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1794, 01-02, t. 7, n. 3-8 (18, 25 janvier, 1, 8, 15, 22 février)
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LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( N°. 3. )
Nonodi , 29 Nivóse ,
l'an deuxieme de la Republique.
( Samedi 18 Janvier 1794 , vieux ſtyle, )
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ITTERAIRE
STAATOBIBLIOTHEK
MUENCHEN
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Arts divers, doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , nº. 2 .
Le prix de l'Abonnement eft de 35 livres
franc de port .
t
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN.
NIVOS E.
La Lune de mois a 30 jours . Du 19 au z® ,
les jours croiffent , matin & foir , de 36 mimites.
Ere Républicaine..
Ere
J. PHASES
(de de la
Vulgaire L LUNE.
L.
I primidi Iere Décade. 211fam . 18
Tems moyen
au Midi vrai ,
H. M. S.
II 44 30
2 duodi
22 Dim. ( 19
II 44 22
3 tridi ...
23 lundi ( 20 II 44 IS
4 quartidi . 24 mardi 21 11 44 9
S quintidi .
6 fextidi .
25 merc. 22
7. feptidi .
26 jeudi 23 les , as
D. Q.
II 44 3
11 43 58
8 octidi .
୨
9 nonidi
28 fam. 25 du foir .
27 v.De. 24 h. 56 m.
II 43 54
II 43 SO
29 Dim . 26
IF 43 48
12 duodi..
13 tridi..
14 quartidi .
10 Décadi.
11 primidi IIe Décade. 31 mardi 28
30lundi. 27 11 43 46
II 43 45
Im. J. 29 II 43 45
2 jeudi 30 N. L. N. L. 11 43 46
3 vend . Ile 12 , à 11 43 48
Is quintidi.
16 fextidi ..
17 feptidi .
18 octidi
19 nonidi
20 Décadi.
21 primidi III Décad . ro vend .
22 duodi..
23 tridi.
24 quartidi .
25 quintidi .
26 fextidi .
27 feptidi
28 octidi
29 nonidi .
30 Décadi ..
I fam.
12 Dim. 10 du mat.
14 mardi 12
15 merc. 13
16 jeudi . 14 P. L.
17 vend. 15 le27 , à 8
18 fam . 16 h . 55 m.
19 dim. 17 du foir.
11 45 23
11 45 36
II 45 SO
II 46 S
4fam.
28h.33 m. II 43 50
Dim. 3 du foir. 11 43 53
6lundi.
4 II 43 57
7 mardi
Simerc. 6
oljeudi
II 44 2
II 44 8
7 P. Q. 11 44 14
8lerg, đo
II 44 21
9 h . 53 m.
II 44 30
II 44 39
13 lundi 11 II 44 48
11 44 59
II 45 19
( -N°. 3 1794. )
MERCURE
FRANÇAIS
DÙ NONODI , 89 DE NIVOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 18 janvier 1794 , vieux style. )
POÉSIE.
Les Souffleurs de verrerie. CONTE , de l'année 1789 .
L'AUTRE jour , certain curieux
Visitait une verrerie : 4
Il voit deux ou trois malheureux ,
A crins noirs , à face rôtie ,
Qui tout près d'un gouffre de feux ,
A l'aide d'un long tube creux .
Enfaicat la fougere pétrie
Avec un sable sulphureux.
Soudain , la matiere enflammée ,
Se changeait en brillans facons .
Un tel métier desseche les poumans,
Aussi nos gens , tout noireis de fuméc
Out-ils grand soin d'aller aux curieux
Demander le pour-boire , en faisant la courbette .
Celui-ci , ne pouvaut peut-être faire mieux ,
Leur présente une mignonette ;
Cela signifie , entre nous
Une piece de douze sous.
T
Douze sous pour trois que nous sommes ,
Dit un noir salamandre ; ch ! mais , vous moquez - vous !
Douze sous pour trois gentilshommes !
— Vous êtes , messieurs les souffleurs ,
Gentilshommes ? j'en suis fort aise :
Cela vous fait beaucoup d'honneurs ;
Je l'ignorais , ne vous déplaise.
- Nous sommes chevaliers , qui plus est ; oui , sandis E
Nobles et purs, de pere en fils .
Comme le feu de la fournaise.
Sachez , monsieur de douze soUE,
Tome VII.
R
# PAATE*
BIBLIOTHEK
MOENAREN
G
( 98 )
Que , pour avoir l'honneur d'être souffleur de verre ,
Il faut proaver, et de pere et de mere
Telle noblesse , entendez -vous ?
Fort bien , reprend le philosophe ;.
C'est très-bien choisir ; car souvent
Parmi les gens de votre étoffe ,
Ah ! la plupart ne sont pleins que de vent.
Par le citoyen BENOIT LAMOTHE.
EN
CHARADE.
IN musique aisément on trouve mon premier ;
Mon second dans un siége est craint de tout guerrier.
Un fléau redoutable annonce mon entier.
BRUTANT ,
LOGO GRIPHE.
RUYANT , dansant , sautant , pour toi je me démene ,
Tantôt pour te guérir ,
Tantôt pour te nourrir ;
Je fais tant qu'à la peine
Bien souvent on me voit périr.
Je n'ai pourtant pas grande place :
Quelqu'exercice que je fasse ,
On ne me voit jamais courir.
Sans coeur je ne marche pas vite ,
Et pas à pas j'avance mon chemin ;
Esclave né d'un souverain ,
11 goûte le repos , quand pour lui je m'agite .
Mais mon maître aussi bien que moi
N'existons , cher lecteur , que pour suivre ta loi .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 2 .
Le mot de la Charade est Garde-manger ; celui de l'Enigme est Aiguille ;
celui du Logogriphe est Carton ; où l'on trouve trone , cor , ton ,
Gaten , art , rat ,
Caren .
i
( 99 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Vocabulaire de nouveaux privatifs français , imités des langues latine ,
italienne , espagnole , portugaise , allemande et anglaise , avec des
autorités tirées des meilleurs écrivains : suivi de la table bibliographique
des auteurs cités : ouvrage utile aux orateurs et aux
poëtes . Par Pougens . Un volume in-8 ° , A Paris , chez les direc- ·
teurs de l'imprimerie du Gercle - Social , rue du Théâtre- Français ,
n°. 4.
CEE vocabulaire , pour être réellement utile , devait être rai
sonné . On sent bien qu'il ne suffit pas de ranger par ordre
alphabétique un millier de mots français , en y ajoutant la
préposition in ou im ; car , de ce que les mots correspondans
en d'autres langues sont précédés soit de l'in ou im des Launs ,
soit de l'un des Anglais et des Allemands , ou du dis des Italiens
, il ne s'ensuit nullement que les mots français homonymes
soient également susceptibles de la préposition privative
. Il faut examiner les regles d'analogie et de convenance
que prescrit la grammaire dans la formation et combinaison
des mots , les rapports et les différences d'une langue à une
autre , et particulierement le génie de la nôtre que l'on ne
doit jamais dénaturer sous prétexte de l'enrichir, Le mot de
Voltaire , que l'auteur a pris pour épigraphe , la langue française
est une gueuse fiere à qui il faut faire l'aumône malgré elle ,
est plein de vérité et de sens ; mais personne ne l'eût mieux.
* restreint dans ses justes bornes que Voltaire lui-même ,
nemi mortel du néologisme . S'il le combattit si souvent , forsqu'il
le voyait naître , que n'eût il pas fait de nos jours , où
nous le voyons porté aux derniers excès de l'extravagante
ignorance ? L'aumône en ce genre , comme en tout autre ,
être faite avec discernement , et pour la faire à notre langue ,
il faut être bon grammairien. L'idée des nouveaux privatifs ,
heureuse en elle- même , eût pu produire , avec les conditions
que je viens d'indiquer , un excellent ouvrage de littérature
et de philologie , au lieu que le citoyen Pougens n'a tracé
qu'une nomenclature aride et indigente , inutile aux gens
instruits , et très - propre à égarer les ignorans ceux - ci n'ont
qu'à s'emparer , d'après son vocabulaire , des trois quarts des
mots qu'il contient , et ils sont sûrs de parler un langage bar--
bare , et souvent inintelligible.
endoit
Essayons au moins de tirer quelque lumieres de ce nouveau
lexique , en distinguant, parmi cette foule de mots qu'on
nous propose , ceux qui ne sont point opposés aux lois grammaticales
, et ceux qui répugnent à toutes les analogies.
SAISCU
STAATI
BIBLIOTHE
MUENAREN
G &
1
( 100 )
Commençons par les mots qui étaient déja reçus , et que
l'auteur n'a placés dans son vocabulaire , que parce qu'il ne
les a pas trouvés dans le dictionnaire de l'académie , dont la
derniere édition est déja éloignée de nous de plus de trente
sns ; elle est de 1762. ) Nous rencontrons , par exemple
les mots décloîtrer , desobstruer , délustrer , désorganiser , qui
sont depuis long - tems usités. Remarquons d'abord que l'auteur
s'est trompé , en comptant parmi les privatifs la prépo
sition dés ajoutée aux verbes : elle n'est privative ou néga
tive que devant les noms . Ainsi déshonnéte est le négatif
d'honnête , désagréable est le négatif d'agréable , parce qu'il
signifie proprement ce qui n'est point honnête , ce qui n'est
-point agréable.
Il n'en est pas de même , lorsque dés est joint aux verbes :
il n'exprime point alors l'opposition , mais l'immutation .
Ainsi décloîtrer ne signifie pas non- cloîtrer , mais tirer du cloître .
Délustrer un habit ne signifie pas ne point lustrer un habit
mais lui ôter son lustre . Désobstruer un chemin , c'est le débarrasser
de ce qui l'obstrue , ce qui est autre chose que de
ne pas l'obstruer. Désorganiser un corps politique , ce n'est
point ne pas l'organiser , c'est en détruire l'organisationa
Toutes ces différences sont essentielles à observer , et tiennent
à la logique grammaticale , qui a présidé plus ou moins
à la formation de toutes les langues.
L'auteur est tombé dans la même faute , en mettant au
nombre des privatifs anglais la préposition mis , qui n'est
paint privative , comme leur un au commencement des mots
et less à la fin. Mis exprime uu vice d'action et non pas la
négation de cette même action , Ainsi misjudge , mislead
misquote , ne signifient que mal juger , mal conduire , citer
faux : il n'y a point la de privation . Le mé ou més devant
les verbes ou les noms français , revient au mis des anglais ,
et n'est pas plus négatif ; ainsi mécompte n'est pas la néga
tion de compte , mais un mauvais compte ; mésuser , c'est mal
user et non ne pas user ; mėsallier , c'est allier mal et non
se pas allier. Quant à méjuger , méconduire , méciter et autres.
semblables que l'auteur nous propose , je n'en vois pas la
nécessité . Mal juger et mal conduire est tout aussi bon , tout
aussi court , tout aussi commode , en vers , comme en prose ,
er d'un sens plus précis ; et méciter est si étrange à notre
oreille , qu'il ne serait presque pas entendu .
Tout au contraire , méplacer , se méplacer , que l'auteur indique
, d'après l'anglais misplace , me parait une très - bonne.
acquisition , parce qu'il est clair et qu'il a une acception qui
nous manque , et que malplacer ne rendrait pas . Méplacer
signiferait ne pas placer selon les convenances , et il y a un
grand avantage à dire tout cela d'un seul mot. Je suppose ,
par exemple , qu'une femme laide s'introduisit dans une céré
monie où il faudrait que de jolies femmes représentassent ,
( 101 )
on pourrait dire : voilà une femme méplacée , ce que ne dirait
pas aussi bien malplacée ou déplacée , parce que ces mots ont
plusieurs sens . On dirait de même qu'un aristocrate serait
méplacé snr la Montagne , aux Jacobins , etc.
Incohérence , discordance , incorrect , inexpert , inhospitalier .
illettré , insalubrité , illégal , illégalement , illégalité , improbable ,
improbabilité , imprévoyant , imprévoyance , inhabile , inhabileté ,
immaturité , improbité , inélégance , inurbanité , sont des mots
admi depuis vingt ans par nos ecrivains les plus purs : ces
mots originairement fatins ont dû passer naturellement dans
une langue dérivée en grande partie de la langue latine , et
n'ont fait qu'en prendre la terminaison ; il n'y a là nulle
difficulté . On peut remarquer seulement que si improbitas
signifie en latin méchanceté , il n'exprime en français que la
privation de probité ; et qu'inhabileté tant le contraire d'habi
leté , peut nous fournir une nuance de blâme au- dessus de
l'impéritie , comme un style inélégant est un peu au - dessus
du style plat , comme l'inurbanité est un peu au - dessus de la
grossiereté , etc.
(
Instable est admissible , puisque nous avons instabilité , et
que tous deux nous viennent du latin . On dirait très - bien
un gouvernement instable , un caractere instable , pour un
gouvernement , un caraetere qui n'ont point de solidité , et
on ne le dirait pas aussi bien sans periphrase : il est done
nécessaire .
Insonore , insocial , insuave , 'indisputable , innavigable , incommerçable
, irréfutable , inexigible , irréſtéchi , inexistant inexis,
tence , sont des mots peu faits encore , mais qui seront géné
ralement adoptés : ce sont encore presque tous emprunts du
latin , qui seraient des richesses pour nous , et sur lesquels
une timidité mal entendue a pu seule nous faire hésiter . Ils
sont clairs , sonores , pécessaires il faut que nous puissions
dire sans circonlocution un mot , un instrument , un vers
une salle insonore , un systême insocial , une odeur insuave ,
un fait indisputable , une riviere innavigable , des effets incom
merçables , une assertion irrefutable , des conditions inexigibles ,
un propos , un esprit irréfléchi ; et dans les matieres philosophiques
on ne saurait se passer d'inexistant et inexistence.
Il est aussi quelques bisarreries de notre langue auxquelles
nous pourrions rémedier sans aucun inconvénient , ce \me
semble : nous avons inviolable et introuvable : pourquoi n'au
tions- nous pas inviolé et introuvé , qui sont dans l'analogie ,
et qu'on entendrait tout aussi bien ? Ce fut une loi toujours
inviolée , etc. ; et si l'on nous parle tous les jours d'objets
invendus , pourquoi pas d'objets introuvės ?
Inorganisé n'est pas , il est vrai , dans les principes , qui
défendent de faire entrer dans un même mot deux langues
étrangeres , le gree et le latin , l'italien et l'anglais , etc.
Organe est gres, et in est latin. Ce principe qui repousse la
CI
( 102 )
९
:
barbarie a été si bien senti , que rien n'est plus rare dans
notre langue qu'un mot où il ait été iuobservé . Il y en a
pourtant quelques exemples , où l'extrême nécessité et l'extrême
précision l'ont emporté , et que l'usage , la premiere'
de toutes les lois , parce qu'il ne les viole jamais que par
les raisons les plus fortes , a fini par consacrer . Tel est le
mot impotitique , composé du latin et du grec dans la regle
il faudrait dire a-politique ; mais le privatif grec a nous est
presque étranger , si ce n'est dans le langage des sciences
toujours séparé du langage usuel dans celui- ci nous n'avons
gueres qu'athée , atheisme , apathie , atome , qui soient popularisés
; atonie , atrophie , dcéphale , àcatalepsie , etc. sont scientifiques
. C'est ce peu d'habitude que nous avons du privatif
grec , qui nous a fait joindre au mot politique le privatif latin
qui nous est si familier. Ajoutez encore que ces mots politique
, police , p licé , sont d'un usage si commun , que la plupart
de ceux qui s'en servent ne se doutent pas que ce soient
des mots grecs . On a donc dit impolitique , et l'on a bien
fait ; car ce mot si commode serait impossible à remplacer.
J'admettrai par la même raison inorganisé . Si vous voulez
parler de quelque chose qui ne soit pas encore organise
, yous ne pouvez vous exprimer plus clairement et plus
brièvement.
Par la même raison que j'ai alléguée ci -dessus , je ne rejetterai
point trrépare , irréconcilié , irrévoqué , quand nous avons
irréparable , irréconciliable , irrévocable.. Ne dirait- on pas trèsbienne
mettez pas ensemble deux ennemis irréconciliés
toute loi irrévoquée exige l'obéissance : on ne pardonne point
une faute irréparée ? mais remarquez que l'utilité de ces participes
ou adjectifs n'entraîne nullement celle des verbes même ; car où
pourrez -vous employer à propos irréconcilier , irrévoquer , irré
parer et presque tous les verbes du même genre indiqués
dans le vocabulaire ? Essayez de les placer dans une phrase ,
et vous verrez que le privatif ne saurait remplacer le verbe
avec la négation : c'est une raison décisive pour rejetter ces
importations inutiles , qui ne seraient pour nous qu'un embarras
et non pas une acquisition , et donneraient très-gratuitement
au langage un air étranger . C'est encore une considération
qu'il ne faut pas perdre de vue : quoique la langue
latine soit la mere de la langue française , il ne faut pas que
sa fille lui ressemble trop ; il est bon qu'elle ait ses traits
propres èt sa physionomie particuliere , sans quoi toutes les
deux courraient risque d'être bientôt confondues ensemble ,
et nous ne parlerions plus qu'un latin francisé.
Je veux bien du mot se désaliter , pour cesser de garder le
lit. Mais que faire de désaimer , d'inaimer ? ce dernier ne saurait
trouver de place nulle part ; et quant à l'autre , direz-vous
d'une femme je la désaime , ou je l'ai désaimée , au lieu de
( 103 )
dire , je ne l'aime plus ? Cela serait ridicule ; et il faut bien
se garder de demander ni de dire pourquoi.
Que faire d'inconclu , de déconclu , d'inconclusion ? à quoi cela
est- il bon ? et inconfus vaut- il mieux ? passe pour impardonné :
nous avons impardonnable . L'un mene à l'autre ; c'est ainsi qu'il
faut procéder en fait d'innovation de langage . On pourrait dire
en mille occasions , et fort heureusement , le souvenir d'une
faute impardonnée , etc.
ANNON C ES.
Le Code de Morale et de Politique mis à la portée des jeunes
Républicains , par demandes et par réponses , et présenté à la
Convention nationale qui en a ordonné la mention honorable .
Par le citoyen Boinvilliers , ci -devant membre du Musée de
Paris . Seconde édition revne , corrigée et augmentée . Prix ,
12 sols relié en carton ; chez Caillean , rue Galande , no . 64 ;
et chez l'auteur , à Versailles .
1
Le Manuel du Républicain , ou l'Esprit du Contrat- Social mis à
la portée de tout le monde , suivi de l'esprit du sens -commun ,
présenté sous un jour favorable pour éclairer le peuple Français
sur la prétendue liberté de la nation anglaise . Par le citoyen
Boinvilliers . Prix , 15 sols broché ; mêmes adresses que
dessus .
*
:
Annuaire du Républicain , ou légende physico- économique , avec ,
l'explication des trois cents soixante - douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peutdonner
aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les
connaissances les plus nécessaires à la vie commune , et les
plus applicables à l'économie domestique et turale , aux arts
et au bonheur de l'humanité . On y a joint le rapport et l'instruction
du comité d'instruction publique , dans lequel se
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures.1 ཉྫཱ *
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire naturelle et au lycée des arts.
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement compasé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur . Prix ,
4 liv. broche pour Paris , et 5 liv. franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie- François Drouhin , rae
Christine , no. 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République.
GRAVURE.
Portrait de J. P. Marat , de forme ovale , faisant suite à
GA
( 104 )
· la collection des grands hommes ; peint par Garnerey et
gravé au lavis en couleur par P. M. Alix . Ce portrait est
d'une parfaite exécution et très -ressemblant. Il devait paraître
dans les premiers jours de novembre ( vieux style ) ; mais une
Indisposition grave survenue au citoyen Alix a été la cause
du retard qu'ont éprouvé les vrais patriotes , et dont ils peuvent
se dédommager aujourd'hui.
SPECTACLES.
THEATRE NATIONAL , RUE DE LA LOT.
Parmi les pieces de théâtre qu'a fait naître la révolution
il n'y en a pas de plus jolie , peut-être , que celle donnée
le 3 nivôse , au théâtre national , sous le titre de la Parfaite
Egalité. Il n'en est point où les formes , les intentions dra
matiques soient mieux observées , mieux remplies , mieux soutenues
. Il n'en est point de plus patriotique , es qui atteigne
mieux le but où doit tendre tout ouvrage de ce genre , celui .
de développer parfaitement les décrets qu'on y celebre , d'en
faire sentir l'esprit , d'en montrer tous les avantages , de les
faire aimer. On pourrait dire qu'elle est patriotique en cela
même qu'elle est fort bonne comme ouvrage dramatique ; car
il est bien tems de s'élever contre cette irruption barbare
d'ouvrages pitoyables dont nos théâtres sont inondés depuis
quelques mois . Il semble que ce soit une conspiration payée.
par Pitt et Cobourg , pour faire tomber dans l'avilissement les
théâtre Français , lui arracher sa gloire si justement acquise.
et priver l'art dramatique des moyens puissans qu'il avait de
consolider la révolution . Mais revenons à la Parfaite Egalité ,
qui certes , n'est pas complice de cette conspiration .
Le citoyen Francoeur , homme fort riche , mais excellent
patriote , vient de lire le décret qui invite tous les bons citoyens
à se tutoyer. Il en est enchanté , et veut être lé premier
à établir cet usage dans sa maison. Il exige de son jar
dinier d'être le premier à s'y soumettre celui - ci craindrait de
lui manquer de respect , mais Francoeur lui explique d'une
maniere très- claire et fort à sa portée , comment un homme
ne peut en déshonerer un autre , en le traitant d'égal à égal .
Il parvient même à lui faire entendre que c'est par orgueil
que des hommes plus puissans que les autres , ont exigé d'en
être traités chacun d'eux , comme s'ils étaient plusieurs . Cette
explication qui donne lieu à des détails aussi naifs que comi
ques , est d'autant plus adroite de la part de l'auteur , qu'elle
est de nature à être fort bien entendue par les gens les moins
instruits , et qu'en les faisant rire , elle leur apprend des distinctions
métaphysiques assez obscures.
( 105 )
L'usage établi par Francoeur ne plait pas à tout le monde.
Gourmé , qui doit être son gendre , espece de fat , ci-devant
conseiller au parlement , avec qui la citoyenne Francoeur s'est liée
trop légèrement par un dédit , en est sur-tout révolté. Une
femme de charge , qui a tout le costume et le goût de l'ancien
régime , ne peut souffrir qu'une personne de son âge , une
ancienne domestique , soit tutoyée même par un petit marmiton.
Ces deux caracteres sont très - bien et très - plaisammens
développés. La jeune Francoeur , par respect pour son pere .
n'a osé lui dire qu'elle n'aime point ce Gourmé à qui elle va
être fancée. Son coeur s'est donné à Félix , commis de son
pere , et qui est parti à sa place dans la premiere réquisition .
Il a eu le bras cassé , et revient demander à Francoeur si sa
place est encore vacante . Comme Félix n'a pas de bien.
Adélaïde n'a pas osé lui laisser connaître son penchant. Une
délicatesse semblable a empêché Félix de se livrer à l'amour ,
qu'il ressent de son côté. Cette double disposition rend très-,
piquante la situation où le pere , qui accuse sa fille d'avoir trop ,
de froideur pour Félix , les oblige de se tutoyer en , sa présence
, et même de se donner le baiser fraternel . Félix , désespéré
de voir qu'Adelaïde va passer dans les bras de Gourmé ,
veut quitter la maison . Adélaïde est, chargée de le presser de
rester. Cette scene , dont le pere est témoin caché , amene,
l'explication . Il se trouve que Félix est le frere naturel de
Gourmé qui le traite avec beaucoup de mépris ; mais Fran
coeur qui a pour lui infiniment d'estime et de reconnaissance ,
et qui n'avait pas besoin des nouveaux décrets pour être audessus
des préjugés , lui donne sa fille , paye le dédit à Gourme
assez puni d'apprendre que ce trere qu'il hait si fort , dois
partager avec lui la fortune de son pere.
Nous n'avons indiqué que les principales situations de cet
ouvrage qui fourmille de détails charmans , et auquel on ne
pent reprocher que quelques longueurs faciles à retrancher..
Il est joué avec beaucoup d'ensemble et de vérité. On z
demandé l'auteur ; c'est le citoyen Dorvigny : c'est certainement
l'un des meilleurs parmi les 140 que cet auteur fécond
a donnés au théâtre . Ce même jour il a fait chanter , surə
l'air de la Marseillaise , trois couplets , pour annoncer la prise
de Toulon , qui ont été applaudis avec tout l'enthousiasme
qu'une ' une pareille nouvelle devait inspirer .
>
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
1
De Hambourg , le 31 décembre 1793.
LA neutralité de la Suede et du Danemarck inquieté la
' elle
Russie. Catherine II , bien convaincue de l'inutilité des menaces
, tâche aujourd'hui d'arriver à son but par les séductions
. C'est sur - tout auprès de la cour de Stockholm qu'e
en fait usage elle met tout en oeuvre pour donner au fils
de Gustave une épouse de son sang , parce qu'elle sait qu'elle
pourrait , si ce mariage s'effectuait , non - seulement détacher
la Suede de la neutralité , et lui faire prendre une part active
à la guerre , ce qui entraînerait dans les mêmes mesures
le Danemarck , mais même faire entrer la Suede dans tous
ses complots , se la donner pour complice dans tous les
crimes politiques qu'elle médite , et en faire l'instrument volontaire
de ses vues ambitieuses , où elle lui ferait croire qu'il
est de son devoir et de son intérét de faire cause commune
avec elle , d'après les nouveaux liens qui uniraient les deux
familles regnantes et les nouvelles espérances d'aggrandissement
dont la derniere pourrait se flatter en conséquence.
Au reste , que les puissances coalisées ne s'y trompent pas
la Czarine abhorre sans doute la révolution française , sans
doute elie voudrait voir le despotisme s'élever dans cette
belle et puissante contrée , sur les ruines de la République
naissante , d'abord parce que les despotes , en petit nombre,
s'entendent mieux entr'eux , ou sont les maîtres de cesser.
dès qu'ils le veulent des guerres qu'eux seuls ont voulu , et
encore parce que l'intérêt commun des gouvernans , certes
bien différent de celui des peuples , est que l'esprit humaiu
ne fasse de progrès qu'autant qu'il en faut pour procurer à
ces demi dieux les jouissances du luxe et des arts . Mais
malgré ces considératious de quelque poids , la France est
trop éloignée de la Russie pour avoir beaucoup à en espérer
ni à en craindre . L'astucieuse Catherine , nonobstant ses démonstrations
et ses promesses , ne met donc qu'un intérêt
sécondaire à l'abaissement de la France . Son véritable but ,
connu depuis trop long-tems pour qu'il soit permis de s'y
méprendre , son véritable but , puisqu'il faut le répéter aux
puissances aveuglées , est d'achever l'envahissement du reste
de la Pologne ; et de porter de - là ses armes victorieuses à
·
1
( 107 )
*
Constantinople. Un de ses principaux moyens d'exécution .
de ce grand projet est de tenir occupés ailleurs les Etats de
l'Europe , qui pourraiens et devraient sly opposer : ce n'est
même que pour cela qu'elle cherche à capter aujourd'hui la
Suede , et par suite aussi le Danemarck.
On s'accorde à dire ici que pour peu que M. Pitt conserve
de cette sagesse nécessaire au ministre d'une grande nation ,
de
cette sagesse qui fait dire proverbialement, que les plus courtes
folies sont les meilleures , il profitera , pour se retirer avec
honneur et avec le moins de dommage possible de la lutte de
la Grande- Bretagne contre la République Française , du prétexte
que lui fournissent la neutralité de la Suede et du Dag
nemarck , et de l'alliance offensive et défensive très - prochaine
de la république de Gênes avec la France , et les dispositions .
très - connues de la république de Venise et celles du divan ,
et du refroidissement subit de Fréderic - Guillaume sur les
intérêts de la coalition , et la marche rétrograde des Hollandais
, qui en est une suite , et la répugnance des petits états du
corps Germanique à s'épuiser pour fournir des secours à l'Autriche
dont ils auraient tout à craindre si cette puissance se
fortifiait en raison desce qu'ils viendraient à s'affaiblir .
M. Pitt fera d'autant mieux qu'on vient d'éventer une de
ses petites ruses de guerre. Il est faux et de toute fausseté ,
malgré le bruit répandu dans les principales villes de commerce
de l'Europe que les Algériens , gagnés par le cabinet de St. James,
se soient déclarés contre les puissances neutses .Le consul danois
n'a point quitté Alger; mais en revanche , ce qui est vrai et de
toute vérité , c'est que dix bâtimens anglais destinés pour la
Baltique ont été pris par trois corsaires Français sur les côtes
de la Norwege. Le même ministre sera sans doute infiniment
contrarié par
la note très sage qu'a fait imprimer et distribuer
, pour rassurer le commerce du Nord , le citoyen
Grouvel , ci- devant secrétaire du conseil exécutif de la Répu
blique Française , et actuellement son résident à la cour
Copenhague . Voici cette piece qui a paru le 9 décembre :
17
-
f
de
Le bien du peuple exigeait que la Convention nationale
fixat un maximum pour le prix des vivres et des objets de premiere
nécessité : il exigeait encore qu'elle ddééffeerndît la sortie
d'une grande quantité de marchandises . La mauvaise volonté ,
si riche en interprétations sinistres contre la République Française
, a pu faire un mauvais usage de ces mesures de nécessité
, pour détourner les négocians des nations neutres de continuer
leurs opérations de commerce dans les ports de France.
On pourrait leur faire accroire qu'il ne serait pas en leur pou
voir de sc défaire des marchandises qu'ils auraient apportées
à un prix qui fût de leur convenance ; et , d'un autre côté ,
qu'il leur serait impossible de se procurer dans les ports de
France. des cargaisons en retour , et que cet inconvénient donnerait
un très -grand désavantage à leurs entreprises.
( 108 )
" Ces préjugés seraient également faux et nuisibles : L'amour
fraternel envers les peuples est , ainsi que l'égalité entre les hommes ,
un principe fondamental de la République Française . Ses représen
Fans , bien loin de vouloir l'isoler , s'occupent sans relâche à
resserrer de plus en plus les liens que les intérêts respectifs
de la France et des nations commerçantes unisent . L'intérêt
des nations neutres est le principal objet de son attention et
de ses soins.
Pour accorder cet intérêt avec les mesures qu'exige le bien
particulier des divers pays , le comité de salut public vient
Kout nouvellement , par une ordonnance du 17 brumaire , de
déterminer ce qui est à observer dans les articles suivans.
ع م ج
Art. I. Les capitaines qui ont apporté des vivres ou des
marchandises de premiere nécessité , peuvent les vendre à
leur gré aux agens du gouvernement , qui sont établis dans
chaque port ; ils peuvent pour la même somme pour laquelle
its sont en traité , charger des vivres et des marchandises de
France pour former une carga son en retour. 4
H. Les capitaines qui ont apporté des vivres ou des mar
chandises de premiere nécessité , peuvent aussi les vendre à
des négocians selon leur bon plaisir , et dans le cas où ils ne
conviendraient pas du prix , ils ont la liberté de remporter leur
cargaison ; mais alors , dans aucun cas il ne leur sera permis
de se fournir de vivres ou d'emporter des marchandises à fret.
II. Aucune exportation pour le Nord ne peut avoir lieu
Lors des ports des départemens de la Seine inferieure , qu'au
ant qu'on aura trouvé le moyen d'établir un commerce d'échange
contre des grains et de la farine .
Ces arra gemens rendent les liaisons des négocians du
Nord avec la Republique Française bien plus sûres et plus
avantageuses qu'elles ne l'ont jamais été . Le ministre de la
République Française , chargé de ses pleins pouvoirs en Danemarck,
s'est empressé de communiquer cet avis aux négocians
de Copenhague , le 12 frimaire , la seconde année de la Répu
blique. Signé , GROUVEL."
Une autre nouvelle que nous ne donnons pas pour certaine
mais qui vient par des lettres de Dantzick , e est que Cathe
vine a pris possession d'une nouvelle parte de la maiheureuse
Pologne gobo Russes sont entrés dans la Salmagotie pour
en emparer au nom de l'imperatrice . Que diront l'Autriche
et la Prusse si cette nouvelle se trouve vraie ?
Suivant des lettres de Londres , adressées à quelques négocians
d'ici , le rechange sur les traites de France , revenues protestées
, ne sera point payé . A Amsterdam , on a décidé de
rendre provisoirement le capital avec les intérêts .
On mande de Stockholm que le gouvernement vient de
faire arrêter sept personnes , parmi lesquelles il y en a trois
qui ont signé le dernier traité de paix avec la Russie.
{ rog )
::
De Francfort-sur-le-Mein , le 8 janvier.
Les dernieres lettres de Vienne présentent toujours cette
ville comme le centre où aboutissent tous les fils de la coslition.
Mais au dire des observateurs , les mains qui les dirigent
sont fort embarrassées à faire concourir à un seul es
même but tant d'intérêts différens . On ajoute que les mouvemens
diplomatiques se ralentissent ; on pourrait bien en
dire autant des mouvemens militaires , si l'on était de bonne
foi mais non et l'on emploie pour rendre la confiauer au
peuple , excessivement fatigué de la guerre , la même charlatanerie
deja mise en usage pour lui soutirer son argent , lom
des fameux dons patriotiques , prodigués , disait-on dans le teras ,
avec plus d'empressement par les heureux sujets à la personne
sacrée de leur roi , pour lui témoigner tout leur
amour que les Français ne mettaient de zele à faire des
sacrifices a la liberté , et à consolider leur République. Ceux
qui s'extasiaient à cette époque sur ce dévouement des peuples
savaient bien à quoi s'en cuir dans le fond , comme aujour
d'hui lorsqu'ils font insérer certaines nouvelles , dans certains
papiers par certains ordres. Le fait est que quoique l'Au~
triche soit en quelque façon la Beoue de l'Allemague , on
ny possede pas trop mal la théorie des fausses nouvelles;
est aisé de s'en convaincre d'après ce que l'on fait et ce que
l'on écrit dans cette capitale,
On doune ici pour certain , disent des lettres du 12 dėcembre
, que sous la garantie de l'Angleterre et de l'Autriche
la Porte Ottomane a enfin permis à l'imperatrice de Russie
de faire passer ne flotte par les Dardanelles ; et qu'en conséquence
de cette intervention Catherine 11 s'est engagée de
nouveau à agir d'une maniere plus efficace contre la France ;
elle a si bonne envie de tenir sa parole qu'une escadre russe
va renforcer les armées navales alliées dans Toulon , et leur
porter douze mille hommes , ainsi que beaucoup de provisions .
en tout genre.
L'empereur , si bien secondé par sa fidelle amie , a adressé ,
le 12 , au conseil aulique de guerre un ordre dans le préambale
duquel reconnaissant que l'issue de la campagne de
cette année , aussi remarquable qu'heureuse , devait apres Dieu
être attribuée à la conduite glorieuse de ses armées , il veut
qu'il soit fixé un jour de prieres pour en remercier le Toutpuissant
, et le conseil écrive aux armées pour leur sé
moigner la satisfaction de S. M. pour les victoires et avantages
importans qu'elles ont obtenus , et pour les assurer en même
sems de toute sa bienveillance impériale.
que
Les embarras réels qu'éprouve l'empereur au milieu de ses
prétendus triomphes lui font encore différer son voyage des
( 110 )
322
Pays-Bas ; il n'aura gueres lieu qu'au printems , encore cela
même est- il subordonné à la maniere dont les choses tourneront.
En effet , il serait possible qu'au printems les Français
fussent rentrés dans la Belgique.
*** En attendant , ce prince prend toutes les précautions possibles
contre l'introduction des lumieres dans ses états , de crainte
- qu'elles n'y amenent en même tems les principes de liberté .
C'est ce qui l'a déterminé à rendre un édit par lequel tout
rassemblement de société particuliere , et spécialement de
société littéraire , est defendu . Voilà comme les rois sont
ingrats envers ce qui les a le mieux servi ; car les lettres en
général , et à quelques exceptions près , ont plus plaidé leur
cause que celle des peuples .
3
Il est arrivé dans les derniers jours de décembre à Nusdorff
16 bateaux chargés de prisonniers de guerre qu'on veut faire
descendre par le Danube jusques dans le Bannat de Témeswar .
La Convention n'a point encore consenti à traiter de l'échange
de ces prisonniers , et vraisemblablement elle n'y consentira
qu'autant que la République Française sera solemuellement
reconnue dans le cartel . Cependant le corps germanique ,
l'Autriche même ayant aussi des prisonniers de marque dont
on desire le retour , on a laissé 6000 Français dans l'archiduché
, pour que cet échange soit plus facile . En général , on ,
commence à menager un peu plus les prisonniers de crainte
de représailles . Il faut même convenir que ceux qu'on a fait
passer dans la Hongrie y sont assez bien , le pays étant trèsbon
par lui- même , si l'air y était plus salubre ; les maladies en
ont moisonné un assez grand nombre.
Le cabinet de Vienne a défendu de rien laisser passer desormais
pour la Suisse en grains , bestiaux , cuirs , etc. , parce qu'on
pretend que de là ces objets passent en France .
--
Ce n'est pas sans peine que cette mesure a été embrassée ,
vu le besoin d'argent qui se fait cruellement sentir , il faut
l'avouer. Ge besoin est même tel que quoique les campagnes
dépeuplées n'offrent plus gueres d'hommes à la conscription
militaire , on s'épuisera pour en fournir à la Grande-Bretagne ,
puisqu'elle a pris à sa solde les 5000 Impériaux qui devaient
se rendre du Milanais à Toulon . — Dans cette disette de tout ce
qu'il faut pour suivre une campagne il a été enjoint à l'évêque
de Wirtzbourg d'augmenter son contingent de 2800 hommes ;
des ordres pareils ont été envoyés au prince de Hesse - d'Armstad
pour deux régimens . Cela ne rend gueres croyable ce que
l'on dit du passage prochain par notre ville de 8000 Autrichiens
qui doivent aller renforcer I armée du prince de Cobourg. On
parle aussi d'un corps de 12000 hommes en marche par la
Souabe , pour aller joindre celie de Wurmser.
Malgré tous ces secours promis, on a les plus vives inquiétudes
7
2
sur ce que peuvent tenter les Français , qui n'étaient , il y
quelques jours , qu'à 6 lieues et demie de Mayence. Aussi notre
magistrat a - t- il proposé aux princes et Etats voisins , particuliérement
au landgrrve de Hesse - Cassel , en qualité de directeur
du cercle , d'établir une correspondance et un concert
entre les deux cercles du Rhin , pour protéger à forces réunies
la frontiere de l'Empire , depuis Spire jusqu'à Coblentz ,
contre les incursions de l'ennemi commun ; il leur recommande
à cet effet l'armement des habitans , tant des villes
que de la campagne , comme le moyen le plus propre de
repousser une nation qui paraît n'avoir désormais d'autre
ressource que de rester armée elle - même , pour chercher
son salut dans la ruine de ses voisins. Ajoutant l'exemple
aux principes , le magistrat de Francfort occupe de la formation
d'un corps de cavalerie , d infanterie et de chasseurs ,
tous bourgeois , et il a ouvert une souscription , pour aider ,
par des fournitures de vivres et d'argent , l'armée Prussienne
durant l'hiver , à compter du 10 de ce mois jusqu'au 10 mars
prochain . La collecte volontaire faite chez nous monte à
gooo florins .
Suivant des lettres de Cleves , le général Wurmser a eu
grand soin de faire circuler dans l'Alsace une sorte de manifeste
, pour en engager les habitans à fraterniser avec les
Allemands , leurs anciens compatriotes , et dont la langue
et la religion les rapprochent. Cette exhortation aurait produit
quelque fruit , sans les derniers revers de l'armée des alliés ;
mais il faut avouer ce qui ne serait pas moins vrai quand
on n'en conviendrait pas , que les troupes de la coalition
s'affaiblissent chaque jour , et que si elles ne sont pas renforcées
au printems prochain , elles ne pourront résister aux
armées nombreuses que la France aura sur pied à cette époque.
L'état des forces des alliés dans le Brabant , sur le Rhin
et sur la Sarre , vient d'être publié à Luxembourg ; leur
nombre s'éleve à 253,000 hommes , et l'on croit que ce
nombre est exagéré , attenda que beaucoup de cadres ne sont
pas au complet.
ว
Quoi qu'il en soit , voici l'état général des forces des alliés ,
tant sur les frontieres du Brabant que sur le Rhin et la Sarre .
Autrichiens .
Anglais .
མཱུ ,, Hanoviiens .
Hollandais .
Troupes de l'Empire ..
En Brabant .
80,000.
12,000 .
12.000.
14,000 .
4,000.
Sur le Rhin et la Serre.
Prassiens ...
Autrichiens ..
Troupes de l'Empire...
Emigrés Français ..
60,000 .
45,000 .
16,000.
10,000.
Total.. 253,000.
Mettons en parallele le calcul suivant des armées Françaises
, qu'on nous donne comme exact ; si l'on ajoute la
considération importante qu'elles se recrutent toujours avee
Ja plus grande facilité , certes les espérances de la campagne
d'hiver ne doivent pas être très - flatteuses pour la coalition.
On porte l'armée républicaine du Nord , en y
comprenant les garnisons , à ........
Celle du Rhin ,
Et celle des Ardennes , à ..
Total...
240,000 .
80,000.
40,000.
360,000.
et
chevaux , ct
Et on ajoute que l'armée française sur la Sarre s'augmente
journellement , surtout en cavalerie . La Convention nationale
a , dit- on , des émissaires en Suisse , en Hollande ,
jusqu'en Allemagne , qui achetent par-tout des
qui les font passer à Vesoul en
de serté que
les armées françaises auront au printems plus de 80000 hommes
de cavalerie , la seule espece d'armes qui leur manquật.
Franche-Comté chevaux ,
Notre ville a célébré dernierement par une fête religieuse ,
l'anniversaire de sa délivrance par les troupes prussiennes et
hessoises, Ce jour là , il fut fait en faveur des veuves et des
orphelins des Hessois , tués en cette occasion , une collecte ,
qui est montée , dit-on , à plus de 9,000 florins d'Allemagne.
Les habitans de Francfort envoient chaque semaine , à l'armée
du général de Wurmser , une quantité considérable de vivre s
et de vêtemens d'hiver. Les villes de Worms et de Spire
suivent cet exemple . Le 12 de ee mois , on a éprouvé à Darmstadt
une très - violente secousse de tremblement de terre .
Voici ce qu'on mande de Berlin , en date du 15 décembre :
le 6 de ce mois , sur les huit heures du soir , nous vimes
arriver ici un courier , le lieutenant de Ziethen , expédié par
Te duc de Brunswick , pour instruire la cour de la victoire de
Lautern.. Dimanche dernier , on a chante , à cette occasion , le
Te Deum , et le soir , il y a eu illumination générale.
PROVINCES - UNIES
( 113 )
1
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE ,
Les mouvemens de l'armée du général Jourdan donnent de
l'inquiétude , disent des avis de la Haye , de la fin du mois ;
non- seulement Tournay semble menacé du côté de Cisoing ,
mais même des corps venant de Cassel et de Dunkerque , ont
T'air de vouloir pénétrer par Ypres et Furnes dans la Flandre
occidentale , dont les places ont été fortifiées à la hâte , et
par conséquent assez mal . On n'est pas rassuré par la nou ,
velle que le général Beanlieu bloque Philippeville ; car cela
n'est pas sûr , et d'ailleurs cette diversion serait insuffisante .
Les gazettes , en rendant compte d'une action où des colonnes
sorties de Lille et de Douai se sont portées sur Mabrou,
donneut bien l'avantage aux troupes impériales ; mais il est
encore permis de douter quand des faiseurs de gazeties ont
, parlé. Cependant le prince de Cobourg paraît vouloir profiter
de ce que les Français ont été obligés d'envoyer 12000
hommes contre les rebelles de l'intérieur : les dispositions
suivantes indiquent qu'il prépare quelque coup hardi , D'après
des conseils de guerre tenus à son quartier - général de Mons il
a été ordonné aux différens cops cantofiués de se rassembler
, et défendu à tous les chefs de s'absenter ou de donner
à qui que ce soit la permission de quitter son poste , pás
même pour 24 heures . Des gens qui font les capables débitent
que les généraux Autrichiens ont des intelligences
secrettes dans plusieurs villes frontieres de la France , et qu'ils
vont essayer d'en tirer parti . Cette chétive espérance est
faite pour figurer à côté de la chétive indemnité de quatre millions
et demi de florins de Brabant accordée à l'empereur pour
les stibsides de 1789 , 90 et 91. La cour de Vienne espérait
la toucher en une fois , ou du moins assez rapidement ,
-quelque faible qu'elle fût elle lui serait venue bien à point
dans son extrême besoin d'argent ; mais non , il faudra attendre :
la genéreuse noblesse , le elerge si aévoué à ses augustes
- maîtres ne se sont engagés à payer cette somme que dans
l'espace de quinze ans , et le tiers- état en trente ,
et
Point de nouvelle de la Hollande i parait seulement que
les Autrichiens ont eu quelque volonté de faire , à l'aide de
vaisseaux anglais , une descente sur les côtés de France .
Le sieur Etienne Luzac a rendu compte à sa maniere , dans
la gazette de Leyde , de la reprise de Toulon , Sa version est
fort differente de celle de la gazette de Cologne , qui a ciu
devoir , pour l'instruction des Allemands , leur transcrire tous
les détails qu'a reçus la Convention.
On parle toujons de la retraite du maréchal de Cobourg ,
sans dire qui le remplacera . Quelques personnes veulent que
ce soit Lascy,
Tome VII. И
( 114 )
ANGLETERRE. De Londres , le 4 Janvier,
On croit ici à la reprise de Toulon par les Français , précisément
parce que les papiers ministériels
entr'autres le
Morning Herald , la nient . L'aveu forcé qu'il faudra bien finir.
par en faire amenera nécessairement un orage par lequel M.
Pitt court grand risque d'être foudroyé , ou du moins renversé
du trône des trois royaumes qu'd occupe plus réellement que
l'insignifiaute créature décorée du nom pompeux de Georges II
par la grace de Dien , roi de la Grande - Bretagne , de l'Ecosse ,
de l'Irlande et du royaume de France . Malgré les efforts du
ministere pour la cacher , la nouvelle de l'évacuation forcée de
cette place perce de tous côtés ; elle a produit une baisse
considérable dans les fonds publics .
peu
Tel était le langage que l'on tenait il y a quelques jours
dans la capitale de la Grande Bretagne. Depuis il est survenu
des renseignemens plus exacts , plus positifs , et voici à
près dans leur ordre les opinions et les événemens auxquels
ils ont donné lieu , ou qui du moins les ont accompagnes
.
On a d'abord cherché à préparer les esprits à la certitude
de la perte de Toulon , en donnant successivement beaucoup
de détails sur l'affaire du 13 novembre ; puis les papiers ministériels
sont convenus que les Français s'étaient emparés des
hauteurs de Toulon , toujours neanmoins en
disant qu'ils
ne pourraient prendre la place ; puis ils ont avoué qu'ils
pourraient à la rigueur finir par la prendre , mais avec une
perte immense , puis enfin qu'ils l'avaient prise.
La gazette de la cour du 26 décembre convient que le géné
ral O'Hara et les autres prisonniers reçoivent des Français
leurs vainqueurs , les traitemens les plus humains ; mais ce qu'elle
ne dit pas , c'est que dans la guerre que les Anglais firent il
y a quelques années aux Américains , qui secouaient le joug
de la tyrannie , les satellites du despote se permirent toutes
sortes d'actes de cruauté pour forcer les prisonniers à s'engager
dans le parti royaliste , et à tourner des armes parricides
contre le sein de leur mere .
On a calculé que la possession temporaire de Toulon a
coûté au peuple britannique 1,400,000 1. steri , et à l'époque
de ce calcul on s'attendait encore à dépenser un demi - million
pour apprendre enfin que la place n'était pas tenable . Les
Espagnols avaient, en qualité de parens de Louis XVII , revendi
que la garde des vaisseaux français qui se trouvaient dans le
port.
·
On ne s'attend pourtant pas que M. Pitt porte l'impudeur
jusqu'à motiver au parlement ses demandes de fonds , qui équivalent
à des demandes de nouvelles taxes , sur ce qu'a coûté
( 115 )
l'achat et la conservation de Toulon pendant quelques mois ,
et sur les sommes énormes dépensées inutilement par l'amiral
Hood , d'après la prétention des Espagnols : cela serait aussi
par trop fort. Au reste , cette rentrée du parlement et les
discussious importantes qui doivent y être agitées sont en ce
moment l'objet de l'inquiétude et des espérances de la nation
entiere qui sent le besoin de la paix la plus prompté , et
fait des voeux pour l'obtenir.
L'expédition du comte de Moyra se trouve manquée totalement
, et les émigrés Français qui devaient y prendre patt
demandent avec instance d'être rumenes de Guernesey
Londres .
à
Les fonds publics ont baissé considérablement , depuis qu'on
sail que les troupes de la Républ que ont repris le quartier.
de Jérémie et le , môle St. Nicolas ; car on est aujourd hei
positivement informe de la perte de ce second poste .
On croit que l'amiral Howe donnera incessammens sa démission
, mais on ne nomme pas encore sou successeur ; cet
officier a , dit - on , éprouvé des desagremens de la part de la
cour , qui s'en prend en partie à lui du peu de succès des
armes britanniques .
Le commerce anglais dans le Nord souffre beaucoup des
corsaires français en conséquence , ou a fait partir des frégates
pour le protéger.
Suivant ce qu'on mande des Etats - Unis de l'Amérique , la
fevre jaune qui y a fait tant de ravage est entièrement cesse.
A New -Yorck et à Philadelphie , les habitans s'empressent
de revenir dans leurs villes purifiées .
Le congrès est décidé à maintenir la neutralité , malgre la
querelle provoquée par Genêt , le digne agent de la faction
de Brissot. C'est un parti tellement pris , qu'on arme , par
souscription , trente fregates , destinées aussi à proteger le
commerce américain , contre les Algériens qui linfestent à la
sollicitation de l'Angleterre . par laquelle lès Indiens du Ganada
ont aussi été soulevés contre les habitaus des Etats - Unis ,
voisins de l'Ohio et du Sciotto .
On fait un grand étalage de l'arrivée de l'ambassadeur
Turc ; il y avait cinquante et un aus que l'orgueil national
n'avait été flatté de ceite distinction .
En convenant de la perte de Toulon , qu'on attribue à la
Ня
~( 116 )
$
mésintelligence des chefs des escadres coalisées , on présente
pour diversion à cet accident :
10. La prochaine sortie de notre grande flotte' , ' qui va
balayer la Manche.
3
20. La marche de lord Cornwallis , qui , avec une artillerie
formidable , va foudroyer tous les établissemens français
dans l'Inde .
39. L'envoi d'une escadre nombreuse dans les Antilles , qui
va nous donner toutes les isles françaises.
4º . Enfin , la paix glorieuse dont la campagne prochaine
sera suivie , si les subsides demandés sont promptement accordés
par le perlement .
1 G2 :07
Ona , selon l'usage , publié ici la liste générale des naissances
et des morts dans cette capitale , pendant l'année , du
11 décembre 1792 jusqu'au 10 décembre 1793.
Naissances.
De garçons , 9750. De filles , 9358. Total 19,108 .
Morts.
Hommes , 11,132 . Femmes , 10,617 . Total , 22,749.
Ages des morts.
Au -dessas de deux ans , 6987..
Entre 2 et 5 , 2594 .
Entre 5 et 10 , 920.
Entre 10 et 20 , 620 .
Entre 20 et 30 , 1448.
Entre 30 et 40 , 1937 . "
Entre 40 et 50 , 2172 .
Entre 50 et 60 , 1827 .
Entre 60 et 70 , 1630 .
Entre
?
.70 et 80 , 1101.
Entre 80 et 90 , 433.
Entre go et 100 ,
A 100 2 .
63,
Entre 100 et 103 , I.
A 104 , I.
$ 7 x7 *
Les morts de cette année surpassent ceux de l'année der 、
niere de 1536.
( 117 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAIS I
& 2 :
CONVENTION NATIONAL E.
2 11 >
PRÉSIDENCE DE DAYID .
Séance d'octodi , 18 Nivôse ."
ܕ܂
Dès l'ouverture de cette séance , Bourdon de l'Oise a prononce'
un 'discours où il a retrace les vices de la composition
du ministere actuel , et reproduit ses dénonciations contre le
ministre de la guerre . Ne vot-on pas , a - t-il dit ,' qu'à côté
dé cette relation nécessaire des représeutans , qui est le mouve
ment et la vie de notre République , un petit nombre d'hommes
pourraient , en se coalisant , se perpétuer pour miner la liberté ?
On sait déja les moyens que leur ont donnés les trésors qu'ils
ordonnancent , et les places qu'ils conferent , que leur inso
lence et leur audace à faire calomnier , sans aucune exception
, plus de quatre-vingt députés du Peuple , vous ouvrent
enfin les yeux Décrétons , sous la double responsabilité capitale
des ministres et des préposés à la garde du trésor public
qu'aucun fond n'en sortira plus qu'en vertu d'un décret rendu
sur le rapport d'un comité , et que les ministres rendront
compte de ce qu'ils ont tire , sans l'observation de cette forme
essentiellement conservatrice de la fortune publique . Decré
tons que le comité de salut public sera chargé de nous présenter
incessamment une organisation nouvelle d'un ministere
républicain ……… .. Citoyens ' , ' n'avez vous pas été hiër douloureusement
affectés d'entendre des malheurenx venir vous démander
les secours que la loi leur accorde , comme parens
des défenseurs de la patrie , et qu'ils avaient inutilement réchaînés
du ministre de la guerre ? Ne devez -vous pas être indighes
de voir ce ministre , au moment où il faisait ' de ' refus
rigoureux , tirer 120,000 liv . du trésor national pour alimenter
ur journaliste dont le nom ne souillera pas cette enceinte ?
IF existerait moins de målheureux , si vous eussiez confié à des
mains pures laddirection des dépenses secrettes . ", "
Plusieurs membres ont appuyé les propositions de Bourdon.
Forestier a produit des faits qui prouvent combien la 'comptabilite
du département de la guerre est embrouillée. Danton ,
en approuvant les princip's poses par Bourdon , a cru qu'il
serait dangereux d'agir précipitament , et qu'il convenait ,
en lès adoptant , d'en renvoyer les détails à l'examen du comité
de salut public .
4
1
La proposition de Danton a été adoptée en ces termes :
La Convention nationale décrete èn principe , qu'à l'ave
1 H 3
( 118 (
1
F
nir aucun ministre ne pourra puiser dans le trésor public ,
qu'en vertu d'un décret rendu sur le rapport d'un comité . Elle
charge le comité de salut public de veiller à ce que l'activité
des forces nationales n'éprouve aucun ralentissement ; elle le
charge en outre de présenter un rapport sur le mode de versement
à faire pout toutes les dépenses nationales , et sur l'organisation
d'agence du gouvernement provisoire . " ,
Philippeaux a porté plusieurs chefs d'accusation contre les
généraux Rossignol et Ronin , relativement à la guerre de la
Vendée. Cette piece n'étant poiut susceptible d'analyse , nous
la donnerons ici en entier.-
J'accuse formellement Ronsin et Rossignol avec les autres ,
agens da ministere .
10. D'avoir désorganisé l'armée de l'Ouest par leurs exemples
et les préceptes , de l'avoir encouragée à tous les actes de
licence , au lieu de l'exercer à la discipline militaire ;
220º.. D'avoir toujours fait battre cette armée par les brigands ,
et de leur avor constamment livré notre artillerie , nos munitions
et nos attirails de guerre ;
30. D'avoir toujours empêche que les différentes colonnes
attaquassent simul anément pour envelopper l'armée ennemie ,
et finir la guerre ;
4. De n'avoir pas voulu seconder la division de Luçon ,
lorsqu'elle se mettait en mesure d'attaquer les rebelles ; d'avoir .
neutralisé les colonnes de droite et de gauche qui devaient
l'appuyer ; et quand malgré tous les obstacles , cette division ,
eut vaincu plusieurs fois les brigands , d'avoir destitué son
général la veille aussi d'une action décisive , pour mettre à sa
place un Anglais , qui ft éclater sa trahison des le lendemain ,.
14 août , en procurant à l'ennemi tous les moyens de battre .
l'armée , dont la défaite eût mis Rochefort et la Rochelle daus ,
le plus grand danger .
5. De s'être opposé à ce que le général de la colonne de
Chinon , qui s'avançait pour délivrer 3,000 de nos freres ,
prisonniers à Chollet , il exécutât ce mouvement salutaire , au
moment où les rebelles , après avoir évacué Chollet pour .
fendre sur la division de Lugon , furent battus et mis dans
une déroute complette ; d'avoir ensuite destitué ce général et
incarcere son adjudant qui venait demander justice ;
6. Lorsque le comité de salut public eut arrêté un plan de
de campagne , le 23 août , pour réduire les brigauds par une
attaque générale et mieux combinée que toutes les précédentes ,
d'avoir employe toutes les manoeuvres pour faire retracter ce
Flan de campagne , d'y avoir opposé la violence même des
leur retour à Saumur , en arrêtant l'armée de Mayence qui des- ›
cendait à Nantes ;
70. Quoique le ministre eût reçu l'ordre de pourvoir à
tous nos besoins , d'aoir fait prendre à toutes les munitions
de l'armée de Nantes , la route de Tours et de Saumur , où
( 119 )
elles furent arrêtées pour grossir quelque tems la masse des
ressources des ennemis de sorte que cette armée , au moment
d'entrer en campagne , se trouva sans un seul habit ,
sans une seule paire de souliers , sans subsistances , ni fonds
pour en acquérir , et que le service , tant des fourrages que
de l'artillerie , manqua net , le 9 septembre , veille du jour
où nous devions entrer en campagne ;
8°. Que cependant l'armée s'étant mise en marche , le 10
septembre , et ayant vaincu les brigands sur tous les points ,
ils se trouverent le 15 à la hauteur où la jonction devait
s'opérer avec toutes les colonnes , pour cerner les rebelles
et investir Mortagne ; qu'alors Rossignol , et Ronsin qui les
dirigeait comme général ministre , envoyerent ordre aux colonnes
de Niort , de Luçon et de Fontenai , qui s'avançaient
sur nous , de retourner dans leurs cantonnemens tespectifs ;
9° . Que cet ordre , parvenu au général Chalbos le 9 ,
casiona la déroute de Montagne et de Saint - Fulgent , où
Micskinski et Beysser furent complettement battus , que l'armée
de Mayence elle - même faillit être taillée en pieces ,
quand elle se trouva seule et sans appui au coeur de la
Vendée ;
Y
oc-
10. Que Chalbos ayant retiré ses trois colonnes le 18 ,
90,000 patriotes , tant à Coron qu'en avant du Pont- de- Cé ;
furent accablés le même jour et le lendemain par 3000 brigands
; d'après une disposition militaire qui n'a point d'exem
ple , que l'armée de Saumur fut rangée sur une seule colonne
de 8 hommes de front , présentant six lieucs de flauc ; que
l'artillerie formidable de cette , colonne fut placée à sa tête
dans les gorges de Coron , pendant que l'ennemi occupait
les hauteurs dont , malgré le conseil des guides , on ne voulut
pas s'emparer ; que les brigands s'élancerent sans obstacle
sur cette tête de colonne , se saisirent de nos bouches à fen ,
foudroyerent nos malheureux défenseurs de bordées à mitrailles
avec leur artillerie même , et en firent un carnage
horrible ;
11º. Qu'un décret ayant ordonné l'extraction des grains
sur les derrieres de l'armée , à mesure qu'on pénétrerait dans
le pays ennemi , Ronsin et Rossignol congédierent les commissaires
chargés de cette opération précieuse , firent incendier
des monceaux immenses de grains , et abandonnerent
aux brigands la récolte des plaines de Doué , Thouars , Loudun
et l'ifle Saint - Aubin , si abondantes cette année , qu'elle
eût suffi pour alimenter pendant un an toute l'armée de
l'Ouest ;
-129 . Que quand la société populaire de Saumur voulut dénoncer
tous ces faits à celle des Jacobins , les satellites du
ministere vinrent l'opprimer jusqu'au lieu de ses séances par
des cris de fureur et des gestes menaçans ;
13 ° . Que l'armee de Nantes ayant reçu de Saumur , les 24
H 4
( 120. )
et 27 septembre , l'invitatton da regagner son ancienne posi
tion , avec promesse de la faire soutenir par les colonnes
du Sud- Quest que commandait Chalbos , les généraux s'empressaient
de déferer à cette proposition ; qu'elle fut maîtresse
en peu de tems des clés de Mortague , et joignit le corps de
Bellroy , l'un des lieutenans de Chalbos ; qu'alors un nouvel
ordre de Saumur , du 2 octobre , changea la marche des colonnes
du Sud- Ouest , pour laisser l'armée de Mayence seule
aux prises avec l'ennemi ; qu'elle fut investie par toutes les
forces vendéenues dont elle défit complettement la principale
armée , le 6 octobre à Saint- Symphorien que cette victoire
ouvrit toutes les routes de Mortagne et Chollet ; mais qu'au
moment où on s'ébranlait pour cette expédition decisive , elle
fut paralysce par la destitution des généraux victorieux , dent
un gémit dans les fers .
14°. Que la premiere opération du nouveau général de
l'armée de l'Ouest fut de laisser prendre aux brigands de
l'isle de Noirmoutier , Machekoul et l'isle Bouin , de faire,
évacuer Mortagne , brûler huit milliers de poudre qui s'
s'y trouvaient
, un magasin de riz , 12 mille rations de pain ,
pour un million d'effets de campement .
et
15°. Qu'après l'expédition heureuse de Mortagne et de
Chollet , due toute entiere à la bravoure de nos soldats
l'état major laissa passer la Loire aux brigands qu'on pouvait
nbyer dans ce fleuve ; qu'outre le tems qu'ils employetent
à effectuer ce passage , ils resterent trois jours dissémi
nés çà et là dans le plus grand désordre , mourant de faim
et saus savoir quelle route tenir , qu'on leur laissa le tems de
se rallier et de diriger un systême militaire .
16 °. Qu'ensuite on permit aux brigands de prendre Craon ,
Châtean- Gontier et Laval , où mille atrocités furent commises ;
que 4000 hommes seulement envoyés à la poursuite de Fen-
Bemi fureut enveloppés et mis en pieces ; que le lendemain ,
pour réparer ce desastre Chamberti qui commandait 800
hommes à Château Brian , eut ordre d'aller avec cette force
mineure attaquer l'armée victoriense .
17°. Qu'après le passage de la Loire , un nouveau commandant
de la place de Nantes , nominé Bririn , envoyé par
les bureaux de la guerre , laissa toutes les avenues de cette
ville dégarnies et sans défense , malgré l'ordre qu'il avait reçu
qu'il faisait partir en même tems un trésor de 6 millions et
60 chevaux sous l'escorte de 25 chasseurs à cheval , sur une
sonte dont l'armée ennemie était maîtresse .
18°. Qu'un autre général , nomme Vlanier , recommandé
par les bureaux de la guerre comme le plus brave militaire
de l'Europe , s'étant porté à Craon avec 5000 hommes pour
ppuyer l'armée de l'Ouest , evacua ce poste avant même d'avoir
vu l'ennemi , que retiré à Château- Briand , dont la posi
tion était inaccessible et les habitans déterminés à vaincre , il
( 121 )
abandonna anssi cette plage à la merci des, brigands,, lorsqu'ils
en étaient à dix lienes.
19. Qu'au moment de cette défection , Rossignol désarma
les habitans de la Guerche , cominune la plus patriote d'lle
et Vilaine , qni deux fois s'était levée en masse pour venir
au secours de Nantes , où elle était encore huit jours auparavant.
1 20° . Que de la Guerche il se rendit à Vitré , forteresse
inexpugnable , qu'il fit désarmer , an ordonnant à la garnison
de se replier sur Rennes ; que la garde nationale ayant reçu ^
le même ordre , fit des réclamations aussi pressantes que
vaines, pour obtenir qu'on lui permit de se défendre seule
contre les brigands.
1
219. Que le 19. bataillon d'infanterie légere , distingué par
son intrépide bravoure , fut distrait de la garnison de Fougeres
, et envoyé seul à, Ernée pour reprendre ce poste qu'occupaient
1500 rebelles ; que sans raisonner son obéissance
ih so bawit en désespéré , fut réduit de huit à douze cents
hommes , et qu'une compagnie de canonniers de Paris , dite
de la Réunion , fut massacree toute entiere.
22 ° . Qu'après ces désastres , la garnison de Fougeres , dirigée
en sens inverse de tous les principes , fut taillée en pieces ,
et qu'alors les frontieres maritimes furent ouvertes a l'en- nemi.
"
23º . Qu'au retour de Granville , où les brigands furent
repoussés d'une maniere si glorieuse il était facile de les
ensevelir dans les marais de Dok ; qu'une avant -garde seule
de 300 hommes leur fat opposée , les battit deux fois da
suite , mais succomba enfin sous l'avantage du nombre , faute
d'être secourue par le gros de l'armée que Rossignol tenait
sept lieues du champ de bataille ; qu'ensuite cette armée
elle-même fut mise en pleine déroute ; qu'au nombre des victimes
sacrifiées dans cette affaire étaient goo Brestois , peres
de familie , et tout le 41. régiment ; que Rossignol s'enfuit
à Rennes , dont il disposa l'évacuation , et que le Morbihan
s'insurgea dès le lendemain.
les
24. Qu'à Angers , pendant deux jours que dura le siége ,
les lieutenans de Rossignol , cachés dans leurs maisons , s'oc
eupaient uniquement de préparer une fuite honteuse ; que
soldats et gardes nationaux n'ayant pu être décourages par
cette conduite , parvinrent seuls avec Ménard et Beaupuy &
repousser les brigands ; qu'alors ils conjurerent les officiers
supérieurs de faire une sortie décisive contre l'ennemi en déroute
, et ne purent l'obtenir ; que Rossignol arriva six heures
après la levée du siége , pendant lequel il s'était obstiné à
faire stationner l'armée à Château-Briant , malgré les instances
qu'elle lui faisait de la conduire à l'ennemi , et les conjurations
qu'il recevait à toutes les heures par des couriers extraordinaires.
( 122 )
25°. Que Rossignol , survenu après l'action , në voulat pas
prohter de la déroute des brigands pour les tailler en pieces ;
qu'il les laissa tranquillement dévaster toutes les contrées eavoumantes
, er n'envoya pas même à la Fiêche une colonne
pour leur couper le passage .
26° . Que nos armées étaient toujours à huit ou dix lieues
des forces ennemies , qui pouvaient à ce moyen commetire
avec succès toutes les horreurs ' ; qu'elles ne furent jointes au
Maus que deux jours après leur arrivée en cette ville ; que
le moment où Rossignol cessa de commander nos armées fut
le terme de nos desastres , et que la victoire decisive du
Mans n'est due qu'à une infraction aux ordres supérieurs .
J'offre pour preuve irrésistible de tous ces faits
10. La collection de pieces officielles que j'ai remises au
comité de salut public , à mon retour de Nantes
2º. Le témoignage de tous les représentans du peuple qui
ont été commissaires nationaux dans les deux Vendées ,
30. Le témoignage de tous les soldats des divers colonnes de
l'armée de l'Ouest.
4º. Celui de tous les citoyens qui habitent les départemens
qui ont été le théâtre de la guerre.
י נ
Mon accusation est précise et solemnelle ; j'en demande le ,
renvoi au comité de sûreté générale , pour vérifier attentivement
les faits et vous en faire un rapport. 99
Cette dénonciation a donné lieu à quelques débats . Choudieu
, un des commissaires de la Convention près l'armée de
la Vendée , a taxé de fausseté tout ce qu'avait dit Philippeaux ,
eta annoncé qu'il en donnait la preuve dans un rapport qui est :
à l'impression . Merlin de Thionville , egalement à portée de
voir les choses , dans le cours de sa mission , a pensé qu'il
n'y avait point eu de trahison dans la Vendée ; mais que
seulement l'ambition d'hommes qui se disaient eux-mêmes
incapables de commander , nous a fait le plus grand mal .
Au milieu de ces débats , Westermann paraît à la barre et
obtient la parole . Il annonce d'abord que de l'armée des brigands
, forte encore au Mans de go , oco hommes , il n'existe
plus un seul.combattant : chefs , biciers , soldats , évêques ,
comtesses , marquises , tout a péri par la flamme , le fer et les
flots.Westermann allait entrer dans d'autres détails , mais Charlier
a remarqué que ce n'était ici qu'une affaire particuliere ; que
ce qu'il importait de savoir , c'était la destruction entiere des
rebelles . Il a demandé le renvoi de tout le reste au comité
de salut public.
Lecointre de Versailles a observé que Westermann est destitué
par le ministre , de la guere , et sur le point d'être
arrêté. Il a demandé qu'il fût fait un rapport sur ce général ,
et qu'il fût libre jusqu'au rapport. ,
འ་
Plusieurs traits de bravoure de Westerman pendant la
( 123 )
guerre de la Vendée ont été successivement racontés.
Convention a adopté la proposition de Lecointre.
Séance du nonodi , 19 Nivòse.
La
On a renvoyé au comité de salut public une pétition des
Saus - Culotes de Thiers , qui sollicitent un décret qui sequestre
les biens des détenus jusqu'à la paix , pour indemniser le
trésor public des frais de la guerre .
le
L'Assemblée a accueilli plusieurs offrandes en argenterie et
effets d'équipement faites à la patrie , par diverses communes ,
et une foule de dons patriotiques offerts par des citoyens . Sur
rapport de son comité de salut public , elle décrete que
tous les effets d'habillement , équipement et armement , déposés
dans les différentes sections de la République , seront remis de
suite aux chef- lieux de district qui en enverront l'état à la
commission des subsistances , laquelle leur donnera la destination
convenable .
Le ministre des affaires étrangeres adresse à la Convention
le tableau de la situation générale du commerce extérieur
de la France pendant l'année entiere 1792. " C'est un
fait , dit-il , qui paraissait résulter des documens positifs re
cueillis avec soin , classés avec méthode , et combinés aved
sagacité , que la France , au moment de la révolution , avait
annuellement une balance de commerce favorable , à recevoir
de l'étranger , de 60 à 70 millions . Par quelles opérations ,
pour ainsi dire magiques , cette balance en notre faveur estelle
donc montée en 1792 à 224 millions ? Cette derniere
somme est le résultat du montant de nos achats extérieurs ,
estimés 496 millions , comparés avec nos ventes à l'étranger ,
évaluées 720 millions , toutes proportions observées d'ailleurs
respectivement , dans la hausse survenue alors , sur le prix de
toutes les marchandises . Un triple concours de moyens principaux
semble avoir procuré à la France cette balance d'industrie
, de plus de 200 millions , en 1792 .
1 en
D'abord le peuple en a été le premier agent par son
travail , lui qui d'une main vigoureuse combattait alors la tyrannie
, et de l'autre fournissait assiduement aux demandes
multipliées des produits de son industrie , dans les proportions
des capitaux ou des revenus , que les émigrés et les étrangers
voulaient tirer de France en nature de marchandise's ; ensuite ,
les manoeuvres des agioteurs sur les denrées coloniales
sucre et café , qui en ont doublé et triplé même le prix ; de
maniere qu'il a augmenté sensiblement nos créances sur l'étranger
; cufin , l'insouciance malignement réfléchie de l'ancien
gouvernement qui , à l'instant où I horison politique de l'Europe
s'obscurcissait , où ses rois coalisés conjuraient déja contre
la liberté française , ne , profitait pas de cette impulsion active
donnée à l'industrie française pour l'échanger en retour contre
des munitions navales , des approvisionnemens et des subsis(
124 )
de tont genre, que le génie républicain a bien su depuis
se procurer , pour sa propre defense , et malgre tous les
obstacles accumulés dans nos ports .
" A combien d'autres conséquences aussi utiles qu'intéressanics
, ne conduiraient pas un examen plus approfondi des
résultats généraux de notre commerce extérieur en 1792 P
Mais la tribune de l'areopage français , constamment occupée
par la renommée de nos victoires , ne peut être consacrée plus
long- tems à des déductions methodiques ; c'est à l'esprit medi-
Latif qui s'alimente, et se fortifie dans le calme du cabinet que la
Convention nationale jugera sans doute à propos de livrer ces
résultats , en les envoyant à l'impression,
1
P *
Une lettre de Carrier annonce la prise de l'isle et de la
commune de Noirmoutier , par les troupes de la République.
Charette , qui depuis les Herbiers jusqu'à Machecoult avait
grossi sa bande et s'était emparé de ce dernier poste , en a
éré chassé le 13 par une partie de la division de Cherbourg.
Francastel envoie d'Angers des exemplaires du jugement du
trop fameux évêque d'Agra , président du conseil superieur
des rebelles de la Vendée à Châtillon . Ces contrées , ajoute
Francastel , si long - tems deshonorees par les royalistes , se
deblaient de plus en plus des décombres aristocratiques , et
redeviennent dignes de toute la sollicitude des Républicains
français . On y applaudit avec autant d'enthousiasme que dans
tontes les autres parties de la France aux succes rapides et
brillans des armées de la Moselle et du Rhin .
"
66
Une lettre des représentans du peuple près les armées du
Rhin et de la Moselle , à la Convention nationale , lui donne
les détails de l'entrée de nos troupes à Spire. Cette lettre est
renvoyée au comité de salut public .
AC! T 74
1
Le ministre de la marine a annoncé qu'une grande quantité
de subsistances avait été apportée en France de toutes les parties
de l'Italie. Quelques difficultés sur le salut que se donnent les
vaisseaux qui se rencontrent , s'étant elevées entre le capitaine
de la fegate fiançaise la Badine et deux galeres génoises dans
a rade de Villefranche , le comité de salut public a fait decreter
que les vaisseaux de la Republique rendrent le salut coup
pour coup.
Barrere a ensuite mis sous les yeux de la Convention natiopale
, un trait de bravoure républicaine à côté d'une nouvelle
atrocite des Anglais . Voyez art . Nouvelles . )
:
La Convention a adopté un projet de décret présenté par
Dabois-Crance pour opérer l'embrigadement et l'exécution de
la loi sur l'amalgame . La Convention a décrété que son
comité militaire tera une instruction sur l'exécution de ce
projet.
( 125 )
Seance du décadi , 20 nivose.
Collot-d'Herbois , au nom du comité de salut public ,
commuuiqué à l'Assemblée des détails sur la prise de Noirmoutier.
Voyez article Nouvelles . )
Les pétitionnaires sont admis à la barre. La compagne de
Challier réclame des secours . L'Assemblee lui accorde une
pension égale à celle dont jouit la veuve de J. J. Rousseau .
Une députation de la section des Sans Culottes est introduite.
Lemaire , orateur , s'exprime ainsi :
མགཡ་སྒོ ། ནས་
品
"
Mandataires du peuple , vous le savez , la liberté produit
des héros de tout sexe et de tout âgé . Cet enfant , que
vous présente la section des Sans - Culottes , est âgé de 15 ans
et demi ; son nom est Audré Pajot ; il est fils unique , et son
' perec'est aux frontierès : ' il a quitté sa mete le 12 mars dernier
, pour courir à la défense de la République . Les commissaires
chatges de l'enrôlement l'ont d'abord refusé ,
cause de son jeune âge et de la petitesse de sa taille ; mais
il leur observa que son patriotisme avait toute sa crue , qua
sou " amour pour la liberté ne serait jamais plus brûlant , et
que s'il était trop petit pour atteindre l'ennemi d'aussi loin v
que ses camarades , il tomberait sur lui pour le combattre
corps à corps.'En un mot , il versa tant dde larmes et fit ' taht
d'instances , qu'il obtint de partir pour être "tambour " dans
l'armée du Nord . Il s'est trouvé dans toutes les actions les
plus chaudes , et la derniere fut auprès de Valenciennes , dans
les bois de Bonne Esperance ; là , de 20 tambours qui battaient
la charge , 19 furent tués d'abord , et cet enfant fut
blessé d'une balle au milieu de la jambe . Le combat dura
quatre heures encore après sa blessure , et sans songer à sa
douleur , il continua de battre la charge , sans interruption ,
jusqu'à la déroute entiere des esclaves.
~
L'assemblée générale de la section des Sans - Culottes ,
pénétrée d'admiration au récit de tant de bravoure , et desirant
l'honorer comme elle le mérite , a , dans sa derniere séance ,
arrêté que ce jeune héros serait présenté , en son nom , a'la
Convention nationale et au conseil général de la commune
de Paris.
quedu
Législateurs , vous croyez peut-être que nous n'avons eu
courage à admirer dans ce jeune républicain ; mais
ici s'ouvre une scene plus intéressante encore .
?
F
**
" L'assemblée générale , connaissant les besoins et le dénuement
dans lequel il était revenu de l'armée , faisait une
collecte en sa faveur . Dans cette même séance , on vint offrir
deux enfans mâles qu'avait mis au monde , le jour même
, une de nos concitoyennes , indigente et pauvre comme lui :
à cette vue , transporté de joie et comme s'il eût voulu
marquer par ses bienfaits les premiers momens de leur existence
, notre invalide de 15 aus leur a donné la moitie de sa
-
?
( 126 )
1
collecte , qui ne s'est montée qu'à 147 liv. 6 sols 3 deniers ;
car les Sans- Culottes ne sont riches que de curs et de patriotisme
; et au même instaut , le président de l'assemblée
générale de la section des Sans - Culottes a donné l'accolade
paternelle à ces trois heureux enfans ..... "
La Convention décrete que les faits contenus daus la pétition
seront insérés dans le recueil des belles actions elle
accorde un secours de 300 liv . au jeune Pajot . Le reste de
la séance a été occupé à entendre des pétitions particulieres .
Séance du primidi , 21 Nivôse.
La Convention a adopté un projet de décrét présenté par
son comité de la guerre , sur l'organisation de la cavalerie ,
et une instruction présentée par Dubois Crancé , pour les
représentans du peuple qui doivent être envoyés pour opérer
l'embrigadement des troupes.
Couthon annonce à la Convention que le comité de salut
public a reçu la nouvelle de la prise de Worms par l'armée
française . Le même membre prévient l'Assemblée que les pouvoirs
du comité sont expirés . L'Assemblée les proroge
l'unanimité .
à
Grégoire , au nom du comité de l'instruction publique ,
fait décréter que les inscriptions des monumens publics ,
seront désormais en langue française ; que toutes les inscriptions
des monumens antiques seront conservées ; que dans les monumens
modernes , les inscriptions qui ne sont pas consacrées à
la royauté et à la féodalité , seront égalemeut conservées .
Séance du duodi , 22 Nivôse .
La Convention nationale a renvoyé à l'examen de son comité
de salut public plusieurs réclamations faites par des députés
du peuple Bouillonnais .
Sur le rapport de son comité des secours , elle a décreté
qu'il sera mis à la disposition de l'administration centrale de
bienfaisance de Paris , la somme de 200 mille livres , à valoir
sur les arrérages de rentes qui lui sont dûs .
Sur le rapport de son comité des finances , elle a décrété qu'il
sera tiré de la caisse à trois clefs , où sont déposés les assignats
nouvellement fabriqués jusqu'à la concurrence de la somme de
275,264.353 livres , pour remplacer les avances que la trésorerie
a faites dans le courant de frimaire dernier .
L'agent national du dictrict de Cognac , donne les détails
suivans. Les ventes des domaines des émigrés , nous fout
une occupation si grande du matin au soir , qu'à peine avonsnous
le tems de prendre nos repas . L'affluence des campagnes
est si générale que le lieu de nos séances est insuffisant pour
les contenir. Jamais les domaines nationaux n'ont eu plus de
crédit , chacun veut en avoir un morceau à quelque prix que de
( 127 )
soit. Plusieurs ont vendu les propriétés qu'ils avaient déja,
pour acheter de cette sorte de bien . Les ventes vont le plus
grand train . La décade derniere , elles se sont montées à plus de
800.000 liv.; en voilà dėja pour plus de 2 millions et demi de
vendu dans notre district ;
à vue d'oeil , je n'en suis pas encore
à la moitie. Si tous les autres districts de la République
produisent en proportion autant que celui - ci , qui n'est sure
ment pas le plus riche , juge à quoi se montera cette ressource .
Séance de tridi , 23 Nivôse .
La société populaire de Mâcon demande l'établissement
d'une commission militaire pour juger les gens suspects et les
détenus . Elle demande que leurs biens soient confisqués , et
que ceux qui ne seront pas condamnés à mort , soient déportés
sur les côtes d'Afrique . Renvoyé au comité de salut public.
Les administrateurs de la Loire inférieure écrivent qu'à
l'exemple de leurs évêques , plasieurs curés et prêtres vieuneat
d'abdiquer publiquement les fonctions du sacerdoce.
L'Assemblée accueille plusieurs dons patriotiques.
Un décret de la Convention avait mis en état d'arrestation
Mazuel , commandant de la cavalerie révolutionnaire , accusé
d'avoir tenu , au foyer du théâtre Italien , des propos tendans
à l'avilissement de la représentation nationale . Le comité
de sûreté générale n'ayant rien reçu à l'appui de cette dénonciation
faite par Fabre d'Eglantine , Vadier a propose la mise
en liberté de Mazuel : elle a été décrétée .
Vadier , au nom du même comité , a prévenu aussi la Convention
qu'il n'est parvenu aucun fait à charge et à décharge
sur Ronsin et Vincent ; que cependant plusieurs petitions out
été faites par la société des Jacobins , par celle des Cordeliers
et par differentes sections , pour hâter le rapport de leur affaire ,
et que le comité ne pourra faire de rapport s'il n'a point de
renseignement à cet égard. Si la Convention , a dit Philippeaux
, veut renvoyer au comité de sûreté générale les chefs
d'accusation que j'ai articulés à la tribune contre ces deux
détenus , il aura , pour témoins de ma dénonciation , les representans
du peuple , les soldats des armées et une foule de
citoyens . Au lieu de répandre que c'est une méchanceté de
ma part , il y a un moyen tout simple de me confondre , si
je suis un calomniateur . Je ne veux point élever de lutte au
sein de la Convention , je ne demande que justice ; on ne peut
me la refuser. Je ne me crois point terrassé par les libelles où
l'ou cherche à me rendre odieux . Que le comité , de sûreté
générale examine mon accusation , il lui sera facile de vérifier
les faits.
Vadier a observé que ce n'était point la dénonciation de
Philippeaux qui a motivé l'arrestation de Ronsin et de Vincent ;
que les faits dénoncés par Philippeaux sont renvoyés au
( 128 )
A
3
mité de salut public . La Convention a passé à l'ordre du
'jour.
'Robespierre , au nom du comité de salut public , a fait un
rapport sur la situation de l'armée des Pyrénées orientales , ' il
en résulte que les troupes de la République se sont ralliées
que la nouvelle de la victoire de Toulon a ranimé les courages ;
que Gaston qui s'est renfermé dans Perpignan , répond de ceite
place sur sa tête ; er qu'enfin les vainqueurs de Toulon marchent
contre les Espagnols , sans doute moins enivrés qu'étonnés
de leurs succès imprévus . Des nouvelles positives confirment la
destinée de Fabre de l'Hérault , représentant du peuple ; son
courage intrépide balança long - tems l'influence du génie de
la trahison qui , aux'Pyrénées orientales , semblait combattre
pour la canse des tyrans ; il rallia plusieurs fois les soldats de la
République , il les conduisit à la victoire ; mais un enchaînement
de perfidies les plus lâches que la justice du peuple
Français ait jamais eu à punir , rendit inutile ce généreux
dévoûment . Fabte ne voulut point survivre aux maux dont il
était le témoin , il voulut opposer des prodiges d'heroïsme à
des excès de lâcheté et de scélératesse ; abandonné des indignes
~ chefs de l'armée , il soutint seul , avec quelques braves , tout
l'effort des ennemis ; accablé par le nombre , il tomba percé de
mille' coups . ' On a retrouvé près d'une batterie qu'il défendit
le dernier , son corps déchire ; temoignage sanglant de la lâche
barbarie' des satellites de la tyrannie.
Plusieurs représentans du peuple ont combattu vaillamment
à la tête des légions républicaines , plusieurs ont montré le
chemin de la victoire à nos intrépides guerriers mais Fabre
est le premier qui a eu l'honneur de mourir , les armes à la
main , pour la République .
Sur la proposition du comité de salut public , le décret suivant
est rendu : 66 La' Convention nationale décerne les honneurs
du Panthéon à Fabre , représentant fidele à la cause du
peuple , et mort en combattant pour la patrie . „
7
Siance , du quartidi , 24 Nivôse,
'Thibault , au nom des comités des assignats et de salut
public , a fait rendre un décret qui met en requisition les entrepreneurs
et ouvriers des manufactures de papier , établies dans
toute la République , pour l'exercice de leur profession et
pour le service' desdites manufactures . Ce décret détruit la
corporation des ouvriers qui conservaient encore des usages
des réglemens , des préjugés et des lois funestes à la tranquillité
er à la prospérité des atteliers .
鲨
1
Une députation des citoyens de Gonesse dénonce les per
sécutions exercées contre les patriotes de ce district par
Veimeranges , que le représentant du peuple Levasseur avait
fait mettre en état d'arrestation , et que d'autres représentans ,
dont il a surpris la religion , ont ensuite mis en liberté et
replacé
( 179 )
•
replace à la tête de l'administration du district de Gonesse .
La Convention ordonne l'arrestation de Veitneranges .
D'apres le rapport de son comité de surveillance des marchés
, subsistances , etc. de l'armée , la Convention décrete
que le nomme Barté , négociant à Paris , sera traduit au tribunal
révolutionnaire , pour y être jugé conformement aux
lois .
Amar , au nom du comité de sûreté générale , a annoncé
que le comité avait fait arrêter cette nuit Fabre d'Eglantine
représentant du peuple , parce que , d'apres les declarations
faites par Delaunay d'Angers , il se trouvait inculpé dans fa
même affaire pour laquelle ce dernier est detenu .
*
8
28
On doit se rappeller que Delaunay d'Angers , dans un
discours très - étendu , dénonça les compagnies de finances ,
et proposa plusieurs moyens de faire cesser l'agiotage . Une
commission fut nommée pour s'occuper de cet objet . Bientôt .
cette commission proposa un projet de décret dont les principales
dispositions étaient d'obliger la compagnie des Indes
à payer ce qu'elle devait à la nation , et de nummer des
commissaires pour surveiller la vente de tous les effets appartenans
à cette compagnie . Ce projet de décret extita ne
vifs débats dans l'Assemblée . Fabre d'Eglantine voulut que
les commissaires du conseil executif ne se bornassent pas
surveiller les ventes , mais qu'ils les fissent eux-mêmes . Cet
amendement fut adopté ; mais l'Assemblée , sur la proposition
de Cambon , decréta , par sous- amendement , que , les
actionnaires ou interesses ne pourraient exercer contre la
nation aucun recours , dans le cas où les fonds de la compagnie
des Indes ne suffiraient pas pour liquider ses dettes .
Delaunay d'Angers , qui était le rapporteur de la commission
, rédigea le décret et le présenta à la signature de's
membres de la commission . C'était - là le décret qui devait
être remis au secrétaire pour y apposer l'expediatur. Aujour
d'hui on y trouve des additions qui alterent le sens de la loi
et en changent les dispositions ; elles sont de l'écriture de
Fabre et signées par lui . On fit une copie de cette loi ainsi
modifiée ; Fabre et Delaunay la signerent et la présenterent
au secrétaire qui l'envoya aux procès - verbaux , revêtue de
la formule expediatur . Elle a été en effet imprimée et expédiée
comme loi . L'altération de cette loi porte sur deux objets .
Chaque mutation des transferts était sujette au triple droit ,
dans la copie du décret ; on a ajouté ces mots : des transferts
faits en fraude. Le décret portait encore que les commissaires
nationaux poursuivraient le recouvrement de ce qui était dû
à la nation par la compagnie des Indes ; on a ajouté dans
les articles expédiés : qué la vente des objets appartenans à
cette compagnie s'opérerait suivant ses statuts et ses régle
mens.
D'après l'exposition de ce faits , l'Assemblée a confirmé les
Tome VII. I
( 130 )
mesures prises par le comité de sûreté générale à l'égard de
Fabre d'Eglantine . Vadier a pris ensuite la parole pour donner
quelques détails sur l'origine de l'affaire de Chabot , Bazire ,
de Launay et de Julien. La conspiration dénoncée par
Chabot , a-t- il dit , nous était déja connue depuis trois mois ;
elle consistait à épouvanter les compagnies des finances par
divers moyens ; d'abord à faire baisser leurs actions qui circulaient
, et à les acheter pendant la baisse , à les rehausser ensuite
par de nouvelles mesures , et à revendre alors celles que
Ton aurait achetées . Le changement qui a été fait à la dispo .
sition relative aux transferts , annulle complettement la loi. En
second lieu on annulle le décret , en souinettant la liquidation
de la compagnie des Indes à ses statuts et à ses réglemens . "
Charlier demandait que les faussaires fussent décrétés d'accusation
; Danton voulait que le comité fit au plutôt son
rapport , afin que ces individus fussent traduits à la barre et
jugés devant tout le peuple . Vadier a combatta cette proposition.
Pourquoi , a-t-il dit , la Convention s'erigerait- elle en tribunal .
La conspiration que nous avons dénoncée tient à un systême
affreux de contre-révolution : l'homme dont il est ici question ,
c'est le premier pensionnaire de Pitt . C'est son principal agent ,
il vonlait armer les catholiques contre les protestáns , et allumer
par-là la guerre civile . 19 personnes ont été arrêtées pour cet
objet ; c'est aux tribunaux que vous devez les renvoyer ; c'est à
l'échafaud que pareils conspirateurs doivent aller et non à la
barre de la Convention . "
Non- seulement , a ajouté Billaud Varennes , il existe des
preuves matérielles d'un faux , mais encore 100 mille livres
avaient été déposées pour prix de ce faux . Chabot a mis lui-même
cette somme entre les mains du comité. La Convention nationale
était perdue s'il ne nous avait permis de prendre des mesures
contre les grands coupables. Un rapport général va être fait ,
alors nous connaîtrons toutes les ramifications de cette horrible
conspiration , nous connaîtrons tous les coupables , et la hache
de la loi les frappera.
PARIS , 27 Nivôse .
Les débats qui s'étaient élevés à l'occasion de quelques
membres des Jacobins , et dont devaient s'affliger avec raison
tous les patriotes , ne subsistent plus , graces à la fermeté de
Robespierre et au bon esprit de la sociéte qui s'est bientôt
convaincue que les passions ne pouvaient servir que la cause de
nos ennemis , et que des intérêts particuliers devaient disparaître
devant le grand intérêt , attaché à la marche et aux
succès de la révolution . Tout ce que nous en disons pour
l'intelligence historique , c'est qu'ils avaient pris leur source
( 131 )
e
es
de
ôt
de
ISUX
ur
dans un écrit publié par Philippeaux , où , en qualité de cómmissaire
envoyé dans la Vendée , il inculpait vivement la conduite
des généraux Rossignol et Ronsin .
D'un autre côté , Fabre d'Eglantine et Bourdon de l'Oise
vaient denoncé , comme on l'a vu , Vincent secrétaire général
de la guerre ; en même tems Camille Desmoulins avait fait
paraître plusieurs numéros d'un journal intitulé le Vieux
Cordelier , où à côté de principes d'un excellent républicain se
trouvaient des maximes dont pouvait abuser l'aristocratie , et
qui étaient propres à faire éprouver à l'esprit public une marche
rétrograde.
Hébert , appuyé de quelques autres membres y avait dénoncé
Philippeaux , Fabre , Bourdon, Desmoulins , qui à son tour
avait répondu à Hébert dans son journal , et avait demandé
leur expulsion de la société. Be -là une discussion à laquelle il
était facile à l'aigreur de se mêler.
Plusieurs membres qui ont suivi également la guerre de la
Vendée , ont prétendu qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans
le rapport de Philippeaux . Robespierre a fait voir que la société
ne devait point s'occuper de celui - ci puisqu'il n'en était pas
membre. Quant à Gamille Desmoulins , il a fait valoir les
services nombreux qu'il avait rendus à la révolution , et que ne
devait point faire oublier un moment d'erreur quelque répréhensible
qu'elle fût. Il a fait rapporter l'arrêté d'expulsion
qui avait été pris ; enfin , sur tout le reste la société est passé à
l'ordre du jour , et s'occupe en ce moment d'un objet d'un
intérêt bien autrement grave , ce sont les vices du gouvernement
anglais. Dėja Butteau , Simon , Dubois- Grance , Lachevardiere
et Collot d'Herbois ont parlé sur cette question importante.
Nous présenterons un résumé de la discussion lorsqu'elle sera
plus approfondie ..
Dans une des dernieres séances de la commune , Avril a
fait un rapport sur la maniere de rendre les derniers devoirs
aux morts . Voici quelques dispositions de ce projet . Les morts
auront le visage decouvert ; ils resteront douze heures en leur
domicile ; ils seront ensuite placés sur un brancard décoré
d'une draperie qui caractisera les trois âges politiques de la vie .
Cetre draperie , ornés d'une broderie aux trois couleurs , se: a
d'un fond uni blanc pour la jeunesse , avec cette inscription :
il croissait pour la patrie ; rouge pour l'âge viril , avec ces mots :
il vivait pour la patrie ; et bleue pour la vieillesse ; on lira : j'ai
vécu pour la patrie .
"
Le brancard sera porté sur l'épaule par quatre citoyens ,
qui seront vêtus d'un pentálon et d'un gilet , avec une ceinture
aux trois couleurs ; ils auront par- dessus une tunique tombante
jusqu'aux genoux ; ils seront couvert d'un bonnet rouge.
Les enfans seront portés par d'autres enfans de huit à douze
ansu PO AL < sub wants » 10) 2710
"
ce
I @
( 132 )
Les corps , après avoir été ainsi exposés douze heures ,
seront portés au champ du repos , et accompagues par ceux
à qui cette fonction aura été déléguée ; on choisira l'heure de
minuit . Nous eroitions , dit le rapporteur , avoir manqué notre
but , si nous ne vous proposions de nouveau de solliciter de la
Convention un décret pour qu'il y eût un jour destiné à
célébrer la fête des mânes de nos freres.
*
A
Le conseil adopte quelques unes des bases de ce rapport :
garrêté 1700 «
19. Qu'il sera fait une pétition à la Convention , à l'effet de
Ini demander les quatre champs de repos , designés dans le
rapport , hors de Paris ;
52. Qu'il y aura des dépositoires , 5
130. Que primidi prochain une discussion sera ouverte sur
tous les objets de détails ;
4°. Qu'une commission et l'agent national s'adjoindront à
administration des travaux publics , pour examiner le rapport
sur les sépultures
·
by
Le tribunal révolutionnaire a condamné à la peine de
mort Adrien. Lamoureue , âgé de 52 ans , évêque constitue
sionnel de Lyon , et ex - membre de l'assemblée législative ;
convaincu d'être complice d'un complot contre la souveraincté
du peuple Français , l'unité et l'indivisibilité de la Republique
, et d'avoir participé au complot liberticide et à la
révolte de Commune. Affranchie . Aussi - tôt après le prononcé
de son: jugement , il a fait le signe de la croix . Presse de
sexpliquer sur ses liaisons avec Mirabeau , il est convenu
qu'il connaissait son immoralité , et qu'il était l'auteur des
discours que celui - ci avait prononcés sur les matieres ecclésiastiques.
Jacques Durand , âgé de 33 ans , ex - président de la cidevant
cour des aides et chambre des comptes de Montpeldiery
ex- maire et président du comité contre- révolutionnaire
etcenaval de cette ville , convaincu de complicité avec Brissot,
Vergniando et autres federalistes , et de conspiration contre
Punite et l'indivisibilité de la Republique , a eté condamné
également à la peine de mortsa
La même peine a été portée contre Jean Courchant , d'abord
employé comme secrétaire de la comédie à Marseille , ensuite
áz Baris dans l'administsation des biens nationaux , et enfin
adjudant général et instructeur des canonniers de la garde nationale
Parisienne ; convaincu d'être l'un des complices d'une
conspiration formée par le dernier tyran des Français , sa
famille et autres , tendant à troubler l'Etat , en armant les
citoyens les pans contre des autres Et contre Jean Baptiste
Vename Dougados âgé de 30 ans , né à Carcassonne , excapaciu
puisbprofesseur d'eloquence , de poésie, et, d'histoire
, convaincu d'être complice de la conspiration quia
3
(( 133 )
existé contre l'unité et l'indivisibilité de la République , la
liberté et la sûreté du peuple Français .
On écrit de Brest que le contre - amiral Vastabel a fait à
Ta Hauteur de Corogite une prise évaluée 87,288 piastres fortes.
Cette prise est entrée à l'Orient sous l'escorte de la fregate
l'Insurgente. t
1. L'on écrit de Boulogne , en date du 17 de ce mois , qu'un
vaisseau américain à trois mâts , chargés de riz , et destiné
pour le Havre , a métébvu à la hauteur de Boulogue , et a
continué à faire voile pour sa destination . wy alutv
Six bâtimens , sont entrés ces jours - ci dans le port de
Calais , cinq sont chargés de blé , et le sixieme de planches.
3
On mande de Lille , le 16 nivôse , que la terreur est de
nouveau à l'ordre du jour à Bruxelles on y reprend avec
activité les mêmes travaux auxquels on s'y était livré après
la levée du blocus de Maubeuge , c'est-à - dire , qu'on y emye
balle ; et voilà encore presque toute la ville sur le point du
départ.
*
12
La majeure partie de l'armée du général Mollendorf est
retournée dans les anciennes garnisons de la Prusse méri
dionale ; on n'a laissé dans cette partie que dix escadrons de
hussards de Trenck , cinq de Crellviz , et autant de Wolky ;
un escadron de dragons , et les bataillons de fusiliers d'Oswal ,
Ruhle , Linrechs et Pollis .
L'on écrit de Lille , en date du 20 ce mois , que , dans la
´quit dû 19 , un incendie s'est manifesté à l'hôpital -général de
cette plaée ; on ne connaît pas encore les causes de ce
malheureux événement . Les secours les plus prompts ont été
apportės ; ils ont été d'autant plus efficaces , que , malgré lès
alarmes qu'on pouvait concevoir , il n'y a eu aucun trouble .
Des lettres de Metz annoncent qu'on a su de Vienne , que
le prince Jean Lichtenstein y était arrivé de l'armée le 19
décembre ( vieux style ) . Il a énoncé la résolution où il
de n'y plus retourner , et de passer sa vie dans le repos et
les douceurs de la vie privée.
est ,
Dans un moment où les Jacobins ont mis à l'ordre du
jour la discussion des vices , pon de la nation anglaise , mais
de son gouvernement , nous croyons que l'écrit suivant , que
nous savons avoir été composé par un Anglais , ne contribuera
pas peu à jetter des lumieres sur cette question . On
peut le regarder comme une répouse an manifeste de Pitt :
I 3
( 134 )
on verra que les Anglais sont loin de partager , les vues et
les sentimens dont Pitt est l'ame envers la nation française.
Junius à Williams Pitt :
1
Qu'importe à un homme de bon sens les manifestes des
rois contre d'autres rois ? Ils s'y accusent réciproquement
d'avidité , d'injustice et de perfidie , et on n'a pas besoin de
les lire pour savoir qu'ils ont tous raison ; mais celui que
Vous venez de publier pour ou contre la nation française a
excité ma curiosité . C'est une chose si rare qu'un ministre
fasse même semblant de défendre les droits du genre humain !
et j'ai voulu voir si vous aviez rempli ce rôle difficile avec
probité ou avec adresse .
""
13
Je laisse à ceux que vous attaquez le soin de répondre
au noir de vos pages ; c'est du blanc seul dont je veux parler.
L'abbé Gagliani prétendait que c'est l'unique maniere de lire
les ouvrages quand on veut les bien entendre ,,
99
Ce n'est point , dites - vous ,
à la nation française que
George Il fait la guerre ; c'est à certains principes destructeurs
de toute morale adoptés par cette nation , ou plutôt par
ceux qui la gouvernent.
,, Est-ce dans sa constitution
que vous les trouvez ces principes
? ...Je l'ouvre , j'y cherche ce qui la distingue de celles
des autres peuples qu'on est convent d'appeller
libres.
3
" J'y vois , 1 " . que le peuple souverain de fait , comme
il l'est de droit , conserve en tout tems le pouvoir et les
moyen's reformer toutes ses lois sans aucune exception.
2 ° . Que tout homme parvenu à l'âge où l'on veut supposer
la raison entierement formée , jouit de la plénitude de
ses droits sans avoir à souffrir d'aucune de ces inégalités plus
ou moins absurdes qui souillent tous les autres codes .
Le reste est conforme aux principes que sa majesté britannique,
veut bien tolérer dans quelques républiques suisses
et dans les états - unis d'Amerique.
Je ne parle point des articles qui ont pour objet l'orga-,
nisation des pouvoirs ; vous ne pensez sûrement pas que
l'unité législative soit incompatible avec la morake , et que
pour être honnête homme il faille absolument croire à la
trinite parlementaire comme à celle de la liturgie .
Voici donc la traduction littéraire du manifeste de George's III :
“ Je veux que les Anglais paient d'énormes taxes ; qu'ils
exposent leur vie de peur qu'à l'exemple des Français ils
n'aient un jour l'immoralité de se croire en droit de dé-
" ranger ma prérogative royale ; car je voudrais bien en faire
" un droit divin , quoique mon trisayeul l'ait reçu de leur
" pure bonté. Je veux qu'ils se fassent égorger devant Toulon
" pour prouver à l'univers qu'ils ne doivent pas être aussi
Fibres que leurs grands - peres . Je veux que ceux de mes
sujets qui ne sont ui pairs , ni franc-tenanciers , ni membres
( 135 )
" des bourgs à députation soient forcés à coups de nerf- deboeuf
de monter sur mes flottes pour m'aider à noyer qui-
" conque ose les croire dignes de devenir des hommes
" libres. "
" C'est donc aux droits des Anglais que Georges a déclaré
la guerre en leur nom .
,, Regarderiez- vous l'autorité , de la Convention française
comme une usurpation immorale ? Vous croyez donc que
l'Assemblée législative n'a pas eu le droit de suspendre le
pouvoir royal et de consulter le peuple ? Or , vous ne pou
vez le croire sans adopter l'opinion qu'une constitution në
peut être réformée que par des moyens antérieurement établis
par elle . Vous condamnez donc la révolution de 1689 ?
En effet , ou la suspension du tyran Bourbon a été légitime ,
ou l'expulsion' du tyran Jacques était un crime ; ou les Français
ont eu le droit de détruire la royauté , ou les Anglais
n'avaient pas celui de briser l'ordre de la succession pour
appeller la maison d'Hanovre.
Le roi Sarde est donc votre véritable roi ? Anssi lui
payez-vous de gros subsides aux dépens des Anglais , et lui
garantissez -vous , au prix de leur sang , le reste de ses Etats .
A- t-il en récompense cédé son titre à son cousin Georges
pour fortifier un peu sen droit héréditaire , et le débarrasser
à l'égard de la nation britanniqne , d'une reconnaissance qui
commence à lui peser ?
1. Mais vous ea voulez à la Convention nationale d'avoir
osé punir un conspirateur qui s'était appellé roi , Est- ce qu'un
peuple perdrait le droit de punir un magistrat infidele et
parjure sous prétexte qu'on a oublié d'inserer dans le livre
des lois le mode de le juger ? Est- ce que la liberté de corrompre
, de trahir , d'ordonner le meurtre avec impunité peut
jamais être un privilége légitime attaché à une place ou à
un nom ? Oseriez- vous soutenir une telle doctrine en plein
parlement , l'y soutenir sans restriction , sans équivoque ?
Lisez les lettres de Caton ( 1 ) , vous verrez qu'on prêchait
publiquement celle de la raison et de la vraie morale en Augleterre
même , il y a plus de 60 ans , sans que les ancêtres
de Georges III osassent s'en facher .
C'est évidemment en faveur d'un droit héréditaire indépendant
du peuple , c'est en faveur de l'impunité des tyrans que
Georges fait la guerre à la France . Ce sont les droits d'une
nation trop confiante qu'il combat sur un territoire étranger ,
aux dépens de cette nation même , pour les lui ravir ensuite
avec plus de sûreté . Mais si Georges peut légitimement faire
la guerre aux Français , parce que les principes de leurs
( 1 ) Ouvrage périodique devenu très- rare , publié par Gordon c
Trenchard us les premiers tems de la domination hapovrieune.
14
( 136 )
•
législateurs lui paraissent contraires à la morale , les fois de
Hongrie , de Prusse et d'Espagne pourraient aussi légitimement
attaquer l'Angleterre , s'ils s'avisaient d'avoir des scrupules
sur la morale de la chambre des dcommunes qui refuse
à l'oint du seigneur te pouvoir de mettre arbitrairement des
taxes. Louis XIV envoyant Tourville rétablir chez nous le
papisme et la tyrannie eût pu nous adresser votre manifeste .
Mais heureusement Tourville fut battu , comme heureusement
pour l'Angleterre vous venez de l'être à Toulon ; car
fes revers des rois , quelque cher qu'ils coûtent aux nations ,
ne sont pas toujours des malheurs pour elles.
Direz - vous que les principes suivis par les Français à
l'égard des puissances étrangeres suffisent seuls pour justifier
la ligue formée contre eux ?
Quand un prince cherche à opprimer la liberté d'un
peuple étranger par la fraude ou par la violence , certes ce
peuple a le droit de lui faire la guerre . Aussi l'on a pu blâmer la
nation française de l'avoir trop tôt déclarée , mais aucun homme
de sens ne l'accusera de l'avoir déclarée sans motifs légitimes .
On peut lui reprocher d'avoir manqué de politique , mais non
d'avoir blessé la justice . Voudriez -vous donc ériger en principe
de morale que les seules guerres justes sont celles qui
se font pour le plaisir des rois ?
La conduite de la France dans les pays conquis par ses
troupes paraît sur-tout avoir enfammé le zele constant de
Georges III pour le bonheur de l'Europe, Mais lorsqu'une
nation occupe un territoire étranger , elle s'y empare exclusivement
de la force publique ; c'est donc à elle seule qu'il
appartient d'y assurer l'exécution des lois . Est- elle alors obligée
d'employer cette force pour faire exécuter celles qui ,
suivant son opinion , blessent évidemment le droit naturel ?
Vous ne trouveriez pas , même dans l'université de Cambridge ,
qui vous nomme périodiquement membre des communes , uu
scul professeur qui osât faire une réponse affirmative à cette
question . Vous - même si vous envoyicz une floue s'emparer
de Goa , ordonnericz -vous à nos armiraux de maintenir les
décrets de l'inquisition , quand même ces décrets les condamneraient
à être brûles comme hérétiques formels ? or , les
Français croient que le droit de souveraineté appartient d'une
maniere égale à tous les individus qui composent une nation ;
que tout privilége héréditaire est , comme l'inquisition , une
absurdité et une injustice ; que les biens - consacrés à un culte
quelconque ne sont pas la propriété des ministres de ce culte ,
mais celle du peuple qui en conserve la libre dispositions Is
regardent ces maximes comme des conséquences évidentes ,
nécessaires du droit naturel . Sont - ils donc si coupables de
n'avoir pas soutenu par la force les lois qui les violalent ?
Cependant l'impossibilité de maintenir toutes les lois des
pays conquis obligeait de faire un triage , de pourvoir au
( 137 )
1
remplacement indispensable de quelques- unes. Les Français
se sont- ils attribué ce dernier droit , suivant l'usage des autres,
nations ? Non , ils se sont contentés de le reconnaître dans
eenx qui l'avaient reçu de la nature , dans la masse des habi
tans du pays mêmé .
" Mais pourquoi n'avez - vous pas témoigné le même zelé
contre Frédérié- Guillaume , lorsqu'occupant par hasard deux
villes françaises il y rétablit , malgré le voeu du peuple , et
l'autorité royale que le peuple ne reconnaissait plus , et un
clergé fanatique dont la volonté nationale avait irrévocable
ment détruit les usurpations ? Pourquoi vous-même maître de
Toulon par une lâche trahisou vous êtes-vous empressé d'y
établir une constitution et des lois rejettées par la nation
française ? Pourquoi y avez - vous fait reconnaître un fantôme
de roi ? Tout serait - il donc permis en faveur des tyrans contre
les peuples , et n'y aurait-il d'immoralité qu'à soutenir la cause
des peuples contre les tyrans ?
Vous ferez la paix , dites vous , avec la nation française
quand elle aura une constitution bien établie , un gouverne
ment fixe , dignes de la confiance des autres peuples . Sans
doute vous n'avez pas voulu dire que vous continueriez la
guerre tant que les troubles intérieurs de la France vous
laisseraient quelqu'espoir. Cela serait trop niaisement machiavélique
. Par ce gouvernement avec lequel on pourra traiter
solidement vous entendez sûrement ce juste degré d'esclavage
auquel vous voudriez réduire la nation anglaise . L'exemple
d'une liberté plus grande chez une nation puissante et trèsvoisine
déconcerte vos projets. Ce n'est pas la liberté turbu
lente des Français qui déchire votre ame philantropique ; c'est
' obstination du peuple Anglais à garder sa demi-liberté qui
fatigue votre tête hanovrienne .
Mettez-vous au nombre de vos griefs contre la nation
française , ou contre ses législateurs , les ouvrages , les discours
de quelques individas ? Mais pourquoi un Français se rendrait
il coupable en appellant à la vraie liberté les Anglais ,
les Bataves , les Suisses , les Allemands , les Espagnols , etc. ,
tandis que votre soudoyé , votre ami Burke pourrait innocemment
conseiller aux Français l'asservissement à un roi , lå
conservation d'une hypocrisie nationale , et la galanterie envers
les reines comme les seuls moyens d'avoir des moeurs
et de la vertu ? Cette prédilection pour les prédicateurs de
l'esclavage ; la persécution que vous avez suscitée contre l'auteur
des Droits de l'homme , et que vous avez étendue au - delà
des limites anglaises ; votre zele trinitaire pour faire brûler
les manuscrits , les livres et jusqu'aux machines de l'unitaite
Priestlei ; tout cela n'annonce- t- il pas l'embarras d'un homme
qui , chargé d'exécuter un crime secret , s'irrite de n'avoir pu
briser on infumer tous les réverberes ?
95 La révolution française a certainement été beaucoup plus .
( 138 )
par
des brisanglante
qu'il n'eût été à desirer pour le bonheur et le
prompt affranchissement de l'humanité . Les Français ont quelquefois
souillé leurs victoires par des vexations ,
gandages , c'est- à - dire qu'il a existé parmi eux des hommes
féroces et sanguinaires , des ambitieux avides , des tartuffes de
patriotisme ; c'est-à - dire que des traîtres , des ennemis du talentet
de la vertu , des ennemis de la félicité publique ont quelquefois
égaré ce peuple , et peut-être ses législateurs ; mais
Croyez-vous que pour réprendre ses droits un peuple soit
obligé d'attendre qu'il ne renferme plus dans son sein c'hommes
carrompus , qu'il soit entierement composé d'hommes ver,
theax ? Oseriez-vous dire que vous n'avez pas vous- même connibué
par votre or , par vos intrigues , à multiplier , à perpétuer
ces excès , ces désordres , ces crimes contre lesquels vous
vous élevez avec une hypocrite humanité ? Savez-vous que les
Français commencent à percer le quadruple masque du machiavélisme
royal dont je ne sais trop pourquoi vous vous
êtes fait le représentant ? Bientôt derriere tous ces partis qui
ont déchiré , qui ont ensanglanté la France on pourra montser
instigateur étranger qui , souvent même à leur insu ,
excitait on dirigeait leurs fureurs , et nommer la main cachée
qui désignait , qui frappait les victimes .
•
2 Mais si les excès commis par quelques Français excitent
votre, indignation , au point d'armer l'Europe contre leur
patric comment pouvez -vous rester l'allié de ce roi d'Hongrie
qui , du fond de son palais , ordonne si lâchement à ses
hordes d'assassins sauvages , l'incendie , le meurtre , les muti-
Jarioas , les tortures et tout ce que l'ivresse du sang a jamais
inspiré de plus atroce à des brigands ou à des rois ?
Quel est donc le but de vos tristes et pénibles déclamations
? Le voici :
La révolution d'Amérique a été paisible , parce que le
penple n'avait à changer que la distribution des pouvoirs
politiques , et que toutes les lois , toutes les institutious ,
presque toutes les formes out pu être conservées . Il existe
sur la terre une autre nation à qui le hasard a donné le
même avantage , qui peut , par un seul acte de sa volonté ,
par une constitution de 12 pages , se rétablir dans tous ses
droits dout elle n'a plus qu'une vaine apparence . Ce changement
peut s'opérer en un jour , sans que l'ordre d'aucune
affaire , le repos d'une seule famille , de simples citoyens y
soient un seul instaut troubles . Or , ceux qui craindraient
que ce peuple ne s'élevât à la liberté , à l'égalité républicaines
, qui voudraient continuer de le corrompre et de le
dépouiller , qui suivraient de concert avec des tyrans étrangers
un plau combiné pour l'asservir , les ministres de son
roi , par exemple , ne devraient- ils pas desirer d'inspirer à
ce peuple l'horreur de la révolution française , de lui persuader
que la sienne entraînerait les mêmes malheurs ? Ne
( 139 )
devraient- ils pas chercher à le mettre en guerre avec la France,
afiu de la lui rendre odieuse ? Ne devraient-ils pas employer,
pour nuire à la nation Française , toutes les ruses de la politique
, et toutes les ressources de la corruption pour y per-
-petuer les troubles ? Ne leur serait - il pas nutile d'exagérer ensuite
ces mêmes troubles pour avoir un prétexte de traiter
une troupe de séditieux , une société de citoyens
paisibles , coupables d'avoir formé le projet de réclamer leurs
droits ? Ne serait - ce pas alors qu'ils oseraient se vanier de
maintenir la paix , quand ils ne songent qu'à violer impuuément
les lois , et à cimenter la tyrannie ?
comme
N'est- ce pas là ce que j'ai dû lire dans le blanc de vos.
pages ? N'est- ce pas le violent desir de distraire ou de dégoûter
les Anglais d'une réforme parlementaire qui vous read
si moral , quand vous soudoycz dès traîtres ; si humains ,
lorsque d'un bout de l'Europe à l'autre vos émissaires achetent
des assassins contre la France ?
273 Cependant je crains bien que , malgré sa sagesse prématurée
, le jeune Pitt devenu homme ne reste un écolier étourdi.
Vous avez cru mener les Français Républicains , comme votre
peie menait les ministres de Louis XV. Je pourrais vous
dire , comme l'ambassadeur d'Hollande à Charles II : Aħ` !
sire , ce Cromwel était autre chose ; mais les Français sont aussi
d'autres hommes. Vous êtes glorieux d'avoir été déclaré , par
la Convention Française , l'ennemi du genre kumain . C'est
une vérité triviale qu'il était au- dessous d'elle de prononcer.
Dix autres noms pouvaient avec autant de justice se trouver
au bout de la plume du rédacteur. Mais tremblez que la
Convention de la Grande - Bretagne , plus prochaine que vous
me pensez , ne vous déclare dans peu l'enuti de votre patrie.
Croyez-moi , digne émule des Butte , des Grafton , des
North , qui ont avant vous illustré le regne de Georges III .
faites comme eux , retirez - vous à tems , et abondonnez à d'autres
les rênes de la révolutou britannique , que vous ne pou
vez empêcher ni même retarder , et que vos mains incertaines
n'auront ni la force ni f'adresse de temperer , encore moins de
diriger.
NOUVELLES.
ARMÉE .D.U MIDI.
Fin de la relation exacte de la prise de Toulon , par le génére,
Dugommier.
Ce jour mémorable , qui a rendu à la République son plus
beau port, qui a vengé la volonté générale d'une volonté partielle
et gangrenec , dont le délire a causé les plus grands
maux ; ce jour a réellement éclairé plutôt qu'on ne s'y atten(
140 )
dait , et le triomphe des Français Républicains et la honte de
la vile coalition qu'ils ont combattue . Son trésor délaissé ,
us butin immense en subsistances , en munitions de guerre ,
rachelent au centuple quelques vaisseaux brûles , ` culevés “ ,
quelques magasins incendiés ; enfin l'égalité , la liberté relevées
pour toujours dáns le Midi de la France , par ce grand
événement .
Quelques faits particuliers completteront cette esquisse
tracce par la plus scrupuleuse exactitude , et j'ose dire par
une severe impartialite ; j'en appelle à tous mes freres
d'arines .
Après avoir établi dans la ville la force nécessaire à sa sûreté
, uu commandant temporaire et des officiers pour y surveiller
; après avoir reçu de mes freres d'armes le serment
unanime de respecter les consignes , je me retirai an quartier-
général , où s'étaient rendus les représentans , et je m'oc
cupai des divers ordres qu'exigeait l'armée . Je reçus dans la
journée , des personnes que j'avais commises à cet effet , les
details suivans que je transmets au public .
4 2
Vaisseaux et autres bâtimens existans dans le port de Toulon .
Treize vaisseaux de ligne , dont un de 120 canons , trois de
80 et neuf de 74 , un dit sur le chantier cinq frégates , deux
dites sur le chantier ; sept fregates , cinq gabarres .
Vaisseaux et frégales brûlés ..
Neuf vaisseaux , trois frégates , un ponton de carenne .
Vaisseaux , etc. emmenés par l'escadre ennemie.
Trois vaisseaux , cinq frégates , deux corvettes , tron gabarres
, un bric .
Magasins incendies.
Le magasin général , celui de la grande mâture et celui de
Thangard des futailles .
•
Nota. Le grand hangard n'a pas été touché , il y existe beaucoup
de bois .
Le magasin aux cables est plein de grains , ainsi que celui
qui est au - dessus du grand hangard . Il existe aussi beaucoup
de vivres en tout genre .
La corderie est pleine de chanvre ; le bâtiment est intact .
Le 28 , au matin , sauta la pondriere du fort Pommet et
celle du cap Brun.
La nuit du 28 au 29 , sauta la frégate l'Iris , mouillée près
de la grosse tour ; elle servait de poudriere . Cette explosion
eut lien vers onze heures ou minuit.
La même nuit , vers deux heures du matin , sauta le Thémistocle
; c'est le vaisseau qui servait de prison.
Il n'y a et aucune poudriere en pierre de sautée .
( 141 )
Du Port de la Montagne , le 16 Nivôse . Nous sommes bien
agréablement embarrassés : tous les bataillons veulent partir
pour les Pyrenées ; ceux qui restent , certains que leurs camaiades
volent à de nouvelles victoires , sont désespérés de leur
exclusion . Nous recevons à ce sujet une foule de pétitions.
Le général en chef Dugommier part aujourd'hui pour Perpignan
, avec les généraux Micau et Labane ; 10,500 hommes
de bonnes troupes sont partis il y a huit jours pour Perpignan ,
avec une nombreuse artillerie . Quatorze bâtimens ennemis sont
entrés dans le port de Toulon , parmi lesquels se trouve un
brigantin espagnol de 18 pieces de canon , chargé de boulets
et autres munitions de guerre ; la gabarie la Moselle , enlevée
du port par les ennemis , chargée de munitions de guerre ,
et de 80 hommes d'équipage , et ayant à son bord les officiers
Anglais qui joignaient leurs r gimeus ; les autres sont des bâtimens
marchands chargés de comestibles .
Signés , RICORD , BARRAS et FRERON , représentans du peuple.
Le citoyen Trullet , capitaine de navire marchand , revenant
du Levant sur un bâtiment grec , se trouvait en quarantaine sous
le fort de Braganson , aux isles d'Hieres , lorsque dans la nuit du
20 brumaire à 2 heures du matin , une chaloupe montée par
des Anglais s'approcha du bâtiment . Les Anglais , secondes par
l'obscurité d'une nuit pluvieuse , montent à bord ; les gardes
qui étaient sur le tillac les apperçoivent trop tard ; l'un se
précipite dans la mer , l'autre dans la chambre du capitaine .
Les Anglais coupent les calles , déployent les voiles et mettent,
des gardes anx écoutilles , armes levées . Le gardien de santé
qui a le malheur de se montrer , est terrassé par un coup de
hache.
Dans ce moment terrible , le citoyen Trullet ne prend
conseil que de
son désespoir. Par un premier mouvement il va
se jetter dans la mer ; par un second plus réfléchi , il saisit une
arme ; l'équipage grec suit son exemple , tous sortent à la fois :
un coup de trombon renverse trois Anglais . Ces brigands
épouvantés se précipitent dans la chaloupe ; l'un deux , en
fuyant , blesse d'un coup de sabre le capitaine Truller , qui à
son tour renverse d'un second coup de trombon cinq Anglais
dans la chaloupe . Enfin , quinze hommes sortant des bras du
sommeil, renfermés à fond de calle , et déja presque prisonniers ,
ont chassé ignominieusement des ennemis bien armés , postés
de la maniere la plus avantageuse , et déja maîtres du bâtiment.
Le vent qui séparait le bâtiment de la chaloupe , a empêché
la nôtre de s'en emparer ; mais le ciel lui - même eu a fait justice ;
la chaloupe et les Anglais ont péri , à l'exception d'un seul
qui fut fait prisonnier.
Le bâtiment sans cable se trouvait à la merci d'un vent furieux
en n'a pu l'empêcher d'échoir sur la côte , on en a retire les
( 142 )
effets , et on l'a brûlé . Le gardien de santé est mort de ses
blessures.
La Convention nationale a ordonné qu'il serait remis au
capitaine grec un navire de même valeur que celui qu'il a
perdu , et a nommé le citoyen Trullet , capitaine d'un vaisseau
de guerre suivant la désignation qui sera faite par le ministre de
la marine , en déclarant que tous les deux avaient bien meritê
de la République Française ..
Liste des officiers Anglais et Espagnols faits prisonniers devant
Toulon.
Charles O'hara , général anglais ; Archibald Campbelt , major
du 69. régiment anglais ; Thomas Grand , euseigne de vaisseau
anglais ; Richard Lamplew, sergent ; Raphael Echabarn , colonel
espagnol , aide - de- camp du général Gravina ; Williams Granam ,
medecin ; Andrews Bond , chirurgien ; Gems Eumm , domestique
; John Joadon , negre , domestique ; Antoine Griffo , domestique.
J
ARMÉE DE LA MOSELLE ET DU RHIN.
Détails donnés par le commissaire des guerres Gobert , à la barre
de la Convention , sur les succès des troupes de la République
sur le Rhin.
La montagne de Kirschaberg est connue d'une foule de
députés. C'est un pic que les Autrichiens avait hérissé de vingtsept
redoutes , garnies de tounerres . L'attaque qu'en ont faite
les républicains , a commencé à 7 heures du matin , et a duré
jusqu'à 8 henies du soir. Ils ont emporté 42 pieces de canon
en trois quarts d'heure ; je les ai vu enlever des Autrichiens
par
les cheveux , et les faire rouler en bas de la montagne. Les
soldats de la République ont formé un bataillon quarré que
la cavalerie autrichienne a voulu rompre , mais vainement ,
c'est elle qui a été mise en déroute. Nos troupes ont poursuivi
l'ennemi une nuit et un jour , c'est- à - dire , pendant
21 lieues . Les soldats n'ont , durant cet espace de tems , mangé
qu'un per de pain que chacun avait dans sa poche . Le
general avait donné ordre à un colonel de prendre le
prince de Condé enfermé à Wissembourg avec 4000 émigrés .
Ce traître n'a pas fait sou devoir ; la victoire eût été des plus
complettes s'il eût obéi . Il est arrêté ; 600 émigrés ont été
pris , outre les 500 noyés dans le Rhin , suivant la lettre . Au
moment où les troupes de la République sout entrées à Spire ,
il y avait de nombreux trésors , rien n'a été pillé ni détourne.
Vrai républicain , le soldat français ne s'est occupé qu'à tuer
les ennemis. Les représentans du peuple ont pris un arrêté
qui a produit le meilleur effet . Ils ont écrit sur un tambour,
que tout soldat Français qui rapporterait un fusil autrichien ,
recevrait 15 liv . On en a 2500. Nous avons de quoi appro(
143 )
1
visionner notre armée pendant trois mois aux dépens de l'ennemi.
Par les mesures que les représentans du peuple ont
prises , la ville de Landau va , ainsi que celle de Strasbourg a
être abondamment fournie de toutes les provisions nécessaires.
Strasbourg , 15 nivôse.
Les chanoines de Spire ont laissé plus de cent mille pots
de vin dans leur cave , le grenier était fourni à proportions
la maison de l'évêque était remplie de fourrages , eau-de-vie,
et comestibles de toute espece .
,, Les mesures les plus pressantes sont prises pour transporter
toutes ces provisions à Landau . Des métaux , qui servaient
à la décoration ou à la composition des monumens
de la cathédrale , ont été également enlevés , les saints délogés
, six mille cierges déballés , quelques ciboires et autres
instrumens de sottises , fondus , et les cloches bristes , et le
tout pour la plus grande gloire de la République . Les caisses
de la ville ont été remises entre les mains du payeur-générai;
mais elles ont été visitées si souvent , qu'il faut peu compter
sur cette ressource . La douane était remplie de marchandises
de tonte espece , déposées là comme en un lieu de sûreté
pour les aristocrates . Français et étrangers : cette prise , de
la valeur d'un million , tournera au profit des défenseurs de
la patrie . Les riches habitans du Palatinat ont émigré ; nous
les traitons comme les indignes Français , dont ils ont suivi
l'exemple.
" Nos troupes se sont avancées jusqu'à Neustadt et Frankental
.
Les ennemis ont abandonné à Leismersheim 30 mille
quintaux de fourrages .
4 " A. Germesheim 70 tonneaux de farine , 6 mille sacs
d'avoine , et 6 mille sacs de légumes secs . "
" A Mereksthal 1200 sacs d'avoine , '
" A Weisseimbourg 1500 fusils , un grand nombre de
malades et de blessés , à qui ils ont arraché inhumainement
peu d'alimens qu'ils venaient de leur distribuer pour soutenir
leur faible existence.
le
,, A Lauterbourg , des munitions de guerre de toute espese,
beaucoup de fusils , un magasin immense de poudre , et
30 mille couvertures .
Sur les glacis du fort Vauban 60 voitures attelées. Le
nombre des fusils ramassés de toutes parts se monte à près de
1, mille.
6. Nous ne comptons point , dans l'énumération des prises ,
les petits magasins des particuliers que nous ajoutous néanmoins
à la grande masse .
1
Notre attention particuliere est fixée en ce moment à
( 144 )
remplir les magasins de la Republique aux dépens de ceux de
l'ennemi.
Les élémens sont d'accord avec nous pour faire la guerre
aux traîtres ; le rhin vient d'engloutir 500 émigrés qui fuyoient
de Weissemhourg pour aller rejoindre l'armée délabrée de
Condé ,
Les officiers municipaux et le commandant de Lauterbourg
ont osé nous demander une amnistie pour les habitans de cette
ville , qui ont suivi les infâmes Autrichiens dans leur fuite :
notre réponse a été de les faire arrêter eux- mêmes , et leur
conduite sera examinée de maniere à faire connaître aux lâches
et aux traîtres , qu'ils n'ont que la mort à attendre de la République
.
Philippe Petit , maréchal-des logis dans les hussards de la
Liberté , qui a tué un prêtre émigré , vous envoie l'argent , et-
Je calice de ce coquin pour en faire tuer d'autres .
Ou trouve sur tous les chemins des cervelles d'émigrés ,
qu'ils se sont fait sauter eux - mêmes de désespoir . Vive la
République.
M. A. BAUDOT , J. B. LACOSTE .
P. S. A l'instant , nons recevons une nouvelle de la plus
grande importance ; le fameux poste de Kayserlautern est en
noue pouvoir. Vive la République.
Liste des chefs des rebelles arrêtės .
mu-
Duhoux - d'Hauterives , beau -frere de Delbec , ci - devant chevalier
de Saint-Louis , et général d'une bande de brigands ; de
Boisy , ci- devant lieutenant de cavalerie , ami intime de Delbec
, et général d'une bande de brigands ; Réné- Henry Tingy ,
ci-devant gouverneur de l'isle Noirmoutier ; Alexandre Pinau ,
commandant des rassemblemens faits dans la commune de
Legay ; René Morisset , major d'une bande de brigands ;
Alexandre Gazette de la Limouziniere , officier superieur ;
Louis-Marc-Antoine Savin , capitaine de cavalerie ; Pierre
Bareau , capitaine d'un rassemblement ; Pierre Gouin , commandant
la cavalerie ; Joseph Betuis , faisant fonction de m
nitionnaire général des vivres ; Jean Jovet , nommé commandant
pour Louis XVII de la place de Beauvoir ; Pierre Baroud
chirurgien-major de l'armée catholique ; Louis Regne , ci -devant
noble , chef d'un rassemblement et des comités de correspondance
; Benjamin Dubeis , ci - devant noble, nommé commandant
de la place de Noirmoutier pour Louis XVII ; Bernard
Mussys , commandant les troupes des brigands qui étaient dans
l'isle , quand les soldats de la République y sont entrés ;
François Lonyeaux , chef d'un rassemblement fait près Brissac ;
Richard , garde-magasin des poudres ; Barraud de Saint-
Hilaire , Barraud-Duperrier , Lavoyrie , Palvados , tous les quatre
attachés à l'état-major .
( N°. 4. 1794. )
MERCURE FRANÇAIS .
DU SEXTIDI , 6-PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 25 janvier 1794 , vieux style . )
POESIE.
Couplets allresses & cette jeune femme , auteur anonyme de ces jolis
couplets insérés dans le Mercure Français , du 12 octobre.
AR !
SUR L'AIK ; Daigne écouter , etc.
H ! quelle es -tu toi dont le luth si tendre
Sait moduler les plus heureux accens ?
Aux Grecs charmés , Sapho faisait entendre,
Des sins mous doux , des accords moins touchans.
Savoir ton nom n'est pas facile chose ,
?
Je voudrais bien pourtant le deviner :
Je gagerais que ta bouche est la rose
Que ce vieillard aurait craint de faner .
Mais nomme -toi , si ce n'est pour ta gloire ,
Pour celle au moins de ton sexe charmant :
Ton nom doit vivre au temple de mémoire ;
Pour l'y graver , ' burin d'amour I attend .
Quant à ce nom que tu pris au baptême,,.
Pour celui-là , vraiment je le sais bien ;
Aux fonds sacrés de l'Hyppocrene même ,
C'est Erato qui t'a donné le sien .
Par le citoyen BENOIST LAMOTHE .
CHARADE.
Nchante mon premier ,
On veut attraper mon dernier
E s'éclairer la nuit à l'aide de l'entier.
Tome VII.
( 146 )
ENIGM E.
Un peu de tout , et rien de trop ,
Voilà ce que veut la sagesse ;
Mais nous qui n'allons qu'au galop
Dans l'excès nous sommes sans cesse ,
Et c'est à lui que nous devons le jour.
Nous sommes bien des soeurs qui venous tour à tour ,
Cher lecteur , te rendre visite ;
Et chacune dans sa saison ,
Souveraine dans la maison ,
Te mêne alors peut- être un peu trop vite ;
Ne t'en plains pas , et c'est toujours trop tard
Et seulement après notre départ ,
Que tu gemis pour l'ordinaire
Du long chemin que nous t'avons fait faire .
Pourtant parmi ces daugerenses soeurs
Il en est une , Égle , dont je ne puis me plaindre ;
Que tes vertus animent tous les coeurs ,
Elle ne sera plus à craindre.
LOGO GRIPHE
A DEVINER je suis facile ,
Car je vous suis bien sûrement utile ,
Si vous me saisissez , lecteur , a poing fermé ,
Quand j'ai le ventre plein , sans être déplumé ;
Ma queue à bas , ah ! quelle différence !
Forte et naturelle défense ,
je suis souvent à redouter ,
Quelquefois je peins l'abondance ;
Et pourtant bien des gens tremblent de me porter.
( Par Ch. M. Į
Explication des mots de la Charade et Logogriphe du nº . 3.
Le mot de la Charade est Famine ; celui du Logogriphe est Pilon
où se trouve Pion.
ت س اد ا ن
( 147 )
3
"
“
"
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Vocabulaire de nouveaux privatifs français , imités des langues latine ,
italienne , espagnole , portugaise , allemande et anglaise , avec des
autorités tirées des meilleurs écrivains : suivi de la table bibliographique
des auteurs cités : ouvrage utile aux orateurs et aux
poëtes . Par Pougens . Un volume in - 8 ° . A Paris , chez les diresteurs
de l'imprimerie du Cercle- Social , rue du Théâtre-Français ,
n° . 4 .
IL
SECOND EXTRA IT,
1
L faut qu'il y ait encore des amateurs de grammaire , et
plus que je n'imaginais ; car on n'a écrit de tous côtés pour
ine demander encore un article de la nature de celui qui a
paru dans le dernier numero ; ce qui heureusement est d'autant
plus aisé , que ces sortes de sujets n'exigeant point de
liaison , peuvent se quitter et se reprendre à volonté. On
trouvera donc ici quelques nouvelles observations sur le
Vocabulaire du citoyen Pougens .
que
Reconnaissons d'abord l'auteur a en raison de l'adresser
particulièrement aux orateurs et aux poëtes . En effet l'usage
des privatifs tient à de certaines finesses de langage , qu'eux
seuls peuvent bien connaitre . On pourrait croire , au premier
apperçu , que les privatifs sont inutiles , quand nous avons
les mots qui expriment deux qualités contraires , puisque la
premiere , avec un privatif , serable équivalente à la seconde
énoncée par un positif. Ainsi ( dirait- on ) quand nous avons
pénurie , qui est l'opposé d'abondance , quoi peut servir
inabondance ? On se tromperait beaucoup . Premierement , il
n'est rien moins qu'indifférent d'avoir plusieurs manieres
d'exprimer à - peu - pres une même idée ; de - là naît la variété
des tours , et sans variété , il n'y a point de richesse de
langage . Ensuite , l'on sait qu'il y a uès- peu de synonimes
proprement dits , et que toute synonymie suppose des nuances
délicates , mais rcelles , qui constituent la propriété de la
diction . Enfin , entre deux opposés il y a des gradations intermédiaires
qui se rapprochent plus ou moins de l'un des
deux extrêmes . Nous avons , sans doute , beaucoup de mots
qui marquent ces differens degres , et plus une langue en
possede , plus elle est riche ; mais les privat étant un des
moyens de rendre ces gradations , les multiplier avec discerwement
et mesure , c'est rendre service à la langue . Ainsi ,
pour nous en tenir à l'exemple cité , pénurie est l'opposé
d'abondance ; mais inabondance est entre les deux . Supposons
qu'il s'agisse de faire subsister une grande armée dans un
K2
( 148 )
#
pays Ce pays n'est pas pauvre ( dira- t- on ) , il n'y a pas
,, à craindre de pénurie. On répondra : oui , pour 20,000
,, hommes ; mais pour 60,000 , la seule inabondance est un
,, danger. Vous voyez à quoi le privatif peut servir .
Un homme est mort , parce qu'il s'est nourri de viande
pendant le cours d'une maladie qui lui prescrivait de ne
vivre que de légumes , de farineux ou de lait. On dira que
c'est l'usage de la viande qui l'a tué , et cela s'entendra. Cependant
cela n'est pas exact ; car l'usage de la viande n'est
pas une chose nuisible , ni mortelle par elle -même : il est
mort , pour ne s'être pas abstenu de viande , quand il fallait
s'en abstenir c'est donc l'inabstinence de la viande qui l'a
fait mourir.
Nous avons inabordable , et il faut que nous ayons inabordé ,
sur-tout depuis trois siecles que l'on à découvert de nouvelles
terres qui n'avaient jamais été abordées . Quel plaisir de réduire
toute cette periphrase à un seul mot , de peindre Colomb
ou Gama touchant pour la premiere fois ces rives inabordées !
Je ne vois aucun inconvénient à dire une loi inabrogée
un dessein inaccompli , une maison inabritée. A l'égard d'inactif
et inactivité , nous les avions déja .
1
Nous sommes encore obligés de dire , en parlant de l'ancien
Louvre , ce grand monument inachevé ; et aujourd'hui
qu'il u'est plus le palais du despotisme , mais le Muséum
national , le teinple des arts d'une nation libre , il ne convient
pas qu'il reste long - tems ' inachevé , ce qui n'est pas
( pour le dire en passant ) la même chose qu'imparfait .
Je rangerais inadorer et désadorer parmi les mots inadmis
dans notre langue , et cette phrase scule prouve assez que ce
dernier privatif est très - admissible .
Nous avons altéré et désaltéré : nous avans.affamé et non
pas désaffamer. Pourquoi ? On dit à un homme qui est à table ,
après avoir eu une grande faim , commencez-vous à vous rassasier
? Le mot propre serait , commencez-vous à vous désaffamer
, à être désaffamé ? Rassasié est d'un degré au- delà . Les
gourmands sentiront bien cette distinction .
Cet homme est toujours affairé , disons -nous ; ne dirait- on
pas à merveille il n'y a point d'homme au monde plus
désaffairé ?
Je ne saurais que faire d'inaffecté . Tout ce qui n'est point
affecté est naturel , et tout ce qui est naturel , n'est point
affecté il n'y a point de milieu entre ces deux contraires ,
ni de place pour le privatif. Mais se désaffectionner pour quelque
chose ou pour quelqu'un me semble aussi bon et aussi
utile que se désintéresser , qui n'est fait que depuis peu
d'années.
།
A quoi bon désalaîter ? Cela vaut - il mieux que sévrer ?
Pour désaigrir à moins qu'on ne trouve un moyen de désai-.
grir le bouillon , je ne vois pas ce võis'pas " qu'on en peut faire. Gar
( 149 )
J
au moral , adoucir vaut cent fois mieux ; comme tranquillo
et calme valent bien mieux qu'inagitė.
Inaliéné ne peut gueres se dire qu'en style d'affaires des
biens inalienės ; mais puisque nous avons inalienable , l'un est
aussi bon que l'autre.
Il se peut que les Allemands , dont je ne sais point la
langue , aient un mot qui signifie inallégoriqne ; mais il m'est
impossible de deviner à quoi on peut l'employer.
Il se peut aussi qu'il y ait une nuance entre inamusant et
ennuyeux ; mais elle est si déliée , que je ne sais s'il y aurait
moyen de la déterminer . Ce qui n'est pas amusant est si près
de l'ennui ( en fait de choses qui doivent être amusantes ;
car dès qu'il s'agit de grammaire , il faut mettre les points
sur les i ) , que bien peu de personnes se chargeraient de
définir l'intermédiaire , si ce n'est peut- être cet Anglais à qui
l'on demandait s'il s'amusait à un spectacle : Je ne m'amuse
si ne m'ennuie ; je suis bien .
On nous propose désanimer , imité du latin exanimare , et
de l'anglais disanimate ou dispirit. Mais d'abord exanimare signihe
tuer , ou frapper d'une frayeur mortelle , et apparemment
l'auteur ne suppose pas que désanimer puisse nous présenter
cette idée en français . Disanimate , en anglais ne signifie que
décourager , et ce mot français est très - préférable à désanimer ,
qui ne nous offrirait qu'un sens très - vague .
Inappercevable n'offre aucune difficulté : nous avons déja
inapperçu . Des chemins inapplanis et des objets inapparens sont
des expressions nécessaires et selon les principes . Inarticulé
nous conduit à inarticulation : on sait que l'inarticulation est un
des defauts de la prononciation anglaise .
Nous dirions avec grace , en poésie , des mêts inapprêtés . Et
pourtant des mêts inachelés ne nous rendrait pas le dapes
inemptas , si heureux dans le latin .
Inapprivoisé peut servir en beaucoup d'occasions , et nous
avons inapprivoisable . Inaqueux , inarrosé peuvent se dire d'un
terrain . Une proposition inapprouvée doit être distinguée d'une
proposition désapprouvée ; c'est une raison de plus pour adopter
J'un comme l'autre . L'inassiduité est plus court que le défaut
d'assiduité , et aussi clair . On dirait bien un composé de choses
inassorties , ce qui serait différent de mal assorties ; mais désassiéger
et désassourdir me semblent baroques .
la
Un poete s'emparera volontiers des yeux inassoupis , pour
peu qu'il ait à parler d'Argus , et finirait heureusement un
vers par rage inassouvie ; et un historien trouverait commode
de parler d'un peuple encore inassujetti , inasservį , d'un agent
inautorisé , d'une démarche inavouée . , ( ce qui differe de désavouée
d'un fait inattesté. Nous avons inattendu serait- ce un
tort de dire , l'inattente de tout secours força les assiégés à
capituler ?
Je m'arrête de préférence à ce qui me paraît pouvoir être
)
K 3
( 156 )
adopté , et ce qui ne peut l'être qu'avec le tems , et à la
faveur des exemples que peuvent donner les bons ecrivains qui
D'un mot mis en sa place enseignent le pouvoir .
9
Mais je ne finirais pas , si je m'arrêtais sur tous les mots
qui me paraissent ne pouvoir jamais faire fortune tels
qu'imbaptisé , imbattu , imblanchi , imbeni , imblesse , imbloqué ,
imbiffe , imbalance , imbrisé , imbrûlé , incaché , incalcine , incalmé
incandeur , incandide, inchangé , incanonique, incérémonieux , incédé ,
incatholique , inchancelant , incessant , inchassé , incollé , incharité ,
inchrétien , inchassé , inchoisi , etc. etc. Tout cela me paraît aussi
barbare que l'insoin et l'insuite , et mille autres de nouvelle
création , que l'on trouve dans les brochures du jour.
Quoique nous ayons incomparable , je ne voudrais pas d'incomparé
, parce qu'il m'est impossible d'en deviner l'emploi ;
mais un raisonnement inconcluant doit passer sans difficulté . ,
Le mot composé a chez nous plusieurs sens très - différens ..
Quel serait le sens du privatif , incomposé ? L'incompositus des
latins signifie mal rangé , déréglé ; il exprime l'idée d'un désordre
vicieux , et les Anglais et les italiens ont suivi exactement le
sens étimologique de la langue mere , dans leur incomposed et
incomposto . Mais si l'on nous disait qu'un ouvrage est iucomposé
, que des soldats marchaient incomposés , qu'on a trouvé
les affaires , les papiers de tel homme incomposés , qui de nous
entendrait cela ? Nous savons ce que c'est qu'un extérieur
composé mais que signifierait un extérieur incomposé ? Serait- ce
l'absence de toute affectation morale ou physique , ou serait- ce
un dérangement , un désordre ? Toute expression nouvelle qui
ne présente pas le sens le plus clair et le plus précis , doit
être rejettée : c'est la condition sine quâ non .
L'inconsistance des idées , du caractère , l'inconsistance d'un
ministere , d'un gouvernement , sont des expressions trèsclaires
, et qui ont déja été , je crois , employées ; elles présentent
avec précision ce qu'il faudrait appeller autrement le
défaut de consistance : il y a tout à gagner pour Télégance
du style .
Nous avons inconsolable . Inconsolé peut être utile , sur-tout
en poésie , parce qu'il est sonore : sa mort inconsolée . En revanche
, incontraint est horriblement dur , et tout ce qui n'est
pas contraint est volontaire . Qu'avons-nous besoin d'un mot
dur de plus , dans une langue qui n'en a que trop ?
L'auteur a fait un long article de mots étrangers sur inconvenable
et disconvenable , qui sont admissibles , et n'a rien dit
d'inconvenance et disconvenance qui sont d'un usage plus facile .
L'un exprime un défaut de convenance générale , l'autre un
défaut de convenances particulieres , ou même des rapports
d'opposition : l'inconvenance de ses procédés , de sa conduite ,
de ses discours , de ses démarches ; la disconvenance d'un mariage
entre un vieillard et une jeune fille , d'une liaison entre
an honnête homme et un fripon , entre un royaliste et um
( 151 )
2 :
•
epublicain
etc. Au reste , ce dernier mot , disconvenance
, est reçu depuis long - tems ; il est dans le dictionnaire de l'académie . Incoupable , qui n'est bou à rien , puisque tout , ce qui n'est pas coupable , est innocent , est rapproché mal - a - propos du mot latin inculpabilis , qui signifie proprement celui qui ne peut pas être inculpé sur telle chose , à qui l'on ne saurait s'en prendre de tel événement , etc. C'est l'adjectif verbal de culpare, qui vent dire accuser , inculper , expression employée figuré- ment et d'une maniere si heureuse , dans ces vers d'Horace Arbore nunc aquas culpante , etc. Coupable tire en effet son
étimologie
de culpa , enlpabilis ; mais son acception propre répond au nocens des latins , que nous n'avons pas , mais dont nous avons adopté le privatif , innocens , innocent . Remarquez que ce mot nocens est le participe du verbe nocere , nuire , es se prend aussi pour nuisible , herbasque nocentes . Ainsi nocens veut dire proprement celui qui nust ; et les latins l'ont fait le synonyme de notre mot coupable , fondes sur cette idée pri- mitive , si juste en morale , que tout ce qui nuit à autrui , est
coupable.
L'inculture des terres est un mot nécessaire ; incultivé est
inutile au propre , comme au figuré , puisque nous disons
également des terrains incultes , des esprits incultes.
Dédëifier est une rude expression , et il faudrait du courage
pour s'en servir ailleurs que dans le burlesque , qui heureusement
est passé, de mode , il y a long -tems .
A l'égard des mots imméprisė , imméprisable , indéfiguré , ind☀-
gelé et autres du même genie , il est bon d'observer que
quand un mot est déjà formé en partie d'une préposition
immutative , c'est une surcharge que d'y joindre encore un
privatif en sens contraire ; c'est une sorte de barbarie de
langage qu'on ne trouve point dans les anciers , dont l'idiôme ,
composé d'après des regies d'analogie très -bien entendues ,
deit , autant qu'il est possible , nous servir de modele . Mépriser
est originairement fait du mot priser , et de la préposition
mé ce qui signifie priser peu , priser désavantageusement.
Defigurer est fait de même du verbe figurer et de l'immulatif
dé ; figurer mal , altérer la figure . On sait que ce qui est
dégelé a cessé d'être gelé . Ce qui n'est pas dégelé , est encore
gelé A quoi servirait donc indégelé ? C'est avoir la manie des
privatifs.
En voilà bien assez sur la grammaire , pour un article de
journal. C'était à l'auteur du Vocabulaire à traîter à fond
cette matiere , qui était celle de son ouvrage , et son esprit
et ses connaissances lui auraient fourni des reflexions qui en
auraient fait naître d'autres . Il nous donne son livre comme
celui d'un travailleur ; on le prendrait plutôt pour un livse
de paresseux. C'est , à ce qu'il nous assure , le fruit de trois
ans de recherches . Il me semble qu'il n'a tena qu'a há de le
faire en trois semaines . Il suffisait pour cela de prendre les
K 4
152
dictionnaires des langues qu'il connaît , et de transcrire les
privatifs , avec des exemples ; et si on lui reproche d'avoir
fait trop peu , c'est qu'il était en état de faire davantage .
AN NON C E S.
Annuaire du Républicain , on légende physico- économique , avec
T'explication des trois cents soixante- douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peut
donner aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les ,
connaissances les plus nécessaires à la vie commune , et les
plus applicables à l'économie domestique et rurale , aux arts
et au bonheur de l'humanité. On y a joint le rapport et l'ins
truction du comité d'instruction publique , dans lequel se
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures .
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire naturelle et au lycée des arts.
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement composé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur. Prix ,
4 liv. broché pour Paris , et 5 liv . franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie - François Drouhin , rue
Christine , a . 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République .
Cathéchisme de la Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen , par J. B. Bouche - Seiche , maître de pension , et
ci - devant professeur en l'université de Paris ; chez l'auteur ,
rue des fossés St. Jacques , nº . 7 , près de l'Estrapade . Prix 12 sols
broché en parchemin .
GRAVURES.
Tableaux grayés des principaux événemens de la Révolution
Française , depuis l'Assemblée des Notables en 1787 .
Troisieme livraison , Prix , 6 liv .
On souscrit à Paris pour cet ouvrage , qui peut être utile
à l'instruction publique , chez les citoyens l'Epine et Niquet ,
graveurs , rue du fauxbourg St. Jacques , no . 212 ; et chez
les principaux marchands d'estampes et libraires de la République
, qui feront passer leurs avis franc de port .
SPECTACLES.
THÉATRE DE L'OPÉRA COMIQUE NATIONAL .
La piece en vaudevilles , intitulée l'Intérieur d'un Ménage
Républicain , donnée dernierement sur le théâtre de l'Opéra
J ( 153 )
·
Comique National , annonçait plutôt des tableaux qu'une
intrigue . On y trouve on effet des tableaux charmans , d'un
intérêt doux et plein de sensibilité , ceux d'un perè et d'une
mere parfaitement unis et qui n'ont pas de meilleur moyen
de se témoigner leur tendresse , que de concourir ensemble ,
chacun suivant ses moyens , à l'éducation de leurs enfans .
Cependant l'auteur a eu l'art de lier ces scenes par une espece
d'intrigue assez comique . La gouvernante des deux enfans
à qui leur éducation était confiée avant que leurs parens s'en
chargeassent eux - mêmes , femme imbue de tous les préjugés
possibles , et particulierement de ceux de dévotion , arrive de
son pays , Notre-Dame de Liesse , où elle a passé plusieurs
mois. Elle Y était allée en pélerinage , dans l'intention d'y
faire veu de ne pas contracter de nouveaux liens . Un pareil
voyage n'était pas fait pour lui former le coeur et l'esprit ;
on conçoit qu'elle n'est pas revenne plus sage qu'elle n'était
partie . Elle est très - étonnée de tout ce qu'elle voit à son retour,
et sur- tout du ton qu'ont pris les jeunes éleves , qui n'ont plus
pour la Vie des Saints ce profond respect qu'elle leur avait
inspiré . Il Y a
là de quoi révolter une personne qui vicut de
voir un miracle en personne à Notre - Dame de Liesse , comme
' elle l'assure . Cependant , comme elle est bonne femme , son
ancien maître desirait la garder avec eux , et lui faire épouser
Germance , malgré son nouveau vou. La personne de ce Germance
lui plaît assez pour l'engager à le rompre et à donner
sa parole ; mais bientôt elle se reproche cet aveu , comme
le plus horrible sacrilege en apprenant que ce Germance est
le nouveau curé du pays . Un prêtre se marier ! sa dévotion .
ne tient pas contre une aussi horrible idée ; mais ses scrupules
ne tiennent pas non plus contre les excellentes raisons que
lui oppose Germance , et surtout contre les aimables qualités
qu'elle découvre en lui . C'est une adresse de l'auteur d'avoir
appelé l'amour à l'aide de la raison pour détruire les préjugés
de l'ignorance . La raison devrait sans doute suffire , mais elle
n'est pas à la portée de tous les esprits , comme l'amour l'est
de tous les coeurs . L'amour donc finit par faire de la dévote
Rose , une bonne républicaine . "
Cette piece est d'un excellent ton , et offre beaucoup de
couplets remplis d'esprit . On desiserait plus de développement
dans quelques scenes , et un meilleur choix d'airs . Le jeune
compositeur qui a arrangé cette musique a beaucoup de talens ;
il en a mis dans cet ouvrage , et c'est un reproche à
lui faire . La moindre ambition dans les accompagnemens est
un défaut insupportable dans les vaudevilles , où ils doivent
être entierement subordonnés aux paroles . On a demandé
l'auteur , qui a paru ; c'est le citoyen Chastenet , ci - devant
Puységur. On ne peut qu'applaudir aux sentimens, civiques
qu'il y a exprimés , d'autant plus qu'ils ont cette effusion
qui ne peut partir que du coeur , et qui en garantit la sincérité .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
LA
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 7 Janvier 1794 .
A Czarine travaille toujours au maintien et même à l'ace
eroissement de son influence , non - seulement dans la Pologue ,
ce serait trop peu dire , puisqu'elle y regne aussi despoti
quement que dans ses propres etats , mais même dans les diff -
rentes cours du Nord , où elle entretient des espions , des
intrigans , des boute- feux et des conspirateurs sous les noms
pacifiques d'agens , d'envoyés , de chargés d'affaires et d'em
bassadeurs .
Il paraît que cette femme impatiente de réaliser ses projets
ambitieux , dont il faut en effet qu'elle presse l'exécution si
elle veut en jouir , avait médité , préparé , presque commis un
nouveau crime sur la personue du duc de Sudermanie , trop
sage pour consentir au funeste hymen de son neveu le prince
royal avec une petite fille de cette accapareuse de royaumes .
Voici du moius ce qu'on écrit de Stockholm , en date du
30 décembre , et qui confirme avec des details ce que nous
avions eu deja l'occasion d'annoncer.
*
On connaît maintenant les projets de la conjuration dont
les principaux chefs sont arrêtés ; il s'agissait de faire périr
le duc- régent et quelques autres personnes qui lui sout attachees
, sur- tout le baron Reuterholen , président de la chambre
de révision ; de mettre ensuite le gouvernement entre les mains
du jeune roi , assisté de quatre conseillers ; de cette maniere
la cabale aurait disposé à sa volonté de tout le royaume , et
nous aurions été livrés pieds et poings liés , à l infâme Catherine
à qui ces scélérats étaient vendus ; nous aurions pris
part à la coalition absurde des tyrans malheur incalculable ,
dont la sagesse et la fermeté du régent nous ont si heureusement
préservés par notre union intime avee le Danemarck. Ce
complot affreux a été découvert par une lettre qu'on a interceptee
, adressée à l'un de nos ministres en Italie qui jouissait
de la plus grande considération sous le précédent regne . Les
ordres ont été expédiés aussi- tôt pour s'emparer de sa personne
et de tous ses papiers on a trouvé chez la comtesse Rudenstold
la clef des chiffres qui servaient à sa correspondance avec le
susdit ministre.
Le 19 , le surlendemain de l'arrestation des conjurés , le
( 155 )
secrétaire d'état et directeur en chef des postes , de Franck ,
a reçu très inopinément sa demission , etil a été remplacé surle
champ par le secrétaire de la chambre de révision , de
Kihlgreen . Depuis on n'a plus arrêté d'autres personnes , mais
la garde est doublée au palais du roi , et on fait de très fréquentes
patrouilles par la ville ; tout est trauquile .
Quelque tems auparavant la Czarine avait essayé , non pas
d'une maniere ouverte , mais par les ministres des puissances
coalisées de détacher le Danemarck de la neutralité , en lui
faisant faire un premier pas , d'après lequel il n'aurait peutête
pas été , très - difficile de l'amener par d'autres dans la
coalition . Le comte de Bernstorff , fidele aux mêmes principes
que le duc de Sudermanie , a très - bien senti le piege , et a su
l'éviter , comme on en jugera par sa réponce aux plaintes
des agens des puissances relativement à la note adressée au
commerce du Nord par le citoyen Grouvel , ministre de la
République Française . Voici ces deux pieces :
Comme les ministres soussignés des puissances actuellement
en guerre avec la France , qui ont été agréés par sa majesté
danoise , ont eu connaissance d'un écrit imprimé , adressé au #
commerce du Nord , qui porte la signature d'un individu qui
se qualifie de ministre de la soi - disant République Française ,
ils ont l'honneur d'envoyer ci -joint un exemplaire à S. E. M.
le comte de Bernstorff , avec priere de vouloir bien leur faire
savoir si cet écrit est authentique et autorisé , et si le susdit
indivu est reconnu dans ce caractere de S. M. danoise comme
il semble qu'on puisse le présumer de cet acte de publicité . "
Copenhague , le 13 décembre . Signés , KAUDENGE , BRUNER ,
HAILOS , GOLZ , MUSQUITZ , FAGEL ,
19
Après avoir rendu compte au roi de la note que les ministres
des puissances en guerre avec la France m'ont remise en
commun , sa majesté m'a ordonné d'y repondre qu'elle voit
avec déplaisir dans cette note ane preuve d'une dehance a
laquelle elle est persuadée qu'elle n'a donné aucune occasion ;
que quelque notoire qu'il puisse être que M. Grouvelle ait
eté nommé par la Convention nationale , ministre chargé de pouvoirs
en Danemarck , il est également notoire qu'il n'a été reconnu
ni admis en cette qualité , et que la connaissance qui , de sa
nature est un acie public , ne peut être soustraite à la connais- ,
sance du public , sa majesté , toujours fidele à ses déclarations
, ne peut et ne doit point être exposée à des soupçons ;
comme si elle avait manqué de se mettre en regle à cet égard .
Je dois encore ajouter ici une remarque , qu'il n'y a point
de vérité plus frappante et plus universellement reconnue que
celle- ci ; c'est que personne ne doit être rendu responsable
pour les démarches d'un tiers , et moins encore lorsqu'il s'agit
d'une démarche imprévue , inconnue à laquelle il n'a pas eté
possible de prendre la moindre part .
" Du département des affaires étrangeres . Copenhague le
18 décembre . Sigué , BERNSTOREF .
( 156 )
La Russie satisfaite d'avoir achevé de donner à la Pologne
les lois et la forme de gouvernement qui convenait le moins
à cette République , et préparait mieux la possibilité d'accomplir
, dès qu'on le voudra , son entier asservissement , s'est
hâtée de faire dissoudre la diete de Grodno , dans laquelle
quelque souvenir de liberté , de fierté nationale pouvait encore
l'inquiéter. L'ambassadeur Siewers , fidele jusqu'au bout
à son caractere impérieux , quoiqu'il soit sur le point de
quitter pour être remplacé par M. Igelstrom , ministre du second
ordre , persécute les patriotes , sur- tout les amis du sénateur
Mostowski , dont les plus chauds courent le risque d'être
envoyés en Sibérie . Il leur dit , chassez les Russes si vous le
pouvez , autrement obéissez ; malheur aux vaincus , ve victis !
La forme du gouvernement décrétée par la diete de Grodno
est en deux gros volumes . L'ancienne forme y est changée , de
même que la division politique du royaume. Par l'effet du
dernier démembrement , la Pologne est actuellement divisée
en deux provinces , la Couronne et le grand duché de Lithuanie
. La province de la Couronne comprend huit palatinats ,
tant anciens que nouvellement créés ce sont ceux de Cracovie
, de Sendomir , de Volhynie , de Chelm , de Lublin ,
de Varsovie , de Ciachanow et de Podlachie ; le grand duché
en a même nombre , savoir : Vilna , Trock , Samogitie
Nowogrodek , Merne , Breze , Bracklaw ct Grodno . Chaque
palatinat aura deux sénateurs séculiers , le palatin et le castelan ,
qui tous les deux seront absolument dépendans de leurs palatinats
, pendant la tenue des dietes , et ne recevront que d'eux
leurs instructions et leurs ordres . Tous les quatre ans chaque
palatinat enverra six nonces à la diete . Les anciens sénateurs ,
dont les palatinats sont englobés dans le démembrement ,
resteront sans activité pour les dietes , mais pourront parvenir
aux magistratures par voie d'élection , Les villes sont déclarées
libres par la république et divisées en trois classes , d'après
leur population ; leurs privileges ne sont pas les mêmes. Elles.
auront toutes ceci de commun , que , tous les quatre ans , elles
éliront des agens chargés de suivre leurs affaires , soit auprès
des dietes , soit auprès des tribunaux , et qu'en regard au bon
ordre , elles seront subordonnées à la commission de police .
Il vient d'arriver à Varsovie un accident tres - fâcheux . Le
pont de la Vistule , des piles de bois de chauffage , plusieurs
batteaux , et ce qui est encore plus malheureux un assez grand
nombre de personnes ont été entraînées par la derniere débacle
des glaces qu'on n'a pu ni prévoir , ni prévenir. C'est le
19 décembre que cet accident a eu lieu .
On mande de Semlin en Hongrie , que la Turquie est affli .
gée de maladies contagieuses qui s'étendent jusques sur la
frontiere . En conséquence , on fait faire une quarantaine de trois
semaines aux personnes et effets qui viennent de ce côté i
( 157 )
<
et l'on a même établi un cordon sur la pointe, vis-à-vis de
Belgrade.
On mande aussi de Bude , que le travail de la démarcation
a commencé dans les premiers jours de novembre . C'est le
pacha de Bosnie , à la tête d'un corps de 8000 hommes , qui
est venu le surveiller à six lieues de cette ville , dans le vois
sinage ' de Bihacz. On s'était fait respectivement des présens
qui annonçaient la bonne intelligence ; mais malgré l'acti
vité de l'Effendi , commissaire , on doutait encore que le tra
vail pât s'achever avec l'année .
Il paraît qu'au total les Turcs commencent à s'éclairer et à
prendre des manieres européennes ; ce qui peut leur être
avantageux . On a élevé cette année de grandes et belles casernes
dans plusieurs quartiers de Constantinople et les environs
; on forme des artilleurs en tout genre. La marine
ottomane se rétablit sous la direction de Kretebul Husseim ,
parent et favori du grand- seigneur . Le reis - effendi Rachid se
distingue aussi dans le ministere des affaires étrangeres , sans
néanmoins avoir voyagé .
La
De Francfort-sur - le-Mein , le 15 janvier.
La cour de Vienne n'est rien moins que rassurée relativement
aux dispositions de ses sujets dans cette guerre , dont
la fatigue se fait sentir jusqu'à l'excès . Les levées d'hommes et
' argent s'exécutent avec la plus grande lenteur , ce qui les
rend prèsqu infructueuses On en est à faire des especes de
quêtes ; et quand les gens ne donnent point , ou donnent
faiblement ou à contre coeur , on leur dit ; vous n'aimez
donc point votre souverain ; On mande aussi de Prague qu'ily
a eu une émeute violente dans cette ville , Occasionnée par
une nouvelle levée ; le comte de Lazunzki qui y commande ,
a cu recours à la force pour appaiser cette insurrection populaire
.
Il va se faire une promotion militaire . Parmi les colonels
qui seront faits généraux-majors , on compte MM . Bander ,
du régiment de Huf infanterie ; Keim , de Staader ; Ocszy , de
l'archiduc Ferdinand ; Kergen , de grand-maître de l'ordre
teutonique ; Kyvochenik , de Gradisca ; et Wolf que les Français
ont fait prisonnier devant Dunkerque. On prétend
que les jeunes nobles composant les gardes hongroises et galliciennes
sollicitent des places de premiers lieutenans dans l'armée
de 130,000 hommes que l'on promet de completter au prince
de Cobourg. j
-
On a grand soin aussi de répandre une nouvelle qui peut
être vraie , mais qui dans le fond ne signifie pas grand'chose
c'est qu'un courier anglais , dépêché des grandes Indes , et qui
a fait route par Constantinople , a annoncé que les Anglais
"
( 158 )
se sont déja rendus maîtres de presque tout ce que les Français
possédaient dans ces contrées-là , que la tranchée avait
été ouverte , devant Pondichery . Ce courier n'a pas tarde de
se remettre en chemin pour porter ces nouvelles à Londres .
La perte des établissemens français dans l'Inde , qui ne serais
que momentanee , serait assurément d'une faible ressource
pour racommoder les affaires de l'empereur en Europe .
Comme la durée de ceue guerre ruineuse depend en grande
partie pour les puissances beiligerantes de la facilité de se
procurer des subsistances , on a décidément pris , ainsi que nous
l'avions déja ditle parti de n'en plus vendre aux Suisses , d'abord
pour les ménager , et ensuite pour en priver la nouvelle Répu
blique , qui ne laissait pas que d'en tirer de ce côté . On irait
même plus loin si ou osait , et la coalition prendrait à leur égard
le ton impérieux qu'elle s'est permis de prendre avec la repub'ique
de Gênes ; mais on est arrêté par la crainte bien fondée
qu'ils n'abandonnent la neutralité pour se réunir à la France ,
déja trop redoutable à elle seule .
Les Français savent au reste se procurer des vivres d'une
antre maniere moins dispendieuse pour eux , c'est à la po ne
de t'épée qu'ils les enlevent à leurs ennemis , témoin le fait
suivant le général Wolckenstein a fait prévenir les habitans
du Margraviat qu'il n'avait plus les moyens de garantir leurs
proprietes , et les a învités à retirer leurs effets au-delà des
montagnes. Ceux- ci se sont plaints amerement de ce qu'après
les avoir epuises et dévorés on les abandonnait aussi lâchement .
Le général qui a senti combien sa déclaration annouçait de
terreur et de faiblessse , a voulu revenir contre , et défendre
l'exportation qu'il avait ordonnée ; mais elle se fait ; et les
habitans sentent qu'ils ne peuvent être défendus ni protégés
par ceux qui leur avaient tout promis , et n'ont contribué qu'à
leur ruine.
D'ailleurs , il s'exerce contre les Allemands des violences
qui sûrement doivent les indisposer . S'il faut en croire des
lettres de Ham en Westphalie , un jour de dimanche , tandis
que le peuple était rassemblé dans l'église , ' on l'a entourée de
soldats , et on y a enrôle de force tous les hommes de 16
à 40 ans .
f
Quel parti peut- on tirer d'hommes qui marchent ainsi à
contre- coeur ? encore moins sans doute que des émigrés , auxqueis
on ne peut contester un courage digne d'une meilleure
cause . Voici le discours que leur a adressé leur chef en terminant
la campagne.
se
La multiplicité des occasions où la noblesse française ,
tous les corps et les individus qui composent cette armee ,
sont distingués dans tous le cours de cette campagne , m'a fait
craindre de la fatiguer de mes remercimeus trop répétés , si je
les lui adressais à chaque affaire heureuse où elle a si bien su
' se - rendre digne d'elle-même ; j'ai donc cru devoir attendre
159 )
·
la fin de nos travaux , pour remplir le voeu de mon coeur. C'est
avec la plus grande satisfaction que je m'y livre aujourd'hui ,
en exprimant à l'armée , tout l'intérêt , tout l'attachement ,
toute l'admiration que m'inspirent ces sacrifices si méritoires
et si soutenus , cette paticnce à toute épreuve , cette valeur ,
tantôt ardente et tantôt froide , et toujours à propos , dont
j'ai été assez heureux pour être le témoin ; avec de pareils
soldats , un général a bien peu de chose à faire , il les suit
plutôt qu'il ne les mène , il partage leurs succès , mais il leur
doit tous les siens.
" Ce n'est pas sans avoir le coeur déchiré de tout le sang
précieux que j'ai vu répandre , mais c'est avec autant de reconnaissance
que de sensibilité que je felicite tous mes braves
compagnons d'armes de la gloire dont ils se sont couverts ,
présage heureux pour celle qui les attend la campagne pro--
chaine . Quel que soit leur sort , quel que soit le pays qui leur
soit destiné par les princes et les pnissances coalisées , l'armée
doit être bien sûre que tout ce que j'ai vu d'elle , ne peut que
redoubler ( s'il est possible ) les sentimens affectueux et tendres
que j'ai voués dans tous les tems à la noblesse française et au
vrai militaire français .
" Je me trouverai bien henreux , si je peux leur rendre
quelquefois utile , par la suite , le reste de ina vie que je consacre
comme eux à la cause et au serment de mon roi . Faibles
sans doute par le nombre , mais forts de nos sentimens et
de notre énergie , ne nous effrayons pas des succès momentanés
du crime , portons nos regards sur l'avenir , et ne
doutons pas un seul instant que tant de travaux , de fatigues ,
de dangers et surtout de constance à les braver encore , ne
nous ramenent enfin des jours plus tranquilles et plus heureux
. "
1
•
Signé , Louis Joseph DE BOURBON .
Les efforts des émigrés n'ont pas été , malgré tous ces éloges ,
d'une grande ressource à la coalition , puisqu'on se trouve
réduit à faire une guerre défensive aussi la plupart des princes
et états qui nous avoisinent se sont- ils réunis pour la sûreté
de leur territoire , ce qui forme une espece de coalition dans
la coalition . Les petits princes se plaignent que la maison
Palatine ne prête point à leur confédération tous les secours
qui sont en son pouvoir. Mais il faut avouer qu'elle est bien
embarrassée , elle se trouve entre deux écueils également dangereux
, i'Autriche qui ne cherche qu'un prétexte pour la
dépouiller , et la République Française trop à portée de lui
faire sentir sa vengeance .. Le Palatinat se ressent encore des
incursions des Français à la fin du dix-septieme sieele , et l'on
voit encore les masuies des châteaux que le maréchal de Turenne
At livrer aux flammes.
De son côté , l'électeur de Mayence n'est pas moins inquiet ;
( 160 )
il s'est retiré à Aschaffembourg , et pour dire la vérité cette
retraite est une fuite . On sent tellement que Mayence court
risque d'être repris par les Français , que l'on transporte ac- >
tuellement les prisonniers qui y étaient détenus dans la ville
de Magdebourg.
Des lettres de Manheim annoncent que le 4 janvier il a dû
y avoir une affaire à Mundenheim où l'on se proposait d'attaquer
les Français . Cependant une chose pourrait en avoir
fait passer l'envie , c'est qu'ils sont là au nombre de 80,000
hommes . Ce qu'il y a de sûr , c'est que les Français ont attaqué
le 6 les Prussiens entre Franckenthal et Worms. On attend des
détails sur ces combats ; ceux qui circulent paraissent jusqu'à
présent à l'avantage des Français .
Une colonne de 20 000 Français avait pénétré dans le pays
de
Tréves , et se portait sur cette ville ; 20,000 Autrichiens ont
ceuru au secours le baron de Blanckestein , commandant de
ce corps , a ordre de faire occuper par ses troupes Coblentz
et la forteresse d'Ebrenbreitstein. Le duc de Brunswick envoie
aussi des renforts formés de troupes Palatines venant de Dusseldorff
, et d'un corps de Hessois ; ces secours sont déja en
marche par Saint-Goard . En attendant , on est sûr que les
Français ne se sont pas encore montrés dans les environs de
Simmern . On a même appris , le 8 que le major Saxon de
Druchsler y est arrivé avec 4 escadrons de hussards Prussiens
et Saxons , ainsi que de l'infanterie légere , et qu'il a ordre
d'observer les mouvemens de l'ennemi , et de proteger Coblentz .
Des nouvelles de Manheim encore plus recentes . Les
Français sont entrés avant-hier à Airchheim -Bolauden , où ils
ont imposé une contribution de go mille florius . Le grand
bailliage de Neustadt doit payer 400 mille livres . Le beau château
de plaissance de l'électeur a été hier entierement pillé
et dévasté . A Franckenthal , les Français ont exigé les articles
snivans : 150 sacs d'avoine tours les jours , ainsi que 3 voitures
de foin et 3 mille livres de pain ; et en outre 150 mille livres
de contribution pécuniaire. A Oggersheim , les républicaine
n'ont rien laissé dans le château : lits , chaises , tables , canapés ,
housses , etc. ils ont tout emporté après avoir brisé les glaces
et eassé toutes les tenêtres . On n'a pas épargne le concierge.
Il est passe aujourd'hui par ici , pour aller porter cette
bonne nouvelle à S. A. S. l'électrice , qui est, maintenant à
Veinheim.
}
Les Français ont pris poste à Mundenheim et Friesenheim ,
et ils commencent à s'y retrancher . Mais les Autrichiens
élevent de leur côté des retrauchemens formidables en face de
ces endroits , et il sera bien difficile à l'ennemi de se maintenir
dans cette position .
» Hier
( 161 ) 161 ).
Hier dans l'après - midi , les gardes de S. A , le duc de Deux-
Ponts arriverent ici au nombre de 650 hommes , pour renfor.
cer notre garnison . Ces troupes sont entrées au service
palatiu .
Notre garnison est actuellement de près de 5,000 hommes .
Hier , il arriva deux escadrons de hussards Autrichiens . Nous
attendons encore deux bataillons de grenadiers . Tous les
émigrés Français et autres étrangers ont quitté notre ville . "
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Le gouvernement avait fait arrêter le général Marassé ,
l'un des complices de Dumourier . Mais il vient d'obteni
son élargissement , à condition toutefois qu'il viderait le pays
dans les 24 heures : c'est ce qu'il a fait en prenant la route
de la Hollande .
Au reste ,
1
Malgré l'état de détresse des armées Autrichiennes dans la
Belgique , on paraît vouloir y tenter quelque chose . Maubeuge
sera vraisemblablement le point d'attaque ; on le con
jecture , d'après le mouvement de la majeure partie de la
grosse artillerie et des autres attirails de siége , qui avaient
eté d'abord renvoyés dans les principales villes de l'intérieur ,
et qui viennent d'en repartir pour Mons , où la garnison de
sept bataillon de grenadiers a reçu ordre de se tenir prête
marcher. Mais ce qui fortifie bien plus cette conjecture ,
c'est que les cantonnemens de l'extrême frontiere sont en
partie déja organisés en corps , que l'on fait mouvoir.
si les généraux Autrichiens profitent du tems
encore sec et bon , les généraux Français eu profitent aussi .
Dunkerque sert de point de ralliement aux troupes de la
Flandres maritime ; Lille et Douay voient aussi se former
une masse de troupes qei , conjointement avec la garnison
de Givet , augmentée de 4,000 hommes , pourrait bien faire
de nouvelles excursions dans le pays d'entre Sambre et Meuse .
Il est vrai que le prince de Cobourg compte s'y opposer.
Mais son arinée perd beaucoup de monde par i aladies
et il a plus besoin que jamais des 20,000 homa . de renfort
qu'il attend de la Bohême , et qui ne lui arriveront que
par petites parties , vu la dificulté du recrutement dans un
pays déja épuisé ; ce qui rendra ce secours presque inutile .
Il s'est élevé une altercation assez sérieuse entre le gouvernement
général et les états de Brabant , assemblés le 8 : ils
continuent de refuser de reconnaître M. Van - Velde en qua
lité de grand chancelier on leur en demande les raisons
dans une note qui revendique pour l'empereur le droit de
conférer cette place ; et on les somme en même tems de
proaver que le candidat n'est pas idouane ; car c'est ainsi que
le gouvernement , qui ortographie aussi bien qu'il gouverne .
écrit ce mot. On imagine bien que dans cet état d'aigrete
Tome VII. L
( 162 )
"
de part et d'autre , ce gouvernement n'obtient ni argent
troupes ; on ne s'en est procuré que très- peu par la derniere
levée , ce qui aurait pourtant été bien plus commode et bien
moins dispendieux , que de les faires venir à grands frais de
la Bohême et de la Hongrie .
Le ministre de Hollande a des conférences fréquentes avec le
comte de Finchensten ; on croit généralement que les états
généranx sout dans le dessein de retirer leurs troupes de terre
de la coalition , et qu'ils se borneront à fournir leur contingent
en argent et en provisions . Cependant une chose semble contrarier
ces dernieres dispositions , en cas que le bruit qui cu
court soit vrai c'est que l'amiral Kinsbergen a été mandé
à la Haye , pour concerter avec le Stathouder les mesures
relatives à un armement considérables , qu'on doit promettre à
l'Angleterre , pour la campagne prochaine.
ITALIE ET SUISSE .
On jugera facilement des véritables dispositions des Suisses
par les pieces suivantes : il est aisé de voir qu'elles sont favorables
à la France , et que c'est en vain qu'ou travaille à les
détacher de la neutralité . Lorsque le canton de Berne s'exprine
ainsi par l'organe de son magistrat , sans doute les autres
pensent au moins de mêmc .
Le procureur-syndic du département du Mont-Blane avait
écrit à M. Barthélemy , ministte de la République Française
auprès des cantons , pour l'instruire que des enrôlemens clandestins
se faisaient en Suisse contre la France ; le ministre
français en a porté ses plaintes au gouvernement de Berne ,
qui a fait faire des recherches , qui prouvent évidemment que
les soupçons du procureur- syndic du Mont Blanc étaient
illusoires et chimériques . Voici la réponse de l'avoyer à la lettre
du ministre de France.
Copie d'une lettre écrite au citoyen Barthélemi , par M. Mulinen
avoyer et président du conseil secret de la république de Berne . A
Berne , le 4 janvier 1794.
7
J'ignore , monsieur , d'où le procureur - général - syndic da
Mont Blanc tient les avis qui ont occasionné les plaintes qu'il
vous a adressées ; mais je dois croire qu'ils sont errones : ce
qu'il y a de sûr , c'est que nous n'avons aucune connaissance
de ces prétendus recrutemens de savoyards , que tous les
enrôlemens clandestins sont très - séverement defendus dans
notre pays , que messieurs les baillis ont ordre d'y veiller , et
qu'ils ne les toléraient pas s'il en existait ; qu'au surplus M. de
Salles n'est point à Lauzaune , et n'y a point paru depuis l'ete
deinier ; et qu'enfin notre gouvernement se fera constamment
an devoir d'observer en tous points la plus exacte neutralité .
( 163 )
C'est ce dont je vous prie de vonloir bien être entierement
convaincu .
