée ,
rapportant les dispositions de l'article IV de la loi du 25 nivôse ,
a décrété que le nouveau papier qui sera fabriqué pour l'impression
des lois , portera en filigramie un sceau qui représentera
un homme nud , d'une stature colossale , appuyé d'une main
sur sa massue , et tenant de l'autre la figure de la liberté et de
l'égalité , foulant aux pieds les débris du despotisme et de la
superstition , et sur le fond seront inscrites les lettres initiales
R. F. , c'est-à- dire République Française .
Pendant le cours de cette séance , la Convention a reçu plusieurs
adresses de félicitation sur ses travaux.
Séance de tridi , 23 Germinal .
La Convention nationale a décrété , le 7 septembre 1793 ,
que ceux qui ont accepté ou accepteraient ci - après des fonctions
publiques dans les parties du territoire envahies par les
puissances ennemies , sont déclarés traîtres à la patrie et hors
de la loi.
Tous leurs biens seront confisqués au profit de la République .
( 357 )
Un décret du 17 met également hors de la loi tout Français
employé au service de la République ou jouissant de ses
bienfaits , qui après l'invasion du lieu de sa résidence , ou de
l'exercice momentané de ses fonctions , ne serait pas rentré
aussitôt dans le territoire non envahi .
Le mode de procéder à l'égard de ces individus qui ont trahi
la patrie dans les parties du territoire de la République enyaki
par les ennemis , a été détermine par un décret da 26 frimaire
.
Ce décret s'étend aux administrateurs de département , de
district , aux officiers municipaux , notables , juges , assesseurs ,
greffiers des tribunaux , officiers militaires , agens de la régie
nationale et des administrations des armées , et généralement à
tous les fonctionnaires publics salariés ou non , sous quelque
dénomination qu'ils soient connus .
Ce décret impose aux administrateurs de district l'obligation
de former des listes des individus mis hors de la loi et déclarés
traîtres à la patrie , par les décrets des 7 et 17 septembre .
Ces listes doivent être communiquées dans la décade à toutes
les sociétés populaires de l'arrondissement , et à celles des
deux districts les plus voisins.
Dans la deuxieme des décades suivantes , elles seront revisées
et additionnées s'il y a lieu.
Et ensuite elles seront adressées au comité des décrets tenu
de les présenter à la Convention , qui en ordonnera l'insertion
au bulletin .
Le seul district de Montglonne , département de Maine et
Loire , s'est conformé à ces décrets . Laloi , au nom du comité
des décrets , en observaut qu'il importe d'obliger les districts à
cette exécution , a fait adopter le décret suivant e
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité des décrets , qui lui a présenté la liste fournie
par les administrateurs du district de Montglonue , département
de Maine et Loire , contenant les noms , prénoms , professions
et derniers domiciles des individus mis hors de la loi ,
et déclarés traîtres à la patrie par les décrets des 7 et 17 septembre
1793 , décrete que cette liste sera insérée au bulletin de
correspondance .
,, Enjoint au conseil exécutif de lui rendre compte , dans
deux jours et par écrit , des mesures qu'il a prises pour la
pleine exécution des décrets des 7 et 17 septembre , 26 frimaire
dernier . "
165
rapport La Convention nationale , après avoir entendu le
de son comité des décrets , qui lui a présenté la liste fournie
par les administrateurs du district de Montglonne , département
de Maine et Loire , contenant les noms , prénoms , professions
et derniers domiciles des individus mis hors de la
loi , et déclarés traîtres à la patrie par les décrets des 7 et 17
septembre 1793 , décrete que cette liste sera insérée au bulletin
Z 3
( 358 )
1
de correspondance ; enjoint au conseil exécutif de lui rendre
compte , dans deux jours et par écrit , des mesures qu'il a
prises pour la pleine exécution des décrets des 7 , 17 septeme
bre , 26 frimaire dernier . Le présent décret ne sera pas imprimé
.
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de législation , sur la question proposée par le
ministre de la justice , si les procédures qui , lors de la publication
de la loi du 30 frimaire , étaient commencées sur les
délits d'embauchage , de complicité d'émigration , de fabrication
, distribution ou introduction de faux assignats , doivent
être continuées suivant la forme prescrite par cette loi , ou
suivant celle qui était précédemment usitée .
Considerant que la loi du 30 frimaire , par cela seul qu'elle
' n'excepte pas de ses dispositions les procédures qui étaient
commencées à l'époque de sa publication , les comprend dans
les regles générales qu'elle établit , et qu'il n'est pas besoin
d'une loi nouvelle pour avertir les tribunaux qu'ils ne peuvent
pas créer des distinctions là où l'autorité législative n'a pas
jugé à propos de distinguer ;
Déclare qu'il n'y a pas lieu à délibérer.
Le présent décret ne sera imprimé que dans le bulletin de
correspondance .
La Convention nationale , ouï le même comité , sur les questions
proposées par le tribunal criminel du département de la
Haute-Saône , et tendantes à savoir ; 1º . si l'on doit assin. ler
au bris des scellés apposés sur une armoire , l'effraction d'une
armoire sur laquelle les scellés sont apposés ;
20. Si l'enlevement d'effets mis sous la main de la nation , e
exécution de la loi du 17 frimaire , relative aux peres et mere
d'émigrés , doit être jugé et puni comme enlevement d'effets
nationaux ;
Considérant , sur la premiere question , que fracturer une
armoire pour enlever ce qui y est renfermé et briser les scellés
apposés sur cette armoire pour l'ouvrir et en tirer tout ou partie
de ce qu'elle renferme , sont deux faits qui évidemment tendent
au même but et ont le même effet , qu'ainsi il n'y pas de raison
pour que la loi pénale , qui a prévu explicitement le second ,
ne s'applique pas également au premier .
Sur la seconde question , que les effets mis sous la main de
la nation doivent être considérés provisoirement comme nationaux
, et que chercher à se soustraire au séquestre ou à l'exercice
des droits de la nation , c'est bien manifester l'intention
de voler la nation ;
Décrete qu'il n'y a pas lieu à délibérer .
Séance de quartidi , 24 Germinal .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de sûreté générale , décrete que le nommé Marinot ,
( 359 )
se disant inspecteur des maisons, garnies dans les trois sections ,
Poissonniere , Bon - Conseil et Bonne - Nouvelle , prévenu d'avoir
méconnu le caractere de représentant du peuple dans la personne
du citoyen Pons de Verdun , qui lui administrait la preuve
incontestable de son caractere de représentant du peuple par
l'exhibition de sa carte de député , d'avoir , en même-tems
qu'il attentait à sa liberté , violé la loi qui devait la lui assurer
méconnu et outragé la représentation nationale , sera traduit
au tribunal révolutionnaire .
Cambon a fait rendre le décret suivant :
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport de
son comité des finances , décrète que les Bernois propriétaires
des titres de créance , consentis en leur faveur par les prévôts
des marchands et échevins de Lyon , aujourd'hui Commune-
Affranchie , en date du 23 décembre 1776 , 7 janvier , 22 avril ,
8 juillet 1777 , 2 janvier , premier avril , 9 juillet 1778 , 18
mars 1783 , 24 décembre 1789 , et 22 mars 1790 , les remettront
, d'ici au 14 floréal prochain , au liquidateur de la trésorerie
pour être statué particulierement sur leur liquitation ,
après le rapport que les commissaires de la trésorerie nationale
en feront au comité des finances .
Les représentans du peuple envoyés dans Commune- Affranchie , pour
y assurer le bonheur du peuple avec le triomphe de la République ,
dans tous les départemens environnans , et près l'armée des Alpes , à
la Convention nationale , le 20 germinal , l'an 2 de la République
une et indivisible .
Citoyens collegues , la justice révolutionnaire vient de terminer
son cours à Commune-Affranchie . Les prisonniers que les.
défenseurs de la République et les commissions extraordinaires
avaient précipités dans les cachots ont subi leurjugement . Seize
cents quatre-vingt- deux rebelles de l'infâme Lyon out été frappés
du glaive de la loi , et seize cents quatre- vingt - quatre personnes
ont été rendues à la liberté , et cent soixante - deux
individus suspects sont condamnes à la détention jusqu'à la
paix .
" Tel est , citoyens collegues , le résultat des pénibles travaux
du tribunal , dont l'établissement ne remonte qu'à cinq
mois.
Puisse cet exemple terrible porter l'épouvante dans l'amé
de tous les conspirateurs , et servir de leçon à tous ceux qui
méditent des projets contre - révolutionnaires ! que les royalistes
et les aristocrates apprenent à connaître la puissance du peuple
Français , qu'ils sachent que jamais sa souveraineté ne sera outragée
impunémeut. Il n'est plus en effet pour eux que le
désespoir ou la nuit des tombeaux .
" Soyez tranquilles sur la situation de Commune- Affranchie,
ne croyez pas les hommes qui se présentent sous le nom de
patriotes persécutés . Châlier compta peu de soutiens pendant sa
24
( 360 )
vie. Comme le nombré des amis de ce martyr de la liberté s'est
accru depuis que ses cendres sont entrées au Panthéon ! Nous
avons entendu des brigands mis en jugement invoquer son
témoignage , parce qu'il ne vivait plus.
Signés , REVERCHON , MEAULLE et LAPORTE.
La commission révolutionnaire établie à Commune-Affranchie
par les représentans du peuple , en consequence de
leur arrêté du 8 frimaire , pour y frapper du glaive de la justice
les auteurs , fauteurs , adhérens et complices de l'iufâme rebellion
de la ville ci - devant Lyon , contre la souveraineté nationale
, comme pour briser les fers de l'innocent ;
" Considérant qu'après avoir livré à la mort 1684 coupables ,
rendu à la liberté 1682 innocens , victimes de l'égarement
ou des vengeauces particulieres ; qu'après avoir enfin condamné
à la detention 162 individus suspectés d'avoir pris part
à la révolte , de l'avoir favorisée en l'alimentant par leurs discours
inciviques , et leurs opinions fanatiques et contre- révo
lutionnaires , il ne reste plus dans les prisons de Commune-
Affranchie ui coupable qui appelle sur sa tête le glaive de la
loi , ni victimes innocentes à rendre à la liberté ;
" Arrête que les travaux qui lui avaient été confiés étant
terminés , elle ne doit plus conserver son existence ; qu'en
couséquence elle clôt ses séances ;
" Arrête en outre que copie du présent sera officiellement
remise aux représentans du peuple , en les invitant de tracer
à la commission le plan qu'elle doit suivre pour la remise
des pieces et procédures , et pour le jugement par contumace
à prononcer contre les coupables fugitifs .
99 Fait et arrêté en commission à Commune - Affranchie ,
17 germinal , l'an 29. de la Republique Française , une , indivisible
et démocratique . "
Signés sur la minute , PAREIN , président ; LAFAYE aîné ,
BRUNIERE , FEXNEX et CORCHAND .
Collationné , BRECHET , secrétaire - greffier,
Pour copie conforme , REYMOUDIN .
Les paiemens de ce qui est dû par la République se faisant
aujourd'hui , à bureau ouvert , à la trésorerie nationale , les
caisses étant organisées ; Cambon a proposé la suppression
définitive des payeurs de rentes. Il a présenté un projet de
décret qui a été adopté en ces termes :
Art , Ier. A compter du 1er floréal prochain , les payeurs
et contrôleurs des rentes , dits de l'hôtel de ville de Paris ,
cesseront le paiement des rentes et intérêts dont ils étaient
chargés.
II. Les commissaires de la trésorerie nationale , feront
Vérifier , le 1er. floréal prochain , les caisses des payeurs des

( 361 )
rentes , et ils feront verser de suite les fonds qui s'y trouveront
dans la caisse de la trésorerie nationale,
II . Les arrérages des intérêts et rentes qui sont dûs , et
qui étaient payés par les payeurs de rentes , seront acquittés ,
compter du er . floréal prochain et à bureau ouvert , par la
trésorerie naționale , à la charge par les créanciers de fournir
une seule quittance dans l'ancienne forme pour toutes les sommes
qui leur seront dues , et un certificat du payeur qui aura
fait le dernier paiement , qui constaste ce qui était dû , lequel
certificat sera suivant le modèle no . 1 , joint au présent décret,
" IV. Le directeur général de la liquidation fournira de
pareils certificats pour les parties dont il formait des états
qu'il envoyait aux payeurs , dont il cessera l'envoi .
" V, Pour accélérer et simplifier le paiement des rentes et
intérêts , les propriétaires ne seront tenus qu'à fournir un certificat
suivant le modele nº . 2 , qui sera fourni par les maires
et officiers municipaux ; et à Paris , par les comités civils des
sections ; visé par les directoires de district , età Paris , par
celui du département.
VI . Les certificats de résidence , de non-émigration , du
paiement des contributions , qui sont délivrés jusqu'à ce jour ,
pourront servir jusqu'à leur surannation .
" VII. Les commissaires de la trésorerie veilleront à ce
que les payeurs des rentes ne mettent aucun retard à la
délivrance des certificats qu'ils doivent fournif par le présent
décret ; ils recevront les plaintes qui pourraient être portées
à ce sujet , et ils en feront le rapport au comité des finances .
" VIII . Le présent décret sera imprimé dans le bulletin de
demain. ??
Séance de quintidi , 25 Germinal.
Cette séance a été consacrée à l'admission des pétitionnaires,
La société populaire de Franciade vient , accompegnée de
la veuve de J. J. Rousseau , demander que les cendres de ce
grand homme soient portées au Panthéon, Toute la vie de
Jean-Jacques , dit l'orateur , fut marquée pour l'éducation et
le bonheur de l'homme ; ses restes appartiennent donc à tous
les Républicains . Et quel autre en effet eôt plus de droit à
leur amour que celui qui refusa l'éducation d'un prince ,
parce que s'il s'en fût chargé , il eût voulu en faire un homme.
Qui plus que J. J. Rousseau mérita les honneurs du Pantheon
! ",
Sans doute , répond le président , les cendres de cet ami
de l'humanité , du défenseur des droits des peuples , de Jean-
Jacques Rousseau , ( nom précieux à tous les coeurs vertueux
et sensibles , appartiennent à la nation entiere . De toutes
ses propriétés , c'est celle à laquelle elle attache le , plus de
prix. Nulle part Jean - Jacques ne pouvait être plus digne(
362 )
1
ment honoré que chez le penple qui , le premier , a proclamé
et établi la liberté et l'égalité. Il a vécu pour honorer
son siecle , pour honorer la qualité d'homme ; il vivra éternellement.
Le Panthéon lui appartient ; et cette dette sacrée
sera acquittée envers lui par les représentans du peuple Français
. Non , personne ne fut plus digne de reposer au Panthéon
que celui qui a consolé les malheureux , en leur faisant
aimer cette providence immortelle qui veille sur tous
les hommes , et qui fait leur espoir dans le court trajet qu'ils
ont à faire sur la terre . Nous voyons avec sensibilité parmi
nous la veuve de cet homme vertueux ; car tout ce qui lui
appartient est cher à la représentation nationale . "
Lequinio demande qu'il soit décrété à l'instant que les
cendres de J. J. Rousseau seront transportées au Panthéon .
Jean de Brie ne s'oppose point à cette proposition , mais il lui,
semble qu'il est de la dignité de la Convention de charger son
comité d'instruction publique de lui faire une déclaration qui
contiendra les motifs de son décret . Il est , ajoute - t - il , de la
dignité de la Convention qui vient de déjouer une faction dont
le but était de nous rameuer à la servitude , en prêchant
l'athéïsme , de faire transférer au Panthéon celui qui dans les
persécutions que lui a suscitées son amour pour les moeurs , la
liberté et l'égalité , a toujours trouvé un asyle dans l'idée consolante
de la divinité .
La Convention rend, au milieu des plus vifs applaudissemens ,
le décret suivant.
La Convention nationale , d'après la proposition d'un de
ses membres , sur la pétition présentée par la commune de
Franciade , en présence de Thérese Levasseur , veuve de J. J.
Rousseau , décrete ce qui suit :
Art. Ier. Les cendres de J. J. Rousseau seront portées
au Panthéon Français .
" II. Le comité d'instruction publique présentera , sous
trois jours , la déclaration énonciative des considérations
d'intérêt public et de reconnaissance nationale qui ont déterminé
la Convention à décerner les honneurs du Panthéon à
J. J. Rousseau .
,, ill . La pétition de la commune de Franciade , ainsi que,
la réponse du président de la Convention , seront insérées
en entier au bulletin . "
Plusieurs autres pétitions d'un intérêt moins grand ont été
renvoyées aux comités qu'elles concernent.
( 363 )
PARIS. octidi , 28 germinal.