""
D'ailleurs voici comment s'exprime une lettre de Bâle : Les
puissances alliées pressent particulièrement le canton de se
joindre à eux , où tout au moins d'accorder sur leur territoire
un libre passage à leurs troupes , d'empêcher toute exportation
en France de toutes provisions . Mais attendu que cette demande
leur a été refusée , il est vraisemblable que nous ne recevrons
plus de grains , ni de la Snabe , ni du Brisgau , ni de la
Baviere . Si notre refus n'était pas fondé sur nos bonnes dispositions
pour la France , il pourrait l'être par les troupes
qu'elle entretient dans notre voisinage , et sur -tout par la prise
de possession de tous les passages et défilés qui conduisent
chez nous ; ce qu'il y a de certain , c'est que la plus grande
partie de nos habitans sont livrés aux idées révolutionnaires . ››
Le colonel Weiss a formellement démenti sa nomination
à la place d'ambassadeur du corps helvétique auprès de la
République Française . Le fait est , que les cantons s'en tenant
jusqu'à présent à la neutralité , n'ont encore personne pour
les représenter auprès de leurs anciens alliés .
---
Suivant des lettres de Rome, on vient de mettre en liberté le
eltoyen Cheveau , qui avait été long - tems détenu au château
Saint- Ange , sur des soupçons que la malveillance s'était plue à
faire naître pour le noircir. Le trop fameux Calonne est
a Rome . Le pape lui a donné audience et bénédictiou pu
blique . Calonne est en état de lui rendre en échange force
plans de finances , mais très - peu d'argent , qui viendrait pourtant
bien a point au serviteur des serviteurs de Dieu , actuellement
assez mal payé de ses gagea depuis que la France ne
l'emploie plus. D'ailleurs , les vivres deviennent rares , et par
consequent chers à Rome et à Naples ; ce qui pourrait amener
une insurrection funeste à la Thiare et à la Couronne .
L'ordre de Malthe s'était proposé de faire un emprunt où
le pape devait mettre 100,000 écus ; mais il s'est ravisé sur
cette dépense ; comme l'ordre composé de nobles , ainsi que
chacun le sait , s'est ravisé sur l'idér d'entrer dans la coalition
contre la France ; on est très - positivement instruit qu'il
restera neutre .
Les ambassadeurs d'Espagne et de Portugal ont quitté Gênes
où l'on préparait des grilles à rougir les boulets , en cas que
des vaisseaux anglais , restés à la vue du port , voulussent
tenter quelque chose : ce ne sont pas des motifs d'intérêt
qui ont en la plus grande part dans la généreuse résolution
des Gênois , le sentiment de la liberté l'a dicté ; d'ailleurs ,
ils ont un Doria pour doge .
Naples continue à fournir quelques troupes ,
mais point
L 2
( 164 )
d'argent , et le ministre d'Alton , le compatriote de Pitt ,
se trouve au moins aussi embarrassé que lui sur cet article .
Le grand-duc de Toscane n'est pas moins faché d'être entré
dans la coalition ; il s'apperçoit , trop tard il est vrai , qu'il
s'est embarqué mal - a -propos dans cette guerre ; mais en at
tendant qu'il trouve et saisisse un prétexte honnête de s'en
tirer , il prépare ses deux millions de contingent : son port
de Livourne est toujours fréquenté par un gran nombre de
vaisseaux anglais qui finiront par lui faire la loi chez lui ,
comme ils ont coutume de la faire quand ils se trouvent en
force. Les Algériens viennent de conduire dans ce port dix
vaisseaux américains et six gênois .
On à aussi appris par fun bâtiment suédois que c'est nonseulement
à l'instigation de l'Angleterre , mais même à celle
de la Hollande qu'Alger harcele le commerce des Etats -Unis .
Les Anglais et les Espagnols bloquent dans le port de
Tunis un convoi de navires français .
ANGLE TE KRE. De Londres , le 7 Janvier.
Il est assez curieux de voir le ton que prenaient les Anglais
dans une ville de la République Frauçaise , dont ils ne
devaient pas rester long- tems les maîtres . Voici la proclamation
peu connue du général O'Hara dans Toulon , le 18
novembre :
Nous soussignés , commissaires plénipotentiaires de S. M.
le roi de la Grande-Bretagne , publions , par son ordre et en son
nom , la déclaration suivante : S. M. B. étant informée des
circonstances dans lesquelles la ville , le port et les forts de
Toulon , ainsi que les vaisseaux dudit port ont été confiés au
vice -'amiral lord Hood , commandant en chef les vaisseaux et
bâtimeus de S. M. dans la Méditerranée , et de la declaration
et proclamation publice par ledit vice amiral , ainsi que de la
déclaration qui lui a été faite par les habitans et le peuple de
Toulon , a jugé à propos , pour la plus grande satisfaction
desdits habitans et peuple , et pour la pleine explication de
ses intentions royales , de déclarer ce qui suit :
1º. Quand la monarchie sera rétablie en France , et qu'il
aura été conclu un traité de paix , stipulant en faveur de
S. M. et de ses alliés , la restitution de toutes les conquêtes
faites par la France pendant la guerre , une juste indemnité
pour les pertes et dépenses qu'elle aura occasionnées , et une
sûrété convenable pour l'avenir , S. M. fera restituer les villes ,
forts et port de Toulon , ainsi que les vaisseaux et ce qu'ils
contenaient , conformément aux engagemens pris par ledit
vice-amiral .
2º . S. M. a donné des instructions , afin que les mesures
les plus efficaces soient prises pour la protection des personnes
( 165 )
et des propriétés des habitans de ladite ville , et pour leur
procurer les secours de subsistances et autres articles dont
ils peuvent avoir besoin . S. M. trouve bon aussi d'approuver
la continuation dans leurs places et fonctions respectives , de
tous ceux qui ont des emplois civils ou militaires , autant que
les circonstances et le bien de la cause commune le permet
trout.
29 3 ° . S. M. fera tout ce qui sera en son pouvoir, de concert
avec ses allies , pour repousser toutes les attaques qui pourraient
être faites contre Toulon , et étendre sa protection à ceux
qui désireraient d'y avoir recours sous certaines conditions . "
! , ་ , ་
Les papiers ministériels deviennent beaucoup plus sobres
de complimens sur la prospérité britannique. C'est une maniere
de préparer à l'aveu de la perte de Toulon ; aveu deja
fait à quelques égards , mais qu'on ne peut se résoudre en
core à annoncer officiellement . Cette perte et d'autres craintes,
d'autres embarras , détermineront l'Angleterre , disent tous
les gens sensés , à se retirer de la coalition. Les puissances
crient d'avance contre M. Pitt , tant elles tremblent qu'il ne
preune ce parti , le seul sage pourtant , le seul qui puisse
le sauver. Au reste cet abandon , peut - être très - prochain
n'est pas positivement le premier ; car la cour de Berlin , par
sa deinande d'une vieille dette , adressée d'une maniere trespressante
à l'Empire , a deja fait pressentir ses intentions,
Cependant , afin de se ménager une retraite honnête et même
honorable , on continue d'ordonner des mouvemens. On
expedié le 2 , de l'amirauté , des lettres à sir Robert Curtis
et aux principaux officiers de Spithéad.
Les mesures rigoureuses contre les détracteurs de l'administration
actuelle , ne se sont ralenties non plus en rien :
F'auteur d'une adresse qui gourmande violemment M. Pitt
sur la guerre et en prouve le danger , vient d'être mis ea
prison.
Le gouverneur de Pondichery a remercié le lord Cornwallis
et l'amiral Whitebread de la maniere honnête dont ils Ini
avaient demandé la reddition de cette place ; mais il les a
prévenus qu'il comptait la défendre jusqu'à l'extrémité.
Le 2 , le messager Spadow arriva au bureau du secrétaire
d'Etat , avec des dépêches du duc d'Yorck , datées de Gand ;
et le colonel Graig arriva le même jour de Guernesey , avec
des lettres du comte de Moyra . Ces papiers ont sûrement
donné à penser aux ministres ; car peu de tems après , lord
Grenville , chargé des affaires étrangeres , M. Dundas ayant le
département de l'intérieur , et l'alderman Broock Watson , se
L3
( 166 )
rendirent chez M. Pitt , où ils eurent une longue confêrence.
Les papiers ministériels justifient de leur mieux ce ministre,
vivement attaqué par ceux de l'opposition , qui lui reprochent
d'avoir très - mal rempli le projet de mettre tout en combustion
en France , et de s'être laissé abuser par les malveillans
sur la facilité qu'il trouverait à faire revivre la monarchie
éteinte. Ces papiers apologistes disent , comme la Corneille
da tems de Domitien , que , si tout ne va pas bien aujourd'hui
, tout va bien aller ; ils fout pressentir que M. Pii continuera
la guerre , il est vrai , mais qu'il la fera seulement
par mer , et la rendra ainsi profitable à la nation , dont c'est
l'element. Une ressource immense s'offre , disent - ils , pour
remplir ce nouveau plan on va renouveller la charte de ta
compagnie des Indes . Elle sera grevée d'une redevance annuelle
de 500,000 liv . sterling , qui garantiront un empruut
très -étendu qu'on espere bientôt remplir.
Des lettres de Dublin portent que le minisetre a fait sonder
le peuple d'Irlande , sur l'établissement d'une imposition
fonciere , applicable au soutien des dépenses indispensables
de l'Etat : cette tentative , à - peu -pres du même genre que
l'annonce précédente , prouve assez que la masse prodigieuse
des impôts indirects dans ce pays , où le génie fiscal a épuisé
toutes les ressources de l'invention , est pourtant bien
dessous des besoins inimaginables aussi d'un gouvernement
dont les bras ambitieux embrassent plus d'objets qu'ils n'en
peuvent contenir.
1
au(
167 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE,
PRÉSIDENCE DE DAVID.
Séance du quintidi , 25 Nivòse.
Eaudet , arrivé de l'armée de la Moselle , a fait un rapport
sur les victoires des armées du Rhin et de la Moselle . Les
détails que présente ce rapport sont trop satisfaisans pour ne
les mettre sous les yeux nos lecteurs . pas
de
Citoyens , a dit Baudot , vous savez que les troupes de
la République furent long- tems abandonnées sur les bords de
la Sarte et du Rhin , au dégoût et à la trahison ; vous savez
qu'une perfidie éclatante livra les lignes de Weissembourg i
l'Autriche ; et que le sol de la liberté fut couvert de hordes
enemies depuis Landau jusqu'à Strasbourg , depuis le fort
Vauban jusqu'à Saverne . La punition des traîtres et le génie de
la liberte donnerent à nos troupes une attitude militaire qui
posa la borne des succès de l'eunemi ; la division de l'armée
de la Moselle , qui servait sous les ordres de Burcy encombra
le poste et les gorges de Saverne de cadavres Autrichiens
les poursuivit jusque sur les hauteurs de Bouxweilter , où par
un mouvement combiné , ils furent battus sur ce point et sur
tous les autres , jusqu'à la Wantzriau par l'armée aux ordres
de Pichegru .
Hohenlohe , désespéré d'avoir été obligé de quitter sa
position sur Saverne , tenta de s'emparer du fort de Bitche ,
et sacrifa 1800 des siens à cette entreprise de la plas extrême
témérité , si elle n'eût été appuyée d'inteligence ; mais le courage
l'emporta, sur les efforts de la trahison , et il échoua.
,, Dès ce moment , les armées ennemies ne songerent plus
qu'à se meure dans un état de défense imposante ; elles occuperent
toute la ligne , depuis Haguenau jusqu'à Werth et
Reishoffen , et fortifierent par toutes les Lessources de
l'art militaire cette position deja très - avantageuse par ellemême.
; L'armée de la Moselle , sous les ordres du général Hoche ,
avait franchi les lignes de la Sarre , battu les Prussiens à
Blicastel et Hornebach , délivré Bitche , et forcé Brunswick
quitter la fameuse position de Pyrmasens pour se replier sur
Kaiserslautern .
L'armée Française tenta de s'emparer de cette place ; si
elle eût réussi , Landau était délivré et le Palatinat pris du
même coup . Tout ce que la nature a de plus affreux en pré
L4
i 168 )
cipices , tout ce que l'art à de mieux combiné dans le métier
de la guerre , était rassemblé sur ce point , et les forces de
la Prusse chargées de le defendre étaient considérables . Malgré
tant d'obstacles , Kaiserslautern eût été emporté , si les ordres
du général eussent eté exécutés .
Kalkreuth , qui y fut blessé dangeureusement , a dit depuis
à Newstadt que trois fois il fut sur le point de donner
l'ordre de la retraite . L'armée Française fit des prodiges de
valeur pendant trois jours consécutifs ; l'artillerie légere surtout
, s'y comporta avec un héroïsme sans exemple ; mais
l'impéritie de quelques généraux en sous ordre , la crainte de
se compromettre , la difficulté du terrain , et un enchaînement
de causes inalencontreuses , firent qu'on ne put jamais parvenir
à une attaque génerale ; la moitié de l'armée au plus était en
mouvement ; la precision manqua ; une consommation triple de
munitions d'artillerie fit craindre pour la fourniture du parc ,
et il fallut changer de plan . Les officiers négligens ou incapables
furent destitués , les pertes réparées et de nouvelles
positions reprises avec ordre et célérité . Douze bataillons de
l'armée de la Moselle filerent sur celle du Rhin , et tout se
prépara pour l'exécution de nouvelles entreprises : c'était le
12 frimaire .
" Depuis ce jour jusqu'au 2 nivôse nous fûmes souvent
tourmentés d'impatience sur la lenteur et la discordance des
mouvemens d'alors ; tous les jours la résolution était prise
pour une attaque générale , et tons les jours uu combat partiel
et ruinenx en était la suite ; c'est dans une de ces affaires
décousues que le général Burcy , chargeant à la tête de sa
division , fat haché sous nos yeux à Gaudernauffer , après
avoir emporté une redoute a l'ennemi . Il est mort en Républicain
. Son dévouement mérite le souvenir de la patrie.
Depuis loug- tems nous étions au milieu de nos freres
d'armes ; ils nous disaient sans cesse que l'inaction était pour
eux pire que la mort ; et lorsque nous pressions quelques - uns
de nos généraux de prendre des mesures promptes et décisives ,
ils nous parlaient de difficultés . A les en croire l'ennemi avait
des nuées de soldats , une artillerie foudroyante , des retranchemens
insurmontables , et ils oubliaient que la bayonnette des
défenseurs de la patrie promettait de lever tous les obstacles .
Que de fois nous avons exprimé notre indignation de voir ainsi
méconnaître l'audace et la puissance du soldat français .
A cette époque , un général de division , au lieu d'obéir
aux ordres qui lui avaient été donués pour agir , se tint en
réserve sous le prétexte éternel des difficultés . Quoique son
patriotisme fût connu , nous l'avons destitué et fait arrêter.
Excepté quelques tentatives éparses , tout se passa en considérations
et en délibérations ac cablantes jusqu'au 2 nivôse . Enfin
, l'armée de la Moselle se réunit à celle du Rhin ; les soldats
de la République emportent les redoutes terribles de Rhois(
169 )
hoffen , prennent 16 canons à l'ennemi , les mettent en déroute
, et cette victoire entraîne l'évacuation de toute la ligne
jusqu'à Haguenau . La division du général Taponier le poursuivit
avee beaucoup d'ardeur mais peu secondée d'autre part ,
le profit de la déroute ne fut pas aussi complet qu'il aurait pu
l'être.
Les deux armées de la République marchant ensemble ,
le mêlange des divisions ue supportant plus la différence des
commandemens , la rivalité commençait à prendre , la confusion
arrivait. Landau était notre but , il fallait un mouvement
unique et décisif pour le délivrer ; Hoche nous parut propre
l'exécuter , et -nous lui conférâmes le commandement de deux
armées du Rhin et de la Moselle . Cette mesure était hardie ,
mais elle était impérieuse ; il n'y avait qu'un chemin pour
aller à Landau ; deux guides pouvaient nous perdre ; le salut
de la patrie commandait , toute autre considération fut nulle ,
et le général fut nomme ; deux jours après , la bataille de Geisberg
mit le comble aux succès de la campagne.
" La journée du Geisberg , le 6 nivôse , fut aussi bien
conçue que grandement exécutée ; l'ennemi fut attaqué dans
quatre endroits différens , à plus de dix lieues de distance ,
et battu sur tous les points . Une division de l'armée de la
Moselle attaquait les Prussiens à Kibelberg ; une autre dans
les gorges de Ham et d'Aveiller , tandis que le corps de l'armée
livrait bataille aux Autrichiens au Geisberg.
Les ennemis firent parade de toute leur tactique militaire
: évolution sur évolation , fausse attaque , marche , contremarche
; les Républicains Francais n'eurent qu'un jeu , celui
de la bayonnette . Six heures de pas de charge déciderent de
la victoire , et la délivrance de Landau fut certaine . Jamais le
mouvement d'une armée n'a été plus régulier , plus intrépide
et plus constamment inébranlable à une action aussi terrible
que celle de Geisberg. L'épouvante se mit dans le quartier
des Autrichiens ; ils n'échapperent qu'à la faveur de la nuit ,
encore Condé et quarante pieces de canon auraient- ils été
enveloppés dans Weissembourg , si Donadieu avait donné à
la tête de la cavalerie , comme il en avait l'ordre ; Donadien a
été arrêté sur-le- champ , ét sera jugé .
有
L'obscurité obligea de différer la prise de Weissembourg
jusqu'au lendemain ; Hoche donna en même tems ordre au
général de division Defaix de preudre Lauterbourg et le poste
d'Haguembach Lauterbourg fut emporté , et Haguembach
pris.
, Le 8 au matin , toute l'armée française pensait que l'en .
nemi s'était retiré sur les hauteurs de Balberotte , deux lieues
en avant de Landau . Saint - just et Lebas , Lacoste et Beaudot
partirent de Weissembourg dans l'intention de visiter les
avant-postes de l'armée, et d'examiner la position de l'ennemi ;
mais apprenant à chaque pas sa fuite précipitée , ils arriverent
ensemble à Landau , au milieu des troupes légeres qui étaient
( 170 )
allées à la découverte . Les généraux vinrent ensuite , et les
représentans du peuple ordonnerent , de concert avec le gê.
néral . Hoche , de poursuivre les conquêtes .
Guermesheim , ce point si important pour la conservation
de Landau , fut bientôt à nous ; Spire et Neustadt , Kaiserslautern
et Crentznach , Frankendal ct Worms , tomberent
également au pouvoir des troupes de la République . Il y avait
* Worms cent mille sacs de grains , une quantité prodigieuse
de cairs ; elles occupent aujourd'hui toutes ces places , vivent
aux dépens de l'ennemi , et forment des magasins pour des
Houvelles entreprises.
Nous avons la satisfaction de vous apprendre qu'au
moment de notre départ les braves républicains venaient de
battre les Prussiens à Oppenheim , à quatre lienes de Mayence ,
et se maintenaient avec fermeté dans la permanence de la victoire
.
1
Après tant de journées glorienses , vous attendez de nous
le récit de quelques actions plus particulièrement éclatantes . La
confusion des camps nous a empêchés de les recueillir toutes .
On est occupé en ce moment à cette recherche aussi importante
pour récompenser le dévoûment que pour tracer l'histoire . En
attendant que ce tableau vous soit présenté , voici quelques
traits pris au hazard qui vous feront juger des anties .
A Kaiserslautern tous les canonniers attachés au service
d'une piece , sont tués , excepté un seul ; celui là continue le
feu , avec la même vivacité , et démonte la batterie ennemie
dirigée sur la redoute ....
Au Geisberg , un boulet de canon ennemi emporte quinze
hommes de file dans un de nos bataillons ; pas un seul volontaire
ne fronce le sourcil , les rangs se resserrent , on crie
vengeance , et vive la République ! A l'instant le pas de charge
et la bayonnette font payer de mille morts à l'ennemi la perte
de quinze républicaius enlevés au milieu de leurs freres . Dans
la même journée du Geisberg , l'artillerie volante laisse approcher
la cavalerie ennemie à portée du pistolet , forme un
bataillon quarré avec ses pieces et fait un carnage effroyable
d'hommes et de chevaux . Ce trait de bravoure et de sang - froid
n'est pas le seul de l'artillerie volante ; elle s'est comportée
partout avec une bravoure et une habileté soutenue .
Landau , pendant le blocus , Klee , concierge du
clocher , voit brûler sa maison , continue d'examiner la manouvre
de l'ennemi , s'occupe sans désemparer , du salut "
de la place , et crie : Vive la République !
" Quand le canon frappe aujourd'hui le soldat Français ,
il ne laisse plus échapper le cri de la douleur , mais bien
celui de vive la République ! ...... 19
Les plus vives applaudissemens ont souvent interrompu
ee rapport. L'Assemblée en a ordonné l'impression , l'envoi
( 171 )
aux armées , et la traduction dans les langues des puissances
avec lesquelles nous sommes en guerre.
Les représentans du peuple à Bordeaux écrivent que cette
commune se régénere tous les jours , et qu'avec du courage ou
pourra la rendre à la pureté des principes républicains .
D'après un apport du comité de l'examen des cha: rois militaires
, la Convention a renvoyé au tribunal révolutionnaire ,
pour y être jugé conformément à la loi , les nommés Claude
Moreau et Slobert , accusés d'infidélité dans l'entreprise des
charrois .
Sur la dénonciation faite par la société populaire d'Etampes ,
relativement à des rassemblemens nombreux et dangereux qui
se sont élevés dans quelques municipalités de ce district .
sous prétexte du culte religieux , et où nombre d'officiers
municipaux se rendent en écharpe ;
La Convention nationale décrete le renvoi de la dénonciation
au comité de salut public , où ceux de ses membres
qui auront des lumieres ou des renseignemens à donner sar
le culte , sont invités de se rendre , afin que le comité puisse
présenter incessamment un rapport général sur tout ce qui
intéresse le culte religieux .
Séance du sextidi , 26 nivôse.
Sur un rapport du comité des décrets , la Convention nationale
avait décrété d'arrestation Marc - Antoine Bernard ,
suppléant de Barbaroux , accusé d'avoir été complice du fe
déralisme du Midi , et avait renvoyé cette affaire au comité
de sûreté générale pour un plus ample examen. Aujourd'hui
le comité , par l'organe de Dubarran , a fait son rapport.
1 resulte des pieces signées de Bernard lui - même , que ce
député-suppléant a été un des plus aidens adherens aux arrêtés
contre-révolutionnaires de la commission de Marseille , lors
de la rébellion ; qu'il a vexé les patriotes , méconnu ouver
tement la Convention nationale , et protesté contre
décrets.
Ses
Sur la proposition du comité de sûreté générale , la Convention
décrete que Bernard sera traduit au tribunal révolutionnaire
, pour y être jugé d'après les lois , et que les pieces
de conviction seront incessamment adressées à l'accusateur
public . Elle charge son comité des décrets d'appeller un autre
suppleant.
Les lois relatives à l'aliénation des domaines nationaux les
supposaient tous appartenir en entier à la République , et
elles n'avaient rien prononcé à l'égard de ceux de ces biens
dont la propriété pouvait être indivise entre la nation et les
eitoyens . I en . est cependant dans ce cas ; et pour lever cette
difficulté , la Convention , sur le rapport de son comité
d'aliénation et des domaines réunis , a déclaré communes à
tous les biens nationaux , dont la propriété indivise appar
( 272 )
tient à la République et à des citoyens , les dispositions des
articles VIII , IX et X du décret du 13 septembre dernier
( vieux style ) , rendu relativement aux biens des émigrés ,
dont la propriété est aussi indivise avec des citoyens , et que
dans tous les cas de partage les frais de la division seront
supportés par les co-partageans , à proportion de leurs droits .
Les créanciers des émigrés n'avaient été avertis que par une
senle loi , n'avaient obtenu qu'un délai de deux mois prorogé
seulement d'un mois , pour présenter leurs titres , et
enfin ils avaient été jettés , pour la plupart , dans l'incertitude
relativement à leurs débiteurs , et sur les domiciles de
ces débiteurs. Il était donc d'une justice rigoureuse qu'une
nouvelle loi vînt au secours de ces créanciers , en leur accordant
un nouveau délai . D'après ces considérations , la Convention
nationale a décrété que les délais accordés aux créanchers
des émigrés pour faire lesdites déclarations et dépôts ,
seront prorogés jusqu'au 1er . germinal prochain . En conséquence
lesdits créanciers seront tenus de faire les déclarations
et affirmations de leurs créances , le dépôt de leurs titres , et
de se réunir pour leur contrat d'union , pour le 1er , germinal
prochain , à peine de déchéance.
La Couvention a terminé une question qui s'était élevée sur
le partage des bois coupés qui appartiennent aux communes ,
en décrétant que ces bois seront partagés par tête , conformément
à la loi du 10 juin dernier.
Séance du septidi , 27 Nivôse.
Au nom du comité d'instruction publique , David a fait un
rapport sur l'établissement du conservatoire du Muséum . Ce
dépôt précieux n'est point un vain rassemblement d'objets
de luxe et de frivolité ; il faut qu'il devienne une école importante
: les beaux arts sont également faits pour embellir
la paix et décorer les pompes triomphales . Abandonnous ,
a dit David , les procès-verbaux et les détails à ceux qui croient
que les compilations sont des annales , et écrivons , à . la maniere
des anciens , notre histoire dans des monumens : qu'ils
soient grauds et immortels comme la République que nous
avons fondée ; et que le génie des arts , conservateur des oùvrages
sublimes que nous possédons , seient en même tems un
génie créateur , et enfante de nouveaux chefs d'oeuvres ! "
Voici le projet de décret qui a été adopté : La garde du
Muséum sera confiée à un conservatoire . Il sera composé des
citoyens dont la liste est annexée au présent décret . En cas
de vacance d'une des places , il sera pourvu au remplacement
par
le corps législatif. Le conservatoire du Muséum des arts
sera divisé en quatre sections , savoir ; peinture , sculpture ,
architecture , antiquité . Il sera attribué à chacun des membres
du conservatoire une indemnité annuelle de 2400 liv. et.
( 173 )
le logement. Douze mille liv. seront consacrées aux dépenses
annuelles et matérielles du Muséum . ","
Liste des membres qui doivent composer le Muséum des
arts en peinture , Fragonard , Bonvoisin , Lesueur , Picault.
Sculpture : Dardel , Dupasquier. Architecture : David- le -Roi ,
Launoy. Antiquités : Wicar , Varon .
Bourdon de l'Oise a réclamé l'exécution du décret portant
qu'aucun étranger ne pourra être admis à représenter le peuple
Français , à l'égard du député Dentzel , né sujet du prince de
Liunge . Bourdon a ensuite accusé ce député d'avoir surpris
à la Convention une commission pour Landau , et d'y avoir
été le fleau des patriotes pendant le siége de cette ville. -
La Convention a décrété que Dentzel sera mis en état d'arrestation
, et elle a renvoyé la dénonciation de Bourdon à
ses comités de salut public et de sûreté générale .
Le général de brigade , Laraque , écrit de la maison d'arrêt
de l'Abbaye , et met sous les yeux de l'Assemblée plusieurs
faits tendans à sa justification . Le comité de sûreté générale
est chargé de faire un rapport sur cette affaire.
―
Bayeul , l'un des députés en arrestation , écrit de la Conciergerie
, que , détenu depuis quatre mois , il n'a point touché.
son indemnité de député , et qu'il est absolument saus for
tune ; il réclame pour lui et pour ses collegues qui se trouvent
dans le même cas , ce qui peut leur être dû. Cette demande ,
convertie en motion , est décrétée .
Voici ce que mande le conseil général de la commune de
Castres. Notre commune n'a jamais calculé les sacrifices ;
nos Républicains préviennent les requisitions. A la nouvelle
de la mort de Beauvais il se forma un nouveau bataillon , guidé
par un drapeau sur lequel on lisait le peuple de Tarn contre
les assassins de Beauvais . Plus de 113 familles out été soulagées
de l'absence de leurs chefs par des secours abondans :
à peine l'Espagnol souilla- t - il le territoire de la République ,
que le cuivre , les bijoux , les matieres d'or et d'argent furent
offertes à la patrie ; un escadron de volontaires à cheval fut
levé. Le jour de la célébration de la fête de Toulon , chaque
famille des volontaires du bataillon le Vengeur a reçu 50 liv . ;
nos citoyens ont envoyé à l'armée plusieurs tonneaux de
souliers , des ballots de linge et de charpie , 400 chemises et
130 couvertures . 19
1
Une députation de la commune de Milhau vient déposer
713 marcs d'argenterie . Elle annonce que la société populaire
, qui a deja armé et équipé deux cavaliers , se dispose
À en armer deux autres ; les protestans et les catholiques ne
font plus qu'une même famille . Ils sacrifient ensemble dans
le temple de la raison. L'orateur a terminé par réclamer des
subsistances.
( 174 )
1
Les administrateurs du district de Saint- Omer apportent
6000 marcs d'argenterie provenant des dépouilles du fanatisme ,
sans y comprendre les pierreries et les diamans , dont le mon- /
tant n'est pas évalué . Il n'est pas une commune de ce district .
qui ne se soit empressée de se défaire de ses hochets religieux .
Les citoyens ont donné 5 mille chemises , des souliers , des
bas , des couvertures , des guêtres , habits , bonnets , etc. et
500 liv. en assignats . Les administrateurs apportent 18 mille liv .
eu numéraire , qui sont le produit de quelques dons patrio
tiques et du sot orgueil de quelques émigrés et déportés . Ils
annoncent que les biens d'émigrés , estimés 333,956 liv . ,, ont
été vendus 880,055 liv . Ils invitent la Convention à rester à
son poste.
La commune de Boulogne-sur-mer félicite l'Assemblée sur les
grandes mesures qu'elle a prises et qui ont sauvé la chose publique
; elle présente l'état des dons qu'elle dépose sur l'autel
de la patrie , et qui consistent en effets d'habillemens .
L'argenterie des églises de cette commune a été envoyée à la
monnaie.'
La Convention accorde des secours provisoires à plusieurs
veuves dont les maris sont morts pour la défense de la
patrie.
Lettre des officiers municipaux de la commune de Croisy , le 3 nivôse .
Neuf scelerats arriverent dans cette commune , armés de sabres ,
pistolets et espingoles , avec des cordes , qui , sans doute ,
devaient leur servir dans la nuit pour égorger et voler quelques
cultivateurs , comme il est déja malheureusement arrivé l'année
derniere ; deux de es brigands étaient à cheval , précédant
les sept autres ; à peine la société populaire de Lagni en fut in
formée , que grande partie de ses membres , joints au comité
de surveillance , volerent au secours de la commune de Groisy :
un seul de ces voleurs a pu s'enfuir , et les huit autres ont
été conduits sous bonne et sûre garde en la commune de
Lagny. Les micipaux observent dans leur dépêche que
ces voleurs , font , sans doute , partie de la bande qui pille
depuis quelque tems les environs de Paris . La Convention
decrete la mention honorable du zele de la société populaire
et du comité de surveillance de la commune de Lagny et l'insertion
au bulletin .
Une lettre de la commune de Pont à la Convention nationale
lui annonce que 500,000 liv . en or ont été trouvées
cachées dans la maison du ci-devant prince Xavier. « Cette
decouverte , a dit un membre , ne laisse aucun doute sur les
perfidies de ce prince . Oncle du tyran , il a , au mois de
février 1791 , fui le sol de la liberté lors de la loi sur les
émigrés il revint , et à l'aide d'un certificat de résidence qu'il
s'est fait délivrer en Saxe , où il prétendait avoir son domicile ,
il a surpris la bonne foi des administrateurs du départemen e
( 175 )
1
de l'Aube et empêché que ses biens ne soient portés sur la
liste des émigrés. Je demande , en consequence , que la Convention
nationale charge son comité de sûreté générale de
prendre les informations nécessaires , et de lui faire un prompt
rapport qui la mette à même de prononcer et mettre sous ia
main de la nation les domaines immenses que Xavier possede
dans l'étendue du département de l'Aube .
Séance d'octodi , 28 nivôse .
---
Décréte.
Cette séance s'est ouverte par une députation de la société
populaire et républicaine des arts . En félicitant la Convention
sur ses travaux et sur les triomphes dont ils sont suivis ,
elle l'a invité à poursuivre son dessein de protéger les sciences
et les arts , à faire achever le palais national , et à ouvrir un
concours aux artistes qui voudront célébrer les traits d'héroïsme
et de verin qui ont illustré la cause de la liberté .
Cette petition , accueillie par les plus vifs applaudissemens ,
a été suivie d'un décret qui charge le comite d'instruction
publique de présenter un programme de concours entre tous
les artistes , pour immortaliser les actions vertueuses et tout
ce qui peut développer l'amour de la liberté et de l'égalité .
Sur le rapport de son comité d'aliénation et des domaines
, la Convention a décrété que le linge provenant des
églises supprimées , en dépôt dan: es chef-lieux de district ,
sera à la disposition du pouvoir exécutif provisoire , pour le
faire servir aux hôpitaux militaires .
Sur la proposition du comité des secours publics , la Convention
a accordé la somme de 1800 liv . , pour surcroît de
secours provisoires , au citoyen Dutailly , domicilié depuis
17 ans à Rome , dépouillé de sa fortune , persécuté et incarceré
pendant trois mois dans un cachot du château St. Ange ,
pour la cause de la liberté Française . Elle a renvoyé à son
comité de législation pour lui faire un prompt rapport sur la
pension à determiner en faveur du citoyen Dutally.
Les représentans du peuple à Brest donnent des détails sur
la fête qui a été célébrée en mémoire de la reprise de Tou-
Jon. Nous ne vous décrirons pas , discut-ils , la beauté de
la tête , il faudrait avoir vu ceite rade unique et célebre ,
pour s'en faire une idée : tous nos elfors seraient inutiles ;
nous vous dirons seulement que , marchant à travers les plus
beaux vaisseaux du monde richement pavoisés , au milieu des
cris mille tois répétés de Vive la République vive la Convention
! uous somnes atrivés au vaisseau amiral , appellé la
Montagne..... Nous moutons , Citoyens collegues , la joie se
scht , elle ne se rend pas . Imaginez son ivresse , au nom de
Toulon reconquis ; mais aussi an nom auglais , à ce nom
justement infâme et abhorré , la rage d'hommes vraiment
courageux qui demandent à se venger . Que le génie français
( 176 }
est heureux , et combien seraient impolitiques ceux qui prétendraient
le changer !
" A la voix des représentans du peuple , ces lions , qui
ne respiraient que combat , s'apperçoivent qu'ils sont appellés
à une fête civique. L'hy nne de la liberté s'entonue ,
et les plus beaux élans du patriotisme se font entendie . Nous
dictons le serment : un respect religieux le répete , et tous
les canons de la rade le confirment. O Français ! ô nos
concitoyens que n'avez - vous tous été témoins de cette scene
sublime de l'enthousiasme de nos braves marins ! avec quelle
assurance vous préjugeriez la victoire que nous allons remporter
sur des perhdes . Oui , la victoire est certaine ; ce que
nous avons entendu , ce que nous avons vu , nous defeud
d'en douter.
,, On a fini , comme d'ordinaire , par un repas , par des
chants , par des toast , tous plus patriotiques les uns que ,
les autres ; mais ce qui mérite une attention particuliere et
distingue ce repas , c'est qu'on y a porté , dans une rade
qu'avoisinait le fédéralisme , et qu'il avoisinait de près , on
y a porté un toast , et pour le dernier , aux journées des
31 mai , 1er et 2 juin . La Convention peut juger maintenant
si la République est sauvée . "
L'Assemblée a accueilli plusieurs dons patriotiques .
Chaque pas de la tyrannie et de ses suppôts est marqué
par quelque atrocité. La postérité , a dit bries , pariant au
nom du comité des secours publics , la postérité sera étonnée
de la maniere dont les brigands de l'Autriche font la guerre
à un peuple magnanime ; c'est sur- tout dans une commune
du district de Cambray qu'ils ont commis des atrocités
inouies jusqu'à nos jours . Les généreux habitans de la commune
d'Elincourt sont- attaqués ; ils se défendent avec le
courage d'hommes libres , ils repoussent trois fois les Autrichiens
; accables enfin par le nombre , ils succombent.. Le
feroce Autrichien , comme pour les punir de leur bravoure ,
assouvit sur eux la fureur qui le caractérise . Il brûle les
moissons et les chaumieres de ces généreux citoyens ; il
éventre leurs femmes ; il égorge leurs enfans ; il pousse la
férocité jusqu'à faire rôtir les membres de quelques - uns de
ces infortunes..... 9 Ici s'est élevé un mouvement d'indignation
et d'horreur dans l'Assemblée et dans les tribunes . L'orateur
a repris : Vous trémissez , citoyens , au récit de pareilles
horreurs ; j'éprouve les mêmes sentimens ; ma langue
se refuse à continuer le tableau de la conduite barbare de
nos ennemis . Elle présente un contraste bien frappant avec
la magnanimité du peuple Français .....
La Convention accorde des secours à la commune d'Elincourt.
Elle renvoie à son comité d'instruction publique , les
traits de courage et de dévouement dont les habitans d'Elincourt
ont donné l'exemple , pour être insérés dans les
annales
( 177 )
annales de l'héroïsme , du civisme et des vertus républi
caines.
Séance du nonodi , 29 Nivôse.
Il a été rendu dans cette séance plusieurs décrets d'un intérêt
particulier . La Convention a accordé des secours à des
veuves et enfans de citoyens morts pour la défense de la
patrie .
9 Par l'art. XXIV de l'édit de 87 le dernier tyran s'était
réservé le droit de prononcer sur les effets civils du mariage
entre les protestans , suivant la qualité des circonstances et
des personnes . Un grand nombre de réclamations particu
lieres exigeaient que la Convention s'expliquât sur les dis
positions de cet édit . Elle a passé à l'ordre du jour , en ce
que les tribunaux ont le droit de prononcer sur ces sortes
de contestations .
Des lettres du Havre-Marat et de Cherbourg annoncent la
prise de plusieurs vaisseaux ennemis .
ét
Décadi dernier a été un jour de bonheur pour notre
cité , écrivent les autorités constituées de Villefranche-sur
Saône . La fête relative à la prise de l'infâme Toulon a été
auguste et solemnelle ; les victoires des armées y ont
célébrées avec l'ivresse et le plaisir qui caractérisent des hommes
libres . Les cris bien sinceres de vive la République ! vive la
Montagne ! vivent nos braves' freres d'armes ont été répétés à
l'infini.
Couthon , au nom du comité de la guerre , a fait lecture
d'un projet de décret sur l'organisation des tribunaux militaires
. Plusieurs articles ont été adoptés .
Séance du décadi , 30 nivôse .
Cette séance a été consacrée à l'admission des pétitionnaires.
On a fait lecture de la pétition suivante :
La citoyenne Reine Chappuy , entrée en qualité de cavalier au 24 .
régiment , ci-devant 25e. , le 27 février 1793 ( vieux style ) , et
partie avec un congé militaire , en date du 3 nivôse , au citoyen
président de la Convention nationale .
f
Euflammée du feu sacré de la liberté , encouragée par
T'exemple précieux de cinq freres , dont trois à l'armée du
Nord , et deux à celle de la Vendée , depuis le commencement
guerre , j'aurais cru déroger au sang généreux qui coule
dans mes veines et celles de toute ma famille , si je n'avais pas
fait le sacrifice des alarmes qui sont le partage ordinaire de mon
sexe , au desir brûlant de venger ma patrie , de combattre les
tyrans et de partager la gloire de les foudroyer.
› Le bruit du canon , le sifflement des balles et des obuses ,
Toin de m'intimider , n'ont fait que redoubler mon courage . Je
suis partie avec différens détachemens du corps pour essuyer le
Tome VII.
M
feu. Je m'y suis mes intrépides freres d'armes ,
* regiment ,
et je l'ai brave comme euxtes
cavaliers defésentée avec
régiménɩ "
Bien différente de beaucoup de femmes qu'un fól'amour
a peut être entraînées à la suite des camps , l'amour seul de la
patrie , l'espoir , flatteur de cueillir sous mon déguisement les
lauriers républicains , la perspective si douce de porter le
dernier coup aux traîtres et aux rebelles ; voilà mes guides ,
voilà ceux que je t'offre pour mes avocats . Ils plaideront
sans doute eloquemment ma cause de concert avec les
Certificats non equivoques que le régiment auquel j'étais atta-
" chée s'est fait un vrai plaisir de m'accorder , après avoir reconnu
mon sexe.
"
J12
"
32.
•
31 57.079
'59 ' Agec de 17 ans et demi , serait- ce à la fleur de mes ans
que je me verrais réduite à aller habiter les foyers paternels ,
tendis que Bellone m'attend dans les siens et me reprocherait
* mon inaction ! Ah , mes frères , vous qui avez le bonheur de
combattre , lorsque vous reviendrez couverts de gloire , com-
" ment accueilleriez - vous votre soeur infortunee ; de quel il la
regarderiez-vous ? C'est donc en vain que j'avais , à votre exemple
, fait le serment de mourir pour la République !
YU
99
1J 16.41
Insensible au vil ' espoir de la récompense , ce ne sont pas
des bienfaits que je réclame ; le vraie républicain n'est- il pas
assez payé par le plaisir , et dédommagé par la gloire de se
battre Mon unique ambition est de voir mes services accueillis
favorablement de la Convention , et d'obtenir d'ellé l'agrémen
de les continuer dans le 24. régiment de cavalerie , que je
quitte, avec un regret inexprimable .
,
८६
49 Que ma demande me soit accordée , je revole à mon
poste je redoublerai , s'il est possible , de courage et d'acuvité
, et je prouverai à la République que le bras d'une femme
vaut bien celui d'un homme , lorsque ses coups sont dirigés
par l'honneur , la soif de la gloire , et la certitude d'exterminer
„Âes grands, 19929
Cette pétition a été renvoyée au comité de la guerre.
La citoyenne Riquetti expose qu'elle se trouve dans la
dernière misere . Jettee dans un couvent par l'ambition et l'orgueil
de ses parens , elle se vit forcée de se faire religieuse .
Son pere lui accorda une pension de goo liv . Depuis 2 ans ,
elle est privée de cette pension ; elle ne jouit pas non plus de
celle que lui a accordée la nation comme ci- devant religieuse :
elle sollicite un secours provisoire , et le renvoi de sa pétition
au comité de liquidation.
Un membre atteste le patriotisme de la citoyenne Riquetti
Elle n'a , dit- il , de commun avec ses frères que la force d'esprit
que la nature leur avait communiquée .
La pétition est renvoyée au comité de liquidation .
Les jeunes ramoneurs sont admis à la barre : Sous le regne
du despotisme , dit l'orateur , les jeunes Savoyards eurent besoin
d'appni en France ; un viellard respectable leur servit de
up
( ( ر و ا )
pere . Le soin de notre conduite les premiers instrumens
de notre industrie , notre subsistance même , furent long - tems
les fruits de son zele et de sa bienfaisance ; il était prêtre et
noble, mais il était affable et compâtissant ; il était donc patriote
, l'aristocratie ne connaît point de si doux sentimens .
9 Cet homme si cher à nos coeurs , et nous osons le dire ,
si cher à l'humanité , c'est le citoyen Fénélon , âgé de 80 ans ,
déteun dans la maison d'arrêt du Luxembourg , par mesure
'de sûreté générale . Nous sommes loin de la condanner cette
mesure , nous respectons la lor ; les magistrats ne sont point
tenns de connaître ce vieillard comme le connaissent sés
enfans .
39
Ce que nous demandons , citoyens représentans , c'est
qu'il plaise à cet anguste sénat de permettre que notre bon
ere soit mis en liberté sous notre responsabilité , ' il n'en
est aucun parmi nous qui ne soit prêt à se mettre à sa place ;
tous ensmble , nous nous proposerions même , si la loi ne sy
opposeit pas.
T
Si cependant notre sensibilité nous rendait indiscrets ,
citoyens législateurs , ardonnez qu'un prompt rapport vous
fasse connaître notre pere... Vous applaudirez sûrement à ses
vertus civiques , et il sera aussi doux pour ses enfans de vous
les avoir exposées , qu'il sera consolant pour ce bon pere de
recevoir ce témoignage de votre justice et de notre reconnais-
*sance :
...
Cette pétition est renvoyée au comité de sûreté générale..
Une deputation de la société des Cordeliers se présente à
la barre avec le coeur de Marat dont il est dépositaire . Après
avoir rappellé ce que ce grand ami de la liberté a fait pour
elle , l'orateur , au nom de la société , demande que les oeuvres
de Marat soient imprimées et répandues avec profusion , afin
que chaque citoyen y trouve le modele des vertus républicaines
qu'il doit imiter.
"
La commission temporaire des poids et mesures présente
de tableau des travaux auxquels elle s'est livrée pour Fexécution
du décret de la Convention . Déja les ouvriers sont en
activité , et bientôt le peuple jouira des bienfaits des poids
républicains. La commission annonce qu'elle s'est occupée de
la rédaction de trois ouvrages pour faciliter aux citoyens
l'usage des nouveaux poids . Deux de ces ouvrages sont sous
presse .
L'Assemblée accueille les pétitionnaires , et donne l'impression
du rapport qu'ils lui ont présenté.
Séance de primidi , 1er . Pluviôse.
JA
Le président a annoncé à la Convention que les gendarmes
qui composaient sa garde étaient arrivés de la Vendée. Il a
pris les ordres pour les faire admettre . Les gendarmes sont
M &
( 180 )
entrés dans la salle au milieu des plus vifs applaudissemens.
Leur commandant parlant à la barre , a dit
Pénétrés des bontés de l'Assemblée , qui a daigné penser
à nous au milieu des immenses ttavaux dont elle est occupée
, les expressious nous manquent pour vous témoigner
notre reconnaissance . Nos freres nous ont donné un laurier
dont nous avons mérité tout au plus une petite feuille . Souffrez
que je la dépose sur le bureau , pour que vous la distribuiez
également à tous ceux qui s'en sont véritablement rendus
dignes . Nous revenous en beaucoup plus petit nombre que nous
sommes partis ; mais devons- nous regretter nos freres ? ils ont
eu la gloire de mourir pour la patrie. Il ne nous reste plus .
qu'une grâce à vous demander , elle comblera les bienfaits qué
mous avons reçus
de vous c'est de placer deux factionnaires
aux deux portes de la salle. 1
Vengeurs de la patrie , leur a répondu le président , quel
spectacle vous offrez aux représentans de la République entiere !
Quel plus beau témoignage de votre dévouement à la patrie
que ces blessures , ces cicatrices honorables qui vous décorent !
vieillards , vos enfans sont dignes de vous . Soldats , vous êtes
dignes de la patrie ; et vous , peres , meres , épouses , enfans ,
qui revoyez dans ces guerriers des objets les plus chers de vos
affections et qui les accompagnez ici , vous êtes heureux , puisque
vous pouvez embrasser à tant de titres , les défenseurs de
la patrie........ La Convention nationale vous revoit avec
attendrissement , et vous invite aux honneurs de la séance .
Le ministre des contributions publiques envoie deux états
relatifs à la fabrication des monnaies . La premiere porte la
fabrication des especes de cuivre et de métal de cloches , depuis
le 1er janvier 1793 ( vienx stile ) jusqu'au 20 nivôse
présent mois , à 4 millions 855 mille 393 liv, Le second
comprend les envois de cuivres et de cloches , faits par les
départemens aux maisons des monnaies et atteliers monétaires ,
jusqu'au 10 jour 20 du présent , savoir ; 1792 et 1793 , en
cuivre et bronze , 567 mille 833 liv . 11 sols , et en cloches ,
5 millions , 129 mille , 70 liv . 10 sols .
Une lettre de Montagne- sur- Mer aunonce qu'un vaisseau à
trois mâts , chargé de tabac , destiné pour les Anglais , vient
d'échouer sur la côte .
Sur la proposition , de Cambon , la Convention a mis à la
disposition du ministre de l'intérieur , 10 millions , pour être
distribués aux familles des soldats qui combattent pour la
patrie.
Francastel , représentant du peuple , près l'armée de l'Ouest ,
annonce l'envoi d'une quantité éonsidérable d'argenterie , provenant
des fouilles faites dans les châteaux des rebelles de
la Vendée.
( 181 )
100 of
PARIS. Quartidi , 4 Pluviôse.
Dans sa séance du 1er . de ce mois , la société des Jacobins
avait arrêté , 1º% que le lendemain elle se transporterait en masse
à la Convention , pour féliciter la Montagne de l'énergie
qu'elle a montrée dans le procès du tyran ; 2 ° . qu'elle irait eusuite
au pied de l'arbre de la liberté pour y chanter un hymne
patriotique ; 30. que le lendemain tous les membres assiste
raient en bounet rouge à la séauce , et que le président aurait
une pique en main ; 4 ° . qu'il serait fait une salve générale d'artillerie
à l'heure où le tyran mourut ; 5 ° . qu'il serait envoyé
une di putation au comite de sûreté générale , pour l'inviter à presser
le rapport sur l'affaire de Ronsin et Vincent.
е Cette députation e eu lieu en effet , et la Convention a'
arrêté qu'elle se rendrait tout entiere sur la place de la Révolution
au milieu des cris répétés de guerre aux tyrans , baix aux
chaumieres , ect . On a renouvellé le serment de vivre libre ou
mourir , et de l'unité et de l'indivisibilité da la République . Les
citoyens armés de toutes les sections , ainsi
que le conseil
général de la commune , ont également assistés en masse à cet
anniversaire de la mort du tyran .
Jsiiqzno 290
111
Le comité de surveillance du département de Paris a fait
arrêter Nicolet , directeur du théâtre de la Gayete , et un de
ses acteurs ; celui- ci , comme coupable d'avoir joué des pieces
obscenes , et celu - pour les avoir tolérées.unbonni sang
Plusieurs personnes prévenues de complicité avec Fabre
d'Eglantine , ont été arrêtées . "、,,
Un citoyen a fait lecture aux Jacobins d'une lettre de Dunkerque
, qui annonce qu'un des prisonniers Français , échappé,
d'Angleterre , a rapporté que la tête de Pitt avait été portée
en effigie dans les rues de Londres , que ce ministre avait été
chasse du ministere , et que le duc d'Yorc avait été rappellé
de la Belgique. Comme il est permis de se défier des donneurs
de nouvelles , la société nomma deux de ses membres pour
accompagner le citoyen au comité de sûreté générale .
Le notaire Brichard , qui avait été mis d'abord en état d'arrestation
, puis relâché , a été arrêté de nouveau , ainsi que son clerc ,
et conduits à la Conciergerie , par ordre du comité de sûreté
générale . On présume que c'est pour avoir fait un emprunt
pour le prince de Galles eenn 11779900.. Le citoyen Desfrançais ,
interprête des langues étrangeres , a été aussi arrêté pour la
même affaire .
-
Le 25 nivôse , Jacques Roux , ci - devant professeur de phi-
M 3
losophie à Angoulême , qui se qualifiait de prédicateur des
Sans- Culottes , et qui avait été membre du conseil général de
la commune , fut traduit devant le tribunal de police correctionnelle
. L'examen du délit qui lui etait imputé , détermina
le tribunal à se déclarer incompétent , et à le renvoyer au tribana
révolutionnaire . Aussi tôt Jacques Roux tira uy , couteau
de sa poche et s'en frappa de cinq coups. On saisit entre ses
mains l'instrument de son suicide , et après les premiers secours
de l'art , il fut reconduit dans les prisons de Bicêtre où,
il était auparavant , et mis à l'infirmeric. On assure que ses
blessures sont très - dangereuses ...
J Le maire d'Eyreux s'est brûlé la cervelle,
S
* 15 941
垦
Dougados , dont nous avons annoncé le jugement et l'exécution
, était entré fort jeune chez les capucins , où l'avait
conduit
uun dépit amoureux ; c'est là qu'il se fit connaître par
ses talens poétiques , sous le nom de pere Venance . Il publia
des vers assez agréables pour recevoir d'un de ses rivaux le
surnom de pere Tibulle . Mais ne avec une imagination inquiete
et ardente , il abandonna bientôt son triste métier de
capucin . L'esprit d'ambition et d'intrigues le jetterent dans
la révolution , où il voulut jouer un rôle . Il embrassa le parti ,
des conspirateurs qui l'a conduit à l'échafaud.
Le citoyen Simon, à qui l'on avait confié la garde du jeune
Gaper au Temple , letoqui était en même tems membre dus
conseil général de la commune , ayant opté pour cette der
niere fonction , le conseil a consulté le comité de salut public ,
pour savoir s'il pouvait procéder à son remplacement. Ce
comité a répondu qu'il n'y voyait aucun inconvénient ; en
conséquence , le conseil général jugeant que la place de
gardien permanent etait inutile , a arrêté que les commissaires ,
qui chaque jour sont nommés de garde au Temple , seront
les seuls surveillans immédiats des detenus dans cette prison ;
s'en rapportant à la prudence des commissaires pour prendre
toutes les mesures propres à assurer la responsabilité , 4
Des commissaires , nommés par les 48 sections , ont rédigé
une adresse au conseil de la commune , portant un nouveau
tarif pour le maximum du prix des denrées . Ce travail trèsprécieux
a été renvoyé au comité des subsistances . Nous en
terons connaître le résultat aussi- tôt qu'il y aura sur cette
matiere une détermination .
Le citoyen Louet , cultivateur de la commune de Houilles ,
district de la Montagne - du - bon - air , département de Seine et
Oise , chargé , en qualité de nourricier , de l'enfant de Lemille ,
dont la tête vient de tomber sur l'échafaud , a déclaré , au
conseil que sou intention et celle de son épouse était de
1
( 183 )
1
Salat
continuer à élever la petite fille de ce malheureux , eett/ddee
l'adopter comme un de leurs enfans.
Ce citoyen a annoncé de plus , qu'il lui était dû six mois ,
et qu'ayant été touché de la position de Lemille et sa femme,
lorsqu'ils étaient en prison , il leur avait prêté 30 liy qui
jointes à la somme de 108 liv . pour les six mois , fait celle de
138 liv . JE 30
Le conseil a applaudi vivement à l'acte généreux des citoyen
et citoyenne Lonet , en arrête la , mention civique au procèsverbal
ainsi qu'aux affiches de la commune . 2. El 90747 +
Le président a donné à ce citoyen le baiser fraternel.
Sur les observations d'un membre , qu'il est nécessaire de
lire publiquement les lois chaque jour de décade , le conseil
general a arrêté :
1º . Que tous les mois il se rendra au Temple de la Raison ,
pour faire lecture, des lois et du recueil des actes de vertus
civiques , morales et guerrieres ;
20. Que les presidens des 48 sections seront invités à en
agir de même tous les décadis ;
30. Que l'administrateur des travaux publics presentera ,
incessamment au corps municipal l'état des bâtimens à la
disposition de la commune , afin qu'il en soit assigné un à
chaque section pour son temple de la Raison .
"
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort plusieurs conspirateurs dont des noms sont peus
connus ; mais il en a acquitté un beaucoup plus grand nombre.
Le total des prisonniers , dans le département de Paris , est
de 5137 .
24 1000 MUJE 8,3 h 1.0.4 1 39
·Discussion sur tes vices , de la Constitution Britannique, et les crimes
de son gouvernement , dans la société des Jacobins ..
༑།, དོག
9 /
Depuis que is discussion
importante
sur les crimes du gou
vernement
Anglais est ouverte , on a remarque , a ait un membre
аеe la société , Xavier Audouin , qu'une foule d'orateurs
etait
moins pressée de pailer ; tous les bavards qui depuis six,
mois nous étourdissent
, ont perdu tout - à-coup la parole. Les,
tribunes
même ne sont plus si nombreuses
et lorsqu'il s'agissait
seulement
des rixes particulieres
, on s'étouffait
par-tour .
Cependant
quoique les gens doues d'un aussi abondant
parlage
se soient éloignes de la tribune , la discussion
n'est ni
moins intéressante
, ni moins approfondie
. Dans le nombre
des3 discours qui ont déja été prononcès
, et que nous voudrious
pouvoir rapporter
tout à la fois , nous choisissons
de preference
celui qu'a prononcé
Simond , député du Bas - Rhin à la Convention
nationale
, parce qu'il renferme
une série de faits lies
à la révolution , et qui peuvent être précieux pour 'histoire.
'
སྙ ན ༑།
M 4
( 184 )
Discours de Ph. Simond , sur les crimes du gouvernemeni “Anglais ?.
contre le Peuple Français.
Pour présenter le tableau des crimes du gouvernement
Anglais contre la révolution Française , il faut les prendre
des leur origine , les suivre dans leurs développemens , dans
les différens caracteres que la succession des évenemens imprévus
, nécessaires ou inattendus , leur faisait prendre .
Le premier anneau de cette chaîne de complots prend
sa source dans les secours qu'elle accorda aux Américains ,
pour établir et faire avouer leur indépendance.
A cette époque , les Anglais tourmentés par les flottes
françaises , épuisés en hommes et en moyens , reconnurent ,
la puissance invincible des Américains , qui montrerent , par
la reprise de leurs droits , un courage supérieur à tous les
revers , et une vertu digne de la liberté.
,, L'Angleterre avait établi sur toutes les mers une dictature
funcste au commerce des autres Etats ; ceux - ci vireut
avec plaisir son humiliation , et telle était alors la bisarrerie
des gouvernemens et l'astucieuse politique des rois , qu'ils
furent réduits à rendre un peuple libre en Amérique , pour
conserver
bre du despotisme dans une autre partie du
monde . aussi pour la même raison que les tyrans , qui
avaient va sans ombrage la France abaisse la fierté des Anglais
, se déclarerent contre elle , lorsqu'elle essaya de pousser
ses prétentions au- delà de l'indépendance des Américains . Il
en résulta pour le gouvernement Anglais un principe poli
tique de dépérissement dont il ne guérira jamais , et pour la
France un épuisement momentané , qui donna lien au partage
de la Pologne entre la Prusse , la Russie et l'Autriche , "
et fit concevoir à ces deux derniers l'imbécille projet de releguer
le Turc en Asie , pour effrayer les autres puissances ,
en s'enrichissant de ses dépouilles : l'empereur demandait à
être puissance maritime et la Russie voulait entrer en campagne
pour conquérir l'Europe. La France fit perdre à l'Angleterre
' de's ressources immenses qui alimentaient la fierté
de son gouvernement , et soutenaient sa prépondérane sur
toutes les mers ; celui- ci ne se replia pas sans depit sur le
sentiment de sa propre faiblesse , et de l'insuffisance de ses
moyens dès ce moment , l'esprit de' vengeance fut mis à
l'ordre du jour l'intrigue et la trahison furent consacrées ;
on tenta , par le crime et le parjure , tout ce que pouvait
inspirer la haine et la fureur d'un gouvernement humilié par
une puissance étrangere qui l'avait réduit à traiter avec ses
propres esclaves .
" La cour de Londres se ligua avec la maison d'Autriche ,
qu'elle n'a jamais abandonnée , ni servie dès lors , et fit avec
la France , l'Espagne et l'Amérique , le traité de paix , qui
( 185 ) 3
1
fut respectivement signé sur la fin de 1782 , et dans lequel
elle avait acheté , par l'entremise de l'Autrichienne qui menait
la cour , une
clause secrette qui ne fut connée et avouée,
que quelques mois après ; je veux dire le trop fameux traité´
de commerce , dans lequel la France fut cédée à l'Angleterre,
comme une colonie dont elle était la métropole , et qui subordonnait
à sa jalousie irritée , notre nos
vigation , nos fabriques
4
et notre commerce .
99 On fit précéder la conclusion de cetic perfidie par des
correspondances et des rapports de commissaires choisis pour
peser les intérêts respectifs des deux royaumes ; et pour
prévenir les craintes et les soupçons , ou vauta sur- tout dans
les papiers publics , la politique , la probité et les talens
de ceux qui s'en occupaient pour nous ; mais des réclamations
subites et générales firent de suite la preuve qu'on
n'avoit employé tant de finesses , que pour mieux marquer
la plus insigne des trahisons ; alors encore , la cour de Versailles
devint plus brillante quelle n'avait jamais été , pour
faire croire au peuple qu'il abordait enfin sa prospérité
qu'on venait de vendre . De Vergennes avait reçu , des mains
de la reine , et de celles des envoyés de Londres , des
bijoux et quelques assiettes de vermeil ; et la reine et les
courtisans s'étaient partagés des milliers de guinées qui porterent
les scandales de la cour au - delà de tout ce que le
libertinage et la prodigalité avaient encore inventés .
21
"
mais
C'est à -peu-près à ce tems que commencerent les liaisons
particulieres du dernier duc d'Orleans avec les Anglais
et ses courses à Londres , qui avaient pour but apparent
des parties de libertinage ou de délassement , et pendant
lesquelles il prit goût à des complots qui l'ont conduit à l'échafaud
. C'est dans une de ses courses qu'un Anglais du
parti de l'opposition Ini dit : Comment ne vous est-il pas
encore entré dans la tête de vous faire roi de France , et
de prendre la place d'une bête qui figure si mal sur son
trône ? C'est alors encore que se concut et s'exécuta le
projet des édifices du ci-devant Palais - Royal , projet que
quelques bons politiques condamnaient dans le tems
que la cour appuya très -impolitiquement , et qui devint ensuite
le rendez -vous des gens suspects le dépôt général
des marchandises anglaises , et le chef-lieu de correspondance
des étrangers et de leurs complots . C'est alors encore que
la reine nommant à son gre les ministres , les abbés , les généraux
, les ambassadeurs et les courtisans développait tous
les jours avec une activité incalculable l'esprit de dilapidation
, et le système de changement d'administration dans laquelle
les nouveau-nés s'occupaient à se rendre agréables ,
en montrant de nouvelles ressources ou de nouveaux genres
de depenses , plutôt qu'a découvrir la profondeur de l'abîme
dans lequel le tyrau allait être englouti.
9
( 186 ')
"
V
07192
12-1
,,,, ( ,, ་
,, Un honnête homme eût soulevé le coin du voile sous
sous lequel se consommaient tant d'iniquités ; mais le mal
n'étant pas encore sans remede , il eût été dangereux alors
de dévoiler les turpitudes d'une cour que l'on voulait perdre
et non pas convertir . On tenta donc de nouvelles dilapida
tions ; on exporta pour le compte de l'empereur le numeraire
de France à Vienne , on provoqua l'anéantissement de
la confiance au trésor public , par de fausses opérations
pour forcer les capitalistes à placer sur l'étranger ; alors la
cour ne peut ni se passer d'argent , ni en trouver : on l'avait
amenée à un point de détresse et de discrédit qui rendait
sa crise inévitable ; on en provoqua par -tout l'explosion ;
les notables du royaume furent convoqués , et le résultat de
leurs séances fat qu'ils n'étaient ni en nombre , ni avec des
pouvoirs suffisans pour sonder la profondeur de l'abîme dans
lequel la nation allait descendre , sauver la cour d'une banqueroute
deshonorante pour elle , et ruineuse pour les creanciers
, et faire face aux besoins urgens et aux dépenses iudis .
pensables de l'état ."
que
J.
1:|:ཀྱི་ཊཱི ཧ
#
Mais ce qui est curieux pour le législateur , intéressant
à savoir aujourd'hui pour un Français libre , et marquant dans
l'histoire de la révolution , c'est que presque tous les notables
qui voterent pour les états - généraux , étaient alors ou sont devenus
successivement les partisans du systême qui voulaient
l'anéantissement de la maison des Bourbons régnans , les amis
du duc d'Orléans , et les ennemis les plus prononces d'un gouvernement
populaire , vers lequel ils ont tous incline d'abord
pour donner au Peuple un point de ralliement , et fe tromper
ensuite en lui donnant un tyran nouveau au lieu de le délivrer'
de la tyrannie . Que faisait alors le gouvernement anglais ? que
faisait d'Orléans , faisait la cour à Versailles ? Le gouver
nement anglais haissait la France jusqu'à la fureur , et paraissait
cependant la considerer comme le plus précieux de ses allies .
Les anglais étaient à Paris avec une affluence d'autant plus remarquable
, qu'ils voyageaient peu dans les autres endroits de la
France. Il y avait à Paris des anglais dans toutes les parties , dans
tous les cercles , dans les assemblées des gens de lettres : ils y
avaient deux objets majeurs à remplir , nous donner leurs mod es
et leurs goûts pour faciliter le débit de leurs marchandises , surveillerl'opinion
publique et servir leur faction . D'Orleans etait
pour ainsi dire leur passe-rôle pour le preinier objet : tout chez
lui etait a l'anglaise quant au second , il le servait plus adroitement
en vivant au milieu des plaisirs et de la débauche , dans
une indifférence politique , d'autant plus suspecte , qu'elle était
visiblement affectée ; car il était sans moeurs , il avait méprise le
Peuple et la vertu dans l'âge de la sensibilite ; et cependant il
faisait alors des largesses extraordinaires ; il avait donc l'ambition
des suffrages : aussi le Peuple , dupe de sa bonne- foi , commença
à l'aimer , et les courtisans dont l'ame vile se traîne tou
་་་ ་་་
h
( 187 1
*
jours après l'idole du moment , singeaient jusqu'à ses bassesses '
et ses crapules pour avoir la politesse et le ton du jour.
La cour de Versaillés y continuaft ses débauches et ses
folles dépenses , et ce qui prouve invinciblement qu'elle était
livrée à la faction des étrangers , c'est que dans un moment de
révolution où l'ecooumie et une réforme dans la domesticite de
la cour et ses plaisirs , eût donné au Peuple une marque dé
bonne volonté et d'attention ; le toi , du milieu des inquietudes
publiques , continuait ses parties de chasse , ses ivrogueries er
ses serrures ; tout était entre les mains des courtisans , dési
femmes de cour et de la parente de l'empereur. Aux yeux d'un
bon connaisseur , la révolution én France , telle qu'elle a existě
jusqu'au 31 mai , était immanquable. Le gouvernement anglais
se croyait sûr de sa proie ; le Peuple Français était à son sens
trop léger , trop idolâtre de la royauté , et trop peu instruït ,
pour vouloir soutenir avec énergie une révolution purement
populaire , et la noblesse er le clergé trop corrompus , trop'
clairvoyans et trop puissaus pour le permettre. "
a
་ ་
" Je ne peux signaler à chaque époque les trahisons de la
cour de Londres par des traits décisifs ; à la naissance des rèvolations
, les premiers pas des machiavelistes sont nécessairement '
equivoques , très -peu prononcés , toute leur adresse est de piessentir
les évenemens , de subordonner leurs plans à ce qu'ils ne
peuvent empêcher , et de n'en faire le développement qu'avec la
certitude du succes ; ) mais je la vois continuellement à la suite
de toutes les mesures et dans les grandes deliberations , et ce
n'est guere que dès ce jour où les etats généraux se déclarereût
Assemblée constituante , qu'elle donne un point de vue plus
déterminé à ses projets , et le dessein de s'approprier les avan -**
tages de la révolution Française aux dépens de la famille reguante
, des émigrés , de l'empereur , de la Pologne , de la
Prusse , de l'Espagne , de la Suisse , du Dannemarck , des cercles +
de l'Empire , du Turc et du pape.
Le Peuple anglais était d'abord d'assez bonne-foi sur la
revolution Française , et l'opinion publique n'était pas favorable
au machiavelisme de son gouvernement ; deux considerations
inquiétaient vivement l'egoisme de ces insulaires ; la révocation
du traité de commerce , le renvoi du commissaire de Dunkerque
, l'affluence à Londres de la noblesse française , dont
la cour avait provoqué l'émigration .
ment dans une magnificence 'extraordette ville fut an momais
les honimes '
de bonne foi cruren : y voir la ruine du commerce anglais *
et le terme de sa prospérité . Cependant les marchandises des
Anglais , quoique prohibées , entraient en France de toutes
parts ; les mers et le commerce , pendant la guerre contre
l'empire ture , leur avaient appartenus presqu'exclusivement ;
la prosperité du moment empêchait à la plupart de lire avec
inquietude dans un tems plus éloigné . C'est au milieu de
celte ivresse passagere que le gouvernement anglais méditait
( 188. ) )
f
les plus perfides complots ; je vais en suivre le développement
, et on verra qu'il n'a rien respecté pour le servir
puisqu'enfin dans son désespoir il se sacrifie lui - même , et
ne peut sauver son propre pays qu'en tombant sous le
coûteau de l'infâmie , égorgée par un peuple avili , ruiné et
désespéré .
,, La cour de Londres s'est coalisée en France d'abord avec le
perti patriote pom humilier la noblesse et le clergé , sans vouloir
néanmoins détruire ni l'un ni l'autre ; cette mesure était nécessaire
pour mettre les ressources de l'Etat au pair avec ses
dépenses , pour calmer les inquiétudes de la Nation , poursortir
de France ce qui aurait pu soutenir la famille royale à
są déchéance , et pour ne laisser entre le peuple et son tyran
immédiat que la tierce faction de l'étranger , et sans laquelle
on ne pourrait perpétuer en France cet état convulsif qui met
la fortune publique entre les mains des intrigans , conduit à
une dislocation du corps politique , rompt l'unité des rapporis ,
généralise l'inquiétude et le mécontentment , et fait fermenter
des partis plus ou moins ardens dont l'explosion dans un Etat
corrompu est toujours un pas de plus vers la servitude et
Fabrutissement des hommes . Deux circonstances me prouvent
sur- tout la coalisation dont je parle , la conduite des soidisant
patriotes lors de l'organisation du gouvernement sous
l'Assemblée constituante , et de la revision de l'acte constitutionnel
après l'arrestation de Louis XVI à Varennes . A
organisation du gouvernement , le parti autrichien occupa
d'abord l'Assemblée ; cette faction trop pressée de jouir
la dominait impérieusement et avec l'air de souscrire à la
destruction de tous les privileges , en présentait dans ses plans ,
et dans une perspective très-prochaine , la résurrection d'une
maniere d'autant plns alarmante , qu'elle faisait partie intégrante
à la charte constitutionnelle de l'état .
?
,, Cette mesure n'était pas suffisante pour perdre la famille
des Bourbons , et n'occasionnant presque pas de mécontens
n'eût été qu'un simulacre de révolution à l'avantage de la Cour ;
aussi le parti populaire fut puissamment secondé par le parti
intermédiaire de l'étranger , qui , lors de la révision , le vrai ,
moment d'épuration pour les intrigans et les patriotes , aban
donna ces derniers avec une différence bien marquée de sentiment
et d'intention , avec une indécence et un despotisme
qui annonçait déja la crainte qu'il avait de les avoir trop puissamment
secondés . "
( La suite au numéro prochain. )
( 189 )
零
NOUVELLE S.
ARMÉE DU MIDI. Du Port de- la-Montagne , 20 Nivôse.
des
Nous avons rapporté la relation de la prise de Toulon par
le général Dugommier ; le citoyen Lacroix nous en promet
une autre encore plus détaillée. Pour cela , écrit - il , je
yeux tout voir de mes propres yeux : j'ai visite l'arsenal un
bout à l'autre , j'ai ete dans nos plus beaux vaisseaux ; j'ai parcouru
avec les representans , dans une chaloupe , et à cheval ,
tous les forts , les redoutes occupés par les Républicains , et
ceux sérvaus de repaires à nos ennemis ; le fort Lamague , les
redoutes rouges et anglaises ont confondu ma raison ; je suis
maintenant convaincu que le port de Toulon est une
merveilles du monde , digne de porter le nom à jamais célebre
de la Montagne . Il faut voir ce que j'ai vu pour se faire une
idée de la, bravoure des Français . Les Anglais par leur fuite précipitée
, nous ont abandonné plus de munitions de guerre en
tout genre qu'ils ne nous en ont détruit . De ia Croix des signaux
on apperçoit de très - près l'escadre anglaise qui mouille aux
isles d'Hieres , malgré la précaution de faire croiser des bâtimens
pour empêcher des ennemis , leurs alliés , d'entrer dans le port
de Toulon. Il ne s'est gueres passé de jour qu'il n'en soit
entré , toujours dans la certitude d'y trouver des Anglais et des
Espagnols .
Du 24, on a signalé , le 21 , un convoi de 12 bâtimens de
trausport , venant , à ce qu'en présume , de Gibraltar ; 3 mille
hommes de troupes étaient à bord . Ce convoi allait entier dans
le port , lorsqu'il fut averti du danger par trois frégates anglaises
qui croisent journellement à la hauteur du cap Cépé tout
nous confirme que les escadres ennemies ont été cruellement
maltraitées par la derniere tempête .... On sait que les Auglais ,
le jour de leur fuite de Toulon , avaient accordé un asyle
à un grand nombre d'hommes et de femmes Toulonnaises
qui voulurent les suivre. Eh bien ! ces mêmes Anglais ont
débarqué , sur les côtes d'Hieres , tous ceux auxquels ils avaient
promis secours et protection : ces Anglais ne pouvaient ignorer
le sort que la République réservé à leurs complices . En effet
tous ces debarqués , tant hommes que femmes , ont été cong
duits ici , jugés , condamnés et fusillés comme émigrés .
Il vient de s'établir une communication directe entre l'isle de
Corse et notre port . Malgré tous les efforts du traître Paoli ,
les Français sont toujours en possesion de Berlin et de Saint-
Florent , où ils attendent des renforts en hommes et en provisions
; ils sont fortement retranchés sur les montagnes Saint(
go )
Pierre ; l'armée de Paoly a fait de vains efforts pour les en déloger.
ARMÉE DU NORD.
Il se prépare sur les différents points de cette frontiere de
grands mouvemens dan's notre armée depuis Dunkerque jusqu'à
Givet. Le comité de salut public a eu , comme on peut le
croire , de fortes raisons pour ne rien laisser transpirer de son
plan jusqu'au moment de l'exécution. On sait seulement que
la terreur regne dans la Belgique , et que l'ennemi s'attend
tons les jours d'être attaqué , c'est- à - dire repoussé.
Voici ce qu'on écrit de Landrecies , 26 nivôse :
« A minuit la générale a battu ; toute la garnison s'est mise
sous les armes ; les ennemis s'étaient emparés du poste qui
protégeait la seule route par où l'on peut entrer , ou sortir de
la ville . Ils ont commis , dans leur attaque , les atrocités des
Cannibales les plus cruels . Lorsqu'on vous dit qu'ils égorgent
les femmes , les vieillards , les enfans sur le sein de leur mere
vous regardez ces récits comine des amplifications de rétho
sique. Voici ce dont j'ai étc témoin . Lorsque nos infatigable's
bataillons les eurent reponsses , je me suis rendu à Hors , petit
Village qui fut le théâtre malheureux de leurs atrocités ; j'y ai
vn des paysans égorges à coups de bayonnettes . Le fils du
meunier de cet endroit a été assasiné dans sa maison ; la beauté
seule de ses deux filles et leur déshonneur les ont soustraits
à la mort ; ils ont fiui leur expédition par réduire le village en
cendres. "
COTES MARITIMES. Havre- Maral , 20 nivôse .
La corvette la Vipere , de 18 canons , qui était dans ce port
ent connaissance de deux navires ; elle donna la chasse à l'un
d'eux , et arbora pavillon anglais lorsqu'elle fut à portée de se
faire entendre ; le sloop Hissa , pavillon ostendais .; alors neuf
hommes armés , de l'equipage de la Vipere , s'embarquerent
dans un canot et furent à bord du sloop , ils demanderent au
capitaine d'où il venait il déclara venir de Cadix , et être
destiné pour Ostende ; ils l'emmenerent , et envoyerent cing
hommes de son équipage à bord de la corvette : ils mirent le
cap au sud pour gagner le Havre , où ils sont entrés le 19 de ce
mois après midi. Le chargement de cette prise , nommee Postevan--
cadix , du port d'environ 120 tonneaux , consiste en onze
balles de laine , 400 cuirs du Brésil , 20 balles de poivre ,
2 surons d'indigo , une balle de safran , et 800 morceaux de
bois de campêche.
( 191 )
Du 27. La municipalité provisoire de ce port , annonce
l'arrivée du navire le Ton , capitaine Daquemey , venant de
Liverpool , pour Os-
28 hommes d'équipage , du port de 700 tonneaux ,
tende , ayante
de sel , vin , eau-de-vie , destiné
"avec une artillerie de 12 canons ; ce navire est anglais ; il a été
pris par le travers de Staanpoint , par la fregate la Galathée ,
anx ordres du commandant Dufresne , en station dans la
Manche.
t
Port de la Montagne , 27 nivôse . Un superbe vaisseau à trois
mâts , chargé de tabac , destiné pour les feroces Anglais , vient
Her sur les côtes de notre arrondissement ; vive la Répu
uos braves canonniers ont fait preuve de leur habilité
ordinaire , en le perçant de part en part de trois boulets de
canons . La cargaison est forte de 275 tonneaux ; pour éviter
les pertes trop ordinaires dans les échouemens , nous l'avons
fait conduire sous bonne et sûre garde , daus le port de
Boulogne le capitaine et ses deux premiers matelots , ont
remis les différens , papiers dont ils etaient porteurs , et l'on
s'est assuré de leurs personnes .
266 Cherbourg . 26 nivôse . Le commandant temporaire du fort
national écrit au président de la Convention : Racontes à la
Convention , racontes à la France entiere les nouvelles conquêtes
maritimes de la République sur ses piteux ennemis . Les
frégates françaises la Galathee , la Carmagnole , la Résolue et la
Babet , sur 12 prises qu'elles ont ramassées au demi - cercle vers
la bayé de Torbay , frontiere d'Angleterre , viennent d'en envoyer
à Cherbourg cinq considérables. La premiere est un bricq
de 150 tonneaux américains , partant de Baltimore , et àllaut à
Amsterdam , chargé de sucre , de café et de coton.
Les autres sont deux bâtimens anglais à trois mâts , un
irlandais chargé de bled et de lard salé , et une galiote danoise ,
chargée pour l'Angleterre."
66
J'ignore encore le détail des cargaisons , excepté de celle
de l'Américain et de l'Irlandais : mais un capitaine de prise de
la Galathée , auquel je viens de parler à bord de l'Américain ,
Sannonee ces cargaisons comme très - riches .
Les sept autres prises out fait voile pour Morlaix . Ce n'est
pas fout : au déclin du jour , deux gros bâtimens se faisaient
appercevoir dans l'ouest , et dirigeaient leur route vers ce port.
Il est plus que probable que ces navires vont nous apporter
d'heureuses nouvelles , d'une eanonnade assez répétée qui s'est
fait entendre de ce côté - là , toute la matinée .
Du 27. Le même commandant écrit encore en ces termes
Ma derniere lettre annonçait à la Convention l'entrée en
ce port de cinq riches prises faites sur les Anglais , et lui eu
( 192 )
1
présageait de nouvelles celles arrivées ce matin au nombre
de quatre gros bâtimens , ont été suivies des fiégates françaises
la Carmagnole , la Pemone , l'Engageante et la Babet. C'est un
gros bâtiment américain et trois anglais , tous de bonne prise .
Des toiles , du fer , dé l'acier , du sucré , du café , du cóton ,
400 tonneaux de tabacs de Virginie , etc. ; voilà ce que ces
prises nous ont procuré . Ce sont en outre les plus jolis batimens
du monde et autant de richesses que les frégates de la
République ont pris la liberté d'enlever à M. Pitt , à ses dupes
et à ses esclaves .
" Ainsi nous pourrons leur aller faire visite , habillés de
leurs toiles , armés de leur acier , en prenant leur café , en
fumant la pipe à leurs dépens , et tout cela sur leurs ex navires
; c'est bien ce qui s'appelle fournir des verges pour se
fouetter.
" Mais cette carmagnole et compagnie sont des diables ;
on croira peut-être qu'elles se sont modestement contentées
de douze à quinze prises ; point du tout , elles ont jugé con
venable de porter le nombre jusqu'à 52 .
3
Je le tiens d'un des hommes de l'équipage de la Pomone ,
et puis deux corvettes anglaises ayant voulu tàter du bal , la
carmagnole leur a joué quelques airs de ces flageolets , et
soudain la salle de danse a manqué sous leurs pas .
51 Une frégate ennemie a aussi éprouvé quelques bordées
de la Résolue , la fuite leur a épargné le reste .
Le soir nous avons perdu de vue , dans l'est du fort ,
un bâtiment à deux mats venant de l'onest ; la présomption
est que c'est encore une prise .
" Si cela continue , la rade de Cherbourg ressemblera bientôt
à une rade d'Angleterre . Vive la République impérissable !
Salut , respect , confiance à la montagnarde représentation nationale
. "
• P. S. L'armée de Charrette , dite les Chouins a été mise en
déroute par le général Turreau . Charrette a été grievement
blessé.
Le fort Vauban a été repris par les troupes de la Répu
blique .
L'escadre de Cancale , sortie depuis peu pour aller en croi
siere, a ramassé dans sa course sept bâtimens de bonne prise ,
chargés de provisions de bouche et de marchandises . Vive la
République sur mer comme sur terre !
1
A VIS .
,
ON observé que les Rédacteurs n'ont rien de
commun avec l'Abonnement , la distribution etc.
C'est au citoyen GUTH , Directeur du Mercure
hotel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
objets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient resteṛ au rebut .
ment ,
Les personnes qui enverront au citoyen Gr
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbon
voudront bien les faire timbrer ; faute de quoi
ils ne seraient pas acquittés . Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
Le prix de l'Abonnement est de trente-fix livres
franc de port pour les Départemens et pour Paris .
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hôtel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure. L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois.
,
Les Souscripteurs du mois de Jauvier sont priés
de renouvelier de bonne heure leur Abonnement , afin
qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses et
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; ou joindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( No. 5. )
Tridi , 13 Pluviose ,
l'an deuxieme de la Republique.
( Samedi 2 Février 1794 , vieux ftyle. )
MERCURE
FRANÇAIS
,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE.
Jer 134
Tous les Livres , Cartes , Estampes , Mufique
& Arts divers, doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , no . 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 livres
franc de port .
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN..
PLUVIOSE.
La Lune de mois a 30 jours . Du au 14 ,
les jours croiffent , matin & foir , de 2 heures.
Ere Républicaine .
Ere
J. PHASES
del de la
Vulgaire L. LUNE .
I primidi Iere Decade . 20 , lundi 18
... 2 duodi
3 tridi...
4 quartidi .
Squintidi .
6 fextidi .
7 feptidi .
8 octidi
9 nonidi.
10 Décadi .
21 mardi 19
22) merc..(20)
23 jeudi 21
24 vend . 22
Tems moyen
au Midi vrai,
H. M. S.
11 44 30
II 44 22
IT 44 IS
11 44 9
D. Q. 1 443
4358
25 fam . 23les , à 8
26 Dim . 24 h.
27
Hundi. 25 du mat.
28 mardi 261
11 43 54 24 m.
11.43 59
11 43 48
11 43 46 29 merc. 27
11 primidi II Décade . 30 jeudi 28 11 43 45
12 duodi ..
13 tridi...
14 quartidi ..
15 quintidi.
31 vend. 29 II 43 45
fa. F.50 N. L. 11.43 46
2 Dim . le 12 , à 11 43 48
3 lundi . 211 h . 10 11 43 50
16 fextidi .
17 feptidi.
4mardi 3 m.dum . 11 43 53
Smerc .
18 octidi
jeudi
11 43 57
II 44
19 nonidi
..
7 vend. G 11 44
20 Décadi..
8 fam. ZP. Q. 11 44.14
21 primidi 111 Décád. 9Dim. 8le 19, à 31 11 44 21 22 duodi .. 10 lundi
23.tridi
.
24 quartidi ..
25 quintidit
26 fextidi ..
27 feptidi ..
28 octidi ..
29 nonidi..
30 Décadi .
14 vend. 13
15 fam. 14 P. L. 11 45 23
16 dim. 15le 26 , F011 45 36
17 lundi. 16 h. 14 m.
18 mardi 17 du fcir.
11 45 50
11 46 S
9h. om. 11 44 30
11 mardi 10 du mat. II 44 39
12 merc. II 11 44 48
13 jeudi . 12
1 44 59
II 45 19
( No. 5. 1794.
MERCURE FRANÇAIS
DU TRIDI , 13 DE PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 1er février 1794 , vieux style, )
POÉSIE.
Couplets adressés à une ci - devant Retigieuse.
Air du Vaudeville : Tous les goûts sont dans la nature , eter
SOUOURRIISS innocent , doux maintien ,
Graces naïves et discretes ,
Front modeste , calme et serein ,
Distinguaient jadis les Nonettes :
En marchant , vous baissez le nez ;
Vous rougissez d'être și belle ;
Églé , tout cela vous décele ;
Je vois bien que vous en venez .
Teint pétri de roses , dé lys ,
Voix mignarde , façons gentilles ',
Beaux bras , par l'amour arrondis ,
Se trouvaientjadis sous les grilles.
De tous ces signes førtunés
Vous offrez l'heureux assemblage ;
Je dis , sans en vòir davantage :
Je vois bien que vous en venez .
Grace à la loi , dans ce beau jour ,
Le monde admire enfin vos charmes ;
Dans vos yeux , aujourd'hui , l'Amour
Trempe ses plus puissantes armes .
De tous ces amans enchaînés
Sous votre aimable et doux empire ,
Heureux celui qui pourrait dire :
Je vois bien que vous en tenez.
Tome VII.
t
Par le citoyen Benoit Lamothe,
N
( 194 )
U
CHARADE.,
N pronom est dans mon premier ,
Mais cela fort peu t'intéresse ;
Ce qui te touche plus , c'est que cette maîtresse
Que tu crois si fidele , et qui t'est mon dernier
Souvent sans en rougir se met à mon entier .
ENIGM E.
QUOIQU UOIQUE du sexe féminin
Nul tyran plus que moi n'obtient l'obéissance ;
Et le fer et l'airain
Assurent ma puissance .
Les sujets soumis à mes lotx
Attendent en silence
Que je fasse entendre ma voix ....
A m'obéir nul ne balance .
Les uns se prosternant dans un respect profond ,
Vers la terre courbeat le front ;
Un autre accourt , s'empresse , et vient recevoir l'ordre.
Là d'hommes agités , d'esprits , tumultueux ,
J'arrête l'importun désordree ;
Ici de soins publics et précieux
Je donne le signal , et je suis obéie ;
Mais du pouvoir tel est l'abus ,
Qu'à force d'ordonner je perds souvent la vie ,
Alors on me méprise . on ne m'obéit plus . "
Du plus heureux en richesse , en puissance ,
On sait que la frêle existence
Dépend d'un fil sans cesse menace :
7
Tel est mon sort : chacun peut d'un doigt courroueé ,
M'arrachant les ressorts d'une importune vie
Me plouger pour long - tems dans une léthargie
Qui le venge trop bien i, de mon pouvoir passé .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du Nº . 4.
2
Le mot de la Charade est Falot ; celui de 4'Enigme est Passionz .
celui da Logogriphe est Cornet.
( 195 )
LES DEUX AMIS DE SIRACUS E.
CONTE.
7
STRA IRACUSE gémissait sous la tyrannie de Denis . Cet homme
feroce usurpa le trône par la fraude et la violence . Ses malheureux
sujets sentaient tout le poids de son oppression ;
mais ils étaient contraints à se taire et à gémir de leurs maux.
Toutes plaintes qu'ils eussent osé faire étaient un délit puni
de mort.
J
Au milieu de la consternation générale qne causait cette
tyrannie , le jeune Pithias , plein de courage et de résolution ,
ne sut pas arrêter les transports de son indignation . Un exemple
qu'il vit de la barbarie du tyran , lai fit élever la voix et
déplorer hautemeut la calamité de sa patrie , Mais son impru
dence lui coûta bien cher.
J'7
Les espions qui étaient à la solde de Denis et répandus
par- tout , le dénoncerent aussi - tôt . Le tyran , dans sa colere ,
jura qu'il en aurait vengeance . L'infortuné se vit prompte .
ment environné d'infames satellites et traîné en prison.
Au même instant Damon , son ami , jeune homme vertueux
qui aimait Pithias autant que lui-même , viur
auprès de lui ,
frappé de la plus vive douleur . Mon cher Pithias , lui dit- il
tristement , hélas ! qu'as- tu fait ? Peut-être n'as-tu pas contenu
ta téméraire ardeur .…………… ... Non , mon ami , ce que tu
m'as prédit tant de fois est arrivé . Je n'ai pas su me contenir
ni t'imiter ; j'ai trop long- tems détesté en secret les cruautés
du tyran ; j'ai fait de vains efforts pour t'obéir ; mon indigna
tion l'a emporté , je n'ai pas su dissimuler ce que m'inspiraient
tant d'exemples de barbarie . Je perdrai la vie ; mais la
mort est préférable à un honteux esclavage . Je ne sens de
regret que pour mon vieux pere , ma tendre épouse et mes
deux bls . Ami , je te les recommande : console-les pour moi ;
in les assisteras et je n'aurai plus à me plaindre de mon
destin.
Les coupables ministres du tyran ne permirent pas que les
deux tendres amis s'entretinssent plus long-teins. On les sépara
l'un de l'autre avec violence . Pithias fut traîné en prison,
et Damon n'eut pas le pouvoir de le suivre .
:
Accablé de son désespoir , celui - ci cherchait dans sa pensée
s'il n'y avait pas quelques moyens de faire échapper son
N 2
( 196 )
ami ; après beaucoup de réflexions et d'incertitudes , il prit
enfin la résolution ' de se présenter à Denis même , au milieu
d'une garde nombreuse dont le tyran était toujours environné,
pour se rassurer contre les entreprises qu'il avait toujours
lieu de craindre . Courbé devant lui , Damon s'ecrie : Seigneur,
un jeune infortuné a été par ton ordre conduit en prison ;
je ne viens pas pour le defendre , ni demander son pardon ,
queique son délit n'ait été que l'effet d'une jeunesse impétueuse
; il est coupable à tes yeux , cela suffit ; la seule grace
que je te demande , est que la peine qui lui est destinée soit
différée de quelques jours. Il a loin d'ici son pere languissant ; "
son épouse , ses deux fils ont trop besoin de sa presence .
Permets , seigneur , que je m'offre en ôtage pour lui , que
Je prenne pour quelques jours ses chaînes , qu'il soit libre de
les revoir pour la derniere fois sa famille , de mettre ordre
à leurs affaires et de recevoir leurs embrassemens. Il reviendra
au terme fixé ; ou s'il y manquait , ma mort payera lapeine
de son retard.
T
Denis étonné d'une si nouvelle demande , eut la curiosité
d'en voir l'effet . Eh bien , dit- il , je lui donne deux jours ,
pendant lesquels . tu seras mis à sa place. Songe bien que si
l'aurore du troisieme jour ne le voit pas dans Siracuse , tu en
porteras aussi-tôt la peine.
Damon satisfait de la réponse court promptement à la
prison de son ami , de sa main delie ses fers et s'en chargeant
lui même avee empressement : va , dit - il console ta
malheureuse famille , Denis t'accorde deux jours que tu peux
employer sans défiance . Ils suffiront à te procurer une nacelle
pour te sauver ; ne perds point de tems , veille avec soin à
ta faite , et parts sans retard . Pithias , étonné moi , je fuirais
moi , dit - il , te laisser à ma place en butte aux fureurs
d'un tyran Hélas ! est ce ainsi que Damon me connaît !
rends - moi , rends - moi mes chaînes , si tu penses que j'aie
l'ame assez vile , assez perfide , assez exécrable pour suppor
ter cette pensée . Non , répondit Damon , la perfidie et la
lâcheté ne peuvent habiter dans le coeur, d'un ami tel que toi ;
tu n'en exécuteras pas moins ce que je t'impose ; tu as un
pere , une femme , deux fils à qui tu dois ta vie , puisque
sans toi ils ne pourraient soutenir la leur . Pour moi , je n'ai
point de si chers objets pour lesquels il m'importe de vivre :
mourir pour un ami et pour toi , sera le bonheur le plus
doux. Ah ! je ne puis souffrir que tu en jouisses , répliqua
Pithias . J'irai , puisque tu le veux , rendre mes derniers devoirs
à la nature , en embrassant mon pere , ma femme et mes
enfans mais demain , au premier rayon de l'aurore , tu me
reverras ; tu iras remplir ma place auprès des miens le don
que je leur fais de toi est plus précieux que ma vie. C'est
:
197 )
avec un tel présent que j'espère les consoler . En parlant ainsi ,
les deux amis se serraient mutuellement dans leurs bras ; leurs
larmes se confondaient dans leurs embrassemens ; ils se quitterent
enfin , et Pithias prit tristement le chemin de la maison
paternelle .
Le second jour se passe , le troisieme est commencé ; on
ne voit point reparaîtie Pithias. Damon se persuade que , cédant
à la douleur et aux larmes de sa famille désolée , son ami
s'est déterminé à fuir ; il en paraît plein de joie . Denis , au
contraire , se croyant trompé , devient furieux , et dans sa
colere il ordonne que Damon soit immediatement conduit
au supplice qu'il avait destiné à Pithias .
Ce triste événement se répandit bientôt dans toute la ville ;
le peuple se rassemble en foule sur la place pour voir cet
affreux spectacle ; les uns crient à la trahison contre Pithias ;
les autres sont remplis d'horreur d'une pareille perfidie .
Chacun condamne le jugement du tyran , et ne conçoit pas .
que l'amitié puisse être ainsi trahie . Denis , assis sur un
trône élevé pour lui , au milieu d'hommes armés , promenait
ses regards terribles , enflammés d'indignation , et tout montrait
en lui l'impaiience de se venger.
Damon , chargé de chaînes , s'avançant sous le couteau
meurtrier , remplit les cours de compassion ; on voyait de
tous les yeux s'échapper des larmes qu'on ne pouvait cacher .
Dans la commune douleur , Damon seul se montre cafine et
serein . Il rend grace aux dieux de l'avoir choisi pour sauver
son ami.
lui
Arrivé au milieu de la place , il attendait tranquillement
le coup fatal , les yeux bandés , le col à découvert , et déja
l'acier brille sur sa tête , lorsqu'on entend au loin crier :
arrête , arrête , cruel ! Hors d'haleine , tout couvert de sueurs
et de poussiere , on voit uu jeune homme s'avancer précipitamment.
A sa voix , chacun surpris se retourne ,
ouvre le passage . Il arrive au milieu de la place : Grace ,
s'écrie-t - il , grace soit rendue au ciel , puisque le devoir de fils
ne m'a pas privé d'accomplir celui d'ami . Il court à Damon ,
se jette à son col . Le peuple alors éprouve un sentiment
confus de pitié , d'étonnement et de joie ; c'est Pithias , c'est
lui même , se dirent-ils l'un à l'autre , Hélas ! qui l'aurait
jamais pu croire.
こ
Pithias alors quitte son ami et se présente avec intrépidité
à Denis , plongé dans une espece d'extase . Tu vois ta vic
time , lui dit-il ; mon supplice est prêt et l'innocence ne
périra point. Une dure nécessité a causé un si long retard.
Mon pere , mon malheureux pere ayant entendu la nouvelle
N 3
( 198 )
A
de mon destiu , est tombé subitement comme frappé de la
foudre . Envain j'ai employé tous les moyens pour le rappeler
à la vie cette nuit j'ai eu la douleur de le voir expirer . A
ces mots il s'interrompt un moment pour essuyer ses larmes
, et reprenant son discours je me suis arraché des bras
de mon épouse , de ines fils , et cherchant à mon retour la
route la plus courte , je me suis égaré dans un bois jusqu'au
jour ; remis dans mon chemin , j'ai hâté ma marche , et
puisque j'arrive assez têt , rends à l'instant la liberté à mon
ami , c'est tout ce que je desire de toi .
A ce récit chacun ne put retenir ses farmes ; le tyran luimême
sentit dans son coeur une pitié naissante qu'il cherchait
en vain à étouffer. I ordonne que Damon soit libre ;
mais , nouveau prodige d'amitié , Damon refuse sa place à
Pithias. Le tems , dit-il , qui avait été prescrit est écoulé ;
maintenant je suis dans les bras de la mort. Va , retourne
à ton épouse , retourne auprès de tes fils que tu as abandonnés
. Le noble combat qui se passa entre les deux amis ,
enflamma toutes les ames ; chacun à haute voix demandait à
Denis la délivrance de Pithias , Ce coeur , quoique de fer , ne put
résister à ce tableau si touchant . Sa cruauté native est ébranlée
, son amc est attendrie. La liberté et la vie , dit-il , sont
dues à tous les deux ; ils les obtiendront de ma clémence .
Une si rare amitié mérite mon attachement. En disant ces
paroles , il descend de son trône et court les embrasser
avec affection .
A la tristesse et aux larmes succede une joie qui change
cette scene tragique en une fête , où chacun s'empressa de
voir de près ces incomparables amis. Le tyran , adouci pour
la premiere fois , les fit asseoir dans
son char à ses
côtés , et le peuple les conduisit en triomphe jusqu'au
palais.
Telle fut la seule action génèrense d'un scélérat , qui n'aurait
pas dû mourir d'une indigestion , après trente -huit ans
d'une intolérable tyrannic .
( 199 )
NOUVELLES LITTÉRAIRE S.
Mascarades Monastiques et Religieuses de toutes les Nations du
globe , représentées par des figures coloriées dans la plus exacte
vérité , avec l'abrégé historique , chronologique et critique de
chaque Ordre , enrichi de notes sur l'origine de toutes ces pieuses.
folies . Par Giacomo - Carlo Rabelli ; dédié à la République Française
, par l'auteur .
ET ouvrage , dont il ne paraît encore qu'un volume et
dont on nous promet une suite , ne semble être autre chose
qu'une nouvelle forme donnée à une collection déja connue
sous le nom de Costumes religieux , et mise à l'ordre du jour.
Ce n'est pas qu'il y cut rien à gagner pour la partie morale :
il y a long-tems que tout était dit sur cet article , et les
moines avaient été jugés par la philosophie , et livrés aux
muses satyriques , bien avant qu'ils eussent été anéantis par
notre nouvelle constitution . Mais il y a dans cet abrégé des
recherches d'érudition , tirées de tous les historiens qui ont
écrit sur les ordres religieux , et tout livre où l'on trouve
des faits , des dates et des noms n'est jamais absolument
inutile .
L'auteur aurait pâ se dispenser d'une multitude de citations
en vers , le plus souvent très - étrangers au sujet , et qu'il paraît
n'avoir rassemblés de tout côté que pour faire voir qu'il
a lu autant de poëtes que de biographes et d'annalistes . Il n'y
met pas d'ailleurs plus de choix que d'a-propos . La plupart
de ces vers sont tirés d'auteurs qu'on ne lit plus , et prouvent
en même- tems qu'on fait bien de ne les plus lire. On
ne conçoit pas qu'il ait eu la patience d'aller rechercher
tous ces lambeaux rimés , qui ne sont gueres remarquables'
que par leur extrême platitude . De pareils ornemens sont un
genre de variété fort mal entendu . Qui est- ce qui se souciera
de rencontrer à tout moment des vers tels que ceux - ci
Le Nord a du goût pour les armes ;
Au Midi , le culte a ses charmes.
Quelquefois même il n'y a pas plus de rime et de mesure.
que de sens et l'on croia que ces citations ont été prises
dans ces petits papiers dont on enveloppe les pastilles et les
bonbons.
Les ordres religieux en général , et quelques moines en
particulier , ont souvent joué un rôle si considérable dans
ce monde auquel ils avaient renoncé , qu'un homme qui sau
rait penser et écrire , trouverait un assez bean sujet dans
NA
( 200 )
tin Bernard , un Ximénez , un Nitard et autres intrigans on
fanatiques de cette trempe , qui ont régné sous le froc., et
joint quelques talens à beaucoup de vices . Mais l'auteur n'a
encore touché que la partie la plus sterile de son ouvrage ,
dont les commencemens ne traitent gueres que d'ordres
ignores ou eteints depuis long-tems , et qui ne s'offrent dans
l'histoire que comme des monumens de la superstition et de
l'ignorance des siecles qui les out vas naître .
Sait- on aujourd'hui qu'il a existé ou qu'il existe des Freres
de St. Joseph , des Freres Enterreurs de morts , des Moines de
la vallée de Josaphat , des Freres du Purgatoire , des Freres de
la mort , des Moines porte - ciseaux , des Moines porte- épées , etc. ?
Mais tout cela peut être consigné dans les compilations historiques
qui sont les registres de la settise humaine , et devait
entrer dans le plan de l'auteur .
"
Il faut qu'il ait fouillé dans le Talmud et la Misna et dans
les fables Rabbiniques ; car il est très- au fait de beaucoup de
particularités domestiques , qui eurent lieu il y a plus de
de dix- huit cens ans , entre Joseph et Marie ; il est dans le
secret des querelles du ménage et nous dit très - sérieusement
Nous devons justice à Joseph : l'histoire nous ap-
» prend qu'il ne fut débonnaire que tant qu'il crut n'avoir
" pas à se plaindre ; mais que des qu'il fut certain que sa
,, divine moitie lui avait donné un adjoint , il ne garda plus
", de mesure , et cette fameuse fuite en Egypte ne fut que
l'effet de l'éclat qu'il fit . "
Cela est toujours bon à savoir. Il ne traite pas moins savamment
la mission de Gabriel , sur laquelle nous avions eu
deja des renseignemens par le chansonnier Collé ; ils sout
très-gais , comme on sait ; mais ils ne sont pas historiques .
A propos des Freres de la mort semble , dit - il ,
que cet ordre aurait dû exister le dernier , pour exhorter
à la mort et ensevelir tous les autres ordres . " ,
Cette plaisanterie n'est pas mauvaise , et il serait à souhaiter
que toutes celles de l'auteur fassent dans le même
goût .
·
L'article des Capucins aurait pû être extrêmement agréa
ble , avec ce talent si peu commun de joindre la bonne
plaisanterie à la saine raison , et avec la connaissance de
quelques anecdotes très divertissantes en plus d'un geure ,
que l'ordre séraphique a fournies aux curieux . Leur vanité ,
entr'autres choses , égale à celle des Jesuites , et beaucoup
plus amusante , était un fonds de ridicule assez riche . Je
n'en citerai qu'un trait moins connu peut- être que les autres :
c'était la signature fort extraordinaire d'un des gros bonnets
de l'ordre Marc , Rach , Lue Quiskrif de Lansfoudras , de
Kinkerverlosaën Kaër , Custode de la grande Custodie , premier
Capucin de France , et second Capucin du monde.
Cet ordre , qui prit paissance au commencement du sei(
201 )
sieme siecle , n'était qu'une réforme de celui des Franciscaius
, fondée principalement sur la forme du capuchon
que Mathieu Baschi , pere de toutes les capucineries , prétendait
devoir être pointu , à l'instar de celui de François
d'Assise . La difficulté était de s'assurer quelle était la veritable
forme de l'habit qu'avait porté St. François . Grands
débats , comme on peut l'imaginer . Il ne fallut rien moins
que des miracles , des révélations , des apparitions , pour déeider
une question de cette importance . Elle serait peut- être
encore à résoudre , comme bien d'autres de la même espece ,
si le bon St. François n'eût pris la peine de descendre luimême
du ciel pour le repos du monde , et de se montrer en
songe à Baschi avec le plus beau capuce pointu qu'il fût
possible de se figurer. Baschi transporte , dessine de mémoire
T'habit séraphique , et il se trouve à point nommé un charbonnier
qui possede une vieille médaille de St. François , absolument
conforme à ce que Baschi avait vu er songe. Il
n'y eut pas moyen de résister à des preuves de cette force ;
le pape donna des bulles pour l'établissement de l'ordre du
saint capuce , des véritables enfaus . de St. François , et le
monde eut des capucins . On sait à quel point ils s'y étaient
multipliés , avec la bénédiction du ciel : l'auteur en offre une
longue énumération qui fera trembler ceux qu'elle n'édifiera
pas . Il est vrai qu'ils ont perdu la France ; mais ce n'est qu'un
rayon de moins à l'auréole de St. François , qui est encore
bien brillante.
>
On nous assure ici qu'il y avait des capucins petits maîtres
set rien n'est plus vrai . On nous dit encore que le relâchement
s'était mis dans l'ordre à un tel exces qu'on n'y regardait
plus comme un point de discipline l'obligation de puer.
Cela fait frémir ; mais la corruption n'était pas générale ; et
bien des gens pourraient affirmer qu'à cet égard il y avait
encore de dignes capucins qui s'acquittaient de leur devoir.
Il en
On lear a souvent reproché l'ignorance ; elle était même
passée en proverbe . Cependant ils avaient une liste bibliographique
très- étendue de savans célebres chez eux .
résulte à l'examen , que plusieurs avaient en effet écrit sur
la scholastique , la theologie , les livres hébreux ; mais que
pas un n'a produit un bon livre .
L'index des livres défendus dans leur communauté présente
une singuliere méprise et une preuve bien risible de leur
ignorance . Ils ont porté sur cet index un ouvrage latin du
jésuite Labbe , qui a pour titre : Regula accentùum et spiritûum
Græcorum : Les regles des accens et des esprits de la langue grecque.
Ce mot esprits , qui ne signifie là que la prononciation plus.
ou moins aspirée de certains mots , leur a fait croire qu'il
était question de magie. Il est clair que des gens qui prenaient
un livre de grammaire pour de la sorcellerie , n'éaient
pas de grands sorciers.
( 202 )
L'aventure vraie ou fausse qui donna lieu , dit - on à la fondation
du prieuré des deux amans , près Rouen , a fait , je crois ,
le sujet de quelques romances . Un jeune homme , amoureux
de la fille d'un seigneur châtelain , fut surpris avec elle par
son pere . Le tyran féodal allait le tuer ; mais touché des larmes.
de sa fille , il promit de la donner à son amant , pourvu
qu'il la portât dans ses bras jusqu'à une colline assez éloiguée
, et rude à monter . L'amour ne doute rien le jeune
homme parvint jusqu'à la colline , mais il expira en yarrivant.
Sa maitresse ne voulut pas lui survivre , et l'auteur de
leur mort , un peu honteux de sa fantaisie de baron qui avait
fait deux victimes , fit ériger un monastere au lieu de leur
sépulture .
1
Cette origine ne manque pas d'intérêt , et n'est pas destituée
de vraisemblance ; mais les prêtres la trouvant trop profane
, y en ont substitué un autre qu'ils ont été chercher
dans Grégoire de Tours , grand conteur de fables religieuses .
11 écrivait six cents aus avant la fondation du monastere ;
mais un si petit anachronisme n'est pas une affaire pour
des
gens à miracles et pour des légendaires . Si la premiere version
a du tragique , c'est le comique qui regne dans l'autre
la voici.
Un mari et une femme habitant ensemble le jour et la
" nuit , garderent cependant une exacte continence pendant
plusieurs années . Le mari se fit enfin tonsurer , et la femme
se fit religieuse . Celle- ci étant morte , son mari lui rendit
les derniers devoirs , et dans le moment où il la mettait *
, dans le tombeau , il leva les mains vers le ciel , et dit : Je
" vous remercie , souverain arbitre de toutes choses , de ce
que vous m'avez, fait la grace de vous rendre dans toute
sa pureté le dépôt que vous m'avez confié . A ces mots ,
, la défunte se mit à sourire , et lui dit : Homme de Dieu ,
, taisez - vous . Pourquoi , sans qu'on vous le demande , divul
guez - vous une chose qui doit demeurer secrette entre nous ?
Après avoir prononcé ce peu de paroles , elle se couvrit de
9 son linceni , et se tut . Peu de tems après , le mari mourut
aussi , et fat inhumé dans la même église , d'un côte opposé .
, Le lendemain l'on trouva que les deux tombeaux s'étaient
rapprochés , et tellement joints ensemble qu'ils n'en faisaient
plus qu'un .
C'était apparemment pour que les deux époux fussent au
moins après leur mort ce qu'ils auraient dû être pendant leur
vie . Cette historiette est vraiment fort jolie ; mais c'eût été
un miracle encore plus instructif , si dans le moment où ce
benêt se félichait d'avoir respecté le dépôt , Etre qu'il invoquait
lui eût dit Il n'y a pas de quoi te vanter ; je ne te
l'avais pas donné pour cela . Mais ce miracle- li eût été à la '
façon des philosophes et non pas à celle des prêtres.
Puisque l'auteur est un crudit , il faut l'avertir d'une petite
( 203 )
整
erreur. Il prétend que le mot cenobite vient du latin canobium ,
canobita . Ce mot est purement grec , et n'a jamais pu être em
ployé que dans la basse latinite , qui était celle des moines ,"
et non pas celle des Romains . Les premiers solitaires qui se
rassemblerent sous la regle de St. Basile , s'appellerent cénobites
, mot composé de Beretes , vie commune . On n'ignore
pas que les premiers instituts monastiques prirent naissance
dans les contrées orientales de l'empire romain , où l'on parlait
grec. Il y a quelques autres erreurs sur les langues ou sur
les faits , mais en petit nombre , et celle -ci est la plus grave .
ANNONCES.
et les
1 Annuaire du Républicain , ou légende physico - économique , avec
l'explication des trois cents soixante- douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peut
donner aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les
connaissances les plus nécessaires à la vie commune ,
plus applicables à l'économie domestique et rurale , aux arts
et au bonheur de l'humanité. On y a joint le rapport et l'ins
truction du comité d'instruction publique , dans lequel se.
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures .
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire , naturelle et au lycée des arts .
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement composé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur . Prix ,.
4 liv. broche pour Paris , et 5, liv. franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie- François Drouhin , rue
Christine , nº . 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République .
Catéchisme de la Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen , par J. B. Bouche - Seiche , maître de pension , et
ci-devant professeur en l'université de Paris ; chez l'auteur ,
rue des fosses St. Jacques , no . 7 , près de l'Estrapade . Prix 12 sols
broché en parchemin.
GRAVURES.
Tableaux gravés des principaux événemens de la Révolution
Française , depuis l'Assemblée des Notables en 1787 .
Troisieme livraison . Prix , 6 liv.
On souscrit à Paris pour cet ouvrage , qui peut être utile
à l'instruction publique , chez les citoyens l'Epine et Niquet ,
graveurs , rue du fauxbourg St. Jacques , no . 212 ; et chez
les principaux marchands d'estampes et libraires de la Répu- ¡
biique ; qui feront passer leurs avis franc de port .
MERCURE
*
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
L'IMPERATRIC
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 14 janvier 1794.
' IMPERATRICE de Russie n'a peut- être pas fait une aussi bonne
acquisition qu'elle le croyait en s'emparant d'une partie de la
Pologne. La terre n'est rien sans les bras qui la fecoudent.
Elle commence à en voir diminuer le nombre dans ses nouveaux
domaines . Les paysans serfs , comme dans tout le Nord ,
ne se soucient point de la prétendue liberté qu'elle leur donne
sans y joindre les autres biens qui doivent accompagner cette
prérogative de l'homme pour le rendre aussi heureux qu'il
est possible soit habitude de leurs chaînes , soit crainte d'acheter
leur subsistance au prix d'un travail excessif et précaire
, ces paysans émigrent en foule . Ils passent dans la Lithuanie
ou sur le territoire de l'Autriche dans la partie de la
Gallicie qui lui appartient .
Si Catherine éprouve d'an côté ce désagrément , de l'autre
son orgueil doit être flatté de l'accueil que Selim III fait à
M. Kutusoff , son ambassadeur , chargé par elle de remettre
au grand - seigneur des objets précieux par leur magnificence
et leur rarete . Mais voici qui est moins satisfaisant ; peu après
l'audience en question M. Kutusoff produisit une note où il
disait qu'un bruit répandu portait à croire que des frégates,
françaises , sorties du port de Smyrne avec l'agrément et par
la faveur de la Porte , avaient attaqué dans la mer des Isles
des bâtimens marchands de Russie ; que si cela était , la Russie
ne pourrait s'en prendre qu'à la Porte qui aurait négligé d'y
mettre obstacle.
A cela , le divan a répondu qu'il n'était
nullement vrai que les vaisseaux en question eussent été
favorisés par la Porte , que leur mise en mer s'était faite dans
toutes les regles usitéos en pareil cas.
-
Cependant les mêmes lettres de Constantinople du 25 décembre
, débitent deux nouvelles encore douteuses il est vrai ,
c'est que des vaisseaux français ont attaqué des vaisseaux russes
et anglais dans l'Archipel et qu'un bâtiment vénitien portant
pavillon russe a été pris par la frégate française la Sybille ,
et conduit dans le port de Mitilêne .
?
De Francfort- sur - le -Mein , le 21 janvier.
La maison d'Autriche sent bien qu'elle ne saurait continuer
long-tems cette guerre ; aussi , tout en faisant des préparatifs
( 205 )
nécessités par l'incertitude d'obtenir une paix que l'orgueil
humilie répugne à demander , s'attache - t- elle à seuer dans le
public le bruit de projets de pacification . Il est possible même
qu'on y travaille serieusement . On le conjecture du moins ,
d'après une longue conférence tenue le 26 décembre , à l'issue
de laquelle on hi partir des couriers pour les puissances coalisées
qui doivent envoyer , dit - on , des plénipotentiaires pour,
former un congrès , dont le point de reunion serait dans notre
ville.
Une nouvelle que l'on donne pour certaine aurait sans doute
beaucoup contribué à ces dispositions de la cour , c'est que
les Hongrois sont à la veille de demander et d'obtenir , car
on n'oserait les leur refuser , les mêmes avantages acordés aux
Brabançons rétablis par l'empereur dans tous leurs priviléges .
Mais la principale raison , c'est qu'on ne peut plus compter
sur l'assistance du roi de Prusse , pu'sque ce monarque a fait décla
rer qu'il serait hors d'état de continuer la guerre , à moins qu'on
ne lui fournit un subside annuel de 30 millions d'écus , somme
que la maison d'Autriche est assurément hors d'état de payer.
D'un autre côté , la Russie ne prend pas même la peine de
dissimuler qu'elle ne s'inquiettera pas beaucoup d'aider la
coalition qui se voit jouée par des promesses vagues . Elle
annonce aujourd'hui que les glaces l'empêchent de les remplir ,
tandis que ses flottes de Woronez et d'Asoph pourraient agir
si elle avait réellement l'intention d'être utile à la ligue des
rois.
On a tenté de nouveau , mais inutilement , de séduire les
cantons Suisses en faveur de cette cause désespérée ; et la
Cantons onetrien obtenir a dicté au cabinet de Vienne la
colere de ne
résolution suivante prise par le cercle de Souabe :
D'autaut que la cour impériale , dans la vue d'empêcher ,
d'un côté , l'exportation des grains vers les provinces de
France , et de faciliter , d'autre part , les moyens de subsis
tance aux armées impériales , a demandé qu'il fût mis des
bornes à l'exportation du côté de la Suisse , il a été résolu et
décrété , dans une conférence tenue à Morsbourg , le 19 dé
cembre dernier ;
1º . On ne laissera plus passer en Suisse ni chevaux , ni
boeufs , ni moutons , ni porcs , ni viandes salées ; on y laissera
encore moins passer des grains et des farines pour le commerce
, soit en sacs soit en tonneaux он en ballots :
les deux derniers articles seront sur-le - champ saisie et confisqués
.
,, 29. La même prohibition aura lieu pour l'avoine et pour
les légumes ,
3. Il ne se fera plus , par le lac , aucune exportation de
grains pour Geneve , Bâle , Bienne et Muhlhausen .
4 ° . Mais les marchés privilégiés le long du lac pourront ,
conformément au mode déterminé , laisser aller dans le Rhein(
1206 )
•
3
thal , dans toutes , la Targovic , dans l'abbaye et la ville de
Saint- Gal , à Glaris , à Appenzell , à Berne , à Neuchâtel et
days les trois lignes grises , ce qui est nécessaire à leur consommation
propre et immédiate , pourvu toutefois que cela se
fasse d'après des certificats en bonne forme donnés par les
cautons ou par les magistrats suprêmes ; certificats qui devront,
1. être munis du sceau des cantons ou des magistrats' , contenir
en toutes lettres les qualités fixées pour chaque achat ; 2º .
être toujours contresignés par les premieres personnes constituées
en autorité dans le canton , le territoire ou le lieu . Il
s'entend que les quantités n'auront rien d'immodéré , et que leur
extraction se fera de semaine en semaine .
19 5º . L'achat de ces grains n'aura lieu que dans les
marchés publics , et le transport ne pourra s'en faire que les
jours de marches , tout achat clandestin est séverement defendu.
9
1960. Si , par l'effet du mauvais tems les grains achetés
ne pouvaient partir le même jour de marché , leur sortie pourra
étre différée de deux ou trois jours , selon le tems ; mais , dans
ce cas , la cause du retard sera duement et expressément mentionnée
aux passe - ports.
970. Rien ne passera plus en Suisse pour servir à des
versemens ultérieurs , et tout commerce de eommission est
absolument interdit relativement aux grains. Il sera permis :
néanmoins aux louables cantous de Berne ét de Soleure ' ,
ainsi qu'aux seigneuries de Neuchâtel et des ligues , de faire
acheter par des commissionnaires duement légitimes , les quantités
nécessaires à leurs chambres à blé et convenues , pourvu
qu'il n'y ait jamais qu'un seul commissionnaire d'autorisé par
chaque état.
8° . En cas de contravention , tout ce qui s'exportera frau -
duleusement sera confisqué , le coupable sera mis à l'amende ,
et , selon l'exigence des cas , puni même corporellement , et
le batelier qui aura favorisé la fraude sera également puni
avec sévérité et privé pour un an du droit de faire le
cabotage.
go . Pour opposer un obstacle plus puissant au commerce
interlope , it a été résolu d'établir , à Morsbourg , à Consà
Langenargen , à Brégentz et Landau des bateaux
faisant croisiese , pour les frais desquels il sera perçu
par chaque sac de grains exportés , un impôt de 6 kreutzers .
tance ,
%
Il n'y a plus à Manheim aucun émigré Français ; le cardinal
de Montmorency a été le premier à vider cette place ,
où il sentait qu'il courait les plus grands dangers , s'il se
laissait surprendre . On fuit même de Mayence , dont les Français
pourraient savoir retrouver le chemin . Au reste , des
lettres de Spire les vengent des calomnies atroces répandues
contre eux par des ennemis qui ne pouvant les vaincre
cherchent à les dénigrer . Sans doute is imposent des cou-
".
( 207 )
tributions , ils assurent leurs subsistances ; mais ils ne dévas
tent point le pays , et paient les fourrages qu'ils se font livrer
par les cultivateurs .
Cependant , on est bien éloigné de croire par tout à ces
calomnies et de juger les Français d'après cela , témoins les
faits suivans : Les Hollandais partent définitivement jeudi de
Liége , disent des lettres de cette ville , du 2 plúviðse ; car
plusieurs de ses habitans , veritables amis de la liberté , ont
adopté la nouvelle division . Il continue toujours à passer par
ici beaucoup de bagages autrichiens et des malades qu'ils reconduisent
en Allemagne ; ils évacuent leurs hôpitaux. Il est
arrivé samedi à midi ( le 18 janvier , vieux style ) , 51 soldats
Français tous couverts de blessures , et 7 officiers , qui avaient
été faits prisonniers à l'affaire de Cambray , où le général
Declaye commandait. Ils étaient tout nuds et saus souliers .
Nous avons fait une quête entre nous qui a produit à chaque
soldat deux couronnes ( 12 liv . ) , une chemise et trois pains ,
la viande à proportion . Une femme seule leur en a porté
trente - cinq livres ; et sans la défense de la police , je crois
que toute la ville leur aurait porte quelque chose . Ils sont
partis dimanche au point du jour. Un pauvre ouvrier , qui
n'avait pour vivre que ce qu'il avait gagné pendant la semaine ,
s'est jeté au cou d'un de ces malheureuv , et l'a prié d'accepter
le produit de son travail , en disant qu'il pouvait bien
travailler huit jours pour eux voyant qu'il était sans souliers
, il ôta les siens , et força le soldat Français à les mettre
pour faire sa route . " ,
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE.
L'armée stadthoudérienne , forte de 22,000 hommes au com
mencement de cette campagne , se trouve aujourd'hui réduite
à goo . Les troupes sont en général fort mécontentes ,
et on le serait à moins ; car elles ont été bien battues et mal
payées ; les Hollandais avaient la précaution de ménager leurs
troupes aux dépens des Suisses , dont ces marchands , pour
qui l'argent est tout , croyaient pouvoir user comme de leur
chose propre puisqu'ils les payaient. Mais le canton de Berne
ne veut plus que les Suisses servent autre part que dans l'intérieur
, et ces sages dispositions , qui ménagent un sang précieux
, seront d'autant plus aisément suivies que 73 officiers
de cette nation ont eux-mêmes déclaré ne vouloir plus être
envoyés à la boucherie . Les ducs de Brunswick et de Meklembourg
retirent aussi leurs troupes , quoique celles du premier
fussent depuis sept ans au service de la République . ¡ I
résulte de tout cela que l'on sera bien force de n'acquitter ,
comme on l'avait déja annoncé , le contingent qu'en numé
raire , ou peut-être même d'abandonner tout-à -fait la partie.
Le grand-pensionnaire n'aspire qu'après sa retraite : la régence
·( 208 )
de Rotterdam a proposé de reconnaître la République Française
, ce dont les provinces de Frise et de Gueldres ne sont
pas fort eloignées. En outre , plusicuts Bataves ont manifesté
leurs sentimens en faveur de la cause soutenue par les armes
fiançaises dont ils ont célébré les succès . En un mot , une
étincelle peut allumer un incendie , et les choses en sont
au point de rendre croyable le bruit qui court d'un souleve
ment à Maestrict . On ajoute que le statdhouder a été obligé
d'y courir avec des forces suffisantes pour l'appaiser , et l'en
ne dit pas encore qu'il y ait reussi .
ANGLETERRE. De Londres , le 14 Janvier.
Les troupes de débarquement anx ordres du comte de
Moyra sont rentrees en Angleterre ,, ainsi que celles que portait
la flottille de l'amiral Macbride . Il a été depuis expédié
à Portsmouth un ordre d'armer 16 vaisseaux au moins de
74 canons , et deux régimens ont éte envoyés à la Jamaïque ,
soit pour défendre cette isle importante contre les tentatives
que pourraient faire les Français , soit pour être à portée
d'effectuer soi- même quelqu'entreprise sur leurs possessions.
Le gouvernement à fait rédiger et adresser les instructions
suivantes aux commandans de vaisseasx de guerre et corsaires .
› Comme par une premiere instruction , donnée le 6 novembre
1793 aux commandans de nos vaisseaux de guerre et corsaires
, nous leur signifiâmes qu'ils auraient à arrêter et détenir
tout bâtiment chargé de marchandises du produit des colonies
françaises , ou y portant , pour leur usage , des provisions et
autres secours et à les amener avec leurs cargaisons pour
être adjugées légalement . Il nous a plu de révoquer ladite instruction
; et en sa place nous avons jugé à propos de donner
les présentes pour être fidelement observées par les commandans
de tous nos vaisseaux de guerre et corsaires qui ont on
peuvent avoir des lettres de marque contre la France ,
1º . Ils ameneront , pour être adjugés légalement tous
navires avec leurs cargaisons , chargés de marchandises du
produit des isles françaises des Indes orientales , allant directement
des ports desdites isles à un por quelconque´en
Europe .
2º . Ils ameneront , pour être adjugés légalement , tous
vaisseaux avec leurs cargaisons , chargés des marchandises
du produit desdites isles , dont la proprieté appartiendra à des
sujets français , pour quelque port qu'ils soient destinés .
30. Ils saisirent tous bâtimens qui tenteront d'entrer dans
aucun port desdites isles , qui est , ou qui sera bloqué par les
armes de S. M. ou de ses alliés , et les enverront avec leurs
cargaisons pour leur adjudication , conformément aux termes
du
1
( 209 )
1
du second article de la premiere instruction du mois de
juin 1793 .
4. Ils saisiront tous navires chargés en tout ou en partie ,
de munitions navales ou militaires , destinés pour aucun port
desdites isles , et les enverront dans tel port appartenant à
S. M. qui conviendra , afin qu'il soit décide d'eux et de leurs
cargaisons , conformément aux reglemens et aux lois des
nations . 99
Ces instructions sont probablement venues au sujet d'un
grand nombre de corsaires français qui fatiguent le commerce
britannique dans les mers du Nord ou croisent dans la Manche .
Ce commerce , dont l'Angleterre tirait toute sa splendeur , est
presqu'entierement ruine . Les ouvriers découragés s'empressent
de quitter les manufactures d'un pays où il n'y a plus de tra
vail , ni par conséquent plus de pain . Il se fait un grand
nombre d'embarcations à Gravesend pour Baltimore dans les
Etats - Unis d'Amérique , région fortunée sous l'heureuse influence
de la liberté , et où la population s'est tellement accrue
que l'on compte actuellement 18 états au lieu de 13. La province
de Maine , entre Pisquataca et la riviere de Sainte-
Croix , fournira un des nouveaux états ; le district de Francklin
et celui de Cumberland , situés au midi , formeront les deux
autres .
Les vrais républicains de Boston ont adressé au citoyen
Genet , cet indigue représentant de la République Française ,
un morceau où ils lui donnent des leçons pleines de
9
sagesse
et de force , au sujet de l'appel au peuple des Etats - Unis dont
il s'était permis de menacer le président du congrès . ( Nons
citerons dans le prochain numéro les passages les plus inté
ressans de cette piece vraiment éloquente :)
Il y a eu le 5 au département des affaires étrangeres un conseil
de cabinet où presque tous les ministes se sont trouvés . On
en a envoyé le résultat au roi et aux membres absens ,
Quelque desir ou plutôt quelque besoin qu'on ait de faire
là paix , on hésite encore , parce que l'on seut bien que si
elle se fait , le peuple en reviendra à la demande de la re .
forme parlémentaire , qu'on aura d'autant plus de soin d'evi
ter dans la circonstance présente , que cette réforme en amener-
it nécessairement d'autres . Cependant l'inquiétude de
ceux qui sont à la tête du gouvernement est extrême . Il y a
la plus grande indiscipline dans les troupes de l'intérieur ,
et c'est un mal sans remede , tant que le parlement , qui
seul à droit de renouveler tous les ans le Mutiny- bill , ne scra
pas rassemblé . Il a encore des sujets de crainte d'une nature
bien plus grrve . Toutes les lettres reçues des côtes de France
portent qu'on travaille sans ìelâche , dans les ports du Nord
Tome VII. Q
1
( 210 ) 1
de la Normandie et de la Bretagne , à des préparatifs d'attaque
contre nos côtes on y a mis tous les bâtimens de
commerce en requisition on y construit des embarcations
et des batteaux plats propres à recevoir des troupes de débarquement
, et plus de 80,000 hommes de troupes Françaises
couvrent ces mêmes côtes , sur lesquelles M. Pitt voulait
tenter une descente avec 13 ou 14 mille hommes. Les isles
Scilly peuvent aussi être enlevées d'un coup de maiu , et
c'est à quoi les habitans s'attendent à chaque instant.
On sent bien que des circonstances aussi épineuses fournissent
matiere à beaucoup de délibérations . Aussi fut- il tenu
le 8 un nouveau conseil - d'Etat , où assisterent tous les ministres
, et qui dura depuis 9 heures du matin jusqu'à 6 henres
du soir immédiatement après , il fut expédié un courier
extraoadinaire à sir Moston Eden envoyé à la cour de
Berlin .
"
On n'a toujours point de nouvelles officielles de Toulon ;
et c'est ce qui fait que l'on croit toute la relation française ,
même dans ce qu'elle a de désavantageux pour la prudence
et la bravoure des Anglais .
Il a été fait une proclamation pour un jeûne général , qui
doit avoir lieu le 28 février en Ecosse et en Irlande , afin d'obtenir
da ciel des succès dans cette guerre .
Si M. Pitt paraît comme ministre à la rentrée du parle .
ment , car on parle de sa retraite , et même forcée , on croit
qu'il proposera la répartition égale de l'impôt foncier , le
rappel des troupes et l'addition de 20,000 étrangers à l'armée
de l'intérieur .
La haute cour de justice d'Ecosse a condamné le secrétaire
de la Convention Ecossaise à 14 ans d'exil . Mais le lord
Mansfield , titulaise de la très - grande et très - lucrative place de
chef de cette justice , et qui n'en remplit pas plus les fonctions
que ses prédécesseurs , a été sommé par M. Margarot
de se trouver à son poste .
C'est , dit - on , l'amiral Barrington qui doit remplacer
l'amiral Howe .
P. S. 11 transpire quelque chose du discours que le roi
prononcera à la rentrée du parlement. On sait qu'il insiste
sur la possession temporaire de Toulon , sur le mal fait à la
marine française , et principalement sur la destruction entiere
des pêcheries de morue que les Français avaient au banc de
Terre-Neuve.
( 211 )
REPUBLIQUE FRANÇAIS L
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DAYID .
Séance du duodi , 2 Pluviôse.
༈། ྃ ་
Cette séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs adresses,
parmi lesquelles on a remarqué celle de la société populaire de
Garnache . Elle annonce que le culte de la liberté a fait disparaître
dans cette commune toutes les divisions que fomentaient
les rivalités des sectes religieuses . Les Protestans et les
Catholiques ne font plus qu'une même famille ; les ministres
des deux cultes ont renoncé à leurs fonctions . La raison
seule , disent ces citoyens aura désormais des autels parmi
nous , et le même lieu de repos renfermera les cendres des
citoyens , quelqu'aient été leurs opinions religieuses . Le fauteur
de la tyrannie , l'ennemi de la liberté méritent seuls la souscrip
tion des hommes libres .
2
La société populaire de Douai demande que les ministres
du culte ne soient plus payes aux frais du trésor public.
Les administrateurs du district de Fontenai- le - Peuple , dépar- ·
tement de la Vendée , annoncent qu'ils ont envoyé à la monnaie
de la Rochelle 221 marcs d'argenterie , une grande quantité
de fer , de cuivre , ainsi que toutes les cloches de leur
district ; ils ajoutent que les biens d'émigrés se vendent à un
très haut prix.
Une députation de la société populaire de Chambéry présente
à la Convention nationale un den patriotique de 8630 1 .
et plusieurs objets nécessaires à l'équipement des défenseurs
de la patrie . Elle annonce que des fonderies de canons sont
en pleine activité dans le département du Mont - Blanc ; que
l'argenterie qui décorait les églises a été portée à la monnaie
pour être transformée en monnaie republicaine , et que les
contributions de 1793 sont presqu'entierement payées .
་
Coupé de l'Oise , au nom du comité d'instruction publique
, a appelle l'attention de l'Assemblée sur les bibliotheques
nationales . Il a proposé d'établir dans chaque district une bibliotheque
publique . Les fonds en sont amassés depuis des
siecles , et ils sont dignes de l'envie de toute l'Europe . Les
bibliotheques principales des grandes communes , celles qui
étaient publiques , doivent sans doute être maintenues ; mais il
s'y trouve des parties doubles et mult pliées que l'on peut en
séparer. Dans la même ville il existe souvent plusieurs
bibliotheques . Il n'est pas de district qui n'en compte plu-
"
( 212 )
sieurs , soft dans les ci - devant maisons religieuses , soit dans
celles des émigrés . Ce sont ces différentes collections littéraires
, que le rapporteur a proposé de rapprocher , et d'en
composer une bibliotheque dans chaque district , afin de
mettre , antant qu'il est possible , tous les citoyens à portée
d'aller s'y instruire .
Le président annonce qu'une députation de la société des
Jacobins demande d'être admise à la barre . Elle est admise
avec la garde nationale de Paris . Une musique militaire les
précédait ; l'orateur s'exprime ainsi :
Représentans d'uu peuple, libre , c'est aujourd'hui l'anniversaire
de la mort légale du tyran. Un si beau jour qui retrace
aux ames républicaines un acte ordonné par la raison et par la
nature , comme le premier pas du bonheur pour l'humanité
entiere , doit être célébré prr tout homme qui sait apprécier
sa dignité .
" La société des Jacobins , remplie d'ames brûlantes pour
la liberté , premiere divinité du sage et de l'ami de la nature , a
voulu en masse , avec ses tribunes et une députation de la
commune de Paris , consacrer ce beau jour à féliciter de
nouveau les vrais Montaguards du courage avec lequel ils ont
été l'organe du peuple Français , en anéantissant le noustre qui
Ie dévorait..
*
" La société vous invite , Montagnards , à décréter que
cet anniversaire sera célébré tous les ans , et consacré à la
liberté.
" Continuez vos travaux commences avec cette fermeté qui
convient aux hommes libres ; soyez l'épouvante des tyrans du
globe , et l'espoir des humains. Bientôt , à l'exemple des Français
, tous les peuples secoueront le joug , et briseront leurs
fers . Alors si l'élan sublime du peuple dont vous avez le bonheur
d'être l'organe , doit servir de modele à tous les peuples ,
votre courage , vos vertus civiques serviront de leçons à leurs
représentans .
Point d'égalité , point de liberté avec un roi ; point de
bonheur sans égalité , sans liberté . Vous avez détruit un roi ,
vous avez donc voulu l'égalité et la liberté , c'est - à - dire le
bonheur du peuple ; vous avez bien mérité de la patrie . ,,
Le président exprime dans une répouse énergique , combien
la Convention est satisfaite d'avoir dans son sein les plus
zélés partisans de la liberté . Un membre convertit en motion
le voeu qui vient d'être emis , et la Convention décrete que
tous les ans , à pareil jour , il sera célébré une fête civique..
dans toute l'étendue de la République .
Les tyrans , dit Couthon , faisaient célébrer par les peuples
l'anniversaire de leur naissance , qui était un fléau pour 1 humanité.
Vous venez de décreter la célébration de l'anniversaire
de la mort d'un d'entr'eux , mort qui a été un bien
pour l'humanité. Exprimons par un mouvement spontané et
( 213 )
1
subit cette pensée terrible pour eux , consolatrice pour les
peuples Mort aux tyrans , : paix aux chaumieres. "9
L'Assemblée se leve avec enthousiasme , et renouvelle cette
déclaration solemnelle , elle répete le serment déja prononcé
plusieurs fois par elle : Vivre libre , ou mourir . Elle jure encore
la République une et indivisible . Cette scene intéressante a
été terminée par l'exécution de plusieurs airs patriotiques . L'Assemblée
s'est ensuite mise en marche avec les citoyens , et s'est
rendue à place de la Révolution .
Séance extraordinaire du soir.
Après avoir accueilli plusieurs dons patriotiques offerts par
diverses communes et sociétés populaires , la Convention a
procédé au renouvellement, du bureau . Vadier ayant réuni la
majorité des suffrages a été proclamé président .
PRÉSIDENCE DE VADIER.
Séance du tridi , 3 Pluviôse.
La lecture de plusieurs adresses a occupé les premiers momens
de cette séance . La société populaire de Cologne , qui a
été une des premieres à adhérer aux journées des 31 mai et
2 juin , annonce que sur une population de 700 ames , elle
a fourni 100 défenseurs à la patrie ; l'emprunt volontaire a
produit plus de 15,000 liv . ; les offrandes en bas , souliers et
chemises , sont immenses . Elle ne reconnaît d'autre culte. que
celui de la raison , et d'autres fêtes que les jours de décade .
La société populaire de Dammartin demande que les prêtres
ne soient plus salariés par la nation . Par-toni , la vente des
biens des émigrés se fait avec un égal succès . Dans le district de
Villefranche , deux domaines estimés 382,000 , ont éte vendus
un million .
La commune de Senlis envoie 985 chemises , 138 paires de
souliers , 158 paires de bas et autres objets d'équipement. A
un don de même nature , les administrateurs du district de
Laon joignent 761 marcs d'argenterie . La société populaire de
la commune de Blamont a monté , armé, et équipe un cavalier .
Elle annonce un don de 2364 chemises . Cet exemple est imité
par beaucoup d'autres sociétés populaires .
Bourdon de l'Oise s'est plaint amcrement du spectacle qui
avait été donné hier sur la place de la Révolution , au moment
même que la Convention célébrait l'anniversaire de la mort du
tyran ; quatre malheureux y ont été amenés pour expier leurs
crimes , mais l'instant de leur supplice semblait n'avoir été
commandé que pour souiller de leur sang la représentation
nationale . Qui de nous n'a pas fremi , a dit Bourdon ? qui de
nous n'a pas détourué ses regards de cetic horrible tableau ?
Il est impossible que cette scene n'ait été préméditée pour avilir
la Convention . je demande qu'instruite de ce qui s'est passé ,
0 3
( 214 )
hier , elle n'aille jamais , a l'avenir , à des fêtes , que lorsqu'elle
en aura ordonné la marche et la police . Je demande
que le comité de sûreté générale soit chargé de rechercher .
cette affaire , et s'il y a eu un dessein prémédité , que les
auteurs en soient séverement punis. Les propositions de
Bourdon sont adoptées .
Barrere , au nom du comité de salut public , annonce la .
reprise du fort Vauban par les troupes de la République . Les
brigands royalistes ont disparu en imitant les metéores destructeurs
; ils ont mis le feu au fort ; ils ont dévasté les divers
maisons de la ville , ils ont tout couvert de mines , dont une
partie a éclaté , et ils ont emporté les canons . Mais il nous
reste des remparts inexpugnables et mobiles , une armée de
Républicains. Il n'en a pas coûté un homme à la République ,
et d'après l'avis des gens de l'art , la reprise militaire du fort
Vauban aurait coûté cinq à six mille hommes à la République .
Le sang républicain est épargné ; nous rebâtirons les forts
nécessaires . Quant aux maisons des villes de guerre , elles ont
été toujours plus nuisibles qu'utiles . Il ne faut pas croire cependant
que , quoique l'Autrichien ait évité le combat en
fuyant lâchement , il n'y ait eu aucun trait de dévouement
qui honore les soldats Français . Les magasins à poudre étaient
minés , la ville était remplie de mêches qui allaient faire sauter
tous les habitans ; de braves volontaires se sont élancés partout
, et ont arraché toutes les mêches avec un dévoûment admirable,
Ainsi , les frontieres sont purgées , le Palatinat est
puni , et l'Autrichien est flétri par la terreur.
L'ennemi a tenté de faire un mouvement à Worms ; mais
bientôt les Républicains ont repris leur position . Worms est
Occupé par nous , et nous y avons recueilli des magasins
immenses de blé , de cuir et de draps .
Dans les guerres ordinaires , a ajouté Barrere , après de
pareils succès , on eût cherché on eût obtenu la paix . Les
gueres des rois n'étaient que des tournois ensanglantés dont
les peuples payaientles frais , et dont les rois commandaient
insolemment la pompe .
Mais dans la guerre de la liberté , il n'est qu'un moyen ,
c'est d'exterminer les despotes. Lorsque l'horreur de la tyrannie
, et l'instinct de la liberté ont mis les armes dans les mains
d'hommes braves , ils ne doivent les poser qu'en dictant la paix.
Lorsque des Republicains ont formé quinze armées , il n'y a ni
paix , ni trêve , ni amnistie , ni ancun traité à faire avec les
despotes , qu'au nom d'une République affermie , triomphante .
et dictant la paix aux nations .
" Ayons seulement la conscience de nos forces , et nos forces
seront centuples . Ayons devant les yeux le tableau des peuples
vaincus par nous ; parcourons la nomenclature de ces esclaves
"
( 215 )
募
divers , et la dignité du Français sera incontestable . Nous'
avons fait ce tableau ; le voici :
La coalition a attaché au char du despotisme , 22 peuples
qui ne sont pas encore réveillés , Hollandais , Anglais , Ecossais ,
Irlandais , Hanovriens, Brunswikois , Hessois , Prussiens , Ban de
l'empire , Autrichiens , Hongrois , Bohémiens , Flamands , Russes , "
Piémoutais , Sardes , Permesans , Florentins , Papistes , Napolitains
, Portugais , Espagnols . Des dénombrer c'est comptér
les vaincus ; quelle plus belle campagne que la nôtre peuvent
done présenter à l'Europe les Espagnols , les Anglais fugitifs à
Toulon , les Prussiens battus à la Moselle , les Autrichiens
passant le Rhin , les Hollandais et les Irlandais chaffés de
Dunkerque .
" Cependant quelques voix se font entendre et vantent déja
les avantages de la paix ; quel politique habile , quel patriote
sincere , quel républicain prononcé oserait parler de paix sans
craindre de compromettre la liberté , et de faire perdre à la
République Française l'attitude qu'elle a prise aux yeux du
monde.
Qui se donc parler de paix ?
Les aristocrates , qui sentent que la révolution a pu enfin
les atteindre .
" Les modérantins , qui ne peuvent vivre dans l'atmosphere
élastique et fort de la République .
Les riches , qui comprennent que leur avare résistance
n'a plus de succès à espérer.
" Les descendans des castes ci - devant privilégiées , qui
voient que le regne de l'égalité s'établit .
" Les amis des conspirateurs , qui savent enfin que la justice
nationale les observe et les punit.
" Les ames pusillanimes et timides , parce qu'elles ne peuvent
se faire au régime vigoureux de la démocratie .
Les mauvais citoyens , parce qu'ils esperent échapper à
la surveillance des hommes libres .
Les prétendus patriotes , qui peuplent facilement le parti
de l'étranger , parce que les gouvernemens royalistes ont besoin
d'attiédir notre ardeur patriotique , d'atténuer nos forces guerrieres
et de refroidir la chaleur de la révolution , ou d'arrêter
son mouvement salutaire ,
99
" Qui ose parler de paix ? Ceux qui esperent ajourner la
contre- révolution à quelques mois , à quelques années , en
donnant aux étrangers , aux tyrans , le tems de se restaurer
le tems de sucer les peuples , de refaire leurs approvisionnemens
, de recruter leurs armées ,
" Qui ose parler de paix ? Brunswick , Cobourg , Pitt ,
Hood et Ricardos . Deja dans les frontieres du Nord et du
Midi des adresses impiimées sont colportées dans les armees
et dans les campagnes et dans les villes de guerre . On prétend
éclairer le peuple sur les maux de la guerre , et on lui fait
04
( 216 )
1
demander la paix . Quel piege grossier ! Puisque nos lâches
enuemis s'occupent eux - mêmes de composer cette opinion ,
et qu'ils ont l'ineptie d'espérer qu'ils la formeront , citoyen , il
nous faut aujourd'hui redoublement d'audace contre les conspirations
, redoublement de sévérité dans les rapports , redoublement
de force, dans les mesures , redoublement d'examen
dans les hommes qui se disent patriotes , redoublement de
discipline et de moyens pour maintenir les belles et victorieuses .
armées de la Republique , redoublement de fabrication d'armes ,
de poudres et de canons .
Il faut la paix aux monarchies ; il faut l'énergie guerriere
à la R publique."
" Il faut la paix aux esclaves ; il faut la fermentation de
la liberté aux Republicains.
Il faut la paix aux gouvernemens ; il faut toute l'activité.
révolutionnaire à la République Française .
La mort vaut mieux qu'une paix honteuse ou insuffisante .
Une guerie desastreuse vaut mieux qu'une paix factice . Ni
paix , i trêve , ni armistice aux tyrans coalises .
" Que les sociétés populaires s'emparent donc des moyens
de développer les crimes du gouvernement Britannique , et de
prouver que le ministere y est parvenu à nationaliser dans .
cette isle le despotisme , et à constituer d'une maniere pompeuse
a tyrannie royale . C'est la force de ce gouvernement
abominable que vous devez détruire ; c'est cet ennemi éternel
que le comité de salut public ne cessera de présenter au cou
rage des Français.
Carthage était aussi une république ; Carthage était navi
gatrice et commerçante ; elle avait une marine puissante , des
généraux célebres , une industrie brillante , et une constitution
politique ; mais la foi punique , mais sa politique astucieuse ,
mais ses moyens corrupteurs , firent sentir à la république ro
maine que sa liberté ne pouvait reposer que sur les débris de
Carthage , et Carthage fut détruit. 99
Ce rapport a souvent été interrompu par les plus vifs applaudissemens
. La Convention en a décrété l'impression et l'envoi
anx armées. Elle a autorisé le représentant du peuple au fort
Vauban de distribuer des récompenses aux soldats qui se sont
distingués.
Nos torces navales réunies au port de la Montagne étaient
sans chef , La Convention nationale , sur la présentation du
comite de salut publie , a nommé le contre- amiral Martin ,
command ut en chef des forces navales de la Mediterranée .
Voici ses titres à la confiance publique Martin a commencé
par être matelot , il est devenu pilote , sous - lieutenant , lieutepant
, capitaine de vaisseau , etc. Il a passé par tous les
grades ; il a dix-neuf ans de navigation sur les vaisseaux de
V'Etat.
Sur la proposition de Barrere , la Convention a décrété
( 217 )
qu'il sera établi à Saint-Jean -de - Luz , une école d'hydrographie ,
à l'instar de celles déja établies dans les autres ports de la
République.
La rédaction du décret sur la liquidation de tous les offices
non liquidés a été adoptée .
Il s'est élevé quelques débats sur une proposition de Barrere ,
tendante à autoriser plusieurs citoyens du Havre à acheter du
blé chez l'étranger avec le produii d'une taxe révolutionnaire
mise sur les riches . Les diverses obsesvations faites sur cet
objet , ont été renvoyées au comité de salut public
On a présenté la rédaction du décret rendu au commencement
de cette séance , sur la motion de Bourdon ; mais ce mambre
en a demandé lui -même le rapport , en disant que la maniere
dont la Convention avait accuei li ses propositions , devait
prouver à tout le monde que son intention n'etait
pas d'assistér
à l'exccution de quatre criminels .
Seance du quartidi , 4 Pluviôse.
Un coupable convaincu de faux, témoignage contre une
femme qu'il accusait , a subi le dernier supplice , non pour ce
crime , mais parce que lui-même il avait commis un délit contrerévolutionnaire
; l'accusation s été faite par l'accusateur public du
tribunal révolutionnaire ; mais si le scélérat a reçu la peine d'un
de ses crimes , il n'en aurait pas moins joui de l'impunité de son
faux témoignage par la lacune qui se trouve à cet égard dans
le code pénal ; il ne puniti ce délit que de huit années de
fers. Voulland qui a rendu compte de ce fait à l'Assemblée
a demandé que la Convention décrétât que les faux témoins
fussent frappés de la même peine qu'aurait encourue l'accusé
en cas de conviction . Cette proposition a été adoptée en çes
termes :
La Convention nationale décrete , par article additionnel
au code pénal , que tout individu convaincu de faux témoi
nage sur une accusation capitale . sera puni de mort . Elle
charge sou comité de législation de présenter incessamment
un projet de décret sur les peines à infliger aux individus
convaincus de faux témoignages sur les accusations qui ne
seraient pas de nature à déterminer la peine de mort.
On sait avec quel courage et avec quel héroïsme les gre
nadiers de la Convention ont combattu dans la Vendée . Ils
étaient partis 180 , ils ne sont revenus que 120. Les 60 autres
ont péri ou sout hors de service . Il en est parmi ces derniers
qui paraissent dans une médiocrité plus qu'ordinaire ,
ils ne demandent rien , mais ils ont besoin . Sur la proposi
tion de Couthon , l'Assemblée leur a accordé à chacun , outre
leur solde , une gratification de 400 liv . La même indemnité
sera payée aux veuves de ces grenadiers gendarmes qui ont
peri dans la glorieuse campagne qu'ils ont faite.
Un vieillard d'une commune du district de Cambrai cheminait
, suivi de son fils ; ils sont rencontrés par cinq satel
( 218 )
lites Autrichiens qui se précipitent sur eux le sabre à la main ;
le jeune homme vient défendre son malheureux pere , dont
les jours sont menacés ; mais aussi-tôt les cruels Autrichiens
lui abattent le poignet , et ces deux infortunes allaient être
massacrés impitoyablement si un détachement de, républicains
ne fût accouru à leur secours , et n'eût mis en fuite ces lâches
assassins . Ce malheureux vieillard se trouve dans le plus grand
besoin . Son fils était son seul soutien , et la blessure qu'il
a reçue l'empêche de se livrer à son travail ordinaire ; il réclame
des secours. Sa pétition est renvoyée au comité des
secours .
André Dumont , représentant du peuple dans le départe
ment de la Saône , écrit que les prêtres avaient voulu se lever ;
mais ce mouvement a tourné contre eux ; les confessionnaux
ont été convertis en guérites ; les chaires ne servent plus qu'à
la lecture des lois ; les églises sont converties en halles , et
le peuple va acheter sa nourriture là où depuis des siecles
il allait avaler le poison .
Sur le rapport d'un membre du comité des finances , l'Assemblée
a mis à la disposition du ministre de l'intérieur ane
somme de 100 mille liv. pour être distribuée aux différens
spectacles de Paris , à tire d'indemnité des differentes représentations
qu'ils ont données pour le peuple .
Sur le rapport de Peyssard , au nom du même comité et
de celui de secours public , la Convention a mis à la disposition
du ministre de l'intérieur la somme de 30 mille livres ,
pour être distribuée , à titre de secours , aux patriotes réfugiés ,
de Valenciennes .
On a reproduit la proposition précédemment faite par
Léonard Bourdon , de restituer aux citoyens indigens leurs
effets déposés au Mont - de - piété . Elle a été adoptée avec
exception . Il sera fait incessamment un rapport sur la question
de savoir s'il est utile au bien general de conserver les
établissemens connus sous la dénomination de Mont - de - piété .
1
Séance de quintidi , 5 Pluviôse.
Camille Desmoulins a dénoncé une violation des décrets
sur les bibliotheques et objets des arts . Des commissaires de
section se sont transportés chez son beau -pere , auquel ils
ont enlevé une partie de ses livres , parce qu'ils traitaient de la
jurisprudence ; une riche pendule , parce qu'ils prétendaient
que l'aiguille portait une fleur-de - lys ; cependant c'était un
refle , un vieux porte -feuille ministeriel placé au- dessus de sa
bibliotheque , et oublié depuis plus de cinq ans , parce qu'on
y a découvert les traces de quelques fleurs - de - lys . Cette perquisition
s'est terminée par l'arrestation du beau - pere de
Camille .
Bourdon de l'Oise , en attribuant cet acte à une vengeance
particuliere envers Camille Desmoulins , a demandé que le
( 219 )
comité de sûreté générale fit un rapport de cette affaire sous
rois jours.
Danten s'est opposé à l'espece de distinction , de privilege
que cette proposition semblait accorder au beau - pere de
Desmoulins. Si nous devions accorder une priorité , a- t- il
dit , ce serait aux malheureux , aux nécessiteux qu'il faudrait
d'abord tendre les mains . Je demande que la Convention médite
les moyens de rendre justice à toutes les victimes des
mesures et arrestations arbitraires , sans nuire à l'action du
gouvernement révolutionnaire . Je demande le renvoi de cette
question à la méditation du comité de sûreté générale qui se
concertera avec le comité de salut public ; qu'il soit fait un
rapport à la Convention , et qu'il soit suivi d'une discussion
approfondie , car toutes les discussions de la Convention ont
eu pour résultat le triomphe de la raison et de la liberté . "
Romme a ajouté à la dénonciation de Camille Desmoulins
un fait qui concerne les arts . Dans la section de Beaurepaire ,
des personnes se disant munies d'ordres du comité de sûreté
générale , sont entrées chez un marchaud d'estampes , et ont
enlevé plusieurs gravures , sous prétexte qu'elles portaient les
empreintes de la royauté ; il a demandée le comité de
sûreté générale poursuivit les personnes di se
sont dites
porteurs de ces ordres .
Les propositions de Danton et de Romme ont été renvoyées
aux comités réunis de salut públic et de sûreté générale ,
Merlin de Douai a obtenu la parole , au nom du comité de
législation , sur le décret rendu la veille contre les , faux tế-
moins , et il a observé que les peines portées dans le décret
sont renfermées dans le code pénal . D'après ses observations
la Convention a substitué le décret suivant :
Art . Ier . La peine de mort prononcée par l'article XLVHI
de la section II du titre II de la seconde partie du code
pénal , contre les faux témoins entendus sur des accusations
capitales , aura lieu , quoique les accusés à la charge desquels
ils ont déposé aient été acquittés .
9 II . Les faux témoins qui auront déposé à décharge , soit
que les accusés de crimes capitaux aient été acquittés ou condamnés
, seront pnnis de 20 années de fers , conformément
à la premiere partie de l'article du code pénal ci - dessus
anentionné.
,, III. Si néanmoins les accusations capitales sur lesquelles
il aura été déposé à décharge , ont pour objet des crimes
contre révolutionnaires , les faux témoins seront punis de
mort comme s'ils avaient déposé à charge .
·
,, IV. La présente loi sera lue publiquement aux témoins
assignés pour déposer dans chaque procès immédiatement
après l'acte d'accusation ,
,, V. Le décret rendu dans la séance d'hier sur le crime
de faux témoignage est rapporté. "
( 220 )
La prison de la Conciergerie est affectée aux seuls prévenus
de délits contre révolutionnaires , dont la connaissance
est exclusivement attribuée au tribunal révolutionnaire.de
Paris . Le nombre des prisonniers qu'on envoie de toutes les
parties de la République augmentant tous les jours , il était
à craindre qu'une trop grande quantité de détenus dans un
même lieu ne produisit au milieu d'eux des maladies épidémiques
. L'humanité et la justice fesaient un devoir de veiller
à la conservation de leurs jours , et c'est pour remplir ce
devoir sacré que Vouland , au nom du comité de sûreté générale
, a proposé à la Convention d'employer une partie de
la maison dite Episcopale de Paris à une infirmerie , uniquement
destinée aux prisonniers de la Conciergerie . Cette
proposition à été adoptée .
·
Plusieurs pétitions particulieres ont été entendues et renvoyées
aux comités qui doivent en connaître .
Séance du sextidi , 6 Pluviôse .
Le citoyen Larcher , capitaine au 6e . bataillon de la Somme,
acquitté la veille par le tribunal révolutionnaire , s'est présenté
à la barres son défenseur officieux a retracé à la Convention
la scene touchante qui a eu lieu au tribunal. Les
juges et les jurés , sachant que ce citoyen était dans l'indigence
, ont contribué pour lui donner les moyens de subsister
quelques jours . La Convention a accueilli avec intérêt
ce défenseur de la patric , victime de la calomnie , et lui a
accordé un secours provisoire de 300 livres . Elle a chargé le
ministre de la guerre de le réintégrer dans sa place , et le
comité de législation de lui présenter un mode général sur
les secours à accorder aux citoyens qui auront langui dans
les fers , et qui auront été acquittés .
Des députés de la société populaire de Sedan présentent,
une pétition , par laquelle ils réclament la liberté de deux
citoyens , victimes des vengeances personnelles des représentans
du peuple. "
Perrin monte à la tribune , et annonce que ces dénonciations
sont dirigées contre lui , parce qu'il n'a pas voulu servir
les passions particulieres des intrigans. Et moi , s'écrie
Lacroix , j'ai été dénoncé ; je m'en fais gloire . Commeat
serait-il possible que des representans du peuple , dont le devoir
était de destituer , de faire arrêter des intrigans , de
mauvais citoyens , de faux patriotes , n'aient pas été en butte
à leurs calomnies ; je demande que le comité de sûreté générale
nomme quelques-uns de ses membres pour former une
commission qui soit uniquement chargée d'examiner toutes
les dénonciations dirigées contre les représentans du peuple ,
et d'en faire un apport qui soit snivi d'une discussion . Je
demande encore que les dénonciations soient portées au
( 221 )
comité de sûreté générale par les pétitionnaires .
positions de Lacroix sont adoptées .
- Les
pro-
I parvient au comité de législation des réclamations sans
nombie pour l'exécution de la loi contre les émigrés . On
présente sur tout des difficultés sur le décret qui ordonne
la vente des biens des parens dont les enfans ont émigré . La
Convention a chargé ce comité de lui faire un prompt rapport
sur cet objet.
Les ci- devant fermiers-généraux annoncent à la Conventionqu'ils
viennent d'adresser au bureau de comptabilité nationale
le dernier de leurs comptes . Si malgré tous nos soins,
ajoutent- ils , il s'y était glissé quelques erreurs , la brieveté
du tems et la multiplicité des opérations solliciteraient votre
indulgence. Renvoyé aux comités de sûreté générale et
des finances.
-
Une lettre de Bourbotte et Turreau , représentans du
peuple près les armées réunies de l'Ouest et des côtes de
Brest , instruit la Convention de l'envoi de 400 marcs d'argenterie
trouvée dans les ruines du fameux château de l'Escurc .
La destruction des brigands amenant nécessairement la fin de
leur mission , ces représentans sollicitent leur rappel.
Sur la proposition d'un membre , l'Assemblée a décrété un
anicle additionel à la loi du 26 nivôse , rclative à une prolongation
de délai pour la déposition des titres des créaneiers
des émigrés . Il est ainsi conçu Le délai fixé aux
créanciers des émigrés par le décret du 26 nivôse n'est applicable
qu'à ceux qui n'ont point fourni leurs titres dans les
délais fixés par les lois des 2 septembre , 31 octobre 1792 ,
et 13 janvier 1793 ; les dispositions des décrets des 25 juillet
et 27 brumaire , relatives au délai pour un nouveau depör des
tires , et pour la formation des unions , continueront de recevoir
leur exécution .
1
--
$
D'après le rapport du comité de la guerre il a été rendu
un décret tendant à pourvoir promptement à tout ce qui est
relatif au complément des troupes à cheval .
Sur la proposition
des comités des domaines , d'aliénation et des finances,
la Convention a confirmé les nominations des gardes-bois ,
` faites jusqu'à ce jour par les corps administratifs .
Le comité de législation a fait rendre le décret suivant :
Art. Ier, Les citoyens dont les titres , sentences ou procedures
, confiés aux notaires publics , ci - devant avoués , défenseurs
officieux , huissiers , fondés de pouvoirs , agens d'affaires
et autres détenteurs , se trouvent sous les scellés , pourront
requérir le juge de paix , ou tel autre officier public qui les
aura apposés , à les lever de suite , pour leur remettre les
pieces qu'ils réclament , en constatant cette remise par le
cès -ve.bal .
1
pro-
" II . Dans le cas où les dépositaires des titres réclamés
seraient détenus , leur présence ne sera pas nécessaire pour la
( 222 )
levée des scellés ; ils seront représentés par leur fondé de pouvoirs
, s'ils en ont un.
"" ↑
III. Les juges de paix ou autres officiers publics , qui
étant requis , ne défereront pas promptement à cette réquisition
, seront responsables des dommages et intérêts qu'auront
occasionés leur négligence ou leur refús .
" IV. Les délais pour se pourvoir contre les jugemens par
opposition , appel , ou voie de cassation , pour exercer toute.
action , faire tous actes conservatoires , cessent de courir contre
ceux qui sont dans le cas de l'article 1er . , depuis l'instant de
l'apposition des scellés , jusqu'au procès - verbal de la levée , sur
leur requisition .
,, V. Tous détenteurs ou dépositaires de titres , et papiers ,
et contrats de rentes réclamés , qui ne se trouvent pas sous
les scellés , sont tenus de les remettre à la premiere réquisition
du propriétaire ou fondé de pouvoirs ; en cas de retard ou
refus , ils y seront condamnés dans les 24 heures , sur simple
citation , par
le juge de paix , ensemble aux dommages et
intérêts , que ce retard ou ce refut auraient occasionnés , et
ende qui ne pourra excéder le quart de leur imen
une amen
position mobiliaire ..
Sur le rapport de son comité de surveillance des subsistances
militaires , habillemens et charrois des armées , la Convention
a nommé six de ses membres , à l'effet de se transporter dans
les différens bureaux de l'administration de l'habillement et
équipement des troupes , et rechercher sommairement , d'après
les indices et dénonciations fournies au comité , les titres et
preuves de la prévarication des administrateurs .
Séance du septidi , 7 Pluviôse .
Les citoyens composant la commune et le comité de sûreté
générale de Chambéry , en applaudissant aux glorieux.
travaux de la Convention , lui adressent un don patriotique de
4662 1. en assignats , 138 livres pesant de plomb en barre ,
des chemises , des souliers , etc.
Les administrateurs du district de Chaumont annoncent
un envoi de 565 marcs d'argenterie à la Monnaie. Ils n'attendent
, pour faire passer une grande quantité de cuivre
qu'ils possedent , que de savoir ou le déposer.
Le comité de surveillance de la section de Beaurepaire
avait été inculpé , dans la séance du 5 , par Romme . Voici
sa justification : Plusieurs marchands de gravures avaient été
dénoncés au comité , et des perquisitions faites chez eux , il
est résulté que les uns étaient des conspirateurs , les autres
de lâches corrupteurs des moeurs . On a trouvé chez eux non
pas des emblémes de la royauté , mais des malles de rois ,
reines , dauphins , etc. , dont les planches étaient scrupuleusement
conservées . Pas un paysage , pas une estampe , autres
que les ci- dessus mentionnés , n'ont été saisis . Nous respec-
}
( 223 )
tons les arts , ajoutent les membres du comité , mais non
les tyrans.
Les représentans du peuple aux armées du Rhin et de la
Moselle font passer quantité d'argenterie , trouvée chez les
nouveaux émigrés qui ont fui avec l'ennemi à l'approche des
armées de la République . Parmi ces objets , il se
trouve
une médaille avec cette légende Louis XVI , assassiné par les
factieux. On a trouvé en outre dans les malles de ces émigrés
un assignat portant ces mots Possessions des factieux ,
assignat de 5 liv. , payable au porteur , lors de l'entrée des princes
en France , signé CALONNE. Ces nouveaux émigrés , disent
les représentans du peuple , sont plus coupables que les
premiers . Nous demandons que l'Assemblée décrete que leurs
biens seront partagés entre nos braves républicains qui combattent
pour le salut de la République . "
Rhul et Merlin de Thionville ont demandé qu'on fit payer
à l'électeur Palatin les frais d'une guerre où il nous a trompés
par sa feinte neutralité . Il faut , ont- ils dit , lui dresser un
bon mémoire et ne pas quitter le Palatinat qu'il ne l'ait
acquitté. Renvoyé au comité de salut public.
Il s'est élevé une discussion sur l'indemnité à accorder aux
citoyens commis à la garde des scellés apposés chez les personnes
suspectes , et à ceux qui gardent ces mêmes personnes
dans les maisons d'arrêt . Cette discussion a été
suivie d'une proposition de Couthon , tendante à charger les
comités de salut public et de sûreté générale de faire , sous
trois jours , un rapport sur la question de savoir s'il n'y a
pas lieu d'établir le sequestre , et de mettre sous la main de
la nation les biens des individus arrêtés et détenus comme
suspects , et notamment ceux des ci- devant nobles , prêtres
banquiers , fermiers - généraux , parens d'émigrés et autres gens
déclarés suspects par la loi du 17 septembre. Cette proposition
est décrétée .
Sur le rapport de son comité des finances , la Convention
décrete qu'il sera établi , anprès des caisses des receveurs de
district , une garde permanente pour veiller à leur conservation
.
Un membre du même comité fait un rapport , duquel it
résulte que Vemeranges doit à la nation 9 millions 500 mille 1.
il propose de mettre en séquestre ses biens et ceux de ses codébiteurs
. En appuyant cette proposition , Cambon demande
que désormais on ne reçoive , ni dans les tribunaux , ni dans
les comptes de la nation , pour pieces de comptabilité , les
lettres purement ministérielles et les pieces qui ne seraient
pas revêtues de toutes les formalités prescrites par l'aucienne
loi . La Convention décrete ce qui suit :
La Convention nationale , considérant que dans aucun
tems aucun bon , ni ordre , ni lettre , ni mandat relatifs à des
versemens de fonds à faire par les caisses publiques en faveur
( 224 )
T
de particuliers ou de compagnies , sous quelque prétexte que
ce soit , n'ont pu être considerés comme obligatoires pour le
gouvernement , et former des titres de créances coutre la
nation :
» Décrete que l'agent du trésor public poursuivra , s'il me
l'a déja fait , la rentrée des sommes qui ont pu sortir du tresor
public ou être admises en comptabilité , d'après de pareils
bons , ordres , lettres ou mandats , soit avant , soit depuis la
révolution . "
Séance d'octodi , S Pluviôse.
Barrere , au nom du comité de salut public , a appellé aujourd'hui
l'attention de l'Assemblée sur la plus belle langue
de l'Europe , celle qui la premiere a consacré franchement les
droits de l'homme et du citoyen . Parmi les idiomes anciens ,
Welsh , Gascons , Celtiques , Visigots , Phocéens ou Ozicutaux
qui forment quelques nuances dans les communications
des divers citoyens et des pays formant le territoire de la
République , on a observé que l'idiôme appelle bas breton ,
l'idiome basque , les langues allemandes et italiennes , ont perpétué
le regne du fanatisme et de la superstition , assuré la
domination des prêtres , des nobles et des praticiens , empêché
la revolution de pénétrer dans neuf departemens importans ,
et favorisent les ennemis de la France , en présentant des
obstacles aux lois de la République et à leur exécution .
L'éducation publique ne peut s'y établir . La régénération
nationale y est impossible . Le federalisme et la superstition
parlent bas -breton , l'émigration et la haine de la République
parlent allemand , la contre - revolution parle l'italien , et le
fanatisme parle le basque . Cassons , a dit Barrere , ces
instrumens de dommage et d'erreur . Sur sa proposition
la Convention a décrété qu'il sera établi , dans dix jours ,
un instituteur de langue française dans chaque commune de
campagne des départemens du Morbihan , du Finistere , des
côtes du Nord , et dans la partie de la Loire inférieure dont
les habitans parlent l'idiôme appellé bas-breton ; dans, chaque
commune des campagues des départemens du Haut et Bas-
Rhin , dans le departement de Corse , dans la partie du département
de la Moselle , du département du Nord , du
Mout - Terrible , des Alpes maritimes et de la partie des
Basses-Pyrénées dont les habitans parlent un idiôme étranger.
Ces instituteurs ne pourront être choisis parmi les ministres
d'un culte quelconque , ni parmi ceux qui auront appartenu
à des castes privilégiées . Ils recevront du trésor public un
traitement de 1500 liv . par an .
La société populaire ds Commune - Affranchie sollicite la
sévérité de la Convention contre les individus qui ont cherche
, par une pétition présentée à sa barre , à ralentir la vengeance
1.
( 285 )
geance nationale à l'égard de ses plus cruels ennemis . Renvoyé
au comité de sûreté générale .
Des citoyens de la commune de Sedan dénoncent le tribunal
criminel révolutionnaire de cette ville , comme vexant les
patriotes et rendant des jugemens iniques contre
Convention sursecit à l'exécution de tous les jugemens poreux
. La
tant condamnation , rendus par ce tribunal. Elle renvoie au
comité de sûreté générale la réclamation des citoyens détenus
dans les prisons de Sedan .
Une députation d'Anglo Américains est admise à la barre .
Citoyens , dit l'orateur, la nation française avait invité les
hommes les plus ilustres de toutes les nations étrangeres å
l'honneur de la représenter. Thomas Payne , apôtre de la
liberté en Amérique , philosche profond et estimable , citoyen
vertueux et estime , élu par le departement du Pas- de - Calais ,
Thomas Payne viat en France et prit séance dans votre sein ;
des circonstances particulieres ont nécessité le décret qui
erdonna l'arrestation de tous les Anglais résidans en France.
Citoyens représentans , nous devons vous le rødemander , au
nom des amis de la liberté , au nom de vos alliés les Améicains
, de vos freres.
S'il en fallait davantage pour obtenir notre demande ,
nous vous dirions ; Ne donnez pas aux despotes coalisés , et
sur- tout an tyran d'Angleterre , qui eut la lâcheté de le
crire , le plaisir de voir Payue dans les fers . Nous vous . diprosrions
que les scellés mis sur ses papiers ont été levés , que
ses papiers ont été examinés par le comité de sûreté générale
, et que loin d'y trouver des propositions dangereuses
on n'y a trouvé par- tont que l'amour de la liberté qui le
caractérisa toute sa vie ; cette éloquence de la nature et de la
philosophie qui en fit un ami des hommes , et les principes
de morale publique qui lui ont mérité la haine des rois et
l'amour de ses concitoyens ; eufin , législateurs , si vous nous
permettez de rendre Thomas Payne à ses freres d'Amérique
nous offrons de nous rendre garans de sa conduite pendant
pen de tems qu'il restera en France. le
:
Le président répond par les témoignages les moins équi
voques de l'union et de la fraternité que doit faire naître
l'identité de principes entre les deux nations . C'est à la France,
c'est aux Etats- Unis à combattre et à terrasser de concert ces
iusulaires orgueilleux , ces insolens dominateurs des mers et
du commerce des peuples. Puis il ajoute Vous nous demaudez
, citoyens , la liberté de Thomas Payne , vous voulez
ramener dans vos foyers ce défenseur des droits de l'homme ;
on ne peut qu'applaudir à ce généreux mouvement . Thomas
Payne est né en Angleterre ; c'en était assez sans doute pour
appliquer à son égard les mesures de sûreté prescrites par
les lois
révolutionnaires . On pent ajouter , citoyens , que si
Thomas Payne a été l'apôtre de la liberté , s'il a coopéré
Tome VII:
P
( 226 )
puissamment à la révolution d'Amérique , son génie n'a point
apperçu celle qui a régénéré la France ; il n'en a apperçu le
systême que d'après les prestiges dont les faux amis de notre
revolution l'ont environné . Vous avez dû , comme nous , déplorer
une erreur peu conciliable avec les principes qu'on
admire dans les ouvrages bien cstimables de cet auteur répu
blicain . La Convention nationale prendra en consideration
f'objet de votre pétition , et vous invité à ses séances . Le
renvoi de cette petition aux comités de salut public et de
sûreté générale réunis est décrété .
PARIS , primidi , 11 Pluviose .
On continue toujours ici à mettre la ples grande activité
dans la fabrication des armes . Le gouvernement vient encore
d'établir une nouvelle fonderie de canous sur le quai Voltaire ,
au coin de la rue de Beaune . Toutes les sections s'occupen
avec un zele infatigable de faire extraire les salpêtres dans
les caves de feur arrondissement. Cette opération est trèsfacile
au moyen des instructions que le comité de salut public a
rédigées. Si nous n'avons pas rapporté les instructions , c'est
que le comité les a fait répandre dans tou les disuicts et les
municipalités de la République avec une promptitude et une
profusion telles qu'il n'est aucun citoyen qui ne puisse aiscment
se les procurer. Nous invitons tous les Républicains à
imiter l'exemple de leurs freres de Paris . Il faut que la République
ne soit plus qu'un arsenal de guerre où chacun soit
empresse d'augmenter la masse de nos armes et de nos munitions .
Point de treve , point de paix , point de relâche , jusqu'à ce
que la coalisation des puissances soit dissoute , et que la sou
veraineté et l indépendance du penple Français soient reconnues
d'une maniere formelle par les tyrans qui s'en sont déclarés les
ennemis.
Les succès de nos armées de terre sont dignes du courage ,
de la patience et du dévouement qui animent les enfans de
la liberté . Nos braves carmagnols out fait des prodiges qui
ont réalisé parmi nous les sicles héroïques qui n'appartenaient
qu'à des tems fabuleux . Les mêmes succès nous attendent sur
les mers. C'est là que nos ennemis se proposent de déployer
routes leurs forces . C'est vers cet- objet important que nous devons
tourner toutes les nôtres. Déja nos côtes maritimes de
POcéan sont couvertes de nos corsaires , soutenues de station
en station par de nombreuses frégates , et l'on connaît la multitude
de prises qu'elles font journellement. Notre matine ,
que l'incroyable perfidie de nos ennemis avait presqu'entierement
desorganisée , vient d'être recréée à Brest par les soins
des représentans du peuple , et principalement par cenx de
( 227 )
Jean -Bon- Saint-André . Peure au moment où nous écrivons
une flotte formidable , sorte de ce port , est- elle aux prises
avec celle de l'Anglais dont l'embarras est si grand qu'il në
sait plus à qui en confi.r le commandement , car les papiers
anglais , après avoir annoncé que Barington remplaçait Howe ,
font remplacer aujourd'hui Barington par Hood . Que la Méditerranée
võie flotter à son tour l'étendard tricolore . Nous
y trouverons deux avantages bien marqués , celui de protéger
nos approvisionnemens dont la trahison s'était flattée de nous
priver , et de nous resaisir sur ces mers de la prépondérance
et de la terreur que l'Anglais était parvenu à y inspirer.
Persévérance , force et union ; que cette devise soit plus que
jamais à l'ordre du jour , et la liberté s'affermira en dépit des
traîtres et , des despotes coalisés .
Dentzel , député à la Convention , Duplessis et Cheppy ,
ci - devant commissaires dans la Belgique , ont été conduits
dans la maison d'arrêt des Carmes .
Femestre , ci -devant commandant de Landau ; Laudier , aidede-
camp du général Laubadere , et Laudier , ingénieur à l'armée
du Rhin , ont été conduits à l'Abbaye .
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Marc - Etienne Quatremere , marchand de draps de
la rue Saint- Denis , âgé de 48 ans , et six autres individus ,
officiers , sous- officiers et canonniers des vaisseaux le Commerce ;
Marseille et l'Orient , convaincus d'avoir favorisé l'entrée sur
le territoire français , dans le port ci-devant de Toulon , aux
ennemis de la République .
La même peine a eu lieu contre Marc-Antoine Bernard ,
suppléant de Barbaroux à la Convention , convaincu de complicité
dans le complot contre l'unité et l'indivisibilité de la
République Camille Rossi , âgé de 66 ans ; natif d'Ajaccio en
Corse , ci -devant général de brigade à l'armee des Alpes , em
cantonnement à Barcelonnette , convaincu de trahison ; et
E. J. Josset Saint- Laurent , âgé de 48 ans , négociant de
Paris , convaincu d'avoir entretenu des intelligences avec les
ennemis extérieurs de la République .
D'autres conspirateurs , fournisseurs et administrateurs infideles
ont subi la même peine .
Charles -Alexis Descharmes , né à Paris , âgé de 19 ans , fils .
naturel de feu Brulard Sillery , et ci- devant aide - de - camp du
général Dampierre , convaincu d'avoir fabriqué sciemment un
certificat , au bas duquel a été également fabriquée la signaiure
de Dampierre , général en chef , et celle de Langeron ,
commissaire - ordonnateur de l'armée du Nord ; d'avoir fabriqué
, à côté d'un passe -port , une permission de rester
Paris , au bas de laquelle a aussi été fabriqués la signature de
P
( 228 )
Xavier Audouin , adjoint du ministre de la guerre
condamné à huit années de fers .
a été
Nombre d'autres accusés ont été acquittés et mis en
liberté.
1 total des prisonniers , dans le département de Paris ,
est de 5228.
Suite du discours de Ph . Simond , sur les crimes du gouvernement
Anglais contre le Peuple Français .
La chute des Mounier , Clermont , Bergasse , Bailly et
autres , perdit la cour ; l'emigration de cette famille et de la
noblesse qui lui était attachée , se fit avec une espece de magnificence
; tout l'honneur était d'aller à Coblentz préparer la
joyeuse entrée du despotisme religieux et politique triomphant
. ici commencent plus particulierement les crimes de la
çour de Londres et le triomphe de son psri , le même qui ,
après avoir été terrassé plusieurs fois , se reproduit encore aujourd'hui
sous des modifications nouvelles , et tourmente le
dernier âge de notre révolution en s'accolant aux inuigans qui
ant succédé aux fédéralistes et aux partisans de la royauté . La
cour de Londres voulant s'emparer du commerce de la France ,
et ruiner sa marine , avait un grand intérêt de taire son projet
aux émigrés ès à l'empereur ; aussi ne promit- il d'abord que sa
neutralité dans la guerre que Joseph I voulait déclarer à la
Frances, celui- ci , en faisant intervenir l'impératrice de Rufsie ,
et quelques changemens dans le ministere et dans les maîtresses
de la cour de Berlin , parvint à l'entraîner , sous l'espoir d'un
#ggrandisrement de possessions dans une gnerre aussi monstrueuse
sous ses rapports politiques , que funeste à la maison
de Brandebourg , si elle eût été heureuse pour celle dite d'Au-
Liche .
Lacour de Londres n'avoit pour systême que de provoquer
, par tous les moyens possibles , par quelques subsides
secrets , et par des protestations publiques de sa loyauté , un
bouleversement général eu France , afin de se mettre en mer au
milicu des orages , et de prendre terre dans Pendroit le plus
ag'té pour y seconder sa faction . Elle avait mis la cour de Versailles
sous le poids dun dilemme effrayant : toute la noblesse
qui soutenoit la maison de Bourbon regnante était émigrée ;
ceile vondue à la maison d'Orléans er au parti de Fétraŭger
é.ait restée en France ; ainsi la cour de Veisailles , ayant ses
plus ckers intérêts au- delà du Rhin , ne pouvait plus être de
Bonne-foi , et devait eutrer nécessairement dans la coalition ,
sous le voile de l'hypocrisie et du parjure ; il'arrivait de cette
( 229 )
guerre néɔessaire , que l'évenement était heureux ou malheursuЛ.
" Heureux , il laissait dans l'indigence et le mépris les princes
et les émigrés.
,, Malheureux , il introduisoit en France , sur les cadavres des
patriotes égorgés et trahis aux frontieres , des tigres a terés de
sang et de despotisme ; et le peuple français , dans son désespoir
, provoqué à la vengeance par le sentiment profond de ses
malheurs et les cris de la faction de l'étranger , aurait égorgé
dans l'intérieur ce qui nous restoit de Capet au château des
Tuileries , et tous les traîtres qui auraient si lâchement vendu
ses droits et sacrifié ses intérêts.