26 accusés ont comparus , le 21 , au tribunal révolutionnaire ,
salle de la liberté , savoir :
P. Gaspard ( Anaxagoras ) Chaumette , âgé de 31 ans , natif
de Nevers , homme de lettres , ex-agent national près la commune
de Paris ;
J. B. J. Gobel , âgé de 67 ans , natif de Thanne , département
du Haut -Rhin , ci - devant évêque de Lyda , suffragent et vicaire
général de l'évêque de Bâle, député à l'Assemblée constituante ,
ex- évêque de Paris ;
Arthur Dillon , âgé de 43 ans , natif de Barwick en Angleterre
, ex-maréchal de camp , général de division à l'armée des
Ardennes ;
C. Chardin , âgé de 50 ans , natif de Montjoie , département du
Calvados , libraire ;
A. P. L. Duplessis , veuve de Camille-Desmoulins , âgée de
23 ans , native de Paris ;
P. Simon , âgé de 39 ans , natif de Rumilly , département
du Mont-Blanc , vicaire de l'évêque constitutionnel du département
du Bas - Rhin , député à la Convention nationale ;
J. F. Bereter , âgé de 43 ans , né à Ducay , district d'Avranches ,
marchand de papier et de tableaux , employe à la fabrication
des piques ;
Noury Grammont- Roselly , âgé de 41 ans , natif de la Rochelle
, artiste du théâtre Français , adjudant- genéial à l'année
de la Rochelle , ensuite adjudant - général de l'armée évolu
tionnaire ;
A. Noury Grammont fils , âgé de 19 ans , natif de Limoges ,
sous- lieutenant et adjoint à l'état -major dans l'armée révolu
tionnaire ;
M. M. F. Goupil , veuve Hébert , native de Paris , âgée de
38 ans , ex - religieuse du ci - devant couvent de la Conception-
Honoré;
J. J. Lacombe , âgé de 33 ans , natif de Cajac , département
du Lot , vivant de ses revenus ;
J. Montain Lambin , âgé de 31 ans , natif de Chauny , département
de l'Aisne , officier de santé , accoucheur ;
J. F. Lambert , âgé de 33 ans , natif de Boynes , département
du Loiret , porte - clef à la maison d'arrêt du Luxembourg ;
( 364 )
Antoine Burel , âgé de 40 ans , natif de Roanne , adjudant
de l'armée des Alpes ;
J. M. Lapalue , âgé de 26 ans , natif de Matour , département
de Saône et Loire , juge de la commission révolutionnaire à
Feurs , département de la Loire ;
J. M. F. le Brasse , âgé de 31 ans , natifde Rennes , lieutenant
de gendarmerie , près les tribunaux ;
C. Dumas , âgé de 50 ans , natif de Paris , poseur de parquets
, caporal - fourrier à l'armée révolutionnaire ;
M. M. A. Barras , âgé de 30 ans , natif de Toulouse , ci
devant avocat , membre du directoire du district de loulouse ;
S. B. Lacroix , âgé de 26 ans , natif de Châtillon - sur Marne ,
homme de loi , commissaire du conseil exécutif et du comité
de salut public , membre du comité révolutionnaire de la section
de l'Unité ;
L. B. Chenaux , âgé de 38 ans , natif de Paris , ex- procureur
au Châtelet , ci -devant membre de la commune provisoire de
Paris ;
P. A. Prangey , âgé de 41 ans , natif de Bulnod- la -Grange ,
district de Bar- sur -Seine , principal commis à l'habillement
des troupes , chargés de la caisse particuliere de ce service ;
J. M. Beysser , âgé de 40 ans , natif de Ribauvillars , département
du Haut-Rhin , général de brigade à l'armée de
Ï'Ouest ;
G. N. Lasalle , âgé de 24 ans , natif de Boulogne - sur-Mer ,
capitaine d'un bâtiment marchand ;
R. A. Barbe , âgé de 49 ans , natif de Châtimbourg , đẻ-
partement de l'Eure , matelassier , sergent de l'armée révolu
tionnaire ;
J. B. Ernest Bucher , âgé de 44 ans , natif d'Amiens , porte
arquebuse du ci - devant d'Artois , depuis ingénieur à Saint-
Domingue , vivant de ses revenus , commandant de la garde
nationale du Ménil - Saint- Denis ;
Edme Ramaux , ex -prêtre , âge de 42 ans , natif d'Auxerre ,
employé au bureau des émigrés.
Extrait de l'acte d'accusation .
L'accusateur public expose , qu'examen fait , tant des interrogatoires
subis pardevant le tribunal par chacun des prévenus
, que des pieces , il en résulte qu'ils étaient tous les agens
et complices de l'horrible conspiration dont une partie des
conjurés a déja subi le châtiment de leurs exécrables forfaits .
En effet , Gobel , ci - devant évêque de Paris , et Chaumette ,
agent national , ont évidemment conspiré avec l'infâme Cloots ,
'Hébert , Vincent et autres , contre la République Française.
1
( 365 )
Déja Gobel , lors de sa mission à Porentru , y a conspiré.
contre la République . Les preuves de la complicité de Chaumette
avec les autres conjurés , résultent de sa conduite dans
l'exercice de ses fonctions de procureur de la commune de
Paris , dans son affectation à braver et à méconnaître l'autorité
et les lois de la Convention ; à s'ériger lui-même par la plus
criminelle et la plus audacieuse usurpation en législateur , en
provoquant par ses réquisitions des arrêtés liberticides , dout
l'objet était d'anéantir les lois , auxquelles ils étaient contraires .
Mais cette complicité est sur- tout prouvée par cette coalition
entre Gobel , Cloots , Chaumette , Hébert et consors , pour
effacer toute idée de la Divinité , et vouloir fonder le gouvernement
Français sur l'atheisme , et par la subversion de l'esprit
public , afin de donner de la consistance aux infâmes calomnics
des despotes coalisés contre la Nation Française .
Il est démontré que la conduite de Chaumette et de ses
complices , était un des plus puissans moyens d'exécution de
ce vaste plan de conjuration qui vient d'être dévoilé et déjoue.
Le but de Chaumette , de Gobet , était , avec Ronsin- Cromwel ,
d'anéantir toute espece de morale , d'étouffer tout principe de
vertu , et de persuader aux peuples voisins , que la nation
française en était venue au dernier degré de dissolution , où il
soit possible de parvenir , en détruisant jusqu'à l'idée de l'Etre
suprême , sous les auspices duquel elle avait proclamé les
droits imprescriptibles de l'homme , et la liberté naturelle de
tous les cultes . C'était dans ces orgies , dans ces repas à cent
écus par tête , et poussés fort avant dans la nuit , que se concertaient
ces mesures liberticides , que Chaumette a étendues
jusques dans le département de la Nievre , où une societé
populaire a osé par ses instigations méconnaître l'autorité
nationale et la braver en refusant d'obéir à la loi sur la
liberté des cultes . L'or de Pitt payait Chaumette de son infâme
trahison ; aussi écrivait-il à son pere , en lui envoyant
30,000 liv. , de n'acheter ni domaines nationaux , ni biens
d'émigrés , parce que cela ne durerait pas .
Le massacre des représentans du peuple et des patriotes , était
aussi un des moyens d'exécution de ce complot ; et Chaumette ,
Savard , Lasalle , le traître Beysser , cet agent de l'infâme faction
des fédéralistes ; Lacroix fuyant son poste à Châlons à
l'approche des satellites des despotes , procurant à prix d'argent
de faux certificats de résidence à l'infâme Duchâtelet , agent
de tous les conspirateurs ; Boereter , ex - noble , banqueroutier ,
agioteur ; Lebrasse , cet agent de Rousin , et pour qui le grade
de colonel de la gendarmerie devait être , après le succes de
la contre révolution , le prix des crimes dont il se serait couvert;
Barras , Grammont pere , et Grammont fils , dignes associés
de Ronsin , dont ils étaient les aides -de-camp ; Lapaine et
Burel , détenus , devaient tous concourir à cet assassinat , et
( 366 )
"
recevoir de Mazuel , Ronsin et autres , les armes avec lesquelles
ils 'devaicnt consommer ces exécrables forfaits .
Enfin , la femme Hébert , conspiratrice avec son mari , agente
immédiate du systême de corruption , imaginé par la horde des
banquiers étrangers , envers les indignes représentans du peuple ,
complices des Koch , des Frey , des d'Espagnac ; Lambin , agent
des conjurés Chaumette et Hébert , dans la section Châlier ,
et dans le département de la Marne , ainsi que le constatent des
écrits emanés de lui ; Volland , complice de Ronsin , son
agent , et son prête -nom , pour les acquisitions qu'il faisait avec
le produit de ses dilapidations ; Chardin , agent de l'anglais
Bedfort , recélant sa bibliotheque ; Lequesne et Prangey , faisant
disparaître de la caisse de l'administration de l'habillement
et de l'équipement , une somme de 200,000 liv . , sous l'apparence
d'un vol mais dans le fait , pour les employer aux frais
de la conjuration , et à la tolde des conjures ; Dumas , Barbe ,
complices de Ronsin dans l'armée révolutionnaire , devaient
tous concourir , suivant les rôles qui leur étaient distribués ,
à cette conjuration , et coopérer au soulevement contre - révolutionnaire
, dont le voile ' funebre , mis sur la déclaration des
droits de l'homme , était le signal.
Les différentes trames et conspirations ourdies par Dillon et
ses complices n'ont pu échapper à la surveillance des représentans
du peuple , et doivent être considérées comme des
branches de ce vaste complot . En effet , il est constant que
depuis le 10 août 1792 , Dillon n'a cessé de conspirer contre
la République ; c'est lui qui , quand le tyran est renversé par
le peuple , veut forcer les citoyens, à lui prêter serment , et
essayer d'anéantir la victoire de la liberté sur le despotisme.
C'est lui qui , lors de la reprise de Verdun par les défenseurs
de la patrie , complice des trahisons , des perfidies de Dumourier
, facilite aux ennemis la sortie du territoire Français , et négocie
avec les despotes , qu'il pouvait vaincre et auéantir sur le sol
même qu'ils avaient souillé ; enfin , c'est Dillon , qui est l'ame
de tous les projets de contre - révolution qui ont été formés et
qui ont échoué depuis que là République est établie .
Le conspirateur Ernest Bucher était sur- tout son agent dans
ce projet de contre- révolution , formé au moment du recru
tement pour la Vendée , et qui avait pour objet d'exciter la
guerre civile , d'égorger les représentans du peuple , de rétablir
la royauté , en mettant le petit Capet sur le trône ; projet
auquel était associé le prêtre Raineau et autres conjurés , que
la suite a dérobés à la vengeance nationale . C'est encore Dillon
que Pitt indique , sur les listes trouvées dans la commune de
Lille , comme l'un de ses principaux agens .