" Ainsi , dans tous les cas , la famille des Capet et ses partisans
'etaient plus , à l'origine même de la révolution , qu'an
mannequin proscrit par tous les partis , auquel la conduite
qu'on lui avait fait tenir , empêchait toute espèce de succès , et
qu'ils n'ont conservé qu'autant de tems qu'ils out eu besoin du
masque . Alors encore la cour de Londres laissait cn Angleterre
l'opinion populaire en faveur de la révolution française , comme
nne excuse auprès des puissances coalisées , du refus qu'elle
faisait de se prononcer d'une maniere plus active dans leur
Croisade contre la liberté ; son moment politique n'était pas encore
arrivé ; et sûre de l'opinion publique par son influence
ministérielle , par la faiblesse où était le parti de l'opposition ,
et par le sentiment d'intérêt particulier qu'elle inspirerait encore
, quand elle présenterait à l'Angleterre la résiliation d'un
traité de commerce des plus avantageux , le rétablissement du
port de Dunkerque , les pertes énormes qu'elle avait essuyées
par l'indépendance de l'Amérique , et le nfoment propice d'en
tirer une vengeance et, une indemnité éclarante dans l'état de
détresse où se trouvaient les Français , elle attendait cet instant
terrible où la France , aux prises avec ses ennemis , affaiblie sur
tous les points par les suppôts du fanatisme royal et superstitieux
, defendue par des troupes neuves , mal réparties , commandées
par des traîtres , administrée par des fripons , et
déchirée dans l'intérieur par les factions de l'étranger et le
conflit des différens intérêts des contre- révolutionnaires , abandonnée
des patriotes de circonstance , qui sont du parti de
l'espérance et des succés ; la cour de Londres , dis -je , se serait
présentée alors comme un supplément extroardinaire à nos revers
, pour. faire passer , au milieu des et de la terreur ,
orages
à l'oubli des principes et des sermens , et sous le despotisme de
sa faction puissante , qui aurait en France , outre sa coalition ,
tous ceux qui auraient craint les horreurs de l'anarchie ou les
vengeances des passions particulieres . C'est alors encore que
les premieres tentatives des armées allemandes combinées
n'ayant pas eu tout le succès qu'on en attendait , et qui auraient
été redoutables même pour l'Angleterre , dans un tems.où les
ressources de l'Empire n'étaient point épuisées ; le camp de
P 3
( 230 )
Jalès , les insurrections du Comiat , les contre -révolutionnaires
de Lyon , n'ayant pas présenté au roi sarde un point de ralliement
assez sûr pour essayer la guerre offensive avec espoir ,
toutes les puissances furent appellées à cette grande fedération
contre la France . La Suede et le Danemarck furent les deux
seules qui trouverent leurs intérêts dass une sincere neutralité .
La cour de Londres tint secrette la partie du traité de Pilnitz
qui la concernait ; elle fournissait ses subsides en argent au
roi dǝ Sardaigne , en argent et en hommes achetes pour sou
contingent dans la fédération germanique , comme prince
d'Empire et puissance auxiliaire .
99 Maintenant suivons cette cour perfide dans l'intérieur de
la France , dans la representation nationale , près le pouvoir
exécutif , les armées , les corps administratifs , les douanes , les
postes et nos Colonies .
" Dans la représentation nationale , la cour de Londres tenait
la haute main dans toutes les grandes délibérations , couvaincue
que les Français ne reprendraient jamais le despotisme
des prêtres et des rois , si on pion nçait capitalement contre
ces deux fléaux ; elle leur obtiut au contraire une existence
monstrueuse , et tout ce qui était nécessaire pour en faire une
corporation puissante par la masse et par l'opinion ; chaque
jour elle faisait commettre à la cour des Tuileries des folies ,
des bassesses et les plus grands attentats ; le roi humiliait impudemment
les délégués du peuple : le pouvoir exécutif était
aussi independant de fait qu'un divan , et si la cour devenait
en horreur , si le désespoir voulait Fentourer , cette même
faction entrait en eoalition pour la défendre , et poar insulter
à la majesté nationale ; aini on accoutumait les français à saccomber
, avec une masse incomparable de forces réelles , cous
tre le fantôme de l'illusion . Le peuple trompé et toujours trop
confiant , se retirait sans avoir le sentiment de l'outrage qui
lui avait été fait : on le menait par des secousses inutiles au décou
ragement et à l'indifférence ; car , ( Homere le disait aux Grecs
de son tems ) un jour de servitude fait perdre à l'homme la
moitié de son courage et de sa vertu . On attribuait le tout à
un enchaînement naturel d'événemens , ou à une fausse disposition
de mesures . On ne voyait pas derriere la toile la cohorte
des étrangers et des traitres de l'intérieur , qui voulait
cimenter le trône du despotisme avec les larmes et le sang du
penple , en provoquant au contraire par des crimes l'anéantissement
de toutes les tyrannies et la mort de tous les tyrans..
Alors on vit de ces lâches insulaires , dont les ancêtres voulurent
être libres , et crurent à la pureté de ce don , en le
recevant de la main de leurs prêtres et de leurs milords ,
fiers de leurs bassesses , des crimes de leur gouvernement
et de la tyrannie de leur roi , introduire parmi nous ces
maximes affreuses qui confondeut la moralité des peuples avec
celle de leurs tyrans , mettent l'or et l'oppression en oppo
( 231 )
sition avec la justice éternelle , et composant le tarif des crimes
sur le besoin qu'ils en ont , en faire une matiere d'échange et
de commerce , et tenter de mettre au nombre des préjugés et
des illusions , les cris , les droits imprescriptibles de la nature ,
et les remords qui la vengent de ses oppresseurs .
" C'est des brouillards de la Tamise que sortit cette cohorte
d'etres impurs , qui , après avoir trafiqué la fortune et la vie
des hommes dans les deux mondes , agiote aujourd'hui sur
leur moralité , ne vomit autour de nous que des complots , des
systêmes d'intrigue et d'oppression , remplit notre horizon
politique de divisions , de mensonges et d'erreurs , et voudrait
org n ser parmi l'espece humaine le despotisme du crime et du
malheur.
" La cour de Londres s'est emparée du pouvoir exécutif,
dès le moment où Dumourier ayant suffisamment noué toutes
ses correspondances , et conclu son plan avec nos ennemis ,
comme ministre des affaires étrangeres , s'empara de la représentation
nationale , de nos armées et de notre trésor
pour exécuter ses projets ; l'Autriche pensait venir à Paris ,
et Dumourier au contraire voulait aller dans les Pays Bas
établir à Bruxelles le theatre de ses trahisons ; si l'empereur
eût été clairvoyant , il eût compris que c'était lui qu'on voulait
sacrifier ; et si Dumourier se détermina dès lors à vendre
les Pays -Bas , c'était moins par la suite de ses projets , que
par des considerations nouvelles , et par un sentiment de depit
contre les décrets de la Convention nationale , qui contrariaient
sa souveraineté dans la Flandre .
Dès lors la cour de Londres disposait en France de tous
. les pouvoirs et de l'opinion ; elle faisait fabriquer publiquemeut
à Londres des assignats à la française , et les faisait dé
barquer de même en France , distribuer aux émigrés et à ses
agens dans les pays étrangers . Elle avait rétiré d'auprès de
Brissot un chargé d'affaires qui avait demeuré deux ans près
de lui à Paris , et qui en partit pour Londres , apres avoir
rempli sa mission , la veille du jour où la représentation na
tionale décréta la guerre contre le gouvernement angliis , declaration
de guerre qui avait été si bien mûrie et préparée ,
que le ministre de la marine n'en était pas même informé . Il
n'est pas inutile de savoir qu'on avait travaillé dans ce sens
long- ems avant Monge , sous la Luzerne , Bertrand et Lacoste
; Bertraud sur- tout avait fait réduire à 10 ou 11 miilions
les dépenses pour la marine ; à peine y avait - il pour
payer les principaux chefs et les traitres qu'on entretenait
dans les chantiers , dans les arsenaux et dans les ports . Les
vaisseaux et bâtimens de guerre étaient totalement abandonnés
, et des réparations qui auraient pu se faire en quinze
jours avec viugt cinq ou trente mille liv . , s'ajournaient jusqu'à
ce qu'il fallût trois ou quatre mois et cent ou cent
cinquante mille écus pour les exécuter , ou jusqu'à ce que
P 4
( 232 )
le bâtiment fût déclaré incapable d'en supporter aucune . On
provoquait la desorganisation de la marine et le découragement
des matelots par tous les moyens possibles : des insurrections
effrayaient les officiers patriotes , parce qu'on avait
soin de diriger les persécutions contre - eux . L'émigration était
tellemen. à l'ordre du jour dans ce département qu'on allait eu
habit d'uniforme ou d'étiquette , prendre congé du roi , au
château des Tuileries , pour aller à Coblentz . Le défaut de
surveillance était tel dans les ports , et pour en citer un trait )
que dans les travaux publics , en écarrissant des chaînes qui
avaient coûté jusqu'à trente livres le pied , on les amincissait
de maniere à les metire hors de service , exprès pour en
emporter ou en vendre les débris ; et je ne crains pas de
trop
dire , en affirmant que deux cents millions et deux ans de
travaux et de précautions mettraient à peine noue marine dans
l'état où elle était à l'époque des premieres trahisons . Dans ies
arsenaux on travaillait pour nos ennemis on embarquait
même pour eux ; on expédiait des avisos de Cherbourg aux
isles de Jersey , pour informer l'Angleterre de ce que nous
devions mettre en mer . Roland fessit exporter nos comestibles
et pos denrées de premiere nécessité , les fesait surprendre à
leur arrivée du Nord cu de l'Amérique , et préparait dans la
Vendée ce chancre politique qui a donné à nos ennemis tant
d'audace , et dont l'extirpation à coûté à la France tant d'iu
quiétudes , de saug et d'argent.
Ailleurs , on laissait nos forteresses se démanteler , faute .
de réparations d'urgence ; on approvisionnait l'Alsace de vivres
sans munitions de guerre ; on conñait des places à des.commandans
étrangers ou visiblement attaches à leur parti ; on faisait
replier les troupes nationales dans l'intérieur , et on ne tenait à
la frontiere que quelques régimens tous étrangers , qui en par
laient la langue , et que l'on disposait à faire cause commune
avec le plus offrant ou le vainqueur.
" On tenait dans les arsenaux militaires , à Lille , à Stras
bourg et ailleurs , des ouvriers à 6 livres par jour , qui cassaient
les canons de fusils neufs , sous prétexte qu'ils avaient
été reconnus hors de service par des agens infideiles , et
encaissait nos munitions pour l'étranger,
on
Le parti d'Orléans qui croyait triompher avec la cour de
Londres , et n'attendait de succès que d'elle , était en parfaite
union avec ses agens . Le ministere et les états - majors des armécs
travaillaient parfaitement d'après les même vues . On nommait
fort peu d'officiers du parti autrichien ; les autres étaient
censés bons patriotes , car on avait grand soin d'entretenir
T'illusion sur le troisieme parti . Et cependant les états - majors
étaient totalement corrompus ; les soldats à caractere persécutés ;
les généraux traitres investis du droit de vie et de mort sans
appel , dans les armées et les conseils d'administration ; les
revues des commissaires , les états defouniture dans un de(
233 )
sordre effroyable ; il était publiquement reconnu qu'on ne rendrait
aucun compte , que tous les marchés étaient frauduleux ,
les fournitures infi lelles , et les agens de l'armée des fripous.
" Pache , ministre de la guerre , voulut simplifier et éclaircir
cette machine ténébreuse , en concentrant dans un seul directoire
les subsistances du royaume et les branches d'administration de
son departement.
La clique perfide sentit le coup , et perdit l'homme clairyoyant
et bien intentionné , qui croyait bonnement à la pécessité
d'empêcher la ruine de l'Etat .
Le bureau des affaires étrangeres ne servait que pour assurer
la correspondance de nos canemis , et nouer leurs complots
avec ceux de l'intérieur ; tous nos agens diplomatiques
étaient pour nous chez l'étranger autant de fibres venimeuses
auxquelles on ne conservait a Paris un point de contact po
litique et de rapport . que pour épaigner à nos ennemis la peine
de salatier lenis trahisons , et la difficulté de nous
l'application .
en faire
Le comité autrichien ayant perdu de sa premiere puissance
et de sa vigueur , Brisset en ôl le porte- feuille au bureau
des affaires étrangeres , et la cour de Londres le nomma président
des destinces politiques du monde.
Les bureaux des douanes exportaient gratis les effets des
émigrés , sortaient sous de fausses desiguations nos matieres
premieres , et importaient de même les marchandises étrangeres
prohibées par nos intérêts et par les lois . Le seul bureau de
Strasbourg a soni plus de cent millions dans un an , sans
compter les exportations secrettes . En calculant la même sortie
proportionnellement sur les différentes issues de nos frontieres ,
on conçoit facilement ce qui a tant donné de force à l'agiotage ,
et de discrédit à la monnaie qui sauve aujourd'hui la liberté
il faut dire aussi qu'il n'y avait pas par- tout un Dietrich , pour
surprendre la confiance de tous les partis et se faire l'idole
de son pays en l'égorgeant .
" Les corps administratifs s'étaient parfaitement isolés des
administrés , et les régissaient déja comme un troupeau , plusieurs
ne connaissaient plus l'autorité nationale , et l'insuitaient
dans leurs arrêtés ; la surveillance des sociétés , et la publicité
des séances les inquiétaient ; ils travaillaient à la contre revo
lution dans l'ombre , anéautissaient les sociétés populaires ,
ou en pervertissaient l'esprit .
:n
, Manuel avait proposé à la Convention nationale , dans la
seconde séance , de changer pontife politique le président
de la France à la Convention ; Lassource avait dit la veille
que
la Convention nationale ne devait pas même au peuple la
publicité de ses séances ; dès-lors , presque dans chaque dé
partement , le président se crut une puissance , et la motion de
Lassource y fut souvent essayée . Pour travailler dans l'ombre ,
ou pour avon de l'orgueil , il suffit d'être ignoraut , fripon ,
*
( 234 )
fat , mal-intentionné , faux , traître et craintif ; mais pour
opérer devant le peuple apec succès , et pour obtenir ses
benedictions , il faut être juste , avoir étudié les droits de
l'homme , ne les sacrifier à aucune considération , préférer la
vertu , le travail et l'économie au libertinage , à l'esprit de
lâcheté et de dissipation ; il en est beaucoup qui aiment mieux
se cacher ou se couvrir d'orgueil , parce qu'ils ne resisteraient
pas à l'autre épreuve .
Aussi les 400 millions de Pitt se sont-ils fait en France
parmi les chargés des interêts du peuple , beeucoup plus de
partisans que la vertu à la Convention nationale , dans les
bureaux , aux armées ; dans les administrations , dans les
sociétés populaires , les trairres avaient toujours beaucoup
d'argent , beaucoup de connaissances et d'amis , le vrai patriote
n'était gres ni des guinées de Londres , ni de la misere de ses
concitoyens ; simple comme ses prétentions et sa vertu , il
n'avait pas l'air d'un intrigant acheté , ou qui cherche à se
vendre on a voulu dès lors contrefaire ces dignes apôtres
de la liberté et de la souveraineté nationale ; mais le crime et
l'intrigue transpirent sous tous les masques ; la vertu républicaine
et les assignats ne sont pas susceptibles d'une parfaite
contrefaction .
" Les émigrés , les gens suspects , les étrangers voyageaient
tranquillement en France sous des noms empruntes ; ils
trouvaient par-tout des cartes civiques et des passeports ; les
postes arrêtaient tout ce qui était à l'adresse des patriotes , ou
pour le service de la nation . On avait à- peu- près mis par-tout
dans des mains vénales et corrompues , les fils de la chose
publique les colonies avaient reçu leurs commissaires avec
ces instructions de sang , qui devaient les soulever et les
perdre , lorsque la cour de Londres enfin se résolut à se
prononcer publiquement , et se fit déclarer la guerre , pour
provoquer l'opinion du peuple Anglais contre la France ,
qu'elle accusait d'avoir rompu les traités les plus anthentiques ,
et répondu par des insultes , aux procédés les plus génereux
et les plus fraternels : le peuple Anglais fut ébloui par les
tableaux de Pitt , et s'y laissa prendre pour son malheur.
" La France se trouvait divisée , à l'époque de la mort du
tyran , et les traîtres étaient soutenus par les intrigans de
la Convention , qui , après avoir trouvé le roi coupable ,
respectaient en lui la royauté . Toutes les administrations étant
corrompues , les frontieres presque sans défense , les magasins
vides , les arsenaux et les chantiers dégarnis , la marine nulle ,
toutes les puissances de l'Europe contre une disait les idiots ,
devait la faire trembler ; la cour de Londres avait effectivement
réuni autour de nous tout ce que la trahison et le crime pouvaient
lui fournir de moyens . On remit violemment sur le
tapis l'armement et l'envoi d'une escadre de douze à quatorze
vaisseaux de ligne dans l'Inde , pour ôter de nos ports la meil
( 235 )
leure partie de notre marine , et ce que nous pouvions avoir
encore de bons matelots . Sillery , un des casse - cous du duc
d'Orléans , disait déja dans ses petites cotteries qu'il commeu
derait avantageusement cette excadre . Etait - elle réseivce à
quelque plan que nous ne connaîtrons jamais , ou simplement ,
comme dans la derniere guerre , à jouer le rôle d'une escadre
parcille , dont on ne connut les succès ni les revers qu'à la
paix ? C'est ce qu'il est difficile d'apprécier.
" Monge et Périgny , sou adjoint , combattirent violemment
ce projet; il fut ajourné , et dès - lors abandonné . Mais la mort
du roi , dont la clique de Brissot avait garanti la vie , tout
en triplant la colere des tyrans nos voisins , dont elle triplait
aussi l'effioi , puisqu'elle était ' a la fois un grand exemple
contre eux , et la preuve d'un grand parti en France pour
la souveraineté du peuple qu'on n'avait pas assez apperçu ,
et sur lequel on s'était trop long-tems fait illusion ; cet événement
, dis -je , changea tout- à - coup le systême de toutes
les intrigues , et fit placer aux principaux points des fiontieres
les fils essentiels des conspirations dont Paris et la
Convention étaient toujours le centre pour en disposer le
mouvement , et en fixer les rapports.
" Les bons citoyens de la République , soutenus par l'énergie
de la commune de Paris , avaient obtenu la mort du
roi ; la ville de Paris devait donc être detruite ; de toutes
parts , l'or de l'Angleterre circulait avec le poison de l'opinion
et les complots . On provoquait par des tableaux mensongers ,
des scenes d'horreur adroitement controuvées , une force départementale
autour du sénat de la République , pour défendre
les membres au milieu de sept huit cents mille patriotes qui
se retranchaient contre les ennemis du dehors , andis que Longwi
et Verdun ouvraient leurs portes aux étrangers ; que Lyon ,
Marseille et Bordeaux épuisaient la fortune publique par l'agiotage
, préparaient le morcellement de la République , et la
joyeuse entrée des rois ; tandis qu'encore nos armées n'étaient
nulle part en force devant l'ennemi , et que des généraux prostituaient
la bravoure des Français par des trahisons . Pitt avait
des comptoirs dans toute la République , où tous les mauvais
citoyens allaient vendre leurs talens , leur conscience et leur
courage il y eut des lâches et des traîtres , par- tout où purent
s'arrêter les caresses et l'or des tyrans. Je dois le dire cepen
dant à la gloire de corps incorruptible des canonniers Français
; je connais un homme qui est resté pur et ferme à son
poste , au milieu des orages qui l'ont battu pendant les trois
assemblées législatives , et je ne connais pas un seul canonnier
qui ait manqué à son devoir , et soit devenu parjure à
son serment.
" Get horrible complot contre la commune de Paris était
soutenu à la Convention par des hommes qui craignaient
moins un crime que la douleur de l'amour-propre humilié ;
1
( 236 )
ils auraient voulu condamner le roi , et sauver la royauté.
Les Montagnards en voulaient plus à la royauté qu'au roi ;
les traîtres ne pouvant être royalistes , se firent fédérali - tes ,
et préférerent d'être tributaires des Anglais , plutôt que de rester
les égaux d'un citoyen démocrate . Pour une république démocrate
, il faut un grand chef- lieu qui serve de ralliement dans
le centre , où tous les rapports viennent se lier naturellement ,
et avec lequel il ne puisse , dans aucun point séparé , s'établir
une rivalité soutenue par l'égalité de moyens . Pour une
République fédéraliste , il faut détruire ce chef- lieu , s'il existe ,
et avoir dans la circonférencé nne quantité des points marquans
, égale au nombre des chefs -lieux de rapports qu'on se
propose d'établir .
( La fin au numéro prochain . )
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE. Du quartier général de Farinole , 25 Brumaire,
A
L'insolence des rebelles , les fanfaronnades de Paoli,
Fexcessive prudence du général St. Martin qui n'a pas voulu
attaquer Farinole , lorsque je lui en ai donné l'ordre , la
nécessité de réunir en France toutes les forces pour écraser les
rebelles de Toulon ; tant de circonstances réunies m'ont fait
un devoir de ne compter pour le moment que sur mes propres
forces.
Je me suis mis à la tête d'une petite armée , j'ai marché
contre les rebelles et je les ai dėja battus ; je leur ai déja pris
un fort avec deux pieces de canon , et trois villages ; j'ai pris
un de leurs chefs et le bras droit de Paoli , il a été fusillé
légalement en vertu d'un jugement du tribunal militaire . Les
trois villages ont reçu une leçon dont ils ne se releveront pas
de trente ans ; la térreur nous précede .
" Les soldats de Paoli ont voulu secourir les villages que
nous avons attaqués , mais ils out été repoussés dans là pleine
de Patrimonio par un petit camp que j'y avais établi ; l'epouvante
est déja dans le camp Corse ; deja plusieurs cantons
m'ont député leurs municipalités pour implorer la clémence de
la Convention nationale . J'ai déja envoyé des détachemens à
Nouza et à Almetta , avec ordre de faire un désarmement .
Fidele aux principes d'humanité et de justice de la Convention
, je sautar distinguer les chefs de parti du malheureux
peuple qu'on égare , et qui en se rebellant contre la merepatrie
, croit encore combattre pour la liberté . Je vais poursuivre
le cap Corse et les villages qui font résistence , je les
écrase avec du canon et les livré au pillage . Après vous avoir
$37 )
}
parlé du succès de mon entreprise , il est juste que je vous
parle de la brave conduite de mes freres d'armes .
J'ai composé une petite armée de garde nationale d'infanterie
légere , de gendarmerie nationale , des matelots et
des garnisons des quatre frégates , la Mignone que j'avais
déja en Corse , et des trois frégates , la Melpomene , la Minerve
et la Fortune , qui ont échappé de Tunis au scélérat Vance
capitaine de vaisseau , commandant le Duquene , ami de Louis
XVII , et qui voulait les livrer aux Anglais ; ces braves marins
se sont joints avec ardeur à nos troupes de ligne ; notre artillerie
a tiré avec sa supériorité ordinaire , malgré un pays de
montagnes inaccessibles , ils ont eu la constance d'y monter
deux pieces d'artillerie de quatre , les portant à bras , sans
chemins , grimpant comme des chevaux , je les ai établis à la
portée du fusil du couvent de Farinole et sous une grêle de
balles. Chaque coup de canon faisait un dégât épouvantable à
ce couvent , qui était garni et retranché. Je vous ferai part des
belles actions .
" Je puis vous assurer que les troupes françaises ont soutenu
la réputation de valeur qui leur est justement due .
,, Ils ont chargé à la bayounette , au milieu d'une pluie de
balles , le couvent de Farinole , qui était défendu par deux
pieces de canon , quatre- vingt- trois hommes de choix et trois
capitaines , les meilleurs de Paoli , et quoique cette attaque
n'ait pas eu dans le moment le succès qu'on devait en attendre
, ces braves républicains ne se sont pas découragés : le
cinquieme jour de la troisieme décade du mois courant , après
un feù soutenu depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit , j'ai
donné pour mot de ralliement persévérance ; nous couchâmes
au bivouac , et le lendemain nous emportâmes le poste
Nous avons fait trente- un prisonniers qui ont été conduite
à bord des frégates en attendant leur jugement.
Les lauriers que nous avons acquis sont malheureusement
teints de sang ; nous avons perdu huit braves soldats et nous
en avons eu quinze de blessés , mais il y a peu de blessures
mortelles ; ils sont bien soignés ..
" Je ferai connaître au comité de salut public les conséquences
et les avantages de cette opération , qu'il serait trop long de
vous détailler.
L'ex-législateur Aréna a bien voulu me suivre dans mon
expédition ; je lui ai donné une commission momentanée de
ommissaire de la représentation nationale .
Je vais continuer mon opération , et à mon arrivée à Bastia
je vous en rendrai compte.
Signé LACOMBE St. MICHEL.
A
P. S. J'oubliais de vous dire une chose pourtant très- intéressante
; nous avous trouvé une grande quantité de blés et de
vins que je fais transporter dans nos garnisons pour nourrir les
troupes , et nous avons enyoye des bestiaux pour nourrir nos
pauvres malades .
J'ai reçu un éclat de pierre qui me fait beaucoup souffrir , cependant
je continuerai l'attaque de la province du cap Coise ,
qui forme le district de Bastia.
NICE , le 20 nivôse . « Le bataillon part demain pour le
camp de Bruis , situé à 6 lieues de Gênes et à 2 de Savourge .
Nous voilà encore sur les roches , et tant mieux ; car l'avant
garde sera probablement de la promenade qui s'arrange pour
le printems .
La république de Gênes vient de se déclarer d'ane maniere
éclatante . Cinq vaisseaux anglais , detachés de la fameuse
escadre , étant entrés ces jours derniers dans le port ,
ont été reçus à coups de canon et obligés d'amener. De plus,
hotre armée qui n'avait plus de vivres que pour deux jours et
presque forcée de repasser le Var pour se soustraire à la famine
, vient d'être approvisionnée pour six mois en grains ,
poissons , légumes , etc. Le convoi génois est tel que chaque
citoyen peut faire sa provision , après que tous les magasins
ont été remplis .
" Hier décadi nous avons célébré la prise de Toulon ; les
Gênois qui se trouvaient dans le port , sout venus fraterniser
avec nous sur la place de la République ; leur pavillon est
venu se confondie avec le nôtre sur l'autel de la patrie , et
tous ensemble nous avons juré d'exterminer les rois . Le mo
ment n'en est pas éloigné , la campagne qui va s'ouvrir prou
vera que des républicains ne jurent pas en vain .
Salut et fraternité . Le citoyen JOLY , capitaine au premier
bataillon de chasseurs de l'Isere .
PORT DE LA MONTAGNE , le 30 nivôse . On travaille ici
avec la plus grande activité au radoub et à l'armement des
vaisseaux qui nous sont restés . Les représentans du peuple
ont mis en requisition tous les charpentiers et calfats des
environs. Déja un grand nombre est dans les ateliers . Cinq
vaisseaux sont prêts à mettre en rade . Sous peu une escadre
importante fera respecter le pavillon tricolore dans la Médi
terranée ; les exécutions continuent.
La commune de Marseille ayant été la premiere à sonner
le tocsin de la rébellion dans le Midi , les représentans du
peuple viennent d'arrêter , par une proclamation , que le nom
de Marseille sera changé ; que la Convention nationale sera
invitée de lui en donner un autre , et que provisoirement elle
restera sans nom , et portera cette déuomination . Ils ont arrêté
de plus que les édifices où se tenaient les assemblées des
sections et du comité général , à l'exception du lieu de l'assemblée
de la section no . 11 , seront rasés , et qu'un poteau ,
+
( 239 )
rappellera leur révolte , sera dressé sur le terrain qu'ils occu
paient.
ARMÉE DU RNIN.
Strasbourg , 3 Pluviose . L'armée de la Moselle occupe dans
ee moment Keyssenlautern , Frankental , Worms et les différens
eantonnemens qui avoisinent ces places .
L'armée du Rhin est à Spire , et borde la rive gauche du
Rhin . Celle - ci prendra ses cantonnemens derriere les lignes
d. Weissembourg , tandis que l'armée de la Moselle observera
et pressera l'ennemi.
On attend , pour opérer ce mouvement , que les im.
menses magasins conquis dans le Palatinat , soient entierement
évacués .
L'armée n'est pas éloignée de Mayence . Il est cependant
probable qu'elle ne tentera aucune entreprise contre cette place
avant la fin de l'hiver .
L'armée désorganisée de Wurmser est aux environs de Manheim
. On cherche à la recréer à force de recrues .
:
ARMÉE DU NORD.
Maubeuge , 28 Nivôse . Les bataillons de premiere réquisitior ,'
destinés à compleiter les anciens , commencent à arriver. En peu
de tems les forces de cette division vont être triplées , mais
comme trente mille hommes sont plus que suffisans pour
garder cette partie de la frontiere , on en tirera de gros
détachemens pour les joindre au corps d'armée qui doit agir
bientôt sous les murs du Quesnoy , Valenciennes et Condé .
Les généraux font tous leurs préparatifs nécessaires pour cette
grande opération . Nos ennemis se retranchent toujours , ils font
filer beaucoup de troupes vers le Quesnoy , et dans la forêt de
Momalle.
L'ennemi qui , du côté de Cambrai , semblait insulter aves
tant d'audace à la valeur républicaine , ne s'avance pas aussi
loin qu'il avait accoutumé de le faire ; il n'ose plus interromps e
la route de Cambray à Saint- Quentin : les patrouilles sortent
continuellement de la ville , et ne rentrent jamais sans avoir
rencontré l'ennemi . On s'occupe dans ce moment d'approvi
sionner Bouchain , pour assurer les convois qui s'y rendent.
Il est indispensable de les faire accompagner par de forts détachemens
.
Givet , 24 nivôse. Notre garnison continue de faire des
sorties dont on retire toujours quelqu'avantage ; dans celle
qui eut lieu hier , nos freres d'armes , fâchés de ne pas rencontrer
les Autrichiens qui s'étaient montrés depuis quelques
jours , se porterent jusqu'à une portée de fusil de ses re(
སྱཱ .[ ༠ )
tranchemens , et offrirent le combat ; mais on ne jugea pas
qu'il fit prudent de se rendre à cette invitation . Cependant
la cavalerie ennemie qu'on avait amusée , par le moyen de
quelques tirailleurs répandus dans la plaine , voulut , comme
on s'y attendait , inquiéter notre retraite . On l'attira jusqu'à
la portée d'une piece de hait , masquée sur une hauteur ,
dont le feu sempit l'escadron et en balaya une partie . Uu obus
avait mis le fen au pié des retranchemens à une ferme qui fur
consumée en un instant , ainsi qu'un grand nombre de bestiaux
qui s'y trouvaient renfermés .
COTES MARITIMES .
Rochefort , 30 ninôse . On vient de mettre à l'eau leJemmappe ,
vaisseau de 74 canons , il va être bientôt suivi de plusieurs
autres , entre lesquels est le Marai .
€ tabac et
Havre-Marat , 29 nivôse . Il est entré dans ce port deux
navires Anglo - Américains chargés de sucre ,
coton , destinés , l'un pour Amsterdam , Fautre pour Hambourgs
ils ont été pris à la hauteur d'Eurigny par la frégate la Galathée
. Il y avait dans un de ces navires 6 Français qui s'étaient
sauvés des prisons d'Angleterre , dans un canot .
Calais , ter. pluviose. Il vient d'entrer dans ce port un
navire danois chargé de 15 à 1600 sacs de blé , et un autre venant
de Bordeaux avec 4 ou 500 bariques de vins , ainsi qu'une^
prise hollandaise consistante en poissons frais et salés.
Du 6. J'arrive à Calais , je t'annonce avec plaisir que
les généraux Vendôme et Bertin ont fait une raffle de goo
voitures de graius de toute espece ; on est occupé à les cons
duire tant à Bailleul qu'à Armantieres .
P. J. CHARLES , ingénieur des ponts et chaussées .
P. S. Des renseignemens postérieurs annoncent que la prise
de neuf cents voitures de grains se réduit à 350 , et qu'elle a
é faite par nos jeunes freres d'armes de la premiere requiition.
Deux cents des brigands nommés Chouias, dans la Vendée
out él ar ên s près de Viud. Un des chefs a été arrêté près d'Angenis
avec toute sa familie.
( No. 6. 1794.)
MERCURE FRANÇAIS.
Du décadi , 20 PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 8 fevrier 1794 , vieux style . )
POÉSIE.
A. XIMENES A G. ROMML.
NABONAS
L'Ère Républicaine.
ABONASSAR apprit aux peuples de l'Aurore
L'art de compter les jours , qu'ils ignoraient encore,
Romulus prit des Toscans
Les calendes et les ides .
Le rabbin consulta l'ère des Séleucides .
César voulut aussi régler l'ordre des tems.
"La Grece eut des olympiades ,
1
L'Hégire subjuguá les Turcs et les Persans
Et la France aura ses décades .
Mais Athene cut des Miltiades
Bes Socrate , des Phocion ,
Des Aristide et des Solon.
*
Sparte , au détroit des Thermophyles', * 1 202 , 5
Grava sur des tombeaux l'empreinte de son nom.~~.
Rome ouverte aux Gaulois enfanta des Camilles ;
Elle avait eu des Scévola , '
Des Brutus , des Publicola ;
Elle cut des Régulus , et ce fut leur courage ,
Ce fut l'ame d'Émile et les moeurs de Caton ,
Qui triompherest de Carthage ,
Plus que le fer de Scipion .
104
Des Grecs et des Romains imitons la constanée ; ~~
Donnons des moeurs au peuple , il aura la puissance,
Attaquons dans ses caux la perfide Albion.
Que nos fastes , s'ouvrant par sa destruction ,
Marquent les jours de la victoire.
Que le monde vers nous lentement attiré ,
Sente de quels affrents nous l aurons délivré ,
Et nous pardonne notre gloire.
Tome VII .
( 242 )
CHARAD
L'INTÉRÊT rarement l'amour ,
Mit mon premier dans ta famille ;
Si tu n'éprouves pas un jour
Le regret de l'avoir pour fille ,
Tu pourras glorifier
D'avoir attrapé mon dernier ;
Dernier bien couru , mais bien rare .
Hélas bien souvent mon entier
Chez foi vient avec mon premierj
A bien souffrir alors que ton coeur se prépare.
CA
LOGO GRIPHL.
JA de l'aigreur , pourtant de moi , l'on fait nuages
Il n'est pas , c'est un fait , de femme de ménage HI
Qui ne me mette en pot pour la froide saison—†
Et qui de moi n'ait sa provision .
Sous un autre rapport , mes amis , je fais ri
Tel est au moins le but de mon auteur
Le plus sensé , le plus froid , le meilleu
Souvent dans un charmant délire
S'est permis de descendre un moment jusqu'à moi , nud
Mon coeur ôté je suis dans l'humaine nature , blā
L'ensemble qui du ceeur subit le plus la 1
Sur moi se trace la peinture
Des tendres sentimens , des vives passions ,
C'est par moi que l'on plaît , on déplait davantage ; )
Puisse la vôtre , amis , ne peindre que l'image
Des plus douces émotions . p *
I
3
}
Explication des Charade et Enigme du nocti
Be mot de la Charade est Enthere's cèlui de l'Enigme est Sonnette,
J !
M
Bu 2117
1
DI S...
( ( 243 )
C
VARIÉTÉ .
TRADUCTION D'UNE LETTRE DE BRUTUS A CICERON .
Il est beaucoup question depuis quelque tems de cette fameuse lettre ,
l'un des plus beaux monumens de l'esprit républicain . La version qu'en
a donnée l'abbé Prévôt dans le recueil des Lettres familieres de
Cicéron , est très -peu fidele et sur- tout très -faible . Un pareil
dmorceau ne pouvant être trop connu le rédacteur qui le traduisit
autrefois a cru servir l'esprit public en insérant ici cette
Lettre , pour la mettre à la portée d'un plus grand nombre de
Electeurs , et pour remplir la place que nous laisse la disette de
nouveautés dont on puisse faire un extrait agréable, )
་
N. B. Cette leltre fut écrite l'année qui suivit la mort de César
dans le tems que le jeune Octave venait de défaire Antoine devant
Modene , l'an de Rome 710.
V
J502
Tas
ous avez écrit à Octave. Il y a dans votre lettre un article
qui me concerne , et qu'Atticus m'a fait tenir. Je l'ai lu. Il
ny avait rien dans l'attachement que vous me témoignez et
dans l'intérêt que vous prenez à ma conservation , qui pût
me procurer un nouveau plaisir . En effet , ne suis - je pas accoutamé
à entendre dire tous les jours que vous avez fait quelque
nouvelle démarche pour me prouver votre zele et pour sou
tenir ma dignité ? Mais ce même morcau de votre lettre m'a
causé la douleur la plus vive qu'il me fût possible d'éprou
ver Vous remerciez Octave de ce qu'il a fait pour la répablique
, mais avec tant de soumission ! ( Le dirai -je ? j'ai honte
de l'état où nous réduit la fortune ; mais enfin il- faut le dire :)
Vous lui recommandez ma vie avec tant de bassesse que vous
semblez annoncer évidemment que la tyrannie n'est pas détruite
, et que nous n'avons fait que changer de maître . Ma
vie ! et quelle mort me serait plus affreuse que la vie achetée
2100 ce prix ! Pesez vos termes , et osez nier que ce ne soient
ceux d'un esclave suppliant devant un roi . Il n'y a ditesvous
qu'une seule grace que vous lui demandiez , et quon doive
altendre de lui , c'est qu'il veuille bien laisser vivre des citoyens
qui ont mérité l'estime des konnètes gens et du peuple romain. C'est
donc à dire qu'à moins qu'il n'y consente , nous ne serons
plus ? Mais il vaut mieux n'être pas que de lui devoir l'exis
tance. Certes , je ne crois pas encore que leslDieux soient
assez eunemis du peuple romain pour qu'il faille demander
Octave la vie d'aucun citoyen , encore moins celle des libé
rateurs du monde ; car j'ai quelque plaisir à rappeller ce titre
( 244 )
1
+
magnifique à ceux qui paraissent ignorer ce qu'ils ont à craindre
et ce qu'il convient de demander . Vous , Cicéron , vous reconnaisez
dans Octave un si grand pouvoir , et vous êtes son
ami ! Vous êtes le mien , dites - vous et pour me revoir à Rome
vous croyez avoir besoin de me recommander à un enfant ( 1 ) !
Et de quoi donc le remerciez-vous , si veus croyez qu'il faille
le supplier pour que je vive ? Lui savez - vous beaucoup de
gré d'avoir mieux aimé qu'on eût à demander une pareille
grace à Ini qu'à Marc Antoine ! Est- ce au destructeur ou à
T'héritier de la tyrannie que l'on demande de laisser vivre des
citoyens qui ont bien servi la République ! C'est cette faiblesse
qui nous fait désespérer de nous - mêmes , et que je reproche
à tous les autres autant qu'à vous ; c'est elle qui a inspité à
César l'ambition de dominer , à Marc Antoine celle de le
remplacer après sa mort ; c'est elle qui a élevé ce jeune Octave
au point que vous croyez devoir obtenir de lui , qui est encore
à peine un homme , le salut d'hommes tels que nous , et que
vous ne voyez pour nous de ressource que dans sa pitié . Si
nous nous souvenions que nous sommes Romains , nous ne
verrions pas les derniers des mortels avoir plus de courage
Pour nous opprimer , que nous n'en avons pour nous défendre ,
et Antoine serait moins jaloux de succéder à César qu'effrayé
de sa punition .
"
ཉྩ
996130
Vous , homme consulaire , vous qui avez puni les crimes
de Catilina , ce qui peut être , si j'en crois mes craintes- , n'a
pas différé notre perte pour long-tems , comment pouvez-vous
jetter les yeux sur ce que vous avez fait , et approuver ce
que l'on fait aujourd'hui , ou du moins le souffrir avec tant
de patience et de douceur que vous avez l'air de l'approuver ?
Et d'où est venue votre haine pour Antoine ! n'est - ce pas
parce qu'il voulait que nous lui demandassions la vie , que
ceux à qui il devait la liberté n'eussent qu'une existence des
pendante et précaire ; que ses volontes fussent des lois dans
la République ? Vous avez été d'avis de prendre les armes
pour l'empêcher de régner : était ce pour prier un autre de
youloir bien se mettre à sa place , de regarder l'Etat comme
son patrimoine et les citoyens comme ses esclavos ? A de
compte , nous n'avons disputé que sur telle ou telle espèce
de servitude et non pas sur la servitude elle - même . Mais en
ce cas Antoine était un aussi bon maître qu'un autre sous
lui , non-seulement notre condition était tolerable , mais même
nous cussions cu part à sa puissance à ses bienfaits , aux honneurs
: car que refuserait - il à ceux dont il sait que la soumission
serait le plus grand appui de son pouvoir ? Mais nous
n'avons pas voulu mettre de prix à la vertu et à la liberté .
Aujourd'hui même , cet enfant que le nom de Cesar patais
VS T
(i) Ogave n'avait alors que dix- neuf ans.
L
Seek.
( 245 )
animer contre les meurtriers de César , combien croyez-vous
qu'il donnât , s'il était question de marchander , pour avoir de
notre consentement le pouvoir qu'après tout il aura bientôt ,
puisque nous ne voulons que vivre , avoir de l'argent , et
jouir du titre de consulaires ?
;
Au surplus , que la mort du dictateur soit inutile ; que nous
n'ayons conçu qu'une fausse joie de cette mort , puisqu'elle
ne devait pas nous rendre plus libres ; que tout le monde nous
abandonne les Dieux m'ôteront tout avant de m'ôter la résolution
où je suis de ne jamais souffrir , non - sealement dans
Théritier de César , que j'ai tué , ce que je n'ai pas souffert
dans César même , mais de ne pas souffrir dans mon pere
s'il revenait au monde , qu'un citoyen soit , de mon avcu ,
plus puissant que les lois et le sénat . Et croyez -vous que les
autres Romains soient libres , si je ne puis être à Rome sans
la permission d'Octave ? Qué dis - je ? ce que vous lui deman
dez pour nous , comment croyez - vous pouvoir l'obtenir ? Vous
lui demandez notre conservation ; mais suffit - il pour cela
de nous accorder la vie ? Et reçoit - on la vie sans la liberté
et l'honneur ? Appellez-vous jouir de la vie d'être dans l'enceinte
de Rome ? Est- ce le lieu où je suis qui décide mon état ?
Je ne vivais pas tant que le tyran a vécu , si ce n'est depuis
que j'eus dans l'ane le dessein de l'immoler ; et en quelque
lieu que je sois , jo ne me croirai jamais exilé tant que la
servitude et les affronts me paraîtront les plus odicux de
tous les maux .
P I
Daus quelles tenebres sommes- nous tombés chez les Grecs
la postérité des tyrans est condamnée à périr avec eux , et
chez nous , on supplie celui qui a osé prendre le nom du
tyran , d'épargner les vengeurs de la liberté et je desirerais
de revoir ma patrie ! et je croirais qu'il y a encore une pattie ,
quand Rome se refuse à la liberté qu'on lui offre même
malgré elle , et redoute plus dans un enfant le nom d'un
tyran qui n'est plus , qu'elle n'a de confiance en elle -même ,
après avoir vu abattre par un si petit nombre d'hommes celui
qui avait des forces si puissantes !
Ne me recommandez plus à votre César , ni moi , ni vousmême,
si vous m'en croyez. Vous prisez beaucoup le peu d'années
que la nature vous laisse encore espérer , si vous croyez qu'elles
varllent la peine de s'abaisser à la priere . Prenez garde d'ailleurs
que vos démarches contre Antoine , si justement lonées
jusqu'ici , ne paraissent avoir été dictées par la crainte plutôt
que par les principes d'un citoyen ; car si vous trouvez bon
qu'Octave soit dans le cas d'être supplié en ma faveur ་ on
croira
que vous n'avez pas craint d'avoir un maître , mais que vous avez voulu en avoir un qui fût votre ami. Quant aux louanges que vous lui donnez pour ce qu'il a fait , je les ap prouve , si c'est pour détruire la puissance d'autrui qu'il´a combattu , et non pas pour établir la sienne. Mais s'il en est
Q 3
( 46 )
:
su point qu'il lui faille adresser des prieres pont nous , si voum
jugez vous- même qu'on lui doive tant accorder , vous lui
décernez une trop grande récompense ; car vous lui attribuez
an dioit qu'il paraissait avoir rendu à la République . Vous
ne songez pas que si pour avoir fait la guerre à Marc Antoine,
Octave mérite de si grands honneurs , nous qui avons renversé
un pouvoir dont Antoine n'a recueilli que les débris ,
nous ne pouvons jamais être assez récompensés quand on nous
prodiguerait tous les honneurs réunis . Mais la crainte peus
bien plus sur les hommes que la reconnaissance Antoine est
vivant et a les armes à la main ; et à l'égard de César , ou
ne se souvient plus de ce qu'on a pu ou de ce qu'on a dû
faire. C'est Octave aujourd'hui dont le jugement sur nous
décidera celui du peuple Romain , et on nous méprise assez
pour regarder un seul homme comme l'arbitre de notre vie !
Je suis fait , puisqu'il faut répondré , non - seulement pour ne
pas supplier, mais encore pour réprimer ceux qui prétendent
qu'on les supplie. Je me tiendrai éloigné de la servitude , et
tout lieu où je serai libre sera Rome pour moi. J'aurai pitié
de vous tous en qui l'âge , ni les honneurs , ni l'exemple de
la vertu d'autrui n'ont pu diminuer l'amour de la vie , et je
me croirai heureux tant que je demeurerai attaché à ce principe
, qu'on est récompensé par ses propres actions . Car quel
bonheur plus solide que celui qui indépendant des choses
humaines , ne réside que dans la conscience et la liberté !
Quoi qu'il arrive , je ne me soumettrai pas à ceux qui se
soumettent, et je ne serai pas vaincu par ceux qui se laissent
vaincre. Je tenterai et supporterai tout pour délivrer la Ré.
publique. Si je réussis , nous nous réjouirons tous ; si je ne
réussis pas , je me réjouirai encore , puisque j'aurai passé
ma vie à m'occuper des moyens de rendre la liberté à ma
patrie .
(
Quant à vous , Cicéron , je vous exhorte à ne point your
lasser de faire le bien , et à ne point vous défier de la vertu.
Songez , en écartant les maux actuels , à prévenir ceux qui
pourraient naître , si on n'allait pas au- devant . Songez que
l'esprit courageux et libre qui vous a animé à la défense de
la République contre Catilina et Antoine , n'est rien sans la
constance et l'egalité de conduite. J'avoue que la vertu qui
s'est déja signalée , a plus à faire que celle qui n'a pas été
éprouvée ; ce qu'elle fait est regardé comme une dette qu'elle
acquite ; ce qu'elle ne fait pas , comme une espérance qu'elle
trompe. Ainsi , quoiqu'il soit be a Cicéron de résister à
Antoine , ou se souvient de son cousulat , et l'on n'est point
surpris. Mais si ce même Ciceron ne montre pas en tout la
fermeté et la grandeur d'ame qu'il a signalées contre Antoine,
non-seulement il s'ôtera la gloire qu'il pourrait encore acqué
rir , mais même il pudra delle qu'il avait acquise . Inly a
rien de grand que ce qui est fondé que des principes invas
( 247 )
hables p et votre génie , vos actions , les voeux de tous les
itoyens vous obligent plus que personne à aimer la Repu
* d'exhorter
ctave à nous prendre sous sa protection , exhortez - vous
mous même ; relevez votre courage , et soyez sûr que cette
épublique pour laquelle vous avez fait de si grandes choses ,
ra libre et glorieuse , quand le peuple aura des chefs qui
Faideront à repousser les entreprises des méchans .
ique et à défendre la liberté. Ainsi , aula Repu
Réflexions sur la Lettre précédente.
1. On ne peut , sans donte , donner trop d'éloges à ce mor,
' eau . L'élevation des sentimens et des idées , la vigueur du
aisonnement , l'énergie du style , ne sauraient aller plus
oin c'est peut - être ce que l'esprit républicain a produit
de plus beau dans l'antiquité . Quoi de plus admirable que
beste indignation d'un homme libre , si profondément blessé
de la seule idée qu'il puisse exister un pouvoir dont on essaie
e le faire dépendre ! Et combien ce seul mouvement fait
aître de traits sublimes !
Mais Cicéron mérite -t -il tous les reproches qu'on lui fait
ci ? Brntus , dans sa noble colere , ne va -t - il pas un peu
stop loin , et ne devient-il pas injuste envers un homme ,
lout on pouvait approuver plus ou moins les démarches ,
mais dont il n'était pas permis de méconnaîtreset d'accuser
xes intentions ? Nous n'avons pas sa réponse , qui contenait
> ppa remment son apologie ; mais cette apologie est dans
histoire ; et ce qui m'a toujours étonné , c'est de voir que
des modernes ne l'y aient pas vue , et qu'ils n'aienu pas été
envers Cicéron aussi équitables que ses contemporains. Ce
n'est pas que l'on ait soupçonné jamais son patriotisme , si
pur, et si -soutenu ; mais on a beaucoup blame sa politique ,
et l'on a répété par - tout qu'il avait été la dupe du jeune
Octave. J'avoue qu'il m'est impossible d'en croire un mot.
l'ai pour garants de mon opinion ses lettres particulieres et
es faits publics consignes dans l'histoire et le nom de wicéron
doit être assez cher à tous les républicains , pour qu'on
ne regrette pas d'employer quelques lignes à sa justification.
il
D'abord , si les expressions de sa lettre à Octave sont réellement
telles que Brutus les rapporte , c'est un tort réel et
e qui ne saurait s'excuser . Mais nous n'avons pas la lettre
n'est pas sûr qu'Altices , plus occupé de la chose , même que
des mots , ait cité textuellement les expressions de son ami ,
set il se pourrait bien que Cicéron , si mesure dans tout ce
qu'il écrivait , se fûl contenté de faire sentir au fils adoptif
de Cesar , que ce nom ne devait point l'engager à poursuivre
Ja vengeance d'un tyran ( Cicéron ne l'appellait jamais auwernest,
) contre des hotures qui avaient bien mérite de le
Republique . Et dans ce cas, qu'y aurait- il de repréhensible .
Q4
( 248 ):
C'était tout simplement un conseil fort sage à donner à
un jeune homme qui s'était , pour ainsi dire , remis sous sa
tutelle , et qui ne l'appellait que son pere . Voila pour ce
qui regarde la sorte d'injure dont se plaint Brutus . Quant à
ce qu'il insinue que Cicéron peut avoir l'air de souffrir un
maître , pourvu qu'il soit son ami , cette imputation n'est pas
tolerable . Qui peut ignoret qu'il n'avait tenu qu'à Ciceron
d'être l'ami d'Antoine , qui le recherchait , comme Cesar
l'avait recherché mais que Ciceron , qui s'était abstenu de
toute part aux affaires publiques pendant la dictature de César
, éclatât contre Antoine du moment où celui- ci parut menacer
à son tour la liberté ? Tous ces faits sont connus ; il
n'y a qu'à lire les historiens ; il serait trop long de les
citer ici.
1.
Mais enfin a-t-il été véritablement la dupe d'Octave ; et ce
vieux politique , que Brutus lui - même appelle le plus prudent
de tous les hommes , se laissa- t- il en effet tromper par un enfant !
C'est ici qu'il faut rappeller et lier ensemble quelques faits ,
tous authentiques : on jugera si ce grand citoyen eut d'antres
torts que ceux de la fortune , et s'il ne fut pas la dupe
et la victime des évenemens qu'aucune prudence humaine ne
pouvait prévoir .
Antoine avait levé le masque ; il était entré dans Rome
avec une légion , et y régnait militairement. Il en faisait venir
six autres à Brindes ; c'étaient les troupes que César avait
laissées en Macédoine , et qu'il destinait à faire la guerre aux
Parthes. Dans ces conjonctures si critiques , la République
n'avait point en Italie de légions qui fussent à ses ordres , si
ce n'est celles de Decimus , cantonné dans Modene . Brutus
et Cassius étaient en Asie , occupés à rassembler des forces .
Rome était done au moment de retomber sous le joug ; et
tout ce qu'avait pû faire le Sénat , encouragé par Cicéron ,
c'était de donner ordre aux deux consuls Hirtius et Pansa
de lever des troupes en Italie . Mais le péril pressait , et ce
fut Octave qui l'éloigna. Irrité contre Antoine , qui lui avait
témoigné à - la- fois et de la jalousie et du mépris , il s'était
fait , avec l'argent de la succession de César , une petite armée
d'environ dix mille hommes , composée en grande partie
de vétérans ; et il était parvenu , à force de séductions , à
s'attacher deux de ces mêmes légions qu'Antoine avait fait
venir à Brindes . Devenu ainsi redoutable , il offre ses services
au sénat , par l'entremise de Cicéron . Je demande si Fon
pouvait balancer sur ses offres ? N'est-ce pas une regie de
politique de courir d'abord au plus pressé ? Et qu'y avait - il de
plus pressé que de repousser Antoine ? Quelles que fussent les
intentions d'Octave , qu'y avait - il de plus heureux que de le
mettre aux mains avec Antoine et de les détruire l'un par
L'autre ? Le plus à craindre , sans nulle comparaison , était
Antoine. Sa haute réputation dans la guerre sa dignité ac|
249 )
乘
J
ressources , ses nom¬ telle de consul , ses richesses , ses
breuses creatures , son insolente ambition , tour montrait en,
lui un espirant à la tyrannie . Que fit Cicéron ? il s'empara
entiérement des déliberations du sénat , fit déclarer Antoine,
ennemi public , dès que celui - ci fut parti pour aller faire le
siége de Modene , fit donner au jeune César le titre de
propréteur , et chargea en même tems ses deux amis , Hirtius ,
et Pansa , de joindre à l'armée d'Octave l'armée consulaire
qu'ils venaient de lever , et de surveiller sa conduite . Mais
en se servant de lui , jusqu'à ce que la République eût assez
de forces pour s'en passer , Ciceron se fait - il à lui ? pouvait
-il même s'y fier ? était - il si avengle et si crédule ? Je
n'ajouterai pas , voulait-il l'élever jusqu'à en faire son maître?
Cicéron se donner un maître ! On ne peut pardonner cette
idée qu'à la colere où Brutus , et la colere n'est pas
uu bon juge . De plus , il était fort loin de Rome , et peu
portée de bien juger les évenemens. Il ne s'agit donc que
de savoir si en effet Cicéron était trompé. Mais comment
peut-on oublier ce mot si connu , cette équivoque fatale qui
fut la cause de sa perte , et détermina les résolutions d'Octave
: Laudandus , ornandus , tollendus , disait- il de lui , lorsqu'on
l'exhortait à s'en défier . Il faut le louer , le décorer
enlever. Ce mot latiu signifie également l'élever ou l'enlever,
le détruire et il est sûr qu'après la défaite d'Autoine , il
n'eût pas été difficile de se défaire d'Octave . Les troupes de
Decimus , celles des deux consuls , et deux puissantes armées,
l'une dans les Alpes , l'autre aux frontieres d'Espagne , commandées
par Lepidus et Plancus , qui tergiversaient en atten
dant l'événement , et que l'événement aurait décidés , étaient
plus qu'il n'en fallait pour accabler Octave. Màis qu'arrivat-
il ? Antoine est battu devant Modene par les armées comA
binées des consuls et du jeune César. Il fuit vers les Alpes ,
et on le croit perdu. Cependant Hirtius avait été tué , et
Pansa blessé mortellement . Pansa était une créature du diciateur
Cesar ; il aimait son fils adoptif ; il était dans le secret
du sénat. Il révéla tout en mourant et avertit Octave que
s'il achevait la perte d'Antoine , il courait à la sienne propic ;
que le sénat était entierement du parti dos conjurés , et trèsrésolu
, ainsi que Cicéron , à perdre dans Octave l'héritier et
le vengeur de César . Ce , mot de Cicéron n'avait pas été ou
blié , et Octave à qui on l'avait rapporté avait dit , non
commitlam uttellar'; je ne me mettrai pas, dans le cas d'être détruity
Il suivit le conseil de Pansa , et joignit bientôt ses troupes
celles d'Antoine et de Lepidus . De là le triumvirat , dont
Cicéron fut la premiere victime.
,
Y eut- il de sa faute ? non . Il avait fait ce qu'il était possible
de faire . Ceux qui l'ont condamné n'ont considéré que
l'événement , et comme a dit un ancien Eventus stullorum magister
est ; L'événement est la regle des insensés.
( 250 )
Mais qui est-ce qui avait fait une faute réelle , une faute
capitale ? c'est Brutus lui-même , et malgré Cicéron qui ne
cesse dans ses lettres de la lui reprocher, Il eut la faiblesse
d'épargner Antoine , qu'il fallait absolument faire périr avce
César. Brutus s'y refusa . Strictement attaché aux formes le
gales dans un moment où il fallait les oublier , il soutint toujours
qu'on n'avait le droit de tuer que le tyran , comme si
Antoine ne s'était pas déclaré tyran le jour où il souleva tour
le peuple contre les meurtriers du tyran , comme si les torches
qu'il fit porter inutilement aux maisons des conjurés n'eussent
pas été en effet les torches de la guerre civile . Après ce mou?
vement populaire qui n'eut pas de suite , les conjurés étaient
encore les plus forts dans Rome ; ils étaient les maîtres du
capitole et du sénat . Antoine avait mérité la mort : il était
l'aggresseur ; tous les honnétes gens de Rome etaient pour
Brutus et Cassius . Il fallait attaquer à force ouverte Antoine
réfugié dans sa maison , sans forces et ssaaus appui. C'était l'avis
de Ciceron . Brutus aima mieux se prêter à une reconciliation'
hyppocrite de la part d'Antoine qui ne cherchait qu'à gagner du
tems , et c'est ce qui prépara la ruine entiere de la République .
Qui est-ce qui croirait qu'entre Cicéron et Brutus , ç'eût éte
celui qui eût péché par ce qu'on appelle aujourd'hui le mode
rantisme ? Cependant le fait est sûr , et valait la peine d'être
remarqué .
ANNONCES.
La Frontiere , scene patriotique en deux actes , par L. Reynier
A Paris , rue du Théâtre-Français , n ° . 4.
Othello , ou le More de Venise , tragédie représentée à Paris
pour la premiere fois , sur le théâtre de la République , le
lundi 26 novembre 1792 , l'an 1er . de la République ; par le
citoyen Ducis. Prix , 40 sols . A Paris , chez Maradan , libraire
rue du Cimetiere- Saint -André , nº . 9 .
Catéchisme du Citoyen , à l'usage des jeunes Républicains
Français , par le citoyen Sérane , instituteur national , auteur
de plusieurs ouvrages sur l'éducation . Prix , 30 sols , et 40 solá
franc de port pour les départemens. A Paris chez l'auteur (
quai Chaillot , nº 43 ; et chez les marchands de nouveautés v
1
1 It wort
*
dia
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
LA
ALLE MAGNE.
De Hambourg , le 21 Janvier 1794 .
Czarine semble consulter enfin plus son aversion contre
l'établissement de la liberté en France que ses véritables intérêts ,
ou du moins ses projets ambitieux d aggrandissement , puisque
, s'il faut en croire aux mouvemens qui se font dans tons
ses ports tant de la Baltique que de la mer Noire , elle parait
disposée à se mêler au printems des affaires de la coalition
autrement qu'avec des promesses. Il a été lancé à la mer six
vaisseaux de ligne et quatre frégates qui vont être équipés ,
et le vice - amiral Polwnichin commandera en chef cette escadre ,
ayant pour second le chef d'escadre Fitt ils ont reçn ordre
de se rendre par terre à Archangel , et d'y conduite le nombre
compétent d'officiers de marine et de matelots pour manceuvrer
cetic escadre dès l'instant que les glaces ne s'opposeront plus
à la navigation. Eu même tems quinze vaisreaux de ligne
mettront à la voile du port de Cronstad , et d'autres bâtimens
de guerre qui sont tout prêts à Revel formeront ensemble
une armée navale considérable qui ne tardeià pas à jouer un
rôle important sur le théâtre quelconque de la guerre.. Les
amirautés russes établies sur les bords de la mer Noire sont
aussi dans la plus grande activité , et on compte qu'au printems
prochain les forces navales de l'empire seront en mesure
de contenir les mouvemens de la Porte , si cette cour n'a pas
alors de nouveaux alliés très - intéressés à l'empêcher de tomber .
sous la domination de la Russie .
-
--
C'est apparemment pour se préparer à faire cette guerre
qu'il a pain le 16 décembre à Pétersbourg une ukase du sénat
dirigant qui porte , une augmentation sur le prix des eaux-devie.
On a calculé que le produit de cette taxe enrichira la
conronne de 5,000,000 de roubles par an. Quant au réglement
qui prohibe les marchandises françaises et autres étrangeres
de luxe , il est en pleine vigueur. Aussi a-t- on brûlé à
Revel une grande quantité de marchandises reconnues de
contrebande.
Il court un bruit qui n'est pas sans vraisemblance , sur -tout
d'après la nouvelle tournure que prennent les choses , c'est
que le partage du reste de la Pologne est déja arrêté entre
la Prusse et la Russie. On ajoute que c'est-la le prix d'une
( 252 )
troisieme campagne contre la France . Ce qu'il y a de sür ,
e'est que le général - ministre Bischoffwerder doit revenir incessamment
à Varsovie , dès qu'il aura fini les nouveaux arrangemens
qu'il a entamés à Pétersbourg. On compte aussi sur
l'arrivée prochaine du général de Schwerin , chargé , dit- on ,
de la démarcation des frontieres entre la Pologne et la Prusse ,
et qui remplira la double fonction de général et d'envoyé .
Malgré satisfaction que le conseil permanent a déja donnée
à l'impératrice de Russie par l'abolition des ordres militaires ,
il y a des indices qui annoncent qu'il faudra pourtant en venit
à la convocation d'une nouvelle diete , pour casser plusieurs
nouveaux décrets et en rétablir d'autres qui ont été cassés par
a diete de Grodno , par laquelle celle de 17S8 a été entiérement
abrogée , et qui court grand risque de l'être elle
même .
a
Un a de nouveaux renseignemens sur la conjuration qui a
pensé coûter la vie au duc - régent de Suede ; mais pour les
entendre , il faut connaître les premiers , que nous avions négligé
de donner ; les voici Elle devait éclater dans la journée
du 20 décembre . Le duc a déclaré au grand sénechal
que la sûreté de l'Etat exigeait qu'il fit arrêter les personnes
mal- intentionnées , dont le projet était de renverser la constitution
et de changer la forme du gouvernement. Tous les
Français , domiciliés dans cette capitale , ont été sommés de
venir rendre compte de leur personne à l'intendant de la
police , à cause d'un nommé Signeul compliqué dans cette
affaire . On a arrêté , dans la nuit du 17 au 18 , la comtesse
Magdelaine de Rudenskiold , dame de cour de la princesse
Sophie-Albertine , soeur du régent ; le lieutenant-colonel de
Sandels , les anciens lieutenant - colonels , barons de Lille et
d'Ehrenstrom et sou frere ; l'ancien secrétaire du roi , plusieurs
autres personnes de moindre rang , et mêmes des domestiques.
On remarque que les personnes impliquées dans
cette accusation , étaient la plupart dans la confiance du feu roi.
Ce Signeul , employé en qualité de commis , s'était chargé
d'assassiner le duc au moment qu'il sortirait de son château
selon sa coutume , à pied , sans aucune suite . Il refuse obsti
nément de nommer ses complices , dont plusieurs gardent le
même silence.
Le valet - de-chambre du baron d'Armfeld , nommé Mineur ,
a été également arrêté . On assure qu'il allait rejoindre son
amaître en Italie , et il avait déja 48 heures d'avance , lorsque
l'on a commencé à découvrir la conspiration.
2
De Francfort- sur - le -Mein , le 27 janvier .
Des lettres de Vienne représentent l'empereur comme sur le
point d'effectuer enfin son voyage dans les Pays - Bas . Il s'est
fait au commencement du mois , dans cette capitale , et sur(
253 )
tout à la cour , des préparatifs pour ce voyage , qui n'aurait pas
manqué d'avoir eu lieu le 23 décembre , sans le changement
désavantageux survenu dans la position des armées ; car on y
savait déja , le 7 , la nouvelle de la levée du siége de Landau et
Ja retraite de l'armée de Wurmser , aussi bien que de celle des
Prussiens . On n'a pas tardé non plus à apprendre la reprise de
Toulon. Ces impressions fâcheuses ont été corrigées par l'annonce
que l'armée autrichienne avait pris une excellente position
. On redouble d'activité pour lui faire passer des renforts.
Wurmser , remplacé par intérim par le prince de Waldeck , adit
à son départ que 6000 hommes allaient arriver , et ne tarderaient
pas à être suivis de 20,000 autrés . Au milieu de tout
cela , les bruits d'une paix prochaine circulent dans tontes
les bouches . Il faut avouer cependant que d'autres tout contraires
ne se répandent pas moins . Telles sont ceux- ci , par
exemple : Qu'un corps considérable de Russes doit se mettre
incessamment en marche , et que le roi de Prusse est disposé
augmenter son armée de 40,000 hommes de nouvelles troupes
, pourvu qu'on lui promette les subsides qu'il demande ,
ou qu'on lui fasse cession de la Silésie Autrichienne .
Le 14 janvier , les Français se retranchaient encore dans
les environs de Spire. Le quartier- général du prince de Hohenlohe
était toujours à Gunterblum , où son armée gardair
une position formidable . Quant à celui des Prussiens , il
devait rester à Oppenheim au lieu d'être transféré à
Mayence.
Les paysans sont employés au service militaire sur la rive
droite du Rhin . On prépare la défense de l'Odenwald et du
château de Brugberg. Il parait que les Français font retirer
les corps avances , chargés de faire rideau pour masquer le
rétablissement des lignes près de Weissembourg , et couvrir
le siége du Fort-Vauban .
Ce qu'il y a de sûr , c'est que des deux côtés tout prend
un aspect guerrier , et particuliérement de la part des Impériaux
, sur la rive droite du fleuve . On en peut juger , parce
que dans le pays de Mayence seul on est occupé à la for
mation d'un corps de 8000 habitans. Le rivage sur toute sa
longueur est suffisamment garni de troupes et d'artillerie
jusqu'a Coblentz . On manifeste les mêmes dispositions dans
l'électorat de Treves , ainsi que dans les cercles de Francopie
et de Souabe . Voici les mesures principales adoptées par
L'ordonnance des Etats du cercle électoral du Rhin , qui se
sont assemblés le,
9 :
Tous les sujets du cercle , établis sur la rive drone du
Rhin seront convoqués , armés , pourvus: des munitions requises
, et d'abord détachés , si le danger l'exige , vers l'endroit
menacé d'une descente . 1 d
" Chaque état du cercle reste chargé de l'entretien parti(
54 )
culier et couvenable des individus qui ont pris les armes pour
défense.
3 sa,
Les communes les plus éloignées du Rhin , s'y rendront
sans retard , dès que celles exposées au péril leur donneront
le signal , soit par quelques coups d'alarme tirés , ou par le
son du tocsin , soit de telle autre maniere que l'on ca
couviendra.
" Ceux des louables états qui sont pourvus d'une quantité
superflue d'armes , de canons et de munitions de guerre , en
céderont , d'après une réquisition prealable aux autres , principalement
à ceux que le danger menace de près , contre
uae bonification convenue entre les états respectifs.
" L'équité exige , que les communes proches de la
rive du Rhin soient soutenues et soulagées dans l'emplacement
des gardes , la construction des retranchemens nécessaires ,
.etc. par celles qui s'en trouvent plus éloignées .
" En cas d'une attaque imprévue et soudaine , où toutes les
communes armées comme dessus fussent réduites à agir toutes
à - la -fois , et d'après un plan concerté auparavant avec le chef
des troupes réglées le moins éloigné , les dispositions ultérieures
touchant les habitans armés resteront constammentsubordonnées
aux états du cercle , etc.
Le cercle de Franconie , dont les députés sont actuellement
assemblés à Nuremberg , prendra une résolution conforme
pour la défense de la patrie en danger et bientôt toute la
Germanie se trouvera sous les armes ,, ppoouur repousser les aggressions
des Français .
En attendant l'effet de ces précautions qui serviront tout au
plus , en cas qu'elles réussissent , à suspendre les progrès des
armes françaises , on écrit de Manheim , en date du 20 janvier.
Les Français ont mis le feu au château de Worms ; ils occupent
toujours nos environs sur la rive gauche du Rhin , et fort
contribuer les habitans en denrées de toute espece : un grand
nombre de charriots sont continuellement employés à transporter
à Landau ce qu'ils enlevent. La colonne française
qui a évacué Kreuznach le 9 de ce mois , a continué de se replier
jusques par- delà Cusset et Birkenfeld ; elle a pris sur la
route des contributions et des ôtages . On a lieu de croire que
la coloure qui occupe nos environs se retire bientôt également
vers les ligues de la Gueiche .
-
Le prince d'Esterhazy a passé ces jours derniers par notre
ville en se rendant à Londres . On ajoute que plusieurs ministres
des puissances coalisées s'y rendent en même tems
pour se concerter sur les circonstances actuelles de la guerre.
Le bruit court à Berlin que le duc de Bruuswick , dégoûté
de son peu de succès contre les armes de la République
Française , se retire , et qu'il sera remplacé par le général
Mollendorf , si toutefois les Prussiens ne quittent pala
-partie.
( 855 )
2
Un émigré , qui servait dans l'armée de Condé , dit ici ,
qui veut l'entendre , que de 6000 gentilshommes dont elle
était composée au commencement de cette campagne , il en
reste à peine 2500. La légion de Mirabeau , forte d'abord de
1800 hommes , est aujourd'hui réduire à 400. Leur cavalerie
est entiérement rninée. Les chevaux qui ont été constamment
attachés au piquet , depuis les premiers jours de novembre
jusqu'à la moitie de décembre , et souvent sans fourrage
, sont morts en grand nombre ; ce qui en reste est hors
d'état de servir.
PROVINCES UNIES ET BELCIQUE. "1
La piece suivante nous a paru mériter d'être consignée ici ,
parce qu'elle est assez propre à faire connaître l'état de situation
, et sur - tout , de confiance où se trouve en ce moment
l'un des plus chauds et des moins puissans adversaires de la
France. On verra que sa position est presque désespérée .
Le conseil d'état , dit le stadthouder , aurait cependant
desiré , il s'en était même flatté , qu'après une campagne aussi
sanglante , et après des événemens aussi terribles qui ont eu
lieu l'été dernier , il aurait été à même , en remettant la pétition
pour les frais de l'année 1794 , de tracer un tableau
plus favorable , et sur- tout plus rassurant pour l'avenir , de la
situation politique de l'Europe , que les circonstances ne le lui
permettent. 19
A
Plus bas , après avoir attribué à la France toutes les guerrès
qui ont désolé l'Europe depuis quelques siecles , il s'exprime
ainsi : Mais ce ne sont pas seulement les guerres des Louis XIV
et XV , qui nous ont coûté des trésors et du sang , ce sont
les intrigues du ministere français sous Louis XVI , qui
pour humilier avec plus de succès la Grande-Bretagne , affaiblir
la Hollande , l'asservir , ou pour en disposer à son gré.
a suscité des troubles au milieu d'un peuple heureux ; l'a excite
à des murmures , et fait revivre l'esprit de parti et des haines
anciennes , avec un tel succès qu'une partie très - considérable
de laration , par le vain fantome d'une fausse liberté , dout
séducteurs sont devenus par la suite eux - mêmes les
victimes , a été égarée à un tel point , que quelques - uns de
bonue- foi , mais un plus grand nombre , poussés par des vues
basses et criminelles , ont cherché à renverser dans notre patrie
T'ordre des choses et le gouvernement etabli ; les tristes effets
s'en fout sentir encore de maniere à nous obliger d'être continuellement
en garde contre les troubles dont les semences
sont loin d'êtree. étouffées , et dont les suites sont incalculables ;
trouble et confusion qui , sí l'Etre tout-puissant n'y met ordre ,
fairont par notre ruine totale .
" Depuis ce tems notre repos , notre union ont disparu ;
nos finances sent diminuées successivement ; notre industrie ,
( 256 )
•
路
"
notre énergie ont perdu de leur force ; il reste toujours un
mécontentement scurd , une envie de se mêler des affaires
publiques qui nuit aux affaires particulieres , et occasionne
une negligence , un retard pour les contributions publiques ,
qui , non-seniement affaiblit nos finances , mais qui vin
peche de rétablir fe erédit hational .. Ces dispositions sont
vivement soutenues , fortement alimentées près des dominateurs
actuels de la France , par nos maigres , réfugiés en
ce pays , sur un ton et d'une manière qui prouvent clairement
leur abjuration de la religion et de la morale de leurs
peres.
J
Quant à la Belgique , contrée si voisine dé la précédente
que le soit de l'une peut avoir beaucoup d'influence sur celui
de l'autre , voici à peu près en quef état y sont les affaires.
Soit que l'arrivée prochaine de l'empereur , attendu incessam
ment à Bruxelles , ou que d'autres motifs quelconques aient
réchauffé les esprits ' deja ramenés par des acnageniens , des
égards , des concessions , et même dés rétablissemens de privileges
, il est sûr que le clergé et la noblesse du pays de
Limbourg paraissent disposes à baire des sacrifices considerables
pour mettre le pays en état de defense , ayant deja
pris l'engagement de faire des avances de fonds sans intérêt
pendant la durée de cette guerre ; esta espérer , disent ces
états dans une circulane datée de Battisse Te 7 décembre 17931,
que cet exemple sera suivi par les capitalistes , rentiers , negocians
et fabricans de cette province.
On perçoit auss avec beaucoup d'activité l'imposition qu'on
a mise sur les chevies
luxe et les domestiques , d'après
le cousentement unanimie des villes de Bruxelles , de Louvaîn
et d'Auvers. Cependant ce zele și favorable aux intérêts de
l'Autriche se trouve plus dans les deux premiers ordres que
dans le tiers-état. Ce dernier qui devrait être le premier , ou
pour mieux dire le seul , vient de leur presenter une liste de
demandes consistant en huit articles . Un des principaux points
est l'admission de deux députés du tiers dans les délibérations
de la noblesse et du clergé , qui rendront compte par écrit à
leurs commettans de tout ce qui se passera dans ces assemblées
. Ils finissent par demander une réponse positive daus
le terme de quinze jours.
Ces états impérieux , par qui et pour qui tout se fait , qui
appellent leurs privileges et leurs libertes la liberté ; en un mot ,
ces états égoïstes , où le peuple ne trouve pas de vrais amis
viennent d'avoir un nouveau succès sur la cour , ou du moins
ils ont traité d'égal à égal avec elle . M. Van-Velde était porté pár
le gouvernement à la place de grand- chancelier ; mais il était
rejeté par les états . If a pris le parti de renoncer lui - même
à un emploi dont on lui defendait l'accès . Les états , dans
leur derniere assemblée , ont nomme à cette place le baron
de Battenstein , ' collseiller intime de l'empereur ; its en ont
donné
( 957 )
donné sur-le-champ connaissance à l'archiduc Charles qui en
a témoigné
sa satisfaction
. Les états
na Jette M. Van-
Velde que parce que l'empereur
avait voulu s'arroger
le droit
de nomination
.
Le général Keglevick , officier distingué , a été tué d'un coup
de canon dans un des derniers combats , et le duc de Bourbon
grievement blessé dans la même affaire .
2λ
#
A
Suivant des lettres de Gand , les Anglais viennent d'élever
un grand nombre de batteries du côte d'Ostende ce qui
semble indiquer qu'ils eraiguent de revoir les Français se
porter par là. En général , toutes les troupes alliées postées
sur les frontieres de la Belgique recommencent leurs mouvemens
militaires ; et l'on serait tente de croire , d'après les dispositions
qu'elles sont à la veille d'exécuter , qutiques entre
prises importantes. Plusieurs corps Autrichiens s'avancent dans
les environs de Maubeuge , Landrecy et Bouchain. Dans le
même tems , d'autres corps qui s'étaient déja cantonnés dans
´les villes de l'intérieur sont partis en hâte pour la principauté
de Chimay et Beaumont , afin d'aller couvrir les bords de
la Sambre. On peut encore juger de l'importance de l'opéfation
méditée par la précipit tion avec laquelle sont partis
tous les officiers generaux pour les frontieres . On a même cru
devoit y envoyer divers bataillons de grenadiers tres du quartier-
général de Mons . Enfin , il a passe le 21 pas Bruxelles un
corps de Houlans , levés nouvellement à Tirlemont pour le
service de l'Angleterre , et dans la composition duquel entrent
en partie les émigrés Français.
2 Cependant des lettres de Mons annoncent que les dons
gratuits se rallentissent. Le gouvernement à qui il faut de
l'argent à tout prix , vient de taxer les corps de métier par
tête, les chaircuitiers , à 30 liv . ; les chaudsonniers , à 24 liv .
les menuisiers , à 12 liv , et ainsi du reste ; mais on doute
que ces gens , qu'on a plus d'intérêt à ménager que les antres ,
veuillent consentir à cette nouvelle capitation . Il est facile
de juger par ce trait et par les deux suivans dans quel état
sont les finances , ce nerf de la guerre . Tous les abonnés au
concert de Mons se
se sont rassemblés pour se cottiser ; en conséquence
, ils ont fait afficher un concert au profit de S. M. 1 .
Les états out pressé par une proclamation tous les habians
du paayyss de s'enrôler dans les six régimen's Wallons pour le
tems que durera la guerre , sous promesse à chaque individu
d'un ducat de gratification ontre son engagement , avec cette
clause principale : Sa majesté impériale lui en saura g é ; ċe qui
ne laissera pas de faire une grande économie , si les dollars
veulent prendre ces douces paroles pour argent comptant ;
mais ils parissent vouloir du plus réel.
Tome VII .
1
R
( 258 ).
•
ANGLETERRE. De Londres , le 22 Janvier.
On afait courir pendant quelques jours le bruit que M. Pitt
allait quitter pendant quelque tems le ministere, et serait remplacé
par M. Jenkinson . Mais personne n'en a été la dupe , et l'on
a ben senti que quel que sit l'embarras du premier minist
dans les circonstances présentes , il ne laisse circuler cette
nouvelle , dénuée de vraisemblance , que pour sonder l'opinion
publique.
Le 14 , le prince Adolphe qui était venu de Windsor à
Londres est parti pour Douvres , où il va s'embarquer pour.
aller retrouver le duc d'Yorck , attendu lui- même à Londres ,
ainsi que plusieurs officiers des armées alliées . Ce petit voyage
a pour but de prendre des instractions , et de se réunir pour
in plan de campagne,
Le même jour , l'ambassadeur Turc , Jussuf Pacha , a été
admis à l'audience de M. Pitt , Il est resté une demi - heure
avec ce ministre. Le lendemain , le marquis de Canelli , envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi de
Naples , a été présenté au roi par le lord Grenville .
Le capitaine Sidney Smith a enfin apporté des nouvelles de
T'amiral Hood, qui prouvent que cet officier surpris et pessé
vivement à Toulon per les Français n'aa pas eu le tems dans
sa fuite précipitée de faire autant de mal qu'il le voulait.
Le discours du roi d'Angleterre au parlement , étant dans les
circonstances actuelles , la chose la plus intéressante que nous
paissions présenter à la juste curiosité de nos lecteurs , nous
avens cru devoir remettre à l'ordinaire prochain les autres
articles , pour ménager à celui- ci la place qu'il doit occuper
dans ce journal , fait pour fournir des matériaux à l'histoire ,
et qui par conséquent doit contenir tous les morceaux diplo
matiques , tous les documens , toutes les pieces officielles auxquels
les grands événemens peuvent donner lieu.
Milords et Messieurs ,
Les circonstances dans lesquelles vous êtes assemblés aujourd'hui
demandent de votre part la plus sérieuse attention ,
Nous sommes engagés dans une guerre , de l'issue de laquelle
dépend le maintien de notre constitution , de nos lois et de
notre religion , ainsi que la sûreté de la société civile .
Vous devez observer , avec satisfaction , les avantages rem
portés par les armes des puissances alliées , et le changement qui
' est fait dans la situation générale de l'Europe depuis le commencement
de cette guerre .
" Les Provinces - Unies ont été protégées contre une invasion;
les Pays- Bas autrichiens ont été repris et conservés ; enfin , des
aces d'une très - grande importance ont été emportées sur la
tiere de France,
( 259 )
La reprise de Mayence et les succès des arnrées alliées sur
te Rhin qui en furent la suite , ont été , malgré les avantages
que l'ennemi a obtenus en dernier lieu dans cette partie , singulierement
utiles à la canse commune .
Des efforts puissans ont été faits par mes alliés dans le
midi de l'Europe . La possession temporaire de la ville et du
port de Toulon a rainé les opérations de mes ennemis ; et , dans
les circonstances qui ont accompagné l'évacuation de cette
place , un coup important et décisif a été porté à leur puissance
navale per la conduite , l'habileté et le courage de mes commaną
dans , de mes officiers et de mes forces de terre et de mer.
Les Français ont été chassés de leurs possessions et de leurs
pêcheries à Terre neuve ; et des acquisitions importantes ont
été faites sur eux dans les Indes orientales et occidentales .
Sur mer notre supériorité n'a point été disputée , et notre
commerce a été si efficacement protégé , que les pertes qu'il a
supportées ont été peu considérables en proportion de son
exclusion et des prises faites sur le commerce resserré de nos
ennemis .
·
" Les évenemens qui ont empêché jusqu'ier de plus grands
progrès de la part des alliés , preuvent non seulement la
nécessité de la vigueur et de la persévérance de notre part ,
mais confirment en même -tems l'attente des succès futurs .
99 Nos ennemis ont tiré les moyens de déployer cette activite
momentanée , d'uu systême qui les a mis en état de disposer
arbitrairement des vies et des propriétés d'un peuple
nombreux , et qui viole ouvertement toutes les lois de justice
d'humanité et de religion . Mais ces efforts , en produisant
nécessairement en France un mécontentement et une confusion
intestine , ont aussi tendu rapidement à épuiser la force naturelle
et véritable de ce pays :
Quoique je ne puisse que regretter beaucoup d'être
obligé de continuer la guerre , je consulterais mal les intérêts
essentiels de mon peuple , si je pouvais desirer une paix qui
reposât sur d'autres bases que celles qui pourraient pourvoir à
la sûreté de mes sujets , ainsi qu'à l'indépendance et à la tranquillité
de l'Europe.
7
Il est encore impossible d'atteindre ce but , puisque le sys
tême qui prévaut en France est également incompatible avec le
bonheur de ce pays , et le repos des autres nations.
" Dans ces sentimens j'ai cru convenalle de faire une déclaration
des vnes et des principes par lesquels je suis guidé .
J'ai donné ordre qu'une copie de cette déclaration fût mise
sous vos yeux , ainsi que celle des traités et conventions
passés avec différentes puissances ; elles vous feront voir quelle
grande partie de l'Europe est réunie pour une cause d'un
intérêt aussi général .
C'est avec une satisfaction indicible que je réfléchis sur
Tinébranlable loyauté et le ferme attachement pour la consti
zution et le gouvernement établi qui se sont manifestés
R &
C
་
3
généralement parmi toutes les classes de mon peuple , malagré
les efforts ; continuets employées pour l'égarer et le séduire.
Ges sentimens se sont montrés éminemment dans le zele et
l'activité des milices pour assurer notre d fense intérieure ,
set dans ; lá” bravoure et le courage distingués déployés , dans
toutes les occasions par mes forces de terre et de mer. Elles'
onb conservé Thonneur du nom Breton , et se sont moustrées
digues du bonheur que tous nos efforts ont pour but de
conserven. 91
, Messieurs de la chambre des Communes ,
6. Fai donné ordre que les comptes et états nécessaires soient
z mis sous vos yeux , et je suis persuade que vous serez em ..
spressés à pourvoir à tout ce que les besoius du tems peuvent
exiger . Je ressens trop vivement les preuves répétees que
j'ai reçues de l'affection de mes sujets pour ne pas voir
savec beaucoup de peine , la nécessité de quelques charges
additionnelles.pont
1
C'est cependant une grande consolation pour moi de considérer
l'état des finances , ainsi que le succes complet de la
› mesure quisá été adoptée l'année derniere pour écarter les enitraves
qui gênaient 9 le credit commercial.
119 Au surplus , quelque grande que soit l'étendue de nos
operations , j'ai la confiance que vous ferez ensorie d'y pourveirsde
maniere à éviter tous fardeaux qui peseraient trop
fortement sur mon peuple . "? , N. ra
7
ps Milords el Messieurs *
is Dans toutes vos délibérations vous vous rappellez sans
douté les causes et l'origine de la guerre. L'aggression , qui a
rété dirigée , contre nous et nos alliés , est fondée sur des pein-
-cipes qui tendent à détruire toutę propričié , à renverser les
lois et la religion de toutes les nations civiusées , et à introdaise
universellement cet étrange et destructif systéme, de, rapine
, d'anarchie es d'impiété , doules essais , tels qu'ils se sont
déja manifestés en France , fouruissent une , terrible mais utile
leçon à l'âge actuel et à la postérité .
- Aline, nous reste à nous quà persévérer dans nos efforts
unis , leur cessation ou meme leur ralentissement pourrait
à peine procurer un court intervalle d'un repos trompeur , et
n'amenerait jamais une tranquilité et une paix constante.
" Frappés de la nécessité de défendre ce qu'il y a de plus
cher pour nous , et comptant , comme nous devons le faire
avec confiance , sur la valeur et les ressources de la nation,,
sur les efforts combinés d'une si grande partie de l'Europe , et
2 par- dessus tout sur la justice incontestable de notre , cause ;
Tendons notre conduite un contraste frappant avec celle de
nos ennemis . Enfin , en cultivant , en protcgeant les principes
de l'humanité et les devoirs de la religion , efforçons - nous de
mériter la continuation de la faveur et de la protection divine
dont ces royaumes ont déja reçu tant de fois des marques
¿çlatantes. ?? datum
1 ?
"
( 2613)
RÉPUBLIQUE
elab aminima
FRANÇAISE.
7 £
CONVENTION, NATIONALE
PRÉSIDENCE
• Séance du nonodi , 9 Pluviose.
13
DE VADIER.
0%
1
L'armée qui a conquis Toulon a célébré la fête des victoires
de la Republique . Eu voici les détails , tels qu'ils ont été
transmis à la Convention nationale par les représentans du
peuple Barras et Freron . Une statue fut dressée à la liberté
au milieu du champ de bataille ; elle était couronnée de lauriers
, et foulait aux pieds et les sceptres et les diadêmes . I
fut delendu aux infames Toplonais de souiller , par leur présence
criminelle , le triomphe de leurs vainqueurs . Les esclaves
de Louis XVII ne pouvaient venir adorer la deesse des Français
. amce se rendit donc seule avec nous au Champ - de-
Mars ; nous mimes des couronnes de laurier sur les drapeaux
des bataillous , brisâmes les chaines du malheureux maire de
Salon , que la Lage sectionnaire avait condamné aux galeres .
Trois cents bouches à feu apprisent aux Anglais que leur seelétatesse
avalt echoué , et qu'il restait encore des foudres pour
les ancautir , s'ils osaicut revenir . Ils comprirent cette terrible
favorable , onze
de leurs vaisseaux quicient la rade d'Hieres , et disparurent.
Nous fines un auto - da - fe des dépouilles de nos ennemis ; elles
furent réduites en cendres ,
Jeçou , et dès le lendemain , profitantd'un
en
lys , etautres sigues du iende que les drapaux à fleurs a
nais pour leur maltre. }} },
amour de messieurs les Toulo
Une citoyenne d'une commune de la République apprenant
la mort de son fils unique , tué à l'armée , est allée déposer
sur l'autel de la patrie , la dépouille de ce jeune défenseur de
la liberté , en exprimant le desir qu'elle servit à quelque Republicain
qui irait combattre les tyrans et leurs esclaves.
Dubois Crance , au nom du comité ic la guerre a fait un
Tappoi sur l'organisation de l'infanterie legere ; sur sa proposition
, les compagnies franches oonntt ele sapprimees.
Merlin de hiouville a proposé, au nom do méme comite?
la création de 9 régimens d'artillerie legere. L'impressión de
če projer
er a été décrétéë! 99 $ 5 36. 16. Hois
Rhull donne lecture d'une lettre qu'il vient de recevoit de
Mayencer de la part d'un des Français retenus en ôtage dans
cette ville. Ce citoyen se plaint amerement de ce que l'on ne
fait rien pour la délivrance de mille braves Français à qui on
ne semble laisser que le désespoir. Rhull demande que le
4
R 3
( 264 ) ;
ministre de la guerre rende compte dan's 24 heures de ce qu'il
a fait pour l'execation du decret du 7 septembre dernier ,
relatif aux Français détenus à Mayence. Rhull fait ensuite
plusieurs autres propositions , telles que d'enlever tous les effets
qui ap partiennent aux petits princes d'Allemagne , de brûler
leurs châteaux , et notamment celui de l'électeur de Mayence
à Worms , qui a servi si long- tems de repaire à Condé et à
ses complices.
Après quelques débats , l'Assemblée renvoie toutes ces propositions
au comité de salut pablic , et le charge d'examiner
la conduite du ministre de la guerre .
Coupé de l'Oise présente la rédaction de son projet de
décret pour l'établissement des bibliotheques nationales : ellé
est adoptée .
Grégoire soumet à la délibération son projet de décret sur la
confection des livres élémentaires pour l'instruction publique .
Hest adopté ainsi qu'il suit :
6 Art. Ier . Un concours est ouvert jusqu'au 1er, messidor
prochain , pour les ouvrages sur les objets suivans : ??
10. Instructions sur la conservation des enfans , depuis la
grossesse inclusivement , et sur leur éducation physique et
morale, depuis la naissancejusqu'à l'époque de leur entrée dans
les écoles nationales : ces deux objets traités ensemble ou
séparément.
20. Instructions pour les instituteurs nationaux , sur l'éducation
physique et morale des enfans .
30. Méthodes pour apprendre à lire ou à écrire ces deux
objets traités ensemble ou séparément.
4°. Notions sur la grammaire française .
50. Instructions sur les premieres regles d'arithmétique et de
géométrie- pratique : des instructions sur les nouvelles mesures.
et leurs rapports aux anciennes , le plus généralement répandues
, entreront dans les livres élémentaires d'arithmétique ,
qui seront composés pour les écoles nationales . Art. XÎ du
décret du 1er août dernier...
6. Notions sur la géographie.
7. Instructions sur les principaux phénomenes et sur les
productions les plus usuelles de la nature .
8o. Instructions élémentaires sur la morale républicaine .
9º. Instructions élémentaires sur l'agriculture et les arts : ces
deux objets traites ensemble ou séparément.
" II . Les auteurs adresseront leurs ouvrages à la Convention
nationale , et ne se feront connaître qu'après le jugement.
3. an
, III, Des récompenses nationales seront décérnées aux
auteurs des ouvrages qui auront été jugés les meilleurs .
By
9, IV. Le comité d'instruction publique présentera un rapport
aur Porganisation d'un jury , destiné à juger du mérite
( 263 )
1
des ouvrages envoyés au concours , et sur les récompenses à
décerner.
Jean-Bon-Saint-André , an nom du comité de salut publie ,
a appellé l'attention de l'Assemblée sur les régimens de la
marine , qui semblent former des corps privilégiés en ce qu'ils
sont exclusivement attachés au service de.. mer. Pourquoi ,
a -t- il dit , les vainqueurs de Landau , de Toulon , ne pourraient-
ils pas aller flottes sur nos montrer leur courage aux
esclaves de Pitt , et faire baisser le pavillon de Georges ? La
Convention a décrété la suppression des régimens de la marine .
Les corps connus sous ce nom seront à l'avenir sur le même
pied et sous le même régime que les autres bataillons de
volontaires nationaux . Les garnisons des places maritimes ne
seront plus permanentes ; le ministre de la guerre est autorisé
à les changer aussi souvent que les circonstances l'exigent. I
sera pris dans les bataillons de volontaires nationaux indistinctement
les détachemens nécessaires pour former lagarnison
des vaisseaux . Ils remplirent les fonctious des aumôniers .
Séance du décadi , 10 pluviose..
"
Ou se rappelle la belle action du capitaine Trullet. Pour
récompenser ce citoyen , la Convention avait rendu un décret
par lequel elle entendait qu'il fût nommé an commandement
d'un vaisseau de guerre . Aujourd'hui , un membre a dénoncé
le ministre de la marine pour n'avoir tenu aucun compte de ce
décret , et s'être cru une puissance au- dessus de la Convention
nationale en donnant une autre destination au capitaine
Trullet. Cette dénonciation a donné lieu à de nouvelles
plaintes contre les ministres et le ministere . Le ministre de la
marine a été mandé à la barre : il est résulté des explications
donnees par lui et par Barrere , au nom du comité de salut
public , qu'il y a eu une erreur dans la rédaction du décret ,
qui n'expliquait pas quel commandement la Convention avait
voulu donner au citoyen Trullet . Plusieurs membres de ce
comité ont donné au ministre d'Albarade les éloges qui lui
éioient dus pour ses travaux , son zele et sa soumission aux
décrets de la Convention . Barrere a proposé une nouvelle
rédaction de celui qui avait fait l'objet des débats . Elle a été
adoptée en ces termes : La Convention éleve au grade de
capitaine de vaisseau le citoyen Trullet , et charge le ministre
de la marine de lui désigner incessamment le vaisseau dont il
‚ aura le commandement . 99
Le reste de la séance a été occupé par des pétitions , des
adresses , et des décrets d'un intérêt particulier.
`Séance du primidi , 11 pluviôsê.
La correspondance de ce jour offre une multitude d'adresses
de communes qui toutes remercient la Convention du gouvernement
révolutionnaire provisoire qu'elle a donné à la J
R 4
( 264 )
"
République , et font hommage à la patrie de plusieurs objets.
nécessaires à l'équipement des défenseurs de la République .
Les autorités constituces du département du Mont-Terrible
ont été épurées par les soins du représentant du peuple ,
Bernard de Saintes . Le peuple a reçu avec des transports de
joie ses nouveaux magistrats , les a installés avec pompe , et
Teur a donne une fête fraternelle . Tous les districts du département
de la Haute- Saône son: aussi épurés ; il reste les campagues
, sur lesquelles ce représentant du peuple a pris déja plusieurs
renseignemens qui le mettront à même de terminer
bientôt cette épuration .
Les soldats Français composant la garnison actuelle de
Landau ont fait don à la patrie de deux jours de paye qui leur
avaient été accordés à titre de gratification . Ils ont jure de
mourir en exterminant le dernier des tyrans . Mention ho ..
norable.
Des petitions particulieres ont occupé le reste de la
séance .
1 :
Séance du duodi , 12 Pluviose.
T
Une députation de l'administration du district de Lille ,
admise à la barre , a présenté une pétition relative aux daugers
qui pourraient menacer cette place importante , et a déposé
sur l'autel de la patrie les trésors accumulés par le fanatisme
et la superstition .
Des débats se sont élevés à Fégard du représentant du
peuple , Châles , " deja rappellé au sein de la Convention par
deux décrets , et persistant encore a prolonger son séjour à
Litle , en alléguant des motifs de santé . La Convention a
chargé ses comités de salut public ei de sûreté générale de
prendre toutes les mesures que nécessitera l'etat physique de
Châles , pour assurer son retour dus da Convention .
་ ]
Une députation de plusieurs sections de Paris est venue
réclamer l'élargissement de Vincent. Reavoye au comité de
sûreté générale .
$ 13
66
་ ་་་
par
Collot-d'Herbois , au noin du comité de salut public , a
presente un plan pour que les secours qui sont attribués
la loi aux femmes et entans des défenseurs de la pairie , leur
parviennent sans délai . Le trésor national , a dit Collet ,
ne peut être invoqué pour de plis dignes effusions ! Si les
soldats de la liberté épuisent les " Victoires , ils n'épuisérout
pas les sentimens qui nous attachent leur existence" ; ils
n'épuiseront pas cet amour paternel dont la Convention est
animée pour eux . Ils surfassen : tout ce que l'histoire offre
de mémorable , même dans les guerres qu'out soutenues les
peoples libres "Toustache: bis aussi de surpasser tous les
libres , oustache:
moumensous Petite
Pes umbiguages "que les nations ont pu
donner de la publime recupisce
1
( 265 )
Collot - d'Hebois a lu un projet, de décret , dont la Cons
vention a ordonne l'impression.
Jean-Bon Saint - Andre a fait le rapport de sa mission à
Brest . Il a fait le tableau de ce qu'était la marine française
il y a quelques mois , de ce qu'elle est devenue par ses soins
et ceux du comite de salut public et des succès brillans
que la République doit en attendre, L'Assemblée a vivement
applaudi à ces details , et elle a ordonné l'impression du tra
vail de Saint André.
Séance du tridi , 13 Pluviôse.
ว
Au nom du comité de salut public , Barrere obtient la parole
. La fabrication extraordinaire des armes et des poudres
était l'objet de son tapport, il commence d'abord par répondre
a ceux qui accusaieur le comité d'avoir un systems.
exagéré , des pretentious funestes , et une paix imposible à
presenter ou a faire . La tranquillité dans l'intérieur de la
République , douze cent mille republicains sous les armes
des milliers de bouches à feu sur nos remparts , des camps
renforcés sur nos frontiers , une marine formidable
les
deux mers , et des millions de poudre pour foudroyer les tye
rans de Europe ; voila les moycus de pacification que pear
employer un grand people ; voila comment une republique
magnanime , couverte de bataillous et fere de sa liberte , doit
stipuler la paix de monde.
66 Vous voulez la paix , a dit Barere ; mais
salut public , la Convention natiouale et le peuple Français
veulent aussi la pais ; mais le comité à prépare une querie .
terrible pour amivel a une paix solide . Vous voulez la paixz
les ois la veulent aussi ; mais entendez à quelles conditions
infamanies et dangereuses . Un de nos ageus diplomatiques .
dans un pays neure et voisin , nous a annonce avant , hier
les propositions insidieuses qui seraient faites pour la paix,
pour diviser d'opinion les patriots et attedir le courage des
Français .
Ils reconnaitront la République ! Comme si la République
avait besoin d'eux pour exister ; comme si sa destinee ue la
plaçait pas dans le role imposant de tolerer les ois , et de reconnaître
provisoirement les gouvernemens des tyrans conlises !
"
" Ils demandent ne breve de deas ans ! Comme si c'etait à
des républicaius à mettre bas les armes devant les rois , et à
leur donner le tems de remplir leurs trésors , de recruter
leurs armées de semer au milieu de nous des divisions ,
d'exciter dans nos départemens des guerres civiles , et de
créer , par leurs émissaires , de Vendees nouvelles et mieux
combinees à l'exterieur que la premiere..... ! Enfin , les rois
coalisés consentiraient lorsque dans deux années la constitution
serait clablie et le concernem organise , de traiter définitivement .
la paix , el de trané séruit soumis à is ratification nationale.
( 266 )
Ombres funestes de Brissot et des fédéralistes justiciés !
vous avez donc remplacé leur génie conspirateur dans le
conseil des tyrans d'Europe ! tour à tour créateurs et héritiers
de vos principes parricides , les despotes nous présentent
généreusement une république provisoire , une reconnais
sance momentanée , une trêve dangereuse , une armistice
perfide , un établissement conjectural de la constitution , un
changement nécessaire de représentans , un gouvernement
révolutionnaire détruit , l'énergie de 27 millions de Français
paralysée , quinze armées inutiles , des actes diplomatiques ,
un traité d'Aix la Chapelle ou de Westphalie ; et au bout de
tant de ficaux et de hasards politiques , au appel au peuple .
une ratification de la paix dans les assemblees primaires
travaillées en guerre par les intrigans gorgés de guinées des
Anglais des piastres des Espagnols , des crimes de l'Autriche
et des artifices de Rome .
1
,, Le 25 nivôse , des agens attachés à un des gouvernemens
du Nord coalisés sondaient en Suisse un des agens de la République.
A qui peut on s'adresser en France , disaient-ils , dans
le cas où l'on voudrait en venir à des propositions de paix ? cela
n'est pas difficile , répond l'agent français : Nous avons cent
mille négociateurs à l'armée du Rhin , et cent mille autres à l'armée
du Nord, sans compter les négociateurs placės dans les autrès
armées.
» Citoyens , démentirons- nous cette réponse ? et pour .
ra-t- on nous faire illusion par la distinction usée des peuples et
des gouvernemens ? .... Ne cessons donc pas de former des
bataillons , de fabriquer des armes , de construire des vaisseaux
, de forger des canous , de récolier des salpêtres et de
fabriquer des poudres . C'est de vos arsenaux , c'est de vos
ports , c'est de vos fabriques de poudre que sortiront les
articles du traité de paix .
Barrere présente ensuite le tableau des progrès de la fabrication
des armes dans Paris qui est devenu l'arsenal de la
République. On y voit les places publiques transformées en
ateliers ; les églises , en arsenaux ; les maisons des émigrés
en forges . Les ouvriers du luxe out changé leur profession ;
4'horloger fait des platines ; l'ébéniste monte des fusils . On
compte maintenant plus de 500 canonniers dans les trois
grands atteliers publics , indépendamment des canonniers qui
travaillent dans les maisons particulieres . Deux batteaux contenant
32 forêts , sont en activité . Cinquante foreries à bras ,
mues par de bons Sans - Culottes , sont également en activité .
Trois nouvelles foreries sur des batteaux sont en pleine cons
truction. Six émouleries à feu marcheront dans six jours . Deux
émouleries à chevaux , quatre émouleries sur des batteaux
sont en construction . Cinq atteliers à platine sont en pleine
activité ; deux nouveaux se forment dans ce moment . Bientôt
le nombre des platines fabriquées égalera celui des fusils
1 267 1
montés , 30,000 platines déposées dans les magasins , remplissent
dans ce moment le déficit . Cinq atteliers destinés à monter
et ajuster des fusils , sont en pleine activite . Les magasins
des fers , des aciers , des charbons sont approvisionnés .
Il y a quatre millions de fer destinés à la fabrication des
armes .
On verra par le tableau de la derniere décade de nivôse qui
est sous presse , qu'il a été rendu dans cette décade 3176 fusils
provenant des atteliers publics , et 3623 provenant des atteliers
particuliers : total , 6899 , sur lesquels il n'y a que 1643 fusils
de r'habillage , tout l'excédent a été fait à neuf . 6800 fusils
par décade , donnent 680 fusils , par jour. Ainsi la fabrication
des armes approche journellement du nombre de mille , qui
est le but vers lequel nous tendons . Comptons maintenant ce
que font 6800 fusils dans l'année pour les 36 décades qui la composent
, et nous verrons que le nombre doit se porter à environ
250 mille fusils ; c'est- à-dire , plus que toutes les fabriques
des puissances coalisées ne peuvent leur donner , puisque la
France n'a jamais obtenu , dans les tems ordinaires , de ses
manufactures , plus de 40 mille armes.
Sous le regne de la servitude et de l'esclavage , il exis
tait deux fonderies de canons de bronze ; aujourd'hui quinze
sont en pleine activité sur la surface de la République , et
elles produisent par mois plus de onze cents bouches à feu
en bronze . Il a été envoyé des commissaires dans tous les
départemens pour faire descendre les cloches , les réunir daus
des chefs-lieux de dépôts particuliers . Ces cloches sont une
mine immense de cuivre que le comité de salut public fait
exploiter. Déja plusieurs artistes en font le départ , et vont
porter le cuivre pur aux fonderies .
" Il fallait aussi des canons de fer pour la marine : il a été
envoyé des artistes pour établir des fonderies de canons de
fer , par-tout où la fonte est propre à cet usage .
De nombreux atteliers , de grands établissemens d'exploitation
de salpêtre s'élevent de toute part . On parle par
tout , par - tout on s'occupe du salpêtre . A Paris les sections
montrent un grand zele pour ce travail ; tout devient manufacture
de salpêtre ; tout citoyen en est le manufacturier , et
les citoyens obtiennent le sel plus pur qu'il n'avait coutume
de sortir des premiers atteliers des salpétriers .
•
" La fabrication des poudres n'est pas moins active . Des
moyens nouveaux , aussi simples qu'ingénieux , vent nous
mettre en état de reproduire de la poudre dans tous les tems
dans toutes les saisons et dans tous les lieux . Une anecdote,
trop peu connue , prouvait depuis long-tems la possibilité de
Fexecution de ce projet. Labourdonnaie , enfermé à la Bas ,
tille , tire dans son cachot , devant le gouverneur , un coup
de pistolet. Le gouverneur étonné l'interroge Voici comment
je me suis armé, comment j'aurais pu me tuer , répond Labour
( 268 )
;
donnaie : J'ai graté le salpêtre sur les murs de mon cachot ; Far
pris du charbon dans mon foyer les allumettes n'ont fourni le'
soufre une cuiller d'étain m'a donné les balles , et un etui Por
qui m'a été laissé , s'est changé en canon . Quelques jours ont
suf pour approfondir cette découverte et la constituer en
art.
" La potasse nécessaire à la purification du salpêtre ne
manquera pas non plus à la République , quoique le commerce
ennemi cherche à l'en priver . Outre celle que nous.
avons prise et que nous prendrons à nos ennemis , ou en
fabriquera dans les départemens . Les forêts de la Vendée ser
ront converties en potasse . Un nouvel art chymique , en tie
rant la soude du sei mariu er en multipliant sur notre territoire
une denrée que l'étranger nous apportait , et que uous
pourrons bientôt revendre à l'étranger, va menager la potasse
et ta remplacer dans tous les usages , pour la reverser dans
la fabrication du aitre .
Des minéralogistes sont aussi envoyés dans plusieurs dépar
iemens , poery reconnaître et y employer à la défense commune
toutes les matieres minerales , métaux , sel , soufre ,
charbon de terre , que la nature liberale offre à la berte
et que le despotisme laissait enfouir.
1 Tels sont les principaux résultats du rapport de Barrere ,
et en présentant des mestres nouvelles , il a anabacé qu'elles
ne sont que des supplemens à des besoins satisfaits ; que
nous sommes dans ce moment approvisionać , pour ne en
craindre , et qu'il faut de grands moyens pour tout oser. Voici
le décret "adopté a la suite de ce rapport :
Autel sera formé une commission des armes et des
poules de la République , qui réunira tout ce qui a rapport
à la fabrication de ces deux objets , et qui sera composée de
tres membres nommés par, la Convention nationale , sur la
prescutation du comité de salut públic .
1. Ces trois commissaires délibéreront entre eux sur les
objats de leur établissement déterminé ci- après ; ils dirigeront
immédiatement les divers établissemens , manufactures , fabriques
foutleties et atteliers Parines dans toute l'étendue de
la République , ainsi que la fabric ion extraordinaire d'armies ,
dont le centre est établi à Paris , par décret du 23 août 1793 , '
vicus style.
99 ill. Les trois membres de la commission des armes et
poudres sour responsables solidaire neut. L'un d'eux signera
alternative hent toutes les opérations et ordres émanes ; peug
dant 15 jours , il aura séance au conseil exécutif provisoire. Le
traitement de chacun de ces commissaires scra de I a mille livres
pár an .
IV. Cette commission s'occupera des objets suivans ; 1º , de
la fabrication des bouches a ten ; des affûts et de tout ce qui
tient ác materia de Pallilferic de terre et de mer ; 20. des fusils ,
15269 )
carabines , pistolets et de toure espece d'armes, à fea ; 30. des
sabres , piques , bayonnettes , et de toute espece d'ame blauche
; 4º de la fabrication des salpêtres , potasse et poure
ei de la confection de toutes les matieres qui sont nécessaires
ou qui en proviennent ; 5º . de la construction , entretien et
surveillance des divers établissemens , magasins et arsenaux de
la guerre et de la marine .
V. La commission est chargée de pourvoir aux approvisionnemens,
des matieres de toute espece necessaires à la fabrication
des armes et des poudres. En conséquence , elle passera
desarches convenables , elle pourra exercer le droit de requi
sition et de préhension sur tous les objets nécessaires à ceue
fabrication , et existans dans l'intérieur de la République .
Quant aux matieres qui viennent de l'étranger , la commission
des armes et des poudres se concertera avec la
mission des subsistanees et des approvisionnemens ,
com-
,, VI . Les bureaux des ministres de la guerre , de la marie
et des contributions publiques attachés au matériel de Partilleic
, des armes et des poudres , seront détruits sur - le-champ ,
et ferout partie de l'organisation des bureaux de la commission
. Les papiers seront transférés dans la maison nationale
qui sera indiquée pour servir aux travaux de la commission
des poudres et des armes .
" VII , La régie des poudres et salpêtres continuera ses
travaux ordinaires ; elle cessera d'être sous l'autorité du m
uiste des contributions publiques pour passer sous celle de la
commision nationale .
ๆ
VIII. Tous les arsenaux et magasins d'artillerie , d'armes ,
poudres et salpêtres , seront mis sous la direction et autorité
de la commission ; les effets seront deli delivres par elle aux
ministres de la guerie et de la marine , d'après une délibération
du conseil exécutif provisoire et sous leur recepisse .
" IX . Les au corps de paguies d'ouvriers cesseront d'être attachees
au corps de l'artillerie , et de former corporation ; les citoyens
qui les composent scront employés individuellement par la
commission en qualité d'artistes .
"
:
9 X. La commission des armes et poudres est placée sous la
surveillance immédiate du comité de salut public à qui elle rendra
compte de toutes ses opérations .
,, XI. La trésorerie nationale tiendra à la disposition
de cette commission une somme de 40 millions pour subvenir
à toutes les dépenses de cette fabrication révolu
tionnaire.
,, Les fonds décrétés pour la fabrication extraordinaire
d'armes sont mis à la disposition de la commission , ainsi que
la somme mise à la disposition du ministre des contributions
publiques , par l'art . XIV du décret da 14 frimaire.
,, X. Le comité de salut public est autorisé à prendre ,
pour l'exécution du présent deeret , toutes les mesures néces(
270 )
saire pour la préparation et l'exécution des travaux de cette
tommission .
* .
" XIII. Les trois ministres continueront à avoir la signature
dans la partie des armes et poudres jusqu'au 1er, ventôse ,
jour auquel la nouvelle commission prendra l'exercice de ses
fonctions. ""
Autre décret rendu sur la proposition de Barrere :
Art. Ier, Aucun militaire ne pourra obtenir un billet
d'hôpital , sans avoir préalablement déposés ses armes à feu ,
soit au conseil d'administration de son corps , soit entre les
mains d'un officier ou sous- officier de la compagnie , ou , en cas
d'urgence , entre celles d'un individu quelconque , mais toujours
sous récépissé.
,, II. Le commissaire des guerres , ou autre personné quelconque
qui délivrera le billet d'hôpital , sera tenu , sous peine
de deux années de fers , de conserver le récépissé , et d'en
faire mention sur ledit billet d'hôpital .
,, III . Les militaires qui auront perdn leur bayonnette , seront
privés de l'honneur de marcher à l'ennemi , quand on battra la
charge . Ils seront tenus de se retirer sur les derrieres .
Poultier , au nom du comité de salut public , a fait rendre
le décret suivant :
Art. Jer. Tous châteaux forts , toutes forteresses de
'guerre , dans l'intérieur du territoire de la République , autres
que les postes militaires et ceux qui seront jugés nécessaires
au service national , seront démolis , dans le délai de deux
nois , de la maniere suivante :
II. Les tours et tourelles , les murs épais , garnis de creneaux
, de meurtrieres et de canardieres , les portes défendues
par les tours à mas - couliés , seront démolies . Les pontslevis
seront abattus et les fossés comblés .
III . Les habitations dégagées des emblèmes féodaux et
´des objets de défense détaillés dans l'article précédent , se-
Tont conservées .
,, IV. Les cabinets ou pavillons placés à l'angle des jardins,
attenant aux bâtimens ou isolés d'eux , les petites tours des
fermes renfermant seulement des escaliers , ne seront point
démolis , à moins que par leur forme , contenance ou situation
, ils ne puissent servir aux moyens d'attaque et de
défense .
,, V. Les fossés jugés par les directoires de district , sur
l'avis des municipalités , nécessaires au desséchement des
terres , à abreuver les beftiaux , à faire mouvoir les moulins ,
à la salubrité de l'air , ne seront point comblés .
,, VI . La dénomination de château , donnée autrefois aux
maisons de quelques particuliers , demeure irrévocablement
supprimée. "
Séance du quartidi , 14 Pluviôse .
Le comité de sûreté générale a annoncé de nouveau S par
( 271 )
Forgane de Voulland , qu'il n'est parvenu à ce comité aucune
dénonciation ni piece à la charge de Ronsin et Vincent . Il a
proposé à la Convention de mettre en liberté ces deux citoyens
. De wifs debats se sont élevés sur cette proposition ;
Danton y a mis fiu , en ramenant le calme et fesant taire les
passions.
Comme ce n'est pas moi , a dit Philippeaux , qui ai
sollicité le décret d'arrestation contre Ronsin et Vincent , je
ne m'oppose point à leur élargissement ; mais je déclare encore
une fois que la dénonciation que j'ai faite contre Ronsin
n'a été dictée que par l'amour du bien public . 99 La mise en
liberté de ces deux citoyens a été décrétée . Elle a décrété
également celle du citoyen Yon , accusé faussement d'avoir
passé un marché frauduleux et l'a renvoyé à ses fonctions .
Au nom du comité de salut public , Saint- André a proposé
et l'Assemblée a adopté le décret suivant :
" Am . Ier. Le capitaine et les officiers de vaisseaux de ligne
de la République , qui auront amené le pavillon national devant
les vaisseaux ennemis , quel qu'en soit le nombre ,
moins que le vaisseau ne fût maltraité au point qu'il courût
risque de couler bas par la quantité d'eau introduite dans la
cale , et qu'il ne restat que le tems nécessaire pour sauver
l'équipage , seront déclarés traîtres à la patrie , et punis de
mort.
1 II. Les capitaines et officiers commandant des frégates ,
Corvettes on autres bâtimens legers , qui se rendront à une
force double de la leur , et avant d'avoir éprouvé les mêmes
avaries , seront punis de la même peine.
,, III . Quand un vaisseau , fregate , corvette ou autre båtiment
de la République , aura pris un vaisseau ennemi dont
la force se trouvera supérieure au moins d'un tiers à la sienne,
il sera rendu compte au ministre de la marine des actions
d'éclat qui auront contribué à la prise ; ceux qui les auront
faites seront avancés en grade ou à la paye immédiatement
supérieure à celle dont ils jouissent , et il sera accordé 300 l.
de plus par canon à l'équipage preneur. ››
Séance du quintidi , 15 Pluviose.
Les sections de l'Unité et du fauxbourg Montmartre se
sont empressées d'obéir à la voix des représentans du peuple,
qui invitaient les citoyens à fabriquer du salpêtre . Elles sont
venues faire hommage des premiers de lenrs travaux . La
Convention les a reçues avec la plus vive satisfaction . Elle a
accepté leur hommage et décrété que ces deux sections ont
continué de bien mériter de la patrie .
Le comité des décrets a proposé l'admission de trois dé
putés de Saint-Domingue , un blanc , un métis et un noir,
dont les pouvoirs avaient été vérifiés . La Couvention a décrété
leur admission.
( 272 )
2 dit
Nons désirions avec ardeur ,
milieu de nous des députés de nos freres les
avoir au
de confeur
, depuis si long-tems opprimés ; je demande que leur introduction
soit signalée par le baiser fraternel . Cette proposition
est adoptée , et les trois Républicains de Saint- Domingue
reçoivent , au milien des plus vifs applaudissemens ,
l'accolade fraternelle du président.
Quelques objets d'un intérêt moins important ont rempli
le reste de cette séance , consacrée d'ordinaire à l'admission des
pétitionnaires .
3 PARIS , octodi , 18 Pluviose?
5
Les représentans de la colonie de Saint -Domingue ont pris
séance avant- hier , à la Convention nationale : c'étaient un
Blanc , unn homine de couleur et un noir. Enfin la différence
de nuances dans l'espece humaine n'en mettra plus désormais
dans la jouissance de ses droits , et un partie du genre humain
est vengée du long avilissement où l'orgueil européen
l'avait plongée . Un d'eux a rendu compte des evenemens
deplorables qui se sont passés dans cette colonie. Il en re-
Sulte que , tandis cque Dumourier livraiť a PAtuiche nos
frontieres , nes armées et les représentans du peuple Galband
voulait livrer Saint - Domingue et les commissaires nationaux
aux Espagnols et aux Anglais ; mais le courage des
hoirs et des geus de couleur à sauvé la colonie et les commissaires
leur ont donné la liberté. Les contre - revolutionnaires
ont été vaincus , Galbaud a fui dans les inontages
du Callada . Le représentant a demandé la confirmation dé
cet acte de reconnaissance et de justice , èt la Convention
a proclamé avec enthousiasme l'affranchissement des negres ,
et renvoyé an comité de salut public pour les moyens d'exécution
. Nous reviendrons sur les détails de cette scene attendrissante
dont les effets doivent avoir une si grande influcuce
pour le bonheur du nouveau monde.
set a
de
Un homme avait eu le malheur de tomber dans la Seine ,
auprès du pont ci - devant Royah. Trois batelliers ont volé à
son secours et sont parvenus à le sauvér . L'un d'eux s'est
dépouillé de ses habits , eten a revêtu ce malheureux , transi
de froid . Des citoyens témoins de cene belle saction , ont
voulu leur offrir une recompense ; c'étaient de bons sansculottes
, ils ont refusé . Comme la récompense devait être
pure , comme l'ame de ces hommes généreux ; la Convention
, instruite de ce trait d'humanité , a ordonné Pinsertion
de leurs noms dans le bulletin . Ils s'appellent François Beauvais
, compagnon de riviere " servant aux bains desppauvres ;
-Jean-Jacques
#
( 273 )
Jean -Jacques Lafontaine , rue Montorgueil , nº . 12 ; Jean
Marie Amat , rue Montorgueil , nº.ª¸18 .
Veimeranges , connu par ses dilapidations dans les finances ,
dont l'arrestation avait été ordonnée par la Convention ,
s'est
précipite du 4. étage de sa maison , au moment où on allait
l'arrêter . Il a été porté à l'Hôtel Dieu , où il n'a vécu que
quelques minutes.
D'après la dénonciation portée au comité de sûreté générale
, on a saisi , dans le ci - devant hôtel de l'ambassadeur
d'Hollande , 1244 marcs d'argent et 80 marcs de vermeil.
L'on apprend de Laval que le ci - devant prince de Talmon ,
l'un des chefs des rebelles de la Vendée , que l'on croyait
dans les prisons de Paris , a subi la peine de mort , en exécution
d'un jugement prononcé par la commission militaire
de Rennès . Sa tête a été exposée sur une pique , au- dessus
de la porte principale de son château .
E
Le ci - devant duc d'Aumont , l'un des commandans de bataillon
de la garde nationale de Paris , sous Lafayette , a été
arrêt dans son ci - devant château de Guinard-, entre Noyon
et Saint Quentin
نا
Pichard , ci-devant président à Mortier du ci-devant parle
ment de Bordeaux , a été conduit à l'Abbaye.
La société des Jacobins a arrêté que tous les nobles sans
distinction seront exclus de son sein. , KA 。* ༞ ¥ * , ་
I * I tub
*
q
Henriet , commandant - général , a fait part , au conseil de
la commune de quelques soulevemens qui s'étaient manifestés
dans des prisous ; mais le calme a été promptement rétabli . II
démontre la nécessité de garnir de fusils des postes aussi
simportans , et notamment le Temple , où l'on ne monte souvent
qu'avec des piques . Le conseil général a autorisé le
maire à demander au comité de salut public 400 fusils pour
la garde du Temple , des prisons et de la trésorerie natiónale
.
.
Le 1er , frimaire , on amena au bureau du commissaire de
police de la section de Montreuil un enfant nouveau- né , dont
l'extrait porte que c'est un enfant mâle . La nourrice resta,
deux jours chez le pere , au bout duquel tems elle amena
l'enfant. Il résulte que lorsque cette femme fut environ à
18 lieues de Paris , elle écrivit au pere que l'enfant qu'il lui
avait donné était une fille enfin la nourrice a rapporté cet
enfant , que le pere n'a voulu ni recevoir ni reconnaître .
Ce fait singulier a été dénoncé au conseil - général par l'agent
national , et lua fourni l'occasion de s'élever avec force contie
Tome VII. $
( 274 )
tout
l'indifférence, criminelle des accouchées , ( car il n'a pas voulu
les appeller du nom de meres qui negligent d'allaiter leur
enfant. Il a requis et le conseil général a arrêté 1 ° . que
commissaire de police , chargé par la loi du 9 décembre de
recevoir les déclarations de naissance , sera tenu , sous peine
de destitution et de traduction par-devant les tribunaux , de
vérifier le sexe des enfans qui lui seront présentés , et de le
spécifier avec leur attestation , et seus leur responsabilité , sur
l'acte qu'ils feront à cet égard ; 2 ° . que le présent arrêté sera
envoyé à tous les commissaires de police et autres chargés
de constater l'état civil des citoyens , avec injonction de s'y
conformer.
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort plusieurs conspirateurs presque tous nobles , du
nombre desquels se trouve Charles - Nicolas Duclos Dufresnoy ,
ci-devant notaire à Paris , convaincu d'être un des auteurs
d'une, conspiration qui a existé en décembre 1792 , contre la
liberté et la sûreté du peuple Français , en entretenant des
intelligences et correspondances avec les ennemis de la République
, en leur faisant passer des fonds en numéraire , soit
pour favoriser leur émigration , soit pour faciliter leur rentrée
en France , et exécuter leurs complots , de contre- révolution .
Quelques autres ont été condamnés à la déportation , d'autres
à la détention , plusieurs ont été acquittés.
f
1
Il était aisé de prévoir ce que dirait le roi d'Angleterre au
parlement une enumeration pompeuse des succès que l'on
n'a pas obtenus , des injures à la nation française , des flagorheties
au peuple Anglais pour l'engager à continuer la guerre ,
et puis la nécessité de quelques taxes additionnelles . Ce qu'il
¡y a de' remarquable , est l'affectation avec laquelle il mer en
avant l'intérêt de la religion , et surtout la faveur et la pro-
-tection divine: dont les trois royaumes ont deja reçu tant de
marques eclatantes pendant cette guerre . C'est ainsi que pour
mieux tromper les peuples et conserver leur despotisme ,
les rois out toujours associé la divinité, à leurs coupables entreprises
, comme si le Dieu de la nature était un Dieu de meurtre
et de sang , et qu'il partageât les passions et les crimes de
quelques tigres couronnes . Jusqu'à quand l'espece humaine
sera- t-elle la victime de ces fourberies insultantes ?
Fin du discours de Ph . Simond , sur les crimes du gouvernement
Anglais contre le Peuple Français .
I entrait donc dans le systême des fédéralistes de détruire
Paris , et c'est peut-être ici le moment où l'astuce de
1
( 275 )
"
"
Brissot a dû jouer avec plus de finesse et de circonspection ,
s'il est vrai , comme on le dit , que les Gironding n'en vou-
Jussent vraiment qu'au fédéralisme , et qu'ils aient refusé de
communiquer avec Brissot la veille de leur execution , quand
ils ont su qu'il voulait morceler la France pour la partager
aux rois , au lieu de la diviser en Républiques fédératives .
Quoi qu'il en soit , Pitt , qui avait résolu d'envahir nos principaux
ports de la Manche et de la Méditerranée , fit soutenir
, et défendit puissamment le projet de la République fédérative
, parce qu'il'tendait à la destruction de Paris , et qu'il
ne pouvait pas esperer de conserver à l'Angleterre les conquêtes
en France , tant que Paris ne serait pas détruit.
"
Le jesuite Roland et le mouchard Brissor , sont peutêtre
les deux seuls qui aient su ce qu'il en a coûté , pour calomnier
Paris dans les armées , dans les sociétés populaires ,
dans les administrations , et dans l'esprit des citoyens ; et certainement
ils croyaient l'opinion de la France composée au
gré de leur cruelle intention , quand ils firent repondre aux
sections de cette cité qui a sauvé la liberté , et qui dort vivre
autant qu'elle , que , puisqu'elle osait réclamer contre les
assassins et les calomniatenrs , elles serait punie selon l'atrocité
de ses forfaits , et que le voyageur étonné chercherait un jour ,
sur les bords de la Seine , l'endroit où avait existé Paris ; et quoi ;
que cette prédiction , sortie de la bouche d'un charlatan politique
et religieux , soit restée sans effet , elle n'était pas moius
le signe certain d'une résolution prise et soutenue par de
grands moyens , puisque la conspiration s'était élevée auu- dessus
de la Convention nationale ; et qu'il fallut l'insurrection imposante
du peuple , sa force et son énergie , pendant trois
jours ,, pour la combattre et la dissoudre .
Dès ce moment , la cour de Londres a vu un abîme immense
entre elle et les projets qu'elle voulait réaliser ; seule -
ment alors elle a cru , pour la premiere fois , à l'existence du
peuple Français , et a compris qu'il fallait des moyens pris
hors du cerce ordinaire pour la sauver . Dès lors elle a employé
son influence par la politique et la terreur dans toutes
les cours de l'Europe ; elle a tenté la Suede et le Danemarck
par les perspectives d'un aggrandissement,, et par l'appât de
l'or ; elle a menacé Gênes , la Suisse , Rome et Venise : elle
a promis secrettement au stadthouder des Provinces - Unies de
changer le blason de sa conronne , et dejoindre à son royaume
de Hollande des terres appanageres pour ses enfans . Le roi
de Prusse a en l'assurance de la mise en possession de la Poméranie
suédoise et du Holstein , pour en faire une puissance
maritime , et pour punir la Suede et le Danemarck d'une
neutralité insultante à la dignité des tyrans . Le roi de Sardaigne
reprenait ses pays conquis et ceux d'ancien domaine
jusqu'à Lyon ; la Russie se joignait avec la Prusse par la Pologne
, et coupait au fure toute conmunication pour arriver
Se
( 276 )
à la Suede et an Danemarck quion rendait isolés et dépendans .
Un prince anglais occupait l'électorat d'Hanovre ; la Westphalie
et toute la basse Saxe , depuis Mambourg jusqu'à Embtenwsel
et Coblentz. L'Angleterre aurait conservé dans la Méditerranée ,
l'isle de Gorse , Toulon , Marseille et le terrain supérieur
pour se joindre avec le roi sarde vers Embrun et le pont Saint-
Esprit ; dans la Manche , Brest et tout le pays , depuis Cherbourginclusivementjusqu'à
la riviere de Nantes , en Amérique
la plus belle et la plus riche colonie du monde , Saint - Domingue
. Tyrans coalisés ! voyez maintenant ce qui vous restait
sur l'empire des mers.
» Un ministre athée et sans pudeur s'accoupla avec Rome
superstitieuse , pour changer en vertu politique tout ce que
Je fanatisme royal inventerait d'horreurs , et le serviteur des
serviteurs de Dieu , après avoir tourmenté , pendant dix - sept
siecles , les peuples par l'ignorance , l'esclavage et la terreur ,
mit au nombre des béatitudes , l'art de les trahir et de les
égorger,
Ainsi og vit le vertueux Pelletier immolé à la mémoire
du plus immonde des rois ; on vit une furie chargée de la vengeance
d'une troupe de tyrans , qui n'avaient pas même régné
armée d'un de leurs poignards , égorger l'ami le plus chaud
du peuple. Ainsi on vit dans Paris , et les points de la République
, les cumême
- tems dans tous
1 divisés par classes , et
arépartis , chacun selon les besoins et la capacité des traîtres
qu'on pouvait salarier.
29 Ici on achetait un commandant de place , tandis qu'an .
autre lui apprenait l'art de feindre le patriotisme pour mieux
l'assassiner plus loin on forçait les émigrés à rentrer sous
des noms empruntés , ou sous le costume des déserteurs ; on
les incorporait dans les armées pour en suivre les mouvemens.
pour en corrompre l'esprit ; on en plaçait dans les charrois ,
dans les postes , et dans les bureaux d'administration . Ailleurs ,
on insultat publiquement à la vertu qu'on accusait être une
croûte de l'ancien régime , que la République Française voulait
anéantir ; on persécutait les patriotes , pour les décourager
et les éconduire des affaires publiques et de, la surveillance ;
on achetait des membres d'une adininistration , pour mettre
tout un département en désordre , paraliser la chose publique ,
ou la faire rétrograder on achetait d'un ordonnateur ou d'un
chef d'etat-major , l'etat d'une armée , les mmoouvemens qu'elle
devait faire , ou les dispositions qu'on desirait lui voir prendre ,
le nombre des places qu'elle avait à couvrir , leur état de défense
et d'approvisionnement ; par- tout il y avait près des gens
en place des hommes qui savaient combien ceux - ci avaient à
perdre , en trahissant leur pays , et qui leur offraient une indemnité
qui supprimait tous les inconvéniens .
Ou achetait l'incendie des magasins de la République ,
qui supportait , outre la disette , la perte des matieres difficiles à
( 277 )
remplacer , et un faux état de situation préparé à l'avance qu'on
ne pouvait plus verifier . "
Dans les places frontieres , tous les genres de séduction
y étaient en activite caresses , mensouges , argent , promes .
ses , terreur , sentiment de vengeance , intérêt particulier ,
prospérité locale , soif des privileges , égoïsme , horreur de
l'égalite , tout à la fois fermentaient contre les droits de l'homme
et la souveraineté du peuple.
Les Sans - Culottes n'avaient que des mépris et des duretés
. L'homme qui voulait se vendre , trouvait un emploi , des
espérances et de l'argent , et quand la masse de corruption
était en supériorité , on faisait le simulacre d'une attaque ,
'pour en imposer aux sots qui n'étaient qu'abusés ; la tyrannie
entrait au milieu des honneurs du triomphe , et le
massacre des patriotes annonçait le regne de la trahison et
des rois.
Les représentans dans les départemens auraient pu balancer
, et souvent détruire l'effet de ces horribles conjurations ;
alors on conçut le projet de les faire assassiner , ou de les
déconfidérer à l'avance dans l'opinion publique , pour pre
parer , par l'avilissement des meilleurs membres de la
Convention , celui de la représentation nationale " toute
"entiere.
"
1
Tant de crimes ne pouvaient être arrêtés que par la
"terreur ; et si elle cessait d'être un instant à l'ordre du jour
conire cette classe d'hommes corrompus , et contre les intrigans
dont le regne succede naturellement à celui des fédéralistes
et des rois ; il renaîtrait cent insectes anti -populaires de la
négligence que l'on aurait mise à punir un de leurs complices .
les
Les traitres aujourd'hui sont en veste courte , en pantalons
et en sabots , et sont plus patriotes en . en propos que
premiers enfans de la liberté ; on les voit sur-tout à la porte
du comité de salut public , dans les bureaux du conseil exècutif
, pres des administrations , des représentans aux arméés
ou des généraux ,
,, Placez - les aujourd'hui , demain ils viennent vous remercier ,
en vous dénonçant un bon patriote , ou en vous demandant
de l'avancement ; ils disent effrontement que la République est
ingrate ou trahie , si dans le courant de la campagne ils ne
sont pas tires hors des rangs pour être généraux commissaires
en chef , ou chefs des bureaux d'adininistration . De tels
hommes et c'est aujourd'hui leur regne ) sont aussi funestes
à la Republique qu'un aristocrate prononcé : ils ne connaissent
point de Patrie puisqu'ils ne voient qu'eux au milieu - d'elle .
Et Pitt , qui leur offre une augmentation de paie , est infiniment
plus précieux pour eux qu'un sentiment de vertu particuliere
qui serait un remords de plus pour une ame qui en a perdu le
gout .
" Maintenant où iront les intrigans coalises avec le parti
( 278 )
"de l'étranger : sons combien de formes différentes se reproduis
tout-ils jusqu'à ce qu'ils soient mis hors de combat : Il est
très- difficile d'en preciser la force et la durée ; comme dans
les accouchemens contre nature , l'honime de l'art le plus
instruit ne peut prédire avec certitude quelle espece de monstre
va être entauté . Cettte discussion , d'ailleurs , n'est pas à l'ordre
du jour.
97
;;
J'ai dit une partie des crimes de la cour de Londres :
elle a immole à ses projets à peu près toutes les puissances
coalisées contre la révolution française , elle a tie de l'ordre
des possibles tous les crimes qui pouvaient attenter à notre
liberté . Nous devons donc dénoncer à tout ce qui ne vit pas
de vices et d'esclavage , ce petit coin de terre souillé par tant
d'horreurs et de complots contre la moralité de l'homme , et
la souveraineté des nations . Cette poignée de scelerats , dout
toute la force ephemere a dérivé jusqu'à ce jour d'une série
de forfaits que le gouvernement, anglais a pu produire , mais
que le Français libre ne pouvait pressentir, Ce repaire impur
doit être le rendez - vous de tout ce qui respire pour la vertu
et la liberté , les lâches n'ont pu nous vaincre , ils ont acheté
nos subsistances , nos places et nos ports , la Vendée , nos
flottes , nos isles , notre commerce notre numéraire , et le
sang précieux des martyrs de la liberté. Il faut donc aller
dissoudre cette impie coalition des rois , et le foyer où se preparent
et fermentent tant de calamités publiques ; venger enn
l'espece humaine et s'acquitter envers un gouvernement qui a
tant fait de mal à la terre . Il faut préparer , dès aujourd'hui ,
toutes les mesures pour que , tout dégoûtans du sang des esclaves
et des rois du continent , forts du même courage et
de la même volonté , nous puissions traverser de suite cette
rive sacrilege , planter l'arbre des Sans - Culottes , le signal des
vengeances nationales , annoncer au Monde qu'il est libre , et
qu'enfin la mesure des tyrans est comblée.
9
NOUVELLES.
ARMÉE DE LA MOSELLE ET DU RHIN.
Extrait d'un lettre du citoyen Laval , général de brigade , du 28
nivôse , lue à la commune de Paris , le 14 pluviôse .
Je commande l'armée devant Manheim . Je desire ardemment
que notre armée victorieuse rentre en France pour se
rétablir ainsi que moi . Nous continuons de ravager entierement
le riche pays de nos cruels ennemis , nous emportons
tout de 40 lieues à la ronde ; plus de dix mille voitures
chargées de grains , de fer , de cuivre , de plomb , et des
y
( 279 )
milliers en especes enfin nous ne leur laissons que les yeux
pour pleurer ; malgré que ce soit les rigueurs de la guerre , je
ne desire pas que vous Voviez ce triste tableau des villages pilles
et brûlés , les maris emmenés pour ôtages des contributions
enfin il ne leur reste pour espoir que la recolte prochaine. Peut
être que
cette maniere de faire la guerre nous ainenera la paix ;*
je le desire pour l'humanité , et j'espere que nous ne tarderons
pas à l'avoir.
$
si , bhonous arrive toujours beaucoup de déserteurs ; ils s'ace
cordent tous à dire que les Prussiens ne veulent plus faire
la, guerre surtout avec les Autrichiens . Conde , à la nouvelle
que nous avions pris les lignes de Weissembourg ,
mange le premier bâton d'une chaise , jurant et disant aux
officiers de sa suite , tous Prussiens , Ecossais , utrichiens
Si je commandais des Français , dans deux jours je voudrais
prendre Strasbourg esblen loin de compte !
! ,
you eb G
La fameuse legion de Mirabeau vient d'être licenciée ,
l'on ne veut plus solder les émigrés . Dans nos dernieres batailles
nous avons fait mordre la poussiere a ces fiers et preux
chevaliers quii ,, je vous assure , sont plus sans culottes que
nous ; car a peiue ont- ils de quoi se couvrir. Vive la Republique
, nous n'avons plus de traîtres parmi nous , nous
sommes tous generaux sans culottes de nom et d'effet . Des
miracles soperent tous les jours Nous t'adotons , ô sainte
guillotine ? Que tu as bien fait , tu vaux mieux qu'unë bataille
de cent mille hommes ; ça va et ça ira , vive la Mon
tagne ! " ,
1.0060
-apoptosould o
C
11
Strasbourg pluviose . Une maladie épidémique regne dans
l'armée, autrichienne, et celle des émigrés meurt chaque
jour cent hommes et plus . Les habitans d'au- delà du Rhin sont
dans la plus grande consternation , depuis que ce fleau s'est
panifesté et se communique rapidement d'un village à l'autre .
53 Nous apprenons de Worms que cette ville a été taxée à deuk
millions de contributions outre ce qui restait à payer de cells
de 1792) , et à mille paires de souliers , mille culottes et mille
paires de basseng sioinval, que voulavá in ) (elsyaşı ziburnə
Le géneral de Wurmser dépêche courrier sur courrier , pour
presser l'arrivée de tous les corps qu'onourra rassembler
même les nouvelles recrues . On veut enrôler de force tous les
paysans depuis 16 jusqu'à 45 ans ; tous les chevaux de trait
sout en requisition .
115 J50 .31
beel
Chor shot amy velas to 25ypony 20
De BROM CLORUR MIÉE DU MIDI.
t *
( Commune Sans-nom , I pluviôse. ) 6 Deux capitaines Geneveis
qui arrivent , l'un de la Bourdiguiere , et l'autre de Saint- Remy ,
rapportent que le 30 , à minuit , ils ont passé entre la tetre
et l'escadre ennemie , qui en est environ à une lieue . Elle est
mouillée aux isles d'Hieres et composée d'environ douze vaisseaux
, compris les frégates.
( .280 )
*
" Un autre Genevois , qui arrive aussi , dit qu'avant- hier
passant près des isles d'Hires , il a vu , au mouillage , des
navires anglais , des trégates et des petits bâtimens , et qu'hier
au passage du cap Sicio , il a vu également un vaisseau et trois
fiégates de cette nation qui louvoyaient,
Amit vaisseaux..de ligne sont en armement au port de la
Montagne. Le Commerce de Bordeaux est déja prêt à mettre en
mer ; la corvette las Moleste et deux brics vont mettre à la
voile au premier vent favorable . 7 .
C
On mande de Nice qu'une forte insurrection a éclaté en
Sardaigne , et que le vice - toi a été obligé de se soustraire , pat
une prompte fuitè , au ressentiment du peuple , digri par le
sentiment de sa misère.
21
*.201
ARMII DE L'QUE &,T.
!,,
La Chateigneraye , 4 pluviose. Les gardes nationales des
communes libres ne cessent de donner la chasse aux rebelles .
Celles du canton de Loge - Fougereuse ont tue , la nuit der
niere , un grand coupable qui cherchait à se sauver , et celles
de la commune de Saint-Maurice ont amené Maroi , ex-noble
ancien militaire et président du comite contre révolutionnaire
d'Antigny. Il a avoue qu'il errait dans les bois depuis six
*{
semaines .
15 Po
aut . on owl. COTES MARITIME SI
Havre , 9 pluviose . Depuis plusieurs jours il fait une tempête
violente qu'aucun bâtiment ne peut entrer hi sortir de notre
port , et qu'on a même été obligé d'en suspendre tong leb
Miavans. Une fregate anglaise s'est emparée du brick la Vipere ,
'de 14 canoirs et de 70 hommes d'équipage , venant de Cherbourg.
Mais en revanche nous apprenons de Rochefort que la
fregate la Médée a conduit, le 20 frimaite dans le port de cette
sville la Dorothée- Tarie , chargée de froment; la , Rose bâti
ment anglais wɔa été également amenée dans ce port par un
corsaire français . On évalue cette derniere prise à 60,000 liv..
TOP. 8. Leitoyen Pichegru , général en chef de l'armée du
Rhin passe au commandement en chef de l'armée du Nord
eet des Ardehnesia15s0NY ) .2911 21 es is J
6
P
2
Vers les Pyrénées occidantales , dans la nuit du 1er a
pluviôse , nos troupes ont enlevé une forte redoute , ont fait
prisonniers 48 Espagnols , et én ont të huft ; nous n'avons eu
que deux blessés .
رد
物i
L'Orient , 12 nivóse . Il vient d'arriver dans ce port deux bâtimens
danois , charges de grains . Les capitaines ont assuré ,
dans leurs rapports , que le ioi de -Dannemarck était dans les
meilleures dispositions envers la France , et persistait à gárdér
a neutralité .
( N °. ( N°. 7¹- 1794. )
MERCURE FRANÇAIS
DU SEPTIDI , 27 DE PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République,
( Samedi 15 février 1794 , vieux stylel-
LISE
POESI E.
L'inconstance justifiéë . Chanson à
ISE qui fut si jolie ,
115270
Et ne l'est plus à présent
Dit qu'autrefois pour la vie
Je jurai d'être constant .
Si l'amour fut son modele
Il est le mien aujourd'hui ;
Comme lui Lise fut belle.
Je suis léger comme lui .
Comme cet enfant volage ,
Que ses faveurs ont gâté ,
Je promene mon hommage
Des graces à la beauté. “
J'eusse été constant peut- être
JsM
laltid si , voill
Lors de mes premiers beaux jours ;
Mais j'appris à ne plus l'être ,
A l'école des amours .
Lorsque des appas d'Hortense
J'eus savouré le poison ,
Aux fastes de sa constance
TE STE
Je voulus graver mon nom ;
Au livre des coeurs volages
L'amour inscrivit le sien ;
Loin d'en déchirer les pages
Elle conduisit sa main.
En quittant l'ingrate Estelle ,
2 .
Je jurai par ses beaux yeuxtlað 9 ,
De ne vivre que pour elle , sh
De ne voir qu'elle en tous lieux .
Tome VIL
67
T
( 282 )
Par l'astre qui nous éclaire
A son tour elle jura ;
Mais savez-vous le mystere ?
21 Acet qu'alors il s'éclipsa.
Durant l'absence cruelle ,
Ce corsage tant joli ,
Dis-je , à mon retour près d'elle , √
S'est hélas bien arrondi !
Ah , dit l'ingrate peu sage !
Que ne restiez-vous icì ?
Lorsque votre amour voyage,
Le mien peut partir aussi .
13
A s'engager pour la vie ,
Qui jamais pourrait songer
Malgré soi , belle Délie ,
Souvent on devient léger.
Hier , je brúlais pour Flore :
En vous voyant aujourd'hui
Puis-je l'adorer encore ?
Mon coeur change malgré lui.
(
MON
CHARADE,Dis
ON entier n'est qu'une vétille ;
La jeune fille
A tout vilain mari fait d'abord mon premier¡
Crains de t'asseoir à côté du dernier.
QUE
ENIGME.
.I 100
Ur de biens , lecteur , tu me dois !
Aux premiers instants de ta vie ,
Ta mere inquiette et ravie
2
Tourna vers moi ses yeux plus d'une fois.
Je fus bientôt dans ton enfance
L'objet de tes fréquens desirs ,
Et dans l'âge de l'innocence
Témoin de tes heureux plaisirs .
TAL
GROSMONT.
( 283 )
La jeunesse arrivée , une autre jouissance
Pour toi devint un besoin de l'amour ;
J'en dérobai la connaissance
JIVU 0 %
En voilant avec art l'éclat du plus beau jour a
Bacchus succéda - t - il au dieu de ls tendresse,
Pour te plaire , aussi - tôt de pampre couronné
Alte voir éprouver une nouvelle ivresse
Je fus encore destiné....
Rougis donc de tes injustices .
Et réponds , si tu peux , lecteur , sans te troubler
310
STAF
lus´m
Pourquoi faut- il qu'après, tant de servicesonats qelb azish
- Tu finisses par me brûler ? ɔ , an ideapla , obativtar si
gal , ru 12 44 831komis val 19 : 916 Carpi saub noleb
Jayegas 32. 335 ,
87
"
kus op alsoqa's up 91 99
pup 18572 ho , LIO GO GRIPHE.biotin Bulq
༣ ! 19
Je suis un bâtiment petit , mais fort utile ,
Et vrai pays à révolutions ; animai 9
-Mes diverses constructionsqrous
2
op so sb esmziz
191 lo , sis dis
vole saab li aidM
voi ..
somas Megrendént plus ou moins fragile. nes sb , noises
50
Mais quelque soin qu'ait pris celui qui m'a construit , 922 .
.391104 ST
22.JS 1001
t
19
L'ingrat que je reçois me ronge et me détruit. qiring smber
Je serais facile à décrire ,, Alvaruah ng s'a <UX UD
-ig . Mais un seul trait doit te suffire ; era el 286b S.
Unesporte est tout mon avoir ;
Pour des fenêtres , point : aussi rien de plus noir Y
5
Qué le séjour qu'au dedans je présente, und buig stone.
Sans coeur mon air glacé fait naître l'épouvante.
Plus on vient près de moi se domicilier
anch Et plus d'user de mon entièrsa
- L'habitude devient fréquent laba -977 88 2013 365
$
13
9,3
magari aulq q354
Explication des mots de la Charade et Logogriphe du¹nº . 6.
2001 At 1) 9.8080289
Le mot de la Gharade est Bralet ; celui du Logogriphe est Farce
bù se trouve face.
3
, 1
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beBap
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( 284 )
pload my this ,'b kas
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Conversation familiere entre un homme de lettres et un libraire ,
sur un projet de supprimer les armoiries et autres marques de
propriété feodale , empreintes sur la reliure de tous les livres de
la bibliotheque nationale. Brochure in:89 % , chez les marchands
de nouveautés.
... ob som 301 L
Veɔiewjat, and 55'urob equoя
ITL n'est personne , que je sache , qui n'ait approuvé le projet
de faire disparaître de la terre de liberté les anciens emblêmes
de la servitude : c'était une conséquence immédiate dë la fondation
d'une république ; et les armoiries en sculpture , les
tourelles , les ponts-levis , les créneaux , et tout cet appareil
de guerre qui n'appartient qu'aux forteresses de l'état , étaient
encore plus ridicules qu'odidus , puisqu'ils n'offraient que des
signes de ce qui n'était plus , et semblaient attester une domination
féodale qu'on avait détruite les laisser subsister ,
g'eût été tolérer une insulte publique à la liberté.
Mais il s'est élevé beaucoup de réclamations contre la suppression
des armoiries sur les livres . Cette suppression cependant
, à la considérer en elle- même , et telle qu'elle devait être ,
n'était encore ,EV
qu'une conséquence tout aussi juste de , ce
même principe d'unité auquel nous devons tout rapporter.
Elle n'a pu donner lieu à la censure et aux plaintes , que parce
que dans les premiers ; mômens les intentions des législateurs
ont été mal comprises et mal remplies ; car il semble
qu'il y ait un malheureux esprit d'exagération qui, épieq les
dispositions les plus sages pour les gâter , et cet esprit est
encore plus souvent l'ouvrage de la perfidie que celui de
l'ignorance .
41162
C'est le sujet de cette brochure qui paraît être d'un exéellent
citoyen et d'un homme instruit, et avoir été rédigée dans
les bureaux du ministre de l'intérieur. L'objet en est beaucoup
plus important qu'on ne le croirait peut - être au premier
aspect , et tous les patriotes doivent desirer que les vues
de l'auteur ne restent pas sans exécution . C'est ce qui nous
engage à en parler ici.555 :
Bob CRI
tout
Il retrace d'abord les excès où l'on s'est porté très - arbitrairement
Les bibliotheques , les cabinets particuliers de
livres , les dépôts des arts , les artistes , les libraires ,
", a été menacé avec fureur. Lorsqu'on n'osait porter la main
" , soi-même sur quelqu'objet précieux , on persuadait au pro-
" priétaire crédule de le mutiler ou de le détruire , en lui
,, disant qu'il serait regardé comme suspect , s'il ne le faisait
›› pas . Je connais des personnes qui ont eu la simplicite de
( 285 )
"
99
:
2
des sornettes ; citoyen ,
1
す
coller un grand carré de papier sur les armoiries du cie
» devant Monsieur , qui sont au titre du beau Télémaque de
" Didot , et d'en coller également sur le nom et les armois
ries d'Orléans , gravées sur chaque figure des tableaux de
la célebre galerie de cette maison. D'autres ont caché ou
99 effacé tous les mots de roi et de princ qu'ils ont puren-
›› contrer dans leurs livres . Je crois que tu nous contes-là
ᏚᎥ Je n'avais vu et tenu ces livres
dans mes mains si je ne le croirais pas moi - même.... Un
homme vêtu d'un habit de garde national , étant entré dans
9 la boutique d'un libraire , et ayant apperçu la belle edition
des fables de la Fontaine , in -folio , reliée avec des armoi
" ries , s'était escrime contre le livre à grands coups de sabre ,
3 et l'avait si bien mutile qu'on ne le reconnaissait plus . Un
,, autre laidait à coups de bayounette tous les volumes ar
moiries qu'il appercevait dans une vente de la maison del
Bullion et tout cela sans que personne osât souffler le mot.
Il est certain que si des abus si monstrueux , avaient pu êtrë
tolérés , on parvenait à nous faire passer dans le monde entiers
pour une nation composée d'inseuses et de barbares . Lá › Con->›
vention nationale y mit ordre , en expliquant son 'decret ( qui
n'avait pas besoin d'explication etmiten sûreté les richesses
nationales et les propriétés pa: ticulieres, Mais qu'est- iliatrive ?e
l'extravagance ou la malveillance de quelques prétendųs pa - e
triotes a fajt , égliger Bessentiel d'un décret dont toussles Rest
publicains , c'est-à-dire tous les bons, Français , doivent récla
mer l'accomplissement. En effet , il importe fort peu qu'une
particulier ait chez lui des livres sousse trouvent les blasons
monarchiques qui sont là aussi indifférens que les armoiries
d'Angleterre , de Hollande ou d'Allemagne cela indique seulement
que tel livre a été imprimé à Paris , à Londres zoli a
Amsterdam c'est une enseigne et ce n'est pas la peine der
disputer là- dessus. Mais ce qui n'est point du tout indiffe
rent , c'est que tous les livres de la bibliotheque nationale
soient exterieurement couverts desvemblêmes de la royauté
et des marques mensongeres d'une propriété illusoire , puisqu'en
effet ces livres n'ont jamaishappartenu qu'à la nation .
Certes , il n'y a point de Républicains dont les yeux ne soieht
blessés de cette insultante bigarrure . Notre bibliotheque est
un monument public , national ; elle doit en porter les carac- :
teres , et c'est une contradiction choquante , une vraie mons
truosité que les frontispice du bâtimentsporte le nom de la
nation , et que les livres portent les livrées royales . Voilà sure
quoi se récrie l'auteur , et il a grande raison :
元
3
Et sapit , et mecum facit , et Jove judicat æquö.
Encore une fois , on ne peut trop insister ici sur la différence
capitale qui existe en ce genre entre ce qui est public
et ce qui est particulier. Je puis avoir chez moi uue vieille
( 286 )
t
médaille de Néron , si je suis un curieux de médailles ; un
buste de Caracalla , si j'aime les antiques , etc .; mais que
dirait - on de les voir dans l'Assemblée nationale ou à la commune
de Paris , à la place de Brutus ? Le goût des arts chez
un particulier admet et confond tout , sans conséquence ; chea
une nation , il est doit être subordonné à l'esprit public :
c'est un principe dont les peuples libres ne doivent jamais
s'écarter .
. £
"
Les gens qui veulent toujours rendre le bien plus difficile
à faire qu'il ne l'est , ont objecté d'abord qu'il en coûterait
quatre millions pour opérer cette destruction . Je réponds
d'abord que nous ne sommes pas à quatre millions près
quand il s'agit d'une opération publique , vraiment republi
caine et qui intéresse Thonneur national . Mais l'auteur fait
mieux; il prouve que cette dépense n'excédera pas un million,
lequel réparti en quatre années que durera le travail , forme
une somme annuelle fort peu considérable . Les citoyens
Bradel et Petit , relieurs , ont fait leur soumission , pour un
million entre les mains du ministre de l'intérieur , et voici
de quelle maniere ils se proposent de procéder : ce "détail I
doit intéresser tous les bons citoyens . ¹
บ
La bibliotheque nationale est composée de près de trois
95 cent mille volumes , tant imprimés que manuscrits . Il en
" est peu qui ne soient couverts d'abord des armoiries sur
I
le plat de la reliure , ensuite des chiffres royaux sur leu
9 dos de la reliure , et puis encore estampillés , sur le titre !
99 intérieur , par une empreinte en encre rouge de trois fleurs
" de- lys couronnées , avec ces mots : Bibliotheque du roi . On
" peut sans toucher à la reliure , enlever les parties cou-
92 vertes , seulenient des armoiries ou chiffres , et y substituer
" , des morceaux de peau , de la même grandeur , soit en veau
ou mouton , soit en maroquin ou parchemin , sur lesquels
91 seront empreints les emblémes relatifs à la liberté du peu-"
" ple Français et à l'unité de la République. Ces morceaux
préparés et amincis d'avance , seront placés et collés avec
92 art . Un filet cachera la jointure ; l'application de l'or ,
l'empreinte au . fer chaudejset tout le reste du travail , se
" feront ensuite de la même maniere que lorsqu'on applique
des armoiries au dos ou sur le plat d'un livre. Mais
1
I
l'estampille qui est empreinte en encre rouge huilense ,
92 comment s'y prendra- t-on pour l'enlever sans mutilation ?
93 -On ne l'enlevera pas ; mais on peut , après l'avoir lége
› rement gratée , la couvrir tout simplement , avec du pain à
99 cacheter , d'un morceau de papier blanc , sur lequel on appliquera
avec un timbre sec le cachet de la République ,
" en forme de scel. ,,
L'auteur entre ensuite dans de nouveaux détails sur la distribution
des travaux , et trace un plan d'exécution qui nous
paraît très-bien entendu , et par lequel tout l'ouvrage serait
( 287 )
terminé dans quatre ans. Il pare à tous les inconvéniens et
applanit toutes les difficultés ; il finit par une observation qui
n'est pas moins essentielle que tout le reste ; c'est qu'une
semblable entreprise serait une occasion foute naturelle de
réparer , par tous les moyens de l'art , les livres . ou manuscrits
qui ont souffert de l'injure des tems , et de leur donner
une fraîcheur nouvelle , en même-tems qu'on leur ôterait
les empreintes flétrissantes du despotisme.
Tous les amis ardens d'une République dont les destinées
paraissent s'affermir et s'embellir tous les jours , doivent joindre
leurs voeux à ceux de l'auteur et aux nôtres , pour que
la Convention rende un décret qui acheve de donner à ce beau
monument toute la dignité des formes républicaines . Il est
déja bien différent de ce qu'il était le tems n'est plus où
on en confiait la garde et l'inspection à un Jérôme Bignon ,
qui ne voyait dans cette place que vingt mille écus de revenu,
et à qui le ministre son parènt disait si gaîment : Mon cousin ,
voilà une belle occasion pour apprendre à lire ; plaisanterie qui ,
pour le dire en passant , tombait autant sur le gouvernement
qui donnait la place , que sur le Jérôme qui la recevait. La
bibliotheque est aujourd'hui confiée à un homme des plus
savans de l'Europe et des mieux savans , qui joint le patriotisme
aux Inmieres , et qui doit être aussi choqué que per
sonne , des enveloppes royales qui déshonorent ces matériaux
immortels , avec lesquels nous avons élevé l'édifice de la
liberté . It '
ANNONCES.
Le professeur d'architecture rurale vient de faire imprimer
le numéro IV de son journal , qui concerne la culture des
pommes de terre et les différens apprêts que l'on en peut
faire dans le poële économique de cet auteur.
Le numéro V va paraître et concerne les nouveaux poids et
mesures , afin que chacuu en puisse faire l'application aux travaux
et bâtisses de la campagne , ainsi qu'à toutes entreprises
et spéculation .
Il faut envoyer d'avance 20 liv . pour être inscrit au rang
des abonnés , en s'adressant au citoyen Cointeraux , professeur
d'architecture rurale , rue du fauxbourg St. Honoré
no. 108 , à Paris ; ou au citoyen Fuchs , libraire , quai des
Augustins , no. 28.
+
201
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
24
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 29 janvier 1794.
Les dernieres lettres de Varsovie représentent cette ville et
le reste de la Pologne , qui n'a pas encore subi le joug des
puissances copartageantes , comme s'attendant d'un jour à
l'autre à un nouveau et dernier démembrement , ou à changer
de maître , c'est- à-dire à passer sous la domination du prince
Constantin , petit fils de l'ambitieuse Catherine , qui continuerait
à régir la Pologne d'une maniere encore un peu plus
directe qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent par son ambassadeur
M. de Siewers , ou plus récemment encore par l'envoyé général
baron d'Igelstrom . On ajoute que pour faciliter l'accès
du trône au prince Constantin , le faible , le lâche Stanislas ,
l'ancien et l'un des nombreux amans de sa grand mere
donner sa démission , et se retirer en Italie , l'asyle de tous
les princes indignes de l'être , chassés par des usurpateurs ou
par des révolutions qui annonçaient que le voeu des peuples
n'était plus pour eux , mais où ne s'est retiré aucun roi assez
grand pour descendre volontairement du trône , et ainsi restituer
ainsi à ces mêmes peuples leur droit sacré trop long-tems
méconnu , de réformer le contrat social , et d'organiser à leur
gré un nouveau mode de gouvernement .
*
va
Ces lettres disent encore : Un courier dépêché par le conseil
permanent au ministere de l'impératrice de Russie nous rapportera
sans doute bientôt un ultimatum de cette souveraine
au sujet des affaires de la République . Elle a déja exigé , et
l'on y a souscrit , la suppression des décorations de l'ordre
militaire , et même de cet ordre dans lequel il est possible
qu'elle ait craint que la Pologne ne retrouvât un jour ce courage
et cette indignation qui savent secouer le joug ou le briser.
Deux Italiens . qualifiés de Démocrates , et ce qui est pis
encore de Jacobins , viennent d'être arrêtés pour avoir tenu
quelques propos contre la Russie , ou pour mieux dire contre
l'impératrice , accoutumée à exiger le plus grand respect et le
dévouement le plus complet . En général , l'administration
polonaise et le commandant en chef des troupes russes prennent
de concert toutes les précautions propres à maintenir ce qu'ils
appellent la tranquillité , c'est-à- dire la servitude publique.
Les derniers avis de Pétersbourg annoncent le départ de
l'ambassadeur
( 289 )
l'ambassadeur Turc pour la fin de ce mois , et même il doit
s'être mis en route au moment où nous écrivons.
Voici quelques nouveaux détails sur la conjuration qui a
pensé éclater à Stockholm , er que le gouvernement a jugé si
inquiétante qu'il a fait fermer la communication entre la Suede
et le Danemarck pour tout autre individu que le courier de la
poste aux lettres , de peur que quelques coupables n'échappassent
à l'extrême surveillance .
Notre capitale , sous l'apparence d'un calme extérieur ,
cache toujours les symptômes d'une violente fermentation interne
. De fortes patrouilles parcourent les rues : les ordres de
ne point sortir la nuit sans lanterne ont été renouvellés ; il
est enjoint à tous les habitans , sous des peines grieves , de
s'enfermer dans leurs maisons , à un signal qui consistera à
tirer six coups de canon de la citadelle . Heureusement on
n'a point encore été forcé d'en venir à cette extrémité , le
nombre des conspirateurs étant vraisemblablement moins considérable
qu'on ne l'avait d'abord cru .
le
" On ne peut se dissimuler que les habitans de Stockholm
ne soient partagés en deux partis qui ont l'un contre l'autre
une grande animosité . Cette division s'est manifestée dernierement
à l'occasion de la démission de M. Nordin ," de la place
d'intendant de la police , et du choix de M. Vuholm , que
régent a fait pour le remplacer. Les partisans du premier
ont affecté de donner un grand diner , comme une marque
de leur estime. Ceux de M. Vuholm en ont agi de même à
son égard.
" On dit que M. Vuholm et un nommé Bratt sont les
premiers qui ont découvert les traces de la conspiration . Une
lettre saisie , de la comtesse de Rudenskiold , au général
d'Armfeldt , actuellement en Italie , a fourni d'autres rensei
gnemens elle a nié avoir aucune connaissance de cette conjuration
lorsqu'elle a subi son interrogatoire ; mais ayant su
depuis qu'on avait arrêté le colonel Sandels , elle a fait de
grands aveux qui la concernent personnellement .
""
T
Mais elle et plusieurs autres des personnes arrêtées refusent
de nommer leurs complices. On pense toujours quò
d'Ehrenstrom , secrétaire du feu roi , est le chef de cette conspiration
. On a trouvé parmi ses papiers des pieces d'une extrême
importance . Le commis Signeul , qui est pris , devait
assassiner le régent. Mineur , valèt - de- chambre du baron d'Armfeldt
, qu'il était de la plus haute importance de découvrir
a été arrêté il s'apprêtait à aller rejoindre son maître . On a
expédié un courrier en Italie pour faire arrêter d'Armfeldt
par-tout où il sera . Il est certain qu'il était à Naples au mois
de novembre dernier. On ajoute que la comtesse
Rudeuskiold est dangereusement malade , ce qui n'a pourtant
Tome VII.
?
de
( 290 )
1.
rien fait relâcher de la sévérité avec laquelle elle est gardée
ainsi que ses complices .
Le bruit a passé de Vienne chez nous que le marquis de
Lucchesini a réclamé avec instance auprès du cabinet autrichien
le remboursement de 25,000,000 de florins avancés par
le roi de Prusse , pour les frais de la guerre actuelle . On
' ajoute , mais cela est moins sûr , qu'il a demandé ou menacé ,
au défaut de paiement, de s'emparer de la Silésie autrichienne ;
ce qui donnerait lieu à des réflexions assez naturelles , c'est
que ces réclamations et cette méfiance paraissent propres à
fournir un nouvel aliment à l'esprit de jalousie qui regnait
déjà entre les Autrichiens et les Prussiens , et qui s'est manifesté
plusieurs fois d'une maniere inquiétante .
Le fait est néanmoins que les bruits précédens sont détruits
par la nouvelle très - certaine qu'on vient de recevoir que tout
est arrangé entre Frédéric - Guillaume et François II , à leur satisfaction
réciproque ; ei qu'ils se préparent à réunir de nouveau
leurs forces pour faire avecvigueur une derniere campagne contre
la France , car il ne serait pas possible de soutenir ses efforts
au- delà de ce terme , et l'on s'attend bien que celle - ci décidera
du triomphe de la liberté sur les rois , ou verra river
les chaînes du genre humain pour une longue suite de siecles .
1
De Francfort- sur- le- Mein , le 3 février.
On écrit de Vienne , en date du 13 janvier , que l'empereur
a conféré au général de Braun , neveu du feid - maréchal
de Lascy , trop âgé pour se charger de conduire des opérations
militaires , le commandement de l'armée du Rhin , avec
ordre de s'y rendre le plus tôt possible en conséquence ,
M. de Braun s'est mis en route pour aller au poste important
où l'appelle la confiance de son maître. Il avait été précédé
de quelques jours par le colonel de Mack , qui doit visiter
le cordon du Rhin et assister en tout le général en
chef. Quant à M. de Wurmser , ajoutent les mêmes lettres ,
il est attendu ici et va commander en Gallicie .
--
Ce cordon du Rhin dont il est question se trouve beaucoup
trop faible on assure , d'après un état authentique , que l'armée
Autrichienne , sur toute la longueur du fleuve jusqu'au
Fort - Vauban , n'est à présent de guères plus de 31,000 hommes
. On a senti son insuffisance , et quelque difficile qu'il
suit d'y envoyer des renforts , puisque les bras manquent
presque par- tout à la terre , il a été résolu days le conseil
de porter cette armée jusqu'à 60,000 hommes , et pour y par
venir , toutes les recrues des états héréditaires s'y rendront
avec de nouveaux régimens , et l'armée du prince de Cobourg
será renforcée par les recrues d'Empire et par les régimens
qui seront envoyés de la Hongrie. On dit , au sujet de
-
( 291 )
cette derniere mesure , que l'archidue Palatin de Hongrie se
mettra à la têtê de 40,000 Hongrois de différens comitats ;
mais il est fort douteux que le Hongrois , indépendant par
caractere , se prête à aller faire la guerre dans des contrées
qui lui conviennent aussi peu que celles où l'on veut l'envoyer
et où il n'y a d'ailleurs guères de profits à faire .
Au reste , malgré ces préparatifs et ces grands projets , le
cabinet de Vienne desire le paix qu'il n'ose demander , et il
laisse percer par - fois des marques de la terreur qui le poursuit
au sujet de cette guerre , dont la fin pourrait être assez
funeste pour le livrer faible , épuisé , presque sans defense
à son ennemi naturel , le roi de Prusse , qui s'en prévaudrait
infailliblement pour humilier et sur tout dépouiller cette orgueilleuse
et avide Maison d'Autriche , arrivée au point de
grandeur où elle était par tant d'usurpations successives qu'il
faudrait restituer peut- être , en une seule fois ."
afin 3
L'empereur a recours à tous les moyens imaginables ,
de se procurer de l'argent ; il fait valoir une ancienne prétention
tombée en desuétude , en exigeant des états feuda- '
taires d'Italie des subsides qu'ils sont obligés de fournir
lorsque l'Empire Germanique est attaqué . Il vient d'ailleurs
de créer pour 25 millions de nouvelles actions de la banque
de Vienne , dans lesquelles on aura encore moins de confiance
que dans celles qui existaient déja et qui n'en inspiraient
que médiocrement . Il n'est d'ailleurs point de moyens
malhonnêtes , absurdes même , qu'il n'emploie contre les Français
. Ne vient- il pas de faire publier dans les gazettes à sa
solde que , pour gagner l'affection du peuple de Constanti->
nople , un émissaire du gouvernement Français . appelé Des- >
corches , y faisait courir le bruit que la France venait d'adopter
les bases de la religion mahometane .
Malgré l'arrangement pris par le marquis de Lucchesini
avec l'empereur , au nom du roi de Prusse , à qui l'on a vrai ?
semblablement promis de rembourser une partie de ses frais ,
pour qu'il restât dans la coalition , qui en a un si grand bei
soin , puisqu'assurément ses troupes sont les meilleures de celles
qu'on emploie contre les redoutables soldats de la République
Française , il paraît que les finances de Frédéric - Guillaume sont
en assez mauvais état on eu jugera par le fait suivant : Les
sieurs Willmer et compagnie , banquiers de notre ville , ont
annoncé qu'ayant cté chargés d'ouvrir pour le compte de
sa majeste le roi de Prusse , un emprunt d'un million
de florins , à quatre et demi pour cent d'intérêts et rembour ›
sable en cinq ans , et cet emprunt s'étant rempli dès les premiers
jours avec une telle rapidité , que beaucoup de per - 1
sonnes n'out pu parvenir à s'y interesser , comme elles eni
avaient l'intention ; sa majesté Prussienne , sur le rapport quis
lui en a été faite , a jugé a-propos d'autoriser la même maison:
à recevoir des soumissions pour un second million , afin qu'un
V 2
↓
( 292 )
f
plus grand nombre d'amateurs puissent y placer leur argent.
Dieu veuille que ce ne soit pas , pour ces amateurs , de l'argent
placé à fonds et à rentes perdus !
Le bruit courait ces jours derniers que le comte de Braun ,
neveu du vieux général Lascy , qui vient remplacer Wurmser,
accusé de ne pas avoir mis assez d'activité dans ses mouveméns
daus la Haute Alsace , est arrivé à Manheim le 22 janvier.
On assure qu'il a carte blanche pour applauir les difficultés
sans nombre que l'embarras de continuer cette guerre
fait éclore chaque jour ; une gloire peu commune l'attend ,
s'il réussit ; mais .......
On mande de Luxembourg , en date du 18 , que la prise..
de Toulon a vivement affecté la cour de Vienne , et a dicté .
de grands changemens dans le plan de la campagne prochaine ;
le principal de tous est l'ordre d'armer indistinctement tous
les habitans de l'Empire , en leur persuadant , si l'on peut ,.
qu'ils combattent pro aris et focis , et de les opposer aux Français
, qui font des invasions dans les cercles du Rhin et de
la Souabe . On a requis tous les hommes en état de porter
les armes depuis 16 jusqu'à 56 ans . Mais on commencé déja
à craindre que tant d'hommes , qui ont entre les mains les
moyens de s'affranchir , dès qu'ils en auront la volonté dans
le coeur , ne se montrent pas parfaitement dociles aux inten
tions de la cour , et déja même on a été obligé d'arrêter'
quelques sujets pour avoit parlé en citoyens .
On transporte actuellement de Gallicie en Hollande 300,000
mesures d'orge et 480,000 d'avoine , pour les répartir de - là
dans les différens corps d'armée , suivant les besoins de leur
cavalerie .
Des lettres d'Anclau , du 7 janvier , annoncent la mort du
général Prussien comte de Schonfeld , âge de 72 aus , et fameux
par le rôle bypocrite qu'il a joué dans les Pays-Bas , lors de
la révolution malheureuse de 1789 et 1790 .
Le célebre Gibbon , auteur d'un ouvrage que l'on peut
regarder comme un très - beau commentaire de celui de Montesquieu
sur les causes de la grandeur et de la décadence
des Romains , vient aussi de tetminer sa carriere.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE .
Le prince d'Orange , écrit- on de Liége , le 9 pluviôse , car
en général les patriotes y ont adopté le calendrier français ,
est arrivé ici dimanche dernier pour ramasser les débris de
son armée prodigieusement atlaiblie par la désertion et les
maladies. Des nouvelles plus récentes de huit jours , annoncent
que tous les Hollandais vont décidément abandonner
cette ville , et se porter vers, Dinant , pour rejoindre une des
trois colonnes partie quelques jours auparavant de l'aveu
même des capitaines qui se trouvent complettement ruinés ,
( 293 )
on ne se rappelle pas d'avoir vu une désertion aussi forte.
Aussi ne croit- on gueres le bruit que répandent quelques personnes
trompées ou qui veulent tromper , que les états - généraux
, jaloux de prouver leur zele à la maison d'Orange , vont
fournir 24,000 hommes aux pnissances coalisées .
Les fourrages des Autrichiens , destinés à l'entretien de la
cavalerie pendant la campagne qui va s'ouvrir , ou pour mieux
dire continuer , car elle n'a jamais entierement cesse , commencent
deja à remonter la Meuse . L'empereur a exigé de la
petite province de Limbourg 150,000 rations. Elles ont été
fournies en effet , malgré la difficulté de les trouver , et doivent
être transportées par la Meuse et la Sambre vers la frontiere ,
d'où l'on croit qu'elles passeront au Quesnoy , à Condé et à
Valenciennes.
Il doit se tenir à Bruxelles un conseil entre les généraux et
les agens des puissances coalisées . La plupart des généraux y
sont déja rendus . On y attend aussi le prince de Hesse et des
envoyes de Londres et de la Haye . On va jusqu'à dire , mais
c'est un bruit fort douteux , que l'ambassadeur Turc qui est
à Londres doit aussi se trouver à Bruxelles à l'époque de la
tenue de ce conseil . Il doit avoir en partie pour objet d'aviser
aux moyens d'exécution d'un grand plau que l'on dit consenti
à l'unanimité par les trois ordres , et auquel les états
ont pareillement donné leur admission , c'est la levée du
peuple en masse ; mais on craint bien que ce beau projet n'échoue.
Ce mot n'a sa véritable siguification qu'en France .
Les nouvelles suivantes de Bruxelles ne promettent pas beaucoup
de succès au plan dont nous venons de parler.
Le gouvernement redouble chaque jour de surveillance , et
malgré tous les obstacles , le parti de l'opposition ne laisse pas
que de se montrer encore avec une certaine audace . On a
imprimé ces jours derniers le manifeste de la République Fran,
çaise , et il a été répandu avec beaucoup de profusion . La police
fait des recherches pour en découvrir les imprimeurs et
distributeurs . Voici ce qui vient d'être affiché dans toutes les
rues de cette ville , et dans tout le Brabant :
De la part du conseiller et procureur-général de Brabant .
Comme on s'est permis de répandre en cette ville la
nuit du 22 au 23 de janvier 1794 , un imprimé séditieux adressé
aux Belges , dont il importe a la tranquilité publique de con
naître l'auteur , l'imprimeur , les distributeurs ou les afficheurs ;
le conseiller et proureur- général de Brabant , à ce spécialement
autorisé par dépêche de son altesse royale , promet une récompense
de mille florins à celui qui pourra lui , dénoncer,
l'auteur ou l'imprimeur , les distributeurs ou les afficheurs du
susdit imprimé , de maniere qu'ils puissent être convaincus
justice , promettant même Timpunité au dénonciateur yan
V 3
( 294 )
s'il était complice du fait , et que son nom sera tenu
secret. "
Malgré ces menaces et ces promesses , la police n'a encore
fait aucune découverte .
ANGLETERRE. De Londres , le 29 Janvier.
L'expédition du comte de Moyra se trouve décidément manquée.
Les officiers Français qui devaient y prendre part reviennent
par petites bandes dans la capitale . On sent qu'il n'y a pas
grand fond à faire sur les royalistes français dont on a appris
la déroute . On écrit cependant de Jersey , un peu tard , puisque
c'est en date du 12 , que l'on y exerce constamment sur
le bord de la mer les 750 émigrés enrégimentés . Si quelque chose
peut réussir , et l'on y pense , ce serait d'aller sur les côtes
de Picardie , à Saint - Valery par exemple , mais dans cinq ou
six semaines au plus tôt , pour appuyer une opération que l'on
dit combinée avec le prince de Cobourg . Voilà la seule des
cente possible au dire de gens qui reviennent de Cowe's ,
encore ne produirait - elle pas grand effet , à moins qu'elle ne
fût bien calculée et exécutée par un assez grand nombre de
troupes , qu'il sera toujours difficile à la Grande - Bretagne de
mettre sur pied , puisqu'elle est obligée de soudoyer des
soldats étrangers que les Anglais ne voient qu'avec jalousie ,
les regardant avec raison comme des hommes destinés à
contribuer à les asservir , puisque c'est le but constant de
la cour et son arriere - pensée dans toutes ses opérations
même dans celles qui semblent le plus diririgées vers
le bonheur du peuple et la protection de son industrie et de son
commerce .
On vient d'annoncer officiellement dans la gazette de la
cour la prise de Pondichéri ; qui après avoir soutenu un siege
de deux mois , a été enfin forcé de se rendre faute de vivres .
Les conditions ont été dictées au citoyen Chermont , gouverneur
, par le général Brathwaite , en l'absence de l'amiral
Cornwallis ; elles ont eu lieu le 23 août . Le bruit court que
la plupart des officis n'auraient fait aucune résistance , si la
garnison ne les avait forcés à se défendre . La France perdra
vraisemblablement de même les isles de France et de Bourbon ,
où les Anglais se flattent anssi d'avoir des intelligences . La
garnison de Pondichéri , composće de 15000 habitans armés ,
qui ont eu la faculté de rester après le désarmement , et de
900 soldats , a dû être envoyée à Apiacoupang , en attendant
qu'on pût la recevoir à Madras , et la renvoyer ensuite en
Europe,
Lord Howe est parti de Portsmouth pour reprendre le
commandement de la flotte destinée à croiser dans la Man
che. On assure que M. Pitt vient d'envoyer un écrit aux
( 295 )
différentes cours de l'Europe , pour leur faire part de ses nou->
veaux plans et de l'espece de triomphe qu'il a remporté aub
parlement , où il est parvenu à faire voter l'adresse de remer- [
ciment au roi par une très -grande majorité dans les deux
chambres , puisqu'il n'y a eu que 12 opposans dans celle des
pairs et 61 dans celle des communes . Voici la réponse du ›
roi à l'adresse de la chambre haute , où contre l'ordinaire
quelques - uns des pairs spirituels , c'est- à - dire des évêques ,
entr'autres celui de Durham , ont pris la parole en faveur
de la cour contre le lord Stanhope , le membre le plus for
tement prononcé du parti de Popposition dans cette partie
du parlement , qui n'en compte guères .
Milords , je vous fais mes remercimens les plus sinceres
sur cette adresse si loyale et si fidelle , Les sentimens que vous
exprimez sur l'importante situation actuelle des affaires publiques
, le zele et l'union que vous avez manifestés pour le
soutien des mesures qui seules peuvent maintenir des intérêts
les plus chers de mon people , et assurer la tranquillité et
l'indépendance de l'Europe , ne peuvent manquer de produire'
au - dedans et au - dehors les plus heureux effets . Soyez certains
que rien ne sera omis de mon côté pour employer ,
avec énergie et vigueur dans une cause d'un intérêt si majeur
, les ressources que je tirerai de la sagesse et de la fermeté
de mou, parlement , et de l'attachement général de mon
peuple a la constitution et au gouvernement de ce pays , ainsi
qu'aux intérêts de l'humanité , de l'ordre et de la religión danss
toute l'Europe. vi
i
ne.
Ce roi si fêté par nosseigneurs les pairs , qui se regardent
comme des demi - rois , et qui en cette qualité sont d'ordinaire
les ardens défenseurs des prérogatives de la couronne
trouve pas les mêmes dispositions dans tous ceux qu'il lui
plaît d'appeller son peuple , ses sujets . Il a été atteint dans
son carrosse d'un coup de pierre , qui a cassé une glace dont
les éclats l'ont blessé légèrement.
que ce
Il paraît que les Français prisonniers à Plymouth n'out rien
perdu dans les fers , de l'énergie qui caractérise de vrais républicains.
lis y ont celebre , le 21 janvier , l'anniversaire des
la mort de Louis XVI , avec une sorte de solemnité
lieu ne semblait guères permettre ; après avoir fait une procession
dans la cour de la prison , ils ont prêté de nouveau
le serment civique , jeíté leurs bounets en l'air , chanté des
hymnes republicaines et planté un arbre de la liberté , qui
deviendra peut- être un jour cher aux Anglais .