Le tribunal a encore trouvé dans les papiers du conspirateur
Omoran , des preuves de ses manoeuvres et de ses intelligences
avec les ennemis de la République . Enfin , ila mis le comble
( 367 )
aux attentats dont il s'est rendu coupable , par la derniere
conspiration qu'il a ourdie avec Simon , député , complice du
traître Hérault - Séchelles ; la femme de Camille Desmoulins et
le porte- clef Lambert , leur agent , dans la maison d'arrêt où
il était détenu , et dont le but était d'arracher des bras de lat
justice les infâmes complices des conspirations de Dillon ; de
massacrer les représentans du peuple , et de placer sur le trône
le fils du tyran , en anéantissant pour jamais la liberté , soulevement
qui a été tellement combiné , que dans la nuit derniere
'il s'est manifesté , dans différentes maisons d'arrêt de Paris , -
des mouvemens de sédition et de révolte dans lesquelles on a
crié : Vive le roi !
Les témoins ont été entendus dans les séances des 22 et 23 .
Divers détenus en la maison d'arrêt du Luxembourg ont déposé
du complot que les conjurés avaient formé , tendant à
ouvrir les prisons pour parvenir à assasiner les membres du
comité de salut public , les patriotes , et placer le jeune Capet
sur le trône . D'autres témoins ont ensuite déposé contre Chaumette
, Lacroix , Lapalue , Beysser , et autres . Un grand
nombre de faits et de preuves de tout genre ont été produits
à l'appui des témoignages . On a procédé aux débats dans la
séance du 24. Après être restés plus de trois heures anx
opinions , les jurés ont déclaré 21 des accusés , convaincus
d'être auteurs ou complices d'une conspiration qui a existé contre
la liberté , la sûreté , et la souveraineté du peuple , tendant
à troubler l'état par une guerre civile , en armant les citoyens
les uns contre les autres , et contre l'exercice de l'autorité
légitime , par suite de laquelle dans le courant de ventôse
dernier , les conjurés devaient dissoudre la représentation
nationale , assassiner ses membres , et les patriotes , détruire le
gouvernement républicain , s'emparer de la souveraineté du
peuple , rétablir la monarchie , et donner un tyran à l'état ,
et ils ont été condamnés à la peine de mort.
Nous ne rappellons point ici le nom des condamnés . ils
seront suffisamment connus , en indiquant ceux qui ont été
acquittés . Ce sont Chardin , Bereter , Montuin , Lambin ,
Dumas , Chenaux , Prangey , Barbe .
Le jugement des conspirateurs a été mis à exécution le
même jour à six heures du soir sur la place de la Révolution .
La veuve d'Hébert et celle de Camille Desmoulins ont été
exécutées les premieres , Gobel et Chaumette l'ont été les
derniers , au milieu d'une grande affluence du peuple , ´et dés
cris de vive la République !
Société des amis de la liberté et de l'égalité , séante auxJacobins .
Nous avons promis de recueillir tous les traits de lumieres
qui ont été donnés à cette société sur la conspiration de
( 368 )
Danton , Lacroix et leurs complices . Voici ce qu'a dit Arthur
dans la séance du 16 :
" J'étais appellé pour déposer au tribunal révolutionnaire
des faits importaus à la charge des conjurés. Le jury s'est
trouvé suffisamment instruit , etje n'ai pu être entendu . D'après
la motion de Robespierre , je viens déposer dans votre sein
ce que je devais dire au tribunal . En 1790 , Danton fut porté ,
par le district des Cordeliers à la place de notable de la com
mune de Paris : il fut rejetté par l'aristocratie ; mais Mirabeau,
qui influençait l'Assemblée , le fit porter au département.
Depuis cette époque , Danton ne fit plus parler de lui ; mais
il reparut sur la scene politique à la mort de son protecteur .
Cette conduite prouve qu'il ne parlait en public que pour
obtenir des places . Danton fut nommé commissaire dans la
Belgique.

" A son retour , il fit un éloge pompeux de Dumourier ,
que l'on savait être venu à Paris pour sauver Capet. Il pros
posa de faire dans Paris une insurrection pour sauver la Belgique
, et alors la Belgique était évacuée . Il avait formé le
projet de faire assassiner les citoyens de Paris par les aristocrates.
Il vint à la mairie et dit au maire : Il faut qu'il y ait
une insurrection ; j'ai de l'argent à ma disposition , j'en donnerai
s'il le faut : il est indispensable que le peuple marche .
et que la Convention soit purgée .

" Il est évident que Danton voulait fournir à Dumourier
un prétexte pour marcher sur Paris . Si l'on avait touché aux
membres de la Convention , Dumourier aurait dit à ses soldats&
Je vous conjure , au nom de tous les départemens ,
de marcher
et de punir la ville de Paris qui a violé la représenta
tion nationale . L'insurrection n'a pas eu lieu , et Dumourier
a été obligé de dire aux soldats , que c'était au nom du roi
qu'il marchait sur Paris . Les soldats ont reconnu le piege , et
nous avons été sauvés . L'argent que Danton possédait fut offert à
Santerre , mais il ne fut pas distribué assez promptement pour
faire naître un mouvement.
" Lc 10 mars , Desfieux et le commandant des Marseillais
voulurent faire une insurrection ; ils allerent à la commune
où se tronvait alors une foule de citoyens . On annonça qu'il
était question de tirer le canon d'alarme , de sonner le tocsin .
La commune montra beaucoup de fermeté , elle déclara qu'il
'y aurait peine de mort contre ceux qui voudraient tirer le
canon d'alarme , sonner le tocsin , fermer les barrieres , etc.
Une députation arriva en même- tems , et la fermeté qu'elle
déploya , lui en imposa tellement que Fournier l'Américain
n'osa pas lire la pétition dans laquelle il devait demander une
insurrection . "
L'osateur développe ensuite le projet formé par Bonhomet
et
ا ل
( 369 )
et d'autres individus , de faire une insurrection à l'époque dy
24 mars . On devait se rassembler au Champ - de-Mars , sous
prétexte d'un repas civique célébré en réjouissance de la réu
nion des sections de Bonconseil et des Lombards . Un courier
devait arriver sur ces entrefaites , et apporter les plus mauvaises
nouvelles . Alors tous ceux qui voulaient une insurrec
tion seraient rentrés dans Paris , se seraient répandus dans
les sections pour les engager à se lever en masse et à marcher
au devant de l'ennemi.
Il fait part ensuite que , le 28 du mois d'août , il demanda
au représentant Lacroix , s'il y avait quelques nouvelles , et
que celui- ci lui répondit : Nous en recevons de très - mauvaises ;
des armées nombreuses sont sur notre territoire , et nous
n'avons que très -peu de moyens . Il faut nécessairement qu'un
chef se mette à la tête des affaires , sans quoi nous sommes
perdus.
L'orateur termine , en annonçant qu'ayant rencontré le
nommé Duplain , au moment où Danton venait de partir pour
Arcis - sur - Aube , Duplain lui dit que Danton était de trèsmauvaise
humeur , qu'il regardait les mesures que l'on prenait
comme contre révolutionnaires ; qu'en conduisant Marie - Antoinette
à l'échafaud , on détruisait l'espoir de traiter avec les
puissances étrangeres ; que Custine avait été jugé trop légèrement
, et que cette conduite envers nos meilleurs généraux ,
nous mettait dans l'impossibilité de vaincre .
Levasseur rappelle l'audace avec laquelle Lacroix vint rendre
compte à la Convention de la conduite qu'il avait tenue dans
la Belgique , et de l'effronterie avec laquelle il soutint qu'il
n'avait commis aucune dilapidation . Il instruit la société que
le district de Bethune écrivit , lors de l'évacuation de la Belgique
, qu'il avait arrêté deux voitures chargées de caisses
remplies d'effets , et que les voituriers qui n'avaient pas de
passe-ports , avoient déclaré que ces caisses appartenaient à
Danton et à Lacroix .
Ces deux individus ayant eu connaissance de cette piece ,
ils se la firent remettre par un comuis du comité de correspondance
, et le comité de salut public n'en fut point instruit.
Ils vinrent ensuite à la Convention se plaindre de ce que le
district de Bethune avait arrêté leurs malles , et par ce stratagême
trompeur , ils obligerent ce district à relâcher les
Voitures .
Châles fait part que Lacroix avait pris la défense de Chabot
, et qu'il avait osé dire que malgré ses scélératess , il
était très -politique de lui pardonner.
Arthur ajoute que Lacroix avait épousé une ci-devant comtesse
, qui avait un tabouret chez Madame. Cet homme avait
acheté beaucoup de meubles d'émigrés , et dans les nombreux
envois qu'il fit de ces objets dans le village d'Anet , sa patrie ,
Teme VIII. A a
1
( 370 )
"
on trouve des linges marqués au chiffre de l'archiduchesse
d'Autriche , gouvernante des Pays - Bas .
Un citoyen annonce que Simond a sollicité en sa présence
la liberté de plusieurs personnes suspectes du Mont - Blanc ,
et qu'il a dit qu'il ne voulait être d'aucun comite de la Convention
, parce qu'il n'aimait pas le sang . Ainsi cet homme ,
par les calomsies les plus perfides , avilissait ouvertement la
Convention nationale .
A
Un autre citoyen annonce que , dans le tems de la nomination
de Lafayette à la place de commatidant , de la garde
nationale Parisienne , Danton déclara que cette nomination
n'était que provisoire , et qu'il faudrait bientôt nommer le
ci -devant duc d'Orléans .
Dans les séances des 19 , 21 , 23 et 25 , il a été prononcé
des discours très -intéressans par Collo d'Eleibois , Dumas ,
Robespierre et quelques autres membies : nous en presenterons
l'extrait, dans le prochain numéro , attendu la multiplicité
d'objets que nous avons rapporter.
2
Trait de vertu républicaine.
Augustin - Louis Evrad , dit Ray , ancien militaire de la section
de la République , s'est présente au conseil géneral de la
commune de Paris , pour obtenir un certificat de civisme.
Le rapporteur l'annonce compie pensionnaire de 10,000 liv..
( Violens murmures. ) Le rapporteur continue : Pension qui a
eté réduite à 3,000 liv . , et dont il a fait l'abandon aux épouses
des défenseurs de la patrie de sa section . ( Applaudi . ) Renouard
demande si c'est ce militaire vertueux qui , dans la section de la
République , s'est chargé de l'entretien et de l'éducation de quaorze
enfons , dont dix sont du même pere et de la même
mere , et dont lui-même est l'instituteur. Le citoyen Ray re
pond : J'aimerais mieux l'entendre dire per la bouche d'un
autre ; vous m'interpellez , je dois dire oui . Renouard reprend :
Une famille composée d'enfans en bas âge perd ses pere et
mere , ils sont sans parens et sans appui ; les voisins accourent ,
mais aucun ne peut leur donner des secours . Le citoyen Ray
se trouve la ; il dit je les emmene , et je m'en charge . ( Vifs appiaudissemens
. On demande de toutes parts que le visa de
son certificat de civisme lui soit accordé ; il l'obtient aux acclamations
publiques . Ici le citoyen Ray prend la parole : J'avais
perdu tous mes parens , je me suis fait pere , j'ai cherché ma
consolation dans l'humanité . L'agent national dit : C'est une
belle leçon pour les riches qui ne doivent être riches que pour
faire disparaitre l'indigence . Il demande qu'on recueille tous
ees traits qui honorent l'humanité , et qu'on les envoie au
comité d'instruction publique pour les faire passer à la pos
térité . ( Adopté . ) Le président donne au citoyen Ray l'aco .
lade fraternelis , et l'invite à se placer parmi les membres du
( 3717)
R conseil. Ce citoyen répond : Après 50 ans de service , vous adoucissez
bien ma vieillesse. Il prend place , et la salle retentit d'applaudissemens.
Le ci- devant comte de Caumont , beau - frere , de la Roche
Jacquelin , et le ci-devant prince de Salm - Ki : bourg ont été mis
en état d'arrestation .
La diligence de Vitré à Rennes a été attaquée par quelques
brigands qui se cachent dans les bois pendant le jour , et qui´
sortent lauit de leurs repaires pour attaquer les voyageurs .
La diligence a eté entierement dévalisée ; sept personnes ont
perdu la vie . Celui qui conduisait les boeufs qui traînaient la
voitte et deux femines ont pu seuls échapper au fer des assassins.
On a envoyé des troupes à la poursuite des brigands .
Champfort , auteur de la Jeune Indienne , du Marchand de
Smyrne et de Mustapha Jéangir , est mort à Paris le 25 de ce
mois .
Achille du Châtelet , ex- général de division à l'arnée du
Nord , est mort à la maison d'arrêt , dite la Force .
NOUVELLES.
1
ARMÉE DU MIDI.
Le comité de salut public ayant senti l'importance de la
conquête d'Oneille , de ce port de la Méditerranée d'où le
tyran de Sardaigne harcelait notre commerce , insultait à notre
mariae , et inprouvait les puissances neutres ; il avait pris
le 19 ventôse , un arrêté dont l'objet était de s'emparer de
cette ville. Le plan de la marché de l'armée de l'Italie a été
tracé et confié à l'exécution ferme des représentans du peuple
qui avaient conduit nos troupes à la reprise de Toulon . Comme
il fallait passer sur le territoire de Gênes , les représentans
ont fait précéder leur marche d'une proclamation solemnelle
dans les deux langues italienne et française . Cette proclamation
est ainsi conçue :
ÉGALITÉ , FRATERNITÉ , LIBERTÉ.
Les représentans du Perple Français près l'armée d'Italie , au
Peuple Génois .
Le Peuple Français , informé des projets que méditent les
tyrans qu'il doit- combattre et vaincre du côté de l'italie •
A3 2
( 372 )
7
. instruit du dessein qu'ils ont conçu de s'emparer des états de
Gênes pour les mettre sous la domination du despote de Piémont
, et se procurer par ce moyen la facilité de pénétrer sur
le territoire de la République Française , se voit forcé , pour
sa propre conservation et pour prévenir les intentious des
eunemis de son indépendance et de son bonheur , de faire
passer ses troupes sur quelque partie du territoire de la répu-
Elique de Gênes .
" Il déclare , par l'organe de ses réprésentans , que bien
loin d'imiter la féroce conduite des laches Auglais , qui , fou
lant anx pieds le droit des gens et les lois les plus sacrées de
l'humanité , n'ont pas fremi d'horreur en assassinant de sangfroid
, dans le port de Gênes , sous le canon de ses remparts ,
des Républicains Français qui auraient eu droit à la protection
du gouverne
nt même le plus barbare , il déclare que les
lois de la plus exacte neutralite serout religieusement respectées .
´s La présence des soldats républicains ne doit pas inquiéter
les Genois ; les Français en guerre avec les tyrans , qui ont
follement conçu l'idée de les asservir , soat les amis des peuples .
Les Genois trouveront dans chaque défenseur de la liberté un
frere, un ami ardent et sincere , vomme chaque Français trouvera
en eux des hôtes bienveillaus et humains .
·
Les Français Républicains respectent les droits de tous les
peuples , leurs lois , leurs usages , leurs opinions même ; ils
desirent que les peuples soient heureux ; mais ils ne com
mandent point le bonheur. Ils ont adopté un gouvertement
dont les bases sont l'égalité et la liberté ; chez eux les vertus
et les talens sont seuls estimés , le malheur et la vieillesse honorés
et secouros. Il faut être juste , bienfaisant , vertueux , pour
bien mériter de la nation . L'immoralité est bannie de la France
régénérée , avec la horde des brigands qui calomnient sans cesse
un peuple aussi généreux et magnanime que ses ennemis sont criminels
et corrompus . La nation Frauçaise punit les crimes et
récompense toutes les vertus parles mêmes lois applicables à tous
les citoyens . Son territoire est la limite de sa revolution et de
l'exécution de ses lois.
Citoyens Gênois , des malveillans pourraient chercher à
convertir en haine notre amitié reciproque . Si par hasard
quelques intrus dans l'armée , oubliant les principes de la nation ,
tenaient une conduite qui n'y fût pas conforme , que vos
plaintes s'adressent aux représentans du peuple , ils découvrirout
dans ces hommes des ennemis de la révolution et de leurs
freres armes , intéressés à troubler la concorde qui doit exister
entre le peuple Français et le peuple Gênois ; ils vengeront à
la fois votre injure et celle faite à la nation Française ; que
la même justice aussi sévere , aussi exacte , soit de votre part
( 373 )
rendue aux Français ; et la bonne harmonie et l'accord qui regnent
entre ces nations ne seront point altérés .
Fait à Nice , ce 10 germinal l'an g de la République Française
une et indivisible . »
1
Signés , RICORD , SALICETTI , ROBESPIERKE , jeupe.
Une division des troupes de la République s'est ébranlée ,
et le port d'Oneille a été pris . Les détails de cette conquête
dans la lettre suivante des représentans du peuple.
Les représentans du peuple près l'armée d'Italie , en Italie , à leurs
collegues , les membres du comité du salut public.
Oneillé , le 19 germinal , 5 heures du sair.
La République se nour: it de victoires . Vous pouvez lai
annoncer la prise d'Oneille , la principale
tyran Sarde avec la Sardaigne
. La Conventionmunication
du
a ordonné cetle
conquête , les Républicains l'on faite avec ce courage et cette
énergie que toute l'Europe redoute . L'ennemi était instruit
de notre arrivée , il occupait quelques hauteurs , et spécialement
Sainte- Agathe . Nos bataillons républicains se sont em
parés de cette position ; après quelque résistance , l'ennemi
prit la fuite , après avoir perdu quelques hommes. Le sang des
soldats de la liberté a été épargné , nous n'avons eu personne
de tué, quelques hommes ont été légèrement blessés .
L'enlevement rapide du poste de Sainte-Agathe a mis la
terreur parmi les esclaves qui voyaient , pour la seconde fois ,
les soldats qui avaient combattu à Toulon ; et ils ont abandonné
la place , après avoir tiré quelques coups de canon . Les
artilleurs républicains n'ont pas eu le tems de lancer la foudre
sur les brigands d'Oneillé , mais ils ont fait des prodiges de
courage et d'adresse , en traînant leurs canons sur des mon?
tagnes inaccessibles .
Nous avons été obligés d'occuper un instant le territoire
Gênois , occupé par l'ennemi . C'est au peuple Génois à vous
faire connaître la conduite sublime des républicains français ; it
Vous dira que les défenseurs de la patrie n'osaient fouler la
verdure qui les invitait à s'asseoir ; que bivouaquant sous des
champs d'orangers , éprouvant le besoin d'étancher leur soil .
ils ont respecté jusqu'à la feuille de cet arbre ; que quelques -uns
d'eux s'étant couchés par mégarde sur des feuillages qu'ils
croyaient inutiles , ont offert de les payer sur la simple réclamation
des propriétaires . C'est ainsi qu'ils ont donné aux
tyrans une juste idée de la nation française , et qu'ils leur ont
ôté le pouvoir de la calomnier.