:
Une chose pourrait hater cette époque ; c'est la fermentation
qui regne en Ecosse des attroupemens se sont formés
à Glascow ; l'on a même démoli quelques maisons dans cette
ville . En général il y a du mécontentement , sur- tout en Ecosse.
V 4
( ' 296. )
(
à sont
et en Irlande ; quant à la capitale , on sçait bien l'empêcher
de s'y montrer , soit en le comprimant par la crainte , soit en
payant , comme on l'a fait lors de l'ouverture de la session' ,
des gens pour affecter une joie qui n'est assurément pas nationale
, quoi qu'en disent les ministres et leurs flatteurs ; et
comment n'y aurait - il pas du mécontentement , les 3 pour
cent consolidés qui étaient , il y a six mois , 92
aujourd'hui à 68 trois - huitiemes . Cette baisse des fonds publics
est un argument sans réponse , qui prouve contre les
ministres que la nation n'a pas de confiance en eux , et que
cette guerre , ruineuse pour l'agriculture , l'industrie et le commerce
, finira par amener dans la Grande- Bretagne une convulsion
terrible , un de ces tremblemens de terre qui renversent
les trônes .
Il a été convoqué ces jours derniers un conseil extraordinaire
qui s'est prolongé fort avant dans la nuit , et dont le résultat ,
communiqué sur-le - champ au roi , a fait donner par le ministre
de la guerre un ordre à tous les invalides au- dessous de 60 ans
de se tenir prêts à marcher ! On en envoie mille à Plymouth ,
et autant à Portsmouth. Le ministere avait expédié en
hâte quelques jours auparavant des dépêches à la Haye , à
Berlin et à Pétersbourg.
-
Suivant des lettres de Philadelphie , du 6 décembre , la
veille le général Washingthon , président , a envoyé au congrès
une adresse à laquelle étaient jointes diverses pieces ,
relatives aux décrets de la Convention qui concernent l'Amérique
, aux ordres transmis par le gouvernement Britannique ,
; ། ་ ་
ses commandans de vaisseaux et corsaires , et enfin aux
intérêts communs de l'Espagne et des Etats - Unis , relativement
au commerce . Il parle dans cette adresse de
l'attachement et de l'amitié témoignés à son pays par les
representans et le conseil exécutif provisoire de France ;
mais il se plaint de leur ministre plénipotentiaire Genet , qu'il
dit avoir tenu une conduite vraiment coupable en ce qu'elle
propageait la discorde et l'anarchie au - dedans , et pouvait
amener la guerre au- dehors . Il finit par soumettre au congrès
sa propre conduite dans cet affaire , et faire déposer sur le
bureau toutes les pieces propres à éclairer cette discussion .
L'assemblée particuliere des états de Charles-Town a commencé
à-peu-près dans le même tems : elle doit faire un procès
de haute trahison au major Hamilton et à M. Drayton ,
secrétaire du gouverneur , pour s'être laissés corrompie par
M. Genet , et avoir accepté de lui une commission , à l'effet
de lever un corps de troupes de 5000 hommes , dont on ne
dit pas ce qu'il se proposait de faire .
( 297 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE VADIER.
Séance du sextidi , 16 Pluviôse .
Un des trois députés nouvellement arrivés de Saint- Domingue
a fait un rapport sommaire sur les événemens qui
ont eu lieu dans cette colonie . Il est remonté à la cause des
malheurs auxquels elle a été en proye ; il l'a vue dans la
politique odieuse et les intrigues de l'Angleterre et de l'Espagne
, qui , voulant faire perdre à la République cette colonie
intéressante , avaient trouvé le moyen d'y organiser la guerre
civile ; mais les Negres , armés pour la cause de la France ,
ont déjoué par leur courage ces perfides projets , et ont
demandé , pour prix de leur service , la liberté . Si on les
avait refusés , ils auraient pu accepter les propositions des
Espagnols qui les sollicitaient depuis long-tems , et qui avaient
dėja gagné quelques principaux chefs . Dans cette extrémité
pressante , le commissaire civil , en résidence au Cap , rendit
une proclamation , qui , en déclarant les Negres libres les
assujettissait à résidence sur leurs habitations respectives , et les
soumettait à une discipline sévere , en même tems qu'à un
travail journalier , moyennant un salaire déterminé . Sans cette
mesure prudente et salutaire , c'en était fait de la colonie
entiere , de la souveraineté nationale sur cette précieuse possession
; c'en était fait de la population blanche ; c'en était
fait d'une multitude innombrable d'hommes qui , dans le désarroi
général , se seraient entr'égorgés les uns les autres , divisés en
cent partis différens toujours en guerre , opprimant ou
opprimés.
"
"
L'orateur a conjuré la Convention de confirmer cette promesse
et de faire jouir les colonies des bienfaits de la
liberté et de l'égalité . Que les habitans de nos villes de
commerce soient détrompés ; que les commerçans se rassurent
et se tranquillisent ; qu'ils sachent que les propriétés ne sont
et ne seront point bouleversées à Saint - Domingue ; qu'ils apprennent
que les Noirs travailleront à les rembourser , et d'autant
plus volontiers qu'ils auront un salaire raisonnable à
espérer pour leur travail , pour leurs sueurs. Les négocians
ne perdront tout au plus que le commerce des hommes . Mais
600,000 hommes libres cultiveront -ils moins que 600,000 esclaves
? Qu'ils croyent bien que ces mêmes hommes libres
( 298 )
:
sans
fourniront plus de bras à la culture que tous les comptoirs de
l'Afrique . Leurs femmes ne sont point stériles les négocians
verront que le déficit apparent de la repopulation est la dénonciation
complette du systême de servitude de notre ancien
gouvernement , et ne servirait qu'à augmenter , à leur détriment
, les dettes des Colons infideles, ou malheureux ,
sugmenter les revenus . Rien de si cher que la culture par
esclaves . La colonie de Saint-Domingue sera bien plus florissante
,. cultivée par des mains libres , ét cette révolution ,
envisagée comme une nouvelle branche de commerce , offre à
l'industrie de nos négocians des bénéfices plus clairs , plus
assurés , plus multipliés que cenx qu'ils faisaient autrefois .
Qu'ils sachent que c'était des Planteurs contre - révolutionnaires
qui se disaient leurs amis , qui vendaient la colonie de Saint-
Domingue aux Anglais ; qu'ils lisent le traité passé par les Colons
contre- révolutionnaires , signé à Londres en février 1793 , et
arrêté à Saint -Domingue sans doute bien long- tems avant ,
puisqu'il a fallu le tems aux porteurs de pouvoirs d'arriver en
Europe. Nous avons remis ce traité à votre comité de salut
public. Que nos négocians lisent sur- tout la clause qui exige
des Anglais , comme une des premieres conditions de la
servilité , un sursis de dix ans pour toutes les dettes ; qu'ils
reconnaissent la religion de Saint - Marc et de l'assemblée coloniale
qui l'a suivie ; qu'ils apprécient le but de toutes les
intrigues et de toutes les maneuvres qu'ils ont ou favorisées
ou méconnues ; qu'ils sentent enfin que les traîtres n'ont
jamais voulu que les tromper et ne chercherent que
l'indépendance des lois de la France et celle de leurs
dettes .
Nous nous attendons bien que les ennemis des citoyens
de couleur et des noirs vont les calomnier auprès
du peuple Français . Ils vont les peindre comme des hommes
méchans et indisciplinables , enfin comme des êtres cruels et .
féroces . Citoyens Français , ne les croyez pas ; ceux qui tiennent
ce langage ne sont pas des Colons fideles , ce sont des
Colons contre - révolutionnaires qui font la guerre à la
liberté et à vous- mêmes ; d'accord avec des émigrés français ,
ne les croyez pas , ils vous ont trompés tant de fois !
Ces Noirs qu'on vous peindra si méchans , autrefois réunis .
dans des atteliers , de 3 , 4 ou 500 , se laissaient conduire
par un seul blanc sans rien dire , et étaient dociles à tous ses
caprices. S'ils étaient si féroces , les aurait-on menés si facilement
? Leur méchanceté n'est que dans le coeur de leurs op- *
presseurs ; c'est un prétexte que ceux - ci prennent pourjustifier
T'esclavage ; et quand les noirs auraient été méchans , nous ne
pourrions pas raisonnablement leur en faire un crime , car la
servitude déprave l'homme ; mais la méchanceté heureusement
n'est pas naturelle .
» Depuis trop long- tems ils avaient été vexés , opprimés , et
( 299 ) .
souvent torturés , martyrisés de toutes les manieres . se sont- ils
permis quelques vengeances ? n'ont - ils pas au contraire sauvé
un grand nombre d'Européens dans les journees désastreuses
des 20 et 21 juin ? N'ont- ils pas au milieu du combat respecté
tous ceux qui étaient sans armes ? n'ont-ils pas sauvé tous
leurs maîtres qu'ils escortaient eux - mêmes jusque dans le camp
des commissaires ? Depuis que la guerre civile , allumée par
Galbaud , a cessé par sa fuite , s'est- il coinmis un seul meurtre ?
Que leurs ennemis parlent , qu'ils en citent un seul , nous les,
en défions . Non , l'espece africaine n'a pas à rougir d'un seul
assassinat . Ce ne sont point les noirs , jadis esclaves , qui ont été les
aggresseurs . Ils n'ont fait que se défendre , que résister a l'oppression
, que protéger la sûreté des délegués de la République
Française . Si les noirs depuis ce tems ont mérité quelques reproches
d'indiscipline , excusez les , citoyens , ce sont quelques
mouvemens d'effervescence ; c'était l'effort d'un peuple encore
nouveau qui brisait ses chaînes , et ne pouvait le faire , sa s
quelque bruit , tant elles étaient pesantes .
Les fautes des malheureux noirs ne sont jamais , n'ont
jamais été que le crime de ceux qui les égarent , après les
avoir opprimés. Les noirs ne sont pas cruels comme des
colons blancs aiment à le dire , et l'existence de leurs ennemis
prouve assez que les noirs sont patiens , exorables et généreux.
Ils ont même le germe des verius ces vertus leur appartiennent
, leurs défauts seuls viennent de nous ; ils sont naturellement
doux , charitables , hospitaliers , très sensibles à la
piété filiale ; ils aiment la justice et ont le plus grand respect
pour la vieillesse : ces vertus , peuple Français , les rendent
encore plus dignes de toi.
" Citoyens représentans , songez que l'ignorance du bien est souvent la source du mal : instruisez ces hommes nou¬
veaux ; qu'ils soient éclairés en votre nom par des patriotes
patiens et vertueux ; que par vos décrets ils reçoivent des leçons
de sagesse et dé vertus républicaines . La Nature , la loi en ont
fait des hommes , l'instruction en fera des hommes de bien . t
En tenant de vous leurs droits , ils en seront plus attachés à
leurs devoirs le premier de tous sera pour eux de combattre
pour votre patrie , qu'ils regardent comme la leur . Autrefois
ils n'étaient pas obligés de défendre leurs chaînes , mais
aujourd'hui , en reconnaissance du nom de français qu'ils vous
devront , ils consacrent tous leur vie à votre service , et ils
sont à Saint - Domingue au nombre de 400 mille à votre dis
position , dont il ne tient qu'à vous de faire autant de soldats .
Deja , en attendant vos ordres , à la premiere nouvelle de
l'invasion des Anglais , ils ont commencé dans le Nord par
jurer de périr tous jusqu'au dernier , et de s'ensevelir sous les
décombres de Saint- Domiugue , plutôt que de recevoir une
domination étrangere .
›› Quand j'ai vu que je pouvais compter sur leur fidélité ,
( 300 )
1
ayant été choisi par l'assemblée des électeurs , légalement
formée aux termes du décret du 22 août 1792 , d'après la
tenue des assemblées primaires , j'ai accepté comme un devoir
la mission qu'ils ont bien voulu me confier , et je n'ai point
hésité à braver tous les dangers pour venir vous présenter avec
mes collegues , au nom de tous les hommes qui habitent le
département du Nord , l'hommage de leur attachement au
peuple Français et de leur dévoûment à la République une
et indivisible ; Européens , Créoles , Africains , ne connaissent
plus anjourd'hui d'autres couleurs , d'autre nom que ceux de
Français. Citoyens représentans , daignez accueillir avec bonté
leurs sermens de fidélité éternelle au peuple Français ;; préparez-
Vous des souvenirs consolateurs , en honorant l'humanité ;
créez une seconde fois un nouveau monde , ou au moins qu'il
soit renouvellé par vous ; soyez - en les bienfaiteurs ; vos noms
y seront bénis comme ceux des divinités tutélaires . ‚ »
Ce discours souvent interrompu par les plus vifs applaudissemens
, à peine. est-il prononcé que plusieurs membres
demandent que , fidele à la declaration des Droits de l'Homme ,
la Convention proclame , dès ce moment , la liberté des
hommes de couleurs et l'abolition de l'esclavage des Negres.
L'Assemblée entiere se leve par acclamation . Le président prononce
l'abolition de l'esclavage , au milieu des cris mille fois
répétés de vive la République , vive la Convention , vive la
Montagne. Les députés de couleur reçoivent du président le
baiser fraternel ; ils sont successivement embrassés par tous les
députés.
Une citoyenne de couleur était au nombre des spectateurs
de cette scene touchante . Elle est frappée d'une joie si vive
en voyant la liberté accordée à tous ses freres qu'elle perd
entierement connaissance . Instruite de ce fait , la Convention
órdonné que cette citoyenne soit admise à la séance , et reçoive
au moins cette reconnaissance de ses vertus civiques .
7
La Convention vient de faire son dévoir , dit Danton , mais
après avoir accordé le bienfait de la liberté , il faut que nous
en soyons , pour ainsi dire , les modérateurs . Renvoyons aux
comités de salut public et des colonies pour combiner les
moyens de rendre ce décret utile à l'humanité , sans aucun
danger pour elle. Le renvoi ess ordonné .
"
L'Assemblée a procédé au renouvellement du bureau ; le
citoyen Dubarran a été élu président.
Séance de septidi , 17 Pluviose .
PRÉSIDENCE DE DUBARRAN.
1
Le comité de salut public avait pensé qu'il fallait profiter
de la victoire , et prendre les mesures militaires propres à faire
évacuer entierement le territoire de la République sur la fron
tiere du Nord : des ordres avaient été donnés ; un plan de
( 301 )
ampagne avait été envoyée résultat fortement exécuté devait
nous délivrer de ces vils ennemis vomis par l'Autriche.
Mais il fallait de l'andace pour une entreprise aussi importante
. Il fallait s'élever au- dessus des regles ordinaires ; il fallait
aussi braver les élémens et les intempéries de la saison .
Ce caractere audacieux et entreprenant paraît avoir manqué
au général qui devait consommer cette expédition ; car l'expérience
de Landau et du fort Vauban prouve que le soldat
français ne connaît pas d'obstacle . Le genéral Jourdan a paru
oublier ce mot de César , qui doit être la regle constante de
tous les homines de guerre : Que rien n'est fait quand il reste
quelque chose à faire. Mais le comité a rendu justice à ses bonnes
intentions. Jourdan obtiendra une retraite honorable , digue
de sa probité et de son patriotisme. Le vainqueur de Vatigniers ,
le libérateur de Maubeuge ne doit pas exister sans
moignage de la parrie reconnaissante. Le comité a jetté les
yeux sur le vainqueur du Rhin pour venger le Nord . La
Convention a approuvé ce choix , et elle a décrété que le
citoyen Pichegru , général en chef de l'armée du Rhin , pasera
au commandement en chef de l'armée du Nord . Les
citoyens Choudieu et Richard se rendront incessamment auprès
des armées du Nord et des Ardennes , en qualité de représen
tans du peuple .
"
un té-
La Convention a mis à la disposition du ministre de la
guerte une somme de 32 millions pour les travaux de fortifications
qui doivent être exécutés dans le cours de la campagne
prochaine . Aucun ouvrage de fortifications ne pourra
être ordonné par les généraux , ni exécuté par les officiers
du génie dans les places de guerre , sans l'approbation formelle
du ministre de la guerre , excepté dans les cas où cette
place aurait été déclarée en état de siége .
·
Au nom du comité de salut public , Robespierre a fait un
rapport sur les principes de morale politique qui doivent
guider la Convention dans l'administration intérieure de la
République. Il est tems a - t- il dit , de marquer nettement
le but de la révolution et le terme où nous voulons arriver ;
il est tems de nous rendre compte à nous mêmes , et des
obstacles qui nous en éloignent encore , et des moyens que
nous devons adopter pour l'atteindre . Il faut prendre de loin
ses précautions pour mettre les destins de la liberté dans les
mains de la vérité , qui est éternelle , plus que dans celles des
hommes qui passent ; de maniere que si le gouvernement oublie
les intérêts des peuples , ou qu'il retombe entre les mains
des hommes corrompus , selon le cours naturel des chofes , la
lumiere des principes reconnus éclaire ses trahisons , et que
soute faction nouvelle trouve sa mort dans la seule perfidie du
crime . Heureux le peuple qui peut arriver à ce point ! et
quelles ressources ne présente pas un ordre de choses où la
raison publique est la garantie de la liberté !
( 302 )
" Quel est le but où nous te dons ? La jouissance paisible
de la liberté et de l'égalité : le règne de cette justice éternelle
dont les lois ont éte gravées , non sur le marbre et sur la
pierre , mais dans les coeurs de tous les hommes , même dans .
le coeur de l'esclave qui les oublie ou du tyran qui les nie .
" Nous voulons un ordre de choses où toutes les passions
basses et cruelles soient inconnues , toutes les passions bienfaisantes
et généreuses éveillées par les lois ; où l'ambition
soit le desir de mériter la gloire et de servir la patrie ; où les
distinctions ne naissent que de l'égalité même ; où le citoyen
soit soumis au magistrat , le magistrat au peuple , et le peuple
à la justice ; où la patrie assure le bien-être de chaque individu
, et où chaque individu jouisse avec orgueil de la prospérité
et de la gloire de la patrie ; où toutes les ames s'ag-.
grandissent par la communication continuelle des sentimens
republicains et par le besoin de mériter l'estime d'un grand
peuple ; où les arts , soient les décorations de la liberte qui
les ennoblit ; le commerce , la source de la richesse publique
et non pas seulement de l'opulence monstrueuse de quelques
maisons .
" Nous voulons substituer dans notre pays la morale à
l'égoïsme , la probité à l'honneur , les principes aux usages ,
les devoirs aux bienséances , l'empire de la raison à la tyran -`
nie de la mode , le mépris du vice an mépris du malheur
la fierté à l'insolence , la grandeur d'ame à la vanité , l amour
de la gloire à l'amour de l'argent , les bonnes gens à la bonne
compagnie , le mérite à l'intrigue , le génie au bel esprit , la
vérité à l'éclat , le charme du bonheur aux ennuis de la vo-
Inpté , la grandeur de l'homme à la petitesse des grands , un
peuple magnanime , puissant , heureux , à un peuple aimable,
frivole et misérable ; c'est -à - dire , toutes les vertus et tous les
miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules
de la monarchie.
" Nous voulons en un mot remplir les voeux de la nature ;
accomplir les destins de l'humanité , teair les promesses de
I philosophie , absoudre la providence du long regue du crime
et de la tyrannie .
" Que la France jadis illustre parmi les pays esclaves ,
eclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont existé ,
devienne le modele des nations , l'effroi des oppresseurs , la
consolation des opprimés , l'ornement de l'univers ; et qu'en
scellant notre ouvrage de notre sang , nous puissions voir au
moins briller l'aurore de la felicité universelle.. …………….. Voilà
notre ambition ; voilà notre but . "
Mais quelle nature de gouvernement peut réaliser ces
prodiges ? Le seul gouvernement démocratique ou républicain .
La démocratie n'est pas un état où le peuple continuellement
assemblé regle par dui- même toutes les affaires publiques ,
encore moins celui où 100 mille fractions du peuple , par des
( 303 )
mesures isolées , précipitées et contradictoires décideraient da
sort de la société entiere. Un, tel gouvernement n'a jamais
existé , et il ne pourrait exister que pour amener le peuple au
despotisme . La démocratie , suivant la juste définition de
Robespierre , est un état où le peuple souverain , gùidé par
des lois qui sout son ouvrage , fiit par lui-même tout ce qu'il
peut bien faire , et par des délégués tout ce qu'il ne peut pas
faire lui-même . Mais pour arriver au regne paisible des lois
constitutionnelles , il faut terminer la guerre de la liberté
contre la tyrannie , et traverser heureusement les orages de la
révolution , tel est le but du systême révolutionnaire , organisé
par la Convention nationale . Le plan de son administration
doit être le résultat de l'esprit du gouvernement révolutionnaire
, combiné avec les principes généraux de la démocratie.
Or , quel est le principe fondamental du gouvernement
démocratique ou populaire , c'est la vertu cette vertu pu
lique qui opéra tant de prodiges dans la Grèce et dans ' Rome ,
cette vertu qui n'est autre chose que l'amour de la patrie et
de ses lois . Mais comme l'essence de la République ou de la
démocratie, est l'égalité , il s'en faut que l'amour de la patrie.
embrasse nécessairement l'amour , de l'égalité .
Après avoir très - bien prouvé que non- sculement la vertu est
l'ame de la démocratie , mais qu'elle ne peut exister que dans
ce gouvernement , Robespierre en a conclu que la premiere
regle de la conduite politique de la Convention nationale devait
être de rapporter toutes ses opérations au maintien de
l'égalité et au développement de la vertu . Ainsi , tout ce qui
tend à exciter l'amour de la patrie , à purifier les moeurs
à éléver les ames , à diriger les passions du coeur humain vers
l'intérêt public , doit être adopté ou établi . Dans le systême
de la révolution française , ce qui est immoral est impolitique ,
ce qui est corrupteur , est contre-revolutionuaire Le plus grand
écueil que nous ayons à éviter n'est pas la ferveur dú zele ;
mais plutôt la lassitude da bien et la peur de notre propre
courage .
Pour faire sentir que la vigilance et l'énergie nous sont plus
nécessaires que jamais , Roberspierre a jette un coup - d'oeil sur
notre véritable situation . Les ennemis intérieurs du peuple
Français se sont divisés en deux sections , qui marchent au
même but par des routes diverses : l'une nous pousse à la faiblesse
, l'autre aux excès . Voici comme les a depeint l'orateur :
Faut- il agir ? ils pérorent. Faut- il délibérer ? ils veulent
commence par agir. Les tems sont-ils paisibles ? ils s'opposent
à tout changement utile . Sour- ils orageux ? ils parlent de tout
réformer pour bouleverser tout. Voulez-vous contenir les séditieux
? ils vous rappellent la clémence de César . Voulez - vons
arracher les pairiotes à la persécution ? ils vous proposent
pour modele la fermeté de Brutus. Ils découvrent qu'un tel a
( 304 )
été noble lorsqu'il sert la République , ils ne s'en souviennent.
plus dès qu'il la trahit , La paix est- elle utile ? ils vous étalent .
les palmes de la victoire . La guerre est - elle nécessaire ? .ils vous .
vantent les douceurs de la paix . Faut- il défendre le territoire ?
ils veulent aller chasser les tyrans au - delà des monts et des
mers . Faut-il reprendre nos forteresses ? ils veulent prendre
d'assaut les églises et escalader le ciel ; ils oublient les Autrichiens
pour faite la guerre aux dévotes . Faut- il appuyer notre ..
cause de la fidélité de nos alliés ? ils déclameront contre tous
les gouvernemens , et vous proposeront de mettre en état
d'accusation le grand - Mogol lui -même. Le peuple va - t-il au
capitole rendre grace aux Dieux de ses victoires ? ils entonneut
des chants lugubres sur nos revers passés . S'agit- il d'en remporter
de nouvelles ? ils sement au milieu de nous les haines ,
les divisions , les persécutions et les découragemens . Faut-il
réaliser la souveraineté du peuple et concentrer sa force par un
gouvernement ferme et respecté ? ils trouvent que les principes
du gouvernement blessent la souveraineté du peuple . Fautil
réclamer les droits du peuple opprimé par le gouvernement ? ils
ne parlent que du respect pour les lois et pour les autorités
constituées ,
Où trouver le remede de tous ces maux , si ce n'est dans
le développement du ressort général de la République , la
vertu ? Il est bien vrai que le but de tous nos ennemis est
de dissoudre la Convention ; mais c'est aussi une vérité qu'un
grand corps , investi de la confiance d'un grand peuple , ne
peut se perdre que par lui- même . Le seul danger sérieux que
peut courir la Convention nationale serait un plan de rallier
tous les ennemis de la République , en ressuscitant l'esprit de
parti ; de persécuter les patriotes , de décourager , de perdre
les agens fideles du gouvernement républicain ; de la remplir
elle-même de fausses terreurs pour l'égarer ou pour la paralyser
; de chercher à la diviser . Ce plan existe ; mais rassurons-
nous , a dit Robespierre ; c'est ici le sanctuaire de la
vérité ; c'est ici que resident les fondateurs de la République ,
les vengeances de l'humanité et les destructeurs des tyrans . II
nous suffit d'appeller , au nom de la patrie , des conseils de
l'amour propre , ou de la faiblesse des individus , à la vertu et
à la gloire de la Convention nationale ...... 99
Nous nous bornerons aujourd'hui à vous proposer de
consacrer par votre approbation formelle les vérités morales et
politiques sur lesquelles doit être fondée votre administration
intérieure et la stabilité de la République , comme vous avez
déja consacré les principes de votre conduite envers les peuples
étrangers ; par- la vous rassurerez tous les bons citoyens , vous
ôterez l'espérance aux conspirateurs ; vous assure rez votre marche
et vous confondrez les intrigues et les calomnies des rois ;
vous honorerez votre cause et votre caractere aux yeux de tous
les peuples. Donnez au peuple Français un gage de voire.zeje
pour
( 305 )
pour protéger le patriotisme , de votre justice inflexible pour
les coupables , et de votre dévoûment à la cause du peuple. Or
donnez que les principes de morale et de politique que nous
venous de développer , seront proclamés en votre nom , audedans
et au-dehors de la Republique. "
La Convention a ordonné l'impression du discours de Robes -
pierre , l'envoi aux départemens , aux sociétés populaires et aux
armées , et la traduction dans toutes les langues .
Séance d'octodi , 18 Pluviose..
Le citoyen Choudieu a fait dans cette séance le rapport de
sa mission dans la Vendée. Il a fait connaître les causes de
la longue durée de cette guerre , et s'est principalement attaché
à réfuter l'acte d'accusation dirigée par Philippeaux contre les
généraux Ronsin et Rossignol ; l'Assemblée a renvoyé ce rapport
à l'examen de son comité de salut public.
Une lettre de Vitré annonce la prise de 52 brigands ; leur
chef a été tué en se sauvant. Il se nommait François Chouan ;
c'était de lui que cette horde infâme tirait son nom.
Il a été rendu quelques décrets particuliers . Les comités
de législation et d'agriculture ont annoncé qu'ils s'occuperaient
d'une loi générale sur l'accaparement et le maximum.
Séance du nonodi , 19 pluviose..
La société populaire , la municipalité et le district de Troyes ,
admise par députation à la barre , remercient la Convention de
leur avoir envoyé en qualité de commisairel, le citoyen Rousselin
. Il a vivifié l'esprit public , établi le culte et l'amour de la
raison et de la philosophie sur les débris du fanatisme et de la
superstition , et ces seuls moyens pour opérer le bien ont été la
douceur et la persuasion . Les pétitionnaires terminent par
une offrande de 7794 marcs d'or et d'argent , 13,744 marcs de
cuivre et des décorations d'églises . Mention honorable.
Une députation de la société populaire de Conches , départe
ment de l'Eure , vient réclamer la liberté de deux citoyens
arrêtés par les intrigues d'un nommé Savard , défenseur officieux
des officiers municipaux de cette ville , traduits au
tribunal révolutionnaire , comme prévénus de fédéralisme ,
Lacroix et Legendre , qui avaient été envoyés dans ce département
attestent le civisme de ces deux citoyens . La conven,
tion décrete leur mise en liberté . D'après les observations de
Robert Lindet , il résulte que les faits imputés aux officiers
municipaux traduits au tribunal , meritent d'être éclaircis . La
suspension de la procédure est prononcée jusqu'apres un
rapport des comités de salut public et de sûreté genéralo ,
auxquels cette affaire est renvoyée .
"
Sur la proposition de Cambon , la Convention rend le
dée et suivant :
6 An. ler . Le payement des rentes viageras er pensiona
Tome VII. X
( 306 )
"
dues à la République depuis le 1er juillet 1793 , ( vieux style )
jusqu'au 1er germinal prochain , pour les 8 mois 21 jours qui
seront échus à cette époque , lesquels seront calculés à raison
de trois trimestres moins un dixieme de trimestre , du montant
de la rente ou de la pension qui sera due , de sorte que pour
-100 livres de rentes ou pensions annuelles , il sera payé 72
livres 10 sous.
99 II. Le payement ordonné par l'article précédeut
ne sera
fait que sur la présentation
du dépôt des anciens titres , pour être échangés contre des titres républicains
, d'après le mode qui sera statué.`
III. A l'avenir , les pensions et rentes viageres seront
payées au commencement de chaque semestre de l'ère ré
publicaine .
,, IV. La Convention nationale charge son comité des
finances de lui faire incessamment un rapport général sur les
rentes viageres et pensions. "
Séance du décadi , 20˚ Pluviôse .
Couthon a dénoncé à la Convention nationale une proclamation
atroce , publiée, par le représentant du peuple ,
Javoque , qui se maintient en commissiou contre le voeu de
la loi , et exerce , a dit Couthon , avec la cruauté d'nn Néron
les pouvoirs qui lui sont retirés dans cet écrit. Javoque dépeint
Couthon comme l'ennemi le plus dangereux du peuple , l'ami ,
le protecteur déclaré des contre- révolutionnaires . A la lecture
de ce libelle, toute l'Assemblée a témoigné la plus vive indignation
; diverses propositions ont été faites ; elles ont été
adoptées en ces termes : La Convention détrete qu'elle casse
et révoque unimprimé signé Javoque , représentant du peuple ,
intitulé : Proclamation et arrêté des représentans du peuple , daté
de Montbrisé , le 13 pluviôse , et annulle tout ce qui pourrait
s'en être ensuivi ; ordonne que le citoyen Javoque se rendra
sur-le - champ au sein de la Convention nationale , et que faute
d'avoir obéi dans huit jours , à compter de la date du présent
décret , il y sera traduit à la diligence des représentans du
peuple dans le département. Renvoie au surplus la proclamation
du citoyen Javoque , et toutes les pieces qui le concernent
, au comité de salut public , pour en faire l'examen.
et un rapport à la Convention nationale.
Le présent décret sera envoyé dans le jour , par un courier
extraordinaire , aux représentans du peuple à Commune- Affranchie
, qui demeurent chargés de sou exécution .
On a adinis à la barre une députation d'hommes de couleur.
Un d'eux a dit :
VOLS
Vous voyez devant vous , législateurs , une partie des
citoyens de couleur habitans de Paris ; nous venons
féliciter de la justice que vous avez rendue à l'égalité , en ,
adoptant parmi vous nos freres . Nous ne vous remercions pas
( 307 )
parce que les républicains ne connaissent pas ce mot ; nous
vous dirons que vous avez bien fait en proclamant la liberté
générale . Ce sublime décret va donner la vie et faire le bonheur
de plus d'un million de malheureux qui gémissent dans les
fers et ignominie . Ah ! combien vous allez recevoir de béné
dictions et de f licitations ; vous les méritez bien et vos noms
à jamais immortels ne seront prononcés qu'avec l'enthousiasme
de la reconnais ance par tous les peuples de la terre... Nous
terminons en vous presentant une reflexion que nous croyons
utile : les colonies sont perdues , si vous permettez que les
Colons repassent à Saint - Domingue avant qu'elles soient organisées.
Dans sa réponse , le président a assuré les pétitionnaires que
la Convention , après avoir donné à ses freres la liberté , ne
négligera aucun des moyens propres a les faire jouir , sans
anxiété et sans péril de ce premier bien sans lequel l'existence
ne serait qu'un cruel fardeau.
Séance du primidi , 21 Pluviûse.
Collot d'Herbois , au nom du comité de salut public , a
annoncé que les pouvoirs de ce comité étaient expirés . La
Convention les a proroges pour un mois .
Plusieurs communes out adressé à la Convention des dons
patriotiques , des réclamations et des demandes de sécours .
La mention honorable des uns et le renvoi des autres aux
divers comités qui les conceruent , ont été décretés .
Séance de duodi , 22 Pluviôse.
Le comité de salut public est autorisé à faire opérer dans
la Vendée et dans les départemens qui ont participe à sa révole ,
les desarmemens qu'il croira nécessaires à l'intérêt de la chose
publique .
Sur a proposition de Cambon , il a été décrété que toutes
les marchandises , envoyées à Commune- ffranchie , posté
rieurement au decret qui déclare cette commune en rébel
lion , et qui ont été arrêtées , seront confisquées . Toutes les
marchandises , envoyees antérieurement au decret qui déclare
cette commune en rébellion , seront remises à celui qui justifera
en être proprietaire , en fournissant un certificat de
civisme à la municipalité qui aurait fait la saisie des marchandises
réclamées . Si parmi les marchandises qui ont éte arrê
tées il s'en trouvait qui eussent une toute autre destination ,
la saisie sera levée afin qu'elles puissent parvenir à leur des
tination. Les dispositions de ce déciet seront étendues à toutes
les communes qui ont été déclarées en etat de rebellion .
Au nom du comité de legislation , Merlin de Douai a fixé
l'attention de l'Assemblée sur une affaire concernant Amand
Coédie , descendant du célebre Coedic , qui dans la guerre
d'Amérique fit sauter une frégaté , plutôt que de la livrer aux
X 2
308
Anglais. Amand Coédic était conseiller au parlement de
Rennes ; tous les habitans de cette ville attestent son patriotisme
. Avant la révolution française il avait déja fait des écrits
en faveur de la liberté ; quoique d'une caste privilégiée , il
travaillait à une insurrection qui rendit
au peuple tous ses
droits . Un tel homme devait être persécuté par la cour. Ses
efforts patriotiques lui mériterent deux lettres de cachet, Les
satellites charges d'exécuter les ordres arbitraires du tyran ,
ne l'ayant pas trouvé chez lui , clouerent les lettres - de - cachet
à la porte de sa maison . Amand Coédic se retira d'abord
à Nantes , mais ne s'y trouvant pas en sûreté , il passa
Londres , muni d'une lettre de crédit de ses parens .
Il était hors de France , mais il ne soupirait pas moins
pour la liberté de son pays ; il composa plusieurs écrits révo
lutionnaires . Son patriotisme fut dénoncé à ses parens en
France , qui lui retirerent la lettre de crédit qu'ils lui avaient
donnée . Le banquier qui lui avait prêté des fonds , le fit mettre
en prison ; ce fut une raison de plus pour lui de travailler
pour la liberté. En mai 1791 , il adressa plusieurs ouvrages
à l'assemblée constituante ; elle les reçut avec applaudissement.
Il sortit enfin de prison et se rendit à Paris . Bientôt le ban
quier de Londres le fit assigner au tribunal du troisieme
arrondissement de Paris . Il soutint qu'il ne devait rien à ce
banquier , mais il n'avait point les pieces nécessaires pour
justifier son assertion ; il fallut aller les chercher à Londres .
Il obtint un passe - port de la municipalité de Paris ; ce passeport
fut délivré d'après toutes les formalités requises par la
loi . Amand Coédic partit de Paris le 18 mai 1792 , et se
Tendit à Londres , où il ne resta que dix jours , et revint en
France.
Au mois d'octobre dernier , Amand Coédic fut dénoncé
à l'administration de police , comme émigré ; et par un arrêté
de cette administration , il fut renvoyé au tribunal révolutionnaire
. Après quelques débats , la Convention , sur la
proposition de Robespierre , a renvoyé cette affaire au comité
de sûreté générale et suspendu la procédure,
PARIS. Quintidi , 25 Pluviðse.
Test inutile qu'on s'occupe plus long- tems auxJacobins de la
discussion sur les vices de la constitution d'Angleterre et la cor
ruption de son gouvernement . Tout ce qu'on pourrait dire vau
drait - il ce qui s'est passé duns les deux chambres du parlement ?
Quand ceux qui se disent les représentans d'une nation sont assez
läches pour voter des remercimens et de nouveaux subsides au
despote qui l'a entraînée dans une guerre aussi désastreuse ; quand
le parti de l'opposition se trouve réduit dans les deux chambres
1
( 30g )
à une minorité aussi déshonorante ; quand dans un pays qui
se vantait si orgueilleusement de sa liberté , ou souffre que le
roi appelle et reçoive des troupes étrangeres , sans même en
vouloir dire le nombre ; quand le ministre, Pitt ose dire ou
vertement qu'il ne peut être question de paix tant que la
France aura son systême actuel de gouvernement , qu'il est
impossible de reconnaître l'unité et l'indivisibilité de la République
française , et moins encore un gouvernement fondé sar
la liberté et l'égalité , il ne s'agit plus de vouloir éclairer un
tel peuple sur ses droits ; il ne faut que le combattre .
Če systême de philantropic envers les peuples n'est pas
plus convenable à nos intérêts que la prétention absurde de
républicaniser et de municipaliser tous les peuples qui occupent
la surface du globe. Toutes ces exagérations , enfantées par
le délire , et dans des intentions plus que suspectes , n'avaient
d'autre objet que de nous tenir toujours hors de la mesure
des choses , et de multiplier le nombre de nos ennemis . Heureusement
le comité de salut public et la Convention ont démêlé
depuis long-tems le piége , et cherchent à en garantir les
patriotes plus ardens qu'eclaires , tonjours prêts à embrasser
des chimeres , parce qu'elles séduisent l'imagination .
1
Il est tems de renfermer nos forces , nos moyens et nos
vues dans les bornes qui conviennent à notre sûreté et à nos
succès. Il est tems de mettre la raison et la saine politique à
l'ordre de tous les jours . Tels sont les principes qu'a , developpes
Robespierre dans son discours sur le gouvernement
intérieur , et dans celui qu'il avait prononcé précédemment sur
nos relations étrangeres. Il en a encore donné des preuves dans
la séance des Jacobins du 19 de ce mois .
Brichet , l'un des membres de cette société , avait fait la
motion subite et instanie d'une descente en Angleterre et
d'une petition à la Convention pour l'engager à faire juger
dans la década prochaine tous les restes de la faction brissottine
, et à s'epurer elle - même , en chassant tous les crapauds
du marais qui ont essayé de gravir sur la montagne. Voici
de quelle maniere Robespierre lui a répondu
66
Quoique les propositions du préopinant soient extraor
dinairement populaires , quoiqu'elles soient révolutionnaires au
dixième degré , j'avoue que je suis décidé à les combattre . Je
dois vous faire observer qu'après avoir conquis l'égalité dans
un tems où beaucoup de nouveaux champions , aussi brillans
aujourd'hui que monsieur Brichet , n'étaient pas encore connus ,
il n'est rien de si facile que de la détruire , en paraissant la
defendre , soit par la négligence des mesures qui peuvent la
consolider , soit en proposant des mesures outrées , Il faut
toujours dans ce dernier cas , qu'un champion sortí de l'obscurité
se mette en avant pour faire adopter une proposition
dangereuse , que l'on a soin de couvrir d'un vernis
popularité.
.
X 3
( 310 )
·
C'est avec une extrême répugnance que je désigne le
préopinant ; ce n'est pas lui dont je veux m'occuper , mais
plutôt du complot que nous avons découvert , et qui est si bien
développe , que dans peu de jours les conséquences s'appli
queront aux individus.
Brichet semble s'apitoyer sur le sort des patriotes , comms
s'il n'y avait que les patriotes qui fussent persecutes . Si le
préopinant a voulu le dire , il n'a pas dit la véritée , car les
aristocrates tremblent depuis que tous les jours on les conduit
à l'échafaud . Ceux qui se plaignent du soit qu'eprouvent les
patriotes , ne sont pas ceux qui leur donneraien des secours
dans le besoin , ni qui s'exposeraient pour les défendre . Je
regrette beaucoup de n'avoir pas vu Brichet donner ses soins
aux patriotes opprimés , dans des momens critiques ; et je suis
étonné de le voir maintenant dans une posture où il paraît
être le fondateur de la liberté , et nous des moderés et des
feuillans.
" Je vais raisonner sur l'opinion de Brichet , et l'inviter à
me répondre ; je vous ferai observer une seconde fois qu'il
s'agit aujourd'hui non de proclamer les droits du peuple .
mais de choisir les moyens les plus propres pour les defendre .
Brichet et quelques autres pourront bien les proclamer ; mais ils
auront le soin de ne vous proposer aucune mesure pour
faire triompher , ou s'ils en proposent , elles seront au moins
imprudentes.
les
99 I m'a paru que son opinion avait deux objets. Le premier .
contenu dans une seule phrase , est la descente en Angleterre.
Je suis éloigné de contester la nécessité de cette grande mesure ;
mais je lui dirai que ce n'estajpas lui qui nous donnera toutes
les facilités pour l'exécuter que ce n'est pas lui qui pourra
concourir à la diriger Brichet nous exprime la proposition
imposante d'une descente en Angleterre avec beaucoup de brieveté
; mais il développe très au long celle qui a pour but
d'attaquer les représentans du peuple. Que devons - nous en
conclure , sinon que Brichet en veut plus à la représentation
nationale qu'à l'Angleterre ?
Son opinion est très belle; il vous parle de punir les
traîtres , et de les envoyer en masse à la guillotine . C'est
aujourd'hui un très- beau rôle de déclamer contre le marais et
contre une nouvelle faction . Il serait bien facile avee cela de se
faire applaudir , si l'on ne parlait pas devant des hommes qui
sont au fait de tout ce qui se passe ,
Le premier principe des hommes libres , est d'exterminer
tous les traîtres , mais il faut employer tous les moyens convenables.
Personne n'ignore qu'il y a beaucoup d'intrigans et
de scélérats , qui veulent compromettre la Convention par des
fausses démarches , l'avilir et la dissoudre ensuite. Ces hommes
infâmes qui reçoivent de grosses sommes pour une petite
motion , savent bien que leur seule ressource est de couvrir
leurs exécrables projets d'une teinte de patriotisme.
( 311^)
En frappant à la fois et le marais et la faction nouvelle ,
c'est douner à celle- ci l'appui du marais , qui se croyant tout
entier menacé de l'échafaud , se rallierait aux chefs de la faction
que M. Brichet dénonce , pour détruire de concert avec elle la
Montagne et la Convention. Si la représentation nationale
gémissait sous l'oppression , j'applaudirais au zele du préopinant ;
mais je suis obligé de dire que l'orateur était muet dans le tems
où la Convention était opprimée par Brissot et ses complices .
Si la Convention était composée de contre-révolutionnaires , je
bénirais la vigilance d'un homme quel qu'il fût ; mais si la Convention
est composée de représentans dignes ds l'être ,'' si
elle qui a écrasé nos ennemis , qui a dissous dans l'intéri
la coalition de tous les fédéralistes des 83 départemens Font
a étouffé la rébellion dans Toulon , dans Lyon , etc .; arcile a
repousse les Allemands au Rhin . et les a tenus en échec au
Nord ; si elle a donné au monde un exemple frappant de fermeté
, il est étonnant de voir un homme méprisable , élever la
voix contre quelques représentans , comme si la Convention
n'était pas assez forte pour punir les traîtres qui se trou
veraient dans son sein. Je suis indigné d'entendre déclamer
un Brichet dont nous n'avions pas entendu parler , et qui
n'aimerait pas qu'on recherchât sa vie passée dans les
boudoirs de la Polignac.
Ле
S'il existait autrefois un marais égaré par les chefs d'une
faction infâme dont la plupart out péri sur l'échafaud , il eat
constant que depuis ce moment , la Convention a sauvé la
patrie , et que ceux qui composaient autrefois le marais se
liguent avec la Montagne pour prendre les décisions vigoureuses
et salutaires ; ce qui prouve que des sélérats avaient corrompu
quelques individus faibles et dont la masse était bien
intentionnée . ६
Je reconnais avec monsieur Brichet , qu'il y a une factiou
nouvelle ; elle se divise en deux partis , dont l'un est composé
d'agens des puissances étrangeres , qui travaillent pour la ty
rannie , pour la dissolution de la Convention et le déchirementde
la France en lambeaux ; l'autre est composé de factieux
qui se sont introduits jusques dans la Convention . Sans doute
les émissaires des tyrans ne pourraient exécuter leurs projets
s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés
dans la Convention .
Brichet vous parle bien de cette faction , mais il ne nomme
pas les individus , il ne désigne pas les traîtres qu'il faut punir.
Quand on demande vengeance contre des représentans que
l'on ne désigne pas , toute la Convention se croit menacée et
exposée à de grands malheurs › alors les véritables traîtres sont
ceux qui mettent en avant de pareilles motions.
Robespierre après s'être résumé , termine par de mander :
66 1 ° . Que la société onvre une discussion solennelle sur le
double systême d'intrigue qu'il a dénoncé ;
( 312 )
Brichet a
Que l'on passe à l'ordre du jour sur la metien de
9:39. Que cet individu soit chassé de la société .
Brichet en effet a ete expulsé , ainsi qu'un autre membre ,
et la société a mis à l'ordre du jour la discussion sur la double
intrigue dont a parlé Robespierre ...
Duplessis , beau- pere de Camille Desmoulins , qui avait été
mis en arrestation , a été mis en liberté .
dans
On écrit d'Angers , que la commission militaire de cette
condamné a mort Desmarest , dit Destimanville , et
patric
Joseph Tabary ; le premier , ex-général des troupes
publique dans la Vendee ; et le second , adjudant-généralIl'armee
de l'Ouest , convaincus de haute trahison dans
leur commandement.
Les ci-devant receveurs - généranx , Auguié , Bergerec , Chalaudray
, Chouart pere , Chouart fils , Foissy , Delorme , Du
fresne , d'Aucourt , d'Arjuzon , Daunay , Bondy , Fougeret , le.
Tonpelier , la Ferté , Landy- Landry , Marquet- Montbreton ,
Marigner , Oursin- Mentchevreuil , Parseval, Raudon - Hannencourt
, Randon - Duthil et Thievron , détenus à Port- libre , sont
renvoyés en état d'arrestation avec deux gardes chacun , dans
leur domicile respectif à Paris ; faute par eux de présenter leurs
comptes respectifs au bureau de la comptabilité , et d'en solder
le reliquat , dans le délai de deux mois , ils seront réintégrés
dans la maison d'arrêt de Port - libre , par mesure de sûreté
generale , et leurs biens , meubles et immeubles seront confis
qués au profit de la nation , pour l'indemniser des débets de
chacun d'eux .
Si l'on en croit des lettres de Port-Malo , un aviso y a
apporté la nouvelle qu'en Irlande le peuple a planté l'arbre
de la liberté , et a arboré la cocarde tricolore .
* On maude de Magdebourg que la Fayette a été conduit à
Neisse , et la Tour- Vaubourg à Pluts ; Alexandre Lameth´est
resté malade à Magdebourg , où sa mere lui prodigue ses
soins .
Petion qui était en Suisse a eu ordre d'en sortir.
Il a été déposé le soir à la porte du citoyen Lechâtelain de
Ja section des Lombards , un enfant âgé de 4 ans avec une
lettie sans signature . Quoique ce citoyen soit pere de famille ,
il s'est charge p ovisoirement de cet être infotuné —— Le
citoyen Mathes a adopté deux enfans delaissés par leur pere
Le onseil general de la commune , instruit de
ces exemples de verius republicaines , en a arrêté la mention
et inele .
-
( 313 )
civique au procès- verbal , l'insertion aux affiches de la commune
, et la notification au comité d'instruction publique ,
pour y figurer dans les fastes du civisme .
Daugé , administrateur de police , en faisant des perquisi
tions à Champs , dans une des propriétés de la femine Mar-,
boeuf , a trouvé , daus un gros mur du château , une malle
-remplie d'argenterie et de differentes boëtes , contenant des
effets précieux.
Sur le requisitoire de l'agent national , le conseil -général a
arrêté 1 ° . que ceux qui acheteraient , soit viande ou autre
marchandise , de toute espece , au-dessus du maximum , seront
punis , ainsi que ceux qui vendraient au-dessus ; 2 ° . que l'administration
des subsistances soit invitée à faire , sous deux
jours au conseil -général , le rapport demandé sur tous les
objets de consommation qui lui ont été renvoyés , afin d'indiquer
à la commune les mesures qui lui parcitront les plus
propres pour préserver Paris de la disette , dont les malveillans
semblent le ménacer encore.
Sur la motion d'un membre , qui a exposé la nécessité de
mettre en valeur les terres de luxe des jardins des émigrés ,
le conseil a arrêté , 1 ° . que le département serait invité
presser la mise en culture de ces jardins ; 2º. que les comités
révolutionnaires seront invités à envoyer la liste des jardins
de luxe qui sont dans leur arrondissement ; 3° . qu'il sera
nomme une commission dans son sein , pour présenter des
vues au département sur les moyens les plus efficaces de la
culture de ces terres .
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Henriette- Françoise Michelle , veuve de Jacques Auger
, ci-devant marquis de Marboeuf , maréchal de camp , native
de Nantes , demeurant à Champs , département de Seine et
Marue , âgée de 55 aus ; et Jean-Joseph Payen , natif d'Avignon
, âgé de 49 ans , cultivateur , habitant avec la femme de
Marboeuf , dans la maison de Champs , et à Paris , rue du
fauxbourg Si . Honoré , et jouissant de toute la confiance de
cette femme ; convaincus d'être auteurs ou complices d'une
conspiration contre la sûreté du peuple Français , tendante à
favoriser la rentrée des ennemis sur le territoire français , et.
à assurer le succès de leurs armes , en leur fournissant
des vivres , et à priver les Français , notamment les habitans
de las comuiune de Champs , d'une grande quantité de
grains nécessaires à leur existence , pour operer la disette , et,
par ce moyen , exciter la guerre civile la premiere , en dénaturant
le produit d'un très grand nombre d'arpens de terre
dans la commune de Champs , en faisant semer à cet effet
( 314 )
de la luzerne , au lieu de bled ; en suscitant des troubles
dans sa commune , en desirant l'arrivée des Prussiens et des
Autrichiens , pour lesquels elle conservait des provisions considérables
dans sa maison de Champs , et le second en ordonnant
et dirigeant les semences de luzerne , et en exerçant
des vexations envers les patriotes de la même commune.
-
La même peine a été portée contre Marie- Gabrielle Chapt,
veuve du ci- devant marquis de Peisac de Rastignac , âgée de
60 ans , née à Périgord , demeurant à Marly ; Elisabeth-
Pauline Degand , âgée de 56 ans , femme séparée de corps
et de biens du ci - devant comte de Lauragais ; Anne-Hen
riette Boucherain , veuve Thibault , ci -devant baron de l'Escurre
née à Paris ; François - Amable Chapui , lieutenantcolonel
du 5e . bataillon de Saône et Loire à l'armée du Nord ,
convaincu d'avoir été complice de Dumourier ; et plusieurs
autres conspirateurs et fournisseurs infideles .
9
Huit ci - devant religieuses ont été condamnées par le même
tribunal à la déportation .
Arrêté du comité de salut public de la Convention nationale , du 15
pluviôse.
Le comité de salut public , considérant que la fabrication
révolutionnaire du salpêtre , de la poudre et des canons , dans
toute l'étendue de la République , exige un grand nombre d'agens
éclairés , pour être portée promptement à toute l'activité nécessaire
, arrête ce qui suit
Art. I. Tous les districts de la République enverront à Paris
deux citoyens robustes , intelligens et accoutumés au travail ,
pris dans les compagnies de canonniers , ou parmi les citoyens
qui ont fait le service le plus actif dans la garde nationale . Paris en
fournira deux par section .
II . Ces citoyens seront âgés , de vingt- cinq à trente ans :
un au moins de chaque district devra savoir lire et écrire . Le
choix en sera fait par les administrateurs de district , sur la
présentation des sociétés populaires , dans l'intervalle de 5
jours au plus après la réception du présent arrêté.
III. Les administrateurs de district leur feront un état de
route comme aux canonniers de l'armée.
" IV. Ces citoyens se rendront à Paris immédiatement après
leur nomination . Deux jours après leur nomination au plus
tard , l'agent national du district sera tenu d'en donner
connaissance , ainsi que de leur départ au comité de salut
public.
( 315 )
V. La municipalité de Paris fera préparer les emplacemens
convenables pour loger ces ci oyens . Elle nom
mera un commissaire pour les recevoir , les inspecter , et
leur faire fournir tous les objets qui leur seront nécessaires .
2. VI. Ces citoyens seront sans fusils dans leur voyage et
pendant leur séjour à Paris. Il leur sera alloué 3 liv. par jour ,
taut qu'ils seront dans cette commune : ils ne pourront ce
pendant v rester que trois décades .
ce-
99 VII . Neuf instructeurs , nommés par le comité de salut
public seront charges de leur faire les cours nécessaires sur
l'art de raffiner le salpêtre , de fabriquer la poudre , de mouler ,
fondre et forer les canons ,
» VIII. Les premiers cours commenceront le 25 pluviôse
présent mois. Les citoyens seront exercés aux manipulations.
particulieres des arts qu'on y démontrera..
IX. Après les cours , on donnera à chaque citoyen qui
les aura suivis , des exemplaires d'instructions sur l'art de faire
le salpêtre et la poudre , et sur celui de fondre les canons .
Ges instructions seront accompagnées de planches nécessaires
pour bien comprendre les procédés de ces arts , et pour pouvoir
guider tous les artistes dans la fabrication des machines
et ustensiles que ces arts exigent.
2 X. Les éleves , après avoir reçu ces instructions par les leçons
et l'expérience , seront employés à raison de l'intelligence
qu'ils auront montrée , et des connaissances qu'ils auront
acquises.
XI . Les dépenses nécessitées pour l'exécution du présent
arrêté seront prises sur les fonds mis à la disposition de la
commission des armes et poudres de la République . "
A Paris , le 15 Pluviose , l'an 2. de la République Française .
Signé au registre , Robespierre, Carnot, A. Couthon , R. Lindet,
C. A. Prieur , Barrere , Billaud -Varenne , Jean- Bon-Saint- André
et Collot-d'Herbois.
NOUVELLES.
ARMÉE DU MIDI . Nice 6 pluviôse, >
Nous avons célébré ici la prise de Toulon avec une joie .
vraiment républicaine . Les Génois qui se trouvaient dans le
port sont venus fraterniser avec nous sur la place de la Répu
blique , et ils ont juré comme nous d'exterminer les tyrans et
de défendre la liberté jusqu'à la mort. Le roi Sarde est toujours
dans un état d'inquiétude et de détresse qui ne lui permettra pas
long- tems de rester dans la coalition . Il demande des renforts à
force à l'Autriche .
( 316 ) 1
" L'armée piémontaise est commandée actuellement par les
généraux Collin et Saint-André ; ils ont pris leur cantonnement
d'hiver.
Port-de- la- Montagne , & pluviose . Dès que les représentans
du peuple furent instruits que l'escadre anglaise avait évacué
la rade d'Hieres , ils donnerent ordre au comité de marine de
faire armer tous les petits bâtimens disponibles pour aller
prendre possestion de ces isles , et pour réparer les ouvrages de
défense que les Auglais ont essayé d'endommager. Dès le 6 au
matin , 12 bâtimens armés , équipes et chargés de troupes ,
d'artillerie et de munitions , firent voile pour leur destinations
11. 821
" L'escadre anglaise a dirigé sa route à l'est . Une partie s'est
retiré à l'islé d'Eloé sur les côtes de Toscane ; l'autre qui n'a
pas osé chercher un asyle en Corse , a été fort tourmentée par
les gros tems . Dans sa détresse , elle s'est vue réduite à demander
a la République de Gênes la permission de mouiller dans le
golfe de la Spezzia . Le sénat a répondu qu'il ne pouvait permettre
l'hivernage dans cette rade que pour cinq vaisseaux , à
condition qu'ils debarqueraient leur poudre, On ne sait pas st
l'amiral Hood l'a accepté. Cependant Gênes a ordonne une
levee de 15 mille hommes , et elle paraît résolue de se mettre
à l'abri de toute insulte de la part des Anglais .
qzsf
5 " Ceux- ci ne se laveront jamais des atrocités qu'ils ont commises
dans cette ville durant le cours de la contre - révolution.
Ils fesaient déchirer à coup de gareette les prisonniers pauiotes
. Un boureau , sur l'ordre d'un garde -marine Anglais ,
en appliqua 36 coups sur les reins de Bailly , commissaire de
marine. Le vieux Escot , quoique courbé sous le poids des
ans et des infirmités , ne fut pas à l'abri de leur barbarie , et
se vit ignominieusement frappé de coups de sabre . Vetout et
quantité d'autres personnes snbirent le même traitement. 19
ré-
Marseille , 15 pluviôse. « Nos vaisseaux sont tous en
quisition ; nous ignorons encore pour quel objet . La démolition
des sections empoisonnées s'opére tous les jours avec acti
vité. La vente des effets nationaux se fait saus interruptions ,
et l'esprit publique se régénere de jour en jour. "
ARMÉE DU RMIN.
Strasbourg , le 18 pluviose. La maladie épidémique qui
regne dans les armees autrichiennes et prussiennes , et parmi
les émigrés , continue à faire les progrès effrayans . Plus de
sept mille Prussiens , qui en' sont attaqués , sont entasses dans
les hôpitaux à Francfort . Les Impériaux ont été obligés d'en
établir de nouveaux à Lauffer et à Sikingen. Les émigrés ont
les leurs à Etleinheim et à Siebaen dans le Brisgaw. Les ha(
217 )
bitans qui voient tous les dangers qu'ils courent sont absolument
déterminés à les en chasser. Le mal a déja pénétré
dans le Haut-Margraviat..
1 Les officiers Autrichiens cantonnés dans le Brisgaw', annoncent
ouvertement qu'ils se regarderent comme fort heureux
si , avec les dépenses et les efforts qu'on fait pour la
prochaine campagne , ils peuvent garder la défensive sur les
rives du Rhin .
-22
I
Notre armée qui campe dans les environs de Manheim
fait de grands mouvemens ; on a même entendu plusieurs
coups de canons tirés sur la ville . L'alarme est générale dans tous
les postes sur le Rhin. Le 30 janvier au marin , un adjudantgénéral
, accompagné d'un trompette de l'armée Française
s'est présenté dans les retranchemens ennemis. On ne sait
encore rien de l'objet de sa mission ; mais au moment de son
apparition toute notre armée s'est trouvée sous les armes , sur
une étendue immense , dont la ligne se déployait à perte
de vue. "
ARMÉE DE LA MOSELLE.
ן י
Thionville , 20 Pluviôse. On attend dans cette commune
l'état- major de l'armée de la Moselle. Hoche , dit- on , a quelques
projets importans ; ce jeune général donne les plus belles
espérances ; une partie de son armée est dans les environs de
Sarre- Libre ; elle va se remettre pendant quelque tems de ses
pénibles marches , et dès que le tems le permettra , elle avau
cera sur la Moselle . La plupart des bataillons qui viennent
d'être portés au grand complet par ceux de requisition , sont
dans le meilleur état ; le décret salutaire qui a ordonné cette
sage mesure semble avoir doublé le nombre de
défenseurs ; et sans calculer les sommes immenses qu'il épargne'
à la République , il a encore le double avantage de former dos
bataillons mieux organisés , et d'opposer à nos ennemis des
masses plus imposantes. Les nouvelles levées de cavalerie se
forment et s'exercent avec zele ; nos principes se propagent
Une partie de l'armée de la Moselle est déja arrivée à Thionville
; elle va se réunir dans les environs , et dans peu elle
marchera sur Trêves . Tout nous annonce les plus heureux
succès.
2
ARMÉE DU NORD.
nos
Maubeuge , le 15 plaviôse . Hier l'ennemi a fait un mosvement
du côte de Beaumont , et a fait semblant de se préparer
à attaquer nos postes avancés. Le général a donné ordre de
faire renforcer tous les postes , et que personne ne se déshabcihlelmâte;
ntnodterecorps de grenadiers a bivouagné , avec un détachement
de chasseurs à pied , sur les hauteurs d'Oherey, afin
de protéger la retraite des troupes cantonnées à Kevelon. La
1
( 318 )
cavalerie a fait de fréquentes patrouilles toute la nnit ; l'ennemi
n'a point paru. Nous sommes rentrés ce matin à onze
heures ; nous avons les ordres de nous tenir prêts ; si l'ennemi
nous attaque , je vous enverrai les détails de l'affaire . 19
66
7
Givet , 10 pluviose. Les déserteurs Autrichiens se rendent
en grand nombre dans cette place ; depuis plusieurs jours les
régimens de Wierset et de Berchiny voient diminuer considérablement
leurs escadrons dix hussards de ce dernier
viennent d'arriver montés et équipés , et en annoncent beaucoup
d'autres . ‚¶
COTES MARITIMES.
Calais , 16 pluviôse . Il est entré dans le port de Calais un
navire à trois mâts , chargé à comble , de dix - huit mille rasieres
de bled. J'ai rencontré dans ma route , de Calais à Paris , plus
de ceut quatre-vingt voitures chargées de bled venant de
Calais . "
Pour copie conforme , ce 19 pluviôse , deuxieme année
républicaine.
Brest , 10 pluviôse. L'amiral Thevenard , commandant à
Brest , a été nommé au commaudement du Poit- de-la-Montagne.
Il est remplacé par le contre- amiral ségriou .
L'employé civil sur le vaisseau le Jeanbart vient de publier
les details suivant de la petite campagne qu'il a faite.
*
L
2 Depuis le 23 nivôse , nous avons croisé dans la Manche
depuis l'isle d'Ouessant jusqu'aux Sorlingues.
Le 27 , nous avons poursuivi un corsaire anglais depuis
huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir , et nous
étions sur le point de lui faire danser la carmagnole , lorsque
la nuit nous obligeat de rejoindre la frégate la Félicité , qui
était restée à près de quatre lieues derriere nous .
,, Le 28 , nous avons pris un navire américain , venant de
Philadelphie , allant à Amsterdam avec un chargement de sucre
et de café , estimé 8 à 900 mille livres .
Le 30 , nous apperçûmes à deux heures du matin
un navire auquel nous commençâmes à donner la chasse à
cinq heures .
" A deux heures de l'après- midi , le calme nous empêchant
de le joindre , nous continuâmes à le poursuivre , en faisant
retentir l'air de nos chants patriotiques . Lorsque nous fumes assez
près de lui , il mit pavilion anglais et nous tira neuf coups , de
canon ; la fregate la Félicité etait loin de nons . Le capitaine
le Bozec , qui desirait lui faire partager l'honneur du combat ,
fit mettre en travers pour l'attendre cependant , comme elle.
( 319 )
ne nous rejoignait point assez vite et qué la nuit approchait
notre capitaine fit arriver sur l'Anglais et tirer deux coups de
canon , dont les boulets porterent à son bord . Ce bâtiment ,
que nous avions pris jusqu'alors pour une lettre de marque
ouvrit sa deuzieme batterie, et nous vimes clairement que c'était ,
un vaisseau de 74. Nous ne tardâmes pas à virer de bord et à
mettre toutes nos voiles dehors pour le fuir ; il nous poursurvit
à son tour , et tira à toutes volées sur la frégate et sur
nous. Quand nous fûmes à une certaine distance de lui , nous .
commençâmes à ralentir notre marche pour attendre la frégate
la Félicité , sur laquelle nous avons eu constamment l'avantage.
Mais le vaisseau continuant à nous chasser et à tirer sur nous
nous forçâmes de voiles une seconde fois , et nous nous en
éloignâmes aisément : nous perdîmes de vue la Félicité , sans
pouvoir la retrouver le lendemain , ce qui nous donna quelques
inquiétndes .
,, Le 2 pluviôse , nous donnâmes la chasse à un brick que
nous avions observé dans la nuit ; nous lejoignîmes à 10 heures
du matin , et nous le forçâmes d'amener son pavillon anglais
qu'il avait arboré . C'est un corsaire de Jersey de 14 - canons ;
nous l'avons amariné et expédié pour Brest . Quelques heures
après , nous avons retrouvé notre frégate avec qui nous avons
erié de joie vive la République. Aujourd'hui 4 pluviôse , nous.
sommes entrés à Brest avec 14 à 15 bâtimens de différentes.
nations pris par les vaisseaux de la République.
P. S. Barrere , au nom du comité de salut public , a annoncé
, dans la séance du 24 ; que des rassemblemens de brigands
dispersés se sont formés dans la Vendée , sous les
ordres de la Roche -Jacquelin , de Stoffet et de Charrette , et
ont fait des attaqués vers Beaupreau , Montrevault et Saint-
Fulgent. Nos troupes qui étaient beaucoup trop disséminées.
n'ont pu se réunir à tems et ont éprouvé un échec . La perte
a été peu considérable , et nous avons tué en huit jours plus
de 6000 brigands . Ce que nous devons regretter de plus est
la perte du général de brigade , Moulin le jeune , qui , blessé
d'une balle , et se voyant sur le point de tomber au pouvoir
des rebelles , s'est brûlé la cervelle d'un coup de pistolet . Le
comité de salut public a pris toutes les mesures pour achever
d'exterminer ces restes impurs de la rébellion .
Hntez et Garraud ont été envoyés près l'armée de l'Ouest
pour prendre toutes les mesures de salut public qu'ils
eroiront nécessaires .
La Convention nationale a décrété que la mémoire du général
( 320 )
Moulin est chere à la patrie , et qu'il sera élevé à Tiffange
aux frais de la Républiqne , un tombeau simple , et sur la
pierre sara placé l'inscription suivante : Républicain , il se donna
la mort pour ne pas tomber vivant au pouvoir des brigands royalistes.
Barrere a annoncée en même-tems une victoire remportée sur
les Espagnols , le 17 plaviôse , près de Saint-Jean - de-Luz ,
aujourd'hui Chauvin-Dragon . L'ennemi qui s'est présenté sur
tous les points en forces supérieures , au nombre de 14 à 15
mille hommes , a été vivement repoussé ; il a perdu au moins
2200 hommes. Nous n'avons eu qu'environ 30 morts et 150
blessés , dont peu le sont dangereusement. Le général Fregeville
a donné aux troupes l'exemple du courage . Tous les
corps de l'armée se sont distingués à cette affaire .
Parmi les différents traits d'héroïsme , un mérite d'être remarqué.
Aux premiers coups de canon qui se sont fait entendre
, tous les prisonniers près du tribunal militaire de
Chauvin-Dragon , ont demandé avec instance d'aller combattre.
L'un d'eux était officier ; ils se présente à leur tête ; ils repon
dent tous , et tous jurent de vaincre . Arrivés au champ de
bataille , ils sont en effet vainqueurs ; et pour accomplir leur
serment , ils reviennent , deposent leurs armès rentient dans
les prisons et reprennent leurs fers ..
Un million cinq cent mille liv . seront mises à la disposition
de la commission pour l'envoi du bulletin des lois , et
les fondeurs de caracteres sont mis en requisition pour le
service de son imprimerie.
La commission des subsistances aura seule désormais le
droit de requisition et de préhension pour le service des armées
de la République.
.1
( N. 8 . 1794. )
MERCURE
FRANÇAIS.
DU QUARTIDI , 4 VENTOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 22 février 1794 , vieux style . )
POÉSIE .
A ma niece qui voulait se faire dire la bonne aventure .
AIR : Daignez m'épargner le reste. Des Visitandines .
POURQUOI demander aux devins
De l'avenir la fausse histoire ?
Pour approfondir tes destins ,
Qu'est- il besoin de leur grimoire !
Ah ! pour connaître les beaux jours
De la beauté douce et modeste ,
Il faut en croire les amours ,
Et dédaigner tout le reste.
"
N'appelle plus le souvenir
Du tems perdu de ton enfance ;
Il ne fut rien pour le plaisir ,
Cet âge de l'indifférence .
Dans l'avenir plus fortuné ,
Ton sort ne peut être funeste ,
Puisqu'à l'amour est destiné
Le soin d'en remplir le reste .
Eh ! laissons à l'antiquité
Des vains oracles l'ignorance ;
On sait que jamais la beauté
N'eut recours à leur prescience.
Quand d'un regard on peut donner
Plaisirs divins , bonheur céleste ,
Au sort on peut s'abandonner ;
( bis.
Abis )
}
( bis.
( bis. )
Car l'amour répond du reste.
( bis. )
( bis. )
Laisse aux faux devins leurs erreurs ,
Tu ne peux qu'être fortunée ;
Qui , quand on regne sur les coeurs ,
On commande à la destinée .
Tome VII .
( 322 )
Pour ton bonheur , fais un heureux ;
C'est le moyen , l'amour l'atteste ,
か
L'oracle est sûr quand on est deux ,
L'amour seul prend soin du reste .
CHARADE.
AMANT MANT d'une femme jolies
On n'a plus rien à t'envier
Quand d'elle tu dis mon premier ,
Mais ne lui montre aucune jalousie ,
Cela seul à ses yeux te rendrait mon dernier ,
Le plaisir et l'amour embelliront ta vie
Si tu les sais fixer dans mon tranquille entier.
( bis . )
( bis. )
L₂
ENIGM I.
prêtre , comme le guerrier ,
Le citadin et l'homme de village ,
Le portefaix et le courier ,
Sans cesse de moi font usage.
Dès la plus haute antiquité
On me connaît , on me renomme
Sans moi Pâris à la beauté
N'aurait point adjugé la pomme ;
Aussi depuis ce triomphe vanté ,
Par le desir de plaire on me vit attachée ,
Et par l'amour plus souvent arrachée.
Dans un certain pays qui du sexe est l'enfer ,
Mon maître me confie , et son or et son fer.
Même , eher lecteur, on m'assure
Que le premier de tes parens ,
Dans de très - pénibles momens ,
D'un arbre , pour m'avoir , arracha la parure.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 7 .
:
Le mot de la Charade est Fichaise ; celui de l'Enigme est Berceanz
celui du Logogriphe est Poële , où se trouve pole.
( 323 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Histoire physique , morale , civile et politique de la Russie moderne ,
tome III , contenant la suite de la topographie , de l'histoire naturelle
des quarante- deux gouvernemens , et le précis historiq e
des peuples de ce vaste empire . In - 4 ° . A Paris , chez Maradan ,
libraire , rue du Cimetiere - saint- André ; à Versailles , chez Blaizot ,
libraire , rue Satory . L'an 2. de la République .
Cz volume est le dernier de cette grande compilation en
six volumes in-4 ° . , dont trois pour la Russie ancienne , et trois
pour la moderne. Cette division eût été bien conçue , si la
premiere partie eût fini à Pierre - le - Grand , et que la seconde
eût commencé avec son regne . C'était la distribution naturelle
de l'ouvrage , puisqu'en effet la Russie a été renouvellée ,
et l'on peut dire même créée par le génie de Pierre , et qu'avant
lui elle était entierement barbare et ignorée . Il y a plus :
il convenait peut- être de ne pas traîter le regne du Kzar ,
sujet à-peu-près épuisé dans deux ouvrages de Voltaire , l'histoire
de Charles Xil et celle de Pierre , l'une qui est en ce
genre le chef- d'oeuvre de notre langue , l'autre qui , sans avoir
la même perfection , n'en est pas moins d'un grand écrivain .
Il fallait donc , ou être en état de soutenir cette concurrence ,
ou être assez riche en mémoires et en matériaux de toute espèce
pour pouvoir offrir au public un ouvrage nouveau ; mais l'un
était assurément fort loin des facultés du citoyen Leclerc , et
l'autre n'était pas plus praticable , Voltaire ayant reçu
tous les secours possibles de la Russie pour la composition de
son ouvrage. Dans tous les cas , la bienséance exigeait au
moins qu'on demandât quelqu'excuse au public de remanier
ce qui avait été fait par un si grand maître . Mais ce sentiment
des convenances est depuis long - tems devenu fort rare
parmi les auteurs , dont les pretentious semblent avoir augmenté
en raisou inverse des talens . Le nouvel historien se
felicite seulement de pouvoir réparer ce qu'il appelle les omissions
de Voltaire , et l'on peut assurer qu'elles sont fort peu
importantes . Aussi est- il obligé souvent de le copier en guillemets
, et souvent encore il le copie à peu près sans en avertir.
Quant à la disproportion du talent , il ne paraît pas qu'il
en ait l'idée ; et cela est tout simple ; on en sentira les raisons
tout à l'heure mais il suffirait de voir la maniere dont il
parle de son propre ouvrage en plus d'un endroit , entr'autres
lorsqu'il assure que toutes les critiques passées , présentes etfutures
viendront y echouer. Voila comme il faut parler : qui sait si l'on
ne trouvera pas quelqu'un qui vous croira ? et quand persoane
;
Y ?
( 324 )
ne vous croirait , qu'importe ? on a toujours eu le plaisir de
4 se satisfaire sans faire de mal à personue .
L'auteur , que son séjour en Russie a mis à portée de rassembler
des matériaux de toute espece , non- seulement a grossi
son énorme recueil d'une foule de morceaux qui ne sont proprement
que des pieces justificatives faites pour des collections
particulieres et d'un autre genre , mais il insere à tout
moment , au milieu de sa narration , des traités sur tous les
sujets , sur la morale , la legislation , l'histoire naturelle , les
arts , les lettres , etc. Il y joint encore des diatribes très - aigres
contre un autre historien de la Russie , le C. Evêque ; et
cet homme qui n'a pas craiut la concurrence de Voltaire semble
s'indigner qu'on puisse en établir une avec lui . L'ouvrage du
C. l'Evêque est très -défectueux , il est vrai ; mais du moins
il est français ; il est ecrit raisonnablement. On voudrait pouvoir
en dire autant de son antagoniste qui le traite si mal .
Voltaire a dit quelque part qu'il regardait tous les gros livres
comme des dictionnaires . Sous ce rapport , la compilation de
Leclerc n'est pas inutile ; c'est un livre de bibliotheque , et dans
la quantité de pieces qu'il a entasssées , il y a a profiter et à
choisir pour celui qui aura le talent d'écrire une histoire .
9
Parmi ces différens morceaux , je ne crois pas qu'on fasse
grand usage de ceux qui sont du crû de l'auteur , et sur- tout
de sa dissertation sur la noblesse . Je ne lui en reproche pas le
fond , puisqu'elle était écrite plusieurs années avant la révolution
; mais dans tous les tems on est obligé de raisonner
et i ne s'est pas apperçu que sa premiere proposition détruit
invinciblement tout ce qu'il dit ensuite de la nécessité et de
P'utilité de la noblesse chez toutes les nations . Il en assigne les
sources dans la valeur qui se distingue , le courage qui ose entreprendre
, l'estime , la vénération que l'on doit à la vertu , au mérite
supérieur , aux actions conformes à la justice , etc. Eh ! vraiment
oui , voilà bien la seule et véritable noblesse jugez- en par
Pacception étymologique de ce mot. Que veut dire nobilis ,
qui vient de nosse ? Proprement , ce qui mérite d'être connu
ce qui se fait remarquer , ce qui se distingue , et ce mot
s'appliquait génériquement chez les Latins , comme chez nous ,
aux personnes ou aux choses qui s'élevaient par elles -mêmes
au-dessus des autres . Tous nos préjugés , toutes nos erreurs
ne sont gueres que de fausses consequences d'idées originairement
vraies . On en va voir une preuve frappante . Immediatement
après cette définition très juste de ce qui fait la noblesse
, l'auteur continue ainsi : La considération acquise
par ces hommes grands par eux-mêmes dût être reversible
2 sur leurs enfans . 99
9
Dût etre ! Et pourquoi donc ? Voila l'erreur et le préjugé.
Et cette expression de reversible est plaisaute ; ne dirait - on
pas qu'il s'agit d'un fond constitué , qu'on legue des verius ,
des talens , comme un patrimoine ? Et si tu es obligé de n'ac
( 325 )
corder que ce n'est pas là un objet d'héritage , qu'on ne
transmet pas les vertus et les talens , pourquoi veux - tu qu'on
transmette les récompenses ?
Je m'en vais te bailler une comparaison ,
comme dit maître Alain dans Moliere : Si l'on voulait t'enfermer,
parce que ton pere a été fou ; te mettre au régime , parce qu'il était
valetudinaire ; te punir , parce qu'il a été coupable ; que dirais-
tu de cette fantaisie ? Tu crierais de tomes tes forces à
l'injustice et à l'extravagance ; tu nous répéterais que les
fautes et les maladies sont individuelles , que si ton pere était
malade , tu te portes bien ; que s'il était un fripon , tu es
un honnête homme ; et tu aurais toute raison . Eh bien ! si
tu ne veux pas qu'on te punisse pour les mauvaises qualités
de ton pere , pourrais tu m'expliquer pourquoi tu veux qu'on
te récompense du bien qu'il a fait ? La parité est exacte , la
couséquence rigoureuse : tâche d'y échapper , si tu peux . Je
t'en defie , à moins de renoncer au sens commun .
Le maréchal de Villars , lorsqu'il commandait nos armées ,
écrivit à sa femme , envoyez -moi mon fils . Le prétendu fils du
héros arrive et se fait bientôt connaître pour le plus mauvais
sujet et le plus grand poltron de toute l'arinée. Madame ,
écrivit le maréchal ) je vous avais prié de m'envoyer mon fils ,
vous m'avez envoyé le vôtre . Si l'on avait voulu du meins être
conséquent dans le préjugé de la noblesse héréditaire , il eût
fallu s'assurer des moyens de ne pas croiser les races , comme
font les Arabes pour leurs chevaux , dont ils soignent et
gardent exactement la généalogie . Mais l'homme est un animal
d'une organisation un peu plus compliquée que le cheval ,
et quelque soin qu'on en pit à cet égard , on n'obtiendrait
pas le même résultat . Un homme a beau être le fils de son
pere ; il est prouvé que très - souvent il ne lui ressemble en
rien. Il s'ensuit que la noblesse héréditaire n'a licu naturellement
que dans les chevaux et les chiens de chasse .
66 La même expérience qui a fait connaître aux hommes
" les désordres et les perils d'un Etat , quand les nobles
" cessent d'y occuper les premiers rangs , leur a majestueu-
" sement prouvé la nécessité et l'utilité de la noblesse . "
Majestueusement fait admirablement .
Veut- on savoir ce qu'il y a de majestueux dans cette preuwe ?
Le voici : Ainsi la mémoire d'isis , qui dans l'exercice
„ d'une autorité presque divine, s'etait montrée souverainement
" juste , chaste , modeste , bienfaisante , détermina les Egyp-
,, tiens à accorder plus de pouvoir à leurs reines qu'à leurs
" rois , aux épouses qu'aux époux. "
' Ainsi la nécessité et l'utilité de la noblesse est majestueusement
proucée par Isis , et par une extravagance tirée à tout hasard
des mille et une fables de l'ancienne Egypte ! Si cette mamiere
de raisonner est mjestacuse , cile n'est pas imposante.
Y 3
( 326 )
Et cela s'écrit dans le siecle de la philosophie ! Et celui qui
écrit ainsi se donne à tout moment pour un philosophe , un
politique , un législateur , et le prouve par Isis ! Ce n'est
rien encore.
C'est de cet usage , sans doute , que s'est formé le pro-
" verbe espagnol Hidalgo commo un gravilan , noble comme
99 un épervier. Cette expression heureuse désigne particuliérement
les nobles descendus des Goths , etc.
Si l'auteur était malin , on croirait qu'il a voulu rire ,
quand il a trouvé si heureuse la comparaison d'un noble et
d'un oiseau de proie . Point du tout on peut être sûr qu'il
n'a point voulu faire d'épigramine , et qu'il est de la meilleure
foi du monde ; et c'est tant mieux .
On a vu sa force en fait de raisonnement : elle est la même
en fait de littérature , de goût , de style . La grandeur et
la faiblesse ont fait le tour du monde , et ne se sont
" établi qu'un regne précaire , dans des climats opposés du
,, fort au faible . ,,.
Nous laissons au lecteur l'amusement de commenter ce
galimathias presque divin.
Le sentiment n'a point de maître ; il n'en est pas du
,, sentiment comme de l'éloquence ; être éloquent , c'est
savoir prouver ; mais il faut bien sentir , pour bien rendre
,, les vrais caracteres des passions . "
Ces notions sont aussi neuves que profondes : c'était bien
la peine qu'Aristote , Cicéron , Quintilien , etc. fissent tant
d'efforts et développassent tant d'observations lumineuses ,
pour apprendre à l'orateur à marier les passions , à chercher
dans son coeur ce qui peut émouvoir le nôtre ; qu'ils répétassent
de cent manieres , pectus est quod disertum facit , c'est
le coeur qui fait l'homme éloquent . Le citoyen Leclerc en sait
bien plus qu'eux : il nous apprend que le sentiment est étran
ger à l'éloquence , qui ne consiste qu'à prouver ; sans doute ,
parce que tout logicien est orateur. Au surplus , il est l'un
comme l'autre , et par conséquent sans intérêt .
Qui n'a pas lu dans Voltaire ce beau parallele de Charles XII
et du Kzar , qui précede la bataille de Pultava ? Le nouvel
historien a eu la noble ambition de joûter contre ce morceau
fameux . Tandis que Charles se repose , malgré lui , réflé-
,, chissons un moment , avec M. Godart ( que M. Godart
" est bien - là ! ) sur la bataille qui va suivre. Quel spectacle !
,, deux monarques , commandant leurs armées en personne ,
tous deux cherchant à vaincre , etc.
N'est- il pas bien extraordinaire , quand on donne une bataille
, que l'on cherche à vaincre ? Quel spectacle ! et quel style !
La hardiesse de tout faire impunément amene toujours un
concours de maux qui s'entraînent de loin.
On croyait jusqu'ici qu'il y avait au moins de la hardiesse
à faire le mal avec quelque danger ; mais qu'il n'y a que de
( 327 )
la lâcheté à le faire impunément . Notre historien n'y regarde
pas de si près .
C'est le retour qui soutient la tendresse , et l'amour propre
" offense invite le coeur à se débarrasser de ses chaînes .
Ce style est aussi élégant qu'historique ; mais quoique ce
retour qui soutient la tendresse ait bien son prix , j'aimerais
autant que l'auteur eût pris en entier les vers de l'Opéra :
Un tendre amour
Veut du retour.
Cela n'aurait fait qu'une petite variété de plus , comme il y
en a tant d'autres .
Auguste roi de Pologne , manquait de ce courage d'esprit
" qui fait perdre ou conserver les états , qui les éleve ou qui
,, les abaisse . "
: de
Toujours du neuf et du profond il ne manque que
nous apprendre quand est- ce que le courage d'esprit a fait perdre
des états , ou les a abaissés .
L'érudition de l'auteur aurait dû venir ici au secours de la
philosophie. Il en a beaucoup , d'érudition , et il la place à
merveille , témoin cette phrase : " Combien d'exemples
" pareils ne pourrions- nous pas citer , si le régime pythagoricien
" n'imposait pas l'obligation de se taire à propos ! ",
Par respect pour le régime pythagoricien , nous ne croyons
pas non plus devoir en dire davantage . Ce style tantôt niais ,
tantôt emphatique , cette privation d'idées et de bon sens , cette
continuelle accumulation de moralités triviales ; en un mot ,
tous les défauts imaginables ne seraient encore rien , si l'on n'y
joignait ce ton doctoral et impératif , si l'on n'affectait pas de
nous retracer magistralement tous les devoirs d'un historien ,
tels qu'on les trouve dans toutes les réthoriques , avec l'air
de se croire seul en état de les observer , d'autant plus qu'on
ne fait à aucun de nos écrivains l'honneur de reconnaître
qu'il les ait remplis . Le lecteur judicieux peut comprendre
à présent pourquoi le citoyen Leclere n'a pas eu la moindre
déhance de ses forces en les mesurant contre celles de Voltaire
. Les gens qui n'ont aucune idée de l'art n'imaginent jamais
rien au-delà de ce qu'ils font.
昼
ANNONCES.
Ode sur la Liberté et l'Egalité , par Jean- Victor Campagne ,
citoyen Français , lue avec succès au théâtre de la Républi
que , à plusieurs sociétés populaires des départemens , accueillie
à celle des Jacobins , et envoyée à la Convention . Seconde
édition , revue et corrigée , in -4° . A Paris , de l'imprimerie
de Laurent aîné , rue d'Argenteuil , nº . 211 ,
Ode sur la prise de Toulos , par le même , à la même adresse ,
Y 4
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGN E.
De Hambourg , le 6 février 1794.
La Turquie est à la veille d'être obligée de prendre enfin
part aux mouvemens politiques et militaires dont l'Europe est
agitée relativement aux affaires de la République Française :
il n'est pas aisé de savoir encore quel sera ce parti , quoique
ses véritables intéréts l'indiquent d'une maniere très - marquée ,
et lui défendent d'abandonner les Français , ses amis naturels ,
pour entrer avec ses ennemis naturels , l'Autriche et la Russie ,
dans cette injuste coalition qui ne triomphera point de la
rance , et dont les succès , en supposant qu'elle pût en avoir
de marqués , seraient un véritable malheur pour l'Empire
Ottoman qu'on ne tarderait pas à vouloir partager comme la
Pologne.
Les rapports qui nous viennent de ce pays sont si variés ,
și contradictoires même , qu'il est difficile d'asseoir une opinion
à cet égard . Les ennemis de la France voudraient bien
faire croire qu'ils ont enfin réussi par les menaces et les séductions
; ils vont jusqu'à dire que la Turquie leur fournira ,
pour la campagne prochaine , non pas de la cavalerie , mais
une prodigieuse quantité de chevaux de remonte , et qu'elle
se charge d'empêcher les états barbaresques de fournir des
grains a l'ennemi commun , dont elle aidera d'ailleurs à bloquer
les ports .
En attendant que tout ce se confirme ou se démente , car
l'un n'est pas moins possible que l'autre , voici ce que marquent
les dernieres lettres de Constantinople . On a vu se succéder ici
depuis quelque tems des couriers extraordinaires , dépêchés de
Petersbourg à l'ambassadeur Russe . Ils ont donné lieu à plusieurs
offices de ce ministre , à la Porte , dont l'objet ne
transpire pas , mais à la suite desquels on a cru remarquer
du mécontentement , même de l'inquiétude , dans tout ce qui
compose cette légation . Les Turcs tiennent de leur côté de
fréquens conseils. Il paraît au total , que M. Kutusoff repartira
beaucoup plutôt qu'il ne l'avait compté lui -même. Vraisemblablement
il aurait quitté cette capitale dans cinq ou
six semaines ; on en juge parce que ce sera jeudi ( la leure est
du 4 nivôse ) le dernier dîner d'étiquette qu'il est d'usage que
chaque ministre de la Ponte lui donne. li à cu le désagrement
( 329 )
de voir plusieurs personnes de sa suite déserter sa maison pour
prendre le turban.
Il paraît donc que la Porte et la Russie pourraient ne
pas tarder à se brouiller . Cette rupture viendrait des nouvelles
alarmantes que les Turcs apprennent de leurs frontieres
du Nord . Leurs généraux et émissaires mandent qu'une
armée de 10,000 Russes se rassemble vers leurs provinces
limitrophes , qu'on y rassemble des magasins immenses , et
qu'on arme à toute forcé dans les ports de Sébastopol ,
Oczakow et Cherson , toutes les forces maritimes qui peuvent
s'y trouver. Le grand - seigneur a donné sur - le - champ les ordres
les plus précis pour la vérification de ces nouvelles , et il a
en même tems enjoint à ses commandans de redoubler d'activité
dans tous les arsenaux de terre et de mer.
De Francfort-sur- le- Mein , le 9 février .
et
L'empereur a été fort incommodé pendant quelques jours
d'une esquinancie ; mais il recommence à donner audience .
Son voyage dans les Pays -Bas , qui était prêt à avoir lieu , se
trouve différé par l'état de sa santé encore chancelante ,
par les soins immédiats à donner à la continuation de la
guerre. La partie des finances n'est pas la moins embarrassante
; et il faut pourtant se procurer ce nerf de toutes les
opérations militaires . Des especes de maltotiers lui avaient
proposé un plan de nouvelles impositions ; il l'a absolument
rejetté , et il a été décidé qu'on se bornerait à une invitation
aux gens riches de contribuer par des dons volontaires aux
besoins de la patrie , Le prince en a donné l'exemple , en
faisant porter à la monnaie le reste de sa vaisselle d'or et
d'argent , remplacée par de la porcelaine. Mais ou pressent
avec chagrin l'insuffisance de ces ressources pour tout ce qui
reste à faire . L'on craint que tout le poids de la guerre actuelle
ne porte principalement sur la cour de Vienne , qui va
avoir à défendre ses vastes Etats depuis Ostende jusqu'à Milan
. Cette derniere crainte est fondée sur le bruit qui court ,
disent les lettres de Vienne , que les négociations avec la cour
de Berlin , dont Luckesini.est chargé ici , se continuent avec
quelque défance , tellement que notre cabinet ne répond à
ses propositions qu'après avoir reçu des éclaircissemens du
comte de Lerbach notre ministre à Berlin . Il serait possible
que ces lenteurs tinssent à l'attente de nouvelles de la rentrée
du parlement d'Angleterre , pour savoir à quel point ce
pays entrera dans les dépenses des subsides que le roi de
Prusse exige absolument. C'est une condition à laquelle il
tient si fort , que l'on avait commandé dans notre ville des
quartiers pour trois bataillons de ses gardes , et qu'il vient
d'y arriver un coutr'ordre .
On sent tellement le besoin qu'on aura de troupes sollicitées
par la cour de Turin et par quelques électeurs que
la commission impériale a expédié à Ratisbonne un décret
h
( 350 )
ultérieur , dans lequel l'empereur insiste de la maniere la plus
pressante sur l'armement de tous ses sujets de l'Empire , et
demande qu'il soit rendu un conclusum sur le mode d'effectuer
cet objet de la mauiere la plus prompte.
Il paraît que ces électeurs ont cru devoir faire leurs sollicitations
par eux-mêmes ; car celui de Cologne est déja arrivé à
Vienne , et sera bientôt suivi de ceux de Treves et de Mayence ;
on attend aussi dans cette ville le roi de Naples , le grand- duc
de Toscane et l'archiduc gouverneur du Milanais.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Les Français se rassemblent de nouveau en forces sur la
Sarre ; il paraît qu'ils vont tenter quelques opérations . On
s'attend dans les Pays-Bas , et sar- tout à Bruxelles , à une invasion
générale contre laquelle on prend autant de précautions
que les troupes dont on peut faire usage et la disposition des
habitans du pays le permettent . Ces dispositions ne sont pas
favorables par- tout. Cependant il faut avouer que la conduite
des Français dans ce pays n'a pas peu contribué à y racommoder
les affaires de l'Autriche. On est forcé presque partout
d'armer les habitans , quoiqu'on ne se dissimule pas que
cette mesure peut devenir dangereuse . En attendant , comme
on court au plus pressé , on a tiré un cordon de ces nouveaux
soldats dans le Hundsruck , depuis Trêves jusqu'à Coblentz .
Le 27 du mois dernier , un corps de Républicains sorti de
Maubeuge attaqua très - vigoureusement sur trois colonnes les
postes autrichiens près de la Sambre . Il eut d'abord l'avantage
dans le premier choc ; mais les troupes s'étant ralliées , il fut
obligé de plier à son tour et de se retirer dans la place en
laissant quelques prisonniers . C'est ainsi qu'en attendant que la
saison permette les grandes opérations militaires la petite
guerre , qui entretient le courage , se fait toujours avec une
extrême activité de part et d'autre . Il y a eu dernierement
une affaire du côté de Menin ; à l'avant-poste , un ebus perça
un souterrain ; le brave major Welker des grenadiers de
Darmstadt y fut précipité , et par la profondeur de la chûte se
rompit le bras droit . Plusieurs personnes furent blessées dans
cette occassion .
Le prince de Ligne , général au service de l'empereur ,
est parti le 3 février de Bruxelles pour Vienne avec toute sa
famille.
On parle d'un emprunt de 10 millions que le gouvernement
anglais va faire en Hollande ; les Hollandais en ajouteront ,
dit-on , cinq pour aider à payer le roi de Prusse , puisque
c'est le seul moyen de le retenir dans la coalition . La cour
de Vienne vient de tirer de l'argent des Hollandais d'une
autre maniere ; elle leur a vendu comptant le 150000 rations
exigées de la petite province de Limbourg , dont elle avait
besoin pour elle-même , mais qu'elle saura probablement rem(
331 )
placer par d'autres , en satisfaisant au besoin encore plus pressant
de numéraire .
On mande d'Ostende , vers la fin de janvier , qu'il y est arrivé
des hussards de Blankenstein et de Barco avec sept à huit cents
hommes d'infanterie qui seront suivis d'autres troupes , et
doivent aller rejoindre lord Moyra à Cowes , s'il en est encore
tems , pour l'expédition projettée contre la France , et dont le
succès paraît de jour en jour devenir plus douteux.
ESPAGNE.
Nos lecteurs seront sans doute bien aises de trouver ici
les deux pieces suivantes , qui , quoique d'une date assez
ancienne , ont tout l'intérêt de la nouveauté , puisqu'elles
n'avaient encore été publiées , et même tres - recemment , que
dans les gazettes françaises qui s'impriment chez l'étranger. On
y verra que l'Espagne suit servilement le ton dicté par l'Angleterre.
Traité entre sa majesté Britanniqne et le roi d'Espagne , signé à
Aran-Juez , le 25 mai 1793 .
L. M. B. et C. ayant résolu , en considération des circonstances
présentes de l'Europe , de resserrer leur confiance
mutuelle , leur amitié et leur correspondance par une convention
provisoire , en attendant qu'elles aient completté entierement
le plan solide d'alliance et de commerce qu'elles ont
tant de desir d'établir entre leurs sujets respectifs , ont nommé
et autorisé à cet effet , savoir de la part de S. M. B. le trèsillustre
et très excellent lord Alleyne , baron de Saint-Hélens
membre du conseil privé de S. M. , et son ambassadeur extraordinaire
et plénipotentiaire auprès de S. M. C .; et de la
part de S. M. C. le très-illastre et très - excellent seigneur don
Manuel de Godoy et Alvares , etc. , duc de l'Alcudia , grandd'Espagne
de la premiere classe , etc. , secrétaire d'état , etc . , lesquels
, après s'être communiqué réciproquement leurs devoirs
en due forme , sont convenus des articles suivans :
Art. I. Les deux rois employeront toute leur attention
et les moyens qui sont en leur pouvoir , pour rétablir la tranquillité
publique , et maintenir leurs intérêts communs. Ils
promettent et s'engagent d'agir parfaitement de concert , avec
la confiance la plus intime , pour l'accomplissement de ces fins
salutaires.
,, II . Leurs majestés ayant trouvé de justes fondemens de
soupçon et d'inquiétude pour la sûreté de leurs dominations
respectives , et pour le maintien du systême général de l'Europe
dans les mesures adoptées depuis quelque tems en France
sont dėja convenues d'établir entr'elles un concert intime et
entier dans les moyens d'opposer une barriere suffisante à ces
vues dangereuses d'aggression et d'aggrandissement : et la France
ayant deciaré une guerre injuste et aggressive contre S. M. B.
et contre S. M. C. , leurs dites majestés s'engagent à faire
( 332 )
cause commune dans ladite guerre . Lesdites hautes parties
contractantes conviendront mutuellement ensemble de tout ce
qui peut - être relatif aux secours qu'elles se donneront réciproquement
, ainsi que de l'emploi de leurs forces pour leur
sûreté et défenses respectives , et pour le bien de la cause
commune .
III. En conséquence de ce qui est stipulé dans l'article
précédent , et afin que les bâtimens anglais et espagnols puis
sent être mutuellement protégés et secourus dans la présente
guerre , aussi bien dans le cours de leur navigation , que dans
les ports des hautes parties contractantes , L. M. B. et C.
sont convenues et conviennent , que leurs escadres et vaisseaux
de guerre convoyeront , sans distinction , les bâtimens marchands
des deux nations , de la même maniere que chacune
d'elles convoie les siens propres , autant que les circonstances
pourront le permettre ; et que , tant les vaisseaux de guerre que
que les bâtiniens marchands , seront admis et proteges dans
leurs ports respectifs , et seront fournis de tout ce dont ils
auront besoin au prix courant .
" IV . L. M. s'engagent réciproquement de fermer leurs
ports à tous les bâtimens français , de ne leur permettre en
aucun cas d'en exporter pour ceux de France , des provisions
de guerre op navales , non plus que du blé ou autres grains ,
viandes salées ou autres provisions ; et de prendre tous les
moyens qui seront en leur pouvoir pour traverser le commerce
de France , et l'amener ainsi à de justes conditions de
paix.
V. L. M. s'engagent réciproquement et pareillement , la
gueire présente interessant généralement tout état civilisé ,
d'unir tous leurs efforts pour empêcher celles des puissances
qui ne prendront pas part à ladite guerre , de donner , en
conséquence de leur neutralité , aucune protection directe ou
indirecte sur les mers ou dans les ports de France , au commerce
et aux propriétés des Français .
VI. L. M. B. et C. promettent réciproquement de ne pas'
mettre bas les armes , à moins que ce ne soit d'un commun
consentement , sans avoir obtenu la restitution de tous les
domaines , territoires , cités ou places qui peuvent avoir ap .
partenu à l'une d'elles avant le commencement de la guerre ,
et dont l'ennemi se serait mis en possession dans le cours
de leurs hostilités .
" VII . Si l'une des deux hautes parties contractantes était
attaquéc , inquiétée ou troublée dans aucun de ses domaines ,
droits , possessions ou intérêts , en quelque tems et de quelque
maniere que ce puisse être , par terre ou par mer , en conséquence
et en haine des articles on stipulations contenus dans
le présent traité , ou des mesures prises par les hautes parties
vertu d'icelui ; l'autre partie contractante
s'engage de la secourir et faire cause commune avec elle , de
la maniere stipulée dans les articles précedens ..
contractantes en
·
( 333 )
,, VIII. Le présent traité sera ratifié par les deux parties ,
et l'échange des ratifications se fera dans l'espace de six semaines
, ou plutôr , si faire se peut.
En foi de quoi les plénipotentiaires de L. M. . et C.
ont signé en leur nom et en vertu de lears pleins pouvoirs
respectifs le présent traité , et l'ont scellé du sceau de leurs
armes . ""
Fait Aran -Juez , le 25 mai 1793. Signés , Alleyne , M. de
Godoy et Alvarès .
Sa majesté Catholique , pénétrée de douleur par la mort
de son auguste cousin Louis XVI , roi de France , qu'il a
soufferte sur un échafaud de la part d'un nombre de ses
propres sujets , les plus exécrables des hommes ; saisie d'une
juste indignation , à raison d'un attentat aussi horrible ; forcée
de se défendre contre ces mêmes Français , qui , en usurpant
l'autorité royale et en tyrannisant le reste des sujets , lui ont
déclaré la guerre , a dû se résoudre à l'entreprendre , de sou
côté , et à surmonter la répugnance naturelle et décidée qu'elle
avait pour une rupture . Malgré les mesures vigoureuses que
le roi a prises d'abord , et qu'il continuera de prendre selon
que l'exigeront la dignité de sa couronne et la sûreté de ses
Etats ; sa majesté savait bien , et elle le sait encore , que ,
tandis qu'elle exposait la vie d'un si grand nombre de ses
fideles sujets , et qu'elle sacrifiait des sommes enormes pour
soutenir cette guerre et en châtier les autcurs , il serait
impossible d'éviter les effets et les maux qui en résulteraient
pour les personnes augustes de la famille royale de France ,
enfermées dans des prisons , et pour un grand nombre de
bons et dignes Français , qu'elle desirait de sauver , en les
rétablissant dans la tranquille jouissance de leurs biens et de
leurs maisons . Les liens de proche parenté , une amitié non
interrompue de près d'un siecle , les rapports et correspondances
intimes entre deux puissances voisines , étroitement
liées , sout autant de motifs qui rendrout sa majesté de plus
en plus sensible à la nécessité de s'engager dans une guerre
contre la France , dans laquelle elle sait qu'il existe nombre
de familles , de villes , et même des provinces entieres , qui
détestent les principes abominables des autres Français.
Malheureusement , il y a eu beaucoup de dérangement d'idées
ou d'intérêts chez les uns ; il y a eu autant de crainte chez
les autres , et autant d'inquiétude sur le sort qui leur était
préparé la violence a forcé un bon nombre à prendre les
armes , pour faire exécuter contre leur propre gré les décret
de ceux mêmes dont ils détestaient et abhorraient le gouvernement
mais la vigueur et la constance avec lesquelles
d'autres ont su secouer le joug de leurs oppresseurs , et se
défendre contre leurs efforts , ont démontré combien il est
juste et digne du coeur maguanime du rei , d'employer tous.
( 334 )
les moyens possibles , non seulement pour soutenir les Français
fideles à leur souverain , mais aussi pour ramener à la
raison et à la réconciliation tous ceux que S. M. considere`
comme uniquement égarés par les apparences brillantes d'une
liberté qui n'existe point dans le fait ; par des espérances qui
loin de se réaliser , creusent leur précipice ; ou par des
menaces et l'usage continuel de la rigueur , qu'ils sont obligés
de souffrir , et qui leur ôte le courage de prendre le parti de
la justice , de la loyauté et de leur propre conservation .
?
Sa majesté croit qu'un de ces moyens serait celui de la
réunion de toute la partie saine de la nation Française , de la
maniere que l'a effectué la ville de Toulon , pour établir
dès -à - présent une forme de gouvernement , sous une monarchie
héréditaire , sauf à traiter ensuite , après la cessation des
troubles actuels , des modifications qu'on jugerait convenables
à sa plus solide consistance . Sa majesté est persuadée que
c'est également la maniere de penser de S. M. Britannique
son allié ; et elle ne doute point que les autres puissances
qui ont pris les armes pour faire cause commune contre la
France , contribueront au même but , en accueillant et protégeant
les Français , qui se montreront prêts à profiter de
ces dispositions bienfaisantes. Le roi Catholique , pour sa
part , les leur annonce dès-à -présent de la maniere la plus
sincere , et promet découter paisiblement toute idée quelconque
, qui puisse se concilier avec la dignité de ses résolutions
, desirant voir le plus tôt possible le moment où
après la destruction de l'anarchie qui cause tant de maux à
la France , il y ait dans ce royaume un corps ou une classe
de personnes qu'il puisse considérer comme ayant l'autorité
et le pouvoir suffisans , pour délibérer sur un objet aussi
important pour la France même . C'est alors que sa majesté
la regardera comme une puissance qui a rappellé dans son
sein les principes de religion , de morale et de société civile ,
que ceux qui se sont revêtus du pouvoir souverain ont contribué
à bannir si violemment. C'est alors que les nations
civilisées pourront traiter avec elle , et renouveller les relations
d'amitié et de commerce qui ont subsisté jusqu'à présent
et c'est alors que l'Espagne , les horreurs de la guerre
étant entièrement écartées , pourra user envers la France de
toutes les démonstrations qui conviennent à un bon voisin ,
à une nation généreuse et à un roi de la même famille . "
ANGLETERRE . CHAMBRE DES PAIRS .
Séance du Parlement , du 21 janvier. Sa majesté et les communes
ayant quitté la salle , les étrangers s'étant retirés , et
la chambre s'étant formée , le lord chancelier lut le discours
du roi.
Le lord Stair se leva le premier , pour mettre en motion
l'adresse au roi , Voici la substance de son discours :
Dans la situation critique où se trouve ce royaume , tout
( 335 )
homme , quel que soit son talent , doit soutenir la cause coma
mune. Les succès rapides dans le commencement de la campagne
avaient trop exalté l'attente du public . Les derniers
revers l'ont peut - être trop abattu ; mais pour bien juger des
avantages réels qui en forment le résultat , il faut comparer
la situation actuelle avec celle où l'on se trouvait d'abord.
La France , après avoir parcouru la Flandre Autrichienne ,
menaçait d'envahir la Hollande , et s'était emparée de quelques
places frontieres . Elle était en possession du Palatinat ,
de la Savoie et de Nice. Ses flottes triomphaient dans la Mé
diterranée , et imposaient des lois aux Etats qui la bordent.
Enfin le succès de ses armes étonnait l'Europe , et semblait
ne pas lui laisser le tems de s'y opposer . Forcée bientôt
d'abandonner ses projets sur la Hollande , elle fut chassée
des Pays- Bas , et perdit plusieurs de ses propres forteresses .
En Allemagne , Mayence est repris , et malgré les derniers
échecs , au moyen des renforts survenus , on peut espérer de
conserver dans Fort- Lonis nne clef pour rentrer en France .
Depuis la naissance de la marine en Europe , jamais puissance
n'a fait une perte semblable à celle que l'ennemi vient
de souffrir à Toulon . Dans le grand Océan , il a perdu Terre-
Neuve , l'isle importante de Tabago , et il ne lui reste pas une
factorerie dans les mers orientales . "
Après avoir jetté les yeux sur l'intérieur de la France , sur
Lyon , Marseille , la Vendée ; après avoir comparé l'anéantissement
de son commerce avec la splendeur de celui de l'Angleterre
; après avoir montré que rien ne devait faire désespérer
du succès , et prouvé qu'il était impossible de songer
à faire la paix avec des gens qui ne pouvaient assurer sa solidité
, il conclut , en proposant au roi , une humble adresse de
reconnaissance et d'assentiment à tout le contenu du discours
de sa majesté ..
Lord Auckland appuie la motion par les mêmes motifs ,
en ajoutant que les mesures employées par les Français , épuisaient
leurs ressources , et qu'on réussirait si on poussait la
guerre avec vigueur .
Lord Guildford , pour obtenir un amendement à la motion ,
fait un tableau bien différent de la situation de l'Angleterre .
Il s'étend avec une éloquence nerveuse sur les maux inséparables
de la guerre . Il dit qu'elle n'a point d'objet indéfini. Il
demande combien dureront les hostilités ; si c'est une guerre
à mort. Il ajoute qu'elle sert les vues des Français qui ne
cherchent qu'à irriter les peuples contre leur gouvernement.
Selon lui , les finances de l'empereur sont épuisées , et celles
du roi de Prusse prêtes à l'être . Enfin , après avoir discuté
amplement tous les moyens produits de part et d'autre dans la
derniere session , il termine en demandant , par forme d'amendement
:
Que S. M. soit instamment suppliée d'écouter toute pro/
336. )
position de paix , qui pourra s'accorder avec l'honneur et la
dignité de la nation , sans que la forme du gouvernement
intérieur de France puisse jamais y mettre obstacle .
Le duc de Norfolk , lord Stanhope , lord Derby , le marquis
' de Lausdowne et lord Lauderdale opinerent pour l'amende
ment , en appuyant sur les mêmes motifs .
Le duc de Portland , le comte de Mansfield et lord Grenville
furent les principaux de ceux qui soutinrent la motion . Fondés
sur les mêmes motifs , ils se réunirent à dire :
Le but de l'amendement est d'obtenir la paix ; mais quelle
paix peut-on faire avec les ennemis de toutes lois , de tout
ordre , de toute religion ; avec des hommes qui ont déclaré
une guerre perpétuelle aux rois et à la royauté , et qui qualifient
de tyran notre légitime souverain ? Dès l'année derniere
on la voulait cette paix , et ceux avec lesquels on voulait que
nous la traitions ne sont déja plus . A qui s'adresserait-on aujourd'hui
les comités , la Convention elle- même n'en a pas le
pouvoir. Elle a prononcé peine de mort contre quiconque
en ferait la proposition . D'ailleurs , elle a décrété qu'elle ne
ferait jamais la paix avec une puissance qui aurait un pouce
de terrein dans son territoire. Il faudrait donc , par forme
de préliminaire , restituer d'abord ce qu'on leur a pris . Abandonnera-
t- on les alliés ? violera - t - on les traités ? rompra- t- on
les engagemens les plus solemnels ? faudra- t - il enfin manquer
au caractere national et à l'honneur , pour tenir une conduite
infructueuse et déshonorante ?
Après quelques discussions sur les jugemers rendus par les
tribunaux d'Ecosse contre certains particuliers , on demande
de tout côté que la question soit mise aux voix .
Pour l'adresse , 99. Pour l'amendement , 12. Majorité , 85 .
Séance du 22 janvier. Les pairs se sont assemblés à 2 heures ,
et se sont ajournés au jour suivant , sans avoir traité rien de
remarquable.
Séance du 23 janvier. Le procès de Warren Hastings a été
remis au 13 février.
Lord Stanhope a fait sa motion tendante à reconnaître la
République Française , qui lui paraît constituée de maniere à
être nébranlable . Son principal motif est qu'elle a renoncé à
se mêler du gouvernement des autres Etats , et qu'elle se déclare
l'alliée de tout peuple libre . Cette motion est rejettée .
CHAMBRE DES COMMUNES .
Séance du 21 Janvier 1794. Après les formalités ordinaires ,
lord Cliffden propose une adresse pour répondre au discours
de sa majesté ; il observe qu'on ne peut entretenir aucune
espérance de paix avec la France , puisqu'elle est résolue de
ne garder ancune mesure avec l'Angleterre ; que quand même ,
en dérogeant à l'honneur et aux intérêts de la Grande -Bretagne ,
on obtiendrait un calme momentané , ce ne serait que s'exposer
( 337 )
poser à devenir la proie de l'ambition d'une république entreprenante
, après avoir vu subjuguer des alliés qu'on aurait
abandonnés .
Sir Peter Burrel seconde la motion , parce que le destin de
l'Angleterre étant lié à celui de tout le continent , et toutes
les nations étant intéressées à se garantir de cette peste commune
, l'intérêt ainsi que le devoir indispensable exigaient une
coopération entiere avec les alliés .
Lord Wycombe dit qu'il a toujours pensé , et qu'il pense
encore , qu'on pouvait éviter la guerre que l'influence de
la Grande - Bretagne aurait alors empêché la catastrophe de
Louie XVI et de la reine ; il ajoute que quelque différence
qu'il puisse y avoir dans les opinions sur la justice , la politique
ou la nécessité de la guerre , il ne pouvait y en avoir
aucune sur la maniere dont elle avait été conduite , et sur les
conséquences qui en résultaient .
Ce membre , après s'être étendu beaucoup sur les malheurs
de la guerre , le sang et les trésors qu'elle a coûtés , finiten disant
que la paix est sans contredit le meilleur moyen d'assurer la
tranquillité intérieure .
Le colonel Tarleton est du même avis , et fait un grand
détail de toutes les fautes ministérielles dans la derniere campagne.
M. Hawkinsbrown nie que l'objet de la guerré soit de rétablir
la monarchie française , qu'elle ne peut en avoir d'autre
que d'assurer l'ordre civil de la société en Europe ; que quand
on l'aura obtenu , il sera indifférent quelle forme de gouvernement
la France pourra prendre . Mais tant que celui qu'elle
adoptera , soit monarchique , soit démocratique , mettra l'ordre
social en danger , il ne peut être considéré que comme aggres- ,
sif , et l'on doit s'y opposer pour sa propre défense .
M. Courtenay s'étonne qu'on ait choisi pour exemple d'une
justice signalée , celui de tous les crimes le plus atroce , le
meurtre horrible de Brissot et des autres députés . Il regarde
comme chimériques toutes les craintes que l'on témoigne pour
le salut de l'Angleterre .
Il voudrait qu'elle eût un peu de la valeur jacobiné . Il a
entendu avec plaisir le roi parler de succès ; il avoue cependant
qu'il les ignore encore. Cette France qu'on peint si
misérable , fait de grands efforts ; c'est sans doute pour rendre
l'Anglais capable d'en faire de pareils , que le ministre a formé
le plan de rendre le peuple de ce pays malheureux. Il ne
voit aucune difficulté de faire la paix . Pourquoi refuserait- on
de traiter avec ceux qui par-tout se sont montrés supérieurs ?
Il n'apperçoit dans tout ce qui se dit en faveur de la guerre ,
qu'un moyen caché de maintenir le pouvoir arbitraine et la
superstition qui affaiblit et avilit l'esprit humain ; il censure
amerement la conduite de la Prusse et de la Russie en Pologne ,
et dit que l'Angleterre paie des subsides à l'Europe pour combattre
ses propres batailles .
Tome VII. Z
( 338 )
Lord Mornington convient que la paix ne peut être trop
desirée , dès qu'on pourra la faire avec succès ; il rappelle
les circonstances qui ont fait décider la guerre , et prouve
que les mêmes motifs subsistent encore . Pour faire voir qu'on
n'a rien à craindre de l'issue de la guerre , il passe en revue
les principaux événemens de la campagne . Après en avoir
détaillé les avantages , il s'étonte que ceux qui , l'année
derniere , regardaient la restitution des Pays - Bas comme
le seul fruit à espérer d'une guerre de cinq ou six ans , prétendent
aujourd'hui faire envisager comme désastreuse une
campagne pendant laquelle , après avoir repris les mêmes
pays , on a fait dés conquêtes sur l'ennemi dans toutes les
parties du globe , et particulierement celle de quatre forteesses
importantes sur son propre territoire ; il conclut des
principes et de la politique de la Convention , après les avoir
examinés en détail , que toutes les formes de gouvernement ,
depuis les Etats - Unis de l'Amérique jusqu'au divan de Coustantinople
, doivent , tant qu'ils subsisteront , se soumettre à l'autorité
et au joug de la République Française.
M. Sheridan fait , avec le style qui lui est ordinaire , c'est- àdire
plein d'ironie et de sarcasmes , un long discours dans
lequel il ridiculise celui de lord Mornington . Après un préambule
entierement dans ce genre , il demande quels sont les
fondemens réels de la guerre ; ne les trouvant point dans le
discours du roi , qui garde le silence sur cet objet , il ne se
trouve pas assez de talens pour les développer ; cependant ,
à travers la politique tortueuse du minïstere , il paraît qu'on
a formé le plan de la continuer jusqu'à ce que la France soumette
ses droits et sa liberté aux puissances confédérées . Quoi
qu'il en coûte , nous devons detruire ce monstre d'iniquité ,
nons devons le proscrire de dessus la terre , rétablir la monarchie
et faire revivre tous les maux qui rendaient le vieux
système l'éxécration de tout ami de la vraie liberté. Il tourne
en ridicule le tableau des crimes de la France fait par le
préopinant.... Un tel gouvernement peut- il subsister ? Abandonnons
le à lui - même , et il croulera bientôt. Mais quand ,
avec une arrogance au -dessus du mortel , nous nous efforçons
de saisir le tonnerre , et d'être les instrumens de la vengeance
divine sur les coupables qui régissent la France , cette confédération
contre nature , infuse dans l'esprit d'hommes sortant
de l'esclavage , un degré extraordinaire de résolution pour
lui résister.
Après beaucoup de plaisanteries sur tout ce qui a été dit
des principes républicains , il se moque de ceux qui disent
que la minorité fait les révolutions , et que le danger est
d'autant plus grand , que le nombre est plus petit . Si cette
byoothese (taki vraie , ce pays serait dans un elat extraor-
&natement prillleux . Les alarmistes , effrayés de ces conséquences
, deviuicut revenir à l'opposition , et s'efforcer ainsi
1
11
( 339 )
de rendre la balance du pouvoir favorable à notre constitution
.
Il soutient que c'est le ministre de la Grande-Bretagne qui
a provoqué les hostilités . Que la France n'avait que des dispositions
pacifiques , mais qu'on a voulu combattre ses principes
et ses opinions , et qu'on avait pour objet d'exterminer
tous ceux qui soutenaient une doctrine différente ..... Malgré
le masque qui couvre le ministre , on veut donner un gouvernement
à la France . On dit à ce malheureux peuple : vous
ne connaissez pas quel est le gouvernement le plus propre
assurer votre paix et votre prospérité : nous seuls le savons ;
soumettez - vous à notre systême ; rétablissez la monarchie ;
imitez notre corruption : si vous vous refusez à cette occasion
glorieuse , d'établir un gouvernement stable , fondé sur
des principes de reconnaissance , nous vous renierons ; nona
invoquerons sur vous la colere du ciel , et nous vous écrase ,
rons du tonnerre de notre indignation .
Ainsi donc nous ne continuons la guerre que pour donner
un gouvernement à la France ; l'expérience démontre qu'un
tel plan est impraticable . Il est étonnant qu'un homme puisse
sanctionner un moment une absurdité qui entraînera notre
déshonneur . Le noble lord préopinant a prétendu que la si
tuation actuelle de la France était pire qu'au commencement
de la guerre ; mais quel est l'homme qui , mettant la main
sur sa conscience , n'avouera pas que , par leurs derniers
et étonnans succès , les Français ont acquis une nouvelle
vigueur.
Parcourant les opérations militaires des puissancès belligérantes
, M. Sheridan présente Autriche et la Prusse dans un
état d'épuisement , l'impératrice se bornant à des éloges et à
des prières ; les royalistes trompés par de fausses esperances ,
réduits à un état désespéré ; la pénération politique de quelques
personnes avait vu dans la destruction de Brissot et de
son parti le germe d'une guerre civile . Mais , au grand étonnement
de tout l'univers , le peuple est resté passif et soumis
aux lois . Il suffisait de dire livrez- nous vos chefs , afin que
s'ils sont coupables , la guillotine punisse leurs forfaits , et les
soldats obéissaient sans murmnrer.
Comment peut- on se flatter de réussir , quand l'expérience
a prouvé qu'une seule nation , inspirée par l'amour de la li
berte , est capable de résister à une coufédération aussi formidable
? Quel moyen employera- t-on pour éteindre cet esprit
d'enthousiasme ? il se moque de ce que le préopinant a dit
pour prouver que les ressources de la France ne portaient
point sur des bases solides . Faisant allusion à la promptitude
avec laquelle les plus riches communautés de France ont faið
abandon de leurs propriétés pour soutenir la guerre , plutôt
que de perdre leur liberté , il souhaite que cet exemple soit
suivi dans son pays . Il tombe ensuite sur les ministres , qui ,
1
Za 2
( 340 )
au lieu de faire le sacrifice d'une partie de leur revenu
aggravent les maux de leurs concitoyens par une multitude
de places de nouvelle création , nourrissent et engraissent les
parens affamés d'un certain noble lord ( Loughborough ) , et
fournissent à l'insatiable appétit des apostats politiques .
Peut- on penser aux calamités actuelles sans trembler sur les
conséquences ? N'est-il pas tems que le ministre déploie son
talent et son patriotisme ; qu'il mette en oeuvre toute son
énergie ; qu'il ne regarde plus la noblesse comme la seule
classe respectable dans ce pays ; qu'il ne croie pas qu'un marquis
, un comte ou un vicomte de plus ajouteront quelque
vigueur à nos opérations ; qu'il ne se persuadé pas qu'un
Tuban bleu ou vert puisse reverdir nos lauriers ?
Il plaisante ensuite le ministere sur ce qu'il est obligé de
chercher des talens dans l'opposition , lorsqu'il y a quelqu'of
fice vacant. Que sont donc devenus ces bureaux de M. Dundas
, qui devaient produire tant d'hommes - d'état ? Pour fournir
aux besoins dn moment , il fera bien de convertir sa pépinière
en serre chaude .
A M. Windham , qui fait plusieurs observations sur le discours
de M. Sheridan , succede M. Dundas . Il n'aura pas la
présomption , dit- il , de défendre son noble ami ( lord Mornington
) ; il ne parlera que des choses sur lesquelles il peut
seul donner des éclaircissem.ens . Il convient bien peu aux
censeurs qui , par un misérable établissement de paix , ont
rendu les opérations d'une premiere campagne plus difficiles ,
de critiquer des efforts qui ont surpassé tous ceux qu'on avait
fait jusqu'alors .
:
En septembre 1792 , le nombre de nos matelots n'était que
de 15,000 hommes ; nos troupes , déduction faite des garnisons
nécessaires ' , ne mon aient qu'à 8000 hommes ; nous
avons maintenant 54,000 matelots et 84 vaisseaux de ligne
avec 100 frégates , au lieu de 13 vaisseaux de ligne et 30 frégates
; d'un autre côté , 30,000 hommes ont été ajoutés à nos
forces de terre . La guerre a commencé en février informé ,
en mars , d'un armement français , on fit partir l'amiral Gardner
pour les Indes occidentales . La flotte destinée pour la
Méditerranée partit en mai , et l'on s'occupa sur-le - champ
d'équiper une escadre pour la Manche ; tout cela s'est fait
dans la premiere campagne , malgré la difficulté d'avoir des
matelots , employés au - dehors par le commerce . Outre ces
grandes escadres , d'inférieures ont servi à protéger le commerce
, 30 ont été employées à convoyer les flottes marchandes
, dont on n'a pas perdu un seul bâtiment . Avant le
1er janvier , nous avions pris vaisseaux de 30 à 40 canons ,
4 de 30 à 20 , 17 de 20 à 10 , et 34 au - dessous .
4
M. Dundas continue à exantiner et défendre de la même
maniere toutes les opérations de la guerre .
M. Fox dit que , quoiqu'il soit très-tard , ceux qui se sont
( 341 )
rendus les avocats de la guerre ont tellement embrouillé cette
question importante , qu'il lui est indispensable de tâcher de
dissiper , s'il est possible , les nuages dans lesquels on l'a
enveloppée .
Pour que le peuple de ce pays ne demeure pas plus longtems
la dupe de l'artifice et de l'illusion , en croyant qu'il
prodigue son sang et son argent pour une cause ,
tandis qu'ils
seraient employés pour une autre , ses premiers efforts devraient
être d'obtenir une declaration explicite sur l'objet réel
de la guerre. Personne ne s'est expliqué plus clairement sur
ce point que lord Mornington ; il a dit en termes formels ,
que tant que le gouvernement actuel ou tout autre jacobin
subsisterait en France , on ne pouvait faire ni recevoir aucune
proposition de paix . Il eût été à desirer qu'on se fût exprimé
aussi nettement l'année derniere , parce que la chambre et la
Grande-Bretagne ne se seraient pas laissées entraîner dans une
guerre dont on n'a déclaré le vrai but que lorsqu'on y était
engagé assez avant pour croire qu'on ne pouvait plus reculer.
Il entre ensuite dans le détail des moyens employés pour
amener la guerre . Si on ne veut la terminer que quand on
aura détruit le jacobinisme français , ou , en d'autres mots
jusqu'à ce qu'on ait conquis la France , c'est une théorie présomptueuse
, qui compromet la richesse , le commerce et la
constitution de la Grande-Bretagne , dans la seule probabilité
qu'on pourra forcer le Français à renoncer à des opinions
pour le soutien desquelles il s'est deja montré prêt à sacrifier sa vie .
Il examine alors les différentes objections qu'on oppose à
une paix desirable , si elle peut être obtenue avec honneur
et sûreté. Peut - être regarde - t- on comme une trop grande humiliation
pour l'Angleterre de proposer des termes d'accommodement
qui seraient rejetés , et de procurer inutilement
aux ennemis un tel triomphe . Les actes de la Convention
démontrent suffisamment combien elle est persuadée qu'il y
avait eu de folie de sa part de déclarer la guerre à la Grande-
Bretagne .
On dit que le gouvernement français ne peut fournir au
eune sûreté pour la continuation de la paix . Mais comment
définir ce que l'on entend par ce mot sûreté ? Quoi qu'il en
soit , on ne peut disconvenir que les ordres et les décrets de
la Convention sont respectés et obéis dans toute la République.
On a allégué que la forme de notre constitution déplaît
aux Français . Quand Brissot a proposé de la changer , c'était
en présentant le nouveau gouvernement de France comme un
modele , selon lui , de perfection . Mais cette offre peut - elle
être regardée comme une preuve de haine ou de mauvaise
volonté , et convient- il à la Grande- Bretagne d'en avoir du
ressentiment ?
Z 8
( 342 )
Sans doute la France ne voit point de bon ceil la prospérité
de ce pays ; mais sa jalousie ne prend point sa source
dans la derniere révolution . Si elle est maintenant ennemie
de notre constitution , elle ne l'était pas moins sous le regne
des Bourbons ...... Il compare les effets de cette jalousie avec
ceux qu'elle a produits pendant le regne de Louis XIV. En
Supposant qu'on puisse parvenir à remettre Louis XVII sur
le trône , la paix en sera - t - elle plus assurée ? On dit bien
grand comme un roi ; mais on n'a pas encore entendu dire ,
reconnaissant comme un roi .
Les atrocités commises en France doivent révolter tout
homme sensible . Mais s'il fallait déclarer la guerre , parce
qu'on déteste les principes de cenx qui gouvernent , les hos
tilités seraient continuelles en Europe . Peut- on oublier comment
le bonheur d'une liberté raisonnable a été ravi aux
Polonais par des despotes avides ?
En parlant des avantages obtenus par les armées des alliés ,
il dit qu'il est notoire que des soldats sans expérience et sans
discipline , animés par l'enthousiasme et l'amour de l'indépen
dance , ont défait sous, les ordres d'officiers sans célébrité et
sans éducation , des armées la terreur de l'Europe , commandées
par des généraux de la plus grande réputation et des talena
les plus distingués . Que ne doit -on pas en attendre aujour
d'hui que leurs forces ne sont plus partagées par les troubles
intérieurs ?
Il examine ensuite les intentions des alliés , qui ne songent
évidemment qu'à partager ce royaume. Pendant que lord
Hood prenait possession de Toulon , au nom de Louis XVII
et sous la condition de maintenir la constitution de 1789 le
général Wurmser s'emparait , au nom de l'empereur , d'une
partie de l'Alsace rétablissait tout sur le pied de l'ancien.
despotisme .
" et y
Il peint les calamités auxquelles on est exposé . Il desire
que , si le peuple est obligé de courir les dangers de la guerre ,
il ait la satisfaction de croire qu'elle n'est point l'effet de
l'orgeuil et de la légèreté de ceux qui le gouvernent. Un
particulier peut dire , j'agis selon ma conscience , et s'exposer
ensuite à toutes les conséquences de sa conduite ; mais on
ne peut pas raisonner ainsi , quand il s'agit du destin et du
bonheur d'un peuple entier.
Il affirme que tout ce qui s'est passé à Toulon est scanda
leux et déshonorant pour les armes et le nom Anglais . Il ne
youdrait pas qu'on pût croit qu'on ait eu la perfidie de prendre
sous sa protection cette ville et sa marine , avec l'intention
avilissante de saisir la premiere occasion pour les détruire . It
voudrait que le parlement fût informé par quelle autorité lord
Hood a garanti à Toulon la constitution de 1789 ; en vertu
de quoi il a détruit les vaisseau qu'il avait reçus en dépôts
pourquoi , s'il était autorisé à le faire , la destruction n'a pa
( 343 )
été complette . Pourquoi , si l'on voulait retenir cette place en
sa possession , n'y a -t- on pas envoyé des troupes Allemandes capables
de chasser les Français des hauteurs adjacentes , au lieu
de cette bigarure de miserables Espagnols et de Napolitains ,
plus misérables encore .
L'échec de Dunkerque mérite l'examen sévere du parlement.
C'est contre l'opinion du duc d'York et du prince de Cobourg ,
que leurs armées ont été séparces ; et cette démarche a été désapprouvée
par tout bon militaire . Il finit par critiquer les
talens de M. Pitt dans la conduite de la guerre. Il dit qu'il n'y
a que le plus vil des sycophantes qui pourrait , même à sa
table , lui dire en face qu'il est un bon ministre de la guerre.
Il conclut en proposant pour amendement , que sa majesté
soit suppliée de saisir la premiere occasion pour faire la paix .
Le chancelier de l'échiquier ... Quoique l'honorable membre
de l'autre côté ait dit que , dans l'état actuel des choses il
importait peu de reconnaître à présent sur quels motifs la
guerre avait été entreprise originairement , et que le seul objet
des discussions était d'obtenir une paix honorable et sûre , il
croyait d'autant plus nécessaire d'insister sur les motifs ori ·
ginaires qu'il n'y avait aucune probabilité de terminer la
guerre , tant que le systême du moment subsisterait . En se
rappellant les principes sur lesquels elle a été entreprise , on
verra qu'elle a été le résultat d'une délibération mûre et d'uue
pleine conviction . L'opinion de la majorité de la chambre
et de tout le corps de la nation a été qu'elle était strictement
défensive , et qu'on y était engagé par devoir et par
nécessité .
Un honorable membre a demandé , si la guerre n'eût pains
eu lieu quand même la France ne l'aurait pas déclarée . La
réponse est , que si nous n'avions pas reçu satisfaction pour le
pa sé , et sûreté pour l'avenir , on eût eté obligé de la faire
de toute maniere elle eût été agressive de la part de la France .
Les motifs de la guerre sont , 1 ° . que le système des Français
établit des principes destructifs de l'ordre général de la société ,
et subversifs de tout gouvernement , régulier ; 2 ° . que dans
la vue sans doute d'étendre leur systême , ils se sont rendus
coupables d'usurpation sur les autres Etats ; 3 ° . qu'ils ont montré
des intentions hostiles contre la Hollande ; 4° . qu'ils ont
fait paraître des projets d'aggrandissement et d'ambition
entierement nouveaux dans leur étendue comme dans leur
importance , et menaçant dans leur progrès non - seulement
l'indépendance de ce pays , mais encore la sûreté de l'Europe .
A moins qu'on ne montre qu'on s'est trompé , que ce ne
sont point des causes suffisantes de guerre , ou qu'on a déja
obtenu ce que l'on se proposait , l'obligation et la nécessité
qui nous l'ont fait entreprendre , doivent nous la faire contipuer
avec vigueur . Le défaut de talent dans les ministres ne
serait point une raison suffisante pour se décourager . Ce serai
1
Z 4
( 344 )
avoir une idée bien pauvre du pays , que de supposer qu'on
n'y pourrait trouver dans d'autres personnes des talens supérieurs
. Mais si les difficultés tenaient à la nature des choses ,
ce qui serait fort fâcheux , tous les raisonnemens faits contre
les ministres n'en seraient pas moins affaiblis .
on le
On demande quand se terminera la guerre ? cela depend
'de deux circonstances , 1 ° . quand on sera en état de se procurer
la paix , sous des conditions qui la rendent sûre et permanente
; 2 ° . quand on aura obtenu une indemnité convenable
aux dépenses dans lesquelles la nation se sera trouvée
engagée en faisant la guerre . Ce n'est que dans ces vues qu'il
convient de se mêler du gouvernement intérieur de la France ;
il n'est point necessaire pour cela d'intervertir tout ce gouvernement.
Si la paix peut être faite avec sûreté , le caractere
ardent de ceux qui régissent la France ne sera pas une raison
suffisante d'en rejetter les conditions . Mais si la détestation
du caractere est jointe à la circonstance du danger
demande à la chambre , et même aux ennemis de la guerre ,
y a - t il d'autre moyen de se procurer la sûreté qu'en détruisant
cet affreux systême . Il dit ensuite que les raisonnemens
de son noble ami avaient pour objet de montrer ,
1º. l'horreur
et l'énormité du systême qui prévaut en France ; 2 ° . le
danger qui résulterait de l'extension de ce systême si on ne
s'y opposait promptement et efficacement ; 30. les mesures
qu'on a employées pour le propager ; 4 ° . les espérances de
succès qui naissent de la nature même de ces mesures ; 5º. que
le succès dépend de la vigueur de nos efforts , et que les circonstances
actuelles mettaient obstacle à toute espece de négociation
.
Il entre dans le détail de toutes les propositions , et les
démontre par l'histoire et les progrès de la révolution , et par
la nature du gouvernement qu'elle a établi . Il en conclut qu'il
n'y a rien de plus desirable que la destruction d'un système
qui comble la France de misere , et l'Europe de terreur .
Quant à la question faite par un honorable membre , savoir
si l'on ne fera jamais la paix avec les Jacobins , il est trèsdifficile
d'y répondre , c'est une question dont la solution dépend
des événeinens , et il ne serait ni prudent , ni raisonnable
d'y donner une réponse , définitive .
9 Sur cette grande et intéressante difficulté je n'hésiterai
point de dire que je croirais manquer de candeur , si je ne
déclarais pas sans équivoque que jamais le moment n'arrivera
où je ne préfere toute autre alternative à celle d'une paix
avec la France , faite sur le systême de ceux qui la gouvernent.
L'honorable membre a posé sa motion dans des termes trèsgénéraux
, quand il recommande à sa najesté de conclure la
paix , toutes les fois qu'il pourra la faire à des conditions sûres
et avantageuses , sans aucun égerd à la nature et à la forme
du gouvernement qui peut exister en France . Je suis pareil,
( 345 )
tement d'opinion qu'il faut conclure une paix avantageuse et
sûre , mais je pense que sa sûreté et son avantage dépendent
de l'établissement d'un gouvernement qui differe essentiellement
de l'actuel ; et quoique par la généralité de ses expressiens
, cette motion ne paraisse tendre à aucun objet précis
cependant elle est capable de faire beaucoup de mal , puisqu'elle
ferait supposer que la chambre a une façon de penser
différente de celle de sa majesté , qu'elle nous rendrait suspects
à nos alliés , et qu'elle encouragerait nos ennemis , en leur
donnant de la confiance .
Il détruit ensuite les rapports de comparaison que l'honorable
membre a voulu établir entre le gouvernement actuel
de la France , et celui de Louis XIV. Il ajoute qu'il ne met
pas la même importance , comme on voudrait le persuader , à la
restauration de la monarchie , qu'à la destruction du systême
actuel.
Je n'attache d'importance au rétablissement du trône , que
par l'opinion où je suis que de l'état présent de la France, il peut
sortir quelque forme à laquelle la plus grande partie du peuple
serait disposée à concourir. Je considérais l'ancien gouverne
ment comme les meilleurs matériaux dont on put se servir
pour introduire quelque changement dans la fabrique de la
constitution . D'ailleurs , dans tout ce que j'ai proposé sur les
affaires intérieures de ce pays , j'ai toujours pensé que c'était un
devoir de s'occuper par- dessus tout du bonheur du peuple , et la
monarchie m'a paru le systême qui se liait le mieux à ses
intérêts .
L'honorable membre m'a encore mal entendu sous un autre
rapport , en faisant envisager le retour à la monarchie comme
un événement qui devait nécessairement être précédé par la
conquête de la France . Je n'ai regardé la monarchie que comme
l'étendard sous lequel les Français pouvaient être réunis , gouvernement
que mon noble ami a prouvé être le plus conforme
aux desirs des deux tiers des habita ns .
On dit que le rétablissement de la royauté n'apporterait
aucune sûreté additionnelle à la solidité de la paix , et que
le Français serait encore également formidable pour ce pays..
Mais c'est une assertion étrange et dénuée de fondement . La
monarchie Française dépouillée comme elle le serait d'une partie
de sa puissance , et affaiblie dans ses revenus , ne peut être
aussi formidable qu'un systême qui s'est montré plus dangereux
que la monarchie dans la plénitude même de son pouvoir ,
fet au sommet de sa grandeur .
Après avoir cité les décrets qui défendent de traiter avec
l'ennemi jusqu'à ce qu'il ait évacué le territoire de la République
, et qui condamnent à mort ceux qui proposeraient
d'entrer en conférence avec une puissance qui n'aurait pas
reconnu préalablement l'independance de la nation , ainsi que
l'unité et l'indivisibilité de la République , fondée sur la liberté
( 346 )
4
et l'égalité. Voulons-nous , dit- il , nous mettre à la merci , et
nous soumettre à la nécessité de recevoir les conditions qu'il
leur plaira de dicter ? Retirerez-vous vos armées ? vous priverez-
Yous de la co- opération de vos alliés ? abandonnerez - vous
toutes vos acquisitions ? leur rendrez - vous Condé , Quesnoy ,
Valenciennes , Fort - Louis , Tabago et toutes les factoreries des
Indes Orientales ? Quand vous y consentiriez , quand vous vous
hâteriez d'envoyer un ambassadeur pour traiter avec la Convention
, il vous faudrait non - seulement reconnaître l'unité et
l'indivisibilité de la République Française , mais encore la reconnaître
dans leur sens , fondée sur la liberté et l'égalité . Il
vous faudrait souscrire à tout leur code , et par cet acte sanctionner
la déposition de votre souverain , et l'anéantissement de votre
législature . En vain , dirait- on , qu'ils n'insisteront point sur
un aveu de cette étendue à quelque point qu'ils aient porté
l'audace dans leurs discours , ils les ont toujours surpassés par
leurs actions . L'orateur s'attache particulierement à cette idée
qui lui fournit matiere à un long discours .
A 5 heures et demie du matin la chambre s'étant divisée
sur la question , il y a eu pour l'amendement 59 ; contre , 277 i
majorité , 213.
De Londres , le 5 février. Le comte de Moyra est venu le
1er. février de Cowes à Londres , et est retourné le lendemain
de Londres à Cowes . Il semble que l'on ne soit pas
encore détrompé sur l'impossibilité de faire réussir cette expédition
; car un jeune aide-de-camp du général Charrette a
eu , le 31 janvier , une audience de M. Pitt , qui a resté longtems
enfermé avec lui le bruit court que ce jeune officier
a remis ses lettres de créance aux ambassadeurs et ministres
des puissances coalisées .
Les lettres d'Irlande , du 26 janvier , peignent le parlement
comme entiérement à la dévotion de la cour. Tout s'y passe
à l'unanimité : il n'y a ni discussion ni débats . Les lâches
représentans d'un peuple qui n'est point représenté se contentent
d'aller aux voix , pour la forme , et font servilement
ce que leur dicte le lord lieutenant , qui amuse le peuple
par des espérances d'un nouvel arrangement de commerce
dont il lui vante les avantages .
•
La cour d'Ecosse a comblé la mesure des iniquités , en
condamnant par contumace Joseph Gerald et Charles Sinclair ,
membres de la convention d'Ecosse ; il étaient partis de Lon
dres le vendredi , et devaient arriver le jour où ils ont été
jugés . Leurs amis ont avancé , ce qui était infiniment probable
, que les neiges avaient retardé leur voyage . Ils ont
effert caution , conformément aux lois ; mars on l'a refusée ,
contre les lois .
MM . Margarot et Skiwing ont été transférés à Newgate ,
prison des plus vils criminels.
( 347 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DUBARRAN.
1 i
Séance du tridi , 23 Pluviôse .
La Convention nationale a rendu hommage à la nature , ¿
T'amour paternel , quand elle a décrété solennellement qu'il
serait élevé aux frais de la République , sur la place où le
fanatisme a fait périr Calas , un monument à la mémoire de ce
pere infortuné . Mais ce monument en attestant son innocence ,
rappellerait sans cesse aussi à des créanciers honnêtes , dont la
fortune reposait sur le commerce de cet homme integre , qu'ils
-out été ruinés par le défaut de paiement ; à des enfans indigens,
que leurs peres sont morts insolvables parce qu'ils n'ont pu recouvrer
les créances qu'ils avaient sur la maison de commerce.
de Calas . Enfin , la réhabilitation entiere de ce citoyen exigeait
l'acquit de ses dettes , et ç'a été l'objet d'un rapport , et d'un
projet de décret , présenté , au nom du comité de législation ,
par Bezard. La Convention en a ordonné l'impression et
1 ajournement .
Une députation du peuple souverain de Montbelliard a été
admise daus l'intérieur de l'Assemblée . Après avoir exprimé le
desir ardent de ses concitoyens d'être agrégés par un décret
solemnel de la Convention , à la grande famille , elle a soumis
à l'Assemblée plusieurs réflexions sur un arrêté pris par le
représentant du peuple , Bernard , contre leurs freres absens,
Elle a demandé pour eux la faculté de rentrer en France dans
les délais proportionnés à l'éloignement des lieux où ils se
trouvent , d'en dispenser les personnes fixées en pays étranger.
par le mariage ou autre établissement stable , si leur absence
date d'une époque antérieure à la réunion du peuple de Montbelliard
; enfin , de déclarer que le délai qui sera fixé pour le
retour des absens , sera prolongé en faveur de ceux qui n'au 、
raient pu revenir , soit par l'ignorance de leur rappel , soit par
d'autres obstacles imprévus. La Convention nationale ,
répondu le président , prendra en considération le voeu que
vous lui exprimez au nom du peuple souverain de Montbelliard .
Elle calculera avec sagesse , dans l'objet et les rapports de la
réunion , l'intérêt respectif des deux peuples , la circonstance
des localités , et sur - tout , citoyens , cette intention bien
prononcée où vous êtes de résister comme nous à la ligue
des despotes , et de défendre la cause de la liberté et de
l'égalité contre tous ses vils ennemis .
a
( 348 )
Puisse cet exemple éclairer enfin tant d'autres peuples sur
leurs vrais intérêts , et les convaincre de cette vérité politique ,
qu'il ne tient qu'à une nation de vouloir la liberté pour abattre son
tyran , et que si les rois se sont tous ligués pour le fléau des
peuples , ceux-ci n'ont qu'à développer le moindre effort , et
bientôt les conjurés auront cessé d'exister,
Quant aux autres réclamations du peuple de Montbelliard ,
la Convention a promis de s'en occuper pour y statuer d'après
les principes de justice qui la dirigent. Les députés ont été
admis aux honneurs de la séance , et ils ont reçu du président
l'accolade fraternelle , au milieu des applaudissemens de
l'Assemblée ,
On se rappelle la pétition d'une jeune républicaine , nommée
Jeanne Perrin , que notre position révolutionnaire a élevée audessus
de son sexe . Cette nouvelle spartiate vint annoncer que
n'écoutant que son courage , et partageant l'indignation que la
trahison et la tyrannie inspirent aux coeurs des vrais patriotes
et de tous ceux qu'enflamme l'amour de la liberté , elle s'enrôla
le 4 octobre 1792 , dans le troisieme bataillon de la République.
Sous l'honorable habit national , elle a partagé avec
ses camarades , tous les dangers et les fatigues inséparables
de la guerre jusqu'au 28 nivôse . Dans toutes les circonstances ,
elle s'est trouvée en face de l'ennemi , et elle a eu la constance
et la fermeté de taire son sexe jusqu'au moment où ,
épuisée de fatigue et des travaux militaires , l'altération de sa
santé l'a obligée à se déclarer pour obtenir un congé . Sur la
proposition du comité de salut public , la Convention a accordé
, non pas à titre de secours , mais à titre de recompense
à Jeanne Perrin une gratification de 500 liv .
D'après le rapport de son comité des marchés , la Convention
a renvoyé au tribunal révolutionnnaire plusieurs four>
nisseurs , accusés d'infidélites .
Séance du quartidi , 24 Pluviôse.
Au nom du comité de salut pubiie , Barrère a parlé encore
aujourd'hui de la Vendée , où le morcellement de nos forces a
reproduit l'audace des royalistes . Des rassemblemeus de brigands
ont fait des attaques vers Beaupréau , Montrevault et Saint-
Fulgent , et quoique six mille d'entr'eux aient été tués depuis
dix jours , cela ne dédommage point de la perte de
quelques bons Républicains et du général Moulins dont le
general en chef et l'armée célebrent le courage . Pour ne pas
tomber entre les mains des royalistes , il s'est tué . « Voilà , a
dit Barrere, quelles devraient être la pensée et la détermination
de tout soldat républicain : la victoire , ou la mort . Les Romains
ne rachetaient pas les prisonniers ; ils condamnaient à la mort
ceux qui avaient abandonné leurs armes dans le combat. Elles
devaient leur servir à demeurer libres , même dans une déroute
c'est-à - dire à mourir . .
( 349 )
Voici le projet de décret présenté par Barrere et adopté par
la Convention nationale : Les citoyens Hentz et Garrau se
rendront sur- le - champ , en qualité de représentans du peuple ,
près l'armee de l'Ouest , pour y prendre toutes les mesures de
salut public qu'ils croiront nécessaires . Ils sont investis de
pouvoirs illimites ,, de même que les autres représentans près
les armées . "
La Convention nationale décrete que la mémoire du général
Moulins est chere à la patrie . Il sera élevé à Tiffauge , aux
frais de la République , un tombeau simple , et sur la pierre
sera placée l'inscription suivante : Républicain , il se donna la
mortpour ne pas tomber vivant au pouvoir des brigands royalistes .
Barrere a ensuite fait lecture de plusieurs dépêches qui annoncent
un avantage remporté sur les Espagnols près de Saint-
Jean-de -Luz . ( Voyez le dernier numéro. ) Il est dans cette journée
mémorable , un trait qui n'a pas existé dans les anniles des
républiques anciennes. Au bruit du canon qui grondait sur
l'Espagnol , des soldats Français prisonniers à Saint -Jean- de-
Luz pour délits militaires , insistent pour combattre . Leurs
mains chargées de fers , s'arment pour la victoire , et la victoire
est obtenue . Après le triomphe , ils reprennent leurs fers .
C'est à vous qu'il appartient de les briser , a dit Barrere ,
en s'adressant à l'Assemblee ; les représentans n'ont pu proj
noncer . C'est å la Convention à immortaliser cette belle action
militaire ; c'est le génie national qui l'a inspirée , c'est l'histoire
qui doit la recueillir ; mais c'est la victoire qui a absous ces
braves militaires : ils ont cessé d'être coupables , alors qu'ils
ont été vainqueurs . " " L'Assemblée toute entiere se leve a
l'instant , et décrete , au bruit des plus vifs applaudissemens ,
la liberté de ces généreux soldats .
―
Ce rapport a été terminé par l'adoption d'un décret qui
attribue spécialement à la commission des subsistances et
approvisionnemens de la République , la fonction de mettre
en réquisition et en préhension les objets et matieres qui doivent
être mis en circulation , ou en consommation pour les armées ,
les établissemens publics et les communes . Nulle autorité
constituée ne pourra exercer cette fonction si elle n'y est
formellement autorisée par un décret de la Convention nationale
, ou un arrêté du comité de salut public .
Suivant les notes sommaires , parvenues dans le cours de la
seconde décade de pluviôse à l'administration des domaines
nationaux , les ventes d'immeubles d'émigrés , se sont élevées
dans cent trente - cinq districts à 17,052,246 liv . 19 s . 4 d .
sur l'estimation de 8,408,501 liv. 18 s . 2 d ,, et ont ainsi
excédé de 8,643,745 liv . 1 s . 2 d. le montant de cette estimation
; et en rapprochant ce résultat de celui des états remis
précédemment sous les yeux de la Gonvention nationale , on
voit que
lesdittes ventes , qui sont maintenant en activité
dans 82 départemens , ont déja produit 103,996,145 liv . 9 s . ,
20
( 350 )
et qu'elles excedent de 51,422,391 liv. 5 s. l'estimation des
biens qui en sont l'objet.
Le district de Grenoble , département de l'Isere , mérite
particuliérement d'être distingué ; il a déja procédé à environ
quatorze cents adjudications , qui ont produit près de 8 millions
, et ont excédé de 5 millions et demi les estimations .
Plusieurs autres districts présentent des rapprochemens
aussi satisfaisans .
Un citoyen a donné connaissance d'un secret qui intéresse
essentiellement la République . Il s'agit d'empêcher la calendre
de s'introduire dans le blé , lorsqu'il est déposé au gronier.
Voici la précaution qu'il faut prendre : Lorsqu'il y a du blé
dans un grenier où ladite calendre est introduite il faut
le faire nettoyer à fond , le laisser quelques mois bien
aéré ; après , bien frotter le plancher avec le poireau vert , le
laisser quelque tems étendu sur ledit plancher , puis le faire
retirer. L'on mettra de suite le blé suivant l'usage ordinaire ,
d'épaisseur à ce que le goût et l'odeur dudit poireau empêchent
l'insecte de s'y introduire . Pour les greniers où il n'y a pas
encore eu de blé , avant d'en mettre on doit observer la même
chose pour empêcher l'introduction de cet animal . ›› Le
citoyen qui donne connaissance de ce procédé assure en avoir
fait l'épreuve avec un vrai succès .
--
Une députation de Commune- Affranchie et de Villefranchesur-
Saône est venue dénoncer le tribunal des sept établi dans
cette premiere commune , comme se livrant à des vengeances
particulieres . Après quelques débats , la pétition a été renvoyée
au comité de salut public , pour en faire son rapport ,
Quelques décrets particuliers , rendus d'après le rapport de
divers comités , ont terminé cette séance.
Séance de quintidi , 25 Pluviôse.
Une députation des 48 sections de Paris , précédée de
quatre membres du conseil général de la commune est venue
exprimer à la Convention nationale la reconnaissance des
citoyens de Paris de ce qu'elle a repoussé les propositions
des despotes avec lesquels les Républicains ont une guerre à
mort à terminer , et de ce qu'elle a affranchi les hommes de
couleur de l'esclavage .
Le représentant du peuple , Laplanche , a rendu compte de
sa mission dans le département du Calvados . La Convention
a applaudi au zele de ce citoyen . Le reste de la séance
a été employé à entendre des pétitions particulieres.
Séance du sextidi , 26 Pluviôse .
-
Le conseil général de la commune d'Hébecourt , district
des Andelys , département de l'Eure , présidé par le curé de
cette commune , s'était avisé , par un arrêté , de prohiber l'établissement
d'une société populaire dans son arrondissement.
1
( 351 )
1
Ge fait transmis à la Convention nationale a provoqué le décret
d'arrestation contre l'agent national de cette commune , qui
aurait dû faire part de cette mesure contre - révolutionnaire au
directoire du district des Andelys , et contre le curé qui s'opposait
à la propagation des principes républicains .
Le citoyen Chaudot , notaire , traduit au tribunal révolu
tionnaire pour uue signature donnée en second à des copies
collationnées d'un acte de dépôt reçu par Brichard , notaire ,
venait d'être condamné à la peine de mort , non à cause du
délit qui avait occasionné son arrestation , mais parce que
dans la visite de tous ses papiers , provoquée par lui - même ,
on avait trouvé une lettre d'un certain abbé Aubert , l'entretenant
d'un affaire qui interressait Chaudot pere , laquelle
lettre contenait en outre des expressions inciviques sur la
révolution . La famille de ce citoyen s'est présenté à la barre
pour demander un sursis à l'exécution de son jugement . Peres
de la patrie , a - t - elle dit , la loi ne peut pas vouloir que dans
un cas semblable un citoyen soit condamné à la peine de mort.
Hé quoi ! un ennemi anra l'adresse de jetter dans la maison de
celui à qui il veut nuire , une lettre , et cette lettre suffira pour
faire condamner l'homme chez qui clle sera trouvée ! Les témoins
les plus recommandables par leur civisme , tout Paris a
rendu et est en état de rendre le témoignage le plus honorable
des vertus , de la probité , du patriotisme de Chaudot , dans.
ce moment même. " La Convention a décrété le sursis , au
milieu des plus vifs applaudissemens . Des représentans du
peuple et des citoyens des tribunes ont couru aussi - tôt annoncer
le décret.
-
On a fait lecture d'une lettre du citoyen Bailleul ; en voici
l'extrait : Je viens d'être traduit au tribunal révolutionnaire
pour y être interrogé ; j'ai fait observer qu'étant député à la
Convention , on ne pouvait commencer de procédure contre
moi sans un décret d'accusation porté par la Convention ellemême
; malgré mes observations , le tribunal m'a nommé d'office
un défenseur officicux , et a continué mon interrogatoire . Je
demande à la Convention de défendre au tribunal révolutionnaire
de continuer la procédure . La Convention a suspendu
la procédure commencée contre Bailleul , et a renvoyé sa
lettre au comité de sûreté générale .
Le comité des assignats et monnaies a fait adopter un long
projet de loi sur l'organisation des atteliers des monnaies.
L'Assemblée a mis eu délibération la question de savoir si
l'imposition fonciere serait payée en nature . Ramel et Louvet
de la Somme ont combattu cette proposition . Beffroy a parlé
en sa faveur. La discussion a été ajournée .
Séance du septiti , 27 Pluviôse.
Barrere , au nom du comité de salut public , a donné conmaissance
à l'Assemblée des nouvelles satisfaisantes qui lui sont
1
1
( 35 )
parvenues du Nord , de la Corse et de la Vendée . ( Voyez article
Nouvelles)
Le comité de salut public , occupé de tous les moyens qui
doivent assurer le service , et mettre les armées en état d'entrer
en campagne , avant les puissances coalisces , a chargé la regie
generale des charrois de faire confectionner sans délai , 12 mille
caissons , 12 mille 500 attelages et 12 mille 500 habillemens
de chartiers ; les ordres ont été dounes . To se prépare , et
tout s'éxécute avec rapidité . Pour faire face à cette depense ,
la Conventiou a mis 12 millions la disposition du ministre de
la guerre.
Uu pavillon qui n'était pas celui de la République , Hottait
encore sur nos vaisseaux ; les marins s'en indignaient ; ils appellaient
à grand cris une réforme que l'honneur de la liberté . -
reclamait avec eux . Dépositaire de leur vou , le comité de salut
public a fait adopter le decret suivant : Le pavillon décrété
par 'Assemblée nationale constituante est supprimé. Le pavillon
national sera formé des trois couleurs nationales , disposées
en trois bandes égales , posées verticalement de maniere
que le bleu sou attaché à la gaule du pavillon , le blanc au
milicu et le rouge flottant dans les airs . La flamme sera
pareillement formée de trois couleurs . Le pavillon national
sera arboré sur tous les vaisseaux de la République le premier
jour de prairéal . ,
L'Assemblée à l'occasion d'un décret relatif à l'organisation
de l'artillerie légere , avait pensé qu'il serait avantageux pour
la République que tous ceux qui commandent ses nombreux
bataillons sussent lire et écrire. En conséquence elle avait demandé
au comité de la guerre , les moyens d'accorder ce qu'elle
devait aux principes , à l'honneur des armes de la République
et à la defense ds la liberté , avec la reconnaissance nationale
pour des services déja rendus . Merlin de Thionville a fait
aujourd'hui ce rapport ;
sur sa proposition l'Assemblée a
adopté le décret suivant : A compter du jour de la promulgation
du présent décret , aucun citoyen ne pourra être.
promu aux emplois qui viendront à vaquer , depuis le grade decaporal
jusqu'à celui de général en chef dans les armées de la
République , s'il ne sait lire et écrire ,
D'après un rapport du comité de législation , La Convention
decrete que tous les jugemens rendus en exécution de la
loi du 30 vendémiaire dernier, contre les ecclésiastiques par les
tribunaux criminels seront exécutés sans 1appel ni recours au
tribunal de cassation .
Séance d'octodi , 28 pluviôse.
On a vu dans une des précédentes séances que le député
Bailleul , détenu à la Conciergerie , se plaignait d'avoir subi
un interrogatoire au tribunal révolutionnaire , quoiqu'il ne fût
pas décrété d'accusation, Aujourd'hui le président du tribunal
revolutionnaire
( 353 )
révolutionnaire adresse la lettre suivante à la Convention
nationale.
Citoyens législateurs , la maniere dont les journaux ont
rendu la réclamation du citoyen Bailleul , exige du tribunal ,
plutôt encore pour l'intérêt public que pour sa réputation
particuliere , à laquelle néanmoins il se fait gloire de tenir
beaucoup , une courte explication . L'interrogatoire que l'on
a fait subir au député Bailleul a été une erreur purement
matérielle ; l'existence de ce député , à la Conciergerie , maison
destinée à contenir tous ceux qui sont traduits au tribunal
révolutionnaire , l'envoi même de certaines pieces à l'accusateur
public , ont prêté à cette erreur. Une seconde cause est le
d'attention qu'en général l'on est forcé de faire aux exceptions
presque toujours hazardées par les prévenus , et le tourbillon
d'affaires qui environne le tribunal a pu distraire un instant l'un
des juges , des principes auxquels nous avons mille fois rendu
hommage , er qui sont connus des gens les moins éclairés.
peu
" Celui donc quê aurait pu soupçonner que par cet intcrrogatoire
, ce qui n'est que de pure forme et qui ne commence
point la procedure , comme il semble qu'on l'a pensé par la
rédaction du décret qui suspend cette procedure ) celui dis -je ,
qui aurait pu soupçonner qu'on aurait voulu porter la moindre
atteinte à la représentation nationale , ou faire un acte extensif
d'autorité , celui - là serait dans une erreur d'abord peu vṛaisemblable,
affligeante pour les juges du tribunal révolutionnaire ,
et sur-tous dangereuse pour la confiance et l'estime dont le
tribunal a besoin pour être vraiment utile à la chote publique ;
car , citoyens représentans , ce qui soutient les membres de ce
tribunal dans leurs fonctions aussi habituellement pénible ,
c'est la réputation dejustice et d'intégrité qu'il s'est acquise dans
La République ; c'est la confiance dont l'investit et le récompense
la Convention nationale , Cet événement nous fournit une
occasion, de vous demander une loi précise contre ceux qui
cherchent à avilir la représentation nationale ; nous gémissons
tous les jours de ne pouvoir punir que par la déportation qui est
la peine bannale pour tous les délits non prévus , un crime qui
nous paraît le plus éversif de la liberté et le plus efficacement
contre-révolutionnaire , s'il pouvait jamais être suivi de quelque
succès . 99 - Renvoi de la lettre aux comités de salut
public et de sûreté générale ,
/
Organe du comité de sûreté générale , Vouland à fait rendre
le décret suivant :
Art . 1er . La commission extraordinaire établie à Commune--
Affranchie , en exécution du décret du 21 vendémiaire ,
ne peut juger que les contre révolutionnaires de Lyon et autres
individus qui auraient pris parti à la révolte qui a éclaté dans
cette commune ; en conséquence , les citoyens et membres
des corps administratifs du département de l'Ain et autres
départemens ne peuvent être traduits devant cette commission
Tame VII.
A a
( 354 )
extraordinaire , pour raison d'écrits et arrêtés fédéralistes
auxquels ils auraient coopéré.
II. Les tribunaux révolutionnaires ou commissions extraordinaires
établis dans les départemens , soit par décret
de la Convention nationale , soit par des arrêtés des représentans
du peuple , ne peuvent juger que les prévenus de
délits dont la connaissance leur est attribuée expressément ,
soit par décret ou arrêté de leur établissement , soit par des
décrets ou arrêtés particuliers . ‚
Séance de monodi , 29 Pluviôse.
3
Le rapport sur le sursis accordé à Chaudot a été fait dans
cette séance le rapporteur des comités de législation et de
sûreté générale a exposé que le motif de la condamnation
de cet accusé n'était point , comme on l'a prétendu , le fait
matériel de sa signature apposée en second aux actions de
l'emprunt ouvert pour les ennemis de la République , mais
des preuves acquises de sa complicité dans cette opération .
Il a ajouté que , quelque commisération que meritât la situation
de ce condamné , la Convention ne pouvait porter atteinte
l'institution des jurés . Goffroy a parlé en faveur de
Chaudot ; mais la Convention , fidelle aux principes , a levé
le sursis et a ordonné l'exécution du jugement du tribunal .
Laignelot et Lequinio , représentans du peuple à Rochefort
, informent la Convention nationale du supplice de trois
●fficiers: de marine , convaincus d'avoir arboré le drapea
blanc , d'avoir combattu et conduit les patriotés de cette
contrée à l'échafaud . Ils ajoutent que l'esprit du peuple est
excellent , et que la flotte brûle de combattre nos lâches
voisins . *.
}
-
Les représentans du peuple à Commune- Affranchie écrivent
`que les événemens se succedent dans cette commune avec
une severe uniformité . Cette ville rebelle servira d'exemple
à toutes les communes qui voudraient imiter sa criminelle
audace. Litt
Le navire américain nommé le Lawrens , capitaine White ,
parti de Charles-Town le 7 février , allant à Londres avec
une cargaison de ris et d'indigo , avait été pris par le cor
sire le Sans- Culotte , de Honfleur , le 20 mars , à environ
six lieues de Portland . Le tribunal du Havre-Marat avait erdonné
la main - levée du bâtiment et de la cargaison , et condamné
les armateurs à faire les réparations nécessaires au
Lawrens , pour le mettre en état de continuer sa route , et à
payer au capitaine Américain des dommages , ainsi que les
frais de la procédure . Ce jugemert fut confirmé par deux
arrêtes du conseil exécutif. Les armateurs et l'équipage du
corsaire le Sans- Culotte insistaient auprès de la Convention ,
pour l'engager à déclarer le navire américain de bonne prise .
Mais sur le rapport de Jean-Bon- Saint-André , et conforme-
د ه ش
2
( 855 )
ment à l'acte de navigation , qui maintient pleinement le
traité de commerce avec les Etats-Unis , la Convention a déclaré
qu'il n'y avait lieu à délibérer sur cette pétition , et a donné
par-là une nouvelle preuve de sa justice et de son affection ,
inaltérable envers ses alliés .
M
PARIS , duodi , g Ventôse.
On éprouve ici depuis plusieurs jours de la difficulté à se
procurer de la viande . Cela tient à plusieurs causes . D'abord ,
le grand approvisionnement de nos armées . Ce motif est si
bien senti par les Républicains , qu'il suffit de l'indiquer pour
les engager à supporter patiemment toutes les privations . En
second lieu , la contradiction qui existe entre la loi du max mum
et la liberté accordée de vendre les bestiaux sur pied de gré ,
à gré , ce qui laisse à l'égoïsme cupide des vendeurs toute son
activité . Le remede est facile à trouver. Aussi la Convention
s'occupe - t- elle d'une loi nouvelle pour comprendre dans le
maximum les bestiaux sur pied , et donner une nouvelle proportion
au tarif de toute espece de denrées , et bientôt les inquiétudes
ne subsisteront plus..
Un autre abus a été arrêté dans sa source : on vendait dans
les marchés des vaches et des brebis pleines. La section des
Quinze-Viugts a fait arrêter les bouchers qui s'étaient permis de
tuer de pareils animaux , et le conseil de la commune a arrêté
une adresse à la Convention pour demander une loi repressive
contre ce genre de délit .
༣
On délivre dans chaque section des bons aux aubergites et
aux hôpitaux , pour avoir la quantité suffisante de viandes pour
leur consommation journaliere. A l'égard des traiteurs et
restaurateurs de luxe , on s'en rapporte à la prudence des
comités révolutionnaires .
+
La société des Jacobins , ayant appris que Robespierre et
Couthon étaient malades , a nommé une députation pour rendre
visite à ces deux estimables représentans du peuple .
Le conseil de la commune et toutes les sections ont célébré,
avant hier , dans le temple de la Raison , ci - devant Notre-
Dame , une fête à l'occasion du décret qui prononce l'affran
chissement des Noirs dans l'Amérique . Chaumette a prononcé
un discours analogne à cette circonstance.
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Jacques - Philippe-bsaac Guéau- Reversaux , natif de
Paris , âgé de 55 ans , ex-noble , conseiller honoraire du ci- devant
roi , en tous ses conseils , maître des requêtes de son
hôtel , ex -intendant de la ci-devant province de Bourbonnois ,
A a 2
( 356 )
et du ci- devant pays d'Aunis , demeurant à Chartres ; convaincu
d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis
extérieurs de la République , tendantes à faciliter l'entrée des
troupes coalisées sur le territoire français , pour parvenir à
dissoudre la représentation nationale et les autorités légitimes,
et à rétablir la royauté en France , et d'avoir tenu des propos
tendans à empêcher le recrutement , pour que les frontieres
demeurassent dégarnies .
J. J. Debaune , natif d'Amsterdam , négociant à Paris , rue
Montmartre ; François-Romain Brichard , natif de Brony , notaire
public , rue Saint-André-des -Arts ; François Mestiviert
clerc de Brichard , notaire ; J. B. Viette , demeurant à Paris,
place Thionville , fabricant jouaillier , de témoin deveun accase
; V. J. B. Chaudot , notaire publie , demeurant à Paris ,
rue J. J. Rousseau convaincu d'avoir mis en circulation ,
sous le nom d'emprunt , miile actions de cent liv . sterling
chacune , et leurs coupons d'intérêts à cinq pour cent , au
profit de Georges de Galles , de Frédéric d'York et de Guillaume-
Henri de Clarence , fils de Georges , roi d'Angleterre ,
sous la garantie d'une obligation par eux souscrite à Londres ,
le 5 juin 1790 , à la disposition de J. J. de Baune , ont été
cendamués a la même peine.
Le même jour de l'exécution du bijoutier Viette , l'un des
condamnés ci- dessus , son fils se rendit aux Champs -Elisées ,
où il se brûla la cervelle d'un coup de pistolet,
On peut juger , par les deux pieces suivantes , de l'état de
déesse où se trouvent les émigrés :
Lettre de Broglie à monseigneur comte d'Artois.
MONSEIGNEUR ,
Dusseldorf , le 18 janvier 1794-
Les émigrés Français rassemblés dans l'arrondissement de
Dusseldorf ont voulu que je leur servisse d'interprête auprès
de votre altesse royale , pour lui rendre les sentimens dont
ils ont été affectés lorsque je leur ai donné connaissance de
la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de
ce mois , dans laquelle la sensibilité et la noblesse de votre
ame se peignent d'une maniere si touchante et si vraie .
Cette lettre a porté dans tous les coeurs l'attendrissement
de l'admiration et de l'amour , et l'intérêt que vous daignezprendre
à la situation fâcheuse où se trouvent ses bons et
fidels serviteurs en adoucissant leurs malheurs ne leur fait
sentir que plus vivement les vôtres .
,, Leur premier et unique mouvement en apprenant l'usage
que vous voulez qu'il soit fait du present que vous avez reçu
de l'impératrice de Russie , a été de demander qu'il fût permis
( 357 )
d'envoyer quelques-uns de leurs membres le reporter à votre
altesse royale , et la conjurer avec la plus vive instance de
conserver un gage aussi précieux de l'amitié de cette illustre
souveraine .
" Je n'ai pu calmer ce sentiment si juste et seul digne de
répondre à celui de votre altesse royale qu'en faisant connaître
aux généreux gentilshommes que ce serait lui déplaire
de ne pas accepter dans ce moment le secours qu'elle daignait
leur offrir , et en les assurant que cette superbe collection ne
serait pas aliénée , et rentrerait en vos mains dans un tems
plus heureux .
Nous espérons , monseigneur , qu'ils ne sont pas êloignés ;
mais quoi qu'il en arrive , puisque nous trouvons en vous les
sentimens que le graud Heuri marqua toujours pour la 110-
blesse votre altesse royale éprouvera de sa part la même
fidélité et le même dévoûment , et si elle ne peut plus lui
offrir les ressources de ses biens et de fortune , elle prodiguera
son sang et sa vie , et mettra son bonheur et sa
gloire à périr s'il le faut sous vos yeux et avec vous .
2
sa
.
" Mais la justice de la cause que vous défendez avec tant
de fermeté et de constance doit faire concevoir l'heureuse .
, espérance que la vérité triomphera enfin du crime , et que
l'ordre rétabli , vous jouirez du fruit de vos travaux .
" Ce sont les voeux que les émigrés de cet arrondissement,
et certainement ceux de tous les autres , forment pour votre
altesse royale et pour les princes vos fils , qui se montrent,
dignes de vous , monseigneur , par le sacrifice qu'ils font d'une
épée à laquelle la main dont ils l'avaient reçue , donne une
valeur inappréciable .
Ils me font l'honneur de vouloir en recevoir une de moi..
J'obéis à leurs ordres , en chargeait le prince de Reves de leur,
présenter la mienne ; elle ne peut avoir de prix que par le
cri de vive le roi gravé sur la lame , et qui l'est bien plus .
profondément dans mon coeur. ”
J'ai l'honneur d'être avec le plus inviolable attachement et
le plus profond respect ,
Monseigneur ,
De votre altesse royale , le trèshumble
, etc. DE BROGLIE.
Copie d'une lettre écrite par monseigneur comte d'Artois , à M. le
maréchal de Broglio ,
A Ham , ce 11 janvier.
Mon coeur est si vivement touché et profondément affecté ,
mon cher maréchal , de l'état affreux où sont réduits mes dignes
compagnons de fidélité et de malheur , et j'éprouve taut de
retard pour obtenir les secours que le régent n'a cessé un
instant de solliciter , que je n'hésite pas à remettre entre vos ;
/ ( 358 )
5 mains la derniere ressource que je tiens de l'impératrice de
Russie . Je n'ai pas besoin de vous recommander l'emploi que'
vous devez faire des fonds que vous vous procurerez par la
vente des médailles et du diamant : non - seulemunt je m'en
rapporte à votre sagesse , mais vous savez que les plus mal-,
heureux et les plus souffrans sont en ce moment pénible les
plus chers à mon coeur . Je vous ai déja parle , mon cher maréchal
, de l'extrême embarras où je me trouvais personnellement
; mais je ne se compterai jamais pour rien , lorsqu'il
s'agira de satisfaire le plus pressant besoin de mon coeur. En
conséquence , je charge M. du Verne de vous remettre la somme
de 3 ou louis pour subvenir aux premiers frais , et pour vous
donner le tems de vendre , aux meilleurs conditions possibles ,
les médailles et le diamant . J'ai la certitude que j'honore les.
dons de l'impératrice en les employant à un usage aussi sacre ;
mais je vous déclare , mon cher maréchal , que mon intention
formelle est que ce faible secours soit compté pour rien , ai
pour les fonds qui doivent être versés dans la caisse de Dusseldorff,
ni pour les justes demandes que vous aviez formées
au moment où nous espérions que l'emprunt de Hollande
aurait du succès . Entin , si je ne parvenais pas encore à obtenir
le: secours que je sollicite avec plus d'ardeur que jamais, si
je me trouvais alors dénué de tout moyen personnel pour me
porter où le service du roi l'exigerait , je conserverais encore
une ressource précieuse dans le coeur des gentilshommes Frangais
; et avec un tel appui , le chemin de l'honueurr sera toujours
ouvert pour moi .
i
Ne perdez pas un instant , mon cher maréchal , pour
employer cette faible ressource . Je serai trop récompensé si
elle peut sonlager une partie des excellens Français auxquels
toute mon existence est consacrée .
1 Recevez , mon cher maréchal , l'assurance de tous mes
sentimens de confiance , d'estime et d'amitié . "
Signe , Charles -Philippe .
P. S. Mes enfans possédaient une épée qui était un don de
mon malheureux frere . Ils vous l'envoient , mon cher maréchal
, pour l'employer au même usage . Ils vous prient de leur
donner en échange , une des vôtres , pour les conduire plus
sûrement dans la route de l'honneur que vous avez si fidelement
et si glorieusement suivie .
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE. Bastia , 2 pluviêse .
Depuis que les forces combinées ont été chassées de Toulon ,
une escadre anglaise menace nos côtes . Hier trois gros vaisseaux
( 359 )
se
sont approchés de la côte de Noura , dans le golfe
Saint-Florent ; ils ont tenté de faire un débarquement pour
aller brûler les moulins qui nous ervent à réduire en farine
la subsistance de la troupe . Il est parti de Saint - Florent une
felouque armée et une chaloupe portant des grenadiers . J'ai
fait partir sur-le -champ de Bastia une compagnie de grenadiers
pour gagner les hauteurs . Il était beau de voir les compagnies
de grenadiers se disputer à qui marcherait ; toutes voulaien
marcher; nous avons contraint les Anglais à prendre- la fuite .
,, La frégate la Melpomene , partant du 18 , allant en France ,
étant restée en calme à deux lieues de Calvi , a été attaquée par
deux frégates anglaises , au moins de meme force ; et après un
combat de trois heures , pendant lequel le brave capitaine Gay
et son équipage se sont battus avec intrépidité , les deux frégates
anglaises ont fait signe de détresse , et ont quitté la partie. On
a envoyé de Galvi , à la vue de qui se passait ce combat , des
chaloupes , pour remorquer la Melpomene , qui est entrée dans
ce port , de même que la Mignonne.
Signé LACOMBE SAINT- MICHEL .
ARMEE DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.
Chauvin Dragon , 17 pluviôse . Nous avons déja annoncé dans
le post- scriptum du dernier numéro , l'avantage important remporté
sur les Espagnols . Voici le rapport officiel du général de
brigade Fregeville.
T
Nous avons été attaqués ce matin par les Espagnols ; ils
ont commencé par forcer le poste du Rocher, ainsi que celui du
Calvaire ; ils ont marché ensuite sur cinq colonnes . Celle qui
a forcé le poste du Rocher s'est mise en bataille sur le Calvaire,
et est restée là. Une seconde colonne marchait par le dosd'âne
sur les deux Mamelons , ei avait l'air de se diriger sur
Vrugne. Une troisieme venait de la montagne de Louis XIV ,
et s'est dirigée vers la Croix - des - Bouquets . La quatrieme a
marché sur le café républicain ; la cinquieme s'est portée sur
le plateau , en avant d'Andaye. Tous nos avant- postes , attaqués
par des forces si considérables , ont été obligés de se replier ,
car j'évalue le nombre des Espagnols qui ont marché à 14 ou
15 mille hommes. Il me paraît que leur projet était de brûler
nos barraques du camp des Sans - Culottes. Tout le feu de leurs
obusiers et de leurs mortiers a été dirigé là - dessus . A la droite ,
ils ont mis la plus grande opiniâtreté à vouloir la forcer. A
la gauche , ils sont venus jusqu'à la redoute de la liberté .
Deux fois ils ont tenté de l'emporter de vive force , deux fois
ils ont été repoussés par nos braves Républicains de la maniere
la plus brillante .
Le feu a été général depuis sept heures dn matin jusqu'à
midi , et sur la gauche , il était encore très- vifà deux heuress
mais dès midi , le général Espagnol a fait donner le signal de
( 360 )
retraite . Il nous a été impossible de poursuivre les ennemis
dans leur retraite , au centre et à la droite , vu le peu de forces
que j'y ai . A la gauche , ils ont été poursuivis par nos grenadiers
, et le premier et deuxieme bataillon de la cinquieme
demi brigade d'infanterie légere , jusques sous le feu de leurs
batteries Je ne saurais douner assez d'éloges à nos braves freres
d'armes , et à la maniere dont a été servie l'artillerie .
" Je crois que cette bataille est une des plus glorieuses
pour les armées de la République , qu'il y ait eues dans cette
partie . Le feu a été continuellement si vif , que je n'en avais pas
entendu de pareils depuis la bataille de Jemmape . J'évalue notre
perte à 60 ou So morts . Nous avons 155 blessés ; mais il n'y
en a qu'une quinzaine qui le soient griévement . Je ne puis
dire au juste quelle est la perte des ennemis ; mais j'oserais
parier que tnes ou blessés , ils ont 1,200 hommes hors de
combat. Ils ont en outre le régiment d'Ultonia excessivement
maltraité . Un déserteur Espagnol a dit que ce régiment avait
été quasi détruit . J'ai vu un de nos boulets empórter un
officier suivi par deux ordonnauces , que je crois être un officier.
supérieur , peut être même un officier général . 29
Le reste du rapport du général de brigade Fregeville n'est
relatif qu'aux éloges qu'il donne à si juste titre ad officiers
qui se sont distingués et aux braves troupes qu'il commandait .
Il est à croire que l'armée des Pyrénées orientales , renforcée
par l'armee victorieuse de Toulon , et qui est forte actuellement
de 60,000 hommes , ne tardera pas d'agir d'une maniere of
fensive .
ARMÉE DE LA MOSELLE.
Oggersheim , 14 pluviose . On connaît maintenant le motif
de l'envoi d'un adjudant- général et d'un trompette au camp
ennemi sous Manheim ; c'etait pour sommer la ville de se
rendre . Cette sommation n'était qu'une ruse de guerre pour
masquer la retraite de l'arme française , qui s'est replice en
effet sur nos frontieres . L'avant -garde , ainsi que le général
Hoche , sont déja arrivés à Sarre Libre . On présume que
cette armée va se concerter avec celle des Ardennes pour se
porter du côté de Treves.
ARMÉE DU NORD.
En arrivant à cette armée , le général Pichegru a débuté
avec ses freres d'armes par une proclamation , où l'on voit
le ton franc et modeste d'un brave sans - culotte , qui s'honore
de commander à des républicains .
STACK .
BIBLIOTHEK
MONCHAN
1
A V I S.
etc.
ON observe que les Rédacteurs n'ont rien de
commun avec l'Abonnement , la distribution >
C'est au citoyen GUTH , Directeur du Mercure ,
hotel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
abjets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient rester au rebut.
Les personnes qui enverront au citoyen GUTM
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de quoi
ils ne seraient pas acquittés . Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
La prix de l'Abonnement est de trente- fix livres
franc de port pour les Départemens ct pour Paris.
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hôtel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure. L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois .
Les Souscripteurs du mois deFévrier (V.S. ) sont priés
de renouveller de bonne heure leur Abonnement , afin
qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses es
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; ou joindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
( N°. 3. )
Nonodi , 29 Nivóse ,
l'an deuxieme de la Republique.
( Samedi 18 Janvier 1794 , vieux ſtyle, )
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ITTERAIRE
STAATOBIBLIOTHEK
MUENCHEN
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Arts divers, doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , nº. 2 .
Le prix de l'Abonnement eft de 35 livres
franc de port .
t
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN.
NIVOS E.
La Lune de mois a 30 jours . Du 19 au z® ,
les jours croiffent , matin & foir , de 36 mimites.
Ere Républicaine..
Ere
J. PHASES
(de de la
Vulgaire L LUNE.
L.
I primidi Iere Décade. 211fam . 18
Tems moyen
au Midi vrai ,
H. M. S.
II 44 30
2 duodi
22 Dim. ( 19
II 44 22
3 tridi ...
23 lundi ( 20 II 44 IS
4 quartidi . 24 mardi 21 11 44 9
S quintidi .
6 fextidi .
25 merc. 22
7. feptidi .
26 jeudi 23 les , as
D. Q.
II 44 3
11 43 58
8 octidi .
୨
9 nonidi
28 fam. 25 du foir .
27 v.De. 24 h. 56 m.
II 43 54
II 43 SO
29 Dim . 26
IF 43 48
12 duodi..
13 tridi..
14 quartidi .
10 Décadi.
11 primidi IIe Décade. 31 mardi 28
30lundi. 27 11 43 46
II 43 45
Im. J. 29 II 43 45
2 jeudi 30 N. L. N. L. 11 43 46
3 vend . Ile 12 , à 11 43 48
Is quintidi.
16 fextidi ..
17 feptidi .
18 octidi
19 nonidi
20 Décadi.
21 primidi III Décad . ro vend .
22 duodi..
23 tridi.
24 quartidi .
25 quintidi .
26 fextidi .
27 feptidi
28 octidi
29 nonidi .
30 Décadi ..
I fam.
12 Dim. 10 du mat.
14 mardi 12
15 merc. 13
16 jeudi . 14 P. L.
17 vend. 15 le27 , à 8
18 fam . 16 h . 55 m.
19 dim. 17 du foir.
11 45 23
11 45 36
II 45 SO
II 46 S
4fam.
28h.33 m. II 43 50
Dim. 3 du foir. 11 43 53
6lundi.
4 II 43 57
7 mardi
Simerc. 6
oljeudi
II 44 2
II 44 8
7 P. Q. 11 44 14
8lerg, đo
II 44 21
9 h . 53 m.
II 44 30
II 44 39
13 lundi 11 II 44 48
11 44 59
II 45 19
( -N°. 3 1794. )
MERCURE
FRANÇAIS
DÙ NONODI , 89 DE NIVOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 18 janvier 1794 , vieux style. )
POÉSIE.
Les Souffleurs de verrerie. CONTE , de l'année 1789 .
L'AUTRE jour , certain curieux
Visitait une verrerie : 4
Il voit deux ou trois malheureux ,
A crins noirs , à face rôtie ,
Qui tout près d'un gouffre de feux ,
A l'aide d'un long tube creux .
Enfaicat la fougere pétrie
Avec un sable sulphureux.
Soudain , la matiere enflammée ,
Se changeait en brillans facons .
Un tel métier desseche les poumans,
Aussi nos gens , tout noireis de fuméc
Out-ils grand soin d'aller aux curieux
Demander le pour-boire , en faisant la courbette .
Celui-ci , ne pouvaut peut-être faire mieux ,
Leur présente une mignonette ;
Cela signifie , entre nous
Une piece de douze sous.
T
Douze sous pour trois que nous sommes ,
Dit un noir salamandre ; ch ! mais , vous moquez - vous !
Douze sous pour trois gentilshommes !
— Vous êtes , messieurs les souffleurs ,
Gentilshommes ? j'en suis fort aise :
Cela vous fait beaucoup d'honneurs ;
Je l'ignorais , ne vous déplaise.
- Nous sommes chevaliers , qui plus est ; oui , sandis E
Nobles et purs, de pere en fils .
Comme le feu de la fournaise.
Sachez , monsieur de douze soUE,
Tome VII.
R
# PAATE*
BIBLIOTHEK
MOENAREN
G
( 98 )
Que , pour avoir l'honneur d'être souffleur de verre ,
Il faut proaver, et de pere et de mere
Telle noblesse , entendez -vous ?
Fort bien , reprend le philosophe ;.
C'est très-bien choisir ; car souvent
Parmi les gens de votre étoffe ,
Ah ! la plupart ne sont pleins que de vent.
Par le citoyen BENOIT LAMOTHE.
EN
CHARADE.
IN musique aisément on trouve mon premier ;
Mon second dans un siége est craint de tout guerrier.
Un fléau redoutable annonce mon entier.
BRUTANT ,
LOGO GRIPHE.
RUYANT , dansant , sautant , pour toi je me démene ,
Tantôt pour te guérir ,
Tantôt pour te nourrir ;
Je fais tant qu'à la peine
Bien souvent on me voit périr.
Je n'ai pourtant pas grande place :
Quelqu'exercice que je fasse ,
On ne me voit jamais courir.
Sans coeur je ne marche pas vite ,
Et pas à pas j'avance mon chemin ;
Esclave né d'un souverain ,
11 goûte le repos , quand pour lui je m'agite .
Mais mon maître aussi bien que moi
N'existons , cher lecteur , que pour suivre ta loi .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 2 .
Le mot de la Charade est Garde-manger ; celui de l'Enigme est Aiguille ;
celui du Logogriphe est Carton ; où l'on trouve trone , cor , ton ,
Gaten , art , rat ,
Caren .
i
( 99 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Vocabulaire de nouveaux privatifs français , imités des langues latine ,
italienne , espagnole , portugaise , allemande et anglaise , avec des
autorités tirées des meilleurs écrivains : suivi de la table bibliographique
des auteurs cités : ouvrage utile aux orateurs et aux
poëtes . Par Pougens . Un volume in-8 ° , A Paris , chez les direc- ·
teurs de l'imprimerie du Gercle - Social , rue du Théâtre- Français ,
n°. 4.
CEE vocabulaire , pour être réellement utile , devait être rai
sonné . On sent bien qu'il ne suffit pas de ranger par ordre
alphabétique un millier de mots français , en y ajoutant la
préposition in ou im ; car , de ce que les mots correspondans
en d'autres langues sont précédés soit de l'in ou im des Launs ,
soit de l'un des Anglais et des Allemands , ou du dis des Italiens
, il ne s'ensuit nullement que les mots français homonymes
soient également susceptibles de la préposition privative
. Il faut examiner les regles d'analogie et de convenance
que prescrit la grammaire dans la formation et combinaison
des mots , les rapports et les différences d'une langue à une
autre , et particulierement le génie de la nôtre que l'on ne
doit jamais dénaturer sous prétexte de l'enrichir, Le mot de
Voltaire , que l'auteur a pris pour épigraphe , la langue française
est une gueuse fiere à qui il faut faire l'aumône malgré elle ,
est plein de vérité et de sens ; mais personne ne l'eût mieux.
* restreint dans ses justes bornes que Voltaire lui-même ,
nemi mortel du néologisme . S'il le combattit si souvent , forsqu'il
le voyait naître , que n'eût il pas fait de nos jours , où
nous le voyons porté aux derniers excès de l'extravagante
ignorance ? L'aumône en ce genre , comme en tout autre ,
être faite avec discernement , et pour la faire à notre langue ,
il faut être bon grammairien. L'idée des nouveaux privatifs ,
heureuse en elle- même , eût pu produire , avec les conditions
que je viens d'indiquer , un excellent ouvrage de littérature
et de philologie , au lieu que le citoyen Pougens n'a tracé
qu'une nomenclature aride et indigente , inutile aux gens
instruits , et très - propre à égarer les ignorans ceux - ci n'ont
qu'à s'emparer , d'après son vocabulaire , des trois quarts des
mots qu'il contient , et ils sont sûrs de parler un langage bar--
bare , et souvent inintelligible.
endoit
Essayons au moins de tirer quelque lumieres de ce nouveau
lexique , en distinguant, parmi cette foule de mots qu'on
nous propose , ceux qui ne sont point opposés aux lois grammaticales
, et ceux qui répugnent à toutes les analogies.
SAISCU
STAATI
BIBLIOTHE
MUENAREN
G &
1
( 100 )
Commençons par les mots qui étaient déja reçus , et que
l'auteur n'a placés dans son vocabulaire , que parce qu'il ne
les a pas trouvés dans le dictionnaire de l'académie , dont la
derniere édition est déja éloignée de nous de plus de trente
sns ; elle est de 1762. ) Nous rencontrons , par exemple
les mots décloîtrer , desobstruer , délustrer , désorganiser , qui
sont depuis long - tems usités. Remarquons d'abord que l'auteur
s'est trompé , en comptant parmi les privatifs la prépo
sition dés ajoutée aux verbes : elle n'est privative ou néga
tive que devant les noms . Ainsi déshonnéte est le négatif
d'honnête , désagréable est le négatif d'agréable , parce qu'il
signifie proprement ce qui n'est point honnête , ce qui n'est
-point agréable.
Il n'en est pas de même , lorsque dés est joint aux verbes :
il n'exprime point alors l'opposition , mais l'immutation .
Ainsi décloîtrer ne signifie pas non- cloîtrer , mais tirer du cloître .
Délustrer un habit ne signifie pas ne point lustrer un habit
mais lui ôter son lustre . Désobstruer un chemin , c'est le débarrasser
de ce qui l'obstrue , ce qui est autre chose que de
ne pas l'obstruer. Désorganiser un corps politique , ce n'est
point ne pas l'organiser , c'est en détruire l'organisationa
Toutes ces différences sont essentielles à observer , et tiennent
à la logique grammaticale , qui a présidé plus ou moins
à la formation de toutes les langues.
L'auteur est tombé dans la même faute , en mettant au
nombre des privatifs anglais la préposition mis , qui n'est
paint privative , comme leur un au commencement des mots
et less à la fin. Mis exprime uu vice d'action et non pas la
négation de cette même action , Ainsi misjudge , mislead
misquote , ne signifient que mal juger , mal conduire , citer
faux : il n'y a point la de privation . Le mé ou més devant
les verbes ou les noms français , revient au mis des anglais ,
et n'est pas plus négatif ; ainsi mécompte n'est pas la néga
tion de compte , mais un mauvais compte ; mésuser , c'est mal
user et non ne pas user ; mėsallier , c'est allier mal et non
se pas allier. Quant à méjuger , méconduire , méciter et autres.
semblables que l'auteur nous propose , je n'en vois pas la
nécessité . Mal juger et mal conduire est tout aussi bon , tout
aussi court , tout aussi commode , en vers , comme en prose ,
er d'un sens plus précis ; et méciter est si étrange à notre
oreille , qu'il ne serait presque pas entendu .
Tout au contraire , méplacer , se méplacer , que l'auteur indique
, d'après l'anglais misplace , me parait une très - bonne.
acquisition , parce qu'il est clair et qu'il a une acception qui
nous manque , et que malplacer ne rendrait pas . Méplacer
signiferait ne pas placer selon les convenances , et il y a un
grand avantage à dire tout cela d'un seul mot. Je suppose ,
par exemple , qu'une femme laide s'introduisit dans une céré
monie où il faudrait que de jolies femmes représentassent ,
( 101 )
on pourrait dire : voilà une femme méplacée , ce que ne dirait
pas aussi bien malplacée ou déplacée , parce que ces mots ont
plusieurs sens . On dirait de même qu'un aristocrate serait
méplacé snr la Montagne , aux Jacobins , etc.
Incohérence , discordance , incorrect , inexpert , inhospitalier .
illettré , insalubrité , illégal , illégalement , illégalité , improbable ,
improbabilité , imprévoyant , imprévoyance , inhabile , inhabileté ,
immaturité , improbité , inélégance , inurbanité , sont des mots
admi depuis vingt ans par nos ecrivains les plus purs : ces
mots originairement fatins ont dû passer naturellement dans
une langue dérivée en grande partie de la langue latine , et
n'ont fait qu'en prendre la terminaison ; il n'y a là nulle
difficulté . On peut remarquer seulement que si improbitas
signifie en latin méchanceté , il n'exprime en français que la
privation de probité ; et qu'inhabileté tant le contraire d'habi
leté , peut nous fournir une nuance de blâme au- dessus de
l'impéritie , comme un style inélégant est un peu au - dessus
du style plat , comme l'inurbanité est un peu au - dessus de la
grossiereté , etc.
(
Instable est admissible , puisque nous avons instabilité , et
que tous deux nous viennent du latin . On dirait très - bien
un gouvernement instable , un caractere instable , pour un
gouvernement , un caraetere qui n'ont point de solidité , et
on ne le dirait pas aussi bien sans periphrase : il est done
nécessaire .
Insonore , insocial , insuave , 'indisputable , innavigable , incommerçable
, irréfutable , inexigible , irréſtéchi , inexistant inexis,
tence , sont des mots peu faits encore , mais qui seront géné
ralement adoptés : ce sont encore presque tous emprunts du
latin , qui seraient des richesses pour nous , et sur lesquels
une timidité mal entendue a pu seule nous faire hésiter . Ils
sont clairs , sonores , pécessaires il faut que nous puissions
dire sans circonlocution un mot , un instrument , un vers
une salle insonore , un systême insocial , une odeur insuave ,
un fait indisputable , une riviere innavigable , des effets incom
merçables , une assertion irrefutable , des conditions inexigibles ,
un propos , un esprit irréfléchi ; et dans les matieres philosophiques
on ne saurait se passer d'inexistant et inexistence.
Il est aussi quelques bisarreries de notre langue auxquelles
nous pourrions rémedier sans aucun inconvénient , ce \me
semble : nous avons inviolable et introuvable : pourquoi n'au
tions- nous pas inviolé et introuvé , qui sont dans l'analogie ,
et qu'on entendrait tout aussi bien ? Ce fut une loi toujours
inviolée , etc. ; et si l'on nous parle tous les jours d'objets
invendus , pourquoi pas d'objets introuvės ?
Inorganisé n'est pas , il est vrai , dans les principes , qui
défendent de faire entrer dans un même mot deux langues
étrangeres , le gree et le latin , l'italien et l'anglais , etc.
Organe est gres, et in est latin. Ce principe qui repousse la
CI
( 102 )
९
:
barbarie a été si bien senti , que rien n'est plus rare dans
notre langue qu'un mot où il ait été iuobservé . Il y en a
pourtant quelques exemples , où l'extrême nécessité et l'extrême
précision l'ont emporté , et que l'usage , la premiere'
de toutes les lois , parce qu'il ne les viole jamais que par
les raisons les plus fortes , a fini par consacrer . Tel est le
mot impotitique , composé du latin et du grec dans la regle
il faudrait dire a-politique ; mais le privatif grec a nous est
presque étranger , si ce n'est dans le langage des sciences
toujours séparé du langage usuel dans celui- ci nous n'avons
gueres qu'athée , atheisme , apathie , atome , qui soient popularisés
; atonie , atrophie , dcéphale , àcatalepsie , etc. sont scientifiques
. C'est ce peu d'habitude que nous avons du privatif
grec , qui nous a fait joindre au mot politique le privatif latin
qui nous est si familier. Ajoutez encore que ces mots politique
, police , p licé , sont d'un usage si commun , que la plupart
de ceux qui s'en servent ne se doutent pas que ce soient
des mots grecs . On a donc dit impolitique , et l'on a bien
fait ; car ce mot si commode serait impossible à remplacer.
J'admettrai par la même raison inorganisé . Si vous voulez
parler de quelque chose qui ne soit pas encore organise
, yous ne pouvez vous exprimer plus clairement et plus
brièvement.
Par la même raison que j'ai alléguée ci -dessus , je ne rejetterai
point trrépare , irréconcilié , irrévoqué , quand nous avons
irréparable , irréconciliable , irrévocable.. Ne dirait- on pas trèsbienne
mettez pas ensemble deux ennemis irréconciliés
toute loi irrévoquée exige l'obéissance : on ne pardonne point
une faute irréparée ? mais remarquez que l'utilité de ces participes
ou adjectifs n'entraîne nullement celle des verbes même ; car où
pourrez -vous employer à propos irréconcilier , irrévoquer , irré
parer et presque tous les verbes du même genre indiqués
dans le vocabulaire ? Essayez de les placer dans une phrase ,
et vous verrez que le privatif ne saurait remplacer le verbe
avec la négation : c'est une raison décisive pour rejetter ces
importations inutiles , qui ne seraient pour nous qu'un embarras
et non pas une acquisition , et donneraient très-gratuitement
au langage un air étranger . C'est encore une considération
qu'il ne faut pas perdre de vue : quoique la langue
latine soit la mere de la langue française , il ne faut pas que
sa fille lui ressemble trop ; il est bon qu'elle ait ses traits
propres èt sa physionomie particuliere , sans quoi toutes les
deux courraient risque d'être bientôt confondues ensemble ,
et nous ne parlerions plus qu'un latin francisé.
Je veux bien du mot se désaliter , pour cesser de garder le
lit. Mais que faire de désaimer , d'inaimer ? ce dernier ne saurait
trouver de place nulle part ; et quant à l'autre , direz-vous
d'une femme je la désaime , ou je l'ai désaimée , au lieu de
( 103 )
dire , je ne l'aime plus ? Cela serait ridicule ; et il faut bien
se garder de demander ni de dire pourquoi.
Que faire d'inconclu , de déconclu , d'inconclusion ? à quoi cela
est- il bon ? et inconfus vaut- il mieux ? passe pour impardonné :
nous avons impardonnable . L'un mene à l'autre ; c'est ainsi qu'il
faut procéder en fait d'innovation de langage . On pourrait dire
en mille occasions , et fort heureusement , le souvenir d'une
faute impardonnée , etc.
ANNON C ES.
Le Code de Morale et de Politique mis à la portée des jeunes
Républicains , par demandes et par réponses , et présenté à la
Convention nationale qui en a ordonné la mention honorable .
Par le citoyen Boinvilliers , ci -devant membre du Musée de
Paris . Seconde édition revne , corrigée et augmentée . Prix ,
12 sols relié en carton ; chez Caillean , rue Galande , no . 64 ;
et chez l'auteur , à Versailles .
1
Le Manuel du Républicain , ou l'Esprit du Contrat- Social mis à
la portée de tout le monde , suivi de l'esprit du sens -commun ,
présenté sous un jour favorable pour éclairer le peuple Français
sur la prétendue liberté de la nation anglaise . Par le citoyen
Boinvilliers . Prix , 15 sols broché ; mêmes adresses que
dessus .
*
:
Annuaire du Républicain , ou légende physico- économique , avec ,
l'explication des trois cents soixante - douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peutdonner
aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les
connaissances les plus nécessaires à la vie commune , et les
plus applicables à l'économie domestique et turale , aux arts
et au bonheur de l'humanité . On y a joint le rapport et l'instruction
du comité d'instruction publique , dans lequel se
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures.1 ཉྫཱ *
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire naturelle et au lycée des arts.
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement compasé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur . Prix ,
4 liv. broche pour Paris , et 5 liv. franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie- François Drouhin , rae
Christine , no. 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République.
GRAVURE.
Portrait de J. P. Marat , de forme ovale , faisant suite à
GA
( 104 )
· la collection des grands hommes ; peint par Garnerey et
gravé au lavis en couleur par P. M. Alix . Ce portrait est
d'une parfaite exécution et très -ressemblant. Il devait paraître
dans les premiers jours de novembre ( vieux style ) ; mais une
Indisposition grave survenue au citoyen Alix a été la cause
du retard qu'ont éprouvé les vrais patriotes , et dont ils peuvent
se dédommager aujourd'hui.
SPECTACLES.
THEATRE NATIONAL , RUE DE LA LOT.
Parmi les pieces de théâtre qu'a fait naître la révolution
il n'y en a pas de plus jolie , peut-être , que celle donnée
le 3 nivôse , au théâtre national , sous le titre de la Parfaite
Egalité. Il n'en est point où les formes , les intentions dra
matiques soient mieux observées , mieux remplies , mieux soutenues
. Il n'en est point de plus patriotique , es qui atteigne
mieux le but où doit tendre tout ouvrage de ce genre , celui .
de développer parfaitement les décrets qu'on y celebre , d'en
faire sentir l'esprit , d'en montrer tous les avantages , de les
faire aimer. On pourrait dire qu'elle est patriotique en cela
même qu'elle est fort bonne comme ouvrage dramatique ; car
il est bien tems de s'élever contre cette irruption barbare
d'ouvrages pitoyables dont nos théâtres sont inondés depuis
quelques mois . Il semble que ce soit une conspiration payée.
par Pitt et Cobourg , pour faire tomber dans l'avilissement les
théâtre Français , lui arracher sa gloire si justement acquise.
et priver l'art dramatique des moyens puissans qu'il avait de
consolider la révolution . Mais revenons à la Parfaite Egalité ,
qui certes , n'est pas complice de cette conspiration .
Le citoyen Francoeur , homme fort riche , mais excellent
patriote , vient de lire le décret qui invite tous les bons citoyens
à se tutoyer. Il en est enchanté , et veut être lé premier
à établir cet usage dans sa maison. Il exige de son jar
dinier d'être le premier à s'y soumettre celui - ci craindrait de
lui manquer de respect , mais Francoeur lui explique d'une
maniere très- claire et fort à sa portée , comment un homme
ne peut en déshonerer un autre , en le traitant d'égal à égal .
Il parvient même à lui faire entendre que c'est par orgueil
que des hommes plus puissans que les autres , ont exigé d'en
être traités chacun d'eux , comme s'ils étaient plusieurs . Cette
explication qui donne lieu à des détails aussi naifs que comi
ques , est d'autant plus adroite de la part de l'auteur , qu'elle
est de nature à être fort bien entendue par les gens les moins
instruits , et qu'en les faisant rire , elle leur apprend des distinctions
métaphysiques assez obscures.
( 105 )
L'usage établi par Francoeur ne plait pas à tout le monde.
Gourmé , qui doit être son gendre , espece de fat , ci-devant
conseiller au parlement , avec qui la citoyenne Francoeur s'est liée
trop légèrement par un dédit , en est sur-tout révolté. Une
femme de charge , qui a tout le costume et le goût de l'ancien
régime , ne peut souffrir qu'une personne de son âge , une
ancienne domestique , soit tutoyée même par un petit marmiton.
Ces deux caracteres sont très - bien et très - plaisammens
développés. La jeune Francoeur , par respect pour son pere .
n'a osé lui dire qu'elle n'aime point ce Gourmé à qui elle va
être fancée. Son coeur s'est donné à Félix , commis de son
pere , et qui est parti à sa place dans la premiere réquisition .
Il a eu le bras cassé , et revient demander à Francoeur si sa
place est encore vacante . Comme Félix n'a pas de bien.
Adélaïde n'a pas osé lui laisser connaître son penchant. Une
délicatesse semblable a empêché Félix de se livrer à l'amour ,
qu'il ressent de son côté. Cette double disposition rend très-,
piquante la situation où le pere , qui accuse sa fille d'avoir trop ,
de froideur pour Félix , les oblige de se tutoyer en , sa présence
, et même de se donner le baiser fraternel . Félix , désespéré
de voir qu'Adelaïde va passer dans les bras de Gourmé ,
veut quitter la maison . Adélaïde est, chargée de le presser de
rester. Cette scene , dont le pere est témoin caché , amene,
l'explication . Il se trouve que Félix est le frere naturel de
Gourmé qui le traite avec beaucoup de mépris ; mais Fran
coeur qui a pour lui infiniment d'estime et de reconnaissance ,
et qui n'avait pas besoin des nouveaux décrets pour être audessus
des préjugés , lui donne sa fille , paye le dédit à Gourme
assez puni d'apprendre que ce trere qu'il hait si fort , dois
partager avec lui la fortune de son pere.
Nous n'avons indiqué que les principales situations de cet
ouvrage qui fourmille de détails charmans , et auquel on ne
pent reprocher que quelques longueurs faciles à retrancher..
Il est joué avec beaucoup d'ensemble et de vérité. On z
demandé l'auteur ; c'est le citoyen Dorvigny : c'est certainement
l'un des meilleurs parmi les 140 que cet auteur fécond
a donnés au théâtre . Ce même jour il a fait chanter , surə
l'air de la Marseillaise , trois couplets , pour annoncer la prise
de Toulon , qui ont été applaudis avec tout l'enthousiasme
qu'une ' une pareille nouvelle devait inspirer .
>
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
1
De Hambourg , le 31 décembre 1793.
LA neutralité de la Suede et du Danemarck inquieté la
' elle
Russie. Catherine II , bien convaincue de l'inutilité des menaces
, tâche aujourd'hui d'arriver à son but par les séductions
. C'est sur - tout auprès de la cour de Stockholm qu'e
en fait usage elle met tout en oeuvre pour donner au fils
de Gustave une épouse de son sang , parce qu'elle sait qu'elle
pourrait , si ce mariage s'effectuait , non - seulement détacher
la Suede de la neutralité , et lui faire prendre une part active
à la guerre , ce qui entraînerait dans les mêmes mesures
le Danemarck , mais même faire entrer la Suede dans tous
ses complots , se la donner pour complice dans tous les
crimes politiques qu'elle médite , et en faire l'instrument volontaire
de ses vues ambitieuses , où elle lui ferait croire qu'il
est de son devoir et de son intérét de faire cause commune
avec elle , d'après les nouveaux liens qui uniraient les deux
familles regnantes et les nouvelles espérances d'aggrandissement
dont la derniere pourrait se flatter en conséquence.
Au reste , que les puissances coalisées ne s'y trompent pas
la Czarine abhorre sans doute la révolution française , sans
doute elie voudrait voir le despotisme s'élever dans cette
belle et puissante contrée , sur les ruines de la République
naissante , d'abord parce que les despotes , en petit nombre,
s'entendent mieux entr'eux , ou sont les maîtres de cesser.
dès qu'ils le veulent des guerres qu'eux seuls ont voulu , et
encore parce que l'intérêt commun des gouvernans , certes
bien différent de celui des peuples , est que l'esprit humaiu
ne fasse de progrès qu'autant qu'il en faut pour procurer à
ces demi dieux les jouissances du luxe et des arts . Mais
malgré ces considératious de quelque poids , la France est
trop éloignée de la Russie pour avoir beaucoup à en espérer
ni à en craindre . L'astucieuse Catherine , nonobstant ses démonstrations
et ses promesses , ne met donc qu'un intérêt
sécondaire à l'abaissement de la France . Son véritable but ,
connu depuis trop long-tems pour qu'il soit permis de s'y
méprendre , son véritable but , puisqu'il faut le répéter aux
puissances aveuglées , est d'achever l'envahissement du reste
de la Pologne ; et de porter de - là ses armes victorieuses à
·
1
( 107 )
*
Constantinople. Un de ses principaux moyens d'exécution .
de ce grand projet est de tenir occupés ailleurs les Etats de
l'Europe , qui pourraiens et devraient sly opposer : ce n'est
même que pour cela qu'elle cherche à capter aujourd'hui la
Suede , et par suite aussi le Danemarck.
On s'accorde à dire ici que pour peu que M. Pitt conserve
de cette sagesse nécessaire au ministre d'une grande nation ,
de
cette sagesse qui fait dire proverbialement, que les plus courtes
folies sont les meilleures , il profitera , pour se retirer avec
honneur et avec le moins de dommage possible de la lutte de
la Grande- Bretagne contre la République Française , du prétexte
que lui fournissent la neutralité de la Suede et du Dag
nemarck , et de l'alliance offensive et défensive très - prochaine
de la république de Gênes avec la France , et les dispositions .
très - connues de la république de Venise et celles du divan ,
et du refroidissement subit de Fréderic - Guillaume sur les
intérêts de la coalition , et la marche rétrograde des Hollandais
, qui en est une suite , et la répugnance des petits états du
corps Germanique à s'épuiser pour fournir des secours à l'Autriche
dont ils auraient tout à craindre si cette puissance se
fortifiait en raison desce qu'ils viendraient à s'affaiblir .
M. Pitt fera d'autant mieux qu'on vient d'éventer une de
ses petites ruses de guerre. Il est faux et de toute fausseté ,
malgré le bruit répandu dans les principales villes de commerce
de l'Europe que les Algériens , gagnés par le cabinet de St. James,
se soient déclarés contre les puissances neutses .Le consul danois
n'a point quitté Alger; mais en revanche , ce qui est vrai et de
toute vérité , c'est que dix bâtimens anglais destinés pour la
Baltique ont été pris par trois corsaires Français sur les côtes
de la Norwege. Le même ministre sera sans doute infiniment
contrarié par
la note très sage qu'a fait imprimer et distribuer
, pour rassurer le commerce du Nord , le citoyen
Grouvel , ci- devant secrétaire du conseil exécutif de la Répu
blique Française , et actuellement son résident à la cour
Copenhague . Voici cette piece qui a paru le 9 décembre :
17
-
f
de
Le bien du peuple exigeait que la Convention nationale
fixat un maximum pour le prix des vivres et des objets de premiere
nécessité : il exigeait encore qu'elle ddééffeerndît la sortie
d'une grande quantité de marchandises . La mauvaise volonté ,
si riche en interprétations sinistres contre la République Française
, a pu faire un mauvais usage de ces mesures de nécessité
, pour détourner les négocians des nations neutres de continuer
leurs opérations de commerce dans les ports de France.
On pourrait leur faire accroire qu'il ne serait pas en leur pou
voir de sc défaire des marchandises qu'ils auraient apportées
à un prix qui fût de leur convenance ; et , d'un autre côté ,
qu'il leur serait impossible de se procurer dans les ports de
France. des cargaisons en retour , et que cet inconvénient donnerait
un très -grand désavantage à leurs entreprises.
( 108 )
" Ces préjugés seraient également faux et nuisibles : L'amour
fraternel envers les peuples est , ainsi que l'égalité entre les hommes ,
un principe fondamental de la République Française . Ses représen
Fans , bien loin de vouloir l'isoler , s'occupent sans relâche à
resserrer de plus en plus les liens que les intérêts respectifs
de la France et des nations commerçantes unisent . L'intérêt
des nations neutres est le principal objet de son attention et
de ses soins.
Pour accorder cet intérêt avec les mesures qu'exige le bien
particulier des divers pays , le comité de salut public vient
Kout nouvellement , par une ordonnance du 17 brumaire , de
déterminer ce qui est à observer dans les articles suivans.
ع م ج
Art. I. Les capitaines qui ont apporté des vivres ou des
marchandises de premiere nécessité , peuvent les vendre à
leur gré aux agens du gouvernement , qui sont établis dans
chaque port ; ils peuvent pour la même somme pour laquelle
its sont en traité , charger des vivres et des marchandises de
France pour former une carga son en retour. 4
H. Les capitaines qui ont apporté des vivres ou des mar
chandises de premiere nécessité , peuvent aussi les vendre à
des négocians selon leur bon plaisir , et dans le cas où ils ne
conviendraient pas du prix , ils ont la liberté de remporter leur
cargaison ; mais alors , dans aucun cas il ne leur sera permis
de se fournir de vivres ou d'emporter des marchandises à fret.
II. Aucune exportation pour le Nord ne peut avoir lieu
Lors des ports des départemens de la Seine inferieure , qu'au
ant qu'on aura trouvé le moyen d'établir un commerce d'échange
contre des grains et de la farine .
Ces arra gemens rendent les liaisons des négocians du
Nord avec la Republique Française bien plus sûres et plus
avantageuses qu'elles ne l'ont jamais été . Le ministre de la
République Française , chargé de ses pleins pouvoirs en Danemarck,
s'est empressé de communiquer cet avis aux négocians
de Copenhague , le 12 frimaire , la seconde année de la Répu
blique. Signé , GROUVEL."
Une autre nouvelle que nous ne donnons pas pour certaine
mais qui vient par des lettres de Dantzick , e est que Cathe
vine a pris possession d'une nouvelle parte de la maiheureuse
Pologne gobo Russes sont entrés dans la Salmagotie pour
en emparer au nom de l'imperatrice . Que diront l'Autriche
et la Prusse si cette nouvelle se trouve vraie ?
Suivant des lettres de Londres , adressées à quelques négocians
d'ici , le rechange sur les traites de France , revenues protestées
, ne sera point payé . A Amsterdam , on a décidé de
rendre provisoirement le capital avec les intérêts .
On mande de Stockholm que le gouvernement vient de
faire arrêter sept personnes , parmi lesquelles il y en a trois
qui ont signé le dernier traité de paix avec la Russie.
{ rog )
::
De Francfort-sur-le-Mein , le 8 janvier.
Les dernieres lettres de Vienne présentent toujours cette
ville comme le centre où aboutissent tous les fils de la coslition.
Mais au dire des observateurs , les mains qui les dirigent
sont fort embarrassées à faire concourir à un seul es
même but tant d'intérêts différens . On ajoute que les mouvemens
diplomatiques se ralentissent ; on pourrait bien en
dire autant des mouvemens militaires , si l'on était de bonne
foi mais non et l'on emploie pour rendre la confiauer au
peuple , excessivement fatigué de la guerre , la même charlatanerie
deja mise en usage pour lui soutirer son argent , lom
des fameux dons patriotiques , prodigués , disait-on dans le teras ,
avec plus d'empressement par les heureux sujets à la personne
sacrée de leur roi , pour lui témoigner tout leur
amour que les Français ne mettaient de zele à faire des
sacrifices a la liberté , et à consolider leur République. Ceux
qui s'extasiaient à cette époque sur ce dévouement des peuples
savaient bien à quoi s'en cuir dans le fond , comme aujour
d'hui lorsqu'ils font insérer certaines nouvelles , dans certains
papiers par certains ordres. Le fait est que quoique l'Au~
triche soit en quelque façon la Beoue de l'Allemague , on
ny possede pas trop mal la théorie des fausses nouvelles;
est aisé de s'en convaincre d'après ce que l'on fait et ce que
l'on écrit dans cette capitale,
On doune ici pour certain , disent des lettres du 12 dėcembre
, que sous la garantie de l'Angleterre et de l'Autriche
la Porte Ottomane a enfin permis à l'imperatrice de Russie
de faire passer ne flotte par les Dardanelles ; et qu'en conséquence
de cette intervention Catherine 11 s'est engagée de
nouveau à agir d'une maniere plus efficace contre la France ;
elle a si bonne envie de tenir sa parole qu'une escadre russe
va renforcer les armées navales alliées dans Toulon , et leur
porter douze mille hommes , ainsi que beaucoup de provisions .
en tout genre.
L'empereur , si bien secondé par sa fidelle amie , a adressé ,
le 12 , au conseil aulique de guerre un ordre dans le préambale
duquel reconnaissant que l'issue de la campagne de
cette année , aussi remarquable qu'heureuse , devait apres Dieu
être attribuée à la conduite glorieuse de ses armées , il veut
qu'il soit fixé un jour de prieres pour en remercier le Toutpuissant
, et le conseil écrive aux armées pour leur sé
moigner la satisfaction de S. M. pour les victoires et avantages
importans qu'elles ont obtenus , et pour les assurer en même
sems de toute sa bienveillance impériale.
que
Les embarras réels qu'éprouve l'empereur au milieu de ses
prétendus triomphes lui font encore différer son voyage des
( 110 )
322
Pays-Bas ; il n'aura gueres lieu qu'au printems , encore cela
même est- il subordonné à la maniere dont les choses tourneront.
En effet , il serait possible qu'au printems les Français
fussent rentrés dans la Belgique.
*** En attendant , ce prince prend toutes les précautions possibles
contre l'introduction des lumieres dans ses états , de crainte
- qu'elles n'y amenent en même tems les principes de liberté .
C'est ce qui l'a déterminé à rendre un édit par lequel tout
rassemblement de société particuliere , et spécialement de
société littéraire , est defendu . Voilà comme les rois sont
ingrats envers ce qui les a le mieux servi ; car les lettres en
général , et à quelques exceptions près , ont plus plaidé leur
cause que celle des peuples .
3
Il est arrivé dans les derniers jours de décembre à Nusdorff
16 bateaux chargés de prisonniers de guerre qu'on veut faire
descendre par le Danube jusques dans le Bannat de Témeswar .
La Convention n'a point encore consenti à traiter de l'échange
de ces prisonniers , et vraisemblablement elle n'y consentira
qu'autant que la République Française sera solemuellement
reconnue dans le cartel . Cependant le corps germanique ,
l'Autriche même ayant aussi des prisonniers de marque dont
on desire le retour , on a laissé 6000 Français dans l'archiduché
, pour que cet échange soit plus facile . En général , on ,
commence à menager un peu plus les prisonniers de crainte
de représailles . Il faut même convenir que ceux qu'on a fait
passer dans la Hongrie y sont assez bien , le pays étant trèsbon
par lui- même , si l'air y était plus salubre ; les maladies en
ont moisonné un assez grand nombre.
Le cabinet de Vienne a défendu de rien laisser passer desormais
pour la Suisse en grains , bestiaux , cuirs , etc. , parce qu'on
pretend que de là ces objets passent en France .
--
Ce n'est pas sans peine que cette mesure a été embrassée ,
vu le besoin d'argent qui se fait cruellement sentir , il faut
l'avouer. Ge besoin est même tel que quoique les campagnes
dépeuplées n'offrent plus gueres d'hommes à la conscription
militaire , on s'épuisera pour en fournir à la Grande-Bretagne ,
puisqu'elle a pris à sa solde les 5000 Impériaux qui devaient
se rendre du Milanais à Toulon . — Dans cette disette de tout ce
qu'il faut pour suivre une campagne il a été enjoint à l'évêque
de Wirtzbourg d'augmenter son contingent de 2800 hommes ;
des ordres pareils ont été envoyés au prince de Hesse - d'Armstad
pour deux régimens . Cela ne rend gueres croyable ce que
l'on dit du passage prochain par notre ville de 8000 Autrichiens
qui doivent aller renforcer I armée du prince de Cobourg. On
parle aussi d'un corps de 12000 hommes en marche par la
Souabe , pour aller joindre celie de Wurmser.
Malgré tous ces secours promis, on a les plus vives inquiétudes
7
2
sur ce que peuvent tenter les Français , qui n'étaient , il y
quelques jours , qu'à 6 lieues et demie de Mayence. Aussi notre
magistrat a - t- il proposé aux princes et Etats voisins , particuliérement
au landgrrve de Hesse - Cassel , en qualité de directeur
du cercle , d'établir une correspondance et un concert
entre les deux cercles du Rhin , pour protéger à forces réunies
la frontiere de l'Empire , depuis Spire jusqu'à Coblentz ,
contre les incursions de l'ennemi commun ; il leur recommande
à cet effet l'armement des habitans , tant des villes
que de la campagne , comme le moyen le plus propre de
repousser une nation qui paraît n'avoir désormais d'autre
ressource que de rester armée elle - même , pour chercher
son salut dans la ruine de ses voisins. Ajoutant l'exemple
aux principes , le magistrat de Francfort occupe de la formation
d'un corps de cavalerie , d infanterie et de chasseurs ,
tous bourgeois , et il a ouvert une souscription , pour aider ,
par des fournitures de vivres et d'argent , l'armée Prussienne
durant l'hiver , à compter du 10 de ce mois jusqu'au 10 mars
prochain . La collecte volontaire faite chez nous monte à
gooo florins .
Suivant des lettres de Cleves , le général Wurmser a eu
grand soin de faire circuler dans l'Alsace une sorte de manifeste
, pour en engager les habitans à fraterniser avec les
Allemands , leurs anciens compatriotes , et dont la langue
et la religion les rapprochent. Cette exhortation aurait produit
quelque fruit , sans les derniers revers de l'armée des alliés ;
mais il faut avouer ce qui ne serait pas moins vrai quand
on n'en conviendrait pas , que les troupes de la coalition
s'affaiblissent chaque jour , et que si elles ne sont pas renforcées
au printems prochain , elles ne pourront résister aux
armées nombreuses que la France aura sur pied à cette époque.
L'état des forces des alliés dans le Brabant , sur le Rhin
et sur la Sarre , vient d'être publié à Luxembourg ; leur
nombre s'éleve à 253,000 hommes , et l'on croit que ce
nombre est exagéré , attenda que beaucoup de cadres ne sont
pas au complet.
ว
Quoi qu'il en soit , voici l'état général des forces des alliés ,
tant sur les frontieres du Brabant que sur le Rhin et la Sarre .
Autrichiens .
Anglais .
མཱུ ,, Hanoviiens .
Hollandais .
Troupes de l'Empire ..
En Brabant .
80,000.
12,000 .
12.000.
14,000 .
4,000.
Sur le Rhin et la Serre.
Prassiens ...
Autrichiens ..
Troupes de l'Empire...
Emigrés Français ..
60,000 .
45,000 .
16,000.
10,000.
Total.. 253,000.
Mettons en parallele le calcul suivant des armées Françaises
, qu'on nous donne comme exact ; si l'on ajoute la
considération importante qu'elles se recrutent toujours avee
Ja plus grande facilité , certes les espérances de la campagne
d'hiver ne doivent pas être très - flatteuses pour la coalition.
On porte l'armée républicaine du Nord , en y
comprenant les garnisons , à ........
Celle du Rhin ,
Et celle des Ardennes , à ..
Total...
240,000 .
80,000.
40,000.
360,000.
et
chevaux , ct
Et on ajoute que l'armée française sur la Sarre s'augmente
journellement , surtout en cavalerie . La Convention nationale
a , dit- on , des émissaires en Suisse , en Hollande ,
jusqu'en Allemagne , qui achetent par-tout des
qui les font passer à Vesoul en
de serté que
les armées françaises auront au printems plus de 80000 hommes
de cavalerie , la seule espece d'armes qui leur manquật.
Franche-Comté chevaux ,
Notre ville a célébré dernierement par une fête religieuse ,
l'anniversaire de sa délivrance par les troupes prussiennes et
hessoises, Ce jour là , il fut fait en faveur des veuves et des
orphelins des Hessois , tués en cette occasion , une collecte ,
qui est montée , dit-on , à plus de 9,000 florins d'Allemagne.
Les habitans de Francfort envoient chaque semaine , à l'armée
du général de Wurmser , une quantité considérable de vivre s
et de vêtemens d'hiver. Les villes de Worms et de Spire
suivent cet exemple . Le 12 de ee mois , on a éprouvé à Darmstadt
une très - violente secousse de tremblement de terre .
Voici ce qu'on mande de Berlin , en date du 15 décembre :
le 6 de ce mois , sur les huit heures du soir , nous vimes
arriver ici un courier , le lieutenant de Ziethen , expédié par
Te duc de Brunswick , pour instruire la cour de la victoire de
Lautern.. Dimanche dernier , on a chante , à cette occasion , le
Te Deum , et le soir , il y a eu illumination générale.
PROVINCES - UNIES
( 113 )
1
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE ,
Les mouvemens de l'armée du général Jourdan donnent de
l'inquiétude , disent des avis de la Haye , de la fin du mois ;
non- seulement Tournay semble menacé du côté de Cisoing ,
mais même des corps venant de Cassel et de Dunkerque , ont
T'air de vouloir pénétrer par Ypres et Furnes dans la Flandre
occidentale , dont les places ont été fortifiées à la hâte , et
par conséquent assez mal . On n'est pas rassuré par la nou ,
velle que le général Beanlieu bloque Philippeville ; car cela
n'est pas sûr , et d'ailleurs cette diversion serait insuffisante .
Les gazettes , en rendant compte d'une action où des colonnes
sorties de Lille et de Douai se sont portées sur Mabrou,
donneut bien l'avantage aux troupes impériales ; mais il est
encore permis de douter quand des faiseurs de gazeties ont
, parlé. Cependant le prince de Cobourg paraît vouloir profiter
de ce que les Français ont été obligés d'envoyer 12000
hommes contre les rebelles de l'intérieur : les dispositions
suivantes indiquent qu'il prépare quelque coup hardi , D'après
des conseils de guerre tenus à son quartier - général de Mons il
a été ordonné aux différens cops cantofiués de se rassembler
, et défendu à tous les chefs de s'absenter ou de donner
à qui que ce soit la permission de quitter son poste , pás
même pour 24 heures . Des gens qui font les capables débitent
que les généraux Autrichiens ont des intelligences
secrettes dans plusieurs villes frontieres de la France , et qu'ils
vont essayer d'en tirer parti . Cette chétive espérance est
faite pour figurer à côté de la chétive indemnité de quatre millions
et demi de florins de Brabant accordée à l'empereur pour
les stibsides de 1789 , 90 et 91. La cour de Vienne espérait
la toucher en une fois , ou du moins assez rapidement ,
-quelque faible qu'elle fût elle lui serait venue bien à point
dans son extrême besoin d'argent ; mais non , il faudra attendre :
la genéreuse noblesse , le elerge si aévoué à ses augustes
- maîtres ne se sont engagés à payer cette somme que dans
l'espace de quinze ans , et le tiers- état en trente ,
et
Point de nouvelle de la Hollande i parait seulement que
les Autrichiens ont eu quelque volonté de faire , à l'aide de
vaisseaux anglais , une descente sur les côtés de France .
Le sieur Etienne Luzac a rendu compte à sa maniere , dans
la gazette de Leyde , de la reprise de Toulon , Sa version est
fort differente de celle de la gazette de Cologne , qui a ciu
devoir , pour l'instruction des Allemands , leur transcrire tous
les détails qu'a reçus la Convention.
On parle toujons de la retraite du maréchal de Cobourg ,
sans dire qui le remplacera . Quelques personnes veulent que
ce soit Lascy,
Tome VII. И
( 114 )
ANGLETERRE. De Londres , le 4 Janvier,
On croit ici à la reprise de Toulon par les Français , précisément
parce que les papiers ministériels
entr'autres le
Morning Herald , la nient . L'aveu forcé qu'il faudra bien finir.
par en faire amenera nécessairement un orage par lequel M.
Pitt court grand risque d'être foudroyé , ou du moins renversé
du trône des trois royaumes qu'd occupe plus réellement que
l'insignifiaute créature décorée du nom pompeux de Georges II
par la grace de Dien , roi de la Grande - Bretagne , de l'Ecosse ,
de l'Irlande et du royaume de France . Malgré les efforts du
ministere pour la cacher , la nouvelle de l'évacuation forcée de
cette place perce de tous côtés ; elle a produit une baisse
considérable dans les fonds publics .
peu
Tel était le langage que l'on tenait il y a quelques jours
dans la capitale de la Grande Bretagne. Depuis il est survenu
des renseignemens plus exacts , plus positifs , et voici à
près dans leur ordre les opinions et les événemens auxquels
ils ont donné lieu , ou qui du moins les ont accompagnes
.
On a d'abord cherché à préparer les esprits à la certitude
de la perte de Toulon , en donnant successivement beaucoup
de détails sur l'affaire du 13 novembre ; puis les papiers ministériels
sont convenus que les Français s'étaient emparés des
hauteurs de Toulon , toujours neanmoins en
disant qu'ils
ne pourraient prendre la place ; puis ils ont avoué qu'ils
pourraient à la rigueur finir par la prendre , mais avec une
perte immense , puis enfin qu'ils l'avaient prise.
La gazette de la cour du 26 décembre convient que le géné
ral O'Hara et les autres prisonniers reçoivent des Français
leurs vainqueurs , les traitemens les plus humains ; mais ce qu'elle
ne dit pas , c'est que dans la guerre que les Anglais firent il
y a quelques années aux Américains , qui secouaient le joug
de la tyrannie , les satellites du despote se permirent toutes
sortes d'actes de cruauté pour forcer les prisonniers à s'engager
dans le parti royaliste , et à tourner des armes parricides
contre le sein de leur mere .
On a calculé que la possession temporaire de Toulon a
coûté au peuple britannique 1,400,000 1. steri , et à l'époque
de ce calcul on s'attendait encore à dépenser un demi - million
pour apprendre enfin que la place n'était pas tenable . Les
Espagnols avaient, en qualité de parens de Louis XVII , revendi
que la garde des vaisseaux français qui se trouvaient dans le
port.
·
On ne s'attend pourtant pas que M. Pitt porte l'impudeur
jusqu'à motiver au parlement ses demandes de fonds , qui équivalent
à des demandes de nouvelles taxes , sur ce qu'a coûté
( 115 )
l'achat et la conservation de Toulon pendant quelques mois ,
et sur les sommes énormes dépensées inutilement par l'amiral
Hood , d'après la prétention des Espagnols : cela serait aussi
par trop fort. Au reste , cette rentrée du parlement et les
discussious importantes qui doivent y être agitées sont en ce
moment l'objet de l'inquiétude et des espérances de la nation
entiere qui sent le besoin de la paix la plus prompté , et
fait des voeux pour l'obtenir.
L'expédition du comte de Moyra se trouve manquée totalement
, et les émigrés Français qui devaient y prendre patt
demandent avec instance d'être rumenes de Guernesey
Londres .
à
Les fonds publics ont baissé considérablement , depuis qu'on
sail que les troupes de la Républ que ont repris le quartier.
de Jérémie et le , môle St. Nicolas ; car on est aujourd hei
positivement informe de la perte de ce second poste .
On croit que l'amiral Howe donnera incessammens sa démission
, mais on ne nomme pas encore sou successeur ; cet
officier a , dit - on , éprouvé des desagremens de la part de la
cour , qui s'en prend en partie à lui du peu de succès des
armes britanniques .
Le commerce anglais dans le Nord souffre beaucoup des
corsaires français en conséquence , ou a fait partir des frégates
pour le protéger.
Suivant ce qu'on mande des Etats - Unis de l'Amérique , la
fevre jaune qui y a fait tant de ravage est entièrement cesse.
A New -Yorck et à Philadelphie , les habitans s'empressent
de revenir dans leurs villes purifiées .
Le congrès est décidé à maintenir la neutralité , malgre la
querelle provoquée par Genêt , le digne agent de la faction
de Brissot. C'est un parti tellement pris , qu'on arme , par
souscription , trente fregates , destinées aussi à proteger le
commerce américain , contre les Algériens qui linfestent à la
sollicitation de l'Angleterre . par laquelle lès Indiens du Ganada
ont aussi été soulevés contre les habitaus des Etats - Unis ,
voisins de l'Ohio et du Sciotto .
On fait un grand étalage de l'arrivée de l'ambassadeur
Turc ; il y avait cinquante et un aus que l'orgueil national
n'avait été flatté de ceite distinction .
En convenant de la perte de Toulon , qu'on attribue à la
Ня
~( 116 )
$
mésintelligence des chefs des escadres coalisées , on présente
pour diversion à cet accident :
10. La prochaine sortie de notre grande flotte' , ' qui va
balayer la Manche.
3
20. La marche de lord Cornwallis , qui , avec une artillerie
formidable , va foudroyer tous les établissemens français
dans l'Inde .
39. L'envoi d'une escadre nombreuse dans les Antilles , qui
va nous donner toutes les isles françaises.
4º . Enfin , la paix glorieuse dont la campagne prochaine
sera suivie , si les subsides demandés sont promptement accordés
par le perlement .
1 G2 :07
Ona , selon l'usage , publié ici la liste générale des naissances
et des morts dans cette capitale , pendant l'année , du
11 décembre 1792 jusqu'au 10 décembre 1793.
Naissances.
De garçons , 9750. De filles , 9358. Total 19,108 .
Morts.
Hommes , 11,132 . Femmes , 10,617 . Total , 22,749.
Ages des morts.
Au -dessas de deux ans , 6987..
Entre 2 et 5 , 2594 .
Entre 5 et 10 , 920.
Entre 10 et 20 , 620 .
Entre 20 et 30 , 1448.
Entre 30 et 40 , 1937 . "
Entre 40 et 50 , 2172 .
Entre 50 et 60 , 1827 .
Entre 60 et 70 , 1630 .
Entre
?
.70 et 80 , 1101.
Entre 80 et 90 , 433.
Entre go et 100 ,
A 100 2 .
63,
Entre 100 et 103 , I.
A 104 , I.
$ 7 x7 *
Les morts de cette année surpassent ceux de l'année der 、
niere de 1536.
( 117 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAIS I
& 2 :
CONVENTION NATIONAL E.
2 11 >
PRÉSIDENCE DE DAYID .
Séance d'octodi , 18 Nivôse ."
ܕ܂
Dès l'ouverture de cette séance , Bourdon de l'Oise a prononce'
un 'discours où il a retrace les vices de la composition
du ministere actuel , et reproduit ses dénonciations contre le
ministre de la guerre . Ne vot-on pas , a - t-il dit ,' qu'à côté
dé cette relation nécessaire des représeutans , qui est le mouve
ment et la vie de notre République , un petit nombre d'hommes
pourraient , en se coalisant , se perpétuer pour miner la liberté ?
On sait déja les moyens que leur ont donnés les trésors qu'ils
ordonnancent , et les places qu'ils conferent , que leur inso
lence et leur audace à faire calomnier , sans aucune exception
, plus de quatre-vingt députés du Peuple , vous ouvrent
enfin les yeux Décrétons , sous la double responsabilité capitale
des ministres et des préposés à la garde du trésor public
qu'aucun fond n'en sortira plus qu'en vertu d'un décret rendu
sur le rapport d'un comité , et que les ministres rendront
compte de ce qu'ils ont tire , sans l'observation de cette forme
essentiellement conservatrice de la fortune publique . Decré
tons que le comité de salut public sera chargé de nous présenter
incessamment une organisation nouvelle d'un ministere
républicain ……… .. Citoyens ' , ' n'avez vous pas été hiër douloureusement
affectés d'entendre des malheurenx venir vous démander
les secours que la loi leur accorde , comme parens
des défenseurs de la patrie , et qu'ils avaient inutilement réchaînés
du ministre de la guerre ? Ne devez -vous pas être indighes
de voir ce ministre , au moment où il faisait ' de ' refus
rigoureux , tirer 120,000 liv . du trésor national pour alimenter
ur journaliste dont le nom ne souillera pas cette enceinte ?
IF existerait moins de målheureux , si vous eussiez confié à des
mains pures laddirection des dépenses secrettes . ", "
Plusieurs membres ont appuyé les propositions de Bourdon.
Forestier a produit des faits qui prouvent combien la 'comptabilite
du département de la guerre est embrouillée. Danton ,
en approuvant les princip's poses par Bourdon , a cru qu'il
serait dangereux d'agir précipitament , et qu'il convenait ,
en lès adoptant , d'en renvoyer les détails à l'examen du comité
de salut public .
4
1
La proposition de Danton a été adoptée en ces termes :
La Convention nationale décrete èn principe , qu'à l'ave
1 H 3
( 118 (
1
F
nir aucun ministre ne pourra puiser dans le trésor public ,
qu'en vertu d'un décret rendu sur le rapport d'un comité . Elle
charge le comité de salut public de veiller à ce que l'activité
des forces nationales n'éprouve aucun ralentissement ; elle le
charge en outre de présenter un rapport sur le mode de versement
à faire pout toutes les dépenses nationales , et sur l'organisation
d'agence du gouvernement provisoire . " ,
Philippeaux a porté plusieurs chefs d'accusation contre les
généraux Rossignol et Ronin , relativement à la guerre de la
Vendée. Cette piece n'étant poiut susceptible d'analyse , nous
la donnerons ici en entier.-
J'accuse formellement Ronsin et Rossignol avec les autres ,
agens da ministere .
10. D'avoir désorganisé l'armée de l'Ouest par leurs exemples
et les préceptes , de l'avoir encouragée à tous les actes de
licence , au lieu de l'exercer à la discipline militaire ;
220º.. D'avoir toujours fait battre cette armée par les brigands ,
et de leur avor constamment livré notre artillerie , nos munitions
et nos attirails de guerre ;
30. D'avoir toujours empêche que les différentes colonnes
attaquassent simul anément pour envelopper l'armée ennemie ,
et finir la guerre ;
4. De n'avoir pas voulu seconder la division de Luçon ,
lorsqu'elle se mettait en mesure d'attaquer les rebelles ; d'avoir .
neutralisé les colonnes de droite et de gauche qui devaient
l'appuyer ; et quand malgré tous les obstacles , cette division ,
eut vaincu plusieurs fois les brigands , d'avoir destitué son
général la veille aussi d'une action décisive , pour mettre à sa
place un Anglais , qui ft éclater sa trahison des le lendemain ,.
14 août , en procurant à l'ennemi tous les moyens de battre .
l'armée , dont la défaite eût mis Rochefort et la Rochelle daus ,
le plus grand danger .
5. De s'être opposé à ce que le général de la colonne de
Chinon , qui s'avançait pour délivrer 3,000 de nos freres ,
prisonniers à Chollet , il exécutât ce mouvement salutaire , au
moment où les rebelles , après avoir évacué Chollet pour .
fendre sur la division de Lugon , furent battus et mis dans
une déroute complette ; d'avoir ensuite destitué ce général et
incarcere son adjudant qui venait demander justice ;
6. Lorsque le comité de salut public eut arrêté un plan de
de campagne , le 23 août , pour réduire les brigauds par une
attaque générale et mieux combinée que toutes les précédentes ,
d'avoir employe toutes les manoeuvres pour faire retracter ce
Flan de campagne , d'y avoir opposé la violence même des
leur retour à Saumur , en arrêtant l'armée de Mayence qui des- ›
cendait à Nantes ;
70. Quoique le ministre eût reçu l'ordre de pourvoir à
tous nos besoins , d'aoir fait prendre à toutes les munitions
de l'armée de Nantes , la route de Tours et de Saumur , où
( 119 )
elles furent arrêtées pour grossir quelque tems la masse des
ressources des ennemis de sorte que cette armée , au moment
d'entrer en campagne , se trouva sans un seul habit ,
sans une seule paire de souliers , sans subsistances , ni fonds
pour en acquérir , et que le service , tant des fourrages que
de l'artillerie , manqua net , le 9 septembre , veille du jour
où nous devions entrer en campagne ;
8°. Que cependant l'armée s'étant mise en marche , le 10
septembre , et ayant vaincu les brigands sur tous les points ,
ils se trouverent le 15 à la hauteur où la jonction devait
s'opérer avec toutes les colonnes , pour cerner les rebelles
et investir Mortagne ; qu'alors Rossignol , et Ronsin qui les
dirigeait comme général ministre , envoyerent ordre aux colonnes
de Niort , de Luçon et de Fontenai , qui s'avançaient
sur nous , de retourner dans leurs cantonnemens tespectifs ;
9° . Que cet ordre , parvenu au général Chalbos le 9 ,
casiona la déroute de Montagne et de Saint - Fulgent , où
Micskinski et Beysser furent complettement battus , que l'armée
de Mayence elle - même faillit être taillée en pieces ,
quand elle se trouva seule et sans appui au coeur de la
Vendée ;
Y
oc-
10. Que Chalbos ayant retiré ses trois colonnes le 18 ,
90,000 patriotes , tant à Coron qu'en avant du Pont- de- Cé ;
furent accablés le même jour et le lendemain par 3000 brigands
; d'après une disposition militaire qui n'a point d'exem
ple , que l'armée de Saumur fut rangée sur une seule colonne
de 8 hommes de front , présentant six lieucs de flauc ; que
l'artillerie formidable de cette , colonne fut placée à sa tête
dans les gorges de Coron , pendant que l'ennemi occupait
les hauteurs dont , malgré le conseil des guides , on ne voulut
pas s'emparer ; que les brigands s'élancerent sans obstacle
sur cette tête de colonne , se saisirent de nos bouches à fen ,
foudroyerent nos malheureux défenseurs de bordées à mitrailles
avec leur artillerie même , et en firent un carnage
horrible ;
11º. Qu'un décret ayant ordonné l'extraction des grains
sur les derrieres de l'armée , à mesure qu'on pénétrerait dans
le pays ennemi , Ronsin et Rossignol congédierent les commissaires
chargés de cette opération précieuse , firent incendier
des monceaux immenses de grains , et abandonnerent
aux brigands la récolte des plaines de Doué , Thouars , Loudun
et l'ifle Saint - Aubin , si abondantes cette année , qu'elle
eût suffi pour alimenter pendant un an toute l'armée de
l'Ouest ;
-129 . Que quand la société populaire de Saumur voulut dénoncer
tous ces faits à celle des Jacobins , les satellites du
ministere vinrent l'opprimer jusqu'au lieu de ses séances par
des cris de fureur et des gestes menaçans ;
13 ° . Que l'armee de Nantes ayant reçu de Saumur , les 24
H 4
( 120. )
et 27 septembre , l'invitatton da regagner son ancienne posi
tion , avec promesse de la faire soutenir par les colonnes
du Sud- Quest que commandait Chalbos , les généraux s'empressaient
de déferer à cette proposition ; qu'elle fut maîtresse
en peu de tems des clés de Mortague , et joignit le corps de
Bellroy , l'un des lieutenans de Chalbos ; qu'alors un nouvel
ordre de Saumur , du 2 octobre , changea la marche des colonnes
du Sud- Ouest , pour laisser l'armée de Mayence seule
aux prises avec l'ennemi ; qu'elle fut investie par toutes les
forces vendéenues dont elle défit complettement la principale
armée , le 6 octobre à Saint- Symphorien que cette victoire
ouvrit toutes les routes de Mortagne et Chollet ; mais qu'au
moment où on s'ébranlait pour cette expédition decisive , elle
fut paralysce par la destitution des généraux victorieux , dent
un gémit dans les fers .
14°. Que la premiere opération du nouveau général de
l'armée de l'Ouest fut de laisser prendre aux brigands de
l'isle de Noirmoutier , Machekoul et l'isle Bouin , de faire,
évacuer Mortagne , brûler huit milliers de poudre qui s'
s'y trouvaient
, un magasin de riz , 12 mille rations de pain ,
pour un million d'effets de campement .
et
15°. Qu'après l'expédition heureuse de Mortagne et de
Chollet , due toute entiere à la bravoure de nos soldats
l'état major laissa passer la Loire aux brigands qu'on pouvait
nbyer dans ce fleuve ; qu'outre le tems qu'ils employetent
à effectuer ce passage , ils resterent trois jours dissémi
nés çà et là dans le plus grand désordre , mourant de faim
et saus savoir quelle route tenir , qu'on leur laissa le tems de
se rallier et de diriger un systême militaire .
16 °. Qu'ensuite on permit aux brigands de prendre Craon ,
Châtean- Gontier et Laval , où mille atrocités furent commises ;
que 4000 hommes seulement envoyés à la poursuite de Fen-
Bemi fureut enveloppés et mis en pieces ; que le lendemain ,
pour réparer ce desastre Chamberti qui commandait 800
hommes à Château Brian , eut ordre d'aller avec cette force
mineure attaquer l'armée victoriense .
17°. Qu'après le passage de la Loire , un nouveau commandant
de la place de Nantes , nominé Bririn , envoyé par
les bureaux de la guerre , laissa toutes les avenues de cette
ville dégarnies et sans défense , malgré l'ordre qu'il avait reçu
qu'il faisait partir en même tems un trésor de 6 millions et
60 chevaux sous l'escorte de 25 chasseurs à cheval , sur une
sonte dont l'armée ennemie était maîtresse .
18°. Qu'un autre général , nomme Vlanier , recommandé
par les bureaux de la guerre comme le plus brave militaire
de l'Europe , s'étant porté à Craon avec 5000 hommes pour
ppuyer l'armée de l'Ouest , evacua ce poste avant même d'avoir
vu l'ennemi , que retiré à Château- Briand , dont la posi
tion était inaccessible et les habitans déterminés à vaincre , il
( 121 )
abandonna anssi cette plage à la merci des, brigands,, lorsqu'ils
en étaient à dix lienes.
19. Qu'au moment de cette défection , Rossignol désarma
les habitans de la Guerche , cominune la plus patriote d'lle
et Vilaine , qni deux fois s'était levée en masse pour venir
au secours de Nantes , où elle était encore huit jours auparavant.
1 20° . Que de la Guerche il se rendit à Vitré , forteresse
inexpugnable , qu'il fit désarmer , an ordonnant à la garnison
de se replier sur Rennes ; que la garde nationale ayant reçu ^
le même ordre , fit des réclamations aussi pressantes que
vaines, pour obtenir qu'on lui permit de se défendre seule
contre les brigands.
1
219. Que le 19. bataillon d'infanterie légere , distingué par
son intrépide bravoure , fut distrait de la garnison de Fougeres
, et envoyé seul à, Ernée pour reprendre ce poste qu'occupaient
1500 rebelles ; que sans raisonner son obéissance
ih so bawit en désespéré , fut réduit de huit à douze cents
hommes , et qu'une compagnie de canonniers de Paris , dite
de la Réunion , fut massacree toute entiere.
22 ° . Qu'après ces désastres , la garnison de Fougeres , dirigée
en sens inverse de tous les principes , fut taillée en pieces ,
et qu'alors les frontieres maritimes furent ouvertes a l'en- nemi.
"
23º . Qu'au retour de Granville , où les brigands furent
repoussés d'une maniere si glorieuse il était facile de les
ensevelir dans les marais de Dok ; qu'une avant -garde seule
de 300 hommes leur fat opposée , les battit deux fois da
suite , mais succomba enfin sous l'avantage du nombre , faute
d'être secourue par le gros de l'armée que Rossignol tenait
sept lieues du champ de bataille ; qu'ensuite cette armée
elle-même fut mise en pleine déroute ; qu'au nombre des victimes
sacrifiées dans cette affaire étaient goo Brestois , peres
de familie , et tout le 41. régiment ; que Rossignol s'enfuit
à Rennes , dont il disposa l'évacuation , et que le Morbihan
s'insurgea dès le lendemain.
les
24. Qu'à Angers , pendant deux jours que dura le siége ,
les lieutenans de Rossignol , cachés dans leurs maisons , s'oc
eupaient uniquement de préparer une fuite honteuse ; que
soldats et gardes nationaux n'ayant pu être décourages par
cette conduite , parvinrent seuls avec Ménard et Beaupuy &
repousser les brigands ; qu'alors ils conjurerent les officiers
supérieurs de faire une sortie décisive contre l'ennemi en déroute
, et ne purent l'obtenir ; que Rossignol arriva six heures
après la levée du siége , pendant lequel il s'était obstiné à
faire stationner l'armée à Château-Briant , malgré les instances
qu'elle lui faisait de la conduire à l'ennemi , et les conjurations
qu'il recevait à toutes les heures par des couriers extraordinaires.
( 122 )
25°. Que Rossignol , survenu après l'action , në voulat pas
prohter de la déroute des brigands pour les tailler en pieces ;
qu'il les laissa tranquillement dévaster toutes les contrées eavoumantes
, er n'envoya pas même à la Fiêche une colonne
pour leur couper le passage .
26° . Que nos armées étaient toujours à huit ou dix lieues
des forces ennemies , qui pouvaient à ce moyen commetire
avec succès toutes les horreurs ' ; qu'elles ne furent jointes au
Maus que deux jours après leur arrivée en cette ville ; que
le moment où Rossignol cessa de commander nos armées fut
le terme de nos desastres , et que la victoire decisive du
Mans n'est due qu'à une infraction aux ordres supérieurs .
J'offre pour preuve irrésistible de tous ces faits
10. La collection de pieces officielles que j'ai remises au
comité de salut public , à mon retour de Nantes
2º. Le témoignage de tous les représentans du peuple qui
ont été commissaires nationaux dans les deux Vendées ,
30. Le témoignage de tous les soldats des divers colonnes de
l'armée de l'Ouest.
4º. Celui de tous les citoyens qui habitent les départemens
qui ont été le théâtre de la guerre.
י נ
Mon accusation est précise et solemnelle ; j'en demande le ,
renvoi au comité de sûreté générale , pour vérifier attentivement
les faits et vous en faire un rapport. 99
Cette dénonciation a donné lieu à quelques débats . Choudieu
, un des commissaires de la Convention près l'armée de
la Vendée , a taxé de fausseté tout ce qu'avait dit Philippeaux ,
eta annoncé qu'il en donnait la preuve dans un rapport qui est :
à l'impression . Merlin de Thionville , egalement à portée de
voir les choses , dans le cours de sa mission , a pensé qu'il
n'y avait point eu de trahison dans la Vendée ; mais que
seulement l'ambition d'hommes qui se disaient eux-mêmes
incapables de commander , nous a fait le plus grand mal .
Au milieu de ces débats , Westermann paraît à la barre et
obtient la parole . Il annonce d'abord que de l'armée des brigands
, forte encore au Mans de go , oco hommes , il n'existe
plus un seul.combattant : chefs , biciers , soldats , évêques ,
comtesses , marquises , tout a péri par la flamme , le fer et les
flots.Westermann allait entrer dans d'autres détails , mais Charlier
a remarqué que ce n'était ici qu'une affaire particuliere ; que
ce qu'il importait de savoir , c'était la destruction entiere des
rebelles . Il a demandé le renvoi de tout le reste au comité
de salut public.
Lecointre de Versailles a observé que Westermann est destitué
par le ministre , de la guere , et sur le point d'être
arrêté. Il a demandé qu'il fût fait un rapport sur ce général ,
et qu'il fût libre jusqu'au rapport. ,
འ་
Plusieurs traits de bravoure de Westerman pendant la
( 123 )
guerre de la Vendée ont été successivement racontés.
Convention a adopté la proposition de Lecointre.
Séance du nonodi , 19 Nivòse.
La
On a renvoyé au comité de salut public une pétition des
Saus - Culotes de Thiers , qui sollicitent un décret qui sequestre
les biens des détenus jusqu'à la paix , pour indemniser le
trésor public des frais de la guerre .
le
L'Assemblée a accueilli plusieurs offrandes en argenterie et
effets d'équipement faites à la patrie , par diverses communes ,
et une foule de dons patriotiques offerts par des citoyens . Sur
rapport de son comité de salut public , elle décrete que
tous les effets d'habillement , équipement et armement , déposés
dans les différentes sections de la République , seront remis de
suite aux chef- lieux de district qui en enverront l'état à la
commission des subsistances , laquelle leur donnera la destination
convenable .
Le ministre des affaires étrangeres adresse à la Convention
le tableau de la situation générale du commerce extérieur
de la France pendant l'année entiere 1792. " C'est un
fait , dit-il , qui paraissait résulter des documens positifs re
cueillis avec soin , classés avec méthode , et combinés aved
sagacité , que la France , au moment de la révolution , avait
annuellement une balance de commerce favorable , à recevoir
de l'étranger , de 60 à 70 millions . Par quelles opérations ,
pour ainsi dire magiques , cette balance en notre faveur estelle
donc montée en 1792 à 224 millions ? Cette derniere
somme est le résultat du montant de nos achats extérieurs ,
estimés 496 millions , comparés avec nos ventes à l'étranger ,
évaluées 720 millions , toutes proportions observées d'ailleurs
respectivement , dans la hausse survenue alors , sur le prix de
toutes les marchandises . Un triple concours de moyens principaux
semble avoir procuré à la France cette balance d'industrie
, de plus de 200 millions , en 1792 .
1 en
D'abord le peuple en a été le premier agent par son
travail , lui qui d'une main vigoureuse combattait alors la tyrannie
, et de l'autre fournissait assiduement aux demandes
multipliées des produits de son industrie , dans les proportions
des capitaux ou des revenus , que les émigrés et les étrangers
voulaient tirer de France en nature de marchandise's ; ensuite ,
les manoeuvres des agioteurs sur les denrées coloniales
sucre et café , qui en ont doublé et triplé même le prix ; de
maniere qu'il a augmenté sensiblement nos créances sur l'étranger
; cufin , l'insouciance malignement réfléchie de l'ancien
gouvernement qui , à l'instant où I horison politique de l'Europe
s'obscurcissait , où ses rois coalisés conjuraient déja contre
la liberté française , ne , profitait pas de cette impulsion active
donnée à l'industrie française pour l'échanger en retour contre
des munitions navales , des approvisionnemens et des subsis(
124 )
de tont genre, que le génie républicain a bien su depuis
se procurer , pour sa propre defense , et malgre tous les
obstacles accumulés dans nos ports .
" A combien d'autres conséquences aussi utiles qu'intéressanics
, ne conduiraient pas un examen plus approfondi des
résultats généraux de notre commerce extérieur en 1792 P
Mais la tribune de l'areopage français , constamment occupée
par la renommée de nos victoires , ne peut être consacrée plus
long- tems à des déductions methodiques ; c'est à l'esprit medi-
Latif qui s'alimente, et se fortifie dans le calme du cabinet que la
Convention nationale jugera sans doute à propos de livrer ces
résultats , en les envoyant à l'impression,
1
P *
Une lettre de Carrier annonce la prise de l'isle et de la
commune de Noirmoutier , par les troupes de la République.
Charette , qui depuis les Herbiers jusqu'à Machecoult avait
grossi sa bande et s'était emparé de ce dernier poste , en a
éré chassé le 13 par une partie de la division de Cherbourg.
Francastel envoie d'Angers des exemplaires du jugement du
trop fameux évêque d'Agra , président du conseil superieur
des rebelles de la Vendée à Châtillon . Ces contrées , ajoute
Francastel , si long - tems deshonorees par les royalistes , se
deblaient de plus en plus des décombres aristocratiques , et
redeviennent dignes de toute la sollicitude des Républicains
français . On y applaudit avec autant d'enthousiasme que dans
tontes les autres parties de la France aux succes rapides et
brillans des armées de la Moselle et du Rhin .
"
66
Une lettre des représentans du peuple près les armées du
Rhin et de la Moselle , à la Convention nationale , lui donne
les détails de l'entrée de nos troupes à Spire. Cette lettre est
renvoyée au comité de salut public .
AC! T 74
1
Le ministre de la marine a annoncé qu'une grande quantité
de subsistances avait été apportée en France de toutes les parties
de l'Italie. Quelques difficultés sur le salut que se donnent les
vaisseaux qui se rencontrent , s'étant elevées entre le capitaine
de la fegate fiançaise la Badine et deux galeres génoises dans
a rade de Villefranche , le comité de salut public a fait decreter
que les vaisseaux de la Republique rendrent le salut coup
pour coup.
Barrere a ensuite mis sous les yeux de la Convention natiopale
, un trait de bravoure républicaine à côté d'une nouvelle
atrocite des Anglais . Voyez art . Nouvelles . )
:
La Convention a adopté un projet de décret présenté par
Dabois-Crance pour opérer l'embrigadement et l'exécution de
la loi sur l'amalgame . La Convention a décrété que son
comité militaire tera une instruction sur l'exécution de ce
projet.
( 125 )
Seance du décadi , 20 nivose.
Collot-d'Herbois , au nom du comité de salut public ,
commuuiqué à l'Assemblée des détails sur la prise de Noirmoutier.
Voyez article Nouvelles . )
Les pétitionnaires sont admis à la barre. La compagne de
Challier réclame des secours . L'Assemblee lui accorde une
pension égale à celle dont jouit la veuve de J. J. Rousseau .
Une députation de la section des Sans Culottes est introduite.
Lemaire , orateur , s'exprime ainsi :
མགཡ་སྒོ ། ནས་
品
"
Mandataires du peuple , vous le savez , la liberté produit
des héros de tout sexe et de tout âgé . Cet enfant , que
vous présente la section des Sans - Culottes , est âgé de 15 ans
et demi ; son nom est Audré Pajot ; il est fils unique , et son
' perec'est aux frontierès : ' il a quitté sa mete le 12 mars dernier
, pour courir à la défense de la République . Les commissaires
chatges de l'enrôlement l'ont d'abord refusé ,
cause de son jeune âge et de la petitesse de sa taille ; mais
il leur observa que son patriotisme avait toute sa crue , qua
sou " amour pour la liberté ne serait jamais plus brûlant , et
que s'il était trop petit pour atteindre l'ennemi d'aussi loin v
que ses camarades , il tomberait sur lui pour le combattre
corps à corps.'En un mot , il versa tant dde larmes et fit ' taht
d'instances , qu'il obtint de partir pour être "tambour " dans
l'armée du Nord . Il s'est trouvé dans toutes les actions les
plus chaudes , et la derniere fut auprès de Valenciennes , dans
les bois de Bonne Esperance ; là , de 20 tambours qui battaient
la charge , 19 furent tués d'abord , et cet enfant fut
blessé d'une balle au milieu de la jambe . Le combat dura
quatre heures encore après sa blessure , et sans songer à sa
douleur , il continua de battre la charge , sans interruption ,
jusqu'à la déroute entiere des esclaves.
~
L'assemblée générale de la section des Sans - Culottes ,
pénétrée d'admiration au récit de tant de bravoure , et desirant
l'honorer comme elle le mérite , a , dans sa derniere séance ,
arrêté que ce jeune héros serait présenté , en son nom , a'la
Convention nationale et au conseil général de la commune
de Paris.
quedu
Législateurs , vous croyez peut-être que nous n'avons eu
courage à admirer dans ce jeune républicain ; mais
ici s'ouvre une scene plus intéressante encore .
?
F
**
" L'assemblée générale , connaissant les besoins et le dénuement
dans lequel il était revenu de l'armée , faisait une
collecte en sa faveur . Dans cette même séance , on vint offrir
deux enfans mâles qu'avait mis au monde , le jour même
, une de nos concitoyennes , indigente et pauvre comme lui :
à cette vue , transporté de joie et comme s'il eût voulu
marquer par ses bienfaits les premiers momens de leur existence
, notre invalide de 15 aus leur a donné la moitie de sa
-
?
( 126 )
1
collecte , qui ne s'est montée qu'à 147 liv. 6 sols 3 deniers ;
car les Sans- Culottes ne sont riches que de curs et de patriotisme
; et au même instaut , le président de l'assemblée
générale de la section des Sans - Culottes a donné l'accolade
paternelle à ces trois heureux enfans ..... "
La Convention décrete que les faits contenus daus la pétition
seront insérés dans le recueil des belles actions elle
accorde un secours de 300 liv . au jeune Pajot . Le reste de
la séance a été occupé à entendre des pétitions particulieres .
Séance du primidi , 21 Nivôse.
La Convention a adopté un projet de décrét présenté par
son comité de la guerre , sur l'organisation de la cavalerie ,
et une instruction présentée par Dubois Crancé , pour les
représentans du peuple qui doivent être envoyés pour opérer
l'embrigadement des troupes.
Couthon annonce à la Convention que le comité de salut
public a reçu la nouvelle de la prise de Worms par l'armée
française . Le même membre prévient l'Assemblée que les pouvoirs
du comité sont expirés . L'Assemblée les proroge
l'unanimité .
à
Grégoire , au nom du comité de l'instruction publique ,
fait décréter que les inscriptions des monumens publics ,
seront désormais en langue française ; que toutes les inscriptions
des monumens antiques seront conservées ; que dans les monumens
modernes , les inscriptions qui ne sont pas consacrées à
la royauté et à la féodalité , seront égalemeut conservées .
Séance du duodi , 22 Nivôse .
La Convention nationale a renvoyé à l'examen de son comité
de salut public plusieurs réclamations faites par des députés
du peuple Bouillonnais .
Sur le rapport de son comité des secours , elle a décreté
qu'il sera mis à la disposition de l'administration centrale de
bienfaisance de Paris , la somme de 200 mille livres , à valoir
sur les arrérages de rentes qui lui sont dûs .
Sur le rapport de son comité des finances , elle a décrété qu'il
sera tiré de la caisse à trois clefs , où sont déposés les assignats
nouvellement fabriqués jusqu'à la concurrence de la somme de
275,264.353 livres , pour remplacer les avances que la trésorerie
a faites dans le courant de frimaire dernier .
L'agent national du dictrict de Cognac , donne les détails
suivans. Les ventes des domaines des émigrés , nous fout
une occupation si grande du matin au soir , qu'à peine avonsnous
le tems de prendre nos repas . L'affluence des campagnes
est si générale que le lieu de nos séances est insuffisant pour
les contenir. Jamais les domaines nationaux n'ont eu plus de
crédit , chacun veut en avoir un morceau à quelque prix que de
( 127 )
soit. Plusieurs ont vendu les propriétés qu'ils avaient déja,
pour acheter de cette sorte de bien . Les ventes vont le plus
grand train . La décade derniere , elles se sont montées à plus de
800.000 liv.; en voilà dėja pour plus de 2 millions et demi de
vendu dans notre district ;
à vue d'oeil , je n'en suis pas encore
à la moitie. Si tous les autres districts de la République
produisent en proportion autant que celui - ci , qui n'est sure
ment pas le plus riche , juge à quoi se montera cette ressource .
Séance de tridi , 23 Nivôse .
La société populaire de Mâcon demande l'établissement
d'une commission militaire pour juger les gens suspects et les
détenus . Elle demande que leurs biens soient confisqués , et
que ceux qui ne seront pas condamnés à mort , soient déportés
sur les côtes d'Afrique . Renvoyé au comité de salut public.
Les administrateurs de la Loire inférieure écrivent qu'à
l'exemple de leurs évêques , plasieurs curés et prêtres vieuneat
d'abdiquer publiquement les fonctions du sacerdoce.
L'Assemblée accueille plusieurs dons patriotiques.
Un décret de la Convention avait mis en état d'arrestation
Mazuel , commandant de la cavalerie révolutionnaire , accusé
d'avoir tenu , au foyer du théâtre Italien , des propos tendans
à l'avilissement de la représentation nationale . Le comité
de sûreté générale n'ayant rien reçu à l'appui de cette dénonciation
faite par Fabre d'Eglantine , Vadier a propose la mise
en liberté de Mazuel : elle a été décrétée .
Vadier , au nom du même comité , a prévenu aussi la Convention
qu'il n'est parvenu aucun fait à charge et à décharge
sur Ronsin et Vincent ; que cependant plusieurs petitions out
été faites par la société des Jacobins , par celle des Cordeliers
et par differentes sections , pour hâter le rapport de leur affaire ,
et que le comité ne pourra faire de rapport s'il n'a point de
renseignement à cet égard. Si la Convention , a dit Philippeaux
, veut renvoyer au comité de sûreté générale les chefs
d'accusation que j'ai articulés à la tribune contre ces deux
détenus , il aura , pour témoins de ma dénonciation , les representans
du peuple , les soldats des armées et une foule de
citoyens . Au lieu de répandre que c'est une méchanceté de
ma part , il y a un moyen tout simple de me confondre , si
je suis un calomniateur . Je ne veux point élever de lutte au
sein de la Convention , je ne demande que justice ; on ne peut
me la refuser. Je ne me crois point terrassé par les libelles où
l'ou cherche à me rendre odieux . Que le comité , de sûreté
générale examine mon accusation , il lui sera facile de vérifier
les faits.
Vadier a observé que ce n'était point la dénonciation de
Philippeaux qui a motivé l'arrestation de Ronsin et de Vincent ;
que les faits dénoncés par Philippeaux sont renvoyés au
( 128 )
A
3
mité de salut public . La Convention a passé à l'ordre du
'jour.
'Robespierre , au nom du comité de salut public , a fait un
rapport sur la situation de l'armée des Pyrénées orientales , ' il
en résulte que les troupes de la République se sont ralliées
que la nouvelle de la victoire de Toulon a ranimé les courages ;
que Gaston qui s'est renfermé dans Perpignan , répond de ceite
place sur sa tête ; er qu'enfin les vainqueurs de Toulon marchent
contre les Espagnols , sans doute moins enivrés qu'étonnés
de leurs succès imprévus . Des nouvelles positives confirment la
destinée de Fabre de l'Hérault , représentant du peuple ; son
courage intrépide balança long - tems l'influence du génie de
la trahison qui , aux'Pyrénées orientales , semblait combattre
pour la canse des tyrans ; il rallia plusieurs fois les soldats de la
République , il les conduisit à la victoire ; mais un enchaînement
de perfidies les plus lâches que la justice du peuple
Français ait jamais eu à punir , rendit inutile ce généreux
dévoûment . Fabte ne voulut point survivre aux maux dont il
était le témoin , il voulut opposer des prodiges d'heroïsme à
des excès de lâcheté et de scélératesse ; abandonné des indignes
~ chefs de l'armée , il soutint seul , avec quelques braves , tout
l'effort des ennemis ; accablé par le nombre , il tomba percé de
mille' coups . ' On a retrouvé près d'une batterie qu'il défendit
le dernier , son corps déchire ; temoignage sanglant de la lâche
barbarie' des satellites de la tyrannie.
Plusieurs représentans du peuple ont combattu vaillamment
à la tête des légions républicaines , plusieurs ont montré le
chemin de la victoire à nos intrépides guerriers mais Fabre
est le premier qui a eu l'honneur de mourir , les armes à la
main , pour la République .
Sur la proposition du comité de salut public , le décret suivant
est rendu : 66 La' Convention nationale décerne les honneurs
du Panthéon à Fabre , représentant fidele à la cause du
peuple , et mort en combattant pour la patrie . „
7
Siance , du quartidi , 24 Nivôse,
'Thibault , au nom des comités des assignats et de salut
public , a fait rendre un décret qui met en requisition les entrepreneurs
et ouvriers des manufactures de papier , établies dans
toute la République , pour l'exercice de leur profession et
pour le service' desdites manufactures . Ce décret détruit la
corporation des ouvriers qui conservaient encore des usages
des réglemens , des préjugés et des lois funestes à la tranquillité
er à la prospérité des atteliers .
鲨
1
Une députation des citoyens de Gonesse dénonce les per
sécutions exercées contre les patriotes de ce district par
Veimeranges , que le représentant du peuple Levasseur avait
fait mettre en état d'arrestation , et que d'autres représentans ,
dont il a surpris la religion , ont ensuite mis en liberté et
replacé
( 179 )
•
replace à la tête de l'administration du district de Gonesse .
La Convention ordonne l'arrestation de Veitneranges .
D'apres le rapport de son comité de surveillance des marchés
, subsistances , etc. de l'armée , la Convention décrete
que le nomme Barté , négociant à Paris , sera traduit au tribunal
révolutionnaire , pour y être jugé conformement aux
lois .
Amar , au nom du comité de sûreté générale , a annoncé
que le comité avait fait arrêter cette nuit Fabre d'Eglantine
représentant du peuple , parce que , d'apres les declarations
faites par Delaunay d'Angers , il se trouvait inculpé dans fa
même affaire pour laquelle ce dernier est detenu .
*
8
28
On doit se rappeller que Delaunay d'Angers , dans un
discours très - étendu , dénonça les compagnies de finances ,
et proposa plusieurs moyens de faire cesser l'agiotage . Une
commission fut nommée pour s'occuper de cet objet . Bientôt .
cette commission proposa un projet de décret dont les principales
dispositions étaient d'obliger la compagnie des Indes
à payer ce qu'elle devait à la nation , et de nummer des
commissaires pour surveiller la vente de tous les effets appartenans
à cette compagnie . Ce projet de décret extita ne
vifs débats dans l'Assemblée . Fabre d'Eglantine voulut que
les commissaires du conseil executif ne se bornassent pas
surveiller les ventes , mais qu'ils les fissent eux-mêmes . Cet
amendement fut adopté ; mais l'Assemblée , sur la proposition
de Cambon , decréta , par sous- amendement , que , les
actionnaires ou interesses ne pourraient exercer contre la
nation aucun recours , dans le cas où les fonds de la compagnie
des Indes ne suffiraient pas pour liquider ses dettes .
Delaunay d'Angers , qui était le rapporteur de la commission
, rédigea le décret et le présenta à la signature de's
membres de la commission . C'était - là le décret qui devait
être remis au secrétaire pour y apposer l'expediatur. Aujour
d'hui on y trouve des additions qui alterent le sens de la loi
et en changent les dispositions ; elles sont de l'écriture de
Fabre et signées par lui . On fit une copie de cette loi ainsi
modifiée ; Fabre et Delaunay la signerent et la présenterent
au secrétaire qui l'envoya aux procès - verbaux , revêtue de
la formule expediatur . Elle a été en effet imprimée et expédiée
comme loi . L'altération de cette loi porte sur deux objets .
Chaque mutation des transferts était sujette au triple droit ,
dans la copie du décret ; on a ajouté ces mots : des transferts
faits en fraude. Le décret portait encore que les commissaires
nationaux poursuivraient le recouvrement de ce qui était dû
à la nation par la compagnie des Indes ; on a ajouté dans
les articles expédiés : qué la vente des objets appartenans à
cette compagnie s'opérerait suivant ses statuts et ses régle
mens.
D'après l'exposition de ce faits , l'Assemblée a confirmé les
Tome VII. I
( 130 )
mesures prises par le comité de sûreté générale à l'égard de
Fabre d'Eglantine . Vadier a pris ensuite la parole pour donner
quelques détails sur l'origine de l'affaire de Chabot , Bazire ,
de Launay et de Julien. La conspiration dénoncée par
Chabot , a-t- il dit , nous était déja connue depuis trois mois ;
elle consistait à épouvanter les compagnies des finances par
divers moyens ; d'abord à faire baisser leurs actions qui circulaient
, et à les acheter pendant la baisse , à les rehausser ensuite
par de nouvelles mesures , et à revendre alors celles que
Ton aurait achetées . Le changement qui a été fait à la dispo .
sition relative aux transferts , annulle complettement la loi. En
second lieu on annulle le décret , en souinettant la liquidation
de la compagnie des Indes à ses statuts et à ses réglemens . "
Charlier demandait que les faussaires fussent décrétés d'accusation
; Danton voulait que le comité fit au plutôt son
rapport , afin que ces individus fussent traduits à la barre et
jugés devant tout le peuple . Vadier a combatta cette proposition.
Pourquoi , a-t-il dit , la Convention s'erigerait- elle en tribunal .
La conspiration que nous avons dénoncée tient à un systême
affreux de contre-révolution : l'homme dont il est ici question ,
c'est le premier pensionnaire de Pitt . C'est son principal agent ,
il vonlait armer les catholiques contre les protestáns , et allumer
par-là la guerre civile . 19 personnes ont été arrêtées pour cet
objet ; c'est aux tribunaux que vous devez les renvoyer ; c'est à
l'échafaud que pareils conspirateurs doivent aller et non à la
barre de la Convention . "
Non- seulement , a ajouté Billaud Varennes , il existe des
preuves matérielles d'un faux , mais encore 100 mille livres
avaient été déposées pour prix de ce faux . Chabot a mis lui-même
cette somme entre les mains du comité. La Convention nationale
était perdue s'il ne nous avait permis de prendre des mesures
contre les grands coupables. Un rapport général va être fait ,
alors nous connaîtrons toutes les ramifications de cette horrible
conspiration , nous connaîtrons tous les coupables , et la hache
de la loi les frappera.
PARIS , 27 Nivôse .
Les débats qui s'étaient élevés à l'occasion de quelques
membres des Jacobins , et dont devaient s'affliger avec raison
tous les patriotes , ne subsistent plus , graces à la fermeté de
Robespierre et au bon esprit de la sociéte qui s'est bientôt
convaincue que les passions ne pouvaient servir que la cause de
nos ennemis , et que des intérêts particuliers devaient disparaître
devant le grand intérêt , attaché à la marche et aux
succès de la révolution . Tout ce que nous en disons pour
l'intelligence historique , c'est qu'ils avaient pris leur source
( 131 )
e
es
de
ôt
de
ISUX
ur
dans un écrit publié par Philippeaux , où , en qualité de cómmissaire
envoyé dans la Vendée , il inculpait vivement la conduite
des généraux Rossignol et Ronsin .
D'un autre côté , Fabre d'Eglantine et Bourdon de l'Oise
vaient denoncé , comme on l'a vu , Vincent secrétaire général
de la guerre ; en même tems Camille Desmoulins avait fait
paraître plusieurs numéros d'un journal intitulé le Vieux
Cordelier , où à côté de principes d'un excellent républicain se
trouvaient des maximes dont pouvait abuser l'aristocratie , et
qui étaient propres à faire éprouver à l'esprit public une marche
rétrograde.
Hébert , appuyé de quelques autres membres y avait dénoncé
Philippeaux , Fabre , Bourdon, Desmoulins , qui à son tour
avait répondu à Hébert dans son journal , et avait demandé
leur expulsion de la société. Be -là une discussion à laquelle il
était facile à l'aigreur de se mêler.
Plusieurs membres qui ont suivi également la guerre de la
Vendée , ont prétendu qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans
le rapport de Philippeaux . Robespierre a fait voir que la société
ne devait point s'occuper de celui - ci puisqu'il n'en était pas
membre. Quant à Gamille Desmoulins , il a fait valoir les
services nombreux qu'il avait rendus à la révolution , et que ne
devait point faire oublier un moment d'erreur quelque répréhensible
qu'elle fût. Il a fait rapporter l'arrêté d'expulsion
qui avait été pris ; enfin , sur tout le reste la société est passé à
l'ordre du jour , et s'occupe en ce moment d'un objet d'un
intérêt bien autrement grave , ce sont les vices du gouvernement
anglais. Dėja Butteau , Simon , Dubois- Grance , Lachevardiere
et Collot d'Herbois ont parlé sur cette question importante.
Nous présenterons un résumé de la discussion lorsqu'elle sera
plus approfondie ..
Dans une des dernieres séances de la commune , Avril a
fait un rapport sur la maniere de rendre les derniers devoirs
aux morts . Voici quelques dispositions de ce projet . Les morts
auront le visage decouvert ; ils resteront douze heures en leur
domicile ; ils seront ensuite placés sur un brancard décoré
d'une draperie qui caractisera les trois âges politiques de la vie .
Cetre draperie , ornés d'une broderie aux trois couleurs , se: a
d'un fond uni blanc pour la jeunesse , avec cette inscription :
il croissait pour la patrie ; rouge pour l'âge viril , avec ces mots :
il vivait pour la patrie ; et bleue pour la vieillesse ; on lira : j'ai
vécu pour la patrie .
"
Le brancard sera porté sur l'épaule par quatre citoyens ,
qui seront vêtus d'un pentálon et d'un gilet , avec une ceinture
aux trois couleurs ; ils auront par- dessus une tunique tombante
jusqu'aux genoux ; ils seront couvert d'un bonnet rouge.
Les enfans seront portés par d'autres enfans de huit à douze
ansu PO AL < sub wants » 10) 2710
"
ce
I @
( 132 )
Les corps , après avoir été ainsi exposés douze heures ,
seront portés au champ du repos , et accompagues par ceux
à qui cette fonction aura été déléguée ; on choisira l'heure de
minuit . Nous eroitions , dit le rapporteur , avoir manqué notre
but , si nous ne vous proposions de nouveau de solliciter de la
Convention un décret pour qu'il y eût un jour destiné à
célébrer la fête des mânes de nos freres.
*
A
Le conseil adopte quelques unes des bases de ce rapport :
garrêté 1700 «
19. Qu'il sera fait une pétition à la Convention , à l'effet de
Ini demander les quatre champs de repos , designés dans le
rapport , hors de Paris ;
52. Qu'il y aura des dépositoires , 5
130. Que primidi prochain une discussion sera ouverte sur
tous les objets de détails ;
4°. Qu'une commission et l'agent national s'adjoindront à
administration des travaux publics , pour examiner le rapport
sur les sépultures
·
by
Le tribunal révolutionnaire a condamné à la peine de
mort Adrien. Lamoureue , âgé de 52 ans , évêque constitue
sionnel de Lyon , et ex - membre de l'assemblée législative ;
convaincu d'être complice d'un complot contre la souveraincté
du peuple Français , l'unité et l'indivisibilité de la Republique
, et d'avoir participé au complot liberticide et à la
révolte de Commune. Affranchie . Aussi - tôt après le prononcé
de son: jugement , il a fait le signe de la croix . Presse de
sexpliquer sur ses liaisons avec Mirabeau , il est convenu
qu'il connaissait son immoralité , et qu'il était l'auteur des
discours que celui - ci avait prononcés sur les matieres ecclésiastiques.
Jacques Durand , âgé de 33 ans , ex - président de la cidevant
cour des aides et chambre des comptes de Montpeldiery
ex- maire et président du comité contre- révolutionnaire
etcenaval de cette ville , convaincu de complicité avec Brissot,
Vergniando et autres federalistes , et de conspiration contre
Punite et l'indivisibilité de la Republique , a eté condamné
également à la peine de mortsa
La même peine a été portée contre Jean Courchant , d'abord
employé comme secrétaire de la comédie à Marseille , ensuite
áz Baris dans l'administsation des biens nationaux , et enfin
adjudant général et instructeur des canonniers de la garde nationale
Parisienne ; convaincu d'être l'un des complices d'une
conspiration formée par le dernier tyran des Français , sa
famille et autres , tendant à troubler l'Etat , en armant les
citoyens les pans contre des autres Et contre Jean Baptiste
Vename Dougados âgé de 30 ans , né à Carcassonne , excapaciu
puisbprofesseur d'eloquence , de poésie, et, d'histoire
, convaincu d'être complice de la conspiration quia
3
(( 133 )
existé contre l'unité et l'indivisibilité de la République , la
liberté et la sûreté du peuple Français .
On écrit de Brest que le contre - amiral Vastabel a fait à
Ta Hauteur de Corogite une prise évaluée 87,288 piastres fortes.
Cette prise est entrée à l'Orient sous l'escorte de la fregate
l'Insurgente. t
1. L'on écrit de Boulogne , en date du 17 de ce mois , qu'un
vaisseau américain à trois mâts , chargés de riz , et destiné
pour le Havre , a métébvu à la hauteur de Boulogue , et a
continué à faire voile pour sa destination . wy alutv
Six bâtimens , sont entrés ces jours - ci dans le port de
Calais , cinq sont chargés de blé , et le sixieme de planches.
3
On mande de Lille , le 16 nivôse , que la terreur est de
nouveau à l'ordre du jour à Bruxelles on y reprend avec
activité les mêmes travaux auxquels on s'y était livré après
la levée du blocus de Maubeuge , c'est-à - dire , qu'on y emye
balle ; et voilà encore presque toute la ville sur le point du
départ.
*
12
La majeure partie de l'armée du général Mollendorf est
retournée dans les anciennes garnisons de la Prusse méri
dionale ; on n'a laissé dans cette partie que dix escadrons de
hussards de Trenck , cinq de Crellviz , et autant de Wolky ;
un escadron de dragons , et les bataillons de fusiliers d'Oswal ,
Ruhle , Linrechs et Pollis .
L'on écrit de Lille , en date du 20 ce mois , que , dans la
´quit dû 19 , un incendie s'est manifesté à l'hôpital -général de
cette plaée ; on ne connaît pas encore les causes de ce
malheureux événement . Les secours les plus prompts ont été
apportės ; ils ont été d'autant plus efficaces , que , malgré lès
alarmes qu'on pouvait concevoir , il n'y a eu aucun trouble .
Des lettres de Metz annoncent qu'on a su de Vienne , que
le prince Jean Lichtenstein y était arrivé de l'armée le 19
décembre ( vieux style ) . Il a énoncé la résolution où il
de n'y plus retourner , et de passer sa vie dans le repos et
les douceurs de la vie privée.
est ,
Dans un moment où les Jacobins ont mis à l'ordre du
jour la discussion des vices , pon de la nation anglaise , mais
de son gouvernement , nous croyons que l'écrit suivant , que
nous savons avoir été composé par un Anglais , ne contribuera
pas peu à jetter des lumieres sur cette question . On
peut le regarder comme une répouse an manifeste de Pitt :
I 3
( 134 )
on verra que les Anglais sont loin de partager , les vues et
les sentimens dont Pitt est l'ame envers la nation française.
Junius à Williams Pitt :
1
Qu'importe à un homme de bon sens les manifestes des
rois contre d'autres rois ? Ils s'y accusent réciproquement
d'avidité , d'injustice et de perfidie , et on n'a pas besoin de
les lire pour savoir qu'ils ont tous raison ; mais celui que
Vous venez de publier pour ou contre la nation française a
excité ma curiosité . C'est une chose si rare qu'un ministre
fasse même semblant de défendre les droits du genre humain !
et j'ai voulu voir si vous aviez rempli ce rôle difficile avec
probité ou avec adresse .
""
13
Je laisse à ceux que vous attaquez le soin de répondre
au noir de vos pages ; c'est du blanc seul dont je veux parler.
L'abbé Gagliani prétendait que c'est l'unique maniere de lire
les ouvrages quand on veut les bien entendre ,,
99
Ce n'est point , dites - vous ,
à la nation française que
George Il fait la guerre ; c'est à certains principes destructeurs
de toute morale adoptés par cette nation , ou plutôt par
ceux qui la gouvernent.
,, Est-ce dans sa constitution
que vous les trouvez ces principes
? ...Je l'ouvre , j'y cherche ce qui la distingue de celles
des autres peuples qu'on est convent d'appeller
libres.
3
" J'y vois , 1 " . que le peuple souverain de fait , comme
il l'est de droit , conserve en tout tems le pouvoir et les
moyen's reformer toutes ses lois sans aucune exception.
2 ° . Que tout homme parvenu à l'âge où l'on veut supposer
la raison entierement formée , jouit de la plénitude de
ses droits sans avoir à souffrir d'aucune de ces inégalités plus
ou moins absurdes qui souillent tous les autres codes .
Le reste est conforme aux principes que sa majesté britannique,
veut bien tolérer dans quelques républiques suisses
et dans les états - unis d'Amerique.
Je ne parle point des articles qui ont pour objet l'orga-,
nisation des pouvoirs ; vous ne pensez sûrement pas que
l'unité législative soit incompatible avec la morake , et que
pour être honnête homme il faille absolument croire à la
trinite parlementaire comme à celle de la liturgie .
Voici donc la traduction littéraire du manifeste de George's III :
“ Je veux que les Anglais paient d'énormes taxes ; qu'ils
exposent leur vie de peur qu'à l'exemple des Français ils
n'aient un jour l'immoralité de se croire en droit de dé-
" ranger ma prérogative royale ; car je voudrais bien en faire
" un droit divin , quoique mon trisayeul l'ait reçu de leur
" pure bonté. Je veux qu'ils se fassent égorger devant Toulon
" pour prouver à l'univers qu'ils ne doivent pas être aussi
Fibres que leurs grands - peres . Je veux que ceux de mes
sujets qui ne sont ui pairs , ni franc-tenanciers , ni membres
( 135 )
" des bourgs à députation soient forcés à coups de nerf- deboeuf
de monter sur mes flottes pour m'aider à noyer qui-
" conque ose les croire dignes de devenir des hommes
" libres. "
" C'est donc aux droits des Anglais que Georges a déclaré
la guerre en leur nom .
,, Regarderiez- vous l'autorité , de la Convention française
comme une usurpation immorale ? Vous croyez donc que
l'Assemblée législative n'a pas eu le droit de suspendre le
pouvoir royal et de consulter le peuple ? Or , vous ne pou
vez le croire sans adopter l'opinion qu'une constitution në
peut être réformée que par des moyens antérieurement établis
par elle . Vous condamnez donc la révolution de 1689 ?
En effet , ou la suspension du tyran Bourbon a été légitime ,
ou l'expulsion' du tyran Jacques était un crime ; ou les Français
ont eu le droit de détruire la royauté , ou les Anglais
n'avaient pas celui de briser l'ordre de la succession pour
appeller la maison d'Hanovre.
Le roi Sarde est donc votre véritable roi ? Anssi lui
payez-vous de gros subsides aux dépens des Anglais , et lui
garantissez -vous , au prix de leur sang , le reste de ses Etats .
A- t-il en récompense cédé son titre à son cousin Georges
pour fortifier un peu sen droit héréditaire , et le débarrasser
à l'égard de la nation britanniqne , d'une reconnaissance qui
commence à lui peser ?
1. Mais vous ea voulez à la Convention nationale d'avoir
osé punir un conspirateur qui s'était appellé roi , Est- ce qu'un
peuple perdrait le droit de punir un magistrat infidele et
parjure sous prétexte qu'on a oublié d'inserer dans le livre
des lois le mode de le juger ? Est- ce que la liberté de corrompre
, de trahir , d'ordonner le meurtre avec impunité peut
jamais être un privilége légitime attaché à une place ou à
un nom ? Oseriez- vous soutenir une telle doctrine en plein
parlement , l'y soutenir sans restriction , sans équivoque ?
Lisez les lettres de Caton ( 1 ) , vous verrez qu'on prêchait
publiquement celle de la raison et de la vraie morale en Augleterre
même , il y a plus de 60 ans , sans que les ancêtres
de Georges III osassent s'en facher .
C'est évidemment en faveur d'un droit héréditaire indépendant
du peuple , c'est en faveur de l'impunité des tyrans que
Georges fait la guerre à la France . Ce sont les droits d'une
nation trop confiante qu'il combat sur un territoire étranger ,
aux dépens de cette nation même , pour les lui ravir ensuite
avec plus de sûreté . Mais si Georges peut légitimement faire
la guerre aux Français , parce que les principes de leurs
( 1 ) Ouvrage périodique devenu très- rare , publié par Gordon c
Trenchard us les premiers tems de la domination hapovrieune.
14
( 136 )
•
législateurs lui paraissent contraires à la morale , les fois de
Hongrie , de Prusse et d'Espagne pourraient aussi légitimement
attaquer l'Angleterre , s'ils s'avisaient d'avoir des scrupules
sur la morale de la chambre des dcommunes qui refuse
à l'oint du seigneur te pouvoir de mettre arbitrairement des
taxes. Louis XIV envoyant Tourville rétablir chez nous le
papisme et la tyrannie eût pu nous adresser votre manifeste .
Mais heureusement Tourville fut battu , comme heureusement
pour l'Angleterre vous venez de l'être à Toulon ; car
fes revers des rois , quelque cher qu'ils coûtent aux nations ,
ne sont pas toujours des malheurs pour elles.
Direz - vous que les principes suivis par les Français à
l'égard des puissances étrangeres suffisent seuls pour justifier
la ligue formée contre eux ?
Quand un prince cherche à opprimer la liberté d'un
peuple étranger par la fraude ou par la violence , certes ce
peuple a le droit de lui faire la guerre . Aussi l'on a pu blâmer la
nation française de l'avoir trop tôt déclarée , mais aucun homme
de sens ne l'accusera de l'avoir déclarée sans motifs légitimes .
On peut lui reprocher d'avoir manqué de politique , mais non
d'avoir blessé la justice . Voudriez -vous donc ériger en principe
de morale que les seules guerres justes sont celles qui
se font pour le plaisir des rois ?
La conduite de la France dans les pays conquis par ses
troupes paraît sur-tout avoir enfammé le zele constant de
Georges III pour le bonheur de l'Europe, Mais lorsqu'une
nation occupe un territoire étranger , elle s'y empare exclusivement
de la force publique ; c'est donc à elle seule qu'il
appartient d'y assurer l'exécution des lois . Est- elle alors obligée
d'employer cette force pour faire exécuter celles qui ,
suivant son opinion , blessent évidemment le droit naturel ?
Vous ne trouveriez pas , même dans l'université de Cambridge ,
qui vous nomme périodiquement membre des communes , uu
scul professeur qui osât faire une réponse affirmative à cette
question . Vous - même si vous envoyicz une floue s'emparer
de Goa , ordonnericz -vous à nos armiraux de maintenir les
décrets de l'inquisition , quand même ces décrets les condamneraient
à être brûles comme hérétiques formels ? or , les
Français croient que le droit de souveraineté appartient d'une
maniere égale à tous les individus qui composent une nation ;
que tout privilége héréditaire est , comme l'inquisition , une
absurdité et une injustice ; que les biens - consacrés à un culte
quelconque ne sont pas la propriété des ministres de ce culte ,
mais celle du peuple qui en conserve la libre dispositions Is
regardent ces maximes comme des conséquences évidentes ,
nécessaires du droit naturel . Sont - ils donc si coupables de
n'avoir pas soutenu par la force les lois qui les violalent ?
Cependant l'impossibilité de maintenir toutes les lois des
pays conquis obligeait de faire un triage , de pourvoir au
( 137 )
1
remplacement indispensable de quelques- unes. Les Français
se sont- ils attribué ce dernier droit , suivant l'usage des autres,
nations ? Non , ils se sont contentés de le reconnaître dans
eenx qui l'avaient reçu de la nature , dans la masse des habi
tans du pays mêmé .
" Mais pourquoi n'avez - vous pas témoigné le même zelé
contre Frédérié- Guillaume , lorsqu'occupant par hasard deux
villes françaises il y rétablit , malgré le voeu du peuple , et
l'autorité royale que le peuple ne reconnaissait plus , et un
clergé fanatique dont la volonté nationale avait irrévocable
ment détruit les usurpations ? Pourquoi vous-même maître de
Toulon par une lâche trahisou vous êtes-vous empressé d'y
établir une constitution et des lois rejettées par la nation
française ? Pourquoi y avez - vous fait reconnaître un fantôme
de roi ? Tout serait - il donc permis en faveur des tyrans contre
les peuples , et n'y aurait-il d'immoralité qu'à soutenir la cause
des peuples contre les tyrans ?
Vous ferez la paix , dites vous , avec la nation française
quand elle aura une constitution bien établie , un gouverne
ment fixe , dignes de la confiance des autres peuples . Sans
doute vous n'avez pas voulu dire que vous continueriez la
guerre tant que les troubles intérieurs de la France vous
laisseraient quelqu'espoir. Cela serait trop niaisement machiavélique
. Par ce gouvernement avec lequel on pourra traiter
solidement vous entendez sûrement ce juste degré d'esclavage
auquel vous voudriez réduire la nation anglaise . L'exemple
d'une liberté plus grande chez une nation puissante et trèsvoisine
déconcerte vos projets. Ce n'est pas la liberté turbu
lente des Français qui déchire votre ame philantropique ; c'est
' obstination du peuple Anglais à garder sa demi-liberté qui
fatigue votre tête hanovrienne .
Mettez-vous au nombre de vos griefs contre la nation
française , ou contre ses législateurs , les ouvrages , les discours
de quelques individas ? Mais pourquoi un Français se rendrait
il coupable en appellant à la vraie liberté les Anglais ,
les Bataves , les Suisses , les Allemands , les Espagnols , etc. ,
tandis que votre soudoyé , votre ami Burke pourrait innocemment
conseiller aux Français l'asservissement à un roi , lå
conservation d'une hypocrisie nationale , et la galanterie envers
les reines comme les seuls moyens d'avoir des moeurs
et de la vertu ? Cette prédilection pour les prédicateurs de
l'esclavage ; la persécution que vous avez suscitée contre l'auteur
des Droits de l'homme , et que vous avez étendue au - delà
des limites anglaises ; votre zele trinitaire pour faire brûler
les manuscrits , les livres et jusqu'aux machines de l'unitaite
Priestlei ; tout cela n'annonce- t- il pas l'embarras d'un homme
qui , chargé d'exécuter un crime secret , s'irrite de n'avoir pu
briser on infumer tous les réverberes ?
95 La révolution française a certainement été beaucoup plus .
( 138 )
par
des brisanglante
qu'il n'eût été à desirer pour le bonheur et le
prompt affranchissement de l'humanité . Les Français ont quelquefois
souillé leurs victoires par des vexations ,
gandages , c'est- à - dire qu'il a existé parmi eux des hommes
féroces et sanguinaires , des ambitieux avides , des tartuffes de
patriotisme ; c'est-à - dire que des traîtres , des ennemis du talentet
de la vertu , des ennemis de la félicité publique ont quelquefois
égaré ce peuple , et peut-être ses législateurs ; mais
Croyez-vous que pour réprendre ses droits un peuple soit
obligé d'attendre qu'il ne renferme plus dans son sein c'hommes
carrompus , qu'il soit entierement composé d'hommes ver,
theax ? Oseriez-vous dire que vous n'avez pas vous- même connibué
par votre or , par vos intrigues , à multiplier , à perpétuer
ces excès , ces désordres , ces crimes contre lesquels vous
vous élevez avec une hypocrite humanité ? Savez-vous que les
Français commencent à percer le quadruple masque du machiavélisme
royal dont je ne sais trop pourquoi vous vous
êtes fait le représentant ? Bientôt derriere tous ces partis qui
ont déchiré , qui ont ensanglanté la France on pourra montser
instigateur étranger qui , souvent même à leur insu ,
excitait on dirigeait leurs fureurs , et nommer la main cachée
qui désignait , qui frappait les victimes .
•
2 Mais si les excès commis par quelques Français excitent
votre, indignation , au point d'armer l'Europe contre leur
patric comment pouvez -vous rester l'allié de ce roi d'Hongrie
qui , du fond de son palais , ordonne si lâchement à ses
hordes d'assassins sauvages , l'incendie , le meurtre , les muti-
Jarioas , les tortures et tout ce que l'ivresse du sang a jamais
inspiré de plus atroce à des brigands ou à des rois ?
Quel est donc le but de vos tristes et pénibles déclamations
? Le voici :
La révolution d'Amérique a été paisible , parce que le
penple n'avait à changer que la distribution des pouvoirs
politiques , et que toutes les lois , toutes les institutious ,
presque toutes les formes out pu être conservées . Il existe
sur la terre une autre nation à qui le hasard a donné le
même avantage , qui peut , par un seul acte de sa volonté ,
par une constitution de 12 pages , se rétablir dans tous ses
droits dout elle n'a plus qu'une vaine apparence . Ce changement
peut s'opérer en un jour , sans que l'ordre d'aucune
affaire , le repos d'une seule famille , de simples citoyens y
soient un seul instaut troubles . Or , ceux qui craindraient
que ce peuple ne s'élevât à la liberté , à l'égalité républicaines
, qui voudraient continuer de le corrompre et de le
dépouiller , qui suivraient de concert avec des tyrans étrangers
un plau combiné pour l'asservir , les ministres de son
roi , par exemple , ne devraient- ils pas desirer d'inspirer à
ce peuple l'horreur de la révolution française , de lui persuader
que la sienne entraînerait les mêmes malheurs ? Ne
( 139 )
devraient- ils pas chercher à le mettre en guerre avec la France,
afiu de la lui rendre odieuse ? Ne devraient-ils pas employer,
pour nuire à la nation Française , toutes les ruses de la politique
, et toutes les ressources de la corruption pour y per-
-petuer les troubles ? Ne leur serait - il pas nutile d'exagérer ensuite
ces mêmes troubles pour avoir un prétexte de traiter
une troupe de séditieux , une société de citoyens
paisibles , coupables d'avoir formé le projet de réclamer leurs
droits ? Ne serait - ce pas alors qu'ils oseraient se vanier de
maintenir la paix , quand ils ne songent qu'à violer impuuément
les lois , et à cimenter la tyrannie ?
comme
N'est- ce pas là ce que j'ai dû lire dans le blanc de vos.
pages ? N'est- ce pas le violent desir de distraire ou de dégoûter
les Anglais d'une réforme parlementaire qui vous read
si moral , quand vous soudoycz dès traîtres ; si humains ,
lorsque d'un bout de l'Europe à l'autre vos émissaires achetent
des assassins contre la France ?
273 Cependant je crains bien que , malgré sa sagesse prématurée
, le jeune Pitt devenu homme ne reste un écolier étourdi.
Vous avez cru mener les Français Républicains , comme votre
peie menait les ministres de Louis XV. Je pourrais vous
dire , comme l'ambassadeur d'Hollande à Charles II : Aħ` !
sire , ce Cromwel était autre chose ; mais les Français sont aussi
d'autres hommes. Vous êtes glorieux d'avoir été déclaré , par
la Convention Française , l'ennemi du genre kumain . C'est
une vérité triviale qu'il était au- dessous d'elle de prononcer.
Dix autres noms pouvaient avec autant de justice se trouver
au bout de la plume du rédacteur. Mais tremblez que la
Convention de la Grande - Bretagne , plus prochaine que vous
me pensez , ne vous déclare dans peu l'enuti de votre patrie.
Croyez-moi , digne émule des Butte , des Grafton , des
North , qui ont avant vous illustré le regne de Georges III .
faites comme eux , retirez - vous à tems , et abondonnez à d'autres
les rênes de la révolutou britannique , que vous ne pou
vez empêcher ni même retarder , et que vos mains incertaines
n'auront ni la force ni f'adresse de temperer , encore moins de
diriger.
NOUVELLES.
ARMÉE .D.U MIDI.
Fin de la relation exacte de la prise de Toulon , par le génére,
Dugommier.
Ce jour mémorable , qui a rendu à la République son plus
beau port, qui a vengé la volonté générale d'une volonté partielle
et gangrenec , dont le délire a causé les plus grands
maux ; ce jour a réellement éclairé plutôt qu'on ne s'y atten(
140 )
dait , et le triomphe des Français Républicains et la honte de
la vile coalition qu'ils ont combattue . Son trésor délaissé ,
us butin immense en subsistances , en munitions de guerre ,
rachelent au centuple quelques vaisseaux brûles , ` culevés “ ,
quelques magasins incendiés ; enfin l'égalité , la liberté relevées
pour toujours dáns le Midi de la France , par ce grand
événement .
Quelques faits particuliers completteront cette esquisse
tracce par la plus scrupuleuse exactitude , et j'ose dire par
une severe impartialite ; j'en appelle à tous mes freres
d'arines .
Après avoir établi dans la ville la force nécessaire à sa sûreté
, uu commandant temporaire et des officiers pour y surveiller
; après avoir reçu de mes freres d'armes le serment
unanime de respecter les consignes , je me retirai an quartier-
général , où s'étaient rendus les représentans , et je m'oc
cupai des divers ordres qu'exigeait l'armée . Je reçus dans la
journée , des personnes que j'avais commises à cet effet , les
details suivans que je transmets au public .
4 2
Vaisseaux et autres bâtimens existans dans le port de Toulon .
Treize vaisseaux de ligne , dont un de 120 canons , trois de
80 et neuf de 74 , un dit sur le chantier cinq frégates , deux
dites sur le chantier ; sept fregates , cinq gabarres .
Vaisseaux et frégales brûlés ..
Neuf vaisseaux , trois frégates , un ponton de carenne .
Vaisseaux , etc. emmenés par l'escadre ennemie.
Trois vaisseaux , cinq frégates , deux corvettes , tron gabarres
, un bric .
Magasins incendies.
Le magasin général , celui de la grande mâture et celui de
Thangard des futailles .
•
Nota. Le grand hangard n'a pas été touché , il y existe beaucoup
de bois .
Le magasin aux cables est plein de grains , ainsi que celui
qui est au - dessus du grand hangard . Il existe aussi beaucoup
de vivres en tout genre .
La corderie est pleine de chanvre ; le bâtiment est intact .
Le 28 , au matin , sauta la pondriere du fort Pommet et
celle du cap Brun.
La nuit du 28 au 29 , sauta la frégate l'Iris , mouillée près
de la grosse tour ; elle servait de poudriere . Cette explosion
eut lien vers onze heures ou minuit.
La même nuit , vers deux heures du matin , sauta le Thémistocle
; c'est le vaisseau qui servait de prison.
Il n'y a et aucune poudriere en pierre de sautée .
( 141 )
Du Port de la Montagne , le 16 Nivôse . Nous sommes bien
agréablement embarrassés : tous les bataillons veulent partir
pour les Pyrenées ; ceux qui restent , certains que leurs camaiades
volent à de nouvelles victoires , sont désespérés de leur
exclusion . Nous recevons à ce sujet une foule de pétitions.
Le général en chef Dugommier part aujourd'hui pour Perpignan
, avec les généraux Micau et Labane ; 10,500 hommes
de bonnes troupes sont partis il y a huit jours pour Perpignan ,
avec une nombreuse artillerie . Quatorze bâtimens ennemis sont
entrés dans le port de Toulon , parmi lesquels se trouve un
brigantin espagnol de 18 pieces de canon , chargé de boulets
et autres munitions de guerre ; la gabarie la Moselle , enlevée
du port par les ennemis , chargée de munitions de guerre ,
et de 80 hommes d'équipage , et ayant à son bord les officiers
Anglais qui joignaient leurs r gimeus ; les autres sont des bâtimens
marchands chargés de comestibles .
Signés , RICORD , BARRAS et FRERON , représentans du peuple.
Le citoyen Trullet , capitaine de navire marchand , revenant
du Levant sur un bâtiment grec , se trouvait en quarantaine sous
le fort de Braganson , aux isles d'Hieres , lorsque dans la nuit du
20 brumaire à 2 heures du matin , une chaloupe montée par
des Anglais s'approcha du bâtiment . Les Anglais , secondes par
l'obscurité d'une nuit pluvieuse , montent à bord ; les gardes
qui étaient sur le tillac les apperçoivent trop tard ; l'un se
précipite dans la mer , l'autre dans la chambre du capitaine .
Les Anglais coupent les calles , déployent les voiles et mettent,
des gardes anx écoutilles , armes levées . Le gardien de santé
qui a le malheur de se montrer , est terrassé par un coup de
hache.
Dans ce moment terrible , le citoyen Trullet ne prend
conseil que de
son désespoir. Par un premier mouvement il va
se jetter dans la mer ; par un second plus réfléchi , il saisit une
arme ; l'équipage grec suit son exemple , tous sortent à la fois :
un coup de trombon renverse trois Anglais . Ces brigands
épouvantés se précipitent dans la chaloupe ; l'un deux , en
fuyant , blesse d'un coup de sabre le capitaine Truller , qui à
son tour renverse d'un second coup de trombon cinq Anglais
dans la chaloupe . Enfin , quinze hommes sortant des bras du
sommeil, renfermés à fond de calle , et déja presque prisonniers ,
ont chassé ignominieusement des ennemis bien armés , postés
de la maniere la plus avantageuse , et déja maîtres du bâtiment.
Le vent qui séparait le bâtiment de la chaloupe , a empêché
la nôtre de s'en emparer ; mais le ciel lui - même eu a fait justice ;
la chaloupe et les Anglais ont péri , à l'exception d'un seul
qui fut fait prisonnier.
Le bâtiment sans cable se trouvait à la merci d'un vent furieux
en n'a pu l'empêcher d'échoir sur la côte , on en a retire les
( 142 )
effets , et on l'a brûlé . Le gardien de santé est mort de ses
blessures.
La Convention nationale a ordonné qu'il serait remis au
capitaine grec un navire de même valeur que celui qu'il a
perdu , et a nommé le citoyen Trullet , capitaine d'un vaisseau
de guerre suivant la désignation qui sera faite par le ministre de
la marine , en déclarant que tous les deux avaient bien meritê
de la République Française ..
Liste des officiers Anglais et Espagnols faits prisonniers devant
Toulon.
Charles O'hara , général anglais ; Archibald Campbelt , major
du 69. régiment anglais ; Thomas Grand , euseigne de vaisseau
anglais ; Richard Lamplew, sergent ; Raphael Echabarn , colonel
espagnol , aide - de- camp du général Gravina ; Williams Granam ,
medecin ; Andrews Bond , chirurgien ; Gems Eumm , domestique
; John Joadon , negre , domestique ; Antoine Griffo , domestique.
J
ARMÉE DE LA MOSELLE ET DU RHIN.
Détails donnés par le commissaire des guerres Gobert , à la barre
de la Convention , sur les succès des troupes de la République
sur le Rhin.
La montagne de Kirschaberg est connue d'une foule de
députés. C'est un pic que les Autrichiens avait hérissé de vingtsept
redoutes , garnies de tounerres . L'attaque qu'en ont faite
les républicains , a commencé à 7 heures du matin , et a duré
jusqu'à 8 henies du soir. Ils ont emporté 42 pieces de canon
en trois quarts d'heure ; je les ai vu enlever des Autrichiens
par
les cheveux , et les faire rouler en bas de la montagne. Les
soldats de la République ont formé un bataillon quarré que
la cavalerie autrichienne a voulu rompre , mais vainement ,
c'est elle qui a été mise en déroute. Nos troupes ont poursuivi
l'ennemi une nuit et un jour , c'est- à - dire , pendant
21 lieues . Les soldats n'ont , durant cet espace de tems , mangé
qu'un per de pain que chacun avait dans sa poche . Le
general avait donné ordre à un colonel de prendre le
prince de Condé enfermé à Wissembourg avec 4000 émigrés .
Ce traître n'a pas fait sou devoir ; la victoire eût été des plus
complettes s'il eût obéi . Il est arrêté ; 600 émigrés ont été
pris , outre les 500 noyés dans le Rhin , suivant la lettre . Au
moment où les troupes de la République sout entrées à Spire ,
il y avait de nombreux trésors , rien n'a été pillé ni détourne.
Vrai républicain , le soldat français ne s'est occupé qu'à tuer
les ennemis. Les représentans du peuple ont pris un arrêté
qui a produit le meilleur effet . Ils ont écrit sur un tambour,
que tout soldat Français qui rapporterait un fusil autrichien ,
recevrait 15 liv . On en a 2500. Nous avons de quoi appro(
143 )
1
visionner notre armée pendant trois mois aux dépens de l'ennemi.
Par les mesures que les représentans du peuple ont
prises , la ville de Landau va , ainsi que celle de Strasbourg a
être abondamment fournie de toutes les provisions nécessaires.
Strasbourg , 15 nivôse.
Les chanoines de Spire ont laissé plus de cent mille pots
de vin dans leur cave , le grenier était fourni à proportions
la maison de l'évêque était remplie de fourrages , eau-de-vie,
et comestibles de toute espece .
,, Les mesures les plus pressantes sont prises pour transporter
toutes ces provisions à Landau . Des métaux , qui servaient
à la décoration ou à la composition des monumens
de la cathédrale , ont été également enlevés , les saints délogés
, six mille cierges déballés , quelques ciboires et autres
instrumens de sottises , fondus , et les cloches bristes , et le
tout pour la plus grande gloire de la République . Les caisses
de la ville ont été remises entre les mains du payeur-générai;
mais elles ont été visitées si souvent , qu'il faut peu compter
sur cette ressource . La douane était remplie de marchandises
de tonte espece , déposées là comme en un lieu de sûreté
pour les aristocrates . Français et étrangers : cette prise , de
la valeur d'un million , tournera au profit des défenseurs de
la patrie . Les riches habitans du Palatinat ont émigré ; nous
les traitons comme les indignes Français , dont ils ont suivi
l'exemple.
" Nos troupes se sont avancées jusqu'à Neustadt et Frankental
.
Les ennemis ont abandonné à Leismersheim 30 mille
quintaux de fourrages .
4 " A. Germesheim 70 tonneaux de farine , 6 mille sacs
d'avoine , et 6 mille sacs de légumes secs . "
" A Mereksthal 1200 sacs d'avoine , '
" A Weisseimbourg 1500 fusils , un grand nombre de
malades et de blessés , à qui ils ont arraché inhumainement
peu d'alimens qu'ils venaient de leur distribuer pour soutenir
leur faible existence.
le
,, A Lauterbourg , des munitions de guerre de toute espese,
beaucoup de fusils , un magasin immense de poudre , et
30 mille couvertures .
Sur les glacis du fort Vauban 60 voitures attelées. Le
nombre des fusils ramassés de toutes parts se monte à près de
1, mille.
6. Nous ne comptons point , dans l'énumération des prises ,
les petits magasins des particuliers que nous ajoutous néanmoins
à la grande masse .
1
Notre attention particuliere est fixée en ce moment à
( 144 )
remplir les magasins de la Republique aux dépens de ceux de
l'ennemi.
Les élémens sont d'accord avec nous pour faire la guerre
aux traîtres ; le rhin vient d'engloutir 500 émigrés qui fuyoient
de Weissemhourg pour aller rejoindre l'armée délabrée de
Condé ,
Les officiers municipaux et le commandant de Lauterbourg
ont osé nous demander une amnistie pour les habitans de cette
ville , qui ont suivi les infâmes Autrichiens dans leur fuite :
notre réponse a été de les faire arrêter eux- mêmes , et leur
conduite sera examinée de maniere à faire connaître aux lâches
et aux traîtres , qu'ils n'ont que la mort à attendre de la République
.
Philippe Petit , maréchal-des logis dans les hussards de la
Liberté , qui a tué un prêtre émigré , vous envoie l'argent , et-
Je calice de ce coquin pour en faire tuer d'autres .
Ou trouve sur tous les chemins des cervelles d'émigrés ,
qu'ils se sont fait sauter eux - mêmes de désespoir . Vive la
République.
M. A. BAUDOT , J. B. LACOSTE .
P. S. A l'instant , nons recevons une nouvelle de la plus
grande importance ; le fameux poste de Kayserlautern est en
noue pouvoir. Vive la République.
Liste des chefs des rebelles arrêtės .
mu-
Duhoux - d'Hauterives , beau -frere de Delbec , ci - devant chevalier
de Saint-Louis , et général d'une bande de brigands ; de
Boisy , ci- devant lieutenant de cavalerie , ami intime de Delbec
, et général d'une bande de brigands ; Réné- Henry Tingy ,
ci-devant gouverneur de l'isle Noirmoutier ; Alexandre Pinau ,
commandant des rassemblemens faits dans la commune de
Legay ; René Morisset , major d'une bande de brigands ;
Alexandre Gazette de la Limouziniere , officier superieur ;
Louis-Marc-Antoine Savin , capitaine de cavalerie ; Pierre
Bareau , capitaine d'un rassemblement ; Pierre Gouin , commandant
la cavalerie ; Joseph Betuis , faisant fonction de m
nitionnaire général des vivres ; Jean Jovet , nommé commandant
pour Louis XVII de la place de Beauvoir ; Pierre Baroud
chirurgien-major de l'armée catholique ; Louis Regne , ci -devant
noble , chef d'un rassemblement et des comités de correspondance
; Benjamin Dubeis , ci - devant noble, nommé commandant
de la place de Noirmoutier pour Louis XVII ; Bernard
Mussys , commandant les troupes des brigands qui étaient dans
l'isle , quand les soldats de la République y sont entrés ;
François Lonyeaux , chef d'un rassemblement fait près Brissac ;
Richard , garde-magasin des poudres ; Barraud de Saint-
Hilaire , Barraud-Duperrier , Lavoyrie , Palvados , tous les quatre
attachés à l'état-major .
( N°. 4. 1794. )
MERCURE FRANÇAIS .
DU SEXTIDI , 6-PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 25 janvier 1794 , vieux style . )
POESIE.
Couplets allresses & cette jeune femme , auteur anonyme de ces jolis
couplets insérés dans le Mercure Français , du 12 octobre.
AR !
SUR L'AIK ; Daigne écouter , etc.
H ! quelle es -tu toi dont le luth si tendre
Sait moduler les plus heureux accens ?
Aux Grecs charmés , Sapho faisait entendre,
Des sins mous doux , des accords moins touchans.
Savoir ton nom n'est pas facile chose ,
?
Je voudrais bien pourtant le deviner :
Je gagerais que ta bouche est la rose
Que ce vieillard aurait craint de faner .
Mais nomme -toi , si ce n'est pour ta gloire ,
Pour celle au moins de ton sexe charmant :
Ton nom doit vivre au temple de mémoire ;
Pour l'y graver , ' burin d'amour I attend .
Quant à ce nom que tu pris au baptême,,.
Pour celui-là , vraiment je le sais bien ;
Aux fonds sacrés de l'Hyppocrene même ,
C'est Erato qui t'a donné le sien .
Par le citoyen BENOIST LAMOTHE .
CHARADE.
Nchante mon premier ,
On veut attraper mon dernier
E s'éclairer la nuit à l'aide de l'entier.
Tome VII.
( 146 )
ENIGM E.
Un peu de tout , et rien de trop ,
Voilà ce que veut la sagesse ;
Mais nous qui n'allons qu'au galop
Dans l'excès nous sommes sans cesse ,
Et c'est à lui que nous devons le jour.
Nous sommes bien des soeurs qui venous tour à tour ,
Cher lecteur , te rendre visite ;
Et chacune dans sa saison ,
Souveraine dans la maison ,
Te mêne alors peut- être un peu trop vite ;
Ne t'en plains pas , et c'est toujours trop tard
Et seulement après notre départ ,
Que tu gemis pour l'ordinaire
Du long chemin que nous t'avons fait faire .
Pourtant parmi ces daugerenses soeurs
Il en est une , Égle , dont je ne puis me plaindre ;
Que tes vertus animent tous les coeurs ,
Elle ne sera plus à craindre.
LOGO GRIPHE
A DEVINER je suis facile ,
Car je vous suis bien sûrement utile ,
Si vous me saisissez , lecteur , a poing fermé ,
Quand j'ai le ventre plein , sans être déplumé ;
Ma queue à bas , ah ! quelle différence !
Forte et naturelle défense ,
je suis souvent à redouter ,
Quelquefois je peins l'abondance ;
Et pourtant bien des gens tremblent de me porter.
( Par Ch. M. Į
Explication des mots de la Charade et Logogriphe du nº . 3.
Le mot de la Charade est Famine ; celui du Logogriphe est Pilon
où se trouve Pion.
ت س اد ا ن
( 147 )
3
"
“
"
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Vocabulaire de nouveaux privatifs français , imités des langues latine ,
italienne , espagnole , portugaise , allemande et anglaise , avec des
autorités tirées des meilleurs écrivains : suivi de la table bibliographique
des auteurs cités : ouvrage utile aux orateurs et aux
poëtes . Par Pougens . Un volume in - 8 ° . A Paris , chez les diresteurs
de l'imprimerie du Cercle- Social , rue du Théâtre-Français ,
n° . 4 .
IL
SECOND EXTRA IT,
1
L faut qu'il y ait encore des amateurs de grammaire , et
plus que je n'imaginais ; car on n'a écrit de tous côtés pour
ine demander encore un article de la nature de celui qui a
paru dans le dernier numero ; ce qui heureusement est d'autant
plus aisé , que ces sortes de sujets n'exigeant point de
liaison , peuvent se quitter et se reprendre à volonté. On
trouvera donc ici quelques nouvelles observations sur le
Vocabulaire du citoyen Pougens .
que
Reconnaissons d'abord l'auteur a en raison de l'adresser
particulièrement aux orateurs et aux poëtes . En effet l'usage
des privatifs tient à de certaines finesses de langage , qu'eux
seuls peuvent bien connaitre . On pourrait croire , au premier
apperçu , que les privatifs sont inutiles , quand nous avons
les mots qui expriment deux qualités contraires , puisque la
premiere , avec un privatif , serable équivalente à la seconde
énoncée par un positif. Ainsi ( dirait- on ) quand nous avons
pénurie , qui est l'opposé d'abondance , quoi peut servir
inabondance ? On se tromperait beaucoup . Premierement , il
n'est rien moins qu'indifférent d'avoir plusieurs manieres
d'exprimer à - peu - pres une même idée ; de - là naît la variété
des tours , et sans variété , il n'y a point de richesse de
langage . Ensuite , l'on sait qu'il y a uès- peu de synonimes
proprement dits , et que toute synonymie suppose des nuances
délicates , mais rcelles , qui constituent la propriété de la
diction . Enfin , entre deux opposés il y a des gradations intermédiaires
qui se rapprochent plus ou moins de l'un des
deux extrêmes . Nous avons , sans doute , beaucoup de mots
qui marquent ces differens degres , et plus une langue en
possede , plus elle est riche ; mais les privat étant un des
moyens de rendre ces gradations , les multiplier avec discerwement
et mesure , c'est rendre service à la langue . Ainsi ,
pour nous en tenir à l'exemple cité , pénurie est l'opposé
d'abondance ; mais inabondance est entre les deux . Supposons
qu'il s'agisse de faire subsister une grande armée dans un
K2
( 148 )
#
pays Ce pays n'est pas pauvre ( dira- t- on ) , il n'y a pas
,, à craindre de pénurie. On répondra : oui , pour 20,000
,, hommes ; mais pour 60,000 , la seule inabondance est un
,, danger. Vous voyez à quoi le privatif peut servir .
Un homme est mort , parce qu'il s'est nourri de viande
pendant le cours d'une maladie qui lui prescrivait de ne
vivre que de légumes , de farineux ou de lait. On dira que
c'est l'usage de la viande qui l'a tué , et cela s'entendra. Cependant
cela n'est pas exact ; car l'usage de la viande n'est
pas une chose nuisible , ni mortelle par elle -même : il est
mort , pour ne s'être pas abstenu de viande , quand il fallait
s'en abstenir c'est donc l'inabstinence de la viande qui l'a
fait mourir.
Nous avons inabordable , et il faut que nous ayons inabordé ,
sur-tout depuis trois siecles que l'on à découvert de nouvelles
terres qui n'avaient jamais été abordées . Quel plaisir de réduire
toute cette periphrase à un seul mot , de peindre Colomb
ou Gama touchant pour la premiere fois ces rives inabordées !
Je ne vois aucun inconvénient à dire une loi inabrogée
un dessein inaccompli , une maison inabritée. A l'égard d'inactif
et inactivité , nous les avions déja .
1
Nous sommes encore obligés de dire , en parlant de l'ancien
Louvre , ce grand monument inachevé ; et aujourd'hui
qu'il u'est plus le palais du despotisme , mais le Muséum
national , le teinple des arts d'une nation libre , il ne convient
pas qu'il reste long - tems ' inachevé , ce qui n'est pas
( pour le dire en passant ) la même chose qu'imparfait .
Je rangerais inadorer et désadorer parmi les mots inadmis
dans notre langue , et cette phrase scule prouve assez que ce
dernier privatif est très - admissible .
Nous avons altéré et désaltéré : nous avans.affamé et non
pas désaffamer. Pourquoi ? On dit à un homme qui est à table ,
après avoir eu une grande faim , commencez-vous à vous rassasier
? Le mot propre serait , commencez-vous à vous désaffamer
, à être désaffamé ? Rassasié est d'un degré au- delà . Les
gourmands sentiront bien cette distinction .
Cet homme est toujours affairé , disons -nous ; ne dirait- on
pas à merveille il n'y a point d'homme au monde plus
désaffairé ?
Je ne saurais que faire d'inaffecté . Tout ce qui n'est point
affecté est naturel , et tout ce qui est naturel , n'est point
affecté il n'y a point de milieu entre ces deux contraires ,
ni de place pour le privatif. Mais se désaffectionner pour quelque
chose ou pour quelqu'un me semble aussi bon et aussi
utile que se désintéresser , qui n'est fait que depuis peu
d'années.
།
A quoi bon désalaîter ? Cela vaut - il mieux que sévrer ?
Pour désaigrir à moins qu'on ne trouve un moyen de désai-.
grir le bouillon , je ne vois pas ce võis'pas " qu'on en peut faire. Gar
( 149 )
J
au moral , adoucir vaut cent fois mieux ; comme tranquillo
et calme valent bien mieux qu'inagitė.
Inaliéné ne peut gueres se dire qu'en style d'affaires des
biens inalienės ; mais puisque nous avons inalienable , l'un est
aussi bon que l'autre.
Il se peut que les Allemands , dont je ne sais point la
langue , aient un mot qui signifie inallégoriqne ; mais il m'est
impossible de deviner à quoi on peut l'employer.
Il se peut aussi qu'il y ait une nuance entre inamusant et
ennuyeux ; mais elle est si déliée , que je ne sais s'il y aurait
moyen de la déterminer . Ce qui n'est pas amusant est si près
de l'ennui ( en fait de choses qui doivent être amusantes ;
car dès qu'il s'agit de grammaire , il faut mettre les points
sur les i ) , que bien peu de personnes se chargeraient de
définir l'intermédiaire , si ce n'est peut- être cet Anglais à qui
l'on demandait s'il s'amusait à un spectacle : Je ne m'amuse
si ne m'ennuie ; je suis bien .
On nous propose désanimer , imité du latin exanimare , et
de l'anglais disanimate ou dispirit. Mais d'abord exanimare signihe
tuer , ou frapper d'une frayeur mortelle , et apparemment
l'auteur ne suppose pas que désanimer puisse nous présenter
cette idée en français . Disanimate , en anglais ne signifie que
décourager , et ce mot français est très - préférable à désanimer ,
qui ne nous offrirait qu'un sens très - vague .
Inappercevable n'offre aucune difficulté : nous avons déja
inapperçu . Des chemins inapplanis et des objets inapparens sont
des expressions nécessaires et selon les principes . Inarticulé
nous conduit à inarticulation : on sait que l'inarticulation est un
des defauts de la prononciation anglaise .
Nous dirions avec grace , en poésie , des mêts inapprêtés . Et
pourtant des mêts inachelés ne nous rendrait pas le dapes
inemptas , si heureux dans le latin .
Inapprivoisé peut servir en beaucoup d'occasions , et nous
avons inapprivoisable . Inaqueux , inarrosé peuvent se dire d'un
terrain . Une proposition inapprouvée doit être distinguée d'une
proposition désapprouvée ; c'est une raison de plus pour adopter
J'un comme l'autre . L'inassiduité est plus court que le défaut
d'assiduité , et aussi clair . On dirait bien un composé de choses
inassorties , ce qui serait différent de mal assorties ; mais désassiéger
et désassourdir me semblent baroques .
la
Un poete s'emparera volontiers des yeux inassoupis , pour
peu qu'il ait à parler d'Argus , et finirait heureusement un
vers par rage inassouvie ; et un historien trouverait commode
de parler d'un peuple encore inassujetti , inasservį , d'un agent
inautorisé , d'une démarche inavouée . , ( ce qui differe de désavouée
d'un fait inattesté. Nous avons inattendu serait- ce un
tort de dire , l'inattente de tout secours força les assiégés à
capituler ?
Je m'arrête de préférence à ce qui me paraît pouvoir être
)
K 3
( 156 )
adopté , et ce qui ne peut l'être qu'avec le tems , et à la
faveur des exemples que peuvent donner les bons ecrivains qui
D'un mot mis en sa place enseignent le pouvoir .
9
Mais je ne finirais pas , si je m'arrêtais sur tous les mots
qui me paraissent ne pouvoir jamais faire fortune tels
qu'imbaptisé , imbattu , imblanchi , imbeni , imblesse , imbloqué ,
imbiffe , imbalance , imbrisé , imbrûlé , incaché , incalcine , incalmé
incandeur , incandide, inchangé , incanonique, incérémonieux , incédé ,
incatholique , inchancelant , incessant , inchassé , incollé , incharité ,
inchrétien , inchassé , inchoisi , etc. etc. Tout cela me paraît aussi
barbare que l'insoin et l'insuite , et mille autres de nouvelle
création , que l'on trouve dans les brochures du jour.
Quoique nous ayons incomparable , je ne voudrais pas d'incomparé
, parce qu'il m'est impossible d'en deviner l'emploi ;
mais un raisonnement inconcluant doit passer sans difficulté . ,
Le mot composé a chez nous plusieurs sens très - différens ..
Quel serait le sens du privatif , incomposé ? L'incompositus des
latins signifie mal rangé , déréglé ; il exprime l'idée d'un désordre
vicieux , et les Anglais et les italiens ont suivi exactement le
sens étimologique de la langue mere , dans leur incomposed et
incomposto . Mais si l'on nous disait qu'un ouvrage est iucomposé
, que des soldats marchaient incomposés , qu'on a trouvé
les affaires , les papiers de tel homme incomposés , qui de nous
entendrait cela ? Nous savons ce que c'est qu'un extérieur
composé mais que signifierait un extérieur incomposé ? Serait- ce
l'absence de toute affectation morale ou physique , ou serait- ce
un dérangement , un désordre ? Toute expression nouvelle qui
ne présente pas le sens le plus clair et le plus précis , doit
être rejettée : c'est la condition sine quâ non .
L'inconsistance des idées , du caractère , l'inconsistance d'un
ministere , d'un gouvernement , sont des expressions trèsclaires
, et qui ont déja été , je crois , employées ; elles présentent
avec précision ce qu'il faudrait appeller autrement le
défaut de consistance : il y a tout à gagner pour Télégance
du style .
Nous avons inconsolable . Inconsolé peut être utile , sur-tout
en poésie , parce qu'il est sonore : sa mort inconsolée . En revanche
, incontraint est horriblement dur , et tout ce qui n'est
pas contraint est volontaire . Qu'avons-nous besoin d'un mot
dur de plus , dans une langue qui n'en a que trop ?
L'auteur a fait un long article de mots étrangers sur inconvenable
et disconvenable , qui sont admissibles , et n'a rien dit
d'inconvenance et disconvenance qui sont d'un usage plus facile .
L'un exprime un défaut de convenance générale , l'autre un
défaut de convenances particulieres , ou même des rapports
d'opposition : l'inconvenance de ses procédés , de sa conduite ,
de ses discours , de ses démarches ; la disconvenance d'un mariage
entre un vieillard et une jeune fille , d'une liaison entre
an honnête homme et un fripon , entre un royaliste et um
( 151 )
2 :
•
epublicain
etc. Au reste , ce dernier mot , disconvenance
, est reçu depuis long - tems ; il est dans le dictionnaire de l'académie . Incoupable , qui n'est bou à rien , puisque tout , ce qui n'est pas coupable , est innocent , est rapproché mal - a - propos du mot latin inculpabilis , qui signifie proprement celui qui ne peut pas être inculpé sur telle chose , à qui l'on ne saurait s'en prendre de tel événement , etc. C'est l'adjectif verbal de culpare, qui vent dire accuser , inculper , expression employée figuré- ment et d'une maniere si heureuse , dans ces vers d'Horace Arbore nunc aquas culpante , etc. Coupable tire en effet son
étimologie
de culpa , enlpabilis ; mais son acception propre répond au nocens des latins , que nous n'avons pas , mais dont nous avons adopté le privatif , innocens , innocent . Remarquez que ce mot nocens est le participe du verbe nocere , nuire , es se prend aussi pour nuisible , herbasque nocentes . Ainsi nocens veut dire proprement celui qui nust ; et les latins l'ont fait le synonyme de notre mot coupable , fondes sur cette idée pri- mitive , si juste en morale , que tout ce qui nuit à autrui , est
coupable.
L'inculture des terres est un mot nécessaire ; incultivé est
inutile au propre , comme au figuré , puisque nous disons
également des terrains incultes , des esprits incultes.
Dédëifier est une rude expression , et il faudrait du courage
pour s'en servir ailleurs que dans le burlesque , qui heureusement
est passé, de mode , il y a long -tems .
A l'égard des mots imméprisė , imméprisable , indéfiguré , ind☀-
gelé et autres du même genie , il est bon d'observer que
quand un mot est déjà formé en partie d'une préposition
immutative , c'est une surcharge que d'y joindre encore un
privatif en sens contraire ; c'est une sorte de barbarie de
langage qu'on ne trouve point dans les anciers , dont l'idiôme ,
composé d'après des regies d'analogie très -bien entendues ,
deit , autant qu'il est possible , nous servir de modele . Mépriser
est originairement fait du mot priser , et de la préposition
mé ce qui signifie priser peu , priser désavantageusement.
Defigurer est fait de même du verbe figurer et de l'immulatif
dé ; figurer mal , altérer la figure . On sait que ce qui est
dégelé a cessé d'être gelé . Ce qui n'est pas dégelé , est encore
gelé A quoi servirait donc indégelé ? C'est avoir la manie des
privatifs.
En voilà bien assez sur la grammaire , pour un article de
journal. C'était à l'auteur du Vocabulaire à traîter à fond
cette matiere , qui était celle de son ouvrage , et son esprit
et ses connaissances lui auraient fourni des reflexions qui en
auraient fait naître d'autres . Il nous donne son livre comme
celui d'un travailleur ; on le prendrait plutôt pour un livse
de paresseux. C'est , à ce qu'il nous assure , le fruit de trois
ans de recherches . Il me semble qu'il n'a tena qu'a há de le
faire en trois semaines . Il suffisait pour cela de prendre les
K 4
152
dictionnaires des langues qu'il connaît , et de transcrire les
privatifs , avec des exemples ; et si on lui reproche d'avoir
fait trop peu , c'est qu'il était en état de faire davantage .
AN NON C E S.
Annuaire du Républicain , on légende physico- économique , avec
T'explication des trois cents soixante- douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peut
donner aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les ,
connaissances les plus nécessaires à la vie commune , et les
plus applicables à l'économie domestique et rurale , aux arts
et au bonheur de l'humanité. On y a joint le rapport et l'ins
truction du comité d'instruction publique , dans lequel se
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures .
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire naturelle et au lycée des arts.
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement composé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur. Prix ,
4 liv. broché pour Paris , et 5 liv . franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie - François Drouhin , rue
Christine , a . 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République .
Cathéchisme de la Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen , par J. B. Bouche - Seiche , maître de pension , et
ci - devant professeur en l'université de Paris ; chez l'auteur ,
rue des fossés St. Jacques , nº . 7 , près de l'Estrapade . Prix 12 sols
broché en parchemin .
GRAVURES.
Tableaux grayés des principaux événemens de la Révolution
Française , depuis l'Assemblée des Notables en 1787 .
Troisieme livraison , Prix , 6 liv .
On souscrit à Paris pour cet ouvrage , qui peut être utile
à l'instruction publique , chez les citoyens l'Epine et Niquet ,
graveurs , rue du fauxbourg St. Jacques , no . 212 ; et chez
les principaux marchands d'estampes et libraires de la République
, qui feront passer leurs avis franc de port .
SPECTACLES.
THÉATRE DE L'OPÉRA COMIQUE NATIONAL .
La piece en vaudevilles , intitulée l'Intérieur d'un Ménage
Républicain , donnée dernierement sur le théâtre de l'Opéra
J ( 153 )
·
Comique National , annonçait plutôt des tableaux qu'une
intrigue . On y trouve on effet des tableaux charmans , d'un
intérêt doux et plein de sensibilité , ceux d'un perè et d'une
mere parfaitement unis et qui n'ont pas de meilleur moyen
de se témoigner leur tendresse , que de concourir ensemble ,
chacun suivant ses moyens , à l'éducation de leurs enfans .
Cependant l'auteur a eu l'art de lier ces scenes par une espece
d'intrigue assez comique . La gouvernante des deux enfans
à qui leur éducation était confiée avant que leurs parens s'en
chargeassent eux - mêmes , femme imbue de tous les préjugés
possibles , et particulierement de ceux de dévotion , arrive de
son pays , Notre-Dame de Liesse , où elle a passé plusieurs
mois. Elle Y était allée en pélerinage , dans l'intention d'y
faire veu de ne pas contracter de nouveaux liens . Un pareil
voyage n'était pas fait pour lui former le coeur et l'esprit ;
on conçoit qu'elle n'est pas revenne plus sage qu'elle n'était
partie . Elle est très - étonnée de tout ce qu'elle voit à son retour,
et sur- tout du ton qu'ont pris les jeunes éleves , qui n'ont plus
pour la Vie des Saints ce profond respect qu'elle leur avait
inspiré . Il Y a
là de quoi révolter une personne qui vicut de
voir un miracle en personne à Notre - Dame de Liesse , comme
' elle l'assure . Cependant , comme elle est bonne femme , son
ancien maître desirait la garder avec eux , et lui faire épouser
Germance , malgré son nouveau vou. La personne de ce Germance
lui plaît assez pour l'engager à le rompre et à donner
sa parole ; mais bientôt elle se reproche cet aveu , comme
le plus horrible sacrilege en apprenant que ce Germance est
le nouveau curé du pays . Un prêtre se marier ! sa dévotion .
ne tient pas contre une aussi horrible idée ; mais ses scrupules
ne tiennent pas non plus contre les excellentes raisons que
lui oppose Germance , et surtout contre les aimables qualités
qu'elle découvre en lui . C'est une adresse de l'auteur d'avoir
appelé l'amour à l'aide de la raison pour détruire les préjugés
de l'ignorance . La raison devrait sans doute suffire , mais elle
n'est pas à la portée de tous les esprits , comme l'amour l'est
de tous les coeurs . L'amour donc finit par faire de la dévote
Rose , une bonne républicaine . "
Cette piece est d'un excellent ton , et offre beaucoup de
couplets remplis d'esprit . On desiserait plus de développement
dans quelques scenes , et un meilleur choix d'airs . Le jeune
compositeur qui a arrangé cette musique a beaucoup de talens ;
il en a mis dans cet ouvrage , et c'est un reproche à
lui faire . La moindre ambition dans les accompagnemens est
un défaut insupportable dans les vaudevilles , où ils doivent
être entierement subordonnés aux paroles . On a demandé
l'auteur , qui a paru ; c'est le citoyen Chastenet , ci - devant
Puységur. On ne peut qu'applaudir aux sentimens, civiques
qu'il y a exprimés , d'autant plus qu'ils ont cette effusion
qui ne peut partir que du coeur , et qui en garantit la sincérité .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
LA
ALLEMAGNE .
De Hambourg , le 7 Janvier 1794 .
A Czarine travaille toujours au maintien et même à l'ace
eroissement de son influence , non - seulement dans la Pologue ,
ce serait trop peu dire , puisqu'elle y regne aussi despoti
quement que dans ses propres etats , mais même dans les diff -
rentes cours du Nord , où elle entretient des espions , des
intrigans , des boute- feux et des conspirateurs sous les noms
pacifiques d'agens , d'envoyés , de chargés d'affaires et d'em
bassadeurs .
Il paraît que cette femme impatiente de réaliser ses projets
ambitieux , dont il faut en effet qu'elle presse l'exécution si
elle veut en jouir , avait médité , préparé , presque commis un
nouveau crime sur la personue du duc de Sudermanie , trop
sage pour consentir au funeste hymen de son neveu le prince
royal avec une petite fille de cette accapareuse de royaumes .
Voici du moius ce qu'on écrit de Stockholm , en date du
30 décembre , et qui confirme avec des details ce que nous
avions eu deja l'occasion d'annoncer.
*
On connaît maintenant les projets de la conjuration dont
les principaux chefs sont arrêtés ; il s'agissait de faire périr
le duc- régent et quelques autres personnes qui lui sout attachees
, sur- tout le baron Reuterholen , président de la chambre
de révision ; de mettre ensuite le gouvernement entre les mains
du jeune roi , assisté de quatre conseillers ; de cette maniere
la cabale aurait disposé à sa volonté de tout le royaume , et
nous aurions été livrés pieds et poings liés , à l infâme Catherine
à qui ces scélérats étaient vendus ; nous aurions pris
part à la coalition absurde des tyrans malheur incalculable ,
dont la sagesse et la fermeté du régent nous ont si heureusement
préservés par notre union intime avee le Danemarck. Ce
complot affreux a été découvert par une lettre qu'on a interceptee
, adressée à l'un de nos ministres en Italie qui jouissait
de la plus grande considération sous le précédent regne . Les
ordres ont été expédiés aussi- tôt pour s'emparer de sa personne
et de tous ses papiers on a trouvé chez la comtesse Rudenstold
la clef des chiffres qui servaient à sa correspondance avec le
susdit ministre.
Le 19 , le surlendemain de l'arrestation des conjurés , le
( 155 )
secrétaire d'état et directeur en chef des postes , de Franck ,
a reçu très inopinément sa demission , etil a été remplacé surle
champ par le secrétaire de la chambre de révision , de
Kihlgreen . Depuis on n'a plus arrêté d'autres personnes , mais
la garde est doublée au palais du roi , et on fait de très fréquentes
patrouilles par la ville ; tout est trauquile .
Quelque tems auparavant la Czarine avait essayé , non pas
d'une maniere ouverte , mais par les ministres des puissances
coalisées de détacher le Danemarck de la neutralité , en lui
faisant faire un premier pas , d'après lequel il n'aurait peutête
pas été , très - difficile de l'amener par d'autres dans la
coalition . Le comte de Bernstorff , fidele aux mêmes principes
que le duc de Sudermanie , a très - bien senti le piege , et a su
l'éviter , comme on en jugera par sa réponce aux plaintes
des agens des puissances relativement à la note adressée au
commerce du Nord par le citoyen Grouvel , ministre de la
République Française . Voici ces deux pieces :
Comme les ministres soussignés des puissances actuellement
en guerre avec la France , qui ont été agréés par sa majesté
danoise , ont eu connaissance d'un écrit imprimé , adressé au #
commerce du Nord , qui porte la signature d'un individu qui
se qualifie de ministre de la soi - disant République Française ,
ils ont l'honneur d'envoyer ci -joint un exemplaire à S. E. M.
le comte de Bernstorff , avec priere de vouloir bien leur faire
savoir si cet écrit est authentique et autorisé , et si le susdit
indivu est reconnu dans ce caractere de S. M. danoise comme
il semble qu'on puisse le présumer de cet acte de publicité . "
Copenhague , le 13 décembre . Signés , KAUDENGE , BRUNER ,
HAILOS , GOLZ , MUSQUITZ , FAGEL ,
19
Après avoir rendu compte au roi de la note que les ministres
des puissances en guerre avec la France m'ont remise en
commun , sa majesté m'a ordonné d'y repondre qu'elle voit
avec déplaisir dans cette note ane preuve d'une dehance a
laquelle elle est persuadée qu'elle n'a donné aucune occasion ;
que quelque notoire qu'il puisse être que M. Grouvelle ait
eté nommé par la Convention nationale , ministre chargé de pouvoirs
en Danemarck , il est également notoire qu'il n'a été reconnu
ni admis en cette qualité , et que la connaissance qui , de sa
nature est un acie public , ne peut être soustraite à la connais- ,
sance du public , sa majesté , toujours fidele à ses déclarations
, ne peut et ne doit point être exposée à des soupçons ;
comme si elle avait manqué de se mettre en regle à cet égard .
Je dois encore ajouter ici une remarque , qu'il n'y a point
de vérité plus frappante et plus universellement reconnue que
celle- ci ; c'est que personne ne doit être rendu responsable
pour les démarches d'un tiers , et moins encore lorsqu'il s'agit
d'une démarche imprévue , inconnue à laquelle il n'a pas eté
possible de prendre la moindre part .
" Du département des affaires étrangeres . Copenhague le
18 décembre . Sigué , BERNSTOREF .
( 156 )
La Russie satisfaite d'avoir achevé de donner à la Pologne
les lois et la forme de gouvernement qui convenait le moins
à cette République , et préparait mieux la possibilité d'accomplir
, dès qu'on le voudra , son entier asservissement , s'est
hâtée de faire dissoudre la diete de Grodno , dans laquelle
quelque souvenir de liberté , de fierté nationale pouvait encore
l'inquiéter. L'ambassadeur Siewers , fidele jusqu'au bout
à son caractere impérieux , quoiqu'il soit sur le point de
quitter pour être remplacé par M. Igelstrom , ministre du second
ordre , persécute les patriotes , sur- tout les amis du sénateur
Mostowski , dont les plus chauds courent le risque d'être
envoyés en Sibérie . Il leur dit , chassez les Russes si vous le
pouvez , autrement obéissez ; malheur aux vaincus , ve victis !
La forme du gouvernement décrétée par la diete de Grodno
est en deux gros volumes . L'ancienne forme y est changée , de
même que la division politique du royaume. Par l'effet du
dernier démembrement , la Pologne est actuellement divisée
en deux provinces , la Couronne et le grand duché de Lithuanie
. La province de la Couronne comprend huit palatinats ,
tant anciens que nouvellement créés ce sont ceux de Cracovie
, de Sendomir , de Volhynie , de Chelm , de Lublin ,
de Varsovie , de Ciachanow et de Podlachie ; le grand duché
en a même nombre , savoir : Vilna , Trock , Samogitie
Nowogrodek , Merne , Breze , Bracklaw ct Grodno . Chaque
palatinat aura deux sénateurs séculiers , le palatin et le castelan ,
qui tous les deux seront absolument dépendans de leurs palatinats
, pendant la tenue des dietes , et ne recevront que d'eux
leurs instructions et leurs ordres . Tous les quatre ans chaque
palatinat enverra six nonces à la diete . Les anciens sénateurs ,
dont les palatinats sont englobés dans le démembrement ,
resteront sans activité pour les dietes , mais pourront parvenir
aux magistratures par voie d'élection , Les villes sont déclarées
libres par la république et divisées en trois classes , d'après
leur population ; leurs privileges ne sont pas les mêmes. Elles.
auront toutes ceci de commun , que , tous les quatre ans , elles
éliront des agens chargés de suivre leurs affaires , soit auprès
des dietes , soit auprès des tribunaux , et qu'en regard au bon
ordre , elles seront subordonnées à la commission de police .
Il vient d'arriver à Varsovie un accident tres - fâcheux . Le
pont de la Vistule , des piles de bois de chauffage , plusieurs
batteaux , et ce qui est encore plus malheureux un assez grand
nombre de personnes ont été entraînées par la derniere débacle
des glaces qu'on n'a pu ni prévoir , ni prévenir. C'est le
19 décembre que cet accident a eu lieu .
On mande de Semlin en Hongrie , que la Turquie est affli .
gée de maladies contagieuses qui s'étendent jusques sur la
frontiere . En conséquence , on fait faire une quarantaine de trois
semaines aux personnes et effets qui viennent de ce côté i
( 157 )
<
et l'on a même établi un cordon sur la pointe, vis-à-vis de
Belgrade.
On mande aussi de Bude , que le travail de la démarcation
a commencé dans les premiers jours de novembre . C'est le
pacha de Bosnie , à la tête d'un corps de 8000 hommes , qui
est venu le surveiller à six lieues de cette ville , dans le vois
sinage ' de Bihacz. On s'était fait respectivement des présens
qui annonçaient la bonne intelligence ; mais malgré l'acti
vité de l'Effendi , commissaire , on doutait encore que le tra
vail pât s'achever avec l'année .
Il paraît qu'au total les Turcs commencent à s'éclairer et à
prendre des manieres européennes ; ce qui peut leur être
avantageux . On a élevé cette année de grandes et belles casernes
dans plusieurs quartiers de Constantinople et les environs
; on forme des artilleurs en tout genre. La marine
ottomane se rétablit sous la direction de Kretebul Husseim ,
parent et favori du grand- seigneur . Le reis - effendi Rachid se
distingue aussi dans le ministere des affaires étrangeres , sans
néanmoins avoir voyagé .
La
De Francfort-sur - le-Mein , le 15 janvier.
La cour de Vienne n'est rien moins que rassurée relativement
aux dispositions de ses sujets dans cette guerre , dont
la fatigue se fait sentir jusqu'à l'excès . Les levées d'hommes et
' argent s'exécutent avec la plus grande lenteur , ce qui les
rend prèsqu infructueuses On en est à faire des especes de
quêtes ; et quand les gens ne donnent point , ou donnent
faiblement ou à contre coeur , on leur dit ; vous n'aimez
donc point votre souverain ; On mande aussi de Prague qu'ily
a eu une émeute violente dans cette ville , Occasionnée par
une nouvelle levée ; le comte de Lazunzki qui y commande ,
a cu recours à la force pour appaiser cette insurrection populaire
.
Il va se faire une promotion militaire . Parmi les colonels
qui seront faits généraux-majors , on compte MM . Bander ,
du régiment de Huf infanterie ; Keim , de Staader ; Ocszy , de
l'archiduc Ferdinand ; Kergen , de grand-maître de l'ordre
teutonique ; Kyvochenik , de Gradisca ; et Wolf que les Français
ont fait prisonnier devant Dunkerque. On prétend
que les jeunes nobles composant les gardes hongroises et galliciennes
sollicitent des places de premiers lieutenans dans l'armée
de 130,000 hommes que l'on promet de completter au prince
de Cobourg. j
-
On a grand soin aussi de répandre une nouvelle qui peut
être vraie , mais qui dans le fond ne signifie pas grand'chose
c'est qu'un courier anglais , dépêché des grandes Indes , et qui
a fait route par Constantinople , a annoncé que les Anglais
"
( 158 )
se sont déja rendus maîtres de presque tout ce que les Français
possédaient dans ces contrées-là , que la tranchée avait
été ouverte , devant Pondichery . Ce courier n'a pas tarde de
se remettre en chemin pour porter ces nouvelles à Londres .
La perte des établissemens français dans l'Inde , qui ne serais
que momentanee , serait assurément d'une faible ressource
pour racommoder les affaires de l'empereur en Europe .
Comme la durée de ceue guerre ruineuse depend en grande
partie pour les puissances beiligerantes de la facilité de se
procurer des subsistances , on a décidément pris , ainsi que nous
l'avions déja ditle parti de n'en plus vendre aux Suisses , d'abord
pour les ménager , et ensuite pour en priver la nouvelle Répu
blique , qui ne laissait pas que d'en tirer de ce côté . On irait
même plus loin si ou osait , et la coalition prendrait à leur égard
le ton impérieux qu'elle s'est permis de prendre avec la repub'ique
de Gênes ; mais on est arrêté par la crainte bien fondée
qu'ils n'abandonnent la neutralité pour se réunir à la France ,
déja trop redoutable à elle seule .
Les Français savent au reste se procurer des vivres d'une
antre maniere moins dispendieuse pour eux , c'est à la po ne
de t'épée qu'ils les enlevent à leurs ennemis , témoin le fait
suivant le général Wolckenstein a fait prévenir les habitans
du Margraviat qu'il n'avait plus les moyens de garantir leurs
proprietes , et les a învités à retirer leurs effets au-delà des
montagnes. Ceux- ci se sont plaints amerement de ce qu'après
les avoir epuises et dévorés on les abandonnait aussi lâchement .
Le général qui a senti combien sa déclaration annouçait de
terreur et de faiblessse , a voulu revenir contre , et défendre
l'exportation qu'il avait ordonnée ; mais elle se fait ; et les
habitans sentent qu'ils ne peuvent être défendus ni protégés
par ceux qui leur avaient tout promis , et n'ont contribué qu'à
leur ruine.
D'ailleurs , il s'exerce contre les Allemands des violences
qui sûrement doivent les indisposer . S'il faut en croire des
lettres de Ham en Westphalie , un jour de dimanche , tandis
que le peuple était rassemblé dans l'église , ' on l'a entourée de
soldats , et on y a enrôle de force tous les hommes de 16
à 40 ans .
f
Quel parti peut- on tirer d'hommes qui marchent ainsi à
contre- coeur ? encore moins sans doute que des émigrés , auxqueis
on ne peut contester un courage digne d'une meilleure
cause . Voici le discours que leur a adressé leur chef en terminant
la campagne.
se
La multiplicité des occasions où la noblesse française ,
tous les corps et les individus qui composent cette armee ,
sont distingués dans tous le cours de cette campagne , m'a fait
craindre de la fatiguer de mes remercimeus trop répétés , si je
les lui adressais à chaque affaire heureuse où elle a si bien su
' se - rendre digne d'elle-même ; j'ai donc cru devoir attendre
159 )
·
la fin de nos travaux , pour remplir le voeu de mon coeur. C'est
avec la plus grande satisfaction que je m'y livre aujourd'hui ,
en exprimant à l'armée , tout l'intérêt , tout l'attachement ,
toute l'admiration que m'inspirent ces sacrifices si méritoires
et si soutenus , cette paticnce à toute épreuve , cette valeur ,
tantôt ardente et tantôt froide , et toujours à propos , dont
j'ai été assez heureux pour être le témoin ; avec de pareils
soldats , un général a bien peu de chose à faire , il les suit
plutôt qu'il ne les mène , il partage leurs succès , mais il leur
doit tous les siens.
" Ce n'est pas sans avoir le coeur déchiré de tout le sang
précieux que j'ai vu répandre , mais c'est avec autant de reconnaissance
que de sensibilité que je felicite tous mes braves
compagnons d'armes de la gloire dont ils se sont couverts ,
présage heureux pour celle qui les attend la campagne pro--
chaine . Quel que soit leur sort , quel que soit le pays qui leur
soit destiné par les princes et les pnissances coalisées , l'armée
doit être bien sûre que tout ce que j'ai vu d'elle , ne peut que
redoubler ( s'il est possible ) les sentimens affectueux et tendres
que j'ai voués dans tous les tems à la noblesse française et au
vrai militaire français .
" Je me trouverai bien henreux , si je peux leur rendre
quelquefois utile , par la suite , le reste de ina vie que je consacre
comme eux à la cause et au serment de mon roi . Faibles
sans doute par le nombre , mais forts de nos sentimens et
de notre énergie , ne nous effrayons pas des succès momentanés
du crime , portons nos regards sur l'avenir , et ne
doutons pas un seul instant que tant de travaux , de fatigues ,
de dangers et surtout de constance à les braver encore , ne
nous ramenent enfin des jours plus tranquilles et plus heureux
. "
1
•
Signé , Louis Joseph DE BOURBON .
Les efforts des émigrés n'ont pas été , malgré tous ces éloges ,
d'une grande ressource à la coalition , puisqu'on se trouve
réduit à faire une guerre défensive aussi la plupart des princes
et états qui nous avoisinent se sont- ils réunis pour la sûreté
de leur territoire , ce qui forme une espece de coalition dans
la coalition . Les petits princes se plaignent que la maison
Palatine ne prête point à leur confédération tous les secours
qui sont en son pouvoir. Mais il faut avouer qu'elle est bien
embarrassée , elle se trouve entre deux écueils également dangereux
, i'Autriche qui ne cherche qu'un prétexte pour la
dépouiller , et la République Française trop à portée de lui
faire sentir sa vengeance .. Le Palatinat se ressent encore des
incursions des Français à la fin du dix-septieme sieele , et l'on
voit encore les masuies des châteaux que le maréchal de Turenne
At livrer aux flammes.
De son côté , l'électeur de Mayence n'est pas moins inquiet ;
( 160 )
il s'est retiré à Aschaffembourg , et pour dire la vérité cette
retraite est une fuite . On sent tellement que Mayence court
risque d'être repris par les Français , que l'on transporte ac- >
tuellement les prisonniers qui y étaient détenus dans la ville
de Magdebourg.
Des lettres de Manheim annoncent que le 4 janvier il a dû
y avoir une affaire à Mundenheim où l'on se proposait d'attaquer
les Français . Cependant une chose pourrait en avoir
fait passer l'envie , c'est qu'ils sont là au nombre de 80,000
hommes . Ce qu'il y a de sûr , c'est que les Français ont attaqué
le 6 les Prussiens entre Franckenthal et Worms. On attend des
détails sur ces combats ; ceux qui circulent paraissent jusqu'à
présent à l'avantage des Français .
Une colonne de 20 000 Français avait pénétré dans le pays
de
Tréves , et se portait sur cette ville ; 20,000 Autrichiens ont
ceuru au secours le baron de Blanckestein , commandant de
ce corps , a ordre de faire occuper par ses troupes Coblentz
et la forteresse d'Ebrenbreitstein. Le duc de Brunswick envoie
aussi des renforts formés de troupes Palatines venant de Dusseldorff
, et d'un corps de Hessois ; ces secours sont déja en
marche par Saint-Goard . En attendant , on est sûr que les
Français ne se sont pas encore montrés dans les environs de
Simmern . On a même appris , le 8 que le major Saxon de
Druchsler y est arrivé avec 4 escadrons de hussards Prussiens
et Saxons , ainsi que de l'infanterie légere , et qu'il a ordre
d'observer les mouvemens de l'ennemi , et de proteger Coblentz .
Des nouvelles de Manheim encore plus recentes . Les
Français sont entrés avant-hier à Airchheim -Bolauden , où ils
ont imposé une contribution de go mille florius . Le grand
bailliage de Neustadt doit payer 400 mille livres . Le beau château
de plaissance de l'électeur a été hier entierement pillé
et dévasté . A Franckenthal , les Français ont exigé les articles
snivans : 150 sacs d'avoine tours les jours , ainsi que 3 voitures
de foin et 3 mille livres de pain ; et en outre 150 mille livres
de contribution pécuniaire. A Oggersheim , les républicaine
n'ont rien laissé dans le château : lits , chaises , tables , canapés ,
housses , etc. ils ont tout emporté après avoir brisé les glaces
et eassé toutes les tenêtres . On n'a pas épargne le concierge.
Il est passe aujourd'hui par ici , pour aller porter cette
bonne nouvelle à S. A. S. l'électrice , qui est, maintenant à
Veinheim.
}
Les Français ont pris poste à Mundenheim et Friesenheim ,
et ils commencent à s'y retrancher . Mais les Autrichiens
élevent de leur côté des retrauchemens formidables en face de
ces endroits , et il sera bien difficile à l'ennemi de se maintenir
dans cette position .
» Hier
( 161 ) 161 ).
Hier dans l'après - midi , les gardes de S. A , le duc de Deux-
Ponts arriverent ici au nombre de 650 hommes , pour renfor.
cer notre garnison . Ces troupes sont entrées au service
palatiu .
Notre garnison est actuellement de près de 5,000 hommes .
Hier , il arriva deux escadrons de hussards Autrichiens . Nous
attendons encore deux bataillons de grenadiers . Tous les
émigrés Français et autres étrangers ont quitté notre ville . "
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Le gouvernement avait fait arrêter le général Marassé ,
l'un des complices de Dumourier . Mais il vient d'obteni
son élargissement , à condition toutefois qu'il viderait le pays
dans les 24 heures : c'est ce qu'il a fait en prenant la route
de la Hollande .
Au reste ,
1
Malgré l'état de détresse des armées Autrichiennes dans la
Belgique , on paraît vouloir y tenter quelque chose . Maubeuge
sera vraisemblablement le point d'attaque ; on le con
jecture , d'après le mouvement de la majeure partie de la
grosse artillerie et des autres attirails de siége , qui avaient
eté d'abord renvoyés dans les principales villes de l'intérieur ,
et qui viennent d'en repartir pour Mons , où la garnison de
sept bataillon de grenadiers a reçu ordre de se tenir prête
marcher. Mais ce qui fortifie bien plus cette conjecture ,
c'est que les cantonnemens de l'extrême frontiere sont en
partie déja organisés en corps , que l'on fait mouvoir.
si les généraux Autrichiens profitent du tems
encore sec et bon , les généraux Français eu profitent aussi .
Dunkerque sert de point de ralliement aux troupes de la
Flandres maritime ; Lille et Douay voient aussi se former
une masse de troupes qei , conjointement avec la garnison
de Givet , augmentée de 4,000 hommes , pourrait bien faire
de nouvelles excursions dans le pays d'entre Sambre et Meuse .
Il est vrai que le prince de Cobourg compte s'y opposer.
Mais son arinée perd beaucoup de monde par i aladies
et il a plus besoin que jamais des 20,000 homa . de renfort
qu'il attend de la Bohême , et qui ne lui arriveront que
par petites parties , vu la dificulté du recrutement dans un
pays déja épuisé ; ce qui rendra ce secours presque inutile .
Il s'est élevé une altercation assez sérieuse entre le gouvernement
général et les états de Brabant , assemblés le 8 : ils
continuent de refuser de reconnaître M. Van - Velde en qua
lité de grand chancelier on leur en demande les raisons
dans une note qui revendique pour l'empereur le droit de
conférer cette place ; et on les somme en même tems de
proaver que le candidat n'est pas idouane ; car c'est ainsi que
le gouvernement , qui ortographie aussi bien qu'il gouverne .
écrit ce mot. On imagine bien que dans cet état d'aigrete
Tome VII. L
( 162 )
"
de part et d'autre , ce gouvernement n'obtient ni argent
troupes ; on ne s'en est procuré que très- peu par la derniere
levée , ce qui aurait pourtant été bien plus commode et bien
moins dispendieux , que de les faires venir à grands frais de
la Bohême et de la Hongrie .
Le ministre de Hollande a des conférences fréquentes avec le
comte de Finchensten ; on croit généralement que les états
généranx sout dans le dessein de retirer leurs troupes de terre
de la coalition , et qu'ils se borneront à fournir leur contingent
en argent et en provisions . Cependant une chose semble contrarier
ces dernieres dispositions , en cas que le bruit qui cu
court soit vrai c'est que l'amiral Kinsbergen a été mandé
à la Haye , pour concerter avec le Stathouder les mesures
relatives à un armement considérables , qu'on doit promettre à
l'Angleterre , pour la campagne prochaine.
ITALIE ET SUISSE .
On jugera facilement des véritables dispositions des Suisses
par les pieces suivantes : il est aisé de voir qu'elles sont favorables
à la France , et que c'est en vain qu'ou travaille à les
détacher de la neutralité . Lorsque le canton de Berne s'exprine
ainsi par l'organe de son magistrat , sans doute les autres
pensent au moins de mêmc .
Le procureur-syndic du département du Mont-Blane avait
écrit à M. Barthélemy , ministte de la République Française
auprès des cantons , pour l'instruire que des enrôlemens clandestins
se faisaient en Suisse contre la France ; le ministre
français en a porté ses plaintes au gouvernement de Berne ,
qui a fait faire des recherches , qui prouvent évidemment que
les soupçons du procureur- syndic du Mont Blanc étaient
illusoires et chimériques . Voici la réponse de l'avoyer à la lettre
du ministre de France.
Copie d'une lettre écrite au citoyen Barthélemi , par M. Mulinen
avoyer et président du conseil secret de la république de Berne . A
Berne , le 4 janvier 1794.
7
J'ignore , monsieur , d'où le procureur - général - syndic da
Mont Blanc tient les avis qui ont occasionné les plaintes qu'il
vous a adressées ; mais je dois croire qu'ils sont errones : ce
qu'il y a de sûr , c'est que nous n'avons aucune connaissance
de ces prétendus recrutemens de savoyards , que tous les
enrôlemens clandestins sont très - séverement defendus dans
notre pays , que messieurs les baillis ont ordre d'y veiller , et
qu'ils ne les toléraient pas s'il en existait ; qu'au surplus M. de
Salles n'est point à Lauzaune , et n'y a point paru depuis l'ete
deinier ; et qu'enfin notre gouvernement se fera constamment
an devoir d'observer en tous points la plus exacte neutralité .
( 163 )
C'est ce dont je vous prie de vonloir bien être entierement
convaincu .
""
D'ailleurs voici comment s'exprime une lettre de Bâle : Les
puissances alliées pressent particulièrement le canton de se
joindre à eux , où tout au moins d'accorder sur leur territoire
un libre passage à leurs troupes , d'empêcher toute exportation
en France de toutes provisions . Mais attendu que cette demande
leur a été refusée , il est vraisemblable que nous ne recevrons
plus de grains , ni de la Snabe , ni du Brisgau , ni de la
Baviere . Si notre refus n'était pas fondé sur nos bonnes dispositions
pour la France , il pourrait l'être par les troupes
qu'elle entretient dans notre voisinage , et sur -tout par la prise
de possession de tous les passages et défilés qui conduisent
chez nous ; ce qu'il y a de certain , c'est que la plus grande
partie de nos habitans sont livrés aux idées révolutionnaires . ››
Le colonel Weiss a formellement démenti sa nomination
à la place d'ambassadeur du corps helvétique auprès de la
République Française . Le fait est , que les cantons s'en tenant
jusqu'à présent à la neutralité , n'ont encore personne pour
les représenter auprès de leurs anciens alliés .