Nous vous donnerons , sous très peu de jours , des détails
de l'entiéie.expédition de l'armée en Italie. Nous pouvons
vous assurer que le tyran Piemontais passe de trèsmauvaises
nuits , et qu'il s'appprête à emigrer de son royaume
bien rééci . ??
Signés , SALICETTE, ROBESPIERRE le jeuue..
1
f
A a 3
( 374 )
P. S. Nous vous enverrous le détail des objets trouvés
à Oneille ; nous y avons trouvé 12 pieces de canon
ennemis n'ont pas eu le tems d'enclouer. "
que les
Cette
conquête
est extrêmement
importante
. Elle
assure
les
opérations
du commerce
d'Italie
dans
les ports
de Nice
et
de Villefranche
. La trahison
qui fit assassiner
, il y a15 mois
,
à Oncille
, des Français
qui abordaient
dans
ce port
sur un
bâtiment
parlementaire
, est justement
punie
. La neutralité
du peuple
Genois
est délivrée
des entraves
de quelques
brigands
de mer. L'insolence
salariée
de la cour
de Turin
aura
un terme
, et le présage
d'une
brillante
campagne
s'annonce
,
pour
les armes
de la République
. Nous
serons
plus
à portée
de donner
des secours
à la Corse
.
Quoique nous n'ayons point encore de nouvelles officielles
de la situation de cette partie de la Républiqne , nous appre
nous par les gazettes d'Italie que la ville de Bastia et celle
de Calvi - continuent à se défendre avec un courage digne des
Républicains , et qu'elles ont reçu des approvisionnemens .
L'escadre anglaise est fort endommagée.
Du Port-de-la - Montagne , le germinal .
Le Duquesne et la corvette la Fauvelle sont entrés en rade ,
le 11 au soir , escortant un convoi de 20 bâtimens venant de
Marseille , et chargés , pour le compte de la République ,
d'objets d'approvisionnemens de toute espece pour cet arsenal.
Cette traversée s'est faite en présence de trois vaisseaux ennémis
, dont un seul est venu jusqu'à la portée du canon du vaissezu
le Duquesne , qui , ayant alors mis le cap sur lui , l'a fait revirer
de bord.
Les travaux de la marine s'exécutent avec une activité inconnue
sous l'ancien régime , et qui n'appartientqu'à la liberté.
Déja nous avons mis en mer plusieurs bâtimens de guerre
employés à protéger des convois . Voici l'état de ceux qui
sont en rade :
Premiere division armée. Le Sans - Chilotte , de 80 canons ; le
Tonnant , de 74 ; ie Timoléon ,, de 74 ; le Généreux , de 74 ;
l'Heureux , de 74 .
Deuxieme division en armement. Le Languedoc , de 80 canons ;
le Censeur , de 74 ; le Duquesne , de 74 ; le Gonquerant , de 74 ;
le Guerrier , de 74.
Troisieme division en radoub . Le Ga ira , de 80 canons ; le
Mercure , de 74 ; l'Alcide , de 74 ; le Souverain , de 74 , le Barra ,
de 74 , que l'on acheve.
Il faut ajouter à celle liste un très- grand nombre de frégates ,
corvettes et autres bâtimens légers .
1375 )
ORIENTALES. ARMÉE DES PYRÉNÉES
in
Perpignan , 1er , germinal. Ricardos s'estimerait heureux s'il
pouvait s'en tenir avec succès à un systême,e defensif , pour lequel
il a pris toutes les mesures possibles, montagnes , redoures
retranchemens , canons , voilà les armes avec lesquelles il
voudrait suppléer au courage qui lui manque ; aussi rien de
tout cela n'a été négligé sur les deux rives du Teck , depuis
Prats-de - Mollo jusqu'au Boulou , et sur la rive droite , depuis
le Bouloa jusqu'à la mer. Ces grandes mesures pourraient être
des obstacles insurmontables pour tout autre que des Français
libres ; mais qui peut résister à la valeur et à la bayonnette
républicaine Deja nous sommes maîtres du mas d'Eu , de
Banyula , de Tresserre , et du fameux pla del rey , redevenu
le camp de la Republique . Nous voilà, derechef en présence du
Boulon ; de nouveaux pas conduiront à de nouveaux triomphes,
On parle d'une forte redoute enlévée cette nuit . Au premier
courtier , la confirmation de cette nouvelle , et de plus brillantes
peut-être. ??
( Article tire de l'Echo des Pyrénées.)
Du 11 germinal." Notre armée n'a pu encore engager l'ennemi
dans une grande bataille , mais elle s'est ébranlée , toute entiere ,
sur un front de plusieurs lieues d'étendue , elle s'avance toujours
en ligne , sa gauche appuyée sur la mer , sa droite sur les
montagnes. Souvent nous entendons le canon gronder ; inais
ce ne sont encore que des salutatious guerrieres des avant- postes ,
les nôtres vont toujours plus avant ; ceux des Espagnols se
replient vers leurs retranchemens . La partie du district de
Ceret , en- deçà du Teck , est presque toute entiere delivrée
de la présence des Castillans .
L'avnice de Puycerda sera toujours sous les ordres du
général Dagober ; Dugomier commande notre aimée , le
general Doppet n'étant pas encore rétabli .
ARMÉE DES ARDENNE S.
De Rodemak , le 14 germinal.
L'ennemi continue à porter ses forces vers le Nord . Il
paraît que le colonel Mack dirige toutes les opérations actuelles ;
la coalition attend tout des talens de cet officier ; son systême
est de combattre en masse .
" Nous apprenons que les Autrichiens et les émigrés qui
occupaient les retranchemens d'Arlon , ont été forces de les
évacuer.
99 Les trompes qui étaient divisées dans le pays de Trêves
et le Luxembourg continuent à mancher du côté de Namur .
A a 4
( 376 )
Nous n'avons de même laissé sur la Moselle que les forces
suffisantes pour garantir le pays de petites incursions.
La cour d'Autriche a fait donner des armes aux habitans
des villages frontieres ; plusieurs les ont refusées : ceux qui
ont bien voulu s'armer pour la défense de leur maître , viennent
de recevoir quelques leçons qui leur donnent lieu de s'en
repentir. Tous ceux que nous prenons les armes à la main ,
sont sacrifiés sans miséricorde , et leurs villages mis au pillage ,
tandis que nous respectons les propriétés de ceux qui ont du
moins été plus prudens.
Il restait encore dans cette commune des traces de fanatisme.
Une croix dominait au- dessus du clocher , et semblait
rappeller à l'homme libre l'avilissement des peuples ; déja l'on
avait essayé plusieurs fois de l'abattre , mais cette opération
était difficile et dangereuse : cinq cents livres étaient proposées
à celui qui y parviendroit . Un chasseur du 9. régiment
se présente , il monte au clocher , et bientôt il a abattu le
signe du despotisme sacerdotal : il descend au milieu des
applaudissemens , du peuple ; on lui offre aussi - tôt la somme
proposée ; mais il la refuse constamment. "?
ARMÉE DU NORD.
Cambray , 19 germinal. Le sixieme régiment de cavalerie part
demain pour Maubeuge, par Saint - Quentin , Réunion-sur- Oise ,
la Capelle et Avesnes . Il reste encore à Cambray beaucoup de
cavalerie . L'infanterie est toujours cantonnée sur la rive gauche
de l'Escaut ; elle occupe par ce moyen une position avantageuse .
L'ennemi , de sou côté , na pas avancé ses postes au- delà
d'Avesnes- le-Sec, Avesnes - le- Gohet et Rieux ; il est toujous dans
la même position .
Lille , 16 germinal . Six patriotes courageux des communes
de Bezieux , Wiuliem et Cheuren , districts de Lille , ont
arrêté , le 11 de ce mois , le traître Coupeleux , natif de Pont - à¬
Trestin , qui depuis long-tems servait d'espion sur cette
frontiere , aux ennemis de la République. Ce scélérat consommé
dans le crime , était même le chef de leurs espions , et
avait fait égorger , en différens tems , plusieurs de nos avantpostes
; il a été arrêté presqu'à la vue des vedettes ennemies , et
amené sur- le- champ à Lille . L'instruction de ses crimes n'a pas
été longue ; et le 15 il a subi le dernier supplice . Un peuple
immense remplissait la place de l'exécution , et les cris de vive
la Montagne , vive la République , auraient pu être entendus
jusques dans les postes ennemis .
Les familles de ces six généreux citoyens se trouvant exposées
aux vengeances des barbares satellites du despotisme , je
les ai fait venir à Lille , et j'ai autorisé le directoire du district à
leur donner un logement , et des secours jusqu'à ce que la
J
( 377 )
"
Convention nationale , instruite de leurs traits d'héroïsme , ait
prononcé elle -même sur l'indemnité et la récompense qu'elles
méritent. La premiére de toutes est , sans contredit , de faire
connaître leurs noms ils s'appellent Honoré Desplanques
Michel Delplanques , Noël Villoqueaux , Philippe Thieffry
Isidore Fruit , et Pierre-Joseph Boutenu.
" L'accueil fraternel que leur ont fait la société populaire et
tous les patriotes , a déja produit un bon effet ; et dans toute
cette partie de la frontiere , on poursuit avec une ardeur patriotiqne
tous les traîtres et tous les espions .