---
Suivant des lettres de Rome, on vient de mettre en liberté le
eltoyen Cheveau , qui avait été long - tems détenu au château
Saint- Ange , sur des soupçons que la malveillance s'était plue à
faire naître pour le noircir. Le trop fameux Calonne est
a Rome . Le pape lui a donné audience et bénédictiou pu
blique . Calonne est en état de lui rendre en échange force
plans de finances , mais très - peu d'argent , qui viendrait pourtant
bien a point au serviteur des serviteurs de Dieu , actuellement
assez mal payé de ses gagea depuis que la France ne
l'emploie plus. D'ailleurs , les vivres deviennent rares , et par
consequent chers à Rome et à Naples ; ce qui pourrait amener
une insurrection funeste à la Thiare et à la Couronne .
L'ordre de Malthe s'était proposé de faire un emprunt où
le pape devait mettre 100,000 écus ; mais il s'est ravisé sur
cette dépense ; comme l'ordre composé de nobles , ainsi que
chacun le sait , s'est ravisé sur l'idér d'entrer dans la coalition
contre la France ; on est très - positivement instruit qu'il
restera neutre .
Les ambassadeurs d'Espagne et de Portugal ont quitté Gênes
où l'on préparait des grilles à rougir les boulets , en cas que
des vaisseaux anglais , restés à la vue du port , voulussent
tenter quelque chose : ce ne sont pas des motifs d'intérêt
qui ont en la plus grande part dans la généreuse résolution
des Gênois , le sentiment de la liberté l'a dicté ; d'ailleurs ,
ils ont un Doria pour doge .
Naples continue à fournir quelques troupes ,
mais point
L 2
( 164 )
d'argent , et le ministre d'Alton , le compatriote de Pitt ,
se trouve au moins aussi embarrassé que lui sur cet article .
Le grand-duc de Toscane n'est pas moins faché d'être entré
dans la coalition ; il s'apperçoit , trop tard il est vrai , qu'il
s'est embarqué mal - a -propos dans cette guerre ; mais en at
tendant qu'il trouve et saisisse un prétexte honnête de s'en
tirer , il prépare ses deux millions de contingent : son port
de Livourne est toujours fréquenté par un gran nombre de
vaisseaux anglais qui finiront par lui faire la loi chez lui ,
comme ils ont coutume de la faire quand ils se trouvent en
force. Les Algériens viennent de conduire dans ce port dix
vaisseaux américains et six gênois .
On à aussi appris par fun bâtiment suédois que c'est nonseulement
à l'instigation de l'Angleterre , mais même à celle
de la Hollande qu'Alger harcele le commerce des Etats -Unis .
Les Anglais et les Espagnols bloquent dans le port de
Tunis un convoi de navires français .
ANGLE TE KRE. De Londres , le 7 Janvier.
Il est assez curieux de voir le ton que prenaient les Anglais
dans une ville de la République Frauçaise , dont ils ne
devaient pas rester long- tems les maîtres . Voici la proclamation
peu connue du général O'Hara dans Toulon , le 18
novembre :
Nous soussignés , commissaires plénipotentiaires de S. M.
le roi de la Grande-Bretagne , publions , par son ordre et en son
nom , la déclaration suivante : S. M. B. étant informée des
circonstances dans lesquelles la ville , le port et les forts de
Toulon , ainsi que les vaisseaux dudit port ont été confiés au
vice -'amiral lord Hood , commandant en chef les vaisseaux et
bâtimeus de S. M. dans la Méditerranée , et de la declaration
et proclamation publice par ledit vice amiral , ainsi que de la
déclaration qui lui a été faite par les habitans et le peuple de
Toulon , a jugé à propos , pour la plus grande satisfaction
desdits habitans et peuple , et pour la pleine explication de
ses intentions royales , de déclarer ce qui suit :
1º. Quand la monarchie sera rétablie en France , et qu'il
aura été conclu un traité de paix , stipulant en faveur de
S. M. et de ses alliés , la restitution de toutes les conquêtes
faites par la France pendant la guerre , une juste indemnité
pour les pertes et dépenses qu'elle aura occasionnées , et une
sûrété convenable pour l'avenir , S. M. fera restituer les villes ,
forts et port de Toulon , ainsi que les vaisseaux et ce qu'ils
contenaient , conformément aux engagemens pris par ledit
vice-amiral .
2º . S. M. a donné des instructions , afin que les mesures
les plus efficaces soient prises pour la protection des personnes
( 165 )
et des propriétés des habitans de ladite ville , et pour leur
procurer les secours de subsistances et autres articles dont
ils peuvent avoir besoin . S. M. trouve bon aussi d'approuver
la continuation dans leurs places et fonctions respectives , de
tous ceux qui ont des emplois civils ou militaires , autant que
les circonstances et le bien de la cause commune le permet
trout.
29 3 ° . S. M. fera tout ce qui sera en son pouvoir, de concert
avec ses allies , pour repousser toutes les attaques qui pourraient
être faites contre Toulon , et étendre sa protection à ceux
qui désireraient d'y avoir recours sous certaines conditions . "
! , ་ , ་
Les papiers ministériels deviennent beaucoup plus sobres
de complimens sur la prospérité britannique. C'est une maniere
de préparer à l'aveu de la perte de Toulon ; aveu deja
fait à quelques égards , mais qu'on ne peut se résoudre en
core à annoncer officiellement . Cette perte et d'autres craintes,
d'autres embarras , détermineront l'Angleterre , disent tous
les gens sensés , à se retirer de la coalition. Les puissances
crient d'avance contre M. Pitt , tant elles tremblent qu'il ne
preune ce parti , le seul sage pourtant , le seul qui puisse
le sauver. Au reste cet abandon , peut - être très - prochain
n'est pas positivement le premier ; car la cour de Berlin , par
sa deinande d'une vieille dette , adressée d'une maniere trespressante
à l'Empire , a deja fait pressentir ses intentions,
Cependant , afin de se ménager une retraite honnête et même
honorable , on continue d'ordonner des mouvemens. On
expedié le 2 , de l'amirauté , des lettres à sir Robert Curtis
et aux principaux officiers de Spithéad.
Les mesures rigoureuses contre les détracteurs de l'administration
actuelle , ne se sont ralenties non plus en rien :
F'auteur d'une adresse qui gourmande violemment M. Pitt
sur la guerre et en prouve le danger , vient d'être mis ea
prison.
Le gouverneur de Pondichery a remercié le lord Cornwallis
et l'amiral Whitebread de la maniere honnête dont ils Ini
avaient demandé la reddition de cette place ; mais il les a
prévenus qu'il comptait la défendre jusqu'à l'extrémité.
Le 2 , le messager Spadow arriva au bureau du secrétaire
d'Etat , avec des dépêches du duc d'Yorck , datées de Gand ;
et le colonel Graig arriva le même jour de Guernesey , avec
des lettres du comte de Moyra . Ces papiers ont sûrement
donné à penser aux ministres ; car peu de tems après , lord
Grenville , chargé des affaires étrangeres , M. Dundas ayant le
département de l'intérieur , et l'alderman Broock Watson , se
L3
( 166 )
rendirent chez M. Pitt , où ils eurent une longue confêrence.
Les papiers ministériels justifient de leur mieux ce ministre,
vivement attaqué par ceux de l'opposition , qui lui reprochent
d'avoir très - mal rempli le projet de mettre tout en combustion
en France , et de s'être laissé abuser par les malveillans
sur la facilité qu'il trouverait à faire revivre la monarchie
éteinte. Ces papiers apologistes disent , comme la Corneille
da tems de Domitien , que , si tout ne va pas bien aujourd'hui
, tout va bien aller ; ils fout pressentir que M. Pii continuera
la guerre , il est vrai , mais qu'il la fera seulement
par mer , et la rendra ainsi profitable à la nation , dont c'est
l'element. Une ressource immense s'offre , disent - ils , pour
remplir ce nouveau plan on va renouveller la charte de ta
compagnie des Indes . Elle sera grevée d'une redevance annuelle
de 500,000 liv . sterling , qui garantiront un empruut
très -étendu qu'on espere bientôt remplir.
Des lettres de Dublin portent que le minisetre a fait sonder
le peuple d'Irlande , sur l'établissement d'une imposition
fonciere , applicable au soutien des dépenses indispensables
de l'Etat : cette tentative , à - peu -pres du même genre que
l'annonce précédente , prouve assez que la masse prodigieuse
des impôts indirects dans ce pays , où le génie fiscal a épuisé
toutes les ressources de l'invention , est pourtant bien
dessous des besoins inimaginables aussi d'un gouvernement
dont les bras ambitieux embrassent plus d'objets qu'ils n'en
peuvent contenir.
1
au(
167 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE,
PRÉSIDENCE DE DAVID.
Séance du quintidi , 25 Nivòse.
Eaudet , arrivé de l'armée de la Moselle , a fait un rapport
sur les victoires des armées du Rhin et de la Moselle . Les
détails que présente ce rapport sont trop satisfaisans pour ne
les mettre sous les yeux nos lecteurs . pas
de
Citoyens , a dit Baudot , vous savez que les troupes de
la République furent long- tems abandonnées sur les bords de
la Sarte et du Rhin , au dégoût et à la trahison ; vous savez
qu'une perfidie éclatante livra les lignes de Weissembourg i
l'Autriche ; et que le sol de la liberté fut couvert de hordes
enemies depuis Landau jusqu'à Strasbourg , depuis le fort
Vauban jusqu'à Saverne . La punition des traîtres et le génie de
la liberte donnerent à nos troupes une attitude militaire qui
posa la borne des succès de l'eunemi ; la division de l'armée
de la Moselle , qui servait sous les ordres de Burcy encombra
le poste et les gorges de Saverne de cadavres Autrichiens
les poursuivit jusque sur les hauteurs de Bouxweilter , où par
un mouvement combiné , ils furent battus sur ce point et sur
tous les autres , jusqu'à la Wantzriau par l'armée aux ordres
de Pichegru .
Hohenlohe , désespéré d'avoir été obligé de quitter sa
position sur Saverne , tenta de s'emparer du fort de Bitche ,
et sacrifa 1800 des siens à cette entreprise de la plas extrême
témérité , si elle n'eût été appuyée d'inteligence ; mais le courage
l'emporta, sur les efforts de la trahison , et il échoua.
,, Dès ce moment , les armées ennemies ne songerent plus
qu'à se meure dans un état de défense imposante ; elles occuperent
toute la ligne , depuis Haguenau jusqu'à Werth et
Reishoffen , et fortifierent par toutes les Lessources de
l'art militaire cette position deja très - avantageuse par ellemême.
; L'armée de la Moselle , sous les ordres du général Hoche ,
avait franchi les lignes de la Sarre , battu les Prussiens à
Blicastel et Hornebach , délivré Bitche , et forcé Brunswick
quitter la fameuse position de Pyrmasens pour se replier sur
Kaiserslautern .
L'armée Française tenta de s'emparer de cette place ; si
elle eût réussi , Landau était délivré et le Palatinat pris du
même coup . Tout ce que la nature a de plus affreux en pré
L4
i 168 )
cipices , tout ce que l'art à de mieux combiné dans le métier
de la guerre , était rassemblé sur ce point , et les forces de
la Prusse chargées de le defendre étaient considérables . Malgré
tant d'obstacles , Kaiserslautern eût été emporté , si les ordres
du général eussent eté exécutés .
Kalkreuth , qui y fut blessé dangeureusement , a dit depuis
à Newstadt que trois fois il fut sur le point de donner
l'ordre de la retraite . L'armée Française fit des prodiges de
valeur pendant trois jours consécutifs ; l'artillerie légere surtout
, s'y comporta avec un héroïsme sans exemple ; mais
l'impéritie de quelques généraux en sous ordre , la crainte de
se compromettre , la difficulté du terrain , et un enchaînement
de causes inalencontreuses , firent qu'on ne put jamais parvenir
à une attaque génerale ; la moitié de l'armée au plus était en
mouvement ; la precision manqua ; une consommation triple de
munitions d'artillerie fit craindre pour la fourniture du parc ,
et il fallut changer de plan . Les officiers négligens ou incapables
furent destitués , les pertes réparées et de nouvelles
positions reprises avec ordre et célérité . Douze bataillons de
l'armée de la Moselle filerent sur celle du Rhin , et tout se
prépara pour l'exécution de nouvelles entreprises : c'était le
12 frimaire .
" Depuis ce jour jusqu'au 2 nivôse nous fûmes souvent
tourmentés d'impatience sur la lenteur et la discordance des
mouvemens d'alors ; tous les jours la résolution était prise
pour une attaque générale , et tons les jours uu combat partiel
et ruinenx en était la suite ; c'est dans une de ces affaires
décousues que le général Burcy , chargeant à la tête de sa
division , fat haché sous nos yeux à Gaudernauffer , après
avoir emporté une redoute a l'ennemi . Il est mort en Républicain
. Son dévouement mérite le souvenir de la patrie.
Depuis loug- tems nous étions au milieu de nos freres
d'armes ; ils nous disaient sans cesse que l'inaction était pour
eux pire que la mort ; et lorsque nous pressions quelques - uns
de nos généraux de prendre des mesures promptes et décisives ,
ils nous parlaient de difficultés . A les en croire l'ennemi avait
des nuées de soldats , une artillerie foudroyante , des retranchemens
insurmontables , et ils oubliaient que la bayonnette des
défenseurs de la patrie promettait de lever tous les obstacles .
Que de fois nous avons exprimé notre indignation de voir ainsi
méconnaître l'audace et la puissance du soldat français .
A cette époque , un général de division , au lieu d'obéir
aux ordres qui lui avaient été donués pour agir , se tint en
réserve sous le prétexte éternel des difficultés . Quoique son
patriotisme fût connu , nous l'avons destitué et fait arrêter.
Excepté quelques tentatives éparses , tout se passa en considérations
et en délibérations ac cablantes jusqu'au 2 nivôse . Enfin
, l'armée de la Moselle se réunit à celle du Rhin ; les soldats
de la République emportent les redoutes terribles de Rhois(
169 )
hoffen , prennent 16 canons à l'ennemi , les mettent en déroute
, et cette victoire entraîne l'évacuation de toute la ligne
jusqu'à Haguenau . La division du général Taponier le poursuivit
avee beaucoup d'ardeur mais peu secondée d'autre part ,
le profit de la déroute ne fut pas aussi complet qu'il aurait pu
l'être.
Les deux armées de la République marchant ensemble ,
le mêlange des divisions ue supportant plus la différence des
commandemens , la rivalité commençait à prendre , la confusion
arrivait. Landau était notre but , il fallait un mouvement
unique et décisif pour le délivrer ; Hoche nous parut propre
l'exécuter , et -nous lui conférâmes le commandement de deux
armées du Rhin et de la Moselle . Cette mesure était hardie ,
mais elle était impérieuse ; il n'y avait qu'un chemin pour
aller à Landau ; deux guides pouvaient nous perdre ; le salut
de la patrie commandait , toute autre considération fut nulle ,
et le général fut nomme ; deux jours après , la bataille de Geisberg
mit le comble aux succès de la campagne.
" La journée du Geisberg , le 6 nivôse , fut aussi bien
conçue que grandement exécutée ; l'ennemi fut attaqué dans
quatre endroits différens , à plus de dix lieues de distance ,
et battu sur tous les points . Une division de l'armée de la
Moselle attaquait les Prussiens à Kibelberg ; une autre dans
les gorges de Ham et d'Aveiller , tandis que le corps de l'armée
livrait bataille aux Autrichiens au Geisberg.
Les ennemis firent parade de toute leur tactique militaire
: évolution sur évolation , fausse attaque , marche , contremarche
; les Républicains Francais n'eurent qu'un jeu , celui
de la bayonnette . Six heures de pas de charge déciderent de
la victoire , et la délivrance de Landau fut certaine . Jamais le
mouvement d'une armée n'a été plus régulier , plus intrépide
et plus constamment inébranlable à une action aussi terrible
que celle de Geisberg. L'épouvante se mit dans le quartier
des Autrichiens ; ils n'échapperent qu'à la faveur de la nuit ,
encore Condé et quarante pieces de canon auraient- ils été
enveloppés dans Weissembourg , si Donadieu avait donné à
la tête de la cavalerie , comme il en avait l'ordre ; Donadien a
été arrêté sur-le- champ , ét sera jugé .
有
L'obscurité obligea de différer la prise de Weissembourg
jusqu'au lendemain ; Hoche donna en même tems ordre au
général de division Defaix de preudre Lauterbourg et le poste
d'Haguembach Lauterbourg fut emporté , et Haguembach
pris.
, Le 8 au matin , toute l'armée française pensait que l'en .
nemi s'était retiré sur les hauteurs de Balberotte , deux lieues
en avant de Landau . Saint - just et Lebas , Lacoste et Beaudot
partirent de Weissembourg dans l'intention de visiter les
avant-postes de l'armée, et d'examiner la position de l'ennemi ;
mais apprenant à chaque pas sa fuite précipitée , ils arriverent
ensemble à Landau , au milieu des troupes légeres qui étaient
( 170 )
allées à la découverte . Les généraux vinrent ensuite , et les
représentans du peuple ordonnerent , de concert avec le gê.
néral . Hoche , de poursuivre les conquêtes .
Guermesheim , ce point si important pour la conservation
de Landau , fut bientôt à nous ; Spire et Neustadt , Kaiserslautern
et Crentznach , Frankendal ct Worms , tomberent
également au pouvoir des troupes de la République . Il y avait
* Worms cent mille sacs de grains , une quantité prodigieuse
de cairs ; elles occupent aujourd'hui toutes ces places , vivent
aux dépens de l'ennemi , et forment des magasins pour des
Houvelles entreprises.
Nous avons la satisfaction de vous apprendre qu'au
moment de notre départ les braves républicains venaient de
battre les Prussiens à Oppenheim , à quatre lienes de Mayence ,
et se maintenaient avec fermeté dans la permanence de la victoire
.
1
Après tant de journées glorienses , vous attendez de nous
le récit de quelques actions plus particulièrement éclatantes . La
confusion des camps nous a empêchés de les recueillir toutes .
On est occupé en ce moment à cette recherche aussi importante
pour récompenser le dévoûment que pour tracer l'histoire . En
attendant que ce tableau vous soit présenté , voici quelques
traits pris au hazard qui vous feront juger des anties .
A Kaiserslautern tous les canonniers attachés au service
d'une piece , sont tués , excepté un seul ; celui là continue le
feu , avec la même vivacité , et démonte la batterie ennemie
dirigée sur la redoute ....
Au Geisberg , un boulet de canon ennemi emporte quinze
hommes de file dans un de nos bataillons ; pas un seul volontaire
ne fronce le sourcil , les rangs se resserrent , on crie
vengeance , et vive la République ! A l'instant le pas de charge
et la bayonnette font payer de mille morts à l'ennemi la perte
de quinze républicaius enlevés au milieu de leurs freres . Dans
la même journée du Geisberg , l'artillerie volante laisse approcher
la cavalerie ennemie à portée du pistolet , forme un
bataillon quarré avec ses pieces et fait un carnage effroyable
d'hommes et de chevaux . Ce trait de bravoure et de sang - froid
n'est pas le seul de l'artillerie volante ; elle s'est comportée
partout avec une bravoure et une habileté soutenue .
Landau , pendant le blocus , Klee , concierge du
clocher , voit brûler sa maison , continue d'examiner la manouvre
de l'ennemi , s'occupe sans désemparer , du salut "
de la place , et crie : Vive la République !
" Quand le canon frappe aujourd'hui le soldat Français ,
il ne laisse plus échapper le cri de la douleur , mais bien
celui de vive la République ! ...... 19
Les plus vives applaudissemens ont souvent interrompu
ee rapport. L'Assemblée en a ordonné l'impression , l'envoi
( 171 )
aux armées , et la traduction dans les langues des puissances
avec lesquelles nous sommes en guerre.
Les représentans du peuple à Bordeaux écrivent que cette
commune se régénere tous les jours , et qu'avec du courage ou
pourra la rendre à la pureté des principes républicains .
D'après un apport du comité de l'examen des cha: rois militaires
, la Convention a renvoyé au tribunal révolutionnaire ,
pour y être jugé conformément à la loi , les nommés Claude
Moreau et Slobert , accusés d'infidélité dans l'entreprise des
charrois .
Sur la dénonciation faite par la société populaire d'Etampes ,
relativement à des rassemblemens nombreux et dangereux qui
se sont élevés dans quelques municipalités de ce district .
sous prétexte du culte religieux , et où nombre d'officiers
municipaux se rendent en écharpe ;
La Convention nationale décrete le renvoi de la dénonciation
au comité de salut public , où ceux de ses membres
qui auront des lumieres ou des renseignemens à donner sar
le culte , sont invités de se rendre , afin que le comité puisse
présenter incessamment un rapport général sur tout ce qui
intéresse le culte religieux .
Séance du sextidi , 26 nivôse.
Sur un rapport du comité des décrets , la Convention nationale
avait décrété d'arrestation Marc - Antoine Bernard ,
suppléant de Barbaroux , accusé d'avoir été complice du fe
déralisme du Midi , et avait renvoyé cette affaire au comité
de sûreté générale pour un plus ample examen. Aujourd'hui
le comité , par l'organe de Dubarran , a fait son rapport.
1 resulte des pieces signées de Bernard lui - même , que ce
député-suppléant a été un des plus aidens adherens aux arrêtés
contre-révolutionnaires de la commission de Marseille , lors
de la rébellion ; qu'il a vexé les patriotes , méconnu ouver
tement la Convention nationale , et protesté contre
décrets.
Ses
Sur la proposition du comité de sûreté générale , la Convention
décrete que Bernard sera traduit au tribunal révolutionnaire
, pour y être jugé d'après les lois , et que les pieces
de conviction seront incessamment adressées à l'accusateur
public . Elle charge son comité des décrets d'appeller un autre
suppleant.
Les lois relatives à l'aliénation des domaines nationaux les
supposaient tous appartenir en entier à la République , et
elles n'avaient rien prononcé à l'égard de ceux de ces biens
dont la propriété pouvait être indivise entre la nation et les
eitoyens . I en . est cependant dans ce cas ; et pour lever cette
difficulté , la Convention , sur le rapport de son comité
d'aliénation et des domaines réunis , a déclaré communes à
tous les biens nationaux , dont la propriété indivise appar
( 272 )
tient à la République et à des citoyens , les dispositions des
articles VIII , IX et X du décret du 13 septembre dernier
( vieux style ) , rendu relativement aux biens des émigrés ,
dont la propriété est aussi indivise avec des citoyens , et que
dans tous les cas de partage les frais de la division seront
supportés par les co-partageans , à proportion de leurs droits .
Les créanciers des émigrés n'avaient été avertis que par une
senle loi , n'avaient obtenu qu'un délai de deux mois prorogé
seulement d'un mois , pour présenter leurs titres , et
enfin ils avaient été jettés , pour la plupart , dans l'incertitude
relativement à leurs débiteurs , et sur les domiciles de
ces débiteurs. Il était donc d'une justice rigoureuse qu'une
nouvelle loi vînt au secours de ces créanciers , en leur accordant
un nouveau délai . D'après ces considérations , la Convention
nationale a décrété que les délais accordés aux créanchers
des émigrés pour faire lesdites déclarations et dépôts ,
seront prorogés jusqu'au 1er . germinal prochain . En conséquence
lesdits créanciers seront tenus de faire les déclarations
et affirmations de leurs créances , le dépôt de leurs titres , et
de se réunir pour leur contrat d'union , pour le 1er , germinal
prochain , à peine de déchéance.
La Couvention a terminé une question qui s'était élevée sur
le partage des bois coupés qui appartiennent aux communes ,
en décrétant que ces bois seront partagés par tête , conformément
à la loi du 10 juin dernier.
Séance du septidi , 27 Nivôse.
Au nom du comité d'instruction publique , David a fait un
rapport sur l'établissement du conservatoire du Muséum . Ce
dépôt précieux n'est point un vain rassemblement d'objets
de luxe et de frivolité ; il faut qu'il devienne une école importante
: les beaux arts sont également faits pour embellir
la paix et décorer les pompes triomphales . Abandonnous ,
a dit David , les procès-verbaux et les détails à ceux qui croient
que les compilations sont des annales , et écrivons , à . la maniere
des anciens , notre histoire dans des monumens : qu'ils
soient grauds et immortels comme la République que nous
avons fondée ; et que le génie des arts , conservateur des oùvrages
sublimes que nous possédons , seient en même tems un
génie créateur , et enfante de nouveaux chefs d'oeuvres ! "
Voici le projet de décret qui a été adopté : La garde du
Muséum sera confiée à un conservatoire . Il sera composé des
citoyens dont la liste est annexée au présent décret . En cas
de vacance d'une des places , il sera pourvu au remplacement
par
le corps législatif. Le conservatoire du Muséum des arts
sera divisé en quatre sections , savoir ; peinture , sculpture ,
architecture , antiquité . Il sera attribué à chacun des membres
du conservatoire une indemnité annuelle de 2400 liv. et.
( 173 )
le logement. Douze mille liv. seront consacrées aux dépenses
annuelles et matérielles du Muséum . ","
Liste des membres qui doivent composer le Muséum des
arts en peinture , Fragonard , Bonvoisin , Lesueur , Picault.
Sculpture : Dardel , Dupasquier. Architecture : David- le -Roi ,
Launoy. Antiquités : Wicar , Varon .
Bourdon de l'Oise a réclamé l'exécution du décret portant
qu'aucun étranger ne pourra être admis à représenter le peuple
Français , à l'égard du député Dentzel , né sujet du prince de
Liunge . Bourdon a ensuite accusé ce député d'avoir surpris
à la Convention une commission pour Landau , et d'y avoir
été le fleau des patriotes pendant le siége de cette ville. -
La Convention a décrété que Dentzel sera mis en état d'arrestation
, et elle a renvoyé la dénonciation de Bourdon à
ses comités de salut public et de sûreté générale .
Le général de brigade , Laraque , écrit de la maison d'arrêt
de l'Abbaye , et met sous les yeux de l'Assemblée plusieurs
faits tendans à sa justification . Le comité de sûreté générale
est chargé de faire un rapport sur cette affaire.
―
Bayeul , l'un des députés en arrestation , écrit de la Conciergerie
, que , détenu depuis quatre mois , il n'a point touché.
son indemnité de député , et qu'il est absolument saus for
tune ; il réclame pour lui et pour ses collegues qui se trouvent
dans le même cas , ce qui peut leur être dû. Cette demande ,
convertie en motion , est décrétée .
Voici ce que mande le conseil général de la commune de
Castres. Notre commune n'a jamais calculé les sacrifices ;
nos Républicains préviennent les requisitions. A la nouvelle
de la mort de Beauvais il se forma un nouveau bataillon , guidé
par un drapeau sur lequel on lisait le peuple de Tarn contre
les assassins de Beauvais . Plus de 113 familles out été soulagées
de l'absence de leurs chefs par des secours abondans :
à peine l'Espagnol souilla- t - il le territoire de la République ,
que le cuivre , les bijoux , les matieres d'or et d'argent furent
offertes à la patrie ; un escadron de volontaires à cheval fut
levé. Le jour de la célébration de la fête de Toulon , chaque
famille des volontaires du bataillon le Vengeur a reçu 50 liv . ;
nos citoyens ont envoyé à l'armée plusieurs tonneaux de
souliers , des ballots de linge et de charpie , 400 chemises et
130 couvertures . 19
1
Une députation de la commune de Milhau vient déposer
713 marcs d'argenterie . Elle annonce que la société populaire
, qui a deja armé et équipé deux cavaliers , se dispose
À en armer deux autres ; les protestans et les catholiques ne
font plus qu'une même famille . Ils sacrifient ensemble dans
le temple de la raison. L'orateur a terminé par réclamer des
subsistances.
( 174 )
1
Les administrateurs du district de Saint- Omer apportent
6000 marcs d'argenterie provenant des dépouilles du fanatisme ,
sans y comprendre les pierreries et les diamans , dont le mon- /
tant n'est pas évalué . Il n'est pas une commune de ce district .
qui ne se soit empressée de se défaire de ses hochets religieux .
Les citoyens ont donné 5 mille chemises , des souliers , des
bas , des couvertures , des guêtres , habits , bonnets , etc. et
500 liv. en assignats . Les administrateurs apportent 18 mille liv .
eu numéraire , qui sont le produit de quelques dons patrio
tiques et du sot orgueil de quelques émigrés et déportés . Ils
annoncent que les biens d'émigrés , estimés 333,956 liv . ,, ont
été vendus 880,055 liv . Ils invitent la Convention à rester à
son poste.
La commune de Boulogne-sur-mer félicite l'Assemblée sur les
grandes mesures qu'elle a prises et qui ont sauvé la chose publique
; elle présente l'état des dons qu'elle dépose sur l'autel
de la patrie , et qui consistent en effets d'habillemens .
L'argenterie des églises de cette commune a été envoyée à la
monnaie.'
La Convention accorde des secours provisoires à plusieurs
veuves dont les maris sont morts pour la défense de la
patrie.
Lettre des officiers municipaux de la commune de Croisy , le 3 nivôse .
Neuf scelerats arriverent dans cette commune , armés de sabres ,
pistolets et espingoles , avec des cordes , qui , sans doute ,
devaient leur servir dans la nuit pour égorger et voler quelques
cultivateurs , comme il est déja malheureusement arrivé l'année
derniere ; deux de es brigands étaient à cheval , précédant
les sept autres ; à peine la société populaire de Lagni en fut in
formée , que grande partie de ses membres , joints au comité
de surveillance , volerent au secours de la commune de Groisy :
un seul de ces voleurs a pu s'enfuir , et les huit autres ont
été conduits sous bonne et sûre garde en la commune de
Lagny. Les micipaux observent dans leur dépêche que
ces voleurs , font , sans doute , partie de la bande qui pille
depuis quelque tems les environs de Paris . La Convention
decrete la mention honorable du zele de la société populaire
et du comité de surveillance de la commune de Lagny et l'insertion
au bulletin .
Une lettre de la commune de Pont à la Convention nationale
lui annonce que 500,000 liv . en or ont été trouvées
cachées dans la maison du ci-devant prince Xavier. « Cette
decouverte , a dit un membre , ne laisse aucun doute sur les
perfidies de ce prince . Oncle du tyran , il a , au mois de
février 1791 , fui le sol de la liberté lors de la loi sur les
émigrés il revint , et à l'aide d'un certificat de résidence qu'il
s'est fait délivrer en Saxe , où il prétendait avoir son domicile ,
il a surpris la bonne foi des administrateurs du départemen e
( 175 )
1
de l'Aube et empêché que ses biens ne soient portés sur la
liste des émigrés. Je demande , en consequence , que la Convention
nationale charge son comité de sûreté générale de
prendre les informations nécessaires , et de lui faire un prompt
rapport qui la mette à même de prononcer et mettre sous ia
main de la nation les domaines immenses que Xavier possede
dans l'étendue du département de l'Aube .
Séance d'octodi , 28 nivôse .
---
Décréte.
Cette séance s'est ouverte par une députation de la société
populaire et républicaine des arts . En félicitant la Convention
sur ses travaux et sur les triomphes dont ils sont suivis ,
elle l'a invité à poursuivre son dessein de protéger les sciences
et les arts , à faire achever le palais national , et à ouvrir un
concours aux artistes qui voudront célébrer les traits d'héroïsme
et de verin qui ont illustré la cause de la liberté .
Cette petition , accueillie par les plus vifs applaudissemens ,
a été suivie d'un décret qui charge le comite d'instruction
publique de présenter un programme de concours entre tous
les artistes , pour immortaliser les actions vertueuses et tout
ce qui peut développer l'amour de la liberté et de l'égalité .
Sur le rapport de son comité d'aliénation et des domaines
, la Convention a décrété que le linge provenant des
églises supprimées , en dépôt dan: es chef-lieux de district ,
sera à la disposition du pouvoir exécutif provisoire , pour le
faire servir aux hôpitaux militaires .
Sur la proposition du comité des secours publics , la Convention
a accordé la somme de 1800 liv . , pour surcroît de
secours provisoires , au citoyen Dutailly , domicilié depuis
17 ans à Rome , dépouillé de sa fortune , persécuté et incarceré
pendant trois mois dans un cachot du château St. Ange ,
pour la cause de la liberté Française . Elle a renvoyé à son
comité de législation pour lui faire un prompt rapport sur la
pension à determiner en faveur du citoyen Dutally.
Les représentans du peuple à Brest donnent des détails sur
la fête qui a été célébrée en mémoire de la reprise de Tou-
Jon. Nous ne vous décrirons pas , discut-ils , la beauté de
la tête , il faudrait avoir vu ceite rade unique et célebre ,
pour s'en faire une idée : tous nos elfors seraient inutiles ;
nous vous dirons seulement que , marchant à travers les plus
beaux vaisseaux du monde richement pavoisés , au milieu des
cris mille tois répétés de Vive la République vive la Convention
! uous somnes atrivés au vaisseau amiral , appellé la
Montagne..... Nous moutons , Citoyens collegues , la joie se
scht , elle ne se rend pas . Imaginez son ivresse , au nom de
Toulon reconquis ; mais aussi an nom auglais , à ce nom
justement infâme et abhorré , la rage d'hommes vraiment
courageux qui demandent à se venger . Que le génie français
( 176 }
est heureux , et combien seraient impolitiques ceux qui prétendraient
le changer !
" A la voix des représentans du peuple , ces lions , qui
ne respiraient que combat , s'apperçoivent qu'ils sont appellés
à une fête civique. L'hy nne de la liberté s'entonue ,
et les plus beaux élans du patriotisme se font entendie . Nous
dictons le serment : un respect religieux le répete , et tous
les canons de la rade le confirment. O Français ! ô nos
concitoyens que n'avez - vous tous été témoins de cette scene
sublime de l'enthousiasme de nos braves marins ! avec quelle
assurance vous préjugeriez la victoire que nous allons remporter
sur des perhdes . Oui , la victoire est certaine ; ce que
nous avons entendu , ce que nous avons vu , nous defeud
d'en douter.
,, On a fini , comme d'ordinaire , par un repas , par des
chants , par des toast , tous plus patriotiques les uns que ,
les autres ; mais ce qui mérite une attention particuliere et
distingue ce repas , c'est qu'on y a porté , dans une rade
qu'avoisinait le fédéralisme , et qu'il avoisinait de près , on
y a porté un toast , et pour le dernier , aux journées des
31 mai , 1er et 2 juin . La Convention peut juger maintenant
si la République est sauvée . "
L'Assemblée a accueilli plusieurs dons patriotiques .
Chaque pas de la tyrannie et de ses suppôts est marqué
par quelque atrocité. La postérité , a dit bries , pariant au
nom du comité des secours publics , la postérité sera étonnée
de la maniere dont les brigands de l'Autriche font la guerre
à un peuple magnanime ; c'est sur- tout dans une commune
du district de Cambray qu'ils ont commis des atrocités
inouies jusqu'à nos jours . Les généreux habitans de la commune
d'Elincourt sont- attaqués ; ils se défendent avec le
courage d'hommes libres , ils repoussent trois fois les Autrichiens
; accables enfin par le nombre , ils succombent.. Le
feroce Autrichien , comme pour les punir de leur bravoure ,
assouvit sur eux la fureur qui le caractérise . Il brûle les
moissons et les chaumieres de ces généreux citoyens ; il
éventre leurs femmes ; il égorge leurs enfans ; il pousse la
férocité jusqu'à faire rôtir les membres de quelques - uns de
ces infortunes..... 9 Ici s'est élevé un mouvement d'indignation
et d'horreur dans l'Assemblée et dans les tribunes . L'orateur
a repris : Vous trémissez , citoyens , au récit de pareilles
horreurs ; j'éprouve les mêmes sentimens ; ma langue
se refuse à continuer le tableau de la conduite barbare de
nos ennemis . Elle présente un contraste bien frappant avec
la magnanimité du peuple Français .....
La Convention accorde des secours à la commune d'Elincourt.
Elle renvoie à son comité d'instruction publique , les
traits de courage et de dévouement dont les habitans d'Elincourt
ont donné l'exemple , pour être insérés dans les
annales
( 177 )
annales de l'héroïsme , du civisme et des vertus républi
caines.
Séance du nonodi , 29 Nivôse.
Il a été rendu dans cette séance plusieurs décrets d'un intérêt
particulier . La Convention a accordé des secours à des
veuves et enfans de citoyens morts pour la défense de la
patrie .
9 Par l'art. XXIV de l'édit de 87 le dernier tyran s'était
réservé le droit de prononcer sur les effets civils du mariage
entre les protestans , suivant la qualité des circonstances et
des personnes . Un grand nombre de réclamations particu
lieres exigeaient que la Convention s'expliquât sur les dis
positions de cet édit . Elle a passé à l'ordre du jour , en ce
que les tribunaux ont le droit de prononcer sur ces sortes
de contestations .
Des lettres du Havre-Marat et de Cherbourg annoncent la
prise de plusieurs vaisseaux ennemis .
ét
Décadi dernier a été un jour de bonheur pour notre
cité , écrivent les autorités constituées de Villefranche-sur
Saône . La fête relative à la prise de l'infâme Toulon a été
auguste et solemnelle ; les victoires des armées y ont
célébrées avec l'ivresse et le plaisir qui caractérisent des hommes
libres . Les cris bien sinceres de vive la République ! vive la
Montagne ! vivent nos braves' freres d'armes ont été répétés à
l'infini.
Couthon , au nom du comité de la guerre , a fait lecture
d'un projet de décret sur l'organisation des tribunaux militaires
. Plusieurs articles ont été adoptés .
Séance du décadi , 30 nivôse .
Cette séance a été consacrée à l'admission des pétitionnaires.
On a fait lecture de la pétition suivante :
La citoyenne Reine Chappuy , entrée en qualité de cavalier au 24 .
régiment , ci-devant 25e. , le 27 février 1793 ( vieux style ) , et
partie avec un congé militaire , en date du 3 nivôse , au citoyen
président de la Convention nationale .
f
Euflammée du feu sacré de la liberté , encouragée par
T'exemple précieux de cinq freres , dont trois à l'armée du
Nord , et deux à celle de la Vendée , depuis le commencement
guerre , j'aurais cru déroger au sang généreux qui coule
dans mes veines et celles de toute ma famille , si je n'avais pas
fait le sacrifice des alarmes qui sont le partage ordinaire de mon
sexe , au desir brûlant de venger ma patrie , de combattre les
tyrans et de partager la gloire de les foudroyer.
› Le bruit du canon , le sifflement des balles et des obuses ,
Toin de m'intimider , n'ont fait que redoubler mon courage . Je
suis partie avec différens détachemens du corps pour essuyer le
Tome VII.
M
feu. Je m'y suis mes intrépides freres d'armes ,
* regiment ,
et je l'ai brave comme euxtes
cavaliers defésentée avec
régiménɩ "
Bien différente de beaucoup de femmes qu'un fól'amour
a peut être entraînées à la suite des camps , l'amour seul de la
patrie , l'espoir , flatteur de cueillir sous mon déguisement les
lauriers républicains , la perspective si douce de porter le
dernier coup aux traîtres et aux rebelles ; voilà mes guides ,
voilà ceux que je t'offre pour mes avocats . Ils plaideront
sans doute eloquemment ma cause de concert avec les
Certificats non equivoques que le régiment auquel j'étais atta-
" chée s'est fait un vrai plaisir de m'accorder , après avoir reconnu
mon sexe.
"
J12
"
32.
•
31 57.079
'59 ' Agec de 17 ans et demi , serait- ce à la fleur de mes ans
que je me verrais réduite à aller habiter les foyers paternels ,
tendis que Bellone m'attend dans les siens et me reprocherait
* mon inaction ! Ah , mes frères , vous qui avez le bonheur de
combattre , lorsque vous reviendrez couverts de gloire , com-
" ment accueilleriez - vous votre soeur infortunee ; de quel il la
regarderiez-vous ? C'est donc en vain que j'avais , à votre exemple
, fait le serment de mourir pour la République !
YU
99
1J 16.41
Insensible au vil ' espoir de la récompense , ce ne sont pas
des bienfaits que je réclame ; le vraie républicain n'est- il pas
assez payé par le plaisir , et dédommagé par la gloire de se
battre Mon unique ambition est de voir mes services accueillis
favorablement de la Convention , et d'obtenir d'ellé l'agrémen
de les continuer dans le 24. régiment de cavalerie , que je
quitte, avec un regret inexprimable .
,
८६
49 Que ma demande me soit accordée , je revole à mon
poste je redoublerai , s'il est possible , de courage et d'acuvité
, et je prouverai à la République que le bras d'une femme
vaut bien celui d'un homme , lorsque ses coups sont dirigés
par l'honneur , la soif de la gloire , et la certitude d'exterminer
„Âes grands, 19929
Cette pétition a été renvoyée au comité de la guerre.
La citoyenne Riquetti expose qu'elle se trouve dans la
dernière misere . Jettee dans un couvent par l'ambition et l'orgueil
de ses parens , elle se vit forcée de se faire religieuse .
Son pere lui accorda une pension de goo liv . Depuis 2 ans ,
elle est privée de cette pension ; elle ne jouit pas non plus de
celle que lui a accordée la nation comme ci- devant religieuse :
elle sollicite un secours provisoire , et le renvoi de sa pétition
au comité de liquidation.
Un membre atteste le patriotisme de la citoyenne Riquetti
Elle n'a , dit- il , de commun avec ses frères que la force d'esprit
que la nature leur avait communiquée .
La pétition est renvoyée au comité de liquidation .
Les jeunes ramoneurs sont admis à la barre : Sous le regne
du despotisme , dit l'orateur , les jeunes Savoyards eurent besoin
d'appni en France ; un viellard respectable leur servit de
up
( ( ر و ا )
pere . Le soin de notre conduite les premiers instrumens
de notre industrie , notre subsistance même , furent long - tems
les fruits de son zele et de sa bienfaisance ; il était prêtre et
noble, mais il était affable et compâtissant ; il était donc patriote
, l'aristocratie ne connaît point de si doux sentimens .
9 Cet homme si cher à nos coeurs , et nous osons le dire ,
si cher à l'humanité , c'est le citoyen Fénélon , âgé de 80 ans ,
déteun dans la maison d'arrêt du Luxembourg , par mesure
'de sûreté générale . Nous sommes loin de la condanner cette
mesure , nous respectons la lor ; les magistrats ne sont point
tenns de connaître ce vieillard comme le connaissent sés
enfans .
39
Ce que nous demandons , citoyens représentans , c'est
qu'il plaise à cet anguste sénat de permettre que notre bon
ere soit mis en liberté sous notre responsabilité , ' il n'en
est aucun parmi nous qui ne soit prêt à se mettre à sa place ;
tous ensmble , nous nous proposerions même , si la loi ne sy
opposeit pas.
T
Si cependant notre sensibilité nous rendait indiscrets ,
citoyens législateurs , ardonnez qu'un prompt rapport vous
fasse connaître notre pere... Vous applaudirez sûrement à ses
vertus civiques , et il sera aussi doux pour ses enfans de vous
les avoir exposées , qu'il sera consolant pour ce bon pere de
recevoir ce témoignage de votre justice et de notre reconnais-
*sance :
...
Cette pétition est renvoyée au comité de sûreté générale..
Une deputation de la société des Cordeliers se présente à
la barre avec le coeur de Marat dont il est dépositaire . Après
avoir rappellé ce que ce grand ami de la liberté a fait pour
elle , l'orateur , au nom de la société , demande que les oeuvres
de Marat soient imprimées et répandues avec profusion , afin
que chaque citoyen y trouve le modele des vertus républicaines
qu'il doit imiter.
"
La commission temporaire des poids et mesures présente
de tableau des travaux auxquels elle s'est livrée pour Fexécution
du décret de la Convention . Déja les ouvriers sont en
activité , et bientôt le peuple jouira des bienfaits des poids
républicains. La commission annonce qu'elle s'est occupée de
la rédaction de trois ouvrages pour faciliter aux citoyens
l'usage des nouveaux poids . Deux de ces ouvrages sont sous
presse .
L'Assemblée accueille les pétitionnaires , et donne l'impression
du rapport qu'ils lui ont présenté.
Séance de primidi , 1er . Pluviôse.
JA
Le président a annoncé à la Convention que les gendarmes
qui composaient sa garde étaient arrivés de la Vendée. Il a
pris les ordres pour les faire admettre . Les gendarmes sont
M &
( 180 )
entrés dans la salle au milieu des plus vifs applaudissemens.
Leur commandant parlant à la barre , a dit
Pénétrés des bontés de l'Assemblée , qui a daigné penser
à nous au milieu des immenses ttavaux dont elle est occupée
, les expressious nous manquent pour vous témoigner
notre reconnaissance . Nos freres nous ont donné un laurier
dont nous avons mérité tout au plus une petite feuille . Souffrez
que je la dépose sur le bureau , pour que vous la distribuiez
également à tous ceux qui s'en sont véritablement rendus
dignes . Nous revenous en beaucoup plus petit nombre que nous
sommes partis ; mais devons- nous regretter nos freres ? ils ont
eu la gloire de mourir pour la patrie. Il ne nous reste plus .
qu'une grâce à vous demander , elle comblera les bienfaits qué
mous avons reçus
de vous c'est de placer deux factionnaires
aux deux portes de la salle. 1
Vengeurs de la patrie , leur a répondu le président , quel
spectacle vous offrez aux représentans de la République entiere !
Quel plus beau témoignage de votre dévouement à la patrie
que ces blessures , ces cicatrices honorables qui vous décorent !
vieillards , vos enfans sont dignes de vous . Soldats , vous êtes
dignes de la patrie ; et vous , peres , meres , épouses , enfans ,
qui revoyez dans ces guerriers des objets les plus chers de vos
affections et qui les accompagnez ici , vous êtes heureux , puisque
vous pouvez embrasser à tant de titres , les défenseurs de
la patrie........ La Convention nationale vous revoit avec
attendrissement , et vous invite aux honneurs de la séance .
Le ministre des contributions publiques envoie deux états
relatifs à la fabrication des monnaies . La premiere porte la
fabrication des especes de cuivre et de métal de cloches , depuis
le 1er janvier 1793 ( vienx stile ) jusqu'au 20 nivôse
présent mois , à 4 millions 855 mille 393 liv, Le second
comprend les envois de cuivres et de cloches , faits par les
départemens aux maisons des monnaies et atteliers monétaires ,
jusqu'au 10 jour 20 du présent , savoir ; 1792 et 1793 , en
cuivre et bronze , 567 mille 833 liv . 11 sols , et en cloches ,
5 millions , 129 mille , 70 liv . 10 sols .
Une lettre de Montagne- sur- Mer aunonce qu'un vaisseau à
trois mâts , chargé de tabac , destiné pour les Anglais , vient
d'échouer sur la côte .
Sur la proposition , de Cambon , la Convention a mis à la
disposition du ministre de l'intérieur , 10 millions , pour être
distribués aux familles des soldats qui combattent pour la
patrie.
Francastel , représentant du peuple , près l'armée de l'Ouest ,
annonce l'envoi d'une quantité éonsidérable d'argenterie , provenant
des fouilles faites dans les châteaux des rebelles de
la Vendée.
( 181 )
100 of
PARIS. Quartidi , 4 Pluviôse.
Dans sa séance du 1er . de ce mois , la société des Jacobins
avait arrêté , 1º% que le lendemain elle se transporterait en masse
à la Convention , pour féliciter la Montagne de l'énergie
qu'elle a montrée dans le procès du tyran ; 2 ° . qu'elle irait eusuite
au pied de l'arbre de la liberté pour y chanter un hymne
patriotique ; 30. que le lendemain tous les membres assiste
raient en bounet rouge à la séauce , et que le président aurait
une pique en main ; 4 ° . qu'il serait fait une salve générale d'artillerie
à l'heure où le tyran mourut ; 5 ° . qu'il serait envoyé
une di putation au comite de sûreté générale , pour l'inviter à presser
le rapport sur l'affaire de Ronsin et Vincent.
е Cette députation e eu lieu en effet , et la Convention a'
arrêté qu'elle se rendrait tout entiere sur la place de la Révolution
au milieu des cris répétés de guerre aux tyrans , baix aux
chaumieres , ect . On a renouvellé le serment de vivre libre ou
mourir , et de l'unité et de l'indivisibilité da la République . Les
citoyens armés de toutes les sections , ainsi
que le conseil
général de la commune , ont également assistés en masse à cet
anniversaire de la mort du tyran .
Jsiiqzno 290
111
Le comité de surveillance du département de Paris a fait
arrêter Nicolet , directeur du théâtre de la Gayete , et un de
ses acteurs ; celui- ci , comme coupable d'avoir joué des pieces
obscenes , et celu - pour les avoir tolérées.unbonni sang
Plusieurs personnes prévenues de complicité avec Fabre
d'Eglantine , ont été arrêtées . "、,,
Un citoyen a fait lecture aux Jacobins d'une lettre de Dunkerque
, qui annonce qu'un des prisonniers Français , échappé,
d'Angleterre , a rapporté que la tête de Pitt avait été portée
en effigie dans les rues de Londres , que ce ministre avait été
chasse du ministere , et que le duc d'Yorc avait été rappellé
de la Belgique. Comme il est permis de se défier des donneurs
de nouvelles , la société nomma deux de ses membres pour
accompagner le citoyen au comité de sûreté générale .
Le notaire Brichard , qui avait été mis d'abord en état d'arrestation
, puis relâché , a été arrêté de nouveau , ainsi que son clerc ,
et conduits à la Conciergerie , par ordre du comité de sûreté
générale . On présume que c'est pour avoir fait un emprunt
pour le prince de Galles eenn 11779900.. Le citoyen Desfrançais ,
interprête des langues étrangeres , a été aussi arrêté pour la
même affaire .
-
Le 25 nivôse , Jacques Roux , ci - devant professeur de phi-
M 3
losophie à Angoulême , qui se qualifiait de prédicateur des
Sans- Culottes , et qui avait été membre du conseil général de
la commune , fut traduit devant le tribunal de police correctionnelle
. L'examen du délit qui lui etait imputé , détermina
le tribunal à se déclarer incompétent , et à le renvoyer au tribana
révolutionnaire . Aussi tôt Jacques Roux tira uy , couteau
de sa poche et s'en frappa de cinq coups. On saisit entre ses
mains l'instrument de son suicide , et après les premiers secours
de l'art , il fut reconduit dans les prisons de Bicêtre où,
il était auparavant , et mis à l'infirmeric. On assure que ses
blessures sont très - dangereuses ...
J Le maire d'Eyreux s'est brûlé la cervelle,
S
* 15 941
垦
Dougados , dont nous avons annoncé le jugement et l'exécution
, était entré fort jeune chez les capucins , où l'avait
conduit
uun dépit amoureux ; c'est là qu'il se fit connaître par
ses talens poétiques , sous le nom de pere Venance . Il publia
des vers assez agréables pour recevoir d'un de ses rivaux le
surnom de pere Tibulle . Mais ne avec une imagination inquiete
et ardente , il abandonna bientôt son triste métier de
capucin . L'esprit d'ambition et d'intrigues le jetterent dans
la révolution , où il voulut jouer un rôle . Il embrassa le parti ,
des conspirateurs qui l'a conduit à l'échafaud.
Le citoyen Simon, à qui l'on avait confié la garde du jeune
Gaper au Temple , letoqui était en même tems membre dus
conseil général de la commune , ayant opté pour cette der
niere fonction , le conseil a consulté le comité de salut public ,
pour savoir s'il pouvait procéder à son remplacement. Ce
comité a répondu qu'il n'y voyait aucun inconvénient ; en
conséquence , le conseil général jugeant que la place de
gardien permanent etait inutile , a arrêté que les commissaires ,
qui chaque jour sont nommés de garde au Temple , seront
les seuls surveillans immédiats des detenus dans cette prison ;
s'en rapportant à la prudence des commissaires pour prendre
toutes les mesures propres à assurer la responsabilité , 4
Des commissaires , nommés par les 48 sections , ont rédigé
une adresse au conseil de la commune , portant un nouveau
tarif pour le maximum du prix des denrées . Ce travail trèsprécieux
a été renvoyé au comité des subsistances . Nous en
terons connaître le résultat aussi- tôt qu'il y aura sur cette
matiere une détermination .
Le citoyen Louet , cultivateur de la commune de Houilles ,
district de la Montagne - du - bon - air , département de Seine et
Oise , chargé , en qualité de nourricier , de l'enfant de Lemille ,
dont la tête vient de tomber sur l'échafaud , a déclaré , au
conseil que sou intention et celle de son épouse était de
1
( 183 )
1
Salat
continuer à élever la petite fille de ce malheureux , eett/ddee
l'adopter comme un de leurs enfans.
Ce citoyen a annoncé de plus , qu'il lui était dû six mois ,
et qu'ayant été touché de la position de Lemille et sa femme,
lorsqu'ils étaient en prison , il leur avait prêté 30 liy qui
jointes à la somme de 108 liv . pour les six mois , fait celle de
138 liv . JE 30
Le conseil a applaudi vivement à l'acte généreux des citoyen
et citoyenne Lonet , en arrête la , mention civique au procèsverbal
ainsi qu'aux affiches de la commune . 2. El 90747 +
Le président a donné à ce citoyen le baiser fraternel.
Sur les observations d'un membre , qu'il est nécessaire de
lire publiquement les lois chaque jour de décade , le conseil
general a arrêté :
1º . Que tous les mois il se rendra au Temple de la Raison ,
pour faire lecture, des lois et du recueil des actes de vertus
civiques , morales et guerrieres ;
20. Que les presidens des 48 sections seront invités à en
agir de même tous les décadis ;
30. Que l'administrateur des travaux publics presentera ,
incessamment au corps municipal l'état des bâtimens à la
disposition de la commune , afin qu'il en soit assigné un à
chaque section pour son temple de la Raison .
"
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort plusieurs conspirateurs dont des noms sont peus
connus ; mais il en a acquitté un beaucoup plus grand nombre.
Le total des prisonniers , dans le département de Paris , est
de 5137 .
24 1000 MUJE 8,3 h 1.0.4 1 39
·Discussion sur tes vices , de la Constitution Britannique, et les crimes
de son gouvernement , dans la société des Jacobins ..
༑།, དོག
9 /
Depuis que is discussion
importante
sur les crimes du gou
vernement
Anglais est ouverte , on a remarque , a ait un membre
аеe la société , Xavier Audouin , qu'une foule d'orateurs
etait
moins pressée de pailer ; tous les bavards qui depuis six,
mois nous étourdissent
, ont perdu tout - à-coup la parole. Les,
tribunes
même ne sont plus si nombreuses
et lorsqu'il s'agissait
seulement
des rixes particulieres
, on s'étouffait
par-tour .
Cependant
quoique les gens doues d'un aussi abondant
parlage
se soient éloignes de la tribune , la discussion
n'est ni
moins intéressante
, ni moins approfondie
. Dans le nombre
des3 discours qui ont déja été prononcès
, et que nous voudrious
pouvoir rapporter
tout à la fois , nous choisissons
de preference
celui qu'a prononcé
Simond , député du Bas - Rhin à la Convention
nationale
, parce qu'il renferme
une série de faits lies
à la révolution , et qui peuvent être précieux pour 'histoire.
'
སྙ ན ༑།
M 4
( 184 )
Discours de Ph. Simond , sur les crimes du gouvernemeni “Anglais ?.
contre le Peuple Français.
Pour présenter le tableau des crimes du gouvernement
Anglais contre la révolution Française , il faut les prendre
des leur origine , les suivre dans leurs développemens , dans
les différens caracteres que la succession des évenemens imprévus
, nécessaires ou inattendus , leur faisait prendre .
Le premier anneau de cette chaîne de complots prend
sa source dans les secours qu'elle accorda aux Américains ,
pour établir et faire avouer leur indépendance.
A cette époque , les Anglais tourmentés par les flottes
françaises , épuisés en hommes et en moyens , reconnurent ,
la puissance invincible des Américains , qui montrerent , par
la reprise de leurs droits , un courage supérieur à tous les
revers , et une vertu digne de la liberté.
,, L'Angleterre avait établi sur toutes les mers une dictature
funcste au commerce des autres Etats ; ceux - ci vireut
avec plaisir son humiliation , et telle était alors la bisarrerie
des gouvernemens et l'astucieuse politique des rois , qu'ils
furent réduits à rendre un peuple libre en Amérique , pour
conserver
bre du despotisme dans une autre partie du
monde . aussi pour la même raison que les tyrans , qui
avaient va sans ombrage la France abaisse la fierté des Anglais
, se déclarerent contre elle , lorsqu'elle essaya de pousser
ses prétentions au- delà de l'indépendance des Américains . Il
en résulta pour le gouvernement Anglais un principe poli
tique de dépérissement dont il ne guérira jamais , et pour la
France un épuisement momentané , qui donna lien au partage
de la Pologne entre la Prusse , la Russie et l'Autriche , "
et fit concevoir à ces deux derniers l'imbécille projet de releguer
le Turc en Asie , pour effrayer les autres puissances ,
en s'enrichissant de ses dépouilles : l'empereur demandait à
être puissance maritime et la Russie voulait entrer en campagne
pour conquérir l'Europe. La France fit perdre à l'Angleterre
' de's ressources immenses qui alimentaient la fierté
de son gouvernement , et soutenaient sa prépondérane sur
toutes les mers ; celui- ci ne se replia pas sans depit sur le
sentiment de sa propre faiblesse , et de l'insuffisance de ses
moyens dès ce moment , l'esprit de' vengeance fut mis à
l'ordre du jour l'intrigue et la trahison furent consacrées ;
on tenta , par le crime et le parjure , tout ce que pouvait
inspirer la haine et la fureur d'un gouvernement humilié par
une puissance étrangere qui l'avait réduit à traiter avec ses
propres esclaves .
" La cour de Londres se ligua avec la maison d'Autriche ,
qu'elle n'a jamais abandonnée , ni servie dès lors , et fit avec
la France , l'Espagne et l'Amérique , le traité de paix , qui
( 185 ) 3
1
fut respectivement signé sur la fin de 1782 , et dans lequel
elle avait acheté , par l'entremise de l'Autrichienne qui menait
la cour , une
clause secrette qui ne fut connée et avouée,
que quelques mois après ; je veux dire le trop fameux traité´
de commerce , dans lequel la France fut cédée à l'Angleterre,
comme une colonie dont elle était la métropole , et qui subordonnait
à sa jalousie irritée , notre nos
vigation , nos fabriques
4
et notre commerce .
99 On fit précéder la conclusion de cetic perfidie par des
correspondances et des rapports de commissaires choisis pour
peser les intérêts respectifs des deux royaumes ; et pour
prévenir les craintes et les soupçons , ou vauta sur- tout dans
les papiers publics , la politique , la probité et les talens
de ceux qui s'en occupaient pour nous ; mais des réclamations
subites et générales firent de suite la preuve qu'on
n'avoit employé tant de finesses , que pour mieux marquer
la plus insigne des trahisons ; alors encore , la cour de Versailles
devint plus brillante quelle n'avait jamais été , pour
faire croire au peuple qu'il abordait enfin sa prospérité
qu'on venait de vendre . De Vergennes avait reçu , des mains
de la reine , et de celles des envoyés de Londres , des
bijoux et quelques assiettes de vermeil ; et la reine et les
courtisans s'étaient partagés des milliers de guinées qui porterent
les scandales de la cour au - delà de tout ce que le
libertinage et la prodigalité avaient encore inventés .
21
"
mais
C'est à -peu-près à ce tems que commencerent les liaisons
particulieres du dernier duc d'Orleans avec les Anglais
et ses courses à Londres , qui avaient pour but apparent
des parties de libertinage ou de délassement , et pendant
lesquelles il prit goût à des complots qui l'ont conduit à l'échafaud
. C'est dans une de ses courses qu'un Anglais du
parti de l'opposition Ini dit : Comment ne vous est-il pas
encore entré dans la tête de vous faire roi de France , et
de prendre la place d'une bête qui figure si mal sur son
trône ? C'est alors encore que se concut et s'exécuta le
projet des édifices du ci-devant Palais - Royal , projet que
quelques bons politiques condamnaient dans le tems
que la cour appuya très -impolitiquement , et qui devint ensuite
le rendez -vous des gens suspects le dépôt général
des marchandises anglaises , et le chef-lieu de correspondance
des étrangers et de leurs complots . C'est alors encore que
la reine nommant à son gre les ministres , les abbés , les généraux
, les ambassadeurs et les courtisans développait tous
les jours avec une activité incalculable l'esprit de dilapidation
, et le système de changement d'administration dans laquelle
les nouveau-nés s'occupaient à se rendre agréables ,
en montrant de nouvelles ressources ou de nouveaux genres
de depenses , plutôt qu'a découvrir la profondeur de l'abîme
dans lequel le tyrau allait être englouti.
9
( 186 ')
"
V
07192
12-1
,,,, ( ,, ་
,, Un honnête homme eût soulevé le coin du voile sous
sous lequel se consommaient tant d'iniquités ; mais le mal
n'étant pas encore sans remede , il eût été dangereux alors
de dévoiler les turpitudes d'une cour que l'on voulait perdre
et non pas convertir . On tenta donc de nouvelles dilapida
tions ; on exporta pour le compte de l'empereur le numeraire
de France à Vienne , on provoqua l'anéantissement de
la confiance au trésor public , par de fausses opérations
pour forcer les capitalistes à placer sur l'étranger ; alors la
cour ne peut ni se passer d'argent , ni en trouver : on l'avait
amenée à un point de détresse et de discrédit qui rendait
sa crise inévitable ; on en provoqua par -tout l'explosion ;
les notables du royaume furent convoqués , et le résultat de
leurs séances fat qu'ils n'étaient ni en nombre , ni avec des
pouvoirs suffisans pour sonder la profondeur de l'abîme dans
lequel la nation allait descendre , sauver la cour d'une banqueroute
deshonorante pour elle , et ruineuse pour les creanciers
, et faire face aux besoins urgens et aux dépenses iudis .
pensables de l'état ."
que
J.
1:|:ཀྱི་ཊཱི ཧ
#
Mais ce qui est curieux pour le législateur , intéressant
à savoir aujourd'hui pour un Français libre , et marquant dans
l'histoire de la révolution , c'est que presque tous les notables
qui voterent pour les états - généraux , étaient alors ou sont devenus
successivement les partisans du systême qui voulaient
l'anéantissement de la maison des Bourbons régnans , les amis
du duc d'Orléans , et les ennemis les plus prononces d'un gouvernement
populaire , vers lequel ils ont tous incline d'abord
pour donner au Peuple un point de ralliement , et fe tromper
ensuite en lui donnant un tyran nouveau au lieu de le délivrer'
de la tyrannie . Que faisait alors le gouvernement anglais ? que
faisait d'Orléans , faisait la cour à Versailles ? Le gouver
nement anglais haissait la France jusqu'à la fureur , et paraissait
cependant la considerer comme le plus précieux de ses allies .
Les anglais étaient à Paris avec une affluence d'autant plus remarquable
, qu'ils voyageaient peu dans les autres endroits de la
France. Il y avait à Paris des anglais dans toutes les parties , dans
tous les cercles , dans les assemblées des gens de lettres : ils y
avaient deux objets majeurs à remplir , nous donner leurs mod es
et leurs goûts pour faciliter le débit de leurs marchandises , surveillerl'opinion
publique et servir leur faction . D'Orleans etait
pour ainsi dire leur passe-rôle pour le preinier objet : tout chez
lui etait a l'anglaise quant au second , il le servait plus adroitement
en vivant au milieu des plaisirs et de la débauche , dans
une indifférence politique , d'autant plus suspecte , qu'elle était
visiblement affectée ; car il était sans moeurs , il avait méprise le
Peuple et la vertu dans l'âge de la sensibilite ; et cependant il
faisait alors des largesses extraordinaires ; il avait donc l'ambition
des suffrages : aussi le Peuple , dupe de sa bonne- foi , commença
à l'aimer , et les courtisans dont l'ame vile se traîne tou
་་་ ་་་
h
( 187 1
*
jours après l'idole du moment , singeaient jusqu'à ses bassesses '
et ses crapules pour avoir la politesse et le ton du jour.
La cour de Versaillés y continuaft ses débauches et ses
folles dépenses , et ce qui prouve invinciblement qu'elle était
livrée à la faction des étrangers , c'est que dans un moment de
révolution où l'ecooumie et une réforme dans la domesticite de
la cour et ses plaisirs , eût donné au Peuple une marque dé
bonne volonté et d'attention ; le toi , du milieu des inquietudes
publiques , continuait ses parties de chasse , ses ivrogueries er
ses serrures ; tout était entre les mains des courtisans , dési
femmes de cour et de la parente de l'empereur. Aux yeux d'un
bon connaisseur , la révolution én France , telle qu'elle a existě
jusqu'au 31 mai , était immanquable. Le gouvernement anglais
se croyait sûr de sa proie ; le Peuple Français était à son sens
trop léger , trop idolâtre de la royauté , et trop peu instruït ,
pour vouloir soutenir avec énergie une révolution purement
populaire , et la noblesse er le clergé trop corrompus , trop'
clairvoyans et trop puissaus pour le permettre. "
a
་ ་
" Je ne peux signaler à chaque époque les trahisons de la
cour de Londres par des traits décisifs ; à la naissance des rèvolations
, les premiers pas des machiavelistes sont nécessairement '
equivoques , très -peu prononcés , toute leur adresse est de piessentir
les évenemens , de subordonner leurs plans à ce qu'ils ne
peuvent empêcher , et de n'en faire le développement qu'avec la
certitude du succes ; ) mais je la vois continuellement à la suite
de toutes les mesures et dans les grandes deliberations , et ce
n'est guere que dès ce jour où les etats généraux se déclarereût
Assemblée constituante , qu'elle donne un point de vue plus
déterminé à ses projets , et le dessein de s'approprier les avan -**
tages de la révolution Française aux dépens de la famille reguante
, des émigrés , de l'empereur , de la Pologne , de la
Prusse , de l'Espagne , de la Suisse , du Dannemarck , des cercles +
de l'Empire , du Turc et du pape.
Le Peuple anglais était d'abord d'assez bonne-foi sur la
revolution Française , et l'opinion publique n'était pas favorable
au machiavelisme de son gouvernement ; deux considerations
inquiétaient vivement l'egoisme de ces insulaires ; la révocation
du traité de commerce , le renvoi du commissaire de Dunkerque
, l'affluence à Londres de la noblesse française , dont
la cour avait provoqué l'émigration .
ment dans une magnificence 'extraordette ville fut an momais
les honimes '
de bonne foi cruren : y voir la ruine du commerce anglais *
et le terme de sa prospérité . Cependant les marchandises des
Anglais , quoique prohibées , entraient en France de toutes
parts ; les mers et le commerce , pendant la guerre contre
l'empire ture , leur avaient appartenus presqu'exclusivement ;
la prosperité du moment empêchait à la plupart de lire avec
inquietude dans un tems plus éloigné . C'est au milieu de
celte ivresse passagere que le gouvernement anglais méditait
( 188. ) )
f
les plus perfides complots ; je vais en suivre le développement
, et on verra qu'il n'a rien respecté pour le servir
puisqu'enfin dans son désespoir il se sacrifie lui - même , et
ne peut sauver son propre pays qu'en tombant sous le
coûteau de l'infâmie , égorgée par un peuple avili , ruiné et
désespéré .
,, La cour de Londres s'est coalisée en France d'abord avec le
perti patriote pom humilier la noblesse et le clergé , sans vouloir
néanmoins détruire ni l'un ni l'autre ; cette mesure était nécessaire
pour mettre les ressources de l'Etat au pair avec ses
dépenses , pour calmer les inquiétudes de la Nation , poursortir
de France ce qui aurait pu soutenir la famille royale à
są déchéance , et pour ne laisser entre le peuple et son tyran
immédiat que la tierce faction de l'étranger , et sans laquelle
on ne pourrait perpétuer en France cet état convulsif qui met
la fortune publique entre les mains des intrigans , conduit à
une dislocation du corps politique , rompt l'unité des rapporis ,
généralise l'inquiétude et le mécontentment , et fait fermenter
des partis plus ou moins ardens dont l'explosion dans un Etat
corrompu est toujours un pas de plus vers la servitude et
Fabrutissement des hommes . Deux circonstances me prouvent
sur- tout la coalisation dont je parle , la conduite des soidisant
patriotes lors de l'organisation du gouvernement sous
l'Assemblée constituante , et de la revision de l'acte constitutionnel
après l'arrestation de Louis XVI à Varennes . A
organisation du gouvernement , le parti autrichien occupa
d'abord l'Assemblée ; cette faction trop pressée de jouir
la dominait impérieusement et avec l'air de souscrire à la
destruction de tous les privileges , en présentait dans ses plans ,
et dans une perspective très-prochaine , la résurrection d'une
maniere d'autant plns alarmante , qu'elle faisait partie intégrante
à la charte constitutionnelle de l'état .
?
,, Cette mesure n'était pas suffisante pour perdre la famille
des Bourbons , et n'occasionnant presque pas de mécontens
n'eût été qu'un simulacre de révolution à l'avantage de la Cour ;
aussi le parti populaire fut puissamment secondé par le parti
intermédiaire de l'étranger , qui , lors de la révision , le vrai ,
moment d'épuration pour les intrigans et les patriotes , aban
donna ces derniers avec une différence bien marquée de sentiment
et d'intention , avec une indécence et un despotisme
qui annonçait déja la crainte qu'il avait de les avoir trop puissamment
secondés . "
( La suite au numéro prochain. )
( 189 )
零
NOUVELLE S.
ARMÉE DU MIDI. Du Port de- la-Montagne , 20 Nivôse.
des
Nous avons rapporté la relation de la prise de Toulon par
le général Dugommier ; le citoyen Lacroix nous en promet
une autre encore plus détaillée. Pour cela , écrit - il , je
yeux tout voir de mes propres yeux : j'ai visite l'arsenal un
bout à l'autre , j'ai ete dans nos plus beaux vaisseaux ; j'ai parcouru
avec les representans , dans une chaloupe , et à cheval ,
tous les forts , les redoutes occupés par les Républicains , et
ceux sérvaus de repaires à nos ennemis ; le fort Lamague , les
redoutes rouges et anglaises ont confondu ma raison ; je suis
maintenant convaincu que le port de Toulon est une
merveilles du monde , digne de porter le nom à jamais célebre
de la Montagne . Il faut voir ce que j'ai vu pour se faire une
idée de la, bravoure des Français . Les Anglais par leur fuite précipitée
, nous ont abandonné plus de munitions de guerre en
tout genre qu'ils ne nous en ont détruit . De ia Croix des signaux
on apperçoit de très - près l'escadre anglaise qui mouille aux
isles d'Hieres , malgré la précaution de faire croiser des bâtimens
pour empêcher des ennemis , leurs alliés , d'entrer dans le port
de Toulon. Il ne s'est gueres passé de jour qu'il n'en soit
entré , toujours dans la certitude d'y trouver des Anglais et des
Espagnols .
Du 24, on a signalé , le 21 , un convoi de 12 bâtimens de
trausport , venant , à ce qu'en présume , de Gibraltar ; 3 mille
hommes de troupes étaient à bord . Ce convoi allait entier dans
le port , lorsqu'il fut averti du danger par trois frégates anglaises
qui croisent journellement à la hauteur du cap Cépé tout
nous confirme que les escadres ennemies ont été cruellement
maltraitées par la derniere tempête .... On sait que les Auglais ,
le jour de leur fuite de Toulon , avaient accordé un asyle
à un grand nombre d'hommes et de femmes Toulonnaises
qui voulurent les suivre. Eh bien ! ces mêmes Anglais ont
débarqué , sur les côtes d'Hieres , tous ceux auxquels ils avaient
promis secours et protection : ces Anglais ne pouvaient ignorer
le sort que la République réservé à leurs complices . En effet
tous ces debarqués , tant hommes que femmes , ont été cong
duits ici , jugés , condamnés et fusillés comme émigrés .
Il vient de s'établir une communication directe entre l'isle de
Corse et notre port . Malgré tous les efforts du traître Paoli ,
les Français sont toujours en possesion de Berlin et de Saint-
Florent , où ils attendent des renforts en hommes et en provisions
; ils sont fortement retranchés sur les montagnes Saint(
go )
Pierre ; l'armée de Paoly a fait de vains efforts pour les en déloger.
ARMÉE DU NORD.
Il se prépare sur les différents points de cette frontiere de
grands mouvemens dan's notre armée depuis Dunkerque jusqu'à
Givet. Le comité de salut public a eu , comme on peut le
croire , de fortes raisons pour ne rien laisser transpirer de son
plan jusqu'au moment de l'exécution. On sait seulement que
la terreur regne dans la Belgique , et que l'ennemi s'attend
tons les jours d'être attaqué , c'est- à - dire repoussé.
Voici ce qu'on écrit de Landrecies , 26 nivôse :
« A minuit la générale a battu ; toute la garnison s'est mise
sous les armes ; les ennemis s'étaient emparés du poste qui
protégeait la seule route par où l'on peut entrer , ou sortir de
la ville . Ils ont commis , dans leur attaque , les atrocités des
Cannibales les plus cruels . Lorsqu'on vous dit qu'ils égorgent
les femmes , les vieillards , les enfans sur le sein de leur mere
vous regardez ces récits comine des amplifications de rétho
sique. Voici ce dont j'ai étc témoin . Lorsque nos infatigable's
bataillons les eurent reponsses , je me suis rendu à Hors , petit
Village qui fut le théâtre malheureux de leurs atrocités ; j'y ai
vn des paysans égorges à coups de bayonnettes . Le fils du
meunier de cet endroit a été assasiné dans sa maison ; la beauté
seule de ses deux filles et leur déshonneur les ont soustraits
à la mort ; ils ont fiui leur expédition par réduire le village en
cendres. "
COTES MARITIMES. Havre- Maral , 20 nivôse .
La corvette la Vipere , de 18 canons , qui était dans ce port
ent connaissance de deux navires ; elle donna la chasse à l'un
d'eux , et arbora pavillon anglais lorsqu'elle fut à portée de se
faire entendre ; le sloop Hissa , pavillon ostendais .; alors neuf
hommes armés , de l'equipage de la Vipere , s'embarquerent
dans un canot et furent à bord du sloop , ils demanderent au
capitaine d'où il venait il déclara venir de Cadix , et être
destiné pour Ostende ; ils l'emmenerent , et envoyerent cing
hommes de son équipage à bord de la corvette : ils mirent le
cap au sud pour gagner le Havre , où ils sont entrés le 19 de ce
mois après midi. Le chargement de cette prise , nommee Postevan--
cadix , du port d'environ 120 tonneaux , consiste en onze
balles de laine , 400 cuirs du Brésil , 20 balles de poivre ,
2 surons d'indigo , une balle de safran , et 800 morceaux de
bois de campêche.
( 191 )
Du 27. La municipalité provisoire de ce port , annonce
l'arrivée du navire le Ton , capitaine Daquemey , venant de
Liverpool , pour Os-
28 hommes d'équipage , du port de 700 tonneaux ,
tende , ayante
de sel , vin , eau-de-vie , destiné
"avec une artillerie de 12 canons ; ce navire est anglais ; il a été
pris par le travers de Staanpoint , par la fregate la Galathée ,
anx ordres du commandant Dufresne , en station dans la
Manche.
t
Port de la Montagne , 27 nivôse . Un superbe vaisseau à trois
mâts , chargé de tabac , destiné pour les feroces Anglais , vient
Her sur les côtes de notre arrondissement ; vive la Répu
uos braves canonniers ont fait preuve de leur habilité
ordinaire , en le perçant de part en part de trois boulets de
canons . La cargaison est forte de 275 tonneaux ; pour éviter
les pertes trop ordinaires dans les échouemens , nous l'avons
fait conduire sous bonne et sûre garde , daus le port de
Boulogne le capitaine et ses deux premiers matelots , ont
remis les différens , papiers dont ils etaient porteurs , et l'on
s'est assuré de leurs personnes .
266 Cherbourg . 26 nivôse . Le commandant temporaire du fort
national écrit au président de la Convention : Racontes à la
Convention , racontes à la France entiere les nouvelles conquêtes
maritimes de la République sur ses piteux ennemis . Les
frégates françaises la Galathee , la Carmagnole , la Résolue et la
Babet , sur 12 prises qu'elles ont ramassées au demi - cercle vers
la bayé de Torbay , frontiere d'Angleterre , viennent d'en envoyer
à Cherbourg cinq considérables. La premiere est un bricq
de 150 tonneaux américains , partant de Baltimore , et àllaut à
Amsterdam , chargé de sucre , de café et de coton.
Les autres sont deux bâtimens anglais à trois mâts , un
irlandais chargé de bled et de lard salé , et une galiote danoise ,
chargée pour l'Angleterre."
66
J'ignore encore le détail des cargaisons , excepté de celle
de l'Américain et de l'Irlandais : mais un capitaine de prise de
la Galathée , auquel je viens de parler à bord de l'Américain ,
Sannonee ces cargaisons comme très - riches .
Les sept autres prises out fait voile pour Morlaix . Ce n'est
pas fout : au déclin du jour , deux gros bâtimens se faisaient
appercevoir dans l'ouest , et dirigeaient leur route vers ce port.
Il est plus que probable que ces navires vont nous apporter
d'heureuses nouvelles , d'une eanonnade assez répétée qui s'est
fait entendre de ce côté - là , toute la matinée .
Du 27. Le même commandant écrit encore en ces termes
Ma derniere lettre annonçait à la Convention l'entrée en
ce port de cinq riches prises faites sur les Anglais , et lui eu
( 192 )
1
présageait de nouvelles celles arrivées ce matin au nombre
de quatre gros bâtimens , ont été suivies des fiégates françaises
la Carmagnole , la Pemone , l'Engageante et la Babet. C'est un
gros bâtiment américain et trois anglais , tous de bonne prise .
Des toiles , du fer , dé l'acier , du sucré , du café , du cóton ,
400 tonneaux de tabacs de Virginie , etc. ; voilà ce que ces
prises nous ont procuré . Ce sont en outre les plus jolis batimens
du monde et autant de richesses que les frégates de la
République ont pris la liberté d'enlever à M. Pitt , à ses dupes
et à ses esclaves .
" Ainsi nous pourrons leur aller faire visite , habillés de
leurs toiles , armés de leur acier , en prenant leur café , en
fumant la pipe à leurs dépens , et tout cela sur leurs ex navires
; c'est bien ce qui s'appelle fournir des verges pour se
fouetter.
" Mais cette carmagnole et compagnie sont des diables ;
on croira peut-être qu'elles se sont modestement contentées
de douze à quinze prises ; point du tout , elles ont jugé con
venable de porter le nombre jusqu'à 52 .
3
Je le tiens d'un des hommes de l'équipage de la Pomone ,
et puis deux corvettes anglaises ayant voulu tàter du bal , la
carmagnole leur a joué quelques airs de ces flageolets , et
soudain la salle de danse a manqué sous leurs pas .
51 Une frégate ennemie a aussi éprouvé quelques bordées
de la Résolue , la fuite leur a épargné le reste .
Le soir nous avons perdu de vue , dans l'est du fort ,
un bâtiment à deux mats venant de l'onest ; la présomption
est que c'est encore une prise .
" Si cela continue , la rade de Cherbourg ressemblera bientôt
à une rade d'Angleterre . Vive la République impérissable !
Salut , respect , confiance à la montagnarde représentation nationale
. "
• P. S. L'armée de Charrette , dite les Chouins a été mise en
déroute par le général Turreau . Charrette a été grievement
blessé.
Le fort Vauban a été repris par les troupes de la Répu
blique .
L'escadre de Cancale , sortie depuis peu pour aller en croi
siere, a ramassé dans sa course sept bâtimens de bonne prise ,
chargés de provisions de bouche et de marchandises . Vive la
République sur mer comme sur terre !
1
A VIS .
,
ON observé que les Rédacteurs n'ont rien de
commun avec l'Abonnement , la distribution etc.
C'est au citoyen GUTH , Directeur du Mercure
hotel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
objets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient resteṛ au rebut .
ment ,
Les personnes qui enverront au citoyen Gr
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbon
voudront bien les faire timbrer ; faute de quoi
ils ne seraient pas acquittés . Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
Le prix de l'Abonnement est de trente-fix livres
franc de port pour les Départemens et pour Paris .
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hôtel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure. L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois.
,
Les Souscripteurs du mois de Jauvier sont priés
de renouvelier de bonne heure leur Abonnement , afin
qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses et
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; ou joindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( No. 5. )
Tridi , 13 Pluviose ,
l'an deuxieme de la Republique.
( Samedi 2 Février 1794 , vieux ftyle. )
MERCURE
FRANÇAIS
,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE.
Jer 134
Tous les Livres , Cartes , Estampes , Mufique
& Arts divers, doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , no . 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 livres
franc de port .
CALENDRIER
RÉPUBLICAIN..
PLUVIOSE.
La Lune de mois a 30 jours . Du au 14 ,
les jours croiffent , matin & foir , de 2 heures.
Ere Républicaine .
Ere
J. PHASES
del de la
Vulgaire L. LUNE .
I primidi Iere Decade . 20 , lundi 18
... 2 duodi
3 tridi...
4 quartidi .
Squintidi .
6 fextidi .
7 feptidi .
8 octidi
9 nonidi.
10 Décadi .
21 mardi 19
22) merc..(20)
23 jeudi 21
24 vend . 22
Tems moyen
au Midi vrai,
H. M. S.
11 44 30
II 44 22
IT 44 IS
11 44 9
D. Q. 1 443
4358
25 fam . 23les , à 8
26 Dim . 24 h.
27
Hundi. 25 du mat.
28 mardi 261
11 43 54 24 m.
11.43 59
11 43 48
11 43 46 29 merc. 27
11 primidi II Décade . 30 jeudi 28 11 43 45
12 duodi ..
13 tridi...
14 quartidi ..
15 quintidi.
31 vend. 29 II 43 45
fa. F.50 N. L. 11.43 46
2 Dim . le 12 , à 11 43 48
3 lundi . 211 h . 10 11 43 50
16 fextidi .
17 feptidi.
4mardi 3 m.dum . 11 43 53
Smerc .
18 octidi
jeudi
11 43 57
II 44
19 nonidi
..
7 vend. G 11 44
20 Décadi..
8 fam. ZP. Q. 11 44.14
21 primidi 111 Décád. 9Dim. 8le 19, à 31 11 44 21 22 duodi .. 10 lundi
23.tridi
.
24 quartidi ..
25 quintidit
26 fextidi ..
27 feptidi ..
28 octidi ..
29 nonidi..
30 Décadi .
14 vend. 13
15 fam. 14 P. L. 11 45 23
16 dim. 15le 26 , F011 45 36
17 lundi. 16 h. 14 m.
18 mardi 17 du fcir.
11 45 50
11 46 S
9h. om. 11 44 30
11 mardi 10 du mat. II 44 39
12 merc. II 11 44 48
13 jeudi . 12
1 44 59
II 45 19
( No. 5. 1794.
MERCURE FRANÇAIS
DU TRIDI , 13 DE PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 1er février 1794 , vieux style, )
POÉSIE.
Couplets adressés à une ci - devant Retigieuse.
Air du Vaudeville : Tous les goûts sont dans la nature , eter
SOUOURRIISS innocent , doux maintien ,
Graces naïves et discretes ,
Front modeste , calme et serein ,
Distinguaient jadis les Nonettes :
En marchant , vous baissez le nez ;
Vous rougissez d'être și belle ;
Églé , tout cela vous décele ;
Je vois bien que vous en venez .
Teint pétri de roses , dé lys ,
Voix mignarde , façons gentilles ',
Beaux bras , par l'amour arrondis ,
Se trouvaientjadis sous les grilles.
De tous ces signes førtunés
Vous offrez l'heureux assemblage ;
Je dis , sans en vòir davantage :
Je vois bien que vous en venez .
Grace à la loi , dans ce beau jour ,
Le monde admire enfin vos charmes ;
Dans vos yeux , aujourd'hui , l'Amour
Trempe ses plus puissantes armes .
De tous ces amans enchaînés
Sous votre aimable et doux empire ,
Heureux celui qui pourrait dire :
Je vois bien que vous en tenez.
Tome VII.
t
Par le citoyen Benoit Lamothe,
N
( 194 )
U
CHARADE.,
N pronom est dans mon premier ,
Mais cela fort peu t'intéresse ;
Ce qui te touche plus , c'est que cette maîtresse
Que tu crois si fidele , et qui t'est mon dernier
Souvent sans en rougir se met à mon entier .
ENIGM E.
QUOIQU UOIQUE du sexe féminin
Nul tyran plus que moi n'obtient l'obéissance ;
Et le fer et l'airain
Assurent ma puissance .
Les sujets soumis à mes lotx
Attendent en silence
Que je fasse entendre ma voix ....
A m'obéir nul ne balance .
Les uns se prosternant dans un respect profond ,
Vers la terre courbeat le front ;
Un autre accourt , s'empresse , et vient recevoir l'ordre.
Là d'hommes agités , d'esprits , tumultueux ,
J'arrête l'importun désordree ;
Ici de soins publics et précieux
Je donne le signal , et je suis obéie ;
Mais du pouvoir tel est l'abus ,
Qu'à force d'ordonner je perds souvent la vie ,
Alors on me méprise . on ne m'obéit plus . "
Du plus heureux en richesse , en puissance ,
On sait que la frêle existence
Dépend d'un fil sans cesse menace :
7
Tel est mon sort : chacun peut d'un doigt courroueé ,
M'arrachant les ressorts d'une importune vie
Me plouger pour long - tems dans une léthargie
Qui le venge trop bien i, de mon pouvoir passé .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du Nº . 4.
2
Le mot de la Charade est Falot ; celui de 4'Enigme est Passionz .
celui da Logogriphe est Cornet.
( 195 )
LES DEUX AMIS DE SIRACUS E.
CONTE.
7
STRA IRACUSE gémissait sous la tyrannie de Denis . Cet homme
feroce usurpa le trône par la fraude et la violence . Ses malheureux
sujets sentaient tout le poids de son oppression ;
mais ils étaient contraints à se taire et à gémir de leurs maux.
Toutes plaintes qu'ils eussent osé faire étaient un délit puni
de mort.
J
Au milieu de la consternation générale qne causait cette
tyrannie , le jeune Pithias , plein de courage et de résolution ,
ne sut pas arrêter les transports de son indignation . Un exemple
qu'il vit de la barbarie du tyran , lai fit élever la voix et
déplorer hautemeut la calamité de sa patrie , Mais son impru
dence lui coûta bien cher.
J'7
Les espions qui étaient à la solde de Denis et répandus
par- tout , le dénoncerent aussi - tôt . Le tyran , dans sa colere ,
jura qu'il en aurait vengeance . L'infortuné se vit prompte .
ment environné d'infames satellites et traîné en prison.
Au même instant Damon , son ami , jeune homme vertueux
qui aimait Pithias autant que lui-même , viur
auprès de lui ,
frappé de la plus vive douleur . Mon cher Pithias , lui dit- il
tristement , hélas ! qu'as- tu fait ? Peut-être n'as-tu pas contenu
ta téméraire ardeur .…………… ... Non , mon ami , ce que tu
m'as prédit tant de fois est arrivé . Je n'ai pas su me contenir
ni t'imiter ; j'ai trop long- tems détesté en secret les cruautés
du tyran ; j'ai fait de vains efforts pour t'obéir ; mon indigna
tion l'a emporté , je n'ai pas su dissimuler ce que m'inspiraient
tant d'exemples de barbarie . Je perdrai la vie ; mais la
mort est préférable à un honteux esclavage . Je ne sens de
regret que pour mon vieux pere , ma tendre épouse et mes
deux bls . Ami , je te les recommande : console-les pour moi ;
in les assisteras et je n'aurai plus à me plaindre de mon
destin.
Les coupables ministres du tyran ne permirent pas que les
deux tendres amis s'entretinssent plus long-teins. On les sépara
l'un de l'autre avec violence . Pithias fut traîné en prison,
et Damon n'eut pas le pouvoir de le suivre .
:
Accablé de son désespoir , celui - ci cherchait dans sa pensée
s'il n'y avait pas quelques moyens de faire échapper son
N 2
( 196 )
ami ; après beaucoup de réflexions et d'incertitudes , il prit
enfin la résolution ' de se présenter à Denis même , au milieu
d'une garde nombreuse dont le tyran était toujours environné,
pour se rassurer contre les entreprises qu'il avait toujours
lieu de craindre . Courbé devant lui , Damon s'ecrie : Seigneur,
un jeune infortuné a été par ton ordre conduit en prison ;
je ne viens pas pour le defendre , ni demander son pardon ,
queique son délit n'ait été que l'effet d'une jeunesse impétueuse
; il est coupable à tes yeux , cela suffit ; la seule grace
que je te demande , est que la peine qui lui est destinée soit
différée de quelques jours. Il a loin d'ici son pere languissant ; "
son épouse , ses deux fils ont trop besoin de sa presence .
Permets , seigneur , que je m'offre en ôtage pour lui , que
Je prenne pour quelques jours ses chaînes , qu'il soit libre de
les revoir pour la derniere fois sa famille , de mettre ordre
à leurs affaires et de recevoir leurs embrassemens. Il reviendra
au terme fixé ; ou s'il y manquait , ma mort payera lapeine
de son retard.
T
Denis étonné d'une si nouvelle demande , eut la curiosité
d'en voir l'effet . Eh bien , dit- il , je lui donne deux jours ,
pendant lesquels . tu seras mis à sa place. Songe bien que si
l'aurore du troisieme jour ne le voit pas dans Siracuse , tu en
porteras aussi-tôt la peine.
Damon satisfait de la réponse court promptement à la
prison de son ami , de sa main delie ses fers et s'en chargeant
lui même avee empressement : va , dit - il console ta
malheureuse famille , Denis t'accorde deux jours que tu peux
employer sans défiance . Ils suffiront à te procurer une nacelle
pour te sauver ; ne perds point de tems , veille avec soin à
ta faite , et parts sans retard . Pithias , étonné moi , je fuirais
moi , dit - il , te laisser à ma place en butte aux fureurs
d'un tyran Hélas ! est ce ainsi que Damon me connaît !
rends - moi , rends - moi mes chaînes , si tu penses que j'aie
l'ame assez vile , assez perfide , assez exécrable pour suppor
ter cette pensée . Non , répondit Damon , la perfidie et la
lâcheté ne peuvent habiter dans le coeur, d'un ami tel que toi ;
tu n'en exécuteras pas moins ce que je t'impose ; tu as un
pere , une femme , deux fils à qui tu dois ta vie , puisque
sans toi ils ne pourraient soutenir la leur . Pour moi , je n'ai
point de si chers objets pour lesquels il m'importe de vivre :
mourir pour un ami et pour toi , sera le bonheur le plus
doux. Ah ! je ne puis souffrir que tu en jouisses , répliqua
Pithias . J'irai , puisque tu le veux , rendre mes derniers devoirs
à la nature , en embrassant mon pere , ma femme et mes
enfans mais demain , au premier rayon de l'aurore , tu me
reverras ; tu iras remplir ma place auprès des miens le don
que je leur fais de toi est plus précieux que ma vie. C'est
:
197 )
avec un tel présent que j'espère les consoler . En parlant ainsi ,
les deux amis se serraient mutuellement dans leurs bras ; leurs
larmes se confondaient dans leurs embrassemens ; ils se quitterent
enfin , et Pithias prit tristement le chemin de la maison
paternelle .
Le second jour se passe , le troisieme est commencé ; on
ne voit point reparaîtie Pithias. Damon se persuade que , cédant
à la douleur et aux larmes de sa famille désolée , son ami
s'est déterminé à fuir ; il en paraît plein de joie . Denis , au
contraire , se croyant trompé , devient furieux , et dans sa
colere il ordonne que Damon soit immediatement conduit
au supplice qu'il avait destiné à Pithias .
Ce triste événement se répandit bientôt dans toute la ville ;
le peuple se rassemble en foule sur la place pour voir cet
affreux spectacle ; les uns crient à la trahison contre Pithias ;
les autres sont remplis d'horreur d'une pareille perfidie .
Chacun condamne le jugement du tyran , et ne conçoit pas .
que l'amitié puisse être ainsi trahie . Denis , assis sur un
trône élevé pour lui , au milieu d'hommes armés , promenait
ses regards terribles , enflammés d'indignation , et tout montrait
en lui l'impaiience de se venger.
Damon , chargé de chaînes , s'avançant sous le couteau
meurtrier , remplit les cours de compassion ; on voyait de
tous les yeux s'échapper des larmes qu'on ne pouvait cacher .
Dans la commune douleur , Damon seul se montre cafine et
serein . Il rend grace aux dieux de l'avoir choisi pour sauver
son ami.
lui
Arrivé au milieu de la place , il attendait tranquillement
le coup fatal , les yeux bandés , le col à découvert , et déja
l'acier brille sur sa tête , lorsqu'on entend au loin crier :
arrête , arrête , cruel ! Hors d'haleine , tout couvert de sueurs
et de poussiere , on voit uu jeune homme s'avancer précipitamment.
A sa voix , chacun surpris se retourne ,
ouvre le passage . Il arrive au milieu de la place : Grace ,
s'écrie-t - il , grace soit rendue au ciel , puisque le devoir de fils
ne m'a pas privé d'accomplir celui d'ami . Il court à Damon ,
se jette à son col . Le peuple alors éprouve un sentiment
confus de pitié , d'étonnement et de joie ; c'est Pithias , c'est
lui même , se dirent-ils l'un à l'autre , Hélas ! qui l'aurait
jamais pu croire.
こ
Pithias alors quitte son ami et se présente avec intrépidité
à Denis , plongé dans une espece d'extase . Tu vois ta vic
time , lui dit-il ; mon supplice est prêt et l'innocence ne
périra point. Une dure nécessité a causé un si long retard.
Mon pere , mon malheureux pere ayant entendu la nouvelle
N 3
( 198 )
A
de mon destiu , est tombé subitement comme frappé de la
foudre . Envain j'ai employé tous les moyens pour le rappeler
à la vie cette nuit j'ai eu la douleur de le voir expirer . A
ces mots il s'interrompt un moment pour essuyer ses larmes
, et reprenant son discours je me suis arraché des bras
de mon épouse , de ines fils , et cherchant à mon retour la
route la plus courte , je me suis égaré dans un bois jusqu'au
jour ; remis dans mon chemin , j'ai hâté ma marche , et
puisque j'arrive assez têt , rends à l'instant la liberté à mon
ami , c'est tout ce que je desire de toi .
A ce récit chacun ne put retenir ses farmes ; le tyran luimême
sentit dans son coeur une pitié naissante qu'il cherchait
en vain à étouffer. I ordonne que Damon soit libre ;
mais , nouveau prodige d'amitié , Damon refuse sa place à
Pithias. Le tems , dit-il , qui avait été prescrit est écoulé ;
maintenant je suis dans les bras de la mort. Va , retourne
à ton épouse , retourne auprès de tes fils que tu as abandonnés
. Le noble combat qui se passa entre les deux amis ,
enflamma toutes les ames ; chacun à haute voix demandait à
Denis la délivrance de Pithias , Ce coeur , quoique de fer , ne put
résister à ce tableau si touchant . Sa cruauté native est ébranlée
, son amc est attendrie. La liberté et la vie , dit-il , sont
dues à tous les deux ; ils les obtiendront de ma clémence .
Une si rare amitié mérite mon attachement. En disant ces
paroles , il descend de son trône et court les embrasser
avec affection .
A la tristesse et aux larmes succede une joie qui change
cette scene tragique en une fête , où chacun s'empressa de
voir de près ces incomparables amis. Le tyran , adouci pour
la premiere fois , les fit asseoir dans
son char à ses
côtés , et le peuple les conduisit en triomphe jusqu'au
palais.
Telle fut la seule action génèrense d'un scélérat , qui n'aurait
pas dû mourir d'une indigestion , après trente -huit ans
d'une intolérable tyrannic .
( 199 )
NOUVELLES LITTÉRAIRE S.
Mascarades Monastiques et Religieuses de toutes les Nations du
globe , représentées par des figures coloriées dans la plus exacte
vérité , avec l'abrégé historique , chronologique et critique de
chaque Ordre , enrichi de notes sur l'origine de toutes ces pieuses.
folies . Par Giacomo - Carlo Rabelli ; dédié à la République Française
, par l'auteur .
ET ouvrage , dont il ne paraît encore qu'un volume et
dont on nous promet une suite , ne semble être autre chose
qu'une nouvelle forme donnée à une collection déja connue
sous le nom de Costumes religieux , et mise à l'ordre du jour.
Ce n'est pas qu'il y cut rien à gagner pour la partie morale :
il y a long-tems que tout était dit sur cet article , et les
moines avaient été jugés par la philosophie , et livrés aux
muses satyriques , bien avant qu'ils eussent été anéantis par
notre nouvelle constitution . Mais il y a dans cet abrégé des
recherches d'érudition , tirées de tous les historiens qui ont
écrit sur les ordres religieux , et tout livre où l'on trouve
des faits , des dates et des noms n'est jamais absolument
inutile .
L'auteur aurait pâ se dispenser d'une multitude de citations
en vers , le plus souvent très - étrangers au sujet , et qu'il paraît
n'avoir rassemblés de tout côté que pour faire voir qu'il
a lu autant de poëtes que de biographes et d'annalistes . Il n'y
met pas d'ailleurs plus de choix que d'a-propos . La plupart
de ces vers sont tirés d'auteurs qu'on ne lit plus , et prouvent
en même- tems qu'on fait bien de ne les plus lire. On
ne conçoit pas qu'il ait eu la patience d'aller rechercher
tous ces lambeaux rimés , qui ne sont gueres remarquables'
que par leur extrême platitude . De pareils ornemens sont un
genre de variété fort mal entendu . Qui est- ce qui se souciera
de rencontrer à tout moment des vers tels que ceux - ci
Le Nord a du goût pour les armes ;
Au Midi , le culte a ses charmes.
Quelquefois même il n'y a pas plus de rime et de mesure.
que de sens et l'on croia que ces citations ont été prises
dans ces petits papiers dont on enveloppe les pastilles et les
bonbons.
Les ordres religieux en général , et quelques moines en
particulier , ont souvent joué un rôle si considérable dans
ce monde auquel ils avaient renoncé , qu'un homme qui sau
rait penser et écrire , trouverait un assez bean sujet dans
NA
( 200 )
tin Bernard , un Ximénez , un Nitard et autres intrigans on
fanatiques de cette trempe , qui ont régné sous le froc., et
joint quelques talens à beaucoup de vices . Mais l'auteur n'a
encore touché que la partie la plus sterile de son ouvrage ,
dont les commencemens ne traitent gueres que d'ordres
ignores ou eteints depuis long-tems , et qui ne s'offrent dans
l'histoire que comme des monumens de la superstition et de
l'ignorance des siecles qui les out vas naître .
Sait- on aujourd'hui qu'il a existé ou qu'il existe des Freres
de St. Joseph , des Freres Enterreurs de morts , des Moines de
la vallée de Josaphat , des Freres du Purgatoire , des Freres de
la mort , des Moines porte - ciseaux , des Moines porte- épées , etc. ?
Mais tout cela peut être consigné dans les compilations historiques
qui sont les registres de la settise humaine , et devait
entrer dans le plan de l'auteur .
"
Il faut qu'il ait fouillé dans le Talmud et la Misna et dans
les fables Rabbiniques ; car il est très- au fait de beaucoup de
particularités domestiques , qui eurent lieu il y a plus de
de dix- huit cens ans , entre Joseph et Marie ; il est dans le
secret des querelles du ménage et nous dit très - sérieusement
Nous devons justice à Joseph : l'histoire nous ap-
» prend qu'il ne fut débonnaire que tant qu'il crut n'avoir
" pas à se plaindre ; mais que des qu'il fut certain que sa
,, divine moitie lui avait donné un adjoint , il ne garda plus
", de mesure , et cette fameuse fuite en Egypte ne fut que
l'effet de l'éclat qu'il fit . "
Cela est toujours bon à savoir. Il ne traite pas moins savamment
la mission de Gabriel , sur laquelle nous avions eu
deja des renseignemens par le chansonnier Collé ; ils sout
très-gais , comme on sait ; mais ils ne sont pas historiques .
A propos des Freres de la mort semble , dit - il ,
que cet ordre aurait dû exister le dernier , pour exhorter
à la mort et ensevelir tous les autres ordres . " ,
Cette plaisanterie n'est pas mauvaise , et il serait à souhaiter
que toutes celles de l'auteur fassent dans le même
goût .
·
L'article des Capucins aurait pû être extrêmement agréa
ble , avec ce talent si peu commun de joindre la bonne
plaisanterie à la saine raison , et avec la connaissance de
quelques anecdotes très divertissantes en plus d'un geure ,
que l'ordre séraphique a fournies aux curieux . Leur vanité ,
entr'autres choses , égale à celle des Jesuites , et beaucoup
plus amusante , était un fonds de ridicule assez riche . Je
n'en citerai qu'un trait moins connu peut- être que les autres :
c'était la signature fort extraordinaire d'un des gros bonnets
de l'ordre Marc , Rach , Lue Quiskrif de Lansfoudras , de
Kinkerverlosaën Kaër , Custode de la grande Custodie , premier
Capucin de France , et second Capucin du monde.
Cet ordre , qui prit paissance au commencement du sei(
201 )
sieme siecle , n'était qu'une réforme de celui des Franciscaius
, fondée principalement sur la forme du capuchon
que Mathieu Baschi , pere de toutes les capucineries , prétendait
devoir être pointu , à l'instar de celui de François
d'Assise . La difficulté était de s'assurer quelle était la veritable
forme de l'habit qu'avait porté St. François . Grands
débats , comme on peut l'imaginer . Il ne fallut rien moins
que des miracles , des révélations , des apparitions , pour déeider
une question de cette importance . Elle serait peut- être
encore à résoudre , comme bien d'autres de la même espece ,
si le bon St. François n'eût pris la peine de descendre luimême
du ciel pour le repos du monde , et de se montrer en
songe à Baschi avec le plus beau capuce pointu qu'il fût
possible de se figurer. Baschi transporte , dessine de mémoire
T'habit séraphique , et il se trouve à point nommé un charbonnier
qui possede une vieille médaille de St. François , absolument
conforme à ce que Baschi avait vu er songe. Il
n'y eut pas moyen de résister à des preuves de cette force ;
le pape donna des bulles pour l'établissement de l'ordre du
saint capuce , des véritables enfaus . de St. François , et le
monde eut des capucins . On sait à quel point ils s'y étaient
multipliés , avec la bénédiction du ciel : l'auteur en offre une
longue énumération qui fera trembler ceux qu'elle n'édifiera
pas . Il est vrai qu'ils ont perdu la France ; mais ce n'est qu'un
rayon de moins à l'auréole de St. François , qui est encore
bien brillante.
>
On nous assure ici qu'il y avait des capucins petits maîtres
set rien n'est plus vrai . On nous dit encore que le relâchement
s'était mis dans l'ordre à un tel exces qu'on n'y regardait
plus comme un point de discipline l'obligation de puer.
Cela fait frémir ; mais la corruption n'était pas générale ; et
bien des gens pourraient affirmer qu'à cet égard il y avait
encore de dignes capucins qui s'acquittaient de leur devoir.
Il en
On lear a souvent reproché l'ignorance ; elle était même
passée en proverbe . Cependant ils avaient une liste bibliographique
très- étendue de savans célebres chez eux .
résulte à l'examen , que plusieurs avaient en effet écrit sur
la scholastique , la theologie , les livres hébreux ; mais que
pas un n'a produit un bon livre .
L'index des livres défendus dans leur communauté présente
une singuliere méprise et une preuve bien risible de leur
ignorance . Ils ont porté sur cet index un ouvrage latin du
jésuite Labbe , qui a pour titre : Regula accentùum et spiritûum
Græcorum : Les regles des accens et des esprits de la langue grecque.
Ce mot esprits , qui ne signifie là que la prononciation plus.
ou moins aspirée de certains mots , leur a fait croire qu'il
était question de magie. Il est clair que des gens qui prenaient
un livre de grammaire pour de la sorcellerie , n'éaient
pas de grands sorciers.
( 202 )
L'aventure vraie ou fausse qui donna lieu , dit - on à la fondation
du prieuré des deux amans , près Rouen , a fait , je crois ,
le sujet de quelques romances . Un jeune homme , amoureux
de la fille d'un seigneur châtelain , fut surpris avec elle par
son pere . Le tyran féodal allait le tuer ; mais touché des larmes.
de sa fille , il promit de la donner à son amant , pourvu
qu'il la portât dans ses bras jusqu'à une colline assez éloiguée
, et rude à monter . L'amour ne doute rien le jeune
homme parvint jusqu'à la colline , mais il expira en yarrivant.
Sa maitresse ne voulut pas lui survivre , et l'auteur de
leur mort , un peu honteux de sa fantaisie de baron qui avait
fait deux victimes , fit ériger un monastere au lieu de leur
sépulture .
1
Cette origine ne manque pas d'intérêt , et n'est pas destituée
de vraisemblance ; mais les prêtres la trouvant trop profane
, y en ont substitué un autre qu'ils ont été chercher
dans Grégoire de Tours , grand conteur de fables religieuses .
11 écrivait six cents aus avant la fondation du monastere ;
mais un si petit anachronisme n'est pas une affaire pour
des
gens à miracles et pour des légendaires . Si la premiere version
a du tragique , c'est le comique qui regne dans l'autre
la voici.
Un mari et une femme habitant ensemble le jour et la
" nuit , garderent cependant une exacte continence pendant
plusieurs années . Le mari se fit enfin tonsurer , et la femme
se fit religieuse . Celle- ci étant morte , son mari lui rendit
les derniers devoirs , et dans le moment où il la mettait *
, dans le tombeau , il leva les mains vers le ciel , et dit : Je
" vous remercie , souverain arbitre de toutes choses , de ce
que vous m'avez, fait la grace de vous rendre dans toute
sa pureté le dépôt que vous m'avez confié . A ces mots ,
, la défunte se mit à sourire , et lui dit : Homme de Dieu ,
, taisez - vous . Pourquoi , sans qu'on vous le demande , divul
guez - vous une chose qui doit demeurer secrette entre nous ?
Après avoir prononcé ce peu de paroles , elle se couvrit de
9 son linceni , et se tut . Peu de tems après , le mari mourut
aussi , et fat inhumé dans la même église , d'un côte opposé .
, Le lendemain l'on trouva que les deux tombeaux s'étaient
rapprochés , et tellement joints ensemble qu'ils n'en faisaient
plus qu'un .
C'était apparemment pour que les deux époux fussent au
moins après leur mort ce qu'ils auraient dû être pendant leur
vie . Cette historiette est vraiment fort jolie ; mais c'eût été
un miracle encore plus instructif , si dans le moment où ce
benêt se félichait d'avoir respecté le dépôt , Etre qu'il invoquait
lui eût dit Il n'y a pas de quoi te vanter ; je ne te
l'avais pas donné pour cela . Mais ce miracle- li eût été à la '
façon des philosophes et non pas à celle des prêtres.
Puisque l'auteur est un crudit , il faut l'avertir d'une petite
( 203 )
整
erreur. Il prétend que le mot cenobite vient du latin canobium ,
canobita . Ce mot est purement grec , et n'a jamais pu être em
ployé que dans la basse latinite , qui était celle des moines ,"
et non pas celle des Romains . Les premiers solitaires qui se
rassemblerent sous la regle de St. Basile , s'appellerent cénobites
, mot composé de Beretes , vie commune . On n'ignore
pas que les premiers instituts monastiques prirent naissance
dans les contrées orientales de l'empire romain , où l'on parlait
grec. Il y a quelques autres erreurs sur les langues ou sur
les faits , mais en petit nombre , et celle -ci est la plus grave .
ANNONCES.
et les
1 Annuaire du Républicain , ou légende physico - économique , avec
l'explication des trois cents soixante- douze noms imposés aux
mois et aux jours ouvrage dont la lecture journaliere peut
donner aux jeunes citoyens et rappeler aux hommes faits les
connaissances les plus nécessaires à la vie commune ,
plus applicables à l'économie domestique et rurale , aux arts
et au bonheur de l'humanité. On y a joint le rapport et l'ins
truction du comité d'instruction publique , dans lequel se.
trouve le nouveau calendrier et la nouvelle division des mois ,
des jours et des heures .
Par Eleutherophile Millin , professeur de zoologie à la
société d'histoire , naturelle et au lycée des arts .
Un volume grand in - 12 d'environ 500 pages , en tête duquel
est un frontispice analogue au sujet , et ingénieusement composé
par le citoyen Monet , et gravé par Levasseur . Prix ,.
4 liv. broche pour Paris , et 5, liv. franc de port pour les
départemens . A Paris , chez Marie- François Drouhin , rue
Christine , nº . 2 ; chez les principaux libraires , et chez tous
les directeurs des postes de la République .
Catéchisme de la Déclaration des Droits de l'Homme et du
Citoyen , par J. B. Bouche - Seiche , maître de pension , et
ci-devant professeur en l'université de Paris ; chez l'auteur ,
rue des fosses St. Jacques , no . 7 , près de l'Estrapade . Prix 12 sols
broché en parchemin.
GRAVURES.
Tableaux gravés des principaux événemens de la Révolution
Française , depuis l'Assemblée des Notables en 1787 .
Troisieme livraison . Prix , 6 liv.
On souscrit à Paris pour cet ouvrage , qui peut être utile
à l'instruction publique , chez les citoyens l'Epine et Niquet ,
graveurs , rue du fauxbourg St. Jacques , no . 212 ; et chez
les principaux marchands d'estampes et libraires de la Répu- ¡
biique ; qui feront passer leurs avis franc de port .
MERCURE
*
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
L'IMPERATRIC
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 14 janvier 1794.
' IMPERATRICE de Russie n'a peut- être pas fait une aussi bonne
acquisition qu'elle le croyait en s'emparant d'une partie de la
Pologne. La terre n'est rien sans les bras qui la fecoudent.
Elle commence à en voir diminuer le nombre dans ses nouveaux
domaines . Les paysans serfs , comme dans tout le Nord ,
ne se soucient point de la prétendue liberté qu'elle leur donne
sans y joindre les autres biens qui doivent accompagner cette
prérogative de l'homme pour le rendre aussi heureux qu'il
est possible soit habitude de leurs chaînes , soit crainte d'acheter
leur subsistance au prix d'un travail excessif et précaire
, ces paysans émigrent en foule . Ils passent dans la Lithuanie
ou sur le territoire de l'Autriche dans la partie de la
Gallicie qui lui appartient .
Si Catherine éprouve d'an côté ce désagrément , de l'autre
son orgueil doit être flatté de l'accueil que Selim III fait à
M. Kutusoff , son ambassadeur , chargé par elle de remettre
au grand - seigneur des objets précieux par leur magnificence
et leur rarete . Mais voici qui est moins satisfaisant ; peu après
l'audience en question M. Kutusoff produisit une note où il
disait qu'un bruit répandu portait à croire que des frégates,
françaises , sorties du port de Smyrne avec l'agrément et par
la faveur de la Porte , avaient attaqué dans la mer des Isles
des bâtimens marchands de Russie ; que si cela était , la Russie
ne pourrait s'en prendre qu'à la Porte qui aurait négligé d'y
mettre obstacle.
A cela , le divan a répondu qu'il n'était
nullement vrai que les vaisseaux en question eussent été
favorisés par la Porte , que leur mise en mer s'était faite dans
toutes les regles usitéos en pareil cas.
-
Cependant les mêmes lettres de Constantinople du 25 décembre
, débitent deux nouvelles encore douteuses il est vrai ,
c'est que des vaisseaux français ont attaqué des vaisseaux russes
et anglais dans l'Archipel et qu'un bâtiment vénitien portant
pavillon russe a été pris par la frégate française la Sybille ,
et conduit dans le port de Mitilêne .
?
De Francfort- sur - le -Mein , le 21 janvier.
La maison d'Autriche sent bien qu'elle ne saurait continuer
long-tems cette guerre ; aussi , tout en faisant des préparatifs
( 205 )
nécessités par l'incertitude d'obtenir une paix que l'orgueil
humilie répugne à demander , s'attache - t- elle à seuer dans le
public le bruit de projets de pacification . Il est possible même
qu'on y travaille serieusement . On le conjecture du moins ,
d'après une longue conférence tenue le 26 décembre , à l'issue
de laquelle on hi partir des couriers pour les puissances coalisées
qui doivent envoyer , dit - on , des plénipotentiaires pour,
former un congrès , dont le point de reunion serait dans notre
ville.
Une nouvelle que l'on donne pour certaine aurait sans doute
beaucoup contribué à ces dispositions de la cour , c'est que
les Hongrois sont à la veille de demander et d'obtenir , car
on n'oserait les leur refuser , les mêmes avantages acordés aux
Brabançons rétablis par l'empereur dans tous leurs priviléges .
Mais la principale raison , c'est qu'on ne peut plus compter
sur l'assistance du roi de Prusse , pu'sque ce monarque a fait décla
rer qu'il serait hors d'état de continuer la guerre , à moins qu'on
ne lui fournit un subside annuel de 30 millions d'écus , somme
que la maison d'Autriche est assurément hors d'état de payer.
D'un autre côté , la Russie ne prend pas même la peine de
dissimuler qu'elle ne s'inquiettera pas beaucoup d'aider la
coalition qui se voit jouée par des promesses vagues . Elle
annonce aujourd'hui que les glaces l'empêchent de les remplir ,
tandis que ses flottes de Woronez et d'Asoph pourraient agir
si elle avait réellement l'intention d'être utile à la ligue des
rois.
On a tenté de nouveau , mais inutilement , de séduire les
cantons Suisses en faveur de cette cause désespérée ; et la
Cantons onetrien obtenir a dicté au cabinet de Vienne la
colere de ne
résolution suivante prise par le cercle de Souabe :
D'autaut que la cour impériale , dans la vue d'empêcher ,
d'un côté , l'exportation des grains vers les provinces de
France , et de faciliter , d'autre part , les moyens de subsis
tance aux armées impériales , a demandé qu'il fût mis des
bornes à l'exportation du côté de la Suisse , il a été résolu et
décrété , dans une conférence tenue à Morsbourg , le 19 dé
cembre dernier ;
1º . On ne laissera plus passer en Suisse ni chevaux , ni
boeufs , ni moutons , ni porcs , ni viandes salées ; on y laissera
encore moins passer des grains et des farines pour le commerce
, soit en sacs soit en tonneaux он en ballots :
les deux derniers articles seront sur-le - champ saisie et confisqués
.
,, 29. La même prohibition aura lieu pour l'avoine et pour
les légumes ,
3. Il ne se fera plus , par le lac , aucune exportation de
grains pour Geneve , Bâle , Bienne et Muhlhausen .
4 ° . Mais les marchés privilégiés le long du lac pourront ,
conformément au mode déterminé , laisser aller dans le Rhein(
1206 )
•
3
thal , dans toutes , la Targovic , dans l'abbaye et la ville de
Saint- Gal , à Glaris , à Appenzell , à Berne , à Neuchâtel et
days les trois lignes grises , ce qui est nécessaire à leur consommation
propre et immédiate , pourvu toutefois que cela se
fasse d'après des certificats en bonne forme donnés par les
cautons ou par les magistrats suprêmes ; certificats qui devront,
1. être munis du sceau des cantons ou des magistrats' , contenir
en toutes lettres les qualités fixées pour chaque achat ; 2º .
être toujours contresignés par les premieres personnes constituées
en autorité dans le canton , le territoire ou le lieu . Il
s'entend que les quantités n'auront rien d'immodéré , et que leur
extraction se fera de semaine en semaine .
19 5º . L'achat de ces grains n'aura lieu que dans les
marchés publics , et le transport ne pourra s'en faire que les
jours de marches , tout achat clandestin est séverement defendu.
9
1960. Si , par l'effet du mauvais tems les grains achetés
ne pouvaient partir le même jour de marché , leur sortie pourra
étre différée de deux ou trois jours , selon le tems ; mais , dans
ce cas , la cause du retard sera duement et expressément mentionnée
aux passe - ports.
970. Rien ne passera plus en Suisse pour servir à des
versemens ultérieurs , et tout commerce de eommission est
absolument interdit relativement aux grains. Il sera permis :
néanmoins aux louables cantous de Berne ét de Soleure ' ,
ainsi qu'aux seigneuries de Neuchâtel et des ligues , de faire
acheter par des commissionnaires duement légitimes , les quantités
nécessaires à leurs chambres à blé et convenues , pourvu
qu'il n'y ait jamais qu'un seul commissionnaire d'autorisé par
chaque état.
8° . En cas de contravention , tout ce qui s'exportera frau -
duleusement sera confisqué , le coupable sera mis à l'amende ,
et , selon l'exigence des cas , puni même corporellement , et
le batelier qui aura favorisé la fraude sera également puni
avec sévérité et privé pour un an du droit de faire le
cabotage.
go . Pour opposer un obstacle plus puissant au commerce
interlope , it a été résolu d'établir , à Morsbourg , à Consà
Langenargen , à Brégentz et Landau des bateaux
faisant croisiese , pour les frais desquels il sera perçu
par chaque sac de grains exportés , un impôt de 6 kreutzers .
tance ,
%
Il n'y a plus à Manheim aucun émigré Français ; le cardinal
de Montmorency a été le premier à vider cette place ,
où il sentait qu'il courait les plus grands dangers , s'il se
laissait surprendre . On fuit même de Mayence , dont les Français
pourraient savoir retrouver le chemin . Au reste , des
lettres de Spire les vengent des calomnies atroces répandues
contre eux par des ennemis qui ne pouvant les vaincre
cherchent à les dénigrer . Sans doute is imposent des cou-
".
( 207 )
tributions , ils assurent leurs subsistances ; mais ils ne dévas
tent point le pays , et paient les fourrages qu'ils se font livrer
par les cultivateurs .
Cependant , on est bien éloigné de croire par tout à ces
calomnies et de juger les Français d'après cela , témoins les
faits suivans : Les Hollandais partent définitivement jeudi de
Liége , disent des lettres de cette ville , du 2 plúviðse ; car
plusieurs de ses habitans , veritables amis de la liberté , ont
adopté la nouvelle division . Il continue toujours à passer par
ici beaucoup de bagages autrichiens et des malades qu'ils reconduisent
en Allemagne ; ils évacuent leurs hôpitaux. Il est
arrivé samedi à midi ( le 18 janvier , vieux style ) , 51 soldats
Français tous couverts de blessures , et 7 officiers , qui avaient
été faits prisonniers à l'affaire de Cambray , où le général
Declaye commandait. Ils étaient tout nuds et saus souliers .
Nous avons fait une quête entre nous qui a produit à chaque
soldat deux couronnes ( 12 liv . ) , une chemise et trois pains ,
la viande à proportion . Une femme seule leur en a porté
trente - cinq livres ; et sans la défense de la police , je crois
que toute la ville leur aurait porte quelque chose . Ils sont
partis dimanche au point du jour. Un pauvre ouvrier , qui
n'avait pour vivre que ce qu'il avait gagné pendant la semaine ,
s'est jeté au cou d'un de ces malheureuv , et l'a prié d'accepter
le produit de son travail , en disant qu'il pouvait bien
travailler huit jours pour eux voyant qu'il était sans souliers
, il ôta les siens , et força le soldat Français à les mettre
pour faire sa route . " ,
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE.
L'armée stadthoudérienne , forte de 22,000 hommes au com
mencement de cette campagne , se trouve aujourd'hui réduite
à goo . Les troupes sont en général fort mécontentes ,
et on le serait à moins ; car elles ont été bien battues et mal
payées ; les Hollandais avaient la précaution de ménager leurs
troupes aux dépens des Suisses , dont ces marchands , pour
qui l'argent est tout , croyaient pouvoir user comme de leur
chose propre puisqu'ils les payaient. Mais le canton de Berne
ne veut plus que les Suisses servent autre part que dans l'intérieur
, et ces sages dispositions , qui ménagent un sang précieux
, seront d'autant plus aisément suivies que 73 officiers
de cette nation ont eux-mêmes déclaré ne vouloir plus être
envoyés à la boucherie . Les ducs de Brunswick et de Meklembourg
retirent aussi leurs troupes , quoique celles du premier
fussent depuis sept ans au service de la République . ¡ I
résulte de tout cela que l'on sera bien force de n'acquitter ,
comme on l'avait déja annoncé , le contingent qu'en numé
raire , ou peut-être même d'abandonner tout-à -fait la partie.
Le grand-pensionnaire n'aspire qu'après sa retraite : la régence
·( 208 )
de Rotterdam a proposé de reconnaître la République Française
, ce dont les provinces de Frise et de Gueldres ne sont
pas fort eloignées. En outre , plusicuts Bataves ont manifesté
leurs sentimens en faveur de la cause soutenue par les armes
fiançaises dont ils ont célébré les succès . En un mot , une
étincelle peut allumer un incendie , et les choses en sont
au point de rendre croyable le bruit qui court d'un souleve
ment à Maestrict . On ajoute que le statdhouder a été obligé
d'y courir avec des forces suffisantes pour l'appaiser , et l'en
ne dit pas encore qu'il y ait reussi .
ANGLETERRE. De Londres , le 14 Janvier.
Les troupes de débarquement anx ordres du comte de
Moyra sont rentrees en Angleterre ,, ainsi que celles que portait
la flottille de l'amiral Macbride . Il a été depuis expédié
à Portsmouth un ordre d'armer 16 vaisseaux au moins de
74 canons , et deux régimens ont éte envoyés à la Jamaïque ,
soit pour défendre cette isle importante contre les tentatives
que pourraient faire les Français , soit pour être à portée
d'effectuer soi- même quelqu'entreprise sur leurs possessions.
Le gouvernement à fait rédiger et adresser les instructions
suivantes aux commandans de vaisseasx de guerre et corsaires .
› Comme par une premiere instruction , donnée le 6 novembre
1793 aux commandans de nos vaisseaux de guerre et corsaires
, nous leur signifiâmes qu'ils auraient à arrêter et détenir
tout bâtiment chargé de marchandises du produit des colonies
françaises , ou y portant , pour leur usage , des provisions et
autres secours et à les amener avec leurs cargaisons pour
être adjugées légalement . Il nous a plu de révoquer ladite instruction
; et en sa place nous avons jugé à propos de donner
les présentes pour être fidelement observées par les commandans
de tous nos vaisseaux de guerre et corsaires qui ont on
peuvent avoir des lettres de marque contre la France ,
1º . Ils ameneront , pour être adjugés légalement tous
navires avec leurs cargaisons , chargés de marchandises du
produit des isles françaises des Indes orientales , allant directement
des ports desdites isles à un por quelconque´en
Europe .
2º . Ils ameneront , pour être adjugés légalement , tous
vaisseaux avec leurs cargaisons , chargés des marchandises
du produit desdites isles , dont la proprieté appartiendra à des
sujets français , pour quelque port qu'ils soient destinés .
30. Ils saisirent tous bâtimens qui tenteront d'entrer dans
aucun port desdites isles , qui est , ou qui sera bloqué par les
armes de S. M. ou de ses alliés , et les enverront avec leurs
cargaisons pour leur adjudication , conformément aux termes
du
1
( 209 )
1
du second article de la premiere instruction du mois de
juin 1793 .
4. Ils saisiront tous navires chargés en tout ou en partie ,
de munitions navales ou militaires , destinés pour aucun port
desdites isles , et les enverront dans tel port appartenant à
S. M. qui conviendra , afin qu'il soit décide d'eux et de leurs
cargaisons , conformément aux reglemens et aux lois des
nations . 99
Ces instructions sont probablement venues au sujet d'un
grand nombre de corsaires français qui fatiguent le commerce
britannique dans les mers du Nord ou croisent dans la Manche .
Ce commerce , dont l'Angleterre tirait toute sa splendeur , est
presqu'entierement ruine . Les ouvriers découragés s'empressent
de quitter les manufactures d'un pays où il n'y a plus de tra
vail , ni par conséquent plus de pain . Il se fait un grand
nombre d'embarcations à Gravesend pour Baltimore dans les
Etats - Unis d'Amérique , région fortunée sous l'heureuse influence
de la liberté , et où la population s'est tellement accrue
que l'on compte actuellement 18 états au lieu de 13. La province
de Maine , entre Pisquataca et la riviere de Sainte-
Croix , fournira un des nouveaux états ; le district de Francklin
et celui de Cumberland , situés au midi , formeront les deux
autres .
Les vrais républicains de Boston ont adressé au citoyen
Genet , cet indigue représentant de la République Française ,
un morceau où ils lui donnent des leçons pleines de
9
sagesse
et de force , au sujet de l'appel au peuple des Etats - Unis dont
il s'était permis de menacer le président du congrès . ( Nons
citerons dans le prochain numéro les passages les plus inté
ressans de cette piece vraiment éloquente :)
Il y a eu le 5 au département des affaires étrangeres un conseil
de cabinet où presque tous les ministes se sont trouvés . On
en a envoyé le résultat au roi et aux membres absens ,
Quelque desir ou plutôt quelque besoin qu'on ait de faire
là paix , on hésite encore , parce que l'on seut bien que si
elle se fait , le peuple en reviendra à la demande de la re .
forme parlémentaire , qu'on aura d'autant plus de soin d'evi
ter dans la circonstance présente , que cette réforme en amener-
it nécessairement d'autres . Cependant l'inquiétude de
ceux qui sont à la tête du gouvernement est extrême . Il y a
la plus grande indiscipline dans les troupes de l'intérieur ,
et c'est un mal sans remede , tant que le parlement , qui
seul à droit de renouveler tous les ans le Mutiny- bill , ne scra
pas rassemblé . Il a encore des sujets de crainte d'une nature
bien plus grrve . Toutes les lettres reçues des côtes de France
portent qu'on travaille sans ìelâche , dans les ports du Nord
Tome VII. Q
1
( 210 ) 1
de la Normandie et de la Bretagne , à des préparatifs d'attaque
contre nos côtes on y a mis tous les bâtimens de
commerce en requisition on y construit des embarcations
et des batteaux plats propres à recevoir des troupes de débarquement
, et plus de 80,000 hommes de troupes Françaises
couvrent ces mêmes côtes , sur lesquelles M. Pitt voulait
tenter une descente avec 13 ou 14 mille hommes. Les isles
Scilly peuvent aussi être enlevées d'un coup de maiu , et
c'est à quoi les habitans s'attendent à chaque instant.
On sent bien que des circonstances aussi épineuses fournissent
matiere à beaucoup de délibérations . Aussi fut- il tenu
le 8 un nouveau conseil - d'Etat , où assisterent tous les ministres
, et qui dura depuis 9 heures du matin jusqu'à 6 henres
du soir immédiatement après , il fut expédié un courier
extraoadinaire à sir Moston Eden envoyé à la cour de
Berlin .
"
On n'a toujours point de nouvelles officielles de Toulon ;
et c'est ce qui fait que l'on croit toute la relation française ,
même dans ce qu'elle a de désavantageux pour la prudence
et la bravoure des Anglais .
Il a été fait une proclamation pour un jeûne général , qui
doit avoir lieu le 28 février en Ecosse et en Irlande , afin d'obtenir
da ciel des succès dans cette guerre .
Si M. Pitt paraît comme ministre à la rentrée du parle .
ment , car on parle de sa retraite , et même forcée , on croit
qu'il proposera la répartition égale de l'impôt foncier , le
rappel des troupes et l'addition de 20,000 étrangers à l'armée
de l'intérieur .
La haute cour de justice d'Ecosse a condamné le secrétaire
de la Convention Ecossaise à 14 ans d'exil . Mais le lord
Mansfield , titulaise de la très - grande et très - lucrative place de
chef de cette justice , et qui n'en remplit pas plus les fonctions
que ses prédécesseurs , a été sommé par M. Margarot
de se trouver à son poste .
C'est , dit - on , l'amiral Barrington qui doit remplacer
l'amiral Howe .
P. S. 11 transpire quelque chose du discours que le roi
prononcera à la rentrée du parlement. On sait qu'il insiste
sur la possession temporaire de Toulon , sur le mal fait à la
marine française , et principalement sur la destruction entiere
des pêcheries de morue que les Français avaient au banc de
Terre-Neuve.
( 211 )
REPUBLIQUE FRANÇAIS L
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DAYID .
Séance du duodi , 2 Pluviôse.
༈། ྃ ་
Cette séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs adresses,
parmi lesquelles on a remarqué celle de la société populaire de
Garnache . Elle annonce que le culte de la liberté a fait disparaître
dans cette commune toutes les divisions que fomentaient
les rivalités des sectes religieuses . Les Protestans et les
Catholiques ne font plus qu'une même famille ; les ministres
des deux cultes ont renoncé à leurs fonctions . La raison
seule , disent ces citoyens aura désormais des autels parmi
nous , et le même lieu de repos renfermera les cendres des
citoyens , quelqu'aient été leurs opinions religieuses . Le fauteur
de la tyrannie , l'ennemi de la liberté méritent seuls la souscrip
tion des hommes libres .
2
La société populaire de Douai demande que les ministres
du culte ne soient plus payes aux frais du trésor public.
Les administrateurs du district de Fontenai- le - Peuple , dépar- ·
tement de la Vendée , annoncent qu'ils ont envoyé à la monnaie
de la Rochelle 221 marcs d'argenterie , une grande quantité
de fer , de cuivre , ainsi que toutes les cloches de leur
district ; ils ajoutent que les biens d'émigrés se vendent à un
très haut prix.
Une députation de la société populaire de Chambéry présente
à la Convention nationale un den patriotique de 8630 1 .
et plusieurs objets nécessaires à l'équipement des défenseurs
de la patrie . Elle annonce que des fonderies de canons sont
en pleine activité dans le département du Mont - Blanc ; que
l'argenterie qui décorait les églises a été portée à la monnaie
pour être transformée en monnaie republicaine , et que les
contributions de 1793 sont presqu'entierement payées .
་
Coupé de l'Oise , au nom du comité d'instruction publique
, a appelle l'attention de l'Assemblée sur les bibliotheques
nationales . Il a proposé d'établir dans chaque district une bibliotheque
publique . Les fonds en sont amassés depuis des
siecles , et ils sont dignes de l'envie de toute l'Europe . Les
bibliotheques principales des grandes communes , celles qui
étaient publiques , doivent sans doute être maintenues ; mais il
s'y trouve des parties doubles et mult pliées que l'on peut en
séparer. Dans la même ville il existe souvent plusieurs
bibliotheques . Il n'est pas de district qui n'en compte plu-
"
( 212 )
sieurs , soft dans les ci - devant maisons religieuses , soit dans
celles des émigrés . Ce sont ces différentes collections littéraires
, que le rapporteur a proposé de rapprocher , et d'en
composer une bibliotheque dans chaque district , afin de
mettre , antant qu'il est possible , tous les citoyens à portée
d'aller s'y instruire .
Le président annonce qu'une députation de la société des
Jacobins demande d'être admise à la barre . Elle est admise
avec la garde nationale de Paris . Une musique militaire les
précédait ; l'orateur s'exprime ainsi :
Représentans d'uu peuple, libre , c'est aujourd'hui l'anniversaire
de la mort légale du tyran. Un si beau jour qui retrace
aux ames républicaines un acte ordonné par la raison et par la
nature , comme le premier pas du bonheur pour l'humanité
entiere , doit être célébré prr tout homme qui sait apprécier
sa dignité .
" La société des Jacobins , remplie d'ames brûlantes pour
la liberté , premiere divinité du sage et de l'ami de la nature , a
voulu en masse , avec ses tribunes et une députation de la
commune de Paris , consacrer ce beau jour à féliciter de
nouveau les vrais Montaguards du courage avec lequel ils ont
été l'organe du peuple Français , en anéantissant le noustre qui
Ie dévorait..
*
" La société vous invite , Montagnards , à décréter que
cet anniversaire sera célébré tous les ans , et consacré à la
liberté.
" Continuez vos travaux commences avec cette fermeté qui
convient aux hommes libres ; soyez l'épouvante des tyrans du
globe , et l'espoir des humains. Bientôt , à l'exemple des Français
, tous les peuples secoueront le joug , et briseront leurs
fers . Alors si l'élan sublime du peuple dont vous avez le bonheur
d'être l'organe , doit servir de modele à tous les peuples ,
votre courage , vos vertus civiques serviront de leçons à leurs
représentans .
Point d'égalité , point de liberté avec un roi ; point de
bonheur sans égalité , sans liberté . Vous avez détruit un roi ,
vous avez donc voulu l'égalité et la liberté , c'est - à - dire le
bonheur du peuple ; vous avez bien mérité de la patrie . ,,
Le président exprime dans une répouse énergique , combien
la Convention est satisfaite d'avoir dans son sein les plus
zélés partisans de la liberté . Un membre convertit en motion
le voeu qui vient d'être emis , et la Convention décrete que
tous les ans , à pareil jour , il sera célébré une fête civique..
dans toute l'étendue de la République .
Les tyrans , dit Couthon , faisaient célébrer par les peuples
l'anniversaire de leur naissance , qui était un fléau pour 1 humanité.
Vous venez de décreter la célébration de l'anniversaire
de la mort d'un d'entr'eux , mort qui a été un bien
pour l'humanité. Exprimons par un mouvement spontané et
( 213 )
1
subit cette pensée terrible pour eux , consolatrice pour les
peuples Mort aux tyrans , : paix aux chaumieres. "9
L'Assemblée se leve avec enthousiasme , et renouvelle cette
déclaration solemnelle , elle répete le serment déja prononcé
plusieurs fois par elle : Vivre libre , ou mourir . Elle jure encore
la République une et indivisible . Cette scene intéressante a
été terminée par l'exécution de plusieurs airs patriotiques . L'Assemblée
s'est ensuite mise en marche avec les citoyens , et s'est
rendue à place de la Révolution .
Séance extraordinaire du soir.
Après avoir accueilli plusieurs dons patriotiques offerts par
diverses communes et sociétés populaires , la Convention a
procédé au renouvellement, du bureau . Vadier ayant réuni la
majorité des suffrages a été proclamé président .
PRÉSIDENCE DE VADIER.
Séance du tridi , 3 Pluviôse.
La lecture de plusieurs adresses a occupé les premiers momens
de cette séance . La société populaire de Cologne , qui a
été une des premieres à adhérer aux journées des 31 mai et
2 juin , annonce que sur une population de 700 ames , elle
a fourni 100 défenseurs à la patrie ; l'emprunt volontaire a
produit plus de 15,000 liv . ; les offrandes en bas , souliers et
chemises , sont immenses . Elle ne reconnaît d'autre culte. que
celui de la raison , et d'autres fêtes que les jours de décade .
La société populaire de Dammartin demande que les prêtres
ne soient plus salariés par la nation . Par-toni , la vente des
biens des émigrés se fait avec un égal succès . Dans le district de
Villefranche , deux domaines estimés 382,000 , ont éte vendus
un million .
La commune de Senlis envoie 985 chemises , 138 paires de
souliers , 158 paires de bas et autres objets d'équipement. A
un don de même nature , les administrateurs du district de
Laon joignent 761 marcs d'argenterie . La société populaire de
la commune de Blamont a monté , armé, et équipe un cavalier .
Elle annonce un don de 2364 chemises . Cet exemple est imité
par beaucoup d'autres sociétés populaires .
Bourdon de l'Oise s'est plaint amcrement du spectacle qui
avait été donné hier sur la place de la Révolution , au moment
même que la Convention célébrait l'anniversaire de la mort du
tyran ; quatre malheureux y ont été amenés pour expier leurs
crimes , mais l'instant de leur supplice semblait n'avoir été
commandé que pour souiller de leur sang la représentation
nationale . Qui de nous n'a pas fremi , a dit Bourdon ? qui de
nous n'a pas détourué ses regards de cetic horrible tableau ?
Il est impossible que cette scene n'ait été préméditée pour avilir
la Convention . je demande qu'instruite de ce qui s'est passé ,
0 3
( 214 )
hier , elle n'aille jamais , a l'avenir , à des fêtes , que lorsqu'elle
en aura ordonné la marche et la police . Je demande
que le comité de sûreté générale soit chargé de rechercher .
cette affaire , et s'il y a eu un dessein prémédité , que les
auteurs en soient séverement punis. Les propositions de
Bourdon sont adoptées .
Barrere , au nom du comité de salut public , annonce la .
reprise du fort Vauban par les troupes de la République . Les
brigands royalistes ont disparu en imitant les metéores destructeurs
; ils ont mis le feu au fort ; ils ont dévasté les divers
maisons de la ville , ils ont tout couvert de mines , dont une
partie a éclaté , et ils ont emporté les canons . Mais il nous
reste des remparts inexpugnables et mobiles , une armée de
Républicains. Il n'en a pas coûté un homme à la République ,
et d'après l'avis des gens de l'art , la reprise militaire du fort
Vauban aurait coûté cinq à six mille hommes à la République .
Le sang républicain est épargné ; nous rebâtirons les forts
nécessaires . Quant aux maisons des villes de guerre , elles ont
été toujours plus nuisibles qu'utiles . Il ne faut pas croire cependant
que , quoique l'Autrichien ait évité le combat en
fuyant lâchement , il n'y ait eu aucun trait de dévouement
qui honore les soldats Français . Les magasins à poudre étaient
minés , la ville était remplie de mêches qui allaient faire sauter
tous les habitans ; de braves volontaires se sont élancés partout
, et ont arraché toutes les mêches avec un dévoûment admirable,
Ainsi , les frontieres sont purgées , le Palatinat est
puni , et l'Autrichien est flétri par la terreur.
L'ennemi a tenté de faire un mouvement à Worms ; mais
bientôt les Républicains ont repris leur position . Worms est
Occupé par nous , et nous y avons recueilli des magasins
immenses de blé , de cuir et de draps .
Dans les guerres ordinaires , a ajouté Barrere , après de
pareils succès , on eût cherché on eût obtenu la paix . Les
gueres des rois n'étaient que des tournois ensanglantés dont
les peuples payaientles frais , et dont les rois commandaient
insolemment la pompe .
Mais dans la guerre de la liberté , il n'est qu'un moyen ,
c'est d'exterminer les despotes. Lorsque l'horreur de la tyrannie
, et l'instinct de la liberté ont mis les armes dans les mains
d'hommes braves , ils ne doivent les poser qu'en dictant la paix.
Lorsque des Republicains ont formé quinze armées , il n'y a ni
paix , ni trêve , ni amnistie , ni ancun traité à faire avec les
despotes , qu'au nom d'une République affermie , triomphante .
et dictant la paix aux nations .
" Ayons seulement la conscience de nos forces , et nos forces
seront centuples . Ayons devant les yeux le tableau des peuples
vaincus par nous ; parcourons la nomenclature de ces esclaves
"
( 215 )
募
divers , et la dignité du Français sera incontestable . Nous'
avons fait ce tableau ; le voici :
La coalition a attaché au char du despotisme , 22 peuples
qui ne sont pas encore réveillés , Hollandais , Anglais , Ecossais ,
Irlandais , Hanovriens, Brunswikois , Hessois , Prussiens , Ban de
l'empire , Autrichiens , Hongrois , Bohémiens , Flamands , Russes , "
Piémoutais , Sardes , Permesans , Florentins , Papistes , Napolitains
, Portugais , Espagnols . Des dénombrer c'est comptér
les vaincus ; quelle plus belle campagne que la nôtre peuvent
done présenter à l'Europe les Espagnols , les Anglais fugitifs à
Toulon , les Prussiens battus à la Moselle , les Autrichiens
passant le Rhin , les Hollandais et les Irlandais chaffés de
Dunkerque .
" Cependant quelques voix se font entendre et vantent déja
les avantages de la paix ; quel politique habile , quel patriote
sincere , quel républicain prononcé oserait parler de paix sans
craindre de compromettre la liberté , et de faire perdre à la
République Française l'attitude qu'elle a prise aux yeux du
monde.
Qui se donc parler de paix ?
Les aristocrates , qui sentent que la révolution a pu enfin
les atteindre .
" Les modérantins , qui ne peuvent vivre dans l'atmosphere
élastique et fort de la République .
Les riches , qui comprennent que leur avare résistance
n'a plus de succès à espérer.
" Les descendans des castes ci - devant privilégiées , qui
voient que le regne de l'égalité s'établit .
" Les amis des conspirateurs , qui savent enfin que la justice
nationale les observe et les punit.
" Les ames pusillanimes et timides , parce qu'elles ne peuvent
se faire au régime vigoureux de la démocratie .
Les mauvais citoyens , parce qu'ils esperent échapper à
la surveillance des hommes libres .
Les prétendus patriotes , qui peuplent facilement le parti
de l'étranger , parce que les gouvernemens royalistes ont besoin
d'attiédir notre ardeur patriotique , d'atténuer nos forces guerrieres
et de refroidir la chaleur de la révolution , ou d'arrêter
son mouvement salutaire ,
99
" Qui ose parler de paix ? Ceux qui esperent ajourner la
contre- révolution à quelques mois , à quelques années , en
donnant aux étrangers , aux tyrans , le tems de se restaurer
le tems de sucer les peuples , de refaire leurs approvisionnemens
, de recruter leurs armées ,
" Qui ose parler de paix ? Brunswick , Cobourg , Pitt ,
Hood et Ricardos . Deja dans les frontieres du Nord et du
Midi des adresses impiimées sont colportées dans les armees
et dans les campagnes et dans les villes de guerre . On prétend
éclairer le peuple sur les maux de la guerre , et on lui fait
04
( 216 )
1
demander la paix . Quel piege grossier ! Puisque nos lâches
enuemis s'occupent eux - mêmes de composer cette opinion ,
et qu'ils ont l'ineptie d'espérer qu'ils la formeront , citoyen , il
nous faut aujourd'hui redoublement d'audace contre les conspirations
, redoublement de sévérité dans les rapports , redoublement
de force, dans les mesures , redoublement d'examen
dans les hommes qui se disent patriotes , redoublement de
discipline et de moyens pour maintenir les belles et victorieuses .
armées de la Republique , redoublement de fabrication d'armes ,
de poudres et de canons .
Il faut la paix aux monarchies ; il faut l'énergie guerriere
à la R publique."
" Il faut la paix aux esclaves ; il faut la fermentation de
la liberté aux Republicains.
Il faut la paix aux gouvernemens ; il faut toute l'activité.
révolutionnaire à la République Française .
La mort vaut mieux qu'une paix honteuse ou insuffisante .
Une guerie desastreuse vaut mieux qu'une paix factice . Ni
paix , i trêve , ni armistice aux tyrans coalises .
" Que les sociétés populaires s'emparent donc des moyens
de développer les crimes du gouvernement Britannique , et de
prouver que le ministere y est parvenu à nationaliser dans .
cette isle le despotisme , et à constituer d'une maniere pompeuse
a tyrannie royale . C'est la force de ce gouvernement
abominable que vous devez détruire ; c'est cet ennemi éternel
que le comité de salut public ne cessera de présenter au cou
rage des Français.
Carthage était aussi une république ; Carthage était navi
gatrice et commerçante ; elle avait une marine puissante , des
généraux célebres , une industrie brillante , et une constitution
politique ; mais la foi punique , mais sa politique astucieuse ,
mais ses moyens corrupteurs , firent sentir à la république ro
maine que sa liberté ne pouvait reposer que sur les débris de
Carthage , et Carthage fut détruit. 99
Ce rapport a souvent été interrompu par les plus vifs applaudissemens
. La Convention en a décrété l'impression et l'envoi
anx armées. Elle a autorisé le représentant du peuple au fort
Vauban de distribuer des récompenses aux soldats qui se sont
distingués.
Nos torces navales réunies au port de la Montagne étaient
sans chef , La Convention nationale , sur la présentation du
comite de salut publie , a nommé le contre- amiral Martin ,
command ut en chef des forces navales de la Mediterranée .
Voici ses titres à la confiance publique Martin a commencé
par être matelot , il est devenu pilote , sous - lieutenant , lieutepant
, capitaine de vaisseau , etc. Il a passé par tous les
grades ; il a dix-neuf ans de navigation sur les vaisseaux de
V'Etat.
Sur la proposition de Barrere , la Convention a décrété
( 217 )
qu'il sera établi à Saint-Jean -de - Luz , une école d'hydrographie ,
à l'instar de celles déja établies dans les autres ports de la
République.
La rédaction du décret sur la liquidation de tous les offices
non liquidés a été adoptée .
Il s'est élevé quelques débats sur une proposition de Barrere ,
tendante à autoriser plusieurs citoyens du Havre à acheter du
blé chez l'étranger avec le produii d'une taxe révolutionnaire
mise sur les riches . Les diverses obsesvations faites sur cet
objet , ont été renvoyées au comité de salut public
On a présenté la rédaction du décret rendu au commencement
de cette séance , sur la motion de Bourdon ; mais ce mambre
en a demandé lui -même le rapport , en disant que la maniere
dont la Convention avait accuei li ses propositions , devait
prouver à tout le monde que son intention n'etait
pas d'assistér
à l'exccution de quatre criminels .
Seance du quartidi , 4 Pluviôse.
Un coupable convaincu de faux, témoignage contre une
femme qu'il accusait , a subi le dernier supplice , non pour ce
crime , mais parce que lui-même il avait commis un délit contrerévolutionnaire
; l'accusation s été faite par l'accusateur public du
tribunal révolutionnaire ; mais si le scélérat a reçu la peine d'un
de ses crimes , il n'en aurait pas moins joui de l'impunité de son
faux témoignage par la lacune qui se trouve à cet égard dans
le code pénal ; il ne puniti ce délit que de huit années de
fers. Voulland qui a rendu compte de ce fait à l'Assemblée
a demandé que la Convention décrétât que les faux témoins
fussent frappés de la même peine qu'aurait encourue l'accusé
en cas de conviction . Cette proposition a été adoptée en çes
termes :
La Convention nationale décrete , par article additionnel
au code pénal , que tout individu convaincu de faux témoi
nage sur une accusation capitale . sera puni de mort . Elle
charge sou comité de législation de présenter incessamment
un projet de décret sur les peines à infliger aux individus
convaincus de faux témoignages sur les accusations qui ne
seraient pas de nature à déterminer la peine de mort.
On sait avec quel courage et avec quel héroïsme les gre
nadiers de la Convention ont combattu dans la Vendée . Ils
étaient partis 180 , ils ne sont revenus que 120. Les 60 autres
ont péri ou sout hors de service . Il en est parmi ces derniers
qui paraissent dans une médiocrité plus qu'ordinaire ,
ils ne demandent rien , mais ils ont besoin . Sur la proposi
tion de Couthon , l'Assemblée leur a accordé à chacun , outre
leur solde , une gratification de 400 liv . La même indemnité
sera payée aux veuves de ces grenadiers gendarmes qui ont
peri dans la glorieuse campagne qu'ils ont faite.
Un vieillard d'une commune du district de Cambrai cheminait
, suivi de son fils ; ils sont rencontrés par cinq satel
( 218 )
lites Autrichiens qui se précipitent sur eux le sabre à la main ;
le jeune homme vient défendre son malheureux pere , dont
les jours sont menacés ; mais aussi-tôt les cruels Autrichiens
lui abattent le poignet , et ces deux infortunes allaient être
massacrés impitoyablement si un détachement de, républicains
ne fût accouru à leur secours , et n'eût mis en fuite ces lâches
assassins . Ce malheureux vieillard se trouve dans le plus grand
besoin . Son fils était son seul soutien , et la blessure qu'il
a reçue l'empêche de se livrer à son travail ordinaire ; il réclame
des secours. Sa pétition est renvoyée au comité des
secours .
André Dumont , représentant du peuple dans le départe
ment de la Saône , écrit que les prêtres avaient voulu se lever ;
mais ce mouvement a tourné contre eux ; les confessionnaux
ont été convertis en guérites ; les chaires ne servent plus qu'à
la lecture des lois ; les églises sont converties en halles , et
le peuple va acheter sa nourriture là où depuis des siecles
il allait avaler le poison .
Sur le rapport d'un membre du comité des finances , l'Assemblée
a mis à la disposition du ministre de l'intérieur ane
somme de 100 mille liv. pour être distribuée aux différens
spectacles de Paris , à tire d'indemnité des differentes représentations
qu'ils ont données pour le peuple .
Sur le rapport de Peyssard , au nom du même comité et
de celui de secours public , la Convention a mis à la disposition
du ministre de l'intérieur la somme de 30 mille livres ,
pour être distribuée , à titre de secours , aux patriotes réfugiés ,
de Valenciennes .
On a reproduit la proposition précédemment faite par
Léonard Bourdon , de restituer aux citoyens indigens leurs
effets déposés au Mont - de - piété . Elle a été adoptée avec
exception . Il sera fait incessamment un rapport sur la question
de savoir s'il est utile au bien general de conserver les
établissemens connus sous la dénomination de Mont - de - piété .
1
Séance de quintidi , 5 Pluviôse.
Camille Desmoulins a dénoncé une violation des décrets
sur les bibliotheques et objets des arts . Des commissaires de
section se sont transportés chez son beau -pere , auquel ils
ont enlevé une partie de ses livres , parce qu'ils traitaient de la
jurisprudence ; une riche pendule , parce qu'ils prétendaient
que l'aiguille portait une fleur-de - lys ; cependant c'était un
refle , un vieux porte -feuille ministeriel placé au- dessus de sa
bibliotheque , et oublié depuis plus de cinq ans , parce qu'on
y a découvert les traces de quelques fleurs - de - lys . Cette perquisition
s'est terminée par l'arrestation du beau - pere de
Camille .
Bourdon de l'Oise , en attribuant cet acte à une vengeance
particuliere envers Camille Desmoulins , a demandé que le
( 219 )
comité de sûreté générale fit un rapport de cette affaire sous
rois jours.
Danten s'est opposé à l'espece de distinction , de privilege
que cette proposition semblait accorder au beau - pere de
Desmoulins. Si nous devions accorder une priorité , a- t- il
dit , ce serait aux malheureux , aux nécessiteux qu'il faudrait
d'abord tendre les mains . Je demande que la Convention médite
les moyens de rendre justice à toutes les victimes des
mesures et arrestations arbitraires , sans nuire à l'action du
gouvernement révolutionnaire . Je demande le renvoi de cette
question à la méditation du comité de sûreté générale qui se
concertera avec le comité de salut public ; qu'il soit fait un
rapport à la Convention , et qu'il soit suivi d'une discussion
approfondie , car toutes les discussions de la Convention ont
eu pour résultat le triomphe de la raison et de la liberté . "
Romme a ajouté à la dénonciation de Camille Desmoulins
un fait qui concerne les arts . Dans la section de Beaurepaire ,
des personnes se disant munies d'ordres du comité de sûreté
générale , sont entrées chez un marchaud d'estampes , et ont
enlevé plusieurs gravures , sous prétexte qu'elles portaient les
empreintes de la royauté ; il a demandée le comité de
sûreté générale poursuivit les personnes di se
sont dites
porteurs de ces ordres .
Les propositions de Danton et de Romme ont été renvoyées
aux comités réunis de salut públic et de sûreté générale ,
Merlin de Douai a obtenu la parole , au nom du comité de
législation , sur le décret rendu la veille contre les , faux tế-
moins , et il a observé que les peines portées dans le décret
sont renfermées dans le code pénal . D'après ses observations
la Convention a substitué le décret suivant :
Art . Ier . La peine de mort prononcée par l'article XLVHI
de la section II du titre II de la seconde partie du code
pénal , contre les faux témoins entendus sur des accusations
capitales , aura lieu , quoique les accusés à la charge desquels
ils ont déposé aient été acquittés .
9 II . Les faux témoins qui auront déposé à décharge , soit
que les accusés de crimes capitaux aient été acquittés ou condamnés
, seront pnnis de 20 années de fers , conformément
à la premiere partie de l'article du code pénal ci - dessus
anentionné.
,, III. Si néanmoins les accusations capitales sur lesquelles
il aura été déposé à décharge , ont pour objet des crimes
contre révolutionnaires , les faux témoins seront punis de
mort comme s'ils avaient déposé à charge .
·
,, IV. La présente loi sera lue publiquement aux témoins
assignés pour déposer dans chaque procès immédiatement
après l'acte d'accusation ,
,, V. Le décret rendu dans la séance d'hier sur le crime
de faux témoignage est rapporté. "
( 220 )
La prison de la Conciergerie est affectée aux seuls prévenus
de délits contre révolutionnaires , dont la connaissance
est exclusivement attribuée au tribunal révolutionnaire.de
Paris . Le nombre des prisonniers qu'on envoie de toutes les
parties de la République augmentant tous les jours , il était
à craindre qu'une trop grande quantité de détenus dans un
même lieu ne produisit au milieu d'eux des maladies épidémiques
. L'humanité et la justice fesaient un devoir de veiller
à la conservation de leurs jours , et c'est pour remplir ce
devoir sacré que Vouland , au nom du comité de sûreté générale
, a proposé à la Convention d'employer une partie de
la maison dite Episcopale de Paris à une infirmerie , uniquement
destinée aux prisonniers de la Conciergerie . Cette
proposition à été adoptée .
·
Plusieurs pétitions particulieres ont été entendues et renvoyées
aux comités qui doivent en connaître .
Séance du sextidi , 6 Pluviôse .
Le citoyen Larcher , capitaine au 6e . bataillon de la Somme,
acquitté la veille par le tribunal révolutionnaire , s'est présenté
à la barres son défenseur officieux a retracé à la Convention
la scene touchante qui a eu lieu au tribunal. Les
juges et les jurés , sachant que ce citoyen était dans l'indigence
, ont contribué pour lui donner les moyens de subsister
quelques jours . La Convention a accueilli avec intérêt
ce défenseur de la patric , victime de la calomnie , et lui a
accordé un secours provisoire de 300 livres . Elle a chargé le
ministre de la guerre de le réintégrer dans sa place , et le
comité de législation de lui présenter un mode général sur
les secours à accorder aux citoyens qui auront langui dans
les fers , et qui auront été acquittés .
Des députés de la société populaire de Sedan présentent,
une pétition , par laquelle ils réclament la liberté de deux
citoyens , victimes des vengeances personnelles des représentans
du peuple. "
Perrin monte à la tribune , et annonce que ces dénonciations
sont dirigées contre lui , parce qu'il n'a pas voulu servir
les passions particulieres des intrigans. Et moi , s'écrie
Lacroix , j'ai été dénoncé ; je m'en fais gloire . Commeat
serait-il possible que des representans du peuple , dont le devoir
était de destituer , de faire arrêter des intrigans , de
mauvais citoyens , de faux patriotes , n'aient pas été en butte
à leurs calomnies ; je demande que le comité de sûreté générale
nomme quelques-uns de ses membres pour former une
commission qui soit uniquement chargée d'examiner toutes
les dénonciations dirigées contre les représentans du peuple ,
et d'en faire un apport qui soit snivi d'une discussion . Je
demande encore que les dénonciations soient portées au
( 221 )
comité de sûreté générale par les pétitionnaires .
positions de Lacroix sont adoptées .
- Les
pro-
I parvient au comité de législation des réclamations sans
nombie pour l'exécution de la loi contre les émigrés . On
présente sur tout des difficultés sur le décret qui ordonne
la vente des biens des parens dont les enfans ont émigré . La
Convention a chargé ce comité de lui faire un prompt rapport
sur cet objet.
Les ci- devant fermiers-généraux annoncent à la Conventionqu'ils
viennent d'adresser au bureau de comptabilité nationale
le dernier de leurs comptes . Si malgré tous nos soins,
ajoutent- ils , il s'y était glissé quelques erreurs , la brieveté
du tems et la multiplicité des opérations solliciteraient votre
indulgence. Renvoyé aux comités de sûreté générale et
des finances.
-
Une lettre de Bourbotte et Turreau , représentans du
peuple près les armées réunies de l'Ouest et des côtes de
Brest , instruit la Convention de l'envoi de 400 marcs d'argenterie
trouvée dans les ruines du fameux château de l'Escurc .
La destruction des brigands amenant nécessairement la fin de
leur mission , ces représentans sollicitent leur rappel.
Sur la proposition d'un membre , l'Assemblée a décrété un
anicle additionel à la loi du 26 nivôse , rclative à une prolongation
de délai pour la déposition des titres des créaneiers
des émigrés . Il est ainsi conçu Le délai fixé aux
créanciers des émigrés par le décret du 26 nivôse n'est applicable
qu'à ceux qui n'ont point fourni leurs titres dans les
délais fixés par les lois des 2 septembre , 31 octobre 1792 ,
et 13 janvier 1793 ; les dispositions des décrets des 25 juillet
et 27 brumaire , relatives au délai pour un nouveau depör des
tires , et pour la formation des unions , continueront de recevoir
leur exécution .
1
--
$
D'après le rapport du comité de la guerre il a été rendu
un décret tendant à pourvoir promptement à tout ce qui est
relatif au complément des troupes à cheval .
Sur la proposition
des comités des domaines , d'aliénation et des finances,
la Convention a confirmé les nominations des gardes-bois ,
` faites jusqu'à ce jour par les corps administratifs .
Le comité de législation a fait rendre le décret suivant :
Art. Ier, Les citoyens dont les titres , sentences ou procedures
, confiés aux notaires publics , ci - devant avoués , défenseurs
officieux , huissiers , fondés de pouvoirs , agens d'affaires
et autres détenteurs , se trouvent sous les scellés , pourront
requérir le juge de paix , ou tel autre officier public qui les
aura apposés , à les lever de suite , pour leur remettre les
pieces qu'ils réclament , en constatant cette remise par le
cès -ve.bal .
1
pro-
" II . Dans le cas où les dépositaires des titres réclamés
seraient détenus , leur présence ne sera pas nécessaire pour la
( 222 )
levée des scellés ; ils seront représentés par leur fondé de pouvoirs
, s'ils en ont un.
"" ↑
III. Les juges de paix ou autres officiers publics , qui
étant requis , ne défereront pas promptement à cette réquisition
, seront responsables des dommages et intérêts qu'auront
occasionés leur négligence ou leur refús .
" IV. Les délais pour se pourvoir contre les jugemens par
opposition , appel , ou voie de cassation , pour exercer toute.
action , faire tous actes conservatoires , cessent de courir contre
ceux qui sont dans le cas de l'article 1er . , depuis l'instant de
l'apposition des scellés , jusqu'au procès - verbal de la levée , sur
leur requisition .
,, V. Tous détenteurs ou dépositaires de titres , et papiers ,
et contrats de rentes réclamés , qui ne se trouvent pas sous
les scellés , sont tenus de les remettre à la premiere réquisition
du propriétaire ou fondé de pouvoirs ; en cas de retard ou
refus , ils y seront condamnés dans les 24 heures , sur simple
citation , par
le juge de paix , ensemble aux dommages et
intérêts , que ce retard ou ce refut auraient occasionnés , et
ende qui ne pourra excéder le quart de leur imen
une amen
position mobiliaire ..
Sur le rapport de son comité de surveillance des subsistances
militaires , habillemens et charrois des armées , la Convention
a nommé six de ses membres , à l'effet de se transporter dans
les différens bureaux de l'administration de l'habillement et
équipement des troupes , et rechercher sommairement , d'après
les indices et dénonciations fournies au comité , les titres et
preuves de la prévarication des administrateurs .
Séance du septidi , 7 Pluviôse .
Les citoyens composant la commune et le comité de sûreté
générale de Chambéry , en applaudissant aux glorieux.
travaux de la Convention , lui adressent un don patriotique de
4662 1. en assignats , 138 livres pesant de plomb en barre ,
des chemises , des souliers , etc.
Les administrateurs du district de Chaumont annoncent
un envoi de 565 marcs d'argenterie à la Monnaie. Ils n'attendent
, pour faire passer une grande quantité de cuivre
qu'ils possedent , que de savoir ou le déposer.
Le comité de surveillance de la section de Beaurepaire
avait été inculpé , dans la séance du 5 , par Romme . Voici
sa justification : Plusieurs marchands de gravures avaient été
dénoncés au comité , et des perquisitions faites chez eux , il
est résulté que les uns étaient des conspirateurs , les autres
de lâches corrupteurs des moeurs . On a trouvé chez eux non
pas des emblémes de la royauté , mais des malles de rois ,
reines , dauphins , etc. , dont les planches étaient scrupuleusement
conservées . Pas un paysage , pas une estampe , autres
que les ci- dessus mentionnés , n'ont été saisis . Nous respec-
}
( 223 )
tons les arts , ajoutent les membres du comité , mais non
les tyrans.
Les représentans du peuple aux armées du Rhin et de la
Moselle font passer quantité d'argenterie , trouvée chez les
nouveaux émigrés qui ont fui avec l'ennemi à l'approche des
armées de la République . Parmi ces objets , il se
trouve
une médaille avec cette légende Louis XVI , assassiné par les
factieux. On a trouvé en outre dans les malles de ces émigrés
un assignat portant ces mots Possessions des factieux ,
assignat de 5 liv. , payable au porteur , lors de l'entrée des princes
en France , signé CALONNE. Ces nouveaux émigrés , disent
les représentans du peuple , sont plus coupables que les
premiers . Nous demandons que l'Assemblée décrete que leurs
biens seront partagés entre nos braves républicains qui combattent
pour le salut de la République . "
Rhul et Merlin de Thionville ont demandé qu'on fit payer
à l'électeur Palatin les frais d'une guerre où il nous a trompés
par sa feinte neutralité . Il faut , ont- ils dit , lui dresser un
bon mémoire et ne pas quitter le Palatinat qu'il ne l'ait
acquitté. Renvoyé au comité de salut public.
Il s'est élevé une discussion sur l'indemnité à accorder aux
citoyens commis à la garde des scellés apposés chez les personnes
suspectes , et à ceux qui gardent ces mêmes personnes
dans les maisons d'arrêt . Cette discussion a été
suivie d'une proposition de Couthon , tendante à charger les
comités de salut public et de sûreté générale de faire , sous
trois jours , un rapport sur la question de savoir s'il n'y a
pas lieu d'établir le sequestre , et de mettre sous la main de
la nation les biens des individus arrêtés et détenus comme
suspects , et notamment ceux des ci- devant nobles , prêtres
banquiers , fermiers - généraux , parens d'émigrés et autres gens
déclarés suspects par la loi du 17 septembre. Cette proposition
est décrétée .
Sur le rapport de son comité des finances , la Convention
décrete qu'il sera établi , anprès des caisses des receveurs de
district , une garde permanente pour veiller à leur conservation
.
Un membre du même comité fait un rapport , duquel it
résulte que Vemeranges doit à la nation 9 millions 500 mille 1.
il propose de mettre en séquestre ses biens et ceux de ses codébiteurs
. En appuyant cette proposition , Cambon demande
que désormais on ne reçoive , ni dans les tribunaux , ni dans
les comptes de la nation , pour pieces de comptabilité , les
lettres purement ministérielles et les pieces qui ne seraient
pas revêtues de toutes les formalités prescrites par l'aucienne
loi . La Convention décrete ce qui suit :
La Convention nationale , considérant que dans aucun
tems aucun bon , ni ordre , ni lettre , ni mandat relatifs à des
versemens de fonds à faire par les caisses publiques en faveur
( 224 )
T
de particuliers ou de compagnies , sous quelque prétexte que
ce soit , n'ont pu être considerés comme obligatoires pour le
gouvernement , et former des titres de créances coutre la
nation :
» Décrete que l'agent du trésor public poursuivra , s'il me
l'a déja fait , la rentrée des sommes qui ont pu sortir du tresor
public ou être admises en comptabilité , d'après de pareils
bons , ordres , lettres ou mandats , soit avant , soit depuis la
révolution . "
Séance d'octodi , S Pluviôse.
Barrere , au nom du comité de salut public , a appellé aujourd'hui
l'attention de l'Assemblée sur la plus belle langue
de l'Europe , celle qui la premiere a consacré franchement les
droits de l'homme et du citoyen . Parmi les idiomes anciens ,
Welsh , Gascons , Celtiques , Visigots , Phocéens ou Ozicutaux
qui forment quelques nuances dans les communications
des divers citoyens et des pays formant le territoire de la
République , on a observé que l'idiôme appelle bas breton ,
l'idiome basque , les langues allemandes et italiennes , ont perpétué
le regne du fanatisme et de la superstition , assuré la
domination des prêtres , des nobles et des praticiens , empêché
la revolution de pénétrer dans neuf departemens importans ,
et favorisent les ennemis de la France , en présentant des
obstacles aux lois de la République et à leur exécution .
L'éducation publique ne peut s'y établir . La régénération
nationale y est impossible . Le federalisme et la superstition
parlent bas -breton , l'émigration et la haine de la République
parlent allemand , la contre - revolution parle l'italien , et le
fanatisme parle le basque . Cassons , a dit Barrere , ces
instrumens de dommage et d'erreur . Sur sa proposition
la Convention a décrété qu'il sera établi , dans dix jours ,
un instituteur de langue française dans chaque commune de
campagne des départemens du Morbihan , du Finistere , des
côtes du Nord , et dans la partie de la Loire inférieure dont
les habitans parlent l'idiôme appellé bas-breton ; dans, chaque
commune des campagues des départemens du Haut et Bas-
Rhin , dans le departement de Corse , dans la partie du département
de la Moselle , du département du Nord , du
Mout - Terrible , des Alpes maritimes et de la partie des
Basses-Pyrénées dont les habitans parlent un idiôme étranger.
Ces instituteurs ne pourront être choisis parmi les ministres
d'un culte quelconque , ni parmi ceux qui auront appartenu
à des castes privilégiées . Ils recevront du trésor public un
traitement de 1500 liv . par an .
La société populaire ds Commune - Affranchie sollicite la
sévérité de la Convention contre les individus qui ont cherche
, par une pétition présentée à sa barre , à ralentir la vengeance
1.
( 285 )
geance nationale à l'égard de ses plus cruels ennemis . Renvoyé
au comité de sûreté générale .
Des citoyens de la commune de Sedan dénoncent le tribunal
criminel révolutionnaire de cette ville , comme vexant les
patriotes et rendant des jugemens iniques contre
Convention sursecit à l'exécution de tous les jugemens poreux
. La
tant condamnation , rendus par ce tribunal. Elle renvoie au
comité de sûreté générale la réclamation des citoyens détenus
dans les prisons de Sedan .
Une députation d'Anglo Américains est admise à la barre .
Citoyens , dit l'orateur, la nation française avait invité les
hommes les plus ilustres de toutes les nations étrangeres å
l'honneur de la représenter. Thomas Payne , apôtre de la
liberté en Amérique , philosche profond et estimable , citoyen
vertueux et estime , élu par le departement du Pas- de - Calais ,
Thomas Payne viat en France et prit séance dans votre sein ;
des circonstances particulieres ont nécessité le décret qui
erdonna l'arrestation de tous les Anglais résidans en France.
Citoyens représentans , nous devons vous le rødemander , au
nom des amis de la liberté , au nom de vos alliés les Améicains
, de vos freres.
S'il en fallait davantage pour obtenir notre demande ,
nous vous dirions ; Ne donnez pas aux despotes coalisés , et
sur- tout an tyran d'Angleterre , qui eut la lâcheté de le
crire , le plaisir de voir Payue dans les fers . Nous vous . diprosrions
que les scellés mis sur ses papiers ont été levés , que
ses papiers ont été examinés par le comité de sûreté générale
, et que loin d'y trouver des propositions dangereuses
on n'y a trouvé par- tont que l'amour de la liberté qui le
caractérisa toute sa vie ; cette éloquence de la nature et de la
philosophie qui en fit un ami des hommes , et les principes
de morale publique qui lui ont mérité la haine des rois et
l'amour de ses concitoyens ; eufin , législateurs , si vous nous
permettez de rendre Thomas Payne à ses freres d'Amérique
nous offrons de nous rendre garans de sa conduite pendant
pen de tems qu'il restera en France. le
:
Le président répond par les témoignages les moins équi
voques de l'union et de la fraternité que doit faire naître
l'identité de principes entre les deux nations . C'est à la France,
c'est aux Etats- Unis à combattre et à terrasser de concert ces
iusulaires orgueilleux , ces insolens dominateurs des mers et
du commerce des peuples. Puis il ajoute Vous nous demaudez
, citoyens , la liberté de Thomas Payne , vous voulez
ramener dans vos foyers ce défenseur des droits de l'homme ;
on ne peut qu'applaudir à ce généreux mouvement . Thomas
Payne est né en Angleterre ; c'en était assez sans doute pour
appliquer à son égard les mesures de sûreté prescrites par
les lois
révolutionnaires . On pent ajouter , citoyens , que si
Thomas Payne a été l'apôtre de la liberté , s'il a coopéré
Tome VII:
P
( 226 )
puissamment à la révolution d'Amérique , son génie n'a point
apperçu celle qui a régénéré la France ; il n'en a apperçu le
systême que d'après les prestiges dont les faux amis de notre
revolution l'ont environné . Vous avez dû , comme nous , déplorer
une erreur peu conciliable avec les principes qu'on
admire dans les ouvrages bien cstimables de cet auteur répu
blicain . La Convention nationale prendra en consideration
f'objet de votre pétition , et vous invité à ses séances . Le
renvoi de cette petition aux comités de salut public et de
sûreté générale réunis est décrété .
PARIS , primidi , 11 Pluviose .
On continue toujours ici à mettre la ples grande activité
dans la fabrication des armes . Le gouvernement vient encore
d'établir une nouvelle fonderie de canous sur le quai Voltaire ,
au coin de la rue de Beaune . Toutes les sections s'occupen
avec un zele infatigable de faire extraire les salpêtres dans
les caves de feur arrondissement. Cette opération est trèsfacile
au moyen des instructions que le comité de salut public a
rédigées. Si nous n'avons pas rapporté les instructions , c'est
que le comité les a fait répandre dans tou les disuicts et les
municipalités de la République avec une promptitude et une
profusion telles qu'il n'est aucun citoyen qui ne puisse aiscment
se les procurer. Nous invitons tous les Républicains à
imiter l'exemple de leurs freres de Paris . Il faut que la République
ne soit plus qu'un arsenal de guerre où chacun soit
empresse d'augmenter la masse de nos armes et de nos munitions .
Point de treve , point de paix , point de relâche , jusqu'à ce
que la coalisation des puissances soit dissoute , et que la sou
veraineté et l indépendance du penple Français soient reconnues
d'une maniere formelle par les tyrans qui s'en sont déclarés les
ennemis.
Les succès de nos armées de terre sont dignes du courage ,
de la patience et du dévouement qui animent les enfans de
la liberté . Nos braves carmagnols out fait des prodiges qui
ont réalisé parmi nous les sicles héroïques qui n'appartenaient
qu'à des tems fabuleux . Les mêmes succès nous attendent sur
les mers. C'est là que nos ennemis se proposent de déployer
routes leurs forces . C'est vers cet- objet important que nous devons
tourner toutes les nôtres. Déja nos côtes maritimes de
POcéan sont couvertes de nos corsaires , soutenues de station
en station par de nombreuses frégates , et l'on connaît la multitude
de prises qu'elles font journellement. Notre matine ,
que l'incroyable perfidie de nos ennemis avait presqu'entierement
desorganisée , vient d'être recréée à Brest par les soins
des représentans du peuple , et principalement par cenx de
( 227 )
Jean -Bon- Saint-André . Peure au moment où nous écrivons
une flotte formidable , sorte de ce port , est- elle aux prises
avec celle de l'Anglais dont l'embarras est si grand qu'il në
sait plus à qui en confi.r le commandement , car les papiers
anglais , après avoir annoncé que Barington remplaçait Howe ,
font remplacer aujourd'hui Barington par Hood . Que la Méditerranée
võie flotter à son tour l'étendard tricolore . Nous
y trouverons deux avantages bien marqués , celui de protéger
nos approvisionnemens dont la trahison s'était flattée de nous
priver , et de nous resaisir sur ces mers de la prépondérance
et de la terreur que l'Anglais était parvenu à y inspirer.
Persévérance , force et union ; que cette devise soit plus que
jamais à l'ordre du jour , et la liberté s'affermira en dépit des
traîtres et , des despotes coalisés .
Dentzel , député à la Convention , Duplessis et Cheppy ,
ci - devant commissaires dans la Belgique , ont été conduits
dans la maison d'arrêt des Carmes .
Femestre , ci -devant commandant de Landau ; Laudier , aidede-
camp du général Laubadere , et Laudier , ingénieur à l'armée
du Rhin , ont été conduits à l'Abbaye .
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Marc - Etienne Quatremere , marchand de draps de
la rue Saint- Denis , âgé de 48 ans , et six autres individus ,
officiers , sous- officiers et canonniers des vaisseaux le Commerce ;
Marseille et l'Orient , convaincus d'avoir favorisé l'entrée sur
le territoire français , dans le port ci-devant de Toulon , aux
ennemis de la République .
La même peine a eu lieu contre Marc-Antoine Bernard ,
suppléant de Barbaroux à la Convention , convaincu de complicité
dans le complot contre l'unité et l'indivisibilité de la
République Camille Rossi , âgé de 66 ans ; natif d'Ajaccio en
Corse , ci -devant général de brigade à l'armee des Alpes , em
cantonnement à Barcelonnette , convaincu de trahison ; et
E. J. Josset Saint- Laurent , âgé de 48 ans , négociant de
Paris , convaincu d'avoir entretenu des intelligences avec les
ennemis extérieurs de la République .
D'autres conspirateurs , fournisseurs et administrateurs infideles
ont subi la même peine .
Charles -Alexis Descharmes , né à Paris , âgé de 19 ans , fils .
naturel de feu Brulard Sillery , et ci- devant aide - de - camp du
général Dampierre , convaincu d'avoir fabriqué sciemment un
certificat , au bas duquel a été également fabriquée la signaiure
de Dampierre , général en chef , et celle de Langeron ,
commissaire - ordonnateur de l'armée du Nord ; d'avoir fabriqué
, à côté d'un passe -port , une permission de rester
Paris , au bas de laquelle a aussi été fabriqués la signature de
P
( 228 )
Xavier Audouin , adjoint du ministre de la guerre
condamné à huit années de fers .
a été
Nombre d'autres accusés ont été acquittés et mis en
liberté.
1 total des prisonniers , dans le département de Paris ,
est de 5228.
Suite du discours de Ph . Simond , sur les crimes du gouvernement
Anglais contre le Peuple Français .
La chute des Mounier , Clermont , Bergasse , Bailly et
autres , perdit la cour ; l'emigration de cette famille et de la
noblesse qui lui était attachée , se fit avec une espece de magnificence
; tout l'honneur était d'aller à Coblentz préparer la
joyeuse entrée du despotisme religieux et politique triomphant
. ici commencent plus particulierement les crimes de la
çour de Londres et le triomphe de son psri , le même qui ,
après avoir été terrassé plusieurs fois , se reproduit encore aujourd'hui
sous des modifications nouvelles , et tourmente le
dernier âge de notre révolution en s'accolant aux inuigans qui
ant succédé aux fédéralistes et aux partisans de la royauté . La
cour de Londres voulant s'emparer du commerce de la France ,
et ruiner sa marine , avait un grand intérêt de taire son projet
aux émigrés ès à l'empereur ; aussi ne promit- il d'abord que sa
neutralité dans la guerre que Joseph I voulait déclarer à la
Frances, celui- ci , en faisant intervenir l'impératrice de Rufsie ,
et quelques changemens dans le ministere et dans les maîtresses
de la cour de Berlin , parvint à l'entraîner , sous l'espoir d'un
#ggrandisrement de possessions dans une gnerre aussi monstrueuse
sous ses rapports politiques , que funeste à la maison
de Brandebourg , si elle eût été heureuse pour celle dite d'Au-
Liche .
Lacour de Londres n'avoit pour systême que de provoquer
, par tous les moyens possibles , par quelques subsides
secrets , et par des protestations publiques de sa loyauté , un
bouleversement général eu France , afin de se mettre en mer au
milicu des orages , et de prendre terre dans Pendroit le plus
ag'té pour y seconder sa faction . Elle avait mis la cour de Versailles
sous le poids dun dilemme effrayant : toute la noblesse
qui soutenoit la maison de Bourbon regnante était émigrée ;
ceile vondue à la maison d'Orléans er au parti de Fétraŭger
é.ait restée en France ; ainsi la cour de Veisailles , ayant ses
plus ckers intérêts au- delà du Rhin , ne pouvait plus être de
Bonne-foi , et devait eutrer nécessairement dans la coalition ,
sous le voile de l'hypocrisie et du parjure ; il'arrivait de cette
( 229 )
guerre néɔessaire , que l'évenement était heureux ou malheursuЛ.
" Heureux , il laissait dans l'indigence et le mépris les princes
et les émigrés.
,, Malheureux , il introduisoit en France , sur les cadavres des
patriotes égorgés et trahis aux frontieres , des tigres a terés de
sang et de despotisme ; et le peuple français , dans son désespoir
, provoqué à la vengeance par le sentiment profond de ses
malheurs et les cris de la faction de l'étranger , aurait égorgé
dans l'intérieur ce qui nous restoit de Capet au château des
Tuileries , et tous les traîtres qui auraient si lâchement vendu
ses droits et sacrifié ses intérêts.