" Je dois rendre justice au zele et à l'activité que le comité
révolutionnaire et la commission militaire de Lille ont montré
dans cette occasion .
Hier , le chef de bataillon , Daëndel , a attaqué le poste
ennemi , la chapelle d'Etreille , qui est au - delà de la Lys : il a
tné go hommes , fait 179 prisonniers , pris 9 chevaux et un
grand nombre de bestiaux . Nous avons perdu en tout 3 officiers
et 3 cavaliers du 20. régiment de cavalerie . De ce nombre est
le citoyen Mervan , chef de brigade . Lé citoyen Daëndel ,
nous faisant part de l'avantage , m'ajoute :
en
Les troupes se sont comportées en vrais Républicains , et
nos freres d'armes de la premiere réquisition vont au mieux . "
Ce chef de bataillon est la terreur des esclaves , et , depuis
quelques mois qu'il commande sur la Lys , il leur a tué plus
de goo hommes sans qu'il en ait coûté la vie à vingt républicains:
Le département du Nord applaudit à la jusic sévérité que
la Convention vient d'exercer contre les conspirateurs . "
Jau Signé , FLORENT GUIOT , représentant du peuple.
ARMÉE DE L'OUEST.
De Nantes , le 16 germinal. Le général Cambray a rencontré
les brigands dans le pays qui est entre le Maine et la
Sevre , Saint -Fiacre , Maisdon , etc. Il les a enveloppés et les
a totalement détruits : ils étaient au nombre de 600 ; 500 ont
mordu la poussiere. On poursuit le reste qui n'échappera pas
à nos Républicains .
,, La maniere dont ces brigands ont été enveloppés est assez
curieuse . Cambray avait conduit deux colonnes dans cette
presqu'ile ; l'une des deux trouve les brigands , les attaque et
les fait fuir ; alors ils tombent au milieu de l'autre colonne
qui les met en déroute , et les hussards les taillent en pieces .
On a trouvé dans ce canton une quantité immense de bestiaux
, on va les enlever et tes faire passer à Nantes sous un
convoi respectable .
99 On avait fait les apprêts nécessaires pour aller reprendre
Mortagne , dont les brigauds s'étaient emparés , lorsque nos
( 378 )
troupes l'évacuerent ; mais ce qu'on avait prévu est arrivé ,
en l'a trouvé évacue par les trigands eux- mêmes .
9 Ges scélérats trop faibles désormais pour combattré , dénués
d'armes , de munitions , d'artillerie et de toute espece de
ressources , ne paraissent pas avoir d'autre dessein que de nous
fatiguer et d'intercepter , s'ils le peuvent , nos convois , dout
ils ont le plus grand besoin . Mais eu se faisant poursuivre
ainsi d'un endroit à l'autre , et en echappant toujours à nos
recherches dans un pays dont il connait tous les chemins de
traverse , les détours et les sinuosites , c'est envain que le brigand
Charrette se flatte de nous lasser et de prolonger cette
guerre affreuse : les moyens que l'on vient de prendre pour,
la terminer sont desormais infaillibles , et nos phalanges repu
blicaines , qui brûlent d'aller combattre les tyrans sur les
fontieres , serout bientôt satisfaites . Les brigands seront in- ,
cessamment detruits jusqu'au dernier ; nos braves iront après
voir si le colonel Mack ou les autres genéraux des despotes
sont des hommes si merveilleux , et si toutes leurs combinai
sous pourront soutenir les efforts d'un peuple qui combat
pour sa libérié . 19
COTES MARITIME S.
De l'Orient , le 6 germinal. . Ļe Malabar , venant de l'Ilede
- France , vient d'arriver dans notre port il apponte des
nouvelles satisfaisantes des Indes orientales . Il a laissé la co-
Ionie dans l'état le plus florissant. Deux partis s'éleverent dans
l'île ; mais celui de l'aristocratic est écrasé ; la société populaire
qui s'y est formce a juré la mort des esclaves et des ¡yrans
. La colonie comptait , au départ du Malabar , 19 corsaires
très - bien armes et faisant journellement des prises sur les Anglais
. Trois frégates étaient parties pour Batavia ; mais l'imprudence
de ceux qui dirigeaient l'operation a retardé le succès
de cette entreprise . Les trois fregates ont pris dans leur route
nu vaisseau anglais , où se trouvaient plusieurs personnes parlaut
la langue française . Les prisonniers étaient instruits du
projet ; ayant été ensuite mis à terre, dans le voisinage de
Batavia , ils ont averti les Hollandais duşdanger dont ils étaient
meuacės : quand nos vaisseaux ont paru , Tonnenti était en
force , et la descente a éte différée .. Tel est le rapport des
personnes qui montaient le Malabar . Ce bâtiment aura sans
donte apporté des depêches qui seront adressées au comité de
salut public , et qui feront connaitre la vérité »
66
Erest , 8 germinal . Il existait une sorte de difficulte pour
l'achat , la circulation et la revente des marchandises de fabrique
anglaise provenant des prises faites sur cette nation , et prohibées
par les décrets . Le représentant du peuple à Brest , vient
de les lever , par l'arrêté suivant :
" Considérant que la loi prohibe la vente des marchandises´
( 379 )
anglaises n'a pas pu avoir pour objet les prises faites sur les
ennemis de la République , puisque ce serait dès -lors nne propriété
illusoire accordée au picueur , et que le législateur n'a pu
tomber dans une contradicton aussi palpable.
暴味
Considérant néanmoins que la crainte d'enfreindre la loi ,
arrête la vente de ces marchandises , au grand détriment des
propriétaires ; qu'il en résulte entr'autres inconvéniens ,
découragement seusible pour les marins , et un désavantage politique
pour la nation , puisque dans le nombre des cunemis
qu'ils ont à combattre ce sont précisément les plus dangereux
qu'ils seraient plus disposés à épargner , arrête
Art. 1er . Les marchandises provenant de prises faites on
à faire sur les vaisseaux anglais , seront par le fait même de la
prise , réputées françaises , et vendues comme telles sans difficuliés.
" II. Il sera , à la diligence du juge de paix , fait graver une
empreinte , laquelle sera appliquée sur les marchandises vendues ,
portant dans le milieu ces mots : Effets de prises ; et tout autour :
République Française.
II. Outre cette empreinte , il sera délivré à l'acquéreur ,
s'il esi marchand , et s'il achete autrement que pour son usage .
un bordereau signé du juge de paix , portant la nature et la
quantité des marchandises de prise par lui achetées .
2 IV. Tous les marchands seront tenus de tenir registre des
marchandises qu ils vendront en détail, provenant des prises , et
les municipalités pourront vérifier , quand elles jugeront conve
nable , la quantité des marchandises vendues , et de celles à
vendre , pour assurer qu'il ne s'est point commis de fraude .
,, V. Quand les marchandises , provenant des prises , devront
être expédiées pour une autre commune , il en sera fait deciaration
à la municipalité qui vérifiera la nature et la quantité
des objets expédiès , et qui en délivrera acquit -à - caution .
VI . Les marchandises qui seraient expédiées sans avoir
rempli les formalités ci - dessus prescrites , seront réputées
anglaises.
De Rozendal , près Dunkerque , le 16 germinal.
Nous avons cru un moment que les Anglais voulaient
encore approcher de Dunkerque . Nous étions disposés à les
attendre et à les combattre , lorsque nous avons appris que la
floue qui avait été apperçue , composée de 27 vaisseaux de
transport , protégée par une frégate anglaise , était destinée
pour Ostende ; des vents contraires l'avaient forcée de jetiér
l'ancre entre Furnes et Niewport .
&
Nous attendons à chaque instant des ordres pour nous
mettre en marche ; ce qui ne tardera pas , car déjà 300 voi(
380 )
tures ont été mises en requisition dans le district de Bergues
et sont parties pour Lille.
99
Liste desprises annoncées à la Convention , depuis le 14 germinal .
L'abondance des matieres ne nous avait pas permis d'insérer
dans le numéro dérnier , la liste des prises qui sont entrées
dans les ports de Brest , l'Orient et Rochefort , depuis le
5 germinal jusqu'au 14. Elles se montent à plus de 50 bâtimens
, anglais et hollandais de différente grandeur , chargés
richement en tout genre de comestibles et de marchandises .
Voici l'état des prises , depuis le 14 jusqu'au 25 :
Courier du 14. Entré au port de Brest , savoir un navire
de 200 tonneaux , chargé de fer , beurre , fromage et autres
marchandises , venant d'Amsterdam et allant en Portugal , pris
par la corvette le Courier.
Un brick anglais de 80 tonneaux , sur son lest , pris par la
frégate la Proserpine.
Un navire anglais chargé de lard , boeuf et beurre , pris par
la fregate la Tamise.

On écrit de Bordeaux qu'un convoi de barques , venant de
Brest , est entré le 11 au soir dans la riviere de Bordeaux . Il a
échappé à l'avidité d'un corsaire anglais de 20 canons , qui
a été pris par une des gabarres nationales qui escortaient ce
convoi.
Un petit corsaire qui est ordinairement en rade à Chauvin-
Dragon , sorti depuis 4 à 5 jours , a amené le 11 la galiote
la Sainte - Anne , de Stockholm , du port de 160 tonneaux ,
chargée de 1600 sacs ou boisseaux d'orge , pesant 120 livres .
Du 19. Entré au port de Rochefort une galiote hollandaise
chargée de 120 tonneaux de froment , prise par les
frégates de la République la Surveillante et la Driade. Un brick
espagnol chargé de salaisons , jambons , légumes , etc. , pris par
la corvette la Diligente.
Prise entrée à Chauvin- Dragon : un navire de 200 tonneaux
chargé de 1,600 boisseaux d'orge et d'autres effets , allaut en
Espagne , pris par le cutter le Petit- diable.
Du 22. Un bâtiment anglais de 220 tonneaux chargé de
cordages , ancres , savon , etc. pris par la négate de la Répu
blique la Tribune ; un corsaire de 14 canons, pris par la frégate
la Tamise.
( 381 )

Du 24. Entré à Dunkerque : un bâtiment hollandais chargé
de 32 tonneaux de poissons frais , le 21 ;
Deux bâtimens hollandais , dont un chargé d'avoine et l'autre
de poissons ;
Trois bâtimens hollandais en route pour Dunkerque , dont
deux chargés de bois de construction , et le troisieme de
planches de sapin et poutres ;
Tous ces bâtimens ont été pris par la corvette la Şubtile ;
Un bâtiment hollandais brûlé par la même corvette ;
Un sinack hollandais chargé d'avoine , parti d'Hambourg
pour la Hollande , pris par le Courageux , lougre de la Répu
blique , et entré à Dunkerque le 21 ;
Un bâtiment hollandais , pris aussi par le lougre le Courageux ,
est à vue ;
Un navire anglais de 240 tonneaux , deux canons et douze
hommes d'équipage , s'étant échoué sur la côte de Calais , a été
pris , et les hommes faits prisonniers ;
Deux autres navires anglais ont subi le même sort .
Du 25 , même port . Un navire hollandais chargé d'avoine ;
Un navire anglais chargé de sucre , café , indigo , et cinq
voitures destinées pour Vinden , en Russie , pris par le lougre
de la République le Courageux , capitaine Defraye ;
Un bâtiment hollandais coulé bas .
Entré à l'Orient : Deux bâtimens anglais chargés de sel et
de provisions de bouche ;.
Un , idem , chargé de 160 tonneaux de bled-froment .
▲ Chauvin-dragon : Un brick espagnol chargé de 78 pipes
de vin et 13 paquets de 109 jambons , pris par deux chaloupes
tremadours de la République .

A Brest : Un bâtiment de 600 tonneaux chargé de sucre
tabac , cuirs et amandes venant de Lisbonne , et allant en
Hollande .
Ce navire s'étant trouvé escalé sous Ouessant a été forcé
de se réfugier à Brest.
Un navire anglais le King- Georges de 80 tonneaux , allant en
Portugal , pris par la fregate de la République , la Proserpine ,
entré à Brest le 21 du courant .
P. S. Dans la séance du 26 , Saint-Just a fait un rapport
très-intéressant sur la police générale de la République , que
nous ferons connaître en entier. li a proposé un projet se
( 382 )
décret qui a reçu des amendemens 9 et dont la rédaction
finitive à été adoptée dans la sĉauce du 27 , ainsi qu'il suit.
Décret sur la police générale de la République. ·
Art. Ier . Les prévenus de conspiration seront traduits de
tous les points de la Republique au tribunal révolutionnalie à
Paris.
" II. Les comités de salut public et de sûreté générale rechercheront
promptement les complices des conjurés , et les
ferou traduire au tribunal révolutionnaire .
III. Les commissions populaires seront établies pour le
15 florcal .
" IV. Il est enjoint à toutes les administrations et à tous les
tribupanx civils de terminer dans trois mois , à compter de
de la
promulgation du présent décret , les affaires pendantes , à
peine de destitution ' ; et à l'avenir toutes les affaires privées devront
être terminées dans le même délai sous la même peine .
" V. Le comité de salut public est expressément chargé de
faire inspecter les autorités et les agens publics charges de
coopérer à l'administration . 1
› VI . Auçun ex noble , aucun étranger avec lesquels la
République est en guerre ne peut habiter Paris , ni les places
fortes , ni les villes maritimes pendant la guerre . Tout noble
où étranger dans le cas ci - dessus , qui y serait trouvé dans dix
jours , est mis hors la loi .
" VII . Les ouvriers employés à la fabrication des armes à
Paris , les étrangeres qui ont épousé des patriotes français , les
femmes nobles qui se sont inariées à des non- nobles , ` ne
sont point compris dans l'article précédent. ,
VIII . Les étrangers ouvriers vivant du travail de leurs
mains antérieurement au présent décret , les marchands detaillans
établis aussi antérieurement au présent décret , les enfans
au- dessous de 15 ans , et les vieillards âgés de plus de 70 ans
sont pareillement exceptés .
1 IX. Les exceptions relatives aux nobles et étrangers
militaires , sont renvoyées au comité de salut public , comme
mesure de gouvernement .
, X. Le comité de salut public est également autorisé à
retenir par requisition spéciale les ci - devant nobles et étrangers
dont il croira les moyens utiles à la République ..
,, XI. Les comités révolutionnaires délivreront les ordres
( 383 )
de passe ; les individus qui les recevront seront tenus de dé
clarer le lieu où ils se retirent il en sera fait mention dans
l'ordre.
» XII . Les comités révolutionnaires tiendront registre de
tous les ordres de passe qu'ils délivrerout , et feront passer
un extrait de ce registre chaque jour au comité de salut public
et de sûreté générale.
,, XIII . Les ci - devant nobles et étrangers compris dans le
présent décret , seront tenus de faire viser leur ordre de passeau
moment de leur arrivée , par la municipalité dans l'étendue
de laquelle ils se retireront ; ils seront également tenus de se
représenter tous les jours à la municipalité de leur résidence
sous les mêmes peines.
,, XIV. Les municipalités seront tenues d'adresser , sans
délai , aux comités de salut public et de sûreté générale , la
liste de tous les ci - devant nobles et étrangers demeurant dans
leur arrondissement , et de tous ceux qui s'y retireront.
,, XV. Les ci- devant nobles et étrangers ne pourront être
admis dans les sociétés populaires ni dans les comités de
surveillance , ni dans les assemblées de communes ou de
sections.
XVI. Le séjour de Paris , des places fortes , des villes
maritimes , est interdit aux généraux qui n'y sont point en
activité de service .
99 Le respect envers les magistrats sera religieusement observé
, mais tout citoyen pourra se plaindre de leur injustice ,
1 et le comité de salut public les fera punir selon la rigueur des
lois.
" XVII . La Convention nationale ordonne à toutes les antorités
de se renfermer rigoureusement dans les limites de leurs
institutions sans les étendre , ni les restreindre .
,, XVIII . Elle ordonne au comité de salut public d'exiger
un compte sévere de tous les agens , de poursuivre ceux qui
serviront les complois et auront tourné contre la liberté le pouvoir
qui leur aura été confié.
,, XIX . Tous les citoyens sont tenus d'informer les autorités
de leur ressort et le comité de salut public des vols , des discours
inciviques et des actes d'oppression dont ils auraient été
victimes ou témoins .
" XX. Les représentans du peuple se serviront des autorités
constituées , et ne pourront déléguer de pouvoirs .
,, XXI. Les requisitions sont interdites à tous autres que la
( 384 )
commission des subsistances et les représentans du peuple près
les armées , sans l'autorisation expresse du comité de salut
public .
" XXII . Si celui qui sera convaincu désormais de s'être
plaint de la révolution vivait sans rien faire , et n'était ni sexa- /
génaire ni iufirme , il sera déporté à la Guyane . Ces sortes d'affaires
seront jugées par les commissions populaires.
,, XXIII . Le comité de salut public encouragera par des
indemnités et des récompenses les fabriques , l'exploitation des
mines , les manufactures ; il protégera Industrie , la confiance
entre ceux qui commercent ; il fera des avances aux négocians
-patriotes qui offriront des approvisionnemens au maximum ; il
donnera des ordres de garantie à ceux qui ameneront des
marchandises à Paris , pour que les transports ne soient pas
inquiétés , il protégera la circulation des rouliers dans l'inté
rieur , et ne souffrira pas qu'il soit porté atteinte à la bonne foi
publique.
,, XXIV. La Convention nationale nommera dans son scin
deux commissions , chacune de trois membres ; l'une chargée
de rédiger , en un code succinct et complet , les lois qui ont
été rendues jusqu'à ce jour , en supprimant celles qui sont
devenues confuses ; l'autre commission sera chargée de rédiger
un corps d'instruction civile , propre à conserver les moeurs
et l'esprit de la liberté . Ces commissions feront leur rapport
dans un mois . "
Le total des détenus , dans le département de Paris , est
de 7541.

A V I S.
O observe que les Rédacteurs n'ont rien de
commun avec l'Abonnement , la distribution etc
C'est au citoyen GUTH , Directeur du Mercure
hotel Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
objets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient rester au rebut.
Les personnes qui enverront au citoyen GUTH
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de quoi
ils ne seraient pas acquittés . Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
LE prix de l'Abonnement est de trente-fix livres
franc de port pour les Départemens et pour Paris.
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hôtel de Thou , rue des Poitevins,
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur da
Bureau du Mercure. L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois.
Les Souscripteurs du mois de Masr (V. S.) sont pries
de renouveller de bonne heure leur Abonnement , afin
qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses
qu'ils n'éprouvent aucun etara dans l'expédition . Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; ou joindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le