" Ainsi , dans tous les cas , la famille des Capet et ses partisans
'etaient plus , à l'origine même de la révolution , qu'an
mannequin proscrit par tous les partis , auquel la conduite
qu'on lui avait fait tenir , empêchait toute espèce de succès , et
qu'ils n'ont conservé qu'autant de tems qu'ils out eu besoin du
masque . Alors encore la cour de Londres laissait cn Angleterre
l'opinion populaire en faveur de la révolution française , comme
nne excuse auprès des puissances coalisées , du refus qu'elle
faisait de se prononcer d'une maniere plus active dans leur
Croisade contre la liberté ; son moment politique n'était pas encore
arrivé ; et sûre de l'opinion publique par son influence
ministérielle , par la faiblesse où était le parti de l'opposition ,
et par le sentiment d'intérêt particulier qu'elle inspirerait encore
, quand elle présenterait à l'Angleterre la résiliation d'un
traité de commerce des plus avantageux , le rétablissement du
port de Dunkerque , les pertes énormes qu'elle avait essuyées
par l'indépendance de l'Amérique , et le nfoment propice d'en
tirer une vengeance et, une indemnité éclarante dans l'état de
détresse où se trouvaient les Français , elle attendait cet instant
terrible où la France , aux prises avec ses ennemis , affaiblie sur
tous les points par les suppôts du fanatisme royal et superstitieux
, defendue par des troupes neuves , mal réparties , commandées
par des traîtres , administrée par des fripons , et
déchirée dans l'intérieur par les factions de l'étranger et le
conflit des différens intérêts des contre- révolutionnaires , abandonnée
des patriotes de circonstance , qui sont du parti de
l'espérance et des succés ; la cour de Londres , dis -je , se serait
présentée alors comme un supplément extroardinaire à nos revers
, pour. faire passer , au milieu des et de la terreur ,
orages
à l'oubli des principes et des sermens , et sous le despotisme de
sa faction puissante , qui aurait en France , outre sa coalition ,
tous ceux qui auraient craint les horreurs de l'anarchie ou les
vengeances des passions particulieres . C'est alors encore que
les premieres tentatives des armées allemandes combinées
n'ayant pas eu tout le succès qu'on en attendait , et qui auraient
été redoutables même pour l'Angleterre , dans un tems.où les
ressources de l'Empire n'étaient point épuisées ; le camp de
P 3
( 230 )
Jalès , les insurrections du Comiat , les contre -révolutionnaires
de Lyon , n'ayant pas présenté au roi sarde un point de ralliement
assez sûr pour essayer la guerre offensive avec espoir ,
toutes les puissances furent appellées à cette grande fedération
contre la France . La Suede et le Danemarck furent les deux
seules qui trouverent leurs intérêts dass une sincere neutralité .
La cour de Londres tint secrette la partie du traité de Pilnitz
qui la concernait ; elle fournissait ses subsides en argent au
roi dǝ Sardaigne , en argent et en hommes achetes pour sou
contingent dans la fédération germanique , comme prince
d'Empire et puissance auxiliaire .
99 Maintenant suivons cette cour perfide dans l'intérieur de
la France , dans la representation nationale , près le pouvoir
exécutif , les armées , les corps administratifs , les douanes , les
postes et nos Colonies .
" Dans la représentation nationale , la cour de Londres tenait
la haute main dans toutes les grandes délibérations , couvaincue
que les Français ne reprendraient jamais le despotisme
des prêtres et des rois , si on pion nçait capitalement contre
ces deux fléaux ; elle leur obtiut au contraire une existence
monstrueuse , et tout ce qui était nécessaire pour en faire une
corporation puissante par la masse et par l'opinion ; chaque
jour elle faisait commettre à la cour des Tuileries des folies ,
des bassesses et les plus grands attentats ; le roi humiliait impudemment
les délégués du peuple : le pouvoir exécutif était
aussi independant de fait qu'un divan , et si la cour devenait
en horreur , si le désespoir voulait Fentourer , cette même
faction entrait en eoalition pour la défendre , et poar insulter
à la majesté nationale ; aini on accoutumait les français à saccomber
, avec une masse incomparable de forces réelles , cous
tre le fantôme de l'illusion . Le peuple trompé et toujours trop
confiant , se retirait sans avoir le sentiment de l'outrage qui
lui avait été fait : on le menait par des secousses inutiles au décou
ragement et à l'indifférence ; car , ( Homere le disait aux Grecs
de son tems ) un jour de servitude fait perdre à l'homme la
moitié de son courage et de sa vertu . On attribuait le tout à
un enchaînement naturel d'événemens , ou à une fausse disposition
de mesures . On ne voyait pas derriere la toile la cohorte
des étrangers et des traitres de l'intérieur , qui voulait
cimenter le trône du despotisme avec les larmes et le sang du
penple , en provoquant au contraire par des crimes l'anéantissement
de toutes les tyrannies et la mort de tous les tyrans..
Alors on vit de ces lâches insulaires , dont les ancêtres voulurent
être libres , et crurent à la pureté de ce don , en le
recevant de la main de leurs prêtres et de leurs milords ,
fiers de leurs bassesses , des crimes de leur gouvernement
et de la tyrannie de leur roi , introduire parmi nous ces
maximes affreuses qui confondeut la moralité des peuples avec
celle de leurs tyrans , mettent l'or et l'oppression en oppo
( 231 )
sition avec la justice éternelle , et composant le tarif des crimes
sur le besoin qu'ils en ont , en faire une matiere d'échange et
de commerce , et tenter de mettre au nombre des préjugés et
des illusions , les cris , les droits imprescriptibles de la nature ,
et les remords qui la vengent de ses oppresseurs .
" C'est des brouillards de la Tamise que sortit cette cohorte
d'etres impurs , qui , après avoir trafiqué la fortune et la vie
des hommes dans les deux mondes , agiote aujourd'hui sur
leur moralité , ne vomit autour de nous que des complots , des
systêmes d'intrigue et d'oppression , remplit notre horizon
politique de divisions , de mensonges et d'erreurs , et voudrait
org n ser parmi l'espece humaine le despotisme du crime et du
malheur.
" La cour de Londres s'est emparée du pouvoir exécutif,
dès le moment où Dumourier ayant suffisamment noué toutes
ses correspondances , et conclu son plan avec nos ennemis ,
comme ministre des affaires étrangeres , s'empara de la représentation
nationale , de nos armées et de notre trésor
pour exécuter ses projets ; l'Autriche pensait venir à Paris ,
et Dumourier au contraire voulait aller dans les Pays Bas
établir à Bruxelles le theatre de ses trahisons ; si l'empereur
eût été clairvoyant , il eût compris que c'était lui qu'on voulait
sacrifier ; et si Dumourier se détermina dès lors à vendre
les Pays -Bas , c'était moins par la suite de ses projets , que
par des considerations nouvelles , et par un sentiment de depit
contre les décrets de la Convention nationale , qui contrariaient
sa souveraineté dans la Flandre .
Dès lors la cour de Londres disposait en France de tous
. les pouvoirs et de l'opinion ; elle faisait fabriquer publiquemeut
à Londres des assignats à la française , et les faisait dé
barquer de même en France , distribuer aux émigrés et à ses
agens dans les pays étrangers . Elle avait rétiré d'auprès de
Brissot un chargé d'affaires qui avait demeuré deux ans près
de lui à Paris , et qui en partit pour Londres , apres avoir
rempli sa mission , la veille du jour où la représentation na
tionale décréta la guerre contre le gouvernement angliis , declaration
de guerre qui avait été si bien mûrie et préparée ,
que le ministre de la marine n'en était pas même informé . Il
n'est pas inutile de savoir qu'on avait travaillé dans ce sens
long- ems avant Monge , sous la Luzerne , Bertrand et Lacoste
; Bertraud sur- tout avait fait réduire à 10 ou 11 miilions
les dépenses pour la marine ; à peine y avait - il pour
payer les principaux chefs et les traitres qu'on entretenait
dans les chantiers , dans les arsenaux et dans les ports . Les
vaisseaux et bâtimens de guerre étaient totalement abandonnés
, et des réparations qui auraient pu se faire en quinze
jours avec viugt cinq ou trente mille liv . , s'ajournaient jusqu'à
ce qu'il fallût trois ou quatre mois et cent ou cent
cinquante mille écus pour les exécuter , ou jusqu'à ce que
P 4
( 232 )
le bâtiment fût déclaré incapable d'en supporter aucune . On
provoquait la desorganisation de la marine et le découragement
des matelots par tous les moyens possibles : des insurrections
effrayaient les officiers patriotes , parce qu'on avait
soin de diriger les persécutions contre - eux . L'émigration était
tellemen. à l'ordre du jour dans ce département qu'on allait eu
habit d'uniforme ou d'étiquette , prendre congé du roi , au
château des Tuileries , pour aller à Coblentz . Le défaut de
surveillance était tel dans les ports , et pour en citer un trait )
que dans les travaux publics , en écarrissant des chaînes qui
avaient coûté jusqu'à trente livres le pied , on les amincissait
de maniere à les metire hors de service , exprès pour en
emporter ou en vendre les débris ; et je ne crains pas de
trop
dire , en affirmant que deux cents millions et deux ans de
travaux et de précautions mettraient à peine noue marine dans
l'état où elle était à l'époque des premieres trahisons . Dans ies
arsenaux on travaillait pour nos ennemis on embarquait
même pour eux ; on expédiait des avisos de Cherbourg aux
isles de Jersey , pour informer l'Angleterre de ce que nous
devions mettre en mer . Roland fessit exporter nos comestibles
et pos denrées de premiere nécessité , les fesait surprendre à
leur arrivée du Nord cu de l'Amérique , et préparait dans la
Vendée ce chancre politique qui a donné à nos ennemis tant
d'audace , et dont l'extirpation à coûté à la France tant d'iu
quiétudes , de saug et d'argent.
Ailleurs , on laissait nos forteresses se démanteler , faute .
de réparations d'urgence ; on approvisionnait l'Alsace de vivres
sans munitions de guerre ; on conñait des places à des.commandans
étrangers ou visiblement attaches à leur parti ; on faisait
replier les troupes nationales dans l'intérieur , et on ne tenait à
la frontiere que quelques régimens tous étrangers , qui en par
laient la langue , et que l'on disposait à faire cause commune
avec le plus offrant ou le vainqueur.
" On tenait dans les arsenaux militaires , à Lille , à Stras
bourg et ailleurs , des ouvriers à 6 livres par jour , qui cassaient
les canons de fusils neufs , sous prétexte qu'ils avaient
été reconnus hors de service par des agens infideiles , et
encaissait nos munitions pour l'étranger,
on
Le parti d'Orléans qui croyait triompher avec la cour de
Londres , et n'attendait de succès que d'elle , était en parfaite
union avec ses agens . Le ministere et les états - majors des armécs
travaillaient parfaitement d'après les même vues . On nommait
fort peu d'officiers du parti autrichien ; les autres étaient
censés bons patriotes , car on avait grand soin d'entretenir
T'illusion sur le troisieme parti . Et cependant les états - majors
étaient totalement corrompus ; les soldats à caractere persécutés ;
les généraux traitres investis du droit de vie et de mort sans
appel , dans les armées et les conseils d'administration ; les
revues des commissaires , les états defouniture dans un de(
233 )
sordre effroyable ; il était publiquement reconnu qu'on ne rendrait
aucun compte , que tous les marchés étaient frauduleux ,
les fournitures infi lelles , et les agens de l'armée des fripous.
" Pache , ministre de la guerre , voulut simplifier et éclaircir
cette machine ténébreuse , en concentrant dans un seul directoire
les subsistances du royaume et les branches d'administration de
son departement.
La clique perfide sentit le coup , et perdit l'homme clairyoyant
et bien intentionné , qui croyait bonnement à la pécessité
d'empêcher la ruine de l'Etat .
Le bureau des affaires étrangeres ne servait que pour assurer
la correspondance de nos canemis , et nouer leurs complots
avec ceux de l'intérieur ; tous nos agens diplomatiques
étaient pour nous chez l'étranger autant de fibres venimeuses
auxquelles on ne conservait a Paris un point de contact po
litique et de rapport . que pour épaigner à nos ennemis la peine
de salatier lenis trahisons , et la difficulté de nous
l'application .
en faire
Le comité autrichien ayant perdu de sa premiere puissance
et de sa vigueur , Brisset en ôl le porte- feuille au bureau
des affaires étrangeres , et la cour de Londres le nomma président
des destinces politiques du monde.
Les bureaux des douanes exportaient gratis les effets des
émigrés , sortaient sous de fausses desiguations nos matieres
premieres , et importaient de même les marchandises étrangeres
prohibées par nos intérêts et par les lois . Le seul bureau de
Strasbourg a soni plus de cent millions dans un an , sans
compter les exportations secrettes . En calculant la même sortie
proportionnellement sur les différentes issues de nos frontieres ,
on conçoit facilement ce qui a tant donné de force à l'agiotage ,
et de discrédit à la monnaie qui sauve aujourd'hui la liberté
il faut dire aussi qu'il n'y avait pas par- tout un Dietrich , pour
surprendre la confiance de tous les partis et se faire l'idole
de son pays en l'égorgeant .
" Les corps administratifs s'étaient parfaitement isolés des
administrés , et les régissaient déja comme un troupeau , plusieurs
ne connaissaient plus l'autorité nationale , et l'insuitaient
dans leurs arrêtés ; la surveillance des sociétés , et la publicité
des séances les inquiétaient ; ils travaillaient à la contre revo
lution dans l'ombre , anéautissaient les sociétés populaires ,
ou en pervertissaient l'esprit .
:n
, Manuel avait proposé à la Convention nationale , dans la
seconde séance , de changer pontife politique le président
de la France à la Convention ; Lassource avait dit la veille
que
la Convention nationale ne devait pas même au peuple la
publicité de ses séances ; dès-lors , presque dans chaque dé
partement , le président se crut une puissance , et la motion de
Lassource y fut souvent essayée . Pour travailler dans l'ombre ,
ou pour avon de l'orgueil , il suffit d'être ignoraut , fripon ,
*
( 234 )
fat , mal-intentionné , faux , traître et craintif ; mais pour
opérer devant le peuple apec succès , et pour obtenir ses
benedictions , il faut être juste , avoir étudié les droits de
l'homme , ne les sacrifier à aucune considération , préférer la
vertu , le travail et l'économie au libertinage , à l'esprit de
lâcheté et de dissipation ; il en est beaucoup qui aiment mieux
se cacher ou se couvrir d'orgueil , parce qu'ils ne resisteraient
pas à l'autre épreuve .
Aussi les 400 millions de Pitt se sont-ils fait en France
parmi les chargés des interêts du peuple , beeucoup plus de
partisans que la vertu à la Convention nationale , dans les
bureaux , aux armées ; dans les administrations , dans les
sociétés populaires , les trairres avaient toujours beaucoup
d'argent , beaucoup de connaissances et d'amis , le vrai patriote
n'était gres ni des guinées de Londres , ni de la misere de ses
concitoyens ; simple comme ses prétentions et sa vertu , il
n'avait pas l'air d'un intrigant acheté , ou qui cherche à se
vendre on a voulu dès lors contrefaire ces dignes apôtres
de la liberté et de la souveraineté nationale ; mais le crime et
l'intrigue transpirent sous tous les masques ; la vertu républicaine
et les assignats ne sont pas susceptibles d'une parfaite
contrefaction .
" Les émigrés , les gens suspects , les étrangers voyageaient
tranquillement en France sous des noms empruntes ; ils
trouvaient par-tout des cartes civiques et des passeports ; les
postes arrêtaient tout ce qui était à l'adresse des patriotes , ou
pour le service de la nation . On avait à- peu- près mis par-tout
dans des mains vénales et corrompues , les fils de la chose
publique les colonies avaient reçu leurs commissaires avec
ces instructions de sang , qui devaient les soulever et les
perdre , lorsque la cour de Londres enfin se résolut à se
prononcer publiquement , et se fit déclarer la guerre , pour
provoquer l'opinion du peuple Anglais contre la France ,
qu'elle accusait d'avoir rompu les traités les plus anthentiques ,
et répondu par des insultes , aux procédés les plus génereux
et les plus fraternels : le peuple Anglais fut ébloui par les
tableaux de Pitt , et s'y laissa prendre pour son malheur.
" La France se trouvait divisée , à l'époque de la mort du
tyran , et les traîtres étaient soutenus par les intrigans de
la Convention , qui , après avoir trouvé le roi coupable ,
respectaient en lui la royauté . Toutes les administrations étant
corrompues , les frontieres presque sans défense , les magasins
vides , les arsenaux et les chantiers dégarnis , la marine nulle ,
toutes les puissances de l'Europe contre une disait les idiots ,
devait la faire trembler ; la cour de Londres avait effectivement
réuni autour de nous tout ce que la trahison et le crime pouvaient
lui fournir de moyens . On remit violemment sur le
tapis l'armement et l'envoi d'une escadre de douze à quatorze
vaisseaux de ligne dans l'Inde , pour ôter de nos ports la meil
( 235 )
leure partie de notre marine , et ce que nous pouvions avoir
encore de bons matelots . Sillery , un des casse - cous du duc
d'Orléans , disait déja dans ses petites cotteries qu'il commeu
derait avantageusement cette excadre . Etait - elle réseivce à
quelque plan que nous ne connaîtrons jamais , ou simplement ,
comme dans la derniere guerre , à jouer le rôle d'une escadre
parcille , dont on ne connut les succès ni les revers qu'à la
paix ? C'est ce qu'il est difficile d'apprécier.
" Monge et Périgny , sou adjoint , combattirent violemment
ce projet; il fut ajourné , et dès - lors abandonné . Mais la mort
du roi , dont la clique de Brissot avait garanti la vie , tout
en triplant la colere des tyrans nos voisins , dont elle triplait
aussi l'effioi , puisqu'elle était ' a la fois un grand exemple
contre eux , et la preuve d'un grand parti en France pour
la souveraineté du peuple qu'on n'avait pas assez apperçu ,
et sur lequel on s'était trop long-tems fait illusion ; cet événement
, dis -je , changea tout- à - coup le systême de toutes
les intrigues , et fit placer aux principaux points des fiontieres
les fils essentiels des conspirations dont Paris et la
Convention étaient toujours le centre pour en disposer le
mouvement , et en fixer les rapports.
" Les bons citoyens de la République , soutenus par l'énergie
de la commune de Paris , avaient obtenu la mort du
roi ; la ville de Paris devait donc être detruite ; de toutes
parts , l'or de l'Angleterre circulait avec le poison de l'opinion
et les complots . On provoquait par des tableaux mensongers ,
des scenes d'horreur adroitement controuvées , une force départementale
autour du sénat de la République , pour défendre
les membres au milieu de sept huit cents mille patriotes qui
se retranchaient contre les ennemis du dehors , andis que Longwi
et Verdun ouvraient leurs portes aux étrangers ; que Lyon ,
Marseille et Bordeaux épuisaient la fortune publique par l'agiotage
, préparaient le morcellement de la République , et la
joyeuse entrée des rois ; tandis qu'encore nos armées n'étaient
nulle part en force devant l'ennemi , et que des généraux prostituaient
la bravoure des Français par des trahisons . Pitt avait
des comptoirs dans toute la République , où tous les mauvais
citoyens allaient vendre leurs talens , leur conscience et leur
courage il y eut des lâches et des traîtres , par- tout où purent
s'arrêter les caresses et l'or des tyrans. Je dois le dire cepen
dant à la gloire de corps incorruptible des canonniers Français
; je connais un homme qui est resté pur et ferme à son
poste , au milieu des orages qui l'ont battu pendant les trois
assemblées législatives , et je ne connais pas un seul canonnier
qui ait manqué à son devoir , et soit devenu parjure à
son serment.
" Get horrible complot contre la commune de Paris était
soutenu à la Convention par des hommes qui craignaient
moins un crime que la douleur de l'amour-propre humilié ;
1
( 236 )
ils auraient voulu condamner le roi , et sauver la royauté.
Les Montagnards en voulaient plus à la royauté qu'au roi ;
les traîtres ne pouvant être royalistes , se firent fédérali - tes ,
et préférerent d'être tributaires des Anglais , plutôt que de rester
les égaux d'un citoyen démocrate . Pour une république démocrate
, il faut un grand chef- lieu qui serve de ralliement dans
le centre , où tous les rapports viennent se lier naturellement ,
et avec lequel il ne puisse , dans aucun point séparé , s'établir
une rivalité soutenue par l'égalité de moyens . Pour une
République fédéraliste , il faut détruire ce chef- lieu , s'il existe ,
et avoir dans la circonférencé nne quantité des points marquans
, égale au nombre des chefs -lieux de rapports qu'on se
propose d'établir .
( La fin au numéro prochain . )
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE. Du quartier général de Farinole , 25 Brumaire,
A
L'insolence des rebelles , les fanfaronnades de Paoli,
Fexcessive prudence du général St. Martin qui n'a pas voulu
attaquer Farinole , lorsque je lui en ai donné l'ordre , la
nécessité de réunir en France toutes les forces pour écraser les
rebelles de Toulon ; tant de circonstances réunies m'ont fait
un devoir de ne compter pour le moment que sur mes propres
forces.
Je me suis mis à la tête d'une petite armée , j'ai marché
contre les rebelles et je les ai dėja battus ; je leur ai déja pris
un fort avec deux pieces de canon , et trois villages ; j'ai pris
un de leurs chefs et le bras droit de Paoli , il a été fusillé
légalement en vertu d'un jugement du tribunal militaire . Les
trois villages ont reçu une leçon dont ils ne se releveront pas
de trente ans ; la térreur nous précede .
" Les soldats de Paoli ont voulu secourir les villages que
nous avons attaqués , mais ils out été repoussés dans là pleine
de Patrimonio par un petit camp que j'y avais établi ; l'epouvante
est déja dans le camp Corse ; deja plusieurs cantons
m'ont député leurs municipalités pour implorer la clémence de
la Convention nationale . J'ai déja envoyé des détachemens à
Nouza et à Almetta , avec ordre de faire un désarmement .
Fidele aux principes d'humanité et de justice de la Convention
, je sautar distinguer les chefs de parti du malheureux
peuple qu'on égare , et qui en se rebellant contre la merepatrie
, croit encore combattre pour la liberté . Je vais poursuivre
le cap Corse et les villages qui font résistence , je les
écrase avec du canon et les livré au pillage . Après vous avoir
$37 )
}
parlé du succès de mon entreprise , il est juste que je vous
parle de la brave conduite de mes freres d'armes .
J'ai composé une petite armée de garde nationale d'infanterie
légere , de gendarmerie nationale , des matelots et
des garnisons des quatre frégates , la Mignone que j'avais
déja en Corse , et des trois frégates , la Melpomene , la Minerve
et la Fortune , qui ont échappé de Tunis au scélérat Vance
capitaine de vaisseau , commandant le Duquene , ami de Louis
XVII , et qui voulait les livrer aux Anglais ; ces braves marins
se sont joints avec ardeur à nos troupes de ligne ; notre artillerie
a tiré avec sa supériorité ordinaire , malgré un pays de
montagnes inaccessibles , ils ont eu la constance d'y monter
deux pieces d'artillerie de quatre , les portant à bras , sans
chemins , grimpant comme des chevaux , je les ai établis à la
portée du fusil du couvent de Farinole et sous une grêle de
balles. Chaque coup de canon faisait un dégât épouvantable à
ce couvent , qui était garni et retranché. Je vous ferai part des
belles actions .
" Je puis vous assurer que les troupes françaises ont soutenu
la réputation de valeur qui leur est justement due .
,, Ils ont chargé à la bayounette , au milieu d'une pluie de
balles , le couvent de Farinole , qui était défendu par deux
pieces de canon , quatre- vingt- trois hommes de choix et trois
capitaines , les meilleurs de Paoli , et quoique cette attaque
n'ait pas eu dans le moment le succès qu'on devait en attendre
, ces braves républicains ne se sont pas découragés : le
cinquieme jour de la troisieme décade du mois courant , après
un feù soutenu depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit , j'ai
donné pour mot de ralliement persévérance ; nous couchâmes
au bivouac , et le lendemain nous emportâmes le poste
Nous avons fait trente- un prisonniers qui ont été conduite
à bord des frégates en attendant leur jugement.
Les lauriers que nous avons acquis sont malheureusement
teints de sang ; nous avons perdu huit braves soldats et nous
en avons eu quinze de blessés , mais il y a peu de blessures
mortelles ; ils sont bien soignés ..
" Je ferai connaître au comité de salut public les conséquences
et les avantages de cette opération , qu'il serait trop long de
vous détailler.
L'ex-législateur Aréna a bien voulu me suivre dans mon
expédition ; je lui ai donné une commission momentanée de
ommissaire de la représentation nationale .
Je vais continuer mon opération , et à mon arrivée à Bastia
je vous en rendrai compte.
Signé LACOMBE St. MICHEL.
A
P. S. J'oubliais de vous dire une chose pourtant très- intéressante
; nous avous trouvé une grande quantité de blés et de
vins que je fais transporter dans nos garnisons pour nourrir les
troupes , et nous avons enyoye des bestiaux pour nourrir nos
pauvres malades .
J'ai reçu un éclat de pierre qui me fait beaucoup souffrir , cependant
je continuerai l'attaque de la province du cap Coise ,
qui forme le district de Bastia.
NICE , le 20 nivôse . « Le bataillon part demain pour le
camp de Bruis , situé à 6 lieues de Gênes et à 2 de Savourge .
Nous voilà encore sur les roches , et tant mieux ; car l'avant
garde sera probablement de la promenade qui s'arrange pour
le printems .
La république de Gênes vient de se déclarer d'ane maniere
éclatante . Cinq vaisseaux anglais , detachés de la fameuse
escadre , étant entrés ces jours derniers dans le port ,
ont été reçus à coups de canon et obligés d'amener. De plus,
hotre armée qui n'avait plus de vivres que pour deux jours et
presque forcée de repasser le Var pour se soustraire à la famine
, vient d'être approvisionnée pour six mois en grains ,
poissons , légumes , etc. Le convoi génois est tel que chaque
citoyen peut faire sa provision , après que tous les magasins
ont été remplis .
" Hier décadi nous avons célébré la prise de Toulon ; les
Gênois qui se trouvaient dans le port , sout venus fraterniser
avec nous sur la place de la République ; leur pavillon est
venu se confondie avec le nôtre sur l'autel de la patrie , et
tous ensemble nous avons juré d'exterminer les rois . Le mo
ment n'en est pas éloigné , la campagne qui va s'ouvrir prou
vera que des républicains ne jurent pas en vain .
Salut et fraternité . Le citoyen JOLY , capitaine au premier
bataillon de chasseurs de l'Isere .
PORT DE LA MONTAGNE , le 30 nivôse . On travaille ici
avec la plus grande activité au radoub et à l'armement des
vaisseaux qui nous sont restés . Les représentans du peuple
ont mis en requisition tous les charpentiers et calfats des
environs. Déja un grand nombre est dans les ateliers . Cinq
vaisseaux sont prêts à mettre en rade . Sous peu une escadre
importante fera respecter le pavillon tricolore dans la Médi
terranée ; les exécutions continuent.
La commune de Marseille ayant été la premiere à sonner
le tocsin de la rébellion dans le Midi , les représentans du
peuple viennent d'arrêter , par une proclamation , que le nom
de Marseille sera changé ; que la Convention nationale sera
invitée de lui en donner un autre , et que provisoirement elle
restera sans nom , et portera cette déuomination . Ils ont arrêté
de plus que les édifices où se tenaient les assemblées des
sections et du comité général , à l'exception du lieu de l'assemblée
de la section no . 11 , seront rasés , et qu'un poteau ,
+
( 239 )
rappellera leur révolte , sera dressé sur le terrain qu'ils occu
paient.
ARMÉE DU RNIN.
Strasbourg , 3 Pluviose . L'armée de la Moselle occupe dans
ee moment Keyssenlautern , Frankental , Worms et les différens
eantonnemens qui avoisinent ces places .
L'armée du Rhin est à Spire , et borde la rive gauche du
Rhin . Celle - ci prendra ses cantonnemens derriere les lignes
d. Weissembourg , tandis que l'armée de la Moselle observera
et pressera l'ennemi.
On attend , pour opérer ce mouvement , que les im.
menses magasins conquis dans le Palatinat , soient entierement
évacués .
L'armée n'est pas éloignée de Mayence . Il est cependant
probable qu'elle ne tentera aucune entreprise contre cette place
avant la fin de l'hiver .
L'armée désorganisée de Wurmser est aux environs de Manheim
. On cherche à la recréer à force de recrues .
:
ARMÉE DU NORD.
Maubeuge , 28 Nivôse . Les bataillons de premiere réquisitior ,'
destinés à compleiter les anciens , commencent à arriver. En peu
de tems les forces de cette division vont être triplées , mais
comme trente mille hommes sont plus que suffisans pour
garder cette partie de la frontiere , on en tirera de gros
détachemens pour les joindre au corps d'armée qui doit agir
bientôt sous les murs du Quesnoy , Valenciennes et Condé .
Les généraux font tous leurs préparatifs nécessaires pour cette
grande opération . Nos ennemis se retranchent toujours , ils font
filer beaucoup de troupes vers le Quesnoy , et dans la forêt de
Momalle.
L'ennemi qui , du côté de Cambrai , semblait insulter aves
tant d'audace à la valeur républicaine , ne s'avance pas aussi
loin qu'il avait accoutumé de le faire ; il n'ose plus interromps e
la route de Cambray à Saint- Quentin : les patrouilles sortent
continuellement de la ville , et ne rentrent jamais sans avoir
rencontré l'ennemi . On s'occupe dans ce moment d'approvi
sionner Bouchain , pour assurer les convois qui s'y rendent.
Il est indispensable de les faire accompagner par de forts détachemens
.
Givet , 24 nivôse. Notre garnison continue de faire des
sorties dont on retire toujours quelqu'avantage ; dans celle
qui eut lieu hier , nos freres d'armes , fâchés de ne pas rencontrer
les Autrichiens qui s'étaient montrés depuis quelques
jours , se porterent jusqu'à une portée de fusil de ses re(
སྱཱ .[ ༠ )
tranchemens , et offrirent le combat ; mais on ne jugea pas
qu'il fit prudent de se rendre à cette invitation . Cependant
la cavalerie ennemie qu'on avait amusée , par le moyen de
quelques tirailleurs répandus dans la plaine , voulut , comme
on s'y attendait , inquiéter notre retraite . On l'attira jusqu'à
la portée d'une piece de hait , masquée sur une hauteur ,
dont le feu sempit l'escadron et en balaya une partie . Uu obus
avait mis le fen au pié des retranchemens à une ferme qui fur
consumée en un instant , ainsi qu'un grand nombre de bestiaux
qui s'y trouvaient renfermés .
COTES MARITIMES .
Rochefort , 30 ninôse . On vient de mettre à l'eau leJemmappe ,
vaisseau de 74 canons , il va être bientôt suivi de plusieurs
autres , entre lesquels est le Marai .
€ tabac et
Havre-Marat , 29 nivôse . Il est entré dans ce port deux
navires Anglo - Américains chargés de sucre ,
coton , destinés , l'un pour Amsterdam , Fautre pour Hambourgs
ils ont été pris à la hauteur d'Eurigny par la frégate la Galathée
. Il y avait dans un de ces navires 6 Français qui s'étaient
sauvés des prisons d'Angleterre , dans un canot .
Calais , ter. pluviose. Il vient d'entrer dans ce port un
navire danois chargé de 15 à 1600 sacs de blé , et un autre venant
de Bordeaux avec 4 ou 500 bariques de vins , ainsi qu'une^
prise hollandaise consistante en poissons frais et salés.
Du 6. J'arrive à Calais , je t'annonce avec plaisir que
les généraux Vendôme et Bertin ont fait une raffle de goo
voitures de graius de toute espece ; on est occupé à les cons
duire tant à Bailleul qu'à Armantieres .
P. J. CHARLES , ingénieur des ponts et chaussées .
P. S. Des renseignemens postérieurs annoncent que la prise
de neuf cents voitures de grains se réduit à 350 , et qu'elle a
é faite par nos jeunes freres d'armes de la premiere requiition.
Deux cents des brigands nommés Chouias, dans la Vendée
out él ar ên s près de Viud. Un des chefs a été arrêté près d'Angenis
avec toute sa familie.
( No. 6. 1794.)
MERCURE FRANÇAIS.
Du décadi , 20 PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 8 fevrier 1794 , vieux style . )
POÉSIE.
A. XIMENES A G. ROMML.
NABONAS
L'Ère Républicaine.
ABONASSAR apprit aux peuples de l'Aurore
L'art de compter les jours , qu'ils ignoraient encore,
Romulus prit des Toscans
Les calendes et les ides .
Le rabbin consulta l'ère des Séleucides .
César voulut aussi régler l'ordre des tems.
"La Grece eut des olympiades ,
1
L'Hégire subjuguá les Turcs et les Persans
Et la France aura ses décades .
Mais Athene cut des Miltiades
Bes Socrate , des Phocion ,
Des Aristide et des Solon.
*
Sparte , au détroit des Thermophyles', * 1 202 , 5
Grava sur des tombeaux l'empreinte de son nom.~~.
Rome ouverte aux Gaulois enfanta des Camilles ;
Elle avait eu des Scévola , '
Des Brutus , des Publicola ;
Elle cut des Régulus , et ce fut leur courage ,
Ce fut l'ame d'Émile et les moeurs de Caton ,
Qui triompherest de Carthage ,
Plus que le fer de Scipion .
104
Des Grecs et des Romains imitons la constanée ; ~~
Donnons des moeurs au peuple , il aura la puissance,
Attaquons dans ses caux la perfide Albion.
Que nos fastes , s'ouvrant par sa destruction ,
Marquent les jours de la victoire.
Que le monde vers nous lentement attiré ,
Sente de quels affrents nous l aurons délivré ,
Et nous pardonne notre gloire.
Tome VII .
( 242 )
CHARAD
L'INTÉRÊT rarement l'amour ,
Mit mon premier dans ta famille ;
Si tu n'éprouves pas un jour
Le regret de l'avoir pour fille ,
Tu pourras glorifier
D'avoir attrapé mon dernier ;
Dernier bien couru , mais bien rare .
Hélas bien souvent mon entier
Chez foi vient avec mon premierj
A bien souffrir alors que ton coeur se prépare.
CA
LOGO GRIPHL.
JA de l'aigreur , pourtant de moi , l'on fait nuages
Il n'est pas , c'est un fait , de femme de ménage HI
Qui ne me mette en pot pour la froide saison—†
Et qui de moi n'ait sa provision .
Sous un autre rapport , mes amis , je fais ri
Tel est au moins le but de mon auteur
Le plus sensé , le plus froid , le meilleu
Souvent dans un charmant délire
S'est permis de descendre un moment jusqu'à moi , nud
Mon coeur ôté je suis dans l'humaine nature , blā
L'ensemble qui du ceeur subit le plus la 1
Sur moi se trace la peinture
Des tendres sentimens , des vives passions ,
C'est par moi que l'on plaît , on déplait davantage ; )
Puisse la vôtre , amis , ne peindre que l'image
Des plus douces émotions . p *
I
3
}
Explication des Charade et Enigme du nocti
Be mot de la Charade est Enthere's cèlui de l'Enigme est Sonnette,
J !
M
Bu 2117
1
DI S...
( ( 243 )
C
VARIÉTÉ .
TRADUCTION D'UNE LETTRE DE BRUTUS A CICERON .
Il est beaucoup question depuis quelque tems de cette fameuse lettre ,
l'un des plus beaux monumens de l'esprit républicain . La version qu'en
a donnée l'abbé Prévôt dans le recueil des Lettres familieres de
Cicéron , est très -peu fidele et sur- tout très -faible . Un pareil
dmorceau ne pouvant être trop connu le rédacteur qui le traduisit
autrefois a cru servir l'esprit public en insérant ici cette
Lettre , pour la mettre à la portée d'un plus grand nombre de
Electeurs , et pour remplir la place que nous laisse la disette de
nouveautés dont on puisse faire un extrait agréable, )
་
N. B. Cette leltre fut écrite l'année qui suivit la mort de César
dans le tems que le jeune Octave venait de défaire Antoine devant
Modene , l'an de Rome 710.
V
J502
Tas
ous avez écrit à Octave. Il y a dans votre lettre un article
qui me concerne , et qu'Atticus m'a fait tenir. Je l'ai lu. Il
ny avait rien dans l'attachement que vous me témoignez et
dans l'intérêt que vous prenez à ma conservation , qui pût
me procurer un nouveau plaisir . En effet , ne suis - je pas accoutamé
à entendre dire tous les jours que vous avez fait quelque
nouvelle démarche pour me prouver votre zele et pour sou
tenir ma dignité ? Mais ce même morcau de votre lettre m'a
causé la douleur la plus vive qu'il me fût possible d'éprou
ver Vous remerciez Octave de ce qu'il a fait pour la répablique
, mais avec tant de soumission ! ( Le dirai -je ? j'ai honte
de l'état où nous réduit la fortune ; mais enfin il- faut le dire :)
Vous lui recommandez ma vie avec tant de bassesse que vous
semblez annoncer évidemment que la tyrannie n'est pas détruite
, et que nous n'avons fait que changer de maître . Ma
vie ! et quelle mort me serait plus affreuse que la vie achetée
2100 ce prix ! Pesez vos termes , et osez nier que ce ne soient
ceux d'un esclave suppliant devant un roi . Il n'y a ditesvous
qu'une seule grace que vous lui demandiez , et quon doive
altendre de lui , c'est qu'il veuille bien laisser vivre des citoyens
qui ont mérité l'estime des konnètes gens et du peuple romain. C'est
donc à dire qu'à moins qu'il n'y consente , nous ne serons
plus ? Mais il vaut mieux n'être pas que de lui devoir l'exis
tance. Certes , je ne crois pas encore que leslDieux soient
assez eunemis du peuple romain pour qu'il faille demander
Octave la vie d'aucun citoyen , encore moins celle des libé
rateurs du monde ; car j'ai quelque plaisir à rappeller ce titre
( 244 )
1
+
magnifique à ceux qui paraissent ignorer ce qu'ils ont à craindre
et ce qu'il convient de demander . Vous , Cicéron , vous reconnaisez
dans Octave un si grand pouvoir , et vous êtes son
ami ! Vous êtes le mien , dites - vous et pour me revoir à Rome
vous croyez avoir besoin de me recommander à un enfant ( 1 ) !
Et de quoi donc le remerciez-vous , si veus croyez qu'il faille
le supplier pour que je vive ? Lui savez - vous beaucoup de
gré d'avoir mieux aimé qu'on eût à demander une pareille
grace à Ini qu'à Marc Antoine ! Est- ce au destructeur ou à
T'héritier de la tyrannie que l'on demande de laisser vivre des
citoyens qui ont bien servi la République ! C'est cette faiblesse
qui nous fait désespérer de nous - mêmes , et que je reproche
à tous les autres autant qu'à vous ; c'est elle qui a inspité à
César l'ambition de dominer , à Marc Antoine celle de le
remplacer après sa mort ; c'est elle qui a élevé ce jeune Octave
au point que vous croyez devoir obtenir de lui , qui est encore
à peine un homme , le salut d'hommes tels que nous , et que
vous ne voyez pour nous de ressource que dans sa pitié . Si
nous nous souvenions que nous sommes Romains , nous ne
verrions pas les derniers des mortels avoir plus de courage
Pour nous opprimer , que nous n'en avons pour nous défendre ,
et Antoine serait moins jaloux de succéder à César qu'effrayé
de sa punition .
"
ཉྩ
996130
Vous , homme consulaire , vous qui avez puni les crimes
de Catilina , ce qui peut être , si j'en crois mes craintes- , n'a
pas différé notre perte pour long-tems , comment pouvez-vous
jetter les yeux sur ce que vous avez fait , et approuver ce
que l'on fait aujourd'hui , ou du moins le souffrir avec tant
de patience et de douceur que vous avez l'air de l'approuver ?
Et d'où est venue votre haine pour Antoine ! n'est - ce pas
parce qu'il voulait que nous lui demandassions la vie , que
ceux à qui il devait la liberté n'eussent qu'une existence des
pendante et précaire ; que ses volontes fussent des lois dans
la République ? Vous avez été d'avis de prendre les armes
pour l'empêcher de régner : était ce pour prier un autre de
youloir bien se mettre à sa place , de regarder l'Etat comme
son patrimoine et les citoyens comme ses esclavos ? A de
compte , nous n'avons disputé que sur telle ou telle espèce
de servitude et non pas sur la servitude elle - même . Mais en
ce cas Antoine était un aussi bon maître qu'un autre sous
lui , non-seulement notre condition était tolerable , mais même
nous cussions cu part à sa puissance à ses bienfaits , aux honneurs
: car que refuserait - il à ceux dont il sait que la soumission
serait le plus grand appui de son pouvoir ? Mais nous
n'avons pas voulu mettre de prix à la vertu et à la liberté .
Aujourd'hui même , cet enfant que le nom de Cesar patais
VS T
(i) Ogave n'avait alors que dix- neuf ans.
L
Seek.
( 245 )
animer contre les meurtriers de César , combien croyez-vous
qu'il donnât , s'il était question de marchander , pour avoir de
notre consentement le pouvoir qu'après tout il aura bientôt ,
puisque nous ne voulons que vivre , avoir de l'argent , et
jouir du titre de consulaires ?
;
Au surplus , que la mort du dictateur soit inutile ; que nous
n'ayons conçu qu'une fausse joie de cette mort , puisqu'elle
ne devait pas nous rendre plus libres ; que tout le monde nous
abandonne les Dieux m'ôteront tout avant de m'ôter la résolution
où je suis de ne jamais souffrir , non - sealement dans
Théritier de César , que j'ai tué , ce que je n'ai pas souffert
dans César même , mais de ne pas souffrir dans mon pere
s'il revenait au monde , qu'un citoyen soit , de mon avcu ,
plus puissant que les lois et le sénat . Et croyez -vous que les
autres Romains soient libres , si je ne puis être à Rome sans
la permission d'Octave ? Qué dis - je ? ce que vous lui deman
dez pour nous , comment croyez - vous pouvoir l'obtenir ? Vous
lui demandez notre conservation ; mais suffit - il pour cela
de nous accorder la vie ? Et reçoit - on la vie sans la liberté
et l'honneur ? Appellez-vous jouir de la vie d'être dans l'enceinte
de Rome ? Est- ce le lieu où je suis qui décide mon état ?
Je ne vivais pas tant que le tyran a vécu , si ce n'est depuis
que j'eus dans l'ane le dessein de l'immoler ; et en quelque
lieu que je sois , jo ne me croirai jamais exilé tant que la
servitude et les affronts me paraîtront les plus odicux de
tous les maux .
P I
Daus quelles tenebres sommes- nous tombés chez les Grecs
la postérité des tyrans est condamnée à périr avec eux , et
chez nous , on supplie celui qui a osé prendre le nom du
tyran , d'épargner les vengeurs de la liberté et je desirerais
de revoir ma patrie ! et je croirais qu'il y a encore une pattie ,
quand Rome se refuse à la liberté qu'on lui offre même
malgré elle , et redoute plus dans un enfant le nom d'un
tyran qui n'est plus , qu'elle n'a de confiance en elle -même ,
après avoir vu abattre par un si petit nombre d'hommes celui
qui avait des forces si puissantes !
Ne me recommandez plus à votre César , ni moi , ni vousmême,
si vous m'en croyez. Vous prisez beaucoup le peu d'années
que la nature vous laisse encore espérer , si vous croyez qu'elles
varllent la peine de s'abaisser à la priere . Prenez garde d'ailleurs
que vos démarches contre Antoine , si justement lonées
jusqu'ici , ne paraissent avoir été dictées par la crainte plutôt
que par les principes d'un citoyen ; car si vous trouvez bon
qu'Octave soit dans le cas d'être supplié en ma faveur ་ on
croira
que vous n'avez pas craint d'avoir un maître , mais que vous avez voulu en avoir un qui fût votre ami. Quant aux louanges que vous lui donnez pour ce qu'il a fait , je les ap prouve , si c'est pour détruire la puissance d'autrui qu'il´a combattu , et non pas pour établir la sienne. Mais s'il en est
Q 3
( 46 )
:
su point qu'il lui faille adresser des prieres pont nous , si voum
jugez vous- même qu'on lui doive tant accorder , vous lui
décernez une trop grande récompense ; car vous lui attribuez
an dioit qu'il paraissait avoir rendu à la République . Vous
ne songez pas que si pour avoir fait la guerre à Marc Antoine,
Octave mérite de si grands honneurs , nous qui avons renversé
un pouvoir dont Antoine n'a recueilli que les débris ,
nous ne pouvons jamais être assez récompensés quand on nous
prodiguerait tous les honneurs réunis . Mais la crainte peus
bien plus sur les hommes que la reconnaissance Antoine est
vivant et a les armes à la main ; et à l'égard de César , ou
ne se souvient plus de ce qu'on a pu ou de ce qu'on a dû
faire. C'est Octave aujourd'hui dont le jugement sur nous
décidera celui du peuple Romain , et on nous méprise assez
pour regarder un seul homme comme l'arbitre de notre vie !
Je suis fait , puisqu'il faut répondré , non - seulement pour ne
pas supplier, mais encore pour réprimer ceux qui prétendent
qu'on les supplie. Je me tiendrai éloigné de la servitude , et
tout lieu où je serai libre sera Rome pour moi. J'aurai pitié
de vous tous en qui l'âge , ni les honneurs , ni l'exemple de
la vertu d'autrui n'ont pu diminuer l'amour de la vie , et je
me croirai heureux tant que je demeurerai attaché à ce principe
, qu'on est récompensé par ses propres actions . Car quel
bonheur plus solide que celui qui indépendant des choses
humaines , ne réside que dans la conscience et la liberté !
Quoi qu'il arrive , je ne me soumettrai pas à ceux qui se
soumettent, et je ne serai pas vaincu par ceux qui se laissent
vaincre. Je tenterai et supporterai tout pour délivrer la Ré.
publique. Si je réussis , nous nous réjouirons tous ; si je ne
réussis pas , je me réjouirai encore , puisque j'aurai passé
ma vie à m'occuper des moyens de rendre la liberté à ma
patrie .
(
Quant à vous , Cicéron , je vous exhorte à ne point your
lasser de faire le bien , et à ne point vous défier de la vertu.
Songez , en écartant les maux actuels , à prévenir ceux qui
pourraient naître , si on n'allait pas au- devant . Songez que
l'esprit courageux et libre qui vous a animé à la défense de
la République contre Catilina et Antoine , n'est rien sans la
constance et l'egalité de conduite. J'avoue que la vertu qui
s'est déja signalée , a plus à faire que celle qui n'a pas été
éprouvée ; ce qu'elle fait est regardé comme une dette qu'elle
acquite ; ce qu'elle ne fait pas , comme une espérance qu'elle
trompe. Ainsi , quoiqu'il soit be a Cicéron de résister à
Antoine , ou se souvient de son cousulat , et l'on n'est point
surpris. Mais si ce même Ciceron ne montre pas en tout la
fermeté et la grandeur d'ame qu'il a signalées contre Antoine,
non-seulement il s'ôtera la gloire qu'il pourrait encore acqué
rir , mais même il pudra delle qu'il avait acquise . Inly a
rien de grand que ce qui est fondé que des principes invas
( 247 )
hables p et votre génie , vos actions , les voeux de tous les
itoyens vous obligent plus que personne à aimer la Repu
* d'exhorter
ctave à nous prendre sous sa protection , exhortez - vous
mous même ; relevez votre courage , et soyez sûr que cette
épublique pour laquelle vous avez fait de si grandes choses ,
ra libre et glorieuse , quand le peuple aura des chefs qui
Faideront à repousser les entreprises des méchans .
ique et à défendre la liberté. Ainsi , aula Repu
Réflexions sur la Lettre précédente.
1. On ne peut , sans donte , donner trop d'éloges à ce mor,
' eau . L'élevation des sentimens et des idées , la vigueur du
aisonnement , l'énergie du style , ne sauraient aller plus
oin c'est peut - être ce que l'esprit républicain a produit
de plus beau dans l'antiquité . Quoi de plus admirable que
beste indignation d'un homme libre , si profondément blessé
de la seule idée qu'il puisse exister un pouvoir dont on essaie
e le faire dépendre ! Et combien ce seul mouvement fait
aître de traits sublimes !
Mais Cicéron mérite -t -il tous les reproches qu'on lui fait
ci ? Brntus , dans sa noble colere , ne va -t - il pas un peu
stop loin , et ne devient-il pas injuste envers un homme ,
lout on pouvait approuver plus ou moins les démarches ,
mais dont il n'était pas permis de méconnaîtreset d'accuser
xes intentions ? Nous n'avons pas sa réponse , qui contenait
> ppa remment son apologie ; mais cette apologie est dans
histoire ; et ce qui m'a toujours étonné , c'est de voir que
des modernes ne l'y aient pas vue , et qu'ils n'aienu pas été
envers Cicéron aussi équitables que ses contemporains. Ce
n'est pas que l'on ait soupçonné jamais son patriotisme , si
pur, et si -soutenu ; mais on a beaucoup blame sa politique ,
et l'on a répété par - tout qu'il avait été la dupe du jeune
Octave. J'avoue qu'il m'est impossible d'en croire un mot.
l'ai pour garants de mon opinion ses lettres particulieres et
es faits publics consignes dans l'histoire et le nom de wicéron
doit être assez cher à tous les républicains , pour qu'on
ne regrette pas d'employer quelques lignes à sa justification.
il
D'abord , si les expressions de sa lettre à Octave sont réellement
telles que Brutus les rapporte , c'est un tort réel et
e qui ne saurait s'excuser . Mais nous n'avons pas la lettre
n'est pas sûr qu'Altices , plus occupé de la chose , même que
des mots , ait cité textuellement les expressions de son ami ,
set il se pourrait bien que Cicéron , si mesure dans tout ce
qu'il écrivait , se fûl contenté de faire sentir au fils adoptif
de Cesar , que ce nom ne devait point l'engager à poursuivre
Ja vengeance d'un tyran ( Cicéron ne l'appellait jamais auwernest,
) contre des hotures qui avaient bien mérite de le
Republique . Et dans ce cas, qu'y aurait- il de repréhensible .
Q4
( 248 ):
C'était tout simplement un conseil fort sage à donner à
un jeune homme qui s'était , pour ainsi dire , remis sous sa
tutelle , et qui ne l'appellait que son pere . Voila pour ce
qui regarde la sorte d'injure dont se plaint Brutus . Quant à
ce qu'il insinue que Cicéron peut avoir l'air de souffrir un
maître , pourvu qu'il soit son ami , cette imputation n'est pas
tolerable . Qui peut ignoret qu'il n'avait tenu qu'à Ciceron
d'être l'ami d'Antoine , qui le recherchait , comme Cesar
l'avait recherché mais que Ciceron , qui s'était abstenu de
toute part aux affaires publiques pendant la dictature de César
, éclatât contre Antoine du moment où celui- ci parut menacer
à son tour la liberté ? Tous ces faits sont connus ; il
n'y a qu'à lire les historiens ; il serait trop long de les
citer ici.
1.
Mais enfin a-t-il été véritablement la dupe d'Octave ; et ce
vieux politique , que Brutus lui - même appelle le plus prudent
de tous les hommes , se laissa- t- il en effet tromper par un enfant !
C'est ici qu'il faut rappeller et lier ensemble quelques faits ,
tous authentiques : on jugera si ce grand citoyen eut d'antres
torts que ceux de la fortune , et s'il ne fut pas la dupe
et la victime des évenemens qu'aucune prudence humaine ne
pouvait prévoir .
Antoine avait levé le masque ; il était entré dans Rome
avec une légion , et y régnait militairement. Il en faisait venir
six autres à Brindes ; c'étaient les troupes que César avait
laissées en Macédoine , et qu'il destinait à faire la guerre aux
Parthes. Dans ces conjonctures si critiques , la République
n'avait point en Italie de légions qui fussent à ses ordres , si
ce n'est celles de Decimus , cantonné dans Modene . Brutus
et Cassius étaient en Asie , occupés à rassembler des forces .
Rome était done au moment de retomber sous le joug ; et
tout ce qu'avait pû faire le Sénat , encouragé par Cicéron ,
c'était de donner ordre aux deux consuls Hirtius et Pansa
de lever des troupes en Italie . Mais le péril pressait , et ce
fut Octave qui l'éloigna. Irrité contre Antoine , qui lui avait
témoigné à - la- fois et de la jalousie et du mépris , il s'était
fait , avec l'argent de la succession de César , une petite armée
d'environ dix mille hommes , composée en grande partie
de vétérans ; et il était parvenu , à force de séductions , à
s'attacher deux de ces mêmes légions qu'Antoine avait fait
venir à Brindes . Devenu ainsi redoutable , il offre ses services
au sénat , par l'entremise de Cicéron . Je demande si Fon
pouvait balancer sur ses offres ? N'est-ce pas une regie de
politique de courir d'abord au plus pressé ? Et qu'y avait - il de
plus pressé que de repousser Antoine ? Quelles que fussent les
intentions d'Octave , qu'y avait - il de plus heureux que de le
mettre aux mains avec Antoine et de les détruire l'un par
L'autre ? Le plus à craindre , sans nulle comparaison , était
Antoine. Sa haute réputation dans la guerre sa dignité ac|
249 )
乘
J
ressources , ses nom¬ telle de consul , ses richesses , ses
breuses creatures , son insolente ambition , tour montrait en,
lui un espirant à la tyrannie . Que fit Cicéron ? il s'empara
entiérement des déliberations du sénat , fit déclarer Antoine,
ennemi public , dès que celui - ci fut parti pour aller faire le
siége de Modene , fit donner au jeune César le titre de
propréteur , et chargea en même tems ses deux amis , Hirtius ,
et Pansa , de joindre à l'armée d'Octave l'armée consulaire
qu'ils venaient de lever , et de surveiller sa conduite . Mais
en se servant de lui , jusqu'à ce que la République eût assez
de forces pour s'en passer , Ciceron se fait - il à lui ? pouvait
-il même s'y fier ? était - il si avengle et si crédule ? Je
n'ajouterai pas , voulait-il l'élever jusqu'à en faire son maître?
Cicéron se donner un maître ! On ne peut pardonner cette
idée qu'à la colere où Brutus , et la colere n'est pas
uu bon juge . De plus , il était fort loin de Rome , et peu
portée de bien juger les évenemens. Il ne s'agit donc que
de savoir si en effet Cicéron était trompé. Mais comment
peut-on oublier ce mot si connu , cette équivoque fatale qui
fut la cause de sa perte , et détermina les résolutions d'Octave
: Laudandus , ornandus , tollendus , disait- il de lui , lorsqu'on
l'exhortait à s'en défier . Il faut le louer , le décorer
enlever. Ce mot latiu signifie également l'élever ou l'enlever,
le détruire et il est sûr qu'après la défaite d'Autoine , il
n'eût pas été difficile de se défaire d'Octave . Les troupes de
Decimus , celles des deux consuls , et deux puissantes armées,
l'une dans les Alpes , l'autre aux frontieres d'Espagne , commandées
par Lepidus et Plancus , qui tergiversaient en atten
dant l'événement , et que l'événement aurait décidés , étaient
plus qu'il n'en fallait pour accabler Octave. Màis qu'arrivat-
il ? Antoine est battu devant Modene par les armées comA
binées des consuls et du jeune César. Il fuit vers les Alpes ,
et on le croit perdu. Cependant Hirtius avait été tué , et
Pansa blessé mortellement . Pansa était une créature du diciateur
Cesar ; il aimait son fils adoptif ; il était dans le secret
du sénat. Il révéla tout en mourant et avertit Octave que
s'il achevait la perte d'Antoine , il courait à la sienne propic ;
que le sénat était entierement du parti dos conjurés , et trèsrésolu
, ainsi que Cicéron , à perdre dans Octave l'héritier et
le vengeur de César . Ce , mot de Cicéron n'avait pas été ou
blié , et Octave à qui on l'avait rapporté avait dit , non
commitlam uttellar'; je ne me mettrai pas, dans le cas d'être détruity
Il suivit le conseil de Pansa , et joignit bientôt ses troupes
celles d'Antoine et de Lepidus . De là le triumvirat , dont
Cicéron fut la premiere victime.
,
Y eut- il de sa faute ? non . Il avait fait ce qu'il était possible
de faire . Ceux qui l'ont condamné n'ont considéré que
l'événement , et comme a dit un ancien Eventus stullorum magister
est ; L'événement est la regle des insensés.
( 250 )
Mais qui est-ce qui avait fait une faute réelle , une faute
capitale ? c'est Brutus lui-même , et malgré Cicéron qui ne
cesse dans ses lettres de la lui reprocher, Il eut la faiblesse
d'épargner Antoine , qu'il fallait absolument faire périr avce
César. Brutus s'y refusa . Strictement attaché aux formes le
gales dans un moment où il fallait les oublier , il soutint toujours
qu'on n'avait le droit de tuer que le tyran , comme si
Antoine ne s'était pas déclaré tyran le jour où il souleva tour
le peuple contre les meurtriers du tyran , comme si les torches
qu'il fit porter inutilement aux maisons des conjurés n'eussent
pas été en effet les torches de la guerre civile . Après ce mou?
vement populaire qui n'eut pas de suite , les conjurés étaient
encore les plus forts dans Rome ; ils étaient les maîtres du
capitole et du sénat . Antoine avait mérité la mort : il était
l'aggresseur ; tous les honnétes gens de Rome etaient pour
Brutus et Cassius . Il fallait attaquer à force ouverte Antoine
réfugié dans sa maison , sans forces et ssaaus appui. C'était l'avis
de Ciceron . Brutus aima mieux se prêter à une reconciliation'
hyppocrite de la part d'Antoine qui ne cherchait qu'à gagner du
tems , et c'est ce qui prépara la ruine entiere de la République .
Qui est-ce qui croirait qu'entre Cicéron et Brutus , ç'eût éte
celui qui eût péché par ce qu'on appelle aujourd'hui le mode
rantisme ? Cependant le fait est sûr , et valait la peine d'être
remarqué .
ANNONCES.
La Frontiere , scene patriotique en deux actes , par L. Reynier
A Paris , rue du Théâtre-Français , n ° . 4.
Othello , ou le More de Venise , tragédie représentée à Paris
pour la premiere fois , sur le théâtre de la République , le
lundi 26 novembre 1792 , l'an 1er . de la République ; par le
citoyen Ducis. Prix , 40 sols . A Paris , chez Maradan , libraire
rue du Cimetiere- Saint -André , nº . 9 .
Catéchisme du Citoyen , à l'usage des jeunes Républicains
Français , par le citoyen Sérane , instituteur national , auteur
de plusieurs ouvrages sur l'éducation . Prix , 30 sols , et 40 solá
franc de port pour les départemens. A Paris chez l'auteur (
quai Chaillot , nº 43 ; et chez les marchands de nouveautés v
1
1 It wort
*
dia
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
LA
ALLE MAGNE.
De Hambourg , le 21 Janvier 1794 .
Czarine semble consulter enfin plus son aversion contre
l'établissement de la liberté en France que ses véritables intérêts ,
ou du moins ses projets ambitieux d aggrandissement , puisque
, s'il faut en croire aux mouvemens qui se font dans tons
ses ports tant de la Baltique que de la mer Noire , elle parait
disposée à se mêler au printems des affaires de la coalition
autrement qu'avec des promesses. Il a été lancé à la mer six
vaisseaux de ligne et quatre frégates qui vont être équipés ,
et le vice - amiral Polwnichin commandera en chef cette escadre ,
ayant pour second le chef d'escadre Fitt ils ont reçn ordre
de se rendre par terre à Archangel , et d'y conduite le nombre
compétent d'officiers de marine et de matelots pour manceuvrer
cetic escadre dès l'instant que les glaces ne s'opposeront plus
à la navigation. Eu même tems quinze vaisreaux de ligne
mettront à la voile du port de Cronstad , et d'autres bâtimens
de guerre qui sont tout prêts à Revel formeront ensemble
une armée navale considérable qui ne tardeià pas à jouer un
rôle important sur le théâtre quelconque de la guerre.. Les
amirautés russes établies sur les bords de la mer Noire sont
aussi dans la plus grande activité , et on compte qu'au printems
prochain les forces navales de l'empire seront en mesure
de contenir les mouvemens de la Porte , si cette cour n'a pas
alors de nouveaux alliés très - intéressés à l'empêcher de tomber .
sous la domination de la Russie .
-
--
C'est apparemment pour se préparer à faire cette guerre
qu'il a pain le 16 décembre à Pétersbourg une ukase du sénat
dirigant qui porte , une augmentation sur le prix des eaux-devie.
On a calculé que le produit de cette taxe enrichira la
conronne de 5,000,000 de roubles par an. Quant au réglement
qui prohibe les marchandises françaises et autres étrangeres
de luxe , il est en pleine vigueur. Aussi a-t- on brûlé à
Revel une grande quantité de marchandises reconnues de
contrebande.
Il court un bruit qui n'est pas sans vraisemblance , sur -tout
d'après la nouvelle tournure que prennent les choses , c'est
que le partage du reste de la Pologne est déja arrêté entre
la Prusse et la Russie. On ajoute que c'est-la le prix d'une
( 252 )
troisieme campagne contre la France . Ce qu'il y a de sür ,
e'est que le général - ministre Bischoffwerder doit revenir incessamment
à Varsovie , dès qu'il aura fini les nouveaux arrangemens
qu'il a entamés à Pétersbourg. On compte aussi sur
l'arrivée prochaine du général de Schwerin , chargé , dit- on ,
de la démarcation des frontieres entre la Pologne et la Prusse ,
et qui remplira la double fonction de général et d'envoyé .
Malgré satisfaction que le conseil permanent a déja donnée
à l'impératrice de Russie par l'abolition des ordres militaires ,
il y a des indices qui annoncent qu'il faudra pourtant en venit
à la convocation d'une nouvelle diete , pour casser plusieurs
nouveaux décrets et en rétablir d'autres qui ont été cassés par
a diete de Grodno , par laquelle celle de 17S8 a été entiérement
abrogée , et qui court grand risque de l'être elle
même .
a
Un a de nouveaux renseignemens sur la conjuration qui a
pensé coûter la vie au duc - régent de Suede ; mais pour les
entendre , il faut connaître les premiers , que nous avions négligé
de donner ; les voici Elle devait éclater dans la journée
du 20 décembre . Le duc a déclaré au grand sénechal
que la sûreté de l'Etat exigeait qu'il fit arrêter les personnes
mal- intentionnées , dont le projet était de renverser la constitution
et de changer la forme du gouvernement. Tous les
Français , domiciliés dans cette capitale , ont été sommés de
venir rendre compte de leur personne à l'intendant de la
police , à cause d'un nommé Signeul compliqué dans cette
affaire . On a arrêté , dans la nuit du 17 au 18 , la comtesse
Magdelaine de Rudenskiold , dame de cour de la princesse
Sophie-Albertine , soeur du régent ; le lieutenant-colonel de
Sandels , les anciens lieutenant - colonels , barons de Lille et
d'Ehrenstrom et sou frere ; l'ancien secrétaire du roi , plusieurs
autres personnes de moindre rang , et mêmes des domestiques.
On remarque que les personnes impliquées dans
cette accusation , étaient la plupart dans la confiance du feu roi.
Ce Signeul , employé en qualité de commis , s'était chargé
d'assassiner le duc au moment qu'il sortirait de son château
selon sa coutume , à pied , sans aucune suite . Il refuse obsti
nément de nommer ses complices , dont plusieurs gardent le
même silence.
Le valet - de-chambre du baron d'Armfeld , nommé Mineur ,
a été également arrêté . On assure qu'il allait rejoindre son
amaître en Italie , et il avait déja 48 heures d'avance , lorsque
l'on a commencé à découvrir la conspiration.
2
De Francfort- sur - le -Mein , le 27 janvier .
Des lettres de Vienne représentent l'empereur comme sur le
point d'effectuer enfin son voyage dans les Pays - Bas . Il s'est
fait au commencement du mois , dans cette capitale , et sur(
253 )
tout à la cour , des préparatifs pour ce voyage , qui n'aurait pas
manqué d'avoir eu lieu le 23 décembre , sans le changement
désavantageux survenu dans la position des armées ; car on y
savait déja , le 7 , la nouvelle de la levée du siége de Landau et
Ja retraite de l'armée de Wurmser , aussi bien que de celle des
Prussiens . On n'a pas tardé non plus à apprendre la reprise de
Toulon. Ces impressions fâcheuses ont été corrigées par l'annonce
que l'armée autrichienne avait pris une excellente position
. On redouble d'activité pour lui faire passer des renforts.
Wurmser , remplacé par intérim par le prince de Waldeck , adit
à son départ que 6000 hommes allaient arriver , et ne tarderaient
pas à être suivis de 20,000 autrés . Au milieu de tout
cela , les bruits d'une paix prochaine circulent dans tontes
les bouches . Il faut avouer cependant que d'autres tout contraires
ne se répandent pas moins . Telles sont ceux- ci , par
exemple : Qu'un corps considérable de Russes doit se mettre
incessamment en marche , et que le roi de Prusse est disposé
augmenter son armée de 40,000 hommes de nouvelles troupes
, pourvu qu'on lui promette les subsides qu'il demande ,
ou qu'on lui fasse cession de la Silésie Autrichienne .
Le 14 janvier , les Français se retranchaient encore dans
les environs de Spire. Le quartier- général du prince de Hohenlohe
était toujours à Gunterblum , où son armée gardair
une position formidable . Quant à celui des Prussiens , il
devait rester à Oppenheim au lieu d'être transféré à
Mayence.
Les paysans sont employés au service militaire sur la rive
droite du Rhin . On prépare la défense de l'Odenwald et du
château de Brugberg. Il parait que les Français font retirer
les corps avances , chargés de faire rideau pour masquer le
rétablissement des lignes près de Weissembourg , et couvrir
le siége du Fort-Vauban .
Ce qu'il y a de sûr , c'est que des deux côtés tout prend
un aspect guerrier , et particuliérement de la part des Impériaux
, sur la rive droite du fleuve . On en peut juger , parce
que dans le pays de Mayence seul on est occupé à la for
mation d'un corps de 8000 habitans. Le rivage sur toute sa
longueur est suffisamment garni de troupes et d'artillerie
jusqu'a Coblentz . On manifeste les mêmes dispositions dans
l'électorat de Treves , ainsi que dans les cercles de Francopie
et de Souabe . Voici les mesures principales adoptées par
L'ordonnance des Etats du cercle électoral du Rhin , qui se
sont assemblés le,
9 :
Tous les sujets du cercle , établis sur la rive drone du
Rhin seront convoqués , armés , pourvus: des munitions requises
, et d'abord détachés , si le danger l'exige , vers l'endroit
menacé d'une descente . 1 d
" Chaque état du cercle reste chargé de l'entretien parti(
54 )
culier et couvenable des individus qui ont pris les armes pour
défense.
3 sa,
Les communes les plus éloignées du Rhin , s'y rendront
sans retard , dès que celles exposées au péril leur donneront
le signal , soit par quelques coups d'alarme tirés , ou par le
son du tocsin , soit de telle autre maniere que l'on ca
couviendra.
" Ceux des louables états qui sont pourvus d'une quantité
superflue d'armes , de canons et de munitions de guerre , en
céderont , d'après une réquisition prealable aux autres , principalement
à ceux que le danger menace de près , contre
uae bonification convenue entre les états respectifs.
" L'équité exige , que les communes proches de la
rive du Rhin soient soutenues et soulagées dans l'emplacement
des gardes , la construction des retranchemens nécessaires ,
.etc. par celles qui s'en trouvent plus éloignées .
" En cas d'une attaque imprévue et soudaine , où toutes les
communes armées comme dessus fussent réduites à agir toutes
à - la -fois , et d'après un plan concerté auparavant avec le chef
des troupes réglées le moins éloigné , les dispositions ultérieures
touchant les habitans armés resteront constammentsubordonnées
aux états du cercle , etc.
Le cercle de Franconie , dont les députés sont actuellement
assemblés à Nuremberg , prendra une résolution conforme
pour la défense de la patrie en danger et bientôt toute la
Germanie se trouvera sous les armes ,, ppoouur repousser les aggressions
des Français .
En attendant l'effet de ces précautions qui serviront tout au
plus , en cas qu'elles réussissent , à suspendre les progrès des
armes françaises , on écrit de Manheim , en date du 20 janvier.
Les Français ont mis le feu au château de Worms ; ils occupent
toujours nos environs sur la rive gauche du Rhin , et fort
contribuer les habitans en denrées de toute espece : un grand
nombre de charriots sont continuellement employés à transporter
à Landau ce qu'ils enlevent. La colonne française
qui a évacué Kreuznach le 9 de ce mois , a continué de se replier
jusques par- delà Cusset et Birkenfeld ; elle a pris sur la
route des contributions et des ôtages . On a lieu de croire que
la coloure qui occupe nos environs se retire bientôt également
vers les ligues de la Gueiche .
-
Le prince d'Esterhazy a passé ces jours derniers par notre
ville en se rendant à Londres . On ajoute que plusieurs ministres
des puissances coalisées s'y rendent en même tems
pour se concerter sur les circonstances actuelles de la guerre.
Le bruit court à Berlin que le duc de Bruuswick , dégoûté
de son peu de succès contre les armes de la République
Française , se retire , et qu'il sera remplacé par le général
Mollendorf , si toutefois les Prussiens ne quittent pala
-partie.
( 855 )
2
Un émigré , qui servait dans l'armée de Condé , dit ici ,
qui veut l'entendre , que de 6000 gentilshommes dont elle
était composée au commencement de cette campagne , il en
reste à peine 2500. La légion de Mirabeau , forte d'abord de
1800 hommes , est aujourd'hui réduire à 400. Leur cavalerie
est entiérement rninée. Les chevaux qui ont été constamment
attachés au piquet , depuis les premiers jours de novembre
jusqu'à la moitie de décembre , et souvent sans fourrage
, sont morts en grand nombre ; ce qui en reste est hors
d'état de servir.
PROVINCES UNIES ET BELCIQUE. "1
La piece suivante nous a paru mériter d'être consignée ici ,
parce qu'elle est assez propre à faire connaître l'état de situation
, et sur - tout , de confiance où se trouve en ce moment
l'un des plus chauds et des moins puissans adversaires de la
France. On verra que sa position est presque désespérée .
Le conseil d'état , dit le stadthouder , aurait cependant
desiré , il s'en était même flatté , qu'après une campagne aussi
sanglante , et après des événemens aussi terribles qui ont eu
lieu l'été dernier , il aurait été à même , en remettant la pétition
pour les frais de l'année 1794 , de tracer un tableau
plus favorable , et sur- tout plus rassurant pour l'avenir , de la
situation politique de l'Europe , que les circonstances ne le lui
permettent. 19
A
Plus bas , après avoir attribué à la France toutes les guerrès
qui ont désolé l'Europe depuis quelques siecles , il s'exprime
ainsi : Mais ce ne sont pas seulement les guerres des Louis XIV
et XV , qui nous ont coûté des trésors et du sang , ce sont
les intrigues du ministere français sous Louis XVI , qui
pour humilier avec plus de succès la Grande-Bretagne , affaiblir
la Hollande , l'asservir , ou pour en disposer à son gré.
a suscité des troubles au milieu d'un peuple heureux ; l'a excite
à des murmures , et fait revivre l'esprit de parti et des haines
anciennes , avec un tel succès qu'une partie très - considérable
de laration , par le vain fantome d'une fausse liberté , dout
séducteurs sont devenus par la suite eux - mêmes les
victimes , a été égarée à un tel point , que quelques - uns de
bonue- foi , mais un plus grand nombre , poussés par des vues
basses et criminelles , ont cherché à renverser dans notre patrie
T'ordre des choses et le gouvernement etabli ; les tristes effets
s'en fout sentir encore de maniere à nous obliger d'être continuellement
en garde contre les troubles dont les semences
sont loin d'êtree. étouffées , et dont les suites sont incalculables ;
trouble et confusion qui , sí l'Etre tout-puissant n'y met ordre ,
fairont par notre ruine totale .
" Depuis ce tems notre repos , notre union ont disparu ;
nos finances sent diminuées successivement ; notre industrie ,
( 256 )
•
路
"
notre énergie ont perdu de leur force ; il reste toujours un
mécontentement scurd , une envie de se mêler des affaires
publiques qui nuit aux affaires particulieres , et occasionne
une negligence , un retard pour les contributions publiques ,
qui , non-seniement affaiblit nos finances , mais qui vin
peche de rétablir fe erédit hational .. Ces dispositions sont
vivement soutenues , fortement alimentées près des dominateurs
actuels de la France , par nos maigres , réfugiés en
ce pays , sur un ton et d'une manière qui prouvent clairement
leur abjuration de la religion et de la morale de leurs
peres.
J
Quant à la Belgique , contrée si voisine dé la précédente
que le soit de l'une peut avoir beaucoup d'influence sur celui
de l'autre , voici à peu près en quef état y sont les affaires.
Soit que l'arrivée prochaine de l'empereur , attendu incessam
ment à Bruxelles , ou que d'autres motifs quelconques aient
réchauffé les esprits ' deja ramenés par des acnageniens , des
égards , des concessions , et même dés rétablissemens de privileges
, il est sûr que le clergé et la noblesse du pays de
Limbourg paraissent disposes à baire des sacrifices considerables
pour mettre le pays en état de defense , ayant deja
pris l'engagement de faire des avances de fonds sans intérêt
pendant la durée de cette guerre ; esta espérer , disent ces
états dans une circulane datée de Battisse Te 7 décembre 17931,
que cet exemple sera suivi par les capitalistes , rentiers , negocians
et fabricans de cette province.
On perçoit auss avec beaucoup d'activité l'imposition qu'on
a mise sur les chevies
luxe et les domestiques , d'après
le cousentement unanimie des villes de Bruxelles , de Louvaîn
et d'Auvers. Cependant ce zele și favorable aux intérêts de
l'Autriche se trouve plus dans les deux premiers ordres que
dans le tiers-état. Ce dernier qui devrait être le premier , ou
pour mieux dire le seul , vient de leur presenter une liste de
demandes consistant en huit articles . Un des principaux points
est l'admission de deux députés du tiers dans les délibérations
de la noblesse et du clergé , qui rendront compte par écrit à
leurs commettans de tout ce qui se passera dans ces assemblées
. Ils finissent par demander une réponse positive daus
le terme de quinze jours.
Ces états impérieux , par qui et pour qui tout se fait , qui
appellent leurs privileges et leurs libertes la liberté ; en un mot ,
ces états égoïstes , où le peuple ne trouve pas de vrais amis
viennent d'avoir un nouveau succès sur la cour , ou du moins
ils ont traité d'égal à égal avec elle . M. Van-Velde était porté pár
le gouvernement à la place de grand- chancelier ; mais il était
rejeté par les états . If a pris le parti de renoncer lui - même
à un emploi dont on lui defendait l'accès . Les états , dans
leur derniere assemblée , ont nomme à cette place le baron
de Battenstein , ' collseiller intime de l'empereur ; its en ont
donné
( 957 )
donné sur-le-champ connaissance à l'archiduc Charles qui en
a témoigné
sa satisfaction
. Les états
na Jette M. Van-
Velde que parce que l'empereur
avait voulu s'arroger
le droit
de nomination
.
Le général Keglevick , officier distingué , a été tué d'un coup
de canon dans un des derniers combats , et le duc de Bourbon
grievement blessé dans la même affaire .
2λ
#
A
Suivant des lettres de Gand , les Anglais viennent d'élever
un grand nombre de batteries du côte d'Ostende ce qui
semble indiquer qu'ils eraiguent de revoir les Français se
porter par là. En général , toutes les troupes alliées postées
sur les frontieres de la Belgique recommencent leurs mouvemens
militaires ; et l'on serait tente de croire , d'après les dispositions
qu'elles sont à la veille d'exécuter , qutiques entre
prises importantes. Plusieurs corps Autrichiens s'avancent dans
les environs de Maubeuge , Landrecy et Bouchain. Dans le
même tems , d'autres corps qui s'étaient déja cantonnés dans
´les villes de l'intérieur sont partis en hâte pour la principauté
de Chimay et Beaumont , afin d'aller couvrir les bords de
la Sambre. On peut encore juger de l'importance de l'opéfation
méditée par la précipit tion avec laquelle sont partis
tous les officiers generaux pour les frontieres . On a même cru
devoit y envoyer divers bataillons de grenadiers tres du quartier-
général de Mons . Enfin , il a passe le 21 pas Bruxelles un
corps de Houlans , levés nouvellement à Tirlemont pour le
service de l'Angleterre , et dans la composition duquel entrent
en partie les émigrés Français.
2 Cependant des lettres de Mons annoncent que les dons
gratuits se rallentissent. Le gouvernement à qui il faut de
l'argent à tout prix , vient de taxer les corps de métier par
tête, les chaircuitiers , à 30 liv . ; les chaudsonniers , à 24 liv .
les menuisiers , à 12 liv , et ainsi du reste ; mais on doute
que ces gens , qu'on a plus d'intérêt à ménager que les antres ,
veuillent consentir à cette nouvelle capitation . Il est facile
de juger par ce trait et par les deux suivans dans quel état
sont les finances , ce nerf de la guerre . Tous les abonnés au
concert de Mons se
se sont rassemblés pour se cottiser ; en conséquence
, ils ont fait afficher un concert au profit de S. M. 1 .
Les états out pressé par une proclamation tous les habians
du paayyss de s'enrôler dans les six régimen's Wallons pour le
tems que durera la guerre , sous promesse à chaque individu
d'un ducat de gratification ontre son engagement , avec cette
clause principale : Sa majesté impériale lui en saura g é ; ċe qui
ne laissera pas de faire une grande économie , si les dollars
veulent prendre ces douces paroles pour argent comptant ;
mais ils parissent vouloir du plus réel.
Tome VII .
1
R
( 258 ).
•
ANGLETERRE. De Londres , le 22 Janvier.
On afait courir pendant quelques jours le bruit que M. Pitt
allait quitter pendant quelque tems le ministere, et serait remplacé
par M. Jenkinson . Mais personne n'en a été la dupe , et l'on
a ben senti que quel que sit l'embarras du premier minist
dans les circonstances présentes , il ne laisse circuler cette
nouvelle , dénuée de vraisemblance , que pour sonder l'opinion
publique.
Le 14 , le prince Adolphe qui était venu de Windsor à
Londres est parti pour Douvres , où il va s'embarquer pour.
aller retrouver le duc d'Yorck , attendu lui- même à Londres ,
ainsi que plusieurs officiers des armées alliées . Ce petit voyage
a pour but de prendre des instractions , et de se réunir pour
in plan de campagne,
Le même jour , l'ambassadeur Turc , Jussuf Pacha , a été
admis à l'audience de M. Pitt , Il est resté une demi - heure
avec ce ministre. Le lendemain , le marquis de Canelli , envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi de
Naples , a été présenté au roi par le lord Grenville .
Le capitaine Sidney Smith a enfin apporté des nouvelles de
T'amiral Hood, qui prouvent que cet officier surpris et pessé
vivement à Toulon per les Français n'aa pas eu le tems dans
sa fuite précipitée de faire autant de mal qu'il le voulait.
Le discours du roi d'Angleterre au parlement , étant dans les
circonstances actuelles , la chose la plus intéressante que nous
paissions présenter à la juste curiosité de nos lecteurs , nous
avens cru devoir remettre à l'ordinaire prochain les autres
articles , pour ménager à celui- ci la place qu'il doit occuper
dans ce journal , fait pour fournir des matériaux à l'histoire ,
et qui par conséquent doit contenir tous les morceaux diplo
matiques , tous les documens , toutes les pieces officielles auxquels
les grands événemens peuvent donner lieu.
Milords et Messieurs ,
Les circonstances dans lesquelles vous êtes assemblés aujourd'hui
demandent de votre part la plus sérieuse attention ,
Nous sommes engagés dans une guerre , de l'issue de laquelle
dépend le maintien de notre constitution , de nos lois et de
notre religion , ainsi que la sûreté de la société civile .
Vous devez observer , avec satisfaction , les avantages rem
portés par les armes des puissances alliées , et le changement qui
' est fait dans la situation générale de l'Europe depuis le commencement
de cette guerre .
" Les Provinces - Unies ont été protégées contre une invasion;
les Pays- Bas autrichiens ont été repris et conservés ; enfin , des
aces d'une très - grande importance ont été emportées sur la
tiere de France,
( 259 )
La reprise de Mayence et les succès des arnrées alliées sur
te Rhin qui en furent la suite , ont été , malgré les avantages
que l'ennemi a obtenus en dernier lieu dans cette partie , singulierement
utiles à la canse commune .
Des efforts puissans ont été faits par mes alliés dans le
midi de l'Europe . La possession temporaire de la ville et du
port de Toulon a rainé les opérations de mes ennemis ; et , dans
les circonstances qui ont accompagné l'évacuation de cette
place , un coup important et décisif a été porté à leur puissance
navale per la conduite , l'habileté et le courage de mes commaną
dans , de mes officiers et de mes forces de terre et de mer.
Les Français ont été chassés de leurs possessions et de leurs
pêcheries à Terre neuve ; et des acquisitions importantes ont
été faites sur eux dans les Indes orientales et occidentales .
Sur mer notre supériorité n'a point été disputée , et notre
commerce a été si efficacement protégé , que les pertes qu'il a
supportées ont été peu considérables en proportion de son
exclusion et des prises faites sur le commerce resserré de nos
ennemis .
·
" Les évenemens qui ont empêché jusqu'ier de plus grands
progrès de la part des alliés , preuvent non seulement la
nécessité de la vigueur et de la persévérance de notre part ,
mais confirment en même -tems l'attente des succès futurs .
99 Nos ennemis ont tiré les moyens de déployer cette activite
momentanée , d'uu systême qui les a mis en état de disposer
arbitrairement des vies et des propriétés d'un peuple
nombreux , et qui viole ouvertement toutes les lois de justice
d'humanité et de religion . Mais ces efforts , en produisant
nécessairement en France un mécontentement et une confusion
intestine , ont aussi tendu rapidement à épuiser la force naturelle
et véritable de ce pays :
Quoique je ne puisse que regretter beaucoup d'être
obligé de continuer la guerre , je consulterais mal les intérêts
essentiels de mon peuple , si je pouvais desirer une paix qui
reposât sur d'autres bases que celles qui pourraient pourvoir à
la sûreté de mes sujets , ainsi qu'à l'indépendance et à la tranquillité
de l'Europe.
7
Il est encore impossible d'atteindre ce but , puisque le sys
tême qui prévaut en France est également incompatible avec le
bonheur de ce pays , et le repos des autres nations.
" Dans ces sentimens j'ai cru convenalle de faire une déclaration
des vnes et des principes par lesquels je suis guidé .
J'ai donné ordre qu'une copie de cette déclaration fût mise
sous vos yeux , ainsi que celle des traités et conventions
passés avec différentes puissances ; elles vous feront voir quelle
grande partie de l'Europe est réunie pour une cause d'un
intérêt aussi général .
C'est avec une satisfaction indicible que je réfléchis sur
Tinébranlable loyauté et le ferme attachement pour la consti
zution et le gouvernement établi qui se sont manifestés
R &
C
་
3
généralement parmi toutes les classes de mon peuple , malagré
les efforts ; continuets employées pour l'égarer et le séduire.
Ges sentimens se sont montrés éminemment dans le zele et
l'activité des milices pour assurer notre d fense intérieure ,
set dans ; lá” bravoure et le courage distingués déployés , dans
toutes les occasions par mes forces de terre et de mer. Elles'
onb conservé Thonneur du nom Breton , et se sont moustrées
digues du bonheur que tous nos efforts ont pour but de
conserven. 91
, Messieurs de la chambre des Communes ,
6. Fai donné ordre que les comptes et états nécessaires soient
z mis sous vos yeux , et je suis persuade que vous serez em ..
spressés à pourvoir à tout ce que les besoius du tems peuvent
exiger . Je ressens trop vivement les preuves répétees que
j'ai reçues de l'affection de mes sujets pour ne pas voir
savec beaucoup de peine , la nécessité de quelques charges
additionnelles.pont
1
C'est cependant une grande consolation pour moi de considérer
l'état des finances , ainsi que le succes complet de la
› mesure quisá été adoptée l'année derniere pour écarter les enitraves
qui gênaient 9 le credit commercial.
119 Au surplus , quelque grande que soit l'étendue de nos
operations , j'ai la confiance que vous ferez ensorie d'y pourveirsde
maniere à éviter tous fardeaux qui peseraient trop
fortement sur mon peuple . "? , N. ra
7
ps Milords el Messieurs *
is Dans toutes vos délibérations vous vous rappellez sans
douté les causes et l'origine de la guerre. L'aggression , qui a
rété dirigée , contre nous et nos alliés , est fondée sur des pein-
-cipes qui tendent à détruire toutę propričié , à renverser les
lois et la religion de toutes les nations civiusées , et à introdaise
universellement cet étrange et destructif systéme, de, rapine
, d'anarchie es d'impiété , doules essais , tels qu'ils se sont
déja manifestés en France , fouruissent une , terrible mais utile
leçon à l'âge actuel et à la postérité .
- Aline, nous reste à nous quà persévérer dans nos efforts
unis , leur cessation ou meme leur ralentissement pourrait
à peine procurer un court intervalle d'un repos trompeur , et
n'amenerait jamais une tranquilité et une paix constante.
" Frappés de la nécessité de défendre ce qu'il y a de plus
cher pour nous , et comptant , comme nous devons le faire
avec confiance , sur la valeur et les ressources de la nation,,
sur les efforts combinés d'une si grande partie de l'Europe , et
2 par- dessus tout sur la justice incontestable de notre , cause ;
Tendons notre conduite un contraste frappant avec celle de
nos ennemis . Enfin , en cultivant , en protcgeant les principes
de l'humanité et les devoirs de la religion , efforçons - nous de
mériter la continuation de la faveur et de la protection divine
dont ces royaumes ont déja reçu tant de fois des marques
¿çlatantes. ?? datum
1 ?
"
( 2613)
RÉPUBLIQUE
elab aminima
FRANÇAISE.
7 £
CONVENTION, NATIONALE
PRÉSIDENCE
• Séance du nonodi , 9 Pluviose.
13
DE VADIER.
0%
1
L'armée qui a conquis Toulon a célébré la fête des victoires
de la Republique . Eu voici les détails , tels qu'ils ont été
transmis à la Convention nationale par les représentans du
peuple Barras et Freron . Une statue fut dressée à la liberté
au milieu du champ de bataille ; elle était couronnée de lauriers
, et foulait aux pieds et les sceptres et les diadêmes . I
fut delendu aux infames Toplonais de souiller , par leur présence
criminelle , le triomphe de leurs vainqueurs . Les esclaves
de Louis XVII ne pouvaient venir adorer la deesse des Français
. amce se rendit donc seule avec nous au Champ - de-
Mars ; nous mimes des couronnes de laurier sur les drapeaux
des bataillous , brisâmes les chaines du malheureux maire de
Salon , que la Lage sectionnaire avait condamné aux galeres .
Trois cents bouches à feu apprisent aux Anglais que leur seelétatesse
avalt echoué , et qu'il restait encore des foudres pour
les ancautir , s'ils osaicut revenir . Ils comprirent cette terrible
favorable , onze
de leurs vaisseaux quicient la rade d'Hieres , et disparurent.
Nous fines un auto - da - fe des dépouilles de nos ennemis ; elles
furent réduites en cendres ,
Jeçou , et dès le lendemain , profitantd'un
en
lys , etautres sigues du iende que les drapaux à fleurs a
nais pour leur maltre. }} },
amour de messieurs les Toulo
Une citoyenne d'une commune de la République apprenant
la mort de son fils unique , tué à l'armée , est allée déposer
sur l'autel de la patrie , la dépouille de ce jeune défenseur de
la liberté , en exprimant le desir qu'elle servit à quelque Republicain
qui irait combattre les tyrans et leurs esclaves.
Dubois Crance , au nom du comité ic la guerre a fait un
Tappoi sur l'organisation de l'infanterie legere ; sur sa proposition
, les compagnies franches oonntt ele sapprimees.
Merlin de hiouville a proposé, au nom do méme comite?
la création de 9 régimens d'artillerie legere. L'impressión de
če projer
er a été décrétéë! 99 $ 5 36. 16. Hois
Rhull donne lecture d'une lettre qu'il vient de recevoit de
Mayencer de la part d'un des Français retenus en ôtage dans
cette ville. Ce citoyen se plaint amerement de ce que l'on ne
fait rien pour la délivrance de mille braves Français à qui on
ne semble laisser que le désespoir. Rhull demande que le
4
R 3
( 264 ) ;
ministre de la guerre rende compte dan's 24 heures de ce qu'il
a fait pour l'execation du decret du 7 septembre dernier ,
relatif aux Français détenus à Mayence. Rhull fait ensuite
plusieurs autres propositions , telles que d'enlever tous les effets
qui ap partiennent aux petits princes d'Allemagne , de brûler
leurs châteaux , et notamment celui de l'électeur de Mayence
à Worms , qui a servi si long- tems de repaire à Condé et à
ses complices.
Après quelques débats , l'Assemblée renvoie toutes ces propositions
au comité de salut pablic , et le charge d'examiner
la conduite du ministre de la guerre .
Coupé de l'Oise présente la rédaction de son projet de
décret pour l'établissement des bibliotheques nationales : ellé
est adoptée .
Grégoire soumet à la délibération son projet de décret sur la
confection des livres élémentaires pour l'instruction publique .
Hest adopté ainsi qu'il suit :
6 Art. Ier . Un concours est ouvert jusqu'au 1er, messidor
prochain , pour les ouvrages sur les objets suivans : ??
10. Instructions sur la conservation des enfans , depuis la
grossesse inclusivement , et sur leur éducation physique et
morale, depuis la naissancejusqu'à l'époque de leur entrée dans
les écoles nationales : ces deux objets traités ensemble ou
séparément.
20. Instructions pour les instituteurs nationaux , sur l'éducation
physique et morale des enfans .
30. Méthodes pour apprendre à lire ou à écrire ces deux
objets traités ensemble ou séparément.
4°. Notions sur la grammaire française .
50. Instructions sur les premieres regles d'arithmétique et de
géométrie- pratique : des instructions sur les nouvelles mesures.
et leurs rapports aux anciennes , le plus généralement répandues
, entreront dans les livres élémentaires d'arithmétique ,
qui seront composés pour les écoles nationales . Art. XÎ du
décret du 1er août dernier...
6. Notions sur la géographie.
7. Instructions sur les principaux phénomenes et sur les
productions les plus usuelles de la nature .
8o. Instructions élémentaires sur la morale républicaine .
9º. Instructions élémentaires sur l'agriculture et les arts : ces
deux objets traites ensemble ou séparément.
" II . Les auteurs adresseront leurs ouvrages à la Convention
nationale , et ne se feront connaître qu'après le jugement.
3. an
, III, Des récompenses nationales seront décérnées aux
auteurs des ouvrages qui auront été jugés les meilleurs .
By
9, IV. Le comité d'instruction publique présentera un rapport
aur Porganisation d'un jury , destiné à juger du mérite
( 263 )
1
des ouvrages envoyés au concours , et sur les récompenses à
décerner.
Jean-Bon-Saint-André , an nom du comité de salut publie ,
a appellé l'attention de l'Assemblée sur les régimens de la
marine , qui semblent former des corps privilégiés en ce qu'ils
sont exclusivement attachés au service de.. mer. Pourquoi ,
a -t- il dit , les vainqueurs de Landau , de Toulon , ne pourraient-
ils pas aller flottes sur nos montrer leur courage aux
esclaves de Pitt , et faire baisser le pavillon de Georges ? La
Convention a décrété la suppression des régimens de la marine .
Les corps connus sous ce nom seront à l'avenir sur le même
pied et sous le même régime que les autres bataillons de
volontaires nationaux . Les garnisons des places maritimes ne
seront plus permanentes ; le ministre de la guerre est autorisé
à les changer aussi souvent que les circonstances l'exigent. I
sera pris dans les bataillons de volontaires nationaux indistinctement
les détachemens nécessaires pour former lagarnison
des vaisseaux . Ils remplirent les fonctious des aumôniers .
Séance du décadi , 10 pluviose..
"
Ou se rappelle la belle action du capitaine Trullet. Pour
récompenser ce citoyen , la Convention avait rendu un décret
par lequel elle entendait qu'il fût nommé an commandement
d'un vaisseau de guerre . Aujourd'hui , un membre a dénoncé
le ministre de la marine pour n'avoir tenu aucun compte de ce
décret , et s'être cru une puissance au- dessus de la Convention
nationale en donnant une autre destination au capitaine
Trullet. Cette dénonciation a donné lieu à de nouvelles
plaintes contre les ministres et le ministere . Le ministre de la
marine a été mandé à la barre : il est résulté des explications
donnees par lui et par Barrere , au nom du comité de salut
public , qu'il y a eu une erreur dans la rédaction du décret ,
qui n'expliquait pas quel commandement la Convention avait
voulu donner au citoyen Trullet . Plusieurs membres de ce
comité ont donné au ministre d'Albarade les éloges qui lui
éioient dus pour ses travaux , son zele et sa soumission aux
décrets de la Convention . Barrere a proposé une nouvelle
rédaction de celui qui avait fait l'objet des débats . Elle a été
adoptée en ces termes : La Convention éleve au grade de
capitaine de vaisseau le citoyen Trullet , et charge le ministre
de la marine de lui désigner incessamment le vaisseau dont il
‚ aura le commandement . 99
Le reste de la séance a été occupé par des pétitions , des
adresses , et des décrets d'un intérêt particulier.
`Séance du primidi , 11 pluviôsê.
La correspondance de ce jour offre une multitude d'adresses
de communes qui toutes remercient la Convention du gouvernement
révolutionnaire provisoire qu'elle a donné à la J
R 4
( 264 )
"
République , et font hommage à la patrie de plusieurs objets.
nécessaires à l'équipement des défenseurs de la République .
Les autorités constituces du département du Mont-Terrible
ont été épurées par les soins du représentant du peuple ,
Bernard de Saintes . Le peuple a reçu avec des transports de
joie ses nouveaux magistrats , les a installés avec pompe , et
Teur a donne une fête fraternelle . Tous les districts du département
de la Haute- Saône son: aussi épurés ; il reste les campagues
, sur lesquelles ce représentant du peuple a pris déja plusieurs
renseignemens qui le mettront à même de terminer
bientôt cette épuration .
Les soldats Français composant la garnison actuelle de
Landau ont fait don à la patrie de deux jours de paye qui leur
avaient été accordés à titre de gratification . Ils ont jure de
mourir en exterminant le dernier des tyrans . Mention ho ..
norable.
Des petitions particulieres ont occupé le reste de la
séance .
1 :
Séance du duodi , 12 Pluviose.
T
Une députation de l'administration du district de Lille ,
admise à la barre , a présenté une pétition relative aux daugers
qui pourraient menacer cette place importante , et a déposé
sur l'autel de la patrie les trésors accumulés par le fanatisme
et la superstition .
Des débats se sont élevés à Fégard du représentant du
peuple , Châles , " deja rappellé au sein de la Convention par
deux décrets , et persistant encore a prolonger son séjour à
Litle , en alléguant des motifs de santé . La Convention a
chargé ses comités de salut public ei de sûreté générale de
prendre toutes les mesures que nécessitera l'etat physique de
Châles , pour assurer son retour dus da Convention .
་ ]
Une députation de plusieurs sections de Paris est venue
réclamer l'élargissement de Vincent. Reavoye au comité de
sûreté générale .
$ 13
66
་ ་་་
par
Collot-d'Herbois , au noin du comité de salut public , a
presente un plan pour que les secours qui sont attribués
la loi aux femmes et entans des défenseurs de la pairie , leur
parviennent sans délai . Le trésor national , a dit Collet ,
ne peut être invoqué pour de plis dignes effusions ! Si les
soldats de la liberté épuisent les " Victoires , ils n'épuisérout
pas les sentimens qui nous attachent leur existence" ; ils
n'épuiseront pas cet amour paternel dont la Convention est
animée pour eux . Ils surfassen : tout ce que l'histoire offre
de mémorable , même dans les guerres qu'out soutenues les
peoples libres "Toustache: bis aussi de surpasser tous les
libres , oustache:
moumensous Petite
Pes umbiguages "que les nations ont pu
donner de la publime recupisce
1
( 265 )
Collot - d'Hebois a lu un projet, de décret , dont la Cons
vention a ordonne l'impression.
Jean-Bon Saint - Andre a fait le rapport de sa mission à
Brest . Il a fait le tableau de ce qu'était la marine française
il y a quelques mois , de ce qu'elle est devenue par ses soins
et ceux du comite de salut public et des succès brillans
que la République doit en attendre, L'Assemblée a vivement
applaudi à ces details , et elle a ordonné l'impression du tra
vail de Saint André.
Séance du tridi , 13 Pluviôse.
ว
Au nom du comité de salut public , Barrere obtient la parole
. La fabrication extraordinaire des armes et des poudres
était l'objet de son tapport, il commence d'abord par répondre
a ceux qui accusaieur le comité d'avoir un systems.
exagéré , des pretentious funestes , et une paix imposible à
presenter ou a faire . La tranquillité dans l'intérieur de la
République , douze cent mille republicains sous les armes
des milliers de bouches à feu sur nos remparts , des camps
renforcés sur nos frontiers , une marine formidable
les
deux mers , et des millions de poudre pour foudroyer les tye
rans de Europe ; voila les moycus de pacification que pear
employer un grand people ; voila comment une republique
magnanime , couverte de bataillous et fere de sa liberte , doit
stipuler la paix de monde.
66 Vous voulez la paix , a dit Barere ; mais
salut public , la Convention natiouale et le peuple Français
veulent aussi la pais ; mais le comité à prépare une querie .
terrible pour amivel a une paix solide . Vous voulez la paixz
les ois la veulent aussi ; mais entendez à quelles conditions
infamanies et dangereuses . Un de nos ageus diplomatiques .
dans un pays neure et voisin , nous a annonce avant , hier
les propositions insidieuses qui seraient faites pour la paix,
pour diviser d'opinion les patriots et attedir le courage des
Français .
Ils reconnaitront la République ! Comme si la République
avait besoin d'eux pour exister ; comme si sa destinee ue la
plaçait pas dans le role imposant de tolerer les ois , et de reconnaître
provisoirement les gouvernemens des tyrans conlises !
"
" Ils demandent ne breve de deas ans ! Comme si c'etait à
des républicaius à mettre bas les armes devant les rois , et à
leur donner le tems de remplir leurs trésors , de recruter
leurs armées de semer au milieu de nous des divisions ,
d'exciter dans nos départemens des guerres civiles , et de
créer , par leurs émissaires , de Vendees nouvelles et mieux
combinees à l'exterieur que la premiere..... ! Enfin , les rois
coalisés consentiraient lorsque dans deux années la constitution
serait clablie et le concernem organise , de traiter définitivement .
la paix , el de trané séruit soumis à is ratification nationale.
( 266 )
Ombres funestes de Brissot et des fédéralistes justiciés !
vous avez donc remplacé leur génie conspirateur dans le
conseil des tyrans d'Europe ! tour à tour créateurs et héritiers
de vos principes parricides , les despotes nous présentent
généreusement une république provisoire , une reconnais
sance momentanée , une trêve dangereuse , une armistice
perfide , un établissement conjectural de la constitution , un
changement nécessaire de représentans , un gouvernement
révolutionnaire détruit , l'énergie de 27 millions de Français
paralysée , quinze armées inutiles , des actes diplomatiques ,
un traité d'Aix la Chapelle ou de Westphalie ; et au bout de
tant de ficaux et de hasards politiques , au appel au peuple .
une ratification de la paix dans les assemblees primaires
travaillées en guerre par les intrigans gorgés de guinées des
Anglais des piastres des Espagnols , des crimes de l'Autriche
et des artifices de Rome .
1
,, Le 25 nivôse , des agens attachés à un des gouvernemens
du Nord coalisés sondaient en Suisse un des agens de la République.
A qui peut on s'adresser en France , disaient-ils , dans
le cas où l'on voudrait en venir à des propositions de paix ? cela
n'est pas difficile , répond l'agent français : Nous avons cent
mille négociateurs à l'armée du Rhin , et cent mille autres à l'armée
du Nord, sans compter les négociateurs placės dans les autrès
armées.
» Citoyens , démentirons- nous cette réponse ? et pour .
ra-t- on nous faire illusion par la distinction usée des peuples et
des gouvernemens ? .... Ne cessons donc pas de former des
bataillons , de fabriquer des armes , de construire des vaisseaux
, de forger des canous , de récolier des salpêtres et de
fabriquer des poudres . C'est de vos arsenaux , c'est de vos
ports , c'est de vos fabriques de poudre que sortiront les
articles du traité de paix .
Barrere présente ensuite le tableau des progrès de la fabrication
des armes dans Paris qui est devenu l'arsenal de la
République. On y voit les places publiques transformées en
ateliers ; les églises , en arsenaux ; les maisons des émigrés
en forges . Les ouvriers du luxe out changé leur profession ;
4'horloger fait des platines ; l'ébéniste monte des fusils . On
compte maintenant plus de 500 canonniers dans les trois
grands atteliers publics , indépendamment des canonniers qui
travaillent dans les maisons particulieres . Deux batteaux contenant
32 forêts , sont en activité . Cinquante foreries à bras ,
mues par de bons Sans - Culottes , sont également en activité .
Trois nouvelles foreries sur des batteaux sont en pleine cons
truction. Six émouleries à feu marcheront dans six jours . Deux
émouleries à chevaux , quatre émouleries sur des batteaux
sont en construction . Cinq atteliers à platine sont en pleine
activité ; deux nouveaux se forment dans ce moment . Bientôt
le nombre des platines fabriquées égalera celui des fusils
1 267 1
montés , 30,000 platines déposées dans les magasins , remplissent
dans ce moment le déficit . Cinq atteliers destinés à monter
et ajuster des fusils , sont en pleine activite . Les magasins
des fers , des aciers , des charbons sont approvisionnés .
Il y a quatre millions de fer destinés à la fabrication des
armes .
On verra par le tableau de la derniere décade de nivôse qui
est sous presse , qu'il a été rendu dans cette décade 3176 fusils
provenant des atteliers publics , et 3623 provenant des atteliers
particuliers : total , 6899 , sur lesquels il n'y a que 1643 fusils
de r'habillage , tout l'excédent a été fait à neuf . 6800 fusils
par décade , donnent 680 fusils , par jour. Ainsi la fabrication
des armes approche journellement du nombre de mille , qui
est le but vers lequel nous tendons . Comptons maintenant ce
que font 6800 fusils dans l'année pour les 36 décades qui la composent
, et nous verrons que le nombre doit se porter à environ
250 mille fusils ; c'est- à-dire , plus que toutes les fabriques
des puissances coalisées ne peuvent leur donner , puisque la
France n'a jamais obtenu , dans les tems ordinaires , de ses
manufactures , plus de 40 mille armes.
Sous le regne de la servitude et de l'esclavage , il exis
tait deux fonderies de canons de bronze ; aujourd'hui quinze
sont en pleine activité sur la surface de la République , et
elles produisent par mois plus de onze cents bouches à feu
en bronze . Il a été envoyé des commissaires dans tous les
départemens pour faire descendre les cloches , les réunir daus
des chefs-lieux de dépôts particuliers . Ces cloches sont une
mine immense de cuivre que le comité de salut public fait
exploiter. Déja plusieurs artistes en font le départ , et vont
porter le cuivre pur aux fonderies .
" Il fallait aussi des canons de fer pour la marine : il a été
envoyé des artistes pour établir des fonderies de canons de
fer , par-tout où la fonte est propre à cet usage .
De nombreux atteliers , de grands établissemens d'exploitation
de salpêtre s'élevent de toute part . On parle par
tout , par - tout on s'occupe du salpêtre . A Paris les sections
montrent un grand zele pour ce travail ; tout devient manufacture
de salpêtre ; tout citoyen en est le manufacturier , et
les citoyens obtiennent le sel plus pur qu'il n'avait coutume
de sortir des premiers atteliers des salpétriers .
•
" La fabrication des poudres n'est pas moins active . Des
moyens nouveaux , aussi simples qu'ingénieux , vent nous
mettre en état de reproduire de la poudre dans tous les tems
dans toutes les saisons et dans tous les lieux . Une anecdote,
trop peu connue , prouvait depuis long-tems la possibilité de
Fexecution de ce projet. Labourdonnaie , enfermé à la Bas ,
tille , tire dans son cachot , devant le gouverneur , un coup
de pistolet. Le gouverneur étonné l'interroge Voici comment
je me suis armé, comment j'aurais pu me tuer , répond Labour
( 268 )
;
donnaie : J'ai graté le salpêtre sur les murs de mon cachot ; Far
pris du charbon dans mon foyer les allumettes n'ont fourni le'
soufre une cuiller d'étain m'a donné les balles , et un etui Por
qui m'a été laissé , s'est changé en canon . Quelques jours ont
suf pour approfondir cette découverte et la constituer en
art.
" La potasse nécessaire à la purification du salpêtre ne
manquera pas non plus à la République , quoique le commerce
ennemi cherche à l'en priver . Outre celle que nous.
avons prise et que nous prendrons à nos ennemis , ou en
fabriquera dans les départemens . Les forêts de la Vendée ser
ront converties en potasse . Un nouvel art chymique , en tie
rant la soude du sei mariu er en multipliant sur notre territoire
une denrée que l'étranger nous apportait , et que uous
pourrons bientôt revendre à l'étranger, va menager la potasse
et ta remplacer dans tous les usages , pour la reverser dans
la fabrication du aitre .
Des minéralogistes sont aussi envoyés dans plusieurs dépar
iemens , poery reconnaître et y employer à la défense commune
toutes les matieres minerales , métaux , sel , soufre ,
charbon de terre , que la nature liberale offre à la berte
et que le despotisme laissait enfouir.
1 Tels sont les principaux résultats du rapport de Barrere ,
et en présentant des mestres nouvelles , il a anabacé qu'elles
ne sont que des supplemens à des besoins satisfaits ; que
nous sommes dans ce moment approvisionać , pour ne en
craindre , et qu'il faut de grands moyens pour tout oser. Voici
le décret "adopté a la suite de ce rapport :
Autel sera formé une commission des armes et des
poules de la République , qui réunira tout ce qui a rapport
à la fabrication de ces deux objets , et qui sera composée de
tres membres nommés par, la Convention nationale , sur la
prescutation du comité de salut públic .
1. Ces trois commissaires délibéreront entre eux sur les
objats de leur établissement déterminé ci- après ; ils dirigeront
immédiatement les divers établissemens , manufactures , fabriques
foutleties et atteliers Parines dans toute l'étendue de
la République , ainsi que la fabric ion extraordinaire d'armies ,
dont le centre est établi à Paris , par décret du 23 août 1793 , '
vicus style.
99 ill. Les trois membres de la commission des armes et
poudres sour responsables solidaire neut. L'un d'eux signera
alternative hent toutes les opérations et ordres émanes ; peug
dant 15 jours , il aura séance au conseil exécutif provisoire. Le
traitement de chacun de ces commissaires scra de I a mille livres
pár an .
IV. Cette commission s'occupera des objets suivans ; 1º , de
la fabrication des bouches a ten ; des affûts et de tout ce qui
tient ác materia de Pallilferic de terre et de mer ; 20. des fusils ,
15269 )
carabines , pistolets et de toure espece d'armes, à fea ; 30. des
sabres , piques , bayonnettes , et de toute espece d'ame blauche
; 4º de la fabrication des salpêtres , potasse et poure
ei de la confection de toutes les matieres qui sont nécessaires
ou qui en proviennent ; 5º . de la construction , entretien et
surveillance des divers établissemens , magasins et arsenaux de
la guerre et de la marine .
V. La commission est chargée de pourvoir aux approvisionnemens,
des matieres de toute espece necessaires à la fabrication
des armes et des poudres. En conséquence , elle passera
desarches convenables , elle pourra exercer le droit de requi
sition et de préhension sur tous les objets nécessaires à ceue
fabrication , et existans dans l'intérieur de la République .
Quant aux matieres qui viennent de l'étranger , la commission
des armes et des poudres se concertera avec la
mission des subsistanees et des approvisionnemens ,
com-
,, VI . Les bureaux des ministres de la guerre , de la marie
et des contributions publiques attachés au matériel de Partilleic
, des armes et des poudres , seront détruits sur - le-champ ,
et ferout partie de l'organisation des bureaux de la commission
. Les papiers seront transférés dans la maison nationale
qui sera indiquée pour servir aux travaux de la commission
des poudres et des armes .
" VII , La régie des poudres et salpêtres continuera ses
travaux ordinaires ; elle cessera d'être sous l'autorité du m
uiste des contributions publiques pour passer sous celle de la
commision nationale .
ๆ
VIII. Tous les arsenaux et magasins d'artillerie , d'armes ,
poudres et salpêtres , seront mis sous la direction et autorité
de la commission ; les effets seront deli delivres par elle aux
ministres de la guerie et de la marine , d'après une délibération
du conseil exécutif provisoire et sous leur recepisse .
" IX . Les au corps de paguies d'ouvriers cesseront d'être attachees
au corps de l'artillerie , et de former corporation ; les citoyens
qui les composent scront employés individuellement par la
commission en qualité d'artistes .
"
:
9 X. La commission des armes et poudres est placée sous la
surveillance immédiate du comité de salut public à qui elle rendra
compte de toutes ses opérations .
,, XI. La trésorerie nationale tiendra à la disposition
de cette commission une somme de 40 millions pour subvenir
à toutes les dépenses de cette fabrication révolu
tionnaire.
,, Les fonds décrétés pour la fabrication extraordinaire
d'armes sont mis à la disposition de la commission , ainsi que
la somme mise à la disposition du ministre des contributions
publiques , par l'art . XIV du décret da 14 frimaire.
,, X. Le comité de salut public est autorisé à prendre ,
pour l'exécution du présent deeret , toutes les mesures néces(
270 )
saire pour la préparation et l'exécution des travaux de cette
tommission .
* .
" XIII. Les trois ministres continueront à avoir la signature
dans la partie des armes et poudres jusqu'au 1er, ventôse ,
jour auquel la nouvelle commission prendra l'exercice de ses
fonctions. ""
Autre décret rendu sur la proposition de Barrere :
Art. Ier, Aucun militaire ne pourra obtenir un billet
d'hôpital , sans avoir préalablement déposés ses armes à feu ,
soit au conseil d'administration de son corps , soit entre les
mains d'un officier ou sous- officier de la compagnie , ou , en cas
d'urgence , entre celles d'un individu quelconque , mais toujours
sous récépissé.
,, II. Le commissaire des guerres , ou autre personné quelconque
qui délivrera le billet d'hôpital , sera tenu , sous peine
de deux années de fers , de conserver le récépissé , et d'en
faire mention sur ledit billet d'hôpital .
,, III . Les militaires qui auront perdn leur bayonnette , seront
privés de l'honneur de marcher à l'ennemi , quand on battra la
charge . Ils seront tenus de se retirer sur les derrieres .
Poultier , au nom du comité de salut public , a fait rendre
le décret suivant :
Art. Jer. Tous châteaux forts , toutes forteresses de
'guerre , dans l'intérieur du territoire de la République , autres
que les postes militaires et ceux qui seront jugés nécessaires
au service national , seront démolis , dans le délai de deux
nois , de la maniere suivante :
II. Les tours et tourelles , les murs épais , garnis de creneaux
, de meurtrieres et de canardieres , les portes défendues
par les tours à mas - couliés , seront démolies . Les pontslevis
seront abattus et les fossés comblés .
III . Les habitations dégagées des emblèmes féodaux et
´des objets de défense détaillés dans l'article précédent , se-
Tont conservées .
,, IV. Les cabinets ou pavillons placés à l'angle des jardins,
attenant aux bâtimens ou isolés d'eux , les petites tours des
fermes renfermant seulement des escaliers , ne seront point
démolis , à moins que par leur forme , contenance ou situation
, ils ne puissent servir aux moyens d'attaque et de
défense .
,, V. Les fossés jugés par les directoires de district , sur
l'avis des municipalités , nécessaires au desséchement des
terres , à abreuver les beftiaux , à faire mouvoir les moulins ,
à la salubrité de l'air , ne seront point comblés .
,, VI . La dénomination de château , donnée autrefois aux
maisons de quelques particuliers , demeure irrévocablement
supprimée. "
Séance du quartidi , 14 Pluviôse .
Le comité de sûreté générale a annoncé de nouveau S par
( 271 )
Forgane de Voulland , qu'il n'est parvenu à ce comité aucune
dénonciation ni piece à la charge de Ronsin et Vincent . Il a
proposé à la Convention de mettre en liberté ces deux citoyens
. De wifs debats se sont élevés sur cette proposition ;
Danton y a mis fiu , en ramenant le calme et fesant taire les
passions.
Comme ce n'est pas moi , a dit Philippeaux , qui ai
sollicité le décret d'arrestation contre Ronsin et Vincent , je
ne m'oppose point à leur élargissement ; mais je déclare encore
une fois que la dénonciation que j'ai faite contre Ronsin
n'a été dictée que par l'amour du bien public . 99 La mise en
liberté de ces deux citoyens a été décrétée . Elle a décrété
également celle du citoyen Yon , accusé faussement d'avoir
passé un marché frauduleux et l'a renvoyé à ses fonctions .
Au nom du comité de salut public , Saint- André a proposé
et l'Assemblée a adopté le décret suivant :
" Am . Ier. Le capitaine et les officiers de vaisseaux de ligne
de la République , qui auront amené le pavillon national devant
les vaisseaux ennemis , quel qu'en soit le nombre ,
moins que le vaisseau ne fût maltraité au point qu'il courût
risque de couler bas par la quantité d'eau introduite dans la
cale , et qu'il ne restat que le tems nécessaire pour sauver
l'équipage , seront déclarés traîtres à la patrie , et punis de
mort.
1 II. Les capitaines et officiers commandant des frégates ,
Corvettes on autres bâtimens legers , qui se rendront à une
force double de la leur , et avant d'avoir éprouvé les mêmes
avaries , seront punis de la même peine.
,, III . Quand un vaisseau , fregate , corvette ou autre båtiment
de la République , aura pris un vaisseau ennemi dont
la force se trouvera supérieure au moins d'un tiers à la sienne,
il sera rendu compte au ministre de la marine des actions
d'éclat qui auront contribué à la prise ; ceux qui les auront
faites seront avancés en grade ou à la paye immédiatement
supérieure à celle dont ils jouissent , et il sera accordé 300 l.
de plus par canon à l'équipage preneur. ››
Séance du quintidi , 15 Pluviose.
Les sections de l'Unité et du fauxbourg Montmartre se
sont empressées d'obéir à la voix des représentans du peuple,
qui invitaient les citoyens à fabriquer du salpêtre . Elles sont
venues faire hommage des premiers de lenrs travaux . La
Convention les a reçues avec la plus vive satisfaction . Elle a
accepté leur hommage et décrété que ces deux sections ont
continué de bien mériter de la patrie .
Le comité des décrets a proposé l'admission de trois dé
putés de Saint-Domingue , un blanc , un métis et un noir,
dont les pouvoirs avaient été vérifiés . La Couvention a décrété
leur admission.
( 272 )
2 dit
Nons désirions avec ardeur ,
milieu de nous des députés de nos freres les
avoir au
de confeur
, depuis si long-tems opprimés ; je demande que leur introduction
soit signalée par le baiser fraternel . Cette proposition
est adoptée , et les trois Républicains de Saint- Domingue
reçoivent , au milien des plus vifs applaudissemens ,
l'accolade fraternelle du président.
Quelques objets d'un intérêt moins important ont rempli
le reste de cette séance , consacrée d'ordinaire à l'admission des
pétitionnaires .
3 PARIS , octodi , 18 Pluviose?
5
Les représentans de la colonie de Saint -Domingue ont pris
séance avant- hier , à la Convention nationale : c'étaient un
Blanc , unn homine de couleur et un noir. Enfin la différence
de nuances dans l'espece humaine n'en mettra plus désormais
dans la jouissance de ses droits , et un partie du genre humain
est vengée du long avilissement où l'orgueil européen
l'avait plongée . Un d'eux a rendu compte des evenemens
deplorables qui se sont passés dans cette colonie. Il en re-
Sulte que , tandis cque Dumourier livraiť a PAtuiche nos
frontieres , nes armées et les représentans du peuple Galband
voulait livrer Saint - Domingue et les commissaires nationaux
aux Espagnols et aux Anglais ; mais le courage des
hoirs et des geus de couleur à sauvé la colonie et les commissaires
leur ont donné la liberté. Les contre - revolutionnaires
ont été vaincus , Galbaud a fui dans les inontages
du Callada . Le représentant a demandé la confirmation dé
cet acte de reconnaissance et de justice , èt la Convention
a proclamé avec enthousiasme l'affranchissement des negres ,
et renvoyé an comité de salut public pour les moyens d'exécution
. Nous reviendrons sur les détails de cette scene attendrissante
dont les effets doivent avoir une si grande influcuce
pour le bonheur du nouveau monde.
set a
de
Un homme avait eu le malheur de tomber dans la Seine ,
auprès du pont ci - devant Royah. Trois batelliers ont volé à
son secours et sont parvenus à le sauvér . L'un d'eux s'est
dépouillé de ses habits , eten a revêtu ce malheureux , transi
de froid . Des citoyens témoins de cene belle saction , ont
voulu leur offrir une recompense ; c'étaient de bons sansculottes
, ils ont refusé . Comme la récompense devait être
pure , comme l'ame de ces hommes généreux ; la Convention
, instruite de ce trait d'humanité , a ordonné Pinsertion
de leurs noms dans le bulletin . Ils s'appellent François Beauvais
, compagnon de riviere " servant aux bains desppauvres ;
-Jean-Jacques
#
( 273 )
Jean -Jacques Lafontaine , rue Montorgueil , nº . 12 ; Jean
Marie Amat , rue Montorgueil , nº.ª¸18 .
Veimeranges , connu par ses dilapidations dans les finances ,
dont l'arrestation avait été ordonnée par la Convention ,
s'est
précipite du 4. étage de sa maison , au moment où on allait
l'arrêter . Il a été porté à l'Hôtel Dieu , où il n'a vécu que
quelques minutes.
D'après la dénonciation portée au comité de sûreté générale
, on a saisi , dans le ci - devant hôtel de l'ambassadeur
d'Hollande , 1244 marcs d'argent et 80 marcs de vermeil.
L'on apprend de Laval que le ci - devant prince de Talmon ,
l'un des chefs des rebelles de la Vendée , que l'on croyait
dans les prisons de Paris , a subi la peine de mort , en exécution
d'un jugement prononcé par la commission militaire
de Rennès . Sa tête a été exposée sur une pique , au- dessus
de la porte principale de son château .
E
Le ci - devant duc d'Aumont , l'un des commandans de bataillon
de la garde nationale de Paris , sous Lafayette , a été
arrêt dans son ci - devant château de Guinard-, entre Noyon
et Saint Quentin
نا
Pichard , ci-devant président à Mortier du ci-devant parle
ment de Bordeaux , a été conduit à l'Abbaye.
La société des Jacobins a arrêté que tous les nobles sans
distinction seront exclus de son sein. , KA 。* ༞ ¥ * , ་
I * I tub
*
q
Henriet , commandant - général , a fait part , au conseil de
la commune de quelques soulevemens qui s'étaient manifestés
dans des prisous ; mais le calme a été promptement rétabli . II
démontre la nécessité de garnir de fusils des postes aussi
simportans , et notamment le Temple , où l'on ne monte souvent
qu'avec des piques . Le conseil général a autorisé le
maire à demander au comité de salut public 400 fusils pour
la garde du Temple , des prisons et de la trésorerie natiónale
.
.
Le 1er , frimaire , on amena au bureau du commissaire de
police de la section de Montreuil un enfant nouveau- né , dont
l'extrait porte que c'est un enfant mâle . La nourrice resta,
deux jours chez le pere , au bout duquel tems elle amena
l'enfant. Il résulte que lorsque cette femme fut environ à
18 lieues de Paris , elle écrivit au pere que l'enfant qu'il lui
avait donné était une fille enfin la nourrice a rapporté cet
enfant , que le pere n'a voulu ni recevoir ni reconnaître .
Ce fait singulier a été dénoncé au conseil - général par l'agent
national , et lua fourni l'occasion de s'élever avec force contie
Tome VII. $
( 274 )
tout
l'indifférence, criminelle des accouchées , ( car il n'a pas voulu
les appeller du nom de meres qui negligent d'allaiter leur
enfant. Il a requis et le conseil général a arrêté 1 ° . que
commissaire de police , chargé par la loi du 9 décembre de
recevoir les déclarations de naissance , sera tenu , sous peine
de destitution et de traduction par-devant les tribunaux , de
vérifier le sexe des enfans qui lui seront présentés , et de le
spécifier avec leur attestation , et seus leur responsabilité , sur
l'acte qu'ils feront à cet égard ; 2 ° . que le présent arrêté sera
envoyé à tous les commissaires de police et autres chargés
de constater l'état civil des citoyens , avec injonction de s'y
conformer.
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort plusieurs conspirateurs presque tous nobles , du
nombre desquels se trouve Charles - Nicolas Duclos Dufresnoy ,
ci-devant notaire à Paris , convaincu d'être un des auteurs
d'une, conspiration qui a existé en décembre 1792 , contre la
liberté et la sûreté du peuple Français , en entretenant des
intelligences et correspondances avec les ennemis de la République
, en leur faisant passer des fonds en numéraire , soit
pour favoriser leur émigration , soit pour faciliter leur rentrée
en France , et exécuter leurs complots , de contre- révolution .
Quelques autres ont été condamnés à la déportation , d'autres
à la détention , plusieurs ont été acquittés.
f
1
Il était aisé de prévoir ce que dirait le roi d'Angleterre au
parlement une enumeration pompeuse des succès que l'on
n'a pas obtenus , des injures à la nation française , des flagorheties
au peuple Anglais pour l'engager à continuer la guerre ,
et puis la nécessité de quelques taxes additionnelles . Ce qu'il
¡y a de' remarquable , est l'affectation avec laquelle il mer en
avant l'intérêt de la religion , et surtout la faveur et la pro-
-tection divine: dont les trois royaumes ont deja reçu tant de
marques eclatantes pendant cette guerre . C'est ainsi que pour
mieux tromper les peuples et conserver leur despotisme ,
les rois out toujours associé la divinité, à leurs coupables entreprises
, comme si le Dieu de la nature était un Dieu de meurtre
et de sang , et qu'il partageât les passions et les crimes de
quelques tigres couronnes . Jusqu'à quand l'espece humaine
sera- t-elle la victime de ces fourberies insultantes ?
Fin du discours de Ph . Simond , sur les crimes du gouvernement
Anglais contre le Peuple Français .
I entrait donc dans le systême des fédéralistes de détruire
Paris , et c'est peut-être ici le moment où l'astuce de
1
( 275 )
"
"
Brissot a dû jouer avec plus de finesse et de circonspection ,
s'il est vrai , comme on le dit , que les Gironding n'en vou-
Jussent vraiment qu'au fédéralisme , et qu'ils aient refusé de
communiquer avec Brissot la veille de leur execution , quand
ils ont su qu'il voulait morceler la France pour la partager
aux rois , au lieu de la diviser en Républiques fédératives .
Quoi qu'il en soit , Pitt , qui avait résolu d'envahir nos principaux
ports de la Manche et de la Méditerranée , fit soutenir
, et défendit puissamment le projet de la République fédérative
, parce qu'il'tendait à la destruction de Paris , et qu'il
ne pouvait pas esperer de conserver à l'Angleterre les conquêtes
en France , tant que Paris ne serait pas détruit.
"
Le jesuite Roland et le mouchard Brissor , sont peutêtre
les deux seuls qui aient su ce qu'il en a coûté , pour calomnier
Paris dans les armées , dans les sociétés populaires ,
dans les administrations , et dans l'esprit des citoyens ; et certainement
ils croyaient l'opinion de la France composée au
gré de leur cruelle intention , quand ils firent repondre aux
sections de cette cité qui a sauvé la liberté , et qui dort vivre
autant qu'elle , que , puisqu'elle osait réclamer contre les
assassins et les calomniatenrs , elles serait punie selon l'atrocité
de ses forfaits , et que le voyageur étonné chercherait un jour ,
sur les bords de la Seine , l'endroit où avait existé Paris ; et quoi ;
que cette prédiction , sortie de la bouche d'un charlatan politique
et religieux , soit restée sans effet , elle n'était pas moius
le signe certain d'une résolution prise et soutenue par de
grands moyens , puisque la conspiration s'était élevée auu- dessus
de la Convention nationale ; et qu'il fallut l'insurrection imposante
du peuple , sa force et son énergie , pendant trois
jours ,, pour la combattre et la dissoudre .
Dès ce moment , la cour de Londres a vu un abîme immense
entre elle et les projets qu'elle voulait réaliser ; seule -
ment alors elle a cru , pour la premiere fois , à l'existence du
peuple Français , et a compris qu'il fallait des moyens pris
hors du cerce ordinaire pour la sauver . Dès lors elle a employé
son influence par la politique et la terreur dans toutes
les cours de l'Europe ; elle a tenté la Suede et le Danemarck
par les perspectives d'un aggrandissement,, et par l'appât de
l'or ; elle a menacé Gênes , la Suisse , Rome et Venise : elle
a promis secrettement au stadthouder des Provinces - Unies de
changer le blason de sa conronne , et dejoindre à son royaume
de Hollande des terres appanageres pour ses enfans . Le roi
de Prusse a en l'assurance de la mise en possession de la Poméranie
suédoise et du Holstein , pour en faire une puissance
maritime , et pour punir la Suede et le Danemarck d'une
neutralité insultante à la dignité des tyrans . Le roi de Sardaigne
reprenait ses pays conquis et ceux d'ancien domaine
jusqu'à Lyon ; la Russie se joignait avec la Prusse par la Pologne
, et coupait au fure toute conmunication pour arriver
Se
( 276 )
à la Suede et an Danemarck quion rendait isolés et dépendans .
Un prince anglais occupait l'électorat d'Hanovre ; la Westphalie
et toute la basse Saxe , depuis Mambourg jusqu'à Embtenwsel
et Coblentz. L'Angleterre aurait conservé dans la Méditerranée ,
l'isle de Gorse , Toulon , Marseille et le terrain supérieur
pour se joindre avec le roi sarde vers Embrun et le pont Saint-
Esprit ; dans la Manche , Brest et tout le pays , depuis Cherbourginclusivementjusqu'à
la riviere de Nantes , en Amérique
la plus belle et la plus riche colonie du monde , Saint - Domingue
. Tyrans coalisés ! voyez maintenant ce qui vous restait
sur l'empire des mers.
» Un ministre athée et sans pudeur s'accoupla avec Rome
superstitieuse , pour changer en vertu politique tout ce que
Je fanatisme royal inventerait d'horreurs , et le serviteur des
serviteurs de Dieu , après avoir tourmenté , pendant dix - sept
siecles , les peuples par l'ignorance , l'esclavage et la terreur ,
mit au nombre des béatitudes , l'art de les trahir et de les
égorger,
Ainsi og vit le vertueux Pelletier immolé à la mémoire
du plus immonde des rois ; on vit une furie chargée de la vengeance
d'une troupe de tyrans , qui n'avaient pas même régné
armée d'un de leurs poignards , égorger l'ami le plus chaud
du peuple. Ainsi on vit dans Paris , et les points de la République
, les cumême
- tems dans tous
1 divisés par classes , et
arépartis , chacun selon les besoins et la capacité des traîtres
qu'on pouvait salarier.
29 Ici on achetait un commandant de place , tandis qu'an .
autre lui apprenait l'art de feindre le patriotisme pour mieux
l'assassiner plus loin on forçait les émigrés à rentrer sous
des noms empruntés , ou sous le costume des déserteurs ; on
les incorporait dans les armées pour en suivre les mouvemens.
pour en corrompre l'esprit ; on en plaçait dans les charrois ,
dans les postes , et dans les bureaux d'administration . Ailleurs ,
on insultat publiquement à la vertu qu'on accusait être une
croûte de l'ancien régime , que la République Française voulait
anéantir ; on persécutait les patriotes , pour les décourager
et les éconduire des affaires publiques et de, la surveillance ;
on achetait des membres d'une adininistration , pour mettre
tout un département en désordre , paraliser la chose publique ,
ou la faire rétrograder on achetait d'un ordonnateur ou d'un
chef d'etat-major , l'etat d'une armée , les mmoouvemens qu'elle
devait faire , ou les dispositions qu'on desirait lui voir prendre ,
le nombre des places qu'elle avait à couvrir , leur état de défense
et d'approvisionnement ; par- tout il y avait près des gens
en place des hommes qui savaient combien ceux - ci avaient à
perdre , en trahissant leur pays , et qui leur offraient une indemnité
qui supprimait tous les inconvéniens .
Ou achetait l'incendie des magasins de la République ,
qui supportait , outre la disette , la perte des matieres difficiles à
( 277 )
remplacer , et un faux état de situation préparé à l'avance qu'on
ne pouvait plus verifier . "
Dans les places frontieres , tous les genres de séduction
y étaient en activite caresses , mensouges , argent , promes .
ses , terreur , sentiment de vengeance , intérêt particulier ,
prospérité locale , soif des privileges , égoïsme , horreur de
l'égalite , tout à la fois fermentaient contre les droits de l'homme
et la souveraineté du peuple.
Les Sans - Culottes n'avaient que des mépris et des duretés
. L'homme qui voulait se vendre , trouvait un emploi , des
espérances et de l'argent , et quand la masse de corruption
était en supériorité , on faisait le simulacre d'une attaque ,
'pour en imposer aux sots qui n'étaient qu'abusés ; la tyrannie
entrait au milieu des honneurs du triomphe , et le
massacre des patriotes annonçait le regne de la trahison et
des rois.
Les représentans dans les départemens auraient pu balancer
, et souvent détruire l'effet de ces horribles conjurations ;
alors on conçut le projet de les faire assassiner , ou de les
déconfidérer à l'avance dans l'opinion publique , pour pre
parer , par l'avilissement des meilleurs membres de la
Convention , celui de la représentation nationale " toute
"entiere.
"
1
Tant de crimes ne pouvaient être arrêtés que par la
"terreur ; et si elle cessait d'être un instant à l'ordre du jour
conire cette classe d'hommes corrompus , et contre les intrigans
dont le regne succede naturellement à celui des fédéralistes
et des rois ; il renaîtrait cent insectes anti -populaires de la
négligence que l'on aurait mise à punir un de leurs complices .
les
Les traitres aujourd'hui sont en veste courte , en pantalons
et en sabots , et sont plus patriotes en . en propos que
premiers enfans de la liberté ; on les voit sur-tout à la porte
du comité de salut public , dans les bureaux du conseil exècutif
, pres des administrations , des représentans aux arméés
ou des généraux ,
,, Placez - les aujourd'hui , demain ils viennent vous remercier ,
en vous dénonçant un bon patriote , ou en vous demandant
de l'avancement ; ils disent effrontement que la République est
ingrate ou trahie , si dans le courant de la campagne ils ne
sont pas tires hors des rangs pour être généraux commissaires
en chef , ou chefs des bureaux d'adininistration . De tels
hommes et c'est aujourd'hui leur regne ) sont aussi funestes
à la Republique qu'un aristocrate prononcé : ils ne connaissent
point de Patrie puisqu'ils ne voient qu'eux au milieu - d'elle .
Et Pitt , qui leur offre une augmentation de paie , est infiniment
plus précieux pour eux qu'un sentiment de vertu particuliere
qui serait un remords de plus pour une ame qui en a perdu le
gout .
" Maintenant où iront les intrigans coalises avec le parti
( 278 )
"de l'étranger : sons combien de formes différentes se reproduis
tout-ils jusqu'à ce qu'ils soient mis hors de combat : Il est
très- difficile d'en preciser la force et la durée ; comme dans
les accouchemens contre nature , l'honime de l'art le plus
instruit ne peut prédire avec certitude quelle espece de monstre
va être entauté . Cettte discussion , d'ailleurs , n'est pas à l'ordre
du jour.
97
;;
J'ai dit une partie des crimes de la cour de Londres :
elle a immole à ses projets à peu près toutes les puissances
coalisées contre la révolution française , elle a tie de l'ordre
des possibles tous les crimes qui pouvaient attenter à notre
liberté . Nous devons donc dénoncer à tout ce qui ne vit pas
de vices et d'esclavage , ce petit coin de terre souillé par tant
d'horreurs et de complots contre la moralité de l'homme , et
la souveraineté des nations . Cette poignée de scelerats , dout
toute la force ephemere a dérivé jusqu'à ce jour d'une série
de forfaits que le gouvernement, anglais a pu produire , mais
que le Français libre ne pouvait pressentir, Ce repaire impur
doit être le rendez - vous de tout ce qui respire pour la vertu
et la liberté , les lâches n'ont pu nous vaincre , ils ont acheté
nos subsistances , nos places et nos ports , la Vendée , nos
flottes , nos isles , notre commerce notre numéraire , et le
sang précieux des martyrs de la liberté. Il faut donc aller
dissoudre cette impie coalition des rois , et le foyer où se preparent
et fermentent tant de calamités publiques ; venger enn
l'espece humaine et s'acquitter envers un gouvernement qui a
tant fait de mal à la terre . Il faut préparer , dès aujourd'hui ,
toutes les mesures pour que , tout dégoûtans du sang des esclaves
et des rois du continent , forts du même courage et
de la même volonté , nous puissions traverser de suite cette
rive sacrilege , planter l'arbre des Sans - Culottes , le signal des
vengeances nationales , annoncer au Monde qu'il est libre , et
qu'enfin la mesure des tyrans est comblée.
9
NOUVELLES.
ARMÉE DE LA MOSELLE ET DU RHIN.
Extrait d'un lettre du citoyen Laval , général de brigade , du 28
nivôse , lue à la commune de Paris , le 14 pluviôse .
Je commande l'armée devant Manheim . Je desire ardemment
que notre armée victorieuse rentre en France pour se
rétablir ainsi que moi . Nous continuons de ravager entierement
le riche pays de nos cruels ennemis , nous emportons
tout de 40 lieues à la ronde ; plus de dix mille voitures
chargées de grains , de fer , de cuivre , de plomb , et des
y
( 279 )
milliers en especes enfin nous ne leur laissons que les yeux
pour pleurer ; malgré que ce soit les rigueurs de la guerre , je
ne desire pas que vous Voviez ce triste tableau des villages pilles
et brûlés , les maris emmenés pour ôtages des contributions
enfin il ne leur reste pour espoir que la recolte prochaine. Peut
être que
cette maniere de faire la guerre nous ainenera la paix ;*
je le desire pour l'humanité , et j'espere que nous ne tarderons
pas à l'avoir.
$
si , bhonous arrive toujours beaucoup de déserteurs ; ils s'ace
cordent tous à dire que les Prussiens ne veulent plus faire
la, guerre surtout avec les Autrichiens . Conde , à la nouvelle
que nous avions pris les lignes de Weissembourg ,
mange le premier bâton d'une chaise , jurant et disant aux
officiers de sa suite , tous Prussiens , Ecossais , utrichiens
Si je commandais des Français , dans deux jours je voudrais
prendre Strasbourg esblen loin de compte !
! ,
you eb G
La fameuse legion de Mirabeau vient d'être licenciée ,
l'on ne veut plus solder les émigrés . Dans nos dernieres batailles
nous avons fait mordre la poussiere a ces fiers et preux
chevaliers quii ,, je vous assure , sont plus sans culottes que
nous ; car a peiue ont- ils de quoi se couvrir. Vive la Republique
, nous n'avons plus de traîtres parmi nous , nous
sommes tous generaux sans culottes de nom et d'effet . Des
miracles soperent tous les jours Nous t'adotons , ô sainte
guillotine ? Que tu as bien fait , tu vaux mieux qu'unë bataille
de cent mille hommes ; ça va et ça ira , vive la Mon
tagne ! " ,
1.0060
-apoptosould o
C
11
Strasbourg pluviose . Une maladie épidémique regne dans
l'armée, autrichienne, et celle des émigrés meurt chaque
jour cent hommes et plus . Les habitans d'au- delà du Rhin sont
dans la plus grande consternation , depuis que ce fleau s'est
panifesté et se communique rapidement d'un village à l'autre .
53 Nous apprenons de Worms que cette ville a été taxée à deuk
millions de contributions outre ce qui restait à payer de cells
de 1792) , et à mille paires de souliers , mille culottes et mille
paires de basseng sioinval, que voulavá in ) (elsyaşı ziburnə
Le géneral de Wurmser dépêche courrier sur courrier , pour
presser l'arrivée de tous les corps qu'onourra rassembler
même les nouvelles recrues . On veut enrôler de force tous les
paysans depuis 16 jusqu'à 45 ans ; tous les chevaux de trait
sout en requisition .
115 J50 .31
beel
Chor shot amy velas to 25ypony 20
De BROM CLORUR MIÉE DU MIDI.
t *
( Commune Sans-nom , I pluviôse. ) 6 Deux capitaines Geneveis
qui arrivent , l'un de la Bourdiguiere , et l'autre de Saint- Remy ,
rapportent que le 30 , à minuit , ils ont passé entre la tetre
et l'escadre ennemie , qui en est environ à une lieue . Elle est
mouillée aux isles d'Hieres et composée d'environ douze vaisseaux
, compris les frégates.
( .280 )
*
" Un autre Genevois , qui arrive aussi , dit qu'avant- hier
passant près des isles d'Hires , il a vu , au mouillage , des
navires anglais , des trégates et des petits bâtimens , et qu'hier
au passage du cap Sicio , il a vu également un vaisseau et trois
fiégates de cette nation qui louvoyaient,
Amit vaisseaux..de ligne sont en armement au port de la
Montagne. Le Commerce de Bordeaux est déja prêt à mettre en
mer ; la corvette las Moleste et deux brics vont mettre à la
voile au premier vent favorable . 7 .
C
On mande de Nice qu'une forte insurrection a éclaté en
Sardaigne , et que le vice - toi a été obligé de se soustraire , pat
une prompte fuitè , au ressentiment du peuple , digri par le
sentiment de sa misère.
21
*.201
ARMII DE L'QUE &,T.
!,,
La Chateigneraye , 4 pluviose. Les gardes nationales des
communes libres ne cessent de donner la chasse aux rebelles .
Celles du canton de Loge - Fougereuse ont tue , la nuit der
niere , un grand coupable qui cherchait à se sauver , et celles
de la commune de Saint-Maurice ont amené Maroi , ex-noble
ancien militaire et président du comite contre révolutionnaire
d'Antigny. Il a avoue qu'il errait dans les bois depuis six
*{
semaines .
15 Po
aut . on owl. COTES MARITIME SI
Havre , 9 pluviose . Depuis plusieurs jours il fait une tempête
violente qu'aucun bâtiment ne peut entrer hi sortir de notre
port , et qu'on a même été obligé d'en suspendre tong leb
Miavans. Une fregate anglaise s'est emparée du brick la Vipere ,
'de 14 canoirs et de 70 hommes d'équipage , venant de Cherbourg.
Mais en revanche nous apprenons de Rochefort que la
fregate la Médée a conduit, le 20 frimaite dans le port de cette
sville la Dorothée- Tarie , chargée de froment; la , Rose bâti
ment anglais wɔa été également amenée dans ce port par un
corsaire français . On évalue cette derniere prise à 60,000 liv..
TOP. 8. Leitoyen Pichegru , général en chef de l'armée du
Rhin passe au commandement en chef de l'armée du Nord
eet des Ardehnesia15s0NY ) .2911 21 es is J
6
P
2
Vers les Pyrénées occidantales , dans la nuit du 1er a
pluviôse , nos troupes ont enlevé une forte redoute , ont fait
prisonniers 48 Espagnols , et én ont të huft ; nous n'avons eu
que deux blessés .
رد
物i
L'Orient , 12 nivóse . Il vient d'arriver dans ce port deux bâtimens
danois , charges de grains . Les capitaines ont assuré ,
dans leurs rapports , que le ioi de -Dannemarck était dans les
meilleures dispositions envers la France , et persistait à gárdér
a neutralité .
( N °. ( N°. 7¹- 1794. )
MERCURE FRANÇAIS
DU SEPTIDI , 27 DE PLUVIOSE , l'an deuxieme de la République,
( Samedi 15 février 1794 , vieux stylel-
LISE
POESI E.
L'inconstance justifiéë . Chanson à
ISE qui fut si jolie ,
115270
Et ne l'est plus à présent
Dit qu'autrefois pour la vie
Je jurai d'être constant .
Si l'amour fut son modele
Il est le mien aujourd'hui ;
Comme lui Lise fut belle.
Je suis léger comme lui .
Comme cet enfant volage ,
Que ses faveurs ont gâté ,
Je promene mon hommage
Des graces à la beauté. “
J'eusse été constant peut- être
JsM
laltid si , voill
Lors de mes premiers beaux jours ;
Mais j'appris à ne plus l'être ,
A l'école des amours .
Lorsque des appas d'Hortense
J'eus savouré le poison ,
Aux fastes de sa constance
TE STE
Je voulus graver mon nom ;
Au livre des coeurs volages
L'amour inscrivit le sien ;
Loin d'en déchirer les pages
Elle conduisit sa main.
En quittant l'ingrate Estelle ,
2 .
Je jurai par ses beaux yeuxtlað 9 ,
De ne vivre que pour elle , sh
De ne voir qu'elle en tous lieux .
Tome VIL
67
T
( 282 )
Par l'astre qui nous éclaire
A son tour elle jura ;
Mais savez-vous le mystere ?
21 Acet qu'alors il s'éclipsa.
Durant l'absence cruelle ,
Ce corsage tant joli ,
Dis-je , à mon retour près d'elle , √
S'est hélas bien arrondi !
Ah , dit l'ingrate peu sage !
Que ne restiez-vous icì ?
Lorsque votre amour voyage,
Le mien peut partir aussi .
13
A s'engager pour la vie ,
Qui jamais pourrait songer
Malgré soi , belle Délie ,
Souvent on devient léger.
Hier , je brúlais pour Flore :
En vous voyant aujourd'hui
Puis-je l'adorer encore ?
Mon coeur change malgré lui.
(
MON
CHARADE,Dis
ON entier n'est qu'une vétille ;
La jeune fille
A tout vilain mari fait d'abord mon premier¡
Crains de t'asseoir à côté du dernier.
QUE
ENIGME.
.I 100
Ur de biens , lecteur , tu me dois !
Aux premiers instants de ta vie ,
Ta mere inquiette et ravie
2
Tourna vers moi ses yeux plus d'une fois.
Je fus bientôt dans ton enfance
L'objet de tes fréquens desirs ,
Et dans l'âge de l'innocence
Témoin de tes heureux plaisirs .
TAL
GROSMONT.
( 283 )
La jeunesse arrivée , une autre jouissance
Pour toi devint un besoin de l'amour ;
J'en dérobai la connaissance
JIVU 0 %
En voilant avec art l'éclat du plus beau jour a
Bacchus succéda - t - il au dieu de ls tendresse,
Pour te plaire , aussi - tôt de pampre couronné
Alte voir éprouver une nouvelle ivresse
Je fus encore destiné....
Rougis donc de tes injustices .
Et réponds , si tu peux , lecteur , sans te troubler
310
STAF
lus´m
Pourquoi faut- il qu'après, tant de servicesonats qelb azish
- Tu finisses par me brûler ? ɔ , an ideapla , obativtar si
gal , ru 12 44 831komis val 19 : 916 Carpi saub noleb
Jayegas 32. 335 ,
87
"
kus op alsoqa's up 91 99
pup 18572 ho , LIO GO GRIPHE.biotin Bulq
༣ ! 19
Je suis un bâtiment petit , mais fort utile ,
Et vrai pays à révolutions ; animai 9
-Mes diverses constructionsqrous
2
op so sb esmziz
191 lo , sis dis
vole saab li aidM
voi ..
somas Megrendént plus ou moins fragile. nes sb , noises
50
Mais quelque soin qu'ait pris celui qui m'a construit , 922 .
.391104 ST
22.JS 1001
t
19
L'ingrat que je reçois me ronge et me détruit. qiring smber
Je serais facile à décrire ,, Alvaruah ng s'a <UX UD
-ig . Mais un seul trait doit te suffire ; era el 286b S.
Unesporte est tout mon avoir ;
Pour des fenêtres , point : aussi rien de plus noir Y
5
Qué le séjour qu'au dedans je présente, und buig stone.
Sans coeur mon air glacé fait naître l'épouvante.
Plus on vient près de moi se domicilier
anch Et plus d'user de mon entièrsa
- L'habitude devient fréquent laba -977 88 2013 365
$
13
9,3
magari aulq q354
Explication des mots de la Charade et Logogriphe du¹nº . 6.
2001 At 1) 9.8080289
Le mot de la Gharade est Bralet ; celui du Logogriphe est Farce
bù se trouve face.
3
, 1
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beBap
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( 284 )
pload my this ,'b kas
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Conversation familiere entre un homme de lettres et un libraire ,
sur un projet de supprimer les armoiries et autres marques de
propriété feodale , empreintes sur la reliure de tous les livres de
la bibliotheque nationale. Brochure in:89 % , chez les marchands
de nouveautés.
... ob som 301 L
Veɔiewjat, and 55'urob equoя
ITL n'est personne , que je sache , qui n'ait approuvé le projet
de faire disparaître de la terre de liberté les anciens emblêmes
de la servitude : c'était une conséquence immédiate dë la fondation
d'une république ; et les armoiries en sculpture , les
tourelles , les ponts-levis , les créneaux , et tout cet appareil
de guerre qui n'appartient qu'aux forteresses de l'état , étaient
encore plus ridicules qu'odidus , puisqu'ils n'offraient que des
signes de ce qui n'était plus , et semblaient attester une domination
féodale qu'on avait détruite les laisser subsister ,
g'eût été tolérer une insulte publique à la liberté.
Mais il s'est élevé beaucoup de réclamations contre la suppression
des armoiries sur les livres . Cette suppression cependant
, à la considérer en elle- même , et telle qu'elle devait être ,
n'était encore ,EV
qu'une conséquence tout aussi juste de , ce
même principe d'unité auquel nous devons tout rapporter.
Elle n'a pu donner lieu à la censure et aux plaintes , que parce
que dans les premiers ; mômens les intentions des législateurs
ont été mal comprises et mal remplies ; car il semble
qu'il y ait un malheureux esprit d'exagération qui, épieq les
dispositions les plus sages pour les gâter , et cet esprit est
encore plus souvent l'ouvrage de la perfidie que celui de
l'ignorance .
41162
C'est le sujet de cette brochure qui paraît être d'un exéellent
citoyen et d'un homme instruit, et avoir été rédigée dans
les bureaux du ministre de l'intérieur. L'objet en est beaucoup
plus important qu'on ne le croirait peut - être au premier
aspect , et tous les patriotes doivent desirer que les vues
de l'auteur ne restent pas sans exécution . C'est ce qui nous
engage à en parler ici.555 :
Bob CRI
tout
Il retrace d'abord les excès où l'on s'est porté très - arbitrairement
Les bibliotheques , les cabinets particuliers de
livres , les dépôts des arts , les artistes , les libraires ,
", a été menacé avec fureur. Lorsqu'on n'osait porter la main
" , soi-même sur quelqu'objet précieux , on persuadait au pro-
" priétaire crédule de le mutiler ou de le détruire , en lui
,, disant qu'il serait regardé comme suspect , s'il ne le faisait
›› pas . Je connais des personnes qui ont eu la simplicite de
( 285 )
"
99
:
2
des sornettes ; citoyen ,
1
す
coller un grand carré de papier sur les armoiries du cie
» devant Monsieur , qui sont au titre du beau Télémaque de
" Didot , et d'en coller également sur le nom et les armois
ries d'Orléans , gravées sur chaque figure des tableaux de
la célebre galerie de cette maison. D'autres ont caché ou
99 effacé tous les mots de roi et de princ qu'ils ont puren-
›› contrer dans leurs livres . Je crois que tu nous contes-là
ᏚᎥ Je n'avais vu et tenu ces livres
dans mes mains si je ne le croirais pas moi - même.... Un
homme vêtu d'un habit de garde national , étant entré dans
9 la boutique d'un libraire , et ayant apperçu la belle edition
des fables de la Fontaine , in -folio , reliée avec des armoi
" ries , s'était escrime contre le livre à grands coups de sabre ,
3 et l'avait si bien mutile qu'on ne le reconnaissait plus . Un
,, autre laidait à coups de bayounette tous les volumes ar
moiries qu'il appercevait dans une vente de la maison del
Bullion et tout cela sans que personne osât souffler le mot.
Il est certain que si des abus si monstrueux , avaient pu êtrë
tolérés , on parvenait à nous faire passer dans le monde entiers
pour une nation composée d'inseuses et de barbares . Lá › Con->›
vention nationale y mit ordre , en expliquant son 'decret ( qui
n'avait pas besoin d'explication etmiten sûreté les richesses
nationales et les propriétés pa: ticulieres, Mais qu'est- iliatrive ?e
l'extravagance ou la malveillance de quelques prétendųs pa - e
triotes a fajt , égliger Bessentiel d'un décret dont toussles Rest
publicains , c'est-à-dire tous les bons, Français , doivent récla
mer l'accomplissement. En effet , il importe fort peu qu'une
particulier ait chez lui des livres sousse trouvent les blasons
monarchiques qui sont là aussi indifférens que les armoiries
d'Angleterre , de Hollande ou d'Allemagne cela indique seulement
que tel livre a été imprimé à Paris , à Londres zoli a
Amsterdam c'est une enseigne et ce n'est pas la peine der
disputer là- dessus. Mais ce qui n'est point du tout indiffe
rent , c'est que tous les livres de la bibliotheque nationale
soient exterieurement couverts desvemblêmes de la royauté
et des marques mensongeres d'une propriété illusoire , puisqu'en
effet ces livres n'ont jamaishappartenu qu'à la nation .
Certes , il n'y a point de Républicains dont les yeux ne soieht
blessés de cette insultante bigarrure . Notre bibliotheque est
un monument public , national ; elle doit en porter les carac- :
teres , et c'est une contradiction choquante , une vraie mons
truosité que les frontispice du bâtimentsporte le nom de la
nation , et que les livres portent les livrées royales . Voilà sure
quoi se récrie l'auteur , et il a grande raison :
元
3
Et sapit , et mecum facit , et Jove judicat æquö.
Encore une fois , on ne peut trop insister ici sur la différence
capitale qui existe en ce genre entre ce qui est public
et ce qui est particulier. Je puis avoir chez moi uue vieille
( 286 )
t
médaille de Néron , si je suis un curieux de médailles ; un
buste de Caracalla , si j'aime les antiques , etc .; mais que
dirait - on de les voir dans l'Assemblée nationale ou à la commune
de Paris , à la place de Brutus ? Le goût des arts chez
un particulier admet et confond tout , sans conséquence ; chea
une nation , il est doit être subordonné à l'esprit public :
c'est un principe dont les peuples libres ne doivent jamais
s'écarter .
. £
"
Les gens qui veulent toujours rendre le bien plus difficile
à faire qu'il ne l'est , ont objecté d'abord qu'il en coûterait
quatre millions pour opérer cette destruction . Je réponds
d'abord que nous ne sommes pas à quatre millions près
quand il s'agit d'une opération publique , vraiment republi
caine et qui intéresse Thonneur national . Mais l'auteur fait
mieux; il prouve que cette dépense n'excédera pas un million,
lequel réparti en quatre années que durera le travail , forme
une somme annuelle fort peu considérable . Les citoyens
Bradel et Petit , relieurs , ont fait leur soumission , pour un
million entre les mains du ministre de l'intérieur , et voici
de quelle maniere ils se proposent de procéder : ce "détail I
doit intéresser tous les bons citoyens . ¹
บ
La bibliotheque nationale est composée de près de trois
95 cent mille volumes , tant imprimés que manuscrits . Il en
" est peu qui ne soient couverts d'abord des armoiries sur
I
le plat de la reliure , ensuite des chiffres royaux sur leu
9 dos de la reliure , et puis encore estampillés , sur le titre !
99 intérieur , par une empreinte en encre rouge de trois fleurs
" de- lys couronnées , avec ces mots : Bibliotheque du roi . On
" peut sans toucher à la reliure , enlever les parties cou-
92 vertes , seulenient des armoiries ou chiffres , et y substituer
" , des morceaux de peau , de la même grandeur , soit en veau
ou mouton , soit en maroquin ou parchemin , sur lesquels
91 seront empreints les emblémes relatifs à la liberté du peu-"
" ple Français et à l'unité de la République. Ces morceaux
préparés et amincis d'avance , seront placés et collés avec
92 art . Un filet cachera la jointure ; l'application de l'or ,
l'empreinte au . fer chaudejset tout le reste du travail , se
" feront ensuite de la même maniere que lorsqu'on applique
des armoiries au dos ou sur le plat d'un livre. Mais
1
I
l'estampille qui est empreinte en encre rouge huilense ,
92 comment s'y prendra- t-on pour l'enlever sans mutilation ?
93 -On ne l'enlevera pas ; mais on peut , après l'avoir lége
› rement gratée , la couvrir tout simplement , avec du pain à
99 cacheter , d'un morceau de papier blanc , sur lequel on appliquera
avec un timbre sec le cachet de la République ,
" en forme de scel. ,,
L'auteur entre ensuite dans de nouveaux détails sur la distribution
des travaux , et trace un plan d'exécution qui nous
paraît très-bien entendu , et par lequel tout l'ouvrage serait
( 287 )
terminé dans quatre ans. Il pare à tous les inconvéniens et
applanit toutes les difficultés ; il finit par une observation qui
n'est pas moins essentielle que tout le reste ; c'est qu'une
semblable entreprise serait une occasion foute naturelle de
réparer , par tous les moyens de l'art , les livres . ou manuscrits
qui ont souffert de l'injure des tems , et de leur donner
une fraîcheur nouvelle , en même-tems qu'on leur ôterait
les empreintes flétrissantes du despotisme.
Tous les amis ardens d'une République dont les destinées
paraissent s'affermir et s'embellir tous les jours , doivent joindre
leurs voeux à ceux de l'auteur et aux nôtres , pour que
la Convention rende un décret qui acheve de donner à ce beau
monument toute la dignité des formes républicaines . Il est
déja bien différent de ce qu'il était le tems n'est plus où
on en confiait la garde et l'inspection à un Jérôme Bignon ,
qui ne voyait dans cette place que vingt mille écus de revenu,
et à qui le ministre son parènt disait si gaîment : Mon cousin ,
voilà une belle occasion pour apprendre à lire ; plaisanterie qui ,
pour le dire en passant , tombait autant sur le gouvernement
qui donnait la place , que sur le Jérôme qui la recevait. La
bibliotheque est aujourd'hui confiée à un homme des plus
savans de l'Europe et des mieux savans , qui joint le patriotisme
aux Inmieres , et qui doit être aussi choqué que per
sonne , des enveloppes royales qui déshonorent ces matériaux
immortels , avec lesquels nous avons élevé l'édifice de la
liberté . It '
ANNONCES.
Le professeur d'architecture rurale vient de faire imprimer
le numéro IV de son journal , qui concerne la culture des
pommes de terre et les différens apprêts que l'on en peut
faire dans le poële économique de cet auteur.
Le numéro V va paraître et concerne les nouveaux poids et
mesures , afin que chacuu en puisse faire l'application aux travaux
et bâtisses de la campagne , ainsi qu'à toutes entreprises
et spéculation .
Il faut envoyer d'avance 20 liv . pour être inscrit au rang
des abonnés , en s'adressant au citoyen Cointeraux , professeur
d'architecture rurale , rue du fauxbourg St. Honoré
no. 108 , à Paris ; ou au citoyen Fuchs , libraire , quai des
Augustins , no. 28.
+
201
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
24
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 29 janvier 1794.
Les dernieres lettres de Varsovie représentent cette ville et
le reste de la Pologne , qui n'a pas encore subi le joug des
puissances copartageantes , comme s'attendant d'un jour à
l'autre à un nouveau et dernier démembrement , ou à changer
de maître , c'est- à-dire à passer sous la domination du prince
Constantin , petit fils de l'ambitieuse Catherine , qui continuerait
à régir la Pologne d'une maniere encore un peu plus
directe qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent par son ambassadeur
M. de Siewers , ou plus récemment encore par l'envoyé général
baron d'Igelstrom . On ajoute que pour faciliter l'accès
du trône au prince Constantin , le faible , le lâche Stanislas ,
l'ancien et l'un des nombreux amans de sa grand mere
donner sa démission , et se retirer en Italie , l'asyle de tous
les princes indignes de l'être , chassés par des usurpateurs ou
par des révolutions qui annonçaient que le voeu des peuples
n'était plus pour eux , mais où ne s'est retiré aucun roi assez
grand pour descendre volontairement du trône , et ainsi restituer
ainsi à ces mêmes peuples leur droit sacré trop long-tems
méconnu , de réformer le contrat social , et d'organiser à leur
gré un nouveau mode de gouvernement .
*
va
Ces lettres disent encore : Un courier dépêché par le conseil
permanent au ministere de l'impératrice de Russie nous rapportera
sans doute bientôt un ultimatum de cette souveraine
au sujet des affaires de la République . Elle a déja exigé , et
l'on y a souscrit , la suppression des décorations de l'ordre
militaire , et même de cet ordre dans lequel il est possible
qu'elle ait craint que la Pologne ne retrouvât un jour ce courage
et cette indignation qui savent secouer le joug ou le briser.
Deux Italiens . qualifiés de Démocrates , et ce qui est pis
encore de Jacobins , viennent d'être arrêtés pour avoir tenu
quelques propos contre la Russie , ou pour mieux dire contre
l'impératrice , accoutumée à exiger le plus grand respect et le
dévouement le plus complet . En général , l'administration
polonaise et le commandant en chef des troupes russes prennent
de concert toutes les précautions propres à maintenir ce qu'ils
appellent la tranquillité , c'est-à- dire la servitude publique.
Les derniers avis de Pétersbourg annoncent le départ de
l'ambassadeur
( 289 )
l'ambassadeur Turc pour la fin de ce mois , et même il doit
s'être mis en route au moment où nous écrivons.
Voici quelques nouveaux détails sur la conjuration qui a
pensé éclater à Stockholm , er que le gouvernement a jugé si
inquiétante qu'il a fait fermer la communication entre la Suede
et le Danemarck pour tout autre individu que le courier de la
poste aux lettres , de peur que quelques coupables n'échappassent
à l'extrême surveillance .
Notre capitale , sous l'apparence d'un calme extérieur ,
cache toujours les symptômes d'une violente fermentation interne
. De fortes patrouilles parcourent les rues : les ordres de
ne point sortir la nuit sans lanterne ont été renouvellés ; il
est enjoint à tous les habitans , sous des peines grieves , de
s'enfermer dans leurs maisons , à un signal qui consistera à
tirer six coups de canon de la citadelle . Heureusement on
n'a point encore été forcé d'en venir à cette extrémité , le
nombre des conspirateurs étant vraisemblablement moins considérable
qu'on ne l'avait d'abord cru .
le
" On ne peut se dissimuler que les habitans de Stockholm
ne soient partagés en deux partis qui ont l'un contre l'autre
une grande animosité . Cette division s'est manifestée dernierement
à l'occasion de la démission de M. Nordin ," de la place
d'intendant de la police , et du choix de M. Vuholm , que
régent a fait pour le remplacer. Les partisans du premier
ont affecté de donner un grand diner , comme une marque
de leur estime. Ceux de M. Vuholm en ont agi de même à
son égard.
" On dit que M. Vuholm et un nommé Bratt sont les
premiers qui ont découvert les traces de la conspiration . Une
lettre saisie , de la comtesse de Rudenskiold , au général
d'Armfeldt , actuellement en Italie , a fourni d'autres rensei
gnemens elle a nié avoir aucune connaissance de cette conjuration
lorsqu'elle a subi son interrogatoire ; mais ayant su
depuis qu'on avait arrêté le colonel Sandels , elle a fait de
grands aveux qui la concernent personnellement .
""
T
Mais elle et plusieurs autres des personnes arrêtées refusent
de nommer leurs complices. On pense toujours quò
d'Ehrenstrom , secrétaire du feu roi , est le chef de cette conspiration
. On a trouvé parmi ses papiers des pieces d'une extrême
importance . Le commis Signeul , qui est pris , devait
assassiner le régent. Mineur , valèt - de- chambre du baron d'Armfeldt
, qu'il était de la plus haute importance de découvrir
a été arrêté il s'apprêtait à aller rejoindre son maître . On a
expédié un courrier en Italie pour faire arrêter d'Armfeldt
par-tout où il sera . Il est certain qu'il était à Naples au mois
de novembre dernier. On ajoute que la comtesse
Rudeuskiold est dangereusement malade , ce qui n'a pourtant
Tome VII.
?
de
( 290 )
1.
rien fait relâcher de la sévérité avec laquelle elle est gardée
ainsi que ses complices .
Le bruit a passé de Vienne chez nous que le marquis de
Lucchesini a réclamé avec instance auprès du cabinet autrichien
le remboursement de 25,000,000 de florins avancés par
le roi de Prusse , pour les frais de la guerre actuelle . On
' ajoute , mais cela est moins sûr , qu'il a demandé ou menacé ,
au défaut de paiement, de s'emparer de la Silésie autrichienne ;
ce qui donnerait lieu à des réflexions assez naturelles , c'est
que ces réclamations et cette méfiance paraissent propres à
fournir un nouvel aliment à l'esprit de jalousie qui regnait
déjà entre les Autrichiens et les Prussiens , et qui s'est manifesté
plusieurs fois d'une maniere inquiétante .
Le fait est néanmoins que les bruits précédens sont détruits
par la nouvelle très - certaine qu'on vient de recevoir que tout
est arrangé entre Frédéric - Guillaume et François II , à leur satisfaction
réciproque ; ei qu'ils se préparent à réunir de nouveau
leurs forces pour faire avecvigueur une derniere campagne contre
la France , car il ne serait pas possible de soutenir ses efforts
au- delà de ce terme , et l'on s'attend bien que celle - ci décidera
du triomphe de la liberté sur les rois , ou verra river
les chaînes du genre humain pour une longue suite de siecles .
1
De Francfort- sur- le- Mein , le 3 février.
On écrit de Vienne , en date du 13 janvier , que l'empereur
a conféré au général de Braun , neveu du feid - maréchal
de Lascy , trop âgé pour se charger de conduire des opérations
militaires , le commandement de l'armée du Rhin , avec
ordre de s'y rendre le plus tôt possible en conséquence ,
M. de Braun s'est mis en route pour aller au poste important
où l'appelle la confiance de son maître. Il avait été précédé
de quelques jours par le colonel de Mack , qui doit visiter
le cordon du Rhin et assister en tout le général en
chef. Quant à M. de Wurmser , ajoutent les mêmes lettres ,
il est attendu ici et va commander en Gallicie .
--
Ce cordon du Rhin dont il est question se trouve beaucoup
trop faible on assure , d'après un état authentique , que l'armée
Autrichienne , sur toute la longueur du fleuve jusqu'au
Fort - Vauban , n'est à présent de guères plus de 31,000 hommes
. On a senti son insuffisance , et quelque difficile qu'il
suit d'y envoyer des renforts , puisque les bras manquent
presque par- tout à la terre , il a été résolu days le conseil
de porter cette armée jusqu'à 60,000 hommes , et pour y par
venir , toutes les recrues des états héréditaires s'y rendront
avec de nouveaux régimens , et l'armée du prince de Cobourg
será renforcée par les recrues d'Empire et par les régimens
qui seront envoyés de la Hongrie. On dit , au sujet de
-
( 291 )
cette derniere mesure , que l'archidue Palatin de Hongrie se
mettra à la têtê de 40,000 Hongrois de différens comitats ;
mais il est fort douteux que le Hongrois , indépendant par
caractere , se prête à aller faire la guerre dans des contrées
qui lui conviennent aussi peu que celles où l'on veut l'envoyer
et où il n'y a d'ailleurs guères de profits à faire .
Au reste , malgré ces préparatifs et ces grands projets , le
cabinet de Vienne desire le paix qu'il n'ose demander , et il
laisse percer par - fois des marques de la terreur qui le poursuit
au sujet de cette guerre , dont la fin pourrait être assez
funeste pour le livrer faible , épuisé , presque sans defense
à son ennemi naturel , le roi de Prusse , qui s'en prévaudrait
infailliblement pour humilier et sur tout dépouiller cette orgueilleuse
et avide Maison d'Autriche , arrivée au point de
grandeur où elle était par tant d'usurpations successives qu'il
faudrait restituer peut- être , en une seule fois ."
afin 3
L'empereur a recours à tous les moyens imaginables ,
de se procurer de l'argent ; il fait valoir une ancienne prétention
tombée en desuétude , en exigeant des états feuda- '
taires d'Italie des subsides qu'ils sont obligés de fournir
lorsque l'Empire Germanique est attaqué . Il vient d'ailleurs
de créer pour 25 millions de nouvelles actions de la banque
de Vienne , dans lesquelles on aura encore moins de confiance
que dans celles qui existaient déja et qui n'en inspiraient
que médiocrement . Il n'est d'ailleurs point de moyens
malhonnêtes , absurdes même , qu'il n'emploie contre les Français
. Ne vient- il pas de faire publier dans les gazettes à sa
solde que , pour gagner l'affection du peuple de Constanti->
nople , un émissaire du gouvernement Français . appelé Des- >
corches , y faisait courir le bruit que la France venait d'adopter
les bases de la religion mahometane .
Malgré l'arrangement pris par le marquis de Lucchesini
avec l'empereur , au nom du roi de Prusse , à qui l'on a vrai ?
semblablement promis de rembourser une partie de ses frais ,
pour qu'il restât dans la coalition , qui en a un si grand bei
soin , puisqu'assurément ses troupes sont les meilleures de celles
qu'on emploie contre les redoutables soldats de la République
Française , il paraît que les finances de Frédéric - Guillaume sont
en assez mauvais état on eu jugera par le fait suivant : Les
sieurs Willmer et compagnie , banquiers de notre ville , ont
annoncé qu'ayant cté chargés d'ouvrir pour le compte de
sa majeste le roi de Prusse , un emprunt d'un million
de florins , à quatre et demi pour cent d'intérêts et rembour ›
sable en cinq ans , et cet emprunt s'étant rempli dès les premiers
jours avec une telle rapidité , que beaucoup de per - 1
sonnes n'out pu parvenir à s'y interesser , comme elles eni
avaient l'intention ; sa majesté Prussienne , sur le rapport quis
lui en a été faite , a jugé a-propos d'autoriser la même maison:
à recevoir des soumissions pour un second million , afin qu'un
V 2
↓
( 292 )
f
plus grand nombre d'amateurs puissent y placer leur argent.
Dieu veuille que ce ne soit pas , pour ces amateurs , de l'argent
placé à fonds et à rentes perdus !
Le bruit courait ces jours derniers que le comte de Braun ,
neveu du vieux général Lascy , qui vient remplacer Wurmser,
accusé de ne pas avoir mis assez d'activité dans ses mouveméns
daus la Haute Alsace , est arrivé à Manheim le 22 janvier.
On assure qu'il a carte blanche pour applauir les difficultés
sans nombre que l'embarras de continuer cette guerre
fait éclore chaque jour ; une gloire peu commune l'attend ,
s'il réussit ; mais .......
On mande de Luxembourg , en date du 18 , que la prise..
de Toulon a vivement affecté la cour de Vienne , et a dicté .
de grands changemens dans le plan de la campagne prochaine ;
le principal de tous est l'ordre d'armer indistinctement tous
les habitans de l'Empire , en leur persuadant , si l'on peut ,.
qu'ils combattent pro aris et focis , et de les opposer aux Français
, qui font des invasions dans les cercles du Rhin et de
la Souabe . On a requis tous les hommes en état de porter
les armes depuis 16 jusqu'à 56 ans . Mais on commencé déja
à craindre que tant d'hommes , qui ont entre les mains les
moyens de s'affranchir , dès qu'ils en auront la volonté dans
le coeur , ne se montrent pas parfaitement dociles aux inten
tions de la cour , et déja même on a été obligé d'arrêter'
quelques sujets pour avoit parlé en citoyens .
On transporte actuellement de Gallicie en Hollande 300,000
mesures d'orge et 480,000 d'avoine , pour les répartir de - là
dans les différens corps d'armée , suivant les besoins de leur
cavalerie .
Des lettres d'Anclau , du 7 janvier , annoncent la mort du
général Prussien comte de Schonfeld , âge de 72 aus , et fameux
par le rôle bypocrite qu'il a joué dans les Pays-Bas , lors de
la révolution malheureuse de 1789 et 1790 .
Le célebre Gibbon , auteur d'un ouvrage que l'on peut
regarder comme un très - beau commentaire de celui de Montesquieu
sur les causes de la grandeur et de la décadence
des Romains , vient aussi de tetminer sa carriere.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE .
Le prince d'Orange , écrit- on de Liége , le 9 pluviôse , car
en général les patriotes y ont adopté le calendrier français ,
est arrivé ici dimanche dernier pour ramasser les débris de
son armée prodigieusement atlaiblie par la désertion et les
maladies. Des nouvelles plus récentes de huit jours , annoncent
que tous les Hollandais vont décidément abandonner
cette ville , et se porter vers, Dinant , pour rejoindre une des
trois colonnes partie quelques jours auparavant de l'aveu
même des capitaines qui se trouvent complettement ruinés ,
( 293 )
on ne se rappelle pas d'avoir vu une désertion aussi forte.
Aussi ne croit- on gueres le bruit que répandent quelques personnes
trompées ou qui veulent tromper , que les états - généraux
, jaloux de prouver leur zele à la maison d'Orange , vont
fournir 24,000 hommes aux pnissances coalisées .
Les fourrages des Autrichiens , destinés à l'entretien de la
cavalerie pendant la campagne qui va s'ouvrir , ou pour mieux
dire continuer , car elle n'a jamais entierement cesse , commencent
deja à remonter la Meuse . L'empereur a exigé de la
petite province de Limbourg 150,000 rations. Elles ont été
fournies en effet , malgré la difficulté de les trouver , et doivent
être transportées par la Meuse et la Sambre vers la frontiere ,
d'où l'on croit qu'elles passeront au Quesnoy , à Condé et à
Valenciennes.
Il doit se tenir à Bruxelles un conseil entre les généraux et
les agens des puissances coalisées . La plupart des généraux y
sont déja rendus . On y attend aussi le prince de Hesse et des
envoyes de Londres et de la Haye . On va jusqu'à dire , mais
c'est un bruit fort douteux , que l'ambassadeur Turc qui est
à Londres doit aussi se trouver à Bruxelles à l'époque de la
tenue de ce conseil . Il doit avoir en partie pour objet d'aviser
aux moyens d'exécution d'un grand plau que l'on dit consenti
à l'unanimité par les trois ordres , et auquel les états
ont pareillement donné leur admission , c'est la levée du
peuple en masse ; mais on craint bien que ce beau projet n'échoue.
Ce mot n'a sa véritable siguification qu'en France .
Les nouvelles suivantes de Bruxelles ne promettent pas beaucoup
de succès au plan dont nous venons de parler.
Le gouvernement redouble chaque jour de surveillance , et
malgré tous les obstacles , le parti de l'opposition ne laisse pas
que de se montrer encore avec une certaine audace . On a
imprimé ces jours derniers le manifeste de la République Fran,
çaise , et il a été répandu avec beaucoup de profusion . La police
fait des recherches pour en découvrir les imprimeurs et
distributeurs . Voici ce qui vient d'être affiché dans toutes les
rues de cette ville , et dans tout le Brabant :
De la part du conseiller et procureur-général de Brabant .
Comme on s'est permis de répandre en cette ville la
nuit du 22 au 23 de janvier 1794 , un imprimé séditieux adressé
aux Belges , dont il importe a la tranquilité publique de con
naître l'auteur , l'imprimeur , les distributeurs ou les afficheurs ;
le conseiller et proureur- général de Brabant , à ce spécialement
autorisé par dépêche de son altesse royale , promet une récompense
de mille florins à celui qui pourra lui , dénoncer,
l'auteur ou l'imprimeur , les distributeurs ou les afficheurs du
susdit imprimé , de maniere qu'ils puissent être convaincus
justice , promettant même Timpunité au dénonciateur yan
V 3
( 294 )
s'il était complice du fait , et que son nom sera tenu
secret. "
Malgré ces menaces et ces promesses , la police n'a encore
fait aucune découverte .
ANGLETERRE. De Londres , le 29 Janvier.
L'expédition du comte de Moyra se trouve décidément manquée.
Les officiers Français qui devaient y prendre part reviennent
par petites bandes dans la capitale . On sent qu'il n'y a pas
grand fond à faire sur les royalistes français dont on a appris
la déroute . On écrit cependant de Jersey , un peu tard , puisque
c'est en date du 12 , que l'on y exerce constamment sur
le bord de la mer les 750 émigrés enrégimentés . Si quelque chose
peut réussir , et l'on y pense , ce serait d'aller sur les côtes
de Picardie , à Saint - Valery par exemple , mais dans cinq ou
six semaines au plus tôt , pour appuyer une opération que l'on
dit combinée avec le prince de Cobourg . Voilà la seule des
cente possible au dire de gens qui reviennent de Cowe's ,
encore ne produirait - elle pas grand effet , à moins qu'elle ne
fût bien calculée et exécutée par un assez grand nombre de
troupes , qu'il sera toujours difficile à la Grande - Bretagne de
mettre sur pied , puisqu'elle est obligée de soudoyer des
soldats étrangers que les Anglais ne voient qu'avec jalousie ,
les regardant avec raison comme des hommes destinés à
contribuer à les asservir , puisque c'est le but constant de
la cour et son arriere - pensée dans toutes ses opérations
même dans celles qui semblent le plus diririgées vers
le bonheur du peuple et la protection de son industrie et de son
commerce .
On vient d'annoncer officiellement dans la gazette de la
cour la prise de Pondichéri ; qui après avoir soutenu un siege
de deux mois , a été enfin forcé de se rendre faute de vivres .
Les conditions ont été dictées au citoyen Chermont , gouverneur
, par le général Brathwaite , en l'absence de l'amiral
Cornwallis ; elles ont eu lieu le 23 août . Le bruit court que
la plupart des officis n'auraient fait aucune résistance , si la
garnison ne les avait forcés à se défendre . La France perdra
vraisemblablement de même les isles de France et de Bourbon ,
où les Anglais se flattent anssi d'avoir des intelligences . La
garnison de Pondichéri , composće de 15000 habitans armés ,
qui ont eu la faculté de rester après le désarmement , et de
900 soldats , a dû être envoyée à Apiacoupang , en attendant
qu'on pût la recevoir à Madras , et la renvoyer ensuite en
Europe,
Lord Howe est parti de Portsmouth pour reprendre le
commandement de la flotte destinée à croiser dans la Man
che. On assure que M. Pitt vient d'envoyer un écrit aux
( 295 )
différentes cours de l'Europe , pour leur faire part de ses nou->
veaux plans et de l'espece de triomphe qu'il a remporté aub
parlement , où il est parvenu à faire voter l'adresse de remer- [
ciment au roi par une très -grande majorité dans les deux
chambres , puisqu'il n'y a eu que 12 opposans dans celle des
pairs et 61 dans celle des communes . Voici la réponse du ›
roi à l'adresse de la chambre haute , où contre l'ordinaire
quelques - uns des pairs spirituels , c'est- à - dire des évêques ,
entr'autres celui de Durham , ont pris la parole en faveur
de la cour contre le lord Stanhope , le membre le plus for
tement prononcé du parti de Popposition dans cette partie
du parlement , qui n'en compte guères .
Milords , je vous fais mes remercimens les plus sinceres
sur cette adresse si loyale et si fidelle , Les sentimens que vous
exprimez sur l'importante situation actuelle des affaires publiques
, le zele et l'union que vous avez manifestés pour le
soutien des mesures qui seules peuvent maintenir des intérêts
les plus chers de mon people , et assurer la tranquillité et
l'indépendance de l'Europe , ne peuvent manquer de produire'
au - dedans et au - dehors les plus heureux effets . Soyez certains
que rien ne sera omis de mon côté pour employer ,
avec énergie et vigueur dans une cause d'un intérêt si majeur
, les ressources que je tirerai de la sagesse et de la fermeté
de mou, parlement , et de l'attachement général de mon
peuple a la constitution et au gouvernement de ce pays , ainsi
qu'aux intérêts de l'humanité , de l'ordre et de la religión danss
toute l'Europe. vi
i
ne.
Ce roi si fêté par nosseigneurs les pairs , qui se regardent
comme des demi - rois , et qui en cette qualité sont d'ordinaire
les ardens défenseurs des prérogatives de la couronne
trouve pas les mêmes dispositions dans tous ceux qu'il lui
plaît d'appeller son peuple , ses sujets . Il a été atteint dans
son carrosse d'un coup de pierre , qui a cassé une glace dont
les éclats l'ont blessé légèrement.
que ce
Il paraît que les Français prisonniers à Plymouth n'out rien
perdu dans les fers , de l'énergie qui caractérise de vrais républicains.
lis y ont celebre , le 21 janvier , l'anniversaire des
la mort de Louis XVI , avec une sorte de solemnité
lieu ne semblait guères permettre ; après avoir fait une procession
dans la cour de la prison , ils ont prêté de nouveau
le serment civique , jeíté leurs bounets en l'air , chanté des
hymnes republicaines et planté un arbre de la liberté , qui
deviendra peut- être un jour cher aux Anglais .
:
Une chose pourrait hater cette époque ; c'est la fermentation
qui regne en Ecosse des attroupemens se sont formés
à Glascow ; l'on a même démoli quelques maisons dans cette
ville . En général il y a du mécontentement , sur- tout en Ecosse.
V 4
( ' 296. )
(
à sont
et en Irlande ; quant à la capitale , on sçait bien l'empêcher
de s'y montrer , soit en le comprimant par la crainte , soit en
payant , comme on l'a fait lors de l'ouverture de la session' ,
des gens pour affecter une joie qui n'est assurément pas nationale
, quoi qu'en disent les ministres et leurs flatteurs ; et
comment n'y aurait - il pas du mécontentement , les 3 pour
cent consolidés qui étaient , il y a six mois , 92
aujourd'hui à 68 trois - huitiemes . Cette baisse des fonds publics
est un argument sans réponse , qui prouve contre les
ministres que la nation n'a pas de confiance en eux , et que
cette guerre , ruineuse pour l'agriculture , l'industrie et le commerce
, finira par amener dans la Grande- Bretagne une convulsion
terrible , un de ces tremblemens de terre qui renversent
les trônes .
Il a été convoqué ces jours derniers un conseil extraordinaire
qui s'est prolongé fort avant dans la nuit , et dont le résultat ,
communiqué sur-le - champ au roi , a fait donner par le ministre
de la guerre un ordre à tous les invalides au- dessous de 60 ans
de se tenir prêts à marcher ! On en envoie mille à Plymouth ,
et autant à Portsmouth. Le ministere avait expédié en
hâte quelques jours auparavant des dépêches à la Haye , à
Berlin et à Pétersbourg.
-
Suivant des lettres de Philadelphie , du 6 décembre , la
veille le général Washingthon , président , a envoyé au congrès
une adresse à laquelle étaient jointes diverses pieces ,
relatives aux décrets de la Convention qui concernent l'Amérique
, aux ordres transmis par le gouvernement Britannique ,
; ། ་ ་
ses commandans de vaisseaux et corsaires , et enfin aux
intérêts communs de l'Espagne et des Etats - Unis , relativement
au commerce . Il parle dans cette adresse de
l'attachement et de l'amitié témoignés à son pays par les
representans et le conseil exécutif provisoire de France ;
mais il se plaint de leur ministre plénipotentiaire Genet , qu'il
dit avoir tenu une conduite vraiment coupable en ce qu'elle
propageait la discorde et l'anarchie au - dedans , et pouvait
amener la guerre au- dehors . Il finit par soumettre au congrès
sa propre conduite dans cet affaire , et faire déposer sur le
bureau toutes les pieces propres à éclairer cette discussion .
L'assemblée particuliere des états de Charles-Town a commencé
à-peu-près dans le même tems : elle doit faire un procès
de haute trahison au major Hamilton et à M. Drayton ,
secrétaire du gouverneur , pour s'être laissés corrompie par
M. Genet , et avoir accepté de lui une commission , à l'effet
de lever un corps de troupes de 5000 hommes , dont on ne
dit pas ce qu'il se proposait de faire .
( 297 )
REPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE VADIER.
Séance du sextidi , 16 Pluviôse .
Un des trois députés nouvellement arrivés de Saint- Domingue
a fait un rapport sommaire sur les événemens qui
ont eu lieu dans cette colonie . Il est remonté à la cause des
malheurs auxquels elle a été en proye ; il l'a vue dans la
politique odieuse et les intrigues de l'Angleterre et de l'Espagne
, qui , voulant faire perdre à la République cette colonie
intéressante , avaient trouvé le moyen d'y organiser la guerre
civile ; mais les Negres , armés pour la cause de la France ,
ont déjoué par leur courage ces perfides projets , et ont
demandé , pour prix de leur service , la liberté . Si on les
avait refusés , ils auraient pu accepter les propositions des
Espagnols qui les sollicitaient depuis long-tems , et qui avaient
dėja gagné quelques principaux chefs . Dans cette extrémité
pressante , le commissaire civil , en résidence au Cap , rendit
une proclamation , qui , en déclarant les Negres libres les
assujettissait à résidence sur leurs habitations respectives , et les
soumettait à une discipline sévere , en même tems qu'à un
travail journalier , moyennant un salaire déterminé . Sans cette
mesure prudente et salutaire , c'en était fait de la colonie
entiere , de la souveraineté nationale sur cette précieuse possession
; c'en était fait de la population blanche ; c'en était
fait d'une multitude innombrable d'hommes qui , dans le désarroi
général , se seraient entr'égorgés les uns les autres , divisés en
cent partis différens toujours en guerre , opprimant ou
opprimés.
"
"
L'orateur a conjuré la Convention de confirmer cette promesse
et de faire jouir les colonies des bienfaits de la
liberté et de l'égalité . Que les habitans de nos villes de
commerce soient détrompés ; que les commerçans se rassurent
et se tranquillisent ; qu'ils sachent que les propriétés ne sont
et ne seront point bouleversées à Saint - Domingue ; qu'ils apprennent
que les Noirs travailleront à les rembourser , et d'autant
plus volontiers qu'ils auront un salaire raisonnable à
espérer pour leur travail , pour leurs sueurs. Les négocians
ne perdront tout au plus que le commerce des hommes . Mais
600,000 hommes libres cultiveront -ils moins que 600,000 esclaves
? Qu'ils croyent bien que ces mêmes hommes libres
( 298 )
:
sans
fourniront plus de bras à la culture que tous les comptoirs de
l'Afrique . Leurs femmes ne sont point stériles les négocians
verront que le déficit apparent de la repopulation est la dénonciation
complette du systême de servitude de notre ancien
gouvernement , et ne servirait qu'à augmenter , à leur détriment
, les dettes des Colons infideles, ou malheureux ,
sugmenter les revenus . Rien de si cher que la culture par
esclaves . La colonie de Saint-Domingue sera bien plus florissante
,. cultivée par des mains libres , ét cette révolution ,
envisagée comme une nouvelle branche de commerce , offre à
l'industrie de nos négocians des bénéfices plus clairs , plus
assurés , plus multipliés que cenx qu'ils faisaient autrefois .
Qu'ils sachent que c'était des Planteurs contre - révolutionnaires
qui se disaient leurs amis , qui vendaient la colonie de Saint-
Domingue aux Anglais ; qu'ils lisent le traité passé par les Colons
contre- révolutionnaires , signé à Londres en février 1793 , et
arrêté à Saint -Domingue sans doute bien long- tems avant ,
puisqu'il a fallu le tems aux porteurs de pouvoirs d'arriver en
Europe. Nous avons remis ce traité à votre comité de salut
public. Que nos négocians lisent sur- tout la clause qui exige
des Anglais , comme une des premieres conditions de la
servilité , un sursis de dix ans pour toutes les dettes ; qu'ils
reconnaissent la religion de Saint - Marc et de l'assemblée coloniale
qui l'a suivie ; qu'ils apprécient le but de toutes les
intrigues et de toutes les maneuvres qu'ils ont ou favorisées
ou méconnues ; qu'ils sentent enfin que les traîtres n'ont
jamais voulu que les tromper et ne chercherent que
l'indépendance des lois de la France et celle de leurs
dettes .
Nous nous attendons bien que les ennemis des citoyens
de couleur et des noirs vont les calomnier auprès
du peuple Français . Ils vont les peindre comme des hommes
méchans et indisciplinables , enfin comme des êtres cruels et .
féroces . Citoyens Français , ne les croyez pas ; ceux qui tiennent
ce langage ne sont pas des Colons fideles , ce sont des
Colons contre - révolutionnaires qui font la guerre à la
liberté et à vous- mêmes ; d'accord avec des émigrés français ,
ne les croyez pas , ils vous ont trompés tant de fois !
Ces Noirs qu'on vous peindra si méchans , autrefois réunis .
dans des atteliers , de 3 , 4 ou 500 , se laissaient conduire
par un seul blanc sans rien dire , et étaient dociles à tous ses
caprices. S'ils étaient si féroces , les aurait-on menés si facilement
? Leur méchanceté n'est que dans le coeur de leurs op- *
presseurs ; c'est un prétexte que ceux - ci prennent pourjustifier
T'esclavage ; et quand les noirs auraient été méchans , nous ne
pourrions pas raisonnablement leur en faire un crime , car la
servitude déprave l'homme ; mais la méchanceté heureusement
n'est pas naturelle .
» Depuis trop long- tems ils avaient été vexés , opprimés , et
( 299 ) .
souvent torturés , martyrisés de toutes les manieres . se sont- ils
permis quelques vengeances ? n'ont - ils pas au contraire sauvé
un grand nombre d'Européens dans les journees désastreuses
des 20 et 21 juin ? N'ont- ils pas au milieu du combat respecté
tous ceux qui étaient sans armes ? n'ont-ils pas sauvé tous
leurs maîtres qu'ils escortaient eux - mêmes jusque dans le camp
des commissaires ? Depuis que la guerre civile , allumée par
Galbaud , a cessé par sa fuite , s'est- il coinmis un seul meurtre ?
Que leurs ennemis parlent , qu'ils en citent un seul , nous les,
en défions . Non , l'espece africaine n'a pas à rougir d'un seul
assassinat . Ce ne sont point les noirs , jadis esclaves , qui ont été les
aggresseurs . Ils n'ont fait que se défendre , que résister a l'oppression
, que protéger la sûreté des délegués de la République
Française . Si les noirs depuis ce tems ont mérité quelques reproches
d'indiscipline , excusez les , citoyens , ce sont quelques
mouvemens d'effervescence ; c'était l'effort d'un peuple encore
nouveau qui brisait ses chaînes , et ne pouvait le faire , sa s
quelque bruit , tant elles étaient pesantes .
Les fautes des malheureux noirs ne sont jamais , n'ont
jamais été que le crime de ceux qui les égarent , après les
avoir opprimés. Les noirs ne sont pas cruels comme des
colons blancs aiment à le dire , et l'existence de leurs ennemis
prouve assez que les noirs sont patiens , exorables et généreux.
Ils ont même le germe des verius ces vertus leur appartiennent
, leurs défauts seuls viennent de nous ; ils sont naturellement
doux , charitables , hospitaliers , très sensibles à la
piété filiale ; ils aiment la justice et ont le plus grand respect
pour la vieillesse : ces vertus , peuple Français , les rendent
encore plus dignes de toi.
" Citoyens représentans , songez que l'ignorance du bien est souvent la source du mal : instruisez ces hommes nou¬
veaux ; qu'ils soient éclairés en votre nom par des patriotes
patiens et vertueux ; que par vos décrets ils reçoivent des leçons
de sagesse et dé vertus républicaines . La Nature , la loi en ont
fait des hommes , l'instruction en fera des hommes de bien . t
En tenant de vous leurs droits , ils en seront plus attachés à
leurs devoirs le premier de tous sera pour eux de combattre
pour votre patrie , qu'ils regardent comme la leur . Autrefois
ils n'étaient pas obligés de défendre leurs chaînes , mais
aujourd'hui , en reconnaissance du nom de français qu'ils vous
devront , ils consacrent tous leur vie à votre service , et ils
sont à Saint - Domingue au nombre de 400 mille à votre dis
position , dont il ne tient qu'à vous de faire autant de soldats .
Deja , en attendant vos ordres , à la premiere nouvelle de
l'invasion des Anglais , ils ont commencé dans le Nord par
jurer de périr tous jusqu'au dernier , et de s'ensevelir sous les
décombres de Saint- Domiugue , plutôt que de recevoir une
domination étrangere .
›› Quand j'ai vu que je pouvais compter sur leur fidélité ,
( 300 )
1
ayant été choisi par l'assemblée des électeurs , légalement
formée aux termes du décret du 22 août 1792 , d'après la
tenue des assemblées primaires , j'ai accepté comme un devoir
la mission qu'ils ont bien voulu me confier , et je n'ai point
hésité à braver tous les dangers pour venir vous présenter avec
mes collegues , au nom de tous les hommes qui habitent le
département du Nord , l'hommage de leur attachement au
peuple Français et de leur dévoûment à la République une
et indivisible ; Européens , Créoles , Africains , ne connaissent
plus anjourd'hui d'autres couleurs , d'autre nom que ceux de
Français. Citoyens représentans , daignez accueillir avec bonté
leurs sermens de fidélité éternelle au peuple Français ;; préparez-
Vous des souvenirs consolateurs , en honorant l'humanité ;
créez une seconde fois un nouveau monde , ou au moins qu'il
soit renouvellé par vous ; soyez - en les bienfaiteurs ; vos noms
y seront bénis comme ceux des divinités tutélaires . ‚ »
Ce discours souvent interrompu par les plus vifs applaudissemens
, à peine. est-il prononcé que plusieurs membres
demandent que , fidele à la declaration des Droits de l'Homme ,
la Convention proclame , dès ce moment , la liberté des
hommes de couleurs et l'abolition de l'esclavage des Negres.
L'Assemblée entiere se leve par acclamation . Le président prononce
l'abolition de l'esclavage , au milieu des cris mille fois
répétés de vive la République , vive la Convention , vive la
Montagne. Les députés de couleur reçoivent du président le
baiser fraternel ; ils sont successivement embrassés par tous les
députés.
Une citoyenne de couleur était au nombre des spectateurs
de cette scene touchante . Elle est frappée d'une joie si vive
en voyant la liberté accordée à tous ses freres qu'elle perd
entierement connaissance . Instruite de ce fait , la Convention
órdonné que cette citoyenne soit admise à la séance , et reçoive
au moins cette reconnaissance de ses vertus civiques .
7
La Convention vient de faire son dévoir , dit Danton , mais
après avoir accordé le bienfait de la liberté , il faut que nous
en soyons , pour ainsi dire , les modérateurs . Renvoyons aux
comités de salut public et des colonies pour combiner les
moyens de rendre ce décret utile à l'humanité , sans aucun
danger pour elle. Le renvoi ess ordonné .
"
L'Assemblée a procédé au renouvellement du bureau ; le
citoyen Dubarran a été élu président.
Séance de septidi , 17 Pluviose .
PRÉSIDENCE DE DUBARRAN.
1
Le comité de salut public avait pensé qu'il fallait profiter
de la victoire , et prendre les mesures militaires propres à faire
évacuer entierement le territoire de la République sur la fron
tiere du Nord : des ordres avaient été donnés ; un plan de
( 301 )
ampagne avait été envoyée résultat fortement exécuté devait
nous délivrer de ces vils ennemis vomis par l'Autriche.
Mais il fallait de l'andace pour une entreprise aussi importante
. Il fallait s'élever au- dessus des regles ordinaires ; il fallait
aussi braver les élémens et les intempéries de la saison .
Ce caractere audacieux et entreprenant paraît avoir manqué
au général qui devait consommer cette expédition ; car l'expérience
de Landau et du fort Vauban prouve que le soldat
français ne connaît pas d'obstacle . Le genéral Jourdan a paru
oublier ce mot de César , qui doit être la regle constante de
tous les homines de guerre : Que rien n'est fait quand il reste
quelque chose à faire. Mais le comité a rendu justice à ses bonnes
intentions. Jourdan obtiendra une retraite honorable , digue
de sa probité et de son patriotisme. Le vainqueur de Vatigniers ,
le libérateur de Maubeuge ne doit pas exister sans
moignage de la parrie reconnaissante. Le comité a jetté les
yeux sur le vainqueur du Rhin pour venger le Nord . La
Convention a approuvé ce choix , et elle a décrété que le
citoyen Pichegru , général en chef de l'armée du Rhin , pasera
au commandement en chef de l'armée du Nord . Les
citoyens Choudieu et Richard se rendront incessamment auprès
des armées du Nord et des Ardennes , en qualité de représen
tans du peuple .
"
un té-
La Convention a mis à la disposition du ministre de la
guerte une somme de 32 millions pour les travaux de fortifications
qui doivent être exécutés dans le cours de la campagne
prochaine . Aucun ouvrage de fortifications ne pourra
être ordonné par les généraux , ni exécuté par les officiers
du génie dans les places de guerre , sans l'approbation formelle
du ministre de la guerre , excepté dans les cas où cette
place aurait été déclarée en état de siége .
·
Au nom du comité de salut public , Robespierre a fait un
rapport sur les principes de morale politique qui doivent
guider la Convention dans l'administration intérieure de la
République. Il est tems a - t- il dit , de marquer nettement
le but de la révolution et le terme où nous voulons arriver ;
il est tems de nous rendre compte à nous mêmes , et des
obstacles qui nous en éloignent encore , et des moyens que
nous devons adopter pour l'atteindre . Il faut prendre de loin
ses précautions pour mettre les destins de la liberté dans les
mains de la vérité , qui est éternelle , plus que dans celles des
hommes qui passent ; de maniere que si le gouvernement oublie
les intérêts des peuples , ou qu'il retombe entre les mains
des hommes corrompus , selon le cours naturel des chofes , la
lumiere des principes reconnus éclaire ses trahisons , et que
soute faction nouvelle trouve sa mort dans la seule perfidie du
crime . Heureux le peuple qui peut arriver à ce point ! et
quelles ressources ne présente pas un ordre de choses où la
raison publique est la garantie de la liberté !
( 302 )
" Quel est le but où nous te dons ? La jouissance paisible
de la liberté et de l'égalité : le règne de cette justice éternelle
dont les lois ont éte gravées , non sur le marbre et sur la
pierre , mais dans les coeurs de tous les hommes , même dans .
le coeur de l'esclave qui les oublie ou du tyran qui les nie .
" Nous voulons un ordre de choses où toutes les passions
basses et cruelles soient inconnues , toutes les passions bienfaisantes
et généreuses éveillées par les lois ; où l'ambition
soit le desir de mériter la gloire et de servir la patrie ; où les
distinctions ne naissent que de l'égalité même ; où le citoyen
soit soumis au magistrat , le magistrat au peuple , et le peuple
à la justice ; où la patrie assure le bien-être de chaque individu
, et où chaque individu jouisse avec orgueil de la prospérité
et de la gloire de la patrie ; où toutes les ames s'ag-.
grandissent par la communication continuelle des sentimens
republicains et par le besoin de mériter l'estime d'un grand
peuple ; où les arts , soient les décorations de la liberte qui
les ennoblit ; le commerce , la source de la richesse publique
et non pas seulement de l'opulence monstrueuse de quelques
maisons .
" Nous voulons substituer dans notre pays la morale à
l'égoïsme , la probité à l'honneur , les principes aux usages ,
les devoirs aux bienséances , l'empire de la raison à la tyran -`
nie de la mode , le mépris du vice an mépris du malheur
la fierté à l'insolence , la grandeur d'ame à la vanité , l amour
de la gloire à l'amour de l'argent , les bonnes gens à la bonne
compagnie , le mérite à l'intrigue , le génie au bel esprit , la
vérité à l'éclat , le charme du bonheur aux ennuis de la vo-
Inpté , la grandeur de l'homme à la petitesse des grands , un
peuple magnanime , puissant , heureux , à un peuple aimable,
frivole et misérable ; c'est -à - dire , toutes les vertus et tous les
miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules
de la monarchie.
" Nous voulons en un mot remplir les voeux de la nature ;
accomplir les destins de l'humanité , teair les promesses de
I philosophie , absoudre la providence du long regue du crime
et de la tyrannie .
" Que la France jadis illustre parmi les pays esclaves ,
eclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont existé ,
devienne le modele des nations , l'effroi des oppresseurs , la
consolation des opprimés , l'ornement de l'univers ; et qu'en
scellant notre ouvrage de notre sang , nous puissions voir au
moins briller l'aurore de la felicité universelle.. …………….. Voilà
notre ambition ; voilà notre but . "
Mais quelle nature de gouvernement peut réaliser ces
prodiges ? Le seul gouvernement démocratique ou républicain .
La démocratie n'est pas un état où le peuple continuellement
assemblé regle par dui- même toutes les affaires publiques ,
encore moins celui où 100 mille fractions du peuple , par des
( 303 )
mesures isolées , précipitées et contradictoires décideraient da
sort de la société entiere. Un, tel gouvernement n'a jamais
existé , et il ne pourrait exister que pour amener le peuple au
despotisme . La démocratie , suivant la juste définition de
Robespierre , est un état où le peuple souverain , gùidé par
des lois qui sout son ouvrage , fiit par lui-même tout ce qu'il
peut bien faire , et par des délégués tout ce qu'il ne peut pas
faire lui-même . Mais pour arriver au regne paisible des lois
constitutionnelles , il faut terminer la guerre de la liberté
contre la tyrannie , et traverser heureusement les orages de la
révolution , tel est le but du systême révolutionnaire , organisé
par la Convention nationale . Le plan de son administration
doit être le résultat de l'esprit du gouvernement révolutionnaire
, combiné avec les principes généraux de la démocratie.
Or , quel est le principe fondamental du gouvernement
démocratique ou populaire , c'est la vertu cette vertu pu
lique qui opéra tant de prodiges dans la Grèce et dans ' Rome ,
cette vertu qui n'est autre chose que l'amour de la patrie et
de ses lois . Mais comme l'essence de la République ou de la
démocratie, est l'égalité , il s'en faut que l'amour de la patrie.
embrasse nécessairement l'amour , de l'égalité .
Après avoir très - bien prouvé que non- sculement la vertu est
l'ame de la démocratie , mais qu'elle ne peut exister que dans
ce gouvernement , Robespierre en a conclu que la premiere
regle de la conduite politique de la Convention nationale devait
être de rapporter toutes ses opérations au maintien de
l'égalité et au développement de la vertu . Ainsi , tout ce qui
tend à exciter l'amour de la patrie , à purifier les moeurs
à éléver les ames , à diriger les passions du coeur humain vers
l'intérêt public , doit être adopté ou établi . Dans le systême
de la révolution française , ce qui est immoral est impolitique ,
ce qui est corrupteur , est contre-revolutionuaire Le plus grand
écueil que nous ayons à éviter n'est pas la ferveur dú zele ;
mais plutôt la lassitude da bien et la peur de notre propre
courage .
Pour faire sentir que la vigilance et l'énergie nous sont plus
nécessaires que jamais , Roberspierre a jette un coup - d'oeil sur
notre véritable situation . Les ennemis intérieurs du peuple
Français se sont divisés en deux sections , qui marchent au
même but par des routes diverses : l'une nous pousse à la faiblesse
, l'autre aux excès . Voici comme les a depeint l'orateur :
Faut- il agir ? ils pérorent. Faut- il délibérer ? ils veulent
commence par agir. Les tems sont-ils paisibles ? ils s'opposent
à tout changement utile . Sour- ils orageux ? ils parlent de tout
réformer pour bouleverser tout. Voulez-vous contenir les séditieux
? ils vous rappellent la clémence de César . Voulez - vons
arracher les pairiotes à la persécution ? ils vous proposent
pour modele la fermeté de Brutus. Ils découvrent qu'un tel a
( 304 )
été noble lorsqu'il sert la République , ils ne s'en souviennent.
plus dès qu'il la trahit , La paix est- elle utile ? ils vous étalent .
les palmes de la victoire . La guerre est - elle nécessaire ? .ils vous .
vantent les douceurs de la paix . Faut- il défendre le territoire ?
ils veulent aller chasser les tyrans au - delà des monts et des
mers . Faut-il reprendre nos forteresses ? ils veulent prendre
d'assaut les églises et escalader le ciel ; ils oublient les Autrichiens
pour faite la guerre aux dévotes . Faut- il appuyer notre ..
cause de la fidélité de nos alliés ? ils déclameront contre tous
les gouvernemens , et vous proposeront de mettre en état
d'accusation le grand - Mogol lui -même. Le peuple va - t-il au
capitole rendre grace aux Dieux de ses victoires ? ils entonneut
des chants lugubres sur nos revers passés . S'agit- il d'en remporter
de nouvelles ? ils sement au milieu de nous les haines ,
les divisions , les persécutions et les découragemens . Faut-il
réaliser la souveraineté du peuple et concentrer sa force par un
gouvernement ferme et respecté ? ils trouvent que les principes
du gouvernement blessent la souveraineté du peuple . Fautil
réclamer les droits du peuple opprimé par le gouvernement ? ils
ne parlent que du respect pour les lois et pour les autorités
constituées ,
Où trouver le remede de tous ces maux , si ce n'est dans
le développement du ressort général de la République , la
vertu ? Il est bien vrai que le but de tous nos ennemis est
de dissoudre la Convention ; mais c'est aussi une vérité qu'un
grand corps , investi de la confiance d'un grand peuple , ne
peut se perdre que par lui- même . Le seul danger sérieux que
peut courir la Convention nationale serait un plan de rallier
tous les ennemis de la République , en ressuscitant l'esprit de
parti ; de persécuter les patriotes , de décourager , de perdre
les agens fideles du gouvernement républicain ; de la remplir
elle-même de fausses terreurs pour l'égarer ou pour la paralyser
; de chercher à la diviser . Ce plan existe ; mais rassurons-
nous , a dit Robespierre ; c'est ici le sanctuaire de la
vérité ; c'est ici que resident les fondateurs de la République ,
les vengeances de l'humanité et les destructeurs des tyrans . II
nous suffit d'appeller , au nom de la patrie , des conseils de
l'amour propre , ou de la faiblesse des individus , à la vertu et
à la gloire de la Convention nationale ...... 99
Nous nous bornerons aujourd'hui à vous proposer de
consacrer par votre approbation formelle les vérités morales et
politiques sur lesquelles doit être fondée votre administration
intérieure et la stabilité de la République , comme vous avez
déja consacré les principes de votre conduite envers les peuples
étrangers ; par- la vous rassurerez tous les bons citoyens , vous
ôterez l'espérance aux conspirateurs ; vous assure rez votre marche
et vous confondrez les intrigues et les calomnies des rois ;
vous honorerez votre cause et votre caractere aux yeux de tous
les peuples. Donnez au peuple Français un gage de voire.zeje
pour
( 305 )
pour protéger le patriotisme , de votre justice inflexible pour
les coupables , et de votre dévoûment à la cause du peuple. Or
donnez que les principes de morale et de politique que nous
venous de développer , seront proclamés en votre nom , audedans
et au-dehors de la Republique. "
La Convention a ordonné l'impression du discours de Robes -
pierre , l'envoi aux départemens , aux sociétés populaires et aux
armées , et la traduction dans toutes les langues .
Séance d'octodi , 18 Pluviose..
Le citoyen Choudieu a fait dans cette séance le rapport de
sa mission dans la Vendée. Il a fait connaître les causes de
la longue durée de cette guerre , et s'est principalement attaché
à réfuter l'acte d'accusation dirigée par Philippeaux contre les
généraux Ronsin et Rossignol ; l'Assemblée a renvoyé ce rapport
à l'examen de son comité de salut public.
Une lettre de Vitré annonce la prise de 52 brigands ; leur
chef a été tué en se sauvant. Il se nommait François Chouan ;
c'était de lui que cette horde infâme tirait son nom.
Il a été rendu quelques décrets particuliers . Les comités
de législation et d'agriculture ont annoncé qu'ils s'occuperaient
d'une loi générale sur l'accaparement et le maximum.
Séance du nonodi , 19 pluviose..
La société populaire , la municipalité et le district de Troyes ,
admise par députation à la barre , remercient la Convention de
leur avoir envoyé en qualité de commisairel, le citoyen Rousselin
. Il a vivifié l'esprit public , établi le culte et l'amour de la
raison et de la philosophie sur les débris du fanatisme et de la
superstition , et ces seuls moyens pour opérer le bien ont été la
douceur et la persuasion . Les pétitionnaires terminent par
une offrande de 7794 marcs d'or et d'argent , 13,744 marcs de
cuivre et des décorations d'églises . Mention honorable.
Une députation de la société populaire de Conches , départe
ment de l'Eure , vient réclamer la liberté de deux citoyens
arrêtés par les intrigues d'un nommé Savard , défenseur officieux
des officiers municipaux de cette ville , traduits au
tribunal révolutionnaire , comme prévénus de fédéralisme ,
Lacroix et Legendre , qui avaient été envoyés dans ce département
attestent le civisme de ces deux citoyens . La conven,
tion décrete leur mise en liberté . D'après les observations de
Robert Lindet , il résulte que les faits imputés aux officiers
municipaux traduits au tribunal , meritent d'être éclaircis . La
suspension de la procédure est prononcée jusqu'apres un
rapport des comités de salut public et de sûreté genéralo ,
auxquels cette affaire est renvoyée .
"
Sur la proposition de Cambon , la Convention rend le
dée et suivant :
6 An. ler . Le payement des rentes viageras er pensiona
Tome VII. X
( 306 )
"
dues à la République depuis le 1er juillet 1793 , ( vieux style )
jusqu'au 1er germinal prochain , pour les 8 mois 21 jours qui
seront échus à cette époque , lesquels seront calculés à raison
de trois trimestres moins un dixieme de trimestre , du montant
de la rente ou de la pension qui sera due , de sorte que pour
-100 livres de rentes ou pensions annuelles , il sera payé 72
livres 10 sous.
99 II. Le payement ordonné par l'article précédeut
ne sera
fait que sur la présentation
du dépôt des anciens titres , pour être échangés contre des titres républicains
, d'après le mode qui sera statué.`
III. A l'avenir , les pensions et rentes viageres seront
payées au commencement de chaque semestre de l'ère ré
publicaine .
,, IV. La Convention nationale charge son comité des
finances de lui faire incessamment un rapport général sur les
rentes viageres et pensions. "
Séance du décadi , 20˚ Pluviôse .
Couthon a dénoncé à la Convention nationale une proclamation
atroce , publiée, par le représentant du peuple ,
Javoque , qui se maintient en commissiou contre le voeu de
la loi , et exerce , a dit Couthon , avec la cruauté d'nn Néron
les pouvoirs qui lui sont retirés dans cet écrit. Javoque dépeint
Couthon comme l'ennemi le plus dangereux du peuple , l'ami ,
le protecteur déclaré des contre- révolutionnaires . A la lecture
de ce libelle, toute l'Assemblée a témoigné la plus vive indignation
; diverses propositions ont été faites ; elles ont été
adoptées en ces termes : La Convention détrete qu'elle casse
et révoque unimprimé signé Javoque , représentant du peuple ,
intitulé : Proclamation et arrêté des représentans du peuple , daté
de Montbrisé , le 13 pluviôse , et annulle tout ce qui pourrait
s'en être ensuivi ; ordonne que le citoyen Javoque se rendra
sur-le - champ au sein de la Convention nationale , et que faute
d'avoir obéi dans huit jours , à compter de la date du présent
décret , il y sera traduit à la diligence des représentans du
peuple dans le département. Renvoie au surplus la proclamation
du citoyen Javoque , et toutes les pieces qui le concernent
, au comité de salut public , pour en faire l'examen.
et un rapport à la Convention nationale.
Le présent décret sera envoyé dans le jour , par un courier
extraordinaire , aux représentans du peuple à Commune- Affranchie
, qui demeurent chargés de sou exécution .
On a adinis à la barre une députation d'hommes de couleur.
Un d'eux a dit :
VOLS
Vous voyez devant vous , législateurs , une partie des
citoyens de couleur habitans de Paris ; nous venons
féliciter de la justice que vous avez rendue à l'égalité , en ,
adoptant parmi vous nos freres . Nous ne vous remercions pas
( 307 )
parce que les républicains ne connaissent pas ce mot ; nous
vous dirons que vous avez bien fait en proclamant la liberté
générale . Ce sublime décret va donner la vie et faire le bonheur
de plus d'un million de malheureux qui gémissent dans les
fers et ignominie . Ah ! combien vous allez recevoir de béné
dictions et de f licitations ; vous les méritez bien et vos noms
à jamais immortels ne seront prononcés qu'avec l'enthousiasme
de la reconnais ance par tous les peuples de la terre... Nous
terminons en vous presentant une reflexion que nous croyons
utile : les colonies sont perdues , si vous permettez que les
Colons repassent à Saint - Domingue avant qu'elles soient organisées.
Dans sa réponse , le président a assuré les pétitionnaires que
la Convention , après avoir donné à ses freres la liberté , ne
négligera aucun des moyens propres a les faire jouir , sans
anxiété et sans péril de ce premier bien sans lequel l'existence
ne serait qu'un cruel fardeau.
Séance du primidi , 21 Pluviûse.
Collot d'Herbois , au nom du comité de salut public , a
annoncé que les pouvoirs de ce comité étaient expirés . La
Convention les a proroges pour un mois .
Plusieurs communes out adressé à la Convention des dons
patriotiques , des réclamations et des demandes de sécours .
La mention honorable des uns et le renvoi des autres aux
divers comités qui les conceruent , ont été décretés .
Séance de duodi , 22 Pluviôse.
Le comité de salut public est autorisé à faire opérer dans
la Vendée et dans les départemens qui ont participe à sa révole ,
les desarmemens qu'il croira nécessaires à l'intérêt de la chose
publique .
Sur a proposition de Cambon , il a été décrété que toutes
les marchandises , envoyées à Commune- ffranchie , posté
rieurement au decret qui déclare cette commune en rébel
lion , et qui ont été arrêtées , seront confisquées . Toutes les
marchandises , envoyees antérieurement au decret qui déclare
cette commune en rébellion , seront remises à celui qui justifera
en être proprietaire , en fournissant un certificat de
civisme à la municipalité qui aurait fait la saisie des marchandises
réclamées . Si parmi les marchandises qui ont éte arrê
tées il s'en trouvait qui eussent une toute autre destination ,
la saisie sera levée afin qu'elles puissent parvenir à leur des
tination. Les dispositions de ce déciet seront étendues à toutes
les communes qui ont été déclarées en etat de rebellion .
Au nom du comité de legislation , Merlin de Douai a fixé
l'attention de l'Assemblée sur une affaire concernant Amand
Coédie , descendant du célebre Coedic , qui dans la guerre
d'Amérique fit sauter une frégaté , plutôt que de la livrer aux
X 2
308
Anglais. Amand Coédic était conseiller au parlement de
Rennes ; tous les habitans de cette ville attestent son patriotisme
. Avant la révolution française il avait déja fait des écrits
en faveur de la liberté ; quoique d'une caste privilégiée , il
travaillait à une insurrection qui rendit
au peuple tous ses
droits . Un tel homme devait être persécuté par la cour. Ses
efforts patriotiques lui mériterent deux lettres de cachet, Les
satellites charges d'exécuter les ordres arbitraires du tyran ,
ne l'ayant pas trouvé chez lui , clouerent les lettres - de - cachet
à la porte de sa maison . Amand Coédic se retira d'abord
à Nantes , mais ne s'y trouvant pas en sûreté , il passa
Londres , muni d'une lettre de crédit de ses parens .
Il était hors de France , mais il ne soupirait pas moins
pour la liberté de son pays ; il composa plusieurs écrits révo
lutionnaires . Son patriotisme fut dénoncé à ses parens en
France , qui lui retirerent la lettre de crédit qu'ils lui avaient
donnée . Le banquier qui lui avait prêté des fonds , le fit mettre
en prison ; ce fut une raison de plus pour lui de travailler
pour la liberté. En mai 1791 , il adressa plusieurs ouvrages
à l'assemblée constituante ; elle les reçut avec applaudissement.
Il sortit enfin de prison et se rendit à Paris . Bientôt le ban
quier de Londres le fit assigner au tribunal du troisieme
arrondissement de Paris . Il soutint qu'il ne devait rien à ce
banquier , mais il n'avait point les pieces nécessaires pour
justifier son assertion ; il fallut aller les chercher à Londres .
Il obtint un passe - port de la municipalité de Paris ; ce passeport
fut délivré d'après toutes les formalités requises par la
loi . Amand Coédic partit de Paris le 18 mai 1792 , et se
Tendit à Londres , où il ne resta que dix jours , et revint en
France.
Au mois d'octobre dernier , Amand Coédic fut dénoncé
à l'administration de police , comme émigré ; et par un arrêté
de cette administration , il fut renvoyé au tribunal révolutionnaire
. Après quelques débats , la Convention , sur la
proposition de Robespierre , a renvoyé cette affaire au comité
de sûreté générale et suspendu la procédure,
PARIS. Quintidi , 25 Pluviðse.
Test inutile qu'on s'occupe plus long- tems auxJacobins de la
discussion sur les vices de la constitution d'Angleterre et la cor
ruption de son gouvernement . Tout ce qu'on pourrait dire vau
drait - il ce qui s'est passé duns les deux chambres du parlement ?
Quand ceux qui se disent les représentans d'une nation sont assez
läches pour voter des remercimens et de nouveaux subsides au
despote qui l'a entraînée dans une guerre aussi désastreuse ; quand
le parti de l'opposition se trouve réduit dans les deux chambres
1
( 30g )
à une minorité aussi déshonorante ; quand dans un pays qui
se vantait si orgueilleusement de sa liberté , ou souffre que le
roi appelle et reçoive des troupes étrangeres , sans même en
vouloir dire le nombre ; quand le ministre, Pitt ose dire ou
vertement qu'il ne peut être question de paix tant que la
France aura son systême actuel de gouvernement , qu'il est
impossible de reconnaître l'unité et l'indivisibilité de la République
française , et moins encore un gouvernement fondé sar
la liberté et l'égalité , il ne s'agit plus de vouloir éclairer un
tel peuple sur ses droits ; il ne faut que le combattre .
Če systême de philantropic envers les peuples n'est pas
plus convenable à nos intérêts que la prétention absurde de
républicaniser et de municipaliser tous les peuples qui occupent
la surface du globe. Toutes ces exagérations , enfantées par
le délire , et dans des intentions plus que suspectes , n'avaient
d'autre objet que de nous tenir toujours hors de la mesure
des choses , et de multiplier le nombre de nos ennemis . Heureusement
le comité de salut public et la Convention ont démêlé
depuis long-tems le piége , et cherchent à en garantir les
patriotes plus ardens qu'eclaires , tonjours prêts à embrasser
des chimeres , parce qu'elles séduisent l'imagination .
1
Il est tems de renfermer nos forces , nos moyens et nos
vues dans les bornes qui conviennent à notre sûreté et à nos
succès. Il est tems de mettre la raison et la saine politique à
l'ordre de tous les jours . Tels sont les principes qu'a , developpes
Robespierre dans son discours sur le gouvernement
intérieur , et dans celui qu'il avait prononcé précédemment sur
nos relations étrangeres. Il en a encore donné des preuves dans
la séance des Jacobins du 19 de ce mois .
Brichet , l'un des membres de cette société , avait fait la
motion subite et instanie d'une descente en Angleterre et
d'une petition à la Convention pour l'engager à faire juger
dans la década prochaine tous les restes de la faction brissottine
, et à s'epurer elle - même , en chassant tous les crapauds
du marais qui ont essayé de gravir sur la montagne. Voici
de quelle maniere Robespierre lui a répondu
66
Quoique les propositions du préopinant soient extraor
dinairement populaires , quoiqu'elles soient révolutionnaires au
dixième degré , j'avoue que je suis décidé à les combattre . Je
dois vous faire observer qu'après avoir conquis l'égalité dans
un tems où beaucoup de nouveaux champions , aussi brillans
aujourd'hui que monsieur Brichet , n'étaient pas encore connus ,
il n'est rien de si facile que de la détruire , en paraissant la
defendre , soit par la négligence des mesures qui peuvent la
consolider , soit en proposant des mesures outrées , Il faut
toujours dans ce dernier cas , qu'un champion sortí de l'obscurité
se mette en avant pour faire adopter une proposition
dangereuse , que l'on a soin de couvrir d'un vernis
popularité.
.
X 3
( 310 )
·
C'est avec une extrême répugnance que je désigne le
préopinant ; ce n'est pas lui dont je veux m'occuper , mais
plutôt du complot que nous avons découvert , et qui est si bien
développe , que dans peu de jours les conséquences s'appli
queront aux individus.
Brichet semble s'apitoyer sur le sort des patriotes , comms
s'il n'y avait que les patriotes qui fussent persecutes . Si le
préopinant a voulu le dire , il n'a pas dit la véritée , car les
aristocrates tremblent depuis que tous les jours on les conduit
à l'échafaud . Ceux qui se plaignent du soit qu'eprouvent les
patriotes , ne sont pas ceux qui leur donneraien des secours
dans le besoin , ni qui s'exposeraient pour les défendre . Je
regrette beaucoup de n'avoir pas vu Brichet donner ses soins
aux patriotes opprimés , dans des momens critiques ; et je suis
étonné de le voir maintenant dans une posture où il paraît
être le fondateur de la liberté , et nous des moderés et des
feuillans.
" Je vais raisonner sur l'opinion de Brichet , et l'inviter à
me répondre ; je vous ferai observer une seconde fois qu'il
s'agit aujourd'hui non de proclamer les droits du peuple .
mais de choisir les moyens les plus propres pour les defendre .
Brichet et quelques autres pourront bien les proclamer ; mais ils
auront le soin de ne vous proposer aucune mesure pour
faire triompher , ou s'ils en proposent , elles seront au moins
imprudentes.
les
99 I m'a paru que son opinion avait deux objets. Le premier .
contenu dans une seule phrase , est la descente en Angleterre.
Je suis éloigné de contester la nécessité de cette grande mesure ;
mais je lui dirai que ce n'estajpas lui qui nous donnera toutes
les facilités pour l'exécuter que ce n'est pas lui qui pourra
concourir à la diriger Brichet nous exprime la proposition
imposante d'une descente en Angleterre avec beaucoup de brieveté
; mais il développe très au long celle qui a pour but
d'attaquer les représentans du peuple. Que devons - nous en
conclure , sinon que Brichet en veut plus à la représentation
nationale qu'à l'Angleterre ?
Son opinion est très belle; il vous parle de punir les
traîtres , et de les envoyer en masse à la guillotine . C'est
aujourd'hui un très- beau rôle de déclamer contre le marais et
contre une nouvelle faction . Il serait bien facile avee cela de se
faire applaudir , si l'on ne parlait pas devant des hommes qui
sont au fait de tout ce qui se passe ,
Le premier principe des hommes libres , est d'exterminer
tous les traîtres , mais il faut employer tous les moyens convenables.
Personne n'ignore qu'il y a beaucoup d'intrigans et
de scélérats , qui veulent compromettre la Convention par des
fausses démarches , l'avilir et la dissoudre ensuite. Ces hommes
infâmes qui reçoivent de grosses sommes pour une petite
motion , savent bien que leur seule ressource est de couvrir
leurs exécrables projets d'une teinte de patriotisme.
( 311^)
En frappant à la fois et le marais et la faction nouvelle ,
c'est douner à celle- ci l'appui du marais , qui se croyant tout
entier menacé de l'échafaud , se rallierait aux chefs de la faction
que M. Brichet dénonce , pour détruire de concert avec elle la
Montagne et la Convention. Si la représentation nationale
gémissait sous l'oppression , j'applaudirais au zele du préopinant ;
mais je suis obligé de dire que l'orateur était muet dans le tems
où la Convention était opprimée par Brissot et ses complices .
Si la Convention était composée de contre-révolutionnaires , je
bénirais la vigilance d'un homme quel qu'il fût ; mais si la Convention
est composée de représentans dignes ds l'être ,'' si
elle qui a écrasé nos ennemis , qui a dissous dans l'intéri
la coalition de tous les fédéralistes des 83 départemens Font
a étouffé la rébellion dans Toulon , dans Lyon , etc .; arcile a
repousse les Allemands au Rhin . et les a tenus en échec au
Nord ; si elle a donné au monde un exemple frappant de fermeté
, il est étonnant de voir un homme méprisable , élever la
voix contre quelques représentans , comme si la Convention
n'était pas assez forte pour punir les traîtres qui se trou
veraient dans son sein. Je suis indigné d'entendre déclamer
un Brichet dont nous n'avions pas entendu parler , et qui
n'aimerait pas qu'on recherchât sa vie passée dans les
boudoirs de la Polignac.
Ле
S'il existait autrefois un marais égaré par les chefs d'une
faction infâme dont la plupart out péri sur l'échafaud , il eat
constant que depuis ce moment , la Convention a sauvé la
patrie , et que ceux qui composaient autrefois le marais se
liguent avec la Montagne pour prendre les décisions vigoureuses
et salutaires ; ce qui prouve que des sélérats avaient corrompu
quelques individus faibles et dont la masse était bien
intentionnée . ६
Je reconnais avec monsieur Brichet , qu'il y a une factiou
nouvelle ; elle se divise en deux partis , dont l'un est composé
d'agens des puissances étrangeres , qui travaillent pour la ty
rannie , pour la dissolution de la Convention et le déchirementde
la France en lambeaux ; l'autre est composé de factieux
qui se sont introduits jusques dans la Convention . Sans doute
les émissaires des tyrans ne pourraient exécuter leurs projets
s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés
dans la Convention .
Brichet vous parle bien de cette faction , mais il ne nomme
pas les individus , il ne désigne pas les traîtres qu'il faut punir.
Quand on demande vengeance contre des représentans que
l'on ne désigne pas , toute la Convention se croit menacée et
exposée à de grands malheurs › alors les véritables traîtres sont
ceux qui mettent en avant de pareilles motions.
Robespierre après s'être résumé , termine par de mander :
66 1 ° . Que la société onvre une discussion solennelle sur le
double systême d'intrigue qu'il a dénoncé ;
( 312 )
Brichet a
Que l'on passe à l'ordre du jour sur la metien de
9:39. Que cet individu soit chassé de la société .
Brichet en effet a ete expulsé , ainsi qu'un autre membre ,
et la société a mis à l'ordre du jour la discussion sur la double
intrigue dont a parlé Robespierre ...
Duplessis , beau- pere de Camille Desmoulins , qui avait été
mis en arrestation , a été mis en liberté .
dans
On écrit d'Angers , que la commission militaire de cette
condamné a mort Desmarest , dit Destimanville , et
patric
Joseph Tabary ; le premier , ex-général des troupes
publique dans la Vendee ; et le second , adjudant-généralIl'armee
de l'Ouest , convaincus de haute trahison dans
leur commandement.
Les ci-devant receveurs - généranx , Auguié , Bergerec , Chalaudray
, Chouart pere , Chouart fils , Foissy , Delorme , Du
fresne , d'Aucourt , d'Arjuzon , Daunay , Bondy , Fougeret , le.
Tonpelier , la Ferté , Landy- Landry , Marquet- Montbreton ,
Marigner , Oursin- Mentchevreuil , Parseval, Raudon - Hannencourt
, Randon - Duthil et Thievron , détenus à Port- libre , sont
renvoyés en état d'arrestation avec deux gardes chacun , dans
leur domicile respectif à Paris ; faute par eux de présenter leurs
comptes respectifs au bureau de la comptabilité , et d'en solder
le reliquat , dans le délai de deux mois , ils seront réintégrés
dans la maison d'arrêt de Port - libre , par mesure de sûreté
generale , et leurs biens , meubles et immeubles seront confis
qués au profit de la nation , pour l'indemniser des débets de
chacun d'eux .
Si l'on en croit des lettres de Port-Malo , un aviso y a
apporté la nouvelle qu'en Irlande le peuple a planté l'arbre
de la liberté , et a arboré la cocarde tricolore .
* On maude de Magdebourg que la Fayette a été conduit à
Neisse , et la Tour- Vaubourg à Pluts ; Alexandre Lameth´est
resté malade à Magdebourg , où sa mere lui prodigue ses
soins .
Petion qui était en Suisse a eu ordre d'en sortir.
Il a été déposé le soir à la porte du citoyen Lechâtelain de
Ja section des Lombards , un enfant âgé de 4 ans avec une
lettie sans signature . Quoique ce citoyen soit pere de famille ,
il s'est charge p ovisoirement de cet être infotuné —— Le
citoyen Mathes a adopté deux enfans delaissés par leur pere
Le onseil general de la commune , instruit de
ces exemples de verius republicaines , en a arrêté la mention
et inele .
-
( 313 )
civique au procès- verbal , l'insertion aux affiches de la commune
, et la notification au comité d'instruction publique ,
pour y figurer dans les fastes du civisme .
Daugé , administrateur de police , en faisant des perquisi
tions à Champs , dans une des propriétés de la femine Mar-,
boeuf , a trouvé , daus un gros mur du château , une malle
-remplie d'argenterie et de differentes boëtes , contenant des
effets précieux.
Sur le requisitoire de l'agent national , le conseil -général a
arrêté 1 ° . que ceux qui acheteraient , soit viande ou autre
marchandise , de toute espece , au-dessus du maximum , seront
punis , ainsi que ceux qui vendraient au-dessus ; 2 ° . que l'administration
des subsistances soit invitée à faire , sous deux
jours au conseil -général , le rapport demandé sur tous les
objets de consommation qui lui ont été renvoyés , afin d'indiquer
à la commune les mesures qui lui parcitront les plus
propres pour préserver Paris de la disette , dont les malveillans
semblent le ménacer encore.
Sur la motion d'un membre , qui a exposé la nécessité de
mettre en valeur les terres de luxe des jardins des émigrés ,
le conseil a arrêté , 1 ° . que le département serait invité
presser la mise en culture de ces jardins ; 2º. que les comités
révolutionnaires seront invités à envoyer la liste des jardins
de luxe qui sont dans leur arrondissement ; 3° . qu'il sera
nomme une commission dans son sein , pour présenter des
vues au département sur les moyens les plus efficaces de la
culture de ces terres .
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Henriette- Françoise Michelle , veuve de Jacques Auger
, ci-devant marquis de Marboeuf , maréchal de camp , native
de Nantes , demeurant à Champs , département de Seine et
Marue , âgée de 55 aus ; et Jean-Joseph Payen , natif d'Avignon
, âgé de 49 ans , cultivateur , habitant avec la femme de
Marboeuf , dans la maison de Champs , et à Paris , rue du
fauxbourg Si . Honoré , et jouissant de toute la confiance de
cette femme ; convaincus d'être auteurs ou complices d'une
conspiration contre la sûreté du peuple Français , tendante à
favoriser la rentrée des ennemis sur le territoire français , et.
à assurer le succès de leurs armes , en leur fournissant
des vivres , et à priver les Français , notamment les habitans
de las comuiune de Champs , d'une grande quantité de
grains nécessaires à leur existence , pour operer la disette , et,
par ce moyen , exciter la guerre civile la premiere , en dénaturant
le produit d'un très grand nombre d'arpens de terre
dans la commune de Champs , en faisant semer à cet effet
( 314 )
de la luzerne , au lieu de bled ; en suscitant des troubles
dans sa commune , en desirant l'arrivée des Prussiens et des
Autrichiens , pour lesquels elle conservait des provisions considérables
dans sa maison de Champs , et le second en ordonnant
et dirigeant les semences de luzerne , et en exerçant
des vexations envers les patriotes de la même commune.
-
La même peine a été portée contre Marie- Gabrielle Chapt,
veuve du ci- devant marquis de Peisac de Rastignac , âgée de
60 ans , née à Périgord , demeurant à Marly ; Elisabeth-
Pauline Degand , âgée de 56 ans , femme séparée de corps
et de biens du ci - devant comte de Lauragais ; Anne-Hen
riette Boucherain , veuve Thibault , ci -devant baron de l'Escurre
née à Paris ; François - Amable Chapui , lieutenantcolonel
du 5e . bataillon de Saône et Loire à l'armée du Nord ,
convaincu d'avoir été complice de Dumourier ; et plusieurs
autres conspirateurs et fournisseurs infideles .
9
Huit ci - devant religieuses ont été condamnées par le même
tribunal à la déportation .
Arrêté du comité de salut public de la Convention nationale , du 15
pluviôse.
Le comité de salut public , considérant que la fabrication
révolutionnaire du salpêtre , de la poudre et des canons , dans
toute l'étendue de la République , exige un grand nombre d'agens
éclairés , pour être portée promptement à toute l'activité nécessaire
, arrête ce qui suit
Art. I. Tous les districts de la République enverront à Paris
deux citoyens robustes , intelligens et accoutumés au travail ,
pris dans les compagnies de canonniers , ou parmi les citoyens
qui ont fait le service le plus actif dans la garde nationale . Paris en
fournira deux par section .
II . Ces citoyens seront âgés , de vingt- cinq à trente ans :
un au moins de chaque district devra savoir lire et écrire . Le
choix en sera fait par les administrateurs de district , sur la
présentation des sociétés populaires , dans l'intervalle de 5
jours au plus après la réception du présent arrêté.
III. Les administrateurs de district leur feront un état de
route comme aux canonniers de l'armée.
" IV. Ces citoyens se rendront à Paris immédiatement après
leur nomination . Deux jours après leur nomination au plus
tard , l'agent national du district sera tenu d'en donner
connaissance , ainsi que de leur départ au comité de salut
public.
( 315 )
V. La municipalité de Paris fera préparer les emplacemens
convenables pour loger ces ci oyens . Elle nom
mera un commissaire pour les recevoir , les inspecter , et
leur faire fournir tous les objets qui leur seront nécessaires .
2. VI. Ces citoyens seront sans fusils dans leur voyage et
pendant leur séjour à Paris. Il leur sera alloué 3 liv. par jour ,
taut qu'ils seront dans cette commune : ils ne pourront ce
pendant v rester que trois décades .
ce-
99 VII . Neuf instructeurs , nommés par le comité de salut
public seront charges de leur faire les cours nécessaires sur
l'art de raffiner le salpêtre , de fabriquer la poudre , de mouler ,
fondre et forer les canons ,
» VIII. Les premiers cours commenceront le 25 pluviôse
présent mois. Les citoyens seront exercés aux manipulations.
particulieres des arts qu'on y démontrera..
IX. Après les cours , on donnera à chaque citoyen qui
les aura suivis , des exemplaires d'instructions sur l'art de faire
le salpêtre et la poudre , et sur celui de fondre les canons .
Ges instructions seront accompagnées de planches nécessaires
pour bien comprendre les procédés de ces arts , et pour pouvoir
guider tous les artistes dans la fabrication des machines
et ustensiles que ces arts exigent.
2 X. Les éleves , après avoir reçu ces instructions par les leçons
et l'expérience , seront employés à raison de l'intelligence
qu'ils auront montrée , et des connaissances qu'ils auront
acquises.
XI . Les dépenses nécessitées pour l'exécution du présent
arrêté seront prises sur les fonds mis à la disposition de la
commission des armes et poudres de la République . "
A Paris , le 15 Pluviose , l'an 2. de la République Française .
Signé au registre , Robespierre, Carnot, A. Couthon , R. Lindet,
C. A. Prieur , Barrere , Billaud -Varenne , Jean- Bon-Saint- André
et Collot-d'Herbois.
NOUVELLES.
ARMÉE DU MIDI . Nice 6 pluviôse, >
Nous avons célébré ici la prise de Toulon avec une joie .
vraiment républicaine . Les Génois qui se trouvaient dans le
port sont venus fraterniser avec nous sur la place de la Répu
blique , et ils ont juré comme nous d'exterminer les tyrans et
de défendre la liberté jusqu'à la mort. Le roi Sarde est toujours
dans un état d'inquiétude et de détresse qui ne lui permettra pas
long- tems de rester dans la coalition . Il demande des renforts à
force à l'Autriche .
( 316 ) 1
" L'armée piémontaise est commandée actuellement par les
généraux Collin et Saint-André ; ils ont pris leur cantonnement
d'hiver.
Port-de- la- Montagne , & pluviose . Dès que les représentans
du peuple furent instruits que l'escadre anglaise avait évacué
la rade d'Hieres , ils donnerent ordre au comité de marine de
faire armer tous les petits bâtimens disponibles pour aller
prendre possestion de ces isles , et pour réparer les ouvrages de
défense que les Auglais ont essayé d'endommager. Dès le 6 au
matin , 12 bâtimens armés , équipes et chargés de troupes ,
d'artillerie et de munitions , firent voile pour leur destinations
11. 821
" L'escadre anglaise a dirigé sa route à l'est . Une partie s'est
retiré à l'islé d'Eloé sur les côtes de Toscane ; l'autre qui n'a
pas osé chercher un asyle en Corse , a été fort tourmentée par
les gros tems . Dans sa détresse , elle s'est vue réduite à demander
a la République de Gênes la permission de mouiller dans le
golfe de la Spezzia . Le sénat a répondu qu'il ne pouvait permettre
l'hivernage dans cette rade que pour cinq vaisseaux , à
condition qu'ils debarqueraient leur poudre, On ne sait pas st
l'amiral Hood l'a accepté. Cependant Gênes a ordonne une
levee de 15 mille hommes , et elle paraît résolue de se mettre
à l'abri de toute insulte de la part des Anglais .
qzsf
5 " Ceux- ci ne se laveront jamais des atrocités qu'ils ont commises
dans cette ville durant le cours de la contre - révolution.
Ils fesaient déchirer à coup de gareette les prisonniers pauiotes
. Un boureau , sur l'ordre d'un garde -marine Anglais ,
en appliqua 36 coups sur les reins de Bailly , commissaire de
marine. Le vieux Escot , quoique courbé sous le poids des
ans et des infirmités , ne fut pas à l'abri de leur barbarie , et
se vit ignominieusement frappé de coups de sabre . Vetout et
quantité d'autres personnes snbirent le même traitement. 19
ré-
Marseille , 15 pluviôse. « Nos vaisseaux sont tous en
quisition ; nous ignorons encore pour quel objet . La démolition
des sections empoisonnées s'opére tous les jours avec acti
vité. La vente des effets nationaux se fait saus interruptions ,
et l'esprit publique se régénere de jour en jour. "
ARMÉE DU RMIN.
Strasbourg , le 18 pluviose. La maladie épidémique qui
regne dans les armees autrichiennes et prussiennes , et parmi
les émigrés , continue à faire les progrès effrayans . Plus de
sept mille Prussiens , qui en' sont attaqués , sont entasses dans
les hôpitaux à Francfort . Les Impériaux ont été obligés d'en
établir de nouveaux à Lauffer et à Sikingen. Les émigrés ont
les leurs à Etleinheim et à Siebaen dans le Brisgaw. Les ha(
217 )
bitans qui voient tous les dangers qu'ils courent sont absolument
déterminés à les en chasser. Le mal a déja pénétré
dans le Haut-Margraviat..
1 Les officiers Autrichiens cantonnés dans le Brisgaw', annoncent
ouvertement qu'ils se regarderent comme fort heureux
si , avec les dépenses et les efforts qu'on fait pour la
prochaine campagne , ils peuvent garder la défensive sur les
rives du Rhin .
-22
I
Notre armée qui campe dans les environs de Manheim
fait de grands mouvemens ; on a même entendu plusieurs
coups de canons tirés sur la ville . L'alarme est générale dans tous
les postes sur le Rhin. Le 30 janvier au marin , un adjudantgénéral
, accompagné d'un trompette de l'armée Française
s'est présenté dans les retranchemens ennemis. On ne sait
encore rien de l'objet de sa mission ; mais au moment de son
apparition toute notre armée s'est trouvée sous les armes , sur
une étendue immense , dont la ligne se déployait à perte
de vue. "
ARMÉE DE LA MOSELLE.
ן י
Thionville , 20 Pluviôse. On attend dans cette commune
l'état- major de l'armée de la Moselle. Hoche , dit- on , a quelques
projets importans ; ce jeune général donne les plus belles
espérances ; une partie de son armée est dans les environs de
Sarre- Libre ; elle va se remettre pendant quelque tems de ses
pénibles marches , et dès que le tems le permettra , elle avau
cera sur la Moselle . La plupart des bataillons qui viennent
d'être portés au grand complet par ceux de requisition , sont
dans le meilleur état ; le décret salutaire qui a ordonné cette
sage mesure semble avoir doublé le nombre de
défenseurs ; et sans calculer les sommes immenses qu'il épargne'
à la République , il a encore le double avantage de former dos
bataillons mieux organisés , et d'opposer à nos ennemis des
masses plus imposantes. Les nouvelles levées de cavalerie se
forment et s'exercent avec zele ; nos principes se propagent
Une partie de l'armée de la Moselle est déja arrivée à Thionville
; elle va se réunir dans les environs , et dans peu elle
marchera sur Trêves . Tout nous annonce les plus heureux
succès.
2
ARMÉE DU NORD.
nos
Maubeuge , le 15 plaviôse . Hier l'ennemi a fait un mosvement
du côte de Beaumont , et a fait semblant de se préparer
à attaquer nos postes avancés. Le général a donné ordre de
faire renforcer tous les postes , et que personne ne se déshabcihlelmâte;
ntnodterecorps de grenadiers a bivouagné , avec un détachement
de chasseurs à pied , sur les hauteurs d'Oherey, afin
de protéger la retraite des troupes cantonnées à Kevelon. La
1
( 318 )
cavalerie a fait de fréquentes patrouilles toute la nnit ; l'ennemi
n'a point paru. Nous sommes rentrés ce matin à onze
heures ; nous avons les ordres de nous tenir prêts ; si l'ennemi
nous attaque , je vous enverrai les détails de l'affaire . 19
66
7
Givet , 10 pluviose. Les déserteurs Autrichiens se rendent
en grand nombre dans cette place ; depuis plusieurs jours les
régimens de Wierset et de Berchiny voient diminuer considérablement
leurs escadrons dix hussards de ce dernier
viennent d'arriver montés et équipés , et en annoncent beaucoup
d'autres . ‚¶
COTES MARITIMES.
Calais , 16 pluviôse . Il est entré dans le port de Calais un
navire à trois mâts , chargé à comble , de dix - huit mille rasieres
de bled. J'ai rencontré dans ma route , de Calais à Paris , plus
de ceut quatre-vingt voitures chargées de bled venant de
Calais . "
Pour copie conforme , ce 19 pluviôse , deuxieme année
républicaine.
Brest , 10 pluviôse. L'amiral Thevenard , commandant à
Brest , a été nommé au commaudement du Poit- de-la-Montagne.
Il est remplacé par le contre- amiral ségriou .
L'employé civil sur le vaisseau le Jeanbart vient de publier
les details suivant de la petite campagne qu'il a faite.
*
L
2 Depuis le 23 nivôse , nous avons croisé dans la Manche
depuis l'isle d'Ouessant jusqu'aux Sorlingues.
Le 27 , nous avons poursuivi un corsaire anglais depuis
huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir , et nous
étions sur le point de lui faire danser la carmagnole , lorsque
la nuit nous obligeat de rejoindre la frégate la Félicité , qui
était restée à près de quatre lieues derriere nous .
,, Le 28 , nous avons pris un navire américain , venant de
Philadelphie , allant à Amsterdam avec un chargement de sucre
et de café , estimé 8 à 900 mille livres .
Le 30 , nous apperçûmes à deux heures du matin
un navire auquel nous commençâmes à donner la chasse à
cinq heures .
" A deux heures de l'après- midi , le calme nous empêchant
de le joindre , nous continuâmes à le poursuivre , en faisant
retentir l'air de nos chants patriotiques . Lorsque nous fumes assez
près de lui , il mit pavilion anglais et nous tira neuf coups , de
canon ; la fregate la Félicité etait loin de nons . Le capitaine
le Bozec , qui desirait lui faire partager l'honneur du combat ,
fit mettre en travers pour l'attendre cependant , comme elle.
( 319 )
ne nous rejoignait point assez vite et qué la nuit approchait
notre capitaine fit arriver sur l'Anglais et tirer deux coups de
canon , dont les boulets porterent à son bord . Ce bâtiment ,
que nous avions pris jusqu'alors pour une lettre de marque
ouvrit sa deuzieme batterie, et nous vimes clairement que c'était ,
un vaisseau de 74. Nous ne tardâmes pas à virer de bord et à
mettre toutes nos voiles dehors pour le fuir ; il nous poursurvit
à son tour , et tira à toutes volées sur la frégate et sur
nous. Quand nous fûmes à une certaine distance de lui , nous .
commençâmes à ralentir notre marche pour attendre la frégate
la Félicité , sur laquelle nous avons eu constamment l'avantage.
Mais le vaisseau continuant à nous chasser et à tirer sur nous
nous forçâmes de voiles une seconde fois , et nous nous en
éloignâmes aisément : nous perdîmes de vue la Félicité , sans
pouvoir la retrouver le lendemain , ce qui nous donna quelques
inquiétndes .
,, Le 2 pluviôse , nous donnâmes la chasse à un brick que
nous avions observé dans la nuit ; nous lejoignîmes à 10 heures
du matin , et nous le forçâmes d'amener son pavillon anglais
qu'il avait arboré . C'est un corsaire de Jersey de 14 - canons ;
nous l'avons amariné et expédié pour Brest . Quelques heures
après , nous avons retrouvé notre frégate avec qui nous avons
erié de joie vive la République. Aujourd'hui 4 pluviôse , nous.
sommes entrés à Brest avec 14 à 15 bâtimens de différentes.
nations pris par les vaisseaux de la République.
P. S. Barrere , au nom du comité de salut public , a annoncé
, dans la séance du 24 ; que des rassemblemens de brigands
dispersés se sont formés dans la Vendée , sous les
ordres de la Roche -Jacquelin , de Stoffet et de Charrette , et
ont fait des attaqués vers Beaupreau , Montrevault et Saint-
Fulgent. Nos troupes qui étaient beaucoup trop disséminées.
n'ont pu se réunir à tems et ont éprouvé un échec . La perte
a été peu considérable , et nous avons tué en huit jours plus
de 6000 brigands . Ce que nous devons regretter de plus est
la perte du général de brigade , Moulin le jeune , qui , blessé
d'une balle , et se voyant sur le point de tomber au pouvoir
des rebelles , s'est brûlé la cervelle d'un coup de pistolet . Le
comité de salut public a pris toutes les mesures pour achever
d'exterminer ces restes impurs de la rébellion .
Hntez et Garraud ont été envoyés près l'armée de l'Ouest
pour prendre toutes les mesures de salut public qu'ils
eroiront nécessaires .
La Convention nationale a décrété que la mémoire du général
( 320 )
Moulin est chere à la patrie , et qu'il sera élevé à Tiffange
aux frais de la Républiqne , un tombeau simple , et sur la
pierre sara placé l'inscription suivante : Républicain , il se donna
la mort pour ne pas tomber vivant au pouvoir des brigands royalistes.
Barrere a annoncée en même-tems une victoire remportée sur
les Espagnols , le 17 plaviôse , près de Saint-Jean - de-Luz ,
aujourd'hui Chauvin-Dragon . L'ennemi qui s'est présenté sur
tous les points en forces supérieures , au nombre de 14 à 15
mille hommes , a été vivement repoussé ; il a perdu au moins
2200 hommes. Nous n'avons eu qu'environ 30 morts et 150
blessés , dont peu le sont dangereusement. Le général Fregeville
a donné aux troupes l'exemple du courage . Tous les
corps de l'armée se sont distingués à cette affaire .
Parmi les différents traits d'héroïsme , un mérite d'être remarqué.
Aux premiers coups de canon qui se sont fait entendre
, tous les prisonniers près du tribunal militaire de
Chauvin-Dragon , ont demandé avec instance d'aller combattre.
L'un d'eux était officier ; ils se présente à leur tête ; ils repon
dent tous , et tous jurent de vaincre . Arrivés au champ de
bataille , ils sont en effet vainqueurs ; et pour accomplir leur
serment , ils reviennent , deposent leurs armès rentient dans
les prisons et reprennent leurs fers ..
Un million cinq cent mille liv . seront mises à la disposition
de la commission pour l'envoi du bulletin des lois , et
les fondeurs de caracteres sont mis en requisition pour le
service de son imprimerie.
La commission des subsistances aura seule désormais le
droit de requisition et de préhension pour le service des armées
de la République.
.1
( N. 8 . 1794. )
MERCURE
FRANÇAIS.
DU QUARTIDI , 4 VENTOSE , l'an deuxieme de la République.
( Samedi 22 février 1794 , vieux style . )
POÉSIE .
A ma niece qui voulait se faire dire la bonne aventure .
AIR : Daignez m'épargner le reste. Des Visitandines .
POURQUOI demander aux devins
De l'avenir la fausse histoire ?
Pour approfondir tes destins ,
Qu'est- il besoin de leur grimoire !
Ah ! pour connaître les beaux jours
De la beauté douce et modeste ,
Il faut en croire les amours ,
Et dédaigner tout le reste.
"
N'appelle plus le souvenir
Du tems perdu de ton enfance ;
Il ne fut rien pour le plaisir ,
Cet âge de l'indifférence .
Dans l'avenir plus fortuné ,
Ton sort ne peut être funeste ,
Puisqu'à l'amour est destiné
Le soin d'en remplir le reste .
Eh ! laissons à l'antiquité
Des vains oracles l'ignorance ;
On sait que jamais la beauté
N'eut recours à leur prescience.
Quand d'un regard on peut donner
Plaisirs divins , bonheur céleste ,
Au sort on peut s'abandonner ;
( bis.
Abis )
}
( bis.
( bis. )
Car l'amour répond du reste.
( bis. )
( bis. )
Laisse aux faux devins leurs erreurs ,
Tu ne peux qu'être fortunée ;
Qui , quand on regne sur les coeurs ,
On commande à la destinée .
Tome VII .
( 322 )
Pour ton bonheur , fais un heureux ;
C'est le moyen , l'amour l'atteste ,
か
L'oracle est sûr quand on est deux ,
L'amour seul prend soin du reste .
CHARADE.
AMANT MANT d'une femme jolies
On n'a plus rien à t'envier
Quand d'elle tu dis mon premier ,
Mais ne lui montre aucune jalousie ,
Cela seul à ses yeux te rendrait mon dernier ,
Le plaisir et l'amour embelliront ta vie
Si tu les sais fixer dans mon tranquille entier.
( bis . )
( bis. )
L₂
ENIGM I.
prêtre , comme le guerrier ,
Le citadin et l'homme de village ,
Le portefaix et le courier ,
Sans cesse de moi font usage.
Dès la plus haute antiquité
On me connaît , on me renomme
Sans moi Pâris à la beauté
N'aurait point adjugé la pomme ;
Aussi depuis ce triomphe vanté ,
Par le desir de plaire on me vit attachée ,
Et par l'amour plus souvent arrachée.
Dans un certain pays qui du sexe est l'enfer ,
Mon maître me confie , et son or et son fer.
Même , eher lecteur, on m'assure
Que le premier de tes parens ,
Dans de très - pénibles momens ,
D'un arbre , pour m'avoir , arracha la parure.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 7 .
:
Le mot de la Charade est Fichaise ; celui de l'Enigme est Berceanz
celui du Logogriphe est Poële , où se trouve pole.
( 323 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES,
Histoire physique , morale , civile et politique de la Russie moderne ,
tome III , contenant la suite de la topographie , de l'histoire naturelle
des quarante- deux gouvernemens , et le précis historiq e
des peuples de ce vaste empire . In - 4 ° . A Paris , chez Maradan ,
libraire , rue du Cimetiere - saint- André ; à Versailles , chez Blaizot ,
libraire , rue Satory . L'an 2. de la République .
Cz volume est le dernier de cette grande compilation en
six volumes in-4 ° . , dont trois pour la Russie ancienne , et trois
pour la moderne. Cette division eût été bien conçue , si la
premiere partie eût fini à Pierre - le - Grand , et que la seconde
eût commencé avec son regne . C'était la distribution naturelle
de l'ouvrage , puisqu'en effet la Russie a été renouvellée ,
et l'on peut dire même créée par le génie de Pierre , et qu'avant
lui elle était entierement barbare et ignorée . Il y a plus :
il convenait peut- être de ne pas traîter le regne du Kzar ,
sujet à-peu-près épuisé dans deux ouvrages de Voltaire , l'histoire
de Charles Xil et celle de Pierre , l'une qui est en ce
genre le chef- d'oeuvre de notre langue , l'autre qui , sans avoir
la même perfection , n'en est pas moins d'un grand écrivain .
Il fallait donc , ou être en état de soutenir cette concurrence ,
ou être assez riche en mémoires et en matériaux de toute espèce
pour pouvoir offrir au public un ouvrage nouveau ; mais l'un
était assurément fort loin des facultés du citoyen Leclerc , et
l'autre n'était pas plus praticable , Voltaire ayant reçu
tous les secours possibles de la Russie pour la composition de
son ouvrage. Dans tous les cas , la bienséance exigeait au
moins qu'on demandât quelqu'excuse au public de remanier
ce qui avait été fait par un si grand maître . Mais ce sentiment
des convenances est depuis long - tems devenu fort rare
parmi les auteurs , dont les pretentious semblent avoir augmenté
en raisou inverse des talens . Le nouvel historien se
felicite seulement de pouvoir réparer ce qu'il appelle les omissions
de Voltaire , et l'on peut assurer qu'elles sont fort peu
importantes . Aussi est- il obligé souvent de le copier en guillemets
, et souvent encore il le copie à peu près sans en avertir.
Quant à la disproportion du talent , il ne paraît pas qu'il
en ait l'idée ; et cela est tout simple ; on en sentira les raisons
tout à l'heure mais il suffirait de voir la maniere dont il
parle de son propre ouvrage en plus d'un endroit , entr'autres
lorsqu'il assure que toutes les critiques passées , présentes etfutures
viendront y echouer. Voila comme il faut parler : qui sait si l'on
ne trouvera pas quelqu'un qui vous croira ? et quand persoane
;
Y ?
( 324 )
ne vous croirait , qu'importe ? on a toujours eu le plaisir de
4 se satisfaire sans faire de mal à personue .
L'auteur , que son séjour en Russie a mis à portée de rassembler
des matériaux de toute espece , non- seulement a grossi
son énorme recueil d'une foule de morceaux qui ne sont proprement
que des pieces justificatives faites pour des collections
particulieres et d'un autre genre , mais il insere à tout
moment , au milieu de sa narration , des traités sur tous les
sujets , sur la morale , la legislation , l'histoire naturelle , les
arts , les lettres , etc. Il y joint encore des diatribes très - aigres
contre un autre historien de la Russie , le C. Evêque ; et
cet homme qui n'a pas craiut la concurrence de Voltaire semble
s'indigner qu'on puisse en établir une avec lui . L'ouvrage du
C. l'Evêque est très -défectueux , il est vrai ; mais du moins
il est français ; il est ecrit raisonnablement. On voudrait pouvoir
en dire autant de son antagoniste qui le traite si mal .
Voltaire a dit quelque part qu'il regardait tous les gros livres
comme des dictionnaires . Sous ce rapport , la compilation de
Leclerc n'est pas inutile ; c'est un livre de bibliotheque , et dans
la quantité de pieces qu'il a entasssées , il y a a profiter et à
choisir pour celui qui aura le talent d'écrire une histoire .
9
Parmi ces différens morceaux , je ne crois pas qu'on fasse
grand usage de ceux qui sont du crû de l'auteur , et sur- tout
de sa dissertation sur la noblesse . Je ne lui en reproche pas le
fond , puisqu'elle était écrite plusieurs années avant la révolution
; mais dans tous les tems on est obligé de raisonner
et i ne s'est pas apperçu que sa premiere proposition détruit
invinciblement tout ce qu'il dit ensuite de la nécessité et de
P'utilité de la noblesse chez toutes les nations . Il en assigne les
sources dans la valeur qui se distingue , le courage qui ose entreprendre
, l'estime , la vénération que l'on doit à la vertu , au mérite
supérieur , aux actions conformes à la justice , etc. Eh ! vraiment
oui , voilà bien la seule et véritable noblesse jugez- en par
Pacception étymologique de ce mot. Que veut dire nobilis ,
qui vient de nosse ? Proprement , ce qui mérite d'être connu
ce qui se fait remarquer , ce qui se distingue , et ce mot
s'appliquait génériquement chez les Latins , comme chez nous ,
aux personnes ou aux choses qui s'élevaient par elles -mêmes
au-dessus des autres . Tous nos préjugés , toutes nos erreurs
ne sont gueres que de fausses consequences d'idées originairement
vraies . On en va voir une preuve frappante . Immediatement
après cette définition très juste de ce qui fait la noblesse
, l'auteur continue ainsi : La considération acquise
par ces hommes grands par eux-mêmes dût être reversible
2 sur leurs enfans . 99
9
Dût etre ! Et pourquoi donc ? Voila l'erreur et le préjugé.
Et cette expression de reversible est plaisaute ; ne dirait - on
pas qu'il s'agit d'un fond constitué , qu'on legue des verius ,
des talens , comme un patrimoine ? Et si tu es obligé de n'ac
( 325 )
corder que ce n'est pas là un objet d'héritage , qu'on ne
transmet pas les vertus et les talens , pourquoi veux - tu qu'on
transmette les récompenses ?
Je m'en vais te bailler une comparaison ,
comme dit maître Alain dans Moliere : Si l'on voulait t'enfermer,
parce que ton pere a été fou ; te mettre au régime , parce qu'il était
valetudinaire ; te punir , parce qu'il a été coupable ; que dirais-
tu de cette fantaisie ? Tu crierais de tomes tes forces à
l'injustice et à l'extravagance ; tu nous répéterais que les
fautes et les maladies sont individuelles , que si ton pere était
malade , tu te portes bien ; que s'il était un fripon , tu es
un honnête homme ; et tu aurais toute raison . Eh bien ! si
tu ne veux pas qu'on te punisse pour les mauvaises qualités
de ton pere , pourrais tu m'expliquer pourquoi tu veux qu'on
te récompense du bien qu'il a fait ? La parité est exacte , la
couséquence rigoureuse : tâche d'y échapper , si tu peux . Je
t'en defie , à moins de renoncer au sens commun .
Le maréchal de Villars , lorsqu'il commandait nos armées ,
écrivit à sa femme , envoyez -moi mon fils . Le prétendu fils du
héros arrive et se fait bientôt connaître pour le plus mauvais
sujet et le plus grand poltron de toute l'arinée. Madame ,
écrivit le maréchal ) je vous avais prié de m'envoyer mon fils ,
vous m'avez envoyé le vôtre . Si l'on avait voulu du meins être
conséquent dans le préjugé de la noblesse héréditaire , il eût
fallu s'assurer des moyens de ne pas croiser les races , comme
font les Arabes pour leurs chevaux , dont ils soignent et
gardent exactement la généalogie . Mais l'homme est un animal
d'une organisation un peu plus compliquée que le cheval ,
et quelque soin qu'on en pit à cet égard , on n'obtiendrait
pas le même résultat . Un homme a beau être le fils de son
pere ; il est prouvé que très - souvent il ne lui ressemble en
rien. Il s'ensuit que la noblesse héréditaire n'a licu naturellement
que dans les chevaux et les chiens de chasse .
66 La même expérience qui a fait connaître aux hommes
" les désordres et les perils d'un Etat , quand les nobles
" cessent d'y occuper les premiers rangs , leur a majestueu-
" sement prouvé la nécessité et l'utilité de la noblesse . "
Majestueusement fait admirablement .
Veut- on savoir ce qu'il y a de majestueux dans cette preuwe ?
Le voici : Ainsi la mémoire d'isis , qui dans l'exercice
„ d'une autorité presque divine, s'etait montrée souverainement
" juste , chaste , modeste , bienfaisante , détermina les Egyp-
,, tiens à accorder plus de pouvoir à leurs reines qu'à leurs
" rois , aux épouses qu'aux époux. "
' Ainsi la nécessité et l'utilité de la noblesse est majestueusement
proucée par Isis , et par une extravagance tirée à tout hasard
des mille et une fables de l'ancienne Egypte ! Si cette mamiere
de raisonner est mjestacuse , cile n'est pas imposante.
Y 3
( 326 )
Et cela s'écrit dans le siecle de la philosophie ! Et celui qui
écrit ainsi se donne à tout moment pour un philosophe , un
politique , un législateur , et le prouve par Isis ! Ce n'est
rien encore.
C'est de cet usage , sans doute , que s'est formé le pro-
" verbe espagnol Hidalgo commo un gravilan , noble comme
99 un épervier. Cette expression heureuse désigne particuliérement
les nobles descendus des Goths , etc.
Si l'auteur était malin , on croirait qu'il a voulu rire ,
quand il a trouvé si heureuse la comparaison d'un noble et
d'un oiseau de proie . Point du tout on peut être sûr qu'il
n'a point voulu faire d'épigramine , et qu'il est de la meilleure
foi du monde ; et c'est tant mieux .
On a vu sa force en fait de raisonnement : elle est la même
en fait de littérature , de goût , de style . La grandeur et
la faiblesse ont fait le tour du monde , et ne se sont
" établi qu'un regne précaire , dans des climats opposés du
,, fort au faible . ,,.
Nous laissons au lecteur l'amusement de commenter ce
galimathias presque divin.
Le sentiment n'a point de maître ; il n'en est pas du
,, sentiment comme de l'éloquence ; être éloquent , c'est
savoir prouver ; mais il faut bien sentir , pour bien rendre
,, les vrais caracteres des passions . "
Ces notions sont aussi neuves que profondes : c'était bien
la peine qu'Aristote , Cicéron , Quintilien , etc. fissent tant
d'efforts et développassent tant d'observations lumineuses ,
pour apprendre à l'orateur à marier les passions , à chercher
dans son coeur ce qui peut émouvoir le nôtre ; qu'ils répétassent
de cent manieres , pectus est quod disertum facit , c'est
le coeur qui fait l'homme éloquent . Le citoyen Leclerc en sait
bien plus qu'eux : il nous apprend que le sentiment est étran
ger à l'éloquence , qui ne consiste qu'à prouver ; sans doute ,
parce que tout logicien est orateur. Au surplus , il est l'un
comme l'autre , et par conséquent sans intérêt .
Qui n'a pas lu dans Voltaire ce beau parallele de Charles XII
et du Kzar , qui précede la bataille de Pultava ? Le nouvel
historien a eu la noble ambition de joûter contre ce morceau
fameux . Tandis que Charles se repose , malgré lui , réflé-
,, chissons un moment , avec M. Godart ( que M. Godart
" est bien - là ! ) sur la bataille qui va suivre. Quel spectacle !
,, deux monarques , commandant leurs armées en personne ,
tous deux cherchant à vaincre , etc.
N'est- il pas bien extraordinaire , quand on donne une bataille
, que l'on cherche à vaincre ? Quel spectacle ! et quel style !
La hardiesse de tout faire impunément amene toujours un
concours de maux qui s'entraînent de loin.
On croyait jusqu'ici qu'il y avait au moins de la hardiesse
à faire le mal avec quelque danger ; mais qu'il n'y a que de
( 327 )
la lâcheté à le faire impunément . Notre historien n'y regarde
pas de si près .
C'est le retour qui soutient la tendresse , et l'amour propre
" offense invite le coeur à se débarrasser de ses chaînes .
Ce style est aussi élégant qu'historique ; mais quoique ce
retour qui soutient la tendresse ait bien son prix , j'aimerais
autant que l'auteur eût pris en entier les vers de l'Opéra :
Un tendre amour
Veut du retour.
Cela n'aurait fait qu'une petite variété de plus , comme il y
en a tant d'autres .
Auguste roi de Pologne , manquait de ce courage d'esprit
" qui fait perdre ou conserver les états , qui les éleve ou qui
,, les abaisse . "
: de
Toujours du neuf et du profond il ne manque que
nous apprendre quand est- ce que le courage d'esprit a fait perdre
des états , ou les a abaissés .
L'érudition de l'auteur aurait dû venir ici au secours de la
philosophie. Il en a beaucoup , d'érudition , et il la place à
merveille , témoin cette phrase : " Combien d'exemples
" pareils ne pourrions- nous pas citer , si le régime pythagoricien
" n'imposait pas l'obligation de se taire à propos ! ",
Par respect pour le régime pythagoricien , nous ne croyons
pas non plus devoir en dire davantage . Ce style tantôt niais ,
tantôt emphatique , cette privation d'idées et de bon sens , cette
continuelle accumulation de moralités triviales ; en un mot ,
tous les défauts imaginables ne seraient encore rien , si l'on n'y
joignait ce ton doctoral et impératif , si l'on n'affectait pas de
nous retracer magistralement tous les devoirs d'un historien ,
tels qu'on les trouve dans toutes les réthoriques , avec l'air
de se croire seul en état de les observer , d'autant plus qu'on
ne fait à aucun de nos écrivains l'honneur de reconnaître
qu'il les ait remplis . Le lecteur judicieux peut comprendre
à présent pourquoi le citoyen Leclere n'a pas eu la moindre
déhance de ses forces en les mesurant contre celles de Voltaire
. Les gens qui n'ont aucune idée de l'art n'imaginent jamais
rien au-delà de ce qu'ils font.
昼
ANNONCES.
Ode sur la Liberté et l'Egalité , par Jean- Victor Campagne ,
citoyen Français , lue avec succès au théâtre de la Républi
que , à plusieurs sociétés populaires des départemens , accueillie
à celle des Jacobins , et envoyée à la Convention . Seconde
édition , revue et corrigée , in -4° . A Paris , de l'imprimerie
de Laurent aîné , rue d'Argenteuil , nº . 211 ,
Ode sur la prise de Toulos , par le même , à la même adresse ,
Y 4
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGN E.
De Hambourg , le 6 février 1794.
La Turquie est à la veille d'être obligée de prendre enfin
part aux mouvemens politiques et militaires dont l'Europe est
agitée relativement aux affaires de la République Française :
il n'est pas aisé de savoir encore quel sera ce parti , quoique
ses véritables intéréts l'indiquent d'une maniere très - marquée ,
et lui défendent d'abandonner les Français , ses amis naturels ,
pour entrer avec ses ennemis naturels , l'Autriche et la Russie ,
dans cette injuste coalition qui ne triomphera point de la
rance , et dont les succès , en supposant qu'elle pût en avoir
de marqués , seraient un véritable malheur pour l'Empire
Ottoman qu'on ne tarderait pas à vouloir partager comme la
Pologne.
Les rapports qui nous viennent de ce pays sont si variés ,
și contradictoires même , qu'il est difficile d'asseoir une opinion
à cet égard . Les ennemis de la France voudraient bien
faire croire qu'ils ont enfin réussi par les menaces et les séductions
; ils vont jusqu'à dire que la Turquie leur fournira ,
pour la campagne prochaine , non pas de la cavalerie , mais
une prodigieuse quantité de chevaux de remonte , et qu'elle
se charge d'empêcher les états barbaresques de fournir des
grains a l'ennemi commun , dont elle aidera d'ailleurs à bloquer
les ports .
En attendant que tout ce se confirme ou se démente , car
l'un n'est pas moins possible que l'autre , voici ce que marquent
les dernieres lettres de Constantinople . On a vu se succéder ici
depuis quelque tems des couriers extraordinaires , dépêchés de
Petersbourg à l'ambassadeur Russe . Ils ont donné lieu à plusieurs
offices de ce ministre , à la Porte , dont l'objet ne
transpire pas , mais à la suite desquels on a cru remarquer
du mécontentement , même de l'inquiétude , dans tout ce qui
compose cette légation . Les Turcs tiennent de leur côté de
fréquens conseils. Il paraît au total , que M. Kutusoff repartira
beaucoup plutôt qu'il ne l'avait compté lui -même. Vraisemblablement
il aurait quitté cette capitale dans cinq ou
six semaines ; on en juge parce que ce sera jeudi ( la leure est
du 4 nivôse ) le dernier dîner d'étiquette qu'il est d'usage que
chaque ministre de la Ponte lui donne. li à cu le désagrement
( 329 )
de voir plusieurs personnes de sa suite déserter sa maison pour
prendre le turban.
Il paraît donc que la Porte et la Russie pourraient ne
pas tarder à se brouiller . Cette rupture viendrait des nouvelles
alarmantes que les Turcs apprennent de leurs frontieres
du Nord . Leurs généraux et émissaires mandent qu'une
armée de 10,000 Russes se rassemble vers leurs provinces
limitrophes , qu'on y rassemble des magasins immenses , et
qu'on arme à toute forcé dans les ports de Sébastopol ,
Oczakow et Cherson , toutes les forces maritimes qui peuvent
s'y trouver. Le grand - seigneur a donné sur - le - champ les ordres
les plus précis pour la vérification de ces nouvelles , et il a
en même tems enjoint à ses commandans de redoubler d'activité
dans tous les arsenaux de terre et de mer.
De Francfort-sur- le- Mein , le 9 février .
et
L'empereur a été fort incommodé pendant quelques jours
d'une esquinancie ; mais il recommence à donner audience .
Son voyage dans les Pays -Bas , qui était prêt à avoir lieu , se
trouve différé par l'état de sa santé encore chancelante ,
par les soins immédiats à donner à la continuation de la
guerre. La partie des finances n'est pas la moins embarrassante
; et il faut pourtant se procurer ce nerf de toutes les
opérations militaires . Des especes de maltotiers lui avaient
proposé un plan de nouvelles impositions ; il l'a absolument
rejetté , et il a été décidé qu'on se bornerait à une invitation
aux gens riches de contribuer par des dons volontaires aux
besoins de la patrie , Le prince en a donné l'exemple , en
faisant porter à la monnaie le reste de sa vaisselle d'or et
d'argent , remplacée par de la porcelaine. Mais ou pressent
avec chagrin l'insuffisance de ces ressources pour tout ce qui
reste à faire . L'on craint que tout le poids de la guerre actuelle
ne porte principalement sur la cour de Vienne , qui va
avoir à défendre ses vastes Etats depuis Ostende jusqu'à Milan
. Cette derniere crainte est fondée sur le bruit qui court ,
disent les lettres de Vienne , que les négociations avec la cour
de Berlin , dont Luckesini.est chargé ici , se continuent avec
quelque défance , tellement que notre cabinet ne répond à
ses propositions qu'après avoir reçu des éclaircissemens du
comte de Lerbach notre ministre à Berlin . Il serait possible
que ces lenteurs tinssent à l'attente de nouvelles de la rentrée
du parlement d'Angleterre , pour savoir à quel point ce
pays entrera dans les dépenses des subsides que le roi de
Prusse exige absolument. C'est une condition à laquelle il
tient si fort , que l'on avait commandé dans notre ville des
quartiers pour trois bataillons de ses gardes , et qu'il vient
d'y arriver un coutr'ordre .
On sent tellement le besoin qu'on aura de troupes sollicitées
par la cour de Turin et par quelques électeurs que
la commission impériale a expédié à Ratisbonne un décret
h
( 350 )
ultérieur , dans lequel l'empereur insiste de la maniere la plus
pressante sur l'armement de tous ses sujets de l'Empire , et
demande qu'il soit rendu un conclusum sur le mode d'effectuer
cet objet de la mauiere la plus prompte.
Il paraît que ces électeurs ont cru devoir faire leurs sollicitations
par eux-mêmes ; car celui de Cologne est déja arrivé à
Vienne , et sera bientôt suivi de ceux de Treves et de Mayence ;
on attend aussi dans cette ville le roi de Naples , le grand- duc
de Toscane et l'archiduc gouverneur du Milanais.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Les Français se rassemblent de nouveau en forces sur la
Sarre ; il paraît qu'ils vont tenter quelques opérations . On
s'attend dans les Pays-Bas , et sar- tout à Bruxelles , à une invasion
générale contre laquelle on prend autant de précautions
que les troupes dont on peut faire usage et la disposition des
habitans du pays le permettent . Ces dispositions ne sont pas
favorables par- tout. Cependant il faut avouer que la conduite
des Français dans ce pays n'a pas peu contribué à y racommoder
les affaires de l'Autriche. On est forcé presque partout
d'armer les habitans , quoiqu'on ne se dissimule pas que
cette mesure peut devenir dangereuse . En attendant , comme
on court au plus pressé , on a tiré un cordon de ces nouveaux
soldats dans le Hundsruck , depuis Trêves jusqu'à Coblentz .
Le 27 du mois dernier , un corps de Républicains sorti de
Maubeuge attaqua très - vigoureusement sur trois colonnes les
postes autrichiens près de la Sambre . Il eut d'abord l'avantage
dans le premier choc ; mais les troupes s'étant ralliées , il fut
obligé de plier à son tour et de se retirer dans la place en
laissant quelques prisonniers . C'est ainsi qu'en attendant que la
saison permette les grandes opérations militaires la petite
guerre , qui entretient le courage , se fait toujours avec une
extrême activité de part et d'autre . Il y a eu dernierement
une affaire du côté de Menin ; à l'avant-poste , un ebus perça
un souterrain ; le brave major Welker des grenadiers de
Darmstadt y fut précipité , et par la profondeur de la chûte se
rompit le bras droit . Plusieurs personnes furent blessées dans
cette occassion .
Le prince de Ligne , général au service de l'empereur ,
est parti le 3 février de Bruxelles pour Vienne avec toute sa
famille.
On parle d'un emprunt de 10 millions que le gouvernement
anglais va faire en Hollande ; les Hollandais en ajouteront ,
dit-on , cinq pour aider à payer le roi de Prusse , puisque
c'est le seul moyen de le retenir dans la coalition . La cour
de Vienne vient de tirer de l'argent des Hollandais d'une
autre maniere ; elle leur a vendu comptant le 150000 rations
exigées de la petite province de Limbourg , dont elle avait
besoin pour elle-même , mais qu'elle saura probablement rem(
331 )
placer par d'autres , en satisfaisant au besoin encore plus pressant
de numéraire .
On mande d'Ostende , vers la fin de janvier , qu'il y est arrivé
des hussards de Blankenstein et de Barco avec sept à huit cents
hommes d'infanterie qui seront suivis d'autres troupes , et
doivent aller rejoindre lord Moyra à Cowes , s'il en est encore
tems , pour l'expédition projettée contre la France , et dont le
succès paraît de jour en jour devenir plus douteux.
ESPAGNE.
Nos lecteurs seront sans doute bien aises de trouver ici
les deux pieces suivantes , qui , quoique d'une date assez
ancienne , ont tout l'intérêt de la nouveauté , puisqu'elles
n'avaient encore été publiées , et même tres - recemment , que
dans les gazettes françaises qui s'impriment chez l'étranger. On
y verra que l'Espagne suit servilement le ton dicté par l'Angleterre.
Traité entre sa majesté Britanniqne et le roi d'Espagne , signé à
Aran-Juez , le 25 mai 1793 .
L. M. B. et C. ayant résolu , en considération des circonstances
présentes de l'Europe , de resserrer leur confiance
mutuelle , leur amitié et leur correspondance par une convention
provisoire , en attendant qu'elles aient completté entierement
le plan solide d'alliance et de commerce qu'elles ont
tant de desir d'établir entre leurs sujets respectifs , ont nommé
et autorisé à cet effet , savoir de la part de S. M. B. le trèsillustre
et très excellent lord Alleyne , baron de Saint-Hélens
membre du conseil privé de S. M. , et son ambassadeur extraordinaire
et plénipotentiaire auprès de S. M. C .; et de la
part de S. M. C. le très-illastre et très - excellent seigneur don
Manuel de Godoy et Alvares , etc. , duc de l'Alcudia , grandd'Espagne
de la premiere classe , etc. , secrétaire d'état , etc . , lesquels
, après s'être communiqué réciproquement leurs devoirs
en due forme , sont convenus des articles suivans :
Art. I. Les deux rois employeront toute leur attention
et les moyens qui sont en leur pouvoir , pour rétablir la tranquillité
publique , et maintenir leurs intérêts communs. Ils
promettent et s'engagent d'agir parfaitement de concert , avec
la confiance la plus intime , pour l'accomplissement de ces fins
salutaires.
,, II . Leurs majestés ayant trouvé de justes fondemens de
soupçon et d'inquiétude pour la sûreté de leurs dominations
respectives , et pour le maintien du systême général de l'Europe
dans les mesures adoptées depuis quelque tems en France
sont dėja convenues d'établir entr'elles un concert intime et
entier dans les moyens d'opposer une barriere suffisante à ces
vues dangereuses d'aggression et d'aggrandissement : et la France
ayant deciaré une guerre injuste et aggressive contre S. M. B.
et contre S. M. C. , leurs dites majestés s'engagent à faire
( 332 )
cause commune dans ladite guerre . Lesdites hautes parties
contractantes conviendront mutuellement ensemble de tout ce
qui peut - être relatif aux secours qu'elles se donneront réciproquement
, ainsi que de l'emploi de leurs forces pour leur
sûreté et défenses respectives , et pour le bien de la cause
commune .
III. En conséquence de ce qui est stipulé dans l'article
précédent , et afin que les bâtimens anglais et espagnols puis
sent être mutuellement protégés et secourus dans la présente
guerre , aussi bien dans le cours de leur navigation , que dans
les ports des hautes parties contractantes , L. M. B. et C.
sont convenues et conviennent , que leurs escadres et vaisseaux
de guerre convoyeront , sans distinction , les bâtimens marchands
des deux nations , de la même maniere que chacune
d'elles convoie les siens propres , autant que les circonstances
pourront le permettre ; et que , tant les vaisseaux de guerre que
que les bâtiniens marchands , seront admis et proteges dans
leurs ports respectifs , et seront fournis de tout ce dont ils
auront besoin au prix courant .
" IV . L. M. s'engagent réciproquement de fermer leurs
ports à tous les bâtimens français , de ne leur permettre en
aucun cas d'en exporter pour ceux de France , des provisions
de guerre op navales , non plus que du blé ou autres grains ,
viandes salées ou autres provisions ; et de prendre tous les
moyens qui seront en leur pouvoir pour traverser le commerce
de France , et l'amener ainsi à de justes conditions de
paix.
V. L. M. s'engagent réciproquement et pareillement , la
gueire présente interessant généralement tout état civilisé ,
d'unir tous leurs efforts pour empêcher celles des puissances
qui ne prendront pas part à ladite guerre , de donner , en
conséquence de leur neutralité , aucune protection directe ou
indirecte sur les mers ou dans les ports de France , au commerce
et aux propriétés des Français .
VI. L. M. B. et C. promettent réciproquement de ne pas'
mettre bas les armes , à moins que ce ne soit d'un commun
consentement , sans avoir obtenu la restitution de tous les
domaines , territoires , cités ou places qui peuvent avoir ap .
partenu à l'une d'elles avant le commencement de la guerre ,
et dont l'ennemi se serait mis en possession dans le cours
de leurs hostilités .
" VII . Si l'une des deux hautes parties contractantes était
attaquéc , inquiétée ou troublée dans aucun de ses domaines ,
droits , possessions ou intérêts , en quelque tems et de quelque
maniere que ce puisse être , par terre ou par mer , en conséquence
et en haine des articles on stipulations contenus dans
le présent traité , ou des mesures prises par les hautes parties
vertu d'icelui ; l'autre partie contractante
s'engage de la secourir et faire cause commune avec elle , de
la maniere stipulée dans les articles précedens ..
contractantes en
·
( 333 )
,, VIII. Le présent traité sera ratifié par les deux parties ,
et l'échange des ratifications se fera dans l'espace de six semaines
, ou plutôr , si faire se peut.
En foi de quoi les plénipotentiaires de L. M. . et C.
ont signé en leur nom et en vertu de lears pleins pouvoirs
respectifs le présent traité , et l'ont scellé du sceau de leurs
armes . ""
Fait Aran -Juez , le 25 mai 1793. Signés , Alleyne , M. de
Godoy et Alvarès .
Sa majesté Catholique , pénétrée de douleur par la mort
de son auguste cousin Louis XVI , roi de France , qu'il a
soufferte sur un échafaud de la part d'un nombre de ses
propres sujets , les plus exécrables des hommes ; saisie d'une
juste indignation , à raison d'un attentat aussi horrible ; forcée
de se défendre contre ces mêmes Français , qui , en usurpant
l'autorité royale et en tyrannisant le reste des sujets , lui ont
déclaré la guerre , a dû se résoudre à l'entreprendre , de sou
côté , et à surmonter la répugnance naturelle et décidée qu'elle
avait pour une rupture . Malgré les mesures vigoureuses que
le roi a prises d'abord , et qu'il continuera de prendre selon
que l'exigeront la dignité de sa couronne et la sûreté de ses
Etats ; sa majesté savait bien , et elle le sait encore , que ,
tandis qu'elle exposait la vie d'un si grand nombre de ses
fideles sujets , et qu'elle sacrifiait des sommes enormes pour
soutenir cette guerre et en châtier les autcurs , il serait
impossible d'éviter les effets et les maux qui en résulteraient
pour les personnes augustes de la famille royale de France ,
enfermées dans des prisons , et pour un grand nombre de
bons et dignes Français , qu'elle desirait de sauver , en les
rétablissant dans la tranquille jouissance de leurs biens et de
leurs maisons . Les liens de proche parenté , une amitié non
interrompue de près d'un siecle , les rapports et correspondances
intimes entre deux puissances voisines , étroitement
liées , sout autant de motifs qui rendrout sa majesté de plus
en plus sensible à la nécessité de s'engager dans une guerre
contre la France , dans laquelle elle sait qu'il existe nombre
de familles , de villes , et même des provinces entieres , qui
détestent les principes abominables des autres Français.
Malheureusement , il y a eu beaucoup de dérangement d'idées
ou d'intérêts chez les uns ; il y a eu autant de crainte chez
les autres , et autant d'inquiétude sur le sort qui leur était
préparé la violence a forcé un bon nombre à prendre les
armes , pour faire exécuter contre leur propre gré les décret
de ceux mêmes dont ils détestaient et abhorraient le gouvernement
mais la vigueur et la constance avec lesquelles
d'autres ont su secouer le joug de leurs oppresseurs , et se
défendre contre leurs efforts , ont démontré combien il est
juste et digne du coeur maguanime du rei , d'employer tous.
( 334 )
les moyens possibles , non seulement pour soutenir les Français
fideles à leur souverain , mais aussi pour ramener à la
raison et à la réconciliation tous ceux que S. M. considere`
comme uniquement égarés par les apparences brillantes d'une
liberté qui n'existe point dans le fait ; par des espérances qui
loin de se réaliser , creusent leur précipice ; ou par des
menaces et l'usage continuel de la rigueur , qu'ils sont obligés
de souffrir , et qui leur ôte le courage de prendre le parti de
la justice , de la loyauté et de leur propre conservation .
?
Sa majesté croit qu'un de ces moyens serait celui de la
réunion de toute la partie saine de la nation Française , de la
maniere que l'a effectué la ville de Toulon , pour établir
dès -à - présent une forme de gouvernement , sous une monarchie
héréditaire , sauf à traiter ensuite , après la cessation des
troubles actuels , des modifications qu'on jugerait convenables
à sa plus solide consistance . Sa majesté est persuadée que
c'est également la maniere de penser de S. M. Britannique
son allié ; et elle ne doute point que les autres puissances
qui ont pris les armes pour faire cause commune contre la
France , contribueront au même but , en accueillant et protégeant
les Français , qui se montreront prêts à profiter de
ces dispositions bienfaisantes. Le roi Catholique , pour sa
part , les leur annonce dès-à -présent de la maniere la plus
sincere , et promet découter paisiblement toute idée quelconque
, qui puisse se concilier avec la dignité de ses résolutions
, desirant voir le plus tôt possible le moment où
après la destruction de l'anarchie qui cause tant de maux à
la France , il y ait dans ce royaume un corps ou une classe
de personnes qu'il puisse considérer comme ayant l'autorité
et le pouvoir suffisans , pour délibérer sur un objet aussi
important pour la France même . C'est alors que sa majesté
la regardera comme une puissance qui a rappellé dans son
sein les principes de religion , de morale et de société civile ,
que ceux qui se sont revêtus du pouvoir souverain ont contribué
à bannir si violemment. C'est alors que les nations
civilisées pourront traiter avec elle , et renouveller les relations
d'amitié et de commerce qui ont subsisté jusqu'à présent
et c'est alors que l'Espagne , les horreurs de la guerre
étant entièrement écartées , pourra user envers la France de
toutes les démonstrations qui conviennent à un bon voisin ,
à une nation généreuse et à un roi de la même famille . "
ANGLETERRE . CHAMBRE DES PAIRS .
Séance du Parlement , du 21 janvier. Sa majesté et les communes
ayant quitté la salle , les étrangers s'étant retirés , et
la chambre s'étant formée , le lord chancelier lut le discours
du roi.
Le lord Stair se leva le premier , pour mettre en motion
l'adresse au roi , Voici la substance de son discours :
Dans la situation critique où se trouve ce royaume , tout
( 335 )
homme , quel que soit son talent , doit soutenir la cause coma
mune. Les succès rapides dans le commencement de la campagne
avaient trop exalté l'attente du public . Les derniers
revers l'ont peut - être trop abattu ; mais pour bien juger des
avantages réels qui en forment le résultat , il faut comparer
la situation actuelle avec celle où l'on se trouvait d'abord.
La France , après avoir parcouru la Flandre Autrichienne ,
menaçait d'envahir la Hollande , et s'était emparée de quelques
places frontieres . Elle était en possession du Palatinat ,
de la Savoie et de Nice. Ses flottes triomphaient dans la Mé
diterranée , et imposaient des lois aux Etats qui la bordent.
Enfin le succès de ses armes étonnait l'Europe , et semblait
ne pas lui laisser le tems de s'y opposer . Forcée bientôt
d'abandonner ses projets sur la Hollande , elle fut chassée
des Pays- Bas , et perdit plusieurs de ses propres forteresses .
En Allemagne , Mayence est repris , et malgré les derniers
échecs , au moyen des renforts survenus , on peut espérer de
conserver dans Fort- Lonis nne clef pour rentrer en France .
Depuis la naissance de la marine en Europe , jamais puissance
n'a fait une perte semblable à celle que l'ennemi vient
de souffrir à Toulon . Dans le grand Océan , il a perdu Terre-
Neuve , l'isle importante de Tabago , et il ne lui reste pas une
factorerie dans les mers orientales . "
Après avoir jetté les yeux sur l'intérieur de la France , sur
Lyon , Marseille , la Vendée ; après avoir comparé l'anéantissement
de son commerce avec la splendeur de celui de l'Angleterre
; après avoir montré que rien ne devait faire désespérer
du succès , et prouvé qu'il était impossible de songer
à faire la paix avec des gens qui ne pouvaient assurer sa solidité
, il conclut , en proposant au roi , une humble adresse de
reconnaissance et d'assentiment à tout le contenu du discours
de sa majesté ..
Lord Auckland appuie la motion par les mêmes motifs ,
en ajoutant que les mesures employées par les Français , épuisaient
leurs ressources , et qu'on réussirait si on poussait la
guerre avec vigueur .
Lord Guildford , pour obtenir un amendement à la motion ,
fait un tableau bien différent de la situation de l'Angleterre .
Il s'étend avec une éloquence nerveuse sur les maux inséparables
de la guerre . Il dit qu'elle n'a point d'objet indéfini. Il
demande combien dureront les hostilités ; si c'est une guerre
à mort. Il ajoute qu'elle sert les vues des Français qui ne
cherchent qu'à irriter les peuples contre leur gouvernement.
Selon lui , les finances de l'empereur sont épuisées , et celles
du roi de Prusse prêtes à l'être . Enfin , après avoir discuté
amplement tous les moyens produits de part et d'autre dans la
derniere session , il termine en demandant , par forme d'amendement
:
Que S. M. soit instamment suppliée d'écouter toute pro/
336. )
position de paix , qui pourra s'accorder avec l'honneur et la
dignité de la nation , sans que la forme du gouvernement
intérieur de France puisse jamais y mettre obstacle .
Le duc de Norfolk , lord Stanhope , lord Derby , le marquis
' de Lausdowne et lord Lauderdale opinerent pour l'amende
ment , en appuyant sur les mêmes motifs .
Le duc de Portland , le comte de Mansfield et lord Grenville
furent les principaux de ceux qui soutinrent la motion . Fondés
sur les mêmes motifs , ils se réunirent à dire :
Le but de l'amendement est d'obtenir la paix ; mais quelle
paix peut-on faire avec les ennemis de toutes lois , de tout
ordre , de toute religion ; avec des hommes qui ont déclaré
une guerre perpétuelle aux rois et à la royauté , et qui qualifient
de tyran notre légitime souverain ? Dès l'année derniere
on la voulait cette paix , et ceux avec lesquels on voulait que
nous la traitions ne sont déja plus . A qui s'adresserait-on aujourd'hui
les comités , la Convention elle- même n'en a pas le
pouvoir. Elle a prononcé peine de mort contre quiconque
en ferait la proposition . D'ailleurs , elle a décrété qu'elle ne
ferait jamais la paix avec une puissance qui aurait un pouce
de terrein dans son territoire. Il faudrait donc , par forme
de préliminaire , restituer d'abord ce qu'on leur a pris . Abandonnera-
t- on les alliés ? violera - t - on les traités ? rompra- t- on
les engagemens les plus solemnels ? faudra- t - il enfin manquer
au caractere national et à l'honneur , pour tenir une conduite
infructueuse et déshonorante ?
Après quelques discussions sur les jugemers rendus par les
tribunaux d'Ecosse contre certains particuliers , on demande
de tout côté que la question soit mise aux voix .
Pour l'adresse , 99. Pour l'amendement , 12. Majorité , 85 .
Séance du 22 janvier. Les pairs se sont assemblés à 2 heures ,
et se sont ajournés au jour suivant , sans avoir traité rien de
remarquable.
Séance du 23 janvier. Le procès de Warren Hastings a été
remis au 13 février.
Lord Stanhope a fait sa motion tendante à reconnaître la
République Française , qui lui paraît constituée de maniere à
être nébranlable . Son principal motif est qu'elle a renoncé à
se mêler du gouvernement des autres Etats , et qu'elle se déclare
l'alliée de tout peuple libre . Cette motion est rejettée .
CHAMBRE DES COMMUNES .
Séance du 21 Janvier 1794. Après les formalités ordinaires ,
lord Cliffden propose une adresse pour répondre au discours
de sa majesté ; il observe qu'on ne peut entretenir aucune
espérance de paix avec la France , puisqu'elle est résolue de
ne garder ancune mesure avec l'Angleterre ; que quand même ,
en dérogeant à l'honneur et aux intérêts de la Grande -Bretagne ,
on obtiendrait un calme momentané , ce ne serait que s'exposer
( 337 )
poser à devenir la proie de l'ambition d'une république entreprenante
, après avoir vu subjuguer des alliés qu'on aurait
abandonnés .
Sir Peter Burrel seconde la motion , parce que le destin de
l'Angleterre étant lié à celui de tout le continent , et toutes
les nations étant intéressées à se garantir de cette peste commune
, l'intérêt ainsi que le devoir indispensable exigaient une
coopération entiere avec les alliés .
Lord Wycombe dit qu'il a toujours pensé , et qu'il pense
encore , qu'on pouvait éviter la guerre que l'influence de
la Grande - Bretagne aurait alors empêché la catastrophe de
Louie XVI et de la reine ; il ajoute que quelque différence
qu'il puisse y avoir dans les opinions sur la justice , la politique
ou la nécessité de la guerre , il ne pouvait y en avoir
aucune sur la maniere dont elle avait été conduite , et sur les
conséquences qui en résultaient .
Ce membre , après s'être étendu beaucoup sur les malheurs
de la guerre , le sang et les trésors qu'elle a coûtés , finiten disant
que la paix est sans contredit le meilleur moyen d'assurer la
tranquillité intérieure .
Le colonel Tarleton est du même avis , et fait un grand
détail de toutes les fautes ministérielles dans la derniere campagne.
M. Hawkinsbrown nie que l'objet de la guerré soit de rétablir
la monarchie française , qu'elle ne peut en avoir d'autre
que d'assurer l'ordre civil de la société en Europe ; que quand
on l'aura obtenu , il sera indifférent quelle forme de gouvernement
la France pourra prendre . Mais tant que celui qu'elle
adoptera , soit monarchique , soit démocratique , mettra l'ordre
social en danger , il ne peut être considéré que comme aggres- ,
sif , et l'on doit s'y opposer pour sa propre défense .
M. Courtenay s'étonne qu'on ait choisi pour exemple d'une
justice signalée , celui de tous les crimes le plus atroce , le
meurtre horrible de Brissot et des autres députés . Il regarde
comme chimériques toutes les craintes que l'on témoigne pour
le salut de l'Angleterre .
Il voudrait qu'elle eût un peu de la valeur jacobiné . Il a
entendu avec plaisir le roi parler de succès ; il avoue cependant
qu'il les ignore encore. Cette France qu'on peint si
misérable , fait de grands efforts ; c'est sans doute pour rendre
l'Anglais capable d'en faire de pareils , que le ministre a formé
le plan de rendre le peuple de ce pays malheureux. Il ne
voit aucune difficulté de faire la paix . Pourquoi refuserait- on
de traiter avec ceux qui par-tout se sont montrés supérieurs ?
Il n'apperçoit dans tout ce qui se dit en faveur de la guerre ,
qu'un moyen caché de maintenir le pouvoir arbitraine et la
superstition qui affaiblit et avilit l'esprit humain ; il censure
amerement la conduite de la Prusse et de la Russie en Pologne ,
et dit que l'Angleterre paie des subsides à l'Europe pour combattre
ses propres batailles .
Tome VII. Z
( 338 )
Lord Mornington convient que la paix ne peut être trop
desirée , dès qu'on pourra la faire avec succès ; il rappelle
les circonstances qui ont fait décider la guerre , et prouve
que les mêmes motifs subsistent encore . Pour faire voir qu'on
n'a rien à craindre de l'issue de la guerre , il passe en revue
les principaux événemens de la campagne . Après en avoir
détaillé les avantages , il s'étonte que ceux qui , l'année
derniere , regardaient la restitution des Pays - Bas comme
le seul fruit à espérer d'une guerre de cinq ou six ans , prétendent
aujourd'hui faire envisager comme désastreuse une
campagne pendant laquelle , après avoir repris les mêmes
pays , on a fait dés conquêtes sur l'ennemi dans toutes les
parties du globe , et particulierement celle de quatre forteesses
importantes sur son propre territoire ; il conclut des
principes et de la politique de la Convention , après les avoir
examinés en détail , que toutes les formes de gouvernement ,
depuis les Etats - Unis de l'Amérique jusqu'au divan de Coustantinople
, doivent , tant qu'ils subsisteront , se soumettre à l'autorité
et au joug de la République Française.
M. Sheridan fait , avec le style qui lui est ordinaire , c'est- àdire
plein d'ironie et de sarcasmes , un long discours dans
lequel il ridiculise celui de lord Mornington . Après un préambule
entierement dans ce genre , il demande quels sont les
fondemens réels de la guerre ; ne les trouvant point dans le
discours du roi , qui garde le silence sur cet objet , il ne se
trouve pas assez de talens pour les développer ; cependant ,
à travers la politique tortueuse du minïstere , il paraît qu'on
a formé le plan de la continuer jusqu'à ce que la France soumette
ses droits et sa liberté aux puissances confédérées . Quoi
qu'il en coûte , nous devons detruire ce monstre d'iniquité ,
nons devons le proscrire de dessus la terre , rétablir la monarchie
et faire revivre tous les maux qui rendaient le vieux
système l'éxécration de tout ami de la vraie liberté. Il tourne
en ridicule le tableau des crimes de la France fait par le
préopinant.... Un tel gouvernement peut- il subsister ? Abandonnons
le à lui - même , et il croulera bientôt. Mais quand ,
avec une arrogance au -dessus du mortel , nous nous efforçons
de saisir le tonnerre , et d'être les instrumens de la vengeance
divine sur les coupables qui régissent la France , cette confédération
contre nature , infuse dans l'esprit d'hommes sortant
de l'esclavage , un degré extraordinaire de résolution pour
lui résister.
Après beaucoup de plaisanteries sur tout ce qui a été dit
des principes républicains , il se moque de ceux qui disent
que la minorité fait les révolutions , et que le danger est
d'autant plus grand , que le nombre est plus petit . Si cette
byoothese (taki vraie , ce pays serait dans un elat extraor-
&natement prillleux . Les alarmistes , effrayés de ces conséquences
, deviuicut revenir à l'opposition , et s'efforcer ainsi
1
11
( 339 )
de rendre la balance du pouvoir favorable à notre constitution
.
Il soutient que c'est le ministre de la Grande-Bretagne qui
a provoqué les hostilités . Que la France n'avait que des dispositions
pacifiques , mais qu'on a voulu combattre ses principes
et ses opinions , et qu'on avait pour objet d'exterminer
tous ceux qui soutenaient une doctrine différente ..... Malgré
le masque qui couvre le ministre , on veut donner un gouvernement
à la France . On dit à ce malheureux peuple : vous
ne connaissez pas quel est le gouvernement le plus propre
assurer votre paix et votre prospérité : nous seuls le savons ;
soumettez - vous à notre systême ; rétablissez la monarchie ;
imitez notre corruption : si vous vous refusez à cette occasion
glorieuse , d'établir un gouvernement stable , fondé sur
des principes de reconnaissance , nous vous renierons ; nona
invoquerons sur vous la colere du ciel , et nous vous écrase ,
rons du tonnerre de notre indignation .
Ainsi donc nous ne continuons la guerre que pour donner
un gouvernement à la France ; l'expérience démontre qu'un
tel plan est impraticable . Il est étonnant qu'un homme puisse
sanctionner un moment une absurdité qui entraînera notre
déshonneur . Le noble lord préopinant a prétendu que la si
tuation actuelle de la France était pire qu'au commencement
de la guerre ; mais quel est l'homme qui , mettant la main
sur sa conscience , n'avouera pas que , par leurs derniers
et étonnans succès , les Français ont acquis une nouvelle
vigueur.
Parcourant les opérations militaires des puissancès belligérantes
, M. Sheridan présente Autriche et la Prusse dans un
état d'épuisement , l'impératrice se bornant à des éloges et à
des prières ; les royalistes trompés par de fausses esperances ,
réduits à un état désespéré ; la pénération politique de quelques
personnes avait vu dans la destruction de Brissot et de
son parti le germe d'une guerre civile . Mais , au grand étonnement
de tout l'univers , le peuple est resté passif et soumis
aux lois . Il suffisait de dire livrez- nous vos chefs , afin que
s'ils sont coupables , la guillotine punisse leurs forfaits , et les
soldats obéissaient sans murmnrer.
Comment peut- on se flatter de réussir , quand l'expérience
a prouvé qu'une seule nation , inspirée par l'amour de la li
berte , est capable de résister à une coufédération aussi formidable
? Quel moyen employera- t-on pour éteindre cet esprit
d'enthousiasme ? il se moque de ce que le préopinant a dit
pour prouver que les ressources de la France ne portaient
point sur des bases solides . Faisant allusion à la promptitude
avec laquelle les plus riches communautés de France ont faið
abandon de leurs propriétés pour soutenir la guerre , plutôt
que de perdre leur liberté , il souhaite que cet exemple soit
suivi dans son pays . Il tombe ensuite sur les ministres , qui ,
1
Za 2
( 340 )
au lieu de faire le sacrifice d'une partie de leur revenu
aggravent les maux de leurs concitoyens par une multitude
de places de nouvelle création , nourrissent et engraissent les
parens affamés d'un certain noble lord ( Loughborough ) , et
fournissent à l'insatiable appétit des apostats politiques .
Peut- on penser aux calamités actuelles sans trembler sur les
conséquences ? N'est-il pas tems que le ministre déploie son
talent et son patriotisme ; qu'il mette en oeuvre toute son
énergie ; qu'il ne regarde plus la noblesse comme la seule
classe respectable dans ce pays ; qu'il ne croie pas qu'un marquis
, un comte ou un vicomte de plus ajouteront quelque
vigueur à nos opérations ; qu'il ne se persuadé pas qu'un
Tuban bleu ou vert puisse reverdir nos lauriers ?
Il plaisante ensuite le ministere sur ce qu'il est obligé de
chercher des talens dans l'opposition , lorsqu'il y a quelqu'of
fice vacant. Que sont donc devenus ces bureaux de M. Dundas
, qui devaient produire tant d'hommes - d'état ? Pour fournir
aux besoins dn moment , il fera bien de convertir sa pépinière
en serre chaude .
A M. Windham , qui fait plusieurs observations sur le discours
de M. Sheridan , succede M. Dundas . Il n'aura pas la
présomption , dit- il , de défendre son noble ami ( lord Mornington
) ; il ne parlera que des choses sur lesquelles il peut
seul donner des éclaircissem.ens . Il convient bien peu aux
censeurs qui , par un misérable établissement de paix , ont
rendu les opérations d'une premiere campagne plus difficiles ,
de critiquer des efforts qui ont surpassé tous ceux qu'on avait
fait jusqu'alors .
:
En septembre 1792 , le nombre de nos matelots n'était que
de 15,000 hommes ; nos troupes , déduction faite des garnisons
nécessaires ' , ne mon aient qu'à 8000 hommes ; nous
avons maintenant 54,000 matelots et 84 vaisseaux de ligne
avec 100 frégates , au lieu de 13 vaisseaux de ligne et 30 frégates
; d'un autre côté , 30,000 hommes ont été ajoutés à nos
forces de terre . La guerre a commencé en février informé ,
en mars , d'un armement français , on fit partir l'amiral Gardner
pour les Indes occidentales . La flotte destinée pour la
Méditerranée partit en mai , et l'on s'occupa sur-le - champ
d'équiper une escadre pour la Manche ; tout cela s'est fait
dans la premiere campagne , malgré la difficulté d'avoir des
matelots , employés au - dehors par le commerce . Outre ces
grandes escadres , d'inférieures ont servi à protéger le commerce
, 30 ont été employées à convoyer les flottes marchandes
, dont on n'a pas perdu un seul bâtiment . Avant le
1er janvier , nous avions pris vaisseaux de 30 à 40 canons ,
4 de 30 à 20 , 17 de 20 à 10 , et 34 au - dessous .
4
M. Dundas continue à exantiner et défendre de la même
maniere toutes les opérations de la guerre .
M. Fox dit que , quoiqu'il soit très-tard , ceux qui se sont
( 341 )
rendus les avocats de la guerre ont tellement embrouillé cette
question importante , qu'il lui est indispensable de tâcher de
dissiper , s'il est possible , les nuages dans lesquels on l'a
enveloppée .
Pour que le peuple de ce pays ne demeure pas plus longtems
la dupe de l'artifice et de l'illusion , en croyant qu'il
prodigue son sang et son argent pour une cause ,
tandis qu'ils
seraient employés pour une autre , ses premiers efforts devraient
être d'obtenir une declaration explicite sur l'objet réel
de la guerre. Personne ne s'est expliqué plus clairement sur
ce point que lord Mornington ; il a dit en termes formels ,
que tant que le gouvernement actuel ou tout autre jacobin
subsisterait en France , on ne pouvait faire ni recevoir aucune
proposition de paix . Il eût été à desirer qu'on se fût exprimé
aussi nettement l'année derniere , parce que la chambre et la
Grande-Bretagne ne se seraient pas laissées entraîner dans une
guerre dont on n'a déclaré le vrai but que lorsqu'on y était
engagé assez avant pour croire qu'on ne pouvait plus reculer.
Il entre ensuite dans le détail des moyens employés pour
amener la guerre . Si on ne veut la terminer que quand on
aura détruit le jacobinisme français , ou , en d'autres mots
jusqu'à ce qu'on ait conquis la France , c'est une théorie présomptueuse
, qui compromet la richesse , le commerce et la
constitution de la Grande-Bretagne , dans la seule probabilité
qu'on pourra forcer le Français à renoncer à des opinions
pour le soutien desquelles il s'est deja montré prêt à sacrifier sa vie .
Il examine alors les différentes objections qu'on oppose à
une paix desirable , si elle peut être obtenue avec honneur
et sûreté. Peut - être regarde - t- on comme une trop grande humiliation
pour l'Angleterre de proposer des termes d'accommodement
qui seraient rejetés , et de procurer inutilement
aux ennemis un tel triomphe . Les actes de la Convention
démontrent suffisamment combien elle est persuadée qu'il y
avait eu de folie de sa part de déclarer la guerre à la Grande-
Bretagne .
On dit que le gouvernement français ne peut fournir au
eune sûreté pour la continuation de la paix . Mais comment
définir ce que l'on entend par ce mot sûreté ? Quoi qu'il en
soit , on ne peut disconvenir que les ordres et les décrets de
la Convention sont respectés et obéis dans toute la République.
On a allégué que la forme de notre constitution déplaît
aux Français . Quand Brissot a proposé de la changer , c'était
en présentant le nouveau gouvernement de France comme un
modele , selon lui , de perfection . Mais cette offre peut - elle
être regardée comme une preuve de haine ou de mauvaise
volonté , et convient- il à la Grande- Bretagne d'en avoir du
ressentiment ?
Z 8
( 342 )
Sans doute la France ne voit point de bon ceil la prospérité
de ce pays ; mais sa jalousie ne prend point sa source
dans la derniere révolution . Si elle est maintenant ennemie
de notre constitution , elle ne l'était pas moins sous le regne
des Bourbons ...... Il compare les effets de cette jalousie avec
ceux qu'elle a produits pendant le regne de Louis XIV. En
Supposant qu'on puisse parvenir à remettre Louis XVII sur
le trône , la paix en sera - t - elle plus assurée ? On dit bien
grand comme un roi ; mais on n'a pas encore entendu dire ,
reconnaissant comme un roi .
Les atrocités commises en France doivent révolter tout
homme sensible . Mais s'il fallait déclarer la guerre , parce
qu'on déteste les principes de cenx qui gouvernent , les hos
tilités seraient continuelles en Europe . Peut- on oublier comment
le bonheur d'une liberté raisonnable a été ravi aux
Polonais par des despotes avides ?
En parlant des avantages obtenus par les armées des alliés ,
il dit qu'il est notoire que des soldats sans expérience et sans
discipline , animés par l'enthousiasme et l'amour de l'indépen
dance , ont défait sous, les ordres d'officiers sans célébrité et
sans éducation , des armées la terreur de l'Europe , commandées
par des généraux de la plus grande réputation et des talena
les plus distingués . Que ne doit -on pas en attendre aujour
d'hui que leurs forces ne sont plus partagées par les troubles
intérieurs ?
Il examine ensuite les intentions des alliés , qui ne songent
évidemment qu'à partager ce royaume. Pendant que lord
Hood prenait possession de Toulon , au nom de Louis XVII
et sous la condition de maintenir la constitution de 1789 le
général Wurmser s'emparait , au nom de l'empereur , d'une
partie de l'Alsace rétablissait tout sur le pied de l'ancien.
despotisme .
" et y
Il peint les calamités auxquelles on est exposé . Il desire
que , si le peuple est obligé de courir les dangers de la guerre ,
il ait la satisfaction de croire qu'elle n'est point l'effet de
l'orgeuil et de la légèreté de ceux qui le gouvernent. Un
particulier peut dire , j'agis selon ma conscience , et s'exposer
ensuite à toutes les conséquences de sa conduite ; mais on
ne peut pas raisonner ainsi , quand il s'agit du destin et du
bonheur d'un peuple entier.
Il affirme que tout ce qui s'est passé à Toulon est scanda
leux et déshonorant pour les armes et le nom Anglais . Il ne
youdrait pas qu'on pût croit qu'on ait eu la perfidie de prendre
sous sa protection cette ville et sa marine , avec l'intention
avilissante de saisir la premiere occasion pour les détruire . It
voudrait que le parlement fût informé par quelle autorité lord
Hood a garanti à Toulon la constitution de 1789 ; en vertu
de quoi il a détruit les vaisseau qu'il avait reçus en dépôts
pourquoi , s'il était autorisé à le faire , la destruction n'a pa
( 343 )
été complette . Pourquoi , si l'on voulait retenir cette place en
sa possession , n'y a -t- on pas envoyé des troupes Allemandes capables
de chasser les Français des hauteurs adjacentes , au lieu
de cette bigarure de miserables Espagnols et de Napolitains ,
plus misérables encore .
L'échec de Dunkerque mérite l'examen sévere du parlement.
C'est contre l'opinion du duc d'York et du prince de Cobourg ,
que leurs armées ont été séparces ; et cette démarche a été désapprouvée
par tout bon militaire . Il finit par critiquer les
talens de M. Pitt dans la conduite de la guerre. Il dit qu'il n'y
a que le plus vil des sycophantes qui pourrait , même à sa
table , lui dire en face qu'il est un bon ministre de la guerre.
Il conclut en proposant pour amendement , que sa majesté
soit suppliée de saisir la premiere occasion pour faire la paix .
Le chancelier de l'échiquier ... Quoique l'honorable membre
de l'autre côté ait dit que , dans l'état actuel des choses il
importait peu de reconnaître à présent sur quels motifs la
guerre avait été entreprise originairement , et que le seul objet
des discussions était d'obtenir une paix honorable et sûre , il
croyait d'autant plus nécessaire d'insister sur les motifs ori ·
ginaires qu'il n'y avait aucune probabilité de terminer la
guerre , tant que le systême du moment subsisterait . En se
rappellant les principes sur lesquels elle a été entreprise , on
verra qu'elle a été le résultat d'une délibération mûre et d'uue
pleine conviction . L'opinion de la majorité de la chambre
et de tout le corps de la nation a été qu'elle était strictement
défensive , et qu'on y était engagé par devoir et par
nécessité .
Un honorable membre a demandé , si la guerre n'eût pains
eu lieu quand même la France ne l'aurait pas déclarée . La
réponse est , que si nous n'avions pas reçu satisfaction pour le
pa sé , et sûreté pour l'avenir , on eût eté obligé de la faire
de toute maniere elle eût été agressive de la part de la France .
Les motifs de la guerre sont , 1 ° . que le système des Français
établit des principes destructifs de l'ordre général de la société ,
et subversifs de tout gouvernement , régulier ; 2 ° . que dans
la vue sans doute d'étendre leur systême , ils se sont rendus
coupables d'usurpation sur les autres Etats ; 3 ° . qu'ils ont montré
des intentions hostiles contre la Hollande ; 4° . qu'ils ont
fait paraître des projets d'aggrandissement et d'ambition
entierement nouveaux dans leur étendue comme dans leur
importance , et menaçant dans leur progrès non - seulement
l'indépendance de ce pays , mais encore la sûreté de l'Europe .
A moins qu'on ne montre qu'on s'est trompé , que ce ne
sont point des causes suffisantes de guerre , ou qu'on a déja
obtenu ce que l'on se proposait , l'obligation et la nécessité
qui nous l'ont fait entreprendre , doivent nous la faire contipuer
avec vigueur . Le défaut de talent dans les ministres ne
serait point une raison suffisante pour se décourager . Ce serai
1
Z 4
( 344 )
avoir une idée bien pauvre du pays , que de supposer qu'on
n'y pourrait trouver dans d'autres personnes des talens supérieurs
. Mais si les difficultés tenaient à la nature des choses ,
ce qui serait fort fâcheux , tous les raisonnemens faits contre
les ministres n'en seraient pas moins affaiblis .
on le
On demande quand se terminera la guerre ? cela depend
'de deux circonstances , 1 ° . quand on sera en état de se procurer
la paix , sous des conditions qui la rendent sûre et permanente
; 2 ° . quand on aura obtenu une indemnité convenable
aux dépenses dans lesquelles la nation se sera trouvée
engagée en faisant la guerre . Ce n'est que dans ces vues qu'il
convient de se mêler du gouvernement intérieur de la France ;
il n'est point necessaire pour cela d'intervertir tout ce gouvernement.
Si la paix peut être faite avec sûreté , le caractere
ardent de ceux qui régissent la France ne sera pas une raison
suffisante d'en rejetter les conditions . Mais si la détestation
du caractere est jointe à la circonstance du danger
demande à la chambre , et même aux ennemis de la guerre ,
y a - t il d'autre moyen de se procurer la sûreté qu'en détruisant
cet affreux systême . Il dit ensuite que les raisonnemens
de son noble ami avaient pour objet de montrer ,
1º. l'horreur
et l'énormité du systême qui prévaut en France ; 2 ° . le
danger qui résulterait de l'extension de ce systême si on ne
s'y opposait promptement et efficacement ; 30. les mesures
qu'on a employées pour le propager ; 4 ° . les espérances de
succès qui naissent de la nature même de ces mesures ; 5º. que
le succès dépend de la vigueur de nos efforts , et que les circonstances
actuelles mettaient obstacle à toute espece de négociation
.
Il entre dans le détail de toutes les propositions , et les
démontre par l'histoire et les progrès de la révolution , et par
la nature du gouvernement qu'elle a établi . Il en conclut qu'il
n'y a rien de plus desirable que la destruction d'un système
qui comble la France de misere , et l'Europe de terreur .
Quant à la question faite par un honorable membre , savoir
si l'on ne fera jamais la paix avec les Jacobins , il est trèsdifficile
d'y répondre , c'est une question dont la solution dépend
des événeinens , et il ne serait ni prudent , ni raisonnable
d'y donner une réponse , définitive .
9 Sur cette grande et intéressante difficulté je n'hésiterai
point de dire que je croirais manquer de candeur , si je ne
déclarais pas sans équivoque que jamais le moment n'arrivera
où je ne préfere toute autre alternative à celle d'une paix
avec la France , faite sur le systême de ceux qui la gouvernent.
L'honorable membre a posé sa motion dans des termes trèsgénéraux
, quand il recommande à sa najesté de conclure la
paix , toutes les fois qu'il pourra la faire à des conditions sûres
et avantageuses , sans aucun égerd à la nature et à la forme
du gouvernement qui peut exister en France . Je suis pareil,
( 345 )
tement d'opinion qu'il faut conclure une paix avantageuse et
sûre , mais je pense que sa sûreté et son avantage dépendent
de l'établissement d'un gouvernement qui differe essentiellement
de l'actuel ; et quoique par la généralité de ses expressiens
, cette motion ne paraisse tendre à aucun objet précis
cependant elle est capable de faire beaucoup de mal , puisqu'elle
ferait supposer que la chambre a une façon de penser
différente de celle de sa majesté , qu'elle nous rendrait suspects
à nos alliés , et qu'elle encouragerait nos ennemis , en leur
donnant de la confiance .
Il détruit ensuite les rapports de comparaison que l'honorable
membre a voulu établir entre le gouvernement actuel
de la France , et celui de Louis XIV. Il ajoute qu'il ne met
pas la même importance , comme on voudrait le persuader , à la
restauration de la monarchie , qu'à la destruction du systême
actuel.
Je n'attache d'importance au rétablissement du trône , que
par l'opinion où je suis que de l'état présent de la France, il peut
sortir quelque forme à laquelle la plus grande partie du peuple
serait disposée à concourir. Je considérais l'ancien gouverne
ment comme les meilleurs matériaux dont on put se servir
pour introduire quelque changement dans la fabrique de la
constitution . D'ailleurs , dans tout ce que j'ai proposé sur les
affaires intérieures de ce pays , j'ai toujours pensé que c'était un
devoir de s'occuper par- dessus tout du bonheur du peuple , et la
monarchie m'a paru le systême qui se liait le mieux à ses
intérêts .
L'honorable membre m'a encore mal entendu sous un autre
rapport , en faisant envisager le retour à la monarchie comme
un événement qui devait nécessairement être précédé par la
conquête de la France . Je n'ai regardé la monarchie que comme
l'étendard sous lequel les Français pouvaient être réunis , gouvernement
que mon noble ami a prouvé être le plus conforme
aux desirs des deux tiers des habita ns .
On dit que le rétablissement de la royauté n'apporterait
aucune sûreté additionnelle à la solidité de la paix , et que
le Français serait encore également formidable pour ce pays..
Mais c'est une assertion étrange et dénuée de fondement . La
monarchie Française dépouillée comme elle le serait d'une partie
de sa puissance , et affaiblie dans ses revenus , ne peut être
aussi formidable qu'un systême qui s'est montré plus dangereux
que la monarchie dans la plénitude même de son pouvoir ,
fet au sommet de sa grandeur .
Après avoir cité les décrets qui défendent de traiter avec
l'ennemi jusqu'à ce qu'il ait évacué le territoire de la République
, et qui condamnent à mort ceux qui proposeraient
d'entrer en conférence avec une puissance qui n'aurait pas
reconnu préalablement l'independance de la nation , ainsi que
l'unité et l'indivisibilité de la République , fondée sur la liberté
( 346 )
4
et l'égalité. Voulons-nous , dit- il , nous mettre à la merci , et
nous soumettre à la nécessité de recevoir les conditions qu'il
leur plaira de dicter ? Retirerez-vous vos armées ? vous priverez-
Yous de la co- opération de vos alliés ? abandonnerez - vous
toutes vos acquisitions ? leur rendrez - vous Condé , Quesnoy ,
Valenciennes , Fort - Louis , Tabago et toutes les factoreries des
Indes Orientales ? Quand vous y consentiriez , quand vous vous
hâteriez d'envoyer un ambassadeur pour traiter avec la Convention
, il vous faudrait non - seulement reconnaître l'unité et
l'indivisibilité de la République Française , mais encore la reconnaître
dans leur sens , fondée sur la liberté et l'égalité . Il
vous faudrait souscrire à tout leur code , et par cet acte sanctionner
la déposition de votre souverain , et l'anéantissement de votre
législature . En vain , dirait- on , qu'ils n'insisteront point sur
un aveu de cette étendue à quelque point qu'ils aient porté
l'audace dans leurs discours , ils les ont toujours surpassés par
leurs actions . L'orateur s'attache particulierement à cette idée
qui lui fournit matiere à un long discours .
A 5 heures et demie du matin la chambre s'étant divisée
sur la question , il y a eu pour l'amendement 59 ; contre , 277 i
majorité , 213.
De Londres , le 5 février. Le comte de Moyra est venu le
1er. février de Cowes à Londres , et est retourné le lendemain
de Londres à Cowes . Il semble que l'on ne soit pas
encore détrompé sur l'impossibilité de faire réussir cette expédition
; car un jeune aide-de-camp du général Charrette a
eu , le 31 janvier , une audience de M. Pitt , qui a resté longtems
enfermé avec lui le bruit court que ce jeune officier
a remis ses lettres de créance aux ambassadeurs et ministres
des puissances coalisées .
Les lettres d'Irlande , du 26 janvier , peignent le parlement
comme entiérement à la dévotion de la cour. Tout s'y passe
à l'unanimité : il n'y a ni discussion ni débats . Les lâches
représentans d'un peuple qui n'est point représenté se contentent
d'aller aux voix , pour la forme , et font servilement
ce que leur dicte le lord lieutenant , qui amuse le peuple
par des espérances d'un nouvel arrangement de commerce
dont il lui vante les avantages .
•
La cour d'Ecosse a comblé la mesure des iniquités , en
condamnant par contumace Joseph Gerald et Charles Sinclair ,
membres de la convention d'Ecosse ; il étaient partis de Lon
dres le vendredi , et devaient arriver le jour où ils ont été
jugés . Leurs amis ont avancé , ce qui était infiniment probable
, que les neiges avaient retardé leur voyage . Ils ont
effert caution , conformément aux lois ; mars on l'a refusée ,
contre les lois .
MM . Margarot et Skiwing ont été transférés à Newgate ,
prison des plus vils criminels.
( 347 )
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE DUBARRAN.
1 i
Séance du tridi , 23 Pluviôse .
La Convention nationale a rendu hommage à la nature , ¿
T'amour paternel , quand elle a décrété solennellement qu'il
serait élevé aux frais de la République , sur la place où le
fanatisme a fait périr Calas , un monument à la mémoire de ce
pere infortuné . Mais ce monument en attestant son innocence ,
rappellerait sans cesse aussi à des créanciers honnêtes , dont la
fortune reposait sur le commerce de cet homme integre , qu'ils
-out été ruinés par le défaut de paiement ; à des enfans indigens,
que leurs peres sont morts insolvables parce qu'ils n'ont pu recouvrer
les créances qu'ils avaient sur la maison de commerce.
de Calas . Enfin , la réhabilitation entiere de ce citoyen exigeait
l'acquit de ses dettes , et ç'a été l'objet d'un rapport , et d'un
projet de décret , présenté , au nom du comité de législation ,
par Bezard. La Convention en a ordonné l'impression et
1 ajournement .
Une députation du peuple souverain de Montbelliard a été
admise daus l'intérieur de l'Assemblée . Après avoir exprimé le
desir ardent de ses concitoyens d'être agrégés par un décret
solemnel de la Convention , à la grande famille , elle a soumis
à l'Assemblée plusieurs réflexions sur un arrêté pris par le
représentant du peuple , Bernard , contre leurs freres absens,
Elle a demandé pour eux la faculté de rentrer en France dans
les délais proportionnés à l'éloignement des lieux où ils se
trouvent , d'en dispenser les personnes fixées en pays étranger.
par le mariage ou autre établissement stable , si leur absence
date d'une époque antérieure à la réunion du peuple de Montbelliard
; enfin , de déclarer que le délai qui sera fixé pour le
retour des absens , sera prolongé en faveur de ceux qui n'au 、
raient pu revenir , soit par l'ignorance de leur rappel , soit par
d'autres obstacles imprévus. La Convention nationale ,
répondu le président , prendra en considération le voeu que
vous lui exprimez au nom du peuple souverain de Montbelliard .
Elle calculera avec sagesse , dans l'objet et les rapports de la
réunion , l'intérêt respectif des deux peuples , la circonstance
des localités , et sur - tout , citoyens , cette intention bien
prononcée où vous êtes de résister comme nous à la ligue
des despotes , et de défendre la cause de la liberté et de
l'égalité contre tous ses vils ennemis .
a
( 348 )
Puisse cet exemple éclairer enfin tant d'autres peuples sur
leurs vrais intérêts , et les convaincre de cette vérité politique ,
qu'il ne tient qu'à une nation de vouloir la liberté pour abattre son
tyran , et que si les rois se sont tous ligués pour le fléau des
peuples , ceux-ci n'ont qu'à développer le moindre effort , et
bientôt les conjurés auront cessé d'exister,
Quant aux autres réclamations du peuple de Montbelliard ,
la Convention a promis de s'en occuper pour y statuer d'après
les principes de justice qui la dirigent. Les députés ont été
admis aux honneurs de la séance , et ils ont reçu du président
l'accolade fraternelle , au milieu des applaudissemens de
l'Assemblée ,
On se rappelle la pétition d'une jeune républicaine , nommée
Jeanne Perrin , que notre position révolutionnaire a élevée audessus
de son sexe . Cette nouvelle spartiate vint annoncer que
n'écoutant que son courage , et partageant l'indignation que la
trahison et la tyrannie inspirent aux coeurs des vrais patriotes
et de tous ceux qu'enflamme l'amour de la liberté , elle s'enrôla
le 4 octobre 1792 , dans le troisieme bataillon de la République.
Sous l'honorable habit national , elle a partagé avec
ses camarades , tous les dangers et les fatigues inséparables
de la guerre jusqu'au 28 nivôse . Dans toutes les circonstances ,
elle s'est trouvée en face de l'ennemi , et elle a eu la constance
et la fermeté de taire son sexe jusqu'au moment où ,
épuisée de fatigue et des travaux militaires , l'altération de sa
santé l'a obligée à se déclarer pour obtenir un congé . Sur la
proposition du comité de salut public , la Convention a accordé
, non pas à titre de secours , mais à titre de recompense
à Jeanne Perrin une gratification de 500 liv .
D'après le rapport de son comité des marchés , la Convention
a renvoyé au tribunal révolutionnnaire plusieurs four>
nisseurs , accusés d'infidélites .
Séance du quartidi , 24 Pluviôse.
Au nom du comité de salut pubiie , Barrère a parlé encore
aujourd'hui de la Vendée , où le morcellement de nos forces a
reproduit l'audace des royalistes . Des rassemblemeus de brigands
ont fait des attaques vers Beaupréau , Montrevault et Saint-
Fulgent , et quoique six mille d'entr'eux aient été tués depuis
dix jours , cela ne dédommage point de la perte de
quelques bons Républicains et du général Moulins dont le
general en chef et l'armée célebrent le courage . Pour ne pas
tomber entre les mains des royalistes , il s'est tué . « Voilà , a
dit Barrere, quelles devraient être la pensée et la détermination
de tout soldat républicain : la victoire , ou la mort . Les Romains
ne rachetaient pas les prisonniers ; ils condamnaient à la mort
ceux qui avaient abandonné leurs armes dans le combat. Elles
devaient leur servir à demeurer libres , même dans une déroute
c'est-à - dire à mourir . .
( 349 )
Voici le projet de décret présenté par Barrere et adopté par
la Convention nationale : Les citoyens Hentz et Garrau se
rendront sur- le - champ , en qualité de représentans du peuple ,
près l'armee de l'Ouest , pour y prendre toutes les mesures de
salut public qu'ils croiront nécessaires . Ils sont investis de
pouvoirs illimites ,, de même que les autres représentans près
les armées . "
La Convention nationale décrete que la mémoire du général
Moulins est chere à la patrie . Il sera élevé à Tiffauge , aux
frais de la République , un tombeau simple , et sur la pierre
sera placée l'inscription suivante : Républicain , il se donna la
mortpour ne pas tomber vivant au pouvoir des brigands royalistes .
Barrere a ensuite fait lecture de plusieurs dépêches qui annoncent
un avantage remporté sur les Espagnols près de Saint-
Jean-de -Luz . ( Voyez le dernier numéro. ) Il est dans cette journée
mémorable , un trait qui n'a pas existé dans les anniles des
républiques anciennes. Au bruit du canon qui grondait sur
l'Espagnol , des soldats Français prisonniers à Saint -Jean- de-
Luz pour délits militaires , insistent pour combattre . Leurs
mains chargées de fers , s'arment pour la victoire , et la victoire
est obtenue . Après le triomphe , ils reprennent leurs fers .
C'est à vous qu'il appartient de les briser , a dit Barrere ,
en s'adressant à l'Assemblee ; les représentans n'ont pu proj
noncer . C'est å la Convention à immortaliser cette belle action
militaire ; c'est le génie national qui l'a inspirée , c'est l'histoire
qui doit la recueillir ; mais c'est la victoire qui a absous ces
braves militaires : ils ont cessé d'être coupables , alors qu'ils
ont été vainqueurs . " " L'Assemblée toute entiere se leve a
l'instant , et décrete , au bruit des plus vifs applaudissemens ,
la liberté de ces généreux soldats .
―
Ce rapport a été terminé par l'adoption d'un décret qui
attribue spécialement à la commission des subsistances et
approvisionnemens de la République , la fonction de mettre
en réquisition et en préhension les objets et matieres qui doivent
être mis en circulation , ou en consommation pour les armées ,
les établissemens publics et les communes . Nulle autorité
constituée ne pourra exercer cette fonction si elle n'y est
formellement autorisée par un décret de la Convention nationale
, ou un arrêté du comité de salut public .
Suivant les notes sommaires , parvenues dans le cours de la
seconde décade de pluviôse à l'administration des domaines
nationaux , les ventes d'immeubles d'émigrés , se sont élevées
dans cent trente - cinq districts à 17,052,246 liv . 19 s . 4 d .
sur l'estimation de 8,408,501 liv. 18 s . 2 d ,, et ont ainsi
excédé de 8,643,745 liv . 1 s . 2 d. le montant de cette estimation
; et en rapprochant ce résultat de celui des états remis
précédemment sous les yeux de la Gonvention nationale , on
voit que
lesdittes ventes , qui sont maintenant en activité
dans 82 départemens , ont déja produit 103,996,145 liv . 9 s . ,
20
( 350 )
et qu'elles excedent de 51,422,391 liv. 5 s. l'estimation des
biens qui en sont l'objet.
Le district de Grenoble , département de l'Isere , mérite
particuliérement d'être distingué ; il a déja procédé à environ
quatorze cents adjudications , qui ont produit près de 8 millions
, et ont excédé de 5 millions et demi les estimations .
Plusieurs autres districts présentent des rapprochemens
aussi satisfaisans .
Un citoyen a donné connaissance d'un secret qui intéresse
essentiellement la République . Il s'agit d'empêcher la calendre
de s'introduire dans le blé , lorsqu'il est déposé au gronier.
Voici la précaution qu'il faut prendre : Lorsqu'il y a du blé
dans un grenier où ladite calendre est introduite il faut
le faire nettoyer à fond , le laisser quelques mois bien
aéré ; après , bien frotter le plancher avec le poireau vert , le
laisser quelque tems étendu sur ledit plancher , puis le faire
retirer. L'on mettra de suite le blé suivant l'usage ordinaire ,
d'épaisseur à ce que le goût et l'odeur dudit poireau empêchent
l'insecte de s'y introduire . Pour les greniers où il n'y a pas
encore eu de blé , avant d'en mettre on doit observer la même
chose pour empêcher l'introduction de cet animal . ›› Le
citoyen qui donne connaissance de ce procédé assure en avoir
fait l'épreuve avec un vrai succès .
--
Une députation de Commune- Affranchie et de Villefranchesur-
Saône est venue dénoncer le tribunal des sept établi dans
cette premiere commune , comme se livrant à des vengeances
particulieres . Après quelques débats , la pétition a été renvoyée
au comité de salut public , pour en faire son rapport ,
Quelques décrets particuliers , rendus d'après le rapport de
divers comités , ont terminé cette séance.
Séance de quintidi , 25 Pluviôse.
Une députation des 48 sections de Paris , précédée de
quatre membres du conseil général de la commune est venue
exprimer à la Convention nationale la reconnaissance des
citoyens de Paris de ce qu'elle a repoussé les propositions
des despotes avec lesquels les Républicains ont une guerre à
mort à terminer , et de ce qu'elle a affranchi les hommes de
couleur de l'esclavage .
Le représentant du peuple , Laplanche , a rendu compte de
sa mission dans le département du Calvados . La Convention
a applaudi au zele de ce citoyen . Le reste de la séance
a été employé à entendre des pétitions particulieres.
Séance du sextidi , 26 Pluviôse .
-
Le conseil général de la commune d'Hébecourt , district
des Andelys , département de l'Eure , présidé par le curé de
cette commune , s'était avisé , par un arrêté , de prohiber l'établissement
d'une société populaire dans son arrondissement.
1
( 351 )
1
Ge fait transmis à la Convention nationale a provoqué le décret
d'arrestation contre l'agent national de cette commune , qui
aurait dû faire part de cette mesure contre - révolutionnaire au
directoire du district des Andelys , et contre le curé qui s'opposait
à la propagation des principes républicains .
Le citoyen Chaudot , notaire , traduit au tribunal révolu
tionnaire pour uue signature donnée en second à des copies
collationnées d'un acte de dépôt reçu par Brichard , notaire ,
venait d'être condamné à la peine de mort , non à cause du
délit qui avait occasionné son arrestation , mais parce que
dans la visite de tous ses papiers , provoquée par lui - même ,
on avait trouvé une lettre d'un certain abbé Aubert , l'entretenant
d'un affaire qui interressait Chaudot pere , laquelle
lettre contenait en outre des expressions inciviques sur la
révolution . La famille de ce citoyen s'est présenté à la barre
pour demander un sursis à l'exécution de son jugement . Peres
de la patrie , a - t - elle dit , la loi ne peut pas vouloir que dans
un cas semblable un citoyen soit condamné à la peine de mort.
Hé quoi ! un ennemi anra l'adresse de jetter dans la maison de
celui à qui il veut nuire , une lettre , et cette lettre suffira pour
faire condamner l'homme chez qui clle sera trouvée ! Les témoins
les plus recommandables par leur civisme , tout Paris a
rendu et est en état de rendre le témoignage le plus honorable
des vertus , de la probité , du patriotisme de Chaudot , dans.
ce moment même. " La Convention a décrété le sursis , au
milieu des plus vifs applaudissemens . Des représentans du
peuple et des citoyens des tribunes ont couru aussi - tôt annoncer
le décret.
-
On a fait lecture d'une lettre du citoyen Bailleul ; en voici
l'extrait : Je viens d'être traduit au tribunal révolutionnaire
pour y être interrogé ; j'ai fait observer qu'étant député à la
Convention , on ne pouvait commencer de procédure contre
moi sans un décret d'accusation porté par la Convention ellemême
; malgré mes observations , le tribunal m'a nommé d'office
un défenseur officicux , et a continué mon interrogatoire . Je
demande à la Convention de défendre au tribunal révolutionnaire
de continuer la procédure . La Convention a suspendu
la procédure commencée contre Bailleul , et a renvoyé sa
lettre au comité de sûreté générale .
Le comité des assignats et monnaies a fait adopter un long
projet de loi sur l'organisation des atteliers des monnaies.
L'Assemblée a mis eu délibération la question de savoir si
l'imposition fonciere serait payée en nature . Ramel et Louvet
de la Somme ont combattu cette proposition . Beffroy a parlé
en sa faveur. La discussion a été ajournée .
Séance du septiti , 27 Pluviôse.
Barrere , au nom du comité de salut public , a donné conmaissance
à l'Assemblée des nouvelles satisfaisantes qui lui sont
1
1
( 35 )
parvenues du Nord , de la Corse et de la Vendée . ( Voyez article
Nouvelles)
Le comité de salut public , occupé de tous les moyens qui
doivent assurer le service , et mettre les armées en état d'entrer
en campagne , avant les puissances coalisces , a chargé la regie
generale des charrois de faire confectionner sans délai , 12 mille
caissons , 12 mille 500 attelages et 12 mille 500 habillemens
de chartiers ; les ordres ont été dounes . To se prépare , et
tout s'éxécute avec rapidité . Pour faire face à cette depense ,
la Conventiou a mis 12 millions la disposition du ministre de
la guerre.
Uu pavillon qui n'était pas celui de la République , Hottait
encore sur nos vaisseaux ; les marins s'en indignaient ; ils appellaient
à grand cris une réforme que l'honneur de la liberté . -
reclamait avec eux . Dépositaire de leur vou , le comité de salut
public a fait adopter le decret suivant : Le pavillon décrété
par 'Assemblée nationale constituante est supprimé. Le pavillon
national sera formé des trois couleurs nationales , disposées
en trois bandes égales , posées verticalement de maniere
que le bleu sou attaché à la gaule du pavillon , le blanc au
milicu et le rouge flottant dans les airs . La flamme sera
pareillement formée de trois couleurs . Le pavillon national
sera arboré sur tous les vaisseaux de la République le premier
jour de prairéal . ,
L'Assemblée à l'occasion d'un décret relatif à l'organisation
de l'artillerie légere , avait pensé qu'il serait avantageux pour
la République que tous ceux qui commandent ses nombreux
bataillons sussent lire et écrire. En conséquence elle avait demandé
au comité de la guerre , les moyens d'accorder ce qu'elle
devait aux principes , à l'honneur des armes de la République
et à la defense ds la liberté , avec la reconnaissance nationale
pour des services déja rendus . Merlin de Thionville a fait
aujourd'hui ce rapport ;
sur sa proposition l'Assemblée a
adopté le décret suivant : A compter du jour de la promulgation
du présent décret , aucun citoyen ne pourra être.
promu aux emplois qui viendront à vaquer , depuis le grade decaporal
jusqu'à celui de général en chef dans les armées de la
République , s'il ne sait lire et écrire ,
D'après un rapport du comité de législation , La Convention
decrete que tous les jugemens rendus en exécution de la
loi du 30 vendémiaire dernier, contre les ecclésiastiques par les
tribunaux criminels seront exécutés sans 1appel ni recours au
tribunal de cassation .
Séance d'octodi , 28 pluviôse.
On a vu dans une des précédentes séances que le député
Bailleul , détenu à la Conciergerie , se plaignait d'avoir subi
un interrogatoire au tribunal révolutionnaire , quoiqu'il ne fût
pas décrété d'accusation, Aujourd'hui le président du tribunal
revolutionnaire
( 353 )
révolutionnaire adresse la lettre suivante à la Convention
nationale.
Citoyens législateurs , la maniere dont les journaux ont
rendu la réclamation du citoyen Bailleul , exige du tribunal ,
plutôt encore pour l'intérêt public que pour sa réputation
particuliere , à laquelle néanmoins il se fait gloire de tenir
beaucoup , une courte explication . L'interrogatoire que l'on
a fait subir au député Bailleul a été une erreur purement
matérielle ; l'existence de ce député , à la Conciergerie , maison
destinée à contenir tous ceux qui sont traduits au tribunal
révolutionnaire , l'envoi même de certaines pieces à l'accusateur
public , ont prêté à cette erreur. Une seconde cause est le
d'attention qu'en général l'on est forcé de faire aux exceptions
presque toujours hazardées par les prévenus , et le tourbillon
d'affaires qui environne le tribunal a pu distraire un instant l'un
des juges , des principes auxquels nous avons mille fois rendu
hommage , er qui sont connus des gens les moins éclairés.
peu
" Celui donc quê aurait pu soupçonner que par cet intcrrogatoire
, ce qui n'est que de pure forme et qui ne commence
point la procedure , comme il semble qu'on l'a pensé par la
rédaction du décret qui suspend cette procedure ) celui dis -je ,
qui aurait pu soupçonner qu'on aurait voulu porter la moindre
atteinte à la représentation nationale , ou faire un acte extensif
d'autorité , celui - là serait dans une erreur d'abord peu vṛaisemblable,
affligeante pour les juges du tribunal révolutionnaire ,
et sur-tous dangereuse pour la confiance et l'estime dont le
tribunal a besoin pour être vraiment utile à la chote publique ;
car , citoyens représentans , ce qui soutient les membres de ce
tribunal dans leurs fonctions aussi habituellement pénible ,
c'est la réputation dejustice et d'intégrité qu'il s'est acquise dans
La République ; c'est la confiance dont l'investit et le récompense
la Convention nationale , Cet événement nous fournit une
occasion, de vous demander une loi précise contre ceux qui
cherchent à avilir la représentation nationale ; nous gémissons
tous les jours de ne pouvoir punir que par la déportation qui est
la peine bannale pour tous les délits non prévus , un crime qui
nous paraît le plus éversif de la liberté et le plus efficacement
contre-révolutionnaire , s'il pouvait jamais être suivi de quelque
succès . 99 - Renvoi de la lettre aux comités de salut
public et de sûreté générale ,
/
Organe du comité de sûreté générale , Vouland à fait rendre
le décret suivant :
Art . 1er . La commission extraordinaire établie à Commune--
Affranchie , en exécution du décret du 21 vendémiaire ,
ne peut juger que les contre révolutionnaires de Lyon et autres
individus qui auraient pris parti à la révolte qui a éclaté dans
cette commune ; en conséquence , les citoyens et membres
des corps administratifs du département de l'Ain et autres
départemens ne peuvent être traduits devant cette commission
Tame VII.
A a
( 354 )
extraordinaire , pour raison d'écrits et arrêtés fédéralistes
auxquels ils auraient coopéré.
II. Les tribunaux révolutionnaires ou commissions extraordinaires
établis dans les départemens , soit par décret
de la Convention nationale , soit par des arrêtés des représentans
du peuple , ne peuvent juger que les prévenus de
délits dont la connaissance leur est attribuée expressément ,
soit par décret ou arrêté de leur établissement , soit par des
décrets ou arrêtés particuliers . ‚
Séance de monodi , 29 Pluviôse.
3
Le rapport sur le sursis accordé à Chaudot a été fait dans
cette séance le rapporteur des comités de législation et de
sûreté générale a exposé que le motif de la condamnation
de cet accusé n'était point , comme on l'a prétendu , le fait
matériel de sa signature apposée en second aux actions de
l'emprunt ouvert pour les ennemis de la République , mais
des preuves acquises de sa complicité dans cette opération .
Il a ajouté que , quelque commisération que meritât la situation
de ce condamné , la Convention ne pouvait porter atteinte
l'institution des jurés . Goffroy a parlé en faveur de
Chaudot ; mais la Convention , fidelle aux principes , a levé
le sursis et a ordonné l'exécution du jugement du tribunal .
Laignelot et Lequinio , représentans du peuple à Rochefort
, informent la Convention nationale du supplice de trois
●fficiers: de marine , convaincus d'avoir arboré le drapea
blanc , d'avoir combattu et conduit les patriotés de cette
contrée à l'échafaud . Ils ajoutent que l'esprit du peuple est
excellent , et que la flotte brûle de combattre nos lâches
voisins . *.
}
-
Les représentans du peuple à Commune- Affranchie écrivent
`que les événemens se succedent dans cette commune avec
une severe uniformité . Cette ville rebelle servira d'exemple
à toutes les communes qui voudraient imiter sa criminelle
audace. Litt
Le navire américain nommé le Lawrens , capitaine White ,
parti de Charles-Town le 7 février , allant à Londres avec
une cargaison de ris et d'indigo , avait été pris par le cor
sire le Sans- Culotte , de Honfleur , le 20 mars , à environ
six lieues de Portland . Le tribunal du Havre-Marat avait erdonné
la main - levée du bâtiment et de la cargaison , et condamné
les armateurs à faire les réparations nécessaires au
Lawrens , pour le mettre en état de continuer sa route , et à
payer au capitaine Américain des dommages , ainsi que les
frais de la procédure . Ce jugemert fut confirmé par deux
arrêtes du conseil exécutif. Les armateurs et l'équipage du
corsaire le Sans- Culotte insistaient auprès de la Convention ,
pour l'engager à déclarer le navire américain de bonne prise .
Mais sur le rapport de Jean-Bon- Saint-André , et conforme-
د ه ش
2
( 855 )
ment à l'acte de navigation , qui maintient pleinement le
traité de commerce avec les Etats-Unis , la Convention a déclaré
qu'il n'y avait lieu à délibérer sur cette pétition , et a donné
par-là une nouvelle preuve de sa justice et de son affection ,
inaltérable envers ses alliés .
M
PARIS , duodi , g Ventôse.
On éprouve ici depuis plusieurs jours de la difficulté à se
procurer de la viande . Cela tient à plusieurs causes . D'abord ,
le grand approvisionnement de nos armées . Ce motif est si
bien senti par les Républicains , qu'il suffit de l'indiquer pour
les engager à supporter patiemment toutes les privations . En
second lieu , la contradiction qui existe entre la loi du max mum
et la liberté accordée de vendre les bestiaux sur pied de gré ,
à gré , ce qui laisse à l'égoïsme cupide des vendeurs toute son
activité . Le remede est facile à trouver. Aussi la Convention
s'occupe - t- elle d'une loi nouvelle pour comprendre dans le
maximum les bestiaux sur pied , et donner une nouvelle proportion
au tarif de toute espece de denrées , et bientôt les inquiétudes
ne subsisteront plus..
Un autre abus a été arrêté dans sa source : on vendait dans
les marchés des vaches et des brebis pleines. La section des
Quinze-Viugts a fait arrêter les bouchers qui s'étaient permis de
tuer de pareils animaux , et le conseil de la commune a arrêté
une adresse à la Convention pour demander une loi repressive
contre ce genre de délit .
༣
On délivre dans chaque section des bons aux aubergites et
aux hôpitaux , pour avoir la quantité suffisante de viandes pour
leur consommation journaliere. A l'égard des traiteurs et
restaurateurs de luxe , on s'en rapporte à la prudence des
comités révolutionnaires .
+
La société des Jacobins , ayant appris que Robespierre et
Couthon étaient malades , a nommé une députation pour rendre
visite à ces deux estimables représentans du peuple .
Le conseil de la commune et toutes les sections ont célébré,
avant hier , dans le temple de la Raison , ci - devant Notre-
Dame , une fête à l'occasion du décret qui prononce l'affran
chissement des Noirs dans l'Amérique . Chaumette a prononcé
un discours analogne à cette circonstance.
Le tribunal criminel révolutionnaire a condamné à la peine
de mort Jacques - Philippe-bsaac Guéau- Reversaux , natif de
Paris , âgé de 55 ans , ex-noble , conseiller honoraire du ci- devant
roi , en tous ses conseils , maître des requêtes de son
hôtel , ex -intendant de la ci-devant province de Bourbonnois ,
A a 2
( 356 )
et du ci- devant pays d'Aunis , demeurant à Chartres ; convaincu
d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis
extérieurs de la République , tendantes à faciliter l'entrée des
troupes coalisées sur le territoire français , pour parvenir à
dissoudre la représentation nationale et les autorités légitimes,
et à rétablir la royauté en France , et d'avoir tenu des propos
tendans à empêcher le recrutement , pour que les frontieres
demeurassent dégarnies .
J. J. Debaune , natif d'Amsterdam , négociant à Paris , rue
Montmartre ; François-Romain Brichard , natif de Brony , notaire
public , rue Saint-André-des -Arts ; François Mestiviert
clerc de Brichard , notaire ; J. B. Viette , demeurant à Paris,
place Thionville , fabricant jouaillier , de témoin deveun accase
; V. J. B. Chaudot , notaire publie , demeurant à Paris ,
rue J. J. Rousseau convaincu d'avoir mis en circulation ,
sous le nom d'emprunt , miile actions de cent liv . sterling
chacune , et leurs coupons d'intérêts à cinq pour cent , au
profit de Georges de Galles , de Frédéric d'York et de Guillaume-
Henri de Clarence , fils de Georges , roi d'Angleterre ,
sous la garantie d'une obligation par eux souscrite à Londres ,
le 5 juin 1790 , à la disposition de J. J. de Baune , ont été
cendamués a la même peine.
Le même jour de l'exécution du bijoutier Viette , l'un des
condamnés ci- dessus , son fils se rendit aux Champs -Elisées ,
où il se brûla la cervelle d'un coup de pistolet,
On peut juger , par les deux pieces suivantes , de l'état de
déesse où se trouvent les émigrés :
Lettre de Broglie à monseigneur comte d'Artois.
MONSEIGNEUR ,
Dusseldorf , le 18 janvier 1794-
Les émigrés Français rassemblés dans l'arrondissement de
Dusseldorf ont voulu que je leur servisse d'interprête auprès
de votre altesse royale , pour lui rendre les sentimens dont
ils ont été affectés lorsque je leur ai donné connaissance de
la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 11 de
ce mois , dans laquelle la sensibilité et la noblesse de votre
ame se peignent d'une maniere si touchante et si vraie .
Cette lettre a porté dans tous les coeurs l'attendrissement
de l'admiration et de l'amour , et l'intérêt que vous daignezprendre
à la situation fâcheuse où se trouvent ses bons et
fidels serviteurs en adoucissant leurs malheurs ne leur fait
sentir que plus vivement les vôtres .
,, Leur premier et unique mouvement en apprenant l'usage
que vous voulez qu'il soit fait du present que vous avez reçu
de l'impératrice de Russie , a été de demander qu'il fût permis
( 357 )
d'envoyer quelques-uns de leurs membres le reporter à votre
altesse royale , et la conjurer avec la plus vive instance de
conserver un gage aussi précieux de l'amitié de cette illustre
souveraine .
" Je n'ai pu calmer ce sentiment si juste et seul digne de
répondre à celui de votre altesse royale qu'en faisant connaître
aux généreux gentilshommes que ce serait lui déplaire
de ne pas accepter dans ce moment le secours qu'elle daignait
leur offrir , et en les assurant que cette superbe collection ne
serait pas aliénée , et rentrerait en vos mains dans un tems
plus heureux .
Nous espérons , monseigneur , qu'ils ne sont pas êloignés ;
mais quoi qu'il en arrive , puisque nous trouvons en vous les
sentimens que le graud Heuri marqua toujours pour la 110-
blesse votre altesse royale éprouvera de sa part la même
fidélité et le même dévoûment , et si elle ne peut plus lui
offrir les ressources de ses biens et de fortune , elle prodiguera
son sang et sa vie , et mettra son bonheur et sa
gloire à périr s'il le faut sous vos yeux et avec vous .
2
sa
.
" Mais la justice de la cause que vous défendez avec tant
de fermeté et de constance doit faire concevoir l'heureuse .
, espérance que la vérité triomphera enfin du crime , et que
l'ordre rétabli , vous jouirez du fruit de vos travaux .
" Ce sont les voeux que les émigrés de cet arrondissement,
et certainement ceux de tous les autres , forment pour votre
altesse royale et pour les princes vos fils , qui se montrent,
dignes de vous , monseigneur , par le sacrifice qu'ils font d'une
épée à laquelle la main dont ils l'avaient reçue , donne une
valeur inappréciable .
Ils me font l'honneur de vouloir en recevoir une de moi..
J'obéis à leurs ordres , en chargeait le prince de Reves de leur,
présenter la mienne ; elle ne peut avoir de prix que par le
cri de vive le roi gravé sur la lame , et qui l'est bien plus .
profondément dans mon coeur. ”
J'ai l'honneur d'être avec le plus inviolable attachement et
le plus profond respect ,
Monseigneur ,
De votre altesse royale , le trèshumble
, etc. DE BROGLIE.
Copie d'une lettre écrite par monseigneur comte d'Artois , à M. le
maréchal de Broglio ,
A Ham , ce 11 janvier.
Mon coeur est si vivement touché et profondément affecté ,
mon cher maréchal , de l'état affreux où sont réduits mes dignes
compagnons de fidélité et de malheur , et j'éprouve taut de
retard pour obtenir les secours que le régent n'a cessé un
instant de solliciter , que je n'hésite pas à remettre entre vos ;
/ ( 358 )
5 mains la derniere ressource que je tiens de l'impératrice de
Russie . Je n'ai pas besoin de vous recommander l'emploi que'
vous devez faire des fonds que vous vous procurerez par la
vente des médailles et du diamant : non - seulemunt je m'en
rapporte à votre sagesse , mais vous savez que les plus mal-,
heureux et les plus souffrans sont en ce moment pénible les
plus chers à mon coeur . Je vous ai déja parle , mon cher maréchal
, de l'extrême embarras où je me trouvais personnellement
; mais je ne se compterai jamais pour rien , lorsqu'il
s'agira de satisfaire le plus pressant besoin de mon coeur. En
conséquence , je charge M. du Verne de vous remettre la somme
de 3 ou louis pour subvenir aux premiers frais , et pour vous
donner le tems de vendre , aux meilleurs conditions possibles ,
les médailles et le diamant . J'ai la certitude que j'honore les.
dons de l'impératrice en les employant à un usage aussi sacre ;
mais je vous déclare , mon cher maréchal , que mon intention
formelle est que ce faible secours soit compté pour rien , ai
pour les fonds qui doivent être versés dans la caisse de Dusseldorff,
ni pour les justes demandes que vous aviez formées
au moment où nous espérions que l'emprunt de Hollande
aurait du succès . Entin , si je ne parvenais pas encore à obtenir
le: secours que je sollicite avec plus d'ardeur que jamais, si
je me trouvais alors dénué de tout moyen personnel pour me
porter où le service du roi l'exigerait , je conserverais encore
une ressource précieuse dans le coeur des gentilshommes Frangais
; et avec un tel appui , le chemin de l'honueurr sera toujours
ouvert pour moi .
i
Ne perdez pas un instant , mon cher maréchal , pour
employer cette faible ressource . Je serai trop récompensé si
elle peut sonlager une partie des excellens Français auxquels
toute mon existence est consacrée .
1 Recevez , mon cher maréchal , l'assurance de tous mes
sentimens de confiance , d'estime et d'amitié . "
Signe , Charles -Philippe .
P. S. Mes enfans possédaient une épée qui était un don de
mon malheureux frere . Ils vous l'envoient , mon cher maréchal
, pour l'employer au même usage . Ils vous prient de leur
donner en échange , une des vôtres , pour les conduire plus
sûrement dans la route de l'honneur que vous avez si fidelement
et si glorieusement suivie .
NOUVELLES.
ISLE DE CORSE. Bastia , 2 pluviêse .
Depuis que les forces combinées ont été chassées de Toulon ,
une escadre anglaise menace nos côtes . Hier trois gros vaisseaux
( 359 )
se
sont approchés de la côte de Noura , dans le golfe
Saint-Florent ; ils ont tenté de faire un débarquement pour
aller brûler les moulins qui nous ervent à réduire en farine
la subsistance de la troupe . Il est parti de Saint - Florent une
felouque armée et une chaloupe portant des grenadiers . J'ai
fait partir sur-le -champ de Bastia une compagnie de grenadiers
pour gagner les hauteurs . Il était beau de voir les compagnies
de grenadiers se disputer à qui marcherait ; toutes voulaien
marcher; nous avons contraint les Anglais à prendre- la fuite .
,, La frégate la Melpomene , partant du 18 , allant en France ,
étant restée en calme à deux lieues de Calvi , a été attaquée par
deux frégates anglaises , au moins de meme force ; et après un
combat de trois heures , pendant lequel le brave capitaine Gay
et son équipage se sont battus avec intrépidité , les deux frégates
anglaises ont fait signe de détresse , et ont quitté la partie. On
a envoyé de Galvi , à la vue de qui se passait ce combat , des
chaloupes , pour remorquer la Melpomene , qui est entrée dans
ce port , de même que la Mignonne.
Signé LACOMBE SAINT- MICHEL .
ARMEE DES PYRÉNÉES OCCIDENTALES.
Chauvin Dragon , 17 pluviôse . Nous avons déja annoncé dans
le post- scriptum du dernier numéro , l'avantage important remporté
sur les Espagnols . Voici le rapport officiel du général de
brigade Fregeville.
T
Nous avons été attaqués ce matin par les Espagnols ; ils
ont commencé par forcer le poste du Rocher, ainsi que celui du
Calvaire ; ils ont marché ensuite sur cinq colonnes . Celle qui
a forcé le poste du Rocher s'est mise en bataille sur le Calvaire,
et est restée là. Une seconde colonne marchait par le dosd'âne
sur les deux Mamelons , ei avait l'air de se diriger sur
Vrugne. Une troisieme venait de la montagne de Louis XIV ,
et s'est dirigée vers la Croix - des - Bouquets . La quatrieme a
marché sur le café républicain ; la cinquieme s'est portée sur
le plateau , en avant d'Andaye. Tous nos avant- postes , attaqués
par des forces si considérables , ont été obligés de se replier ,
car j'évalue le nombre des Espagnols qui ont marché à 14 ou
15 mille hommes. Il me paraît que leur projet était de brûler
nos barraques du camp des Sans - Culottes. Tout le feu de leurs
obusiers et de leurs mortiers a été dirigé là - dessus . A la droite ,
ils ont mis la plus grande opiniâtreté à vouloir la forcer. A
la gauche , ils sont venus jusqu'à la redoute de la liberté .
Deux fois ils ont tenté de l'emporter de vive force , deux fois
ils ont été repoussés par nos braves Républicains de la maniere
la plus brillante .
Le feu a été général depuis sept heures dn matin jusqu'à
midi , et sur la gauche , il était encore très- vifà deux heuress
mais dès midi , le général Espagnol a fait donner le signal de
( 360 )
retraite . Il nous a été impossible de poursuivre les ennemis
dans leur retraite , au centre et à la droite , vu le peu de forces
que j'y ai . A la gauche , ils ont été poursuivis par nos grenadiers
, et le premier et deuxieme bataillon de la cinquieme
demi brigade d'infanterie légere , jusques sous le feu de leurs
batteries Je ne saurais douner assez d'éloges à nos braves freres
d'armes , et à la maniere dont a été servie l'artillerie .
" Je crois que cette bataille est une des plus glorieuses
pour les armées de la République , qu'il y ait eues dans cette
partie . Le feu a été continuellement si vif , que je n'en avais pas
entendu de pareils depuis la bataille de Jemmape . J'évalue notre
perte à 60 ou So morts . Nous avons 155 blessés ; mais il n'y
en a qu'une quinzaine qui le soient griévement . Je ne puis
dire au juste quelle est la perte des ennemis ; mais j'oserais
parier que tnes ou blessés , ils ont 1,200 hommes hors de
combat. Ils ont en outre le régiment d'Ultonia excessivement
maltraité . Un déserteur Espagnol a dit que ce régiment avait
été quasi détruit . J'ai vu un de nos boulets empórter un
officier suivi par deux ordonnauces , que je crois être un officier.
supérieur , peut être même un officier général . 29
Le reste du rapport du général de brigade Fregeville n'est
relatif qu'aux éloges qu'il donne à si juste titre ad officiers
qui se sont distingués et aux braves troupes qu'il commandait .
Il est à croire que l'armée des Pyrénées orientales , renforcée
par l'armee victorieuse de Toulon , et qui est forte actuellement
de 60,000 hommes , ne tardera pas d'agir d'une maniere of
fensive .
ARMÉE DE LA MOSELLE.
Oggersheim , 14 pluviose . On connaît maintenant le motif
de l'envoi d'un adjudant- général et d'un trompette au camp
ennemi sous Manheim ; c'etait pour sommer la ville de se
rendre . Cette sommation n'était qu'une ruse de guerre pour
masquer la retraite de l'arme française , qui s'est replice en
effet sur nos frontieres . L'avant -garde , ainsi que le général
Hoche , sont déja arrivés à Sarre Libre . On présume que
cette armée va se concerter avec celle des Ardennes pour se
porter du côté de Treves.
ARMÉE DU NORD.
En arrivant à cette armée , le général Pichegru a débuté
avec ses freres d'armes par une proclamation , où l'on voit
le ton franc et modeste d'un brave sans - culotte , qui s'honore
de commander à des républicains .
STACK .
BIBLIOTHEK
MONCHAN
1
A V I S.
etc.
ON observe que les Rédacteurs n'ont rien de
commun avec l'Abonnement , la distribution >
C'est au citoyen GUTH , Directeur du Mercure ,
hotel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
abjets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient rester au rebut.
Les personnes qui enverront au citoyen GUTM
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de quoi
ils ne seraient pas acquittés . Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
La prix de l'Abonnement est de trente- fix livres
franc de port pour les Départemens ct pour Paris.
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hôtel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure. L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois .
Les Souscripteurs du mois deFévrier (V.S. ) sont priés
de renouveller de bonne heure leur Abonnement , afin
qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses es
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; ou joindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères