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1793, 05-06, t. 3, n. 92-100 (4, 11, 18, 25 mai, 1, 8, 15, 22, 29 juin)
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LIBERTE , EGALITÉ .
( No. 92. )
SAMEDI 4 Mai
1793
l'an deuxieme de la République.
MERCURE
FRANÇAIS
,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Arts divers , doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , no. 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 Livres
franc de port.
CALENDRIER
POUR L'ANNÉE 1793 .
Mai a 31 jours & la Lune 30. Du premier au 31 ,
les jours croiffent , matin & foir , de 38 minutes.
JOURS J. PHASES Tems moyen
du NOMS DES SAINTS. de
Mors.
merc. Jacques & Philippe.
au Midi vrai.
de la
L. LUNE. H. M. S.
22 11 56 48
2 jeudi Athanafe , évêque.
23
11 56 41
3 vend. Invention de Ste Croix. 24D. Q. 11 56 34
4lam. Ste Monique , veuve. 25 le 3 , à 4 11 56 28,
SSD. Converf. de S. Auguftin .
6 lundi Les Rogations.
7mardi Staniflas , évèque. mardi
8 merc. Defiré , évêque.
9jeudi L'ASCENSION .
10 vend. Gordien.
11fam. Mamert , évêque.
26 h. 34 m. 11 56 23
27 du mat. 11 56 18
28 11 56 14
29 11 56 10
130
%
11 56
N.L. 11 56 S
2 le 10 , à 3 11 56 3
126 D. Nérée , martyr.
h. 40 m. II
56
13 lundi Servais , évêque .
14 mardi Pacôme .
4
du mat.
Smerc. Ifidore.
16 jeudi Honoré , évêque.
17vend . Pafcal.
18 fam, Vigile- Jeûne.
19 D. LA PENTECOSTE.
20 lundi. Auftrégefile.
21 mardi Hofpice.
12
22 merc. Quatre-temps, 33
23 jeudi Didier , êvêque..
14
24 vend. Donatien.
IS
2) fam. Urbain , pape .
16
261 D. La Trinité.
27 lundi Jean , pape.
17
93
11 56
11 56
IT
56
11 56
3
3P. Q.11 56
le 18, à 1 a
56
1002 3400 ~ too moo t
h. 2 m. II 56 11
du mat. 11 56 14
11 56
II 56
11 56
P. L. 11 56
le
25,4 11 56
18h . I m .
du foir.
28 mardi Germain , év . de Paris. 19
29 merc . Maximin.
30 jeudi FETE-DIEU.
II FG
II 56
23
28
34
40
46
53
20
21
II 57 I
11 57 9
31 vend . Sainte Pétronille .
[22 ] 11 17 17
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE PATRIOTES.
Samedi 4 Mai 1793 ,
République,
l'an Ile. de la
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , rue des Poitevins ,
No. 18.
TABLE des matieres littéraires , depuis le 30 Mars jusqu'au
V
27 Avril 1793.
ERS à M. de Florian ...
Charade , Enigme , Logogriphe ....
Etat actuel de l'Empire Ottoman , par Elias Abesci .
Traduction de la VIe . Elégie du Ier. Livre de Tibulle ...
Charade , Enigme , Logogriphe ..
Fables par M. de Florian...
Conte Suite des Souvenirs du coin du feu ....
Vers à Julie Candeille ..
Charade , Enigme , Logogriphe .
La Mort d'Abel , Tragédie .
page 217 .
ibid et surv.
218.
277.
278.
280.
288.
34
ibi
351.
Annonces ..
Driope , Fable , etc...
359.
407.
Charade . 409 .
Stratonice , Comédie héroïque .. 410 .
Annonces
411
Bayerische
Staatsbibliothek
München
1
( N°. 92.1793 . )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 4 MAI , l'an deuxieme de la République.
CHANS O N.
/ AIR, Du serin qui te fait envie . A Mde....
I.
Toi , le fléau de la terre ,
Loin d'ici , fougueux conquérant:
Monstre , qui pour une chimere
Fais répandre des flots de sang ,
Fuis cet asyle solitaire
Et du repos et du bonheur :
A tous les lauriers j'y préfere
Mes feux, ma Thémire et son coeur.
I I.
Vil esclave de la richesse
Dont Plutus reçoit tous les voeux ,
Dont le coeur desire sans cesse
Sans jamais être plus heureux ,
Crois -tu que ta riche misere
Soit comparable à mon bonheur ?
A tous les trésors je préfere
Mes feux , ma Thémire et son coeur.
III.
Toi qui dans la docte poussiere
Ne songes qu'à t'ensevelir ;
Que pour une gloire légere
Sur les livres on voit pâlir ;
Bel - esprit , lutte contre Homere ,
Deviens le plus fameux auteur :
A tous les talens je préfere
Mes feux , ma Thémire et son coeur .
IV.
Sophiste orgueilleux et farouche
Qui frondes les tendres ardeurs ,
Distilles le fiel de ta bouche
Sur l'amour et sur ses douceurs ;
Mais crains d'entrevoir ma bergere
Si tu veux garder ton erreur ;
Qui la voit, l'aime , à toutpréfere
Ses feux , ma Themire et son coeur.
DE WIDRANGES , S.
LOGO GRIPHE.
Je ne veux pas te faire trop attendre ,
Et pour un mot exciter ton humeur !
Je t'offre , Églé , le mois qui fait entendre
Du rossignol le réveil enchanteur ;
Un nom bien cher pour tout être sensible ;
De tes appas le tyran destructeur .
Cinq pieds , enfin , vont te rendre visible
Ce que tes traits ont laissé dans mon coeur.
Explication des Charade et Enigme du No. 91 .
Le mot de la Charade est Verrat ; celui de l'Enigme est Soulier
1 A 2
(4)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Catherine ou la Belle- Fermiere , comédie en trois actes , en prose
mêlée de chant ; représentée sur le théâtre de la République, le
27 novembre 1792. Paroles et musique de Julie Candeille. Prix ,
30 sous. A Paris , chez Maradan , libraire rue du Cimetiere
St.-André- des-Ares , no. 9.
CET ouvrage se joue depuis quatre mois avec un succès qui
ne ss'est pas démenti
un moment
on pourra
sans
doute
mettre
une
partie
d'un
si brillant
succès
sur le compte
des accessoires
particuliers
à la représentation
de cette
piece
, et qui
véritablement
ajoutent
quelque
chose
à l'agrément
et à l'effet
du
spectacle
; mais
si la musique
, le chant
, l'organe
, le talent
de
l'exécution
sur
un instrument
le plus
séduisant
de tous
entre
les mains
d'une
belle
femme
, sont
des
avantages
étrangers
en
eux-mêmes
du
mérite
dramatique
, s'ils
n'appartiennent
pas
à l'ouvrage
de Mlle
. Candeille
, ils appartiennent
du moins
à
l'auteur
, et il est
aussi
glorieux
que
rare
de n'avoir
besoin
que
que
de soi-même
pour
joindre
à une
piece
de théâtre
tant
d'ornemens
qui
la font
valoir
, parce
qu'ils
y sont
placés
de
maniere
à faire
partie
de l'action
. On peut
dire
, avec
vérité
,
que
Mlle
. Candeille
pouvait
seule
embellir
ainsi
son
ouvrage
:
elle
y offre
la réunion
de tous
les talens
. Ils ont
enchanté
le
public
sur la scène
; mais
à la lecture
, tous
ces
moyens
de
éduction
disparaissent
, l'ouvrage
est seul
, et ne peut
plus
se
soutenir
que
par
le mérite
dramatique
; et heureusement
encore
ce mérite
se retrouve
ici , très- indépendant
de la représentation
, et l'on
n'est
point
tenté
, en lisant
la piece
, de se
reprocher
le plaisir
qu'on
a eu à la voir
.
•
au
Il serait superflu d'en faire l'analyse on en rendit un compte
exact dans ce même journal , à l'article des spectacles ,
moment de la nouveauté , et il ne s'agit aujourd'hui que de
résumer en peu de mots le jugement général qu'on en a pórté.
On y a trouvé non- seulement beaucoup d'esprit ( ce qui n'a
surpris personne ) , mais ce qui est d'une toute autre importance
et d'une bien plus grande difficulté , un vrai talent dramatique
. La piece est bien conçue dans son ensemble , bien
conduite d'un bout à l'autre , il y a de l'intérêt dans les situa
tions et de l'art dans les moyens . L'intrigue excite la curiosité
dès le premier acte ; elle se noue d'une maniere aussi
imprévue qu'attachante , dans le second ; elle intéresse , an
troisieme , jusqu'à faire couler quelques- unes de ces douces
larmes qui peuvent se mêler un instant avec la gaieté comique ;
et le dénouement, qui satisfait tous les spectateurs , est aussi
"
( 3 ) 曩
bien ménagé , aussi bien suspendu qu'il est possible. Les
événemens ne sont annoncés qu'autant qu'il le faut pour ne
pas paraître invraisemblables , et ne le sont pas assez pour
ôter le plaisir de la surprise et l'inquiétude des obstacles. Les
ressorts généraux , tels qu'un amant déguisé en valet près de la
femme qu'il aime , un vieil oncle , un armateur qui revient des
Indes enrichirpour unefamille pauvre, avaient déja été employés;
mais les résultats sont nouveaux , et c'est tout ce qu'on peut
exiger. La scène du second acte , où la rencontre inopinée de
Fierval et Lussan met à la fois tous les personnages en situa
tion , d'une maniere différente , et les fait connaître tous en
un moment au personnage qui vient d'arriver ; cette scène ,
qui excite à la fois tant de craintes , d'embarras , d'alarmes
et de soupçons dans tous les acteurs , est vraiment neuve
piquante , ingénieuse et singulierement théâtrale . Tous les
caracteres sont bien tracés et bien combinés l'un pour l'autre ;
aucuu n'est chargé ni forcé. La sensibilité de Lussan , la fatuité
de Fierval , la naïveté de Fanchette , la bonhommie franche et
brusque du vieux d'Orneville , la tendresse délicate et noble
de Catherine , tout est nuancé avec autant de vérité que de
haesse , et cette finesse même est couverte , comme elle doit
l'être , par la simplicité et le naturel du dialogue , qui d'ailleurs
offre beaucoup de mots heureux ; j'entends par mots
heureux, non pas des traits saillans , mais des mots qui ne
peuvent être dits que là où ils sont ; c'est là ce qui est heureux
au théâtre. La Belle - Fermiere y restera : elle est supérieurement
jouée , et Michau ( sans parler ici des autres à qui l'on
a déja donné ailleurs les louanges qu'ils méritent ) a rappellé
aux amateurs le naturel de Préville.
MUSIQUE.
Les partisans de la Belle-Fermiere et ils sont nombreux } .
aimeront sans doute à retrouver d'agréables souvenirs en chan
tant les jolis airs , et sur-tout la touchante romance de Catherine.
Julie Candeille , auteur des paroles et de la musique ,
vient de les faire paraître arrangés pour la harpe et le piano , de
maniere à faire tomber toutes les ridicules contre-façons qu'on
s'était empressé d'en faire . On les trouvera chez elle , rue
Saint-Lazare , vis - à - vis la rue de la Rochefoucauld , nº . 53 ,
et aux adresses ordinaires de musique. Prix , 2 liv . 8 sous .
On trouve aussi , aux mêmes adresses , la partition de ces
airs et de l'ouverture. Prix , 7 liv. 4 sous.
L
JA 3
( 6 )
CONTE.
Suite des Souvenirs du coin du feu.
Le lendemain , lorsque le cercle des vieillards fut formé , E
Madame d'Elmont prit la parole , et en s'adressant à Closiere ,
j'ai rêvé , lui dit - elle , à la bonne fortune de vos Flamands ;
savez -vous que je n'aime pas cette résistance invincible à recevoir
du jeune Anglais un tribut de reconnaissance ? Car enfin,
s'il n'avait pas eu la main de sa soeur Ambroisine à leur offrir ,
il leur eut donc été redevable de la vie , toute la vie , sans pou
voir soulager son coeur du poids de cette dette immense . Du
poids ! Madame ; et pourquoi voulez-vous que c'en soit un
pour un coeur aimant et sensible ? Le ressentiment des bien
faits est pénible pour les ingrats ; mais il s'agit ici du plus
reconnaissant des hommes, C'est pour cela , Monsieur ,
qu'il devait lui être dur de ne pouvoir pas s'acquitter , -- Eh !
Madame , quel eût été le monceau d'or ou de diamants que,
sir Henri eût pu mettre en balance avec l'obligation qu'il avait
aux Baklers ? Il n'y a que la tendre amitié , que la reconnaissance
pure , qui soit d'un prix à compenser la valeur d'un si
grand bienfait ; et sans cela , ni la main d'Ambroisine , ni sa
fortune , ni celle de Henri , n'aurait pu l'acquitter. Je suppose ,
au contraire , que n'ayant rien au monde à donner à son bien.
faiteur , ni aucun service à lui rendre , il l'eût aimé , il l'eût
béni , il l'eût recommandé au ciel , comme il faisait sur le
champ de bataille ; c'eut été là , Madame , lui payer son bienfait
; et Bakler pensait dignement de n'en pas vouloir davantage .
Mais , mon voisin , lui dit Madame d'Ervilly , avec ces voeux
stériles et ces sentimens purs , ne mettez- vous pas les ingrats
bien à leur aise ? Oh point du tout , Madame ; car je laisse
aux bienfaits tous leurs droits au retour des bons offices mutuels
. Mais à des bienfaits impayables j'attache envers les hommés
, comme envers Dien lui -même , un genre d'obligation que
le coeur seni peut acquitter , et qui l'enveloppe et l'enchaine
des noeuds indissolubles de la reconnaissance . Or , c'est - là surtout
ce qui gêne la misérable vanité et le triste orgueil des ingrats
: le poids qui leur presse le coeur , c'est cette obligation
de chérir , d'honorer , de voir toute leur vie d'un oeil reconnaissant
l'homme qui leur a fait un bien qu'ils ne peuvent lui
rendre . Tant qu'ils se sentent redevables , ils sont mal à leur
aise avec lui , devant lui ; ils s'indignent de tant devoir à leur
égal ; ils se demandent de quel droit il a sur eux cet avantage .
C'est peu d'atténuer son bienfait , ils le dénaturent pour le
rendre méconnaissable . Impatients de lui trouver des torts ,
ils lui en supposent s'il n'en a point ; et s'ils ne peuvent l'oulier
, ils finissent par le hair, Ah de quel vice monstrueux
( 7)
nous parlez- vous ? D'un vice aujourd'hui plus commun qu'il
ne le fut jamais ; mais qui dans tous les tems ne fut que trop
dans la nature . Ecoutez les aveux que nous fait Montaigne lui
même , d'ailleurs homme honnête et loyal . Je me connais bien ,
nous dit - il , mais il m'est mal aisé d'imaginer nulle si pure libéralité
de personne envers moi , nulle hospitalité si franche et gratuite,
qui ne me semblât disgraciée, tyrannique et teinte de reproche ,
si la nécessité m'y avait enchevrêté ...... Elle se paie à l'aventure
quelquefois , dit-il ailleurs en parlant de l'obligation d'un bienfait
; mais elle ne se dissout jamais cruel garottage , à qui aime
d'affianchir les coudées de sa liberté ! Tel est le supplice de ceux
qui ayant sans cesse besoin d'autrui , voudraient cependant
ne tenir à autrui par aucun lieu .
Et quel est , reprit Norival , l'homme assez insensé pour se
fatter de passer sa vie sans avoir besoin de personne . J'en connais
un , dit Madame de Balme ; et je vais vous conter comment
il fut puni de son orgueil .
M. Lermand , mon voisin de campagne , avait laissé deux
fils , et à chacun des deux un héritage en fonds de terre attenants
l'un à l'autre ; mais à l'aîné de plus grands biens . Cet
aîné , vain de son opulence , disait à qui voulait l'entendre,,
qu'il était en état de se passer de tout le monde ; que tout ce
qu'il avait , il le tenait de sa naissance , et qu'il trouvait dans
sa fortune de quoi ne jamais rien devoir, Il payait rigoureusement
les services qu'on lui rendait ; mais avec lui la bienveillance
, la bonne volonté , le zele étaient perdus ; il réduisait
tout en salaire . On l'appellait Lermand le Fier . Son frere
Eugene , moins riche et plus modeste , avait sans cesse dans
la bouche la fable de la colombe et de la fourmi. Il prenait un
plaisir sensible à se voir servi de bon coeur . Je ne suis pas
glorieux , disait - il , du peu de bien que je fais aux autres ;
mais je suis glorieux de celui qu'on me fait : car l'homme qui
m'oblige , me témoigne qu'il m'aime ; et y a- t - il rien de plus
honorable et de plus beau que d'être aimé ? Que dans les rigueurs
de l'hiver je consente que le vieillard , la bonne mere
et ses enfans se chauffent des débris de mes bois ; qu'il y ait
chez moi du bouillon et du vin pour les malades de mon village
; qu'au laboureur à qui la grêle a enlevé l'espérance de
sa récolte , j'avance le grain des semailles ; que j'en console
un autre en lui aidant à remplacer le boeuf qu'il a perdu ; enfin
qu'une partie de mon revenu se répande autour de moi il
ne m'en coûte à moi que des privations légeres ; et si , moins
à mon aise j'en suis plus économe , plus tempérant , moins
délicat dans la recherche des voluptés , des commodités de la
vie , c'est un bien que je me suis fait il n'y a pas de quoi
me vanter. Il n'en est pas de même quand je vois mes vomins
garder mes bois et mes moissons comme les lears , se disputer
l'occasion de m'être utiles , et m'offrir de quitter leurs travaux
pour vaquer aux miens, Alors c'est moi qui suis l'objet de la
:
A 4
( 8 )
-bienfaisance publique ; et loin d'en être humilié , je me complais
dans mes obligations et je me glorifie de ma reconnaissance
: c'est la dette du coeur , c'est le devoir d'aimer celui
qui nous aime et qui nous oblige ; et rien au monde n'est si
doux . Enfin s'il est vrai , disait- il , qu'on s'attache par ses bienfaits
, pourquoi m'affligerai -je qu'on tienne à moi par ces liens?
Une ame froide , indolente et vaine peut aimer mieux être en
pleine franchise ; mais pour une ame active , sensible et bienveillante
, je ne puis concevoir qu'un bienfait lui soit importun
; à moins cependant qu'il ne vienne de quelque main qui
l'avilisse encore alors , s'il est reçu , faut-il , en rougissant ,
l'avouer et le reconnaître , et ne pas ajouter à l'humiliation
d'en être redevable , le tort plus honteux d'être ingrat .
か
1
Ainsi parlait Eugene. Son frere en l'écoutant lui trouvait
Fame abjecte. Si ce qu'on fait pour moi m'est dû , disait celui-
-ci , le service , quel qu'il soit , ne m'oblige à rien s'il ne
m'est pas dû , je le paie , et m'en voilà quitte . Aussi avait - il
des mercenaires , mais il n'avait pas un ami .
44
:
Un jour la digue de l'un de ses étangs se rompit . Il fallait
à la hate combler la brêche ; il appela tout le village à son secours.
On faisait la moisson ; aucun des moissonneurs ne voulut
quitter la faucille . Laissons , disaient - ils , son poisson
s'échapper le long des prairies et suivre le courant de l'eau ;
la pêche en vaudra mieux pour nous que le salaire qu'il nous
promet. Il se plaignit de leur mauvaise volonté ; ils se moquerent
de sa plainte , et ils lui demanderent si , pour eux ,
ses travaux étaient plus pressés que les leurs .
Quelque tems après le feu prit à l'une des fermes d'Eugene .
Aussi- tôt ces bons villageois accoururent en foule ; et les uns
apportant de l'eau , les autres s'exposant sur les toits au milieu
des flammes : ils travaillerent tant et si bien que l'incendie
fut étouffé . Mes amis , leur dit-il , ces grains et ces troupeaux
que vous avez sauvés , sont à vous , souvenez-vous- en ; et an
besoin ...... Ils répondirent tous qu'ils savaient quel usage il
avait coutume d'en faire , et qu'en courant pour lui le danger
de la vie , ils n'avaient fait que leur devoir , puisqu'il l'avait luimême
plus d'une fois sauvée à leurs femmes et à leurs enfans .
Lermand-le-Fier , un jour , se laissa glisser sur la pente d'un
précipice retenu par un frêle arbuste , il y était comme suspendu
; et l'abîme était à ses pieds . Deux de ces villageois
en passant , l'entendirent criant à l'aide ; ils approcherent ;
et en le voyant , ah ! c'est vous , Monsieur l'indépendant , lui
dirent-ils ! Eh bien ! que nous donnerez- vous pour vous tirer de
là ! ma bourse , leur dit-il , vingt louis . Ce n'est guères ;
mais tout fier que vous êtes il faut avoir pitié de vous . Ils lui
tendirent une corde et le hisserent sur le bord. Tenez ,
dit-il , en les payant , vous avez abusé de ma situation ; mais
grace au ciel m'en voilà quitte ; et je vous aurai bien payés.
Bien payés ! vingt louis pour lui avoir sauvé la vie ! C'est
"
.
۱
( و
donc là ce qu'il croit valoir , dit l'un des deux ? Il a raison
difl'autre , et c'est encore plus qu'il ne vaut.
L'émotion de la frayeur ayant violemment remué les humeurs
dont il était plein , il fut attaqué d'une fievre dont le
caractere annonçait de la malignité . Dès qu'elle se fut dé
clarée , chacun s'éloigna du château ; ses domestiques mêmes
prirent congé de lui ; et à ses reproches d'ingratitude ,
répondirent ce que lui-même il leur disait souvent : tant tenus ,
tant payés. Une vieille femme , autrefois attachée à sa mere
était la seule qui lui restait , lorsqu'Eugene lui ramena quelques-
uns de ses gens , qui pour l'amour de lui voulurent bien ne
pas abandonner son frere , et le servir à regret.
;
Un médecin habile vint de loin , par un mauvais tems , et
Jise par des chemins détestables , le visiter assiduement , et le
199 raita si bien qu'il le guérit . Monsieur , lui dit Lermand , lorsqu'il
n'eût plus besoin de lui , je ne déduirai pas ce que je
dois à la nature de ce que je peux vous devoir. Ma garde
a compté vos visites ; et quoiqu'elles me semblent avoir été
un peu fréquentes , je veux bien vous les passer toutes , comme
si chacune cut été nécessaire à ma guérison . Il en fit le
calcul , et après lui avoir compté la somme , êtes - vous payé ,
lui dit-il ? Oui , je le suis , lui répondit le médecin , comme
le serait un sculpteur qui aurait travaille sur le marbre. Lermand
qui ne se piquait pas de sensibilité , sourit de la comparaison
. Adieu donc , lui dit-il , j'espere que de long- tems
vous n'entendrez parler de moi.
•
Il se trompait à peine encore était-il rétabli que son intempérance
l'obligea de le rappeller , et une nuit se sentant suffoqué
du poids d'un souper de glouton , il fit courir à lui
bien vite.
ว
Le premier mouvement du médecin fut de répondre que
la nuit était le tems de son repos . Mais un retour d'humanité
lui fit quitter son lit ; il se met en campagne , il arrive ,,
et le trouve sur le point d'étouffer. Ah mon cher ami
Monsieur Gérard , lui dit l'ingrat , venez que je vous doive
encore la vie . Son cher ami ait en lui - même le médecin ;
il est donc bien mal et il le secourtit. L'émétique fit son
office. Alors se sentant soulagé : mon cher M. Gérard ,
vous couchez ici , n'est- ce pas ? Non Monsieur , vous voilà
beaucoup mieux ; je m en vais ; car je me dois à mes malades.
1
Vous reviendrez de nain , mon cher Monsieur Gérard ?
Oui demain , sans plus , je l'espere . Le lendemain sur le
déclin du jour , Lerinand , qui , dans son lit , se ressenta't ,
mais sans douleur , de la fatigue de la veille , voit entrer son
libérateur. Ah ! Monsieur Gérard , vous voilà ? Soyez le
bien venu. Je me trouve bien mieux que lorsque vous m'a
vez quitté . Je le vois bien , Monsieur . Mais je suis faible
encore ; la secousse a été violente. Oui , mais ce n'est
plus rien. N'ai -je point de la fievre ?
-
Non . — Tatez
( 10 )
1
moi le pouls. Non , vous dis - je , cela est inutile : vous êtes
guéri , j'en réponds ; et j'en ai des signes certains . Et quels
signes , M. Gérard ? Les voici , dit le médecin : hier
quand vous étiez si malade , vous m'appelliez mon cher ami
M. Gérard. Lorsque vous fûtes soulagé , vous m'appellâtes
mon cher M, Gérard ; l'ami fut supprimé aujourd'hui c'est
M. Gérard ; le cher a disparu ; et si demain je revenais
peut - être ne serais-je plus que Gérard , Puis-je encore douter
que vous ne soyez hors d'affaire ? Adieu , Monsieur. Soyez
plus sobre à l'avenir ; car je vous avertis que je n'interromps
plus mon sommeil que pour mes amis .
---
Eugene à quelque tems delà , s'étant jetté dans l'eau pour
sauver un enfant qui allait se noyer sous les glaces , en fut saisi
d'un froid mörtel . Sa maladie avait tous les symptômes d'une
fluxion de poitrine. Le village fut dans l'alarme . Le pere
de l'enfant accourut vers le médecin . - Venez , Monsieur ,
venez secourir le meilleur des hommes : vous rendrez un pere
à une foule de malheureux . Hélas ! c'est en sauvant lui - même
la vie à mon enfant , qu'il s'est mis dans l'état qui nous fait
trembler pour ses jours . Le bon docteur arrive , et en traversant
le village il ne voit des pleurs , il n'entend
que
plaintes et que des voeux au ciel pour l'homme bienfaisant ,
dont la vie est si chere à tous . Il se trouve entouré de gens
empressés à lui rendre les soins qu'un pere de famille aurait
reçus de ses enfans . La mere de celui qu'il avait secouru ne
quittait pas le pied de son lit ; l'enfant lui - même était sans
cesse à demander à le servir .
" que
des
Ah ! dit le docteur , en voyant tant d'affection et tant de zèle ,
on n'a de tels garde - malades que lorsqu'on s'en est fait des
amis en pleine santé .
Monsieur , lui dit Eugene , par un hiver si rude , combien
vous êtes généreux d'étendre si loin vos secours ! Vous m'ètes
donc bien nécessaire , puisque vous quittez tout pour moi !
- Non , Monsieur , je ne quitte rien . Il me faut très - peu de
sommeil ; et la vie est pour moi beaucoup plus longue que
pour un autre. La nuit je serai près de vous ; le matin je
dirai comme on doit vous conduire ; j'irai tout le reste du
jour faire ma ronde ; et sur le soir je reviendrai me reposer
içi : nous en serons vous et moi plus tranquilles .
Le jeune homme revint de l'état le plus dangereux ; et dans
des mouvemens de sensibilité qui redoublaient pour lui le
charme de la convalescence , je sais bien , mon ami , disait - il
à son médecin , comme on paye une porcelaine , une boëte
d'or et d'émail , un tableau , un diamant même ; mais les
tendres soins , l'amitié , l'assiduité , les veilles d'un homme
tel que vous , à qui l'on doit la vie , comment , sans une
ane sensible et sans un coeur reconnaissant nous serait - il
possible d'en égaler le prix . Ah ! ne regardez pas ceci , s'écria-
-il un jour , en voulant lui donner en rouleau d'or , ´ne le re(
I )
gardez pas comme une récompense , mais comme un faible
gage de tous les sentimens que vous me laissez dans le coeur.
Monsieur , lui dit le bon Gérard , distinguons , s'il vous plaît ,
deux hommes en moi , votre ami , et votre médecin . Vous
voulez payer celui- ci ; cela est juste , et j'y consens ; mais voici
ce qui lui revient , ajouta-t-il , en tirant du rouleau quelques
louis . Que faites -vous ? Je donne à votre médecins co
que l'usage lui attribue , mais rien au-delà , s'il vous plaît . Le
reste serait pour l'ami ; et celui - là ne reçoit rien . Le jeune
homme rougit ; et sans insister davantage , non , dit-il , le seul:
prix d'une amitié si généreuse , est là ; et il mit la main sur
son coeur.
-
-
Gérard s'en alla pénétré de la bonté, de ce jeune homme,
Quel contraste avec la rudesse et la dureté de son frere !
disait-il ; et comment deux êtres si divers sont-ils formés du
même sang.
Le malheureux Lermand , abandonné de tout le monde ,
effrayé de sa solitude , puni de son orgueil et de son égoïsme sans
pouvoir s'en guérir , se résolut enfin à se donner une compagne ;
et pour l'avoir plus dépendante et plus soumise , il la prit sans
fortune , belle , d'un esprit doux , et d'un caractere flexible ,
qu'il put façonner à son gré. Mais avec elle , comme avec tout
le monde , il crut que sa richesse lui devait tenir lieu de tout,
Il l'environna d'opulence , lui prodigua , sans consulter son
goût , les superfluités du luxe ; et comme il lui avait reconnu
beaucoup de bien en l'épousant , il en exigea de l'amour,
sans en avoir pour elle , sans même se donner la peine et
le soin de lui en inspirer. L'air de bonté , de complaisance ,
les doux accueils de l'amitié , les douces effusions du coeur , les
communications d'une timidité tendre , lui semblaient des adu
lations indignes d'un époux : « Ces marques de faiblesse lui
auraient fait perdre son ascendant ; il n'avait pas prétendu
se donner une maîtresse dans sa femme ; il ne s'était pas
,, marié pour jouer fadement le rôle d'amoureux „ . Enfin de
tous les animaux c'était le seul qui dans le plaisir même ne voulut
point s'apprivoiser .
La jeune femme était sensible ; et dans sa noble modestie
elle avait aussi sa fierté . Après avoir inutilement essayé de
tous les moyens de lui plaire , appellé au secours de la beauté
toutes les graces du langage , employé tous les charmes de la
plus attrayante familiarité , elle sentit avec amertume à quelle
condition il voulait la réduire ; et auprès d'un coeur insensible ,
le sien fut transi et glacé .
Il s'en apperçut , et d'un ton à faire frissonner l'amour , il se
plaignit qu'elle ne l'aimait pas . Hélas ! je ne demande qu'à
vous aimer , lui dit - elle ; c'est vous qui vous défendez d'être
aimable , et ne voulez pas être aimé. Et que fallait- il done ,
lui dit-il , pour vous plaire ? peu de chose , dit- elle , ' un coeur
qui répondit au mien. - J'entends ; faire avec vous tous leg
( 12 )
frais , toutes les avances ? et n'en ai-je pas fait assez en partageant
ma fortune avec vous ? ah ! votre fortune ! on achete
une esclave avec de l'argent ; mais le coeur d'une femme honnête
et sensible est d'un autre prix ; et vous avez méconnu
le mien , si vous avez cru le payer. Voila bien , dit-il , le langage
des ingrats ! le monde en est plein , et je n'y ai trouvé
que cela ; ainsi , l'indifférence , la froideur , que sais-je ? la
haine sera le fruit de mes bienfaits ! -- Non , monsieur , je
dois vous chérir , vous honorer et vous complaire ; et vous.
me trouverez fidelle à ces devoirs. Mais ce n'est pas de moi ,
c'est de vous qu'il dépend qu'envers vous mon obéissance ait
tout le charme de l'amour.
*
Cet éclaircissement au lieu de l'adoucir ne le rendit que ,
plus severe et plus impérieux ; il fit tant qu'à la fin il
acheva de rebuter un coeur qu'il lui eût été facile d'attendrir
et de captiver . Le chagrin le saisit ; ce chagrin redoubla
lorsque dans un ménage simple il vit son frere avec
une femme moins belle , mais plus heureuse que la sienne.
jouir de toutes les douceurs de l'hymen le plus fortuné . Ce
n'était point la folle ivresse de l'amour ; c'était la douce éga
lité d'un sentiment voluptueux , un calme pur , une sécurité
mutuelle et inaltérable , et comme une teinte de joie et de
sérénité répandus sur leurs beaux jours .
L'heureuse compagne d'Eugene n'avait pas chez elle en
abondance , comme sa belle-soeur , les inutilités du luxe ; mais
elle voyait son époux attentif à lui procurer tous les agrémens
de l'aisance ; elle voyait sur-tout qu'aucun des soins qu'elle
prenait de lui plairé n'était perdu . Il lui savait gré d'un sourire
, d'un regard , d'un mot d'amitié . Que ne devait- il pas
à cette femme aimable ! chaque nouvel enfant qu'elle mettait
au monde était un don de son amour , chaque jour de bonheur
qu'il passait auprès d'elle lui était compté comme un
nouveau bienfait ; et lorsqu'elle parlait de ses devoirs ,
lui disait-il , quel mérite n'avez-vous pas à les remplir avee tant
de grace et de charme ! la jeune femme de son côté se glori- "
fait avec délices de tout ce qu'il faisait pour elle. C'était sans
cesse à qui des deux serait le plus reconnaissant ; et vous
concevez quel ménage cette émulation de sensibilité devait faire
entre deux époux qui n'avaient pas encore , à eux deux ,
cinquante ans .
ah !
Lermand , témoin de leur bonheur , en fut si envieux qu'il
en devint atrabilaire ; et n'osant ou ne voulant plus rien devoir
à un médecin qui savait le secret de son ingratitude , il se
laissa former dans la vésicule du fiel une pierre dont il mourut.
Il ne fut pleuré de personne ; sa veuve même n'affecta aucune
douleur de sa mort. Mais en parlant de lui avec Eugêne :
hélas ! lui disait- elle , il n'a tenu qu'à lui de vivre aussi heureux
que vous !
( 13 )
C'est véritablement , dit Norival , un vice de complexion
bien hideux que l'ingratitude ; et de tous les enfans de l'orgueil
c'est , je crois , le plus monstrueusement conformé ; car
enfin , l'homme est , de sa nature , indigent et nécessiteux : nul
ne peut se suffire , nul même ne peut s'acquitter incontinent de
ce qu'il doit. Quelqu'un a dit , que pour pouvoir se passer de
société il fallait être un dieu ou une bête brute or , la société
n'est autre chose qu'un cercle de besoins et qu'un échangé
de secours ; et parmi ces secours , il en est dont jamais l'équivalent
n'est au pouvoir de celui qui en est redevable. L'homme
qui ne veut rien devoir n'a donc qu'à s'isoler , et à vivre en
sauvage , en bête fauve dans les bois , où il sera obligé encore
à ceux qui le laisseront paître . Il est vrai qu'il a pour excuse
l'abus que l'on fait trop souvent des services qu'on a rendus :
les bienfaiteurs ne sont pas tous bien délicats ; il en est d'exigeans
, il en est même d'assez durs• pour humilier et pour vexer
leurs redevables , et l'on a eu quelque raison de dire que c'est
un chapitre qui manque à l'histoire des tyrans.
Une ame noble , sensible et juste , répliqua Mde . d'Elmont ,
ne craint point cette tyrannie ; car sans être absolument libre ,
elle n'est pourtant pas esclave ; et sans manquer à ce qu'elle
doit , elle sait en distraire ce qu'elle ne doit pas .
Nous avons tous connu , dit Mde . de Claine , une femme
tte bienfaisante , et pour qui la reconnaissance était une importunité.
Oui , reprit Mde. d'Elmont , il est une reconnaissance
indiscrete et bruyante , qui en publiant les bienfaits reçus
en quête de nouveaux . Fatigante de flatterie et dégoûtante de.
bassesse , c'est le manége d'une ame vile ; une belle ame n'en
veut pas. Mais lorsque la reconnaissance a tous les caracteres
de la sincérité , qu'elle est simple , noble et modeste , sans
adulation ai jactance , et tempérée de dignité , je crois que
c'est donner au bienfait un nouveau prix que de la permettre
et de vouloir bien l'agréer....
Telle fut par exemple , dit le bon vieillard Tomeri , telle fut
la reconnaissance du philosophe la Violette , l'un des hommes
de notre siecle le plus franchement vertueux.
On fut curieux de savoir quel était ce la Violette - Philosophe
C'était , dit- il , un grenadier qui dans la guerre de 1734 en
Italie avait volé un chou , et qui pour ce délit allait être pendu....
Je vous raconterai son histoire après le souper.
Par M. MARMONTEL. 3
( La suite au premier Mercure de Juin. )
MERC U.RE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGN E. -
De Hambourg , le 14 avril 1793 .
Les lettres de Stockholm , en date du 29 mars , annoncent
ES
que le duc-régent fait tourner ses plaisirs mêmes à l'avantage
de la société. Il y a eu ce jour- là un grand concert au profit
des enfans - trouvés , dont l'établissement est dû aux francsmaçons
. Le régent , grand-maître de cette association , qui
reconnaît depuis long-tems pour base une égalité si propre à
préparer les hommes à la liberté , a fait initier son neven , son
éleve et son maître à la loge qu'il préside . Cette démarche
a été vue de très - bon oeil dans un pays où la franc - maçonnerie
jouit d'une consideration méritée , qu'elle n'a pas dans le midi
de l'Europe , où l'on ne l'a que trop avilie par l'admission
plus qu'indiscrete d'individus que toute réunion de gens honnêtes
doit bannir de son sein . Ce prince s'occupe aussi de
faire revivre les lois somptuaires que la pauvreté de la Suede
rend utiles à ce pays . On se rappelle que son frere Gustave III
avait fait adopter , en en donnant l'exemple , un habillement :
national convenable au climat. Aujourd'hui , on interdit aux
Kommes l'usage de la soie , excepté pour les bas . On est
moins severe pour les femmes ; mais on restreint la couleur
des robes qu'elles pourront porter au gris , au blanc et au noir.
On continuera de mettre des impositions très - fortes sur
les eaux-de-vie étrangeres et le café qu'on voulait défendre .
La conduite du duc de Sudermanie à l'égard de Zibette lié
avec le comte de Stackelberg , ambassadeur de Russie ,
intrigant avec lui contre la France , avait annoncé des dispo
sitions amicales de sa part pour ceite puissance l'alliée natu- ,
relle de la Suede . Cependant on ne sait plus trop que penser ;
cir , outre les régimens déja nommés pour s'embarquer à bord
de la flotte , celui de Jonkoping , fort d'ouze cents hommes ,
suivra la même destination. Toutes ces dispositions , jointes
à un échange fréquent de couriers entre les cours de Pé- "
tersbourg , de Copenhague et la nôtre , annoncent quelque
événement prêt à éclore , d'autant plus que la flotte qu'on
équipe à Carlscrone doit être augmentée encore . On sa't
de plus , par des lettres de Copenhague , en date du 6 avril
que le baron Steding , frere de l'ambassadeur Suédois à Pétersbourg
, en est de retour à la suite d'une mission particuliere
, et que Catherine II l'a comblé de riches présens . On
--
et
( 15 )
mande en outre de Pétersbourg , que l'impératrice a admis
M. d'Esterhazy comme envoyé du prétendu régent de France ,
et qu'elle invitera de plus les cours de Copenhague et de
Stockholm à recevoir des agens du ci - devant Monsieur . Quel
que soit d'ailleurs le but des préparatifs de la Suede , ils se
font avec activite . Le baron de Klingspor , officier distingué
est parti pour la Finlande en qualité de général en chef. Le
major-général Piper a été nommé président du collège de
guerre. Le baron de Palmquist est chargé de presser l'expé
dition de la flotte .
Le prince Frédéric de Hesse , qui a déja fait la premiere
campagne contre les Français , est parti de Copenhague pour
se trouver aussi à la seconde ; il se rendra à l'armée de son
oncle le landgrave de Hesse .
M. d'Artois est à Riga. L'impératrice de Russie n'a pas absc
lument voulu souffrir qu'il gardât l'incognito , comme il avait
paru le désirer : elle a envoyé au- devant de lui un chambellan
avec des équipages pour le conduire à Pétersbourg .
Stanislas que personne ne plaint , et qui dans le malheur n'en
a pas su conserver la dignité , est parti le avril
4 pour Grodno , conformément aux ordres irrésistibles de l'impératrice de Ru: -
sie. C'est-là qu'il verra détruire jusques aux dernieres traces de
cette constitution du 3 -mai 1791 , qu'il n'a pas eu te courage de
défendre. La généralité de Grodno a résolu de faire séquestrer
tous les biens de ceux qui , dans un délai. donné , n'y auront
pas renoncé formellement . On assure même que l'impertrice
de Russie voulant venger le comte Potocki , maréchal de
la confédération , qui donne aujourd'hui de nouvelles lois , et
par conséquent un nouveau joug à la Pologne , puisque c'est
elle qui les a dictées , fait demander diplomatiquement
à la
cour de Vienne l'éloignement du prince Joseph Poniatowski , neveu du roi , pour le punir d'avoir envoyé un cartel à ce même
comte Potocki : d'un autre côté M. Bulgakoff, son ambassa
deur , ou pour mieux dire son vice - roi à Grodno, enjoint de sa'
part au faible Stanislas d'envoyer son neveu en voyage ou en
exil en Italie ,
á
partage est une affaire à- peu - près terminée. On mande de
Varsovie qu'il paraîtra très-incessaminent une grande déduction
bien diplomatique , dans laquelle le cabinet de Berlin prouvera
irrésistiblement les droits du roi de Prusse , autrefois vassal de
Pologne, sur la partie du territoire de la République occupée
par les troupes Prussiennes . Ce mémoire sera très - curieux , et
on l'attend avec impatience . M. de Hertzberg , connu par sa
dexterité dans les affaires , et ses lumieres en statistique , passe
pour y avoir mis la main .
Des lettres de Constantinople , du 20 mars , démentent formellement
ce qu'avaient annoncé plusieurs papiers publics que
M. Fonton , Enfant de Langues', élu par les négocians Français
de cette ville pour leur chef provisoire , avait été arrêté et en(
16 Y.
fermé aux Sept-Tours par ordre du grand- seigneur. Sa corrésé
pondance prouve que , malgré toutes les intrigues des ambas
sadeurs des puissances coalisées , la Porte-Ottomane est tou
jours dans des dispositions favorables pour la France . Tout
porte à croire qu'en perdant l'espérance d'une diversion qui lui
eût été si utile , elle conservera du moins la certitude de la neu
tralité de la Porte.
en
On apprend de Constantinople , par des lettres
date du 11 mars , que l'escadre qui doit établir une croisiere
dans l'Archipel , se trouve composée de 8 vaisseaux de ligne ,
de 4 frégates et de quelques chitlanguis . Les travaux sur les chan
tiers continuent , et dans peu un vaisseau de 74 canons sera
lancé en présence de sa hautesse. - Tandis que le divan s'occ
cupe sérieusement de ce qui concerne la marine , les forces de
terre restent immobiles et aucun de ces corps n'a ordre de mar
cher;ce qui prouve que le grand- seigneur ne renoncera point à
son systême pacifique vis -à- vis des puissances voisines .
M. Koutusoff, ambassadeur de Russie auprès de la Porte-Ottomane
, a dû partir le 27 mars avec une suite de 382 personnes ;
dans ce nombre ne sont pas encore compris ses domestiques .
Cinquante- trois Français établis à Pétersbourg , ayant refusé
de prêter le serment nouvellement prescrit , viennent d'en sortir
pour retourner dans leur patrie .
Les dernieres lettres de Varsovie donnent les détails suivans
sur le voyage du roi de Pologne à Grodno. Ce prince est
en effet parti le 4 à 9 heures du matin , accompagné d'une
escorte conduite par le général russe Inguelstrom , qui a dû
le laisser à une certaine distance entre les mains d'une nou - ˆ
velle escorte , et ainsi de station en station : l'ambassadeur de
Russie vient à sa rencontre à Bralostock pour le préparer aux
événemens qui doivent bientôt, se manifester , c'est-à-dire , à
l'abnégation et au dépouillement . Il est temps , car c'est le 8 de
ce mois que doivent paraître les déclarations des cours de
Pétersbourg et de Berlin , touchant les provinces que leurs
troupes respectives garderont en Pologne. La diete ne s'assemblera
desormais que tous les quatre ou six ans , et ce sera le
conseil permanent qui aura l'exercice du pouvoir exécutif
durant les interregnes. On sait aussi que la confédération
générale de Lithuanie a enjoint à l'Hetman d'exiger rigoureusement
des Français le même serment auquel ils sont astreints
en Russie. Il a été signifié le 4 à la maison de banque
Tepper et compagnie , de la part de la commission préposée
à l'examen de cette grande faillite , de fournir dans 24 heures
pour tout délai , l'état exact de tous ses biens et de toutes
ses correspondances .
―
Les dernieres nouvelles de Pétersbourg annoncent , que
M. d'Artois est enfin arrivé le 24 mars dans cette ville ; le
vice-chancelier , comte d'Osterman , l'ayant complimenté au
nom de sa souveraine , le conduisit ensuite dans un hôtel
meublé
}
12.0
meublé et arrangé par ordre de l'impératrice pour le recevoir .
Le lendemain , M. d'Artois fut présenté à . S. M. , et depuis
re tems-là il a reçu les visites du sénat , des ministres étran
gers et des autres seigneurs de distinctions
AUTRICHE. De Vienne , le 14 avril.
On continue d'envoyer à l'empereur des dons pour la
guerre ; quelques magnats de Hongrie qui n'ont point voulu
être connus , ont fait passer à la trésorerie impériale 800,000 Bor
Tins. Le don des états de Bohême monte à 500,000 florins .
et celui des états de Moravie à 50,000 ducats . Indépendam
ment des dons en numéraire ou fait aussi beaucoup de soumissions
pour des denrées de toute espece. En même tems
que l'empereur reçoit de la bienveillance de ses sujets des
moyens pécuniaires pour pousser avec vigueur la guerre contre
la France , et qu'il cherche à s'en ménager de nouveaux par
des emprunts , dont on ne saurait se dissimuler le peu de
succès jusqu'à présent , ce prince s'efforce d'inspirer de la
confiance en donnant toute la sienne à des hommes d'état
consommés dans les affaires . On voit avec plaisir ici le vieux
prince de Kaunitz-Rittberg reprendre ses fonctions de grandchancelier
de l'état . Cependant , quoique personne ne conteste
les lumieres du baron de Thugut , actuellement ministre des
affaires étrangeres , beaucoup de politiques désipprouvent ce
choix , qui sera vu de mauvais il par les cours de Berlin et
de Pétersbourg. Ils en donnent pour motif liste ton connue
de ce nouveau ministre d'incorporer la Baviere aux domaines
de la maison d'Autriche. Il est d'ailleurs naturel , disent- ils ,
que l'on craigne le crédit d'un homme qui a déja renversé
celui de MM. de Cobentzel et de Spielman ..
S'il faut en croire la derniere lettre de Florence , le grandduc
de Toscane renonçant au systême de neutralité , n'a
donné à M. la Flotte , ministre de France , qu'un délai de
24 heures pour sortir de ses états . Le bruit court ici qu'on
a découvert que plusieurs maisons de Trieste faisaient passer des
grains à Marseille sous pavillon étranger . On a porté les peines
les plus rigoureuses contre ceux qui feraient ce commerce .
---
De Francfort-sur- le - Mein , le 20 avril .
Voici ce qu'on mande de Ratisbonne , en date du 6 , indépendamment
de la déclaration formelle de guerre contre la
France et la prohibition des assignats dans l'Empire , l'avis de
la diete du 22 mars porte encore que les traités de paix subsistant
entre l'Empire et la France seront annulles , sauf cependant
les droits d'autrui , que l'on surveillera la correspondance
, qu'on laissera au commerce un libre cours tant qu'il
ne sera pas entravé par la France , que la neutralité envers la
France sera interdite à tous les Etats et membres de l'Empire ,
enfin que les Français qui ne produiront pas une permission
Tome III. B
M
( 18 )
des magistrats de continuer leur demeure dans l'Empire , seront
transportes sur les frontieres et tenus de quitter le terri
toire d'Allemagne. S
Il
L'empereur a envoyé à son frere Charles la grand - croix de
l'ordre militaire de Marie-Thérese . S. M. I. a conféré le grade
de général d'artillerie de l'Empire aux généraux de Hohenlohe
, Clairfayt et Wenceslas Collorédo . Elle a ordonné aussi
de payer à l'armée de la Belgique une gratification d'un mois
de paie. La cour de Vienne , malgré les dons nombreux ,
a ouvert un emprunt volontaire où l'on recevra de la vaisselle
et autres ornemens d'or et d'argent ; ces objets seront convertis
ensuite en numéraire pour les besoins de l'armée .
paraît certain que les cours de Vienné et de Berlin se surveil
lent réciproquement , et que peut- être le moment n'est pas
fort éloigné où elles se brouilleront . La cour de Vienne ne perd
pas de vue son ancien projet sur la Baviere ; c'est pourquoi elle
a laissé faire au roi de Prusse du côté de la Pologne ce qu'il
a desiré , comptant que ce prince ne s'opposera pas à l'exécution
du susdit projet. Mais on prétend que le roi de Prusse
n'entend point du tout se prêter à la réalisation de ce projet
et il a raison , car son ennemi naturel deviendrait pour lui un
colosse qui l'écraserait quand il voudrait , et qui dévorerait en
même-tems tous les autres princes d'Allemagne .
Frédéric Guillaume vient de faire publier les lettres patentes
de réunion des villes de Dantzig et de Thorn à la Prusse occidentale
, pour ce qui concerne les affaires de finance et de
justice. Les provinces démembrées de la Grande -Pologne feront
un département séparé sous le nom de Prusse méridionale
. On trace actuellement la ligne de démarcation depuis
Czenstochow jusqu'à Petrikau , sous l'inspection du général
Mollendorf. Le lieutenant- général de Schwerin et le général
major de Wolkski président à la même opération dans les autres
parties cela se fait d'accord avec l'Autriche et encore plus
avec la Russie , comme Fannoncent les lettres patentes qui
veulent persuader à la Pologne que c'est pour son bien .
:
Les forces des alliés sur le Rhin sont actuellement de 80 et
quelques mille hommes , à s'en rapporter à l'état qui se trouve
en plusieurs mains , et que quelques gazettes allemandes ont
déja même adopté. Voici le calcul de ces forces : 19. le corps
volant de Czekely , 1800 hommes ; 2 ° . le corps de Romberg c
Koehler dans le Hundsruck , 5000 ; 30. la grande armée Prussienne
, y compris le corps de Hohenlohe , 44,000 ; 4° . le corps
Hessois , 5000 ; 5º , le corps Saxon , 5500 ; 6º . l'armée de
Wurmser avec quelques troupes de l'Empire , ainsi que des
Hessois , 18,000 ; 70. le corps Autrichien commandé par le
général Prussien Kalkreuth , et qui est venu de Treves , 8000 .
Un présume qu'il doit s'y joindre encore 30,000 Autrichiens.
qui sont en pleine marche.
On écrit de Vienne que la diete de Hongrie se tiendra l'été
(( 19 )
prochain à Presbourg. On se propose par-là de dédommager
cette ville de ce que lui a fait perdre la tenue des deux dernieres
dietes à Bude . Peut- être aussi l'empereur veut- il , dans
les circonstances actuelles , s'éloigner moins du centre des
affaires. Cela dit assez que S. M. I. n'ira point à l'armée , comme
on l'a cru pendant quelque tems . D'ailleurs il se fait à Schoenbrunn
et Heizendorff des préparatifs qui annoncent que l'empereur
et l'impératrice veulent y passer la belle saison , de
même que les jeunes archiduc et archiduchesse la passeront
à Luxembour
L'électeur de Saxe , obligé de former et d'entretenir son'
contingent , a fait aux Etats la demande d'une somme de
800,000 rixdaliers de plus par an , pendant toute la durée de
la guerre. En conséquence , les Etals assemblés ont suspendu
le payement des capitaux de la caisse de crédit , et alloué près
de 600,000 rixdallers à l'électeur , en le priant de completter
la somme du revenu de ses domaines. La noblesse s'étant engagée
à en fournir 100,000 , les contribuables et sur- tout ceux
des villes se trouveront moins grevés . D'ailleurs s'il faut porter
plus haut le contingent pour défense du pays , les Etats sont
décidés à négocier un emprunt de 2,000,000 .
L'empereur et le roi de Prusse savent bien obliger les puissances
secondaires à partager avec eux les frais de la guerre ,
auxquels ils ne pourraient pas long- tems faire face , puisque
des 300,000,000 amassés par le grand Frédéric , il n'en reste
plus à son neveu que 24 , et que l'empereur est obligé , malgré
les dons patriotiques , de faire un emprunt à Milan . Il faut
pourtant que la ligue des souverains contre la France se croie
bien sûre du succès , ou qu'elle veuille nourrir les espérances
en en affectant elle - même plus qu'elle n'en a peut - être , et
qu'elle juge que dire qu'on réussira est un moyen de réussir ,
puisqu'on dit positivement à Vienne que les puissances coalisées
ont assuré aux Génois , Vénitiens , Suisses et Hollandais
leurs créances en France .
La position, des armées autrichiennes et prussiennes , depuis
la retraite de celle du général Custines , semble annoncer
qu'elles n'ont pas encore les moyens , ou du moins l'intention
d'attaquer les frontieres de la France . Le roi de Prusse
------- Les
a toujours son quartier général à Worms ; ses forces sont prolongées
le long des montagnes vers Landau jusqu'à Neustadt ;
it a eu soin de faire occuper les gorges des Basses- Vosges ,
et les revers depuis Kaiserslauten jusqu'à Deux Ponts .
Autrichiens sont à Spire , sous les ordres du général Wurmser.
Ils ont élevé deux redoutes sur la route de Landau à Spire .
L'armée de Condé a passé le Rhin près de cette ville ; elle
est forte de 5,000 hommes à pied , et cantonnée aux envi
rons . Le Spire-Bach sépare les Autrichiens des Prussiens .
Comme une partie de l'armée autrichienne , sous les ordres
du prince de Hohenlohe à Trêves , s'est mise en mouvement
Вя
( 20 )
pour couvrir le Hundsruck , il paraît que les armées des cours
coalisées sont disposées de façon à couper toute communication
avec Mayence , et à barrer les passages aux armées françaises
si elles viennent au secours de cette ville .
Il y a eu une grande conférence des généraux des armées
combinées à Guémersheim ; on la croit le résultat des plans
de campagne médités séparément par les généraux de Kalkreuth
et de Wurmser. La Grande-Bretagne est probablement aussi
consultée , car le lord Elgin , son ambassadeur , est allé trouver
le roi de Prusse le 6 à Hesse- Cassel , et l'on assure qu'il a
eu depuis de fréquens entretiens avec ce roi général , auquel
on peut contester des lumieres , mais non de la brayoure , car
il a eu un cheval tué sous lui à la petite affaire d'Halscim où
il commandait. Ce prince va souvent à Manheim avec le
duc de Brunswick. En général , il surveille avec beaucoup
d'activité toutes les dispositions militaires ; il jouit d'autant
plus des succès qu'il y contribue pour beaucoup. En voici un
qui n'a pas pu lui être indifferent dans une guerre si dispendieuse
. Avant sa retraite précipitée , le général Custines , comme
par un pressentiment de ce qui devait lui arriver , avait fait
rassembler , dès le 29 mars , autant de chariots que possible ,
à l'effet de faire conduire à Landau ce que les Français avaient
de plus précieux à Mayence . Tout cela avait été mis dans
des caisses ou formé en balots ; trente des voitures qui furent
chargées les premieres essayerent de se rendre à leur destination
, mais elles tomberent dans les mains des Prussiens
et les autres ne firent aucune tentative de peur de s'exposer
au même sort. Indépendamment de cette capture , il a reçu
cent chariots venus de Berlin , qui ont passé le 5 à Hanau .
Des lettres de Manheim , en dare du 14 , s'expriment ainsi :
Le 5 de ce mois des Français se sont montrés à Hombourg
et dans la nuit du 7 au 8 ont repris la route de Saarbruck ;
Bliescastel a été évacué dans le même tems. Il paraît que ces
mouvemens ont eu pour cause l'approche des troupes prussiennes
, dont l'avant-garde est arrivée le 10 à Hombourg
tandis que 200 hommes des mêmes troupes entraient à Deux-
Ponts . Ces derniers ont également marché vers Hombourg
dès le lendemain . Le 14 , du grand matin , on a de nouveau
apperçu des Français qui avaient l'air de revenir sur leurs pas .
Depuis , des lettres de Deux-Ponts même , du 18 avril , portent :
Dans la matinée du lundi , sur les 8 heures , on apperçut les
avant-postes des Français sur la montagne de Buben -Hasen ;
au bout de trois quarts-d'heure on vit une armée d'environ
5,000 hommes , tant cavalerie qu'infanterie , qui se mit en bataille
vis-à- vis la ville : ils y entrerent après - midi à la suite
d'une fusillade contre 50 hussards . Prussiens poursuivis inutilement
jusqu'à Kreuzberg , et de quatre coups- de canon tirés
contre la ville qui ne firent aucun mal . Ils exigerent des vivres
et du fourrage . A 6 heures la générale fut battue , et l'armée.
( 21 )
•
prit la route de Hombourg , mais elle revint vers 8 heures ,
et prit ses quartiers . Le lendemain matin à 7 heures , l'armée
repartit de nouveau . Une autre division venant par Bliescastel ,
se joignit à elle , et la marche fut dirigée sur Hombourg et
Le Carlsberg , pour déloger les Prussiens . On en vint aux mains
d'abord après quatre heures , et nous entendimes une canonade
continuelle de cinq quarts -d'heure . L'issue du combat
ne parvint point à notre connaissance ce jour- là . On crut
cependant que l'avantage était resté du côté des Français ; c'était
au moins le bruit général . A huit heures vinrent quelques
cavaliers au galop , qui crierent dans les rues de mettre de
la lumiere aux fenêtres , et une demi - heure après nous vimes
arriver l'artillerie suivie de la cavalerie et d'infanterie en grand
nombre : tout se faisait cependant d'une maniere calme et
dans le meilleur ordre , et ce retour n'avait point l'air d'être
forcé , quoiqu'on ne pût en deviner les motifs. Toutes ces
troupes passerent encore la nuit chez nous , et se mirent le
lendemain en ordre de bataille sur la montagne de Buben-
Hausen , où elles resterent jusqu'à midi ; et après s'être de
nouveau fait pourvoir de vivres et de fourages , elles retournerent
à Bliescastel.
:
La perte que les Français ont essuyée dans l'action a été
très-légere ; ils s'emparerent de Hombourg , prirent le Schlossberg
et avancerent jusqu'au pied du Carlsberg , sans pousser
plus loin une entreprise qui paraissait leur réussir les Hombourgeois
ont eu le malheur de se voir piller. L'armée campe
encore de l'autre côté de la Blies à proximité de nous l'avis
inopiné que les Français venus de Bitehe à Hornbach avaient tout
saccage , forçaient les jeunes gens à marcher avec eux et qu'ils
se portaient sur Deux-Ponts , a répandu aujourd'hui la plus
vive inquiétude et causé la fuite précipitée d'un grand nombre
d'habitans : cependant nous en avons été quittes pour la peur;
on a vérifié que c'était une simple patrouille apperçue par quel
ques personnes , et qui n'avait ni l'intention ni la force de
revenir prendre une troisieme fois possession de Deux -Ponts .
2
Des lettres de Hartheim , près de Mayence , datées du 11
avaient annoncé que le général Kalkreuth devait s'emparer le
lendemain des hauteurs de Hecktsheim , Marienborn , Drays ,
etc , qui serrent la place à la portée du canon ; s'il faut en
croire des nouvelles plus récentes , le feu de l'artillerie a déja
commencé . On ajoute , mais cela ne paraît gueres croyable ,
que la disette de bois et de viande de boucherie se faisant déja
sentir , il a fallu tuer et saler une trentaine de chevaux de cavalerie
, ce qui s'est fait dans l'église de St. Alban . Du reste ,
on convient qu'il y a une garnison bien suffisante pour défendre
long- tems la place , puisqu'elle est de 22 mille hommes
, commandés par des officiers pleins de bravoure et d'intelligence
. Le second ingénieur est M. Meunier de l'académie.
des sciences. Le quartier - général des Prussiens est à Gunters-
B 3
( 22 )
blum , et celui des Autrichiens à Spire . Déja la plupart des
comtes de Franconie , de Wetteravie et de Westphalie , ont
fourni leur contingent en numéraire , qui a été envoyé ici en
dépôt il paraît qu'il est plus facile d'avoir de l'argent que
des hommes , du moins dans certains endroits ; car le recrutement
volontaire se faisant très - mal dans les environs de Ratisbonne
et dans toute la Baviere , on a pris le parti d'enlever
nuitamment tous les jeunes gens propres au service . Cette expédition
qui a eu lieu le 11 , pourrait bien avoir des suites fâ
cheuses : les ordres sont donnés pour que ces troupes joignent
l'armée du général Wurmser ; le ministre Impérial à Munich
les a enfin extorqués de l'électeur , qui voulait garder la neutralité.
On presse le rétablissement des ponts sur le Rhin , près
de Manheim et sur le Necker ; il est déja fort avancé. Cette ville
servira de dépôt.
-
Nous
apprenons que . la premiere colonne des troupes Hesspises
, à la solde de l'Angleterre
, doit se mettre en mar
che pour la Hollande le 8 mai prochain : on ne sait pas encore
l'époque du départ de la seconde ; le tout fera 8000 hommes ,
dont dix bataillons d'infanterie
et onze escadrons de cavalerie.
Les Hollandais auront , à ce qu'on assure , une ar
mée de 45 mille hommes ; il s'y trouvera 14 mille Hanovriens
et 50co Anglais. On mande de Xanten que le duc
Frédéric de Brunswick est reparti pour Berlin ,
a fondu dans l'armée du prince de Cobourg le corps Prussien
qui était sous ses ordres.
et que l'on
Suivant les dernieres lettres de Vienne du 14 , il devait partir
le lendemain pour l'armée du Rhin un nouveau train considérable
d'artillerie et de chariots chargés de munitions ; mais
peut- être ne l'attendra-t- on pas ; car des lettres de Cleves qui
attribuent en grande partie la lenteur des opérations d'une
campagne qui devrait être plus avancée au défaut d'artillerie
suffisante de siége , ajontent que pour remédier à cet inconvénient
on est tombé d'accord que les Hollandais qui en ont
beaucoup dans leurs arsenaux la fourniraient aux Autrichiens
et aux Prussiens , sur-tout à présent qu'ils en ont moins besoin
pour eux-mêmes puisqu'il leur vient des renforts . En
effet l'avant-corps des troupes Hanovriennes consistant en
2600 hommes d'infanterie et 2200 de cavalerie a passé le 11
près de Cleves pour se rendre dans le Brabant.
On y
envoye , disent les mêmes lettres de Vienne , le conseiller
d'état baron d'Egelman avec la commission de retirer les
assignats qui peuvent se trouver en circulation dans les Pays-
Bas le gouvernement Autrichien , qui sait tirer parti de tout ,
compte les acheter à vil prix et les placer ensuite avantageusement
: il a donné dans sa capitale un exemple qu'on s'est
empressé de suivre ; beaucoup de particuliers ont fait porter
comme l'empereur leur vaisselle d'argent à la monnaje ; il
en a déja 20 mille mares .
-
у
( 25 }
Notre ville de Francfort a vu arriver hier ( le 20 ) dans
l'après - midi le fameux Dumourier accompagné de quelques
officiers ; il a continué sur- le-champ son voyage pour se rendre
par Stoutgard dans la Suisse , ou probablement il va travailler
à détacher les Cantons de la neutralité ; le négocia
teur ne réussira peut-être pas mieux que le général. On
assure qu'il a remis au prince Cobourg toute la correspondance
des patriotes Brabançons , Liégeois et Hollandais ce
nouveau trait de perfidie est bien digne de lui .
PROVINCES - UNIES ET. BELGIQUE .
-
Le prince-évêque de Liége a fait publier , le 18 avril , l'ordre
de rapporter sous huitame , aux dépôts publics , tels que
chancelleries et secrétaireries , les archives , registres , livres ,
actes procès , liasses , etc. , qui en avaient été enlevés lors.
de l'occupation de cette ville par les Français ; il exige aussi
sous quinzaine la radiation des mots l'an de la République
citoyen , etc. , qui seront remplacés par les formules ordinaires.
"
Le prince de Cobourg est à Quiévrain , d'où il menace
Maubeuge , Valenciennes et Conde les troupes prussiennes
de la droite sont devant Lille ; mais elles n'agirout que quand
elles auront reçu un renfort d'Anglais et de Hollandais . •
Les lettres de Bruxelles , en date du 13 , annoncent qu'il
y est arrivé le jour même quatre navires hollandais chargés
de grosse artillerie pour le service des armées respectives : elles
ajoutent que d'après l'inventaire qui vient d'être fait de treize
Bâtimens abandonnés par les Français dans le canal de Bruges ,
lors de leur retraite , on a trouvé 66 canons tant de bronze
que de fer , 2 obus , 2 mortiers , des boulets , de la poudre , etc.
dans huit de ces cutters , les cinq autres étaient chargés de
far ne et d'avoine.
"
Deux . mille Anglais sont débarqués à Auvers : voici l'extrait
d'une lettre particuliere de cette ville , qui contient des détails
très - curieux sur les conférences commencées le 8 dans
un congrès composé des membres suivans ; le prince de
Saxe- Cobourg , le comte de Metternich avec ses deux fils ,
le comte Mercy d'Argenteau , l'ancien ministre ; le baron de
Bortenstein et le comte de Starhemberg , envoyé extraordinaire
de l'empereur auprès de L. H. P.; le duc d'Yorck, mylord
Auckland , le comte de Keller , M. P. du roi de Prusse à la
Haye ; le comte de Llano , M. P. du roi d'Espagne près de
LL. HH. PP .; le ministre du roi des Deux - Siciles , le Stadthouder
avec les deux princes ses fils , le comte de Bentinck et
M. Vander Spiegel , conseiller pensionnaire de Hollande et
de Westfrise.
On a mis en délibération , dès le 9 , quel parti prendre
B 4
( 24 )
sujet de la France , surtout d'après le changement, survenu
dans le systême , depuis l'aventure de Dumourier et des traîtres
qui l'ont suivi .
Les Anglais et les Autrichiens ont voté pour qu'on abandonnât
les Français à leur propre sort , depuis qu'ils se tiennent
sur la défensive dans le Nord , sauf à les chasser de l'Allemagne
, de la Savo e et de Nice ; et qu'on devait espérer que
les efforts des royalistes et des constitutionnels seraient suffisans
pour remettre le régime monarchique sur pied dans ce royaume.
Mais l'avis contraire , soutenu par les Prassiens et le stadhouder
de Hollande , a prévalu ; il a été décidé de suivre le
plan d'une campagne offensive , et de faire une attaque par tous
les côtés à- la fois sur la France elle - même .
et
Le second point qu'on a traité , a été la maniere d'attaquer ;
celle qu'on a suivie Tannée derniere a été trouvée mauvaise ,
a été rejettéer On ne s'enfoncera pas dans l'intérieur ; mais on
attaquera le plus de villes frontieres qu'on pourra à - la - fois ; on
tâchera d'attirer sur les frontieres , par ces attaques multipliées,
toutes les forces des patriotes Français , et de diminuer d'autant
la résistance de ceux- ci contre les royalistes du dedans.
Les villes frontieres , qu'on espere de conquérir ainsi , présen
teront autant de points d'appui , d'où l'on se dirigera suivant
les circonstances. Les flottes anglaises , espagnoles , russes et
hollandaises formeront par met une chaîne , qui commencera
d'Ostende , passera par la Manche , et qui dominera le détroit
de Gibraltar et toute la Méditerranée . Ces flottes procureront
tout l'appui qu'elles pourront aux insurgens royalistes , qu'on
espere y trouver et encourager sur les côtes maritimes de la
France .
La conclusion de tout cela , est que les puissances coalisées
se flattent de mettre ainsi les républicains de la France aux
abois . Dès le 12 , le résultat de ces conférences a eté envoyé
aux cours intéressées .
En conséquence , toutes les troupes Anglaises qui se trouvent.
dans le Brabant , se sont mises en marche d'Anvers le 12 , avéc
leurs canon et leurs bagages , au nombre de 4000 hommes , par
Lokeren pour Gand ; et quelques autres troupes Anglaises y
ont été embarquées , ayant leur destination pour Ostende . Les
vues et les espérances de uos ennemis se tournent sur Dunker
que. Corps de troupes Hanovriennes , qui était arrivé le 6
dans la province d'Overyssel , aux ordres du général Van den
Bussche y a reçu ordre de marcher sur Emmerik , où il passera
le Rhin , et dans ce moment il doit avoir rejoint l'armée,
combinée.
Le
( 25 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE,
PRÉSIDENCE DE LAS SOURCE,
Séance du mardi , 23 avril.
Le ministre de la justice écrit4 encore que malgré ses recherches
il n'a pu parvenir à découvrir Marat . Les commissaires
Cochon , Léquinio et Bellegarde , ont lu un mémoire relatif à
leurs opérations dans les départemens du Nord. On y a vu que
Dumourier avait eu soin de mettre toutes les places de cette
frontiere hors d'état de défense , et que les munitions avaient
été envoyées par ses ordres à l'ennemi . Les commissaires ont fait
emplir les magasins , et le mal est actuellement tout- à -fait réparé.
La Convention a vu avec satisfaction quels efforts ces commissaires
ont fait pour ramener de leur égarement les troupes
abusées par Dumourier , à quels dangers ils n'ont pas craint
de s'exposer pour sauver l'armée , et par conséquent la République.
La Convention a ordonné l'impression du mémoire
et le renvoi au comité de salut public .
p
Sur la proposition de Robespierre , la Convention avait
chargé son comité de législation de lui présenter des modifi
cations à la peine portée contre les distributeurs de faux
assignats . Aujourd'hui , Delaunay le jeune , rapporteur de ce
comité , a présenté les deux articles suivans qui ont été rejettés :
10. Toute personne qui , sans être coupable de fabrication ,
de premiere exposition , ou d'introduction dans la République ,
de faux assignats , sera convaincue d'avoir fait sciemment usage
de faux papiers -monnaie d'une valeur de 25 liv. et au- dessus ,
sera condamnée à 10 années de fer , et à 4 années si les assignats
sont au-dessous de 25 liv .
2º . Quiconque aura été convaincu de récidive sera puni
d'une peine double .
3 °. Quiconque sera convaincu d'avoir le premier exposé ou
introduit de faux assignats sera réputé complice de fabrication
, et comme tel puni de la peine de mort prononcée par
le code pénal contre les fabricateurs de faux assignats .
4º . La Convention commue la peine de mort prononcée
contre les nommés Lanoue et Boursier en 4 années de dé
tention .
Fonfrede a éveillé l'attention de la Convention sur les projets
hostiles des Anglais . Delmas l'a rassure en attestant le
zele du ministre de la marine à mettre nos côtes maritimes en
état de défense . Mais Barbaroux a ajouté un fais qui a déterm
H
( 26 )
miné la Convention à décréter que la conduite du ministre et
de ses adjoints seraient examinées . Dix - sept vaisseaux , revenant
des colonies , ont été pris , par deux frégates ennemies ,
aux environs du détroit de Gibraltar . Cette prise est pour la
ville de Marseille une perte de plus de 40 millions . Pourquoi
, a dit Barbaroux , nos armemens ont- ils éprouvé tant
de retard ?
-
Les créanciers de Philippe Orléans sont venus demander
qu'un commissaire national soit chargé de surveiller les opérations
de l'agence nommée par eux pour l'administration de
ces biens . Renvoyée au comité des finances . On a renvoyé
au comité de salut public les procès -verbaux d'arrestation
du jeune Orléans qui était à l'armée de Biron . Qn
a lu une lettre du général Lamorliere , datée de Lille le 21 avril .
En voici l'extrait :
--
6 J'ai l'honneur de vous informer que les postes sur la
Lys ont eu ce matin une petite affaire qui fait honneur au citoyen
Gyrond de l'Yonne ; cet officier , avec un détachement
de sa compagnie , a passé promptement la riviere , et a enveloppé
brusquement et avec audace un détachement de douze à
quinze hussards de Blankenshler ; ils en ont tué sept à huit ,
en ont fait deux prisonniers avec leurs chevaux et leurs armes ;
le reste a pris la fuite.
" La guerre de poste se fait avec courage dans le corps
d'armée qui est à mes ordres . Je n'ai qu'à me louer du desir
que témoignent mes braves compagnons d'armes , pour co
battre et chasser l'ennemi . Signé , I AMORLiere .
Une lettre du général Dampierre atteste à la Convention
que le nombre des hommes de l'armée française qui a suivi
Dumourier , n'excède pas 6 à 700 hommes . Aussi - tôt Lassource
a demandé que la Convention déclarât que l'armée du Nord
a bien mérité de la patrie , et cette proposition a été adoptée .
La Convention avait chargé son président d'écrire une lettre
de satisfaction à ses commissaires qui se trouvent bloqués dans
Mayence . Lassource a lu la lettre suivante , dont la rédaction
a été adoptée..
La Convention nationale , citoyens collegues , a vu avec
satisfaction le zele que vous n'avez cessé de déployer dans la
mission importante dont elle vous a chargés . Elle a applaudi
aux sentimens qui vous ont dicté la résolution de vous enfermer
dans Mayence ; je vous félicite , en son nom , d'avoir
été à même de donner aux intéressans Mayençais , nos freres
adopiifs , cette marque d'attachement ; aux braves soldats de
la République , ce témoignage de confiance , et à votre patrie
cette preuve de dévouement . Il est bien heureux pour vous
d'avoir montré les premiers que les représentans du peuple
français n'ont pas fait en vain le serment de vivre libres on
de mourir , et qu'animés par- tout du même courage ils re
craignent pas plus les efforts de la tyrannie sur les remparts
( 27 )
d'une ville assiégée , qu'à la tribune nationale . Le frésident
de la Convention nationale , LASSOURCE ,
Le général Berruyer , commandant de la réserve , écrit du
quartier général de Chemillé , département de Mayenne et
Loire , que la division de son armée , commandée par Ligonier
, ayant attaqué les rebelles à Caran et Vesin , a été repoussée
et obligée de se retirer à Vihiers. Il attribue cet échec
à la lâcheté et à la désertion de quelques corps de voluntaires.
Il donne des éloges au bataillon de Finistere , qui seul ,
quoique réduit à 250 hommes , a sauvé l'artillerie . Il se plaint
de manquer d'officiers généraux et de différens objets indispensables
pour le succès de ses opérations ,
Cette lettre est renvoyée au comité de salut public, à la charge
de rendre compte des mesures qu'il aura prises .
La séance est levée à 5 heures.
Stance du mercredi , 24 avril.
--
Les commissaires à Orléans ont écrit que s'ils eussent été
présens lorsque Marat a été mis en état d'accusation . aqraient
voté contre le décret ; il pricat l'assemblée de faire
jusérer leur lettre dans le bulletin . - L'Assemblee est passéc
à l'ordre du jour sur cette demande . On a lu une lettre
des administrateurs du département des Pyrénées orientales
par laquelle ils informent la Convention que les Espagnols
sont descendus des montagnes et se sont emparés de Saint-
Laurent. La municipalité de cette ville a lâchement pris la
faite , les habitans qu'elle aurait dû exciter contre l'ennemi ,
se sont joints aux Espagnols et ont fusiliés les volontaires
qui venaient à leurs secours. Les Espagnols ont mis deux
bataillons de garnison dans Saint - Laurent. Cette lettre a
été renvoyée au comité de salut public.
-
Sergent , au nom du comité d'instruction publique , a annoncé
que la nouvelle salle destinée à recevoir la Convention était achevee
; il a proposé à la Convention d'y transférer ses séances
mercredi prochain ; il a proposé aussi de décréter
que le palais
et jardin de tuileries portassent désormais le nom de palais
et jardin national . Les propositions de Sergent ont été
adoptées. Un secrétaire a donné lecture d'une lettre des
administrateurs du département d'Ille et Vilaine , dans laquelle
ils se plaignent que nos côtes sont sans aucune espece de défence
, qu'il n'y a aucune espece d'approvisionnement. - Bréard
annoncé que le comité de salut public s'occupoit avec
activité des moyens de mettre nos côtes dans un état imposant ,
il fait part que
le comité présenterait incessamment de nouveaux
moyens de sauver la République en portant des lois sévères
contre les traîttes , soit généraux , soit soldats . La lettre
a été renvoyé au comité de salut public.
a
--
Sur le rapport de Lacroix , au nom du comité d'aliénation
, l'Assemblée a rendu un décret en 18 articles pour pié(
28 1
venir les malversations qui se commettent dans les ventes de
mobilier provenu des émigrés , et des autres effets nationaux .
-Sergent a fait adopter un article additionnel , portant que
tous les objets d'arts et de sciences , tableaux , statues , estampes
, etc. ne pourront être vendus séparément dans les ventes
particulieres , mais seront réunis pour former les ventes indiquées
par affiches , avec distribution de catalogue . Il a été
décrété que nal objet dans ces ventes ne sera donné au- dessous
du prix de l'estimation .
Le président du tribunal révolutionnaire a écrit à la Convention
qu'un témoin dans l'affaire de Marat , ayant indiqué
le citoyen Brissot comme l'auteur d'une note insérée dans
le Patriote Français , le tribunal . sur la réquisition de l'accusateur
public , avait arrêté que le citoyen Brissot serait invité
, par l'organe du président de la Convention , de se
rendre sur-le- champ à l'audience .
Thuriot a demandé l'ordre du jour motivé sur ce qu'aucun
citoyen ne pouvait s'empêcher de paraître comme témoin
larsqu'il était appellé par un tribunal . Après quelques débats
la proposition de Thuriot a été adoptée .
La commune de Brest a écrit que les dettes dont elle était
surchargée la mettait dans l'impossibilité d'entretenir dans la
ville , et notamment dans le port , la quantité de réverberes
nécessaire pour la sûreté de cette place importante qui semblait
être l'objet de l'armement des Auglais , elle demande
des secours . -Les comités de la marine et des finances out
été chargés de faire un rapport sur cette pétition .
--
L'ordre du jour était la discussion sur la constitution.- · Lanjuinais
, au nom de la commission des six a présenté l'analyse
de plesieurs plans de constitution adressés à cette commission .
Dans les uns , on propose de diminuer le nombre des départemens
, dans les autres on regarde comme très- avantageuse la
division actuelle de la République . Quelques - uns veulent la
suppression des ' districts . Un citoyen de Bordeaux prétend
que le bonheur du peuple est attaché au gouvernement municipal
, etc. L'Assemblee a ordonné l'impression du travail
de Lanjuinais .
Robespierre a obtenu la parole pour présenter quelques ar-
/ ticles additiounels à la déclaration des droits : il voulait que la
Convention déclaràt que les hommes de tous les pays sont fre-
Tes , et que les divers peuples de la terre doivent s'entr'aider ,
comme les citoyens d'un même Etat ; que celui qui s'oppose à
la volonté d'une nation se déclare l'ennemi de toutes les autres ,
que ceux qui font la guerre pour arrêter les progrès de la liberté
doivent être poursuivris par- tout comme des brigands rebelles ,
que les rois les aristocrates , les tyrans de toute espece sont
des esclaves révoltés contre la souveraineté du genre humain et
contre le législateur universel qui est la nature ; Robespierre a
proposé aussi quelques autres articles relatifs au droit de propriété
( 29 )
la défini ainsi ce droit : la propriété est le droit qu'a toutcitoyen
de jouir et de disposer librement de la portion de biens dont la
possession lui est garantie par la loi. Il a avancé en principe
que le droit de propriété ne peut s'exercer au détriment de
l'exercice des droits d'autrui ; que toute possession qui viole la
souveraineté du peuple , qui porte atteinte à la liberté et à
l'existence des citoyens , est illicite , est immorale ; que les citoyens
dont les revenus n'excèdent pas ce qui leur est néces
saire pour pourvoir à leur subsistance , sont dispensés de contribuer
aux dépenses publiques , et que les autres citoyens
doivent supporter un impôt progressif , suivant l'étendue de
leur fortune, etc. - L'Assemblée a décréte l'impression des divers
articles présentés par Robespierre. St. Just , dans un
discours plein d'idees métaphysiques et philosophiques , a
combattu diverses bases du plan de constitution présenté par le
comité;il a trouvé vicieux le mode d'élection des représentans
du peuple et du conseil exécutif ; partant de ce principe qu'on
ne représente réellement que ceux dont on a obtenu les sus
frages ; il a dit que les représentans devaient être élus et par
un département particulier et par l'universalité des citoyens .
St. Just , après avoir présenté ce qu'il a cru trouver de défectueux
dans le plan du comité , en a lu un nouveau dont
l'Assemblée a ordonné l'impression .
La discussion a été interrompue par la lecture d'une lettre
des administrateurs du département de Maine et Loire , dans
laquelle ils rendent compte de diverses attaques faites contre
les révoltés. L'armée des patriotes est divisée en trois corps ;
celui qui est commandé par le général Berruyer a été battu
et repoussé avec perte sur Chamillé . Les autres corps de troupe
ont remporté divers avantages . Les administrateurs du département
de Maine et Loire ajoutent qu'ils ont beaucoup à se
plaindre des volontaires ; ils les accusent de se rendre coupables
de beaucoup de désordres . Carra a fait observer qu'il
n'était pas étonnant que l'armée commandée par le général
Berruyer eut été battue par les rebelles , parce qu'elle était
composée en grande partie de paysans et d'enfans , presque
tous sans armes ; il a dit que l'on pouvait facilement réparer
un pareil échec , en envoyant 5 à 6 mille hommes de troupes
réglées . Carra a ajouté que dans l'affaire de Eesin , les contrerévolutionnaires
avaient perdu beaucoup plus de monde que.
nous que plusieurs de leurs principaux chefs avaient été
tuės , entr'autres le fameux Gaston . Challes a reproché
aux administrateurs de Maine et Loire d'avoir reçu très -froidement
un baiaillon d'Eure et Loire , qui s'était rendu à Angers
pour marcher contre les révoltés ; il s'est plaint aussi du
général Berruyer ; il a dit qu'il affectait un faste de comman
dant de l'ancien régime , et c'est à lui plutôt qu'à son armée
qu'il a attribué l'échec qu'elle a reçu . Plusieurs membres
ent fait sentir combien il était instant de rassembler des forces
--
( 30 )
imposantes à . opposer aux rebelles . L'Assemblée a chargé son
comité de salut public de lui présenter demain un moyen
d'envoyer une force armée capable de soumettre les contrerévolutionnairés.
Il était cinq heures , plusieurs membres demandaient que la
séance fût levée ; les membres de l'extrémité gauche s'y sont
opposés ; l'Assemblée a été consultée , et a décrété que la
seance ne serait pas levée. Le président était instruit qu'une
foule considérable de citoyens se portait vers la Convention ;
mais il savait aussi que ce n'était point dans des vues hostiles
; il en a instruit l'Assemblét . A linstant s'est présentée
une députation de ces citoyens qui a annoncé que le tribunal
extraordinaire avait déchargé Marat de toute accusation .
Marat, a dit l'orateur , a toujours été l'ami du peuple , et le
peuple sera toujours pour Marat . Si l'on veut sa tête , il
faudra que l'on fasse d'abord tomber la mienue . Nous vous
demandons ce que sans doute vous ne nous refuserez pas .
nous vous demandons à vous présenter l'ami du peuple , et à
défiler dans l'Assemblée . Marat est aussi- tôt entré accompagné
de quatre cents citoyens ; il était porté en triomphe , et avait
la tête ceinte de plusieurs couronnes . Les applaudissemens de
l'Assemblée ( les membres du côté doit étaient tous sortis ) et
des citoyens des tribunes out accueilli Marat . Ce cortege ayant
pris séance , et le caline ' s'étant rétabli , Marat est monté à la
tribune ; il a dit que Jugement que venait de rendre à son
égard le tribunal révolutionnaire était conforme à la justice ,
qu'il s'attendait bien que l'on reconnaîtraît les services qu'il
a rendus à la cause de la liberté ; il a juré de nouveau de
défendre les intérêts du peuple , et de ne vivre que pour lui ,,
La séance a été levée à 6 heures .
le
Séance du Jeudi 25 avril .
Les commissaires à l'armée des Alpes écrivent que le décret
qui déclare Dumourier traitre à la patrie , a te reçu par les
soldats avec les cris de vive la Nation ! vive la République ! Les
commissaires adressent à la Convention une lettre de Valence
à Biron , dans laquelle il se plaint des mauvais traitemens qu'on
fait essuyer aux généraux . La Convention a envoyé cette lettre
au tribunal révolutionnaire .
La Convention avait ajourné à aujourd'hui la discussion
sur les subsistances . Le comité d'agriculture et de commerce
soumet à la discussion non pas son projet sur la taxe des grains ,
car il annonce qu'il n'a pu se fixer à aucun , mais le projet
présenté par les administrateurs du département de Paris , par
lequel ils demandaient que le prix du septier de blé fut fixé à
30 live compter du premier mai prochain . Plusieurs membres ,
entr'autres Fabres d'Eglantine , se sont opposés à toute taxe ,
comme une mesure propre à affame la République . Mais il
croit voir la garantie des subsistances pour la République dans
1 31 ')
l'établissement de greniers d'abondance , où tous les fermiers
seraient tenus d'apporter leurs grains . Lecointre de Versailles a
observé combien il serait dangereux de mettre entre les mains
de quelques magasiniers les subsistances de la République , et
par cette observation la Convention a vu la nécessité d'ajourner
cette discussion si intéressante pour le salut de la Republique
, et elle a fixé l'ajournement à samedi. Le général
Custines adresse à la Convention une lettre dont voici l'extrait
:
J'apprends , sans étonnement , que la lettre que j'ai écrite
à l'époque de la trahison de Dumourier a été le prétexte de
mille calomnies contre moi .
L'abus qu'en ont fait les agitateurs me force de parler
encore de moi , On n'a pas connu mon caractere ; ma vie doit
détruire les soupçons ; il n'est qu'un scélérat qui ait pu me
noircir.
Recevez de nouveau le serment que je fais de rester invar
riablement attaché à la cause de la liberté et à la République ..
Le peuple reconnaîtra un jour qu'on le trompe , il reconnoîtra
quels sont les fideles amis de sa gloire et de son in
dépendance .
Il n'y a que ceux qui veulent l'établissement des lois qui
soient les vrais amis du peuple .
" J'ai déja plus d'une fois mis ina vie en péril pour ma patrie.
Dumourier avait mis la France à deux doigts de sa perte .
La crise est passée ; et ce que j'ai écrit était fondé sur
les dangers qui existaient alors.
J'éprouve avec plaisir que les grands moyens que j'ai proposés
alors deviennent inutiles , et même seraient dangereux
s'ils étaient exécutés .
J'ai communiqué les plans que je médite pour préserver
en ce moment de toute invasion les départemens qui me
sont confiés , et pour assurer par la suite la gloire de nos armes .
On m'apprend que je dois être dénoncé . Ce moment sera le
plus doux de ma vie ; il me mettra à même de prouver à
toute la France l'irréprochabilité de ma conduite . J'attends
cette accusation avec calme et le sang- froid qui ne doivent jamais
quitter un vrai Républicain
Les commissaires à Valenciennes écrivent du 22 , ce qui suit :
;
Nous avons la satisfaction de vous apprendre que nous
venons de remporter un nouvel avantage sur nos ennemis ."
Ils ont attaqué hier près de Maubeuge un de nos avant-postes ,
contre lequel s'est dirigée une triple colonne avee six pieces
de canon. Le général Montchoisy est sorti avec neuf pieces
de canon ; le combat a duré depuis 5 heures du matin jusqu'à
3 heures de l'après -midi : nos troupes ont combattu avec tant
de valeur que l'ennemi s'est retiré avec la plus grande précipitation
, et avec une grande perte d'hommes . Les Autri(
32 )
6
chiens n'ont pas trouvé le pont assez large , et beaucoup ont
passé la Sambre à la nage.
,, On nous mande que les habitans de Maubeuge ont juré
ce s'ensévelir sous les ruines de la ville plutôt que de se reudre
, et de pendre celui qui parlerait de capituler. Les habitans
de Givet et de Charlemont sont menacés aussi par les Autrichiens
; mais ils s'en moquent et les attendent en vrais républicains
; ils imiteront les braves habitans de Lille et de Thionville
. L'ennemi est fort paisible ici ; nous le sommes de même ;
notre armée se repose , s'exerce et brûle de combattre .
Le compte que nous recevons de la situation de nos ennemis
est toujours le même ; ils consomment leur tems en
fausses parades. Nous croyons que leur dessein est d'assiéger
Valenciennes , mais ce projet échouera sans doute .
" Si nous ne nous fussions pas occupés d'approvisionner
Fa ville , le service aurait manqué tout-à-fait . Nous avons pris
des arrêtés que nous vous invitons à confirmer. ›
L'Assemblée a passé à la discussion sur les cours martiales .
Plusieurs articles ont été décrétés , et la séance a été ensuite
levée .
"
Seance du vendredi 26 avril.
Un secrétaire a donné lecture d'une lettre du général Ligoa
nier dans laquelle ce général rend compte que le commandant
Willemet a tiré des mains de deux cents contre-révolus
tionnaires un égal nombre de paysans qui avaient été surpris et
enveloppés par les révoltés. Willemet a fait cet acte de cou
rage avec 12 cavaliers seulement. La Convention a donné
de justes éloges à la bravoure de ce commandant .
-
Les commissaires à l'armée du Nord consultaient l'Assem
blée pour savoir si des émigrés qui se trouvent dans les prisons
de Douai devaient être jugés par un juré militaire .
L'Assem
blée a passé à l'ordre du jour motivé sur ce qu'il suffit de
faire constater par une simple commission le fait d'émigration .
On a lu une lettre des commissaires dans le département
des Pyrénées orientales dans laquelle ils annoncent qu'ils sont
arrivés le 20 à Perpignan , aussi- tôt ils ont requis les corps
administratifs de s'assembler et leur ont demandé l'état de nos
forces , de nos munitions , des approvisionnemens , quels
étaient nos moyens de défense , la position des ennemis , leur
nombre. Les administrateurs n'ont donné que des notions
vagues sur toutes ces demandes les commissaires font ob
server qu'il est instant de rassembler des forces imposantes
pour arrêter la marche des Espagnols ; ils rendent compte que
hier 1800 hommes se mirent en marche sous le commandement
du général Gauthier , pour aller débusquer l'ennemi
qu'on supposait être à Ast ; mais les Espagnols à l'approche
de cette colonne se déployérent sur les hauteurs , et par leur
position et la supériorité de leur nombre forcerent nos troupes
( 33 )
mis
J
à faire la retraite en désordre notre perte, est évaluée à
deux cents hommes . Cet échec , ajoutent les commissaires
doit être attribué à l'imperitie des généraux qui se sont end
gagés dans une plaine sans connaître la position des enne
ni leur nombre . Ces généraux ont été destitués et ren“
voyés au quartier général à Toulouse . Les ' commissaires rens
dent compte de diverses mesures qu'ils ont prises : ils ont
dépêché un conaier extraordinaire à Toulouse , pour obtenir
des secours ; ils ont mis la ville de Perpignan en etat de
siége , et y ont place un commandant temporaire qui réanit
la confiance des citoyens et des soldats . Ils ont pris la préd
caution de faire transporter à Perpignan tous les grains des
communes voisines , tant pour assurer les subsistances de cette
place , que pour éviter que ces grains ne tombent entre les
mains des ennemis . Les volontaires -canonniers ont été mis
en état de requisition , etc. La Convention a approuvé
les mesures prises par ses commissaires . Biroteau s'est
plaint que le ministre eût laissé toutes les places du dépar
tement des Pyrénées orientales dans un dénuement absolu de
troupes et de munitions dǝ toute espece . Il a fait observer
que le quartier général , placé à Toulouse , était trop éloigné
des frontieres ; il a demande qu'il fût transféré à Bayonne .
Cette motion a été renvoyée à l'examen du comité de
salut public.
L'Assemblée à applaudi à un don patriotique de 140 florins
fait par le consul de France à Livourne .
Les commisseires de la Convention à Chantilly , en annons
çant que la rareté du pain dans cette ville en a troublé la
tranquillité , ont demandé que la Convention s'occupât des
subsistances.
- Thales
Mallarmé , au nom du comité des finances , a présenté un
projet de décret relatif au service des messageries .
la combattu , et la discussion en a été ajournée à demain .
Des députés extraordinaires de la ville de Thionville sont
venus annoncer que les décrets rendus contre le traître
Dumourier avaient été solemnellement publiés dans cette
ville, et que cette publication avait fourni aux citoyens l'occasion
de renouveller le serment de se défendre contre l'ennemi de la
même maniere que l'année derniere. L'Assemblée a applaudi
au civisme et au courage des habitans de Thionville
et a admis les petitionnaires aux honneurs de la séance .
>
Sur la plainte de plusieurs membres , la Convention á décrété
que les erreurs qui s'étaient glissées dans l'impression
des signatures apposées à l'adresse des jacobins , denoncée
par Guadet seront rectifiées.
Un secrétaire a donné lecture d'une lettre des commissaires
à Orléans , ils annoncent que le décret contre cette ville a été
exécuté. L'information relative à l'insulte faite aux commis
saires de la Convention , Saint-André et Lacoste , est terminée ,
Tome III. G
( 34 )
/
celle relative à l'assassinat de Léonard Bourdon le serà đang
peu , déja plusieurs coupables sont livrés au tribunal révolu
tionnaire. La municipalité suspendue est remplacée et les
membres en sont partis pour paroître à la barre de la Con
vention . La garde nationale de service le jour où fut commis
l'assassinat a eté désarmée et les armes distribuées à 400 bons
citoyens . Les commissaires terminent en disant que les citoyens
d'Orléans ne desirent rien tant que le rapport du décrét qui
declaré cette ville en état de rébellion. Ce décrét est rap
porté.
Cambon , au nom du comité de salut public , a demande
qu'il fût mis à la disposition du ministre de l'intérieur unë
somme 200 mille livres pour être délivrée à la ville dé Dunkerque
menacée d'un siége , et que le ministre des affaires étran
geres qui est obligé d'envoyer des couriers extraordinaires dans
les pays étrangers fût autorisé à prendre les mesures nécessaires
pour se procurer les monnaies qui ont cours dans ces différens
pays. Les deux propositions de Cambon ont été
adoptées.
-
-
―
L'ordre du jour était la discussion sur la Constitution .
Salles a demandé par motion d'ordre qu'afin que la discussion
fit plus profitable . les orateurs fussent tenus de se renfermer
dans la discussion des différentes bases qui doivent entrer
dans la Constitution . Thuriot voulait que la discussion fût
générale pendant trois séances , et que chaque membre pût
présenter des projets de décret , et qu'ensuite on accordât le
priorité à un de ses projets. Cette proposition , après avoir
été tour à tour combattue et appuyée , a été adoptée . - Boissi
Danglas a fait observer qu'il fallait apporter , dans la discussion
d'une matiere si importante , le plus de lumieres possible , il a
demandé en conséquence que les commissaires qui se trouvent
dans les départemens où la paix regne , et où le recruttement
est termuné fussent tenus de se rendre dans le sein de la
Convention. Cambon a dit que le comité de salut public
avait des vues à présenter sur le rappel des commissaires ; il
a demandé et obtenu l'ajournement à demain de cette proposition...
Petit , avaus de présenter ses vues sur la constitution , a fait
observer qu'il serait important de faire suivre la déclaration des
droits de l'homme , d'un court exposé de ses devoirs . Il a cru
que par-là on empêcherait bien des citoyens de se livrer à une
exagération d'idees qui les portent à penser qu'ils ne doivent
eux- mêmes lien au gouvernement ou à la société . Il a parlé ensuite
du plan présenté par le comité ; il a trouvé que le comité
avait raisonné pour un ordre de choses qui n'était pas le nôtre ,
et pour des hommes qui ne sont pas nous ; qu'il avait supposé
que tous les Français n'avaient rien à faire pour vivre , et qu'ils
changeraient à la premiere invitation leurs anciennes habitudes .
Ce sont ces idées qui ont induit le comité , à dit Petit , à éta(
35 )
blir trois degrés d'administration , qui , sous des noms diffé
tens de ceux de l'ancienne constitution , dépouillent de plus
en plus les hommes des distinctions sociales , à mesuré que leurs
occupations les rapprochent davantage de la nature .
Robert s'est attaché à prouver que les Français n'auraient
rien fait pour la révolution , s'ils laissaient dans l'Etat deux
pouvoirs distincts , le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
Il a fait ce raisonnement à l'appui de son opinion : ou les
deux pouvoirs marcheront ensemble , ou ils marcheront en
sens contraire . Dans le premier cas l'équilibre est rompu , il
n'y a plus qu'un seul pouvoir , et c'est le pouvoir legislat.f
qui domine le pouvoir exécutif par la terreur , ou bien e est
le pouvoir exécutif qui domine le premir par la séduction . Si
les deux pouvoirs marcheni en sens contraire , les lois sont
sans force , l'anarchie regne , les esprits se divisent et la gueriëcivile
éclate , ou bien il faut que le peuple se réunisse pour ex
terminer celui des deux pouvoirs qui tend évidemment à l'ep
pression .
Robert a ensnite proposé un plan de constitution ; il vou
lait qu'il y eût une assemblée de représentans sous le nom
d'assemblée centrale , à laquelle viendraient aboutir quatre au
torités subalternes , la législative , l'exécutrice , la judiciaire et
l'administrative .
Anacharsis Cloots , dans un discours d'une extrême étendue ;
a développé ce principe ; « que la liberté ne connaît de limites
que celles qui existent entre la terre et le firmament 99 , il a
conclu en proposant les articles suivans :
La Convention nationale des Français voulant mettre un fermë
aux inconséquences et aux erreurs , aux prétentions injustes
et tyranniques des corporations ou des individus qui se divisent
et se déclarent souverains , déclare sous les auspices des droits
de l'homure ; 1º . il n'y a pas d'autre souveraineté que celle du
genre humain; 20º . tout individu ou communauté qui reconnaîtra
ce principe lumineux , fécond et immuable , sera reçu de droit
dans l'association fraternelle de la République des hommes
fibres , des germains et des universels ; 3º . à défaut de contiguité
ou de communication maritime on attendra la propagation
de la vérité pour la réunion des enclaves lointaines .
L'Assemblée a terminé la séance en adoptant un projet
d'adresse aux soldats Français pour les prêmunir contre les
nouveaux moyens qu'on employe pour les séduire . Les en
nemis ont le soin de répandre des imprimés sur les frontieres ,
dans lesquels ils annoncent qu'ils ne sont venus que pour donner
la paix aux Français , qui d'ailleurs vont être dans l'impos
sibilité de soutenir plus long - tems la guerre à cause du mau
vais état de leurs finances. Ces insinuations ont d'abord ob
teau quelque saccès , cette idée de paix avoit amoli les troupes
et leur avait desirer la fin de la guerre , mais le civisme des
soldats leur a fait ouvrir les yeux et ils ont évité le piège
G &
( 36))
qu'on deur stendait cependant comme on pourrait encore
tenter de les corrompre , le comite de salut public a pensé
que la Convention devait envoyer une instruction aux anmées
.
Séance du samedi 27 avril .
Cette séance a été ouverte par la lecture de plusieurs lettres
et adresses , dont l'objet est d'inviter la Convention à ne pas
sacrifier à des dénonciations un tems qu'elle devrait employer
à faire de bonnes lois . Un membre du comité des secours a
ensuite , appellé l'attention de l'Assemblée sur le malheureux
Sort des Liégeois qui ont mieux aime quitter leur patrie que
de rentrer sous le joug des despotes . 50,000 liv. ont été mises.
à la disposition du ministre de l'intérieur , pour leur être distri
buées à titre de secours . Sur la proposition d'un membre du
comité de surveillance il a été décreté que l'argenterie trouvee
à Fontainebleau , dans la maison du citoyen Masson , serait
transférée à la monnaie, pour y étre convertie en lingotṣ.La Couvention
accorde 3000 liv . au citoyen qui a fait cette découverte ,
et qui l'a dénoncie . Un membre a donné lecture d'une soulmation
faite par le chef d'escadre, commandant les vaisseaux
Anglais , en croisiere devant le port de Dunkerque , au commandant
de cette place . C'est à l'entendre l'envoyé d'une grande
puissance qui nous offre sa protection jusqu'a ce que notre Consti-
Lution soit solidement établie . Le commandant de Dunkerque dans
sa réponse , a fait entendre à l'envoye Anglais que la nation
Française n'avait pas besoin de protecteur , et qu'elle n'entendait
jamais aucune proposition déshonorante pour elle . La
mention honorable de cette réponse à été unanimement décretée .
-
Des députes extraordinaires du departement de Mayenne
et Loire ont fait à la Convention le récit des malheurs qui desolent
leur département. Le nombre des révoltés est incalculable.
Ils occupent plus de 50 lieues de long sur 15 lieues de large.
Ces malheureux , conduits par des chefs habiles , combattent
avec tout l'acharnement de la superstition . Jusqu'à présent nos
troupes en trop petit nombre , après quelques succès momentanés
, ont fini par être battues . Les citoyens du département
de Mayenne et Loire accusent la lenteur du général Berruyer ;
les gardes nationales se lassent et les abandonnent , les villes
sont épuisées d'hommes , les révoltés peuvent se porter dans le
sein de la République , et jusques dans Paris , disent les députés.
Ils finissent par. demander des troupes de ligne , des munitions
, des approvisionnemens et des chefs intelligens . Marat
en attribuant ces revers aux fausses mesures et à la faiblesse
des forces envoyées dans ce département , a demande que le
comité de salut public présentât , sous 24 heures , les moyens
de faire marcher une force imposante, contre ces rebelles. Cette
proposition a été adoptée.
Le ministre de la justice a fait part à la Convention de
( 37 )
Fincendie qui a eu lieu à son hôtel : rien d'important n'a été
brûlé èt le feu a été bientôt éteint par la vigilance et l'acti
vité des pompiers et des citoyens . Le ministre ne soupçonne
personne d'être l'auteur de cet incendie . Robert a observé:
qu'il y avait dans les bureaux du ministre de la justice des
commis d'une aristocratie reconnue ; entr'autres le citoyen
Leroux renvoyé par Danton , et réintégré par Garat ; il faut ,
a-t-il dit , que les ministres purgent leurs bureaux de tous les
agens suspects.. Sur la proposition de Legendre , la Convention
a chargé le comité de surveillance de lever une police
d'observation , et d'assigner aux pompiers une plus forte
paye. Des députés extraordinaires de la ville de Versailles
invitent la Convention à s'occuper des subsistances , et le
président annonce que l'ordre du jour appelle Barbaroux à
la tribune. Il a prohoncé bun discours fort étendu et très- détaillé
sur les causes premieres et secondaires du renchérisse
ment des subsistances . La dégradation des routes , le remboursement
des travaux de l'agriculture , des instrumens ara
toires enfin , les accaparemens sont les causes qu'il a indiquées
. Il a proposé pour remede un projet de décret , dont
le but est d'assurer au cultivateur la garantie de ses grains ,
comme on assure les maisons contre l'incendies pour prévenir
les accaparemens , il a proposé le lotissage , c'est- à - dire ,
Fobligation à un marchand de blé de céder , au prix de sa
facture , la moitié de la quantité qu'il a achetée aux autres
marchands du même lieu qui en font entre eux la répartition.
Cette loi était en vigueur chez les Phocéens , et elle se pra
tique encore à Marseille .
A
2
Cambon a fait part à da Convention d'un accident fâcheux
arrivé dans le port de l'Orient . Dans la nuit du 22 au 23 le
feu s'est manifesté tout -à- coup dans plusieurs endroits de la
voilerie qui , ont été consumés avant qu'on ait pu y porter des
secours on présume que ce malheur n'estto pas accidentel
mais on n'en a pu découvrir les auteurs . Cambón a proposé
de décréter que le ministre de la justice fera informer contre
les auteurs et complices de l'incendie qui vient d'avoir lieu
dans le poit de l'Orient ; que les préveans seront traduits
devant le tribunal tévolutionnaire ; qu'une récompense sera
accordée à ceux qui dénonceront des complots contre des
établissemens publics . Ces propositions ont été adoptées,
Cambon ar ensuite console la Convention en luie annonçant
que nos aimées se renforcent considérablement , et que toutes
nos frontieres , si l'on en excepte , celle ides , Pyrénées , sout
dans le meilleur état de défense .
La séance a été levée à 5 heures,
Seance du dimanche 28 avril,
P
Our alu une lettre des administrateurs da département da
Var, par laquelle is annoncent que le recrutement s'est fait
C 3
( 38 )
avec daime dans leur département , et qu'en outre du contine
gent ils ont organisé cinq mille hommes pour se porter partout
où le besoin de la République le demandera.
L'Assemblée
a décrété la mention honorable du patriotisme des
citoyens du département du Var. Un Anglais , nommé
Williams Goddevinn , a fait hommage à la Convention , par
les mains du citoyen Chauvelin , d'un ouvrage sur les instruc,
tions politiques. L'Assemblée a agréé l'hommage , et en a
décrété la mention honorable . Une lettre des administrateurs
des Sables - d'Olonne , datée du 18 , a instruit l'Assem,
blée que les patriotes avaient remporté plusieurs avantages sur
les révoltés , ils ont été défaits dans sept occasions où ils ont
perdu au moins douze cents hommes et toute l'artillerie . Le
général Boulard les poursuit avec vigueur , il se dispose à
aller les attaquer à la Motte-Achard et à Baillot où ils se sont
retranchés . 95 80.
Les commissaires de la Convention dans les départemens
de la Manche et de l'Orne ont écrit qu'ils avaient pris des
mesures séveres pour arrêter les troubles qui commençaient
à se manifester dans cette partie de la République ; ils ont
fait conduire dans les chefs-lieux des départemens tous les
prêtres insermentés , les moines , les soeurs-grises et toutes les
personnes qu'ils ont jugées être suspectes . Les commissaires
xent ensuite l'attention de la Convention sur la défense de
ees départemens maritimes ; ils l'invitent à y envoyer les mu
aitions de guerre dont ils sont dépourvus , et demandent une
loi qui éloigne de 20 lieues des côtes tous les nobles et les
autres gens suspects .
}
1
Les corps administratifs ont fait passer divers arrêtés pris
pour forcer les laboureurs à porter leur blé aux marchés . Ces
arrêtés ont été renvoyés à l'examen du comité d'agriculture .
Drouet , au nom du comité de sûreté générale , après avoir
fait part des motifs qui ont déterminé les commissaires de la
Convention à retenir en état d'arrestation à Longwi les citoyens
Guillemard et Guilleminot , au lieu de les faire transférer à
Paris , a demandé l'appaobation de la conduite des commis
saires . Elle a été décrétée .
Sur diverses observations présentées par le général Santerre ,
Ja Convention a accordé une augmentation de paye à ses
aides- de- camp.
Lecointre de Versailles , organé du comité de la guerre ,
fait payer une somme de 15,000 liv . au maître de poste de Chalons-
sur-Marne , qui a tenu chez lui un entrepôt d'armes pour
la République ,
Les commissaires Ichon et Dartigoyte , envoyés à l'armée
des Pyrénées , ont écrit qu'ils avaient fait arrêter et envoyaient
à la barre le général Duberger , qu'on leur a dénoncé comme
très -suspect , ayant tenu des propós semblables à ceux que tenait
je traître Dumourier, Ichon et Dartigoyte se plaignent ensuite de
( 39 )
―
l'état de dénuement où se trouve l'armée des Pyrénées . Les
soldats manquent de tout , cependant leur zele ne se refroidit
point ; its montrent la plus grande ardeur pour se battre , ils
veulent vaincre ou mourir . Cette lettre a été l'occasion de
plusieurs plaintes contre le conseil exécutif. On a rappellé plusieurs
décrets par lesqu Is il était enjoint au conseil exécutif de
rendre compte de l'état des approvisionnemens des armées , de
fournir l'état de ceux à qui il a donné des places , leurs noms
leur profession antérieure et la date de leur promotion . On
a demandé que les ministres fussent tenus de rendre ces comptes
dans 24 heures . Cette proposition a été décrétée .
Un membre
a demandé que le comité de l'examen des comptes fût tenu
de faire le rapport sur l'administration de Pache dans le plus
bref dela . Cette proposition a été adoptée .
97
-
L'Assemblée est passée à la discussion sur les subsistances.
Creuze- Latouche a proposé de maintenir la liberté du commercę
intérieur , d'autoriser les corps administratifs à requérir
les laboureurs de porter leur blé aux marchés publics , et d'enjoindre
aux autorttes constituées de veiller au maintien de
l'ordre dans les marchés , et d'empêcher toute violence et toute
Lésion de propriété , Enfin l'opinant a proposé de diminuer la
masse des assigaats en circulation .
inces-
Parmi les mesures présentées par Phelippeaux , on a remar™
qué celles-ci : les lois sur la circulation seront exécutées comme
par le passé , et néanmoins les ventes et achats ne pourront
être faits que dans les marchés ; sont exceptés les citoyens qui
pourront faire leurs provisions chez les fermiers de leurs communes
, mais ils ne pourront acheter du blé pour plus de huit
jours . Les comités de finances et d'agriculture présenteront un
moyen d'atteindre les égoïstes et les accapareurs ; ils indiqueront
le maximum du prix du grain : la taxe se fera au mois d'oc
tobre , et le maximum décroîtra progressivement tous les mois .
Il sera enjoint aux boulangers de ne faire qu'une seule espece
de pain pour tous les citoyens , Français. Il sera
samment établi un équilibre entre le salaire des ouvriers
et le prix du pain . En attendant que cet équilibre soit établi ,
il sera mis une taxe sur le riche pour maintenir le pain à 2
sols la livre. Marat a obtenu la parole pour faire une mo
tion d'ordre sur la discussion : il a dit que tous ces grands
discours , ces belles phrases , ces grandes idees d'oeconomistes ,
n'étaient bonnes qu'à faire perdre du tems et à faire mourir
le peuple de faim au milieu de l'abondance . De tems en tems ,
a- t-il ajouté , il y a disette de pain ; c'est un moyen de contrerévelutionnaire
; pour y remédier il faut des lois révolutionnaires.
Que les sans - culottes , ayant à leur tête des officiers manicipaux
, se fassent ouvrir les greniers , et l'abondance renaitra
Marat est descendu de la tribune au milieu des applaudissemen
des citoyens des tribunes , Sa motion est restée sans suite.
---
Les représentans du peuple , députés par la Convention au
C
1
1
:
1401
armées du Nord , ont écrit qu'ils avaient pris des mesures pour
ramasser une quantité suffisante 'de fourrages pour 40,000 chevaux
. Ils annoncent que deux d'entr'eux sont partis pour se
rendre à Dunkerque. On a lu la prciniere phrase d'une lettre
des commissaires dans le département de Mayeune et Loire ,
elle était ainsi conçue : il ne vous reste pas uun moment à perdre
pour sauver la patrie, Berruyer a renonce à un plan formé avec
Beauvilliers , qui vient de perdre 5 pieces de canon et beaucoup
d'hommes. Le président a fait observer qu'à la perte des
Lommes près , cet échec avait été répare .
-
A
La discussion a été continuée sur les subsistances, Beffroi a
prononcé un assez long discones , dans lequel il n'a proposé que
des vues déja présentées, La séance a été levée à 5 heures ,
Seance du lundi 29 avril .
-
JIS
Un membre a dénoncé un arrête pris par le conseil general
du département d'Indre et Loire , qui proscrit de ce départ
tement les journaux suivans : le Courier Français , la Gazelle
Française , le Journal Français ou Tableau politique et littéraire de
Paris , tes Annales de la République Française , la Revolution de
1792 ou Journal de la Convention nationale , le Patriote Français , le
Journal de Paris , le Gourier des Départemens , l'Abréviateur Uni
versel , Nouvelles Politiques nationales et étrangeres , le Bulletin
national ou Papiers -Nouvelles de tous les pays et de tous s jours
Courier de la Convention nationale et des oorps administratifs , par
Perlet , le Bulletin des amis, de la vérité , le Scrutateur universel , le
Courier de l'Europe, le Mercure universel . La Convention a renvoyé
au comité de legislation la question de savoir si des administra
teurs ont ledroit d'empêcher leurs administrés de lire lesjournaux
qui leur plaisent . Les citoyens du departement du Gers
presentent à la Convention , par l'organe d'un député extraor
dinaire , une adresse dans laquelle ils demandent que les peres
de famille.qni jusqu'ici ont presque seuls combattu les rebelles ,
solent remplacés par une armée bien organiece ; ils desirent
voir s'établir une constitution , qui assure aux riches leurs propriétés
et aux pauvres du pain. U homme avait été traduit
par devant le tribunal criminel d'Orléans , pour avoir tenu
des propos royalistes . Le tribunal criminel est venn aujour
d'hui consulter l'Assemblée sur ce qu'il devait faire de ge
citoyen . Un membre a pris dela occasion de demander que
de jury du tribunal extraordinaire de Paris , fût renouvellé
puisqu'il doit l'être au bout d'un mois . Buzot a appuyé cette
proposition , parce qu'a - t- il dit , il ne faut pas qu'un juge s'accoutume
à voter pour la peine de mort , ce qui pourrait bien
arriver s'il restait trop long tems en fonctions ; il a demandé
que la Convention s'expliquât sur ce qu'elle entend par provoquer
le rétablissement de la royauté , et s'il a voulu y comprendre
les propos indiscrets tenus en conversation , et préci
gât bien ce défitr Thariot a répondu que jusqu'ici le tribunal
1
( 41)
avait bien rempli son devoir que tous les jugemens qu'il avait
rendus , avaient été bien motives ; et que dans un moment où
nous sommes environnés de conspirations , il est important de
retarder son renouvellement jusqu'au premier, juin . Adopte .
3 12
290
V
༄་ ་ ་
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འག་ ་ ག
discussion sur la Constitution était commencée lorsqu'un
secrétaire a lu une lettre de Mainviel , suppleant de Rebecqui
, qui a donné sa demission . Mainviel s'était rendu à Paris
pour prendre sa place à la Convention , et à la suite d'une
querelle particuliere , qui a eu lieu , chez Duprat aîné , frere
de Duprat , député , cercere par un ordre du comité
de sûreté générale : Mainviel réclame contre cet acte , comme
arbitraife , et attentatoire à l'inviolabilite qu'il réclame en qua
lité de députe . Bazire est monté à la tribune , pour lire le
procès-verbal de cette arrestation . Il a en outre observe que
C'était à tort que Mainviel se déclarait inviolable , puisqu'il
ne pouvait être regardé comme député , qu'après un rapport
du comité ddee ddiivision '' et d'un examen de ses pouvoirs. Conséquemment
il a demandé que Mainviel et les deux autres parquel
ticuliers qui se trouvaient avec lui fussent traduits pardevant le
tribunal révolutionnaire pour avoir voulu assassiner Duprat
ainé . Guadet à prétendu qu'un suppleant était député du mo
ment qu'il est appellé par un démissionnaire ; que Mainviel à
montre ses pouvoirs , et que Rovere , membre du comité de
rveillance , le connaît très -bien ! Il a demandé qu'il fût mis
en liberté avec les deux autres citoyens . Cette discussion a
eté interrompue par l'admission à la barre de la municipalité
d'Orléans , qui s'est justifiée du reproche d'avoir favorise le
malheureux accident de Léonard Bourdon . Ce malheur ne fut
pas arrive , si Bourdon ne se fut mêlé d'une rixe particu
liere qui éclata à son passage sur une place voisine de la
maison commune . Au reste la municipalité a pris pour lui
tous les soins qu'il était en son pouvoir de lui donner ; ce
qui est attesté par une déclaration de Bourdon lui - même . On
lui avait reproché d'être mal composée , et elle a observé
qu'elle renfermait dans son sein les fondateurs de la société
populaire d'Orléans . Elle jure au reste de se soumettre à la
décision de la Convention , quelle qu'elle puisse être. Sur la
proposition de Garan - Coulon , la Convention a décrété qué
les membres de la municipalité d'Orléans seraient mis en liberté
et pourraient retourner chez eux , On a repris la discussion sur
Mainviel ., Boyer-Fonfrede a soutenu qu'à l'instant où Rebecqui
avait donné sa démission , Mainviel était député ; car il
lient ses pouvoirs du peuple uniquement et non de la Convention
nationale, Thuriot a pensé qu'un suppleant ne pou
vait pas être regarde comme député . Guadet á distingue
un suppléant en expectative , et na suppleant en fonctions
par la démission d'un membre . Il est convenu que le pre-.
mier he put pas être considéré comme député mais il a
soutenu que le second etait revêtu du caractere de député ,
"
( 42 )
et devait par conséquent être inviolable. La discussion est
devenu très -vive et tumultueuse ; plusieurs fois ce président a
été obligé de se couvrir pour rétablir l'ordre ; enfin après de
longs débats la Convention a décrété que Maiuviel serait seu
lement gardé à vue , et qu'il viendrait siéger dans la Convéntion
. Elle n'a rien statue sur les deux autres .
La séance a été levée à sept heures .
PARIS , le à mai 1793.
Un cri se fait entendre de tous les départemens ; la constitution
, la constitution : voilà ce qu'on sollicite ayes instance
ce que l'on attend impatiemment de la Convention . Les Français
sont las , et certes ils doivent l'être de cet état de convulsion
et d'anxiété qui prolonge l'anarchie , et encourage les
enpemis actifs de la révolution . Tout le monde sent avec
raison que le jour où nous aurons un gouvernement sera celuj
où disparaîtront tous les partis , où les agens des puissances
étrangeres perdront avec leur or l'espérance de nous détruire
par nos dissensions , où le crédit national se fortifiera , et où
nous serons assurés d'une paix prochaine et honorable.
On ne doit pas être étonné que tant de partis interessés
redoublent d'efforts pour prévenir ou retarder cette époque
du salut public en France , et que leur cri de ralliement soft
de sauver les trônes par tous les moyens possibles ; mais on
peut l'être de ce que la Convention , les sections de Paris ,
la commune et tous les patriotes ne s'apperçoivent pas de ce
piége , et ne sachent pas s'en garantir . Nous avons sous les
yeux un exemple bien terrible , c'est celui de la Fologue qui
s'abime , et disparaît sous les mains spoliatrices de trois puissances
coalisées , qui se sont étayées d'une partie de la nation
pour mieux consommer sa ruine . Il n'est pas douteux que
fes despotes conjures contre nous ne veuillent arriver au même
par des routes différentes . but
La guerre civile allumée dans les départemens intérieurs ,
la trahison de Dumourier , l'approche des armées combinées
qui cherchent à nous cerner de toutes parts , et plus que tout
cela , la guerre d'intrigue et de corruption que les puissances
nous font au-dedans , les dissensions fomentées jusques dans le
sein de la Convention , les manoeuvres employées pour rendre
les patriotes suspects les uns aux autres , pour multiplier les
defiances , les inquiétudes et les terreurs , pour affaiblir le peu
de gouvernement qui nous reste par le trouble et la désorganisation
, et étouffer le patriotisme par les mains de ceux
qui en prennent le masque : telle est une partie des moyens
dont se servent depuis quinze mois nos ennemis , pour nous
faire éprouver le sort dont la Pologne est aujourd'hui la victime.
Tous les patriotes voient ces choses , ils les sentent
( 43 )
ils en ont la conviction intime , et cependant la masse reste
morte et inerte . On cause des dangers de la patrie comme
si la patrie nous était étrangère ; on ne s'occupe que de partis
quand il s'agit de sauver la République ; et les passions ne
viennent pas s'éteindre dans le grand sentiment de l'intérêt
public , et nul n'a le courage de faire à la patrie le sacrifice
de ses inimitiés , de son opinion et de son amour propre !
Les dernieres séances de la Convention ont encore été per
dues pour la chose publique ; elles ont été absorbées par des
incidens et des querelles particulieres , que l'on regrette de
voir se multiplier si fréquemment. N'est - il pas douloureux
pour les vrais patriotes et les amis ardens de la liberté , d'en
tendre sans cesse les représentans du peuple s'accuser réciproquement
de complots liberticides et d'assassinats , s'accabler
de soupcons et d'outrages , les uns provoquer les assemblées
primaires pour les juger ; les autres s'y opposer et prétendre
néanmoins que la Convention ne peut sauver la chose
publique ; enfin de voir la majorité obligée de menacer les tribunes
de transporter ailleurs ses séances pour acquérir son in
dépendance et sa liberté . Y aurait-il donc des personnes qui ne
voulussent ni constitution , ni gouvernemunt ; qui redoutassent
de rentrer dans la classe de simple citoyen , et pour lesquels
lidée de l'obéissance à la loi fut un tourment anticipé?
Comment la ville de Paris ne sent - elle pas qu'il est de son
intérêt , de l'intérêt de la République , de faire respecter la
représentation nationale que les départemens lui ont confiée
comme un dépôt sacré et inviolable ; qu'en souffrant qu'une
poignée d'individus évidemment stipendiés troublent chaque
jour les délibérations de l'Assemblée , elle pourrait faire croire
qu'elle partage leurs procédés ?
·
Comment ne voit - elle pas qu'étant destinée par sa nature à
être le centre de toutes les autorités et de toutes les administrations
, si jamais elle venait à les perdre , elle perdrait la plus
grande partie de ses ressources ? Comment ne s'est elle pas
tenue en défiance contre un systême d'accusation sans preuves
qui ne tend qu'à avilir la Convention , ou à la soumettre à
la domination de l'esprit de parti ? Comment n'est- elle pas frappée
de la nécessité d'avoir promptement une Constitution dont
elle doit recueillir les principaux1 avantages ?
Les subsistances sont devenues le grand ordre du jour et le
principal instrument dont se servent les agitateurs pour faire
mouvoir le peuple . Il n'est pas de matiere où il soit plus facile
de l'égarer sur les véritables principes, On connaît les
préjugés et la répugnance que le peuple a toujours manifestée
contre la libre circulation des grains , qui peut seule faciliter
les approvisionnemens. Aujourd'hui c'est la taxation de
lear prix que l'on provoque , ce sont des perquisitions , des
recensemens , des contraintes que l'on voudrait faire exercer
envers les propriétaires et les cultivateurs .
( 44 )
1
Les inquiétudes n'ont ancun fondement réel ; " c'e ce que
les citoyens Garin et Cousin , administrateurs de subsis
tances et approvisionnémen's attestent dans une circulaire
adressée aux 48 sections de Paris La farine de commerce ,
disent-ils , quoique toujours à des piis'élevés , abonde à la halle
et l'administration espere que les mesures qu'elle a adoptées ,
et qui ont réussi jusqu'à présent , auront toujours le même
succès et ameneront peu- à - peu la baisse du prix de cette
denrée , mais nous vous le répétons , ces mesures ne peuvent
pas et ne doivent pas être publiques..... L'approvisionnement
Ide Paris est assuré , les boulangers
sont garnis , les magasins
de la municipalité le sont aussi , et ils le seront en dépit des
faux patriotes et des intrigans ; car ce sont eux , n'en doutez
pas , chers concitoyens , qui vous sonnent l'alarme .
22
C'est dans le temps qu'on avait tant de raison d'être rassurés
sur les subsistances , et que Ducos faisait entendre à la
Convention les véritables principes sur cette matiere & * qque
des clameurs scandaleuses élevées dans la tribune qui domine
l'extrémité gauche l'ont hué et interrompu , en criaut ; à bas ,
à bas , à un réprésentant du peuple .
C'est dans le même tems qu'on a fait venir à la barre une
députation de quelques citoyennes de Versailles , portant un
écriteau sur lequel on lisait : nous demandons la taxation des
grains . C'est dans le même tems qu'une députation d'une partie
du fauxbourg Saint - Antoine , au nombre de huit mille
hommes , qui n'avait pas Gonchon pour organe , est venue
demander , entr'autres mesures de salut public , la fixation du
maximum des denrées , et déclarer que si la Convention n'adop
tait pas ces mesures , ils étaient en état d'insurrection . Ce brave
fauxbourg qui a si bien mérite de la patrie , qui s'est fait remarquer
jusqu'à présent par' son obéissance aux fois , et qui a
toujours su résister aux sollicitations de l'intrigue , n'a pas
tardé à rétracter la derniere phrase de sa pétition . Mais tout
'cela prouve jusqu'à quel point on égare les esprits sur les
principes relatifs aux subsistances , et que les ennemis de la
chose publique se servent de ce moyen , comine le plus propre
à produire les effets qu'ils en attendent . La Convention a montre
en cette occasion ane fermeté et une énergie qui , și elle se
soutient , peut seule sauver la chose publique . Le peuple de volt
donc pas que ce serait faire décréter la famine que de soumettre
les marchés relatifs aux subsistances à toutes les entraves et
toutes les vexations que l'on propose .
C
Les progrès que font les rebelles dans le département de la
Vendée , etc. exigent des mesures promptes et extraordinaires,
On n'en a pris jusqu'à present que de partielles , et l'on prolonge
le mal sans les détruire . "
Les mesures proposées par le département de l'Hérault ont
été adoptées par les sections de Paris et par la commune . On
s'y occupe avec ta plus grande activité de faire marcher des
hrces imposantes , Tous les courages s'électrisent à ce nou
( 45 A
veau danger de la patrie qu'il faut enfin faire cesser . Déja
quatre mille hommes sont partis de cette ville . Le comman
dant général Santerre a déclaré que dans deux jours il aurait
disposition 12 mille hommes et 30 pieces de canon . On
assure qu'on détache de l'armée de la Moselle et de celle du
Var 15 mille hommes de troupes de ligne dont Biron prendra
le commandement . C'est par des mesures grandes et vigoureuses
que l'on peut dissiper les troubles que l'on laisse trop
prolonger.
Des dépêches du général Biron du 22 avril annoncent un
nouvel avantage remporté par les troupes de la République
contre les Piémontais .
Le feu a pris deux fois à l'hôtel du ministre de la justice . De
prompts secours ont arrêté le progrés de l'incendie . Aucun
papier important n'a été la proie des flammes . Le feu avait
déja pris précédemment au même hôtel. Il est difficile de
de croire que des accidens si souvent réitérés ne soient l'ouvrage
de la malveillance .
Cambon a fait un rapport très- satisfaisant sur l'état de nos
frontieres et la situation de nos armées . Nous en donnerons
le developpement dans le prochain n ° .
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE,
François Boucher , natif du Menil- Ende , departement du Calvados
, se disant dentiste , arboriste , sans domicile fixe , a été
condamné à la peine de moit sur la déclaration unanime du
jury , qu'il était convaincu d'avoir dit , le 5 de ce mois , avec des
intentions contre- révolutionnaires , dans une auberge de la paroisse
de St. Just , district de Beaugency , que Dumourier avait
pleuré trois jours et trois nuits de s'être bateu pour des tyrans et
des brigands ; que ce général , viendrait à Paris avec son armee ,
dont il était presque sûr , pour mettre à la raison la Convention
nationale , qui était composée de brigands , et rétablir un
roi ; qu'il en fallait un sous 15 jours , sans quoi la France serait
perdue ; que lors de l'arrivée de Dumourier , il irait au - devant
de lui avec la cocarde blanche , et que le peuple ferait bien de
s'emparer du trésor national ..
3
Desire- Charles Mangot , cocher de fiacre , agé de 24 ans , né
à Paris , arrêté , rue des Deux-écus , le 2 avril ; convaincu
d'avoir dit , 19. dans un café , que la nation était composée
de gueux , de voleurs , de scélérats ; que les gardes nationales
étaient des j ........; qu'avec sa latte il les mettrait tout à- bas ,,
qu'il avait déserté de plusieurs régimens , que si on lui donnait
des habits et 10,000 liv. il irait aux frontieres , mais qu'il .
reviendrait se battre contre la nation ; qu'il ne voulait plus
servir depuis qu'on avait assassiné son roi , parce que plus de
roi plus de soldats ; qu'il était chef de parti , et que s'il venait
( 46 )
manquer d'argent , des poulets lui en apporteraient, 2º . d'avoir
tenu ces discours avec des intentions contre - révolutionnaires
d'après la déclaration affirmative du jury , il a été condamné
, le 27 à 9 heures du soir , à la peine de mort , et a subi
son jugement le 28 à midi , sur la place de la Réunion .
Suite du manifeste de Dumourier & la Nation Française.
Il faut , mes chers compatriotes , qu'un homme vrai et
courageux vous arrache le bandeau dont on couvrait tous nos
crimes et nos malheurs. Nous avions fait en 1789 des grands
efforts pour obtenir la liberté , l'égalité et la souveraineté du
peuple. Nos principes ont été consacrés dans la déclaration des
droits de l'homme . Il est résulté des travaux de nos législa
teurs , d'abord la déclaration qui dit , que la France est et restera
une monarchie ; 2° . une constitution que nous avons jurée en
1789 , 90 et 91. Cette constitution devait et pouvait être imparfaite
; mais on devait et pouvait croire , qu'avec le tems et
l'experience on rectifierait les erreurs , et que la lutte néces
saire entre le pouvoir législatif et exécutif établirait un équilibre
sage qui empêcherait l'un des deux pouvoirs de saisir toute
l'autorité , et d'arriver au despotisme . Si le despotisme d'un
seul est dangereux pour la liberté , combien plus odieux celui de
700 hommes , dont beaucoup sont sans principes , sans moeurs ,
et ne sont parvenus à cette suprématie que par des cabales ou
des crimes !
,, L'exagération et la licence ont bientôt trouvé insupportable
le joug d'une constitution qui donnait des lois . Les tribunes influençaient
l'Assemblée des représentans , et étaient elles -mêmes
soufflées par le club dangereux des jacobins de Paris . La lutte
entre les deux pouvoirs est devenue un combat à mort. Dèslors
l'équilibre a été détruit. La France s'est trouvée sans roi :
la victoire du 10 août a été souillée par les crimes les plus
atroces des premiers jours de septembre. Tous les départemens
, mais sur- tout la malheureuse ville de Paris , ont été livrés
au pillage , aux dénonciations , aux proscriptions , aux
massacres . Nul Français , excepté les assassins et leurs complices
, n'était sûr de sa vie , ni de ses propriétés ; la consternation
de l'esclavage était augmentée par les bruyantes orgies
des scélérats ; des bandes de prétendus federés couraient les
départemens et les dévastaient des 700 individus qui composaient
ce corps despotique et anarchique , 4 ou 500 gémissaient
et décrétaient sous le glaive des satellites des Marat et
des Robespierre. C'est ainsi que l'infortuné Louis XVI a péri
sans procédure juridique et sans tribunal ; c'est ainsi que le
décret du 19 novembre provoque toutes les nations , et leur
promet notre secours , si elles se désorganisent. C'est ainsi que
Je décret injuste et impolitique du 15 décembre nous a aliéné les
coeurs des Belges , nous a chassés des Pays -Bas , et aurait fait
massacrer toute notre armée par ce peuple revolté contre nos
( 47 )
veaxtions et nos erimes , si je n'avais fauvé cette même árméé
par mes proclamations ; c'est ainsi que s'est établi , par un décret
, le tribunal féroce qui met la vie des citoyens à la merci
d'un petit nombre de juges iniques , sans secours ni sans appel
à un autre tribunal ; c'est ainsi que depuis un mois tous les décrēts
sont marqués au coin de l'avarice insatiable , de l'orgueil
le plus aveugle , et sur-tout da desir de conserver le pouvoir,
en n'appellant aux places les plus importantes de l'Etat , que
des hommes audacieux , incapables et criminels , en chassant
ou inassacrant les hommes éclairés et à grand caractere , en
soutenant un fantôme de République , que leurs erreurs en administration
et en politique , ainsi que leurs crimes , ont rendu
impraticable ; ces 700 individus se méprisent , se détestent , se
calomnient , se déchirent , et ont déja pensé se poignarder.
En ce moment , leur ambition aveugle vient de les porter à se
coaliser de nouveau ; le crime audacieux s'allie avec la vertu
faible , pour conserver un pouvoir aussi injuste que chancelant ;
leurs comités dévorent tout ; celui de la trésorerie nationale.
absorbe les fonds publics , sans pouvoir en rendre compte.
" Qu'a fait cette Convention pour soutenir la guerre contre
toutes les puissances de l'Europe qu'elle a provoquées ? Elle
a désorganisé les armées , au lieu de renforcer et recruter ses
troupes de ligne et ses anciens bataillons de volontaires nationaux
, qui lui auraient formé une armée respectable ; au lieu
de récompenser ces braves guerriers par de l'avancement et des
éloges , elle laisse les bataillons incomplets , nuds , désarmés
et mécontens ; elle a traité de même son excellente cavalerie ;
la brave artillerie française est de même épuisée , abandonnée
et dénuéc de tout , et elle crée des corps nouveaux , composés
des satellites du 2 septembre , commandés par des hommes qui
n'ont jamais servi , et qui ne sont dangereux qu'aux armées
qu'ils surchargent et qu'ils désorganisent . Elle sacrifie tout pour
ces satellites de la tyrannie , pour ces lâches coupeurs de têtes.
Le choix des officiers , le choix des administrateurs dans toutes
les parties est le même ; on voit par- tout la tyrannie qui flatte
les méchans , parce que les méchans seuls peuvent soutenir la
tyrannie , et dans son orgueil et son ignorance , cette Convention
ordonne la conquête et la désorganisation de l'univers .
Elle dit à un de ses généraux d'aller prendre Rome , à un autre
d'aller conquérir l'Espagne , pour pouvoir y envoyer des commissaires
spoliateurs , semblables à ces affreux proconsuls Romains
, contre lesquels déclamait Cicéron . Elle envoie dans la
plus mauvaise saison de l'année , la seule flotte qu'elle ait dans
la Méditerranée , se briser contre les rochers de la Sardaigne.
Elle fait baitre par les tempêtes les flottes de Brest pour aller
contre la flotte anglaise , qui n'est pas encore sortie . Pendant
ce tems - là , la guerre civile s'étend dans les départemens. Les
uns excités par le fanatisme , qui dérive nécessairement de la
persécution ; les autres par l'indignation de la fin tragique es
( 48 )
fautile de Louis XVI ; les autres enfin par le principe naturel de
resister à l'oppression , prennent les armes par- tout . Par-tout
on s'égorge , par-tout on arrête les moyens pécuniaires et de
subsistance . Les Anglais fomentent des troubles , et les alimenteront
par des secours quand ils voudront . Bientôt il ne restera
pas un de nos corsaires en mer ; bientôt les departemens meridionaux
ne recevront plus les grains de l'Italie et de l'Afrique
déja ceux du Nord et de l'Amérique sont interceptés par les
escadres ennemies ; la famine se joindra à nos autres fléaux , et
la férocité de nos cannibales ne fera que croitre avec nos calamités.
. !
3
66 Français , nous avons un point de ralliement pour étouffer
le monstre de l'anarchie , c'est la Constitution que nous avons
jurée en 1789 , 90 et 91 ; c'est l'ouvre du peuple libre , nous
resterons libres et nous retrouverons notre gloire en reprenant
cette Constitution . Développons nos vertus , sur-tout celle
de la douceur ; déja trop de sang a été verse . Si les
monstres qui nous ont désorganisés veulent fuir , laissousleur
trouver ailleurs leur punition , s'ils ne la trouvent pas
dans leurs ames corrompues ; mais s'ils veulent soutenir
l'anarchie par de nouveaux crimes , alors l'armée les punira .
J'ai trouvé dans la générosité des ennemis que nous avons
tant offenses , la sûreté de la paix exterieure . Non - seulement
ils traitent avec humanité et honnêtete nos blessés ,
malades et prisonniers qui tombent cutre leurs mains ' , mal .
gré les calomnies que répandent nos agitateurs pour nous
rendre féroce ; mais ils s'engagent à suspendre leur marche
, ne point passer les frontieres , et à laisser notre brave
armée terminer toutes nos dissentions intérieures . Que le
flambleau sacré de l'amour de la patrie réveille on nous la
vertu et le courage ! Au seul nom de la Constitution la guerre
civile cessera , on ne pourra plus exister que contre quelques
malveillans , qui ne seront plus soutenus pas les puissances
étrangeres , qui n'ont de haine que contre nos criminels factieux
, et qui ne demandent qu'à rendre leur estime et leur
amitié à une nation dont les erreurs et l'anarchie inquietent et
troublent toute l'Europe . La paix sera le fiuit de cette résolu
tion , et les troupes de ligne , ainsi que les braves volontaires
nationaux , qui depuis un an se sont sacrifiés pour la liberté ,
et qui abhorrent l'anarchic , iront se reposer au sein de leurs
familles , après avoir accompli ce noble ouvrage . Quant à moi ,
j'ai déja fait le serment , et le réitere devant toute la nation
et devant toute l'Europe , qu'aussitôt après avoir opéré le salut
de ma patrie par le rétablissement de la constitution ,
l'ordre et de la paix , je cesserai toutes fonctions publiques ,
et irai jouir dans la solitude du bonheur de més concitoyens .
10
Signé le général en chef de l'armée française , ' Dumourier.
25 409 .3
de
ی ک و ن ه ب
Jer. 135.
( No. 93 . 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 11 MAI , l'an deuxieme de la République.
VERS à M. DUMOUTIER sur la piece des Femmes.
Par une femme.
LORSQU'UN Zoilé atrabilaire
Sur notre sexe exhale son humeur ,
Sans doute , il n'eut jamais l'heureux talent de plaire
C'est par dépit qu'il se fait détracteur .
Ta muse , Dumoutier , tendre et reconnaissante ,
A dû nous peindre avec plus d'équité .
Quelques légers défauts font ombre à la beauté :
Dans tes jolis tableaux toute femme est charmante.
Oui , la vieille , la mere et la fille encor mieux ,
Chacune sent au fond de l'ame ,
En écoutant tes vers délicieux ,
Un secret plaisir d'être femme .
CHARADE.
A L'INDIGENT quand ta main bienfaisante
Belle Iris , offre mon premier ,
Alors sur ta bouche charmantė
On voit éclore mon entier.
ENIGM E.
CELUY qui me porta servit de nourriture ;
Jadis je le portai moi- même dans les airs .
A présent sous trois doigts je suis à la torturès
Je sers également aux juges , aux pervers .
Je suis l'unique bien de tous gens de justice .
Le procureur par moi ruine son client .
Je fais souvent du mal , le bien plus rarement.
Lentement par le fer on veut que je périsse ,
Et mon lecteur sur mei repose mollement.
Explication du mot du Logogriphe du No , 92 .
Le mot est Image , où l'on trouve mai , ami ,
Tome III.
âge.
4
( 50 )
NOUVELLES
LITTÉRAIRES.
Maximes et Pensées par Charles Pougens , écrites à Londres eth
1787 et imprimées à Paris en 1793 , l'an 2e . de la République;
à son
ami Gorani , citoyen Français . Feuille in - 8° . , chez les
marchands de nouveautés .
'AIME beaucoup Charles Pougens : c'est un homme d'esprit ,
fort instruit et bon citoyen , mais ce me semble fort peu philosophe.
Je lui ai dit que s'il desirait que je rendisse compte de ses
Pensées , je ne pourrais en parler que pour les combattre . Il
l'a voulu , il l'a exigé cela vaut mieux que sa feuille . Je vais
donc le satisfaire et dire la vérité , par estime pour lui , et
par respect pour le public.
Ce prétendu systême du monde , ces lois régulieres et
constantes d'après lesquelles la nature se meut et agit , cette
• volonté prédéterminée du créateur sont une pure invention
des hommes . Il leur fallait un dieu pour consoler leur
" ignorance et leur faiblesse , et ils ont été en même tems
assez imbéciles pour l'emprisonner et pour circonscrire sa
" puissance , en l'assujettissant lui-même aux regles dont ils
" ont prétendu qu'il était l'auteur, Enfin de leur dieu toutpuissant
ils n'en ont fait qu'un dieu asservi , un dieu fait
, à l'image de l'homme , un homme aggrandi . Jettez autour
" de vous quelques milliers de grains de froment , vous formerez
nécessairement des cercles , des triangles , des qua-
" drilateres , des isopérimetres , etc .; doit - on en conclure
" que vous avez eu l'intention de disposer ces grains de froment
selon les regles de la géométrie ?,
1º. Ces raisonnemens ont été mille fois répétés dans tous
les livres des athées , mille fois pulvérisés avec la plus grande
facilité . Charles Pougens peut- il l'ignorer ? Pourquoi donc les
reproduire encore sans les appuyer de meilleures preuves , ou
sans détruire les réfutations ? Dans les deux systêmes opposés ,
c'est- à - dire , dans celui de la matiere éternelle et nécessaire
( ce qui me paraît improbable ) et dans celui de la création ,
( qui me paraît plus admissible ) il est également démontré ,
pour quiconque a les premieres notions métaphysiques , que
les lois du mouvement sont nécessairement immuables , et que
les mêmes causes physiques doivent produire constamment les
mêmes effets ; sans quoi il n'y aurait plus d'ordre dans l'univers
, et rien ne subsisterait un quart- d'heure . Ce n'est donc
point asservir Dieu , ni le circonscrire , ni l'assujettir , que de
penser que les lois sur lesquelles il a établi l'harmonie de
l'univers sont éternelles comme lui , d'abord parce que les rapports
essentiels des êtres devaient être , de toute éternité , dans
( 51 )
sa pensée , ensuite parce qu'il n'y a point de puissance à pouvoir
l'impossible , puisque l'impossible signifie ( dans le langage
philosophique que tout homme instruit doit connaître ) ce qui
implique en soi contradiction . Il est d'une absurdité ridicule
de prétendre que Dieu est asservi , parce qu'il ne peut pas changer
les Tois mathématiques , c'est-à-dire , en d'autres termes ,
parce qu'il ne peut pas faire qu'une chose soit et ne soit pas .
Est - il possible qu'il faille encore rebattre ces vérités plus
vieilles le monde que ? Il n'y a , sans doute , aucune force
d'esprit à les concevoir ; mais comment s'imagine - t- on qu'il y
en ait à les nier ? Où est le mérite de nous dire ( en d'autres
termes que les hommes ont été assez imbécilles pour croire
que deux et deux font quatre ?
2º, Que les hommes aient eu besoin de l'idée d'un dieu
pour consoler leur faiblesse et leur ignorance , cela ne prouverait
nullement que cette idée fût fausse . Si quelque idée a dû se
présenter naturellement aux hommes , c'est que l'ordre de
l'univers était l'ouvrage d'un être tout - puissant , d'un être infini.
En quoi cette idée est- elle déraisonnable :: 'il est d'autant
moins convenable d'en parler avec mépris , que cette opinion
a été celle des hommes les plus éclairés de tous les siecles , et
qu'elle semble appartenir également à la raison et à l'instinct .
Qu'on la combatre , je le conçois et le pardonne ; car elle
n'est pas rigoureusement démontrée ; mais il faut qu'on nous
permette aussi de rire un peu de la grande supériorité de ceux
qui marquent un si profond dédain pour la faiblesse et l'ignorance
de Socrate , de Confucius , de Cicéron , de Marc - Aurele ,
de Newton , de Voltaire , etc. Quand est- ce donc que l'on concevra
un peu plus communément qu'on ne fait aujourd'hui
que la convenance du ton , relative aux choses et aux personnes
, est une qualité distinctive des bons esprits ; que les matieres
philosophiques et politiques commandent la réserve et
la sévérité ; que le ton affirmatif et jactancieux convient parfaitement
à un charlatan de place ', qui parle à des imbécilles
et cherche des dupes ; mais que quand on écrit pour les hom-"
mes instruits , il faut commencer par respecter son lecteur ?
3º . Où l'auteur a -t-il pris qu'en jettant autour de soi quelques
milliers de grains de froment , on formerà nécessairement des
cercles , des triangles , etc. C'est précisément ce qui n'arrivera
pas . On aura des figures qui approcheront plus ou moins d'un
cercle , d'un triangle , etc. ? mais on n'aura pas un cercle parfait
, un triangle parfait dans des milliers d'années ; et quand ,
par un hasard extrêmement improbable , on en obtiendrait
un , que prouverait un résultat unique et borne , si prodigieusement
rare dans des suites de siecles ? Rien autre chose ,
si ce n'est que l'hypothèse des jets fortuits est au nombre des
mille et une puérilités débitées gravement par les athées .
D'abord il est d'une impossibilité absolue que le hasard produise
un grand tout parfaitement régulier , ( et l'on sait qu'ici la ré-
D 2
( 52 )
1
gularité parfaite est essentielle ; les approximations ne sont
rien ; le calcul du mouvement des corps célestes en est la
preuve ; ) car il s'ensuivrait qu'une cause aveugle , un mouvement
fortuit non seulement aurait les mêmes effets qu'une
cause intelligente , ce qui répugne ; mais cette cause aveugle
aurait produit des êtres intelligens , et Montesquieu a bien
raison de dire que cette idée est le comble de l'absurdité . Ensuite
il faudrait nous expliquer comment cet ordre obtenu une
fois fortuitement ne se dérange plus , comment les jets fortuits
et éternels ont cessé pour faire place à un mouvement
régulier , etc. Que de folies ! somme totale , puisqu'il a plu à
Charles Pougens de faire encore une très - inutile sortie sur les
théistes , avec des armes si usées et si fragiles ; voici en peu
de mots ce que le bon sens enseigne à ceux qui ne mettent
dans cette question ni orgueil , ni prévention , ni humeur.
L'existence d'une cause premiere quelconque , d'un premier.
être , est extrêmement probable : elle n'est pas démontrée ,
parce que la démonstration d'un être infini , tel que Dieu ,
est au dessus d'un être fini , tel que l'homme elle est extrêmement
probable ; parce qu'on n'a jamais pu détruire et qu'on
ne détruira jamais cette preuve positive , tirée de cet argument
si simple mais si fort , que l'existence d'un ouvrage où l'in
telligence est manifeste , suppose nécessairement l'existence
d'un ouvrier intelligent , Les argumens qu'on oppose , les seuls
du moins qui soient raisonnables , sont purement négatifs ;
c'est 1 ° . qu'il ne nous est pas plus possible de concevoir la
création opérée par un premier être , que de concevoir comment
tout existerait par soi : l'un et l'autre est au- dessus de
la compréhension humaine : 2º . c'est que le désordre ( au moins
apparent ) de ce petit globe , le mal physique et le mal moral ,
sont inexplicables pour nous qui ne connaissons qu'une parcelle
infiniment petite du grand tout : 3º . c'est que les succès
du crime et les malheurs de la vertu sont inconciliables avec
la justice du premier être , à moins d'un ordre de choses à
venir , hypothèse très - incertaine pour nous , qui ne connaissons
qu'une matiere essentiellement corruptible , et qui n'avons
aucune espece de certitude qu'il existe autre chose que des
corps , et que ce qu'il nous plait d'appeller ame soit distincte
de la matiere .
Voilà les objections qui portent , non pas sur l'existence de
Dieu , mais sur les conséquences ces objections prouvent
seulement que les conséquences échappent à nos conceptions
bornées , mais ne prouvent nullement qu'il n'existe pas un
premier être. Il est très - raisonnable d'y croire , ( en avouant
son ignorance sur le reste ) parce qu'il y a une preuve positive
qu'on ne peut renverser , et qui est dans les principes de la
raison : il est très - déraisonnable de le nier , parce qu'il est contraire
à toute logique de nier l'existence d'un Etre infini ,
sous prétexte que nous ne pouvons expliquer les facultés
( 53 )
et ses opérations nécessairement infinies . Enfin il y a cette différence
entre l'opinion des Théistes et celle des Athées
que dans la premiere , telle que je viens de l'exposer , il n'y
a rien qui implique coutradiction , au lieu que dans l'autre ,
toutes les hypothèses que l'on veut substituer à une cause prémiere
sont totalement absurdes .
L'erreur est la soeur aînée de la vérité , mais c'est du
sein des tenebres mêmes que la lumiere doit s'élancer et se
" répandre par torrens sur la terre . Un tems viendra où la
" philosophie doit enfin éclairer l'Univers . A peine le crépuscule
commence -t- il à paraître , et déja nous voyons toutes
,, ces vaines illusions qui jadis obscurcissaient la raison hu-
,, maine , s'effacer et s'évanouir . La superstition et le fanatisme
n'osent plus lever leur tête hideuse : tels seront
" les effets tardifs de cette raison appréciatrice qui classe également
et les hommes et les choses , mais qui nous dé-
" sabuse aussi de tout , en nous découvrant tristement la valeur
, c'est - à - dire , le néant de tout . Lorsque la raison de
, l'homme sera parvenue à son apogée , c'est alors qu'il concevra
et qu'il appréciera son existence . Des siecles s'écou
,, leront sans doute avant qu'il parvienne à cette abnégation
salutaire dont la religion ne peut offrir que le perpétuel men
songe. J'ignore si le monde doit finir , si le néant a pu
,, exister ; mais un tems viendra où les hommes sentiront
" que sur la terre rien ne peut valoir les frais de la vie , si
2 ce n'est peut-être les ineffables jouissances d'une sensibilité
" profonde.
Il faut l'avouer : c'est -là ce qu'on appelle un véritable amphigouris
ce qu'on apperçoit à travers les nuages , dans cet
amas d'expressions ambitieuses et discordantes , c'est qu'il n'y
a pas une idée qui naisse d'une autre ; pas une au contraire
qui ne contredise ce qui suit ou ce qui précede , et il en
résulte un tout absolument dénué de sens . Si le crépuscule
de la philosophie commence à peine à paraître , comment voyonsnous
deja s'effacer et s'évanouir toutes les ill sions qui obscurcissaient
la raison humaine ? Et que ferait de plus le grand jour ?
si cette raison appréciatrice qui classe les hommes et les choses
ne sert qu'à montrer le néant de tout , comment doit- elle un jour
éalairer l'Univers ? Et quelle étrange lumiere qu'une pareille
philosophie ! Quoi ! la philosophie consisterait à regarder la liberté
, la vérité , la vertu , toutes les jouissances physiques et
morales qui peuvent faire le bonheur de l'homme , comme un
néant ! Ce sont bien là , en effet , les sombres déclamations
du fanatisme religieux , mais ce ne furent jamais - là les leçons
de la philosophie ; la raison qui apprécie tout , n'apprend point à
se dégoûter de tout , parce que tout est borné , mais à jouir
de tout avec la mesure marquée par notre nature. L'apogée
de cette raison ne consistera jamais dans une abnégation salutaire
; il faut laisser ces expressions insensées aux mystiques.
C 3
154 )
et aux Piétistes . Il n'y a point non plus d'apogée qui apprenne
à concevoir notre existence ; car nous ne concevrons jamais comment
rous existons ; c'est le secret de la nature et il est
clair que l'auteur n'entend pas plus ses expressions qu'il ne
peut entendre ses propres idées . Il n'est besoin d'aucune apogée
pour savoir que c'est la sensibilité qui donne du prix à la
vie ; il ne faut pas accumuler les siecles , pour découvrir une
vérité que la réflexion et l'expérience ont apprise à tous les
hommes , des qu'ils ont commencé à faire usage de leur raison :
et qui n'a pas su dans tous les tems que nos sensations et
nos sentimens font toute notre existence ? L'auteur , il est
vrai , exige ( encore avec un peut - être ) les ineffables jouissances
d'une sensibilité profonde , pour valoir les frais de la vie . Mais ce
mêlange du style précieux et du style emphatique , heureusement
ne change rien à un principe connu , et n'établira pas
une nouvelle loi dans la nature . Chacun continuera de jouir suivant
sa portion quelconque de sensibilité , sans s'inquiéter si
elle est ineffable . Je conseille à mon ami Pougens d'en revenir
là tout bonnement , et de ne plus se promener dans les
siecles à venir , pour y appercevoir , comme des découvertes ,
les plus creuses et les plus tristes rêveries .
La métempsicose est de tous les dogmes religieux celui
qui semble le plus favorable à l'établissement d'une bonne
morale et d'une saine philosophie . ",
La metempsicose est une des plus ridicules extravagances
qu'ait enfantées l'imagination , et ce n'est jamais sur un dogme
qui appartient à la folie , qu'on peut établir ni morale , ni philosophie.
Dans un gouvernement républicain , il est permis d'être
3 un heros ; mais dans un gouvernement monarchique il n'est
" permis que d'être un sage..99
On peut dire tout le contraire avec beaucoup plus de vérité
; c'est dans un gouvernement républicain qu'il peut être
dangereux d'être un héros : il effraie la liberté . C'est dans un
gouvernement absolu qu'il est dangereux d'être un sage : il
effraie le despotisme . Sous Louis XIV , il y eut une foule de
héros : tous furent plus ou moins bien traités . Il n'y eut qu'un
sage , Catinat : il fut disgracié. Au reste , dans toutes les propositions
de ce genre , il faut éviter les énonciations absolues
et générales elles ne rendent point l'idée plus forte , et la
rendent moins vraie , en rappellant nombre d'exceptions .
Quels sont les fruits de l'expérience ? la révolte et le
dégoût . , Oui , pour les têtes ardentes et les mauvais esprits :
pour les bons esprits , le fruit de l'expérience , c'est la mesure
en tout.
" C'est la vie qui doit consoler de la mort . On dirait tout
aussi bien , que c'est la mort qui doit consoler de la vie ; et
l'un et l'autre a été dit cent fois en vers et en prose , sans
rien prouver que l'impression du moment dans celui qui écrivait .
( 55 )
La force de l'esprit et la force du caractere sont deux
qualités absolument distinctes , etc. Tous les moralistes ont
fait cette distinction que personne n'ignore ; mais aucun n'a
dit que l'une n'était jamais que le mensonge de l'autre , car l'expression
n'est pas française , et serait fausse dans toutes les
langues.
La peur n'est bien souvent qu'une usurpatrice qui s'arroge
,, impunément tous les honneurs de la raison . " Je ne comprends
pas trop ce que c'est qu'une peur usurpatrice , et je
ne me ferai jamais à ce style entortillé ; mais ce que je sais c'est
que de toutes les affections de l'ame il n'y en a pas qui soit
plus contraire à la raison que la peur. Si l'auteur a voulu
dire que la faiblesse s'arroge souvent les honneurs de la prudence
, rien n'est plus vrai ; mais ce n'était pas la peine de
le dire après tant d'autres , au moins comme maxime et pensée ;
car il faut observer qu'il est très -permis , qu'il est même nécessaire
, dans un sujet quelconque , de se servir des idées.
communes ; c'est un fond qui appartient à tout le monde , et
le mérite n'est que dans la combinaison et les résultats qui
sont plus ou moins à l'auteur ; mais quand on se met à écrire
des pensées et des maximes , on s'engage à donner des apperçus
nouveaux .
C'est la nature elle - même qui a établi l'inégalité parmi
les hommes ; celle des forces physiques et morales a déter-
,, miné l'inégalité des conditions . C'est une vérité reconnue
mais dans les circonstances où nous
; sommes j'aurais
voulu qu'un bon citoyen , comme Charles Pougens , ajoutât
quelques lignes d'explication pour prévenir les abus que tant
de gens sont tentés de faire de ce principe de l'inégalité naturelle
. Elle a dû , sans doute , produire originairement l'inégalité
des conditions ; mais la raison et la justice ont dû aussi
apprendre aux hommes que cette inégalité de moyens physiques
et moraux était purement individuelle , et nullement
héréditaire ; qu'en conséquence elle ne devait pas former des
conditions inégales , c'est- à - dire des classes , des castes habituellement
supérieures les unes aux autres , mais seulement
une distribution inégale des places , des emplois , des fonctions
dans l'état , suivant l'inégalité des moyens physiques et
moraux , ensorte que celui qui n'a ni esprit , ni talens , ni
connaissances fût subordonné dans l'ordre social à celui qui
a tous ces avantages , mais que tous fussent égaux devant la
loi , et pussent prétendre aux mêmes places , quand ils auraient
les mêmes moyens . Je suis bien sûr que c'est l'opinion
de mon ami Pougens , et c'était- là l'occasion de la placer utilement.
Dès que l'homme connût les arts et l'amour moral , il
,, cessa d'être libre , et ses besoins factices devinrent ses premiers
tyrans " . D'abord l'amour moral n'a rien à faire ici ,
pas plus que les autres passions , à moins qu'il ne s'agisse de
D 4
( 56 )
liberté morale , et alors l'auteur ne nous disait rien , si ce
n'est que les passions ôtent à l'homme sa liberté , et je n'imagine
pas que ce soit encore là une pensée ou une maxime .
S'il s'agit de la liberté politique , comme le reste du paragraphe
le fait présumer , je répete que l'amour n'est là pour rien :
il serait superflu de le prouver , puisqu'on sait qu'il y a autant
d'amour moral chez les peuples libres que chez les peuples
esclaves . Quant aux arts, c'est le vieux paradoxe de Rousseau :
il a été si complettement détruit , qu'il est bien étonnant qu'on
y revienne encore .
9.
La nature n'agit point d'intention , elle n'agit que d'in-
" pulsion si elle avait une volonté , elle cesserait alors d'être
" immuable . Il n'y a pas là un seul mot qui ait du sens .
La nature , en langue philosophique , ne peut signifier que
l'universalité des êtres . Il n'y a point d'être qui s'appelle
nature , et l'auteur n'admet point de cause premiere . Or , que
veut dire que l'universalité des êtres n'agil point d'intention
el n'agit que d'impulsion ? Et qu'est- ce que cette impulsion ? d'où
vient- elle ? l'auteur pourrait-il nous le dire ? est- ce une force
motrice ? quelle est - elle , et où est- elle ? Il y a long- tems qu'on
ne parle plus de qualités occultes , ensuite , comment l'universalité
des êtres n'est - elle immuable que parce qu'elle n'a pas
de volonté quel inintelligible galimathias ! on voit à chaque
ligne que l'auteur ne se rend compte ni de ses idées ni de
ses expressions : c'est pourtant le premier pas en philosophie ,
et la premiere condition pour écrire .
L'on vit de raison , mais l'on ac vit pas de sentimens .
C'est tout le contraire : on vit de sentimens ; c'est là le fonds
de la vie morale de l'homme ; la raison n'est que la regle et
la mesure de ces sentimens ; la raison ( comme je l'ai dit ailheurs
n'est qu'un guide et non pas un mobile , et il faut
voir aller , avant d'être conduit.
pou-
Ce n'est que dans la solitude que l'ame et la pensée
peuvent acquérir de l'énergie . " On a eu raison de le dire
et de le redire dans les gouvernemens absolus , où la faiblesse
de tous altere ou comprime la force d'un seul ; mais rien n'est
plus faux dans les gouvernemens libres où la force d'un
seul peut relever la faiblesse des autres , ou s'augmenter de
la force de tous.,
Parmi les nations civilisées , il n'y a que l'existence qui
puisse consoler de la vie . " ,
Pour être apte au bonheur , il faudrait être laborieux et
9. point actif. "
99. L'espérance n'est qu'une courtisane malade .
Il y a beaucoup de gens chez qui l'amour paternel n'est
29 pour ainsi dire qu'une colonie de leur amour propre . "
Je prie l'auteur de me pardonner , s'il m'est impossible de
Tien comprendre ni à des pensées ni à un style de cette
étrange espece. Jamais la Rochefoucault ni la Bruyere ne se
( 57 )
sont piqués d'écrire des énigmes : ils savaient figurer leur langue
sans la dénaturer . Si Charles Pougens , parmi tous ses amis
n'en a pas trouvé un qui l'avertit de la nécessité d'écrire autrement
, ou de ne pas écrire , il a raison de se plaindre
de l'amitié , comme il l'a fait dans plusieurs endroits de sa
feuille je souhaite au moins qu'il ne se plaigne pas de ma
sincérité :
GRAVURES.
Portrait de P. Manuel , député à la Convention nationale ,
de forme ovale , gravé au lavis en couleur par P. Malix .
Prix , 1 liv . 10 sous ; à Paris , chez l'auteur , rue Christine
n° . 2 ; et chez le citoyen Drouhin , éditeur du magasin encyclopédique
, on journal des sciences , des lettres et des arts ;
même adresse . Il faut affranchir le port des lettres et de
l'argent.
Portrait de Buffon , de 9 pouces sur 7 , et de forme ovale ,
peint par Garnerey , et gravé au lavis en couleur par P. M. Alix ,
faisant pendant à celui de Linné , et suite à ceux de Voltaire ,
J. J. Rousseau , Mably , Montaigne , Mirabeau et Fénélon , gravés
par le même.
Ces portraits se vendent à Paris chez le citoyen Drouhin
rue Christine , nº . 2 .
Le prix est de 6 liv. pour chacun .
ANNONCES.
2
Troisieme édition des Constitutions des principaux états de l'Europe
et des Etats - unis de l'Amérique , par M. Delacroix , professeur
de droit public au Lycée . Quatre volumes in - 8° .; prix 171 .
broché , et 19 liv . franc de port pour les départemens . A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
On trouve dans cet ouvrage , dont les éditions successives.
ont prouvé le succès , les lumieres d'un publiciste et l'ame d'un
bon citoyen.
Recueil des divers écrits de Thomas Payne , secrétaire du congrès
américain , et membre de la Convention nationale en 1792 , sur la
politique et la législation , faisant suite aux autres ouvrages du
même auteur , intitulés , les Droits de l'homme et le Sens commun ,
traduit de l'anglais . Un volume in -8 ° . , orné du portrait de
Thomas Payne . Prix , 3 liv . 10 sous broché , et 4 liv. franc
de port. A Paris , chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille ,
1 % 20.
( 58 )
On mettra en vente , le 13 mai prochain , la 54eme , livraison
de l'Encyclopédie , contenant , 1 ° . les Mathématiques , tome III ,
2me, et dere. partie . Ce demi-volume contient le Dictionnaire
des Jeux ; il comprend go jeux ( 1 ) et 22 planches , tant simples
que doubles on peut se procurer séparément ce Dictionnaire
des Jeux pour le prix de 12 liv . Il est l'ouvrage de feu Charles
de l'académie des sciences , qui a composé le trictrac , les échecs ;
et du cit . Guyot , un des hommes de Paris les plus instruits
dans la métaphysique des jeux .
2° . Le tome II , deuxieme et derniere partie des Beaux
Arts ( 2 ) , hôtel Bouthillier , rue des Poitevins , nº . 13 , par
feu Watelet et le cit . Levêque de l'académie des inscriptions .
30. Le tome VI , 1ere , partie de la Médecine . Le tome VII
est sous presse ; l'ouvrage n'aura que neuf volumes , et sera certainement
terminé avant un an .
4° . Le tome VII , 1re . partie de l'Histoire naturelle , contenant
les insectes , par les citoyens Olivier , Brongniart , etc.
Nota. Le prix de cette livraison , brochée , est de 28 liv . 6 s .;
et en feuilles , de 25 liv . 6 sous .
La Sainte Bible , contenant l'ancien et le nouveau Testament .
traduite en français sur la vulgate par M. Lemaître de Sacy.
Nouvelle édition , ornée de 300 figures , gravées d'après les
dessins de M. Marillier ; tome III , dixieme livraison . A Paris ,
chez Defer de Maisonneuve , libraire , rue du Foin - St. -Jacques ,
hôtel de la Reine - blanche , nº . 11 .
Cette livraison , qui est la troisieme du tome III , est peutêtre
encore supérieure aux précédentes par la beauté des
gravures et le fini de l'exécution . Les sujets , tirés du livre
des rois , prêtaient en effet davantage aux talens supérieurs des
artistes . La liste des souscripteurs , toujours augmentée à chaque
Jivraison , dit plus en faveur de cette magnifique entreprise que
tout ce que nous en pourrions dire .
( 1 ) Chaque jeu est terminé par un vocabulaire , et forme
par
conséquent go petits dictionnaires , dont la description de jeu est
le mot principal de chacun ..
( 2 ) Cette derniere partie des beaux arts est terminée , ainsi que
tous les autres dictionnaires de l'Encyclopédie actuellement complets
, par une table de lecture qui forme de ce dictionnaire un
traité de sciences .
9
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
S'TE
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 19 avril 1793 .
'IL faut en croire les dernieres lettres de Stockholm , te
jeune roi doit aller passer une partie de l'été dans la Finlande ,
Son oncle a la double intention de lui faire voir de bonne
heure ses états , et de détruire les bruits absurdes qu'on a
fait courir sur la santé du jeune prince . Il en est un d'un autre
genre , qui ne paraît pas plus vraisemblable aux gen's sensés ;
c'est le mariage du fils de Gustave avec une petite fille de
Catherine II . Cependant on ne peut se dissimuler que la
Russie commence à influencer fortement la Suede , du moins
par rapport à la France . Elle ne lui cede quelque chose que
pour en obtenir davantage . Le colonel de Steding , frere de
l'ambassadeur Suédois à Pétersbourg , est parti depuis peu de
Stockholm pour cette ville ; il y porte , dit- on , la résolution
de sa cour de coopérer avec la Russie , et de joindre , dans
le cours du printems prochain , à la flotte russe forte de
25 vaisseaux , une escadre de 7 vaisseaux de ligne et de
13 frégates , commandée par le vice - amiral Wachtmeister ,
très-habile marin qui se distingua singulierement , il y a quatre
ans , dans la guerre contre les Russes par lesquels il eut pourtant
le malheur d'être fait prisonnier au combat naval de
Hogland.
Les mêmes efforts se font auprès du Danemarck pour l'entraîner
dans la ligue des rois . Voici ce qu'on mande de Copenhague
le ministre britannique près de notre cour reçut ,
le 8 de ce mois , un courier de Londres avec des dépêches ,
dont l'objet est , à ce qu'on assure , de lui prescrire des
instructions pour agir de concert avec les ministres de l'empereur
, de Russie et de Prusse , en demandant au gouvernement
danois la suspension de toutes liaisons de commerce et ..
de navigation avec la nation française , et en le pressant de
concourir , du moins par cette mesure , aux dispositions générales
des puissances de l'Europe contre la nouvelle République
. Il serait possible que le Danemarck abandonnât en
effet la neutralité , s'il est vrai , comme on s'en plaint , que
plusieurs de ses navires ont été interceptés par des corsaires
français .
La maison Pechier avait suspendu ses paiemens ; elle paraissait
prête à faire une banqueroute complette comme celle de
( 60 )
Tepper. Mais on assure qu'il va lui arriver de grosses remises
de Pétersbourg , au moyen desquelles son crédit se relevera .
Ç'en est absolument fait de la Pologne. La Prusse lui enleve
tout ce qui , à l'exception de la Masovie , lui restait des
palatinats de la Grande -Pologne ; elle lui arrache même un
district de la Petite- Pologne , celui de Czenstochow ; d'un
autre côté , la Russie s'empare , non- seulement de ce que la
Lithuanie possédait au- delà du 45e . degré de latitude inclusivement
, mais encore de la majeure partie de la Wolhinie ,
de tout le palatinat de Podolie , de celui de Braclaw et de
celui de Kiovie . La nouvelle ligne de démarcation doit se tirer
de Druya sur la rive gauche de la Dwina , et prenant par
Nieszwic , Sluck , Narock , aller atteindre la frontiere de la
Gallicie qu'elle longera ensuite jusqu'au Dniester . De cette
maniere toute communication immédiate avec l'empire ottoman
nous sera absolument ôtée . Plus d'espérance d'aucun côté ,
pas même de celui de la Turquie . Son intérêt lui faisait un
devoir de nous garantir d'un démembrement , que les puissances
copartageantes répéteront peut- être un jour sur ses riches.
provinces. Nous nous étions flattés que les grands préparatifs
de guerre dont on parlait étaient dirigés contre la Russie .
Nous nous serions montrés dignes d'être aidés en nous aidant
nous-mêmes , et nous aurions rendu un jour à la Porte les se
cours qu'elle nous aurait prêtés dans cette occasion . Mais nous.
avons aujourd'hui des avis qui ne nous permettent plus de
douter de la fausseté des bruits que l'on répandait à ce sujet.
C'est ainsi que s'exprime une lettre de Nimirow du 3 avril ;
des lettres de Varsovie , du 12 , disent que la confédération de
Grodno s'est permis de nommer déja les commissions de la
guerre et du trésor , sans attendre l'ouverture de la diete . Les
ardifs regrets de Félix Potocki et de son parti ne répareront
jamais les maux causés par leur opiniâtreté à se refuser à la
constitution de 1791. Bien des gens croient que Stanislas ,
à qui les Russes conservent encore le nom de roi , parce qu'ils
ont besoin de sa signature , ne reverra jamais sa capitale . Il
ne voulait pas , dit - on , souscrire à ce partage presque total
avant de la quitter . Il a dit au magistrat de cette ville , que si
l'entrée des troupes prussiennes semblait lui donner de l'inquiétude
, les troupes russes amies et alliées qui restaient devaient
le rassurer. On ne sait comment appeler les honneurs faits
par le militaire russe à Stanislas , lors de son départ ; ils one
été tels qu'on les rend à l'impératrice elle - même dans les jours.
du plus grand appareil. A cette occasion , les officiers
russes ont été avancés d'un grade , et les soldats ont reçu
deux florins de gratification ..
On apprend de Pétersbourg que l'impératrice , qui vient de
se mettre en état de faire des largesses , donne à M. d'Artois
15,000 roubles par semaine . Cette somme , évaluée au plus
bus , fait au moins 43,000 liz . tournois . ) On, ajoute que ce
( 61 )
pensionnaire avait déja trouvé à Mittau un présent de dix
mille ducats , pour le mettre en état de figurer à la cour de
sa bienfaitrice .
Le comte Branicki , grand - général de la couronne de Pologne
, est mort à Pétersbourg à la suite d'une attaque d'apoplexie
. Ce Polonais , époux de la niece du feu prince Potem
kin , était un de ces lâches confédérés qui trahirent leur patrie
Targowitz .
, ་
De Francfort-sur- le-Mein , le 28 avril.
Nous trouvons les nouvelles suivantes dans plusieurs lettres
de Vienne , assez d'accord entr'elles .
L'empereur a donné , le 7 de ce mois , une fête très -brillante
aux élus des bourgeois de la capitale . Le Bourguemestre
régent a reçu de sa main le riche bocal , dans lequel le prince
a bu à la santé de ses loyaux sujets. Ce vase porte le buste
de l'empereur en bas relief , et on lit l'inscription suivante
dans l'intérieur du couvercle : Francois II voue ce bocal fà ses
chers bourgeois en mémoire éternelle de l'amour particulier pour
lui de toutes les corporations bourgeoises , maîtres et compagnons de
Vienne , et en témoignage de son attachement réciproque et de sa
reconnaissanoe , 1753. Les bourgeois ont dîné ensuite à une
table de 242 couverts . L'empereur et toute sa famille ont paru
à ce dîner .
-
encore
Quelques jours après , la naissance d'un prince a
ajouté au ravissement des bons bourgeois de Vienne ; ils sont
dans l'ivresse , dans le délire de la joie . L'enfant , né le 19 ,
a été baptisé le lendemain par l'évêque Bathiany , au bruit d'une
triple decharge de canons . Il se nomme Ferdinand - Charles-
Léopold-Joseph . Les états de Hongrie ont déja fait remettre
à l'impératrice , par l'archevêque Palatin , un présent de cinquante
mille ducats . Tous les spectacles ont donné gratis , et
la ville a été illuminée . Le 14 avril , les états de Moravie ,
ayant à leur tête l'archevêque d'Olmutz , avaient présenté à
l'empereur 50,000 ducats en or dans un coffret , sur lequel
on lisoit cette inscription : Très- haul seigneur , les états de Moravie
te donnent ce secours pour t'aider à défendre ton empire . Ceux
de Bohême ont aussi donné 300,000 florins .
---
Le don patriotique que l'empereur a fait de sa vaisselle ,
excepté celle d'or , dont il croit ne pouvoir disposer , la regardant
comme un fidei-commis de famille , a produit l'effet qu'on
en attendait. Le maréchal Lascy à fait aussi présent de
40,000 florins et de son traitement pendant toute la guerre .
La comtesse Kossakowska á donné 100,000 mesures de denrées
diverses . Plusieurs princes , ceux de Schwarzemberg , de
Lichstenstein , de Starohost , abandonnent la moitié de leurs
revenus pour les frais de la guerre . Les employés dans la
régence de la Basse Autriche ont aussi fait un den de
5,000 Borins .
-
( 62 )
On espere que toutes ces sommes , jointes au produit d'un
emprunt ouvert à Milan , suffiront pour un plan de campagne
beaucoup plus vaste que le premier arrêté à Francfort , et qui
se bornait à faire évacuer aux Français leurs conquêtes ; en
conséquence , le colonel Fischer , adjudant du prince Cobourg,
lui porte de nouvelles instructions , et les plans des principales
forteresses françaises qu'on gardait dans les archives
du conseil aulique des guerres . Cet officier est parti dans la
matinée du 14. La garnison de Vienne ne va pas tarder à le
suivre ; 1200 recrues , arrivées de Gallicie , seront aussi bientôt
incorporées dans les regimens . 70 chariots , chargés de canons
, de bombes , de boulets et de poudre se sont mis en
route le 15 pour l'armée du Rhin , à laquelle on avait déja
envoyé , le 8 , 24 pieces de 18 .
Plusieurs comtés de la Franconie , de la Wettéravie et de
la Westphalie et nommément les suivans ont fourni leur contingent
en numéraire , savoir : Solms - Braunsfels , Witgenstein ,
Ortenbourg , Ingelfingen , Oehringen , Kirchberg , Langenbourg
, Limbourg- Gaildorf et Lippe - Detmold .
Des lettres de Berlin en date du 18 annoncent la retraite
du duc Frédéric de Brunswick- Oels . Le délâbrement de sa
santé le force de quitter le commandement de l'armée Prussienne
combinée avec celle du prince Cobourg ; c'est le lieutenant-
général de Knobelsdorf qui le remplace . Cet officier
a donné lui - même la relation suivante des opérations du corps
d'armée à ses ordres .
2
Le 4 avril , l'armée prussienne quitta Anvers et ses environs
, pour s'avancer vers les frontieres de France par les
routes de Malines , Dendermonde et Oudenarde . Le 12 aprèsmidi
, les Prussiens entrerent dans la Flandre française , et
s'avancerent entre Menin et le camp de Maulde , que le
lieutenant-général de Knobelsdorf fit sur- le - champ occuper
par plusieurs bataillons d'infanterie et quelques escadrons de
cavalerie . Plusieurs endroits où les Prussiens devaient prendre
leurs quartiers , étaient encore occupés par l'ennemi ; ce qui
donna lieu à quelques affaires entre les avant - postes , dans
lesquelles les Français perdirent 3 officiers et 25 soldats qui
resterent sur la place ; un officier et 15 soldats furent faits
prisonniers , et on leur enleva un canon et 51 chevaux . En
attendant , les impériaux entourent Condé , qui ne peut tarder
à se rendre vu la disette qui y regne déja . Le corps d'armée
prussien marchera au premier jour sur Tournay , pour camper
devant cette ville . Les troupes anglaises forment en
moment une chaîne depuis Ostende jusqu'à Menin . On ne
sait point encore à combien se monte la garnison de Lille ;
mais selon tous les indices , elle paraît être assez nombreuse .
On apprend que le prince de Cobourg trouve beaucoup de
résistance à Condé ; son quartier -général est actuellement à
Quiévrain , et son armée campe en ce moment près d'Ence
( 63 )
guein . Valenciennes est investi , Si on parvient à s'emparer de
cette place importante , Condé doit tomber de soi-même .
Quelques jours avant que le duc de Brunswick quittât le
commandement , le lieutenant-général de Schoenfeld lui avait
fait passer sa relation particuliere de l'affaire de Cassel . La
voici :
« J'envoie à votre excellence le major de Sheel , pour l'infór
mer de l'avantage que les armées alliées ont remporté dans
une sortie faite par les Français de Cassel le 11 avril : suivant
le rapport des déserteurs de cette nation , qui nous arrivent
en assez grand nombre , l'ennemi a fait sa sortie sur 3 colonnes
, qui ensemble pouvaient former 12,000 hommes ; sa principale
attaque a été contre Korhteim et contre la redoute de
Morbach ; il a réussi à surprendre des avant-postes composés de ,
chasseurs Hessois , et à les mettre en déroute ; il a ensuite
voulu enclouer tout ce qu'il a trouvé d'artillerie : le retour
des Hessois ne lui a pas permis d'achever cette opération ;
un canon et un obus ont seulement été encloués ; l'ennemi a
perdu à son tour un canon , et s'est retiré avec précipitation .
Le poste de Riberich a été attaqué avec plus de vivacité ; le
major Spittass l'a défendu avec beaucoup de bravoure , avec
deux compagnies de chasseurs à pied ; l'ennemi a laissé plus
de 60 hommes sur la place , et s'est retiré en désordre : dans
le même tems , une autre colonne de 4000 hommes s'est portée
sur Kostheim ; nos avant-postes se sont repliés ; l'ennemi s'est
avancé avec quatre canons jusques dans ce village , s'en est
rendu maître , et l'a eu en sa possession environ une demiheure
. Je détachai le général Wittinghosen avec deux bataillons
, pour fondre sur le centre de l'ennemi , entreprise qu'il fit
avec succès sous la protection de mes batteries . Je regrette que
sa majesté ait perdu dans cette action le brave lieutenant de
Boistell , du régiment de Crousar , et 5 ou 6 braves gens .
Le lieutenant - général de Lindt , commandant les troupes
Saxonnes , m'envoya , aussi vîte qu'il fût possible , un corps de
Hessois composé de trois bataillons d'infanterie et de deux
escadrons de cavalerie à l'aide de ce secours , je parvins à
repousser totalement l'ennemi : sa fuite a été précipitée et en
désordre ; il a laissé 200 hommes sur la place , ontre un grand
nombre de blessés et de prisonniers : notre perte n'est en tout
que de 20 hommes. "
Frédéric - Guillaume marie le prince royal de Prusse et le
prince Louis son frere avec les deux filles du duc de Mecklenbourg-
Strelitz . En conséquence la famille ducate de Deux-
Pouts est partie le 24 pour assister aux fiançailles .
Les dernieres lettres de Vienne portent qu'on voit arriver
tous les jours des couriers de l'armée du prince de Cobourg ,
ou de Londres , ou de la Haye , ou de la part de S. M. Prussienne
. Cela donne lieu à des conférences auxquelles les ministres
des puissances alliées sont souvent appellés . Elles.
~ ( 64 )
ajoutent que le feld-maréchal-lientenant de Zehntner est parti
pour Naples , où il doit prendre le commandement des troupes
de S. M. le roi des Deux - Siciles .
Mayence ayant refusé de se rendre à la sommation du général
Kalkreuth , le bombardement de cette ville a commencé le
15 , quoique le bruit eût couru que l'électenr avait prié d'épar
guer non les hommes mais les édifices de cette ville les assié
geans avaient besoin du village de Weisseneau pour les opérations
du siége ; voyant qu'ils ne pouvaient en déloger les
Français , ils y ont mis le feu .
Dumourier a été mal reçu à Stoutgard ; on le croyait passé
en Saxc ; mais on a appris depuis qu'il est à Bâle où il essaye
de soulever les cantons Suisses contre la France .
Les puissances coalisées ont changé d'avis au sujet de
l'armée des émigrés , commandée par le ci -devant prince de
Condé : elle sera cantonnée séparément , et voici les trois postes
qu'elle occupera dans le palatinat , Mutterstatt , Schifrestatt
Oggersheim , de sorte que d'un côté , vers Mayence , elle
est observée par les Prussiens , et de l'autre vers Landau par
les Impériaux .
Nous apprenons que le général Karaiczai a pris possession
de Cracovie ou est au moment de le faire ; il nous est aussi
parvenu copie de la déclaration de Catherine II sur le
nouveau démembrement de la Pologne . On ne sait pas encore
quel est le lot que l'Autriche se réserve ; mais elle ne s'oubliera
sûrement pas.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE
Les Etats- Généraux ont répondu à la note du 5 avril de
mylord Auckland et du comte de Starhemberg : cette piece
porte en substance qu'ils ne permettront point que les régicides
trouvent un asyle sur le territoire de la République ; ils demandent
de leur côté qu'on punisse , d'après toute la sévérité des
lois , ceux qui ont signé des proclamations et des manifestes
contre le gouvernement Hollandais . Une partie de l'hôtel - deville
de Maëstricht , percé de bombes et de boulets , lors du
siége , vient d'écrouler ; on travaille à force à le réparer , ainsi
que les maisons endommagées par le même bombardement .
Les magistrats de cette ville ayant fait examiner et toucher,
par des gens de l'art , les nouveaux écus français que l'on refusait
de recevoir en payement , ont fait une proclamation qui leur
donne cours sur le même pied que les anciens écus de Louis XV :
et de Louis XVI , parce qu'ils ont été trouvés de la même valeur
intrinseque et du même poids .
Les lettres de la Haye du 25 annoncent le départ d'une
partie de l'armee hollandaise campée près de Bréda pour la
Flandre autrichienne. La premiere division , qui s'est mise en
marche le 20 , est composée des cors suivans :
Deux escadrons des gardes à cheval , deux de Hesse - Philipstat
,
( 65 )
lipstat , et un de Van der Duin-s'Gravenmoer ; un escadron de
gardes dragons , deux de Byland et deux escadrons de hussards ;
un bataillon d'infanterie d'Orange- Gueldre , un de Nassau-
Usingen , un de Baden , un du premier régiment de Waldeck ,
un de Bedaulx , un de Dopff, un de Welderen , un de War
tensleben , un de Randwiyk, un de Quadt , et deux de Gumoens
Suisses , ainsi qu'un corps d'artillerie. C'est le prince Frédéric
d'Orange qui commande cette premiere division ; tout le corps
d'armée sera sous les ordres de son frere , fils aîné du Stadthouder.
D'autres lettres de Bois-le - Duc du 22 , disent que l'électeur
de Cologne a loué deux régimens d'infanterie à la Hollande :
à peine arrivés , le général Sandwyk les a passés en revue ,
et ils sont partis le lendemain mêine pour l'armée que doit
tejoindre aussi le régiment de Hirzel en garnison dans cette
ville , de sorte qu'il n'y restera plus qu'une partie des troupes
de Mécklenbourg.
Le chevalier de Kinsbergen , vice-amiral de la Hollande ,
est de retour de la Haye depuis le 16 ; il se loue beaucoup
des officiers , soldats et matelots qu'il commande .
Lorsque toutes les troupes que la République fait marcher
vers la frontiere du Brabant autrichien seront rassemblés à ce
camp de réunion , elles formeront un ensemble de 25,000
hommes , et se porteront sur Tournay , où , conjointement
avec les Prussiens , elles épauleront la droite de l'armée du
prince de Cobourg. On croit que les Anglais , dont nous
voyons encore arriver des détachemens plus ou moins forts.
agiront dans un autre sens dès qu'ils y auront été joints par
les Hanovriens .
Le prince de Cobourg a fait publier , au nom de l'empereur ,
une ordonnance relative au séjour des Français et autres étran
gers dans les Pays-Bas ; elle équivaut presqu'à un bannisse
ment , tant les conditions qu'elle impose sont rigoureuses .
L'empereur a depuis conféré , par des lettres - patentes , le gou
vernement de la Belgique au jeune archiduc Charles , et le
maréchal de Cobourg a prorogé jusqu'au mois d'octobre l'amnistie
en faveur des déserteurs. On a supposé que tout était fini ;
en conséquence, il a été célébré le 21 à Bruxelles, dans l'Eglise de
Candenberg, une messe en action de graces de la réunion de tous
les partisqui depuis six ans divisaient les habitans de ces provinces .
Le comte de Metternich , le conseil de Brabant , la magistrature
et les doyens y ont assisté . Le soir , il y a eu une illumination
dans toute la ville . Il s'en faut néanmoins que tout soit
pacifié , si l'on peut s'en rapporter à une lettre de Gand du
24 avril. Le parti de Gand , qu'on appelle du Pont - neuf ,
n'est pas défrancisé , tant s'en faut. Hier , un boucher a été jetté
à l'eau pour avoir prêché le royalisme dans ce quartier . Le
peuple des campagnes réfléchit que les barrieres étaient brisées
sous les Français , et qu'elles sont rétablies , indè iræ. ",
Tome III.
( 66 )
ESPACNE. De Madrid , le 17 avril.
La cédule royale concernant la déclaration de guerre
contre la France a été expédiée le 23 mars à Aranjuez . Sa
majesté catholique y reproche à ses ennemis des principes
d'impiété , de désordre et d'anarchie. Son principal grief est la
mort de Louis . Elle accuse le ministere français de la plus
insigne mauvaise foi , une recommandation et une interposition
si fortement exprimés au même tems de la remise de
ses deux notes devant supposer une liaison tacite et si intime
qu'elle faisait connaître qu'on ne pouvait traiter l'une en écartant
l'autre ; elle ajoute qu'il ne continuait les négociations
que pour outrager son honneur et celui de ses sujets ; elle
se plaint de la prise d'un navire Espagnol sur les côtes de Catalogne
en même -tems que le chargé des affaires de France
demandait des passe-ports qui lui furent expédiés , etc.
--
Le duc de Frias et Unda exempte de redevances dans ses domaines
, pour 5 ans , les parens des enrôlés , et pour 10 ans
s'ils périssent . On dit que la cour de Portugal , de laquelle
on attend des munitions et de l'argent , se propose aussi d'envoyer
20,000 hommes pour renforcer les armées Espagnoles .
La Biscaye en leve une considérable . L'archevêque de Tolede
a offert un million , l'archevéque et le chapitre de Séville un
autre million , et le commerce de Cadix autant,
1
On continue de pousser avec beaucoup d'activité les préparatifs
de la guerre contre les Français . La reine et toutes les
dames de la cour consacrent plusieurs heures à faire de la
charpie pour les blessés . On imagine bien que tous les domestiques
employés dans le palais ne manquent pas non plus
d'effiler du linge , et tâchent de se faire remarquer dans cette
⚫ccupation . La flotte Espagnole reunie à Carthagène est
forte de 27 vaisseaux ; savoir : un de 115 canons , trois de 112 ,
un de 94 , deux de go , deux de 80 , dix - sept de 74 , et un de
64. On travaille aussi à mettre les forces de terre sur un
pied respectable Figueroas , ville frontiere , verra inçessamment
40,000 hommes campés sous ses murs ou employés à
sa garnison , et l'on y employe beaucoup de munitions de
guerre . Don Charles de Sangro a été nommé au généralat
d'observation en Arragon , et don Antoine Riccardos à celui
de la Catalogne. Les volontaires de cette derniere province
se sont déja présentés devant la place Française de Bellegarde
qui , à leur approche , a fermé ses portes . Les volontaires
ont élevé une batterie de 15 canons sur une montagne qui commande
Bellegarde et attendent pour tirer dessus que l'ordre
feur en soit donné .
Le ministse de la guerre vient d'envoyer au général Caro ,
qui commande dans la Biscaye et dans la Navarre , un détachement
de moines de Saint -Jean- de- Dieu , pour faire les fonctions.
( 67 )
d'officiers de santé dans son armée , qui en est presque entiérement
dépourvue .
Le lord St. Helen's est habituellement en conférence avec
les ministres , qui ne pressent pas assez les opérations militaires
au gré de sa cour. Il parait decidé que celle de Portugal
y prendra part : elle a renvoyé M. d'Arbaud , chargé d'affaires
de France.
Les vaisseaux espagnols interceptent tous les bâtimens sous
pavillon français ; ils en ont pris récemment plusieurs dont les
cargaisons étaient plus ou moins importantes . Mais il faut
avouer que les armateurs Français en font aut nt ; témoin un
vaisseau venant des Philippines et ayant de l'argent à bord , qui
est devenu la proie de leurs corsaires .
ITALIE.
On mande de Milan que la chambre aulique de Vienne a
chargé le mont Sainte - Therese d'y ouvrir , pour le compte de
l'empereur , un emprunt d'un million de florins à 4 et demi
pour cent.
Des lettres de Livourne , du 26 mars , disent qu'en se retirant
des eaux de la Sardaigue , les Français ont été obligés
de mettre le feu au Leopard , de So canons , qu'ils n'avaient
pa dégager des sables de la côte . Les Sardes ont aussi pris
les isles de Saint- Pierre et d'Antioche avec leurs garnisons .
---
Des lettres de Gênes , du 23 avril , s'exprimeut ainsi relativement
aux opérations du roi de Sardaigue parmi les nouvelles
que nous recevons de différens endroits , et que nous
rendons telles qu'on nous les donne , il y en a une venant de
Nice , et portant que le général Biron , à la réception des dépêches
apportées par un courier , a fait embarquer pour ce port
une quantité considérable de cauons , et s'est ensuite porté sur
Sospello à la tête d'un grand corps de troupes . D'autres
lettres nous apprennent que le général baron de Wins a rassemblé
, dans le voisinage de Soourgues , une armée de 22,000
hommes Autrichiens et Sardes , avec la bonne intention de se
mesurer avec les Français ; mais qu'il ne tentera l'entreprise
que quand il aura reçu avis de l'apparution des escadres anglaise
et espagnole dans les parages du comté . On dirait que
les habitans de Nice partisans des Français craignent quelques
revers ; ils ont commencé à mettre leurs effets en sûreté en
es envoyant à Marseille . Suivant des lettres de Turin , du
16 avril , le roi multiplie les emprunts pour faire face aux
frais de la guerre ; il donne aussi de l'extension aux impôts .
Celui de la taille vient d'être surchargé d'un tiers ; et dans
chacune des villes principales , on a établi des tontines et des
créations de viager à titre onéreux . On ne se propose pourtant
pas moins que de reprendre le comté de Nice et de
suivre les Français jusques sur leur territoire . Ces grandes
opérations qu'on attend du général baron de Wins , qui com
pour-
E 2
( 68 )
mande à Saourgues , et du comte de Saint-André posté près de
Sospello , commenceront dès que la fonte des neiges aura rendu
praticable le passage du col de Tende : on assure que les milices
provinciales , portées au complet , montent à 80,000 hommes.
On compte aussi beaucoup sur les secours de la flotte anglaise .
Celle de Carthagêne , commandée par Don Borra , ira devant
Toulon .
ANGLETERRE. De Londres , le 2 mai.
Voici la liste des vaisseaux partis le 15 avril sous les ordres ,
da vice-amiral Cosby , pour la Méditerranée : Windsor- Castle ,
vaisseau amiral , et Prineesse- royale , 98 canons ; Alcide , Illustrivas
et Vengeance , 74 ; Latona , Flora et l'Inconstant , 38.
Le duc d'Yorck nommé général doit attaquer incessamment
Dunkerque , par terre et par mer , avec des forces assez considérables
. Le gouvernement a aussi frété des bâtimens pour
effectuer le transport de 2300 hommes de cavalerie ; mais on
pas encore quelle est leur destination .
ne sait
Le 12 avril les 3 pour 100 consolidés se sont relevés à 79
un quart , et il a été fait à la bourse pour un million sterling
d'affaires . La surveille , la chambre des communes avait accordé
au roi la somme de 1,500,000 liv . sterling pour les frais de la
guerre , et le même jour lord Grenville lui avait fait voter une
adresse dans la chambre haute , malgré l'opposition des lords
Stanhope et Lauderdale . Le 12 la chambre des pairs a repris
, en qualité de tribunal , l'interminable procès de M.
Hastings , qui s'est justifié de l'imputation de la mort d'Ali-
Cawn. L'affaire aété renvoyée au 18.
-
en
La note adressée le 5 par le lord Auckland et le comte de
Starhemberg à L. H. P. a donné lieu à de vives discussions
dans les deux chambres à plusieurs reprises . Le parti antiministériel
a répété plusieurs fois qu'il aurait fallu se contenter
d'avoir sauvé la Hollande et ne point prendre le ton insolent
que l'ambassadeur de la Grande-Bretagne se permet contre
la nouvelle République qui vergerait sur les détenus au Temple
les membres de la Convention livres par Dumourier ,
cas qu'on osât attenter à leurs jours . Le 15 , on a fait à la
chambre des Pairs la seconde lecture du bill de correspondance
illicite expliqué par lord Grenville ; il a été vivement
attaqué et défendu . La discussion reprise le lendemain n'a pu
se terminer encore . Il s'en est élevé une très -vive entre
MM. Sheridan et Pitt , dans la chambre des communes ,
sujet de lord Auckland , que le premier voulait faire révoquer
comme ayant abusé de ses pouvoirs dans la note du 5 avril .
-
au
Le 19 , le chancelier de l'échiquier a promis à la chambre
de lui soumettre tous les documens susceptibles d'être montrés
, même les papiers ministériels relatifs à la mort de
Louis XVI. On s'est borné à demander communication de
la note du 5 avril , et des renseignemens sur l'autorisation
qu'avait pu avoir le lord Auckland.
( 69 )
FRANCE.
ONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE DELMAS.
Séance du mardi 30 avril.
•
De toutes parts , on adressait à la Convention des récla
mations sur la sûreté du commerce et des convois . Bréaré a
recueilli aujourd'hui des témoignages de satisfaction de l'Assemblée
, en annonçant au nom du comité de salut public , que
de gros convois de bâtimens de commerce sont entrés dernierement
dans nos ports ; que d'autres en sont sortis bien
escortés ; qu'un nombre assez considérable de frégates et de
bâtimens légers sont en croisiere près de nos côtes ; et qu'en-
En les armemens s'avançaient avec activité dans le port de
Brest et dans celui de Toulon .
A ce rapport , ont succédé des nouvelles non moins satisfaisantes
des départemens du midi. Les troupes de Pézenas
étaient sur le point de partir pour Béziers , mais un courier leur
a apporté le contre-ordre , parce qu'il y a plus d'hommes qu'il
n'en faut pour repousser les Espagnols ; leur intention était de
s'emparer du port-Vendre ; ils ont été arrêtés dans leur marche
par le régiment de Champagne et un bataillon de Nantais , qui
les ont battus et leur ont pris deux pieces de canon .
Le nombre de soldats qni se présentent pour
défendre nos
frontieres méridionales , est tel que si l'on n'eût contenu le
zele de ces braves gens , nous aurions eu en moins de quinze
jours , une armée de 40 mille hommes.
D'après un rapport fait par Poultier , au nom du comité de
la guerre , la Convention nationale a décrété que toutes les
femmes inutiles au service des armées , en seraient congédiées,
L'abus , à cet égard , était à son comble. A la retraite de la
Belgique , les femmes formaient une seconde armée . Mais le
mal ne venait pas du soldat ; Dumourier leur donnait l'exemple.
Il traînait à sa suite des maîtresses , des chanteuses , des
danseuses , des comédiennes et son état major ressemblait plus
au harem d'un grand-visir qu'au quartier général d'un soldat
républicain.
La rigueur de la discipline militaire est la garantie de la
liberté comme de la victoire . Le général Custines mande
à la Convention qu'il a fait fusiller trois soldats qui , violant
lâchement l'hospitalité , avaient exercé des violences et
s'étaient livrés à des pillages. Cet exemple est terrible , dit
ce général , mais il était nécessaire , et toute l'armée y a applaudi
+
£ 3
( 70 )
"
L'ordre du jour était la discussion sur les subsistances ,
plusieurs projets de règlement ont été lus . Bentabole , pour
épargner le tems a pensé qu'il fallait être d'accord sur les
principes , et la premiere question qu'il a posée , est celleci
: y aura- t-il , ou non , une taxe sur les grains ? Phelippeaux a
demandé la même chose en d'autres termes yaura- t- il un
maximum au-delà duquel les fermiers et les propriétaires ne pourront
vendre leurs grains ?
Ducos a soutenu la négative . Il défendait les intérêts du
peuple autant que ceux des cultivateurs il faisait remarquer
que ce maximum , une fois déterminé par la loi , les fermiers
et les marchands refusaient de vendre à un prix inférieur à la
fixation , qui porterait sans doute sur le plus haut prix actuel
des marchés et sur la plus belle qualité de grains ; en sorte
que loin de soulager le peuple , on lui imposait l'obligation
de payer les bleds et les farines de qualité inferieure à un
taux fort au-dessus de ce qu'elles coûtent en ce moment.
Ducos disait encore que si la fixation du prix des grains
n'était pas en proportion avec la cherté des autres comestibles ,
avec les avances de la culture , avec le salaire des manouvriers ,
le laboureur cesserait de labourer , les terres resteraient en
friche , et le peuple mourrait de faim ... Tout à - coup des
huées parties d'une des tribunes ont étouffé la voix de l'orateur.
La Convention presque toute entiere s'est soulevée , en
demandant la répression de ces interrupteurs scandaleux . Guadet
proposait à l'Assemblée de transférer ses séances à Versailles .
Un autre membre voulait qu'elle partît à l'instant même Après
une vive agitation , la Convention , revenant à des avis plus
doux , allait décréter de faire vuider la tribune , d'où les
murmures étaient partis ; mais les citoyens qui la composaient
ont prévenu le décret , et se sont retirés , non sans laisser
éclater de violens mouvemens d'humeur .
Ducos a repris alors son opinion . Il a prouvé que la trop
grande quantité des assignats en circulation était la seule cause
réelle et nécessaire de la cherté de tous les comestibles , et
a conclu à la priorité pour la discussion du projet de décret
sur les moyens de diminuer la masse des assignats circulans .
La scance s'est terminée par un rapport du comité de salut
public sur la nécessité de régler , par une loi précise , les
pouvoirs des commissaires de la Convention envoyés hors de
son sein , et de rappeller tous ceux qui n'ont point de mission
auprès des armées . Après quelques debats , le projet du comité
a été adopté . Nous en donnerons ici les principales dispositions
.
Tous les pouvoirs délégués par la Convention aux commissaires
qu'elle a nommés pour se rendre dans les départemens
pour le recrutement , près les armées , sur les frontieres ,
etc, sont révoqués . Tous les députés qui sont en commission , excepté
ceux ci-après nommés , reviendront de suite dans le sein
de l'Assemblée.
)
471 )
Les forces de la République seront réparties en onze armées
, qui seront disposées , sauf les mouvemens qui pourront
avoir lieu , ainsi qu'il suit : " ,
L'armée du Nord , sur la frontiere et dans les places ou
forts , depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge inclusivement .
L'armée des Ardennes , depuis Maubeuge jusqu'à Longwy.
L'armée de la Moselle , depuis Longwy jusqu'à Bitche . L'armée
du Rhin , depuis Bitche jusqu'à Porentrui . L'armée des Alpes ,
dans le département de l'Ain , jusqu'au département du Var.
L'armée d'Italie , dans le département des Alpes maritimes ,
jusqu'à l'embouchure du Rhône . L'armée des Pyrénées orientales
, depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la rive droite
de la Garonne . L'armée des Pyrénées occidentales , dans toute
la partie du territoire de la République sur la rive gauche de
la Garonne. L'armée des côtes de la Rochelle , depuis l'embouchure
de la Gironde jusqu'à l'embouchure de la Loire.
L'armée des côtes de Brest , depuis l'embouchure de la Loire ,
jusqu'à Saint- Male . L'armée des côtes de Cherbourg , depuis
Saint- Malo jusqu'à Lanthie . Il y aura deux armées de réserve
de l'intérieur,,,
Les commissaires de la Convention auprès des armées ,
porteront le titre de représentans du peuple. Ils exerceront
la surveillance la plus active sur les opérations des agens du
conseil exécutif. Ils pourront suspendre les agens civils et les
agens militaires , et en commettre provisoirement, Ils feront
faire des revues de toutes les armées et flottes de la République.
Ils prendront toutes les mesures pour découvrir , faire
arrêter les généraux et tout militaire , agent civil et autres citoyens
qui auraient aidé , favorisé ou conseillé un complot
contre la liberté et la sûreté de la République , ou qui anraient
machiné la désorganisation des armées et flottes et dilapidé
les fonds publics . "
Les représentans du peuple , envoyés près les armées ,
sont investis de pouvoirs illimités pour l'exercice des fonctions
qui leur sont déléguées . Ils seront renouvelles par moitié
chaque mois .
La Convention nationale nomme pour représentans près l'armée
du Nord , les citoyens Gasparin ; Duhem , Delbret , Car
not , Lesage - Senaux , Courtois , Cochon , Léquinio , Salengros,
Bellegarde , Duquesnoy et Cavagnac.
Près l'armée des Ardennes , les citoyens Delaporte , Hentz ,
Deville et Milhaud .
Près l'armée de la Moselle , les citoyens Soubrany , Maribault-
Montaut , Maignet et Levasseur ( de la Meurthe ) .
Près de l'armée du Rhin , les citoyens Rewbel , Merlin ( de
Thionville ) , Hauffman , Ruamps , Pflieger , Duroy , Louie ,
Laurent , Riter et Ferry.
Près l'armée des Alpes , les citoyens Albite , Gauthier , Nia
che et Dubois - Crance.
E 4
( 72 )
Près l'armée d'Italie , les citoyens Barras , Beauvais ( de París) ,
Despinassy et Pierre Bayle.
Près l'armée des Pyrénées orientales , les citoyens Fabre ( du
département de l'Hérault ) , Layris , Bonnet ( du département
de l'Hérault ) et Projean.
Près l'armée des Pyrénées occidentales , les citoyens Ferand ,
Isabeau , Garreau et Chaudron - Rousseau .
Prés l'armée des côtes de la Rochelle , les citoyens Carra ,
Choudieu , Garnier ( de Saintes ) , Goupilleau , Mazade et
Treilhard,
Près l'armée des côtes de Brest , les citoyens Alquier , Merlin
, Gillet et Sevestre .
Près l'armée des côtes de Cherbourg , les citoyens Prieur
( de la Marne ) , Prieur ( de la Côte - d'Or ) , Romme et Lecointre
( de Versailles ),
Dans l'isle de Corse , les citoyens Salicetty , Delcher et
Lacombe- Saint- Michel ,
Séance du mercredi , le 1er , mai,
On a fait lecture d'une lettre des commissaires envoyés
dans le département de l'Orne , pour découvrir les traces de
la conspiration d'Orleans . ‹ Arrivés à Séez , écrivent ces commissaires
, plusieurs témoins nous ont donné en détail le
signalement d'un personnage auquel quelqu'un d'entre eux a
cru reconnaître les traits de d'Orléans. Nous avons été nousmêmes
d'autant plus facilement induits à le présumer , que
deux témoins attestaient avoir vu le nom d'Egalité le jeune
inscrit sur le passe-port de cet individu , qui voyageait avec
un homme de 15 à 16 ans .
Poursuivant nos recherches sur les traces de ces voyageurs
, et parvenus à Alençon , nous y avons retrouvé le
même signalement et les mêmes indications. Par-tout le plus
âgé des voyageurs , désigné sous des traits qui caractérisent
essentiellement d'Orléans , s annonce lui même comme son
agent , et tenant les propos les plus propres à inspirer le desir
de le voir placé à la tête du gouvernement Français , nous pa
raissait devoir être nécessairement l'homme qui vous était dénoncë,,,
-
Cependant un témoin se présente , et déclare qu'il connaît
ce voyageur pour être le nommé Fécamp , de Pont- l'Evêque
, agent de d'Orléans ; mais comme ce témoin nous avait
lui-même déclaré qu'il avait été chargé des intérêts de d'Or
léans , comme son conseil , la déclaration nous parut suspecte ;
ét après avoir pris toutes les mesures convenables pour vérifier
sa correspondance et ses relations , soit avec d'Orléans , soit
avec le prétendu Fécamp , nous arrêtâmes , avant de finir l'inseraction
à Alençon , de nous transporter à Pont- l'Evêque , où
nous avons en effet trouvé Fécamp , dont les traits en détail
avaient quelques rapports avec ceux de d'Orléans , Nous avons
( 73 )
examiné ses papiers après l'avoir interrogé , et il en est résulté
que c'est bien Fecamp qui a fait le voyage d'Alençon par
Siéra ; que c'est un aristocrate agent de d'Orléans , qui par-tout
sur sa route , en faisant l'éloge continuel de son maître , ainsi
qu'il l'appelle , avait l'intention de rappeller la nécessité de donner
un chef à la République . Nous avons mis cet individu
sous la surveillance de la municipalité de Pont-l'Evêque , jus
qu'à ce que la Convention , sur notre rapport , ait pris un parti
à son égard. ,,
Après avoir entendu la lecture de cette lettre , la Convention
a décrété que Fécamp sera amené sur-le-champ à Paris , et traduit
par- devant le tribunal révolutionnaire.
Un décret , rendu sur le rapport de Réal , a ordonné la levée
des scellés apposés dans la maison d'Orléans , la liquidation
de ses dettes et l'administration de ses biens par ses créan
ciers.
La discussion venait de s'ouvrir sur les subsistances , lorsqu'une
députation de citoyens et citoyennes de Versailles a
paru à la barre . Elle portait une banniere avec cet écriteau :
nous demandons la taxe des grains . C'était en effet l'objet de sa
pétition. Le président en accordant les honneurs de la séance
aux pétitionnaires , leur a répondu que sans doute ils n'avaient
pas eu l'intention d'influencer les délibérations de la Convention
; qu'elle est inaccessible à toute espece de menées ; qu'elle
obéit à la nation seule.
Le maire de Paris , à la tête de plusieurs officiers municipaux
, s'est ensuite présenté à la barre . Il a annoncé à la Con
vention que l'arrêté du département de l'Hérault avait été envoyé
dans toutes les sections , et que la majorité y avait adhéré;
que le commandant- général comptait faire partir , dans le plus
bref délai , 12,000 hommes , 30 pieces de canons de campagne
et un bataillon de canonniers , et qu'il espérait pouvoir
soumettre les rebelles en deux jours , s'il pouvait les aborder.
❝ De notre côté , a ajouté le procureur de la commune , nous
avons arrêté d'envoyer trois magistrats à la tête de cette armée ,
pour éclairer les citoyens égarés ; nous les avons choisi parmi
ceux que la connaissance des lieux et de l'idiôme du pays rend
plus propres à cette mission . Ils joindront aux armes des soldats
, les armes non moins puissantes de la raison et de la
justice. "
Cette derniere mesure a fixé quelques momens l'attention
de l'Assemblée . Plusieurs membres pensaient que c'était à la
Convention seule d'envoyer des commissaires , que la municipalité
de Paris ne pouvait faire reconnaître le caractere des
siens , hors de son territoire . Cette difficulté s'est évanouie en
motivant l'ordre du jour sur ce que les commissaires de la
municipalité de Paris ne sont que de simples citoyens , des
apôtres de la liberté ; la Convention a cru devoir récompenser
en mêmetems le zele des Parisiens : elle a décrété qu'žis avaione
bien mérité de la patrie.
( 74 )
La section des Amis de la Patrie , celle de la Réunion , sont
venues inviter la Convention a faire marcher contre les révoltés
de la Vendée , les troupes soldées qui se trouvent actuellement
à Paris . Leur pétition a été renvoyée au comité de salut public .
Une autre députation s'est presentée au nom des citoyens du
fauxbourg St. Antoine . Mandataires du souverain , a dit
l'orateur , les hommes des 5 et 6 octobre , 14 juillet , 20 juin
et 10 août , et de tous les jours de crise , sont dans votre sein
pour vous y dire des verités dures ..... Qu'avez - vous fait ? vous
ayez envoyé nos meilleurs défenseurs en commission ; vous
avez dégarni la sainte montagne. Les agitateurs qui siégent avec
vous ont resté en force et ont opéré ce qui suit vous avez
beaucoup promis et rien tenu ..... depuis longtems , vous
promettez un maximum général sur toutes les denrées nécessaires
à la vie ..... toujours promettre et rien tenir !
Après ce préambule , l'orateur parlant toujours au nom des
habitans du fauxbourg St. Antoine , a dicté les mesures qu'il
fallait prendre pour sauver la patrie : taxation des denrées ,
contribution sur les riches pour subvenir auuxx besoins des
pauvres . Mandataires , a - t - il ajouté , voilà nos moyens . Si
vous ne les adoptez pas , nous vous déclarons que nous sommes
en état d'insurrection ; 10,000 hom. sont à la porte de la salle ...
Ici l'Assemblée a fait taire l'orateur. Mazuyer s'est élevé le
premier contre le manquement des pétitionnaires envers la
représentation nationale . Il demandait que leur pétition fût
imprimée et envoyée aux départemens par des couriers extraordinaires
; que les suppléans de la Convention se réunissent
à Tours ou à Bourges , pour que dans le cas où elle
serait anéantie , ils fussent là pour se saisir de l'autorité et
l'empêcher de passer entre les mains de la municipalité de Paris ;
qu'il fût ordonné à cette municipalité de supprimer le bureau
central de correspondance .
Brival attestait que les pétitionnaires étaient soudoyés et
que le fauxbourg Saint -Antoine avait été à son insu entraîné
dans une fausse démarche . Il concluait à ce que les signataires
de la pétition fussent mis en état d'arrestation et interrogés
par le comité de sûreté générale . Les membres qui ont
parlé apres Brival rendaient la même justice aux hommes du
14 juillet et du 10 août , et voulaient comme lui la punition de
ceux qui avaient abusé de leur confiance . On délibérait sur le
choix de la peine , lorsque les citoyens rassemblés sur la place
des Piques ont écrit à la Convention pour désavouer formelle
ment les sentimens exprimés en leur nom , et pour déclarer
que leurs coeurs et leurs bras étaient aux représentans du peuple .
Cette démarche confirmée par une députation nouvelle qui
s'est présentée à la barre , a déterminé l'Assemblée à passer
à l'ordre du jour , motivé sur le désaveu et l'expression des
sentimens civiques des citoyens du fauxbourg Saint - Antoine ,
Après avoir entendu le rapport de son comité de secours ,
( 75 )
la Convention a suspendu la vente des biens formant la dotation
des hôpitaux et maisons de charité jusqu'à l'entiere
organisation des secours publics .
Séance du jeudi , 2 mai .
Le général Custines avait prédit que Mayence serait le tombeau
des armées Allemandes . Cette prédiction commence à se
réaliser . Nos troupes assiégées dans Mayence y ont remporté
un avantage considérable sur les Hessois et les Saxons réunis .
Les Allemands ont attaqué à deux reprises un poste important
en avant de Mayence , sans la prise duquel , ils ne
peuvent même ouvrir la tranchée devant cette place , deux
fois ils ont été repoussés avec une perte estimée à plus de
2000 hommes .
Le géneral Lamorliere transmet à la Convention les détails
d'une affaire de poste qui a eu lieu entre nos soldats et les
Prussiens en avant de Bachi . Après fa plus vive résistance ,
ces derniers ont pris la fuite ; plusieurs ont été tués ; douze
ont été faits prisonniers et conduits à Lille . La cavalerie ennemie
a été poursuivie jusques dans ses cantonnemens .
1
Des avantages plus importaus ont humilié la morgue Espagnole
, sur les frontieres des Pyrénées . La Beyrie , premier
lieutenant- colonel du second bataillon des Landes , s'est porté
contre un gros corps d'Espagnols qui a été entierement culbuté.
La Beyrie s'est emparé du camp ennemi . On y a trouvé 3000
cartouches , des fusils et des bayonnettes .
nos
Nos volontaires , écrit le procureur- général - syndic des
Hautes -Pyrénées , font des prodiges de valeur . Après deux
actions consécutives où les Espagnols ont été battus ,
troupes se sont avancées jusqu'au village de Samuragaldi ,
s'en sont emparées et ont pris à l'ennemi des pieces de canon
, des munitions de toute espece , 70 fusils et un drapeau .
Fontarabie est bombardée . Nous faisons tous les jours défiler
les volontaires de nouvelles levées . Déja 600 sont partis ,
équippés et armés . Nous allons former la seconde division
de la légion des montagnes.
----
Les brigands ont évacué l'isle de Noirmoutier , effrayés
sans doute des dispositions qu'on faisait pour les attaquer
par terre et par mer. Les habitans ont fait part de cette évacuation
aux commandans des vaisseaux le Superbe et l'Achille
qui croisent dans ces parages . Le colonel Reyner est maître de
Bourgneuf , de Beauvoir , de l'isle de Boin et autres endroits
qui avoisinent Machecoul . Les brigands se retirent à son approche
et beaucoup de paysans reprennent leurs travaux ; mais
il paraît d'après marche que tiennent les brigands , en se retirant
, qu'ils ont un point de réunion où ils veulent rassembler
de grandes forces . Deux mille hommes de renfort arrivent à
Nantes .
Après la lecture de ces différentes dépêches la Convention a
( 76)
repris la discussion sur les subsistances . Un membre a proposé
de fixer un maximum au prix des grains qui décroîtraie
d'un dixieme de mois en mois . Il pensait que cette taxe
décroissante , assurerait sans retard l'approvisionnement des
marchés et mettrait fin aux accaparemens , parce que nul
n'aurait intérêt à faire des provisions . Génissieux , en appuyant
cette mésure , disait que ce ne serait pas sur le
pauvre , mais sur le riche que tomberait cette taxe ; car celui
qui s'empressera de vendre le premier et par conséquent au
plus haut prix , ce sera le petit cultivateur qui a battu tout
son bled , tandis que le riche propriétaire l'a conservé en
paille . Le maximum diminutif , ajoutait Thirion , est le seul
moyen qui puisse mettre un frein à l'avarice et à la cupidité
des riches accapareurs . Par- là les magasiniers perdent l'espérance
de vendre plus cher. Si cette mesure portait atteinte au
commerce , elle ne détruirait que le commerce en gros , et
ce ne serait pas un grand mal , mais elle ne nuirait pas au
petit commerce des bladiers qui se contentent d'un gain raisonnable
.
?
Ceux qui étaient d'un avis différent , appercevaient plusieurs
inconvéniens dans la mesure du maximum proposé ; 1º . ce
maximum ne peut pas être le même dans tous les départemens
, et il résulte de -là que les particuliers feront sortir
leurs grains du département où le maximum sera moindre
Pour l'aller vendre dans celui où le maximum sera plus considérable
; 2 ° . l'effet de cette mesure sera de faire apporter
le premier mois dans les marchés tous les grains renfermés
dans les magasins , de maniere qu'il faudra que chacun achète
a provision de bled pour l'année . Mais l'ouvrier ne pourra
pas faire cette provision , et le mois suivant il ne trouvera
peut-être plus de bled sur les marchés ; 3º. comme il est des
départemens où il croît très - peu ou pas de grains , il faut
que ceux-là soient approvisionnés par le commerce. Si donc
on détermine que celui qui achètera du bled à un prix dans
le nord , le vendra dans le midi au même prix qu'il l'aura
acheté , il n'y aura plus de commerce .
Nous terminerons l'analyse succinte de cette discussion ,
par une observation de Ducos . Dans l'Amérique septentrionale ,
lorsque les Américains étaient comme nous en révolution ;
il n'y avait pas parmi eux des accapareurs , des mécontens ;
la nation était unanime . Cependant les denrées augmenterent
considérablement , et la cause unique était la création du
papier-monnaie. Les denrées diminuerent ensuite sans qu'on
cut recours à la taxe , ni à aucun autre moyen violent. Attendons
comme les Américains , la diminution des denrées
du cours naturel des choses ; attendons-la de la diminution
de la masse des assignats en circulation .
Le résultat de la délibération a été l'adoption du maximum
el qu'il avait été proposé . D'autres mesures ont été décrétées ,
( 77 )
1
telles que le recensement général des grains dans toute la
République ; l'obligation pour les cultivateurs et les proprié
taires d'approvisionner les marchés. La rédaction du projet de
décret a été renvoyée au comité .
La Convention a procédé à l'appel nominal pour le renouvellement
du bureau. Boyer- Fonfrede a réuni la majorité
des suffrages pour la présidence .
PRÉSIDENCE DE
Du vendredi , 3 mai.
BOYER- FONFRED E.
Les administrateurs de Rouen instruisent la Convention des
troubles qui se sont manifestés dans leur ville à l'occasion de
l'augmentation du prix du pain . Les malveillans saisirent ce
prétexte pour exciter des mouvemens. Le tocsin sonna . Ils
eurent l'audace de faire feu sur la garde nationale ; mais celleci
par son courage et son activité vint bientôt à bout de les
dissiper. Deux cens des principaux séditieux ont été pris .
Ceux qui n'avaient été qu'égarés par les suggestions de la malveillance
, ont reconnus leur erreur et sont rentrés dans le
devoir. Ses administrateurs ajoutent qu'ils esperent maintenir
le calme dans leur département.
Une lettre des représentans du peuple près l'armée du Nord ,
transmet à la Convention les détails d'une action qui a eu lieu
le 2 mai.
L'ennemi occupait plusieurs villages sur le chemin de Valenciennes
au Quesnoy , et au-delà de Quiévrain , Dampierre
fit sortir son armée du camp de Famars pour l'en déloger.
L'attaque se fit sur trois colonnes et commença à la pointe
du jour. Les troupes de la République s'emparerent d'abord
de trois villages ; le combat dura fort long-tems. Mais enfin
les ' artilleurs de la droite manquant de munitions , Dampierre
se vit forcé de faire un mouvement rétrograde et de rentrer
dans le camp de Famars . La retraite se fit en bon ordre et
avec beaucoup de lenteur. De part et d'autre les troupes ont
repris leurs postes antérieures ; nous avons cependant gagné
une portée de canon de terrein .
L'avant-garde aux ordres du général Kelmen s'est battue
avec son courage ordinaire . Elle a tué ou bléssé à l'ennemi
600 hommes. Dans toute cette affaire , notre perte a été peu
considérable ; il passe pour constant que l'ennemi a perdu
beaucoup.
Dubois Dubay , commissaire de la Convention , combattait
à l'avant-garde et a mis lui-même le feu aux canons .
Une lettre du ministre de la justice annonce à la Cónvention
que les citoyens Conti , Egalité pere et ses deux fils
et la citoyenne Bourbon sont constitués en état d'arrestation
au château Notre- Dame à Marseille.
Sur le rapport de Barrere , l'Assemblée décrete qu'il sera
( 78 )
pris sur l'extraordinaire de la guerre , les fonds nécessaires
pour indemniser les alliés de la République des armemens et
dépenses qu'ils feront pour seconder le développement de
ses forces contre ses ennemis .
Le comité d'agriculture et de commerce avait été chargé
de présenter la rédaction d'une loi sur les subsistances d'après
les bases précédemment décrétées . Un membre de ce comité
a fait lecture du projet de décret . Le voici tel qu'il a été
adopté.
Décret sur les subsistances.
Art. Ier. Immédiatement après la publication du présent
décret , tout marchand , cultivateur ou propriétaire quelconque
de grains et farines , sera tenu de faire à la municipalité
du lieu de son domicile la déclaration de la quantité et de la
nature des grains ou farines qu'il possede ; et , par approximation
, de ce qui lui reste de grains à battre les directoires
de districts nommeront des commissaires pour surveiller l'exécution
de cette mesure dans les diverses municipalités.
:
II. Dans les 8 jours qui suivront cette déclaration , des officiers
municipaux , ou des citoyens par eux délégués à cette
effet , vérifieront les déclarations faites , et en dresseront le
résultat .
III. Les municipalités enverront sans délai au directoire de
leur district un tableau des grains et farines déclarés et vérifiés
; les directoires de districts en feront passer sans retard
le résultat au directoire de leur département , qui en dressera
un tableau général , et le transmettra au ministre de l'intérieur
et à la Convention nationale .
IV. Les officiers municipaux sont autorisés , d'après une
déliberation du conseil - général de la commune , à faire des
visites domiciliaires chez les citoyens possesseurs de grains ou
farines , qui n'auraient pas fait la déclaration préscrite par
l'article ler , ou qui seraient soupçonnés d'en avoir fait une
frauduleuse .
V. Ceux qui n'auront pas fait la déclaration prescrite par
l'article Ier. , ou qui l'auraient faite frauduleuse , seront punis
par la confiscation des grains ou farines non déclarés , au profit
des pauvres de la commune.
VI . Il ne pourra être vendu des grains ou farines que dans
les marchés publics ou ports où l'on a coutume d'en vendre ,
à peine d'une amende qui ne pourra être moindre de 300 liv. ,
et plus forte de 1000 liv . , tant contre le vendeur que contre
l'acheteur solidairement.
VII. Pourront néanmoins les citoyens s'approvisionner chez
les cultivateurs , marchands ou propriétaires de grains de leurs
cantons , en rapportant un certificat de la municipalité du lieu
de leur domicile , constatant qu'ils ne font point de commerce
de grains , et que la quantité qu'ils se proposent d'acheter , et
箍
( 79.)
1
qui sera déterminée par le certificat , leur est nécessaire pour
leur consommation d'un mois seulement , sans qu'ils puissent
excéder cette quantité . Les municipalités seront tenues d'avoir
des registres de ces certificats , sous le n°. correspondant à
celui porté sur chacun d'eux .
VIII. Les directoires de départemens sont autorisés , d'après
l'avis des directoires de district , à établir des marchés dans
tous les lieux où ils seront jugés nécessaires , sans qu'ils puis
sent supprimer ancun de ceux actuellement existans .
IX . Les corps administratifs et municipaux sont également
autorisés , chacun dans son arrondissement , à requérir tout
marchand , cultivateur ou propriétaire de grains ou farines ,
d'en apporter aux marchés la quantité nécessaire pour les tenir
suffisaminent approvisionnés .
X. Ils pourront aussi requérir des ouvriers pour faire battre
les grains en gerbes , en cas de refus de la part des fermiers ou
propriétaires .
XI. Les directoires de département feront parvenir leurs
réquisitions aux directoires de district , et ceux - ci aux municipalités
qui seront tenues d'y déférer sans délai .
XII. Nul ne pourra se refuser d'exécuter les réquisitions
qui lui seront adressées , à moins qu'il ne justifie qu'il ne
possede pas des grains ou farines au- delà de sa consommation ,
jusqu'à la récolte prochaine , et ce à peine de confiscation des
grains ou farines excédant ses besoins ou ceux de ses colons ,
métayers , journaliers et moissonneurs .
XIII . Le conseil exécutif provisoire est autorisé , sous la
surveillance du comité de salut public , à prendre toutes les
mesures qui seront jugées nécessaires pour assurer l'approvisionnement
de la République .
XIV . Le ministre de l'intérieur est également autorisé à
adresser aux départemens dans lesquels il existera un excédent
de subsistances , les réquisitions nécessaires pour approvisionner
ceux qui se trouveraient n'en avoir pas une quantité
suffisante .
XV. Tout citoyen qui voudra faire le commerce de grains
ou farine , sera tenu d'en faire la déclaration à la municipalité
du lieu de son domicile : il lui en sera délivré extrait en forme
qu'il sera tenu d'exhiber dans tous les lieux où il ira faire ses
achats , et il sera constaté en marge , par les officiers préposés
dans ces lieux à la police des marchés , la quantité de grains ou
farines qu'il y aura achetés .
XVI . Tous marchands en gros ou tenant magasin de grains
ou farines , seront tenus d'avoir des registres en regle où ils
inscriront leurs achats et leurs ventes , avec indication des
personnes auxquelles ils auront acheté ou vendu .
XVII. Ils seront tenus en outre de prendre des acquits-àcaution
dans le lieu de leurs achats , lesquels seront signés du
maire et du procureur de la commune du lieu ou en leur
( 80 )
absence par deux officiers municipaux ; de les faire décharger
avec les mêmes formalités dans le lieu de la vente , et de les
représenter ensuite à la municipalité du lieu de l'achat , le
tout à peine de confiscation de leurs marchandises et d'une
amende qui ne pourra être moindre de 300 liv. , ni excéder
1000 liv.
XVIII. Ces acquits - à - caution seront délivrés gratuitement
sur papier non-timbré , et portés sur des registres tenus par
les municipalités.
XIX. Tout agent du gouvernement pour les approvisionne
mens de l'armée et de la marine , tout commissionnaire de
grains , soit des corps administratifs , soit des municipalités ,
seront assujettis aux mêmes formalités ; et en outre , de faire
porter sur leurs acquits- a - caution le prix de leurs achats .
XX. Il est expressément défendu aux dénommés dans l'article
précédent , de faire aucun commerce de grains ou farines
pour leur propre compte , à peine de confiscation et d'une
amende qui ne pourra être moindre de la valeur des grains ou
farines confisques , ni excéder 10,000 liv .
XXI . Il est également défendu à tout fonctionnaire publie
de s'intéresser directement ni indireetement dans les marchés
du gouvernement , à peine de mort .
XXII . Les bladiers ou marchands de grains en détail seront
dispensés de la tenue des registres ordonnés par l'article XVI ,
et seront seulement astreints à prendre les acquits - à - caution ,
conformément à l'article XVII de la présente loi .
XXIII . Les lois relatives à la libre circulation des grains et
et farines continueront à être observées , et il ne pourra y
être porté aucun trouble ni empêchement , en s'assujettissant
toutefois aux formalités prescrites par la présente loi .
XXIV. Les municipalites veilleront avec soin à entretenir le
bon ordre et la tranquillité dans les marchés publics.
XXV. Pour parvenir à fixer le maximum du prix des grains
dans chaque département , les directoires de districts seront
tenus d'adresser à celui de leur département le tableau des
mercuriales des marchés de leur arrondissement , depuis le
1er. janvier dernier jusqu'au 1er . mai présent mois .
Le prix moyen résultant de ces tableaux auquel chaque
espèce de grains aura été vendue entre les deux époques cidessus
déterminées , sera le maximum au-dessus duquel le prix
de ces grains ne pourra s'élever.
Les directoires de département le déclareront dans un arrêté
qui sera , ainsi que les tableaux qui y auront servi de
bases , imprimé et envoyé à toutes les municipalités de leur
ressort , publié et affiché , et adressé au ministre de l'inférieur
.
XXVI. Le maximum ainsi fixé décroîtra dans les proportions
suivantes : Au 1er juin , il sera réduit d'un dixieme
plus , d'un vingtieme sur le prix restant au 1er juillet ; d'um
trentieme
( 81 )
#entieme au 1er août , et enfin d'un quarantieme au 1er sepa
tembre.
sera
XXVII. Tout citoyen qui sera convaincu d'avoir venda ou
acheté des grains ou farines au- delà du maximum fixé ,
puni par la confiscation desdits grains et farines , s'il en est
encore en possession , et par une amende qui ne pourra être
moindre de 300 livres ni excéder 1000 livres solidairement
entre le vendeur et l'acheteur.
XXVIII. Ceux qui seront convaincus d'avoir méchamment
et à dessein , gâté , perdu ou enfoui des grains et farines , seront
punis de mort.
XXIX . Il sera accordé sur les biens de ceux qui seront
convaincus de ce crime une récompense de 1000 liv. à celui
qui les aura dénoncés .
XXX. Les municipalités , commis des douanes , et autres
préposés , veilleront avec exactitude et sous leur responsabilité
à l'exécution des lois contre l'exportation des grains ou farines
à l'étranger.
XXXI. Le présent décret sera envoyé , par des couriers extraordinaires
, dans tous les départemens.
Séance du samedi 4 mai .
La séance s'est ouverte par la lecture de différentes dép ^ - .
ches . Le représentant du peuple dans la Vendée annonce à la
Convention que les révoltés se sont présentés sur plusieurs
points à- la -fois , et que nos troupes redoublent d'ardeur et
de courage pour les combattre ils s'étaient emparés de Mareuil
et de Moutiers ; le chef de brigade , Nouvion , à la tête
de 530 hommes d'infanterie et de 60 hommes de cavalerie les
a dépostés , et ils n'ont échappés aux coups des volontaires
qu'à la faveur des bois où ils se sont retirés , et d'une riviere
qu'il était impossible de passer .
Ils ont été chassés de Beaulieu et ont évacué Aissenay . Ils
ont perdu 50 hommes et on leur a fait quelques prisonniers .
Lacombe Saint-Michel représentant du peuple dans l'isle
de Corse , écrit qu'il a reçu le décret qui ordonne l'arresta
tion du général Paoli . Il ne dissimule pas combien l'exécution
en est difficile dans un pays où Paoli dispose de la force
publique . Mais , ajoute Lacombe , le décret a été envoyé
aux autorités constituées , et je ferai mon devoir.
Deux petits bâtimens Français ont attaqué à la vue dè
Cherbourg , une frégate Anglaise , et l'ont forcée à prendre
le large . Cette nouvelle a été accueillie par la Convention
comme le présage de succès plus importans .
Le général Dampierre envoye à la Convention de nouveaux
détails sur le dernier engagement de nos troupes avee les
Autrichiens ; notre perte est évaluée à 300 hommes nous
avons eu 600 blessés ; lenni u 600 hommes tués ef
1000 blessés.
Tome III,
( 82 )
Les administrateurs da département des Hautes Alpes réelament
un secours de cinq cens mille livres qu'ils destinent
à un achat de grains. La rareté des subsistances a porté le
prix du pain à 12 sols la livre , dans l'étendue de leur territoire
. Renvoyé au comité des finances . 100
La légion Germanique qui se rendait dans le département
de la Vendée , a laissé éclater sur la route des sentimens trèspeu
civiques , et même s'est mise en état de révolte ouverte
puisqu'elle a crié , vive le roi et mis bas la cocarde nationale .
Déja les chefs de cette troupe , toute composée d'étrangers
et de déserteurs , sont détenus dans les prisons , et la Convention
a crée une commission de trois de ses membres à
qui elle confere le pouvoir de dissoudre cette légion , s'il y
a lieu.
"
La ville d'Orléans vient de mettre sur pied une troupe de
600 hommes bien armés , bien équipés , et une compagnie de
63 canonniers . Cette troupe , soutenue par des détachemens
de cavalerie , part aujourd'hni pour la Vendée.
La séance s'est terminée par la discussion et l'adoption d'un
long décret sur les secours à accorder aux fami les des militaires
de toutes armes et des marins employés au service de
la République .
Séance du dimanche , 5 mai.
La garnison et les citoyens de Landau jurent , dans une
adresse à la Convention , de s'ensevelir sous les ruines de cette
forteresse , plutôt que d'en permettre l'entrée aux ennemis .
Les véterans en garnison à Saarre - Louis , indignés de la
trahison de Dumourier , ont envoyé une adresse à tous les
vétérans , leurs camarades , répandus dans ce département pour
les inviter à se rendre sur les remparts des villes frontieres .
Nous avons jetté nos premiers regards sur la Convention
,, nationale , disent- ils ; alors serrant nos armes contre notre
,, sein , nous avons pris cet arrêté , et nous avons fait part å
" tous nos freres d'armes que nous étions déterminés à nous
,, ensevelir sous les ruines de nos villes , plutôt que de baisser
les ponts aux ennemis de notre liberté . ",
Deux députés extraordinaires du Montblanc demandent des
armes et de l'artillerie pour l'armée des Alpes . Cette pétition
est renvoyée au comité de salut public.
Les commissaires , envoyés à Nice , écrivent que le zele des
citoyens de ce département s'accroît tous les jours . Ils ne se
sont point contentés de fournir leur contingent pour le recrutement.
Une compagnie franche a été formée au- delà du contingent.
A la lettre des commissaires est jointe une notice de
plusieurs dons patriotiques .
Les corps administratifs de Bordeaux demandent des frégates
pour protéger la sortie des navires qui sont dans le port
de cette ville , et qui sont destinés pour les isles de l'Amérique.
( 83 )
Deux citoyens , députés par le département de la Vienne ,
voisin des départemens révoltés , sollicitent des see ours en
hommes et en argent. Un membre observe que douze mille
hommes , d'anciennes troupes , sont en route pour la Vendée ;
que l'on a pris des voies tres -promptes pour leur arrivée ; mais
qu'il importe de ne point publier les dispositions qui ont été
faites pour assurer le succès de leurs armes .
Une lettre des représentans du peuple près les armées du
Nord , donne de nouveaux détails de l'affaire du 1er . mai .
Nous avons fait , disent-ils , au corps d'armée ce que Dubois-
Dubay faisait à l'avant-garde . Quelques corps se sont particulierement
distingués , et notamment les Belges , la compagnie
de chasseurs des Quatre-nations , et le quatorzieme
bataillon d'infanterie légere . Un volontaire blessé s'est écrié en
nous voyant : Vive la Nation ! Plusieurs avant d'expirer , ont
crié : Vive la République !
On a trouvé sur un adjudant Prussien , qui a été tué dans
cette affaire , des papiers importans , tels qu'un plan de la
présente campagne ; la marche des troupes commandées par
le duc d'Yorck ; un mémoire sur l'etat de l'armée de Clairfait ,
mémoire d'où il résulte que cette armée a besoin de renfort.
Une députation des sections de l'Observatoire , du Finistere ,
des Sans - Culottes et du Panthéon Français , vient à la barre
présenter plusieurs demandes . 1 ° . Le complément de la déclaration
des droits de l'homme . 2 ° . La discussion de la cons
titution . 3º . L'établissement d'une éducation nationale . 4º . Une
regle de police qui oblige les députés à assister à ces impor
tantes délibérations . 5 ° . Le recensement annuel de toutes les
denrées , pour que le maximum en soit fixé . 6. Un mode général
et uniforme de recrutement. 7° . Des fonds pour les pa
rens peu fortunes des défenseurs de la patrie . 8 ° . La preference
en faveur des peres de famille pour les places d'administration
. 9º . Le rapport du décret qui a déclaré calomnicuse
la pétition de la commune de Paris , pour le rappel de vingi
deux députés . 10°. Un prix pour la tête des Capets rebelies
et fugitifs . 11 ° . Le remplacement de la garde soldée par de
braves Sans- culottes .
?
Un citoyen de la section du Panthéon a demandé , par
addition , que les troupes soldées , tant à pied qu'à cheval ,
qui se trouvent à Paris , sans en excepter la garde d'honneur
de la Convention , marchent à l'armée sur- le - champ .
La Convention a admis les pétitionnaires à defiler dans la
salle , et a renvoyé leur pétition au comité de salut public ,
pour en faire le rapport.
Des commissaires de la section de Bon - conseil viennent
faire part à la Convention d'un arrêté pris hier par cette
section , dans lequel ils renouvelleut le serment de faire respecter
la Convention nationale , de garantir la sûreté de tous
ses membres indistinctement , et la liberté de leurs opinions ;
F &
( 84 )
d'assurer de même la liberté des citoyens et la propriété . Ils
s'engagent pour cet effet à se rendre exactement aux assemblées
de la section .
Les commissaires de cette section sont invités aux honneurs
de la séance . Marat déclare que ce sont des intrigans qui ont
causé du trouble dans leur section ; mais Vergniaux prouve
que les principes qu'ils ont exposés ne sont pas de ceux qui
troublent habituellement la République , et la Convention ,
après de vifs débats , ordonne l'impression de la pétition et
l'envoi aux départemens.
On
Séance du lundi 6 mai.
On a fait lecture de trois pieces apportées à la Convention
par un courier extraordinaire , venu de Marseille .
La premiere piece est une lettre de la commune de cette
ville , datée du 1er mai . Les sections de Marseille , y estil
dit , ont arrêté de vous envoyer des commissaires pour
vous présenter une pétition . Ils vous offriront aussi le tableau
fidèle de la situation de cette ville . Vous verrez quels sont
les principes qui l'animent. Les Marseillais ont juré de maintenir
la République , la liberté , l'égalité et l'observation des
lois. "
J
La seconde piece est une proclamation de la municipalité .
Citoyens , disent ces magistrats , les complots des ennemis
de l'intérieur sont déjoués ; les intrigans et les agitateurs sont
connus ; le peuple de Marseille s'est levé tout entier ; les
sections sont en permanence.
La troisieme piece est une circulaire adressée par la municipalité
de Marseille à tous les départemens voisins . Cette
circulaire a , pour objet , de démentir les bruits faussement
répandus que Marseille est en état de contre - révolution , que
le sang y a coulé , et que les patriotes y gémissent sous l'oppression.
Notre voeu constant , attestent les officiers municipaux
, est de défendre la liberté et l'égalité . Défiez - vous
donc de ceux qui , sous le nom de commissaires Marseillais
chercheraient à vous exciter contre nous . " ,
On lit ensuite une lettre du procureur-général - syndic du
département du Var , où il annonce qu'à la suite d'un mouvement
qui a eu lieu dans le port de Toulon , vingt - trois
personnes ont été arrêtées et vont être jugées par la loi .
La cause de ces desordres , a dit un membre , est dans la
mauvaise composition des états majors de la marine . Il a
demandé que le ministre fût tenu de remettre au comité de salut
public et de marine , la liste des officiers , et qu'ils fussent
soumis à une censure très -sévere. Cette proposition a été
adoptée.
Trois citoyens se plaignent d'avoir été arrêtés et emprisonnés
pour l'adresse qu'ils ont présentée , hier , au nom de
la section de Bon- Conseil . Vergniaux demande que le maire,
85Y
de Paris soit tenu de rendre compte , séance tenante , par
écrit des motifs de leur arrestation . Après de vifs débats cette
proposition est adoptée , et l'Assemblée décide en
qu'elle ne prononcera qu'après avoir entendu les citoyens
détenus .
outre ,
Cette séance s'est terminée par la lecture des instructions
d'après lesquelles les représentans du peuple près les armées
de la République doivent régler leur conduite .
"
Nota. Dans la séance du samedi , 4 mai , le général Westermann
mis en état d'arrestation à la nouvelle de la trahison
de Dumourier , a été honorablement acquité de tout
soupçon , et remis en liberté , sur le rapport de Lecointre de
Versailles :
PARIS , 9 mai 1793.
Il est des personnes qui se plaisent à grossir les dangers de
notre situation civile et politique , comme il en est qui cherchent
à se les déguiser. Nous éviterons de tomber dans ces
deux extrêmes , parce que ce n'est pas la vérité , et que c'est
mal servir la chose publique que de propager le découragement
ou une insidieuse sécurité .
Notre position à l'extérieur n'est nullement inquiétante . Du
côté du Nord , nos frontieres sont bien garnies et bien appro
visionnées , nos troupes dans les dispositions les plus républicaines
, nos recrues se disciplinent et s'accoutument au
feu. On ne fait qu'une guerre de postes , où nous avons presque
toujours l'avantage . L'ennemi se tient toujours en observation
sans tenter aucune entreprise , soit qu'il attende son artillerie
de siége , soit que la mésintelligence regne entre les puissances
coalisées , soit qu'elles jugent que nos troubles intérieurs et
nos funestes dissensions ne sont pas encore arrivées au terme
qu'elles desirent. Le partage de la Pologne et l'invasion de
la Baviere , que l'on dit être très-prochaine , de la part de
l'Autriche , doivent jetter l'effroi parmi cette multitude de
petites puissances qui craignent avec raison d'être dévorées à
leur tour. L'Angleterre peut- elle voir sans inquiétude l'aggrandissement
de la maison d'Autriche et des armées nombreuses
si près de la Hollande .
―
Sur le Rhin , l'armée de Custine et celle de Mayence sont
dans l'état le plus respectable. Tout est fortifié de maniere à
faire la plus longue et la plus vigoureuse résistance et à lasser
les efforts des ennemis. L'armée du Var obtient chaque jour
de nouveaux avantages . Celle des Pyrénées n'est pas dans
une situation aussi favorable ; il paraît qu'on a trop négligé
cette partie de nos frontières ; mais la position des lieux , la
lenteur des Espagnols , le courage des Basques et des peuples.
meridionaux , secondé bientôt par de nouveaux renforts suf
F 3
( 86 )
firont pour mettre notre territoire à l'abri de toute incursion
sérieuse . En un mot , les puissances coalisées s'épuisent
d'hommes et d'argent , et si nous avions bientôt un gouvernement
et une constitution , on les verrait faire les premieres
des ouvertures de paix et reconnaître l'indépendance et la
souveraineté de la Képublique française . Voilà notre position
au dehors.
Les troubles au dedans sont l'objet de notre plus grande
sollicitude , les progrès des rébelles deviennent chaque jour
plus alarmans. Ces rassemblemens ont été trop dédaignés dans
le principe . Au lieu de les attaquer en masse , on ne leur a opposejusqu'ici
que des corps partiels et insuffisans . Deux colonnes
marchent l'une sur Tours , l'autre vers Rochefort et la Rochelle.
Ce n'est pas que nous pensions , malgré les lettres qui ont été lues
à la Convention , que ces rassemblemens soient au nombre de
200,000 hommes , il y a sûrement de l'exagération dans ce
calcul ; mais quels qu'ils soient , ils sont trop considérables.
pourur qu'on ne se hâte d'y envoyer promptement des forces
considérables et sur-tout des troupes de ligne et de l'artillerie .
On dit que l'on fait marcher 6 hommes par compagnie ; il eût
mieux valu détacher plusieurs régimens , des corps complets et
tout organisés , qui ont de l'ensemble et de la confiance dans
leurs chefs , valent mieux que des fractions de différens corps
qu'il faut organiser . Les renforts que l'on destinait
pour l'armée
des Pyrénées seront employés contre les rebelles . On a
annoncé l'arrivée prochaine de Biron , et Biron n'arrive point.
On a proposé dans la derniere séance de la Convention , de
publier des adresses propres à ramener ceux des révoltés qui
pourraient n'être qu'égarés. L'instruction eut sans doute produit
un bon effet , si on l'eut employée à terns ; mais aujourd'hui
que le fanatisme a travaillé à loisir ces hommes ignorans
et crédules , et qu'on leur a persuadé que ceux qui étaient
frappés du canon ressuscitaient après trois jours , on sent que
des adresses deviendraient une arme fort inutile : tout ce qu'on
pourrait faire , ce serait de promettre pardon et amnistie à tous.
les habitans des campagnes qui poseraient les armes dans un
délai fixé .
Quelque inquiétante que soit notre situation intérieure , nous
ne balançons pas a le dire , nous en sortirons promptement ,
si la Convention se prononce avec énergie et persévérance ;
si elle lutte courageusement contre tous les obstacles , si tous
les citoyens de la République sont bien pénétrés de la néces
sité de mettre enfin un terme à l'anarchie et à la désorgani
sation , de faire respecter les autorités constituées , d'obéir aux
lois et de se rallier autour des représentans du peuple , dont
la dissolution est une des branches du complot des ennemis
du bien public ; si l'esprit public se monte non à la hauteur
de l'exagération et du délire , mais à celle des principes , sans
lesquels aucune organisation sociale ne peut subsister , si la
( 87 )
haine des provocateurs
de troubles est égale à celle des rois. Déja la ville de Marseille
a senti cette vérité , et pour opérer
cette révolution
salutaire , il a suffi aux citoyens de se réunir dans les sections et de les rendre permanentes
. A Bordeaux
,
qui a donné déja tant de preuves de civisme , sans se livrer
2 un seul écart , on vient de lever encore 1500 hommes pour marcher
contre les rebelles. La société populaire
de cette
ville , contre laquelle les agitateurs
ont lancé tant de calom- nies , a fait un appel nominal de ses membres , et a demandé à chacun pourquoi
il ne partait pas , et quel homme il avait mis à sa place. Chacun s'inscrit volontairement
ou paie pour
ceux qui partent.
1
cette
A quoi tient-il que la ville de Paris n'ait pas montré dans ce nouveau danger de la patrie cet empressement
et ardeur qui enflammait
tous les courages
après la prise de
Verdun ! J'en dirais bien la principale
raison ; mais l'esprit
de parti ne la trouverait
pas de son gré ; c'est ce funeste esprit
de parti , plus redoutable
que les armées ennemies , qui éteint l'esprit public et glace le patriotisme
. On ne voit plus la
République
, on ne voit que les individus
et leurs passions.
On a proposé de tirer le canon d'alarme , et de faire arrêter
de
tous les traîtres et tous les gens suspects ; mais ce n'est pas bruit qu'il faut pour réchauffer
le zèle , c'est de l'union ,
l'ensemble
et de la fraternité . Ce sont précisément
ces arrestations
vexatoires
et arbitraires
qui sont devenues un véritable sujet d'alarme. On redoute les haines et les vengeances
de
parti , parce qu'elles sont terribles , et aveuglément
dirigées ,
et l'on souge moins an péril des départemens
voisins qu'au
sien propre .
du
Le conseil de la commune avait arrêté un mode de recru- tement ; mais il a indisposé toutes les sections . On confiait à six membres de chaque comité révolutionnaire
, assisté d'un officier municipal et de l'état major de chaque bataillon , le pouvoir de désigner les personnes qui devaient partir ; mais on a trouvé cette mesure trop arbitraire , parce qu'en général
ces comités révolutionnaires
, dont la formation s'est ressentie de l'esprit de parti , n'avaient pas la confiance de tous les ci- toyens ; aussi dans la plupart des sections s'est - on empressé
de renouveller
ces comités. On a demandé que la Convention
fixât elle -même ce mode , et la Convention
s'en est rapportée à la sagesse des admi- nistrateurs et au zèle des citoyens . Ce renvoi , cette incertia
dû apporter
tude , ce défaut de base fixe et uniforme naturellement
du retard dans le recrutement
. Les gens maries voulaient que les jeunes gens partissent de préférence
, et ceux-ci soutenaient
que les dangers étant communs à tous tous devaient y participer indistinctement
. Cette lutte a produit beaucoup de chaleur dans les sections . Dans quelques- unes on a admis la voie du tirage au sort , mesure qui à la vérité
F 4
B
( 88 )
exclud l'arbitraire , mais ne garantit point d'un autre abus ,
celui de tomber sur des incapables , des inexpérimentés , et
peut-être même des malveillans . Dans toutes on a ouvert un
registre d'inscription volontaire et un registre de contribution
; on offre une somme qui a varice de 2 à 300 liv. pour
chacun de ceux qui s'enrôleraient ; quelques-unes ont demandé
que tout ce qu'il y avait de troupes soldées à Paris , tant en
infanterie que cavalerie , montant à 3,000 hommes , fussent
tenues de partir , et elles ont été mises à la disposition du
pouvoir exécutif.
Le commandant-général Santerre veut marcher à la tête du
corps de recrutement avec six officiers expérimentés , et déja
Il a fait partir ses équipages . On demande 12 compagnies de
canonniers , et un registre particulier d'inscription est ouvert
pour eux . Enfin la Convention a envoyé hier au soir deux de
ses membres dans chaque section , pour y ramener fraternellement
le patriotisme et accélérer le recrutement ; elle a arrêté
de plus que les fonds provenants de la contribution volontaire
seraient mis dans une masse commune , pour être distribués
également . Voilà l'état des choses au moment où nous écrivons
. Les enrôlemens volontaires se font avec activité , et les
dons se multiplient dans toutes les sections . Mais combien de
tems ne faudra-t-il pas encore avant que ce recrutement soit
équipé et en état de partir .
à .se
La crainte de l'arbitraire et le defaut de mode de recru
tement avait engagé quatre ou cinq cents jeunes gens
rassembler d'abord au Luxembourg , puis aux Champs-Elisées ,
pour rédiger une pétition à la Convention nationale . Ce rassemblement
a paru inquiéter, Des sections l'ont dénoncé au maire ,
à la commune et au commandant général ; plusieurs de ces
jeunes gens ont été arrêtés : mais leur section les a réclamés ,
et celle du Pont-neuf entr'autres les a mis sous sa sauvegarde.
On a dit que ces jeunes gens criaient vive le roi , et
que plusieurs avaient pris la cocarde blanche . Le fait a été
démenti dans la Convention , et l'on a assuré qu'ils n'avaient
fait entendre d'autres cris que ceux de vive la Nation , vive la
République , vive la Loi,
Jamais les sections n'ont été plus nombreuses , l'intérêt
personnel y porte les citoyens autant que l'intérêt public .
Cette affluence a dû contrarier nécessairement ceux qui étaient
en possession d'y domixer , et l'esprit a dû changer dans plusieurs
sections , De - là l'arrêté et l'adresse de la section de Bon-
Conseil qui a mérité des applaudissemens à la Convention ,
et de la part du Maire des ordres d'arrêter les commissaires
qui l'avaient présentée , De- là la lettre écrite à Chaumet par
la section de l'unité . Il en résulte des chocs très - violens dans
les sections ; souvent un parti révoque le lendemain ce que
l'autre a arrêté la veille , L'esprit de passion est tel que propo
ser unité et indivisibilité de la République , respect et obeis-
<
( 89 )
sance à la loi , sûreté des personnes et des propriétés , confiance
et ralliement dans la Convention , amour de l'ordre et haine de
l'anarchie , est devenu un sur moyen d'être traité d'aristocrate ,
de royaliste , de traître , de contre- révolutionnaire et d'ennemi public,
Que les dénominations aveugles et passionnées ne détournent
point les citoyens de se rendre à leur section ; qu'il mettent
de la persévérance à remplir un devoir civique dont ils
n'auraient jamais dû s'affranchir ; qu'ils y portent un patriotisme
pur , les vrais principes républicains et du courage , et
tôt ou tard les passions seront obligées de se taire , les intrigans
perdront leur influence et la chose publique sera sauvéc .
TRIBUNAL
RÉVOLUTIONNAIRE.
Nous avons annoncé que Marat avait été acquitté par le tri.
bunal. Mais les détails de cette affaire sont trop précieux , ils
Occuperont une place trop importante dans l'histoire de la
révolution , pour que nous n'en mettions pas le tableau fidele
sous les yeux de nos lecteurs . Les réflexions seraient ici fort
inutiles ; que pourrions-nous mettre à la place des choses ?
Audience du mercredi 24 avril. Affaire de Jean - Paul Marat , né à
Baudry , comté de Neufchâtel , en Suisse , député à la Conven
tion nationale.
Marat entre à l'audience . La salle retentit d'applaudisse.
mens.
Marat . Citoyens , ce n'est point un coupable qui paraît devant
vous , c'est l'apôtre et le martyr de la liberté ; ce n'est
qu'un groupe de facticux et d'intrigans qui a porté le décret
d'accusation contre moi,
Interrogé de ses noms , surnoms , âge , qualité , lieu de naissance
; a répondu s'appeller Jean- Paul Marat , docteur en médecine
, député de Paris à la Convention nationale , âgé de
49 ans , demeurant à Paris , rue des Cordeliers , section du
Théâtre-Français .
Thinville , accusateur public , fait lecture de l'acte d'accusa
sation et des pieces à l'appui.
Acte d'accusation .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de législation dans la séance du 13 de ce mois ,
sur les délits imputés à Marat , l'un de ses membres , l'a décrété
d'accusation , et a renvoyé au même comité pour rédiger
et lui présenter l'acte d'accusation qui suit :
Il résulte de l'examen , des différens numéros du journal de
Marat , et notamment des numéros 1er . , 40 , 80 , 133 , 136 ,
137 , 138 ; des 25 septembre , 8 novembre et 21 décembre
1
( 90 )
1792 ; 25 et 28 février , ier . et 2 mars 1793 , et d'un écrit du
30 du même mois de mars , intitulé : Profession de foi de Marat ;
que celui - ci est prévenu d'avoir évidemment provoqué le
meurtre et l'assassinat , d'avoir conseillé les exécutions populaires
, d'avoir dit que dans tout pays où les droits du peuple
ne sont pas de vains titres , le pillage de quelques magasins
, à la porte desquels on pendrait les accapareurs , mettrait
fin à leurs malversations ; " qu'il fallait laisser les mesures re
répressives
des lois , et que les seules efficaces étaient des mesures
révolutionnaires , lesquelles mesures prétendues révolutionnaires
ont été suivies , puisque le jour même où il prêchait le pillage ,
où son journal avait paru le matin , le pillage a eu lieu chez les
épiciers de la ville de Paris , les 25 et 26 février ; que ce delit
est de nature à mériter peine afflictive , aux termes de l'article
XXXIX , section II , titre II , et article II , titre III , partie 2º .
du code pénal , ensemble aux termes de l'article V , section V,
titre 1er. , partie 20. du même code pénal .
Il résulte également du même examen et des numéros 1er . ,
5 , So et 84 du même journal , des 25 et 29 septembre , 21
et 25 décembre 1792 ; que Marat est prévenu d'avoir , dès
avant la Convention , provoqué un pouvoir attentatoire . à la
souveraineté du peuple , sous les noms de tribun militaire , dic
tateur , triumvir ; d'avoir , postérieurement au décret du 4 dé- .
cembre 1792 , prononçant la peine de mort contre quiconque
provoquerait la royauté , dit , dans son numéro 80 , qu'il n'altendait
rien de bon des législateurs de l'Empire Français , presque
tous sans lumieres , sans talens , sans judiciaire , sans vertus , sans
civisme ; que la Convention dans laquelle le peuple a placé ses
dernieres espérances , ne saurait aller au but , composée comme
elle l'est ; d'avoir dit , par suite du numéro 80 , dans son numéro
84 , que la nation serait forcée de renoncer à la démocratie ,
pour se donner un chef, la Convention ne s'élevant pas à la hauteur
de ses importantes fonctions ; que ce délit est de nature à
mériter peine afflictive , aux termes du décret du 4 décembre
dernier.
Il résulte encore de l'examen des pieces , et notamment des
numéros 26 , 70 , 76 , 85 , 100 , 109 , 115 , 116 , 128 , 138 , 148 ,
153 , 159 , 160 et 163 , des 20 octobre , 9 , 17 et 27 décembre
1792 ; 16 et 28 janvier ; 7 , 8 et 20 février , 2 , 20 et 27 mars ;
3 , 4 et 7 avril présent mois ; de la circulaire signée Marat , et
de plusieurs numéros rapportés sur les deux délits précédens ,
que Marat est prévenu d'avoir avili la Convention , les autorités
constituées , et d'avoir provoqué la dissolution de la Convention
, en disant qu'il existait au sein de la Convention une
faction criminelle , composée d'hommes vils et profondément scélérats ;
d'hommes atroces , s'efforçant d'allumer la guerre civile ; une faction
étrangere à la patrie , ennemie de toute égalité et de toute liberté ,
composée d'hommes dékontés , assouvissant leurs passions criminelles ,
se gorgeant des dépouilles du peuple , et tyrannisant la nation au nom
de la loi.
( gr )
En écrivant que cette faction , dite des royalistes , était celle
des hommes d'Etat , de l'appel au peuple , de la détention , ou des
ennemis de la patrie et des contre - révolutionnaires ; qu'ils étaient
conjurés avec les perfides géneraux , les directoires de districts
et de départemens , les membres des tribunaux , les aristocras
tes , les émigrés et les puissances étrangeres ; que les hommes
d'Etat avaient perdu la confiance du peuple , et qu'ils ne pouvaient
plus y prétendre ; que ces délits sont de nature à meriter
peine afflictive , suivant le décret du 29 mars dernier , qui condamne
à mort les provocateurs de la dissolution de la Convention
.
La Convention nationale accuse Marat , l'un de ses membres ,
devant le tribunal criminel extraordinaire , comme prévenu
d'avoir provoqué ; 10 le pillage et le meurtre ; 2 ° . un pouvoir
attentatoire à la souveraineté du peuple ; 3 ° . l'avilissement
et la dissolution de la Convention : ordonne qu'il sera traduit
devant ce tribunal , pour y être jugé conformément à la loi .
Le président du tribunal à Marat. Ces écrits sont- ils de vous ?
Marat. Ils sont tous de moi ; je les reconnais à la simple
lecture .
On procede à l'audition des témoins .
Samson - Pégnet , ( anglais ) est interpellé de déclarer s'il counait
un paragraphe insére daus le journal intitulé le Patriote
Français , ainsi conçu Un triste évenement vient d'apprendre
aux anarchistes quels sont les funestes fruits de leur
doctrine affreuse .
"
" Un anglais , dont je tairai le nom , avait abjuré sa patrie ,
parce qu'il détestait les rois ; il vient en France , esperant y
trouver la liberté ; il ne voit que son masque sur le visage
hideux de l'anarchie . Déchiré de ce spectacle , il prend te
parti de se tuer . Avant de mourir , il écrit ces mois que nous
avons lus écrits de sa main tremblante , sur un papier qui est
dans les mains d'un étranger célebre .
" J'étois venu en France pour jouir de la liberté , mais MARAT l'a
assassinée . L'anarchie est plus cruelle encore que le despotisme . Je ne
puis résister au douloureux spectacle du triomphe de l'imbécilité et de
l'inhumanité , sur le talent et la vertu . 99
d'un
Samson-Pégnet . Je connais cette note : elle est , je crois ,
jeune anglais qui a tenté de se tuer , mais heureusement n'est
pas mort de ses blessures . J'ai été très - affligé de la voir dans le
Patriote Français , parce qu'elle tendait à faire croire en
Angleterre que Marat , que je regarde comme un homme
utile , mettait toute la France en combustion .
Le président du tribunal au témoin . Comment se nomme le jeune
anglais qui a voulu se tuer ?
Samson - Pegnet . Il se nomme Johnson , et demeure dans la
maison occupée par Thomas Payne , député à la Convention
nationale , rue du fauxbourg Saint-Denis , nº . 63.
Avez-vous connaissance s'il se tient chez Thomas Payue
( 92 )
-- w
C
--
des conciliabules où paraît avoir été rédigé l'article du Patriote
Français ? Non . Avez-vous connaissance que l'on ait intercallé
le nom de Marat dans cet article , pour le rendre
odieux en Angleterre ? J'ai regardé cet article éomme rédigé
par les enneinis de l'accusé .
Ne pourriez - vous pas dire comment
cet article a été souscrit par Johnson ? Il est à ma
connaissance que Thomas Payne a appelé un jeune anglais ,
nommé Chopia , sur l'escalier , pour lui parler ; mais j'ignore
le résultat de leur conversation . Croyez-vous que ce soit la
1'cture des feuilles de Marat qui ait engagé Johnson à vouloir
se tuer , ou bien si c'est par démence ? - Ce jeune homme
est comme un enfant . Après les malheureux évenemens de la
Belgique , il est tombé dans la misere ses organes en ayant
été altérés , il se peut que , par la lecture de différens écrits
qui annonçaient que les députés qui avaient voté l'appel au
peuple seraient massacrés , son amitié pour Thomas Payne ,
qui était de ce nombre , l'ait porté à se détruire , de peur d'être
témoin de la fin de son ami. Est- il à votre connaissance
qu'on ait tenu chez Thomas Payne des discours tendans à lui
faire croire qu'on voulait le massacrer ? Oui , l'on y a assuré
que Marat avait dit qu'il fallait massacrer tous les étrangers ,
notamment les Anglais .
-
Le président à Marat. Qu'avez -vous à répondre à ce dernier
fait ?
-
Marat. J'observe au tribunal que c'est une calomnie atroce ,
une méchanceté des hommes d'Etat , pour me rendre odieux .
Le président à Samson - Pégnet . Vous êtes-vous trouvé souvent
chez Thomas Payne ? L'assemblée Y est - elle nombreuse ? - Je
n'y ai jamais vu plus de cinq ou six Anglais et un Français .
Avez-vous connaissance que quelques membres de l'Assemblée
s'y rendent ? Je l'ignore.
-
Williams Chopin , Anglais , demeurant dans la maison de Thomas
Payne , dépose que Johnson , qui a voulu se tuer , avait
fait un testament en faveur de Thomas Payne et de lui ; mais
que n'étant pas mort , cet acte est devenu nul .
-
-
Le président. Combien y a-t- il de personnes ordinairement à
la table de Thomas Payne ? Cinq hommes et une dame .
Que dit- on , dans cette maison , de la révolution ? -Je ne
sais pas ce que les autres en pensent ; mais quant à moi , j'en ai
la meilleure opinion . Qu'y dit- on des feuilles de Marat ? - A
peine en ai-je entendu parler. Avez-vous connaissance que
l'écrit de Johnson lui ait été suggéré ? Je l'ignore ; mais ce ,
que je sais , c'est que c'est Johnson lui - même qui l'a rédigé .
Croyez-vous que cet écrit soit le même que celui qui a été
inséré dans le Patriote Français du 16 avril ? - J'ignore si on
y a retranché ou diminué . Savez-vous si les personnes qui
vont chez Thomas Payne sont en liaison avec des députés de la
Convention nationale ?
Brissot y venait- il?
Non . -
- -
---
Je
ne l'y ai jamais vu .
( 93 )
Jean-Marie Girey- Dupré , garde des manuscrits nationaux à la.
bibliotheque de la République , et rédacteur du Patriote Français
, est entendu .
Le président. Connaissez - vous la note insérée dans votre
journal du 16 de ce mois ? Oui , c'est moi qui l'ai envoyée
à l'imprimerie . De qui tenez-vous cette note? De Brissot,
mon ami , qui m'a assuré la tenir de Thomas Payne , à qui
Johnson l'avait remise.
-
Sur le réquisitoire de l'accusateur public , Brissot est invité
à se rendre à l'audience , et le président du tribunal écrit à la
Convention pour l'en instruire . ( L'audience retentit d'applaudi
: semens . )
Marat. Citoyens , ma cause est la vôtre ; je défends ma patrie ;
je vous invite à garder le plus profond silence , afin que les ennemis
qui me persécutent ne disent point que
influencé .
le tribunal a été
Le tribunal lance un mandat d'amener contre l'Anglais
Johnson , qui ne s'était pas rendu à la premiere assignation .
Marat. Je demande que les témoins à entendre , attendent
dans des salles séparées .
Le tribunal fait droit à cette demande.
Le président du tribunal à Girey-Dupré . Quel est l'auteur de la
réflexion qui précede l'écrit de Johnson ? L'écrit et la réflexion
m'ont été remis ensemble .
-
― Brissot continue- t -il la
rédaction du Patriote Français ? C'est moi qui me charge
de toute la responsabilité .
Marat. Je demande qu'on interpelle Girey- Dupré de déclarer
si , pendant le temps qu'il était défendu aux membres de la
Convention de coopérer à la rédaction d'un journal , Brissot
ne lui a pas fait passer quelques articles à insérer dans le Patriote
Français ?
Le président du tribunal fait l'interpellation .
Girey-Dupré. Pendant le tems que la loi a duré , et jusqu'au
moment où elle a été rapportée , Brissot ne m'a rien fourni .
Le président du tribunal. Quel est l'imprimeur du Patriote
Français ? Le citoyen Provost , rue et hôtel de Bussy.
-
Sur le réquisitoire de l'accusateur public , le tribunal ordonne
qu'il sera décerné un mandat d'amener contre l'imprimeur.
Le président annonce que sur la lettre par lui écrite au
président de la Convention nationale , relativement à Brissot ,
elle a passé à l'ordre du jour,
Marat demande que les témoins déja entendus ne soient
point présens aux dépositions que vont faire les autres témoins .
On les fait sortir.
Thomas Payne est introduit . Il dépose , par l'organe d'un
interprête , qu'il ne connaît Marat que depuis que la Convention
est assemblée . On lui donne lecture de la note insérée
dans le Patriote Français du 16 avril . Il répond qu il ne conçoit
pas ce qu'elle peut avoir de rapport avec l'accusation
intentée contre Marat,
哕
( 94 )
!
-
Le présiden . Avez -vous donné une copie de cette note à
Brissot ? Je lui ai fait voir l'original . Le lui avez - vous remis
tel qu'il est imprimé ? Brissot ne peut avoir écrit cette note
que d'après ce que je lui ai lu et ce que je lui ai dit . J'observe
au tribunal que Johnson ne s'est donné deux coups
de
couteau que parce qu'il avait appris que Marat devait le dénoncer
.
Marat. Ce n'est pas parce que je devais dénoncer ce jeune
homme qu'il s'est poignardé , mais bien parce que je voulais
dénoncer Thomas Payne .
Thomas Payne. Johnson avait depuis long-tems des inquiétudes
d'esprit. Quant à Marat , je ne lui ai jamais parlé qu'une
fois dans les couloirs de la Convention ; il m'a dit
peuple Anglais était libre et heurenx ; je lui ai répondu que
ce peuple gémissait sous un double despotisme .
que
le
Pierre Provost , imprimeur du Patriote Français , est entendu .
Il apporte une partie des copies qui ont servi à imprimer le
Patriote Français de ce mois . Il observe au tribunal qu'à l'époque
du 16 avril il était malade , et ne peut en conséquence
produire aucun éclaircissement sur le fait.
Marat demande que ces pieces soient déposées au greffe .
L'imprimeur les dépose sur le bureau .
Le président du tribunal à Marat . Avez-vous quelques observations
à faire sur l'acte d'accusation , ou sur les dépositions des
témoins ?
Marat. J'ai des réflexions générales à faire sur le décret d'accusation
; fort de ma conscience et de l'équité du tribunal , je
provoque moi-même l'examen le plus sévère de ma conduite ,
avaut et depuis la révolution . J'ai écrit long- tems avant en
Angleterre , un ouvrage qui n'a pas peu contribué à la préparer
; à l'approche des Etats-Généraux , je redoublai d'efforts ,
et par nombre d'écrits patriotiques , je ne cessai de réclamer
pour les droits du peuple ; depuis la révolution je n'ai cessé
de l'éclairer , de l'instruire ; j'ai constamment et avec un courage
que rien ne peut ébranler , démasqué les traîtres , qui , sous
le voile de la popularité avaient surpris la confiance et séduit sa
bonne foi, j'ai falt pâlir le tyran sur son trône , et l'ai poursuivi
jusqu'à sa mort ; la plume , dans ma main , étant devenue
pour mes ennemis une arme redoutable , on n'a rien négligé
pour étouffer ma voix et enchaîner ma plume , promesses
, cajoleries , séductions , menaces , persécutions , tout
a été tenté , mais inutilement ; l'Ami du Peuple s'est toujours
montré digne de lui - même et de la juste cause qu'il a constamment
défendue , et qu'il ne cessera de défendre jusqu'à extinction
de chaleur naturelle , puisqu'il s'agit de la liberté et du
bonheur du genre humain. ( Applaudissemens universels )
Le président. Qu'entendez-vous par cette phrase du nº . 84 de
votre journal où vous dites : Que si la démocratie ne l'emporte
pas il faudra bien que la nation se donne un chef ? ,,
( 95 )
Marat . C'est une calomnie atroce ; on a interprêté comme
on a voulu ce que je voulais dire ; on a même poussé l'impudeur
jusqu'à me prêter des intentions que je n'avais pas .
Le président. Qu'entendez-vous par cette phrase de votre numéro
80 , ainsi conçue Voilà les législateurs de l'Empire
Français ! Je desire que le ciel les illumine et les convertisse ;
quant à moi , je n'attends d'eux rien de bon . ,, Expliquez si
par ces mots , vous n'avez pas entendu avilir la Convention nationale?
Marat. Bien loin de l'avilir , j'ai tout fait pour la rappeller à la
dignité de ses fonctions.
Williams Johnson est introduit , il dépose , par l'organe
d'un interprête , qu'il reconnaît la note du 16 avril , insérée
dans le Patriote Français , pour avoir été par lui écrite ; qu'il
ne peut cependant pas affirmer qu'elle soit bien exacte , attendu
qu'il était malade alors ; mais qu'on peut , pour s'en assurer
la confronter à l'original qui est entre les mains de Thomas
Payne.
A l'égard de la réflexion qui précede la note , il déclare
qu'elle n'est point de lui.
Le président. Est-ce à la suite de la lecture de Marat
avez pris la résolution de vous détruire ?
que vous
WilliamsJohnson . C'est après la lecture du journal de Gorsas .
( Applaud ssemens . )
Marat. Citoyens , je vous invite au silence , sans cela vous
nuiriez au triomphe de la liberté .
La fin au No. prochain. )
Jean -Jacques - Pierre d'Esparbés , âgé de 72 ans , lieutenantgénéral
des armées ds la République , et ci - devant gouverneur
- général de St. Domingue , a été déchargé d'accusation
sur la déclaration unanime du jury , portant qu'il n'était pas
constant qu'il eût refusé de faire agir la force publique après
en avoir été requis légalement ; qu'il eût par abus de ses fonctions
provoqué directement les citoyens militaires à désobéir
aux autorités légitimes , et qu'il eût pratiqué des manoeuvres ,
tendantes à ébranler la fidélité des officiers , soldats et autres
citoyens français envers la nation .
2 Le 2 mai. Antoine Juseau , âgé de 23 ans fils d'un négociant
d'Angoulême , a été condamné à mort sur la déclaration
unanime du jury , portant qu'il avait émigré vers la fin de
septembre , ou dans les premiers jours d'octobre 1792 , et
qu'il était rentré sur le territoire de la République dans le
courant du mois de mars 1793 .
Le 6. François - Auguste-Renaud Beauvoir , ci- devant comte
de Mazu , âgé de 34 ans , né à Constantinople , fils d'un Français
alors ministre ou chargé d'affaires du roi de France près
.
( 96 )
Porte ; Paul -Pierre Kolly , âgé de 54 ans , ci -devant fermier
général , demeurant à Paris ; Magdeleine - Françoise -Joséphine
de Rabeck son épouse , âgée de 34 ans , auparavant veuve de
René Pucot , négociant à l'Orient ; et Jean - Nicolas Bréard , âgé de
54 ans , né à Rochefort , département de la Charente , ancien
commissaire de la marine , ont été condamnés ce jour à la mort ,
sur la déclaration unanime de dix jurés ( il y en avait onze au
débat ) , portant que depuis le mois de juin 1792 , jusqu'au
10 janvier 1793 , il avait existé un projet de rétablir , sous
le nom de caisse de commerce , une caisse ci - devant dite de
Bussi , dont le but apparent était de faire revivre cette caisse
qui était en faillite , et le but réel de faire des emprunts considérables
d'argent pour les ci- devant princes , et de préparer ,
par que grande émission de billets de cette caisse , le discrédit
et l'anéantissement des assignats en France ; que Beauvoir
trouvé nanti d'une autorisation donnée à cet effet par les freres
de Louis Capet , était un des principaux agens des manoeuvres
employés pour ce projet . Que la femme Kolly avait sciemment
participé à ces manoeuvres , et que Kolly et Bréard , deux des
principaux intéressés au rétablissement de cette caisse , connaissaient
les manoeuvres , et avaient eu des intentions criminelles
et contre - révolutionnaires .
Les trois hommes ont été exécutés le 7 sur la place de la
Réunion ; il y a eu un sursis à l'égard de la femme , qui a
déclarée être enceinte .
Un incident remarquable dans l'instruction de ce procès ,
c'est qu'un des témoins qui chargeait Beauvoir avait déposé
que le projet d'établissement de la caisse de commerce au
profit des ci- devant princes , avait été communiquée par Beauvoir
à l'ex-ministre Roland qui l'avait approuvé . Roland est
mandé aussi - tôt par le tribunal . Le témoin ayant été confronté
à Beauvoir , celui - ci déclara qu'il était bien étonné de la déposition
du témoin , qu'il ne connaissait point le citoyen
Roland , et ne lui avait jamais parlé . Roland introduit ensuite
et après avoir entendu la lecture de la déposition du témoin
a répondu que jamais le projet de Beauvoir ne lui avait été
communiqué , et qu'il ne connaissait point ce citoyen . Les
réflexions sont ici superflues. Le bruit courut aussi - tôt dans
tout Paris que Roland avait été arrêté et traduit au tribunal
révolutionnaire .
.?
Jer . 135.
( N°: 94.1793. )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 18 MAI , l'an deuxieme de la République.
P
EPIGRAM ME.
JAMAIS Dangeau ne viola
La pureté grammaticale ,"
Et sur ce point je crois qu'il à
Sou innocence baptismalė .
Par M. Di
J.
ረ .
LOGO GRIP HE.
$
E trouve tous les jours de nouveaux courtisans
j'ai l'art dè les fixèr ; je fais peu d'inconstans
On me veut à la mode , aussi je m'y conforme ;
Car je change souvent de couleur et de forme .
Chacun de mes amis , quand j'ai le ventre plein ,
Autour de moi s'empressé , et me fait un farcin .
Quand j'ai le dedans èreux , je reçois au contraire .
tikon me dónde souvent upout cadeau , pour salaire .
Veux-tu sur mon sujet t'amuser plus long-temps ,
Transpose mes neuf pieds , place - les en tout sens ?
Chez moi tu pourras voir une triple couronne ;
Un très-petit réduit qui ne plaît à personne ;
Un bon mets pout le chat , une conjonction ;
D'un naturel fougueux la vive émotion ;
1
206.3
,, ;
Ce qui suspend la guerre , une note , un légume
Une liqueur qui plaît, malgré son amertume ;
Ce que laisse après soi chaque coup de pinceau .
Veux-tu me deviner sans creuser tờn cerveau ,
Regarde autour de tof dans les champs , à la ville ,
Dans les cercles ... peut -être aussi të suis -jë utile ,
Explication des Charade et Enigme du Nỡ: g3 .
Le mot de la Charade est Souris j celui de l'Enigme est Plume.
Tome 111:
( 98 )
NOUVELLES LITTERAIRES.
L'Ami des Lois , Comédie en cinq actes , en vers , 1représentée par
les Comédiens de la Nation , le 2 janvier 1793 ; par le citoyen
Laya , auteur des Dangers de l'Opinion et de Jean Calas.
Prix , 30 sols . A Paris , chez Maradan , libraire , rue du cimetiere
Saint-André - des- Arcs , nº . 9 ; et chez le Petit , commissionnaire
en librairie , quai des Augustins , no. 32 .
LES
ES représentations de cette piece ont été suivies avec une
affluence et applaudies avec des transports qu'il est difficile ,
quand on l'a be , d'attribuer au merite de l'ouvrage . On
sait quelles circonstances l'ont écartée du théâtre , à l'instant
même où , livree à l'impression , elle commençait à perdre
beaucoup de l'opinion qu'on en avait conçue . Il n'est point
dans mes principes d'approuver des prohibitions arbitraires ,
fondées sur les applications qu'on peut faire de tel ou tel endroit
d'une piece , et sur les allusions qu'on peut y saisir :
tout cela est du fait des spectateurs jet hon pas de l'auteur
qui , par conséquent , n'en est pas responsable . Il n'y a point
de drame que l'on ne pût prohiber sur un pareil prétexte , et
il ne faut point défendre la liberté avec les armes de la tyrannie.
Je dois croire d'ailleurs et je crois que les intentions de
l'auteur étaient irréprochables . Mais les a - t -il bien remplies ?
et l'ouvrage si défectueux dans les principes du théâtre et du
goût , est-il irrépréhensible même sous les rapports civiques
et politiques ? C'est ce que je vais examiner avec l'impartialité
dont j'ai toujours fait profession ..
}
"
Kien de plus mince que Tintrigue : elle roule toute entiere
sur un papier gare , qui contient la liste de 150 personnes
que Forlis , l'Ami des Lois , entretient à 20 sols par jour.
Čette liste trouve par un Duricrâne , journaliste délateur , sert
à fonder contre Forlis une accusation dont la fausseté est bienrôt
reconnue , et qui ne le met en danger que pour le faire
triempher. Voilà toute l'action ; car d'ailleurs le mariage projetté
entre Forlis et une fille de l'aristocrate Versae , ' n'est- là
que parce qu'il faut apparemment un mariage dans toute c6-
médie .
יד
D'abord à quoi bon cette liste sur un papier volant , si ce
n'est parce qu'on a besoin qu'elle soit perdue ? Elle doit être
naturellement sur le livre de comptes de Benard , l'homme
d'affaires de Forlis , et Bénard lui - même dit qu'elle y est en
chet . Toutes les dépenses réglées sont portées sur des registres
et non sur des feuilles velantes . Ce ressort est petit et forcé.
De plus , il ne remplit pas le but de l'auteur , qui , sans donte ,
veut rendre le délateur odieux ; mais soyons justes : à qui done
(099 )
me serait pas très -légitimement suspecte , dans un tems de révolution
, une semblable liste , qui , sans aucune explication ,
offre les noms de 150 employés ( qui ont perdu leur place ,
et par conséquent peuvent être mécontens ) , salariés à 20 sols
par jour par un particulier ? En vérité , sans être un Duricrâne ,
on peut regarder un tel papier comme matiere à recherche , et
à recherche très - sérieuse ; et qui peut se douter que c'est-là
une liste d'aumônes ? Le plus honnête homme , le meilleur
citoyen , se croirait obligé de déférer un papier d'une nature
si étrange. Ce ressort a donc l'inconvénient d'être fort mal
imaginé dans le dessein général de l'ouvrage , et c'est pourtant
le seul qui fasse mouvoir toute la machine de la piece : ce n'est
sûrement pas là une invention heureuse . Quant à l'art de
nouer une intrigue , d'en tirer des situations variées qui mettent
les personnages dans l'embarras et fassent ressortir les
caracteres , il n'y en a pas une seule : nulle trace de comique
d'action , et pourtant c'est une comédie ce défaut eût été
moins remarquable , si l'auteur n'eût pas fait usage d'un titre
qui l'avertissait de faire tout ce qu'il n'a pas fait.
?
Voyons les caracteres , et cominençons par le plus important ,
Ami des Lois. Un Ami des Lois doit être sur- tout de la liberté ,
( sans laquelle il n'y a point de lois , comme il n'y a point
de liberte sans lois ) ei doit conséquemment être un chaud
patriote . Forlis ' est-il ? Il ouvre la scene avec son ami , l'aristocrate
Versac , honnête homme soi -disant ; passe : celui qui n'est
aristocrate que d'opinion peut être un honnête homme , autant
qu'on peut l'être quand on n'est pas un bon citoyen ; mais il
est curieux de voir comment ce Versac est un si konnête homme.
Je ne saurais me faire à votre égalité .
Mais j'aime mon pays , je ne l'ai point quitté ;
19
Et s'il faut franchement dire ce que j'éprouvé
Sur tous nos émigrés , mon coeur les désapprouve .
Mais dans l'ame comme eux gentilhomme Français ,
Je puis , sans les servir , attendre leurs succès .
-
:
Remarquez que ce Versac vient de faire un tableau effrayant
de la ligue des rois contre nous , qu'il annonce d'un ton triomphant
la volonté de l'Europe qui va nous être exprimée par cent
boaches à feu , et ce sont là les succès que cet honnête homme
attend ! Je ue m'arrête pas à l'inconséquence frappante d'un
vers à l'autre , Il désapprouve les émigrés ; mais il attend leurs succès !
L'un des deux est nécessairement faux s'il désapprouve leurs
efforts , it doit craindre et détester leurs succès . S'il attend les
succès , à coup sûr il approuve l'entreprise : qui veut la fin , veut
les moyens ; c'est un axiome reconnu. Mais que dire de l'Ami
des Lois du patriote Forlis , qui se contente de répondre : vous
atiendrez ! Quoi ! il ne dit à son ami y pensez - vous !
est - ce bien yous qui prétendez être honnête homme , et qui
pas
:
& &
;
( 100 )
assez
attendez la ruine et l'asservissement de votre patrie ? Quoi !
• vous ne sentez pas que votre attente est un crime ; que vos
" espérances sont sacriléges ! et vous êtes mou ami ! etc. 99)
Dira-t-on que Versac a prévenu ce reproche , en disant que
les rois ligués ne veulent entrer en France que pour y mettre
l'ordre ? Mais s'il est assez imbécile pour le croire , Forlis en
sait assez pour se mocquer de sa crédulité , et il s'en est mocqué
effectivement ainsi cette réponse tombe d'elle - même , et
il demeure constant que Forlis ne dit pas ce qu'il devait dire.
En général , je ne reproche pas à ce rôle ce que l'auteur y a
mis , mais ce qu'il devait y mettre et ce qui n'y est pas. Tout
ce qu'il dit contre les anarchistes , contre les hommes de sang,
les calomniateurs , les inquisiteurs , etc. est très - louable et
très-sensé . Mais pouvait -il ignorer que si les patriotes se plaignent
du désordre et des excès , parce qu'ils aiment la liberté
qui en est l'ennemie , les aristocrates , les contre-révolutionmaires
ne font sonner si haut ces excès et ce désordre que
pour les confondre avec la liberté qui les réprouve , et pour
rappeller le despotisme ? Non , sans doute , l'auteur ne l'ignorait
pas , puisqu'il fait sentir cette distinction dans plusieurs
endroits de sa piece ; mais il n'a pas , ce me semble ,
appuyé , à beaucoup près , sur ce point qui était capital . Son
Ami des Lois n'a d'indignation que contre les abus de la liberté ,
et cette indignation est très -juste ; mais ne devait - il pas en
montrer une tout au moins aussi forte et même davantage
contre ceux qui sont toujours prêts à triompher de ces abus
nécessairement passagers , pour nous rejetter sous le joug despotique
, mal essentiellement irrémédiable , si jamais il renaissait?
C'est ici que les idées de l'auteur n'ont été ni assez fortes ,
ni assez étendues , ni assez lumineuses ; il n'a vu qu'une partie
de son sujet , et ne l'a pas embrassé dans son entier ; et peutêtre
aussi ce sujet était - il au - dessus des forces d'un jeune
homme. Mais qu'il était beau , qu'il était riche , s'il eut été
conçu plus puissamment ; si l'auteur et assez réfléchi pour
sentir que le plus grand danger pour nous n'est pas précisément
ce systême d'anarchie qui , né des passions basses , des
petits intérêts de petits hommes , et de l'ignorance d'une foule
égarée , ne peut résister long- tems à l'intérêt général, parce qu'en
dernier résultat , cet intérêt est toujours celui de l'ordre , ni
sur-tout à l'expérience du mal -être , la plus efficace de toutes
les leçons ; mais que le danger le plus imminent , parce qu'il
est moins apperçu , moins présent , moins sensible pour tous ,
c'est d'abord l'astuce perfide de nos ennemis secrets , qui calculent
chaque faute comme un acheminement à l'esclavage
et ensuite la faiblesse des hommes peu éclairés , qui , uniquement
frappés du mal actuel , et voulant s'en délivrer à
tout prix , sont tout prêts , sans le savoir , à remplir le voeu
de nos plus redoutables ennemis , et à transiger sur la liberté,
sans se douter que l'avenir qui les attend serait bien plus affreux
( 107 )
que le présent dont ils s'effraient , et de plus serait sans remede
et ne leur laisserait que des regrets inutiles !
C'était- là une belle et grande tâche à remplir pour un
véritable Ami des Lois on en peut juger par ce peu d'idées
que je ne puis qu'indiquer , et que chacun est à portée d'étendre
suivant le degré de ses connaissances et de son patriotisme.
Mais l'auteur , je le répète , n'a pas vu si loin : il n'a eu devant
les yeux qu'un seul objet , quelques vils scélérats qui
n'ont pas même le mérite de l'audace , puisqu'il n'y en a point
quand on est sûr de l'impunité . Il les a livrés à l'opprobre ;
mais il n'a pas même marqué du doigt l'art qui leur est familier
, et qui est en lui-même si facile , celui d'attaquer en
même-tems les fauteurs de l'aristocratie et les vrais républicains ,
et de faire prendre ainsi le change , du moins pour quelque .
tems , à la multitude peu instruite , d'où il suit qu'ils n'attaquent
les uns que pour asservir les autres.
Les trois intriguans de la piece ne sont pas mieux conçus .
Qu'est-ce qu'un Nomophage , le premier de tous , celui que
l'on peint comme un chef de parti , et qui s'imagine bonnement
qu'il sera empereur du Poitou ? qu'il distribue des Gouvernemens
chimériques à un Plaude , à un Duricrâne , à un
Filto , s'ils sont assez bêtes pour le croire , soit ; mais il
doit rire de leur sotise et ne pas la partager. Ce que les intri
guans cherchent et peuvent chercher aujourd'hui , c'est tout
simplement des places qui donnent du pouvoir et de l'argent ,
et non pas des Gouvernemens et des Empires.
J
Ce Nomophage nous est présenté dans la piece comme un
homme supérieur et n'en donne pas la moindre preuve . Filto ,
qui n'est que faible et séduit , sans être pervers ,
s'écrie avec
admiration , en parlant de Nomophage :
Un si grand caractere !
et pourquoi ce caractere lui paraît - il si grand ? c'est parce
que Nomophage vient de lui débiter en très - mauvais vers un
incompréhensible fatras d'athéïsme et d'immoralité . En voici
un échantillon :
Que des germes épars , dans leur cours nécessaire ,
D'embryons monstrueux viennent peupler la terte ,
Ou bien se composant d'élémens épurés ,
Organisent ces corps par nous tant admirés ;
Les formes ne sont rien ; le grand but c'est la vie
Pourvu qu'au mouvement la nature asservie
Dans son cours productif route éternellement ,
Elle vit , elle enfame , il n'importe comment.
Que les trónes croulant dans l'Océan des âges ,
S'abyment , illustrés par de brillans naufrages ,
Que l'eau cédant au fe s'élanec des canaux ,
G 3
( 102 )
Que les feux à leur tour soient chassés par les eaux f
Dans ces traits variés j'admire la nature ;
L'édifice est entier sous une autre structure ;
Rien ne se perd , s'éteint ; tout change seulement à
L'on existait ainsi , l'on existe autrement.
Le soleil luit toujours ; sa chaleur épandue
D'esprits vivifians embrâse l'étendue ,
Et ce globe tournant vers son pole applati ,
Décrit , sans se lasser , son orbe assujetti .
Il seran superflu de détailler toutes les fautes de diction qui
défigurent ces vers , ou même de les indiquer tout à l'heure je
parlerai du style . Tout ce qu'il y a de vrai dans ce long verbiage
, c'est qu'il n'y a dans les êtres animés et inanimés
que des changemens de formes et point de destruction , et
assurément ce n'est pas dans une scène de comédie entre deux
intriguans qu'il convenait de faire une si verbeyse amplification
de ce vieil axiome , connu du moindre écolier de physique ; et
l'on ne voit pas comment ce débordement de philosophie triviale
prouverait aucune supériorité . De plus , quand on veut
parler de physique , il faut la savoir un peu ; et si l'auteur
avait quelqu'idée du mouvement de rotation de notre globe ,
il saurait d'abord que ce glabe ne tourne ni ne peut tourner
vers son pole , mais qu'il tourne sur lui-même ; ensuite, que ce
globe n'a point san pole , mais ses deux poles , qui sont les
deux extrémités de son axe rationel . Mais ce qui est pis que
toutes ces mautus , c'est la disconvenance absolue ; c'est de
trouver ici un pole appiati . Quand le Grosrené de Moliere
se met à philosopher d'après le cousin Aristote , qui compare
la femme à la mer , d'où il conclud, que dans le monde il n'est rien
de si stable que l'onde , et que les femme enfin ne valent pas
le diable ; c'est un
valet qui fait rire en voulant faire le savant
mais Nomophage , qui est un personnage sérieux , ne devait
pas ressembler à Grosrené , et Filto devrait répondre à sa
philosophic , comme Matha répond à l'érudition de Sénantes :
mais que diable cela fait- il ?!
>
Ce même Nomophage , dont on vante le talent, se défend trèsmal
contre Forlis : celui- ci l'écrase du mépris le plus déclaré
saus qu'il repousse ce mépris ; il ne lui oppose qu'une fort
plate hypocrisie .
FORLI S.
Je vous estime peu , je dois en faire gloire .
Ce grand zele entre nous pourrait me faire croire
Que le trait part de vous .
Il s'agit de l'accusation calomnieuse intentée contre Forliss
Fapostrophe est rude . Nomophage que l'on nous donne pour
( 103 )
l'homme le plus audacieux et le plus intrépide , se contente
de répondre :
Vous penseriez !...
FORLI 8 .
} Pour peu
Que vous niez (1 ), encor , c'est m'en faire l'aveu .
Autre apostrophe encore plus forte , et le terrible Nomophage
ne répond que par ce mot , Monsieur...
S'il est ici lâchement hypocrite , il est dans l'acte suivant
grossierement mal-adroit . Il prétend que le peuple a menacé
sa vie , à cause des liaisons qu'on lui soupçonne avec Forlis ,
et en même- tems il offre de se présenter avec lui, à ce peuple
furieux , de le couvrir de son corps , et il assure qu'il suffira que
le peuple voie Forlis avec lui , pour croire Forlis innocent ,
Cette inconséquence est si choquante que Forlis ne manque
pas de la lui faire sentir avec tout le dédain qu'elle mérite ,
et dans cette scène Nomophage est encore plus humilié que,
dans l'autre . Il veut suivre Forlis qui lui dit
Monsieur ! ...
Restez , je vous l'ordonne.
NOMOPHAGE
.
FORLI S.
Restez , vous dis -je , ou bien je vous soupçonne.
Autre inconséquence : après tout ce qui s'est passé , après
tout ce qu'il a dit en face à Nomophage , il est plaisant d'en
être au soupçon . Cependant ce mot , je vous soupçonne , fait une
telle impression sur le grand Nomophage qu'il reste muet ,
et qu'il obéit à celui qui lui ordonne. Voilà ce que l'auteur appelle
un grand caractere.
Et quel politique que ce Nomophage ! il appelle un coup de
maitre cette idée étrange de paraitre devant le peuple avec Forlis ;
Forlis lui-même assure que Nomophage voulait diriger les coups .
Quoi ! lorsque Forlis veut se présenter à ces assassins qui sont
aux ordres de Nomophage , il faut que celui - ci soit à côté
de la victime pour qu'on l'immole et à quoi bon ! Il est
donc bien peu sûr de ses gens . Craint- il qu'ils ne connaissent
pas Forlis ou qu'ils hésitent à le frapper ? Ordinairement l'instigateur
et les exécuteurs, du crime savent mieux leur métier.
Tous ces ressorts sont faux ; tout est manqué également , les
1
(1 ) C'est un solérisme . Le verbe nier étant ici au subjonctif , iĮ
faut absolument , pour peu que vous niiez . Ce mot , qui est alors de
trois syllabes , est si horriblement dûr qu'on évite soigneusement
de s'en servir , méme en prose . L'auteur a trouvé plus court de retran
cher le secondi qui est indispensable , et de violer ainsi les premieres
regles de la conjugaison française .
G4
( 104 )
moyens et les caracteres . Il faut sans doute que l'honnête
homme l'emporte sur le scélérat ; mais quand on veut donner
du génie à celui- ci , il doit montrer de grands moyens et de
grandes ressources et Nomophage ne fait ni ne dit rien dans
la piece qui donne de lui cette idée.
"
J'étais avec vous digne au moins de lutter.
จ
dit-il à Forlis , en quittant la scène . Mais pour que ce vers eût
du sens
il faudrait que Forlis fut représenté comme jouant
un grand rôle dans la révolution , comme ayant une influence
marquée dans les évenemens publics ; mais pas un mot de
tout cela ; c'est un homme bienfaisant et qui a la fermeté
de l'innocence ; ce n'est pas - là un homme avec qui Nomophage
doive se faire gloire de lutter.
Je laisse de côté bien d'autres observations qui donneraient
à cet examen plus d'étendue qu'il n'en peut avoir. Il est trop
prouvé que l'auteur n'a pas assez médité l'esprit général ,
l'ensemble , les incidens , la contexture de son drame. Il faut
dire un mot du style , et là dessus malheureusement il n'y a
qu'une voix. Il est difficile d'écrire plus mal . Je ne parle
pas seulement de l'impropriété des termes et de la dûreté da
Ja versification ; deux vices dominans d'un bout à l'aytre ;
mais il est d'une exacte vérité que le plus souvent l'auteur
ne sait pas même construire sa phrase en français , et que
l'ordre naturel des mots et des différens membres des phra
ses est si étrangement interverti , qu'elles n'offrent la plupart
que des contradictions et des contre -sens .
-
Puis-je changer , après bien des cris , bien des frais ,
La tête de ma femme ainsi que vos decrets ?
L'auteur veut dire Puis-je changer la tête de ma femme et
vos décrets ? La phrase dont il s'est servi signifie en français
Puis -je changer la tête de ma femme , ainsi que je puis.
changer vos décrets , ce qui est absurde.
Une affectation remarquable chez lui , c'est de placer les
propositions incidentes avant les propositions principales
en résulte non - seulement des inversions forcées qui fatiguent
l'oreille et l'esprit , mais aussi des amphibologies continuelles
, parce qu'on ne sait jamais si là proposition incidente ,
ainsi déplacée , se rapporte à ce qui précede ou à ce qui suit &
คุณ voici des exemples ' :
Si vous entendez par ce mot l'homme sage
Qui contre l'intrigant défend la vérité ,
En dût-il perdre un peu de popularité ,
Sert , sachant l'estimer et même lui déplaire ,
Le peuple pour le peuple , etc.
Avant d'avoir entendu ce dernier vers , on doit croire , d'après
1
I
103 )
་་ la construction , que ces mots du vers précédent , sachani
l'estimer , se rapportent à la popularité , quoique dans le fait il
se rapportent au peuple.
ma critique
Faraît en ce moment suspecte , je le voi.
| Au reste , cût - elle tort ...
Jusqu'ici çût-elle tort se rapporte et par la construction el
par le sens à la critique , qui est le dernier nomipatif. Point du
fout ; le vers s'acheve :
j'obéis à la lai.
Et il se trouve que l'auteur a voulu dire « j'obéis à la loi ,
cût-elle tort. "
Ces moyens seraient vils : je n'en sais prendre aucun
Mais où tend ce discours ?
monsieur , il n'en est qu'un , etc.
On croirait encore que cela veut dire , il n'est qu'un discours, etcè
Non , la pensée de l'auteur est , il n'est qu'un moyen .
A l'égard des barbarismes de phrases , des figures incohé
rentes , des métaphores ridicules , des expressions de l'impro
priété la plus baroque , elles sont sans nombre .
Le tems et la raison , ces fideles flambeaux
Vont diriger nos pas dans des sentiers nouveaux
Et des vieux préjugés éclairant l'artifice
Cimenter de nos lois l'immortel édifice .
Voilà le tems et la raison qui sont des flambeaux et qui cimentent
Les sentiers suborneurs par- tout sont délaissés .
L'auteur a cru qu'on disait des sentiers suborneurs , parce
qu'on peut dire des sentiers trompeurs . Il n'a pas songé que
suborner , supposant toujours une intention , ne saurait s'appli
quer aux choses . On dirait bien un jour qui trompe pour exprimer
un faux jour , mais des sentiers suborneurs rappellent
la méprise de cet étranger qui disait à son cordonnier , vous
m'avez fait des souliers trop équitables .
J'aime à vous voir ici tous quatre bien ex prise.
On dit avoir une prise avec quelqu'un , être aux prises , pour
dire avoir une querelle , être en querelle ; mais être en prise
signike être exposé à être pris. Cette même faute est répétée
ailleurs .
dë sa fin notre regne est le fruit,
Un regne qui est le fruit d'une fin !
( 106 )
Il n'entendra pas , lui , la radite indiscrete
D'ün olscar sentiment , de ee eri de vertu .
La redile d'un sentiment ! un sentiment obscur La redite d'un cri !
J'avance , retenant le feuillage indiscret ,
Dont le bruit de mes pas cût trahi le secret.
Or devinez le sens : comment faut-il construire cette phrase.
en prose ? Est- ce le bruit des pas qui eût trahi le secret du feuillage
? est- ce le bruit du feuillage qui eût trahi le secret des pas ?
La construction offre également ces deux sens : voilà les éternelles
amphibologies de l'auteur .
Trembler voilà votre art !
L'art de trembler !
ནོར
D'un faste de civisme entourant leurs grimaces ...
Des grimaces entourées de faste !
Ou le texte fléchit devant le commentaire ...
Tâchez de vous représenter un texte qui fléchit !
"
Point de rang dans le crime ainsi que dans la peine.
: 66
Voilà encore l'ainsi que mis à contresens . L'auteur a voulu
dire Point de rang dans le crime non plus que dans la peine . "
Il a dit : Point de rang dans le crime , comme il y en a dans
99 la peine .
A mes yeux éblouis d'une coupable ivresse....
Des yeux éblouis d'une ivresse ! Qui est- ce qui se serait douté
que l'ivresse eût de l'éclat P
Si l'on veut de ce que Boileau appellait du galimathias
double , en voici :
Dans les flancs de l'airain que la flamme enfermée ,
Frappe , en se faisant jour , notre oreille alarmée ,
J'y consens ; mais plus ferme et bravant tous les feux ,
Le coeur sans s'étonner s'élance au milieu d'eux .
Dans le genre de l'amphigouri ces vers sont vraiment une
bonne fortune : Collé les aurait revendiqués . Je ne dirai pas
qu'ici le texte fléchirait devant le commentaire ; mais il n'y a point
de commentaire qui ne rendît ce texte encore plus plaisant ,
et pourtant je n'en ferai aucun . Je ne me suis arrêté qu'un
moment, et à regret , sur ce style véritablement tudesque . Je
suis bien loin. de vouloir affliger ni décourager l'auteur ; il est
encore jeune , et malgré tant de fautes , dont je n'ai pas indiqué
la millieme partie ( car il y en a presque autant que de mots ) ,
malgré l'excessive faiblesse des deux autres ouvrages qu'il a
( 107 )
rappellés à la tête de celui - ci ( les Dangers de l'Opinion et Jean
Calas ) , il n'est pas sans talent i annonce de l'esprit , des
idées , de la facilité et de la vivacité dans les conceptions : il
peut faire mieux qu'il n'a fait . Mais c'est par cette raison même ,
c'est parce qu'il est évident que ses fautes de tout genre viennent
principalement de cette malheureuse confiance , caractere
de la jeunesse , il est vrai , mais plus marqué dans celle d'anjourd'hui
qu'il n'a pu l'être jamais ; c'est par tous ces motifs
réunis qu'il faut bien lui dire ce que vraisemblablement personne
autre ne lui dirait . Il faut qu'il se persuade bien qu'il
est véritablement honteux pour un écrivain d'ignorer sa langue
au point qu'un étranger un peu instruit la parlerait cent fois
mieux ; qu'en conséquence , il faut faire ce que font si peu
d'auteurs , se donner la peine de l'étudier , parce qu'avec tout
l'esprit du monde on ne sait que ce que l'on a bien appris ,
Voltaire avait peut- être autant d'esprit qu'un autre il n'y a
qu'à lire ses ouvrages pour voir que peu d'hommes , peu de grammairiens
même , avaient fait une étude aussi approfondie de la
langue française . Nos jeunes auteurs sont un peu trop comme nos
ci-devant nobles ; ils s'imaginent pouvoir tout deviner. Il faut
non-seulement connaître les principes de sa langue , mais encore
en observer , en méditer l'application dans nos classiques .
Cette étude n'est pas très - difficile , elle est même attachante
et agréable pour le goût et le talent. Celle du théatre exige
bien plus de travail ; mais je le répete , si l'auteur de l'Ami
des Lois se penetre bien de la nécessité de réfléchir long - tems
et mûrement sur son art , je crois qu'il peut y obtenir beaucoup
plus que des succès de circonstances et des triomphes du
moment.
f
MUSIQUE.
Quatrieme cahier du journal de guitarre , contenant les trois
jolis airs de la Caverne , un de Flora , et deux airs nouveaux par
les citoyens Martine et Saint- George . Prix , 2 liv. 10 sous le
cahier. L'abonnement des douze cahiers , 20 liv .
Sonate pour le violoncelle , avec accompagnement d'alto
par J. Pleyel . Prix , 2 liv. 10 sous .
La Chasse pour le piano forte avec accompagnement de
violon et de basse ; par Paul Wrauisky , eleve d'Hayden , nº . 4 ,
des Variétés musicales . Frix , 4 liv . 16 sous .
Troisieme numéro du journal de violon . Prix du cahier ,
3 liv. L'abounement de douze cahiers , 24 liv. Chez Porro
rue Tiquetonne , nº . 1o .
108 )
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA NATION.
La premiere représentation des Femmes , comédie en vers
avait éprouvé quelques improbations . La piece était alors en
quatre actes , et l'on y trouvait du vide et des longueurs : réduite
en trois actes , elle a parfaitement réussi .
Voici comme l'auteur a traité ce sujet qui paraît si riche.
Un jeune capitaine se trouve , on ne sait trop pourquoi ni
comment , seul homme dans une maison de campagne près de
Paris , laquelle est habitée par sept femmes. On dit
que malade
et tombant de faiblesse dans un bois , il a été accueilli , conduit
dans la maison , et soigné à l'envi par ces dames . Il faut
convenir que dans les moeurs d'aucun pays cette hospitalité
féminine , envers un inconnu , n'est vraisemblable .
Le jeune homme ne peut pas moins faire pour ses bienfaitrices
, que de les aimer toutes , jusqu'à la grand'mere ; et toutes
l'aiment, De -là de petites gentillesses , de petits madrigaux ,
de petites jalousies , de petites médisances . Un oncle du jeune
homme vient le chercher dans sa retraite , pour l'en faire sortir
et l'envoyer à l'armée où il devrait être : cet oncle est , comme
`on disait , an aimable roué ; il a été l'amant de plusieurs de
ces dames , et entr'autres la premiere inclination de la maîtresse
de la maison , Celle - ci , qui ne l'a pas vu depuis longues années
, qui s'est mariée depuis leur liaison , qui a une grande
fille de 17 ans , s'avise tout d'un coup de r'aimer son cher
Lisidor ; et lui , à son tour , se reprend de passion pour elle .
Il a perdu tout son bien au jeu , et son état par une disgrace ;
mais tout cela n'embarrasse pas son amante , très -habile femme ;
elle ne fait qu'un tour à Paris , et elle rapporte les quittances
des créanciers qu'elle a payés , et un nouveau brevet qu'elle a
obtenu du ministre ; elle rend son coeur à Lisidor qu'elle veut
bien aimer , mais épouser non ; car elle a de l'expérience , et
elle marie sa fille au jeune neveu .
Il n'y a dans cette piece guere de vraisemblance , guere de
fond , guere d'action ; mais une foule de détails excessivement
spirituels la soutiennent ; à tout moment, les spectateurs
s'écrient : Ah , que cela est joli ! Ah , que cela est bien écrit ! Mais
on n'y entendra jamais dire : Ah , que cela est vrai ! Ah , que cela
est plaisant ! Aussi rien ne ressemble moins à une comédie , que cette comédie.
Elle est de Dumoustier , déja connu par des ouvrages agréables
, dans lesquels il y a , comme dans les Femmes , beaucoup
de facilité et de talent ; mais toujours un luxe d'esprit , une affecsation
d'en montrer , qui détrui toute illusion et finit- par être
monotone et fatigante.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE:
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 26 avril 1793 .
1
11
Le grand- seigneur fait tout son possible pour éviter d'intésvenir
dans la guerre , dont une partie de l'Europe est embra
sée , ainsi que dans les grands événemens qui attirent aujourd'hui
toute son attention . Il se juge apparemment trop faible
et d'ailleurs trop éloigné du théâtre des événemens , pour agir
d'une maniere active , ou jouer seulement le rôle de pacificateur.
Ni l'un ni l'autre ne convieut , dit- on , à la Porte Otömane
affaiblie dans ses finances et sa population par la derniere
guerre qu'elle a eue à soutenir contre la Russie et l'Autriche ,
et dont les plaies récentes saignent encore. 11 faut en effet
que la Turquie soit bien épuisée pour laisser achever ainsi.
tranquillement sous ses yeux le démembrement de la Pologne
dont elle avait tant d'intérêt de maintenir l'intégrité , puisque
les puissances copartageantes , ou du moins les deux principales
, ne tarderont pas sans doute à se réunir pour achever
de la dépouiller elle-même des fertiles provinces qui lui restent
en Europe , convoitées depuis long-tems par l'Autriche et la
Russie.
Apres avoir fait cette premiere faute d'abandonner la Pofogne
à l'ambition insatiable de ses voisins , il ne lui en reste
qu'une derniere à commettre pour hâter en partie sa ruine .
et peut- être la consommer ; c'est de ne point aider la France
par une puissante diversion en faveur de cet allié naturel le
plus sûr , le plus intéressant qu'elle puisse jamais avoir , à se
de barrasser de la ligue des puissances coalisées . Il est impossible
que l'Angleterre kui offre les mêmes avantages commerciaux
, bien moins possible encore qu'elle lui fournisse des
moyens aussi efficaces de défense dans le cas d'une attaque
dont la crainte la retient probablement , et qui n'en aura pourtant
pas moins lieu un jour , soit qu'elle la provoque ou non ,
des que ses voisins inquiets , remuans et cupides croiront que,
leurs forces répondent à leurs desirs . Le prétexte de sa faiblesse
, l'excuse sur son impuissance , serait d'autant moins
admissible qu'ici l'effet même deviendrait cause , et que , faute
d'avoir déployé des forces quand il lui en restait encore un
peu , elle ne s'en trouverait plus du tout , ni en elle - même ,
i dans son allié , lorsqu'elle en aurait le plus grand besoin,
pour sa propre conservation ,
( 110 )
Au reste les véritables dispositions de cette puissance ne
sont pas bien connues ; chacun en présume et en dit ce qu'il
veut. Il y a trop de voiles , trop de mysteres , trop d'incertitudes
pour asseoir des conjectures revêtues de ce degré
de vraisemblance qui leur donne quelque poids . Cela est si
vrai qu'on ne part pas des faits actuels ou récemment arrivés
our dire ce qui sera , mais pour expliquer seulement ce qui
a été ou ce qui est . D'ailleurs ces mêmes faits sont racontés
avec tant de variantes , transmis avec si peu de détail , qu'ils
nous arrivent toujours tronqués , et sinon contradictoires ,
du moins très -différens . Ce qui paraît certain du moins , c'est
que la Russie conserve beaucoup trop d'influence dans le Dian
. Les uns l'attribuent à la corruption , les autres à la peur
qui est aussi une sorte de corruption pour les hommes d'etat ,
puisque dans ce cas ils se vendent lâchement à l'espérance
presque toujours trompée d'eviter les embarras on les dan,
gers qu'ils redentent.
")
Voici ce ce qu'on nous mande de Constantinople en date du
25 mars . M. de Guastow , chargé d'affaires de la Cour de
Pétersbourg , vient de déclarer que le pavillon de sa nation
ne sera non- seulement pas accorde aux bâtimens Français pour
naviguer dans la mer Noire , mais que les équipages de tout
autre vaisseau portant pavillon Russe seront scrupuleusement
examinés et visiter pour s'assurer qu'il ne se trouve parmi
eux aucun FrançaisOn sait même qu'on a mis dans les
ports de la Crimée un embargo sur tous les vaisseaux Français
pour les y retenir jusqu'à nouvel ordre en défendant
aux équipages de mettre pied à terre sans un ordre spécial
de la cour .
Ces mesures ont le consentement le plus entier de la Porte,
s'il faut en croire les bruits que le gouvernement Autrichien
ea en grand soin de répandre depuis . On nous dit que le sultan
Selim ayant appris la mort de Louis XVI , ne s'est pas montré
pendant trois jours entiers qu'il a passé enfermé dans le sévait ,
et livré à toute sa douleur ; que le crédit des Français estuentiérement
tombé à Constantinoples qu'on les y segarde comme
voulant fomenter une révolte parmi les Grecs , c'est à dire ,
répéter à cet égard ce que les Russes frent il y a quelques
années . On ajoute que la Ponte fera sortir une escadre qui
croisera dans l'Archipel , et qu'elle fermera ses ports au.commerce
français . Nous ne savons pas si ce sont - là des faits ,
mais nous croyons que ce sont du moins les voeux des pennemis
de la France , Il est vraisemblable que ce dernier armement
se réduit à la mise à flot d'une caravelle ou vaisseau de
ligne de 74 canons , qui a été lancé en présence de sa hautesse
et de tous les ministres . Les gardes- marines nouvellement établis
ont manoeuvré à cette occasion , etosa hautesse en a paru
très -satisfaite l'ingénieur a reçu un présent de 5000 piastres ,
et une police ( ou bon ) de la valeur de 100 ducats .
•
Dauneb Lathing asb ombm sagde tiovi
La Suede fait un armement de 3 frégates à Carlscrone ; on
les dit même prêtes à partir pour la mer du Nord : il est parti
aussi , il y a quelque tems de Stockholm , un train de grosse
artillerie pour Gothembourg ; cette malheureuse viile si sujette
aux incendies , vient d'en éprouver un le 10 avriksquby aa redust
en cendres , dans l'espace de 6 heures , 73 maisons : c'est
la partie appellée le Muhlevberg, que cet accident est arrive.
Une pareille perte est plus sensible pour la Suede pays payvre
, que pour beaucoup d'autres , surtout dans un morient
où l'on s'occupe de l'acquittement des dettes des Etats e
comptoir qui en est chargé a ouvert un emprunt considerable
pour quatre anso Voici deux promotions bien différentes :
l'une porte sur un homme de mérite , et l'autre .... Le silence
en dit assez .
སྐྱོ་ ཝོ M. Bergsted , ci -devant chargé d'affaires à Paris , va rem- placer le baron de Noloke a Londress et le capitajuk -lieu- atenant des Trabants , comite Fabien de Ferson, a été fast pre- mier gentilhomine
de la chambre . C'est le même qui , m France était colonel de Royal-Suédois , et avait coopérétà la fuite de Louis XVIar oo . sbaluɔlkɔ es gelb molbe no
a
1
は
.3L
1201
:
Dies officiers te da marine Danoise avaient déja obtenu la
permission d'aller prendre du service en Hollandesi d'autres
-viennent d'en demander qui leur ont été pareillementrace ordés
; il n'en est pas de même pour des officiers Suédois , le
-dac régent se montre fresidilsaleà cause de la flotte qu'il fait
armer à Gariscrome Suivant les dernieres lettres de Copenhaguenodatées
du 20 avril , les puissances coalisées continuent
de faire presser le Danemarck de prendre part à da
querelle des puissances ; les deux plus actives in cet égard
sontvia Russie et la Grande Bretagne on a vu depuis quel
ques jours dans la capitale plusieurs couriers Anglais il a
passé du 12 au 19 par le Sund 267 ) navites la plupart
chargés de marchandises du peuple industrieux , entreprenant ,
¡ qui soutient par ses manufactures et le commerce immense
auquel elles fournissent le poids d'une dette publique montde
saun tel point qu'on la croit depuis plus de 25 ans toujours,
, prête à l'éctagee, Tol Baltiovar , weil siers! ོད་ ོ
Les lettres de Varsovie portent que la déclaration de l'am -
bassadeur, de Russie, concernant la prise de possession d'une
partie de la Pologne pour sa souveraine vient de paraître ;
selle est datée du 9 avril, et analogue quant aux motifs d'occupation
aux lettres - patentes du roi de Prusse on ose y
dire que les cours alliées n'ont pas trouvé de moyen plus
efficace pour garantir à leurs états la sûreté qu'ils leur doivent
que de resserrer La République dans des limites plus étroites ,
de lui laisser une existence et un arrondissement convenable à
une puissance 'moyenne et de lui faciliter ainsi l'avantage de parvenir
à se donner un gouvernement bien ordonné qui aura
· pour bases ses anciennes libertés . On y reproche aux Polonais
C
J
}
( il2 )
d'avoir abusé même des principes d'humanité et de modéraª
tion que les généraux et autres officiers de l'armée de S. M:
ont observés suivant les ordres exprès qu'ils en avaient reçus' ;
au point de s'échapper à leur égard en injures et actes d'hos
tilité de toute espèce , et que les plus audacieux se sont em'-
portés jusqu'à menacer de renouveller sur eux les vêpres siciliennes...
On ajoute qu'il s'est déja formé dans la capitale ,
ainsi que dans plusieurs provinces de la Pologne , des clubs
qui fraternisent avec les Jacobins de Paris ; ils répandent leur
poison en secret , le soufflent dans les esprits , et l'y laissent
fermenter.
21
L'autocratrice de toutes les Russies , et qui finitait par l'être
de tout l'univers si tous les peuples ne montraient pas plus
d'énergie que la Pologne et les Turcs ses voisins , veut bien
exempter genéreusement ses nouveaux sujets pendant dix
années de contributions . A cette époque , elle en sera quitte
pour leur en demander une double pendant le même espace de
tems ; mais la pieuse Catherine ne veut pas qu'on tolère dans
ses états des Juifs ni dés Français .
De son côté le roi de Prusse ( dont le lot est d'environ
1061 , ou selon d'autres calculs de 1300 milles qquarrés d'Alleimagne
, couverts d'une population sur laquelle on varie beaucoup
les uns la portant à plus d'un million d'hommes , tandis
que d'autres la réduisent à 700,000 ) ne perd pas un instant
pour tirer parti de sa nouvelle acquisition ' : il a déja
donné ordre d'y lever 8 régimens d'infanterie pesantes , 5 bataillons
d'infanterie légere , 3 régimens de dragons , & de hus
sards et un régiment d'artillerie , formant près de 30,000 hommes.
Au reste , il a aussi généreusement promis aux starostės
qu'ils conserveront les revenus de leurs gouvernemens tant
qu'ils vivront. Le serment de fidélité au nouveau souverain
sera prêté dans la ville de Posnanie le 17 de mai : Thorn est
occupé aussi bien que Dantzick. On a désarmé les habitans
ét affiché sur les portes de leur ville , de la maison com-
"mune et de l'arsenal , une amnistie et la patente dont voici
les principales dispositions
:
jrafer
1. Toute Fenceinte despays renfermés dans le cordon formé
en dernier lieu , savoir ; les Waivodies de Posnanie , de Kalish ,
de Gnesné , les pays de Wictum , de Leczies , de Dobrzin
et de Cujavie , avec le couvent et la forteresse de Czenstochow,
et les villes de Dantzick et de Thorn , font de ce jour partie
des états de S. M. le roi de Prusse , en vertu du traité fait
avec les autres puissances 93
20. La religion dominante subsiste dans l'état où elle est ,
le culte religieux n'est assujefti à aucune gêne ni contrainte
chaque citoyen conserve ses privileges ; les personnes et les
propriétés seront fidellement respectées .
30. Les starostes jouiront jusqu'à leur mort de leurs revenus
dans les pays qu'ils tiennent de la République ; les ecclésias
tiques
1
tiques . tent à perpétuité en possession des biens qu'ils posa
sedent héréditairement.
4° . La direction des postes sera ôtée à celui qui l'administre
au nom de la République , et un maître de poste Prussien y
1 sera établi , auquel il sera expressément défendu d'expedier
aucune lettre ou estafette venant de Pologne .
5º. Les archives des municipalités seront mises sous le scellé .
6. Toutes les caisses publiques , celle des impôts , celle de
l'accise , celle dite steuer , et toutes autres quelconques , doivent
être transportées dans un lieu qui sera indiqué , et misés sous
le scellé , jusqu'à ce qu'il en soit ultérieurement disposé .
7 ° . Le cours de la justice continuera d'avoir lieu sur le pied
où il est jusqu'à nouvel ordre , mais sous la clause que toutes
les sentences seront données en présence d'un officier civil
Prussien qui sera nommé pour cet effet .
8°. Il est défendu à quiconque est revêtu de quelque charge
aux chancelleries , sous de séveres peines et sous leur respous
sabilité respective , de recevoir aucune , protestation contre ce
nouvel ordre de choses de la part de qui que ce puisse être .
9° . Il est enjoint à tous les citoyens et habitans d'obéir aux
ordres qui leur parviendront de la part de S. M. Prussienne
et de se tenir pour duement requis de se présenter pour lui
prêter le serment de fidélité et d'obéissance , dans le tems et
dans le lieu qui leur sera prescrit ..
De Francfort-sur- le- Mein , le 7 mai .
A s'en rapporter aux dernieres lettres de Vieune , l'affluence
des dons patriotiques pour la guerre ne s'est pour ainsi dire
point ralentie . Une abbaye en Allemagne a fait passer à la
monnoie deux quintaux d'argenterie et une autre de la Lombardie
plus de 500 liv . pesant . Le don des états de Bohême
est évalué aujourd'hui à 300,000 florins à cause des abondantes
fournitures pour lesquelles de riches seigneurs de ce pays se
sont rendus soumissionnaires . Une cour électorale vient aussi
d'envoyer 50,000 florins . On ne la nomme pas , ce qui pourrait
faire douter de la réalité de ce présent . Il semble qu'on
pourrait se permettre aussi un peu d'incrédulité sur celui du
prince Aloys de Lichtenstein ; il a , dit-on , envoyé au creuset
sa vaisselle pesant 3,000 mares ! Aussi jamais les manufactures
de porcelaine n'ont- elles autant travaillé . On a double le
nombre d'ouvriers en tout genre dans celle de Vienne , et elle
ne peut encore suffire aux demandes . Quoiqu'on regorge d'or
et d'argent , on veut le ménager. Le bon marché des vivres de
toutes especes dans la Baviere a , dit- on , déterminé le gouver
hement à placer la plus grande partie du corps de réserve
de 50,000 hommes aux environs de Munich et de Dachan . If y
a des gens qui voient dans cette mesure tout un autre bur. Le
tems mettra tout à découvert , mais en attendant on est mefiant.
4
Tome III. Н
( 114 )
L'Autriche espere s'indemniser aussi des frais de cette guerre
royale par le lot qui lui revient dans le démembrement de la
Pologne. On ne sait pas encore précisément tout ce qu'il sera ;
mais on sait qu'elle va publier , à l'instar des cours de Pés
tersbourg et de Berlin , un manifeste , à la suite duquel elle
jettera son dévolut sur les palatinats de Cracovie et de Sendomir.
C'est le général Cazackzay qui fera cette expédition ;
on le dit même déja maître de la capitale du premier de ces
palatinats . Ceux des seigneurs Polonais dont les terres sont
Situées dans les nouveaux domaines de la Czarine , et qui se
trouvent à Vienne , en sont partis pour aller prêter foi et
hommage à la Semiramis du Nord . Le Salomon du Nord , qui ,
s'il ne l'est pas de son chef , l'est au moins de celui de son
oncle , dont M. de Voltaire dit quelque part qu'il se moquait
en lui donnant ce titre , comme il y a tout à parier qu'il se
moquait aussi de Catherine II , quoiqu'il ne le dise nulle part ,
le Salomon du Nord , second du nom , tombé dans la superstition
, dans les folies des illuminés , à l'âge où le Salomon de
l'Orient était en pleine sagesse , a déja reçu les hommages de
ses vassaux Polono-Prussiens .
1
Ce prince est de retour à son armée depuis le 1er . mai,
Les troupes de Hesse-Darmstadt qui étaient à celle du général
Wurmser , doivent être employées au siége de Mayence ; en
conséquence , elles ont passé le 2 dans le voisinage de Manheim
, de l'autre côté du Rhin , et la nuit à Ogersheim et dans
ses environs . Le prince de Hohenlohe , paraissant craindre
quelqu'entreprise de la part des Français dans le pays, de
Treves , s'est renforcé de quelques régimens Autrichiens , et
a fait mettre en batterie , à la redoute de Pelling , trente nouvelles
pieces de canons .
AMM
Des lettres de Coblentz , écrites sûrement dans l'intention.
d'effrayer , portaient qu'indépendamment de la grosse artillerie ,
embarquée dans le commencement du mois dernier , à Nieder
Wesel, il venait de se faire de cette ville un nouvel envoi pour
le siége de Mayence , consistant en douze mortiers , dix obusiers
et 2400 bombes , dont 600 du poids d'un quintal . On
s'appitoyait ensuite sur le sort prochain ds Mayence qui n'allait
, disait-on , être bientôt qu'un monceau de cendres et dé
décombres , vu l'opiniâtreté des commissaires de la Convention
qui y sont renfermés , et qui n'espérant pas être traités
aussi favorablement que le soldat ne voudraient pas qu'on se
rendît aujourd'hui , des lettres de Spire , beaucoup plus récentes
, sans dire précisément le contraire , annoncent qu'ii
n'y a encore eu aucun événement majeur ; elles finissent par
couvenir que l'armée du général Custines , forte de cinquante
mille hommes, est admirablement bien postée , et que tant qu'elle
Conservera cette position avantageuse , il est impossible que
les armées autrichienne et prussienne , qui sont postées à
1 .
( 115.).
droite et à gauche , à la distance d'une demi-lieue de Landau ,
puissent tenter quelque chose contre cette place.
On écrit de Hocheim , en date du 1er . mai , que les Français
ont fait la nuit précédente une nouvelle sortie de Mayence ;
ils se sont avancés jusqu'à la tuilerie , et ont servi jusqu'à quatre
heures du matin un feu terrible et bien soutenu , tant du
canon que de la mousqueterie : on ajoute que le village de
Hostheim et les environs ort prodigieusement souffert dans '
dans cette occasion . Cette sortie n'a pourtant pas été si heureuse
encore que celle du 27 avril , où ils passerent les postes
avancés sans être apperçus , surprirent les Prussiens et les
Saxons endormis , les éveillerent à coup de sabres et de bayonnettes
, finirent par enclouer toutes les grandes pieces d'artillerie
, et même emporterent deux grenades et une piece de
campagne. Dans cette affaire , qui s'est passée auprès de Gus--
tavsbourg , les Prussiens ont perdu un habile lieutenant d'ar- '
tillerie , nommé M. de Luben , etles Saxons ont été saisis d'une
telle frayeur qu'ils ont ramassé leurs bagages aux environs de
Russelsheim , et les ont fait transporter de l'autre côté du Mein.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Le prince de Cobourg a révoqué , par une adresse aux Fran
çais , datée du 9 avril , celle du 5 du même mois , sur laquelle
on prétend qu'il lui avait été fait par sa cour des reproches assez
vifs , comme contenaut plus de promesses qu'on n'en voulait
tenir. Elle est donc nulle quant à ces dispositions . Tout ce
que le généralissime veut bien en conserver , c'est l'engagement
de faire observer par les troupes à ses ordres la discipline la
plus sévere , et d'épargner ainsi au territoire français tous les
maux que n'entraîneraient pas nécessairement les opérations
militaires .
Une lettre de Bruxelles du 25 avril , contient les nouvelles
suivantes qui ne sont pas sans intérêt .
Son altesse royale l'archiduc Charles est arrivé avant-hier
au soir en cette ville , venant de l'armée . Aujourd'hui , ce jeune.
prince fera , en qualité de gouverneur-général des Provinces
Belgiques , son entrée publique en cette ville : elle sera simple
et sans la pompe usitée dans de pareilles occasions . Selon toute
apparence , notre nouveau gouverneur ne retournera plus à
l'armée et fixera sa résidence au château de Laken , ou tous les
équipages de campagne sont revenus avec lui . Peut- être qu'une
rencontre qu'il a eue en dernier lieu , a contribue à cette résolution
il faillit ces jours- ci d'être fait prisonnier par les Français
. S'étant avancé avec peu de monde , il était déja entouré
et au moment d'être pris , lorsque les dragons de Latour avec
quelques hussards le tirerent de ce pas dangereux ,, où trop
d'ardeur et de bravoure l'avait entraîne . Au reste les opérations
de la campagne ne présentent encore rien d'essentiel . Le 21 ,
H 2
( 116 )
Tentenant-général comte de Latour a fait reconnaître de pres
le camp retranché de Maubeuge . Pour cet effet , il fit attaquer
les postes avancés de l'ennemi , qu'il emporta après une vigoureuse
résistance . Les hussards de Wurmser se distinguerent
beaucoup dans cette affaire . La reconnaissance faite , les troupes
rentrerent dans leur camp avec quelques prisonniers. De l'autre
côté de la ligne formée sur la frontiere de France , le corps
d'armée Prussien , combiné avec celui du général comté de
Clairfayt , serre de plus en plus Lille ; nos avant-postes sont
déja à la vue de cette place. Quant au blocus de Condé , l'on
se flatte que sans siége formel la ville sera obligée de se rendre
;
la garnison , à ce que l'on assure , ayant déja été réduite
à la demi-ration Une lettre , écrite par le commandant de la
ville , le général Chancel , aux commissaires de la Convention
nationale près l'armée du Nord , et qu'un paysan était chargé
de leur porter , ayant été interceptée avec le commissionnaire
par nos chasseurs , a servi à dévoiler la véritable situation des
choses . Le commandant demande de prompts secours , sur-tout
en vivres , sans quoi , dit-il , je ne pourrais résister encore
long-tems à la famine , qui commence déja à se faire sentir . "
Vers Valenciennes , nos troupes s'étant emparées des hauteurs
de Hausin , qui dominent la ville , s'y retranchent avec activité.
L'armée Anglaise , commandée par le duc d'Yorck , vient d'établir
son quartier - général à Courtray , où elle sera jointe dans
peu par les troupes Hanovriennes , qui sont en marche . Les
Français craignant pour la Flandre maritime , qui se trouve
fortement menacée par terre et par mer , ont établi , pour la
couvrir , un camp de 18 à 20,000 hommes . Ils fortifient aussi
en diligence le poste important du Pont-Rouge , qui , au pouvoir
des ennemis , leur ouvrirait avec facilité l'entrée de la province.
Il y a été mis 4 à 5000 hommes pour le défendre . En
général l'on doit dire que la défection du général Dumourier
et des autres généraux qui l'ont suivi , n'a pas autant dérangé
la défensive des Français que l'on devait s'y attendre . Le général
Dampierre déploie tous les moyens et les ressources , pour .
rétablir l'armée et mettre à couvert les places menacées sur la
frontiere. I occupe dans ce dessein un poste avantageux en
avant de Bouchain . Il s'en faut donc de beaucoup qu'il désespere
de la République ou de ses circonstances personnelles ,
au point de se donner la mort : le bruit qu'on a mandé de
Tournay qu'il s'était tué d'un coup de pistolet , est absolument
faux. La colonne de troupes Hanovriennes a cantonné hier
dans les environs de Bruxelles : aujourd'hui elle doit continuer
sa marche pour sa destination .
Quant aux Provinces- unies , elles n'effrent rien de bien intéressant
on sait seulement que plusieurs patriotes Hollandais
Brabançons et Liégeois , dont le général Dumourier avait livré
la correspondance , ont eu le bonheur d'être avertis assez
tems pour pouvoir se dérober aux poursuites dirigées contre
( 117 )
eux. D'autres malheureusement , moins bien servis , ont été
effectivement arrêtés , et l'on craint que la perfidie du général
emigré ne les entraîne à l'échafaud .
Une lettre d'Amsterdam , en date du 6 mai , porte que suivant
les dernieres nouvelles de Constantinople quatre drago
mans ou interprêtes pour les Français , ayant résigné leurs
postes sont entrés au service de la Russie , de l'Autriche ,
de la Prusse et de l'Espagne ; ce qui portera un coup funeste
au commerce de Marseille. On ajoute que le grand- seigneur z
notifié aux ministres des puissances chrétiennes qu'il voulait
observer une stricte neutralité durant le cours de cette guerre,
Il renouvelle , dans un mémoire à cet égard , un ancien réglement
de 1780 qui interdit aux vaisseaux de ces puissances tous
combats dans les ports de la Turquie , près des Echelles , sous
les canons de ses forteresses et dans les lieux compris en- déçà
de trois milles des côtes de la mer Blanche , tant en Asie
qu'en Europe , etc. Dans le cas d'action en pleine mer , il est
défendu aux officiers de la flotte ottomane de s'en mêler en
aucune façon , et de donner des marques de partialité en faveur
des sujets d'une de ces puissances contre l'autre , ect.
2
ANGLETERRE. De Londres , le 3 mai.
Des dépêches inquiétantes du lieutenant-gouverneur Clarke ,
viennent d'arriver de Québec ici . Biles portent que la découverte
d'une conspiration , formée par le 72. régiment d'infanterie
contre le prince Edouard , qui en est le colonel , avait
vivement alarmé les habitans . On attribue ce complot au mécontentement
de la discipline sévere à laquelle ce prince voulait
assujettir sa troupe , fatiguée d'ailleurs de changemens continuels
dans les manoeuvres et l'uniforme , changement qur
avait amené une diminution dans la paye . Les soldats pour
s'en venger résolurent d'assassiner S. A. R. à coups de fusil ,
au moment où il chercherait à s'échapper d'une maison où ils
auraient mis le feu . On attend d'autres renseignemens sur
cette aaffaire .
La banque vient de mettre en circulation des billets de
5 liv . sterling , que le public paraissait desirer depuis longtems
. M. Pitt a , dit- on , formé le projet de venir au secours
des négocians qui souffrent des nouvelles faillites nombreuses,
et de l'interruption du commerce. Voici le plan du ministre
des finances , du moins en apperçu . Le parlement l'autoriserait à
lever 4,000,000 liv. sterling en billets de l'échiquier. On en
formerait une caisse de secours destinée au soutien du commerce
, soit en prêtant des sommes sous garantie à un intérêt
modique , soit en escomptant des lettres de change.
On trouve dans la gazette de la cour du 20 une ordonnance
du roi relative aux prises faites sur l'ennemi . Sa majesté , pour
donner un nouvel encouragement à ses sujets , leur ahan-
H 3
( 118 )
恭
donne la part qui lui revient des droits dans les prises faites
par les vaisseaux auxquels on a délivré des lettres de marque
en son nom .
Le 22 à la troisieme lecture du bill de correspondance illieite
dans la chambre haute lord Stanhope sollicita l'insertion
d'une clause qui garantît la propriété de l'individu résident
chez l'étranger . Mais lord Grenville et le chancelier insisterent
fortement pour qu'il ne fût fait aucune altération au
bill, 62 voix contre 7 l'admirent dans ssa teneur primitive , et
il fut renvoyé à la chambre des communes .
A
L'état des fonds publics est assez satisfaisant . On en peut
juger par la note suivante : actions : banque 175 , consolidées
787 , indes 214 , sud 84. 1 累
L'escadre de l'amiral Cosby , que les vents contraires avaient
obligée de rentrer dans nos ports , vient de remettre à la voile .
La giande flotte commandée par l'amiral Hood doit profiter
du premier vent favorable pour se rendre dans la Mediterrannée
, mais elle ne doit partir qu'après le 25 .
Voici le montant des frais du fameux procès de Hastings ,
depuis le 14 mai 1788 jusqu'au 8 mars 1792. Le mémoire de
MM. Waffin et Troward , procureurs , se monte à 36,961 liv .
-sterling ; en iy ajoutant les frais pour les établissemens originaux,
1 , dons gratuits , impressions , les droits d'écrivains ,
-messagersq.ect. la somme se portera au-delà de 60,000 liv . sterl .
549
Voici ce que portent les nouvelles du 30 avril et du 3 mai .
On s'est occupe dans la séance des communes csdu 29 d'un objet
de la plus grande importance pour la prospérité de l'état . Le
lord maire remit ce jour- là le rapport fait par un comité particulier
, sur le nombre d'énormes banqueroutes arrivées depuis
le commencement de cette guerre , qui semblaient menacer
d'ébranler le crédit national . On continua la délibération
à la séance du 1er . mai . Ces faillites, dont on ne compte
pas moins de cinq cens , ont jetté la consternation dans Londres,
Ofy a réçu en outre la fâcheuse nouvelle que dans
une grande partie de l'Ecosse , il regne une famine affreuse ,
et que la moitié des habitans y manquent du nécessaire .
-
Il se forme actuellement ici un corps d'émigrés Français ,
sous le commandement du comte de la Châtre , destiné à
servir dans l'armée combinée à la solde de l'Angleterre . Tous
les émigrés qui se trouvaient en Irlande doivent s'y joindre et
s'embarquer à cet effet à Corke , où deja dans les premiers
jours d'avril , l'on a rassemblé un grand nombre de bâtimens
de transport ; trois régimens d'infanterie ont dû s'y embar
quer , et l'on porte à huit le nombre des régimens d'infanterie
qu'on tirera de l'Irlande pour les employer à cette expedi
( 119 )
tion , ainsi que presque tout le régiment royal d'artillerie .
Afin de remplacer ces forces nécessaires au maintien du bon
ordre dans le royaume , il y a été rendu une proclamation
pour mettre sur pié et sous les armes la milice de la ville et
du comté de Dublin , ainsi que celle des neuf autres comtés .
Le 26 , le gouvernement contracta encore pour 12 nouveaux
bâtimens de transport , qui doivent être mis en état d'appareiller
le plutôt possible . Il paraît que cette flottille de navires
de transport réunie à un très-grand nombre de bateaux plats
sera escortée par l'escadre de l'amiral lord Hood , qui arborera
son pavillon à bord du vaisseau la Victoire , de 110 canons
l'on compte que celle - ci mettra à la voile dans la huitaine
, pour peu que le vent le permette . Suivant un état de
la marine royale , dressé au 31 mars dernier , le nombre des
vaisseaux actuellement équipés alors montait à 48 vaisseaux
de ligne , 8 de 50 canons , 65 frégates , 70 chaloupes , cutters
ou moindres bâtimens ..
9
Une petite escadre de cutters , sortie des Dunes sous les
ordres du lieutenant Joseph Cléments qui en est commodore , a
établi , depuis le 22 , sa croisiere à la hauteur de Dunkerque ; elle
est composée des cutters le Rattler et la Résolution de 14 canons
le Dauphin , la Charlotte , le Lion et le Preslwood de 10 , la Sincérité
, le Nimble et la Liberté de 8. L'on dit le commodore
chargé d'une commission particuliere , d'autant qu'il arbora le
pavillon de trève aussi- tôt qu'il parut à la hauteur de Dunkerque
, où l'on faisait des préparatifs de défense sous les
auspices de deux commissaires de la Convention , qui y étaient
arrivés pour encourager les habitans à défendre le systême
présent du gouvernement français jusqu'à la derniere extrémité.
On reçut le 26 avril , au bureau du secrétaire d'état ayant
le département des affaires étrangeres , des dépêches de milord
Auckland , ambassadeur à la Haye , dont la lecture fit tenir
conseil jusqu'à 7 heures du soir . Un courier porta le résultat
à S. M. qui était à Windsor .
On avait aussi déja reçu le 24 des dépêches du quartier général
de l'armée alliée , que l'on dit de la plus grande importance
; c'était le capitaine Bentinck , arrivé par la voie d'Ostende
qui en était porteur. Ce qu'il y a de constant , c'est que depuis
la déclaration de guerre de la France le ministere britannique
a resserré ses liaisons avec les puissances coalisées . On se
familiarise même avec l'idée de regarder Londres comme pouvant
devenir le point central des négociations relatives à la
France . Déja le comte de Mercy-Argenteau , ci- devant ambassadeur
de la cour de Vienne à Paris , est arrivé ici depuis per
de jours la suite nombreuse et les objets nécessaires à la re
presentation qu'il y a amenés , mais plus encore le dessein
H 4
( 120 )
qu'on lui suppose de louer un hôtel , font augurer qu'il pro
longera ici son séjour. Le bruit général est aussi que le marquis
de Lucchesini va se rendre dans cette capitale : il s'est distingué
dans sa mission de Varsovie , et l'on sait que S. M. P. lui
accorde toute sa confiance : c'est ce qui l'avait déterminée à
lui confier l'ambassade à Vienne ; mais sa destination vient
d'être changée , et on le nomme parmi les ministres des puissances
respectives qui travailleront en Angleterre à concilier les
divers interêts et à régler le sort de l'Europe.
"
L'Edgar , capitaine Bertie , qui faisait partie de l'escadre de
Pamirai Gell , est arrivé le 28 à Spithéad , ayant à bord 600
tonneaux d'argent avec une quantité d'or. Ce trésor provenait
de la capture que le Phaeton , capitaine A. S. Douglas , avait
faite , à environ 140 lieues du cap Lézard , environ 44 degrés
de latitude septentrionale et 22 de longitude occidentale , de
l'armateur Français , le général Dumourier , de 22 canons de 6
livres . Ce corsaire avait pris onze jours auparavant un vaisseau
de regître Espagnol , destiné pour Cadix , à environ 80 lieues
de ce port celui- ci avait à bord 685 caisses d'argent , outre
quelques lingots d'or et un grand nombre de barrils
tonneaux ou paquets d'autres marchandises de la plus grande
valeur , telles que cochenille , indigo , quinquina , etc. , le
tout estimé ensemble à 800 mille livres sterling , dont l'armateur
avait tranporté pour environ 500 mille livres sterlings à
son propre bord le reste était encore sur le navire Espagnol
, qu'on dit être également tombé au pouvoir du Phaeton,
Cette partie de la capture n'autoriserales captureurs qu'au droit
ordinaire de salvage : mais la partie du trésor qui se trouvait sur
le bord ennemi , sera probablement de bonne prise ; et dans
ce cas la capture est estimée la plus riche qui ait jamais été
conduite dans un port de la Grande - Bretagne , sans en excep
ter même le fameux vaisseau d'Acapulco , pris par l'amiral
lord Anson. Lorsque le Phaeton eut cette bonne fortune , la
plus grande partie de l'escadre de l'amiral Gell était à la vue ;
et par conséquent les vaisseaux qui doivent partager le butin ,
sont le Saint-George , l'Edgar , le Gange , l'Egmont et le Phaeton,
Le Boyne et le Powerful s'étaient séparés de l'escadre huit jours
auparavant , avec les navires de la compagnie , sous leur escorte.
Aussi- tôt que la prise eut été faite et la valeur connue
T'amiral Gell fit le signal pour tous les capitaines de venir à
bord du Saint- George ; et , dans un conseil qui y fut tenu . il
fut décidé d'envoyer l'Edgar avec les deux prises en Angle~
terre
2
121 )
1
I
FRANCE.
E CONVENTION NATIONAL L
PRÉSIDENCE DI LASSOURCE.
Séance du mardi , 7 mai .
La séance s'est ouverte par la lecture d'un long projet de
-décret sur la composition et la distribution des rations de
fourrages dans les armées . Il a été adopté avec quelques amendemens.
Marat avait dénoncé Lidon , rapporteur du comité
de la guerre , comme intéressé avec Chambon dans les fournitures
des fourrages , et les deux membres voulaient se jus
tifier de cette inculpation ; mais l'Assemblée a passé à l'ordre
du jour , motivé sur ce que les calomnies de Marat ne peuvent
atteindre personne .
Les commissaires envoyés sur les frontieres maritimes de
l'ouest , communiquent à la Convention un arrêté , par lequel
ils ont destitué le chef et plusieurs officiers de la légion germanique
. Ils annoncent que les dangers deviennent chaque
jour plus pressans .
Les troupes de la République ont évacué la ville d'Argenton-
le-peuple ; celle de Thouars est assiégée . L'armée de
Bressuire vient d'être réduite à trois mille hommes . Cependant
trente mille rebelles s'avancent sur trois colonnes. Les
retards de Biron abattent le courage des patriotes . De toutes
les troupes promises , la légion germanique a paru seule ; surle-
champ elle a marché contre les rebelles .
Ces revers , qu'il ne faut attribuer qu'à un défaut d'ensemble
dans la direction et l'emploi de nos forces , ont fait sentir
à la Convention la nécessité de s'occuper sur-le-champ des
instructions proposées par le comité de salut public , pour
les représentans du peuple , députés près des armées de la
République. La discussion s'est ouverte ; elle a été vive . Les
uns voulaient ne rien différer , les autres voulaient tout examiner
; après de longs débats , les instructions ont été adoptées
avec de légers amendemens .
Ce travail est divisé en trois paragraphes. Le premier traite
des fonctions des représentans du peuple , relatives aux armées ,
aux villes et places frontieres ; le second , de leurs fonctions
relativement aux armées des côtes maritimes , aux forces navales
, aux ports et aux côtes ; le troisieme , de leurs fonctions
relatives aux corps administratifs ,, aux sociétés populaires , aux
ressources locales du commerce et de l'industrie , et aux étąblissemens
à former ou à perfectionner.
.
( 122 )
Le premier paragraphe explique le mode de distribution des
députations sur nos frontieres , leurs moyens de surveillance ;
la nécessité d'une correspondance assidue avec le comité de
salut public , les regles de leur conduite auprès des généraux ,
qu'ils doivent suivre et jamais arrêter , amener à un concert de
vues , et non subordonné aux leurs . Il donne le pouvoir de
suspendre les officiers suspects . Il autorise à accélérer l'incorporation
des recrues ; à vérifier l'exactitude des revues à s'assurer
de la capacité et du civisme des commissaires des guerres ,
et des conseils administratifs ; à observer les positions , les mouvemens
des armées , dont ils tiendront un journal . L'état des
munitions et subsistances , les hôpitaux , seront encore l'objet
de leurs soins .
༅། པནྟི
Le second paragraphe prescrit aux représentans députés près
des côtes de l'Océan , d'employer leurs pouvoirs à éclairer les
citoyens égarés , à dissiper les rebelles , et faire punir les brigands
. Ils autoriseront l'enlevement et le dépôt en lieu de
sûreté , des femmes , des enfans , der bestiaux , des grains et
autres denrées. Ils assureront la subsistance de l'armée , se
feront rendre compte de l'état des ports et arsenaux , et autoriseront
l'achat de bâtimens nécessaires aux expéditions maritimes
.
Le troisieme patagraphe donne pouvoir aux commissaires de
former , par chaque députation , un comité central pris parmi
les membres des administrations de départemens , de districts ,
des conseils généraux , des communes , des sociétés populaires .
Ils correspondront avec ce comité sur tous les objets soumis
à leur surveillance .
Cet article est le seul sur lequel des difficultés se soient
élevées . Plusieurs membres craignaient que ce comité ne devint
une autorité , au lieu d'être seulement une réunion
d'hommes consultatifs . Que ces hommes , disoit - on , soient
nommés par leurs corps respectifs ; qu'ils soient revêtus de
la confiance publique , et non choisis arbitrairement par les
délégués de la Convention : leur influence sera plus grande
que s'ils avaient les moyens d'administration , car ils sont
chargés de former l'esprit public ; et s'ils étaient mal choisis ,
ils pourraient le diriger dans le sens des passions qui les donineraient.
Ces hommes pourraient donc faire le double mal ,
et égarer l'opinion du peuple contre les représentans du peuple
délégués , et l'opinion de ceux - ci contre les citoyens euxmêmes.
i
"
Malgré ces observations , l'article a été maintenu , parce que
l'intention de la Convention en formant un comité central a
été , non de créer un nouveau pouvoir , mais d'établir entre
les membres de ce comité et les représentans du peuple délégués
une correspondance intime.
Cambon a demandé , et la Convention a décrété que les
corps administratifs de Paris se rendroient à la barre pour
1
( 123 )
rendre compte de l'état du recrutement dans cette ville.
Sur le rapport de son comité des finances , la Convention
a ordonné la fabrication de 1200 millions d'assignats .
Séance du mercredi 8 mai.
Les représentans provisoires du peuple de Liége sont admis
à la barre. Ils demandent la réunion du pays de Liège à la France.
Cette pétition est adoptée à l'unanimité . Le président donne
aux députés le baiser de fraternité .
Un administrateur du departement d'Indre et Loire , député
vers la Convention , lui expose la situation des départemens
troublés par la révolte . Les rebelles se sont emparés de Thouars ,
Montreuil et Loudun . Cette derniere ville , après avoir abattu
l'arbre de la liberté , arboré la cocarde blanche et promené le
drapeau blanc , n'a pas rongi d'ouvrir ses portes. L'administration
du département s'est transportée à Chinon ; mais cette
ville même n'est point en sûreté . Le député demande des armes ,
de l'argent et des hommes .
Après la lecture de cette pétition , une foule de motions se
succdent et se pressent.
1 S
Bentabolle demande que le comité de salut public fasse ,
dans le jour , un tableau des malheurs dont plusieurs de nos
départemens sont affligés ; que l'on tire le canon d'alarme et
que l'on sonne le tocsin ; que l'activité des tribunaux civils
soit suspendue , que les spectacles soient fermés.
Tes armes Thuriot demande que tous les domestiques , tous les garçons
de café et de traiteurs qui sont en état de porter
s'enrôlent et partent pour l'armée .
Legendre renouvelle la proposition de tirer le canon d'alar
meil veut que la Convention se déclare permanente . 1
Robespierre y ajoute celle d'arrêter et de garder en ôtage
tous les gens suspects .
D'autres propositions sont entremêlées à celles - là . Vergniaux
demande que les sociétés populaires de Paris marchent toutes
entieres contre les ennemis de la patrie. Il cite l'exemple de
la société populaire de Bordeaux . Cette société a fait un appel
de tous ses membres , et a demandé à chacun d'eux pour quel
motifil ne partait pas . Il en est arrivé que chacun des inter-
: pellés n'ayant pas de raisons valables , a consenti de partir .
Je ne doute pas , ajoute Vergniaux , qu'une telle mesure employée
à Paris , ne produise les meilleurs effets .
鲞
Vergniaux propose encore d'envoyer des commissaires de
l'Assemblée dans les sections , pour y accélérer le recrutement ,
y rappeller les véritables principes et les intérêts réels de tous
les citoyens.
Danton observe que la crainte de dégarnir Paris des défenseurs
que la liberté a besoin d'y réunir , ne doit ni empêcher le
recrutement , ni faire recourir à des mesures violentes . C'est
une vérité , dit Danton , puisée dans l'histoire et dans le coeur
( 124 )
humain , qu'une grande nation en révolution ou même en
guerre civile , n'en est pas moins redoutable à ses ennemis .
Ainsi donc , loin de nous effrayer de notre situation , nous
n'y devons voir que le développement de l'énergie nationale ,
que nous pouvons tourner encore au profit de la liberté . " ,
De toutes les propositions que nous venons de rapporter ,
l'Assemblée n'en a adopté qu'une seule . Elle a décrété que
96 commissaires se distribueront dans les sectious de Paris ,
pour y presser le recrutement , reconnaître les moyens qu'elles
ont adoptés pour fournir leur contingent , et en faire le rapport
à la Convention .
Une députation de la section des Lombards est venue réclamer
l'élargissement d'un citoyen de cette section , arrêté et
traduit dans les prisons , par ordre de la municipalité , pour
avoir dit dans sa section qu'il fallait un mode uniforme de
recrutement pour toutes les sections de Paris , et que l'arrêté
de la commune était un acte arbitraire . Après de vifs débats
où Isnard et Buzot ont réclamé envain l'élargissement du détenu
, l'Assemblée a passé à l'ordre du jour sur la pétition des
gitoyens de la section des Lombards .
On a lu une lettre du ministre de la marine , qui annonce à
la Convention qu'un vaisseau génois , chargé de 100 Français ,
venant de Cadix , a été pris par un corsaire anglais ; que les
pyrates les ont pilles et les ont abandonnés , dénués de toutes
les choses de premiere nécessité .
Ducos a ajouté que les vaisseaux ennemis venaient enlever
nos subsistances jusques dans nos rivieres sans que nous eus
sions une seule fregate en mer pour les en empêcher. La
Convention a décrété que le ministre de la marine rendrait
compte des mesures qu'il a dû prendre pour protéger l'arrivée
de nos convois dans les ports de la République.
Organe du comité de salut public , Cambon annonce que le
amp de Sar, près Bayonne , a été forcé par les Espagnols , et que
cet échec est dû à la trahison du commandant de l'avant - poste .
Mais ce traître , Espagnol d'origine , a bientôt reçu la peine de
son crime. Il a été tué par un soldat Français , au moment où
il allait embrasser le commandant Espagnol .
Les ennemis se sont précipités sur le camp de Sar avec tant
de violence , que nos troupes n'ont pu résister à leur fureur ,
et la désorganisation de l'armée a été la suite de cette perfidie .
Les soldats qui se sont ralliés ont pris une bonne position .
Les Espagnols , après avoir pillé le camp , brûlé les tentes
et pris deux pieces de canon , se sont retirés.
Depuis long- tems l'Assemblée ne s'était pas occupée de
constitution . Vergniaux lui a présenté aujourd'hui , non un
plan , mais quelques idées et une motion d'ordre sur la Cons-
. Vous
vous
hâterez
de la faire
, a-t- il dit ; car c'est
ce que
desirez
tous
; elle
anéantira
les factions
qui déchirent
- la
République
; elle offrira
une
base
fixe
à l'opinion
aujourd'hu
( 125 ) *
livrée à toutes les fluctuations de l'esprit de parti ; elle fera
succéder l'empire de la loi à l'insupportable tyrannie des
ambitions individuelles ; plus puissante qu'une armée , sans
effusion de sang et par le seul attrait du bonheur , elle rendra
à la patrie les enfans égarés qui déchirent son sein , et éteindra
les feux de la guerre civile .
Vergniaux pense que le préliminaire de toute discussion serait
de régler nne série de questions , qui seraient mises en
délibération avant que la priorité fût accordée à aucun projet
de constitution , et dont la solution déterminerait la préférence
même de l'Assemblée pour l'un de ceux qui lui ont
été présentés . S'il est presqu'impossible de faire à la tribune
une comparaison raisonnée des divers projets considérés dans
leur ensemble , ou du moins d'arriver par cette comparaison
à un résultat qui obienne la majorité des suffrages , rien ne parait
au contraire plus aisé que de comparer les divers projets ,
si on les examine successivement dans chacune de leurs bases ,
et d'accorder nne priorité qui n'exige aucune discussion préa
lable.
Vergniaux propose donc d'arrêter une série de questions ;
de lire , sur chacune , la solution du comité et d'ouvrir ensuite
la discussion sur la question et la solution . Je suis loin
de croire , a-t- il dit en terminant son discours , que nous nous
soyons affaiblis pas nos bruyans débats et même par nos halues :
j'aime à me persuader que notre caractere en aura acquis plus
d'énergie , et que du mouvement composé de nos passions et
de notre raison , de nos méfiances réciproques et de notre
ardeur commune pour la liberté , il en résultera un ouvrage
qui ne sera pas indigne de la France .
Un inspecteur de la salle a instruit la Convention que
vendredi prochain la nouvelle salle destinée à ses séances sera
en état de la recevoir.
Séance du jeudi , 9 mai.
Le conseil genéral de la commune de Pont- l'évêque instruit
la Convention de l'évasion du nommé Fecamp , arrêté comme
prévenu d'être un agent de Philippe Egalité , dans le département
de l'Orne.
Un député des Pyrénées orientales soumet à l'approbation
de la Convention un arrêté pris par ce département , pour
faire mettre en état d'arrestation ceux qui à l'approche des
Espagnols ont abattu l'arbre de la liberté et arboré la cocarde
blanche , et pour faire traiter comme émigrés ceux qui ont
passé ou qui passeroient dans les pays occupés par l'ennemi .
L'Assemblée approuve cet arrêté et le renvoie au comité de
législation .
Les comissaires de la Convention écrivent d'Orléans que
bientôt il y aura à Tours et à Poitiers des forces suffisantes
pour en imposer aux rebelles
( 126 )
Voici un arrêté que les administrateurs du département de
la Haute-Vienne ont pris , et qu'ils ont envoyé au comité
de salut public. Le conseil général du département de la
Haute-Vienne met en état de réquisition tous les officiers de la
garde nationale de son arrondissement , en activité au premier
mai , jusqu'au grade de sous-lieutenant exclusivement. Ils
seront montés , équipés et armés d'un sabre et de deux pistolets .
Les municipalités sont invitées à procurer ces effets à ceux qui
en manqueraient , de maniere qu'ils puissent partir sans délai.
Les citoyens appellés par le présent arrêté , se réuniront
à Limoges , le 13 de ce mois . Si quelques-uns des citoyens
officiers dont on vient de parler , se refusaient à marcher
leurs noms seraient imprimés et affichés avec note d'infamie ;
ils seront en outre déclarés suspects et mauvais citoyens . "
―
Les commissaires de la Convention , envoyés dans les sections
de Paris , rendent compte de l'esprit dont ils ont vu les
citoyens animés . Par- tout ils ont vu éclater l'énergie du patriotisme
; tous ont senti la nécessité d'effectuer promptement le
recrutement. Dans beaucoup de sections le contingent est complet
; dans d'autres , il le sera très -incessamment . Les riches
ont fait des sacrifices considérables et ont acquitté de cette
maniere leur dette envers leurs concitoyens .
A la suite de ce rapport , la Convention a décrété qu'elle
approuve les différentes mesures que chaque section a cru devoir
prendre , et qu'attendu les dangers de la patrie le contingent
de chaque section sera completté ét organisé dans
trois jours. ,
La Convention s'est enfin occupée des moyens de réduire
la masse des assignats en circulation . Le comité des finances
lui a présenté un projet de décret dont le premier paragraphe
a été adopté . Il a pour objet le prompt acquittement de toutes
les contributions arriérées .
Sur le rapport de son comité de marine , elle a adopté plusieurs
décrets dont voici les principales dispositions.
66 Lá Convention nationale déclare que sous la dénomination
générale de navires ennemis sont compris les navires
particulierement connus sous le nom de smogleurs on fraudeurs
, et , en conséquence , décrete que la libre navigation
et l'admission dans les ports de la République de ces smogleurs
ou fraudeurs , est prohibée , à dater du jour de la déclaration
de guerre.
La Convention décrete qu'il sera sursis à l'exécution de
tous jugemens rendus ou à rendre par les tribunaux de commerce
ou de district des villes maritimes de la République , à
raison des diverses prises de navires qui ont pû être faites jusqu'à
ce jour sur les villes Anséatiques .
,, La Convention décrète que les bâtimens de guerre et les
corsaires Français peuvent arrêter et amener dans les ports de
la République les navires des puissances neutres , chargés en
tout ou en partie de comestibles pour les ennemis .
( 127 )
~
Les comestibles appartenans aux ennemis de la Républi
que seront de bonne prise . Les comestibles appartenans à des
neutres , leur seront payés sur le pied de leur valeur dans
le lieu pour lequel ils étaient destinés .
" Dans tous les cas , les navires neutres seront relâchés du
moment où le déchargement des comestibles arrêtés aura été
effectué . Une juste indemnité sera accordée à raison de leur
détention par, les tribunaux qui doivent connaître la validité
des prises .
Seance du vendredi 10 mai .
La Convention nationale a tenu aujourd'hui sa premiere
séance dans sa nouvelle salle aux Tuileries . Ce changement
de local influera sans doute d'une maniere avantageuse sur le
mode de ses délibérations . Les tribunes publiques y sont pla→
cées à une distance assez grande des bancs des législateurs ,
pour ne pouvoir plus se mêler aux débats de la représentation
nationale . Les députés assis sur une ligne presque hori
sontale , n'y seront plus séparés comme deux corps d'armée
ranges en bataille en face l'un de l'autre ; enfin le mélange heureux
des membres de tous les côtés et de tous les partis , rapprochera
un grand nombre d'hommes auxquels il ne manque
pour s'estimer que de s'entendre et de se connaître .
Les jugemens du tribunal criminel extraordinaire s'exécutaient
sur la place de la Réunion , voisine du lieu des séances
de la Convention . Un de ses premiers soins a été d'éloigner
ces exemples de rigueur d'une enceinte où l'on ne doit sentir
que les douces impressions de l'humanité et de la fraternité.
De nouveaux détails sur les progrès toujours plus alarmans
des rebelles , ont été transmis à l'Assemblée . Leur armée est
disciplinée et réguliere ; elle ne marche que d'après des signaux
convenus , tandis que nos braves soldats sont souvent obligés
de marcher sans guide et de combattre sans généraux . On
pense que le projet des rebelles est de s'emparer du département
des Deux- Sevres et de nos arsenaux de la Rochelle .
L'état de nos frontieres méridionales est plus satisfaisant .
Voici l'extrait d'une lettre d'un commisaire du département de
l'Hérault , envoyé à Perpignan .
Nous n'avons vu aucuns nouveaux mouvemens des Espa
gnols ; dans une sortie , la garnison de Bellegarde a enlevé sur
le territoire ennemi 600 bêtes à corne . La facilité avec laquelle
l'ennemi laisse ravitailler les places fortes de cette partie de
notre frontiere méridionale , fait présumer qu'il n'est pas en
force pour l'empêcher. Il vient d'arriver à Perpignan 2000
hommes d'infanterie , parmi lesquels se trouvent le bataillon
de Montpellier et 150 cavaliers . 99
Une armée de 12,000 hommes se forme dans le département
de l'Hérault , et une autre de 8000 dù côté de Carcassonne.
1 . 21.
( 128 )
"
Une lettre du 9 des commissaires de l'armée du Nord rend
compte des avantages remportés le 8 par nos troupes sur l'ar
mée autrichienne ; mais ce succès coûte cher à la République.
Dampierre est mort ; un boulet de canon qui lui a emporté
la cuisse , l'a laissé sans vie sur le champ d'honneur.
Les commissaires ont nommé provisoirement Lamarche à
la place de Dampierre ; mais cet officier a déclaré qu'il ne se
sentait pas en état de soutenir long-tems un pareil fardeau .
Le conseil exécutif a été sur-le- champ convoqué ; il a cher
ché à remplacer le général Dampierre ; mais comme rien n'est
plus important qu'un semblable choix , comme il nécessite un
examen très-approfondi , il ne pourra prendre un parti définitif
que sous deux jours .
Sur la proposition de Mallarmé , organe du comité des domaines
, l'Assemblée a décrété que les baux passés par les agens
de l'ordre de Malte , des maisons tant régulieres que séculières
, postérieurement à la date du mois de novembre 1790 ,
sont nuls et de nul effet . L'Assemblée a annullé également Ics
ventes faites d'après lesdits baux anticipés .
On a repris la constitution . Isnard , par motion d'ordre , proposait
de décreter un pacte social qui précéderait la constitution
, et en formerait la base . Cette proposition n'a pas eu de
suite. On a observé que les élémens de la justice humaine et
la source de la liberté des nations sont dans la déclaration des
droits , et que la constitution qu'acceptera le peuple , sera le
véritable pacte social .
1
Danton a pensé qu'il fallait d'abord déclarer de nouveau que
le gouvernement de la France est républicain et discuter ensuite
une série d'idées fondamentales.
Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les
citoyens respectent toujours les droits des citoyens et faire
en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer luimême
voilà le double problême que Maximilien Robespierre a
cherché à résoudre .
། ན་
Mais le premier lui a paru tellement facile qu'il n'a pas
jugé nécessaire de s'y arrêter. Quant au second , il a d'abord
été tenté de le regarder comme insoluble . Il a vu partout
les magistrats opprimer les citoyens , et le gouvernej
ment dévorer la souveraineté d'où il a conclu que le premier
objet de toute constitution doit être de défendre la
liberté publique et individuelle contre le gouvernement luimême.
Il en a cherché les bases dans cette maxime que le peuple
est bon et que ses délégués sont corruptibles , que c'est dans
la vertu et dans la souveraineté du peuple qu'il faut chercher
an préservatif contre les vices et le despotisme du gouverne
ment.
Modérer la puissance des magistrats , abréger la durée de
leurs pouvoirs , leur ôter toute autorité et toute influence étran
gere
( 129 )
gere à leurs fonctions ; éloigner de leurs mains le trésor pus
blic ; fuir la manie ancienne des gouvernemens de vouloir
trop gouverner , laisser aux individus le droit de faire ce
qui ne nuit point à autrui aux communes le pouvoir de
régler elles -mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient
point essentiellement à l'administration générale de la Répu
blique , telles sont les principales conséquences que l'orateur
a déduites du principe qu'il a établi .
Il a parlé ensuite des moyens de soumettre les magistrats
et les fonctionnaires à une responsabilité certaine en les pla
çant dans la dépendance réelle du souverain . A l'expiration de
leurs fonctions les membres de la législature et de l'agence
exécutive pourraient être déférés au jugement de leurs commettans.
Le peuple prononcerait simplement sur cette question
tel citoyen a - t- il répondu ou non à la confiance du peu
ple ? Le jugement qui déclarerait qu'ils ont perdu la confiance ,
emporterait l'incapacité de remplir aucunes fonctions publi
ques . Le peuple ne décernerait pas de peine plus forte ; et
si les mandataires étaient coupables de quelques crimes par
ticuliers et formels ils pourraient les renvoyer à un tribunal
populaire établi pour les punir.
Quelque nécessaire qu'il soit de contenir les magistrats , il
n'en est pas moins de les bien choisir . Pour assurer la pureté
des élections , l'orateur voudrait que le peuple entier put
assister aux assemblées , et que le pauvre fut indemnisé da
fems qu'il dérobe à la subsistance de sa famille pour le consacrer
aux affaires publiques .
Telles sont les principales vues exposées dans le discours
de Maximilien Robespierre. En approuvant les précautions
`séveres qu'il prend contre les usurpations du gouvernement
on lui eût demandé peut- être quels moyens ils conçoit pour
assurer l'obéissance aux lois , s'il n'eût affirme d'avance que
l'anarchie est la maladie des corps politiques , et que
ce n'est que depuis la révolution du 10 août que nous avons eu
un commencement de lois et de gouvernement .
Cette discussion sur la constitution a amené un résultat.
La premiere base a été posée en ces termes :
Le peuple Français fondant son gouvernement sur les droits
de l'homme en société , qu'il a reconnus et déclarés , adopte
la constitution suivante :
Art. Ier . La République française est une et indivisible.
Sur la proposition de Danton , la Convention a décrété
que les peines rigoureuses prononcées contre les rebelles ne
porteront que sur ceux qui seront convaincas d'avoir commencé
ou propagé la révolte .
Séance du samedi 11 mai .
Des rapports toujours plus alarmans sur les pr
voltes dans les départemens de l'Ouest n'ont p
Tone HI.
།
วิ
( 130 )
semblée de délibérer , dans cette séance , que sur les moyens
d'étouffer le feu de la rébellion .
Taillefer renouvelle la proposition de fermer les spectacles ,
et de tirer le canon d'alarme.
Thuriot demande que l'on empêche la circulation des jour
naux incendiaires qui ont soufflé dans ce pays le feu de la
guerre civile . On répond à Thuriot , que les journaux dont
il demande la suppression sont ceux -là même qui ont fait la
révolution ; qu'ils sont loin d'être la cause des troubles qui ont
eu lieu dans les départemens , et que malheureusement pour
la France les deux tiers des habitans de ce pays ne savent
pas lire.
1
Collot - d'Herbois propose de mettre en état d'arrestation
tous les gens suspects ; que cette arrestation se fasse au moment
où le canon d'alarme sera tiré ; que les citoyens logés
en hôtels garnis que les étrangers soient en état d'arrestation
chez eux ; qu'un tiers de la fortune des hommes suspects
soit consacré aux dépenses de cette guerre ; qu'ils soient jugés
par les sociétés populaires ; que les membres du conseil exécutif
soient renouvellés , et principalement le ministre des
contributions.
Levasseur demande que le comité de salut public soit continué
tel qu'il est . Cette derniere proposition est d'abord décrétéé
, et l'Assemblée renvoie les autres à ce même comité pour
en faire le rapport séance tenante .
Sur le rapport d'Aubri , au nom du comité de la guerre
l'Assemblée termine le code pénal militaire .
Barrere , organe du comité de salut public , se présente ensuite
pour annoncer à la Convention que ce comité vient de
se livrer à la discussion des mesures urgentes à prendre pour
secourir les départemens maritimes de l'Ouest . Une force trèsimposante
marchera contre les rebelles , et les attaquera là où
on est bien sûr de ne pas trouver d'hommes égarés . Voici ,
dit Barrere , l'exposé des nouvelles que nous avons reçues .
Thouars et 3000 hommes sont au pouvoir des rebelles .
Loudun a arboré le drapeau blanc ; Chinon est près d'être
attaqué.
T
Les administrateurs d'Indre et Loire ont pris les résolutions
suivantes ; ils ont arrêté , 1º. l'établissement d'uue commission
centrale , qui se transportera sur-le-champ à Chinon , pour y
faire toutes les dispositions relatives à la défense de cette ville' ;
2º . le départ pour Chinon d'un détachement de 600 hommes
ec deux pieces de canon , dont 200 de cavalerie germanique ;
"envoi de commissaires dans les districts , chargés de re
les hommes , les armes et les subsistances ; 4 ° . l'étad'un
comité défensif chargé de faire des visites
, et de la recherche des armes dans la maison
Cette recherche a eu lieu ; 59. que les armuriers
sur-le-champ mis en état de réquisition pour
( 131 ) :
la réparation desdites armes ; 6° . que les personnes suspectes
seront mises en état d'arrestation : ces deux articles out été
décrétés .
Tallien , commissaire de la Convention , écrit de Tours , en
date du 10 , au comité de salut public :
Nous sommes toujours dans la même position ; nous
avons toujours à combattre le même systême de terreurs paniques
et de fausses nouvelles . Je fais tout ce que je puis pour
l'anéantir.
Quinze mille hommes sont en possession de Thouars
vous verrez , par les rapports particuliers , que Quétineau , agent
de Dumourier , a livre cette place et les hommes qui la défendaient.
Les rebelles renvoient les habitans des campagnes ,
après leur avoir fait prêter le serment à la religion chrétienne
et à Louis XVII , et retiennent les gardes nationales des
villes . "
Nous partons pour Chinon ; nous allons y
réunir une
petite armée , en attendant les nombreux bataillons qui nous
sont promis, depuis si long- tems . Il arrive de tous les districts
des hommes , des armes et des munitions ; mais il manque des
officiers , envoyez- en promptement , d'intelligens et de fideles ;
ne dissimulez rien à la Convention nationale ; la vigueur de
ses résolutions peut seule réparer les maux que nous a causés
l'inertie du conseil exécutif. " ,
Vous saurez que dans la malheureuse affaire de Thouars ,
tandis que Quetineau et l'armée qu'il commandait se sont lâchement
rendus , les intrépides Marseillais ont seuls combattu
jusqu'à la derniere extrémité dix fois de suite ils ont enlevé
le drapeau blanc sous lequel les rebelles étaient ralliés . Ils
avaient formé sur la place un bataillon quarré ; pressés de
toutes parts , après avoir épuisé leurs munitions ils se sont
précipités sur les ennemis la bayounette au bout du fusil . II
n'en est resté que six .... "
Les rebelles renvoient les hommes sans uniforme . Voici
l'espece de cartouche qu'ils avaient délivrée à un de ces hommes
qui avaient prêté le serment exige par eux , et qui est ici en
prison : Domainguet , colonel- général de la cavalerie de l'armée
chrétienne , permet à Menou de se retirer , sous le serment par
lui prêté d'être fidele à la religion , à Louis XVII , à la monarchie
française , et de ne jamais porter les armes contre l'armée
chrétienne. " ,
Le département de l'Isere , continue Barrere , nous annonce
que le recrutement de l'armee des Alpes est plus que complet ,
et que l'excédent se monte à 21 mille hommes reunis à Gre
noble . Les mesures sont prises pour assurer des subsistances
à cette ville .
Le comité de salut public s'est occupé de l'examen des
mesures qui lui ont été renvoyées . Demain on vous présentera
un projet d'instruction aux habitans des campagnes ; cette
1 2
( 132 )
adresse sera traduite en bas breton et dans les idiomes du
pays.
On vous a parlé du nombre considérable de prisonniers
qui gémissent dans la détention , et dont plusieurs ne sont
coupables que de fautes dont la police correctionnelle est
compétente . Le comité a chargé le ministre de la justice d'écrire
à ce sujet une lettre circulaire et instructive aux tribubaux
et aux juges de paix .
La conduite de Quetineau , digne sans doute d'être punie ,
nous a paru néanmoins nécessiter un examen approfondi .
Nous ne proposons à son égard aucune mesure avant cet
examen .
Les intrépides Marseillais ont péri victimes de leur patriotisme
et de leur courage ; nous vous proposons d'élever en
leur honneur un monument à la place où ils ont combattu ,
Jorsque Thouars sera rentré au pouvoir de la République .
Une autre trahison a éclaté dans le même moment . Pinson ,
chef de la légion des montagnes , après avoir fait massacrer
ses braves Miquelets , embrassait , pour prix de sa perfidie , le
général espagnol : il est mort dans ce moment ; un Français
f'a fait tomber. Nous ne nous proposerons pas de statuer sur
la conduite de ce dernier qui , quel qu'il soit , a délivre la patrie
d'un traître , sans prouver qu'il n'en est pas un lui-même ;
car des lettres posterieures à l'événement nous laissent dans le
doute de savoir si la mort de Pinson n'a pas été commandée
pour ensevelir avec lui le secret de son crime .
9
Ici se présente une mesure qui hier fut rejettée par vous
mais que l'honneur national nous commande de soumettre une
seconde fois à votre délibération . Nous croyons le devoir au
général républicain , mort au lit d'honneur en combattant les
ennemis . Vous avez décerné les honneurs du Panthéon à Mirabeau
, ou plutôt à son génie révolutionnaire ; vous les avez
accordés à Lepelletier , assassiné pour avoir voté la mort du
tyran ; Beaurepaire a obtenu les mêmes honneurs , pour n'avoir
pas voulu survivre à la reddition d'une place qui lui était
confiée ; ici c'est un général attaqué par des forces supérieures ,
qui livre une bataille décisive , et qui reçoit le coup mortel
il ne s'est point , comme on l'a cru , imprudemment porté
l'avant-garde l'aile droite semblait faiblir , il courait la ranimer
par sa voix et par son exemple , et il trouve dans les rangs le
sort de Turenne. Il s'est endormi dans la gloire . Pour vous ,
citoyens , dans un moment où vous avez besoin de vous atta
her de grands hommes par des actes de reconnaissance nationale
, la révolution vous commande d'accorder a Dampierre
les honneurs du Panthéon ; l'armée du Nord toute entiere y
entrera avec ses cendres .
Toutes ces propositions ont été décrétées .
Seance du dimanche 12 mai.
Les commissaires de la Convention dans le département de
( 133 }
'Hérault annoncent que le nombre d'hommes qu'il vient de
fournir pour la défense de la patrie , s'éleve à plus de 2000.
Celui du Gard a passé ce contingent.
Dans le département de l'Arriege chacun croit que son poste
est à la frontiere . Les administrateurs même , pensant que la
moitié d'eux suffira pour l'expédition des affaires administra
tives , l'autre moitié veut voler aux frontieres . Déja six administrateurs
du district de Mirepoix sont sous les armes et 800
des administrés les suivent. Bientôt ce nombre doublera. Tout
est soldat , même les femmes. On les a armé de piques , en
attendant qu'il soit permis à ces nouvelles amazones de former
des bataillons .
De nouveaux détails sur le dernier succès obtenu par le
général Lamarliere , ont été adressés aujourd'hui à la Convention
, par Gasparin , un de ses députés à l'armée du Nord , II
en resulte que la journée du 8 est une des plus glorieuses
pour les armes de la République . L'ennemi a été attaqué sur
différens points à- la- fois . La division aux ordres du général
Despourches est parvenue à mettre le feu à l'abbaye de Vigogne
et à incendier les magasins que l'ennemi y avait établis
Plusieurs retranchemens ont été emportés . Les Autrichiens
ont perdu beaucoup de monde ; nous leur avons fait quelques
prisonniers , presque tous Anglais .
On a fait lecture d'une lettre des deux députés Mailhe et
Moisset , commissaires dans le département des Bouches - du-
Rhône . Marseille , disent- ils , jouissait de la tranquillité , tout
y prenait une tournure heureuse , lorsque tout -à - coup les sections
ont exercé la souveraineté ; elles ont créé un tribunal
populaire . Des commissaires nous ont été envoyés pour visiter
nos papiers , notre correspondance et arrêter nos dépêches .
Nous avons pris un arrêté par lequel nous avons cassé ce
tribunal , décidé que ses membres seraient responsables de tous
ses actes ultérieurs ; que les procédures commencées seraient
saisies , et que tous les citoyens qui s'opposeraient à cet arrêté
seraient déclarés rebelles à la loi.
Nous pensons que , pour assurer la révolution dans ce pays
il faut y établir une commission centrale qui ramene le regne
des lois , et que les 6000 hommes qui s'y trouvent y restent
cantonnés , pour inspirer de la crainte aux séditieux.
On demande le renvoi de cet arrêté au comité de salut pu
blic. Barbaroux s'y oppose. Il veut parler pour dévoiler la
conduite des commissaires . Ainsi donc , s'écrie - t- il , la fiere
Marseille , dont les enfans ont été verser leur sang dans le
département de la Vendée ; ainsi Marseille , que Rome vertuense
honora du nom de soeur ; Marseille , où le pauvre n'assassine
pas le riche qui le fait vivre ; Marseille est signalée par vas
commissaires comme une ville contre- révolutionnaire !
Barbaroux éprouve une longue interruption ; il faut up dé
fret pour lui rendre la parole.
1
I 3
( 134 )
1
Je le déclare , continue -t - il , il est aussi impossible de
ramener Marseille sous le joug du despotisme que de faire
remonter un fleuve vers sa source . Vos commissaires ont cherché
à s'entourer de la classe indigente du peuple pour la séduire
; mais leurs tentatives ont ete vaines . Ces mêmes commerçans
contre lesquels on crie tant , qui out fourni les fonds
pour l'armement et l'equipement de 6000 Marseillais , sont
Sous les armes ; ils sont à la disposition de la République. Ils
sont prêts à defendre la liberté et ne protégeront jamais la
devastation et le brigandage.
Marat , Bourdon , Legendre , réclament envain l'ordre du
jour ; Barbaroux continue : C'est un garçon menuisier d'une
section de Marseille , qui rappella à vos commissaires les
principes de justice et d'equite . Il leur dit : Vous allez dans
toutes les sections ; vous préchez tantôt blanc , tantôt noir ;
tce sont ses expressions ) nous ne pouvons avoir confiance
dans ce que vous nous dites . Nous, aimons beaucoup mieux
gagner notre journée par notre travail que de voler ce qni
ne nous appartient pas . " A Aix , où vos commissaires se
sont rendus , c'est un ouvrier qui travaille à la reparation des
routes , qui a encore repoussé leurs insinuations ; et telle est
la force du patriotisme , que l'anarchie , dans le département
des Bouches - du - Rhône , est entièrement comprimée .
Barbaroux finit par demander le rappel des commissaires et
la suspension de leur arrêté , jusqu'à l'arrivée d'un député extraordinaire
que Marseille envoie à la Convention pour lui
rendre compte des faits .
Marat accuse Barbaroux , Roland et les journalistes de la
contre - révolution de Marseille .
· Heureuse contre révolution s'écrie Guadet ; ainsi elle
s'operera dans toute la France ; ainsi tous les départemens
feront rentrer dans le néant ceite poignee de factieux et de
desorganisateurs , beaucoup plus redoutables que les armées de
Cobourg et des rebelles de la Vendée .
L'eux décrets ont mis fin à ce débat . Par le premier , l'arrêté
des commissaires est suspendu ; par le second , le tribunal
populaire de Marseille est aussi suspendu . L'Assemblée attendra
, pour prononcer définitivement , le rapport qu'elle charge
son comité de salut public de lui faire sur l'affaire de Marseille
.
Le reste de la séance a été consacré à l'admission des pétitionnaires
. '
Les meres , les cpouses des citoyens emprisonnés à Orléans
viennent demander justice à la Convention . Les uns ont été
enleves à côté d'elles , au milieu des tén.bres de la nuit , avec
F'appareil d'une force arinée , et ont été jettés dans les prisons
sans égard pour l'age et les infirmités ; les autres sont capuifs
chez eux , parce qu'il ne reste plus sans doute de local pour
les incarcérer. La ville entiere est enchaînée . Depuis six se135
)
maines il n'est plus permis de vaquer aux affaires du dehors....
Troiss personnes n'osent plus ou se promener ou causer ensemble
, sans crainte de recevoir un ordre de captivité .
Où est donc , peres du peuple , cette liberté que vous venez
de proclamer si solemnellement ? Il ne s'agit plus ici de l'affaire
de Bourdon. Depuis long- tems la procédure est instruite :
s'il est des coupables qu'ils soient punis .
Mais actuellement pourquoi toutes ccs arrestations , ces
lettres -de-cachet , ces entraves dans une ville républicaine ?
Trois fois , disent encore les pétitionnaires , elles ont demandé
justice aux commissaires qu'ont trompé des scclérats .
Leur troisieme pétition a été reçue à la suite d'un banquet de
cent personnes elles ont été contraintes de prendre part à
cette fête , et cette dérision outrageante a été le seul fruit de
leur démarche .
Cependant le civisme des Orléannais a résisté à ces épreuves
. Le danger de la patrie a été proclamé ; la terre a été
frappée avec la pique de la liberté , et 600 guerriers en sont,
sortis pour la Vendet , 600 autres pour les armées .
Les pétitionnaires concluent par demander des commissaires
pour vérifier les faits , constater les vexations , signaler les tyrans
subalternes et substituer l'égide de la loi à la hache de
l'arbitraire . Cette petition a été applaudie. L'Assemblée en a
décrété l'impression et le renvoi au comité de législation ,
pour en faire un prompt rapport .
Séance du lundi 13 mai .
Un secrétaire fait lecture d'une lettre de Custines au président
de la Convention . Ce général déclare qu'il ne peut plus
conserver le commandement des armées du Rhin et de la
Moselle . Il prie la Convention de lui nommer un successeur ;
il l'attend impatiemment et lui remettra , ses plans de campagne.
Custines donne pour motif de sa démission , la conduite
tenue à son égard par les commissaires de la Convention à l'armée
du Rhin . Une lettre écrite par ce général au duc de
Brunswick a paru aux commissaires mériter leur improbation ;
ils ont vivement repris Custines en présence d'un grand nombre
d'officier's , en l'accusant d'y avoir développé des sentimeus
peu dignes d'un républicain . Après une semblable injure
, ajoute Custines , je ne puis plus continuer à commander
les armées de la République , et c'est pour son intérêt que
je vous demande de me donner un successeur ,
A cette lettre est jointe la copie de celle que ce général a
écrite au duc de Brunswick et dont voici l'objet et le précis .
J'avais envoyé le citoyen Corbeau , officier à Manheim.
" pour y traiter de l'échange des prisonniers . Quel a été
mon étonnement d'apprendre , par lui , que le capitaine
" Boos , du 56. régiment d'infanterie , fait prisonnier , ava
14
136 )
92
sosé se dire autorisé de ma part , à traiter de la reddition de ·
Mayence ? Une semblable machination ne peut avoir été
inventée que par quelques - uns de ces hommes dont les
intrigues , dans toutes les cours de l'Europe , ont précipité
" cette partie du monde dans la guerre la plus desastreuse
39 à laquelle elle ait jamais pu se livrer , et j'augure trop
de la grande ame de votre altesse serenissime pour ne pas
me persuader qu'elle voudra bien faire comprendre le ca-
" pitaine Boos dans le premier échange , le faire remettre aux
postes Français sous bonne et sûre garde , en m'en prévenant
d'avance. J'annonce avec franchise à V. A, S. que ,
trop blessé d'une semblable imposture , je ne laisserai pas
ignorer à l'Europe , une intrigue dout le but serait de
déshonorer le caractère que je crois avoir développé depuis
le commencement de la révolution et de cette guerre .
Une seconde dépêche de Custines rend compte d'une affaire
assez vive qui a eu lieu le 6 entre une partie de l'avant-garde
de l'armée du Rhin et un corps d'Autrichiens . L'objet de
l'attaque était de faire entrer dans Landau un corps de recrues
; il a été rempli avec succès . L'ennemi a laissé 250 hommes
sur le champ de bataille , Notre perte a été peu considérable.
Après la lecture de ces lettres , plusieurs membres demandaient
le rappel des commissaires , mais l'Assemblée a ajourné
toute discussion sur la demande de Custines jusqu'après le rapport
de son comité de salut public auquel elle a renvoyé toutes
les pieces .
On a repris la discussion sur la constitution , Condorcet a
parlé le premier . Après un exposé des maux que cause l'attente
d'une constitution depuis si long- tems desirée , et des maux
plus grands que causerait infailliblement cette attente plus
long-tems prolongée , il a proposé le décret suivant :
Art . Ier . Dans le cas où les assemblées primaires n'auraient
pas été antérieurement convoquées pour accepter ou rejetter
un plan de constitution , présenté par la Convention nationale ,
il sera formé une nouvelle Convention , et à cet effet les assemblées
primaires se réuniront à l'époque du premier novembre
prochain , sans aucune autre convocation .
II. La nouvelle Convention sera composée de la même ma-.
niere que
la Convention actuelle , et ses membres élus sous les
mêmes formes , conformément à l'acte de l'Assemblée légis
Jative du .... août 1792.
III. S'il y a lieu à la formation d'une Convention nouvelle ,
elle ouvrira ses séances le 15 décembre prochain .
Thuriot a combattu la proposition de Condorcet .
Quel est celui d'entre vous , a-t-il dit , qui serait assez lâche
pour rentrer dans ses foyers , en laissant la constitution a moiié
terminée ? Croyez-vous que des hommes nouveaux qui ster
Faient appellés à yous remplacer , pusscat prendre des mesures.
( 137 )
capables de sauver la République ? Je ne connais pas de plus
sûr moyen de faire la contre- révolution ; car c'est dire ; en
propres termes : nous n'avons pas le courage de faire le bien
nous sommes dans l'impossibilté de l'opérer.
Après quelques débats , le projet de Condorcet est ajourné
à vendredi prochain , et l'impression en est décrétée .
Lanjuinais , au nom du comité des six , présente la série des
questions constitutionnelles qui doivent être successivement
discutées . La voici :
Art. Ier. Quelle sera la division politique du territoire ?
II. Quelles seront les conditions requises pour être citoyen ,
pour voter et être éligible dans les assemblées du peuple ?
III. Quelles séront les fonctions des assemblées primaires ,
leur organisation , leur police intérieure , la forme de leurs débérations
, les règles générales qu'elles devront observer dans
leurs élections ?
IV. Quelles seront les fonctions du corps législatif , son organisation
, le mode d'élection de ses membres , les regles concernant
la tenue de ses séances , et la formation des lois et des
décrets ?
V. Quelles seront les regles concernant les Conventions nationales
?
VI. Qui seront les agens supérieurs de l'exécution des lois ?
Quelles seront leurs fonctions et leur autorité ? Quel sera le
mode de leur élection et celui de leurs relations avec le corps
Législatif ?
3
VII. Quelles seront les agences d'administration locale ?
Quelles seront leurs fonctions et leur autorité ? Comment seront
organisées et par qui seront nommées ces agences sécondaires ?
VIII. Comment sera organisée l'administration de la justice
civile et criminelle ?
IX. Quelles seront les bases des contributions publiques ?
X. Comment seront organisées la trésorerie nationale et la
comptabilité ?
XI. Quels sont la nature , la destination et les devoirs de la
force publique ?
XII . Comment le peuple exercera - t - il lui -même sa souveraineté
sur les fonctionnaires publics et sur leurs actes ?
XIII. Quelles sont les lois et les institutions qu'il convient de
rendre constitutionnelles ?
XIV. Quelles seront les bases de nos relations avec les nations
étrangeres ?
Barrere , au nom du comité de salut public , a lu une lettre
des représentans du peuple , Lequinio , Cochon et Bellegarde .
Ils observent combien il est instant de nommer un généra
expérimenté , pour remplacer Dampierre . L'ennemi se renforce
chaque jour , et menace Condé. Ils désignent Gustines comme
celui que l'armée semble desirerr-pour chef. Barrere en consé-
Auence propose la nomination de Gustines. Elle a été décrétée.
( 138 )
1
On annonce que Quétineau a été arrêté par ordre de Ligonier.
PARIS , le 16 mai 1793.
"
Le recrutement de 12 mille hommes qu'on avait demandé
à Paris pour marcher contre les rebelles , s'est effectué volontairement
en peu de jours ; plusieurs sections ont même excéde
leur contingent. Dans d'autres tems , lorsque les vertus républicaines
, que l'on s'est peu occupe de former jusqu'à présent ,
auront germé profondément dans les coeurs , les citoyens n'auront
besoin , pour voler au secours de la patrie , que d'être
instruits de ses dangers ; mais on a cru qu'il était bon de les
intéresser par des récompenses pécuniaires qui ne sont au
fond qu'une indemnité pour les ouvriers , les peres de famille ,
et ceux qui font subsister leurs parens du produit de leurs
Jabeurs. Quoique les sections aient varié sur ce mode d'indemnité
, on peut néanmoins l'évaluer à 1000 liv . pour chaque
volontaire armé et équipe .
Pour subvenir à des frais aussi considérables , on a arrêté
qu'il serait fait un emprant forcé 'de , 12 millions aprendre
sur les riches. Des commissaires de la commune et des 48 sections
de Paris ont dû s'assembler aujourd'hui dans une des
salles de l'évêché , pour concerter les mesures d'exécution et
fixer le mode de repartition . Il est juste que les citoyens aisés ;
fassent à la patrie le sacrifice d'une partie de leur superfly
tandis que d'autres lui donnent leur personne et leur vie. Le
produit des contributions volontaires n'ayant pas et à beaucoup
près suffisant pour les premieres dépenses du recrutementi,
plusieurs sections sont alices demander à la Convention
des avances remboursables sur l'emprunt qui va êire levé .
Malgre le zele impatient que témoignent les volontaires ,
leur départ sera peut- êue retardé de quelques jours par la len
teur des fonds et la difficulté de se procurer des armes. Le
ministre de la guerre n'a pu encore faire distribuer. que 8100
fusils ; savoir , 2400 de l'arsenal , et 4700 provenant du dépôt
qui se trouvait chez Provins , dans la section du Luxembourg ;
ce qui fait pour chaque section environ 150 .
Il fallait pourvoir au transport des équipages , des munitions
et de l'artillerie , la municipalité à fait arrêter tous les
chevaux de luxe , même ceux des loueurs de carrosse ; les
voitures des médecins n'ont point été exceptées . Cette mesure
de rigueur , commandée par les circonstances , ne sera peutêtre
pas d'une aussi grande ressource qu'on se Pest promis .
La plupart des chevaux de luxe , destinés à servir la mollesse
et la vanité de leurs propriétaires , ne sout bons ni pour la
cavalerie , ni pour le service fatigant des marches et des manaports
il eut mieux valu faire un choix et exiger des propriétaires
de fournir des chevaux de peine.
( 139 )
Le général Santerre a annoncé lundi dernier à la Convens
tion , que le lendemain et jours suivans 12 à 14,000 hommes
vout partir pour la Vendée , et qu'il marche à leur tete . Son
projet ne se borne pas seulement à réduire les rebelles ; il
soumet encore à la Convention l'examen , d'un plan qu'il a conçu
et médité lui -même , et qui consiste à faire une descente dans
la Grande-Bretagne avec 100,000 hommies , pour faire un appel
au peuple Anglais . Tel est le véritable républicain ; il ne croit
pas s'être acquitté envers son pays , tant qu'il lui reste une
nouvelle dette à payer.
Dans le tems que le recrutement touchait à son complé
ment , et que toutes les sections étaient auimées de l'ardeur
la plus vive , on a encore proposé dans la Convention de titer
le canón d'alarme , de faire arrêter les gens suspects , et de sup
primer tous les journaux , du moins ceux qui ne plaisent pas
à un parti . Cette maniere de combattre les rebelles de la Vens
dee pourrait paraitre fort étrange , si l'on ne savait que ces
grandes mesures sur lesquelles on revient si souvent , ne sont
que des synonymes que l'esprit de parti traduit en d'autres:
termes ; car l'esprit de parti a sa langue , comme il a ses prin
cipes. Tirer le canon d'alarme , c'est comme si l'on disait : il
faut un nouveau mouvement populaire , une insurrection qu'on
pourra diriger dans le sens des vengeances et des moyens révo
lutionnaires. Arrêter les gens suspects , on n'entend pas seulement,
parler des véritables ennemis de la liberté, et de l'égalité , des
partisans actifs de l'ancien régime ; mais de ceux dont les opinions
ne sont pas conformes à d'autres opinions. Supprimer les
journaux , cela signifie qu'il ne sera permis d'écrire que dans le
sens de tel parti.
A
Et voilà comment l'esprit de défiance et de passion est
parvenu à dénaturer toutes les idées. Il y aura daus l'histoire
de la Révolution un chapitre bien long à faire sur l'abus des
mots , si ce n'est celui qu'on a fait des choses.
Dans l'ancien régime on avait trouve plus commode de brûler
un livre et de mettre l'auteur à la Bastille , que de le refuter.
Voudrait-on , sous le regne de la liberté , avoir recours aux
moyens du despotisme ? Pourquoi avons-nous fait la révolu
tion , si ce n'est pour acquérir la liberté de la presse , sans
laquelle aucune liberté civile et politique ne peut subsister
Quelle étrange maniere d'avoir raison que d'empêcher les autres
de raisonner ! Vous craignez qu'on n'egare l'opinion ; n'est- ce
pas plutôt qu'on ne l'eclaire. Eh bien eclairez - la à votre tour ;a
laissez un champ libre à toutes les discussions , et vous verrez .
bientôt la vérité reprendre son empire . On ne trompe pas longtems
les hommes sur leurs véritables intérêts politiques , quand
on les leur présente dans des écrits qu'ils peuvent lire dans le
calme de l'esprit et le silence des passions ; mais il est plusaise
de les tromper dans les assemblees tumultueuses où l'exa- ;
gation des principes , l'effervescence et la charlatanerie des .
( 140 )
1
rateurs agit sur une multitude déja disposée par ses propres
passions à céder aux passions des autres . Si l'on eût tot
soumis à l'art simple du raisonnement , on aurait épargné bien
des erreurs au genre humain . On parle de supprimer les écrits ;
et moi , je voudrais supprimer la prédication ; c'est par elle
que l'imposture , le fanatisme , l'ignorance et l'anarchie se sont
propagées sur la terre , et que le délire de l'enthousiasme a
usurpé les droits de la raison .
Il est à croire que la Convention n'aura pas mis au nombre
des Droits de l'Homme , celui de manifester librement sa pensée
et ses opinions , pour souffrir qu'on porte jamais atteinte à la
liberté de la presse,
Les nouvelles qu'on reçoit de différens départemens , sem
blent faire croire que les commissaires de la Convention qui
y ont été envoyés , ont cherhé à y répandre des principes qui
n'étaient pas propres à faire cesser l'anarchie et à ramener les
citoyens à l'obéissance à la loi et au respect dû aux propriétés.
On parle de provocation des pauvres contre les riches , de partage
des terres , de proscriptions suscitées contre un grand
nombre de membres de la Convention . On parle sur- tout d'une
multitude d'arrestations arbitraires . Il ne faut pas se dissimuler
qu'il y avait dans les départemens des gens notoirement suspects
, des ennemis ouverts de la révolution dont il était pru-'
dent de s'assurer ; mais on ajoute qu'on a donné une grande
extension à ces mesures de sûreté , et que dans la désignation
des personnes suspectes , l'esprit de parti a plus consulté sès
propres passions que les intérêts de la justice. Nous n'avons
rien a affirmer sur ces faits particuliers qui ne tarderont pas à
s'éclaircir. On annonce de nombreuses réclamations ; il faut
les attendre ; il faut attendre sur tout le rapport des commissaires
. Nous en sommes venus à ce point de maturité où les
injustices et les vexations qui auraient été commises , ne sauraient
rester long-tems ignorées ni impunies.
Dans un moment de crise et d'agitation , la Convention n'a
peut-être pas assez réfléchi sur les dangers d'investir ses commissaires
d'une puissance illimitée , qui en fesait des proconsuls
et des dictateurs dans chaque département. En leur conférant
une autorité sans borne , elle n'a pas entendu sans
doute leur donner le droit de la délégner à d'autres , et c'est
pourtant ce qui est arrivé , notamment dans les départemens
de la Drôme et des Bouches-du- Rhône . La Convention examinera
sur-tout si les instuctions qu'elle a données à ses commissaires
auprès des armées , ne peuvent pas entraver les grandes
opérations des généraux et nuire aux intérêts de la République ,
Elle a déja l'exemple de la démission de Custine , que les
commissaires ont humilié en présence des officiers de son ar
mée , pour s'être conformé , en écrivant au duc de Brunswick,
à des lois de convenance , qui , quoiqu'elles n'existent plus
entre les citoyens de notre République , ne doivent pas moins
( 141 )
être conservées dans nos relations extérieures . Plus les pou
voirs que la Convention délegue sont grands , plus elle doit
apporter de soins dans le choix des personnes qui en sont
revêtues ; c'est dans ces nominations qu'il faut éviter tout ce
qui tient à l'esprit de parti ; car l'esprit de parti ne voit que
lui-même.
-
Dans la séance de mardi , une députation de 120,000 citoyens
de Bordeaux et de tous les corps administratifs de cette
cité , est venue transmettre à l'Assemblée et les vives alarmes.
qu'ils ont éprouvées en apprenant les dangers , les menaces et
les proscriptions dont on environne les représentans du peuple ,
et l'intention où ils sont de maintenir la sûreté et l'indépendance
de la Convention ; ils ont terminé leur pétition par demander
une prompte constitution . L'impression de cette adresse , l'envoi
aux départemens , et l'affiche à Paris ont été décrétés , non
sans de violens débats , car on est convenu de regarder comme
en insurrection toutes les villes , tous les départemens qui
paraissent fatigués du poids de l'anarchie , et sollicitent le rétablissement
de l'ordre . Si c'est là de l'insurrection , il y a apparence
que ce sera bientôt celle de la nation entiere , car le peuple
français n'a fait la révolution et ne combat au-dehors et audedans
que pour avoir un gouvernement libre , et vivre sous
l'empire des lois . Dans cette même séance , Guadet a dénoncé
de nouveaux complots prêts à éclater contre une partie
de la Convention. Il a cité un passage du journal des Jacobins
, où un membre de cette société avait dit dans la derniere
séance qu'une partie de la Convention était composée
de scélérats dont il fallait faire justice avant de partir pour la
Vendée . Sur sa proposition , le comité de sûreté générale ,
réuni au comité de législation , a été chargé de faire un rapport
sur la situation de la Convention à Paris , et les moyens
de déjouer et de punir tous les auteurs des conspirations dont
elle a été ou pourrait être l'objet. Les ministres avaient
été chargés de présenter la liste des nominations qu'ils avaient
faites à tous les emplois civils et militaires . L'apperçu de cette
liste a déja fait connaître quels étaient ceux qui avaient sollicité
et obtenu toutes les places . On a enjoint de nouveau au
conseil exécutif de produire l'état détaillé de tous ses agens .
On a encore décrété qne tout fonctionnaire public était
Comptable à chaque instant de l'état de sa fortune."
Dans la séance de mercredi , Chassey a dénoncé , au nom
de 400 citoyens de Lyon , l'établissement d'un tribunal révolutionnaire
, créé arbitrairement par quelques commissaires
de sections qui menacent de la guillotine 1500 citoyens , il a
denoncé en même-tems la formation d'une armée révolution
naixe de 5000 hommes , afin d'exterminer tous les traîtres . La
Convention a déclaré nulle et non avenue la création de ce
tribunal defend aux membres d'entrer en activité , sous peine
de mort , ordonne aux citoyens de désobéir à toute citation
14212 ).
1
devant ce tribunal , et les autorise à repousser la force par
la force , charge la municipalité et les corps administratifs ,
de protéger les citoyens contre tout acte quelconque de ce
tribunal , et ordonne que la force armée de 5000 hommes ne
pourra marcher qu'à la réquisition des corps administratifs ,
ou à celle du ministre de la guerre et de la Convention . Les
dispositions de ce décret ont été étendues à tous les départemens
, et il a été envoyé par un courier extraordinaire.
r
-
Le général Labourdonnaye écrit que la communication entre
Nantes et les Sables d'Olonné est rétablie , et que toutes les
communications que les rébelles pouvaient avoir avec l'ennemi
sur les côtes sont coupées . Le fils de Capet a eu quelques
accès de fievre ; on lui a donné un médecin . Le conseil de
la commune paraît s'occuper sérieusement de faire rendre
compte aux membres du comité de surveillance . Nous rappor
teront son arrêté dans le prochain n° . "
-
Etat civil pendant le mois d'avril.
Mariages , 741 .
Décès , 1987. ,
Divorces , 246 .
Naissances , 1794
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE.
Fin de l'affaire de Jean-Paul Marat.
Le président du tribunal au témoin . Est-ce le passage de Gorsas
que vous avez lu , qui vous a porté à attenter à vos jours ?
Johnson . Autant que je puis m'en rappeller , Gorsas annonçait
dans sa feuille que Marat avait dit que ceux qui avaient
voté l'appel au peuple seraient massacrés . L'amitié que j'ai pour
Thomas Payne m'a porté à vouloir me détruire .
-
Le président. Avez-vous fait un testament en faveur de Thomas
Payne? Non . Qui vous a remis le journal de Gorsas?
La personne chez laquelle je demeure le reçoit tous les
jours.
Le président à Marat. Avez - vous quelque chose à ajouter
pour votre justification ?
Marat prend la parole : nous regrettons que les bornes de
ce journal ne nous permettent pas de donner ce discours en
entier. En voici l'analyse exacte . "
Si Roland , le patron de la clique des Girondins , n'avait
pas dilapidé les biens nationaux pour égarer le peuple et pervertir
l'esprit public ; si la faction des hommes d'état n'avait pas
inonde la République de libelles contre la commune , la municipalité
, les sections , le comité de surveillance . et sur-tout
contre la députation de Paris , et particulierement contre
Danton , Robespierre et Marat , il n'y aurait jamais eu de décret
d'accusation contre ce dernier. Ce décret d'accusation a
( 143 )
w
été rendu sans aucune discussion . Il l'a été au milieu du vacarme
le plus scandaleux , devant lequel les patriotes ont couvert
d'opprobre les royalistes , en leur reprochant leur incivisme ,
leur turpitude et leurs machinations. Il l'a été par 210 ennemis
de la patrie contre 92 défenseurs de la liberté , et contre
la manifestation de l'opinion publique , et au bruit des huées
continuelles des tribunes. Le décret a été provoqué sur la lecture
d'une adresse des Jacobins à laquelle ont adhéré presque
tous ses collegues de la montagne et toutes les sections de Paris ,
et qui le sera bientôt par tous les bons citoyens de la France
entiere ; adresse dont il n'est pas même fait mention dans le
procès -verbal. Cet acte est illégal en ce qu'il porte sur quelques-
unes de ses opinions politiques qu'il avait presque toutes
produites à la tribune de la Convention , avant de les avoir
publiées dans ses écrits : or , suivant un article de l'acte , constitutionnel
, les représentans de la nation sont inviolables ; ils ne
peuvent être recherchés , accusés ni jugés , en aucun tems pour ce qu'ils
auront dit , écrit ou fait dans l'exercice de leurs fonctions de représentans
. - Si la faction des hommes d'état peut , ajoute Marat .
m'attaquer sous un faux prétexte et m'expulser de la Convention
ponr me faire périr , demain sous d'autres pretextes elle
attaquera Robespierre , Danton , Collot - d'Herbois , Panis et
tous les autres députés courageux de la Convention : elle con
tiendra les autres par la terreur , elle usurpera la souverainetė
elle appellera auprès d'elle Dumonrier , Cobourg , Clairfait ,
ses complices ; secondée des Prussiens , des Autrichiens et
des émigrés , elle rétablira le despotisme dans les mains d'un
Capet , qui fera égorger tous les patriotes connus et elle se .
partagera les premiers emplois avec le trésor de l'état . - Enfin
cet acte est un tissu de mensonges et d'impostures . Il m'accuse
d'avoir provoqué le meurtre et le pillage , le rétablissement
d'un chef de l'état , l'avillissement et la dissolution de la Convention
etc. Le contraire est prouvé par la simple lecture de mes
écrits . Je demande une lecture suivie des numéros dénoncés ;
car ce n'est pas en isolant et en tronquant des passages , qu'on
rend les idées d'un auteur ; c'est en lisant ce qui les précede
et les suit , qu'on peut juger de ses intentions .
1
Si apres la lecture il restait quelques doutes , je suis ici pour
les lever. ( Les spectateurs applaudissent . )
L'accusateur public entendu , le président pose les questions ,
en ces termes :
Premiere question . Est - il constant que dans des écrits, intitulés
Ami du Peuple , par Marat , et le Publiciste , l'auteur ait provo
que , 10. an pillage et au meurtre , 29. un pouvoir attentatoire
à la souveraineté du peuple , 3. l'avilissement et la dissolu ,
tion de la Convention nationale ?
3
Seconde question . Jean - Paul Marat est - il l'auteur de ces
écrits Pi
Troisieme question . Jean -Paul Marat a - t - il eu dans lesdits
écrits des intentions criminelles et contre- révolutionaires ?
( 144 )
Après avoir délibéré , les jurés rentrent à l'audience , le
citoyen Dumont , premier juré motive son opinion en ces
termes :
J'ai examiné avec soin les passages cités des journaux de
Marat. Pour les mieux apprécier , je n'ai pas perdu de vue
le caractere connu de l'accusé , et le tems pendant lequel il
a écrit. Je ne puis supposer d'intentions criminelles et contrerévolutionnaires
, à l'intrépide défenseur des droits du peuple ;
il est difficile de contenir sa juste indignation , quand on voit
sou pays trahi de toutes parts ; et je déclare que je n'ai rien
trouvé dans les écrits de Marat qui me parût constater les
délits dont il est accusé . Les autres jurés ont aussi déclaré
à l'unanimité , que les faits ne sont pas constans . ""
Le président ordonne à la gendarmerie de faire rentrer
l'accusé , à qui il fait part de la déclaration des jurés.
Le tribunal acquitte Jean- Paul Marat de l'accusation intentée
contre lui . ( Des applaudisssemens retentissent de toutes parts
dans l'auditoire . )
Marat. Je me loue de l'impartialité du juré , qui a reconnu
mon innocence. Citoyens , protégez les innocens , punissez les
coupables , et sauvez la République .
Marat est sorti au milieu des applaudissemens des assistans
qui , après l'avoir couronné de feuilles de chêne , l'ont reconduit
en triomphe à la Convention .
·
Le 9 mai. Jacques - François-Vincent Rivier Mauny , ancien
capitaine de dragons , et plus récemment aide - major de la
Garde- Suisse du ci - devant comte d'Artois , demeurant ordinairement
à Douy , district de Châteaudun , département
'd'Eure et Loir , et Louis-Alexandre Beaulieu , négociant ,
demeurant à Paris , ont été condamnés à mort , sur la déclaration
unanime de neuf jurés ( il y en avait dix au débat )
portant que Mauny avait quitté le territoire de la République ,
pour émigrer en Angleterre , dans les mois de septembre ,
octobre et novembre 1792 ; qu'il avait habituellement entretenu
des correspondances avec deux de ses freres et son beaufrere
, émigrés , et qu'à différentes époques il leur avait fait
passer des fonds à Liége , à Londres et à Hambourg , par
la voie d'un intermédiaire , notamment au mois de novembre
1792 , et à deux dates du mois de février 1793 ; qu'il leur avait
procuré des secours en argent , jusqu'à concurrence de 7800 1 .
et que Beaulieu avait , de concert avec Mauny , entretenu les
mêmes correspondances , et envoyé aux trois émigrés , cidessus
nommés , ses parens , les sommes précédemment énoncées
; ce qu'il n'avait pu faire qu'avec des intentions criminelles
et contre-révolutionnaires .
Le même jour , Michel Bouvet , Charles - Barthelemi Guy
Jean -Honoré Morel et François Martin , accusés d'avoir coopéré
aux rassemblemens qui ont eu lieu aux Champs - Elisées , ont
´été acquittés . Le général Lanoue l'a été également
Jer . 135
( No. 95. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 25 MAI , l'an deuxieme de la République.
POÉSI E.
Traduction libre de la deuxieme élégie du troisieme livre de Tibulle .
QU'I fut cruel celui dont la perfide adresse
De deux amans unis sépara la tendresse !
L'amant qui put survivre à ce coup inhumain ,
Reçut de la nature un coeur armé d'airain .
Je nne me flatte point d'un si liche courage ' ;
Je cede à ma douleur , ma mort en est l'ouvrage .
J'en fais le triste aveu : trop long- tems j'ai lutté
Contre les noirs chagrins dont je fus tourmenté .
O Dieux ! lorsqu'une fois , dans les demeures sombres ,
J'aurai mêlé mon ombre au peuple errant des ombres ,
Et bu dans le Léthé l'oubli de tous mes maux ;
ษ ม
Quand le feu du bùcher aura séché mes os ,
Puisse ma Nééra , pâle et les yeux en larmes ,
Ses longs cheveux épars et flottans sur ses charmes ,
Épandre , sans rougir , une source de pleurs
Sur mes restes chéris , objets de ses douleurs !
Que sa mere soit là que sa mere , auprès d'elle ,
M'apporte du regret l'expression fidelle :
Que l'une pleure un fils , et l'autre son amant !
Ma mere ! Nééra ! dans ce fatal moment ,
Daignez - vous adresser à mes mânes paisibles !
Mes mânes à vos voix se montreront sensibles
Et si vous invoquez le plus cher des amans
Mon ombre répondra du fond des monumens .
L'une et l'autre d'abord , également pieuses ,
Purifiez dans l'eau vos mains religieuses .
Pour recueillir mes os par la flamme blanchis ,
Revêtez d'un saint deuil les lugubres habits.
Que le vin , le lait pur , à cette heure suprême ,
Humectent de leurs flots les restes de moi- même ,
Tome 111.
( 146 )
Et , séchés dans le lin , allez les déposer
Sous le marbre funebre où je veux reposer.
Couvrez-les de parfums ; et pleurant ma mémoire ,
De mon funeste amour gravez ainsi l'histoire :
Le tendre Lygdamas , digne d'un sort plus beau ,
Privé de Nééra , descendit au tombeau. ”
Par le citogen CLOTTÉREAU .
CHARADE.
ENFANT du luxe et de l'orgueil ,
Mon premier va comme on le mene
Et mon second en demi- deuil
Jase souvent à perdre haleine .
Mon tout se plaît à l'hôpital ,
Aux champs de Mars est nécessaire ,
Et guérit quelquefois le mal
Qu'ont fait les duels et la guerre .
QUOIQU
ENIGM E.
UOIQUE filles de même mere
Nous différons par la couleur ,
La tournure et le caractere .
E'une a la parole légere ,
7
L'autre s'exprime avec lenteur.
Nous raisonnons beaucoup ensemble ,
Souvent juste , quelquefois faux.
Tour à tour le bas ou le haut
Nous désunit ou nous rassemble :
Ce n'est point en nous un défaut .
Nous aimons un peu qu'on nous flatte
Légerement , sans nous blesser.
Un souffle , hélas ! peut nous changer ;
Notre nature est délicate ;
En syncope on nous fait tomber.
Mais croira-t - on qu'il soit possible ,
Qu'étant faites pour les plaisirs ,
Au milieu des tendres soupirs
Il n'en seit qu'une de sensible !
Le fait est vrai : chacun le dit.
-1 Ja
Nous avous bien d'autres méthodes
12
( 147 )
Entre autres , nous suivons les modes ,
N'ayant pourtant qu'un seul habit.
Je vais dévoiler un mystere
Qui fait peu d'honneur à ma mere ,
Et fera rire à ses dépens .
Pour mieux s'assurer ses allures ,
Elle donne à tous ses amans
Les clefs de nos appartemens ,
Et nous entrons dans ses mesures .
LOGO GRIPHE.
Je suis fils de l'amour , la jeunesse est ma mère .
1
Mes parens m'ont permis le doux espoir de plaire .
Le plaisir est mou but , et l'hymen mon tombeau ,
Si son frere en ses mains ne remet son flambeau .
Je n'ose me montrer aux jours de la sagesse ;
Le ridicule alors punirait ma faiblesse .
Un sexe sans égards se plaît à m'afficher ;
L'autre met constamment ses soins à me cacher..
j'offre peu de rapports : cinq pieds forment mon être ;.
En les décomposant vous allez voir paraître
Ce qui sur quelques fronts remplace les cheveux ;
Un nom qu'on donne aux rois ; ces enfans trop heureux
Esclaves empressés de ma charmante Hélene ;
Ce qu'on voit à son doigt six jours de la semaine ;
Dans les brefs du saint pere un mot souvent placé
Et qui dans nos discours n'est jamais prononcé ;
Ce jeu que devant Troye inventa Palamede
Contre lequel les lois n'offrent qu'un vain remede ;
Le synonyme vieux de cette passion ,
Qui mit au camp des Grecs tant de division ;
Deux notes de musique ; un grain qui dans l'Asie
Des peuples malheureux soutient la triste vie .
Voilà tous mes rapports . Ne vous offensez pas ,
Beau sexe , si toujours je vole sur vos pas .
Ouvrage de vos yeux , de votre doux sourire ,
Ma place est dans les coeurs soumis à votre empire.
Eplication du mot du Logogriphe du No. 94 .
Le mot est Tabatiere , où l'on trouve tiers , biere , rat , et , iré, traité,
r , bette , biere ( liqueur ) , trait,
K
( 148 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Tues sur la réformation des Lois civiles , suivies d'un plan et d'une
classification de ces Lois ; par Jean - Pierre Agier , président du
tribunal du ' second arrondissement du département de Paris :
brochure in-80 . , chez Leclerc , libraire , rue
la rué aux Ours , nº . 254. Prix , 1 liv. Saint -Martin , près
pour Paris ,
2 liv. 5 sols , franc de port , pour les départemens.
UNE
et
E Loi du 24 août 1790 déclarait qu'il serait fait un code
général de Lois simples , claires et appropriées à la Constitution .
C'est dans cet esprit qu'a travaillé le citoyen Agier. En effet ,
quoique cette Constitution ne soit pas encore faite , il n`a eu
besoin que de se conformer fidellement aux principes généraux
déja reconnus pour devoir en être les fondemens , et ces principes
sont la Liberté et l'Egalité : on va voir qu'il les a eus
constamment devant les yeux .
: Il partage en trois classes la matiere des Lois civiles les
successions ab intestat , les dispositions soit entre vifs , soit à
cause de mort , et les droits des conjoints .
Convaincu que , si l'inégalité des fortunes est dans la nature
des hommes et des choses , elle n'en est pas moins naturellement
ennemie de la liberté politique et de l'égalité civile ;
il en conclud , en homme sensé , qu'il faut laisser à des insensés
qui ne méritent pas de réponse , la chimere du nivellement
des fortunes ; mais que de sages législateurs doivent
chercher tous les moyens legitimes de restreindre dans de
justes bornes cette inégalité nécessaire en elle - même , et de
plus utile à l'émulation , à l'industrie , au commerce , aux
arts , quand elle n'excede pas la mesure , mais dont l'exces est ,
dans l'ordre social , un fieau et une monstruosité .
C'est à combattre ce fleau qu'il veut employer les nouvelles
dispositions des Lois civiles . Il a lu dans le judicieux Mably
qu'une bonne législation doit continuellement décomposer
et diviser les fortunes , que l'avarice et l'ambition travail-
, lent continuellement à rassembler. Ce principe est sage.
et fécond ; car si la volonté générale ne peut êter à chaque
individu ses passions et ses facultés , elle peut jusqu'à un certain
point les tourner vers le bien commun , saus attenter
aux droits particuliers . La propricté est sans doute sacrée et
inattaquable ; mais il y a un moment où elle échappe à l'homme
qui en est le plus jaloux : ce moment est celui de la mort.
Le droit de tester , jusqu'ici presque illimité , n'est point
fondé sur la loi haturelle vous pouvez disposer comme il vous
plait de ce qui est à vous , tant que vous le possédez ; mais
vous ne sauriez dire cette propriété qui est la mienne sera
:
༥
( 149 )
celle de tel autre , quand je ne serai plus . De quel droit
le diriez-vous ? Il faudrait pour cela que vous pussiez conserver
un pouvoir ou une possession quelconque au- delà de l'existence
, sans laquelle il n'y a rien. Il est bien vrai que nul n'a
un droit plus légitime aux biens du pere et de la mere que
les enfans qui en sont nés , et qui sont , pour ainsi dire , leurs
représentans naturels ; mais ces biens ne sont pas à eux par
un acte de votre volonté qui les leur transmelte : c'est en
vertu d'un principe de justice naturelle que la loi , qui en est
l'interprête , assure à vos enfans sur votre héritage des droits
que personne n'aurait aussi légitimement qu'eux et sur ce
point la volonté générale s'est expliquée en conséquence de
l'intérêt général et du voeu commun , qui exige que les enfans
soient nourris par leurs pere et mere , et jouissent de ce que
ceux- ci ont fait pour eux : c'est la volonté générale , la loi ,
qui assure et protege cette jouissance ; elle a donc aussi le
droit de la restreindre et de la subordonner à l'intérêt de
tous . C'est ici que commence l'action du législateur sur les
propriétés transmises , et Montesquieu lui-même l'a reconnu .
La loi naturelle ( dit - il ) ordonne aux peres de nourrir leurs
,, enfans ; mais elle n'oblige pas de les faire héritiers . " Aussi
nos Lois civiles permettaient l'exhérédation , à la légitime près ,
ce qui revient à l'obligation de nourrir.
•
J'ai développé cette theorie beaucoup plus rigoureusement
que l'auteur , parce qu'elle est nécessaire pour arriver à son
plan , qui en est la conséquence , et qui est encore une des
idées de l'excellent publiciste Mably . Ce plan tient à la Loi
d'adoption , que l'auteur suppose établie , et qui ne peut man
quer de l'être , puisqu'elle semble universellement approuvée .
Cette Loi ne saurait être coactive , elle ne peut être pa ellemême
que facultative ; et l'on peut craindre , avec raison
que des intérêts privés et de petites passious ne diminuent
beaucoup le bienfait de cette Lei , d'autant plus précieuse
qu'en disséminant les fortunes , elle étendrait les liens de la
fraternité civique , sentiment doux qui tient à celui de la
liberté ; car si les esclaves sont égoistes , les hommes libres
doivent être freres . L'auteur pénétré de ces vérités qui parais
sent être dans son caur , voudrait que tout homme sans
,, enfans , ayant assez de bien pour en élever trois , fut dès-
,, lors tenu d'en adopter trois , sauf le seul cas où il aurait
" trois freres ou soeurs , ou des neveux et nieces qui les repré-,
,, sentent ; que celui qui , avec la même fortune , aurait des
,, enfans , mais moins de trois , fut également tenu , dans
,, tous les cas , d'en adopter ce qu'il faut pour atteindre ce
,, nombre ; que s'il mourait sans avoir satisfait à cette obli-
,, gation , il y fût suppléé par une délibération de famille . 19
Il propose que toute personne qui n'a point d'enfans
,, ni de freres et soeurs au nombre de trois pour le moins ,
" ou des neveux et nicces qui les représentent , soit tenue de
K 3
( 150 )
se donner un enfant adoptif, si elle a en biens fonds 800 I.
de revenu net non viager , ou en quelques biens que ce
soit 1200 liv . de pareil revenu . Si la personne est mariée ,
la quotité de revenu qui l'oblige d'adopter un enfant sera
" double , c'est - à - dire , de 1600 liv , en biens fonds et de
2400 liv. en tout autre bien . ,,
Il s'attend bien ( et avec trop de raison , d'après nos moeurs
actuelles , ) que beaucoup de gens ne voudront pas se retrancher
quelques petites jouissances de luxe ou de commodité.
pour sacrifier trois ou quatre cent francs par an au plaisir
de faire un heureux et de se donner un enfant de son choix ,
Mais du moins à l'instant de la mort l'adoption aura lieu , et
c'est la patrie qui sera la mere des orphelins : il n'en coûtera
qu'une partie d'un bien , sur lequel des collatéraux éloignés
n'ont aucun droit réel , dont ils peuvent même n'avoir pas
besoin , et qui , dans le fait , n'appartenant à personne , ne
peut pas être mieux employé qu'en faveur des enfans pauvres
dont l'Etat doit être le perc ,
Mais n'est-il pas permis d'espérer qu'à mesure que la fraternité
civique fera des progrès , et que les besoins du coeur
gagneront en raison de ce que doivent perdre les besoins de
convention qui déja diminuent sensiblement tous les jours
on sentira davantage la douceur si naturelle et si pure d'être
le bienfaiteur de l'enfance ? Cet âge est si aimable ! il lui est si
facile de toucher et d'intéresser seulement par les graces de
sa faiblesse et le charme de son innocence que doit- ce être
si l'on y joint le sentiment de la pitié pour un âge qui ne
saurait s'en passer , qui l'appelle à tout moment comme par
instint , et qui ne se fait entendre que par ses cris et ses caresses
Non , il ne peut encore y avoir long - tems des coeurs
insensibles à ce langage. Si l'on trouve que l'auteur a peutêtre
été un peu rigoureux dans la quotité qu'il a fixée pour
les célibataires ( quoiqu'encore une fois il n'y ait point de ri-
'gueur envers les morts , et qu'elle ne tombe que sur des hoirs
très - éloignés ) , on ne se plaindra pas du moins qu'il ne respecte
pas les complaisances si légitimes de l'amour paternel ,
Voici comme il s'exprime à ce sujet : l'amour paternel a
⚫ de grands droits . Un pere ne veut pas seulement assurer la
31 subsistance de son enfant , il veut lui procurer l'aisance
et nous devons approuver et respecter ce desir que la nature
imprima dans son ame . Si donc nous exigeons d'un homme
ayant des enfans qu'il en augmente le nombre la
par Voye
de l'adoption , ce ne sera que lorsque la fortune qu'il doit
leur laisser dépasse visiblement le taux qui paraît nécessaire
‚ à leur bien-être . D'après ce principe , j'estime qu'une per-
» sonne qui , ayant deux enfans , se trouve posséder en biens
,, fonds 18,000 liv. de revenu net non viager , ou en quelques
biens que ce soit 27,000 liv . de pareil revenu , doit être
tenu d'adopter un troisieme enfant ; que celui qui n'ayant
99
( 151 )
, qu'un seul enfant jouirait d'un revenu net de 12,000 Tiv. ,
" ou de 18,000 liv . dans les qualités ci-dessus , doit être tenu
d'adopter un deuxieme enfant ; mais que ceux dont la for
9 tune n'atteindrait pas ces proportions , quoique n'ayant
" qu'un seul enfant , ne doivent être obligés d'en adopter au-
" cun ; et dans cette classe il faut ranger les personnes qui ,
n'ayant point d'enfant naturel ou légitime , en auraient
" adopté un pour satisfaire à la loi il me semble que cette
fixation concilie l'intérêt de la société avec le voeu de la
1 nature . "
Et sapit et mecum facit , et jove judicat æquo .
Je ne crois pas qu'il y ait un meilleur moyen de remédier au
vice de la trop grande inégalité des fortunes . Cette loi aura encore
un autre effet très - heureux , c'est de multiplier les mariages ,
et de rapprocher les hommes du premier but de cette union
qui est la propagation de l'espece , autant qu'ils s'en éloignaient
auparavant par avarice ou par vanité . On sait que ces deux
passions destructives tuaient les générations dans leur germe ,
et il est digne de la liberté de nous ramener par de bonnes .
lois aux moeurs de la nature . Je ne crains qu'une chose , c'est
le malheureux esprit d'exagération qui regne aujourd'hui , et
qui gâte tout. Rien n'est plus commun que de vouloir enchérir
, ou sur la raison , ou sur la sottise . Si un homme sensé
propose , pour le bien commun , une chose raisonnable , le
charlatan , pour se faire valoir , se pique d'aller au-delà , passe
la mesure du bien , et l'anéantit. D'un autre côté , si un fou se
fait applaudir en proposant une extravagance , un autre fou
couvre l'enchere pour être applaudi davantage ; ce qui ne
manque pas d'arriver. L'auteur dit quelque part , que nous
n'avons point de caractere . Je crois qu'il se trompe : nous avons
très - notoirement et très - anciennement celui d'une prodigieuse
vivacité d'imagination , qui ne s'arrête plus dès que le premier
mouvement est donné , et qui fait que nous ne connaissons
les milieux , c'est- à- dire la raison , qu'après avoir épuisé les
extrêmes , c'est-à - dire la folie . Il me serait très-facile , mais
il serait ici beaucoup trop long de faire sous ce rapport l'hisboire
du caractere français , et de prouver qu'il a été tel dans
tous les tems , et sur- tout aujourd'hui . Le Français a de tout
mais il est sujet à avoir du trop en tout, N'avons-nous pas été
long- tems extrêmes dans la servitude et les préjugés ? Nous
sommes depuis quelque tems extrêmes dans la liberté et la
philosophie. Heureusement ce dernier excès est infiniment
moins durable que l'autre : celui - ci est lethargique ; il endort
les esprits qui sommeillent long- tems ; l'autre est violent et
impétueux ; il trouve bientôt son terme , et nous y touchons .
Il y a plus cet excès était nécessaire tant qu'il a fallu com
battre pour établir la République , et voilà pourquoi les bons
citoyens se contentaient de le tempérer , sans jamais vouloir
KA
( 152 )
le détruire . Aujourd'hui , il tuerait la République , comme il
a tué la Royauté. Il ne nous faut plus que de la fermeté et
de la raison . C'est ainsi que nous obtiendrons la paix intérieure
et extérieure , et que rnous aurons un bon gouvernement.
C'est le voeu de tous les vrais citoyens , et il sera
rempli .
Je desire donc bien sincerement que lorsqu'on traitera la
question de l'adoption et des Lois vraiment patriotiques que
le cit. Agier présente ici comme des conséquences de l'adoption
, on ne se saisisse pas de ses idées pour les outer ; ce
qui serait le seul moyen de les rendre inutiles ; car les Lois qui
forcent la nature des choses ont le plus grand de tous les défauts
elles sont inexécutables . :
Le reste de l'ouvrage contient des idées de réforme sur les
actes testamentaires et matrimoniaux , sur les droits réciproques
des époux dans le partage des biens , sur la tutelle des
mineurs , etc. La plupart avaient été déja proposées ; mais
elles sont discutées avec clarté et simplicité
instructives .
et les notes sont
GÉOGRAPH LE.
Le citoyen Desnos , ingénieur - géographe pour les globes et
spheres , et libraire des états de Danemarck , à Paris , rue St.-
Jacques , no . 254 , annonce aux personnes qui ont acquis sa
carte de France en quatre grandes feuilles , divisée en 23 divisions
militaires , pliée et encartonnée en forme d'Atlas in -4 ° .',
et qu'ils ont payée 15 liv. , qu'il vient d'y ajouter une autre
carte de France divisée en 84 départemens , et enluminée de maniere
à faire voir la position des huit armées de la République
Française . Cette nouvelle carte , d'une feuille , ne se vendra
que 2 liv. à ceux qui auront acquis celle en quatre feuilles ,
encartonnée, avant qu'elle fût jointe à la seconde carte dont il
s'agit ; il annonce aussi aux souscripteurs de l'Atlas de France
en six grandes feuilles qu'ils ont payé 27 liv . broché , qu'ils
pourront se la procurer au même prix de 2 liv. pour la joindre
à leur exemplaire.
J
Autre carte de France en deux feuilles ployées et encartonnées
pour être en poche , que le citoyen Desnos a toujours
vendue liv . avec la petite carte destinée à suivre la marche
des armées françaises dans l'Allemagne et les Pays - Bas , par
le citoyen Lartigue , ingénieur , ne se vendra que & liv. avec
la petite carte enluminée qui indique la disposition de nos
huit armées .
Le catalogue des ouvrages géographiques du citoyen Desnos
se distribue gratuitement.
*
( 153 )
GRAVURE.
Portraits des généraux Custines , etc .; d'Athanase Auger ,
traducteur de Démosthènes et de Cicéron ; d'Horne -Tooke ,
David Williams , philosophes anglais ; de Condorcet , Garran ,
T. Paine , Fauchet Pétion , Pelletier Saint- Fargeau , Mercier ,
Robespierre , Fabre d'Eglantine ) , Marat , Danton , Brisset ,
Gensonné , Barrere , Cloots , députés à la Convention nationale ;
de Kersaint , ex- député ; d'Ankastrom , le Brutus Suédois ; de
Roland , ex- ministre de l'interieur ; de Cérutti , auteur de la
Feuille villageoise , et de Claviere , ministre des contributions
publiques peints par F. Bonneville , et gravés par les meilleurs
artistes. Prix , 20 sous chaque bonne épreuve . A Paris ,
chez l'auteur , à l'imprimerie du Cercle- social , rue du Théâtrefrançais
, no. 4...
La collection se continue .
1
ANNONCES ET NOTICE S.
Essais sur divers sujets de physique , de botanique et de minéra
logie , ou traités curieux sur les cataclysmes , les révolutions
du globe , le principe sexuel et la génération des minéraux :.
composés à Richmond en 1787 , par Charles Pougens , de
plusieurs académies . A Ferdinand Mazzunti . De l'imprimerie
de Goujou , à St. - Germain-en- Laye , rue des Récollets ; et se
trouve à Paris chez Desenne , nos . 1 et 2 jardin de l'Egalité.
Brochure in-8° . , nouvelle édition .
On a rendu compte l'année derniere de ce petit ouvrage ,
qui fait honneur aux connaissances de l'auteur , et qui est écrit
avec intérêt et imagination.
212
Des qualités et du devoir d'un instituteur public ; par Pierre-
Vincent Chalvet , de la société nationale des Neuf- soeurs , à
Paris ; et de celle des Amis de la République , à Grenoble .'
Brochure in - 8 ° . Chez la Villette , libraire , rue du Battoir ,
no. 8.
P
On rendra compte de cette brochure dont l'auteur montre
de bonnes intentions , mais dont le sujet est bien au - dessus de
ses forces.
Zéna , ou la Jalousie et le Bonheur , rêve sentimental ; par
M. L. Villeterque. Seconde édition , brochure in-8 °. , de l'imprimerie
de Didot jeune . A Paris , chez Belin , libraire , rue
St.-Jacques , no. 21 ; et Magimel , quai des Augustins , nº . 73 .
1
$
Principes fondamentaux du régime social , comparés avec le plan
de constitution , présenté à la Convention nationale de France
par lean- Baptiste - Moyse Jollivet , ex - député à l'Assemblée lé-
211
( 154 )
gislative . Prix , 2 liv .; chez l'auteur , rue Jacob , n ° . 3 ; et chez
Aubry et l'Esclapart , libraires , rue du Roulle .
Nous reviendrons sur cet important ouvrage qui mérite d'être
médité par les bons esprits .
Nouveau siecle de Louis XIV , on poésies anecdotes du regne
et de la cour de ce prince , avec des notes historiques et des
éclaircissemens . Quatre volumes in -8 ° . A Paris , chez Buisson ,
libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
Les Français ont été de tout tems une nation chansonniere ,
et tous les événemens publics , soit ceux de la société qui étaient
P'histoire du jour , soit ceux du gouvernement qui étaient
l'histoire pour la postérité , ont fourni à la gaité française des
couplets et des épigrammes . Ce n'est donc pas un projet mal
conçu de chercher nos annales politiques dans cet amas de
poésies fugitives , éparses dans les recueils de tout genre , conservés
par les curieux. Il s'agissait d'y mettre un ordre exact ,
de saisir avec justesse le rapport de chaque fait à la piece dont
il avait été l'occasion , de bien connaître les personnages , et de
choisir les bonnes sources : c'est ce que les rédacteurs ont
parfaitement exécuté. Ce recueil , qui peut tenir lieu de taut
d'autres , ne ressemble en rien à la plupart des compilations
de ce genre , qui ne sont que des monumens d'ignorance et
de sottise . On a rassemblé sur chaque personnage principal
ce qu'en avaient dit les meilleurs memoires. Ou y a mis du
choix et de la précision , et l'on s'apperçoit bien que ce
été fait
pas .
des manoeuvres de librairie , mais
par
des gens de lettres .
vail n'a
15
trapar
Politicon , ou choix des meilleurs discours sur tous les sujets
de politique , traités dans la premiere Assemblée nationale de
France ; avec une analyse historique et critique des motions
et opinions sur les mêmes sujets. Ouvrage enrichi de portraits
gravés par les meilleurs maîtres . Par L, S. de Balestrier- Canillac .
Tome V , VI et dernier. A Paris , chez Laurent , libraire , rue
de la Harpe , no. 18 ; Lacloye , à l'Orme- St. - Gervais , et chez
les principaux libraires du royaume. Prix des six volumes
26 liv. pour Paris , et 28 liv. franc de port pour toute la
République.
I
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA RUE FEYDIA U,
La troupe du Marais a représenté dernierement avec succès ,
sur son théâtre , une comédie en cinq actes , intitulée les Bi»
( 155 )
sarreries de la fortune . Elle a joué depuis cette même piece sur le
théâtre de la rue Feydeau , avec un succès égal , quoique devant
un publie tout différent ce qui atteste son mérite réel.
น
Cette piece , toute - d'intrigues , ne peut guère être analysée
sans nuire au plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vue. Nous
nous contenterons de dire que le héros est un jeune homme
qui ayant voyagé pour faire fortune et être en état d'épouser
une veuve dont il était amoureux , n'a rapporté de ses voyages
que beaucoup de connaissances et de philosophie . Il est éconduit
par la veuve avare , à l'entrée de la nuit qu'il est oblige
de passer au pied d'un arbre , au milieu d'une forêt . Il ne
trouve d'hospitalité qu'auprès d'un pauvre garde- chasse et de
sa fille dont il devient amoureux et qui se prend pour lui
d'un même intérêt. Bientôt il est arrêté comme voleur , puis
reconnu innocent , puis possesseur d'une somme de 500 mille
liv. , qu'il est obligé de rendre ; mais il finit par être heureux
et faire le bonheur de tout ce qui l'entoure .
?
1
*
Cette piece , adroitement intriguée , est écrite avec beaucoup
d'élégance et de naturel ; on a pu y reprocher quelques développemens
qui nuisent à la rapidité de l'action , mais qui
sent rachetés par des détails agréables.
% Cette piece est de Tréogate , auteur d'un autre ouvrage qui
a joui d'un grand succès au théâtre de Moliere , et qui est plein
d'imagination : c'est le château du diable .
Celle , dont nous rendons compte , est fort bien jouée par
tous les acteurs, La jeune Masson , entr'autres , y montre beaucoup
de talent et de sensibilité.
Une autre bisarrerie assez piquante , c'est que la troupe du
Marais vienne jouer quelquefois sur le théâtre de la rue Feydeau
; mais , après s'être étonné de cet arrangement , on finit
par le trouver raisonnable.
Cette troupe , placée si loin du centre de Paris , n'est pres
que pas connue du plus grand nombre des habitans de cette
ville , et eile vient elle -même se soumettre à leur examen
qu'elle est en état de soutenir . '
•
3!!། ”
WOND
T
Quant au théâtre Feydeau , composé d'une seule troupe
de chant , il ne saurait mieux faire que d'offrir au public un
surcroît d'acteurs et de pieces agréables , et d'ajouter ainsi à ses
autres avantages , celui d'une plus grande variété ,
MERCURE
HISTORIQUE ET
POLITIQUE ,
1. 911 97
red suraj ne ▲ L LEMA G N F.
LIMPY
*
Posh De Hambourg , le 7 mai 1793.
لاملا يه ا
90
>
et
IMPERATRICE de Russie vient de quitter le deuil pris le
26 mars , et qu'ell
' elle a porte pendant un mois , ainsi Aye toute
sa cour , à l'occasion de son frere , le prince régnant d'Auhalt
Zerbst , général au service de l'Autriche , décédé le 3 mars
à Luxembourg , dans sa 55. année. Ce prince n'ayant point
laissé d'enfans , la branche de Zerbst s'éteint en sa personne ,
et c'est aux autres de la maison d'Anhalt que passent ses
possessions féodales , en vertu des constitutions Germaniques.
Il est fâcheux que Catherine II ne puisse en disposer ; peutêtre
en aurait- elle fait présent à M. d'Artois , quis en a déja
grand besoin et qui court risque d'en avoir encore plus grand
besoin un jour , pour peu que la nouvelle République Frane
çaise se consolide au reste l'ancien propriétaire de Lagatelle ,
en attendant quelque chose de plus solide , jouit à Pétersbourg
de tous les agrémens qu'on s'empresse de lui procurei
qu'on croit lui devoir en sa qualité de prince : il est accompagné
de l'évêque d'Arras , du comte d'Escars et du baron de
Roll , le même qui a joué à Francfort , auprès du roi de Prusse,
le personnage d'ambassadeur de Monsieur , régent d'un reyaume
in partibus Reipublica. Messieurs de Vauban et plusieurs
autres émigrés sont encore venus depuis peu grossir son cortége.
C'est vraisemblablement la troupe des fugitifs la moins à
plaindre , car les principaux ministres et officiers Russes lu
donnent successivement de grandes assemblées et des soupers 1
brillans ces fêtes , dont la partie de la Pologne dérmembrée
fera les frais , ont lieu tantôt chez les ministres d'Ostermann
et Besborodko , tantôt chez le général Soltikow , le comte de
Stroganow, les ministres de l'empereur et de Suede . Le depart
de M. d'Artois semble dépendre de l'arrivée d'un courier impatiemment
attendu de Londres ,; les engagemens ou le cabinet
de Pétersbourg doit entrer avec les princes Français devant bo
eux-mêmes se régler sur les opérations futures à concerter de
l'agrément du cabinet Britannique , l'un des plus attachés à la
coalition .
+
Le nouveau traité de commerce, conclu à Londres le 28 mars
entre la Russie et la Grande-Bretagne , a été apporté le 15 avril
par un courier : il est revêtu des signatures du comte Semen
Romanowitsch- Woronzow et du secrétaire d'Etat lord Gren157
)
ville ; on en a pris les bases dans celui de 1766 , stipulé pour
vingt ans , et qui avait laissé les choses sur l'ancien pied depuis
1786 , quoiqu'il n'eut pas été renouvellé dans le tems ; des
orages passagers survenus entre les deux puissances l'ayant
suspendu . On n'attend que la ratification et l'échangé du nouveau
traité pour le publier ; la Russic a , dit-on , acheté le
silence de l'Angleterre sur le dernier partage de la Pologne
par des dispositions encore plus avantageuses que dans le
precedent ; c'est ce qu'on verra . Si la chose est ainsi , la Grande-
Bretagne pourra dire tout est gagné , hormis l'honneur et la
justice ; mais c'est ce dont les cours s'inquiétent le moins
aujourd'hui .
159
k
:
32
L'ambassadeur de Russie a remis le 18 avril à la généralité
de Grodno la sommation de rétablir dans le plus court dé
lai le conseil permanent cassé par la diete ; il a résulté de
cette demande impérieuse un vrai schisme : tous ceux qui
voyaient dans cette mesure un attentat à la liberté de leurs
opinions , et parmi ces refractaires on compte plusieurs Polonais
ci - devant trop dociles à la Russie , mais qui se lassant
enfin de porter un joug qu'on aggrave de jour en jour , ont
quitté la séance , après avoir eu recours à d'inutiles protestations
; mécontens de cette résistance les Russes oont séques.
tré le lendemain même les biens de l'Hetman comte de Rzewsky
et ceux du substitut maréchal de la couronne Walewsky. Les
rebelles , car c'est ainsi qu'ils les nomment , n'en sont pas
quittes pour cela ces chefs de la confédération de Targowitz ,
recevant enfin le prix du mal qu'ils ont fait à leur patrie , sont
poursuivis au criminel par devant les juges de la confédération...
:
Depuis , le général Russe Ingelstrom a mis un embargo sur
les navires chargés de grains qui descendent la Vistule pour
arriver à Dantzick ; il y en a deja plusieurs centaines d'arrêtés
près de Maroczin , à l'embouchure du Narew à quelques milles
de Varsovie , et là on a élevé deux batteries sur chaque rive de
la Vistule . On croit que cette terrible douane a pour but de
forcer la diete Polonaise à faire promptement aux puissances
co-partageantes la cession formelle des contrées envahies , et à
sanctionner la forme de gouvernement prescrite par les cours
de Pétersbourg et de Berlin . La Pologne va se trouver réduite
à 4000 et quelques cents lieues quarrées ; le calcul fait monter
à 4300 ce que la Russie en a pris , et à 2100 ce qui en est passé
sous la domination Prussienne . L'Autriche aura définitivement
'les palatinats de Cracovie et de Sendomir ; cependant il court
un bruit assez singulier , c'est que le ministre de l'empereur a
fait êter les armes de son souverain de devant son hotel , et a
quitté Varsovie sans aller à Grodno.
On assure que 20,000 hommes de troupes Polonaises , qui
se trouvaient dans les provinces où les Kusses sont entrés ,
'ont prête serment à la Czarine , et qu'ils formeront un corps
( 158 )
séparé sous la dénomination de division de l'Ukraine , cepen
dant la garnison de Kaminieck a beaucoup balancé à se rendre ;
mais enfin elle l'a fait , et les Russes sont entrés le 20 dans
cette forteresse importante . L'impératrice ne s'est point
ravisée sur le compte des Français , auxquels il est toujours
également défendu de séjourner dans ses Etats , à moins qu'ils
ne prêtent l'horrible serment qu'elle exige d'eux . Mais elle
s'est radoucie en faveur des Juifs . Ils ont obtenu , sans doute
à force d'argent , de demeurer en possession de toutes leurs
libertés et priviléges , soit par rapport à la religion , soit relativement
à leur état civil. Cependant tout citoyen sera obligé
de prêter le serment de fidélité et d'obéissance ; ceux qui s'y
refuseront pourront vendre leurs biens et se retirer dans un
autre pays : il leur sera accordé à cet effet un terme de trois
mos si après cette époque ils ne se sont pas décidés sur le
parti qu'ils veulent prendre , leurs biens seront confisqués au
profit du trésor public .
11
Le comte Potocki , principal chef de la confédération de
Targowitz , se trouve trompe , comme les autres , dans l'espoir
qu'il avait ou feignait d'avoir conçu de l'indépendance de sa
patrie et de la conservation de son intégrité . Il n'est que trop
à portée de voir aujourd'hui quelle sorte de fond l'on peut
faire sur les promesses des souverains , quand leur intérêt leur
dicte d'y manquer . Probablement il ne reverra jamais Varsovie .
Mais la majeure partie de ses biens immenses étant située
dans la partie dont la Russie vient de prendre possession , il
s'y fixera , dit- on , avec les remords d'un crime sans succès ,
et le chagrin de se voir vassal , lui qui s'est vu souverain .
Peut-être quelque jour une main vengeresse affichera - t- elle à
la porte de ses châteaux le juste arrêt de la postérité , contenu
dans cette inscription : vendidit hic auro patriam .
ajoute que le faible Stanislas se meurt de chagrin .
----
On
On mande de Copenhague , en date du 30 avril , que M.
Diwoff , chambellan et conseiller privé de l'impératrice de
Russie , y est arrivé de Stockholm où il était alle porter auau jeune
roi de Suède l'ordre de Saint- André de la part de sa souve
raine . Ces mêmes lettres ajoutent qu'il y a depuis une quinzaine
de jours , dans cette capitale , trois Français menant une
vie très - retirée ; ils ont une grande quantité de bijoux mis en
couvre et très -précieux . Ces mystérieux voyageurs font des
achats considérables de grains qu'ils paient comptant ou avec
de bonnes lettres de change . D'ailleurs ils entendent que
ces grains soient transportés en France à leurs frais , risques
et périls . ( "
L'intendant général de police à Lisbonne a fait notifier à
tous les consuls des nations étrangeres , que dorénavant tous
les passagers abordans en Portuga Portugal sur des vaisseaux danois
devaient
at se trouver munis de passe- ports de mipistres
ou consuls Portugais residans aux lieux du départ
Qu autres , *
( 159 )
que ces passe-ports devaient présenter les noms , les lieux do
maissance , les professions , les vues des passagers ; que sans
cela ils seraient exposés à se voir arrêtés dès l'instant même
de leur débarquement .
On ne blâme point , continuent les mêmes lettres , ces précautions
peut-être excessives du Portugal , mais on est trèsmécontent
de l'intention secrette de plusieurs papiers de nous
brouiller avec la France , en annonçant , d'après des avis reçus
de Brême , qu'un vaisseau danois , venant de Gallipoli , et
destiné pour Pétersbourg , a été enlevé par un corsaire Français
il est possible que cela ne soit pas , et quand bien même
cela serait , tout s'arrangerait encore à l'amiable , car la France
ne refuserait sûrement pas de donner satisfaction , s'il y a lieu ,
et d'empêcher que ces sujets de plainte ne se renouvellent.
Nous voulons rester en paix , et la Suede le veut aussi . Dernierement
, des commissaires de notre cour et de celle de
Stockholm se sont transportés sur les frontieres de Norwege ,
pour y fixer définitivement les limites respectives .
L'objet dont il est question dans l'article suivant intéresse
trop la vie et la fortune des navigateurs , pour ne pas le faire
connaître de la maniere la plus circonstanciée.
'Avis aux navigateurs , donné par le conseil d'économie et de com- ` ..
merce de Copenhague.
Par ordre du gouvernement Danois ,> il a été érigé , à la
plus haute pointe sur l'isle Sulta , dans le bailliage de Fosen ,
gouvernement de Drontheim en Norwege , une tour haute de
24 pieds, sur un diametre de 18 pieds , enduite de blanc , pour
servir de point de reconnaissance aux navires qui dirigent leur
cours au nord des isles Smuelen , Stitteren ou Fioien , ou qui
sont déroutés par le vent ou les courans au nord de ces isles ,
ou bien qui viennent du nord , tant de l'Océan que de la mèr
de Frue.
Lorsque les points de reconnaissance sur terre ou sur les
rochers reconnaissables , tant sur lesdites isles , que sur le
continent , ou par leur éloignement d'ici , ou par les brouillards
, seront inappertevables du côté de la mer , cette tour
servira tant à déterminer le cours à l'aide de la carte , qu'a fait
publier la direction des archives des cartes marines d'une
partie de la côté de Norwege , contenant l'embouchure de la
riviere de Drontheim , avec ses isles et ses écueils qui l'environnent
, dont la description qui y appartient donne les éclair
cissemens. On peut s'attendre , au reste , à un avis ultérieur
sur la hauteur de la roche qui sert de base à la tour en question
, de maniere à en calculer la distance d'où elle sera perceptible
à la mer.
Plus d'incertitude sur la neutralité de la Suède qu'on avait
annoncée comme prête à se joindre à la Russie et l'Allemagne
contre la France , en citant avec emphase ses armemens , tant
1
( 160 )
par terre que par mer ; ils n'ont d'autre but que
de protéger
la neutralité que cette cour veut continuer à garder : les
dernieres lettres de Stockholm , nous en fournissent la
preuve , en citant celle que M. le comte de Loewenheim , envoyé
extraordinaire de la Suede à la Haye , a écrite à M. Hasselgreen
, agent de la même cour à Amsterdam .
Je m'étais flatté , monsieur , que le public aurait été parfaitement
tranquillisé dès qu'il aurait eu connaissance de ce que
vous avez publié le 5 mars dernier , d'après les ordres du chancelier
d'Etat , M. le baron de Sparre ; savoir , que notre roi
était résola d'observer , pendant la guerre actuelle , la plus
exacte neutralité envers toutes les puissances belligérantes , et
qu'en conséquence , S. M. avait tout droit d'attendre de la
part de ces puissances , le respect pour le pavilion Suédois ',
conformément aux ordres qu'elle a donnés de respecter le leur .
Cependant , comme il se trouve à cet égard différentes nouvelles
et réflexions dans les papiers publics , et qu'on doit
peut- être encore s'attendre à d'autres , ( ce qui pourrait don
ner lieu à des erreurs , auxquelles on ajoute souvent plus de
foi qu'à ce qui est officiellement publié ) ; que principalement
la gazette de Haarlem ( autrement si estimée ) s'est expliquée
à ce sujet d'une maniere démésurée et sans fondement : j'ai
jugé nécessaire de vous munir , monsieur , de l'instruction
suivante , d'après les ordres directs que j'ai reçus de S. M..
afin de prévenir tout doute et incertitude sur cette affaire importante.
" Vous ferez donc connaître de la maniere la plus ostensible
à tous ceux qu'il appartiendra :
Que S. M. , notre seigneur et roi , est invariablement résolu
de maintenir , durant la guerre actuelle , la plus stricte
neutralité envers les puissances coalisées , ainsi qu'envers la
France. Que quelques circonstances qui se puissent présenter .
et quelques démarches que l'on fasse à cet égard , elles ne pourront
jamais engager S. M. , encore moins l'obliger ou forcer ,
à porter le moindre changement à cette résolution inébranlable
de sa part.
et sur
Que S. M. croit que cette résolution est fondée sur le
droit des peuples , sur l'indépendance de sa couronne
le pouvoir que tous ceux qui gouvernent ont de vivre en paix
et de faire jouir leurs sujets de cet avantage. Qu'ainsi le roi
veut observer pour son royaume une stricte neutralité à l'égard
des puissances belligerantes . Que comme S. M. a droit de
s'attendre au respect que les puissances se doivent réciproquement
pour leur indépendance cette ferme résolution de sa
part sera la regle de sa conduite envers toutes les puissances
quelconques , relativement au pavillon Suédois ; ne voulant que
suivre tranquillement et sans trouble le commerce qui convient
à son royaume et à ses sujets , etc.
99 Je vous autorise , monsieur , à donner à ma lettre toute la
publicité que vous jugerez nécessaire . ››
Le
( 161 )
Le duc-régent s'occupe beaucoup de l'armée , et fait aussi
beaucoup pour elle ; presque tous les régimens ont une
augmentation de paye , et tous ont d'autres uniformes . Le
camp qui doit se former dans notre voisinage ne sera rassemblé
que dans un mois ; c'est un objet qui fixe extrêmement l'at
tention , et sur lequel on s'epuise en raisonnemens divers . On
dit aujourd'hui , avec une sorte d'assurance , qu'aucun de nos
vaisseaux de guerre ne se mettra en mer , et qu'on n'y verra
que quelques- unes de nos frégates on continues à mettre la
-Finlande en état de défense ; on bâtit même sur les frontieres
de la Russie une nouvelle forteresse près de Willikala et d'Anjala
. Le baron de Nolken est rappellé de d'ambassade de
Londres pour présider le tribunal de la cour : c'est M. Bergstedt
qui le remplace en qualité de chargé d'affaires Le bruit
courait , il y a quelques jours , que le prétendu régent de
France est dans l'intention d'envoyer un agent à Stockholm
aussi- tôt qu'il saura si l'on veut le recevoir : attendra long-
C
-tems !
. ) 19
7
De Francfort-sur- le-Mein , le 14 mai.
..
Suivant les dernieres lettres de Vienne , la contribution
patriotique pour la guerre , faite à l'instar de celle de France ,
commence à ne plus aller aussi bien ; da Hongrie se trouvant
en ce moment assez abondante en numéraire , on se propose
d'y souvrir un emprunt à cinq pour cent de montant n'est
pas encore déterminé ; quelques personnes assurent même
que tant qu'il pourra rendre on ne le fermera pás . I fant
de Bargent à tout prix ; car cette guerre coûte beaucoup . La
-reprise des Pays- Bas est à elle seule une affaire de plus de
deux millions de florinsi Le prince de Cobourg en a fait
spasser les assignations ou mandats qui viennent d'être acquittés
dans la capitale . Il a aussi envoyé l'état des pertes que son
-armée a éprouvées depuis le 1er , jusqu'au 25 mars ; selon lui ,
selles s'élevent en tués , 4 officiers de l'état -major 27 autres
officiers , 1937 sous - officiers et soldats et 525 chevaux ; en
blessés , 90officiers de l'état-major , 80 autres officiers ; 2,833
> sous- officiers et soldats , et 1833 chevaux ; pris par l'ennemi ,
£ 2 officiers , 25 sous - officiers et soldats ; égarés , 3 officiers ,
450 sous- officiers et soldats . Au reste , il doit être bien dédommagé
de ces deux millions de florins , s'il est vrai qu'il ait
pris aux Français dans les Pays - Bas , comme on Fassure , des
magasins capables des fournir à l'entretien d'une armée de
100,000 hommes pendant six mois et que par conséquent
l'on évalue à plus de sept millionsteling isomer
François Il est toujours décide à pousser vivement dette
guerre . Il vient de nommer feld - mareebaux les généraux ' de
Wurmser, Clairfayt et Hohenlohe nomination dont il leur a
fait passer le diplome , signé de sa propre main . Quant à
l'armée de réserve ea Bohême , en voici les généraux , François
Tome III, L
'( 162 )
1
Kinsky , Guillaume Schroeder , Haan , Degenschild et Meles ;
ceux de l'armée dans le quartier de l'Inn , Joseph Kinsky ,
Terzy , Versay , Biela , Aufsets , Fabry , Pejachewich , Rirse ,
Heindendorf et Sebottendorf. On ne saurait dissimuler que >
ces noms sont avantageusement connus parmi les militaires.
Il a été expédié , le 21 avril , des couriers à Pétersbourg
et à Londres après une conférence entre les ministres de l'empereur
qui a duré toute la nuit. Rien ne transpire encore de
ces longues délibérations ; on soupçonne seulement qu'elles
pourraient avoir rapport à l'alliance offensive et défensive
conclue entre la Russie et la Prusse connue quelques jours
plus tard. Notre cour s'occupe aussi d'en former une avec
la Porte. Elle a besoin d'être sûre de cette puissance pour
achever tranquillement ses opérations dans la Pologne , et poursuivre
la guerre contre la France , sans craindre une diversion
qui l'embarrasserait beaucoup , lors même que l'impératrice
-de Russie , dont on peut croire que les intérêts particuliers
seraient consultés les premiers , voudrait bien l'aider à repousser
les Turcs , accoutumés à redouter moins les Autrichiens
que les Russes , depuis qu'an général Ottoman a été
sur le point de s'emparer de Vienne , et qu'il n'a pas fallu
moins que toute la valeur des Polonais d'alors , conduits par
Jean Sobiesky leur roi , pour sauver la capitale de l'Autriche ,
dont l'iugrate maison s'enrichit aujourd'hui des dépouilles de
ces mêmes Polonais aux ancêtres de qui elle dût son salut .
Le manifeste relatif à l'occupation des Palatinats de Gracovie
et de Sendomir est prêt à paraître .
li va y avoir du changement dans le corps diplomatique : on
destine au poste de la Haye le comte de Cobentzel , ambassadeur
à Pétersbourg , où le comte de Stahremberg doit le
remplacer ; l'ambassadeur actuel à la Haye sera envoyé à
Londres.
Le bruit court ici qu'on va nous amener le général Beurnonville
et les quatre commissaires de la Convention livrés par
Dumourier ; on avait d'abord cru qu'ils seraient échanges
contre des princes ayant voix délibérative à la diete ou autres
personnages importans , mais il paraît qu'on se ravise et
qu'on veut les garder comme ôtages qui répondront de la sûreté
des prisonniers au Temple.
Le quartier - général du Prince de Hohenlohe se trouve à
Kaysers-Leutern ; l'armée d'observation de Brunswick est à
Neustadt , et le corps de Wurmser a remonté le Rhin jusques
à Guemersheim et Rheinzabern .
On commence à parler aussi en Prusse de faire des dons
patriotiques pour la guerre ; ce qui annonce assez l'épuisement
du trésor de Frédéric - Guillaume : il n'est pas non plus sans
inquiétude sur la tranquillité de l'intérieur . Des lettres de
Breslaw du 5 mai , portent qu'il était survenu quelque mésintelligence
entre un garçon tailleur et son maître ; la police en
( 163 )
Prit conuaissance , et bannit de la ville ce garçon cela causa
du bruit parmi les camarades des autres maitrises , et la chose
alla même si loin qu'il fallut avoir recours à la force armée .
Quelques personnages ont perdu la vie dans cette émeute ,
plusieurs ont été blessés ; mais enfin tout est appaisé , grace
aux soins actifs des autorités . On craint si fort des complots
et des mouvemens intérieurs que la diete de Ratisbonne va
défendre les confrairies et les assemblées secrettes dans les
académies et universités , le comte de Pergen , lieutenant de
police de Vienne , en chasse tous les instituteurs Français ,
même les femmes , qui n'y demeurent que depuis 1790 .
Le siege de Mayence est commencé , mais il n'est pas prêt
de finir ; c'est à tort que l'on avait répandu que la disette
Ferait plus d'effet que le canon ; cette place est très -bien approvisionnée
, et pour long- tems . L'armée qui en fait la garnison
exécute presque tous les jours des sorties meurtrieres ; nous
apprenons aussi que l'on a fait passer , le 11 mai , 1100 recrues
à Landau ; comme l'avant-garde de l'armée française a protégé
leur marche , des gens mal instruits ont cru que cette
place était attaquée , et qu'on allait à son secours ; le fait
est que jusqu'à présent on n'a pas fait la moindre tentative
contre elle..
Dumourier est à Mergentheim en Franconie , où il passera
quelque tems , et il y est seul lors de son passage par notre
ville , ce général a publié une déclaration , dans laquelle il
nie d'avoir des liaisons avec le chef de la maison d'Orléans ou
Lgalité ; on sait que l'aîné , qu'il avait emmené dans sa fuite , est à
présent à Zurich , ainsi que Mde . de Sillery et les autres femmes
dont l'Assemblée nationale avait décrété l'arrestation . Le
canton de Berne qui commence à s'éclairer , et craint de se
brouiller avec la France , ne les aurait pas reçus ; on ignore
où ils vont il n'est pas vraisemblable que ce soit à l'armée
du prince de Condé ; on peut dire l'armée , car elle se réunit
encore une fois au nom et sous les auspices du prétendu régent
de France qui envoie M. de Polignac en qualité d'ambassadeur
à Vienne : tous les émigrés , entre 16 et 30 ans , sont
invités à se rendre au plutôt à leurs corps on leur annonce
une avance d'un mois de paye de 15 francs , et 6 liv. pour le
voyage ; on parle même de pourvoir à la subsistance des
femmes et des enfans .
:
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE,
M. Unterberger et quelques autres officiers d'artillerie , tous
Autrichiens , ont passé les premiers jours du mois à la Haye ;
ils sont chargés de tirer des arsenaux de Hollande la grosse artillerie
, qui doit servir au siége de Lille et de Valenciennes .
Le prince héréditaire d'Orange commande les troupes de la
République , an nombre de 12 escadrons et de 12 bataillons ,
-
L :
( 164 )
"
1
--
qui seront bientôt renforcés par d'autres corps , et particuliérement
par des compagnies de grenadiers qui n'ont pas encore
tejoint . Cette division campe depuis le 30 avril à Oosterhout.
Elle va se porter incessamment sur le Brabant. Un autre corps
de 7000 hommes est déja rendy , avec son artillerie , à Courtray
et dans les environs pour appuyer les opérations des Autrichiens
. De plus 4000 Hanovriens , commandés par le prince
Ernest d'Angleterre , se portent aussi vers la Flandre ; ils ont
passé dans la matinée du 25 avril à Bruxelles , Le stadhou
der a donné le 4 , aux membres du haut - gouvernement et à
plusieurs officiers , un repas somptueux à la suite duquel il à
remis au baron de Roëtzlaer , qui a courageusement defendu
Willemstad , l'épée d'or que le gouvernement lui a décernée .
Quant à M. de Byland , qui a rendu Breda , l'on dit qu'il sera
trop heureux d'en être quitte pour 25 années de prison dans le
château de Loevensteim . Le lendemain le comte de Merci-
Argenteau est arrive de Bruxelles ; il y est retourné après une
conférence avec le grand pensionnaire Van - der - Spiegel . On
ajoute qu'il doit se rendre à Londres , où se tiendra une assenblée
de ministres relativement aux affaires générales de l'Europe ,
et sur-tout sur ce qui concerne la France . Le lord Auckland
est , dit- on , rappellé à Londres , pour être employé dans le
-ministere , ou du moins admis dans le conseil. On vient de
punir à Rotterdam du fouet et de la marque et de douze annees
de détention dans une maison de force , le nommé Thome de
But de Beaumont et la femme Gondorf , qui , au mois de juin
de l'année derniere , avaient été dénoncés ministre de
France à la Haye , comme fabricateurs de fai
faux assignats. 1C
Le 29 du mois dernier , les députés Belges et le conseil de
Brabant sont allés complimenter l'archiduc Charles . La commune
de Genimappe lui a présenté son dou patriotique , pour
contribuer aux frais de la guerre le jeune prince -gouverneur,
la très-bien accueilli , quoiqu'il ne fut pas considérable . En genéral
il n'oublie rien pour se gagner l'affection du peuple precédé
d'une amnistie donnée par l'empereur , il tire encore habilement
parti de l'ascendant de la religion sur les Belges.
―
——
par le
6173
32
+
U
6.31:983 .
91 0
L'évêque d'Anvers vient de publier une espece de mandement
pacificateur où il déclame beaucoup contre les partisans
d'une fausse liberte dont le vain nom a égaré ses ouailles . Pour
donner plus d'effet à ces exhortations touchantes , un bataillon
du régiment de Hesse - Darmstadt et le bataillon des
grenadiers Wallons de Perez au service de la Hollande sont
entrés en garnison dans la citadelle. L'empereur a envoyé
à Mons des médailles d'or à distribuer à ceux qui se sont
le plus distingué par leur attachement à sa cause . 24 bâtimens
Anglais ont débarqué des troupes à Ostende où l'on
attend encore 1500 chevaux et 4000 hommes . Les remparts
de cette ville ont déja 40 pieces de canon en batterie . En
général on compte avoir incessamment 20,000 hommes dans les
---
"
--
I
ر
165
10s le commandement du due
Pays - Bas. La petite armée sous le commandement du ' due
d'Yorck" est établie à Courtrai ; mais il lui faudra des forces
plus considérables pour entreprendre quelque chose , car les
Français tiennent le Pont- Rouge et fortifient ce poste impor
tant. Le quartier général du prince de Cobourg est revenu
le 10 à Quevrain , parce qu'il y avait trop peu de logement
à Rombies . Le même jour des le grand matin le général avait
attaqué les Français occupés à construire six redoutes. Les
Français ont perdu beaucoup de monde dans cette action ,
plus de 200 prisonniers et un drapeau . Le 8 , l'armée
Française voulant débusquer les Autrichiens , les Prussiens
et les Anglais de leur position dans le voisinage de Condé ,
de Valenciennes et de l'Abbaye d'Hasnon les attaqua tous en
même-tems. L'affaire s'est engagée d'une maniere tres - sérieuse ,
et l'on s'est canonné depuis 5 heures du matin jusqu'à 8
heures du soir . Le plus fort de l'attaque a été dirigé contre
le corps que commandait le général Clairfayt auprès de Vicogne.
Les Français revinrent quatre fois à la charge avec beaucoup
de bravoure et furent repoussés quatre fois les Prussiens
leur reprirent une piece de canon perdue d'abord par les
Autrichiens . On assure que les Français retranchés au poste
d'Hasnon faisaient un feu continuel avec des pieces de 24 .
ANGLETERRE. De Londres , le 10 mai .
Il circule ici un bruit fort étonnant , et qui l'est d'autant
plus que des personnes qui se prétendent bien instruites paraissent
y ajouter foi , et veulent lui donner de la consistance :
on assure qu'il est arrivé des commissaires Français , chargés
de faire au ministere Rritannique des ouvertures de paix entre
la France et l'Angleterre . Voici l'explication la plus simple de
cette singuliere nouvelle ; c'est qu'on a appris que le ministre
des affaires étrangeres avait proposé au conseil exécutif ,
comme une mesure absolument nécessaire à la consolidation
du gouvernement républicain en France , de faire une tentative
à l'effet de détacher la Grande - Bretagne de la ligue des
puissances . L'on ajoute que les deux commissaires chargés de
cette importante négociation , et parmi lesquels on nomme le
général Winipfen , out obtenu à Ostende un cutter anglais
pour les conduire avec un passe-port du duc d'Yorck ; que
débarqués le 29 aux Dunes , ils reçurent la visite de l'amiral
Macbride qui y commande , et qu'environ deux heures après ,
jis continuerent leur route pour Londres , où on les dit arrivés
le 30 .
4
-
Les conjonctures critiques où se trouve l'Europe ont entravé
notre commerce . L'incertitude du change , l'interruption des
rapports entre les négocians , le dérangement total dans la
circulation des especes , les divers emprunts publics , le peu
de sûreté de la navigation , l'inquiétude et la défiance que la
L -3
( 166 )
révolution Française d'une part et le démembrement de la
Pologne de l'autre ont jettées dans les esprits ; toutes ces causes
ont puissamment contribué à ralentir , à suspendre même le
cours du crédit. Il en est résulté de nombreuses faillites ,
sur-tout dans la capitale où l'on en a vu un pour la somme
inouie d'un million 700,000 liv. sterling.
Dans presque toutes nos villes dont le commerce et les manufactures
ont un peu d'activité , on préférait le papier de leurs
banques particulieres aux especes métalliques , son crédit est
absolument tombé . C'en serait fait de la Grande- Bretagne ,
si pareil malheur arrivait à celui de la Banque de Londres .
Aussi le lord maire d'accord avec le ministre des finances ,
et après avoir consulté les principaux négocians , s'empressat-
il de soumettre à la chambre des communes dans sa séance du
29 avril un projet en huit articles qui a quelque rapport avec
le Mont-de-Piété de Paris , puisque les négocians auxquels l'on
prêterait , remettraient en nantissement de la somme confiée
des marchandises et effets jusqu'à la concurrence de cette
somme. Il s'éleva des débats assez vifs sur ce projet appuyé
par M. Pitt et combattu par les membres de l'opposition qui
crurent voir dans cette mesure un nouveau moyen pour le
ministre de se faire des créatures . M. Taylor entr'autres
tint que ce plan contre lequel on était déja prévenu dans
la capitale ne serait utile en rien aux villes éloignées , surtout
à celles d'Ecosse . D'ailleurs , à Dieu ne plaise , s'écria-
t-il , que le crédit de ce pays dépende du caprice d'un
ministre . Les amis de M. Pitt lui repliquerent que le plan
était bon et jugé tel dans la capitale ; que le simple apperçu
avait déterminé la banque à escompter les billets avec une
nouvelle ardeur , que le cours du change s'était relevé dés
qu'on avait su qu'il était adopté par le comité . Enfin la chambre
arrêta que S. M. serait autorisée à faire remettre entre
les mains des commissaires chanceliers de l'échiquier une
somme de cinq millions avec pouvoir de les répartir selor
qu'ils le jugeraient à propos après avoir obtenu toutefois cauion
suffisante,
Sou-
Le 6 , après la troisième lecture , ce bill de crédit passa
à une très -grande majorité . On présenta aussi une douzaine
de pétitions qui toutes sollicitaient une réforme dans la représentation
nationale . Il y eut quelques débats au sujet de
celle de la société des Amis du peuple.
Les armateurs se multiplient. On vient de donner vingtquatre
lettres de marque ; et deux riches bâtimens Français ,
allant de Saint-Domingue à Nantes ont été amenés aux Sorlingues
par une fregate de la marine.
Une chose qui contribuera puissamment sans doute à enfourager
les armateurs , c
c'est que
le vaisseau de registre espagnol
( 167 )
}
dont la cargaison était évaluée à 800,000 liv. sterling , repris
sur un corsaire français qui s'en était emparé , a été déclaré
de bonne prise par un jugement en forme de l'amirauté .
et
Le gouvernement se propose de former trois camps en différentes
parties du royaume. Il y trouve le double avantage
d'avoir des hommes rassemblés sous sa main pour étouffer les
soulevemens intérieurs que l'on paraît encore redouter ,
pour repousser l'ennemi du dehors en cas qu'il voulut tenter
quelque descente . D'ailleurs c'est une occasion d'exercer les
troupes. Celui de l'Est sera placé sur la commune de Warley ,
dans le comté d'Essex ; celui du Sud près de Maidstone , dans
le comté de Kent , et celui de l'Ouest à Plymouth .
Il ne serait pas impossible que ce rassemblement eût encore
un autre but , par exemple de fournir des secours au comte
d'Artois , qui doit passer , au dire de quelques personnes ,
dans la ci-devant province de Bretagne , pour se mettre à la
tête du parti contre-révolutionnaire . On ajoute que l'impératrice
de Russie lui a remis des sommes considérables , et que
c'est pour son compte que M. de la Châtre rassemble en Angleterre
un corps de 3 à 4000 émigrés. On ne néglige rien
pour entretenir l'animosité contre les Français . Les théâtres
sont occupés à les rendre odieux et à les tourner en ridicule .
On donne actuellement à celui de Saddlers -Wels une piece de
ce genre dont l'objet est de tourner en ridicule les sans - culottes
et leurs manoeuvres militaires ; ce qui attire une grande
affluence de monde . Dumourier y joue un rôle brillant . Un
Français , qui assistait il y a trois jours à cette représentation ,
ne put contenir son indignation , en entendant les blasphemes
royalistes du traître Dumourier. Il se leva brusquement , et
'adressant à l'acteur qui le représentait s'écria coquin ! je
voudrais bien te tenir à Paris . Heureusement pour lui peu de
spectateurs comprirent ce qu'il disait . Cependant quelques-uns
qui entendaient le français , le firent sortir de la salle un peu
rudement , mais sans le maltraiter qu'en paroles .
Un bruit assez douteux , mais qui circule depuis quelques .
jours , c'est que le marquis de Lucchesini va venir demander ,
au nom du roi de Prusse , la garantie de Thorn et de Dantzick ,
et le comte de Merci-Argenteau , celle des Pays - Bas Français
pour l'empereur , dès qu'on en aura fait la conquête.
1
L 4
( 168 )
} FRANCE .
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE
FT
BOYER - TONFRED E.
Séance du mardi 14 mai.
Le brave bataillon qui s'est si généreusement dévoué pour
la défense de la patrie à l'affaire de Thouars n'était pas seulement
composé de Marseillais , mais des citoyens de Montpellier
, de Narbonne , de Cette et de Nismes .
La commune de Marseille a fait parvenir à l'Assemblée
le procès - verbal qu'elle a rédigé au sujet de paquets saisis
à la poste , et adressés aux commissaires Bayle et Boysset.
Thuriot s'est opposé à la lecture de ce procès- verbal , et la
Convention en a décrété le renvoi au comité de salut public .
Un autre décret , rendu sur la proposition de Rhull , a
ordonné le séquestre , au profit de la République , des biens
de quelques princes Allemands possessionés en France , qui.
en feignant de garder la neutralité ont tacitement adhéré au
conclusum de la diete de Ratisbonne .
Une députation envoyée par tous les citoyens de Bordeaux
s'est présentée à la barre . Elle venait exprimer l'indignation .
et les vives alarmes de leurs freres , à la nouvelle des inenaces
de proscription proclamées contre des représentans du peuple .
Legislateurs , a dit celui qui portait la parole , les regards des
Bordelais sont constamment attachés sur vous ; vous remplissez
toute leur ame Nous nous enivrons de vos triomphes
, vos dangers nous plongent dans les plus dangereuses
agitations ..... Il y a peu de jours qu'une conspiration publiquement
formée s'avançait aussi publiquement vers son exécution
; les , victimes étaient comptées.... une correspondance
criminelle infestait les départemens , elle appellait de toutes
parts les couteaux qui devaient vous égorger .... ; tout récemment
, les mêmes conspirateurs s'agitent avec plus de violence ;
ils annoncent , ils préparent une force armée qui doit venir
exiger ici que 300 d'entre vous soient chassés , et que 22 autres
soient immolés à leur fureur..... Législateurs , lorsque nous
envoyâmes nos députés , nons les mimes sous la sauve - garde
des lois , de la vertu , et de tout ce qu'il y a de plus sacre
sar la terre . Nous crûmes les envoyer parmi des hommes ;
ils sont environnés d'assassins ... si le crime se consomme ,
T'horreur qu'il nous aura inspire dirigera notre vengeance
les meurtriers ne tomberont que sous nos coups . Nous organic
sous sur- le - champ la moitié de notre garde nationale ; nous
volons à Paris pour y venger les représentans du peuple ou
périr sur leurs tombeaux.
( 169 )
@
1
Tel est le voeu des Bordelais qui ont déja fourni vingt-cinq
mille soldats à la patrie ; qui , dans ce moment même , levent
encore 6700 hommes , qui mangent le pain à 10 sols la livre
mais qui savent tout souffrir , excepté les outrages faits à
leurs représentans .
Et cependant ces fideles républicains, ont aussi été calomniés
. Des scélérats ont eu l'audace de dire que Bordeaux , était -
en contre- révolution ouverte , parce que nous avons constamment
voulu que l'ordre et les lois accompagnassent la liberté ,
et que nous ne voulons pas d'une révolution qui imprimerait
constamment à la République un mouvement convulsionnaire
et désorganisateur ; parce que sous le titre imposteur de révolution
, nous ne voulons pas ériger l'assassinat en principe ,
et constituer le crime en une sorte d'autorité légale ; parce
que sous le titre de révolution nous ne voulons pas d'un
ordre de choses où l'effronterie supplée au courage , la violence
au pouvoir , l'amour- propre en délire au talent , et les convulsions
de l'esprit au génie ; parce que sous le titre d'une
révolution , nous ne voulons pas lutter audacieusement avec la
Convention , qu'elle est pour nous l'arche nationale , et que
nos mains sécheront plutôt que d'y porter une atteinte sacrilége
; parce que sous le titre de révolution , nous ne voulons
pas de licence éhontée , qui provoque chaque jour l'avilisse »
ment du corps législatif , la désorganisation du gouvernement ,
que nous voulons tous périr avant le regne des brigands et
des assassins.
Citoyens , leur a répondu le président , les listes de proscription
insolemment proclamées à cette barre sont enfoncees dans .
le mépris public , et la représentation nationale est assez vengée...
Rassurez vos généreux compatriotes ; Paris renferme
assez de bons citoyens pour défendre la Convention nationale
; mais si de nouvelles conspirations menaçaient la représentation
nationale , si de nouveaux tyrans voulaient aujourd'hui
s'élever sur les débris de la Republique , vous sauriez
alors vous saisir de l'initiative de l'insurrection , et la France
entiere imiterait Bordeaux .
Le discours des députés de Bordeaux et la réponse du président
seront imprimés , envoyés dans tous les départemens ,
et affichés dans la ville de Paris . Les comités de législation et
de salut public feront un rapport sur la situation actuelle de
la Convention dans Paris et sur les moyens de déjouer les
complots qui se trament contre elle ,, et de poursuivre enfin
les auteurs des complats déja avortés .
Au milieu de quelques tumultueux débats élevés pendant
la discussion de ces propositions , Guadet citait ce qui s'etait
dit la veille aux Jacobins.
Depuis trois mois on nous égorge en détail ; les scélérats
nous trompent ; voulez -vous savoir les moyens de sauver
la patrie ? ce moyen consiste à exterminer tous les scélérats
1
( 170 )
1
avant de partir . J'ai étudié la Convention ; elle est en partie
composée de scélérats dont il faut faire justice ... il faut tirer
le canon d'alarme , fermer les barrieres....
-
Guadet disait encore à ses interrupteurs , on demande de
montrer nos blessures ; mais c'était ainsi que Catilina répondait
à Cicéron : On en veut , leur disait-il , on en veut à la
vie des sénateurs ; mais vous respirez tous . - Eh bien ! Cicéron
et les sénateurs devaient tomber sous le fer des assassins la
nuit même où ce traître leur tenait ce langage . La Convention
a terminé ces débats en décrétant de plus que le témoignage
de la satisfaction que lui inspire la démarche des Bordelais
sera consigné au procès-verbal.
Un décret de la Convention avait enjoint aux ministres de
présenter les états nominatifs des agens civils ou militaires
qu'ils emploient. Génissieux en a demandé aujourd'hui l'exécution
, et la Convention a décrété que le conseil exécutif
lui présenterait dans deux jours , l'état des employés dans ses
bureaux et dans la quinzaine celui de tous ses agens dans
l'étendue de la République.
Un membre demandait encore que les ministres fussent tenus
de joindre aux états qu'ils doivent fournir le nom des personnes
à la recommandation desquelles ils ont accordé les
places . Cette proposition qui a élevé quelques débats , n'a pas
eu de suite , mais elle a fourni à Buzot l'occasion de demander
que tous les députés à l'Assemblée législative , ou à la Convention
dont la fortune s'est accrue , fussent tenus de déclarer ,
par quels moyens ils l'ont augmentée . Barbaroux en appuyant
cette motion a proposé de décréter en principe que tout
fonctionnaire public est comptable à chaque instant de sa
fortune . Il a demandé en outre que celui qui dénoncera
un fonctionnaire public pour avoir fait des acquisitions illégitimes
obtienne pour prix de sa dénonciation la moitié des
biens du dénoncé , faute par ce dernier de justifier des moyens
par lesquels il est parvenu à augmenter sa fortune.
La premiere proposition de Barbaroux a été adoptée ; la
seconde a été renvoyée au comité de législation .
Séance du mercredi , le 15 mai .
Chassé fait lecture d'une pétition souscrite par 4 ou 500
citoyens de Lyon. Ils se plaignent de l'arbitraire et du despotisme
qu'exercent dans cette ville les membres d'une nouvelle
société populaire qui s'est afiliée aux jacobins de Paris.-
Cette société par ses menaces et par la terreur qu'elle a su
inspirer aux citoyens , est parvenue à créer un tribunal révolutionnaire
. Déja la guillotine est dressée et l'on tremble pour
les jours des 15 à 1800 personnes désignées à la hache des assassins
. Un député de cette société s'est présenté aux jacobins
de Paris ; il a dit : Lyon leve une contribution de cinq
" millions sur les riches et une armée révolutionnaire de
( 171 )
" cinq mille hommes . Ils vont marcher contre les rebelles ,
" non pas contre ces misérables , qui , dans leur égarement ,
dévastent une contrée malheureuse , mais contre les chefs ,
1 contre ceux qui ont voulu sauver le tyran . Pendant que cette
armée agira d'une maniere efficace, un tribunal révolutionnaire
expédiera en détail ce qui nous aurait échappé en gros. 19
Le même député est allé à la commune de Paris ; il y a
prononcé le même discours . La commune est convenue de
lui adjoindre quatre commissaires pour venir à la barre de
la Convention , demander son adhésion à l'établissement du
tribunal révolutionnaire .
Enfin ce même député est retourné aux jacobins où il a prononcé
le discours suivant :
J'ai écrit à mes commettans , et je leur devais cet aveu
que quand les magistrats sont corrompus , le peuple ne doit
plus avoir de ressource que dans son courage . Peuple , écoute
un homme qui te dit la vérité en enfant de la nature . Peuple ,
tu souffres la misere au milieu des biens qui t'avoisinent.
Citoyens , on vous dit libres et vous êtes esclaves de
la misere .
Les mesures révolutionnaires doivent être secrettes . Je suis
soldat révolutionnaire de l'armée de Lyon , sachez que vous ne
ferez pas de révolution sans répandre du sang , mais un soldat
répand le sang avec tout le calme possible .
Il faut établir le machiavélisme populaire ; il faut faire
disparaître de dessus la surface de la France tout ce qu'il y a
d'impur sans cela vous ne serez que des enfans ; les modérés
calomnient les amis du peuple.
,, On me traitera sans doute de brigand , mais il est un moyen
de se mettre au- dessus de la calomnie , c'est d'exterminer les
calomniateurs .
" Peuple , prends garde d'oublier en sept heures de som
meil les grandes vérités que tu viens d'entendre pour moi ,
dût-on m'appeller mille fois brigand , je jure , foi de brigand ,
que je ne vote désormais de pétition que le fer à la main , et que
tant qu'il restera une goutte de sang dans mes veines , le mot de
liberté sera dans ma bouche , et son temple dans mon coeur, ››
Le président répond : Citoyens , vous avez franchi un
grand intervalle pour vous réunir à vos freres ; vous retournez
auprès de vos concitoyens , par-tout où vous serez , votre
patriotisme sera d'un grand secours .
La société vous invite à donner en son nom le baiser fraternel
à toutes les autorités constituées de Lyon. "
Après l'exposé de ces faits , Chassey présente diverses mesures
propres à rétablir dans Lyon l'ordre et les lois . L'Assemblée
les adopte et rend le décret suivant :
La Convention nationale renvoie la pétition des citoyens de
Lyon au comité de législation , pour en rendre compte en
même-tem's que des événemens arrivés dans cette ville. La Con.
( 179 ),
vention déclare nulle et comme non - avenue toute érection de
tribunal extraordinaire qui aurait été faite sans l'autorisation d'un
décret ; fait défense à tous ceux qui ont été nommés pour composer
ce tribunal , d'en exercer les fonctions ; permet aux citoyens
qu'on voudrait y traduire , de repousser la force par la
force ; charge les corps administratifs de les protéger ; ordonne
que la force armée ne pourra être employée dans le département
, que sur l'autorisation des autorités constituées , et hors
du département , que sur la requisition du conseil exécutif ou
des représentans du peuple auprès des armées . Les dispositions
du présent décret sout applicables à toutes les communes de la
République.
On a repris la constitution . La discussion s'est ouverte sur
cette premiere question : quelle sera la division politique du terfitoire
?
Saint -Just pensait que les mesures du territoire , pour fixer
les jurisdictions , ne devaient poinut être confondues avec la
division de la République proprement dite . La division d'une
monarchie est dans son territoire ; dans une république , au
contraire , la division est dans les tribus , et les mesures du territoire
ne sont autre chose que la division du peuple .
4. Si la division est attachée au territoire , le peuple est divisé
, la force du gouvernement se concentre et le souverain
pars se rapproche difficilement ; si la division est attachée au
au peuple , ou par tribus ou par communes , cette division
n'ayant pour objet que l'exercice des suffrages et de la volonte
generale , le souverain se forme alors , il se comprime ,
et la republique véritable existe . "
Je regarde done , disait Saint-Just , la division des départemens
comme une division de 85 tribus dans la population et
non comme une division du territoire en 85 parties . La consitution
doit être dépositaire de ces principes .
Cette premiere division du peuple garantit l'indivisibilité du
territoire.
Salles a parlé après Saint-Just : « si les 25 millions d'individus
répartis sur notre territoire , a dit Salles , pouvaient se voir et
s'entendre dans un instant ; s'ils étaient assez dégagés de passions
et de besoins pour s'occuper sans cesse de la chose publique et
assez vigilans pour le vouloir , ils pourraient se gouverner par
eux-mêmes ; il serait inutile pour eux de diviser le territoire ,
et le principe pur et catier de la souveraineté , ou du moins
Fabstraction qu'on nous donne pour ce principe , pourrait être
à lent égard conservée dans son integrite ; mais les facultés de
l'homme sont bornées , et dès les premiers pas que hous vou-
Igns faire,, nous nous trouvons forcés de modilier nos résultats
sur cette impérieuse consideration . ;;
1. f. )
Il faut donc que notre territoire soit divisé , voilà une prémjere
verite .
Salles a convenu que cette division politique de territoire
est une atteinte portée à ce que l'on appelle principe pur de
( 173 )
la souveraineté , en ce qu'elle constitue une nation en diverses
sections qui ne déliberent pas en commun ; mais , a - t-il dit ,
c'est une seconde vérité non moins importante à reconnaître ,
afin de n'être pas étonné des atteintes successives que nous
seront forcés de porter à toutes ces abstractions métaphysiques
qui ne sont bonnes qu'à perpétuer l'anarchie , et afin qu'il en
résulte pour nous la nécessite de chercher des combinaisons
politiques qui réparent , autant qu'il sera possible , l'imperfection
de l'institution par laquelle nous décréterons que le territoire
sera divisé .
D'autres opinions moins importantes ont été énoncées dans
cette discussion , dont voici le résultat :
La Convention nationale décrete que la distribution actuelle
du territoire français en départemens est conservée . ,,
Il y aura une administration centrale dans chaque département.
,,
6. Il y aura des administrations intermédiaires entre les départemens
et les municipalités.
Séance du jeudi , 16 mai.
29
Sur la proposition de Bréard , la Convention a décrété
que les généraux des armées de la République sont autorisés
à traiter de concert avec les représentans du peuple près
les armées , de l'échange des prisonniers de guerre avec les
généraux ennemis , à la charge d'en rendre compté dans les
24 heures , à la Convention nationale .
Une lettre des commissaires dans l'isle de Corse , annonce
que les mesures qu'ils ont prises , pour mettre à exécution le
decret d'arrestation porté contre le général Paoli , n'ont eu
aucun succès . Les autorités constituées se sont coalisées pour
demander le rapport de ce décret. Le général lui-même écrit
a la Convention que la caducité de son âge et les incommodités
qui fui sont habituelles le mettent dans l'impossibilité
de passer la mer et de franchir ensuite deux cents lieues de
distance pour se présenter à la barre de la Convention ,
repousser les reproches qui lui ont été faits . Si vous croyez ,
citoyens représentans , ajoute Paoli , qu'il soit nécessaire pour
la paix ou la sûreté de ce pays , et pour l'affermissement de la
liberté et de l'égalité en Corse , que ma présence ne soit plust
ici un sujet de
et
liberté et de fiance , de haine et de jalousie , parlez , et je
´m'éloignerai sans murmure du pays qui m'a vu naître , et qui
a honoré ma vie et mon nom . "
Des députés de différentes sections de Paris se présentent
successivement la barre. Ils demandent , à l'exemple de la
section du Panthéon-français , et aux mêmes conditions , qu'il
leur soit accordé des sommes plus ou moins fortes pour
subvenir aux frais d'enrôlement et d'équipement de leurs volontaires.
Leurs pétitions ont été renvoyées au comité des
finances.
( 174 )
"
Qui, eft dit , s'est écrié Mallarmé à cette occasion , quand
la section du Panthéon vint vous demander une avance pour
laquelle elle offrait une sûreté , et sur- tout des motifs justes ,
etant populeuse et pauvre ; qui eût dit qu'il se ferait dans les
Autres sections une coalition pour présenter tous les jours de
pareilles demandes ? le trésor national appartient à la République
entiere. La commune de Paris demande encore quatre
millions pour les subsistances . Comment voulez-vous en prodiguant
des secours fournir aux frais de la guerie .
La discussion s'est ouverte sur la taxe de guerre . Plusieurs
membres ont présenté successivement différens projets qui ont
été renvoyés aux comités des finances ; mais Lassource a
fait sentir combien il était urgent de statuer promptement sur
cet objet. Je suis convaincu , a- t- il dit , que des mesures revo
lutionnaires , aux mesures contre- révolutionnaires , il n'y a
qu'un pas . Lorsque le département de l'Hérault vous présenta
son arrêté , vous y donnâtes votre sanction . Il est né de
cette mesure des résultats alarmans . Chaque département .
chaque commune a cru devoir lever une petite armée . Vous
avez exposé les citoyens à des vexations , Déja dans quelques
communes des taxes arbitraires excitent et peuvent exciter plus
que des réclamations . Il ne faut pas que des administrations de
département aient des armées à leur solde , il faut que l'autorité
centrale , loin de relâcher les ressorts du gouvernement
, les resserre . Je veux , comme vous une taxe , mais je
veux qu'elle repose sur des bases précises .
Penieres a denoncé l'arrestation arbitraire du juge de paix
de la section de l'Unité , qui a été arraché de sa maison pendant
la nuit , et traîné dans les cachots de l'Abbaye. Tout
son crime se réduit à avoir signé , étant président de sa section ,
une adressé dirigée contre Chaumet , procureur de la commune.
Penieres , après avoir attesté la probité et le patriotisme
de ce citoyen , ajoute qu'il s'est donné vainement tous
les soins imaginables pour se procurer les pieces qui pourraient
constater cette arrestation . Elles lui ont été refusées
par le comité de la section . Il demande la Convention
se fasse rendre compte de cette arrestation , et il la conjure en
même tems d'empêcher qu'une pareille tyrannie ne se renouvelle
à l'avenir .
que
Cette dénonciation a donné lieu a de forts longs débats.
Plusieurs membres voulaient qu'on prononçât la cassation
de la commune , d'autres réclamaient l'ordre du jour , d'autres
enfin demandaient que le comité de législation rendit compte
de toutes les arrestations arbitraires ; ce dernier avis a été
adopté.
Snr la proposition de son comité de salut public la Convention
nationale a rendu le decret suivant :
Art.I er. Les corps administratifs et municipaux , leurs commissaires
, les agens civils envoyés par le conseil exécutif pro(
175 )
visoire , ne pourront , sous quelque prétexte que ce soit , et
sous peine de dix ans de fers , suspendre ou modifier l'exécution
des ordres donnés par le conseil exécutif provisoire ,
apporter aucun changement aux dispositions militaires qu'il
aura arrêtées , empêcher ni retarder les mouvemens des troupes ,
échanger leur destination et celle des armes et munitions , tant
de bouche que de guerie , qui leur sont adressées .
Les corps administratifs et municipaux serent tenus d'exé
cuter et faire exécuter provisoirement toutes les délibérations
prises par les représentans du peuple , envoyés par la Convention
nationale dans les départemens et auprès des armées
de la République.
III. Les représentans du peuple envoyés près les armées
ou dans les départemens , sont personnellement responsables
de tous arrêtés qu'ils auraient pris contre les dispositions et
les pouvoirs portés dans le décret du 39 avril et dans les instrucous
décrétées le 8 mai ..
"
Séance du jeudi soir.
Cette séance était destinée au renouvellement du bureau,
Isnard a été élu président .
Séance du vendredi , 17 mai .
PRESIDENCE D'IS NARD .
Les représentans du peuple envoyés aux frontieres du Midi ,
écrivent de Perpignan , en date du 8 mai : Ce n'est pas en
vain que nous avons fait un appel aux braves habitans du Midi
de la France. Déja cinq mille hommes sont venus joindre
l'armée des Pyrennées ; nos collegues dans les départemens
voisins secondent nos efforts ; les approvisionnemens nous arrivent
de toutes parts, "
Une députation de la section de l'Unité s'est présentée à
la barre pour solliciter la liberté du citoyen Leroux , juge de
paix de cette section , enlevé à sa famille la nuit derniere ,
et traduit en prison . Nous venons le reclamer , ont dit les
députés , en protestant de ses bonnes moeurs et de son patriotisme.
Nous conjurons la Convention de se faire rendre compte
des motifs de cette arrestation audacieuse et illégale , et de
venger l'insulte faite aux lois et aux droits de l'homme . 972
Et moi aussi , s'est écrié Penieres , je rends justice aux vertus
civiques du citoyen dont l'élargissement vous est demande .
Depuis sept ans il est mon ami ; c'est vous dire s'il l'est de la
liberté .
** Quel est son crime , a repris un autre membre ? quelle est
l'autorité qui a arraché ce citoyen de sa maison au milieu de la
nuit ? Son crime est d'avoir signé une réponse à Chaumet
réponse que vous avez entendue avec satisfaction , et que vous
avez approuvée . Quelle est l'autorité qui s'est rendue cop(
176 )
pable de cet acte arbitraire ? c'est un comité que vous n'avez
établi que pour surveiller les étrangers , et qui s'est fait com ez
révolutionnaire , comité d'insurrection .
Phelippeaux a annoncé que cette affaire avait déja occupé
le comité de législation , et que dès hier au soir il avait requis
le comité révolutionnaire de la section de l'Unité de faire
connaître les motifs de l'arrêté qui avait privé Leroux de sa
liberté . Il en a conclu qu'il fallait faire examiner par le comité
de législation la demande de l'élargissement de ce citoyen.
Fermont ne s'opposait point à ce renvoi , mais il demandait
que Leroux fût provisoirement mis en liberté en donnant
caution.
Marat a combattu cet avis : il a accusé les hommes d'état , de
protéger les conspirateurs , de favoriser les rebelles de la
Vendee. A ces paroles de Marat , de bruyans applaudissemens
'éclatent dans l'extrémité gauche de la salle et dans les tribunes
. Le président veut rappeller la loi qui défend d'applau
dir et d'improuver. Il n'y a pas de loi , s'écrie Legendre , qui
défende au peuple d'applaudir ceux qui le servent .
Au milieu de l'agitation de l'Assemblée , Mazuyer parvient
à se faire entendre. Sommes -nous , dit- il , sous une République
libre , on gémissons - nous sous un nouveau despostisme ?
De quoi s'agit- il ? d'un homme qui à été arraché de ses foyers
au milieu de la nuit. Toutes les lois défendent de violer
cet asyle sacré ; elles autorisent même à poignarder celui
qui au milieu des tenebres de la nuit tenterait de troubler
un citoyen dans son domicile. De bons citoyens , les freres
de Topprimé viennent le réclamer ; vous ne pouvez balan cer
aleur rendre . G
La discussion a été fermée . Le président a consulté l'Assemblée
sur la proposition de Fermont , qui l'a adopté à une
grande majorité .
曩
Cette séance était destinée à la discussion sur la constitution
; mais à péitte le décret rendu en faveur de Roux , est- il
prononcé , qu'une violente opposition éclate dans l'extrémité
gauche de la salle , la minorité réclame l'appel nominal , la
majorité invoque l'ordre du jour. Pendant cette lutte , plusieurs
détachemens de volontaires nationaux obtiennent suc
cessivement la permission de défiler dans l'assemblée ; leur
présence interrompt quelques instans le tamulte , sans calmer
les passions qui Fexeitent. L'appel nominal est toujours réclamé
et toujours avec une nouvelle fureur .
Cette insistance de la minorité , aidée de fréquentes éruptions
des tribunes , a duré cinq heures et demie .
› Enfin , la nouvelle que le citoyen détenu venait d'être remis
en liberté par la commune de Paris elle-même , qui avait reconnu
son innocence , a mis un terme à ce désordre . Tout
le monde a été forcé d'être content , et l'Assemblée a levé la
séance .
Séance
1
( 177)
Séance du samedi 18 mai .
Les tribunes réservées aux départemens ont été le sujet
d'un délit à l'ouverture de la séance . Depuis que la Convention
a ordonné qu'on n'entrerait dans ces tribunes que par
billets , les gardes en empêchent l'entrée aux personnes
qui n'ont pas de billets , et des femmes postées aux avenues
empêchent les personnes qui ont des billets de s'en approcher
. Aujourd'hui une rixe s'est élevée entre les porteursde
billets . La Convention a ordonné aux commissaires de
12 salle de maintenir la police dans les corridors et de faire
exécuter le décret .
"
Le général Miaczinski , porteur des ordres de Dumourier ,
pour
arrêter
à Lille , les representans du peuple , a été
condamné à la mort par le tribunal extraordinaire ; prêt à
subir son jugement il a écrit à la Convention nationale , peur
lui offrir de révéler des secrets de la plus haute importance .
Je ne trempai jāmais , dit-il , dans les complots de Dumourier.
Mais lié intimement avec lui , je suis dépositaire de ses
plus secretes pensées . Je puis les révéler si l'on m'accorde
un sursis , qui sera moins une grace qu'une prolongation de
supplice .
Deux commissaires ont été nommés pour entendré Miaczinski
. C'est Drouet et Rouzet ( de Toulouse ) . Ils se sont transportes
auprès de lui et bientôt après ils sont venus rendre
compte de leur mission . Miaczinški leur a révélé des secrets
importans , mais il ne serait pas prudent de les publier à la
tribune . Ils demandent la faculté de les declarer au comité
de salut public , et ils proposent d'accorder à Miaczinski un
sursis provisoire.
·
Les propositions ont été décrétées . Peu après le comité de
Salut públic a réclamé , par l'organe de Cambon , la proloñgation
du sursis et l'autorisation d'appeller dans son sein
pour les interroger , les personnes compromises par les äveux
du condamne ou en état de donner des renseignemens precis
sur la vérité de ses déclarations . La Convention a accordé
l'autorisation et le sursis .
Des commissaires députés par les sections de la Fraternité
de la Butte-des-Moulins , de 1792 , se sont présentés à la barre
pour offrir à la Convention des sentimens et des défenseurs
dignes d'elle : i le sort , ni la taxe n'ont été employés dans
ces sections . A la voix de là patrie ses enfans se sont levés
en foule pour la défendre. Le denier de la veuvé s'est confondu
avec la contribution du riche , et chacun a plus accordé
à la liberté qu'il n'eut fait à la violence . Nous ne connaissons
, disent les pétitionnaires , dans la Convention que
la Convention elle - même. Nous défendrons dans chacun
Tome III. M
( 198 )
1
de ses membres la souveraineté nationale dont ils sont töös
représentans ; nous la défendrons contre ceux qui prêchent
la révolte , et contre ceux qui sous le masque du patriotisme ,
veulent tuer la liberté . Sondez d'une main ferme la profondeur
de nos maux ; apportez y les remede . Que le sceptre sanglant
de l'anarchie soit brisé ! que le regne des lois commence ,
et qu'un constitution fondée sur les bases de l'égalité et de la
liberté fasse triompher la souveraineté du peuple sur les débris
de tous les intérêts , de toutes les passions , de toutes les
tyrannies.
Le comité de législation avait été chargé de présenter des
articles additionnels au réglement , pour déterminer le cas où
une partie de l'Assemblée pourra demander un appel nominal' ;
Lanjuinais , rapporteur du comité , propose les articles suivans :
10. L'appel nominal aura lieu sur les questions constitutionnelles
, lorsqu'il sera réclamé par 100 membres qui signeront
leur demande .
2º. Sur les autres questions , l'appel nominal aura lieu , lorsqu'il
sera demandé par 150 membres qui signeront également
leur demande.
de
Le premier article de ce projet a été mis aux voix et décrété .
Le second a été combattu par Thuriot , qui demandait que
dans tous les cas , la réclamation de cent membres fut suffisante
pour déterminer l'appel nominal . Plusieurs autres membres
ont été entendus pour et contre l'article. Ce n'est pas ,
disait Guadet , en adoptant la proposition de Thuriot , que
vous détruirez la scandaleuse résistance de la minorité ,
quelque côté qu'elle se trouve . Vous n'arriverez à ce but qu'en
faisant cesser l'anarchie au milieu de vous et dans tout ce qui
vous environne. Vous ferez cesser l'anarchie au milieu de vous ,
en donnant à votre président plus d'autorité que le réglement
ne lui en accorde ; en proclamant , aux yeux de la France entiére
, mauvais citoyen et contre - révolutionnaire quiconque
troublera vos délibérations par des huées , des vociférations et
des menaces ; en prenant enfin , d'une main ferme , la police
de votre salle que vous n'avez point . Vous la ferez cesser audehors
, en prêtant appui aux bons citoyens et en contenant les
autorités dans leur devoir .
La Convention décide que le second article sera renvoyé au
comité de législation pour être l'objet d'un nouveau rapport.
La discussion s'est ensuite ouverte sur la constitution . On
a examiné cette question : Y aura - t- il de grandes communes ?
Lanjuinais a opiné pour l'affirmative . Louvet a présenté des réflexions
sur la nécessité de tenir les communes rurales dans la
plus entiere indépendance des communes urbaines . Il a demandé
que l'on ne plaçât pas les villages sous la puissance ingrate
des cités.
( 179 1
י
La discussion a été interrompue par l'admission à la barre
d'une députation de la municipalité de Paris . Elle annonce
que la municipalité du 10 août a rendu ses comptes ; qu'ils
ont été trouvés exacts ; mais que le conseil-général a dénoncé
a l'accusateur publics les citoyens Sergent , Panis , Talien ,
Dufort et Lenfant , comme prévenus d'avoir brisé des scellés
et soustrait des effets du dépôt du comité de surveillance . '
On avait repris la discussion de la constitution , lorsqu'un ,
jeune homme , qui s'était glissé dans la tribune départementaire
, y est saisi et en est arraché par une femme de celles
qui en défendaient l'entrée ; la violence de cette femme , ses
cris excitent une vive rumeur dans l'Assemblée .
"
Citoyens , dit le président , ce que vous demandez est déja
fait . Si- tôt que j'ai vu l'indécence horrible de cette femme.
que j'ai très-bien remarquée , j'ai donné ordre au commandant
de la garde de l'arrêter. Ce qui se passe m'ouvre les yeux
sur un fait qui m'a été révélé et que je dois vous faire connaître.
Nos ennemis ont machiné la dissolution de là Convention.
Pour cet effet , on veut d'abord exciter un grand
trouble dans son sein , exciter une partie de ses membres
contre l'autre . Alors des femmes enrégimentées pour ce mo
ment de crise , appelleront par leurs cris et leurs fureurs le
peuple à l'insurrection ; l'assaut sera livré et ..... Les Anglais
profiteront de ce moment pour faire une descente à laquelle
ils sont préparés , et la France ouverte aux ennemis sera divisée
et perdue.
On décrete , sur la proposition de Vergniaux , que la dé
claration du président sera imprimée et affichée dans Paris .
Cette dénonciation en a amené d'autres . Gamon , l'un des
membres du comité des inspecteurs de la salie , fait part des
renseignemens qui sont parvenus à ce comité . Plusieurs de
ees femmes y ont été interrogées ; elles ont déclaré que s'étant
réunies dans un local aux jacobins , sous le titre de Dames de
la fraternité , l'une d'entre elles avait dit que la Convention
avait établi un despotisme relativement à quelques places de
tribunes , et qu'il fallait s'y opposer ; qu'il avait été pris un
arrêté en conséquence , et que depuis le commencement de la
semaine elles avaient concouru régulierement à l'exécution de
get arrêté .
Gamon observe que ces femmes qui sont venues troubles
chaque jour les séances de l'Assemblée , sont évidemment sa-
Fariées par nos ennemis. En effet , presque toutes portent les
livrées de la misere ; elles ne paraissent avoir d'autres moyen's
de subsistance connus , que le produit de leur travail journa
Fier, et cependant elles passent les journées dans les corridors ,
et se distribuent avec ordre pour assiéger les portes de toutes
Les tribunes.
Ma
( 180 )
7
* Le président reprend la parole pour citer un fait important :
Un citoyen , qu'il nommera au comité de sûreté générale ,
se trouvant avec ces femmes , leur demanda pourquoi elles
fermaient ccs tribunes sans en profiter. Cela nous est égal
répondirent- elles ; avec nos billets nous savons où prendre des
assignals , et même de l'argent.
7
Lassource confirme l'opinion d'Isnard ; il développe les projets
perfides de nos ennemis , qui après avoir déchiré la France
par l'anarchie esperent se la partager comme ils ont fait de la
Pologne . Il faut faire , disait-il , un appel aux bons citoyens
de Paris ; les iirviter à se trouver exactement dans leurs sections
, à chasser du milieu d'eux ces hommes perfides , qui ,
accusant sans cesse les patriotes les plus connus , n'ont d'autre
but que de relever le trône ou provoquer la scission de la
République.
Marat parle à son tour.
哥
Un membre demande à instruire
l'Assemblée d'un fait qui lui fera connaître les intentions de
Marat sur les hommes d'état. Je me suis trouvé , dit-il , avec
Marat dans un des vestibules qui menent à la salle . Il m'a
adressé ces mots : Tu es un homme d'état , mais dans peu de
jours le peuple nous fera justice de toi et de tes semblables.
Guadet , en rapprochant tous ces faits , en ajoute d'autres
qu'il était dans l'intention de faire connaître des hier s'il avait
pu obtenir la parole ; je vous aurais annoncé , ' dit Guadet,
que vous n'êtes pas les maîtres de votre police interieure ;
je vous aurais annoncé qu'on arrache les billets aux citoyens
des départemens qui se présentent pour ' être admis dans les
tribunes que vous leur avez accordés ; je vous aurais dit
qu'en conduisant à ces tribunes un député extraordinaire de
La ville de Bordeaux , lui et moi avons été insultés ; je vous
aurais appris qu'il se trame de nouveaux complots pour dissoudre
la Convention nationale ; je vous aurais dis qu'avanthier
, à la mairie , dans une assemblée de prétendus membres
de comité révolutionnaire votre dissolution a été arrêtée ; voici
comment cette assemblee a délibéré de mettre en état d'arrestation
tous les hommes suspects , c'est- à - dire , tous ceux qui
n'ont pas de patentes des honorables journées des 2 septembre
et 10 mars ; et à la suite de ces arrestations , on vous aurajt
livrés à cette multitude égarée à qui l'on est parvenu à faire
'aimer le sang.
Je vous aurais rappellé qu'il y a peu de jours , on conspi
rait votre peste aux Jacobins. Je vous aurais appris qu'en présence
du conseil général de la commune de Paris , le comman
dant de la force armée de la section des Sans culottes a dite
Songez , citoyens , qn'en partant pour la Vendée vous laissez
ici des Rolandins , des Brissotins , des crapauds de marais
dont... ( Plusieurs voix : oui , oui . Applaudissemens des tri(
181 )
bunes. ) Je vous aurais fait connaître le moyen infâme qu'ont
employé des scélérats pour fanatiser quelques têtes , pour
mettre à fin le mouvement qui jusqu'ici a manqué , et dont
le résultat serait la dissolution de la Convention .
Guadet remonte ensuite à la source du mal ; elle est, dit-il ,
dans l'existence des autorités de Paris ; autorités avides , à la
fois , d'argent et de domination. Il propose à la Convention les
trois mesures suivantes :
10. Les autorités . de Paris , sont cassées ; la municipalité sera
Provisoirement , et, dans , les 24 heures , remplacée par les présidens
des sections .
2º. Les suppléans de l'Assemblée se réuniront à Bourges
dans le plus court délai , sans cependant qu'ils puissent entrer
en fonctions , si ce n'est sur la nouvelle certaine de la disso-
Jution de la Gonvention .
3º. Ge décret sera porté par un courier extraordinaire dans
les départemens.
Enfin , Barrere prend la parole : Qutre, les faits déja cités , il
en avance d'autres qui prouvent que véritablement il y a eu
un complot de forme contre la Convention . Vous m'avez ,
dit-il , en terminant , mis à portée de savoir comment, agissaient
les autorités constituées de Paris .
J'ai vu un , département, faible, et pusillanime , des sections
se régissant, comme de petites municipalités ; un conseil général
de la commune , dans lequel se trouve un homme nommé
Chaumet, dont je ne connais pas le civisme , mais qui autrefois
était moine ; et il serait, à, desirer de ne voir jamais , à la
tête des administrations , de moines et de, ci -devant nobles ; j'ai
vu une commune exagérant ou commuant les lois, à sa fantaisie
; je. lai va orgauisant une armée révolutionnaire. Je crois,
que sur cet obje vous devez charger votre comité de salut
public de vous faire incessamment, un rapport.
Il est une autre mesure , c'est de créer une commission de
douze membres , dans laquelle les ministres de l'intérieur et
des affaires étrangeres , et le comité de sûreté générale seront
entendus , et où l'on prendra les mesures nécessaires pour la
tranquillité publique .
La discussion est fermée , et l'établissement de la Commission
demandée par Barrere est décrétée .
Barrere annonce ensuite à la Convention , que Custines a
accepté le commandement de l'armée du Nord , et que le
général Kellermann , mandé à Paris pour rendre compte de sa
conduite , est sorti pur de l'examen qu'en a fait le comité de
salut public ; en conséquence , il propose , et l'Assemblée décrete
que Kellermann n'a pas démérité de la patrie . Il prévient
en outre l'Assemblée , qu'une maladie survenue à Biron l'em-
M 3
( 182 )
pêchant de prendre le commandement de l'armée des inée à
combattre les rebelles de la Vendee ,, Kellermann s'en est chargé
jusqu'à son rétablissement.
Séance du dimanche , 19 mai.
Un membre du comité de législation a fait un rapport
relatif à la pétition des citoyennes de la ville d'Orléans qui
sont venues demander l'élargissement de leurs époux arrêtés
par ordre des commissaires de la Convention . Le rapporteur
a proposé d'autoriser les commissaires , envoyés pour chercher
les traces de la conspiration de Philippe d'Orléans , à
prendre des renseignemens sur les personnes arrêtees , et à
ordonner l'élargissement provisoire de ceux qui auraient été
emprisonnés sur de simples notifications ,..et sans qu'il y ait
eu contr'eux des mandats d'arrêt .
qu'o
Laplanche et Collot d'Herbois s'opposaient vivement à cette
demande ; selon eux c'était élargir des aristocrates , des contrerévolutionnaires
dont la ville d'Orléans était remplie . Qui
disait Louve du Loiret , comme les villes de Marseille , de
Lyon et de Bordeaux . Vous savez
estristocrate et
révolutionnaire , lorsqu'on demande que la Convention soit
environnée du respect qui lui convient ; on est aristocrate dès
qu'on prêche l'amour de l'ordre et l'observance des lois ; on
est aristocrate , dès qu'on réclame la conservation des personnes
et des propriétés . Lehardi disait qu'on a tant prostitué ,
tant dénaturé des noms qu'ils sont devenus presque synonymes
d'amis des lois et de l'ordre . On reprochait encore aux commissaires
d'avoir mis sous leur protection des hommes dont le
metier était de prêcher dans la ville le meurtre et le pillage , et
d'avoir destitué et emprisonné , sans examen , des hommes dout
la fortune et les emplois fesaient envie à quelques gens . Pourquoi
, répliquait - il , voudriez vous que deux commissaires
allassent défaire ce que nous avons fait ? Votre intention estelle
d'envoyer aussi dans tous les departemens de nouveaux
commissaires pour détruire l'ouvrage des premiers ? Oui ,
s'ils ont fait des injustices. Un corps s'avilit quand il laisse
commettre le mal ; il reprend sa dignité quand il le répare .
Après des agitations et quelques débats confus et tumul
tueux , l'Assemblée a adopté le projet du comité .
-
Ce décret était à peine rendu que des citoyens du département
de l'Ain se présentent à la barre ; ils dénoncent à la
Convention les commissaires Amar et Merlino pour s'être
permis de constituer arbitrairement , en état d'arrestation plus
de 500 personnes qui gémissent dans les prisons , sans savoir
quels sont leurs delits , leurs dénonciateurs , et quels seront
leurs juges. Les citoyens de l'Ain respectaient la Convention
, les lois y étaient observées , chacun payait sa contri
( 183 )
bution , tout était dans l'ordre , lorsque les commissaires y
sont arrivés et ont répandu autour d'eux la consternation .
Ici , c'est un sexagénaire qui est enfermé dans une nouvelle
bastille ; là , ce sont des laboureurs qu'on a arraché à la culture
des terres ; ailleurs , c'est une femme accusée d'avoir
fait passer des secours à son fils émigré , et cette femme n'a
jamais eu le bonheur d'être mere . Un domestique , porteur
d'une lettre , est arrêté , sous prétexte que la lettre qu'il porte
est suspecte. Ce citoyen , pere de quatre enfans , gémit dans
les fers , tandis que celui qui avait écrit la lettre et celui à
qui elle était adressée jouissent de la liberté . Deux citoyens
acquittés depuis deux jours par le tribunal criminel , ont été
arrêtés de nouveau . Un meûnier a été arrêté pour avoir acfordé
l'eau de son moulin à une personne plutôt qu'à une
autre ,
Quelque incroyables que paraissent ces faits , les pétitionnaires
les établissent sur des pieces authentiques ; ils demandent
ensuite, 1 °. que les détenus contre lesquels on n'articule .
aucun fait soient provisoirement élargis en donnant une caution ;
2º . que la Convention détermine d'une maniere claire et précise
ce qu'il faut entendre par gens suspects ; 30. qu'elle soumette
à une responsabilité les commissaires de la Convention
qui abuseraient du pouvoir qui leur est délégué.
Cette pétition a été renvoyée aux comités de sûreté générale ,
et de législation réunis .
Plusieurs corps de volontaires partant pour la Vendée ont
défilé dans la salle et prêté le serment , au bruit des applau❤
dissemens de l'Assemblée.
Séance du lundi 20 mai.
L'ordre du jour a appellé la discussion sur la taxe de guerre
le comité des finances , par l'organe de Nogaret , proposait
d'exempter de la taxe tous les contribuables qui ont moins de
600 liv . de revenu presumé , d'après leur contribution mobiliaire
; ceux qui auraient 1000 liv . de revenu au- dessus de
cette premiere somme , c'est - à- dire , ceux qui auraient 1600 1 .
payeraient 50 liv. , ceux qui auraient 2600 payeraient 110 1. etc.
Mallarmé a pris la parole . Ce n'est pas tout , a -t- il dit , de
faire payer les riches ; il faut leur garantir la protection de la
loi. Il faut empêcher des autorités subalternes d'imposer ar-2
bitrairement les citoyens . Mallarmé a demandé , par motion
d'ordre , que l'Assemblée décrétât en principe , que nulle taxe
ne serait prélevée sur les citoyens que d'après une loi de la
Convention . Cambon a renouvelle sa proposition de lever un
emprunt force d'un milliard sur les seuls égoïstes et les indifferens
. Lanjuinais en appuyant la motion de Cambon , pensait
qil ne fallait point dire : les riches , les aristocrates paye
M 4
( 184 )
ront ; les sans -culottes ne payeront point ; ,, car il y a des sansculottes
plus riches , que les riches . Ce n'est pas ainsi , 4 dit
Lanjuinais , que les lois se font . Non , ce n'est pas en établissant
sans cesse des distinctions odieuses entre les citoyens .
Il n'y a qu'un peuple . Je demande que le principe de l'emprunt
forcé soit décrété , et que le mode soit renvoyé au comite des
finances,
Cependant la proposition de Cambon est appuyée par Thu
riot et par Marat
Barbaroux demande à présenter des moyens,
de lever la même somme sans emprunt forcé . ( Huées violentes
des tribunes . ) Barbaroux est obligé de renoncer à la parole ,
quoiqu'un décret la lui eût accordée. Une longue agitation regne
dans l'Assemblée . Plusieurs membres demandent que la séance
soit levée , et que le procès -verbal constate le défaut de liberté
de l'Assemblée . D'autres proposent de mander le maire de
Paris et le commandant de la garde nationale à la barre , pour
les rendre personnellement responsables de l'exécution des
lois relatives à la police des tribunes.
༦ནའ ༣།༦ Une députation de la section des Champs- Elisées a suspendu
pour quelques instans ce désordre. Elle a présenté son contingent
pour l'expédition de la Vendée , et a conjuré les représentans
du peuple de s'occuper d'une, constitution républicaine
qui substitue l'empire des lois à celui de l'anarchie . Elle s'est
plaint ensuite de ce que plusieurs officiers municipaux se sont
illicitement perpétués dans la commune de Paris , qui , a-t- elle
dit , est composée de quatre municipalités consécutives .
24 T
La discussion ou pour mieux dire lxex tumulte a recommencé.
Vergniaux veut parler. A chaque phrase il est interrompu
par des huées , des cris , des injures , Enfin Barrere se fait
entendre. Il pense que la mesure de l'emprunt est juste . Il
veut qu'il soit fait un réglement sévere pour les membres de
la Convention qui troubleraient ses déliberations . Quant aux
tribunes , il propose d'établir quatre censeurs dans chacune
elles , pour imposer silence aux perturbateurs , et faire evacuer
, sur la réquisition du président , les tribunes qui persisteraient
à jetter le trouble dans l'Assemblée .
La Convention a renvoyé ces propositions au comité de législatio
tion pour en faire le rapport incessamment.
On est revenu à la discussion sur la taxe de guerre , et
après quelques débats , il a été décrété qu'il y aura un emprunt
forcé d'un millard sur les citoyens riches , Les reconnaissances
seront admises en paiement des mains des émigrés . Le comité
des finances présentera incessamment le mode d'exécution .
3
( 185 ).
PARIS , 23 mai 1793.
V
La République entiere gémit des divisions qui regnent depuis.
trop long-tems dans l'Assemblée des représentans du peuple .
Il n'est aucun patriote qui n'en porte douloureusement le
deuil dans le coeur. Il n'est pas besoin de consulter quelques
adresses , qui ne sont pas toujours exemptes de l'esprit de
parti , pour connaître le voeu de la majorité des habitans de
la France ; ce voeu est dans leur propre intérêt. Quelques individus
peuvent trouver leur profit à prolonger le trouble et
l'anarchie ; mais la masse de la nation ne peut trouver le sien
que dans l'établissement d'une constitution et d'un gouvernement
ferme et stable , dans le triomphe de la liberté , le regne
des lois et le retour de l'ordre et de la tranquillité . Voilà
ce que tout le monde desire , et j'oserais presque assurer que
dans le nombre de ceux qui témoignent le plus de mécontentement
contre le nouvel ordre de choses , il en est peu qui en
derniere analyse ne préférassent la République qu'ils n'aiment
pas , à un état de désordre et de convulsion qu'ils doivent
encore moins aimer , parce qu'il finirait par les plonger dans
l'abime. Comment se fait- il donc que ce que la majorité de la
nation veut , il soit aussi difficile de s'entendre pour l'effecther
? Il me semble qu'on n'a pas assez, recherché les causes
de cette étrange contradiction , ni les moyens de la faire
cesser.
*
Il me paraît qu'on peut considérer la nation comme divisée
en deux parties ; l'une , et c'est la grande majorité , qui veut la
liberté et une constitution républicaine , l'autre , qui veut le
rétablissement de l'ancien régime ou toute autre forme de gouvernement
; car pour ceux mêmes qu'on appelle anarchistes , il
est inconcevable qu'il puisse entrer dans l'idée d'un être, pensant
, de faire de l'anarchie un mode d'organisation sociale . Il
n'y a donc point de désorganisateurs proprement dits ; mais
peut y avoir des personnes pour qui la,desorganisation, soit, un
moyen d'arriver àa un autre bat.
S'il n'y avait parmi les patriotes, qu'un simple dissentiment
d'opinion sur les principes, politiques , quelque grand que
fut ce dissentiment , il n'irait pas jusqu'à compromettre le
salut de la République ; car quel est le citoyen qui , aimant
son pays , voudrait le sacrifier au vain succes de l'amour
propre , ou même, à ce qu'il croirait être la vérité ? Les
principales bases de la liberté et de la constitution, sont
posées dans la declaration des droits qui a été adoptée presque
sans contrad ction . L'unité et l'indivisibilité de la Republique
est reconuue ; la haine de la royauté et de la ty-
Taunie est dans le coeur de la majorité des Français bien
plus encore que dans les décrets qui les prescrivent. Et cepen(
186 )
dant l'opposition la plus ouverte et la plus désordonnée regne
parmi les membres de la Convention ; chaque parti se traite
en ennemi et en conspirateur ; hors de la Convention , les
mêmes défiances , les mêmes soupçons , les mêmes haines
éclatent parmi les patriotes . Un tel état de choses ne saurait
être l'effet naturel des passions , quelque terrible que soit
leur jeu , s'il n'y avait , hors des mouvemens du patriotisme ,
un foyer de discorde que des mains ennemies alimentent et
attisent sans cesse .
Ce foyer , où est-il ? on ne saurait trop le répéter , il est
à Londres , à Vienne , à Berlin , à Madrid , à Coblentz ; ce
sont tous les despotes coalisés qui nous font , par leurs émissaires
, une guerre intestine mille fois plus cruelle que la
guerre ouverte qu'ils nous ont déclarée . Ils ont dit : la nation
Française serait invincible si elle était unie , il faut la diviser ;
la Convention nationale serait toute puissante si elle n'avait
qu'une seule volonté , il faut y créer deux partis ; elle serait
active , il faut la paralyser ; elle aurait la confiance publique ,
il faut l'avilir ; l'indépendance des opinions y assurerait le
triomphe de la liberté , il faut l'influencer ; si elle donnait
jamais une Constitution à la République , ses moyens de prospérité
seraient incalculables , il faut empêcher que la Constitution
s'établisse . Mais pour opérer toutes ces choses , que
faut-il ? attaquer la révolution par la révolution elle - même . Le
peuple doit aimer passionnément la liberté et l'égalité , il faut
en porter le sentiment jusqu'à l'exagération ; pour dégouter de
la révolution , on la rendra odieuse par des meurtres , des pillages
et des excès de tous genres ; les amis de l'ordre et de la
justice s'en indigneront , on les traitera d'aristocrates , de royalistes
, de contre- révolutionnairet , et comme les aristocrates réels
affectent d'être sur ce point d'accord avec les patriotes , il
sera facile d'envelopper ceux - ci sous la même dénomination ,
et ce sera le coup le plus terrible qu'on portera au patriotisme
que de le confondre avec l'aristocratie . Les journaux pourraient
clairer l'opinion , on cherchera à les supprimer ; enfin on enretiendra
le peuple dans un état continuel d'insurrection , et
les mesures les plus eversives de la liberté et de l'ordre social
seront justifiées par ce seul mot , ce sont des moyeus révolu
tionnaires , et quand le désordre aura été porté à son comble ,
on tentera de dissoudre la Convention , et l'on proscrira les
patriotes qu'on n'aura pu ni égarer ni corrompre .
Tel est le plan qu'il était de l'intérêt des puissances coaliées
de former. Oserait-t- on dire qu'elles n'aient pas travaillé
sans cesse à l'exécuter ? Les moyens n'en étaient pas difficiles :
il suffisait de quelques chefs habiles , de quelques milliers de
brigands soudoyés , et l'on savait que les passions feraient le
rste. Dans les départemens on a fait agir le fanatisme ; à Paris
C'est l'hypocrisie et l'exagération de la liberté . Sáns cela comf
187 )
ment expliquer ce systême permanent de troubler et d'avalir la
Convention ? Comment les tribunes seraient-elle constamment
remplies des mêmes individus , et d'individus dont les livrées
de l'indigence n'annoncent pas des moyens indépendants de
subsister? Comment ces individus applaudiraient - ils à des
signaux convenus , ou couvriraient - ils de huées , de menaces
,
de vociférations , les députés qui veulent maintenir l'indépendance
de la Convention ? Comment serait - oorn parvenu à
rendre les femmes les instrumens les plus terribles de ceme
conjuration ? Comment se ferait - il que la minorité
voulût faire la loi à la majorité ? Comment des aristocrates
bien connus pour tels au commencement de la révolution , se
seraient-ils transformés tout-à-coup en sans - culottes les plus outrés
? Comment tant d'intrigans et de gens si peu connus , se
seraient- ils introduits dans les clubs , dans les sociétés populaire's
, dans les sections , pour les dominer et y exercer un despotisme
oppresseur , sous le masque du patriotisme le plus défiguré?
Comment y aurait - il autant de conciliabules de sang , où
l'on délibere froidement sur les moyens d'égorger tels ou tels
députés ? Comment la proscription tomberait - elle aujourd'hui
sur les patriotes les plus anciens , les plus integres , les plus
courageux , sur ceux qui ont renversé la noblesse , le clergé et
le trône de la tyrannie , et qui doivent être le plus en horreur
aux aristocrates et aux rois ? Comment a- t-on choisi constamment
les momens de crise ou de revers pour proposer comme
moyens révolutionnaires des mesures qui n'étaient propres
au contraire , qu'à opérer la contre- révolution .
Pourquoi montre-t- on tant de haine contre tous ceux qui
osent parler d'obéissance à la loi , de respect pour la sûreté des
personnes et des propriétés , et de confiance dans la Convention?
pourquoi traite - t-on de contre - révolutionnaires les dépar
temens qui s'efforcent de faire prévaloir ces principes , qui
seuls peuvent assurer la liberté ? Pourquoi , après avoir épuisé
contre les patriotes les dénominations les plus odieuses , en
a- t- on inventé de nouvelles , telle , par exemple , que celle
de la faction des hommes d'état , dénonciation absurde et insignifiante
, mais qui peut agir d'autant plus sur la multitude qu'elle
en connaît le moins le véritable sens ? Pourquoi ceux qui se
sont fait un systême de calomnie et d'oppression n'ont - ils
jamais posé une scule pierre à l'édifice de la constitution ,
ni annoncé les principes et la forme de gouvernement qu'ils
veulent établir ? Pourquoi les moyens qu'on emploie pour dis-.
soudre la représentation nationale , coincident -ils d'une maniere
si efficace avec les mouvemens des rebelles et les projets de
Cobourg , de Pitt , de Brunswick et de Frédéric- Guillaume ?
On connaît toute l'activité des passions , on sait tout ee
que peuvent l'esprit de parti , les haines personnelles et le
combat des opinions sur des matieres qui touchent de si près
( 188 )
élémnes
et
à la liberté ; mais en mettant en fermentation tous les
d'une grande révolution , on n'en obtiendrait pas les résultats
dont nous sommes témoins s'il n'y avait pas une cause motrice
étrangere qui les aigrit et les empoisonne. J'insiste d'autant
plus sur l'indication de cette causé dont l'existence me paraît
démontrée , qu'il est une infinité de bons citoyens qui sont
dupes de la chaleur et de la pureté de leur patriotisme ,
qui croient servir la liberté quand ils ne servent que ses plus
dangereux ennemis . Quand il s'agit des principes , tout le
monde est presq e d'accord , parce que les principes sont
évidens en eux - mêmes ; mais quand il s'agit des personnes et
des choses , c'est alors que les chocs se font sentir avec violence
. Tel est l'art perfide de nos ennemis ; ils ont divisé les
personnes , parce qu'ils savent que les principes ne peuvent
s'établir que par les personnes.
Que doit donc faire la Gonvention, ? redoubler de force et
de courage , assurer la liberté et l'indépendance absolue de
ses délibérations , maintenir avec fermeté les décrets de la
majorité , et n'opposer à la minorité que la force d'une auguste .
et paisible inertie ; bannir les mouvemens impétueux de la
passion et,de la haine ; obliger tous les dénonciateurs à signer
et à prouver leur dénonciation , et décréter, qu'elle, regarde
comme, ennemi du bien public et de la liberté , quiconque, troublera
l'assemblée , et se livrera à des personnalités ; contenir les
autorités constituées dans les bornes, de leurs, fonctions , éclairer
, surveiller, et poursuivre sans relâche, les , conspirations.
qui se trament contre elle , faire des proclamations fraternelles.
et instructives étudier davantage, et rechercher la véritable
opinion , s'environner de la confiance des sections de Paris ,
ne dévier jamais des véritables principes , se garantir de ces
demi - mesure , de ces moyens termes , de ces opinions amphibics,
qui nuisent plus à l'avancement de la chose publique que
les motions, les plus insensées , donner enfiu à la France une
Constitution qui regle les ressorts du gouvernement , et une
instruction publique qui la fasse aimer, et éclaire les citoyens
su , leurs devoirs,
La Convention n'a pas assez présumé de ses forces ; elle
a agi, avec trop, de défiance et de mollesse , elle a trop ou
blié qu'il faut être juste en gouvernant , mais qu'il faut gouverner
avec fermetê ; elle a juge Paris par quelques brigands
qui l'infestent ct. la déshonorent ; clie, n'a pas assez , parlé à
ses véritables habitans . C'est à eux , c'est.a. ses sections qu'elle
doit exposer les dangers et les complots, qui la menacent , c'est
dans leur zele et dans leur patriotisme qu'elle doit se confier.
Il entrait dans le plan de nas ennemis , de diviser Paris des
Départemens ; mais les sections sont bonnes ; leurs fautes
même ne tiennent, qu'à un excès de défiance que donne,
l'amour de la liberte ; quelques - unes.peuvent être trompées ,
( 189 )
mais elles ne sont pont malveillantes . Il n'en est aucune
qui ne soit pénétrée de la nécessité de faire respecter la repre
sentation nationale .
Elles le prouvent bien dan's ce moment de crise où l'on
voulait conspifer contre plusieurs membres de la Convention .
Des commissaires des comités révolutionnaires de toutes les
sections avaient été convoqués à la mairie ; plusieurs s'y sont
rendus ; on a délibéré sur les ' moyens de mettre en arrestation
les 22 membres de la Convention que l'on voulait proscrire
on a appellé le maire dans un de ces conventicules ;
il a frémi des projets criminels que l'on avait conçus , et a
refusé d'y tremper ; plusieurs membres des comités révolutionnaires
sont allés eux - mêmes dénoncer ces complots . La.
masse des habitans de Paris veut la liberté , mais elle ne veut
pas le crime , et si les brigands osaient faire des tentatives , elle
ne balancera pas à se montrer.
Le citoyen Boulanger , commandant du bataillon des Halles ,
ayant été nommé provisoirement par le conseil de la commune
pour remplacer le commandant - général Santerre , plusieurs
sections ont réclamé le droit qu'elles avaient de le
choisir ; le citoyen Boulanger a donné sa démission , et les
sections sont convoquées pour nommer un commandant-genéral
. Le chef de légion exercera par interim.
Plusieurs bataillons sont partis aujourd'hui de Paris pour
aller combattre les rebelles de la Vendée.
Dans la séance de mardi , on a faft lecture de la liste des
membres qui composent la commission des douze , destinée à
rechercher les complots qui se trament contre la Convention
şoit à Paris , soit dans toute la République ce sont , Boyer ,
Fonfrede , Rabaut - Saint - Etienne , Kervelegah , 'Saint - Martin
( de Valogne ) , Vigier , Gomer , Bertrand ( de l'Orne ) , Boileau
, Mollevant , Henri Lariviere , Bergoen et Gardien . - On
lit le procès - verbal des déclarations de Miaczinsk . Il paraît
qu'il accuse Lacroix de lui avoir proposé le pillage .
en se réservant la moitié du butin , et d'être complice d'une
fabrication de faux assignats ; Lacroix s'est pleinement justifié .
Nous reviendrons sur les détails de ce procès - verbal .
On reçoit les nouvelles suivantes d'un avantage contre fes
rebelles .
Lettre du général de brigade Chalbos au ministre de la guerr
Fontenay-le-Peuple , le 16 mai 1793 , l'an deuxieme de la
République une et indivisible.
Citoyen ministre , la victoire la plus complete vient de
couronner les armes de la liberté dans les plaines de Fonte(
190 )
hay-le-Peuple , et ce dernier succès porte une blessure profonde
au monstre qui déchirait , qui dévorait cette partie de
la République .
,, J'ai été averti à midi , que l'armée des révoltés descendait
des côtes qui terminent la plaine à une demi - lieue sur
la route de Châteigneraye . Le général de brigade Beaufranchel
, Dayal , commandant l'armée de la Vendée , étant
partis à 7 heures avec le représentant du peuple Augnis , pour
Luçon , où les affaires de la République les avaient appelés
j'ai fait sortir mon armée ; je l'ai disposée de manière à couvrir
la ville contre les diverses attaques que je présentais
j'ai mis toute mon infanterie du centre aux ordres de l'adjudant-
général Sandot .
,, L'infanterie composant mon aile droite , étant commandée
par le citoyen Dufour , capitaine au 84. régiment ,
je me suis porté à la tête de ma cavalerie ; la horde de bri
gands se répandait dans la plaine , protégée par son artiflerie
nombreuse et bien servie . J'ai voulu la charger en
flanc , ce mouvement ne m'a pas réussi . J'ai laissé deux
escadrons aux ordres du chef de brigade et de l'état-major de
l'armée , Nouvion , pour le tenter de nouveau , et gagnant avec
le reste de ina cavalerie les derrieres de leur colonne › nous
avons attaqué l'ennemi sur ces deux points , avec une impétuo ?
sité , telle que près de 400 des leurs sont restés sur le champ
de bataille. Nouvion a eu son cheval tué sous lui dans la plus
grande chaleur de l'actron , que son courage ferme et éclairé
n'a pas peu contribué à décider , et Constantin Fauchet , l'un
de mes adjoints , qui chargeait avec lui , enveloppé par ces
brigands , a reçu un coup de poignard dans la cuisse et a eu
son cheval frappé à la tête d'un coup de bayonnette .
"
Le désordre que je venais de jetter dans la tourbe des
brigands , m'a donné l'idée de me porter ventre à terre
sur partie de leur artillerie , dont je me suis emparé à la
pointe du sabre . L'infanterie m'a bien secondé dans tous ses
mouvemens , et elle a chargé avec un ordre et une impétuosité
admirable .
J'ai poursuivi ces scélérats jusqu'à Baniar , distante, de
5000 toises du champ de bataille , où ils ont laissé 16 pieces
de canon , leurs caissons , et un très -grand nombre de
charriots chargés de munitions de guerre en tout genre , de
vin , d'eau-de- vie , de viandes , de tentes , de toiles , etc.
" Cette affaire nous a coûté dix hommes , et plusieurs bles
sés ; les ennemis en ont perdu près de six cents , tant sur le
champ de bataille que dans leur déroute . "
Signé , le général de brigades , CHALBOS
Nora. J'ai fait environ 80 prisonniers,
( igi )
Dans la séance du mercredi , on lit une lettre de Gustines ,
datée de Weissembourg , le 18 mai , communiquée à la Convention
par le ministre de la guerre elle annonce les plus
heureux succès . Il résulte de cette lettre très-longue que ce
général qui avoit projeté de livrer une bataille complette aux
ennemis , dans les premiers jours de juin , a cru devoir accélérer
cette opération , vu l'acceptation de commandant en
chef des armées du Nord et des Ardennes . Le 9 , il a atta→
qué les Autrichiens sur plusieurs points , dans une étendue
de cinq lieues de terrein le but de cette expédition était de
de leur enlever un corps de 7 à 8000 hommes . Par- tout l'ennemi
a été repoussé ; les troupes de la République se sont
emparées de tous lenrs avant- postes .
:
Cette journée , qui devait être une des plus glorieuses pour
l'armée française , a été peu fructueuse par le désordre qui
s'est manifesté dans quelques bataillons ; et sur -tout dans le
troisième du Doubs , dont le colonel qui avait crié , sauve qui
peu , nous sommes perdus ! 's'est tué au moment où l'on se saisissait
de lui . Notre perte se borne à 120 hommes , presque
tous de cavalerie ; celle de l'ennemi est très - considérable.
Custines annonce ensuite qu'il y a eu , le 6 de ce mois , une
action fort vive , près Mayence ; les déserteurs qui lui sont
venus , ont assuré avoir vu des monceaux de cadavres : ils ont
porté le nombre des morts Autrichiens et Hessois à 12 mille.
Tous les rapports s'accordent sur ce point.
TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
Le 16 mai. François Miranda , âgé de 40 ans , natif da
Pérou , général de division des armées de la République , a été
déchargé hier d'accusation par le tribunal criminel révolu - `
tionnaire , sur la déclaration unanime du juri , portant qu'il
n'était pas constant que ce général eût trahi les intérêts de la
République lors du bombardement de Maestrich , de l'évacuation
de la ville de Liège , et de la bataille de Nerwinden ,
où il commandait l'aile gauche de l'armée française .
Le bruit s'était répandu que Miaczinski avait chargé Miranda
dans sa déclaration aux commissaires , et qu'il avait été arrêté
de nouveau . Ce bruit a été formellement démenti .
Le 18. Joseph Miaczinski , âgé de 42 ans , natif de Pologne ,
général de brigade au service de la République Française , a
té condamné à mort par le tribunal révolutionnaire , sux la
02
( 192 )
"
déclaration unanime du jury , portant qu'il était constant
1º . que le rer . avril 1793 , le général Dumourier lui écrivit à
Orchies , des bains de Saint Amand , une lettre par laquelle il
lui mandaît , ‘entre autres choses , qu'il avait fait arrêter les
quatre commissarres de la Convention nationale et le ministre
de la guerre ; et par laquelle il lui ordonnait de se mettre
9 en marche à la pointe du jour , de marcher sur Lille , d'y
, entrer avec une partie de ses troupes , d'aller trouver Duval ,
,, de lui montrer så Tettre , de lui annoncer qu'il fallait arrêter
le's commissaires de la Convention s'ils n'étaient point
" partis , et les condaire à Orchies , de s'emparer du trésor ,
,, etc. , et finissant par ces mots : Je vous embrasse , mon
cher Miaczynski , je compte sur vous et sur vos troupes
" pour le salut de la France . i
2º . Que le 2 avril du même mois , Miaczynski , en repondant
à la lettre de Dumourier , lui avait écrit qu'il n'avait
reçu sa lettre qu'à huit heures du matin , quoiqu'il dût la
recevoir la nuit , qu'il l'embrassait et l'aimait plus , s'il re
pouvait , pour le parti vigoureux qu'il avait pris , qu'il répon
dait de ses troupes , qu'il s'était mis en marche à neuf heures
pour Lille , et qu'il exécuterait ses ordres ou qu'il périrait .
3°. Que Miaczinski avait exécuté l'ordre de Dumourier en
se portant vers Lille avec sa division , et avec des intentions
criminelles et contre -révolutionnaires .
Le sursis accordé par la Convention ayant été levé , Miaczinki
a subi son jugement le 22 de ce mois.
Jer 135.
( N. 96. Liêm 1793 )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 1er . JUIN , l'an deuxieme de la République.
L'AMANT
POÉSIE
Chanson.
' AMANT que j'adore ,
Prêt à me quitter ,
D'un instant encore
Voulait profiter.
Félicité vaine
Qu'on ne peut saisir
Trop près de la peine
Pour être un plaisir !
1
I
DANS
CHARADE.
ANS Les jardins l'on trouve mon premier.
Dans les jardins l'on trouve mon dernier.
Dans les jardins l'on trouve mon entier.
ENIGM E
On peut en plaisantant m'appeller une ville . 11
Jouons donc sur ce mot , puisque plus de cent mille ,
Hommes , femmes , garçons , filles , vieillards , enfans ,
Dans l'espace d'un an se font mes habitans .
Chez moi , bravoure ni noblesse
Ne donnent point la primauté ,
Et le premier venu la prend d'autorité.
Hors de mes muts , et par prudence ,
Mon gouverneur tient sa séance ,
Et soumis à tous nos bourgeois ,
Aux bêtes seulement il peut donner des lois ;
Bêtes qu'on met dehors pour être plus utiles .
Hommes en mouvement et pourtant immobiles ,
Tome III . N
( 194 ).
Changent de lieu , mais sans bouger ,
Ne demandent qu'à déloger ,
Et sortant la nuit par cohortes
Ils vont dormir hors de mes portes ,
Et viennent le jour plusieurs fois
Se mettre couvert sous mes toits.
HEMA
LOGO GRIPHE.
?
J₂E ne suis pas facile à définir.
Si je dis trop ; plus de mystere ;
Trop peu dire , autant vaut se taire.
Disons assez sans nous trahir .
D'une ignorante ai-je la mine ?
C'est moi par qui tout se combine
Qui suis l'ame de l'univers :
J'en caractérise l'essence ,
" Élémens , mouvemens substance.
Sans moi tout irait de travers .
Suis moi , tu connaîtras , j'espere
Une province , une couleur ;
Un confident cher au malheur ;
Certain fluide élémentaire ;
1
La ville des Césars , une étoffe , un métal ;
Un humble et rétif animal ;
Ce qui prévient , sur- tout dans une femme ;
Ce que gouverne un batelier sur l'eau ;
Un instrument qui conduit au tombeau ;
Et puis deux notes de la gamme ;
La riviere qui chaque jour
Baigne des Champenois le paisible séjour ;
典
· · L'élément auquel on confie ,
En dépit des dangers , sa fortune et sa vie .
ç'en est assez , je ne finitais pas
Si j'étalais ce que j'ai de science.
Trop , ni trop pei : la sublime sentence !
Lecteur, j'en ai toujours fait cas .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 95 .
Le mot de la Charade est Charpie ; celui de l'Enigme est les sept
notes de la gamme ; celui du Logogriphe est Desir , dans lequel on
trouve rides , sire , ris ( les ris ) , dé , ides ( les ides 10maines ) dés ( le jeu
des dés ) ire , sire, ré , ris ( légume ) .
( 195)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Virginie , Tragédie en cing actes et en vers , représentée pour la
premiere fois sur le théâtre du fauxbourg Saint - Germain , le 11
juillet 1786 , et reprise sur le théatre de la République le 9 mai
1792. Par le citoyen Lakarpe , de l'Académie Française. Prix , 30
sols . A Paris , chez Girod et Teissier , rue de la Harpe , près la
rue des Deux- Pories.
CELUI de nos coopérateurs qui est chargé de la partie
des spectacles , ayant donné une analyse très - détaillée
de cette piece , lorsqu'elle reparut l'année derniere sur le théâtre
de la rue de Richelieu , où l'on va la reprendre de nouveau ,
et l'auteur ne se croyant pas permis de juger en aucune maniere
son propre ouvrage ; il n'en parle ici que pour le con
sidérer sous le rapport qui l'intéresse le plus lui-même , sous
celui du patriotisme républicain et de l'esprit public , qu'il est
si important d'éclairer et d'échauffer dans les représentations
théatrales. C'est dans cette vue que , lors de la derniere reprise ,
il avait fortifié et approfondi une scene du 3e, acte , qui avait
déja produit un grand effet dans la nouveauté , celle où Icilius,
résolu de pousser à bout le décemvir Appius , lui arrache le
masque dont il couvrait son crime : pour donner à cette scene
capitale un nouveau développement qui n'en rallentît pas la
marche , il fallait qu'Icilius se proposât à- la-fois et de dévoiler
les infâmes complots du décemvir , et de détruire les prétextes
spécieux dont il autorisait sa tyrannie , et qui ont été dans
tous les tems ceux du pouvoir arbitraire . C'est ce double projet
qu'annonce Icilius dans le monologue qui ouvre le 3º . acte ;
rien d'ailleurs n'entre plus naturellement dans ses vues que
de faire entendre au tyran la vérité toujours terrible , dans un
pays où la liberté est connue , comme elle l'était à Rome sous
l'oppression passagere du décemvirat .
Peut-être qu'aux Romains , trop lents à s'émouvoir
Ce jour va révéler leurs droits et leur devoir ,
Au décemvir sa honte et son ignominie :
Il nous croit subjugués par son puissant génie ,
Législateur superbe , il pense qu'aujourd'hui
Le respect pour ses lois s'étendra jusqu'à lui .
Qu'il apprenne de moi la vérité sévere ,
Et ce que Rome pense et ce qu'elle peut faire,
N 2
't, 195 )
Je puis périr sans doute en osant le braver ;
Mais c'est en risquant tout que l'on peut tout sauver.
Nature , hymen , amour , 6 droits sacrés de l'homme !
O sainte Liberté , divinité de Rome !
Vous remplissez ce coeur , incapable d'effroi ,
Et je sens qu'Appius peut trembler devant moi .
L'auteur devait donc à son sujet l'avantage précieux de faire
plaider contradictoirement la cause de la liberté et de la tyrannie
, entré le magistrat d'un peuple libre et un décemvir oppresseur
, qui abusait de sa dignité pour s'arroger un pouvoir
illégal ; ensorte que cette scene n'est rien moins qu'une de ces
déclamations oiseuses et parasites , qu'il est aujourd'hui si commun
et si facile de faire venir de loin , n'importe comment ;
mais une véritable scene d'action , un combat violent qui est
le sujet de la piece , et qui finit par faire jetter Icilius dans
les fers . L'auteur s'est porté d'autant plus volontiers à y mettre
toute l'énergie dont il était capable , que les raisonnemens
d'Appius sont précisément les mêmes que ceux des aristocrates
qui ne connaissent que le despotisme pour remede à l'anarchie ,
et que les réponses péremptoires d'Icilius sont celles des pa
triotes éclairés. Mais quoique cette scene ait toujours été aps
plaudie avec une sorte de transport , il attribue ces applau
dissemens si vifs et si multipliés bien moins au mérite de
· l'exécution qu'à l'esprit public qui se retrouvait dans le des
sein de la scene : c'est le patriotisme des spectateurs qui rés
pondait à celui du poëte , et ce qui peut tourner au profit du
civisme le dédommage bien de ce qu'il peut perdre du côté de
l'amour-propre.
1
La scene dont il est question est donc la seule partie de
cette piece que l'on croye devoir mettre ici sous les yeux du.
Lecteur.
APPIU S.
Eh bien de mon pouvoir quand je suspends l'usage ,
Qu'est-ce qu'Icilius peut encore espérer ?
Quelle grace nouvelle ose - t- il implorer ?
ICILIU S.
Une grace ce mot est fait pour le coupable ,
Et non pour un Romain à vos yeux respectable ,
Un magistrat chéri de ses concitoyens ,
Qui sut venger leurs droits et soutiendra les siens.
¿
AP PIU s .
Je vois qu'Icilius que le joug importune ,
Groit encore tonner du haut de sa tribune ;
( 197 )
Qu'il voudrait être encor ce tribun factieux ,
De la division moteur séditieux ,
Puissant par la discorde et grand par l'anarchie ,
nos lois , Rome s'est affranchie ; Dont , graces
Qu'il voit d'un oeil jaloux le bien qu'il n'a pas fait ;
Mais Rome , malgré lui , nous doit ce grand bienfait
De l'ordre rétabli , de l'union publique ......
ICILIUS .
Laissez de ces grands noms le faste chimérique ,
Ici bien vainement à toute heure étalé :
Les mots ne sont plus rien , quand les faits ont parlé.
Et qu'est-ce donc enfin que les lois les plus belles ,
Si le législateur se met au - dessus d'elles !
O fruit de vos travaux bien précieux , bien doux ?
Pour nous l'obéissance , et l'empire pour vous .
Croyez -vous de ses droits Rome si mal instruite ,
Et dans tous les esprits la vérité détruite ?
Croit-on l'anéantir en étouffant sa voix ?
Non , elle parle encore et crie au nom des lois .
Elles ne seront pas vainement invoquées :
Pour vous comme pour nous les limites marquées
Sont le rempart sacré , sont l'écueil éternel ,
Où viendra se briser tout pouvoir criminel .
Aveugles décemvirs ! que votre ame est trompée !
Quelle place en nos coeurs vous auriez occupée ,
Si , lorsque votre ouvrage à son terme est venu ,
Contents de cet honneur par vos soins obtenu ,
Contents d'avoir assis sur un juste équilibre ,
Les pouvoirs partagés , ressorts d'un Etat libre ,
Vous cussiez , déposant la pompe des faisceaux
Descendu noblement au rang de vos égaux ,
Sans prétendre de nous un plus digne salaire '
Que d'obéir aux lois que vous veniez de faire !
Qu'alors vous étiez chers à vos concitoyens !
Que vous deveniez grands à leurs yeux comme aux
Combien votre mémoire eût été révérée !
那
Mais ces touchans attraits d'une gloire épuisée ,
indifférens ;
Au despotique, orgueil sont trop
Ce sont - là des plaisirs inconnus aux tytans.
miens. !
N 3
( 198 )
R
APPIU S.
Quoi nous aurions compté sur la reconnaissance
D'un peuple que toujours trompa son inconstance ;
Qui chérit ses flatteurs et qui hait son appui ,
Qu'enfin l'on est forcé de servir malgré lui ?
Les salutaires lois que nous avons dictées
Ne pouvaient que par nous être bien cimentées.
Quand il en sera tems , nous saurons renoncer
A cette autorité qu'il nous faut exercer .
Ses effets jusqu'ici u'ont rien dont je rougisse ;
Par- tout regne le calme , et la paix protectrice .
Pour la premiere fois habite en nos remparts ;
Rome enfin a cessé de voir le Champ de Mars ,
De la sedition tumultueux théâtre
Etaler des partis la lutte opiniâtre .
Il fallait terminer ces débats odieux .
ICILIU S.
Des oppresseurs adroits langage insidieux ,
Qui ne séduit que trop la faiblesse indolente !
La liberté sans doute est souvent turbulente :
C'est en la défendant qu'on peut la maintenir.
Un sujet a tout fait quand il sait obéir ;
Il suffit d'être vil pour savoir être esclave ;
Le citoyen doit être et vigilant et brave .
Tout s'achete en un mot , et le plus précieux ,
Le plus cher des présens que nous ont fait les dieux
La liberté , toujours aux peuples enviée ,
Pourrait de quelques soins paraître trop payéç !
11 faudra des tyrans en croire les discours !
Qui ne les connaît pas ? ils appellent toujours
Du nom d'ordre et de paix l'autorité sans borne
Le dévouement muet , la servitude morne
Et décorent ainsi des titres les plus beaux
Le silence des morts et la paix des tombeaux .
•
Cette paix cependant peut les tromper eux-mêmes :
Tranquilles , et du haut de leurs grandeurs suprêmes ,
Croyant éterniser un stupide sommeil ,
Ils ne pressentent, pas le moment du réveil .
Ce réveil , c'est la foudre,
1.
( 199 )
APPIU S.
Et l'on croit sur nos tétés
Faire éclater bientôt ces soudaines tempêtes ?
J'entends : Icilius daigne au moins m'avertir
Des dangers dont ici l'on veut nous investir.
Il vient sur Appius essayer la menace.
J'ignore quel espoir peut fonder tant d'audace';
Je lui dirai pourtant , pour prix de ses conseils ,
Que nous ne redoutons ni lui ni ses pareils ,,
Qu'à respecter nos droits s'il ne peut se contraindre ;
Il en est un du moins que peut-être il doit craindre ,
La force ; et contre lui justement exercé...
ICILIU S.
La force n'est un droit qu'aux yeux de l'insensé
Qui ne se souvient pas qu'en suivant sa maxime ,
On peut du même droit le rendre la victime .
La force ! et qui t'a dit que tu l'aurais toujours ?
Que dis -je est- elle à toi ? compte tous les secours
Qui fondent un moment cette force empruntée :
C'est pour un autre emploi qu'elle te fut prêtée ;
Ce sont les bras d'autrui qui te font tout- puissant ;
Tu diriges d'un mot leur glaive obéissant ;
A leur devoir encore ils pensent satisfaire ;
་
Mais qu'ils euvrent les yeux , qu'un moment les éclaire ,
Et l'oppresseur si fier va voir au même instant
Sa solitude affreuse ou plutôt son néant .
Ce maître impérieux n'est plus qu'un vil coupable ;
Il invoquait la force , et la force l'accable ;
D'autant plus malheureux , quand son regne est passé ,
Que sur son propre sort lui - même a prononcé
Que rien en sa faveur ne peut se faire entendre ,
Et qu'à la pitié même il ne peut plus prétendre .
La vengeance publique insulte à son trépas ,
Et mourant dans la fange , on ne le plaindra pas .
Voilà ce qu'est la force : apprends qu'il n'en est qu'une:
A l'abri des revers : la volonté commune .
C'est elle qui peut tout sous le saint nom de loi ,.
Qui fait les magistrats , qui légitime un roi .
( 200 )
Son principe est sacré : c'est la justice même ,
Qu'au fond de tous les coeurs grava l'être suprême .
Ellc
Ilc unit les mortels tous égaux à ses yeux ?
L'erreur fit les tyrans , et la loi vient des cieux .
AP PIU S.
J'ai voulu jusqu'ici me forcer à t'entendre ,
Et voir enfin de toi ce que je dois attendre.
C'est assez , et ton coeur a parlé sans détour,
Je le croyais rempli des soins de son amour.
J'ai cru que le péril qui devant moi l'amene ,
Pourrait seul ...
LI U S.
Va , jamais dans une ame romaine ,
De l'amour , de l'hymen le plus tendre lien
Ne peut faire oublier les droits du citoyen .
Tous ces noeuds réunis forment la même chaîne ;
Ils sont de mes devoirs la regle souveraine ;
Et je viens en leur nom confondre la noirceur
D'un traitre , de ces droits criminel oppresseur ,
Qui s'armant contre nous des traits de l'imposture
Outrage impunément l'hymen et la nature .
APPIUS.
Un trop grand intérêt doit vous rendre suspect.
Un amant emporté , qui , même à mon aspect ,
Veut contre Claudius et les lois qu'il réclame ,
Faire éclater en vain...
I CILI U S.
Qui cet agent infâme ,
2
Du plus lâche complot le plus lâche instrument ,
Et trop indigne objet de mon ressentiment ?
Non , ce n'est pas à lui que mon courroux s'adresse ;
Je l'apperçois à peine au sein de sa bassesse .
Mais je distingue ailleurs , dans un projet si noir ,
Non moins de perfidie et bien plus de pouvoir .
Je sais tout , je vois tout : la main qui nous accable ,
L'attentat que l'on ose est d'un plus grand coupable ,
1
( 201 ')
D'un ennemi puissant qui veut cacher ses coups
Que je puis démasquer un autre...
APPIU S.
Et qui donc ?
ICILIU S.
Vous , qui conduisant seul cette trame impunie“ ,
Du plus honteux amour brûlez pour Virginie .
Moi !.
APPUS troublé.
Vous ,
I CILI U S.
Vous -même , et ce front où se peint la terreur
Où la confusion se mêle à la fureur ;
Ce front qui vous accuse ... et même ce silence ,
Commandé par le troublé et par la conscience ,
Tous ces aveux muets ont trop manifesté
Le crime qui rougit devant la vérité .
.
etc. etc.
ANNONCE.
Polilique de tous les cabinets de l'Europe , pendant les regnes
de Louis XV et de Louis XVI , contenant des pieces authentiques
sur la correspondance secrette du comte de Broglie ;
un ouvrage dirigé par lui et exécuté par M. Favier ; plusieurs
mémoires du comte de Vergennes , ministre des affaires étran
geres ; de M. Turgot , du cardinal de Rohan , etc. etc.
Manuscrits trouvés dans le cabinet de Louis XVI : deux vol.
in -89 . de 500 pages chacun environ . Prix , 10 liv . brochés et
11 liv. 10 sols francs de port pour les départemens ..A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
SPECTACLES.
THEATRE DE LA NATION.
Adele de Gréci , drame en 4 actes , et en vers , doit le succès
médiocre qu'il obtient à quelque intérêt qui regne dans la piece ,
et aux talens des acteurs qui la jouent.
Cet ouvrage est bâti sur un échafaudage romanesque .
( 202 )
-
Un marquis de Crécy , aîné de famille , a épousé , malgré
son pere , une demoiselie Dangeste. Son jeune frere , irrité
des lois de sa province qui donnent tout aux aînés , et , ' voulant
en corriger l'injustice , profite de la circonstance : il excite
l'indignation paternelle contre son frère , le fait déshériter et
chasser de la maison. L'infortuné Crécy n'a plus de ressource ,
et part pour le siége de Candie , où il compte bien se faire
tuer . Nesmond ( c'est le nom du jeune homme ) ne s'en tient
pas là ; il fait courir le bruit de la mort de son frere , et fait
aussi persuader à celui - ci que sa femme n'a pas survécu à
leur séparation. Ainsi tous deux se croient veufs . Mais Adele
a fait le serment de ne point former de nouveaux liens ; vainement
le généreux et aimable duc d'Alaincourt lui offre sa
main ; elle n'est occupée que de sa douleur et de l'éducation
de son jeune fils . Elle fait présenter cet enfant au pere de son
époux ; le vieillard ne peut résister à ses caresses et à la voix.
du sang ; il est prêt de pardonner. Le coupable Nesmond fait
enlever l'enfant dans les bras même de sa mere ; celle - ci , désolée
, s'adresse à d'Alaincourt , et lui promet sa main , s'il
peut lui rendre son fils Le duc atteint le ravisseur , est blessé
dans le combat , mais rapporte l'enfant , et demande la récompense
qui lui a été promise..
Tout d'un coup Crécy arrive de Candie ; il retrouve d'abord
un vieux et fidele serviteur , et apprend de lui qu'Adele n'est
pas norte ; il se livre à sa joie , qui bientôt se change en désespoir
, quand on lui annonce qu'Adele se marie . Mais elle
De se marie pas ; un évanouissement la prend fort à propos à
l'autel même , et suspend la cérémonie . Crécy se présente à
elle , d'abord comme Ulysse ou Gustave , sous le nom d'un
inconnu puis vient la reconnaissance ; puis le pardon du
pere ; puis la générosité de d'Alaincourt , qui se console de
perdre son amour , parce qu'il trouve deux amis ; enfin la
mort de Nesmond qui , en essayant une nouvelle entreprise
contre Adele et son fils , a été cette fois blessé mortellement.
Il vient expier sur la scene , en blâmant les injustes lois qui
l'ont conduit au crime.
On a fort applaudi ces deux vers , d'un sens très -vrai :
Ah ! les lois trop souvent nous font ce que nous sommes
Et rendent vertueux , ea corrompent les hommes:
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGNE.
De Hambourg , le 15 mai 1793.
TROP occupée des affaires du dehors , auxquelles son ambition
lui fait prendre une part que la nature lui interdisait ,
aussi bien que la justice , Catherine II ne fait rien pour le
bonheur réel de la Russie . Cette souveraine , trop fameuse
pour être vraiment célebre , déja rapprochée de l'enfance par
son âge , et surtout par l'abus de ses facultés physiques et
morales , a la manie puérile et ridicule , si elle n'était désastreuse
, d'envahir plus de territoire qu'elle n'en peut gouverner
en un mot , elle accapare des états dont l'acquisition ne
fait que redoubler en elle la soif de régner ; et ce genre d'avarice
est puni dès cette vie , comme les autres , par le besoin
d'avoir ce qu'elle n'a pas , qui ôte tout son prix à ce qu'elle a.
C'est donc ailleurs que chez elle , c'est -à -dire en Pologne par
la violence et la rapine , en Suede , et sur- tout en Danemarck ,
par l'intrigue , qu'elle manifeste son existence politique . C'est
là qu'il faut la voir et l'étudier.
L'ambassadeur de l'impératrice voulant sauver l'honneur , ou
du moins les apparences , aux amis de la Russie qui craignent
aussi bien que Stanislas Auguste , de signer les universaux pour
la convocation des diétines , et dispenser là généralité de la
confédération de les envoyer , a imaginé l'expédient de retablir
avant tout l'ancien conseil permanent , auquel , suivant la
constitution garantie par l'impératrice , appartient le droit de
les envoyer aux provinces , après avoir été signés par le roi ;
mais ce moyen encore a rencontré des obstacles . Le vicemaréchal
Walewski , le petit général Rzewski , l'évêque Kosakowski
, et la plupart des conseillers de la confédération de
la couronne , n'ont point voulu devenir les instrumens du
morcélement de leur patrie : ils se sont opposés autant au
rétablissement du conseil permanent qu'à la convocation des
diétines ; ils ont même publié chacun un manifeste , où ils
protestent tant contre le partage de la Pologne , que contre
tout ce qui pourrait être entrepris de contraire à la liberté
de la nation , ainsi qu'à l'intégrité des possessions de la République
, invoquant expressément la déclaration , par laquelle
ils croient que l'impératrice s'est solemnellement engagée ,
sous sa foi et parole de souveraine , à respecter elle - même
et à maintenir contre tous l'indépendance et l'intégrité de la
( 204 )
Pologne. Cependant il n'est nullement apparent que ces efforts
d'un petit nombre de grands , qui ont eux -mêmes mis leur
patrie à la merci d'une puissance étrangere , produisent le
moindre retaidement dans les procédés du comte de Sievers ,
ou que leurs regrets tardifs leur valent rien , sinon la procedure
criminelle déja entamée contre eux à raison de leur
manifeste , la saisie de leurs biens et leur exil ; du moins ,
l'on apprend de Grodno que MM. Walewski et Rzewki ont
pris la fuite , et que le comte Stanislas - Felix Potocki ne reviendra
point de Pétersbourg : d'autres , effrayés par l'exemple ,
céderont probablement à la nécessité des circonstances , suttout
les conseillers de la confédération de Lithuanie , bien plus
Hexibles ceux de la couronne .. que
M. Sievers a coinmuniqué à la sérénissime confédération générile
denx notés en réponse aux protestations faites à Grodno
le 22 avril , dans lesquelles il accuse les réfractaires de persister
dans leur esprit révolu.ionnaire , qui , lors de la constitution.
du 3 mai 1790 , a détruit la république par des cabales et des
intrigues à Leipsick , Vienne et Paris , et de continuer à répandre
l'esprit democratique d'après un considérant motivé sur
ce que leurs efforts ne se soutiennent que par leur fortune considérable
, et qu'ils voilent des sentimens d'inimitié sous le
masque du patriotisme exagéré , ce que ne prouvent que trop
les préparatifs de guerre faits dans l'arsenal de Varsovie , il
exige , au nom de l'impératrice , le séquestre des biens des
dissidens , la destitution de M. Walewski, et menace de pareil
séquestre tous les membres qui oseraient protester.
On croit que Stani las , arrivé à Grodno le 22 avril , et pressé
le 26 par une députation de prendre quelque parti décisif dans
les conjonctures présentes , ira finir ses jours en Russie , après
avoir consommé le sacrifice. Quelques personnes prétendent
que l'ambitieuse Catherine , jalouse d'imiter les triomphateurs
Romains , qui traînaient des rois dépouillés à la suite de leur
char , voudra ménager à son orgueil le cruel plaisir d'avoir.
constamment sous ses yeux un roi fait et défait par elle. Un
reste d'intérêt qui , dans les femmes sensibles et dignes d'être
du sexe le plus compatissant , succede ordinairement à des
sentimens plus tendres , devrait bien lui faire épargner cette
humiliation à l'être auquel elle prodigua jadis les marques de
la plus vive amitié . La partie de la Pologne qu'elle s'est
adjugée renferme une population d'environ 3 millions d'habitans
. Possédant aujourd'hui toute l'Ukraine , elle pourra facilement
augmenter sa cavalerie de 20,000 hommes .
Il faut que cet accroissement excessif de puissance ait donné
de l'ombrage à la Suede ; car on mande de Stockholm qu'il
va se former au mois de juin , dans la Scanie , un camp de
10,000 hommes , que le duc - régent et son royal pupile iront
visiter. D'autres lettres disent qu'on ne sait trop que penser
"des' ordres qu'a donné le duc régent pour centremander l'arww
( 205 X
mement de l'escadre qui se faisait à Carlscrone ; ils sont șûrement
l'effet de la réponse qu'a rapportée l'envoyé extraor
dinaire que le duc avait dépêché à Pétersbourg. Ces deux
cours sont- elles d'accord aujourd'hui ? ou toute cette affaire ,
n'est- elle qu'un jeu combiné ? On n'en sait rien ; mais ce qui
est bien certain , c'est que la Suede aurait tort d'être trop confiante
l'exemple récent de la Pologne est une terrible leçon .
Malgré qu'on soit sûr de la neutralité du Danemarck à l'égard
de la France , ou précisément même parce qu'on en est
sûr , et qu'il a rappelle de Paris le baron de Blome , dont les
anciennes idées diplomatiques ne pouvaient se faire au nouvel
ordre de choses , la 1 ouvelle suivante consignée dans une lettre
de Copenhague , en date du 11 mai , doit paraitre bien étrange .
Mercredi passé , notre cour a reçu une visite bien remarquable.
A onze heures du matin arriva la frégate la Venus
avec le brigantin le Mercure, dans notre rade. Quelques heures
après , on en vit sortir M. d'Artois , avec une suite Française et
le comte Russe Golofkin . Il descendit d'abord chez le ministre
de Russie , barou de Krudener , avec lequel il se rendit dans le
plus grand incognito , en habit de voyageur , au château de
Christiansburg , où il visita les appartemens et autres choses
remarquables , accompagné du baron de Bernstoff . Dans un des
apparteniens , il trouva le prince de la couronne et les autres
membres de la famille royale , qui s'entretinrent quelque tems
avec lui . Du château , toute la compagnie se rendit au Holm ;
et après que M. d'Artois l'eut visité , il s'embarqua le soir à
8 heures près de la douane ; mais le vent étant trop fort , la
chaloupe le remit à terre , et il passa la nuit à l'hôtel du baron
de Krudener , et partit le lendemain à 5 heures du matin
pour Elseneur ; là , après avoir visité le château de Kronenbourg
, il se rembarqua à bord de la frégate qui était arrivée
pendant l'intervalle , et fit voile pour Londres , accompagné
du brigantin et d'une frégate anglaise . L'impératrice lui a
donné non seulement le prince Golofkin pour l'accompagner ,
mais encore tout ce qui était nécessaire pour le voyage . Le
navire est fourni d'un ample service d'argent , de cuisiniers et
de confiseurs.
De Francfort-sur-le-Mein , le 21 mai.
Les dons patriotiques que la cour de Vienne a reçus jusqu'à
présent pour la guerre s'élevent à quatre millions de florins
qu environ dix millions tournois , somme considérable à ne
la regarder que comme le fruit de la bonne volonté de quelques
individus ou de quelques corporations , mais certainement
insuffisante pour dispenser des emprunts et des autres
Il faut que la cour impériale s'en soit effectivement
ménagé ; car elle continue de presser avec beaucoup
d'ardeur les supplémens de préparatifs nécessaires pour suivre
sans désavantage la guerre contre un ennemi qui se défend
ressources . ---
( 206 )
très-bien , et qui force à multiplier ses moyens d'agir en en déployant
lui-même d'incroyables .
-
-
Ón vient de faire partir cinquante charriots à quatre chevaux
, et chargés de munitions de toute espece , sur-tout de
guerre , pour la troupe d'émigrés que le général Wurmser fera
coopérer à ses manoeuvres militaires en se concertant avec le
prince Condé qui la commande. Les cinq bataillons de
grenadiers qui étaient à Prague depuis si long-tems , sont enfia
partis le premier de ce mois : leur départ a dévancé d'un jour
celui de l'artillerie de réserve . Un régiment de carabiniers
que cette capitale avait eu en garnison pendant six mois ,
est parti le même jour pour se porter aux frontieres de la
Haute Autriche , où il recevra de nouveaux ordres .
C'est décidément le 20 de ce mois que les troupes destinées
à former le corps de réserve entreront dans la Baviere . Les
contingens impériaux se complettent assez bien , et même avec
plus de promptitude qu'on n'aurait osé l'espérer . Le Dane
marck , neutre d'ailleurs , mais membre du corps germanique
par certains domaines , a fourni le sien en argent. Quelque
besoin que l'empereur et le roi de Prusse en aient , c'est le
mode qui leur convient le moins , parce que nonobstant les
- acquisitions marquantes de ce dernier dans la Pologne , et qu'il
a sur- le-champ mis en oeuvre , la disette d'hommes commence
à se faire sentir aux deux Agamemnon dans la querelle des
aois . On ne peut en effet se dissimuler que pour peu qu'elle
dure , tant d'individus arrachés à la classe productrice agricole
, manufacturiere et marchande , pour les faire passer dans
la classe consommatrice , stérile et stérilisante des soldats
doivent commencer à inquiéter sur les moyens de fournir à
la subsistance de l'Europe , ou du moins de ses parties les
plus étendues et les plus peuplées , que l'horrible fléau d'une
guerre cruelle menace de changer en desert . Mais on n'écoute
plus la raison qui calcule ou la sensibilité qui gémit , lorsque
les clameurs des passions distraient , échauffent et entraînent ;
et le présent , toujours insensible aux maux de l'avenir qu'il
prépare , ne profita jamais jusqu'ici des leçons du passé.
L'espece humaine semble condamnée à tourner dans ce cercle
vicieux ; ainsi donc la postérité prochaine souffrant encore des
plaies que nous nous faisons aujourd'hui , comme nous souffrons
nous-mêmes de celles que se firent nos peres , la postérité
qui , il faut l'espérer , enfin éclairée par des lumieres plus
ramenée la liberté à des sentimens meilleurs ,
pures ,
par
des affections plus humaines , assurera par-là le bonheur d'une
postérité plus reculée , pourra donc s'écrier : Ne faisons pas
comme eux , qui ne furent ni plus sages , ni sur tout plus
justes que leurs ancêtres.
å
Le bruit court dans ce moment qu'il vient d'être ordonné
une nouvelle levée de troupes dans tous les états de l'Autriche ;
il s'agit de renforcer d'environ 30 mille hommes l'armée du
( 207 )
Rhin , et de 15 mille celle des Pays -Bas il faut aussi pourvoir
à la force militaire qui doit rester dans la partie de la Pologne
qui convient à l'Empereur.
D'ailleurs il lui faut quelques forces de plus pour exécuter
le projet suivant , au sujet duquel s'expriment ainsi des lettres
de Vienne : on ne doute plus ici que notre gouvernement
ne prenne incessamment possession de la Baviere par
échange. On dit hautement qu'en vertu d'un traité déja signé ,
le duché de Baviere , ainsi que le Haut-Palatinat , seront incorporés
à la maison d'Autriche , contre un équivalent accordé
à l'électeur , dans lequel équivalent on fait entrer
la Lorraine et l'Alsace , et qu'alors la dignité électorale se
trouvera attachée au Bas -Palatinat. C'est peut- être eu égard
à cela , et par une suite de cette justice distributive qui
distingue si éminemment les trois puissances co- partageantes
que le lot de l'Autriche s'est trouvé si faible dans le dernier démembrement
de la Pologne, On ajoute que le roi de Prusse
desire aussi d'échanger les principautés de Bareith et d'Anspach
contre le duché de Meklenbourg et une autre partie de
pays de ce côté.
L'armée de Condé a grand besoin des secours en tout
genre que l'empereur lui destine , et sans lesquels il n'en pourrait
tirer parti ; car voici les détails qu'ont donnés ici des
témoins oculaires .
Le plus avancé des corps de cette armée ( à peine de 5000
hommes est la légion dite de Mirabeau , en seconde ligne ,
derriere une division d'Autrichiens . Cette légion d'environ
1500 hommes n'en a que 400 à cheval , assez mal montés ;
la totalité de la cavalerie , y compris toutes les compagnies de
gentilshommes , est de 1400 maîtres . L'infanterie , qui n'est
ni armée , ni habillée complettement , ni tout-à -fait soumise
encore au régime Autrichien , est semée en cordon sur la
longueur de plusieurs lieues . Cette armée ne jouit pas en
entier de la paye de dix sols par jour , mais ce traitement lui
est promis pour une époque prochaine..
Le prince de Condé fait face à tout , le mieux qu'il est
possible ; il ne nie point de devoir à la générosité de l'impératrice
de Russie , des bienfaits particuliers , qui le mettent
à même de ne pas dépendre absolument , pour son armée ,
des secours de l'empereur ; mais autant qu'il peut , il la
fait subsister aux frais de celui - ci , ne sachant pas , dit- il luimême
, combien l'ordre de choses actuel peut encore durer.
:
Il est parti de Vienne , le 5 mai , un transport considérable
de munitions et d'outils de pionniers : le même jour , quarante
chariots chargés de 4 millions de florins en especes d'argent
se sont mis en marche c'est probablement le produit des
dons patriotiques ; ils ne vont pas même tout-à - fait à cette
Trois mille recrues vont se joindre aux cinq mille
déja accordées par les états de Hongrie , dès qu'on en aura
somme. - .
( 408 )
fait la levée : le reste des troupes dans la Hongrie vient de se
mettre en marche pour joindre le corps de réserve dans la
partie haute de ce pays . On en dit autant des troupes de la
Transylvanie et de la Valachie conduites par le général
Heydendorf.
qui
Il est clair qu'il entre beaucoup d'exagération et de charla
tanisme dans ces récits reproduits sous mille formes pár - nos
gazeties allemandes ; car si tous les mouvemens dont on parle
depuis le commencement de la guerre étaient vrais , le roi de
Prusse et l'empereur auraient aujourd'hui sous les armes plus
de la moitié de leurs sujets . C'est là le cas de dire ,
prouve trop ne prouve rien .
Les agitations diplomatiques sont très grandes on parie
plus qu'on n'avait fait encore d'une entrevne qui doit avoir
lieu à Munich , au commencement de juin , entre l'empereur ,
le roi de Prusse et l'électeur Palatin . On ajoute que le duc
des Deux - Ponts et quelques autres princes d'Allemagne y
viendront aussi plaider leurs intérêts , et préparer peut - être
leur ruine .
Dumourier n'ayant pu rester à Wirtzbourg où il se proposait
d'écrire ses mémoires , est rétourné le 14 à Mergentheim .
On nous mande de Vienne qu'on l'y attend , et qu'il a même
fait louer une maison dans cette capitale. Le gazetier de
Neuwied dit à son sujet 6 On n'a pu faire usage de ses
vertus et de ses talens dès qu'il ne lui a plus été possible de
jouer le rôle du général Monck . "
f
Le contingent de l'électeur Palatin marche vers Mayence
sous les ordres du général Minuzzi , ainsi que 800 hommes
de Wirtzbourg. Dés troupes impériales passent par Cologne
, et des Tréviroises se rendent dans les Pays- Bas , où
F'on dit que l'armée du prince Cobourg s'élevera à 81 mille
hommes lorsqu'elle aura reçu tous ses complémens.
S'il faut en croire des lettres de Manheim , en date du 19
mai , il y avait eu la surveille , aux environs de Landau , un
nouveau combat assez vif. Ce que nous en savons pour le
moment , c'est que les Français ont fait une attaque vigoureuse
contre les postes autrichiens et contre une parnie du corps
du prince de Condé , non loin de Bellheim ; qu'ils out eu
d'abord quelque avantage , mais que de prompts secours por
tés de ce côté - là les ont foreés à la retraite .
Nous apprenons , du duché de Deux-Ponts , que les Français
y sont revenus en foree , et ont occupé non seulement
la ville de Deux -Ponts et Hombourg , mais encore le Carlsberg.
Les Prussiens se sont repliés sur Landstoul et Lautern.
On dit que le roi , dont le quartier- général avait été transféré
de Guntersblum à Bodenheim , à une lieue et demie de Mayence
, est allé à Lautern . Toute la contrée de Deux - Ponts est
saisie d'effroi ; beaucoup d'habitans fuient avec ce qu'ils peuvent
emporter de mieux. Tous les officiers seigneuriaux de
Bliescastel
( 209 )
Bliescastel ont été arrêtés par les Français , et , à ce qu'on assure ,
conduits à Metz .
Le 15 , les Autrichiens ont emporté la redoute des Français
auprès du couvent de Weissenau , et y ont pris deux
canons .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
F
Le jeune archiduc Charles a fait son entrée solemnelle le
13 dans la ville de Gand , qui doit lui présenter à cette occasion
une somme de trois millions de florins pour subvenir
aux frais de la guerre. Tout le monde ne partage pourtant
pas cet amour libéral pour la maison d'Autriche ; car l'aigle
impérial a été renversé à la poissonnerie . C'est un avis à ceux
qui voudront en profiter . Il est certain de plus , que les états
de Brabant sont en mouvement comme en / 1787 ; on y retrouve
les mêmes germes de mécontentement . En derniere analyse ,
la vérité est qu'on craint et qu'on desire le retour des Français
on le desire , parce que la comparaison que l'on est
dans le cas de faire entre les Français et les Autrichiens est
entierement favorable aux premiers dans l'esprit des Belges ;
on le craint , parce qu'on répand que les Français veulent faire
la guerre au peuple Belge . Il serait à propos de détruire cette
impression , et il serait loyal de la part des Français de reitérer
la déclaration solemnelle qui a été faite de ne quitter
les armes que lorsqu'ils aurout entiérement affranchi les Belges ,
en leur assurant leur véritable indépendance , par une liberté
autre que celle du funeste décret du 15 décembre ..
avouent.
-
Le 11 et le 12 , il a passé à une demi- licue de Gand des
Hessois et des Hollandais qui se rendaient aux frontieres. Ils
vont probablement essayer de réparer les pertes essuyées par
les Autrichiens , qui n'ont pas été plus véridiques dans la relation
de l'affaire qui a eu lieu le 8 , qu'ils ne l'ont été dans
leurs relations précédentes : voici cependant les pertes qu'ils
Par un relevé exact de la perte faite par l'armée
du général comte de Clairfait , dans la journée du 8 , il y a
eu en tout 4 officiers et bas - officiers tués , 19 officiers blessés ,
64 soldats tués , et environ trois fois autant de blessés , outre
40 égarés . Les officiers morts sont le capitaine Ketelbetter
le sous - lieutenant Pointier et l'enseigne Bartels du régiment
de Wurtemberg , et le capitaine Gérard des chasseurs .
blessés , sont le major Montigni et le sous- lieutenant Borvath
du régiment de ligne ; les lieutenans Wisfling , Meng et
Scheetz , et le sous - lieutenant Hofflinger du régiment de Wartensleben
; le capitaine Gaidler et le sous - lieutenant Herbetstein ,
d'Antoine sterhazy ; les capitaines Juch et Ulrich , et les
enseignes Koch et Bohm , de Brentano ; le capitaine d'Aigremont
et le lieutenant Schmide , de Vierfet ; le capitaine Longueville
, le lieutenant Georgi , le sous-lieutenant Meinders et
l'enseigne Troyer de Wurtemberg ; et le lieutenant Schwerens ,
de Machony chasseurs.
}
Tome III.
Les
( 210 )
On mande de la Haye , en date du 11 , que le statdhouder
est de retour de la petite tournée qu'il a faite au camp de
Oosterhout près de Breda , et qu'un nouveau détachement de
-7000 hommes de troupes hollandaises s'est mis en marche
pour le Brabant. Au reste , tandis que les Provinces - unies .
secourent puissamment l'Autriche , en envoyant de leurs arsenaux
de l'artillerie de siege et des bombes au prince Cobourg ,
l'Angleterre les aide elles -mêmes par des débarquemens successifs
, sur-tout de cavalerie ; il en arrive continuellement dans
le port d'Ostende . Les puissances coalisées ne sauraient
déployer trop de forces , s'il est vrai , comme on s'accorde
à le dire , que le résultat de leurs conférences , tenues à Anvers
il y a près de deux mois , a été une promesse authentique
et réciproque de la part de ces mêmes puissances de continuer
la guerre avec toute la vigueur possible , et de ne traiter de
la paix que de concert .
-----
L'état vient de perdre l'amiral Zoutman , officier de beaucoup
de mérite , i M. Van der Hoop , trésorier général .
ANGLETERRE. Dè Londres , le 17 mai.
Le gouvernement a fait embarquer vers la fin du mois der
nier plusieurs corps de troupes , tant infanterie que cavalerie
et artilleurs. On disait publiquement à cette époque qu'une
légion d'émigrés serait incessamment transportée en France .
en a déja passé sans doute dhus le département de la Vendée ;
mais seulement par petites parties , c'est -à -dire , ceux qui ont
pu filer en cachette des îles de Jersey et de Guernesey , dout
il est bien étonnant que les Français ne se soient point emparés
; ce qu'ils eussent pu faire au commencement de la campagne
par un coup de main , et encore facilement depuis en
les attaquant avec 8 à 10,000 hommes , forces plus que suffisantes
contre une garnison à peine de 3000 : il est sérieusement
question aujourd'hui d'un rassemblement considérable ,
et même d'une petite armée divisée en deux corps , à la tête
de laquelle se mettrait le comte d'Artois , lieutenant - général
du royaume de France , autorisé par Monsieur , qui a pris la
régence On l'attend - incessamment dans cette capitale , où il
apporte des secours pécuniaires assez considérables , fournis
par l'impératrice de Russie , et spécialement affectés , à ce qu'on
prétend , à cette expédition. Elle ne serait pas très - difficile , si
les Français continuent de tenir leur marine dans une nullité
presque absolue . Ils ne protegent ni leurs vaisseaux marchands
ni leurs corsaires , dont nous leur prenons un bon nombre.
Il n'y a pas jusqu'à nos lourds alliés les Espagnols , qui ne
fassent tout à leur aise sur eux des captures intéressantes . I
y a plus , les Français ont eu la négligence ou le malheur inconcevable
de ne point avertir à tems de la rupture leurs navires
éparpillés dans les différentes mers . En voici le funeste
*
( 211 ) .
résultat , c'est que deux de leurs vaisseaux , l'un venant de la
Martinique , et l'autre de la Chine et de la côte de Coromandel ,
sont entrés derniérement , de la meilleure foi du monde , dans
le port de Cadix , où ils ont été , comme on le croit bien ,
retenus et déclarés de bonne prise . Cette aubaine , qui n'a
coûté aux Espagnols que la peine de fermer la main , est pourtant
une affaire de 14 millions , somme à laquelle les deux
chargemens sont évalués .
Le bruit court ici qu'on a fini par chasser de ce port et de
toute l'Espagne même , les Français qui ont prêté le serment .
On ajoute que ces derniers , craignant d'être mal reçus dans
leur patrie , se proposent d'en aller chercher une nouvelle à
Philadelphie .
Voici la nouvelle intéressante qu'on reçoit de cette derniere
ville par des lettres datées du 7 mars . Le congrès vient de
terminer sa session ; et les deux chambres n'ayant pu s'accorder
sur un ajournement , il en résulte que la législature suivante
devra s'assembler le dernier lundi de novembre prochain .
George Washington qui a été réélu président des Etats- Unis
à l'unanimité des suffrages , a prêté , le 4 , le serment prescrit
par la constitution . Th . Jefferson ne parle plus de sa retraite ,
et il est probable qu'il continuera de remplir les fonctions
de secrétaire d'état .
On a reçu aux Antilles la nouvelle de la déclaration de
guerre faite par la France ; on apprend même que 5000 hommes
étaient sur le point de s'embarquer à Cayenne pour aller
attaquer Surinam , Demérary , Berbice , etc. Ces colonies étant
dénuées de troupes , on les croit en ce moment au pouvoir
des Français. Il faut avouer que cette derniere nouvelle a grand
besoin de confirmation , et nous ne dissimulerons même pas
qu'elle nous paraît invraisemblable .
Indépendemment de l'arbre à pain transporté avec succès
dans nos Antilles , on les a enrichies de beaucoup de plants de
muscadiers de la nouvelle Zélande , dont la noix ne le cede
guère à celle des Moluques. Les Hollandais ne voient qu'avec.
jalousie cette nouvelle source de prospérité pour notre
commerce dont ils s'étaient flatté de continuer à jouir exclusi
vement. Au reste , il a besoin de multiplier ses ressources ; car
la guerre dans laquelle nous sommes engagés sans pouvoir
en prévoir la fin , lui porte des coups bien funestes , ainsi
qu'au crédit particulier qui chez nous fait la base du crédit
public. La chambre des communes s'étant formée en comité
pour aviser aux moyens de la soutenir , toutes les clauses
du bill de crédit ont éte soumises à la discussion la plus
étendue . Les villes où l'on déposera les marchandises en magasin
qui serviront de nantissement, ou de gage des prêts faits
aux maisons de commerce sont Londres , Liverpool , Hull ,
Bristol , Glascow et Leith. Quant au comité choisi, il se trouve
composé de 20 commissaires , dont sept membres de la cham
( 212 )
bredes communes , quatre directeurs de la banque , et les autres
neuf sont des négocians de cette cápitale , tous d'une probité
reconnue et d'un crédit solide . On rédigea ensuite le bill
qui porte une diminution des droits sur le vin et le tabac en
faveur des floties.
D'après un relevé exact de nos forces maritimes qu'on vient
de publier , l'amirauté a deja mis en commission 65 vaisseaux
de ligne ; ce qui fait au moins la moitié des vaisseaux connus
sous cette dénomination : le nombre de navires d'un moindre
rang , dout on combine le service avec ces premiers , excede
de beaucoup cette proportion , si l'on y comprend les transports
, etc. Les nouveaux corps d'artillerie , destinés à servir
sur le continent , se préparent en toute diligence , et déja
l'on a contracté pour 165 voitures à 4 chevaux pour le service
de l'artillerie de campagne . Cn met la même activité à
faire des recrues , soit pour completter les vieux corps , soit
pour en former d'autres .
Les planteurs de Saint- Christophe s'opposent à l'abolition
de la traite dont M. Wilberforce a renouvellé la motion , et
qu'on a toujours autant de soin d'éluder tous les ans , qu'il en
a lui- même de la reproduire .
:
Le Blenheim de go canons , le Nassau et l'Africa de 74 out
été armés , vers le milieu du mois , pour une expédition
lointaine on croit qu'ils sont envoyés dans l'Inde .
MM. Hergest et Gooch , célebres astronomes , qui ont été
massacrés par les naturels du pays à Woskou , l'une des isles
Sandwich. Le fameux peintre Webber , qui accompagna le
célebre Cook dans son dernier voyage autour du monde
vient de mourir dans cette ville , en emportant les regrets de
tous les admirateurs de ses talens .
Il nous arrive toujours quelques émigrés Français ; les lois
séveres portées contre les etrangers suspects , sont exécutées à
la rigueur contre eux , lorsqu'ils ne peuvent justifier d'aucun
brevet ou recommandation qui prouve qu'ils sont attachés à la
cause des princes . Il y a quelque tems que l'un d'eux , dćpourvu
d'attestation de ce genre , fut conduit , en débarquant
à Douvres , chez le maire qui voulut le soumettre au bill alien :
le Français soutint que bien loin d'être étranger , il était sujet
de sa majesté le roi d'Angleterre , le seul roi de France vivant,
et par conséquent le souverain incontestable de la nation Fran
çaise pour prouver son assertion , il lut le commencement de
plusieurs ordonnancés où se trouvaient tous les titres de sa
majesté Britannique , qui s'intitule aussi roi de France.
:
Nous apprenons en ce moment , par la voye du Danemarck
que les Etats-Unis de l'Amérique ont solemnellement reconnu
Ja République Française .
( 213 )
J
FRANCE.
CONVENTION NATIONAL E.
PRESIDENGI
Séance du mardi , 21 mai .
D'ISNAR D.
On a fait lecture de la liste des membres nommés au scrutin
pour composer la commission extraordinaire des douze , chargée
de l'examen des arrêtés de la municipalité de Paris et de
la recherche des complots contre l'ordre et la liberté publique.
Ce sont , Boyer-Fonfrede , Rabaud- Saint- Etienne , Kervelegan ,
Saint Martin , Kigier , Gomer , Bertrand , Boileau , Molveaux ,
Henri Lariviere , Gardien et Bergoin .
Le tribunal criminel du département de Rhône et Loire
avait été destitué par la municipalité de Lyon , parce que
les jurés n'étaient pas munis de certificats de civisme . Après
une assez vive discussion , la Convention a décrété que le
tribunal criminel de Lyon continuera provisoirement ses fonctions
, sauf aux jurés à présenter sous huitaine des certificats
de civisme.
La constitution était à l'ordre du jour . Il s'agissait de la
division 'des départemens , relativement à leur administration
intérieure et se ondaire . Les deux dispositions suivantes ont
été adoptées à l'unanimité .
Chaque département sera divisé en districts .
Chaque district sera divisé en cantons .
Les commissaires nommés par la Convention pour recevoir
les dépositions de Miaczinski ont fait leur rapport . Voici le
procès-verbal de leur conversation avec le condamné .
Procès-verbal des déclarations de Miaczinski .
L'an 1793 , etc. etc. , dans le greffe de la prison où était
le général Miaczinski , ledit Miączinski a déclaré que , dans
ses relations avec Dumourier il a reconnu que le projet de
celui- ci était de s'approprier le Brabant , de négocier le mariage
du jeune Egalité avec la petite prisonniere du Temple ; et
qu'à l'égard du petit prince , Dumourier laissait entendre qu'on
en ferait des choux et des raves ; que Lacroix lui a toujours paru
lié avec Dumourier ; que ce dernier , pour son succes , comptait
sur la majorité de l'Assemblée nationale ; qu'il estimait
Pétion et Gensonné , et était en correspondance avec eux ;
que Dumourier comptait aussi sur Custines ; qu'à l'époque où
les Prussiens occupaient le territoire français , Dumourier avait
promis , à lui déclarant , de lui donner six mille hommes pour
0 3
( 214 )
châtier les derrieres des ennemis , et que jamais il n'a eu ces
six mille hommes à ses ordres ; que Dumourier était entré en
négociation avec le roi de Prusse , et que la retraite des Prussiens
avait coûté beaucoup d'argent ; que Cobourg avait diné
déguisé chez Dumourier ; que Devaux , aide- de- camp de Dumourier
, a été envoyé à Londres pour correspondre avec
Pitt ; que parmi les officiers de l'armée , il recounut pour
dévoués à Dumourier , Defiers , Thouvenot , Quinquin , son
secrétaire ; que lui , déclarant , a entendu dire à ce dernier , que
Dumourier ferait de Valence tout ce qu'il voudrait ; que Dumourier
a souvent demandé à lui , Miaczinski , s'il se croyait
sûr de sa division , et si elle le défendrait dans le cas où on
voudrait le faire arrêter ; que Lacroix lui a dit : Ecoutez ,
vous êtes étranger , pillez , nous partagerons ; je vous soutiendrai
à la Convention ; que Chazot lui avait porté une lettre de
Dumourier , contenant l'ordre pour lequel il a été arrêté ;
enfin , que sa situation ne lui permettait pas d'en dire davantage
. " ,
I
Aprés la lecture de cette piece , Rouzet de Toulouse , l'un
des commissaires a ajouté : Comme Lacroix , Petion et
Gensonné étaient dénommés dans le premier procès - verbal ,
nous les invitâmes à se rendre avec nous auprès de Miaczinski ;
nous reparûmes ensemble devant lui à 9 heures , et commen- :
çâmes par lui faire une seconde lecture du premier procèsverbal
. Lacroix demanda à Miaczinski où il avait tenu les propos
qu'il déclarait avoir entendus de sa bouche . Miaczinski
répondit simplement , dans la Belgique . Mais , répondit Lacroix ,
où je n'ai pu vous y voir qu'en présence de mes collegues
et des officiers généraux : votre division était d'ailleurs à
huit lieues du quartier général , et vous n'y paraissiez que
rarement. Miaczinski réplique : Je vous ai vu chez la Palliere .
Cela est impossible , dit Lacroix ; l'époque dont vous parlez
est antérieure à celle de ma commission dans la Belgique .
Miaczinski était extrêmement trouble ; on nous dit même qu'il
avait beaucoup bu dans la journée ; enfin , voyant que nous
ne pouvions rien tirer de lui de bien positif , nous nous
sommes retirés après avoir clos notre procès- verbal . "
Le lendemain , de retour pour la troisieme fois près de
Miaczinski , les commissaires lui demanderent s'il avait réfléchi
et recueilli ses idées . Il leur fit alors une longue his- >
toire , ou chaque mot peignait le trouble de son esprit. Les
commissaires interpellerent Miaczinski sur ce mot qu'il attribuait
à Lacroix : Pillez , nous partagerons. Il répéta ce mot .
Lacroix prit la parole , et dit à Miaczinski : Vous aviez perdu
vos eflets , et vous nous avez adressé des réclamations. » Je
vous ai dit en présence de Danton : Vous êtes sur pays ennemi
housardez et dédommagez- vous de votre perte.
Après avoir entendu cet exposé , la Convention a decrété la
levée du sursis à l'exécution du jugement de Miaczinski , et
( 215 )
-
"
sur la demande réitérée de Lacroix elle a nommé une commission
pour examiner la conduite de ce député dans la
Belgique.
Séance du mercredi 22 mai .
Le comité de sûreté générale avait été chargé d'examiner la
conduite et la correspondance du citoyen de Maulde , ex - ambassadeur
à la Haye . Accusé d'avoir eu des intelligences avec
Dumourier , de Maulde a été mis en état d'arrestation . Les
scéllés ont été apposés sur ses papiers . Mais leur examen n'a
fourni aucune preuve des soupçons qui avaient été conçus .
Les éloges qu'il a donnés a Dumourier dans quelques -unes
de ses lettres , ne devaient point être suspects , puisque dans
ce tems-là Dumourier en imposait à la République . Sur les
conclusions du rapporteur , la Convention allait ordonner
l'élargissement du citoyen de Maulde , lorsque Bassal l'a interpellé
de dire si le détenu avait été interrogé sur
voyage qu'il a fait en Angleterre , sur une lettre qu'il a écrite
de Londres à Sainte - Foix , et si sa correspondance avec milord
Aukland a été autorisée par le conseil exécutif. Nous
n'avons rien vu de tout cela dans ses papiers , a répondu
le rapporteur. Eh bien ! a repris Bassal , avant de mettre de
Maulde en liberté , je demande qu'il soit interrogé sur ces
faits . Cest ce qui a été décrété .
un
Pons de Verdun a demandé et obtenu la mention honorable
du civisme des administrateurs et des habitans du département
de la Meuse et l'insertion au bulletin d'un rapport des
commissaires qui constate que le quart de la population en
état de porter les armes aux termes des décrets , sert dans
les armées , que les impôts y sont en recouvrement , et que
les dons patriotiques y abondent , malgré une perte de onze
millions , causée par l'invasion des Prussiens . Ce rapport
est terminé par l'extrait d'une lettre dans laquelle Pichon
commissaire des guerres qui l'a écrite , avoue qu'il a mis .
en avant tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour
remettre Verdun , en 24 heures , sous l'autorité du roi son
maître.
Une députation de la municipalité d'Orléans est admise à
la barre ; elle dépose sur l'autel de la patrie une somme de
155,000 liv . provenant d'une collecte patriotique qui a été
faite dans les onze sections d'Orléans . L'orateur parle ensuite
des besoins de la commune de cette ville , et demande un
emprunt de 200,000 liv . sur les sous additionnels . Il se plaint
de ce que les derniers commissaires envoyés à Orléans , ont
fait mettre en état d'arrestation deux patriotes qu'ils ont aecusés
d'être en relation avec Egalité quoiqu'il soit constant
qué cette assertion est dépourvue de toute vraisemblance .
Levasseur saisit cette occasion pour demander le rappel des
commissaires , en observant qu'ils sont sans doute convaincu
0 4
( 216 )
que cette faction d'Orléans est purement chimérique . Mais
Valazé assure à son tour , que les informations qu'ils ont déja
prises , annoncent que non seulement cette faction a existé ,
mais qu'elle existe encore. La Convention passe à l'ordre du
jour.
Sur le rapport de ses comités des finances et d'instruction
publique , la Convention nationale décrete que les traitemens
dont jouissent les membres de l'académie des sciences de
Paris leur serout, payés comme par le passé , en conformité
de l'etat envoye par le ministre sur la simple justification
des quittances d'imposition , et d'après la preuve d'une résidence
non interrompue de six mois au moins , dans le territoire
de la République .
On a repris la suite de la constitution . La discussion s'est
engagée sur la question de savoir s'il y aura un maximum de
population pour ctabi une municipalité. Rabaut - Pomier a
conclu à ce que dans les villes au dessus de 50 mille ames
il y eut plus d'une administration municipale , et voici ses
ra:sons .
Les grandes villes rendent plus difficile et plus nécessaire
le rapprochement entre les administrateurs et les administrés .
Les habitans d'une mème rue , d'une même maison , se con
naissent à peine . La corruption des moeurs , les divisions des
citoyens y sont multipliées en raison de la population , et
comment une seule municipalité embrasserait- elle cette multitude
d'objets sous ses regards ? '
On objecte qu'une grande ville est un tout indivisible , un
ensemble de citoyens réunis par les mêmes intérêts , et qui
ne peuvent être séparés par une administration différente sans
que ces intérêts soient compromis .
L'orateur répond que tous les objets confiés à l'administration
municipale dans une grande ville sont pour les habitans
d'un intérêt général ou d'un intérêt particulier ; que les
revenus , les contributions , les dépenses , les travaux , les
établissemens publics , la pelice elle - même peut être considérée
sous ce double rapport , et qu'il seroit facile d'etablir
une administration particuliere pour chaque municipalité , et
une administration générale chargée des objets qui seraient
d'un intérêt général pour la ville .
On craint que les citoyens ne change assent de demeure
stlon qu'une administration leur conviendrait . Tant mieux ,
dit Rabaut-Pomier , ce sera une barriere au despotisme , et
cet usage , s'il s'établissait , serait la censure la plus amere et
la plus ntile des administrations vicieuses .
On craint encore qu'il ne s'élevât des divisions . Mais elles
n'existeraient pas entre les municipalités , car la loi aura
exactement tracé leurs limites , et les autorités supérieures
éteindraient aisément ces divisions qui ne seraient que locales
. Elles n'existeraient pas entre les citoyens , car elles
( 217 )
ne seraient autre chose que le blâme de l'opinion publique .
Le maximum que je discute , a ajouté Rabaut -Pomier
n'est pas seulement utile aux citoyens administrés , il l'est
encore à la République entiere . Les grandes villes sont un
écueil contre lequel la liberté des peuples vient se briser.
C'est dans les grandes villes que viennent se réunir les grandes
richesses , les lumieres , les talens , toutes les ambitions ; et
appuyées d'une force importante , elles exercent un despotisme
inevitable , si une constitution prévoy.nte ne lui oppose
des barrieres qu'il ne puisse franchir.
Thuriot a combattu la division des grandes communes . C'est
dans les grandes cités , a -t-il dit , que le patriotisme conserve
son énergie , c'est là que dans les grands dangers la patrie
trouve de grandes ressources . Si vous les divisez en petites
municipalités , craignez que les mauvais citoyens qui s'y trouvent
toujours en grand nombre , ne se réunissent dans quelques unes
d'elles , craignez que de leur scission , ne naisent les haines
implacables et la guerre civile dans vos vastes citės .
Buzot a parlé ensuite , et s'est rangé à l'opinion de Rabaut-
Pomier. Pourquoi craint - on , a dit Buzoi , qu'une grande
ville divisée en quatre ou cinq municipalités , soit plus agitée
qu'un département divisé en quatre ou cinq districts ?
La division de la municipalité est nécessaire ; elle rétablira
cette hierarchie de pouvoirs garante de la liberté , mais qui
n'existe plus ici où la municipalité est plus puissante que le
département. J'ai toujours cru qu'une République était un
gouvernement où tous les citoyens s'occupent de la chose
publique et je soutiens que dans une grande ville , soumise à
une seule municipalité , cet avantage n'existe pas ; je maintiens
que dans une telle ville le mot patrie n'est que dans l'imagination
et non dans le coeur. La patrie est dans cette réunion
de concitoyens qu'on aime , et dont on est aimé . Aussi ce
fut la réunion des citoyens cu gardes nationales qui fit naît: e
et entretint dans leur coeur l'amour de la liberté ; ce furent
ces rapports intimes et continuels qui les attacherent non à
telles murailles , mais à leurs concitoyens ; et ce fut dans les
fêtes publiques que commença l'énergie nationale .
2 1
Buzot a fini par une observation particuliere à la ville de
Paris ; c'est qu'il est impossible que cette cité , si elle demeure
organisée ainsi qu'elle l'est aujourd'hui , soit long- tems le séjour
du corps legislatif ; car cette classe de citoyens , si facile à
tromper et à corrompre , s'accoutumerait à l'insulter et pour
se populariser , la municipalité de cette ville serait forcée de
condescendre à ses desirs .
Collot d'Herbois a répondu à Buzot que si la constitution
est ce qu'elle doit être , il deviendra indifférent pour le corps
législatif de siéger dans telle ou telle ville , car par tout il
trouvera la liberté. Il s'est ensuite opposé à la subdivision des
magistratures populaires , ce qui serait selon lui diviser la
·
( 218 )
confiance , diviser les familles , et ôter à l'unité du mouvement
commun ce qu'il a de force pour ne fortifier que ce
qu'il a d'irrégulier .
Séance du Jeudi 23 mai .
La section de la Fraternité se présente à la barre. L'orateur
fait lecture du procès-verbal de la séance d'hier où sont
consignées les preuves qu'elle a recueillies des complots formés
contre la liberté et la Convention nationale . Voici ce
procès -verbal.
Extrait des registres de la section de la Fraternité séance du
mercredi , 23 mai.
Les commissaires chargés par l'Assemblée générale de la
section , de recueillir les preuves des complots formés contre
la sûreté publique , ont fait leur rapport . Il en résulte que le
comité révolutionnaire de la section leur a déclaré que dans
les assemblées tenues dimanche et lundi , à la mairie , présidées
l'une par un administrateur du département , la seconde
par le maire , il a été agité de faire une journée du 10
août qui serait suivie d'un 2 septembre ; qu'à un jour indiqué
, vingt- deux membres de la Convention seraient égorgés ,
et qu'on dirait qu'ils avaient émigré. A la vérité , le lundi ,
le maire s'est opposé à ces délibérations et a dit que si l'on
persistait , il cesserait la séance.
Legislateurs , a ajouté l'orateur de la députation , au nom
de la France , dont vous êtes la représentation auguste , au
nom du peuple de Paris outragé , ne souffrez pas que les conspirateurs
soient plus long -tems impunis . Osez compter sur
les bons citoyens , osez compter sur leur énergie . Plus de
mesures timides ; elles accroîtraient l'audace des factieux ;
elles vous perdraient vous-mêmes . Il ne peut y avoir de transaction
entre le bon et le mauvais génie de la révolution . Nous
ne ferons point de nouveaux sermen's , nous répondrons de
vous à la nation . Nous saurons bien sauver la liberté des
complots des scélérats qui la déshonorent.
Perrin a demandé l'arrestation subite de ceux qui ont fait
ces motions . Les faits n'étaient plus douteux ; ils ont été attes
tés par Vigier , membre de la commission des douze .
Génissieux a fortement inculpé le maire de Paris . Quoi !
ce magistrat chargé de veiller à la sûreté des personnes et
des propriétés , a assisté lui- même à un conseil d'assassins et
la laissé ignorer aux représentans du peuple le péril qui
les environnait ! il a présidé aux délibérations du crime , et
c'est par d'autres que lui qu'elles sont dévoilées où se
tiennnent ces nouvelles assemblées liberticides ? est - ce dans .
les repaires où se cachent ordinairement les scélérats ? Non ;
c'est à la mairie . C'est ainsi que parlait Génissieux , et il
demandait que le maire de Paris , fût mandé sur-le- champ .
( 219 )
Marat a dit qu'il avait aussi des complots à dévoiler. Il
accusé Valazé d'avoir écrit le billet suivant à Lacaze son
collegue : A la Convention nationale à 10 heures du matin avec
le plus de collegues qu'il se pourra . Ce billet , a dit Marat
est déposé au comité de sûreté générale .
Sans doute , a répondu , Valazé , je l'ai écrit ce billet . J'en
ai même écrit à 33 députés qu'on avait proscrits à la mairie .
J'avais la certitude que des scélérats devaient , dans ce jour
même , venir demander leur arrestation à la Convention. Cette
pétition devait être soutenue par des hommes, armés . J'avertissais
mes collegues de se mettre en garde pour eux-mêmes
et pour la Convention .
Le billet dont il s'agit , a repris Lacaze , je ne l'ai point reçu.
Il faut , pour l'avoir saisi , avoir corrompu te portier de ma
maison , sans quoi ce billet m'aurait été remis comme ma propriété.
Lassource atteste qu'on a voulu l'arrêter dans la nuit du
lundi au mardi , à 2 heures du matin ; mais qu'il a été prévenu .
Voici , ajoute Buzot , une des causes qui empêcha la conspiration
d'éclater. C'était dimanche à minuit que le coup devait
être porté. Les conspirateurs s'étaient réunis dans
une: salle
de la mairie , et le maire de Paris ne se trouvait pas alors
parmi eux . Le président de la section de 1792 fit quelques
réflexions sur les projets agités dans cette assemblée , et pour
cela il fut chasse . Un citoyen de la section de la Fraternité
s'occupait à prendre des notes sur ce qui se passait , on le
chassa aussi. Cela fit naître des disputes , et voilà comment le .
complot ne fut pas exécuté .
A
Le comité de salut public annonce , par l'organe de Cambon
, que cette conspiration lui était connue . Hier à minuit un
nouveau complot a été découvert ; des mesures ont été prises
pour l'étouffer , et la commission en rendra compte ..
71
Boyer - Fonfrede assure que des personnages ont en portefeuille
des correspondances contrefaites de Cobourg et de Pitt.
On se propose de les mettre au jour , après avoir massacré
les députés , et de supposer qu'elles ont été trouvées chez eux :
on les ferà imprimer et on fera croire aux départemeus que
l'on n'a massacré que quelques contre-révolutionnaires . Cette
dénonciation a été faite à la commission des douze .
La commission des douze a été chargée de faire très - incessamment
un rapport sur toute cette horrible affaire . L'impression
, l'affiche et l'envoi aux départemens du discours de la
section de la Fraternité sont décrétés . La Convention nationále
a déclaré que les citoyens de cette section avaient bien
mérité de la patrie.
Sur le rapport de Mallarmé , la Convention prête 2,500,000 1.
à la commune de Paris , pour être employées à de nouveaux
achats de subsistances . "
Barrere a lendu compte de la situation de la Corse . Des
1
( 220 )
mouvemens s'y sont manifestes . Il est instant de les arrêter . La
Convention décrete que 4000 homines , tires de l'armée du
Var , partirent sans d lai pour la Corse . I sera fait une adresse
aux habitans de cette île .
Séance du vendredi 24 mai.
Une députation de la section de la Butte- des -Moulins est.
admise à la barre. Législateurs , a dit celui qui portait la
parole , depuis trop long - tems la vertu et le crime sont aux
prises ; il faut que le combat finisse .
Que les patriotes Français et vraiment républicains fasscat
comme nous une sainte coalition , et bientôt nous aurons
renversé ces royalistes deguisés en patriotes , qui , pour mieux
égarer le peuple et le voler , se donnent insolemment le titre
de saus -culottes ,
Que le respect dû à la représentation nationale succede
à l'insolence de quelques individus qui vous entourent ; et si
l'intérêt de la Republique et la raison ne peuvent ici l'emporter
, faites un appel aux bons citoyens de Paris , et d'avance
nous pouvons vous assurer que notre section ne contribuera
pas peu à faire rentrer dans la poussiere tous les insectes venimeux
qui vous entourent et qui vous menacent . 99.
La discussion a été reprise sur la grande question relative
à l'institution des communes . Saint -Just a soutenu qu'il n'y a
point de division essentiellement administrative dans une république.
Selon lui , la jurisdiction municipale n'est point
pol.tique ; elle administre les choses et non les personnes . On
ne peut diviser la population d'une ville sous le rapport de
son administratiou municipale , ce serait diviser la société .
La jurisdiction municipale est une , parce que la voix d'une
ville ou bourg est une. C'est une administration populaire ,
paternelle et domestique . C'est la partie de la législation qui
doit être la moins embarassée . Cette administration est , pour
ainsi dire , étrangere au gouvernement . C'est le peuple en famille
qui régit ses affaires . Il ne faut pas diviser les amis , dit
Lycurgue.
L'administration municipale ne peut donc être légitimement
divisée. Elle forme un conseil naturel ce conseil n'est plus ,
si les citoyens n'ont point un intérêt commun et ne sont point
administrés en commun .
C'est pourquoi , a dit Saint Just , j'aurais desiré qu'à la
dénomination de municipalité , vide de sens dans la république
, on substituât celle de conseil de communauté . Cette dénomination
seule avertit les citoyens que ce conseil n'a point
d'attribution hors de leurs relations privées .
La discussion est interrompue. Vigée , au nom de la commission
des douze , vient faire un rapport sur l'existence des
complots formés contre la Convention nationale . Dès nos
premiers pas , dit Vigée , nous avons découvert une trame
( 221 )
horrible contre la République , contre la liberté , contre la
représentation nationale , contre la vie d'un grand nombre de
vos membres et d'autres citoyens . Chaque pas que nous faisons
, nous amene des preuves nouvelles ; quelques jours plus
tard la République était perdue , vous n'etiez plus .... Nous
sommes dégagés de tout esprit de parti ; nous n'avons pas
regardé si les conspirateurs siègent là ou là ; mais nous avons
cherché la vérité ; mais nous avons suivi les traces du complot
que nous étions chargés de découvrir . Comune il est intéressant
de prendre de grandes mesures , que ces mesures doivent
être précédées d'un rapport général ; comme nous sommes
encore à la recherche de plusieurs fils de la conspiration ,
nous vous proposons , comme mesure préliminaire , le projet
de décret suivant :
Art. 1er , La Convention nationale met sous la sauve - garde
spéciale des bons citoyens la fortune publique , la représentation
nation le et la ville de Paris .
II. Chaque citoyen de Paris sera tenu de se rendre sur-lechamp
au lieu ordinaire du rassemblement de sa compagnie.
1. Les capitaines feront l'appel de tous les hommes d'armes
de leurs compagnies , et ils prendront note des absens .
IV. Le poste de la Convention nationale sera renforcé de
deux hommes de chaque compagnie ; aucun citoyen ne pourra
se faire remplacer , ni dans ce service , ni dans tout autre , s'il
n'est fonctionnaire public , employé dans des bureaux d'administration
, malade ou retenu par quelque autre cause légitime
dont il sera tenu de justifier .
V. Tous les citoyens se tiendront prêts à se rendre au premier
signal au poste qui leur sera indiqué par le commandant
de chaque section .
VI. Jusqu'à ce qu'il ait été légalement nommé un commandant
général de la force armée de Paris , le plus ancien
commandant de section en remplira les fonctious .
VII. Les assemblées générales de sections seront levées tous
les soirs à dix heures ; et il en séra fait mention sur le procès
- verbal de la séance . Les présidens des sections seront personnellement
responsables de l'exécution du présent article.
VIII . Aucun étranger à la section ne sera admis à prendre
part à ses délibérations .
IX. Dans le cas où les différentes sections auraient des
communications à se faire , leurs commissaires respectifs ne
seront admis qu'après avoir justifié dea pouvoirs qui leur
ront été donnés par l'assemblée générale de leur section .
eur au-
X. La Convention nationale charge sa commission extraor
dinaire des douze , de lui présenter incessamment les grandes
mesures qui doivent assurer la liberté et la tranquillité publique.
XI . Le présent décret sere envoyé sur-le- champ aux quarantehuit
sections de Paris , pour y être de suite solemuellement
proclamé.
( 222 )
Thirion . et Danton ont combattu ce projet . Le premier
croyait voir une conspiration dans cet ensemble de moyens
disposés pour prévenir une conspiration ; le second croyait
voir de la faiblesse dans ces précautions que de mauvais citoyens
rendent nécessaires. Vergniaux, a prouvé que ce n'était
point conspiser que d'ôter aux conspirateurs les moyens de
nuire ; et le décret a été adopté .
On a lu ensuite une lettre du maire de Paris à la Convention
nationale . ( Voyez article Paris . )
Après la lecture de cette lettre , Vigée a déclaré que Pache
en a écrit une à la commission des 12 , où il dit que le
peuple de Paris est tellement exaspéré du prix excessif des
denrées qu'il croit pouvoir annoncer qu'il se prépare un grand
mouvement , et que ce mouvement est très- prochain.
La Convention décrete que les deux lettres du maire de
Paris seront imprimées .
Les jurés du tribunal extraordinaire vont être renouvellés ,
Voici le mode de leur réélection , proposé par le comité de
législation et adopté par la Convention nationale .
Le nom de tous les départemens sera mis dans une urne ;
il en sera tiré seize au sort ; il sera fait une liste de candi
dats pris dans ces seize départemens ; elle sera imprimée et
distribuée . Il sera procédé ensuite dans la Convention nationale
, à l'élection des jurés et des suppléans par scrutin signé.
Ces nouveaux jurés entreront en exercice le 15 de juin ; leurs
fonctions ne dureront que jusqu'au 15 juillet ; le 15 de chaque
mois , il sera procédé à une nouvelle liste de candidats ; les
départemens en exercice ne pourront fournir de nouveaux
candidats qu'après l'intervalle d'un mois de fonctions ..
Les commissaires qui sont à Valenciennes ont annoncé aujourd'hui
que nos troupes , cédant à des forces très- supérieures ,
ont été contraintes de se replier et d'abandonner le camp de
Famars .
Séance du samedi 25 mai.
La séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs adresses
sur la nécessité d'accélérer l'établissement de la constitution
et sur les dangers de l'anarchie .
Aubry , au nom du comité de la guerre , a fait adopter un
projet de décret sur l'échange des prisonniers. En voici les
principales dispositions : Il n'y aura point de tarif pécuniaire
pour l'échange des prisonniers . - Aucun officier ne pourra
être échangé contre plusieurs hommes . L'échange se fera
d'homme à homme et d'après un état nominatif.
Seront
réputés prisonniers ceux seulement qui auront été pris en
combattant.
Sur la proposition de son comité des finances , la Convention
accorde à la section des Invalides , à titre d'avance , une
somme de 40,000 livres pour l'habillement de ses volontaires
.
( 223 )
Alors une foule de dénonciations se sont élevées contre les
fournisseurs . Cambon a dit Depuis neuf mois nous avous
dépensé 551 millions pour l'habillement. Il faut qu'on sache
l'emploi de ces sommes. Il faut que le comité de l'examen
des marchés fasse enfin son rapport. Marat accuse la faction
des hommes d'état de protéger les dilapidateurs . Petit se leve
et demande que le premier membre qui se permettra les noms
de factieux , de scélérats contre ses collegues , soit à l'instant
et par un décret positif , chassé de l'Assemblée . L'Assemblée
presqu'entiere adhere à cette proposition . Elle est mise aux
voix et décrétée . Je me moque de vos décrets , reprend
Marat , quand ils sont injustes "
Le rapporteur du comité de l'examen des marchés´avait la
parole. Il fait lecture de son travail . L'Assemblée en ordonne
Î'impression.
Des députés de Marseille se présentent à la barre. Représentans
du peuple , dit l'orateur , nous venons vous présenter
le voeu , les plaintes des 32 sections de Marseille . L'adresse
que nous allons vous lire est authentiquement revêtue de
25,000 signatures. "
Extrait de l'adresse des 32 sections composant la commune de
Marseille à la Convention nationale .
Il est tems enfin de faire tomber ce masque hypocrite et
trompeur qui , sous les apparences du patriotisme le plus
épuré , couvrait la plus profonde scélératesse . Il est tems de
dénoncer à l'opinion publique ces hommes pervers , qui , pour
satisfaire une coupable ambition , ou une insatiable cupidité
entraîneraient le peuple trop crédule dans le plus affreux précipice
, en le caressant ou en feignant de le défendre. ,,
Représentans , vous n'avez pas toujours connu le voeu
libre des Marseillais . On ne vous en présentait quelquefois
que le fantôme , et alors vous les jugiez d'après celui émis par
un petit nombre d'anarchistes et de désorganisateurs qui ,
comprimant par la terreur l'opinion de la multitude , venaient
à bout de faire sanctionner les volontés suprêmes qu'ils osaient
lui dicter.
ง
,, Instruits par les papiers publics de l'envoi de deux
commissaires nationaux dans le département des Bouches - du-
Rhône ; nous les attendions comme des anges tutélaires ...
Vos commissaires à leur arrivée à Marseille , ne s'entourerent
que de factieux et de désorganisateurs ...
,, En visitant la plupart de nos sections , ils ont dit dans
quelques-unes que le dépôt de la famille des Bourbons était
le triomphe le plus complet que la montagne ai pu remporter
sur la plaine , et qu'il était pour les Marseillais le témoignage
de confiance le plus glorieux . Dans d'autres ils ont
assuré que ce dépôt n'était qu'une pomme de discorde qu'on
avait voulu jetter parmi nous , et que ce funeste lot ne nous
1
( 224 )
avait été départi que par le courroux de la plaine . Que conclure
de ces étranges contradictions , si on les rapproche
de l'éloge pompeux qu'ils avaient fait de la famille Egalité ,
le 30 mars dernier , à la tribune de la société républicaine ,
époque à laquelle le désret contre cette famille n'était point
encore rendu ? Dans toutes les sections ils ont essayé d'élever
un mur de séparation qui , en divisant les citoyens , ne
pouvait produire d'autres effets que de fomenter les haines ,
d'allumer la guerre civile .
Ils cut souffert que Paris , président du département ,
qui les accompagnait dans cette visite , prêchât en leur présence
et dans les sections , une croisade contre les proprietės .
,, Marseille ne doit qu'à la sagesse de ses citoyens , leur
respect pour les autorités , à leur défiance contre les insinuations
perfides dont ils ont été trop souvent les dupes , d'avoir
étouffé dans son sein le germe de la discorde , que les dis-
.cours incendiaires de vos commissaires tendaient à faire naître .
Que n'ont- ils pas fait pour la provoquer dans la ville d'.ix ,
on , après avoir défendu la réunion des citoyens dans les sections
, ils ont ordonné le désarmement et l'arrestation de
tous les citoyens d'une section ,, et même , en cas de résistance
, de les conduire à Marseille . Dans notre ville , un grand
nombre de patriotes , victimes d'animosités personnelles ,
avaient été confondus avec les citoyens suspects , et désarmės
arbitrairement ; par un abus plus inconcevable encore , is
avaient été autorisés à se réarmer aux conditions d'ure contribution
aussi injuste que vexatoire . Ces actes oppressits
furent dénoncés à vos commissaires ; ils avaient promis le
redressement de ces griefs , et cependant ils sont partis sans
procurer aucune réparation à de bons citoyens si honteusement
vexes.
""
Tandis qu'ils ordonnaient dans le département des
Bouches-du-Rhône une levée de six mille hommes pour les
placer sur les frontieres des deux départemens voisins , sous
prétexte de préserver le premier de dissentions intestines ,
ils faisaient avancer du département de la Drôme des volontaires
nationaux pour la defense de nos côtes . Si cctté substitution
de force armée d'un département à l'autre ne cache
pas des intentions perfides , au moins elle est une preuve
évidente de la plus complette incapacité et d'une prodigalité
inonie et sans objets , des finances de la République .
,, Représentans , des commissaires sortis de votre sein avec
des pouvoirs illimités , doivent être responsables de toutes
leurs actions , et les Marseillais ne font aucune différence
entre les traîtres et les mandataires infideles . Nous vous demandons
justice contre eux . Nous la demandons aussi contre
les ministres prévaricateurs qui ont ou dilapidé le trésor national
, ou par une incptie coupable , laissé au dépourvu nos
armées et nos arsenaux.
,, Représentans ,
( 225 )
Représentaus , le bon peuple de Marseille , éclairé, sur
ses vrais intérêts , ne compose plus qu'une famille de freres ;
il ne reconnait ni montagne , ni plaine ; ni côté droit , ni côté
gauche parmi vous . Ceux - là seals recueilleront les bénédictions
du peuple souverain qui lui donneront une constitution
républicaine , fondée sur les bases immuables de la justice ,
de la liberté et de l'égalité . Occupez -vous sans relâche de son
bonheur. Jurons , mais jurons ensemble de confondre tous
les intrigans et les traîtres . Comptez que nous exterminerons.
sans miséricorde quiconque serait assez aud : cieux pour porter des
mains parricides sur nos législateurs ,, ou pour attenter à la
représentation nationale . Depuis quatre ans nous combattons
pour la liberté , nous saurons mourir pour e.le.
L'Assemblée décrete l'impression , l'envoi, et l'affiche de
cette péution .
La section des Arcis amene son contingent. Elle demande
une loi qui défende aux clubs et sociétés populaires toute
correspondance collective et tout acte de corporation . Cette
pétition ayant donné lieu à des observations sur les principes
de la liberté et de la communication des pensées et
de l'inviolabilité de la presse , la Convention a , d'une résolution
unanime cassé les arrêtés des commissaires qui ont dé
fendu l'entrée des journaux dans plusieurs départemens ..
"
Une députation du conseil-général de la commune de Paris ,
vient demandér que la pétition de la section de la Fraternité ,
dans laquelle on a dénoncé d'affreux complots , soit renvoyée
à l'accusateur public du tribunal révolutionnaire pour
en punir les coupables , ou les calomniateurs . Le conseilgénéral
se plaint de l'arrestation du substitut du procureur
de la commune , Hébert , détenu par ordre de la commission
des 12 et demande sa liberté ou son prompt jugement.
Au milieu des débats tumultueux qu'ont excités cette pétition
et la réponse du président , un adjudant de Lamarliere
paraît à la barre et annonce une victoire complette ; des lettres
de Parthenay et du commissaire d'Artigoyte annoncent aussi
un avantage remporté sur les rebelles .
Séance du dimanche 26 mai.
La Convention décrete , sur le rapport du comité des finan .
cees, que la trésorerie nationale fournira , à titre de prêt , et
en se conformant , pour la sûreté du remboursement , au dé
cret du 13 de ce mois , sur les cautionnemens , à la section
des Gravilliers , la somme de 180,000 liv . ; à celle du Finistere
, 60,000 liv .; à la section de Bon- Conseil , 150,000 liv . ,
et à celle de l'Unité 180,000 liv.
Le général Destournelles , prévenu de trahison , pour avoir
évacué le pays des Deux - Ponts , avait été mis en état d'arrestation
, traduit à Paris , et l'examen de sa conduite avait été
renvoyé aux comités réunis de la guerre et de sûreté générale .
Tome III. P
( 226 )
H résulte de ses réponses dans son interrogatoire et des pieces
produites à l'appui , qu'il n'a agi qu'en vertu des ordres exprès
du général Pully , commandant de division de l'armée de la
Moselle . En conséquence , la Convention nationale a décrété
qu'il n'y a lieu à aucune accusation contre le général Destournelles
, et qu'il sera mis sur -le- champ en liberté.
Les mêmes comités avaient été chargés d'examiner la conduite
du général Ligneville , prévenu d'avoir, abandonné , sans
ordre , le revers des Vosges et négligé de donner à Custines
un secours nécessaire . Il est prouvé qu'il n'a rien fait que par
les ordres de Beurnonville . Mais la Convention a chargé ses
comités de la guerre et de sûreté générale d'examiner si Ligneville
, étant sous les ordres d'un général en chef, a du obéir à
ceux du ministre Beurnonville .
Le ministre de la marine annonce que quantité d'émigrés se
rendent dans nos colonies pour y opérer une contre -révolution
. Il prie, l'Assemblée de prendre de promptes mesures pour
s'opposer à ces perfides projets . Renvoyé au comité de la
marine.
Des lettres des départemens de l'ouest , voisins de la Vendée
, annoncent les bonnes dispositions des habitans de ces
départemens , qui tous déplorent les erreurs de leurs freres
égarés , et qui s'empressent de fournir leur contingent pour
combattre les contre - révolutionnaires.
On donne lecture d'une adresse des administrateurs du dé
partement de l'Arriége . Quoique le prix des subsistances y
soit porté à un taux excessif , les propriétés y sont toujours
respectées. Dans ce moment , le département est occupé à
lever un contingent supplémentaire . Les Espagnols , ajoutent
les administrateurs , menacent notre territoire ; mais nous
sommes bien disposés à les repousser , dussions-nous les combattre
avec les ossemens de nos freres merts . ""
Le comité de législation a proposé de traduire devant le
tribunal révolutionnaire de Paris les révoltés du camp de
Jalès , dont on instruit le procès dans le département de l'Ardêche.
Thuriot s'y est opposé il a dit que chaque jour on
arrête de nouveaux conspirateurs qu'il faut confronter à ceux
dont le procès est instruit ; que la translation des accusés à
Paris entraînerait des lenteurs interminables. Il a demandé que
les jugemens du tribunal criminel de l'Ardêche , relatifs à cette
conspiration , ne fussent point sujets à la cassation . Cette proposition
a été adoptée .
' Un membre du comité de législation a fait un rapport sur
l'arrestation de cinq citoyens de la section de l'Unité , en
vertu d'ordre du comité , dit révolutionnaire , de cette section .
Le crime de ces détenus est d'avoir parlé contre Robespierre
et Marat. Le comité a proposé , 1º . de décréter que les scellés
apposés chez ces citoyens seront levés , et qu'ils seront mis
en liberté ; 2 °. de casser le comité révolutionnaire de la section
U
( 227 )
de l'Unité ; 3° . d'ordonner aux comités des sections de se
borner aux pouvoirs que la loi leur attribue sur les étrangers ;
4°. de défendre à tout comité de prendre le titre de comité
révolutionnaire ; 5º . de charger le ministre de l'intérieur de
vérifier si les comités sont tous institués , et operent tous selon
la loi.
Ce projet de décret a été adopté.
La section du Mail vient annoncer à la Convention , qu'en
exécution de son décret , elle a déposé le registre de ses délibérations
entre les mains de la commission des douze . On
y verra , dit l'orateur , que la section du Mail a constamment
obéi aux lois , et a toujours résisté aux efforts des désorganisateurs.
L'impression de cette adresse est décrétée .
Une députation de la section Montmartre se présente pour
demander l'élargissement d'Hébert et la suppression du comité
des douze , qu'elle qualifie de contre - révolutionnaire . Elle
annonce qu'elle a arrêté de ne point communiquer ses registres
à ce comité. On murmure dans une partie de l'Assemblée ,
on applaudit dans les tribunes , et les pétitionnaires obtiennent
les honneurs de la séance .
1 Bientôt après , les députés de seize sections de Paris viennent
réclamer la liberté d'Hébert . Legendre veut convertir
leur demande en motion . Deux décrets lui refusent la parole.
Le tumulte s'accroît , et le président leve la séance.
Nota . Dans le cours de cette séance le décret suivant a été
rendu sur la proposition de Barrere .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
du comité de salut public , décrete :
Art. I. Les armées du Nord et des Ardennes seront subordonnées
au même général en chef. Il en sera de même des
armées de la Moselle et du Rhin , ainsi que de celle des Alpes
et d'Italie , et de celles des Pyrénées orientales et occidentales .
11. L'armée des côtés de Cherbourg , qui par le décret
du 30 avril s'étendait jusqu'à l'Anthie , sera réduite , depuis
Saint-Malo exclusivement , jusqu'au département de la Seine
inférieure inclusivement , et le département de la Somme qui
est l'entrepôt des magasins de l'armée du Nord , fera partie
' de ladite armée .
III . La Convention nationale approuve la nomination faite
par le conseil exécutif provisoire , le 20 de ce mois , du général
Kellermann pour commander en chef les deux armées des
Alpes et d'Italie , et du général Brunet pour commander celle
d'Italie ; lequel général Brunet sera autorisé , par le général
en chef , à prendre de lui-même toutes les mesures que la sûreté
des places maritimes , ainsi que celle de ses derrieres , pourraient
exiger.
Séance du lundi 26 mai.
Le ministre de la guerre , Bouchotte , donne sa démission .
Renvoyé au comité de salut public.
P 2
( 228 )
Une lettre du général Lamarliere donne de nouveaux détails
sur l'affaire qui a eu lieu le 24 ; les retranchemens que
nous avons enlevés à l'ennemi sont au nombre de trois ; au
lieu dé 300 prisonniers , nous en avons fait 400 , dont 58 blessés.
J'ai vu , dit Lamarliere , les braves soldats du sixieme régiment
porter généreusement sur leurs épaules leurs ennemis
vaincus , et les déposer avec la plus touchante humanité dans
les hôpitaux , où on leur prodigue tous les soins . Cette nuit ,
je dois faire une nouvelle attaque qui , sans être aussi brillante
que la premiere , n'en est pas moins importante .
Le maire de Paris écrit à la Convention , que c'est mal-àpropos
que la commission des douze a déclaré avoir reçu de
lui un rapport sur la situation de Paris dans lequel il disait
expressément qu'il y aurait dans peu un soulevement occasionné
par la cherté des denrées de premiere nécessité . Le
maire observe qu'il a seulement dit que des propos vagues
et insignifians tenus dans des grouppes , semblaient faire
craindre quelques mouvemens .
On demande la lecture de ce rapport . En voici l'extrait :
La différence des opinions et l'agitation qui en est la suite
nécessaire , ne présente encore rien d'inquiétant. La désunion
de quelques membres de la Convention d'un côté , l'excessive
cherté des vivres de l'autre , sont les principales causes de
la fermentation du peuple qui se lasse de se plaindre à demivoix
et qui finirait par se débander , si la Convention n'apportait
les plus prompts remedes à ses maux ; et on ne peut
se dissimuler que le soulevement ne soit inévitable et trèsprochain
, si on ne prend les mesures les plus efficaces pour
le soulagement du peuple .
Plusieurs membres font remarquer la contradiction qui existe
entre ces deux pieces ...
Vigée prend la parole . Le maire , dit-il , ne nous annonce
pas que ce rapport ne soit autre chose que ce qui se dit
dans les grouppes et dans les cafes ; ce n'est pas cela non plus
que la Convention lui demande . Au reste , la Convention
peut-elle faire que le pain se vende au-dessous de trois sous
la livre ? On connaîtra l'intention du maire de Paris par ce
qu'il nous dit dans son rapport d'aujourd'hui : Les deux partis
sont très-prononcés et l'explosion est prête à éclater .
Le Vasseur croit en donner l'explication en s'écriant qu'il
y a effectivement deux partis bien prononcés dans Paris , celui
des patriotes et celui des aristocrates dont il prétend que les
hommes d'état sont les complices ou les dupes .
On a cherché , dit Marat , à tromper le peuple en lui faisant
croire qu'il existait un complot pour assassiner les hommes
d'état . La preuve que ce complot n'a jamais existé , c'est que
pas un de vous n'a reçu une égratiguure . Je demande que
cette commission des 12 soit supprimée , comme ennemie de
la liberté et comme tendante à provoquer l'insurrection du
( 229 )
1
peuple , qui n'est que trop prochaine , par la négligence
avec laquelle vous avez laissé porter les denrées à un prix
excessif.
Après quelques débats , l'Assemblée passe à l'ordre du jour
et décrete l'impression et l'affiche de la lettre du maire de Paris .:
On a procédé au tirage des départemens qui devront fournir
les jurés du tribunal révolutionnaire . Le sort a désigné
les départemens suivans : les Hautes -Pyrǝnnées , la Gironde ,
l'Aveiron , les Basses -Alpes , Maine et Loire , la Correze ,
Sarthe , Eure et Loire , la Charente inférieure , l'Ille et Vilaine
, la Lozere et l'Isere . Les départemens de la Nievre ,
de l'Ain , de la Haute- Saone et de la Mayenne fourniront les
suppléans jurés .
la
L'Assemblée avait repris la discussion sur la constitution ,
lorsqu'une députation de la section de la Cité se présente à la
batre , précédée d'une pique surmontée d'un bonnet rouge et
d'un crêpe funebre.
Nous réclamons , dit l'orateur , contre le despotisme de
votre commission des 12 qui a fait enlever nuitamment le président
de notre section et deux secrétaires . Révoquez un acte
de tyrannie pire que les anciennes lettres - de - cachet. Cassez
la commission des 12 et ordonnez la tradition de ses membres
pardevant le tribunal révolutionnaire. Le tems des plaintes
est passé ; il s'agit de venger la liberté outragée ; le peuple
vous accorde la priorité si vous n'en usez pas , nous seront
dans la nécessité de la venger nous-mêmes . "
Le président a répondu à l'orateur : Citoyens , la Convention
nationale pardonne à l'égarement de votre jeunesse ....
C'est un jeune homme qui avait porté la parole . ) Isnard ,
interrompu par de violentes huées , est obligé de se couvrir ;
le calme rétabli , il poursuit sa réponse. Des murmures s'élevent
à chaque phrase qu'il prononce. Il rappellait aux pétitionnaires
que la liberté ne peut exister sans l'obéissance
aux lois . Il leur disait : n'oubliez jamais que la tyrannie , soit
qu'elle habite un palais ou un souterrain , qu'elle se présente
couronnée d'un diadême ou d'un bonnet , qu'elle soit cou
verte de dorure ou sans culotte , est toujours la tyrannie .
Les Français n'en veulent d'aucune espece . Cette volonté s'accomplira
, et aucune portion du peuple ne pourra influencer
les délibérations de la Convention .
1
De longues clameurs saccedent à cette réponse d'Isnard . ,
Robespierre l'aîné monte à la tribune . D'un côté on s'oppose
à ce qu'il soit entendu , de l'autre on insiste pour qu'il ait la
parole . Plusieurs propositions se succedent dans le tumulte .
Charlier veut motiver le décret d'accusation contre les membres
de la commission des douze .
Vergniaux demande la convocation des assemblées primaires .
L'Assemblée presqu'entiere se leve spontanément en signe d'adhésion
à cette derniere proposition qui n'a pourtant aucune suite .
P 3
( 230 )
La parole est encore refusé à Robespierre . Les membres de
la minorité se portent au bureau pour s'inscrire contre cette
décision et réclamer l'appel nominal . Nouveau tumulte pendant
lequel la proposition faite de destituer le président et de
l'envoyer à l'Abbaye est soutenue par les cris des tribunes .
Plusieurs membres demandent la parole ; elle leur est successivement
donnée par décret , mais inutilement ; les réclamans
s'opposent à ce qu'ils soient entendus , de préférence
à Robespierre .
:
"
Fatigué d'un tumulte qu'il ne peut parvenir à faire cesser ,
le président déclare qu'il va instruire la France entiere de ce
qui se passe écrivez au nom de tous , lui crie -t- on , le président
écrit. Une foule du côté gauche se précipite autour du
bureau et en disperse les papiers ; on se menace le désosdre
va toujours croissant ; on veut arracher au président son écrit ,
il le met dans sa poche. Un bruit considérable se fait entendre
à une des portes de la salle , plusieurs membres se
plaignent qu'on cherche à forcer les consignes. Un secrétaire
se présente pour faire l'appel nominal. Les membres
de la droite demandent que la séance soit levée. Lacroix ,
d'Eure et Loire , veut que l'appel nominal soit fait par un
autre que Peniere . Je vous le déclare , dit Danton , en
s'adressant au côté droit , tant d'impudence commence à nous
peser , nous vous résisterons . Oui , oui , s'écrient tous les
membres de l'extrémité gauche . On demande que la déclaration
de Danton soit consignée dans le procès-verbal . Décrété .
Enfin l'appel nominal commence .
Il est interrompu par les réclamations de plusieurs membres
qui se plaignent de ce que les corridors sont obstrués par
des citoyens qui s'opposent à ce que des députés sortent :
l'Assemblée est indignée de cette violation . Barrere déclare
qu'un bataillon armé vient d'arriver ; il demande que le commandant
soit appellé à la barre pour exhiber l'ordre qu'il a
reçu . Chambon , au contraire , demande que la Convention
décrete que ce bataillon a bien mérité de la patrie . Le commandant
paraît à la barre il fait lecture des ordres qu'il a
reçus , puis il dit : J'étais à mon poste , un adjudant est venu
me dire de me rendre à la Convention , dont les membres
étaient menacés . J'ai marché ; si j'ai fait une faute , punissezmoi.
Arrivé ici , le commandant de ce poste m'a demandé
des hommes pour faire évacuer les couloirs . J'exécutai cet
ordre ; Marat , que je ne connaissais pas , s'est présenté à moi
avec un ordre bien supérieur , un pistolet à la main : il m'a
demandé mes ordres ; je lui ai dit que je ne les montrerais
qu'au président , et que je ne le connaissais pas . Alors Marat
a dit que je le connaîtrais dans dix minutes , et il m'a mis
en état d'arrestation . Marat prétend que le commandant en a
menti impunément . Le commandant est admis aux honneurs
de la séanee .
( 231 )
cause
Le ministre de l'intérieur qui était venu sans être appellé ,
prend la parole : Tout ce qui arrive , dit-il , a , pour premiere
le bruit qui s'est répandu qu'un grand complot avait
été formé à la mairie pour faire arrêter 22 membres de la
Convention . I assure que les assemblées composées d'un
commissaire du comité révolutionnaire de chaque section ,
n'avaient pour objet que de prendre des mesures contre les
personnes suspectes , et lever une contribution forcée sur les
riches ; que dans la seconde de ces assemblées , où le maire
ne se trouvait pas , des propositions atroces furent faites ,
mais qu'elles furent ajournées avec une forte improbation de
tous les membres de l'Assemblée ; que le lendemain le maire
présida , et que les mêmes motions ayant été renouvellées ,
il fit sentir avec tant de force combien elles étaient criminelles
et témoigna tant d'indignation que tous les membres du comité
les regarderent avec la même horreur.
Garat ajoute que ce sont quelques membres de la Convention
qui sont la cause des dissensions qui existent entre la
Commune et la Convention , et cela sans mauvaise intention
de la part de la Commnne ; la cause vient de ce que la
Convention a investi , pour ainsi dire , les corps administratifs
de la puissance souveraine , en consacrant les dispositions
contenues dans l'arrêté du département de l'Hérault . - Une autre
cause de mouvement , c'est l'arrestation d'Hébert , substitut du
procureur de la commune que la commission des douze a fait
emprisonner à raison de quelques feuilles du pere Duchesne . Le
ministre ne les connaît pas , mais il a horreur de tous les écrits
qui ne prêchent pas la raison et la morale dans le langage qui
leur convient. Il ne sera jamais l'apologiste de ceux qui inspirent
au peuple la soif du sang. David interrompt , en criant :
C'est Brissot , c'est Gorsas . Plusieurs membres de la droite :
C'est Marat. Le ministre continue , et après avoir fait sentir
qu'il est de l'intérêt de tous , de l'intérêt de la République que
la Convention délibere avec calme et liberté après avoir fait
l'éloge de Pache , il termine en disant qu'il s'est convaincu ,
en interrogeant les sentimens secrets de quelques membres de
la commission des douze , qu'ils ont l'imagination frappée
d'une terreur panique ; il proteste de son estime pour eux ,
et proteste que la Convention n'a aucun danger à courir ; si
elle en avait , il propose que la Convention précédée des
autorités constituées se, porte au lieu des rassemblemens ; et
s'il y a quelque péril , il sera le premier à le braver.
"
Danton demande à faire une interpellation au ministre ;
cette interpellation lui était personnelle enfin , après quelques
débats , il est décrété que le rapport fait de vive voix par
le ministre sera rédigé par écrit , et signé de lui , pour être
inséré dans le bulletin .
Le maire parle à son tour , et après avoir répété que le
complot n'est qu'imaginaire , que les mouvemens dans Paris
P4
( 232 )
n'ont recommencé que lorsque la commission des douze a
fait des arrestations , il déclare qu'il a reçu le matin une
lettre du commandant général provisoire , portant l'ordre qui
avait été donné par la commission des douze aux sections de
la Butte- des-moulins , de 1792 et du Mail de tenir trois cents
hommes prêts. Il prie la Convention d'ordonner aux troupes
qui sont aux environs de la salle de faire seulement des patrouilles
; il la prie aussi d'admettre plusieurs députations qui
viennent demander la liberté de quelques citoyens détenus .
Hérault - Sechelles' prend le fauteuil : une députation de 28
sections vient demander l'élargissement d'Hébert et la cassation
de la commission des douze ; on convertit cette demande
en motion. Des réclamations se font entendre ; mais le décret ,
mis aux voix au milieu du plus grand tumulté et d'une foule
d'étrangers et de pétitionnaires qui s'étaient introduits dans
la salle , est adopté , malgré les protestations d'un grand nombre
de membres. La séance est levée à minuit. -
Notice des deux séances subséquentes .
Mardi 28 , Osselin présente la réduction du décret rendu
la veille qui prononce la cassation de la commission des
12 et l'élargissement d'Hébert. Lanjuinais soutient , ainsi
que plusieurs autres membres que le décret n'a pas été rendu
en pleine liberté ;; que par conséquent il n'existe pas et que
dans le cas où l'Assemblée déclarerait qu'il a été rendu , le
rapport en soit mis aux voix . Cette demande éveille de nouveau
toutes les passions . Après de longs débats , il est décrété
à l'unanimité qu'on procédera à l'appel nominal sur la question
de savoir si le décret sera rapporté oui ou non . Le président
proclame le résultat de l'appel nominal. Sur 517 vo-
279 ont voté pour le rapport du décret . Le rapport
est prononcé. Allons dans nos sections , s'écrient les tribunes.
Danton declare que si la commission continue l'exercice
de son pouvoir tyrannique , on saura la surpasser en
energie , en audace et en vigueur révolutionnaire. ( Vifs applaudissemens
d'une partie de l'Assemblée et des tribunes . )
tans ,
--
-
Marat veut que le canon d'alarme soit tiré aujourd'hui .
Quelques citoyens des tribunes : Fermez les barrierés . - Long
tumulte ' ; le président se couvre , et le calme se rétablit .
Rabauld - Saint -Etienne veut parler au nom de la commission
des douze ; on lui refuse la parole . Cependant il parvient à
se faire entendre il propose l'élargissement provisoire d'Hébert
et annonce la démission de la commission des douze .
L'élargissement est décrété , et la démission acceptée . Cependant
on la charge de faire imprimer et distribuer son rapport
sur toutes ses opérations .
On assure , dit Bazire , qu'un grand nombre de membres
ont écrit dans leur département pour les engager à convoquer
les assemblees primaires. Il demande que tous les membres
[ 233 }
1
rons . - -
affirment par serment qu'il n'en est rien . Tous les députés se
levent pár un mouvement spontanée , en criant : nous le ju-
Une pétition de la section des Gardes Françaises
devient le sujet des plus violens débats ; elle était conçue dans
le sens de celles des sections de la Fraternité , des Tuileries ,
de la Butte-des - Moulins . Suivant le rapport fait par Cámbon
, sur l'état de nos armées , celle du Nord a abandonné
le camp de Famars . Valenciennes est investi ; mais la garni
son est forte et les munitions abondantes : Custines doit Y
arriver incessamment. L'armée des Alpes a remporté un
avantage sur les Piémontais . Celle d'Italie occupe des positions
avantageuses
. Dans les Pyrénées orientales , larmée
a quitté , repris et quitté de nouveau son camp ; elle s'est
retirée du côté de Perpignan . Du côté de Nantes , les révoltés
sont presque entièrement dissipés ; les communes rentrent
dans leur devoir. Cambon termine en annonçant un
prochain rapport du comité de salut public , propre à ramener
le calme dans la Convention .
---
Mercredi 29. Un député des Pyrénées orientales expose l'état
de faiblesse où se trouve l'armée de la République , qui n'a
à opposer à 20,000 Espagnols , qui sont déja sur notre territoire
, que trois bataillons de ligne et quelques bataillons de
volontaires . Cambon assure qu'il y a actuellement 21,000
hommes sur cette partie de nos frontieres .
-
Une députation de l'Ain réclame contre la détention de 500
personnes , ordonnée par les commissaires Amar et Merlinot .
Des dépêches du général Chalbos , datées de Niort , annoncent
qu'il a été obligé d'évacuer Fontenai et la Chataigneraye ,
attaqués par une foule de brigands et de rebelles ; il s'est replie
sur Niort. Une partie de la gendarmerie à cheval est la
cause de cette retraite , elle a fui lâchement et a rompu et
foulé au pied les bataillons de volontaires qui ont fait des
prodiges de valeur , ainsi que les hussards commandés par le
général Menou . Les gendarmes qui ont fui seront dégradés ,
renvoyés à leurs municipalités et déclarés infâmes .
-
7
La Convention charge le comité de salut public de s'adjoindre
une commission de cinq membres , pour presenter sous
huit jours les articles principaux de la constitution qu'il est
important de fixer promptement.
1
Barrere assure que les forces qui environnent les rebelles
sont de 29,400 hommes et 81 pieces de canon , et que celles
qui s'organisent à Bourges et à Orléans formeront un total de
60,000 hommes .
( 234 )
PARIS , le 30 mai 1793.
L'existence du projet d'attenter à la liberté , et même à la
vie de plusieurs représentans du peuple , dont la commission
des douze était chargée de poursuivre les auteurs , devient de
plus en plus problématique au milieu du choc des passions
les plus furieuses , qui tour à tour affirment et nient avec la
même confiance . En attendant le rapport que doit publier la
commission des douze , les renseignemens et les pieces justificatives
qui doivent l'accompagner , nous nous bornerons à
tracer la conduite des autorités constituées de Paris , du
moment qu'elles ont été instruites de la dénonciation faite
par la section de la Fraternité . Nous commencerons d'abord
par les lettres du maire .
1
Lettre du maire de Paris au citoyen président de la Convention
nationale.
La section de la Fraternité s'est présentée hier à la barre
pour dénoncer un complot formé contre la représentation nationale
, quoiqu'elle eût dû savoir qu'il n'y a point eu de
complot formé ; je dois rétablir les faits , et je vous prie de
les présenter à la Convention nationale .
1
Après le mouvement très - contre -révolutionnaire , par lequel
on voulait arrêter , et on a retardé en effet l'enrôlement pour
la Vendée , l'administration de police a pensé qu'il lui serait
utile , 1º . de connaître les individus qui dans les différentes
sections s'opposent le plus constamment à la marche de la
révolution , afin de pouvoir les faire surveiller , et d'être ainsi
en état de les faire arrêter avant la consommation du mal ;
2º. d'avoir une maison d'arrêt , dans laquelle on pût les placer
dans le cas où un second rassemblement exigerait des arrestations
aussi nombreuses que le premier , parce que la maison
de la mairie ne peut les recevoir sans gêner les autres services .
ร
" L'administration de police a pensé que le moyen le plus
convenable pour se procurer la connaissance qu'elle desirait ,
était de s'adresser aux comités révolutionnaires des sections
avec invitation , ainsi qu'il se pratique en semblables occasions ,
de lui envoyer , à une heure convenue , un de ses cominissaires
. J'ai adhéré à cette proposition dont on m'a fait part ,
et les lettres de convocation ont été expédiées .
1 Des commissaires de ces comités de surveillance des sections
sont ainsi venus à la mairie . Je me suis rendu au milieu
d'eux avec les administrateurs de police . L'objet de la convocation
a été expliqué , savoir la remise des notes indicatives
des hommes les plus suspects qui habitent leurs sections . 11
s'est établi une discussion sur le mot suspect , et les commis(
235 )
saires sont en général convenus d'apporter eux - mêmes ces
notes ou listes sous le cachet du comité ; ce qui a donné lieu
à une seconde réunion à laquelle je n'ai pu assister .
Dans celles - ci , il y a eu de nouvelles observations sur les
listes , et l'on est convenu que ceux qui n'en avaient point
fourni , et qui voudraient en fournir , les apporteraient le lendemain.
,, Il en est résulté une troisieme réunion , dans laquelle ,
selon ce qui m'a été dit , sur l'observation du petit nombre
de listes , on a témoigné peu de confiance dans quelques
membres de l'administration de police la discussion s'est
animée , et a conduit à dépasser toutes mesures ; on a d'abord
fait la motion de ne point se borner à remettre des notes ,
mais de mettre en état d'arrestation les gens suspects , sans
attendre qu'ils provoquassent par un nouveau mouvement ,
afin qu'ils servissent d'ôtages contre nos malheurs ; et ensuite
de comprendre dans la même arrestation ceux des membres de
la Convention nationale , qui passent pour méconnaître les
intérêts et les droits du peuple ; et enfin l'on est arrivé à
ce point d'énoncer qu'au lieu de l'arrestation , il fallait détruire
tous ceux que l'on regarde comme des traîtres les
oppositions ont donné lieu à de violens débats ; on s'est
séparé vers les onze heures et demie , en s'ajournant au
lendemain .
,, Les administrateurs de police m'en ayant rendu compte
le lendemain , j'ai disposé les occupations de ma journée de
manière à me trouver le soir à la conférence . Un des commissaires
ayant rappelé ce qui s'était passé dans la séance
précédente ; 1º . discussion sur les listes ; 2 ° . exécution des
arrestations , on a délibéré sur le premier objet . Après quelques
explications , j'ai passé au second , et je n'ai point eu
de peine à faire sentir combien toute idée de ce genre devait
être repoussée . Il n'y a eu qu'une voix à ce sujet , et
les commissaires , après s'être communiqués quelques détails
sur des hommes suspects , se sont retirés tranquillement.
" J'ai exposé les faits , je dois présenter quelques réflexions :
c'est que le lieu où la motion a été faite ; les officiers qui
présidaient à la conférence ; les hommes dent la réunion
formait cette conférence , précédemment choisis par leurs
sections , pour une fonction importante et de surveillance ;
la circonstance qu'ils ne se connaissaient point entr'eux , et
qu'ils se voyaient la plupart pour la premiere fois ; la divergence
dans les opinions ; l'opposition qui s'est manifestée
et a prolongé la séance au - delà de l'heure ordinaire ; la
prompte et multiple dénonciation qui a été faite de cette
motion ; tout prouve qu'il n'y a point de plan , point de
conspirations.
" J'ajouterai que depuis que je suis à la mairie , où j'ai eu
( 236 )
de grandes inquiétudes sur d'autres objets , je n'en ai jamais
eu sur la sûreté personnelle des membres de la Convention , et que tous les avis propres à en donner , qui me sont arrivés
directement ou indirectement , paraissent venir de gens qui sant,
par tempérament ou par circonstances , livrés aux terreurs
paniques , ou qui ont intérêt d'en répandre .
,, Enfin , je dirai que cette habitude répandue jusques dans
les sections , qui serait tidicule si elle n'était horrible , de se
servir à tout propos d'expressions les plus exagérées de scélératesse
et de carnage ; celle de se présenter sous le couteau
, ou de menacer , n'a point heureusement porté , jusqu'à
ce moment , ses effets désastreux au - delà du langage et de
l'imagination ; le coeur est encore humain et sensible . J'en
appelle à l'expérience au milieu de toutes ces convulsions
qui feraient craindre à ceux qui les voient, ou qui les lisent ,
les plus sanglans événemens ; malgré toutes ces armes dont,
chacun s'hérisse à l'envi , Paris ne présente pas plus d'accidens,
qu'il n'en a jamais, présentés . Je termine ce récit des faits , et
les observations qu'il amene sur l'état de Paris , par assurer
que , si quelques membres de la Convention nationale veulent,
bien oublier des haines , et laisser l'assemblée s'occuper du
grand objet de la constitution , il n'y a pas de ville où elle
puisse être plus respectée , et les personnes des députés plus
en sûreté qu'à Paris .' ,,
Signé , PACHE , ce 24 mai , l'an deuxieme de la République .
Copie du rapport du maire de Paris , envoyé à la commission
extraordinaire des douze . Feuille des rapports et déclaration faite
au bureau de surveillance à la mairie , du 23 au 24 mai.
La différence des opinions et l'agitation qui en est la
suite nécessaire , ne présentent encore rien d'inquiétant . La
désunion de quelques membres de la Convention , d'un côté ;,
l'excessive cherté des vivres de l'autre , sont les principales,
causes de la fermentation du peuple , qui se lasse de se plaiu- ,
dre à demi - voix , et qui finirait par se débander , si la Convention
n'apportait les plus prompts remedes à ses maux ; et
on ne peut se dissimuler que le soulevement soit inévitable et
tres prochain , si on ne prend les mesures les plus efficaces
pour le soulagement du peuple .
La lenteur du recrutement est due , en majeure partie ,
aux scélérats qui ont égaré les hommes de bonne volonté , en
leur inspirant de la méfiance . Ce moyen n'a cependant pas
reussi , puisque les volontaires assemblés , hier 23 , sur la place
des Piques , pour leur départ , répondaient aux monstres qui ,
se mêlaient dans leurs rangs pour les décourager : nous partons
pour nous battre et exterminer les traîtres.
On murmure de ce que les volontaires casernés à l'Ecole-
Militaire , depuis cinq semaines , et tout habillés , ne soient
point encore armés et partis .
4
" Les agioteurs et les marchands d'argent commencent à
reparaître , mais on les surveille .
12 On a vu plusieurs volontaires enrôlés nouvellement , vendre
leuts souliers , guêtres , bas et chemises , ce qui ferait
présumer l'intention de ne pas partir . On desirerait un arrêté
de la commune , qui interdît à tout marchand la faculté d'ache .
ter d'un volontaire quoi que ce soit de son équipement.
" L'arrêté de la section des Champs - Elisées , tendant à dissoudre
les autorités constituées , a généralement été reçu avec
indignation par les autres sections ; la motion d'un membre
de la Convention , tendante à casser la municipalité et mettre
le maire en état d'arrestation , a éprouvé le même sort. "
Certifié pour copie conforme . Signé , LAFOSSE .
Lettre du maire de Paris à la Convention.
Paris , le 27 mai ..
J'ai appris que le comité des douze , dans la séance d'hier ,
avait annoncé que j'avais déclaré le matin qu'il y aurait sous peu
un soulevement dans Paris. Je n'ai point fait une pareille dé--
claration au comité , où je n'ai point été hier matin , et auquel
je n'ai pas écrit. On a cependant fait imprimer ce rapport
avec ma letre , qui est contradictoire . Je demande que la vérité
soit connue. Chaque jour j'envoie au conseil exécutif ,
au ministre de l'intérieur , au comité de salut public , les
rapports qui sont faits à l'administration de police par les préposés
ils consistent en propos tenus dans des groupes , cafés
et , antres endroits publics . La plupart sont vagues , insignifans
, et n'ont aucun fondement ; mais pour faire connaître
l'opinion et l'état de Paris , je les envoie tels qu'ils me sont
donnés , Le comité des douze m'a fait demander un pareil
extrait , et je le lui fais parvenir . C'est sans doute les propos contenus
dans cet extrait , que le comité m'a attribués et a fait
passer à la Convention comme non sentiment et ma déclaration
. J'attends de sa justice et de son impartialité , qu'il
expliquera l'erreur dans laquelle il est tombé involontairement .
Pour moi , je crois de mon devoir de la relever , et je tiens
à l'opinion que j'ai émise dans ma lettre d'hier , c'est qu'il
n'y avait rien à craindre. J'avais tout prévu , tout examine ,
et j'aurais tout arrêté s'il y avait eu quelque danger . Je crois
fortement que , si quelques mesures peuvent en faire naître ,
ce sont celles que l'on prend d'inspirer une grande terreur
de recevoir des délations d'hommes peut -être înteressés à
les faire , d'arrêter des journalistes , etc.
,, Puisse -t- on d'ailleurs , par ces moyens , servir la Répu
blique et non des haines personnelles . Signé , PACHE.
Dès que le conseil -général de la commune eut connaissance
de la dénonciation faite par la section de la Fraternite , il
1
prit , le 23 , sur le requisitoire de son procureur , l'arrêté
suivant :
Le conseil-général , instruit qu'une députation de la section
de la Fraternité a dénoncé à la Convention nationale un complot
affreux , tendant à faire égorger des représentans du peuple
, et faire dire ensuite qu'ils avaient émigré ;
Considérant qu'il est instant de faire arrêter sur-le- champ les
auteurs de complots aussi abominables ;
Invite les rédacteurs et porteurs de cette adresse à venir lui
donner les renseignemens nécessaires , pour qu'il puisse découvrir
les traîtres , et les livrer dès ce soir aux tribunaux.
Il faut observer qu'à cette époque le conseil de la commune
n'ignorait pas que la Convention s'occupait de la recherche
des anteurs du complot dénoncé .
L'arrêté du conseil ayant été porté à la section de la Fraternité
par une ordonnance , elle y fit la réponse suivante :
Lecture faite de l'arrêté du conseil - général de la commne , en
date de ce jour , l'assemblée arrête à l'unanimité , qu'il sera répondu
au conseil-général , que l'administrateur de police , qui a
présidé dimanche à la mairie l'assemblée des membres des comités
révolutionnaires , et le maire , qui a présidé la même assemblée
lundi , peuvent lui donner tous les renseignemens qu'il
desire ,
" L'assemblée s'empresse également d'instruire le conseil ,
la Convention nationale a décrété , ce matin , que la
que
tion de la Fraternité a bien mérité de la patrie ,
sec-
Alors le conseil - général arrêta que ses membres se présenteraient
demain à la Convention , pour lui demander que tous
les calomniateurs qui ont concouru à la rédaction de l'adresse
de la section de la Fraternité soient traduits au tribunal révolutionnaire
.
1
Dans la nuit du 24 au 25 , Hébert , second substitut du
procureur de la commune , annonça au conseil que , pour prix
des services qu'il avait rendus à la patrie , il venait d'être décerné
contre lui un mandat d'amener par le comité des 12 ,
et qu'il va obéir à la loi . Chaumette l'embrasse en lui disant :
va mon ami , j'espere aller bientôt te rejondre . Le conseil arrête
qu'il restera en permanence , jusqu'à ce qu'il ait des nouvellės
de son collegue et ami Hébert . A 4 heures du matin des commissaires
viennent annoncer qu'Hébert a été conduit dans la
prison de l'Abbaye , par ordre du comité des 12 , et que l'objet
sur lequel on l'inculpe est sa feuille du Pere Duchesne . Sur- lechamp
le conseil arrête qu'il dénoncera à la Convention l'atteinte
portée aux droits de l'homme sur la liberté de la presse ,
et qu'il sera fait une circulaire aux 48 sections , pour les prévenir
de l'arrestation du citoyen Hébert.
1
( 239 )
Il n'est pas besoin de dire quel est l'effet que dut produir
cette circulaire ; toutes les sections ont été plus ou moins
agitées selon la diversité des opinions . Le plus grand nombre
a voté pour demander la liberté d'Hébert , la cassation de
la commission des douze , et plusieurs pour que les membres
qui la composent , fussent traduits au tribunal révolu-
5
tionnaire .
Le 26 , des citoyens préviennent le conseil que quelques
citoyennes font des proclamations dans les rues , et invitent
les citoyens qui les approchent à se porter à l'Abbaye .
Le président répond que le conseil n'a encore reçu aucuns
renseignemens à ce sujet , mais qu'il prendra toutes les précautions
nécessaires pour empêcher le trouble et maintenir
l'ordre dans Paris .
Le citoyen maire et quelques membres du conseil donnent
quelques détails sur le rassemblement de ces citoyennes . Il
résulte de ces explications qu'il n'y a rien de très-alarmant.
Le 27 , le conseil-général considérant que rien ne serait plus
propre à réfuter toutes les calomnies répandues contre les citoyens
et les autorités constituées de Paris , que le rapprochement
des faits qui se sont passés dans cette ville , et des actes
arbitraires qui ont été exercés contre des citoyens individuellement
, et contre une grande portion du souverain , légalement
réuni dans les assemblées primaires des sections de Paris .
Arrête qu'il sera nommé une commission à l'effet de rassembler
tous les faits qui peuvent caractériser la conduite qu'ont
tenue les citoyens dans les différens évenemens qui se sont succédés
dans cette grande cité ; ainsi que les mesures et les actes
qui ont éte exécutés par les comités de la Convention nationale
, et d'en faire un parallele exact et fidele pour être
voyé dans les départemens.
en-
Les commissaires envoyés à la Convention nationale , pour
venir rendre compte des délibérations , font leur rapport , et
annoncent que tout paraît prendré une tournure favorable .
Quelques instans après , l'on annonce que la commission
des douze vient d'être cassée par un décret de la Convention.
A cette nouvelle une grande joie se manifeste , et de vifs applaudissemens
se font entendre de toutes les parties de la salle .
1
Dans la séance du 28 , Chaumette s'est exprimé à peu près
en ces termes : Hébert vient d'être élargi ; ils s'y sont mal
pris les ennemis de la chose publique , il fallait qu'ils le
fissent assassiner ; mais , citoyens , si nous avons à nous
réjouir de voir Hebert rendu à nos voeux et à ses fonctions
e nouveaux motifs de craintes viennent nous alarmer : ces
fils dénoués hier par la peur , sont renoués aujourd'hui par
Tintrigue. Comme magistrat du peuple , je vous dois compte
1
( 240 )
de men embarras dans ces circonstances difficiles ; quand
vous m'avez donné votre confiance , vous m'avez dit : Tu
seras , toi , l'organe de la loi . Mais quand il n'y a plus , de
loi , quand l'oppression , l'intrigue et là tyrannie ont pris sa
place , alors , citoyens , que faut-il faire ? quel est mon devoir ?
Depuis que j'ai vu la tyrannie , je ne suis plus Chaumette ;
je suis furieux contre les tyrans . On vous fait peur des départemens
; citoyens , ne vous y trompez pas , ce sont vos
freres , vos amis , je suis sûr qu'ils applaudiront à vos démarches
. Lebrun et Claviere sont des conspirateurs , ils sont
de connivence avec la Gironde ; la guerre civile existe déja
dans leur imagination ; il ne manque au côté droit , pour
combler la mesure de ses crimes , que de nous faire guillotiner
; mais nos piques valent mieux que leurs bayonnettes.
Je demande , 1 ° . que le conseil présente à la Convention
nationale une pétition pour lui demander que la conduite de
la commission extraordinaire des douze soit soumise à l'examen
de toute la République , afin que ses membres soient traduits
pardevant les tribunaux dans le cas où il serait prouvé
qu'ils ont excédé leurs pouvoirs .
2 °. Que le conseil - général , considérant que l'esprit de parti ,
l'erreur ou la bêtise ont pu seuls conduire quelques citoyens
dans le piege de la dictature , leur accorde pardon , et déclare
qu'il ne poursuivra aucun de ses détracteurs à la Convention ,
mais que ferme dans ses principes , il demande le procès de
ceux qui se sont arrogés tous les pouvoirs. Ces mesures allaient
être adoptées , lorsque Hébert est entré au milieu des plus
vifs applaudissemens . Chacun s'est empréssé de le féliciter ,
et de lui témoigner la joie qu'on ressentait de le voir triomphant.
Il exprime sa reconnaissance ; ne vous occupez point
d'un homme , dit-il , mais de la patrie ; je demande qu'il soit
créé une commission pour rédiger un précis des faits qui se
sont passés depuis l'établissement de la commission des douze .
Il avait à peine prononcé ces paroles , qu'une citoyenne
s'avance dans le sein du conseil , et place une couronne de
chêne sur la tête d'Hébert , qui s'est écrié : Ah ! ç'en est trop ,
n'honorez pas ainsi les hommes de leur vivant , gardez ces
couronnes pour leur tombeau , et il a mis la couronne sur la
tête de J. J. Rousseau .
Ce jour s'appellera , dans les fastes de la commune , le jour
de l'amitié , d'après le requisitoire de Chaumette.
1
Jer . 135-
( No. 97. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 8 JUIN , l'an deuxieme de la République .
UN
POÉSI E.
La raison d'un Buveur.
N paysan travaillé par la faim ,
Malheur chez nous moins rare qu'on ne pensez
Ayant mangé tout d'un temps un gros pain ,
D'un plus petit fait encor la dépense :
Mais ce dernier calme enfin l'appétit ;
Dont étonné , plus qu'on ne saurait cròirë ,
En fait de pain , dit - il , vivé un petit
Il rassasie et laisse de quoi boire .
POSSEDAL
Par C. J. B. L **** ROCHEMONT,
CHARA D E.
OSSÉDANT mon premier , on doit faire du bien .
Si l'on perd' mon second , mon tout ne sert à rien .
ENIGMË.
L'ÊTRE qui me nourrit meurt par må violence ,
Et son trépas aussi cause ma propre mort.
Bien que je vive en terre , en l'air je m'aime fort ,
Et sans un compagnon je n'ai point d'existence ,
LOGO GRIPHE.
UNE tête de moins fait grande différence .
Entier , je suis doué de force et de puissance :
A quelque chose près j'égale un fier taureau.
Téte à bas , je produis un poisson ; un oiseau ,
Et pour tout dire enfin , insecte et vermisseau .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 96.
Le mot de la Charade est Chouficuri celui de l'Enigme est Diligencé
de terre ou d'eau ; celui du Logogriphe est Harmonie , dans lequel on
trouve Maine , noir , ami , air , Rome , moire , or , âne , mine , rame , arme
te , mi , Marne , mer、
Tome III
Q
( 242 )
"
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Des qualités et des devoirs de l'Instituteur public . Far Pierre- Vincent
Chalvel , de la société nationale des Neuf- Soeurs , à Paris ; et
de celle des amis de la République , à Grenoble : brochure in -8 ° .
Prix , 15 sols . A Paris , chez Lavillette , libraire , rue du Batteir.
I Si l'on parle ici de cette brochure extrêmement superficielle
sur un sujet qui méritait d'être tout autrement approfondi ,
c'est sur-tout pour indiquer quelques vérités en relevant quelques
erreurs. Ce n'est pas qu'il n'y ait des choses sensées , mais
ce sont des généralités si rebattues que ce n'était pas la peine
de les redire encore . A quoi bon nous apprendre par paragraphe
, qu'un instituteur doit avoir de la douceur , de l'affabilité
, de la modestie , de la patience , de la loyauté , de l'impariialité
? Qui en doute ? Ce qui peut être utile , c'est de faire voir
comment ces qualités nécessaires à tout le monde peuvent
s'appliquer particulierement à l'éducation , et c'est ce qu'a
exécuté parfaitement J. J. Rousseau dans son excellent livre
de l'Emile en cette partie , il n'a rien laissé à desirer . Mais
ce qui est encore à faire , c'est le catéchisme du citoyen , dont
on ferait apprendre et expliquer la premiere partie aux enfans
de sept ans , et la seconde aux enfans de douze , celle- ci devant
être beaucoup plus forte de raisonnemens , et précédée de
quelques élémens de logique . La liberté naturelle et civile
n'est en effet autre chose que la raison mise en théorie sous
le nom de lois , et en action sous le nom de gouvernement . Il
est donc de la plus haute importance que les citoyens d'un
état libre s'accoutument à raisonner il n'y a que l'homme
raisonnable qui sache être libre .
<
Un autre point non moins important , c'est que les fonctions
d'instituteur public , ne soient confiées qu'à des hommes
particulierement doués d'une grande justesse d'esprit : obligés
d'expliquer et de commenter sans cesse ce catéchisme , premier
rudiment de l'éducation civile , d'applanir toutes les difficultés
, et de répondre à toutes les objections , les erreurs
où ils tomberaient deviendraient souvent celles de leurs éleves ,
et une idée fausse en cette matiere suffit pour fausser l'esprit ,
et quelquefois sans retour . On connaît le pouvoir des premieres
impressions , on en peut juger par celles que laissait
notre ancienne éducation . Tous ceux qui ont été connus pour
de bons esprits avaient commencé par s'en refaire une nouvelle
; mais cette force n'est pas commune , et une bonne institution
publique doit en dispenser .
L'auteur propose ( et il à raison ) de faire disparaître dès
1
( 243 )
Tenfance tous ces idiomes provinciaux , ces patois dont la
diversité formait des peuples différens dans un même Etat. Le
langage est d'une conséquence beaucoup plus grande qu'on
ne croit , les idées y tiennent , et cela est si vrai qu'il y avait
et qu'il y a même encore depuis la révolution des préjugés
locaux , des préjugés de bas- breton ou de provençal attachés
aux termes de la langue du It pays. ne serait pas très -difficile
d'en corriger les enfans , puisque le séjour de la capitale en
corrigeait les hommes faits .
Il pense que l'enseignement de la morale doit remplacer celui
de la religion je le pense comme lui , et ce n'est pas sans y
avoir bien réfléchi . Mais comment croire que cette vérité philosophique
et politique soit propre à l'auteur , quand il est
impossible de la concilier avec les passages suivans ? Le
livre par excellence , d'où l'on peut extraire les preceptes
les plus sûrs et les plus vrais , c'est cet ouvrage que la divi-
› nilé a laissé aux hommes assez insensés pour en méconnaître la
" sublimité. 99 Cet ouvrage , c'est l'Evangile . Il y a ici une inconséquence
impardonnable . Si l'évangile est en effet l'ouvrage
de la divinité , que peut- on nous donner de meilleur , et comment
se permettrait- on de remplacer cet enseignement divin par
quelqu'autre que ce fût ? Ailleurs , il dit en parlant de la charité
: Vainement a - t- on voulu lui opposer des vertus humaines ;
elle surnagera aux efforts de ces sectaires qui la proscrivent ,
" parce qu'elle est la pierre angulaire de la religion du Christ. 99.
Ces expressions , qui sont depuis 1800 ans celles du fanatisme
, peuvent- elles se retrouver sous la plume d'un homme
qui paraît d'ailleurs raisonnable ? Est- ce là ce qu'il veut enseigner
à des éleves ? est- ce ainsi qu'il compte remplacer la
religion par la morale Il est temps d'être conséquent : je ne
puis ici que resserrer en peu de lignes ce qui pourrait comporter
ailleurs une dissertation complette pour former un corps
de preuves , et battre en ruines toutes les objections . En peu
de mots , voici ce que je crois la vérité.
Tout bien examiné , P'erreur , en derniere analyse , ne peut
faire que du mal , et jamais on ne trompe les hommes que
pour leur nuire. Une éducation qui doit former des hommes
libres doit donc être fondée sur la vérité . 1º . Si la religion
est un frein , comme on l'a dit tant de fois , ce frein est nonseulement
très- insuffisant , il est même extrêmement dangereux,
parce que dans la main de ceux qui le tiennent ce n'est autre
chose qu'un instrument de domination pour eux , et d'esclavage
pour les autres , et l'on sait ce qu'ils en ont fait pendant tant
de siecles les faits parlent si haut qu'il est également impos-.
sible ou de les nier ou d'y répondre. 2 ° . C'est toujours un
très -grand mal de corrompre l'entendement humain sur un
point quelconque , encore plus sur un point capital : ce déré
glement d'esprit s'étend à tout , et l'expérience apprend jusqu'à
quel point les erreurs religieuses ont perverti la morale
02
( 244 ):
"
la politique , les moeurs , le gouvernement. 30 , Quand ce frein
chimérique et factice vient à être brisé , les hommes qui ne
s'arrêtent point n'en connaissent plus d'autre , et repoussent
même la conscience comme ils ont repoussé la superstition .
En conséquence , je voudrais que jusqu'à l'âge de 15 ans on
ne proposal jamais aux éleves d'autres fondemens de morale
que Dieu , la conscience et la loi , Dieu comme principe , la
Conscience comme émanation , la loi comme résultat mis en
méthode . Observez qu'on aurait alors cet avantage précieux ,
que jamais leur raison ne répugnerait à ces notions premieres ,
soit qu'ils regardassent l'univers , soit qu'ils descendissent dans
eux-mêmes , soit qu'ils examinassent la loi . Tout leur paraitrait
lié et conséquent avec un être parfait , principe de
toute justice , une conscience qui en est le sentiment intime ,
une loi qui en serait l'expression . A 15 ans , lorsque leur
raison serait fortifiée et leur mémoire déja remplie des tradi
tions historiques , on leur expliquerait facilement de quelle
maniere , dans quel dessein et par quels moyens se sont établies
toutes les religions qui se partagent le monde , et ce que
le bon sens doit en penser. Voyez seulement dans l'Emile de
Rousseau le parti qu'il veut tirer et qu'on peut tirer en effet
de l'idée d'un Dieu , même pour l'enfance , et vous concevrez
que cela vaut mille fois mieux que des absurdités convenues
et des rêveries scholastiques .
Je sais que ce même Rousseau s'extasie sur l'Evangile et les
Ecritures , et les dévôts ont répété jusqu'à satiété le morceau
très -éloquent en effet , qu'il a écrit dans son enthousiasme
mais d'abord l'éloquence en elle-même ne prouve rien que
du talent , et avec ce même talent , porté sur la contre - partie ,
i eût fait , s'il l'eût voulu , une satyre tout aussi bien écrite.
Il s'agit ici de raisonnement , et non pas de rhétorique ; et
que peut - on copclure de toutes les belles phrases de Rousseau
, quand Ini - même finit par ces propres paroles ? Avec
" tout cela , ce même Evangile est plein de choses incroyables,
de choses qui répugnent à la raison , et qu'il est impossible
,, à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre . 99 68
Certes , ce n'est point un livre ainsi caractérisé par l'écri
vain qui en fait le plus grand éloge , ce n'est point un livre
empli de préceptes contradictoires , de maximes outrées et
de paraboles équivoques ou inintelligibles , qu'il faut mettre
entre les mains des jeunes gens . J'en tirerais seulement , ainsi
que des philosophes auciens ou modernes , les passages où la
morale universelle est prêchée avec cette simplicité touchante
et persuasive , qui est effectivement le mérite de ce livre , ct
je me contenterais de dire aux éleves que ce livre a été rédigé
par les disciples d'un sage de la Judée , qui lui - même
n'ecrivit jamais rien , mais dont ils ont rapporté les actions et
les paroles ; que ce sage qui s'élevait contre l'hypocrisie des
prêtres et contre la superstition , fut mis à mort par un peuple
{
( 245 )
fanatique , et que ses disciples , après lui , établirent avec le
tems une religion qui est suivie aujourd'hui par la plupart des
nations de l'Europe , comme celle de Mahomet par beaucoup
de nations de F'Afrique et de l'Asie , etc. J'aurais soin de ne
mettre jamais aucune différence originelle entre les diverses
croyances religieuses , et ne leur donnerais d'autre idée du mot
de religion que celle de l'espece de culte particulier que
chaque nation rend à l'Etre, suprême , comme chaque nation
adopte le gouvernement qui lui convient , et j'aurais toujours
grand soin d'ajouter que rien n'est plus indifférent en soi ?
même et aux yeux de Dieu que cette diversité de cultes ; que
l'essentiel aux yeux de Dieu , comme aux yeux de la loi
est d'être juste etc. S'ils m'en demandaient davantage , je les
renverrais au tems marqué pour l'étude de la philosophie et
de la législation , comme on renverrait un écolier de troi
sieme qui ferait des questions sur Tacité et Démosthènes , au
temps où il entrerait en rhétorique .
,
83
Je crois que cette méthode aurait de grands avantages et é
aucun inconvénient . Mais encore une fois ( on le voit par cet
exposé ) , tout dépend des lumieres de l'Instituteur . Il faut
avant tout une saine philosophie et une logique sûre. Il ne
faudrait pas leur parler , comme l'auteur de cette brochure ,
de la charité qui est là pierre angulaire de la religion du Christ
( qui n'a point fait de religion ) , et à laquelle on a voulu opposer
des vertus humaines . Au contraire , lorsqu'ils seraient en état de
m'entendre , je leur apprendrais que cette charité dont les chré
tiens se vantent comme d'une vertu qui leur appartient exclus
sivement , n'est tout simplement qu'un mot latin qui signifie
amour en général , affection tendre et bienfaisante et
que Ciceron l'emploie particuliérement pour exprimer le
sentiment de bienveillance fraternelle qui doit nous unir à
tous les hommes : caritas generis humani , amour du genre kuf
main ; que cette vertu a été prêchée par les moralistes et les
législateurs de toutes les nations policées , parce que l'amour
de nos semblables , fondé sur nos besoins réciproques , est la
base de toute société ; qu'on serait même embarrassé de dire
chez quel peuple elle a été le mieux recommandée , les orientaux
ne le cédant en rien là -dessus aux Européens , ni les
anciens aux modernes , comme cela est prouvé par des exemples
sans nombre si qu'aucun législateur , ni aucune sécte n'a
jamais pu faire une vertu ni un vice , parce que l'un et l'autre
sont dans la nature de l'homme , susceptible également de
bien et de mak; qu'on ne peut opposer les vertus humaines à la
charité , attendu que la charité est une vertu très - humaine'; 'qu'il
n'yani ne peut y avoir que des vertus humaines , parce qu'humain
signifie ce qui est de l'homme , et qu'une vertu qui serait dans
l'homme et quisne serait pas de l'homme , serait vraiment une
chose merveilleuse , mais qui par malheur implique contradiction
dans les termes comme dans les idées , ce qui en bonne
( 246 )
philosophie constitue l'impossibilité absolue ; qu'à la vérité
les théologiens ont imaginé des vertus surnaturelles ; mais que
par les raisons ci -dessus énoncées , il faut laisser ces extravagances
aux théologiens qui ont inventé , pour leur usage
une langue toute composée de mots vides de sens , pour
avoir le plaisir de disputer , sans jamais s'entendre , jusqu'à
la consommation des siecles , s'ils vont jusques- là ; qu'enfin ,
si l'on dit souvent une vertu divine , une vertu plus qu'humaine
un effort surnaturel , ecce , le moindre petit rhetoricien sait
qu'on ne s'exprime ainsi que par une figure appellée hyperbole
; mais que dans le fait il n'y a rien dans l'homme ni de
divin , ni de surnaturel , ni de surhumain..
:
En accoutumant ainsi ces éleves à cette rectitude d'idées
aujourd'hui nécessairement méconnue plus que jamais , depuis
que toutes les passions mises en fermentation et tous les
intérêts en concurrence ont entierement dénaturé , même
dans l'usage commun , le sens des expressions les plus vulgaires
, et contredit les notions les plus universellement reçues
depuis le commencement du monde ; je leur ferais observer
, par exemple , que les chrétiens ont eu très -grand
tort de faire une vertu de l'humilité , qui , dans son acception
originaire ne veut dire que bassesse . Pour apprendre à
l'homme à être modeste , il ne faut point le ravaler au-dessous
de lui-même il suffit de lui montrer ce qu'il est . Aller plus
loin , et tomber dans Fabjection pour éviter l'orgueil , c'est
remplacer un excès par un excès c'est le contraire de la
sagesse. Tous les philosophes ont cherché à tempérer l'amourpropre
par la modestie ; les docteurs chrétiens seuls ont voulu
l'étouffer. Rien n'est plus fou ni plus chimérique que cet entier
renoncement à soi-même , comme disent les Piétistes , ce brisement
de coeur , comme disent les Trapistes , par lequel chaque homme
est obligé en conscience de se croire au-dessous de tous les
autres . Jamais les anciens n'ont eu l'idée d'une pareille folie ,
et s'ils revenaient aujourd'hui , je crois qu'ils eu seraient étonnés
au point de ne pas la concevoir . Socrate , frappé de notre
ignorance sur les causes premieres de tout ce qui existe , disait
que tout ce qu'il savait , c'est qu'il ne savait rien ; ce mot
était très - philosophique , et c'est pour cela , dit - on , que
l'oracle le déclara le plus sage des hommes. Mais si on lui
eût dit que pour être sage , pour être parfait , il fallait qu'il
devint comme un enfant estote sicut infantes ) , qu'il soumit sa
raison , et qu'il regardât ses vertus comme des péchés , il aurait
cru qu'on se moquait de lui . Le motif que l'on donne de cette
humilité , c'est le peu que nous sommes devant Dieu , c'est le sentiment
de nos miseres et de sa perfection . Mais n'y a -t-il pas
coup d'orgueil dans cette humilité prétendue ? n'est - ce pas
ressembler un peu trop à ce frere lay qui s'écriait avec componction
qu'est - ce qu'un capucin devant une planette ? Faut - il
donc remonter jusqu'à Dieu pour sentir que nous sommes
3
beau-
1
( 247 )
peu de chose ? Rêves mystiques d'une imagination exaltée !
'homme ne doit en aucun sens se comparer à Dieu : il en
est trop loin ; il ne doit point croire que ses bonnes actions
sont des péchés devant Dien , parce que Dieu qui est juste , ne
lui demande que des vertus humaines et non pas des vertus
divines. Dieu lui a donné l'amour- propre comme un ressort
nécessaire , sans lequel il ne ferait rien de grand : vouloir dé-
\ truire ce ressort est insensé et heureusement' impossible.
L'homme sage doit chercher à valoir mieux que les autres : s'il
y réussit , sa modestie , par rapport aux autres ,
pas à l'ignorer , mais à ne pas le faire sentir par rapport
lui-même , elle consiste à comparer ce qui lui manque avec
ce qu'il a , ce qu'il sait avec ce qu'il ignore . Il sera donc modeste
, mais non pas humble , c'est-à- dire qu'il n'affectera ni
de se mettre au- dessus des autres , ce qui serait orgueilleux.
ni au-dessous , ce qui serait bas .
ne consiste
à
Voilà bien la preuve que quand les hommes veulent faire des
vertus , ils ne font que des soltises. Les Stoïciens n'avaient- ils
pas aussi leur chimere , leur ataraxie ? ( imperturbabilité. )
Mais du moins cette chimere avait quelque chose de bien noble.
C'était trop sans doute et beaucoup trop de vouloir rendre
l'homme impassible comme un Dieu ; mais c'était un acheminement
à cette égalité d'ame qui calme au moins les passions
, qu'elle ne peut anéantir. Aussi cette philosophie a produit
de grands hommes . L'excès n'était que dans la doctrine !
la pratique , nécessairement restreinte par la nature , était utile
et louable. Comme je te châtierais , si je n'étais pas en colere !
disait à son esclave un philosophe de cette secte. La colere y
était bien , malgré toute sa doctrine ; mais l'habitude de la
modération retenait sa main . Quant à l'humilité , je ne sais
à quoi elle est bonne , si ce n'est à faire des moines å besace.
L'auteur ne manque pas de mettre la grammaire an nombre
des connaissances que doit avoir l'Instituteur public , et en
effet il n'est rien moins qu'indifférent d'accoutumer la jeu
nesse à s'énoncer correctement et à connaître la valeur et la
propriété des termes . Il serait à souhaiter que l'auteur n'y
manquât pas si fréquemment. Celui qui donne des préceptes
doit s'attendre qu'on lui pardonnera moins qu'à tout autre
l'incorrection du style et l'impropriété des expressions ; leurs
trônes et leur puissance ne reposent que sur l'aveuglement , etc. 1 .
On ne repose point sur l'aveuglement . Avec quel nouveau
succès les lumieres ne seront- elles pas cultivées , on ne
cultive point des lumieres . Il y a une foule d'autres fautes de
la même espece .
GRAVURE.
Portrait d'Helvetius , de 9 pouces sur 7 et de forme ovale I
gravé au lavis en couleur , par P. M. Alix , et peint par Gar
( 248 )
nerey , d'après le tableau original de L. M. Vanloo' , peint en
1755. Ce portrait fait suite à ceux de Voltaire , J. J. Rousseau,
Mably , Montaigne , Linné , Buffon , Fénélon er Mirabeau ,
gravés par le même auteur , d'après différens maîtres . Ils se
vendent à Paris chez le citoyen Drouhin , rue Christine , nº . 2 ,
faubourg Saint- Germain . Le prix est de 6 liv. pour chacun .
Je
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA RÉPUBLIQUE .
Le Deuil prématuré , comédie en un acte et en prose , est
coup d'essai d'un jeune homme , fils du citoyen Monvel ,
ce nom est d'un heureux augure pour les succès drama
tiques .
7
fille . Elle fait des
Une femme se croit veuve depuis un an , et s'avise de
devenir amoureuse de l'amant de sa
avances au jeune homme qui s'y refuse , la vieille humiliée
lui défend de rentrer dans sa maison . Un ami du jeune homme
se met alors sur les rangs , parce qu'il a des dettes , et qu'il a
promis à ses créanciers d'épouser une femme riche ; tout-àcoup
il reçoit une lettre du mari qui lui annonce son prochain
retour. Obligé de renoncer à ses projets personnels , Der
val ( c'est le nom de l'ami ) se propose de faire servir cet incident
à l'union des jeunes gens. Il paraît suivre toujours son
plan de mariage auprès de la prétendue veuve ; il la persuade ,
la fait consentir à l'épouser , amene un notaire , rassemble
tout le monde ; on est pres de signer .... lorsque l'é
poux arrive. On peut juger de la surprise et de l'embarras
de la dame ; le mari demande pourquoi ce notaire , pourquoi
des violons dans la maison ; Derval s'empresse de lui répon
dre que ce sont des préparatifs pour la noce de sa fille qui
devait se marier aujourd'hui même avec le jeune Dorlin. La
mere furieuse , mais craignant que son mari ne soupçonne la
vérité , se trouve forcée d'appuyer le stratagême de Derval , et
de consentir au mariage.
Le dénoûment est , comme on le voit , heureux et plaisant ;
#ly a de la gaîté dans la pièce ; on s'apperçoit trop souvent
qu'elle est d'un auteur qui a lu et vu jouer des comédies
plus qu'il n'a observé le monde ; mais cet auteur est jeune
son ouvrage et son nom font concevoir des espérances de
talent. Aussi la piece a- t-elle réussi.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLEMAGNE,
ALLEMAGNE. De Francfort , le 28 mai.
--
SUIVANT des lettres de Vienne , en date du 11 mai , on
prépare le château de Laxembourg pour le séjour que la
famille impériale doit y faire pendant la belle saison . Mais
la cour y sera peu nombreuse. L. M. souhaitant d'y jour
de la tranquillité et du repos . C'est par la même raison que
les jeunes archiducs et les archiduchesses avec le prince royal
de Naples passeront l'été à Schonbrun avec leur cour respective.
L'empereur viendra toutes les semaines de Laxembourg
en ville pour donner ses audiences de la maniere que cela
se pratique présentement les mardis et les vendredis . Cela
n'empêchera pas le voyage de Munich , où doit être décidé
l'échange de la Baviere. Les mêmes lettres portent que les
régimens destinés pour l'armée de réserve , qui sont encore
dans leurs quartiers , ont reçu des ordres très- pressés de se
mettre en marche ; ils seront obligés de partir en 24 heures ,
et ne pourront se reposer qu'après cinq jours de marche .
Cette marche forcée fait supposer une destination importante.
Les bataillons de grenadiers de cette ville sont cependant
exceptés de cet ordre , et resteront probablement ici . Ces
jours.ci nous avons vu passer par cette ville le régiment d'hussards
de Szekler qui part pour le corps de réserve dans la
Baviere. L'empereur a fait distribuer aux carabiniers du corps , qui
portent son nom, une gratification de 1000 ducats lors de leur
départ. En général il cherche à s'assurer par tous les moyens
possibles l'attachement des troupes qu'il regarde avec raison
comme l'instrument le plus sûr du maintien de sa puissance.
Il fait même d'assez grands sacrifices à cet égard. L'administration
des domaines royaux en Hongrie va être supprimée:
tous ces domaines , à l'exception de ce qui en est destiné
au douaire de la reine , seront vendus ou donnés à des sujets
qui auront bien mérité de la patrie . On parle aussi de la
formation prochaine d'une garde- du- corps Flamande ou Brabançonne
ou Wallone , comme on voudra l'appeler , qui sera
toute composée de gentilshommes des Pays-Bas. Le général
d'artillerie , prince de Ligne , en sera , dit- on , le capitaine ,
et le général , comte de Clairfayt , capitaine - lieutenant.
Cette derniere mesure est fort adroite ; en effet , c'est se
ménager des ôtages importans en cas de nouvelles émeutes
Tome III. R
( 250 )
dans la Belgiqua , et former à la cour même des especes de
missionnaires qu'on renverra prêcher avec succès dans les
Pays -Bas les principes qu'il est de l'intérêt de cette cour d'y
répandre , et qui seraient soutenus avec toute la chaleur de
la reconnaissance par des membres de plusieurs familles qui ,
revenant chargées de ses bienfaits , feraient desirer et espérer
aux autres d'y participer , et les détermineraient à s'en rendre
dignes par leur dévouement. La disposition suivante est
encore dictée par ce même esprit de ménagement pour les
intérêts ou la vanité des provinces auxquelles on craint de
donner des sujets de plainte. La Gallicie , comme les Pays-
Bas et la Lombardie va avoir à Vienne son département
particulier , à la tête duquel se trouvera le comte de Ballassa ,
qui sera nommé chancelier .
,
-
On tire parti de la Hongrie non-seulement par un emprunt
à cinq pour cent , qui fournit du numéraire dont elle est
abondamment pourvue , mais même par des troupes . Elle ne
cesse point encore d'envoyer par Pettau des détachemens de
ses gardes des frontieres qui vont à l'armée du Piémont. Il
y a apparence que l'on recevra bientôt des nouvelles importantes
de ce côté -là .
Le conseil aulique de la guerre a déja expédié tous les
ordres nécessaires pour la marche instante du renfort qui est
destiné à l'armée du Rhin ; le corps employé devant Mayence
y aura une bonne part. S'il faut en croire aussi des lettres
du 8 , il est parti le 6 pour l'armée 36 charriots chargés d'argent.
Cela peut- être ; mais il est impossible de ne pas se dire
que cela fait beaucoup de charriots , et sur- tout beaucoup
d'argent ; il faut qu'on se soit trompé sur les dates , et que
cet envoi soit le même que celui du 5 , consistant en 4,000,000
de florins en especes . On n'a pas tous les jours de pareils
transports à faire.
Tandis que l'Autriche multiplie ses préparatifs contre la
France , la Prusse cherche aussi à la perdre auprès de la cour
ottomane ; elle se réunit pour cet effet à l'Angleterre , jalouse
de s'emparer du commerce du Levant , principale source des
richesses de Marseille . En conséquence le comte de Keller ,
ministre Prussien , est allé à Ismail avec Numan Bey indiquer
à cet officier-général la meilleure maniere de fortifier la place
, et les Anglais vont , à ce qu'on assure , achever de se.
rendre utiles , nécessaires même au grand-seigneur , en lui faisant
venir des ingénieurs de la marine royale pour rendre la
sienne formidable .
On ne sait trop de quelle maniere M. Descorches sera reçu
à Constantinople où , malgré les soins du drogueman Fonton ,
il trouvera les impressions défavorables laissées par le ci - devant
ambassadeur Choiseul - Gouffier , qui se retire à Pétersbourg
: il y va par lassy , capitale de la Moldavie . Il est déja
parti de Hermanstadt .
( 251 )
Les dernieres lettres de Vienne portent qu'il était question
de transférer le ministre de la guerre Beurnonville et les
quatre commissaires de la Convention , comme prisonniers
d'Etat , à la forteresse de Spielberg , près de Brunn en Moravie
. Mais la réflexion que cela pourrait attirer un mauvais
traitement à nos prisonniers chez les Français , a fait renoncer
, dit-on , à ce dessein . On songe , au contraire , å proposer
ces prisonniers en échange contre la reine de France .
D'un autre côté , les Français arrêtés dans les Etats de
l'empereur , comme prévenus d'une correspondance illicite ,
viennent d'être jugés quelques - uns ont été acquittés , d'autres
bannis , et quelques- uns , c'est le plus petit nombre , ont
été tranférés à Ruffteim pour un an.
Le général Dumourier a fait sonder le terrein à Vienne pour
savoir de quelle maniere il y serait reçu . On lui a fait entendre,
que sa présence ne serait pas agréable. Il est actuellement
Marienthal en Franconie où il doit rester quelque tems ;
sa suite est nombreuse : il voit peu de monde , et annonce une
sorte de sobriété dans sa dépense .
ง
4
Des nouvelles encore plus récentes et les dernieres qui
nous soient parvenues contiennent les détails suivans . Le 14
de ce mois , il se tint une conférence à laquelle on avait
appellé les généraux qui sont encore ici . A son issue , l'ordre
fut expédié à 25,000 honimes de faire des marches forcées
pour joindre l'armée du prince de Cobourg. On travaille
nuit et jour dans les arsenaux , où l'on prépare un nouveau
transport considérable d'artillerie de siege et de campagne.
Quelques personnes prétendent que ces 25,000 hommes additionnels
sont pour remettre dans la balance contre Custines ,
et retablir ainsi l'équilibre . En outre , 27 bataillons d'infanterie
et 12 escadrons de cuirassiers resteront aux frontieres
extrêmes de la Baviere , et y attendront de nouveaux ordres .
On parle aussi d'un corps de 1600 crôates offert par des
députés de la partie de ce pays que le dernier traité de Sistowe
a valu à l'Autriche .
Si l'on veut un exemple d'exagération italienne qui ne
s'est point adoucie en passant par des bouches allemandes ,
on le trouvera dans l'avis suivant donné par des lettres de
Turin , datées du 4 mai : ,, L'armée combinée Sarde et Autrichienne
agira en 4 corps détachés ; à celui d'Aost , commandé
par le général de Vins , se trouvera le roi ; celui de
Nice sera sous les ordres du duc de Chablais ; celui de Saluce
sous ceux du prince de Carignan , et celui de Suze sous ceux
du comte de Genevois . Chacun de ses corps sera , dit- on , de
18 à 20,000 hommes. Une chose plus certaine , c'est l'arrivée
de Jarjayes , neveu du célebre ingénieur Bourat , qui
s'est rendu à Turin avec un nommé Joly , de la même profession
ils ont apporté des cartes et plans militaires du
Dauphiné et de la Provence ; le roi a placé ce fugitifs dans
R 2
( 252 )
!
l'état - major , où ils resteront tant qu'on aura besoin des traîtres
pour profiter de la trahison .
Voici des faits sur lesquels il nous est aisé de donner plus de
détails , et sur- tout d'une maniere plus exacte , parce qu'ils
se passent près de nous .
---
Le i et le 12 avaient été assez tranquilles . On avoit
seulement un peu tiraillé de part et d'autre . Mais , le 15 vers
minuit , un détachement de Français se montra , comme on
s'y attendait , devant Kostheim. On voulut le repousser , ce
qui engagea une vive canonnade sur les batteries du Rhin et
du Mein et à Kostheim même . Un piquet Prussien s'étant
avancé jusqu'à vingt pas pour s'assurer de la force des Français
, perdit 12 hommes dans cette petite affaire . Le 16 , les
Français ont fait une nouvelle sortie de Mayence sur l'aile
droite de l'armée de siége , mais sans aucun succès ; le feu
de l'artillerie autrichienue a incendié un magasin considérable
. Les batteries sont si proches de Mayence qu'on peut
atteindre cette place avec du canon de 12 livres de balle .
Une dépêche nous annonce que le prince de Hohenlohe
allant reconnaître , le 15 de ce mois , l'ennemi sur les Blirs ,
près d'Ottweiler , trouva les Français près de Neukirchen dans
une position très avantageuse . Comme il se prop asait de l'en
déloger , il fit avancer le détachement du colonel Czekely ,
fort de goo hommes , avec deux pieces de canon , et faire
l'attaque ; il fit attaquer en même - tems les retranchemens près
de ce village par les chasseurs de Trèves et un bataillon de
Wedel , Les Français voyant leur flanc menacé par cette double
attaque , se retirerent , mais en si bonne ordre , que la cavaleric
ne pût les entâmer.
?
On écrit aussi de Philipsbourg , que le 17 , à la pointe du jour ,
les Français attaquerent dans le voisinage de Landau sur divers
points ; ils étaient en assez grand nombre , et leur artillerie
supérieurement servie comme à l'ordinaire . L'avantage fut
d'abord' pour eux , mais un renfort venu fort à propos mit enfin
en état de le repousser dans le Bienenwald . Au reste , cette
affaire à coûté beaucoup de monde de part et d'autre . Les
regimens de Keiser dragons et Giulay infanterie ont sur- tout
beaucoup souffert . Cependant la perte la plus considérable est
mbée sur le corps franc de Michaelowitz , dont le chef le
major Maddeischik a même été fait prisonnier,
1 7
Les Prussiens ont porté quelques- uns de leurs postes jusqu'à
Walsheim et sur les hauteurs de Gottrumstein et de Gleisweiter
, que l'avant-garde du corps d'armée impériale et du corps
de Condé est à Klosterhordt , à Hernheim et aux environs ;
enfin , que les patrouilles vont jusqu'au-delà de Rhinzabern ,
Il circule un bruit assez étrange , et que l'on dit venir de cette
petite armée de Condé , c'est que le chef a fait dire à tous
Jes gentilshommes Bretons qu'il avait reçu la nouvelle que ,
( 253 )
Brest excepté , toute la Bretagne s'était soumise aux royalistes ,
et qu'ils s'y rendissent tous sans perdre de tems .
Ce bruit s'accorde avec un autre que l'on affecte encore
de répandre . On assure que M. d'Artois est parti de Pétersbourg
où il a reçu de l'impératrice une grosse somme d'argent
; que ce ci - devant prince doit paraître comme un messie
sur les côtes de la Bretagne avec un corps de Français , et
qu'il ne faut pas douter que la cour d'Angleterre ne soutienne
cette entreprise .
-
et
Les lettres de Manheim , du 19 , disent qu'il vient d'arriver,
à Dornschingen sous l'escorte de quelques mille hommes
de cavalerie , un transport d'artillerie autrichienne de 22 pieces
de 4 et de 10 de 12 livres ; il s'y trouve aussi quelques mortiers
. Leur destination est , dit- on , pour l'armée de Wurmser
et contre Landau . Mais elles pourraient bien rester à la rivẹ
droite du Rhin , le général Wurmser jugeant å propos d'établir
son quartier- général à Rastadt , où se rendra aussi le
général Wallis . Suivant des avis plus récens de Carlsrouhe
, les troupes autrichiennes qui quittent les environs de
Landau seront remplacées par des Prussiens , et ceux - ci ont
reçu , à ce qu'on assure , l'ordre positif du roi d'attaquer
sérieusement les Français retranchés dans le Birnenvald ,
de les chasser de- là , S. M. étant lasse de ne voir toujours
que tirailler, Le général Wurmser couvrira la rive droite da
Rhin , depuis Philipsbourg jusqu'à Bâle , contre toute insulte
de la part des Français , plan que les renforts considérables
qu'il attend le mettent en état d'exécuter, Il n'est pas douteux
qu'alors l'armée impériale ne passe de nouveau le Rhin
pour entrer en Alsace . Au reste les efforts que l'on fera
contre cette partie du territoire de la République se regleront
sur les mouvemens de l'intérieur. Les plus puissans motifs
d'espoir pour les émiregs et les puissances coalisées sont dans
les départemens de Paris , et de la Vendée . Les rébelles et les
factieux y forment , pour ainsi dire , leurs avant- postes .
Wurmser emploie 6000 paysans à détourner la Queich , de
peur que les Français n'inondent les environs de Landau . Ce
qu'il redoute le plus , c'est l'artillerie volante ou chasseurs
à cheval ou à pied , dits du Rhin , Il a eu plus d'une fois occasion
d'essayer leur bravoure et cette prestesse qui donne tant
d'avantage dans les coups de main.
1
Nous apprenons dans ce moment même que les . Etats de
Milan ont fait remettre à l'empereur un don patriotique d'un
million ; et ils se sont engagés à donner tous les ans pendant
la guerre 30,000 florins . Tous ces dons n'empêcheront pas la
demande de l'assiette d'un nouveau subside de guerre ; une
commission est même déja établie pour en rédiger le projet.
D'ailleurs l'Autriche s'épuise peut- être encore plus en popu
lation qu'en finances , puisqu'on est obligé d'enlever les bras
à l'agriculture , et de priver ainsi les campagnes d'hommes
254 Y
4
utiles , indispensables même , qu'on envoie tomber sous le fer
ennemi , ou périr d'une maladie contagieuse , qui fait actuel
lement tant de ravages parmi les Autrichiens cantonnés dans le
Luxembourg et le Brisgaw , que les Français eux-mêmes sont
effrayés des progrès de cette maladie , et bien décidés à ne
point recevoir de déserteurs de peur de s'exposer à la contagion.
ง
-
Les Prussiens ont eu leur tour l'année derniere , mais pour
cette campagne ce sont eux qui , jusqu'à présent , résistent
le mieux aux fatigues et à la mauvaise nourriture commune
aux deux armées . Cependant il paraît , malgré qué nos gazettes
disent le contraire , qu'ils perdent beaucoup de monde dans
les sorties fréquentes que fait la brave garnison ou pour mieux
dire l'armée enfermée dans Mayence. Aussi veut- on déployer
contre cette place un appareil de guerre formidable . — Le
roi de Prusse a fait parvenir des ordres à ses troupes dans le
pays d'Anspach de se mettre en marche pour l'aller joindre .
De plus , quelques bateaux avec des canoniers Autrichiens sont
arrivés dans notre ville , ces canoniers se rendent à l'arméè
du siége de Mayence . Mais le moyen dont on espere davantage
, ce sont 16 chaloupes canonnieres qui se rendent de
Roterdam pour former sur le Rhin le siége de cette ville ,
sans la prise de laquelle la campagne pourrait être regardie
comme perdue ou mal employée ; elles portent , dit- on , 22
pieces de canon de 24 livres de balle et 300 hommes d'équipage
. Les préludes de ce siége , car on ne le regardera
comme réellement commencé que lorsque l'on pourra le faire
par terre et par eau , et foudroyer la place sur tous les points ,
sont néanmoins terribles . Le feu est continuel sous les murs
de Mayence . La plaine féconde qui l'environne , n'offre plus
à l'oeil affligé que des décombres et des cendres . La terre de
Dalhberg et les maisons de campagne voisines ne sont plus
qu'un monceau de pierres . Les troupes qui forment le contingent
de l'imprudent électeur ne sont pas les moins exposées
au feu des batteries françaises , et sa belle maison connue sous
le nom de la favorite , est entiérement ruinée .
―
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE.
Des lettres d'Amsterdam du 21 annoncent une tournée dans
les Pays-Bas , faite par le Grand - Drossard de l'Overyssel et le
grand-baillif de Zutphen pour visiter les armées alliées : ces
magistrats ont aussi eu une conférence avec les commissaires
de la Convention et le ministre Beurnonville qui sont fort bien
traités à Maestrich . Il n'en est pas de même des autres prisonniers
Français auxquels on ne donne qu'un pain detestable ,
qu'on semble encore leur plaindre , et qui reçoivent d'ailleurs
mille mauvais traitemens . La contribution du cinquantieme
denier se leve avec une extrême rigueur , sur - tout dans les
provinces de Hollande et de Zélande . On fait mystere de
( 255 )
- canon-
-
le
l'emploi des sommes laissées à la disposition du Stadhouder
et de son conseil . Le peuple est mecontent , mais il n'ose
murmurer , et paie . - Il vient d'être établi un corps de
niers marins de six compagnies , qui sera commandé par
vice-amiral Kinsbergen. De plus , le statdhouder a fait une
nombreuse promotion d'officiers dans l'armée de terre ..
L'ambassadeur impérial , M. de Staremberg , s'embarquera le
27 pour la Grande-Bretagne , où il va remplir les mêmes fonctions
. On attend à la Haye le lord Spencer à la place du lord
Auckland créé pair , et qui va prendre le ministere de l'inté
rieur que lui cede M. Dundas suivant un bruit qui a besoin.
de se confirmer.'
L'empereur voulant ne rien négliger pour regagner le coeur
des Belges vient d'accorder un pardon général à tous ceux qui
ont porté et qui portent encore les armes contre lui dans les
corps de Béthunistes , à condition que dans l'espace de trois
semaines ils rentreront dans leurs foyers , et s'annoncent aux
magistrats de leurs domiciles . - Il paraît aussi une autre
déclaration en date du 17 , portant amnistie générale pour
le Brabant de tous les crimes , délits et désordres relatifs à
l'insurrection de 1789 et 1790. 19 On dit les Français rentrés
dans la Belgique par la prise de Furnes et d'Ypres . On ajoute
même qu'ils se portent sur Ostende , afin d'opérer une
diversion .
S
ANGLETERRE. De Londres , le 25 mai.
Il s'est fait depuis trois mois pour plus de 20 millions sterlings
de faillites , somme bien supérieure au numéraire en circulation
. Ces banqueroutes sont dues en grande partie à la ,
prohibition de l'exportation des grains , à l'empressement des
capitalistes , effrayés de la chûté progressive des fonds publics ,
à retirer leurs capitaux de la banque de Londres , des banques
particulieres des provinces , ainsi que des caisses de tous les
négocians et banquiers du royaume . D'ailleurs , lorsque la
France , la Hollande et l'Italie ont vu la guerre déclarée , ces
débouchés ouverts à une consommation iminense se sont
fermés , les spéculateurs ont contremandé toutes les marchandises
pour lesquelles ils avaient contracté en Angleterre ; mesures
dont l'effet inévitable se trouve être une stagnation dans
le commerce et un engorgement dans les manufactures. Cette
cessation de travail a réduit à la mendicité près de 40,000 ouvriers
dans la seule ville de Londres , et peut- être plus de
100,000 dans les trois royaumes . Il en est résulté des mouvemens
séditieux dans presque toutes les villes manufacturieres
, et le manque absolu de ressources pour une partie
très-nombreuse de la classe indigente , sur-tout en Irlande ou
l'industrie avait déja si peu de développement . De - là , des
plaintes multipliées contre le ministere et même contre le
parlement. Le peuple se croit trahi par ses représentans qui le
laissent souffrir ; il le dit avec énergie dans une foule de péti
( 256 )
1
tions où l'on accuse la guerre présente du discrédit national ,
et où l'on répete la demande faite tant de fois depuis quelques
années d'une réforme parlementaire. Les ministres et leurs
amis traitent ces pétitions de séditieuses , ou du moins leur
reprochent de tendre à l'avilissement de la représentation natiomale
; les esprits s'irritent , s'exasperent , l'orage se forme ; il
ne peut tarder d'éclater , et l'on prévoit déja que le jeune Pitt
survivra à sa puissance et à sa gloire .
La session du parlement ne finira gueres qu'au 10 juin .
M. White- Bread s'est plaint dans une des séances du mauvais
traitement qu'ont essuyé 40 Anglais arrivant de France , et que
l'on a retenu à bord jusqu'à un nouvel ordre exprès de S. M.
Il a trouvé ces précautions tyranniques et revoltantes : en conséquence,
il a demandé que la conduite des ministres responsables
de l'abus d'autorité fût soumise au plus sévere examen .
Cette motion a échoué . M. Grey , défenseur aussi éclairé
qu'ardent ami de la liberté , a également dénoncé la maniere
violente dont la presse avait été exercée à Shields , où des
hommes qui n'étaient point marins s'étaient vus enlevés de ,
chez eux à main armée ; ce qui prouve que malgré la prime
on a beaucoup de peine à se procurer des matelots , et que
vraisemblablement les équipages sont incompléts
L'amiral Hood est parti pour Portsmouth le 3 mai , a mis
à la voile le 12 et a pris sous son escorte la petite flotte de débarquement
chargée d'un corps d'émigrés Français et de plusieurs
régimens d'infanterie d'Irlande , troupes que l'on pretend
se monter à 80co hommes . Le George Fover , navire ames
ricain , chargé de farines pour la France , l'a rencontré à la
hauteur de Portsmouth , où du moins il a vu à dix lieues de
ce port une flotte anglaise considérable : ce qui semblerait
pourtant faire croire que ce n'est pas la même , c'est que les
dates varient de douze jours , et que le bruit a couru à Londres
que M. d'Artois , après s'y être arrêté seulement deux fois 24
heures , s'est embarqué sur l'escadre de l'amiral Hood . Aujourd'hui
la version change , et l'on assure qu'un simple paquebot
doit le conduire en Westphalie où il compte se retirer à Ham.
Des faits beaucoup plus sûrs , c'est que le 11 mai il s'embarqua
un détachement de canonniers composé de 200 hommes et
15 officiers , 12 pieces de canon de gros calibre , des mortiers
et des obusiers . Ce détachement destiné à se joindre à l'armée
du duc d'Yorck , est commandé par le lord Congreve . On dit
positivement que les Autrichiens ont demandé au gouvernement
Anglais des fourrages , des vivres et des munitions , et qu'une
flotte Anglaise est chargée de se pourvoir de tous ces objets sur
les côtes d'Afrique . C'est aller les chercher un peu loià , si le
besoin qu'on en a est bien pressant. On embarque depuis le
21 à Deptford des fourrages pour la cavalerie Anglaise en Flan--
dres. Il a péri dans la trayersée beaucoup de chevaux des trois
brigades , sous le commandement de sir William Erskine , en
voyées par Ostende .
―
FRANCE.
( 257 )
FRANC E.
CONVENTION NATIONAL E.
PRESIDENCE
Séance du mardi , 28 mai.
D'IS NAR D.
on se
On se rappelle comment , à la fin de la séance de lundi
dernier , la cassation de la commission des douze et l'élar
gissement d'Hébert furent mis aux voix et décrétés
rappelle aussi les protestations que firent un grand nombre
de députés contre la validité d'un tel décret. Aujourd'hui
Lanjuinais est monté à la tribune pour contester l'existence
de ce décret . On lui a disputé la parole . Personne ici , s'est- il
écrié , ne peut , à moins que de se montrer le protecteur
dés assassins , s'opposer à ce que je sois entendu .
Si Lanjuinais ne cesse pas de parler , a interrompu Legendre ,
je déclare que je me porte à la tribune , et je le jette en bas.
Sur la demande de Barbaroux , l'Assemblée décrète que cette
déclaration de Legendre sera consignée au procès - verbal .
Lanjuinais profitant de quelques momens de silence , reprend
la discussion sur la cassation de la commission des douze et
la délivrance d'Hébert . 11 conclut par demander qu'il soit
déclaré que le décret n'a pas été rendu , attendu que les pétitionnaires
étaient confondus avec les membres de la Contion
, et ont voté avec eux ; et que , dans le cas où l'Assemblée
déclarerait qu'il a été rendu , le rapport en fût mis aux
voix . 眷
Il est urgent , a dit alors Osselin , de mettre ce décret à
exécution . Le peuple l'attend avec impatience , et si vous
retardez , vous serez coupables du mouvement qui pourra
arriver ..... Sur la motion de Barbaroux , l'Assemblée décrete
qu'il sera fait mention au procès - verbal de la déclaration
d'Osselin .
- Les mem
La discussion est fermée . Le président consulte l'Assemblée
pour savoir si l'on ira aux voix sur la rédaction du décret
qui casse la commission des douze. La négative est prononcée .
De violentes rumeurs éclatent dans les tribunes .
hares du côté gauche réclament l'appel nominal . — Guadet
demande la parole sur la maniere de poser la question . Plusieurs
membres apostrophent le président. Guadet insiste .
L'Assemblée consultée lui accorde la parole .
Guadet s'étonne qu'on veuille que la Convention s'occupe
de la rédaction d'un décret , c'est - à - dire de son admission
définitive , tandis qu'il est en question si ce décret sera , ou
non , maintenu ; sera , ou non , rapporté . Quoique dans le
Tome III, S
( 258 )
fait on ne puisse pas dire qu'il y ait un décret rendu , lorsque
les législateurs consignés dans le lieu de leurs séances
après la dispersion de leur garde , ont délibéré au milieu des
orages , des violences et des menaces ; lorsque plusieurs membres
ont été dans l'impossibilité de percer une foule menaçante
, et de se rendre à leur poste ; lorsqu'enfin la salle se
trouvait au moment de la délibération pleine de pétitionnaires ,
Guadet observe que malgré tout cela les motifs de rapporter
le décret étant les mêmes que ceux qui auraient dû déterminer
à ne pas le rendre , il était inutile ds s'arrêter à des pointilleries
qui pouvaient amener de longs débats , sans arriver
à aucun résultat. Guadet se réduit donc à réclamer la priorité
pour la demande en rapport.
A
Après beaucoup dǝ tumulte et de désordre , on pose ainsi
la question . Le décret sera- t - il rapporté , oui ou non? L'appel
nominal commence , et la Convention décrete que cet appel
sera envoyé aux départemens .
L'appel fini , le président donne d'abord le résultat d'un
scrutin pour la nomination des commissaires à l'armée du
Nord . Les nouveaux commissaires sont , Lego , Duchastel ,
Bernard Saint-Afrique et Varlet .
Cette nomination excite encore des plaintes , des dénonciations
, et du tumulte dans la partie gauche . Duchastel donne
sa démission . Enfin , on proclame le résultat de l'appel
nominal. Il y avait 517 votans : la majorité était de 259 ; 279
ont voté pour oui , 238 pour non .
-
Votre décret d'hier , a dit alors Danton , était un grand acte
de justice . J'aime à croire qu'il sera reproduit avant la levée
de la séanee ; mais si la commission des douze conservait son
pouvoir tyrannique , si les magistrats du peuple n'étaient pas
rendus à leurs fonctions , après avoir prouvé que nous passons
nos ennemis en prudence , nous leur prouverons que nous
les passons en audace et en vigueur révolutionnaire .
tribunes applaudissent .
Les
On propose d'entendre le rapport de la commission des
douze sur ses travaux . Rabaud , niembre de cette commission
insiste pour avoir la parole . Le tumulte redouble et les me
naces se renouvellent . Le président se couvre les membres
de la droite réclament la levée de la séance , ceux de la gauche
s'y opposent . Au milieu des rumeurs , l'impression du
rapport est décrétée .
2
Nous ne sommes pas libres ici , s'écrie Chambon , allons
dans nos départemens . Le canon d'alarme aujourd'hui ! s'écrie .
Marat. Fermons les barrieres , s'écrie- t- on dans les tribunes.
On demande de nouveau l'élargissement des détenus . Il
est décrété .
La commission des douze donne sa démission .
Une députation de la section des Gardes - Françaises se
présente à la barre : Il est tems , dit l'orateur , que la lutte
( 859 )
finisse ; il est tems qu'une troupe de scélérats , cachés sous
le masque du patriotisme
disparaisse
, il est tems qu'une minorité
turbulente
s'effraye du retour de l'ordre ; elle est faitè
pour le craindre . Vous n'avez qu'à dire un mot ; vous n'a
vez qu'à nous appeller auprès de vous et vous serez entourés
de défenseurs
dignes de la cause qui leur sera confiée ; alors
On verra d'un côté , le courage des bons citoyens ; et de
l'autre la lâcheté et la perfidie de quelques brigands . Cette
déclaration
excite un grand tumulte . Le calme rétabli , les
pétionnaires
continuent
. Ils sollicitent
les bienfaits d'une constitution
et jurent de défendre la représentation
nationale jusqu'à
la mort. On demande l'impression
de cette adresse.
Le bruit recommence
et l'impression
n'est point décrétée .
Cambon , au nom du comité de salut public , rend compte
de l'état de nos armées. L'armée du nord occupe le camp
de Cesane . Valenciennes peut se défendre six mois . Sa garnison
est un modèle de patriotisme et de courage . Custines
doit être arrivé à l'armée du nord . Ce général laisse les armées
du Rhin et de la Moselle dans les meilleures dispositions ;
elles ont un effectif de plus de 60,000 hommes .
Dans l'armée des Pyrennées orientales un camp de 6000
Français fut attaqué par 12,000 Espagnols . Notre armée fut
d'abord repoussée ; la gendarmerie cria sauve qui peut , et mit
nos soldats en désordre. Cependant nos généraux les rallierent
et parvinrent à reprendre le camp .
Les Espagnols furent chassés très-loin de là ; mais pendant
la nuit l'avant-garde égarée par une terreur panique força le
corps d'armée à rentrer dans Perpignan .
Quant à l'armée des rebelles , les habitans de la Vendée rentrent
dans le devoir , les révoltés sont effrayés , l'armée , dite
catholique , se dissout et dans peu cette guerre sera entierement
terminée.
Séance du mercredi , 29 mai.
Des députés des Pyrennées orientales présentent à l'Assemblée
la situation alarmante où se trouve ce département . Les
Espagnols occupent une partie du territoire avec une armée
et une bonne cavalerie ; et le département n'a point de forces
suffisantes à lenr opposer ; il manque d'armes et de munitions
. Nous savons bien , disent les députés , qu'il nn'' est pas
d'armée qu'un orateur ne batte à la tribune ; mais ce n'est
pas en raillant nos ennemis que nous les vaincrons. Ils
expriment ensuite , les sentimens et les voeux de leurs concitoyens.
Guerre aux tyrans , respect aux représentans du
peuple , maintien des personnes et des propriétés , tel est leur
voeu unanime. Là le pauvre vit de son travail et non du
pillage. Le pain y coûte trois fois plus cher que dans d'au
tres contrées , et il n'en a jamais demandé sous peine d'in-
S &
*
( 260 )
surrection .... Cette pétition est renvoyée au comité de salut
public.
Des députés du déparrement de l'Ain viennent de nouveau
réclamer la liberté ou le jugement d'une multitude de citoyens .
qui languissent dans les prisons , victimes du despotisme des
commissaires Amar et Merlinot . Renvoyé au comité de
sûreté générale et de législation . Barrere prévient que sous
trois jours , le comité de salut public fera un rapport sur toutes
les arrestations .
-
Une lettre des commissaires à l'armée de la Rochelle en
date du 27 mai , fait part à l'Assemblée d'un échec éprouvé
par notre armée . Le général ayant appris que les brigands
cherchaient à cerner la Châteigneraye , fit replier ses troupes
sur Fontenay . Bientôt les ennemis se présenterent dans la
plaine où ils avaient été si complettement défaits quelques
jours auparavant. Leurs colonnes étaient formidables , mais ils
n'avaieni point d'artillerie .
Le combat devint extrêmement chaud ; les chasseurs de la
Gironde faisaient un feu terrible ; chaque volontaire de la
compagnie franche de Toulouse et du 14. bataillon de l'Hérault
, combattait en héros , et quelques autres bataillons , ranimés
par les représentans du peuple présens à l'action , ébranlaient
déja les colonnes des rébelles , lorsque le brave général
Chalbes ordonne à la gendarmerie nationale à cheval de charger
pour achever de les exterminer. C'en était fait de ces hordes
de brigands , si l'ordre du général cût été exécuté . Mais ,
honte cinq gendarmes senlement marcherent en avant ; le
reste , effrayé par la défection de quelques lâches , plie et
s'enfuit à bride abattue , en foulant aux pieds notre infanterie
qui se trouvait sur son passage . Plus de trente
braves défenseurs de la patrie ont été écrasés par les
chevaux des fuyards . Les représentans du peuple et les généraux
firent de vains efforts ponr les rallier ; rien ne put
les arrêter . Enfin , l'infanterie se voyant abandonnée par la
cavalerie , et succombant sous le nombre , se mit elle -même
en désordre , et bientôt la déroute fut complette ; notre armée
dispersée par les brigands , fut poursuivie jusques sur
la route de Fontenay à Niort , où le général Dayat et le chef
de brigade Nouvion , ayant rallié 25 gendarmes seulement ,
chargerent 200 hommes de cavalerie ennemie , et les firent
plier ; ils protégerent par ce moyen la retraite d'une partie
de l'infanterie sur Niort. La cavalerie les y avait précédés de
plusieurs heures .
Après cette lecture , Cambon annonce l'arrivée d'un courier
extraordinaire expédié par la commission centrale établie
à Tours . Il apporte l'état des forces qui marchent contre
les rébelles . 29,400 hommes sont sortis de Tours . Une armée
de 60,000 hommes avec 91 ' pieces de canon va entourer
les révoltés. La Rochelle , Rochefort et Poitiers sont en état
de défense.
( 261 )
1
Barrere présente la rédaction de la déclaration des droits.
L'Assemblée l'adopte et décrete en outre que le comité de
salut public s'adjoindra une commission de cinq membres pour
présenter sous huit jours un plan de constitution réduit aux
seuls articles qu'il est important de rendre irrévocables pour
assurer au peuple l'exercice de ses droits et de sa liberté .
Le même membre fait rendre le décret suivant :
1º . Les gendarmes qui ont fui lâchement à Perpignan et à
Fontenay- le - Peuple , seront dépouillés de leurs armes et de
leurs habits , renvoyés à leurs municipalités , déclarés incapables
de servir la patrie et soumis néanmoins à la poursuite
des tribunaux .
2º . Il sera fait mention honorable dans le procès -verbal de
la conduite courageuse tenue par les 25 gendarmes qui se
sont joints au général Dayat et au chef de brigade Nouvion
pour charger les rebelles et sauver une partie de l'armée de
la République.
La section des Marchés présente ses volontaires et demande
la formation d'une armée révolutionnaire , la cassation du comité
des 12 et le décret d'accusation contre ceux qui par leurs discours
provoquent la guerre civile.
La section des Arcis fait la même pétition , et après avoir
déclaré qu'une partie de la Convention n'a plus sa confiance ,
elle demande que les membres qui composent la commission
des 12 soient traduits au tribunal révolutionnaire .
La section de Beaurepaire demande une constitution Républicaine.
L'insertion de son adresse au bulletin est décrétée .
Sur la proposition de Fermont , la Convention décrete que
le président de l'Assemblée ne pourra lui annoncer , ni lui
faire donner lecture d'aucunes lettres ni pétitions , à fin
d'admission à la barre et à d'autres séances , que celles du
dimanche et du jeudi soir.
Séance du jeudi , 30 mai .
On fait lecture de deux lettres écrites de l'armée du Rhin ;
la premiere donne des détails d'une affaire qui a eu lieu près
de Weissembourg. L'avantage s'est déclaré en faveur des
troupes de la République.
La seconde annonce qu'un détachement qui a pénétré dans
le duché de Deux-Ponts en a heureusement ramené à Landau
200 voitures chargées d'avoine et de fourrages .
Sur le rapport de son comité de la guerre , la Convention
nationale décrete qu'il n'y a pas lieu à accusation contre le
général de division Ligneville ; ordonne au conseil exécutif
de le mettre en liberté , et l'autorise à le rendre à ses fonetions
.
Mallarmé , rapporteur du comité des finances , fait rendre
plusieurs décrets.
Par le premier , la Convention détruit les abus qui se com
$ 3
( 262 )
mettent à l'occasion des saisies des créances dues sur le trésor
public .
Le second déclare que les gendarmes nationaux , qui seront
dorénavant payés en assignats , ne recevront aucune indemnité .
Le troisieme accorde un million à titre de prêt aux habitans
du département du Nord , qui l'année derniere ont le
plus souffert des brigandages des Autrichiens .
La
Une députation du conseil général de la commune vient
accuser le citoyen Gardien , membre de la commission des
douze , et député de Château- Renaud , d'avoir écrit en 1790 ,
deux lettres à un contre - révolutionnaire nommé Marizi .
Convention décrete le renvoi au comité de salut public . --
Thuriot , Charlier et quelques autres membres demandent le
décret d'arrestation . Après des débats assez vifs , et quelques
faits établis ou hasardés de part et d'autre , Gardien sollicite
lui- même d'être gardé à vue ; il demande en outre que le
scellé soit mis sur ses papiers à Paris , et qu'un courier extraor
dinaire soit envoyé pour les mettre dans son domicile à Château-
Renaud .
Ces propositions sont décrétées .
Barrere présente les projets de décrets suivans , qui sont
adoptés sans discussion .
--
Décret sur les écoles primaires.
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de salut public , décrete : i 7
Art. 1er. Il y aura une école primaire dans tous les lieux.
qui ont depuis quatre cents jusqu'à quinze cents individas .
Cette école pourra servir pour toutes les habitations moins
peuplées , qui ne seront pas éloignées de plus de mille toises .
II. Il y aura dans chacune des écoles un instituteur chargé
d'enseigner aux éleves les connaissances élémentaires nécessaires
aux citoyens pour exercer leurs droits , remplir leurs
devoirs , et administrer leurs affaires domestiques.
III. Le comité d'instruction publique présentera le mode
proportionnel pour les communies plus peuplées et pour les
villes.tort bay
IV. Les instituteurs seront chargés de faire aux citoyens
de tout âge , de l'un et de l'autre sexe , des lectures et des
instructions une fois par semaine .
Autre décret,
J
Rhin , La Convention confirme la nomination provisoire d'Alexandre
Beauharnais au commandement de l'armée
d'après le refus du général Diettman qui ne s'est pas cru
capable de commander ; il sera fait mention honorable de la
conduite du général Diettman . 19
Le comité de salut public présentera demain un candidat
pour le ministere de la guerre,
な
( 263 )
De rel concernant la requisition de la force armée.
Art. Ier . La requisition de la force publique dans les diverses
circonstances , qui en nécessiteront l'emploi , sera exercée dans
la forme suivante par les autorités constituées et chargées de
requisition par la Îoi .
Seront requis , 1. les citoyens depuis l'âge de 16 ans jusqu'à
25.
2º. Ceux de 25 jusqu'à 35 .
3º . Ceux -de 35 jusqu'à 45.
La derniere requisition comprendra tous les autres citoyens.
qui seront en état de porter les armes .
II. Chaque municipalité sera tenue d'avoir un rôle de tous
les citoyens placés dans la classe d'âge prescrit.
III. Tout citoyen qui aura plus de trois enfans , et qui sera
reconnu par sa municipalité ne pouvoir les faire subsister que
du produit de son travail , ne pourra être compris que dans la
derniere requisition , quel que soit son âge.
IV . Les célibataires et les hommes veufs sans enfans jusqu'à
l'âge de 40 ans , seront compris dans la premiere classe ."
V Chaque municipalité sera tenue d'avoir un registre pour
inscrire le nombre des armes à feu existant dans l'étendue de
son territoire . Ces armes seront remises aux citoyens de la premiere
requisition , et ainsi de suite tant qu'il y aura des armes
à fen
VI et dernier. Les officiers municipaux choisiront un instructeur
, et ils veilleront à ce que , tous les dimanches , les
citoyens compris dans la premiere requisition s'exercent au
maniement des armes et aux évolutions militaires .
Le comité de salut public , chargé de présenter un plan des
bases constitutionnelles , s'adjoint à cet effet les citoyens Heraut,
Mathieu , Ramel , St. Just et Couthon .
Séance extraordinaire du jeudi soir.
L'Assemblée procade à l'appel nominal pour le renouvellement
du président et des secrétaires . Mallarmé est élu président.
Bourdon dénonce la commission des douze , pour avoir fait
investir l'hôtel de Breteuil d'une force suffisante , pour la sûreté
de ses papiers , et demande l'arrestation de ceux qui ont
signé cet ordre .
Fanfrede dit que cet ordre n'a rien d'illégal . Il demande
simplement que la Convention statue sur l'existence de la
commission , sur laquelle rien n'avait été décidé jusqu'alors.
Cette commission , dit Lanjuinais , vous a dénoncé qu'il se
tramait une grande conspiration . Ceux qui ont demandé avec
tant d'acharnement sa suppression , sont apparemment des
mêmes qui vont travailler à la faire réussir. L'un des lieux où
l'on conspire dans ce moment , est l'évêché . C'est là que se
S4
( 264 )
1
rassemblent les électeurs illégalement nommés au 10 août dernier
, les plus audacieux meneurs des jacobins et des sections .
Cette assemblée a formé un comité d'exécution , un comité
dictatorial.
Lanjuinais cite un discours d'Assenfratz : le moment de
frapper de nouveaux coups est arrivé. Ne craignez rien des
départemens ; avec un peu de terreur et des instructions ,
nous tournerons les esprits à notre gré ... Oui, l'insurrectfon
devient ici un devoir contre la majorité corrompue de la
Convention ..... 29
....
66
Deux hommes encore , a dit Lanjuinais , dont un est représentant
du peuple , Chabot et Varlet , ont tenu des propos
qui n'annonçaient rien moins qu'un grande conspiration . Il
ne faut pas tuer sur-le- champ , a- t -on dit , tous les députés
que nous aurons arrêtés ; mais il sera facile de les faire juger
coupables par les départemens : alors , il en sera d'eux comme
de Louis XVI. Cette nuit même on doit sonner le tocsin ,
on doit tirer le cauon d'alarme .
Toutes ces déclarations , ajoutait Lanjuinais , ont été faites
au comité des 12. Le conseil exécutif est instruit de toutes ces manoeuvres
, et il se tait . Le comité de salut public en a aussi connaissance
, et sans doute il a pris les mesures nécessaires pour
les déjouer . Je demande 1º . que le comité des inspecteurs , de
la salle soit tenu de faire exécuter le décret qui ordonne que
poste de la Convention sera renforcé de deux hommes par
compagnie. 2 ° . Que la commission des 12 soit mandée sur - lechamp
, pour rendre compte des renseignemens qu'elle a reçus
aujourd'hui sur la conspiration que je vous dénonce . 3 ° . Que
Varlet et autres soient gardés à vue .
le
De violens murmures accompagnent Lanjuinais à sa place .
L'Assemblée ne prend aucune delibération .
Une députation de 27 sections de Paris est admise à la
barre. L'orateur obtient la parole . Mandataires du peuple , ditil
, une commission injuste , arbitraire et despotique a opprimé
les patriotes . Le traître Lafayette n'est point dans les cachots
de Berlin ; Rabaut , législateur et journaliste , exerce sur les
sections le despotisme le plns outrageant. Tout nous crie :
résistance à l'oppression ! Nous demandons :
1º. La cassation de tous les décrets rendus sur la proposi
tion de la commission des 12 , notamment de celui qui fixe
la clôture des séances à 10 heures du soir .
20. Le décret d'accusation contre tous ses membres et leur
tradition aux jnrés révolutionnaires des 86 départemens.
30. L'apposition des scellés sur leurs papiers et leurs registres
; et leur remise au comité de sûreté générale .
4º. Pour resserrer les liens de l'unité et de l'indivisibilité
que la commission des douze voudroit rompre , nous vous invitons
à décréter une nouvelle fédération républicaine pour le 10
août prochain.
( 265 ).
Les citoyens de Paris brûlent de montrer à leurs frères des
départemens qu'ils sont encore dignes de leurs embrassemens.
L'Assemblée ordonne l'impression de cette pétition.
Deux députés extraordinaires de Rouen , admis à la barre
présentent une adresse approuvée par le departement de la Seine-
Inférieure , et par le district de Rouen. Des murmures ont
interrompu l'orateur ; ce sont deux aristocrates , a dit Marat
et la demande de l'insertion au bulletin réclamée par les uns
a été rejettée par les autres .
Séance du vendredi , 31 mai.
Le tocsin sonne depuis trois heures du matin ; on bat la
générale ; les citoyens se rangent sous les armes ; les représentans
du peuple se rendent à leur poste ; les autorités constituées
sont mandées à la barre de la Convention . Bientôt après
le ministre de l'intérieur paraît : « Je ne puis , dit- il , dissimuler
à la Convention qu'il existe une grande agitation dans Paris .
Une assemblée composée de commissaires de sections , d'électeurs
du 10 août , etc. s'est tenue cette nuit à l'évêché ,
paraît avoir donné l'impulsion à ce mouvement . La cause de
ces troubles et la réintégration de votre commission extraordinaire
des douze .... " "
et
Le maire déclare qu'il a donné au commandant provisoire
les ordres nécessaires pour empêcher de tirer le canon d'alarme
; que lui- même s'est rendu au comité de salut public
avec le ministre de l'intérieur , où il a rendu compte de l'état
de Paris ; qu'ils est transporté ensuite au conseil général de
la commune : que ce matiù , des commissaires de la majorité
des sections sont venus suspendre la municipalité , qu'ils ont
réintégrée un instant après.
Le président de la section du Pont- neuf aunonce à la Convention
que le commandant du poste ayant reçu ordre du
commandant général provisoire de tirer le canon d'alarme , il
s'y était refusé , et en avait référé sur-le- champ au departement
qui avait passé à l'ordre du jour , motivé sur ce que la Convention
seule pouvait donner cet ordre .
Valazé demande que le commandant général soit mandé à
la barre , et mis en état d'arrestation ; que la commission des
douze , créée pour rechercher des complots qui se décelent
en ce moment , soit appellée pour rendre compte des renseignemens
qu'elle a recueillis . Les tribunes murmurent . -
Thuriot combat les propositions de Valazé ; il demande l'anéantissement
de la commission , comme une mesure indispensable
, et la première à prendre dans les circonstances actuelles.
4 On entend le canon d'alarme. Aux voix la proposition
-de Valazé , s'écrient plusieurs membres . Je demande , s'ecrie
Thuriot , que cette commission , qui est le fléau de la France ,
soit cassée à l'instant , que les scellés soient apposés sur ses
----
( 266 )
papiers , et que le comité de salut public fasse un rapport sur
sa conduite..
Il s'agit de la dignité de la Convention , a repris Vergniaud ;
il faut qu'elle prouve à la France qu'elle est libre . Je demandə
donc l'ajournement à demain de ce qui est relatif à la commission
; je demande que le commandant genéral soit mandé
à la barre, et que nous jurions tous de mourir à notre poste.
La discussion est fermée . Le président rappelle les diverses
propositions qui ont été faites . L'Assemblée est d'abord con ,
sultee sur la proposition suivante qui est adoptée à la presqu'unanimité.
La Convention nationale déclare qu'elle est à
son poste , et qu'elle y attendra avec calme les événemens
quels qu'ils soient. "
Une longue discussion s'éleve ensuite sur la question de
priorité pour les propositions suivantes ; mettra - t- on aux voix
la cassation de la commission des douze ? appellera - t- on à la
barre le commandant général ?
Danton réclame vivement la priorité pour la premiere proposition
. Les tribunes applaudissent .
Rabaud , membre de la commission , demande la parole .
Après de longs débats , un décret la lui accorde . Il essaie
vainement de se faire entendre ; les clameurs couvrent sa voix.
A bas , a bas , crie- t-on dans les tribunes ....
Le conseil général révolutionnaire se présente à la barre
il annonce que , nommé pour découvrir un grand complot ,
il vient de remplir sa mission . Il communique deux arrêtés
qu'il a pris . Par le premier , les propriétés sont mises sous la
sauve-garde des Républicains. Par le second , il accorde 40 sols
par jour à tous les ouvriers jusqu'à ce que le calme soit
rétabli .
Guadet s'éleve contre cette usurpation de pouvoirs qui ,
selon lui , n'appartiennent qu'à la Convention . Il prétend que
les pétitionnaires , au lieu d'annoncer qu'ils avaient découvert
un grand complot , auraient du dire qu'ils avaient voulu l'exécuter.
Il engage l'Assemblée à se convaincre que , d'après leurs
pouvoirs déposés sur le bureau , ce sont des députés de 26
sections seulement ..... Guadet veut continuer , les clameurs
des tribunes l'interrompent .....
Une députatiou de la commune admise à la barre demande
un local près de la Convention , afin qu'elle puisse correspondre
d'heure en heure avec la municipalité , et avoir counaissance
de ses décrets . Cette proposition est adoptée..
Vergniaux après avoir représenté le calme et la sécurité que
les sections ont su maintenir dans Paris , demande qu'il soit
décrété que les sections ont bien mérité de la patrie . Adopté
à l'unanimité .
Camboulas demande que le conseil exécutif soit tenu collectivement
, et sous sa responsabilité , de faire les recherches
nécessaires pour trouver et arrêter ceux qui ont fait sonner le
( 207 )
tocsin et tirer le canon d'alarme . Les tribunes répondent :
c'est nous , nous tous . Robespierre jeune , ajoute : c'est le bombardement
de Valenciennes ; ce sont les trahisons de nos généraux
, ce sont les conspirateurs de l'intérieur dont plusieurs
sont dans le sein de la Convention . La discussion est fermée.
La proposition de Camboulas est décrétée .
•
Lacroix et Thuriot protestent contre ce décret . Ils en
demandent le rapport. Au même instant des citoyens paraisi
sent à la barre. Législateurs , dit l'un d'eux , les hommes du
14 juillet , du 10 août et du 31 mai , sont dans votre seim
Nous demandons le rapport du décret liberticide arraché par
la faction scélérate ; nous demandons que vous décrétiez la
levée d'une armée révolutionnaire centrale de sans - culottes
qui auront une paye de 40 sols par jour ; nous demandons
le décret d'accusation contre les 22 membres dénoncés par
les sections de Paris et par la majorité des départemens , ainsi
que contre les membres de la commission des 12. Nous demandons
que le prix du pain soît fixé à trois sols la livre
dans tous les départemens , et que cette diminution s'opere
par une taxe mise sur les riches ; nous demandons le licenciement
de tous les nobles occupant des grades supérieurs dans
les armées ; nous demandons que vous mettiez en état d'arrestation
les ministres Lebrun et Claviere ; nous vous dénonçons
l'administration des postes et celle des assignats ; enfin
nous demandons que vous décrétiez une proclamation pour
venger Paris des calomnies qu'on repand contre cette ville .
Vergniaux demande l'impression de cette adresse et l'envoi
aux départemens . Décrété.
Barrere , au nom du comité de salut public , présente un
projet de décret dont l'objet est de mettre à la requisition de
la Convention la force armée de Paris et de casser la commission
des 12 .
Quelques oppositions se manifestent dans la partie droite
contre ce projet de décret , La délibération est interrompue .
Les membres composant l'administration du département de
Paris , réunis aux autorités constituées de la commune et aux
commissaires des sections , se présentent à la barre . Legislateurs
, dit le procureur- général- syndic , otateur de la députation
, depuis long - tems la ville et le département de Paris
sont calomniés ...... Nous venons démasquer l'impudcur ct
confondre l'imposture. Nous venons vous déclarer que , fidele
aux principes et soumis aux lois , le département de Paris
soutiendra les dignes représentans du peuple au prix de tout
son sang. Vous nous vengerez d'Isnard et de Roland , et de
tous ces hommes imples , les Brissot , les Guadet , les Vergniaux
, les Gensonné , etc. contre lesquels l'opinion publique
s'éleve d'une maniere éclatante . La raison du peuple s'irrite
de tant de resistance ; que ses ennemis tremblent , sa colere
est près d'éclater ; qu'ils tremblent ! »
( 268 )
La députation suivie d'une foule de citoyens entre dans la
salle . Ils se confondent avec les membres de la partie gauche .
L'impression de l'adresse est décrétée au milieu du tumulte .
Une partie de l'Assemblée refuse de prendre part à la délibération.
Vergniaux invite les membres opprimés à aller se
joindre à la force armée qui environne l'enceinte de la Convention
et à se mettre sous sa protection . Vergniaux sort ; il
est suivi d'une foule de députés : bientôt après ils rentrent.
Citoyens , s'écrie Robespierre , ne perdons pas ce jour en
vaines clameurs , en mesures insignifiantes . Les pétitionnaires
que vous venez d'entendre vous indiquent la marche que vous
devez suivre ..... Robespierre conclud au décret d'accusation
contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires .
Barrere reproduit alors son projet de décret tendant à mettre
la force armée du département de Paris en état de réquisition
permanente ; à charger le comité de salut public de rechercher
les auteurs des complots dénoncés par les diverses députations ;
a supprimer la commission des douze et ordonner la déposition
de ses papiers au comité de salut public .
Le projet de Barrere est adopté , sur la proposition de Lacroix
, la Convention approuve l'arrêté par lequel la commune
assure deux livres par jour aux ouvriers qui resteront
sous les armes jusqu'au rétablissement de la tranquillité publique.
Elle rapporte le décret qui établissait qu'on n'entrerait
dans les tribunes réservées aux citoyens des départemens ,
qu'avec des billets .
Bazire , interpellé par Gardien 2
a déclaré au nom du comité
de sûreté générale , qu'on n'avait rien trouvé de suspect dans
la correspondance de ce député ; que toutes les inculpations
qui lui avaient été faites , sont également fausses .
La séance est levée à 9 heures et demie.
Séance du samedi 1 juin.
L'ex-ministre Rolland sollicite pour la huitieme fois l'apurement
de ses comptes ou la permission de se retirer dans son
pays natal . Quelques membres appuient sa demande . Fermont
parle d'autant plus vivement en faveur de Roland , que la nuit
derniere des citoyens qui voulaient arrêter cet ex - ministre ,
n'ayant trouvé chez lui que son épouse , l'ont conduite aux
prisons de l'Abbaye . Il ne suffit pas , s'écrie Collot- d'Herbois
, que Rolland ait rendu ses comptes pour cesser d'être
responssble. Depuis long-tems il veut échapper à l'accusation.
que porte contre lui la nation entiere . Adopter la proposition
de Fermont , ce serait lui en fournir les moyens , mais
il ne peut s'en retirer qu'avec un décret d'accusation .
L'Assemblée passe à l'ordre du jour jusqu'au rapport du
comité .
·
-
Fermont se plaint de ce que les lettres des députés ne
leur parviennent point depuis trois jours. Legendre déclare
( 269 )
que toutes les fois qu'un peuple sait que l'on conspire contre
la liberté , il a le droit de prendre des précautions pour connaître
ses ennemis . Renvoyé au - comité de salut public.
On fait lecture d'une lettre écrite par les représentans du
peuple envoyés dans les départemens méridionaux , en date
du 22 mai . En voici l'extrait :
66 Quarante déserteurs , presque tous gardes Walonnes
sont venus depuis plusieurs jours se ranger sous les drapeaux
de la liberté . Ils s'accordent à dire que notre artillerie a fait
beaucoup de mal à l'ennemi dans la journée du 19. Il paraît évident
que si notre armée avait tenu ferme nn quart - d'heure de
plus , la déroute était complette chez eux ... La majeure parie
des tentes et autres objets ont été recouvrés ... L'ordre est
rétabli dans Perpignan , et les soldats brûlent du desir de
réparer l'échec qu'ils out souffert .
-
Les commissaires dans le département des Bouches - du-
Rhône font un rapport pour détruire les inculpations répandues
contre eux . Ils assurent que le tribunal populaire établi à
Marseille continue ses fonctions malgré le décret de l'Assemblée.
Ils citent deux citoyens contre lesquels il a lancé des
mandats d'arrêt . Enfin , ils demandent justice pour les patriotes
opprimés. Barbaroux répond que le décret qui a anéanti
ce tribunal n'a été rendu que le 13 mai ; que le lendemain
la députation a envoyé un courier extraordinaire à Marseille ,
pour avertir ce tribunal de cesser ses fonctions . Le courier
est arrivé le 17. Dès ce moment le tribunal a obéi quoiqu'il
n'ait reçu officiellement le décret que le 21 ou le 22. Quant
aux deux citoyens qu'on l'accuse d'avoir poursuivi , ce n'est
point le tribunal mais le juge de paix qui instruit leur affaire .
L'Assemblée renvoie le tout au comité de salut public pour
en faire son rapport.
B
Barrere présente la proclamation qui doît être envoyée à
tous les départemens , sur les événemens du 31. Il y
est dit
que la Convention nationale a été libre dans ses délibérations ;
ce qui excite les plus vives réclamations . Lassource demande
que l'on se borne à déclarer que des conspirateurs avaient
formé un complot , qu'ils ont sonné le tocsin , battu la générale
, et tiré le canon d'alarme , *mais que les citoyens de
Paris , dignes de la République et d'eux - mêmes , se sont
transportés à leurs sections , se sont armés ,
ont fait respecter
la loi , ont protégé les propriétés , la Convention , et maintenu
l'ordre .
Lassource est souvent interrompu . Les tribunes rappellées
à l'ordre continuent leurs clameurs. L'adresse est adoptée .
Une partie de l'Assemblée se porte au bureau pour réclamer
l'appel nominal . On leve la séance . Il est cinq heures .
Séance du samedi soir .
-
Il est six heures . La générale bat dans plusieurs quartiers
( 270 )
de Paris ; des bataillons en armes se portent vers le palais national
; plusieurs députés se réunissent dans la salle des séances .
On se questionne
mutuellement
sur les causes du rassemblement
extraordinaire
de la force armée sur la place de la Réunion.
Cambon annonce que la cause de cette insurrection
provient de ce qu'on n'avait pas fait droit aux réclamations
des
sections. Une députation des autorités révolutionnaires
réunies
auprès de la commune provisoire , demande d'être admise
à la barre .
-
Un membre observe que l'Assemblée n'est point convoquée
, et que le côté droit est d'ailleurs presqu'entierement
désert. Les patriotes y sont , dit Legeudre ; nous y resterons
nous délibérerons .
----
f
La députation est admise : le peuple est levé , dit Hassenfratz
, orateur de la députation ; il est debout , il nous envoie
auprès de vous.... L'orateur renouvelle la demande du
décret d'accusation contre vingt- sept députés ; et puis se tournant
vers le côté gauche : Et vous , patriotes , qui avez sauvé
plusieurs fois la patrie , sauvez -la encore aujourd'hui . Si vous
ne pouvez le faire , nous sommes tous debout , et nous la
1
sauverons.
Legendre convertit en motion la demande des pétitionnaires .
Il demande de plus , que tous ceux qui ont voté l'appel au
peuple soient mis en état d'arrestation.
S'ils étaient vertueux ces hommes qu'on vous dénonce ,
a dit Laignelot , ils n'hésiteraient pas à quitter une place qu'ils
ne peuvent plus conserver , puisqu'ils ont perdu la confiance
publique. Je demande que vous confériez au comité de salut
public le droit de prendre les mesures de salut public que
les circonstances exigent ; niais comme le mouvement du
peuple est nécessaire , il faut que le peuple qui est debout
y reste jusqu'à ce que les conspirateurs soient terrassés .
Fermont combat ces propositions comme destructives de la
liberté des opinions dans la représentation nationale .
Barrere et Marat parlent dans le sens de Laignelot . Le décret
suivant est rendu .
La Convention nationale décrete que le comité de salut
public sera tenu de présenter , sous trois jours , des me-
" Sures pour sauver la chose publique , et il fera un rapport
sur la pétition présentée par les autorités constituées de
» Paris.
Le département de Paris , la municipalité et les citoyens
qui auront des pieces contre quelques -uns des membres dénoncés
, seront tenus de les présenter au comite de salut
» public . "
On a fait lecture d'une lettre qui confirme l'insurrection
dans le département de la Losere ; mais les nouvelles officielies
offrent des détails moins affligeaus .
( 271 )
Séance du dimanche 2 juin.
est
Les administrateurs de la Vendée écrivent de la Rochelle
que les progrès de la révolte sont très-alarmans ; que le cheflieu
de leur département vient de tomber au pouvoir des
rebelles , ainsi que les archives et tous les papiers de l'administration
; que peut-être , en ce moment , la ville de Niort
le seul boulevard qui garantisse la Rochelle et nos côtes ,
entre leurs mains ; mais qu'ils ne ralentiront point leur zele , etc.
Une lettre des commissaires de la Convention nationale
datée de Niort le 28 mai , aunonce que les brigands n'ont pas
osé se présenter devant cette ville ; notre armée qui , deux
jours auparavant , n'était pas composée de 1200 hommes , est
forte aujourd'hui de 20,000 hommes , qui sont accourus au
premier signal du danger . Il est arrivé 400 hussards de la
légion des Alpes et 1200 hommes d'infanterie . Le géneral Biron
va attaquer les rebelles dans tous les points .
"
On fait lecture d'une adresse des officiers du premier bataillon
des volontaires du Bas - Rhin , au camp de Weissembourg.
Ils demandent que les membres qui ont voté contre
la mort du tyran et pour l'appel au peuple , soient remplacés
par leurs suppléans ; que les commissaires de la Convention
auprès des armées aient le droit d'envoyer leurs suffrages à
l'Assemblée ; enfin que les soldats armés pour la défense de la
patrie puissent concourir à la nomination des représentans du
peuple. Renvoyé au comité de salut public .
wo
Le ministre Claviere se plaint d'avoir été forcé de quitter
son poste par des menaces réitérées . Il demande que la Con
vention le mette sous la sauve - garde de la loi .
au .comité de salut public .
"1
-
Renvoyé
On fait lecture d'une lettre des commissaires de la Haute-
Loire et de la Lozere . Ils annoncent que Marvejols est au
pouvoir des révoltés , et que Mende va peut- être tomber entre
leurs mains .
Il s'est élevé des débats sur ces nouvelles . Quelques députés
des contrées où l'insurrection vient d'éclater ont paru douter
que la ville de Marvejols eût tombé au pouvoir des rebelles.
Saint- André assure que la ville de Lyon est en proie aux
aristocrates , 800
, que patriotes viennent d'y être massacrés .
Toutes ces guerres intestines , ajoute- t -il , ne peuvent s'éteindre
que par des mesures révolutionnaires. Il propose à l'Assemblée
d'envoyer dans les départemens insurgés des commissaires
manis de pleins pouvoirs , et qui ne connaîtront
d'autres lois que celles des circonstances impérieuses . Il demande
que toutes les administrations soient autorisées à faire
séquestrer les personnes suspectes , et que la Convention approuve
l'arrêté pris par le département de la Lozere . Toutes
ces propositions sont décrétées .
--
La générale battait dans tous les quartiers de Paris . Lanjui(
272 )
nais demande à faire une motion d'ordre sur la situation de
cette ville , sur les dangers qui , selon lui , menaçaient en ce
moment la Convention nationale . Des murmures interrompent
Lanjuinais ; un decret lui accorde la parole.
Il dit qu'une autorite nouvelle venait de s'élever dans Paris
; qu'elle subjuguerait bientôt l'autorité légitime , si on ne
mettait un frein a ses entreprises ; que depuis trois jours la
Convention nationale ne délibérait plus ; qu'elle était in-
Huencée et au-dedans et au -dehors , qu'une puissance rivale
la commandait , l'environnait au -dedans de ses salariés , audehors
, de ses canons . Je sais bien , continue Lanjuinais , que
le peuple blame et déteste l'anarchie et les factieux ; mais
enfin il est leur instrument forcé ....... Vous conspirez à la
tribune , lui crie Legendre . - Vous insultez le peuple , lui
crie un autre membre , A bas , à bas , lui crient les tribunes .
Non , reprend Lanjuinais , Paris est pur , Paris est bon , Paris
´est opprimé par des tyrans qui veulent du sang et de la domination.
Drouet , Robespierre jeune , Julien et quelques autres mem- .
bres accourent à la tribune . Legendre veut en arracher Lanjuinais
. Une agitation tumultueuse s'empare de l'Assemblée ;
le président se couvre , le calme se retablit , ett Lanjuinais
conclut à ce que toutes les autorités révolutionnaires de Paris ,
et nottament l'Assemblée de l'évêché , le comité central ou exécutif
de cette Assemblée soient cassés , ainsi que ce qu'ils
ont fait depuis trois jours.
A l'instant une députation des autorités révolutionnaires se
présente à la barre . Délégués du peuple , dit l'orateur , les crimes
des fáctieux de la Convention vous sont connus . Nous venons
pour la derniere fois vous les dénoncer ! Décrétez à l'instant
qu'ils sont indignes de la confiance publique , mettez les en
état d'arrestation . Le peuple est las d'ajourner sans cesse l'instant
de son bonheur. Il le laisse encore un instant dans vos
mains sauvez - le , ou nous vous déclarons qu'il va se sauver
lui-même .
:
•
L'Assemblée renvoie cette pétition au comité de salut public.
Consultée sur l'époque à laquelle le rapport se fera
elle se réfere au décret par lequel elle lui a ordonné la veille
d'en faire rapport sous deux jours. La députation se retire .
Que les hommes sortent , s'écrie alors le Gendre , qu'ils
laissent les femmes seules et qu'ils aillent sauver la patrie .
Mouvement dans les tribunes . Cambon annonce que le
comité de salut public est assemblé . Il ne demande qu'une
heure pour faire son rapport.
Richon , pour prévenir les malheurs dont on est menacé
propose de décréter l'arrestation provisoire des députés dé~
noncés .
Levasseur demande que les députés dénoncé's par la commune
de Paris et les membres de la commission des douze
soient
( 273 )
soient arrêtés comme suspects en conformité de la loi , en
attendant qu'on ait porté le d le décret
d'accusation contre eux.
On allait poursuivre cette discussion , lorsqu'un député
vient se plaindre de ce que la liberté de l'Assemblée était
violée. Il a voulu sortir de la salle . On a refusé de le laisser
passer. Un autre membre accourt , il dit : sauvez le peuple
de Paris , sauvez - le de lui-même ; on l'égare ; on le trompe ;
il va se porter à des actes indignes de lui : mettez en arrestation
les membres que l'on vous demande . Il faut sauver
la patrie.
L'Assemblée reste calme , Alors Barrere se présente au nom
du comité de salut public . Ce n'est point une peine , dit-il ,
que je vous propose contre les vingt- deux ; c'est le sort des
Fabius que je les invite à choisir ; puisqu'ils sont le sujet de
nos divisions , qu'ils se démettent
volontairement . Il est beau
de se dévouer pour son pays ! Barrere propose ensuite de
pourvoir , séance tenante , au remplacement des ministres
Lebrun , Claviere et Bouchotte .
-
―
Isnard prend la parole . Citoyens , dit-il , lorsqu'on met dans
la balance un homme et la patrie , mon choix n'est pas douteux.
Je me démets de mes pouvoirs et je rentre dans la
classe des citoyens . Aprês ce discours , Isnard descend de
la tribune et va s'asseoir dans les stales des
pétitionnaires .
Lanthenas se dévoue comme Isnard . Dussaulx après avoir
déclaré que son coeur est pur et qu'il n'a eu en vue que le
bonheur de ses concitoyens , donne sa démission . Fauchet
imite le même exemple .
droit de donner sa démission . Les pouvoirs que nous avons Barbaroux pense que nul n'a le
reçus du peuple , dit - il , ne nous appartiennent pas ; nous
n'en sommes que les dépositaires , et en les quittant sans l'aveu
de nos commettans , nous serions coupables à leurs
la
Convention rend un décret , j'obéirai , parce que je dois yeux . Si
lui obéir , et qu'alors elle seule est responsable au souverain .
Lanjuinais annonce qu'il restera à son poste jusqu'au dernier
soupir , ou jusqu'à ce que l'on vienne l'en arracher.
murmure de son intrépidité.
bien vu dans des contrées barbares , des peuples conduire Citoyens , reprend-il , on a
au bûcher des victimes humaines après les avoir couronnées
de fleurs , mais jamais on n'a vu les prêtres qui les égorgaient
insulter encore à leur malheu .
-
-- On
Je n'ai pas le droit de faire abnégation de la mission
qui m'est confiée ; ainsi , qu'on n'attende de moi ni démission , auguste
ni suspension momentanée ; j'appartiens à la République , et
je ne puis , sans son ordre , disposer de ma personne . "
Marat n'aime point ces
déclarations : tout ceci , dit-il , ne
tend qu'à ménager les honneurs de la générosité à des cou
pables . C'est aux patriotes connus , c'est à ceux qui ont fait
des sacrifices pour la liberté , c'est à ceux qui en ont été
les martyrs ; en un mot , c'est à moi qu'il appartient de donner
Tome III. T
( 274)
T'exemple honorable d'un dévouement absolu à la cause du
peuple. Ma présence a été long -tems une pierre d'achopemeut
dans cette assemblée . Eh bien ! si vous prononcez surle-
champ l'arrestation et le décret d'accusation contre les dénoncés
, je donnérai ma démission .
Bilaud- Varennes combat les propositions du comité de salut
public. I demande qu'à l'instant le décret d'accusation soit
prononcé. Tout- à- coup un bruit se manifeste à l'une des
extrémités de la salle. Ce sont plusieurs députés qui veulent
sortir , et à qui les sentinelles interdisent le passage . On entend
Lacroix proférer ces paroles : Ou la force qui environne
cette enceinte est venue pour captiver la Convention
nationale , où elle est venue pour la défendre . Si vous êtes
venus pour la défendre , pourquoi m'arrêtez - vous ? Je suis
député , voici ma carte , laissez - moi sortir. Une partie des
membres se précipitent vers l'endroit d'où elles partent ; le
bruit augmente . La foule revient sur ses pas . Lacroix paraît ,
se plaint de la scene qui lui est arrivée , et demande que le
commandant de soit mandé à la barre .
postę
Décrété.
Le commandant de poste paraît : il déclare qu'étant de ser-
' vice dans l'une des salles d'entrée où il avait placé des factionnaires
, ces factionnaires ont été remplacés par une garde
étrangere , et que lui même a été consigné par deux hommes
à moustaches qui paraissent n'avoir pas même la connaissance
des formes usitées pour le service militaire.
-
La Convention les mande à sa barre ; ils refusent d'obéir.
Barrere dit : Ce n'est pas à des esclaves à faire des lois . Nous
sommes en danger . La tyrannie est dans le comité révolutionnaire
de la commune. Il existe dans ce comité , des Espa-
' gnols , des Genois et d'autres étrangers . Je sais qu'un banquier
de Londres a acheté pour dix millions de papiers sur Paris . En
ce moment , on distribue aux troupes qui nous entourent des
assignats . Puis s'adressant aux tribunes : Peuple , ons vous
trahit ! peuple , vous êtes abusé ! Et vous , mes collegues ,
suspendez voire scarce , ordonnez votre liberté . Faites un
appel au peuple qui vous entend , et il vous entourera sur la
place publique.
-
L'Assembice se leve , s'avance aux issues.
restent et quelques députés du côté gauche .
Les tribunes
Alors les sentinelles
qui les obstruaient n'osent résister. Au moment où
TAssemblée paraît sur la place de la Réunion il se fait un
mouvement rapide dans les troupes qui l'occupaient ; mais elle
continue sa marche , et traverse sans résistance les haies
épaisses des bataillons . Après avoir parcouru ainsi la place de
la Réunion et le jardin national des Tuileries , l'Assemblée
*revient dans le lieu de ses séances .
Couthon prend la parole , et dit : Vous devez être pleinement
rassurés sur votre liberté . Vous avez trouvé par- tout sur
vos pas un peuple bou , mais indigné , et qui veut justice.
( 275 )
Je ne vote point quand à présent pour le décret d'accusation
contre les membres dénoncés , mais je demande qu'ils soient
en état d'arrestation chez eux , ainsi que les membres de la
commission des douze et les ministres Claviere et Lebrun . →→
Le décret est rendu .
Le président donne lecture d'une lettre conçue en ces termes :
Le peuple entier de Paris nous députe vers vous , citoyens
législateurs , pour vous dire que le décret que vous venez
de rendre est le salut de la République . Nous venons offrir
, denous constituer en ôtages , en nombre égal à celui des députés
, pour répondre à la France entiere de leur sureté . ,,
Mes ôtages , repond Barbaroux , sont la pureté de ma
conscience et la loyauté du peuple .
Sur la proposition de Lacroix l'Assemblée décrete une
armée révolutionnaire de 6000 hommes pour Paris qui seront
soldés à 40 sols par jour . La séance est levée à 10 heures .
Séance du lundi 3 juin.
Sur la proposition de Cambacerès la Convention décrete
que tous les comités seront renouvellés à l'exception du comité
de salut public .
On fait lecture d'une lettre de Lanjuinais : il remercie l'Assemblée
d'avoir par sa condescendance empêché peut- être de
plus grands attentats . I l'invite à revenir promptement à la
justice et à la dignité du peuple fier qu'elle représente . Que
les departemens , dit- il , apprennent presqu'aussi-tôt la liberté
que l'arrestation de leurs représentans . I demande que le
comité de salut public hâte son rapport , afin que la punition
des traitres , s'il y en avait , fasse éclater l'innocence des autres .
Cette lettre est renvoyée au comite de salut public .
Les commissaires à l'armée du Nord annoncent que la ville
de Furnes vient d'être enlevée de vive force aux ennemis . Le
feu a duré deux heures et demie avec une extrême vivacité.
Nous avons fait neuf prisonniers , et pris onze chevaux et les
magasins . Dix de nos soldats ont été blessés , mais presque
tous assez légerement pour revenir au combat après s'être fait
panser.
Barbaroux mande à la Convention que s'étant mis sous sa
sauve-garde , il avait cru devoir refuser les gendarmes que la
commune lui avait envoyés . L'Assemblée passe à l'ordre du
jour motivé sur le décret qui enjoint au ministre de la justice
d'envoyer des gardes aux membres arrêtés .
.
On lit ensuite une lettre de Marat , dont voici l'extrait :
Sans cesser de respecter les motifs de décret présenté hier
par le comité de salut public , contre les députés devenus
suspects , je l'ai combattu aves force , et j'ai demandé l'arrestation
de ces députés . Ne voulant pas être un sujet de
9 division dans l'Assemblée , je renonce à l'exercice de mes
fonctions jusqu'après le jugement des représentans incul-
T 2
( 276 )
12 pés.
La Convention
passe à l'ordre du jour , et décrete
l'insertion
de la lettre de Marat au bulletin.
On s'est occupé ensuite de la rédaction de la loi sur les
communaux .
Les dernieres nouvelles venues des frontieres des Pyrent
mées annoncent que les Espagnols font des progrès rapides..
Ils sont maîtres de deux districts . L'Assemblée met en requi
sition trois compagnies de canonniers de Paris , qui partiront
sans délai pour notre armée. Les rebelles ont évacué Fontenay.
Biron est maintenant à la tête de nos troupés .
Barrere rend compte des mouvemens qui ont agité la ville
de Lyon , et ne les attribue qu'au dessein de résister à l'oppression
, et de terrasser les anarchistes .
Une députation du comité central révolutionnaire de Paris , ›
vient féliciter la Convention des mesures qu'elle a prises , et
l'invite à s'occuper de la Constitution .
PARIS , 6 juin 1793 .
Proclamation de la Convention nationale aux Français .
Français ,
un grand mouvement s'est fait dans Paris , les
ennemis de la République vont se hâter de vous le peindre
comme un graud malheur. Ils vont vous dire que le tocsin et
le canon d'alarme ont , pendant une nuit et un jour , tenu cette
ville immense dans l'épouvante ; que des milliers d'hommes
armés , sortis confusément
de toutes les sections , se sont
précipités autour de la Convention nationale , et lui ont dicté
Jeurs volontés pour lois de la République . Français , vos représentans
sont persuadés que le bonheur des empires ne peut
être fondé que sur la vérité , et ils vont vous la dire.
Des mesures plus rigoureuses que celles qui conviennent
la liberté , dans une République naissante , avaient excité du
mécontentement , on a cru les droits de l'homme violés , et les
sections d'une ville qui s'est insurgée deux fois avec tant de
gloire , se sont levées encore ; mais avant même de se lever,
elles ont mis toutes les personnes et toutes les propriétés sous
Ja sauve-garde de tous les bons Republicains .
Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti , du moins aucun
trouble , aucune terreur n'ont été répandus .
Le travail des atteliers n'a point été interrompu , et le cours
des affaires a été le même toutes les sections , couvertes de leurs
armes , out marché , mais pour se déployer dans le plus grand
ordre et avec respect autour des autorités constituées et des
représentans du peuple. La liberté des opinions s'est encore ,
montrée dans la chaleur même des débats de la Convention .
En demandant le redressement de leurs griefs , avec quele
( 277 )
ques exagérations inséparables du zele civique , avec cette
fierté qui caractérise l'homme libre , les pétitionnaires ont juse
de mourir pour le maintien de la lại , pour l'unité et l'indivisibilité
de la République , et pour la sûreté de la représen
tation nationale.
La Convention , qu'on avait voulu alarmer jusque sur la vie
de plusieurs de ses membres , a vu ses alarmes disparaître au
moment même où l'agitation est devenue plus générale , et
c'est au milieu de ce mouvement qu'elle a senti , qu'elle a dés
crété que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie .
Tandis que , dans l'enceinte de la représentation nationala ,
la réparation honorable des torts préparait la réconciliation
des coeurs ; au dehors , tout représentait l'image , non pss de
la confusion et du désordre , mais celle d'un peuple énergique ,
qui défend ses droits et sa liberté ,
C'est ainsi que chez une nation digne d'exercer elle - même
sa souveraineté , les orages qui menacent la liberté la rendent
plus pure et plus indestructible , et que l'ordre social se perfectionne
à travers les infractions passageres qu'il reçoit.
Français , vous ne doutez pas que dans cette occasion l'ambition
, la malveillance et l'aristocratie veillaient toujours prêtes
à profiter des événemens , vous ne doutez pas que de faux pas
triotes , stipendies par nos ennemis , redoublaient d'efforts
pour servir leurs desseins , en précipitant les bons citoyens.
dans des cxcès dangereux ; mais l'immense majorité d'un peu
ple , fortement prononcée pour l'égalité , la liberté et la pros
priété , a encore une fois trompé leurs espérances et déjoué
leurs projets.
Telle a été cette journée , elle a inspiré un instant des ine
quiétudes , mais tous ses résultats ont été heureux ; elle a
présenté l'étonnant spectacle d'une instruction , dans laquelle
la vie et les propriétés ont été aussi sûrement protégées quo
dans le meilleur ordre social .
Ainsi tous les événemens profitent à la liberté : accélérons
de concert le moment de la consolider par une constitution
républicaine. Vos représentans viennent de prendre l'engage
ment solennel de former dans peu de jours ce lien indissoluble
de tou les départemens : ils vous appellent à une réunion
vraiment frateruelle ; pour cette époque du 10 août , qui sera
à jamais l'anniversaire de la liberté.
C'est là que vous promettrez d'abhorter la royauté qui vous
soumettrait à l'oppression domestique , et le fédéralisme qui
vous livrerait sans force à des tyrans étrangers .
Citoyens de Paris , vous avez vu que jamais la confiance
de la Convention nationale ne s'était éloignée de vous . Vous
avez vu qu'elle se plaît à délibérer au milieu d'un peuple , en
qui l'amour de la liberté est une passion , et d'une ville que
les travaux d'un siecle entier , out rendu , pour l'Europe
T3
( 278 ) .
somme pour la France , le centre des sciences et le foyer des
lumieres.
A
1
Soldats de la République , ne craignez plus qu'au moment
où vous combattez les tyrans et les rebelles , des divisions
intestines compromettent la cause de la liberté pour laquelle
vous versez votre sang avec tant de gloire . L'union seule peut
sauver la patrie ; quel que soit votre grade , géné al ou
soldat , quel que soit le corps où vous servez , ne vous disputez
plus que de courage , comme nous avons juré de ne plus
nous disputer que de zèle pour nos devoirs et de sacrifices,
pour la patrie . Signés , Mallarmé , président ; Poullain Grandprey
, Fauchet , Ducos , Duprat , Meaulde , Durand- Maillane ,
secrétaires ,
:
!
COMMUNE DE PARIS.
30 mai. Le maire , accompagné de six membres du conseil
général , se sont rendus à l'évêché , à une assemblée de commissaires
nommés par 33 sections , qui annonçaient avoir d'elles
des pouvoirs illimités ; n'ayant pu , malgré toutes leurs xeprésentations
, obtenir jusqu'après le résultat de l'Assemblée de
toutes les autorités constitués . réunies ce jour dans la salle des
amis de la liberté et de l'égalité , la suspension de la mesure
adoptée par plusieurs sections , de faire fermer les barrieres , ils
se sont retirés et ont fait leur rapport au conseil général.
A la fin du jour , la fermentation a été très - grande dans les
sections ; le conseil général a fait publier et afficher la procla
mation qui suit ;
CITOYENS ,
La tranquillité est plus que jamais nécessaire à Paris ; le
département a convoqué les autorités constituées et les 48 sections
ce matin , pour les objets de salut públic.
Toute mesure qui devancerait celles qui doivent être prises
dans cette assemblée , pourrait devenir funeste ,
Le salut de la patrie exige que vous restiez calmes , et
que vous attendiez le résultat de la délibération . ,,
La section du Luxembourg aunonce qu'elle est en insurrec
tion et qu'elle fait fermer les barrieres .
Une députation des citoyens réunis à l'évêché , fait part de
l'arrêté par lequel se disant munis de pouvoirs illimités des
sections , ils déclarent la ville de Paris en insurrection contre
les factions aristocratiques et oppressives de la liberté , et arrêtent
pour premiere mesure de fermer les barrieres , Le conseil
passe à l'ordre du jour en attendant le voeu des sections .
Du 31. A trois heures et demie du matin le tocsin sonne à
Notre-Dame. Il se fait bientôt entendre dans la section de la
( 279 )
Halle-au- Bled , dans celles du Luxembourg , du Panthéan , du
Théâtre-Français et de l'Unité . Il ne parait pas qu'il ait été
sonné ailleurs. Le rappel bat dans toutes les sections ; les citoyens
se rendent en armes aux postes ordinaires , la plupart
ignorant le motif de cette alarme générale .
A six heures et demie du matin , les commissaires de la
majorité des sections se présentent au conseil - général . Leur
president , le citoyen Dobsen , prend la parole . Il annonce
que le peuple de Paris , blessé dans ses droits , vient de prendre
des mesures nécessaires pour conserver sa liberté , et que
les pouvoirs de toutes les autorités constituées sont annullés .
Le vice - président répond que le conseil génèral est à son
poste , qu'il a reçu ses pouvoirs du peuple , et n'en a point
abuse ; que si la majorité des sections retire les pouvoirs des
magistrats du peuple , il est prêt à se confondre avec tous les
autres citoyens ; mais que si la majorité du peuple le laisse
dans l'exercice de ses fonctions ' , la force seule pourra l'en
arracher.
Le procureur de la commune requiert la lecture et vérifica
tion des pouvoirs des commissaires se disant de la majorité
des sections. Ce requisitoire , converti en arrêté , reçoit surle
- champ son exécution .
Le conseil - général , ayant entendu la lecture des pouvoirs
des représentans de . 48 sections , a arrêté sur les conclusions
du
procureur de la commune , que le voeu de la majorité des
sections soit proclamé à l'instant , et que le conseil -général remette
ses pouvoirs au peuple souverain .
En conséquence , Dobsan déclare que les pouvoirs de la
municipalité sont annullés .
Le citoyen Dobsan , président , ouvre la séance du conseil
général provisoire ; la continuation du secrétaire - greffier et de
ses deux adjoints est adoptée à l'unanimité.
Le conseil- général envoye une députation au m 2
procureur de la commune , au corps municipal , et à tous les
membres composans la municipalité , pour les inviter à se rendre
dans son sein ; cela étant effectué , le président déclare , au nom
du peuple souverain , que le maire , le vice-président , le procureur
de la commune , les deux substituts et le conseil-général
sont réintégrés dans leurs fonctions par le peuple souverain
.
La municipalité réintégrée , prête le serment civique aux
acclamations de tous les citoyens des comités révolutionnaires
des 48 sections , et de tous les citoyens réunis aux tribunes .
"
Le vice- président proclame , au nom des 48 sections , Henriot ,"
commandant de la section des Sans - Culottes , en qualité de
commandant-général provisoire .
Vers les dix heures le canon d'alarme est tiré sans décret
de la Convention nationale d'après l'ordre qu'en avait reçu
le nouveau commandant-général Henriot . T'4
( 180 )
Voici l'extrait des principaux arrêtés qui ont été pris dans
cette séance éxtraordinaire .
Tous les objets de décoration en fer , tels que grilles et
autres articles , qui sont à la disposition de la commune de
Paris , seront convertis en piques et fusils dans le plus court
đểlai .
Il sera accordé 40 sols par jour aux citoyens peu fortunés ,
tout le tems qu'ils resteront sous les armes.
Demain , pendant le jour , tous les citoyens suspects seront
désarmés , et leurs armes seront données aux patriotes qui n'en
ont pas.
14
L'emprunt forcé sera requis conformément au mode îndiqué
par la commnne ; son produit sera employé en secours pour
les veuves , peres , meres , épouses et enfans des soldats citoyens
qui servent la patrie dans nos armées , ainsi qu'à la fabrication
d'armes , et à la paie des citoyens qui formeront la
garde soldée révolutionnaire de Paris .
L'assemblée générale des commissaires des autorités constituées
du département et des 48 sections , réunis en la salle
des amis de la liberté et de l'égalité , a pris hier l'arrêté qui
suit , dont le conseil general a ordonne l'impression et l'affiche .
Il sera nommé une commission de onze membres dans
le sein de l'Assemblée ; cette commission sera autorisée à
prendre toutes les mesures de salut public qu'elle jugera nécessaires
, et à les mettre directement à exécution . Les municipalités
des deux districts , bureaux , et les comités de surveillance
des 48 sections de Paris , seront tenus d'exécuter les
arrêtés qu'elllee aura pris , et les mesures qu'elle aura adoptées.
·
Les arrêtés de cette commission ne seront exécutoires qu'autant
qu'ils auront été pris à la majorité absolue des suffrages .
L'assemblée a nommé pour composer cette commission , les
citoyens Clémence , de la section de Bon Conseil ; Dunouy
l'aîné , section des Sans - Culottes ; Bouin , de la section des
Marches ; Auvray , de la section du Mont-Blanc ; Seguy , de la
section de la Butte- des -Moulins ; de la section du Mail;
Laugier , de la section de la Fode- Grenelle ; Bezot , canton
d'Issy ; Rousselin , section de l'Unité ; Marchand , section du
Mont-Blanc ; Grespin , section des Gravilliers .
L'assemblée déclare qu'elle approuve , et donne son adhësion
la plus entiere à la conduite et aux mesures de salut
publie , adoptées par le conseil général et les commissaires
des sections de Paris ; arrête en conséquence , que la commission
qu'elle vient de nommer , ira porter à l'instant au
conseil général de la commune , l'expression de ses sentimens
d'union et de fraternité , qu'elle y tiendra sa séance , et qu'elle'
travaillera en commun au salut public , et à l'affermissement
de la liberté et de l'égalité.
Signés , NICOLEAU , président ; et RAISSON , secrétaire.
( 281 )
•
Du 1er juin . L'on annonce au conseil-général que le citoyen
Roland , n'ayant pas été trouvé dans son domicile , n'a
été arrêté , et que son épouse a été conduite à l'Abbaye.
pas
Le conseil -général arrête que le comité révolutionnaire exis
tant actuellement à la maison commune , par le voeu des commissaires
de la majorité des sections , sera nommé comité réuobutionnaire
, créé par le peuple du département de Paris. Le con
seil fait adresser aux 48 sections la signature du président et du
secrétaire du comité révolutionnaire .
Le maire rend compte au conseil de sa conférence au comité
de salut public ; il l'a trouvé pénétré du desir d'établir
le bon ordre .
L'adjoint de la quatrieme division du département de làguerre
écrit au conseil que , si le bulletin de la Convention
ne parvient pas aux armées , la faute n'en peut être imputée
qu'à l'administration de la poste en conséquence , le conseil
envoie quatre commissaires au conseil exécutif, pour lui porter
cette dénonciation , et prendre toutes les mesures necessaires à
cet égard .
Le conseil approuve les réponses à faire aux lettres des municipalités
de Belleville et de Versailles , qui témoignent leur
sollicitude sur les événemens actuels , et expriment leurs sentimens
de civisme et de fraternité.
Le procureur de la commune ayant annoncé que le comité,
révolutionnaire était occupé à prendre les mesures de salut
public ; le conseil général arrête que tout membre qui parlerait
d'arrestation , ou qui ferait des propositions semblables
serait rappellé à l'ordre nominativement ..
Du 2. Le conseil - général- révolutionnaire , considérant que
la révolution ne peut s'achever tant que ses ennemis déclarés
seront à la tête des administrations ;
' Considérant qu'il est tems de terminer la lutte impie des
faux amis de la liberté contre ses véritables enfans ; qu'il faut
enfin arracher aux traîtres les armes que la patrie leur a données
pour sa défense , et qu'ils n'ont cessé de tourner contre son sein .
Sur le requisitoire du ministere public , arrête :
1º . Aucun ci - devant noble et aucun prêtre réfractaire on
assermenté ne pourra remplir les fonctions d'officier ou de
fonctionnaire public.
20. Les sections sont invitées à expulser des comités révolutionnaires
et civils , ainsi que des tribunaux de paix , tous les
signataires des pétitions des 8000 et des 20,000 , les clubistes
de la Sainte- Chapelle et des Feuillans.
Arrête en outre que le présent sera imprimé , affiché et envoyé
sur- le-champ aux 48 sections . -
Signés , DESTOURMELLES , vice - président ; COULOMBEAU ,
secrétaire-greffier .
( 282 )
Du 3. Le comité central révolutionnaire , instruit que , parmi les
députés mis en état d'arrestation par un décret de la Convention
nationale , plusieurs ont quitté leur domicile , a arrêté
hier qu'il déclare présumés contre-révolutionnaires tous propriétaires
, principaux locataires , tout citoyen quelconque qui
récéleraient des députés désignés et mis en état d'arrestation
par le décret de la Convention nationale du 2 juin .
gen-
Sur l'observation d'un membre du conseil - général , que la
garde des députés de la Convention , confiée à un seul
darme , pourrait inspirer de justes craintes aux habitans de
Paris , sous la sauve -garde et la loyauté desquels ils ont été
mis..
Le conseil à arrêté hier que deux citoyens sans - culottes seront
envoyés auprès des députés mis en arrestation , pour aider le
gendarme dans son service.
Le conseil ayant approuvé le compte qui lui a été rendu par
Hassenfratz , de la révolution du 31 mai , en a arrêté l'impression
et l'envoi en très- grand nombre dans les départemens .
Sur le rapport du comité central révolutionnaire , le conseil
a arrêté l'ouverture des barrieres pour ce jour , dès le grand
matin .
L'un des députés de la ville de Lyon , ayant dit au conseil-
général que la révolution n'était pas finie , qu'il ne fallait
pas mettre tant de lenteur à se défaire de ses ennemis , et à
répandre quelques goutes de sang , une improbation , tant
de la part des membres du conseil , que de celle des assistans
aux tribunes , l'oblige de sortir de la tribune ,
le président le rappelle à l'ordre . L'un des substituts du procureur
de la commune demande , dans un discours plein
d'énergie et de patriotisme , qu'on déclare mauvais citoyen
quiconque proposerait de répandre le sang.
et
Un membre annonce que les malveillans ont répandu des
bruits aussi outrageans pour les citoyens de Paris , qu'alarmans
pour ceux des départemens . Il ont l'audace d'accuser
les autorités constituées de Paris de vouloir s'emparer de l'autorité
, et d'exercer un pouvoir dictatorial sur toutes les sections
de la République : plusieurs membres de la Convention ,
dit - il , ont exprimé leurs inquiétudes à ce sujet , et notamment
ceux du comité de salut public.
Un cri général d'indignation s'éleve , et cette odieuse imputation
est unanimement désavouée .
Il a été annoncé dans cette séance que demain toutes les autorités
constituées s'assembleraient , pour délibérer sur les
moyens de faire détruire les bruits calomnicux répandus sur
Paris .
( 283 )
J
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE.
aux >
Philippe Devaux , âgé de 32 ans , natif de Bruxelles , colonel-
adjudant -général des armées de la République , a été condamné
à mort , sur la déclaration du jury , portant que le
4 avril dernier ., il avait reçu de 'Dumourier bains de
Saint-Amand , l'ordre de se transporter au camp sous Lille , à
l'effet de prendre le commandement des troupes qui étaient
auparavant aux ordres de Miazynski , et de les faire partir,
sur- le - champ ; qu'il savait alors que Dumourier avait fait arrêter,
les commissaires de la Convention nationale et le ministre de
la guerre ; qu'il était venu le 4 avril au camp de la Magde-,
leine , suivant des ordres de Dumourier , et qu'il avait eu des
intentions criminelles et contre-révolutionnaires .
Devaux était fils naturel du prince Charles , gouverneur des
Pays -Bas ; il a déclaré que s'il eût refuse d'obéir à Dumourier,
celui- ci l'aurait livré aux Autrichiens qui l'auraient fait pendre ;
il a prononcé un discours à ses juges et au peuple , dans lequel
il a protesté de son innocence : il est mort avec beaucoup de
fermeté .
Jean-François Wagon , âgé de 37 , demeurant à Paris , cidevant
valet - de- chambre de Pange , émigré depuis 1791 , a été
déchargé d'accusation par le tribunal criminel révolutionnaire ,
sur la déclaration unanime du jury , portant qu'il était sorti
du territoire de la République depuis le 9 mai 1792 , mais
sans avoir eu intention d'émigrer , et qu'avant ce voyage
d'environ quinze jours , il n'avait entretenu aucunes correspondances
avec des émigrés , ne leur avoit fait passer ni porté
de l'argent , et n'avait enlevé ni recelé aucuns effets à eux
appartenans .
Henri Stingel , âgé de 49 ans , né à Newstadt dans le palatinat
, général de brigade au service de la République Française
, a été déchargé d'accusation par le tribunal criminel révolutionnaire
, sur la déclaration unanime du jury , portant qu'it
n'était pas constant que ce général cût trahi les intérêts de la
République , en apportant une négligence coupable à la garde
des postes qui lui étaient confiés sur les bords de la Roër , et
dans sa retraite d'Aix- la - Chapelle ; que par ce moyen il cût
favorisé l'entrée des ennemis sur le territoire de la République ,
et occasionné les pertes considérables d'armes et de munitions
; et enfin , que pendant la durée de son commandement
il eût entretenu des correspondances et des intelligences triminelles
avec les ennemis de la Republique .
Pierre la Huproie , ci- devant secrétaire du roi , âgé de
61 ans , demeurant à Troyes , département de l' . ube , et Nico(
284 )
las-Pierre Lemuet , âgé de 46 ans , négociant , demeurant en la
même ville , ont été , aux termes de l'article LXIV , section IX ,
et de l'article 1er . , titre ler . , section fere de la loi du 28 mars
1793 , condamnés à être déportés à la Guyanne Française .
sur la déclaration de six jurés ( il y en avait onze au débat )
portant que le premier avait , depuis le commencement d'avril
1793 , entretenu directement avec Antoine-Edme la Huproie
son fils aîné , ci- devant conseiller au Châtelet de Paris , émi
gré contre-révolutionnaire , et indirectement avec d'autres pas
rens émigrés contre-révolutionnaires , des correspondances
déguisées de la part desdits émigrés , sous l'apparence de lettres
de commerce , dans lesquelles , en interligne , ainsi qu'à la suite
des caracteres ostensibles , se trouvaient écrits avec de l'encre
sympathique , visible à la seule approche du feu , des détails
de projets et opérations hostiles contre la République Française
, lesquelles correspondances tendaient à procurer aux
émigrés des secours pécuniaires et des renseignemens nuisibles
à la sûreté de la République ; et que Lemuet , agent
intermédiaire de ces correspondances , s'était prêté sciemment
à favoriser ces manoeuvres et intelligences .
Jean Maydieu, ci - devant chanoine de la cathédrale de Troyes ,
auteur d'un roman intitulé l'Honnête Homme , et de quelques
autres ouvrages de littérature , accusé d'avoir coopéré à l'entretien
de ces correspondances , a été déchargé sur la déclaration
unanime du jury.
Claude-François Laurens , le jeune , libraire , âgé de 34 ans ,
demeurant à Paris , rue Saint-Jacques , no . 37 , a paru devant
ses juges , accusé d'avoir imprimé , vendu et distribué , tant
à Paris qu'aux départemens , une brochure intitulée : Adresse
de 150 communes de Normandie à la Convention , sur le jnge,
ment de Louis XVI , et plusieurs autres ouvrages anti- civi
ques , ayant pour titre :
1º, Agonie ou mort héroïque de Louis XVI .
29. Plaidoyer pour Louis XVI , fait par le citoyen Jean-Jacques
Liberté.
30. Manifeste du roi de Prus e.
4° . Proclamation du roi à ses sujets révoltés.
Lesquels écrits provoquaient la dissolution de la représentation
nationale , le rétablissement de la royauté et allumaient la
guerre civile...
L'accusateur public, ensemble le défenseur de l'accusé enten,
dus , la déclaration des jurés porte qu'il est constant que, dans
les premiers jours de janvier 1793 , il a été vendu dans la ville
de Paris un ouvrage intitule : 6 Adresse de 150 communes de
Normandie à la Convention nationale , sur le procès de Louis
XVI ,,, sans le nom de l'auteur ni de l'imprimeur , tendant à
provoquer la dissolution de la représentation nationale , le
( 285 )
rétablissement de la royauté en France , et amener la guerre
civile.
1
La déclaration des jurés a été affirmative sur neuf autres
questions qui lui ont été présentées ; négative sur la onzieme ,
portant que Claude-François Laurens avait des intentions criminelles
et révolutionnaires dans la vente , envoi et distribution
des écrits sus -nommés : d'après cette déclaration , le tribunal a
acquitté ledit Laurens , et ordonné qu'il serait mis en liberté.
Etat des généraux qui commandent les armées de la Republique.
Général .
}
Armée du Nord et armée des Ardennes.
D
Quartier général ..
Custines.
à Bouchain.
... Général .
Quartier-général ..
Général...
Quartier-général ...
Armée de la Moselle.
Houchard .
à Saar-Louis.
Armée du Rhin.
Alexandre Beauharnais.
à Weissembourg.
Armée des Alpes .
Général ...
Quartier-général .
Kellermann.
à Chambéry.
Armée d'Italie.
Général ....
Quartier-général ..
Brunet,
à Nice.
Armée des Pyrénées orientales .
Général .. Deflers.
Quartier-général .. A Perpignan.
Général ...
Quartier -général .
Armée des Pyrénées occidentales.
Quartier-général ..
Armée des côtes de la Rochelle , depuis la Gironde.jusqu'à Nantes!
Général.... Biron.
à Doués
...
Dubouquet.
à Bayonne.
( 285 )
Armée des côtes de Brest , depuis Nantes jusquà Saint-Malo.
Général ..
Quartier-Général .
Cancleaux .
à Nantes .
Armée des côtes de la Manche , depuis Saint Malo jusqu'à Dunkerque .
Général .....
Quartier - général .
Félix Wimpfen .
à Bayeux.
Décret sur la formation de l'armée soldée de Paris , rendu dans
la séance de dimanche.
Art. Ier. L'armée soldée décrétée par la Convention natiomale
le mois dernier , demeure fixée à six mille hommes
pour Paris .
II. Tout citoyen de Paris qui voudra servir dans cette armée ,
se fera inscrire dans sa section , et ne pourra y être admis
que sur un certificat de civisme de la section .
III . Les sections feront parvenir à la municipalité de Paris
les états qu'elles autout dressés . La municipalité en formera
un état ou contrôle - général , qu'elle adressera au ministre de
la guerre .
IV. L'organisation de cette force armée , sa formation en
compagnies et bataillons , seront les mêmes que celles des bataillons
de volontaires nationaux ; et vu la herté des denrées
, sa solde sera . de 40 sols par jour .
V. Les lois et réglemens décrétés pour le service de la force
armée qui existait ci - devant à Paris , seront provisoirement
suivis .
VI. Le ministre de la guerre présentera , sous trois jours ,
l'apperçu de la dépense qu'occasionnera l'établissement de
cette force armée , et cette somme sera mise à sa disposition .
VII. Aucun des citoyens actuellement en activité de service
dans les armées de la République , ou en état de requisition
contre les rebelles , ne pourra entrer dans cette garde soldee
qu'après la paix. A cette époque ils y seront admis de préfèrence
, lorsqu'il y aura des places vacantes .
Notice des séances de mardi et mercredi.
Du mardi 4. Une députation de la section des Arcis vient
demander le supplice des députés parjures . Paris ne sera pas
souillé du sang des traîtres , s'il est versé sur l'échafaud .
reste de la séance a été rempli par la díscussion sur le partage
des biens communaux . Voici le décret :
-Le
( 237 )
Décret sur le mode de partage des biens communaux.
Art. Ier . Le partage des biens communaux sera fait par tête
d'habitant de tout âge et de tout sexe , absent ou présent .
II. Les propriétaires non habitans n'auront aucun droit au
partage .
III. Sera réputé habitant tout citoyen Français domicilié
dans la commune un an avant le jour de la promulgation de
la loi du 14 août 1792 , ou qui ne l'aurait pas quittée un an
avant cette époque , pour aller s'établir dans une autre commune.
IV. Les fermiers , métayors , valets de labour , domestiques ,
et généralement tous citoyens , auront droit au partagé , pourvu
qu'ils réunissent les qualités exigées pour être réputés habitans .
V. Tout citoyen est censé domicilié dans le lieu où il a son
habitation , et il y aura droit au partage .
VI. Les peres et meres jouiront de la portion qui échéra à
leurs enfans , jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de 14 ans .
VII. Les tuteurs ou personnes chargées de, l'entretien des
orphelins , veilleront avec soin à la conservation de la portion
qui leur échéra en partage .
VIII. Les corps municipaux sont spécialement chargés de
veiller en bons peres de famille , à l'entretien et à la conservation
des portions qui écheront aux citoyens qui se sont voués
à la défense de la République.
IX. Le ci - devant seigneur , quoiqu'habitant , n'aura point
droit au partage lorsqu'il aura se du droit de triage , en exécution
de l'art. IV du titre XXV de l'ordonnance de 1669 , quand
mème il aurait disposé de sa portion en faveur des particuliers
non- seigneurs .
X. Chaque habitant jouira en toute propriété de la portion
qui lui , échera dans le partage.
XI. Il ne pourra en disposer pendant les dix années qui
suivront la promulgation de la presente , et la vente qu'il en
pourrait faire serait regardée comme nulle et nou -avenue.
XII . Le parcours ne donne aucun droit au partage .
XIII. Tout acte ou usage qui fixerait une maniere de procéder
au partage des biens communaux ou patrimoniaux , différente
de celle portée par le présent décret , sera regardé comme
nul et de nul effet , et il sera procédé au partage dans les formes
prescrites par la présente loi
XIV. La portion de communal qui échéra à chaque citoyen
dans le partage , ne pourra être saisie pour dettes , même
antérieures à la promulgation de la présente loi , pendant les
( 288 )
2
dix ans qui suivront ladite promulgation , excepté pour le paiement
des contributions publiques.
*
Des dépêches annoncent que les rebelles de la Lozere ont
été battus , et que bientôt ils seront cernés. On a aussi remporté
des avantages contre les Espagnols qui ont été repoussés .
Du mercredi 5. Fonfrede observe que la Convention a décrété
que le comité de salut public ferait sous trois jours son rapport
sur les députés arrêtés . Ces trois jours écoulés , elle a.
décrété aussi qu'on lui ferait lecture des pieces qui ont dû être
déposées par les citoyens l'Huillier et Hassenfratz . Je demande
que ce décret soit exécuté séance tenante . Si l'arrestation d'un
magistrat de la commune de Paris a excité une sorte d'insurrection
, ne craignez -vous pas que l'arrestation de plusieurs
députés n'en excite une autre ? ( Murmures . )
On dit que je suis l'ennemi de la tranquillité de l'Assemblée ;
( oui , oui , disent plusieurs membres ) ; si celui qui parle était
arrêté , il ne se plaindrait pas de mes soins ; si les pieces annoncées
ont été déposées , elles doivent être Ines ; si elles n'ont
pas été remises , on a trompé la Convention : alors moi qui
suis resté ici pour être le défenseur d'hommes dont je connais
la probité , je réclamerais contre les trompeurs la peine du
talion .
La Convention deit tendre justice à tous , et étouffer les fermens
de guerre civile , car je dois vous annoncer que si des
hommes armés sont venus vous demander l'arrestation de
plusieurs membres , d'autres hommes armés sont en marche
pour venir vous demander ou l'éxécution ou la révocation
du décret que vous avez rendu.
Chabot. Je ne sais si les hommes armés , dont vient de parler
le préopinant , ont appris par une inspiration prophétique l'arrestation
de quelques députés dans ce cas même ils auraient
été trompés , car tous ne sont pas arrêtés . Le complot que nous
avous déjoué n'était pas imaginaire ; Fonfrede vient d'en donner
une nouvelle preuve. Nous savions bien qu'on avait affiché à
Bordeaux une lettre où l'on invitait les citoyens à marcher contre
ceux qu'on appelait les anarchistes de la montagne .
L'existence de ce complot sera démontré jusqu'à l'évidence ;
mais puisque nous ovons la paix par la seule arrestation, de
quelques députés , nous leur prouverons que nous ne voulons
pas leur tête , mais seulement la liberté de notre pays . — L'Assemblée
interrompt Chabot et passe à l'ordre du jour,
Jer . 135.
v 12 ( N.98 , – 1793. )
MERCURE FRANÇAIS.
SAMEDI 15 JUIN , l'an deuxieme de la République.
POÉSIE.
2362
eash oluna roti obleTÁ
Corancez aux mânes de son fils Godefray ( * ) ,
De
l'Elisée où tu revis sans doute ,
O mon cher fils' ! "
ET
Pour un moment reviens , approche , écoute ;
Entends mes cris . '
Quoi ! pour toujours faut - il donc , 'je te prie ,
Nous séparer 2vnom st
Privé de toi , je ne garde la vigs1133
Que pour pleurer...907- Su V
Tout est muet , tout se montre inflexible '.
Autour de moi ; nor s'y 30/2
10
¦ zucid
´O mon ami , suis -je donc scul sensiblesey sovel aislī
Auprès de toi ?
1
Hier encor ta prunelle attentive
Me regardaitque tenist ( ele lug si
Ta langue hier dans ta bouche plaintive
ob Me répondait. Saroj asfalt 1 124 it
(*) Le jeune homme , sujet de cette romance , était élevé souslieutenant
du corps d'artillerie . Il est mort celle année à l'âge de
18 ans . Toutes les notes envoyées au bureau de la guerre par les
officiers commandans de l'école de Châlons , et consignées dans ses
registres , le faisaient regarder comme un sujet de la plus grande
espérance , et précieux pour ce corps recommandable . Il joignait à
bonté de son
l'amour de ses devoirs un esprit
aimable e cam
coeur lui avait concilié l'amitié de tous ses
Ceux qui connaissent sa famille pouvaient croire , que pere et
mere trouveraient des consolations réelles dans les qualités des enfans
qui leur restent ; mais le sentiment profond et naturel , exprimé
si douloureusement dans les deux derniers couplets , prouve qu'il
n'est point de dédommagement pour une perte de ce genre.
Tome III. V
(+290 )
Si tu ne peux par les larmes d'un pere
Être attendri ,
Reviens du moins pour consoler la mere
Qui t'a nourri .
Sur son malheur qui peut jetter la vue
Sans en gémir ?
De sa douleur qui peut voir l'étendue
Sans en frémir ?
Froide raison , seule dans cet asyle ,
J'entends ta voix..
Que me veux- tu ? me voir calme et docile
Suivre tes loix ?
3720D
A mon esprit tu peux par un sophisme
Plaire un instant ,
3
Mais sur mon coeur ton cruel fatalisme
Est impuissant.
་ ་ །
Dieux quels objets de nouvelles alarmes
Et de terreurs !!
mes enfans , venez-vous à mes larmes
Mêler vos pleurs ?
Oui , dites -vous , sur lui , sur notre mere
Nous pleurons tous ;
Mais devez-vous mourir pour notre frere
Vivez pour nous.
Le puis -je , hélas ! car si votre naissance
Combla mes voeux ;
་་
Si par les ris , les jeux de votre enfance
Je fus heureux ,
Ne m'a- t-il pas causé même allégresse
Dès son berceau ?
Blamerez-vous l'exces de ma tristesse
Sur son tombeau ?
Les dons qu'en vous la nature a fait naitre
Brillaient en lui.
Par lui j'apprends qu'ils peuvent disparaître
Dès aujourd'hui .
Voir du bonheur une image infidelle ,
Est-ce en jouir ?
Vivre et toujours craindre perte nouvelle !
Plutôt mourir !
( 291 )
MON
CHARADE.
ON second sans mari n'est jamais mon premier ,
Quand il est dans le cas d'appeller mon entier,
Do
ENIGM E.
u malade alité compagnon assidu ,
Je suis de la tristesse un emblême connu .
Être nocturne et fuyant la lumiere ,
Si-tôt que le soleil commence sa carriere ,
je suis reclus pourtant je me crois fort heureuxS
Auprès des blondes et des brunes ,
Lecteur , je fus témoin de ses bonnes fortunės.
A me trouver sur la fin d'un long jour ,
L'artisan fatigué goûte un plaisir extrême ;
Et couronné des myrtes de l'amour ,
Pour le nouvel époux je vaux un diadême .
je te serai fidele , et jusques au tombeau ;
Sur ma discrétion que rien ne t'effarouche .
je suis privé d'ailleurs et de langue et de bouche ,
Et toujours sur les yeux je porte le bandeau .
1
LOGO GRIPHE.,
3
LECTEUR , je suis le roi du monde i
Avec fureur par- tout on me poursuit.
Je rends la nature féconde ;'
C'est par moi que tout s'embellit.
Je hais l'éclat et le grand bruit .
J'aime à voltiger sur l'herbette ;
Mais rarement on me saisit
Dans le boudoir d'une coquette .
rai
Je suis connu , j'en ai trop dit ,
Et me décomposer serait très -inutile !
Cependant si tu veux encor mieux m'observer j
Dans mes sept pieds cherche une ville ,
Où l'on fait tout pour me trouver.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 97%
Le mot de la Charade est Curedent ; celui de l'Enigme est le Fi
gelui du Logogriphe est Bauf; ôtez le B¿ reste auf.
2
( 292 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les Préjugés détruits , par J. M. Lequinio , membre de la Convention
nationale de France et citoyen du globe. Vol. in - 8° . A
Paris , de l'imprimerie nationale ; et se trouve chez Desenne et
Debray , libraires , au jardin de la Révol tion , ei - devant le
Palais - Royal ; et chez les principaux libraires de l'Europe .
Prix , 3 liv. pour Paris , 3 liv . 10 sols pour les départemens
franc de port.
La France entiere avait fait le livre de J. M. Lequinio , avant
qu'il en eut écrit une ligne ; car les différens progrès de notie
révolution , depuis le commencement de juillet 1789 jusqu'à
la fin d'août 1792 , sont-ils autre chose que les Fréjugés détruits ?
Ceux de la royauté , du sacerdoce , de la noblesse , etc. sont
anéantis . Mais tout état social ou anti - social , tout ordre on
désordre politique , a ses préjugés ; la démocratie en a tout
comme la monarchie , puisque les préjugés ne sont en effet que
des opinions vulgaires , adoptées sans réflexion par la passion
ou par l'ignorance : les passions sont de tous les hommes et
de tous les tems , et l'ignorance appartient sur-tout à un nouvel
état de choses , puisque les lumieres me sont pour le commun
des hommes que le résultat de l'expérience . On a beaucoup
parlé des nôtres et mai tout le premier ) au moment de notre
révolution , et nous avions effectivement toutes celles qui étaient
nécessaires pour que tout le monde sentit plus ou moins que
nous étions mal et très - mal. Mais en avions-nous assez pour
savoir generalement ce qui était bien , et avions - nous assez de
vertu pour le vouloir ? Un passage du livre de J. M. Lequinio
peut servir de réponse à cette question : Est-ce que tu formerais
le projet insensé de donner des vertus à la généra
tion présente ? O fol espoir ! idée trompeuse ! songe d'un
coeur sensible , mais d'un esprit borné ! rêve de l'homme
, de bien ! Réveille - toi , mon frere , ouvre les yeux ; étends
tes regards ; observe , écoute et réponds : des fibres endurcis
" par l'âge , des corps paralysés dès le maillot , pourraient-ils
,, désormais acquérir de la souplesse et de la vie ? Une chair
" gangrenée depuis long- tems et pleine de corruption , pourrait-
elle prendre maintenant le mouvement dont jusqu'à ce
jour elle n'a point joui , et les esprits vitaux qui n'ont jainais
circulé dans son tissu calleux et impur ? Non ; renonce
99 à cette conception , vaine et pense à la race future : c'est
sur elle qu'il faut verser tes bienfaits.
Je crois , il est vrai , que l'auteur va un peu trop loin , et
si la génération présente était aussi gangrenee qu'il le dit , je
ne vois pas comment il resterait quelqu'espoir pour laine(
293 )
mation future. Mais il est trop sûr en effet que notre République
naissante est infectée de tous les vices de l'ancien despotisme
, et que trop de gens spéculent sur la liberté aussi
bassement qu '
u'ils auraient spéculé sur la servitude . Il n'est pas
moins certain que la multitude qui a su détruire , étant trop
peu instruite pour édifier , est la dupe et l'instrument des fri
pons qui voudraient bien ne bâtir que pour eux - mêmes. I
semblerait donc que le livre à faire aujourd'hui serait celui
qui aurait pour titre des Préjugés à détruire . Il faut le faire ,
sans doute , mais attendre pour le publier le moment où il
pourra être entendu . Et comment le serait-il aujourd'hui ? Ces
préjugés si récens sont une maladie dans son paroxisme . Ce ne
sont pas des erreurs , mais des fureurs ; c'est la démence et
la rage c'est bien là le moment de raisonner de plus ,
pour se parler , il faut s'entendre ; il faut avoir un langage
commun à tous , et coinme je l'ai déja dit , tous les mots
essentiels de la langue sont aujourd'hui en sens inverse ; toutes
les idées primitives sont dénaturées ; nous avons un dictionnaire
tout nouveau dans lequel la vertu signifie le crime , et
le crime signifie la vertu ; nous avons une logique nouvelle
qui peut se réduire à cette formule d'argument : Deux et
deux font quatre : donc trois et deux font six , et quiconque
en doute est un scélérat . Ce dictionnaire et cette logique
ne peuvent jamais être à l'usage du bon sens , et ceci n'est rien
moins qu'une exagération ; je pourrais extraire trois mille discours
dont c'est là exactement le fonds , et de quelque côté
qu'on se tourne , on n'entend gueres autre chose . Ira - t- on
prêcher la sobriété à un homme ivre non , il faut attendre
qu'il ait passé quelques nuits dans la boue , qu'on l'ait rapporté
plus d'une fois chez lui sanglant et mutilé ; et quand il
sentira de vives douleurs dans tous ses membres , alors on
pourra lui faire comprendre que si le vin est une fort bonné
chose , l'ivresse est une maladie et un danger.
L'auteur , connu pour un excellent patriote , et qui en a
donné des preuves dans les fonctions de commissaire national
auprès des départemens du Nord , paraît plus épouvanté que
personne de cet oubli de toute raison , de cette espece de
vertige dont tant de têtes paraissent frappées. Voici un des
passages qui montrent ce qu'il en pense. L'intolérance est à
" ce point déraisonnable sur ces objets politiques et souvent
,, si mal fondée , que si j'avais à définir un aristocrate , je
n'hésiterais pas à répondre : c'est l'homme qui pense au-
" trement que moi . Si dans le même instant on me deman-
,, dait ce que c'est qu'un factieux , je dirais encore : c'est
,, l'homme qui pense autrement que moi . Enfin , si l'on me
questionnait sur la définition du modéré , de l'homme lâche ,
incple et pusillanime , je répondrais encore : c'est l'homme
qui pense autrement que moi. Il aurait pu pousser beaucoup
plus loin cette nomenclature , à la vérité fort augmentée
V 3
( 294 )
depuis l'impression de son livre , et passant en revue les mots
de contre- révolutionnaire , de conspirateur , de royaliste , de scé
lérat , d'assassin , etc. etc.; définir toujours de même , l'homme
qui pense autrement que moi .
Il y a un peuple en Europe tellement accoutumé , par
son éducation , à écouter et à faire, cas du raisonnement ,
que toutes les fois qu'un homme fait signe qu'il veut
parler ( je ne dis pas dans les assemblées délibérantes :
on n'y connaît pas les interruptions ) , mais dans une foule
quelconque , dans un attroupement , dans une émeute , sur le
champ et comme par un instinct universel , tout le monde
fait silence paix , paix , il veut parler ; et l'on écoute jusqu'à
ce qu'il ait fini . Ces gens -là s'appellent les Anglais. Il est vrai
qu'il y a cent ans qu'ils jouissent de la liberté de parler , ce
qui fait peut- être qu'ils en sont moins pressés pour nous qui
ne la possédons que depuis peu d'années , apparemment que
nous ne croyons pas pouvoir nous dédommager assez tôt du
long silence où le despotisme nous avait condamnés ; car la
chose du monde la plus difficile c'est d'obtenir la parole , et
sur-tout de la garder un quart- d'heure ; tant de gens la veulent
pour eux , et si peu sont disposés à écouter ! Il y a bien
d'autres causes de ce choc épouvantable qui brise la parole
sur les levres des orateurs ; mais c'est précisément parce que
je sais très- bien de quelle nature sont ces causes , que je ne
crois pas qu'il soit tems d'en rendre compte.
C'est par la même raison que je ne veux pas mettre ici
sous les yeux du lecteur le tableau , malheureusement aussi
fidele qu'énergique , que l'auteur a tracé des séances de nos
Assemblées nationales , encore moins la peinture qu'il fait
de quelques-uns des membres que l'on a vu et que l'on y
voit encore figurer. Ges morceaux détachés frapperaient peutêtre
encore plus dans un extrait que dans un livre, et aujourd'hui
plus qu'à la fin de l'année derniere ; et ce n'est pas la peine.
de blesser , quand on ne peut ni corriger ni éclairer.
C'était certainement le but de l'auteur : il est difficile d'an
noncer des intentions plus louables , de se montrer plus rempli
du desir de voir les peuples et sur-tout ses compatriotes libres,
et heureux , de chérir davantage cette égalité fraternelle , qui ,
bien, conçue et bien sentie , serait la perfection de la liberté .
On ne peut lire cet ouvrage sans en estimer l'auteur et sans
l'aimer comme il paraît aimer le genre humain . Mais il lui
arrive ce qui est arrivé à plus d'un philantrope : le chagrin
qu'il a de voir la réalité si loin de ses espérances , lui donne.
une sorte d'humeur violente qui l'emporte quelquefois trop
loin et le jette dans des exagérations que sans doute aves un
peu de réflexion , lui-même il désavouerait. Il ne s'agit pas
ici des idées générales qui font le fond de son
livre ; il ne
dissimule pas qu'elles ont été mises en avant dans une foule
d'autres écrits , et il ne se propose que de les inculquee
plus profondément dans l'esprit de ses lecteurs . Peut-être
( 295 )
"
*
aurait-il mieux réussi , si d'un côté il y eût mis plus de
mesure et de l'autre plus de force de conviction . Il a plutôt
le ton d'un prédicateur que d'un raisonneur , et quoiqu'il
ne manque ni de facilité ni de mouvemens , quoiqu'il ait
même des morceaux qui prouvent du talent , on voit qu'il n'a
pas assez travaillé son ouvrage ni pour les idées ni pour la
diction : c'est une sorte d'épanchement continuel , une surabondance
de lieux communs trop souvent déclamatoires ;
mais ce qu'on lui reprochera le plus , ce sont quelques idées
absolument fausses , qui gâteraient le meilleur livre , et qui
dominant dans le sien , y forment même une sorte de contradiction
avec son objet. Il commence ainsi : L'homme est
" il fait pour penser ? J'avais eu la sottise de le croire ; mais
depuis long-tems j'ai reconnu mon erreur , et je réponds
hardiment , non . Ce paradoxe revient plus d'une fois
dans le cours de l'ouvrage . On lui répondra bardiment :
ce qui prouve que vous-mêmes n'êtes pas de votre avis , c'est
que vous écrivez pour détruire les préjugés , et qu'à coup sûr .
il faut que les hommes pensent pour se défaire de leurs préjugés
or vous ne voudriez pas essayer l'impossible done
Vous croyez que les hommes sont faits pour penser. Vous dites
vous-même : Le succés de la révolution repose sur une base
: :
immuable , la force de la raison , la saine philosophie
l'extension des lumieres , etc . ,, Vous , redites à tout moment
( et l'on ne saurait trop le redire ) que c'est la propagation des
lumieres qui peut seule rendre les peuples libres , etc. Et comment
cela se ferait- il , s'il était vrai que les hommes ne fussent pas
nés pour penser ? Votre livre , il est vrai , n'est qu'un résumé
des injures qu'ils ont souffertes et des sottises qu'on leur a
fait croire. Qu'est- ce que cela prouve ? qu'il y a toujours en
des frippons intéressés à faire des dupes . Mais comme , graces
aux conseils de quelques sages , il y a déja moins de dupes
il y aura nécessairement moins de frippons . Il ne s'agit dans
tout cela que du plus ou moins de tems. L'Angleterre qui
s'est rendue libre il y a cent ans , ( du moins jusqu'à un certain
point ) a préparé le chemin à l'Amérique qui l'est aujourd'hui
parfaitement . L'Amérique a donné l'éveil à la France
qui n'est encore qu'affranchie de la royauté , je l'avoue , mais
qui deviendra libre comme l'Amérique , dès qu'elle sera devenue
raisonnable , et dès que Paris ne s'amusera plus , pour
le bon plaisir d'une poignée d'intrigans et pour la plus grande
satisfaction de nos ennemis , à jouer aux rèvolutions comme
des enfans , au lieu de s'occuper à faire un gouvernement
d'hommes .
Un despremiers préjugés que l'auteur attaque , c'est la gloire .
S'il s'était contenté de rappeller qu'on a fait de ce mot , comme
de tant d'autres , un abus aussi insensé que funeste , et s'il
s'était attaché à le restreindre dans sa véritable signification
eût écrit en philosophe. Mais , confondant la chose avec
V 4
(( ( 296 )
Fabus , il ne voit dans l'amour de la gloire que folie , néant ,
honte de l'humanité , qu'un principe de tous les crimes , etc. Des
rhéteurs satyriques l'ont dit mille et mille fois en vers et en prose ;
c'est un préjugé , et l'auteur qui écrit pour les combattre tous,
ne devait pas adopter celui - là . Cherchons le vrai qu'est - ce
que l'amour de la gloire ? c'est le desir d'être estimé de ses
semblables. Ce desir de l'estime est aussi naturel à l'homme
que la crainte du mépris , et l'un et l'autre sentiment n'a rien
en lui-même que de louable. Maintenant qu'est - ce que la
gloire ? Cicéron qui pouvait s'y connaître , la définit ainsi :
C'est le bruit éclatant et répandu au loin de services nom-
2 breux et signalés rendus ou à la patrie ou au genre humain. ››
Et devant qui prononçait- il cette définition ? en plein sénat ,
devant César , dictateur , devant César , vainqueur du monde .
C'est à lui qu'il adresse la parole ; c'est lui qu'il avertit de ne
pas confondre ce qui excite l'étonnement , l'admiration de la
multitude avec ce qui mérite l'approbation et la louange des sagés .
Il lui dit en propres termes : Il y a jusqu'ici daus votre vie
" de quoi admirer ; on y attend de quoi louer. " Il ne dissimule
pas que si César , après tant de victoires sur le Rhin
sur l'Océan , sur le Nil , n'établit pas la République sur un
fondement légal et durable , il n'a rien fait . Il ajoute même que
sans cela sa renommée sera , dans la postérité comme chez ses
contemporains , un sujet de dispute , les uns portant ses exploits
jusqu'au ciel , les autres assurant qu'il y a manqué ce qui
est véritablement grand , le salut de la patrie ; que cela seul
tient à la sagesse , et le reste à la fortune . Tout ce morceau
dont je ne rappelle ici que quelques traits , est plus propre
à donner des idues saines sur la gloire qu'un traité complet sur
cette matiere. On y voit tout ce qu'etait Cicéron , au jugèment
même du tyran Octave , qui avait eu la lâcheté de l'abandonner
aux glaives d'Antoine . « C'était ( dit- il un jour à son
fils , qui se cachait de lire les ouvrages de Cicéron ) , c'était
? un grand génie et un grand citoyen , qui aimait sincérement
sa patrie. Observez que c'est ce même Cicéron , celui qui
osait tenir à César tout - puissant le langage qu'on vient d'entendre
, que c'est lui que des pédans et des rhéteurs ont traité
d'adulateur de César.
2
J. M. Lequinio s'éleve après tous les philosophes , contre
le préjugé de la bâtardise ; mais ce dont aucun d'eux ne s'est
avisé , il met en principe qu'il serait heureux pour l'espece
9
humaine que tous les enfans ne connussent point leur père
» qu'alors serait parfaitement anéanti le set orgueil qui se
" repose sur le mérite des ancêtres , etc. Je n'ai pas la force
de réfuter cette inconcevable assertion , qui heureusement est
trop révoltante pour être dangereuse . J'invite seulement l'auteur
à réfléchir sur les conséquences , à se rappeller que rien
de ce qui viole les premiers sentimens de la nature ne peut
jamais etre ni raisonnable , ni utile , et je ne doute pas qu'il
( 297 )
ne soit le premier à rejetter cette idée monstrueuse.
Je ne releverai pas les contradictions dont ce livre fourmille :
l'auteur écrit avec une sorte de morosité fougueuse qui lui
fait oublier dans un chapitre ce qu'il a dit dans l'autre . 11
déclare ici que l'avenir n'est rien pour lui , qu'il ne voit que
les générations présentes ; là , il assure que le présent est irrémédiable
, et que le philosophe ne doit porter ses regards que
sur l'avenir , etc. Il s'adresse aux femmes dans sa dedicace ;
êtres souffrans , êtres faibles , et qui devez cependant gou-
99 verner l'espece humaine , aussi - tôt que vous aurez appris à
» vous dépouiller des fantômes dont votre imagination se remplit
, etc. On ne se dépouille point des fantômes ; mais j'ai
dit que je n'examinais pas le style . Ce qui m'embarrasse , c'est
des savoir ce que l'auteur a voulu dire par cette phrase : Vous
qui devez gouverner l'espece humaine . S'il parle de Fempire de
leurs attraits , il existe et existera long-tems , et l'on connaît
cette phrase de Voltaire en parlant des femmes : Cette moitié
du genre humain qui gouverne l'autre . Mais l'auteur exprime ici
un droit et non pas un fait il prétend qu'elles doivent gou
verner. Est- ce le gouvernement politique qu'il veut leur donner
? Un philosophe de nos jours je veux dire un homme
qui a beaucoup écrit sur la philosophie et la législation ) a fait
une brochure pour prouver que les femmes doivent avoir part
à l'administration des affaires publiques . Je ne sais s'il a voulu
être galant , mais il est de fait que dans ce paradoxe ( qui n'est
pas après tout plus extraordinaire que cent autres folies de
notre siecle , ) il n'y a pas plus de véritable galanterie que de
philosophie , et qu'il ne fera pas plus de fortune auprès des
femmes même qu'auprès des publicistes et des philosophes .
Je ne finirai pas sans avertir l'auteur de lire et de citer
l'histoire avec plus d'attention . Je sais qu'il ne fut pas
difficile à Marie de Médicis , assistée du saint et fervent
cardinal de Richelieu , de devenir enceinte après 25 ans de
stérilité , sous le regne de Louis XIII . ,, Il y a la autant
d'erreurs que de mots . Marie de Médicis était femme d'Henri IV
et mere de Louis XIII , de plus ennemie mortelle de Richelieu ,
bien loin d'être assistée par lui pour devenir enceinte , quand
même elle eût été en âge de le devenir . C'est Anne d'Autriche ,
femme de Louis XIII , qui devint enceinte après une longue
stérilité , dont on prétend qu'elle fut guérie par Mazarin , qui
passa dès ce tems - là pour le pere de Louis XIV ; temoin ces
vers qui coururent sous son regne :,
Piller la veuve et l'orphelin ,
Prendre des villes sans combattre ,
C'est être fils de Mazarin ,
Et non petit-fils d'Henri quatre.
Je sais bien que tous les jours , à la Convention et dans
( 298 )
les assemblées , on cite l'histoire ancienne et moderne à peu
près comme Sganarelle cite Aristote. C'est un très-petit inconvénient
; car il n'en résulte qu'un peu de ridicule auprès
des gens instruits ; mais dans un ouvrage philosophique on
exige plus d'exactitude qu'à la tribune.
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA NATION .
On a donné sous le titre assez piquant des Quatre Sears ,
une piece en trois actes et en vers irréguliers.
M. de Saintonge a quatre filles ; trois ont déja passé l'âge
où d'ordinaire les demoiselles se marient ; mais celles - ci sont
dédaigneuses ; l'une parle toujours raison , l'autre de sentiment ,
la troisieme d'esprit ; malheureusement elles parlent toutes sur
le même ton et du même style , ensorte qu'on ne voit point
trois personnages différens ; ou , pour mieux dire , on ne voit
que l'auteur à la place des personnages. La plus jeune des
soeurs , Laurette , est une aimable folle . Elle est aimée de
Celicourt , jeune homme sensible , qui vient dans la maison
avec son ami Durval , lequel aurait grande envie d'être plaisant.
Il s'agit de marier ensemble les deux jeunes amans ;
M. de Saintonge est bon homme , il y consentira , dit - il , pourvu
que les trois aînées y donnent leur aveu ; sans cela , il ne veut
point leur faire un passe - droit qui les affligerait . Célicourt,
annonce qu'il a trouvé un moyen délicieux de les persuader
en les trompant innocemmept ; et ce moyen innocent se réduit
à deux conversations fort ennuyeuses qu'il se procure , l'une
avec la sentimentale et la spirituelle , et l'autre avec la raisonnable.
Il fait entendre que Durval veut épouser Laurette , et en est
aimé ; chacune des trois soeurs se flatte que Célicourt se réserve
pour elle- même ; toutes trois consentent à ce que leur cadette
se marie la premiere ; son amant alors se déclare , et l'épouse.
A défaut d'action , de caractere , de scenes et de force cos
mique , on trouve dans cet ouvrage quantité de madrigaux ,
une douzaine d'épigrammes , deux ariettes , trois comparaisons ,
et quatre jolies femmes . Ce dernier article , ainsi que l'ensenible
et la précision du jeu des acteurs , a empêché de tomber
cette prétendue comédie , qui peut passer pour un petit recueil
assez faible de poésies fugitives.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE .
ALLE MAGN® E.
De Hambourg , le 22 mai 1793 .
LE nord de l'Europe mérite toute l'attention de cette partie
du monde , où depuis un siecle au plus il s'est élevé une
puissance formidable , qui vise comme Louis XIV à la monarchie
universelle , et qui , encouragée par le succès de ses premiers
attentats , aidée même par deux grands complices , ne
tardera pas à consommer l'invasion sacrilege des droits et de
la liberté du genre humain , si des peuples généreux , impatiens
de la seule idée du joug , ne se réunissent pour arrêter
les progrès de ces ennemis communs de la liberté , à la tête
desquels , pour comble de honte , on voit , non pas un César ,
un Alexandre , auxquels on rougirait moins de céder , mais une
femme ambitieuse , dux famina facti !
Catherine II qui en essayant de policer ses peuples barbares
les a dispensés de la reconnaissance , puisqu'elle n'a
travaillé que pour sa propre splendeur , et qu'il n'en est point
au milieu d'un peuple sauvage que l'inclémence d'un ciel et
d'un sol de fer rendrait trop féroce sans le secours des arts
du luxe qui amolissant toute une nation , fait du plus grand
nombre un troupeau docile , soumis au caprice et aux plaisirs
factices d'un petit nombre d'êtres privilégiés , Catherine II est
tellement l'ennemie de la liberté qu'elle veut aider à l'étouffer ,
non- seulement autour d'elle , comme elle l'a fait en Pologne eten
Courlande , mais même dans des pays trop éloignés pour que
ses aveugles esclaves puissent facilement y porter leurs armes .
On mande de Pétersbourg qu'elle a résolu enfin d'envoyer
des troupes de terre contre la France , et que l'on a fait partir
un courrier avec cette nouvelle pour Londres . Cette souveraine
, ajoute - t-on , a fait de riches présens à M. d'Artois ; ils
consistent dans une épée d'or , sur laquelle se trouve l'inscription
suivante , avec Dieu, pour le roi ; dans un gros diamant pour
bouton de chapeau, et dans un écrain rempli de bijoux . Sa suite
a été aussi gratifiée richement. La masse des émigrés répandus
dans l'Allemagne , et sur-tout celle qui se rassemble en
Angleterre par les soins de M. de la Châtre , ne tardera pas
à s'ébranler pour aller se joindre sous les auspices de M. d'Arois
à l'armée de Bretagne , laissant toutefois en arriere une
maison du roi qui servira d'escorte et de garde au prétendu régent
de France. Au départ de M. d'Artois de la cour de
--
( 300 )
Pétersbourg pour se rendre à celle de Londres , il lui a été
compté , par ordre de l'impératrice , une somme de dix mille
ducats. L'hôte de Catherine recevra toutes les semaines , pendant
son voyage , une somme de 15,000 roubles .
Corse ;
La moindre marque de reconnaissance que l'impératrice
attend du prince qu'elle protege , c'est la cession de l'île de
car elle veut avoir des établissemens dans la Méditerranée
, afin de pouvoir mieux exécuter un jour son grand
projet sur la Turquie européenne , en faisant agir en même
tems ses forces navales , tant du côté de la Méditerranée que
du côté de la mer Noirc . On dit même qu'il entre dans les
projets de cette femme qui , née protestante , ' embrassé le
schisme des Grecs , parce qu'il le fallait pour monter sur le
trône de la Russie , d'avoir des chevaliers de Malte dans ses
états . Elle se propose d'en eriger un prieuré dans la Crimée,
La protection signalée qu'elle accordera à cet ordre de moines
militaires catholiques s'accorde parfaitement bien avec son
grand projet favori .
a
La Russie s'entend à merveille jusqu'à présent avec la Prusse.
pour le partage de la Pologne . Mais ces deux puissances ne
voient qu'avec jalousie l'Autriche se préparer à entrer en pos
session de son lot , quoiqu'il soit bien inférieur au leur . II
ne serait même pas impossible qu'une mésintelligence commencée
finit par une rupture .
1
En attendant cette rupture qui pourrait venger la Pologne ,
mais malheureusement toujours aux dépens de l'humanité
puisque le sang des homines conlerait , non pour reconquérir
la liberté , mais pour changer d'esclavage , le roi de Prusse
sentant qu'il faut donner une sorte de legalisation à son envahissement
, exige la convocation des diétines par les universanx
d'usage , à la publication desquels ceux même des Polonais
qui ont trahi leur patrie se refusent , et par un reste de
pudeur , et par des regrets ou des remords de s'être opposés
à la constitution du 3 mai , dont l'effet eût été , sans doute
quoiqu'elle n'offrit qu'un commencement de liberté , d'inspirer
an peuple qui l'aurait partagée l'énergie nécessaire pour la défendre.
En conséquence , Frédéric-Guillaume a fait présenter la note
snivante à la confédération générale Le soussigné , etc. etc.
n'a pu voir sans étonnement et sans chagrin , que l'illustre
confédération générale ait laissé écouler dix jours entiers sans
répondre aux déclarations qui lui ont été présentées de la part
des deux cours alliées , et sans s'occuper des moyens qui seuls
sont capables d'opérer le bien de la Pologne. Le soussigné
continue donc d'insister sur ce que la confédération générale
réponde sans retard auxdites déclarations , et qu'elle prenne
les mesures nécessaires pour convoquer la diete . " "
Signé DE BUCHOLTZ .
La réponse aux déclarations et aux différentes notes des
( 301 )
deux puissances a enfin paru . Cette piece singuliere offre un
mélange inexplicable de foiblesse et de fermeté. Si l'impératrice
de Russie et le roi de Prusse ne s'en contentent pas ,
comme il y a toute apparence , ils passeront légerement pardessus
les formes , puisqu'ils tiennent le fond , et les réclamations
de MM. Potocki et Zabiello n'auront fait qu'aigrir des maîtres
impérieux , qui s'étaient promis de trouver en eux des instrumens
de servitude plus dociles .
1
Les lieutenans de Raumer et de Schwerin ont été nommés
le premier au gouvernement de Dantzick et le second à celui
de Thorn à Dantzick , le jour de la prestation de serment ,
toute la ville fut illuminée , et l'on distribua des médailles
portant l'effigie du roi avec l'inscription suivante , Fridericus-
Guillelmus Borussorum rex , et sur le revers vobis quoque
paler ; et l'exergue contient les mots Boruss . meridion . fide
præst. 1793. Une chose non moins curicuse que cette médaille est
le sermon qui fut prêché avant la prestation d'hominage ,
dont le texte choisi par les commissaires qui présidoient à
cette solemnité était pris du second livre de Samuel , chap.t
14 , verset 17. Ta servante pensait que la parole de monseigneur
roi me servira de consolation ; car le seigneur moi
roi est comme un ange de Dieu ; il peut entendre le mal
et le bien ; le seigneur ton Dieu sera avec toi . Le texte¹
suivant , tiré du même livre eût été bien plus conforme aux
circonstances . Vous demandez un roi , dit Samuel aux Juifs ,
voici quels seront ses droits : il vous ôtera vos fils pour en
faire ses serviteurs , et vos filles pour en faire ses servantes.
I prendra ce qu'il y a de meilleur dans vos champs , dans
vos villes , et le donnera à ses esclaves . Il prendra la dîme
de vos bleds et de vos oliviers pour engraisser ses offi
elers , etc. "
Tandis que le roi de Prusse et l'impératrice de Russie distribuent
les cordons de leurs ordres à ceux qui les ont servi
dans l'envahissement de la Pologne , le régent de Suede et
le roi de Danemarck plus sages et plus justes s'occupent à
faire fleurir leurs états et à les mettre en état de défense contre
l'ambition de Catherine II. On est certain aujourd'hui ,
que la seconde de ces deux cours observera la plus exacte neutralité
relativement à la France , aussi bien que la premiere.
Des gens éclairés sur leurs véritables intérêts croient même
qu'il ne serait pas impossible de remplacer cette neutralité
par une alliance offensive et défensive . Mais il faudrait pour
cela que la France république parvint à regagner auprès de
la Porte Ottomane antant de crédit qu'elle en avait lorsqu'elle
était royaume , et surtout qu'elle fit des sacrifices
assez considérables d'argent en faveur de ses alliés qui seraient
en état de l'aider à mettre promptement sur pied une marine
respectable...
( 302 )
Quoi qu'il en soit de cet evenement possible en lui -même ;
mais probablement encore éloigné , voici ce qu'on mande
de Stockholm , en date du 7.mai : on a publié ici , le 23 avril ,
une ordonnance concernant la navigation des navires de ce
royaume pendant la guerre actuelle , par laquelle il est dit
que , pour conserver l'heureuse paix dont on jouit , au mis
lieu des troubles qui agitent l'Europe , il est défendu aux
vaisseaux de guerre et aux vaisseaux marchands de porter ,
sous pavillon suédois , des marchandises de contrebande dans
quelques- uns des ports ou autres lieux des puissances belligérantes
. Par contrebande , on entend toutes les especes d'ar
mes et de munitions de guerre de quelque nature qu'elles
puissent être , ainsi que les chevaux . Toutes les autres sortes
de marchandises pourront être transportées sous pavillon suédois
auxlieux qui ne seront pas actuellement assiégés ou cerpar
des troupes ennemies .
Il faudra que les maîtres des navires se pourvoient duement
des papiers nécessaires pour constater , non - seulement la propriété
de ces bâtimens , mais anssi de leur cargaison . Il leur
est défendu expressément de se munir de doubles connaissemens
ou passe- ports , et de jetter , dans l'occasion , des papiers
par-dessus leur bord , afin de ne faire naître aucun soupçon à
leur égard par de pareilles manoeuvres .
et
Lorsqu'on viendra à rencontrer en mer quelque vaisseau de
guerre des puissances belligérantes , le capitaine et les autres
officiers des navires suédois se comporteront envers ces vaisseaux
avec toute l'honnêteté et la décence convenables ,
leur feront voir , à la premiere requisition , leurs passe - ports
et autres papiers , afin d'éviter toute contestation de leur part .
Tous ceux qui contreviendront à quelqu'un des articles de'
cette ordonnance , ne pourront espérer ni secours , ni protection
de la part du gouvernement , lequel donnera ordre à son
amirauté d'armer en course un certain nombre de vaisseaux
destinés à protéger le commerce de ce pays .
Les dernieres lettres de Stockholm portent aussi les nouvelles
suivantes . On va travailler à Carls crone à la construction de quelques
nouveaux vaisseaux de guerre , et déja l'on a envoyé dans la
Pomeranie Suédoise les ordres nécessaires pour en amener les
chênes que demandent ces constructions . Quelques soldats
Russes ont commis , il n'y a pas long-tems , des violences en
Finlande ; mais cela ne fera aucun tort à la paix que les deux
cours sont tres - disposées à maintenir. On a nommé de part
et d'autre des commissaires chargés d'informer dans cette
affaire , et de la terminer à l'amiable.
Ces correspondans ne sont probablement pas suffisamment
bien informés , du moins quant à ce dernier aaticle ; car d'autres
font pressentir la possibilité d'une rupture entre la Russie et
la Suede , mécontente depuis long-tems de l'espece d'influence
( 303 )
que l'ambitieuse Catherine a tâché d'exercer par son ambassadeur
, et dernierement encore , non- seulement à Stockholm .
mais même à Copenhague , où rien n'a été oublié pour faire
départir les deux cours de la neutralité relativement à la France,
et les engager à prendre une part hostile dans une guerre dont
leur véritable intérêt , aussi bien que la justice leur défend de
se mêler ; aussi parle- t - on fortement aujourd'hui d'une alliance
entre la Suede et le Danemarck , à l'effet d'appuyer plus efficacement
leur systême de neutralité , qui pourrait même se
convertir en liaison de force et de commerce avec la France ;
ce qu'il y a de sûr . c'est que la Sucde ne se borne pas aux
moyens de défense par mer , mais que le 1er juin prochain il
sera formé à la plaine de Ladugard un camp où il entrera
trois régimens de cavalerie et cinq d'infanterie , troupes susceptibles
d'une augmentation considérable en cas de besoin.
Au reste , ce qui applanit bien des difficultés , et forcera sûrement
la Russie à baisser le ton , c'est que l'Angleterre si prepondérante
comme puissance maritime , a déclaré qu'elle ne
regardera pas comme contrebande les approvisionnemens dont
les navires Suédois ou Danois seraient chargés pour des ports
Français . Cette déclaration est des plus avantageuses , soit pour
les deux nations septentrionales , soit pour la France , qui
conservera ainsi , avec la Baltique , une communication
d'autant plus nécessaire que sa rupture avec l'Espague et la
prochaine apparition d'une escadre Auglaise dans la Médi
terranée rendront plus difficile le transport des bleds et des
autres provisions qu'elle a tirées jusqu'à présent en très -grande
quantité de Livourne , de Fiume , de Trieste , du Levant et des
côtes de Barbarie .
D'ailleurs l'impératrice elle-même , malgré sa haine contre
les Français , a permis , par une nouvelle ukase , l'entrée des
marchandises qui précédemment avaient été prohibees , et par
conséquent la sortie des matieres premieres que fournissent
ses Etats dépourvus de manufactures , ainsi que celle des bois
de construction et autres munitions navales qui sont presque
la seule chose qu'elle ait à donner à la France en échange de
ses vins et de ses nombreux objets de fabrique et de modes
dont le goût ne passera pas de si - tôt à la courde Pétersbourg ;
car en derniere analyse on y veut comme dans toutes les autres
des jouissances , et ce n'est même que pour les multiplier qu'on
abuse du pouvoir.
Le démembrement de la Pologne est tellement consommé
que voici à peu près la derniere fois qu'il nous reste à parler
de cet état , effacé de dessus la liste des puissances :
on avait
dit il y a quelque tems que la diéte générale serait transportée
de Grodno à Varsovie , mais il n'en est rien . Les mençurs
Russes ont trouvé la Lithuanie plus commode pour consommer
leur opération politique : ils ont, réussi non sans peine ,
mais enfin ils ont réussi à faire réintégrer l'ancien conseil per(
304 )
manent. M. Sievers a sommé M. Walewski de répondre cathé
goriquement s'il consentirait au turnus , et signerait les déci
sions de la pluralité counues par cette levée de suffrages ; il
ne lui a laissé que quelques heures . Sur la négative de M.
Walewski , M. Pulawski l'a remplacé dans le vice- maréchalat de
la confédération de la couronne , et conjointement avec M...
Zabiello , maréchal de celle de Lithuanie , a donné réponse
aux cours de Pétersbourg et de Berlin. Le conseil permanent
qu'on a complété de son mieux , a ouvert ses séances le 6 mai :
le 11 , les universaux pour la convocation des diétines ont
dû être rédigés sur un mode proposé par le Castellan Zaluski :
restait la difficulté de l'apposition des sceaux que M. Chreptowick
, chancelier de Lithuanie a dû lever également. C'est
cè qu'on peut se promettre de son esprit conciliateur , puisqu'il
avait accédé le premier l'année derniere à la confédéra
tion de Targowitz ; ainsi , l'on regarde les choses comme arrangées
de façon à n'avoir plus à craindre de voies de fait de la
part des puissances étrangeres .
En effet d'autres lettres de Varsovie datées du 15 disent positivement
que Stanislas -Auguste avait enfin signé , le 3 , l'uni- .
versal pour la convocation des diétines. Elles transmettent
même ce dernier acte de l'apparente souveraineté , d'après le-1
quel les diétines se tiendront le 27 mai , et la nouvelle diete
generale sera ouverte à Grodno le 27 juin . On présume
qu'elle ne sera pas de longue durée , parce que tout ce qui
y sera traité est préparé et disposé de maniere qu'il n'en fau
dra faire que la lecture ; après quoi on passera tout de suite
aux décrets et à la sanction. On regarde la discussion comme
très-inutile et même dangereuse .
-
L'emigration est devenue considérable depuis le démembremen
. On mande de Léopol qu'on y voit arriver presque tous !
les jours des familles Polonaises , de l'ordre équestre , qui
sont résolues de vivre sous la domination autrichienne , plutôt ,
que sous celle de l'une ou l'autre des cours co- partageantes .
Catherine II se hâte de faire acte de souveraineté dans ses ›
nouvelles acquisitions. Elle a publié un universal où elle i
exempte ceux qu'elle appelle ses nouveaux enfans de toute
espece d'impôt jusqu'au 1er janvier 1795. A cette piece est
jointe la formule du serment que prêteront les possesseurs ,
de biens fonds dans les provinces Polonaises nouvellement
réuniess . Ce serment est une espece de billet à ordre , entraînant
contrainte par corps , fait au profit de ladite Catherine, de
Paul Petro vitz , son fils aîné et de tous ses ayant cause , car il
commence par ces mots : je soussigné , etc. L'impériale créan- ,
ciere veut prendre ses sûretés , puisqu'il faut lui donner pour
garant un seul Dieu en trois personnes , le sang innocent de ·
son fils , et déclarer , en baisant l'evangile , que c'est de son
plein gré et loyalement qu'on se soumet à toutes ses volontés
súprêmes.
Francfort
Į
( 305 )
De Francfort , le 31 mai .
Independemment des 27 bataillons d'infanterie , des 12 escadrons
de carabiniers et d'autant de hussards que François II a
résolu de faire marcher encore dans l'empire , et dont on
croit même que la premiere colonne , qui sera suivie de près
de l'autre , a dû être rendue le 17 aux frontieres de l'empire
, huit autres bataillons d'infanterie et 12 escadrons de cuirassiers
seront placés aux frontieres de la Baviere . C'est- là le
point de mire de l'ambition du moment. Cependant ces dispositions
ne sont pas tellement définitives qu'elles ne puissent être
dérangées par des jalousies réciproques entre les puissances
des inquiétudes assez bien fondées , des changemens de vue ,
des tracasseries domestiques , de l'hésitation à se dégarnir d'un
eôté de crainte d'être attaqué de l'autre , en un mot d'une
foule de futurs contingens dont on parle d'une maniere vague ,
mais enfin dont on parle et même comme assez prochains .
S'il faut en croire les lettres de Vienne du 20 mai la marche
de tous les bataillons destinés à former le corps d'armée de
réserve aurait un autre motif que l'échange de la Baviere . La
cause de ce mouvement est , dit-on , l'alarme que l'on répand
que les Français menacent de faire une invasion dans l'Autriche
antérieure . On ajoute une autre chose encore moins
croyable ; on prétend avoir reçu des avis qui portent que les
Français ont envoyé des émissaires chez les Monténégrins ,
dans la vue de déterminer ces peuples à faire une invasion sur
le territoire Autrichien .
t
T
une
Au reste il faut donner un apperçu de cette opération sur
la Baviere convoitée depuis si long- tems. L'empereur ferait
séculariser les trois évêchés de Trèves , Cologne et Mayence
qui seraient donnés à l'électeur Palatin . Mais il reste
grande difficulté que tout le monde sent : c'est que Mayence
est encore entre les maius des Français , qui , après plusieurs
mois de séjour pourraient bien n'être pas disposes à rendre
cette place que leur valeur aurait long - tems defendue . Il paraît
que c'est principalement sur le roi de Prusse que l'empereur
compte pour avoir cette ville qui ferait partie essentielle de
l'équivalent . Et cependant le roi de Prusse ayant obtenu ce
qu'il voulait en Pologne paraît fort réfroidi daas le service
d'une cause qui ne l'intéresse que médiocrement . Il ne veut
point s'obstiner à prodiguer son or et le sang de ses sujets , à
voir peut-être fondre son armée devant Mayence , il sent qu'il
en a déja trop fait , que les alliés ont laissé peser sur lui tout
le poids de la guerre ; que ces mêmes alliés , qui peuvent être
demain des ennemis , ont intérêt à le laisser s'affaiblir.
On n'est pas éloigné non plus de croire que ce commencement
de mésintelligence entre l'Autriche et la Prusse
en partie la suite d'une encore plus marquée entre la
Prusse et l'Angleterre , et que l'on attribue à un outrage
Tome III.
est
X
( 306 )
f
domestique. Le prince royal de Prusse devait épouser une
princesse d'Angleterré , et l'on dit maintenant qu'il doit épouser
une fille du prince de Meklenbourg- Strelitz , frere dú duc régnant
, ainsi que de la reine d'Angleterre , et employé dans le
service de Hanovre . Le prince Frédéric Louis de Prusse doit
aussi épouser une autre fille du même prince Charles : si le
roi de Prusse volt moins d'éclat dan's cette alliance que dans
celle dont il s'éloigne , peut-être y trouve- t -il plus de convenance
pour l'avenir .
On est informé que l'Angleterre a fait donner, depuis peu , ordre
à ses troupes dans les Pays-Bas de n'agir de concert qu'avec les
Autrichiens et de s'isoler en quelque sorte des troupes Prussiennes .
De plus on sait positivement que l'Angleterre a formé depuis
quelque tems une alliance offensive et déffensive avec l'Autriche
, dans laquelle il est même question d'intérêts commerciaux
. Ces deux puissances paraissent craindre que la Russie
ne veuille encore attaquer la Porte Ottomane ; elle sont décidées
à s'opposer à ses envahissemens successifs , qui finiraient par
la rendre trop redoutable , et sous les rapports de puissance
belligérante , et sous ceux de puissance commerciale . Le résultat
nécessaire de ces liens entre la Grande-Bretagne et
l'Autriche sera de réunir davantage la Prusse et la Russie .
Cette derniere vient de faire demander passage pour sa flotte
dans la mer Noire , et déclarer au divan qui balance , vu le
danger de cette dérogation au traité , qu'elle prendrait un refus
pour une déclaration de guerre .
Frédéric Guillaume n'est pas parfaitement tranquille sur la
docilité de ses sujets . En effet , à peine le premier soulevement
de Breslaw était - il appaisé , qu'il s'en est élevé un autre.
On ne calme pas si facilement un peuple sur qui on a fait ,
des décharges d'artillerie . Ce peuple s'est vengé par une
nouvelle insurrection ; il a repoussé d'abord une compagnie
de cavalerie , genre de force que la tyrannie préfere toujours
d'employer contre lui . Il est faux , malgré ce qu'e
disent plusieurs gazettes , que ce peuple outragé soit déja rentré
sous le joug . Le manque de travail ne contribue pas
moins que le reste à mécontenter la classe industrieuse . Un
de ses griefs contre le gouvernement , c'est la privation qu'è .
prouvent les fabriques Prussiennes des avances qui les soutenaient.
L'or de la Prusse émigre sans relâche , et l'on a
vu sortir jusqu'à 100 mille Frédérics d'or à la fois . Les négocians
fondent les especes , et les envoient en lingots en Angleterre.
Au reste les principales villes commerçantes de
l'Allemagne se ressentent des entraves que la guerre met aux
manufactures et au commerce. Hambourg , Brême , Leipsick ,
Nuremberg et les deux villes de Francfort ont essuyé des
banqueroutes cruelles . Il y en a eu cinq à Brême en particulier
vers le milieu de mai. Ces faillites sont l'effet des affaires
d'Espagne. Hambourg , moins maltraité depuis quelques
( 307 )
jours à cet égard , éprouve une diminution considérable dans
le prix du sucre et du café , ce qui provient de ce que l'intérieur
de l'Allemagne ne fait que de faibles demandes . Il est aisé de
concevoir combien les consommateurs et les marchands sont
las de cette guerre qui va d'ailleurs donner lieu très-incessamment
à de nouveaux impôts et achever ainsi d'éteindre
le peu d'industrie encore en activité . L'Autriche presse deja
ses nouvelles taxes ; il en est aussi question dans la Prusse ,
tous les petits princes qui se sont épuisés à fournit leur contingent
vont probablement essayer de demander à ceux qui
n'ont plus.
et
C'est sûrement une fâcheuse position pour presser le siege
de Mayence , et c'est néanmoins une raison de plus de tâcher
d'obtenir cet avantage sinon décisif au moins très - marquant.
Voici la liste des troupes composant le corps d'armée sur la rive
gauche du Rhin , qui , sous les ordies du lieutenant-général de
Kalkreuth , est destiné au siege de Mayence.
1. Troupes Prussiennes .
Brigade de Borch : Le premier et second bataillon des gardes ;
3 bataillons du régiment de Thadden , ( 2 compagnies de ceuxei
se trouvent sur la pointe du Mein . ) Le bataillon de gre.
nadiers de Wegnern.
La brigade du prince Louis Le premier et le second bataillon
du régiment de Wegnern .
La brigade de Manstein . Trois bataillons de Manstein , le
bataillon de fusillers de Légat . ( Il y en a aussi 2 compagnies
sur la pointe du Mein. ) 1 compagnie de chasseurs ; 6 escadrons
de cuirassiers du duc de Weimar. Ces troupes sont
près de Marienbourg , où se trouve aussi le quartier-général
de M. de Kalkreuth .
2. Troupes impériales.
-
C
Du régiment de Bender , 2 bataillons ; 2 dits du régiment
de Gemmingin ; 2 dit du régiment Marquis Manfredini ; 2
bataillons de celui du comte Pellgrini ( dont 2 compagnies sur
la pointe du Mein ) . Le régiment Archiduc-Joseph , dragons ;
2 divisions et 4 escadrons d'hussards .
Cavalerie Saxonne .
Du régiment duc de Curland , chevaux-légers , le premier et
le second escadron d'hussards . Ces troupes , ainsi que les
troupes impériales , cam pent entre Laubenheim et Marienboug.
Corps de Hesse- d'Armstadt.
Le premier et le second bataillon des grenadiers ; le premier
et le second bataillon du régiment Gardes-du - corps ; le
premier bataillon Landgraf, artillerie . Ce corps est près de
Finthen. Le second bataillon de Landgraf et le premier bataillon
Prince - héréditaire sont en garnison à Francfort .
X 2
( 308 )
+
Liste du corps de siège sur la rive droite du Rhin , dans le camp
devant Cassel prés Mayence.
Troupes Prussiennes.
Infanterie le bataillon de grenadiers Wolframsdorf; 3 bataillons
du régiment de Vittinghof ; 3 bataillons de Crouaz ; le
premier et le second bataillon de Borch ; le second bataillon
de Schladen ; la compagnie de chasseurs à pied du major de
Spiznas . Ces troupes sont devant Hocheim. ,
Troupes Saxonnes.
Le bataillon de grenadiers de Christiani ; un bataillon Elec ,
teur , un bataillon prince Antoine , un bataillon prince Clément ,
un bataillon prince de Gotha . Ces troupes sont devant
Erbenheim .
3
Troupes de Hesse- Cassel.
Le bataillon de grenadiers de Dinklage ; 2 bataillons du
régiment de Gardes - grenadiers ; 2 dits du régiment du corps .
Ces troupes sont près de Mosbach.
Troupes de Hesse- d'Armstadt .
Le bataillon de troupes légeres de During ; le corps des chasseurs
. Ils sont campés près de Biberich .
Le régiment prussien des cuirassiers de Borstel ; 35 escadrons
du régiment saxon- carabiniers ; 4 escadrons de celui du corps
de Hesse - Cassel ; 5 escadrons de celui de Hesse - d'Armstadt ;
chevaux-légers , 4 escadrons . Ils se trouvent à Mosbach,
Artillerie prussienne , saxonne et hessoise.
Détachemens des corps réunis dans le camp sur la pointe du Mein .
Détachement prussien . Le troisieme bataillon de la garde du
roi ; 2 compagnies du régiment de Thadden ; 1 bataillon de
Legat ; 3 compagnies du régiment de Kaiserling.
On sera peut- être curieux de connaître en gros la position
du camp occupé au siége de la ville de Mayence ; la voici :
Entre le Rhin et le Mein , à la pointe de ce dernier fleuve
et sur sa rive gauche , il y a plusieurs batteries prussiennes et
Saxonnes qui jouent sur celles des Français à Kosthein et au
fort du Rhin , et qui sont défendues par le camp de Bischofsheim
près Mein ; les batteries prussiennes commencent à la tuilerie
de Kostheim , et s'étendent jusqu'au Donnermulle ; celle des
Saxons commencent là , et vont jusqu'au signal d'Eerbenheim ,
Auprès de cette tour prenuent les batteries hessoises ,"
prolongeant jusqu'à Mosbach , qui , de même que Bieberich , est
ccupé par des Prussiens et des Hessois . Derriere cette chaîne
de batteries sont , en-deçà du Rhin , les camps prussiens , saxons
et hessois . De l'autre côté dn Rhin on trouve à Bodenheim la
tête du camp prussien qui , renforcé par les troupes du landgrave
du Hesse - d'Armstadt , enveloppe Monbach et Gozenheima ,
se
( 30g )
et s'étend jusques sur les hauteurs de Marienborn ; c'est pardelà
Marienborn que sont campées les troupes autrichiennes
qui par Hechtsheim se prolongent derriere Sainte- Croix du
côté de Weissenau et jusqu'à Laubenheim. La forme du camp
est donc une espece de cercle dont la périphétie est de 6 lieues ,
et le diametre d'une bonne lieue et demie .
qui n'é-
Les sorties des Français n'ont pas laissé que d'affaiblir beaucoup
les assiégeans , sur -tout ceux du côté du Cassel ,
taient , jusqu'à l'heure qu'il est , jamais en forces suffisantes .
Le siége de Mayence n'est pas la seule chose épineuse qui
occupe l'Autriche . Le général de Vins , envoyé au secours
du roi de Sardaigne , demande instamment des renforts pour
porter l'armée auxiliaire à 24,000 hommes ; et cependant le
bruit court qu'aulieu de les lui accorder , on songe même à
retirer de ce pays les régimens qui ont été le plus maltraités
.
Quant à Barmée du maréchal de Cobourg , on vient d'y
envoyer les régimens d'Archiduc Charles et de Grand-Maître
Teutonique.
"
Les quatre commissaires de la Convention nationale et le
ci- devant ministre de la guerre Beurnonville , sont arrivés
sous bonne escorte à Coblentz dans la soirée du 20 mai . Ils
ont été conduits sur-le- champ à la forteresse d'Ehrenbreitstein .
Le traitre qui les a livrés vient de quitter , le 21 , la ville
de Mergentheim , en disant qu'il retournoit auprès du prince
Cobourg. L'ex- généralissime des armées de la République
Française ayant fait solliciter la faveur de commander un
petit corps , la cour de Vienne a trouvé des défaites honnêtes
pour lui refuser de l'emploi . On mande aussi de la
rive droite du Rhin , en date du 23 , que le ci - devant prince
de Condé l'a échappé belle à l'affaire du 17 de ce mois . Il
était à prendre son café sur un balcon à Rheinzabern avec
Klinglin et quelques autres généraux français émigrés . On lui
annonça que des troupes de la République s'approchaient de
Rheinzabern ; il n'en crut rien : mais au second avis il n'eut
rien de plus pressé que de monter à cheval et de se sauver
ce que firent aussi les autres généraux qui , ne trouvant pas
leurs chevaux scellés , s'en allerent à poil.
Les Français ont fait dans l'après- dîner du 25 une vigoureuse
sortie sur Monbach . Quoique répoussés par les troupes
qui se sont portées en avant , et parmi lesquelles se sont
trouvés quelques bataillons de Darmstadt , ils sont restés
maîtres d'un canon qu'ils avaient pris au commencement ,
et qu'il n'avait pas été possible de défendre contre le trop
grand nombre des assaillans . Le citoyen Winkelmann , établi
maire de Worms , pendant le tems que cette ville a été occupée
par les Francais , vient de subir à Koenigssein un interrogatoire
de 15 jours devant les juges que les Prussiens Int
-
X 3
( 310 )
ent donnés, Il a mis beaucoup de fermeté dans ses réponses ,
et prépare un mémoire justificatif de la plus grande force.
PROVINCES - UNIES ET BELCIQUE.
Le comte de Zinzindorf a reçu ordre de conduire aux
impériaux la moitié de sa division d'artillerie . En l'attendant ,
ainsi qu'une fotille Hollandaise qui doit leur venir , ils fondent
des boulets pour un assez grand nombre de canons pris
sur les Français dans le Brabant , et dont la plupart , à ce
qu'ils assurent , sont remis en état de servir. Trente des
batteaux de cette flotille sont chargés d'artillerie de siége .
Pour mieux inspirer aux Belges reconquis une haine contre
les Français qui serve elle - même de moyen de défense , la
maison d'Autriche familiere avec tous les genres de ruses
vient de faire exécuter une farce pieuse dans l'église de
Sainte Gudule par le nonce apostolique résident à Bruxelles ,
Il a dévotement enfermé , sous cinq cachets , dans une boîte
d'argent , les hosties que les bonnes femmes et les enfans
prétendent avoir été profanées par les Français , et l'histoire
supposée a été gravée autour de la boîte .
Voici la relation que les adversaires des Français donnent
de l'affaire du camp de Famars ; elle vient de leur quartiergénéral
établi à Courgies .
‹‹ A la suite d'un conseil de guerre tenu avant-hier , le feldmaréchal
prince de Cobourg résolut d'attaquer les Français
dans ce formidable camp de Famars , qui , au commencement
de ce siecle , fut , sous le maréchal de Villars , le rempart de
la France , et qui aujourd'hui faisait tout l'espoir de ces jacobins
qui se sont vus forcés d'évacuer si promptement la Bel
gique. En conséquence , l'armée combinée se mit en mouvement
dans la nuit du 22 au 23. Le corps aux ordres du co-
Jonel baron de Mylius quitta Ypres , et se dirigea sur Armentieres
; l'armée Hollandaise , qui était campée à Orq et à
Marquain , occupa Lannoi , Turcoin , Roubaix , Commines ;
les Anglais , les Prussiens et les Hanovriens s'avancerent jusqu'à
Sebourg ; le général Latour leva son camp près de Maubeuge
, et marchant du côté de Bavai , fut, se porter sur le
chemin de Valenciennes au Quesnoy ; le géneral comte de
Clairfayt traversa la forêt de Raimes , et tourna Valenciennes ;
enfin le prince de Cobourg se porta de front sur le camp
ennemi ce camp appuyait sa droite sur l'Escaut , sa gauche
sur la Rouelle ; son front était hérissé d'une artillerie innombrable
et d'une chaîne de redoutes il avait en sus un autre
camp et trois redoutes très -fortes au-devant de lui .
Hier à la pointe du jour , le général Otho , qui commandait
l'avant-garde du prince de Cobourg , attaqua le camp
( 311 )
avancé des Français , poussa l'ennemi , emporta deux redou
tes , y prit sept canons , tua beaucoup de monde , et fit quel
ques prisonniers. La troisieme ne fut forcée qu'après une résistance
des plus opiniâtres . A six heures du soir il
:
avait
déja seize canons de pris . Sur ces entrefaites , l'affaire était
devenue générale , et marquée par une animosité presqu'inconcevable.
Les alliés passerent la Rouelle . Le prince de Co. ·
bourg voyant , vers les huit heures , que la victoire se déci
dait en faveur des armées alliées , ordonna que le quartiergénéral
fût transféré de Quiévrain à Courgies . A neuf heures ,
le camp français fut emporté , et les fuyards furent poursuivis
toute la nuit . A cinq heures du matin , la derniere redoute
de l'ennemi fut forcée l'épée à la main ; et les Français , chassés
d'un camp regardé comme inexpugnable , fuirent avec la derniere
précipitation vers Valenciennes et Bouchain leur perte
a été grande ; on leur a enlevé quinze canons dans la nuit , et
il est certain qu'il en ont perdu au -delà de trente , dont plusieurs
de gros calibre . Parmi les prisonniers qu'on leur a faits ,
se trouve le général de Vergès . Il n'est pas possible de donner
, dans le moment , le détail de cette glorieuse et décisive
journée tout ce que l'on peut dire au préalable , c'est que
les Autrichiens , les Prussiens , les Anglais , les Hanovriens ,
les Hessois et les Hollandais ont fait à l'envi tout ce qu'on
peut attendre de la vaillance et de l'intrépidité . Aujourd'hui
l'on va encore attaquer les retranchemens d'Ansin , et tout
nous répond du succès .
Après midi , le duc d'Yorck et le prince de Hohenlohe
se sont couverts de gloire : les retranchemens de la montagne
d'Ansin sont emportés . Les Français y ont laissé 25 canons
beaucoup de munitions , leur bagage , etc. Valenciennes est
maintenant cerné et bloqué Conde vient d'être sommé pour
la derniere fois ; les déserteurs nous viennent par bandes . Les
Français , tout en fuyant , ont jetté 10 mille hommes dans
Bouchain et Cambrai.
( Gazettes étrangères . }
-xxx.com
S'il faut en croire des lettres de la Haye , M. d'Autichamp ,
vanté avec enthousiasme pour sa belle défense dans Macstricht
, s'attache à la fortune et aux pas de M. d'Artois .
On
prétend aussi que l'armée hollandaise , portée au complet ,
sera de 60,000 hommes . Ceux qui font ce calcul n'en veulent
absolument rien rabattre ; mais la raison , le simple bon sens
en rabattent plus d'un tiers et peut- être même la moitié .
Le ci - devant duc de Chartres est arrivé à Zug avec son ancienne
précepteur et les autres femmes qui ont émigré avec lui . Cette
compagnie se fait passer pour une famille Anglaise . Ils demeu
rent tous dans une maison de campague isolée sur les bords do
lac .
X 4
( 312 )-
FRANC E.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE MALLARMÉ.
Séance du mardi , 4 juin.
La lecture du procès - verbal de la séance de dimanche
dernier , a donné lieu à quelques débats. Grégoire voulait
qu on y rendit compte des outrages que la Convention avait
essuyés collectivement , et des insultes faites à chacun de ses
membres , en particulier. Tout le monde sait , a-t- il dit , que
nous avous délibéré au milieu des bayonnettes , et que nous
´ayons été contraints à rendre un décret contre nos collegues .
Tout le monde sait , a répondu Bourdon de l'Oise , que
nous avons éte contraints à sauver la République et à punir
les intrigans.
-
Des députés de la commune de Clermont-Ferrand présentent
, au nom de leurs concitoyens , une adresse dont voici
l'analyse Législateurs , il est tems qu'une constitution fasse
cesser les mouvemens anarchiques qui , de votre sein , se
sont répandus dans toutes les parties de la République. Chaque
jour , à cette barre , on vient vous demander si vous pouvez
sauver la patrie ; une constitution la sauvera . Ce sera l'écueil
contre lequel viendront se briser tout les efforts de nos
ennemis .
Couthon demande que cette adresse soit insérée au bulletin
; il demande encore que la ville de Clermond -Ferrand
qui a donné plus de cent mille livres en don patriotique ,
et qui a envoyé plusieurs bataillons aux frontieres , dans la
Vendée , et en dernier lieu , dans la Lozere , soit déclarée
avoir bien mérité de la patrie .
Penieres sollicite la même faveur pour le département de
la Correze dont le dévouement à la République est constaté
par de nombreux sacrifices . Ces propositions sont adop
tée's .
---
Sur un rapport du comité de la guerre , la Convention décrete
que les sous-officiers et soldats des troupes de ligne qui
prouveront authentiquement par certificats des bataillons , ou
des compagnies auxquels ils étaient attachés , avoir été renvoyés
de leur régiment pour cause de patriotisme , et qui
auront rempli les dispositions de la loi du 19 septembre 1792 ,
jouirent de la paye sur le pied de paix , qui était attachée au
grade qu'ils occupaient en moment de leur renvoi , depuis le
jour qu'ils ont été chassés arbitrairement jusqu'à celui de la
( 313 )
T
promulgation de la susdite loi . Le ministre de la guerre est
autorisé à employer dans les armées de la République ceux
de ses sous - officiers et soldats qui par leurs talens et leur
civisme seront susceptibles d'être employés utilement.
Les commissaires de la Convention dans le département de
la Moselle , se plaignent de ce que le comité de législation ,
dans un projet de décret présenté , ait proposé l'élargissement
des personnes détenues par leurs ordres . Toutes ces arrestations
, disent-ils , étaient commandées par le salut public , et
elles n'ont eu lieu que sur l'avis des corps administratifs et
des sociétés populaires. Renvoyé au comité de salut public.
Sur la proposition de Bazire , la Convention maintient
dans leurs fonctions , les comités de salut public , établis
dans les départemens , soit par les autorités constituées , soit
par ses commissaires , Elle enjoint à ces comités de
correspondre avec son comité de salut public .
--
Cambacerès , au nom du comité de législation , a fait un
rapport relatif à l'état des enfans naturels. La Convention
a ordonné l'impression de ce travail , et elle a décrété
pour principe , que les enfans nés hors mariage seront habiles
à succéder à leur pere et mere , de la maniere qui sera
prescrite par les articles subséquens da décret.
Une députation d'hommes et de femmes de couleur est
venue exprimer à l'Assemblée le vou , que la liberté agrandissant
son domaine , plane sur les deux hémispheres . Une
femme noire était appuyée sur les bras des deux pétitionnaires ;
l'un de ces derniers annonce que cette femine a vu 14 années.
- L'Assemblée rend un hommage respectueux à la vieil- --
lesse en se levant toute entiere .
On a repris la discussion sur le partage des biens communaux.
Plusieurs articles ont été décrétés .
Séance du mercredi 5 juin.
Les troubles qui paraissaient appaisés dans le département
du Morbihan viennent d'y renaître les rebellés avaient pour
chef un nommé Chevalier qui a été pris dans un petit combat.
Il a péri sur l'échafaud , et sa maison a été démolie par l'ordre
des commissaires .
On a fait lecture d'une lettre de Dufriche - Valaze . “ On
,, m'apprend , dit -il , que le comité de salut public doit pro-
" poser aujourd'hui à la Convention nationale un décret
d'aministie ponr vos vingt deux collegues détenus et pour
" les membres de la commission . Je ne puis croire que tel
soit le plan du comité ; car ce serait la plus horrible
des perfidies . Je déclare à més commettans , à la Convention
nationale , à la France , que je repousse avec horreur
,, l'amnistie qu'on voudrait m'offrir. ,
""
Bertrand , membre de la commission des douze , sollicite
sa liberté , attendu qu'il n'a point signé de mandat d'arrêt.-
( 314)
*
Je demande l'ordre du jour , a dit Duperrès , motivé sur la
lacheté de Bertrand . Ces lettres ont été renvoyées au
comité de salut public.
-
Fonfrede réclame l'exécution du décret qui porte que sous
trois jours le comité fera son rapport sur les membres arrêtés .
Il observe que les trois jours sont écoulés. Il demande que
les pieces à l'appui de la dénonciation soient lues à la tribune
et fait prévoir les troubles que peut causer dans les
départemens l'arrestation d'une partie des membres de la
Convention . Après quelques débats , l'Assemblée passe à
―
l'ordre du jour.
Plusieurs articles aditionnels au décret qui ordonne la vente
des immeubles des émigrés , ont été discutés et adoptés .
Ramel a présenté au nom du comité des finances un projet
de décret sur les contributions foncieres et mobiliaires . Chabot
voulait que les propriétés seules fussent imposées et jamais
l'industrie un autre membre demandait
;
le comité des
que
finances fut tenu d'examiner s'il doit y avoir une contribution
mobiliaire. Le projet a été ajourné .
Sur la demande de Ramel et Osselin , l'Assemblée a rendu
le décret suivant.
Art. Ier . Les scellés seront à l'instant apposés à la diligencé
des procureurs - syndics des départemens sur les caisses et papiers
de tous les ci-devant fermiers-généraux , receveurs - généraux
et particuliers des finances , receveurs ou régisseurs des domaines
et de tous les comptables , trésoriers , caissiers ou
receveurs des deniers publics qui n'ont pas rendu leurs comptes ,
ou qui n'ont pas payé le montant de leur débet , conformément
à la loi.
" II. Tous comptables et reliquataires du département de
Paris verseront à l'instant leurs débets à la trésorerie nationale
et ceux des autres départemens à la caisse des receveurs d'enregistrement
de leur district.
" A l'égard des papiers , les autorités constituées , distingueront
, lors des scellés , par une perquisition exacte ceux qui
pourraient être suspects , d'avec ceux qui seraient purement
elatifs à la comptabilité .
" III. Les papiers suspects seront àdressés au comité de
sûreté générale , ceux relatifs à la comptabilité seront remis
au comité de l'examen des comptes .
" IV. L'agent du trésor public sera mandé pour rendre
compte demain à midi à la barre de la Convention nationale
des poursuites qu'il a dû faire pour la recherche des deniers
publics.
9 V. Seront exempts des dispositions du présent décret
toutes les caisses actuellement en exercice .
Sur un rapport de son comité des domaines , l'Assemblée
a rendu un décret , tendant à faire vendre les annuités et à
korter une remise de trois pour cent à ceux de acquéreurs
( 315 )
des domaines nationaux qui acheveront leurs paiemens avant,
le terme fixe , laquelle remise néanmoins n'aura lieu que jus
qu'au premier octobre prochain .
Barrere a annoncé que le comité de salut public fera demain
son rapport sur les autorités constituées de Paris : quant
à celui sur les membres arrêtés , il attend , pour le faire , les
pieces que doivent produire le département et la municipalité
de Paris.
Le même membre , au nom du même comité , a fait suspendre
le décret rendu contre le président du département de
Corse et le général Paoli . On a décrété ensuite que Bernier et
les cinq membres déja adjoints au comité de salut public
pour présenter un plan de constitution , feront définitivement
partie de ce comité , pour remplacer Breard qui a donné sa
démission , Delmas qui est malade , et Lindet envoyé en
commission à Lyon .
Séance du jeudi , 6 juin.
Les monumens des beaux arts qui embellissent un grand
nombre de bâtimens nationaux , recevaient tous les jours des
Outrages, des chefs -d'oeuvres sans prix étaient brisés ou mutilés ;
Il était tems que la Convention arrêtât les funestes excès . Sur la
demande de Lakanal , rapporteur du comité d'instruction publique
, l'Assemblée a prononcé la peine de deux ans de fers
contre quiconque dégradera ces monumens .
Thuriot a fait une motion d'ordre . On va élire , a- t- il dit , les
membres du tribunal révolutionnaire ; il ne faut pas qu'on dise
que ce tribunal soit influencé d'aucune maniere par la Convention
. Je demande donc que tout citoyen parent au degré de
cousin - germain d'un député ne puisse être élu membre du
tribunal révolutionnaire criminel de Paris . Cette proposi
tion est décrétée .
--
Deux membres demandaient qu'il leur fût accordé un congé.
La Convention a décrété que dans ces momens de danger
public , il n'en sera accordé aucun .
Après avoir entendu le rapport de son comité des finances
et de la guerre réunis , la Convention a adopté un long projet
de décret sur le mode d'après lequel les pensions devront
être accordées aux généraux , officiers , sous- officiers , volontaires
et soldats qui ne pourront continuer leur service à
cause des blessures qu'ils auront reçues à la guerre. La quotité
de la pension sera proportionnée à la gravité des blessures et au
grade des individus . - Dans le cours de la discussion , Génissieux
a demandé que désormais les pensions fussent payées aux
militaires retirés du service par les receveurs de leurs districts
respectifs et non par la trésorerie nationale . Cette proposition
a été décrétée . Elle déjoue les calculs intéressés d'un grand
nombre d'agioteurs qui sous prétexte de faire payer les penons
, gardaient les fonds au détriment des pensionnaires .
( 316 )
--
Une lettre de Vergniaux a excité quelques débats . On en
commençait la lecture , plusieurs membres se sont opposés à
ce que l'on continuât. Ils invoquaient le décret qui renvoie
toutes ces lettres au comité de salut public . Doulcet observait
qu'il était juste que les membres détenus sollicitassent
le rapport du comité ; que ce serait une tyrannie de s'y opposer.
Je remarque , disait- il , que le comité de salut public
n'a pu jusqu'ici faire son rapport , parce que la commune et
les autorités constituées de Paris n'ont pu donner les preuves
de conviction que Lhuillier et Hassen-Fratz ont aunoncées
contre ces députés . Mais pour y suppléer , le procureur de la
commune a promis d'aller aujourd'hui et jours suivans dans
les groupes de Paris pour y recueillir , avec de l'encre et
du papier , les preuves que le peuple lui donnera contre les
détenus .
Deux épreuves succes ives ont écarté l'ordre du jour et la
lecture de la lettre a continué . Vergniaux sollicite de nouveau
, par cette lettre , le rapport du comité de salut public .
Il veut que les accusateurs produisent les pieces à l'appui de .
leurs dénonciations , ou qu'ils soient conduits à l'échafaud .
10. Pour avoir fait assiéger la Convention par une force
armée qui , ignorant les causes de ce mouvement , a failli ,
par excès de patriotisme , opérer la contre-révolution .
2º . Pour avoir mis à la tête de cette armée un commandant
qui a violé la liberté de la Convention par ses consignes .
3º . Pour avoir obtenu par violence l'arrestation de plusieurs
représentans du peuple , la d'spersion d'un grand nombre
d'autres .
4º. Pour avoir , par l'impulsion terrible donnée au peuple
de Paris , jeté dans tous les départemens le germe des discordes.
les plus funestes et les brandons de la guerre civile .
5 Enfin , pour avoir retenu à Paris les bataillons qui devaient
partir pour la Vendée .
On demande l'impression de cette lettre .
passe à l'ordre du jour .
L'Assemblée
Une députation d'Angers est admise à la barre. Elle proteste
de son respect pour la Convention , pour les prneipes
de la liberté et de l'égalité , et de son horreur pour l'anarchic
. Une députation d'Arras félicite l'Assemblée sur la
révolution du 31 mai . Cette derniere a été applaudie ; on a
ordonné l'impression et l'envoi de son adresse aux dépar-
-
temens.
Barrere , au nom du comité de salut public fait un rapport
préliminaire de celui qu'il prépare sur l'arrestation des
députés. Il annonce que les mouvemens de Marseille ne tendent
nullement au fédéralisme , et que ceux de Lyon ont été
provoqués par la municipalité . Il propose un projet de décret ,
dont les principaux articles sont de supprimer tous les comités
révolutionnaires ; de mettre la force armée , dans les circons(
217 )
tances urgentes , à la réquisition de la Convention seulement.
De punir de 10 années de fers quiconque arrêtera le service
habituel des postes ; d'envoyer en ôtage à chaque département
qui a des membres en état d'arrestation à Paris , un pareil
nombre de députés . Ce projet est ajourné .
On reprend la discussion de la loi sur le partage des communaux
.
Séance du vendredi , 7 juin .
La ci- devant duchesse de Bourbon , prisonniere à Marseille' ,
écrit qu'elle a subi son premier interrogatoire , et qu'il n'en
résulte rien à sa charge : elle demande la permission de prendre
à son service trois personnes dont elle a le plus grand besoin .
-Renvoyé au cemité de salut public .
(11 :
Collot d'Herbois parle en faveur d'un jeune homme de Marseille
, qui vient demander que son pere , arrêté par le tribunal populaire
de cette ville , soit renvoyé devant le tribunal criminel du
département du Var. Collot convertit cette demande en motion ,
et l'étend à tous les citoyens arrêtés à Marseille par ordre du
tribunal populaire . -Fermond généralise cette proposition ;
il veut que tous les détenus par ordre de tribunaux à l'instar de
celui de Marseille , ou de comités révolutionnaires , tels que
celui qui existe à Paris , soient renvoyés pardevant les tribunaux
des départemens les plus voisins. -Thibault , Camboulas
appuient la demande de Fermond. Il faut , disent- ils ,
que votre décret s'étende à la ville de Paris , où les citoyens
gémissent des arrestations sans nombre qui se font chaque
jour. Serez -vous justes envers les uns , et injustes envers les
autres ? Est- elle plus légalement constituée eette autorité nouvelle
, ce comité révolutionnaire central , qui vient de s'élever
ici , et dont la tyrannie surpasse de beaucoup celle des Nérons
et des Caligula ? L'Assemblée adopte la proposition de
Collot , et ajourne celle de Fermont.
Des députés extraordinaires du département du Cantal sont
admis à la barre. Ils annoncent qu'à la premiere nouvelle des
troubles qui se sont élevés dans la Lozere , les citoyens du
Cantal ont réuni leurs forces . Les jeunes gens d'Aurillac se
sont inscrits pour aller combattre : s'enrôler , s'armer et par-
-tir , n'a été que l'effet d'un instant. Ils n'ont laissé que les vieillards
, les femmes et les enfans . Après ce tableau d'un zèle
vraiment republicain , les députés du Cantal conjurent la Convention
, au nom de leurs concitoyens , au nom de la patrie ,
d'éteindre tout esprit de parti , pour ne plus s'occuper que
du salut public . Ils réclament des secours et des armes .
Lacoste rappelle le dévouement et les sacrifices de tout gente
que ces généreux citoyens ont faits pour la révolution. Outre
leur contingent, ils ont fourni plus de vingt mille hommes .
Voilà du patriotisme , et cependant le pain vaut onze sols
la livre dans ce département. La Convention décrete que le
( 318 )
département du Cantal a bien mérité de la patrie. Elle renvoie
la pétition aux comités des finances et de salut public.
Thuriot fait la motion d'établir à Paris deux manufactures
d'armes. D'autres députés présentent de pareilles demandes .
Génissieux propose l'établissement d'usines dans le département
de l'aere,, pour l'exploitation des excellens minéraux qui
s'y trouvent , et la fabrication de fusils et de canons pour la
marine. Le tout est renvoyé à l'examen du comité de salut
public , qui est chargé de faire un rapport sur les moyens
d'accélérer les fabrications des manufactures d'armes .
--
On fait lecture de la lettre suivante .
Lettre des corps constitués de la ville de Saint- Flour , datée du
3 juin 1793 , au citoyen président de la Convention .
Dites à la Convention que l'armée de l'infâme Charrier ,
forte de 10,000 hommes à sa premiere apparition , a été dissipée
comme le brouillard du matin , et que , sans les précipices , les
bois et les cavernes qui couvrent la Lozere , il n'existerait
plus un seul de ces brigands . Les bataillons du Cantal et
de la Haute-Loire , qui ont fait le premier noyau de l'armée
patriote , ceux de l'Ardêche , de l'Aveyron et du Gard , avec
une égale émulation de zele et de bravoure , ont fait une
boucherie de ces scélérats . "
66 Citoyen président , dites à la Convention que si les
commissaires des divers départemens près de l'armée républicaine
de la Lozere , n'eussent été forcés , par le défaut
d'armes et de munitions , d'arrêter et de contre - mander les
patriotes qui accouraient de toutes parts , l'armée serait aujourd'hui
forte de plus de 100,000 hommes. Il n'est pas en notre
pouvoir de vous peindre les délicieuses larmes que nous
avons répandues depuis huit jours , en voyant l'enthousiasme
et le dévouement généreux de tous nos braves freres du
Cantal , du Puy - de-Dôme et de la Haute-Loire , qui sont passés .
par notre ville. ,,
Il paraît , d'après les dernieres lettres de nos commissaires
, arrivées ce matin , qu'on a formé un corps de 3 à 4000
hommes d'élite , pris des compagnies de la Haute - Loire et du
Cantal , lesquels suffiront pour chasser les pelotons des bandits
et achever d'extirper cette engeance. Les superbes compagnies
du Puy-de-Dôme , qui sont ici au nombre de plus de
1200 , retournent demain vers Brioude pour de-là intercepter
les brigands fuyards qui pourraient se porter dans le Forez
ou vers Lyon ; car nous ne doutons pas que le volcan qui a
fait une éruption dans la Lozere , ne communique avec tous
les autres foyers contre-révolutionnaires de la République , etc .,,
A la suite de cette lecture , la Convention a décrétê que
le ministre de l'intérieur rendra compte de l'exécution du
décret sur la déportation des prêtres réfractaires .
Duplantier , député de Bordeaux , écrit à l'Assemblée que
( 319 )
le bruit s'étant répandu que 10,000 de ses concitoyens marchaient
vers Paris , pour demander la liberté des députés
arrêtés , il ne veut point , tandis qu'il n'est attaché à aucum
parti , passer pour le représentant d'une force armée. -
Ducos traite cet acte de faiblesse et s'oppose à ce que l'on
accepte la démission de Duplantier. J'ignore , dit-il , quelles
résolutions prendront mes compatriotes sur les évènemens
étranges dont vous avez été les témoins et quelques-uns de
vous les victimes ; je pense que leur conduite sera le résultat
libre et spontanée de leurs sentimens ; mais quel que soit le
sort que l'avenir me prépare , je déclare formellement que je
les représenterai jusqu'au bout , et que tant que ma vois
sera libre , elle fera entendre leurs voeux et leurs réclamations
. On a parlé d'ôtages à envoyer aux départemens ; je
désapprouve cette capitulation ; mais je suis prêt pour mon
compte à me constituer en ôtage , pour répondre des démar
ches de mes concitoyens ; je ne les désavouerai jamais ; je
serai toujours dignes d'eux . L'Assemblée accepte la démission
de Duplantier.
-
Biroteau , l'un des députés détenus , écrit qu'il protesté contre le
projet du comité de salut public qui demande que la Convention
envoye des ôtages dans les départemens . Je n'ai besoin ,
dit-il , que de la justice nationalė . On passe à l'ordre du
jour.
I
-
La Republique est en deuil , dit Pétion dans une lettre
qu'il écrit à la Convention . La représentation nationale a été
violée ; la force des armes a arraché un décret dont la liberté
gémira long-tems il est tems que ce mystere d'iniquité soit
dévoilé. J'ai lu dans un papier public le projet pusillanime
du comité de salut public . En offrant des ôtages pour les
membres arrêtés . Il semble que ce comité se plaise à nous
croire coupables et criminels ; il me semble qu'il veut dissoudre
la Convention ; car si la commune , après avoir enlevé
par force un décret qui ôte la liberté à trente députés
venait vous forcer encore à mettre en état d'arrestation tous
les députés qui ont voté l'appel au peuple , il faudrait autant
d'otages que de députés prisonniers : ce serait la dissolution
entiere de la Convention nationale , et c'est ce que l'on cherche .
Je demande la liberté de mès collegues , et que la représentation
nationale cesse d'être opprimée. "
Le président annonce une lettre de Barbaroux . L'Assem
blée la renvoie au comité de salut public sans en entendre
la lecture.
Une lettre des commissaires à Chambéry detruit le rapport
des commissaires à Lyon . Elle porté que les mouvemens arrivés
dans cette ville sont absolument contre- révolutionnaires , que
le parti de la municipalité a été battu et que les deux représentans
du peuple , Gautier et Nioche , y sont arrêtés et gardés
à vue. Albite et Dubois- Crancé ajoutent qu'ils ont requis le
( 320 )
général de l'armée des Alpes d'envoyer à Lyon une force con
sidérable pour y rétablir l'ordre .
Quelques membres demandaient le renvoi de cette lettre au
comité de salut public , pour qu'il examinât l'insurrection des
citoyens de Lyon contre la tyrannie municipale. Les autres
voulaient que T'Assemblée approuvât sur-le- champ les mesures
prises par leurs commissaires , et les autorisât à en prendre de
nouvelles. Ces debats ont été terminés par le décret suivant.
Art. 1er, Les représentans du peuple à l'armée des Alpes
sont autorisés à prendre toutes les mesures de sûreté propres
à ramener le calme et la tranquillité dans la ville de Lyon .
" II . Le comité de salut public rendra incessamment compte
de la situation de cette ville .
On fait lecture d'une lettre du ministre de la marine qui
annonce un combat naval. ( Voyez art. Paris . )
L'Assemblée ajourne la discussion sur le projet présenté par
le comité de salut public , et reprend celle sur le partage des
communaux .
Nota. Dans le cours de cette séance , la Convention a adopté
un projet de décret qui lui a été présenté par son comité des
finances , portant que les assignats créés par les assemblées
constituante , législative et conventionnelle , seront renouvellés
et remplacés par de nouveaux assignats , dont le papier sera
de nature à être facilement distingué. La fabrication de ce
papier n'aura lieu que dans une seule manufacture.
Les représentans du peuple , envoyés dans les départemens
méridionaux , ont transmis à l'Assemblée le compte qui leur a
été rendu de l'exécution faite à Toulon , d'un lieutenant de
vaisseau condamné à la peine de mort , en conformité de la
loi , pour avoir désobéi et abandonné son poste dans une
rencontre périlleuse .
Séance du samedi 8 juin .
On a renvoyé au ministre des contributions une lettre des
commissaires à l'armée d'Italie , dans laquelle ils se plaignent
des abus , vols et dilapidations qui se commettent impunément
dans l'administration des messageties . Ils offrent la preuve de
ce qu'ils avancent . Sur un fonds de 645 mille liv . destiné pour
cette armée , on a soustrait 20 mille liv . Le ministre des
contributions est chargé de faire toutes les recherches propres
à découvrir les auteurs de cette friponnerie .
--
Gossuin a demandé qu'il fût établi dans chaque département
un hospice destiné à recevoir les infirmes , ou blessés des
deux sexes. Le comité des secours fera incessamment un
rapport sur cet objet important.
Les autorités constituées de la ville de Saint - Flour envoyent
à Paris un courier extraordinaire ; il est arrivé cette nuit.
La
( 32x )
&
La dépêche dont il est porteur est adressée à la Convention ,
La voici.:
La Lozere est sauvée ; le chef des brigands , l'infâme
Charrier et Laporte , son aide - de - camp ont été pris par un
détachement de l'Aveyron . Ces scélérats ont été conduits à
Rhodez pour y expier leurs horribles forfaits . Nous nous
faisons un devoir sacré d'annoncer à la Convention natio
Inale cette heureuse
nouvelle par un courier
extraordinaire.
Vive la liberté ! Vive la Convention nationale !
"
Cette nouvelle est reçue au milieu des plus vifs applaudisse
mens . Camboulas rappelle les services que les départemens
voisins de la Lozere ont rendus dans ces
circonstances périlleuses
. Dans toutes les et les villages , les chefs des
maisons mariés ou nopes , les vieillards et les enfans ,
tous ont pris les armes et ont marché sans demander ni argent
, ni équippement et sans attendre de réquisitions . --
La Convention déclare que les
départemens de la Lozere
de l'Aveyron , du Cantal , du Lot , du Gard et de l'Hérault
ent bien mérité de la patrie .
+
Gasparin de retour de l'armée du nord communique à la
Convention une lettre qu'il a reçue du général Lamarliere , datée
de Lille le 4 juin . Ce général sollicite avec instance l'organisation
du corps des Bataves et Liégeois qui servent dans nos avantgardes
et nous ont rendu de grand services. Il sollicite aussi
l'amalgame des troupes , dites de ligne , avec les volontaires.
La division qu'il commande est à cet égard dans les meilleures
dispositions. Il a fait
l'expérience des avantages de cet amal
game dans une expédition où les volontaires, se confiant sur
l'expérience des troupes de ligne , montrerent le plus grand
courage. Le général fixe ensuite l'attention de la Convention
sur quelques militaires dont il fait le plus grand éloge. Je
recommande
législateurs , dit - il , le brave Gros - Lembertqui
a enlevé si
intrépidement au milieu d'un escadron ennemi ,
le guidon hollandais que j'ai envoyé en hommage à la Convention.
9
ง
J'ai fait
aujourd'hui , ajoute Lamarliere , une grande expédition
. L'ennemi
embusqué dans un bois , sur le bord de
la Lys , inquiétait nos avant- postes , nos
patrouilles et nos
convois j'ai ordonné une fausse attaque sur le camp de
Menin . Pendant que les troupes qui le
défendaient étaient
tenues en échec , 300 bûcherons ont abattu le bois qui cachait
nos ennemis . Ils ont perdu quelques hommes , nous n'avons
perdu personne . Je vous recommande ,
législateurs , le brave
Testard qui , voyant un de ses camarades pris au
un grenadier ennemi et bientôt entouré par huit Autrichiens ,
colet par
a fondu
ventre à terre
"
autres en fuite et ramené son camarade au camp . ? sur eux , en a tué deux , mis les six
La lettre est renvoyée au ministre de la guerre pour ce qui
concerne les
récompenses dues à ces braves soldats . Quant à
Tome III. Y
8
( 322 )
1
T'amalgame des troupes , le comité de la guerre sera entenda incessamment
sur cet objet.
Sur la proposition du comité de salut public , la Convention
nationale décrete que , dans le cas où les représentans
du peuple à l'armée des Alpes seraient obligés de faire des
réquisitions pour rétablir la tranquillité dans la ville de Lyon ,
ils ne pourront dégarnir , à cet effet , cette armée , ni aucun
point de la frontiere des Alpes.
On réclame la discussion du projet présenté par Barrere
au nom du comité de salut public. Thuriot s'y oppose .
Robespierre demande qu'on laisse les choses dans l'état où
elles sont . Tout est calme à Paris , dit- il ; l'aristocratie y est
vaincue . Les autorités que le peuple a établies , sauront maintenir
la tranquillité publique , en même-tems que protéger ses
droits et sa liberté . Je demande une loi contre les étrangers , le
renvoi au comité de salut public , des mesures à prendre relativement
à l'arrestation de quelques - uns de nos membres et la
question préalable sur la demande d'ôtages à envoyer aux dé-'
partemens .
Barrere pour faire sentir combien il est urgent de s'occuper
de cette discussion , fait lecture d'une lettre des administateurs
des postes . Ils mandent que des commissaires du comité
révolutionnaire de Paris viennent encore de visiter les lettres ,
d'arrêter les journaux .
l'article des étran- Chabot veut que
gers soit seul discuté. - Serons nous donc obligés , dit Doulcet ,
de réclamer comme en 1789 , pour le peuple Français , la
liberté de la pensée , de la presse , et l'inviolabilité du secret '
des postes ? Danton
le projet du comité a besoin
pense que d'être encore soumis à la méditation ; il en demande le renvoi.
Il propose , au lieu d'envoyer des ôtages dans les départemens
, de créer un tribunal national pour juger les députés .
Doulcet s'oppose à l'ajournement de l'article sur la violation
du secret des lettres . - Levasseur rappelle qu'on n'a pas
fait tant de bruit lorsqu'on décachetait les lettres à Bordeaux
et à Marseille . Fonfrede veut que le secret des lettres soit'
rétabli ou violé par- tout .
-
-
1
Barrère a terminé la discussion en offrant de présenter le´
lendemain , un nouveau projet de décret sur cet objet.
Séance du dimanche 9 juin .
'On annonce l'arrivée de plusieurs dépêches de Bordeaux et de Rennes . La convention décrete que ces pièces seront lues
sans discussion ; les voici :
Les administrateurs
du département de la Gironde à la Convention
nationale . Bordeaux , le 6 juin à minuit .
Les détails de votre séance du 3 de ce mois viennent d'être
connus à Bordeaux ; des cris de fureur et de vengeance re(
323 )
rentissent dans toutes les places publiques, et jusque dans notre
enceinte . Un mouvement général d'indignation et de désespoir
précipite tous les citoyens dans leurs sections ,
députations se pressent autour de nous , toutes viennent nous
les
proposer les mesures les plus extrêmes ; il nous est impossible
dans le moment de calculer les suites de cette effervescence ;
nous vous devons la vérité , citoyens représentans , et nous redoutons
le moment où nous serons forcés de vous la dire toute
entiere " ".
Adresse des citoyens de Rennes à la Convention nationale .
3
La Convention nationale n'est plus libre , et telle est l'excès
d'audace des
dominateurs sanguinaires qui la subjuguent , que
les représentans de 26 millions d'hommes n'ontjamais pu avouer
l'avilissement dans lequel une poignée de scélérats les plongeait .
Assez et trop long-tems nous avons renfermé dans nos coeurs
ces vérités cruelles ..... Le peuple demande , qu'ont fait les
représentans d'une nation qu'attendait d'eux son salut et sa
gloire ? Quel spectecle donnent- ils à l'Europe inquiette et
attentive ?...... Ce ne sont point des hommes qui méditent en
paix le bonheur public ; c'est un parti violent , factieux , nous
avons pensé dire conspirateur , imprimant à la majorité de la
Convention nationale un sentiment de terreur qui l'éctase et
la réduit à une entiere nullité . Le 10 mars cette faction tente
de faire égorger , au sein même de la Convention , ceux des
représentans dont elle avait à craindre les lumières et l'intégrité.
Peu après elle provoque la proscription de ceux que ces poignards.
n'ont pu atteindre 99.
Une commission est créée à l'effet de suivre et de dévoiler
cette eonspiration ; déjà elle en saisissait la trame ; déjà des
complices étaient arrêtés . Les factieux mettent sous le joug une
partie des sections de Paris , s'emparent de l'autre ,
l'entraînent
à la
Couvention , en
arrachentun décret qui dissout cette commission
. Le lendemain ce décret est rapporté ; ils n'en deviennent
que plus audacieux . Le tocsin sonne , le canon d'alarme
se fait entendre de toutes parts ....... Deux jours après ,
les victimes désignées sont en leur puissance . Un plébicide
se consomme , tel que les annales du plus affreux despotisme
qui ait jamais existé n'en offrent pas d'exemples . Ce secret des
lettres , confié à la poste de Paris , n'est plus qu'un vain mot,
La circulation des nouvelles est interceptée , toute communication
est rompue entre Paris et les départemens : on isole Paris
de la République entiere et dans ce renversement épouvantable
de toutes les lois , la France doute si ses représentans
vivent encore ,.
Dans cet état , quel est le devoir du peuple ? Se lever tout
entier , marcher à Paris , non pour le combattre , comme on
voudrait
insidieusement le persuader , mais pour se rallier à
des milliers de freres qui n'attendent que sa présence pour
Y 2
( 324 )
repousser l'oppression , et rendre à la représentation nationale
sa dignité , son intégrité , sa liberté. Ce mouvement sera terrible
; calculcz -en tous les effets , hâtez vous de les prévenir
rapportez l'odieux décret qui met en etat d'arrestation nos plus
incorruptibles défenseurs , rendez-les à la République , vous
en répondez sur vos têtes .
Arrêtés des corps administratifs et constitués de la ville de Ren`es , en
même date que l'adresse ci - dessus , et pris après avoir entendu la
lecture des arrêtés des conseils généraux des départemens du
Morbihan , des côtes du Nord , de St-Malo et de St. - Servant.
--
-
Il sera ouvert dans chaque lieu de district un registre
d'inscription volontaire de tous les citoyens qui desirent marcher
à Paris pour retirer la Convention nationale de l'oppression
où la tiennent les anarchistes . Les hommes inscrits .
seront tenus de faire une profession de foi civique , et pourront
être soumis à un scrutin épuratoire . Ils ne pourront être
pris dans le nombre des hommes du recrutement ordonné par
la loi du 24 février. Les compagnies réunies formeront un
bataillon sous le nom de bataillon des Républicains de l'Isle
et Vilaine . Le bataillon aura un drapeau tricolore sous l'emblême
de la République Française , avec cette inscription d'un
eôté , liberté , égalité et de l'autre , haine à la royauté et à
l'anarchie. Des commissaires civils suivront les bataillons
à sa destination . La solde sera de 40 sols par jour. It
sera mis à la disposition des commissaires civils une somme
de 100,000 liv . prise dans les caisses des districts .
commissaires ramenerant le bataillon à Rennes aussi- tôt que
l'ordre sera rétabli à Paris , la Convention nationale réintégrée
, et la punition des anarchistes assurée par les voies
légales . "
Comp
Gradace Les
Durand-Maillane a observé combien il importait en ce mo
ment de connaître l'opinion de tous les citoyens Français . II
a demandé que la commission des dépêches communiquât
exactement toutes les pieces qui lui arrivent relatives aux derniers
événemens .
Sans doute , a dit Levasseur , il nous importe de connaître
l'opinion publique ; mais peut- on la connaître dans les adresses
qui nous sont envoyées ? Par exemple , hier votre comité a
reçu de Montpellier une adresse rédigée dans le même esprit
que celle de Bordeaux . A la vérité , cette adresse est revêtue
d'un très-grand nombre de signatures ; mais toutes ces signatures
sont bien écrites , et terminées par un paraphe. Il en
résulte que ce sont les signatures des riches , des gens de loi
et de tous ceux qui savent bien écrire .
Voici une adresse de Blois qui n'est pas suspecte ; il n'y a
pas de paraphes aux signatures ; ce sont de vrais Sans- culottes
qui l'ont signée .
( 325 )
Adresse des citoyens de Blois à la Convention .
Le voeu des Républicains est comblé . En expulsant de
" votre sein Ies complices de Dumourier vous avez sauvé la
patrie . Une constitution libre , une éducation simple , des
armes , et les despotes sont anéantis , et tous les peuples sont
,, libres . "
La Convention a décrété que ces adresses seront toutes renvoyées
au comité de salut public , pour en rendre compte.
La discussion s'est ouverte sur l'emprunt forcé . Le projet du
comité des finances n'a pas satisfait l'Assemblée .
Divers projets
ont été présentés ; ils seront imprimés .
án
Billaud-Varennes a proposé que tout citoyen qui n'aura pas
revenu au - dessus de 400 liv . soit exempt de toutes contributions
directes et indirectes . La Convention consacre en
principe que l'absolu nécessaire ne , sera point imposé.
Une discussion s'est engagée sur l'augmentation du prix de
la viande . Thuriot en a demandé la taxation . Plusieurs membres
ont appuyé cette motion . Renvoyé au comité .
On réclamait le rapport du comité de salut public sur les
députés en arrestation , conformément à un décret rendu dans
la séance d'hier .
Le comité de salut public , a répondu Thuriot , est en ce
moment assemblé pour relire le projet de constitution qu'il
doit vous présenter demain . Je demande que la séance soit
levée ; et la séance a été levée .
Séance du lundi 10 juin.
Les corps administratifs de la ville de Saint-Flour annoncent
que les dangers sont maintenant passés . Cependant ils peuvent
renaître d'un moment à l'autre . La moitié de l'armée se porte
vers l'extrême frontiere du côté des forêts d'Aubrac pour couper
toute communication aux rebelles , tandis qu'on va à leur
recherche dans tous les autres points . Notre armée se porte à
environ 5000 hommes .
On fait lecture d'une lettre des commissaires à l'armée du
nord ; datée de Lille le 8 juin . En voici l'extrait .
" Depuis quelque tems , l'ennemi nous laissait tranquilles ,
malgre la guerre continuelle de poste , que leur faisait Lamarliere
pour attirer sur lui une partie des forces qui sont devant
Conde ; mais hier un corps de 6000 hommes s'est campé
sur la plaine de Cisoing , un de 4000 entre Launoi et Roubaise ;
à Menin , il y a aussi des forces considérables , et presque
tous nos avant-postes ont été attaqués à la fois ; toutes ces
troupes d'ennemis sont des renforts arrivés tout nouvellement,
L'ennemi n'a aucun avantage réel , mais par sa marche il a
jetté l'alarme dans nos campagnes qu'il ravage à loisir partout
où il passe , et l'on ne voit rentrer dans Lille que
ultivateurs éperdus et ruinés par le pillage . Nous sommes
des
Y 3
( 326 )
très-bien fortifiés sur nos avant- postes , mais il nous manque
du canon , et sur - tout des affuts qui ne nous arrivent point ,
malgré les promesses et les ordres du ministre donnés à l'arsenal
de Paris . Il nous manque des fusils , des pistolets et de
la cavalerie .
Les commissaires terminent leur lettre en sollicitant la prompte
exécution de la loi sur l'amalgame dss troupes de ligne avec les
volontaires . Il est décreté que les généraux amalgameront les
troupes qui sont sous leur gouvernement .
-
La Convention adopte un projet de décret qui lui a été
présenté par le comité de législation sur le renouvellement et
l'organisation definitive de la municipalité de Paris .
L'ordre du jour appelait la discussion sur la constitution .
Hérault de Séchelles a prévenu qu'il ne pourrait faire son rapport
qu'à deux heures . On demande à entendre dans cet intervalle
celui de Barrere sur les moyens de sûreté intérieure et
extérieure , sur les autorités de Paris , et sur l'arrestation d'une
partie des membres de la Convention . Philippeanx répond
que dans les circonstances actuelles , la plus grande mesure
qui pût être adoptée , c'était la constitution . Alors s'éleve
la question de savoir si l'on pouvait discuter la constitution
en l'absence des membres arrêtés . Plusieurs membres se succedent
à la tribune ; les débats deviennent fatigans et pénibles.
Ils sont interrompus par la lecture de l'acte constitutionnel
. La Convention a décrété l'impression du projet , l'envoi
dans tous les départemens , et a ajourné la discussion au
lendemain.
--
Notice des deux séances subséquentes.
Mardi 11. On reprend la discussion sur l'emprunt forcé ;
aucun projet n'obtient la priorité . Renvoi au comité .
de
Lacroix se plaint de ce qu'au moment où nous sommes
menacés d'une coalition liberticide des départemens , plusieurs
députés abandonnent lâchement leur poste . Il propose
de faire demain un appel nominal de tous les membres , pour
connaître ceux qui sont absens légalement ou illégalement ;
de faire le lendemain un nouvel appel et de remplacer ceux
qui seraient absens , sans cause légitime , par leurs suppléans ;
de faire défense aux corps administratifs de se réunir ,
provoquer les assemblées primaires , et de prendre aucune
délibération sur la force armée sans la Convention de mettre
hors la loi ceux qui exécuteraient de pareilles délibérations .
Thuriot demande par amendement que les membres qui
ont abandonné leur poste pour aller faire des insurrections
soient mis en état d'arrestation , et qu'il soit permis de courir
Fermond désaprouve ces mesures et n'en connaît point
de plus efficace pour rétablir la confiance que de faire promp→
tement le rapport sur les membres détenus . Après de vifs
sus.
-
4327 )
débats toutes ces propositions sont renvoyées au comité de
salut pablic .
Les canonniers de Paris , alarmés sur les suites que peut
entraîner le décret qui ordonne la formation d'une armée
révolutionnaire , viennent en solliciter le rapport . Cette armée
, disent-ils , n'existe - t- elle pas depuis long - tems ? N'avons-
nous' pas fait la révolution , n'avons - nous pas tous juré
pour la soutenir . Renvoyé au comité de la guerre. --
-
Un député extraordinaire du département du Doux est admis
à la barre ; obéissance aux lois , respect pour la représentation
nationale , haine aux factieux aux anarchistes : tels
sont les sentimens de toutes les communes du département
du Doux et de celles de Besançon en particulier . — Ûn député
extraordinaire de la commune de Laval demande que 'les
tribunes cessent de troubler les délibérations de l'Assemblée ,
qu'elles soient reprimées par un reglement sévere , que les
représentans détenus sans aucunes preuves de délit soient rendus
à leurs fonctions etc. Députation de la ville de Verdun :
vou pour l'achevement de la constitution et la destruction
de l'anarchie ; plaintes des arrestations arbitraires et nocturnes
ordonnées par les commissaires . Renvoyé au comité de
législation et de salut public.
-
On ouvre la discussion sur la constitution .
Mercredi 12. Le procureur général - syndic du département du
Var rend compte de la situation politique de Marseille et de
Toulon . I invite la Convention à rappeller tous ses commissaires
.
Lettre de Brissot à la Convention , datée de Moulins , le 10
juin , par laquelle il annonce sa détention , Menacé à chaque
instant d'être assassiné , je me suis vu obligé de fuir le jour où
la Convention délibérait sous les bayonnettes . J'ai balancé à
prendre ce parti , indigne d'un représentant du peuple ; mais
enfin je m'y suis déterminé ,, attendu qu'il est évident que les
puissances étrangeres soudoient dans Paris une armée de brigands
, pour dissoudre la représentation nationale . Je cherchais
uu asyle ignoré , pour y attendre en paix le moment de faire
éclater mou innocence . Mon passe - port était sous un nom
étranger ; c'est une faute sans doute ; mais mes persécuteurs
qui ont environné mon nom d'une funeste célébrité , la trouverout
excusable . Je demande que la Convention ordonne que
je serai transféré dans mon domicile à Paris , et qu'elle ne décide
rien sans m'avoir entendų " .
A cette lettre était joint un procès -verbal dressé par les administrateurs
du département de l'Allier. Il en résulte que
Brissot se faisait passer pour un négociant de Neufchâtel . Les
administrateurs attendent la décision de l'Assemblée. Renvoyé
au comité de salut public.
-
Les représentans du peuple dans la Vendée annoncent la
( 328 )
prise de Saumur par les révoltés. Sur la demande des corps
administratifs de Paris , il a été décrété qu'un corps de canoniers
de cette ville , avec 48 picces de canons , partirait
sur-le- champ , et en poste , pour Tours . La discussion s'ouvre
sur la constitution ; voici les articles qui ont été décrétés dans
ces deux séances .
CHAPITRE 1er. De la République .
Art. I. La République Française est une et indivisible .
CHAPITRE II . De la distribution du peuple,
Le peuple Français est distribué pour l'exercice de sa souveraineté
en assemblées primaires de cantons : il est distribué
pour l'administration et la justice , en départemens , districts ,
municipalités,
CHAPITRE III. De l'état des citoyens.
Art. Ier . Tout homme né et domicilié en France , âgé de
vingt-un ans accomplis;
Tout étranger âgé pareillement de vingt- un ans accomplis ,
qui depuis une année vit de son travail dans la République ,
et y est domicilié ;
Celui qui acquiert une propriété , et réside en France depuis
un an ;
Celui qui épouse une Française , et réside en France depuis
un an ;
Celui qui adopte un enfant ou nourrit un vieillard , et réside
en France depuis un an ;
Tout étranger enfin , qui sera jugé par le corps législatif
avoir bien mérité de l'humanité ,
Est admis à l'exercice des droits de citoyen Français .
Art . II. L'exercice des droits de citoyen se perd ,
Par la naturalisation en pays étranger ;
Par l'acceptation de fonctions ou faveurs émanées d'un gouvernement
non populaire ;
Par la condamnation à des peines infamantes ou afflictives ,
Il est suspendu ,
Par l'état d'accusation ;
Par un jugement de contumace , tant que le jugement n'est
pas anéanti .
CHAPITRE IV. De la souveraineté du peuple,
Art. Ir. Le peuple est l'universalité des citoyens Français
( 329 )
Il exerce sa souveraineté dans les assemblées primaires .
Il nomme immédiatement ses représentans .
CHAPITRE V. Des assemblées primaires.
Art. Ier. Les assemblées primaires se composent de citoyens
domiciliés depuis six mois dans chaque canton .
Les assemblées primaires sont composées de six cents citoyens
au plus , habiles à voter , et de deux cents au moins .
Ces assemblées sont constituées par la nomination d'un
président , de secrétaires et de scrutateurs. Leur police leur
appartient ; nul n'y peut paraître en armes .
Art . II. Les élections sont faites à haute voix ou au scru
tin , au choix de chaque votant .
Les assemblées primaires ne peuvent , en aucun cas , déterminer
un mode uniforme de voter.
Les scrutateurs constateront les citoyens qui , ne sachantt ]pas
écrire , voudraient voter à haute voix ou par le scrutin.
Les suffrages sur les lois sont donnés par oui et par non .
Le voeu des citoyens réuni en assemblées primaires , est proclamé
ainsi :
Les citoyens en assemblées primaires de ....
au nombre de ....
majorité de..
ont voté pour ou contre à la
PARIS , le 13 juin 1793.
Le nouveau projet de constitution , présenté par le comité
de salut public , est discuté , chaque jour , sans interruption ,
sans divagation , et chaque discussion amene un résultat :
avantage inappréciable qui , laissant entrevoir un terme prochain
aux maux de l'anarchie , calme les inquiétudes du peuple,
et ranime ses espérances,
Dans le plan du comité , de corps législatif est un , indivisible
et permanent sa cession est d'un an . Ses fonctions
sont de proposer des lois et de rendre des décrets. Les projets
de lois sont précédés d'un rapport. La discussion ne peut
s'ouvrir que quinze jours après le rapport . Le projet décrété
est imprimé et envoyé à toutes les communes de la république
sous ce titre loi proposée . 30 jours après l'envoi de la loi .
si dans dix départemens , une ou plusieurs assemblées primaires
n'ont pas réclamé , le corps législatif admet ou rejette
definitivement la loi . S'il y a réclamation , et que le corps
législatif persiste à proposer la loi , il convoque les assemblées
primaires .
(-330 )
Le conseil exécutif est composé de 24 membres . L'assemblée
électorale de chaque département nomme un candidat .
Le corps législatif choisit sur la liste générale les 24 membres
du conseil. Il est renouvellé par moitié à chaque législature . T
Un grand juré national est institué pour garantir les citoyens
de l'oppression du corps législatif et du conseil. II
' applique point les peines ; il renvoie devant les tribunaux .
Si dans la moitié des départemens plus un , une ou plusieurs
assemblées primaires régulierement formées , demandent la révision
de l'acte constitutionnel , ou le changement de quelques-uns
de ces articles , le corps législatif est tenu de convoquer
toutes les assemblées primaires de la République , pour savoir
s'il y a lieu à une Convention nationale.
COMMUNE. Conseil-général révolutionnaire.
Le comité central révolutionnaire , invité à rendre compte
des mesures qu'il a prises pour se procurer les preuves des
attentats commis contre la liberté par les députés mis en
arrestation , annonce qu'il a nommé une commission pour
recueillir toutes les pieces nécessaires au décret d'accusation ,
ainsi que les preuves suffisantes pour les faire punir.
Chaumette , pour prouver l'existence d'un complot contre
les patriotes , observe que d'honnêtes artistes se sont occupés
à faire des guillotines à trente colliers pour faire périr
tente personnes à la fois ; on lui a tenu ce propos en présence
du citoyen maire .
་
Le conseil- géuéral de la commune arrête qu'à l'avenir il ne
savait délivré de certificats de civisme et des passe- ports pour
sortir de Paris et aller s'établir dans les départemens qu'aux
personnes qui auront acquitté toutes leurs contributions et
notamment celles de 1792 .
*
Le procureur de la commune ayant demandé que les fonds
d'une souscription ouverte pour armer une frégate , fussent
employés à fonder des rentes pour les matelots de Paris blessés ,
et pour leurs femmes et leurs enfans , le conseil - général a
adopté cette mesure , et a nommé une commission pour en
remplir l'objet et la mettre à exécution ..
Le substitut du procureur de la commune requiert que demain
l'on procede à l'organisation de l'armée révolutionnaire ,
décrétée par la Convention nationale . Arrêté.
( 331 )
Des citoyens et citoyennes de couleur viennent réitérer dans
le sein de l'Assemblée , le serment qu'ils venaient de prononcer
au champ de la fédération . Le conseil a nommé une députation
à l'effet d'accompagner les citoyens de couleur qui doivent
présenter une seconde pétition à la Convention nationale ,
et a arrêté qu'il leur serait donné un guidon en place du
drapeau dont ils ont fait hommage au conseil .
Le citoyen Varles a lu sa rédaction des Droits de l'Homme ,
qui a été vivement applaudie
Le comité de salut public de la Convention nationale invite
le conseil à nommer des commissaires pour se concerter
avec lui sur les moyens de sauver la chose publique . Le conseil
nomme pour commissaire : Dunouy , Guyot , Jérôme ct
Perdrix .
Une députation de la section des Piques communique au
conseil une adresse de cette section aux 47 autres sections :
Freres et amis , dit- on dans cette adresse , la section des
Piques toujours attentive au maintien de l'équilibre qui doit
conserver l'unité , la liberté de la République et les droits
du citoyen , n'a pu apprendre sans douleur le décret de la
Convention nationale , relatif à la levée d'une troupe , soldée
dans Paris , sous le nom d'Armée révolutionnaire . " La section
des Piques déclare qu'elle n'accuse point ceux qui ont formé
ce projet d'une armée révolutionnaire , mais elle a contre ce
projet le droit de représentation si - tôt qu'elle le trouve suspect.
Elle termine en invitant les autres sections à nommer chacune
deux membres pour se réunir mercredi prochain à l'evêché ,
et y rédiger une semblable adresse qui sera portée de concert
à la Convention nationale . "
Le conseil reçoit avec plaisir la communication fraternelle
que lui fait la section des Piques,
Les commissaires de garde au Temple , ont informé le conseil
général que le fils d'Antoinette avait une hernie ; ils ont
proposé de le faire soigner par Piplé , bandagiste . Le conseil
a arrêté qne le bandagiste des prisons serait chargé de soigner
cette maladie.
Nombre des prisonniers détenus dans les maisons de justice du
département de Paris , le 6 juin 1793 .
".
Conciergerie .
Grande-force .
Petite-force ...
Ste .- Pélagie ...
Madelonnettes •
.322 .
..354.
129.
118 .
57.
( 332 )
Abbaye ...
Bicêtre .
8o.
228.
En état d'arrestation à la Mairie ..
22 .
Total ....
.1310 .
Etat des généraux qui commandent les armées de la République ,
et leur position.
Armées du Nord et des Ardennes . Général , CUSTINES . Quartier
général à Bouchain .
Armée de la Moselle . Général , HOUCHARD . Quartier général
à Sarrelouis.
Armée du Rhin . ALEXANDRE BEAUHARNAIS. Quartier général
à Weissembourg.
Armée des Alpes . KELLERMANN . Quartier général à Chambéry.
Armée d'Italie . BRUNET. Quartier général à Nice .
Armée des Pyrénées orientales. DEFLERS . Quartier général à
Perpignan .
Armée des Pyrénées occidentales . DUBOUQUET. Quartier géné
sal à Bayonne.
Armée des côtes de la Rochelle , depuis la Gironde jusqu'à
Nantes. BIRON . Quartier général à Doué .
Armée des côtes de Brest . , depuis Nantes jusqu'à St. - Malo,
CANCLAUX . Quartier général à Nantes .
Armée des côtes de la Manche depuis Saint - Malo jusqu'à
Dunkerque . FELIX WIMPFEN. Quartier général à Bayeux .
Extrait d'une lettre des commissaires de la Vendée .
Les plus grands malheurs nous menacent. Les brigands
ont de grands succès . Saumur est pris . La déroute de nos
troupes a été complette ; elles se sont repliées sur Angers et
Tours. Le général Menou vient d'arriver couvert de blessures .
Quand il sera pansé , il rendra compte des détails de cette
affaire. Envoyez -nous en poste des canons et des fusils et
des officiers - généraux . Cette déroute a été occasionnée par la
lâcheté de quelques bataillons . Le dessein des rebelles est de
se porter sur le département de la Sarthe , et de là dans la cidevant
Bretagne et Normandie.
DUNKERQUE.
"
Il est sorti du port de Dunkerque une flotte pour défende
nos côtes , composée de six voiles , savoir le navire la Re(
333 )
publique , commandé par le citoyen Castagner , commandant ,
armé de quatre canons de 24 et six de 10 ; la Constitution
commandée par le citoyen l'Hermite , armée de quatre canons
de 24 et six de 8 ; l'Egalité , commandée par le citoyen Larmel
, armée de deux canons de 24 et quatre de 8 ; la liberté
commandée par le citoyen Deriemeker , armée de deux canons
de 24 et quatre de 28 ; l'Argus , commandé par le citoyen Crixs ,
armé de huit canons de 6 ; et le Méfiant , commandé par le
citoyen Boudry , armé de six canons de 8.
NOUVELLES DES ARMÉES.
VALENCIENNES , le 4 mai.
Cette ville a encore deux portes de libres . L'ennemi a
essayé en vain de s'emparer des hauteurs d'Anzin ; il a été
constamment et vivement repoussé. Cette ville est bien approvisionnée,
et sa garnison est dans les meilleurs principes.Le camp
de Sézanne devient chaque jour plus nombreux . Les déserteurs
arrivent à chaque instant ici , et ils ne se passe pas de jours que
nos postes sur l'extrême frontiere , n'y amenent des prisonniers.
- L'abbaye des Prés à Douay , vient d'éprouver le même sort
que celui de Marquette à Lille . Le feu s'y est manifesté hier
matin , par la négligence , dit-on , des volontaires qui y étaient
casernés , et a consumé ce magnifique monument. L'arsenal
de cette ville expédie journellement pour les environs de
Cambray des pieces d'artillerie des plus forts calibres , et des
munitions en conséquence .
LILLE, le 8 juin.
Il paraît que l'ennemi veut nous attaquer sur cette partie
de la frontiere ; il tente à s'avancer sur notre territoire ; mais
il marche lentement , et toujours à l'abri des retranchemens
qu'il éleve chemin faisant. Trente mille hommes nous cernent
en ce moment , ils ont établi un camp entre Roubaix , Lannoy
et Vatrelos , qui est , suivant le dire des déserteurs , de
6000 hollandais . Il y en a un autre sur la partie opposée de
cette frontiere , non moins nombreux . Ces dispositions n'effraient
pourtant point le général de division Lamarliere , ni nos braves
légions sous ses ordres . Les retrauchemens élevés de toutes
parts , où l'ennemi pourrait nous inquiéter avec plus d'audace ,
approchent de leur perfection , et chaque poste est un fort ,
que , pour emporter , il faudra prendre d'assaut . Les déserteurs ,
nous arrivent en grand nombre.
THIONVILLE , le 6 juin.
Une épidémie continue de ravager le pays de Luxembourg ,
il paraît qu'elle est très -meurtriere ; mais les précautions ont
( 334 )
été si bien prises par le général Houchard , qu'il ne peut
y avoir aucune communication entre cette province autrichienne
et nos départemens limitrophes .
La division du général Laage , forte de 12 mille hommes ,
qui était campée à Forbach , est partie le 2 de ce mois , et
se dirige sur Longwi , où elle doit arriver le 5 : 2,500 hommes
de la garnison de Metz , qui sont partis aujourd'hui , vont
se réunir à cette division . Ce mouvement paraît occasionné
par celui des troupes autrichiennes , dont on dit qu'une colonne
se porte sur la frontiere . Mais tout doit nous rassurer à cet
égard. Les forces que l'ennemi pourrait détacher de sa grande
armée vers Thionville et Longwi , ne sont pas assez considérables
pour attaquer ces deux places .
NICE , le 28 mai.
Notre armée s'est réunie avec celle de Kellermann . Cette
jonction a produit les meilleurs effets . La division qui est
campée du côté de Saint- Martin d'Aost , et l'avant-garde de
Kellermann s'emparerent hier de la ville de Saint-Steve et du :.
fameux village de l'assiette . Nous avons gagné des - hauteurs
prodigieuses sans perdre presque personne : des poutres immen--
ses , garnies de grosses roches , étaient encore prêtes pour rouler
sur nous nous nous en sommes emparés par les hauteurs . On
a ensuite passé le défilé sans danger. Mille grenadiers ont traversé
à la nage ils ont trouvé dans l'Assiette , qu'on croyait
inaccessible , plusieurs émigrés et prêtres réfractaires . Nous
avons fait 200 prisonniers , pris 10 pieces de canons , 2000
fusils et 300 mulets à bat . Cet avantage peut avoir les suites
les plus heureuses . On doit tout attendre de l'excellent esprit
qui anime toute cette armée .
PERPIGNAN , le 2 juin .
Voici à - peu - près les dispositions des troupes espagnoles qui
sont dans les environs : 9000 au camp de Boulan ; environ 6000
autour de Bellegarde ; autant , à - peu-près , au camp d'Argelès ,
et 2000 entre Céret , Arles , Saint- Laurent , Palaldat , Pratsde
-Mallo et autres cantonnemens.
Notre camp est de 15,000 hommes ; l'avant-garde est de
4000. Les ennemis paraissent avoir conçu des plans audacieux
et vastes ; ils répandent leurs forces sur un grand cercle
qui embrasse tout le district de Céret , et ils commencent à
entamer celui de Perpignan . Leur camp de Boulan nous
coupe toutes les grandes communications avec Bellegarde ct.
le fort des Bains .
1
Le bombardement de Bellegarde est devenu un peu plus
chaud qu'il ne l'était d'abord . Au - dehors quelques pans de
( 335 )
muraille se sont écroulés . Voici la situation de cette place'
qu'on doit regarder comme une clef de la République . Elle est
située au-dessus du col de Pertuis , sur la frontiere de Catalogne
, entre Céret et la Jonquière . Les Espagnols la prirent
en 1674. Le maréchal de Schomberg la reprit l'année suivante .
Après la paix de Nimegue en 1679 , Louis XIV la fit fortifier
. Elle est aujourd'hui de la plus grande force.
Le commandant Dubois-Brulé , ainsi que toute sa garnison ,
demeurent tonjouus inébranlables dans la généreuse résolution
de s'ensevelir sous les ruines de la place .
L'armée d'Argelès a encore moins de succès . Les citoyens,
de Collioure , réunis à ceux de Bagnouls et une partie de la
garnison , ont fait des sorties si fréquentes et si vigoureuses
ils ont , si fort harcelé l'ennemi , qu'il a levé son camp de la,
Grange - de - Leclerc , et s'est replié sur le derriere d'Argelès ,
dans les Olivets de Camps .
:
On parle d'une flotte pour nous attaquer du côté de la
mer des voyageurs assurent que vingt vaisseaux de ligne ou
frégates sont sortis de Carthagene ; une partie de cette flotte
doit , à une hauteur déterminée , se détacher avec deux régigimens
espagnols , pour se rendre en Amérique ; le reste doit
faire voile vers les côtes de la France méridionale .
Avant- hier , le camp de Boulan s'est répandu en gros détachement
sur les campagnes qui avoisinent Thuir. Le bombardement
de Bellegarde continue.
Extrait d'une lettre des commissaires envoyés à Perpignan , du 6juin .
Le Fort- des- bains vient d'être pris avec sa garnison par les
Espagnols , faute de vivres . Il nous faut promptement des
troupes de ligne et de la cavalerie . L'ennemi est si nombreux
que nous ne pouvons être que sur la défensive . Nous requerrons
du secours par- tout .
BAYONNE , le 7 juin .
L 7
L'ennemi vient de forcer nos postes des montagnes . Nous
avons perdu beaucoup de monde. Le général Lagenetiere est
fait prisonnier.
Saint -Jean- pied- de- port va être assiégé . L'ennemi menace
aussi , Saint-Jean- d'Angely , et s'il s'empare de l'un de ces deux
ostes Bayonne sera assiégé.
Lettre du citoyen Vincent , ordonnateur de la marine au port de
Bordeaux , au citoyen ministre de la marine.
Bordeaux , le 6 juin .
Je vous rends compte de la rentrée dans notre riviere depuis
( 336 )
hier , du corsaire la Citoyenne Française , capitaine Dubedat , de
26 canons de 8 et de 12 en batteries , et des obusiers sur les gaillards
, après un glorieux combat qu'il a soutenu le 13 de ce mois
dernier , depuis six heures jusqu'à huit et demie du soir , contre
une frégate anglaise de 40 canons , par la latitude de 42 degrés
24 minutes nord, de 15 degrés de longitude méridien de Paris .
Le capitaine Dubedat a été tué dans le combat par un boulet qui
l'a frappé dans la poitrine ; le citoyen Rigal , son second , a pris le
commandement ; mais l'anglais ayant fait vent arriere , était
désemparé de son beaupré et de son mât de mizaine , la Citopenne
Française le poursuivait ; mais obligée de réparer toutes
ses manoeuvres hachées , elle a perdu l'ennemi de vue la nuit
sans le retrouver le lendemain. Elle a eu 16 hommes de tués
et 37 blessés . Elle doit mettre à terre 16 prisonniers anglais
que je ferai mettre au château du Ha .
Les anglais avaient à bord beaucoup de troupes , nous
leur avons tué beaucoup de monde ; veuillez solliciter la reconnaissance
nationale en faveur de l'épouse du capitaine
Dubedat.
F
Jer . 135.
( N°. 99. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 22 JUIN , l'an deuxieme de la République .
PÉTITION
(
Des jeunes filles de Soncy , au citoyen Loménie - Brienne ,
évêque du département de l'Yonne.
SAE Brienne , & vous qui , de bon coeur ,
Avez troqué , par prévoyance ,
Les vains titres de monseigneur ,
Et de grandeur et d'éminence
Contre celui d'évêque - citoyen ,
Qu'à tous égards vous méritez si bien
Vous qui , bravant de l'évêque du Tibre
Les canons encloués et son courroux papal ,
Avez su préférer au chapeau cardinal
Le fier bonnet de l'homme libre ,
Agréez la pétition
Que vous présentent quelques filles ,
Assez jeunes , assez gentilles
Pour mériter un peu d'attention .
A recevoir la confirmation
Notre pasteur avec soin nous prépare.
De nos plaisirs cruellement avare ,
Ce rigoriste , en son humeur bizarre ,
Jusques au jour du sacrement ,
t
De la danse interdit le doux amusement.
Quel mal donc à danser ce froid censeur redoute ?
Ce plaisir innocent doit-il être interdit ?
Non , certes , et le saint - esprit ,
Pour s'en facher , a trop d'esprit sans doute.
Quand le prophête - roi , dans un jour solemnel ,
Transporta l'arche d'alliance ;
Alors dansant lui - même au milieu d'Israël ,
David sanctifia le plaisir de la danse .
Franchement ne vaut-il pas mieux
Chanter , danser sous les yeux de nos meres ;
Qu'en secret aller deux à deux ,
Tome III .
N
( 338 )
Le long des buissons épineux ,
Cueillir les roses printanieres ?
L'herbe est hélas ! bien glissante au printems ;
Le sexe faible , et les bergers pressans :
Et sur ces rives bocageres ,
De mille oiseaux les essaims amoureux
Offrent en ce moment aux fragiles bergeres
Des exemples bien dangereux .
Pour prévenir quelque fâcheuse histoire ,
Rendez donc vite un mandement ,
Qui dans votre arrondissement ,
Malgré ces gens à robe noire ,
Permette au moins que l'on danse en tout tems
Puisqu'aujourd'hui Bacchus défend de boire ,
Et refuse aux humains ses aimables présens.
Oui , daignez à nos voeux pressans
Rendre au plutôt cette loi nécessaire .
Notre ménétrier jure et se désespere ;
Nos jeunes gens sont fort impatiens.
L'oisiveté des vices est la mere ,
Et Belzebuth est , dit - on , bien malin ;
Vous le savez , non par expérience .
Enfin , monsieur l'évêque , enfin
Permettez - nous le plaisir de la danse ,
Ou nous ne répondons de rien ,
Et ce sera sur votre conscience .
Ce que faisant , vous ferez bien ;
Et désormais avec reconnaissance
Nous chanteróns , au retour de la danse ,
Vive , vive à jamais l'évêque- citoyen !
"
Par le citoyen BENOIT-LAMOTHE . }
Couplets chantés aux noces du C ** , prêtre et ci- devant bénédictin .
AIR : Chantez , dansez , amusez - vous , etc.
ALLONS , messieurs , mariez - vous ,
Profitez d'un si bel exemple ;
Mariez-vous , rien n'est si doux :
L'hymen vous offre enfin son temple.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
2
( 339 )
A cette marque parmi nous
Bon pasteur se fera connaître :
Celui qui sera pere , époux ,
Doit passer pour le meilleur prêtre.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
Jesus l'a dit avec raison ;
Cette maxime est bien précise
Qui gouverne bien sa maison ,
» Gouvernera bien mon église . »
Honneur , etc.
Électeurs , juges des vertus ,
Songez aux prêtres qui sont peres ,
Mais dont les enfans reconnus
Ne feront point rougir , leurs meres .
Honneur , etc.
Allons , mes amis , réparons
Les pertes que cause la guerre .
Quand Mars dépeuple nos cantons ',
Vénus doit repeupler la terre.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
I
CHARADE.
DANS la gamme on voit mon premier.
་
C'est au milieu de mon dernier.
Qu'on entend sonner mon entier. ,
ENIGM E.
Idem. S
VIT-ON
IT - ON jamais chose pareille ?
J'ai le talon près de l'oreille ,
Tantôt blanc , tantôt gris , et le plus souvent noir.
La dépouille des morts forme tout mon avoir.
Z #
( 340 )
Mes Blancs sont un cachot d'une noirceur extrême ,
Où mon prisonnier vient s'enfermer de lui- même,
Je ne le quitte pas avec lui tour à tour
Je vais à la campagne , à la ville , à la cour.
Je me prête à ses goûts ; il marche sur ma trace ;
Mais je trouve bien dur de le suivre à la chasse .
J'en reviens harassé : ce turbulent plaisir ,
S'il revient trop souvent , me fait enfin périr.
Mais brisons là-dessus : il est tems de paraître .
Frappe du pied , lecteur , et tu vas me connaître .
LOGO GRIPHE.
BRAVES Français , vive la République !
C'est par moi seul qu'elle s'affermira.
Dans mes sept pieds on trouve une arme antique ;
Ce que jamais fillette ne dira ;
Une cruelle maladie ,
Un instrument de chasse ; un fruit du potager ;
Du corps humain la plus noble partie ;
Ce qui caché sous l'eau met la barque en danger ;
Ce qu'on met au carcan ; une couleur brillante ;
L'emblême qui nous peint la fortune înconstante ;
Une sorte de grains ; un bien presbytéral-,
Aujourd'hui bien national ;
Un El non lessivé ; plus l'effet ordinaire
De l'orage sur la riviere ;
Ce qui précede une grande maison ;
Le cri de maint cocher ; un adverbe ; un pronom ;
Un mot latin qu'on apprend en logique ; .
Pour lever les fardeaux une machine unique ;
Le plus infect des végétaux ;
Le plus riche dès minéraux ;`
Ce qui fait peur à l'enfant et l'amuse ;
Ce qui renferme des oiseaux ;
Un abreuvoir pour les chevaux.
Je finis ; tant de mots lassent enfin ma muse .
Par un Abonni
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 98.
Le mot de la Charade est Sage -femme ; celui de l'Enigme est Bonnet
de unit ; celui du Logogriphe est Plaisir dans lequel on trouve Paris.
( 341 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
1
Voyage en France , pendant les années 1787 , 88 , 89 et go ,
entrepris plus particulierement pour s'assurer de l'état de l'agriculture
, des richesses , des ressources et de la prospérité de cette
nation . Par Arthur Young, Ecuyer F. R. S. , membre de plusieurs
Académies . Traduit de l'Anglais par F. §. avec des notes
et observations , par M. de Casaux , et cartes géographiques de
la navigation et du climal . 3 vol . in - 8° . , prix 13 liv . brochés et
16 liv. 10 sols franc de port , pour les départemens . A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille.
LE projet de parcourir en tout sens l'étendue de 27 mille
lieues quarrées pour y observer tous les genres de culture
et en rapporter des observations sur ce qu'on fait , sur ce
qu'on ne fait pas et sur ce qu'on pourrait faire , demande
une patience , un esprit de suite et une sorte de ténacité qui
est bien dans le caractere anglais , et qui jusqu'ici nous a
manqué. C'est aussi ce qui leur a fait perfectionner avec le
tems tout ce qui concerne l'aisance , la commoditė , L'utilité
générale , tandis que nos progrès les plus marqués ne s'étendaient
que sur des jouissances et des rafinemens qui n'étaient
à la portée que du petit nombre . Long-tems en France on a
tout fait pour les riches , parce que le peuple y était compté pour
rien en Angleterre il est compté pour beaucoup , et il serait
bien tems qu'il en fût de même parmi nous . Hôpitaux , auberges,
voitures publiques , chemins , places au spectacle , tout est
encore à-peu-près dans ce même état d'imperfection grossiere
qui fait voir qu'un peuple ne sait pas se procurer ce qu'il lui faut ,
ne sait pas s'assurer ces jouissances faciles et de tous les
momens qui n'exigent pas les frais du luxe , mais seulement de
l'ordre , de l'attention , de la propreté et une dépense fort
médiocre en comparaison de tous les avantages qui en résulteraient.
Je ne dis pas que nous puissions nous en occuper
dès ce moment nous avons autre chose à faire ; je veux
dire seulement qu'il importe de savoir et de sentir que la
liberté est bonne à tout , qu'il n'y a aucune espece de biens
qu'elle ne doive effectuer , et que quand nous lui aurons
bâti sa maison , il faudra songer à l'orner , à la rendre com
mode et agréable.
Il nous faudrait des hommes comme Arthur Young , amoureux
du bien public , comme le sont les bons esprits , qui
Z 3
( 342 )
•
savent que dans ce bien public se trouve leur bien parti
culier . C'est un excellent homme que cet Young , un vrai philan
trope , passionné pour l'agriculture , la nourrice des états ,
la mere de tous les biens , et qu'un gouvernement sage doit
rendre de plus en plus féconde. Young qui voyageait chez nous
deux ans avant notre révolution , ne cesse de gémir dans son
journal sur tous les fléaux qui désolaient ce beau pays , et particulierement
sur tous les abus de la féodalité , aujourd'hui si
heureusement détruits . Il détourne les yeux avec douleur
de ces terreins immenses perdus en remises , en friches , en
avenues , en garennes , etc. Mais il s'épanouit à la vue d'un
champ de navets , d'artichauds , de pommes de terre , etc.
Cependant sa passion pour l'économie rurale ne l'empêche
pas de s'occuper des autres objets de l'administration publique
, du commerce , de la répartition des impôts , etc. Il
examine ce qu'était la France sous ces différens rapports , dans
les voyages successifs qu'il entreprit pour la bien connaître ,
et il en trace un résumé qui prouve qu'un étranger qui a
voulu voir par ses yeux peut apprendre bien des choses sur
la France aux Français qui ne l'ont étudiée que dans leur
cabinet.
Témoin de la révolution de 1789 , il y prend cet intérêt
que tout homme libre doit prendre à l'affranchissement d'une
grande nation . Mais il faut bien pardonner à un Anglais de ne
yoir rien de plus beau dans le monde que le gouvernement
de son pays à mesure que nous nous en éloignons , le bon
Young paraît se réfroidir un peu pour nous .
Il écrit d'ailleurs avec une simplicité , une candeur , une sorte
de bonhommie pleine de bon sens , dont le caractere aimable
n'est pas même effacé par tous les défauts de la traduc
tion , qui fourmille de fautes de langage , de mauvaises constructions
, d'anglicismes , et qui , vu le mérite intrinse que de
l'ouvrage , devrait bien être remaniée par quelqu'un qui connaissant
les deux langues , sût écrire dans la sienne ,
La prédilection de l'auteur pour le gouvernement Anglais
n'influe en rien sur l'examen détaillé du sol de la France ,
qui est le principal objet de son livre . Il en releve tous les
avantages ; il admire la beauté des sites et des aspects dans
plusieurs de nos provinces , et assure que cette espèce de
voyageurs qui ne vante jamais que ce qui est à quelques milliers
de lieues , ne trouverait rien au monde de si beau que
certains cantons de la France , s'ils étaient au -delà des tropiques.
•
Il n'est pas à beaucoup près si content de nos auberges de
route , et il n'a pas tout- à - fait tort . Il loue , il est vrai , les
desserts , les vins , les liqueurs et même les lits ; ce qui ferait
eroire qu'ils sont bien mauvais en Angleterre. Voici ce qu'il
( 343 )
lits ;
dit du reste Vous n'avez pas de salle à manger ; on vous:
" sert dans une chambre où il y a deux , trois ou quatre
", des appartemens mal meublés ; les murs blanchis ou cou-
" verts de différentes sortes de papiers dans la même chambre
, ou de tapisseries si vieilles que ce ne sont que des
nids à teigues ou à araignées , et les meubles sont si mau-
" vais qu'un aubergiste Anglais en ferait du feu . Par - tout ,
en guise de table , on met une planche sur des barres de
" bois croisées , qui sont si bien arrangées qu'elles ne laissent
de place pour les jambes qu'aux extrémités des chaises
, de chêne avec des fonds de jonc , et un dossier perpendi-
9 culaire qui ôte toute idée de se reposer après la fatigue .
" Les portes donnent de la musique en laissant entrer ; le
" vent souffle par toutes les crevasses , et les gonds écorchent
" les oreilles. Les fenêtres admettent la pluie avec le jour :
" quand elles sont fermées , il n'est pas facile de les ouvrir ,
" et quand elles sont ouvertes , pas aisé de les fermer. Les
сс
balais de laine ou autres et les brosses à frotter ne sont pas
,, dans le catalogue des articles nécessaires à une auberge
française . De sonnettes , il n'y en a pas ; il faut continuellement
s'égosiller pour appeller la fille , et quand elle
" paraît , elle n'est ni propre , ni bien mise , ni jolie . La
cuisine est noire de fumée ; le maître est en général le cuisinier
, et moins on voit de ses opérations , plus on est
,, dans le cas d'avoir appétit pour dîner ; mais cela n'est pas
" particulier à la France . Abondance de casseroles et de meu-
,, bles de cuisine de cuivre , mais pas toujours bien étamés .
,, La maîtresse ne classe pas la politesse et les égards pour
,, ses convives au rang des qualités nécessaires
" commerce . 9.
pour son
Il faut avouer que ce tableau , loin d'être chargé , est encore
fort adouci ; l'auteur pouvait y joindre bien des traits
encore plas choquans , la mal - propreté dégoûtante de la vaisselle
, du linge , des verres , des vases de toute espece , etc.
Quelle en était la cause la misere et sur- tout la crainte des
impôts on en eût écrasé l'aubergiste , s'il avait eu dans sa
maison un air de propreté qui eût supposé quelque aisance .
La liberté doit remédier à tous ces maux je dis la liberté ,
c'est- à - dire , l'ordre légal qui consacre le droit de propriété ;
car si l'on passe du despotisme qui menaçait les propriétés par
l'oppression , à l'anarchie qui les menace par le brigandage ; si ,
pour être bien logé , bien meublé , bien vêtu , on est coupable
ou suspect , on n'a fait alors que changer de maux . Heureusement
ce dernier est le pire de tous ; il est , de sa nature , intolérable
, et c'est pour cela qu'il ne saurait durer.
Dans un espace de douze lieues de pays , situé entre la
" Garonne , la Dordogne et la Charente , et conséquemment
dans une des plus belles parties de la France pour trouver
24
( 344 )
3
des débouchés , la quantité de terres en friche que nous
rencontrâmes est étonnante ; c'est le trait dominant du ter
rein dans toute la route . La plupart de ces landes appar-
, tenaient au prince de Soubise , qui n'en voulut jamais ven-
,, dre aucune partie . Ainsi toutes les fois que vous rencontrez
, un grand seigneur , même quand il possede des millions
,, vous êtes sûr de trouver des propriétés en friche.... Cherchez
le lien de leur résidence , quelque part qu'il soit , et
vous le trouverez probablement au milieu d'une forêt bien
" peuplée de daims , de sangliers et de loups . Ah ! si j'étais
seulement pendant un jour législateur de France , je ferais
,, bien danser tous ces grands seigneurs.
Notre Anglais écrivait ceci en 1787 : il a dû avoir satiśfaction
depuis et au - delà ; mais ce n'est pas le tout de rendre
des terres à la culture il faut y attacher le cultivateur , et
cela ne se peut faire qu'avec un bon gouvernement .
On ne sera pas étonné de l'indignation du voyageur sur
ces usurpations féodales qui stérilisaient la terre ; il n'y avait
qu'un cri là - dessus chez tous les gens qui pensent : voici une
observation beaucoup moins importante , mais qui surprendra
un peu davantage : 11 faut que je fasse une remarque sur
cette nombreuse table d'hôte , parce qu'elle m'a souvent
frappé c'est la taciturnité des Français. Je m'attendais , en
" eutrant dans le royaume , à avoir les oreilles constamment
rebattues par la volubilité et la vivacité de cette nation ,
dont tant de personnes ont écrit , étant , je m'imagine , aucoin
du feu en Angleterre . A Montpellier , quoique je fusse
une fois en compagnie de quinze personnes , dont quelquesunes
étaient des dames , il me fut impossible de leur faire
" rompre leur inflexible silence autrement que par
des monosyllabes
, et toute la compagnie avait plutôt l'air d'une
, assemblée de quakers que de la société mêlée d'une nation
,, fameuse par sa loquacité . A Nismes aussi , quoiqu'il y ait
,, à chaque repas une différente compagnie , c'est toujours la
,, même chose ; aucun Français n'ouvre la bouche. Aujour-
" , d'hui à dîner , désespérant de cette nation , et craignant
de perdre l'usage d'une organe dont ils avaient si peu
, d'envie de se servir , je me mis à côté d'un Espagnol , et
,, ayant été depuis si peu de tems dans son pays , je le
trouvai prêt à converser , et assez communicatif ; mais nous
" parlâmes plus à nous deux que trente autres . I LA .
C'est peut- être la premiere fois qu'on s'est plaint si amérement
de la taciturnité française. Il n'y a qu'heur et malheur :
il faut que le bon Young ait tombé dans un mauvais jour ,
soit à Montpellier , soit à Nismes. Il m'est arrivé aussi quelquefois
de diner à table d'hôte , et autant que je m'en souviens
, ce n'est pas du silence qu'on aurait pu se plaindre.
( 345 )
y
Autre remarque : Je rencontrai aujourd'hui un exemple
> " d'ignorance chez un marchand Francais , bien mis , qui me
" surprit. Il m'avait étourdi d'une multitude de folles questions
, et me demanda pour la troisieme ou quatrieme fois
,, de quel pays j'étais . Je lui répondis que j'étais Chinois .
Combien a- t-il d'ici à ce pays ? Deux cents lieues ,
, répliquai- je . Deux cents lieues ! diable ! c'est un grand chemin.
L'autre jour un Français me demanda , lorsque je lui cus
" dit que j'étais Anglais , si nous avions des arbres en Angle
terre . Je lui répondis que nous en avions quelques- uns .
"" --Si nous avions des rivieres ? Oh ! point du tout.
,, Ah ! ma foi , c'est bien triste . Cette ignorance crasse
" parée aux connaissances si universellement répandues en
" Angleterre , doit être attribuée , comme toute autre chose .
99 au gouvernement . "
29
-
com-
J'admets la conséquence ; mais le bon Young n'a - t-il pas
voulu s'égayer un peu malicieusement aux dépens de l'ignorance
françoise ? Je conviens que graces à la mauvaise éducation
, suite du denuement absolu d'une classe très - nombreuse
du peuple sous l'ancien régime , cette ignorance était grande :
elle l'est malheureusement encore , et c'est la cause la plùs
générale de tous nos maux . Mais il y a un excès de stupidité
qui par-tout est rare , et si notre voyageur s'est imaginé
qu'il trouverait communément parmi nous des gens capables
de demander s'il y a des arbres et des rivieres en Angleterre ,
nous croit un peu plus bêtes que nous ne sommes .
A propos d'ignorance , cette traduction ( dont je n'ai pas
voulu d'ailleurs examiner le style ) en offre un trait qui n'est
pas commun . « La maniere de vivre qu'adoptent ici les né-
99
:
gocians est très - luxurieuse : leurs maisons et leurs établissemens
" sont très-dispendieux ; ils donnent de grands repas , etc. 99
Il est clair que le traducteur a cru que luxurieux venait de luxe ,
quoiqu'il vienne de luxure ; ce qui est fort différent . Il s'en
serait apperçu , pour peu qu'il se fât souvenu de son catéchisme
et des commandemens de Dieu Luxurieux point ne
seras. Mademoiselle Luquet , la gouvernante du vieil abbé
Terrasson , le voyant fort mal , et en danger de mort , crut
devoir faire venir un confesseur , et d'autant plus que son
maître passait pour être entiché de philosophie . Le prêtre fit
quelques questions au malade qui s'y prêtait avec assez de
complaisance , et même de gaieté , comme on va le voir. It
lui demanda entre autres choses s'il avait êté luxurieux. Luxus
rieux ! ah ! c'est du plus loin qu'il me souvienne. Attendez : j'ai içi
une bonne gouvernante qui me sert depuis assez long- tems , et qui
pourra vous dire cela mieux que moi . Mademoiselle Luquet , ai-je
été luxurieux ? Cette petite histoire pourra peut-être apprendre
au traducteur ce que signifie luxurieux.
-
( 346 )
ANNONCES.
Les Nuits d'Young , en vers français , avec le texte de Letourneur
, et Télémaque , en vers français , avec le texte de Fénelon ,
notes et citations , poëmes , chacun de 24 chants , in - 12 , papier
vélin , presse de Didot. On souscrit à Paris , chez J. E.
Hardouin , auteur et éditeur , rue St. Antoine , nº . 64 , vis - àvis
celle de Fourcy , à raison de 6 liv. par volume des Nuits ,
et de 8 liv . par volume de Télémaque . On les trouve encore
à Paris , chez Girod et Tessier , rue de la Harpe , à côté de
celle des Deux -Portes ; chez Bailly , rue St. Honoré , barriere
des Sergens ; chez Royez , rue J. J. Rousseau , maison de
Bullion , et quai des Augustins , no. 52. Les deux premiers
volumes de chaque ouvrage paraissent , à raison de six Nuits
et de quatre chants de Télémaque par volume ; ce qui formera
4 volumes des Nuits et 6 volumes du Télémaque.
Traité du tribunal de famille , contenant une instruction détaillée
sur la compétence et les fonctions de ce tribunal , considéré
sous ses divers rapports , suivie d'un formulaire de tous
les actes et procédés d'instruction qui peuvent avoir lieu en ce
tribunal dans toutes les affaires susceptibles d'y être décidées ;
terminée par plusieurs décisions des comités de constitution
et conseil de justice . Par Guichard ( 3eme , édition ) , auteur
du Code municipa ' . A Paris , chez Devaux , libraire , palais
Egalité , no . 181 ; et Guichard , quai des Théatins . 2 l . 10 s . pour
Paris , et 3 liv . franc de port pour la province.
Euvres philosophiques de M. Hemsterhuys , 2 vol . in - 8°. A
Paris , de l'imprimerie de Janssen , cloître St. Honoré , et
se trouve chez Framard , commissionnaire en librairie , quai
des Augustins , no . 27 .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
L'IMPERA
ALLEM A G N E.
De Hambourg , le 29 mai 1793 .
' IMPÉRATRICE de toutes les Russies , et qui voudrait l'être
du monde entier , après avoir aggrandi ses domaines dėja trop
vastes pour être bien gouvernés , après y avoir joint la partie
la plus importante de la malheureuse Pologne , une seconde
fois démembrée par elle et par les descendans de ses premiers
complices , s'occupe du soin de laisser une postérité qui
puisse achever un jour d'exécuter tous les grands projets pour.
lesquels elle a ménagé des pierres d'attente , de compléter en
un mot l'édifice d'une puissance colossale , et d'offrir au monde
étonné le spectacle des glaces polaires et des riches et fécondes
campagnes de la Turquie d'Europe , même de celles
d'Asie , si l'on peut y parvenir , réunies sous le sceptre des
maîtres d'un peuple encore presque sauvage , puisqu'à peine
un siecle s'est écoulé depuis le tems où les Polonais et les
Suédois attaquaient ou du moins repoussaient avec succès les
entreprises de ce peuple alors ignoré dans l'Europe , qu'il fait
trembler aujourd'hui pour sa liberté.
-
Suivant des lettres de Pétersbourg du 17 mai , la princesse
de Bade doit faire le 21 de ce mois sa profession de foi sobemnelle
, en vertu de laquelle elle sera unie à l'église grecque .
Immédiatement après cette auguste cérémonie on celebrera les
fiançailles de la jeune princesse avec le fils aiué du grand - duc
de Moscovie . La bienfaitrice du ci-devant comte d'Artois
qu'elle a envoyé en Angleterre pour s'aboucher avec le cabinet
britannique , et animer par sa présence les émigrés Français
qui doivent seconder par des troubles intérieurs les attaques
extérieures des puissances coalisées auxquelles elle va tâcher
de prendre elle - même une part directe , a fait tenir à M. Dunda's
une riche tabatiere d'or ornée de son portrat on l'estime
20,000 roubles . C'est le présent donné à l'occasion de la siguature
du nouveau traité de commerce. On avait dit que la
défense d'introduire en Russie des matieres premieres et objets
de fabrique de France pourrait bien être levée ; mais c'était
un bruit sans fondement , sur- tout d'après ce nouveau traité
de commerce avec l'Angleterre ; en effet , à l'exception des
vins et de quelques autres articles de France , les Russes seront
approvisionnés par les Anglais de tout ce que leur industrie ,
encore dans l'enfance , ou la stérilité de leur sol ne leur permet
>
( 348 )
pas de se procurer : ils en seront quittes pour le payer un peu
plus cher. La haine de Catherine II contre tout ce qui tient
à la France est trop prononcée pour qu'elle permette l'entrée
des marchandises françaises avec lesquelles elle craindrait qu'on
n'importât dans ses domaines , qu'elle veut continuer de gouverner
despotiquement , le nouvel esprit dont la France est
animée. Voici les termes positifs de l'ukase qui a paru . Toutes
les marchandises de France sont prohibées ; les marchandises
manufactures qui viennent de France , et qui peuvent aussi
être fabriquées ceu d'autres endroits , doivent être munies d'une
attestation qui date de quatre mois après la publication de
cette ordonnance . Les marchandises glissées en fraude doivent
être détruités , et celles qui ne peuvent l'être ne seront point
vendues , mais seront rembarquées dans l'espace de 14 jours.
Les ravires qui sont partis de France depuis le 10 janvier ne
Fourront point décharger leurs marchandises , mais seront renvoyées
des ports de la Russie . Il ne sera permis que jusqu'au
1. janvier 1794 d'introduire des marchandises de soie , de
laine et de coton , ainsi que des bijouteries et autres objets
semblables . Mais aux frontieres cette ukase sera en vigueur
depuis le 1er juin de cette aunce . Toutes les marchandises
prohibées qui restent dans le pays seront timbrées de nouveau
; les magasins seront visités deux fois l'an .
d'après cette haine que l'impératrice envoie dans la Méditerranée
une flotte qui doit avoir à bord 12,000 hommes de
troupes de debarquement. Les trois divisions ont mis à la voilede
Cronstadt le 17 mai ; elle est attendue à Copenhague , où ,
vu la neutralité et sur-tout la crainte d'un ennemi puissant ,
on ne pourra refuser de la recevoir ; on assure que les Anglais
la France peut
prennent ces troupes à leur solde au reste ,
compter sur la neutralité du Danemarck , ainsi que sur celle
de la Suede qui manifesteraient même , en cas qu'ils pussent
se promettre de se voir appuyés , des sentimens encore plus
favorables à la République.
•
C'est
La Russie toujours prête à devenir l'ennemie de la Porte
Otomane , n'a pas pu l'engager dans la ligue presque générale
des rois . Ses démarchos à cet égard, auraient été suspectes
elle s'est contentée de faire agir l'Autriche , la Prusse et l'Angleterre
; car nous ne comptons pas l'Espagne , qui pourtant
a pris quelque part dans ces intrigues malveillantes . Il est certaiu
aujourd'hui que la Porte sentan combien elle doit redouter
l'Autriche et la Russie lorsqu'elles se réunissent pour
fui faire faire une démarche même avantageuse pour elle en
apparence , puisque les arrieres- pensées des deux cours sont
en derniere analyse d'en tirer parti , a su éviter le piege en
déclarant officiellement qu'elle resterait neutre : ce qui lui
mnage toujours la possibilité de renouer avec la France des
Faisons qui ont duré si long- tems , et qui sont réciproquement
si avantageuses aux deux etats .
( 349 )
&
Voici la piece où sont consignees ces dispositions pacifiques :
Il est de notoriété publique que la sublime Po te Ottomane
est amie des Français , et conséquemment à cette amitié,
elle croit devoir manifester que son intention est de garder
une parfaite neutralité dans la guerre qui vient de se déclarer
entre la France , l'Angleterre , la Hollande , la Prusse et l'Allemagne
pour cet effet , elle veut renouveller les ordres qui
ont tté donnés dans les guerres précédentes , et qui ont eté
communiqués aux ministres respectifs des puissances bellige
rantes ; il a été alors enjoint au capitan - pacha de veiller à ce
que les négocians et les bâtimens qui naviguént dans les mers
de l'Empire Ottoman , eussent à ne pas exercer des actes
d'hostilité sous le canon des châteaux , dans les ports et les
échelles , et à trois milles de distance en- dedans des côtes et
parages ; de s'adresser amicalement aux consuls respectifs pour
contenir ceux qui voudraient contrevenir à ces dispositions ;
de rechercher et punir rigoureusement les sujets de la sublime
Porte qui voudraient s'enrôler ponr la course ; de prendre
garde qu'aucuns sujets de sa hautesse ne chargeassent point
leurs effets et marchandises sur les bâtimens des puissances
en guerre , sans être munis d'une piece des consuls respectifs
; d'avoir soin que les commandans des vaisseaux de la
sublime Porte , qui pourraient se trouver présens dans une
action entre des vaisseaux des susdites cours , n'y prissent aueune
part , et de ne point témoigner la moindre partialité , ui
la moindre piéférence entre les uns et les autres . La sublime
Poite étant dans l'intention de suivre le même plan dans cette
guerre , elle a adressé le même commandement au capitanpacha
; elle en a fait part amicalement au chef des Français ,
afin qu'il en informe en France à qui de droit , que les puis
sances belligérantes étant toutes des amies , elle pretend rester
neutre dans cette guerre , et que voulant se conduire d'après
les principes de la neutralité , la France doit également sy
conformer. Le chef donnera à la sublime Porte sa réponse à
cette communication , pour être enregistrée dans les registres.is
Les états barbaresques , independans à la rigueur de la Porte
Ottomane , sans laquelle ils peuvent faire à leur gré la paix
ou la guerre , mais accoutumés à suivre l'impulsion donnée
par le chef de leur croyance , vont suivre cet exemple , du
moins si l'on en juge par la conduite du dey d'Alger . Il a réconnu
la République Française , les traités ont été renouvellés ;
il a promis de respecter son passe port , le consul de France
a été agréé , et cela au milieu des nouvelles les plus sinistres
pour la France qu'on répand journellement dans le pays .
·
Le sujet de cet écrit est que , l'an 1204 , au commencement
de la lune de Regieb , notre prédécesseur d'heureuse mémoire
Mahoumet - pacha , a renouvellé les anciens traités d'amitié et
de paix avec la France , et a promis d'en maintenir l'exécution
sans y apporter aucune infraction ; et actuellement le consul de
( 356 )
France nous ayant demandé que lesdits traités fussent renouvelles
, an même titre que par le passé , avec la République
de France , ce renouvellement vient d'être consigné ici cejourd'hui
ge . de la lune de Chewal de l'année de l'Egire 1207 , afin
que dans l'occasion on puisse y avoir recours , et agir en
conformité . Fait au commencement de la lune de Chewal ,
l'an 1207. Signé du sceau du dey accoutumé .
On mande de la capitale de l'empire turc , en date du 25
avril , que le capitan - pacha conduira incessamment une escadre
dans l'Archipel , pour y faire respecter la neutralité , et l'on
ajoute que de mémoire d'homme il n'y a fait aussi froid qu'actuellement.
La disette dans tous les genres de vivres est trèsgrande
et bien affligeante . Le pain est fort mauvais , et la rareté
de la viande , du bois et du charbon telle que souvent l'on
ne peut s'en procurer même à prix d'argent. Il n'y aura plus
moyen de tirer des grains de la Pologne ; mais l'on va profiter
de la permission donnée par l'empereur de s'en fournir
dans ses états . De plus , 15 vaisseaux vont rapporter des grains
de Warna ; d'ailleurs , on espere beaucoup cette année de la
récolte que promet l'Egypte.
On apprend par les derniers avis de Stockholm le prochain
départ du comte de Stackelberg , ambassadeur de Russie , qui
a eu le 23 mai son audience solemnelle de congé , où il a
mis beaucoup de magnificence . Le duc- régent et tous ceux
qui aiment sincerement leur pays le voient partir avec plaisir .
Ce prince compte rester au camp de Ladugar pendant le petit
séjour que le roi son neveu doit faire au château de Haga ,
à la suite duquel ils entreprendront le voyage instructif prémédité
dans les diverses provinces du royaume dont il est
-question déja depuis quelques mois. Les mesures de sûreté
n'en souffriront en rien , et les moyens d'amélioration pourront
y gagner beaucoup . Une partie de la flotille doit aller
à Abo dans la Finlande , où elle est attendue incessamment.
De plus , l'amirauté a désigné , pour la protection du commerce
, l'armement de quatre frégates , dont une ira dans la
Méditerranée . Outre la nouvelle forteresse frontiere , élevée à
Likala en Finlande , on en bâtit encore une nouvelle à Warkan
dans le Savolax. L'état recueille deja le fruit des sages dispositions
du régent. La seule branche des péages maritimes a
rendu , l'année derniere , un million et demi d'écus suédois.
Tandis que le frere de Gustave III rétablit , par son administration
prudente , un pays que l'ambition et l'humeur trop
belliqueuse du feu roi avait failli de perdre ; tandis que d'un
autre côté le Danemarck prospere sous une forme de gouvernement
faite pour effrayer quand elle est en de mauvaises
mains , puisque ce n'est rien moins que le despotisme absolu
confié , il est vrai , au prince par le peuple pour se retirer de
l'oppression où le tenait la noblesse , les satellites de l'im
( 351 )
9
pératrice de Russie achevent de façonner la Pologne at
joug de leur maitresse . Ils sont répandus dans tous les endroits
où se tiennent les assemblées primaires pour l'élection
des députés à la nouvelle diete que prépare le conseil permanent
, dont le rétablissement a été notifié au corps diplomatique
étranger par deux notes , l'une du comte Plater Castellan
de Throck , président par interim du département des affaires
étrangeres et l'autre du prince Sulkouski devenu grandchancelier
, sans préjudice de l'administration en chef du département
des affaires étrangeres , dont il a été aussi revêtu depuis.
Un des premiers actes de la nouvelle confédération générale
sous de pareils auspices a été de casser le décret lancé
par la diete précédente contre le prince Poninski qu'elle a
réintégré dans toutes ses dignités ; que l'on juge d'après cela
sur quels hommes tomberont les choix forcés par la présence
des troupes Russes , ou même nagueres Polonaises : car déja deux
généraux , 80 officiers de l'état -major , et 18,000 soldats tous
dans les nouvelles acquisitions ont prêté le serment de fidélité
à l'impératrice . Indépendamment de l'acquisition de cette
armée , les Russes ont trouvés à Kaminieck 400 canons , une
très -grande quantité de poudre , et des munitions de tout genre
pour un an.
La cour de Vienne vient aussi de notifier ses demandes . Mais
on ajoute qu'elle ne fera prendre possession des Waiwodies
de Cracovie , de Sendomir et de Lublin que lorsque certains
autres objets seront arrangés définitivement. Triste mais tranquille
spectateur de ce qu'on fait chez lui , sans lui et même
contre lui , le faible roi de Pologne , qui va bientôt n'être
plus qu'un gros seigneur de paroisse , a quitté Grodno pour
se rendre à Byalistock , terre appartenante à sa soeur.
Le roi de Prusse va , dit- on , jetter & Dantzick les fondemens
d'une puissance navale qui se bornera pour le commencement
à quelques galeres , chaloupes canonnieres et autres
petits bâtimens.
De Francfort-sur- le-Mein , le 7 juin.
On écrit de Vienne que l'impératrice est sortie pour la premiere
fois , après ses couches , le 20 du mois dernier . On a
mis beaucoup de solemnité dans cette espece de fête ; des illuminations
, des acclamations universelles ont accueilli la cour
impériale , qui doit être très - satisfaite des dispositions de ses
sujets . Peut-être s'altéreront-elles un peu par le rétablissement
de l'impôt du trentieme dénier sur les marchandises importées .
· des états héréditaires dans la Hongrie ; l'empereur Joseph
l'avait supprimé ; mais les circonstances impérieuses commandent
d'y songer . On évalue son rapport annuel à 5 ou 600,000
florins. On craint aussi beaucoup qu'il ne faille bientôt revenir
à la création d'un papier-monnaie pour subvenir aux frais de
( 35 )
la guerre. Dans ce cas , les dépréciateurs des assignats seront
trop heureux que leurs billets sans hypotheque ne perdent
pas plus que le papier de France.
-
L. M. accompagnées d'une petite suite , se sont rendues le
27 au château de Laxembourg. Il s'est encore tenu ces
jours derniers une grande conférence d'Etat , à laquelle l'empereur
n'a point assisté de peur de gêner les opinions ; le
résultat lui a été envoyé sur- le -champ. On assure que le
cabinet britannique n'approuve pas les mesures qui ont été
prises en Pologne ; et l'on ajoute qu'il coopérera de toutes ses
forces à faire attacher aux Pays-Bas la Flandre et le Hainaut
Français.
Le décret de ratification impériale , concernant les mesures
prises par la diete de Ratisbonne , rend compte de tous les
efforts que fait l'empereur dans les circonstances actuelles ; il
y est dit que les troupes que S. M. I. à fait marcher pour combattre
les Français , y compris celles qui sont en Italie , montent
à 225,075 hommes . On peut se permettre quelques doutes
sur l'exactitude de ce calcul . Il est pourtant vrai que l'Au
triche met depuis quelque tems beaucoup d'activitê dans ses
mouvemens militaires , et qu'elle tâche de suppléer à cet égard
à l'espece d'indolence de la Prusse , qui paraît avoir ralenti les
siens . Suivant les mêmes lettres de Vienne , trois bataillons de
grenadiers des régimens de Burger , St. Julien et Keating ,
sont partis d'ici le 24 pour se rendre aux environs de Mayence;
deux compagnies de bombardiers ont pris la même route ,
sans compter deux bataillons de grenadiers , partis le 27 avec
leurs bagages , mais pour les frontieres de la Baviere toujours
convoitée par l'Autriche.
De plus on trouve les détails suivans dans des lettres de
Juremberg , en date du 27 mai , dont la gazette de notre ville
fait usage .
Un corps de 26,000 hommes d'infanterie et de 4000 de cavalerie
, faisant partie de l'armée de réserve est en marche
pour les armées des Pays - Bas et du Rhin . Le bataillon des
grenadiers de Walsch a passé près de cette ville le 25 ; il a
été suivi hier par les bataillons des grenadiers d'Ulrich , de
Shmoltz , d'Attenis et d'Ulm . Au commencement de juin arriveront
les troupes suivantes les carabiniers d'Albert , un bătaillon
d'infanterie de Fr. Kiusky , un détachement d'artillerie
de 429 hommes et de 304 chevaux , un bataillon de Wenceslas
Colloredo , deux bataillons de Kaunitz , un de Klebck , deux
d'Archiduc Charles , un de Jordis , un de Grand- Maître Teutonique
, un de Charles Schroeder , de l'artillerie de réserve .
Les troupes suivantes passeront par la Souabe , savoir : les
carabiniers d'Empereur , un bataillon d'Olivier-Wallis , un de
Lasey , un de Huf , un de Mitrowsky , un d'Empereur et un
de Manfredini . 102 1590
Indépendamment de ces troupeszil passera encore par le
cercle
( 353 )
vercle de Franconie les suivantes , savoir : les cuirassiers d'Archiduc
François , un bataillon de Warasdins et un d'Esclavons
mais la marche de ces dernieres troupes n'est pas encore
réglée .
Voici le rapport détaillé que les ennemis des Français don
nent eux- mêmes de la surprise du camp Prussien à Marienborn
:
૨૦૩
CIE . d
mettre
S
ມ
02
Les Français avaient choisi la nuit du 30 au 31 mai , pour
exécuter le projet hardi d'enlever les généraux du quartiergénéral
de Marienborn ( le général Kalkreuth , le prince Louis
Ferdinand de Prusse , le duc de Weimar , etc. ) , et de
le feu au camp prussien . Cinq à six mille hommes de la gar
nison de Mayence furent détaches pour cette entreprise , tandis
qu'une canonnade terrible de Mayence répandait l'alarme dans
tous les camps en - deçà et en- delà du Rhin. Des paysans avaient
été commandés celle unit , pour deblayer une partie des
champs. Instruite de ces
dispositions , et ayant su se procurer
par trahison , le cri de guerre des Prussiens . Pavant-garde des
Français vint à minuit à Brezenheim , ayant leurs habits retournes
, et portant des torches de paille et des fagots , enduits
de poix et de soufre , passa tous les postes , se disant des
Paysans commandés pour le travail mentionne. Le greffer de
Nicdercolm les conduisait . Deux colonnes armées suivirent de
près , et se dirent des troupes impériales ; assertion que le
cri de guerre qu'ils 6frent confrmait. Ils
arriverent
ainsi dans le camp des cuirassiers de Weimar , des bataillons
de Vegener et de Manstein , entrerent dans les tentes des off
diers , en massacrant ou blessant tout ce qu'ils
rencontraient ,
tant hommes que chevaux . De-là ils se rendirent à Marien,
born , où ils ne causerent pas moins de parte. Leur eri , viuk
la nation ! fit bientôt voir à qui l'on avait à faire. Les PrussicDE
furent bientôt sur pieds et le prince Louis-Ferdinand , qui lear
était échappé avec grande peine , chercha à les couper, tandis
qu'un
détachement de hussards de Wurmser les repoussait
vivement L'ennemi fut enha obligé de se retirer en grande
hâte , sans avoir réussi dans ses desseins . Les Prussiens ont
eu 5 officiers et 59 soldats de tués ; plusieurs officiers , parma
lesquels se trouvent l'aide- de-camp - général et le prince Louis .
ainsi que 67 soldats , ont été blessés . Il y a 150 chevauk tang
tués que pris. Le général Kalkreuth , le duc de Weimar , les
généraux Manstein , Bosch et
Wolframsdorf ont perdu presque
tous leurs chevaux . Les Français ont laisse 800 moris ét blessés
sur la place , et on leur a fait prisonniers 2 officiers et 33 vol
dats. L'espion qui les avait conduits ayant été pris , a été
pendu dimanche. Il y a des soupçons que le ministre ou curé
de Marienborn. et le prévôt ont participé à la trahison ; aussi
Je premier a- t - il été arrêté : celui-ci s'est mis en sûreté en pres
mant la fuite ....
Tome III.
1040
354
Nota! Une lettre de Hochheim ne parle point d'habits
retournés , mais avoue bonnement que la négligence des postes
avancés des Prussiens , et des espions intelligens , ont facilité
l'entreprise des Français . Leur perte prétendue de 300 hommes
est évidemment éxagérée , celle des ennemis est dissimulée .
fa
Il est arrivé sur le Rhin près d'Ectwied 25 bateaux hollandais
, qui y ont conduit 12 pieces de canon de 24 livres de
balle , 20 de 18 , 14 obus de 18 et 8 mortiers ; cette artillerie
est destinée pour le siége de Mayence . 8000 Palatins et
Bavarois se sont aussi rendus à Oppenheim : ils occuperont la
pointe du Rhin. L'électeur Palatin ne croit pourtant rien faire
qui blesse la neutralité ; il a même déclaré de nouveau que ,
comme souverain , il n'exercera jamais aucune hostilité contre
la France , ni contre aucun autre voisin mais il ajoute que ,
comme membre de l'Empire , il ne refusera pas de remplir
ses devoirs constitutionnels . On nous annonce de Fribourg,
dans le Brisgaw , l'arrivée d'un grand nembre de pontons qui
ont été transportes dans la vallée de Kirchzart . Les troupes
se renforcent aussi de ce côte le corps d'armée sera porté à
36,000 homntes . On présume que le général Wurmser projette
une entreprise sur la Haute - Alsace , afin d'opérer quel
que changement dans l'armée Française du côté de Wissem-
Bourg: camp sera établi entre Pellingen sur le Rhin et
Neubourg
on désire qu'on puisse retarder la formation de
camp jusqu'après la récolte qui promet la plus grande
abondance.
ce
3
Le
D
2100E !
92
22990
191
443
3091925
*
18'il faut en croire des lettres de Cologne , il y regne parmi
les prisonniers Français une espece de maladie contagieuse ,
dont il perit de 15 à 20 hommes par jour la chose est pos
sible mais on ne conçoit pas pourquoi cette maladie se concentre
précisément dans les Français . Peut -être ne répand- on
cette nouvelle que pour en contre - balancer une autre plus
certaine , c'est qu'effectivement les Autrichiens perdent beaucoup
de monde dans le Luxembourg , par une maladie que
Fon attribue à la mauvaise qualité des vivres ..
inze mille hommes
de troupes Françaises
sont entrées
le duché de Deux - Ponts ; ils y ont même pris Carlesberg
, et s'y sont abondamment
approvisionnés
.
BROVINCES UNIES IT BELGIQUE,
124 .5
On mande de Bruxelles , en date du 3 de ce mois , qu'un
corps de 3000 hommes de troupes françaises est entré dans la
principauté de Chimai . Cette incursion leur a valu plus de
100 charriots chargés de toute espece de munitions de bouche .
Quelques malheureux bourgeois se sont fait tuer en voulant
1
( 355 )
prendre les armes pour résister à des forces trop superieures .
On a encore vu passer par cette ville le 1er , et le 2 plu
sieurs trains d'artillerie composés de pieces de siége , de
mortiers et d'obus , escortés par un corps de 5 à 6 cents
canonniers venant de la Bohême . Il a également passé mille
à douze cents hommes de divers régimens se rendant aux
frontieres . La moitié de l'armée de réserve qui est en marche
de l'autriche anterieure vient renforcer celle du prince de
Cobourg. Son quartier général est actuellement à Sébourg et
Jalain , celui du duc d'York à Famars , et celui du général
Clairfait à Hasnon et Aubry'; les Prussiens sont avec ce der
nier général .
Dumourier va chercher un asyle en Angleterre . On ne croit
pas que son caractere remuant et inquiet lui permette de s'y
retirer dans l'intention d'y vivre comme un particulier obscur.
Quelques personnes disent même déja qu'il doit se mettre à
la tète de l'armée royaliste et chrétienne des contre - révolutionnaires
de la Vendée ; ses projets sont douteux , mais son départ
ne l'est pas .
La légion d'émigrés Français formée en Angleterre dans le
même but , et commandée par le comte de la Châtre , vient
d'arriver à Ostende. Il parait que le stathouder , qui s'est si
bien trouvé d'employer des émigrés pour la défense de Maës
tricht , en à engagé quelques - uns au service de la Hollande
car on a vu passer le 28 par Tournay la seconde compagnie,
qui va rejoindre la premiere du côté d'Orchies. Le même jour
est entré dans cette ville un convoi considerable de munitions
de guerre il y avait entr'autres 4 obus et un corps d'artilleurs
Anglais , venant de Courtray et se rendant sous Valenciennes
à l'armée de leur nation .
ITALIE
.
E T SUISSE,
Des lettres de Milan parlent d'une fermentation sourde ec
-continue dans cette ville ; elles ajoutent qu'on arrête chaque
jour des personnes de qualité . Mais tout cela mérite confirmation
, ainsi que ce qu'on dit de Pavie où , s'il faut en croire
les mêmes lettres , les signes de mécontentement ne sont pas
équivoques. Des nouvelles plus certaines , c'est qu'il y a a
Milan un magasin de près de 50,000 sacs de blé qu'on doit
transporter à Turin , où la disette est telle que le pain des
soldats y manque quelquefois . On sait aussi que la désertion
a beaucoup affaibli les regimens de Belgiojoso et de Caprara ,
campés en face de Saorgio. Le roi de Sardaigne dont les
finances sont épuisées , et chez qui circule un mauvais papier
dans lequel personne n'a de confiance , voyant que les emprunts
ne lui réussissaient pas , a pris le parti de mettre ung
Aa &
356 )
taxe de 4 liv, par an pour chaque vache , 24 sols pour chaque
poule , 2 liv. pour chaque arbre de mûrier , et de 4 liv. de
Piémont pour chaque 25e , livre pesant de coton.
Il prend à son service pour 15 ans deux régimens Suisses ,
qui sont leves dans les cantons de Glaris et de Lucerne et les
terres du prince abbé de St. Gall. Les officiers qui les com
poseront ont presque tous servi en France . Voici les noms des
principaux Bachman , Bartes , Sartory , Zimmerman , etc.
On espere tirer grand parti des connaissances topographis
ques de ces messieurs . Au reste la grande armée de Pavie
que l'on fait actuellement manoeuvrer ne consiste qu'en 8000
hommes , dont le quart de cavalerie . Il y a de plus 8000 Autrichiens
déja réunis aux Piémontais sans compter quelques
bataillons d'invalides parsemés dans les garnisons des places .
Les lettres de Gênes annoncent que dans la nuit du 18 au 19
mai , le Pink gênois , faisant le service du courier d'Espagne avait
vu sortir de Barcelone quatre vaisseaux de ligne et deux frégates
qui portaient à toutes voiles vers une flotte composée
de dix vaisseaux Anglais et de plusieurs Espagnols sortis de
Cadix et de Cartagène , dont la réunion pouvait former une
quarantaine de bâtimens ; on leur supposait l'intention d'aller
porter des secours aux rebelles de l'ile de Corse à la tête
desquels est le fameux Paoli.
Depuis le démembrement de la Pologne et la prochaine invasion
de la Baviere ( car on envahira si l'on ne peut échanger , )
les agens impériaux auprès de la Suisse , osent prendre précisément
le ton qui en fit chasser autrefois les maîtres de leurs
ancêtres. Ils ont prétendu depuis peu exiger des Bâlois la
rénonciation au plus beau droit de l'immunité et de la souveraineté
du territoire Helvétique, Ils voulaient que leurs villes
fussent fermées aux déserteurs Autrichiens , et même qu'on les
leur rendit. On assure que les fils d'un bailli , qui s'est laissé
prendre dans un piege tendu par les Autrichiens à son innocente
crédulité , a préféré de subir le sort de Régulus plutôt que
de voir sa partie entachée par une condescendance aussi humiliante
, et par un atteinte à la neutralité aussi solemnellement
promise à la France. Cette conduite honore les Suisses ; elle
les montre fiers de leur liberté et dignes de la conserver.
ر
ANGLETERRE. De Londres , le 8 juin.
Le comte Stadion , envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
de l'empereur , a eu le 29 mai son audience de
conge , et le même jour le comte Stahremberg qui le remplace
a remis ses lettres de créance au roi .
( 357 )
L'île de Tabago , fertile en sucre et en coton , a été prise par
le major - général Cuyler sur les Français , auxquels les Anglais
l'avaient cédée après la guerre d'Amérique . Le gouver
nement vient d'en recevoir la nouvelle officielle . Le comman
dant trouvant les ouvrages français plus forts qu'il ne l'avait
cru , et n'ayant pas les moyens suffisans pour entreprendre
un siége , se détermina à tenter l'assaut qui fut donné de deux
côtés en même- tems avec beaucoup de vigueur. La faible garnison
Française se rendit prisonniere au bout de quelques.
heures ; elle avait déja 15 hommes tués ou blessés ; les assaillans
n'ont perdu que trois hommes , mais on leur en a blessé
24 , parmi lesquels deux officiers.
Un suicide assez extraordinaire vient d'avoir lieu . Le duc
de Sicigniano , ambassadeur de Naples , à peine arrivé dans
l'hôtel du sieur Grenier , dans Jermin's street , s'est fait sauter
la cervelle d'un coup de pistolet on ne soupçonne pas les
causes de cet acte de désespoir , d'autant plus étonnant qu'il
avait l'air d'être de sang- froid le quart-d'heure d'auparavant ,
et avait même commandé son dîner.
{
Le duc de Richmond , grand-maître de l'artillerie , chargé
du commandement des troupes qui doivent se rassembler en
campement , a choisi les environs de Tunbridge pour premiere
station de ces troupes , auxquelles on se propose de faire changer
plusieurs fois de place.
Le comte d'Artois n'est point venu à Londres ; Al est resté à
Hull sous le nom supposé de Louis Vassal , et n'y apas même pris
terre : craignant que ses créanciers ne le fissent arrêter , comme
ils en ont effectivement le droit , il s'est contenté d'envoyer à
Londres l'évêque d'Arras , venu avec lui de Pétersbourg ; en
attendant , on assure qu'il fait à Hull des emplettes considé
rables en armes , et guette l'occasion de passer en Bretagne
pour s'y mettre à la tête des royalistes .
Nous apprenons dans le moment même , que le général Valence
vient d'arriver dans cette capitale , pour préparer les voies
à Dumourier.
P. S. Les lettres de Vienne du 29 mai , c'est- à - dire les
nouvelles les plus récentes que nous avions de ce pays , annoncent
que le cabinet autrichien vient d'expédier à Cons
tantinople un courier porteur de dépêches d'une extrême
importance.
( 358 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE MALL'ARMÉ.
Séance du mardi , 11 juin .
Dans la séance de dimanche dernier , Guiomard avait demandé
que le comité de salut public fit le rapport annoncé par Barrere
sur les autorités constituées de Paris . L'Assemblée avait passé
à l'ordre du jour. Le secrétaire n'en ayant pas fait mention
dans le procès-verbal , Guiomard s'est plaint aujourd'hui de
cette omission . Il a demandé que le fait fût rétabli , car ,
a-t-il dit , je suis obligé de rendre compte de ma conduite à
mon département. La Convention a passé à l'ordre du
jour.
Les administrateurs du département de la Lozere ont rendu
compte de ce qui s'est passé à Mendes , quand Charier y est
arrivé à la tête des rebelles . Les marques d'incivisme qu'ont
donné les habitans de cette ville , les désordres auxquels ils
se sont livrés appellent sur eux la sévérité des lois . Les
administrateurs demandent que cette ville coupable soit declarée
en état de rébellion , et que l'administration soit établie
à Florac , où elle s'est transférée provisoirement.
L'Assemblée n'etant pas assez nombreuse , a renvoyé la
discussion de cet objet à un autre moment.
Les administrateurs de la ville de Villefranche , département
de l'Aveyron , écrivent que le recrutement s'est effectué avec
ardeur et célérité . Ceux de la ville de Vendôme se plaignent
des excès commis par le troisieme bataillon de Paris qui a
passé par cette ville . Ils donnent des éloges au bataillon du
Nord qui s'est opposé de toutes ses forces à ces désordres . --
Un membre a annoncé que le bataillon du Nord n'est pas
le seul qui se soit bien, montré ; le sixieme bataillon de Paris
et celui de l'Unité , ont rougi de l'erreur de leurs freres .
La lettre des administrateurs de Vendôme a été renvoyée au
comité de salut public.
Lacroix a demandé la parole pour une motion d'ordre
Plusieurs départemens , a-t-il dit , s occupent en ce moment
de prendre des mesures libertiçides. Plusieurs de nos collegues
provoquent eux-mêmes ces atteintes portées à la liberté .
Déjà plusieurs administrations de département , de communes
et de districts , ont réuni les assemblées primaires ; elles ont
suspendu l'envoi des contributions dans le trésor public .
Deja elles ne reconnaissent plus les décrets de la Convention ,
Bi la Gouvention elle -même. Déja , elles ont pris des mesures
( 359 )
tendantes à anéantir l'unité de la République. Plusieurs ont
entrepris d'ouvrir une correspondance avec tous les départemens
pour opérer une coalition . Je propose à la Convention
de décréter qu'il sera fait un appel nominal de tous les
membres de la Convention , pour connaître ceux qui sont
allés conspirer dans leurs départemens . Je propose de décréter
que ceux ci seront-déclarés déchus de leurs fonctions ,
et remplacé par leurs suppléans . Je demande qu'il soit défendu
, sous peine de mort , aux corps administratifs de
s'assembler , de délibérer , soit pour convoquer les assemblées
primaires , soit pour suspendre l'envoi des décrets de la Conj
vention. " !
Fonfrede croyait interprêter les véritables sentimens de
l'Assemblée , en pensant que tous ses membres voulaient
sauver à la France les horreurs d'une guerre civile . Mais il
disait que c'etait plutôt avec une véritable distribution de la
justice que par des mesures rigoureuses , qu'ils parviendraient
à calmer la République. Il pensait que l'intention de l'Assem
blée n'était pas d'enfermer quelques hommes , mais de les
juger ; de proscrire , mais d'entendre un rapport. Il proposait
non d'interrompre la discussion de la constitution , mais d'entendre
le rapport du comité de salut public au petit ordre du
jour. Les départemens , disait Fonfrede , en apprenant que
vous voulez punir les coupables , et innocenter ceux qui
auront été calomniés , ne verront la Convention que sous
l'emblême de la justice , et tous les mouvemens seront arrêtés .
" On vous parle sans cesse , a répondu Thuriot , de l'arrèstation
des 32 députés . On se plaint de ce que la Convention
a porté un décret lorsqu'elle nétait pas libre ; une
preuve convaincante qu'elle était complettement libre , c'est
qu'elle a excepté quelques individus de la liste qui lui avait
été présentée par la commune de Paris .
Je ne suis point alarmé des mouvemens qu'on parait
déterminer dans les départemens . J'assimile cette circonstance
à celle du 10 août , où des administrations étaient entrées
dans la conspiration de la cour des Tuileries', où des journalistes
infâmes corrompaient l'esprit public par leurs diatribes ,
et trompaient le peuple . Nous verrons aujourd'hui ce qui
arrivera alors . Ces perfides journalistes qui usurpaient la confiance
de la nation en accréditant leurs calomnies par leur
caractere de législateurs , perdront leur tête sur l'échafaud. ,,
,, Des administrations criminelles s'étaient coalisées pour
former des directoires qui avaient pour objet d'enlever à la
législature l'exercice de l'autorité que le peuple n'avait donné
qu'à elle . Les administrés ouvrirent enfin les yeux , et dénoncerent
les conspirateurs. Dans ce moment , les hommes
qui combinent des projets aussi coupables sont encore plus
perfides , puisqu'ils ourdissent dans le secret et sous le masque
de l'hypocrisie leurs complots , dont le but est de plonger le
A a 4
( 388 )
Hoignard dans le sein des patriotes . ( Un grand nombré de voix
C'est vrai. Citoyens , y a- t-il une autre autorité que la vôtre 2
( Plusieurs membres : Celle du peuple . ) Sans doute' ; mais vous
êtes la premiere des autorités constituées par le peuple . Mon
idée est celle - ci : dans quelles mains réside l'exercice de l'autorité
nationale ? Consultez le code des lois , lisez dans le code de
la raison. C'est à la Convention que le peuple a confié l'autorité
souveraine : ouvrez le code penal , vous y verrez que ce
fui-là est puni de mort qui ose faire un acte de souveraineté.
Des directoires de départemens se permettent de lever des
contributions , de s'emparer des caisses nationales , de lever
des armées , de les diriger à leur gré , n'attentent - ils pas à la
souveraineté ?
Thariot a fini par demander qu'on allât aux voix sur les
propositions de Lacroix . On a fermé la discussion . Plusieurs
épreuves ont été faites . Après d'assez vifs débats , le renvoi
aux comités de salut public a été décrété .
On s'est ensuite occupé de la constitution . Plusieurs artieles
ont été adoptés après une legere discussion . Voyez le
dernier numéro. )
16
6 .
}
Séance du mercredi , 12 juin.
On fait lecture d'une lettre de Brissot , datée de Moulins
le 10 juin . (Voyez la notice de cette séance dans le dernier numéro . }
Une dépuration des corps administratifs de Versailles vient
faire part à la Convention de leur réponse aux invitations qui
leur ont été faites par les départemens de l'Ile et Vilaine ,
du Morbihan et du Finistere , de se joindre sous leurs bannieres .
Non , citoyens , ont-ils répondu , nous n'adopterons point
vos mesures ; nous les repoussons avec le sentiment d'une douleur
profonde , et nous espérons que vous -mêmes , après une
plus mure réflexion , vous y renoncerez pour le salut de la
patrie. Que faites-vous ? Vous voulez élever un autre centre
de puissance ? Vous voulez constituer deux assemblées représentatives
? Comment espérez - vous les voir subsister sans voir
aussi avec elles la guerre civile , sans détruire cette unité , cette
indivisibilité de la République que vous avez jurée , et que vous
voulez maintenir ? Non , vous n'exécuterez point ces crimi
nels desseins ; vous apprendrez que la Convention est libre et
que l'arrestation de quelques-uns de ses membres ne détruit
pas la majorité. Si ces membres sent innocens , laissez éclater
leut innocence...... 9 La Convention a décrété la mention how
norable , l'impression et l'envoi de cette adresse .
-
Le maire de Paris , à la tête de la municipalité , vient fėli
eiter la Convention de la célérité de ses travaux sur la constitution
, et lui présenter l'hommage de sa reconnoissance .
Le département de Paris vient soumettre à l'examen de l'Assemblée
un arrêté qu'il a pris , dès que les nouveaux suceès
( -3615)
des rebelles lui ont été connus. ( Voyez la notice de cette séance
dans le dernier numéro . )
· ·Pénieres s'est plaint du silence du comité de salut public
sur les échecs que nous venons d'éprouver dans la Vendée .
Barrere , après quelques débats , a pris la parole pour justi
fer le comité , qui ne s'est point amusé à faire la relation de
nos revers , mais qui s'est occupé des moyens nécessaires pour
les réparet. -Si nous avons essuyé des pertes dans la Vendée
et sur les frontieres de Pyrénées , l'armée de la Moselle
a remporté une victoire éclatante à Arlon. ( Voyez nouvelles des
armées . )
Les administrateurs du département de la Gironde écrivent
de Bordeaux , en date du 8 , qu'au milieu des troubles causés
par les arrestations des députés , les citoyens de Bordeaux se
porterent en foule à la demeure des représentans Ichon et
Dartigoyte , qui se préparaient à partir pour Paris . Leur caractere
fut respecté , et la municipalité prit tous les moyens
pour que leur départ n'éprouvât aucun obstacle . Cependant on
fut informé dans l'après - midi que leur départ avait éprouvé
quelques difficultés ; dès le soir les sections prirent une délis
beration sur cet objet. Sur vingt - cinq sections , vingt furent
pour que le départ eût lieu , les autres déciderent qu'elles sui
vraient le voeu de la majorité . Les administrateurs en rendant
compte de ces faits , demandent à la Convention de leur donuer
la plus grande publicité , afin que la République connoisse
les principes des habitans de Bordeaux . La Convention
a ordonné l'insertion de cette lettre au bulletin , et mention
honorable de la conduite des citoyens de Bordeaux .
Barrere fait ensuite part à la Convention d'une lettre que
le comité de salut public vient de recevoir de Lindet , représentant
, où il annonce qu'à Lyon il n'y a pas de tendauce à
l'état contre- révolutionnaire : c'est à tort qu'on a voulu en
accuser les citoyens de cette grande ville . Toutes les bouches
y proclament l'unité et l'indivisibilité de la République.
La lecture de toutes ces dépêches achevée , Barrere a annoncé
que les pouvoirs du comité finissaient , et il a proposé de les
renouveller ou de les continuer , La Convention a confirmé
les pouvoirs du comité pour un mois , et a nommé , à la place
de Lindet, et Treilhard , les citoyens Saint-André et Gasparin.
On a continué la discussion sur la constitution .
Séance du jeudi , 13 juin.
D'après le rapport du comité d'instruction publique , la Convention
a décreté qu'il sera ouvert un concours pour l'exécution
des livres élémentaires qui doivent servir à l'instruction
publique , et qu'il sera formé une commission pour juger de
la priorité , et recueillir les extraits des meilleurs ouvrages en
ce genre..
Une députation de la société populaire de Vernon vient
( 362 )
dénoncer un arrêté du département de l'Eure , qu'elle attribué
aux instigations de Buzot et de plusieurs de ses complices qui
sont actuellement à Evreux . Les pétitionnaires , après avoir
Juré que si jamais ils marchaient contre Paris , ce ne serait
que pour y embrasser leurs freres , demandent la cassation des
autorités constituées qui ont donné leur adhésion à l'arrêté
qu'ils dénoncent , et que voici ,
10. L'assemblée déclare qu'elle est convaincue que la Convention
nationale n'est pas libre .
go. Il sera organisé , concurremment avec les citoyens des
autres départemens , une force armée , pour marcher , en tout
ou en partie , contre les factieux de Paris qui ont enchaîné la
liberté de la Convention , et réduit au silence des bons citoyens,
39. Cette force armée sera de 4000 hommes pour le département
de l'Eure . .
4º . Il sera établi une correspondance avec tous les départemens
, pour les inviter à se joindre au département de l'Eure.
59. Il sera envoyé une adresse à toutes les communes
des départemens , pour demander leur adhésion aux mesures
contenues dans le présent arrêté.
6. Il sera envoyé des commissaires dans les départemens du
Calvados , d'Eure et Loire , de Seine inférieure , et de l'Orne ,
pour concerter ensemble les mesures d'exécution .
7. Il est ordonné aux municipalités d'arrêter ceux qui prês
cheraient la doctrine de l'anarchie , le meurtre et le pillage .
-
――
Une députation du district d'Andely protesta aussi contre.
l'arrêté du même département . Plusieurs membres demandaient
le renvoi de ces dénonciations au comité de salut public.
Lacroix a observé que cela était inutile , parce que les
faits dénoncés n'avaient pas besoin de développemens et parlaient
assez d'eux-mêmes .
Duroy dépeignait Buzot comme
un ambitieux , un complice de Dumourier et concluait au
décret d'accusation . La discussion a été interrompue par la
lecture d'une dépêche du général Wimpfen qui annonce que
administration du Calvados , pour se garantir la sûreté des
membres de la députation de ce département , a mis en ar
restation deux députés qui se trouvaient à Caen , Prieur et
Rome ,
----
Après de vifs débats , et sur les observations de Barrere et
de Danton , la Convention a rendu les décrets suivans ;
Premier décrct .
La Convention nationale décrete d'accusation le citoyen
Buzot , membre de la Convention nationale , retiré à Evreux ,
et renvoie au comité de salut public pour lui faire un rapport
sur les autres députés qui sont réunis dans la même
ville .
( 363 )
Second decret.
La Convention nationale décrete qu'il y a lien à accusation
contre les administrateurs et autres fonctionnaires publics du
département du Calvados , qui ont signé l'ordre d'artestation
des représentans du peuple , envoyés près l'armée des côtes de
Cherbourg. Il sera formé sans délai une commission composée
des membres qui sont restés fideles à leurs devoirs , et n'
pas signé l'arrêté dn 9 juin , et en outre , d'un membre choisi
dans chaque administration de district dudit département du
Calvados .
n'ont
Renvoie toutes les autres propositions au comité de salut
public .
Troisieme décret.
La Convention nationale casse et annulle les arrêtés pris par
l'administration du département de l'Eure , le 7 juin présent
mois. Les membres de ce département qui ont concouru auxdits
arrêtés , sont suspendus de leurs fonctions . Ils seront mis
en état d'arrestation et traduits à la barre. Le siege de l'administration
du département de l'Eure , fixé dans la ville d'Evreux
, sera provisoirement transféré à Bernay. Il sera formé,
sans délai dans cette ville , une commission composée des
membres de l'administration , qui sont restés fideles à leurs
devoirs , et en outre d'un membre de l'administration de
chaque district de ce département , qui n'auront point concouru
à cette délibération .
Quatrieme décret.
La Convention nationale déclare que , dans les journées
des 31 mai , 1er . , 2 et 3 juin , le conseil géneral révolutionnaire
de la commune et le peuple de Paris ont puissamment
concouru à sauver la liberté , l'unité et l'indivisibilité de la République.
?
On fait lecture d'une lettre qui donne des détails sur là
prise de Saumur , et rend compte du dévouement généreux
d'un gendarme. Voyant le cheval de Bourbotte tué sous lui
et ce député pressé par les rébelles , il saute à bas du sien ,
et le lui donne en disant : J'aime mieux être pris ou tué
que de voir un représentant du peuple tomber entre les
mains des brigands . La Convention accorde une somme de
1200 liv. à ce brave citoyen , et le recommande au ministre
de la guerre..
Barrere au nom du comité de salut public , fait nommer
pour général de l'armée du Rhin , Houchard , pour minisire
de la guerre , A. Beauharnais , et pour ministre des contributions
publiques , Destourmelles .
( 354 )
Séance extraordinaire du jeudi soir.
Collot d'Herbois a été elu président . Les nouveaux secré.
tires sont : Lacroix , de la Marne , Gossuîn et Laloi .
Des députés du département de la Sarthe , menacés par les
rebelles , demandent des armes et des munitions . Renvoyé au
comité de salut public. On renvoie au même comité une dénonciation
faite par des citoyens duJura , d'un arrêté de ce dépar
tement, qui ordonne aux suppléans de se rendre à Bourges ,
et enjoint aux caisses de district de ne plus rien verser au
trésor public , jusqu'à ce que les députés détenus soient mis
en liberté , et déclare qu'il ne reconnaîtra point les décrets
sendus depuis le 31 mai.
Sur la proposition de Lacroix , la Convention a décrété que
les députés qui ont fui et se sont soustraits à l'arrestation
prononcée contre eux , seront remplacés , et que leurs suppléans
seront appellés à cet effet .
Sur la motion de Chabot , elle a ordonné l'élargissement
des membres des sociétes populaires , arrêtés par les adminis
trations inciviques , pour la seule cause de leurs opinions.
Séance du vendredi , 14 juin.
PRÉSIDENCE DE COLLOT D'HERBOIS.
On fait lecture d'une lettre de l'armée d'Italie . Voyez les
nouvelles des armées . )
L'administration de police de Paris envoie l'état des prisonniers.
La commune d'Amiens dénonce à la Convention une déclaration
des députés du département de la Somme. On fait
lecture de cette déclaration , elle est ainsi conçue .
66 Les événemens du 31 mai et du er . jain sont connus.
la liberté de la Convention fut violée dans ces deux jours ; le
jain , sur-tout , fut un jour de deuil , ou plutôt dans ce jour
déplorable il n'exista point de représentation nationale . Une
force armée assiégeait le temple de la liberté , par ordre de la
commune. Ces citoyens armés ne savaient pas pourquoi ils
étaient sous les armes ; il ne fut permis à personne de sortir ,
pas même pour satisfaire aux besoins les plus pressans de la
nature .
Ce fut sons la bayonnette et la bouche du canon que la
Convention porta le décret d'arrestation contre 28 de ses
membres. La commission des douze ne put obtenir la parole ;
sans les entendre , ils furent jugés , cassés, arrêtés , incarce
rés ; voilà comment une municipalité ambitieuse fit déclarer
coupables nos représentans innocens . "
" Les soussignés doivent déclarer à la France entiere qu'ils
nout point pris part à la délibération , que le décret porté
contre les députés détenus fut l'ouvrage de la force , et qu'enfin
( 365 )
s'ils restent à leur poste c'est pour y mourir la liberté. 17
pour
Les administrateurs de la Somme ont publié qu'ils adhé
raient à cette délibération , et en ont ordonné l'impression ; la
commune d'Amiens au contraire s'est empressée de protester
contre , et le peuple , dit- elle , en a fait publiquement justice
en la livrant aux flammes.
D'après le rapport de son comité de salut public , la Con
vention a décrété la suspension et la traduction à la barre des
administrateurs de la Somme.
Les corps administratifs et judiciaires de Metz applaudissent
à toutes les mesures prises par la Convention.
Le département de la Manche a juré de défendre la représentation
nationale , et de faire exécuter ses décrets , s'en
rapportant à la Convention sur le jugement des membres détenus.
-L'Assemblee décrete que le département de la Manche
a bien mérité de la patrie.
Un membre , au nom du comité de salut public , et d'après
les mesures proposées par le département de Paris , fait adopter
le projet de décret suivant : 1 °. Un corps de 1000 hommes ,
composé de canonniers , partira sous 24 heures de Paris , avec.
48 pieces de canon , qui seront fournies par les 48 sections.
2º. Des canons seront tirés de l'arsenal et des fonderies pour
les rendre aux sections . 30. Des commissaires de la Conven
tion se rendront à Orléans pour observer la marche des rebelles
, et prendre les mesures les plus nécessaires. Les armes
et munitions sur la route et dans les camps sont en réquisition.
40. Il sera envoyé à la Convention un état journalier de toutes
les réquisitions . 5 °. Le ministre de la guerre rendra compte
sous trois jours de l'état des manufactures de Paris , et sous
huit jours de celles de la République. 6º . Toutes les manufactures
de Paris sont converties en manufactures d'armes.
. Il sera nommé un commissaire pour surveiller les manu
factures de Paris. 8° . Les corps administratifs feront exécuter
en diligence le présent décret .
te
Boyer-Foufrede annonce à l'Assemblée qu'il a reçu des citoyens
de Bordeaux qui combattent les rebelles de la Vendée ,
une pétition dont il demande , à cause de son étendue ,
envoi au comité de salut public . Ces braves volontaires ,
dit Fonfrede , se plaignent des vexations qu'on exerce contre
eux. Ils se plaignent de ce qu'on les laisse manquer de mdnitions
. En un mot , ils sont dans un état déplorable , et ils
ne s'apperçoivent pas que l'on s'occupe de leur fournir de
dont ils ont besoin. La Convention a décrété le rentoi de
la pétition au comité de salut public .
On a repris la discussion sur la constitution .
Séance du samedi 15 juin.
On fait lecture d'une lettre du général Custines , datée de
( 366 )
Cambray le 14 juin. Citoyens représentans , écrit Custines ,
mes talens militaires sont calomniés ; je laisse à la postérité
et à l'Europe à les juger..... Dites à ces hommes soudoyés
peut-être par les cabinets de St. James , de Vienne et dé Berlin
, qui cherchent à fatiguer ma constance et à me décider
à abandonner la défense de ma patrie , qu'ils n'y réussiront
jamais. Dites leur que par mes attentions et malgré tous les
efforts de la calomnie , je saurai toujours mériter la confiance
des vrais soldats républicains . Jamais je n'abandonnerai le
poste que m'a confié la nation , que dans deux circonstances ;
la premiere , lorsque les agens du conseil exécutif entraveront
mes démarches , en mettant en péril l'armée qui m'est confiée ;
la deuxieme , lorsqu'ayant perdu la confiance des représentans
du peuple on de l'armée , je ne pourrai plus en effet lui être
utile . Mais toutes les furies vomies par l'enfer pour semer
parmi nous la discorde , seraient- elles réunies pour exhaler
sur moi seul les poisons de la calomnie , l'on ne me verra pas
moins tranquille et serein , combattre avec une égale fermeté
et leurs impostures et les ennemis de ma malheureuse patrie. 1
Cette lettre a été renvoyée au comité de salut public .
Une députation d'une commune du département de la Creuze
présente à la Convention le tableau des besoins qu'elle éprouve
, ainsi que tout le département. Le commerce s'approvi
sionnait en grains ; mais la loi qui en ordonne la taxation a
tari cette source de la prospérité de ces contrées stériles .
L'inanition ravage les familles et répand de tous côtés la langueur
et la mort. La députation sollicite le rapport d'une loi
qui leur est si funeste. Un membre propose , par amendement
, qu'en laissant subsister cette loi pour les départemens
fertiles ; elle soit modifiée en faveur de ceux que le commerce
alimentait. Sur la proposition de Thuriot , la Convention
a décrété le renvoi au ministre de l'intérieur , qui , sous 24
heures , rendra compte des mesures qu'il aura prises pour approvisionner
les départemens qui réclament .
-
L
Boyer Fonfrede invite la Convention à étendre à chaque
département une mesure adoptée par ceiui de la Gironde , en
' autorisant les municipalités à accorder une prime de 15 sols
pour chaque boisseau de pomme de terre , recueilli sur leur
territoire . L'examen de cette idée est renvoyée au comité d'agri ,
culture.
Berthier , au nom du comité de salut public , a fait un rapport
sur les faits imputés à Duchâtel , membre de la Convention.
Il résulte de la déclaration de Choudieu et de Bourbotte ,
que Duchâtel à parcouru plusieurs départemens occupés alors
par les rebelles , et qu'on a trouvé depuis , dans la poche d'un
de leurs chefs , une lettre de ce député , qui prouve une intelligence
avec nos ennemis . La Convention porte le décret
d'accusation contre Duchâtel .
On reprend la discussion sur la constitution .
( 367 )
Stance du dimanche 16 juin .
La société répulicaine de Calais fait passer à la Convention
l'expression de son voeu pour le maintien de la République
une et indivisible."
Les administrateurs du district de Chaumont , convaincus
que la France ne peut être heureuse que sous un gouvernement
républicain , un et indivisible , adherent formellement à tout
ce qui s'est passé à Paris dans la journée du 31 mai . « Un sysa,
tême de fédéralisme , disent- ils , avait été astucieusement com
biné pour ramener les Français sous le joug du despotisme
ce plan avait été soutenu par l'éloquence perfide de quelques
députés ; mais les décrets du 2 juin ont étouffé tous ces projets ,
liberticides ... )
Un député extraordinaire de la Correze vient solliciter des
encouragemens pour la manufacture de Tulles. I remet
ensuite un arrêté de son département , par lequel il a refusé ,
d'adhérer à la fédération qui lui a été proposé , par les
départemens de la Côte - dor et de la Haute -Vienne . Les admi
nistrateurs de la Correze veulent l'unité de la République . Ce
département a déja fourni de nombreux défenseurs ; les con
tributions y sont religieusement payées ; le pain y vaut 10 sous
la livre ; mais ni les intrigues des malveillans , ni les horreurs de
la famine ne pourront leur faire violer leur serment de vivre
libres ou mourir. Mention honorable . -
L'Assemblée a ratifié la convention faite entre Louis - François
-Joseph Conti et le ci -devant roi , par laquelle le ci - devant
prince , cede au ci - devant roi , ses biens moyennant une
rente viagere ; en conséquence , les biens de Louis- François
Joseph Conti , font partie des domaines nationaux , et ses
créanciers , pour être liquidés , suivront la même marche que
les autres créanciers de la République .
Une députation de la conimune d'Auxerre , dépose sur
le bureau plusieurs dons patriotiques ; elle donne son adhés
sion aux décrets du 2 de ce mois , et félicite les représentans
du peuple des mesures salutaires qu'ils ont prises pour chasser
de leur sein , la discorde . --Mention honorable,
La Convention , après avoir entendu le comité de législa
tion sur le mémoire du ministre de la justice , touchant le
sort des prisonniers élargis à la suite des évenemens des 2 et
3 septembre dernier , a décrété que ceux qui ont été élargis ne
pourront être poursuivis pour les mêmes faits qui auraient donné
lieu à leur détention , et que ceux qui ont été arrêtés pour les
mêmes faits , seront mis en liberté , a l'exception néanmoins
des prévenus d'assassinat , de vol , de faux brevets de la
nation , de fabrication de faux assignats et de conspiration
contre la sûreté intérieure et extérieure de l'état.
Gasparin , rapporteur du comité de salut public , a fait
adopter le projet de décret suivant.
((368 )
Art. Ier. Les François ou étrangers convaincus d'espionage
dans les places fortes et dans les camps , seront condamnés
'à mort.
II. Ils seront jugés par une commission militaire formée ,
suivant la loi du .... , contre les émigrés pris les armes à la
main. 1
i Le ministre de l'intérieur est venu présenter un tableau
des secours , soit en grains , soit en argent , qui ont
été fournis au département de la Creuse , depuis 15 mois .
Il s'est plaint ensuite à la Convention de ce que , pour prix
de son zele à chercher la vérité dans les mouvemens qui ont
agité la République , on le poursuit depuis trois mois par les
calomnies les plus absurdes . Il a cité les feuilles d'un journal
qui a pour titre : Tableau politique et littéraire de Paris , où se
trouve l'article suivant , daté de Caen : « Nous avons arrêté un
petit garçon láché des bureaux du très - petit ministre Garat ; il a
exhibé ses pouvoirs aux commissaires du Calvados ; il en résulte
que sa mission était de préparer les esprits à recevoir bénignement,
un dictateur ou quelque chose d'approchant. " Un de mes commissaires
, a ajouté Garat , a été en effet arrêté par la munici
palité de Lisieux , et il y est détenu en prison. Il a annoncé.
de plus , que dans les départemens de la ci- devant Normandie
et de la ci-devant Bretagne , on fait courir une lettre qui
porte sa signature , et par laquelle on invite les corps admi
nistratifs à recevoir dans la République une dictature compo
sée de Marat , de Danton , de Robespierre et de lui , Garat.
Ce ministre a pris acte devant la Convention nationale et devant
la nation de l'imposture et du faux de la lettre qui circule
sous son nom dans plusieurs partes de la République . Ila
donné ensuite des éclaircissemens sur la nature des instruc«
tions dont il a revêtu tous ses commissaires qui parcourent la
République . L'objet de leur mission est de recueillir des notions
exactes sur l'état de l'agriculture , du commerce , des
manufactures et de la population dans les divers départemens ;
d'étudier , d'observer par-tout les dispositions des esprits et
des ames , ct d'en rendre un compte fidele .
Robespierre a trouvé dans les plaintes du ministre une
nouvelle preuve du systême des contre - révolutionnaires qui
qui veulent , à quelque prix que ce soit , federaliser les départemens.
Sur sa motion , l'Assemblée a décrété que le
comité de salut public présentera incessamment un rapport
sur les dangers de la patrie , et les causes qui les ont ainenés .
Fabre d'Eglantine voulait qu'on attribuat au comité de
surveillance le droit de déclarer un journal perfide , et de refuser
à son auteur la sauve - garde de la loi . L'Assemblée a passé à
l'ordre du jour.
Les commissaires près l'armée des Alpes dénoncent un
arrêté du département de l'Isere qui professe les mêmes prin. ~
cipes que celui du Calvados,
Le
( 369 )
Le ministre de la justice écrit que les 32 sections de Marseille
viennent , au mépris de la loi , de rétablir le tribunal populaire.
Renvoyé au comité de salut public .
On a repris la discussion sur la constitution.
Séance du lundi 17 juin .
L'Assemblée a renvoyé au comité de salut public les détails
que lui ont transmis Sallicetti et Lacombe- Saint- Michel , commissaires
envoyés dans le département de la Corse . Les patriotes
sont obligés de livrer fréquemment des combats aux
rebelles .
Le général Laage rend compte de la prise d'Arlon par les
troupes de la République ; le general termine sa dépêche en
sollicitant des récompenses pour ses braves freres d'armes.
Renvoyé au ministre de la guerre.
Le général en chef de l'armée d'Italie fait passer la relation
de la victoire qu'il a remportée sur les Piémontais le 8 de ce
mois.
-
On a procédé ensuite au second appel nominal , pour consta
ter quels sont les merabres qui ont abandonné leur poste . La
liste des absens a été renvoyée au comité des inspecteurs de
la salle où doivent se rendre les députés qui auront des observations
à faire . Sur la motion de Lacroix , la Convention
a décrété en outre , que fe ministre de la justice fera
passer au même comité le tableau des députés qui ont été
trouvés chez eux lors de l'arrestation , et qui y sont restés ;
de ceux qui ont d'abord obéi au décret , et se sont évadés
ensuite ; enfin , de ceux qui n'ont voulu aucunement s'y sou
mettre .
Marat qui s'était suspendu , annonce à l'Assemblée qu'il
reprend ses fonctions .
Le comité de salut public a fait adopter deux projets de
´décret. L'un charge la commune de Moulins de faire transférer
à Paris le député Brissot et son compagnon de voyage :
l'autre porte que les procureurs - syndics du departement de
Rhône et Loire , du district et de la commune de Lyon , sont
provisoirement suspendus , et mandés auprès de la Convention
, et que les représentans du peuple , envoyés à Lyon ,
sont rappellés pour venir rendre compte de l'état actuel de
cette ville .
Barrere, au nom du même comité ,a communiqué à l'Assemblée
les nouvelles qu'il a reçues d'Evreux : les citoyens de cette
ville ont été indignés des faux rapports qu'on a faits à la
Convention de la conduite du département de l'Eure . Ils n'ont
jamais eu d'autre intention que de venir fraterniser avec les
habitans de Paris ; mais ils s'opposent à la suspension des
administrateurs qui jouissent de la confiance du peuple . La
Convention a decrété que le procureur-syndic de ce dépar
Tome III. Bb
( 376 )
tément sera mandé à la barre , pour y donner les renseigne
mens nécessaires.
Sur la proposition faite par Cambon , la Convention envoie
les citoyens Treilhard et Latouche dans les départemens de
Lot et Garonne , de la Gironde , etc. , pour rallier tous les
Français à la défense commune , et les engager à marcher vers
la Vendée
On fait lecture d'une lettre adressée au ministre de la guerre ,
dans laquelle on rapporte un trait de bravoure d'un soldat
du 50. régiment qui fait partie du camp de Belveder , au milieu
des Alpes . Dans une reconnaissance au point du jour , il fut
surpris et arrêté par quatre ou cinq ennemis . Regardant comme
une honte d'être fait prisonnier , il se débattit contre eux avec
fureur , s'arracha de leurs mains , et pour n'y pas retomber
il se précipita d'un rocher où se passait cette scene , accompagné
dans sa chûte d'une grêle de pierres et de mousquetterie
. Couvert de blessures , au lieu de fuir , il ne songe qu'à
se venger. Il tire son coup de fusil , le recharge , et pendant
plusieurs minutes soutient un combat si inégal , lorsque les
nôtres accourent pour le dégager. On espere qu'aucune de ses
blessures n'est mortelle . Cet homme intrépide et magnanime
s'appelle Justin . La Convention a chargé le ministre de
pourvoir à l'avancement de ce brave soldat , et lui a accordé
un secours provisoire de 600 liv.
-
On a repris la discussion sur la constitution .
Séance du lundi soir..
Des républicains Marseillais sont venus demander vengeance
à la Convention des assassinats juridiques du tribunal populaire
de Marseille . Thuriot a fait la motion de mettre" hors
de la loi tous les membres de ce tribunal , et de porter le
décret d'accusation contre Barbaroux : cette derniere proposition
vivement appuyée par la loi a été décrétée ; la premiere
a été renvoyée au comité de sûreté générale , chargé de faire
incessamment un rapport sur le tribuual populaire de Marseille.
La municipalité de Bernay proteste de son attachement à
la Convention , et annonce qu'elle vient de faire arrêter un
émissaire des administrateurs de l'Eurre , chargés de s'emparer
de la caisse du district. La Convention ordonne que cet
émissaire sera traduit à Paris , et décrete que la municipalité
de Bernay a bien mérité de la patrie.
-
Notice des deux séances subsequentes .
-
Mardi 18. La municipalité provisoire d'Orléans est définitivement
maintenue . Thorné , évêque de Bourges , et député
extraordinaire du dépattement du Cher , vient exprimer
à la Convention l'adhésion la plus formelle à la révolution
du 31 mai , ainsi qu'à tous les décrets rendus depuis cette
4
(83719 )
S
époque. Les ennemis de la patrie , dit-il , avaient choisi la
ville de Bourges pour être le siége d'une nouvelle Convention
nationale, Qu'avons- nous fait pour meriter cette horrible
préférence ? etc.
Sur la proposition de Thuriot , la Convention décrete ;
1º . les lois qui font défense aux administrateurs et membres
des conseils-généraux de district et de département de quitter
leur poste sous les peines y portées , seront exécutées ; 2º . tout
administrateur qui sortira du cercle de ses fonctions sera arrête
-et ses papiers seront visités ; s'il y a des preuves qu'il ait des
instructions ou pouvoir pour conférer avec les autres administrateurs
, et machiner pour rompre l'unité et l'indivisibilité
de la République . Il sera traduit sans délais à Paris , pour
être , par la Convention , ordonné ce qu'il appartiendra ;
4º. s'il n'est porteur d'aucune instruction ou pouvoir , il ensera
référé au comité de sûreté générale pour savoir s'il y a
des renseignemens particuliers ; et il demeurera en état d'arrestation
jusqu'à ce que ledit comité ait prononcé ; 5º . seront
mis en état d'arrestation tous suppléans qui se rendraient à un
point convenu , pour y former une réunion dont l'objet serait
de servir la conjuration formée contre l'unité et l'indivisibilité
de la représentation nationale ; 6° . il est enjoint au
conseil exécutif , aux administrateurs de département et de
district , aux municipalités et conseils des communes , aux
tribunaux et juges de paix , de veiller à l'exécution du present
décret. Les bons citoyens sont même autorisés à faire
lesdites arrestations , à la charge d'en référer aussi-tôt aux autorités
constituées , et en même tems à la Convention nationale
.
lés Marat rappelle ses anciennes dénonciations contre Ligonier
et Westermann . Il dénonce encore le général Menou
commissaires envoyés dans la Vendée , et particulierement
Renvoyé au comité de salut public . : Carra . --
Du mercredi 19. Des députés extraordinaires de Rouen viennent
réclamer des secours en grains : ils disent que le décret
du 4 mai a occasionné dans le département de la Seine inférieure
une disette alarmante . Avant la loi du 4 mai , les
laboureurs et les bladiers apportaient des grains aux halles ;
mais depuis la fixation du maximum elles sont absolument desertes
. Renvoyé au ministre de l'intérieur .
Un député du directoire du département de l'Oise proteste
du dévouement entier de ses concitoyens à la Convention
rationale , et de leur adhésion aux nesures prises par elle dans
la journée du 2 juin .
Brival , au nom du comité de sûreté genérale , a fait le rapport
demandé sur le tribunal soi-disant populaire de Marseille .
Ce tribunal , créé par le comité central de 32 sections de
cette ville , a été réinstallé au mépris du décret qui ordonnait
Bb 2
( 372 )
sa suspension . Le rapporteur propose de casser ces deux an
torités illégales , et de mettre hors de la loi ceux de leurs membres
qui voudroient continuer les fonctions qu'ils se sont
attribuées ; mais sur la motion de Lacroix le comité central
et le tribunal sont cassés ; les membres du tribunal sont déclarés
assassins ; ils sont mis hors de la loi , et tout citoyen a
le droit de courir sus . Ceux qui ont favorisé l'établissement
et reconnu la compétence dudit tribunal sont déclarés complices
des actes illégaux qui en sont émanes.
On continue la discussion de la constitution sur les articles
ajournés.
Suite de la Constitution .
4
CHAPITRE VI. De la représentation nationale .
Art. Ier. La population est la seule base de la représentation
nationale .
II. Il y a un député en raison de 40,000 ames .
III. Chaque réunion de canton formant une population de
39 à 40,000 ames nommera immédiatement un député.
IV. La nomination se fait à la majorité absolue des suffrages.
V. Chaque assemblée fait le dépouillement des suffrages ,
elle envoie un commissaire pour faire le recensement géné.
ral qui se fait au lieu désigné comme le plus central .
VI. Si au premier recensement il n'y a pas majorité absolue
, il est procédé à un nouvel appel , on vote seulement
entre les deux citoyens qui ont réuni le plus de voix . En
eas d'égalité de suffrages , soit pour être balotté , soit pour
être élu , le plus âgé a la préférence . En cas d'égalité d'àge ,
le sort décide .
VII. Tout Français exerçant les droits de citoyen , est
éligible dans toute la République . Chaque député appartient
à la nation entiere .
VIII. En cas de non- acceptation , de démission , de déchéance
ou de mort d'un député , il est remplacé par les
assemblées primaires qui l'ont nommé.
IX Le député qui a donné sa démission , ne peut quitter
son poste qu'après l'admisson de son successeur.
X. Le peuple Français s'assemble tous les ans le 1er. mai
pour les élections .
CHAPITRE VII . Des assemblées électorales.
Art. Ier. Il y aura des électeurs.
II. Il sera nommé dans les assemblées primaires , un élec
teur , à raison de 200 citoyens présens ou non à l'assemblée .
Il en sera nommé deux depuis 301 jusqu'à 400 , et 3 depuis
501 jusqu'à 600 .
( 373 )
1
III. La tenne des assemblées électorales et le mode des
élections sont les mêmes que les assemblées primaires .
CHAPITRE VIII . Du corps législatif.
Art. Ter. Le corps législatif est un , indivisible et permanent.
11. Sa session est d'un an .
III. L'Assemblée législative se réunit le 16 juillet.
IV. Elle ne peut se constituer si elle n'est composée au
moins de la moitié des députés plus un .
V. Ces députés ne peuvent être recherchés , accusés , ni
jugés en aucun tems pour les opinions qu'ils ont énoncées
dans le sein du corps législatif.
VI. Ils peuvent , pour fait criminel , être saisis en flagrant
délit ; mais le mandat d' ( rrêt , ni le mandat d'amener ne peuvent
être décernés contre eux qu'avec autorisation du corps
législatif.
CHAPITRE IX . De la tenue des séances .
Art. Ier . Les séances de l'Assemblée nationale sont publiques
, les procès- verbaux de ses séances sont imprimés.
II. Elle ne peut délibérer si elle n'est composée de 200
membres au moins .
III. La police lui appartient dans le lieu de ses séances et
dans l'enceinte extérieure qu'elle a déterminée.
IV. Elle a le droit de censurer la conduite de ses membres .
Elle ne peut leur refuser la parole dans l'ordre où ils l'ont
réclamée . Elle délibere à la majorité. 50 membres ont le droit
de réclamer l'appel nominal.
CHAPITRE X. Des fonctions du corps législatif.
Art. Ier. Le corps législatif propose des lois et rend des
décrets . "
11. Sent compris sous le nom général de loi , les actes du
corps législatif , concernant la législation civile et criminelle ,
l'administration générale des revenus et des dépenses ordinaires
de la République , la déclaration de guerre , toute nouvelle
distribution générale du territoire Français ,
III. Sont designes sous le nom particulier de décret , les
actes du corps législatif concernant l'établissement aunuel des
forces de terre et de mer ; la permission ou la défense du
༦. .
passage des troupes étrangeres sur le territoire Français ; l'introduction
des forces navales étrangeres dans les ports de la
République les mesures de sûreté et de tranquillité générale ;
la distribution annuelle et momentanée des secours et travaux`
publics ; les dépenses imprévues et extraordinaires ; les ordres
pour la fabrication des monnoies de toute espece ; les mesures
locales et particulieres à un département , à une com
mune , et à un genre de travaux ; la défense du territoire
Bb 3
( 374 )
la ratification des traités ; la nomination et la destitution des
commandans en chef des armées ; les poursuites de la respon
sabilité des membres de conseil , des fonctionnaires publics ; la
mise en jugement des prévenus de complots ou d'attentats
contre la sûreté générale de la République ; les récompenses
nationales tout changement partiel dans la distribution du
territoire Français .
CHAPITRE X I. De la formalion de la loi.
Art . Ier. Les projets de loi sont précédés d'un rapport.
II. La discussion ne peut s'ouvrir , et les articles ne peuvent
être provisoirement arrêtés que 15 jours apres le rapport .
III. Le projet arrêté est imprimé et en oyé à toutes les communes
de la République , sous ce titre Loi proposée .
CHAPITRE XII . De la promulgation des lois et des décrets .
Art . 1er . Les lois , les décrets , et tous les actes publics
sont intitulés Au nom du peuple Français , l'an ...... de la
Republique.
CHAPITRE XIII . Du conseil exécutif.
Art . Ier . Il sera formé un conseil exécutif de 24 membres .
II. L'assemblée électorale de chaque département nommera
un candidat . Le corps legislatif choisit , sur la liste générale ,
les membres du conseil.
II ' . Il est renouvelle par moitié à chaque législature dans
le dernier mois de sa session .
IV. Le conseil exécutif est seul chargé de la direction et de
la surveillance de l'administration générale . Il ne peut agir
qu'en vertu des lois et des décrets du corps legislatif. Il nomine
hors de son sein les agens extérieurs de la République ; il
négocié les traités , le corps législatif les ratifie .
V. Il nomme hors de son sein les agens en chef de l'administration
de la République.
VI. Les législateurs déterminent le nombre et les fonctions.
des agens .
VII. Ces agens ne forment point un conseil . Ils sont séparés
sans rapport immediat entr'eux , et n'exercent aucune autorité
personnelle .
VIII . Les membres du conseil , en cas de prévarication sont
accusés par le corps législatif. Le conseil est responsable de
l'exécution des lois et des abus qu'il ne dénonce pas .
IX . Le conseil destitue et remplace les agens en chef à sa noz
mination. Il est tenu de les dénoncer , s'il y a lieu , devant les
tribunaux ordinaires .
CHAPITRE XIV . Des relations du conseil exécusif avec le corps
législatif.
Art . Ier. Le conseil exécutif réside auprès du corps législa(
375 )
tif. Il a l'entrée dans le lieu des séances du corps législatif. Il y
a une place séparée . Il est entendu toutes les fois qu'il a un
compte à rendre. Le corps législatif l'appelle dans son sein , en
tout ou en partie , lorsqu'il le juge convenable.
Le chapitre XV , sur le grand -juré national , est ajourné
et renvoyé de nouveau au comité de salut public .
CHAPITRE XVI. Des corps administratifs .
Art. Ter. Il y a dans chaque commune de la République
une administration municipale , dans chaque district une administration
intermediaire , dans chaque département une administration
centrale .
II. Les officiers municipaux sont élus par les assemblées de
communes .
Les administrateurs de district et de département sont élus
par les assemblées électorales .
III . Les administrateurs et officiers municipaux n'ont aucun
caractere de représentation .
Ils ne peuvent en aucun cas modifier les actes du corps législatif
, ni en suspendre l'exécution .
IV. Le corps législatif détermine les fonctions des officiers
municipaux et des administrateurs , les regles de leur subordination
, et les peines qu'ils pourront encourir.
V. Les administrations sont renouvellées tous les ans par
moitié .
VI. Leurs séances sont publiques.
( Le chapitre XVII de la justice civile est ajourné . )
CHAPITRE XVII. De la justice civile.
Art. Ier. Le code des lois civiles et criminelles sera uniforme
pour toute la République .
II. Il y a des juges de paix chargés de concilier et de juger
les parties sans fraix . Il sont élus par les citoyens dans les
arrondissemens déterminés par la loi.
III. I's sont élus tous les ans.
IV. Leur nombre et leur compétence sont déterminés
corps législatif.
par le
V. Dans les circonstances qui ne sont pas du ressort de la
justice de paix , les citoyens s'adressent à des arbitres choisis
par eux.
CHAPITRE XVIII. De la justice criminelle .
ر ا و
Art. 1er . En matiere criminelle , nul citoyen ne peut être
jugé que sur une accusation reçue par des jurés , ou décrétée
par le corps législatif Le fait est déclaré par un juré de jugement.
La peine est appliquée par un tribunal criminel . L'instruction
est publique . Les accusés ont des conseils choisis par cux
au nommés d'office.
Bb 4
( 376 )
CHAPITRE XIX.
Art. Ier. Il y a
Du tribunal de cassation .
pour toute la République , un tribunal
de cassation . Ce tribunal ne connaît point du fond des affaires ;
il prononce sur la violation des formes et sur les contraventions
expresses à la loi .
CHAPITRE XX . Des contributions publiques.
Art. Ier. Nul citoyen n'est dispensé de l'honorable obligation
de contribuer aux charges publiques.
CHAPITRE XXI. De la trésorerie nationale.
Art. 1er. La trésorerie nationale est le point central et indi
visible de la comptabilité de la République .
II . Elle est administrée par des agens comptables nommés
par le conseil exécutif. Ces agens sont surveillés par le corps
législatif , pris hors de son sein , et responsables des abus qu'ils
ne dénoncent pas.
CHAPITRE XXII. De la comptabilité.
Les comptes des agens comptables de la trésorerie nationale
et des administrateurs des deniers publics , sont rendus annuellement
à des vérificateurs responsables nommés par le conseif
exécutif. Ces vérificateurs sont surveillés par des commissaires
nommés par le corps législatif hors de son sein , et respons
sables des abus et des erreurs qu'ils ne dénoncent pas .
CHAPITRE XXIII. Des forces de la République .
Art. Ier . La force générale de la République se compose du
peuple entier.
II. La République entretient à sa solde , même en tems de
paix , une force armée de terre et de mer .
III . Tous les Français sont soldats ; ils sont exercés au maniement
des armes .
IV. Il n'y a point de généralissime .
V. La différence des grades et la subordination ne subsisque
relativement au service et pendant sa durée .
tent
VI. La force publique , employée pour maintenir l'ordre
et la paix dans l'intérieur , n'agit que sur la réquision par
écrit des autorités constituées .
VII. La force publique , employée contre les ennemis du
dehors , agit sous les ordres du conseil exécutif.
VIII . Nul corps armé ne peut délibérer .
CHAPITRE XXIV. Des Conventions nationales .
Art. Ier . Si dans la moitié des départemens plus un , le 10 .
des assemblées primaires régulierement formées , demandent la
révision de l'acte constitutionnel ou le changement de quelques
( 377 )
uns de ses articles , le corps législatif est tenu de convoquer
toutes les assemblées primaires de la République , pour savoir
s'il y a lieu à une Convention nationale.
II. La Convention est formée de la même maniere que les
législateurs , et en réunit tous les pouvoirs.
III . Elles ne s'occupent relativement à la constitution , que
des objets de leur Convention .
CHAPITRE XXV. Des rapports de la République Française avec les
nations étrangeres.
Art. Ier. Le peuple Français se déclare l'ami et l'allié naturel
des peuples libres .
II. Il ne s'immisce point dans le gouvernement des autres
nations ; il ne souffre pas que les autres nations s'immiscent
dans le sien .
(
III. Il donne asyle aux étrangers bannis de leur patrie pour
la cause de la liberté ; il le refuse aux tyrans .
IV . Il ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son
territoire .
CHAPITRE XXVI . De la garantie des droits.
Art. Ier . La constitution garantit à tous les Français l'instruction
commune , le droit de pétition , le droit de se réunir
en sociétés populaires , la jouissance de tous les droits de
l'homme .
II. La déclaration des droits et l'acte constitutionnel sont
gravés sur des tables , au sein du corps législatif et sur les
places publiques .
PARIS , le 20 juin 1793.
Les sections sont assemblées pour la nomination d'un com
mandant - général . On croit que la majorité des suffrages se
réunira sur le citoyen Raffet , commandant du bataillon de la
section de la Butte - des - Moulins .
Le comité de salut public qui tient ses séances dans le collége
des Quatre - Nations a convoqué , le 17 de ce meis , les
autorités constituées et les commissaires des 48 sections dans
la salle des jacobins . Cette réunion des autorités a pour objet
de délibérer sur les moyens de sauver la chose publique.
y a eu ces jours derniers beaucoup de foule aux portes
des boulangers . On avait l'air de craindre de manquer de pain .
Ces inquiétudes n'ont aucun fondement , puisqu'on a assuré
au conseil-général de la commune que les approvisionnemens
de Páris étaient faits pour plus de neuf mois. Il faut espérer
( 378 )
12:
que la fermeté et la prudence des autorités constituées et la
réunion des bons citoyens parviendront à éclairer le peuple
et à dissiper les alarmes .
Plusieurs promotions ont eu lieu depuis peu dans le corps
diplomatique. Le citoyen Noël est parti pour Venise , le citoyen
Chauvelin va se rendre à Florence ; le citoyen Grou
velle à Copenhague , et le citoyen Maret à Naples , tous en
qualité de ministres plénipotentiaires de la République Fran
çaise .
Monsieur , frere de Louis XVI , vient de publier une décla
ration , par laquelle il aunonce n'avoir pris le titre de régent
que parce que la reine et la famille royale de France n'étant
pas libres , il se trouvait seul dans le cas de pouvoir stipuler
pour elle ; mais qu'il était prêt à donner sa démission , et à
s'en rapporter à ce qui serait statue suivant les lois et usages
du royaume , par le congrès des puissances étrangeres.
COMMUNE. - Conseil-général révolutionnaire .
Henriot , commandant - général provisoire , a présenté sa
démission. Le conseil a applaudi et arrêté qu'il continuerait
son service jusqu'à ce que son successeur fût nommé. Les
sections seront incessamment convoquées pour l'élection de
son successeur.
Les commissaires envoyés dans les sections pour leur de
mander`des cauons , out rendu compte de leur mission . Pres
que toutes les sections paraissent disposées à prêter leur canon
pour l'armée qui combat les rebelles .
Chaumette a présenté , au conseil , un enfant qui a été
acheté en Amérique . Cet enfant , a - t- il dit , est esclave , il
ne doit point y en avoir sur la terre de la liberté. Le conseil
fa adopte , et lui a donné le nom d'Ogé , l'un des martyrs de
la République en Amérique .
Une lettre du comité de salut public , établi à Autun , annonce
que le conseil - général de la commune , et la société po
pulaire de cette ville , ont applaudi aux évenemens du 31
mai.
Les communes d'Auxerre , de Dijon , de Neuilli - sous- Clermont
, de Saint-Cloud , témoignent les mêmes sentimens et
protestent de leur inviolable attachement aux citoyens de
Paris.
Le général de brigade Muller , adjoint du ministre de la
guerre , écrit que les ordres ont été donnés pour qu'il soit
délivré six mille fusils pour l'armée révolutionnaire qui deit
> 3
(( 379 )
être formée à Paris , et six mille piques pour le service des
sections.
-
Des commissaires des 48 sections viennent faire part d'une
adresse à la Convention nationale contre la création d'une
armée révolutionnaire dans la ville de Paris . Une dépu
tation du club des cordeliers vient se plaindre de la démarche
de ces commissaires . Elle engage le conseil , au nom du salut
de la République , à s'opposer de tout son pouvoir au rapport
du décret qui établit une force révolutionnaire. Applaudissemens,
-
Un citoyen de la section du Temple rend compte d'une
pétition qui a été faite sur les subsistances . Il demande s'il y
a une commission établie pour cet important objet. Il dit que
le peuple , fatigué de la cherté des denrées , est prêt à se
soulever.... A ces mots , des murmures s'elevent dans le conseil
, et l'orateur est improuvé.
Après la lecture d'une adresse à la Convention nationale ,
adoptée par plusieurs sections , relativement aux subsistances .
le procureur de la commune a observé qu'elles etaient assurées
jusqu'au mois de janvier prochain , et que dans le moment
où la Convention s'occupait assidument de la constitution ,
il serait criminel d'interrompre ses travaux. Il a été arrêté
que ces observations seraient imprimées et communiquées aux
sections.
Dix- sept déserteurs dont 16 Autrichiens et un Hollandais
prêtent serment de fidélité à la République Française. Le conseil
les renvoie au ministre de la guerre pour être incorporés
dans les troupes de la République.
Le conseil ordonne l'impression et l'affiche d'un arrêté du
directoire du département , par lequel tous les armuriers , ar
quebusiers , charrons , etc. sont mis en état de requisition
permaneute , pour la confection et le prompt achevement de
tous les affuts , caissons , trains et charriots d'artillerie .
Le vice -président , Destournelles , annonce que la Convention
nationale l'a nommé au ministere des contributions publiques
. Il reconnaît, devoir cette place à la bienveillance et å
l'estime que le conseil lui a témoignée . Il hésitait d'abord
d'accepter ; mais les conseils du citoyen maire l'y ont déterminé.
Il demande s'il peut encore rester membre du conseil.
C'est le plus cher de ses veux , et il s'honore de l'écharpe
qui lui a été donnée le 16 août. 99
Le conseil délibérant sur la demande de Destournelles , passe
à l'ordre du jour motive sur ce qu'aucune loi ne prononce
l'incompatibilité entre les fonctions de notable de la commune
et celles de ministre des contributions publiques.
( 380 )
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE .
Louis Beguiner , âgé de 36 ans , tapissier demeurant à Paris ,
lieu de sa naissance , a éte condamné à mort sur la déclaration
du jury , portant que ce particulier , enrôlé dans la
ge. compagnie de la section du Museum , pour aller combattre
les révoltés de la Vendée , a cherché à débaucher plusieurs
de ses camarades pour le service des contre - révolutionnaires
. Le jugement a été exécuté le 11 à 9 heures du soir.
Le tribunal révolutionnaire a condamné à mort douze conspirateurs
de la ci - devant Bretagne , savoir ; Gabriel -François de
Lamotte la Guiomarais , ci- devant gentilhomme breton ; Marie-
Jeanne Micault , femme Lamotte la Guiomarais ; Elie-Alexandre-
Victor Thebault , instituteur; Julien-Alain Picot-Limoëlan , cidevant
gentilhomme breton ; Angélique - Françoise Desilles ,
femme de Jean Roland ; Desclos de la Fauchais , ci - devant
gentilhomme breton ; Guillaume - Maurice Delaunay , ci -devant
lieutenant de l'amirauté de St.-Malo ; Félix -Victor Locquet de
Grandville , ci-devant gentilhomme breton ; Nicolas -Bernard
Grout de Lamotte , ci -devant gentilhomme breton ; Therese
Limoëlan de Fougere ; Jean- Baptiste- Georges Fontevieux ;
Louis-Anne Pontavice , ancien officier au ci-devant régiment
d'Armagnac ; Georges-Julien-Jean Vincent , interprête de la
Jangue anglaise à St. - Malo , atteints et convaincus d'être les
complices et agens de la conspiration de la ci - devant province
de Bretagne , sous l'autorisation des freres du ci - devant roi ,
de laquelle le ci- devant marquis de la Rouerie était le chef. Ils
ont été exécutés le 18 juin sur la place de la Révolution . "
Le même tribunal a condamné à la déportation à la Guyanne
française , les nommés Perrin , jardinier ; et Lemasson , chirurgien
: il a acquitté les nommés Amauri la Cuiomarais , Casimir
Ja Guiomarais , fils cadet ; David , domestique ; Taburer , médeciu
; Morel , chirurgien ; la femme Desilles d'Allerai ; la veuve
Desilles Vivel ; Thonectieaux , marchand ; Micaula - Mainville ,
homme de loi; Lavigne ; Dampierre ; Lepetit, perruquier ; Briot,
pere et fils , de l'acte d'accusation porté contre eux ; il a ordonné
, en outre , qu'ils seraient mis dans 24 heures en liberté
s'ils n'etaient pas retenus pour d'autres causes .
NOUVELLES DES DÉPARTEMENS.
BOUCHES - DU - RHONE . Marseille , le 5 juin.
Le 3 de ce mois à 7 heures du soir , le club a été fermés
!
( 381 )
les clefs en ont été remises au comité général des sections avec
le poignard de Brutus . On y a trouvé 4 canons de 4 livres de
balles , tromblons , beaucoup de piques et 15 fusils . Les
effets , bancs , chaises , tables et tribunes ont formé la charge
de trois charettes . Un cortege nombreux , précédé de la musique
militaire , a porté au comité général des sections cinq
drapeaux pris sur les ennemis , que les corsaires avaient deposés
dans ce temple de la liberté. Un grand nombre de
membres du club dépose leur diplome aux sections , et plusieurs
de ces diplomes sont portés dans la ville au bout des
piques ; enfin , il y eut illumination générale à l'occasion de
cet événement extraordinaire , attribué en général à l'effet qu'a
produit la nouvelle de la catastrophe de Lyon , du 29 mai.
Extrait du courier d'Avignon . )
Le tribunal populaire tant de fois suspendu , et tant de
fois remis en activité , a été rétabli de nouveau .
Toulan , le 4 juin . Nous avons délivré tous les prisonniers
renfermés par des actes arbitraires . L'exemple de Marseille nou's
a fortement encouragés . Notre cri de ralliement est ,
la Répu
blique et des lois ! ( Courier de l'Egalité . )
ISERE. De Grenoble , le 10 juin,
A la nouvelle des évenemens qui se sont passés à Paris dans
les premiers jours du mois , toutes les autorites constituées ,
tribunaux , juges , députés des sections , etc. se sont réunis .
L'assemble etant organisée tous les membres ont d'abord
prêté individuellement et sans exception , le serment de maintenir
la liberté et l'égalité , la stabilite et l'inviolabilité de la
Convention nationale , l'unité et l'indivisibilité de la Repu
blique , de résister à toute tyrannie et à tous genres d'uppression
. Il a été ensuite proposé diverses mesures relatives
aux circonstances , qui ont été mises à la discussion et suivi
de l'arrêté ci-après.
Art. 1er . Toutes les communes du département sont invitées
à se réunir en assemblées primaires par cantons . le dimanche
16 du présent mois de juin , et à prêter , avant aucune déli
bération ; le même serment qui a été prêté à l'ouverture de
La présente séance.
11. Chaque assemblée primaire nommera un député et l'investira
de tous les pouvoirs nécessaires pour se rendre à Grenoble
, le jeudi 20 du présent mois de juin , se réunir avec les
députés des autres assemblées primaires , y délibérer et prendre
toutes les mesures de sûreté générale exigées par les circons
tances .
III. Le procès-verbal de la présente séance sera imprimé ,
publié et affiché dans toutes les communes du departement ;
il sera en outre adressé à la Convention nationale aux 48
sections de Paris et à tous les départemens de la République .
9
( 382 )
CALVADOS. De Caen le 8 juin.
Toutes les sections assemblées ont arrêté de ne plus reconnaître
les décrets qui émanaient de la Convention_nationale ,
tant que la représentation serait incomplette. Le procès- verbal
de ce qui s'est passé va être euvoyé à tous les départemens .
Gorsas et Henri Lariviere ont assisté à la séance du départe
ment. Les commissaires Prieur et Romme ont été arrêtés à
Bayeux et transférés au château de cette ville.
CÔTE DU NORD. De St. Brieue le 8 juin .
Pour délibérer sur les nouvelles reçues de Paris , les citoyens
de la commune de St. Brieuc , chef-lieu du département , sẹ
sont assemblés extraordinairement le 7 de ce mois ; ils ont
arrêté de nommer plusieurs députés , qui se joindront à Rennes
aux députés des departemens voisins , et se rendront avec eux
à Paris , pour y. demander le respect de la représentation nationale
et l'élargissement des députés détenus .
LOIRE INFÉRIEURE . De Nantes le 8 juin.
Les 18 sections ont rédigé une adresse à la Convention
dans les mêmes principes . Elles déclarent expressément qu'elles
ne reconnaîtront jamais pour lois de la République que celles
qui auront été le résultat d'une discussion libre , et où tous
les représentans auront pu manifester leur voeu .
.
SEINE INFÉRIEURE. De Rouen le 17 juin .
Adhérera- t- on aux arrêtés des départemens du Calvados , de
POrne , de l'Eure et de l'ile et Vilaine ? Tel a été l'objet sou-
-mis à la discussion de l'assemblée des administrateurs . Le procureur-
général-syndic a soutenu que nulle portion du souverain
n'avait le droit de rassembler une force armée et de la
diriger contre telle ou telle ville , encore moins celui de détourner
le cours des caisses publiques . Il a demandé qu'il
fut rédigé une adresse dans laquelle on représenterait énergiquement
aux délégués du peuple , combien ils se sont écartés
des reglès éternelles de la justice , et que cette adresse fut
envoyée aux départemens voisins . Les raisonnemens du
procureur-général-sindic ont frappé , et l'administration s'en
est référée à son avis .
――
Extrait d'une bettre de Rouen , du 16 juin.
Tout est fort tranquille dans cette ville prudente , Je viens
de lire lejournal de navigation ; j'ai compté onze bâtimens chargés
de grains , particulierement de froment , entrés dans nos
ports. Les négocians chez qui je lis ce journal me disent que
presque tous les jours on en voit autant. Espérons donc , sur
tout avec la perspective d'une aussi belle récolte.
( 383 )
}
VENDÉE. Une lettre de Felix , commissaire national , datée
de Tours le 14 juin , donne des détails particuliers sur la
prise de Saumur. Il paraît que les rebelles ont avec eux beau
coup de troupes réglées. On fait monter leur nombre à 30
mille contre 8 mille des nôtres qui étaient assiégés dans Saumur.
La ville a été prise en 4 heures de tems. Le fort s'est
défendu pendaut 18 heures . Chinou a été pris sans résistance .
La terreur panique s'était communiqué jusqu'à Tours ; dėja
les marchands fermaient leur boutiques et parlaient d'arborer
le drapeau blanc , mais les commissaires ont fait une proclamation.
Les peureux se sont enhardis ; ils ont juré de vaincre
ou de mourir.
Angers a été évacué le 11. Les patriotes Angevins , avec leurs
papiers , leurs caisses et 22 pieces de canon , se sont rendus à
Laval pour y trouver un asyle ; cette ville éprouve une grande
disette de grains . Les ennemis mettent en avant des gens
mal armés et mal exercés . Derriere cet ordre fanatisé et mal
équipé , ce sont de véritables troupes réglées , qui , lorsque
ces malheureux ont essuyé le premier feu , donnent avec vigueur
, presque sans risques , sur nos armées étonnées de cette
apparition .
Talien écrit de Tours , que les généraux ont rassemblé tous
les débris de l'armée , et tenté une attaque contre les rebelles.
Les brigands , dit-il , ne pillent plus ; on punit même séverement
ceux qui enlevent quelque chose : cette politique les rend
plus dangereux. L'esprit public se pervertit de jour en jour ;
le défaut de subsistances vient encore augmenter nos inquié
tudes .
Le général Santerre qu'on croyait égaré est revenu à Tours
a ramené quelques pieces d'artillerie . La plus grande force
des rebelles est actuellement à Chinon ; si elle se réunit à
la colonne de Saumur pour nous attaquer , nous serons obligés
de rétrograder ; mais il y apparence que les rebelles se
porteront sur Angers et Nantes , ensuite sur la Sarthe.
On n'a aucune connaissance officielle , ni du nombre de ces
brigands , ni de leur chef , ni de leur relation , ni de leurs
moyens d'existence au sein de la République .
NOUVELLES DES ARMÉES.
ARMÉE DES ALPES MARITIMES.
Lettre du général en chef de l'armée d'Italie , Brunet , au prėsim
dent de la Convention .
Au quartier- général de l'Escarene , le 11 juin.
L'apparition de la Flotte espagnole avait répandu l'épouvante
sur toutes nos côtes . Les Piémontais cherchaient
( 384 )
pu
augmenter cette terreur , et à ranimer le courage de leurs
troupes , en annonçant que de leurs mouvemens combinés
avec ceux de la flotte , nous serions bientôt chassés du cidevant
comté de Nice . J'ai cru qu'il était du bien de la chose
publique , de rendre ce projet presqu'impossible , en m'emparant
des sommets des montagnes qu'ils occupaient , et qui
auraient leur faciliter de déboucher avec avantage sur
l'armée de la République . En conséquence , malgré la force
de l'assiette de leur différens camps , malgré les retranchemens
dont il les avaient entouré , je les ai fait attaquer le 8 sur cinq
points. La colonne de droite , conduite par le général Dumerbion
, a forcé le camp du Col- de - Pérus ; celle conduite
par le général Mieskousky , celui de Liniere ; celle du chef
de bataillon Gardane , le poste du Moulinet ; celle du chef
de brigade d'Artoman , le camp servant d'avant -poste à celui
de Fourchet. Si la colonne de gauche , aux ordres du chef de
brigade Serrurier , avait pu s'emparer du fameux poste de
Raons , les ennemis seraient actuellement en Piémont. J'espere
que cela ne sera pas long- tems retardé. J'ai fait occuper hier
de camp de Bronis , que les ennemis avaient abandonné , et
où était leur quartier- général . Les différentes marches des
troupes depuis cette occasion , m'ont empêché d'avoir les rapports
particuliers , dont je ferai passer les détails que j'adresse
-au ministre. Nous avons perdu de braves officiers et soldats ;
deux de mes aides-de- camp ont été blessés . L'ennemi a perdu
beaucoup de monde ; nous avons pris 20 officiers , 500 soldats
et deux pieces de canon .
Nous avons pris beaucoup d'effets de campement , les soldats
en vont faire des pantalons . Nous sommes des sans - culottes
de nom et d'effet , mais cela ne nuit ni au patriotisme ni au
courage de nos braves freres. En général les officiers et
soldats se sont conduits avec l'énergie et le courage de vrais
républicains , et quels qu'ayent été les obstacles que présentaient
les moyens de force combinés avec l'avantage
imposant des positions , rien n'a résisté à leur valeur et à
leur intrépidité. "
•
Signé , BRUNET.
Des frontieres du Nord , le 11 juin.
Un Français , officier dans les troupes prussiennes , et qui a
déserté avec un poste avancé qu'il commandait près Coudé , a
rapporté que cette ville était pressée de toutes parts ; mais que
les inondations de la place détruisaient souvent les ouvrages des
assiégeans. Maubeuge est également cerné par les Autrichiens .
Mais cette place est pour long- tems approvisionnée , et défendue
par une garnison nombreuse , qui a juré de s'ensevelir sous
les ruines , avant de se rendre . Valenciennes est jusqu'ici d'autant
moins pressée , que les ennemis ont besoin de disperser
leurs forces sur plusieurs points .
Jer .135.
a
te
21
{ N. 100. m 1793. )
MERCURE FRANÇAIS.
SAMEDI 29 JUIN , l'an deuxieme de la République.
POÉSIE.
Lettre au rédacteur de la partie littéraire .
PERMETTEZ- ERMETTEZ - MOI de soumettre à votre jugement quatre traductions
de six vers de Virgile assez connus , et tirés de ses
Géorgiques.
Les deux premieres sont de deux Académiciens , Delille et
Lefranc de Pompignan : les deux autres sont d'un jeune homme
qui se mêle aussi de peindre , et d'un vieillard qui rime encore
pour s'achever de peindre .
Si vous pensez que cela puisse amuser le lecteur autant que
les énigmes , vous me ferez plaisir de supprimer celles du
Mercure prochain , pour leur substituer ces divers essais de
traduction . Je m'en repose autant sur votre goût que sur votre
amitié.
AUGUSTIN XIMÉNEZ septuagénaire .
Réponse.
Je vous felicite , mon cher concitoyen , de faire encore des
vers , avec vos soixante- dix ans , et par le temps qui court :
les vôtres ne se sentent ni de l'un ni de l'autre ; cela me
donne bonne opinion de votre tête et de votre santé . Cependant
vous savez comme moi que vous n'avez pas fait une
traduction , mais une imitation très- libre , une espece de paraphrase
, où vous avez fait entrer toute l'histoire de Léandre ,
que Virgile n'avait fait qu'indiquer.
Les vers de votre jeune homme sont un peu faibles ; mais
ils valent beaucoup mieux que ceux de Pompignan . Faire naufrage
à la nage est sur-tout d'un ridicule rare. Comment le
met même ( naufragium , navifragium ) ne l'a- t -il pas averti qu'on
ne pouvait faire naufrage que sur un navire ? Et qui jamais
s'est avisé de dire qu'un homme qui se noie en nageant a fait
naufrage ! et ces expressions vagues et insignifiantes , son triste
son qui lui présage la mort , ne sont - elles pas de plates chevilles ?
Remarquez que ses Georgiques sont écrites ainsi presqué d'un
bout à l'autre. C'est pourtant cet ouvrage que le parti dévot
Tome III.
Cc
( 386 )
avait tant exalté avant qu'il parût. Il est impossible à un
homme de goût d'en soutenir la lecture.
Pour en revenir au passage en question , il me semble que
frere Delille seul a traduit ; il s'est tenu tout près de l'original ,
et ses vers sont bons . Je voudrais pourtant qu'il n'eût pas mis
le bruit des flots et le bruit des rochers si près l'un de l'autre .
Cette répétition en quatre vers est une petite négligence . Pourquoi
n'a-t-il pas osé mettre le cri des rochers , illisa reclamant
quora ? Si Virgile fait crier les flots , ne pourrait-on pas faire
crier les rochers avec d'autant plus de raison que le retentissement
des vagues contre les rochers ressemble assez à des
cris , ou , comme disaient encore les anciens , à une espece
d'aboyement ? Je m'en rapporte à vous et aux bons juges.
Vraiment je me garderai bien de supprimer ni charade , ni
énigme , ni logogriphe . Si vous ne vous souciez pas de tout
cela , il y a nombre d'honnêtes gens qui en font leurs délices ,
et il ne faut mécontenter personne . Mais sans attenter à l'énigme
, il est possible de trouver place pour votre quadrille
poétique , etc.
Quid juvenis , magnum cui versat in ossibus ignem
Durus amor ? nempè abruptis turbata procellis
Cacâ nocte natat serus freta : quem super ingens
Porta tonat cali et scopulis illisa reclamant
Equora ; nec miseri possunt revocare parentes ,
Nec moritura super crudeli funere virgo.
Je vois un jeune amant , ô tendresse insensée !
Traverser à la nage une mer courroucée .
Sa mere en vain l'appelle : en vain son triste sort
De son amante en pleurs lui présage la mort.
En vain Jupiter tonne , il affronte l'orage ,
Fend les flots , suit l'amour , l'implore , et fait naufrage.
Que n'ose un jeuné amant qu'un feu brûlant dévore ?
L'insensé pour jouir de l'objet qu'il adore ,
!
La nuit , au bruit des vents , aux lueurs de l'éclair ,
Seul , traverse à la nage une orageuse mer.
Il n'entend ni les cieux qui grondent sar sa tête ,
Ni le bruit des rochers battus par la tempête ,
Ni ses tristes parens de douleur éperdus ,
Ni son amante hélas ! qui meurt s'il ne vit plus.
1
( 387 )
Que n'ose un jeune amant , trompé par son courage ?
Voyez-le affronter , seul , les vents , l'onde et l'orage.
Sa mere vainement cherche à le rappeller .
\
Jupiter tonne en vain ; rien ne peut l'ebranler ;
Il est sourd à la voix d'une amante éplorée
Qui cause son trépas , et meurt désespérée .
Mais que n'osera l'homme , en la fougue de l'âge ,
Qui du joug de Vénus a fait l'apprentissage ?
Voyez sur l'Hellespont , entre Abyde et Sestos ,
Léandre à la merci des autans et des flots .
Il est sourd à la voix d'une mere expirante ;
Il cherche le fanal qu'alluma son amante .
Ce fanal est éteint , rien ne peut l'arrêter ,
Ni la mort , ni les pleurs que sa mort peut coûter.
Il lutte , en demandant aux dieux que la tempête
Attende son retour pour tomber sur sa tête .
CHARADE.
LISE , viens embellir ma modeste retraite
Pour vendredi je te prie à dîner ;
Mais quoi ! tu parais inquiete....
....
Ah ! tu fais maigre ; eh bien tu seras satisfaite ,
Et pour cela je vais tout ordonner
Tiens , voici ce que je projette ;
Le potage dans mon premier ;
Le plat d'entrée en mon entier
Le plat de rot dans mon dernier ↑
Cette chère sera délicate et parfaite.
( Par M. Ck. M. B. V. J
LECTEUR,
ENIGM E.
la France est mon climat.
Quoique je sois toujours en guerre ,
Jamais personne sur la terre
Ne me vit dans aucun combat.
Ccz
( 388 )
J'aime si fort la bonne chère
Que ' assiste à tous les repas t
Mais , lecteur , ne t'étonne pas
De me trouver dans la misere.
Je ne suis point dans les maisons ,
Encore moins dans les familles .
Si je suis utile. aux garçons ,
Je suis bien inutile aux filles .
Si tu te plains de ton malheur ,
Jeune amant , fais à la tristesse
Succéder la douce allégresse :
Je suis la fin de la douleur.
On ne peut sans moi faire rire ...
Mais c'est assez te détourner :
Pourvu que tu saches bien lire ,
Lecteur , tu peux me deviner
Par C. V.
ADMIR
LOGO GRIPHE.
D MIRE , ami lecteur , l'inconstance du sort :
Ici de toutes parts je fais voler la mort ;
Là , bravant les rigueurs du tems et de la parque ,
Je fais vivre mille ans le héros , le monarque .
Les six pieds qui forment mon nom
Peuvent souffrir mainte combinaison.
Retranche le second , et vois un solitaire
Qui dans certains pays mene une vie austere,
Je t'offre encore un chiffre , un vêtement ,
Un espace sur terre ainsi qu'au firmament ,
Un nombre , un patriarche , une illustre amazone .
Le nom latin d'un cruel empereur ,
2
Qu'on vit à Rome sur le trône ;
Et ce métal puissant ... Mais tu me tiens , lecteur.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 99 .
Le mot de la Charade est Minuit ; celui de l'Enigme est Soulier §.
eclui du Logogriphe est Courage , où se trouvent arc , âge , rage , cot ,
courge , coeur , roc , cou , rouge , roue , orge , cure , ecru , crue
Bar , ce , ergo , grue , rue , or , ogre , cage , auge..
cour , gart ,
the
( 389 )
3
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Politique de tous les cabinets de l'Europe , pendant les regnes de
Louis XV et de Louis XVI : contenant des pieces authentiques.
sur la correspondance secrette du comte de Broglie ; un ouvrage
dirigé par lui et exécuté par M. Favier ; plusieurs mémoires du
comte de Vergennes , ministre des affaires étrangeres ; de M. Turgot
, etc. Manuscrits trouvés dans le cabinet de Louis XVI.
2 vol. in-8° .; prix 9 liv . 10 sols broches , et 11 liv . 10 sols ,
franc de port , pour les départemens. A Paris , chez Buisson
libraire , rue Hautefeuille , no. 20.
CenE ne sera pas une des particularités les moins remarquables
de notre histoire , ni un des traits les moins curieux du singulier
caractere de Louis XV , que cette commission secrette ,
confiée au comte de Broglie , pour entretenir une correspondance
clandestine avec nos ambassadeurs ou envoyés dans les
cours étrangères , dont le résultat était de procurer au roi
des connaissances particulieres , indépendamment du travail
que ses ministres faisaient avec lui , et de lui donner même
les moyens de les surveiller et de les juger . Qui n'aurait cru
que de pareilles mesures si bien concertées par ce prince et
si long-tems soutenues étaient d'un homme qui voulait absolument
tout voir par ses yeux , se décider par ses propres lu
mieres , et échapper à l'ascendant de ses ministres ? Point
du tout on voit , par les lettres même du correspondant
secret de Louis XV , que les instructions qu'il donnait n'eurent
presque jamais aucune influence sur les affaires et n'empêcherent
pas les ministres de faire , suivant l'usage , tout
ce qu'ils voulaient. Cette correspondance qui les inquiéta si
long- tems , n'avait pour principe qu'une vaine et stérile curiosité
, et Louis XV ne voulait savoir ce qui se passait dans
les cabinets de l'Europe et dans le sien , que comme un
oisif de Paris veut savoir les nouvelles de son quartier. Il
y a plus Louis s'était fait une telle habitude d'obéir à ses
ministres et de craindre ceux qu'il avait faits ses maîtres ,
que quand ce mystere diplomatique fut enfin eventé par le
duc d'Aiguillon , d'après les confidences d'une favorite qui
était à portée de mettre la main par- tout , le roi n'osa pas
avouer que tout se fit par ses ordres ; il sacrifia le comte
de Broglie qui fut exilé comme un intrigant qui s'était permis
des démarches illicites et suspectes , et il exigea en
même-tems que celui qu'il punissait pour l'avoir servi , continuât
à le servir de même et lui gardât le secret aux dépens
de sa propre réputation . Il fit mettre à la Bastille les deux
agens principaux du comte l'un était ce Dumourier , de-
1
( 390 )
1
1
venu depuis si malheureusement célebre , pour avoir trahi
sa patrie après avoir si glorieusement combattu pour
elle ;
l'autre était Favier , qui avait beaucoup d'esprit et de connaissances
; et qui reçut du roi quarante mille francs en dédomma
gement de sa détention à la Bastille . C'est au sujet de cet
exil du comte de Broglie , que le duc de Choiseul , alors
disgracié , et qui le soupçonnait non sans raison de vouloir
être ministre , dit fort plaisamment que M. de Broglie avait
pris le ministere par la queue.
Toute cette aventure qui éclata en 1773 , était assez connue :
Fouvrage que l'on annonce ici en contient les preuves autheniques
, déposées dans des lettres que le comte de Broglie écrivait
du lieu de sou exil au successeur de Louis XV, pour en obtenir
des réparations et des récompenses . Les ministres du nouveau
regne , chargés d'examiner ses papiers , rendirent témoignage
à son innocence , et Broglie fut rappellé . Il mourut quelques
années après , et il paraît que son opposition au systême
autrichien , l'une des bases de sa politique , aurait toujours
été un obstacle à son avancement , le ministere public
ou secret qui a toujours gouverné Louis XVI , étant encore
plus dévoué à ce funeste systême qu'on ne l'avait jamais été
sous son prédécesseur.
Favier le combat victorieusement dans un mémoire fort
étendu et très bien raisonné , où il traite de la situation
respective de la France et des autres puissances de l'Europe
: il en offre le tableau sous tous les aspects , et s'attache
sur-tout à montrer la supériorité que prend la maison
d'Autriche et en général le nord de l'Europe , depuis le
premier partage de la Pologne , et la dégradation de la France ,
réduite à cette époque ( en 1774 ) à n'être plus qu'une puissance
du quatrieme ordre. I attribue cet avilissement à la
mauvaise administration intérieure et extérieure , à une
politique aussi fausse qu'abjecte qui avait fait négliger les
alliances utiles pour en contracter de dangereuses et qui
repoussait ttoouutteess les mesures convenables à la dignitė
d'une grande nation , pour retarder par faiblesse des efforts
que tôt ou tard il faudrait faire par nécessité . Il ne dissimule
rien de notre honteux asservissement aux demandes insidieuses
du cabinet de Vienne , de notre lâche soumission aux injonc
tions menaçantes du cabinet de St. James . Il rappelle sans
cesse les premiers principes de notre politique naturelle , qui
a toujours consisté à garantir les libertés germaniques contre
l'ambition impériale , à nous unir à la Prusse pour menacer
l'Autriche , à la Suede et au Danemarck pour contenir la
Russie , à la Hollande pour y balancer l'ascendant des Anglais ,
etc. En un mot cet ouvrage , rempli d'excellentes vues , peut
encore être d'une grande utilité pour nous , quand nous nous
serons mis en mesure de terminer , par une paix honorable ,
ane guerre très-imprudemment provoquée contre des puissances
( 391 )
dont aucune ( si l'on excepte l'Autriche ) n'avait ni l'envie ni
l'intérêt de nous combattre , et que nous avons pour ainsi dire
pris à tâche d'armer contre nous , comme si la politique d'un
peuple libre devait ressembler à l'esprit aventurier des conquérans
despotes qui prodiguent le sang des hommes ; comme
si cette politique , qui ne doit être que la fermeté calme et
intrépide d'une nation qui a proclamé son indépendance , avait
rien de commun avec l'orgueil insensé qui proclame la guerre
contre tous les rois , quand il faut se borner à n'en craindre
aucun et à n'en pas avoir chez soi ; comme si le bon sens ne
prescrivait pas d'affermir sa propre liberté avant de songer à
affranchir les autres ; enfin comme si nous pouvions jamais
donner à l'Europe cette liberté autrement que par l'èxemple
du bonheur ; exemple qui eût été bien puissant , si nous eussions
pu dire non pas seulement : regardez , nous sommes
libres ;
mais sur-tout , regardez , nous sommes heureux .
Nous avons fait de cruelles fautes , parce que l'ostentation
d'un charlatanisme mercenaire a pris la place de ce courage
tranquille et désintéressé qui caractérisse les vrais républicaius .
Notre énergie et nos ressources peuvent encore réparer ces
fautes ; mais il est bien tems qu'une vaine exagération de paroles
cesse de passer pour du patriotisme ; il est bien tems
que nous nous souvenions que , si la France seule est assez
puissante pour résister à l'Europe , l'Etat le plus florissant peut
se détruire lui -même ; et nous devons prendre désormais pour
devise ces vers d'Horace , qui sont d'un si grand sens :
Vis consili expers mole ruit suâ :
V.m temperatam Di quoque provehunt
In majus.
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA NATION .
Ce théatre aux nouveautés qu'il donne joint aussi des pieces
anciennes qu'il remet avec soin .
Il vient de donner Zuma , tragédie du citoyen Lefevre , et les
Fausses Confidences , de Marivaux .
Zuma futjouée avec succes , il y a 15 ou 16 ans et l'on re
Toit aujourd'hui cette pièce avec le même plaisir.
C'est un tableau des moeurs sauvages et des moeurs espagnoles
mises en opposition ; et cette ressemblance avec Alzire n'empêche
pas Zuma d'être applaudié. Il y a de l'intérêt , des siuations
dramatiques , des mouvemens passionnés , de la pompe
dans le spectacle et dans le style qui pourtant tombe quelque
fois dans l'emphase . Mademoiselle Rauceurt rend avec beaucoup
d'énergie le beau rôle de Zuma ; l'habit qu'elle a choisi
( 392 )
a paru un peu trop riche pour une reine détrônée , et qui vit
depuis 15 ans dans un bois , au fond d'une caverne . Elle aurait
pu , à moins de frais , se faire un costume plus vrai , plus
nouveau et plus pittoresque. Mais si son habit ne produit pas
toute l'illusion qu'on en pourrait attendre , il n'ôte rien à la
supériorité de son jeu .
On annonce Dom Carlos , tragédie du même auteur . C'est
l'histoire du malheureux fils du cruel Philippe II , roi d'Espagne .
Cette tragédie , faite et imprimée depuis long tems n'avait pu
être mise au théâtre sous l'ancien régime . La diplomatie s'était
mêlée alors d'en empêcher la représentation , et la cour de Madrid
n'avait pas voulu qu'on la jouât .
Les fausses confidences sont une des plus jolies pieces de
Marivaux . C'est à peu - près le même fonds que dans toutes
ses comédies , c'est toujours une surprise de l'amour. On trouve
pourtant dans celle- ci une intrigue assez piquante . Il n'y a
que trop d'esprit dans la conduite et dans les détails de
la piece ; mais cet esprit , tout fin qu'il est , ne va point
jusqu'au faux esprit dans lequel se sont jettes , depuis ,
les auteurs dramatiques qui ont travaillé dans ce genre .
Marivaux a peint des nuances délicates , mais des nuances
vraies ; il a une maniere d'attacher , d'intéresser même qui
lui appartient ; et comme le disait de lui Voltaire , il a connu
tous les chemins du coeur , exceptè la grande route.
Cette piece est jouée avec un ensemble et une perfection
qui ne laissent rien à desirer .
ANNONCE.
Lettres écrites de Barcelone , à un zélateur de la liberté qui
voyage en Allemagne ; ou Voyage en E pagne ; ouvrage dans
1 quel on donne des détails , 1º . sur l'état dans lequel se trou
vaient les frontieres d'Espagne en 1792 ; 20. sur le sort des
émigrés dans ce pays ; avec des détails philosophiques sur les
moeurs , usages et opinions des Espagnols , etc. etc. Seconde
édition . Par le citoyen Chantreau , envoyé en commission
secrette en 1792 par le ministre des affaires étrangeres , pour
visiter les frontieres de l'Espagne , et s'assurer des dispositions.
des Catalans sur notre révolution : 1 vol . in - 8 ° . Prix , 4 liv .
10 sols br. et 5 liv . 10 sols , franc de port , pour les départe
mens . A Paris , chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille
n ° . 20 .
ERRAT A.
Dans le précédent numéro , page 341 , il s'est glissé une faute
à plusieurs exemplaires , dans l'annonce du Voyage en France !
ligne 8 , au lieu de 13 liv . , lisez 15 liv.
MERCURL
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
O
ALLE MAGN E.
De Hambourg , le 5 juin 1793 .
N mande de Varsovie que les diétines ou assemblées primaires
pour l'élection des nonces à la diéte prochaine se sont
tenues dans le plus grand calme , graces aux troupes Russes .
Les nonces qui furent élus , ou plutôt désignés dans cette
ville pour être nommés , sont les sieurs Klicki et Bielanski ;
ce dernier est échanson de la couronne. On procéda ensuite
à la lecture des cahiers dressés par l'ambassadeur de Russie ,
qui fut entendue avec le même silence ; et ils sont réputés .
être la volonté expresse des citoyens .
Ces cahiers portent en substance , 10. le maintien de la
religion catholique , apostolique et romaine , dont la chûte en
France est la cause de tous ses malheurs . 2 ° . Le respect pour
la personne auguste de S. M. le roi de Pologne. 39. Les plus
grands ménagemens dans les moyens qui peuvent détourner ou
diminuer les maux qui menacent la patrie . 4° . La plus grande
économie du trésor public , 5º. La sûreté des individus et des
propriétés. 3 1
M. de Kerczetnikow , nouveau gouverneur des provinces
envahies par les Russes , vient de mourir très - regretté de ses
créatures . Le prince Sapieha , chancelieri de Lithuanie , forcé
dans le tems d'accepter le maréchalat de la confédération de
Targowitz , l'a suivi de près . Le faible Stanislas qui n'a pas
su résister à l'oppression lorsqu'il le fallait , et qu'il le pouvait
, paraît vouloir le faire aujourd'hui lorsqu'il ne le faut
peut-être pas , parce qu'il ne le peut plus ; il est toujours à
Bialistok très- décidé , dit- on , à refuser sa signature à l'acte de
démembrement de la Pologne . On sent bien que cela n'ar
rêtera pas les cours co- partageantes ; la forme ne les inquiette
gueres puisqu'elles tiennent le fond . On parle , mais ce
bruit est encore douteux , d'une résistance qui embarrasserait
un peu plus le roi de Prusse . S'il faut en croire des lettres
de Dantzick , les habitans de la Grande- Pologne lui ont envoyé
les quatre conditions suivantes , 1 °. que leur roi doit être
catholique romain ; 2 ° . qu'il ne pourra faire ni loi , ni guerre ,
ni paix , ni lever des impôts sans le consentement des palatinats
; 3 ° . qu'ils ne veulent d'autre dénomination que celle
de Grande- Pologne ; 4° . enfin , que leur ancienne constitution
sera conservée sans y rien changer que de l'aveu des états .
-Au reste , Dantzick , autrefois plus libre , plus république
Tome 111. Dd
( 394 )
que la Pologne dont elle n'était que l'alliée , n'est plus aujourd'hui
qu'une ville municipale de Prusse . Son senat dissous
a été remplacé par un tribunal de police et de justice ordimaire
, présidé par l'ancien résident de la cour de Berlin , et
où quelques sénateurs démis ont eu la lâcheté d'accepter des
places . On y va joindre une jurisdiction à peu près consulaire
pour les discussions commerciales. Les nouveaux impôts
excitent l'humeur des habitans : les formes despotiques
du gouvernement militaire inspirent de l'indiguation aux amis
de la liberté ; mais ceux qui ne songent qu'à l'argent , et par
malheur c'est le plus grand nombre dans une ville essentiellement
commerçante , sont à peu près contens , parce que le
bled de Pologne , dégagé des droits dont il était grevé , abonde
dans ce port , et que la circulation reprend de l'activité .
Frédéric Guillaume n'a pas cru devoir encore prendre, l'administration
ni les revenus dés domaines dantzicois . La Hollande
en est créanciere pour de fortes sommes dont ce prince
ne veut point charger son trésor .
1 .
De Francfort-sur- le- Mein , le 14 juin .
La cour de Vienne , engagée dans une guerre infiniment
dispendieuse , est obligée tous les jours de faire de nouvelles
levées d'hommes et d'argent. Elle vient d'ordonner aux états
héréditaires de lui fournir 18000 recrues , à prendre où l'on
pourra , puisque les juifs eux -mêmes ne sont point exempts
de la conscription militaire . Des troupes du Bannat sont arrivées
dans la capitale ; elles en font la garde conjointement
avec des soldats de milice , parce qu'il n'y reste plus de troupes
de ligne , tous les grenadiers étant partis , et le reste des artilleurs
devant partir incessamment à ce que disent les lettres
de Vienne du rer . de ce mois . Elles ajoutent qu'un rescrit impérial
, promulgać tout récemment , enjoint aux futeurs et
curateurs , lorsque leurs pupilles le demanderont , dé porter
l'or et l'argent qui leur appartiennent à la monnoie , et d'en
recevoir une obligation de quatre et demi pour cent d'intèrêt.
On a grand soin de faire sonner aussi bien haut la prétendne
trouvaille du comte de Stampfer , directeur des exploitations
métalliques , qui a rencontré tout à propos près de
Chemnitz une nonvelle mine , les uns disent d'argent , les autres
seulement de vif argent , mais très - abondante , et qui rendra
prodigieusement.
C'est pourtant au milieu de cette pénurie réelle , et que l'on
dissimule le mieux que l'on peut , ne pouvant pas la cacher ,
que l'empereur promet au pape de le garantir du ressentiment
de la République Française , qui pourrait peut - être lui demander
compte du sang du malheureux Basseville , assassiné dans
la capitale du monde chrétien.
Le nonce avait reinis , il y a quelque tems , au ministere
une note relatiye aux circonstances actuelles ; le baron de
( 395 )
Thugut, directeur-général des affaires étrangeres , y a répondu
par écrit le 13 de ce mois . Voici la substance de cette réponse ;
L'empereur approuve la conduite ferme et noble du saintpere
dans les affaires de France ; le bon succès des armes de
S. M. I. et de ses alliés a changé heureusement la face des
affaires : l'arrivée prochaine sur les côtes d'Italie des escadres
anglaise et espagnole , les mettra suffisamment à couvert de
toute surprise de la part des Français ; le grand - duc de Tos
cane a pris , pour le cas où les Français demanderaient le passage
par ses Etats , des dispositions analogues à la situation
de ses Etats , et conciliables avec la faiblesse de ses moyens
de défeuse ; enfin , l'empereur a arrêté les mesures nécessaires
pour protéger l'Italie .
L'empereur ne néglige rien pour inspirer à ses troupes tout
le courage dont elles ont besoin , puisqu'il les envoie combattre
les soldats de la liberté . Lors du passage des hussards
de Tzeklers par la capitale , il s'est fait présenter tous ceux qui
ont mérité , dans la derniere guerre contre les Turcs , la médaille
d'or et d'argent , et leur a fait distribuer une gratification
; ils étaient au nombre de 19. Ce corps est envoyé à
l'armée du maréchal de Cobourg. L'empereur doit s'y montrer
lui - même avec le jeune archiduc , et compte l'animer beau
coup par sa présence . On assure qu'il abrégera le séjour qu'il
s'était proposé de faire dans sa maison de plaisance de Laxembourg
, pour réaliser incessamment ce projet. Mais avant de
quitter le chef - lieu de ses Etats , il veut prendre toutes les
précantions possibles contre les mouvemens populaires . Aussi
mande - t - on de Ratisbonne que les ministres comitiaux ont
tenu une conférence sur l'affaire des associations des étudians
aux universités , et que celui de Bohême a proposé , au nom
de sa cour , de défendre rigoureusement non seulement ces
associations , mais aussi tous les ordres , fraternités et assoeiations
secrettes quelconques . On regarde ces associations
comme très- dangereuses aux gouvernemens monarchiques,; le
ministre de Brandebourg prendra sûrement ad referendum la
proposition de son collegue de Bohême , et cela pour cause.
Le vice-chancelier de l'Empire prince de Colloredo a remis ,
au nom de son maître , à M. Duras , qui fait à Vienne les
affaires de l'électeur Palatin , une note très - remarquable au
sujet de la neutralité qu'il a observée jusqu'à présent . L'empereur
reproche à l'électeur d'avoir séparé son intérêt privé
de l'intérêt général , et cherché à établir sa sûreté particuliere
sur une politique et des principes de neutralité contraires aux
principes de l'Empire ; il trouve que l'offre que fait actuellement
l'électeur de 3000 hommes de troupes prises de sa gar,
nison de Manheim , et sous la condition dee les donner pour
le service de l'empereur , ne remplit point suffisamment ses
obligations en qualité d'Etat de l'Empire , puisqu'au lieu du
triple contingent auquel il est oblige , il se borne à donne
Dd 2
( 396 )
L
comme subside un corps de troupes qui n'est en aucune proportion
avec l'étendue et la convenance de ses Etats . En cas
de refus , le chef du corps germanique lui annonce qu'il serait
forcé de présenter à la diete toute cette suite de demarches ,
pour en ordonner suivant les lois .
1
En général l'Autriche tient l'oeil ouvert sur la cour de Munich
; elle vient de lui envoyer un M. Laval - Montmorenci ,
fraîchement arrivé de Petersbourg. Cet émissaire est chargé
de lui annoncer la grande nouvelle qu'une escadre russe , destinée
à agir contre la France , doit incessamment arriver avec
12,000 hommes de débarquement , et de lui faire sentir que
le meilleur parti qu'elle ait à prendre , c'est de se joindre de
bonne foi aux puissances coalisées pour aider à écraser la
France , la seule puissance qui puisse pourtant la sauver .
parait que l'activité des agens diplomatiques de la cour de
Vienne commence à produire quelque effet . La ville de Cologne
vient eufin de déclarer à la diete de Ratisbonne que ,
vu le changement des circonstances , elle abandonnait le systême
de neutralité qu'elle avait adopté d'abord.
---- Il
Le roi de Prusse après avoir fait quelque séjour à Bodenheim ,
à deux lieues de Mayence , s'est rapproché dernierement de
l'armée qui se trouve , tant du côté de Landau , que dans les
Vosges entre Kaisers- Lautern et Deux -Ponts , en venant s'établir å
Deidesheim ( petite ville de l'évêché de Spire ) entre Neustadt
et Derkheim , et à mi - chemin de Landau à Worms.
Lors de la sortie des assiégés de Mayence sur le quartier
général Prussien à Marienborn , le général en chef Kalkreuth
et le prince Louis , fils cadet du roi , manquerent d'être faits
prisonniers. Celui - ci a reculé depuis de deux lieues ; il est
cantonné avec un bataillon des gardes à Nackenheim . — Ou
mande d'Openheim que les cadavres de plus de mille Autrichiens
tués le 12 mai à l'attaque de Weissnau , par des batteries
chargées à mitrailles , sont encore sans sépulture , et que
leur odeur a forcé les assiégeans de se retirer du poste important
de la plaine d'Heiligen kreutz . Les Prussiens doivent
être aussi incommodés de l'odeur cadavereuse des hommes et
des chevaux tués à Marienborn , à moins qu'ils n'aient pris
de grandes précautions . On travaille sans relâche au camp
autrichien que l'on établit entre Hambac et Zeiskammer ; mille
paysans que l'on tire des environs de Bruchsal se relevent ,
pour les travaux , tous les trois jours ; on fait des fossés trèsprofonds
que l'on couvre de branchages et de feuilles ; on
n'épargne ni vignobles , ni champs remplis de bled ; on coupe
des forêts entieres de l'autre côté du Rhin pour faire des retranchemens
. Il ne se passe pas de jour qu'ii n'arrive quelque
affaire aux environs de Mayence. Les sorties des Français
sont fréquentes , et moissonnent beaucoup de monde .
On ne néglige rien pour les deloger de toutes les petites isles
qu'ils occupent sur le Rhin ; on leur en a même repris quel(
397 ) il y
s'il en
ques-unes , mais il leur en este toujours . Le 5 au soir ,
a eu uue forte canonnade de ce côté -là ; elle a duré toute la
nuit ; on ignore quel en a été le résultat . Au reste ,
faut croire des lettres de Manheim du 16 , il y a dix - sept
chevaux de poste d'arrêtés de Neustadt à Oppenheim ,
pour le duc de Brunswick , parce que ce prince veut être présent
au'siege de Mayence qui doit commencer cette nuit.
Suivant les dernieres lettres de Vienne , datées du 10 , on
continue de faire aux armées des envois considérables de munitions
de guerre et de bouche. Il est même question de
renforcer les deux principales d'une levée qu'on porte à
60 mille hommes . Cela semblerait prouver que les pertes ont
été beaucoup plus considérables qu'on n'en est convenu dans
les rapports officiels , c'est-à -dire qu'on se serait permis quelquefois
de mentir officiellement ; ce qui ne serait pas après
tout une chose bien extraordinaire . On ne compte apparemment
pas beaucoup sur la bravoure des Juifs , puisqu'on a
renoncé à les comprendre dans les recrues , comme il en avait
été question d'abord , et que l'on se borne à leur demander
de l'argent l'armée actuellement sur pied en coûte beaucoup.
La dépense monte , malgré toute l'économie possible , à près
de 80 millions de florins par au , sans compter les frais de
transport de l'artillerie de siége , ni les frais extraordinaires
qu'entraîne le siége même d'une place .
Les Bosniaques se sont opposés de nouveau à la délimitation
des frontieres autrichiennes de leur côté ; ils ont attaqué,
suivant la depêche du général de Schlaun , l'escorte de la commission
à la tête de laquelle il est , et ont tué un officier et
quatre soldats . Le ministere est d'autant plut inquiet de cette
affaire désagréable qui pourrait avoir des suites funestes , qu'il
paraît que la Porte Ottomane commence à s'appercevoir combien
les préventions que l'Autriche lui avait données contie
les Français étaient mal fondées , puisqu'elle a permis au
citoyen Descorches , qu'un pacha avait d'abord arrêté , de
se rendre à Constantinople où il va déployer le caractere de
ministre de la nation française .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Les états ont enfin accordé à l'empereur et les subsides
arriérés et ceux qui viennent d'échoir. La mode des dons
patriotiques s'introduit aussi dans la Belgique . Iudépendamment
des 1,200,000 florins donnés à l'empereur et du million
au gouverneur- général , les comtes de Merode et de Lannois
ont fait chacun un sacrifice de 40,000 florins . Le duc d'Aremberg
a porté le sien de 100.000 , et l'abbé de Tongerloo n'en
a pas donné moins de 400,000 . On assure que ces sommes sont
entrées déja pour la majeure partie dans la caisse du gouvernement
, et que le reste suivra de près. Les opérations mili(
398 )
taires ne pourront qu'y gagner beaucoup d'activité . On écrit
de Bruxelles , en date du 9 juin , que le général Ferraris ,
chargé de la conduite du siège de Valenciennes a fait sommer
la ville de se rendre , et que comme il s'attendait à un refus ,
qui est effectivement la seule réponse qu'on lui ait faite , tout
sera prêt pour commencer vivement l'attaque le 20 de ce mois .
Ces mêmes lettres ajoutent : On travaille avec ardeur aux batte
ties. Une prodigieuse quantité de travailleurs arrivent sans
cesse à l'armée . Avant hier six mille paysans couverts par un
fort détachement et sous la direction d'habiles ingénieurs furent
occupés à cet ouvrage . L'ennemi enveloppé de toute patrs
voyoit ces travaux , et pouvant juger quel avantage nous en
retirerions pour sa ruine , il se disposa de son mieux à troubler
nos travailleurs . Les bombes et les boulets commencerent à
pleavoir , mais sans empêcher les travailleurs de continuer ;
quelques-uns pourtant furent , tués et nous n'eûmes que 21
hommes de morts , un capitaine de l'état-major et un porte
drapeau
du corps d'Hohenlohe blessés . L'ennemitira de la forteresse
plus de 500 coups ; mais voyant que c'étoit en vain , et que fort
peu de ses coups pouvoient atteindre les retranchemens , il
tenta nne sortie avec un corps de 8 à gooo hommes , mais
qui ne lui réussit pas.
On s'attend que le général Custines tentera de dégager
Valenciennes en détachant une partie de l'armée de 80,000
hommes qu'il a rassemblée près de Cambray : quaut à Condel,
cette place tient toujours bon contre le général Clairfait qui
Ja bloque. Les environs sont inondés au point de rendre assez
difficile la construction des ouvrages nécessaires pour en faire
le siége dans les formes .
Huit mille Hessois sont attendus d'un moment à l'autre à
Bruxelles , ainsi qu'un renfort considérable de l'armée de
réserve dont on a d'autant plus besoin qu'il a fallu dégarnir
beaucoup l'armée principale pour la sûreté des Etats héréditaires.
Au reste les puissances liguées s'observent réciproquement
; il semble qu'elles craignent que les succès de la cause
commune ne deviennent le profit d'une cause particuliere ; il
y a des germes de méfiance et de haine entre les Autrichiens
et les Prussiens .
1
Quant aux troupes britanniques , leur quartier général est
toujours à Tournay ; elles y restent dans une sorte d'inaction ;
c'est assez la marche de l'Angleterre , habituée à annoncer
beaucoup plus qu'elle ne fait , ne veut faire , et ne veut laisser
faire. Cependant il ne laisse pas que d'arriver des troupes de
cette nation à Ostende . La légion du comte de la Châtre y
débarqué déja depuis quelque tems , mais elle n'est que de
600 hommes ; elle attend de nouveaux renforts d'émigrés Français
pour être en état d'agir , et il en vient effectivement tous
les jours quelques - uns d'Angleterre , et d'ailleurs.
On prétend que ce corps , lorsqu'il sera complet , joindra
( 399 )
7
l'armée du duc d'Yorck , au lieu d'aller grossir celle des re
belles de la Vendée , destination qu'on lui avait donnée d'abord.
Le général Dumourier a fait à Bruxelles un petit voyage
qui n'a pas eu le succès dout il s'était flatté . On avait trouvé.
fort bon qu'il remit au ministre Autrichien les clefs de la
ville de Liege ; mais on a trouvé fórt mauvais qu'il ait fait
imprimer un écrit intitulé : Lettre au président de la C. N. , suivie
d'une adresse à la Nation Française. Ces deux nouvelles produc
tions ne parlant que de liberté , égalité , souveraineté populaire , le
gouvernement en a fait défendre la publication , a même
saisi tous les exemplaires , et ordonné à l'auteur de se retirer,
des Pays-Bas . Le politique mal venu s'est en effet embarqué
à Ostende pour passer en Angleterre où il doit être.
La garnison entiere de Groningue a passé par Bois-le-Duc ,.
et 20 hommes par compagnie de la garnison d'Utrecht avec.
les grenadiers Suisses de la Haye vont se mettre incessamment
en marche pour les frontieres . La cour Statoudhérienne est
si lasse de cette guerre , dont l'issue ni les suites ne peuvent
se calculer , qu'elle ferait volontiers des sacrifices pour la finir.
On assure même Dumourier a pu abtenir des conditions
que
très -favorables pour ceux des émigrés Hollandais que l'on
désirerait voir rentrer dans le pays . On va jusqu'à dire qu'il
est question d'un congrès pour la paix , et que s'il a lieu
c'est à la Haye qu'il se tiendra .
ANGLETERRE. De Londres , le 13 juin.
ช
Il existe des troubles en Irlande , et ces troubles sont de nature
à donner de l'inquiétude au cabinet de Saint -James . A peine
eut- on connaissance dans cette île de l'ordre d'y former les milices
que le feu de la révolte éclata par -tout. On déploya la
force militaire , et les troupes de ligne se virent pendant plusieurs
heures aux prises avec de simples paysans . Parmi les prisonniers
faits sur eux se trouve un de leurs chefs , appartenant à une des
familles les plus distinguées du pays , ce qui ferait volontiers
croire que ces mouvemens populaires ont un but.
Les côtes de l'Ecosse sont infestées de corsaires français . Un
d'eux fit derniérement une descente à Tobermurray , où il pilla
la douane .
Les lettres reçues des colonies Anglaises sont remplies d'expressions
de joye sur la complaisance du ministre de la marine
française , qui , quand il s'entendrait avec Pitt , ne s'y prendrait
pas mieux pour faciliter les conquêtes des colonies de la Républi
que , laissées par lui dans un état déplorable de faiblesse et de
dénuement. Les Français ne songent pas davantage à parta
leur commerce ; en voici la preuve dans la liste suivante
sur l'exactitude de laquelle on peut compter.
ger
-
Extrait des listes du café de Lloyd'ss , des 4 et 1 juin 1793.
Les navires français le Port- Louis , le Jeune- Eole et l'Emilie3
( 400 )
-
---
qui étaient à Tabago , sont tombés , ainsi que cette île , au
pouvoir des Anglais . Le 14 avril dernier , l'amiral la Forey
était chargé de cette expédition . La frégate anglaise l'Alligator
, faisant route pour Halifax , a pris et conduit audit lieu
un navire parti de la Martinique , et destiné pour M rseille ,
et l'Aimable-Famille , capitaine Levillain , parti de la Guade-
Joupe en destination pour le Havre . Le Doyn , navire de
guerre , arrivé à Portsmouth , a pris et envoyé dans un port
d'Angleterre , un corsaire français de 20 canons et de 150
hommes d'équipage . Ce corsaire avait pris un navire américain
parti de l'Inde , destiné pour Ostende . Le corsaire le
Sans-Culotte , de Nantes , armé de 16 canons , a été pris par
la frégate a Nymphe , et envoyé a Portsmouth . Un corsaire
français de 18 canons et 168 hommes d'équipage , a été pris
par une fregate espagnole , et envoyé à Alicante. Le navire
les Trois-Freres , parti de Saint- Domingue pour France , a été
pris par le vaisseau de guerre espagnol le Léandre , qui l'a envoyé
à Cadix . Le navire le Thoin , parti de la Martinique
pour Marseille , a été pris par les Espagnols et envoyé à Barcelene.
Le corsaire de Guernesey la Résolution a pris et
envoyé à Guernesey le navire français la Résolution , parti de
l'Orient et destiné pour Saint- Malo . Le navire la Notre-"
Dame de la Conception , parti de Saint- Ubes et destiné pour
Corck, pris par un corsaire français de 12 canons , a été repris
avec ce corsaire par une fregate anglaise qui les a envoyés à
Plimouth . Le navire l'Elisabeth , de Jersey , allant à Newfouland
, pris par un corsaire français , a été repris par le Henri ,
cutter de Guernesey .
-
-
1
11
-
P. S. Le 13 de mois , le général Meunier , commandant de
Cassel , est mort de la blessure qu'il avait reçue au genou , à
la sortie fai e sur Biebrich et Mosbach . Il a fallu lui faire l'im
putation , et cela ne l'a pas sauvé. Il a été enterre le lendemain
au bruit de toute l'artillerie de Cassel et du fort du Rhin. Les
généraux Prussiens lui avaient envoyé des médicamens , et
divers , rafraichissemens . On dit que pendant qu'il était allité il
a envoyé un trompette pour demander qu'il ne fut point tiré
sur Cassel , à condition que , de Cassel , on ne tirerait point
non plus . Le motif de cette demande n'était pas aisé à trouver.
Peut-être faudra -t-il l'expliquer par le rapport d'un déserteur ,
qui a assuré que presque tous les canons des retranchemens de
Cassel avaient été conduits sur les reinparts , et dans les ou
vrages de Mayence .
Le 4 , vers les dix heures du soir , la canonnade a été très-,
forte , les barques des Français se relevaient dans ce moment-là.
Nous apprenons dans ce moment que les Français qui ont été
en possession d'Arlon , depuis le 9 jusqu'au 12 , l'ont évacué ce
jour-là . Ils y ont été forces par un renfort autrichien , qui leur a
ué beaucoup de monde , et les a poursuivis jusques sur leur
territoire .
FRANCE.
1
( 401 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE COLLO T - D'HERBOIS .
Séance du mardi , 18 juin .
Douze conspirateurs de la ci -devant Bretagne ont été condamnés
à mort par le tribunal révolutionnaire . Collot- d'Herbois
a pris la parole pour instruire l'Assemblée d'un fait qui
lui est personnel , mais qui est relatif à ce jugement . Ce matin
deux particuliers se sont présentés chez lui pour l'intéresser ,
par des motifs d'humanité , en faveur des condamnés , et connaître
de lui les moyens d'obtenir un sursis à leur exécution .
Il a représenté à ces deux citoyens , dont l'un lui est counu
pour un ci - devant marquis de Landes , que s'ils lui parlaient
comme membre de la Convention , il ne pouvait rien , et que
son devoir lui appellait , avant tout , le sang des patriotes qui
coule dans la Vendée .. La Convention a ordonné que la
déclaration de son président sera insérée dans le bulletin ..
On annonce une lettre relative au sursis demandé pour les
condamnés l'Assemblée a passé à l'ordre du jour .
:.
Une adresse des citoyens d'Orléans à la Convention , exprime
leur adhésion aux mesures prises , contre une partie de
ses membres . Sur la proposition de Thuriot , l'Assemblée
confirme définitivement la municipalité, provisoire de cette
ville..
Une députation des membres du département du Cher est
venne protester contre les arrêtés de différens départemens qui
ont désigné la ville de Bourges pour le point de réunion des
suppléans. Ils ne reconnaissent d'autre Convention que celle
qui siége à Raris , et ils la félicitent des mesures qu'elle vient
de prendre. illa oppor
que
Deux députés extraordinaires de la ville d'Arras , déclarent ,
au nom des citoyens de la commune de cette ville ,
Donoux , Personne , Maignan , Varlet et Thomas Payne , députés
à la Convention par le département du Pas-de - Calais ,
ont perdu leur confiance .
Une députation de la commune de Vernon dénonce la conduite
du district d'Evreux , qui menace de faire marcher des
troupes contre les communes qui ont refusé d'adhérer aux
arrêtés du département de l'Eure. L'état où se trouve la
commune de Vernon est déplorable , ajoute l'orateur ; nous
,, sommes menacés de la guerre civile bâtez - vous de nous
donner des secours . La municipalité de Vernon est presque
Tome III. alanınan troll
Ee.
( 402 )
" entierement désorganisée ; plusieurs de ses membres ont
déserté leur poste ; le conseil général de cette commune
" vient d'arrêter les fonds entre les mains du receveur du
99 district, et d'en suspendre l'envoi au trésor national ; nous
senouvellons ici le serment de rester fidcles à la République
et à la Convention nationale . "
Un administrateur du departement de l'Eure déclare qu'il
a signé les arrêtés de ce département , mais que sa signature
lui avait été surprise , et qu'il la rétracte.
Sindet a observé que le département de l'Eure a attiré à
Evreux un corps de dragons de la Manche qui paraît être
totalement à la disposition des administrateurs contre- révolu
tionnaires.
མ ིི་, :་ །༧
Sur la motion de Thuriot la Convention a rendu le décret
suivant.
Art. Ier. Les lois qui font defenses aux administrateurs er
membres des conseils généraux de district et de département ,
de quitter leur poste , sous les peines y portées , seront exécutées..
II. Tout administrateur et membre du conseil de district
et de département qui sortira du cercle dans lequel il a le
droit d'exercer ses fonctions , sera arrêté , ses papiers visités .
III. S'il y a preuve qu'il ait des instructions ou pouvoirs
pour conférer avec les autres administrations , et machiner pour
rompre l'unité et l'indivisibilité de la République , il sera tras
duit sans délai à Paris , pour être par la Convention ordonné
ce qu'il appartiendra.
IV . S'il n'est porteur d'aucunes instructions ou pouvoirs ,
il en sera référé au comité de sûreté générale pour savoir s'il
y a des renseignemens particuliers , et demeurera en état d'arrestation
jusqu'à ce que ledit comité ait prononcé .
V. Ne seront arrêtés les administrateurs et membres de
conseil ou commissaires par eux envoyés , qui en consequence
de pouvoirs se rendront directement à la barre de la Convention
nationale , ou qui , en exécution des délibérations , seront
à la tête de bataillons en marche pour aller se joindre aux
armées .
VI . Seront mis en état d'arrestation tous les suppléans qui
se rendraient à un point convenu pour y former une réunion
dont l'objet serait de servir la conjuration formée contre l'unité
et l'indivisibilité de la représentation nationale .
VII . Enjoint au conseil exécutif , aux administrateurs de
départemens et de districts , aux municipalités et conseils de
communes , aux tribunaux et juges de paix de veiller à l'exés
cution du présent décret , autorise même tous les bons citoyens
à faire lesdites arrestations , à la charge d'en référer aussi -tôt
auxdites autorités constituées , et en même tems à la Convention
nationale.
Marat renouvelle ses dénonciations contre les généraux et les
I
( 403 )
1
commissaires de la Convention dans la Vendée . Lacroix , de la
Marne , veut que le général Wimpfen soit arrêté pour avoir
souffert l'emprisonnement des comm ssaires de la Convention
dans le château de Caen . Un autre membre demande que cette
mesure soit étendue au commissaire Coustard . Toutes ces
propositions
sont renvoyées au comité de salut public.
Le ministre de la justice a transmis à la Convention la liste
es députés en état d'arrestation chez eux , de ceux partis
depuis leur arrestation , et enfin de ceux dont l'absence n'a
pas permis de meure les mandats d'arrêt à exécution . La voici :
Deputés mis en état d'arrestation chez eux.
Lanjuinais , Vergniaux , Geasonné , Lehardy , Guadet ,
Pétion , Boileau , Biroteau , Valaze , Gommaire , Bertrand ,
l'Hodiesniere , Gardien , Kervelégan , Molleveault.
Députés évadés après leur arrestation.
Bergoin , évadé du 6 au 7. Barbaroux , évadé du 10 au 11.
Députés qui n'ont pu être mis en état d'arrestation , n'étant plus
dans leurs domiciles.
Lidon , Buzot , Lassource , Rabaut , Brissot , Salles , Chambon
, Gorsas , Grangeneuve , Lesage , Vigée , Louvet , Henri
Lariviere .
Mallarmé , rapporteur du comité des finances , a fait décréter
que la caisse de l'extraordinaire verserait dans celle de la
trésorerie nationale , pour les dépenses du mois dernier , la
somme de 315,563,356 liv.
L'adjudant-général Sandos , écrit de Luçon le 15 de ce mois ,
que l'armée à ses ordres , composée seulement de sept
t'cents
hommes d'infanterie et de quarante cavaliers a tenté l'attaque
du château d'Hermenonde , défendu par quatre mille rebelles
et trois cents hommes de cavalerie .
Trois fois les rebelles ont voulu se ranger en bataille , et trois
fois l'artillerie française a rompu leurs bataillons . Forcés dè
rentrer dans le château , ils y ont été assaillis , et contraints
de l'abandonner aux patriotes , qui y ont trouvě 22 chevaux
50 mulets , 40 à 50 bêtes à corne , une quantité assez consi
dérable de grains et de fourrages qu'ils avaient pris à Fontenay-lepeuple
, et trente soldats Français que les brigands avaient
renfermes dans un cachot.
-Les rebelles ont eu 12 hommes de tués et beaucoup de
blessés les Français n'ont én qu'un blessé . Le bataillon de la
Charente s'est principalement distingué dans cette affaire .
Séance du mercredi 19 juin .
E
A l'ouverture de cette séance , Génissieux a observé que le
procès -verbal de la séance du 16 n'avait pas fait mention dun
Ee 2
( 404 )
décret qui ordonne que dorénavant tous les pensionnaires de
la République seront payés dans les districts . L'Assemblée
a ordonné l'insertion de ce décret.
Un membre , au nom du comité de la guerre a fait un rap
port sur les faits qui ont donné lieu à l'arrestation du général
Chazot. Il en résulte que toutes les imputations sont autant de
calomnies. Le rapporteur proposait de déclarer qu'il n'y avait
pas lieu à accusation contre Chazot , et d'autoriser le conseil
exécutif à employer ce général ; mais d'après les observations
de Bréard , la Convention a décrété seulement qu'il n'y a pas
lieu à inculpation contre Chazot , et qu'il sera mis en liberté.
Une députation de la ville de Rouen présente une pétition
tendante à obtenir des secours en argent et en grains . Voyez la
notice de cette séance dans le dernier numéro. )
Un membre du comité de liquidation a proposé un long.
projet de décret sur la liquidation et la réduction des pensions
; la Convention a ajourné le projet de décret à quinzaine
, et décrété ce qui suit : 1º , le comite est chargé de
revoir son projet . 2° . Seront payées provisoirement les pensions
qui n'excedent pas 3000 liv .; les pensions qui excedent
cette somme seront payées jusqu'à concurrence de 3000 .
30. Nul ne pourra toucher le paiement d'aucune pension sur
le trésor public , s'il ne produit un certificat de civisme . Ce
dernier article a été décrété sur la proposition de Roux-Fusillac;
on lui a observé qu'un pareil décret exposait à mourir de
faim une infinité de ci- devant religieux et religieuses infirmes
qui ne pourront jamais obtenir de certificat de civisme. Qu'im
porte , a répondu Fusillac , que des contre - révolutionnaires
existent. L'article a été maintenn . -
Les administrateurs du département de la Somme se présentent
à la barre pour se justifier des inculpations qui leur
ont été faites . Voyez la notice de cette séance dans le dernier numéro.
)
Brival a fait un rapport sur le tribunal populaire de Marseille
, ainsi que sur le comité central des 32 sections de
cette ville. Voyez idem . ) On fait lecture d'une lettre des ad
ministrateurs du département , en date du 7. Ils écrivent que ,
soumis à la loi , ils n'ont pas voulu adhérer à l'invitation qui
leur a été faite par le comité central des, 32 sections de Marseille
, d'assister à la réinstallation du tribunal populaire , et
que l'administration du district et la municipalité ont suivi son
exemple.
Le ministre de la guerre annonce à la Convention , qu'une
partie de la garnison de Briançon s'est emparé du poste et du
village des Clavieres . L'ennemi a eu 3 hommes de tués , 2 ont
été blesses et 6 prisonniers . Le reste a pris la fuite .
Séance extraordinaire du mercredi au soir.
Un officier municipal de la commune d'Aix vient dénonces
( 405 )
es manoeuvres employées pour corrompre cette ville et l'eu
gager à coopérer à ce qu'on appellait la révolution du midi .
Il a indiqué le procureur de cette commune , nommé Jauffret ,
et le citoyen Bastier , notable , comme les principaux auteurs
de cette conspiration . Enfin il a dénoncé une lettre adressée
par Duprat jeune , Duperret , Barbaroux et Durand- Maillanne ,
à la commune d'Aix , dans laquelle il félicite les sections de
cette ville sur leur retour à l'ordre . Renvoyé au comité de
sûreté générale.
-
Des députés de diverses communes du département de
l'Eure sont venus protester contre les arrêtés de ce département.
Celle de Bernay s'est particulierement distinguée par
son indignation contre la conduite du département ; elle s'est
plainte de ce que la commission départementale , dont un déeret
ordonne le rassemblement dans cette ville n'y est pas
encore etabli Citoyens , a ajouté l'orateur , Bernay est
dans une situation alarmante ; elle se trouve entre deux départemens
qui sont en état de rébelliou ouverte ; peut- être le
sang y est prêt à couler ; car le département y envoie un
détachement de 500 hommes qui doit diriger sa marche sur Paris .
Cette force armée n'est pas alarmante par son nom , mais
elle espere se grossir dans sa marche. Renvoyé au comité
de salut public.
-
Une députation de la légion germanique accuse ses nouveaux
officiers d'avoir contribué à la déroute de la légion près
de Saumur et demande justice contre ces traîtres . Renvoyé
au comité de sûreté générale.
Lamarliere écrit que la guerre de poste continue à se faire
avec avantage.
L'ennemi ne cesse de nous harceler , quoique nous devrions
le dégoûter de la préférence qu'il nous donne . - Beauharnois
mande de son quartier - général de Weissembourg qu'il se croit
plus propre à combattre la coalition des tyraus qu'à remplir
les fonctions de ministre. En conséquence il prie l'Assem
blée de recevoir sa démission . Je sais , ajoute - t- il , que le
même décret qui m'accorde le ministere , me donne un succesmais
l'honneur de servir son pays doit suffire à un républicain
d'ailleurs j'acquerrai , sous un chef plus âgé , l'expérience
qui me manque .
scur
:
On ardonne la mention honorable d'un arrêté par lequel
Ja section de Bondy s'est décidée , dans le cas qu'une force
armée marcherait contre Paris , à envoyer à sa rencontre un
juge de paix tenant en main une branche d'olivier .
Séance du jeudi , 20 juin.
La séance est ouverte par la lecture d'une foule d'adresses
d'adhésion aux mesures prises par la Convention nationale
dans la journée du 31 mai. Une lettre de la société populaire
du Mans , annonce qu'elle a rejetté avec horreur les proposi
Ee 3
( 406 )
tions des commissaires du département du Calvados. Elle porte
en outre que des volontaires ayant remarqué qu'un des commissaires
avait à son chapeau un cordon blanc et deux fleurs
de-lys , la société les avait fait mettre en état d'arrestation ,
mais que la cominune les avait remis en liberté , vérification
faite de leurs pouvoirs . Quelques membres ont paru douter
de l'authenticité de ce fait , et l'Assemblée a chargé le ministre
de l'intérieur de le vérifier .
Des membres des autorités constituées du district d'Ande- ,
lys , département de l'Eure , avaient arrêté , conformément à ..
la loi , le citoyen Fauvin , porteur d'ordre du département.
Ils l'amenent à la barre , et deposent sur le bureau les pieces
dont il était muni . Le prévenu s'est justifié , en attestant que
le patriotisme seul l'avait amené dans la démarche qu'il´à .
faite ; qu'il était persuadé que la Convention n'était pas libre ,
mais qu'il appercevait en ce moment combien on l'avait trompé.
La Convention a renvoyé ce citoyen par - devant le
Comité de sûreté générale pour y être interrogé , et elle a
décrété qu'il sera gardé à vue jusqu'au rapport du comité.
On a fait lecture d'une adresse des administrateurs du département
du Nord à leurs concitoyens , tendante à les prémunir
contre les piéges qui leur sont dressés , relativement à
la journée du 31 , journée glorieuse , disent-ils , puisqu'elle a
fait taire toutes les passions , et qu'il en est résulté une constitution
après laquelle la France soupirait depuis si long-tems.
Le département de la Marne a suivi l'exemple de celui du
Calvados. Les citoyens de Sainte- Menehould improuvent formellement
la conduite des administrateurs .
La majorité des sections de Paris est venue demander le
rapport du décret qui établit une armée révolutionnaire . Les
petitionnaires ont démontré que ce décret est impolitique ,
injaste et dangereux. Il est impolitique , car il établit une dif
férence entre les nouveaux soldats et les autres défenseurs de
la patrie. Il est injuste ; en ce qu'on leur accorde une paye
plus forte qu'aux soldats qui composent les autres armées de
La République . Enfin il est dangereux , parce qu'il tend à
dégarnir les atteliers , sans aucune autre utilité que de former
peut-être une armée prétorienne dont l'existence menacerait
la liberté . Renvoyé au comité de salut public.
Billaud-Varennes était chargé de faire un rapport du comité
de sûreté générale sur la conduite du général Wempfen . Le
comité de salut public a déclaré que ce rapport était inutile.
Wempfen venant d'être rappelé par le conseil exécutif comme
convaincu de complicité avec les administrateurs du Calvados .
On a repris la discussion des articles additionnels à la constitution.
Le comité a proposé de substituer au juri civil qu'on
avait demandé , des arbitres publics qui termineraient sans frais
Foutes les contestations , qui ne seraient pas du ressort de la
justice de paix , ou que les arbitres de choix n'auraient pas
(407)
décidées. Il a prouvé qu'autant que l'institution du jury était
utile en matiere criminelle , autant elle serait funeste en
matiere civile. Dans les premieres , le fait est toujours séparé
d'une maniere très - distincte du droit ; le jury pent aisément
connaître le , fait , et déclarer si l'accusé est le coupable.
Dans les secondes , le fait et le droit sont intimement compliqués
; il est impossible qu'une question à décider au
civil se conçoive , se saisisse , sans réunir le fait et le droit.
Au criminel , si la loi manque , quoique le delit soit constant
, le coupable est absous . Au civil , si la loi n'a pas- prévu
le fait , il ne faut pas moins le décider et adjuger à l'une
des parties le droit qu'elle réclame . Dorénavant nous dirons
aux plaideurs Efforcez -vous de transiger , choisissez des
arbitres , rècourez avant tout à une médiation . Si vous ne
pouvez vous entendre sur la médiation particuliere et volontaire
, vous en trouverez une publique et sociale dans les juges
de paix . Si l'objet excede la compétence bornée dans les
limites de laquelle les juges vous eussent jugés sur- le - champ ,
ils chercheront du moins à vous concilier ; c'est le devoir
sacré que la loi leur impose ; ils y réussirònt souvent , et
par - lå ils éteindront dans leur principe une multitude de
procès ruineux. Si cependant ils n'y parvenaient pas encore ,
alors dans un certain nombre d'hommes vertueux , élus par le
peuple , ou au nom du peuple , vous en choisirez qui termineront
vos débats .
La Convention a décrété qu'il y aurait des arbitres publics ,
nommés par les assemblées électorales ; le corps legislatif
reglera leur nombre et leur compétence.
- Le comité an
nonce qu'il présentéra son travail , en entier , dimanche.
Séance du vendredi , 21 juin.”
On lit par extrait un grand nombre d'adresses d'adhésion
aux évenemens et aux décrets des 31 mai et 2 juin . Le ministre
de l'interieur éprouve beaucoup de difficultés pour la distribution
des subsistances . I observe qu'il est d'autant plus urgent
de prendre à cet égard des mesures promptes , que la disette
se fait deja sentir dans tous les départemens infertiles. Renvoyé
au comité d'agriculture. On a fait lecture d'une lettre
de Marat à la Convention nationale ; en voici l'extrait :
-
Paris , 21 juin l'an 2 de la République française .
Une maladie inflammatoire , qui me retient dans mon lit ,
et dont je suis tourmenté depuis cinq mois , m'empêche
de me rendre à mon poste ; je prie le citoyen président de
faire décréter que Charrier , ainsi que plusieurs autres patriotes ,
victimes de l'aristocratie à Lyon , soient traduits à la barie ;
je demande aussi que l'Asseinblée étende au tribunal de Lyon
les mesures dont elle vient de faire usage contre le tribunal
populaire de Marseille . Ee 4
( 408 )
Je desirerais, aussi qu'on supprimât la permanence des sections
, source des troubles qui sont survenus dans les grandes
villes . Les aristocrates et les riches peuvent aller journellement
à leurs sections ; ils s'emparent des délibérations , tandis que
le journalier ,, obligé de travailler pour vivre , se trouve exclu
de ces assemblées ,
Renvoyée au comité de salut public.
Robert Lindet , de retour de Lyon , prévient l'Assembler
qu'il est impossible de faire un rapport sur l'état de cette ville
avant que les citoyens , mandés à la barre , aient été entendus.
Il assure que si la nouvelle autorité qui s'éleve à Lyon , tient
les rênes de l'administration avec fermeté , il n'y a rien à
craindre pour la liberté ; en attendant. voici le projet de
décret qu'il présente au nom du comité de salut public :
10. la Convention nationale met sous la sauve- garde de
la loi et des autorités constituées , les citoyens arrêtés à Lyon
dans les derniers troubles qui y ont eu lieu . 2 ° . Il sera sursis
à toute instruction et poursuite commencée contre ces , citoyens
. Ce projet de décret et adopté .
Une lettre du général Sauterre annonce qu'il fait conduire
à Paris le général Quétineau qui demande à être jugé . La
Convention décrete que ce general sera mis en état d'arrestation
chez lui ..
Les commissaires envoyés en l'isle de Corse écrivent que
les rebelles , à la suite d'une révolte qui a eu lieu dans ce
département , ont été totalement défaits . Ils font le plus graud
éloge des troupes de la République , et particulierement da
bataillon de l'Aveyron. Ils ajoutent des renseignements sur
la moralité du parti contre - révolutionnaire , qui veut bien
vivre et mourir français , mais auquel il faudrait , pour qu'il
ne remuât point , des prêtres insermentés , des généralissimes
et des écus à la place des assignats .
On fait leeture d'une lettre du citoyen Egalité, à la Convention
nationale J'attendais patiemment , dit Egalité , ce que
vous prononceriez à mon égard , d'après l'interrogatoire que
j'ai subi. Mais , au moment où je me flattais de voir aniver
cette décision , que la certitude de mon innocence me faisait
desirer vivement , j'ai été resserré beaucoup plus , et puis
transféré au fort Saint -Jean , où je suis depuis le 27 , mai. "
Egalité termine så lettre en sollicitant , ' sinen sa liberté toute
entiere , du moins la permission de communiquer avec les
personnes qu'il desirerait , et la faculté de se promener et de
prendre l'air.
Rhul , chargé de l'examen de la correspondance de Philippe
d'Orléans , a demandé que l'Assemblée fixat un jour pour en
tendre le rapport que cette commission est chargée de lui faire
sur cet objet. Il a assure que la prétendue faction d'Orléans
est absolument imaginaire . La Convention entendra ce rapport
mardi prochain.
( 409 ) 3533
La société populaire de Metz offre de fournir , sans dégarnir
cette place , des forces imposantes pour marcher dans la Vendée.
Toutes les autorités constituées du département de la
Côte d'Or adherent aux mesures prises par la Convention , et
la félicitent sur son travail constitutionnel .
-
Sur la présentation du comité de salut public , la Convention
nomme pour ministre de la guerre le citoyen, Alexandre,
commissaire à l'armée des Alpes , et pour ministre des affaires
étrangeres , le citoyen Desforges , adjoint du ministre de la
guerre .
Un membre ayant dénoncé l'abus des griffes pour les certificats
de non- émigration délivrés au département de Paris
l'Assemblée renvoie au comité de sûreté générale pour vérifier
les faits , et défend aux autorités constituées de se servir
de griffes .
Séance du samedi 22 juin .
-
On a donné lecture de plusieurs adresses de sociétés popu
laires , les unes adherent à la révolution du 31 mai ; les autres
s'élevent contre cette même révolution et demandent la révision
de tous les décrets rendus depuis cette époque...
A
Amiens , les citoyens mécontens de la composition de l'étatmajor
et des officiers de la garde nationale , lès ont cassés
et en ont nommé d'autres . Ces officiers sont venus se plaindre
au comité de sûreté générale qui a fait annuller ces élections et
maintenir celles faites depuis un an .
On a fait lecture d'un arrêté du conseil- général de la commune
de Landrecy sur les dépêches du ci-devant Monsieur
Extrait de la séance publique du conseil -général de la commune de
Landrecy , le 17 juin.
Le procureur de la commune a donné communication au
Conseil d'une lettre à lui adressée d'Aix-la-Chapelle , contenant
la déclaration du ci - devant Louis-Stanislas -Xavier Capet , datée
de Hamm en Westphalie , du 28 janvier dernier , par laquelle
il a l'impudence de se dire régent de Louis - Charles , qu'il a
l'audace d'instituer roi de France et de Navarre , depuis la
mort du ci-devant roi , et des lettres - patentes datées du même
lieu et du même jour , par lesquelles ce soi- disant régent de
France nomme son fugitif de frere Charles -Philippe Capet,,
pour lieutenant-général du royaume. Le conseil-général , ouï
le procureur de la commune et ses conclusions , déclaré à
l'unanimité , que ne reconnaissant point de régent en France ,
ni de lieutenant - général du royaume , ayant de tout coeur
adopté le gouvernement republicain , qui seul peut convenir
à des hommes libres , jure de nouveau d'exterminer tous les
tyrans , et de mourir plutôt mille fois que de souffrir qu'aucune
autorité s'éleve au - dessus de la loi ; qu'il ne reconnaitra
jamais pour souverain que la généralité du peuple , et qu'il
410 )
poignarders tout intrigant ou tyran qui voudra l'usurper :
arrete aussi d'après les conclusions dudit procureur de la
commune , que pour prouver combien le conseil méprise ces
deux pieces et leur auteur , qu'elles seront sur- le- champ lacérées
et brûlées pour être leurs cendres jettées au vent : le conseil
a de plus arrêté que copie de cette déclaration sera en
voyée à la Convention nationale et aux commissaires du département
du Nord dans cette ville .
Des députés extraordinaires de Nantes viennent exposer les
dangers qui menacent cette ville . Deja les rebelles lui ont
enlevé deux communications a peut-être en ce moment ne lui
en reste-t-il plus aucune , et ce malheur , s'il a lieu , doit entraîner
la perte de toute la Bretagne . Les députés assurent
cependant que les Nantois se préparent à une vigoureuse résistance
; que tous les habitans , hommes , femmes et enfans
travaillent à faire des retranchemens ; mais que cette malheu
reuse ville West abandonnée à elle-même , malgré les secours
qu'on ne cesse de lui promettre , et que les ennemis qui la
pressent sont au nombre de 70 mille. Dans ce peril extrême ,
a dit l'orateur de la députation , les administrateurs , la
» société populaire , et tous les citoyens en général nous ont
-" envoyés pour vous demander des secours. Ce n'est plus le
" tems des moyens ordinaires . Il faut que le tocsin de la
liberté sonne dans toute la République ; il faut que la France
se leve toute entiere pour écraser les brigands. "
Une lettre de Coustard , commissaire de la Convention , con-
Erme ces détails , et en ajoute de plus affligeans encore.
Une foule de propositions se * succedent rapidement.
Laporte vent que le comité de salut public soit tenu de fixer
T'heure à laquelle le tocsin sera sonné dans toute la République
, contre les rebelles de la Vendée.
Legendre fait la motion d'envoyer des patriotes dans tous
Jes départemens pour en donner le signal .
Thariot s'oppose à ces mesures extrêmes ; enfin , Barrere
observe que le comité de salut public a pris tous les moyens
efficaces pour repousser les rebelles . Il fait lecture d'une lettre
de Choudieu , commissaire à l'armée de Biron , datée de Tours
le 18 juin , dont voici l'extrait : « J'arrive à Niort ; le géneral
5 Biron est ici au milieu d'une armée nombreuse , plein de
desir de se mesurer avec les rebeiles : elle est d'environs
25 mille hommes. On peut compter sur 16 mille homines“ a
d'excellentes troupes ; le reste est composé de peres de
familles et de gardes nationales en requisition . Il y a en
si outre aux Sables 12 mille hommes de troupes bien disciplinées
, sous les ordres du général Boulard . En réunissant
* ces deux corps , on pourra aiment former une armée
&
agissante sans dégarnir les côtes . Dans quatre jours tout
99 est en ordre , et où se dispose à partir de Niort. Non's
99 organisons à Tours une armée qui sera au moins de 25,000
--
( 411 )
hommes. Elle se compose de ce qui arrive de Paris et des
debris de l'armée de Saumur.
Barrere ajoute qu'avec cette armée et les secours offerts par
la commune de Metz , on doit espérer de triompher des rebelles
; enfin , après s'être élevé contre l'abus du trop grand
nombre de commissaires dans cette armée , et les dangers plus
grands encore de la désertion ; il fait adopter les mesures
suivantes :
も
10. Le nombre des commissaires dans les armées contre
les rebelles sera réduit à 10. 20. Tout homme servant dans .
les armées contre les rebelles , qui , arrêté par eux , en recetra ^
un passe - port , et s'en prévaudra pour retourner dans ses foyers.
sera declaré lâche deserteur de la liberté , et privé pendant
dix ans du droit de citoyen . 3º . Tout homme qui quittera les
armées de la République saus congé sera regardé comme deserteur
, et puni comme tel. 4°. Tout homme saisi d'un passeport
des rebelles , constatant qu'il a prêté serment à Louis XVII ,
sera livré au tribunal revolutionnaire. 5º. Toute municipalité
qui recélera un deserteur , sera déclaré coupable de connivence.
Les commissaires conservés dans les armées de la Vendée .
sont : Choudieu , Richard , Goupilleau de Fontenai , Bourdon
de l'Oise , Bourbotte , Thuraut , Dameron , Gaudin , Anguis ,
Tallien..
Barrere fait encore décréter , au nom du comité de salut
public 1º, que le géneral Houchard restera à l'armée de
la Moselle , et Beauharnais à celle du Rhin ; 2 ° . qu'il se
rendra un commissaire à Tulles et un autre à Moulins , pour
Y hâter la fabrication des armes ; 3 ° . qu'il sera mis un embargo
sur tous les navires de commerce et les corsaires ,
jusqu'à l'entier armement et equipement des vaisseaux de la
République. La frégate la Citoyenne - française de Bordeaux
est exceptée de cette loi en raison des frais de son cquipement.
On demandait la même exception pour toutes les frégates
de 24 canons . Cette proposition a été renvoyés au comité
de salut public pour être concertée avec le minisue de la
marine.
-
On a fait lecture d'une lettre des corps administratifs d'Arras.
Ils ont fait arrêter le citoyen Maignet député , parce qu'il n'etait
pojat muni d'un congé. Ils demandent à l'Assemblée de prononcer
sur cette arrestation. La Convention passe à l'ordre
du jour motive sur le decret portant qu'elle regarde, les députés
qui n'ont répondu à aucun des appels nominaux , comme
ayant donné leur démission. Elle charge son comité des inspecteurs
d'appeller le suppléant du citoyen Maignet.
La Convention a ajourné de nouveau la discussion sur l'emprunt
forcé , après avoir décrété comme bases , i ° . que cet emprunt
ne tombera que sur le revenu , et non sur le capital
1412 )
•
les gens mariés , dont le revenu que n'excede pas 10,000 1.
en seront exempts , ainsi que les célibataires dont le revenu
■ 'excede pas 60co liv.
La Convention confirme la nomination faite par son comité
de salut public , de Beauharnais , pour commander en chef
l'armée du Rhin ; de Houchard, pour le commandement de celle
de la Moselle . Elle rapporte le décret qui avait nommé Alexandre
ministre de la guerre , sur l'observation que ce citoyen était
encore agent de change au 10 août..
Ramel , au nom du comité de salut public , propose l'établissement
d'une commission paternelle , pour juger les citoyens
suspects mis en état d'arrestation , prolonger leur
détention ou ordonner leur déportation , suivant l'urgence,
Son projet est écarté par la question préalable .
Le comité de sûreté générale , d'après un nouvel examen
de la conduite du citoyen Maulde , ex -ambassadeur en Hollande
, fait décréter qu'il n'y a lieu à aucune inculpation
contre ce citoyen , et qu'il sera mis sur le champ en
liberté .
y
Séance du dimanche 23 juin.
-
Les commissaires à Metz adressent à la Convention de nouveaux
détails sur l'affaire d'Arlon . L'on avait projetté dans le
Nord une attaque , pour le succès de laquelle on avait cru de
voir faire une diversion dans l'armée de la Moselle. Le général
Houchard , qui voulut bien seconder le mouvement du Nord ,
chercha à rendre le sien utile en se portant sur Arlon , pour
brûler les magasins qui y étaient. Au jour convenu 12,000
hommes se porterent sur Arlon , dans la confiance que les
armées du Nord et des Ardennes agiraient en même tems ;
mais l'arrivée du nouveau général dans le Nord avait changé
tout ce projet. Ce changement aurait pu devenir funeste aux
troupes de Laage ; mais leur courage surmonta tous les obstacles
, et notre victoire tient réellement du prodige . Tous
les bataillons remplirent leur devoir avec toute l'energie de
vrais républicains .
Les commissaires rendent sur- tout hommage à l'intrépidité
des carabiniers . Ils citent un trait d'humanité qui mérite d'être
conservé. Un carabinier dont ils n'ont pu découvrir le nom ,
quelques recherches qu'ils aient faites , se trouvait griévément
blessé et attendait du secours . Non loin de lui se trouvait un
malheureux Autrichien , dont l'état déplorable avait excité
l'intérêt du carabinier , et lui avait fait oublier ses propres
blessures ; un chirurgien se présente et dirige ses pas vers le
carabinier. Accourez donc , mon ami , lui dit ce brave
homme , il y a long- tems que je vous attends . 9 Le chirur
gien allait voir sa blessure ; ce n'est pas à moi , lui dit ce
carabinier , que vos premiers soins sont dus ; voyez ce maleureux
, il est encore plus griévement blessé qué moi c'est
1
( 413 )
un Autrichien , mon ennemi , il est vrai , mais il est homme
il suffit .
La garde nationale de Moulins , qui vient d'amener Brissot
Paris , est admise à la barre . Elle félicite la Convention de
son travail constitutionnel , et demande des secours en subsistance
pour la ville de Moulins .
On a réclamé pour tous les membres mis en état d'arrestation
la même faveur dont jouissent quelques - uns d'entre eux ,
de sortir avec leur gendarme . Non , a dit Legendre , des
hommes soupçonnés de conspiration contre l'Etat ne doivent
pas obtenir la faculté de renouveller leurs intrigues . Je demande
qu'ils soient au contraire gardés par deux gendarmes , et qu'ils
ne puissent communiquer avec personne. En ce cas , a- t -on
répondu , faites donc le rapport sur les détenus .
Thuriot a accusé les députés qui se sont évadés d'avoir été
provoquer la guerre civile . Les uns , a-t - il dit , se sont évades
par des escaliers dérobés , par des fenêtres ; les autres enfin
en trompant la confiance que leur avaient accordée leurs gardes.
Chabot pense que les mesures proposées sont d'autant plus
instantes que le comité de surveillance vient d'arrêter des depêches
de Gensonné , dont le but était d'allumer la guerre
civile dans le département de la Gironde . Enfin , un membre
a accusé Brissot d'être parvenu , à l'aide d'un administrateur
de Moulins , à corrompre une partie du département de l'Allier
. Il a demandé le décret d'accusation contre Brissot.
Toutes ces propositions ont été décrétées . L'Assemblée entend
la lecture de la nouvelle rédaction de la déclaration des
droits de l'homme ; elle est acceptée au milieu des applaudis
semens . Le département de Paris , la municipalité , les tribu
naux civils et criminels , accompagnés d'un grand nombre de
citoyens représentent à la barre pour remercier l'Assemblée
de la constitution républicaine qu'elle vient de donner au peuple.
Plusieurs discours ont été tour à tour prononcés par les
orateurs des pouvoirs constitués et ceux des sociétés populaires .
Après des applaudissemens redoubles , la Convention en excite
encore de nouveaux , en décretant sur la motion de Billaud-
Varennes , l'abolition de la loi martiale .
Une foule innombrable de citoyens défile au milieu de ces
applaudissemens . Le cortège se rend au champ de la fédération
, pour y resserrer sur l'autel de la patrie les liens de fraternité
qui doivent assurer à jamais le triomphe de la liberté
et de l'égalité .
Seance du lundi 24 juin.
On fait lecture de plusieurs adresses d'adhésion aux mesures
prises par la Convention . Treize communes du département
de l'Orne protestent contre les arrêtés de ce département
malgré les mesures de rigueur qu'il menace d'employer,
elles demandent à la Convention de leur envoyer des secours .
( 474 )
L'Assemblée ordonne la mention honorable et le renvoi de
la pétition au ministre de l'intérieur ; elle décrete, sur la motion
de Thuriot , que le comité de salut public , de concert avec
le conseil exécutif , prendra toutes les mesures pour donner
force à la loi dans la ville d'Evreux . La Convention casse le
tribunal criminel du département de l'Eure et le tribunal de
district d'Evreux , qui ont adhéré aux arrêtés du département ,
et charge le comité de législation de pourvoir au renouvelle
ment de ces , administrations .
Un citoyen de Toulouse vient , au nom de la société po
pulaire de cette ville , dénoncer toutes les administrations du
département qu'il represente en état de contre-révolution déclarée.
Elles ont fait arrêter comme anarchistes et comme suspects
, les patriotes les plus saillans . Des commissaires de cette
ville sout allés dans tous les départemens du Midi pour en
presser la coalition.
Bodeau , l'un des commissaires de la Convention à Toulouse
, a fait ensuite lecture de plusieurs pieces qui prouvent
que dans cette ville l'autorité de la Convention est méconnue ,
et que l'on proteste contre tous les décrets. La Convention
a rendu les décrets suivans : 1º . elle suspend plusieurs fonce
uonnaires publics de la ville de Toulouse , et les mande à la
barre. 20. Tous les citoyens incarcérés dans l'étendue du département
des Bouches- du- Rhône sont mis sous la sauve- garde
de la loi et des bons citoyens , et les personnes qui les ont
fait arrêter en demeureront responsables . 30. Les citoyens
Bazire et Rovere se rendront dans ce département pour y
réunir les esprits , et maintenir l'unité et l'indivisibilité de la
République. 4° . Le comité de divisions fera un rapport sur
les moyens d'établir une administration de département à
Avignon.
L'Assemblée a décrété l'insertion au bulletin d'une adresse
des administrateurs de Saône et Loire , qui contient la rétractation
formelle d'un arrêté piis , le 30 mai dernier , par les
mêmes administrateurs , en improbation des décrets de la
Convention .
Le comité de sûreté générale instruit l'Assemblée de la fuite
de Pétion , Guadet , Lanjuinais , et accuse Mazuyer d'avoir
favorisé l'évasion de Petion. Sur la proposition du comité ,
la Convention décrete que les membres arrêtés seront transfé➡
rés dans une maison nationale désignée par le ministre de
l'intérieur; qu'ils y seront gardés à vue , et privés de toute
communication ; que le citoyen Mazuyer sera pareillement
arrêté , et que le scellé sera mis sur ses papiers.
Ducos observait que ce décret était injuste à l'égard de ceux
qui ne se sont pas évadés , parce qu'ils n'en ont pas eu la
volonté , quoiqu'ils en eussent la possibilité . Il demandait
pour l'honneur de la Convention , le rapport du comité sur
tous les députés détenus fût fait incessamment. Boyer-Fonfrede
•
( 415 )
voulait proposer un amendement : sa voix s'est perdue dans
le tumulte.
Hérault Sechelles est monté à la tribune pour présenter les
derniers articles de la constitution . La rédaction de l'acte
constitutionnel a été adoptée au milieu des applaudissemens ,
et cette nouvelle a été annoncée au bruit du canon.
PARIS , le 27 juin 1793.
COMMUNE , CONSEIL CÉNÉRAL RÉVOLUTIONNAIRĖ , 19jui
Les conseils généraux du département du Nord , du district
et de la commune de Douay ont fait passer au conseil
plusieurs exemplaires d'une adresse par laquelle ils adherent
aux mesures prises le 31 mai , et déclarent qu'ils sont prêts
á mourir pour soutenir l'indivisibilité de la République , qui,
n'a d'autre centre que la majorité de la Convention ,
On a donné lecture d'une lettre de la Chevardiere , datée
de Tours ; il annonce que les brigands ont évacué Chinop
le même jour qu'ils s'en étaient rendus maîtres , et ajoute
qu'ils se portent sur Angers , mais que par l'arrivée des vo
lontaires et le bon esprit de l'armée on espere les réduire
avant peu. Les rébelles ne respectent pas plus les aristocrates
que les patriotes ; ils pillent tout.
Du 20 juin. Le conseil -général arrête que le départemens
sera invité à engager les communes environnantes et les corps
constitués à se reunir , dimanche prochain , à l'effet de se
transporter à la Convention nationale avec les 48 sections
et les sociétés populaires , pour la féliciter d'avoir enfin ache
vé une constitution véritablement républicaine qui assurera
la paix et la félicité publique , et ensuite se rendre au champ
de la fédération pour jurer de maintenir l'égalité , la liberté
la sûreté des personnes ee
t des propriétés , l'unité de la re
publique et le maintien des droits imprescriptibles de
T'homme..
Du 21 juin. Une deputation de la société des citoyennes révolutionnaires
demande à être admise dans le cortege qui doit
se rassembler dimanche , pour aller féliciter la Convention
et de-là au champ de la Fédération. Les plus vifs applaudis
semens des tribunes ont applaudi à cette felicitation .
La section de l'Homme armé fait part au conseil d'un at
rêté par lequel elle déclare qu'en considération du prix es
cessif de la viande , elle s'impose un carême civique .
( 316 )
Du 22 juin. Une députation de la section des Lombards,
communique au conseil - général les réclamations de cette section
, sur l'expression feliciter qui se trouve dans l'adresse qui
doit être presentée à la Convention ; elle trouve cette expres
sion peu républicaine , elle ne croit pas qu'on doive féliciter
la Convention sur l'achevement d'une constitution qui n'est
pas encore reconnue et qu'on ne peut juger.
On a observé à la députation que cette démarche avait
pour but de détruire les calomnies dirigées contre la Montagne ;
on a encore donné d'autres détails sur cet objet , après quoi
le , conseil a invité la députation aux honneurs de la séance .
Sur la demande de l'administration des subsistances , le
conseil-général a arrêté que chaque section fera , dans le délai
de 24 heures , un recensement exact des farines qui se trouvent
chez les boulangers , afin d'en faire délivrer à ceux qui n'auraient
pas la quantite nécessaire à la consommation de chaque
jour.
i.
Du 24 juin . Deux, membres de la Convention , Legendre et
David , se sont présentés au conseil- général comme pétition
naires ; ils ont fait le tableau des avantages . que les Français
doivent retirer de la nouvelle constitution ....... de cette
constitution fondée sur les bases inébranlables de la liberté
de l'égalité...... Ils ont demandé qu'en mémoire de son achevement
, tous les citoyens de Paris fussent invités à illuminer
Te soir la façade de leurs maisons . Cette proposition est convertie
en motion et adoptée à l'unanimité .
La section de Montmartre , à l'instar de celle de l'Homme
armé , s'impose un carême civique ' de six semaines . Elle a in
vité le conseil - général à prendre des mesures pour êmpêcher
fa hausse du prix des légumes . " panay s
Y
Un commissaire de la section de Moliere et Lafontaine à
fait part d'un événement malheureux , arrivé sur le boulevard?
Une petite fille a été blessée à l'oeil par une des piques de fer
qui sont à l'extérieur des jardins . Sur le requisitoire du pro
cureur da la comune , le conseil général a arrêté que tous
Les propriétaires de jardins ou maisons feront enlever les gril
lages à pique , qui blessent journellement les passans , et qui
forment une espece de démarcation entre leurs maisons et
Celles des autres citoyens .
La section de Bon- Conseil demandait si les passe -ports ne
devraient pas être suspendus , vu les dangers de la patrie. Leieconseil
a passé à l'ordre du jour , motivé sur la tol qui les e
autorise et sur la faculté ont les sections de faire toutes
les recherchés possibles pour s'assurer de la validité des inos
tifs de ceux qui sollicitent des passe - ports .
La section des Arcis est venue communiquer l'arrêté suivant:
l'assemblée générale ,, après avoir entendu la lecture d'une
lettre , adressée au citoyen Phalpin , juge de paix de cette
section ,
( 447 )
section , écrite par le maire de Painpon , datée de Rennes lo
18 jum , de laquelle il résulte que tous les départemens de
la ci-devant province de Bretagne et 20 autres doivent se reunir
à Kennes le 30 du courant , pour aviser aux moyens de
sauver la chose publique , selon eux , en marchant sur Paris ;
L'assemblée arrête que le conseil - général sera invité à nommer
de bons patriotes pour commissaires , à l'effet d'aller stirer de
l'erreur tous nos freres rassemblés à Rennes , et de faire donner
a ces commisaires une commission signée du pouvoir
exécutif.
?
TOUTES les autorites constituées de Paris , les districts de
Saint-Denis et du Bourg- l'Egalité , se sont assemblés lundi 24 ,
à neuf heures du matin sur la place de la maison commune ,
d'où ils sont partis pour aller féliciter la Convention sair l'ache
´´vement de la constitution , précédés de la statue de la liberté.
Ces citoyens ,accompagnés d'une foule innombrable du peuple ,
se sont ensuite rendus au champ de la Fédération , pour
resserrer sur l'autel de la patrie les liens d'union et de fra
ternité , qui assureront à jamais le triomphe de la liberté , de
Pégalité et de l'indivisibilité de la République .
Les douze personnes acquittées par le tribunal révolution =
naire dans le procès des Bretons , ont été renfermées à Sainte-
Pélagie par ordre du comité de salut public, Il a paru craindre
qu'elles ne songeassent à se porter parmi las rebelles de la Vendee
pour y enflammer la vengeance .
Brissot , traduit de Moulins à Paris , vient d'étre transféré
de la Mairie à la prison de l'Abbaye , par ordre de
Padministration de police , et conformément au decret rendu
par la Convention.
La citoyenne Roland a été acquittée , e 24 , en vertu d'un
arrêté du département de police en conséquence elle , reve
mait à son domicile , lorsqu'on lui a signifie un nouvel ordre
du même département , qui fa transfere à Sainte-Pélagie .
Boyet , l'un des plus fameux banquiers de cette ville ,
mis en état d'arrestation . On a mis les scellés sur ses papiers.
S'il faut en droire des bruits publics , ce banquier ét
l'agent des puissances coalisées contre la France.
On assure que Marie-Antoinette et son fils descendent an
jardin depuis trois jours , qu'ils y jouissent de la promenade
et d'une sorte d'aisance qu'ils ne connaissaient plus depuis
neuf moisson accorde à
maude , et il paraît jouir ant tous les joujoux qu'il ded'une
bonne
Dans la nuit de samedi à dimanche 23 , les ornemens et
les vases sacrés de cinq églises ont été volés . La perte est sur-
Tome III. Ff
( 418 )
out considérable à Saint - Séverin . On'n'a jusqu'ici aucun ren
seignement sur ce vol qui paraît avoir été concerté , puisqu'il
a eu lieu en plusieurs endroits , presqu'au même ins
tant.
NOUVELLES DES DÉPARTEMÈN S.
BOUCHES -DU- RHÔNE . Marseille , le 12 juin . ( Extrait du courier
d'Avignon ) . Le tribunal populaire de cette ville a été
reinstallé d'après une délibération du comité général des sections
. On a mis beaucoup de pompe à cette cérémonie , et
deux députés de chaque section y ont assisté ; mais les corps
administratifs ne s'y sont pas trouvés . Le tribunal populaire
tient ses séances dans l'église des Accoules vis - à - vis le Palais .
Il interrogea hier plusieurs prisonniers , parmi lesquels était
Ricord , administrateur du directoire du département.
Les sections ont délibéré de regarder éomme non avenus
les décrets de la Convention depuis le 29 mai. Un courier
extraordinaire va être expédié à Paris , pour inviter les députés
du département des Bouches - du -Rhône a se retirer ,
pour rappeller les 32 députés des sections de Marseille auprès
de la Convention.
et
Cette ville vient de publier un manifeste intitulé Marseille
aux républicains Français par lequel elle se déclare dans
un état légal de résistance à l'oppression . Elle invite tout
homme en état de porter les armes au nom de l'intérêt général
et de l'humanité à venir renforcer la digue qu'elle va opposer
au torrent dévastateur de l'anarchie . Elle annonce que
sur les drapeaux de cette armée , les soldats de la patrie
liront le complément de toute bonne loi : République une et
indivisible , respect aux personnes et aux propriétés . Elle appelle à
Dieu et à ses armes des attentats commis envers l'intégralité
de la représentation nationale , des atteintes portées à la liberté
individuelle de ses députés extraordinaires , des complots liberticides
dont un miracle de la providence l'a preservée , et dont
Marseille poursuit les complices qui s'étaient chargés de cette
horrible exécution dans ses murs.
Cette piece est datée du 12 juin et signée. PELOUX , président
, CASTELLANNET et PINATEL , secrétaires .
Le 16 , tous les corps administratifs ont prêté le serment
exprimé dans ce mauifeste .
GIRONDE . Bordeaux , le 12 juin. Le g de ce mois toutes
les autorités eonstituées de Bordeaux , assemblées au département
se sont constituées en commission populaire de salut
public , qui a déclaré qu'elle était permauente , et qu'elle ne
esserait ses fonctions qu'après qu'elle aurait , de concert avec
( 419 )
les agens du peuple des autres départemens , mis la liberté
hors de tous périls , en la rétablissant dans la Convention
nationale . Toutes les sections lui ont envoyé presqu'au même
moment des adresses pour lui annoncer que le peuple se dé- ;
clarait en insurrection , qu'il reprenait ses droits , et en con
fait l'exercice aux membres des divers corps administratifs et
judiciaires réunis en assemblées générales . Voici les principales
dispositions d'un arrêté pris par cette commission Elle,
s'abstiendra de prendre des mesures partielles qui l'isolent.
d'aucune partie de la République ; elle procédera de suite à,
T'organisation d'une foree départementale qui concourra , avec ,
celles que les autres départemens seront invités à lever , au
rétablissement de la liberté et de la majesté de la représenta- .
tion nationale .
" Il sera envoyé des commissaires dans tous les départemens
pour leur donner connaissance des dispositions repu- .
blicaines des habitans de la Gironde , de leur voeu pour la
conservation de l'union entre tous les citoyens Français , l'unité
d'action pour la défense de la liberté et de l'intégrité
de la République . "
ISERE . Grenoble. Les députés de la Convention nationale
à l'armée des Alpes , instruits de l'arrêté des autorités constituées
du département de l'Isere , ont publié une proclamation
pour empêcher la convention des assemblées primaires ; cependant
Grenoble a donné son adhésion à l'arrête des autorités
constituées .
NOUVELLES DES ARMÉES.
VINDÉE. Extrait d'une lettre di comité de correspondance dri
département d'Indre et Loire.'
Tours le 21 juin , Les feuilles périodiques sont peu d'ac
cord sur la position actuelle des armées patiiotes et de celle
des brigands, Voici cette position dans la plus grande exac
titude
14 .
une
L'armée de Niort est toujours dans cet endroit , à moins
qu'elle ne se soit mise en mouvement depuis hier matin . Ses
avant- postes sont souvent inquiétés par des patrouilles ennemies
; mais Sandos les repousse de tems - en- tems , et le
ses troupes , en cantonnement à Luçon , ayant surpris i
grande- garde composée de 100 hommes , qui avaient à leur
tête un prétre réfractaire , plusieurs ont été tués , d'autres ont
été faits prisonniers ; depuis la déroute de Saumur , l'armée
de Doué et celle d'Angers sont venues rejoindre le quartier
général à Tours , et il arrive journellement de nouvelles forces,
1
Ff2
( 420 )
Tandis que notre armée s'organise , que la subordination s'étabht
dans les camps , qu'une commission militaire se dispose
#punir les faches , les traîtres et les désorganisateurs , nons
travaillons à ranimer l'esprit public , abattu par les derniers
événemens de Doué et de Saumur. Aujourd'hui nous sommes
dans un tel état de défense que les rebelles n'oseraient nons
attaquer. Chinon , Bourgueil et Landes , sont les sentes villes
de notre département qui aient été souillées par leur présence.
Si les rebelles n'ont pas laissé à Saumur une garnison
considérable , ne doit - on pás en conclure que leur but est
moins de conquérir les villes et de dominer l'esprit des habitans
, que de s'approprier les provisions de toute espece et de
recruter des royalistes , pour gagner en force un port de mer ,
ou dans le cas où ils ne pourraient y réussir , se porter sur
Paris ? La ville de Tours doit fixer en ce moment les voeux
de la République ențiere. Si Farmée qui y existe est vaincue ,
si Tours est au pouvoir des brigands , rien ne peut s'opposer
au torrent ; bientôt Blois et Orléans seront leur proye. 11
Détails sur les rebelles .
On a très-peu de renseignemens sur l'armée des rebelles.
En voici quelques - uns que nous recueillons de diverses rela
tions . Ils paraissent avoir ce caractere silencieux , ce recueil,
lement sombre qui appartient aux fanatiques , une obéissance
aveugle pour leurs chefs . Ils portent presque tous de longues
jacquettes blanches d'une grosse étoffe , nouées par le milieu
d'une ceinture blanche aussi , avec point ou très-peu de paremens
et de revers . Ils ont tous au chapeau une plume blanche.
Les chefs ont des panaches qui les font recounaître ; ils ne
sont pas distingués par l'habit des plus simples soldats ; mais
ils portent leur décoration sous leur jacquette . Il y a un officier-
général à cordon rouge . Tous portent autour du col , en
sautoir , un chapelet à gros grains .
Il y en a qui n'ont que des fourches et des bâtons ferrés ;
mais un très-grand nombre aussi a de bons fusils et de longues
Bayonnettes , peu de sabres ; mais presque tous ont à la ceinsure
un ou plusieurs pistolets ,
Quand ils prennent quelques -uns de nos soldats , ils fegnent
d'abord de les bien traiter , pour tâcher de les séduire . On
prend leurs noms , leur signalement ;
on
leur
demande
s'ils
veulent
se
joindre
aux
rebelles
ou
retourner
parmi
les
patriotes
.
On
renvoie
ceux
qui
consentent
à
jurer
de
ne
point
porter
les
armes
contre
Lonis
XVII
,
ni
contre
la
religion
catholique
,
ni
contre
l'armée
dite
chrétienne
;
mais
on
les
maltraite
beaucoup
,
on
leur
donne
acte
de
leur
ridicule
serment
avec
un
passe
- port
,
et
on
les
fait
reconduite
à
une
certaine
distance
,
après
leur
avoir
coupé
sur
la
tête
,
à
peu
près
en
( 421 )
forme de tonsure , quelques touffes, de cheveux , sans doute
pour les reconnaître .
On ne dit pas ce qu'ils font de ceux qui sont assez lâches
pour consentir à servir parmi eux .
Les chefs paraissent avoir des espions par- tout , et être bien
instruits de ce qui se passe chez nous . Delà , beaucoup de ruses
de guerre qui leur réussissent. Il regne parmi eux le plus grand
concert .
Ils affectent d'abord une hypocrite modération à l'égard des
villes qui leur proposent de se rendre sans résistance ; mais
quand ils en sont maîtres , il paraît qu'ils se livrent à tous les
excès , qu'ils pillent , qu'ils égorgent les aristocrates comme les
patriotes.
Pour achever ce tableau , nous joignons ici une procla
mation des chefs des rebelles à leur armée . Cette piece est tirée
des nouvelles politiques nationales , etc. La voici :
Nous , commandans- généraux des armées catholiques et
royales arrêtons ce qui suit , dont nous ordonnons que la
lecture soit faite dans toutes les paroisses , ne pouvant pas
douter que l'intention de samajesté très - chrétienne , Louis XVII ,
roi de France ne soit de récompenser , conformément à leur
mérite , ses braves et fideles sujets qui se dévouent pour sa
cause et celle de la religion catholique.
" Nous ordonnons aux conseils provisoires établis dans les
différentes paroisses , de pourvoir à la subsistance des femmes
er enfans de ceux qui combattent pour la plus juste des causes ,
et qui ont besoin de secours ; ils donneront un reçu des bleds
qu'ils emploieront à cet effet , et en enverront un double , avec
les pieces justificatives qui les ont décidés à accorder ces se
cours au conseil supérieur établi en ce moment à Saint-
Laurent- sur-Sevres . afin qu'il ordonne le paiement des bleds :
les conseils des paroisses correspondront avec le conseil supérieur
pour leurs opérations , et obéiront aux ordres qu'ils
en recevront.
Comme l'intention de sa majesté très - chrétienne n'est
pas de faire parti.iper aux récompenses destinées à ceux qui
se sacrifient pour sa cause , les personnes lâches et indifferentes
qui ne contribuent en rien aux efforts que font les
autres pour rétablir la sainte religion et la monarchie , les
commandans - généraux se feront représenter une liste du
nombre des habitans de chaque paroisse qui marchent , non
pour un ou deux jours en passant mais continuellement :
d'après cete liste , et le nom de ceux qui la composent , ils
jugeront de la bonne volonté des habitans des différentes
paroisses ; et les familles qui seront reconnues être de mauvaise
volonté , et ne pas se vouer avec le même zele que les,
autres au soutien de la bonne cause , seront assujettis sur-lechamp
au paiement des impositions de 1792 , parce qu'il n'est
pas juste que ceux qui ne partagent pas les dangers partagent
1
"
Ff3
1
( 422 )
( 422 )
leurs récompenses dans le cas même où il y aurait des
habitans d'une mauvaise volonté bien reconnue , et qui détourneraient
les autres de servir le roi , leurs impositions seront
augmentées progressivement.
Voulant aussi , autant qu'il dépendra de nous , rétablir la
religion catholique et la rendre florissante , nous invitons
messieurs les curés et vicaires en place , qui n'ont pas les pouvoirs
généraux de leurs évêques légitimes , de s'adresser dans
le courant de la semaine qui commence demain , 2 juin , à
monseigneur l'évêque d'Agra , vicaire apostolique , résident
à Saint- Laurent- sur - Sèvres afia qu'il regle leur conduite '; -
et nous ordonnons que ceux qui n'auront pas dimanche 9
juin une attestation de monseigneur pour n'être pas inquiétés ,
soient arrêtés par les conseils des paroisses , et conduits en
prison à Châtillon ; nous ordonnons également que tous les
biens ecclésiastiques , cònnus sous le nom de biens nationaux ,
et qui ont été achetés par des particuliers , soient administrés
par les conseils des paroisses , qui recevront les prix de ferme ,
et en rendront compte au conseil supérieur , dont monseigneur
l'évêque d'Agra est membre .
A Clisson , ce 1er . juin 1793. Signés , l'Escure , le chevalier
de Marsange de la ville de Baugé .
Déportous les commandans généraux ; il est enjoint aux
chefs et à tous les soldats catholiques de la paroisse de Saint-
' Aubin- le- Clan , de se trouver en armes samedi au soir 1er . juin ,
sans faute , à Bressuire , lieu fixé pour le rassemblement géné
ral des paroisses du Poitou . Ce jeudi 30 mai 1793.
Signés , l'Escure et Desessarts.
Les passe-ports donnés aux prisonniers faits par les rebelles
sont signés par Bernard de Marigni , qui s'intitule un des com
mandans des armées catholiques et royales Quelqués personnes
reveunes avec ces passe -ports , ' et après avoir prêté serment de
ne jamais combattre contre le prétendu roi Louis XVII , ont
été arêtées .
On lit , dans la feuille que nous venons de citer , que les
seals Marigny , connus dans nos armées avant la révolution ,
étaient le capitaine de vaisseau , qui depuis a commandé à Brest ,
et son frère , lieutenant-colonel d'un régiment de dragons . C'e
dernier est mort . Le marin est retiré dans une petite ville non
loin de Paris , avec sa famille , et il s'est toujours montré trop
bon patriote pour se mêler parmi des rebelles . On ignore dono
' quel peut être ce Marigny qui signe les passe- ports de Saumure
ARMEE DU NORD.
Lille , 20 juin. Le général en chef Custines , est arrivé ici
hier vers les trois heures après midi . Le général de division
Lamarliere est aussitôt allé le visiter , et après une courie
( 423 )
2
conversation , il a accompagné le général en chef au district
ct à la municipalité , où il a beaucoup loué le bon esprit des
Lillois , l'ordre et la paix constante qui regnent dans une
ville qui est presqu'au mileu des camps des ennemis . Il a
prodigué des élogés très - flatteurs et justement mérités au général
de division Lamarliere , sur sa prudence , sur l'excellente
discipline qu'il est parvenu , par ses soins assidus , à établir
dans son armée , et sur les bous principes dont elle est
nourrie. Le général Custines est ensuite allé visiter le camp
de la Magdelainé , toujours accompagné du général Larmaliere.
Par-tout où il a passé , une foule de citoyens se trouvaient sur
ses pas et faisaient retentir l'air des cris de vive Custines , vive
la République ; ce général toujours accompagué du général de
division Lamarliere a visité la citadelle , les fortifications , les
magasins et les hôpitaux militaires . Il a été très - satisfait du bon
état de la place . Il a ensuite parcouru les avant- postes les plus
importans tel que celui du Pont -à -Marcq , qui est presque à
la portée du canon de l'ennemi . Aujourd'hui il visitera ceux
du Quesnoy , du Pont- Rouge , d'Armentieres , et enfin ceux
établis sur les bords de la Lys , et il partira ensuite pour
Aire ; où il se propose d'aller coucher , et d'où il se rendra
à Dunkerque . Il aurait bien desiré d'être accompagné dans cette
tournée , par le général de division Lamarliere ; mais la présence
de ce chef est trop nécessaire dans toute l'étendue de son
commandement , où il a à se défendre journellemeut contre
300,000 satellites , toujours prêts à ettaquer ses avant -postes ,
pour se rendre au vou du général en chef.
Chaque jour , on nous amene 20 à 25 déserteurs . Ces petites
victoires , qui ne font pas couler de sang , sont dues à un avis
traduit en allemand et en hollandais , que le général Lamarliere
a eu soin de faire semer par ses patrouilles et ses avantpostes
sur les chemins où l'on présume que les ennemis s'a
vanceront.
Lettre du général Custines au président de la Convention nationale
Aire , le 23 juin.
Je lis dans les papiers publics que le général Ferrières a
· chargé un envoyé de sa part , de présenter à la Convention une
plainte contre mon impéritie et mon incivisme . Je suis loin de
refuser le défi qu'il me porte ; car moi je l'accuse de n'avoir
point exécuté nos ordres dans la journée du 17 mai . Je deinande
décidément le conseil de guerre qu'il sollicite , et la
Convention nationale est trop juste pour me le refuser . D'ail
leurs , elle doit un exemple , et si c'est sur moi qu'il doit porter
, j'offre ma tête ; mais si Ferrieres n'a pas suivi les ennemis
, s'il n'a pas tourné leur flanc gauche , ainsi qu'il en avait reçu
Fordre , et qu'il le pouvait , s'il s'est arrêté à l'entrée du bois
Ff 4
( 484 )
dietxheim , c'est lui qui doit payer de la siennes Ja le rés
pete , il a beau m'accuser d'imperitie , il n'est que peu d'in
dividus dans Earmée qui doutent de la sienne ; et quelques
citoyens dans la République veulent bien,ne pas croire encoreà
la mienne , non plus qu'à ma prétendue trahison . Il est rems
enfin de me défaire d'un de ces frélons qui bourdonne à mes
oreilles, et met distrait pour le chasser , quandje voudrais n'employer
mon tems qu'à n'occuper de la maniere de servir les
plus utilement ma patrie . Je demande avec instance un conseil
de guerre. :
P. S. J'ai l'honneur de rendre compte à la Convention nationale
que le général . Leveneur a repoussé les postes de nos
eanerais sur l'Ecaillon , par un détachement des flancqueurs
de droite , dans la nuit du 20 au 21 , et qu'en cette occasion .
les troupes de la République ont fait quelques prisonniers. Les
général Lamarliere en a fait autant en avant de la Deuille .
Nos détachemens out tué 46 hommes aux ennemis , et fait
16 prisonniers ..
2
Quelques lettres de Bruxelles , recueillies dans les journaux
allemands , annoncent que Condé continue à se défendre , et
soutient avec vigueur le feu des ennemis . Le commandant pros
fa le 6 d'un veut. favorable pour faire monter un ballon ; mais
celui-ci parvenu à une certaine hauteur le vent changea , et
au lieu de tomber sur les territoire français il descendit dans
le voisinage de Valenciennes sur celui de l'armée autrichienne.
Il y avait une petite boëte attachée , avec une inscription portant
, que celui qui la trouverait est prié de faire parvenir à leurs,
adresses les lettres y: contenuès . Ces lettres étaient adressées au
général en chef de l'armée française , aux commissaires de la
Gonvention nationale , etc. Les personnes qui trouverent ces
dépêches les porterent au prince de Cobourg. On en ignore le
contenų .
On assure que Custines est venu à Paris incognito , qu'il
s'est concerté avec le comité de salut public , à la porte duquel
sa chaise de poste l'attendait , et qu'il n'en a sorti que pour
retourner à l'armée.
ARMÉE DE LA MOSELLE. Metz le 20 juin .
Les différens détachemens de cette armée qui ont combatuss
avec tant de gloire à Arlon , out rejoint leur cantonnnement
respectif. Nous devons à nos lecteurs la relation , de cette écla
tante victoire , que nous ne pumes qu'annoncer dans le précedent
numéro,
Le 7 de ce mois , un corps de 12,000 hommes se mit en
marche sous les ordres du général Laage. 11 prit sa direction .
( 495 )
"
sur Arlon , du côté de Luxembourg ; l'avant-garde étant com
mandée par le général Tolosan : un détachement de la garnison
de Longwi s'empara en même - tems d'un poste en avant
de cette place , pour favoriser la retraite en cas de besoin. Après
plusieurs actions assez chaudes et dans lesquelles nous avons
eu constamment l'avantage , l'attaque d'Arlon eut lieu le 9.
Le combat commença à midi et dura jusqu'à 8 heures du soir.
Les ennemis étaient campés sur la haute montagne d'Arlon ,
défendue par 40 pieces de canon . Malgré cette position , qui
paraissait imprenable , les Français , développant leur intrépi
dité ordinaire , forcerent avec la bayonnette les retranchemens
ennemis , et les emporterent de vive force . Les Autrichiens
ne dûrent leur salut qu'à une faité précipitée sur
Luxembourg. ( Voyez de plus amples détails de cette belle journée
dans la séance du 23. )
A leur retour nos braves guerriers ont été accueillis avec
les expressions de l'admiration et de la joye la plus vive ,
par - tout où ils ont passé. A Thionville , les corps administra
tifs et judiciaires , réunis à la garnison , ont été au-devant de
l'armée. Vingt jeunes citoyennes , habillées, de blanc , ayant
une ceinture tricolore et des guirlandes de fleurs sur la tête ,
ont présenté au général Laage une couronne civique , surmontée
du bonnet de la liberté. Ce général a répondu avec
autant de sensibilité que de modestie aux complimens qui lui
ont été adressés . Il a fait le plus grand éloge des soldats.
L'après- dîné il y a en bal public à l'hôtel commun.
ARMÉE DES ALPES MARITIMES.
Nice , 14 juin . Nos succès de ce côté nous consolent un
peu des mauvaises nouvelles que nous recevons des autres
parties de la France. Après avoir emporté cinq camps places
sur des sommets qui paraissaient inaccessibles , nous avons commencé
à bombarder Saorgio .
Jamais victoire ne fut plus brillante . Elle coûte aux ennemis
5,000 hommes tant tués que blessés et faits prisonniers . ' Il est
impossible de raconter tous les traits d'héroïsme qui ont
signalé les Français . L'adjudant- général Costin fut tué à côté
du général Brunet. Il dit en expirant :
Je meurs content , puis que nous avons vainen. Chabrand , adjoint
à l'état - major de l'armée , a été plus heureux : il a cent fois
affronte la mort ; ses exhortations , son exemple ont singulie
rement " secondé les dispositions du général. Nous avons eu
200 tucs et autant de bléssés . Ce n'est rien en comparaison
de la perte de l'ennenri .
Le général ennemi écumait da rage ; il jurait en italien :
Vous êtes tous des f..... lâches . Voyez les Français : avec
2000 des leurs , je serais invincible . Il ignorait que ce sont
la les prodiges de la liberté .
}
( 426 )
ARMÉE DES PYRÉNÉES ORIENTALES.
On écrit de Perpignan que la brave garnison de Bellegarde
tient toujours , malgré le fen continuel des bombes . On ne
eraint pour elle que la famine ; s'il peut y entrer des vivres ,
la forteresse est sauvée aussi essaie- t - on tous les jours de faire
avancer des convois ; mais la vigilance des Espagnols a été jusqu'ici
infatigable.
La garnison du fort des Bains a fait durer le peu de vivres
qu'elle avait pendant 55 jours ce n'est que le 57. qu'elle a
capitule , après avoir été 48 heures sans manger.
Les Espagnols ont deux généraux qui ne sont pas sans
merite ; c'est don Ricardos qui commande en chef leur armée
de Catalogne . Celui qui commande l'armée de Navarre s'appelle
don Ventura Caro .
Les Espagnols ont pris Fourques , à trois lieues de Perpignan
. lis y ont rétabli l'ancien régime dans toutes ses
formes .
IS LE DE CORSE.
Bastia . L'administration . du département est coalisée avec
Paoll à qui les Corses conservent encore une sorte de respect
religieux. On a d'abord cherché à semer des défiances
sur les commissaires de la Convention , Lacombe - Saint-
Michel et Sallicetti . Cés commissaires trouvant leur marche
semée d'entraves de la part des administrateurs du département
les ont suspendus . Ce département est accusé d'avoir soustrait
à la République 570,000 liv . , et de s'être emparé , au mépris
des ordres des commissaires , des fonds sacrés destinés à payer
les nourrices des enfans-trouvés , et le salaire du clergé .
2 Les commissaires après avoir usé de la patience due à
des citoyens qu'ils ne croyaient qu'égarés , se sont assurés
des places de Bastia , Saint -Florent et Calvi ; quant à Ajaccio
, cette ville était en révolte ouverte , les gabarres la Lamproge
et l'Aurore y étaient retenues par la force : les commissaires
ont pris le parti d'arriver par mer dans le voisinage avec la
force armée ; ils ont pris une position forte , afin d'offrir aux ,
toupes du continent un point de réunion .
A la tourde Capitello s'est engagé , le 1er juin , un combat entre
990 républicains français , soutenus de 4 pieces de canon , et 1100
rebelles . Ceux ci ont été mis en fuite . Lacombe- Saint - Michel ,
qui à 30 aus de service , et Sallicetti son collegue , ont dirigé
eux -mêmes l'action . Ils se sont repliés ensuite sur les autres
villes pour les mettre en état de défense contre les rebelles
et contre les Anglais , si ceux- ci voulaient tenter une deseente
..
Le 3 juin , 2000 rebelles , sous les ordres de Leonety ,
ex-législateur , et neveu de Paoli , ont attaqué Calvi . Il n'a
( 427 )
falla que faire sortir sur eux 800 hommes pour les disperser,
Le premier bataillon de l'Aveiron , qui n'avait jamais vu le feu ,
et qui débarquait a montré bravoure et intrépidité . Les ré
belles ont laissé 40 des leurs sur la place . Ils ont été sur- tout
fort maltraités par le feu de la frége la Prosélite . Les soldats
de la liberté n'ont eu que quatre blessés .
Ou lit dans le courier d'Avignon qu'un brigantin français ,
chassé par deux frégates espagnoles , a voulu se réfugier a
Ajaccio ; mais le canon de la place l'a obligé de se retirer.
Il a vu sur toutes les côtes de l'isle flotter le pavillon Corse ,
la ville de Bastia seule exceptée . Cette ville renferme dans
son sein les députés de la Convention .
Lettre des commissaires du peuple Français , députés en Corse , à la
Convenntion nationale.
Calvi , le 4 juin .
Nous vous avons écrit hier à la rade d'Ajaccio , par la voie
du bricq le Léopard . Nous ne vous répéterons pas aujourd'hui
les détails que cette lettre contient , imaginant qu'elle vous sera
parvenue exactement. Nous vous apprenons que nous sommes
instruits des résultats de la consulte , qui a eu lien à Corte le
26 du mois derniers Les membres très - illégaux qui l'ont tenue
ont déclaré le général Paoli généralissime , ont déclaré qu'ils
voulaient être Français , ont rappellé trois députés , ont recrée
les quatre,
" Les bataillons de volontaires réformés par la Convention
ont proclamé quelques proscriptions , etc. etc. Ainsi donc des
factieux qui osent se constituer eux-mêmes leess représentans
de la Corse , veulent bien être Fiançais , mais à condition
qu'ils auront un généralissime , mais à condition qu'ils ne recevront
pas d'assignats , mais à condition qu'ils auront leurs
prêtres réfractaires . Ils osent citer le nom de la loi , tandis
qu'ils viennent ravager et incendier les propriétés , tandis qu'ils
ont volé 570,000 liv . à la nation en coupons d'assignats , voi
qu'on échange en donnant 5 liv . de coupons pour 20 sols
de numéraire . Ils osent dire qu'ils sont Français , lorsqu'ils
pillent ou laissent piller sous leurs yeux les magasins de
Corte , lorsqu'on a pillé les magasins de l'isle Rousle et
d'Ajaccio !
Si le département de la Corse n'etait pas un pays inaccessible
, c'est à Corte même , et à coups de canon , que nous
aurions répondu à tant d'absurdités . Deja depuis quelques
jours , c'est de cette manière que nous communiquons ensemble.
Hier , environ 2000 hommes , commandés par Léonetti , sont
venus attaquer Calvi , ils s'étaient emparés des hauteurs , et de
toutes les pierres , à l'abri desquelles le Corse combat avec
avantage. Le 2 au soir , on envoya au couvent des capucins
une compagnie d'infanteiie légere ; elle fut entourée par plus
( 428 )
257
de 1000 hommes : elle se défendit avec beaucoup d'opinia
treté ; enfin , hier matin au point du jour , l'on a fait debate
euer le premier bataillon de l'Aveyron qui était arrivé la veille.
On les a attaqués sur trois colonnes , l'une a été directement
pour dégager les capucins , la seconde à gagner les hauteurs ,
et la troisieme a cherché à leur couper la retraite : alors s'ess
engagé un combat opiniâtre , presque d'homme à homme , et
de pierre à pierre , qui a duré 12 heures. Les rebelles ont
éprouvé la déroute la plus complette . Deux pieces de canon à
la rostingue les ont fort incommodés , et plus encore l'artille
ie de la frégate la Prosélite , qui a fait un feu d'enfer sur eux ,
qui a semé l'épouvante en leur envoyant des boulets à 4 et
500 toises dans la plaine .
Le deuxieme bataillon des Bouches-du-Rhône , dont le
lieutenant-colonel Sineth ne s'est pas séparé un instant , les
soldats et officiers du 26. régiment , les volontaires , c'était
à qui se jetterait avec plus de vivacité sur les rebelles . Des
volontaires ont entendu l'ex -législateur Leonetti , neveu de
Paoly , qui dans le combat n'a paru que de loin , erier aux Frangais
: Scélérats , vous payerez cher le sang de votre roi . Cependant il
a eu la prudence de s'en tenir à l'apostrophe , et de ne participer
en rien au combat. Il paraît que cet événement a un pes
abattu le caquet des rebelles , car tous les soirs les montagnes
retentissaient de cris de joie ; mais aujourd'hui regne le plus
grand calme. 11.
NOUVELLES MARITIMES.
La fotté aux ordres du vice -amiral Mòtand de Galles , est
composée de 22 vaisseaux de ligne et d'un nombre proportionné
de frégates : il est parti de Brest avec cette force impo-
#ante et à une hanteur fixée , 12 vaisseaux de cette escadre ,
avec quelques fregates , seront expédiés pour l'Inde sous le
commandement du contre amiral Kerguelen , et le vice -amiral
Morand de Galles fera route pour les Antilles avec le réste
le la flotte . Les matelots ont prêté le serment entre les mains
des autorités constituées , et sont dans les meilleures dispasitions
de combattre les ennemis de la République . On vient
de mettre à l'eau à Brest le vaisseau le Sans- Pareil , de 74 cănons
, et aussi-tôt il est entré dans le bassin pour être doublé
Cuivre.
Le corsaire le Tigre a amené dans ce port trois prises considérables
, toutes sont anglaises ; elles étaient destinées pour
les côtés du Poitou.
Le corsaire la Petite- Victoire a pris et amené dans le port de
Dunkerque deux navires anglais , chargés de fer , de suif et
de charbons de terre .
( 429 )
Copie de la lettre du citoyen J. Pinon , capitaine da corsaire le
Duguay- Trouin , de Saint - Malo.
CITOYEN MINISTRE ,
De Morlaix , le 8 juia,
J'ai l'honneur de vous prévenir que le corsaire le Duguay
Trouin , de Saint- Malo , ayant 24 canons en batterie et 200
hommes d'équipage , étant en croisiere le rer, mai par la latitude
49 degrés 50 min. nord , et 13 degrés de longitude oc
cidentale , méridien de Paris , a amariné un navire anglais véant
de Bombay , allant à Londres , chargé de coton , ayant
d'equipage 42 hommes ; cedit navire a trois ponts ; nous
sommes entrés à Morlaix le 3 de mois ; le capitaine du Duguay-
Trouin étant malade , a été obligé de laisser le commandement
le 7 an matin. Le capitaine Anglais , dans une conversation
, m'a parlé du citoyen la Peyrouse ; j'ai fait aussirôt
venir un interprête , ne sschant pas la langue suffisamment
pour m'expliquer sur ce sujet si intéressant.
Ce capitaine a dit que le 30 décembre 1791 , étant par
la latitude de g degrés sud et 159 degrés de longitude meridien
de Londres , a eu connaissance d'un navire naufragé sur
la côte de New - Georgia , mer orientale , venant de Jaqueson,
atlant à Bombay , et voulant aller par la passe de l'Est ; ce
capitaine m'a dit que ce ne pouvait être qu'un Français , et
declare qu'il n'y a point été d'autre navire ni frégate sur ce
continent , que deux frégates , anglaises qui sont arrivées en
Angleterre et lui qui y a passé ; qu'il croit que c'est la frégate
la Boussole ou Astrolabe ; il ajoute de plus qu'il n'en a
pas le moindre doute . Je possede un plan qu'il a tracé de ce
continent , et les observations qu'il a faites tant en latitude
qu'en longitade. Le cap d'Exception ou cap Trompeur, fait
entrée de la baie où est , m'a- t - il dit , le naufrage. Sur sa
déposition , je l'ai conduit au bureau de surveillance , où il a
fait une déposition plus circonstanciée . J'ai l'honneur de vous
prévenir , citoyen ministre , que je ne suis ici que de relâche ,
je vais à Saint- Malo au premier tems favorable pour me re
parer ; dans le laps de tems que nous avons été en croisiere ,
nous avons visité divers navires sous pavillon américain , chargés
pour l'Angleterre , et cela au nombre de cinq à six navires ,
et essuyé plusieurs chasses de frégates.
99
Notice des séances subsequentes de la Convention du mardi et da
mercredi.
Du mardi 25, Le rapporteur du comité d'instruction publique
, après avoir annoncé à la Convention qu'il lui sera pré(
430 )
senté incessamment un plan complet d'éducation nationale
lui soumet un projet de décret qui fixe la maniere dont s'opé
rera la réunion du 10 août .
Les administrateurs de la Seine inférieure viennent déposer
dans le sein de l'Assemblée les inquiétudes que leur donne le
défaut de subsistances ; l'Assemblée a chargé son comité d'agriculture
de réviser la loi du 24 mai , qui fixe le maximum du
prix des grains , et de lui faire un rapport sur cet objet.
Les administrateurs du département d'Eure et Loire viennent
témoigner à l'Assemblée leurs inquiétudes sur l'approche
de l'armée des rebelles . D'Angers ils se sont portés à la Flêche
, dont ils se sont emparés sans coup férir , et peut - être
en ce moment la ville du Mans est - elle en leur pouvoir. II
est instant , disent - ils , de s'opposer à leur entrée dans les
plaines fertiles de la Beauce , dont les riches productions seraient
bientôt la proie de ces brigands . Richard , l'un des
commissaires à l'armée de la Vendée , d'où il arrive , combat
l'assertion des petitionnaires , et pense que la Flêche ne peut
être en leur pouvoir.
Les administrateurs produisent une lettre de la Ferté près
la Flêche , qui porte que les rebelles se sont emparé de cette
ville et y ont arboré le drapeau blanc . Tallien soutient
que les rebelles sont en horreur par les pillages qu'ils exerceut
, qu'ils se divisent , et que les mesures bien concertées
qu'on va prendre ne sauraient manquer de les écraser. — La
Convention décrete le renvoi de la pétition au comité desalut
public.
----
Mardi soir. Plusieurs sections sont venues demander la
taxe des denrées de premiere nécessité . Une petition de la
section des Gravilliers , qui avait le même objet , mais dans
laquelle on reprochait à la nouvelle constitution de ne contenir
aucune disposition contre le monopole , l'agiotage et
la vente du numéraire , a excité la plus vive indignation .
-
Drouet instruit l'Assemblée que le département du Calvados
a fait arrêter 80 chevaux destinés pour l'artillerie ; il annotice
ensuite que Verniaux s'est évadé après avoir enivré sés gardes ;
il demande que tous les députés mis en état d'arrestation
soient transférés à l'Abbaye. Robespierre demande le rap
port du décret qui renvoie à demain la discussion sur l'affaire
des détenus , et que la Convention s'occupe des moyens de
sauver la chose publique . Saint - André appuie cette proposition
. Levasseur annonce que les détenus ne s'évadent que
parce qu'ils craignent l'arrivée du contre révolutionnaire
Charrier qui doit découvrir de grands complots.- La Con
vention decrete la proposition de Robespierre,
-.
( 431 )
Mercredi 26. On fait lecture d'une lettre du général Biron .
Lettre du général Biron au ministre de la guerre.
Niort , le 22 juin.
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte dans ma lettre'
d'hier , que j'avais envoyé un fort détachement aux ordres
du général de division Chalbos , et du général , de brigade
Salomon , pour s'emparer de Busseau , poste assez important
des brigands. On leur a tué plus de 200 hommes , et fait
environ 20 prisonniers . Nous n'avons perdu personne . Les
troupes de la République ont marqué la plus grande ardeur.
Je serais content de cette journée , si le plus grand désordre
n'avait régné dans la retraite . Une colonne de six bataillons
tenait plus de 4 lieues de pays . Une telle maniere de
marcher est le plus grand danger que l'on puisse courir . J'ai
fortement recommandé aux officiers de tout grade beaucoup
plus de vigilance et de fermeté. Il en est cependant un asseg
grand nombre à qui je dois la justice de dire qu'ils ont fait
tout ce qui dépendait d'eux . J'espere être bientot en état de
vous rendre les comptes les plus satisfaisans . 19
,
Barrere annonce à l'Assemblée que Wimpfen vient de suivre
les traces de Dumourier et de Lafayette . Voici comment il a
accusé la réception des décrets contre les administrateurs du
Calvados . Reçu les décrets sur les évenemens de Caen plus
forts que les ministres . Il dit dans une autre lettre
*. Si
l'on ne rapporte les décrets contre les administrateurs du
Calvados , je ne peux faire le voyage de Paris qu'à la têle
de 60,000 hommes . Sur la proposition, du comité , la
Convention destitue le général Wimpfen , le décrete d'accus
sation , et défend à tous officiers civils et militaires , d'obéir
ses ordres .
››
Carpentier informe l'Assemblée que plusieurs administra
teurs du département de la Manche ont pris des arrêtés sem
blables à ceux du Calvados ; qu'ils ont tenté de faire arre
ter nos commissaires , et qu'il se forme une fermentation
terrible dans ce département .
Sur le rapport du comité de salut public , il a été décrété
que les administrateurs qui ont pris des arrêtes , tendant à
armer les citoyens , les uns contre les autres , seraient tenus
de les retracer , sous peine d'être déclarés traîtres à la patrie
et poursuivis comme tels ...
t
Une députation du département de Paris vient solliciter
l'Assemblée de mettre hors de la loi ceux des membres
détenus qui se sont évadés , dé fixer le prix des denrées , et
d'établir des atteliers . Ces demandes sont renvoyées au
comité de salut public .
( 432 )
Lettre de Dubois-Dubai , représentant du peuple auprès des armées
du Nord; Maubeuge , le 22 juin.
Citoyens , mes collègues ,
J'ai le plaisir de vous annoncer que le citoyen Berelun vient
d'exécuter , avec le plus grand succès , une expédition assez
importante , à la tête de la brave , garnison de cette place . Un
détachement composé de gardes nationaux , de chasseurs et
de soldats du douzieme régiment , a surpris un poste défendu
par cinq cents hussards ennemis ; dans un instant le poste a
été enlevé et l'ennemi a pris la fuite . Nous lui avons pris
toutes ses armes et tous ses bagages ; un officier a poursuivi
deux hussards pendant une lieue . il en a tué un , le deuxieme
lui est échappé , en laissant son cheval à son vainqueur.
9
COMMUNI D´E ¿PARI'S , “ du 26 juin.
Sur 9531 votans pour la nomination du commandant général
provisoire de la garde nationale parisienne , Raffet ,
commandant de la section de la Butte-des - Moulins , a obtenu
4958 suffrages , et Henrior , commandant de la section des
Sans-Culottes , 4573.
Le corps municipal indiquera le jour où se fera le ballotage
entre lesdits citoyens .
Suivant une lettre des citoyens Lachevardière et Momoro ,
commistaires envoyés par le département de Paris dans celui
de la Vendée , les rebelles ont évacué Saumur , et se sont
retirés sur Cholet et Mortagne ; ces commissaires attribuent la
prise de Saumur au défaut d'organisation des volontaires ; ils
invitent à surveiller plusieurs individus qui s'étant coupés les
cheveux , se sont fait croire qu'ils étaient prisonniers des
rebelles.
Sur le réquisitoire de Hébert , second substitut du procureur
, le conseil a arrêté hier , qu'il serait fait une adresse
à la Convention , pour l'inviter a rédiger une instruction aux
citoyens de la Républipue , afin de les éclairer sur l'acte
constitutionnel , et empêcher par ce moyen les intrigues
de la malveillance.
COURS DES EFFETS PUBLICS .Mai
1793 .
C. HANGES
Amfterdam
EFFETSNAT. LUNDI 27. MARDI .28.MERC .29. JEUDI 30.1 VEND .31. HS..1.aAmMbourg
L. ondres
Madrid .
.21C0.10
1. 280
.Cadix
Gênes .
I..Ad2nce5dts0i0olns
P.1ldo.6er.0t0ions
I,.l1d.i0dev0em
d5E..li'omvoopcrtunt
...,.f1QdIi7uédn8ic2t
1....m1dI.i72éd.l85c4
..mba8Iiuv0.llellcions
sI.b.uadlnlsetin
Id .sorti enviager .
Bulletins ..
Q..PddE.aeeuarsiuitxs
d1E.. '7ma8po9û.tSoms
Ai.lensscseunr.dcontre
Idem ,àvie .
..
CONTRATS .
e.classe à5pour
2. id .àsp.fuj .au15 .
.id .àsp.fuj .au 10 .
85
415 .
2.P.
44.b.
a.pauir .b
au pair
171 ..
340 .
..
3.34.37 .P.
425 :
183
74
171½
Livourne .
Lyon ,paiement de
Payeurs .
année 1792 .
LMe.ttre
A VIS.
ON observe que les Rédacteurs n'ont rien de commun
avec l'Abonnement , la distribution , etc. C'est
au citoyen GUTH , seul Directeur du Mercure
hôtel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
objets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient rester au rebut.
Les personnes qui enverront au citoyen GUTH
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de quoï
ils ne seraient pas acquittés. Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
LE prix de l'Abonnement est de trente-fix livres
franc de port pour les Départemens et pour Paris,
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hotel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure . L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois .
Messieurs les Souscripteurs du mois d'Avril sont
priés de renouveller de bonne heure leur Abonnement ?
afin qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses , et
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; oujoindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
( No. 92. )
SAMEDI 4 Mai
1793
l'an deuxieme de la République.
MERCURE
FRANÇAIS
,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Arts divers , doivent être adressés au Citoyen
la Harpe , rue du Hasard , no. 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 Livres
franc de port.
CALENDRIER
POUR L'ANNÉE 1793 .
Mai a 31 jours & la Lune 30. Du premier au 31 ,
les jours croiffent , matin & foir , de 38 minutes.
JOURS J. PHASES Tems moyen
du NOMS DES SAINTS. de
Mors.
merc. Jacques & Philippe.
au Midi vrai.
de la
L. LUNE. H. M. S.
22 11 56 48
2 jeudi Athanafe , évêque.
23
11 56 41
3 vend. Invention de Ste Croix. 24D. Q. 11 56 34
4lam. Ste Monique , veuve. 25 le 3 , à 4 11 56 28,
SSD. Converf. de S. Auguftin .
6 lundi Les Rogations.
7mardi Staniflas , évèque. mardi
8 merc. Defiré , évêque.
9jeudi L'ASCENSION .
10 vend. Gordien.
11fam. Mamert , évêque.
26 h. 34 m. 11 56 23
27 du mat. 11 56 18
28 11 56 14
29 11 56 10
130
%
11 56
N.L. 11 56 S
2 le 10 , à 3 11 56 3
126 D. Nérée , martyr.
h. 40 m. II
56
13 lundi Servais , évêque .
14 mardi Pacôme .
4
du mat.
Smerc. Ifidore.
16 jeudi Honoré , évêque.
17vend . Pafcal.
18 fam, Vigile- Jeûne.
19 D. LA PENTECOSTE.
20 lundi. Auftrégefile.
21 mardi Hofpice.
12
22 merc. Quatre-temps, 33
23 jeudi Didier , êvêque..
14
24 vend. Donatien.
IS
2) fam. Urbain , pape .
16
261 D. La Trinité.
27 lundi Jean , pape.
17
93
11 56
11 56
IT
56
11 56
3
3P. Q.11 56
le 18, à 1 a
56
1002 3400 ~ too moo t
h. 2 m. II 56 11
du mat. 11 56 14
11 56
II 56
11 56
P. L. 11 56
le
25,4 11 56
18h . I m .
du foir.
28 mardi Germain , év . de Paris. 19
29 merc . Maximin.
30 jeudi FETE-DIEU.
II FG
II 56
23
28
34
40
46
53
20
21
II 57 I
11 57 9
31 vend . Sainte Pétronille .
[22 ] 11 17 17
MERCURE
FRANÇAIS ,
HISTORIQUE , POLITIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE PATRIOTES.
Samedi 4 Mai 1793 ,
République,
l'an Ile. de la
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , rue des Poitevins ,
No. 18.
TABLE des matieres littéraires , depuis le 30 Mars jusqu'au
V
27 Avril 1793.
ERS à M. de Florian ...
Charade , Enigme , Logogriphe ....
Etat actuel de l'Empire Ottoman , par Elias Abesci .
Traduction de la VIe . Elégie du Ier. Livre de Tibulle ...
Charade , Enigme , Logogriphe ..
Fables par M. de Florian...
Conte Suite des Souvenirs du coin du feu ....
Vers à Julie Candeille ..
Charade , Enigme , Logogriphe .
La Mort d'Abel , Tragédie .
page 217 .
ibid et surv.
218.
277.
278.
280.
288.
34
ibi
351.
Annonces ..
Driope , Fable , etc...
359.
407.
Charade . 409 .
Stratonice , Comédie héroïque .. 410 .
Annonces
411
Bayerische
Staatsbibliothek
München
1
( N°. 92.1793 . )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 4 MAI , l'an deuxieme de la République.
CHANS O N.
/ AIR, Du serin qui te fait envie . A Mde....
I.
Toi , le fléau de la terre ,
Loin d'ici , fougueux conquérant:
Monstre , qui pour une chimere
Fais répandre des flots de sang ,
Fuis cet asyle solitaire
Et du repos et du bonheur :
A tous les lauriers j'y préfere
Mes feux, ma Thémire et son coeur.
I I.
Vil esclave de la richesse
Dont Plutus reçoit tous les voeux ,
Dont le coeur desire sans cesse
Sans jamais être plus heureux ,
Crois -tu que ta riche misere
Soit comparable à mon bonheur ?
A tous les trésors je préfere
Mes feux , ma Thémire et son coeur.
III.
Toi qui dans la docte poussiere
Ne songes qu'à t'ensevelir ;
Que pour une gloire légere
Sur les livres on voit pâlir ;
Bel - esprit , lutte contre Homere ,
Deviens le plus fameux auteur :
A tous les talens je préfere
Mes feux , ma Thémire et son coeur .
IV.
Sophiste orgueilleux et farouche
Qui frondes les tendres ardeurs ,
Distilles le fiel de ta bouche
Sur l'amour et sur ses douceurs ;
Mais crains d'entrevoir ma bergere
Si tu veux garder ton erreur ;
Qui la voit, l'aime , à toutpréfere
Ses feux , ma Themire et son coeur.
DE WIDRANGES , S.
LOGO GRIPHE.
Je ne veux pas te faire trop attendre ,
Et pour un mot exciter ton humeur !
Je t'offre , Églé , le mois qui fait entendre
Du rossignol le réveil enchanteur ;
Un nom bien cher pour tout être sensible ;
De tes appas le tyran destructeur .
Cinq pieds , enfin , vont te rendre visible
Ce que tes traits ont laissé dans mon coeur.
Explication des Charade et Enigme du No. 91 .
Le mot de la Charade est Verrat ; celui de l'Enigme est Soulier
1 A 2
(4)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Catherine ou la Belle- Fermiere , comédie en trois actes , en prose
mêlée de chant ; représentée sur le théâtre de la République, le
27 novembre 1792. Paroles et musique de Julie Candeille. Prix ,
30 sous. A Paris , chez Maradan , libraire rue du Cimetiere
St.-André- des-Ares , no. 9.
CET ouvrage se joue depuis quatre mois avec un succès qui
ne ss'est pas démenti
un moment
on pourra
sans
doute
mettre
une
partie
d'un
si brillant
succès
sur le compte
des accessoires
particuliers
à la représentation
de cette
piece
, et qui
véritablement
ajoutent
quelque
chose
à l'agrément
et à l'effet
du
spectacle
; mais
si la musique
, le chant
, l'organe
, le talent
de
l'exécution
sur
un instrument
le plus
séduisant
de tous
entre
les mains
d'une
belle
femme
, sont
des
avantages
étrangers
en
eux-mêmes
du
mérite
dramatique
, s'ils
n'appartiennent
pas
à l'ouvrage
de Mlle
. Candeille
, ils appartiennent
du moins
à
l'auteur
, et il est
aussi
glorieux
que
rare
de n'avoir
besoin
que
que
de soi-même
pour
joindre
à une
piece
de théâtre
tant
d'ornemens
qui
la font
valoir
, parce
qu'ils
y sont
placés
de
maniere
à faire
partie
de l'action
. On peut
dire
, avec
vérité
,
que
Mlle
. Candeille
pouvait
seule
embellir
ainsi
son
ouvrage
:
elle
y offre
la réunion
de tous
les talens
. Ils ont
enchanté
le
public
sur la scène
; mais
à la lecture
, tous
ces
moyens
de
éduction
disparaissent
, l'ouvrage
est seul
, et ne peut
plus
se
soutenir
que
par
le mérite
dramatique
; et heureusement
encore
ce mérite
se retrouve
ici , très- indépendant
de la représentation
, et l'on
n'est
point
tenté
, en lisant
la piece
, de se
reprocher
le plaisir
qu'on
a eu à la voir
.
•
au
Il serait superflu d'en faire l'analyse on en rendit un compte
exact dans ce même journal , à l'article des spectacles ,
moment de la nouveauté , et il ne s'agit aujourd'hui que de
résumer en peu de mots le jugement général qu'on en a pórté.
On y a trouvé non- seulement beaucoup d'esprit ( ce qui n'a
surpris personne ) , mais ce qui est d'une toute autre importance
et d'une bien plus grande difficulté , un vrai talent dramatique
. La piece est bien conçue dans son ensemble , bien
conduite d'un bout à l'autre , il y a de l'intérêt dans les situa
tions et de l'art dans les moyens . L'intrigue excite la curiosité
dès le premier acte ; elle se noue d'une maniere aussi
imprévue qu'attachante , dans le second ; elle intéresse , an
troisieme , jusqu'à faire couler quelques- unes de ces douces
larmes qui peuvent se mêler un instant avec la gaieté comique ;
et le dénouement, qui satisfait tous les spectateurs , est aussi
"
( 3 ) 曩
bien ménagé , aussi bien suspendu qu'il est possible. Les
événemens ne sont annoncés qu'autant qu'il le faut pour ne
pas paraître invraisemblables , et ne le sont pas assez pour
ôter le plaisir de la surprise et l'inquiétude des obstacles. Les
ressorts généraux , tels qu'un amant déguisé en valet près de la
femme qu'il aime , un vieil oncle , un armateur qui revient des
Indes enrichirpour unefamille pauvre, avaient déja été employés;
mais les résultats sont nouveaux , et c'est tout ce qu'on peut
exiger. La scène du second acte , où la rencontre inopinée de
Fierval et Lussan met à la fois tous les personnages en situa
tion , d'une maniere différente , et les fait connaître tous en
un moment au personnage qui vient d'arriver ; cette scène ,
qui excite à la fois tant de craintes , d'embarras , d'alarmes
et de soupçons dans tous les acteurs , est vraiment neuve
piquante , ingénieuse et singulierement théâtrale . Tous les
caracteres sont bien tracés et bien combinés l'un pour l'autre ;
aucuu n'est chargé ni forcé. La sensibilité de Lussan , la fatuité
de Fierval , la naïveté de Fanchette , la bonhommie franche et
brusque du vieux d'Orneville , la tendresse délicate et noble
de Catherine , tout est nuancé avec autant de vérité que de
haesse , et cette finesse même est couverte , comme elle doit
l'être , par la simplicité et le naturel du dialogue , qui d'ailleurs
offre beaucoup de mots heureux ; j'entends par mots
heureux, non pas des traits saillans , mais des mots qui ne
peuvent être dits que là où ils sont ; c'est là ce qui est heureux
au théâtre. La Belle - Fermiere y restera : elle est supérieurement
jouée , et Michau ( sans parler ici des autres à qui l'on
a déja donné ailleurs les louanges qu'ils méritent ) a rappellé
aux amateurs le naturel de Préville.
MUSIQUE.
Les partisans de la Belle-Fermiere et ils sont nombreux } .
aimeront sans doute à retrouver d'agréables souvenirs en chan
tant les jolis airs , et sur-tout la touchante romance de Catherine.
Julie Candeille , auteur des paroles et de la musique ,
vient de les faire paraître arrangés pour la harpe et le piano , de
maniere à faire tomber toutes les ridicules contre-façons qu'on
s'était empressé d'en faire . On les trouvera chez elle , rue
Saint-Lazare , vis - à - vis la rue de la Rochefoucauld , nº . 53 ,
et aux adresses ordinaires de musique. Prix , 2 liv . 8 sous .
On trouve aussi , aux mêmes adresses , la partition de ces
airs et de l'ouverture. Prix , 7 liv. 4 sous.
L
JA 3
( 6 )
CONTE.
Suite des Souvenirs du coin du feu.
Le lendemain , lorsque le cercle des vieillards fut formé , E
Madame d'Elmont prit la parole , et en s'adressant à Closiere ,
j'ai rêvé , lui dit - elle , à la bonne fortune de vos Flamands ;
savez -vous que je n'aime pas cette résistance invincible à recevoir
du jeune Anglais un tribut de reconnaissance ? Car enfin,
s'il n'avait pas eu la main de sa soeur Ambroisine à leur offrir ,
il leur eut donc été redevable de la vie , toute la vie , sans pou
voir soulager son coeur du poids de cette dette immense . Du
poids ! Madame ; et pourquoi voulez-vous que c'en soit un
pour un coeur aimant et sensible ? Le ressentiment des bien
faits est pénible pour les ingrats ; mais il s'agit ici du plus
reconnaissant des hommes, C'est pour cela , Monsieur ,
qu'il devait lui être dur de ne pouvoir pas s'acquitter , -- Eh !
Madame , quel eût été le monceau d'or ou de diamants que,
sir Henri eût pu mettre en balance avec l'obligation qu'il avait
aux Baklers ? Il n'y a que la tendre amitié , que la reconnaissance
pure , qui soit d'un prix à compenser la valeur d'un si
grand bienfait ; et sans cela , ni la main d'Ambroisine , ni sa
fortune , ni celle de Henri , n'aurait pu l'acquitter. Je suppose ,
au contraire , que n'ayant rien au monde à donner à son bien.
faiteur , ni aucun service à lui rendre , il l'eût aimé , il l'eût
béni , il l'eût recommandé au ciel , comme il faisait sur le
champ de bataille ; c'eut été là , Madame , lui payer son bienfait
; et Bakler pensait dignement de n'en pas vouloir davantage .
Mais , mon voisin , lui dit Madame d'Ervilly , avec ces voeux
stériles et ces sentimens purs , ne mettez- vous pas les ingrats
bien à leur aise ? Oh point du tout , Madame ; car je laisse
aux bienfaits tous leurs droits au retour des bons offices mutuels
. Mais à des bienfaits impayables j'attache envers les hommés
, comme envers Dien lui -même , un genre d'obligation que
le coeur seni peut acquitter , et qui l'enveloppe et l'enchaine
des noeuds indissolubles de la reconnaissance . Or , c'est - là surtout
ce qui gêne la misérable vanité et le triste orgueil des ingrats
: le poids qui leur presse le coeur , c'est cette obligation
de chérir , d'honorer , de voir toute leur vie d'un oeil reconnaissant
l'homme qui leur a fait un bien qu'ils ne peuvent lui
rendre . Tant qu'ils se sentent redevables , ils sont mal à leur
aise avec lui , devant lui ; ils s'indignent de tant devoir à leur
égal ; ils se demandent de quel droit il a sur eux cet avantage .
C'est peu d'atténuer son bienfait , ils le dénaturent pour le
rendre méconnaissable . Impatients de lui trouver des torts ,
ils lui en supposent s'il n'en a point ; et s'ils ne peuvent l'oulier
, ils finissent par le hair, Ah de quel vice monstrueux
( 7)
nous parlez- vous ? D'un vice aujourd'hui plus commun qu'il
ne le fut jamais ; mais qui dans tous les tems ne fut que trop
dans la nature . Ecoutez les aveux que nous fait Montaigne lui
même , d'ailleurs homme honnête et loyal . Je me connais bien ,
nous dit - il , mais il m'est mal aisé d'imaginer nulle si pure libéralité
de personne envers moi , nulle hospitalité si franche et gratuite,
qui ne me semblât disgraciée, tyrannique et teinte de reproche ,
si la nécessité m'y avait enchevrêté ...... Elle se paie à l'aventure
quelquefois , dit-il ailleurs en parlant de l'obligation d'un bienfait
; mais elle ne se dissout jamais cruel garottage , à qui aime
d'affianchir les coudées de sa liberté ! Tel est le supplice de ceux
qui ayant sans cesse besoin d'autrui , voudraient cependant
ne tenir à autrui par aucun lieu .
Et quel est , reprit Norival , l'homme assez insensé pour se
fatter de passer sa vie sans avoir besoin de personne . J'en connais
un , dit Madame de Balme ; et je vais vous conter comment
il fut puni de son orgueil .
M. Lermand , mon voisin de campagne , avait laissé deux
fils , et à chacun des deux un héritage en fonds de terre attenants
l'un à l'autre ; mais à l'aîné de plus grands biens . Cet
aîné , vain de son opulence , disait à qui voulait l'entendre,,
qu'il était en état de se passer de tout le monde ; que tout ce
qu'il avait , il le tenait de sa naissance , et qu'il trouvait dans
sa fortune de quoi ne jamais rien devoir, Il payait rigoureusement
les services qu'on lui rendait ; mais avec lui la bienveillance
, la bonne volonté , le zele étaient perdus ; il réduisait
tout en salaire . On l'appellait Lermand le Fier . Son frere
Eugene , moins riche et plus modeste , avait sans cesse dans
la bouche la fable de la colombe et de la fourmi. Il prenait un
plaisir sensible à se voir servi de bon coeur . Je ne suis pas
glorieux , disait - il , du peu de bien que je fais aux autres ;
mais je suis glorieux de celui qu'on me fait : car l'homme qui
m'oblige , me témoigne qu'il m'aime ; et y a- t - il rien de plus
honorable et de plus beau que d'être aimé ? Que dans les rigueurs
de l'hiver je consente que le vieillard , la bonne mere
et ses enfans se chauffent des débris de mes bois ; qu'il y ait
chez moi du bouillon et du vin pour les malades de mon village
; qu'au laboureur à qui la grêle a enlevé l'espérance de
sa récolte , j'avance le grain des semailles ; que j'en console
un autre en lui aidant à remplacer le boeuf qu'il a perdu ; enfin
qu'une partie de mon revenu se répande autour de moi il
ne m'en coûte à moi que des privations légeres ; et si , moins
à mon aise j'en suis plus économe , plus tempérant , moins
délicat dans la recherche des voluptés , des commodités de la
vie , c'est un bien que je me suis fait il n'y a pas de quoi
me vanter. Il n'en est pas de même quand je vois mes vomins
garder mes bois et mes moissons comme les lears , se disputer
l'occasion de m'être utiles , et m'offrir de quitter leurs travaux
pour vaquer aux miens, Alors c'est moi qui suis l'objet de la
:
A 4
( 8 )
-bienfaisance publique ; et loin d'en être humilié , je me complais
dans mes obligations et je me glorifie de ma reconnaissance
: c'est la dette du coeur , c'est le devoir d'aimer celui
qui nous aime et qui nous oblige ; et rien au monde n'est si
doux . Enfin s'il est vrai , disait- il , qu'on s'attache par ses bienfaits
, pourquoi m'affligerai -je qu'on tienne à moi par ces liens?
Une ame froide , indolente et vaine peut aimer mieux être en
pleine franchise ; mais pour une ame active , sensible et bienveillante
, je ne puis concevoir qu'un bienfait lui soit importun
; à moins cependant qu'il ne vienne de quelque main qui
l'avilisse encore alors , s'il est reçu , faut-il , en rougissant ,
l'avouer et le reconnaître , et ne pas ajouter à l'humiliation
d'en être redevable , le tort plus honteux d'être ingrat .
か
1
Ainsi parlait Eugene. Son frere en l'écoutant lui trouvait
Fame abjecte. Si ce qu'on fait pour moi m'est dû , disait celui-
-ci , le service , quel qu'il soit , ne m'oblige à rien s'il ne
m'est pas dû , je le paie , et m'en voilà quitte . Aussi avait - il
des mercenaires , mais il n'avait pas un ami .
44
:
Un jour la digue de l'un de ses étangs se rompit . Il fallait
à la hate combler la brêche ; il appela tout le village à son secours.
On faisait la moisson ; aucun des moissonneurs ne voulut
quitter la faucille . Laissons , disaient - ils , son poisson
s'échapper le long des prairies et suivre le courant de l'eau ;
la pêche en vaudra mieux pour nous que le salaire qu'il nous
promet. Il se plaignit de leur mauvaise volonté ; ils se moquerent
de sa plainte , et ils lui demanderent si , pour eux ,
ses travaux étaient plus pressés que les leurs .
Quelque tems après le feu prit à l'une des fermes d'Eugene .
Aussi- tôt ces bons villageois accoururent en foule ; et les uns
apportant de l'eau , les autres s'exposant sur les toits au milieu
des flammes : ils travaillerent tant et si bien que l'incendie
fut étouffé . Mes amis , leur dit-il , ces grains et ces troupeaux
que vous avez sauvés , sont à vous , souvenez-vous- en ; et an
besoin ...... Ils répondirent tous qu'ils savaient quel usage il
avait coutume d'en faire , et qu'en courant pour lui le danger
de la vie , ils n'avaient fait que leur devoir , puisqu'il l'avait luimême
plus d'une fois sauvée à leurs femmes et à leurs enfans .
Lermand-le-Fier , un jour , se laissa glisser sur la pente d'un
précipice retenu par un frêle arbuste , il y était comme suspendu
; et l'abîme était à ses pieds . Deux de ces villageois
en passant , l'entendirent criant à l'aide ; ils approcherent ;
et en le voyant , ah ! c'est vous , Monsieur l'indépendant , lui
dirent-ils ! Eh bien ! que nous donnerez- vous pour vous tirer de
là ! ma bourse , leur dit-il , vingt louis . Ce n'est guères ;
mais tout fier que vous êtes il faut avoir pitié de vous . Ils lui
tendirent une corde et le hisserent sur le bord. Tenez ,
dit-il , en les payant , vous avez abusé de ma situation ; mais
grace au ciel m'en voilà quitte ; et je vous aurai bien payés.
Bien payés ! vingt louis pour lui avoir sauvé la vie ! C'est
"
.
۱
( و
donc là ce qu'il croit valoir , dit l'un des deux ? Il a raison
difl'autre , et c'est encore plus qu'il ne vaut.
L'émotion de la frayeur ayant violemment remué les humeurs
dont il était plein , il fut attaqué d'une fievre dont le
caractere annonçait de la malignité . Dès qu'elle se fut dé
clarée , chacun s'éloigna du château ; ses domestiques mêmes
prirent congé de lui ; et à ses reproches d'ingratitude ,
répondirent ce que lui-même il leur disait souvent : tant tenus ,
tant payés. Une vieille femme , autrefois attachée à sa mere
était la seule qui lui restait , lorsqu'Eugene lui ramena quelques-
uns de ses gens , qui pour l'amour de lui voulurent bien ne
pas abandonner son frere , et le servir à regret.
;
Un médecin habile vint de loin , par un mauvais tems , et
Jise par des chemins détestables , le visiter assiduement , et le
199 raita si bien qu'il le guérit . Monsieur , lui dit Lermand , lorsqu'il
n'eût plus besoin de lui , je ne déduirai pas ce que je
dois à la nature de ce que je peux vous devoir. Ma garde
a compté vos visites ; et quoiqu'elles me semblent avoir été
un peu fréquentes , je veux bien vous les passer toutes , comme
si chacune cut été nécessaire à ma guérison . Il en fit le
calcul , et après lui avoir compté la somme , êtes - vous payé ,
lui dit-il ? Oui , je le suis , lui répondit le médecin , comme
le serait un sculpteur qui aurait travaille sur le marbre. Lermand
qui ne se piquait pas de sensibilité , sourit de la comparaison
. Adieu donc , lui dit-il , j'espere que de long- tems
vous n'entendrez parler de moi.
•
Il se trompait à peine encore était-il rétabli que son intempérance
l'obligea de le rappeller , et une nuit se sentant suffoqué
du poids d'un souper de glouton , il fit courir à lui
bien vite.
ว
Le premier mouvement du médecin fut de répondre que
la nuit était le tems de son repos . Mais un retour d'humanité
lui fit quitter son lit ; il se met en campagne , il arrive ,,
et le trouve sur le point d'étouffer. Ah mon cher ami
Monsieur Gérard , lui dit l'ingrat , venez que je vous doive
encore la vie . Son cher ami ait en lui - même le médecin ;
il est donc bien mal et il le secourtit. L'émétique fit son
office. Alors se sentant soulagé : mon cher M. Gérard ,
vous couchez ici , n'est- ce pas ? Non Monsieur , vous voilà
beaucoup mieux ; je m en vais ; car je me dois à mes malades.
1
Vous reviendrez de nain , mon cher Monsieur Gérard ?
Oui demain , sans plus , je l'espere . Le lendemain sur le
déclin du jour , Lerinand , qui , dans son lit , se ressenta't ,
mais sans douleur , de la fatigue de la veille , voit entrer son
libérateur. Ah ! Monsieur Gérard , vous voilà ? Soyez le
bien venu. Je me trouve bien mieux que lorsque vous m'a
vez quitté . Je le vois bien , Monsieur . Mais je suis faible
encore ; la secousse a été violente. Oui , mais ce n'est
plus rien. N'ai -je point de la fievre ?
-
Non . — Tatez
( 10 )
1
moi le pouls. Non , vous dis - je , cela est inutile : vous êtes
guéri , j'en réponds ; et j'en ai des signes certains . Et quels
signes , M. Gérard ? Les voici , dit le médecin : hier
quand vous étiez si malade , vous m'appelliez mon cher ami
M. Gérard. Lorsque vous fûtes soulagé , vous m'appellâtes
mon cher M, Gérard ; l'ami fut supprimé aujourd'hui c'est
M. Gérard ; le cher a disparu ; et si demain je revenais
peut - être ne serais-je plus que Gérard , Puis-je encore douter
que vous ne soyez hors d'affaire ? Adieu , Monsieur. Soyez
plus sobre à l'avenir ; car je vous avertis que je n'interromps
plus mon sommeil que pour mes amis .
---
Eugene à quelque tems delà , s'étant jetté dans l'eau pour
sauver un enfant qui allait se noyer sous les glaces , en fut saisi
d'un froid mörtel . Sa maladie avait tous les symptômes d'une
fluxion de poitrine. Le village fut dans l'alarme . Le pere
de l'enfant accourut vers le médecin . - Venez , Monsieur ,
venez secourir le meilleur des hommes : vous rendrez un pere
à une foule de malheureux . Hélas ! c'est en sauvant lui - même
la vie à mon enfant , qu'il s'est mis dans l'état qui nous fait
trembler pour ses jours . Le bon docteur arrive , et en traversant
le village il ne voit des pleurs , il n'entend
que
plaintes et que des voeux au ciel pour l'homme bienfaisant ,
dont la vie est si chere à tous . Il se trouve entouré de gens
empressés à lui rendre les soins qu'un pere de famille aurait
reçus de ses enfans . La mere de celui qu'il avait secouru ne
quittait pas le pied de son lit ; l'enfant lui - même était sans
cesse à demander à le servir .
" que
des
Ah ! dit le docteur , en voyant tant d'affection et tant de zèle ,
on n'a de tels garde - malades que lorsqu'on s'en est fait des
amis en pleine santé .
Monsieur , lui dit Eugene , par un hiver si rude , combien
vous êtes généreux d'étendre si loin vos secours ! Vous m'ètes
donc bien nécessaire , puisque vous quittez tout pour moi !
- Non , Monsieur , je ne quitte rien . Il me faut très - peu de
sommeil ; et la vie est pour moi beaucoup plus longue que
pour un autre. La nuit je serai près de vous ; le matin je
dirai comme on doit vous conduire ; j'irai tout le reste du
jour faire ma ronde ; et sur le soir je reviendrai me reposer
içi : nous en serons vous et moi plus tranquilles .
Le jeune homme revint de l'état le plus dangereux ; et dans
des mouvemens de sensibilité qui redoublaient pour lui le
charme de la convalescence , je sais bien , mon ami , disait - il
à son médecin , comme on paye une porcelaine , une boëte
d'or et d'émail , un tableau , un diamant même ; mais les
tendres soins , l'amitié , l'assiduité , les veilles d'un homme
tel que vous , à qui l'on doit la vie , comment , sans une
ane sensible et sans un coeur reconnaissant nous serait - il
possible d'en égaler le prix . Ah ! ne regardez pas ceci , s'écria-
-il un jour , en voulant lui donner en rouleau d'or , ´ne le re(
I )
gardez pas comme une récompense , mais comme un faible
gage de tous les sentimens que vous me laissez dans le coeur.
Monsieur , lui dit le bon Gérard , distinguons , s'il vous plaît ,
deux hommes en moi , votre ami , et votre médecin . Vous
voulez payer celui- ci ; cela est juste , et j'y consens ; mais voici
ce qui lui revient , ajouta-t-il , en tirant du rouleau quelques
louis . Que faites -vous ? Je donne à votre médecins co
que l'usage lui attribue , mais rien au-delà , s'il vous plaît . Le
reste serait pour l'ami ; et celui - là ne reçoit rien . Le jeune
homme rougit ; et sans insister davantage , non , dit-il , le seul:
prix d'une amitié si généreuse , est là ; et il mit la main sur
son coeur.
-
-
Gérard s'en alla pénétré de la bonté, de ce jeune homme,
Quel contraste avec la rudesse et la dureté de son frere !
disait-il ; et comment deux êtres si divers sont-ils formés du
même sang.
Le malheureux Lermand , abandonné de tout le monde ,
effrayé de sa solitude , puni de son orgueil et de son égoïsme sans
pouvoir s'en guérir , se résolut enfin à se donner une compagne ;
et pour l'avoir plus dépendante et plus soumise , il la prit sans
fortune , belle , d'un esprit doux , et d'un caractere flexible ,
qu'il put façonner à son gré. Mais avec elle , comme avec tout
le monde , il crut que sa richesse lui devait tenir lieu de tout,
Il l'environna d'opulence , lui prodigua , sans consulter son
goût , les superfluités du luxe ; et comme il lui avait reconnu
beaucoup de bien en l'épousant , il en exigea de l'amour,
sans en avoir pour elle , sans même se donner la peine et
le soin de lui en inspirer. L'air de bonté , de complaisance ,
les doux accueils de l'amitié , les douces effusions du coeur , les
communications d'une timidité tendre , lui semblaient des adu
lations indignes d'un époux : « Ces marques de faiblesse lui
auraient fait perdre son ascendant ; il n'avait pas prétendu
se donner une maîtresse dans sa femme ; il ne s'était pas
,, marié pour jouer fadement le rôle d'amoureux „ . Enfin de
tous les animaux c'était le seul qui dans le plaisir même ne voulut
point s'apprivoiser .
La jeune femme était sensible ; et dans sa noble modestie
elle avait aussi sa fierté . Après avoir inutilement essayé de
tous les moyens de lui plaire , appellé au secours de la beauté
toutes les graces du langage , employé tous les charmes de la
plus attrayante familiarité , elle sentit avec amertume à quelle
condition il voulait la réduire ; et auprès d'un coeur insensible ,
le sien fut transi et glacé .
Il s'en apperçut , et d'un ton à faire frissonner l'amour , il se
plaignit qu'elle ne l'aimait pas . Hélas ! je ne demande qu'à
vous aimer , lui dit - elle ; c'est vous qui vous défendez d'être
aimable , et ne voulez pas être aimé. Et que fallait- il done ,
lui dit-il , pour vous plaire ? peu de chose , dit- elle , ' un coeur
qui répondit au mien. - J'entends ; faire avec vous tous leg
( 12 )
frais , toutes les avances ? et n'en ai-je pas fait assez en partageant
ma fortune avec vous ? ah ! votre fortune ! on achete
une esclave avec de l'argent ; mais le coeur d'une femme honnête
et sensible est d'un autre prix ; et vous avez méconnu
le mien , si vous avez cru le payer. Voila bien , dit-il , le langage
des ingrats ! le monde en est plein , et je n'y ai trouvé
que cela ; ainsi , l'indifférence , la froideur , que sais-je ? la
haine sera le fruit de mes bienfaits ! -- Non , monsieur , je
dois vous chérir , vous honorer et vous complaire ; et vous.
me trouverez fidelle à ces devoirs. Mais ce n'est pas de moi ,
c'est de vous qu'il dépend qu'envers vous mon obéissance ait
tout le charme de l'amour.
*
Cet éclaircissement au lieu de l'adoucir ne le rendit que ,
plus severe et plus impérieux ; il fit tant qu'à la fin il
acheva de rebuter un coeur qu'il lui eût été facile d'attendrir
et de captiver . Le chagrin le saisit ; ce chagrin redoubla
lorsque dans un ménage simple il vit son frere avec
une femme moins belle , mais plus heureuse que la sienne.
jouir de toutes les douceurs de l'hymen le plus fortuné . Ce
n'était point la folle ivresse de l'amour ; c'était la douce éga
lité d'un sentiment voluptueux , un calme pur , une sécurité
mutuelle et inaltérable , et comme une teinte de joie et de
sérénité répandus sur leurs beaux jours .
L'heureuse compagne d'Eugene n'avait pas chez elle en
abondance , comme sa belle-soeur , les inutilités du luxe ; mais
elle voyait son époux attentif à lui procurer tous les agrémens
de l'aisance ; elle voyait sur-tout qu'aucun des soins qu'elle
prenait de lui plairé n'était perdu . Il lui savait gré d'un sourire
, d'un regard , d'un mot d'amitié . Que ne devait- il pas
à cette femme aimable ! chaque nouvel enfant qu'elle mettait
au monde était un don de son amour , chaque jour de bonheur
qu'il passait auprès d'elle lui était compté comme un
nouveau bienfait ; et lorsqu'elle parlait de ses devoirs ,
lui disait-il , quel mérite n'avez-vous pas à les remplir avee tant
de grace et de charme ! la jeune femme de son côté se glori- "
fait avec délices de tout ce qu'il faisait pour elle. C'était sans
cesse à qui des deux serait le plus reconnaissant ; et vous
concevez quel ménage cette émulation de sensibilité devait faire
entre deux époux qui n'avaient pas encore , à eux deux ,
cinquante ans .
ah !
Lermand , témoin de leur bonheur , en fut si envieux qu'il
en devint atrabilaire ; et n'osant ou ne voulant plus rien devoir
à un médecin qui savait le secret de son ingratitude , il se
laissa former dans la vésicule du fiel une pierre dont il mourut.
Il ne fut pleuré de personne ; sa veuve même n'affecta aucune
douleur de sa mort. Mais en parlant de lui avec Eugêne :
hélas ! lui disait- elle , il n'a tenu qu'à lui de vivre aussi heureux
que vous !
( 13 )
C'est véritablement , dit Norival , un vice de complexion
bien hideux que l'ingratitude ; et de tous les enfans de l'orgueil
c'est , je crois , le plus monstrueusement conformé ; car
enfin , l'homme est , de sa nature , indigent et nécessiteux : nul
ne peut se suffire , nul même ne peut s'acquitter incontinent de
ce qu'il doit. Quelqu'un a dit , que pour pouvoir se passer de
société il fallait être un dieu ou une bête brute or , la société
n'est autre chose qu'un cercle de besoins et qu'un échangé
de secours ; et parmi ces secours , il en est dont jamais l'équivalent
n'est au pouvoir de celui qui en est redevable. L'homme
qui ne veut rien devoir n'a donc qu'à s'isoler , et à vivre en
sauvage , en bête fauve dans les bois , où il sera obligé encore
à ceux qui le laisseront paître . Il est vrai qu'il a pour excuse
l'abus que l'on fait trop souvent des services qu'on a rendus :
les bienfaiteurs ne sont pas tous bien délicats ; il en est d'exigeans
, il en est même d'assez durs• pour humilier et pour vexer
leurs redevables , et l'on a eu quelque raison de dire que c'est
un chapitre qui manque à l'histoire des tyrans.
Une ame noble , sensible et juste , répliqua Mde . d'Elmont ,
ne craint point cette tyrannie ; car sans être absolument libre ,
elle n'est pourtant pas esclave ; et sans manquer à ce qu'elle
doit , elle sait en distraire ce qu'elle ne doit pas .
Nous avons tous connu , dit Mde . de Claine , une femme
tte bienfaisante , et pour qui la reconnaissance était une importunité.
Oui , reprit Mde. d'Elmont , il est une reconnaissance
indiscrete et bruyante , qui en publiant les bienfaits reçus
en quête de nouveaux . Fatigante de flatterie et dégoûtante de.
bassesse , c'est le manége d'une ame vile ; une belle ame n'en
veut pas. Mais lorsque la reconnaissance a tous les caracteres
de la sincérité , qu'elle est simple , noble et modeste , sans
adulation ai jactance , et tempérée de dignité , je crois que
c'est donner au bienfait un nouveau prix que de la permettre
et de vouloir bien l'agréer....
Telle fut par exemple , dit le bon vieillard Tomeri , telle fut
la reconnaissance du philosophe la Violette , l'un des hommes
de notre siecle le plus franchement vertueux.
On fut curieux de savoir quel était ce la Violette - Philosophe
C'était , dit- il , un grenadier qui dans la guerre de 1734 en
Italie avait volé un chou , et qui pour ce délit allait être pendu....
Je vous raconterai son histoire après le souper.
Par M. MARMONTEL. 3
( La suite au premier Mercure de Juin. )
MERC U.RE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGN E. -
De Hambourg , le 14 avril 1793 .
Les lettres de Stockholm , en date du 29 mars , annoncent
ES
que le duc-régent fait tourner ses plaisirs mêmes à l'avantage
de la société. Il y a eu ce jour- là un grand concert au profit
des enfans - trouvés , dont l'établissement est dû aux francsmaçons
. Le régent , grand-maître de cette association , qui
reconnaît depuis long-tems pour base une égalité si propre à
préparer les hommes à la liberté , a fait initier son neven , son
éleve et son maître à la loge qu'il préside . Cette démarche
a été vue de très - bon oeil dans un pays où la franc - maçonnerie
jouit d'une consideration méritée , qu'elle n'a pas dans le midi
de l'Europe , où l'on ne l'a que trop avilie par l'admission
plus qu'indiscrete d'individus que toute réunion de gens honnêtes
doit bannir de son sein . Ce prince s'occupe aussi de
faire revivre les lois somptuaires que la pauvreté de la Suede
rend utiles à ce pays . On se rappelle que son frere Gustave III
avait fait adopter , en en donnant l'exemple , un habillement :
national convenable au climat. Aujourd'hui , on interdit aux
Kommes l'usage de la soie , excepté pour les bas . On est
moins severe pour les femmes ; mais on restreint la couleur
des robes qu'elles pourront porter au gris , au blanc et au noir.
On continuera de mettre des impositions très - fortes sur
les eaux-de-vie étrangeres et le café qu'on voulait défendre .
La conduite du duc de Sudermanie à l'égard de Zibette lié
avec le comte de Stackelberg , ambassadeur de Russie ,
intrigant avec lui contre la France , avait annoncé des dispo
sitions amicales de sa part pour ceite puissance l'alliée natu- ,
relle de la Suede . Cependant on ne sait plus trop que penser ;
cir , outre les régimens déja nommés pour s'embarquer à bord
de la flotte , celui de Jonkoping , fort d'ouze cents hommes ,
suivra la même destination. Toutes ces dispositions , jointes
à un échange fréquent de couriers entre les cours de Pé- "
tersbourg , de Copenhague et la nôtre , annoncent quelque
événement prêt à éclore , d'autant plus que la flotte qu'on
équipe à Carlscrone doit être augmentée encore . On sa't
de plus , par des lettres de Copenhague , en date du 6 avril
que le baron Steding , frere de l'ambassadeur Suédois à Pétersbourg
, en est de retour à la suite d'une mission particuliere
, et que Catherine II l'a comblé de riches présens . On
--
et
( 15 )
mande en outre de Pétersbourg , que l'impératrice a admis
M. d'Esterhazy comme envoyé du prétendu régent de France ,
et qu'elle invitera de plus les cours de Copenhague et de
Stockholm à recevoir des agens du ci - devant Monsieur . Quel
que soit d'ailleurs le but des préparatifs de la Suede , ils se
font avec activite . Le baron de Klingspor , officier distingué
est parti pour la Finlande en qualité de général en chef. Le
major-général Piper a été nommé président du collège de
guerre. Le baron de Palmquist est chargé de presser l'expé
dition de la flotte .
Le prince Frédéric de Hesse , qui a déja fait la premiere
campagne contre les Français , est parti de Copenhague pour
se trouver aussi à la seconde ; il se rendra à l'armée de son
oncle le landgrave de Hesse .
M. d'Artois est à Riga. L'impératrice de Russie n'a pas absc
lument voulu souffrir qu'il gardât l'incognito , comme il avait
paru le désirer : elle a envoyé au- devant de lui un chambellan
avec des équipages pour le conduire à Pétersbourg .
Stanislas que personne ne plaint , et qui dans le malheur n'en
a pas su conserver la dignité , est parti le avril
4 pour Grodno , conformément aux ordres irrésistibles de l'impératrice de Ru: -
sie. C'est-là qu'il verra détruire jusques aux dernieres traces de
cette constitution du 3 -mai 1791 , qu'il n'a pas eu te courage de
défendre. La généralité de Grodno a résolu de faire séquestrer
tous les biens de ceux qui , dans un délai. donné , n'y auront
pas renoncé formellement . On assure même que l'impertrice
de Russie voulant venger le comte Potocki , maréchal de
la confédération , qui donne aujourd'hui de nouvelles lois , et
par conséquent un nouveau joug à la Pologne , puisque c'est
elle qui les a dictées , fait demander diplomatiquement
à la
cour de Vienne l'éloignement du prince Joseph Poniatowski , neveu du roi , pour le punir d'avoir envoyé un cartel à ce même
comte Potocki : d'un autre côté M. Bulgakoff, son ambassa
deur , ou pour mieux dire son vice - roi à Grodno, enjoint de sa'
part au faible Stanislas d'envoyer son neveu en voyage ou en
exil en Italie ,
á
partage est une affaire à- peu - près terminée. On mande de
Varsovie qu'il paraîtra très-incessaminent une grande déduction
bien diplomatique , dans laquelle le cabinet de Berlin prouvera
irrésistiblement les droits du roi de Prusse , autrefois vassal de
Pologne, sur la partie du territoire de la République occupée
par les troupes Prussiennes . Ce mémoire sera très - curieux , et
on l'attend avec impatience . M. de Hertzberg , connu par sa
dexterité dans les affaires , et ses lumieres en statistique , passe
pour y avoir mis la main .
Des lettres de Constantinople , du 20 mars , démentent formellement
ce qu'avaient annoncé plusieurs papiers publics que
M. Fonton , Enfant de Langues', élu par les négocians Français
de cette ville pour leur chef provisoire , avait été arrêté et en(
16 Y.
fermé aux Sept-Tours par ordre du grand- seigneur. Sa corrésé
pondance prouve que , malgré toutes les intrigues des ambas
sadeurs des puissances coalisées , la Porte-Ottomane est tou
jours dans des dispositions favorables pour la France . Tout
porte à croire qu'en perdant l'espérance d'une diversion qui lui
eût été si utile , elle conservera du moins la certitude de la neu
tralité de la Porte.
en
On apprend de Constantinople , par des lettres
date du 11 mars , que l'escadre qui doit établir une croisiere
dans l'Archipel , se trouve composée de 8 vaisseaux de ligne ,
de 4 frégates et de quelques chitlanguis . Les travaux sur les chan
tiers continuent , et dans peu un vaisseau de 74 canons sera
lancé en présence de sa hautesse. - Tandis que le divan s'occ
cupe sérieusement de ce qui concerne la marine , les forces de
terre restent immobiles et aucun de ces corps n'a ordre de mar
cher;ce qui prouve que le grand- seigneur ne renoncera point à
son systême pacifique vis -à- vis des puissances voisines .
M. Koutusoff, ambassadeur de Russie auprès de la Porte-Ottomane
, a dû partir le 27 mars avec une suite de 382 personnes ;
dans ce nombre ne sont pas encore compris ses domestiques .
Cinquante- trois Français établis à Pétersbourg , ayant refusé
de prêter le serment nouvellement prescrit , viennent d'en sortir
pour retourner dans leur patrie .
Les dernieres lettres de Varsovie donnent les détails suivans
sur le voyage du roi de Pologne à Grodno. Ce prince est
en effet parti le 4 à 9 heures du matin , accompagné d'une
escorte conduite par le général russe Inguelstrom , qui a dû
le laisser à une certaine distance entre les mains d'une nou - ˆ
velle escorte , et ainsi de station en station : l'ambassadeur de
Russie vient à sa rencontre à Bralostock pour le préparer aux
événemens qui doivent bientôt, se manifester , c'est-à-dire , à
l'abnégation et au dépouillement . Il est temps , car c'est le 8 de
ce mois que doivent paraître les déclarations des cours de
Pétersbourg et de Berlin , touchant les provinces que leurs
troupes respectives garderont en Pologne. La diete ne s'assemblera
desormais que tous les quatre ou six ans , et ce sera le
conseil permanent qui aura l'exercice du pouvoir exécutif
durant les interregnes. On sait aussi que la confédération
générale de Lithuanie a enjoint à l'Hetman d'exiger rigoureusement
des Français le même serment auquel ils sont astreints
en Russie. Il a été signifié le 4 à la maison de banque
Tepper et compagnie , de la part de la commission préposée
à l'examen de cette grande faillite , de fournir dans 24 heures
pour tout délai , l'état exact de tous ses biens et de toutes
ses correspondances .
―
Les dernieres nouvelles de Pétersbourg annoncent , que
M. d'Artois est enfin arrivé le 24 mars dans cette ville ; le
vice-chancelier , comte d'Osterman , l'ayant complimenté au
nom de sa souveraine , le conduisit ensuite dans un hôtel
meublé
}
12.0
meublé et arrangé par ordre de l'impératrice pour le recevoir .
Le lendemain , M. d'Artois fut présenté à . S. M. , et depuis
re tems-là il a reçu les visites du sénat , des ministres étran
gers et des autres seigneurs de distinctions
AUTRICHE. De Vienne , le 14 avril.
On continue d'envoyer à l'empereur des dons pour la
guerre ; quelques magnats de Hongrie qui n'ont point voulu
être connus , ont fait passer à la trésorerie impériale 800,000 Bor
Tins. Le don des états de Bohême monte à 500,000 florins .
et celui des états de Moravie à 50,000 ducats . Indépendam
ment des dons en numéraire ou fait aussi beaucoup de soumissions
pour des denrées de toute espece. En même tems
que l'empereur reçoit de la bienveillance de ses sujets des
moyens pécuniaires pour pousser avec vigueur la guerre contre
la France , et qu'il cherche à s'en ménager de nouveaux par
des emprunts , dont on ne saurait se dissimuler le peu de
succès jusqu'à présent , ce prince s'efforce d'inspirer de la
confiance en donnant toute la sienne à des hommes d'état
consommés dans les affaires . On voit avec plaisir ici le vieux
prince de Kaunitz-Rittberg reprendre ses fonctions de grandchancelier
de l'état . Cependant , quoique personne ne conteste
les lumieres du baron de Thugut , actuellement ministre des
affaires étrangeres , beaucoup de politiques désipprouvent ce
choix , qui sera vu de mauvais il par les cours de Berlin et
de Pétersbourg. Ils en donnent pour motif liste ton connue
de ce nouveau ministre d'incorporer la Baviere aux domaines
de la maison d'Autriche. Il est d'ailleurs naturel , disent- ils ,
que l'on craigne le crédit d'un homme qui a déja renversé
celui de MM. de Cobentzel et de Spielman ..
S'il faut en croire la derniere lettre de Florence , le grandduc
de Toscane renonçant au systême de neutralité , n'a
donné à M. la Flotte , ministre de France , qu'un délai de
24 heures pour sortir de ses états . Le bruit court ici qu'on
a découvert que plusieurs maisons de Trieste faisaient passer des
grains à Marseille sous pavillon étranger . On a porté les peines
les plus rigoureuses contre ceux qui feraient ce commerce .
---
De Francfort-sur- le - Mein , le 20 avril .
Voici ce qu'on mande de Ratisbonne , en date du 6 , indépendamment
de la déclaration formelle de guerre contre la
France et la prohibition des assignats dans l'Empire , l'avis de
la diete du 22 mars porte encore que les traités de paix subsistant
entre l'Empire et la France seront annulles , sauf cependant
les droits d'autrui , que l'on surveillera la correspondance
, qu'on laissera au commerce un libre cours tant qu'il
ne sera pas entravé par la France , que la neutralité envers la
France sera interdite à tous les Etats et membres de l'Empire ,
enfin que les Français qui ne produiront pas une permission
Tome III. B
M
( 18 )
des magistrats de continuer leur demeure dans l'Empire , seront
transportes sur les frontieres et tenus de quitter le terri
toire d'Allemagne. S
Il
L'empereur a envoyé à son frere Charles la grand - croix de
l'ordre militaire de Marie-Thérese . S. M. I. a conféré le grade
de général d'artillerie de l'Empire aux généraux de Hohenlohe
, Clairfayt et Wenceslas Collorédo . Elle a ordonné aussi
de payer à l'armée de la Belgique une gratification d'un mois
de paie. La cour de Vienne , malgré les dons nombreux ,
a ouvert un emprunt volontaire où l'on recevra de la vaisselle
et autres ornemens d'or et d'argent ; ces objets seront convertis
ensuite en numéraire pour les besoins de l'armée .
paraît certain que les cours de Vienné et de Berlin se surveil
lent réciproquement , et que peut- être le moment n'est pas
fort éloigné où elles se brouilleront . La cour de Vienne ne perd
pas de vue son ancien projet sur la Baviere ; c'est pourquoi elle
a laissé faire au roi de Prusse du côté de la Pologne ce qu'il
a desiré , comptant que ce prince ne s'opposera pas à l'exécution
du susdit projet. Mais on prétend que le roi de Prusse
n'entend point du tout se prêter à la réalisation de ce projet
et il a raison , car son ennemi naturel deviendrait pour lui un
colosse qui l'écraserait quand il voudrait , et qui dévorerait en
même-tems tous les autres princes d'Allemagne .
Frédéric Guillaume vient de faire publier les lettres patentes
de réunion des villes de Dantzig et de Thorn à la Prusse occidentale
, pour ce qui concerne les affaires de finance et de
justice. Les provinces démembrées de la Grande -Pologne feront
un département séparé sous le nom de Prusse méridionale
. On trace actuellement la ligne de démarcation depuis
Czenstochow jusqu'à Petrikau , sous l'inspection du général
Mollendorf. Le lieutenant- général de Schwerin et le général
major de Wolkski président à la même opération dans les autres
parties cela se fait d'accord avec l'Autriche et encore plus
avec la Russie , comme Fannoncent les lettres patentes qui
veulent persuader à la Pologne que c'est pour son bien .
:
Les forces des alliés sur le Rhin sont actuellement de 80 et
quelques mille hommes , à s'en rapporter à l'état qui se trouve
en plusieurs mains , et que quelques gazettes allemandes ont
déja même adopté. Voici le calcul de ces forces : 19. le corps
volant de Czekely , 1800 hommes ; 2 ° . le corps de Romberg c
Koehler dans le Hundsruck , 5000 ; 30. la grande armée Prussienne
, y compris le corps de Hohenlohe , 44,000 ; 4° . le corps
Hessois , 5000 ; 5º , le corps Saxon , 5500 ; 6º . l'armée de
Wurmser avec quelques troupes de l'Empire , ainsi que des
Hessois , 18,000 ; 70. le corps Autrichien commandé par le
général Prussien Kalkreuth , et qui est venu de Treves , 8000 .
Un présume qu'il doit s'y joindre encore 30,000 Autrichiens.
qui sont en pleine marche.
On écrit de Vienne que la diete de Hongrie se tiendra l'été
(( 19 )
prochain à Presbourg. On se propose par-là de dédommager
cette ville de ce que lui a fait perdre la tenue des deux dernieres
dietes à Bude . Peut- être aussi l'empereur veut- il , dans
les circonstances actuelles , s'éloigner moins du centre des
affaires. Cela dit assez que S. M. I. n'ira point à l'armée , comme
on l'a cru pendant quelque tems . D'ailleurs il se fait à Schoenbrunn
et Heizendorff des préparatifs qui annoncent que l'empereur
et l'impératrice veulent y passer la belle saison , de
même que les jeunes archiduc et archiduchesse la passeront
à Luxembour
L'électeur de Saxe , obligé de former et d'entretenir son'
contingent , a fait aux Etats la demande d'une somme de
800,000 rixdaliers de plus par an , pendant toute la durée de
la guerre. En conséquence , les Etals assemblés ont suspendu
le payement des capitaux de la caisse de crédit , et alloué près
de 600,000 rixdallers à l'électeur , en le priant de completter
la somme du revenu de ses domaines. La noblesse s'étant engagée
à en fournir 100,000 , les contribuables et sur- tout ceux
des villes se trouveront moins grevés . D'ailleurs s'il faut porter
plus haut le contingent pour défense du pays , les Etats sont
décidés à négocier un emprunt de 2,000,000 .
L'empereur et le roi de Prusse savent bien obliger les puissances
secondaires à partager avec eux les frais de la guerre ,
auxquels ils ne pourraient pas long- tems faire face , puisque
des 300,000,000 amassés par le grand Frédéric , il n'en reste
plus à son neveu que 24 , et que l'empereur est obligé , malgré
les dons patriotiques , de faire un emprunt à Milan . Il faut
pourtant que la ligue des souverains contre la France se croie
bien sûre du succès , ou qu'elle veuille nourrir les espérances
en en affectant elle - même plus qu'elle n'en a peut - être , et
qu'elle juge que dire qu'on réussira est un moyen de réussir ,
puisqu'on dit positivement à Vienne que les puissances coalisées
ont assuré aux Génois , Vénitiens , Suisses et Hollandais
leurs créances en France .
La position, des armées autrichiennes et prussiennes , depuis
la retraite de celle du général Custines , semble annoncer
qu'elles n'ont pas encore les moyens , ou du moins l'intention
d'attaquer les frontieres de la France . Le roi de Prusse
------- Les
a toujours son quartier général à Worms ; ses forces sont prolongées
le long des montagnes vers Landau jusqu'à Neustadt ;
it a eu soin de faire occuper les gorges des Basses- Vosges ,
et les revers depuis Kaiserslauten jusqu'à Deux Ponts .
Autrichiens sont à Spire , sous les ordres du général Wurmser.
Ils ont élevé deux redoutes sur la route de Landau à Spire .
L'armée de Condé a passé le Rhin près de cette ville ; elle
est forte de 5,000 hommes à pied , et cantonnée aux envi
rons . Le Spire-Bach sépare les Autrichiens des Prussiens .
Comme une partie de l'armée autrichienne , sous les ordres
du prince de Hohenlohe à Trêves , s'est mise en mouvement
Вя
( 20 )
pour couvrir le Hundsruck , il paraît que les armées des cours
coalisées sont disposées de façon à couper toute communication
avec Mayence , et à barrer les passages aux armées françaises
si elles viennent au secours de cette ville .
Il y a eu une grande conférence des généraux des armées
combinées à Guémersheim ; on la croit le résultat des plans
de campagne médités séparément par les généraux de Kalkreuth
et de Wurmser. La Grande-Bretagne est probablement aussi
consultée , car le lord Elgin , son ambassadeur , est allé trouver
le roi de Prusse le 6 à Hesse- Cassel , et l'on assure qu'il a
eu depuis de fréquens entretiens avec ce roi général , auquel
on peut contester des lumieres , mais non de la brayoure , car
il a eu un cheval tué sous lui à la petite affaire d'Halscim où
il commandait. Ce prince va souvent à Manheim avec le
duc de Brunswick. En général , il surveille avec beaucoup
d'activité toutes les dispositions militaires ; il jouit d'autant
plus des succès qu'il y contribue pour beaucoup. En voici un
qui n'a pas pu lui être indifferent dans une guerre si dispendieuse
. Avant sa retraite précipitée , le général Custines , comme
par un pressentiment de ce qui devait lui arriver , avait fait
rassembler , dès le 29 mars , autant de chariots que possible ,
à l'effet de faire conduire à Landau ce que les Français avaient
de plus précieux à Mayence . Tout cela avait été mis dans
des caisses ou formé en balots ; trente des voitures qui furent
chargées les premieres essayerent de se rendre à leur destination
, mais elles tomberent dans les mains des Prussiens
et les autres ne firent aucune tentative de peur de s'exposer
au même sort. Indépendamment de cette capture , il a reçu
cent chariots venus de Berlin , qui ont passé le 5 à Hanau .
Des lettres de Manheim , en dare du 14 , s'expriment ainsi :
Le 5 de ce mois des Français se sont montrés à Hombourg
et dans la nuit du 7 au 8 ont repris la route de Saarbruck ;
Bliescastel a été évacué dans le même tems. Il paraît que ces
mouvemens ont eu pour cause l'approche des troupes prussiennes
, dont l'avant-garde est arrivée le 10 à Hombourg
tandis que 200 hommes des mêmes troupes entraient à Deux-
Ponts . Ces derniers ont également marché vers Hombourg
dès le lendemain . Le 14 , du grand matin , on a de nouveau
apperçu des Français qui avaient l'air de revenir sur leurs pas .
Depuis , des lettres de Deux-Ponts même , du 18 avril , portent :
Dans la matinée du lundi , sur les 8 heures , on apperçut les
avant-postes des Français sur la montagne de Buben -Hasen ;
au bout de trois quarts-d'heure on vit une armée d'environ
5,000 hommes , tant cavalerie qu'infanterie , qui se mit en bataille
vis-à- vis la ville : ils y entrerent après - midi à la suite
d'une fusillade contre 50 hussards . Prussiens poursuivis inutilement
jusqu'à Kreuzberg , et de quatre coups- de canon tirés
contre la ville qui ne firent aucun mal . Ils exigerent des vivres
et du fourrage . A 6 heures la générale fut battue , et l'armée.
( 21 )
•
prit la route de Hombourg , mais elle revint vers 8 heures ,
et prit ses quartiers . Le lendemain matin à 7 heures , l'armée
repartit de nouveau . Une autre division venant par Bliescastel ,
se joignit à elle , et la marche fut dirigée sur Hombourg et
Le Carlsberg , pour déloger les Prussiens . On en vint aux mains
d'abord après quatre heures , et nous entendimes une canonade
continuelle de cinq quarts -d'heure . L'issue du combat
ne parvint point à notre connaissance ce jour- là . On crut
cependant que l'avantage était resté du côté des Français ; c'était
au moins le bruit général . A huit heures vinrent quelques
cavaliers au galop , qui crierent dans les rues de mettre de
la lumiere aux fenêtres , et une demi - heure après nous vimes
arriver l'artillerie suivie de la cavalerie et d'infanterie en grand
nombre : tout se faisait cependant d'une maniere calme et
dans le meilleur ordre , et ce retour n'avait point l'air d'être
forcé , quoiqu'on ne pût en deviner les motifs. Toutes ces
troupes passerent encore la nuit chez nous , et se mirent le
lendemain en ordre de bataille sur la montagne de Buben-
Hausen , où elles resterent jusqu'à midi ; et après s'être de
nouveau fait pourvoir de vivres et de fourages , elles retournerent
à Bliescastel.
:
La perte que les Français ont essuyée dans l'action a été
très-légere ; ils s'emparerent de Hombourg , prirent le Schlossberg
et avancerent jusqu'au pied du Carlsberg , sans pousser
plus loin une entreprise qui paraissait leur réussir les Hombourgeois
ont eu le malheur de se voir piller. L'armée campe
encore de l'autre côté de la Blies à proximité de nous l'avis
inopiné que les Français venus de Bitehe à Hornbach avaient tout
saccage , forçaient les jeunes gens à marcher avec eux et qu'ils
se portaient sur Deux-Ponts , a répandu aujourd'hui la plus
vive inquiétude et causé la fuite précipitée d'un grand nombre
d'habitans : cependant nous en avons été quittes pour la peur;
on a vérifié que c'était une simple patrouille apperçue par quel
ques personnes , et qui n'avait ni l'intention ni la force de
revenir prendre une troisieme fois possession de Deux -Ponts .
2
Des lettres de Hartheim , près de Mayence , datées du 11
avaient annoncé que le général Kalkreuth devait s'emparer le
lendemain des hauteurs de Hecktsheim , Marienborn , Drays ,
etc , qui serrent la place à la portée du canon ; s'il faut en
croire des nouvelles plus récentes , le feu de l'artillerie a déja
commencé . On ajoute , mais cela ne paraît gueres croyable ,
que la disette de bois et de viande de boucherie se faisant déja
sentir , il a fallu tuer et saler une trentaine de chevaux de cavalerie
, ce qui s'est fait dans l'église de St. Alban . Du reste ,
on convient qu'il y a une garnison bien suffisante pour défendre
long- tems la place , puisqu'elle est de 22 mille hommes
, commandés par des officiers pleins de bravoure et d'intelligence
. Le second ingénieur est M. Meunier de l'académie.
des sciences. Le quartier - général des Prussiens est à Gunters-
B 3
( 22 )
blum , et celui des Autrichiens à Spire . Déja la plupart des
comtes de Franconie , de Wetteravie et de Westphalie , ont
fourni leur contingent en numéraire , qui a été envoyé ici en
dépôt il paraît qu'il est plus facile d'avoir de l'argent que
des hommes , du moins dans certains endroits ; car le recrutement
volontaire se faisant très - mal dans les environs de Ratisbonne
et dans toute la Baviere , on a pris le parti d'enlever
nuitamment tous les jeunes gens propres au service . Cette expédition
qui a eu lieu le 11 , pourrait bien avoir des suites fâ
cheuses : les ordres sont donnés pour que ces troupes joignent
l'armée du général Wurmser ; le ministre Impérial à Munich
les a enfin extorqués de l'électeur , qui voulait garder la neutralité.
On presse le rétablissement des ponts sur le Rhin , près
de Manheim et sur le Necker ; il est déja fort avancé. Cette ville
servira de dépôt.
-
Nous
apprenons que . la premiere colonne des troupes Hesspises
, à la solde de l'Angleterre
, doit se mettre en mar
che pour la Hollande le 8 mai prochain : on ne sait pas encore
l'époque du départ de la seconde ; le tout fera 8000 hommes ,
dont dix bataillons d'infanterie
et onze escadrons de cavalerie.
Les Hollandais auront , à ce qu'on assure , une ar
mée de 45 mille hommes ; il s'y trouvera 14 mille Hanovriens
et 50co Anglais. On mande de Xanten que le duc
Frédéric de Brunswick est reparti pour Berlin ,
a fondu dans l'armée du prince de Cobourg le corps Prussien
qui était sous ses ordres.
et que l'on
Suivant les dernieres lettres de Vienne du 14 , il devait partir
le lendemain pour l'armée du Rhin un nouveau train considérable
d'artillerie et de chariots chargés de munitions ; mais
peut- être ne l'attendra-t- on pas ; car des lettres de Cleves qui
attribuent en grande partie la lenteur des opérations d'une
campagne qui devrait être plus avancée au défaut d'artillerie
suffisante de siége , ajontent que pour remédier à cet inconvénient
on est tombé d'accord que les Hollandais qui en ont
beaucoup dans leurs arsenaux la fourniraient aux Autrichiens
et aux Prussiens , sur-tout à présent qu'ils en ont moins besoin
pour eux-mêmes puisqu'il leur vient des renforts . En
effet l'avant-corps des troupes Hanovriennes consistant en
2600 hommes d'infanterie et 2200 de cavalerie a passé le 11
près de Cleves pour se rendre dans le Brabant.
On y
envoye , disent les mêmes lettres de Vienne , le conseiller
d'état baron d'Egelman avec la commission de retirer les
assignats qui peuvent se trouver en circulation dans les Pays-
Bas le gouvernement Autrichien , qui sait tirer parti de tout ,
compte les acheter à vil prix et les placer ensuite avantageusement
: il a donné dans sa capitale un exemple qu'on s'est
empressé de suivre ; beaucoup de particuliers ont fait porter
comme l'empereur leur vaisselle d'argent à la monnaje ; il
en a déja 20 mille mares .
-
у
( 25 }
Notre ville de Francfort a vu arriver hier ( le 20 ) dans
l'après - midi le fameux Dumourier accompagné de quelques
officiers ; il a continué sur- le-champ son voyage pour se rendre
par Stoutgard dans la Suisse , ou probablement il va travailler
à détacher les Cantons de la neutralité ; le négocia
teur ne réussira peut-être pas mieux que le général. On
assure qu'il a remis au prince Cobourg toute la correspondance
des patriotes Brabançons , Liégeois et Hollandais ce
nouveau trait de perfidie est bien digne de lui .
PROVINCES - UNIES ET. BELGIQUE .
-
Le prince-évêque de Liége a fait publier , le 18 avril , l'ordre
de rapporter sous huitame , aux dépôts publics , tels que
chancelleries et secrétaireries , les archives , registres , livres ,
actes procès , liasses , etc. , qui en avaient été enlevés lors.
de l'occupation de cette ville par les Français ; il exige aussi
sous quinzaine la radiation des mots l'an de la République
citoyen , etc. , qui seront remplacés par les formules ordinaires.
"
Le prince de Cobourg est à Quiévrain , d'où il menace
Maubeuge , Valenciennes et Conde les troupes prussiennes
de la droite sont devant Lille ; mais elles n'agirout que quand
elles auront reçu un renfort d'Anglais et de Hollandais . •
Les lettres de Bruxelles , en date du 13 , annoncent qu'il
y est arrivé le jour même quatre navires hollandais chargés
de grosse artillerie pour le service des armées respectives : elles
ajoutent que d'après l'inventaire qui vient d'être fait de treize
Bâtimens abandonnés par les Français dans le canal de Bruges ,
lors de leur retraite , on a trouvé 66 canons tant de bronze
que de fer , 2 obus , 2 mortiers , des boulets , de la poudre , etc.
dans huit de ces cutters , les cinq autres étaient chargés de
far ne et d'avoine.
"
Deux . mille Anglais sont débarqués à Auvers : voici l'extrait
d'une lettre particuliere de cette ville , qui contient des détails
très - curieux sur les conférences commencées le 8 dans
un congrès composé des membres suivans ; le prince de
Saxe- Cobourg , le comte de Metternich avec ses deux fils ,
le comte Mercy d'Argenteau , l'ancien ministre ; le baron de
Bortenstein et le comte de Starhemberg , envoyé extraordinaire
de l'empereur auprès de L. H. P.; le duc d'Yorck, mylord
Auckland , le comte de Keller , M. P. du roi de Prusse à la
Haye ; le comte de Llano , M. P. du roi d'Espagne près de
LL. HH. PP .; le ministre du roi des Deux - Siciles , le Stadthouder
avec les deux princes ses fils , le comte de Bentinck et
M. Vander Spiegel , conseiller pensionnaire de Hollande et
de Westfrise.
On a mis en délibération , dès le 9 , quel parti prendre
B 4
( 24 )
sujet de la France , surtout d'après le changement, survenu
dans le systême , depuis l'aventure de Dumourier et des traîtres
qui l'ont suivi .
Les Anglais et les Autrichiens ont voté pour qu'on abandonnât
les Français à leur propre sort , depuis qu'ils se tiennent
sur la défensive dans le Nord , sauf à les chasser de l'Allemagne
, de la Savo e et de Nice ; et qu'on devait espérer que
les efforts des royalistes et des constitutionnels seraient suffisans
pour remettre le régime monarchique sur pied dans ce royaume.
Mais l'avis contraire , soutenu par les Prassiens et le stadhouder
de Hollande , a prévalu ; il a été décidé de suivre le
plan d'une campagne offensive , et de faire une attaque par tous
les côtés à- la fois sur la France elle - même .
et
Le second point qu'on a traité , a été la maniere d'attaquer ;
celle qu'on a suivie Tannée derniere a été trouvée mauvaise ,
a été rejettéer On ne s'enfoncera pas dans l'intérieur ; mais on
attaquera le plus de villes frontieres qu'on pourra à - la - fois ; on
tâchera d'attirer sur les frontieres , par ces attaques multipliées,
toutes les forces des patriotes Français , et de diminuer d'autant
la résistance de ceux- ci contre les royalistes du dedans.
Les villes frontieres , qu'on espere de conquérir ainsi , présen
teront autant de points d'appui , d'où l'on se dirigera suivant
les circonstances. Les flottes anglaises , espagnoles , russes et
hollandaises formeront par met une chaîne , qui commencera
d'Ostende , passera par la Manche , et qui dominera le détroit
de Gibraltar et toute la Méditerranée . Ces flottes procureront
tout l'appui qu'elles pourront aux insurgens royalistes , qu'on
espere y trouver et encourager sur les côtes maritimes de la
France .
La conclusion de tout cela , est que les puissances coalisées
se flattent de mettre ainsi les républicains de la France aux
abois . Dès le 12 , le résultat de ces conférences a eté envoyé
aux cours intéressées .
En conséquence , toutes les troupes Anglaises qui se trouvent.
dans le Brabant , se sont mises en marche d'Anvers le 12 , avéc
leurs canon et leurs bagages , au nombre de 4000 hommes , par
Lokeren pour Gand ; et quelques autres troupes Anglaises y
ont été embarquées , ayant leur destination pour Ostende . Les
vues et les espérances de uos ennemis se tournent sur Dunker
que. Corps de troupes Hanovriennes , qui était arrivé le 6
dans la province d'Overyssel , aux ordres du général Van den
Bussche y a reçu ordre de marcher sur Emmerik , où il passera
le Rhin , et dans ce moment il doit avoir rejoint l'armée,
combinée.
Le
( 25 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE,
PRÉSIDENCE DE LAS SOURCE,
Séance du mardi , 23 avril.
Le ministre de la justice écrit4 encore que malgré ses recherches
il n'a pu parvenir à découvrir Marat . Les commissaires
Cochon , Léquinio et Bellegarde , ont lu un mémoire relatif à
leurs opérations dans les départemens du Nord. On y a vu que
Dumourier avait eu soin de mettre toutes les places de cette
frontiere hors d'état de défense , et que les munitions avaient
été envoyées par ses ordres à l'ennemi . Les commissaires ont fait
emplir les magasins , et le mal est actuellement tout- à -fait réparé.
La Convention a vu avec satisfaction quels efforts ces commissaires
ont fait pour ramener de leur égarement les troupes
abusées par Dumourier , à quels dangers ils n'ont pas craint
de s'exposer pour sauver l'armée , et par conséquent la République.
La Convention a ordonné l'impression du mémoire
et le renvoi au comité de salut public .
p
Sur la proposition de Robespierre , la Convention avait
chargé son comité de législation de lui présenter des modifi
cations à la peine portée contre les distributeurs de faux
assignats . Aujourd'hui , Delaunay le jeune , rapporteur de ce
comité , a présenté les deux articles suivans qui ont été rejettés :
10. Toute personne qui , sans être coupable de fabrication ,
de premiere exposition , ou d'introduction dans la République ,
de faux assignats , sera convaincue d'avoir fait sciemment usage
de faux papiers -monnaie d'une valeur de 25 liv. et au- dessus ,
sera condamnée à 10 années de fer , et à 4 années si les assignats
sont au-dessous de 25 liv .
2º . Quiconque aura été convaincu de récidive sera puni
d'une peine double .
3 °. Quiconque sera convaincu d'avoir le premier exposé ou
introduit de faux assignats sera réputé complice de fabrication
, et comme tel puni de la peine de mort prononcée par
le code pénal contre les fabricateurs de faux assignats .
4º . La Convention commue la peine de mort prononcée
contre les nommés Lanoue et Boursier en 4 années de dé
tention .
Fonfrede a éveillé l'attention de la Convention sur les projets
hostiles des Anglais . Delmas l'a rassure en attestant le
zele du ministre de la marine à mettre nos côtes maritimes en
état de défense . Mais Barbaroux a ajouté un fais qui a déterm
H
( 26 )
miné la Convention à décréter que la conduite du ministre et
de ses adjoints seraient examinées . Dix - sept vaisseaux , revenant
des colonies , ont été pris , par deux frégates ennemies ,
aux environs du détroit de Gibraltar . Cette prise est pour la
ville de Marseille une perte de plus de 40 millions . Pourquoi
, a dit Barbaroux , nos armemens ont- ils éprouvé tant
de retard ?
-
Les créanciers de Philippe Orléans sont venus demander
qu'un commissaire national soit chargé de surveiller les opérations
de l'agence nommée par eux pour l'administration de
ces biens . Renvoyée au comité des finances . On a renvoyé
au comité de salut public les procès -verbaux d'arrestation
du jeune Orléans qui était à l'armée de Biron . Qn
a lu une lettre du général Lamorliere , datée de Lille le 21 avril .
En voici l'extrait :
--
6 J'ai l'honneur de vous informer que les postes sur la
Lys ont eu ce matin une petite affaire qui fait honneur au citoyen
Gyrond de l'Yonne ; cet officier , avec un détachement
de sa compagnie , a passé promptement la riviere , et a enveloppé
brusquement et avec audace un détachement de douze à
quinze hussards de Blankenshler ; ils en ont tué sept à huit ,
en ont fait deux prisonniers avec leurs chevaux et leurs armes ;
le reste a pris la fuite.
" La guerre de poste se fait avec courage dans le corps
d'armée qui est à mes ordres . Je n'ai qu'à me louer du desir
que témoignent mes braves compagnons d'armes , pour co
battre et chasser l'ennemi . Signé , I AMORLiere .
Une lettre du général Dampierre atteste à la Convention
que le nombre des hommes de l'armée française qui a suivi
Dumourier , n'excède pas 6 à 700 hommes . Aussi - tôt Lassource
a demandé que la Convention déclarât que l'armée du Nord
a bien mérité de la patrie , et cette proposition a été adoptée .
La Convention avait chargé son président d'écrire une lettre
de satisfaction à ses commissaires qui se trouvent bloqués dans
Mayence . Lassource a lu la lettre suivante , dont la rédaction
a été adoptée..
La Convention nationale , citoyens collegues , a vu avec
satisfaction le zele que vous n'avez cessé de déployer dans la
mission importante dont elle vous a chargés . Elle a applaudi
aux sentimens qui vous ont dicté la résolution de vous enfermer
dans Mayence ; je vous félicite , en son nom , d'avoir
été à même de donner aux intéressans Mayençais , nos freres
adopiifs , cette marque d'attachement ; aux braves soldats de
la République , ce témoignage de confiance , et à votre patrie
cette preuve de dévouement . Il est bien heureux pour vous
d'avoir montré les premiers que les représentans du peuple
français n'ont pas fait en vain le serment de vivre libres on
de mourir , et qu'animés par- tout du même courage ils re
craignent pas plus les efforts de la tyrannie sur les remparts
( 27 )
d'une ville assiégée , qu'à la tribune nationale . Le frésident
de la Convention nationale , LASSOURCE ,
Le général Berruyer , commandant de la réserve , écrit du
quartier général de Chemillé , département de Mayenne et
Loire , que la division de son armée , commandée par Ligonier
, ayant attaqué les rebelles à Caran et Vesin , a été repoussée
et obligée de se retirer à Vihiers. Il attribue cet échec
à la lâcheté et à la désertion de quelques corps de voluntaires.
Il donne des éloges au bataillon de Finistere , qui seul ,
quoique réduit à 250 hommes , a sauvé l'artillerie . Il se plaint
de manquer d'officiers généraux et de différens objets indispensables
pour le succès de ses opérations ,
Cette lettre est renvoyée au comité de salut public, à la charge
de rendre compte des mesures qu'il aura prises .
La séance est levée à 5 heures.
Stance du mercredi , 24 avril.
--
Les commissaires à Orléans ont écrit que s'ils eussent été
présens lorsque Marat a été mis en état d'accusation . aqraient
voté contre le décret ; il pricat l'assemblée de faire
jusérer leur lettre dans le bulletin . - L'Assemblee est passéc
à l'ordre du jour sur cette demande . On a lu une lettre
des administrateurs du département des Pyrénées orientales
par laquelle ils informent la Convention que les Espagnols
sont descendus des montagnes et se sont emparés de Saint-
Laurent. La municipalité de cette ville a lâchement pris la
faite , les habitans qu'elle aurait dû exciter contre l'ennemi ,
se sont joints aux Espagnols et ont fusiliés les volontaires
qui venaient à leurs secours. Les Espagnols ont mis deux
bataillons de garnison dans Saint - Laurent. Cette lettre a
été renvoyée au comité de salut public.
-
Sergent , au nom du comité d'instruction publique , a annoncé
que la nouvelle salle destinée à recevoir la Convention était achevee
; il a proposé à la Convention d'y transférer ses séances
mercredi prochain ; il a proposé aussi de décréter
que le palais
et jardin de tuileries portassent désormais le nom de palais
et jardin national . Les propositions de Sergent ont été
adoptées. Un secrétaire a donné lecture d'une lettre des
administrateurs du département d'Ille et Vilaine , dans laquelle
ils se plaignent que nos côtes sont sans aucune espece de défence
, qu'il n'y a aucune espece d'approvisionnement. - Bréard
annoncé que le comité de salut public s'occupoit avec
activité des moyens de mettre nos côtes dans un état imposant ,
il fait part que
le comité présenterait incessamment de nouveaux
moyens de sauver la République en portant des lois sévères
contre les traîttes , soit généraux , soit soldats . La lettre
a été renvoyé au comité de salut public.
a
--
Sur le rapport de Lacroix , au nom du comité d'aliénation
, l'Assemblée a rendu un décret en 18 articles pour pié(
28 1
venir les malversations qui se commettent dans les ventes de
mobilier provenu des émigrés , et des autres effets nationaux .
-Sergent a fait adopter un article additionnel , portant que
tous les objets d'arts et de sciences , tableaux , statues , estampes
, etc. ne pourront être vendus séparément dans les ventes
particulieres , mais seront réunis pour former les ventes indiquées
par affiches , avec distribution de catalogue . Il a été
décrété que nal objet dans ces ventes ne sera donné au- dessous
du prix de l'estimation .
Le président du tribunal révolutionnaire a écrit à la Convention
qu'un témoin dans l'affaire de Marat , ayant indiqué
le citoyen Brissot comme l'auteur d'une note insérée dans
le Patriote Français , le tribunal . sur la réquisition de l'accusateur
public , avait arrêté que le citoyen Brissot serait invité
, par l'organe du président de la Convention , de se
rendre sur-le- champ à l'audience .
Thuriot a demandé l'ordre du jour motivé sur ce qu'aucun
citoyen ne pouvait s'empêcher de paraître comme témoin
larsqu'il était appellé par un tribunal . Après quelques débats
la proposition de Thuriot a été adoptée .
La commune de Brest a écrit que les dettes dont elle était
surchargée la mettait dans l'impossibilité d'entretenir dans la
ville , et notamment dans le port , la quantité de réverberes
nécessaire pour la sûreté de cette place importante qui semblait
être l'objet de l'armement des Auglais , elle demande
des secours . -Les comités de la marine et des finances out
été chargés de faire un rapport sur cette pétition .
--
L'ordre du jour était la discussion sur la constitution.- · Lanjuinais
, au nom de la commission des six a présenté l'analyse
de plesieurs plans de constitution adressés à cette commission .
Dans les uns , on propose de diminuer le nombre des départemens
, dans les autres on regarde comme très- avantageuse la
division actuelle de la République . Quelques - uns veulent la
suppression des ' districts . Un citoyen de Bordeaux prétend
que le bonheur du peuple est attaché au gouvernement municipal
, etc. L'Assemblee a ordonné l'impression du travail
de Lanjuinais .
Robespierre a obtenu la parole pour présenter quelques ar-
/ ticles additiounels à la déclaration des droits : il voulait que la
Convention déclaràt que les hommes de tous les pays sont fre-
Tes , et que les divers peuples de la terre doivent s'entr'aider ,
comme les citoyens d'un même Etat ; que celui qui s'oppose à
la volonté d'une nation se déclare l'ennemi de toutes les autres ,
que ceux qui font la guerre pour arrêter les progrès de la liberté
doivent être poursuivris par- tout comme des brigands rebelles ,
que les rois les aristocrates , les tyrans de toute espece sont
des esclaves révoltés contre la souveraineté du genre humain et
contre le législateur universel qui est la nature ; Robespierre a
proposé aussi quelques autres articles relatifs au droit de propriété
( 29 )
la défini ainsi ce droit : la propriété est le droit qu'a toutcitoyen
de jouir et de disposer librement de la portion de biens dont la
possession lui est garantie par la loi. Il a avancé en principe
que le droit de propriété ne peut s'exercer au détriment de
l'exercice des droits d'autrui ; que toute possession qui viole la
souveraineté du peuple , qui porte atteinte à la liberté et à
l'existence des citoyens , est illicite , est immorale ; que les citoyens
dont les revenus n'excèdent pas ce qui leur est néces
saire pour pourvoir à leur subsistance , sont dispensés de contribuer
aux dépenses publiques , et que les autres citoyens
doivent supporter un impôt progressif , suivant l'étendue de
leur fortune, etc. - L'Assemblée a décréte l'impression des divers
articles présentés par Robespierre. St. Just , dans un
discours plein d'idees métaphysiques et philosophiques , a
combattu diverses bases du plan de constitution présenté par le
comité;il a trouvé vicieux le mode d'élection des représentans
du peuple et du conseil exécutif ; partant de ce principe qu'on
ne représente réellement que ceux dont on a obtenu les sus
frages ; il a dit que les représentans devaient être élus et par
un département particulier et par l'universalité des citoyens .
St. Just , après avoir présenté ce qu'il a cru trouver de défectueux
dans le plan du comité , en a lu un nouveau dont
l'Assemblée a ordonné l'impression .
La discussion a été interrompue par la lecture d'une lettre
des administrateurs du département de Maine et Loire , dans
laquelle ils rendent compte de diverses attaques faites contre
les révoltés. L'armée des patriotes est divisée en trois corps ;
celui qui est commandé par le général Berruyer a été battu
et repoussé avec perte sur Chamillé . Les autres corps de troupe
ont remporté divers avantages . Les administrateurs du département
de Maine et Loire ajoutent qu'ils ont beaucoup à se
plaindre des volontaires ; ils les accusent de se rendre coupables
de beaucoup de désordres . Carra a fait observer qu'il
n'était pas étonnant que l'armée commandée par le général
Berruyer eut été battue par les rebelles , parce qu'elle était
composée en grande partie de paysans et d'enfans , presque
tous sans armes ; il a dit que l'on pouvait facilement réparer
un pareil échec , en envoyant 5 à 6 mille hommes de troupes
réglées . Carra a ajouté que dans l'affaire de Eesin , les contrerévolutionnaires
avaient perdu beaucoup plus de monde que.
nous que plusieurs de leurs principaux chefs avaient été
tuės , entr'autres le fameux Gaston . Challes a reproché
aux administrateurs de Maine et Loire d'avoir reçu très -froidement
un baiaillon d'Eure et Loire , qui s'était rendu à Angers
pour marcher contre les révoltés ; il s'est plaint aussi du
général Berruyer ; il a dit qu'il affectait un faste de comman
dant de l'ancien régime , et c'est à lui plutôt qu'à son armée
qu'il a attribué l'échec qu'elle a reçu . Plusieurs membres
ent fait sentir combien il était instant de rassembler des forces
--
( 30 )
imposantes à . opposer aux rebelles . L'Assemblée a chargé son
comité de salut public de lui présenter demain un moyen
d'envoyer une force armée capable de soumettre les contrerévolutionnairés.
Il était cinq heures , plusieurs membres demandaient que la
séance fût levée ; les membres de l'extrémité gauche s'y sont
opposés ; l'Assemblée a été consultée , et a décrété que la
seance ne serait pas levée. Le président était instruit qu'une
foule considérable de citoyens se portait vers la Convention ;
mais il savait aussi que ce n'était point dans des vues hostiles
; il en a instruit l'Assemblét . A linstant s'est présentée
une députation de ces citoyens qui a annoncé que le tribunal
extraordinaire avait déchargé Marat de toute accusation .
Marat, a dit l'orateur , a toujours été l'ami du peuple , et le
peuple sera toujours pour Marat . Si l'on veut sa tête , il
faudra que l'on fasse d'abord tomber la mienue . Nous vous
demandons ce que sans doute vous ne nous refuserez pas .
nous vous demandons à vous présenter l'ami du peuple , et à
défiler dans l'Assemblée . Marat est aussi- tôt entré accompagné
de quatre cents citoyens ; il était porté en triomphe , et avait
la tête ceinte de plusieurs couronnes . Les applaudissemens de
l'Assemblée ( les membres du côté doit étaient tous sortis ) et
des citoyens des tribunes out accueilli Marat . Ce cortege ayant
pris séance , et le caline ' s'étant rétabli , Marat est monté à la
tribune ; il a dit que Jugement que venait de rendre à son
égard le tribunal révolutionnaire était conforme à la justice ,
qu'il s'attendait bien que l'on reconnaîtraît les services qu'il
a rendus à la cause de la liberté ; il a juré de nouveau de
défendre les intérêts du peuple , et de ne vivre que pour lui ,,
La séance a été levée à 6 heures .
le
Séance du Jeudi 25 avril .
Les commissaires à l'armée des Alpes écrivent que le décret
qui déclare Dumourier traitre à la patrie , a te reçu par les
soldats avec les cris de vive la Nation ! vive la République ! Les
commissaires adressent à la Convention une lettre de Valence
à Biron , dans laquelle il se plaint des mauvais traitemens qu'on
fait essuyer aux généraux . La Convention a envoyé cette lettre
au tribunal révolutionnaire .
La Convention avait ajourné à aujourd'hui la discussion
sur les subsistances . Le comité d'agriculture et de commerce
soumet à la discussion non pas son projet sur la taxe des grains ,
car il annonce qu'il n'a pu se fixer à aucun , mais le projet
présenté par les administrateurs du département de Paris , par
lequel ils demandaient que le prix du septier de blé fut fixé à
30 live compter du premier mai prochain . Plusieurs membres ,
entr'autres Fabres d'Eglantine , se sont opposés à toute taxe ,
comme une mesure propre à affame la République . Mais il
croit voir la garantie des subsistances pour la République dans
1 31 ')
l'établissement de greniers d'abondance , où tous les fermiers
seraient tenus d'apporter leurs grains . Lecointre de Versailles a
observé combien il serait dangereux de mettre entre les mains
de quelques magasiniers les subsistances de la République , et
par cette observation la Convention a vu la nécessité d'ajourner
cette discussion si intéressante pour le salut de la Republique
, et elle a fixé l'ajournement à samedi. Le général
Custines adresse à la Convention une lettre dont voici l'extrait
:
J'apprends , sans étonnement , que la lettre que j'ai écrite
à l'époque de la trahison de Dumourier a été le prétexte de
mille calomnies contre moi .
L'abus qu'en ont fait les agitateurs me force de parler
encore de moi , On n'a pas connu mon caractere ; ma vie doit
détruire les soupçons ; il n'est qu'un scélérat qui ait pu me
noircir.
Recevez de nouveau le serment que je fais de rester invar
riablement attaché à la cause de la liberté et à la République ..
Le peuple reconnaîtra un jour qu'on le trompe , il reconnoîtra
quels sont les fideles amis de sa gloire et de son in
dépendance .
Il n'y a que ceux qui veulent l'établissement des lois qui
soient les vrais amis du peuple .
" J'ai déja plus d'une fois mis ina vie en péril pour ma patrie.
Dumourier avait mis la France à deux doigts de sa perte .
La crise est passée ; et ce que j'ai écrit était fondé sur
les dangers qui existaient alors.
J'éprouve avec plaisir que les grands moyens que j'ai proposés
alors deviennent inutiles , et même seraient dangereux
s'ils étaient exécutés .
J'ai communiqué les plans que je médite pour préserver
en ce moment de toute invasion les départemens qui me
sont confiés , et pour assurer par la suite la gloire de nos armes .
On m'apprend que je dois être dénoncé . Ce moment sera le
plus doux de ma vie ; il me mettra à même de prouver à
toute la France l'irréprochabilité de ma conduite . J'attends
cette accusation avec calme et le sang- froid qui ne doivent jamais
quitter un vrai Républicain
Les commissaires à Valenciennes écrivent du 22 , ce qui suit :
;
Nous avons la satisfaction de vous apprendre que nous
venons de remporter un nouvel avantage sur nos ennemis ."
Ils ont attaqué hier près de Maubeuge un de nos avant-postes ,
contre lequel s'est dirigée une triple colonne avee six pieces
de canon. Le général Montchoisy est sorti avec neuf pieces
de canon ; le combat a duré depuis 5 heures du matin jusqu'à
3 heures de l'après -midi : nos troupes ont combattu avec tant
de valeur que l'ennemi s'est retiré avec la plus grande précipitation
, et avec une grande perte d'hommes . Les Autri(
32 )
6
chiens n'ont pas trouvé le pont assez large , et beaucoup ont
passé la Sambre à la nage.
,, On nous mande que les habitans de Maubeuge ont juré
ce s'ensévelir sous les ruines de la ville plutôt que de se reudre
, et de pendre celui qui parlerait de capituler. Les habitans
de Givet et de Charlemont sont menacés aussi par les Autrichiens
; mais ils s'en moquent et les attendent en vrais républicains
; ils imiteront les braves habitans de Lille et de Thionville
. L'ennemi est fort paisible ici ; nous le sommes de même ;
notre armée se repose , s'exerce et brûle de combattre .
Le compte que nous recevons de la situation de nos ennemis
est toujours le même ; ils consomment leur tems en
fausses parades. Nous croyons que leur dessein est d'assiéger
Valenciennes , mais ce projet échouera sans doute .
" Si nous ne nous fussions pas occupés d'approvisionner
Fa ville , le service aurait manqué tout-à-fait . Nous avons pris
des arrêtés que nous vous invitons à confirmer. ›
L'Assemblée a passé à la discussion sur les cours martiales .
Plusieurs articles ont été décrétés , et la séance a été ensuite
levée .
"
Seance du vendredi 26 avril.
Un secrétaire a donné lecture d'une lettre du général Ligoa
nier dans laquelle ce général rend compte que le commandant
Willemet a tiré des mains de deux cents contre-révolus
tionnaires un égal nombre de paysans qui avaient été surpris et
enveloppés par les révoltés. Willemet a fait cet acte de cou
rage avec 12 cavaliers seulement. La Convention a donné
de justes éloges à la bravoure de ce commandant .
-
Les commissaires à l'armée du Nord consultaient l'Assem
blée pour savoir si des émigrés qui se trouvent dans les prisons
de Douai devaient être jugés par un juré militaire .
L'Assem
blée a passé à l'ordre du jour motivé sur ce qu'il suffit de
faire constater par une simple commission le fait d'émigration .
On a lu une lettre des commissaires dans le département
des Pyrénées orientales dans laquelle ils annoncent qu'ils sont
arrivés le 20 à Perpignan , aussi- tôt ils ont requis les corps
administratifs de s'assembler et leur ont demandé l'état de nos
forces , de nos munitions , des approvisionnemens , quels
étaient nos moyens de défense , la position des ennemis , leur
nombre. Les administrateurs n'ont donné que des notions
vagues sur toutes ces demandes les commissaires font ob
server qu'il est instant de rassembler des forces imposantes
pour arrêter la marche des Espagnols ; ils rendent compte que
hier 1800 hommes se mirent en marche sous le commandement
du général Gauthier , pour aller débusquer l'ennemi
qu'on supposait être à Ast ; mais les Espagnols à l'approche
de cette colonne se déployérent sur les hauteurs , et par leur
position et la supériorité de leur nombre forcerent nos troupes
( 33 )
mis
J
à faire la retraite en désordre notre perte, est évaluée à
deux cents hommes . Cet échec , ajoutent les commissaires
doit être attribué à l'imperitie des généraux qui se sont end
gagés dans une plaine sans connaître la position des enne
ni leur nombre . Ces généraux ont été destitués et ren“
voyés au quartier général à Toulouse . Les ' commissaires rens
dent compte de diverses mesures qu'ils ont prises : ils ont
dépêché un conaier extraordinaire à Toulouse , pour obtenir
des secours ; ils ont mis la ville de Perpignan en etat de
siége , et y ont place un commandant temporaire qui réanit
la confiance des citoyens et des soldats . Ils ont pris la préd
caution de faire transporter à Perpignan tous les grains des
communes voisines , tant pour assurer les subsistances de cette
place , que pour éviter que ces grains ne tombent entre les
mains des ennemis . Les volontaires -canonniers ont été mis
en état de requisition , etc. La Convention a approuvé
les mesures prises par ses commissaires . Biroteau s'est
plaint que le ministre eût laissé toutes les places du dépar
tement des Pyrénées orientales dans un dénuement absolu de
troupes et de munitions dǝ toute espece . Il a fait observer
que le quartier général , placé à Toulouse , était trop éloigné
des frontieres ; il a demande qu'il fût transféré à Bayonne .
Cette motion a été renvoyée à l'examen du comité de
salut public.
L'Assemblée à applaudi à un don patriotique de 140 florins
fait par le consul de France à Livourne .
Les commisseires de la Convention à Chantilly , en annons
çant que la rareté du pain dans cette ville en a troublé la
tranquillité , ont demandé que la Convention s'occupât des
subsistances.
- Thales
Mallarmé , au nom du comité des finances , a présenté un
projet de décret relatif au service des messageries .
la combattu , et la discussion en a été ajournée à demain .
Des députés extraordinaires de la ville de Thionville sont
venus annoncer que les décrets rendus contre le traître
Dumourier avaient été solemnellement publiés dans cette
ville, et que cette publication avait fourni aux citoyens l'occasion
de renouveller le serment de se défendre contre l'ennemi de la
même maniere que l'année derniere. L'Assemblée a applaudi
au civisme et au courage des habitans de Thionville
et a admis les petitionnaires aux honneurs de la séance .
>
Sur la plainte de plusieurs membres , la Convention á décrété
que les erreurs qui s'étaient glissées dans l'impression
des signatures apposées à l'adresse des jacobins , denoncée
par Guadet seront rectifiées.
Un secrétaire a donné lecture d'une lettre des commissaires
à Orléans , ils annoncent que le décret contre cette ville a été
exécuté. L'information relative à l'insulte faite aux commis
saires de la Convention , Saint-André et Lacoste , est terminée ,
Tome III. G
( 34 )
/
celle relative à l'assassinat de Léonard Bourdon le serà đang
peu , déja plusieurs coupables sont livrés au tribunal révolu
tionnaire. La municipalité suspendue est remplacée et les
membres en sont partis pour paroître à la barre de la Con
vention . La garde nationale de service le jour où fut commis
l'assassinat a eté désarmée et les armes distribuées à 400 bons
citoyens . Les commissaires terminent en disant que les citoyens
d'Orléans ne desirent rien tant que le rapport du décrét qui
declaré cette ville en état de rébellion. Ce décrét est rap
porté.
Cambon , au nom du comité de salut public , a demande
qu'il fût mis à la disposition du ministre de l'intérieur unë
somme 200 mille livres pour être délivrée à la ville dé Dunkerque
menacée d'un siége , et que le ministre des affaires étran
geres qui est obligé d'envoyer des couriers extraordinaires dans
les pays étrangers fût autorisé à prendre les mesures nécessaires
pour se procurer les monnaies qui ont cours dans ces différens
pays. Les deux propositions de Cambon ont été
adoptées.
-
-
―
L'ordre du jour était la discussion sur la Constitution .
Salles a demandé par motion d'ordre qu'afin que la discussion
fit plus profitable . les orateurs fussent tenus de se renfermer
dans la discussion des différentes bases qui doivent entrer
dans la Constitution . Thuriot voulait que la discussion fût
générale pendant trois séances , et que chaque membre pût
présenter des projets de décret , et qu'ensuite on accordât le
priorité à un de ses projets. Cette proposition , après avoir
été tour à tour combattue et appuyée , a été adoptée . - Boissi
Danglas a fait observer qu'il fallait apporter , dans la discussion
d'une matiere si importante , le plus de lumieres possible , il a
demandé en conséquence que les commissaires qui se trouvent
dans les départemens où la paix regne , et où le recruttement
est termuné fussent tenus de se rendre dans le sein de la
Convention. Cambon a dit que le comité de salut public
avait des vues à présenter sur le rappel des commissaires ; il
a demandé et obtenu l'ajournement à demain de cette proposition...
Petit , avaus de présenter ses vues sur la constitution , a fait
observer qu'il serait important de faire suivre la déclaration des
droits de l'homme , d'un court exposé de ses devoirs . Il a cru
que par-là on empêcherait bien des citoyens de se livrer à une
exagération d'idees qui les portent à penser qu'ils ne doivent
eux- mêmes lien au gouvernement ou à la société . Il a parlé ensuite
du plan présenté par le comité ; il a trouvé que le comité
avait raisonné pour un ordre de choses qui n'était pas le nôtre ,
et pour des hommes qui ne sont pas nous ; qu'il avait supposé
que tous les Français n'avaient rien à faire pour vivre , et qu'ils
changeraient à la premiere invitation leurs anciennes habitudes .
Ce sont ces idées qui ont induit le comité , à dit Petit , à éta(
35 )
blir trois degrés d'administration , qui , sous des noms diffé
tens de ceux de l'ancienne constitution , dépouillent de plus
en plus les hommes des distinctions sociales , à mesuré que leurs
occupations les rapprochent davantage de la nature .
Robert s'est attaché à prouver que les Français n'auraient
rien fait pour la révolution , s'ils laissaient dans l'Etat deux
pouvoirs distincts , le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
Il a fait ce raisonnement à l'appui de son opinion : ou les
deux pouvoirs marcheront ensemble , ou ils marcheront en
sens contraire . Dans le premier cas l'équilibre est rompu , il
n'y a plus qu'un seul pouvoir , et c'est le pouvoir legislat.f
qui domine le pouvoir exécutif par la terreur , ou bien e est
le pouvoir exécutif qui domine le premir par la séduction . Si
les deux pouvoirs marcheni en sens contraire , les lois sont
sans force , l'anarchie regne , les esprits se divisent et la gueriëcivile
éclate , ou bien il faut que le peuple se réunisse pour ex
terminer celui des deux pouvoirs qui tend évidemment à l'ep
pression .
Robert a ensnite proposé un plan de constitution ; il vou
lait qu'il y eût une assemblée de représentans sous le nom
d'assemblée centrale , à laquelle viendraient aboutir quatre au
torités subalternes , la législative , l'exécutrice , la judiciaire et
l'administrative .
Anacharsis Cloots , dans un discours d'une extrême étendue ;
a développé ce principe ; « que la liberté ne connaît de limites
que celles qui existent entre la terre et le firmament 99 , il a
conclu en proposant les articles suivans :
La Convention nationale des Français voulant mettre un fermë
aux inconséquences et aux erreurs , aux prétentions injustes
et tyranniques des corporations ou des individus qui se divisent
et se déclarent souverains , déclare sous les auspices des droits
de l'homure ; 1º . il n'y a pas d'autre souveraineté que celle du
genre humain; 20º . tout individu ou communauté qui reconnaîtra
ce principe lumineux , fécond et immuable , sera reçu de droit
dans l'association fraternelle de la République des hommes
fibres , des germains et des universels ; 3º . à défaut de contiguité
ou de communication maritime on attendra la propagation
de la vérité pour la réunion des enclaves lointaines .
L'Assemblée a terminé la séance en adoptant un projet
d'adresse aux soldats Français pour les prêmunir contre les
nouveaux moyens qu'on employe pour les séduire . Les en
nemis ont le soin de répandre des imprimés sur les frontieres ,
dans lesquels ils annoncent qu'ils ne sont venus que pour donner
la paix aux Français , qui d'ailleurs vont être dans l'impos
sibilité de soutenir plus long - tems la guerre à cause du mau
vais état de leurs finances. Ces insinuations ont d'abord ob
teau quelque saccès , cette idée de paix avoit amoli les troupes
et leur avait desirer la fin de la guerre , mais le civisme des
soldats leur a fait ouvrir les yeux et ils ont évité le piège
G &
( 36))
qu'on deur stendait cependant comme on pourrait encore
tenter de les corrompre , le comite de salut public a pensé
que la Convention devait envoyer une instruction aux anmées
.
Séance du samedi 27 avril .
Cette séance a été ouverte par la lecture de plusieurs lettres
et adresses , dont l'objet est d'inviter la Convention à ne pas
sacrifier à des dénonciations un tems qu'elle devrait employer
à faire de bonnes lois . Un membre du comité des secours a
ensuite , appellé l'attention de l'Assemblée sur le malheureux
Sort des Liégeois qui ont mieux aime quitter leur patrie que
de rentrer sous le joug des despotes . 50,000 liv. ont été mises.
à la disposition du ministre de l'intérieur , pour leur être distri
buées à titre de secours . Sur la proposition d'un membre du
comité de surveillance il a été décreté que l'argenterie trouvee
à Fontainebleau , dans la maison du citoyen Masson , serait
transférée à la monnaie, pour y étre convertie en lingotṣ.La Couvention
accorde 3000 liv . au citoyen qui a fait cette découverte ,
et qui l'a dénoncie . Un membre a donné lecture d'une soulmation
faite par le chef d'escadre, commandant les vaisseaux
Anglais , en croisiere devant le port de Dunkerque , au commandant
de cette place . C'est à l'entendre l'envoyé d'une grande
puissance qui nous offre sa protection jusqu'a ce que notre Consti-
Lution soit solidement établie . Le commandant de Dunkerque dans
sa réponse , a fait entendre à l'envoye Anglais que la nation
Française n'avait pas besoin de protecteur , et qu'elle n'entendait
jamais aucune proposition déshonorante pour elle . La
mention honorable de cette réponse à été unanimement décretée .
-
Des députes extraordinaires du departement de Mayenne
et Loire ont fait à la Convention le récit des malheurs qui desolent
leur département. Le nombre des révoltés est incalculable.
Ils occupent plus de 50 lieues de long sur 15 lieues de large.
Ces malheureux , conduits par des chefs habiles , combattent
avec tout l'acharnement de la superstition . Jusqu'à présent nos
troupes en trop petit nombre , après quelques succès momentanés
, ont fini par être battues . Les citoyens du département
de Mayenne et Loire accusent la lenteur du général Berruyer ;
les gardes nationales se lassent et les abandonnent , les villes
sont épuisées d'hommes , les révoltés peuvent se porter dans le
sein de la République , et jusques dans Paris , disent les députés.
Ils finissent par. demander des troupes de ligne , des munitions
, des approvisionnemens et des chefs intelligens . Marat
en attribuant ces revers aux fausses mesures et à la faiblesse
des forces envoyées dans ce département , a demande que le
comité de salut public présentât , sous 24 heures , les moyens
de faire marcher une force imposante, contre ces rebelles. Cette
proposition a été adoptée.
Le ministre de la justice a fait part à la Convention de
( 37 )
Fincendie qui a eu lieu à son hôtel : rien d'important n'a été
brûlé èt le feu a été bientôt éteint par la vigilance et l'acti
vité des pompiers et des citoyens . Le ministre ne soupçonne
personne d'être l'auteur de cet incendie . Robert a observé:
qu'il y avait dans les bureaux du ministre de la justice des
commis d'une aristocratie reconnue ; entr'autres le citoyen
Leroux renvoyé par Danton , et réintégré par Garat ; il faut ,
a-t-il dit , que les ministres purgent leurs bureaux de tous les
agens suspects.. Sur la proposition de Legendre , la Convention
a chargé le comité de surveillance de lever une police
d'observation , et d'assigner aux pompiers une plus forte
paye. Des députés extraordinaires de la ville de Versailles
invitent la Convention à s'occuper des subsistances , et le
président annonce que l'ordre du jour appelle Barbaroux à
la tribune. Il a prohoncé bun discours fort étendu et très- détaillé
sur les causes premieres et secondaires du renchérisse
ment des subsistances . La dégradation des routes , le remboursement
des travaux de l'agriculture , des instrumens ara
toires enfin , les accaparemens sont les causes qu'il a indiquées
. Il a proposé pour remede un projet de décret , dont
le but est d'assurer au cultivateur la garantie de ses grains ,
comme on assure les maisons contre l'incendies pour prévenir
les accaparemens , il a proposé le lotissage , c'est- à - dire ,
Fobligation à un marchand de blé de céder , au prix de sa
facture , la moitié de la quantité qu'il a achetée aux autres
marchands du même lieu qui en font entre eux la répartition.
Cette loi était en vigueur chez les Phocéens , et elle se pra
tique encore à Marseille .
A
2
Cambon a fait part à da Convention d'un accident fâcheux
arrivé dans le port de l'Orient . Dans la nuit du 22 au 23 le
feu s'est manifesté tout -à- coup dans plusieurs endroits de la
voilerie qui , ont été consumés avant qu'on ait pu y porter des
secours on présume que ce malheur n'estto pas accidentel
mais on n'en a pu découvrir les auteurs . Cambón a proposé
de décréter que le ministre de la justice fera informer contre
les auteurs et complices de l'incendie qui vient d'avoir lieu
dans le poit de l'Orient ; que les préveans seront traduits
devant le tribunal tévolutionnaire ; qu'une récompense sera
accordée à ceux qui dénonceront des complots contre des
établissemens publics . Ces propositions ont été adoptées,
Cambon ar ensuite console la Convention en luie annonçant
que nos aimées se renforcent considérablement , et que toutes
nos frontieres , si l'on en excepte , celle ides , Pyrénées , sout
dans le meilleur état de défense .
La séance a été levée à 5 heures,
Seance du dimanche 28 avril,
P
Our alu une lettre des administrateurs da département da
Var, par laquelle is annoncent que le recrutement s'est fait
C 3
( 38 )
avec daime dans leur département , et qu'en outre du contine
gent ils ont organisé cinq mille hommes pour se porter partout
où le besoin de la République le demandera.
L'Assemblée
a décrété la mention honorable du patriotisme des
citoyens du département du Var. Un Anglais , nommé
Williams Goddevinn , a fait hommage à la Convention , par
les mains du citoyen Chauvelin , d'un ouvrage sur les instruc,
tions politiques. L'Assemblée a agréé l'hommage , et en a
décrété la mention honorable . Une lettre des administrateurs
des Sables - d'Olonne , datée du 18 , a instruit l'Assem,
blée que les patriotes avaient remporté plusieurs avantages sur
les révoltés , ils ont été défaits dans sept occasions où ils ont
perdu au moins douze cents hommes et toute l'artillerie . Le
général Boulard les poursuit avec vigueur , il se dispose à
aller les attaquer à la Motte-Achard et à Baillot où ils se sont
retranchés . 95 80.
Les commissaires de la Convention dans les départemens
de la Manche et de l'Orne ont écrit qu'ils avaient pris des
mesures séveres pour arrêter les troubles qui commençaient
à se manifester dans cette partie de la République ; ils ont
fait conduire dans les chefs-lieux des départemens tous les
prêtres insermentés , les moines , les soeurs-grises et toutes les
personnes qu'ils ont jugées être suspectes . Les commissaires
xent ensuite l'attention de la Convention sur la défense de
ees départemens maritimes ; ils l'invitent à y envoyer les mu
aitions de guerre dont ils sont dépourvus , et demandent une
loi qui éloigne de 20 lieues des côtes tous les nobles et les
autres gens suspects .
}
1
Les corps administratifs ont fait passer divers arrêtés pris
pour forcer les laboureurs à porter leur blé aux marchés . Ces
arrêtés ont été renvoyés à l'examen du comité d'agriculture .
Drouet , au nom du comité de sûreté générale , après avoir
fait part des motifs qui ont déterminé les commissaires de la
Convention à retenir en état d'arrestation à Longwi les citoyens
Guillemard et Guilleminot , au lieu de les faire transférer à
Paris , a demandé l'appaobation de la conduite des commis
saires . Elle a été décrétée .
Sur diverses observations présentées par le général Santerre ,
Ja Convention a accordé une augmentation de paye à ses
aides- de- camp.
Lecointre de Versailles , organé du comité de la guerre ,
fait payer une somme de 15,000 liv . au maître de poste de Chalons-
sur-Marne , qui a tenu chez lui un entrepôt d'armes pour
la République ,
Les commissaires Ichon et Dartigoyte , envoyés à l'armée
des Pyrénées , ont écrit qu'ils avaient fait arrêter et envoyaient
à la barre le général Duberger , qu'on leur a dénoncé comme
très -suspect , ayant tenu des propós semblables à ceux que tenait
je traître Dumourier, Ichon et Dartigoyte se plaignent ensuite de
( 39 )
―
l'état de dénuement où se trouve l'armée des Pyrénées . Les
soldats manquent de tout , cependant leur zele ne se refroidit
point ; its montrent la plus grande ardeur pour se battre , ils
veulent vaincre ou mourir . Cette lettre a été l'occasion de
plusieurs plaintes contre le conseil exécutif. On a rappellé plusieurs
décrets par lesqu Is il était enjoint au conseil exécutif de
rendre compte de l'état des approvisionnemens des armées , de
fournir l'état de ceux à qui il a donné des places , leurs noms
leur profession antérieure et la date de leur promotion . On
a demandé que les ministres fussent tenus de rendre ces comptes
dans 24 heures . Cette proposition a été décrétée .
Un membre
a demandé que le comité de l'examen des comptes fût tenu
de faire le rapport sur l'administration de Pache dans le plus
bref dela . Cette proposition a été adoptée .
97
-
L'Assemblée est passée à la discussion sur les subsistances.
Creuze- Latouche a proposé de maintenir la liberté du commercę
intérieur , d'autoriser les corps administratifs à requérir
les laboureurs de porter leur blé aux marchés publics , et d'enjoindre
aux autorttes constituées de veiller au maintien de
l'ordre dans les marchés , et d'empêcher toute violence et toute
Lésion de propriété , Enfin l'opinant a proposé de diminuer la
masse des assigaats en circulation .
inces-
Parmi les mesures présentées par Phelippeaux , on a remar™
qué celles-ci : les lois sur la circulation seront exécutées comme
par le passé , et néanmoins les ventes et achats ne pourront
être faits que dans les marchés ; sont exceptés les citoyens qui
pourront faire leurs provisions chez les fermiers de leurs communes
, mais ils ne pourront acheter du blé pour plus de huit
jours . Les comités de finances et d'agriculture présenteront un
moyen d'atteindre les égoïstes et les accapareurs ; ils indiqueront
le maximum du prix du grain : la taxe se fera au mois d'oc
tobre , et le maximum décroîtra progressivement tous les mois .
Il sera enjoint aux boulangers de ne faire qu'une seule espece
de pain pour tous les citoyens , Français. Il sera
samment établi un équilibre entre le salaire des ouvriers
et le prix du pain . En attendant que cet équilibre soit établi ,
il sera mis une taxe sur le riche pour maintenir le pain à 2
sols la livre. Marat a obtenu la parole pour faire une mo
tion d'ordre sur la discussion : il a dit que tous ces grands
discours , ces belles phrases , ces grandes idees d'oeconomistes ,
n'étaient bonnes qu'à faire perdre du tems et à faire mourir
le peuple de faim au milieu de l'abondance . De tems en tems ,
a- t-il ajouté , il y a disette de pain ; c'est un moyen de contrerévelutionnaire
; pour y remédier il faut des lois révolutionnaires.
Que les sans - culottes , ayant à leur tête des officiers manicipaux
, se fassent ouvrir les greniers , et l'abondance renaitra
Marat est descendu de la tribune au milieu des applaudissemen
des citoyens des tribunes , Sa motion est restée sans suite.
---
Les représentans du peuple , députés par la Convention au
C
1
1
:
1401
armées du Nord , ont écrit qu'ils avaient pris des mesures pour
ramasser une quantité suffisante 'de fourrages pour 40,000 chevaux
. Ils annoncent que deux d'entr'eux sont partis pour se
rendre à Dunkerque. On a lu la prciniere phrase d'une lettre
des commissaires dans le département de Mayeune et Loire ,
elle était ainsi conçue : il ne vous reste pas uun moment à perdre
pour sauver la patrie, Berruyer a renonce à un plan formé avec
Beauvilliers , qui vient de perdre 5 pieces de canon et beaucoup
d'hommes. Le président a fait observer qu'à la perte des
Lommes près , cet échec avait été répare .
-
A
La discussion a été continuée sur les subsistances, Beffroi a
prononcé un assez long discones , dans lequel il n'a proposé que
des vues déja présentées, La séance a été levée à 5 heures ,
Seance du lundi 29 avril .
-
JIS
Un membre a dénoncé un arrête pris par le conseil general
du département d'Indre et Loire , qui proscrit de ce départ
tement les journaux suivans : le Courier Français , la Gazelle
Française , le Journal Français ou Tableau politique et littéraire de
Paris , tes Annales de la République Française , la Revolution de
1792 ou Journal de la Convention nationale , le Patriote Français , le
Journal de Paris , le Gourier des Départemens , l'Abréviateur Uni
versel , Nouvelles Politiques nationales et étrangeres , le Bulletin
national ou Papiers -Nouvelles de tous les pays et de tous s jours
Courier de la Convention nationale et des oorps administratifs , par
Perlet , le Bulletin des amis, de la vérité , le Scrutateur universel , le
Courier de l'Europe, le Mercure universel . La Convention a renvoyé
au comité de legislation la question de savoir si des administra
teurs ont ledroit d'empêcher leurs administrés de lire lesjournaux
qui leur plaisent . Les citoyens du departement du Gers
presentent à la Convention , par l'organe d'un député extraor
dinaire , une adresse dans laquelle ils demandent que les peres
de famille.qni jusqu'ici ont presque seuls combattu les rebelles ,
solent remplacés par une armée bien organiece ; ils desirent
voir s'établir une constitution , qui assure aux riches leurs propriétés
et aux pauvres du pain. U homme avait été traduit
par devant le tribunal criminel d'Orléans , pour avoir tenu
des propos royalistes . Le tribunal criminel est venn aujour
d'hui consulter l'Assemblée sur ce qu'il devait faire de ge
citoyen . Un membre a pris dela occasion de demander que
de jury du tribunal extraordinaire de Paris , fût renouvellé
puisqu'il doit l'être au bout d'un mois . Buzot a appuyé cette
proposition , parce qu'a - t- il dit , il ne faut pas qu'un juge s'accoutume
à voter pour la peine de mort , ce qui pourrait bien
arriver s'il restait trop long tems en fonctions ; il a demandé
que la Convention s'expliquât sur ce qu'elle entend par provoquer
le rétablissement de la royauté , et s'il a voulu y comprendre
les propos indiscrets tenus en conversation , et préci
gât bien ce défitr Thariot a répondu que jusqu'ici le tribunal
1
( 41)
avait bien rempli son devoir que tous les jugemens qu'il avait
rendus , avaient été bien motives ; et que dans un moment où
nous sommes environnés de conspirations , il est important de
retarder son renouvellement jusqu'au premier, juin . Adopte .
3 12
290
V
༄་ ་ ་
ry
འག་ ་ ག
discussion sur la Constitution était commencée lorsqu'un
secrétaire a lu une lettre de Mainviel , suppleant de Rebecqui
, qui a donné sa demission . Mainviel s'était rendu à Paris
pour prendre sa place à la Convention , et à la suite d'une
querelle particuliere , qui a eu lieu , chez Duprat aîné , frere
de Duprat , député , cercere par un ordre du comité
de sûreté générale : Mainviel réclame contre cet acte , comme
arbitraife , et attentatoire à l'inviolabilite qu'il réclame en qua
lité de députe . Bazire est monté à la tribune , pour lire le
procès-verbal de cette arrestation . Il a en outre observe que
C'était à tort que Mainviel se déclarait inviolable , puisqu'il
ne pouvait être regardé comme député , qu'après un rapport
du comité ddee ddiivision '' et d'un examen de ses pouvoirs. Conséquemment
il a demandé que Mainviel et les deux autres parquel
ticuliers qui se trouvaient avec lui fussent traduits pardevant le
tribunal révolutionnaire pour avoir voulu assassiner Duprat
ainé . Guadet à prétendu qu'un suppleant était député du mo
ment qu'il est appellé par un démissionnaire ; que Mainviel à
montre ses pouvoirs , et que Rovere , membre du comité de
rveillance , le connaît très -bien ! Il a demandé qu'il fût mis
en liberté avec les deux autres citoyens . Cette discussion a
eté interrompue par l'admission à la barre de la municipalité
d'Orléans , qui s'est justifiée du reproche d'avoir favorise le
malheureux accident de Léonard Bourdon . Ce malheur ne fut
pas arrive , si Bourdon ne se fut mêlé d'une rixe particu
liere qui éclata à son passage sur une place voisine de la
maison commune . Au reste la municipalité a pris pour lui
tous les soins qu'il était en son pouvoir de lui donner ; ce
qui est attesté par une déclaration de Bourdon lui - même . On
lui avait reproché d'être mal composée , et elle a observé
qu'elle renfermait dans son sein les fondateurs de la société
populaire d'Orléans . Elle jure au reste de se soumettre à la
décision de la Convention , quelle qu'elle puisse être. Sur la
proposition de Garan - Coulon , la Convention a décrété qué
les membres de la municipalité d'Orléans seraient mis en liberté
et pourraient retourner chez eux , On a repris la discussion sur
Mainviel ., Boyer-Fonfrede a soutenu qu'à l'instant où Rebecqui
avait donné sa démission , Mainviel était député ; car il
lient ses pouvoirs du peuple uniquement et non de la Convention
nationale, Thuriot a pensé qu'un suppleant ne pou
vait pas être regarde comme député . Guadet á distingue
un suppléant en expectative , et na suppleant en fonctions
par la démission d'un membre . Il est convenu que le pre-.
mier he put pas être considéré comme député mais il a
soutenu que le second etait revêtu du caractere de député ,
"
( 42 )
et devait par conséquent être inviolable. La discussion est
devenu très -vive et tumultueuse ; plusieurs fois ce président a
été obligé de se couvrir pour rétablir l'ordre ; enfin après de
longs débats la Convention a décrété que Maiuviel serait seu
lement gardé à vue , et qu'il viendrait siéger dans la Convéntion
. Elle n'a rien statue sur les deux autres .
La séance a été levée à sept heures .
PARIS , le à mai 1793.
Un cri se fait entendre de tous les départemens ; la constitution
, la constitution : voilà ce qu'on sollicite ayes instance
ce que l'on attend impatiemment de la Convention . Les Français
sont las , et certes ils doivent l'être de cet état de convulsion
et d'anxiété qui prolonge l'anarchie , et encourage les
enpemis actifs de la révolution . Tout le monde sent avec
raison que le jour où nous aurons un gouvernement sera celuj
où disparaîtront tous les partis , où les agens des puissances
étrangeres perdront avec leur or l'espérance de nous détruire
par nos dissensions , où le crédit national se fortifiera , et où
nous serons assurés d'une paix prochaine et honorable.
On ne doit pas être étonné que tant de partis interessés
redoublent d'efforts pour prévenir ou retarder cette époque
du salut public en France , et que leur cri de ralliement soft
de sauver les trônes par tous les moyens possibles ; mais on
peut l'être de ce que la Convention , les sections de Paris ,
la commune et tous les patriotes ne s'apperçoivent pas de ce
piége , et ne sachent pas s'en garantir . Nous avons sous les
yeux un exemple bien terrible , c'est celui de la Fologue qui
s'abime , et disparaît sous les mains spoliatrices de trois puissances
coalisées , qui se sont étayées d'une partie de la nation
pour mieux consommer sa ruine . Il n'est pas douteux que
fes despotes conjures contre nous ne veuillent arriver au même
par des routes différentes . but
La guerre civile allumée dans les départemens intérieurs ,
la trahison de Dumourier , l'approche des armées combinées
qui cherchent à nous cerner de toutes parts , et plus que tout
cela , la guerre d'intrigue et de corruption que les puissances
nous font au-dedans , les dissensions fomentées jusques dans le
sein de la Convention , les manoeuvres employées pour rendre
les patriotes suspects les uns aux autres , pour multiplier les
defiances , les inquiétudes et les terreurs , pour affaiblir le peu
de gouvernement qui nous reste par le trouble et la désorganisation
, et étouffer le patriotisme par les mains de ceux
qui en prennent le masque : telle est une partie des moyens
dont se servent depuis quinze mois nos ennemis , pour nous
faire éprouver le sort dont la Pologne est aujourd'hui la victime.
Tous les patriotes voient ces choses , ils les sentent
( 43 )
ils en ont la conviction intime , et cependant la masse reste
morte et inerte . On cause des dangers de la patrie comme
si la patrie nous était étrangère ; on ne s'occupe que de partis
quand il s'agit de sauver la République ; et les passions ne
viennent pas s'éteindre dans le grand sentiment de l'intérêt
public , et nul n'a le courage de faire à la patrie le sacrifice
de ses inimitiés , de son opinion et de son amour propre !
Les dernieres séances de la Convention ont encore été per
dues pour la chose publique ; elles ont été absorbées par des
incidens et des querelles particulieres , que l'on regrette de
voir se multiplier si fréquemment. N'est - il pas douloureux
pour les vrais patriotes et les amis ardens de la liberté , d'en
tendre sans cesse les représentans du peuple s'accuser réciproquement
de complots liberticides et d'assassinats , s'accabler
de soupcons et d'outrages , les uns provoquer les assemblées
primaires pour les juger ; les autres s'y opposer et prétendre
néanmoins que la Convention ne peut sauver la chose
publique ; enfin de voir la majorité obligée de menacer les tribunes
de transporter ailleurs ses séances pour acquérir son in
dépendance et sa liberté . Y aurait-il donc des personnes qui ne
voulussent ni constitution , ni gouvernemunt ; qui redoutassent
de rentrer dans la classe de simple citoyen , et pour lesquels
lidée de l'obéissance à la loi fut un tourment anticipé?
Comment la ville de Paris ne sent - elle pas qu'il est de son
intérêt , de l'intérêt de la République , de faire respecter la
représentation nationale que les départemens lui ont confiée
comme un dépôt sacré et inviolable ; qu'en souffrant qu'une
poignée d'individus évidemment stipendiés troublent chaque
jour les délibérations de l'Assemblée , elle pourrait faire croire
qu'elle partage leurs procédés ?
·
Comment ne voit - elle pas qu'étant destinée par sa nature à
être le centre de toutes les autorités et de toutes les administrations
, si jamais elle venait à les perdre , elle perdrait la plus
grande partie de ses ressources ? Comment ne s'est elle pas
tenue en défiance contre un systême d'accusation sans preuves
qui ne tend qu'à avilir la Convention , ou à la soumettre à
la domination de l'esprit de parti ? Comment n'est- elle pas frappée
de la nécessité d'avoir promptement une Constitution dont
elle doit recueillir les principaux1 avantages ?
Les subsistances sont devenues le grand ordre du jour et le
principal instrument dont se servent les agitateurs pour faire
mouvoir le peuple . Il n'est pas de matiere où il soit plus facile
de l'égarer sur les véritables principes, On connaît les
préjugés et la répugnance que le peuple a toujours manifestée
contre la libre circulation des grains , qui peut seule faciliter
les approvisionnemens. Aujourd'hui c'est la taxation de
lear prix que l'on provoque , ce sont des perquisitions , des
recensemens , des contraintes que l'on voudrait faire exercer
envers les propriétaires et les cultivateurs .
( 44 )
1
Les inquiétudes n'ont ancun fondement réel ; " c'e ce que
les citoyens Garin et Cousin , administrateurs de subsis
tances et approvisionnémen's attestent dans une circulaire
adressée aux 48 sections de Paris La farine de commerce ,
disent-ils , quoique toujours à des piis'élevés , abonde à la halle
et l'administration espere que les mesures qu'elle a adoptées ,
et qui ont réussi jusqu'à présent , auront toujours le même
succès et ameneront peu- à - peu la baisse du prix de cette
denrée , mais nous vous le répétons , ces mesures ne peuvent
pas et ne doivent pas être publiques..... L'approvisionnement
Ide Paris est assuré , les boulangers
sont garnis , les magasins
de la municipalité le sont aussi , et ils le seront en dépit des
faux patriotes et des intrigans ; car ce sont eux , n'en doutez
pas , chers concitoyens , qui vous sonnent l'alarme .
22
C'est dans le temps qu'on avait tant de raison d'être rassurés
sur les subsistances , et que Ducos faisait entendre à la
Convention les véritables principes sur cette matiere & * qque
des clameurs scandaleuses élevées dans la tribune qui domine
l'extrémité gauche l'ont hué et interrompu , en criaut ; à bas ,
à bas , à un réprésentant du peuple .
C'est dans le même tems qu'on a fait venir à la barre une
députation de quelques citoyennes de Versailles , portant un
écriteau sur lequel on lisait : nous demandons la taxation des
grains . C'est dans le même tems qu'une députation d'une partie
du fauxbourg Saint - Antoine , au nombre de huit mille
hommes , qui n'avait pas Gonchon pour organe , est venue
demander , entr'autres mesures de salut public , la fixation du
maximum des denrées , et déclarer que si la Convention n'adop
tait pas ces mesures , ils étaient en état d'insurrection . Ce brave
fauxbourg qui a si bien mérite de la patrie , qui s'est fait remarquer
jusqu'à présent par' son obéissance aux fois , et qui a
toujours su résister aux sollicitations de l'intrigue , n'a pas
tardé à rétracter la derniere phrase de sa pétition . Mais tout
'cela prouve jusqu'à quel point on égare les esprits sur les
principes relatifs aux subsistances , et que les ennemis de la
chose publique se servent de ce moyen , comine le plus propre
à produire les effets qu'ils en attendent . La Convention a montre
en cette occasion ane fermeté et une énergie qui , și elle se
soutient , peut seule sauver la chose publique . Le peuple de volt
donc pas que ce serait faire décréter la famine que de soumettre
les marchés relatifs aux subsistances à toutes les entraves et
toutes les vexations que l'on propose .
C
Les progrès que font les rebelles dans le département de la
Vendée , etc. exigent des mesures promptes et extraordinaires,
On n'en a pris jusqu'à present que de partielles , et l'on prolonge
le mal sans les détruire . "
Les mesures proposées par le département de l'Hérault ont
été adoptées par les sections de Paris et par la commune . On
s'y occupe avec ta plus grande activité de faire marcher des
hrces imposantes , Tous les courages s'électrisent à ce nou
( 45 A
veau danger de la patrie qu'il faut enfin faire cesser . Déja
quatre mille hommes sont partis de cette ville . Le comman
dant général Santerre a déclaré que dans deux jours il aurait
disposition 12 mille hommes et 30 pieces de canon . On
assure qu'on détache de l'armée de la Moselle et de celle du
Var 15 mille hommes de troupes de ligne dont Biron prendra
le commandement . C'est par des mesures grandes et vigoureuses
que l'on peut dissiper les troubles que l'on laisse trop
prolonger.
Des dépêches du général Biron du 22 avril annoncent un
nouvel avantage remporté par les troupes de la République
contre les Piémontais .
Le feu a pris deux fois à l'hôtel du ministre de la justice . De
prompts secours ont arrêté le progrés de l'incendie . Aucun
papier important n'a été la proie des flammes . Le feu avait
déja pris précédemment au même hôtel. Il est difficile de
de croire que des accidens si souvent réitérés ne soient l'ouvrage
de la malveillance .
Cambon a fait un rapport très- satisfaisant sur l'état de nos
frontieres et la situation de nos armées . Nous en donnerons
le developpement dans le prochain n ° .
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE,
François Boucher , natif du Menil- Ende , departement du Calvados
, se disant dentiste , arboriste , sans domicile fixe , a été
condamné à la peine de moit sur la déclaration unanime du
jury , qu'il était convaincu d'avoir dit , le 5 de ce mois , avec des
intentions contre- révolutionnaires , dans une auberge de la paroisse
de St. Just , district de Beaugency , que Dumourier avait
pleuré trois jours et trois nuits de s'être bateu pour des tyrans et
des brigands ; que ce général , viendrait à Paris avec son armee ,
dont il était presque sûr , pour mettre à la raison la Convention
nationale , qui était composée de brigands , et rétablir un
roi ; qu'il en fallait un sous 15 jours , sans quoi la France serait
perdue ; que lors de l'arrivée de Dumourier , il irait au - devant
de lui avec la cocarde blanche , et que le peuple ferait bien de
s'emparer du trésor national ..
3
Desire- Charles Mangot , cocher de fiacre , agé de 24 ans , né
à Paris , arrêté , rue des Deux-écus , le 2 avril ; convaincu
d'avoir dit , 19. dans un café , que la nation était composée
de gueux , de voleurs , de scélérats ; que les gardes nationales
étaient des j ........; qu'avec sa latte il les mettrait tout à- bas ,,
qu'il avait déserté de plusieurs régimens , que si on lui donnait
des habits et 10,000 liv. il irait aux frontieres , mais qu'il .
reviendrait se battre contre la nation ; qu'il ne voulait plus
servir depuis qu'on avait assassiné son roi , parce que plus de
roi plus de soldats ; qu'il était chef de parti , et que s'il venait
( 46 )
manquer d'argent , des poulets lui en apporteraient, 2º . d'avoir
tenu ces discours avec des intentions contre - révolutionnaires
d'après la déclaration affirmative du jury , il a été condamné
, le 27 à 9 heures du soir , à la peine de mort , et a subi
son jugement le 28 à midi , sur la place de la Réunion .
Suite du manifeste de Dumourier & la Nation Française.
Il faut , mes chers compatriotes , qu'un homme vrai et
courageux vous arrache le bandeau dont on couvrait tous nos
crimes et nos malheurs. Nous avions fait en 1789 des grands
efforts pour obtenir la liberté , l'égalité et la souveraineté du
peuple. Nos principes ont été consacrés dans la déclaration des
droits de l'homme . Il est résulté des travaux de nos législa
teurs , d'abord la déclaration qui dit , que la France est et restera
une monarchie ; 2° . une constitution que nous avons jurée en
1789 , 90 et 91. Cette constitution devait et pouvait être imparfaite
; mais on devait et pouvait croire , qu'avec le tems et
l'experience on rectifierait les erreurs , et que la lutte néces
saire entre le pouvoir législatif et exécutif établirait un équilibre
sage qui empêcherait l'un des deux pouvoirs de saisir toute
l'autorité , et d'arriver au despotisme . Si le despotisme d'un
seul est dangereux pour la liberté , combien plus odieux celui de
700 hommes , dont beaucoup sont sans principes , sans moeurs ,
et ne sont parvenus à cette suprématie que par des cabales ou
des crimes !
,, L'exagération et la licence ont bientôt trouvé insupportable
le joug d'une constitution qui donnait des lois . Les tribunes influençaient
l'Assemblée des représentans , et étaient elles -mêmes
soufflées par le club dangereux des jacobins de Paris . La lutte
entre les deux pouvoirs est devenue un combat à mort. Dèslors
l'équilibre a été détruit. La France s'est trouvée sans roi :
la victoire du 10 août a été souillée par les crimes les plus
atroces des premiers jours de septembre. Tous les départemens
, mais sur- tout la malheureuse ville de Paris , ont été livrés
au pillage , aux dénonciations , aux proscriptions , aux
massacres . Nul Français , excepté les assassins et leurs complices
, n'était sûr de sa vie , ni de ses propriétés ; la consternation
de l'esclavage était augmentée par les bruyantes orgies
des scélérats ; des bandes de prétendus federés couraient les
départemens et les dévastaient des 700 individus qui composaient
ce corps despotique et anarchique , 4 ou 500 gémissaient
et décrétaient sous le glaive des satellites des Marat et
des Robespierre. C'est ainsi que l'infortuné Louis XVI a péri
sans procédure juridique et sans tribunal ; c'est ainsi que le
décret du 19 novembre provoque toutes les nations , et leur
promet notre secours , si elles se désorganisent. C'est ainsi que
Je décret injuste et impolitique du 15 décembre nous a aliéné les
coeurs des Belges , nous a chassés des Pays -Bas , et aurait fait
massacrer toute notre armée par ce peuple revolté contre nos
( 47 )
veaxtions et nos erimes , si je n'avais fauvé cette même árméé
par mes proclamations ; c'est ainsi que s'est établi , par un décret
, le tribunal féroce qui met la vie des citoyens à la merci
d'un petit nombre de juges iniques , sans secours ni sans appel
à un autre tribunal ; c'est ainsi que depuis un mois tous les décrēts
sont marqués au coin de l'avarice insatiable , de l'orgueil
le plus aveugle , et sur-tout da desir de conserver le pouvoir,
en n'appellant aux places les plus importantes de l'Etat , que
des hommes audacieux , incapables et criminels , en chassant
ou inassacrant les hommes éclairés et à grand caractere , en
soutenant un fantôme de République , que leurs erreurs en administration
et en politique , ainsi que leurs crimes , ont rendu
impraticable ; ces 700 individus se méprisent , se détestent , se
calomnient , se déchirent , et ont déja pensé se poignarder.
En ce moment , leur ambition aveugle vient de les porter à se
coaliser de nouveau ; le crime audacieux s'allie avec la vertu
faible , pour conserver un pouvoir aussi injuste que chancelant ;
leurs comités dévorent tout ; celui de la trésorerie nationale.
absorbe les fonds publics , sans pouvoir en rendre compte.
" Qu'a fait cette Convention pour soutenir la guerre contre
toutes les puissances de l'Europe qu'elle a provoquées ? Elle
a désorganisé les armées , au lieu de renforcer et recruter ses
troupes de ligne et ses anciens bataillons de volontaires nationaux
, qui lui auraient formé une armée respectable ; au lieu
de récompenser ces braves guerriers par de l'avancement et des
éloges , elle laisse les bataillons incomplets , nuds , désarmés
et mécontens ; elle a traité de même son excellente cavalerie ;
la brave artillerie française est de même épuisée , abandonnée
et dénuéc de tout , et elle crée des corps nouveaux , composés
des satellites du 2 septembre , commandés par des hommes qui
n'ont jamais servi , et qui ne sont dangereux qu'aux armées
qu'ils surchargent et qu'ils désorganisent . Elle sacrifie tout pour
ces satellites de la tyrannie , pour ces lâches coupeurs de têtes.
Le choix des officiers , le choix des administrateurs dans toutes
les parties est le même ; on voit par- tout la tyrannie qui flatte
les méchans , parce que les méchans seuls peuvent soutenir la
tyrannie , et dans son orgueil et son ignorance , cette Convention
ordonne la conquête et la désorganisation de l'univers .
Elle dit à un de ses généraux d'aller prendre Rome , à un autre
d'aller conquérir l'Espagne , pour pouvoir y envoyer des commissaires
spoliateurs , semblables à ces affreux proconsuls Romains
, contre lesquels déclamait Cicéron . Elle envoie dans la
plus mauvaise saison de l'année , la seule flotte qu'elle ait dans
la Méditerranée , se briser contre les rochers de la Sardaigne.
Elle fait baitre par les tempêtes les flottes de Brest pour aller
contre la flotte anglaise , qui n'est pas encore sortie . Pendant
ce tems - là , la guerre civile s'étend dans les départemens. Les
uns excités par le fanatisme , qui dérive nécessairement de la
persécution ; les autres par l'indignation de la fin tragique es
( 48 )
fautile de Louis XVI ; les autres enfin par le principe naturel de
resister à l'oppression , prennent les armes par- tout . Par-tout
on s'égorge , par-tout on arrête les moyens pécuniaires et de
subsistance . Les Anglais fomentent des troubles , et les alimenteront
par des secours quand ils voudront . Bientôt il ne restera
pas un de nos corsaires en mer ; bientôt les departemens meridionaux
ne recevront plus les grains de l'Italie et de l'Afrique
déja ceux du Nord et de l'Amérique sont interceptés par les
escadres ennemies ; la famine se joindra à nos autres fléaux , et
la férocité de nos cannibales ne fera que croitre avec nos calamités.
. !
3
66 Français , nous avons un point de ralliement pour étouffer
le monstre de l'anarchie , c'est la Constitution que nous avons
jurée en 1789 , 90 et 91 ; c'est l'ouvre du peuple libre , nous
resterons libres et nous retrouverons notre gloire en reprenant
cette Constitution . Développons nos vertus , sur-tout celle
de la douceur ; déja trop de sang a été verse . Si les
monstres qui nous ont désorganisés veulent fuir , laissousleur
trouver ailleurs leur punition , s'ils ne la trouvent pas
dans leurs ames corrompues ; mais s'ils veulent soutenir
l'anarchie par de nouveaux crimes , alors l'armée les punira .
J'ai trouvé dans la générosité des ennemis que nous avons
tant offenses , la sûreté de la paix exterieure . Non - seulement
ils traitent avec humanité et honnêtete nos blessés ,
malades et prisonniers qui tombent cutre leurs mains ' , mal .
gré les calomnies que répandent nos agitateurs pour nous
rendre féroce ; mais ils s'engagent à suspendre leur marche
, ne point passer les frontieres , et à laisser notre brave
armée terminer toutes nos dissentions intérieures . Que le
flambleau sacré de l'amour de la patrie réveille on nous la
vertu et le courage ! Au seul nom de la Constitution la guerre
civile cessera , on ne pourra plus exister que contre quelques
malveillans , qui ne seront plus soutenus pas les puissances
étrangeres , qui n'ont de haine que contre nos criminels factieux
, et qui ne demandent qu'à rendre leur estime et leur
amitié à une nation dont les erreurs et l'anarchie inquietent et
troublent toute l'Europe . La paix sera le fiuit de cette résolu
tion , et les troupes de ligne , ainsi que les braves volontaires
nationaux , qui depuis un an se sont sacrifiés pour la liberté ,
et qui abhorrent l'anarchic , iront se reposer au sein de leurs
familles , après avoir accompli ce noble ouvrage . Quant à moi ,
j'ai déja fait le serment , et le réitere devant toute la nation
et devant toute l'Europe , qu'aussitôt après avoir opéré le salut
de ma patrie par le rétablissement de la constitution ,
l'ordre et de la paix , je cesserai toutes fonctions publiques ,
et irai jouir dans la solitude du bonheur de més concitoyens .
10
Signé le général en chef de l'armée française , ' Dumourier.
25 409 .3
de
ی ک و ن ه ب
Jer. 135.
( No. 93 . 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 11 MAI , l'an deuxieme de la République.
VERS à M. DUMOUTIER sur la piece des Femmes.
Par une femme.
LORSQU'UN Zoilé atrabilaire
Sur notre sexe exhale son humeur ,
Sans doute , il n'eut jamais l'heureux talent de plaire
C'est par dépit qu'il se fait détracteur .
Ta muse , Dumoutier , tendre et reconnaissante ,
A dû nous peindre avec plus d'équité .
Quelques légers défauts font ombre à la beauté :
Dans tes jolis tableaux toute femme est charmante.
Oui , la vieille , la mere et la fille encor mieux ,
Chacune sent au fond de l'ame ,
En écoutant tes vers délicieux ,
Un secret plaisir d'être femme .
CHARADE.
A L'INDIGENT quand ta main bienfaisante
Belle Iris , offre mon premier ,
Alors sur ta bouche charmantė
On voit éclore mon entier.
ENIGM E.
CELUY qui me porta servit de nourriture ;
Jadis je le portai moi- même dans les airs .
A présent sous trois doigts je suis à la torturès
Je sers également aux juges , aux pervers .
Je suis l'unique bien de tous gens de justice .
Le procureur par moi ruine son client .
Je fais souvent du mal , le bien plus rarement.
Lentement par le fer on veut que je périsse ,
Et mon lecteur sur mei repose mollement.
Explication du mot du Logogriphe du No , 92 .
Le mot est Image , où l'on trouve mai , ami ,
Tome III.
âge.
4
( 50 )
NOUVELLES
LITTÉRAIRES.
Maximes et Pensées par Charles Pougens , écrites à Londres eth
1787 et imprimées à Paris en 1793 , l'an 2e . de la République;
à son
ami Gorani , citoyen Français . Feuille in - 8° . , chez les
marchands de nouveautés .
'AIME beaucoup Charles Pougens : c'est un homme d'esprit ,
fort instruit et bon citoyen , mais ce me semble fort peu philosophe.
Je lui ai dit que s'il desirait que je rendisse compte de ses
Pensées , je ne pourrais en parler que pour les combattre . Il
l'a voulu , il l'a exigé cela vaut mieux que sa feuille . Je vais
donc le satisfaire et dire la vérité , par estime pour lui , et
par respect pour le public.
Ce prétendu systême du monde , ces lois régulieres et
constantes d'après lesquelles la nature se meut et agit , cette
• volonté prédéterminée du créateur sont une pure invention
des hommes . Il leur fallait un dieu pour consoler leur
" ignorance et leur faiblesse , et ils ont été en même tems
assez imbéciles pour l'emprisonner et pour circonscrire sa
" puissance , en l'assujettissant lui-même aux regles dont ils
" ont prétendu qu'il était l'auteur, Enfin de leur dieu toutpuissant
ils n'en ont fait qu'un dieu asservi , un dieu fait
, à l'image de l'homme , un homme aggrandi . Jettez autour
" de vous quelques milliers de grains de froment , vous formerez
nécessairement des cercles , des triangles , des qua-
" drilateres , des isopérimetres , etc .; doit - on en conclure
" que vous avez eu l'intention de disposer ces grains de froment
selon les regles de la géométrie ?,
1º. Ces raisonnemens ont été mille fois répétés dans tous
les livres des athées , mille fois pulvérisés avec la plus grande
facilité . Charles Pougens peut- il l'ignorer ? Pourquoi donc les
reproduire encore sans les appuyer de meilleures preuves , ou
sans détruire les réfutations ? Dans les deux systêmes opposés ,
c'est- à - dire , dans celui de la matiere éternelle et nécessaire
( ce qui me paraît improbable ) et dans celui de la création ,
( qui me paraît plus admissible ) il est également démontré ,
pour quiconque a les premieres notions métaphysiques , que
les lois du mouvement sont nécessairement immuables , et que
les mêmes causes physiques doivent produire constamment les
mêmes effets ; sans quoi il n'y aurait plus d'ordre dans l'univers
, et rien ne subsisterait un quart- d'heure . Ce n'est donc
point asservir Dieu , ni le circonscrire , ni l'assujettir , que de
penser que les lois sur lesquelles il a établi l'harmonie de
l'univers sont éternelles comme lui , d'abord parce que les rapports
essentiels des êtres devaient être , de toute éternité , dans
( 51 )
sa pensée , ensuite parce qu'il n'y a point de puissance à pouvoir
l'impossible , puisque l'impossible signifie ( dans le langage
philosophique que tout homme instruit doit connaître ) ce qui
implique en soi contradiction . Il est d'une absurdité ridicule
de prétendre que Dieu est asservi , parce qu'il ne peut pas changer
les Tois mathématiques , c'est-à-dire , en d'autres termes ,
parce qu'il ne peut pas faire qu'une chose soit et ne soit pas .
Est - il possible qu'il faille encore rebattre ces vérités plus
vieilles le monde que ? Il n'y a , sans doute , aucune force
d'esprit à les concevoir ; mais comment s'imagine - t- on qu'il y
en ait à les nier ? Où est le mérite de nous dire ( en d'autres
termes que les hommes ont été assez imbécilles pour croire
que deux et deux font quatre ?
2º, Que les hommes aient eu besoin de l'idée d'un dieu
pour consoler leur faiblesse et leur ignorance , cela ne prouverait
nullement que cette idée fût fausse . Si quelque idée a dû se
présenter naturellement aux hommes , c'est que l'ordre de
l'univers était l'ouvrage d'un être tout - puissant , d'un être infini.
En quoi cette idée est- elle déraisonnable :: 'il est d'autant
moins convenable d'en parler avec mépris , que cette opinion
a été celle des hommes les plus éclairés de tous les siecles , et
qu'elle semble appartenir également à la raison et à l'instinct .
Qu'on la combatre , je le conçois et le pardonne ; car elle
n'est pas rigoureusement démontrée ; mais il faut qu'on nous
permette aussi de rire un peu de la grande supériorité de ceux
qui marquent un si profond dédain pour la faiblesse et l'ignorance
de Socrate , de Confucius , de Cicéron , de Marc - Aurele ,
de Newton , de Voltaire , etc. Quand est- ce donc que l'on concevra
un peu plus communément qu'on ne fait aujourd'hui
que la convenance du ton , relative aux choses et aux personnes
, est une qualité distinctive des bons esprits ; que les matieres
philosophiques et politiques commandent la réserve et
la sévérité ; que le ton affirmatif et jactancieux convient parfaitement
à un charlatan de place ', qui parle à des imbécilles
et cherche des dupes ; mais que quand on écrit pour les hom-"
mes instruits , il faut commencer par respecter son lecteur ?
3º . Où l'auteur a -t-il pris qu'en jettant autour de soi quelques
milliers de grains de froment , on formerà nécessairement des
cercles , des triangles , etc. C'est précisément ce qui n'arrivera
pas . On aura des figures qui approcheront plus ou moins d'un
cercle , d'un triangle , etc. ? mais on n'aura pas un cercle parfait
, un triangle parfait dans des milliers d'années ; et quand ,
par un hasard extrêmement improbable , on en obtiendrait
un , que prouverait un résultat unique et borne , si prodigieusement
rare dans des suites de siecles ? Rien autre chose ,
si ce n'est que l'hypothèse des jets fortuits est au nombre des
mille et une puérilités débitées gravement par les athées .
D'abord il est d'une impossibilité absolue que le hasard produise
un grand tout parfaitement régulier , ( et l'on sait qu'ici la ré-
D 2
( 52 )
1
gularité parfaite est essentielle ; les approximations ne sont
rien ; le calcul du mouvement des corps célestes en est la
preuve ; ) car il s'ensuivrait qu'une cause aveugle , un mouvement
fortuit non seulement aurait les mêmes effets qu'une
cause intelligente , ce qui répugne ; mais cette cause aveugle
aurait produit des êtres intelligens , et Montesquieu a bien
raison de dire que cette idée est le comble de l'absurdité . Ensuite
il faudrait nous expliquer comment cet ordre obtenu une
fois fortuitement ne se dérange plus , comment les jets fortuits
et éternels ont cessé pour faire place à un mouvement
régulier , etc. Que de folies ! somme totale , puisqu'il a plu à
Charles Pougens de faire encore une très - inutile sortie sur les
théistes , avec des armes si usées et si fragiles ; voici en peu
de mots ce que le bon sens enseigne à ceux qui ne mettent
dans cette question ni orgueil , ni prévention , ni humeur.
L'existence d'une cause premiere quelconque , d'un premier.
être , est extrêmement probable : elle n'est pas démontrée ,
parce que la démonstration d'un être infini , tel que Dieu ,
est au dessus d'un être fini , tel que l'homme elle est extrêmement
probable ; parce qu'on n'a jamais pu détruire et qu'on
ne détruira jamais cette preuve positive , tirée de cet argument
si simple mais si fort , que l'existence d'un ouvrage où l'in
telligence est manifeste , suppose nécessairement l'existence
d'un ouvrier intelligent , Les argumens qu'on oppose , les seuls
du moins qui soient raisonnables , sont purement négatifs ;
c'est 1 ° . qu'il ne nous est pas plus possible de concevoir la
création opérée par un premier être , que de concevoir comment
tout existerait par soi : l'un et l'autre est au- dessus de
la compréhension humaine : 2º . c'est que le désordre ( au moins
apparent ) de ce petit globe , le mal physique et le mal moral ,
sont inexplicables pour nous qui ne connaissons qu'une parcelle
infiniment petite du grand tout : 3º . c'est que les succès
du crime et les malheurs de la vertu sont inconciliables avec
la justice du premier être , à moins d'un ordre de choses à
venir , hypothèse très - incertaine pour nous , qui ne connaissons
qu'une matiere essentiellement corruptible , et qui n'avons
aucune espece de certitude qu'il existe autre chose que des
corps , et que ce qu'il nous plait d'appeller ame soit distincte
de la matiere .
Voilà les objections qui portent , non pas sur l'existence de
Dieu , mais sur les conséquences ces objections prouvent
seulement que les conséquences échappent à nos conceptions
bornées , mais ne prouvent nullement qu'il n'existe pas un
premier être. Il est très - raisonnable d'y croire , ( en avouant
son ignorance sur le reste ) parce qu'il y a une preuve positive
qu'on ne peut renverser , et qui est dans les principes de la
raison : il est très - déraisonnable de le nier , parce qu'il est contraire
à toute logique de nier l'existence d'un Etre infini ,
sous prétexte que nous ne pouvons expliquer les facultés
( 53 )
et ses opérations nécessairement infinies . Enfin il y a cette différence
entre l'opinion des Théistes et celle des Athées
que dans la premiere , telle que je viens de l'exposer , il n'y
a rien qui implique coutradiction , au lieu que dans l'autre ,
toutes les hypothèses que l'on veut substituer à une cause prémiere
sont totalement absurdes .
L'erreur est la soeur aînée de la vérité , mais c'est du
sein des tenebres mêmes que la lumiere doit s'élancer et se
" répandre par torrens sur la terre . Un tems viendra où la
" philosophie doit enfin éclairer l'Univers . A peine le crépuscule
commence -t- il à paraître , et déja nous voyons toutes
,, ces vaines illusions qui jadis obscurcissaient la raison hu-
,, maine , s'effacer et s'évanouir . La superstition et le fanatisme
n'osent plus lever leur tête hideuse : tels seront
" les effets tardifs de cette raison appréciatrice qui classe également
et les hommes et les choses , mais qui nous dé-
" sabuse aussi de tout , en nous découvrant tristement la valeur
, c'est - à - dire , le néant de tout . Lorsque la raison de
, l'homme sera parvenue à son apogée , c'est alors qu'il concevra
et qu'il appréciera son existence . Des siecles s'écou
,, leront sans doute avant qu'il parvienne à cette abnégation
salutaire dont la religion ne peut offrir que le perpétuel men
songe. J'ignore si le monde doit finir , si le néant a pu
,, exister ; mais un tems viendra où les hommes sentiront
" que sur la terre rien ne peut valoir les frais de la vie , si
2 ce n'est peut-être les ineffables jouissances d'une sensibilité
" profonde.
Il faut l'avouer : c'est -là ce qu'on appelle un véritable amphigouris
ce qu'on apperçoit à travers les nuages , dans cet
amas d'expressions ambitieuses et discordantes , c'est qu'il n'y
a pas une idée qui naisse d'une autre ; pas une au contraire
qui ne contredise ce qui suit ou ce qui précede , et il en
résulte un tout absolument dénué de sens . Si le crépuscule
de la philosophie commence à peine à paraître , comment voyonsnous
deja s'effacer et s'évanouir toutes les ill sions qui obscurcissaient
la raison humaine ? Et que ferait de plus le grand jour ?
si cette raison appréciatrice qui classe les hommes et les choses
ne sert qu'à montrer le néant de tout , comment doit- elle un jour
éalairer l'Univers ? Et quelle étrange lumiere qu'une pareille
philosophie ! Quoi ! la philosophie consisterait à regarder la liberté
, la vérité , la vertu , toutes les jouissances physiques et
morales qui peuvent faire le bonheur de l'homme , comme un
néant ! Ce sont bien là , en effet , les sombres déclamations
du fanatisme religieux , mais ce ne furent jamais - là les leçons
de la philosophie ; la raison qui apprécie tout , n'apprend point à
se dégoûter de tout , parce que tout est borné , mais à jouir
de tout avec la mesure marquée par notre nature. L'apogée
de cette raison ne consistera jamais dans une abnégation salutaire
; il faut laisser ces expressions insensées aux mystiques.
C 3
154 )
et aux Piétistes . Il n'y a point non plus d'apogée qui apprenne
à concevoir notre existence ; car nous ne concevrons jamais comment
rous existons ; c'est le secret de la nature et il est
clair que l'auteur n'entend pas plus ses expressions qu'il ne
peut entendre ses propres idées . Il n'est besoin d'aucune apogée
pour savoir que c'est la sensibilité qui donne du prix à la
vie ; il ne faut pas accumuler les siecles , pour découvrir une
vérité que la réflexion et l'expérience ont apprise à tous les
hommes , des qu'ils ont commencé à faire usage de leur raison :
et qui n'a pas su dans tous les tems que nos sensations et
nos sentimens font toute notre existence ? L'auteur , il est
vrai , exige ( encore avec un peut - être ) les ineffables jouissances
d'une sensibilité profonde , pour valoir les frais de la vie . Mais ce
mêlange du style précieux et du style emphatique , heureusement
ne change rien à un principe connu , et n'établira pas
une nouvelle loi dans la nature . Chacun continuera de jouir suivant
sa portion quelconque de sensibilité , sans s'inquiéter si
elle est ineffable . Je conseille à mon ami Pougens d'en revenir
là tout bonnement , et de ne plus se promener dans les
siecles à venir , pour y appercevoir , comme des découvertes ,
les plus creuses et les plus tristes rêveries .
La métempsicose est de tous les dogmes religieux celui
qui semble le plus favorable à l'établissement d'une bonne
morale et d'une saine philosophie . ",
La metempsicose est une des plus ridicules extravagances
qu'ait enfantées l'imagination , et ce n'est jamais sur un dogme
qui appartient à la folie , qu'on peut établir ni morale , ni philosophie.
Dans un gouvernement républicain , il est permis d'être
3 un heros ; mais dans un gouvernement monarchique il n'est
" permis que d'être un sage..99
On peut dire tout le contraire avec beaucoup plus de vérité
; c'est dans un gouvernement républicain qu'il peut être
dangereux d'être un héros : il effraie la liberté . C'est dans un
gouvernement absolu qu'il est dangereux d'être un sage : il
effraie le despotisme . Sous Louis XIV , il y eut une foule de
héros : tous furent plus ou moins bien traités . Il n'y eut qu'un
sage , Catinat : il fut disgracié. Au reste , dans toutes les propositions
de ce genre , il faut éviter les énonciations absolues
et générales elles ne rendent point l'idée plus forte , et la
rendent moins vraie , en rappellant nombre d'exceptions .
Quels sont les fruits de l'expérience ? la révolte et le
dégoût . , Oui , pour les têtes ardentes et les mauvais esprits :
pour les bons esprits , le fruit de l'expérience , c'est la mesure
en tout.
" C'est la vie qui doit consoler de la mort . On dirait tout
aussi bien , que c'est la mort qui doit consoler de la vie ; et
l'un et l'autre a été dit cent fois en vers et en prose , sans
rien prouver que l'impression du moment dans celui qui écrivait .
( 55 )
La force de l'esprit et la force du caractere sont deux
qualités absolument distinctes , etc. Tous les moralistes ont
fait cette distinction que personne n'ignore ; mais aucun n'a
dit que l'une n'était jamais que le mensonge de l'autre , car l'expression
n'est pas française , et serait fausse dans toutes les
langues.
La peur n'est bien souvent qu'une usurpatrice qui s'arroge
,, impunément tous les honneurs de la raison . " Je ne comprends
pas trop ce que c'est qu'une peur usurpatrice , et je
ne me ferai jamais à ce style entortillé ; mais ce que je sais c'est
que de toutes les affections de l'ame il n'y en a pas qui soit
plus contraire à la raison que la peur. Si l'auteur a voulu
dire que la faiblesse s'arroge souvent les honneurs de la prudence
, rien n'est plus vrai ; mais ce n'était pas la peine de
le dire après tant d'autres , au moins comme maxime et pensée ;
car il faut observer qu'il est très -permis , qu'il est même nécessaire
, dans un sujet quelconque , de se servir des idées.
communes ; c'est un fond qui appartient à tout le monde , et
le mérite n'est que dans la combinaison et les résultats qui
sont plus ou moins à l'auteur ; mais quand on se met à écrire
des pensées et des maximes , on s'engage à donner des apperçus
nouveaux .
C'est la nature elle - même qui a établi l'inégalité parmi
les hommes ; celle des forces physiques et morales a déter-
,, miné l'inégalité des conditions . C'est une vérité reconnue
mais dans les circonstances où nous
; sommes j'aurais
voulu qu'un bon citoyen , comme Charles Pougens , ajoutât
quelques lignes d'explication pour prévenir les abus que tant
de gens sont tentés de faire de ce principe de l'inégalité naturelle
. Elle a dû , sans doute , produire originairement l'inégalité
des conditions ; mais la raison et la justice ont dû aussi
apprendre aux hommes que cette inégalité de moyens physiques
et moraux était purement individuelle , et nullement
héréditaire ; qu'en conséquence elle ne devait pas former des
conditions inégales , c'est- à - dire des classes , des castes habituellement
supérieures les unes aux autres , mais seulement
une distribution inégale des places , des emplois , des fonctions
dans l'état , suivant l'inégalité des moyens physiques et
moraux , ensorte que celui qui n'a ni esprit , ni talens , ni
connaissances fût subordonné dans l'ordre social à celui qui
a tous ces avantages , mais que tous fussent égaux devant la
loi , et pussent prétendre aux mêmes places , quand ils auraient
les mêmes moyens . Je suis bien sûr que c'est l'opinion
de mon ami Pougens , et c'était- là l'occasion de la placer utilement.
Dès que l'homme connût les arts et l'amour moral , il
,, cessa d'être libre , et ses besoins factices devinrent ses premiers
tyrans " . D'abord l'amour moral n'a rien à faire ici ,
pas plus que les autres passions , à moins qu'il ne s'agisse de
D 4
( 56 )
liberté morale , et alors l'auteur ne nous disait rien , si ce
n'est que les passions ôtent à l'homme sa liberté , et je n'imagine
pas que ce soit encore là une pensée ou une maxime .
S'il s'agit de la liberté politique , comme le reste du paragraphe
le fait présumer , je répete que l'amour n'est là pour rien :
il serait superflu de le prouver , puisqu'on sait qu'il y a autant
d'amour moral chez les peuples libres que chez les peuples
esclaves . Quant aux arts, c'est le vieux paradoxe de Rousseau :
il a été si complettement détruit , qu'il est bien étonnant qu'on
y revienne encore .
9.
La nature n'agit point d'intention , elle n'agit que d'in-
" pulsion si elle avait une volonté , elle cesserait alors d'être
" immuable . Il n'y a pas là un seul mot qui ait du sens .
La nature , en langue philosophique , ne peut signifier que
l'universalité des êtres . Il n'y a point d'être qui s'appelle
nature , et l'auteur n'admet point de cause premiere . Or , que
veut dire que l'universalité des êtres n'agil point d'intention
el n'agit que d'impulsion ? Et qu'est- ce que cette impulsion ? d'où
vient- elle ? l'auteur pourrait-il nous le dire ? est- ce une force
motrice ? quelle est - elle , et où est- elle ? Il y a long- tems qu'on
ne parle plus de qualités occultes , ensuite , comment l'universalité
des êtres n'est - elle immuable que parce qu'elle n'a pas
de volonté quel inintelligible galimathias ! on voit à chaque
ligne que l'auteur ne se rend compte ni de ses idées ni de
ses expressions : c'est pourtant le premier pas en philosophie ,
et la premiere condition pour écrire .
L'on vit de raison , mais l'on ac vit pas de sentimens .
C'est tout le contraire : on vit de sentimens ; c'est là le fonds
de la vie morale de l'homme ; la raison n'est que la regle et
la mesure de ces sentimens ; la raison ( comme je l'ai dit ailheurs
n'est qu'un guide et non pas un mobile , et il faut
voir aller , avant d'être conduit.
pou-
Ce n'est que dans la solitude que l'ame et la pensée
peuvent acquérir de l'énergie . " On a eu raison de le dire
et de le redire dans les gouvernemens absolus , où la faiblesse
de tous altere ou comprime la force d'un seul ; mais rien n'est
plus faux dans les gouvernemens libres où la force d'un
seul peut relever la faiblesse des autres , ou s'augmenter de
la force de tous.,
Parmi les nations civilisées , il n'y a que l'existence qui
puisse consoler de la vie . " ,
Pour être apte au bonheur , il faudrait être laborieux et
9. point actif. "
99. L'espérance n'est qu'une courtisane malade .
Il y a beaucoup de gens chez qui l'amour paternel n'est
29 pour ainsi dire qu'une colonie de leur amour propre . "
Je prie l'auteur de me pardonner , s'il m'est impossible de
Tien comprendre ni à des pensées ni à un style de cette
étrange espece. Jamais la Rochefoucault ni la Bruyere ne se
( 57 )
sont piqués d'écrire des énigmes : ils savaient figurer leur langue
sans la dénaturer . Si Charles Pougens , parmi tous ses amis
n'en a pas trouvé un qui l'avertit de la nécessité d'écrire autrement
, ou de ne pas écrire , il a raison de se plaindre
de l'amitié , comme il l'a fait dans plusieurs endroits de sa
feuille je souhaite au moins qu'il ne se plaigne pas de ma
sincérité :
GRAVURES.
Portrait de P. Manuel , député à la Convention nationale ,
de forme ovale , gravé au lavis en couleur par P. Malix .
Prix , 1 liv . 10 sous ; à Paris , chez l'auteur , rue Christine
n° . 2 ; et chez le citoyen Drouhin , éditeur du magasin encyclopédique
, on journal des sciences , des lettres et des arts ;
même adresse . Il faut affranchir le port des lettres et de
l'argent.
Portrait de Buffon , de 9 pouces sur 7 , et de forme ovale ,
peint par Garnerey , et gravé au lavis en couleur par P. M. Alix ,
faisant pendant à celui de Linné , et suite à ceux de Voltaire ,
J. J. Rousseau , Mably , Montaigne , Mirabeau et Fénélon , gravés
par le même.
Ces portraits se vendent à Paris chez le citoyen Drouhin
rue Christine , nº . 2 .
Le prix est de 6 liv. pour chacun .
ANNONCES.
2
Troisieme édition des Constitutions des principaux états de l'Europe
et des Etats - unis de l'Amérique , par M. Delacroix , professeur
de droit public au Lycée . Quatre volumes in - 8° .; prix 171 .
broché , et 19 liv . franc de port pour les départemens . A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
On trouve dans cet ouvrage , dont les éditions successives.
ont prouvé le succès , les lumieres d'un publiciste et l'ame d'un
bon citoyen.
Recueil des divers écrits de Thomas Payne , secrétaire du congrès
américain , et membre de la Convention nationale en 1792 , sur la
politique et la législation , faisant suite aux autres ouvrages du
même auteur , intitulés , les Droits de l'homme et le Sens commun ,
traduit de l'anglais . Un volume in -8 ° . , orné du portrait de
Thomas Payne . Prix , 3 liv . 10 sous broché , et 4 liv. franc
de port. A Paris , chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille ,
1 % 20.
( 58 )
On mettra en vente , le 13 mai prochain , la 54eme , livraison
de l'Encyclopédie , contenant , 1 ° . les Mathématiques , tome III ,
2me, et dere. partie . Ce demi-volume contient le Dictionnaire
des Jeux ; il comprend go jeux ( 1 ) et 22 planches , tant simples
que doubles on peut se procurer séparément ce Dictionnaire
des Jeux pour le prix de 12 liv . Il est l'ouvrage de feu Charles
de l'académie des sciences , qui a composé le trictrac , les échecs ;
et du cit . Guyot , un des hommes de Paris les plus instruits
dans la métaphysique des jeux .
2° . Le tome II , deuxieme et derniere partie des Beaux
Arts ( 2 ) , hôtel Bouthillier , rue des Poitevins , nº . 13 , par
feu Watelet et le cit . Levêque de l'académie des inscriptions .
30. Le tome VI , 1ere , partie de la Médecine . Le tome VII
est sous presse ; l'ouvrage n'aura que neuf volumes , et sera certainement
terminé avant un an .
4° . Le tome VII , 1re . partie de l'Histoire naturelle , contenant
les insectes , par les citoyens Olivier , Brongniart , etc.
Nota. Le prix de cette livraison , brochée , est de 28 liv . 6 s .;
et en feuilles , de 25 liv . 6 sous .
La Sainte Bible , contenant l'ancien et le nouveau Testament .
traduite en français sur la vulgate par M. Lemaître de Sacy.
Nouvelle édition , ornée de 300 figures , gravées d'après les
dessins de M. Marillier ; tome III , dixieme livraison . A Paris ,
chez Defer de Maisonneuve , libraire , rue du Foin - St. -Jacques ,
hôtel de la Reine - blanche , nº . 11 .
Cette livraison , qui est la troisieme du tome III , est peutêtre
encore supérieure aux précédentes par la beauté des
gravures et le fini de l'exécution . Les sujets , tirés du livre
des rois , prêtaient en effet davantage aux talens supérieurs des
artistes . La liste des souscripteurs , toujours augmentée à chaque
Jivraison , dit plus en faveur de cette magnifique entreprise que
tout ce que nous en pourrions dire .
( 1 ) Chaque jeu est terminé par un vocabulaire , et forme
par
conséquent go petits dictionnaires , dont la description de jeu est
le mot principal de chacun ..
( 2 ) Cette derniere partie des beaux arts est terminée , ainsi que
tous les autres dictionnaires de l'Encyclopédie actuellement complets
, par une table de lecture qui forme de ce dictionnaire un
traité de sciences .
9
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
S'TE
ALLEMAGNE,
De Hambourg , le 19 avril 1793 .
'IL faut en croire les dernieres lettres de Stockholm , te
jeune roi doit aller passer une partie de l'été dans la Finlande ,
Son oncle a la double intention de lui faire voir de bonne
heure ses états , et de détruire les bruits absurdes qu'on a
fait courir sur la santé du jeune prince . Il en est un d'un autre
genre , qui ne paraît pas plus vraisemblable aux gen's sensés ;
c'est le mariage du fils de Gustave avec une petite fille de
Catherine II . Cependant on ne peut se dissimuler que la
Russie commence à influencer fortement la Suede , du moins
par rapport à la France . Elle ne lui cede quelque chose que
pour en obtenir davantage . Le colonel de Steding , frere de
l'ambassadeur Suédois à Pétersbourg , est parti depuis peu de
Stockholm pour cette ville ; il y porte , dit- on , la résolution
de sa cour de coopérer avec la Russie , et de joindre , dans
le cours du printems prochain , à la flotte russe forte de
25 vaisseaux , une escadre de 7 vaisseaux de ligne et de
13 frégates , commandée par le vice - amiral Wachtmeister ,
très-habile marin qui se distingua singulierement , il y a quatre
ans , dans la guerre contre les Russes par lesquels il eut pourtant
le malheur d'être fait prisonnier au combat naval de
Hogland.
Les mêmes efforts se font auprès du Danemarck pour l'entraîner
dans la ligue des rois . Voici ce qu'on mande de Copenhague
le ministre britannique près de notre cour reçut ,
le 8 de ce mois , un courier de Londres avec des dépêches ,
dont l'objet est , à ce qu'on assure , de lui prescrire des
instructions pour agir de concert avec les ministres de l'empereur
, de Russie et de Prusse , en demandant au gouvernement
danois la suspension de toutes liaisons de commerce et ..
de navigation avec la nation française , et en le pressant de
concourir , du moins par cette mesure , aux dispositions générales
des puissances de l'Europe contre la nouvelle République
. Il serait possible que le Danemarck abandonnât en
effet la neutralité , s'il est vrai , comme on s'en plaint , que
plusieurs de ses navires ont été interceptés par des corsaires
français .
La maison Pechier avait suspendu ses paiemens ; elle paraissait
prête à faire une banqueroute complette comme celle de
( 60 )
Tepper. Mais on assure qu'il va lui arriver de grosses remises
de Pétersbourg , au moyen desquelles son crédit se relevera .
Ç'en est absolument fait de la Pologne. La Prusse lui enleve
tout ce qui , à l'exception de la Masovie , lui restait des
palatinats de la Grande -Pologne ; elle lui arrache même un
district de la Petite- Pologne , celui de Czenstochow ; d'un
autre côté , la Russie s'empare , non- seulement de ce que la
Lithuanie possédait au- delà du 45e . degré de latitude inclusivement
, mais encore de la majeure partie de la Wolhinie ,
de tout le palatinat de Podolie , de celui de Braclaw et de
celui de Kiovie . La nouvelle ligne de démarcation doit se tirer
de Druya sur la rive gauche de la Dwina , et prenant par
Nieszwic , Sluck , Narock , aller atteindre la frontiere de la
Gallicie qu'elle longera ensuite jusqu'au Dniester . De cette
maniere toute communication immédiate avec l'empire ottoman
nous sera absolument ôtée . Plus d'espérance d'aucun côté ,
pas même de celui de la Turquie . Son intérêt lui faisait un
devoir de nous garantir d'un démembrement , que les puissances
copartageantes répéteront peut- être un jour sur ses riches.
provinces. Nous nous étions flattés que les grands préparatifs
de guerre dont on parlait étaient dirigés contre la Russie .
Nous nous serions montrés dignes d'être aidés en nous aidant
nous-mêmes , et nous aurions rendu un jour à la Porte les se
cours qu'elle nous aurait prêtés dans cette occasion . Mais nous.
avons aujourd'hui des avis qui ne nous permettent plus de
douter de la fausseté des bruits que l'on répandait à ce sujet.
C'est ainsi que s'exprime une lettre de Nimirow du 3 avril ;
des lettres de Varsovie , du 12 , disent que la confédération de
Grodno s'est permis de nommer déja les commissions de la
guerre et du trésor , sans attendre l'ouverture de la diete . Les
ardifs regrets de Félix Potocki et de son parti ne répareront
jamais les maux causés par leur opiniâtreté à se refuser à la
constitution de 1791. Bien des gens croient que Stanislas ,
à qui les Russes conservent encore le nom de roi , parce qu'ils
ont besoin de sa signature , ne reverra jamais sa capitale . Il
ne voulait pas , dit - on , souscrire à ce partage presque total
avant de la quitter . Il a dit au magistrat de cette ville , que si
l'entrée des troupes prussiennes semblait lui donner de l'inquiétude
, les troupes russes amies et alliées qui restaient devaient
le rassurer. On ne sait comment appeler les honneurs faits
par le militaire russe à Stanislas , lors de son départ ; ils one
été tels qu'on les rend à l'impératrice elle - même dans les jours.
du plus grand appareil. A cette occasion , les officiers
russes ont été avancés d'un grade , et les soldats ont reçu
deux florins de gratification ..
On apprend de Pétersbourg que l'impératrice , qui vient de
se mettre en état de faire des largesses , donne à M. d'Artois
15,000 roubles par semaine . Cette somme , évaluée au plus
bus , fait au moins 43,000 liz . tournois . ) On, ajoute que ce
( 61 )
pensionnaire avait déja trouvé à Mittau un présent de dix
mille ducats , pour le mettre en état de figurer à la cour de
sa bienfaitrice .
Le comte Branicki , grand - général de la couronne de Pologne
, est mort à Pétersbourg à la suite d'une attaque d'apoplexie
. Ce Polonais , époux de la niece du feu prince Potem
kin , était un de ces lâches confédérés qui trahirent leur patrie
Targowitz .
, ་
De Francfort-sur- le-Mein , le 28 avril.
Nous trouvons les nouvelles suivantes dans plusieurs lettres
de Vienne , assez d'accord entr'elles .
L'empereur a donné , le 7 de ce mois , une fête très -brillante
aux élus des bourgeois de la capitale . Le Bourguemestre
régent a reçu de sa main le riche bocal , dans lequel le prince
a bu à la santé de ses loyaux sujets. Ce vase porte le buste
de l'empereur en bas relief , et on lit l'inscription suivante
dans l'intérieur du couvercle : Francois II voue ce bocal fà ses
chers bourgeois en mémoire éternelle de l'amour particulier pour
lui de toutes les corporations bourgeoises , maîtres et compagnons de
Vienne , et en témoignage de son attachement réciproque et de sa
reconnaissanoe , 1753. Les bourgeois ont dîné ensuite à une
table de 242 couverts . L'empereur et toute sa famille ont paru
à ce dîner .
-
encore
Quelques jours après , la naissance d'un prince a
ajouté au ravissement des bons bourgeois de Vienne ; ils sont
dans l'ivresse , dans le délire de la joie . L'enfant , né le 19 ,
a été baptisé le lendemain par l'évêque Bathiany , au bruit d'une
triple decharge de canons . Il se nomme Ferdinand - Charles-
Léopold-Joseph . Les états de Hongrie ont déja fait remettre
à l'impératrice , par l'archevêque Palatin , un présent de cinquante
mille ducats . Tous les spectacles ont donné gratis , et
la ville a été illuminée . Le 14 avril , les états de Moravie ,
ayant à leur tête l'archevêque d'Olmutz , avaient présenté à
l'empereur 50,000 ducats en or dans un coffret , sur lequel
on lisoit cette inscription : Très- haul seigneur , les états de Moravie
te donnent ce secours pour t'aider à défendre ton empire . Ceux
de Bohême ont aussi donné 300,000 florins .
---
Le don patriotique que l'empereur a fait de sa vaisselle ,
excepté celle d'or , dont il croit ne pouvoir disposer , la regardant
comme un fidei-commis de famille , a produit l'effet qu'on
en attendait. Le maréchal Lascy à fait aussi présent de
40,000 florins et de son traitement pendant toute la guerre .
La comtesse Kossakowska á donné 100,000 mesures de denrées
diverses . Plusieurs princes , ceux de Schwarzemberg , de
Lichstenstein , de Starohost , abandonnent la moitié de leurs
revenus pour les frais de la guerre . Les employés dans la
régence de la Basse Autriche ont aussi fait un den de
5,000 Borins .
-
( 62 )
On espere que toutes ces sommes , jointes au produit d'un
emprunt ouvert à Milan , suffiront pour un plan de campagne
beaucoup plus vaste que le premier arrêté à Francfort , et qui
se bornait à faire évacuer aux Français leurs conquêtes ; en
conséquence , le colonel Fischer , adjudant du prince Cobourg,
lui porte de nouvelles instructions , et les plans des principales
forteresses françaises qu'on gardait dans les archives
du conseil aulique des guerres . Cet officier est parti dans la
matinée du 14. La garnison de Vienne ne va pas tarder à le
suivre ; 1200 recrues , arrivées de Gallicie , seront aussi bientôt
incorporées dans les regimens . 70 chariots , chargés de canons
, de bombes , de boulets et de poudre se sont mis en
route le 15 pour l'armée du Rhin , à laquelle on avait déja
envoyé , le 8 , 24 pieces de 18 .
Plusieurs comtés de la Franconie , de la Wettéravie et de
la Westphalie et nommément les suivans ont fourni leur contingent
en numéraire , savoir : Solms - Braunsfels , Witgenstein ,
Ortenbourg , Ingelfingen , Oehringen , Kirchberg , Langenbourg
, Limbourg- Gaildorf et Lippe - Detmold .
Des lettres de Berlin en date du 18 annoncent la retraite
du duc Frédéric de Brunswick- Oels . Le délâbrement de sa
santé le force de quitter le commandement de l'armée Prussienne
combinée avec celle du prince Cobourg ; c'est le lieutenant-
général de Knobelsdorf qui le remplace . Cet officier
a donné lui - même la relation suivante des opérations du corps
d'armée à ses ordres .
2
Le 4 avril , l'armée prussienne quitta Anvers et ses environs
, pour s'avancer vers les frontieres de France par les
routes de Malines , Dendermonde et Oudenarde . Le 12 aprèsmidi
, les Prussiens entrerent dans la Flandre française , et
s'avancerent entre Menin et le camp de Maulde , que le
lieutenant-général de Knobelsdorf fit sur- le - champ occuper
par plusieurs bataillons d'infanterie et quelques escadrons de
cavalerie . Plusieurs endroits où les Prussiens devaient prendre
leurs quartiers , étaient encore occupés par l'ennemi ; ce qui
donna lieu à quelques affaires entre les avant - postes , dans
lesquelles les Français perdirent 3 officiers et 25 soldats qui
resterent sur la place ; un officier et 15 soldats furent faits
prisonniers , et on leur enleva un canon et 51 chevaux . En
attendant , les impériaux entourent Condé , qui ne peut tarder
à se rendre vu la disette qui y regne déja . Le corps d'armée
prussien marchera au premier jour sur Tournay , pour camper
devant cette ville . Les troupes anglaises forment en
moment une chaîne depuis Ostende jusqu'à Menin . On ne
sait point encore à combien se monte la garnison de Lille ;
mais selon tous les indices , elle paraît être assez nombreuse .
On apprend que le prince de Cobourg trouve beaucoup de
résistance à Condé ; son quartier -général est actuellement à
Quiévrain , et son armée campe en ce moment près d'Ence
( 63 )
guein . Valenciennes est investi , Si on parvient à s'emparer de
cette place importante , Condé doit tomber de soi-même .
Quelques jours avant que le duc de Brunswick quittât le
commandement , le lieutenant-général de Schoenfeld lui avait
fait passer sa relation particuliere de l'affaire de Cassel . La
voici :
« J'envoie à votre excellence le major de Sheel , pour l'infór
mer de l'avantage que les armées alliées ont remporté dans
une sortie faite par les Français de Cassel le 11 avril : suivant
le rapport des déserteurs de cette nation , qui nous arrivent
en assez grand nombre , l'ennemi a fait sa sortie sur 3 colonnes
, qui ensemble pouvaient former 12,000 hommes ; sa principale
attaque a été contre Korhteim et contre la redoute de
Morbach ; il a réussi à surprendre des avant-postes composés de ,
chasseurs Hessois , et à les mettre en déroute ; il a ensuite
voulu enclouer tout ce qu'il a trouvé d'artillerie : le retour
des Hessois ne lui a pas permis d'achever cette opération ;
un canon et un obus ont seulement été encloués ; l'ennemi a
perdu à son tour un canon , et s'est retiré avec précipitation .
Le poste de Riberich a été attaqué avec plus de vivacité ; le
major Spittass l'a défendu avec beaucoup de bravoure , avec
deux compagnies de chasseurs à pied ; l'ennemi a laissé plus
de 60 hommes sur la place , et s'est retiré en désordre : dans
le même tems , une autre colonne de 4000 hommes s'est portée
sur Kostheim ; nos avant-postes se sont repliés ; l'ennemi s'est
avancé avec quatre canons jusques dans ce village , s'en est
rendu maître , et l'a eu en sa possession environ une demiheure
. Je détachai le général Wittinghosen avec deux bataillons
, pour fondre sur le centre de l'ennemi , entreprise qu'il fit
avec succès sous la protection de mes batteries . Je regrette que
sa majesté ait perdu dans cette action le brave lieutenant de
Boistell , du régiment de Crousar , et 5 ou 6 braves gens .
Le lieutenant - général de Lindt , commandant les troupes
Saxonnes , m'envoya , aussi vîte qu'il fût possible , un corps de
Hessois composé de trois bataillons d'infanterie et de deux
escadrons de cavalerie à l'aide de ce secours , je parvins à
repousser totalement l'ennemi : sa fuite a été précipitée et en
désordre ; il a laissé 200 hommes sur la place , ontre un grand
nombre de blessés et de prisonniers : notre perte n'est en tout
que de 20 hommes. "
Frédéric - Guillaume marie le prince royal de Prusse et le
prince Louis son frere avec les deux filles du duc de Mecklenbourg-
Strelitz . En conséquence la famille ducate de Deux-
Pouts est partie le 24 pour assister aux fiançailles .
Les dernieres lettres de Vienne portent qu'on voit arriver
tous les jours des couriers de l'armée du prince de Cobourg ,
ou de Londres , ou de la Haye , ou de la part de S. M. Prussienne
. Cela donne lieu à des conférences auxquelles les ministres
des puissances alliées sont souvent appellés . Elles.
~ ( 64 )
ajoutent que le feld-maréchal-lientenant de Zehntner est parti
pour Naples , où il doit prendre le commandement des troupes
de S. M. le roi des Deux - Siciles .
Mayence ayant refusé de se rendre à la sommation du général
Kalkreuth , le bombardement de cette ville a commencé le
15 , quoique le bruit eût couru que l'électenr avait prié d'épar
guer non les hommes mais les édifices de cette ville les assié
geans avaient besoin du village de Weisseneau pour les opérations
du siége ; voyant qu'ils ne pouvaient en déloger les
Français , ils y ont mis le feu .
Dumourier a été mal reçu à Stoutgard ; on le croyait passé
en Saxc ; mais on a appris depuis qu'il est à Bâle où il essaye
de soulever les cantons Suisses contre la France .
Les puissances coalisées ont changé d'avis au sujet de
l'armée des émigrés , commandée par le ci -devant prince de
Condé : elle sera cantonnée séparément , et voici les trois postes
qu'elle occupera dans le palatinat , Mutterstatt , Schifrestatt
Oggersheim , de sorte que d'un côté , vers Mayence , elle
est observée par les Prussiens , et de l'autre vers Landau par
les Impériaux .
Nous apprenons que le général Karaiczai a pris possession
de Cracovie ou est au moment de le faire ; il nous est aussi
parvenu copie de la déclaration de Catherine II sur le
nouveau démembrement de la Pologne . On ne sait pas encore
quel est le lot que l'Autriche se réserve ; mais elle ne s'oubliera
sûrement pas.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE
Les Etats- Généraux ont répondu à la note du 5 avril de
mylord Auckland et du comte de Starhemberg : cette piece
porte en substance qu'ils ne permettront point que les régicides
trouvent un asyle sur le territoire de la République ; ils demandent
de leur côté qu'on punisse , d'après toute la sévérité des
lois , ceux qui ont signé des proclamations et des manifestes
contre le gouvernement Hollandais . Une partie de l'hôtel - deville
de Maëstricht , percé de bombes et de boulets , lors du
siége , vient d'écrouler ; on travaille à force à le réparer , ainsi
que les maisons endommagées par le même bombardement .
Les magistrats de cette ville ayant fait examiner et toucher,
par des gens de l'art , les nouveaux écus français que l'on refusait
de recevoir en payement , ont fait une proclamation qui leur
donne cours sur le même pied que les anciens écus de Louis XV :
et de Louis XVI , parce qu'ils ont été trouvés de la même valeur
intrinseque et du même poids .
Les lettres de la Haye du 25 annoncent le départ d'une
partie de l'armee hollandaise campée près de Bréda pour la
Flandre autrichienne. La premiere division , qui s'est mise en
marche le 20 , est composée des cors suivans :
Deux escadrons des gardes à cheval , deux de Hesse - Philipstat
,
( 65 )
lipstat , et un de Van der Duin-s'Gravenmoer ; un escadron de
gardes dragons , deux de Byland et deux escadrons de hussards ;
un bataillon d'infanterie d'Orange- Gueldre , un de Nassau-
Usingen , un de Baden , un du premier régiment de Waldeck ,
un de Bedaulx , un de Dopff, un de Welderen , un de War
tensleben , un de Randwiyk, un de Quadt , et deux de Gumoens
Suisses , ainsi qu'un corps d'artillerie. C'est le prince Frédéric
d'Orange qui commande cette premiere division ; tout le corps
d'armée sera sous les ordres de son frere , fils aîné du Stadthouder.
D'autres lettres de Bois-le - Duc du 22 , disent que l'électeur
de Cologne a loué deux régimens d'infanterie à la Hollande :
à peine arrivés , le général Sandwyk les a passés en revue ,
et ils sont partis le lendemain mêine pour l'armée que doit
tejoindre aussi le régiment de Hirzel en garnison dans cette
ville , de sorte qu'il n'y restera plus qu'une partie des troupes
de Mécklenbourg.
Le chevalier de Kinsbergen , vice-amiral de la Hollande ,
est de retour de la Haye depuis le 16 ; il se loue beaucoup
des officiers , soldats et matelots qu'il commande .
Lorsque toutes les troupes que la République fait marcher
vers la frontiere du Brabant autrichien seront rassemblés à ce
camp de réunion , elles formeront un ensemble de 25,000
hommes , et se porteront sur Tournay , où , conjointement
avec les Prussiens , elles épauleront la droite de l'armée du
prince de Cobourg. On croit que les Anglais , dont nous
voyons encore arriver des détachemens plus ou moins forts.
agiront dans un autre sens dès qu'ils y auront été joints par
les Hanovriens .
Le prince de Cobourg a fait publier , au nom de l'empereur ,
une ordonnance relative au séjour des Français et autres étran
gers dans les Pays-Bas ; elle équivaut presqu'à un bannisse
ment , tant les conditions qu'elle impose sont rigoureuses .
L'empereur a depuis conféré , par des lettres - patentes , le gou
vernement de la Belgique au jeune archiduc Charles , et le
maréchal de Cobourg a prorogé jusqu'au mois d'octobre l'amnistie
en faveur des déserteurs. On a supposé que tout était fini ;
en conséquence, il a été célébré le 21 à Bruxelles, dans l'Eglise de
Candenberg, une messe en action de graces de la réunion de tous
les partisqui depuis six ans divisaient les habitans de ces provinces .
Le comte de Metternich , le conseil de Brabant , la magistrature
et les doyens y ont assisté . Le soir , il y a eu une illumination
dans toute la ville . Il s'en faut néanmoins que tout soit
pacifié , si l'on peut s'en rapporter à une lettre de Gand du
24 avril. Le parti de Gand , qu'on appelle du Pont - neuf ,
n'est pas défrancisé , tant s'en faut. Hier , un boucher a été jetté
à l'eau pour avoir prêché le royalisme dans ce quartier . Le
peuple des campagnes réfléchit que les barrieres étaient brisées
sous les Français , et qu'elles sont rétablies , indè iræ. ",
Tome III.
( 66 )
ESPACNE. De Madrid , le 17 avril.
La cédule royale concernant la déclaration de guerre
contre la France a été expédiée le 23 mars à Aranjuez . Sa
majesté catholique y reproche à ses ennemis des principes
d'impiété , de désordre et d'anarchie. Son principal grief est la
mort de Louis . Elle accuse le ministere français de la plus
insigne mauvaise foi , une recommandation et une interposition
si fortement exprimés au même tems de la remise de
ses deux notes devant supposer une liaison tacite et si intime
qu'elle faisait connaître qu'on ne pouvait traiter l'une en écartant
l'autre ; elle ajoute qu'il ne continuait les négociations
que pour outrager son honneur et celui de ses sujets ; elle
se plaint de la prise d'un navire Espagnol sur les côtes de Catalogne
en même -tems que le chargé des affaires de France
demandait des passe-ports qui lui furent expédiés , etc.
--
Le duc de Frias et Unda exempte de redevances dans ses domaines
, pour 5 ans , les parens des enrôlés , et pour 10 ans
s'ils périssent . On dit que la cour de Portugal , de laquelle
on attend des munitions et de l'argent , se propose aussi d'envoyer
20,000 hommes pour renforcer les armées Espagnoles .
La Biscaye en leve une considérable . L'archevêque de Tolede
a offert un million , l'archevéque et le chapitre de Séville un
autre million , et le commerce de Cadix autant,
1
On continue de pousser avec beaucoup d'activité les préparatifs
de la guerre contre les Français . La reine et toutes les
dames de la cour consacrent plusieurs heures à faire de la
charpie pour les blessés . On imagine bien que tous les domestiques
employés dans le palais ne manquent pas non plus
d'effiler du linge , et tâchent de se faire remarquer dans cette
⚫ccupation . La flotte Espagnole reunie à Carthagène est
forte de 27 vaisseaux ; savoir : un de 115 canons , trois de 112 ,
un de 94 , deux de go , deux de 80 , dix - sept de 74 , et un de
64. On travaille aussi à mettre les forces de terre sur un
pied respectable Figueroas , ville frontiere , verra inçessamment
40,000 hommes campés sous ses murs ou employés à
sa garnison , et l'on y employe beaucoup de munitions de
guerre . Don Charles de Sangro a été nommé au généralat
d'observation en Arragon , et don Antoine Riccardos à celui
de la Catalogne. Les volontaires de cette derniere province
se sont déja présentés devant la place Française de Bellegarde
qui , à leur approche , a fermé ses portes . Les volontaires
ont élevé une batterie de 15 canons sur une montagne qui commande
Bellegarde et attendent pour tirer dessus que l'ordre
feur en soit donné .
Le ministse de la guerre vient d'envoyer au général Caro ,
qui commande dans la Biscaye et dans la Navarre , un détachement
de moines de Saint -Jean- de- Dieu , pour faire les fonctions.
( 67 )
d'officiers de santé dans son armée , qui en est presque entiérement
dépourvue .
Le lord St. Helen's est habituellement en conférence avec
les ministres , qui ne pressent pas assez les opérations militaires
au gré de sa cour. Il parait decidé que celle de Portugal
y prendra part : elle a renvoyé M. d'Arbaud , chargé d'affaires
de France.
Les vaisseaux espagnols interceptent tous les bâtimens sous
pavillon français ; ils en ont pris récemment plusieurs dont les
cargaisons étaient plus ou moins importantes . Mais il faut
avouer que les armateurs Français en font aut nt ; témoin un
vaisseau venant des Philippines et ayant de l'argent à bord , qui
est devenu la proie de leurs corsaires .
ITALIE.
On mande de Milan que la chambre aulique de Vienne a
chargé le mont Sainte - Therese d'y ouvrir , pour le compte de
l'empereur , un emprunt d'un million de florins à 4 et demi
pour cent.
Des lettres de Livourne , du 26 mars , disent qu'en se retirant
des eaux de la Sardaigue , les Français ont été obligés
de mettre le feu au Leopard , de So canons , qu'ils n'avaient
pa dégager des sables de la côte . Les Sardes ont aussi pris
les isles de Saint- Pierre et d'Antioche avec leurs garnisons .
---
Des lettres de Gênes , du 23 avril , s'exprimeut ainsi relativement
aux opérations du roi de Sardaigue parmi les nouvelles
que nous recevons de différens endroits , et que nous
rendons telles qu'on nous les donne , il y en a une venant de
Nice , et portant que le général Biron , à la réception des dépêches
apportées par un courier , a fait embarquer pour ce port
une quantité considérable de cauons , et s'est ensuite porté sur
Sospello à la tête d'un grand corps de troupes . D'autres
lettres nous apprennent que le général baron de Wins a rassemblé
, dans le voisinage de Soourgues , une armée de 22,000
hommes Autrichiens et Sardes , avec la bonne intention de se
mesurer avec les Français ; mais qu'il ne tentera l'entreprise
que quand il aura reçu avis de l'apparution des escadres anglaise
et espagnole dans les parages du comté . On dirait que
les habitans de Nice partisans des Français craignent quelques
revers ; ils ont commencé à mettre leurs effets en sûreté en
es envoyant à Marseille . Suivant des lettres de Turin , du
16 avril , le roi multiplie les emprunts pour faire face aux
frais de la guerre ; il donne aussi de l'extension aux impôts .
Celui de la taille vient d'être surchargé d'un tiers ; et dans
chacune des villes principales , on a établi des tontines et des
créations de viager à titre onéreux . On ne se propose pourtant
pas moins que de reprendre le comté de Nice et de
suivre les Français jusques sur leur territoire . Ces grandes
opérations qu'on attend du général baron de Wins , qui com
pour-
E 2
( 68 )
mande à Saourgues , et du comte de Saint-André posté près de
Sospello , commenceront dès que la fonte des neiges aura rendu
praticable le passage du col de Tende : on assure que les milices
provinciales , portées au complet , montent à 80,000 hommes.
On compte aussi beaucoup sur les secours de la flotte anglaise .
Celle de Carthagêne , commandée par Don Borra , ira devant
Toulon .
ANGLETERRE. De Londres , le 2 mai.
Voici la liste des vaisseaux partis le 15 avril sous les ordres ,
da vice-amiral Cosby , pour la Méditerranée : Windsor- Castle ,
vaisseau amiral , et Prineesse- royale , 98 canons ; Alcide , Illustrivas
et Vengeance , 74 ; Latona , Flora et l'Inconstant , 38.
Le duc d'Yorck nommé général doit attaquer incessamment
Dunkerque , par terre et par mer , avec des forces assez considérables
. Le gouvernement a aussi frété des bâtimens pour
effectuer le transport de 2300 hommes de cavalerie ; mais on
pas encore quelle est leur destination .
ne sait
Le 12 avril les 3 pour 100 consolidés se sont relevés à 79
un quart , et il a été fait à la bourse pour un million sterling
d'affaires . La surveille , la chambre des communes avait accordé
au roi la somme de 1,500,000 liv . sterling pour les frais de la
guerre , et le même jour lord Grenville lui avait fait voter une
adresse dans la chambre haute , malgré l'opposition des lords
Stanhope et Lauderdale . Le 12 la chambre des pairs a repris
, en qualité de tribunal , l'interminable procès de M.
Hastings , qui s'est justifié de l'imputation de la mort d'Ali-
Cawn. L'affaire aété renvoyée au 18.
-
en
La note adressée le 5 par le lord Auckland et le comte de
Starhemberg à L. H. P. a donné lieu à de vives discussions
dans les deux chambres à plusieurs reprises . Le parti antiministériel
a répété plusieurs fois qu'il aurait fallu se contenter
d'avoir sauvé la Hollande et ne point prendre le ton insolent
que l'ambassadeur de la Grande-Bretagne se permet contre
la nouvelle République qui vergerait sur les détenus au Temple
les membres de la Convention livres par Dumourier ,
cas qu'on osât attenter à leurs jours . Le 15 , on a fait à la
chambre des Pairs la seconde lecture du bill de correspondance
illicite expliqué par lord Grenville ; il a été vivement
attaqué et défendu . La discussion reprise le lendemain n'a pu
se terminer encore . Il s'en est élevé une très -vive entre
MM. Sheridan et Pitt , dans la chambre des communes ,
sujet de lord Auckland , que le premier voulait faire révoquer
comme ayant abusé de ses pouvoirs dans la note du 5 avril .
-
au
Le 19 , le chancelier de l'échiquier a promis à la chambre
de lui soumettre tous les documens susceptibles d'être montrés
, même les papiers ministériels relatifs à la mort de
Louis XVI. On s'est borné à demander communication de
la note du 5 avril , et des renseignemens sur l'autorisation
qu'avait pu avoir le lord Auckland.
( 69 )
FRANCE.
ONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE DELMAS.
Séance du mardi 30 avril.
•
De toutes parts , on adressait à la Convention des récla
mations sur la sûreté du commerce et des convois . Bréaré a
recueilli aujourd'hui des témoignages de satisfaction de l'Assemblée
, en annonçant au nom du comité de salut public , que
de gros convois de bâtimens de commerce sont entrés dernierement
dans nos ports ; que d'autres en sont sortis bien
escortés ; qu'un nombre assez considérable de frégates et de
bâtimens légers sont en croisiere près de nos côtes ; et qu'en-
En les armemens s'avançaient avec activité dans le port de
Brest et dans celui de Toulon .
A ce rapport , ont succédé des nouvelles non moins satisfaisantes
des départemens du midi. Les troupes de Pézenas
étaient sur le point de partir pour Béziers , mais un courier leur
a apporté le contre-ordre , parce qu'il y a plus d'hommes qu'il
n'en faut pour repousser les Espagnols ; leur intention était de
s'emparer du port-Vendre ; ils ont été arrêtés dans leur marche
par le régiment de Champagne et un bataillon de Nantais , qui
les ont battus et leur ont pris deux pieces de canon .
Le nombre de soldats qni se présentent pour
défendre nos
frontieres méridionales , est tel que si l'on n'eût contenu le
zele de ces braves gens , nous aurions eu en moins de quinze
jours , une armée de 40 mille hommes.
D'après un rapport fait par Poultier , au nom du comité de
la guerre , la Convention nationale a décrété que toutes les
femmes inutiles au service des armées , en seraient congédiées,
L'abus , à cet égard , était à son comble. A la retraite de la
Belgique , les femmes formaient une seconde armée . Mais le
mal ne venait pas du soldat ; Dumourier leur donnait l'exemple.
Il traînait à sa suite des maîtresses , des chanteuses , des
danseuses , des comédiennes et son état major ressemblait plus
au harem d'un grand-visir qu'au quartier général d'un soldat
républicain.
La rigueur de la discipline militaire est la garantie de la
liberté comme de la victoire . Le général Custines mande
à la Convention qu'il a fait fusiller trois soldats qui , violant
lâchement l'hospitalité , avaient exercé des violences et
s'étaient livrés à des pillages. Cet exemple est terrible , dit
ce général , mais il était nécessaire , et toute l'armée y a applaudi
+
£ 3
( 70 )
"
L'ordre du jour était la discussion sur les subsistances ,
plusieurs projets de règlement ont été lus . Bentabole , pour
épargner le tems a pensé qu'il fallait être d'accord sur les
principes , et la premiere question qu'il a posée , est celleci
: y aura- t-il , ou non , une taxe sur les grains ? Phelippeaux a
demandé la même chose en d'autres termes yaura- t- il un
maximum au-delà duquel les fermiers et les propriétaires ne pourront
vendre leurs grains ?
Ducos a soutenu la négative . Il défendait les intérêts du
peuple autant que ceux des cultivateurs il faisait remarquer
que ce maximum , une fois déterminé par la loi , les fermiers
et les marchands refusaient de vendre à un prix inférieur à la
fixation , qui porterait sans doute sur le plus haut prix actuel
des marchés et sur la plus belle qualité de grains ; en sorte
que loin de soulager le peuple , on lui imposait l'obligation
de payer les bleds et les farines de qualité inferieure à un
taux fort au-dessus de ce qu'elles coûtent en ce moment.
Ducos disait encore que si la fixation du prix des grains
n'était pas en proportion avec la cherté des autres comestibles ,
avec les avances de la culture , avec le salaire des manouvriers ,
le laboureur cesserait de labourer , les terres resteraient en
friche , et le peuple mourrait de faim ... Tout à - coup des
huées parties d'une des tribunes ont étouffé la voix de l'orateur.
La Convention presque toute entiere s'est soulevée , en
demandant la répression de ces interrupteurs scandaleux . Guadet
proposait à l'Assemblée de transférer ses séances à Versailles .
Un autre membre voulait qu'elle partît à l'instant même Après
une vive agitation , la Convention , revenant à des avis plus
doux , allait décréter de faire vuider la tribune , d'où les
murmures étaient partis ; mais les citoyens qui la composaient
ont prévenu le décret , et se sont retirés , non sans laisser
éclater de violens mouvemens d'humeur .
Ducos a repris alors son opinion . Il a prouvé que la trop
grande quantité des assignats en circulation était la seule cause
réelle et nécessaire de la cherté de tous les comestibles , et
a conclu à la priorité pour la discussion du projet de décret
sur les moyens de diminuer la masse des assignats circulans .
La scance s'est terminée par un rapport du comité de salut
public sur la nécessité de régler , par une loi précise , les
pouvoirs des commissaires de la Convention envoyés hors de
son sein , et de rappeller tous ceux qui n'ont point de mission
auprès des armées . Après quelques debats , le projet du comité
a été adopté . Nous en donnerons ici les principales dispositions
.
Tous les pouvoirs délégués par la Convention aux commissaires
qu'elle a nommés pour se rendre dans les départemens
pour le recrutement , près les armées , sur les frontieres ,
etc, sont révoqués . Tous les députés qui sont en commission , excepté
ceux ci-après nommés , reviendront de suite dans le sein
de l'Assemblée.
)
471 )
Les forces de la République seront réparties en onze armées
, qui seront disposées , sauf les mouvemens qui pourront
avoir lieu , ainsi qu'il suit : " ,
L'armée du Nord , sur la frontiere et dans les places ou
forts , depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge inclusivement .
L'armée des Ardennes , depuis Maubeuge jusqu'à Longwy.
L'armée de la Moselle , depuis Longwy jusqu'à Bitche . L'armée
du Rhin , depuis Bitche jusqu'à Porentrui . L'armée des Alpes ,
dans le département de l'Ain , jusqu'au département du Var.
L'armée d'Italie , dans le département des Alpes maritimes ,
jusqu'à l'embouchure du Rhône . L'armée des Pyrénées orientales
, depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à la rive droite
de la Garonne . L'armée des Pyrénées occidentales , dans toute
la partie du territoire de la République sur la rive gauche de
la Garonne. L'armée des côtes de la Rochelle , depuis l'embouchure
de la Gironde jusqu'à l'embouchure de la Loire.
L'armée des côtes de Brest , depuis l'embouchure de la Loire ,
jusqu'à Saint- Male . L'armée des côtes de Cherbourg , depuis
Saint- Malo jusqu'à Lanthie . Il y aura deux armées de réserve
de l'intérieur,,,
Les commissaires de la Convention auprès des armées ,
porteront le titre de représentans du peuple. Ils exerceront
la surveillance la plus active sur les opérations des agens du
conseil exécutif. Ils pourront suspendre les agens civils et les
agens militaires , et en commettre provisoirement, Ils feront
faire des revues de toutes les armées et flottes de la République.
Ils prendront toutes les mesures pour découvrir , faire
arrêter les généraux et tout militaire , agent civil et autres citoyens
qui auraient aidé , favorisé ou conseillé un complot
contre la liberté et la sûreté de la République , ou qui anraient
machiné la désorganisation des armées et flottes et dilapidé
les fonds publics . "
Les représentans du peuple , envoyés près les armées ,
sont investis de pouvoirs illimités pour l'exercice des fonctions
qui leur sont déléguées . Ils seront renouvelles par moitié
chaque mois .
La Convention nationale nomme pour représentans près l'armée
du Nord , les citoyens Gasparin ; Duhem , Delbret , Car
not , Lesage - Senaux , Courtois , Cochon , Léquinio , Salengros,
Bellegarde , Duquesnoy et Cavagnac.
Près l'armée des Ardennes , les citoyens Delaporte , Hentz ,
Deville et Milhaud .
Près l'armée de la Moselle , les citoyens Soubrany , Maribault-
Montaut , Maignet et Levasseur ( de la Meurthe ) .
Près de l'armée du Rhin , les citoyens Rewbel , Merlin ( de
Thionville ) , Hauffman , Ruamps , Pflieger , Duroy , Louie ,
Laurent , Riter et Ferry.
Près l'armée des Alpes , les citoyens Albite , Gauthier , Nia
che et Dubois - Crance.
E 4
( 72 )
Près l'armée d'Italie , les citoyens Barras , Beauvais ( de París) ,
Despinassy et Pierre Bayle.
Près l'armée des Pyrénées orientales , les citoyens Fabre ( du
département de l'Hérault ) , Layris , Bonnet ( du département
de l'Hérault ) et Projean.
Près l'armée des Pyrénées occidentales , les citoyens Ferand ,
Isabeau , Garreau et Chaudron - Rousseau .
Prés l'armée des côtes de la Rochelle , les citoyens Carra ,
Choudieu , Garnier ( de Saintes ) , Goupilleau , Mazade et
Treilhard,
Près l'armée des côtes de Brest , les citoyens Alquier , Merlin
, Gillet et Sevestre .
Près l'armée des côtes de Cherbourg , les citoyens Prieur
( de la Marne ) , Prieur ( de la Côte - d'Or ) , Romme et Lecointre
( de Versailles ),
Dans l'isle de Corse , les citoyens Salicetty , Delcher et
Lacombe- Saint- Michel ,
Séance du mercredi , le 1er , mai,
On a fait lecture d'une lettre des commissaires envoyés
dans le département de l'Orne , pour découvrir les traces de
la conspiration d'Orleans . ‹ Arrivés à Séez , écrivent ces commissaires
, plusieurs témoins nous ont donné en détail le
signalement d'un personnage auquel quelqu'un d'entre eux a
cru reconnaître les traits de d'Orléans. Nous avons été nousmêmes
d'autant plus facilement induits à le présumer , que
deux témoins attestaient avoir vu le nom d'Egalité le jeune
inscrit sur le passe-port de cet individu , qui voyageait avec
un homme de 15 à 16 ans .
Poursuivant nos recherches sur les traces de ces voyageurs
, et parvenus à Alençon , nous y avons retrouvé le
même signalement et les mêmes indications. Par-tout le plus
âgé des voyageurs , désigné sous des traits qui caractérisent
essentiellement d'Orléans , s annonce lui même comme son
agent , et tenant les propos les plus propres à inspirer le desir
de le voir placé à la tête du gouvernement Français , nous pa
raissait devoir être nécessairement l'homme qui vous était dénoncë,,,
-
Cependant un témoin se présente , et déclare qu'il connaît
ce voyageur pour être le nommé Fécamp , de Pont- l'Evêque
, agent de d'Orléans ; mais comme ce témoin nous avait
lui-même déclaré qu'il avait été chargé des intérêts de d'Or
léans , comme son conseil , la déclaration nous parut suspecte ;
ét après avoir pris toutes les mesures convenables pour vérifier
sa correspondance et ses relations , soit avec d'Orléans , soit
avec le prétendu Fécamp , nous arrêtâmes , avant de finir l'inseraction
à Alençon , de nous transporter à Pont- l'Evêque , où
nous avons en effet trouvé Fécamp , dont les traits en détail
avaient quelques rapports avec ceux de d'Orléans , Nous avons
( 73 )
examiné ses papiers après l'avoir interrogé , et il en est résulté
que c'est bien Fecamp qui a fait le voyage d'Alençon par
Siéra ; que c'est un aristocrate agent de d'Orléans , qui par-tout
sur sa route , en faisant l'éloge continuel de son maître , ainsi
qu'il l'appelle , avait l'intention de rappeller la nécessité de donner
un chef à la République . Nous avons mis cet individu
sous la surveillance de la municipalité de Pont-l'Evêque , jus
qu'à ce que la Convention , sur notre rapport , ait pris un parti
à son égard. ,,
Après avoir entendu la lecture de cette lettre , la Convention
a décrété que Fécamp sera amené sur-le-champ à Paris , et traduit
par- devant le tribunal révolutionnaire.
Un décret , rendu sur le rapport de Réal , a ordonné la levée
des scellés apposés dans la maison d'Orléans , la liquidation
de ses dettes et l'administration de ses biens par ses créan
ciers.
La discussion venait de s'ouvrir sur les subsistances , lorsqu'une
députation de citoyens et citoyennes de Versailles a
paru à la barre . Elle portait une banniere avec cet écriteau :
nous demandons la taxe des grains . C'était en effet l'objet de sa
pétition. Le président en accordant les honneurs de la séance
aux pétitionnaires , leur a répondu que sans doute ils n'avaient
pas eu l'intention d'influencer les délibérations de la Convention
; qu'elle est inaccessible à toute espece de menées ; qu'elle
obéit à la nation seule.
Le maire de Paris , à la tête de plusieurs officiers municipaux
, s'est ensuite présenté à la barre . Il a annoncé à la Con
vention que l'arrêté du département de l'Hérault avait été envoyé
dans toutes les sections , et que la majorité y avait adhéré;
que le commandant- général comptait faire partir , dans le plus
bref délai , 12,000 hommes , 30 pieces de canons de campagne
et un bataillon de canonniers , et qu'il espérait pouvoir
soumettre les rebelles en deux jours , s'il pouvait les aborder.
❝ De notre côté , a ajouté le procureur de la commune , nous
avons arrêté d'envoyer trois magistrats à la tête de cette armée ,
pour éclairer les citoyens égarés ; nous les avons choisi parmi
ceux que la connaissance des lieux et de l'idiôme du pays rend
plus propres à cette mission . Ils joindront aux armes des soldats
, les armes non moins puissantes de la raison et de la
justice. "
Cette derniere mesure a fixé quelques momens l'attention
de l'Assemblée . Plusieurs membres pensaient que c'était à la
Convention seule d'envoyer des commissaires , que la municipalité
de Paris ne pouvait faire reconnaître le caractere des
siens , hors de son territoire . Cette difficulté s'est évanouie en
motivant l'ordre du jour sur ce que les commissaires de la
municipalité de Paris ne sont que de simples citoyens , des
apôtres de la liberté ; la Convention a cru devoir récompenser
en mêmetems le zele des Parisiens : elle a décrété qu'žis avaione
bien mérité de la patrie.
( 74 )
La section des Amis de la Patrie , celle de la Réunion , sont
venues inviter la Convention a faire marcher contre les révoltés
de la Vendée , les troupes soldées qui se trouvent actuellement
à Paris . Leur pétition a été renvoyée au comité de salut public .
Une autre députation s'est presentée au nom des citoyens du
fauxbourg St. Antoine . Mandataires du souverain , a dit
l'orateur , les hommes des 5 et 6 octobre , 14 juillet , 20 juin
et 10 août , et de tous les jours de crise , sont dans votre sein
pour vous y dire des verités dures ..... Qu'avez - vous fait ? vous
ayez envoyé nos meilleurs défenseurs en commission ; vous
avez dégarni la sainte montagne. Les agitateurs qui siégent avec
vous ont resté en force et ont opéré ce qui suit vous avez
beaucoup promis et rien tenu ..... depuis longtems , vous
promettez un maximum général sur toutes les denrées nécessaires
à la vie ..... toujours promettre et rien tenir !
Après ce préambule , l'orateur parlant toujours au nom des
habitans du fauxbourg St. Antoine , a dicté les mesures qu'il
fallait prendre pour sauver la patrie : taxation des denrées ,
contribution sur les riches pour subvenir auuxx besoins des
pauvres . Mandataires , a - t - il ajouté , voilà nos moyens . Si
vous ne les adoptez pas , nous vous déclarons que nous sommes
en état d'insurrection ; 10,000 hom. sont à la porte de la salle ...
Ici l'Assemblée a fait taire l'orateur. Mazuyer s'est élevé le
premier contre le manquement des pétitionnaires envers la
représentation nationale . Il demandait que leur pétition fût
imprimée et envoyée aux départemens par des couriers extraordinaires
; que les suppléans de la Convention se réunissent
à Tours ou à Bourges , pour que dans le cas où elle
serait anéantie , ils fussent là pour se saisir de l'autorité et
l'empêcher de passer entre les mains de la municipalité de Paris ;
qu'il fût ordonné à cette municipalité de supprimer le bureau
central de correspondance .
Brival attestait que les pétitionnaires étaient soudoyés et
que le fauxbourg Saint -Antoine avait été à son insu entraîné
dans une fausse démarche . Il concluait à ce que les signataires
de la pétition fussent mis en état d'arrestation et interrogés
par le comité de sûreté générale . Les membres qui ont
parlé apres Brival rendaient la même justice aux hommes du
14 juillet et du 10 août , et voulaient comme lui la punition de
ceux qui avaient abusé de leur confiance . On délibérait sur le
choix de la peine , lorsque les citoyens rassemblés sur la place
des Piques ont écrit à la Convention pour désavouer formelle
ment les sentimens exprimés en leur nom , et pour déclarer
que leurs coeurs et leurs bras étaient aux représentans du peuple .
Cette démarche confirmée par une députation nouvelle qui
s'est présentée à la barre , a déterminé l'Assemblée à passer
à l'ordre du jour , motivé sur le désaveu et l'expression des
sentimens civiques des citoyens du fauxbourg Saint - Antoine ,
Après avoir entendu le rapport de son comité de secours ,
( 75 )
la Convention a suspendu la vente des biens formant la dotation
des hôpitaux et maisons de charité jusqu'à l'entiere
organisation des secours publics .
Séance du jeudi , 2 mai .
Le général Custines avait prédit que Mayence serait le tombeau
des armées Allemandes . Cette prédiction commence à se
réaliser . Nos troupes assiégées dans Mayence y ont remporté
un avantage considérable sur les Hessois et les Saxons réunis .
Les Allemands ont attaqué à deux reprises un poste important
en avant de Mayence , sans la prise duquel , ils ne
peuvent même ouvrir la tranchée devant cette place , deux
fois ils ont été repoussés avec une perte estimée à plus de
2000 hommes .
Le géneral Lamorliere transmet à la Convention les détails
d'une affaire de poste qui a eu lieu entre nos soldats et les
Prussiens en avant de Bachi . Après fa plus vive résistance ,
ces derniers ont pris la fuite ; plusieurs ont été tués ; douze
ont été faits prisonniers et conduits à Lille . La cavalerie ennemie
a été poursuivie jusques dans ses cantonnemens .
1
Des avantages plus importaus ont humilié la morgue Espagnole
, sur les frontieres des Pyrénées . La Beyrie , premier
lieutenant- colonel du second bataillon des Landes , s'est porté
contre un gros corps d'Espagnols qui a été entierement culbuté.
La Beyrie s'est emparé du camp ennemi . On y a trouvé 3000
cartouches , des fusils et des bayonnettes .
nos
Nos volontaires , écrit le procureur- général - syndic des
Hautes -Pyrénées , font des prodiges de valeur . Après deux
actions consécutives où les Espagnols ont été battus ,
troupes se sont avancées jusqu'au village de Samuragaldi ,
s'en sont emparées et ont pris à l'ennemi des pieces de canon
, des munitions de toute espece , 70 fusils et un drapeau .
Fontarabie est bombardée . Nous faisons tous les jours défiler
les volontaires de nouvelles levées . Déja 600 sont partis ,
équippés et armés . Nous allons former la seconde division
de la légion des montagnes.
----
Les brigands ont évacué l'isle de Noirmoutier , effrayés
sans doute des dispositions qu'on faisait pour les attaquer
par terre et par mer. Les habitans ont fait part de cette évacuation
aux commandans des vaisseaux le Superbe et l'Achille
qui croisent dans ces parages . Le colonel Reyner est maître de
Bourgneuf , de Beauvoir , de l'isle de Boin et autres endroits
qui avoisinent Machecoul . Les brigands se retirent à son approche
et beaucoup de paysans reprennent leurs travaux ; mais
il paraît d'après marche que tiennent les brigands , en se retirant
, qu'ils ont un point de réunion où ils veulent rassembler
de grandes forces . Deux mille hommes de renfort arrivent à
Nantes .
Après la lecture de ces différentes dépêches la Convention a
( 76)
repris la discussion sur les subsistances . Un membre a proposé
de fixer un maximum au prix des grains qui décroîtraie
d'un dixieme de mois en mois . Il pensait que cette taxe
décroissante , assurerait sans retard l'approvisionnement des
marchés et mettrait fin aux accaparemens , parce que nul
n'aurait intérêt à faire des provisions . Génissieux , en appuyant
cette mésure , disait que ce ne serait pas sur le
pauvre , mais sur le riche que tomberait cette taxe ; car celui
qui s'empressera de vendre le premier et par conséquent au
plus haut prix , ce sera le petit cultivateur qui a battu tout
son bled , tandis que le riche propriétaire l'a conservé en
paille . Le maximum diminutif , ajoutait Thirion , est le seul
moyen qui puisse mettre un frein à l'avarice et à la cupidité
des riches accapareurs . Par- là les magasiniers perdent l'espérance
de vendre plus cher. Si cette mesure portait atteinte au
commerce , elle ne détruirait que le commerce en gros , et
ce ne serait pas un grand mal , mais elle ne nuirait pas au
petit commerce des bladiers qui se contentent d'un gain raisonnable
.
?
Ceux qui étaient d'un avis différent , appercevaient plusieurs
inconvéniens dans la mesure du maximum proposé ; 1º . ce
maximum ne peut pas être le même dans tous les départemens
, et il résulte de -là que les particuliers feront sortir
leurs grains du département où le maximum sera moindre
Pour l'aller vendre dans celui où le maximum sera plus considérable
; 2 ° . l'effet de cette mesure sera de faire apporter
le premier mois dans les marchés tous les grains renfermés
dans les magasins , de maniere qu'il faudra que chacun achète
a provision de bled pour l'année . Mais l'ouvrier ne pourra
pas faire cette provision , et le mois suivant il ne trouvera
peut-être plus de bled sur les marchés ; 3º. comme il est des
départemens où il croît très - peu ou pas de grains , il faut
que ceux-là soient approvisionnés par le commerce. Si donc
on détermine que celui qui achètera du bled à un prix dans
le nord , le vendra dans le midi au même prix qu'il l'aura
acheté , il n'y aura plus de commerce .
Nous terminerons l'analyse succinte de cette discussion ,
par une observation de Ducos . Dans l'Amérique septentrionale ,
lorsque les Américains étaient comme nous en révolution ;
il n'y avait pas parmi eux des accapareurs , des mécontens ;
la nation était unanime . Cependant les denrées augmenterent
considérablement , et la cause unique était la création du
papier-monnaie. Les denrées diminuerent ensuite sans qu'on
cut recours à la taxe , ni à aucun autre moyen violent. Attendons
comme les Américains , la diminution des denrées
du cours naturel des choses ; attendons-la de la diminution
de la masse des assignats en circulation .
Le résultat de la délibération a été l'adoption du maximum
el qu'il avait été proposé . D'autres mesures ont été décrétées ,
( 77 )
1
telles que le recensement général des grains dans toute la
République ; l'obligation pour les cultivateurs et les proprié
taires d'approvisionner les marchés. La rédaction du projet de
décret a été renvoyée au comité .
La Convention a procédé à l'appel nominal pour le renouvellement
du bureau. Boyer- Fonfrede a réuni la majorité
des suffrages pour la présidence .
PRÉSIDENCE DE
Du vendredi , 3 mai.
BOYER- FONFRED E.
Les administrateurs de Rouen instruisent la Convention des
troubles qui se sont manifestés dans leur ville à l'occasion de
l'augmentation du prix du pain . Les malveillans saisirent ce
prétexte pour exciter des mouvemens. Le tocsin sonna . Ils
eurent l'audace de faire feu sur la garde nationale ; mais celleci
par son courage et son activité vint bientôt à bout de les
dissiper. Deux cens des principaux séditieux ont été pris .
Ceux qui n'avaient été qu'égarés par les suggestions de la malveillance
, ont reconnus leur erreur et sont rentrés dans le
devoir. Ses administrateurs ajoutent qu'ils esperent maintenir
le calme dans leur département.
Une lettre des représentans du peuple près l'armée du Nord ,
transmet à la Convention les détails d'une action qui a eu lieu
le 2 mai.
L'ennemi occupait plusieurs villages sur le chemin de Valenciennes
au Quesnoy , et au-delà de Quiévrain , Dampierre
fit sortir son armée du camp de Famars pour l'en déloger.
L'attaque se fit sur trois colonnes et commença à la pointe
du jour. Les troupes de la République s'emparerent d'abord
de trois villages ; le combat dura fort long-tems. Mais enfin
les ' artilleurs de la droite manquant de munitions , Dampierre
se vit forcé de faire un mouvement rétrograde et de rentrer
dans le camp de Famars . La retraite se fit en bon ordre et
avec beaucoup de lenteur. De part et d'autre les troupes ont
repris leurs postes antérieures ; nous avons cependant gagné
une portée de canon de terrein .
L'avant-garde aux ordres du général Kelmen s'est battue
avec son courage ordinaire . Elle a tué ou bléssé à l'ennemi
600 hommes. Dans toute cette affaire , notre perte a été peu
considérable ; il passe pour constant que l'ennemi a perdu
beaucoup.
Dubois Dubay , commissaire de la Convention , combattait
à l'avant-garde et a mis lui-même le feu aux canons .
Une lettre du ministre de la justice annonce à la Cónvention
que les citoyens Conti , Egalité pere et ses deux fils
et la citoyenne Bourbon sont constitués en état d'arrestation
au château Notre- Dame à Marseille.
Sur le rapport de Barrere , l'Assemblée décrete qu'il sera
( 78 )
pris sur l'extraordinaire de la guerre , les fonds nécessaires
pour indemniser les alliés de la République des armemens et
dépenses qu'ils feront pour seconder le développement de
ses forces contre ses ennemis .
Le comité d'agriculture et de commerce avait été chargé
de présenter la rédaction d'une loi sur les subsistances d'après
les bases précédemment décrétées . Un membre de ce comité
a fait lecture du projet de décret . Le voici tel qu'il a été
adopté.
Décret sur les subsistances.
Art. Ier. Immédiatement après la publication du présent
décret , tout marchand , cultivateur ou propriétaire quelconque
de grains et farines , sera tenu de faire à la municipalité
du lieu de son domicile la déclaration de la quantité et de la
nature des grains ou farines qu'il possede ; et , par approximation
, de ce qui lui reste de grains à battre les directoires
de districts nommeront des commissaires pour surveiller l'exécution
de cette mesure dans les diverses municipalités.
:
II. Dans les 8 jours qui suivront cette déclaration , des officiers
municipaux , ou des citoyens par eux délégués à cette
effet , vérifieront les déclarations faites , et en dresseront le
résultat .
III. Les municipalités enverront sans délai au directoire de
leur district un tableau des grains et farines déclarés et vérifiés
; les directoires de districts en feront passer sans retard
le résultat au directoire de leur département , qui en dressera
un tableau général , et le transmettra au ministre de l'intérieur
et à la Convention nationale .
IV. Les officiers municipaux sont autorisés , d'après une
déliberation du conseil - général de la commune , à faire des
visites domiciliaires chez les citoyens possesseurs de grains ou
farines , qui n'auraient pas fait la déclaration préscrite par
l'article ler , ou qui seraient soupçonnés d'en avoir fait une
frauduleuse .
V. Ceux qui n'auront pas fait la déclaration prescrite par
l'article Ier. , ou qui l'auraient faite frauduleuse , seront punis
par la confiscation des grains ou farines non déclarés , au profit
des pauvres de la commune.
VI . Il ne pourra être vendu des grains ou farines que dans
les marchés publics ou ports où l'on a coutume d'en vendre ,
à peine d'une amende qui ne pourra être moindre de 300 liv. ,
et plus forte de 1000 liv . , tant contre le vendeur que contre
l'acheteur solidairement.
VII. Pourront néanmoins les citoyens s'approvisionner chez
les cultivateurs , marchands ou propriétaires de grains de leurs
cantons , en rapportant un certificat de la municipalité du lieu
de leur domicile , constatant qu'ils ne font point de commerce
de grains , et que la quantité qu'ils se proposent d'acheter , et
箍
( 79.)
1
qui sera déterminée par le certificat , leur est nécessaire pour
leur consommation d'un mois seulement , sans qu'ils puissent
excéder cette quantité . Les municipalités seront tenues d'avoir
des registres de ces certificats , sous le n°. correspondant à
celui porté sur chacun d'eux .
VIII. Les directoires de départemens sont autorisés , d'après
l'avis des directoires de district , à établir des marchés dans
tous les lieux où ils seront jugés nécessaires , sans qu'ils puis
sent supprimer ancun de ceux actuellement existans .
IX . Les corps administratifs et municipaux sont également
autorisés , chacun dans son arrondissement , à requérir tout
marchand , cultivateur ou propriétaire de grains ou farines ,
d'en apporter aux marchés la quantité nécessaire pour les tenir
suffisaminent approvisionnés .
X. Ils pourront aussi requérir des ouvriers pour faire battre
les grains en gerbes , en cas de refus de la part des fermiers ou
propriétaires .
XI. Les directoires de département feront parvenir leurs
réquisitions aux directoires de district , et ceux - ci aux municipalités
qui seront tenues d'y déférer sans délai .
XII. Nul ne pourra se refuser d'exécuter les réquisitions
qui lui seront adressées , à moins qu'il ne justifie qu'il ne
possede pas des grains ou farines au- delà de sa consommation ,
jusqu'à la récolte prochaine , et ce à peine de confiscation des
grains ou farines excédant ses besoins ou ceux de ses colons ,
métayers , journaliers et moissonneurs .
XIII . Le conseil exécutif provisoire est autorisé , sous la
surveillance du comité de salut public , à prendre toutes les
mesures qui seront jugées nécessaires pour assurer l'approvisionnement
de la République .
XIV . Le ministre de l'intérieur est également autorisé à
adresser aux départemens dans lesquels il existera un excédent
de subsistances , les réquisitions nécessaires pour approvisionner
ceux qui se trouveraient n'en avoir pas une quantité
suffisante .
XV. Tout citoyen qui voudra faire le commerce de grains
ou farine , sera tenu d'en faire la déclaration à la municipalité
du lieu de son domicile : il lui en sera délivré extrait en forme
qu'il sera tenu d'exhiber dans tous les lieux où il ira faire ses
achats , et il sera constaté en marge , par les officiers préposés
dans ces lieux à la police des marchés , la quantité de grains ou
farines qu'il y aura achetés .
XVI . Tous marchands en gros ou tenant magasin de grains
ou farines , seront tenus d'avoir des registres en regle où ils
inscriront leurs achats et leurs ventes , avec indication des
personnes auxquelles ils auront acheté ou vendu .
XVII. Ils seront tenus en outre de prendre des acquits-àcaution
dans le lieu de leurs achats , lesquels seront signés du
maire et du procureur de la commune du lieu ou en leur
( 80 )
absence par deux officiers municipaux ; de les faire décharger
avec les mêmes formalités dans le lieu de la vente , et de les
représenter ensuite à la municipalité du lieu de l'achat , le
tout à peine de confiscation de leurs marchandises et d'une
amende qui ne pourra être moindre de 300 liv. , ni excéder
1000 liv.
XVIII. Ces acquits - à - caution seront délivrés gratuitement
sur papier non-timbré , et portés sur des registres tenus par
les municipalités.
XIX. Tout agent du gouvernement pour les approvisionne
mens de l'armée et de la marine , tout commissionnaire de
grains , soit des corps administratifs , soit des municipalités ,
seront assujettis aux mêmes formalités ; et en outre , de faire
porter sur leurs acquits- a - caution le prix de leurs achats .
XX. Il est expressément défendu aux dénommés dans l'article
précédent , de faire aucun commerce de grains ou farines
pour leur propre compte , à peine de confiscation et d'une
amende qui ne pourra être moindre de la valeur des grains ou
farines confisques , ni excéder 10,000 liv .
XXI . Il est également défendu à tout fonctionnaire publie
de s'intéresser directement ni indireetement dans les marchés
du gouvernement , à peine de mort .
XXII . Les bladiers ou marchands de grains en détail seront
dispensés de la tenue des registres ordonnés par l'article XVI ,
et seront seulement astreints à prendre les acquits - à - caution ,
conformément à l'article XVII de la présente loi .
XXIII . Les lois relatives à la libre circulation des grains et
et farines continueront à être observées , et il ne pourra y
être porté aucun trouble ni empêchement , en s'assujettissant
toutefois aux formalités prescrites par la présente loi .
XXIV. Les municipalites veilleront avec soin à entretenir le
bon ordre et la tranquillité dans les marchés publics.
XXV. Pour parvenir à fixer le maximum du prix des grains
dans chaque département , les directoires de districts seront
tenus d'adresser à celui de leur département le tableau des
mercuriales des marchés de leur arrondissement , depuis le
1er. janvier dernier jusqu'au 1er . mai présent mois .
Le prix moyen résultant de ces tableaux auquel chaque
espèce de grains aura été vendue entre les deux époques cidessus
déterminées , sera le maximum au-dessus duquel le prix
de ces grains ne pourra s'élever.
Les directoires de département le déclareront dans un arrêté
qui sera , ainsi que les tableaux qui y auront servi de
bases , imprimé et envoyé à toutes les municipalités de leur
ressort , publié et affiché , et adressé au ministre de l'inférieur
.
XXVI. Le maximum ainsi fixé décroîtra dans les proportions
suivantes : Au 1er juin , il sera réduit d'un dixieme
plus , d'un vingtieme sur le prix restant au 1er juillet ; d'um
trentieme
( 81 )
#entieme au 1er août , et enfin d'un quarantieme au 1er sepa
tembre.
sera
XXVII. Tout citoyen qui sera convaincu d'avoir venda ou
acheté des grains ou farines au- delà du maximum fixé ,
puni par la confiscation desdits grains et farines , s'il en est
encore en possession , et par une amende qui ne pourra être
moindre de 300 livres ni excéder 1000 livres solidairement
entre le vendeur et l'acheteur.
XXVIII. Ceux qui seront convaincus d'avoir méchamment
et à dessein , gâté , perdu ou enfoui des grains et farines , seront
punis de mort.
XXIX . Il sera accordé sur les biens de ceux qui seront
convaincus de ce crime une récompense de 1000 liv. à celui
qui les aura dénoncés .
XXX. Les municipalités , commis des douanes , et autres
préposés , veilleront avec exactitude et sous leur responsabilité
à l'exécution des lois contre l'exportation des grains ou farines
à l'étranger.
XXXI. Le présent décret sera envoyé , par des couriers extraordinaires
, dans tous les départemens.
Séance du samedi 4 mai .
La séance s'est ouverte par la lecture de différentes dép ^ - .
ches . Le représentant du peuple dans la Vendée annonce à la
Convention que les révoltés se sont présentés sur plusieurs
points à- la -fois , et que nos troupes redoublent d'ardeur et
de courage pour les combattre ils s'étaient emparés de Mareuil
et de Moutiers ; le chef de brigade , Nouvion , à la tête
de 530 hommes d'infanterie et de 60 hommes de cavalerie les
a dépostés , et ils n'ont échappés aux coups des volontaires
qu'à la faveur des bois où ils se sont retirés , et d'une riviere
qu'il était impossible de passer .
Ils ont été chassés de Beaulieu et ont évacué Aissenay . Ils
ont perdu 50 hommes et on leur a fait quelques prisonniers .
Lacombe Saint-Michel représentant du peuple dans l'isle
de Corse , écrit qu'il a reçu le décret qui ordonne l'arresta
tion du général Paoli . Il ne dissimule pas combien l'exécution
en est difficile dans un pays où Paoli dispose de la force
publique . Mais , ajoute Lacombe , le décret a été envoyé
aux autorités constituées , et je ferai mon devoir.
Deux petits bâtimens Français ont attaqué à la vue dè
Cherbourg , une frégate Anglaise , et l'ont forcée à prendre
le large . Cette nouvelle a été accueillie par la Convention
comme le présage de succès plus importans .
Le général Dampierre envoye à la Convention de nouveaux
détails sur le dernier engagement de nos troupes avee les
Autrichiens ; notre perte est évaluée à 300 hommes nous
avons eu 600 blessés ; lenni u 600 hommes tués ef
1000 blessés.
Tome III,
( 82 )
Les administrateurs da département des Hautes Alpes réelament
un secours de cinq cens mille livres qu'ils destinent
à un achat de grains. La rareté des subsistances a porté le
prix du pain à 12 sols la livre , dans l'étendue de leur territoire
. Renvoyé au comité des finances . 100
La légion Germanique qui se rendait dans le département
de la Vendée , a laissé éclater sur la route des sentimens trèspeu
civiques , et même s'est mise en état de révolte ouverte
puisqu'elle a crié , vive le roi et mis bas la cocarde nationale .
Déja les chefs de cette troupe , toute composée d'étrangers
et de déserteurs , sont détenus dans les prisons , et la Convention
a crée une commission de trois de ses membres à
qui elle confere le pouvoir de dissoudre cette légion , s'il y
a lieu.
"
La ville d'Orléans vient de mettre sur pied une troupe de
600 hommes bien armés , bien équipés , et une compagnie de
63 canonniers . Cette troupe , soutenue par des détachemens
de cavalerie , part aujourd'hni pour la Vendée.
La séance s'est terminée par la discussion et l'adoption d'un
long décret sur les secours à accorder aux fami les des militaires
de toutes armes et des marins employés au service de
la République .
Séance du dimanche , 5 mai.
La garnison et les citoyens de Landau jurent , dans une
adresse à la Convention , de s'ensevelir sous les ruines de cette
forteresse , plutôt que d'en permettre l'entrée aux ennemis .
Les véterans en garnison à Saarre - Louis , indignés de la
trahison de Dumourier , ont envoyé une adresse à tous les
vétérans , leurs camarades , répandus dans ce département pour
les inviter à se rendre sur les remparts des villes frontieres .
Nous avons jetté nos premiers regards sur la Convention
,, nationale , disent- ils ; alors serrant nos armes contre notre
,, sein , nous avons pris cet arrêté , et nous avons fait part å
" tous nos freres d'armes que nous étions déterminés à nous
,, ensevelir sous les ruines de nos villes , plutôt que de baisser
les ponts aux ennemis de notre liberté . ",
Deux députés extraordinaires du Montblanc demandent des
armes et de l'artillerie pour l'armée des Alpes . Cette pétition
est renvoyée au comité de salut public.
Les commissaires , envoyés à Nice , écrivent que le zele des
citoyens de ce département s'accroît tous les jours . Ils ne se
sont point contentés de fournir leur contingent pour le recrutement.
Une compagnie franche a été formée au- delà du contingent.
A la lettre des commissaires est jointe une notice de
plusieurs dons patriotiques .
Les corps administratifs de Bordeaux demandent des frégates
pour protéger la sortie des navires qui sont dans le port
de cette ville , et qui sont destinés pour les isles de l'Amérique.
( 83 )
Deux citoyens , députés par le département de la Vienne ,
voisin des départemens révoltés , sollicitent des see ours en
hommes et en argent. Un membre observe que douze mille
hommes , d'anciennes troupes , sont en route pour la Vendée ;
que l'on a pris des voies tres -promptes pour leur arrivée ; mais
qu'il importe de ne point publier les dispositions qui ont été
faites pour assurer le succès de leurs armes .
Une lettre des représentans du peuple près les armées du
Nord , donne de nouveaux détails de l'affaire du 1er . mai .
Nous avons fait , disent-ils , au corps d'armée ce que Dubois-
Dubay faisait à l'avant-garde . Quelques corps se sont particulierement
distingués , et notamment les Belges , la compagnie
de chasseurs des Quatre-nations , et le quatorzieme
bataillon d'infanterie légere . Un volontaire blessé s'est écrié en
nous voyant : Vive la Nation ! Plusieurs avant d'expirer , ont
crié : Vive la République !
On a trouvé sur un adjudant Prussien , qui a été tué dans
cette affaire , des papiers importans , tels qu'un plan de la
présente campagne ; la marche des troupes commandées par
le duc d'Yorck ; un mémoire sur l'etat de l'armée de Clairfait ,
mémoire d'où il résulte que cette armée a besoin de renfort.
Une députation des sections de l'Observatoire , du Finistere ,
des Sans - Culottes et du Panthéon Français , vient à la barre
présenter plusieurs demandes . 1 ° . Le complément de la déclaration
des droits de l'homme . 2 ° . La discussion de la cons
titution . 3º . L'établissement d'une éducation nationale . 4º . Une
regle de police qui oblige les députés à assister à ces impor
tantes délibérations . 5 ° . Le recensement annuel de toutes les
denrées , pour que le maximum en soit fixé . 6. Un mode général
et uniforme de recrutement. 7° . Des fonds pour les pa
rens peu fortunes des défenseurs de la patrie . 8 ° . La preference
en faveur des peres de famille pour les places d'administration
. 9º . Le rapport du décret qui a déclaré calomnicuse
la pétition de la commune de Paris , pour le rappel de vingi
deux députés . 10°. Un prix pour la tête des Capets rebelies
et fugitifs . 11 ° . Le remplacement de la garde soldée par de
braves Sans- culottes .
?
Un citoyen de la section du Panthéon a demandé , par
addition , que les troupes soldées , tant à pied qu'à cheval ,
qui se trouvent à Paris , sans en excepter la garde d'honneur
de la Convention , marchent à l'armée sur- le - champ .
La Convention a admis les pétitionnaires à defiler dans la
salle , et a renvoyé leur pétition au comité de salut public ,
pour en faire le rapport.
Des commissaires de la section de Bon - conseil viennent
faire part à la Convention d'un arrêté pris hier par cette
section , dans lequel ils renouvelleut le serment de faire respecter
la Convention nationale , de garantir la sûreté de tous
ses membres indistinctement , et la liberté de leurs opinions ;
F &
( 84 )
d'assurer de même la liberté des citoyens et la propriété . Ils
s'engagent pour cet effet à se rendre exactement aux assemblées
de la section .
Les commissaires de cette section sont invités aux honneurs
de la séance . Marat déclare que ce sont des intrigans qui ont
causé du trouble dans leur section ; mais Vergniaux prouve
que les principes qu'ils ont exposés ne sont pas de ceux qui
troublent habituellement la République , et la Convention ,
après de vifs débats , ordonne l'impression de la pétition et
l'envoi aux départemens.
On
Séance du lundi 6 mai.
On a fait lecture de trois pieces apportées à la Convention
par un courier extraordinaire , venu de Marseille .
La premiere piece est une lettre de la commune de cette
ville , datée du 1er mai . Les sections de Marseille , y estil
dit , ont arrêté de vous envoyer des commissaires pour
vous présenter une pétition . Ils vous offriront aussi le tableau
fidèle de la situation de cette ville . Vous verrez quels sont
les principes qui l'animent. Les Marseillais ont juré de maintenir
la République , la liberté , l'égalité et l'observation des
lois. "
J
La seconde piece est une proclamation de la municipalité .
Citoyens , disent ces magistrats , les complots des ennemis
de l'intérieur sont déjoués ; les intrigans et les agitateurs sont
connus ; le peuple de Marseille s'est levé tout entier ; les
sections sont en permanence.
La troisieme piece est une circulaire adressée par la municipalité
de Marseille à tous les départemens voisins . Cette
circulaire a , pour objet , de démentir les bruits faussement
répandus que Marseille est en état de contre - révolution , que
le sang y a coulé , et que les patriotes y gémissent sous l'oppression.
Notre voeu constant , attestent les officiers municipaux
, est de défendre la liberté et l'égalité . Défiez - vous
donc de ceux qui , sous le nom de commissaires Marseillais
chercheraient à vous exciter contre nous . " ,
On lit ensuite une lettre du procureur-général - syndic du
département du Var , où il annonce qu'à la suite d'un mouvement
qui a eu lieu dans le port de Toulon , vingt - trois
personnes ont été arrêtées et vont être jugées par la loi .
La cause de ces desordres , a dit un membre , est dans la
mauvaise composition des états majors de la marine . Il a
demandé que le ministre fût tenu de remettre au comité de salut
public et de marine , la liste des officiers , et qu'ils fussent
soumis à une censure très -sévere. Cette proposition a été
adoptée.
Trois citoyens se plaignent d'avoir été arrêtés et emprisonnés
pour l'adresse qu'ils ont présentée , hier , au nom de
la section de Bon- Conseil . Vergniaux demande que le maire,
85Y
de Paris soit tenu de rendre compte , séance tenante , par
écrit des motifs de leur arrestation . Après de vifs débats cette
proposition est adoptée , et l'Assemblée décide en
qu'elle ne prononcera qu'après avoir entendu les citoyens
détenus .
outre ,
Cette séance s'est terminée par la lecture des instructions
d'après lesquelles les représentans du peuple près les armées
de la République doivent régler leur conduite .
"
Nota. Dans la séance du samedi , 4 mai , le général Westermann
mis en état d'arrestation à la nouvelle de la trahison
de Dumourier , a été honorablement acquité de tout
soupçon , et remis en liberté , sur le rapport de Lecointre de
Versailles :
PARIS , 9 mai 1793.
Il est des personnes qui se plaisent à grossir les dangers de
notre situation civile et politique , comme il en est qui cherchent
à se les déguiser. Nous éviterons de tomber dans ces
deux extrêmes , parce que ce n'est pas la vérité , et que c'est
mal servir la chose publique que de propager le découragement
ou une insidieuse sécurité .
Notre position à l'extérieur n'est nullement inquiétante . Du
côté du Nord , nos frontieres sont bien garnies et bien appro
visionnées , nos troupes dans les dispositions les plus républicaines
, nos recrues se disciplinent et s'accoutument au
feu. On ne fait qu'une guerre de postes , où nous avons presque
toujours l'avantage . L'ennemi se tient toujours en observation
sans tenter aucune entreprise , soit qu'il attende son artillerie
de siége , soit que la mésintelligence regne entre les puissances
coalisées , soit qu'elles jugent que nos troubles intérieurs et
nos funestes dissensions ne sont pas encore arrivées au terme
qu'elles desirent. Le partage de la Pologne et l'invasion de
la Baviere , que l'on dit être très-prochaine , de la part de
l'Autriche , doivent jetter l'effroi parmi cette multitude de
petites puissances qui craignent avec raison d'être dévorées à
leur tour. L'Angleterre peut- elle voir sans inquiétude l'aggrandissement
de la maison d'Autriche et des armées nombreuses
si près de la Hollande .
―
Sur le Rhin , l'armée de Custine et celle de Mayence sont
dans l'état le plus respectable. Tout est fortifié de maniere à
faire la plus longue et la plus vigoureuse résistance et à lasser
les efforts des ennemis. L'armée du Var obtient chaque jour
de nouveaux avantages . Celle des Pyrénées n'est pas dans
une situation aussi favorable ; il paraît qu'on a trop négligé
cette partie de nos frontières ; mais la position des lieux , la
lenteur des Espagnols , le courage des Basques et des peuples.
meridionaux , secondé bientôt par de nouveaux renforts suf
F 3
( 86 )
firont pour mettre notre territoire à l'abri de toute incursion
sérieuse . En un mot , les puissances coalisées s'épuisent
d'hommes et d'argent , et si nous avions bientôt un gouvernement
et une constitution , on les verrait faire les premieres
des ouvertures de paix et reconnaître l'indépendance et la
souveraineté de la Képublique française . Voilà notre position
au dehors.
Les troubles au dedans sont l'objet de notre plus grande
sollicitude , les progrès des rébelles deviennent chaque jour
plus alarmans. Ces rassemblemens ont été trop dédaignés dans
le principe . Au lieu de les attaquer en masse , on ne leur a opposejusqu'ici
que des corps partiels et insuffisans . Deux colonnes
marchent l'une sur Tours , l'autre vers Rochefort et la Rochelle.
Ce n'est pas que nous pensions , malgré les lettres qui ont été lues
à la Convention , que ces rassemblemens soient au nombre de
200,000 hommes , il y a sûrement de l'exagération dans ce
calcul ; mais quels qu'ils soient , ils sont trop considérables.
pourur qu'on ne se hâte d'y envoyer promptement des forces
considérables et sur-tout des troupes de ligne et de l'artillerie .
On dit que l'on fait marcher 6 hommes par compagnie ; il eût
mieux valu détacher plusieurs régimens , des corps complets et
tout organisés , qui ont de l'ensemble et de la confiance dans
leurs chefs , valent mieux que des fractions de différens corps
qu'il faut organiser . Les renforts que l'on destinait
pour l'armée
des Pyrénées seront employés contre les rebelles . On a
annoncé l'arrivée prochaine de Biron , et Biron n'arrive point.
On a proposé dans la derniere séance de la Convention , de
publier des adresses propres à ramener ceux des révoltés qui
pourraient n'être qu'égarés. L'instruction eut sans doute produit
un bon effet , si on l'eut employée à terns ; mais aujourd'hui
que le fanatisme a travaillé à loisir ces hommes ignorans
et crédules , et qu'on leur a persuadé que ceux qui étaient
frappés du canon ressuscitaient après trois jours , on sent que
des adresses deviendraient une arme fort inutile : tout ce qu'on
pourrait faire , ce serait de promettre pardon et amnistie à tous.
les habitans des campagnes qui poseraient les armes dans un
délai fixé .
Quelque inquiétante que soit notre situation intérieure , nous
ne balançons pas a le dire , nous en sortirons promptement ,
si la Convention se prononce avec énergie et persévérance ;
si elle lutte courageusement contre tous les obstacles , si tous
les citoyens de la République sont bien pénétrés de la néces
sité de mettre enfin un terme à l'anarchie et à la désorgani
sation , de faire respecter les autorités constituées , d'obéir aux
lois et de se rallier autour des représentans du peuple , dont
la dissolution est une des branches du complot des ennemis
du bien public ; si l'esprit public se monte non à la hauteur
de l'exagération et du délire , mais à celle des principes , sans
lesquels aucune organisation sociale ne peut subsister , si la
( 87 )
haine des provocateurs
de troubles est égale à celle des rois. Déja la ville de Marseille
a senti cette vérité , et pour opérer
cette révolution
salutaire , il a suffi aux citoyens de se réunir dans les sections et de les rendre permanentes
. A Bordeaux
,
qui a donné déja tant de preuves de civisme , sans se livrer
2 un seul écart , on vient de lever encore 1500 hommes pour marcher
contre les rebelles. La société populaire
de cette
ville , contre laquelle les agitateurs
ont lancé tant de calom- nies , a fait un appel nominal de ses membres , et a demandé à chacun pourquoi
il ne partait pas , et quel homme il avait mis à sa place. Chacun s'inscrit volontairement
ou paie pour
ceux qui partent.
1
cette
A quoi tient-il que la ville de Paris n'ait pas montré dans ce nouveau danger de la patrie cet empressement
et ardeur qui enflammait
tous les courages
après la prise de
Verdun ! J'en dirais bien la principale
raison ; mais l'esprit
de parti ne la trouverait
pas de son gré ; c'est ce funeste esprit
de parti , plus redoutable
que les armées ennemies , qui éteint l'esprit public et glace le patriotisme
. On ne voit plus la
République
, on ne voit que les individus
et leurs passions.
On a proposé de tirer le canon d'alarme , et de faire arrêter
de
tous les traîtres et tous les gens suspects ; mais ce n'est pas bruit qu'il faut pour réchauffer
le zèle , c'est de l'union ,
l'ensemble
et de la fraternité . Ce sont précisément
ces arrestations
vexatoires
et arbitraires
qui sont devenues un véritable sujet d'alarme. On redoute les haines et les vengeances
de
parti , parce qu'elles sont terribles , et aveuglément
dirigées ,
et l'on souge moins an péril des départemens
voisins qu'au
sien propre .
du
Le conseil de la commune avait arrêté un mode de recru- tement ; mais il a indisposé toutes les sections . On confiait à six membres de chaque comité révolutionnaire
, assisté d'un officier municipal et de l'état major de chaque bataillon , le pouvoir de désigner les personnes qui devaient partir ; mais on a trouvé cette mesure trop arbitraire , parce qu'en général
ces comités révolutionnaires
, dont la formation s'est ressentie de l'esprit de parti , n'avaient pas la confiance de tous les ci- toyens ; aussi dans la plupart des sections s'est - on empressé
de renouveller
ces comités. On a demandé que la Convention
fixât elle -même ce mode , et la Convention
s'en est rapportée à la sagesse des admi- nistrateurs et au zèle des citoyens . Ce renvoi , cette incertia
dû apporter
tude , ce défaut de base fixe et uniforme naturellement
du retard dans le recrutement
. Les gens maries voulaient que les jeunes gens partissent de préférence
, et ceux-ci soutenaient
que les dangers étant communs à tous tous devaient y participer indistinctement
. Cette lutte a produit beaucoup de chaleur dans les sections . Dans quelques- unes on a admis la voie du tirage au sort , mesure qui à la vérité
F 4
B
( 88 )
exclud l'arbitraire , mais ne garantit point d'un autre abus ,
celui de tomber sur des incapables , des inexpérimentés , et
peut-être même des malveillans . Dans toutes on a ouvert un
registre d'inscription volontaire et un registre de contribution
; on offre une somme qui a varice de 2 à 300 liv. pour
chacun de ceux qui s'enrôleraient ; quelques-unes ont demandé
que tout ce qu'il y avait de troupes soldées à Paris , tant en
infanterie que cavalerie , montant à 3,000 hommes , fussent
tenues de partir , et elles ont été mises à la disposition du
pouvoir exécutif.
Le commandant-général Santerre veut marcher à la tête du
corps de recrutement avec six officiers expérimentés , et déja
Il a fait partir ses équipages . On demande 12 compagnies de
canonniers , et un registre particulier d'inscription est ouvert
pour eux . Enfin la Convention a envoyé hier au soir deux de
ses membres dans chaque section , pour y ramener fraternellement
le patriotisme et accélérer le recrutement ; elle a arrêté
de plus que les fonds provenants de la contribution volontaire
seraient mis dans une masse commune , pour être distribués
également . Voilà l'état des choses au moment où nous écrivons
. Les enrôlemens volontaires se font avec activité , et les
dons se multiplient dans toutes les sections . Mais combien de
tems ne faudra-t-il pas encore avant que ce recrutement soit
équipé et en état de partir .
à .se
La crainte de l'arbitraire et le defaut de mode de recru
tement avait engagé quatre ou cinq cents jeunes gens
rassembler d'abord au Luxembourg , puis aux Champs-Elisées ,
pour rédiger une pétition à la Convention nationale . Ce rassemblement
a paru inquiéter, Des sections l'ont dénoncé au maire ,
à la commune et au commandant général ; plusieurs de ces
jeunes gens ont été arrêtés : mais leur section les a réclamés ,
et celle du Pont-neuf entr'autres les a mis sous sa sauvegarde.
On a dit que ces jeunes gens criaient vive le roi , et
que plusieurs avaient pris la cocarde blanche . Le fait a été
démenti dans la Convention , et l'on a assuré qu'ils n'avaient
fait entendre d'autres cris que ceux de vive la Nation , vive la
République , vive la Loi,
Jamais les sections n'ont été plus nombreuses , l'intérêt
personnel y porte les citoyens autant que l'intérêt public .
Cette affluence a dû contrarier nécessairement ceux qui étaient
en possession d'y domixer , et l'esprit a dû changer dans plusieurs
sections , De - là l'arrêté et l'adresse de la section de Bon-
Conseil qui a mérité des applaudissemens à la Convention ,
et de la part du Maire des ordres d'arrêter les commissaires
qui l'avaient présentée , De- là la lettre écrite à Chaumet par
la section de l'unité . Il en résulte des chocs très - violens dans
les sections ; souvent un parti révoque le lendemain ce que
l'autre a arrêté la veille , L'esprit de passion est tel que propo
ser unité et indivisibilité de la République , respect et obeis-
<
( 89 )
sance à la loi , sûreté des personnes et des propriétés , confiance
et ralliement dans la Convention , amour de l'ordre et haine de
l'anarchie , est devenu un sur moyen d'être traité d'aristocrate ,
de royaliste , de traître , de contre- révolutionnaire et d'ennemi public,
Que les dénominations aveugles et passionnées ne détournent
point les citoyens de se rendre à leur section ; qu'il mettent
de la persévérance à remplir un devoir civique dont ils
n'auraient jamais dû s'affranchir ; qu'ils y portent un patriotisme
pur , les vrais principes républicains et du courage , et
tôt ou tard les passions seront obligées de se taire , les intrigans
perdront leur influence et la chose publique sera sauvéc .
TRIBUNAL
RÉVOLUTIONNAIRE.
Nous avons annoncé que Marat avait été acquitté par le tri.
bunal. Mais les détails de cette affaire sont trop précieux , ils
Occuperont une place trop importante dans l'histoire de la
révolution , pour que nous n'en mettions pas le tableau fidele
sous les yeux de nos lecteurs . Les réflexions seraient ici fort
inutiles ; que pourrions-nous mettre à la place des choses ?
Audience du mercredi 24 avril. Affaire de Jean - Paul Marat , né à
Baudry , comté de Neufchâtel , en Suisse , député à la Conven
tion nationale.
Marat entre à l'audience . La salle retentit d'applaudisse.
mens.
Marat . Citoyens , ce n'est point un coupable qui paraît devant
vous , c'est l'apôtre et le martyr de la liberté ; ce n'est
qu'un groupe de facticux et d'intrigans qui a porté le décret
d'accusation contre moi,
Interrogé de ses noms , surnoms , âge , qualité , lieu de naissance
; a répondu s'appeller Jean- Paul Marat , docteur en médecine
, député de Paris à la Convention nationale , âgé de
49 ans , demeurant à Paris , rue des Cordeliers , section du
Théâtre-Français .
Thinville , accusateur public , fait lecture de l'acte d'accusa
sation et des pieces à l'appui.
Acte d'accusation .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de législation dans la séance du 13 de ce mois ,
sur les délits imputés à Marat , l'un de ses membres , l'a décrété
d'accusation , et a renvoyé au même comité pour rédiger
et lui présenter l'acte d'accusation qui suit :
Il résulte de l'examen , des différens numéros du journal de
Marat , et notamment des numéros 1er . , 40 , 80 , 133 , 136 ,
137 , 138 ; des 25 septembre , 8 novembre et 21 décembre
1
( 90 )
1792 ; 25 et 28 février , ier . et 2 mars 1793 , et d'un écrit du
30 du même mois de mars , intitulé : Profession de foi de Marat ;
que celui - ci est prévenu d'avoir évidemment provoqué le
meurtre et l'assassinat , d'avoir conseillé les exécutions populaires
, d'avoir dit que dans tout pays où les droits du peuple
ne sont pas de vains titres , le pillage de quelques magasins
, à la porte desquels on pendrait les accapareurs , mettrait
fin à leurs malversations ; " qu'il fallait laisser les mesures re
répressives
des lois , et que les seules efficaces étaient des mesures
révolutionnaires , lesquelles mesures prétendues révolutionnaires
ont été suivies , puisque le jour même où il prêchait le pillage ,
où son journal avait paru le matin , le pillage a eu lieu chez les
épiciers de la ville de Paris , les 25 et 26 février ; que ce delit
est de nature à mériter peine afflictive , aux termes de l'article
XXXIX , section II , titre II , et article II , titre III , partie 2º .
du code pénal , ensemble aux termes de l'article V , section V,
titre 1er. , partie 20. du même code pénal .
Il résulte également du même examen et des numéros 1er . ,
5 , So et 84 du même journal , des 25 et 29 septembre , 21
et 25 décembre 1792 ; que Marat est prévenu d'avoir , dès
avant la Convention , provoqué un pouvoir attentatoire . à la
souveraineté du peuple , sous les noms de tribun militaire , dic
tateur , triumvir ; d'avoir , postérieurement au décret du 4 dé- .
cembre 1792 , prononçant la peine de mort contre quiconque
provoquerait la royauté , dit , dans son numéro 80 , qu'il n'altendait
rien de bon des législateurs de l'Empire Français , presque
tous sans lumieres , sans talens , sans judiciaire , sans vertus , sans
civisme ; que la Convention dans laquelle le peuple a placé ses
dernieres espérances , ne saurait aller au but , composée comme
elle l'est ; d'avoir dit , par suite du numéro 80 , dans son numéro
84 , que la nation serait forcée de renoncer à la démocratie ,
pour se donner un chef, la Convention ne s'élevant pas à la hauteur
de ses importantes fonctions ; que ce délit est de nature à
mériter peine afflictive , aux termes du décret du 4 décembre
dernier.
Il résulte encore de l'examen des pieces , et notamment des
numéros 26 , 70 , 76 , 85 , 100 , 109 , 115 , 116 , 128 , 138 , 148 ,
153 , 159 , 160 et 163 , des 20 octobre , 9 , 17 et 27 décembre
1792 ; 16 et 28 janvier ; 7 , 8 et 20 février , 2 , 20 et 27 mars ;
3 , 4 et 7 avril présent mois ; de la circulaire signée Marat , et
de plusieurs numéros rapportés sur les deux délits précédens ,
que Marat est prévenu d'avoir avili la Convention , les autorités
constituées , et d'avoir provoqué la dissolution de la Convention
, en disant qu'il existait au sein de la Convention une
faction criminelle , composée d'hommes vils et profondément scélérats ;
d'hommes atroces , s'efforçant d'allumer la guerre civile ; une faction
étrangere à la patrie , ennemie de toute égalité et de toute liberté ,
composée d'hommes dékontés , assouvissant leurs passions criminelles ,
se gorgeant des dépouilles du peuple , et tyrannisant la nation au nom
de la loi.
( gr )
En écrivant que cette faction , dite des royalistes , était celle
des hommes d'Etat , de l'appel au peuple , de la détention , ou des
ennemis de la patrie et des contre - révolutionnaires ; qu'ils étaient
conjurés avec les perfides géneraux , les directoires de districts
et de départemens , les membres des tribunaux , les aristocras
tes , les émigrés et les puissances étrangeres ; que les hommes
d'Etat avaient perdu la confiance du peuple , et qu'ils ne pouvaient
plus y prétendre ; que ces délits sont de nature à meriter
peine afflictive , suivant le décret du 29 mars dernier , qui condamne
à mort les provocateurs de la dissolution de la Convention
.
La Convention nationale accuse Marat , l'un de ses membres ,
devant le tribunal criminel extraordinaire , comme prévenu
d'avoir provoqué ; 10 le pillage et le meurtre ; 2 ° . un pouvoir
attentatoire à la souveraineté du peuple ; 3 ° . l'avilissement
et la dissolution de la Convention : ordonne qu'il sera traduit
devant ce tribunal , pour y être jugé conformément à la loi .
Le président du tribunal à Marat. Ces écrits sont- ils de vous ?
Marat. Ils sont tous de moi ; je les reconnais à la simple
lecture .
On procede à l'audition des témoins .
Samson - Pégnet , ( anglais ) est interpellé de déclarer s'il counait
un paragraphe insére daus le journal intitulé le Patriote
Français , ainsi conçu Un triste évenement vient d'apprendre
aux anarchistes quels sont les funestes fruits de leur
doctrine affreuse .
"
" Un anglais , dont je tairai le nom , avait abjuré sa patrie ,
parce qu'il détestait les rois ; il vient en France , esperant y
trouver la liberté ; il ne voit que son masque sur le visage
hideux de l'anarchie . Déchiré de ce spectacle , il prend te
parti de se tuer . Avant de mourir , il écrit ces mois que nous
avons lus écrits de sa main tremblante , sur un papier qui est
dans les mains d'un étranger célebre .
" J'étois venu en France pour jouir de la liberté , mais MARAT l'a
assassinée . L'anarchie est plus cruelle encore que le despotisme . Je ne
puis résister au douloureux spectacle du triomphe de l'imbécilité et de
l'inhumanité , sur le talent et la vertu . 99
d'un
Samson-Pégnet . Je connais cette note : elle est , je crois ,
jeune anglais qui a tenté de se tuer , mais heureusement n'est
pas mort de ses blessures . J'ai été très - affligé de la voir dans le
Patriote Français , parce qu'elle tendait à faire croire en
Angleterre que Marat , que je regarde comme un homme
utile , mettait toute la France en combustion .
Le président du tribunal au témoin . Comment se nomme le jeune
anglais qui a voulu se tuer ?
Samson - Pegnet . Il se nomme Johnson , et demeure dans la
maison occupée par Thomas Payne , député à la Convention
nationale , rue du fauxbourg Saint-Denis , nº . 63.
Avez-vous connaissance s'il se tient chez Thomas Payue
( 92 )
-- w
C
--
des conciliabules où paraît avoir été rédigé l'article du Patriote
Français ? Non . Avez-vous connaissance que l'on ait intercallé
le nom de Marat dans cet article , pour le rendre
odieux en Angleterre ? J'ai regardé cet article éomme rédigé
par les enneinis de l'accusé .
Ne pourriez - vous pas dire comment
cet article a été souscrit par Johnson ? Il est à ma
connaissance que Thomas Payne a appelé un jeune anglais ,
nommé Chopia , sur l'escalier , pour lui parler ; mais j'ignore
le résultat de leur conversation . Croyez-vous que ce soit la
1'cture des feuilles de Marat qui ait engagé Johnson à vouloir
se tuer , ou bien si c'est par démence ? - Ce jeune homme
est comme un enfant . Après les malheureux évenemens de la
Belgique , il est tombé dans la misere ses organes en ayant
été altérés , il se peut que , par la lecture de différens écrits
qui annonçaient que les députés qui avaient voté l'appel au
peuple seraient massacrés , son amitié pour Thomas Payne ,
qui était de ce nombre , l'ait porté à se détruire , de peur d'être
témoin de la fin de son ami. Est- il à votre connaissance
qu'on ait tenu chez Thomas Payne des discours tendans à lui
faire croire qu'on voulait le massacrer ? Oui , l'on y a assuré
que Marat avait dit qu'il fallait massacrer tous les étrangers ,
notamment les Anglais .
-
Le président à Marat. Qu'avez -vous à répondre à ce dernier
fait ?
-
Marat. J'observe au tribunal que c'est une calomnie atroce ,
une méchanceté des hommes d'Etat , pour me rendre odieux .
Le président à Samson - Pégnet . Vous êtes-vous trouvé souvent
chez Thomas Payne ? L'assemblée Y est - elle nombreuse ? - Je
n'y ai jamais vu plus de cinq ou six Anglais et un Français .
Avez-vous connaissance que quelques membres de l'Assemblée
s'y rendent ? Je l'ignore.
-
Williams Chopin , Anglais , demeurant dans la maison de Thomas
Payne , dépose que Johnson , qui a voulu se tuer , avait
fait un testament en faveur de Thomas Payne et de lui ; mais
que n'étant pas mort , cet acte est devenu nul .
-
-
Le président. Combien y a-t- il de personnes ordinairement à
la table de Thomas Payne ? Cinq hommes et une dame .
Que dit- on , dans cette maison , de la révolution ? -Je ne
sais pas ce que les autres en pensent ; mais quant à moi , j'en ai
la meilleure opinion . Qu'y dit- on des feuilles de Marat ? - A
peine en ai-je entendu parler. Avez-vous connaissance que
l'écrit de Johnson lui ait été suggéré ? Je l'ignore ; mais ce ,
que je sais , c'est que c'est Johnson lui - même qui l'a rédigé .
Croyez-vous que cet écrit soit le même que celui qui a été
inséré dans le Patriote Français du 16 avril ? - J'ignore si on
y a retranché ou diminué . Savez-vous si les personnes qui
vont chez Thomas Payne sont en liaison avec des députés de la
Convention nationale ?
Brissot y venait- il?
Non . -
- -
---
Je
ne l'y ai jamais vu .
( 93 )
Jean-Marie Girey- Dupré , garde des manuscrits nationaux à la.
bibliotheque de la République , et rédacteur du Patriote Français
, est entendu .
Le président. Connaissez - vous la note insérée dans votre
journal du 16 de ce mois ? Oui , c'est moi qui l'ai envoyée
à l'imprimerie . De qui tenez-vous cette note? De Brissot,
mon ami , qui m'a assuré la tenir de Thomas Payne , à qui
Johnson l'avait remise.
-
Sur le réquisitoire de l'accusateur public , Brissot est invité
à se rendre à l'audience , et le président du tribunal écrit à la
Convention pour l'en instruire . ( L'audience retentit d'applaudi
: semens . )
Marat. Citoyens , ma cause est la vôtre ; je défends ma patrie ;
je vous invite à garder le plus profond silence , afin que les ennemis
qui me persécutent ne disent point que
influencé .
le tribunal a été
Le tribunal lance un mandat d'amener contre l'Anglais
Johnson , qui ne s'était pas rendu à la premiere assignation .
Marat. Je demande que les témoins à entendre , attendent
dans des salles séparées .
Le tribunal fait droit à cette demande.
Le président du tribunal à Girey-Dupré . Quel est l'auteur de la
réflexion qui précede l'écrit de Johnson ? L'écrit et la réflexion
m'ont été remis ensemble .
-
― Brissot continue- t -il la
rédaction du Patriote Français ? C'est moi qui me charge
de toute la responsabilité .
Marat. Je demande qu'on interpelle Girey- Dupré de déclarer
si , pendant le temps qu'il était défendu aux membres de la
Convention de coopérer à la rédaction d'un journal , Brissot
ne lui a pas fait passer quelques articles à insérer dans le Patriote
Français ?
Le président du tribunal fait l'interpellation .
Girey-Dupré. Pendant le tems que la loi a duré , et jusqu'au
moment où elle a été rapportée , Brissot ne m'a rien fourni .
Le président du tribunal. Quel est l'imprimeur du Patriote
Français ? Le citoyen Provost , rue et hôtel de Bussy.
-
Sur le réquisitoire de l'accusateur public , le tribunal ordonne
qu'il sera décerné un mandat d'amener contre l'imprimeur.
Le président annonce que sur la lettre par lui écrite au
président de la Convention nationale , relativement à Brissot ,
elle a passé à l'ordre du jour,
Marat demande que les témoins déja entendus ne soient
point présens aux dépositions que vont faire les autres témoins .
On les fait sortir.
Thomas Payne est introduit . Il dépose , par l'organe d'un
interprête , qu'il ne connaît Marat que depuis que la Convention
est assemblée . On lui donne lecture de la note insérée
dans le Patriote Français du 16 avril . Il répond qu il ne conçoit
pas ce qu'elle peut avoir de rapport avec l'accusation
intentée contre Marat,
哕
( 94 )
!
-
Le présiden . Avez -vous donné une copie de cette note à
Brissot ? Je lui ai fait voir l'original . Le lui avez - vous remis
tel qu'il est imprimé ? Brissot ne peut avoir écrit cette note
que d'après ce que je lui ai lu et ce que je lui ai dit . J'observe
au tribunal que Johnson ne s'est donné deux coups
de
couteau que parce qu'il avait appris que Marat devait le dénoncer
.
Marat. Ce n'est pas parce que je devais dénoncer ce jeune
homme qu'il s'est poignardé , mais bien parce que je voulais
dénoncer Thomas Payne .
Thomas Payne. Johnson avait depuis long-tems des inquiétudes
d'esprit. Quant à Marat , je ne lui ai jamais parlé qu'une
fois dans les couloirs de la Convention ; il m'a dit
peuple Anglais était libre et heurenx ; je lui ai répondu que
ce peuple gémissait sous un double despotisme .
que
le
Pierre Provost , imprimeur du Patriote Français , est entendu .
Il apporte une partie des copies qui ont servi à imprimer le
Patriote Français de ce mois . Il observe au tribunal qu'à l'époque
du 16 avril il était malade , et ne peut en conséquence
produire aucun éclaircissement sur le fait.
Marat demande que ces pieces soient déposées au greffe .
L'imprimeur les dépose sur le bureau .
Le président du tribunal à Marat . Avez-vous quelques observations
à faire sur l'acte d'accusation , ou sur les dépositions des
témoins ?
Marat. J'ai des réflexions générales à faire sur le décret d'accusation
; fort de ma conscience et de l'équité du tribunal , je
provoque moi-même l'examen le plus sévère de ma conduite ,
avaut et depuis la révolution . J'ai écrit long- tems avant en
Angleterre , un ouvrage qui n'a pas peu contribué à la préparer
; à l'approche des Etats-Généraux , je redoublai d'efforts ,
et par nombre d'écrits patriotiques , je ne cessai de réclamer
pour les droits du peuple ; depuis la révolution je n'ai cessé
de l'éclairer , de l'instruire ; j'ai constamment et avec un courage
que rien ne peut ébranler , démasqué les traîtres , qui , sous
le voile de la popularité avaient surpris la confiance et séduit sa
bonne foi, j'ai falt pâlir le tyran sur son trône , et l'ai poursuivi
jusqu'à sa mort ; la plume , dans ma main , étant devenue
pour mes ennemis une arme redoutable , on n'a rien négligé
pour étouffer ma voix et enchaîner ma plume , promesses
, cajoleries , séductions , menaces , persécutions , tout
a été tenté , mais inutilement ; l'Ami du Peuple s'est toujours
montré digne de lui - même et de la juste cause qu'il a constamment
défendue , et qu'il ne cessera de défendre jusqu'à extinction
de chaleur naturelle , puisqu'il s'agit de la liberté et du
bonheur du genre humain. ( Applaudissemens universels )
Le président. Qu'entendez-vous par cette phrase du nº . 84 de
votre journal où vous dites : Que si la démocratie ne l'emporte
pas il faudra bien que la nation se donne un chef ? ,,
( 95 )
Marat . C'est une calomnie atroce ; on a interprêté comme
on a voulu ce que je voulais dire ; on a même poussé l'impudeur
jusqu'à me prêter des intentions que je n'avais pas .
Le président. Qu'entendez-vous par cette phrase de votre numéro
80 , ainsi conçue Voilà les législateurs de l'Empire
Français ! Je desire que le ciel les illumine et les convertisse ;
quant à moi , je n'attends d'eux rien de bon . ,, Expliquez si
par ces mots , vous n'avez pas entendu avilir la Convention nationale?
Marat. Bien loin de l'avilir , j'ai tout fait pour la rappeller à la
dignité de ses fonctions.
Williams Johnson est introduit , il dépose , par l'organe
d'un interprête , qu'il reconnaît la note du 16 avril , insérée
dans le Patriote Français , pour avoir été par lui écrite ; qu'il
ne peut cependant pas affirmer qu'elle soit bien exacte , attendu
qu'il était malade alors ; mais qu'on peut , pour s'en assurer
la confronter à l'original qui est entre les mains de Thomas
Payne.
A l'égard de la réflexion qui précede la note , il déclare
qu'elle n'est point de lui.
Le président. Est-ce à la suite de la lecture de Marat
avez pris la résolution de vous détruire ?
que vous
WilliamsJohnson . C'est après la lecture du journal de Gorsas .
( Applaud ssemens . )
Marat. Citoyens , je vous invite au silence , sans cela vous
nuiriez au triomphe de la liberté .
La fin au No. prochain. )
Jean -Jacques - Pierre d'Esparbés , âgé de 72 ans , lieutenantgénéral
des armées ds la République , et ci - devant gouverneur
- général de St. Domingue , a été déchargé d'accusation
sur la déclaration unanime du jury , portant qu'il n'était pas
constant qu'il eût refusé de faire agir la force publique après
en avoir été requis légalement ; qu'il eût par abus de ses fonctions
provoqué directement les citoyens militaires à désobéir
aux autorités légitimes , et qu'il eût pratiqué des manoeuvres ,
tendantes à ébranler la fidélité des officiers , soldats et autres
citoyens français envers la nation .
2 Le 2 mai. Antoine Juseau , âgé de 23 ans fils d'un négociant
d'Angoulême , a été condamné à mort sur la déclaration
unanime du jury , portant qu'il avait émigré vers la fin de
septembre , ou dans les premiers jours d'octobre 1792 , et
qu'il était rentré sur le territoire de la République dans le
courant du mois de mars 1793 .
Le 6. François - Auguste-Renaud Beauvoir , ci- devant comte
de Mazu , âgé de 34 ans , né à Constantinople , fils d'un Français
alors ministre ou chargé d'affaires du roi de France près
.
( 96 )
Porte ; Paul -Pierre Kolly , âgé de 54 ans , ci -devant fermier
général , demeurant à Paris ; Magdeleine - Françoise -Joséphine
de Rabeck son épouse , âgée de 34 ans , auparavant veuve de
René Pucot , négociant à l'Orient ; et Jean - Nicolas Bréard , âgé de
54 ans , né à Rochefort , département de la Charente , ancien
commissaire de la marine , ont été condamnés ce jour à la mort ,
sur la déclaration unanime de dix jurés ( il y en avait onze au
débat ) , portant que depuis le mois de juin 1792 , jusqu'au
10 janvier 1793 , il avait existé un projet de rétablir , sous
le nom de caisse de commerce , une caisse ci - devant dite de
Bussi , dont le but apparent était de faire revivre cette caisse
qui était en faillite , et le but réel de faire des emprunts considérables
d'argent pour les ci- devant princes , et de préparer ,
par que grande émission de billets de cette caisse , le discrédit
et l'anéantissement des assignats en France ; que Beauvoir
trouvé nanti d'une autorisation donnée à cet effet par les freres
de Louis Capet , était un des principaux agens des manoeuvres
employés pour ce projet . Que la femme Kolly avait sciemment
participé à ces manoeuvres , et que Kolly et Bréard , deux des
principaux intéressés au rétablissement de cette caisse , connaissaient
les manoeuvres , et avaient eu des intentions criminelles
et contre - révolutionnaires .
Les trois hommes ont été exécutés le 7 sur la place de la
Réunion ; il y a eu un sursis à l'égard de la femme , qui a
déclarée être enceinte .
Un incident remarquable dans l'instruction de ce procès ,
c'est qu'un des témoins qui chargeait Beauvoir avait déposé
que le projet d'établissement de la caisse de commerce au
profit des ci- devant princes , avait été communiquée par Beauvoir
à l'ex-ministre Roland qui l'avait approuvé . Roland est
mandé aussi - tôt par le tribunal . Le témoin ayant été confronté
à Beauvoir , celui - ci déclara qu'il était bien étonné de la déposition
du témoin , qu'il ne connaissait point le citoyen
Roland , et ne lui avait jamais parlé . Roland introduit ensuite
et après avoir entendu la lecture de la déposition du témoin
a répondu que jamais le projet de Beauvoir ne lui avait été
communiqué , et qu'il ne connaissait point ce citoyen . Les
réflexions sont ici superflues. Le bruit courut aussi - tôt dans
tout Paris que Roland avait été arrêté et traduit au tribunal
révolutionnaire .
.?
Jer . 135.
( N°: 94.1793. )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 18 MAI , l'an deuxieme de la République.
P
EPIGRAM ME.
JAMAIS Dangeau ne viola
La pureté grammaticale ,"
Et sur ce point je crois qu'il à
Sou innocence baptismalė .
Par M. Di
J.
ረ .
LOGO GRIP HE.
$
E trouve tous les jours de nouveaux courtisans
j'ai l'art dè les fixèr ; je fais peu d'inconstans
On me veut à la mode , aussi je m'y conforme ;
Car je change souvent de couleur et de forme .
Chacun de mes amis , quand j'ai le ventre plein ,
Autour de moi s'empressé , et me fait un farcin .
Quand j'ai le dedans èreux , je reçois au contraire .
tikon me dónde souvent upout cadeau , pour salaire .
Veux-tu sur mon sujet t'amuser plus long-temps ,
Transpose mes neuf pieds , place - les en tout sens ?
Chez moi tu pourras voir une triple couronne ;
Un très-petit réduit qui ne plaît à personne ;
Un bon mets pout le chat , une conjonction ;
D'un naturel fougueux la vive émotion ;
1
206.3
,, ;
Ce qui suspend la guerre , une note , un légume
Une liqueur qui plaît, malgré son amertume ;
Ce que laisse après soi chaque coup de pinceau .
Veux-tu me deviner sans creuser tờn cerveau ,
Regarde autour de tof dans les champs , à la ville ,
Dans les cercles ... peut -être aussi të suis -jë utile ,
Explication des Charade et Enigme du Nỡ: g3 .
Le mot de la Charade est Souris j celui de l'Enigme est Plume.
Tome 111:
( 98 )
NOUVELLES LITTERAIRES.
L'Ami des Lois , Comédie en cinq actes , en vers , 1représentée par
les Comédiens de la Nation , le 2 janvier 1793 ; par le citoyen
Laya , auteur des Dangers de l'Opinion et de Jean Calas.
Prix , 30 sols . A Paris , chez Maradan , libraire , rue du cimetiere
Saint-André - des- Arcs , nº . 9 ; et chez le Petit , commissionnaire
en librairie , quai des Augustins , no. 32 .
LES
ES représentations de cette piece ont été suivies avec une
affluence et applaudies avec des transports qu'il est difficile ,
quand on l'a be , d'attribuer au merite de l'ouvrage . On
sait quelles circonstances l'ont écartée du théâtre , à l'instant
même où , livree à l'impression , elle commençait à perdre
beaucoup de l'opinion qu'on en avait conçue . Il n'est point
dans mes principes d'approuver des prohibitions arbitraires ,
fondées sur les applications qu'on peut faire de tel ou tel endroit
d'une piece , et sur les allusions qu'on peut y saisir :
tout cela est du fait des spectateurs jet hon pas de l'auteur
qui , par conséquent , n'en est pas responsable . Il n'y a point
de drame que l'on ne pût prohiber sur un pareil prétexte , et
il ne faut point défendre la liberté avec les armes de la tyrannie.
Je dois croire d'ailleurs et je crois que les intentions de
l'auteur étaient irréprochables . Mais les a - t -il bien remplies ?
et l'ouvrage si défectueux dans les principes du théâtre et du
goût , est-il irrépréhensible même sous les rapports civiques
et politiques ? C'est ce que je vais examiner avec l'impartialité
dont j'ai toujours fait profession ..
}
"
Kien de plus mince que Tintrigue : elle roule toute entiere
sur un papier gare , qui contient la liste de 150 personnes
que Forlis , l'Ami des Lois , entretient à 20 sols par jour.
Čette liste trouve par un Duricrâne , journaliste délateur , sert
à fonder contre Forlis une accusation dont la fausseté est bienrôt
reconnue , et qui ne le met en danger que pour le faire
triempher. Voilà toute l'action ; car d'ailleurs le mariage projetté
entre Forlis et une fille de l'aristocrate Versae , ' n'est- là
que parce qu'il faut apparemment un mariage dans toute c6-
médie .
יד
D'abord à quoi bon cette liste sur un papier volant , si ce
n'est parce qu'on a besoin qu'elle soit perdue ? Elle doit être
naturellement sur le livre de comptes de Benard , l'homme
d'affaires de Forlis , et Bénard lui - même dit qu'elle y est en
chet . Toutes les dépenses réglées sont portées sur des registres
et non sur des feuilles velantes . Ce ressort est petit et forcé.
De plus , il ne remplit pas le but de l'auteur , qui , sans donte ,
veut rendre le délateur odieux ; mais soyons justes : à qui done
(099 )
me serait pas très -légitimement suspecte , dans un tems de révolution
, une semblable liste , qui , sans aucune explication ,
offre les noms de 150 employés ( qui ont perdu leur place ,
et par conséquent peuvent être mécontens ) , salariés à 20 sols
par jour par un particulier ? En vérité , sans être un Duricrâne ,
on peut regarder un tel papier comme matiere à recherche , et
à recherche très - sérieuse ; et qui peut se douter que c'est-là
une liste d'aumônes ? Le plus honnête homme , le meilleur
citoyen , se croirait obligé de déférer un papier d'une nature
si étrange. Ce ressort a donc l'inconvénient d'être fort mal
imaginé dans le dessein général de l'ouvrage , et c'est pourtant
le seul qui fasse mouvoir toute la machine de la piece : ce n'est
sûrement pas là une invention heureuse . Quant à l'art de
nouer une intrigue , d'en tirer des situations variées qui mettent
les personnages dans l'embarras et fassent ressortir les
caracteres , il n'y en a pas une seule : nulle trace de comique
d'action , et pourtant c'est une comédie ce défaut eût été
moins remarquable , si l'auteur n'eût pas fait usage d'un titre
qui l'avertissait de faire tout ce qu'il n'a pas fait.
?
Voyons les caracteres , et cominençons par le plus important ,
Ami des Lois. Un Ami des Lois doit être sur- tout de la liberté ,
( sans laquelle il n'y a point de lois , comme il n'y a point
de liberte sans lois ) ei doit conséquemment être un chaud
patriote . Forlis ' est-il ? Il ouvre la scene avec son ami , l'aristocrate
Versac , honnête homme soi -disant ; passe : celui qui n'est
aristocrate que d'opinion peut être un honnête homme , autant
qu'on peut l'être quand on n'est pas un bon citoyen ; mais il
est curieux de voir comment ce Versac est un si konnête homme.
Je ne saurais me faire à votre égalité .
Mais j'aime mon pays , je ne l'ai point quitté ;
19
Et s'il faut franchement dire ce que j'éprouvé
Sur tous nos émigrés , mon coeur les désapprouve .
Mais dans l'ame comme eux gentilhomme Français ,
Je puis , sans les servir , attendre leurs succès .
-
:
Remarquez que ce Versac vient de faire un tableau effrayant
de la ligue des rois contre nous , qu'il annonce d'un ton triomphant
la volonté de l'Europe qui va nous être exprimée par cent
boaches à feu , et ce sont là les succès que cet honnête homme
attend ! Je ue m'arrête pas à l'inconséquence frappante d'un
vers à l'autre , Il désapprouve les émigrés ; mais il attend leurs succès !
L'un des deux est nécessairement faux s'il désapprouve leurs
efforts , it doit craindre et détester leurs succès . S'il attend les
succès , à coup sûr il approuve l'entreprise : qui veut la fin , veut
les moyens ; c'est un axiome reconnu. Mais que dire de l'Ami
des Lois du patriote Forlis , qui se contente de répondre : vous
atiendrez ! Quoi ! il ne dit à son ami y pensez - vous !
est - ce bien yous qui prétendez être honnête homme , et qui
pas
:
& &
;
( 100 )
assez
attendez la ruine et l'asservissement de votre patrie ? Quoi !
• vous ne sentez pas que votre attente est un crime ; que vos
" espérances sont sacriléges ! et vous êtes mou ami ! etc. 99)
Dira-t-on que Versac a prévenu ce reproche , en disant que
les rois ligués ne veulent entrer en France que pour y mettre
l'ordre ? Mais s'il est assez imbécile pour le croire , Forlis en
sait assez pour se mocquer de sa crédulité , et il s'en est mocqué
effectivement ainsi cette réponse tombe d'elle - même , et
il demeure constant que Forlis ne dit pas ce qu'il devait dire.
En général , je ne reproche pas à ce rôle ce que l'auteur y a
mis , mais ce qu'il devait y mettre et ce qui n'y est pas. Tout
ce qu'il dit contre les anarchistes , contre les hommes de sang,
les calomniateurs , les inquisiteurs , etc. est très - louable et
très-sensé . Mais pouvait -il ignorer que si les patriotes se plaignent
du désordre et des excès , parce qu'ils aiment la liberté
qui en est l'ennemie , les aristocrates , les contre-révolutionmaires
ne font sonner si haut ces excès et ce désordre que
pour les confondre avec la liberté qui les réprouve , et pour
rappeller le despotisme ? Non , sans doute , l'auteur ne l'ignorait
pas , puisqu'il fait sentir cette distinction dans plusieurs
endroits de sa piece ; mais il n'a pas , ce me semble ,
appuyé , à beaucoup près , sur ce point qui était capital . Son
Ami des Lois n'a d'indignation que contre les abus de la liberté ,
et cette indignation est très -juste ; mais ne devait - il pas en
montrer une tout au moins aussi forte et même davantage
contre ceux qui sont toujours prêts à triompher de ces abus
nécessairement passagers , pour nous rejetter sous le joug despotique
, mal essentiellement irrémédiable , si jamais il renaissait?
C'est ici que les idées de l'auteur n'ont été ni assez fortes ,
ni assez étendues , ni assez lumineuses ; il n'a vu qu'une partie
de son sujet , et ne l'a pas embrassé dans son entier ; et peutêtre
aussi ce sujet était - il au - dessus des forces d'un jeune
homme. Mais qu'il était beau , qu'il était riche , s'il eut été
conçu plus puissamment ; si l'auteur et assez réfléchi pour
sentir que le plus grand danger pour nous n'est pas précisément
ce systême d'anarchie qui , né des passions basses , des
petits intérêts de petits hommes , et de l'ignorance d'une foule
égarée , ne peut résister long- tems à l'intérêt général, parce qu'en
dernier résultat , cet intérêt est toujours celui de l'ordre , ni
sur-tout à l'expérience du mal -être , la plus efficace de toutes
les leçons ; mais que le danger le plus imminent , parce qu'il
est moins apperçu , moins présent , moins sensible pour tous ,
c'est d'abord l'astuce perfide de nos ennemis secrets , qui calculent
chaque faute comme un acheminement à l'esclavage
et ensuite la faiblesse des hommes peu éclairés , qui , uniquement
frappés du mal actuel , et voulant s'en délivrer à
tout prix , sont tout prêts , sans le savoir , à remplir le voeu
de nos plus redoutables ennemis , et à transiger sur la liberté,
sans se douter que l'avenir qui les attend serait bien plus affreux
( 107 )
que le présent dont ils s'effraient , et de plus serait sans remede
et ne leur laisserait que des regrets inutiles !
C'était- là une belle et grande tâche à remplir pour un
véritable Ami des Lois on en peut juger par ce peu d'idées
que je ne puis qu'indiquer , et que chacun est à portée d'étendre
suivant le degré de ses connaissances et de son patriotisme.
Mais l'auteur , je le répète , n'a pas vu si loin : il n'a eu devant
les yeux qu'un seul objet , quelques vils scélérats qui
n'ont pas même le mérite de l'audace , puisqu'il n'y en a point
quand on est sûr de l'impunité . Il les a livrés à l'opprobre ;
mais il n'a pas même marqué du doigt l'art qui leur est familier
, et qui est en lui-même si facile , celui d'attaquer en
même-tems les fauteurs de l'aristocratie et les vrais républicains ,
et de faire prendre ainsi le change , du moins pour quelque .
tems , à la multitude peu instruite , d'où il suit qu'ils n'attaquent
les uns que pour asservir les autres.
Les trois intriguans de la piece ne sont pas mieux conçus .
Qu'est-ce qu'un Nomophage , le premier de tous , celui que
l'on peint comme un chef de parti , et qui s'imagine bonnement
qu'il sera empereur du Poitou ? qu'il distribue des Gouvernemens
chimériques à un Plaude , à un Duricrâne , à un
Filto , s'ils sont assez bêtes pour le croire , soit ; mais il
doit rire de leur sotise et ne pas la partager. Ce que les intri
guans cherchent et peuvent chercher aujourd'hui , c'est tout
simplement des places qui donnent du pouvoir et de l'argent ,
et non pas des Gouvernemens et des Empires.
J
Ce Nomophage nous est présenté dans la piece comme un
homme supérieur et n'en donne pas la moindre preuve . Filto ,
qui n'est que faible et séduit , sans être pervers ,
s'écrie avec
admiration , en parlant de Nomophage :
Un si grand caractere !
et pourquoi ce caractere lui paraît - il si grand ? c'est parce
que Nomophage vient de lui débiter en très - mauvais vers un
incompréhensible fatras d'athéïsme et d'immoralité . En voici
un échantillon :
Que des germes épars , dans leur cours nécessaire ,
D'embryons monstrueux viennent peupler la terte ,
Ou bien se composant d'élémens épurés ,
Organisent ces corps par nous tant admirés ;
Les formes ne sont rien ; le grand but c'est la vie
Pourvu qu'au mouvement la nature asservie
Dans son cours productif route éternellement ,
Elle vit , elle enfame , il n'importe comment.
Que les trónes croulant dans l'Océan des âges ,
S'abyment , illustrés par de brillans naufrages ,
Que l'eau cédant au fe s'élanec des canaux ,
G 3
( 102 )
Que les feux à leur tour soient chassés par les eaux f
Dans ces traits variés j'admire la nature ;
L'édifice est entier sous une autre structure ;
Rien ne se perd , s'éteint ; tout change seulement à
L'on existait ainsi , l'on existe autrement.
Le soleil luit toujours ; sa chaleur épandue
D'esprits vivifians embrâse l'étendue ,
Et ce globe tournant vers son pole applati ,
Décrit , sans se lasser , son orbe assujetti .
Il seran superflu de détailler toutes les fautes de diction qui
défigurent ces vers , ou même de les indiquer tout à l'heure je
parlerai du style . Tout ce qu'il y a de vrai dans ce long verbiage
, c'est qu'il n'y a dans les êtres animés et inanimés
que des changemens de formes et point de destruction , et
assurément ce n'est pas dans une scène de comédie entre deux
intriguans qu'il convenait de faire une si verbeyse amplification
de ce vieil axiome , connu du moindre écolier de physique ; et
l'on ne voit pas comment ce débordement de philosophie triviale
prouverait aucune supériorité . De plus , quand on veut
parler de physique , il faut la savoir un peu ; et si l'auteur
avait quelqu'idée du mouvement de rotation de notre globe ,
il saurait d'abord que ce glabe ne tourne ni ne peut tourner
vers son pole , mais qu'il tourne sur lui-même ; ensuite, que ce
globe n'a point san pole , mais ses deux poles , qui sont les
deux extrémités de son axe rationel . Mais ce qui est pis que
toutes ces mautus , c'est la disconvenance absolue ; c'est de
trouver ici un pole appiati . Quand le Grosrené de Moliere
se met à philosopher d'après le cousin Aristote , qui compare
la femme à la mer , d'où il conclud, que dans le monde il n'est rien
de si stable que l'onde , et que les femme enfin ne valent pas
le diable ; c'est un
valet qui fait rire en voulant faire le savant
mais Nomophage , qui est un personnage sérieux , ne devait
pas ressembler à Grosrené , et Filto devrait répondre à sa
philosophic , comme Matha répond à l'érudition de Sénantes :
mais que diable cela fait- il ?!
>
Ce même Nomophage , dont on vante le talent, se défend trèsmal
contre Forlis : celui- ci l'écrase du mépris le plus déclaré
saus qu'il repousse ce mépris ; il ne lui oppose qu'une fort
plate hypocrisie .
FORLI S.
Je vous estime peu , je dois en faire gloire .
Ce grand zele entre nous pourrait me faire croire
Que le trait part de vous .
Il s'agit de l'accusation calomnieuse intentée contre Forliss
Fapostrophe est rude . Nomophage que l'on nous donne pour
( 103 )
l'homme le plus audacieux et le plus intrépide , se contente
de répondre :
Vous penseriez !...
FORLI 8 .
} Pour peu
Que vous niez (1 ), encor , c'est m'en faire l'aveu .
Autre apostrophe encore plus forte , et le terrible Nomophage
ne répond que par ce mot , Monsieur...
S'il est ici lâchement hypocrite , il est dans l'acte suivant
grossierement mal-adroit . Il prétend que le peuple a menacé
sa vie , à cause des liaisons qu'on lui soupçonne avec Forlis ,
et en même- tems il offre de se présenter avec lui, à ce peuple
furieux , de le couvrir de son corps , et il assure qu'il suffira que
le peuple voie Forlis avec lui , pour croire Forlis innocent ,
Cette inconséquence est si choquante que Forlis ne manque
pas de la lui faire sentir avec tout le dédain qu'elle mérite ,
et dans cette scène Nomophage est encore plus humilié que,
dans l'autre . Il veut suivre Forlis qui lui dit
Monsieur ! ...
Restez , je vous l'ordonne.
NOMOPHAGE
.
FORLI S.
Restez , vous dis -je , ou bien je vous soupçonne.
Autre inconséquence : après tout ce qui s'est passé , après
tout ce qu'il a dit en face à Nomophage , il est plaisant d'en
être au soupçon . Cependant ce mot , je vous soupçonne , fait une
telle impression sur le grand Nomophage qu'il reste muet ,
et qu'il obéit à celui qui lui ordonne. Voilà ce que l'auteur appelle
un grand caractere.
Et quel politique que ce Nomophage ! il appelle un coup de
maitre cette idée étrange de paraitre devant le peuple avec Forlis ;
Forlis lui-même assure que Nomophage voulait diriger les coups .
Quoi ! lorsque Forlis veut se présenter à ces assassins qui sont
aux ordres de Nomophage , il faut que celui - ci soit à côté
de la victime pour qu'on l'immole et à quoi bon ! Il est
donc bien peu sûr de ses gens . Craint- il qu'ils ne connaissent
pas Forlis ou qu'ils hésitent à le frapper ? Ordinairement l'instigateur
et les exécuteurs, du crime savent mieux leur métier.
Tous ces ressorts sont faux ; tout est manqué également , les
1
(1 ) C'est un solérisme . Le verbe nier étant ici au subjonctif , iĮ
faut absolument , pour peu que vous niiez . Ce mot , qui est alors de
trois syllabes , est si horriblement dûr qu'on évite soigneusement
de s'en servir , méme en prose . L'auteur a trouvé plus court de retran
cher le secondi qui est indispensable , et de violer ainsi les premieres
regles de la conjugaison française .
G4
( 104 )
moyens et les caracteres . Il faut sans doute que l'honnête
homme l'emporte sur le scélérat ; mais quand on veut donner
du génie à celui- ci , il doit montrer de grands moyens et de
grandes ressources et Nomophage ne fait ni ne dit rien dans
la piece qui donne de lui cette idée.
"
J'étais avec vous digne au moins de lutter.
จ
dit-il à Forlis , en quittant la scène . Mais pour que ce vers eût
du sens
il faudrait que Forlis fut représenté comme jouant
un grand rôle dans la révolution , comme ayant une influence
marquée dans les évenemens publics ; mais pas un mot de
tout cela ; c'est un homme bienfaisant et qui a la fermeté
de l'innocence ; ce n'est pas - là un homme avec qui Nomophage
doive se faire gloire de lutter.
Je laisse de côté bien d'autres observations qui donneraient
à cet examen plus d'étendue qu'il n'en peut avoir. Il est trop
prouvé que l'auteur n'a pas assez médité l'esprit général ,
l'ensemble , les incidens , la contexture de son drame. Il faut
dire un mot du style , et là dessus malheureusement il n'y a
qu'une voix. Il est difficile d'écrire plus mal . Je ne parle
pas seulement de l'impropriété des termes et de la dûreté da
Ja versification ; deux vices dominans d'un bout à l'aytre ;
mais il est d'une exacte vérité que le plus souvent l'auteur
ne sait pas même construire sa phrase en français , et que
l'ordre naturel des mots et des différens membres des phra
ses est si étrangement interverti , qu'elles n'offrent la plupart
que des contradictions et des contre -sens .
-
Puis-je changer , après bien des cris , bien des frais ,
La tête de ma femme ainsi que vos decrets ?
L'auteur veut dire Puis-je changer la tête de ma femme et
vos décrets ? La phrase dont il s'est servi signifie en français
Puis -je changer la tête de ma femme , ainsi que je puis.
changer vos décrets , ce qui est absurde.
Une affectation remarquable chez lui , c'est de placer les
propositions incidentes avant les propositions principales
en résulte non - seulement des inversions forcées qui fatiguent
l'oreille et l'esprit , mais aussi des amphibologies continuelles
, parce qu'on ne sait jamais si là proposition incidente ,
ainsi déplacée , se rapporte à ce qui précede ou à ce qui suit &
คุณ voici des exemples ' :
Si vous entendez par ce mot l'homme sage
Qui contre l'intrigant défend la vérité ,
En dût-il perdre un peu de popularité ,
Sert , sachant l'estimer et même lui déplaire ,
Le peuple pour le peuple , etc.
Avant d'avoir entendu ce dernier vers , on doit croire , d'après
1
I
103 )
་་ la construction , que ces mots du vers précédent , sachani
l'estimer , se rapportent à la popularité , quoique dans le fait il
se rapportent au peuple.
ma critique
Faraît en ce moment suspecte , je le voi.
| Au reste , cût - elle tort ...
Jusqu'ici çût-elle tort se rapporte et par la construction el
par le sens à la critique , qui est le dernier nomipatif. Point du
fout ; le vers s'acheve :
j'obéis à la lai.
Et il se trouve que l'auteur a voulu dire « j'obéis à la loi ,
cût-elle tort. "
Ces moyens seraient vils : je n'en sais prendre aucun
Mais où tend ce discours ?
monsieur , il n'en est qu'un , etc.
On croirait encore que cela veut dire , il n'est qu'un discours, etcè
Non , la pensée de l'auteur est , il n'est qu'un moyen .
A l'égard des barbarismes de phrases , des figures incohé
rentes , des métaphores ridicules , des expressions de l'impro
priété la plus baroque , elles sont sans nombre .
Le tems et la raison , ces fideles flambeaux
Vont diriger nos pas dans des sentiers nouveaux
Et des vieux préjugés éclairant l'artifice
Cimenter de nos lois l'immortel édifice .
Voilà le tems et la raison qui sont des flambeaux et qui cimentent
Les sentiers suborneurs par- tout sont délaissés .
L'auteur a cru qu'on disait des sentiers suborneurs , parce
qu'on peut dire des sentiers trompeurs . Il n'a pas songé que
suborner , supposant toujours une intention , ne saurait s'appli
quer aux choses . On dirait bien un jour qui trompe pour exprimer
un faux jour , mais des sentiers suborneurs rappellent
la méprise de cet étranger qui disait à son cordonnier , vous
m'avez fait des souliers trop équitables .
J'aime à vous voir ici tous quatre bien ex prise.
On dit avoir une prise avec quelqu'un , être aux prises , pour
dire avoir une querelle , être en querelle ; mais être en prise
signike être exposé à être pris. Cette même faute est répétée
ailleurs .
dë sa fin notre regne est le fruit,
Un regne qui est le fruit d'une fin !
( 106 )
Il n'entendra pas , lui , la radite indiscrete
D'ün olscar sentiment , de ee eri de vertu .
La redile d'un sentiment ! un sentiment obscur La redite d'un cri !
J'avance , retenant le feuillage indiscret ,
Dont le bruit de mes pas cût trahi le secret.
Or devinez le sens : comment faut-il construire cette phrase.
en prose ? Est- ce le bruit des pas qui eût trahi le secret du feuillage
? est- ce le bruit du feuillage qui eût trahi le secret des pas ?
La construction offre également ces deux sens : voilà les éternelles
amphibologies de l'auteur .
Trembler voilà votre art !
L'art de trembler !
ནོར
D'un faste de civisme entourant leurs grimaces ...
Des grimaces entourées de faste !
Ou le texte fléchit devant le commentaire ...
Tâchez de vous représenter un texte qui fléchit !
"
Point de rang dans le crime ainsi que dans la peine.
: 66
Voilà encore l'ainsi que mis à contresens . L'auteur a voulu
dire Point de rang dans le crime non plus que dans la peine . "
Il a dit : Point de rang dans le crime , comme il y en a dans
99 la peine .
A mes yeux éblouis d'une coupable ivresse....
Des yeux éblouis d'une ivresse ! Qui est- ce qui se serait douté
que l'ivresse eût de l'éclat P
Si l'on veut de ce que Boileau appellait du galimathias
double , en voici :
Dans les flancs de l'airain que la flamme enfermée ,
Frappe , en se faisant jour , notre oreille alarmée ,
J'y consens ; mais plus ferme et bravant tous les feux ,
Le coeur sans s'étonner s'élance au milieu d'eux .
Dans le genre de l'amphigouri ces vers sont vraiment une
bonne fortune : Collé les aurait revendiqués . Je ne dirai pas
qu'ici le texte fléchirait devant le commentaire ; mais il n'y a point
de commentaire qui ne rendît ce texte encore plus plaisant ,
et pourtant je n'en ferai aucun . Je ne me suis arrêté qu'un
moment, et à regret , sur ce style véritablement tudesque . Je
suis bien loin. de vouloir affliger ni décourager l'auteur ; il est
encore jeune , et malgré tant de fautes , dont je n'ai pas indiqué
la millieme partie ( car il y en a presque autant que de mots ) ,
malgré l'excessive faiblesse des deux autres ouvrages qu'il a
( 107 )
rappellés à la tête de celui - ci ( les Dangers de l'Opinion et Jean
Calas ) , il n'est pas sans talent i annonce de l'esprit , des
idées , de la facilité et de la vivacité dans les conceptions : il
peut faire mieux qu'il n'a fait . Mais c'est par cette raison même ,
c'est parce qu'il est évident que ses fautes de tout genre viennent
principalement de cette malheureuse confiance , caractere
de la jeunesse , il est vrai , mais plus marqué dans celle d'anjourd'hui
qu'il n'a pu l'être jamais ; c'est par tous ces motifs
réunis qu'il faut bien lui dire ce que vraisemblablement personne
autre ne lui dirait . Il faut qu'il se persuade bien qu'il
est véritablement honteux pour un écrivain d'ignorer sa langue
au point qu'un étranger un peu instruit la parlerait cent fois
mieux ; qu'en conséquence , il faut faire ce que font si peu
d'auteurs , se donner la peine de l'étudier , parce qu'avec tout
l'esprit du monde on ne sait que ce que l'on a bien appris ,
Voltaire avait peut- être autant d'esprit qu'un autre il n'y a
qu'à lire ses ouvrages pour voir que peu d'hommes , peu de grammairiens
même , avaient fait une étude aussi approfondie de la
langue française . Nos jeunes auteurs sont un peu trop comme nos
ci-devant nobles ; ils s'imaginent pouvoir tout deviner. Il faut
non-seulement connaître les principes de sa langue , mais encore
en observer , en méditer l'application dans nos classiques .
Cette étude n'est pas très - difficile , elle est même attachante
et agréable pour le goût et le talent. Celle du théatre exige
bien plus de travail ; mais je le répete , si l'auteur de l'Ami
des Lois se penetre bien de la nécessité de réfléchir long - tems
et mûrement sur son art , je crois qu'il peut y obtenir beaucoup
plus que des succès de circonstances et des triomphes du
moment.
f
MUSIQUE.
Quatrieme cahier du journal de guitarre , contenant les trois
jolis airs de la Caverne , un de Flora , et deux airs nouveaux par
les citoyens Martine et Saint- George . Prix , 2 liv. 10 sous le
cahier. L'abonnement des douze cahiers , 20 liv .
Sonate pour le violoncelle , avec accompagnement d'alto
par J. Pleyel . Prix , 2 liv. 10 sous .
La Chasse pour le piano forte avec accompagnement de
violon et de basse ; par Paul Wrauisky , eleve d'Hayden , nº . 4 ,
des Variétés musicales . Frix , 4 liv . 16 sous .
Troisieme numéro du journal de violon . Prix du cahier ,
3 liv. L'abounement de douze cahiers , 24 liv. Chez Porro
rue Tiquetonne , nº . 1o .
108 )
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA NATION.
La premiere représentation des Femmes , comédie en vers
avait éprouvé quelques improbations . La piece était alors en
quatre actes , et l'on y trouvait du vide et des longueurs : réduite
en trois actes , elle a parfaitement réussi .
Voici comme l'auteur a traité ce sujet qui paraît si riche.
Un jeune capitaine se trouve , on ne sait trop pourquoi ni
comment , seul homme dans une maison de campagne près de
Paris , laquelle est habitée par sept femmes. On dit
que malade
et tombant de faiblesse dans un bois , il a été accueilli , conduit
dans la maison , et soigné à l'envi par ces dames . Il faut
convenir que dans les moeurs d'aucun pays cette hospitalité
féminine , envers un inconnu , n'est vraisemblable .
Le jeune homme ne peut pas moins faire pour ses bienfaitrices
, que de les aimer toutes , jusqu'à la grand'mere ; et toutes
l'aiment, De -là de petites gentillesses , de petits madrigaux ,
de petites jalousies , de petites médisances . Un oncle du jeune
homme vient le chercher dans sa retraite , pour l'en faire sortir
et l'envoyer à l'armée où il devrait être : cet oncle est , comme
`on disait , an aimable roué ; il a été l'amant de plusieurs de
ces dames , et entr'autres la premiere inclination de la maîtresse
de la maison , Celle - ci , qui ne l'a pas vu depuis longues années
, qui s'est mariée depuis leur liaison , qui a une grande
fille de 17 ans , s'avise tout d'un coup de r'aimer son cher
Lisidor ; et lui , à son tour , se reprend de passion pour elle .
Il a perdu tout son bien au jeu , et son état par une disgrace ;
mais tout cela n'embarrasse pas son amante , très -habile femme ;
elle ne fait qu'un tour à Paris , et elle rapporte les quittances
des créanciers qu'elle a payés , et un nouveau brevet qu'elle a
obtenu du ministre ; elle rend son coeur à Lisidor qu'elle veut
bien aimer , mais épouser non ; car elle a de l'expérience , et
elle marie sa fille au jeune neveu .
Il n'y a dans cette piece guere de vraisemblance , guere de
fond , guere d'action ; mais une foule de détails excessivement
spirituels la soutiennent ; à tout moment, les spectateurs
s'écrient : Ah , que cela est joli ! Ah , que cela est bien écrit ! Mais
on n'y entendra jamais dire : Ah , que cela est vrai ! Ah , que cela
est plaisant ! Aussi rien ne ressemble moins à une comédie , que cette comédie.
Elle est de Dumoustier , déja connu par des ouvrages agréables
, dans lesquels il y a , comme dans les Femmes , beaucoup
de facilité et de talent ; mais toujours un luxe d'esprit , une affecsation
d'en montrer , qui détrui toute illusion et finit- par être
monotone et fatigante.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE:
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 26 avril 1793 .
1
11
Le grand- seigneur fait tout son possible pour éviter d'intésvenir
dans la guerre , dont une partie de l'Europe est embra
sée , ainsi que dans les grands événemens qui attirent aujourd'hui
toute son attention . Il se juge apparemment trop faible
et d'ailleurs trop éloigné du théâtre des événemens , pour agir
d'une maniere active , ou jouer seulement le rôle de pacificateur.
Ni l'un ni l'autre ne convieut , dit- on , à la Porte Otömane
affaiblie dans ses finances et sa population par la derniere
guerre qu'elle a eue à soutenir contre la Russie et l'Autriche ,
et dont les plaies récentes saignent encore. 11 faut en effet
que la Turquie soit bien épuisée pour laisser achever ainsi.
tranquillement sous ses yeux le démembrement de la Pologne
dont elle avait tant d'intérêt de maintenir l'intégrité , puisque
les puissances copartageantes , ou du moins les deux principales
, ne tarderont pas sans doute à se réunir pour achever
de la dépouiller elle-même des fertiles provinces qui lui restent
en Europe , convoitées depuis long-tems par l'Autriche et la
Russie.
Apres avoir fait cette premiere faute d'abandonner la Pofogne
à l'ambition insatiable de ses voisins , il ne lui en reste
qu'une derniere à commettre pour hâter en partie sa ruine .
et peut- être la consommer ; c'est de ne point aider la France
par une puissante diversion en faveur de cet allié naturel le
plus sûr , le plus intéressant qu'elle puisse jamais avoir , à se
de barrasser de la ligue des puissances coalisées . Il est impossible
que l'Angleterre kui offre les mêmes avantages commerciaux
, bien moins possible encore qu'elle lui fournisse des
moyens aussi efficaces de défense dans le cas d'une attaque
dont la crainte la retient probablement , et qui n'en aura pourtant
pas moins lieu un jour , soit qu'elle la provoque ou non ,
des que ses voisins inquiets , remuans et cupides croiront que,
leurs forces répondent à leurs desirs . Le prétexte de sa faiblesse
, l'excuse sur son impuissance , serait d'autant moins
admissible qu'ici l'effet même deviendrait cause , et que , faute
d'avoir déployé des forces quand il lui en restait encore un
peu , elle ne s'en trouverait plus du tout , ni en elle - même ,
i dans son allié , lorsqu'elle en aurait le plus grand besoin,
pour sa propre conservation ,
( 110 )
Au reste les véritables dispositions de cette puissance ne
sont pas bien connues ; chacun en présume et en dit ce qu'il
veut. Il y a trop de voiles , trop de mysteres , trop d'incertitudes
pour asseoir des conjectures revêtues de ce degré
de vraisemblance qui leur donne quelque poids . Cela est si
vrai qu'on ne part pas des faits actuels ou récemment arrivés
our dire ce qui sera , mais pour expliquer seulement ce qui
a été ou ce qui est . D'ailleurs ces mêmes faits sont racontés
avec tant de variantes , transmis avec si peu de détail , qu'ils
nous arrivent toujours tronqués , et sinon contradictoires ,
du moins très -différens . Ce qui paraît certain du moins , c'est
que la Russie conserve beaucoup trop d'influence dans le Dian
. Les uns l'attribuent à la corruption , les autres à la peur
qui est aussi une sorte de corruption pour les hommes d'etat ,
puisque dans ce cas ils se vendent lâchement à l'espérance
presque toujours trompée d'eviter les embarras on les dan,
gers qu'ils redentent.
")
Voici ce ce qu'on nous mande de Constantinople en date du
25 mars . M. de Guastow , chargé d'affaires de la Cour de
Pétersbourg , vient de déclarer que le pavillon de sa nation
ne sera non- seulement pas accorde aux bâtimens Français pour
naviguer dans la mer Noire , mais que les équipages de tout
autre vaisseau portant pavillon Russe seront scrupuleusement
examinés et visiter pour s'assurer qu'il ne se trouve parmi
eux aucun FrançaisOn sait même qu'on a mis dans les
ports de la Crimée un embargo sur tous les vaisseaux Français
pour les y retenir jusqu'à nouvel ordre en défendant
aux équipages de mettre pied à terre sans un ordre spécial
de la cour .
Ces mesures ont le consentement le plus entier de la Porte,
s'il faut en croire les bruits que le gouvernement Autrichien
ea en grand soin de répandre depuis . On nous dit que le sultan
Selim ayant appris la mort de Louis XVI , ne s'est pas montré
pendant trois jours entiers qu'il a passé enfermé dans le sévait ,
et livré à toute sa douleur ; que le crédit des Français estuentiérement
tombé à Constantinoples qu'on les y segarde comme
voulant fomenter une révolte parmi les Grecs , c'est à dire ,
répéter à cet égard ce que les Russes frent il y a quelques
années . On ajoute que la Ponte fera sortir une escadre qui
croisera dans l'Archipel , et qu'elle fermera ses ports au.commerce
français . Nous ne savons pas si ce sont - là des faits ,
mais nous croyons que ce sont du moins les voeux des pennemis
de la France , Il est vraisemblable que ce dernier armement
se réduit à la mise à flot d'une caravelle ou vaisseau de
ligne de 74 canons , qui a été lancé en présence de sa hautesse
et de tous les ministres . Les gardes- marines nouvellement établis
ont manoeuvré à cette occasion , etosa hautesse en a paru
très -satisfaite l'ingénieur a reçu un présent de 5000 piastres ,
et une police ( ou bon ) de la valeur de 100 ducats .
•
Dauneb Lathing asb ombm sagde tiovi
La Suede fait un armement de 3 frégates à Carlscrone ; on
les dit même prêtes à partir pour la mer du Nord : il est parti
aussi , il y a quelque tems de Stockholm , un train de grosse
artillerie pour Gothembourg ; cette malheureuse viile si sujette
aux incendies , vient d'en éprouver un le 10 avriksquby aa redust
en cendres , dans l'espace de 6 heures , 73 maisons : c'est
la partie appellée le Muhlevberg, que cet accident est arrive.
Une pareille perte est plus sensible pour la Suede pays payvre
, que pour beaucoup d'autres , surtout dans un morient
où l'on s'occupe de l'acquittement des dettes des Etats e
comptoir qui en est chargé a ouvert un emprunt considerable
pour quatre anso Voici deux promotions bien différentes :
l'une porte sur un homme de mérite , et l'autre .... Le silence
en dit assez .
སྐྱོ་ ཝོ M. Bergsted , ci -devant chargé d'affaires à Paris , va rem- placer le baron de Noloke a Londress et le capitajuk -lieu- atenant des Trabants , comite Fabien de Ferson, a été fast pre- mier gentilhomine
de la chambre . C'est le même qui , m France était colonel de Royal-Suédois , et avait coopérétà la fuite de Louis XVIar oo . sbaluɔlkɔ es gelb molbe no
a
1
は
.3L
1201
:
Dies officiers te da marine Danoise avaient déja obtenu la
permission d'aller prendre du service en Hollandesi d'autres
-viennent d'en demander qui leur ont été pareillementrace ordés
; il n'en est pas de même pour des officiers Suédois , le
-dac régent se montre fresidilsaleà cause de la flotte qu'il fait
armer à Gariscrome Suivant les dernieres lettres de Copenhaguenodatées
du 20 avril , les puissances coalisées continuent
de faire presser le Danemarck de prendre part à da
querelle des puissances ; les deux plus actives in cet égard
sontvia Russie et la Grande Bretagne on a vu depuis quel
ques jours dans la capitale plusieurs couriers Anglais il a
passé du 12 au 19 par le Sund 267 ) navites la plupart
chargés de marchandises du peuple industrieux , entreprenant ,
¡ qui soutient par ses manufactures et le commerce immense
auquel elles fournissent le poids d'une dette publique montde
saun tel point qu'on la croit depuis plus de 25 ans toujours,
, prête à l'éctagee, Tol Baltiovar , weil siers! ོད་ ོ
Les lettres de Varsovie portent que la déclaration de l'am -
bassadeur, de Russie, concernant la prise de possession d'une
partie de la Pologne pour sa souveraine vient de paraître ;
selle est datée du 9 avril, et analogue quant aux motifs d'occupation
aux lettres - patentes du roi de Prusse on ose y
dire que les cours alliées n'ont pas trouvé de moyen plus
efficace pour garantir à leurs états la sûreté qu'ils leur doivent
que de resserrer La République dans des limites plus étroites ,
de lui laisser une existence et un arrondissement convenable à
une puissance 'moyenne et de lui faciliter ainsi l'avantage de parvenir
à se donner un gouvernement bien ordonné qui aura
· pour bases ses anciennes libertés . On y reproche aux Polonais
C
J
}
( il2 )
d'avoir abusé même des principes d'humanité et de modéraª
tion que les généraux et autres officiers de l'armée de S. M:
ont observés suivant les ordres exprès qu'ils en avaient reçus' ;
au point de s'échapper à leur égard en injures et actes d'hos
tilité de toute espèce , et que les plus audacieux se sont em'-
portés jusqu'à menacer de renouveller sur eux les vêpres siciliennes...
On ajoute qu'il s'est déja formé dans la capitale ,
ainsi que dans plusieurs provinces de la Pologne , des clubs
qui fraternisent avec les Jacobins de Paris ; ils répandent leur
poison en secret , le soufflent dans les esprits , et l'y laissent
fermenter.
21
L'autocratrice de toutes les Russies , et qui finitait par l'être
de tout l'univers si tous les peuples ne montraient pas plus
d'énergie que la Pologne et les Turcs ses voisins , veut bien
exempter genéreusement ses nouveaux sujets pendant dix
années de contributions . A cette époque , elle en sera quitte
pour leur en demander une double pendant le même espace de
tems ; mais la pieuse Catherine ne veut pas qu'on tolère dans
ses états des Juifs ni dés Français .
De son côté le roi de Prusse ( dont le lot est d'environ
1061 , ou selon d'autres calculs de 1300 milles qquarrés d'Alleimagne
, couverts d'une population sur laquelle on varie beaucoup
les uns la portant à plus d'un million d'hommes , tandis
que d'autres la réduisent à 700,000 ) ne perd pas un instant
pour tirer parti de sa nouvelle acquisition ' : il a déja
donné ordre d'y lever 8 régimens d'infanterie pesantes , 5 bataillons
d'infanterie légere , 3 régimens de dragons , & de hus
sards et un régiment d'artillerie , formant près de 30,000 hommes.
Au reste , il a aussi généreusement promis aux starostės
qu'ils conserveront les revenus de leurs gouvernemens tant
qu'ils vivront. Le serment de fidélité au nouveau souverain
sera prêté dans la ville de Posnanie le 17 de mai : Thorn est
occupé aussi bien que Dantzick. On a désarmé les habitans
ét affiché sur les portes de leur ville , de la maison com-
"mune et de l'arsenal , une amnistie et la patente dont voici
les principales dispositions
:
jrafer
1. Toute Fenceinte despays renfermés dans le cordon formé
en dernier lieu , savoir ; les Waivodies de Posnanie , de Kalish ,
de Gnesné , les pays de Wictum , de Leczies , de Dobrzin
et de Cujavie , avec le couvent et la forteresse de Czenstochow,
et les villes de Dantzick et de Thorn , font de ce jour partie
des états de S. M. le roi de Prusse , en vertu du traité fait
avec les autres puissances 93
20. La religion dominante subsiste dans l'état où elle est ,
le culte religieux n'est assujefti à aucune gêne ni contrainte
chaque citoyen conserve ses privileges ; les personnes et les
propriétés seront fidellement respectées .
30. Les starostes jouiront jusqu'à leur mort de leurs revenus
dans les pays qu'ils tiennent de la République ; les ecclésias
tiques
1
tiques . tent à perpétuité en possession des biens qu'ils posa
sedent héréditairement.
4° . La direction des postes sera ôtée à celui qui l'administre
au nom de la République , et un maître de poste Prussien y
1 sera établi , auquel il sera expressément défendu d'expedier
aucune lettre ou estafette venant de Pologne .
5º. Les archives des municipalités seront mises sous le scellé .
6. Toutes les caisses publiques , celle des impôts , celle de
l'accise , celle dite steuer , et toutes autres quelconques , doivent
être transportées dans un lieu qui sera indiqué , et misés sous
le scellé , jusqu'à ce qu'il en soit ultérieurement disposé .
7 ° . Le cours de la justice continuera d'avoir lieu sur le pied
où il est jusqu'à nouvel ordre , mais sous la clause que toutes
les sentences seront données en présence d'un officier civil
Prussien qui sera nommé pour cet effet .
8°. Il est défendu à quiconque est revêtu de quelque charge
aux chancelleries , sous de séveres peines et sous leur respous
sabilité respective , de recevoir aucune , protestation contre ce
nouvel ordre de choses de la part de qui que ce puisse être .
9° . Il est enjoint à tous les citoyens et habitans d'obéir aux
ordres qui leur parviendront de la part de S. M. Prussienne
et de se tenir pour duement requis de se présenter pour lui
prêter le serment de fidélité et d'obéissance , dans le tems et
dans le lieu qui leur sera prescrit ..
De Francfort-sur- le- Mein , le 7 mai .
A s'en rapporter aux dernieres lettres de Vieune , l'affluence
des dons patriotiques pour la guerre ne s'est pour ainsi dire
point ralentie . Une abbaye en Allemagne a fait passer à la
monnoie deux quintaux d'argenterie et une autre de la Lombardie
plus de 500 liv . pesant . Le don des états de Bohême
est évalué aujourd'hui à 300,000 florins à cause des abondantes
fournitures pour lesquelles de riches seigneurs de ce pays se
sont rendus soumissionnaires . Une cour électorale vient aussi
d'envoyer 50,000 florins . On ne la nomme pas , ce qui pourrait
faire douter de la réalité de ce présent . Il semble qu'on
pourrait se permettre aussi un peu d'incrédulité sur celui du
prince Aloys de Lichtenstein ; il a , dit-on , envoyé au creuset
sa vaisselle pesant 3,000 mares ! Aussi jamais les manufactures
de porcelaine n'ont- elles autant travaillé . On a double le
nombre d'ouvriers en tout genre dans celle de Vienne , et elle
ne peut encore suffire aux demandes . Quoiqu'on regorge d'or
et d'argent , on veut le ménager. Le bon marché des vivres de
toutes especes dans la Baviere a , dit- on , déterminé le gouver
hement à placer la plus grande partie du corps de réserve
de 50,000 hommes aux environs de Munich et de Dachan . If y
a des gens qui voient dans cette mesure tout un autre bur. Le
tems mettra tout à découvert , mais en attendant on est mefiant.
4
Tome III. Н
( 114 )
L'Autriche espere s'indemniser aussi des frais de cette guerre
royale par le lot qui lui revient dans le démembrement de la
Pologne. On ne sait pas encore précisément tout ce qu'il sera ;
mais on sait qu'elle va publier , à l'instar des cours de Pés
tersbourg et de Berlin , un manifeste , à la suite duquel elle
jettera son dévolut sur les palatinats de Cracovie et de Sendomir.
C'est le général Cazackzay qui fera cette expédition ;
on le dit même déja maître de la capitale du premier de ces
palatinats . Ceux des seigneurs Polonais dont les terres sont
Situées dans les nouveaux domaines de la Czarine , et qui se
trouvent à Vienne , en sont partis pour aller prêter foi et
hommage à la Semiramis du Nord . Le Salomon du Nord , qui ,
s'il ne l'est pas de son chef , l'est au moins de celui de son
oncle , dont M. de Voltaire dit quelque part qu'il se moquait
en lui donnant ce titre , comme il y a tout à parier qu'il se
moquait aussi de Catherine II , quoiqu'il ne le dise nulle part ,
le Salomon du Nord , second du nom , tombé dans la superstition
, dans les folies des illuminés , à l'âge où le Salomon de
l'Orient était en pleine sagesse , a déja reçu les hommages de
ses vassaux Polono-Prussiens .
1
Ce prince est de retour à son armée depuis le 1er . mai,
Les troupes de Hesse-Darmstadt qui étaient à celle du général
Wurmser , doivent être employées au siége de Mayence ; en
conséquence , elles ont passé le 2 dans le voisinage de Manheim
, de l'autre côté du Rhin , et la nuit à Ogersheim et dans
ses environs . Le prince de Hohenlohe , paraissant craindre
quelqu'entreprise de la part des Français dans le pays, de
Treves , s'est renforcé de quelques régimens Autrichiens , et
a fait mettre en batterie , à la redoute de Pelling , trente nouvelles
pieces de canons .
AMM
Des lettres de Coblentz , écrites sûrement dans l'intention.
d'effrayer , portaient qu'indépendamment de la grosse artillerie ,
embarquée dans le commencement du mois dernier , à Nieder
Wesel, il venait de se faire de cette ville un nouvel envoi pour
le siége de Mayence , consistant en douze mortiers , dix obusiers
et 2400 bombes , dont 600 du poids d'un quintal . On
s'appitoyait ensuite sur le sort prochain ds Mayence qui n'allait
, disait-on , être bientôt qu'un monceau de cendres et dé
décombres , vu l'opiniâtreté des commissaires de la Convention
qui y sont renfermés , et qui n'espérant pas être traités
aussi favorablement que le soldat ne voudraient pas qu'on se
rendît aujourd'hui , des lettres de Spire , beaucoup plus récentes
, sans dire précisément le contraire , annoncent qu'ii
n'y a encore eu aucun événement majeur ; elles finissent par
couvenir que l'armée du général Custines , forte de cinquante
mille hommes, est admirablement bien postée , et que tant qu'elle
Conservera cette position avantageuse , il est impossible que
les armées autrichienne et prussienne , qui sont postées à
1 .
( 115.).
droite et à gauche , à la distance d'une demi-lieue de Landau ,
puissent tenter quelque chose contre cette place.
On écrit de Hocheim , en date du 1er . mai , que les Français
ont fait la nuit précédente une nouvelle sortie de Mayence ;
ils se sont avancés jusqu'à la tuilerie , et ont servi jusqu'à quatre
heures du matin un feu terrible et bien soutenu , tant du
canon que de la mousqueterie : on ajoute que le village de
Hostheim et les environs ort prodigieusement souffert dans '
dans cette occasion . Cette sortie n'a pourtant pas été si heureuse
encore que celle du 27 avril , où ils passerent les postes
avancés sans être apperçus , surprirent les Prussiens et les
Saxons endormis , les éveillerent à coup de sabres et de bayonnettes
, finirent par enclouer toutes les grandes pieces d'artillerie
, et même emporterent deux grenades et une piece de
campagne. Dans cette affaire , qui s'est passée auprès de Gus--
tavsbourg , les Prussiens ont perdu un habile lieutenant d'ar- '
tillerie , nommé M. de Luben , etles Saxons ont été saisis d'une
telle frayeur qu'ils ont ramassé leurs bagages aux environs de
Russelsheim , et les ont fait transporter de l'autre côté du Mein.
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Le prince de Cobourg a révoqué , par une adresse aux Fran
çais , datée du 9 avril , celle du 5 du même mois , sur laquelle
on prétend qu'il lui avait été fait par sa cour des reproches assez
vifs , comme contenaut plus de promesses qu'on n'en voulait
tenir. Elle est donc nulle quant à ces dispositions . Tout ce
que le généralissime veut bien en conserver , c'est l'engagement
de faire observer par les troupes à ses ordres la discipline la
plus sévere , et d'épargner ainsi au territoire français tous les
maux que n'entraîneraient pas nécessairement les opérations
militaires .
Une lettre de Bruxelles du 25 avril , contient les nouvelles
suivantes qui ne sont pas sans intérêt .
Son altesse royale l'archiduc Charles est arrivé avant-hier
au soir en cette ville , venant de l'armée . Aujourd'hui , ce jeune.
prince fera , en qualité de gouverneur-général des Provinces
Belgiques , son entrée publique en cette ville : elle sera simple
et sans la pompe usitée dans de pareilles occasions . Selon toute
apparence , notre nouveau gouverneur ne retournera plus à
l'armée et fixera sa résidence au château de Laken , ou tous les
équipages de campagne sont revenus avec lui . Peut- être qu'une
rencontre qu'il a eue en dernier lieu , a contribue à cette résolution
il faillit ces jours- ci d'être fait prisonnier par les Français
. S'étant avancé avec peu de monde , il était déja entouré
et au moment d'être pris , lorsque les dragons de Latour avec
quelques hussards le tirerent de ce pas dangereux ,, où trop
d'ardeur et de bravoure l'avait entraîne . Au reste les opérations
de la campagne ne présentent encore rien d'essentiel . Le 21 ,
H 2
( 116 )
Tentenant-général comte de Latour a fait reconnaître de pres
le camp retranché de Maubeuge . Pour cet effet , il fit attaquer
les postes avancés de l'ennemi , qu'il emporta après une vigoureuse
résistance . Les hussards de Wurmser se distinguerent
beaucoup dans cette affaire . La reconnaissance faite , les troupes
rentrerent dans leur camp avec quelques prisonniers. De l'autre
côté de la ligne formée sur la frontiere de France , le corps
d'armée Prussien , combiné avec celui du général comté de
Clairfayt , serre de plus en plus Lille ; nos avant-postes sont
déja à la vue de cette place. Quant au blocus de Condé , l'on
se flatte que sans siége formel la ville sera obligée de se rendre
;
la garnison , à ce que l'on assure , ayant déja été réduite
à la demi-ration Une lettre , écrite par le commandant de la
ville , le général Chancel , aux commissaires de la Convention
nationale près l'armée du Nord , et qu'un paysan était chargé
de leur porter , ayant été interceptée avec le commissionnaire
par nos chasseurs , a servi à dévoiler la véritable situation des
choses . Le commandant demande de prompts secours , sur-tout
en vivres , sans quoi , dit-il , je ne pourrais résister encore
long-tems à la famine , qui commence déja à se faire sentir . "
Vers Valenciennes , nos troupes s'étant emparées des hauteurs
de Hausin , qui dominent la ville , s'y retranchent avec activité.
L'armée Anglaise , commandée par le duc d'Yorck , vient d'établir
son quartier - général à Courtray , où elle sera jointe dans
peu par les troupes Hanovriennes , qui sont en marche . Les
Français craignant pour la Flandre maritime , qui se trouve
fortement menacée par terre et par mer , ont établi , pour la
couvrir , un camp de 18 à 20,000 hommes . Ils fortifient aussi
en diligence le poste important du Pont-Rouge , qui , au pouvoir
des ennemis , leur ouvrirait avec facilité l'entrée de la province.
Il y a été mis 4 à 5000 hommes pour le défendre . En
général l'on doit dire que la défection du général Dumourier
et des autres généraux qui l'ont suivi , n'a pas autant dérangé
la défensive des Français que l'on devait s'y attendre . Le général
Dampierre déploie tous les moyens et les ressources , pour .
rétablir l'armée et mettre à couvert les places menacées sur la
frontiere. I occupe dans ce dessein un poste avantageux en
avant de Bouchain . Il s'en faut donc de beaucoup qu'il désespere
de la République ou de ses circonstances personnelles ,
au point de se donner la mort : le bruit qu'on a mandé de
Tournay qu'il s'était tué d'un coup de pistolet , est absolument
faux. La colonne de troupes Hanovriennes a cantonné hier
dans les environs de Bruxelles : aujourd'hui elle doit continuer
sa marche pour sa destination .
Quant aux Provinces- unies , elles n'effrent rien de bien intéressant
on sait seulement que plusieurs patriotes Hollandais
Brabançons et Liégeois , dont le général Dumourier avait livré
la correspondance , ont eu le bonheur d'être avertis assez
tems pour pouvoir se dérober aux poursuites dirigées contre
( 117 )
eux. D'autres malheureusement , moins bien servis , ont été
effectivement arrêtés , et l'on craint que la perfidie du général
emigré ne les entraîne à l'échafaud .
Une lettre d'Amsterdam , en date du 6 mai , porte que suivant
les dernieres nouvelles de Constantinople quatre drago
mans ou interprêtes pour les Français , ayant résigné leurs
postes sont entrés au service de la Russie , de l'Autriche ,
de la Prusse et de l'Espagne ; ce qui portera un coup funeste
au commerce de Marseille. On ajoute que le grand- seigneur z
notifié aux ministres des puissances chrétiennes qu'il voulait
observer une stricte neutralité durant le cours de cette guerre,
Il renouvelle , dans un mémoire à cet égard , un ancien réglement
de 1780 qui interdit aux vaisseaux de ces puissances tous
combats dans les ports de la Turquie , près des Echelles , sous
les canons de ses forteresses et dans les lieux compris en- déçà
de trois milles des côtes de la mer Blanche , tant en Asie
qu'en Europe , etc. Dans le cas d'action en pleine mer , il est
défendu aux officiers de la flotte ottomane de s'en mêler en
aucune façon , et de donner des marques de partialité en faveur
des sujets d'une de ces puissances contre l'autre , ect.
2
ANGLETERRE. De Londres , le 3 mai.
Des dépêches inquiétantes du lieutenant-gouverneur Clarke ,
viennent d'arriver de Québec ici . Biles portent que la découverte
d'une conspiration , formée par le 72. régiment d'infanterie
contre le prince Edouard , qui en est le colonel , avait
vivement alarmé les habitans . On attribue ce complot au mécontentement
de la discipline sévere à laquelle ce prince voulait
assujettir sa troupe , fatiguée d'ailleurs de changemens continuels
dans les manoeuvres et l'uniforme , changement qur
avait amené une diminution dans la paye . Les soldats pour
s'en venger résolurent d'assassiner S. A. R. à coups de fusil ,
au moment où il chercherait à s'échapper d'une maison où ils
auraient mis le feu . On attend d'autres renseignemens sur
cette aaffaire .
La banque vient de mettre en circulation des billets de
5 liv . sterling , que le public paraissait desirer depuis longtems
. M. Pitt a , dit- on , formé le projet de venir au secours
des négocians qui souffrent des nouvelles faillites nombreuses,
et de l'interruption du commerce. Voici le plan du ministre
des finances , du moins en apperçu . Le parlement l'autoriserait à
lever 4,000,000 liv. sterling en billets de l'échiquier. On en
formerait une caisse de secours destinée au soutien du commerce
, soit en prêtant des sommes sous garantie à un intérêt
modique , soit en escomptant des lettres de change.
On trouve dans la gazette de la cour du 20 une ordonnance
du roi relative aux prises faites sur l'ennemi . Sa majesté , pour
donner un nouvel encouragement à ses sujets , leur ahan-
H 3
( 118 )
恭
donne la part qui lui revient des droits dans les prises faites
par les vaisseaux auxquels on a délivré des lettres de marque
en son nom .
Le 22 à la troisieme lecture du bill de correspondance illieite
dans la chambre haute lord Stanhope sollicita l'insertion
d'une clause qui garantît la propriété de l'individu résident
chez l'étranger . Mais lord Grenville et le chancelier insisterent
fortement pour qu'il ne fût fait aucune altération au
bill, 62 voix contre 7 l'admirent dans ssa teneur primitive , et
il fut renvoyé à la chambre des communes .
A
L'état des fonds publics est assez satisfaisant . On en peut
juger par la note suivante : actions : banque 175 , consolidées
787 , indes 214 , sud 84. 1 累
L'escadre de l'amiral Cosby , que les vents contraires avaient
obligée de rentrer dans nos ports , vient de remettre à la voile .
La giande flotte commandée par l'amiral Hood doit profiter
du premier vent favorable pour se rendre dans la Mediterrannée
, mais elle ne doit partir qu'après le 25 .
Voici le montant des frais du fameux procès de Hastings ,
depuis le 14 mai 1788 jusqu'au 8 mars 1792. Le mémoire de
MM. Waffin et Troward , procureurs , se monte à 36,961 liv .
-sterling ; en iy ajoutant les frais pour les établissemens originaux,
1 , dons gratuits , impressions , les droits d'écrivains ,
-messagersq.ect. la somme se portera au-delà de 60,000 liv . sterl .
549
Voici ce que portent les nouvelles du 30 avril et du 3 mai .
On s'est occupe dans la séance des communes csdu 29 d'un objet
de la plus grande importance pour la prospérité de l'état . Le
lord maire remit ce jour- là le rapport fait par un comité particulier
, sur le nombre d'énormes banqueroutes arrivées depuis
le commencement de cette guerre , qui semblaient menacer
d'ébranler le crédit national . On continua la délibération
à la séance du 1er . mai . Ces faillites, dont on ne compte
pas moins de cinq cens , ont jetté la consternation dans Londres,
Ofy a réçu en outre la fâcheuse nouvelle que dans
une grande partie de l'Ecosse , il regne une famine affreuse ,
et que la moitié des habitans y manquent du nécessaire .
-
Il se forme actuellement ici un corps d'émigrés Français ,
sous le commandement du comte de la Châtre , destiné à
servir dans l'armée combinée à la solde de l'Angleterre . Tous
les émigrés qui se trouvaient en Irlande doivent s'y joindre et
s'embarquer à cet effet à Corke , où deja dans les premiers
jours d'avril , l'on a rassemblé un grand nombre de bâtimens
de transport ; trois régimens d'infanterie ont dû s'y embar
quer , et l'on porte à huit le nombre des régimens d'infanterie
qu'on tirera de l'Irlande pour les employer à cette expedi
( 119 )
tion , ainsi que presque tout le régiment royal d'artillerie .
Afin de remplacer ces forces nécessaires au maintien du bon
ordre dans le royaume , il y a été rendu une proclamation
pour mettre sur pié et sous les armes la milice de la ville et
du comté de Dublin , ainsi que celle des neuf autres comtés .
Le 26 , le gouvernement contracta encore pour 12 nouveaux
bâtimens de transport , qui doivent être mis en état d'appareiller
le plutôt possible . Il paraît que cette flottille de navires
de transport réunie à un très-grand nombre de bateaux plats
sera escortée par l'escadre de l'amiral lord Hood , qui arborera
son pavillon à bord du vaisseau la Victoire , de 110 canons
l'on compte que celle - ci mettra à la voile dans la huitaine
, pour peu que le vent le permette . Suivant un état de
la marine royale , dressé au 31 mars dernier , le nombre des
vaisseaux actuellement équipés alors montait à 48 vaisseaux
de ligne , 8 de 50 canons , 65 frégates , 70 chaloupes , cutters
ou moindres bâtimens ..
9
Une petite escadre de cutters , sortie des Dunes sous les
ordres du lieutenant Joseph Cléments qui en est commodore , a
établi , depuis le 22 , sa croisiere à la hauteur de Dunkerque ; elle
est composée des cutters le Rattler et la Résolution de 14 canons
le Dauphin , la Charlotte , le Lion et le Preslwood de 10 , la Sincérité
, le Nimble et la Liberté de 8. L'on dit le commodore
chargé d'une commission particuliere , d'autant qu'il arbora le
pavillon de trève aussi- tôt qu'il parut à la hauteur de Dunkerque
, où l'on faisait des préparatifs de défense sous les
auspices de deux commissaires de la Convention , qui y étaient
arrivés pour encourager les habitans à défendre le systême
présent du gouvernement français jusqu'à la derniere extrémité.
On reçut le 26 avril , au bureau du secrétaire d'état ayant
le département des affaires étrangeres , des dépêches de milord
Auckland , ambassadeur à la Haye , dont la lecture fit tenir
conseil jusqu'à 7 heures du soir . Un courier porta le résultat
à S. M. qui était à Windsor .
On avait aussi déja reçu le 24 des dépêches du quartier général
de l'armée alliée , que l'on dit de la plus grande importance
; c'était le capitaine Bentinck , arrivé par la voie d'Ostende
qui en était porteur. Ce qu'il y a de constant , c'est que depuis
la déclaration de guerre de la France le ministere britannique
a resserré ses liaisons avec les puissances coalisées . On se
familiarise même avec l'idée de regarder Londres comme pouvant
devenir le point central des négociations relatives à la
France . Déja le comte de Mercy-Argenteau , ci- devant ambassadeur
de la cour de Vienne à Paris , est arrivé ici depuis per
de jours la suite nombreuse et les objets nécessaires à la re
presentation qu'il y a amenés , mais plus encore le dessein
H 4
( 120 )
qu'on lui suppose de louer un hôtel , font augurer qu'il pro
longera ici son séjour. Le bruit général est aussi que le marquis
de Lucchesini va se rendre dans cette capitale : il s'est distingué
dans sa mission de Varsovie , et l'on sait que S. M. P. lui
accorde toute sa confiance : c'est ce qui l'avait déterminée à
lui confier l'ambassade à Vienne ; mais sa destination vient
d'être changée , et on le nomme parmi les ministres des puissances
respectives qui travailleront en Angleterre à concilier les
divers interêts et à régler le sort de l'Europe.
"
L'Edgar , capitaine Bertie , qui faisait partie de l'escadre de
Pamirai Gell , est arrivé le 28 à Spithéad , ayant à bord 600
tonneaux d'argent avec une quantité d'or. Ce trésor provenait
de la capture que le Phaeton , capitaine A. S. Douglas , avait
faite , à environ 140 lieues du cap Lézard , environ 44 degrés
de latitude septentrionale et 22 de longitude occidentale , de
l'armateur Français , le général Dumourier , de 22 canons de 6
livres . Ce corsaire avait pris onze jours auparavant un vaisseau
de regître Espagnol , destiné pour Cadix , à environ 80 lieues
de ce port celui- ci avait à bord 685 caisses d'argent , outre
quelques lingots d'or et un grand nombre de barrils
tonneaux ou paquets d'autres marchandises de la plus grande
valeur , telles que cochenille , indigo , quinquina , etc. , le
tout estimé ensemble à 800 mille livres sterling , dont l'armateur
avait tranporté pour environ 500 mille livres sterlings à
son propre bord le reste était encore sur le navire Espagnol
, qu'on dit être également tombé au pouvoir du Phaeton,
Cette partie de la capture n'autoriserales captureurs qu'au droit
ordinaire de salvage : mais la partie du trésor qui se trouvait sur
le bord ennemi , sera probablement de bonne prise ; et dans
ce cas la capture est estimée la plus riche qui ait jamais été
conduite dans un port de la Grande - Bretagne , sans en excep
ter même le fameux vaisseau d'Acapulco , pris par l'amiral
lord Anson. Lorsque le Phaeton eut cette bonne fortune , la
plus grande partie de l'escadre de l'amiral Gell était à la vue ;
et par conséquent les vaisseaux qui doivent partager le butin ,
sont le Saint-George , l'Edgar , le Gange , l'Egmont et le Phaeton,
Le Boyne et le Powerful s'étaient séparés de l'escadre huit jours
auparavant , avec les navires de la compagnie , sous leur escorte.
Aussi- tôt que la prise eut été faite et la valeur connue
T'amiral Gell fit le signal pour tous les capitaines de venir à
bord du Saint- George ; et , dans un conseil qui y fut tenu . il
fut décidé d'envoyer l'Edgar avec les deux prises en Angle~
terre
2
121 )
1
I
FRANCE.
E CONVENTION NATIONAL L
PRÉSIDENCE DI LASSOURCE.
Séance du mardi , 7 mai .
La séance s'est ouverte par la lecture d'un long projet de
-décret sur la composition et la distribution des rations de
fourrages dans les armées . Il a été adopté avec quelques amendemens.
Marat avait dénoncé Lidon , rapporteur du comité
de la guerre , comme intéressé avec Chambon dans les fournitures
des fourrages , et les deux membres voulaient se jus
tifier de cette inculpation ; mais l'Assemblée a passé à l'ordre
du jour , motivé sur ce que les calomnies de Marat ne peuvent
atteindre personne .
Les commissaires envoyés sur les frontieres maritimes de
l'ouest , communiquent à la Convention un arrêté , par lequel
ils ont destitué le chef et plusieurs officiers de la légion germanique
. Ils annoncent que les dangers deviennent chaque
jour plus pressans .
Les troupes de la République ont évacué la ville d'Argenton-
le-peuple ; celle de Thouars est assiégée . L'armée de
Bressuire vient d'être réduite à trois mille hommes . Cependant
trente mille rebelles s'avancent sur trois colonnes. Les
retards de Biron abattent le courage des patriotes . De toutes
les troupes promises , la légion germanique a paru seule ; surle-
champ elle a marché contre les rebelles .
Ces revers , qu'il ne faut attribuer qu'à un défaut d'ensemble
dans la direction et l'emploi de nos forces , ont fait sentir
à la Convention la nécessité de s'occuper sur-le-champ des
instructions proposées par le comité de salut public , pour
les représentans du peuple , députés près des armées de la
République. La discussion s'est ouverte ; elle a été vive . Les
uns voulaient ne rien différer , les autres voulaient tout examiner
; après de longs débats , les instructions ont été adoptées
avec de légers amendemens .
Ce travail est divisé en trois paragraphes. Le premier traite
des fonctions des représentans du peuple , relatives aux armées ,
aux villes et places frontieres ; le second , de leurs fonctions
relativement aux armées des côtes maritimes , aux forces navales
, aux ports et aux côtes ; le troisieme , de leurs fonctions
relatives aux corps administratifs ,, aux sociétés populaires , aux
ressources locales du commerce et de l'industrie , et aux étąblissemens
à former ou à perfectionner.
.
( 122 )
Le premier paragraphe explique le mode de distribution des
députations sur nos frontieres , leurs moyens de surveillance ;
la nécessité d'une correspondance assidue avec le comité de
salut public , les regles de leur conduite auprès des généraux ,
qu'ils doivent suivre et jamais arrêter , amener à un concert de
vues , et non subordonné aux leurs . Il donne le pouvoir de
suspendre les officiers suspects . Il autorise à accélérer l'incorporation
des recrues ; à vérifier l'exactitude des revues à s'assurer
de la capacité et du civisme des commissaires des guerres ,
et des conseils administratifs ; à observer les positions , les mouvemens
des armées , dont ils tiendront un journal . L'état des
munitions et subsistances , les hôpitaux , seront encore l'objet
de leurs soins .
༅། པནྟི
Le second paragraphe prescrit aux représentans députés près
des côtes de l'Océan , d'employer leurs pouvoirs à éclairer les
citoyens égarés , à dissiper les rebelles , et faire punir les brigands
. Ils autoriseront l'enlevement et le dépôt en lieu de
sûreté , des femmes , des enfans , der bestiaux , des grains et
autres denrées. Ils assureront la subsistance de l'armée , se
feront rendre compte de l'état des ports et arsenaux , et autoriseront
l'achat de bâtimens nécessaires aux expéditions maritimes
.
Le troisieme patagraphe donne pouvoir aux commissaires de
former , par chaque députation , un comité central pris parmi
les membres des administrations de départemens , de districts ,
des conseils généraux , des communes , des sociétés populaires .
Ils correspondront avec ce comité sur tous les objets soumis
à leur surveillance .
Cet article est le seul sur lequel des difficultés se soient
élevées . Plusieurs membres craignaient que ce comité ne devint
une autorité , au lieu d'être seulement une réunion
d'hommes consultatifs . Que ces hommes , disoit - on , soient
nommés par leurs corps respectifs ; qu'ils soient revêtus de
la confiance publique , et non choisis arbitrairement par les
délégués de la Convention : leur influence sera plus grande
que s'ils avaient les moyens d'administration , car ils sont
chargés de former l'esprit public ; et s'ils étaient mal choisis ,
ils pourraient le diriger dans le sens des passions qui les donineraient.
Ces hommes pourraient donc faire le double mal ,
et égarer l'opinion du peuple contre les représentans du peuple
délégués , et l'opinion de ceux - ci contre les citoyens euxmêmes.
i
"
Malgré ces observations , l'article a été maintenu , parce que
l'intention de la Convention en formant un comité central a
été , non de créer un nouveau pouvoir , mais d'établir entre
les membres de ce comité et les représentans du peuple délégués
une correspondance intime.
Cambon a demandé , et la Convention a décrété que les
corps administratifs de Paris se rendroient à la barre pour
1
( 123 )
rendre compte de l'état du recrutement dans cette ville.
Sur le rapport de son comité des finances , la Convention
a ordonné la fabrication de 1200 millions d'assignats .
Séance du mercredi 8 mai.
Les représentans provisoires du peuple de Liége sont admis
à la barre. Ils demandent la réunion du pays de Liège à la France.
Cette pétition est adoptée à l'unanimité . Le président donne
aux députés le baiser de fraternité .
Un administrateur du departement d'Indre et Loire , député
vers la Convention , lui expose la situation des départemens
troublés par la révolte . Les rebelles se sont emparés de Thouars ,
Montreuil et Loudun . Cette derniere ville , après avoir abattu
l'arbre de la liberté , arboré la cocarde blanche et promené le
drapeau blanc , n'a pas rongi d'ouvrir ses portes. L'administration
du département s'est transportée à Chinon ; mais cette
ville même n'est point en sûreté . Le député demande des armes ,
de l'argent et des hommes .
Après la lecture de cette pétition , une foule de motions se
succdent et se pressent.
1 S
Bentabolle demande que le comité de salut public fasse ,
dans le jour , un tableau des malheurs dont plusieurs de nos
départemens sont affligés ; que l'on tire le canon d'alarme et
que l'on sonne le tocsin ; que l'activité des tribunaux civils
soit suspendue , que les spectacles soient fermés.
Tes armes Thuriot demande que tous les domestiques , tous les garçons
de café et de traiteurs qui sont en état de porter
s'enrôlent et partent pour l'armée .
Legendre renouvelle la proposition de tirer le canon d'alar
meil veut que la Convention se déclare permanente . 1
Robespierre y ajoute celle d'arrêter et de garder en ôtage
tous les gens suspects .
D'autres propositions sont entremêlées à celles - là . Vergniaux
demande que les sociétés populaires de Paris marchent toutes
entieres contre les ennemis de la patrie. Il cite l'exemple de
la société populaire de Bordeaux . Cette société a fait un appel
de tous ses membres , et a demandé à chacun d'eux pour quel
motifil ne partait pas . Il en est arrivé que chacun des inter-
: pellés n'ayant pas de raisons valables , a consenti de partir .
Je ne doute pas , ajoute Vergniaux , qu'une telle mesure employée
à Paris , ne produise les meilleurs effets .
鲞
Vergniaux propose encore d'envoyer des commissaires de
l'Assemblée dans les sections , pour y accélérer le recrutement ,
y rappeller les véritables principes et les intérêts réels de tous
les citoyens.
Danton observe que la crainte de dégarnir Paris des défenseurs
que la liberté a besoin d'y réunir , ne doit ni empêcher le
recrutement , ni faire recourir à des mesures violentes . C'est
une vérité , dit Danton , puisée dans l'histoire et dans le coeur
( 124 )
humain , qu'une grande nation en révolution ou même en
guerre civile , n'en est pas moins redoutable à ses ennemis .
Ainsi donc , loin de nous effrayer de notre situation , nous
n'y devons voir que le développement de l'énergie nationale ,
que nous pouvons tourner encore au profit de la liberté . " ,
De toutes les propositions que nous venons de rapporter ,
l'Assemblée n'en a adopté qu'une seule . Elle a décrété que
96 commissaires se distribueront dans les sectious de Paris ,
pour y presser le recrutement , reconnaître les moyens qu'elles
ont adoptés pour fournir leur contingent , et en faire le rapport
à la Convention .
Une députation de la section des Lombards est venue réclamer
l'élargissement d'un citoyen de cette section , arrêté et
traduit dans les prisons , par ordre de la municipalité , pour
avoir dit dans sa section qu'il fallait un mode uniforme de
recrutement pour toutes les sections de Paris , et que l'arrêté
de la commune était un acte arbitraire . Après de vifs débats
où Isnard et Buzot ont réclamé envain l'élargissement du détenu
, l'Assemblée a passé à l'ordre du jour sur la pétition des
gitoyens de la section des Lombards .
On a lu une lettre du ministre de la marine , qui annonce à
la Convention qu'un vaisseau génois , chargé de 100 Français ,
venant de Cadix , a été pris par un corsaire anglais ; que les
pyrates les ont pilles et les ont abandonnés , dénués de toutes
les choses de premiere nécessité .
Ducos a ajouté que les vaisseaux ennemis venaient enlever
nos subsistances jusques dans nos rivieres sans que nous eus
sions une seule fregate en mer pour les en empêcher. La
Convention a décrété que le ministre de la marine rendrait
compte des mesures qu'il a dû prendre pour protéger l'arrivée
de nos convois dans les ports de la République.
Organe du comité de salut public , Cambon annonce que le
amp de Sar, près Bayonne , a été forcé par les Espagnols , et que
cet échec est dû à la trahison du commandant de l'avant - poste .
Mais ce traître , Espagnol d'origine , a bientôt reçu la peine de
son crime. Il a été tué par un soldat Français , au moment où
il allait embrasser le commandant Espagnol .
Les ennemis se sont précipités sur le camp de Sar avec tant
de violence , que nos troupes n'ont pu résister à leur fureur ,
et la désorganisation de l'armée a été la suite de cette perfidie .
Les soldats qui se sont ralliés ont pris une bonne position .
Les Espagnols , après avoir pillé le camp , brûlé les tentes
et pris deux pieces de canon , se sont retirés.
Depuis long- tems l'Assemblée ne s'était pas occupée de
constitution . Vergniaux lui a présenté aujourd'hui , non un
plan , mais quelques idées et une motion d'ordre sur la Cons-
. Vous
vous
hâterez
de la faire
, a-t- il dit ; car c'est
ce que
desirez
tous
; elle
anéantira
les factions
qui déchirent
- la
République
; elle offrira
une
base
fixe
à l'opinion
aujourd'hu
( 125 ) *
livrée à toutes les fluctuations de l'esprit de parti ; elle fera
succéder l'empire de la loi à l'insupportable tyrannie des
ambitions individuelles ; plus puissante qu'une armée , sans
effusion de sang et par le seul attrait du bonheur , elle rendra
à la patrie les enfans égarés qui déchirent son sein , et éteindra
les feux de la guerre civile .
Vergniaux pense que le préliminaire de toute discussion serait
de régler nne série de questions , qui seraient mises en
délibération avant que la priorité fût accordée à aucun projet
de constitution , et dont la solution déterminerait la préférence
même de l'Assemblée pour l'un de ceux qui lui ont
été présentés . S'il est presqu'impossible de faire à la tribune
une comparaison raisonnée des divers projets considérés dans
leur ensemble , ou du moins d'arriver par cette comparaison
à un résultat qui obienne la majorité des suffrages , rien ne parait
au contraire plus aisé que de comparer les divers projets ,
si on les examine successivement dans chacune de leurs bases ,
et d'accorder nne priorité qui n'exige aucune discussion préa
lable.
Vergniaux propose donc d'arrêter une série de questions ;
de lire , sur chacune , la solution du comité et d'ouvrir ensuite
la discussion sur la question et la solution . Je suis loin
de croire , a-t- il dit en terminant son discours , que nous nous
soyons affaiblis pas nos bruyans débats et même par nos halues :
j'aime à me persuader que notre caractere en aura acquis plus
d'énergie , et que du mouvement composé de nos passions et
de notre raison , de nos méfiances réciproques et de notre
ardeur commune pour la liberté , il en résultera un ouvrage
qui ne sera pas indigne de la France .
Un inspecteur de la salle a instruit la Convention que
vendredi prochain la nouvelle salle destinée à ses séances sera
en état de la recevoir.
Séance du jeudi , 9 mai.
Le conseil genéral de la commune de Pont- l'évêque instruit
la Convention de l'évasion du nommé Fecamp , arrêté comme
prévenu d'être un agent de Philippe Egalité , dans le département
de l'Orne.
Un député des Pyrénées orientales soumet à l'approbation
de la Convention un arrêté pris par ce département , pour
faire mettre en état d'arrestation ceux qui à l'approche des
Espagnols ont abattu l'arbre de la liberté et arboré la cocarde
blanche , et pour faire traiter comme émigrés ceux qui ont
passé ou qui passeroient dans les pays occupés par l'ennemi .
L'Assemblée approuve cet arrêté et le renvoie au comité de
législation .
Les comissaires de la Convention écrivent d'Orléans que
bientôt il y aura à Tours et à Poitiers des forces suffisantes
pour en imposer aux rebelles
( 126 )
Voici un arrêté que les administrateurs du département de
la Haute-Vienne ont pris , et qu'ils ont envoyé au comité
de salut public. Le conseil général du département de la
Haute-Vienne met en état de réquisition tous les officiers de la
garde nationale de son arrondissement , en activité au premier
mai , jusqu'au grade de sous-lieutenant exclusivement. Ils
seront montés , équipés et armés d'un sabre et de deux pistolets .
Les municipalités sont invitées à procurer ces effets à ceux qui
en manqueraient , de maniere qu'ils puissent partir sans délai.
Les citoyens appellés par le présent arrêté , se réuniront
à Limoges , le 13 de ce mois . Si quelques-uns des citoyens
officiers dont on vient de parler , se refusaient à marcher
leurs noms seraient imprimés et affichés avec note d'infamie ;
ils seront en outre déclarés suspects et mauvais citoyens . "
―
Les commissaires de la Convention , envoyés dans les sections
de Paris , rendent compte de l'esprit dont ils ont vu les
citoyens animés . Par- tout ils ont vu éclater l'énergie du patriotisme
; tous ont senti la nécessité d'effectuer promptement le
recrutement. Dans beaucoup de sections le contingent est complet
; dans d'autres , il le sera très -incessamment . Les riches
ont fait des sacrifices considérables et ont acquitté de cette
maniere leur dette envers leurs concitoyens .
A la suite de ce rapport , la Convention a décrété qu'elle
approuve les différentes mesures que chaque section a cru devoir
prendre , et qu'attendu les dangers de la patrie le contingent
de chaque section sera completté ét organisé dans
trois jours. ,
La Convention s'est enfin occupée des moyens de réduire
la masse des assignats en circulation . Le comité des finances
lui a présenté un projet de décret dont le premier paragraphe
a été adopté . Il a pour objet le prompt acquittement de toutes
les contributions arriérées .
Sur le rapport de son comité de marine , elle a adopté plusieurs
décrets dont voici les principales dispositions.
66 Lá Convention nationale déclare que sous la dénomination
générale de navires ennemis sont compris les navires
particulierement connus sous le nom de smogleurs on fraudeurs
, et , en conséquence , décrete que la libre navigation
et l'admission dans les ports de la République de ces smogleurs
ou fraudeurs , est prohibée , à dater du jour de la déclaration
de guerre.
La Convention décrete qu'il sera sursis à l'exécution de
tous jugemens rendus ou à rendre par les tribunaux de commerce
ou de district des villes maritimes de la République , à
raison des diverses prises de navires qui ont pû être faites jusqu'à
ce jour sur les villes Anséatiques .
,, La Convention décrète que les bâtimens de guerre et les
corsaires Français peuvent arrêter et amener dans les ports de
la République les navires des puissances neutres , chargés en
tout ou en partie de comestibles pour les ennemis .
( 127 )
~
Les comestibles appartenans aux ennemis de la Républi
que seront de bonne prise . Les comestibles appartenans à des
neutres , leur seront payés sur le pied de leur valeur dans
le lieu pour lequel ils étaient destinés .
" Dans tous les cas , les navires neutres seront relâchés du
moment où le déchargement des comestibles arrêtés aura été
effectué . Une juste indemnité sera accordée à raison de leur
détention par, les tribunaux qui doivent connaître la validité
des prises .
Seance du vendredi 10 mai .
La Convention nationale a tenu aujourd'hui sa premiere
séance dans sa nouvelle salle aux Tuileries . Ce changement
de local influera sans doute d'une maniere avantageuse sur le
mode de ses délibérations . Les tribunes publiques y sont pla→
cées à une distance assez grande des bancs des législateurs ,
pour ne pouvoir plus se mêler aux débats de la représentation
nationale . Les députés assis sur une ligne presque hori
sontale , n'y seront plus séparés comme deux corps d'armée
ranges en bataille en face l'un de l'autre ; enfin le mélange heureux
des membres de tous les côtés et de tous les partis , rapprochera
un grand nombre d'hommes auxquels il ne manque
pour s'estimer que de s'entendre et de se connaître .
Les jugemens du tribunal criminel extraordinaire s'exécutaient
sur la place de la Réunion , voisine du lieu des séances
de la Convention . Un de ses premiers soins a été d'éloigner
ces exemples de rigueur d'une enceinte où l'on ne doit sentir
que les douces impressions de l'humanité et de la fraternité.
De nouveaux détails sur les progrès toujours plus alarmans
des rebelles , ont été transmis à l'Assemblée . Leur armée est
disciplinée et réguliere ; elle ne marche que d'après des signaux
convenus , tandis que nos braves soldats sont souvent obligés
de marcher sans guide et de combattre sans généraux . On
pense que le projet des rebelles est de s'emparer du département
des Deux- Sevres et de nos arsenaux de la Rochelle .
L'état de nos frontieres méridionales est plus satisfaisant .
Voici l'extrait d'une lettre d'un commisaire du département de
l'Hérault , envoyé à Perpignan .
Nous n'avons vu aucuns nouveaux mouvemens des Espa
gnols ; dans une sortie , la garnison de Bellegarde a enlevé sur
le territoire ennemi 600 bêtes à corne . La facilité avec laquelle
l'ennemi laisse ravitailler les places fortes de cette partie de
notre frontiere méridionale , fait présumer qu'il n'est pas en
force pour l'empêcher. Il vient d'arriver à Perpignan 2000
hommes d'infanterie , parmi lesquels se trouvent le bataillon
de Montpellier et 150 cavaliers . 99
Une armée de 12,000 hommes se forme dans le département
de l'Hérault , et une autre de 8000 dù côté de Carcassonne.
1 . 21.
( 128 )
"
Une lettre du 9 des commissaires de l'armée du Nord rend
compte des avantages remportés le 8 par nos troupes sur l'ar
mée autrichienne ; mais ce succès coûte cher à la République.
Dampierre est mort ; un boulet de canon qui lui a emporté
la cuisse , l'a laissé sans vie sur le champ d'honneur.
Les commissaires ont nommé provisoirement Lamarche à
la place de Dampierre ; mais cet officier a déclaré qu'il ne se
sentait pas en état de soutenir long-tems un pareil fardeau .
Le conseil exécutif a été sur-le- champ convoqué ; il a cher
ché à remplacer le général Dampierre ; mais comme rien n'est
plus important qu'un semblable choix , comme il nécessite un
examen très-approfondi , il ne pourra prendre un parti définitif
que sous deux jours .
Sur la proposition de Mallarmé , organe du comité des domaines
, l'Assemblée a décrété que les baux passés par les agens
de l'ordre de Malte , des maisons tant régulieres que séculières
, postérieurement à la date du mois de novembre 1790 ,
sont nuls et de nul effet . L'Assemblée a annullé également Ics
ventes faites d'après lesdits baux anticipés .
On a repris la constitution . Isnard , par motion d'ordre , proposait
de décreter un pacte social qui précéderait la constitution
, et en formerait la base . Cette proposition n'a pas eu de
suite. On a observé que les élémens de la justice humaine et
la source de la liberté des nations sont dans la déclaration des
droits , et que la constitution qu'acceptera le peuple , sera le
véritable pacte social .
1
Danton a pensé qu'il fallait d'abord déclarer de nouveau que
le gouvernement de la France est républicain et discuter ensuite
une série d'idées fondamentales.
Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les
citoyens respectent toujours les droits des citoyens et faire
en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer luimême
voilà le double problême que Maximilien Robespierre a
cherché à résoudre .
། ན་
Mais le premier lui a paru tellement facile qu'il n'a pas
jugé nécessaire de s'y arrêter. Quant au second , il a d'abord
été tenté de le regarder comme insoluble . Il a vu partout
les magistrats opprimer les citoyens , et le gouvernej
ment dévorer la souveraineté d'où il a conclu que le premier
objet de toute constitution doit être de défendre la
liberté publique et individuelle contre le gouvernement luimême.
Il en a cherché les bases dans cette maxime que le peuple
est bon et que ses délégués sont corruptibles , que c'est dans
la vertu et dans la souveraineté du peuple qu'il faut chercher
an préservatif contre les vices et le despotisme du gouverne
ment.
Modérer la puissance des magistrats , abréger la durée de
leurs pouvoirs , leur ôter toute autorité et toute influence étran
gere
( 129 )
gere à leurs fonctions ; éloigner de leurs mains le trésor pus
blic ; fuir la manie ancienne des gouvernemens de vouloir
trop gouverner , laisser aux individus le droit de faire ce
qui ne nuit point à autrui aux communes le pouvoir de
régler elles -mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient
point essentiellement à l'administration générale de la Répu
blique , telles sont les principales conséquences que l'orateur
a déduites du principe qu'il a établi .
Il a parlé ensuite des moyens de soumettre les magistrats
et les fonctionnaires à une responsabilité certaine en les pla
çant dans la dépendance réelle du souverain . A l'expiration de
leurs fonctions les membres de la législature et de l'agence
exécutive pourraient être déférés au jugement de leurs commettans.
Le peuple prononcerait simplement sur cette question
tel citoyen a - t- il répondu ou non à la confiance du peu
ple ? Le jugement qui déclarerait qu'ils ont perdu la confiance ,
emporterait l'incapacité de remplir aucunes fonctions publi
ques . Le peuple ne décernerait pas de peine plus forte ; et
si les mandataires étaient coupables de quelques crimes par
ticuliers et formels ils pourraient les renvoyer à un tribunal
populaire établi pour les punir.
Quelque nécessaire qu'il soit de contenir les magistrats , il
n'en est pas moins de les bien choisir . Pour assurer la pureté
des élections , l'orateur voudrait que le peuple entier put
assister aux assemblées , et que le pauvre fut indemnisé da
fems qu'il dérobe à la subsistance de sa famille pour le consacrer
aux affaires publiques .
Telles sont les principales vues exposées dans le discours
de Maximilien Robespierre. En approuvant les précautions
`séveres qu'il prend contre les usurpations du gouvernement
on lui eût demandé peut- être quels moyens ils conçoit pour
assurer l'obéissance aux lois , s'il n'eût affirme d'avance que
l'anarchie est la maladie des corps politiques , et que
ce n'est que depuis la révolution du 10 août que nous avons eu
un commencement de lois et de gouvernement .
Cette discussion sur la constitution a amené un résultat.
La premiere base a été posée en ces termes :
Le peuple Français fondant son gouvernement sur les droits
de l'homme en société , qu'il a reconnus et déclarés , adopte
la constitution suivante :
Art. Ier . La République française est une et indivisible.
Sur la proposition de Danton , la Convention a décrété
que les peines rigoureuses prononcées contre les rebelles ne
porteront que sur ceux qui seront convaincas d'avoir commencé
ou propagé la révolte .
Séance du samedi 11 mai .
Des rapports toujours plus alarmans sur les pr
voltes dans les départemens de l'Ouest n'ont p
Tone HI.
།
วิ
( 130 )
semblée de délibérer , dans cette séance , que sur les moyens
d'étouffer le feu de la rébellion .
Taillefer renouvelle la proposition de fermer les spectacles ,
et de tirer le canon d'alarme.
Thuriot demande que l'on empêche la circulation des jour
naux incendiaires qui ont soufflé dans ce pays le feu de la
guerre civile . On répond à Thuriot , que les journaux dont
il demande la suppression sont ceux -là même qui ont fait la
révolution ; qu'ils sont loin d'être la cause des troubles qui ont
eu lieu dans les départemens , et que malheureusement pour
la France les deux tiers des habitans de ce pays ne savent
pas lire.
1
Collot - d'Herbois propose de mettre en état d'arrestation
tous les gens suspects ; que cette arrestation se fasse au moment
où le canon d'alarme sera tiré ; que les citoyens logés
en hôtels garnis que les étrangers soient en état d'arrestation
chez eux ; qu'un tiers de la fortune des hommes suspects
soit consacré aux dépenses de cette guerre ; qu'ils soient jugés
par les sociétés populaires ; que les membres du conseil exécutif
soient renouvellés , et principalement le ministre des
contributions.
Levasseur demande que le comité de salut public soit continué
tel qu'il est . Cette derniere proposition est d'abord décrétéé
, et l'Assemblée renvoie les autres à ce même comité pour
en faire le rapport séance tenante .
Sur le rapport d'Aubri , au nom du comité de la guerre
l'Assemblée termine le code pénal militaire .
Barrere , organe du comité de salut public , se présente ensuite
pour annoncer à la Convention que ce comité vient de
se livrer à la discussion des mesures urgentes à prendre pour
secourir les départemens maritimes de l'Ouest . Une force trèsimposante
marchera contre les rebelles , et les attaquera là où
on est bien sûr de ne pas trouver d'hommes égarés . Voici ,
dit Barrere , l'exposé des nouvelles que nous avons reçues .
Thouars et 3000 hommes sont au pouvoir des rebelles .
Loudun a arboré le drapeau blanc ; Chinon est près d'être
attaqué.
T
Les administrateurs d'Indre et Loire ont pris les résolutions
suivantes ; ils ont arrêté , 1º. l'établissement d'uue commission
centrale , qui se transportera sur-le-champ à Chinon , pour y
faire toutes les dispositions relatives à la défense de cette ville' ;
2º . le départ pour Chinon d'un détachement de 600 hommes
ec deux pieces de canon , dont 200 de cavalerie germanique ;
"envoi de commissaires dans les districts , chargés de re
les hommes , les armes et les subsistances ; 4 ° . l'étad'un
comité défensif chargé de faire des visites
, et de la recherche des armes dans la maison
Cette recherche a eu lieu ; 59. que les armuriers
sur-le-champ mis en état de réquisition pour
( 131 ) :
la réparation desdites armes ; 6° . que les personnes suspectes
seront mises en état d'arrestation : ces deux articles out été
décrétés .
Tallien , commissaire de la Convention , écrit de Tours , en
date du 10 , au comité de salut public :
Nous sommes toujours dans la même position ; nous
avons toujours à combattre le même systême de terreurs paniques
et de fausses nouvelles . Je fais tout ce que je puis pour
l'anéantir.
Quinze mille hommes sont en possession de Thouars
vous verrez , par les rapports particuliers , que Quétineau , agent
de Dumourier , a livre cette place et les hommes qui la défendaient.
Les rebelles renvoient les habitans des campagnes ,
après leur avoir fait prêter le serment à la religion chrétienne
et à Louis XVII , et retiennent les gardes nationales des
villes . "
Nous partons pour Chinon ; nous allons y
réunir une
petite armée , en attendant les nombreux bataillons qui nous
sont promis, depuis si long- tems . Il arrive de tous les districts
des hommes , des armes et des munitions ; mais il manque des
officiers , envoyez- en promptement , d'intelligens et de fideles ;
ne dissimulez rien à la Convention nationale ; la vigueur de
ses résolutions peut seule réparer les maux que nous a causés
l'inertie du conseil exécutif. " ,
Vous saurez que dans la malheureuse affaire de Thouars ,
tandis que Quetineau et l'armée qu'il commandait se sont lâchement
rendus , les intrépides Marseillais ont seuls combattu
jusqu'à la derniere extrémité dix fois de suite ils ont enlevé
le drapeau blanc sous lequel les rebelles étaient ralliés . Ils
avaient formé sur la place un bataillon quarré ; pressés de
toutes parts , après avoir épuisé leurs munitions ils se sont
précipités sur les ennemis la bayounette au bout du fusil . II
n'en est resté que six .... "
Les rebelles renvoient les hommes sans uniforme . Voici
l'espece de cartouche qu'ils avaient délivrée à un de ces hommes
qui avaient prêté le serment exige par eux , et qui est ici en
prison : Domainguet , colonel- général de la cavalerie de l'armée
chrétienne , permet à Menou de se retirer , sous le serment par
lui prêté d'être fidele à la religion , à Louis XVII , à la monarchie
française , et de ne jamais porter les armes contre l'armée
chrétienne. " ,
Le département de l'Isere , continue Barrere , nous annonce
que le recrutement de l'armee des Alpes est plus que complet ,
et que l'excédent se monte à 21 mille hommes reunis à Gre
noble . Les mesures sont prises pour assurer des subsistances
à cette ville .
Le comité de salut public s'est occupé de l'examen des
mesures qui lui ont été renvoyées . Demain on vous présentera
un projet d'instruction aux habitans des campagnes ; cette
1 2
( 132 )
adresse sera traduite en bas breton et dans les idiomes du
pays.
On vous a parlé du nombre considérable de prisonniers
qui gémissent dans la détention , et dont plusieurs ne sont
coupables que de fautes dont la police correctionnelle est
compétente . Le comité a chargé le ministre de la justice d'écrire
à ce sujet une lettre circulaire et instructive aux tribubaux
et aux juges de paix .
La conduite de Quetineau , digne sans doute d'être punie ,
nous a paru néanmoins nécessiter un examen approfondi .
Nous ne proposons à son égard aucune mesure avant cet
examen .
Les intrépides Marseillais ont péri victimes de leur patriotisme
et de leur courage ; nous vous proposons d'élever en
leur honneur un monument à la place où ils ont combattu ,
Jorsque Thouars sera rentré au pouvoir de la République .
Une autre trahison a éclaté dans le même moment . Pinson ,
chef de la légion des montagnes , après avoir fait massacrer
ses braves Miquelets , embrassait , pour prix de sa perfidie , le
général espagnol : il est mort dans ce moment ; un Français
f'a fait tomber. Nous ne nous proposerons pas de statuer sur
la conduite de ce dernier qui , quel qu'il soit , a délivre la patrie
d'un traître , sans prouver qu'il n'en est pas un lui-même ;
car des lettres posterieures à l'événement nous laissent dans le
doute de savoir si la mort de Pinson n'a pas été commandée
pour ensevelir avec lui le secret de son crime .
9
Ici se présente une mesure qui hier fut rejettée par vous
mais que l'honneur national nous commande de soumettre une
seconde fois à votre délibération . Nous croyons le devoir au
général républicain , mort au lit d'honneur en combattant les
ennemis . Vous avez décerné les honneurs du Panthéon à Mirabeau
, ou plutôt à son génie révolutionnaire ; vous les avez
accordés à Lepelletier , assassiné pour avoir voté la mort du
tyran ; Beaurepaire a obtenu les mêmes honneurs , pour n'avoir
pas voulu survivre à la reddition d'une place qui lui était
confiée ; ici c'est un général attaqué par des forces supérieures ,
qui livre une bataille décisive , et qui reçoit le coup mortel
il ne s'est point , comme on l'a cru , imprudemment porté
l'avant-garde l'aile droite semblait faiblir , il courait la ranimer
par sa voix et par son exemple , et il trouve dans les rangs le
sort de Turenne. Il s'est endormi dans la gloire . Pour vous ,
citoyens , dans un moment où vous avez besoin de vous atta
her de grands hommes par des actes de reconnaissance nationale
, la révolution vous commande d'accorder a Dampierre
les honneurs du Panthéon ; l'armée du Nord toute entiere y
entrera avec ses cendres .
Toutes ces propositions ont été décrétées .
Seance du dimanche 12 mai.
Les commissaires de la Convention dans le département de
( 133 }
'Hérault annoncent que le nombre d'hommes qu'il vient de
fournir pour la défense de la patrie , s'éleve à plus de 2000.
Celui du Gard a passé ce contingent.
Dans le département de l'Arriege chacun croit que son poste
est à la frontiere . Les administrateurs même , pensant que la
moitié d'eux suffira pour l'expédition des affaires administra
tives , l'autre moitié veut voler aux frontieres . Déja six administrateurs
du district de Mirepoix sont sous les armes et 800
des administrés les suivent. Bientôt ce nombre doublera. Tout
est soldat , même les femmes. On les a armé de piques , en
attendant qu'il soit permis à ces nouvelles amazones de former
des bataillons .
De nouveaux détails sur le dernier succès obtenu par le
général Lamarliere , ont été adressés aujourd'hui à la Convention
, par Gasparin , un de ses députés à l'armée du Nord , II
en resulte que la journée du 8 est une des plus glorieuses
pour les armes de la République . L'ennemi a été attaqué sur
différens points à- la- fois . La division aux ordres du général
Despourches est parvenue à mettre le feu à l'abbaye de Vigogne
et à incendier les magasins que l'ennemi y avait établis
Plusieurs retranchemens ont été emportés . Les Autrichiens
ont perdu beaucoup de monde ; nous leur avons fait quelques
prisonniers , presque tous Anglais .
On a fait lecture d'une lettre des deux députés Mailhe et
Moisset , commissaires dans le département des Bouches - du-
Rhône . Marseille , disent- ils , jouissait de la tranquillité , tout
y prenait une tournure heureuse , lorsque tout -à - coup les sections
ont exercé la souveraineté ; elles ont créé un tribunal
populaire . Des commissaires nous ont été envoyés pour visiter
nos papiers , notre correspondance et arrêter nos dépêches .
Nous avons pris un arrêté par lequel nous avons cassé ce
tribunal , décidé que ses membres seraient responsables de tous
ses actes ultérieurs ; que les procédures commencées seraient
saisies , et que tous les citoyens qui s'opposeraient à cet arrêté
seraient déclarés rebelles à la loi.
Nous pensons que , pour assurer la révolution dans ce pays
il faut y établir une commission centrale qui ramene le regne
des lois , et que les 6000 hommes qui s'y trouvent y restent
cantonnés , pour inspirer de la crainte aux séditieux.
On demande le renvoi de cet arrêté au comité de salut pu
blic. Barbaroux s'y oppose. Il veut parler pour dévoiler la
conduite des commissaires . Ainsi donc , s'écrie - t- il , la fiere
Marseille , dont les enfans ont été verser leur sang dans le
département de la Vendée ; ainsi Marseille , que Rome vertuense
honora du nom de soeur ; Marseille , où le pauvre n'assassine
pas le riche qui le fait vivre ; Marseille est signalée par vas
commissaires comme une ville contre- révolutionnaire !
Barbaroux éprouve une longue interruption ; il faut up dé
fret pour lui rendre la parole.
1
I 3
( 134 )
1
Je le déclare , continue -t - il , il est aussi impossible de
ramener Marseille sous le joug du despotisme que de faire
remonter un fleuve vers sa source . Vos commissaires ont cherché
à s'entourer de la classe indigente du peuple pour la séduire
; mais leurs tentatives ont ete vaines . Ces mêmes commerçans
contre lesquels on crie tant , qui out fourni les fonds
pour l'armement et l'equipement de 6000 Marseillais , sont
Sous les armes ; ils sont à la disposition de la République. Ils
sont prêts à defendre la liberté et ne protégeront jamais la
devastation et le brigandage.
Marat , Bourdon , Legendre , réclament envain l'ordre du
jour ; Barbaroux continue : C'est un garçon menuisier d'une
section de Marseille , qui rappella à vos commissaires les
principes de justice et d'equite . Il leur dit : Vous allez dans
toutes les sections ; vous préchez tantôt blanc , tantôt noir ;
tce sont ses expressions ) nous ne pouvons avoir confiance
dans ce que vous nous dites . Nous, aimons beaucoup mieux
gagner notre journée par notre travail que de voler ce qni
ne nous appartient pas . " A Aix , où vos commissaires se
sont rendus , c'est un ouvrier qui travaille à la reparation des
routes , qui a encore repoussé leurs insinuations ; et telle est
la force du patriotisme , que l'anarchie , dans le département
des Bouches - du - Rhône , est entièrement comprimée .
Barbaroux finit par demander le rappel des commissaires et
la suspension de leur arrêté , jusqu'à l'arrivée d'un député extraordinaire
que Marseille envoie à la Convention pour lui
rendre compte des faits .
Marat accuse Barbaroux , Roland et les journalistes de la
contre - révolution de Marseille .
· Heureuse contre révolution s'écrie Guadet ; ainsi elle
s'operera dans toute la France ; ainsi tous les départemens
feront rentrer dans le néant ceite poignee de factieux et de
desorganisateurs , beaucoup plus redoutables que les armées de
Cobourg et des rebelles de la Vendée .
L'eux décrets ont mis fin à ce débat . Par le premier , l'arrêté
des commissaires est suspendu ; par le second , le tribunal
populaire de Marseille est aussi suspendu . L'Assemblée attendra
, pour prononcer définitivement , le rapport qu'elle charge
son comité de salut public de lui faire sur l'affaire de Marseille
.
Le reste de la séance a été consacré à l'admission des pétitionnaires
. '
Les meres , les cpouses des citoyens emprisonnés à Orléans
viennent demander justice à la Convention . Les uns ont été
enleves à côté d'elles , au milieu des tén.bres de la nuit , avec
F'appareil d'une force arinée , et ont été jettés dans les prisons
sans égard pour l'age et les infirmités ; les autres sont capuifs
chez eux , parce qu'il ne reste plus sans doute de local pour
les incarcérer. La ville entiere est enchaînée . Depuis six se135
)
maines il n'est plus permis de vaquer aux affaires du dehors....
Troiss personnes n'osent plus ou se promener ou causer ensemble
, sans crainte de recevoir un ordre de captivité .
Où est donc , peres du peuple , cette liberté que vous venez
de proclamer si solemnellement ? Il ne s'agit plus ici de l'affaire
de Bourdon. Depuis long- tems la procédure est instruite :
s'il est des coupables qu'ils soient punis .
Mais actuellement pourquoi toutes ccs arrestations , ces
lettres -de-cachet , ces entraves dans une ville républicaine ?
Trois fois , disent encore les pétitionnaires , elles ont demandé
justice aux commissaires qu'ont trompé des scclérats .
Leur troisieme pétition a été reçue à la suite d'un banquet de
cent personnes elles ont été contraintes de prendre part à
cette fête , et cette dérision outrageante a été le seul fruit de
leur démarche .
Cependant le civisme des Orléannais a résisté à ces épreuves
. Le danger de la patrie a été proclamé ; la terre a été
frappée avec la pique de la liberté , et 600 guerriers en sont,
sortis pour la Vendet , 600 autres pour les armées .
Les pétitionnaires concluent par demander des commissaires
pour vérifier les faits , constater les vexations , signaler les tyrans
subalternes et substituer l'égide de la loi à la hache de
l'arbitraire . Cette petition a été applaudie. L'Assemblée en a
décrété l'impression et le renvoi au comité de législation ,
pour en faire un prompt rapport .
Séance du lundi 13 mai .
Un secrétaire fait lecture d'une lettre de Custines au président
de la Convention . Ce général déclare qu'il ne peut plus
conserver le commandement des armées du Rhin et de la
Moselle . Il prie la Convention de lui nommer un successeur ;
il l'attend impatiemment et lui remettra , ses plans de campagne.
Custines donne pour motif de sa démission , la conduite
tenue à son égard par les commissaires de la Convention à l'armée
du Rhin . Une lettre écrite par ce général au duc de
Brunswick a paru aux commissaires mériter leur improbation ;
ils ont vivement repris Custines en présence d'un grand nombre
d'officier's , en l'accusant d'y avoir développé des sentimeus
peu dignes d'un républicain . Après une semblable injure
, ajoute Custines , je ne puis plus continuer à commander
les armées de la République , et c'est pour son intérêt que
je vous demande de me donner un successeur ,
A cette lettre est jointe la copie de celle que ce général a
écrite au duc de Brunswick et dont voici l'objet et le précis .
J'avais envoyé le citoyen Corbeau , officier à Manheim.
" pour y traiter de l'échange des prisonniers . Quel a été
mon étonnement d'apprendre , par lui , que le capitaine
" Boos , du 56. régiment d'infanterie , fait prisonnier , ava
14
136 )
92
sosé se dire autorisé de ma part , à traiter de la reddition de ·
Mayence ? Une semblable machination ne peut avoir été
inventée que par quelques - uns de ces hommes dont les
intrigues , dans toutes les cours de l'Europe , ont précipité
" cette partie du monde dans la guerre la plus desastreuse
39 à laquelle elle ait jamais pu se livrer , et j'augure trop
de la grande ame de votre altesse serenissime pour ne pas
me persuader qu'elle voudra bien faire comprendre le ca-
" pitaine Boos dans le premier échange , le faire remettre aux
postes Français sous bonne et sûre garde , en m'en prévenant
d'avance. J'annonce avec franchise à V. A, S. que ,
trop blessé d'une semblable imposture , je ne laisserai pas
ignorer à l'Europe , une intrigue dout le but serait de
déshonorer le caractère que je crois avoir développé depuis
le commencement de la révolution et de cette guerre .
Une seconde dépêche de Custines rend compte d'une affaire
assez vive qui a eu lieu le 6 entre une partie de l'avant-garde
de l'armée du Rhin et un corps d'Autrichiens . L'objet de
l'attaque était de faire entrer dans Landau un corps de recrues
; il a été rempli avec succès . L'ennemi a laissé 250 hommes
sur le champ de bataille , Notre perte a été peu considérable.
Après la lecture de ces lettres , plusieurs membres demandaient
le rappel des commissaires , mais l'Assemblée a ajourné
toute discussion sur la demande de Custines jusqu'après le rapport
de son comité de salut public auquel elle a renvoyé toutes
les pieces .
On a repris la discussion sur la constitution , Condorcet a
parlé le premier . Après un exposé des maux que cause l'attente
d'une constitution depuis si long- tems desirée , et des maux
plus grands que causerait infailliblement cette attente plus
long-tems prolongée , il a proposé le décret suivant :
Art . Ier . Dans le cas où les assemblées primaires n'auraient
pas été antérieurement convoquées pour accepter ou rejetter
un plan de constitution , présenté par la Convention nationale ,
il sera formé une nouvelle Convention , et à cet effet les assemblées
primaires se réuniront à l'époque du premier novembre
prochain , sans aucune autre convocation .
II. La nouvelle Convention sera composée de la même ma-.
niere que
la Convention actuelle , et ses membres élus sous les
mêmes formes , conformément à l'acte de l'Assemblée légis
Jative du .... août 1792.
III. S'il y a lieu à la formation d'une Convention nouvelle ,
elle ouvrira ses séances le 15 décembre prochain .
Thuriot a combattu la proposition de Condorcet .
Quel est celui d'entre vous , a-t-il dit , qui serait assez lâche
pour rentrer dans ses foyers , en laissant la constitution a moiié
terminée ? Croyez-vous que des hommes nouveaux qui ster
Faient appellés à yous remplacer , pusscat prendre des mesures.
( 137 )
capables de sauver la République ? Je ne connais pas de plus
sûr moyen de faire la contre- révolution ; car c'est dire ; en
propres termes : nous n'avons pas le courage de faire le bien
nous sommes dans l'impossibilté de l'opérer.
Après quelques débats , le projet de Condorcet est ajourné
à vendredi prochain , et l'impression en est décrétée .
Lanjuinais , au nom du comité des six , présente la série des
questions constitutionnelles qui doivent être successivement
discutées . La voici :
Art. Ier. Quelle sera la division politique du territoire ?
II. Quelles seront les conditions requises pour être citoyen ,
pour voter et être éligible dans les assemblées du peuple ?
III. Quelles séront les fonctions des assemblées primaires ,
leur organisation , leur police intérieure , la forme de leurs débérations
, les règles générales qu'elles devront observer dans
leurs élections ?
IV. Quelles seront les fonctions du corps législatif , son organisation
, le mode d'élection de ses membres , les regles concernant
la tenue de ses séances , et la formation des lois et des
décrets ?
V. Quelles seront les regles concernant les Conventions nationales
?
VI. Qui seront les agens supérieurs de l'exécution des lois ?
Quelles seront leurs fonctions et leur autorité ? Quel sera le
mode de leur élection et celui de leurs relations avec le corps
Législatif ?
3
VII. Quelles seront les agences d'administration locale ?
Quelles seront leurs fonctions et leur autorité ? Comment seront
organisées et par qui seront nommées ces agences sécondaires ?
VIII. Comment sera organisée l'administration de la justice
civile et criminelle ?
IX. Quelles seront les bases des contributions publiques ?
X. Comment seront organisées la trésorerie nationale et la
comptabilité ?
XI. Quels sont la nature , la destination et les devoirs de la
force publique ?
XII . Comment le peuple exercera - t - il lui -même sa souveraineté
sur les fonctionnaires publics et sur leurs actes ?
XIII. Quelles sont les lois et les institutions qu'il convient de
rendre constitutionnelles ?
XIV. Quelles seront les bases de nos relations avec les nations
étrangeres ?
Barrere , au nom du comité de salut public , a lu une lettre
des représentans du peuple , Lequinio , Cochon et Bellegarde .
Ils observent combien il est instant de nommer un généra
expérimenté , pour remplacer Dampierre . L'ennemi se renforce
chaque jour , et menace Condé. Ils désignent Gustines comme
celui que l'armée semble desirerr-pour chef. Barrere en consé-
Auence propose la nomination de Gustines. Elle a été décrétée.
( 138 )
1
On annonce que Quétineau a été arrêté par ordre de Ligonier.
PARIS , le 16 mai 1793.
"
Le recrutement de 12 mille hommes qu'on avait demandé
à Paris pour marcher contre les rebelles , s'est effectué volontairement
en peu de jours ; plusieurs sections ont même excéde
leur contingent. Dans d'autres tems , lorsque les vertus républicaines
, que l'on s'est peu occupe de former jusqu'à présent ,
auront germé profondément dans les coeurs , les citoyens n'auront
besoin , pour voler au secours de la patrie , que d'être
instruits de ses dangers ; mais on a cru qu'il était bon de les
intéresser par des récompenses pécuniaires qui ne sont au
fond qu'une indemnité pour les ouvriers , les peres de famille ,
et ceux qui font subsister leurs parens du produit de leurs
Jabeurs. Quoique les sections aient varié sur ce mode d'indemnité
, on peut néanmoins l'évaluer à 1000 liv . pour chaque
volontaire armé et équipe .
Pour subvenir à des frais aussi considérables , on a arrêté
qu'il serait fait un emprant forcé 'de , 12 millions aprendre
sur les riches. Des commissaires de la commune et des 48 sections
de Paris ont dû s'assembler aujourd'hui dans une des
salles de l'évêché , pour concerter les mesures d'exécution et
fixer le mode de repartition . Il est juste que les citoyens aisés ;
fassent à la patrie le sacrifice d'une partie de leur superfly
tandis que d'autres lui donnent leur personne et leur vie. Le
produit des contributions volontaires n'ayant pas et à beaucoup
près suffisant pour les premieres dépenses du recrutementi,
plusieurs sections sont alices demander à la Convention
des avances remboursables sur l'emprunt qui va êire levé .
Malgre le zele impatient que témoignent les volontaires ,
leur départ sera peut- êue retardé de quelques jours par la len
teur des fonds et la difficulté de se procurer des armes. Le
ministre de la guerre n'a pu encore faire distribuer. que 8100
fusils ; savoir , 2400 de l'arsenal , et 4700 provenant du dépôt
qui se trouvait chez Provins , dans la section du Luxembourg ;
ce qui fait pour chaque section environ 150 .
Il fallait pourvoir au transport des équipages , des munitions
et de l'artillerie , la municipalité à fait arrêter tous les
chevaux de luxe , même ceux des loueurs de carrosse ; les
voitures des médecins n'ont point été exceptées . Cette mesure
de rigueur , commandée par les circonstances , ne sera peutêtre
pas d'une aussi grande ressource qu'on se Pest promis .
La plupart des chevaux de luxe , destinés à servir la mollesse
et la vanité de leurs propriétaires , ne sout bons ni pour la
cavalerie , ni pour le service fatigant des marches et des manaports
il eut mieux valu faire un choix et exiger des propriétaires
de fournir des chevaux de peine.
( 139 )
Le général Santerre a annoncé lundi dernier à la Convens
tion , que le lendemain et jours suivans 12 à 14,000 hommes
vout partir pour la Vendée , et qu'il marche à leur tete . Son
projet ne se borne pas seulement à réduire les rebelles ; il
soumet encore à la Convention l'examen , d'un plan qu'il a conçu
et médité lui -même , et qui consiste à faire une descente dans
la Grande-Bretagne avec 100,000 hommies , pour faire un appel
au peuple Anglais . Tel est le véritable républicain ; il ne croit
pas s'être acquitté envers son pays , tant qu'il lui reste une
nouvelle dette à payer.
Dans le tems que le recrutement touchait à son complé
ment , et que toutes les sections étaient auimées de l'ardeur
la plus vive , on a encore proposé dans la Convention de titer
le canón d'alarme , de faire arrêter les gens suspects , et de sup
primer tous les journaux , du moins ceux qui ne plaisent pas
à un parti . Cette maniere de combattre les rebelles de la Vens
dee pourrait paraitre fort étrange , si l'on ne savait que ces
grandes mesures sur lesquelles on revient si souvent , ne sont
que des synonymes que l'esprit de parti traduit en d'autres:
termes ; car l'esprit de parti a sa langue , comme il a ses prin
cipes. Tirer le canon d'alarme , c'est comme si l'on disait : il
faut un nouveau mouvement populaire , une insurrection qu'on
pourra diriger dans le sens des vengeances et des moyens révo
lutionnaires. Arrêter les gens suspects , on n'entend pas seulement,
parler des véritables ennemis de la liberté, et de l'égalité , des
partisans actifs de l'ancien régime ; mais de ceux dont les opinions
ne sont pas conformes à d'autres opinions. Supprimer les
journaux , cela signifie qu'il ne sera permis d'écrire que dans le
sens de tel parti.
A
Et voilà comment l'esprit de défiance et de passion est
parvenu à dénaturer toutes les idées. Il y aura daus l'histoire
de la Révolution un chapitre bien long à faire sur l'abus des
mots , si ce n'est celui qu'on a fait des choses.
Dans l'ancien régime on avait trouve plus commode de brûler
un livre et de mettre l'auteur à la Bastille , que de le refuter.
Voudrait-on , sous le regne de la liberté , avoir recours aux
moyens du despotisme ? Pourquoi avons-nous fait la révolu
tion , si ce n'est pour acquérir la liberté de la presse , sans
laquelle aucune liberté civile et politique ne peut subsister
Quelle étrange maniere d'avoir raison que d'empêcher les autres
de raisonner ! Vous craignez qu'on n'egare l'opinion ; n'est- ce
pas plutôt qu'on ne l'eclaire. Eh bien eclairez - la à votre tour ;a
laissez un champ libre à toutes les discussions , et vous verrez .
bientôt la vérité reprendre son empire . On ne trompe pas longtems
les hommes sur leurs véritables intérêts politiques , quand
on les leur présente dans des écrits qu'ils peuvent lire dans le
calme de l'esprit et le silence des passions ; mais il est plusaise
de les tromper dans les assemblees tumultueuses où l'exa- ;
gation des principes , l'effervescence et la charlatanerie des .
( 140 )
1
rateurs agit sur une multitude déja disposée par ses propres
passions à céder aux passions des autres . Si l'on eût tot
soumis à l'art simple du raisonnement , on aurait épargné bien
des erreurs au genre humain . On parle de supprimer les écrits ;
et moi , je voudrais supprimer la prédication ; c'est par elle
que l'imposture , le fanatisme , l'ignorance et l'anarchie se sont
propagées sur la terre , et que le délire de l'enthousiasme a
usurpé les droits de la raison .
Il est à croire que la Convention n'aura pas mis au nombre
des Droits de l'Homme , celui de manifester librement sa pensée
et ses opinions , pour souffrir qu'on porte jamais atteinte à la
liberté de la presse,
Les nouvelles qu'on reçoit de différens départemens , sem
blent faire croire que les commissaires de la Convention qui
y ont été envoyés , ont cherhé à y répandre des principes qui
n'étaient pas propres à faire cesser l'anarchie et à ramener les
citoyens à l'obéissance à la loi et au respect dû aux propriétés.
On parle de provocation des pauvres contre les riches , de partage
des terres , de proscriptions suscitées contre un grand
nombre de membres de la Convention . On parle sur- tout d'une
multitude d'arrestations arbitraires . Il ne faut pas se dissimuler
qu'il y avait dans les départemens des gens notoirement suspects
, des ennemis ouverts de la révolution dont il était pru-'
dent de s'assurer ; mais on ajoute qu'on a donné une grande
extension à ces mesures de sûreté , et que dans la désignation
des personnes suspectes , l'esprit de parti a plus consulté sès
propres passions que les intérêts de la justice. Nous n'avons
rien a affirmer sur ces faits particuliers qui ne tarderont pas à
s'éclaircir. On annonce de nombreuses réclamations ; il faut
les attendre ; il faut attendre sur tout le rapport des commissaires
. Nous en sommes venus à ce point de maturité où les
injustices et les vexations qui auraient été commises , ne sauraient
rester long-tems ignorées ni impunies.
Dans un moment de crise et d'agitation , la Convention n'a
peut-être pas assez réfléchi sur les dangers d'investir ses commissaires
d'une puissance illimitée , qui en fesait des proconsuls
et des dictateurs dans chaque département. En leur conférant
une autorité sans borne , elle n'a pas entendu sans
doute leur donner le droit de la délégner à d'autres , et c'est
pourtant ce qui est arrivé , notamment dans les départemens
de la Drôme et des Bouches-du- Rhône . La Convention examinera
sur-tout si les instuctions qu'elle a données à ses commissaires
auprès des armées , ne peuvent pas entraver les grandes
opérations des généraux et nuire aux intérêts de la République ,
Elle a déja l'exemple de la démission de Custine , que les
commissaires ont humilié en présence des officiers de son ar
mée , pour s'être conformé , en écrivant au duc de Brunswick,
à des lois de convenance , qui , quoiqu'elles n'existent plus
entre les citoyens de notre République , ne doivent pas moins
( 141 )
être conservées dans nos relations extérieures . Plus les pou
voirs que la Convention délegue sont grands , plus elle doit
apporter de soins dans le choix des personnes qui en sont
revêtues ; c'est dans ces nominations qu'il faut éviter tout ce
qui tient à l'esprit de parti ; car l'esprit de parti ne voit que
lui-même.
-
Dans la séance de mardi , une députation de 120,000 citoyens
de Bordeaux et de tous les corps administratifs de cette
cité , est venue transmettre à l'Assemblée et les vives alarmes.
qu'ils ont éprouvées en apprenant les dangers , les menaces et
les proscriptions dont on environne les représentans du peuple ,
et l'intention où ils sont de maintenir la sûreté et l'indépendance
de la Convention ; ils ont terminé leur pétition par demander
une prompte constitution . L'impression de cette adresse , l'envoi
aux départemens , et l'affiche à Paris ont été décrétés , non
sans de violens débats , car on est convenu de regarder comme
en insurrection toutes les villes , tous les départemens qui
paraissent fatigués du poids de l'anarchie , et sollicitent le rétablissement
de l'ordre . Si c'est là de l'insurrection , il y a apparence
que ce sera bientôt celle de la nation entiere , car le peuple
français n'a fait la révolution et ne combat au-dehors et audedans
que pour avoir un gouvernement libre , et vivre sous
l'empire des lois . Dans cette même séance , Guadet a dénoncé
de nouveaux complots prêts à éclater contre une partie
de la Convention. Il a cité un passage du journal des Jacobins
, où un membre de cette société avait dit dans la derniere
séance qu'une partie de la Convention était composée
de scélérats dont il fallait faire justice avant de partir pour la
Vendée . Sur sa proposition , le comité de sûreté générale ,
réuni au comité de législation , a été chargé de faire un rapport
sur la situation de la Convention à Paris , et les moyens
de déjouer et de punir tous les auteurs des conspirations dont
elle a été ou pourrait être l'objet. Les ministres avaient
été chargés de présenter la liste des nominations qu'ils avaient
faites à tous les emplois civils et militaires . L'apperçu de cette
liste a déja fait connaître quels étaient ceux qui avaient sollicité
et obtenu toutes les places . On a enjoint de nouveau au
conseil exécutif de produire l'état détaillé de tous ses agens .
On a encore décrété qne tout fonctionnaire public était
Comptable à chaque instant de l'état de sa fortune."
Dans la séance de mercredi , Chassey a dénoncé , au nom
de 400 citoyens de Lyon , l'établissement d'un tribunal révolutionnaire
, créé arbitrairement par quelques commissaires
de sections qui menacent de la guillotine 1500 citoyens , il a
denoncé en même-tems la formation d'une armée révolution
naixe de 5000 hommes , afin d'exterminer tous les traîtres . La
Convention a déclaré nulle et non avenue la création de ce
tribunal defend aux membres d'entrer en activité , sous peine
de mort , ordonne aux citoyens de désobéir à toute citation
14212 ).
1
devant ce tribunal , et les autorise à repousser la force par
la force , charge la municipalité et les corps administratifs ,
de protéger les citoyens contre tout acte quelconque de ce
tribunal , et ordonne que la force armée de 5000 hommes ne
pourra marcher qu'à la réquisition des corps administratifs ,
ou à celle du ministre de la guerre et de la Convention . Les
dispositions de ce décret ont été étendues à tous les départemens
, et il a été envoyé par un courier extraordinaire.
r
-
Le général Labourdonnaye écrit que la communication entre
Nantes et les Sables d'Olonné est rétablie , et que toutes les
communications que les rébelles pouvaient avoir avec l'ennemi
sur les côtes sont coupées . Le fils de Capet a eu quelques
accès de fievre ; on lui a donné un médecin . Le conseil de
la commune paraît s'occuper sérieusement de faire rendre
compte aux membres du comité de surveillance . Nous rappor
teront son arrêté dans le prochain n° . "
-
Etat civil pendant le mois d'avril.
Mariages , 741 .
Décès , 1987. ,
Divorces , 246 .
Naissances , 1794
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE.
Fin de l'affaire de Jean-Paul Marat.
Le président du tribunal au témoin . Est-ce le passage de Gorsas
que vous avez lu , qui vous a porté à attenter à vos jours ?
Johnson . Autant que je puis m'en rappeller , Gorsas annonçait
dans sa feuille que Marat avait dit que ceux qui avaient
voté l'appel au peuple seraient massacrés . L'amitié que j'ai pour
Thomas Payne m'a porté à vouloir me détruire .
-
Le président. Avez-vous fait un testament en faveur de Thomas
Payne? Non . Qui vous a remis le journal de Gorsas?
La personne chez laquelle je demeure le reçoit tous les
jours.
Le président à Marat. Avez - vous quelque chose à ajouter
pour votre justification ?
Marat prend la parole : nous regrettons que les bornes de
ce journal ne nous permettent pas de donner ce discours en
entier. En voici l'analyse exacte . "
Si Roland , le patron de la clique des Girondins , n'avait
pas dilapidé les biens nationaux pour égarer le peuple et pervertir
l'esprit public ; si la faction des hommes d'état n'avait pas
inonde la République de libelles contre la commune , la municipalité
, les sections , le comité de surveillance . et sur-tout
contre la députation de Paris , et particulierement contre
Danton , Robespierre et Marat , il n'y aurait jamais eu de décret
d'accusation contre ce dernier. Ce décret d'accusation a
( 143 )
w
été rendu sans aucune discussion . Il l'a été au milieu du vacarme
le plus scandaleux , devant lequel les patriotes ont couvert
d'opprobre les royalistes , en leur reprochant leur incivisme ,
leur turpitude et leurs machinations. Il l'a été par 210 ennemis
de la patrie contre 92 défenseurs de la liberté , et contre
la manifestation de l'opinion publique , et au bruit des huées
continuelles des tribunes. Le décret a été provoqué sur la lecture
d'une adresse des Jacobins à laquelle ont adhéré presque
tous ses collegues de la montagne et toutes les sections de Paris ,
et qui le sera bientôt par tous les bons citoyens de la France
entiere ; adresse dont il n'est pas même fait mention dans le
procès -verbal. Cet acte est illégal en ce qu'il porte sur quelques-
unes de ses opinions politiques qu'il avait presque toutes
produites à la tribune de la Convention , avant de les avoir
publiées dans ses écrits : or , suivant un article de l'acte , constitutionnel
, les représentans de la nation sont inviolables ; ils ne
peuvent être recherchés , accusés ni jugés , en aucun tems pour ce qu'ils
auront dit , écrit ou fait dans l'exercice de leurs fonctions de représentans
. - Si la faction des hommes d'état peut , ajoute Marat .
m'attaquer sous un faux prétexte et m'expulser de la Convention
ponr me faire périr , demain sous d'autres pretextes elle
attaquera Robespierre , Danton , Collot - d'Herbois , Panis et
tous les autres députés courageux de la Convention : elle con
tiendra les autres par la terreur , elle usurpera la souverainetė
elle appellera auprès d'elle Dumonrier , Cobourg , Clairfait ,
ses complices ; secondée des Prussiens , des Autrichiens et
des émigrés , elle rétablira le despotisme dans les mains d'un
Capet , qui fera égorger tous les patriotes connus et elle se .
partagera les premiers emplois avec le trésor de l'état . - Enfin
cet acte est un tissu de mensonges et d'impostures . Il m'accuse
d'avoir provoqué le meurtre et le pillage , le rétablissement
d'un chef de l'état , l'avillissement et la dissolution de la Convention
etc. Le contraire est prouvé par la simple lecture de mes
écrits . Je demande une lecture suivie des numéros dénoncés ;
car ce n'est pas en isolant et en tronquant des passages , qu'on
rend les idées d'un auteur ; c'est en lisant ce qui les précede
et les suit , qu'on peut juger de ses intentions .
1
Si apres la lecture il restait quelques doutes , je suis ici pour
les lever. ( Les spectateurs applaudissent . )
L'accusateur public entendu , le président pose les questions ,
en ces termes :
Premiere question . Est - il constant que dans des écrits, intitulés
Ami du Peuple , par Marat , et le Publiciste , l'auteur ait provo
que , 10. an pillage et au meurtre , 29. un pouvoir attentatoire
à la souveraineté du peuple , 3. l'avilissement et la dissolu ,
tion de la Convention nationale ?
3
Seconde question . Jean - Paul Marat est - il l'auteur de ces
écrits Pi
Troisieme question . Jean -Paul Marat a - t - il eu dans lesdits
écrits des intentions criminelles et contre- révolutionaires ?
( 144 )
Après avoir délibéré , les jurés rentrent à l'audience , le
citoyen Dumont , premier juré motive son opinion en ces
termes :
J'ai examiné avec soin les passages cités des journaux de
Marat. Pour les mieux apprécier , je n'ai pas perdu de vue
le caractere connu de l'accusé , et le tems pendant lequel il
a écrit. Je ne puis supposer d'intentions criminelles et contrerévolutionnaires
, à l'intrépide défenseur des droits du peuple ;
il est difficile de contenir sa juste indignation , quand on voit
sou pays trahi de toutes parts ; et je déclare que je n'ai rien
trouvé dans les écrits de Marat qui me parût constater les
délits dont il est accusé . Les autres jurés ont aussi déclaré
à l'unanimité , que les faits ne sont pas constans . ""
Le président ordonne à la gendarmerie de faire rentrer
l'accusé , à qui il fait part de la déclaration des jurés.
Le tribunal acquitte Jean- Paul Marat de l'accusation intentée
contre lui . ( Des applaudisssemens retentissent de toutes parts
dans l'auditoire . )
Marat. Je me loue de l'impartialité du juré , qui a reconnu
mon innocence. Citoyens , protégez les innocens , punissez les
coupables , et sauvez la République .
Marat est sorti au milieu des applaudissemens des assistans
qui , après l'avoir couronné de feuilles de chêne , l'ont reconduit
en triomphe à la Convention .
·
Le 9 mai. Jacques - François-Vincent Rivier Mauny , ancien
capitaine de dragons , et plus récemment aide - major de la
Garde- Suisse du ci - devant comte d'Artois , demeurant ordinairement
à Douy , district de Châteaudun , département
'd'Eure et Loir , et Louis-Alexandre Beaulieu , négociant ,
demeurant à Paris , ont été condamnés à mort , sur la déclaration
unanime de neuf jurés ( il y en avait dix au débat )
portant que Mauny avait quitté le territoire de la République ,
pour émigrer en Angleterre , dans les mois de septembre ,
octobre et novembre 1792 ; qu'il avait habituellement entretenu
des correspondances avec deux de ses freres et son beaufrere
, émigrés , et qu'à différentes époques il leur avait fait
passer des fonds à Liége , à Londres et à Hambourg , par
la voie d'un intermédiaire , notamment au mois de novembre
1792 , et à deux dates du mois de février 1793 ; qu'il leur avait
procuré des secours en argent , jusqu'à concurrence de 7800 1 .
et que Beaulieu avait , de concert avec Mauny , entretenu les
mêmes correspondances , et envoyé aux trois émigrés , cidessus
nommés , ses parens , les sommes précédemment énoncées
; ce qu'il n'avait pu faire qu'avec des intentions criminelles
et contre-révolutionnaires .
Le même jour , Michel Bouvet , Charles - Barthelemi Guy
Jean -Honoré Morel et François Martin , accusés d'avoir coopéré
aux rassemblemens qui ont eu lieu aux Champs - Elisées , ont
´été acquittés . Le général Lanoue l'a été également
Jer . 135
( No. 95. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 25 MAI , l'an deuxieme de la République.
POÉSI E.
Traduction libre de la deuxieme élégie du troisieme livre de Tibulle .
QU'I fut cruel celui dont la perfide adresse
De deux amans unis sépara la tendresse !
L'amant qui put survivre à ce coup inhumain ,
Reçut de la nature un coeur armé d'airain .
Je nne me flatte point d'un si liche courage ' ;
Je cede à ma douleur , ma mort en est l'ouvrage .
J'en fais le triste aveu : trop long- tems j'ai lutté
Contre les noirs chagrins dont je fus tourmenté .
O Dieux ! lorsqu'une fois , dans les demeures sombres ,
J'aurai mêlé mon ombre au peuple errant des ombres ,
Et bu dans le Léthé l'oubli de tous mes maux ;
ษ ม
Quand le feu du bùcher aura séché mes os ,
Puisse ma Nééra , pâle et les yeux en larmes ,
Ses longs cheveux épars et flottans sur ses charmes ,
Épandre , sans rougir , une source de pleurs
Sur mes restes chéris , objets de ses douleurs !
Que sa mere soit là que sa mere , auprès d'elle ,
M'apporte du regret l'expression fidelle :
Que l'une pleure un fils , et l'autre son amant !
Ma mere ! Nééra ! dans ce fatal moment ,
Daignez - vous adresser à mes mânes paisibles !
Mes mânes à vos voix se montreront sensibles
Et si vous invoquez le plus cher des amans
Mon ombre répondra du fond des monumens .
L'une et l'autre d'abord , également pieuses ,
Purifiez dans l'eau vos mains religieuses .
Pour recueillir mes os par la flamme blanchis ,
Revêtez d'un saint deuil les lugubres habits.
Que le vin , le lait pur , à cette heure suprême ,
Humectent de leurs flots les restes de moi- même ,
Tome 111.
( 146 )
Et , séchés dans le lin , allez les déposer
Sous le marbre funebre où je veux reposer.
Couvrez-les de parfums ; et pleurant ma mémoire ,
De mon funeste amour gravez ainsi l'histoire :
Le tendre Lygdamas , digne d'un sort plus beau ,
Privé de Nééra , descendit au tombeau. ”
Par le citogen CLOTTÉREAU .
CHARADE.
ENFANT du luxe et de l'orgueil ,
Mon premier va comme on le mene
Et mon second en demi- deuil
Jase souvent à perdre haleine .
Mon tout se plaît à l'hôpital ,
Aux champs de Mars est nécessaire ,
Et guérit quelquefois le mal
Qu'ont fait les duels et la guerre .
QUOIQU
ENIGM E.
UOIQUE filles de même mere
Nous différons par la couleur ,
La tournure et le caractere .
E'une a la parole légere ,
7
L'autre s'exprime avec lenteur.
Nous raisonnons beaucoup ensemble ,
Souvent juste , quelquefois faux.
Tour à tour le bas ou le haut
Nous désunit ou nous rassemble :
Ce n'est point en nous un défaut .
Nous aimons un peu qu'on nous flatte
Légerement , sans nous blesser.
Un souffle , hélas ! peut nous changer ;
Notre nature est délicate ;
En syncope on nous fait tomber.
Mais croira-t - on qu'il soit possible ,
Qu'étant faites pour les plaisirs ,
Au milieu des tendres soupirs
Il n'en seit qu'une de sensible !
Le fait est vrai : chacun le dit.
-1 Ja
Nous avous bien d'autres méthodes
12
( 147 )
Entre autres , nous suivons les modes ,
N'ayant pourtant qu'un seul habit.
Je vais dévoiler un mystere
Qui fait peu d'honneur à ma mere ,
Et fera rire à ses dépens .
Pour mieux s'assurer ses allures ,
Elle donne à tous ses amans
Les clefs de nos appartemens ,
Et nous entrons dans ses mesures .
LOGO GRIPHE.
Je suis fils de l'amour , la jeunesse est ma mère .
1
Mes parens m'ont permis le doux espoir de plaire .
Le plaisir est mou but , et l'hymen mon tombeau ,
Si son frere en ses mains ne remet son flambeau .
Je n'ose me montrer aux jours de la sagesse ;
Le ridicule alors punirait ma faiblesse .
Un sexe sans égards se plaît à m'afficher ;
L'autre met constamment ses soins à me cacher..
j'offre peu de rapports : cinq pieds forment mon être ;.
En les décomposant vous allez voir paraître
Ce qui sur quelques fronts remplace les cheveux ;
Un nom qu'on donne aux rois ; ces enfans trop heureux
Esclaves empressés de ma charmante Hélene ;
Ce qu'on voit à son doigt six jours de la semaine ;
Dans les brefs du saint pere un mot souvent placé
Et qui dans nos discours n'est jamais prononcé ;
Ce jeu que devant Troye inventa Palamede
Contre lequel les lois n'offrent qu'un vain remede ;
Le synonyme vieux de cette passion ,
Qui mit au camp des Grecs tant de division ;
Deux notes de musique ; un grain qui dans l'Asie
Des peuples malheureux soutient la triste vie .
Voilà tous mes rapports . Ne vous offensez pas ,
Beau sexe , si toujours je vole sur vos pas .
Ouvrage de vos yeux , de votre doux sourire ,
Ma place est dans les coeurs soumis à votre empire.
Eplication du mot du Logogriphe du No. 94 .
Le mot est Tabatiere , où l'on trouve tiers , biere , rat , et , iré, traité,
r , bette , biere ( liqueur ) , trait,
K
( 148 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Tues sur la réformation des Lois civiles , suivies d'un plan et d'une
classification de ces Lois ; par Jean - Pierre Agier , président du
tribunal du ' second arrondissement du département de Paris :
brochure in-80 . , chez Leclerc , libraire , rue
la rué aux Ours , nº . 254. Prix , 1 liv. Saint -Martin , près
pour Paris ,
2 liv. 5 sols , franc de port , pour les départemens.
UNE
et
E Loi du 24 août 1790 déclarait qu'il serait fait un code
général de Lois simples , claires et appropriées à la Constitution .
C'est dans cet esprit qu'a travaillé le citoyen Agier. En effet ,
quoique cette Constitution ne soit pas encore faite , il n`a eu
besoin que de se conformer fidellement aux principes généraux
déja reconnus pour devoir en être les fondemens , et ces principes
sont la Liberté et l'Egalité : on va voir qu'il les a eus
constamment devant les yeux .
: Il partage en trois classes la matiere des Lois civiles les
successions ab intestat , les dispositions soit entre vifs , soit à
cause de mort , et les droits des conjoints .
Convaincu que , si l'inégalité des fortunes est dans la nature
des hommes et des choses , elle n'en est pas moins naturellement
ennemie de la liberté politique et de l'égalité civile ;
il en conclud , en homme sensé , qu'il faut laisser à des insensés
qui ne méritent pas de réponse , la chimere du nivellement
des fortunes ; mais que de sages législateurs doivent
chercher tous les moyens legitimes de restreindre dans de
justes bornes cette inégalité nécessaire en elle - même , et de
plus utile à l'émulation , à l'industrie , au commerce , aux
arts , quand elle n'excede pas la mesure , mais dont l'exces est ,
dans l'ordre social , un fieau et une monstruosité .
C'est à combattre ce fleau qu'il veut employer les nouvelles
dispositions des Lois civiles . Il a lu dans le judicieux Mably
qu'une bonne législation doit continuellement décomposer
et diviser les fortunes , que l'avarice et l'ambition travail-
, lent continuellement à rassembler. Ce principe est sage.
et fécond ; car si la volonté générale ne peut êter à chaque
individu ses passions et ses facultés , elle peut jusqu'à un certain
point les tourner vers le bien commun , saus attenter
aux droits particuliers . La propricté est sans doute sacrée et
inattaquable ; mais il y a un moment où elle échappe à l'homme
qui en est le plus jaloux : ce moment est celui de la mort.
Le droit de tester , jusqu'ici presque illimité , n'est point
fondé sur la loi haturelle vous pouvez disposer comme il vous
plait de ce qui est à vous , tant que vous le possédez ; mais
vous ne sauriez dire cette propriété qui est la mienne sera
:
༥
( 149 )
celle de tel autre , quand je ne serai plus . De quel droit
le diriez-vous ? Il faudrait pour cela que vous pussiez conserver
un pouvoir ou une possession quelconque au- delà de l'existence
, sans laquelle il n'y a rien. Il est bien vrai que nul n'a
un droit plus légitime aux biens du pere et de la mere que
les enfans qui en sont nés , et qui sont , pour ainsi dire , leurs
représentans naturels ; mais ces biens ne sont pas à eux par
un acte de votre volonté qui les leur transmelte : c'est en
vertu d'un principe de justice naturelle que la loi , qui en est
l'interprête , assure à vos enfans sur votre héritage des droits
que personne n'aurait aussi légitimement qu'eux et sur ce
point la volonté générale s'est expliquée en conséquence de
l'intérêt général et du voeu commun , qui exige que les enfans
soient nourris par leurs pere et mere , et jouissent de ce que
ceux- ci ont fait pour eux : c'est la volonté générale , la loi ,
qui assure et protege cette jouissance ; elle a donc aussi le
droit de la restreindre et de la subordonner à l'intérêt de
tous . C'est ici que commence l'action du législateur sur les
propriétés transmises , et Montesquieu lui-même l'a reconnu .
La loi naturelle ( dit - il ) ordonne aux peres de nourrir leurs
,, enfans ; mais elle n'oblige pas de les faire héritiers . " Aussi
nos Lois civiles permettaient l'exhérédation , à la légitime près ,
ce qui revient à l'obligation de nourrir.
•
J'ai développé cette theorie beaucoup plus rigoureusement
que l'auteur , parce qu'elle est nécessaire pour arriver à son
plan , qui en est la conséquence , et qui est encore une des
idées de l'excellent publiciste Mably . Ce plan tient à la Loi
d'adoption , que l'auteur suppose établie , et qui ne peut man
quer de l'être , puisqu'elle semble universellement approuvée .
Cette Loi ne saurait être coactive , elle ne peut être pa ellemême
que facultative ; et l'on peut craindre , avec raison
que des intérêts privés et de petites passious ne diminuent
beaucoup le bienfait de cette Lei , d'autant plus précieuse
qu'en disséminant les fortunes , elle étendrait les liens de la
fraternité civique , sentiment doux qui tient à celui de la
liberté ; car si les esclaves sont égoistes , les hommes libres
doivent être freres . L'auteur pénétré de ces vérités qui parais
sent être dans son caur , voudrait que tout homme sans
,, enfans , ayant assez de bien pour en élever trois , fut dès-
,, lors tenu d'en adopter trois , sauf le seul cas où il aurait
" trois freres ou soeurs , ou des neveux et nieces qui les repré-,
,, sentent ; que celui qui , avec la même fortune , aurait des
,, enfans , mais moins de trois , fut également tenu , dans
,, tous les cas , d'en adopter ce qu'il faut pour atteindre ce
,, nombre ; que s'il mourait sans avoir satisfait à cette obli-
,, gation , il y fût suppléé par une délibération de famille . 19
Il propose que toute personne qui n'a point d'enfans
,, ni de freres et soeurs au nombre de trois pour le moins ,
" ou des neveux et nicces qui les représentent , soit tenue de
K 3
( 150 )
se donner un enfant adoptif, si elle a en biens fonds 800 I.
de revenu net non viager , ou en quelques biens que ce
soit 1200 liv . de pareil revenu . Si la personne est mariée ,
la quotité de revenu qui l'oblige d'adopter un enfant sera
" double , c'est - à - dire , de 1600 liv , en biens fonds et de
2400 liv. en tout autre bien . ,,
Il s'attend bien ( et avec trop de raison , d'après nos moeurs
actuelles , ) que beaucoup de gens ne voudront pas se retrancher
quelques petites jouissances de luxe ou de commodité.
pour sacrifier trois ou quatre cent francs par an au plaisir
de faire un heureux et de se donner un enfant de son choix ,
Mais du moins à l'instant de la mort l'adoption aura lieu , et
c'est la patrie qui sera la mere des orphelins : il n'en coûtera
qu'une partie d'un bien , sur lequel des collatéraux éloignés
n'ont aucun droit réel , dont ils peuvent même n'avoir pas
besoin , et qui , dans le fait , n'appartenant à personne , ne
peut pas être mieux employé qu'en faveur des enfans pauvres
dont l'Etat doit être le perc ,
Mais n'est-il pas permis d'espérer qu'à mesure que la fraternité
civique fera des progrès , et que les besoins du coeur
gagneront en raison de ce que doivent perdre les besoins de
convention qui déja diminuent sensiblement tous les jours
on sentira davantage la douceur si naturelle et si pure d'être
le bienfaiteur de l'enfance ? Cet âge est si aimable ! il lui est si
facile de toucher et d'intéresser seulement par les graces de
sa faiblesse et le charme de son innocence que doit- ce être
si l'on y joint le sentiment de la pitié pour un âge qui ne
saurait s'en passer , qui l'appelle à tout moment comme par
instint , et qui ne se fait entendre que par ses cris et ses caresses
Non , il ne peut encore y avoir long - tems des coeurs
insensibles à ce langage. Si l'on trouve que l'auteur a peutêtre
été un peu rigoureux dans la quotité qu'il a fixée pour
les célibataires ( quoiqu'encore une fois il n'y ait point de ri-
'gueur envers les morts , et qu'elle ne tombe que sur des hoirs
très - éloignés ) , on ne se plaindra pas du moins qu'il ne respecte
pas les complaisances si légitimes de l'amour paternel ,
Voici comme il s'exprime à ce sujet : l'amour paternel a
⚫ de grands droits . Un pere ne veut pas seulement assurer la
31 subsistance de son enfant , il veut lui procurer l'aisance
et nous devons approuver et respecter ce desir que la nature
imprima dans son ame . Si donc nous exigeons d'un homme
ayant des enfans qu'il en augmente le nombre la
par Voye
de l'adoption , ce ne sera que lorsque la fortune qu'il doit
leur laisser dépasse visiblement le taux qui paraît nécessaire
‚ à leur bien-être . D'après ce principe , j'estime qu'une per-
» sonne qui , ayant deux enfans , se trouve posséder en biens
,, fonds 18,000 liv. de revenu net non viager , ou en quelques
biens que ce soit 27,000 liv . de pareil revenu , doit être
tenu d'adopter un troisieme enfant ; que celui qui n'ayant
99
( 151 )
, qu'un seul enfant jouirait d'un revenu net de 12,000 Tiv. ,
" ou de 18,000 liv . dans les qualités ci-dessus , doit être tenu
d'adopter un deuxieme enfant ; mais que ceux dont la for
9 tune n'atteindrait pas ces proportions , quoique n'ayant
" qu'un seul enfant , ne doivent être obligés d'en adopter au-
" cun ; et dans cette classe il faut ranger les personnes qui ,
n'ayant point d'enfant naturel ou légitime , en auraient
" adopté un pour satisfaire à la loi il me semble que cette
fixation concilie l'intérêt de la société avec le voeu de la
1 nature . "
Et sapit et mecum facit , et jove judicat æquo .
Je ne crois pas qu'il y ait un meilleur moyen de remédier au
vice de la trop grande inégalité des fortunes . Cette loi aura encore
un autre effet très - heureux , c'est de multiplier les mariages ,
et de rapprocher les hommes du premier but de cette union
qui est la propagation de l'espece , autant qu'ils s'en éloignaient
auparavant par avarice ou par vanité . On sait que ces deux
passions destructives tuaient les générations dans leur germe ,
et il est digne de la liberté de nous ramener par de bonnes .
lois aux moeurs de la nature . Je ne crains qu'une chose , c'est
le malheureux esprit d'exagération qui regne aujourd'hui , et
qui gâte tout. Rien n'est plus commun que de vouloir enchérir
, ou sur la raison , ou sur la sottise . Si un homme sensé
propose , pour le bien commun , une chose raisonnable , le
charlatan , pour se faire valoir , se pique d'aller au-delà , passe
la mesure du bien , et l'anéantit. D'un autre côté , si un fou se
fait applaudir en proposant une extravagance , un autre fou
couvre l'enchere pour être applaudi davantage ; ce qui ne
manque pas d'arriver. L'auteur dit quelque part , que nous
n'avons point de caractere . Je crois qu'il se trompe : nous avons
très - notoirement et très - anciennement celui d'une prodigieuse
vivacité d'imagination , qui ne s'arrête plus dès que le premier
mouvement est donné , et qui fait que nous ne connaissons
les milieux , c'est- à- dire la raison , qu'après avoir épuisé les
extrêmes , c'est-à - dire la folie . Il me serait très-facile , mais
il serait ici beaucoup trop long de faire sous ce rapport l'hisboire
du caractere français , et de prouver qu'il a été tel dans
tous les tems , et sur- tout aujourd'hui . Le Français a de tout
mais il est sujet à avoir du trop en tout, N'avons-nous pas été
long- tems extrêmes dans la servitude et les préjugés ? Nous
sommes depuis quelque tems extrêmes dans la liberté et la
philosophie. Heureusement ce dernier excès est infiniment
moins durable que l'autre : celui - ci est lethargique ; il endort
les esprits qui sommeillent long- tems ; l'autre est violent et
impétueux ; il trouve bientôt son terme , et nous y touchons .
Il y a plus cet excès était nécessaire tant qu'il a fallu com
battre pour établir la République , et voilà pourquoi les bons
citoyens se contentaient de le tempérer , sans jamais vouloir
KA
( 152 )
le détruire . Aujourd'hui , il tuerait la République , comme il
a tué la Royauté. Il ne nous faut plus que de la fermeté et
de la raison . C'est ainsi que nous obtiendrons la paix intérieure
et extérieure , et que rnous aurons un bon gouvernement.
C'est le voeu de tous les vrais citoyens , et il sera
rempli .
Je desire donc bien sincerement que lorsqu'on traitera la
question de l'adoption et des Lois vraiment patriotiques que
le cit. Agier présente ici comme des conséquences de l'adoption
, on ne se saisisse pas de ses idées pour les outer ; ce
qui serait le seul moyen de les rendre inutiles ; car les Lois qui
forcent la nature des choses ont le plus grand de tous les défauts
elles sont inexécutables . :
Le reste de l'ouvrage contient des idées de réforme sur les
actes testamentaires et matrimoniaux , sur les droits réciproques
des époux dans le partage des biens , sur la tutelle des
mineurs , etc. La plupart avaient été déja proposées ; mais
elles sont discutées avec clarté et simplicité
instructives .
et les notes sont
GÉOGRAPH LE.
Le citoyen Desnos , ingénieur - géographe pour les globes et
spheres , et libraire des états de Danemarck , à Paris , rue St.-
Jacques , no . 254 , annonce aux personnes qui ont acquis sa
carte de France en quatre grandes feuilles , divisée en 23 divisions
militaires , pliée et encartonnée en forme d'Atlas in -4 ° .',
et qu'ils ont payée 15 liv. , qu'il vient d'y ajouter une autre
carte de France divisée en 84 départemens , et enluminée de maniere
à faire voir la position des huit armées de la République
Française . Cette nouvelle carte , d'une feuille , ne se vendra
que 2 liv. à ceux qui auront acquis celle en quatre feuilles ,
encartonnée, avant qu'elle fût jointe à la seconde carte dont il
s'agit ; il annonce aussi aux souscripteurs de l'Atlas de France
en six grandes feuilles qu'ils ont payé 27 liv . broché , qu'ils
pourront se la procurer au même prix de 2 liv. pour la joindre
à leur exemplaire.
J
Autre carte de France en deux feuilles ployées et encartonnées
pour être en poche , que le citoyen Desnos a toujours
vendue liv . avec la petite carte destinée à suivre la marche
des armées françaises dans l'Allemagne et les Pays - Bas , par
le citoyen Lartigue , ingénieur , ne se vendra que & liv. avec
la petite carte enluminée qui indique la disposition de nos
huit armées .
Le catalogue des ouvrages géographiques du citoyen Desnos
se distribue gratuitement.
*
( 153 )
GRAVURE.
Portraits des généraux Custines , etc .; d'Athanase Auger ,
traducteur de Démosthènes et de Cicéron ; d'Horne -Tooke ,
David Williams , philosophes anglais ; de Condorcet , Garran ,
T. Paine , Fauchet Pétion , Pelletier Saint- Fargeau , Mercier ,
Robespierre , Fabre d'Eglantine ) , Marat , Danton , Brisset ,
Gensonné , Barrere , Cloots , députés à la Convention nationale ;
de Kersaint , ex- député ; d'Ankastrom , le Brutus Suédois ; de
Roland , ex- ministre de l'interieur ; de Cérutti , auteur de la
Feuille villageoise , et de Claviere , ministre des contributions
publiques peints par F. Bonneville , et gravés par les meilleurs
artistes. Prix , 20 sous chaque bonne épreuve . A Paris ,
chez l'auteur , à l'imprimerie du Cercle- social , rue du Théâtrefrançais
, no. 4...
La collection se continue .
1
ANNONCES ET NOTICE S.
Essais sur divers sujets de physique , de botanique et de minéra
logie , ou traités curieux sur les cataclysmes , les révolutions
du globe , le principe sexuel et la génération des minéraux :.
composés à Richmond en 1787 , par Charles Pougens , de
plusieurs académies . A Ferdinand Mazzunti . De l'imprimerie
de Goujou , à St. - Germain-en- Laye , rue des Récollets ; et se
trouve à Paris chez Desenne , nos . 1 et 2 jardin de l'Egalité.
Brochure in-8° . , nouvelle édition .
On a rendu compte l'année derniere de ce petit ouvrage ,
qui fait honneur aux connaissances de l'auteur , et qui est écrit
avec intérêt et imagination.
212
Des qualités et du devoir d'un instituteur public ; par Pierre-
Vincent Chalvet , de la société nationale des Neuf- soeurs , à
Paris ; et de celle des Amis de la République , à Grenoble .'
Brochure in - 8 ° . Chez la Villette , libraire , rue du Battoir ,
no. 8.
P
On rendra compte de cette brochure dont l'auteur montre
de bonnes intentions , mais dont le sujet est bien au - dessus de
ses forces.
Zéna , ou la Jalousie et le Bonheur , rêve sentimental ; par
M. L. Villeterque. Seconde édition , brochure in-8 °. , de l'imprimerie
de Didot jeune . A Paris , chez Belin , libraire , rue
St.-Jacques , no. 21 ; et Magimel , quai des Augustins , nº . 73 .
1
$
Principes fondamentaux du régime social , comparés avec le plan
de constitution , présenté à la Convention nationale de France
par lean- Baptiste - Moyse Jollivet , ex - député à l'Assemblée lé-
211
( 154 )
gislative . Prix , 2 liv .; chez l'auteur , rue Jacob , n ° . 3 ; et chez
Aubry et l'Esclapart , libraires , rue du Roulle .
Nous reviendrons sur cet important ouvrage qui mérite d'être
médité par les bons esprits .
Nouveau siecle de Louis XIV , on poésies anecdotes du regne
et de la cour de ce prince , avec des notes historiques et des
éclaircissemens . Quatre volumes in -8 ° . A Paris , chez Buisson ,
libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
Les Français ont été de tout tems une nation chansonniere ,
et tous les événemens publics , soit ceux de la société qui étaient
P'histoire du jour , soit ceux du gouvernement qui étaient
l'histoire pour la postérité , ont fourni à la gaité française des
couplets et des épigrammes . Ce n'est donc pas un projet mal
conçu de chercher nos annales politiques dans cet amas de
poésies fugitives , éparses dans les recueils de tout genre , conservés
par les curieux. Il s'agissait d'y mettre un ordre exact ,
de saisir avec justesse le rapport de chaque fait à la piece dont
il avait été l'occasion , de bien connaître les personnages , et de
choisir les bonnes sources : c'est ce que les rédacteurs ont
parfaitement exécuté. Ce recueil , qui peut tenir lieu de taut
d'autres , ne ressemble en rien à la plupart des compilations
de ce genre , qui ne sont que des monumens d'ignorance et
de sottise . On a rassemblé sur chaque personnage principal
ce qu'en avaient dit les meilleurs memoires. Ou y a mis du
choix et de la précision , et l'on s'apperçoit bien que ce
été fait
pas .
des manoeuvres de librairie , mais
par
des gens de lettres .
vail n'a
15
trapar
Politicon , ou choix des meilleurs discours sur tous les sujets
de politique , traités dans la premiere Assemblée nationale de
France ; avec une analyse historique et critique des motions
et opinions sur les mêmes sujets. Ouvrage enrichi de portraits
gravés par les meilleurs maîtres . Par L, S. de Balestrier- Canillac .
Tome V , VI et dernier. A Paris , chez Laurent , libraire , rue
de la Harpe , no. 18 ; Lacloye , à l'Orme- St. - Gervais , et chez
les principaux libraires du royaume. Prix des six volumes
26 liv. pour Paris , et 28 liv. franc de port pour toute la
République.
I
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA RUE FEYDIA U,
La troupe du Marais a représenté dernierement avec succès ,
sur son théâtre , une comédie en cinq actes , intitulée les Bi»
( 155 )
sarreries de la fortune . Elle a joué depuis cette même piece sur le
théâtre de la rue Feydeau , avec un succès égal , quoique devant
un publie tout différent ce qui atteste son mérite réel.
น
Cette piece , toute - d'intrigues , ne peut guère être analysée
sans nuire au plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore vue. Nous
nous contenterons de dire que le héros est un jeune homme
qui ayant voyagé pour faire fortune et être en état d'épouser
une veuve dont il était amoureux , n'a rapporté de ses voyages
que beaucoup de connaissances et de philosophie . Il est éconduit
par la veuve avare , à l'entrée de la nuit qu'il est oblige
de passer au pied d'un arbre , au milieu d'une forêt . Il ne
trouve d'hospitalité qu'auprès d'un pauvre garde- chasse et de
sa fille dont il devient amoureux et qui se prend pour lui
d'un même intérêt. Bientôt il est arrêté comme voleur , puis
reconnu innocent , puis possesseur d'une somme de 500 mille
liv. , qu'il est obligé de rendre ; mais il finit par être heureux
et faire le bonheur de tout ce qui l'entoure .
?
1
*
Cette piece , adroitement intriguée , est écrite avec beaucoup
d'élégance et de naturel ; on a pu y reprocher quelques développemens
qui nuisent à la rapidité de l'action , mais qui
sent rachetés par des détails agréables.
% Cette piece est de Tréogate , auteur d'un autre ouvrage qui
a joui d'un grand succès au théâtre de Moliere , et qui est plein
d'imagination : c'est le château du diable .
Celle , dont nous rendons compte , est fort bien jouée par
tous les acteurs, La jeune Masson , entr'autres , y montre beaucoup
de talent et de sensibilité.
Une autre bisarrerie assez piquante , c'est que la troupe du
Marais vienne jouer quelquefois sur le théâtre de la rue Feydeau
; mais , après s'être étonné de cet arrangement , on finit
par le trouver raisonnable.
Cette troupe , placée si loin du centre de Paris , n'est pres
que pas connue du plus grand nombre des habitans de cette
ville , et eile vient elle -même se soumettre à leur examen
qu'elle est en état de soutenir . '
•
3!!། ”
WOND
T
Quant au théâtre Feydeau , composé d'une seule troupe
de chant , il ne saurait mieux faire que d'offrir au public un
surcroît d'acteurs et de pieces agréables , et d'ajouter ainsi à ses
autres avantages , celui d'une plus grande variété ,
MERCURE
HISTORIQUE ET
POLITIQUE ,
1. 911 97
red suraj ne ▲ L LEMA G N F.
LIMPY
*
Posh De Hambourg , le 7 mai 1793.
لاملا يه ا
90
>
et
IMPERATRICE de Russie vient de quitter le deuil pris le
26 mars , et qu'ell
' elle a porte pendant un mois , ainsi Aye toute
sa cour , à l'occasion de son frere , le prince régnant d'Auhalt
Zerbst , général au service de l'Autriche , décédé le 3 mars
à Luxembourg , dans sa 55. année. Ce prince n'ayant point
laissé d'enfans , la branche de Zerbst s'éteint en sa personne ,
et c'est aux autres de la maison d'Anhalt que passent ses
possessions féodales , en vertu des constitutions Germaniques.
Il est fâcheux que Catherine II ne puisse en disposer ; peutêtre
en aurait- elle fait présent à M. d'Artois , quis en a déja
grand besoin et qui court risque d'en avoir encore plus grand
besoin un jour , pour peu que la nouvelle République Frane
çaise se consolide au reste l'ancien propriétaire de Lagatelle ,
en attendant quelque chose de plus solide , jouit à Pétersbourg
de tous les agrémens qu'on s'empresse de lui procurei
qu'on croit lui devoir en sa qualité de prince : il est accompagné
de l'évêque d'Arras , du comte d'Escars et du baron de
Roll , le même qui a joué à Francfort , auprès du roi de Prusse,
le personnage d'ambassadeur de Monsieur , régent d'un reyaume
in partibus Reipublica. Messieurs de Vauban et plusieurs
autres émigrés sont encore venus depuis peu grossir son cortége.
C'est vraisemblablement la troupe des fugitifs la moins à
plaindre , car les principaux ministres et officiers Russes lu
donnent successivement de grandes assemblées et des soupers 1
brillans ces fêtes , dont la partie de la Pologne dérmembrée
fera les frais , ont lieu tantôt chez les ministres d'Ostermann
et Besborodko , tantôt chez le général Soltikow , le comte de
Stroganow, les ministres de l'empereur et de Suede . Le depart
de M. d'Artois semble dépendre de l'arrivée d'un courier impatiemment
attendu de Londres ,; les engagemens ou le cabinet
de Pétersbourg doit entrer avec les princes Français devant bo
eux-mêmes se régler sur les opérations futures à concerter de
l'agrément du cabinet Britannique , l'un des plus attachés à la
coalition .
+
Le nouveau traité de commerce, conclu à Londres le 28 mars
entre la Russie et la Grande-Bretagne , a été apporté le 15 avril
par un courier : il est revêtu des signatures du comte Semen
Romanowitsch- Woronzow et du secrétaire d'Etat lord Gren157
)
ville ; on en a pris les bases dans celui de 1766 , stipulé pour
vingt ans , et qui avait laissé les choses sur l'ancien pied depuis
1786 , quoiqu'il n'eut pas été renouvellé dans le tems ; des
orages passagers survenus entre les deux puissances l'ayant
suspendu . On n'attend que la ratification et l'échangé du nouveau
traité pour le publier ; la Russic a , dit-on , acheté le
silence de l'Angleterre sur le dernier partage de la Pologne
par des dispositions encore plus avantageuses que dans le
precedent ; c'est ce qu'on verra . Si la chose est ainsi , la Grande-
Bretagne pourra dire tout est gagné , hormis l'honneur et la
justice ; mais c'est ce dont les cours s'inquiétent le moins
aujourd'hui .
159
k
:
32
L'ambassadeur de Russie a remis le 18 avril à la généralité
de Grodno la sommation de rétablir dans le plus court dé
lai le conseil permanent cassé par la diete ; il a résulté de
cette demande impérieuse un vrai schisme : tous ceux qui
voyaient dans cette mesure un attentat à la liberté de leurs
opinions , et parmi ces refractaires on compte plusieurs Polonais
ci - devant trop dociles à la Russie , mais qui se lassant
enfin de porter un joug qu'on aggrave de jour en jour , ont
quitté la séance , après avoir eu recours à d'inutiles protestations
; mécontens de cette résistance les Russes oont séques.
tré le lendemain même les biens de l'Hetman comte de Rzewsky
et ceux du substitut maréchal de la couronne Walewsky. Les
rebelles , car c'est ainsi qu'ils les nomment , n'en sont pas
quittes pour cela ces chefs de la confédération de Targowitz ,
recevant enfin le prix du mal qu'ils ont fait à leur patrie , sont
poursuivis au criminel par devant les juges de la confédération...
:
Depuis , le général Russe Ingelstrom a mis un embargo sur
les navires chargés de grains qui descendent la Vistule pour
arriver à Dantzick ; il y en a deja plusieurs centaines d'arrêtés
près de Maroczin , à l'embouchure du Narew à quelques milles
de Varsovie , et là on a élevé deux batteries sur chaque rive de
la Vistule . On croit que cette terrible douane a pour but de
forcer la diete Polonaise à faire promptement aux puissances
co-partageantes la cession formelle des contrées envahies , et à
sanctionner la forme de gouvernement prescrite par les cours
de Pétersbourg et de Berlin . La Pologne va se trouver réduite
à 4000 et quelques cents lieues quarrées ; le calcul fait monter
à 4300 ce que la Russie en a pris , et à 2100 ce qui en est passé
sous la domination Prussienne . L'Autriche aura définitivement
'les palatinats de Cracovie et de Sendomir ; cependant il court
un bruit assez singulier , c'est que le ministre de l'empereur a
fait êter les armes de son souverain de devant son hotel , et a
quitté Varsovie sans aller à Grodno.
On assure que 20,000 hommes de troupes Polonaises , qui
se trouvaient dans les provinces où les Kusses sont entrés ,
'ont prête serment à la Czarine , et qu'ils formeront un corps
( 158 )
séparé sous la dénomination de division de l'Ukraine , cepen
dant la garnison de Kaminieck a beaucoup balancé à se rendre ;
mais enfin elle l'a fait , et les Russes sont entrés le 20 dans
cette forteresse importante . L'impératrice ne s'est point
ravisée sur le compte des Français , auxquels il est toujours
également défendu de séjourner dans ses Etats , à moins qu'ils
ne prêtent l'horrible serment qu'elle exige d'eux . Mais elle
s'est radoucie en faveur des Juifs . Ils ont obtenu , sans doute
à force d'argent , de demeurer en possession de toutes leurs
libertés et priviléges , soit par rapport à la religion , soit relativement
à leur état civil. Cependant tout citoyen sera obligé
de prêter le serment de fidélité et d'obéissance ; ceux qui s'y
refuseront pourront vendre leurs biens et se retirer dans un
autre pays : il leur sera accordé à cet effet un terme de trois
mos si après cette époque ils ne se sont pas décidés sur le
parti qu'ils veulent prendre , leurs biens seront confisqués au
profit du trésor public .
11
Le comte Potocki , principal chef de la confédération de
Targowitz , se trouve trompe , comme les autres , dans l'espoir
qu'il avait ou feignait d'avoir conçu de l'indépendance de sa
patrie et de la conservation de son intégrité . Il n'est que trop
à portée de voir aujourd'hui quelle sorte de fond l'on peut
faire sur les promesses des souverains , quand leur intérêt leur
dicte d'y manquer . Probablement il ne reverra jamais Varsovie .
Mais la majeure partie de ses biens immenses étant située
dans la partie dont la Russie vient de prendre possession , il
s'y fixera , dit- on , avec les remords d'un crime sans succès ,
et le chagrin de se voir vassal , lui qui s'est vu souverain .
Peut-être quelque jour une main vengeresse affichera - t- elle à
la porte de ses châteaux le juste arrêt de la postérité , contenu
dans cette inscription : vendidit hic auro patriam .
ajoute que le faible Stanislas se meurt de chagrin .
----
On
On mande de Copenhague , en date du 30 avril , que M.
Diwoff , chambellan et conseiller privé de l'impératrice de
Russie , y est arrivé de Stockholm où il était alle porter auau jeune
roi de Suède l'ordre de Saint- André de la part de sa souve
raine . Ces mêmes lettres ajoutent qu'il y a depuis une quinzaine
de jours , dans cette capitale , trois Français menant une
vie très - retirée ; ils ont une grande quantité de bijoux mis en
couvre et très -précieux . Ces mystérieux voyageurs font des
achats considérables de grains qu'ils paient comptant ou avec
de bonnes lettres de change . D'ailleurs ils entendent que
ces grains soient transportés en France à leurs frais , risques
et périls . ( "
L'intendant général de police à Lisbonne a fait notifier à
tous les consuls des nations étrangeres , que dorénavant tous
les passagers abordans en Portuga Portugal sur des vaisseaux danois
devaient
at se trouver munis de passe- ports de mipistres
ou consuls Portugais residans aux lieux du départ
Qu autres , *
( 159 )
que ces passe-ports devaient présenter les noms , les lieux do
maissance , les professions , les vues des passagers ; que sans
cela ils seraient exposés à se voir arrêtés dès l'instant même
de leur débarquement .
On ne blâme point , continuent les mêmes lettres , ces précautions
peut-être excessives du Portugal , mais on est trèsmécontent
de l'intention secrette de plusieurs papiers de nous
brouiller avec la France , en annonçant , d'après des avis reçus
de Brême , qu'un vaisseau danois , venant de Gallipoli , et
destiné pour Pétersbourg , a été enlevé par un corsaire Français
il est possible que cela ne soit pas , et quand bien même
cela serait , tout s'arrangerait encore à l'amiable , car la France
ne refuserait sûrement pas de donner satisfaction , s'il y a lieu ,
et d'empêcher que ces sujets de plainte ne se renouvellent.
Nous voulons rester en paix , et la Suede le veut aussi . Dernierement
, des commissaires de notre cour et de celle de
Stockholm se sont transportés sur les frontieres de Norwege ,
pour y fixer définitivement les limites respectives .
L'objet dont il est question dans l'article suivant intéresse
trop la vie et la fortune des navigateurs , pour ne pas le faire
connaître de la maniere la plus circonstanciée.
'Avis aux navigateurs , donné par le conseil d'économie et de com- ` ..
merce de Copenhague.
Par ordre du gouvernement Danois ,> il a été érigé , à la
plus haute pointe sur l'isle Sulta , dans le bailliage de Fosen ,
gouvernement de Drontheim en Norwege , une tour haute de
24 pieds, sur un diametre de 18 pieds , enduite de blanc , pour
servir de point de reconnaissance aux navires qui dirigent leur
cours au nord des isles Smuelen , Stitteren ou Fioien , ou qui
sont déroutés par le vent ou les courans au nord de ces isles ,
ou bien qui viennent du nord , tant de l'Océan que de la mèr
de Frue.
Lorsque les points de reconnaissance sur terre ou sur les
rochers reconnaissables , tant sur lesdites isles , que sur le
continent , ou par leur éloignement d'ici , ou par les brouillards
, seront inappertevables du côté de la mer , cette tour
servira tant à déterminer le cours à l'aide de la carte , qu'a fait
publier la direction des archives des cartes marines d'une
partie de la côté de Norwege , contenant l'embouchure de la
riviere de Drontheim , avec ses isles et ses écueils qui l'environnent
, dont la description qui y appartient donne les éclair
cissemens. On peut s'attendre , au reste , à un avis ultérieur
sur la hauteur de la roche qui sert de base à la tour en question
, de maniere à en calculer la distance d'où elle sera perceptible
à la mer.
Plus d'incertitude sur la neutralité de la Suède qu'on avait
annoncée comme prête à se joindre à la Russie et l'Allemagne
contre la France , en citant avec emphase ses armemens , tant
1
( 160 )
par terre que par mer ; ils n'ont d'autre but que
de protéger
la neutralité que cette cour veut continuer à garder : les
dernieres lettres de Stockholm , nous en fournissent la
preuve , en citant celle que M. le comte de Loewenheim , envoyé
extraordinaire de la Suede à la Haye , a écrite à M. Hasselgreen
, agent de la même cour à Amsterdam .
Je m'étais flatté , monsieur , que le public aurait été parfaitement
tranquillisé dès qu'il aurait eu connaissance de ce que
vous avez publié le 5 mars dernier , d'après les ordres du chancelier
d'Etat , M. le baron de Sparre ; savoir , que notre roi
était résola d'observer , pendant la guerre actuelle , la plus
exacte neutralité envers toutes les puissances belligérantes , et
qu'en conséquence , S. M. avait tout droit d'attendre de la
part de ces puissances , le respect pour le pavilion Suédois ',
conformément aux ordres qu'elle a donnés de respecter le leur .
Cependant , comme il se trouve à cet égard différentes nouvelles
et réflexions dans les papiers publics , et qu'on doit
peut- être encore s'attendre à d'autres , ( ce qui pourrait don
ner lieu à des erreurs , auxquelles on ajoute souvent plus de
foi qu'à ce qui est officiellement publié ) ; que principalement
la gazette de Haarlem ( autrement si estimée ) s'est expliquée
à ce sujet d'une maniere démésurée et sans fondement : j'ai
jugé nécessaire de vous munir , monsieur , de l'instruction
suivante , d'après les ordres directs que j'ai reçus de S. M..
afin de prévenir tout doute et incertitude sur cette affaire importante.
" Vous ferez donc connaître de la maniere la plus ostensible
à tous ceux qu'il appartiendra :
Que S. M. , notre seigneur et roi , est invariablement résolu
de maintenir , durant la guerre actuelle , la plus stricte
neutralité envers les puissances coalisées , ainsi qu'envers la
France. Que quelques circonstances qui se puissent présenter .
et quelques démarches que l'on fasse à cet égard , elles ne pourront
jamais engager S. M. , encore moins l'obliger ou forcer ,
à porter le moindre changement à cette résolution inébranlable
de sa part.
et sur
Que S. M. croit que cette résolution est fondée sur le
droit des peuples , sur l'indépendance de sa couronne
le pouvoir que tous ceux qui gouvernent ont de vivre en paix
et de faire jouir leurs sujets de cet avantage. Qu'ainsi le roi
veut observer pour son royaume une stricte neutralité à l'égard
des puissances belligerantes . Que comme S. M. a droit de
s'attendre au respect que les puissances se doivent réciproquement
pour leur indépendance cette ferme résolution de sa
part sera la regle de sa conduite envers toutes les puissances
quelconques , relativement au pavillon Suédois ; ne voulant que
suivre tranquillement et sans trouble le commerce qui convient
à son royaume et à ses sujets , etc.
99 Je vous autorise , monsieur , à donner à ma lettre toute la
publicité que vous jugerez nécessaire . ››
Le
( 161 )
Le duc-régent s'occupe beaucoup de l'armée , et fait aussi
beaucoup pour elle ; presque tous les régimens ont une
augmentation de paye , et tous ont d'autres uniformes . Le
camp qui doit se former dans notre voisinage ne sera rassemblé
que dans un mois ; c'est un objet qui fixe extrêmement l'at
tention , et sur lequel on s'epuise en raisonnemens divers . On
dit aujourd'hui , avec une sorte d'assurance , qu'aucun de nos
vaisseaux de guerre ne se mettra en mer , et qu'on n'y verra
que quelques- unes de nos frégates on continues à mettre la
-Finlande en état de défense ; on bâtit même sur les frontieres
de la Russie une nouvelle forteresse près de Willikala et d'Anjala
. Le baron de Nolken est rappellé de d'ambassade de
Londres pour présider le tribunal de la cour : c'est M. Bergstedt
qui le remplace en qualité de chargé d'affaires Le bruit
courait , il y a quelques jours , que le prétendu régent de
France est dans l'intention d'envoyer un agent à Stockholm
aussi- tôt qu'il saura si l'on veut le recevoir : attendra long-
C
-tems !
. ) 19
7
De Francfort-sur- le-Mein , le 14 mai.
..
Suivant les dernieres lettres de Vienne , la contribution
patriotique pour la guerre , faite à l'instar de celle de France ,
commence à ne plus aller aussi bien ; da Hongrie se trouvant
en ce moment assez abondante en numéraire , on se propose
d'y souvrir un emprunt à cinq pour cent de montant n'est
pas encore déterminé ; quelques personnes assurent même
que tant qu'il pourra rendre on ne le fermera pás . I fant
de Bargent à tout prix ; car cette guerre coûte beaucoup . La
-reprise des Pays- Bas est à elle seule une affaire de plus de
deux millions de florinsi Le prince de Cobourg en a fait
spasser les assignations ou mandats qui viennent d'être acquittés
dans la capitale . Il a aussi envoyé l'état des pertes que son
-armée a éprouvées depuis le 1er , jusqu'au 25 mars ; selon lui ,
selles s'élevent en tués , 4 officiers de l'état -major 27 autres
officiers , 1937 sous - officiers et soldats et 525 chevaux ; en
blessés , 90officiers de l'état-major , 80 autres officiers ; 2,833
> sous- officiers et soldats , et 1833 chevaux ; pris par l'ennemi ,
£ 2 officiers , 25 sous - officiers et soldats ; égarés , 3 officiers ,
450 sous- officiers et soldats . Au reste , il doit être bien dédommagé
de ces deux millions de florins , s'il est vrai qu'il ait
pris aux Français dans les Pays - Bas , comme on Fassure , des
magasins capables des fournir à l'entretien d'une armée de
100,000 hommes pendant six mois et que par conséquent
l'on évalue à plus de sept millionsteling isomer
François Il est toujours décide à pousser vivement dette
guerre . Il vient de nommer feld - mareebaux les généraux ' de
Wurmser, Clairfayt et Hohenlohe nomination dont il leur a
fait passer le diplome , signé de sa propre main . Quant à
l'armée de réserve ea Bohême , en voici les généraux , François
Tome III, L
'( 162 )
1
Kinsky , Guillaume Schroeder , Haan , Degenschild et Meles ;
ceux de l'armée dans le quartier de l'Inn , Joseph Kinsky ,
Terzy , Versay , Biela , Aufsets , Fabry , Pejachewich , Rirse ,
Heindendorf et Sebottendorf. On ne saurait dissimuler que >
ces noms sont avantageusement connus parmi les militaires.
Il a été expédié , le 21 avril , des couriers à Pétersbourg
et à Londres après une conférence entre les ministres de l'empereur
qui a duré toute la nuit. Rien ne transpire encore de
ces longues délibérations ; on soupçonne seulement qu'elles
pourraient avoir rapport à l'alliance offensive et défensive
conclue entre la Russie et la Prusse connue quelques jours
plus tard. Notre cour s'occupe aussi d'en former une avec
la Porte. Elle a besoin d'être sûre de cette puissance pour
achever tranquillement ses opérations dans la Pologne , et poursuivre
la guerre contre la France , sans craindre une diversion
qui l'embarrasserait beaucoup , lors même que l'impératrice
-de Russie , dont on peut croire que les intérêts particuliers
seraient consultés les premiers , voudrait bien l'aider à repousser
les Turcs , accoutumés à redouter moins les Autrichiens
que les Russes , depuis qu'an général Ottoman a été
sur le point de s'emparer de Vienne , et qu'il n'a pas fallu
moins que toute la valeur des Polonais d'alors , conduits par
Jean Sobiesky leur roi , pour sauver la capitale de l'Autriche ,
dont l'iugrate maison s'enrichit aujourd'hui des dépouilles de
ces mêmes Polonais aux ancêtres de qui elle dût son salut .
Le manifeste relatif à l'occupation des Palatinats de Gracovie
et de Sendomir est prêt à paraître .
li va y avoir du changement dans le corps diplomatique : on
destine au poste de la Haye le comte de Cobentzel , ambassadeur
à Pétersbourg , où le comte de Stahremberg doit le
remplacer ; l'ambassadeur actuel à la Haye sera envoyé à
Londres.
Le bruit court ici qu'on va nous amener le général Beurnonville
et les quatre commissaires de la Convention livrés par
Dumourier ; on avait d'abord cru qu'ils seraient échanges
contre des princes ayant voix délibérative à la diete ou autres
personnages importans , mais il paraît qu'on se ravise et
qu'on veut les garder comme ôtages qui répondront de la sûreté
des prisonniers au Temple.
Le quartier - général du Prince de Hohenlohe se trouve à
Kaysers-Leutern ; l'armée d'observation de Brunswick est à
Neustadt , et le corps de Wurmser a remonté le Rhin jusques
à Guemersheim et Rheinzabern .
On commence à parler aussi en Prusse de faire des dons
patriotiques pour la guerre ; ce qui annonce assez l'épuisement
du trésor de Frédéric - Guillaume : il n'est pas non plus sans
inquiétude sur la tranquillité de l'intérieur . Des lettres de
Breslaw du 5 mai , portent qu'il était survenu quelque mésintelligence
entre un garçon tailleur et son maître ; la police en
( 163 )
Prit conuaissance , et bannit de la ville ce garçon cela causa
du bruit parmi les camarades des autres maitrises , et la chose
alla même si loin qu'il fallut avoir recours à la force armée .
Quelques personnages ont perdu la vie dans cette émeute ,
plusieurs ont été blessés ; mais enfin tout est appaisé , grace
aux soins actifs des autorités . On craint si fort des complots
et des mouvemens intérieurs que la diete de Ratisbonne va
défendre les confrairies et les assemblées secrettes dans les
académies et universités , le comte de Pergen , lieutenant de
police de Vienne , en chasse tous les instituteurs Français ,
même les femmes , qui n'y demeurent que depuis 1790 .
Le siege de Mayence est commencé , mais il n'est pas prêt
de finir ; c'est à tort que l'on avait répandu que la disette
Ferait plus d'effet que le canon ; cette place est très -bien approvisionnée
, et pour long- tems . L'armée qui en fait la garnison
exécute presque tous les jours des sorties meurtrieres ; nous
apprenons aussi que l'on a fait passer , le 11 mai , 1100 recrues
à Landau ; comme l'avant-garde de l'armée française a protégé
leur marche , des gens mal instruits ont cru que cette
place était attaquée , et qu'on allait à son secours ; le fait
est que jusqu'à présent on n'a pas fait la moindre tentative
contre elle..
Dumourier est à Mergentheim en Franconie , où il passera
quelque tems , et il y est seul lors de son passage par notre
ville , ce général a publié une déclaration , dans laquelle il
nie d'avoir des liaisons avec le chef de la maison d'Orléans ou
Lgalité ; on sait que l'aîné , qu'il avait emmené dans sa fuite , est à
présent à Zurich , ainsi que Mde . de Sillery et les autres femmes
dont l'Assemblée nationale avait décrété l'arrestation . Le
canton de Berne qui commence à s'éclairer , et craint de se
brouiller avec la France , ne les aurait pas reçus ; on ignore
où ils vont il n'est pas vraisemblable que ce soit à l'armée
du prince de Condé ; on peut dire l'armée , car elle se réunit
encore une fois au nom et sous les auspices du prétendu régent
de France qui envoie M. de Polignac en qualité d'ambassadeur
à Vienne : tous les émigrés , entre 16 et 30 ans , sont
invités à se rendre au plutôt à leurs corps on leur annonce
une avance d'un mois de paye de 15 francs , et 6 liv. pour le
voyage ; on parle même de pourvoir à la subsistance des
femmes et des enfans .
:
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE,
M. Unterberger et quelques autres officiers d'artillerie , tous
Autrichiens , ont passé les premiers jours du mois à la Haye ;
ils sont chargés de tirer des arsenaux de Hollande la grosse artillerie
, qui doit servir au siége de Lille et de Valenciennes .
Le prince héréditaire d'Orange commande les troupes de la
République , an nombre de 12 escadrons et de 12 bataillons ,
-
L :
( 164 )
"
1
--
qui seront bientôt renforcés par d'autres corps , et particuliérement
par des compagnies de grenadiers qui n'ont pas encore
tejoint . Cette division campe depuis le 30 avril à Oosterhout.
Elle va se porter incessamment sur le Brabant. Un autre corps
de 7000 hommes est déja rendy , avec son artillerie , à Courtray
et dans les environs pour appuyer les opérations des Autrichiens
. De plus 4000 Hanovriens , commandés par le prince
Ernest d'Angleterre , se portent aussi vers la Flandre ; ils ont
passé dans la matinée du 25 avril à Bruxelles , Le stadhou
der a donné le 4 , aux membres du haut - gouvernement et à
plusieurs officiers , un repas somptueux à la suite duquel il à
remis au baron de Roëtzlaer , qui a courageusement defendu
Willemstad , l'épée d'or que le gouvernement lui a décernée .
Quant à M. de Byland , qui a rendu Breda , l'on dit qu'il sera
trop heureux d'en être quitte pour 25 années de prison dans le
château de Loevensteim . Le lendemain le comte de Merci-
Argenteau est arrive de Bruxelles ; il y est retourné après une
conférence avec le grand pensionnaire Van - der - Spiegel . On
ajoute qu'il doit se rendre à Londres , où se tiendra une assenblée
de ministres relativement aux affaires générales de l'Europe ,
et sur-tout sur ce qui concerne la France . Le lord Auckland
est , dit- on , rappellé à Londres , pour être employé dans le
-ministere , ou du moins admis dans le conseil. On vient de
punir à Rotterdam du fouet et de la marque et de douze annees
de détention dans une maison de force , le nommé Thome de
But de Beaumont et la femme Gondorf , qui , au mois de juin
de l'année derniere , avaient été dénoncés ministre de
France à la Haye , comme fabricateurs de fai
faux assignats. 1C
Le 29 du mois dernier , les députés Belges et le conseil de
Brabant sont allés complimenter l'archiduc Charles . La commune
de Genimappe lui a présenté son dou patriotique , pour
contribuer aux frais de la guerre le jeune prince -gouverneur,
la très-bien accueilli , quoiqu'il ne fut pas considérable . En genéral
il n'oublie rien pour se gagner l'affection du peuple precédé
d'une amnistie donnée par l'empereur , il tire encore habilement
parti de l'ascendant de la religion sur les Belges.
―
——
par le
6173
32
+
U
6.31:983 .
91 0
L'évêque d'Anvers vient de publier une espece de mandement
pacificateur où il déclame beaucoup contre les partisans
d'une fausse liberte dont le vain nom a égaré ses ouailles . Pour
donner plus d'effet à ces exhortations touchantes , un bataillon
du régiment de Hesse - Darmstadt et le bataillon des
grenadiers Wallons de Perez au service de la Hollande sont
entrés en garnison dans la citadelle. L'empereur a envoyé
à Mons des médailles d'or à distribuer à ceux qui se sont
le plus distingué par leur attachement à sa cause . 24 bâtimens
Anglais ont débarqué des troupes à Ostende où l'on
attend encore 1500 chevaux et 4000 hommes . Les remparts
de cette ville ont déja 40 pieces de canon en batterie . En
général on compte avoir incessamment 20,000 hommes dans les
---
"
--
I
ر
165
10s le commandement du due
Pays - Bas. La petite armée sous le commandement du ' due
d'Yorck" est établie à Courtrai ; mais il lui faudra des forces
plus considérables pour entreprendre quelque chose , car les
Français tiennent le Pont- Rouge et fortifient ce poste impor
tant. Le quartier général du prince de Cobourg est revenu
le 10 à Quevrain , parce qu'il y avait trop peu de logement
à Rombies . Le même jour des le grand matin le général avait
attaqué les Français occupés à construire six redoutes. Les
Français ont perdu beaucoup de monde dans cette action ,
plus de 200 prisonniers et un drapeau . Le 8 , l'armée
Française voulant débusquer les Autrichiens , les Prussiens
et les Anglais de leur position dans le voisinage de Condé ,
de Valenciennes et de l'Abbaye d'Hasnon les attaqua tous en
même-tems. L'affaire s'est engagée d'une maniere tres - sérieuse ,
et l'on s'est canonné depuis 5 heures du matin jusqu'à 8
heures du soir . Le plus fort de l'attaque a été dirigé contre
le corps que commandait le général Clairfayt auprès de Vicogne.
Les Français revinrent quatre fois à la charge avec beaucoup
de bravoure et furent repoussés quatre fois les Prussiens
leur reprirent une piece de canon perdue d'abord par les
Autrichiens . On assure que les Français retranchés au poste
d'Hasnon faisaient un feu continuel avec des pieces de 24 .
ANGLETERRE. De Londres , le 10 mai .
Il circule ici un bruit fort étonnant , et qui l'est d'autant
plus que des personnes qui se prétendent bien instruites paraissent
y ajouter foi , et veulent lui donner de la consistance :
on assure qu'il est arrivé des commissaires Français , chargés
de faire au ministere Rritannique des ouvertures de paix entre
la France et l'Angleterre . Voici l'explication la plus simple de
cette singuliere nouvelle ; c'est qu'on a appris que le ministre
des affaires étrangeres avait proposé au conseil exécutif ,
comme une mesure absolument nécessaire à la consolidation
du gouvernement républicain en France , de faire une tentative
à l'effet de détacher la Grande - Bretagne de la ligue des
puissances . L'on ajoute que les deux commissaires chargés de
cette importante négociation , et parmi lesquels on nomme le
général Winipfen , out obtenu à Ostende un cutter anglais
pour les conduire avec un passe-port du duc d'Yorck ; que
débarqués le 29 aux Dunes , ils reçurent la visite de l'amiral
Macbride qui y commande , et qu'environ deux heures après ,
jis continuerent leur route pour Londres , où on les dit arrivés
le 30 .
4
-
Les conjonctures critiques où se trouve l'Europe ont entravé
notre commerce . L'incertitude du change , l'interruption des
rapports entre les négocians , le dérangement total dans la
circulation des especes , les divers emprunts publics , le peu
de sûreté de la navigation , l'inquiétude et la défiance que la
L -3
( 166 )
révolution Française d'une part et le démembrement de la
Pologne de l'autre ont jettées dans les esprits ; toutes ces causes
ont puissamment contribué à ralentir , à suspendre même le
cours du crédit. Il en est résulté de nombreuses faillites ,
sur-tout dans la capitale où l'on en a vu un pour la somme
inouie d'un million 700,000 liv. sterling.
Dans presque toutes nos villes dont le commerce et les manufactures
ont un peu d'activité , on préférait le papier de leurs
banques particulieres aux especes métalliques , son crédit est
absolument tombé . C'en serait fait de la Grande- Bretagne ,
si pareil malheur arrivait à celui de la Banque de Londres .
Aussi le lord maire d'accord avec le ministre des finances ,
et après avoir consulté les principaux négocians , s'empressat-
il de soumettre à la chambre des communes dans sa séance du
29 avril un projet en huit articles qui a quelque rapport avec
le Mont-de-Piété de Paris , puisque les négocians auxquels l'on
prêterait , remettraient en nantissement de la somme confiée
des marchandises et effets jusqu'à la concurrence de cette
somme. Il s'éleva des débats assez vifs sur ce projet appuyé
par M. Pitt et combattu par les membres de l'opposition qui
crurent voir dans cette mesure un nouveau moyen pour le
ministre de se faire des créatures . M. Taylor entr'autres
tint que ce plan contre lequel on était déja prévenu dans
la capitale ne serait utile en rien aux villes éloignées , surtout
à celles d'Ecosse . D'ailleurs , à Dieu ne plaise , s'écria-
t-il , que le crédit de ce pays dépende du caprice d'un
ministre . Les amis de M. Pitt lui repliquerent que le plan
était bon et jugé tel dans la capitale ; que le simple apperçu
avait déterminé la banque à escompter les billets avec une
nouvelle ardeur , que le cours du change s'était relevé dés
qu'on avait su qu'il était adopté par le comité . Enfin la chambre
arrêta que S. M. serait autorisée à faire remettre entre
les mains des commissaires chanceliers de l'échiquier une
somme de cinq millions avec pouvoir de les répartir selor
qu'ils le jugeraient à propos après avoir obtenu toutefois cauion
suffisante,
Sou-
Le 6 , après la troisième lecture , ce bill de crédit passa
à une très -grande majorité . On présenta aussi une douzaine
de pétitions qui toutes sollicitaient une réforme dans la représentation
nationale . Il y eut quelques débats au sujet de
celle de la société des Amis du peuple.
Les armateurs se multiplient. On vient de donner vingtquatre
lettres de marque ; et deux riches bâtimens Français ,
allant de Saint-Domingue à Nantes ont été amenés aux Sorlingues
par une fregate de la marine.
Une chose qui contribuera puissamment sans doute à enfourager
les armateurs , c
c'est que
le vaisseau de registre espagnol
( 167 )
}
dont la cargaison était évaluée à 800,000 liv. sterling , repris
sur un corsaire français qui s'en était emparé , a été déclaré
de bonne prise par un jugement en forme de l'amirauté .
et
Le gouvernement se propose de former trois camps en différentes
parties du royaume. Il y trouve le double avantage
d'avoir des hommes rassemblés sous sa main pour étouffer les
soulevemens intérieurs que l'on paraît encore redouter ,
pour repousser l'ennemi du dehors en cas qu'il voulut tenter
quelque descente . D'ailleurs c'est une occasion d'exercer les
troupes. Celui de l'Est sera placé sur la commune de Warley ,
dans le comté d'Essex ; celui du Sud près de Maidstone , dans
le comté de Kent , et celui de l'Ouest à Plymouth .
Il ne serait pas impossible que ce rassemblement eût encore
un autre but , par exemple de fournir des secours au comte
d'Artois , qui doit passer , au dire de quelques personnes ,
dans la ci-devant province de Bretagne , pour se mettre à la
tête du parti contre-révolutionnaire . On ajoute que l'impératrice
de Russie lui a remis des sommes considérables , et que
c'est pour son compte que M. de la Châtre rassemble en Angleterre
un corps de 3 à 4000 émigrés. On ne néglige rien
pour entretenir l'animosité contre les Français . Les théâtres
sont occupés à les rendre odieux et à les tourner en ridicule .
On donne actuellement à celui de Saddlers -Wels une piece de
ce genre dont l'objet est de tourner en ridicule les sans - culottes
et leurs manoeuvres militaires ; ce qui attire une grande
affluence de monde . Dumourier y joue un rôle brillant . Un
Français , qui assistait il y a trois jours à cette représentation ,
ne put contenir son indignation , en entendant les blasphemes
royalistes du traître Dumourier. Il se leva brusquement , et
'adressant à l'acteur qui le représentait s'écria coquin ! je
voudrais bien te tenir à Paris . Heureusement pour lui peu de
spectateurs comprirent ce qu'il disait . Cependant quelques-uns
qui entendaient le français , le firent sortir de la salle un peu
rudement , mais sans le maltraiter qu'en paroles .
Un bruit assez douteux , mais qui circule depuis quelques .
jours , c'est que le marquis de Lucchesini va venir demander ,
au nom du roi de Prusse , la garantie de Thorn et de Dantzick ,
et le comte de Merci-Argenteau , celle des Pays - Bas Français
pour l'empereur , dès qu'on en aura fait la conquête.
1
L 4
( 168 )
} FRANCE .
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE
FT
BOYER - TONFRED E.
Séance du mardi 14 mai.
Le brave bataillon qui s'est si généreusement dévoué pour
la défense de la patrie à l'affaire de Thouars n'était pas seulement
composé de Marseillais , mais des citoyens de Montpellier
, de Narbonne , de Cette et de Nismes .
La commune de Marseille a fait parvenir à l'Assemblée
le procès - verbal qu'elle a rédigé au sujet de paquets saisis
à la poste , et adressés aux commissaires Bayle et Boysset.
Thuriot s'est opposé à la lecture de ce procès- verbal , et la
Convention en a décrété le renvoi au comité de salut public .
Un autre décret , rendu sur la proposition de Rhull , a
ordonné le séquestre , au profit de la République , des biens
de quelques princes Allemands possessionés en France , qui.
en feignant de garder la neutralité ont tacitement adhéré au
conclusum de la diete de Ratisbonne .
Une députation envoyée par tous les citoyens de Bordeaux
s'est présentée à la barre . Elle venait exprimer l'indignation .
et les vives alarmes de leurs freres , à la nouvelle des inenaces
de proscription proclamées contre des représentans du peuple .
Legislateurs , a dit celui qui portait la parole , les regards des
Bordelais sont constamment attachés sur vous ; vous remplissez
toute leur ame Nous nous enivrons de vos triomphes
, vos dangers nous plongent dans les plus dangereuses
agitations ..... Il y a peu de jours qu'une conspiration publiquement
formée s'avançait aussi publiquement vers son exécution
; les , victimes étaient comptées.... une correspondance
criminelle infestait les départemens , elle appellait de toutes
parts les couteaux qui devaient vous égorger .... ; tout récemment
, les mêmes conspirateurs s'agitent avec plus de violence ;
ils annoncent , ils préparent une force armée qui doit venir
exiger ici que 300 d'entre vous soient chassés , et que 22 autres
soient immolés à leur fureur..... Législateurs , lorsque nous
envoyâmes nos députés , nons les mimes sous la sauve - garde
des lois , de la vertu , et de tout ce qu'il y a de plus sacre
sar la terre . Nous crûmes les envoyer parmi des hommes ;
ils sont environnés d'assassins ... si le crime se consomme ,
T'horreur qu'il nous aura inspire dirigera notre vengeance
les meurtriers ne tomberont que sous nos coups . Nous organic
sous sur- le - champ la moitié de notre garde nationale ; nous
volons à Paris pour y venger les représentans du peuple ou
périr sur leurs tombeaux.
( 169 )
@
1
Tel est le voeu des Bordelais qui ont déja fourni vingt-cinq
mille soldats à la patrie ; qui , dans ce moment même , levent
encore 6700 hommes , qui mangent le pain à 10 sols la livre
mais qui savent tout souffrir , excepté les outrages faits à
leurs représentans .
Et cependant ces fideles républicains, ont aussi été calomniés
. Des scélérats ont eu l'audace de dire que Bordeaux , était -
en contre- révolution ouverte , parce que nous avons constamment
voulu que l'ordre et les lois accompagnassent la liberté ,
et que nous ne voulons pas d'une révolution qui imprimerait
constamment à la République un mouvement convulsionnaire
et désorganisateur ; parce que sous le titre imposteur de révolution
, nous ne voulons pas ériger l'assassinat en principe ,
et constituer le crime en une sorte d'autorité légale ; parce
que sous le titre de révolution nous ne voulons pas d'un
ordre de choses où l'effronterie supplée au courage , la violence
au pouvoir , l'amour- propre en délire au talent , et les convulsions
de l'esprit au génie ; parce que sous le titre d'une
révolution , nous ne voulons pas lutter audacieusement avec la
Convention , qu'elle est pour nous l'arche nationale , et que
nos mains sécheront plutôt que d'y porter une atteinte sacrilége
; parce que sous le titre de révolution , nous ne voulons
pas de licence éhontée , qui provoque chaque jour l'avilisse »
ment du corps législatif , la désorganisation du gouvernement ,
que nous voulons tous périr avant le regne des brigands et
des assassins.
Citoyens , leur a répondu le président , les listes de proscription
insolemment proclamées à cette barre sont enfoncees dans .
le mépris public , et la représentation nationale est assez vengée...
Rassurez vos généreux compatriotes ; Paris renferme
assez de bons citoyens pour défendre la Convention nationale
; mais si de nouvelles conspirations menaçaient la représentation
nationale , si de nouveaux tyrans voulaient aujourd'hui
s'élever sur les débris de la Republique , vous sauriez
alors vous saisir de l'initiative de l'insurrection , et la France
entiere imiterait Bordeaux .
Le discours des députés de Bordeaux et la réponse du président
seront imprimés , envoyés dans tous les départemens ,
et affichés dans la ville de Paris . Les comités de législation et
de salut public feront un rapport sur la situation actuelle de
la Convention dans Paris et sur les moyens de déjouer les
complots qui se trament contre elle ,, et de poursuivre enfin
les auteurs des complats déja avortés .
Au milieu de quelques tumultueux débats élevés pendant
la discussion de ces propositions , Guadet citait ce qui s'etait
dit la veille aux Jacobins.
Depuis trois mois on nous égorge en détail ; les scélérats
nous trompent ; voulez -vous savoir les moyens de sauver
la patrie ? ce moyen consiste à exterminer tous les scélérats
1
( 170 )
1
avant de partir . J'ai étudié la Convention ; elle est en partie
composée de scélérats dont il faut faire justice ... il faut tirer
le canon d'alarme , fermer les barrieres....
-
Guadet disait encore à ses interrupteurs , on demande de
montrer nos blessures ; mais c'était ainsi que Catilina répondait
à Cicéron : On en veut , leur disait-il , on en veut à la
vie des sénateurs ; mais vous respirez tous . - Eh bien ! Cicéron
et les sénateurs devaient tomber sous le fer des assassins la
nuit même où ce traître leur tenait ce langage . La Convention
a terminé ces débats en décrétant de plus que le témoignage
de la satisfaction que lui inspire la démarche des Bordelais
sera consigné au procès-verbal.
Un décret de la Convention avait enjoint aux ministres de
présenter les états nominatifs des agens civils ou militaires
qu'ils emploient. Génissieux en a demandé aujourd'hui l'exécution
, et la Convention a décrété que le conseil exécutif
lui présenterait dans deux jours , l'état des employés dans ses
bureaux et dans la quinzaine celui de tous ses agens dans
l'étendue de la République.
Un membre demandait encore que les ministres fussent tenus
de joindre aux états qu'ils doivent fournir le nom des personnes
à la recommandation desquelles ils ont accordé les
places . Cette proposition qui a élevé quelques débats , n'a pas
eu de suite , mais elle a fourni à Buzot l'occasion de demander
que tous les députés à l'Assemblée législative , ou à la Convention
dont la fortune s'est accrue , fussent tenus de déclarer ,
par quels moyens ils l'ont augmentée . Barbaroux en appuyant
cette motion a proposé de décréter en principe que tout
fonctionnaire public est comptable à chaque instant de sa
fortune . Il a demandé en outre que celui qui dénoncera
un fonctionnaire public pour avoir fait des acquisitions illégitimes
obtienne pour prix de sa dénonciation la moitié des
biens du dénoncé , faute par ce dernier de justifier des moyens
par lesquels il est parvenu à augmenter sa fortune.
La premiere proposition de Barbaroux a été adoptée ; la
seconde a été renvoyée au comité de législation .
Séance du mercredi , le 15 mai .
Chassé fait lecture d'une pétition souscrite par 4 ou 500
citoyens de Lyon. Ils se plaignent de l'arbitraire et du despotisme
qu'exercent dans cette ville les membres d'une nouvelle
société populaire qui s'est afiliée aux jacobins de Paris.-
Cette société par ses menaces et par la terreur qu'elle a su
inspirer aux citoyens , est parvenue à créer un tribunal révolutionnaire
. Déja la guillotine est dressée et l'on tremble pour
les jours des 15 à 1800 personnes désignées à la hache des assassins
. Un député de cette société s'est présenté aux jacobins
de Paris ; il a dit : Lyon leve une contribution de cinq
" millions sur les riches et une armée révolutionnaire de
( 171 )
" cinq mille hommes . Ils vont marcher contre les rebelles ,
" non pas contre ces misérables , qui , dans leur égarement ,
dévastent une contrée malheureuse , mais contre les chefs ,
1 contre ceux qui ont voulu sauver le tyran . Pendant que cette
armée agira d'une maniere efficace, un tribunal révolutionnaire
expédiera en détail ce qui nous aurait échappé en gros. 19
Le même député est allé à la commune de Paris ; il y a
prononcé le même discours . La commune est convenue de
lui adjoindre quatre commissaires pour venir à la barre de
la Convention , demander son adhésion à l'établissement du
tribunal révolutionnaire .
Enfin ce même député est retourné aux jacobins où il a prononcé
le discours suivant :
J'ai écrit à mes commettans , et je leur devais cet aveu
que quand les magistrats sont corrompus , le peuple ne doit
plus avoir de ressource que dans son courage . Peuple , écoute
un homme qui te dit la vérité en enfant de la nature . Peuple ,
tu souffres la misere au milieu des biens qui t'avoisinent.
Citoyens , on vous dit libres et vous êtes esclaves de
la misere .
Les mesures révolutionnaires doivent être secrettes . Je suis
soldat révolutionnaire de l'armée de Lyon , sachez que vous ne
ferez pas de révolution sans répandre du sang , mais un soldat
répand le sang avec tout le calme possible .
Il faut établir le machiavélisme populaire ; il faut faire
disparaître de dessus la surface de la France tout ce qu'il y a
d'impur sans cela vous ne serez que des enfans ; les modérés
calomnient les amis du peuple.
,, On me traitera sans doute de brigand , mais il est un moyen
de se mettre au- dessus de la calomnie , c'est d'exterminer les
calomniateurs .
" Peuple , prends garde d'oublier en sept heures de som
meil les grandes vérités que tu viens d'entendre pour moi ,
dût-on m'appeller mille fois brigand , je jure , foi de brigand ,
que je ne vote désormais de pétition que le fer à la main , et que
tant qu'il restera une goutte de sang dans mes veines , le mot de
liberté sera dans ma bouche , et son temple dans mon coeur, ››
Le président répond : Citoyens , vous avez franchi un
grand intervalle pour vous réunir à vos freres ; vous retournez
auprès de vos concitoyens , par-tout où vous serez , votre
patriotisme sera d'un grand secours .
La société vous invite à donner en son nom le baiser fraternel
à toutes les autorités constituées de Lyon. "
Après l'exposé de ces faits , Chassey présente diverses mesures
propres à rétablir dans Lyon l'ordre et les lois . L'Assemblée
les adopte et rend le décret suivant :
La Convention nationale renvoie la pétition des citoyens de
Lyon au comité de législation , pour en rendre compte en
même-tem's que des événemens arrivés dans cette ville. La Con.
( 179 ),
vention déclare nulle et comme non - avenue toute érection de
tribunal extraordinaire qui aurait été faite sans l'autorisation d'un
décret ; fait défense à tous ceux qui ont été nommés pour composer
ce tribunal , d'en exercer les fonctions ; permet aux citoyens
qu'on voudrait y traduire , de repousser la force par la
force ; charge les corps administratifs de les protéger ; ordonne
que la force armée ne pourra être employée dans le département
, que sur l'autorisation des autorités constituées , et hors
du département , que sur la requisition du conseil exécutif ou
des représentans du peuple auprès des armées . Les dispositions
du présent décret sout applicables à toutes les communes de la
République.
On a repris la constitution . La discussion s'est ouverte sur
cette premiere question : quelle sera la division politique du terfitoire
?
Saint -Just pensait que les mesures du territoire , pour fixer
les jurisdictions , ne devaient poinut être confondues avec la
division de la République proprement dite . La division d'une
monarchie est dans son territoire ; dans une république , au
contraire , la division est dans les tribus , et les mesures du territoire
ne sont autre chose que la division du peuple .
4. Si la division est attachée au territoire , le peuple est divisé
, la force du gouvernement se concentre et le souverain
pars se rapproche difficilement ; si la division est attachée au
au peuple , ou par tribus ou par communes , cette division
n'ayant pour objet que l'exercice des suffrages et de la volonte
generale , le souverain se forme alors , il se comprime ,
et la republique véritable existe . "
Je regarde done , disait Saint-Just , la division des départemens
comme une division de 85 tribus dans la population et
non comme une division du territoire en 85 parties . La consitution
doit être dépositaire de ces principes .
Cette premiere division du peuple garantit l'indivisibilité du
territoire.
Salles a parlé après Saint-Just : « si les 25 millions d'individus
répartis sur notre territoire , a dit Salles , pouvaient se voir et
s'entendre dans un instant ; s'ils étaient assez dégagés de passions
et de besoins pour s'occuper sans cesse de la chose publique et
assez vigilans pour le vouloir , ils pourraient se gouverner par
eux-mêmes ; il serait inutile pour eux de diviser le territoire ,
et le principe pur et catier de la souveraineté , ou du moins
Fabstraction qu'on nous donne pour ce principe , pourrait être
à lent égard conservée dans son integrite ; mais les facultés de
l'homme sont bornées , et dès les premiers pas que hous vou-
Igns faire,, nous nous trouvons forcés de modilier nos résultats
sur cette impérieuse consideration . ;;
1. f. )
Il faut donc que notre territoire soit divisé , voilà une prémjere
verite .
Salles a convenu que cette division politique de territoire
est une atteinte portée à ce que l'on appelle principe pur de
( 173 )
la souveraineté , en ce qu'elle constitue une nation en diverses
sections qui ne déliberent pas en commun ; mais , a - t-il dit ,
c'est une seconde vérité non moins importante à reconnaître ,
afin de n'être pas étonné des atteintes successives que nous
seront forcés de porter à toutes ces abstractions métaphysiques
qui ne sont bonnes qu'à perpétuer l'anarchie , et afin qu'il en
résulte pour nous la nécessite de chercher des combinaisons
politiques qui réparent , autant qu'il sera possible , l'imperfection
de l'institution par laquelle nous décréterons que le territoire
sera divisé .
D'autres opinions moins importantes ont été énoncées dans
cette discussion , dont voici le résultat :
La Convention nationale décrete que la distribution actuelle
du territoire français en départemens est conservée . ,,
Il y aura une administration centrale dans chaque département.
,,
6. Il y aura des administrations intermédiaires entre les départemens
et les municipalités.
Séance du jeudi , 16 mai.
29
Sur la proposition de Bréard , la Convention a décrété
que les généraux des armées de la République sont autorisés
à traiter de concert avec les représentans du peuple près
les armées , de l'échange des prisonniers de guerre avec les
généraux ennemis , à la charge d'en rendre compté dans les
24 heures , à la Convention nationale .
Une lettre des commissaires dans l'isle de Corse , annonce
que les mesures qu'ils ont prises , pour mettre à exécution le
decret d'arrestation porté contre le général Paoli , n'ont eu
aucun succès . Les autorités constituées se sont coalisées pour
demander le rapport de ce décret. Le général lui-même écrit
a la Convention que la caducité de son âge et les incommodités
qui fui sont habituelles le mettent dans l'impossibilité
de passer la mer et de franchir ensuite deux cents lieues de
distance pour se présenter à la barre de la Convention ,
repousser les reproches qui lui ont été faits . Si vous croyez ,
citoyens représentans , ajoute Paoli , qu'il soit nécessaire pour
la paix ou la sûreté de ce pays , et pour l'affermissement de la
liberté et de l'égalité en Corse , que ma présence ne soit plust
ici un sujet de
et
liberté et de fiance , de haine et de jalousie , parlez , et je
´m'éloignerai sans murmure du pays qui m'a vu naître , et qui
a honoré ma vie et mon nom . "
Des députés de différentes sections de Paris se présentent
successivement la barre. Ils demandent , à l'exemple de la
section du Panthéon-français , et aux mêmes conditions , qu'il
leur soit accordé des sommes plus ou moins fortes pour
subvenir aux frais d'enrôlement et d'équipement de leurs volontaires.
Leurs pétitions ont été renvoyées au comité des
finances.
( 174 )
"
Qui, eft dit , s'est écrié Mallarmé à cette occasion , quand
la section du Panthéon vint vous demander une avance pour
laquelle elle offrait une sûreté , et sur- tout des motifs justes ,
etant populeuse et pauvre ; qui eût dit qu'il se ferait dans les
Autres sections une coalition pour présenter tous les jours de
pareilles demandes ? le trésor national appartient à la République
entiere. La commune de Paris demande encore quatre
millions pour les subsistances . Comment voulez-vous en prodiguant
des secours fournir aux frais de la guerie .
La discussion s'est ouverte sur la taxe de guerre . Plusieurs
membres ont présenté successivement différens projets qui ont
été renvoyés aux comités des finances ; mais Lassource a
fait sentir combien il était urgent de statuer promptement sur
cet objet. Je suis convaincu , a- t- il dit , que des mesures revo
lutionnaires , aux mesures contre- révolutionnaires , il n'y a
qu'un pas . Lorsque le département de l'Hérault vous présenta
son arrêté , vous y donnâtes votre sanction . Il est né de
cette mesure des résultats alarmans . Chaque département .
chaque commune a cru devoir lever une petite armée . Vous
avez exposé les citoyens à des vexations , Déja dans quelques
communes des taxes arbitraires excitent et peuvent exciter plus
que des réclamations . Il ne faut pas que des administrations de
département aient des armées à leur solde , il faut que l'autorité
centrale , loin de relâcher les ressorts du gouvernement
, les resserre . Je veux , comme vous une taxe , mais je
veux qu'elle repose sur des bases précises .
Penieres a denoncé l'arrestation arbitraire du juge de paix
de la section de l'Unité , qui a été arraché de sa maison pendant
la nuit , et traîné dans les cachots de l'Abbaye. Tout
son crime se réduit à avoir signé , étant président de sa section ,
une adressé dirigée contre Chaumet , procureur de la commune.
Penieres , après avoir attesté la probité et le patriotisme
de ce citoyen , ajoute qu'il s'est donné vainement tous
les soins imaginables pour se procurer les pieces qui pourraient
constater cette arrestation . Elles lui ont été refusées
par le comité de la section . Il demande la Convention
se fasse rendre compte de cette arrestation , et il la conjure en
même tems d'empêcher qu'une pareille tyrannie ne se renouvelle
à l'avenir .
que
Cette dénonciation a donné lieu a de forts longs débats.
Plusieurs membres voulaient qu'on prononçât la cassation
de la commune , d'autres réclamaient l'ordre du jour , d'autres
enfin demandaient que le comité de législation rendit compte
de toutes les arrestations arbitraires ; ce dernier avis a été
adopté.
Snr la proposition de son comité de salut public la Convention
nationale a rendu le decret suivant :
Art.I er. Les corps administratifs et municipaux , leurs commissaires
, les agens civils envoyés par le conseil exécutif pro(
175 )
visoire , ne pourront , sous quelque prétexte que ce soit , et
sous peine de dix ans de fers , suspendre ou modifier l'exécution
des ordres donnés par le conseil exécutif provisoire ,
apporter aucun changement aux dispositions militaires qu'il
aura arrêtées , empêcher ni retarder les mouvemens des troupes ,
échanger leur destination et celle des armes et munitions , tant
de bouche que de guerie , qui leur sont adressées .
Les corps administratifs et municipaux serent tenus d'exé
cuter et faire exécuter provisoirement toutes les délibérations
prises par les représentans du peuple , envoyés par la Convention
nationale dans les départemens et auprès des armées
de la République.
III. Les représentans du peuple envoyés près les armées
ou dans les départemens , sont personnellement responsables
de tous arrêtés qu'ils auraient pris contre les dispositions et
les pouvoirs portés dans le décret du 39 avril et dans les instrucous
décrétées le 8 mai ..
"
Séance du jeudi soir.
Cette séance était destinée au renouvellement du bureau,
Isnard a été élu président .
Séance du vendredi , 17 mai .
PRESIDENCE D'IS NARD .
Les représentans du peuple envoyés aux frontieres du Midi ,
écrivent de Perpignan , en date du 8 mai : Ce n'est pas en
vain que nous avons fait un appel aux braves habitans du Midi
de la France. Déja cinq mille hommes sont venus joindre
l'armée des Pyrennées ; nos collegues dans les départemens
voisins secondent nos efforts ; les approvisionnemens nous arrivent
de toutes parts, "
Une députation de la section de l'Unité s'est présentée à
la barre pour solliciter la liberté du citoyen Leroux , juge de
paix de cette section , enlevé à sa famille la nuit derniere ,
et traduit en prison . Nous venons le reclamer , ont dit les
députés , en protestant de ses bonnes moeurs et de son patriotisme.
Nous conjurons la Convention de se faire rendre compte
des motifs de cette arrestation audacieuse et illégale , et de
venger l'insulte faite aux lois et aux droits de l'homme . 972
Et moi aussi , s'est écrié Penieres , je rends justice aux vertus
civiques du citoyen dont l'élargissement vous est demande .
Depuis sept ans il est mon ami ; c'est vous dire s'il l'est de la
liberté .
** Quel est son crime , a repris un autre membre ? quelle est
l'autorité qui a arraché ce citoyen de sa maison au milieu de la
nuit ? Son crime est d'avoir signé une réponse à Chaumet
réponse que vous avez entendue avec satisfaction , et que vous
avez approuvée . Quelle est l'autorité qui s'est rendue cop(
176 )
pable de cet acte arbitraire ? c'est un comité que vous n'avez
établi que pour surveiller les étrangers , et qui s'est fait com ez
révolutionnaire , comité d'insurrection .
Phelippeaux a annoncé que cette affaire avait déja occupé
le comité de législation , et que dès hier au soir il avait requis
le comité révolutionnaire de la section de l'Unité de faire
connaître les motifs de l'arrêté qui avait privé Leroux de sa
liberté . Il en a conclu qu'il fallait faire examiner par le comité
de législation la demande de l'élargissement de ce citoyen.
Fermont ne s'opposait point à ce renvoi , mais il demandait
que Leroux fût provisoirement mis en liberté en donnant
caution.
Marat a combattu cet avis : il a accusé les hommes d'état , de
protéger les conspirateurs , de favoriser les rebelles de la
Vendee. A ces paroles de Marat , de bruyans applaudissemens
'éclatent dans l'extrémité gauche de la salle et dans les tribunes
. Le président veut rappeller la loi qui défend d'applau
dir et d'improuver. Il n'y a pas de loi , s'écrie Legendre , qui
défende au peuple d'applaudir ceux qui le servent .
Au milieu de l'agitation de l'Assemblée , Mazuyer parvient
à se faire entendre. Sommes -nous , dit- il , sous une République
libre , on gémissons - nous sous un nouveau despostisme ?
De quoi s'agit- il ? d'un homme qui à été arraché de ses foyers
au milieu de la nuit. Toutes les lois défendent de violer
cet asyle sacré ; elles autorisent même à poignarder celui
qui au milieu des tenebres de la nuit tenterait de troubler
un citoyen dans son domicile. De bons citoyens , les freres
de Topprimé viennent le réclamer ; vous ne pouvez balan cer
aleur rendre . G
La discussion a été fermée . Le président a consulté l'Assemblée
sur la proposition de Fermont , qui l'a adopté à une
grande majorité .
曩
Cette séance était destinée à la discussion sur la constitution
; mais à péitte le décret rendu en faveur de Roux , est- il
prononcé , qu'une violente opposition éclate dans l'extrémité
gauche de la salle , la minorité réclame l'appel nominal , la
majorité invoque l'ordre du jour. Pendant cette lutte , plusieurs
détachemens de volontaires nationaux obtiennent suc
cessivement la permission de défiler dans l'assemblée ; leur
présence interrompt quelques instans le tamulte , sans calmer
les passions qui Fexeitent. L'appel nominal est toujours réclamé
et toujours avec une nouvelle fureur .
Cette insistance de la minorité , aidée de fréquentes éruptions
des tribunes , a duré cinq heures et demie .
› Enfin , la nouvelle que le citoyen détenu venait d'être remis
en liberté par la commune de Paris elle-même , qui avait reconnu
son innocence , a mis un terme à ce désordre . Tout
le monde a été forcé d'être content , et l'Assemblée a levé la
séance .
Séance
1
( 177)
Séance du samedi 18 mai .
Les tribunes réservées aux départemens ont été le sujet
d'un délit à l'ouverture de la séance . Depuis que la Convention
a ordonné qu'on n'entrerait dans ces tribunes que par
billets , les gardes en empêchent l'entrée aux personnes
qui n'ont pas de billets , et des femmes postées aux avenues
empêchent les personnes qui ont des billets de s'en approcher
. Aujourd'hui une rixe s'est élevée entre les porteursde
billets . La Convention a ordonné aux commissaires de
12 salle de maintenir la police dans les corridors et de faire
exécuter le décret .
"
Le général Miaczinski , porteur des ordres de Dumourier ,
pour
arrêter
à Lille , les representans du peuple , a été
condamné à la mort par le tribunal extraordinaire ; prêt à
subir son jugement il a écrit à la Convention nationale , peur
lui offrir de révéler des secrets de la plus haute importance .
Je ne trempai jāmais , dit-il , dans les complots de Dumourier.
Mais lié intimement avec lui , je suis dépositaire de ses
plus secretes pensées . Je puis les révéler si l'on m'accorde
un sursis , qui sera moins une grace qu'une prolongation de
supplice .
Deux commissaires ont été nommés pour entendré Miaczinski
. C'est Drouet et Rouzet ( de Toulouse ) . Ils se sont transportes
auprès de lui et bientôt après ils sont venus rendre
compte de leur mission . Miaczinški leur a révélé des secrets
importans , mais il ne serait pas prudent de les publier à la
tribune . Ils demandent la faculté de les declarer au comité
de salut public , et ils proposent d'accorder à Miaczinski un
sursis provisoire.
·
Les propositions ont été décrétées . Peu après le comité de
Salut públic a réclamé , par l'organe de Cambon , la proloñgation
du sursis et l'autorisation d'appeller dans son sein
pour les interroger , les personnes compromises par les äveux
du condamne ou en état de donner des renseignemens precis
sur la vérité de ses déclarations . La Convention a accordé
l'autorisation et le sursis .
Des commissaires députés par les sections de la Fraternité
de la Butte-des-Moulins , de 1792 , se sont présentés à la barre
pour offrir à la Convention des sentimens et des défenseurs
dignes d'elle : i le sort , ni la taxe n'ont été employés dans
ces sections . A la voix de là patrie ses enfans se sont levés
en foule pour la défendre. Le denier de la veuvé s'est confondu
avec la contribution du riche , et chacun a plus accordé
à la liberté qu'il n'eut fait à la violence . Nous ne connaissons
, disent les pétitionnaires , dans la Convention que
la Convention elle - même. Nous défendrons dans chacun
Tome III. M
( 198 )
1
de ses membres la souveraineté nationale dont ils sont töös
représentans ; nous la défendrons contre ceux qui prêchent
la révolte , et contre ceux qui sous le masque du patriotisme ,
veulent tuer la liberté . Sondez d'une main ferme la profondeur
de nos maux ; apportez y les remede . Que le sceptre sanglant
de l'anarchie soit brisé ! que le regne des lois commence ,
et qu'un constitution fondée sur les bases de l'égalité et de la
liberté fasse triompher la souveraineté du peuple sur les débris
de tous les intérêts , de toutes les passions , de toutes les
tyrannies.
Le comité de législation avait été chargé de présenter des
articles additionnels au réglement , pour déterminer le cas où
une partie de l'Assemblée pourra demander un appel nominal' ;
Lanjuinais , rapporteur du comité , propose les articles suivans :
10. L'appel nominal aura lieu sur les questions constitutionnelles
, lorsqu'il sera réclamé par 100 membres qui signeront
leur demande .
2º. Sur les autres questions , l'appel nominal aura lieu , lorsqu'il
sera demandé par 150 membres qui signeront également
leur demande.
de
Le premier article de ce projet a été mis aux voix et décrété .
Le second a été combattu par Thuriot , qui demandait que
dans tous les cas , la réclamation de cent membres fut suffisante
pour déterminer l'appel nominal . Plusieurs autres membres
ont été entendus pour et contre l'article. Ce n'est pas ,
disait Guadet , en adoptant la proposition de Thuriot , que
vous détruirez la scandaleuse résistance de la minorité ,
quelque côté qu'elle se trouve . Vous n'arriverez à ce but qu'en
faisant cesser l'anarchie au milieu de vous et dans tout ce qui
vous environne. Vous ferez cesser l'anarchie au milieu de vous ,
en donnant à votre président plus d'autorité que le réglement
ne lui en accorde ; en proclamant , aux yeux de la France entiére
, mauvais citoyen et contre - révolutionnaire quiconque
troublera vos délibérations par des huées , des vociférations et
des menaces ; en prenant enfin , d'une main ferme , la police
de votre salle que vous n'avez point . Vous la ferez cesser audehors
, en prêtant appui aux bons citoyens et en contenant les
autorités dans leur devoir .
La Convention décide que le second article sera renvoyé au
comité de législation pour être l'objet d'un nouveau rapport.
La discussion s'est ensuite ouverte sur la constitution . On
a examiné cette question : Y aura - t- il de grandes communes ?
Lanjuinais a opiné pour l'affirmative . Louvet a présenté des réflexions
sur la nécessité de tenir les communes rurales dans la
plus entiere indépendance des communes urbaines . Il a demandé
que l'on ne plaçât pas les villages sous la puissance ingrate
des cités.
( 179 1
י
La discussion a été interrompue par l'admission à la barre
d'une députation de la municipalité de Paris . Elle annonce
que la municipalité du 10 août a rendu ses comptes ; qu'ils
ont été trouvés exacts ; mais que le conseil-général a dénoncé
a l'accusateur publics les citoyens Sergent , Panis , Talien ,
Dufort et Lenfant , comme prévenus d'avoir brisé des scellés
et soustrait des effets du dépôt du comité de surveillance . '
On avait repris la discussion de la constitution , lorsqu'un ,
jeune homme , qui s'était glissé dans la tribune départementaire
, y est saisi et en est arraché par une femme de celles
qui en défendaient l'entrée ; la violence de cette femme , ses
cris excitent une vive rumeur dans l'Assemblée .
"
Citoyens , dit le président , ce que vous demandez est déja
fait . Si- tôt que j'ai vu l'indécence horrible de cette femme.
que j'ai très-bien remarquée , j'ai donné ordre au commandant
de la garde de l'arrêter. Ce qui se passe m'ouvre les yeux
sur un fait qui m'a été révélé et que je dois vous faire connaître.
Nos ennemis ont machiné la dissolution de là Convention.
Pour cet effet , on veut d'abord exciter un grand
trouble dans son sein , exciter une partie de ses membres
contre l'autre . Alors des femmes enrégimentées pour ce mo
ment de crise , appelleront par leurs cris et leurs fureurs le
peuple à l'insurrection ; l'assaut sera livré et ..... Les Anglais
profiteront de ce moment pour faire une descente à laquelle
ils sont préparés , et la France ouverte aux ennemis sera divisée
et perdue.
On décrete , sur la proposition de Vergniaux , que la dé
claration du président sera imprimée et affichée dans Paris .
Cette dénonciation en a amené d'autres . Gamon , l'un des
membres du comité des inspecteurs de la salie , fait part des
renseignemens qui sont parvenus à ce comité . Plusieurs de
ees femmes y ont été interrogées ; elles ont déclaré que s'étant
réunies dans un local aux jacobins , sous le titre de Dames de
la fraternité , l'une d'entre elles avait dit que la Convention
avait établi un despotisme relativement à quelques places de
tribunes , et qu'il fallait s'y opposer ; qu'il avait été pris un
arrêté en conséquence , et que depuis le commencement de la
semaine elles avaient concouru régulierement à l'exécution de
get arrêté .
Gamon observe que ces femmes qui sont venues troubles
chaque jour les séances de l'Assemblée , sont évidemment sa-
Fariées par nos ennemis. En effet , presque toutes portent les
livrées de la misere ; elles ne paraissent avoir d'autres moyen's
de subsistance connus , que le produit de leur travail journa
Fier, et cependant elles passent les journées dans les corridors ,
et se distribuent avec ordre pour assiéger les portes de toutes
Les tribunes.
Ma
( 180 )
7
* Le président reprend la parole pour citer un fait important :
Un citoyen , qu'il nommera au comité de sûreté générale ,
se trouvant avec ces femmes , leur demanda pourquoi elles
fermaient ccs tribunes sans en profiter. Cela nous est égal
répondirent- elles ; avec nos billets nous savons où prendre des
assignals , et même de l'argent.
7
Lassource confirme l'opinion d'Isnard ; il développe les projets
perfides de nos ennemis , qui après avoir déchiré la France
par l'anarchie esperent se la partager comme ils ont fait de la
Pologne . Il faut faire , disait-il , un appel aux bons citoyens
de Paris ; les iirviter à se trouver exactement dans leurs sections
, à chasser du milieu d'eux ces hommes perfides , qui ,
accusant sans cesse les patriotes les plus connus , n'ont d'autre
but que de relever le trône ou provoquer la scission de la
République.
Marat parle à son tour.
哥
Un membre demande à instruire
l'Assemblée d'un fait qui lui fera connaître les intentions de
Marat sur les hommes d'état. Je me suis trouvé , dit-il , avec
Marat dans un des vestibules qui menent à la salle . Il m'a
adressé ces mots : Tu es un homme d'état , mais dans peu de
jours le peuple nous fera justice de toi et de tes semblables.
Guadet , en rapprochant tous ces faits , en ajoute d'autres
qu'il était dans l'intention de faire connaître des hier s'il avait
pu obtenir la parole ; je vous aurais annoncé , ' dit Guadet,
que vous n'êtes pas les maîtres de votre police interieure ;
je vous aurais annoncé qu'on arrache les billets aux citoyens
des départemens qui se présentent pour ' être admis dans les
tribunes que vous leur avez accordés ; je vous aurais dit
qu'en conduisant à ces tribunes un député extraordinaire de
La ville de Bordeaux , lui et moi avons été insultés ; je vous
aurais appris qu'il se trame de nouveaux complots pour dissoudre
la Convention nationale ; je vous aurais dis qu'avanthier
, à la mairie , dans une assemblée de prétendus membres
de comité révolutionnaire votre dissolution a été arrêtée ; voici
comment cette assemblee a délibéré de mettre en état d'arrestation
tous les hommes suspects , c'est- à - dire , tous ceux qui
n'ont pas de patentes des honorables journées des 2 septembre
et 10 mars ; et à la suite de ces arrestations , on vous aurajt
livrés à cette multitude égarée à qui l'on est parvenu à faire
'aimer le sang.
Je vous aurais rappellé qu'il y a peu de jours , on conspi
rait votre peste aux Jacobins. Je vous aurais appris qu'en présence
du conseil général de la commune de Paris , le comman
dant de la force armée de la section des Sans culottes a dite
Songez , citoyens , qn'en partant pour la Vendée vous laissez
ici des Rolandins , des Brissotins , des crapauds de marais
dont... ( Plusieurs voix : oui , oui . Applaudissemens des tri(
181 )
bunes. ) Je vous aurais fait connaître le moyen infâme qu'ont
employé des scélérats pour fanatiser quelques têtes , pour
mettre à fin le mouvement qui jusqu'ici a manqué , et dont
le résultat serait la dissolution de la Convention .
Guadet remonte ensuite à la source du mal ; elle est, dit-il ,
dans l'existence des autorités de Paris ; autorités avides , à la
fois , d'argent et de domination. Il propose à la Convention les
trois mesures suivantes :
10. Les autorités . de Paris , sont cassées ; la municipalité sera
Provisoirement , et, dans , les 24 heures , remplacée par les présidens
des sections .
2º. Les suppléans de l'Assemblée se réuniront à Bourges
dans le plus court délai , sans cependant qu'ils puissent entrer
en fonctions , si ce n'est sur la nouvelle certaine de la disso-
Jution de la Gonvention .
3º. Ge décret sera porté par un courier extraordinaire dans
les départemens.
Enfin , Barrere prend la parole : Qutre, les faits déja cités , il
en avance d'autres qui prouvent que véritablement il y a eu
un complot de forme contre la Convention . Vous m'avez ,
dit-il , en terminant , mis à portée de savoir comment, agissaient
les autorités constituées de Paris .
J'ai vu un , département, faible, et pusillanime , des sections
se régissant, comme de petites municipalités ; un conseil général
de la commune , dans lequel se trouve un homme nommé
Chaumet, dont je ne connais pas le civisme , mais qui autrefois
était moine ; et il serait, à, desirer de ne voir jamais , à la
tête des administrations , de moines et de, ci -devant nobles ; j'ai
vu une commune exagérant ou commuant les lois, à sa fantaisie
; je. lai va orgauisant une armée révolutionnaire. Je crois,
que sur cet obje vous devez charger votre comité de salut
public de vous faire incessamment, un rapport.
Il est une autre mesure , c'est de créer une commission de
douze membres , dans laquelle les ministres de l'intérieur et
des affaires étrangeres , et le comité de sûreté générale seront
entendus , et où l'on prendra les mesures nécessaires pour la
tranquillité publique .
La discussion est fermée , et l'établissement de la Commission
demandée par Barrere est décrétée .
Barrere annonce ensuite à la Convention , que Custines a
accepté le commandement de l'armée du Nord , et que le
général Kellermann , mandé à Paris pour rendre compte de sa
conduite , est sorti pur de l'examen qu'en a fait le comité de
salut public ; en conséquence , il propose , et l'Assemblée décrete
que Kellermann n'a pas démérité de la patrie . Il prévient
en outre l'Assemblée , qu'une maladie survenue à Biron l'em-
M 3
( 182 )
pêchant de prendre le commandement de l'armée des inée à
combattre les rebelles de la Vendee ,, Kellermann s'en est chargé
jusqu'à son rétablissement.
Séance du dimanche , 19 mai.
Un membre du comité de législation a fait un rapport
relatif à la pétition des citoyennes de la ville d'Orléans qui
sont venues demander l'élargissement de leurs époux arrêtés
par ordre des commissaires de la Convention . Le rapporteur
a proposé d'autoriser les commissaires , envoyés pour chercher
les traces de la conspiration de Philippe d'Orléans , à
prendre des renseignemens sur les personnes arrêtees , et à
ordonner l'élargissement provisoire de ceux qui auraient été
emprisonnés sur de simples notifications ,..et sans qu'il y ait
eu contr'eux des mandats d'arrêt .
qu'o
Laplanche et Collot d'Herbois s'opposaient vivement à cette
demande ; selon eux c'était élargir des aristocrates , des contrerévolutionnaires
dont la ville d'Orléans était remplie . Qui
disait Louve du Loiret , comme les villes de Marseille , de
Lyon et de Bordeaux . Vous savez
estristocrate et
révolutionnaire , lorsqu'on demande que la Convention soit
environnée du respect qui lui convient ; on est aristocrate dès
qu'on prêche l'amour de l'ordre et l'observance des lois ; on
est aristocrate , dès qu'on réclame la conservation des personnes
et des propriétés . Lehardi disait qu'on a tant prostitué ,
tant dénaturé des noms qu'ils sont devenus presque synonymes
d'amis des lois et de l'ordre . On reprochait encore aux commissaires
d'avoir mis sous leur protection des hommes dont le
metier était de prêcher dans la ville le meurtre et le pillage , et
d'avoir destitué et emprisonné , sans examen , des hommes dout
la fortune et les emplois fesaient envie à quelques gens . Pourquoi
, répliquait - il , voudriez vous que deux commissaires
allassent défaire ce que nous avons fait ? Votre intention estelle
d'envoyer aussi dans tous les departemens de nouveaux
commissaires pour détruire l'ouvrage des premiers ? Oui ,
s'ils ont fait des injustices. Un corps s'avilit quand il laisse
commettre le mal ; il reprend sa dignité quand il le répare .
Après des agitations et quelques débats confus et tumul
tueux , l'Assemblée a adopté le projet du comité .
-
Ce décret était à peine rendu que des citoyens du département
de l'Ain se présentent à la barre ; ils dénoncent à la
Convention les commissaires Amar et Merlino pour s'être
permis de constituer arbitrairement , en état d'arrestation plus
de 500 personnes qui gémissent dans les prisons , sans savoir
quels sont leurs delits , leurs dénonciateurs , et quels seront
leurs juges. Les citoyens de l'Ain respectaient la Convention
, les lois y étaient observées , chacun payait sa contri
( 183 )
bution , tout était dans l'ordre , lorsque les commissaires y
sont arrivés et ont répandu autour d'eux la consternation .
Ici , c'est un sexagénaire qui est enfermé dans une nouvelle
bastille ; là , ce sont des laboureurs qu'on a arraché à la culture
des terres ; ailleurs , c'est une femme accusée d'avoir
fait passer des secours à son fils émigré , et cette femme n'a
jamais eu le bonheur d'être mere . Un domestique , porteur
d'une lettre , est arrêté , sous prétexte que la lettre qu'il porte
est suspecte. Ce citoyen , pere de quatre enfans , gémit dans
les fers , tandis que celui qui avait écrit la lettre et celui à
qui elle était adressée jouissent de la liberté . Deux citoyens
acquittés depuis deux jours par le tribunal criminel , ont été
arrêtés de nouveau . Un meûnier a été arrêté pour avoir acfordé
l'eau de son moulin à une personne plutôt qu'à une
autre ,
Quelque incroyables que paraissent ces faits , les pétitionnaires
les établissent sur des pieces authentiques ; ils demandent
ensuite, 1 °. que les détenus contre lesquels on n'articule .
aucun fait soient provisoirement élargis en donnant une caution ;
2º . que la Convention détermine d'une maniere claire et précise
ce qu'il faut entendre par gens suspects ; 30. qu'elle soumette
à une responsabilité les commissaires de la Convention
qui abuseraient du pouvoir qui leur est délégué.
Cette pétition a été renvoyée aux comités de sûreté générale ,
et de législation réunis .
Plusieurs corps de volontaires partant pour la Vendée ont
défilé dans la salle et prêté le serment , au bruit des applau❤
dissemens de l'Assemblée.
Séance du lundi 20 mai.
L'ordre du jour a appellé la discussion sur la taxe de guerre
le comité des finances , par l'organe de Nogaret , proposait
d'exempter de la taxe tous les contribuables qui ont moins de
600 liv . de revenu presumé , d'après leur contribution mobiliaire
; ceux qui auraient 1000 liv . de revenu au- dessus de
cette premiere somme , c'est - à- dire , ceux qui auraient 1600 1 .
payeraient 50 liv. , ceux qui auraient 2600 payeraient 110 1. etc.
Mallarmé a pris la parole . Ce n'est pas tout , a -t- il dit , de
faire payer les riches ; il faut leur garantir la protection de la
loi. Il faut empêcher des autorités subalternes d'imposer ar-2
bitrairement les citoyens . Mallarmé a demandé , par motion
d'ordre , que l'Assemblée décrétât en principe , que nulle taxe
ne serait prélevée sur les citoyens que d'après une loi de la
Convention . Cambon a renouvelle sa proposition de lever un
emprunt force d'un milliard sur les seuls égoïstes et les indifferens
. Lanjuinais en appuyant la motion de Cambon , pensait
qil ne fallait point dire : les riches , les aristocrates paye
M 4
( 184 )
ront ; les sans -culottes ne payeront point ; ,, car il y a des sansculottes
plus riches , que les riches . Ce n'est pas ainsi , 4 dit
Lanjuinais , que les lois se font . Non , ce n'est pas en établissant
sans cesse des distinctions odieuses entre les citoyens .
Il n'y a qu'un peuple . Je demande que le principe de l'emprunt
forcé soit décrété , et que le mode soit renvoyé au comite des
finances,
Cependant la proposition de Cambon est appuyée par Thu
riot et par Marat
Barbaroux demande à présenter des moyens,
de lever la même somme sans emprunt forcé . ( Huées violentes
des tribunes . ) Barbaroux est obligé de renoncer à la parole ,
quoiqu'un décret la lui eût accordée. Une longue agitation regne
dans l'Assemblée . Plusieurs membres demandent que la séance
soit levée , et que le procès -verbal constate le défaut de liberté
de l'Assemblée . D'autres proposent de mander le maire de
Paris et le commandant de la garde nationale à la barre , pour
les rendre personnellement responsables de l'exécution des
lois relatives à la police des tribunes.
༦ནའ ༣།༦ Une députation de la section des Champs- Elisées a suspendu
pour quelques instans ce désordre. Elle a présenté son contingent
pour l'expédition de la Vendée , et a conjuré les représentans
du peuple de s'occuper d'une, constitution républicaine
qui substitue l'empire des lois à celui de l'anarchie . Elle s'est
plaint ensuite de ce que plusieurs officiers municipaux se sont
illicitement perpétués dans la commune de Paris , qui , a-t- elle
dit , est composée de quatre municipalités consécutives .
24 T
La discussion ou pour mieux dire lxex tumulte a recommencé.
Vergniaux veut parler. A chaque phrase il est interrompu
par des huées , des cris , des injures , Enfin Barrere se fait
entendre. Il pense que la mesure de l'emprunt est juste . Il
veut qu'il soit fait un réglement sévere pour les membres de
la Convention qui troubleraient ses déliberations . Quant aux
tribunes , il propose d'établir quatre censeurs dans chacune
elles , pour imposer silence aux perturbateurs , et faire evacuer
, sur la réquisition du président , les tribunes qui persisteraient
à jetter le trouble dans l'Assemblée .
La Convention a renvoyé ces propositions au comité de législatio
tion pour en faire le rapport incessamment.
On est revenu à la discussion sur la taxe de guerre , et
après quelques débats , il a été décrété qu'il y aura un emprunt
forcé d'un millard sur les citoyens riches , Les reconnaissances
seront admises en paiement des mains des émigrés . Le comité
des finances présentera incessamment le mode d'exécution .
3
( 185 ).
PARIS , 23 mai 1793.
V
La République entiere gémit des divisions qui regnent depuis.
trop long-tems dans l'Assemblée des représentans du peuple .
Il n'est aucun patriote qui n'en porte douloureusement le
deuil dans le coeur. Il n'est pas besoin de consulter quelques
adresses , qui ne sont pas toujours exemptes de l'esprit de
parti , pour connaître le voeu de la majorité des habitans de
la France ; ce voeu est dans leur propre intérêt. Quelques individus
peuvent trouver leur profit à prolonger le trouble et
l'anarchie ; mais la masse de la nation ne peut trouver le sien
que dans l'établissement d'une constitution et d'un gouvernement
ferme et stable , dans le triomphe de la liberté , le regne
des lois et le retour de l'ordre et de la tranquillité . Voilà
ce que tout le monde desire , et j'oserais presque assurer que
dans le nombre de ceux qui témoignent le plus de mécontentement
contre le nouvel ordre de choses , il en est peu qui en
derniere analyse ne préférassent la République qu'ils n'aiment
pas , à un état de désordre et de convulsion qu'ils doivent
encore moins aimer , parce qu'il finirait par les plonger dans
l'abime. Comment se fait- il donc que ce que la majorité de la
nation veut , il soit aussi difficile de s'entendre pour l'effecther
? Il me semble qu'on n'a pas assez, recherché les causes
de cette étrange contradiction , ni les moyens de la faire
cesser.
*
Il me paraît qu'on peut considérer la nation comme divisée
en deux parties ; l'une , et c'est la grande majorité , qui veut la
liberté et une constitution républicaine , l'autre , qui veut le
rétablissement de l'ancien régime ou toute autre forme de gouvernement
; car pour ceux mêmes qu'on appelle anarchistes , il
est inconcevable qu'il puisse entrer dans l'idée d'un être, pensant
, de faire de l'anarchie un mode d'organisation sociale . Il
n'y a donc point de désorganisateurs proprement dits ; mais
peut y avoir des personnes pour qui la,desorganisation, soit, un
moyen d'arriver àa un autre bat.
S'il n'y avait parmi les patriotes, qu'un simple dissentiment
d'opinion sur les principes, politiques , quelque grand que
fut ce dissentiment , il n'irait pas jusqu'à compromettre le
salut de la République ; car quel est le citoyen qui , aimant
son pays , voudrait le sacrifier au vain succes de l'amour
propre , ou même, à ce qu'il croirait être la vérité ? Les
principales bases de la liberté et de la constitution, sont
posées dans la declaration des droits qui a été adoptée presque
sans contrad ction . L'unité et l'indivisibilité de la Republique
est reconuue ; la haine de la royauté et de la ty-
Taunie est dans le coeur de la majorité des Français bien
plus encore que dans les décrets qui les prescrivent. Et cepen(
186 )
dant l'opposition la plus ouverte et la plus désordonnée regne
parmi les membres de la Convention ; chaque parti se traite
en ennemi et en conspirateur ; hors de la Convention , les
mêmes défiances , les mêmes soupçons , les mêmes haines
éclatent parmi les patriotes . Un tel état de choses ne saurait
être l'effet naturel des passions , quelque terrible que soit
leur jeu , s'il n'y avait , hors des mouvemens du patriotisme ,
un foyer de discorde que des mains ennemies alimentent et
attisent sans cesse .
Ce foyer , où est-il ? on ne saurait trop le répéter , il est
à Londres , à Vienne , à Berlin , à Madrid , à Coblentz ; ce
sont tous les despotes coalisés qui nous font , par leurs émissaires
, une guerre intestine mille fois plus cruelle que la
guerre ouverte qu'ils nous ont déclarée . Ils ont dit : la nation
Française serait invincible si elle était unie , il faut la diviser ;
la Convention nationale serait toute puissante si elle n'avait
qu'une seule volonté , il faut y créer deux partis ; elle serait
active , il faut la paralyser ; elle aurait la confiance publique ,
il faut l'avilir ; l'indépendance des opinions y assurerait le
triomphe de la liberté , il faut l'influencer ; si elle donnait
jamais une Constitution à la République , ses moyens de prospérité
seraient incalculables , il faut empêcher que la Constitution
s'établisse . Mais pour opérer toutes ces choses , que
faut-il ? attaquer la révolution par la révolution elle - même . Le
peuple doit aimer passionnément la liberté et l'égalité , il faut
en porter le sentiment jusqu'à l'exagération ; pour dégouter de
la révolution , on la rendra odieuse par des meurtres , des pillages
et des excès de tous genres ; les amis de l'ordre et de la
justice s'en indigneront , on les traitera d'aristocrates , de royalistes
, de contre- révolutionnairet , et comme les aristocrates réels
affectent d'être sur ce point d'accord avec les patriotes , il
sera facile d'envelopper ceux - ci sous la même dénomination ,
et ce sera le coup le plus terrible qu'on portera au patriotisme
que de le confondre avec l'aristocratie . Les journaux pourraient
clairer l'opinion , on cherchera à les supprimer ; enfin on enretiendra
le peuple dans un état continuel d'insurrection , et
les mesures les plus eversives de la liberté et de l'ordre social
seront justifiées par ce seul mot , ce sont des moyeus révolu
tionnaires , et quand le désordre aura été porté à son comble ,
on tentera de dissoudre la Convention , et l'on proscrira les
patriotes qu'on n'aura pu ni égarer ni corrompre .
Tel est le plan qu'il était de l'intérêt des puissances coaliées
de former. Oserait-t- on dire qu'elles n'aient pas travaillé
sans cesse à l'exécuter ? Les moyens n'en étaient pas difficiles :
il suffisait de quelques chefs habiles , de quelques milliers de
brigands soudoyés , et l'on savait que les passions feraient le
rste. Dans les départemens on a fait agir le fanatisme ; à Paris
C'est l'hypocrisie et l'exagération de la liberté . Sáns cela comf
187 )
ment expliquer ce systême permanent de troubler et d'avalir la
Convention ? Comment les tribunes seraient-elle constamment
remplies des mêmes individus , et d'individus dont les livrées
de l'indigence n'annoncent pas des moyens indépendants de
subsister? Comment ces individus applaudiraient - ils à des
signaux convenus , ou couvriraient - ils de huées , de menaces
,
de vociférations , les députés qui veulent maintenir l'indépendance
de la Convention ? Comment serait - oorn parvenu à
rendre les femmes les instrumens les plus terribles de ceme
conjuration ? Comment se ferait - il que la minorité
voulût faire la loi à la majorité ? Comment des aristocrates
bien connus pour tels au commencement de la révolution , se
seraient-ils transformés tout-à-coup en sans - culottes les plus outrés
? Comment tant d'intrigans et de gens si peu connus , se
seraient- ils introduits dans les clubs , dans les sociétés populaire's
, dans les sections , pour les dominer et y exercer un despotisme
oppresseur , sous le masque du patriotisme le plus défiguré?
Comment y aurait - il autant de conciliabules de sang , où
l'on délibere froidement sur les moyens d'égorger tels ou tels
députés ? Comment la proscription tomberait - elle aujourd'hui
sur les patriotes les plus anciens , les plus integres , les plus
courageux , sur ceux qui ont renversé la noblesse , le clergé et
le trône de la tyrannie , et qui doivent être le plus en horreur
aux aristocrates et aux rois ? Comment a- t-on choisi constamment
les momens de crise ou de revers pour proposer comme
moyens révolutionnaires des mesures qui n'étaient propres
au contraire , qu'à opérer la contre- révolution .
Pourquoi montre-t- on tant de haine contre tous ceux qui
osent parler d'obéissance à la loi , de respect pour la sûreté des
personnes et des propriétés , et de confiance dans la Convention?
pourquoi traite - t-on de contre - révolutionnaires les dépar
temens qui s'efforcent de faire prévaloir ces principes , qui
seuls peuvent assurer la liberté ? Pourquoi , après avoir épuisé
contre les patriotes les dénominations les plus odieuses , en
a- t- on inventé de nouvelles , telle , par exemple , que celle
de la faction des hommes d'état , dénonciation absurde et insignifiante
, mais qui peut agir d'autant plus sur la multitude qu'elle
en connaît le moins le véritable sens ? Pourquoi ceux qui se
sont fait un systême de calomnie et d'oppression n'ont - ils
jamais posé une scule pierre à l'édifice de la constitution ,
ni annoncé les principes et la forme de gouvernement qu'ils
veulent établir ? Pourquoi les moyens qu'on emploie pour dis-.
soudre la représentation nationale , coincident -ils d'une maniere
si efficace avec les mouvemens des rebelles et les projets de
Cobourg , de Pitt , de Brunswick et de Frédéric- Guillaume ?
On connaît toute l'activité des passions , on sait tout ee
que peuvent l'esprit de parti , les haines personnelles et le
combat des opinions sur des matieres qui touchent de si près
( 188 )
élémnes
et
à la liberté ; mais en mettant en fermentation tous les
d'une grande révolution , on n'en obtiendrait pas les résultats
dont nous sommes témoins s'il n'y avait pas une cause motrice
étrangere qui les aigrit et les empoisonne. J'insiste d'autant
plus sur l'indication de cette causé dont l'existence me paraît
démontrée , qu'il est une infinité de bons citoyens qui sont
dupes de la chaleur et de la pureté de leur patriotisme ,
qui croient servir la liberté quand ils ne servent que ses plus
dangereux ennemis . Quand il s'agit des principes , tout le
monde est presq e d'accord , parce que les principes sont
évidens en eux - mêmes ; mais quand il s'agit des personnes et
des choses , c'est alors que les chocs se font sentir avec violence
. Tel est l'art perfide de nos ennemis ; ils ont divisé les
personnes , parce qu'ils savent que les principes ne peuvent
s'établir que par les personnes.
Que doit donc faire la Gonvention, ? redoubler de force et
de courage , assurer la liberté et l'indépendance absolue de
ses délibérations , maintenir avec fermeté les décrets de la
majorité , et n'opposer à la minorité que la force d'une auguste .
et paisible inertie ; bannir les mouvemens impétueux de la
passion et,de la haine ; obliger tous les dénonciateurs à signer
et à prouver leur dénonciation , et décréter, qu'elle, regarde
comme, ennemi du bien public et de la liberté , quiconque, troublera
l'assemblée , et se livrera à des personnalités ; contenir les
autorités constituées dans les bornes, de leurs, fonctions , éclairer
, surveiller, et poursuivre sans relâche, les , conspirations.
qui se trament contre elle , faire des proclamations fraternelles.
et instructives étudier davantage, et rechercher la véritable
opinion , s'environner de la confiance des sections de Paris ,
ne dévier jamais des véritables principes , se garantir de ces
demi - mesure , de ces moyens termes , de ces opinions amphibics,
qui nuisent plus à l'avancement de la chose publique que
les motions, les plus insensées , donner enfiu à la France une
Constitution qui regle les ressorts du gouvernement , et une
instruction publique qui la fasse aimer, et éclaire les citoyens
su , leurs devoirs,
La Convention n'a pas assez présumé de ses forces ; elle
a agi, avec trop, de défiance et de mollesse , elle a trop ou
blié qu'il faut être juste en gouvernant , mais qu'il faut gouverner
avec fermetê ; elle a juge Paris par quelques brigands
qui l'infestent ct. la déshonorent ; clie, n'a pas assez , parlé à
ses véritables habitans . C'est à eux , c'est.a. ses sections qu'elle
doit exposer les dangers et les complots, qui la menacent , c'est
dans leur zele et dans leur patriotisme qu'elle doit se confier.
Il entrait dans le plan de nas ennemis , de diviser Paris des
Départemens ; mais les sections sont bonnes ; leurs fautes
même ne tiennent, qu'à un excès de défiance que donne,
l'amour de la liberte ; quelques - unes.peuvent être trompées ,
( 189 )
mais elles ne sont pont malveillantes . Il n'en est aucune
qui ne soit pénétrée de la nécessité de faire respecter la repre
sentation nationale .
Elles le prouvent bien dan's ce moment de crise où l'on
voulait conspifer contre plusieurs membres de la Convention .
Des commissaires des comités révolutionnaires de toutes les
sections avaient été convoqués à la mairie ; plusieurs s'y sont
rendus ; on a délibéré sur les ' moyens de mettre en arrestation
les 22 membres de la Convention que l'on voulait proscrire
on a appellé le maire dans un de ces conventicules ;
il a frémi des projets criminels que l'on avait conçus , et a
refusé d'y tremper ; plusieurs membres des comités révolutionnaires
sont allés eux - mêmes dénoncer ces complots . La.
masse des habitans de Paris veut la liberté , mais elle ne veut
pas le crime , et si les brigands osaient faire des tentatives , elle
ne balancera pas à se montrer.
Le citoyen Boulanger , commandant du bataillon des Halles ,
ayant été nommé provisoirement par le conseil de la commune
pour remplacer le commandant - général Santerre , plusieurs
sections ont réclamé le droit qu'elles avaient de le
choisir ; le citoyen Boulanger a donné sa démission , et les
sections sont convoquées pour nommer un commandant-genéral
. Le chef de légion exercera par interim.
Plusieurs bataillons sont partis aujourd'hui de Paris pour
aller combattre les rebelles de la Vendée.
Dans la séance de mardi , on a faft lecture de la liste des
membres qui composent la commission des douze , destinée à
rechercher les complots qui se trament contre la Convention
şoit à Paris , soit dans toute la République ce sont , Boyer ,
Fonfrede , Rabaut - Saint - Etienne , Kervelegah , 'Saint - Martin
( de Valogne ) , Vigier , Gomer , Bertrand ( de l'Orne ) , Boileau
, Mollevant , Henri Lariviere , Bergoen et Gardien . - On
lit le procès - verbal des déclarations de Miaczinsk . Il paraît
qu'il accuse Lacroix de lui avoir proposé le pillage .
en se réservant la moitié du butin , et d'être complice d'une
fabrication de faux assignats ; Lacroix s'est pleinement justifié .
Nous reviendrons sur les détails de ce procès - verbal .
On reçoit les nouvelles suivantes d'un avantage contre fes
rebelles .
Lettre du général de brigade Chalbos au ministre de la guerr
Fontenay-le-Peuple , le 16 mai 1793 , l'an deuxieme de la
République une et indivisible.
Citoyen ministre , la victoire la plus complete vient de
couronner les armes de la liberté dans les plaines de Fonte(
190 )
hay-le-Peuple , et ce dernier succès porte une blessure profonde
au monstre qui déchirait , qui dévorait cette partie de
la République .
,, J'ai été averti à midi , que l'armée des révoltés descendait
des côtes qui terminent la plaine à une demi - lieue sur
la route de Châteigneraye . Le général de brigade Beaufranchel
, Dayal , commandant l'armée de la Vendée , étant
partis à 7 heures avec le représentant du peuple Augnis , pour
Luçon , où les affaires de la République les avaient appelés
j'ai fait sortir mon armée ; je l'ai disposée de manière à couvrir
la ville contre les diverses attaques que je présentais
j'ai mis toute mon infanterie du centre aux ordres de l'adjudant-
général Sandot .
,, L'infanterie composant mon aile droite , étant commandée
par le citoyen Dufour , capitaine au 84. régiment ,
je me suis porté à la tête de ma cavalerie ; la horde de bri
gands se répandait dans la plaine , protégée par son artiflerie
nombreuse et bien servie . J'ai voulu la charger en
flanc , ce mouvement ne m'a pas réussi . J'ai laissé deux
escadrons aux ordres du chef de brigade et de l'état-major de
l'armée , Nouvion , pour le tenter de nouveau , et gagnant avec
le reste de ina cavalerie les derrieres de leur colonne › nous
avons attaqué l'ennemi sur ces deux points , avec une impétuo ?
sité , telle que près de 400 des leurs sont restés sur le champ
de bataille. Nouvion a eu son cheval tué sous lui dans la plus
grande chaleur de l'actron , que son courage ferme et éclairé
n'a pas peu contribué à décider , et Constantin Fauchet , l'un
de mes adjoints , qui chargeait avec lui , enveloppé par ces
brigands , a reçu un coup de poignard dans la cuisse et a eu
son cheval frappé à la tête d'un coup de bayonnette .
"
Le désordre que je venais de jetter dans la tourbe des
brigands , m'a donné l'idée de me porter ventre à terre
sur partie de leur artillerie , dont je me suis emparé à la
pointe du sabre . L'infanterie m'a bien secondé dans tous ses
mouvemens , et elle a chargé avec un ordre et une impétuosité
admirable .
J'ai poursuivi ces scélérats jusqu'à Baniar , distante, de
5000 toises du champ de bataille , où ils ont laissé 16 pieces
de canon , leurs caissons , et un très -grand nombre de
charriots chargés de munitions de guerre en tout genre , de
vin , d'eau-de- vie , de viandes , de tentes , de toiles , etc.
" Cette affaire nous a coûté dix hommes , et plusieurs bles
sés ; les ennemis en ont perdu près de six cents , tant sur le
champ de bataille que dans leur déroute . "
Signé , le général de brigades , CHALBOS
Nora. J'ai fait environ 80 prisonniers,
( igi )
Dans la séance du mercredi , on lit une lettre de Gustines ,
datée de Weissembourg , le 18 mai , communiquée à la Convention
par le ministre de la guerre elle annonce les plus
heureux succès . Il résulte de cette lettre très-longue que ce
général qui avoit projeté de livrer une bataille complette aux
ennemis , dans les premiers jours de juin , a cru devoir accélérer
cette opération , vu l'acceptation de commandant en
chef des armées du Nord et des Ardennes . Le 9 , il a atta→
qué les Autrichiens sur plusieurs points , dans une étendue
de cinq lieues de terrein le but de cette expédition était de
de leur enlever un corps de 7 à 8000 hommes . Par- tout l'ennemi
a été repoussé ; les troupes de la République se sont
emparées de tous lenrs avant- postes .
:
Cette journée , qui devait être une des plus glorieuses pour
l'armée française , a été peu fructueuse par le désordre qui
s'est manifesté dans quelques bataillons ; et sur -tout dans le
troisième du Doubs , dont le colonel qui avait crié , sauve qui
peu , nous sommes perdus ! 's'est tué au moment où l'on se saisissait
de lui . Notre perte se borne à 120 hommes , presque
tous de cavalerie ; celle de l'ennemi est très - considérable.
Custines annonce ensuite qu'il y a eu , le 6 de ce mois , une
action fort vive , près Mayence ; les déserteurs qui lui sont
venus , ont assuré avoir vu des monceaux de cadavres : ils ont
porté le nombre des morts Autrichiens et Hessois à 12 mille.
Tous les rapports s'accordent sur ce point.
TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
Le 16 mai. François Miranda , âgé de 40 ans , natif da
Pérou , général de division des armées de la République , a été
déchargé hier d'accusation par le tribunal criminel révolu - `
tionnaire , sur la déclaration unanime du juri , portant qu'il
n'était pas constant que ce général eût trahi les intérêts de la
République lors du bombardement de Maestrich , de l'évacuation
de la ville de Liège , et de la bataille de Nerwinden ,
où il commandait l'aile gauche de l'armée française .
Le bruit s'était répandu que Miaczinski avait chargé Miranda
dans sa déclaration aux commissaires , et qu'il avait été arrêté
de nouveau . Ce bruit a été formellement démenti .
Le 18. Joseph Miaczinski , âgé de 42 ans , natif de Pologne ,
général de brigade au service de la République Française , a
té condamné à mort par le tribunal révolutionnaire , sux la
02
( 192 )
"
déclaration unanime du jury , portant qu'il était constant
1º . que le rer . avril 1793 , le général Dumourier lui écrivit à
Orchies , des bains de Saint Amand , une lettre par laquelle il
lui mandaît , ‘entre autres choses , qu'il avait fait arrêter les
quatre commissarres de la Convention nationale et le ministre
de la guerre ; et par laquelle il lui ordonnait de se mettre
9 en marche à la pointe du jour , de marcher sur Lille , d'y
, entrer avec une partie de ses troupes , d'aller trouver Duval ,
,, de lui montrer så Tettre , de lui annoncer qu'il fallait arrêter
le's commissaires de la Convention s'ils n'étaient point
" partis , et les condaire à Orchies , de s'emparer du trésor ,
,, etc. , et finissant par ces mots : Je vous embrasse , mon
cher Miaczynski , je compte sur vous et sur vos troupes
" pour le salut de la France . i
2º . Que le 2 avril du même mois , Miaczynski , en repondant
à la lettre de Dumourier , lui avait écrit qu'il n'avait
reçu sa lettre qu'à huit heures du matin , quoiqu'il dût la
recevoir la nuit , qu'il l'embrassait et l'aimait plus , s'il re
pouvait , pour le parti vigoureux qu'il avait pris , qu'il répon
dait de ses troupes , qu'il s'était mis en marche à neuf heures
pour Lille , et qu'il exécuterait ses ordres ou qu'il périrait .
3°. Que Miaczinski avait exécuté l'ordre de Dumourier en
se portant vers Lille avec sa division , et avec des intentions
criminelles et contre -révolutionnaires .
Le sursis accordé par la Convention ayant été levé , Miaczinki
a subi son jugement le 22 de ce mois.
Jer 135.
( N. 96. Liêm 1793 )
MERCURE FRANÇAIS .
SAMEDI 1er . JUIN , l'an deuxieme de la République.
L'AMANT
POÉSIE
Chanson.
' AMANT que j'adore ,
Prêt à me quitter ,
D'un instant encore
Voulait profiter.
Félicité vaine
Qu'on ne peut saisir
Trop près de la peine
Pour être un plaisir !
1
I
DANS
CHARADE.
ANS Les jardins l'on trouve mon premier.
Dans les jardins l'on trouve mon dernier.
Dans les jardins l'on trouve mon entier.
ENIGM E
On peut en plaisantant m'appeller une ville . 11
Jouons donc sur ce mot , puisque plus de cent mille ,
Hommes , femmes , garçons , filles , vieillards , enfans ,
Dans l'espace d'un an se font mes habitans .
Chez moi , bravoure ni noblesse
Ne donnent point la primauté ,
Et le premier venu la prend d'autorité.
Hors de mes muts , et par prudence ,
Mon gouverneur tient sa séance ,
Et soumis à tous nos bourgeois ,
Aux bêtes seulement il peut donner des lois ;
Bêtes qu'on met dehors pour être plus utiles .
Hommes en mouvement et pourtant immobiles ,
Tome III . N
( 194 ).
Changent de lieu , mais sans bouger ,
Ne demandent qu'à déloger ,
Et sortant la nuit par cohortes
Ils vont dormir hors de mes portes ,
Et viennent le jour plusieurs fois
Se mettre couvert sous mes toits.
HEMA
LOGO GRIPHE.
?
J₂E ne suis pas facile à définir.
Si je dis trop ; plus de mystere ;
Trop peu dire , autant vaut se taire.
Disons assez sans nous trahir .
D'une ignorante ai-je la mine ?
C'est moi par qui tout se combine
Qui suis l'ame de l'univers :
J'en caractérise l'essence ,
" Élémens , mouvemens substance.
Sans moi tout irait de travers .
Suis moi , tu connaîtras , j'espere
Une province , une couleur ;
Un confident cher au malheur ;
Certain fluide élémentaire ;
1
La ville des Césars , une étoffe , un métal ;
Un humble et rétif animal ;
Ce qui prévient , sur- tout dans une femme ;
Ce que gouverne un batelier sur l'eau ;
Un instrument qui conduit au tombeau ;
Et puis deux notes de la gamme ;
La riviere qui chaque jour
Baigne des Champenois le paisible séjour ;
典
· · L'élément auquel on confie ,
En dépit des dangers , sa fortune et sa vie .
ç'en est assez , je ne finitais pas
Si j'étalais ce que j'ai de science.
Trop , ni trop pei : la sublime sentence !
Lecteur, j'en ai toujours fait cas .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 95 .
Le mot de la Charade est Charpie ; celui de l'Enigme est les sept
notes de la gamme ; celui du Logogriphe est Desir , dans lequel on
trouve rides , sire , ris ( les ris ) , dé , ides ( les ides 10maines ) dés ( le jeu
des dés ) ire , sire, ré , ris ( légume ) .
( 195)
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Virginie , Tragédie en cing actes et en vers , représentée pour la
premiere fois sur le théâtre du fauxbourg Saint - Germain , le 11
juillet 1786 , et reprise sur le théatre de la République le 9 mai
1792. Par le citoyen Lakarpe , de l'Académie Française. Prix , 30
sols . A Paris , chez Girod et Teissier , rue de la Harpe , près la
rue des Deux- Pories.
CELUI de nos coopérateurs qui est chargé de la partie
des spectacles , ayant donné une analyse très - détaillée
de cette piece , lorsqu'elle reparut l'année derniere sur le théâtre
de la rue de Richelieu , où l'on va la reprendre de nouveau ,
et l'auteur ne se croyant pas permis de juger en aucune maniere
son propre ouvrage ; il n'en parle ici que pour le con
sidérer sous le rapport qui l'intéresse le plus lui-même , sous
celui du patriotisme républicain et de l'esprit public , qu'il est
si important d'éclairer et d'échauffer dans les représentations
théatrales. C'est dans cette vue que , lors de la derniere reprise ,
il avait fortifié et approfondi une scene du 3e, acte , qui avait
déja produit un grand effet dans la nouveauté , celle où Icilius,
résolu de pousser à bout le décemvir Appius , lui arrache le
masque dont il couvrait son crime : pour donner à cette scene
capitale un nouveau développement qui n'en rallentît pas la
marche , il fallait qu'Icilius se proposât à- la-fois et de dévoiler
les infâmes complots du décemvir , et de détruire les prétextes
spécieux dont il autorisait sa tyrannie , et qui ont été dans
tous les tems ceux du pouvoir arbitraire . C'est ce double projet
qu'annonce Icilius dans le monologue qui ouvre le 3º . acte ;
rien d'ailleurs n'entre plus naturellement dans ses vues que
de faire entendre au tyran la vérité toujours terrible , dans un
pays où la liberté est connue , comme elle l'était à Rome sous
l'oppression passagere du décemvirat .
Peut-être qu'aux Romains , trop lents à s'émouvoir
Ce jour va révéler leurs droits et leur devoir ,
Au décemvir sa honte et son ignominie :
Il nous croit subjugués par son puissant génie ,
Législateur superbe , il pense qu'aujourd'hui
Le respect pour ses lois s'étendra jusqu'à lui .
Qu'il apprenne de moi la vérité sévere ,
Et ce que Rome pense et ce qu'elle peut faire,
N 2
't, 195 )
Je puis périr sans doute en osant le braver ;
Mais c'est en risquant tout que l'on peut tout sauver.
Nature , hymen , amour , 6 droits sacrés de l'homme !
O sainte Liberté , divinité de Rome !
Vous remplissez ce coeur , incapable d'effroi ,
Et je sens qu'Appius peut trembler devant moi .
L'auteur devait donc à son sujet l'avantage précieux de faire
plaider contradictoirement la cause de la liberté et de la tyrannie
, entré le magistrat d'un peuple libre et un décemvir oppresseur
, qui abusait de sa dignité pour s'arroger un pouvoir
illégal ; ensorte que cette scene n'est rien moins qu'une de ces
déclamations oiseuses et parasites , qu'il est aujourd'hui si commun
et si facile de faire venir de loin , n'importe comment ;
mais une véritable scene d'action , un combat violent qui est
le sujet de la piece , et qui finit par faire jetter Icilius dans
les fers . L'auteur s'est porté d'autant plus volontiers à y mettre
toute l'énergie dont il était capable , que les raisonnemens
d'Appius sont précisément les mêmes que ceux des aristocrates
qui ne connaissent que le despotisme pour remede à l'anarchie ,
et que les réponses péremptoires d'Icilius sont celles des pa
triotes éclairés. Mais quoique cette scene ait toujours été aps
plaudie avec une sorte de transport , il attribue ces applau
dissemens si vifs et si multipliés bien moins au mérite de
· l'exécution qu'à l'esprit public qui se retrouvait dans le des
sein de la scene : c'est le patriotisme des spectateurs qui rés
pondait à celui du poëte , et ce qui peut tourner au profit du
civisme le dédommage bien de ce qu'il peut perdre du côté de
l'amour-propre.
1
La scene dont il est question est donc la seule partie de
cette piece que l'on croye devoir mettre ici sous les yeux du.
Lecteur.
APPIU S.
Eh bien de mon pouvoir quand je suspends l'usage ,
Qu'est-ce qu'Icilius peut encore espérer ?
Quelle grace nouvelle ose - t- il implorer ?
ICILIU S.
Une grace ce mot est fait pour le coupable ,
Et non pour un Romain à vos yeux respectable ,
Un magistrat chéri de ses concitoyens ,
Qui sut venger leurs droits et soutiendra les siens.
¿
AP PIU s .
Je vois qu'Icilius que le joug importune ,
Groit encore tonner du haut de sa tribune ;
( 197 )
Qu'il voudrait être encor ce tribun factieux ,
De la division moteur séditieux ,
Puissant par la discorde et grand par l'anarchie ,
nos lois , Rome s'est affranchie ; Dont , graces
Qu'il voit d'un oeil jaloux le bien qu'il n'a pas fait ;
Mais Rome , malgré lui , nous doit ce grand bienfait
De l'ordre rétabli , de l'union publique ......
ICILIUS .
Laissez de ces grands noms le faste chimérique ,
Ici bien vainement à toute heure étalé :
Les mots ne sont plus rien , quand les faits ont parlé.
Et qu'est-ce donc enfin que les lois les plus belles ,
Si le législateur se met au - dessus d'elles !
O fruit de vos travaux bien précieux , bien doux ?
Pour nous l'obéissance , et l'empire pour vous .
Croyez -vous de ses droits Rome si mal instruite ,
Et dans tous les esprits la vérité détruite ?
Croit-on l'anéantir en étouffant sa voix ?
Non , elle parle encore et crie au nom des lois .
Elles ne seront pas vainement invoquées :
Pour vous comme pour nous les limites marquées
Sont le rempart sacré , sont l'écueil éternel ,
Où viendra se briser tout pouvoir criminel .
Aveugles décemvirs ! que votre ame est trompée !
Quelle place en nos coeurs vous auriez occupée ,
Si , lorsque votre ouvrage à son terme est venu ,
Contents de cet honneur par vos soins obtenu ,
Contents d'avoir assis sur un juste équilibre ,
Les pouvoirs partagés , ressorts d'un Etat libre ,
Vous cussiez , déposant la pompe des faisceaux
Descendu noblement au rang de vos égaux ,
Sans prétendre de nous un plus digne salaire '
Que d'obéir aux lois que vous veniez de faire !
Qu'alors vous étiez chers à vos concitoyens !
Que vous deveniez grands à leurs yeux comme aux
Combien votre mémoire eût été révérée !
那
Mais ces touchans attraits d'une gloire épuisée ,
indifférens ;
Au despotique, orgueil sont trop
Ce sont - là des plaisirs inconnus aux tytans.
miens. !
N 3
( 198 )
R
APPIU S.
Quoi nous aurions compté sur la reconnaissance
D'un peuple que toujours trompa son inconstance ;
Qui chérit ses flatteurs et qui hait son appui ,
Qu'enfin l'on est forcé de servir malgré lui ?
Les salutaires lois que nous avons dictées
Ne pouvaient que par nous être bien cimentées.
Quand il en sera tems , nous saurons renoncer
A cette autorité qu'il nous faut exercer .
Ses effets jusqu'ici u'ont rien dont je rougisse ;
Par- tout regne le calme , et la paix protectrice .
Pour la premiere fois habite en nos remparts ;
Rome enfin a cessé de voir le Champ de Mars ,
De la sedition tumultueux théâtre
Etaler des partis la lutte opiniâtre .
Il fallait terminer ces débats odieux .
ICILIU S.
Des oppresseurs adroits langage insidieux ,
Qui ne séduit que trop la faiblesse indolente !
La liberté sans doute est souvent turbulente :
C'est en la défendant qu'on peut la maintenir.
Un sujet a tout fait quand il sait obéir ;
Il suffit d'être vil pour savoir être esclave ;
Le citoyen doit être et vigilant et brave .
Tout s'achete en un mot , et le plus précieux ,
Le plus cher des présens que nous ont fait les dieux
La liberté , toujours aux peuples enviée ,
Pourrait de quelques soins paraître trop payéç !
11 faudra des tyrans en croire les discours !
Qui ne les connaît pas ? ils appellent toujours
Du nom d'ordre et de paix l'autorité sans borne
Le dévouement muet , la servitude morne
Et décorent ainsi des titres les plus beaux
Le silence des morts et la paix des tombeaux .
•
Cette paix cependant peut les tromper eux-mêmes :
Tranquilles , et du haut de leurs grandeurs suprêmes ,
Croyant éterniser un stupide sommeil ,
Ils ne pressentent, pas le moment du réveil .
Ce réveil , c'est la foudre,
1.
( 199 )
APPIU S.
Et l'on croit sur nos tétés
Faire éclater bientôt ces soudaines tempêtes ?
J'entends : Icilius daigne au moins m'avertir
Des dangers dont ici l'on veut nous investir.
Il vient sur Appius essayer la menace.
J'ignore quel espoir peut fonder tant d'audace';
Je lui dirai pourtant , pour prix de ses conseils ,
Que nous ne redoutons ni lui ni ses pareils ,,
Qu'à respecter nos droits s'il ne peut se contraindre ;
Il en est un du moins que peut-être il doit craindre ,
La force ; et contre lui justement exercé...
ICILIU S.
La force n'est un droit qu'aux yeux de l'insensé
Qui ne se souvient pas qu'en suivant sa maxime ,
On peut du même droit le rendre la victime .
La force ! et qui t'a dit que tu l'aurais toujours ?
Que dis -je est- elle à toi ? compte tous les secours
Qui fondent un moment cette force empruntée :
C'est pour un autre emploi qu'elle te fut prêtée ;
Ce sont les bras d'autrui qui te font tout- puissant ;
Tu diriges d'un mot leur glaive obéissant ;
A leur devoir encore ils pensent satisfaire ;
་
Mais qu'ils euvrent les yeux , qu'un moment les éclaire ,
Et l'oppresseur si fier va voir au même instant
Sa solitude affreuse ou plutôt son néant .
Ce maître impérieux n'est plus qu'un vil coupable ;
Il invoquait la force , et la force l'accable ;
D'autant plus malheureux , quand son regne est passé ,
Que sur son propre sort lui - même a prononcé
Que rien en sa faveur ne peut se faire entendre ,
Et qu'à la pitié même il ne peut plus prétendre .
La vengeance publique insulte à son trépas ,
Et mourant dans la fange , on ne le plaindra pas .
Voilà ce qu'est la force : apprends qu'il n'en est qu'une:
A l'abri des revers : la volonté commune .
C'est elle qui peut tout sous le saint nom de loi ,.
Qui fait les magistrats , qui légitime un roi .
( 200 )
Son principe est sacré : c'est la justice même ,
Qu'au fond de tous les coeurs grava l'être suprême .
Ellc
Ilc unit les mortels tous égaux à ses yeux ?
L'erreur fit les tyrans , et la loi vient des cieux .
AP PIU S.
J'ai voulu jusqu'ici me forcer à t'entendre ,
Et voir enfin de toi ce que je dois attendre.
C'est assez , et ton coeur a parlé sans détour,
Je le croyais rempli des soins de son amour.
J'ai cru que le péril qui devant moi l'amene ,
Pourrait seul ...
LI U S.
Va , jamais dans une ame romaine ,
De l'amour , de l'hymen le plus tendre lien
Ne peut faire oublier les droits du citoyen .
Tous ces noeuds réunis forment la même chaîne ;
Ils sont de mes devoirs la regle souveraine ;
Et je viens en leur nom confondre la noirceur
D'un traitre , de ces droits criminel oppresseur ,
Qui s'armant contre nous des traits de l'imposture
Outrage impunément l'hymen et la nature .
APPIUS.
Un trop grand intérêt doit vous rendre suspect.
Un amant emporté , qui , même à mon aspect ,
Veut contre Claudius et les lois qu'il réclame ,
Faire éclater en vain...
I CILI U S.
Qui cet agent infâme ,
2
Du plus lâche complot le plus lâche instrument ,
Et trop indigne objet de mon ressentiment ?
Non , ce n'est pas à lui que mon courroux s'adresse ;
Je l'apperçois à peine au sein de sa bassesse .
Mais je distingue ailleurs , dans un projet si noir ,
Non moins de perfidie et bien plus de pouvoir .
Je sais tout , je vois tout : la main qui nous accable ,
L'attentat que l'on ose est d'un plus grand coupable ,
1
( 201 ')
D'un ennemi puissant qui veut cacher ses coups
Que je puis démasquer un autre...
APPIU S.
Et qui donc ?
ICILIU S.
Vous , qui conduisant seul cette trame impunie“ ,
Du plus honteux amour brûlez pour Virginie .
Moi !.
APPUS troublé.
Vous ,
I CILI U S.
Vous -même , et ce front où se peint la terreur
Où la confusion se mêle à la fureur ;
Ce front qui vous accuse ... et même ce silence ,
Commandé par le troublé et par la conscience ,
Tous ces aveux muets ont trop manifesté
Le crime qui rougit devant la vérité .
.
etc. etc.
ANNONCE.
Polilique de tous les cabinets de l'Europe , pendant les regnes
de Louis XV et de Louis XVI , contenant des pieces authentiques
sur la correspondance secrette du comte de Broglie ;
un ouvrage dirigé par lui et exécuté par M. Favier ; plusieurs
mémoires du comte de Vergennes , ministre des affaires étran
geres ; de M. Turgot , du cardinal de Rohan , etc. etc.
Manuscrits trouvés dans le cabinet de Louis XVI : deux vol.
in -89 . de 500 pages chacun environ . Prix , 10 liv . brochés et
11 liv. 10 sols francs de port pour les départemens ..A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille , nº . 20 .
SPECTACLES.
THEATRE DE LA NATION.
Adele de Gréci , drame en 4 actes , et en vers , doit le succès
médiocre qu'il obtient à quelque intérêt qui regne dans la piece ,
et aux talens des acteurs qui la jouent.
Cet ouvrage est bâti sur un échafaudage romanesque .
( 202 )
-
Un marquis de Crécy , aîné de famille , a épousé , malgré
son pere , une demoiselie Dangeste. Son jeune frere , irrité
des lois de sa province qui donnent tout aux aînés , et , ' voulant
en corriger l'injustice , profite de la circonstance : il excite
l'indignation paternelle contre son frère , le fait déshériter et
chasser de la maison. L'infortuné Crécy n'a plus de ressource ,
et part pour le siége de Candie , où il compte bien se faire
tuer . Nesmond ( c'est le nom du jeune homme ) ne s'en tient
pas là ; il fait courir le bruit de la mort de son frere , et fait
aussi persuader à celui - ci que sa femme n'a pas survécu à
leur séparation. Ainsi tous deux se croient veufs . Mais Adele
a fait le serment de ne point former de nouveaux liens ; vainement
le généreux et aimable duc d'Alaincourt lui offre sa
main ; elle n'est occupée que de sa douleur et de l'éducation
de son jeune fils . Elle fait présenter cet enfant au pere de son
époux ; le vieillard ne peut résister à ses caresses et à la voix.
du sang ; il est prêt de pardonner. Le coupable Nesmond fait
enlever l'enfant dans les bras même de sa mere ; celle - ci , désolée
, s'adresse à d'Alaincourt , et lui promet sa main , s'il
peut lui rendre son fils Le duc atteint le ravisseur , est blessé
dans le combat , mais rapporte l'enfant , et demande la récompense
qui lui a été promise..
Tout d'un coup Crécy arrive de Candie ; il retrouve d'abord
un vieux et fidele serviteur , et apprend de lui qu'Adele n'est
pas norte ; il se livre à sa joie , qui bientôt se change en désespoir
, quand on lui annonce qu'Adele se marie . Mais elle
De se marie pas ; un évanouissement la prend fort à propos à
l'autel même , et suspend la cérémonie . Crécy se présente à
elle , d'abord comme Ulysse ou Gustave , sous le nom d'un
inconnu puis vient la reconnaissance ; puis le pardon du
pere ; puis la générosité de d'Alaincourt , qui se console de
perdre son amour , parce qu'il trouve deux amis ; enfin la
mort de Nesmond qui , en essayant une nouvelle entreprise
contre Adele et son fils , a été cette fois blessé mortellement.
Il vient expier sur la scene , en blâmant les injustes lois qui
l'ont conduit au crime.
On a fort applaudi ces deux vers , d'un sens très -vrai :
Ah ! les lois trop souvent nous font ce que nous sommes
Et rendent vertueux , ea corrompent les hommes:
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLE MAGNE.
De Hambourg , le 15 mai 1793.
TROP occupée des affaires du dehors , auxquelles son ambition
lui fait prendre une part que la nature lui interdisait ,
aussi bien que la justice , Catherine II ne fait rien pour le
bonheur réel de la Russie . Cette souveraine , trop fameuse
pour être vraiment célebre , déja rapprochée de l'enfance par
son âge , et surtout par l'abus de ses facultés physiques et
morales , a la manie puérile et ridicule , si elle n'était désastreuse
, d'envahir plus de territoire qu'elle n'en peut gouverner
en un mot , elle accapare des états dont l'acquisition ne
fait que redoubler en elle la soif de régner ; et ce genre d'avarice
est puni dès cette vie , comme les autres , par le besoin
d'avoir ce qu'elle n'a pas , qui ôte tout son prix à ce qu'elle a.
C'est donc ailleurs que chez elle , c'est -à -dire en Pologne par
la violence et la rapine , en Suede , et sur- tout en Danemarck ,
par l'intrigue , qu'elle manifeste son existence politique . C'est
là qu'il faut la voir et l'étudier.
L'ambassadeur de l'impératrice voulant sauver l'honneur , ou
du moins les apparences , aux amis de la Russie qui craignent
aussi bien que Stanislas Auguste , de signer les universaux pour
la convocation des diétines , et dispenser là généralité de la
confédération de les envoyer , a imaginé l'expédient de retablir
avant tout l'ancien conseil permanent , auquel , suivant la
constitution garantie par l'impératrice , appartient le droit de
les envoyer aux provinces , après avoir été signés par le roi ;
mais ce moyen encore a rencontré des obstacles . Le vicemaréchal
Walewski , le petit général Rzewski , l'évêque Kosakowski
, et la plupart des conseillers de la confédération de
la couronne , n'ont point voulu devenir les instrumens du
morcélement de leur patrie : ils se sont opposés autant au
rétablissement du conseil permanent qu'à la convocation des
diétines ; ils ont même publié chacun un manifeste , où ils
protestent tant contre le partage de la Pologne , que contre
tout ce qui pourrait être entrepris de contraire à la liberté
de la nation , ainsi qu'à l'intégrité des possessions de la République
, invoquant expressément la déclaration , par laquelle
ils croient que l'impératrice s'est solemnellement engagée ,
sous sa foi et parole de souveraine , à respecter elle - même
et à maintenir contre tous l'indépendance et l'intégrité de la
( 204 )
Pologne. Cependant il n'est nullement apparent que ces efforts
d'un petit nombre de grands , qui ont eux -mêmes mis leur
patrie à la merci d'une puissance étrangere , produisent le
moindre retaidement dans les procédés du comte de Sievers ,
ou que leurs regrets tardifs leur valent rien , sinon la procedure
criminelle déja entamée contre eux à raison de leur
manifeste , la saisie de leurs biens et leur exil ; du moins ,
l'on apprend de Grodno que MM. Walewski et Rzewki ont
pris la fuite , et que le comte Stanislas - Felix Potocki ne reviendra
point de Pétersbourg : d'autres , effrayés par l'exemple ,
céderont probablement à la nécessité des circonstances , suttout
les conseillers de la confédération de Lithuanie , bien plus
Hexibles ceux de la couronne .. que
M. Sievers a coinmuniqué à la sérénissime confédération générile
denx notés en réponse aux protestations faites à Grodno
le 22 avril , dans lesquelles il accuse les réfractaires de persister
dans leur esprit révolu.ionnaire , qui , lors de la constitution.
du 3 mai 1790 , a détruit la république par des cabales et des
intrigues à Leipsick , Vienne et Paris , et de continuer à répandre
l'esprit democratique d'après un considérant motivé sur
ce que leurs efforts ne se soutiennent que par leur fortune considérable
, et qu'ils voilent des sentimens d'inimitié sous le
masque du patriotisme exagéré , ce que ne prouvent que trop
les préparatifs de guerre faits dans l'arsenal de Varsovie , il
exige , au nom de l'impératrice , le séquestre des biens des
dissidens , la destitution de M. Walewski, et menace de pareil
séquestre tous les membres qui oseraient protester.
On croit que Stani las , arrivé à Grodno le 22 avril , et pressé
le 26 par une députation de prendre quelque parti décisif dans
les conjonctures présentes , ira finir ses jours en Russie , après
avoir consommé le sacrifice. Quelques personnes prétendent
que l'ambitieuse Catherine , jalouse d'imiter les triomphateurs
Romains , qui traînaient des rois dépouillés à la suite de leur
char , voudra ménager à son orgueil le cruel plaisir d'avoir.
constamment sous ses yeux un roi fait et défait par elle. Un
reste d'intérêt qui , dans les femmes sensibles et dignes d'être
du sexe le plus compatissant , succede ordinairement à des
sentimens plus tendres , devrait bien lui faire épargner cette
humiliation à l'être auquel elle prodigua jadis les marques de
la plus vive amitié . La partie de la Pologne qu'elle s'est
adjugée renferme une population d'environ 3 millions d'habitans
. Possédant aujourd'hui toute l'Ukraine , elle pourra facilement
augmenter sa cavalerie de 20,000 hommes .
Il faut que cet accroissement excessif de puissance ait donné
de l'ombrage à la Suede ; car on mande de Stockholm qu'il
va se former au mois de juin , dans la Scanie , un camp de
10,000 hommes , que le duc - régent et son royal pupile iront
visiter. D'autres lettres disent qu'on ne sait trop que penser
"des' ordres qu'a donné le duc régent pour centremander l'arww
( 205 X
mement de l'escadre qui se faisait à Carlscrone ; ils sont șûrement
l'effet de la réponse qu'a rapportée l'envoyé extraor
dinaire que le duc avait dépêché à Pétersbourg. Ces deux
cours sont- elles d'accord aujourd'hui ? ou toute cette affaire ,
n'est- elle qu'un jeu combiné ? On n'en sait rien ; mais ce qui
est bien certain , c'est que la Suede aurait tort d'être trop confiante
l'exemple récent de la Pologne est une terrible leçon .
Malgré qu'on soit sûr de la neutralité du Danemarck à l'égard
de la France , ou précisément même parce qu'on en est
sûr , et qu'il a rappelle de Paris le baron de Blome , dont les
anciennes idées diplomatiques ne pouvaient se faire au nouvel
ordre de choses , la 1 ouvelle suivante consignée dans une lettre
de Copenhague , en date du 11 mai , doit paraitre bien étrange .
Mercredi passé , notre cour a reçu une visite bien remarquable.
A onze heures du matin arriva la frégate la Venus
avec le brigantin le Mercure, dans notre rade. Quelques heures
après , on en vit sortir M. d'Artois , avec une suite Française et
le comte Russe Golofkin . Il descendit d'abord chez le ministre
de Russie , barou de Krudener , avec lequel il se rendit dans le
plus grand incognito , en habit de voyageur , au château de
Christiansburg , où il visita les appartemens et autres choses
remarquables , accompagné du baron de Bernstoff . Dans un des
apparteniens , il trouva le prince de la couronne et les autres
membres de la famille royale , qui s'entretinrent quelque tems
avec lui . Du château , toute la compagnie se rendit au Holm ;
et après que M. d'Artois l'eut visité , il s'embarqua le soir à
8 heures près de la douane ; mais le vent étant trop fort , la
chaloupe le remit à terre , et il passa la nuit à l'hôtel du baron
de Krudener , et partit le lendemain à 5 heures du matin
pour Elseneur ; là , après avoir visité le château de Kronenbourg
, il se rembarqua à bord de la frégate qui était arrivée
pendant l'intervalle , et fit voile pour Londres , accompagné
du brigantin et d'une frégate anglaise . L'impératrice lui a
donné non seulement le prince Golofkin pour l'accompagner ,
mais encore tout ce qui était nécessaire pour le voyage . Le
navire est fourni d'un ample service d'argent , de cuisiniers et
de confiseurs.
De Francfort-sur-le-Mein , le 21 mai.
Les dons patriotiques que la cour de Vienne a reçus jusqu'à
présent pour la guerre s'élevent à quatre millions de florins
qu environ dix millions tournois , somme considérable à ne
la regarder que comme le fruit de la bonne volonté de quelques
individus ou de quelques corporations , mais certainement
insuffisante pour dispenser des emprunts et des autres
Il faut que la cour impériale s'en soit effectivement
ménagé ; car elle continue de presser avec beaucoup
d'ardeur les supplémens de préparatifs nécessaires pour suivre
sans désavantage la guerre contre un ennemi qui se défend
ressources . ---
( 206 )
très-bien , et qui force à multiplier ses moyens d'agir en en déployant
lui-même d'incroyables .
-
-
Ón vient de faire partir cinquante charriots à quatre chevaux
, et chargés de munitions de toute espece , sur-tout de
guerre , pour la troupe d'émigrés que le général Wurmser fera
coopérer à ses manoeuvres militaires en se concertant avec le
prince Condé qui la commande. Les cinq bataillons de
grenadiers qui étaient à Prague depuis si long-tems , sont enfia
partis le premier de ce mois : leur départ a dévancé d'un jour
celui de l'artillerie de réserve . Un régiment de carabiniers
que cette capitale avait eu en garnison pendant six mois ,
est parti le même jour pour se porter aux frontieres de la
Haute Autriche , où il recevra de nouveaux ordres .
C'est décidément le 20 de ce mois que les troupes destinées
à former le corps de réserve entreront dans la Baviere . Les
contingens impériaux se complettent assez bien , et même avec
plus de promptitude qu'on n'aurait osé l'espérer . Le Dane
marck , neutre d'ailleurs , mais membre du corps germanique
par certains domaines , a fourni le sien en argent. Quelque
besoin que l'empereur et le roi de Prusse en aient , c'est le
mode qui leur convient le moins , parce que nonobstant les
- acquisitions marquantes de ce dernier dans la Pologne , et qu'il
a sur- le-champ mis en oeuvre , la disette d'hommes commence
à se faire sentir aux deux Agamemnon dans la querelle des
aois . On ne peut en effet se dissimuler que pour peu qu'elle
dure , tant d'individus arrachés à la classe productrice agricole
, manufacturiere et marchande , pour les faire passer dans
la classe consommatrice , stérile et stérilisante des soldats
doivent commencer à inquiéter sur les moyens de fournir à
la subsistance de l'Europe , ou du moins de ses parties les
plus étendues et les plus peuplées , que l'horrible fléau d'une
guerre cruelle menace de changer en desert . Mais on n'écoute
plus la raison qui calcule ou la sensibilité qui gémit , lorsque
les clameurs des passions distraient , échauffent et entraînent ;
et le présent , toujours insensible aux maux de l'avenir qu'il
prépare , ne profita jamais jusqu'ici des leçons du passé.
L'espece humaine semble condamnée à tourner dans ce cercle
vicieux ; ainsi donc la postérité prochaine souffrant encore des
plaies que nous nous faisons aujourd'hui , comme nous souffrons
nous-mêmes de celles que se firent nos peres , la postérité
qui , il faut l'espérer , enfin éclairée par des lumieres plus
ramenée la liberté à des sentimens meilleurs ,
pures ,
par
des affections plus humaines , assurera par-là le bonheur d'une
postérité plus reculée , pourra donc s'écrier : Ne faisons pas
comme eux , qui ne furent ni plus sages , ni sur tout plus
justes que leurs ancêtres.
å
Le bruit court dans ce moment qu'il vient d'être ordonné
une nouvelle levée de troupes dans tous les états de l'Autriche ;
il s'agit de renforcer d'environ 30 mille hommes l'armée du
( 207 )
Rhin , et de 15 mille celle des Pays -Bas il faut aussi pourvoir
à la force militaire qui doit rester dans la partie de la Pologne
qui convient à l'Empereur.
D'ailleurs il lui faut quelques forces de plus pour exécuter
le projet suivant , au sujet duquel s'expriment ainsi des lettres
de Vienne : on ne doute plus ici que notre gouvernement
ne prenne incessamment possession de la Baviere par
échange. On dit hautement qu'en vertu d'un traité déja signé ,
le duché de Baviere , ainsi que le Haut-Palatinat , seront incorporés
à la maison d'Autriche , contre un équivalent accordé
à l'électeur , dans lequel équivalent on fait entrer
la Lorraine et l'Alsace , et qu'alors la dignité électorale se
trouvera attachée au Bas -Palatinat. C'est peut- être eu égard
à cela , et par une suite de cette justice distributive qui
distingue si éminemment les trois puissances co- partageantes
que le lot de l'Autriche s'est trouvé si faible dans le dernier démembrement
de la Pologne, On ajoute que le roi de Prusse
desire aussi d'échanger les principautés de Bareith et d'Anspach
contre le duché de Meklenbourg et une autre partie de
pays de ce côté.
L'armée de Condé a grand besoin des secours en tout
genre que l'empereur lui destine , et sans lesquels il n'en pourrait
tirer parti ; car voici les détails qu'ont donnés ici des
témoins oculaires .
Le plus avancé des corps de cette armée ( à peine de 5000
hommes est la légion dite de Mirabeau , en seconde ligne ,
derriere une division d'Autrichiens . Cette légion d'environ
1500 hommes n'en a que 400 à cheval , assez mal montés ;
la totalité de la cavalerie , y compris toutes les compagnies de
gentilshommes , est de 1400 maîtres . L'infanterie , qui n'est
ni armée , ni habillée complettement , ni tout-à -fait soumise
encore au régime Autrichien , est semée en cordon sur la
longueur de plusieurs lieues . Cette armée ne jouit pas en
entier de la paye de dix sols par jour , mais ce traitement lui
est promis pour une époque prochaine..
Le prince de Condé fait face à tout , le mieux qu'il est
possible ; il ne nie point de devoir à la générosité de l'impératrice
de Russie , des bienfaits particuliers , qui le mettent
à même de ne pas dépendre absolument , pour son armée ,
des secours de l'empereur ; mais autant qu'il peut , il la
fait subsister aux frais de celui - ci , ne sachant pas , dit- il luimême
, combien l'ordre de choses actuel peut encore durer.
:
Il est parti de Vienne , le 5 mai , un transport considérable
de munitions et d'outils de pionniers : le même jour , quarante
chariots chargés de 4 millions de florins en especes d'argent
se sont mis en marche c'est probablement le produit des
dons patriotiques ; ils ne vont pas même tout-à - fait à cette
Trois mille recrues vont se joindre aux cinq mille
déja accordées par les états de Hongrie , dès qu'on en aura
somme. - .
( 408 )
fait la levée : le reste des troupes dans la Hongrie vient de se
mettre en marche pour joindre le corps de réserve dans la
partie haute de ce pays . On en dit autant des troupes de la
Transylvanie et de la Valachie conduites par le général
Heydendorf.
qui
Il est clair qu'il entre beaucoup d'exagération et de charla
tanisme dans ces récits reproduits sous mille formes pár - nos
gazeties allemandes ; car si tous les mouvemens dont on parle
depuis le commencement de la guerre étaient vrais , le roi de
Prusse et l'empereur auraient aujourd'hui sous les armes plus
de la moitié de leurs sujets . C'est là le cas de dire ,
prouve trop ne prouve rien .
Les agitations diplomatiques sont très grandes on parie
plus qu'on n'avait fait encore d'une entrevne qui doit avoir
lieu à Munich , au commencement de juin , entre l'empereur ,
le roi de Prusse et l'électeur Palatin . On ajoute que le duc
des Deux - Ponts et quelques autres princes d'Allemagne y
viendront aussi plaider leurs intérêts , et préparer peut - être
leur ruine .
Dumourier n'ayant pu rester à Wirtzbourg où il se proposait
d'écrire ses mémoires , est rétourné le 14 à Mergentheim .
On nous mande de Vienne qu'on l'y attend , et qu'il a même
fait louer une maison dans cette capitale. Le gazetier de
Neuwied dit à son sujet 6 On n'a pu faire usage de ses
vertus et de ses talens dès qu'il ne lui a plus été possible de
jouer le rôle du général Monck . "
f
Le contingent de l'électeur Palatin marche vers Mayence
sous les ordres du général Minuzzi , ainsi que 800 hommes
de Wirtzbourg. Dés troupes impériales passent par Cologne
, et des Tréviroises se rendent dans les Pays- Bas , où
F'on dit que l'armée du prince Cobourg s'élevera à 81 mille
hommes lorsqu'elle aura reçu tous ses complémens.
S'il faut en croire des lettres de Manheim , en date du 19
mai , il y avait eu la surveille , aux environs de Landau , un
nouveau combat assez vif. Ce que nous en savons pour le
moment , c'est que les Français ont fait une attaque vigoureuse
contre les postes autrichiens et contre une parnie du corps
du prince de Condé , non loin de Bellheim ; qu'ils out eu
d'abord quelque avantage , mais que de prompts secours por
tés de ce côté - là les ont foreés à la retraite .
Nous apprenons , du duché de Deux-Ponts , que les Français
y sont revenus en foree , et ont occupé non seulement
la ville de Deux -Ponts et Hombourg , mais encore le Carlsberg.
Les Prussiens se sont repliés sur Landstoul et Lautern.
On dit que le roi , dont le quartier- général avait été transféré
de Guntersblum à Bodenheim , à une lieue et demie de Mayence
, est allé à Lautern . Toute la contrée de Deux - Ponts est
saisie d'effroi ; beaucoup d'habitans fuient avec ce qu'ils peuvent
emporter de mieux. Tous les officiers seigneuriaux de
Bliescastel
( 209 )
Bliescastel ont été arrêtés par les Français , et , à ce qu'on assure ,
conduits à Metz .
Le 15 , les Autrichiens ont emporté la redoute des Français
auprès du couvent de Weissenau , et y ont pris deux
canons .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
F
Le jeune archiduc Charles a fait son entrée solemnelle le
13 dans la ville de Gand , qui doit lui présenter à cette occasion
une somme de trois millions de florins pour subvenir
aux frais de la guerre. Tout le monde ne partage pourtant
pas cet amour libéral pour la maison d'Autriche ; car l'aigle
impérial a été renversé à la poissonnerie . C'est un avis à ceux
qui voudront en profiter . Il est certain de plus , que les états
de Brabant sont en mouvement comme en / 1787 ; on y retrouve
les mêmes germes de mécontentement . En derniere analyse ,
la vérité est qu'on craint et qu'on desire le retour des Français
on le desire , parce que la comparaison que l'on est
dans le cas de faire entre les Français et les Autrichiens est
entierement favorable aux premiers dans l'esprit des Belges ;
on le craint , parce qu'on répand que les Français veulent faire
la guerre au peuple Belge . Il serait à propos de détruire cette
impression , et il serait loyal de la part des Français de reitérer
la déclaration solemnelle qui a été faite de ne quitter
les armes que lorsqu'ils aurout entiérement affranchi les Belges ,
en leur assurant leur véritable indépendance , par une liberté
autre que celle du funeste décret du 15 décembre ..
avouent.
-
Le 11 et le 12 , il a passé à une demi- licue de Gand des
Hessois et des Hollandais qui se rendaient aux frontieres. Ils
vont probablement essayer de réparer les pertes essuyées par
les Autrichiens , qui n'ont pas été plus véridiques dans la relation
de l'affaire qui a eu lieu le 8 , qu'ils ne l'ont été dans
leurs relations précédentes : voici cependant les pertes qu'ils
Par un relevé exact de la perte faite par l'armée
du général comte de Clairfait , dans la journée du 8 , il y a
eu en tout 4 officiers et bas - officiers tués , 19 officiers blessés ,
64 soldats tués , et environ trois fois autant de blessés , outre
40 égarés . Les officiers morts sont le capitaine Ketelbetter
le sous - lieutenant Pointier et l'enseigne Bartels du régiment
de Wurtemberg , et le capitaine Gérard des chasseurs .
blessés , sont le major Montigni et le sous- lieutenant Borvath
du régiment de ligne ; les lieutenans Wisfling , Meng et
Scheetz , et le sous - lieutenant Hofflinger du régiment de Wartensleben
; le capitaine Gaidler et le sous - lieutenant Herbetstein ,
d'Antoine sterhazy ; les capitaines Juch et Ulrich , et les
enseignes Koch et Bohm , de Brentano ; le capitaine d'Aigremont
et le lieutenant Schmide , de Vierfet ; le capitaine Longueville
, le lieutenant Georgi , le sous-lieutenant Meinders et
l'enseigne Troyer de Wurtemberg ; et le lieutenant Schwerens ,
de Machony chasseurs.
}
Tome III.
Les
( 210 )
On mande de la Haye , en date du 11 , que le statdhouder
est de retour de la petite tournée qu'il a faite au camp de
Oosterhout près de Breda , et qu'un nouveau détachement de
-7000 hommes de troupes hollandaises s'est mis en marche
pour le Brabant. Au reste , tandis que les Provinces - unies .
secourent puissamment l'Autriche , en envoyant de leurs arsenaux
de l'artillerie de siege et des bombes au prince Cobourg ,
l'Angleterre les aide elles -mêmes par des débarquemens successifs
, sur-tout de cavalerie ; il en arrive continuellement dans
le port d'Ostende . Les puissances coalisées ne sauraient
déployer trop de forces , s'il est vrai , comme on s'accorde
à le dire , que le résultat de leurs conférences , tenues à Anvers
il y a près de deux mois , a été une promesse authentique
et réciproque de la part de ces mêmes puissances de continuer
la guerre avec toute la vigueur possible , et de ne traiter de
la paix que de concert .
-----
L'état vient de perdre l'amiral Zoutman , officier de beaucoup
de mérite , i M. Van der Hoop , trésorier général .
ANGLETERRE. Dè Londres , le 17 mai.
Le gouvernement a fait embarquer vers la fin du mois der
nier plusieurs corps de troupes , tant infanterie que cavalerie
et artilleurs. On disait publiquement à cette époque qu'une
légion d'émigrés serait incessamment transportée en France .
en a déja passé sans doute dhus le département de la Vendée ;
mais seulement par petites parties , c'est -à -dire , ceux qui ont
pu filer en cachette des îles de Jersey et de Guernesey , dout
il est bien étonnant que les Français ne se soient point emparés
; ce qu'ils eussent pu faire au commencement de la campagne
par un coup de main , et encore facilement depuis en
les attaquant avec 8 à 10,000 hommes , forces plus que suffisantes
contre une garnison à peine de 3000 : il est sérieusement
question aujourd'hui d'un rassemblement considérable ,
et même d'une petite armée divisée en deux corps , à la tête
de laquelle se mettrait le comte d'Artois , lieutenant - général
du royaume de France , autorisé par Monsieur , qui a pris la
régence On l'attend - incessamment dans cette capitale , où il
apporte des secours pécuniaires assez considérables , fournis
par l'impératrice de Russie , et spécialement affectés , à ce qu'on
prétend , à cette expédition. Elle ne serait pas très - difficile , si
les Français continuent de tenir leur marine dans une nullité
presque absolue . Ils ne protegent ni leurs vaisseaux marchands
ni leurs corsaires , dont nous leur prenons un bon nombre.
Il n'y a pas jusqu'à nos lourds alliés les Espagnols , qui ne
fassent tout à leur aise sur eux des captures intéressantes . I
y a plus , les Français ont eu la négligence ou le malheur inconcevable
de ne point avertir à tems de la rupture leurs navires
éparpillés dans les différentes mers . En voici le funeste
*
( 211 ) .
résultat , c'est que deux de leurs vaisseaux , l'un venant de la
Martinique , et l'autre de la Chine et de la côte de Coromandel ,
sont entrés derniérement , de la meilleure foi du monde , dans
le port de Cadix , où ils ont été , comme on le croit bien ,
retenus et déclarés de bonne prise . Cette aubaine , qui n'a
coûté aux Espagnols que la peine de fermer la main , est pourtant
une affaire de 14 millions , somme à laquelle les deux
chargemens sont évalués .
Le bruit court ici qu'on a fini par chasser de ce port et de
toute l'Espagne même , les Français qui ont prêté le serment .
On ajoute que ces derniers , craignant d'être mal reçus dans
leur patrie , se proposent d'en aller chercher une nouvelle à
Philadelphie .
Voici la nouvelle intéressante qu'on reçoit de cette derniere
ville par des lettres datées du 7 mars . Le congrès vient de
terminer sa session ; et les deux chambres n'ayant pu s'accorder
sur un ajournement , il en résulte que la législature suivante
devra s'assembler le dernier lundi de novembre prochain .
George Washington qui a été réélu président des Etats- Unis
à l'unanimité des suffrages , a prêté , le 4 , le serment prescrit
par la constitution . Th . Jefferson ne parle plus de sa retraite ,
et il est probable qu'il continuera de remplir les fonctions
de secrétaire d'état .
On a reçu aux Antilles la nouvelle de la déclaration de
guerre faite par la France ; on apprend même que 5000 hommes
étaient sur le point de s'embarquer à Cayenne pour aller
attaquer Surinam , Demérary , Berbice , etc. Ces colonies étant
dénuées de troupes , on les croit en ce moment au pouvoir
des Français. Il faut avouer que cette derniere nouvelle a grand
besoin de confirmation , et nous ne dissimulerons même pas
qu'elle nous paraît invraisemblable .
Indépendemment de l'arbre à pain transporté avec succès
dans nos Antilles , on les a enrichies de beaucoup de plants de
muscadiers de la nouvelle Zélande , dont la noix ne le cede
guère à celle des Moluques. Les Hollandais ne voient qu'avec.
jalousie cette nouvelle source de prospérité pour notre
commerce dont ils s'étaient flatté de continuer à jouir exclusi
vement. Au reste , il a besoin de multiplier ses ressources ; car
la guerre dans laquelle nous sommes engagés sans pouvoir
en prévoir la fin , lui porte des coups bien funestes , ainsi
qu'au crédit particulier qui chez nous fait la base du crédit
public. La chambre des communes s'étant formée en comité
pour aviser aux moyens de la soutenir , toutes les clauses
du bill de crédit ont éte soumises à la discussion la plus
étendue . Les villes où l'on déposera les marchandises en magasin
qui serviront de nantissement, ou de gage des prêts faits
aux maisons de commerce sont Londres , Liverpool , Hull ,
Bristol , Glascow et Leith. Quant au comité choisi, il se trouve
composé de 20 commissaires , dont sept membres de la cham
( 212 )
bredes communes , quatre directeurs de la banque , et les autres
neuf sont des négocians de cette cápitale , tous d'une probité
reconnue et d'un crédit solide . On rédigea ensuite le bill
qui porte une diminution des droits sur le vin et le tabac en
faveur des floties.
D'après un relevé exact de nos forces maritimes qu'on vient
de publier , l'amirauté a deja mis en commission 65 vaisseaux
de ligne ; ce qui fait au moins la moitié des vaisseaux connus
sous cette dénomination : le nombre de navires d'un moindre
rang , dout on combine le service avec ces premiers , excede
de beaucoup cette proportion , si l'on y comprend les transports
, etc. Les nouveaux corps d'artillerie , destinés à servir
sur le continent , se préparent en toute diligence , et déja
l'on a contracté pour 165 voitures à 4 chevaux pour le service
de l'artillerie de campagne . Cn met la même activité à
faire des recrues , soit pour completter les vieux corps , soit
pour en former d'autres .
Les planteurs de Saint- Christophe s'opposent à l'abolition
de la traite dont M. Wilberforce a renouvellé la motion , et
qu'on a toujours autant de soin d'éluder tous les ans , qu'il en
a lui- même de la reproduire .
:
Le Blenheim de go canons , le Nassau et l'Africa de 74 out
été armés , vers le milieu du mois , pour une expédition
lointaine on croit qu'ils sont envoyés dans l'Inde .
MM. Hergest et Gooch , célebres astronomes , qui ont été
massacrés par les naturels du pays à Woskou , l'une des isles
Sandwich. Le fameux peintre Webber , qui accompagna le
célebre Cook dans son dernier voyage autour du monde
vient de mourir dans cette ville , en emportant les regrets de
tous les admirateurs de ses talens .
Il nous arrive toujours quelques émigrés Français ; les lois
séveres portées contre les etrangers suspects , sont exécutées à
la rigueur contre eux , lorsqu'ils ne peuvent justifier d'aucun
brevet ou recommandation qui prouve qu'ils sont attachés à la
cause des princes . Il y a quelque tems que l'un d'eux , dćpourvu
d'attestation de ce genre , fut conduit , en débarquant
à Douvres , chez le maire qui voulut le soumettre au bill alien :
le Français soutint que bien loin d'être étranger , il était sujet
de sa majesté le roi d'Angleterre , le seul roi de France vivant,
et par conséquent le souverain incontestable de la nation Fran
çaise pour prouver son assertion , il lut le commencement de
plusieurs ordonnancés où se trouvaient tous les titres de sa
majesté Britannique , qui s'intitule aussi roi de France.
:
Nous apprenons en ce moment , par la voye du Danemarck
que les Etats-Unis de l'Amérique ont solemnellement reconnu
Ja République Française .
( 213 )
J
FRANCE.
CONVENTION NATIONAL E.
PRESIDENGI
Séance du mardi , 21 mai .
D'ISNAR D.
On a fait lecture de la liste des membres nommés au scrutin
pour composer la commission extraordinaire des douze , chargée
de l'examen des arrêtés de la municipalité de Paris et de
la recherche des complots contre l'ordre et la liberté publique.
Ce sont , Boyer-Fonfrede , Rabaud- Saint- Etienne , Kervelegan ,
Saint Martin , Kigier , Gomer , Bertrand , Boileau , Molveaux ,
Henri Lariviere , Gardien et Bergoin .
Le tribunal criminel du département de Rhône et Loire
avait été destitué par la municipalité de Lyon , parce que
les jurés n'étaient pas munis de certificats de civisme . Après
une assez vive discussion , la Convention a décrété que le
tribunal criminel de Lyon continuera provisoirement ses fonctions
, sauf aux jurés à présenter sous huitaine des certificats
de civisme.
La constitution était à l'ordre du jour . Il s'agissait de la
division 'des départemens , relativement à leur administration
intérieure et se ondaire . Les deux dispositions suivantes ont
été adoptées à l'unanimité .
Chaque département sera divisé en districts .
Chaque district sera divisé en cantons .
Les commissaires nommés par la Convention pour recevoir
les dépositions de Miaczinski ont fait leur rapport . Voici le
procès-verbal de leur conversation avec le condamné .
Procès-verbal des déclarations de Miaczinski .
L'an 1793 , etc. etc. , dans le greffe de la prison où était
le général Miaczinski , ledit Miączinski a déclaré que , dans
ses relations avec Dumourier il a reconnu que le projet de
celui- ci était de s'approprier le Brabant , de négocier le mariage
du jeune Egalité avec la petite prisonniere du Temple ; et
qu'à l'égard du petit prince , Dumourier laissait entendre qu'on
en ferait des choux et des raves ; que Lacroix lui a toujours paru
lié avec Dumourier ; que ce dernier , pour son succes , comptait
sur la majorité de l'Assemblée nationale ; qu'il estimait
Pétion et Gensonné , et était en correspondance avec eux ;
que Dumourier comptait aussi sur Custines ; qu'à l'époque où
les Prussiens occupaient le territoire français , Dumourier avait
promis , à lui déclarant , de lui donner six mille hommes pour
0 3
( 214 )
châtier les derrieres des ennemis , et que jamais il n'a eu ces
six mille hommes à ses ordres ; que Dumourier était entré en
négociation avec le roi de Prusse , et que la retraite des Prussiens
avait coûté beaucoup d'argent ; que Cobourg avait diné
déguisé chez Dumourier ; que Devaux , aide- de- camp de Dumourier
, a été envoyé à Londres pour correspondre avec
Pitt ; que parmi les officiers de l'armée , il recounut pour
dévoués à Dumourier , Defiers , Thouvenot , Quinquin , son
secrétaire ; que lui , déclarant , a entendu dire à ce dernier , que
Dumourier ferait de Valence tout ce qu'il voudrait ; que Dumourier
a souvent demandé à lui , Miaczinski , s'il se croyait
sûr de sa division , et si elle le défendrait dans le cas où on
voudrait le faire arrêter ; que Lacroix lui a dit : Ecoutez ,
vous êtes étranger , pillez , nous partagerons ; je vous soutiendrai
à la Convention ; que Chazot lui avait porté une lettre de
Dumourier , contenant l'ordre pour lequel il a été arrêté ;
enfin , que sa situation ne lui permettait pas d'en dire davantage
. " ,
I
Aprés la lecture de cette piece , Rouzet de Toulouse , l'un
des commissaires a ajouté : Comme Lacroix , Petion et
Gensonné étaient dénommés dans le premier procès - verbal ,
nous les invitâmes à se rendre avec nous auprès de Miaczinski ;
nous reparûmes ensemble devant lui à 9 heures , et commen- :
çâmes par lui faire une seconde lecture du premier procèsverbal
. Lacroix demanda à Miaczinski où il avait tenu les propos
qu'il déclarait avoir entendus de sa bouche . Miaczinski
répondit simplement , dans la Belgique . Mais , répondit Lacroix ,
où je n'ai pu vous y voir qu'en présence de mes collegues
et des officiers généraux : votre division était d'ailleurs à
huit lieues du quartier général , et vous n'y paraissiez que
rarement. Miaczinski réplique : Je vous ai vu chez la Palliere .
Cela est impossible , dit Lacroix ; l'époque dont vous parlez
est antérieure à celle de ma commission dans la Belgique .
Miaczinski était extrêmement trouble ; on nous dit même qu'il
avait beaucoup bu dans la journée ; enfin , voyant que nous
ne pouvions rien tirer de lui de bien positif , nous nous
sommes retirés après avoir clos notre procès- verbal . "
Le lendemain , de retour pour la troisieme fois près de
Miaczinski , les commissaires lui demanderent s'il avait réfléchi
et recueilli ses idées . Il leur fit alors une longue his- >
toire , ou chaque mot peignait le trouble de son esprit. Les
commissaires interpellerent Miaczinski sur ce mot qu'il attribuait
à Lacroix : Pillez , nous partagerons. Il répéta ce mot .
Lacroix prit la parole , et dit à Miaczinski : Vous aviez perdu
vos eflets , et vous nous avez adressé des réclamations. » Je
vous ai dit en présence de Danton : Vous êtes sur pays ennemi
housardez et dédommagez- vous de votre perte.
Après avoir entendu cet exposé , la Convention a decrété la
levée du sursis à l'exécution du jugement de Miaczinski , et
( 215 )
-
"
sur la demande réitérée de Lacroix elle a nommé une commission
pour examiner la conduite de ce député dans la
Belgique.
Séance du mercredi 22 mai .
Le comité de sûreté générale avait été chargé d'examiner la
conduite et la correspondance du citoyen de Maulde , ex - ambassadeur
à la Haye . Accusé d'avoir eu des intelligences avec
Dumourier , de Maulde a été mis en état d'arrestation . Les
scéllés ont été apposés sur ses papiers . Mais leur examen n'a
fourni aucune preuve des soupçons qui avaient été conçus .
Les éloges qu'il a donnés a Dumourier dans quelques -unes
de ses lettres , ne devaient point être suspects , puisque dans
ce tems-là Dumourier en imposait à la République . Sur les
conclusions du rapporteur , la Convention allait ordonner
l'élargissement du citoyen de Maulde , lorsque Bassal l'a interpellé
de dire si le détenu avait été interrogé sur
voyage qu'il a fait en Angleterre , sur une lettre qu'il a écrite
de Londres à Sainte - Foix , et si sa correspondance avec milord
Aukland a été autorisée par le conseil exécutif. Nous
n'avons rien vu de tout cela dans ses papiers , a répondu
le rapporteur. Eh bien ! a repris Bassal , avant de mettre de
Maulde en liberté , je demande qu'il soit interrogé sur ces
faits . Cest ce qui a été décrété .
un
Pons de Verdun a demandé et obtenu la mention honorable
du civisme des administrateurs et des habitans du département
de la Meuse et l'insertion au bulletin d'un rapport des
commissaires qui constate que le quart de la population en
état de porter les armes aux termes des décrets , sert dans
les armées , que les impôts y sont en recouvrement , et que
les dons patriotiques y abondent , malgré une perte de onze
millions , causée par l'invasion des Prussiens . Ce rapport
est terminé par l'extrait d'une lettre dans laquelle Pichon
commissaire des guerres qui l'a écrite , avoue qu'il a mis .
en avant tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour
remettre Verdun , en 24 heures , sous l'autorité du roi son
maître.
Une députation de la municipalité d'Orléans est admise à
la barre ; elle dépose sur l'autel de la patrie une somme de
155,000 liv . provenant d'une collecte patriotique qui a été
faite dans les onze sections d'Orléans . L'orateur parle ensuite
des besoins de la commune de cette ville , et demande un
emprunt de 200,000 liv . sur les sous additionnels . Il se plaint
de ce que les derniers commissaires envoyés à Orléans , ont
fait mettre en état d'arrestation deux patriotes qu'ils ont aecusés
d'être en relation avec Egalité quoiqu'il soit constant
qué cette assertion est dépourvue de toute vraisemblance .
Levasseur saisit cette occasion pour demander le rappel des
commissaires , en observant qu'ils sont sans doute convaincu
0 4
( 216 )
que cette faction d'Orléans est purement chimérique . Mais
Valazé assure à son tour , que les informations qu'ils ont déja
prises , annoncent que non seulement cette faction a existé ,
mais qu'elle existe encore. La Convention passe à l'ordre du
jour.
Sur le rapport de ses comités des finances et d'instruction
publique , la Convention nationale décrete que les traitemens
dont jouissent les membres de l'académie des sciences de
Paris leur serout, payés comme par le passé , en conformité
de l'etat envoye par le ministre sur la simple justification
des quittances d'imposition , et d'après la preuve d'une résidence
non interrompue de six mois au moins , dans le territoire
de la République .
On a repris la suite de la constitution . La discussion s'est
engagée sur la question de savoir s'il y aura un maximum de
population pour ctabi une municipalité. Rabaut - Pomier a
conclu à ce que dans les villes au dessus de 50 mille ames
il y eut plus d'une administration municipale , et voici ses
ra:sons .
Les grandes villes rendent plus difficile et plus nécessaire
le rapprochement entre les administrateurs et les administrés .
Les habitans d'une mème rue , d'une même maison , se con
naissent à peine . La corruption des moeurs , les divisions des
citoyens y sont multipliées en raison de la population , et
comment une seule municipalité embrasserait- elle cette multitude
d'objets sous ses regards ? '
On objecte qu'une grande ville est un tout indivisible , un
ensemble de citoyens réunis par les mêmes intérêts , et qui
ne peuvent être séparés par une administration différente sans
que ces intérêts soient compromis .
L'orateur répond que tous les objets confiés à l'administration
municipale dans une grande ville sont pour les habitans
d'un intérêt général ou d'un intérêt particulier ; que les
revenus , les contributions , les dépenses , les travaux , les
établissemens publics , la pelice elle - même peut être considérée
sous ce double rapport , et qu'il seroit facile d'etablir
une administration particuliere pour chaque municipalité , et
une administration générale chargée des objets qui seraient
d'un intérêt général pour la ville .
On craint que les citoyens ne change assent de demeure
stlon qu'une administration leur conviendrait . Tant mieux ,
dit Rabaut-Pomier , ce sera une barriere au despotisme , et
cet usage , s'il s'établissait , serait la censure la plus amere et
la plus ntile des administrations vicieuses .
On craint encore qu'il ne s'élevât des divisions . Mais elles
n'existeraient pas entre les municipalités , car la loi aura
exactement tracé leurs limites , et les autorités supérieures
éteindraient aisément ces divisions qui ne seraient que locales
. Elles n'existeraient pas entre les citoyens , car elles
( 217 )
ne seraient autre chose que le blâme de l'opinion publique .
Le maximum que je discute , a ajouté Rabaut -Pomier
n'est pas seulement utile aux citoyens administrés , il l'est
encore à la République entiere . Les grandes villes sont un
écueil contre lequel la liberté des peuples vient se briser.
C'est dans les grandes villes que viennent se réunir les grandes
richesses , les lumieres , les talens , toutes les ambitions ; et
appuyées d'une force importante , elles exercent un despotisme
inevitable , si une constitution prévoy.nte ne lui oppose
des barrieres qu'il ne puisse franchir.
Thuriot a combattu la division des grandes communes . C'est
dans les grandes cités , a -t-il dit , que le patriotisme conserve
son énergie , c'est là que dans les grands dangers la patrie
trouve de grandes ressources . Si vous les divisez en petites
municipalités , craignez que les mauvais citoyens qui s'y trouvent
toujours en grand nombre , ne se réunissent dans quelques unes
d'elles , craignez que de leur scission , ne naisent les haines
implacables et la guerre civile dans vos vastes citės .
Buzot a parlé ensuite , et s'est rangé à l'opinion de Rabaut-
Pomier. Pourquoi craint - on , a dit Buzoi , qu'une grande
ville divisée en quatre ou cinq municipalités , soit plus agitée
qu'un département divisé en quatre ou cinq districts ?
La division de la municipalité est nécessaire ; elle rétablira
cette hierarchie de pouvoirs garante de la liberté , mais qui
n'existe plus ici où la municipalité est plus puissante que le
département. J'ai toujours cru qu'une République était un
gouvernement où tous les citoyens s'occupent de la chose
publique et je soutiens que dans une grande ville , soumise à
une seule municipalité , cet avantage n'existe pas ; je maintiens
que dans une telle ville le mot patrie n'est que dans l'imagination
et non dans le coeur. La patrie est dans cette réunion
de concitoyens qu'on aime , et dont on est aimé . Aussi ce
fut la réunion des citoyens cu gardes nationales qui fit naît: e
et entretint dans leur coeur l'amour de la liberté ; ce furent
ces rapports intimes et continuels qui les attacherent non à
telles murailles , mais à leurs concitoyens ; et ce fut dans les
fêtes publiques que commença l'énergie nationale .
2 1
Buzot a fini par une observation particuliere à la ville de
Paris ; c'est qu'il est impossible que cette cité , si elle demeure
organisée ainsi qu'elle l'est aujourd'hui , soit long- tems le séjour
du corps legislatif ; car cette classe de citoyens , si facile à
tromper et à corrompre , s'accoutumerait à l'insulter et pour
se populariser , la municipalité de cette ville serait forcée de
condescendre à ses desirs .
Collot d'Herbois a répondu à Buzot que si la constitution
est ce qu'elle doit être , il deviendra indifférent pour le corps
législatif de siéger dans telle ou telle ville , car par tout il
trouvera la liberté. Il s'est ensuite opposé à la subdivision des
magistratures populaires , ce qui serait selon lui diviser la
·
( 218 )
confiance , diviser les familles , et ôter à l'unité du mouvement
commun ce qu'il a de force pour ne fortifier que ce
qu'il a d'irrégulier .
Séance du Jeudi 23 mai .
La section de la Fraternité se présente à la barre. L'orateur
fait lecture du procès-verbal de la séance d'hier où sont
consignées les preuves qu'elle a recueillies des complots formés
contre la liberté et la Convention nationale . Voici ce
procès -verbal.
Extrait des registres de la section de la Fraternité séance du
mercredi , 23 mai.
Les commissaires chargés par l'Assemblée générale de la
section , de recueillir les preuves des complots formés contre
la sûreté publique , ont fait leur rapport . Il en résulte que le
comité révolutionnaire de la section leur a déclaré que dans
les assemblées tenues dimanche et lundi , à la mairie , présidées
l'une par un administrateur du département , la seconde
par le maire , il a été agité de faire une journée du 10
août qui serait suivie d'un 2 septembre ; qu'à un jour indiqué
, vingt- deux membres de la Convention seraient égorgés ,
et qu'on dirait qu'ils avaient émigré. A la vérité , le lundi ,
le maire s'est opposé à ces délibérations et a dit que si l'on
persistait , il cesserait la séance.
Legislateurs , a ajouté l'orateur de la députation , au nom
de la France , dont vous êtes la représentation auguste , au
nom du peuple de Paris outragé , ne souffrez pas que les conspirateurs
soient plus long -tems impunis . Osez compter sur
les bons citoyens , osez compter sur leur énergie . Plus de
mesures timides ; elles accroîtraient l'audace des factieux ;
elles vous perdraient vous-mêmes . Il ne peut y avoir de transaction
entre le bon et le mauvais génie de la révolution . Nous
ne ferons point de nouveaux sermen's , nous répondrons de
vous à la nation . Nous saurons bien sauver la liberté des
complots des scélérats qui la déshonorent.
Perrin a demandé l'arrestation subite de ceux qui ont fait
ces motions . Les faits n'étaient plus douteux ; ils ont été attes
tés par Vigier , membre de la commission des douze .
Génissieux a fortement inculpé le maire de Paris . Quoi !
ce magistrat chargé de veiller à la sûreté des personnes et
des propriétés , a assisté lui- même à un conseil d'assassins et
la laissé ignorer aux représentans du peuple le péril qui
les environnait ! il a présidé aux délibérations du crime , et
c'est par d'autres que lui qu'elles sont dévoilées où se
tiennnent ces nouvelles assemblées liberticides ? est - ce dans .
les repaires où se cachent ordinairement les scélérats ? Non ;
c'est à la mairie . C'est ainsi que parlait Génissieux , et il
demandait que le maire de Paris , fût mandé sur-le- champ .
( 219 )
Marat a dit qu'il avait aussi des complots à dévoiler. Il
accusé Valazé d'avoir écrit le billet suivant à Lacaze son
collegue : A la Convention nationale à 10 heures du matin avec
le plus de collegues qu'il se pourra . Ce billet , a dit Marat
est déposé au comité de sûreté générale .
Sans doute , a répondu , Valazé , je l'ai écrit ce billet . J'en
ai même écrit à 33 députés qu'on avait proscrits à la mairie .
J'avais la certitude que des scélérats devaient , dans ce jour
même , venir demander leur arrestation à la Convention. Cette
pétition devait être soutenue par des hommes, armés . J'avertissais
mes collegues de se mettre en garde pour eux-mêmes
et pour la Convention .
Le billet dont il s'agit , a repris Lacaze , je ne l'ai point reçu.
Il faut , pour l'avoir saisi , avoir corrompu te portier de ma
maison , sans quoi ce billet m'aurait été remis comme ma propriété.
Lassource atteste qu'on a voulu l'arrêter dans la nuit du
lundi au mardi , à 2 heures du matin ; mais qu'il a été prévenu .
Voici , ajoute Buzot , une des causes qui empêcha la conspiration
d'éclater. C'était dimanche à minuit que le coup devait
être porté. Les conspirateurs s'étaient réunis dans
une: salle
de la mairie , et le maire de Paris ne se trouvait pas alors
parmi eux . Le président de la section de 1792 fit quelques
réflexions sur les projets agités dans cette assemblée , et pour
cela il fut chasse . Un citoyen de la section de la Fraternité
s'occupait à prendre des notes sur ce qui se passait , on le
chassa aussi. Cela fit naître des disputes , et voilà comment le .
complot ne fut pas exécuté .
A
Le comité de salut public annonce , par l'organe de Cambon
, que cette conspiration lui était connue . Hier à minuit un
nouveau complot a été découvert ; des mesures ont été prises
pour l'étouffer , et la commission en rendra compte ..
71
Boyer - Fonfrede assure que des personnages ont en portefeuille
des correspondances contrefaites de Cobourg et de Pitt.
On se propose de les mettre au jour , après avoir massacré
les députés , et de supposer qu'elles ont été trouvées chez eux :
on les ferà imprimer et on fera croire aux départemeus que
l'on n'a massacré que quelques contre-révolutionnaires . Cette
dénonciation a été faite à la commission des douze .
La commission des douze a été chargée de faire très - incessamment
un rapport sur toute cette horrible affaire . L'impression
, l'affiche et l'envoi aux départemens du discours de la
section de la Fraternité sont décrétés . La Convention nationále
a déclaré que les citoyens de cette section avaient bien
mérité de la patrie.
Sur le rapport de Mallarmé , la Convention prête 2,500,000 1.
à la commune de Paris , pour être employées à de nouveaux
achats de subsistances . "
Barrere a lendu compte de la situation de la Corse . Des
1
( 220 )
mouvemens s'y sont manifestes . Il est instant de les arrêter . La
Convention décrete que 4000 homines , tires de l'armée du
Var , partirent sans d lai pour la Corse . I sera fait une adresse
aux habitans de cette île .
Séance du vendredi 24 mai.
Une députation de la section de la Butte- des -Moulins est.
admise à la barre. Législateurs , a dit celui qui portait la
parole , depuis trop long - tems la vertu et le crime sont aux
prises ; il faut que le combat finisse .
Que les patriotes Français et vraiment républicains fasscat
comme nous une sainte coalition , et bientôt nous aurons
renversé ces royalistes deguisés en patriotes , qui , pour mieux
égarer le peuple et le voler , se donnent insolemment le titre
de saus -culottes ,
Que le respect dû à la représentation nationale succede
à l'insolence de quelques individus qui vous entourent ; et si
l'intérêt de la Republique et la raison ne peuvent ici l'emporter
, faites un appel aux bons citoyens de Paris , et d'avance
nous pouvons vous assurer que notre section ne contribuera
pas peu à faire rentrer dans la poussiere tous les insectes venimeux
qui vous entourent et qui vous menacent . 99.
La discussion a été reprise sur la grande question relative
à l'institution des communes . Saint -Just a soutenu qu'il n'y a
point de division essentiellement administrative dans une république.
Selon lui , la jurisdiction municipale n'est point
pol.tique ; elle administre les choses et non les personnes . On
ne peut diviser la population d'une ville sous le rapport de
son administratiou municipale , ce serait diviser la société .
La jurisdiction municipale est une , parce que la voix d'une
ville ou bourg est une. C'est une administration populaire ,
paternelle et domestique . C'est la partie de la législation qui
doit être la moins embarassée . Cette administration est , pour
ainsi dire , étrangere au gouvernement . C'est le peuple en famille
qui régit ses affaires . Il ne faut pas diviser les amis , dit
Lycurgue.
L'administration municipale ne peut donc être légitimement
divisée. Elle forme un conseil naturel ce conseil n'est plus ,
si les citoyens n'ont point un intérêt commun et ne sont point
administrés en commun .
C'est pourquoi , a dit Saint Just , j'aurais desiré qu'à la
dénomination de municipalité , vide de sens dans la république
, on substituât celle de conseil de communauté . Cette dénomination
seule avertit les citoyens que ce conseil n'a point
d'attribution hors de leurs relations privées .
La discussion est interrompue. Vigée , au nom de la commission
des douze , vient faire un rapport sur l'existence des
complots formés contre la Convention nationale . Dès nos
premiers pas , dit Vigée , nous avons découvert une trame
( 221 )
horrible contre la République , contre la liberté , contre la
représentation nationale , contre la vie d'un grand nombre de
vos membres et d'autres citoyens . Chaque pas que nous faisons
, nous amene des preuves nouvelles ; quelques jours plus
tard la République était perdue , vous n'etiez plus .... Nous
sommes dégagés de tout esprit de parti ; nous n'avons pas
regardé si les conspirateurs siègent là ou là ; mais nous avons
cherché la vérité ; mais nous avons suivi les traces du complot
que nous étions chargés de découvrir . Comune il est intéressant
de prendre de grandes mesures , que ces mesures doivent
être précédées d'un rapport général ; comme nous sommes
encore à la recherche de plusieurs fils de la conspiration ,
nous vous proposons , comme mesure préliminaire , le projet
de décret suivant :
Art. 1er , La Convention nationale met sous la sauve - garde
spéciale des bons citoyens la fortune publique , la représentation
nation le et la ville de Paris .
II. Chaque citoyen de Paris sera tenu de se rendre sur-lechamp
au lieu ordinaire du rassemblement de sa compagnie.
1. Les capitaines feront l'appel de tous les hommes d'armes
de leurs compagnies , et ils prendront note des absens .
IV. Le poste de la Convention nationale sera renforcé de
deux hommes de chaque compagnie ; aucun citoyen ne pourra
se faire remplacer , ni dans ce service , ni dans tout autre , s'il
n'est fonctionnaire public , employé dans des bureaux d'administration
, malade ou retenu par quelque autre cause légitime
dont il sera tenu de justifier .
V. Tous les citoyens se tiendront prêts à se rendre au premier
signal au poste qui leur sera indiqué par le commandant
de chaque section .
VI. Jusqu'à ce qu'il ait été légalement nommé un commandant
général de la force armée de Paris , le plus ancien
commandant de section en remplira les fonctious .
VII. Les assemblées générales de sections seront levées tous
les soirs à dix heures ; et il en séra fait mention sur le procès
- verbal de la séance . Les présidens des sections seront personnellement
responsables de l'exécution du présent article.
VIII . Aucun étranger à la section ne sera admis à prendre
part à ses délibérations .
IX. Dans le cas où les différentes sections auraient des
communications à se faire , leurs commissaires respectifs ne
seront admis qu'après avoir justifié dea pouvoirs qui leur
ront été donnés par l'assemblée générale de leur section .
eur au-
X. La Convention nationale charge sa commission extraor
dinaire des douze , de lui présenter incessamment les grandes
mesures qui doivent assurer la liberté et la tranquillité publique.
XI . Le présent décret sere envoyé sur-le- champ aux quarantehuit
sections de Paris , pour y être de suite solemuellement
proclamé.
( 222 )
Thirion . et Danton ont combattu ce projet . Le premier
croyait voir une conspiration dans cet ensemble de moyens
disposés pour prévenir une conspiration ; le second croyait
voir de la faiblesse dans ces précautions que de mauvais citoyens
rendent nécessaires. Vergniaux, a prouvé que ce n'était
point conspiser que d'ôter aux conspirateurs les moyens de
nuire ; et le décret a été adopté .
On a lu ensuite une lettre du maire de Paris à la Convention
nationale . ( Voyez article Paris . )
Après la lecture de cette lettre , Vigée a déclaré que Pache
en a écrit une à la commission des 12 , où il dit que le
peuple de Paris est tellement exaspéré du prix excessif des
denrées qu'il croit pouvoir annoncer qu'il se prépare un grand
mouvement , et que ce mouvement est très- prochain.
La Convention décrete que les deux lettres du maire de
Paris seront imprimées .
Les jurés du tribunal extraordinaire vont être renouvellés ,
Voici le mode de leur réélection , proposé par le comité de
législation et adopté par la Convention nationale .
Le nom de tous les départemens sera mis dans une urne ;
il en sera tiré seize au sort ; il sera fait une liste de candi
dats pris dans ces seize départemens ; elle sera imprimée et
distribuée . Il sera procédé ensuite dans la Convention nationale
, à l'élection des jurés et des suppléans par scrutin signé.
Ces nouveaux jurés entreront en exercice le 15 de juin ; leurs
fonctions ne dureront que jusqu'au 15 juillet ; le 15 de chaque
mois , il sera procédé à une nouvelle liste de candidats ; les
départemens en exercice ne pourront fournir de nouveaux
candidats qu'après l'intervalle d'un mois de fonctions ..
Les commissaires qui sont à Valenciennes ont annoncé aujourd'hui
que nos troupes , cédant à des forces très- supérieures ,
ont été contraintes de se replier et d'abandonner le camp de
Famars .
Séance du samedi 25 mai.
La séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs adresses
sur la nécessité d'accélérer l'établissement de la constitution
et sur les dangers de l'anarchie .
Aubry , au nom du comité de la guerre , a fait adopter un
projet de décret sur l'échange des prisonniers. En voici les
principales dispositions : Il n'y aura point de tarif pécuniaire
pour l'échange des prisonniers . - Aucun officier ne pourra
être échangé contre plusieurs hommes . L'échange se fera
d'homme à homme et d'après un état nominatif.
Seront
réputés prisonniers ceux seulement qui auront été pris en
combattant.
Sur la proposition de son comité des finances , la Convention
accorde à la section des Invalides , à titre d'avance , une
somme de 40,000 livres pour l'habillement de ses volontaires
.
( 223 )
Alors une foule de dénonciations se sont élevées contre les
fournisseurs . Cambon a dit Depuis neuf mois nous avous
dépensé 551 millions pour l'habillement. Il faut qu'on sache
l'emploi de ces sommes. Il faut que le comité de l'examen
des marchés fasse enfin son rapport. Marat accuse la faction
des hommes d'état de protéger les dilapidateurs . Petit se leve
et demande que le premier membre qui se permettra les noms
de factieux , de scélérats contre ses collegues , soit à l'instant
et par un décret positif , chassé de l'Assemblée . L'Assemblée
presqu'entiere adhere à cette proposition . Elle est mise aux
voix et décrétée . Je me moque de vos décrets , reprend
Marat , quand ils sont injustes "
Le rapporteur du comité de l'examen des marchés´avait la
parole. Il fait lecture de son travail . L'Assemblée en ordonne
Î'impression.
Des députés de Marseille se présentent à la barre. Représentans
du peuple , dit l'orateur , nous venons vous présenter
le voeu , les plaintes des 32 sections de Marseille . L'adresse
que nous allons vous lire est authentiquement revêtue de
25,000 signatures. "
Extrait de l'adresse des 32 sections composant la commune de
Marseille à la Convention nationale .
Il est tems enfin de faire tomber ce masque hypocrite et
trompeur qui , sous les apparences du patriotisme le plus
épuré , couvrait la plus profonde scélératesse . Il est tems de
dénoncer à l'opinion publique ces hommes pervers , qui , pour
satisfaire une coupable ambition , ou une insatiable cupidité
entraîneraient le peuple trop crédule dans le plus affreux précipice
, en le caressant ou en feignant de le défendre. ,,
Représentans , vous n'avez pas toujours connu le voeu
libre des Marseillais . On ne vous en présentait quelquefois
que le fantôme , et alors vous les jugiez d'après celui émis par
un petit nombre d'anarchistes et de désorganisateurs qui ,
comprimant par la terreur l'opinion de la multitude , venaient
à bout de faire sanctionner les volontés suprêmes qu'ils osaient
lui dicter.
ง
,, Instruits par les papiers publics de l'envoi de deux
commissaires nationaux dans le département des Bouches - du-
Rhône ; nous les attendions comme des anges tutélaires ...
Vos commissaires à leur arrivée à Marseille , ne s'entourerent
que de factieux et de désorganisateurs ...
,, En visitant la plupart de nos sections , ils ont dit dans
quelques-unes que le dépôt de la famille des Bourbons était
le triomphe le plus complet que la montagne ai pu remporter
sur la plaine , et qu'il était pour les Marseillais le témoignage
de confiance le plus glorieux . Dans d'autres ils ont
assuré que ce dépôt n'était qu'une pomme de discorde qu'on
avait voulu jetter parmi nous , et que ce funeste lot ne nous
1
( 224 )
avait été départi que par le courroux de la plaine . Que conclure
de ces étranges contradictions , si on les rapproche
de l'éloge pompeux qu'ils avaient fait de la famille Egalité ,
le 30 mars dernier , à la tribune de la société républicaine ,
époque à laquelle le désret contre cette famille n'était point
encore rendu ? Dans toutes les sections ils ont essayé d'élever
un mur de séparation qui , en divisant les citoyens , ne
pouvait produire d'autres effets que de fomenter les haines ,
d'allumer la guerre civile .
Ils cut souffert que Paris , président du département ,
qui les accompagnait dans cette visite , prêchât en leur présence
et dans les sections , une croisade contre les proprietės .
,, Marseille ne doit qu'à la sagesse de ses citoyens , leur
respect pour les autorités , à leur défiance contre les insinuations
perfides dont ils ont été trop souvent les dupes , d'avoir
étouffé dans son sein le germe de la discorde , que les dis-
.cours incendiaires de vos commissaires tendaient à faire naître .
Que n'ont- ils pas fait pour la provoquer dans la ville d'.ix ,
on , après avoir défendu la réunion des citoyens dans les sections
, ils ont ordonné le désarmement et l'arrestation de
tous les citoyens d'une section ,, et même , en cas de résistance
, de les conduire à Marseille . Dans notre ville , un grand
nombre de patriotes , victimes d'animosités personnelles ,
avaient été confondus avec les citoyens suspects , et désarmės
arbitrairement ; par un abus plus inconcevable encore , is
avaient été autorisés à se réarmer aux conditions d'ure contribution
aussi injuste que vexatoire . Ces actes oppressits
furent dénoncés à vos commissaires ; ils avaient promis le
redressement de ces griefs , et cependant ils sont partis sans
procurer aucune réparation à de bons citoyens si honteusement
vexes.
""
Tandis qu'ils ordonnaient dans le département des
Bouches-du-Rhône une levée de six mille hommes pour les
placer sur les frontieres des deux départemens voisins , sous
prétexte de préserver le premier de dissentions intestines ,
ils faisaient avancer du département de la Drôme des volontaires
nationaux pour la defense de nos côtes . Si cctté substitution
de force armée d'un département à l'autre ne cache
pas des intentions perfides , au moins elle est une preuve
évidente de la plus complette incapacité et d'une prodigalité
inonie et sans objets , des finances de la République .
,, Représentans , des commissaires sortis de votre sein avec
des pouvoirs illimités , doivent être responsables de toutes
leurs actions , et les Marseillais ne font aucune différence
entre les traîtres et les mandataires infideles . Nous vous demandons
justice contre eux . Nous la demandons aussi contre
les ministres prévaricateurs qui ont ou dilapidé le trésor national
, ou par une incptie coupable , laissé au dépourvu nos
armées et nos arsenaux.
,, Représentans ,
( 225 )
Représentaus , le bon peuple de Marseille , éclairé, sur
ses vrais intérêts , ne compose plus qu'une famille de freres ;
il ne reconnait ni montagne , ni plaine ; ni côté droit , ni côté
gauche parmi vous . Ceux - là seals recueilleront les bénédictions
du peuple souverain qui lui donneront une constitution
républicaine , fondée sur les bases immuables de la justice ,
de la liberté et de l'égalité . Occupez -vous sans relâche de son
bonheur. Jurons , mais jurons ensemble de confondre tous
les intrigans et les traîtres . Comptez que nous exterminerons.
sans miséricorde quiconque serait assez aud : cieux pour porter des
mains parricides sur nos législateurs ,, ou pour attenter à la
représentation nationale . Depuis quatre ans nous combattons
pour la liberté , nous saurons mourir pour e.le.
L'Assemblée décrete l'impression , l'envoi, et l'affiche de
cette péution .
La section des Arcis amene son contingent. Elle demande
une loi qui défende aux clubs et sociétés populaires toute
correspondance collective et tout acte de corporation . Cette
pétition ayant donné lieu à des observations sur les principes
de la liberté et de la communication des pensées et
de l'inviolabilité de la presse , la Convention a , d'une résolution
unanime cassé les arrêtés des commissaires qui ont dé
fendu l'entrée des journaux dans plusieurs départemens ..
"
Une députation du conseil-général de la commune de Paris ,
vient demandér que la pétition de la section de la Fraternité ,
dans laquelle on a dénoncé d'affreux complots , soit renvoyée
à l'accusateur public du tribunal révolutionnaire pour
en punir les coupables , ou les calomniateurs . Le conseilgénéral
se plaint de l'arrestation du substitut du procureur
de la commune , Hébert , détenu par ordre de la commission
des 12 et demande sa liberté ou son prompt jugement.
Au milieu des débats tumultueux qu'ont excités cette pétition
et la réponse du président , un adjudant de Lamarliere
paraît à la barre et annonce une victoire complette ; des lettres
de Parthenay et du commissaire d'Artigoyte annoncent aussi
un avantage remporté sur les rebelles .
Séance du dimanche 26 mai.
La Convention décrete , sur le rapport du comité des finan .
cees, que la trésorerie nationale fournira , à titre de prêt , et
en se conformant , pour la sûreté du remboursement , au dé
cret du 13 de ce mois , sur les cautionnemens , à la section
des Gravilliers , la somme de 180,000 liv . ; à celle du Finistere
, 60,000 liv .; à la section de Bon- Conseil , 150,000 liv . ,
et à celle de l'Unité 180,000 liv.
Le général Destournelles , prévenu de trahison , pour avoir
évacué le pays des Deux - Ponts , avait été mis en état d'arrestation
, traduit à Paris , et l'examen de sa conduite avait été
renvoyé aux comités réunis de la guerre et de sûreté générale .
Tome III. P
( 226 )
H résulte de ses réponses dans son interrogatoire et des pieces
produites à l'appui , qu'il n'a agi qu'en vertu des ordres exprès
du général Pully , commandant de division de l'armée de la
Moselle . En conséquence , la Convention nationale a décrété
qu'il n'y a lieu à aucune accusation contre le général Destournelles
, et qu'il sera mis sur -le- champ en liberté.
Les mêmes comités avaient été chargés d'examiner la conduite
du général Ligneville , prévenu d'avoir, abandonné , sans
ordre , le revers des Vosges et négligé de donner à Custines
un secours nécessaire . Il est prouvé qu'il n'a rien fait que par
les ordres de Beurnonville . Mais la Convention a chargé ses
comités de la guerre et de sûreté générale d'examiner si Ligneville
, étant sous les ordres d'un général en chef, a du obéir à
ceux du ministre Beurnonville .
Le ministre de la marine annonce que quantité d'émigrés se
rendent dans nos colonies pour y opérer une contre -révolution
. Il prie, l'Assemblée de prendre de promptes mesures pour
s'opposer à ces perfides projets . Renvoyé au comité de la
marine.
Des lettres des départemens de l'ouest , voisins de la Vendée
, annoncent les bonnes dispositions des habitans de ces
départemens , qui tous déplorent les erreurs de leurs freres
égarés , et qui s'empressent de fournir leur contingent pour
combattre les contre - révolutionnaires.
On donne lecture d'une adresse des administrateurs du dé
partement de l'Arriége . Quoique le prix des subsistances y
soit porté à un taux excessif , les propriétés y sont toujours
respectées. Dans ce moment , le département est occupé à
lever un contingent supplémentaire . Les Espagnols , ajoutent
les administrateurs , menacent notre territoire ; mais nous
sommes bien disposés à les repousser , dussions-nous les combattre
avec les ossemens de nos freres merts . ""
Le comité de législation a proposé de traduire devant le
tribunal révolutionnaire de Paris les révoltés du camp de
Jalès , dont on instruit le procès dans le département de l'Ardêche.
Thuriot s'y est opposé il a dit que chaque jour on
arrête de nouveaux conspirateurs qu'il faut confronter à ceux
dont le procès est instruit ; que la translation des accusés à
Paris entraînerait des lenteurs interminables. Il a demandé que
les jugemens du tribunal criminel de l'Ardêche , relatifs à cette
conspiration , ne fussent point sujets à la cassation . Cette proposition
a été adoptée .
' Un membre du comité de législation a fait un rapport sur
l'arrestation de cinq citoyens de la section de l'Unité , en
vertu d'ordre du comité , dit révolutionnaire , de cette section .
Le crime de ces détenus est d'avoir parlé contre Robespierre
et Marat. Le comité a proposé , 1º . de décréter que les scellés
apposés chez ces citoyens seront levés , et qu'ils seront mis
en liberté ; 2 °. de casser le comité révolutionnaire de la section
U
( 227 )
de l'Unité ; 3° . d'ordonner aux comités des sections de se
borner aux pouvoirs que la loi leur attribue sur les étrangers ;
4°. de défendre à tout comité de prendre le titre de comité
révolutionnaire ; 5º . de charger le ministre de l'intérieur de
vérifier si les comités sont tous institués , et operent tous selon
la loi.
Ce projet de décret a été adopté.
La section du Mail vient annoncer à la Convention , qu'en
exécution de son décret , elle a déposé le registre de ses délibérations
entre les mains de la commission des douze . On
y verra , dit l'orateur , que la section du Mail a constamment
obéi aux lois , et a toujours résisté aux efforts des désorganisateurs.
L'impression de cette adresse est décrétée .
Une députation de la section Montmartre se présente pour
demander l'élargissement d'Hébert et la suppression du comité
des douze , qu'elle qualifie de contre - révolutionnaire . Elle
annonce qu'elle a arrêté de ne point communiquer ses registres
à ce comité. On murmure dans une partie de l'Assemblée ,
on applaudit dans les tribunes , et les pétitionnaires obtiennent
les honneurs de la séance .
1 Bientôt après , les députés de seize sections de Paris viennent
réclamer la liberté d'Hébert . Legendre veut convertir
leur demande en motion . Deux décrets lui refusent la parole.
Le tumulte s'accroît , et le président leve la séance.
Nota . Dans le cours de cette séance le décret suivant a été
rendu sur la proposition de Barrere .
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
du comité de salut public , décrete :
Art. I. Les armées du Nord et des Ardennes seront subordonnées
au même général en chef. Il en sera de même des
armées de la Moselle et du Rhin , ainsi que de celle des Alpes
et d'Italie , et de celles des Pyrénées orientales et occidentales .
11. L'armée des côtés de Cherbourg , qui par le décret
du 30 avril s'étendait jusqu'à l'Anthie , sera réduite , depuis
Saint-Malo exclusivement , jusqu'au département de la Seine
inférieure inclusivement , et le département de la Somme qui
est l'entrepôt des magasins de l'armée du Nord , fera partie
' de ladite armée .
III . La Convention nationale approuve la nomination faite
par le conseil exécutif provisoire , le 20 de ce mois , du général
Kellermann pour commander en chef les deux armées des
Alpes et d'Italie , et du général Brunet pour commander celle
d'Italie ; lequel général Brunet sera autorisé , par le général
en chef , à prendre de lui-même toutes les mesures que la sûreté
des places maritimes , ainsi que celle de ses derrieres , pourraient
exiger.
Séance du lundi 26 mai.
Le ministre de la guerre , Bouchotte , donne sa démission .
Renvoyé au comité de salut public.
P 2
( 228 )
Une lettre du général Lamarliere donne de nouveaux détails
sur l'affaire qui a eu lieu le 24 ; les retranchemens que
nous avons enlevés à l'ennemi sont au nombre de trois ; au
lieu dé 300 prisonniers , nous en avons fait 400 , dont 58 blessés.
J'ai vu , dit Lamarliere , les braves soldats du sixieme régiment
porter généreusement sur leurs épaules leurs ennemis
vaincus , et les déposer avec la plus touchante humanité dans
les hôpitaux , où on leur prodigue tous les soins . Cette nuit ,
je dois faire une nouvelle attaque qui , sans être aussi brillante
que la premiere , n'en est pas moins importante .
Le maire de Paris écrit à la Convention , que c'est mal-àpropos
que la commission des douze a déclaré avoir reçu de
lui un rapport sur la situation de Paris dans lequel il disait
expressément qu'il y aurait dans peu un soulevement occasionné
par la cherté des denrées de premiere nécessité . Le
maire observe qu'il a seulement dit que des propos vagues
et insignifians tenus dans des grouppes , semblaient faire
craindre quelques mouvemens .
On demande la lecture de ce rapport . En voici l'extrait :
La différence des opinions et l'agitation qui en est la suite
nécessaire , ne présente encore rien d'inquiétant. La désunion
de quelques membres de la Convention d'un côté , l'excessive
cherté des vivres de l'autre , sont les principales causes de
la fermentation du peuple qui se lasse de se plaindre à demivoix
et qui finirait par se débander , si la Convention n'apportait
les plus prompts remedes à ses maux ; et on ne peut
se dissimuler que le soulevement ne soit inévitable et trèsprochain
, si on ne prend les mesures les plus efficaces pour
le soulagement du peuple .
Plusieurs membres font remarquer la contradiction qui existe
entre ces deux pieces ...
Vigée prend la parole . Le maire , dit-il , ne nous annonce
pas que ce rapport ne soit autre chose que ce qui se dit
dans les grouppes et dans les cafes ; ce n'est pas cela non plus
que la Convention lui demande . Au reste , la Convention
peut-elle faire que le pain se vende au-dessous de trois sous
la livre ? On connaîtra l'intention du maire de Paris par ce
qu'il nous dit dans son rapport d'aujourd'hui : Les deux partis
sont très-prononcés et l'explosion est prête à éclater .
Le Vasseur croit en donner l'explication en s'écriant qu'il
y a effectivement deux partis bien prononcés dans Paris , celui
des patriotes et celui des aristocrates dont il prétend que les
hommes d'état sont les complices ou les dupes .
On a cherché , dit Marat , à tromper le peuple en lui faisant
croire qu'il existait un complot pour assassiner les hommes
d'état . La preuve que ce complot n'a jamais existé , c'est que
pas un de vous n'a reçu une égratiguure . Je demande que
cette commission des 12 soit supprimée , comme ennemie de
la liberté et comme tendante à provoquer l'insurrection du
( 229 )
1
peuple , qui n'est que trop prochaine , par la négligence
avec laquelle vous avez laissé porter les denrées à un prix
excessif.
Après quelques débats , l'Assemblée passe à l'ordre du jour
et décrete l'impression et l'affiche de la lettre du maire de Paris .:
On a procédé au tirage des départemens qui devront fournir
les jurés du tribunal révolutionnaire . Le sort a désigné
les départemens suivans : les Hautes -Pyrǝnnées , la Gironde ,
l'Aveiron , les Basses -Alpes , Maine et Loire , la Correze ,
Sarthe , Eure et Loire , la Charente inférieure , l'Ille et Vilaine
, la Lozere et l'Isere . Les départemens de la Nievre ,
de l'Ain , de la Haute- Saone et de la Mayenne fourniront les
suppléans jurés .
la
L'Assemblée avait repris la discussion sur la constitution ,
lorsqu'une députation de la section de la Cité se présente à la
batre , précédée d'une pique surmontée d'un bonnet rouge et
d'un crêpe funebre.
Nous réclamons , dit l'orateur , contre le despotisme de
votre commission des 12 qui a fait enlever nuitamment le président
de notre section et deux secrétaires . Révoquez un acte
de tyrannie pire que les anciennes lettres - de - cachet. Cassez
la commission des 12 et ordonnez la tradition de ses membres
pardevant le tribunal révolutionnaire. Le tems des plaintes
est passé ; il s'agit de venger la liberté outragée ; le peuple
vous accorde la priorité si vous n'en usez pas , nous seront
dans la nécessité de la venger nous-mêmes . "
Le président a répondu à l'orateur : Citoyens , la Convention
nationale pardonne à l'égarement de votre jeunesse ....
C'est un jeune homme qui avait porté la parole . ) Isnard ,
interrompu par de violentes huées , est obligé de se couvrir ;
le calme rétabli , il poursuit sa réponse. Des murmures s'élevent
à chaque phrase qu'il prononce. Il rappellait aux pétitionnaires
que la liberté ne peut exister sans l'obéissance
aux lois . Il leur disait : n'oubliez jamais que la tyrannie , soit
qu'elle habite un palais ou un souterrain , qu'elle se présente
couronnée d'un diadême ou d'un bonnet , qu'elle soit cou
verte de dorure ou sans culotte , est toujours la tyrannie .
Les Français n'en veulent d'aucune espece . Cette volonté s'accomplira
, et aucune portion du peuple ne pourra influencer
les délibérations de la Convention .
1
De longues clameurs saccedent à cette réponse d'Isnard . ,
Robespierre l'aîné monte à la tribune . D'un côté on s'oppose
à ce qu'il soit entendu , de l'autre on insiste pour qu'il ait la
parole . Plusieurs propositions se succedent dans le tumulte .
Charlier veut motiver le décret d'accusation contre les membres
de la commission des douze .
Vergniaux demande la convocation des assemblées primaires .
L'Assemblée presqu'entiere se leve spontanément en signe d'adhésion
à cette derniere proposition qui n'a pourtant aucune suite .
P 3
( 230 )
La parole est encore refusé à Robespierre . Les membres de
la minorité se portent au bureau pour s'inscrire contre cette
décision et réclamer l'appel nominal . Nouveau tumulte pendant
lequel la proposition faite de destituer le président et de
l'envoyer à l'Abbaye est soutenue par les cris des tribunes .
Plusieurs membres demandent la parole ; elle leur est successivement
donnée par décret , mais inutilement ; les réclamans
s'opposent à ce qu'ils soient entendus , de préférence
à Robespierre .
:
"
Fatigué d'un tumulte qu'il ne peut parvenir à faire cesser ,
le président déclare qu'il va instruire la France entiere de ce
qui se passe écrivez au nom de tous , lui crie -t- on , le président
écrit. Une foule du côté gauche se précipite autour du
bureau et en disperse les papiers ; on se menace le désosdre
va toujours croissant ; on veut arracher au président son écrit ,
il le met dans sa poche. Un bruit considérable se fait entendre
à une des portes de la salle , plusieurs membres se
plaignent qu'on cherche à forcer les consignes. Un secrétaire
se présente pour faire l'appel nominal. Les membres
de la droite demandent que la séance soit levée. Lacroix ,
d'Eure et Loire , veut que l'appel nominal soit fait par un
autre que Peniere . Je vous le déclare , dit Danton , en
s'adressant au côté droit , tant d'impudence commence à nous
peser , nous vous résisterons . Oui , oui , s'écrient tous les
membres de l'extrémité gauche . On demande que la déclaration
de Danton soit consignée dans le procès-verbal . Décrété .
Enfin l'appel nominal commence .
Il est interrompu par les réclamations de plusieurs membres
qui se plaignent de ce que les corridors sont obstrués par
des citoyens qui s'opposent à ce que des députés sortent :
l'Assemblée est indignée de cette violation . Barrere déclare
qu'un bataillon armé vient d'arriver ; il demande que le commandant
soit appellé à la barre pour exhiber l'ordre qu'il a
reçu . Chambon , au contraire , demande que la Convention
décrete que ce bataillon a bien mérité de la patrie . Le commandant
paraît à la barre il fait lecture des ordres qu'il a
reçus , puis il dit : J'étais à mon poste , un adjudant est venu
me dire de me rendre à la Convention , dont les membres
étaient menacés . J'ai marché ; si j'ai fait une faute , punissezmoi.
Arrivé ici , le commandant de ce poste m'a demandé
des hommes pour faire évacuer les couloirs . J'exécutai cet
ordre ; Marat , que je ne connaissais pas , s'est présenté à moi
avec un ordre bien supérieur , un pistolet à la main : il m'a
demandé mes ordres ; je lui ai dit que je ne les montrerais
qu'au président , et que je ne le connaissais pas . Alors Marat
a dit que je le connaîtrais dans dix minutes , et il m'a mis
en état d'arrestation . Marat prétend que le commandant en a
menti impunément . Le commandant est admis aux honneurs
de la séanee .
( 231 )
cause
Le ministre de l'intérieur qui était venu sans être appellé ,
prend la parole : Tout ce qui arrive , dit-il , a , pour premiere
le bruit qui s'est répandu qu'un grand complot avait
été formé à la mairie pour faire arrêter 22 membres de la
Convention . I assure que les assemblées composées d'un
commissaire du comité révolutionnaire de chaque section ,
n'avaient pour objet que de prendre des mesures contre les
personnes suspectes , et lever une contribution forcée sur les
riches ; que dans la seconde de ces assemblées , où le maire
ne se trouvait pas , des propositions atroces furent faites ,
mais qu'elles furent ajournées avec une forte improbation de
tous les membres de l'Assemblée ; que le lendemain le maire
présida , et que les mêmes motions ayant été renouvellées ,
il fit sentir avec tant de force combien elles étaient criminelles
et témoigna tant d'indignation que tous les membres du comité
les regarderent avec la même horreur.
Garat ajoute que ce sont quelques membres de la Convention
qui sont la cause des dissensions qui existent entre la
Commune et la Convention , et cela sans mauvaise intention
de la part de la Commnne ; la cause vient de ce que la
Convention a investi , pour ainsi dire , les corps administratifs
de la puissance souveraine , en consacrant les dispositions
contenues dans l'arrêté du département de l'Hérault . - Une autre
cause de mouvement , c'est l'arrestation d'Hébert , substitut du
procureur de la commune que la commission des douze a fait
emprisonner à raison de quelques feuilles du pere Duchesne . Le
ministre ne les connaît pas , mais il a horreur de tous les écrits
qui ne prêchent pas la raison et la morale dans le langage qui
leur convient. Il ne sera jamais l'apologiste de ceux qui inspirent
au peuple la soif du sang. David interrompt , en criant :
C'est Brissot , c'est Gorsas . Plusieurs membres de la droite :
C'est Marat. Le ministre continue , et après avoir fait sentir
qu'il est de l'intérêt de tous , de l'intérêt de la République que
la Convention délibere avec calme et liberté après avoir fait
l'éloge de Pache , il termine en disant qu'il s'est convaincu ,
en interrogeant les sentimens secrets de quelques membres de
la commission des douze , qu'ils ont l'imagination frappée
d'une terreur panique ; il proteste de son estime pour eux ,
et proteste que la Convention n'a aucun danger à courir ; si
elle en avait , il propose que la Convention précédée des
autorités constituées se, porte au lieu des rassemblemens ; et
s'il y a quelque péril , il sera le premier à le braver.
"
Danton demande à faire une interpellation au ministre ;
cette interpellation lui était personnelle enfin , après quelques
débats , il est décrété que le rapport fait de vive voix par
le ministre sera rédigé par écrit , et signé de lui , pour être
inséré dans le bulletin .
Le maire parle à son tour , et après avoir répété que le
complot n'est qu'imaginaire , que les mouvemens dans Paris
P4
( 232 )
n'ont recommencé que lorsque la commission des douze a
fait des arrestations , il déclare qu'il a reçu le matin une
lettre du commandant général provisoire , portant l'ordre qui
avait été donné par la commission des douze aux sections de
la Butte- des-moulins , de 1792 et du Mail de tenir trois cents
hommes prêts. Il prie la Convention d'ordonner aux troupes
qui sont aux environs de la salle de faire seulement des patrouilles
; il la prie aussi d'admettre plusieurs députations qui
viennent demander la liberté de quelques citoyens détenus .
Hérault - Sechelles' prend le fauteuil : une députation de 28
sections vient demander l'élargissement d'Hébert et la cassation
de la commission des douze ; on convertit cette demande
en motion. Des réclamations se font entendre ; mais le décret ,
mis aux voix au milieu du plus grand tumulté et d'une foule
d'étrangers et de pétitionnaires qui s'étaient introduits dans
la salle , est adopté , malgré les protestations d'un grand nombre
de membres. La séance est levée à minuit. -
Notice des deux séances subséquentes .
Mardi 28 , Osselin présente la réduction du décret rendu
la veille qui prononce la cassation de la commission des
12 et l'élargissement d'Hébert. Lanjuinais soutient , ainsi
que plusieurs autres membres que le décret n'a pas été rendu
en pleine liberté ;; que par conséquent il n'existe pas et que
dans le cas où l'Assemblée déclarerait qu'il a été rendu , le
rapport en soit mis aux voix . Cette demande éveille de nouveau
toutes les passions . Après de longs débats , il est décrété
à l'unanimité qu'on procédera à l'appel nominal sur la question
de savoir si le décret sera rapporté oui ou non . Le président
proclame le résultat de l'appel nominal. Sur 517 vo-
279 ont voté pour le rapport du décret . Le rapport
est prononcé. Allons dans nos sections , s'écrient les tribunes.
Danton declare que si la commission continue l'exercice
de son pouvoir tyrannique , on saura la surpasser en
energie , en audace et en vigueur révolutionnaire. ( Vifs applaudissemens
d'une partie de l'Assemblée et des tribunes . )
tans ,
--
-
Marat veut que le canon d'alarme soit tiré aujourd'hui .
Quelques citoyens des tribunes : Fermez les barrierés . - Long
tumulte ' ; le président se couvre , et le calme se rétablit .
Rabauld - Saint -Etienne veut parler au nom de la commission
des douze ; on lui refuse la parole . Cependant il parvient à
se faire entendre il propose l'élargissement provisoire d'Hébert
et annonce la démission de la commission des douze .
L'élargissement est décrété , et la démission acceptée . Cependant
on la charge de faire imprimer et distribuer son rapport
sur toutes ses opérations .
On assure , dit Bazire , qu'un grand nombre de membres
ont écrit dans leur département pour les engager à convoquer
les assemblees primaires. Il demande que tous les membres
[ 233 }
1
rons . - -
affirment par serment qu'il n'en est rien . Tous les députés se
levent pár un mouvement spontanée , en criant : nous le ju-
Une pétition de la section des Gardes Françaises
devient le sujet des plus violens débats ; elle était conçue dans
le sens de celles des sections de la Fraternité , des Tuileries ,
de la Butte-des - Moulins . Suivant le rapport fait par Cámbon
, sur l'état de nos armées , celle du Nord a abandonné
le camp de Famars . Valenciennes est investi ; mais la garni
son est forte et les munitions abondantes : Custines doit Y
arriver incessamment. L'armée des Alpes a remporté un
avantage sur les Piémontais . Celle d'Italie occupe des positions
avantageuses
. Dans les Pyrénées orientales , larmée
a quitté , repris et quitté de nouveau son camp ; elle s'est
retirée du côté de Perpignan . Du côté de Nantes , les révoltés
sont presque entièrement dissipés ; les communes rentrent
dans leur devoir. Cambon termine en annonçant un
prochain rapport du comité de salut public , propre à ramener
le calme dans la Convention .
---
Mercredi 29. Un député des Pyrénées orientales expose l'état
de faiblesse où se trouve l'armée de la République , qui n'a
à opposer à 20,000 Espagnols , qui sont déja sur notre territoire
, que trois bataillons de ligne et quelques bataillons de
volontaires . Cambon assure qu'il y a actuellement 21,000
hommes sur cette partie de nos frontieres .
-
Une députation de l'Ain réclame contre la détention de 500
personnes , ordonnée par les commissaires Amar et Merlinot .
Des dépêches du général Chalbos , datées de Niort , annoncent
qu'il a été obligé d'évacuer Fontenai et la Chataigneraye ,
attaqués par une foule de brigands et de rebelles ; il s'est replie
sur Niort. Une partie de la gendarmerie à cheval est la
cause de cette retraite , elle a fui lâchement et a rompu et
foulé au pied les bataillons de volontaires qui ont fait des
prodiges de valeur , ainsi que les hussards commandés par le
général Menou . Les gendarmes qui ont fui seront dégradés ,
renvoyés à leurs municipalités et déclarés infâmes .
-
7
La Convention charge le comité de salut public de s'adjoindre
une commission de cinq membres , pour presenter sous
huit jours les articles principaux de la constitution qu'il est
important de fixer promptement.
1
Barrere assure que les forces qui environnent les rebelles
sont de 29,400 hommes et 81 pieces de canon , et que celles
qui s'organisent à Bourges et à Orléans formeront un total de
60,000 hommes .
( 234 )
PARIS , le 30 mai 1793.
L'existence du projet d'attenter à la liberté , et même à la
vie de plusieurs représentans du peuple , dont la commission
des douze était chargée de poursuivre les auteurs , devient de
plus en plus problématique au milieu du choc des passions
les plus furieuses , qui tour à tour affirment et nient avec la
même confiance . En attendant le rapport que doit publier la
commission des douze , les renseignemens et les pieces justificatives
qui doivent l'accompagner , nous nous bornerons à
tracer la conduite des autorités constituées de Paris , du
moment qu'elles ont été instruites de la dénonciation faite
par la section de la Fraternité . Nous commencerons d'abord
par les lettres du maire .
1
Lettre du maire de Paris au citoyen président de la Convention
nationale.
La section de la Fraternité s'est présentée hier à la barre
pour dénoncer un complot formé contre la représentation nationale
, quoiqu'elle eût dû savoir qu'il n'y a point eu de
complot formé ; je dois rétablir les faits , et je vous prie de
les présenter à la Convention nationale .
1
Après le mouvement très - contre -révolutionnaire , par lequel
on voulait arrêter , et on a retardé en effet l'enrôlement pour
la Vendée , l'administration de police a pensé qu'il lui serait
utile , 1º . de connaître les individus qui dans les différentes
sections s'opposent le plus constamment à la marche de la
révolution , afin de pouvoir les faire surveiller , et d'être ainsi
en état de les faire arrêter avant la consommation du mal ;
2º. d'avoir une maison d'arrêt , dans laquelle on pût les placer
dans le cas où un second rassemblement exigerait des arrestations
aussi nombreuses que le premier , parce que la maison
de la mairie ne peut les recevoir sans gêner les autres services .
ร
" L'administration de police a pensé que le moyen le plus
convenable pour se procurer la connaissance qu'elle desirait ,
était de s'adresser aux comités révolutionnaires des sections
avec invitation , ainsi qu'il se pratique en semblables occasions ,
de lui envoyer , à une heure convenue , un de ses cominissaires
. J'ai adhéré à cette proposition dont on m'a fait part ,
et les lettres de convocation ont été expédiées .
1 Des commissaires de ces comités de surveillance des sections
sont ainsi venus à la mairie . Je me suis rendu au milieu
d'eux avec les administrateurs de police . L'objet de la convocation
a été expliqué , savoir la remise des notes indicatives
des hommes les plus suspects qui habitent leurs sections . 11
s'est établi une discussion sur le mot suspect , et les commis(
235 )
saires sont en général convenus d'apporter eux - mêmes ces
notes ou listes sous le cachet du comité ; ce qui a donné lieu
à une seconde réunion à laquelle je n'ai pu assister .
Dans celles - ci , il y a eu de nouvelles observations sur les
listes , et l'on est convenu que ceux qui n'en avaient point
fourni , et qui voudraient en fournir , les apporteraient le lendemain.
,, Il en est résulté une troisieme réunion , dans laquelle ,
selon ce qui m'a été dit , sur l'observation du petit nombre
de listes , on a témoigné peu de confiance dans quelques
membres de l'administration de police la discussion s'est
animée , et a conduit à dépasser toutes mesures ; on a d'abord
fait la motion de ne point se borner à remettre des notes ,
mais de mettre en état d'arrestation les gens suspects , sans
attendre qu'ils provoquassent par un nouveau mouvement ,
afin qu'ils servissent d'ôtages contre nos malheurs ; et ensuite
de comprendre dans la même arrestation ceux des membres de
la Convention nationale , qui passent pour méconnaître les
intérêts et les droits du peuple ; et enfin l'on est arrivé à
ce point d'énoncer qu'au lieu de l'arrestation , il fallait détruire
tous ceux que l'on regarde comme des traîtres les
oppositions ont donné lieu à de violens débats ; on s'est
séparé vers les onze heures et demie , en s'ajournant au
lendemain .
,, Les administrateurs de police m'en ayant rendu compte
le lendemain , j'ai disposé les occupations de ma journée de
manière à me trouver le soir à la conférence . Un des commissaires
ayant rappelé ce qui s'était passé dans la séance
précédente ; 1º . discussion sur les listes ; 2 ° . exécution des
arrestations , on a délibéré sur le premier objet . Après quelques
explications , j'ai passé au second , et je n'ai point eu
de peine à faire sentir combien toute idée de ce genre devait
être repoussée . Il n'y a eu qu'une voix à ce sujet , et
les commissaires , après s'être communiqués quelques détails
sur des hommes suspects , se sont retirés tranquillement.
" J'ai exposé les faits , je dois présenter quelques réflexions :
c'est que le lieu où la motion a été faite ; les officiers qui
présidaient à la conférence ; les hommes dent la réunion
formait cette conférence , précédemment choisis par leurs
sections , pour une fonction importante et de surveillance ;
la circonstance qu'ils ne se connaissaient point entr'eux , et
qu'ils se voyaient la plupart pour la premiere fois ; la divergence
dans les opinions ; l'opposition qui s'est manifestée
et a prolongé la séance au - delà de l'heure ordinaire ; la
prompte et multiple dénonciation qui a été faite de cette
motion ; tout prouve qu'il n'y a point de plan , point de
conspirations.
" J'ajouterai que depuis que je suis à la mairie , où j'ai eu
( 236 )
de grandes inquiétudes sur d'autres objets , je n'en ai jamais
eu sur la sûreté personnelle des membres de la Convention , et que tous les avis propres à en donner , qui me sont arrivés
directement ou indirectement , paraissent venir de gens qui sant,
par tempérament ou par circonstances , livrés aux terreurs
paniques , ou qui ont intérêt d'en répandre .
,, Enfin , je dirai que cette habitude répandue jusques dans
les sections , qui serait tidicule si elle n'était horrible , de se
servir à tout propos d'expressions les plus exagérées de scélératesse
et de carnage ; celle de se présenter sous le couteau
, ou de menacer , n'a point heureusement porté , jusqu'à
ce moment , ses effets désastreux au - delà du langage et de
l'imagination ; le coeur est encore humain et sensible . J'en
appelle à l'expérience au milieu de toutes ces convulsions
qui feraient craindre à ceux qui les voient, ou qui les lisent ,
les plus sanglans événemens ; malgré toutes ces armes dont,
chacun s'hérisse à l'envi , Paris ne présente pas plus d'accidens,
qu'il n'en a jamais, présentés . Je termine ce récit des faits , et
les observations qu'il amene sur l'état de Paris , par assurer
que , si quelques membres de la Convention nationale veulent,
bien oublier des haines , et laisser l'assemblée s'occuper du
grand objet de la constitution , il n'y a pas de ville où elle
puisse être plus respectée , et les personnes des députés plus
en sûreté qu'à Paris .' ,,
Signé , PACHE , ce 24 mai , l'an deuxieme de la République .
Copie du rapport du maire de Paris , envoyé à la commission
extraordinaire des douze . Feuille des rapports et déclaration faite
au bureau de surveillance à la mairie , du 23 au 24 mai.
La différence des opinions et l'agitation qui en est la
suite nécessaire , ne présentent encore rien d'inquiétant . La
désunion de quelques membres de la Convention , d'un côté ;,
l'excessive cherté des vivres de l'autre , sont les principales,
causes de la fermentation du peuple , qui se lasse de se plaiu- ,
dre à demi - voix , et qui finirait par se débander , si la Convention
n'apportait les plus prompts remedes à ses maux ; et
on ne peut se dissimuler que le soulevement soit inévitable et
tres prochain , si on ne prend les mesures les plus efficaces
pour le soulagement du peuple .
La lenteur du recrutement est due , en majeure partie ,
aux scélérats qui ont égaré les hommes de bonne volonté , en
leur inspirant de la méfiance . Ce moyen n'a cependant pas
reussi , puisque les volontaires assemblés , hier 23 , sur la place
des Piques , pour leur départ , répondaient aux monstres qui ,
se mêlaient dans leurs rangs pour les décourager : nous partons
pour nous battre et exterminer les traîtres.
On murmure de ce que les volontaires casernés à l'Ecole-
Militaire , depuis cinq semaines , et tout habillés , ne soient
point encore armés et partis .
4
" Les agioteurs et les marchands d'argent commencent à
reparaître , mais on les surveille .
12 On a vu plusieurs volontaires enrôlés nouvellement , vendre
leuts souliers , guêtres , bas et chemises , ce qui ferait
présumer l'intention de ne pas partir . On desirerait un arrêté
de la commune , qui interdît à tout marchand la faculté d'ache .
ter d'un volontaire quoi que ce soit de son équipement.
" L'arrêté de la section des Champs - Elisées , tendant à dissoudre
les autorités constituées , a généralement été reçu avec
indignation par les autres sections ; la motion d'un membre
de la Convention , tendante à casser la municipalité et mettre
le maire en état d'arrestation , a éprouvé le même sort. "
Certifié pour copie conforme . Signé , LAFOSSE .
Lettre du maire de Paris à la Convention.
Paris , le 27 mai ..
J'ai appris que le comité des douze , dans la séance d'hier ,
avait annoncé que j'avais déclaré le matin qu'il y aurait sous peu
un soulevement dans Paris. Je n'ai point fait une pareille dé--
claration au comité , où je n'ai point été hier matin , et auquel
je n'ai pas écrit. On a cependant fait imprimer ce rapport
avec ma letre , qui est contradictoire . Je demande que la vérité
soit connue. Chaque jour j'envoie au conseil exécutif ,
au ministre de l'intérieur , au comité de salut public , les
rapports qui sont faits à l'administration de police par les préposés
ils consistent en propos tenus dans des groupes , cafés
et , antres endroits publics . La plupart sont vagues , insignifans
, et n'ont aucun fondement ; mais pour faire connaître
l'opinion et l'état de Paris , je les envoie tels qu'ils me sont
donnés , Le comité des douze m'a fait demander un pareil
extrait , et je le lui fais parvenir . C'est sans doute les propos contenus
dans cet extrait , que le comité m'a attribués et a fait
passer à la Convention comme non sentiment et ma déclaration
. J'attends de sa justice et de son impartialité , qu'il
expliquera l'erreur dans laquelle il est tombé involontairement .
Pour moi , je crois de mon devoir de la relever , et je tiens
à l'opinion que j'ai émise dans ma lettre d'hier , c'est qu'il
n'y avait rien à craindre. J'avais tout prévu , tout examine ,
et j'aurais tout arrêté s'il y avait eu quelque danger . Je crois
fortement que , si quelques mesures peuvent en faire naître ,
ce sont celles que l'on prend d'inspirer une grande terreur
de recevoir des délations d'hommes peut -être înteressés à
les faire , d'arrêter des journalistes , etc.
,, Puisse -t- on d'ailleurs , par ces moyens , servir la Répu
blique et non des haines personnelles . Signé , PACHE.
Dès que le conseil -général de la commune eut connaissance
de la dénonciation faite par la section de la Fraternite , il
1
prit , le 23 , sur le requisitoire de son procureur , l'arrêté
suivant :
Le conseil-général , instruit qu'une députation de la section
de la Fraternité a dénoncé à la Convention nationale un complot
affreux , tendant à faire égorger des représentans du peuple
, et faire dire ensuite qu'ils avaient émigré ;
Considérant qu'il est instant de faire arrêter sur-le- champ les
auteurs de complots aussi abominables ;
Invite les rédacteurs et porteurs de cette adresse à venir lui
donner les renseignemens nécessaires , pour qu'il puisse découvrir
les traîtres , et les livrer dès ce soir aux tribunaux.
Il faut observer qu'à cette époque le conseil de la commune
n'ignorait pas que la Convention s'occupait de la recherche
des anteurs du complot dénoncé .
L'arrêté du conseil ayant été porté à la section de la Fraternité
par une ordonnance , elle y fit la réponse suivante :
Lecture faite de l'arrêté du conseil - général de la commne , en
date de ce jour , l'assemblée arrête à l'unanimité , qu'il sera répondu
au conseil-général , que l'administrateur de police , qui a
présidé dimanche à la mairie l'assemblée des membres des comités
révolutionnaires , et le maire , qui a présidé la même assemblée
lundi , peuvent lui donner tous les renseignemens qu'il
desire ,
" L'assemblée s'empresse également d'instruire le conseil ,
la Convention nationale a décrété , ce matin , que la
que
tion de la Fraternité a bien mérité de la patrie ,
sec-
Alors le conseil - général arrêta que ses membres se présenteraient
demain à la Convention , pour lui demander que tous
les calomniateurs qui ont concouru à la rédaction de l'adresse
de la section de la Fraternité soient traduits au tribunal révolutionnaire
.
1
Dans la nuit du 24 au 25 , Hébert , second substitut du
procureur de la commune , annonça au conseil que , pour prix
des services qu'il avait rendus à la patrie , il venait d'être décerné
contre lui un mandat d'amener par le comité des 12 ,
et qu'il va obéir à la loi . Chaumette l'embrasse en lui disant :
va mon ami , j'espere aller bientôt te rejondre . Le conseil arrête
qu'il restera en permanence , jusqu'à ce qu'il ait des nouvellės
de son collegue et ami Hébert . A 4 heures du matin des commissaires
viennent annoncer qu'Hébert a été conduit dans la
prison de l'Abbaye , par ordre du comité des 12 , et que l'objet
sur lequel on l'inculpe est sa feuille du Pere Duchesne . Sur- lechamp
le conseil arrête qu'il dénoncera à la Convention l'atteinte
portée aux droits de l'homme sur la liberté de la presse ,
et qu'il sera fait une circulaire aux 48 sections , pour les prévenir
de l'arrestation du citoyen Hébert.
1
( 239 )
Il n'est pas besoin de dire quel est l'effet que dut produir
cette circulaire ; toutes les sections ont été plus ou moins
agitées selon la diversité des opinions . Le plus grand nombre
a voté pour demander la liberté d'Hébert , la cassation de
la commission des douze , et plusieurs pour que les membres
qui la composent , fussent traduits au tribunal révolu-
5
tionnaire .
Le 26 , des citoyens préviennent le conseil que quelques
citoyennes font des proclamations dans les rues , et invitent
les citoyens qui les approchent à se porter à l'Abbaye .
Le président répond que le conseil n'a encore reçu aucuns
renseignemens à ce sujet , mais qu'il prendra toutes les précautions
nécessaires pour empêcher le trouble et maintenir
l'ordre dans Paris .
Le citoyen maire et quelques membres du conseil donnent
quelques détails sur le rassemblement de ces citoyennes . Il
résulte de ces explications qu'il n'y a rien de très-alarmant.
Le 27 , le conseil-général considérant que rien ne serait plus
propre à réfuter toutes les calomnies répandues contre les citoyens
et les autorités constituées de Paris , que le rapprochement
des faits qui se sont passés dans cette ville , et des actes
arbitraires qui ont été exercés contre des citoyens individuellement
, et contre une grande portion du souverain , légalement
réuni dans les assemblées primaires des sections de Paris .
Arrête qu'il sera nommé une commission à l'effet de rassembler
tous les faits qui peuvent caractériser la conduite qu'ont
tenue les citoyens dans les différens évenemens qui se sont succédés
dans cette grande cité ; ainsi que les mesures et les actes
qui ont éte exécutés par les comités de la Convention nationale
, et d'en faire un parallele exact et fidele pour être
voyé dans les départemens.
en-
Les commissaires envoyés à la Convention nationale , pour
venir rendre compte des délibérations , font leur rapport , et
annoncent que tout paraît prendré une tournure favorable .
Quelques instans après , l'on annonce que la commission
des douze vient d'être cassée par un décret de la Convention.
A cette nouvelle une grande joie se manifeste , et de vifs applaudissemens
se font entendre de toutes les parties de la salle .
1
Dans la séance du 28 , Chaumette s'est exprimé à peu près
en ces termes : Hébert vient d'être élargi ; ils s'y sont mal
pris les ennemis de la chose publique , il fallait qu'ils le
fissent assassiner ; mais , citoyens , si nous avons à nous
réjouir de voir Hebert rendu à nos voeux et à ses fonctions
e nouveaux motifs de craintes viennent nous alarmer : ces
fils dénoués hier par la peur , sont renoués aujourd'hui par
Tintrigue. Comme magistrat du peuple , je vous dois compte
1
( 240 )
de men embarras dans ces circonstances difficiles ; quand
vous m'avez donné votre confiance , vous m'avez dit : Tu
seras , toi , l'organe de la loi . Mais quand il n'y a plus , de
loi , quand l'oppression , l'intrigue et là tyrannie ont pris sa
place , alors , citoyens , que faut-il faire ? quel est mon devoir ?
Depuis que j'ai vu la tyrannie , je ne suis plus Chaumette ;
je suis furieux contre les tyrans . On vous fait peur des départemens
; citoyens , ne vous y trompez pas , ce sont vos
freres , vos amis , je suis sûr qu'ils applaudiront à vos démarches
. Lebrun et Claviere sont des conspirateurs , ils sont
de connivence avec la Gironde ; la guerre civile existe déja
dans leur imagination ; il ne manque au côté droit , pour
combler la mesure de ses crimes , que de nous faire guillotiner
; mais nos piques valent mieux que leurs bayonnettes.
Je demande , 1 ° . que le conseil présente à la Convention
nationale une pétition pour lui demander que la conduite de
la commission extraordinaire des douze soit soumise à l'examen
de toute la République , afin que ses membres soient traduits
pardevant les tribunaux dans le cas où il serait prouvé
qu'ils ont excédé leurs pouvoirs .
2 °. Que le conseil - général , considérant que l'esprit de parti ,
l'erreur ou la bêtise ont pu seuls conduire quelques citoyens
dans le piege de la dictature , leur accorde pardon , et déclare
qu'il ne poursuivra aucun de ses détracteurs à la Convention ,
mais que ferme dans ses principes , il demande le procès de
ceux qui se sont arrogés tous les pouvoirs. Ces mesures allaient
être adoptées , lorsque Hébert est entré au milieu des plus
vifs applaudissemens . Chacun s'est empréssé de le féliciter ,
et de lui témoigner la joie qu'on ressentait de le voir triomphant.
Il exprime sa reconnaissance ; ne vous occupez point
d'un homme , dit-il , mais de la patrie ; je demande qu'il soit
créé une commission pour rédiger un précis des faits qui se
sont passés depuis l'établissement de la commission des douze .
Il avait à peine prononcé ces paroles , qu'une citoyenne
s'avance dans le sein du conseil , et place une couronne de
chêne sur la tête d'Hébert , qui s'est écrié : Ah ! ç'en est trop ,
n'honorez pas ainsi les hommes de leur vivant , gardez ces
couronnes pour leur tombeau , et il a mis la couronne sur la
tête de J. J. Rousseau .
Ce jour s'appellera , dans les fastes de la commune , le jour
de l'amitié , d'après le requisitoire de Chaumette.
1
Jer . 135-
( No. 97. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 8 JUIN , l'an deuxieme de la République .
UN
POÉSI E.
La raison d'un Buveur.
N paysan travaillé par la faim ,
Malheur chez nous moins rare qu'on ne pensez
Ayant mangé tout d'un temps un gros pain ,
D'un plus petit fait encor la dépense :
Mais ce dernier calme enfin l'appétit ;
Dont étonné , plus qu'on ne saurait cròirë ,
En fait de pain , dit - il , vivé un petit
Il rassasie et laisse de quoi boire .
POSSEDAL
Par C. J. B. L **** ROCHEMONT,
CHARA D E.
OSSÉDANT mon premier , on doit faire du bien .
Si l'on perd' mon second , mon tout ne sert à rien .
ENIGMË.
L'ÊTRE qui me nourrit meurt par må violence ,
Et son trépas aussi cause ma propre mort.
Bien que je vive en terre , en l'air je m'aime fort ,
Et sans un compagnon je n'ai point d'existence ,
LOGO GRIPHE.
UNE tête de moins fait grande différence .
Entier , je suis doué de force et de puissance :
A quelque chose près j'égale un fier taureau.
Téte à bas , je produis un poisson ; un oiseau ,
Et pour tout dire enfin , insecte et vermisseau .
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 96.
Le mot de la Charade est Chouficuri celui de l'Enigme est Diligencé
de terre ou d'eau ; celui du Logogriphe est Harmonie , dans lequel on
trouve Maine , noir , ami , air , Rome , moire , or , âne , mine , rame , arme
te , mi , Marne , mer、
Tome III
Q
( 242 )
"
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Des qualités et des devoirs de l'Instituteur public . Far Pierre- Vincent
Chalvel , de la société nationale des Neuf- Soeurs , à Paris ; et
de celle des amis de la République , à Grenoble : brochure in -8 ° .
Prix , 15 sols . A Paris , chez Lavillette , libraire , rue du Batteir.
I Si l'on parle ici de cette brochure extrêmement superficielle
sur un sujet qui méritait d'être tout autrement approfondi ,
c'est sur-tout pour indiquer quelques vérités en relevant quelques
erreurs. Ce n'est pas qu'il n'y ait des choses sensées , mais
ce sont des généralités si rebattues que ce n'était pas la peine
de les redire encore . A quoi bon nous apprendre par paragraphe
, qu'un instituteur doit avoir de la douceur , de l'affabilité
, de la modestie , de la patience , de la loyauté , de l'impariialité
? Qui en doute ? Ce qui peut être utile , c'est de faire voir
comment ces qualités nécessaires à tout le monde peuvent
s'appliquer particulierement à l'éducation , et c'est ce qu'a
exécuté parfaitement J. J. Rousseau dans son excellent livre
de l'Emile en cette partie , il n'a rien laissé à desirer . Mais
ce qui est encore à faire , c'est le catéchisme du citoyen , dont
on ferait apprendre et expliquer la premiere partie aux enfans
de sept ans , et la seconde aux enfans de douze , celle- ci devant
être beaucoup plus forte de raisonnemens , et précédée de
quelques élémens de logique . La liberté naturelle et civile
n'est en effet autre chose que la raison mise en théorie sous
le nom de lois , et en action sous le nom de gouvernement . Il
est donc de la plus haute importance que les citoyens d'un
état libre s'accoutument à raisonner il n'y a que l'homme
raisonnable qui sache être libre .
<
Un autre point non moins important , c'est que les fonctions
d'instituteur public , ne soient confiées qu'à des hommes
particulierement doués d'une grande justesse d'esprit : obligés
d'expliquer et de commenter sans cesse ce catéchisme , premier
rudiment de l'éducation civile , d'applanir toutes les difficultés
, et de répondre à toutes les objections , les erreurs
où ils tomberaient deviendraient souvent celles de leurs éleves ,
et une idée fausse en cette matiere suffit pour fausser l'esprit ,
et quelquefois sans retour . On connaît le pouvoir des premieres
impressions , on en peut juger par celles que laissait
notre ancienne éducation . Tous ceux qui ont été connus pour
de bons esprits avaient commencé par s'en refaire une nouvelle
; mais cette force n'est pas commune , et une bonne institution
publique doit en dispenser .
L'auteur propose ( et il à raison ) de faire disparaître dès
1
( 243 )
Tenfance tous ces idiomes provinciaux , ces patois dont la
diversité formait des peuples différens dans un même Etat. Le
langage est d'une conséquence beaucoup plus grande qu'on
ne croit , les idées y tiennent , et cela est si vrai qu'il y avait
et qu'il y a même encore depuis la révolution des préjugés
locaux , des préjugés de bas- breton ou de provençal attachés
aux termes de la langue du It pays. ne serait pas très -difficile
d'en corriger les enfans , puisque le séjour de la capitale en
corrigeait les hommes faits .
Il pense que l'enseignement de la morale doit remplacer celui
de la religion je le pense comme lui , et ce n'est pas sans y
avoir bien réfléchi . Mais comment croire que cette vérité philosophique
et politique soit propre à l'auteur , quand il est
impossible de la concilier avec les passages suivans ? Le
livre par excellence , d'où l'on peut extraire les preceptes
les plus sûrs et les plus vrais , c'est cet ouvrage que la divi-
› nilé a laissé aux hommes assez insensés pour en méconnaître la
" sublimité. 99 Cet ouvrage , c'est l'Evangile . Il y a ici une inconséquence
impardonnable . Si l'évangile est en effet l'ouvrage
de la divinité , que peut- on nous donner de meilleur , et comment
se permettrait- on de remplacer cet enseignement divin par
quelqu'autre que ce fût ? Ailleurs , il dit en parlant de la charité
: Vainement a - t- on voulu lui opposer des vertus humaines ;
elle surnagera aux efforts de ces sectaires qui la proscrivent ,
" parce qu'elle est la pierre angulaire de la religion du Christ. 99.
Ces expressions , qui sont depuis 1800 ans celles du fanatisme
, peuvent- elles se retrouver sous la plume d'un homme
qui paraît d'ailleurs raisonnable ? Est- ce là ce qu'il veut enseigner
à des éleves ? est- ce ainsi qu'il compte remplacer la
religion par la morale Il est temps d'être conséquent : je ne
puis ici que resserrer en peu de lignes ce qui pourrait comporter
ailleurs une dissertation complette pour former un corps
de preuves , et battre en ruines toutes les objections . En peu
de mots , voici ce que je crois la vérité.
Tout bien examiné , P'erreur , en derniere analyse , ne peut
faire que du mal , et jamais on ne trompe les hommes que
pour leur nuire. Une éducation qui doit former des hommes
libres doit donc être fondée sur la vérité . 1º . Si la religion
est un frein , comme on l'a dit tant de fois , ce frein est nonseulement
très- insuffisant , il est même extrêmement dangereux,
parce que dans la main de ceux qui le tiennent ce n'est autre
chose qu'un instrument de domination pour eux , et d'esclavage
pour les autres , et l'on sait ce qu'ils en ont fait pendant tant
de siecles les faits parlent si haut qu'il est également impos-.
sible ou de les nier ou d'y répondre. 2 ° . C'est toujours un
très -grand mal de corrompre l'entendement humain sur un
point quelconque , encore plus sur un point capital : ce déré
glement d'esprit s'étend à tout , et l'expérience apprend jusqu'à
quel point les erreurs religieuses ont perverti la morale
02
( 244 ):
"
la politique , les moeurs , le gouvernement. 30 , Quand ce frein
chimérique et factice vient à être brisé , les hommes qui ne
s'arrêtent point n'en connaissent plus d'autre , et repoussent
même la conscience comme ils ont repoussé la superstition .
En conséquence , je voudrais que jusqu'à l'âge de 15 ans on
ne proposal jamais aux éleves d'autres fondemens de morale
que Dieu , la conscience et la loi , Dieu comme principe , la
Conscience comme émanation , la loi comme résultat mis en
méthode . Observez qu'on aurait alors cet avantage précieux ,
que jamais leur raison ne répugnerait à ces notions premieres ,
soit qu'ils regardassent l'univers , soit qu'ils descendissent dans
eux-mêmes , soit qu'ils examinassent la loi . Tout leur paraitrait
lié et conséquent avec un être parfait , principe de
toute justice , une conscience qui en est le sentiment intime ,
une loi qui en serait l'expression . A 15 ans , lorsque leur
raison serait fortifiée et leur mémoire déja remplie des tradi
tions historiques , on leur expliquerait facilement de quelle
maniere , dans quel dessein et par quels moyens se sont établies
toutes les religions qui se partagent le monde , et ce que
le bon sens doit en penser. Voyez seulement dans l'Emile de
Rousseau le parti qu'il veut tirer et qu'on peut tirer en effet
de l'idée d'un Dieu , même pour l'enfance , et vous concevrez
que cela vaut mille fois mieux que des absurdités convenues
et des rêveries scholastiques .
Je sais que ce même Rousseau s'extasie sur l'Evangile et les
Ecritures , et les dévôts ont répété jusqu'à satiété le morceau
très -éloquent en effet , qu'il a écrit dans son enthousiasme
mais d'abord l'éloquence en elle-même ne prouve rien que
du talent , et avec ce même talent , porté sur la contre - partie ,
i eût fait , s'il l'eût voulu , une satyre tout aussi bien écrite.
Il s'agit ici de raisonnement , et non pas de rhétorique ; et
que peut - on copclure de toutes les belles phrases de Rousseau
, quand Ini - même finit par ces propres paroles ? Avec
" tout cela , ce même Evangile est plein de choses incroyables,
de choses qui répugnent à la raison , et qu'il est impossible
,, à tout homme sensé de concevoir ni d'admettre . 99 68
Certes , ce n'est point un livre ainsi caractérisé par l'écri
vain qui en fait le plus grand éloge , ce n'est point un livre
empli de préceptes contradictoires , de maximes outrées et
de paraboles équivoques ou inintelligibles , qu'il faut mettre
entre les mains des jeunes gens . J'en tirerais seulement , ainsi
que des philosophes auciens ou modernes , les passages où la
morale universelle est prêchée avec cette simplicité touchante
et persuasive , qui est effectivement le mérite de ce livre , ct
je me contenterais de dire aux éleves que ce livre a été rédigé
par les disciples d'un sage de la Judée , qui lui - même
n'ecrivit jamais rien , mais dont ils ont rapporté les actions et
les paroles ; que ce sage qui s'élevait contre l'hypocrisie des
prêtres et contre la superstition , fut mis à mort par un peuple
{
( 245 )
fanatique , et que ses disciples , après lui , établirent avec le
tems une religion qui est suivie aujourd'hui par la plupart des
nations de l'Europe , comme celle de Mahomet par beaucoup
de nations de F'Afrique et de l'Asie , etc. J'aurais soin de ne
mettre jamais aucune différence originelle entre les diverses
croyances religieuses , et ne leur donnerais d'autre idée du mot
de religion que celle de l'espece de culte particulier que
chaque nation rend à l'Etre, suprême , comme chaque nation
adopte le gouvernement qui lui convient , et j'aurais toujours
grand soin d'ajouter que rien n'est plus indifférent en soi ?
même et aux yeux de Dieu que cette diversité de cultes ; que
l'essentiel aux yeux de Dieu , comme aux yeux de la loi
est d'être juste etc. S'ils m'en demandaient davantage , je les
renverrais au tems marqué pour l'étude de la philosophie et
de la législation , comme on renverrait un écolier de troi
sieme qui ferait des questions sur Tacité et Démosthènes , au
temps où il entrerait en rhétorique .
,
83
Je crois que cette méthode aurait de grands avantages et é
aucun inconvénient . Mais encore une fois ( on le voit par cet
exposé ) , tout dépend des lumieres de l'Instituteur . Il faut
avant tout une saine philosophie et une logique sûre. Il ne
faudrait pas leur parler , comme l'auteur de cette brochure ,
de la charité qui est là pierre angulaire de la religion du Christ
( qui n'a point fait de religion ) , et à laquelle on a voulu opposer
des vertus humaines . Au contraire , lorsqu'ils seraient en état de
m'entendre , je leur apprendrais que cette charité dont les chré
tiens se vantent comme d'une vertu qui leur appartient exclus
sivement , n'est tout simplement qu'un mot latin qui signifie
amour en général , affection tendre et bienfaisante et
que Ciceron l'emploie particuliérement pour exprimer le
sentiment de bienveillance fraternelle qui doit nous unir à
tous les hommes : caritas generis humani , amour du genre kuf
main ; que cette vertu a été prêchée par les moralistes et les
législateurs de toutes les nations policées , parce que l'amour
de nos semblables , fondé sur nos besoins réciproques , est la
base de toute société ; qu'on serait même embarrassé de dire
chez quel peuple elle a été le mieux recommandée , les orientaux
ne le cédant en rien là -dessus aux Européens , ni les
anciens aux modernes , comme cela est prouvé par des exemples
sans nombre si qu'aucun législateur , ni aucune sécte n'a
jamais pu faire une vertu ni un vice , parce que l'un et l'autre
sont dans la nature de l'homme , susceptible également de
bien et de mak; qu'on ne peut opposer les vertus humaines à la
charité , attendu que la charité est une vertu très - humaine'; 'qu'il
n'yani ne peut y avoir que des vertus humaines , parce qu'humain
signifie ce qui est de l'homme , et qu'une vertu qui serait dans
l'homme et quisne serait pas de l'homme , serait vraiment une
chose merveilleuse , mais qui par malheur implique contradiction
dans les termes comme dans les idées , ce qui en bonne
( 246 )
philosophie constitue l'impossibilité absolue ; qu'à la vérité
les théologiens ont imaginé des vertus surnaturelles ; mais que
par les raisons ci -dessus énoncées , il faut laisser ces extravagances
aux théologiens qui ont inventé , pour leur usage
une langue toute composée de mots vides de sens , pour
avoir le plaisir de disputer , sans jamais s'entendre , jusqu'à
la consommation des siecles , s'ils vont jusques- là ; qu'enfin ,
si l'on dit souvent une vertu divine , une vertu plus qu'humaine
un effort surnaturel , ecce , le moindre petit rhetoricien sait
qu'on ne s'exprime ainsi que par une figure appellée hyperbole
; mais que dans le fait il n'y a rien dans l'homme ni de
divin , ni de surnaturel , ni de surhumain..
:
En accoutumant ainsi ces éleves à cette rectitude d'idées
aujourd'hui nécessairement méconnue plus que jamais , depuis
que toutes les passions mises en fermentation et tous les
intérêts en concurrence ont entierement dénaturé , même
dans l'usage commun , le sens des expressions les plus vulgaires
, et contredit les notions les plus universellement reçues
depuis le commencement du monde ; je leur ferais observer
, par exemple , que les chrétiens ont eu très -grand
tort de faire une vertu de l'humilité , qui , dans son acception
originaire ne veut dire que bassesse . Pour apprendre à
l'homme à être modeste , il ne faut point le ravaler au-dessous
de lui-même il suffit de lui montrer ce qu'il est . Aller plus
loin , et tomber dans Fabjection pour éviter l'orgueil , c'est
remplacer un excès par un excès c'est le contraire de la
sagesse. Tous les philosophes ont cherché à tempérer l'amourpropre
par la modestie ; les docteurs chrétiens seuls ont voulu
l'étouffer. Rien n'est plus fou ni plus chimérique que cet entier
renoncement à soi-même , comme disent les Piétistes , ce brisement
de coeur , comme disent les Trapistes , par lequel chaque homme
est obligé en conscience de se croire au-dessous de tous les
autres . Jamais les anciens n'ont eu l'idée d'une pareille folie ,
et s'ils revenaient aujourd'hui , je crois qu'ils eu seraient étonnés
au point de ne pas la concevoir . Socrate , frappé de notre
ignorance sur les causes premieres de tout ce qui existe , disait
que tout ce qu'il savait , c'est qu'il ne savait rien ; ce mot
était très - philosophique , et c'est pour cela , dit - on , que
l'oracle le déclara le plus sage des hommes. Mais si on lui
eût dit que pour être sage , pour être parfait , il fallait qu'il
devint comme un enfant estote sicut infantes ) , qu'il soumit sa
raison , et qu'il regardât ses vertus comme des péchés , il aurait
cru qu'on se moquait de lui . Le motif que l'on donne de cette
humilité , c'est le peu que nous sommes devant Dieu , c'est le sentiment
de nos miseres et de sa perfection . Mais n'y a -t-il pas
coup d'orgueil dans cette humilité prétendue ? n'est - ce pas
ressembler un peu trop à ce frere lay qui s'écriait avec componction
qu'est - ce qu'un capucin devant une planette ? Faut - il
donc remonter jusqu'à Dieu pour sentir que nous sommes
3
beau-
1
( 247 )
peu de chose ? Rêves mystiques d'une imagination exaltée !
'homme ne doit en aucun sens se comparer à Dieu : il en
est trop loin ; il ne doit point croire que ses bonnes actions
sont des péchés devant Dien , parce que Dieu qui est juste , ne
lui demande que des vertus humaines et non pas des vertus
divines. Dieu lui a donné l'amour- propre comme un ressort
nécessaire , sans lequel il ne ferait rien de grand : vouloir dé-
\ truire ce ressort est insensé et heureusement' impossible.
L'homme sage doit chercher à valoir mieux que les autres : s'il
y réussit , sa modestie , par rapport aux autres ,
pas à l'ignorer , mais à ne pas le faire sentir par rapport
lui-même , elle consiste à comparer ce qui lui manque avec
ce qu'il a , ce qu'il sait avec ce qu'il ignore . Il sera donc modeste
, mais non pas humble , c'est-à- dire qu'il n'affectera ni
de se mettre au- dessus des autres , ce qui serait orgueilleux.
ni au-dessous , ce qui serait bas .
ne consiste
à
Voilà bien la preuve que quand les hommes veulent faire des
vertus , ils ne font que des soltises. Les Stoïciens n'avaient- ils
pas aussi leur chimere , leur ataraxie ? ( imperturbabilité. )
Mais du moins cette chimere avait quelque chose de bien noble.
C'était trop sans doute et beaucoup trop de vouloir rendre
l'homme impassible comme un Dieu ; mais c'était un acheminement
à cette égalité d'ame qui calme au moins les passions
, qu'elle ne peut anéantir. Aussi cette philosophie a produit
de grands hommes . L'excès n'était que dans la doctrine !
la pratique , nécessairement restreinte par la nature , était utile
et louable. Comme je te châtierais , si je n'étais pas en colere !
disait à son esclave un philosophe de cette secte. La colere y
était bien , malgré toute sa doctrine ; mais l'habitude de la
modération retenait sa main . Quant à l'humilité , je ne sais
à quoi elle est bonne , si ce n'est à faire des moines å besace.
L'auteur ne manque pas de mettre la grammaire an nombre
des connaissances que doit avoir l'Instituteur public , et en
effet il n'est rien moins qu'indifférent d'accoutumer la jeu
nesse à s'énoncer correctement et à connaître la valeur et la
propriété des termes . Il serait à souhaiter que l'auteur n'y
manquât pas si fréquemment. Celui qui donne des préceptes
doit s'attendre qu'on lui pardonnera moins qu'à tout autre
l'incorrection du style et l'impropriété des expressions ; leurs
trônes et leur puissance ne reposent que sur l'aveuglement , etc. 1 .
On ne repose point sur l'aveuglement . Avec quel nouveau
succès les lumieres ne seront- elles pas cultivées , on ne
cultive point des lumieres . Il y a une foule d'autres fautes de
la même espece .
GRAVURE.
Portrait d'Helvetius , de 9 pouces sur 7 et de forme ovale I
gravé au lavis en couleur , par P. M. Alix , et peint par Gar
( 248 )
nerey , d'après le tableau original de L. M. Vanloo' , peint en
1755. Ce portrait fait suite à ceux de Voltaire , J. J. Rousseau,
Mably , Montaigne , Linné , Buffon , Fénélon er Mirabeau ,
gravés par le même auteur , d'après différens maîtres . Ils se
vendent à Paris chez le citoyen Drouhin , rue Christine , nº . 2 ,
faubourg Saint- Germain . Le prix est de 6 liv. pour chacun .
Je
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA RÉPUBLIQUE .
Le Deuil prématuré , comédie en un acte et en prose , est
coup d'essai d'un jeune homme , fils du citoyen Monvel ,
ce nom est d'un heureux augure pour les succès drama
tiques .
7
fille . Elle fait des
Une femme se croit veuve depuis un an , et s'avise de
devenir amoureuse de l'amant de sa
avances au jeune homme qui s'y refuse , la vieille humiliée
lui défend de rentrer dans sa maison . Un ami du jeune homme
se met alors sur les rangs , parce qu'il a des dettes , et qu'il a
promis à ses créanciers d'épouser une femme riche ; tout-àcoup
il reçoit une lettre du mari qui lui annonce son prochain
retour. Obligé de renoncer à ses projets personnels , Der
val ( c'est le nom de l'ami ) se propose de faire servir cet incident
à l'union des jeunes gens. Il paraît suivre toujours son
plan de mariage auprès de la prétendue veuve ; il la persuade ,
la fait consentir à l'épouser , amene un notaire , rassemble
tout le monde ; on est pres de signer .... lorsque l'é
poux arrive. On peut juger de la surprise et de l'embarras
de la dame ; le mari demande pourquoi ce notaire , pourquoi
des violons dans la maison ; Derval s'empresse de lui répon
dre que ce sont des préparatifs pour la noce de sa fille qui
devait se marier aujourd'hui même avec le jeune Dorlin. La
mere furieuse , mais craignant que son mari ne soupçonne la
vérité , se trouve forcée d'appuyer le stratagême de Derval , et
de consentir au mariage.
Le dénoûment est , comme on le voit , heureux et plaisant ;
#ly a de la gaîté dans la pièce ; on s'apperçoit trop souvent
qu'elle est d'un auteur qui a lu et vu jouer des comédies
plus qu'il n'a observé le monde ; mais cet auteur est jeune
son ouvrage et son nom font concevoir des espérances de
talent. Aussi la piece a- t-elle réussi.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
ALLEMAGNE,
ALLEMAGNE. De Francfort , le 28 mai.
--
SUIVANT des lettres de Vienne , en date du 11 mai , on
prépare le château de Laxembourg pour le séjour que la
famille impériale doit y faire pendant la belle saison . Mais
la cour y sera peu nombreuse. L. M. souhaitant d'y jour
de la tranquillité et du repos . C'est par la même raison que
les jeunes archiducs et les archiduchesses avec le prince royal
de Naples passeront l'été à Schonbrun avec leur cour respective.
L'empereur viendra toutes les semaines de Laxembourg
en ville pour donner ses audiences de la maniere que cela
se pratique présentement les mardis et les vendredis . Cela
n'empêchera pas le voyage de Munich , où doit être décidé
l'échange de la Baviere. Les mêmes lettres portent que les
régimens destinés pour l'armée de réserve , qui sont encore
dans leurs quartiers , ont reçu des ordres très- pressés de se
mettre en marche ; ils seront obligés de partir en 24 heures ,
et ne pourront se reposer qu'après cinq jours de marche .
Cette marche forcée fait supposer une destination importante.
Les bataillons de grenadiers de cette ville sont cependant
exceptés de cet ordre , et resteront probablement ici . Ces
jours.ci nous avons vu passer par cette ville le régiment d'hussards
de Szekler qui part pour le corps de réserve dans la
Baviere. L'empereur a fait distribuer aux carabiniers du corps , qui
portent son nom, une gratification de 1000 ducats lors de leur
départ. En général il cherche à s'assurer par tous les moyens
possibles l'attachement des troupes qu'il regarde avec raison
comme l'instrument le plus sûr du maintien de sa puissance.
Il fait même d'assez grands sacrifices à cet égard. L'administration
des domaines royaux en Hongrie va être supprimée:
tous ces domaines , à l'exception de ce qui en est destiné
au douaire de la reine , seront vendus ou donnés à des sujets
qui auront bien mérité de la patrie . On parle aussi de la
formation prochaine d'une garde- du- corps Flamande ou Brabançonne
ou Wallone , comme on voudra l'appeler , qui sera
toute composée de gentilshommes des Pays-Bas. Le général
d'artillerie , prince de Ligne , en sera , dit- on , le capitaine ,
et le général , comte de Clairfayt , capitaine - lieutenant.
Cette derniere mesure est fort adroite ; en effet , c'est se
ménager des ôtages importans en cas de nouvelles émeutes
Tome III. R
( 250 )
dans la Belgiqua , et former à la cour même des especes de
missionnaires qu'on renverra prêcher avec succès dans les
Pays -Bas les principes qu'il est de l'intérêt de cette cour d'y
répandre , et qui seraient soutenus avec toute la chaleur de
la reconnaissance par des membres de plusieurs familles qui ,
revenant chargées de ses bienfaits , feraient desirer et espérer
aux autres d'y participer , et les détermineraient à s'en rendre
dignes par leur dévouement. La disposition suivante est
encore dictée par ce même esprit de ménagement pour les
intérêts ou la vanité des provinces auxquelles on craint de
donner des sujets de plainte. La Gallicie , comme les Pays-
Bas et la Lombardie va avoir à Vienne son département
particulier , à la tête duquel se trouvera le comte de Ballassa ,
qui sera nommé chancelier .
,
-
On tire parti de la Hongrie non-seulement par un emprunt
à cinq pour cent , qui fournit du numéraire dont elle est
abondamment pourvue , mais même par des troupes . Elle ne
cesse point encore d'envoyer par Pettau des détachemens de
ses gardes des frontieres qui vont à l'armée du Piémont. Il
y a apparence que l'on recevra bientôt des nouvelles importantes
de ce côté -là .
Le conseil aulique de la guerre a déja expédié tous les
ordres nécessaires pour la marche instante du renfort qui est
destiné à l'armée du Rhin ; le corps employé devant Mayence
y aura une bonne part. S'il faut en croire aussi des lettres
du 8 , il est parti le 6 pour l'armée 36 charriots chargés d'argent.
Cela peut- être ; mais il est impossible de ne pas se dire
que cela fait beaucoup de charriots , et sur- tout beaucoup
d'argent ; il faut qu'on se soit trompé sur les dates , et que
cet envoi soit le même que celui du 5 , consistant en 4,000,000
de florins en especes . On n'a pas tous les jours de pareils
transports à faire.
Tandis que l'Autriche multiplie ses préparatifs contre la
France , la Prusse cherche aussi à la perdre auprès de la cour
ottomane ; elle se réunit pour cet effet à l'Angleterre , jalouse
de s'emparer du commerce du Levant , principale source des
richesses de Marseille . En conséquence le comte de Keller ,
ministre Prussien , est allé à Ismail avec Numan Bey indiquer
à cet officier-général la meilleure maniere de fortifier la place
, et les Anglais vont , à ce qu'on assure , achever de se.
rendre utiles , nécessaires même au grand-seigneur , en lui faisant
venir des ingénieurs de la marine royale pour rendre la
sienne formidable .
On ne sait trop de quelle maniere M. Descorches sera reçu
à Constantinople où , malgré les soins du drogueman Fonton ,
il trouvera les impressions défavorables laissées par le ci - devant
ambassadeur Choiseul - Gouffier , qui se retire à Pétersbourg
: il y va par lassy , capitale de la Moldavie . Il est déja
parti de Hermanstadt .
( 251 )
Les dernieres lettres de Vienne portent qu'il était question
de transférer le ministre de la guerre Beurnonville et les
quatre commissaires de la Convention , comme prisonniers
d'Etat , à la forteresse de Spielberg , près de Brunn en Moravie
. Mais la réflexion que cela pourrait attirer un mauvais
traitement à nos prisonniers chez les Français , a fait renoncer
, dit-on , à ce dessein . On songe , au contraire , å proposer
ces prisonniers en échange contre la reine de France .
D'un autre côté , les Français arrêtés dans les Etats de
l'empereur , comme prévenus d'une correspondance illicite ,
viennent d'être jugés quelques - uns ont été acquittés , d'autres
bannis , et quelques- uns , c'est le plus petit nombre , ont
été tranférés à Ruffteim pour un an.
Le général Dumourier a fait sonder le terrein à Vienne pour
savoir de quelle maniere il y serait reçu . On lui a fait entendre,
que sa présence ne serait pas agréable. Il est actuellement
Marienthal en Franconie où il doit rester quelque tems ;
sa suite est nombreuse : il voit peu de monde , et annonce une
sorte de sobriété dans sa dépense .
ง
4
Des nouvelles encore plus récentes et les dernieres qui
nous soient parvenues contiennent les détails suivans . Le 14
de ce mois , il se tint une conférence à laquelle on avait
appellé les généraux qui sont encore ici . A son issue , l'ordre
fut expédié à 25,000 honimes de faire des marches forcées
pour joindre l'armée du prince de Cobourg. On travaille
nuit et jour dans les arsenaux , où l'on prépare un nouveau
transport considérable d'artillerie de siege et de campagne.
Quelques personnes prétendent que ces 25,000 hommes additionnels
sont pour remettre dans la balance contre Custines ,
et retablir ainsi l'équilibre . En outre , 27 bataillons d'infanterie
et 12 escadrons de cuirassiers resteront aux frontieres
extrêmes de la Baviere , et y attendront de nouveaux ordres .
On parle aussi d'un corps de 1600 crôates offert par des
députés de la partie de ce pays que le dernier traité de Sistowe
a valu à l'Autriche .
Si l'on veut un exemple d'exagération italienne qui ne
s'est point adoucie en passant par des bouches allemandes ,
on le trouvera dans l'avis suivant donné par des lettres de
Turin , datées du 4 mai : ,, L'armée combinée Sarde et Autrichienne
agira en 4 corps détachés ; à celui d'Aost , commandé
par le général de Vins , se trouvera le roi ; celui de
Nice sera sous les ordres du duc de Chablais ; celui de Saluce
sous ceux du prince de Carignan , et celui de Suze sous ceux
du comte de Genevois . Chacun de ses corps sera , dit- on , de
18 à 20,000 hommes. Une chose plus certaine , c'est l'arrivée
de Jarjayes , neveu du célebre ingénieur Bourat , qui
s'est rendu à Turin avec un nommé Joly , de la même profession
ils ont apporté des cartes et plans militaires du
Dauphiné et de la Provence ; le roi a placé ce fugitifs dans
R 2
( 252 )
!
l'état - major , où ils resteront tant qu'on aura besoin des traîtres
pour profiter de la trahison .
Voici des faits sur lesquels il nous est aisé de donner plus de
détails , et sur- tout d'une maniere plus exacte , parce qu'ils
se passent près de nous .
---
Le i et le 12 avaient été assez tranquilles . On avoit
seulement un peu tiraillé de part et d'autre . Mais , le 15 vers
minuit , un détachement de Français se montra , comme on
s'y attendait , devant Kostheim. On voulut le repousser , ce
qui engagea une vive canonnade sur les batteries du Rhin et
du Mein et à Kostheim même . Un piquet Prussien s'étant
avancé jusqu'à vingt pas pour s'assurer de la force des Français
, perdit 12 hommes dans cette petite affaire . Le 16 , les
Français ont fait une nouvelle sortie de Mayence sur l'aile
droite de l'armée de siége , mais sans aucun succès ; le feu
de l'artillerie autrichienue a incendié un magasin considérable
. Les batteries sont si proches de Mayence qu'on peut
atteindre cette place avec du canon de 12 livres de balle .
Une dépêche nous annonce que le prince de Hohenlohe
allant reconnaître , le 15 de ce mois , l'ennemi sur les Blirs ,
près d'Ottweiler , trouva les Français près de Neukirchen dans
une position très avantageuse . Comme il se prop asait de l'en
déloger , il fit avancer le détachement du colonel Czekely ,
fort de goo hommes , avec deux pieces de canon , et faire
l'attaque ; il fit attaquer en même - tems les retranchemens près
de ce village par les chasseurs de Trèves et un bataillon de
Wedel , Les Français voyant leur flanc menacé par cette double
attaque , se retirerent , mais en si bonne ordre , que la cavaleric
ne pût les entâmer.
?
On écrit aussi de Philipsbourg , que le 17 , à la pointe du jour ,
les Français attaquerent dans le voisinage de Landau sur divers
points ; ils étaient en assez grand nombre , et leur artillerie
supérieurement servie comme à l'ordinaire . L'avantage fut
d'abord' pour eux , mais un renfort venu fort à propos mit enfin
en état de le repousser dans le Bienenwald . Au reste , cette
affaire à coûté beaucoup de monde de part et d'autre . Les
regimens de Keiser dragons et Giulay infanterie ont sur- tout
beaucoup souffert . Cependant la perte la plus considérable est
mbée sur le corps franc de Michaelowitz , dont le chef le
major Maddeischik a même été fait prisonnier,
1 7
Les Prussiens ont porté quelques- uns de leurs postes jusqu'à
Walsheim et sur les hauteurs de Gottrumstein et de Gleisweiter
, que l'avant-garde du corps d'armée impériale et du corps
de Condé est à Klosterhordt , à Hernheim et aux environs ;
enfin , que les patrouilles vont jusqu'au-delà de Rhinzabern ,
Il circule un bruit assez étrange , et que l'on dit venir de cette
petite armée de Condé , c'est que le chef a fait dire à tous
Jes gentilshommes Bretons qu'il avait reçu la nouvelle que ,
( 253 )
Brest excepté , toute la Bretagne s'était soumise aux royalistes ,
et qu'ils s'y rendissent tous sans perdre de tems .
Ce bruit s'accorde avec un autre que l'on affecte encore
de répandre . On assure que M. d'Artois est parti de Pétersbourg
où il a reçu de l'impératrice une grosse somme d'argent
; que ce ci - devant prince doit paraître comme un messie
sur les côtes de la Bretagne avec un corps de Français , et
qu'il ne faut pas douter que la cour d'Angleterre ne soutienne
cette entreprise .
-
et
Les lettres de Manheim , du 19 , disent qu'il vient d'arriver,
à Dornschingen sous l'escorte de quelques mille hommes
de cavalerie , un transport d'artillerie autrichienne de 22 pieces
de 4 et de 10 de 12 livres ; il s'y trouve aussi quelques mortiers
. Leur destination est , dit- on , pour l'armée de Wurmser
et contre Landau . Mais elles pourraient bien rester à la rivẹ
droite du Rhin , le général Wurmser jugeant å propos d'établir
son quartier- général à Rastadt , où se rendra aussi le
général Wallis . Suivant des avis plus récens de Carlsrouhe
, les troupes autrichiennes qui quittent les environs de
Landau seront remplacées par des Prussiens , et ceux - ci ont
reçu , à ce qu'on assure , l'ordre positif du roi d'attaquer
sérieusement les Français retranchés dans le Birnenvald ,
de les chasser de- là , S. M. étant lasse de ne voir toujours
que tirailler, Le général Wurmser couvrira la rive droite da
Rhin , depuis Philipsbourg jusqu'à Bâle , contre toute insulte
de la part des Français , plan que les renforts considérables
qu'il attend le mettent en état d'exécuter, Il n'est pas douteux
qu'alors l'armée impériale ne passe de nouveau le Rhin
pour entrer en Alsace . Au reste les efforts que l'on fera
contre cette partie du territoire de la République se regleront
sur les mouvemens de l'intérieur. Les plus puissans motifs
d'espoir pour les émiregs et les puissances coalisées sont dans
les départemens de Paris , et de la Vendée . Les rébelles et les
factieux y forment , pour ainsi dire , leurs avant- postes .
Wurmser emploie 6000 paysans à détourner la Queich , de
peur que les Français n'inondent les environs de Landau . Ce
qu'il redoute le plus , c'est l'artillerie volante ou chasseurs
à cheval ou à pied , dits du Rhin , Il a eu plus d'une fois occasion
d'essayer leur bravoure et cette prestesse qui donne tant
d'avantage dans les coups de main.
1
Nous apprenons dans ce moment même que les . Etats de
Milan ont fait remettre à l'empereur un don patriotique d'un
million ; et ils se sont engagés à donner tous les ans pendant
la guerre 30,000 florins . Tous ces dons n'empêcheront pas la
demande de l'assiette d'un nouveau subside de guerre ; une
commission est même déja établie pour en rédiger le projet.
D'ailleurs l'Autriche s'épuise peut- être encore plus en popu
lation qu'en finances , puisqu'on est obligé d'enlever les bras
à l'agriculture , et de priver ainsi les campagnes d'hommes
254 Y
4
utiles , indispensables même , qu'on envoie tomber sous le fer
ennemi , ou périr d'une maladie contagieuse , qui fait actuel
lement tant de ravages parmi les Autrichiens cantonnés dans le
Luxembourg et le Brisgaw , que les Français eux-mêmes sont
effrayés des progrès de cette maladie , et bien décidés à ne
point recevoir de déserteurs de peur de s'exposer à la contagion.
ง
-
Les Prussiens ont eu leur tour l'année derniere , mais pour
cette campagne ce sont eux qui , jusqu'à présent , résistent
le mieux aux fatigues et à la mauvaise nourriture commune
aux deux armées . Cependant il paraît , malgré qué nos gazettes
disent le contraire , qu'ils perdent beaucoup de monde dans
les sorties fréquentes que fait la brave garnison ou pour mieux
dire l'armée enfermée dans Mayence. Aussi veut- on déployer
contre cette place un appareil de guerre formidable . — Le
roi de Prusse a fait parvenir des ordres à ses troupes dans le
pays d'Anspach de se mettre en marche pour l'aller joindre .
De plus , quelques bateaux avec des canoniers Autrichiens sont
arrivés dans notre ville , ces canoniers se rendent à l'arméè
du siége de Mayence . Mais le moyen dont on espere davantage
, ce sont 16 chaloupes canonnieres qui se rendent de
Roterdam pour former sur le Rhin le siége de cette ville ,
sans la prise de laquelle la campagne pourrait être regardie
comme perdue ou mal employée ; elles portent , dit- on , 22
pieces de canon de 24 livres de balle et 300 hommes d'équipage
. Les préludes de ce siége , car on ne le regardera
comme réellement commencé que lorsque l'on pourra le faire
par terre et par eau , et foudroyer la place sur tous les points ,
sont néanmoins terribles . Le feu est continuel sous les murs
de Mayence . La plaine féconde qui l'environne , n'offre plus
à l'oeil affligé que des décombres et des cendres . La terre de
Dalhberg et les maisons de campagne voisines ne sont plus
qu'un monceau de pierres . Les troupes qui forment le contingent
de l'imprudent électeur ne sont pas les moins exposées
au feu des batteries françaises , et sa belle maison connue sous
le nom de la favorite , est entiérement ruinée .
―
PROVINCES UNIES ET BELGIQUE.
Des lettres d'Amsterdam du 21 annoncent une tournée dans
les Pays-Bas , faite par le Grand - Drossard de l'Overyssel et le
grand-baillif de Zutphen pour visiter les armées alliées : ces
magistrats ont aussi eu une conférence avec les commissaires
de la Convention et le ministre Beurnonville qui sont fort bien
traités à Maestrich . Il n'en est pas de même des autres prisonniers
Français auxquels on ne donne qu'un pain detestable ,
qu'on semble encore leur plaindre , et qui reçoivent d'ailleurs
mille mauvais traitemens . La contribution du cinquantieme
denier se leve avec une extrême rigueur , sur - tout dans les
provinces de Hollande et de Zélande . On fait mystere de
( 255 )
- canon-
-
le
l'emploi des sommes laissées à la disposition du Stadhouder
et de son conseil . Le peuple est mecontent , mais il n'ose
murmurer , et paie . - Il vient d'être établi un corps de
niers marins de six compagnies , qui sera commandé par
vice-amiral Kinsbergen. De plus , le statdhouder a fait une
nombreuse promotion d'officiers dans l'armée de terre ..
L'ambassadeur impérial , M. de Staremberg , s'embarquera le
27 pour la Grande-Bretagne , où il va remplir les mêmes fonctions
. On attend à la Haye le lord Spencer à la place du lord
Auckland créé pair , et qui va prendre le ministere de l'inté
rieur que lui cede M. Dundas suivant un bruit qui a besoin.
de se confirmer.'
L'empereur voulant ne rien négliger pour regagner le coeur
des Belges vient d'accorder un pardon général à tous ceux qui
ont porté et qui portent encore les armes contre lui dans les
corps de Béthunistes , à condition que dans l'espace de trois
semaines ils rentreront dans leurs foyers , et s'annoncent aux
magistrats de leurs domiciles . - Il paraît aussi une autre
déclaration en date du 17 , portant amnistie générale pour
le Brabant de tous les crimes , délits et désordres relatifs à
l'insurrection de 1789 et 1790. 19 On dit les Français rentrés
dans la Belgique par la prise de Furnes et d'Ypres . On ajoute
même qu'ils se portent sur Ostende , afin d'opérer une
diversion .
S
ANGLETERRE. De Londres , le 25 mai.
Il s'est fait depuis trois mois pour plus de 20 millions sterlings
de faillites , somme bien supérieure au numéraire en circulation
. Ces banqueroutes sont dues en grande partie à la ,
prohibition de l'exportation des grains , à l'empressement des
capitalistes , effrayés de la chûté progressive des fonds publics ,
à retirer leurs capitaux de la banque de Londres , des banques
particulieres des provinces , ainsi que des caisses de tous les
négocians et banquiers du royaume . D'ailleurs , lorsque la
France , la Hollande et l'Italie ont vu la guerre déclarée , ces
débouchés ouverts à une consommation iminense se sont
fermés , les spéculateurs ont contremandé toutes les marchandises
pour lesquelles ils avaient contracté en Angleterre ; mesures
dont l'effet inévitable se trouve être une stagnation dans
le commerce et un engorgement dans les manufactures. Cette
cessation de travail a réduit à la mendicité près de 40,000 ouvriers
dans la seule ville de Londres , et peut- être plus de
100,000 dans les trois royaumes . Il en est résulté des mouvemens
séditieux dans presque toutes les villes manufacturieres
, et le manque absolu de ressources pour une partie
très-nombreuse de la classe indigente , sur-tout en Irlande ou
l'industrie avait déja si peu de développement . De - là , des
plaintes multipliées contre le ministere et même contre le
parlement. Le peuple se croit trahi par ses représentans qui le
laissent souffrir ; il le dit avec énergie dans une foule de péti
( 256 )
1
tions où l'on accuse la guerre présente du discrédit national ,
et où l'on répete la demande faite tant de fois depuis quelques
années d'une réforme parlementaire. Les ministres et leurs
amis traitent ces pétitions de séditieuses , ou du moins leur
reprochent de tendre à l'avilissement de la représentation natiomale
; les esprits s'irritent , s'exasperent , l'orage se forme ; il
ne peut tarder d'éclater , et l'on prévoit déja que le jeune Pitt
survivra à sa puissance et à sa gloire .
La session du parlement ne finira gueres qu'au 10 juin .
M. White- Bread s'est plaint dans une des séances du mauvais
traitement qu'ont essuyé 40 Anglais arrivant de France , et que
l'on a retenu à bord jusqu'à un nouvel ordre exprès de S. M.
Il a trouvé ces précautions tyranniques et revoltantes : en conséquence,
il a demandé que la conduite des ministres responsables
de l'abus d'autorité fût soumise au plus sévere examen .
Cette motion a échoué . M. Grey , défenseur aussi éclairé
qu'ardent ami de la liberté , a également dénoncé la maniere
violente dont la presse avait été exercée à Shields , où des
hommes qui n'étaient point marins s'étaient vus enlevés de ,
chez eux à main armée ; ce qui prouve que malgré la prime
on a beaucoup de peine à se procurer des matelots , et que
vraisemblablement les équipages sont incompléts
L'amiral Hood est parti pour Portsmouth le 3 mai , a mis
à la voile le 12 et a pris sous son escorte la petite flotte de débarquement
chargée d'un corps d'émigrés Français et de plusieurs
régimens d'infanterie d'Irlande , troupes que l'on pretend
se monter à 80co hommes . Le George Fover , navire ames
ricain , chargé de farines pour la France , l'a rencontré à la
hauteur de Portsmouth , où du moins il a vu à dix lieues de
ce port une flotte anglaise considérable : ce qui semblerait
pourtant faire croire que ce n'est pas la même , c'est que les
dates varient de douze jours , et que le bruit a couru à Londres
que M. d'Artois , après s'y être arrêté seulement deux fois 24
heures , s'est embarqué sur l'escadre de l'amiral Hood . Aujourd'hui
la version change , et l'on assure qu'un simple paquebot
doit le conduire en Westphalie où il compte se retirer à Ham.
Des faits beaucoup plus sûrs , c'est que le 11 mai il s'embarqua
un détachement de canonniers composé de 200 hommes et
15 officiers , 12 pieces de canon de gros calibre , des mortiers
et des obusiers . Ce détachement destiné à se joindre à l'armée
du duc d'Yorck , est commandé par le lord Congreve . On dit
positivement que les Autrichiens ont demandé au gouvernement
Anglais des fourrages , des vivres et des munitions , et qu'une
flotte Anglaise est chargée de se pourvoir de tous ces objets sur
les côtes d'Afrique . C'est aller les chercher un peu loià , si le
besoin qu'on en a est bien pressant. On embarque depuis le
21 à Deptford des fourrages pour la cavalerie Anglaise en Flan--
dres. Il a péri dans la trayersée beaucoup de chevaux des trois
brigades , sous le commandement de sir William Erskine , en
voyées par Ostende .
―
FRANCE.
( 257 )
FRANC E.
CONVENTION NATIONAL E.
PRESIDENCE
Séance du mardi , 28 mai.
D'IS NAR D.
on se
On se rappelle comment , à la fin de la séance de lundi
dernier , la cassation de la commission des douze et l'élar
gissement d'Hébert furent mis aux voix et décrétés
rappelle aussi les protestations que firent un grand nombre
de députés contre la validité d'un tel décret. Aujourd'hui
Lanjuinais est monté à la tribune pour contester l'existence
de ce décret . On lui a disputé la parole . Personne ici , s'est- il
écrié , ne peut , à moins que de se montrer le protecteur
dés assassins , s'opposer à ce que je sois entendu .
Si Lanjuinais ne cesse pas de parler , a interrompu Legendre ,
je déclare que je me porte à la tribune , et je le jette en bas.
Sur la demande de Barbaroux , l'Assemblée décrète que cette
déclaration de Legendre sera consignée au procès - verbal .
Lanjuinais profitant de quelques momens de silence , reprend
la discussion sur la cassation de la commission des douze et
la délivrance d'Hébert . 11 conclut par demander qu'il soit
déclaré que le décret n'a pas été rendu , attendu que les pétitionnaires
étaient confondus avec les membres de la Contion
, et ont voté avec eux ; et que , dans le cas où l'Assemblée
déclarerait qu'il a été rendu , le rapport en fût mis aux
voix . 眷
Il est urgent , a dit alors Osselin , de mettre ce décret à
exécution . Le peuple l'attend avec impatience , et si vous
retardez , vous serez coupables du mouvement qui pourra
arriver ..... Sur la motion de Barbaroux , l'Assemblée décrete
qu'il sera fait mention au procès - verbal de la déclaration
d'Osselin .
- Les mem
La discussion est fermée . Le président consulte l'Assemblée
pour savoir si l'on ira aux voix sur la rédaction du décret
qui casse la commission des douze. La négative est prononcée .
De violentes rumeurs éclatent dans les tribunes .
hares du côté gauche réclament l'appel nominal . — Guadet
demande la parole sur la maniere de poser la question . Plusieurs
membres apostrophent le président. Guadet insiste .
L'Assemblée consultée lui accorde la parole .
Guadet s'étonne qu'on veuille que la Convention s'occupe
de la rédaction d'un décret , c'est - à - dire de son admission
définitive , tandis qu'il est en question si ce décret sera , ou
non , maintenu ; sera , ou non , rapporté . Quoique dans le
Tome III, S
( 258 )
fait on ne puisse pas dire qu'il y ait un décret rendu , lorsque
les législateurs consignés dans le lieu de leurs séances
après la dispersion de leur garde , ont délibéré au milieu des
orages , des violences et des menaces ; lorsque plusieurs membres
ont été dans l'impossibilité de percer une foule menaçante
, et de se rendre à leur poste ; lorsqu'enfin la salle se
trouvait au moment de la délibération pleine de pétitionnaires ,
Guadet observe que malgré tout cela les motifs de rapporter
le décret étant les mêmes que ceux qui auraient dû déterminer
à ne pas le rendre , il était inutile ds s'arrêter à des pointilleries
qui pouvaient amener de longs débats , sans arriver
à aucun résultat. Guadet se réduit donc à réclamer la priorité
pour la demande en rapport.
A
Après beaucoup dǝ tumulte et de désordre , on pose ainsi
la question . Le décret sera- t - il rapporté , oui ou non? L'appel
nominal commence , et la Convention décrete que cet appel
sera envoyé aux départemens .
L'appel fini , le président donne d'abord le résultat d'un
scrutin pour la nomination des commissaires à l'armée du
Nord . Les nouveaux commissaires sont , Lego , Duchastel ,
Bernard Saint-Afrique et Varlet .
Cette nomination excite encore des plaintes , des dénonciations
, et du tumulte dans la partie gauche . Duchastel donne
sa démission . Enfin , on proclame le résultat de l'appel
nominal. Il y avait 517 votans : la majorité était de 259 ; 279
ont voté pour oui , 238 pour non .
-
Votre décret d'hier , a dit alors Danton , était un grand acte
de justice . J'aime à croire qu'il sera reproduit avant la levée
de la séanee ; mais si la commission des douze conservait son
pouvoir tyrannique , si les magistrats du peuple n'étaient pas
rendus à leurs fonctions , après avoir prouvé que nous passons
nos ennemis en prudence , nous leur prouverons que nous
les passons en audace et en vigueur révolutionnaire .
tribunes applaudissent .
Les
On propose d'entendre le rapport de la commission des
douze sur ses travaux . Rabaud , niembre de cette commission
insiste pour avoir la parole . Le tumulte redouble et les me
naces se renouvellent . Le président se couvre les membres
de la droite réclament la levée de la séance , ceux de la gauche
s'y opposent . Au milieu des rumeurs , l'impression du
rapport est décrétée .
2
Nous ne sommes pas libres ici , s'écrie Chambon , allons
dans nos départemens . Le canon d'alarme aujourd'hui ! s'écrie .
Marat. Fermons les barrieres , s'écrie- t- on dans les tribunes.
On demande de nouveau l'élargissement des détenus . Il
est décrété .
La commission des douze donne sa démission .
Une députation de la section des Gardes - Françaises se
présente à la barre : Il est tems , dit l'orateur , que la lutte
( 859 )
finisse ; il est tems qu'une troupe de scélérats , cachés sous
le masque du patriotisme
disparaisse
, il est tems qu'une minorité
turbulente
s'effraye du retour de l'ordre ; elle est faitè
pour le craindre . Vous n'avez qu'à dire un mot ; vous n'a
vez qu'à nous appeller auprès de vous et vous serez entourés
de défenseurs
dignes de la cause qui leur sera confiée ; alors
On verra d'un côté , le courage des bons citoyens ; et de
l'autre la lâcheté et la perfidie de quelques brigands . Cette
déclaration
excite un grand tumulte . Le calme rétabli , les
pétionnaires
continuent
. Ils sollicitent
les bienfaits d'une constitution
et jurent de défendre la représentation
nationale jusqu'à
la mort. On demande l'impression
de cette adresse.
Le bruit recommence
et l'impression
n'est point décrétée .
Cambon , au nom du comité de salut public , rend compte
de l'état de nos armées. L'armée du nord occupe le camp
de Cesane . Valenciennes peut se défendre six mois . Sa garnison
est un modèle de patriotisme et de courage . Custines
doit être arrivé à l'armée du nord . Ce général laisse les armées
du Rhin et de la Moselle dans les meilleures dispositions ;
elles ont un effectif de plus de 60,000 hommes .
Dans l'armée des Pyrennées orientales un camp de 6000
Français fut attaqué par 12,000 Espagnols . Notre armée fut
d'abord repoussée ; la gendarmerie cria sauve qui peut , et mit
nos soldats en désordre. Cependant nos généraux les rallierent
et parvinrent à reprendre le camp .
Les Espagnols furent chassés très-loin de là ; mais pendant
la nuit l'avant-garde égarée par une terreur panique força le
corps d'armée à rentrer dans Perpignan .
Quant à l'armée des rebelles , les habitans de la Vendée rentrent
dans le devoir , les révoltés sont effrayés , l'armée , dite
catholique , se dissout et dans peu cette guerre sera entierement
terminée.
Séance du mercredi , 29 mai.
Des députés des Pyrennées orientales présentent à l'Assemblée
la situation alarmante où se trouve ce département . Les
Espagnols occupent une partie du territoire avec une armée
et une bonne cavalerie ; et le département n'a point de forces
suffisantes à lenr opposer ; il manque d'armes et de munitions
. Nous savons bien , disent les députés , qu'il nn'' est pas
d'armée qu'un orateur ne batte à la tribune ; mais ce n'est
pas en raillant nos ennemis que nous les vaincrons. Ils
expriment ensuite , les sentimens et les voeux de leurs concitoyens.
Guerre aux tyrans , respect aux représentans du
peuple , maintien des personnes et des propriétés , tel est leur
voeu unanime. Là le pauvre vit de son travail et non du
pillage. Le pain y coûte trois fois plus cher que dans d'au
tres contrées , et il n'en a jamais demandé sous peine d'in-
S &
*
( 260 )
surrection .... Cette pétition est renvoyée au comité de salut
public.
Des députés du déparrement de l'Ain viennent de nouveau
réclamer la liberté ou le jugement d'une multitude de citoyens .
qui languissent dans les prisons , victimes du despotisme des
commissaires Amar et Merlinot . Renvoyé au comité de
sûreté générale et de législation . Barrere prévient que sous
trois jours , le comité de salut public fera un rapport sur toutes
les arrestations .
-
Une lettre des commissaires à l'armée de la Rochelle en
date du 27 mai , fait part à l'Assemblée d'un échec éprouvé
par notre armée . Le général ayant appris que les brigands
cherchaient à cerner la Châteigneraye , fit replier ses troupes
sur Fontenay . Bientôt les ennemis se présenterent dans la
plaine où ils avaient été si complettement défaits quelques
jours auparavant. Leurs colonnes étaient formidables , mais ils
n'avaieni point d'artillerie .
Le combat devint extrêmement chaud ; les chasseurs de la
Gironde faisaient un feu terrible ; chaque volontaire de la
compagnie franche de Toulouse et du 14. bataillon de l'Hérault
, combattait en héros , et quelques autres bataillons , ranimés
par les représentans du peuple présens à l'action , ébranlaient
déja les colonnes des rébelles , lorsque le brave général
Chalbes ordonne à la gendarmerie nationale à cheval de charger
pour achever de les exterminer. C'en était fait de ces hordes
de brigands , si l'ordre du général cût été exécuté . Mais ,
honte cinq gendarmes senlement marcherent en avant ; le
reste , effrayé par la défection de quelques lâches , plie et
s'enfuit à bride abattue , en foulant aux pieds notre infanterie
qui se trouvait sur son passage . Plus de trente
braves défenseurs de la patrie ont été écrasés par les
chevaux des fuyards . Les représentans du peuple et les généraux
firent de vains efforts ponr les rallier ; rien ne put
les arrêter . Enfin , l'infanterie se voyant abandonnée par la
cavalerie , et succombant sous le nombre , se mit elle -même
en désordre , et bientôt la déroute fut complette ; notre armée
dispersée par les brigands , fut poursuivie jusques sur
la route de Fontenay à Niort , où le général Dayat et le chef
de brigade Nouvion , ayant rallié 25 gendarmes seulement ,
chargerent 200 hommes de cavalerie ennemie , et les firent
plier ; ils protégerent par ce moyen la retraite d'une partie
de l'infanterie sur Niort. La cavalerie les y avait précédés de
plusieurs heures .
Après cette lecture , Cambon annonce l'arrivée d'un courier
extraordinaire expédié par la commission centrale établie
à Tours . Il apporte l'état des forces qui marchent contre
les rébelles . 29,400 hommes sont sortis de Tours . Une armée
de 60,000 hommes avec 91 ' pieces de canon va entourer
les révoltés. La Rochelle , Rochefort et Poitiers sont en état
de défense.
( 261 )
1
Barrere présente la rédaction de la déclaration des droits.
L'Assemblée l'adopte et décrete en outre que le comité de
salut public s'adjoindra une commission de cinq membres pour
présenter sous huit jours un plan de constitution réduit aux
seuls articles qu'il est important de rendre irrévocables pour
assurer au peuple l'exercice de ses droits et de sa liberté .
Le même membre fait rendre le décret suivant :
1º . Les gendarmes qui ont fui lâchement à Perpignan et à
Fontenay- le - Peuple , seront dépouillés de leurs armes et de
leurs habits , renvoyés à leurs municipalités , déclarés incapables
de servir la patrie et soumis néanmoins à la poursuite
des tribunaux .
2º . Il sera fait mention honorable dans le procès -verbal de
la conduite courageuse tenue par les 25 gendarmes qui se
sont joints au général Dayat et au chef de brigade Nouvion
pour charger les rebelles et sauver une partie de l'armée de
la République.
La section des Marchés présente ses volontaires et demande
la formation d'une armée révolutionnaire , la cassation du comité
des 12 et le décret d'accusation contre ceux qui par leurs discours
provoquent la guerre civile.
La section des Arcis fait la même pétition , et après avoir
déclaré qu'une partie de la Convention n'a plus sa confiance ,
elle demande que les membres qui composent la commission
des 12 soient traduits au tribunal révolutionnaire .
La section de Beaurepaire demande une constitution Républicaine.
L'insertion de son adresse au bulletin est décrétée .
Sur la proposition de Fermont , la Convention décrete que
le président de l'Assemblée ne pourra lui annoncer , ni lui
faire donner lecture d'aucunes lettres ni pétitions , à fin
d'admission à la barre et à d'autres séances , que celles du
dimanche et du jeudi soir.
Séance du jeudi , 30 mai .
On fait lecture de deux lettres écrites de l'armée du Rhin ;
la premiere donne des détails d'une affaire qui a eu lieu près
de Weissembourg. L'avantage s'est déclaré en faveur des
troupes de la République.
La seconde annonce qu'un détachement qui a pénétré dans
le duché de Deux-Ponts en a heureusement ramené à Landau
200 voitures chargées d'avoine et de fourrages .
Sur le rapport de son comité de la guerre , la Convention
nationale décrete qu'il n'y a pas lieu à accusation contre le
général de division Ligneville ; ordonne au conseil exécutif
de le mettre en liberté , et l'autorise à le rendre à ses fonetions
.
Mallarmé , rapporteur du comité des finances , fait rendre
plusieurs décrets.
Par le premier , la Convention détruit les abus qui se com
$ 3
( 262 )
mettent à l'occasion des saisies des créances dues sur le trésor
public .
Le second déclare que les gendarmes nationaux , qui seront
dorénavant payés en assignats , ne recevront aucune indemnité .
Le troisieme accorde un million à titre de prêt aux habitans
du département du Nord , qui l'année derniere ont le
plus souffert des brigandages des Autrichiens .
La
Une députation du conseil général de la commune vient
accuser le citoyen Gardien , membre de la commission des
douze , et député de Château- Renaud , d'avoir écrit en 1790 ,
deux lettres à un contre - révolutionnaire nommé Marizi .
Convention décrete le renvoi au comité de salut public . --
Thuriot , Charlier et quelques autres membres demandent le
décret d'arrestation . Après des débats assez vifs , et quelques
faits établis ou hasardés de part et d'autre , Gardien sollicite
lui- même d'être gardé à vue ; il demande en outre que le
scellé soit mis sur ses papiers à Paris , et qu'un courier extraor
dinaire soit envoyé pour les mettre dans son domicile à Château-
Renaud .
Ces propositions sont décrétées .
Barrere présente les projets de décrets suivans , qui sont
adoptés sans discussion .
--
Décret sur les écoles primaires.
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport
de son comité de salut public , décrete : i 7
Art. 1er. Il y aura une école primaire dans tous les lieux.
qui ont depuis quatre cents jusqu'à quinze cents individas .
Cette école pourra servir pour toutes les habitations moins
peuplées , qui ne seront pas éloignées de plus de mille toises .
II. Il y aura dans chacune des écoles un instituteur chargé
d'enseigner aux éleves les connaissances élémentaires nécessaires
aux citoyens pour exercer leurs droits , remplir leurs
devoirs , et administrer leurs affaires domestiques.
III. Le comité d'instruction publique présentera le mode
proportionnel pour les communies plus peuplées et pour les
villes.tort bay
IV. Les instituteurs seront chargés de faire aux citoyens
de tout âge , de l'un et de l'autre sexe , des lectures et des
instructions une fois par semaine .
Autre décret,
J
Rhin , La Convention confirme la nomination provisoire d'Alexandre
Beauharnais au commandement de l'armée
d'après le refus du général Diettman qui ne s'est pas cru
capable de commander ; il sera fait mention honorable de la
conduite du général Diettman . 19
Le comité de salut public présentera demain un candidat
pour le ministere de la guerre,
な
( 263 )
De rel concernant la requisition de la force armée.
Art. Ier . La requisition de la force publique dans les diverses
circonstances , qui en nécessiteront l'emploi , sera exercée dans
la forme suivante par les autorités constituées et chargées de
requisition par la Îoi .
Seront requis , 1. les citoyens depuis l'âge de 16 ans jusqu'à
25.
2º. Ceux de 25 jusqu'à 35 .
3º . Ceux -de 35 jusqu'à 45.
La derniere requisition comprendra tous les autres citoyens.
qui seront en état de porter les armes .
II. Chaque municipalité sera tenue d'avoir un rôle de tous
les citoyens placés dans la classe d'âge prescrit.
III. Tout citoyen qui aura plus de trois enfans , et qui sera
reconnu par sa municipalité ne pouvoir les faire subsister que
du produit de son travail , ne pourra être compris que dans la
derniere requisition , quel que soit son âge.
IV . Les célibataires et les hommes veufs sans enfans jusqu'à
l'âge de 40 ans , seront compris dans la premiere classe ."
V Chaque municipalité sera tenue d'avoir un registre pour
inscrire le nombre des armes à feu existant dans l'étendue de
son territoire . Ces armes seront remises aux citoyens de la premiere
requisition , et ainsi de suite tant qu'il y aura des armes
à fen
VI et dernier. Les officiers municipaux choisiront un instructeur
, et ils veilleront à ce que , tous les dimanches , les
citoyens compris dans la premiere requisition s'exercent au
maniement des armes et aux évolutions militaires .
Le comité de salut public , chargé de présenter un plan des
bases constitutionnelles , s'adjoint à cet effet les citoyens Heraut,
Mathieu , Ramel , St. Just et Couthon .
Séance extraordinaire du jeudi soir.
L'Assemblée procade à l'appel nominal pour le renouvellement
du président et des secrétaires . Mallarmé est élu président.
Bourdon dénonce la commission des douze , pour avoir fait
investir l'hôtel de Breteuil d'une force suffisante , pour la sûreté
de ses papiers , et demande l'arrestation de ceux qui ont
signé cet ordre .
Fanfrede dit que cet ordre n'a rien d'illégal . Il demande
simplement que la Convention statue sur l'existence de la
commission , sur laquelle rien n'avait été décidé jusqu'alors.
Cette commission , dit Lanjuinais , vous a dénoncé qu'il se
tramait une grande conspiration . Ceux qui ont demandé avec
tant d'acharnement sa suppression , sont apparemment des
mêmes qui vont travailler à la faire réussir. L'un des lieux où
l'on conspire dans ce moment , est l'évêché . C'est là que se
S4
( 264 )
1
rassemblent les électeurs illégalement nommés au 10 août dernier
, les plus audacieux meneurs des jacobins et des sections .
Cette assemblée a formé un comité d'exécution , un comité
dictatorial.
Lanjuinais cite un discours d'Assenfratz : le moment de
frapper de nouveaux coups est arrivé. Ne craignez rien des
départemens ; avec un peu de terreur et des instructions ,
nous tournerons les esprits à notre gré ... Oui, l'insurrectfon
devient ici un devoir contre la majorité corrompue de la
Convention ..... 29
....
66
Deux hommes encore , a dit Lanjuinais , dont un est représentant
du peuple , Chabot et Varlet , ont tenu des propos
qui n'annonçaient rien moins qu'un grande conspiration . Il
ne faut pas tuer sur-le- champ , a- t -on dit , tous les députés
que nous aurons arrêtés ; mais il sera facile de les faire juger
coupables par les départemens : alors , il en sera d'eux comme
de Louis XVI. Cette nuit même on doit sonner le tocsin ,
on doit tirer le cauon d'alarme .
Toutes ces déclarations , ajoutait Lanjuinais , ont été faites
au comité des 12. Le conseil exécutif est instruit de toutes ces manoeuvres
, et il se tait . Le comité de salut public en a aussi connaissance
, et sans doute il a pris les mesures nécessaires pour
les déjouer . Je demande 1º . que le comité des inspecteurs , de
la salle soit tenu de faire exécuter le décret qui ordonne que
poste de la Convention sera renforcé de deux hommes par
compagnie. 2 ° . Que la commission des 12 soit mandée sur - lechamp
, pour rendre compte des renseignemens qu'elle a reçus
aujourd'hui sur la conspiration que je vous dénonce . 3 ° . Que
Varlet et autres soient gardés à vue .
le
De violens murmures accompagnent Lanjuinais à sa place .
L'Assemblée ne prend aucune delibération .
Une députation de 27 sections de Paris est admise à la
barre. L'orateur obtient la parole . Mandataires du peuple , ditil
, une commission injuste , arbitraire et despotique a opprimé
les patriotes . Le traître Lafayette n'est point dans les cachots
de Berlin ; Rabaut , législateur et journaliste , exerce sur les
sections le despotisme le plns outrageant. Tout nous crie :
résistance à l'oppression ! Nous demandons :
1º. La cassation de tous les décrets rendus sur la proposi
tion de la commission des 12 , notamment de celui qui fixe
la clôture des séances à 10 heures du soir .
20. Le décret d'accusation contre tous ses membres et leur
tradition aux jnrés révolutionnaires des 86 départemens.
30. L'apposition des scellés sur leurs papiers et leurs registres
; et leur remise au comité de sûreté générale .
4º. Pour resserrer les liens de l'unité et de l'indivisibilité
que la commission des douze voudroit rompre , nous vous invitons
à décréter une nouvelle fédération républicaine pour le 10
août prochain.
( 265 ).
Les citoyens de Paris brûlent de montrer à leurs frères des
départemens qu'ils sont encore dignes de leurs embrassemens.
L'Assemblée ordonne l'impression de cette pétition.
Deux députés extraordinaires de Rouen , admis à la barre
présentent une adresse approuvée par le departement de la Seine-
Inférieure , et par le district de Rouen. Des murmures ont
interrompu l'orateur ; ce sont deux aristocrates , a dit Marat
et la demande de l'insertion au bulletin réclamée par les uns
a été rejettée par les autres .
Séance du vendredi , 31 mai.
Le tocsin sonne depuis trois heures du matin ; on bat la
générale ; les citoyens se rangent sous les armes ; les représentans
du peuple se rendent à leur poste ; les autorités constituées
sont mandées à la barre de la Convention . Bientôt après
le ministre de l'intérieur paraît : « Je ne puis , dit- il , dissimuler
à la Convention qu'il existe une grande agitation dans Paris .
Une assemblée composée de commissaires de sections , d'électeurs
du 10 août , etc. s'est tenue cette nuit à l'évêché ,
paraît avoir donné l'impulsion à ce mouvement . La cause de
ces troubles et la réintégration de votre commission extraordinaire
des douze .... " "
et
Le maire déclare qu'il a donné au commandant provisoire
les ordres nécessaires pour empêcher de tirer le canon d'alarme
; que lui- même s'est rendu au comité de salut public
avec le ministre de l'intérieur , où il a rendu compte de l'état
de Paris ; qu'ils est transporté ensuite au conseil général de
la commune : que ce matiù , des commissaires de la majorité
des sections sont venus suspendre la municipalité , qu'ils ont
réintégrée un instant après.
Le président de la section du Pont- neuf aunonce à la Convention
que le commandant du poste ayant reçu ordre du
commandant général provisoire de tirer le canon d'alarme , il
s'y était refusé , et en avait référé sur-le- champ au departement
qui avait passé à l'ordre du jour , motivé sur ce que la Convention
seule pouvait donner cet ordre .
Valazé demande que le commandant général soit mandé à
la barre , et mis en état d'arrestation ; que la commission des
douze , créée pour rechercher des complots qui se décelent
en ce moment , soit appellée pour rendre compte des renseignemens
qu'elle a recueillis . Les tribunes murmurent . -
Thuriot combat les propositions de Valazé ; il demande l'anéantissement
de la commission , comme une mesure indispensable
, et la première à prendre dans les circonstances actuelles.
4 On entend le canon d'alarme. Aux voix la proposition
-de Valazé , s'écrient plusieurs membres . Je demande , s'ecrie
Thuriot , que cette commission , qui est le fléau de la France ,
soit cassée à l'instant , que les scellés soient apposés sur ses
----
( 266 )
papiers , et que le comité de salut public fasse un rapport sur
sa conduite..
Il s'agit de la dignité de la Convention , a repris Vergniaud ;
il faut qu'elle prouve à la France qu'elle est libre . Je demandə
donc l'ajournement à demain de ce qui est relatif à la commission
; je demande que le commandant genéral soit mandé
à la barre, et que nous jurions tous de mourir à notre poste.
La discussion est fermée . Le président rappelle les diverses
propositions qui ont été faites . L'Assemblée est d'abord con ,
sultee sur la proposition suivante qui est adoptée à la presqu'unanimité.
La Convention nationale déclare qu'elle est à
son poste , et qu'elle y attendra avec calme les événemens
quels qu'ils soient. "
Une longue discussion s'éleve ensuite sur la question de
priorité pour les propositions suivantes ; mettra - t- on aux voix
la cassation de la commission des douze ? appellera - t- on à la
barre le commandant général ?
Danton réclame vivement la priorité pour la premiere proposition
. Les tribunes applaudissent .
Rabaud , membre de la commission , demande la parole .
Après de longs débats , un décret la lui accorde . Il essaie
vainement de se faire entendre ; les clameurs couvrent sa voix.
A bas , a bas , crie- t-on dans les tribunes ....
Le conseil général révolutionnaire se présente à la barre
il annonce que , nommé pour découvrir un grand complot ,
il vient de remplir sa mission . Il communique deux arrêtés
qu'il a pris . Par le premier , les propriétés sont mises sous la
sauve-garde des Républicains. Par le second , il accorde 40 sols
par jour à tous les ouvriers jusqu'à ce que le calme soit
rétabli .
Guadet s'éleve contre cette usurpation de pouvoirs qui ,
selon lui , n'appartiennent qu'à la Convention . Il prétend que
les pétitionnaires , au lieu d'annoncer qu'ils avaient découvert
un grand complot , auraient du dire qu'ils avaient voulu l'exécuter.
Il engage l'Assemblée à se convaincre que , d'après leurs
pouvoirs déposés sur le bureau , ce sont des députés de 26
sections seulement ..... Guadet veut continuer , les clameurs
des tribunes l'interrompent .....
Une députatiou de la commune admise à la barre demande
un local près de la Convention , afin qu'elle puisse correspondre
d'heure en heure avec la municipalité , et avoir counaissance
de ses décrets . Cette proposition est adoptée..
Vergniaux après avoir représenté le calme et la sécurité que
les sections ont su maintenir dans Paris , demande qu'il soit
décrété que les sections ont bien mérité de la patrie . Adopté
à l'unanimité .
Camboulas demande que le conseil exécutif soit tenu collectivement
, et sous sa responsabilité , de faire les recherches
nécessaires pour trouver et arrêter ceux qui ont fait sonner le
( 207 )
tocsin et tirer le canon d'alarme . Les tribunes répondent :
c'est nous , nous tous . Robespierre jeune , ajoute : c'est le bombardement
de Valenciennes ; ce sont les trahisons de nos généraux
, ce sont les conspirateurs de l'intérieur dont plusieurs
sont dans le sein de la Convention . La discussion est fermée.
La proposition de Camboulas est décrétée .
•
Lacroix et Thuriot protestent contre ce décret . Ils en
demandent le rapport. Au même instant des citoyens paraisi
sent à la barre. Législateurs , dit l'un d'eux , les hommes du
14 juillet , du 10 août et du 31 mai , sont dans votre seim
Nous demandons le rapport du décret liberticide arraché par
la faction scélérate ; nous demandons que vous décrétiez la
levée d'une armée révolutionnaire centrale de sans - culottes
qui auront une paye de 40 sols par jour ; nous demandons
le décret d'accusation contre les 22 membres dénoncés par
les sections de Paris et par la majorité des départemens , ainsi
que contre les membres de la commission des 12. Nous demandons
que le prix du pain soît fixé à trois sols la livre
dans tous les départemens , et que cette diminution s'opere
par une taxe mise sur les riches ; nous demandons le licenciement
de tous les nobles occupant des grades supérieurs dans
les armées ; nous demandons que vous mettiez en état d'arrestation
les ministres Lebrun et Claviere ; nous vous dénonçons
l'administration des postes et celle des assignats ; enfin
nous demandons que vous décrétiez une proclamation pour
venger Paris des calomnies qu'on repand contre cette ville .
Vergniaux demande l'impression de cette adresse et l'envoi
aux départemens . Décrété.
Barrere , au nom du comité de salut public , présente un
projet de décret dont l'objet est de mettre à la requisition de
la Convention la force armée de Paris et de casser la commission
des 12 .
Quelques oppositions se manifestent dans la partie droite
contre ce projet de décret , La délibération est interrompue .
Les membres composant l'administration du département de
Paris , réunis aux autorités constituées de la commune et aux
commissaires des sections , se présentent à la barre . Legislateurs
, dit le procureur- général- syndic , otateur de la députation
, depuis long - tems la ville et le département de Paris
sont calomniés ...... Nous venons démasquer l'impudcur ct
confondre l'imposture. Nous venons vous déclarer que , fidele
aux principes et soumis aux lois , le département de Paris
soutiendra les dignes représentans du peuple au prix de tout
son sang. Vous nous vengerez d'Isnard et de Roland , et de
tous ces hommes imples , les Brissot , les Guadet , les Vergniaux
, les Gensonné , etc. contre lesquels l'opinion publique
s'éleve d'une maniere éclatante . La raison du peuple s'irrite
de tant de resistance ; que ses ennemis tremblent , sa colere
est près d'éclater ; qu'ils tremblent ! »
( 268 )
La députation suivie d'une foule de citoyens entre dans la
salle . Ils se confondent avec les membres de la partie gauche .
L'impression de l'adresse est décrétée au milieu du tumulte .
Une partie de l'Assemblée refuse de prendre part à la délibération.
Vergniaux invite les membres opprimés à aller se
joindre à la force armée qui environne l'enceinte de la Convention
et à se mettre sous sa protection . Vergniaux sort ; il
est suivi d'une foule de députés : bientôt après ils rentrent.
Citoyens , s'écrie Robespierre , ne perdons pas ce jour en
vaines clameurs , en mesures insignifiantes . Les pétitionnaires
que vous venez d'entendre vous indiquent la marche que vous
devez suivre ..... Robespierre conclud au décret d'accusation
contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires .
Barrere reproduit alors son projet de décret tendant à mettre
la force armée du département de Paris en état de réquisition
permanente ; à charger le comité de salut public de rechercher
les auteurs des complots dénoncés par les diverses députations ;
a supprimer la commission des douze et ordonner la déposition
de ses papiers au comité de salut public .
Le projet de Barrere est adopté , sur la proposition de Lacroix
, la Convention approuve l'arrêté par lequel la commune
assure deux livres par jour aux ouvriers qui resteront
sous les armes jusqu'au rétablissement de la tranquillité publique.
Elle rapporte le décret qui établissait qu'on n'entrerait
dans les tribunes réservées aux citoyens des départemens ,
qu'avec des billets .
Bazire , interpellé par Gardien 2
a déclaré au nom du comité
de sûreté générale , qu'on n'avait rien trouvé de suspect dans
la correspondance de ce député ; que toutes les inculpations
qui lui avaient été faites , sont également fausses .
La séance est levée à 9 heures et demie.
Séance du samedi 1 juin.
L'ex-ministre Rolland sollicite pour la huitieme fois l'apurement
de ses comptes ou la permission de se retirer dans son
pays natal . Quelques membres appuient sa demande . Fermont
parle d'autant plus vivement en faveur de Roland , que la nuit
derniere des citoyens qui voulaient arrêter cet ex - ministre ,
n'ayant trouvé chez lui que son épouse , l'ont conduite aux
prisons de l'Abbaye . Il ne suffit pas , s'écrie Collot- d'Herbois
, que Rolland ait rendu ses comptes pour cesser d'être
responssble. Depuis long-tems il veut échapper à l'accusation.
que porte contre lui la nation entiere . Adopter la proposition
de Fermont , ce serait lui en fournir les moyens , mais
il ne peut s'en retirer qu'avec un décret d'accusation .
L'Assemblée passe à l'ordre du jour jusqu'au rapport du
comité .
·
-
Fermont se plaint de ce que les lettres des députés ne
leur parviennent point depuis trois jours. Legendre déclare
( 269 )
que toutes les fois qu'un peuple sait que l'on conspire contre
la liberté , il a le droit de prendre des précautions pour connaître
ses ennemis . Renvoyé au - comité de salut public.
On fait lecture d'une lettre écrite par les représentans du
peuple envoyés dans les départemens méridionaux , en date
du 22 mai . En voici l'extrait :
66 Quarante déserteurs , presque tous gardes Walonnes
sont venus depuis plusieurs jours se ranger sous les drapeaux
de la liberté . Ils s'accordent à dire que notre artillerie a fait
beaucoup de mal à l'ennemi dans la journée du 19. Il paraît évident
que si notre armée avait tenu ferme nn quart - d'heure de
plus , la déroute était complette chez eux ... La majeure parie
des tentes et autres objets ont été recouvrés ... L'ordre est
rétabli dans Perpignan , et les soldats brûlent du desir de
réparer l'échec qu'ils out souffert .
-
Les commissaires dans le département des Bouches - du-
Rhône font un rapport pour détruire les inculpations répandues
contre eux . Ils assurent que le tribunal populaire établi à
Marseille continue ses fonctions malgré le décret de l'Assemblée.
Ils citent deux citoyens contre lesquels il a lancé des
mandats d'arrêt . Enfin , ils demandent justice pour les patriotes
opprimés. Barbaroux répond que le décret qui a anéanti
ce tribunal n'a été rendu que le 13 mai ; que le lendemain
la députation a envoyé un courier extraordinaire à Marseille ,
pour avertir ce tribunal de cesser ses fonctions . Le courier
est arrivé le 17. Dès ce moment le tribunal a obéi quoiqu'il
n'ait reçu officiellement le décret que le 21 ou le 22. Quant
aux deux citoyens qu'on l'accuse d'avoir poursuivi , ce n'est
point le tribunal mais le juge de paix qui instruit leur affaire .
L'Assemblée renvoie le tout au comité de salut public pour
en faire son rapport.
B
Barrere présente la proclamation qui doît être envoyée à
tous les départemens , sur les événemens du 31. Il y
est dit
que la Convention nationale a été libre dans ses délibérations ;
ce qui excite les plus vives réclamations . Lassource demande
que l'on se borne à déclarer que des conspirateurs avaient
formé un complot , qu'ils ont sonné le tocsin , battu la générale
, et tiré le canon d'alarme , *mais que les citoyens de
Paris , dignes de la République et d'eux - mêmes , se sont
transportés à leurs sections , se sont armés ,
ont fait respecter
la loi , ont protégé les propriétés , la Convention , et maintenu
l'ordre .
Lassource est souvent interrompu . Les tribunes rappellées
à l'ordre continuent leurs clameurs. L'adresse est adoptée .
Une partie de l'Assemblée se porte au bureau pour réclamer
l'appel nominal . On leve la séance . Il est cinq heures .
Séance du samedi soir .
-
Il est six heures . La générale bat dans plusieurs quartiers
( 270 )
de Paris ; des bataillons en armes se portent vers le palais national
; plusieurs députés se réunissent dans la salle des séances .
On se questionne
mutuellement
sur les causes du rassemblement
extraordinaire
de la force armée sur la place de la Réunion.
Cambon annonce que la cause de cette insurrection
provient de ce qu'on n'avait pas fait droit aux réclamations
des
sections. Une députation des autorités révolutionnaires
réunies
auprès de la commune provisoire , demande d'être admise
à la barre .
-
Un membre observe que l'Assemblée n'est point convoquée
, et que le côté droit est d'ailleurs presqu'entierement
désert. Les patriotes y sont , dit Legeudre ; nous y resterons
nous délibérerons .
----
f
La députation est admise : le peuple est levé , dit Hassenfratz
, orateur de la députation ; il est debout , il nous envoie
auprès de vous.... L'orateur renouvelle la demande du
décret d'accusation contre vingt- sept députés ; et puis se tournant
vers le côté gauche : Et vous , patriotes , qui avez sauvé
plusieurs fois la patrie , sauvez -la encore aujourd'hui . Si vous
ne pouvez le faire , nous sommes tous debout , et nous la
1
sauverons.
Legendre convertit en motion la demande des pétitionnaires .
Il demande de plus , que tous ceux qui ont voté l'appel au
peuple soient mis en état d'arrestation.
S'ils étaient vertueux ces hommes qu'on vous dénonce ,
a dit Laignelot , ils n'hésiteraient pas à quitter une place qu'ils
ne peuvent plus conserver , puisqu'ils ont perdu la confiance
publique. Je demande que vous confériez au comité de salut
public le droit de prendre les mesures de salut public que
les circonstances exigent ; niais comme le mouvement du
peuple est nécessaire , il faut que le peuple qui est debout
y reste jusqu'à ce que les conspirateurs soient terrassés .
Fermont combat ces propositions comme destructives de la
liberté des opinions dans la représentation nationale .
Barrere et Marat parlent dans le sens de Laignelot . Le décret
suivant est rendu .
La Convention nationale décrete que le comité de salut
public sera tenu de présenter , sous trois jours , des me-
" Sures pour sauver la chose publique , et il fera un rapport
sur la pétition présentée par les autorités constituées de
» Paris.
Le département de Paris , la municipalité et les citoyens
qui auront des pieces contre quelques -uns des membres dénoncés
, seront tenus de les présenter au comite de salut
» public . "
On a fait lecture d'une lettre qui confirme l'insurrection
dans le département de la Losere ; mais les nouvelles officielies
offrent des détails moins affligeaus .
( 271 )
Séance du dimanche 2 juin.
est
Les administrateurs de la Vendée écrivent de la Rochelle
que les progrès de la révolte sont très-alarmans ; que le cheflieu
de leur département vient de tomber au pouvoir des
rebelles , ainsi que les archives et tous les papiers de l'administration
; que peut-être , en ce moment , la ville de Niort
le seul boulevard qui garantisse la Rochelle et nos côtes ,
entre leurs mains ; mais qu'ils ne ralentiront point leur zele , etc.
Une lettre des commissaires de la Convention nationale
datée de Niort le 28 mai , aunonce que les brigands n'ont pas
osé se présenter devant cette ville ; notre armée qui , deux
jours auparavant , n'était pas composée de 1200 hommes , est
forte aujourd'hui de 20,000 hommes , qui sont accourus au
premier signal du danger . Il est arrivé 400 hussards de la
légion des Alpes et 1200 hommes d'infanterie . Le géneral Biron
va attaquer les rebelles dans tous les points .
"
On fait lecture d'une adresse des officiers du premier bataillon
des volontaires du Bas - Rhin , au camp de Weissembourg.
Ils demandent que les membres qui ont voté contre
la mort du tyran et pour l'appel au peuple , soient remplacés
par leurs suppléans ; que les commissaires de la Convention
auprès des armées aient le droit d'envoyer leurs suffrages à
l'Assemblée ; enfin que les soldats armés pour la défense de la
patrie puissent concourir à la nomination des représentans du
peuple. Renvoyé au comité de salut public .
wo
Le ministre Claviere se plaint d'avoir été forcé de quitter
son poste par des menaces réitérées . Il demande que la Con
vention le mette sous la sauve - garde de la loi .
au .comité de salut public .
"1
-
Renvoyé
On fait lecture d'une lettre des commissaires de la Haute-
Loire et de la Lozere . Ils annoncent que Marvejols est au
pouvoir des révoltés , et que Mende va peut- être tomber entre
leurs mains .
Il s'est élevé des débats sur ces nouvelles . Quelques députés
des contrées où l'insurrection vient d'éclater ont paru douter
que la ville de Marvejols eût tombé au pouvoir des rebelles.
Saint- André assure que la ville de Lyon est en proie aux
aristocrates , 800
, que patriotes viennent d'y être massacrés .
Toutes ces guerres intestines , ajoute- t -il , ne peuvent s'éteindre
que par des mesures révolutionnaires. Il propose à l'Assemblée
d'envoyer dans les départemens insurgés des commissaires
manis de pleins pouvoirs , et qui ne connaîtront
d'autres lois que celles des circonstances impérieuses . Il demande
que toutes les administrations soient autorisées à faire
séquestrer les personnes suspectes , et que la Convention approuve
l'arrêté pris par le département de la Lozere . Toutes
ces propositions sont décrétées .
--
La générale battait dans tous les quartiers de Paris . Lanjui(
272 )
nais demande à faire une motion d'ordre sur la situation de
cette ville , sur les dangers qui , selon lui , menaçaient en ce
moment la Convention nationale . Des murmures interrompent
Lanjuinais ; un decret lui accorde la parole.
Il dit qu'une autorite nouvelle venait de s'élever dans Paris
; qu'elle subjuguerait bientôt l'autorité légitime , si on ne
mettait un frein a ses entreprises ; que depuis trois jours la
Convention nationale ne délibérait plus ; qu'elle était in-
Huencée et au-dedans et au -dehors , qu'une puissance rivale
la commandait , l'environnait au -dedans de ses salariés , audehors
, de ses canons . Je sais bien , continue Lanjuinais , que
le peuple blame et déteste l'anarchie et les factieux ; mais
enfin il est leur instrument forcé ....... Vous conspirez à la
tribune , lui crie Legendre . - Vous insultez le peuple , lui
crie un autre membre , A bas , à bas , lui crient les tribunes .
Non , reprend Lanjuinais , Paris est pur , Paris est bon , Paris
´est opprimé par des tyrans qui veulent du sang et de la domination.
Drouet , Robespierre jeune , Julien et quelques autres mem- .
bres accourent à la tribune . Legendre veut en arracher Lanjuinais
. Une agitation tumultueuse s'empare de l'Assemblée ;
le président se couvre , le calme se retablit , ett Lanjuinais
conclut à ce que toutes les autorités révolutionnaires de Paris ,
et nottament l'Assemblée de l'évêché , le comité central ou exécutif
de cette Assemblée soient cassés , ainsi que ce qu'ils
ont fait depuis trois jours.
A l'instant une députation des autorités révolutionnaires se
présente à la barre . Délégués du peuple , dit l'orateur , les crimes
des fáctieux de la Convention vous sont connus . Nous venons
pour la derniere fois vous les dénoncer ! Décrétez à l'instant
qu'ils sont indignes de la confiance publique , mettez les en
état d'arrestation . Le peuple est las d'ajourner sans cesse l'instant
de son bonheur. Il le laisse encore un instant dans vos
mains sauvez - le , ou nous vous déclarons qu'il va se sauver
lui-même .
:
•
L'Assemblée renvoie cette pétition au comité de salut public.
Consultée sur l'époque à laquelle le rapport se fera
elle se réfere au décret par lequel elle lui a ordonné la veille
d'en faire rapport sous deux jours. La députation se retire .
Que les hommes sortent , s'écrie alors le Gendre , qu'ils
laissent les femmes seules et qu'ils aillent sauver la patrie .
Mouvement dans les tribunes . Cambon annonce que le
comité de salut public est assemblé . Il ne demande qu'une
heure pour faire son rapport.
Richon , pour prévenir les malheurs dont on est menacé
propose de décréter l'arrestation provisoire des députés dé~
noncés .
Levasseur demande que les députés dénoncé's par la commune
de Paris et les membres de la commission des douze
soient
( 273 )
soient arrêtés comme suspects en conformité de la loi , en
attendant qu'on ait porté le d le décret
d'accusation contre eux.
On allait poursuivre cette discussion , lorsqu'un député
vient se plaindre de ce que la liberté de l'Assemblée était
violée. Il a voulu sortir de la salle . On a refusé de le laisser
passer. Un autre membre accourt , il dit : sauvez le peuple
de Paris , sauvez - le de lui-même ; on l'égare ; on le trompe ;
il va se porter à des actes indignes de lui : mettez en arrestation
les membres que l'on vous demande . Il faut sauver
la patrie.
L'Assemblée reste calme , Alors Barrere se présente au nom
du comité de salut public . Ce n'est point une peine , dit-il ,
que je vous propose contre les vingt- deux ; c'est le sort des
Fabius que je les invite à choisir ; puisqu'ils sont le sujet de
nos divisions , qu'ils se démettent
volontairement . Il est beau
de se dévouer pour son pays ! Barrere propose ensuite de
pourvoir , séance tenante , au remplacement des ministres
Lebrun , Claviere et Bouchotte .
-
―
Isnard prend la parole . Citoyens , dit-il , lorsqu'on met dans
la balance un homme et la patrie , mon choix n'est pas douteux.
Je me démets de mes pouvoirs et je rentre dans la
classe des citoyens . Aprês ce discours , Isnard descend de
la tribune et va s'asseoir dans les stales des
pétitionnaires .
Lanthenas se dévoue comme Isnard . Dussaulx après avoir
déclaré que son coeur est pur et qu'il n'a eu en vue que le
bonheur de ses concitoyens , donne sa démission . Fauchet
imite le même exemple .
droit de donner sa démission . Les pouvoirs que nous avons Barbaroux pense que nul n'a le
reçus du peuple , dit - il , ne nous appartiennent pas ; nous
n'en sommes que les dépositaires , et en les quittant sans l'aveu
de nos commettans , nous serions coupables à leurs
la
Convention rend un décret , j'obéirai , parce que je dois yeux . Si
lui obéir , et qu'alors elle seule est responsable au souverain .
Lanjuinais annonce qu'il restera à son poste jusqu'au dernier
soupir , ou jusqu'à ce que l'on vienne l'en arracher.
murmure de son intrépidité.
bien vu dans des contrées barbares , des peuples conduire Citoyens , reprend-il , on a
au bûcher des victimes humaines après les avoir couronnées
de fleurs , mais jamais on n'a vu les prêtres qui les égorgaient
insulter encore à leur malheu .
-
-- On
Je n'ai pas le droit de faire abnégation de la mission
qui m'est confiée ; ainsi , qu'on n'attende de moi ni démission , auguste
ni suspension momentanée ; j'appartiens à la République , et
je ne puis , sans son ordre , disposer de ma personne . "
Marat n'aime point ces
déclarations : tout ceci , dit-il , ne
tend qu'à ménager les honneurs de la générosité à des cou
pables . C'est aux patriotes connus , c'est à ceux qui ont fait
des sacrifices pour la liberté , c'est à ceux qui en ont été
les martyrs ; en un mot , c'est à moi qu'il appartient de donner
Tome III. T
( 274)
T'exemple honorable d'un dévouement absolu à la cause du
peuple. Ma présence a été long -tems une pierre d'achopemeut
dans cette assemblée . Eh bien ! si vous prononcez surle-
champ l'arrestation et le décret d'accusation contre les dénoncés
, je donnérai ma démission .
Bilaud- Varennes combat les propositions du comité de salut
public. I demande qu'à l'instant le décret d'accusation soit
prononcé. Tout- à- coup un bruit se manifeste à l'une des
extrémités de la salle. Ce sont plusieurs députés qui veulent
sortir , et à qui les sentinelles interdisent le passage . On entend
Lacroix proférer ces paroles : Ou la force qui environne
cette enceinte est venue pour captiver la Convention
nationale , où elle est venue pour la défendre . Si vous êtes
venus pour la défendre , pourquoi m'arrêtez - vous ? Je suis
député , voici ma carte , laissez - moi sortir. Une partie des
membres se précipitent vers l'endroit d'où elles partent ; le
bruit augmente . La foule revient sur ses pas . Lacroix paraît ,
se plaint de la scene qui lui est arrivée , et demande que le
commandant de soit mandé à la barre .
postę
Décrété.
Le commandant de poste paraît : il déclare qu'étant de ser-
' vice dans l'une des salles d'entrée où il avait placé des factionnaires
, ces factionnaires ont été remplacés par une garde
étrangere , et que lui même a été consigné par deux hommes
à moustaches qui paraissent n'avoir pas même la connaissance
des formes usitées pour le service militaire.
-
La Convention les mande à sa barre ; ils refusent d'obéir.
Barrere dit : Ce n'est pas à des esclaves à faire des lois . Nous
sommes en danger . La tyrannie est dans le comité révolutionnaire
de la commune. Il existe dans ce comité , des Espa-
' gnols , des Genois et d'autres étrangers . Je sais qu'un banquier
de Londres a acheté pour dix millions de papiers sur Paris . En
ce moment , on distribue aux troupes qui nous entourent des
assignats . Puis s'adressant aux tribunes : Peuple , ons vous
trahit ! peuple , vous êtes abusé ! Et vous , mes collegues ,
suspendez voire scarce , ordonnez votre liberté . Faites un
appel au peuple qui vous entend , et il vous entourera sur la
place publique.
-
L'Assembice se leve , s'avance aux issues.
restent et quelques députés du côté gauche .
Les tribunes
Alors les sentinelles
qui les obstruaient n'osent résister. Au moment où
TAssemblée paraît sur la place de la Réunion il se fait un
mouvement rapide dans les troupes qui l'occupaient ; mais elle
continue sa marche , et traverse sans résistance les haies
épaisses des bataillons . Après avoir parcouru ainsi la place de
la Réunion et le jardin national des Tuileries , l'Assemblée
*revient dans le lieu de ses séances .
Couthon prend la parole , et dit : Vous devez être pleinement
rassurés sur votre liberté . Vous avez trouvé par- tout sur
vos pas un peuple bou , mais indigné , et qui veut justice.
( 275 )
Je ne vote point quand à présent pour le décret d'accusation
contre les membres dénoncés , mais je demande qu'ils soient
en état d'arrestation chez eux , ainsi que les membres de la
commission des douze et les ministres Claviere et Lebrun . →→
Le décret est rendu .
Le président donne lecture d'une lettre conçue en ces termes :
Le peuple entier de Paris nous députe vers vous , citoyens
législateurs , pour vous dire que le décret que vous venez
de rendre est le salut de la République . Nous venons offrir
, denous constituer en ôtages , en nombre égal à celui des députés
, pour répondre à la France entiere de leur sureté . ,,
Mes ôtages , repond Barbaroux , sont la pureté de ma
conscience et la loyauté du peuple .
Sur la proposition de Lacroix l'Assemblée décrete une
armée révolutionnaire de 6000 hommes pour Paris qui seront
soldés à 40 sols par jour . La séance est levée à 10 heures .
Séance du lundi 3 juin.
Sur la proposition de Cambacerès la Convention décrete
que tous les comités seront renouvellés à l'exception du comité
de salut public .
On fait lecture d'une lettre de Lanjuinais : il remercie l'Assemblée
d'avoir par sa condescendance empêché peut- être de
plus grands attentats . I l'invite à revenir promptement à la
justice et à la dignité du peuple fier qu'elle représente . Que
les departemens , dit- il , apprennent presqu'aussi-tôt la liberté
que l'arrestation de leurs représentans . I demande que le
comité de salut public hâte son rapport , afin que la punition
des traitres , s'il y en avait , fasse éclater l'innocence des autres .
Cette lettre est renvoyée au comite de salut public .
Les commissaires à l'armée du Nord annoncent que la ville
de Furnes vient d'être enlevée de vive force aux ennemis . Le
feu a duré deux heures et demie avec une extrême vivacité.
Nous avons fait neuf prisonniers , et pris onze chevaux et les
magasins . Dix de nos soldats ont été blessés , mais presque
tous assez légerement pour revenir au combat après s'être fait
panser.
Barbaroux mande à la Convention que s'étant mis sous sa
sauve-garde , il avait cru devoir refuser les gendarmes que la
commune lui avait envoyés . L'Assemblée passe à l'ordre du
jour motivé sur le décret qui enjoint au ministre de la justice
d'envoyer des gardes aux membres arrêtés .
.
On lit ensuite une lettre de Marat , dont voici l'extrait :
Sans cesser de respecter les motifs de décret présenté hier
par le comité de salut public , contre les députés devenus
suspects , je l'ai combattu aves force , et j'ai demandé l'arrestation
de ces députés . Ne voulant pas être un sujet de
9 division dans l'Assemblée , je renonce à l'exercice de mes
fonctions jusqu'après le jugement des représentans incul-
T 2
( 276 )
12 pés.
La Convention
passe à l'ordre du jour , et décrete
l'insertion
de la lettre de Marat au bulletin.
On s'est occupé ensuite de la rédaction de la loi sur les
communaux .
Les dernieres nouvelles venues des frontieres des Pyrent
mées annoncent que les Espagnols font des progrès rapides..
Ils sont maîtres de deux districts . L'Assemblée met en requi
sition trois compagnies de canonniers de Paris , qui partiront
sans délai pour notre armée. Les rebelles ont évacué Fontenay.
Biron est maintenant à la tête de nos troupés .
Barrere rend compte des mouvemens qui ont agité la ville
de Lyon , et ne les attribue qu'au dessein de résister à l'oppression
, et de terrasser les anarchistes .
Une députation du comité central révolutionnaire de Paris , ›
vient féliciter la Convention des mesures qu'elle a prises , et
l'invite à s'occuper de la Constitution .
PARIS , 6 juin 1793 .
Proclamation de la Convention nationale aux Français .
Français ,
un grand mouvement s'est fait dans Paris , les
ennemis de la République vont se hâter de vous le peindre
comme un graud malheur. Ils vont vous dire que le tocsin et
le canon d'alarme ont , pendant une nuit et un jour , tenu cette
ville immense dans l'épouvante ; que des milliers d'hommes
armés , sortis confusément
de toutes les sections , se sont
précipités autour de la Convention nationale , et lui ont dicté
Jeurs volontés pour lois de la République . Français , vos représentans
sont persuadés que le bonheur des empires ne peut
être fondé que sur la vérité , et ils vont vous la dire.
Des mesures plus rigoureuses que celles qui conviennent
la liberté , dans une République naissante , avaient excité du
mécontentement , on a cru les droits de l'homme violés , et les
sections d'une ville qui s'est insurgée deux fois avec tant de
gloire , se sont levées encore ; mais avant même de se lever,
elles ont mis toutes les personnes et toutes les propriétés sous
Ja sauve-garde de tous les bons Republicains .
Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti , du moins aucun
trouble , aucune terreur n'ont été répandus .
Le travail des atteliers n'a point été interrompu , et le cours
des affaires a été le même toutes les sections , couvertes de leurs
armes , out marché , mais pour se déployer dans le plus grand
ordre et avec respect autour des autorités constituées et des
représentans du peuple. La liberté des opinions s'est encore ,
montrée dans la chaleur même des débats de la Convention .
En demandant le redressement de leurs griefs , avec quele
( 277 )
ques exagérations inséparables du zele civique , avec cette
fierté qui caractérise l'homme libre , les pétitionnaires ont juse
de mourir pour le maintien de la lại , pour l'unité et l'indivisibilité
de la République , et pour la sûreté de la représen
tation nationale.
La Convention , qu'on avait voulu alarmer jusque sur la vie
de plusieurs de ses membres , a vu ses alarmes disparaître au
moment même où l'agitation est devenue plus générale , et
c'est au milieu de ce mouvement qu'elle a senti , qu'elle a dés
crété que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie .
Tandis que , dans l'enceinte de la représentation nationala ,
la réparation honorable des torts préparait la réconciliation
des coeurs ; au dehors , tout représentait l'image , non pss de
la confusion et du désordre , mais celle d'un peuple énergique ,
qui défend ses droits et sa liberté ,
C'est ainsi que chez une nation digne d'exercer elle - même
sa souveraineté , les orages qui menacent la liberté la rendent
plus pure et plus indestructible , et que l'ordre social se perfectionne
à travers les infractions passageres qu'il reçoit.
Français , vous ne doutez pas que dans cette occasion l'ambition
, la malveillance et l'aristocratie veillaient toujours prêtes
à profiter des événemens , vous ne doutez pas que de faux pas
triotes , stipendies par nos ennemis , redoublaient d'efforts
pour servir leurs desseins , en précipitant les bons citoyens.
dans des cxcès dangereux ; mais l'immense majorité d'un peu
ple , fortement prononcée pour l'égalité , la liberté et la pros
priété , a encore une fois trompé leurs espérances et déjoué
leurs projets.
Telle a été cette journée , elle a inspiré un instant des ine
quiétudes , mais tous ses résultats ont été heureux ; elle a
présenté l'étonnant spectacle d'une instruction , dans laquelle
la vie et les propriétés ont été aussi sûrement protégées quo
dans le meilleur ordre social .
Ainsi tous les événemens profitent à la liberté : accélérons
de concert le moment de la consolider par une constitution
républicaine. Vos représentans viennent de prendre l'engage
ment solennel de former dans peu de jours ce lien indissoluble
de tou les départemens : ils vous appellent à une réunion
vraiment frateruelle ; pour cette époque du 10 août , qui sera
à jamais l'anniversaire de la liberté.
C'est là que vous promettrez d'abhorter la royauté qui vous
soumettrait à l'oppression domestique , et le fédéralisme qui
vous livrerait sans force à des tyrans étrangers .
Citoyens de Paris , vous avez vu que jamais la confiance
de la Convention nationale ne s'était éloignée de vous . Vous
avez vu qu'elle se plaît à délibérer au milieu d'un peuple , en
qui l'amour de la liberté est une passion , et d'une ville que
les travaux d'un siecle entier , out rendu , pour l'Europe
T3
( 278 ) .
somme pour la France , le centre des sciences et le foyer des
lumieres.
A
1
Soldats de la République , ne craignez plus qu'au moment
où vous combattez les tyrans et les rebelles , des divisions
intestines compromettent la cause de la liberté pour laquelle
vous versez votre sang avec tant de gloire . L'union seule peut
sauver la patrie ; quel que soit votre grade , géné al ou
soldat , quel que soit le corps où vous servez , ne vous disputez
plus que de courage , comme nous avons juré de ne plus
nous disputer que de zèle pour nos devoirs et de sacrifices,
pour la patrie . Signés , Mallarmé , président ; Poullain Grandprey
, Fauchet , Ducos , Duprat , Meaulde , Durand- Maillane ,
secrétaires ,
:
!
COMMUNE DE PARIS.
30 mai. Le maire , accompagné de six membres du conseil
général , se sont rendus à l'évêché , à une assemblée de commissaires
nommés par 33 sections , qui annonçaient avoir d'elles
des pouvoirs illimités ; n'ayant pu , malgré toutes leurs xeprésentations
, obtenir jusqu'après le résultat de l'Assemblée de
toutes les autorités constitués . réunies ce jour dans la salle des
amis de la liberté et de l'égalité , la suspension de la mesure
adoptée par plusieurs sections , de faire fermer les barrieres , ils
se sont retirés et ont fait leur rapport au conseil général.
A la fin du jour , la fermentation a été très - grande dans les
sections ; le conseil général a fait publier et afficher la procla
mation qui suit ;
CITOYENS ,
La tranquillité est plus que jamais nécessaire à Paris ; le
département a convoqué les autorités constituées et les 48 sections
ce matin , pour les objets de salut públic.
Toute mesure qui devancerait celles qui doivent être prises
dans cette assemblée , pourrait devenir funeste ,
Le salut de la patrie exige que vous restiez calmes , et
que vous attendiez le résultat de la délibération . ,,
La section du Luxembourg aunonce qu'elle est en insurrec
tion et qu'elle fait fermer les barrieres .
Une députation des citoyens réunis à l'évêché , fait part de
l'arrêté par lequel se disant munis de pouvoirs illimités des
sections , ils déclarent la ville de Paris en insurrection contre
les factions aristocratiques et oppressives de la liberté , et arrêtent
pour premiere mesure de fermer les barrieres , Le conseil
passe à l'ordre du jour en attendant le voeu des sections .
Du 31. A trois heures et demie du matin le tocsin sonne à
Notre-Dame. Il se fait bientôt entendre dans la section de la
( 279 )
Halle-au- Bled , dans celles du Luxembourg , du Panthéan , du
Théâtre-Français et de l'Unité . Il ne parait pas qu'il ait été
sonné ailleurs. Le rappel bat dans toutes les sections ; les citoyens
se rendent en armes aux postes ordinaires , la plupart
ignorant le motif de cette alarme générale .
A six heures et demie du matin , les commissaires de la
majorité des sections se présentent au conseil - général . Leur
president , le citoyen Dobsen , prend la parole . Il annonce
que le peuple de Paris , blessé dans ses droits , vient de prendre
des mesures nécessaires pour conserver sa liberté , et que
les pouvoirs de toutes les autorités constituées sont annullés .
Le vice - président répond que le conseil génèral est à son
poste , qu'il a reçu ses pouvoirs du peuple , et n'en a point
abuse ; que si la majorité des sections retire les pouvoirs des
magistrats du peuple , il est prêt à se confondre avec tous les
autres citoyens ; mais que si la majorité du peuple le laisse
dans l'exercice de ses fonctions ' , la force seule pourra l'en
arracher.
Le procureur de la commune requiert la lecture et vérifica
tion des pouvoirs des commissaires se disant de la majorité
des sections. Ce requisitoire , converti en arrêté , reçoit surle
- champ son exécution .
Le conseil - général , ayant entendu la lecture des pouvoirs
des représentans de . 48 sections , a arrêté sur les conclusions
du
procureur de la commune , que le voeu de la majorité des
sections soit proclamé à l'instant , et que le conseil -général remette
ses pouvoirs au peuple souverain .
En conséquence , Dobsan déclare que les pouvoirs de la
municipalité sont annullés .
Le citoyen Dobsan , président , ouvre la séance du conseil
général provisoire ; la continuation du secrétaire - greffier et de
ses deux adjoints est adoptée à l'unanimité.
Le conseil- général envoye une députation au m 2
procureur de la commune , au corps municipal , et à tous les
membres composans la municipalité , pour les inviter à se rendre
dans son sein ; cela étant effectué , le président déclare , au nom
du peuple souverain , que le maire , le vice-président , le procureur
de la commune , les deux substituts et le conseil-général
sont réintégrés dans leurs fonctions par le peuple souverain
.
La municipalité réintégrée , prête le serment civique aux
acclamations de tous les citoyens des comités révolutionnaires
des 48 sections , et de tous les citoyens réunis aux tribunes .
"
Le vice- président proclame , au nom des 48 sections , Henriot ,"
commandant de la section des Sans - Culottes , en qualité de
commandant-général provisoire .
Vers les dix heures le canon d'alarme est tiré sans décret
de la Convention nationale d'après l'ordre qu'en avait reçu
le nouveau commandant-général Henriot . T'4
( 180 )
Voici l'extrait des principaux arrêtés qui ont été pris dans
cette séance éxtraordinaire .
Tous les objets de décoration en fer , tels que grilles et
autres articles , qui sont à la disposition de la commune de
Paris , seront convertis en piques et fusils dans le plus court
đểlai .
Il sera accordé 40 sols par jour aux citoyens peu fortunés ,
tout le tems qu'ils resteront sous les armes.
Demain , pendant le jour , tous les citoyens suspects seront
désarmés , et leurs armes seront données aux patriotes qui n'en
ont pas.
14
L'emprunt forcé sera requis conformément au mode îndiqué
par la commnne ; son produit sera employé en secours pour
les veuves , peres , meres , épouses et enfans des soldats citoyens
qui servent la patrie dans nos armées , ainsi qu'à la fabrication
d'armes , et à la paie des citoyens qui formeront la
garde soldée révolutionnaire de Paris .
L'assemblée générale des commissaires des autorités constituées
du département et des 48 sections , réunis en la salle
des amis de la liberté et de l'égalité , a pris hier l'arrêté qui
suit , dont le conseil general a ordonne l'impression et l'affiche .
Il sera nommé une commission de onze membres dans
le sein de l'Assemblée ; cette commission sera autorisée à
prendre toutes les mesures de salut public qu'elle jugera nécessaires
, et à les mettre directement à exécution . Les municipalités
des deux districts , bureaux , et les comités de surveillance
des 48 sections de Paris , seront tenus d'exécuter les
arrêtés qu'elllee aura pris , et les mesures qu'elle aura adoptées.
·
Les arrêtés de cette commission ne seront exécutoires qu'autant
qu'ils auront été pris à la majorité absolue des suffrages .
L'assemblée a nommé pour composer cette commission , les
citoyens Clémence , de la section de Bon Conseil ; Dunouy
l'aîné , section des Sans - Culottes ; Bouin , de la section des
Marches ; Auvray , de la section du Mont-Blanc ; Seguy , de la
section de la Butte- des -Moulins ; de la section du Mail;
Laugier , de la section de la Fode- Grenelle ; Bezot , canton
d'Issy ; Rousselin , section de l'Unité ; Marchand , section du
Mont-Blanc ; Grespin , section des Gravilliers .
L'assemblée déclare qu'elle approuve , et donne son adhësion
la plus entiere à la conduite et aux mesures de salut
publie , adoptées par le conseil général et les commissaires
des sections de Paris ; arrête en conséquence , que la commission
qu'elle vient de nommer , ira porter à l'instant au
conseil général de la commune , l'expression de ses sentimens
d'union et de fraternité , qu'elle y tiendra sa séance , et qu'elle'
travaillera en commun au salut public , et à l'affermissement
de la liberté et de l'égalité.
Signés , NICOLEAU , président ; et RAISSON , secrétaire.
( 281 )
•
Du 1er juin . L'on annonce au conseil-général que le citoyen
Roland , n'ayant pas été trouvé dans son domicile , n'a
été arrêté , et que son épouse a été conduite à l'Abbaye.
pas
Le conseil -général arrête que le comité révolutionnaire exis
tant actuellement à la maison commune , par le voeu des commissaires
de la majorité des sections , sera nommé comité réuobutionnaire
, créé par le peuple du département de Paris. Le con
seil fait adresser aux 48 sections la signature du président et du
secrétaire du comité révolutionnaire .
Le maire rend compte au conseil de sa conférence au comité
de salut public ; il l'a trouvé pénétré du desir d'établir
le bon ordre .
L'adjoint de la quatrieme division du département de làguerre
écrit au conseil que , si le bulletin de la Convention
ne parvient pas aux armées , la faute n'en peut être imputée
qu'à l'administration de la poste en conséquence , le conseil
envoie quatre commissaires au conseil exécutif, pour lui porter
cette dénonciation , et prendre toutes les mesures necessaires à
cet égard .
Le conseil approuve les réponses à faire aux lettres des municipalités
de Belleville et de Versailles , qui témoignent leur
sollicitude sur les événemens actuels , et expriment leurs sentimens
de civisme et de fraternité.
Le procureur de la commune ayant annoncé que le comité,
révolutionnaire était occupé à prendre les mesures de salut
public ; le conseil général arrête que tout membre qui parlerait
d'arrestation , ou qui ferait des propositions semblables
serait rappellé à l'ordre nominativement ..
Du 2. Le conseil - général- révolutionnaire , considérant que
la révolution ne peut s'achever tant que ses ennemis déclarés
seront à la tête des administrations ;
' Considérant qu'il est tems de terminer la lutte impie des
faux amis de la liberté contre ses véritables enfans ; qu'il faut
enfin arracher aux traîtres les armes que la patrie leur a données
pour sa défense , et qu'ils n'ont cessé de tourner contre son sein .
Sur le requisitoire du ministere public , arrête :
1º . Aucun ci - devant noble et aucun prêtre réfractaire on
assermenté ne pourra remplir les fonctions d'officier ou de
fonctionnaire public.
20. Les sections sont invitées à expulser des comités révolutionnaires
et civils , ainsi que des tribunaux de paix , tous les
signataires des pétitions des 8000 et des 20,000 , les clubistes
de la Sainte- Chapelle et des Feuillans.
Arrête en outre que le présent sera imprimé , affiché et envoyé
sur- le-champ aux 48 sections . -
Signés , DESTOURMELLES , vice - président ; COULOMBEAU ,
secrétaire-greffier .
( 282 )
Du 3. Le comité central révolutionnaire , instruit que , parmi les
députés mis en état d'arrestation par un décret de la Convention
nationale , plusieurs ont quitté leur domicile , a arrêté
hier qu'il déclare présumés contre-révolutionnaires tous propriétaires
, principaux locataires , tout citoyen quelconque qui
récéleraient des députés désignés et mis en état d'arrestation
par le décret de la Convention nationale du 2 juin .
gen-
Sur l'observation d'un membre du conseil - général , que la
garde des députés de la Convention , confiée à un seul
darme , pourrait inspirer de justes craintes aux habitans de
Paris , sous la sauve -garde et la loyauté desquels ils ont été
mis..
Le conseil à arrêté hier que deux citoyens sans - culottes seront
envoyés auprès des députés mis en arrestation , pour aider le
gendarme dans son service.
Le conseil ayant approuvé le compte qui lui a été rendu par
Hassenfratz , de la révolution du 31 mai , en a arrêté l'impression
et l'envoi en très- grand nombre dans les départemens .
Sur le rapport du comité central révolutionnaire , le conseil
a arrêté l'ouverture des barrieres pour ce jour , dès le grand
matin .
L'un des députés de la ville de Lyon , ayant dit au conseil-
général que la révolution n'était pas finie , qu'il ne fallait
pas mettre tant de lenteur à se défaire de ses ennemis , et à
répandre quelques goutes de sang , une improbation , tant
de la part des membres du conseil , que de celle des assistans
aux tribunes , l'oblige de sortir de la tribune ,
le président le rappelle à l'ordre . L'un des substituts du procureur
de la commune demande , dans un discours plein
d'énergie et de patriotisme , qu'on déclare mauvais citoyen
quiconque proposerait de répandre le sang.
et
Un membre annonce que les malveillans ont répandu des
bruits aussi outrageans pour les citoyens de Paris , qu'alarmans
pour ceux des départemens . Il ont l'audace d'accuser
les autorités constituées de Paris de vouloir s'emparer de l'autorité
, et d'exercer un pouvoir dictatorial sur toutes les sections
de la République : plusieurs membres de la Convention ,
dit - il , ont exprimé leurs inquiétudes à ce sujet , et notamment
ceux du comité de salut public.
Un cri général d'indignation s'éleve , et cette odieuse imputation
est unanimement désavouée .
Il a été annoncé dans cette séance que demain toutes les autorités
constituées s'assembleraient , pour délibérer sur les
moyens de faire détruire les bruits calomnicux répandus sur
Paris .
( 283 )
J
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE.
aux >
Philippe Devaux , âgé de 32 ans , natif de Bruxelles , colonel-
adjudant -général des armées de la République , a été condamné
à mort , sur la déclaration du jury , portant que le
4 avril dernier ., il avait reçu de 'Dumourier bains de
Saint-Amand , l'ordre de se transporter au camp sous Lille , à
l'effet de prendre le commandement des troupes qui étaient
auparavant aux ordres de Miazynski , et de les faire partir,
sur- le - champ ; qu'il savait alors que Dumourier avait fait arrêter,
les commissaires de la Convention nationale et le ministre de
la guerre ; qu'il était venu le 4 avril au camp de la Magde-,
leine , suivant des ordres de Dumourier , et qu'il avait eu des
intentions criminelles et contre-révolutionnaires .
Devaux était fils naturel du prince Charles , gouverneur des
Pays -Bas ; il a déclaré que s'il eût refuse d'obéir à Dumourier,
celui- ci l'aurait livré aux Autrichiens qui l'auraient fait pendre ;
il a prononcé un discours à ses juges et au peuple , dans lequel
il a protesté de son innocence : il est mort avec beaucoup de
fermeté .
Jean-François Wagon , âgé de 37 , demeurant à Paris , cidevant
valet - de- chambre de Pange , émigré depuis 1791 , a été
déchargé d'accusation par le tribunal criminel révolutionnaire ,
sur la déclaration unanime du jury , portant qu'il était sorti
du territoire de la République depuis le 9 mai 1792 , mais
sans avoir eu intention d'émigrer , et qu'avant ce voyage
d'environ quinze jours , il n'avait entretenu aucunes correspondances
avec des émigrés , ne leur avoit fait passer ni porté
de l'argent , et n'avait enlevé ni recelé aucuns effets à eux
appartenans .
Henri Stingel , âgé de 49 ans , né à Newstadt dans le palatinat
, général de brigade au service de la République Française
, a été déchargé d'accusation par le tribunal criminel révolutionnaire
, sur la déclaration unanime du jury , portant qu'it
n'était pas constant que ce général cût trahi les intérêts de la
République , en apportant une négligence coupable à la garde
des postes qui lui étaient confiés sur les bords de la Roër , et
dans sa retraite d'Aix- la - Chapelle ; que par ce moyen il cût
favorisé l'entrée des ennemis sur le territoire de la République ,
et occasionné les pertes considérables d'armes et de munitions
; et enfin , que pendant la durée de son commandement
il eût entretenu des correspondances et des intelligences triminelles
avec les ennemis de la Republique .
Pierre la Huproie , ci- devant secrétaire du roi , âgé de
61 ans , demeurant à Troyes , département de l' . ube , et Nico(
284 )
las-Pierre Lemuet , âgé de 46 ans , négociant , demeurant en la
même ville , ont été , aux termes de l'article LXIV , section IX ,
et de l'article 1er . , titre ler . , section fere de la loi du 28 mars
1793 , condamnés à être déportés à la Guyanne Française .
sur la déclaration de six jurés ( il y en avait onze au débat )
portant que le premier avait , depuis le commencement d'avril
1793 , entretenu directement avec Antoine-Edme la Huproie
son fils aîné , ci- devant conseiller au Châtelet de Paris , émi
gré contre-révolutionnaire , et indirectement avec d'autres pas
rens émigrés contre-révolutionnaires , des correspondances
déguisées de la part desdits émigrés , sous l'apparence de lettres
de commerce , dans lesquelles , en interligne , ainsi qu'à la suite
des caracteres ostensibles , se trouvaient écrits avec de l'encre
sympathique , visible à la seule approche du feu , des détails
de projets et opérations hostiles contre la République Française
, lesquelles correspondances tendaient à procurer aux
émigrés des secours pécuniaires et des renseignemens nuisibles
à la sûreté de la République ; et que Lemuet , agent
intermédiaire de ces correspondances , s'était prêté sciemment
à favoriser ces manoeuvres et intelligences .
Jean Maydieu, ci - devant chanoine de la cathédrale de Troyes ,
auteur d'un roman intitulé l'Honnête Homme , et de quelques
autres ouvrages de littérature , accusé d'avoir coopéré à l'entretien
de ces correspondances , a été déchargé sur la déclaration
unanime du jury.
Claude-François Laurens , le jeune , libraire , âgé de 34 ans ,
demeurant à Paris , rue Saint-Jacques , no . 37 , a paru devant
ses juges , accusé d'avoir imprimé , vendu et distribué , tant
à Paris qu'aux départemens , une brochure intitulée : Adresse
de 150 communes de Normandie à la Convention , sur le jnge,
ment de Louis XVI , et plusieurs autres ouvrages anti- civi
ques , ayant pour titre :
1º, Agonie ou mort héroïque de Louis XVI .
29. Plaidoyer pour Louis XVI , fait par le citoyen Jean-Jacques
Liberté.
30. Manifeste du roi de Prus e.
4° . Proclamation du roi à ses sujets révoltés.
Lesquels écrits provoquaient la dissolution de la représentation
nationale , le rétablissement de la royauté et allumaient la
guerre civile...
L'accusateur public, ensemble le défenseur de l'accusé enten,
dus , la déclaration des jurés porte qu'il est constant que, dans
les premiers jours de janvier 1793 , il a été vendu dans la ville
de Paris un ouvrage intitule : 6 Adresse de 150 communes de
Normandie à la Convention nationale , sur le procès de Louis
XVI ,,, sans le nom de l'auteur ni de l'imprimeur , tendant à
provoquer la dissolution de la représentation nationale , le
( 285 )
rétablissement de la royauté en France , et amener la guerre
civile.
1
La déclaration des jurés a été affirmative sur neuf autres
questions qui lui ont été présentées ; négative sur la onzieme ,
portant que Claude-François Laurens avait des intentions criminelles
et révolutionnaires dans la vente , envoi et distribution
des écrits sus -nommés : d'après cette déclaration , le tribunal a
acquitté ledit Laurens , et ordonné qu'il serait mis en liberté.
Etat des généraux qui commandent les armées de la Republique.
Général .
}
Armée du Nord et armée des Ardennes.
D
Quartier général ..
Custines.
à Bouchain.
... Général .
Quartier-général ..
Général...
Quartier-général ...
Armée de la Moselle.
Houchard .
à Saar-Louis.
Armée du Rhin.
Alexandre Beauharnais.
à Weissembourg.
Armée des Alpes .
Général ...
Quartier-général .
Kellermann.
à Chambéry.
Armée d'Italie.
Général ....
Quartier-général ..
Brunet,
à Nice.
Armée des Pyrénées orientales .
Général .. Deflers.
Quartier-général .. A Perpignan.
Général ...
Quartier -général .
Armée des Pyrénées occidentales.
Quartier-général ..
Armée des côtes de la Rochelle , depuis la Gironde.jusqu'à Nantes!
Général.... Biron.
à Doués
...
Dubouquet.
à Bayonne.
( 285 )
Armée des côtes de Brest , depuis Nantes jusquà Saint-Malo.
Général ..
Quartier-Général .
Cancleaux .
à Nantes .
Armée des côtes de la Manche , depuis Saint Malo jusqu'à Dunkerque .
Général .....
Quartier - général .
Félix Wimpfen .
à Bayeux.
Décret sur la formation de l'armée soldée de Paris , rendu dans
la séance de dimanche.
Art. Ier. L'armée soldée décrétée par la Convention natiomale
le mois dernier , demeure fixée à six mille hommes
pour Paris .
II. Tout citoyen de Paris qui voudra servir dans cette armée ,
se fera inscrire dans sa section , et ne pourra y être admis
que sur un certificat de civisme de la section .
III . Les sections feront parvenir à la municipalité de Paris
les états qu'elles autout dressés . La municipalité en formera
un état ou contrôle - général , qu'elle adressera au ministre de
la guerre .
IV. L'organisation de cette force armée , sa formation en
compagnies et bataillons , seront les mêmes que celles des bataillons
de volontaires nationaux ; et vu la herté des denrées
, sa solde sera . de 40 sols par jour .
V. Les lois et réglemens décrétés pour le service de la force
armée qui existait ci - devant à Paris , seront provisoirement
suivis .
VI. Le ministre de la guerre présentera , sous trois jours ,
l'apperçu de la dépense qu'occasionnera l'établissement de
cette force armée , et cette somme sera mise à sa disposition .
VII. Aucun des citoyens actuellement en activité de service
dans les armées de la République , ou en état de requisition
contre les rebelles , ne pourra entrer dans cette garde soldee
qu'après la paix. A cette époque ils y seront admis de préfèrence
, lorsqu'il y aura des places vacantes .
Notice des séances de mardi et mercredi.
Du mardi 4. Une députation de la section des Arcis vient
demander le supplice des députés parjures . Paris ne sera pas
souillé du sang des traîtres , s'il est versé sur l'échafaud .
reste de la séance a été rempli par la díscussion sur le partage
des biens communaux . Voici le décret :
-Le
( 237 )
Décret sur le mode de partage des biens communaux.
Art. Ier . Le partage des biens communaux sera fait par tête
d'habitant de tout âge et de tout sexe , absent ou présent .
II. Les propriétaires non habitans n'auront aucun droit au
partage .
III. Sera réputé habitant tout citoyen Français domicilié
dans la commune un an avant le jour de la promulgation de
la loi du 14 août 1792 , ou qui ne l'aurait pas quittée un an
avant cette époque , pour aller s'établir dans une autre commune.
IV. Les fermiers , métayors , valets de labour , domestiques ,
et généralement tous citoyens , auront droit au partagé , pourvu
qu'ils réunissent les qualités exigées pour être réputés habitans .
V. Tout citoyen est censé domicilié dans le lieu où il a son
habitation , et il y aura droit au partage .
VI. Les peres et meres jouiront de la portion qui échéra à
leurs enfans , jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de 14 ans .
VII. Les tuteurs ou personnes chargées de, l'entretien des
orphelins , veilleront avec soin à la conservation de la portion
qui leur échéra en partage .
VIII. Les corps municipaux sont spécialement chargés de
veiller en bons peres de famille , à l'entretien et à la conservation
des portions qui écheront aux citoyens qui se sont voués
à la défense de la République.
IX. Le ci - devant seigneur , quoiqu'habitant , n'aura point
droit au partage lorsqu'il aura se du droit de triage , en exécution
de l'art. IV du titre XXV de l'ordonnance de 1669 , quand
mème il aurait disposé de sa portion en faveur des particuliers
non- seigneurs .
X. Chaque habitant jouira en toute propriété de la portion
qui lui , échera dans le partage.
XI. Il ne pourra en disposer pendant les dix années qui
suivront la promulgation de la presente , et la vente qu'il en
pourrait faire serait regardée comme nulle et nou -avenue.
XII . Le parcours ne donne aucun droit au partage .
XIII. Tout acte ou usage qui fixerait une maniere de procéder
au partage des biens communaux ou patrimoniaux , différente
de celle portée par le présent décret , sera regardé comme
nul et de nul effet , et il sera procédé au partage dans les formes
prescrites par la présente loi
XIV. La portion de communal qui échéra à chaque citoyen
dans le partage , ne pourra être saisie pour dettes , même
antérieures à la promulgation de la présente loi , pendant les
( 288 )
2
dix ans qui suivront ladite promulgation , excepté pour le paiement
des contributions publiques.
*
Des dépêches annoncent que les rebelles de la Lozere ont
été battus , et que bientôt ils seront cernés. On a aussi remporté
des avantages contre les Espagnols qui ont été repoussés .
Du mercredi 5. Fonfrede observe que la Convention a décrété
que le comité de salut public ferait sous trois jours son rapport
sur les députés arrêtés . Ces trois jours écoulés , elle a.
décrété aussi qu'on lui ferait lecture des pieces qui ont dû être
déposées par les citoyens l'Huillier et Hassenfratz . Je demande
que ce décret soit exécuté séance tenante . Si l'arrestation d'un
magistrat de la commune de Paris a excité une sorte d'insurrection
, ne craignez -vous pas que l'arrestation de plusieurs
députés n'en excite une autre ? ( Murmures . )
On dit que je suis l'ennemi de la tranquillité de l'Assemblée ;
( oui , oui , disent plusieurs membres ) ; si celui qui parle était
arrêté , il ne se plaindrait pas de mes soins ; si les pieces annoncées
ont été déposées , elles doivent être Ines ; si elles n'ont
pas été remises , on a trompé la Convention : alors moi qui
suis resté ici pour être le défenseur d'hommes dont je connais
la probité , je réclamerais contre les trompeurs la peine du
talion .
La Convention deit tendre justice à tous , et étouffer les fermens
de guerre civile , car je dois vous annoncer que si des
hommes armés sont venus vous demander l'arrestation de
plusieurs membres , d'autres hommes armés sont en marche
pour venir vous demander ou l'éxécution ou la révocation
du décret que vous avez rendu.
Chabot. Je ne sais si les hommes armés , dont vient de parler
le préopinant , ont appris par une inspiration prophétique l'arrestation
de quelques députés dans ce cas même ils auraient
été trompés , car tous ne sont pas arrêtés . Le complot que nous
avous déjoué n'était pas imaginaire ; Fonfrede vient d'en donner
une nouvelle preuve. Nous savions bien qu'on avait affiché à
Bordeaux une lettre où l'on invitait les citoyens à marcher contre
ceux qu'on appelait les anarchistes de la montagne .
L'existence de ce complot sera démontré jusqu'à l'évidence ;
mais puisque nous ovons la paix par la seule arrestation, de
quelques députés , nous leur prouverons que nous ne voulons
pas leur tête , mais seulement la liberté de notre pays . — L'Assemblée
interrompt Chabot et passe à l'ordre du jour,
Jer . 135.
v 12 ( N.98 , – 1793. )
MERCURE FRANÇAIS.
SAMEDI 15 JUIN , l'an deuxieme de la République.
POÉSIE.
2362
eash oluna roti obleTÁ
Corancez aux mânes de son fils Godefray ( * ) ,
De
l'Elisée où tu revis sans doute ,
O mon cher fils' ! "
ET
Pour un moment reviens , approche , écoute ;
Entends mes cris . '
Quoi ! pour toujours faut - il donc , 'je te prie ,
Nous séparer 2vnom st
Privé de toi , je ne garde la vigs1133
Que pour pleurer...907- Su V
Tout est muet , tout se montre inflexible '.
Autour de moi ; nor s'y 30/2
10
¦ zucid
´O mon ami , suis -je donc scul sensiblesey sovel aislī
Auprès de toi ?
1
Hier encor ta prunelle attentive
Me regardaitque tenist ( ele lug si
Ta langue hier dans ta bouche plaintive
ob Me répondait. Saroj asfalt 1 124 it
(*) Le jeune homme , sujet de cette romance , était élevé souslieutenant
du corps d'artillerie . Il est mort celle année à l'âge de
18 ans . Toutes les notes envoyées au bureau de la guerre par les
officiers commandans de l'école de Châlons , et consignées dans ses
registres , le faisaient regarder comme un sujet de la plus grande
espérance , et précieux pour ce corps recommandable . Il joignait à
bonté de son
l'amour de ses devoirs un esprit
aimable e cam
coeur lui avait concilié l'amitié de tous ses
Ceux qui connaissent sa famille pouvaient croire , que pere et
mere trouveraient des consolations réelles dans les qualités des enfans
qui leur restent ; mais le sentiment profond et naturel , exprimé
si douloureusement dans les deux derniers couplets , prouve qu'il
n'est point de dédommagement pour une perte de ce genre.
Tome III. V
(+290 )
Si tu ne peux par les larmes d'un pere
Être attendri ,
Reviens du moins pour consoler la mere
Qui t'a nourri .
Sur son malheur qui peut jetter la vue
Sans en gémir ?
De sa douleur qui peut voir l'étendue
Sans en frémir ?
Froide raison , seule dans cet asyle ,
J'entends ta voix..
Que me veux- tu ? me voir calme et docile
Suivre tes loix ?
3720D
A mon esprit tu peux par un sophisme
Plaire un instant ,
3
Mais sur mon coeur ton cruel fatalisme
Est impuissant.
་ ་ །
Dieux quels objets de nouvelles alarmes
Et de terreurs !!
mes enfans , venez-vous à mes larmes
Mêler vos pleurs ?
Oui , dites -vous , sur lui , sur notre mere
Nous pleurons tous ;
Mais devez-vous mourir pour notre frere
Vivez pour nous.
Le puis -je , hélas ! car si votre naissance
Combla mes voeux ;
་་
Si par les ris , les jeux de votre enfance
Je fus heureux ,
Ne m'a- t-il pas causé même allégresse
Dès son berceau ?
Blamerez-vous l'exces de ma tristesse
Sur son tombeau ?
Les dons qu'en vous la nature a fait naitre
Brillaient en lui.
Par lui j'apprends qu'ils peuvent disparaître
Dès aujourd'hui .
Voir du bonheur une image infidelle ,
Est-ce en jouir ?
Vivre et toujours craindre perte nouvelle !
Plutôt mourir !
( 291 )
MON
CHARADE.
ON second sans mari n'est jamais mon premier ,
Quand il est dans le cas d'appeller mon entier,
Do
ENIGM E.
u malade alité compagnon assidu ,
Je suis de la tristesse un emblême connu .
Être nocturne et fuyant la lumiere ,
Si-tôt que le soleil commence sa carriere ,
je suis reclus pourtant je me crois fort heureuxS
Auprès des blondes et des brunes ,
Lecteur , je fus témoin de ses bonnes fortunės.
A me trouver sur la fin d'un long jour ,
L'artisan fatigué goûte un plaisir extrême ;
Et couronné des myrtes de l'amour ,
Pour le nouvel époux je vaux un diadême .
je te serai fidele , et jusques au tombeau ;
Sur ma discrétion que rien ne t'effarouche .
je suis privé d'ailleurs et de langue et de bouche ,
Et toujours sur les yeux je porte le bandeau .
1
LOGO GRIPHE.,
3
LECTEUR , je suis le roi du monde i
Avec fureur par- tout on me poursuit.
Je rends la nature féconde ;'
C'est par moi que tout s'embellit.
Je hais l'éclat et le grand bruit .
J'aime à voltiger sur l'herbette ;
Mais rarement on me saisit
Dans le boudoir d'une coquette .
rai
Je suis connu , j'en ai trop dit ,
Et me décomposer serait très -inutile !
Cependant si tu veux encor mieux m'observer j
Dans mes sept pieds cherche une ville ,
Où l'on fait tout pour me trouver.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 97%
Le mot de la Charade est Curedent ; celui de l'Enigme est le Fi
gelui du Logogriphe est Bauf; ôtez le B¿ reste auf.
2
( 292 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Les Préjugés détruits , par J. M. Lequinio , membre de la Convention
nationale de France et citoyen du globe. Vol. in - 8° . A
Paris , de l'imprimerie nationale ; et se trouve chez Desenne et
Debray , libraires , au jardin de la Révol tion , ei - devant le
Palais - Royal ; et chez les principaux libraires de l'Europe .
Prix , 3 liv. pour Paris , 3 liv . 10 sols pour les départemens
franc de port.
La France entiere avait fait le livre de J. M. Lequinio , avant
qu'il en eut écrit une ligne ; car les différens progrès de notie
révolution , depuis le commencement de juillet 1789 jusqu'à
la fin d'août 1792 , sont-ils autre chose que les Fréjugés détruits ?
Ceux de la royauté , du sacerdoce , de la noblesse , etc. sont
anéantis . Mais tout état social ou anti - social , tout ordre on
désordre politique , a ses préjugés ; la démocratie en a tout
comme la monarchie , puisque les préjugés ne sont en effet que
des opinions vulgaires , adoptées sans réflexion par la passion
ou par l'ignorance : les passions sont de tous les hommes et
de tous les tems , et l'ignorance appartient sur-tout à un nouvel
état de choses , puisque les lumieres me sont pour le commun
des hommes que le résultat de l'expérience . On a beaucoup
parlé des nôtres et mai tout le premier ) au moment de notre
révolution , et nous avions effectivement toutes celles qui étaient
nécessaires pour que tout le monde sentit plus ou moins que
nous étions mal et très - mal. Mais en avions-nous assez pour
savoir generalement ce qui était bien , et avions - nous assez de
vertu pour le vouloir ? Un passage du livre de J. M. Lequinio
peut servir de réponse à cette question : Est-ce que tu formerais
le projet insensé de donner des vertus à la généra
tion présente ? O fol espoir ! idée trompeuse ! songe d'un
coeur sensible , mais d'un esprit borné ! rêve de l'homme
, de bien ! Réveille - toi , mon frere , ouvre les yeux ; étends
tes regards ; observe , écoute et réponds : des fibres endurcis
" par l'âge , des corps paralysés dès le maillot , pourraient-ils
,, désormais acquérir de la souplesse et de la vie ? Une chair
" gangrenée depuis long- tems et pleine de corruption , pourrait-
elle prendre maintenant le mouvement dont jusqu'à ce
jour elle n'a point joui , et les esprits vitaux qui n'ont jainais
circulé dans son tissu calleux et impur ? Non ; renonce
99 à cette conception , vaine et pense à la race future : c'est
sur elle qu'il faut verser tes bienfaits.
Je crois , il est vrai , que l'auteur va un peu trop loin , et
si la génération présente était aussi gangrenee qu'il le dit , je
ne vois pas comment il resterait quelqu'espoir pour laine(
293 )
mation future. Mais il est trop sûr en effet que notre République
naissante est infectée de tous les vices de l'ancien despotisme
, et que trop de gens spéculent sur la liberté aussi
bassement qu '
u'ils auraient spéculé sur la servitude . Il n'est pas
moins certain que la multitude qui a su détruire , étant trop
peu instruite pour édifier , est la dupe et l'instrument des fri
pons qui voudraient bien ne bâtir que pour eux - mêmes. I
semblerait donc que le livre à faire aujourd'hui serait celui
qui aurait pour titre des Préjugés à détruire . Il faut le faire ,
sans doute , mais attendre pour le publier le moment où il
pourra être entendu . Et comment le serait-il aujourd'hui ? Ces
préjugés si récens sont une maladie dans son paroxisme . Ce ne
sont pas des erreurs , mais des fureurs ; c'est la démence et
la rage c'est bien là le moment de raisonner de plus ,
pour se parler , il faut s'entendre ; il faut avoir un langage
commun à tous , et coinme je l'ai déja dit , tous les mots
essentiels de la langue sont aujourd'hui en sens inverse ; toutes
les idées primitives sont dénaturées ; nous avons un dictionnaire
tout nouveau dans lequel la vertu signifie le crime , et
le crime signifie la vertu ; nous avons une logique nouvelle
qui peut se réduire à cette formule d'argument : Deux et
deux font quatre : donc trois et deux font six , et quiconque
en doute est un scélérat . Ce dictionnaire et cette logique
ne peuvent jamais être à l'usage du bon sens , et ceci n'est rien
moins qu'une exagération ; je pourrais extraire trois mille discours
dont c'est là exactement le fonds , et de quelque côté
qu'on se tourne , on n'entend gueres autre chose . Ira - t- on
prêcher la sobriété à un homme ivre non , il faut attendre
qu'il ait passé quelques nuits dans la boue , qu'on l'ait rapporté
plus d'une fois chez lui sanglant et mutilé ; et quand il
sentira de vives douleurs dans tous ses membres , alors on
pourra lui faire comprendre que si le vin est une fort bonné
chose , l'ivresse est une maladie et un danger.
L'auteur , connu pour un excellent patriote , et qui en a
donné des preuves dans les fonctions de commissaire national
auprès des départemens du Nord , paraît plus épouvanté que
personne de cet oubli de toute raison , de cette espece de
vertige dont tant de têtes paraissent frappées. Voici un des
passages qui montrent ce qu'il en pense. L'intolérance est à
" ce point déraisonnable sur ces objets politiques et souvent
,, si mal fondée , que si j'avais à définir un aristocrate , je
n'hésiterais pas à répondre : c'est l'homme qui pense au-
" trement que moi . Si dans le même instant on me deman-
,, dait ce que c'est qu'un factieux , je dirais encore : c'est
,, l'homme qui pense autrement que moi . Enfin , si l'on me
questionnait sur la définition du modéré , de l'homme lâche ,
incple et pusillanime , je répondrais encore : c'est l'homme
qui pense autrement que moi. Il aurait pu pousser beaucoup
plus loin cette nomenclature , à la vérité fort augmentée
V 3
( 294 )
depuis l'impression de son livre , et passant en revue les mots
de contre- révolutionnaire , de conspirateur , de royaliste , de scé
lérat , d'assassin , etc. etc.; définir toujours de même , l'homme
qui pense autrement que moi .
Il y a un peuple en Europe tellement accoutumé , par
son éducation , à écouter et à faire, cas du raisonnement ,
que toutes les fois qu'un homme fait signe qu'il veut
parler ( je ne dis pas dans les assemblées délibérantes :
on n'y connaît pas les interruptions ) , mais dans une foule
quelconque , dans un attroupement , dans une émeute , sur le
champ et comme par un instinct universel , tout le monde
fait silence paix , paix , il veut parler ; et l'on écoute jusqu'à
ce qu'il ait fini . Ces gens -là s'appellent les Anglais. Il est vrai
qu'il y a cent ans qu'ils jouissent de la liberté de parler , ce
qui fait peut- être qu'ils en sont moins pressés pour nous qui
ne la possédons que depuis peu d'années , apparemment que
nous ne croyons pas pouvoir nous dédommager assez tôt du
long silence où le despotisme nous avait condamnés ; car la
chose du monde la plus difficile c'est d'obtenir la parole , et
sur-tout de la garder un quart- d'heure ; tant de gens la veulent
pour eux , et si peu sont disposés à écouter ! Il y a bien
d'autres causes de ce choc épouvantable qui brise la parole
sur les levres des orateurs ; mais c'est précisément parce que
je sais très- bien de quelle nature sont ces causes , que je ne
crois pas qu'il soit tems d'en rendre compte.
C'est par la même raison que je ne veux pas mettre ici
sous les yeux du lecteur le tableau , malheureusement aussi
fidele qu'énergique , que l'auteur a tracé des séances de nos
Assemblées nationales , encore moins la peinture qu'il fait
de quelques-uns des membres que l'on a vu et que l'on y
voit encore figurer. Ges morceaux détachés frapperaient peutêtre
encore plus dans un extrait que dans un livre, et aujourd'hui
plus qu'à la fin de l'année derniere ; et ce n'est pas la peine.
de blesser , quand on ne peut ni corriger ni éclairer.
C'était certainement le but de l'auteur : il est difficile d'an
noncer des intentions plus louables , de se montrer plus rempli
du desir de voir les peuples et sur-tout ses compatriotes libres,
et heureux , de chérir davantage cette égalité fraternelle , qui ,
bien, conçue et bien sentie , serait la perfection de la liberté .
On ne peut lire cet ouvrage sans en estimer l'auteur et sans
l'aimer comme il paraît aimer le genre humain . Mais il lui
arrive ce qui est arrivé à plus d'un philantrope : le chagrin
qu'il a de voir la réalité si loin de ses espérances , lui donne.
une sorte d'humeur violente qui l'emporte quelquefois trop
loin et le jette dans des exagérations que sans doute aves un
peu de réflexion , lui-même il désavouerait. Il ne s'agit pas
ici des idées générales qui font le fond de son
livre ; il ne
dissimule pas qu'elles ont été mises en avant dans une foule
d'autres écrits , et il ne se propose que de les inculquee
plus profondément dans l'esprit de ses lecteurs . Peut-être
( 295 )
"
*
aurait-il mieux réussi , si d'un côté il y eût mis plus de
mesure et de l'autre plus de force de conviction . Il a plutôt
le ton d'un prédicateur que d'un raisonneur , et quoiqu'il
ne manque ni de facilité ni de mouvemens , quoiqu'il ait
même des morceaux qui prouvent du talent , on voit qu'il n'a
pas assez travaillé son ouvrage ni pour les idées ni pour la
diction : c'est une sorte d'épanchement continuel , une surabondance
de lieux communs trop souvent déclamatoires ;
mais ce qu'on lui reprochera le plus , ce sont quelques idées
absolument fausses , qui gâteraient le meilleur livre , et qui
dominant dans le sien , y forment même une sorte de contradiction
avec son objet. Il commence ainsi : L'homme est
" il fait pour penser ? J'avais eu la sottise de le croire ; mais
depuis long-tems j'ai reconnu mon erreur , et je réponds
hardiment , non . Ce paradoxe revient plus d'une fois
dans le cours de l'ouvrage . On lui répondra bardiment :
ce qui prouve que vous-mêmes n'êtes pas de votre avis , c'est
que vous écrivez pour détruire les préjugés , et qu'à coup sûr .
il faut que les hommes pensent pour se défaire de leurs préjugés
or vous ne voudriez pas essayer l'impossible done
Vous croyez que les hommes sont faits pour penser. Vous dites
vous-même : Le succés de la révolution repose sur une base
: :
immuable , la force de la raison , la saine philosophie
l'extension des lumieres , etc . ,, Vous , redites à tout moment
( et l'on ne saurait trop le redire ) que c'est la propagation des
lumieres qui peut seule rendre les peuples libres , etc. Et comment
cela se ferait- il , s'il était vrai que les hommes ne fussent pas
nés pour penser ? Votre livre , il est vrai , n'est qu'un résumé
des injures qu'ils ont souffertes et des sottises qu'on leur a
fait croire. Qu'est- ce que cela prouve ? qu'il y a toujours en
des frippons intéressés à faire des dupes . Mais comme , graces
aux conseils de quelques sages , il y a déja moins de dupes
il y aura nécessairement moins de frippons . Il ne s'agit dans
tout cela que du plus ou moins de tems. L'Angleterre qui
s'est rendue libre il y a cent ans , ( du moins jusqu'à un certain
point ) a préparé le chemin à l'Amérique qui l'est aujourd'hui
parfaitement . L'Amérique a donné l'éveil à la France
qui n'est encore qu'affranchie de la royauté , je l'avoue , mais
qui deviendra libre comme l'Amérique , dès qu'elle sera devenue
raisonnable , et dès que Paris ne s'amusera plus , pour
le bon plaisir d'une poignée d'intrigans et pour la plus grande
satisfaction de nos ennemis , à jouer aux rèvolutions comme
des enfans , au lieu de s'occuper à faire un gouvernement
d'hommes .
Un despremiers préjugés que l'auteur attaque , c'est la gloire .
S'il s'était contenté de rappeller qu'on a fait de ce mot , comme
de tant d'autres , un abus aussi insensé que funeste , et s'il
s'était attaché à le restreindre dans sa véritable signification
eût écrit en philosophe. Mais , confondant la chose avec
V 4
(( ( 296 )
Fabus , il ne voit dans l'amour de la gloire que folie , néant ,
honte de l'humanité , qu'un principe de tous les crimes , etc. Des
rhéteurs satyriques l'ont dit mille et mille fois en vers et en prose ;
c'est un préjugé , et l'auteur qui écrit pour les combattre tous,
ne devait pas adopter celui - là . Cherchons le vrai qu'est - ce
que l'amour de la gloire ? c'est le desir d'être estimé de ses
semblables. Ce desir de l'estime est aussi naturel à l'homme
que la crainte du mépris , et l'un et l'autre sentiment n'a rien
en lui-même que de louable. Maintenant qu'est - ce que la
gloire ? Cicéron qui pouvait s'y connaître , la définit ainsi :
C'est le bruit éclatant et répandu au loin de services nom-
2 breux et signalés rendus ou à la patrie ou au genre humain. ››
Et devant qui prononçait- il cette définition ? en plein sénat ,
devant César , dictateur , devant César , vainqueur du monde .
C'est à lui qu'il adresse la parole ; c'est lui qu'il avertit de ne
pas confondre ce qui excite l'étonnement , l'admiration de la
multitude avec ce qui mérite l'approbation et la louange des sagés .
Il lui dit en propres termes : Il y a jusqu'ici daus votre vie
" de quoi admirer ; on y attend de quoi louer. " Il ne dissimule
pas que si César , après tant de victoires sur le Rhin
sur l'Océan , sur le Nil , n'établit pas la République sur un
fondement légal et durable , il n'a rien fait . Il ajoute même que
sans cela sa renommée sera , dans la postérité comme chez ses
contemporains , un sujet de dispute , les uns portant ses exploits
jusqu'au ciel , les autres assurant qu'il y a manqué ce qui
est véritablement grand , le salut de la patrie ; que cela seul
tient à la sagesse , et le reste à la fortune . Tout ce morceau
dont je ne rappelle ici que quelques traits , est plus propre
à donner des idues saines sur la gloire qu'un traité complet sur
cette matiere. On y voit tout ce qu'etait Cicéron , au jugèment
même du tyran Octave , qui avait eu la lâcheté de l'abandonner
aux glaives d'Antoine . « C'était ( dit- il un jour à son
fils , qui se cachait de lire les ouvrages de Cicéron ) , c'était
? un grand génie et un grand citoyen , qui aimait sincérement
sa patrie. Observez que c'est ce même Cicéron , celui qui
osait tenir à César tout - puissant le langage qu'on vient d'entendre
, que c'est lui que des pédans et des rhéteurs ont traité
d'adulateur de César.
2
J. M. Lequinio s'éleve après tous les philosophes , contre
le préjugé de la bâtardise ; mais ce dont aucun d'eux ne s'est
avisé , il met en principe qu'il serait heureux pour l'espece
9
humaine que tous les enfans ne connussent point leur père
» qu'alors serait parfaitement anéanti le set orgueil qui se
" repose sur le mérite des ancêtres , etc. Je n'ai pas la force
de réfuter cette inconcevable assertion , qui heureusement est
trop révoltante pour être dangereuse . J'invite seulement l'auteur
à réfléchir sur les conséquences , à se rappeller que rien
de ce qui viole les premiers sentimens de la nature ne peut
jamais etre ni raisonnable , ni utile , et je ne doute pas qu'il
( 297 )
ne soit le premier à rejetter cette idée monstrueuse.
Je ne releverai pas les contradictions dont ce livre fourmille :
l'auteur écrit avec une sorte de morosité fougueuse qui lui
fait oublier dans un chapitre ce qu'il a dit dans l'autre . 11
déclare ici que l'avenir n'est rien pour lui , qu'il ne voit que
les générations présentes ; là , il assure que le présent est irrémédiable
, et que le philosophe ne doit porter ses regards que
sur l'avenir , etc. Il s'adresse aux femmes dans sa dedicace ;
êtres souffrans , êtres faibles , et qui devez cependant gou-
99 verner l'espece humaine , aussi - tôt que vous aurez appris à
» vous dépouiller des fantômes dont votre imagination se remplit
, etc. On ne se dépouille point des fantômes ; mais j'ai
dit que je n'examinais pas le style . Ce qui m'embarrasse , c'est
des savoir ce que l'auteur a voulu dire par cette phrase : Vous
qui devez gouverner l'espece humaine . S'il parle de Fempire de
leurs attraits , il existe et existera long-tems , et l'on connaît
cette phrase de Voltaire en parlant des femmes : Cette moitié
du genre humain qui gouverne l'autre . Mais l'auteur exprime ici
un droit et non pas un fait il prétend qu'elles doivent gou
verner. Est- ce le gouvernement politique qu'il veut leur donner
? Un philosophe de nos jours je veux dire un homme
qui a beaucoup écrit sur la philosophie et la législation ) a fait
une brochure pour prouver que les femmes doivent avoir part
à l'administration des affaires publiques . Je ne sais s'il a voulu
être galant , mais il est de fait que dans ce paradoxe ( qui n'est
pas après tout plus extraordinaire que cent autres folies de
notre siecle , ) il n'y a pas plus de véritable galanterie que de
philosophie , et qu'il ne fera pas plus de fortune auprès des
femmes même qu'auprès des publicistes et des philosophes .
Je ne finirai pas sans avertir l'auteur de lire et de citer
l'histoire avec plus d'attention . Je sais qu'il ne fut pas
difficile à Marie de Médicis , assistée du saint et fervent
cardinal de Richelieu , de devenir enceinte après 25 ans de
stérilité , sous le regne de Louis XIII . ,, Il y a la autant
d'erreurs que de mots . Marie de Médicis était femme d'Henri IV
et mere de Louis XIII , de plus ennemie mortelle de Richelieu ,
bien loin d'être assistée par lui pour devenir enceinte , quand
même elle eût été en âge de le devenir . C'est Anne d'Autriche ,
femme de Louis XIII , qui devint enceinte après une longue
stérilité , dont on prétend qu'elle fut guérie par Mazarin , qui
passa dès ce tems - là pour le pere de Louis XIV ; temoin ces
vers qui coururent sous son regne :,
Piller la veuve et l'orphelin ,
Prendre des villes sans combattre ,
C'est être fils de Mazarin ,
Et non petit-fils d'Henri quatre.
Je sais bien que tous les jours , à la Convention et dans
( 298 )
les assemblées , on cite l'histoire ancienne et moderne à peu
près comme Sganarelle cite Aristote. C'est un très-petit inconvénient
; car il n'en résulte qu'un peu de ridicule auprès
des gens instruits ; mais dans un ouvrage philosophique on
exige plus d'exactitude qu'à la tribune.
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA NATION .
On a donné sous le titre assez piquant des Quatre Sears ,
une piece en trois actes et en vers irréguliers.
M. de Saintonge a quatre filles ; trois ont déja passé l'âge
où d'ordinaire les demoiselles se marient ; mais celles - ci sont
dédaigneuses ; l'une parle toujours raison , l'autre de sentiment ,
la troisieme d'esprit ; malheureusement elles parlent toutes sur
le même ton et du même style , ensorte qu'on ne voit point
trois personnages différens ; ou , pour mieux dire , on ne voit
que l'auteur à la place des personnages. La plus jeune des
soeurs , Laurette , est une aimable folle . Elle est aimée de
Celicourt , jeune homme sensible , qui vient dans la maison
avec son ami Durval , lequel aurait grande envie d'être plaisant.
Il s'agit de marier ensemble les deux jeunes amans ;
M. de Saintonge est bon homme , il y consentira , dit - il , pourvu
que les trois aînées y donnent leur aveu ; sans cela , il ne veut
point leur faire un passe - droit qui les affligerait . Célicourt,
annonce qu'il a trouvé un moyen délicieux de les persuader
en les trompant innocemmept ; et ce moyen innocent se réduit
à deux conversations fort ennuyeuses qu'il se procure , l'une
avec la sentimentale et la spirituelle , et l'autre avec la raisonnable.
Il fait entendre que Durval veut épouser Laurette , et en est
aimé ; chacune des trois soeurs se flatte que Célicourt se réserve
pour elle- même ; toutes trois consentent à ce que leur cadette
se marie la premiere ; son amant alors se déclare , et l'épouse.
A défaut d'action , de caractere , de scenes et de force cos
mique , on trouve dans cet ouvrage quantité de madrigaux ,
une douzaine d'épigrammes , deux ariettes , trois comparaisons ,
et quatre jolies femmes . Ce dernier article , ainsi que l'ensenible
et la précision du jeu des acteurs , a empêché de tomber
cette prétendue comédie , qui peut passer pour un petit recueil
assez faible de poésies fugitives.
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE .
ALLE MAGN® E.
De Hambourg , le 22 mai 1793 .
LE nord de l'Europe mérite toute l'attention de cette partie
du monde , où depuis un siecle au plus il s'est élevé une
puissance formidable , qui vise comme Louis XIV à la monarchie
universelle , et qui , encouragée par le succès de ses premiers
attentats , aidée même par deux grands complices , ne
tardera pas à consommer l'invasion sacrilege des droits et de
la liberté du genre humain , si des peuples généreux , impatiens
de la seule idée du joug , ne se réunissent pour arrêter
les progrès de ces ennemis communs de la liberté , à la tête
desquels , pour comble de honte , on voit , non pas un César ,
un Alexandre , auxquels on rougirait moins de céder , mais une
femme ambitieuse , dux famina facti !
Catherine II qui en essayant de policer ses peuples barbares
les a dispensés de la reconnaissance , puisqu'elle n'a
travaillé que pour sa propre splendeur , et qu'il n'en est point
au milieu d'un peuple sauvage que l'inclémence d'un ciel et
d'un sol de fer rendrait trop féroce sans le secours des arts
du luxe qui amolissant toute une nation , fait du plus grand
nombre un troupeau docile , soumis au caprice et aux plaisirs
factices d'un petit nombre d'êtres privilégiés , Catherine II est
tellement l'ennemie de la liberté qu'elle veut aider à l'étouffer ,
non- seulement autour d'elle , comme elle l'a fait en Pologne eten
Courlande , mais même dans des pays trop éloignés pour que
ses aveugles esclaves puissent facilement y porter leurs armes .
On mande de Pétersbourg qu'elle a résolu enfin d'envoyer
des troupes de terre contre la France , et que l'on a fait partir
un courrier avec cette nouvelle pour Londres . Cette souveraine
, ajoute - t-on , a fait de riches présens à M. d'Artois ; ils
consistent dans une épée d'or , sur laquelle se trouve l'inscription
suivante , avec Dieu, pour le roi ; dans un gros diamant pour
bouton de chapeau, et dans un écrain rempli de bijoux . Sa suite
a été aussi gratifiée richement. La masse des émigrés répandus
dans l'Allemagne , et sur-tout celle qui se rassemble en
Angleterre par les soins de M. de la Châtre , ne tardera pas
à s'ébranler pour aller se joindre sous les auspices de M. d'Arois
à l'armée de Bretagne , laissant toutefois en arriere une
maison du roi qui servira d'escorte et de garde au prétendu régent
de France. Au départ de M. d'Artois de la cour de
--
( 300 )
Pétersbourg pour se rendre à celle de Londres , il lui a été
compté , par ordre de l'impératrice , une somme de dix mille
ducats. L'hôte de Catherine recevra toutes les semaines , pendant
son voyage , une somme de 15,000 roubles .
Corse ;
La moindre marque de reconnaissance que l'impératrice
attend du prince qu'elle protege , c'est la cession de l'île de
car elle veut avoir des établissemens dans la Méditerranée
, afin de pouvoir mieux exécuter un jour son grand
projet sur la Turquie européenne , en faisant agir en même
tems ses forces navales , tant du côté de la Méditerranée que
du côté de la mer Noirc . On dit même qu'il entre dans les
projets de cette femme qui , née protestante , ' embrassé le
schisme des Grecs , parce qu'il le fallait pour monter sur le
trône de la Russie , d'avoir des chevaliers de Malte dans ses
états . Elle se propose d'en eriger un prieuré dans la Crimée,
La protection signalée qu'elle accordera à cet ordre de moines
militaires catholiques s'accorde parfaitement bien avec son
grand projet favori .
a
La Russie s'entend à merveille jusqu'à présent avec la Prusse.
pour le partage de la Pologne . Mais ces deux puissances ne
voient qu'avec jalousie l'Autriche se préparer à entrer en pos
session de son lot , quoiqu'il soit bien inférieur au leur . II
ne serait même pas impossible qu'une mésintelligence commencée
finit par une rupture .
1
En attendant cette rupture qui pourrait venger la Pologne ,
mais malheureusement toujours aux dépens de l'humanité
puisque le sang des homines conlerait , non pour reconquérir
la liberté , mais pour changer d'esclavage , le roi de Prusse
sentant qu'il faut donner une sorte de legalisation à son envahissement
, exige la convocation des diétines par les universanx
d'usage , à la publication desquels ceux même des Polonais
qui ont trahi leur patrie se refusent , et par un reste de
pudeur , et par des regrets ou des remords de s'être opposés
à la constitution du 3 mai , dont l'effet eût été , sans doute
quoiqu'elle n'offrit qu'un commencement de liberté , d'inspirer
an peuple qui l'aurait partagée l'énergie nécessaire pour la défendre.
En conséquence , Frédéric-Guillaume a fait présenter la note
snivante à la confédération générale Le soussigné , etc. etc.
n'a pu voir sans étonnement et sans chagrin , que l'illustre
confédération générale ait laissé écouler dix jours entiers sans
répondre aux déclarations qui lui ont été présentées de la part
des deux cours alliées , et sans s'occuper des moyens qui seuls
sont capables d'opérer le bien de la Pologne. Le soussigné
continue donc d'insister sur ce que la confédération générale
réponde sans retard auxdites déclarations , et qu'elle prenne
les mesures nécessaires pour convoquer la diete . " "
Signé DE BUCHOLTZ .
La réponse aux déclarations et aux différentes notes des
( 301 )
deux puissances a enfin paru . Cette piece singuliere offre un
mélange inexplicable de foiblesse et de fermeté. Si l'impératrice
de Russie et le roi de Prusse ne s'en contentent pas ,
comme il y a toute apparence , ils passeront légerement pardessus
les formes , puisqu'ils tiennent le fond , et les réclamations
de MM. Potocki et Zabiello n'auront fait qu'aigrir des maîtres
impérieux , qui s'étaient promis de trouver en eux des instrumens
de servitude plus dociles .
1
Les lieutenans de Raumer et de Schwerin ont été nommés
le premier au gouvernement de Dantzick et le second à celui
de Thorn à Dantzick , le jour de la prestation de serment ,
toute la ville fut illuminée , et l'on distribua des médailles
portant l'effigie du roi avec l'inscription suivante , Fridericus-
Guillelmus Borussorum rex , et sur le revers vobis quoque
paler ; et l'exergue contient les mots Boruss . meridion . fide
præst. 1793. Une chose non moins curicuse que cette médaille est
le sermon qui fut prêché avant la prestation d'hominage ,
dont le texte choisi par les commissaires qui présidoient à
cette solemnité était pris du second livre de Samuel , chap.t
14 , verset 17. Ta servante pensait que la parole de monseigneur
roi me servira de consolation ; car le seigneur moi
roi est comme un ange de Dieu ; il peut entendre le mal
et le bien ; le seigneur ton Dieu sera avec toi . Le texte¹
suivant , tiré du même livre eût été bien plus conforme aux
circonstances . Vous demandez un roi , dit Samuel aux Juifs ,
voici quels seront ses droits : il vous ôtera vos fils pour en
faire ses serviteurs , et vos filles pour en faire ses servantes.
I prendra ce qu'il y a de meilleur dans vos champs , dans
vos villes , et le donnera à ses esclaves . Il prendra la dîme
de vos bleds et de vos oliviers pour engraisser ses offi
elers , etc. "
Tandis que le roi de Prusse et l'impératrice de Russie distribuent
les cordons de leurs ordres à ceux qui les ont servi
dans l'envahissement de la Pologne , le régent de Suede et
le roi de Danemarck plus sages et plus justes s'occupent à
faire fleurir leurs états et à les mettre en état de défense contre
l'ambition de Catherine II. On est certain aujourd'hui ,
que la seconde de ces deux cours observera la plus exacte neutralité
relativement à la France , aussi bien que la premiere.
Des gens éclairés sur leurs véritables intérêts croient même
qu'il ne serait pas impossible de remplacer cette neutralité
par une alliance offensive et défensive . Mais il faudrait pour
cela que la France république parvint à regagner auprès de
la Porte Ottomane antant de crédit qu'elle en avait lorsqu'elle
était royaume , et surtout qu'elle fit des sacrifices
assez considérables d'argent en faveur de ses alliés qui seraient
en état de l'aider à mettre promptement sur pied une marine
respectable...
( 302 )
Quoi qu'il en soit de cet evenement possible en lui -même ;
mais probablement encore éloigné , voici ce qu'on mande
de Stockholm , en date du 7.mai : on a publié ici , le 23 avril ,
une ordonnance concernant la navigation des navires de ce
royaume pendant la guerre actuelle , par laquelle il est dit
que , pour conserver l'heureuse paix dont on jouit , au mis
lieu des troubles qui agitent l'Europe , il est défendu aux
vaisseaux de guerre et aux vaisseaux marchands de porter ,
sous pavillon suédois , des marchandises de contrebande dans
quelques- uns des ports ou autres lieux des puissances belligérantes
. Par contrebande , on entend toutes les especes d'ar
mes et de munitions de guerre de quelque nature qu'elles
puissent être , ainsi que les chevaux . Toutes les autres sortes
de marchandises pourront être transportées sous pavillon suédois
auxlieux qui ne seront pas actuellement assiégés ou cerpar
des troupes ennemies .
Il faudra que les maîtres des navires se pourvoient duement
des papiers nécessaires pour constater , non - seulement la propriété
de ces bâtimens , mais anssi de leur cargaison . Il leur
est défendu expressément de se munir de doubles connaissemens
ou passe- ports , et de jetter , dans l'occasion , des papiers
par-dessus leur bord , afin de ne faire naître aucun soupçon à
leur égard par de pareilles manoeuvres .
et
Lorsqu'on viendra à rencontrer en mer quelque vaisseau de
guerre des puissances belligérantes , le capitaine et les autres
officiers des navires suédois se comporteront envers ces vaisseaux
avec toute l'honnêteté et la décence convenables ,
leur feront voir , à la premiere requisition , leurs passe - ports
et autres papiers , afin d'éviter toute contestation de leur part .
Tous ceux qui contreviendront à quelqu'un des articles de'
cette ordonnance , ne pourront espérer ni secours , ni protection
de la part du gouvernement , lequel donnera ordre à son
amirauté d'armer en course un certain nombre de vaisseaux
destinés à protéger le commerce de ce pays .
Les dernieres lettres de Stockholm portent aussi les nouvelles
suivantes . On va travailler à Carls crone à la construction de quelques
nouveaux vaisseaux de guerre , et déja l'on a envoyé dans la
Pomeranie Suédoise les ordres nécessaires pour en amener les
chênes que demandent ces constructions . Quelques soldats
Russes ont commis , il n'y a pas long-tems , des violences en
Finlande ; mais cela ne fera aucun tort à la paix que les deux
cours sont tres - disposées à maintenir. On a nommé de part
et d'autre des commissaires chargés d'informer dans cette
affaire , et de la terminer à l'amiable.
Ces correspondans ne sont probablement pas suffisamment
bien informés , du moins quant à ce dernier aaticle ; car d'autres
font pressentir la possibilité d'une rupture entre la Russie et
la Suede , mécontente depuis long-tems de l'espece d'influence
( 303 )
que l'ambitieuse Catherine a tâché d'exercer par son ambassadeur
, et dernierement encore , non- seulement à Stockholm .
mais même à Copenhague , où rien n'a été oublié pour faire
départir les deux cours de la neutralité relativement à la France,
et les engager à prendre une part hostile dans une guerre dont
leur véritable intérêt , aussi bien que la justice leur défend de
se mêler ; aussi parle- t - on fortement aujourd'hui d'une alliance
entre la Suede et le Danemarck , à l'effet d'appuyer plus efficacement
leur systême de neutralité , qui pourrait même se
convertir en liaison de force et de commerce avec la France ;
ce qu'il y a de sûr . c'est que la Sucde ne se borne pas aux
moyens de défense par mer , mais que le 1er juin prochain il
sera formé à la plaine de Ladugard un camp où il entrera
trois régimens de cavalerie et cinq d'infanterie , troupes susceptibles
d'une augmentation considérable en cas de besoin.
Au reste , ce qui applanit bien des difficultés , et forcera sûrement
la Russie à baisser le ton , c'est que l'Angleterre si prepondérante
comme puissance maritime , a déclaré qu'elle ne
regardera pas comme contrebande les approvisionnemens dont
les navires Suédois ou Danois seraient chargés pour des ports
Français . Cette déclaration est des plus avantageuses , soit pour
les deux nations septentrionales , soit pour la France , qui
conservera ainsi , avec la Baltique , une communication
d'autant plus nécessaire que sa rupture avec l'Espague et la
prochaine apparition d'une escadre Auglaise dans la Médi
terranée rendront plus difficile le transport des bleds et des
autres provisions qu'elle a tirées jusqu'à présent en très -grande
quantité de Livourne , de Fiume , de Trieste , du Levant et des
côtes de Barbarie .
D'ailleurs l'impératrice elle-même , malgré sa haine contre
les Français , a permis , par une nouvelle ukase , l'entrée des
marchandises qui précédemment avaient été prohibees , et par
conséquent la sortie des matieres premieres que fournissent
ses Etats dépourvus de manufactures , ainsi que celle des bois
de construction et autres munitions navales qui sont presque
la seule chose qu'elle ait à donner à la France en échange de
ses vins et de ses nombreux objets de fabrique et de modes
dont le goût ne passera pas de si - tôt à la courde Pétersbourg ;
car en derniere analyse on y veut comme dans toutes les autres
des jouissances , et ce n'est même que pour les multiplier qu'on
abuse du pouvoir.
Le démembrement de la Pologne est tellement consommé
que voici à peu près la derniere fois qu'il nous reste à parler
de cet état , effacé de dessus la liste des puissances :
on avait
dit il y a quelque tems que la diéte générale serait transportée
de Grodno à Varsovie , mais il n'en est rien . Les mençurs
Russes ont trouvé la Lithuanie plus commode pour consommer
leur opération politique : ils ont, réussi non sans peine ,
mais enfin ils ont réussi à faire réintégrer l'ancien conseil per(
304 )
manent. M. Sievers a sommé M. Walewski de répondre cathé
goriquement s'il consentirait au turnus , et signerait les déci
sions de la pluralité counues par cette levée de suffrages ; il
ne lui a laissé que quelques heures . Sur la négative de M.
Walewski , M. Pulawski l'a remplacé dans le vice- maréchalat de
la confédération de la couronne , et conjointement avec M...
Zabiello , maréchal de celle de Lithuanie , a donné réponse
aux cours de Pétersbourg et de Berlin. Le conseil permanent
qu'on a complété de son mieux , a ouvert ses séances le 6 mai :
le 11 , les universaux pour la convocation des diétines ont
dû être rédigés sur un mode proposé par le Castellan Zaluski :
restait la difficulté de l'apposition des sceaux que M. Chreptowick
, chancelier de Lithuanie a dû lever également. C'est
cè qu'on peut se promettre de son esprit conciliateur , puisqu'il
avait accédé le premier l'année derniere à la confédéra
tion de Targowitz ; ainsi , l'on regarde les choses comme arrangées
de façon à n'avoir plus à craindre de voies de fait de la
part des puissances étrangeres .
En effet d'autres lettres de Varsovie datées du 15 disent positivement
que Stanislas -Auguste avait enfin signé , le 3 , l'uni- .
versal pour la convocation des diétines. Elles transmettent
même ce dernier acte de l'apparente souveraineté , d'après le-1
quel les diétines se tiendront le 27 mai , et la nouvelle diete
generale sera ouverte à Grodno le 27 juin . On présume
qu'elle ne sera pas de longue durée , parce que tout ce qui
y sera traité est préparé et disposé de maniere qu'il n'en fau
dra faire que la lecture ; après quoi on passera tout de suite
aux décrets et à la sanction. On regarde la discussion comme
très-inutile et même dangereuse .
-
L'emigration est devenue considérable depuis le démembremen
. On mande de Léopol qu'on y voit arriver presque tous !
les jours des familles Polonaises , de l'ordre équestre , qui
sont résolues de vivre sous la domination autrichienne , plutôt ,
que sous celle de l'une ou l'autre des cours co- partageantes .
Catherine II se hâte de faire acte de souveraineté dans ses ›
nouvelles acquisitions. Elle a publié un universal où elle i
exempte ceux qu'elle appelle ses nouveaux enfans de toute
espece d'impôt jusqu'au 1er janvier 1795. A cette piece est
jointe la formule du serment que prêteront les possesseurs ,
de biens fonds dans les provinces Polonaises nouvellement
réuniess . Ce serment est une espece de billet à ordre , entraînant
contrainte par corps , fait au profit de ladite Catherine, de
Paul Petro vitz , son fils aîné et de tous ses ayant cause , car il
commence par ces mots : je soussigné , etc. L'impériale créan- ,
ciere veut prendre ses sûretés , puisqu'il faut lui donner pour
garant un seul Dieu en trois personnes , le sang innocent de ·
son fils , et déclarer , en baisant l'evangile , que c'est de son
plein gré et loyalement qu'on se soumet à toutes ses volontés
súprêmes.
Francfort
Į
( 305 )
De Francfort , le 31 mai .
Independemment des 27 bataillons d'infanterie , des 12 escadrons
de carabiniers et d'autant de hussards que François II a
résolu de faire marcher encore dans l'empire , et dont on
croit même que la premiere colonne , qui sera suivie de près
de l'autre , a dû être rendue le 17 aux frontieres de l'empire
, huit autres bataillons d'infanterie et 12 escadrons de cuirassiers
seront placés aux frontieres de la Baviere . C'est- là le
point de mire de l'ambition du moment. Cependant ces dispositions
ne sont pas tellement définitives qu'elles ne puissent être
dérangées par des jalousies réciproques entre les puissances
des inquiétudes assez bien fondées , des changemens de vue ,
des tracasseries domestiques , de l'hésitation à se dégarnir d'un
eôté de crainte d'être attaqué de l'autre , en un mot d'une
foule de futurs contingens dont on parle d'une maniere vague ,
mais enfin dont on parle et même comme assez prochains .
S'il faut en croire les lettres de Vienne du 20 mai la marche
de tous les bataillons destinés à former le corps d'armée de
réserve aurait un autre motif que l'échange de la Baviere . La
cause de ce mouvement est , dit-on , l'alarme que l'on répand
que les Français menacent de faire une invasion dans l'Autriche
antérieure . On ajoute une autre chose encore moins
croyable ; on prétend avoir reçu des avis qui portent que les
Français ont envoyé des émissaires chez les Monténégrins ,
dans la vue de déterminer ces peuples à faire une invasion sur
le territoire Autrichien .
t
T
une
Au reste il faut donner un apperçu de cette opération sur
la Baviere convoitée depuis si long- tems. L'empereur ferait
séculariser les trois évêchés de Trèves , Cologne et Mayence
qui seraient donnés à l'électeur Palatin . Mais il reste
grande difficulté que tout le monde sent : c'est que Mayence
est encore entre les maius des Français , qui , après plusieurs
mois de séjour pourraient bien n'être pas disposes à rendre
cette place que leur valeur aurait long - tems defendue . Il paraît
que c'est principalement sur le roi de Prusse que l'empereur
compte pour avoir cette ville qui ferait partie essentielle de
l'équivalent . Et cependant le roi de Prusse ayant obtenu ce
qu'il voulait en Pologne paraît fort réfroidi daas le service
d'une cause qui ne l'intéresse que médiocrement . Il ne veut
point s'obstiner à prodiguer son or et le sang de ses sujets , à
voir peut-être fondre son armée devant Mayence , il sent qu'il
en a déja trop fait , que les alliés ont laissé peser sur lui tout
le poids de la guerre ; que ces mêmes alliés , qui peuvent être
demain des ennemis , ont intérêt à le laisser s'affaiblir.
On n'est pas éloigné non plus de croire que ce commencement
de mésintelligence entre l'Autriche et la Prusse
en partie la suite d'une encore plus marquée entre la
Prusse et l'Angleterre , et que l'on attribue à un outrage
Tome III.
est
X
( 306 )
f
domestique. Le prince royal de Prusse devait épouser une
princesse d'Angleterré , et l'on dit maintenant qu'il doit épouser
une fille du prince de Meklenbourg- Strelitz , frere dú duc régnant
, ainsi que de la reine d'Angleterre , et employé dans le
service de Hanovre . Le prince Frédéric Louis de Prusse doit
aussi épouser une autre fille du même prince Charles : si le
roi de Prusse volt moins d'éclat dan's cette alliance que dans
celle dont il s'éloigne , peut-être y trouve- t -il plus de convenance
pour l'avenir .
On est informé que l'Angleterre a fait donner, depuis peu , ordre
à ses troupes dans les Pays-Bas de n'agir de concert qu'avec les
Autrichiens et de s'isoler en quelque sorte des troupes Prussiennes .
De plus on sait positivement que l'Angleterre a formé depuis
quelque tems une alliance offensive et déffensive avec l'Autriche
, dans laquelle il est même question d'intérêts commerciaux
. Ces deux puissances paraissent craindre que la Russie
ne veuille encore attaquer la Porte Ottomane ; elle sont décidées
à s'opposer à ses envahissemens successifs , qui finiraient par
la rendre trop redoutable , et sous les rapports de puissance
belligérante , et sous ceux de puissance commerciale . Le résultat
nécessaire de ces liens entre la Grande-Bretagne et
l'Autriche sera de réunir davantage la Prusse et la Russie .
Cette derniere vient de faire demander passage pour sa flotte
dans la mer Noire , et déclarer au divan qui balance , vu le
danger de cette dérogation au traité , qu'elle prendrait un refus
pour une déclaration de guerre .
Frédéric Guillaume n'est pas parfaitement tranquille sur la
docilité de ses sujets . En effet , à peine le premier soulevement
de Breslaw était - il appaisé , qu'il s'en est élevé un autre.
On ne calme pas si facilement un peuple sur qui on a fait ,
des décharges d'artillerie . Ce peuple s'est vengé par une
nouvelle insurrection ; il a repoussé d'abord une compagnie
de cavalerie , genre de force que la tyrannie préfere toujours
d'employer contre lui . Il est faux , malgré ce qu'e
disent plusieurs gazettes , que ce peuple outragé soit déja rentré
sous le joug . Le manque de travail ne contribue pas
moins que le reste à mécontenter la classe industrieuse . Un
de ses griefs contre le gouvernement , c'est la privation qu'è .
prouvent les fabriques Prussiennes des avances qui les soutenaient.
L'or de la Prusse émigre sans relâche , et l'on a
vu sortir jusqu'à 100 mille Frédérics d'or à la fois . Les négocians
fondent les especes , et les envoient en lingots en Angleterre.
Au reste les principales villes commerçantes de
l'Allemagne se ressentent des entraves que la guerre met aux
manufactures et au commerce. Hambourg , Brême , Leipsick ,
Nuremberg et les deux villes de Francfort ont essuyé des
banqueroutes cruelles . Il y en a eu cinq à Brême en particulier
vers le milieu de mai. Ces faillites sont l'effet des affaires
d'Espagne. Hambourg , moins maltraité depuis quelques
( 307 )
jours à cet égard , éprouve une diminution considérable dans
le prix du sucre et du café , ce qui provient de ce que l'intérieur
de l'Allemagne ne fait que de faibles demandes . Il est aisé de
concevoir combien les consommateurs et les marchands sont
las de cette guerre qui va d'ailleurs donner lieu très-incessamment
à de nouveaux impôts et achever ainsi d'éteindre
le peu d'industrie encore en activité . L'Autriche presse deja
ses nouvelles taxes ; il en est aussi question dans la Prusse ,
tous les petits princes qui se sont épuisés à fournit leur contingent
vont probablement essayer de demander à ceux qui
n'ont plus.
et
C'est sûrement une fâcheuse position pour presser le siege
de Mayence , et c'est néanmoins une raison de plus de tâcher
d'obtenir cet avantage sinon décisif au moins très - marquant.
Voici la liste des troupes composant le corps d'armée sur la rive
gauche du Rhin , qui , sous les ordies du lieutenant-général de
Kalkreuth , est destiné au siege de Mayence.
1. Troupes Prussiennes .
Brigade de Borch : Le premier et second bataillon des gardes ;
3 bataillons du régiment de Thadden , ( 2 compagnies de ceuxei
se trouvent sur la pointe du Mein . ) Le bataillon de gre.
nadiers de Wegnern.
La brigade du prince Louis Le premier et le second bataillon
du régiment de Wegnern .
La brigade de Manstein . Trois bataillons de Manstein , le
bataillon de fusillers de Légat . ( Il y en a aussi 2 compagnies
sur la pointe du Mein. ) 1 compagnie de chasseurs ; 6 escadrons
de cuirassiers du duc de Weimar. Ces troupes sont
près de Marienbourg , où se trouve aussi le quartier-général
de M. de Kalkreuth .
2. Troupes impériales.
-
C
Du régiment de Bender , 2 bataillons ; 2 dits du régiment
de Gemmingin ; 2 dit du régiment Marquis Manfredini ; 2
bataillons de celui du comte Pellgrini ( dont 2 compagnies sur
la pointe du Mein ) . Le régiment Archiduc-Joseph , dragons ;
2 divisions et 4 escadrons d'hussards .
Cavalerie Saxonne .
Du régiment duc de Curland , chevaux-légers , le premier et
le second escadron d'hussards . Ces troupes , ainsi que les
troupes impériales , cam pent entre Laubenheim et Marienboug.
Corps de Hesse- d'Armstadt.
Le premier et le second bataillon des grenadiers ; le premier
et le second bataillon du régiment Gardes-du - corps ; le
premier bataillon Landgraf, artillerie . Ce corps est près de
Finthen. Le second bataillon de Landgraf et le premier bataillon
Prince - héréditaire sont en garnison à Francfort .
X 2
( 308 )
+
Liste du corps de siège sur la rive droite du Rhin , dans le camp
devant Cassel prés Mayence.
Troupes Prussiennes.
Infanterie le bataillon de grenadiers Wolframsdorf; 3 bataillons
du régiment de Vittinghof ; 3 bataillons de Crouaz ; le
premier et le second bataillon de Borch ; le second bataillon
de Schladen ; la compagnie de chasseurs à pied du major de
Spiznas . Ces troupes sont devant Hocheim. ,
Troupes Saxonnes.
Le bataillon de grenadiers de Christiani ; un bataillon Elec ,
teur , un bataillon prince Antoine , un bataillon prince Clément ,
un bataillon prince de Gotha . Ces troupes sont devant
Erbenheim .
3
Troupes de Hesse- Cassel.
Le bataillon de grenadiers de Dinklage ; 2 bataillons du
régiment de Gardes - grenadiers ; 2 dits du régiment du corps .
Ces troupes sont près de Mosbach.
Troupes de Hesse- d'Armstadt .
Le bataillon de troupes légeres de During ; le corps des chasseurs
. Ils sont campés près de Biberich .
Le régiment prussien des cuirassiers de Borstel ; 35 escadrons
du régiment saxon- carabiniers ; 4 escadrons de celui du corps
de Hesse - Cassel ; 5 escadrons de celui de Hesse - d'Armstadt ;
chevaux-légers , 4 escadrons . Ils se trouvent à Mosbach,
Artillerie prussienne , saxonne et hessoise.
Détachemens des corps réunis dans le camp sur la pointe du Mein .
Détachement prussien . Le troisieme bataillon de la garde du
roi ; 2 compagnies du régiment de Thadden ; 1 bataillon de
Legat ; 3 compagnies du régiment de Kaiserling.
On sera peut- être curieux de connaître en gros la position
du camp occupé au siége de la ville de Mayence ; la voici :
Entre le Rhin et le Mein , à la pointe de ce dernier fleuve
et sur sa rive gauche , il y a plusieurs batteries prussiennes et
Saxonnes qui jouent sur celles des Français à Kosthein et au
fort du Rhin , et qui sont défendues par le camp de Bischofsheim
près Mein ; les batteries prussiennes commencent à la tuilerie
de Kostheim , et s'étendent jusqu'au Donnermulle ; celle des
Saxons commencent là , et vont jusqu'au signal d'Eerbenheim ,
Auprès de cette tour prenuent les batteries hessoises ,"
prolongeant jusqu'à Mosbach , qui , de même que Bieberich , est
ccupé par des Prussiens et des Hessois . Derriere cette chaîne
de batteries sont , en-deçà du Rhin , les camps prussiens , saxons
et hessois . De l'autre côté dn Rhin on trouve à Bodenheim la
tête du camp prussien qui , renforcé par les troupes du landgrave
du Hesse - d'Armstadt , enveloppe Monbach et Gozenheima ,
se
( 30g )
et s'étend jusques sur les hauteurs de Marienborn ; c'est pardelà
Marienborn que sont campées les troupes autrichiennes
qui par Hechtsheim se prolongent derriere Sainte- Croix du
côté de Weissenau et jusqu'à Laubenheim. La forme du camp
est donc une espece de cercle dont la périphétie est de 6 lieues ,
et le diametre d'une bonne lieue et demie .
qui n'é-
Les sorties des Français n'ont pas laissé que d'affaiblir beaucoup
les assiégeans , sur -tout ceux du côté du Cassel ,
taient , jusqu'à l'heure qu'il est , jamais en forces suffisantes .
Le siége de Mayence n'est pas la seule chose épineuse qui
occupe l'Autriche . Le général de Vins , envoyé au secours
du roi de Sardaigne , demande instamment des renforts pour
porter l'armée auxiliaire à 24,000 hommes ; et cependant le
bruit court qu'aulieu de les lui accorder , on songe même à
retirer de ce pays les régimens qui ont été le plus maltraités
.
Quant à Barmée du maréchal de Cobourg , on vient d'y
envoyer les régimens d'Archiduc Charles et de Grand-Maître
Teutonique.
"
Les quatre commissaires de la Convention nationale et le
ci- devant ministre de la guerre Beurnonville , sont arrivés
sous bonne escorte à Coblentz dans la soirée du 20 mai . Ils
ont été conduits sur-le- champ à la forteresse d'Ehrenbreitstein .
Le traitre qui les a livrés vient de quitter , le 21 , la ville
de Mergentheim , en disant qu'il retournoit auprès du prince
Cobourg. L'ex- généralissime des armées de la République
Française ayant fait solliciter la faveur de commander un
petit corps , la cour de Vienne a trouvé des défaites honnêtes
pour lui refuser de l'emploi . On mande aussi de la
rive droite du Rhin , en date du 23 , que le ci - devant prince
de Condé l'a échappé belle à l'affaire du 17 de ce mois . Il
était à prendre son café sur un balcon à Rheinzabern avec
Klinglin et quelques autres généraux français émigrés . On lui
annonça que des troupes de la République s'approchaient de
Rheinzabern ; il n'en crut rien : mais au second avis il n'eut
rien de plus pressé que de monter à cheval et de se sauver
ce que firent aussi les autres généraux qui , ne trouvant pas
leurs chevaux scellés , s'en allerent à poil.
Les Français ont fait dans l'après- dîner du 25 une vigoureuse
sortie sur Monbach . Quoique répoussés par les troupes
qui se sont portées en avant , et parmi lesquelles se sont
trouvés quelques bataillons de Darmstadt , ils sont restés
maîtres d'un canon qu'ils avaient pris au commencement ,
et qu'il n'avait pas été possible de défendre contre le trop
grand nombre des assaillans . Le citoyen Winkelmann , établi
maire de Worms , pendant le tems que cette ville a été occupée
par les Francais , vient de subir à Koenigssein un interrogatoire
de 15 jours devant les juges que les Prussiens Int
-
X 3
( 310 )
ent donnés, Il a mis beaucoup de fermeté dans ses réponses ,
et prépare un mémoire justificatif de la plus grande force.
PROVINCES - UNIES ET BELCIQUE.
Le comte de Zinzindorf a reçu ordre de conduire aux
impériaux la moitié de sa division d'artillerie . En l'attendant ,
ainsi qu'une fotille Hollandaise qui doit leur venir , ils fondent
des boulets pour un assez grand nombre de canons pris
sur les Français dans le Brabant , et dont la plupart , à ce
qu'ils assurent , sont remis en état de servir. Trente des
batteaux de cette flotille sont chargés d'artillerie de siége .
Pour mieux inspirer aux Belges reconquis une haine contre
les Français qui serve elle - même de moyen de défense , la
maison d'Autriche familiere avec tous les genres de ruses
vient de faire exécuter une farce pieuse dans l'église de
Sainte Gudule par le nonce apostolique résident à Bruxelles ,
Il a dévotement enfermé , sous cinq cachets , dans une boîte
d'argent , les hosties que les bonnes femmes et les enfans
prétendent avoir été profanées par les Français , et l'histoire
supposée a été gravée autour de la boîte .
Voici la relation que les adversaires des Français donnent
de l'affaire du camp de Famars ; elle vient de leur quartiergénéral
établi à Courgies .
‹‹ A la suite d'un conseil de guerre tenu avant-hier , le feldmaréchal
prince de Cobourg résolut d'attaquer les Français
dans ce formidable camp de Famars , qui , au commencement
de ce siecle , fut , sous le maréchal de Villars , le rempart de
la France , et qui aujourd'hui faisait tout l'espoir de ces jacobins
qui se sont vus forcés d'évacuer si promptement la Bel
gique. En conséquence , l'armée combinée se mit en mouvement
dans la nuit du 22 au 23. Le corps aux ordres du co-
Jonel baron de Mylius quitta Ypres , et se dirigea sur Armentieres
; l'armée Hollandaise , qui était campée à Orq et à
Marquain , occupa Lannoi , Turcoin , Roubaix , Commines ;
les Anglais , les Prussiens et les Hanovriens s'avancerent jusqu'à
Sebourg ; le général Latour leva son camp près de Maubeuge
, et marchant du côté de Bavai , fut, se porter sur le
chemin de Valenciennes au Quesnoy ; le géneral comte de
Clairfayt traversa la forêt de Raimes , et tourna Valenciennes ;
enfin le prince de Cobourg se porta de front sur le camp
ennemi ce camp appuyait sa droite sur l'Escaut , sa gauche
sur la Rouelle ; son front était hérissé d'une artillerie innombrable
et d'une chaîne de redoutes il avait en sus un autre
camp et trois redoutes très -fortes au-devant de lui .
Hier à la pointe du jour , le général Otho , qui commandait
l'avant-garde du prince de Cobourg , attaqua le camp
( 311 )
avancé des Français , poussa l'ennemi , emporta deux redou
tes , y prit sept canons , tua beaucoup de monde , et fit quel
ques prisonniers. La troisieme ne fut forcée qu'après une résistance
des plus opiniâtres . A six heures du soir il
:
avait
déja seize canons de pris . Sur ces entrefaites , l'affaire était
devenue générale , et marquée par une animosité presqu'inconcevable.
Les alliés passerent la Rouelle . Le prince de Co. ·
bourg voyant , vers les huit heures , que la victoire se déci
dait en faveur des armées alliées , ordonna que le quartiergénéral
fût transféré de Quiévrain à Courgies . A neuf heures ,
le camp français fut emporté , et les fuyards furent poursuivis
toute la nuit . A cinq heures du matin , la derniere redoute
de l'ennemi fut forcée l'épée à la main ; et les Français , chassés
d'un camp regardé comme inexpugnable , fuirent avec la derniere
précipitation vers Valenciennes et Bouchain leur perte
a été grande ; on leur a enlevé quinze canons dans la nuit , et
il est certain qu'il en ont perdu au -delà de trente , dont plusieurs
de gros calibre . Parmi les prisonniers qu'on leur a faits ,
se trouve le général de Vergès . Il n'est pas possible de donner
, dans le moment , le détail de cette glorieuse et décisive
journée tout ce que l'on peut dire au préalable , c'est que
les Autrichiens , les Prussiens , les Anglais , les Hanovriens ,
les Hessois et les Hollandais ont fait à l'envi tout ce qu'on
peut attendre de la vaillance et de l'intrépidité . Aujourd'hui
l'on va encore attaquer les retranchemens d'Ansin , et tout
nous répond du succès .
Après midi , le duc d'Yorck et le prince de Hohenlohe
se sont couverts de gloire : les retranchemens de la montagne
d'Ansin sont emportés . Les Français y ont laissé 25 canons
beaucoup de munitions , leur bagage , etc. Valenciennes est
maintenant cerné et bloqué Conde vient d'être sommé pour
la derniere fois ; les déserteurs nous viennent par bandes . Les
Français , tout en fuyant , ont jetté 10 mille hommes dans
Bouchain et Cambrai.
( Gazettes étrangères . }
-xxx.com
S'il faut en croire des lettres de la Haye , M. d'Autichamp ,
vanté avec enthousiasme pour sa belle défense dans Macstricht
, s'attache à la fortune et aux pas de M. d'Artois .
On
prétend aussi que l'armée hollandaise , portée au complet ,
sera de 60,000 hommes . Ceux qui font ce calcul n'en veulent
absolument rien rabattre ; mais la raison , le simple bon sens
en rabattent plus d'un tiers et peut- être même la moitié .
Le ci - devant duc de Chartres est arrivé à Zug avec son ancienne
précepteur et les autres femmes qui ont émigré avec lui . Cette
compagnie se fait passer pour une famille Anglaise . Ils demeu
rent tous dans une maison de campague isolée sur les bords do
lac .
X 4
( 312 )-
FRANC E.
CONVENTION NATIONALE.
PRESIDENCE DE MALLARMÉ.
Séance du mardi , 4 juin.
La lecture du procès - verbal de la séance de dimanche
dernier , a donné lieu à quelques débats. Grégoire voulait
qu on y rendit compte des outrages que la Convention avait
essuyés collectivement , et des insultes faites à chacun de ses
membres , en particulier. Tout le monde sait , a-t- il dit , que
nous avous délibéré au milieu des bayonnettes , et que nous
´ayons été contraints à rendre un décret contre nos collegues .
Tout le monde sait , a répondu Bourdon de l'Oise , que
nous avons éte contraints à sauver la République et à punir
les intrigans.
-
Des députés de la commune de Clermont-Ferrand présentent
, au nom de leurs concitoyens , une adresse dont voici
l'analyse Législateurs , il est tems qu'une constitution fasse
cesser les mouvemens anarchiques qui , de votre sein , se
sont répandus dans toutes les parties de la République. Chaque
jour , à cette barre , on vient vous demander si vous pouvez
sauver la patrie ; une constitution la sauvera . Ce sera l'écueil
contre lequel viendront se briser tout les efforts de nos
ennemis .
Couthon demande que cette adresse soit insérée au bulletin
; il demande encore que la ville de Clermond -Ferrand
qui a donné plus de cent mille livres en don patriotique ,
et qui a envoyé plusieurs bataillons aux frontieres , dans la
Vendée , et en dernier lieu , dans la Lozere , soit déclarée
avoir bien mérité de la patrie .
Penieres sollicite la même faveur pour le département de
la Correze dont le dévouement à la République est constaté
par de nombreux sacrifices . Ces propositions sont adop
tée's .
---
Sur un rapport du comité de la guerre , la Convention décrete
que les sous-officiers et soldats des troupes de ligne qui
prouveront authentiquement par certificats des bataillons , ou
des compagnies auxquels ils étaient attachés , avoir été renvoyés
de leur régiment pour cause de patriotisme , et qui
auront rempli les dispositions de la loi du 19 septembre 1792 ,
jouirent de la paye sur le pied de paix , qui était attachée au
grade qu'ils occupaient en moment de leur renvoi , depuis le
jour qu'ils ont été chassés arbitrairement jusqu'à celui de la
( 313 )
T
promulgation de la susdite loi . Le ministre de la guerre est
autorisé à employer dans les armées de la République ceux
de ses sous - officiers et soldats qui par leurs talens et leur
civisme seront susceptibles d'être employés utilement.
Les commissaires de la Convention dans le département de
la Moselle , se plaignent de ce que le comité de législation ,
dans un projet de décret présenté , ait proposé l'élargissement
des personnes détenues par leurs ordres . Toutes ces arrestations
, disent-ils , étaient commandées par le salut public , et
elles n'ont eu lieu que sur l'avis des corps administratifs et
des sociétés populaires. Renvoyé au comité de salut public.
Sur la proposition de Bazire , la Convention maintient
dans leurs fonctions , les comités de salut public , établis
dans les départemens , soit par les autorités constituées , soit
par ses commissaires , Elle enjoint à ces comités de
correspondre avec son comité de salut public .
--
Cambacerès , au nom du comité de législation , a fait un
rapport relatif à l'état des enfans naturels. La Convention
a ordonné l'impression de ce travail , et elle a décrété
pour principe , que les enfans nés hors mariage seront habiles
à succéder à leur pere et mere , de la maniere qui sera
prescrite par les articles subséquens da décret.
Une députation d'hommes et de femmes de couleur est
venue exprimer à l'Assemblée le vou , que la liberté agrandissant
son domaine , plane sur les deux hémispheres . Une
femme noire était appuyée sur les bras des deux pétitionnaires ;
l'un de ces derniers annonce que cette femine a vu 14 années.
- L'Assemblée rend un hommage respectueux à la vieil- --
lesse en se levant toute entiere .
On a repris la discussion sur le partage des biens communaux.
Plusieurs articles ont été décrétés .
Séance du mercredi 5 juin.
Les troubles qui paraissaient appaisés dans le département
du Morbihan viennent d'y renaître les rebellés avaient pour
chef un nommé Chevalier qui a été pris dans un petit combat.
Il a péri sur l'échafaud , et sa maison a été démolie par l'ordre
des commissaires .
On a fait lecture d'une lettre de Dufriche - Valaze . “ On
,, m'apprend , dit -il , que le comité de salut public doit pro-
" poser aujourd'hui à la Convention nationale un décret
d'aministie ponr vos vingt deux collegues détenus et pour
" les membres de la commission . Je ne puis croire que tel
soit le plan du comité ; car ce serait la plus horrible
des perfidies . Je déclare à més commettans , à la Convention
nationale , à la France , que je repousse avec horreur
,, l'amnistie qu'on voudrait m'offrir. ,
""
Bertrand , membre de la commission des douze , sollicite
sa liberté , attendu qu'il n'a point signé de mandat d'arrêt.-
( 314)
*
Je demande l'ordre du jour , a dit Duperrès , motivé sur la
lacheté de Bertrand . Ces lettres ont été renvoyées au
comité de salut public.
-
Fonfrede réclame l'exécution du décret qui porte que sous
trois jours le comité fera son rapport sur les membres arrêtés .
Il observe que les trois jours sont écoulés. Il demande que
les pieces à l'appui de la dénonciation soient lues à la tribune
et fait prévoir les troubles que peut causer dans les
départemens l'arrestation d'une partie des membres de la
Convention . Après quelques débats , l'Assemblée passe à
―
l'ordre du jour.
Plusieurs articles aditionnels au décret qui ordonne la vente
des immeubles des émigrés , ont été discutés et adoptés .
Ramel a présenté au nom du comité des finances un projet
de décret sur les contributions foncieres et mobiliaires . Chabot
voulait que les propriétés seules fussent imposées et jamais
l'industrie un autre membre demandait
;
le comité des
que
finances fut tenu d'examiner s'il doit y avoir une contribution
mobiliaire. Le projet a été ajourné .
Sur la demande de Ramel et Osselin , l'Assemblée a rendu
le décret suivant.
Art. Ier . Les scellés seront à l'instant apposés à la diligencé
des procureurs - syndics des départemens sur les caisses et papiers
de tous les ci-devant fermiers-généraux , receveurs - généraux
et particuliers des finances , receveurs ou régisseurs des domaines
et de tous les comptables , trésoriers , caissiers ou
receveurs des deniers publics qui n'ont pas rendu leurs comptes ,
ou qui n'ont pas payé le montant de leur débet , conformément
à la loi.
" II. Tous comptables et reliquataires du département de
Paris verseront à l'instant leurs débets à la trésorerie nationale
et ceux des autres départemens à la caisse des receveurs d'enregistrement
de leur district.
" A l'égard des papiers , les autorités constituées , distingueront
, lors des scellés , par une perquisition exacte ceux qui
pourraient être suspects , d'avec ceux qui seraient purement
elatifs à la comptabilité .
" III. Les papiers suspects seront àdressés au comité de
sûreté générale , ceux relatifs à la comptabilité seront remis
au comité de l'examen des comptes .
" IV. L'agent du trésor public sera mandé pour rendre
compte demain à midi à la barre de la Convention nationale
des poursuites qu'il a dû faire pour la recherche des deniers
publics.
9 V. Seront exempts des dispositions du présent décret
toutes les caisses actuellement en exercice .
Sur un rapport de son comité des domaines , l'Assemblée
a rendu un décret , tendant à faire vendre les annuités et à
korter une remise de trois pour cent à ceux de acquéreurs
( 315 )
des domaines nationaux qui acheveront leurs paiemens avant,
le terme fixe , laquelle remise néanmoins n'aura lieu que jus
qu'au premier octobre prochain .
Barrere a annoncé que le comité de salut public fera demain
son rapport sur les autorités constituées de Paris : quant
à celui sur les membres arrêtés , il attend , pour le faire , les
pieces que doivent produire le département et la municipalité
de Paris.
Le même membre , au nom du même comité , a fait suspendre
le décret rendu contre le président du département de
Corse et le général Paoli . On a décrété ensuite que Bernier et
les cinq membres déja adjoints au comité de salut public
pour présenter un plan de constitution , feront définitivement
partie de ce comité , pour remplacer Breard qui a donné sa
démission , Delmas qui est malade , et Lindet envoyé en
commission à Lyon .
Séance du jeudi , 6 juin.
Les monumens des beaux arts qui embellissent un grand
nombre de bâtimens nationaux , recevaient tous les jours des
Outrages, des chefs -d'oeuvres sans prix étaient brisés ou mutilés ;
Il était tems que la Convention arrêtât les funestes excès . Sur la
demande de Lakanal , rapporteur du comité d'instruction publique
, l'Assemblée a prononcé la peine de deux ans de fers
contre quiconque dégradera ces monumens .
Thuriot a fait une motion d'ordre . On va élire , a- t- il dit , les
membres du tribunal révolutionnaire ; il ne faut pas qu'on dise
que ce tribunal soit influencé d'aucune maniere par la Convention
. Je demande donc que tout citoyen parent au degré de
cousin - germain d'un député ne puisse être élu membre du
tribunal révolutionnaire criminel de Paris . Cette proposi
tion est décrétée .
--
Deux membres demandaient qu'il leur fût accordé un congé.
La Convention a décrété que dans ces momens de danger
public , il n'en sera accordé aucun .
Après avoir entendu le rapport de son comité des finances
et de la guerre réunis , la Convention a adopté un long projet
de décret sur le mode d'après lequel les pensions devront
être accordées aux généraux , officiers , sous- officiers , volontaires
et soldats qui ne pourront continuer leur service à
cause des blessures qu'ils auront reçues à la guerre. La quotité
de la pension sera proportionnée à la gravité des blessures et au
grade des individus . - Dans le cours de la discussion , Génissieux
a demandé que désormais les pensions fussent payées aux
militaires retirés du service par les receveurs de leurs districts
respectifs et non par la trésorerie nationale . Cette proposition
a été décrétée . Elle déjoue les calculs intéressés d'un grand
nombre d'agioteurs qui sous prétexte de faire payer les penons
, gardaient les fonds au détriment des pensionnaires .
( 316 )
--
Une lettre de Vergniaux a excité quelques débats . On en
commençait la lecture , plusieurs membres se sont opposés à
ce que l'on continuât. Ils invoquaient le décret qui renvoie
toutes ces lettres au comité de salut public . Doulcet observait
qu'il était juste que les membres détenus sollicitassent
le rapport du comité ; que ce serait une tyrannie de s'y opposer.
Je remarque , disait- il , que le comité de salut public
n'a pu jusqu'ici faire son rapport , parce que la commune et
les autorités constituées de Paris n'ont pu donner les preuves
de conviction que Lhuillier et Hassen-Fratz ont aunoncées
contre ces députés . Mais pour y suppléer , le procureur de la
commune a promis d'aller aujourd'hui et jours suivans dans
les groupes de Paris pour y recueillir , avec de l'encre et
du papier , les preuves que le peuple lui donnera contre les
détenus .
Deux épreuves succes ives ont écarté l'ordre du jour et la
lecture de la lettre a continué . Vergniaux sollicite de nouveau
, par cette lettre , le rapport du comité de salut public .
Il veut que les accusateurs produisent les pieces à l'appui de .
leurs dénonciations , ou qu'ils soient conduits à l'échafaud .
10. Pour avoir fait assiéger la Convention par une force
armée qui , ignorant les causes de ce mouvement , a failli ,
par excès de patriotisme , opérer la contre-révolution .
2º . Pour avoir mis à la tête de cette armée un commandant
qui a violé la liberté de la Convention par ses consignes .
3º . Pour avoir obtenu par violence l'arrestation de plusieurs
représentans du peuple , la d'spersion d'un grand nombre
d'autres .
4º. Pour avoir , par l'impulsion terrible donnée au peuple
de Paris , jeté dans tous les départemens le germe des discordes.
les plus funestes et les brandons de la guerre civile .
5 Enfin , pour avoir retenu à Paris les bataillons qui devaient
partir pour la Vendée .
On demande l'impression de cette lettre .
passe à l'ordre du jour .
L'Assemblée
Une députation d'Angers est admise à la barre. Elle proteste
de son respect pour la Convention , pour les prneipes
de la liberté et de l'égalité , et de son horreur pour l'anarchic
. Une députation d'Arras félicite l'Assemblée sur la
révolution du 31 mai . Cette derniere a été applaudie ; on a
ordonné l'impression et l'envoi de son adresse aux dépar-
-
temens.
Barrere , au nom du comité de salut public fait un rapport
préliminaire de celui qu'il prépare sur l'arrestation des
députés. Il annonce que les mouvemens de Marseille ne tendent
nullement au fédéralisme , et que ceux de Lyon ont été
provoqués par la municipalité . Il propose un projet de décret ,
dont les principaux articles sont de supprimer tous les comités
révolutionnaires ; de mettre la force armée , dans les circons(
217 )
tances urgentes , à la réquisition de la Convention seulement.
De punir de 10 années de fers quiconque arrêtera le service
habituel des postes ; d'envoyer en ôtage à chaque département
qui a des membres en état d'arrestation à Paris , un pareil
nombre de députés . Ce projet est ajourné .
On reprend la discussion de la loi sur le partage des communaux
.
Séance du vendredi , 7 juin .
La ci- devant duchesse de Bourbon , prisonniere à Marseille' ,
écrit qu'elle a subi son premier interrogatoire , et qu'il n'en
résulte rien à sa charge : elle demande la permission de prendre
à son service trois personnes dont elle a le plus grand besoin .
-Renvoyé au cemité de salut public .
(11 :
Collot d'Herbois parle en faveur d'un jeune homme de Marseille
, qui vient demander que son pere , arrêté par le tribunal populaire
de cette ville , soit renvoyé devant le tribunal criminel du
département du Var. Collot convertit cette demande en motion ,
et l'étend à tous les citoyens arrêtés à Marseille par ordre du
tribunal populaire . -Fermond généralise cette proposition ;
il veut que tous les détenus par ordre de tribunaux à l'instar de
celui de Marseille , ou de comités révolutionnaires , tels que
celui qui existe à Paris , soient renvoyés pardevant les tribunaux
des départemens les plus voisins. -Thibault , Camboulas
appuient la demande de Fermond. Il faut , disent- ils ,
que votre décret s'étende à la ville de Paris , où les citoyens
gémissent des arrestations sans nombre qui se font chaque
jour. Serez -vous justes envers les uns , et injustes envers les
autres ? Est- elle plus légalement constituée eette autorité nouvelle
, ce comité révolutionnaire central , qui vient de s'élever
ici , et dont la tyrannie surpasse de beaucoup celle des Nérons
et des Caligula ? L'Assemblée adopte la proposition de
Collot , et ajourne celle de Fermont.
Des députés extraordinaires du département du Cantal sont
admis à la barre. Ils annoncent qu'à la premiere nouvelle des
troubles qui se sont élevés dans la Lozere , les citoyens du
Cantal ont réuni leurs forces . Les jeunes gens d'Aurillac se
sont inscrits pour aller combattre : s'enrôler , s'armer et par-
-tir , n'a été que l'effet d'un instant. Ils n'ont laissé que les vieillards
, les femmes et les enfans . Après ce tableau d'un zèle
vraiment republicain , les députés du Cantal conjurent la Convention
, au nom de leurs concitoyens , au nom de la patrie ,
d'éteindre tout esprit de parti , pour ne plus s'occuper que
du salut public . Ils réclament des secours et des armes .
Lacoste rappelle le dévouement et les sacrifices de tout gente
que ces généreux citoyens ont faits pour la révolution. Outre
leur contingent, ils ont fourni plus de vingt mille hommes .
Voilà du patriotisme , et cependant le pain vaut onze sols
la livre dans ce département. La Convention décrete que le
( 318 )
département du Cantal a bien mérité de la patrie. Elle renvoie
la pétition aux comités des finances et de salut public.
Thuriot fait la motion d'établir à Paris deux manufactures
d'armes. D'autres députés présentent de pareilles demandes .
Génissieux propose l'établissement d'usines dans le département
de l'aere,, pour l'exploitation des excellens minéraux qui
s'y trouvent , et la fabrication de fusils et de canons pour la
marine. Le tout est renvoyé à l'examen du comité de salut
public , qui est chargé de faire un rapport sur les moyens
d'accélérer les fabrications des manufactures d'armes .
--
On fait lecture de la lettre suivante .
Lettre des corps constitués de la ville de Saint- Flour , datée du
3 juin 1793 , au citoyen président de la Convention .
Dites à la Convention que l'armée de l'infâme Charrier ,
forte de 10,000 hommes à sa premiere apparition , a été dissipée
comme le brouillard du matin , et que , sans les précipices , les
bois et les cavernes qui couvrent la Lozere , il n'existerait
plus un seul de ces brigands . Les bataillons du Cantal et
de la Haute-Loire , qui ont fait le premier noyau de l'armée
patriote , ceux de l'Ardêche , de l'Aveyron et du Gard , avec
une égale émulation de zele et de bravoure , ont fait une
boucherie de ces scélérats . "
66 Citoyen président , dites à la Convention que si les
commissaires des divers départemens près de l'armée républicaine
de la Lozere , n'eussent été forcés , par le défaut
d'armes et de munitions , d'arrêter et de contre - mander les
patriotes qui accouraient de toutes parts , l'armée serait aujourd'hui
forte de plus de 100,000 hommes. Il n'est pas en notre
pouvoir de vous peindre les délicieuses larmes que nous
avons répandues depuis huit jours , en voyant l'enthousiasme
et le dévouement généreux de tous nos braves freres du
Cantal , du Puy - de-Dôme et de la Haute-Loire , qui sont passés .
par notre ville. ,,
Il paraît , d'après les dernieres lettres de nos commissaires
, arrivées ce matin , qu'on a formé un corps de 3 à 4000
hommes d'élite , pris des compagnies de la Haute - Loire et du
Cantal , lesquels suffiront pour chasser les pelotons des bandits
et achever d'extirper cette engeance. Les superbes compagnies
du Puy-de-Dôme , qui sont ici au nombre de plus de
1200 , retournent demain vers Brioude pour de-là intercepter
les brigands fuyards qui pourraient se porter dans le Forez
ou vers Lyon ; car nous ne doutons pas que le volcan qui a
fait une éruption dans la Lozere , ne communique avec tous
les autres foyers contre-révolutionnaires de la République , etc .,,
A la suite de cette lecture , la Convention a décrétê que
le ministre de l'intérieur rendra compte de l'exécution du
décret sur la déportation des prêtres réfractaires .
Duplantier , député de Bordeaux , écrit à l'Assemblée que
( 319 )
le bruit s'étant répandu que 10,000 de ses concitoyens marchaient
vers Paris , pour demander la liberté des députés
arrêtés , il ne veut point , tandis qu'il n'est attaché à aucum
parti , passer pour le représentant d'une force armée. -
Ducos traite cet acte de faiblesse et s'oppose à ce que l'on
accepte la démission de Duplantier. J'ignore , dit-il , quelles
résolutions prendront mes compatriotes sur les évènemens
étranges dont vous avez été les témoins et quelques-uns de
vous les victimes ; je pense que leur conduite sera le résultat
libre et spontanée de leurs sentimens ; mais quel que soit le
sort que l'avenir me prépare , je déclare formellement que je
les représenterai jusqu'au bout , et que tant que ma vois
sera libre , elle fera entendre leurs voeux et leurs réclamations
. On a parlé d'ôtages à envoyer aux départemens ; je
désapprouve cette capitulation ; mais je suis prêt pour mon
compte à me constituer en ôtage , pour répondre des démar
ches de mes concitoyens ; je ne les désavouerai jamais ; je
serai toujours dignes d'eux . L'Assemblée accepte la démission
de Duplantier.
-
Biroteau , l'un des députés détenus , écrit qu'il protesté contre le
projet du comité de salut public qui demande que la Convention
envoye des ôtages dans les départemens . Je n'ai besoin ,
dit-il , que de la justice nationalė . On passe à l'ordre du
jour.
I
-
La Republique est en deuil , dit Pétion dans une lettre
qu'il écrit à la Convention . La représentation nationale a été
violée ; la force des armes a arraché un décret dont la liberté
gémira long-tems il est tems que ce mystere d'iniquité soit
dévoilé. J'ai lu dans un papier public le projet pusillanime
du comité de salut public . En offrant des ôtages pour les
membres arrêtés . Il semble que ce comité se plaise à nous
croire coupables et criminels ; il me semble qu'il veut dissoudre
la Convention ; car si la commune , après avoir enlevé
par force un décret qui ôte la liberté à trente députés
venait vous forcer encore à mettre en état d'arrestation tous
les députés qui ont voté l'appel au peuple , il faudrait autant
d'otages que de députés prisonniers : ce serait la dissolution
entiere de la Convention nationale , et c'est ce que l'on cherche .
Je demande la liberté de mès collegues , et que la représentation
nationale cesse d'être opprimée. "
Le président annonce une lettre de Barbaroux . L'Assem
blée la renvoie au comité de salut public sans en entendre
la lecture.
Une lettre des commissaires à Chambéry detruit le rapport
des commissaires à Lyon . Elle porté que les mouvemens arrivés
dans cette ville sont absolument contre- révolutionnaires , que
le parti de la municipalité a été battu et que les deux représentans
du peuple , Gautier et Nioche , y sont arrêtés et gardés
à vue. Albite et Dubois- Crancé ajoutent qu'ils ont requis le
( 320 )
général de l'armée des Alpes d'envoyer à Lyon une force con
sidérable pour y rétablir l'ordre .
Quelques membres demandaient le renvoi de cette lettre au
comité de salut public , pour qu'il examinât l'insurrection des
citoyens de Lyon contre la tyrannie municipale. Les autres
voulaient que T'Assemblée approuvât sur-le- champ les mesures
prises par leurs commissaires , et les autorisât à en prendre de
nouvelles. Ces debats ont été terminés par le décret suivant.
Art. 1er, Les représentans du peuple à l'armée des Alpes
sont autorisés à prendre toutes les mesures de sûreté propres
à ramener le calme et la tranquillité dans la ville de Lyon .
" II . Le comité de salut public rendra incessamment compte
de la situation de cette ville .
On fait lecture d'une lettre du ministre de la marine qui
annonce un combat naval. ( Voyez art. Paris . )
L'Assemblée ajourne la discussion sur le projet présenté par
le comité de salut public , et reprend celle sur le partage des
communaux .
Nota. Dans le cours de cette séance , la Convention a adopté
un projet de décret qui lui a été présenté par son comité des
finances , portant que les assignats créés par les assemblées
constituante , législative et conventionnelle , seront renouvellés
et remplacés par de nouveaux assignats , dont le papier sera
de nature à être facilement distingué. La fabrication de ce
papier n'aura lieu que dans une seule manufacture.
Les représentans du peuple , envoyés dans les départemens
méridionaux , ont transmis à l'Assemblée le compte qui leur a
été rendu de l'exécution faite à Toulon , d'un lieutenant de
vaisseau condamné à la peine de mort , en conformité de la
loi , pour avoir désobéi et abandonné son poste dans une
rencontre périlleuse .
Séance du samedi 8 juin .
On a renvoyé au ministre des contributions une lettre des
commissaires à l'armée d'Italie , dans laquelle ils se plaignent
des abus , vols et dilapidations qui se commettent impunément
dans l'administration des messageties . Ils offrent la preuve de
ce qu'ils avancent . Sur un fonds de 645 mille liv . destiné pour
cette armée , on a soustrait 20 mille liv . Le ministre des
contributions est chargé de faire toutes les recherches propres
à découvrir les auteurs de cette friponnerie .
--
Gossuin a demandé qu'il fût établi dans chaque département
un hospice destiné à recevoir les infirmes , ou blessés des
deux sexes. Le comité des secours fera incessamment un
rapport sur cet objet important.
Les autorités constituées de la ville de Saint - Flour envoyent
à Paris un courier extraordinaire ; il est arrivé cette nuit.
La
( 32x )
&
La dépêche dont il est porteur est adressée à la Convention ,
La voici.:
La Lozere est sauvée ; le chef des brigands , l'infâme
Charrier et Laporte , son aide - de - camp ont été pris par un
détachement de l'Aveyron . Ces scélérats ont été conduits à
Rhodez pour y expier leurs horribles forfaits . Nous nous
faisons un devoir sacré d'annoncer à la Convention natio
Inale cette heureuse
nouvelle par un courier
extraordinaire.
Vive la liberté ! Vive la Convention nationale !
"
Cette nouvelle est reçue au milieu des plus vifs applaudisse
mens . Camboulas rappelle les services que les départemens
voisins de la Lozere ont rendus dans ces
circonstances périlleuses
. Dans toutes les et les villages , les chefs des
maisons mariés ou nopes , les vieillards et les enfans ,
tous ont pris les armes et ont marché sans demander ni argent
, ni équippement et sans attendre de réquisitions . --
La Convention déclare que les
départemens de la Lozere
de l'Aveyron , du Cantal , du Lot , du Gard et de l'Hérault
ent bien mérité de la patrie .
+
Gasparin de retour de l'armée du nord communique à la
Convention une lettre qu'il a reçue du général Lamarliere , datée
de Lille le 4 juin . Ce général sollicite avec instance l'organisation
du corps des Bataves et Liégeois qui servent dans nos avantgardes
et nous ont rendu de grand services. Il sollicite aussi
l'amalgame des troupes , dites de ligne , avec les volontaires.
La division qu'il commande est à cet égard dans les meilleures
dispositions. Il a fait
l'expérience des avantages de cet amal
game dans une expédition où les volontaires, se confiant sur
l'expérience des troupes de ligne , montrerent le plus grand
courage. Le général fixe ensuite l'attention de la Convention
sur quelques militaires dont il fait le plus grand éloge. Je
recommande
législateurs , dit - il , le brave Gros - Lembertqui
a enlevé si
intrépidement au milieu d'un escadron ennemi ,
le guidon hollandais que j'ai envoyé en hommage à la Convention.
9
ง
J'ai fait
aujourd'hui , ajoute Lamarliere , une grande expédition
. L'ennemi
embusqué dans un bois , sur le bord de
la Lys , inquiétait nos avant- postes , nos
patrouilles et nos
convois j'ai ordonné une fausse attaque sur le camp de
Menin . Pendant que les troupes qui le
défendaient étaient
tenues en échec , 300 bûcherons ont abattu le bois qui cachait
nos ennemis . Ils ont perdu quelques hommes , nous n'avons
perdu personne . Je vous recommande ,
législateurs , le brave
Testard qui , voyant un de ses camarades pris au
un grenadier ennemi et bientôt entouré par huit Autrichiens ,
colet par
a fondu
ventre à terre
"
autres en fuite et ramené son camarade au camp . ? sur eux , en a tué deux , mis les six
La lettre est renvoyée au ministre de la guerre pour ce qui
concerne les
récompenses dues à ces braves soldats . Quant à
Tome III. Y
8
( 322 )
1
T'amalgame des troupes , le comité de la guerre sera entenda incessamment
sur cet objet.
Sur la proposition du comité de salut public , la Convention
nationale décrete que , dans le cas où les représentans
du peuple à l'armée des Alpes seraient obligés de faire des
réquisitions pour rétablir la tranquillité dans la ville de Lyon ,
ils ne pourront dégarnir , à cet effet , cette armée , ni aucun
point de la frontiere des Alpes.
On réclame la discussion du projet présenté par Barrere
au nom du comité de salut public. Thuriot s'y oppose .
Robespierre demande qu'on laisse les choses dans l'état où
elles sont . Tout est calme à Paris , dit- il ; l'aristocratie y est
vaincue . Les autorités que le peuple a établies , sauront maintenir
la tranquillité publique , en même-tems que protéger ses
droits et sa liberté . Je demande une loi contre les étrangers , le
renvoi au comité de salut public , des mesures à prendre relativement
à l'arrestation de quelques - uns de nos membres et la
question préalable sur la demande d'ôtages à envoyer aux dé-'
partemens .
Barrere pour faire sentir combien il est urgent de s'occuper
de cette discussion , fait lecture d'une lettre des administateurs
des postes . Ils mandent que des commissaires du comité
révolutionnaire de Paris viennent encore de visiter les lettres ,
d'arrêter les journaux .
l'article des étran- Chabot veut que
gers soit seul discuté. - Serons nous donc obligés , dit Doulcet ,
de réclamer comme en 1789 , pour le peuple Français , la
liberté de la pensée , de la presse , et l'inviolabilité du secret '
des postes ? Danton
le projet du comité a besoin
pense que d'être encore soumis à la méditation ; il en demande le renvoi.
Il propose , au lieu d'envoyer des ôtages dans les départemens
, de créer un tribunal national pour juger les députés .
Doulcet s'oppose à l'ajournement de l'article sur la violation
du secret des lettres . - Levasseur rappelle qu'on n'a pas
fait tant de bruit lorsqu'on décachetait les lettres à Bordeaux
et à Marseille . Fonfrede veut que le secret des lettres soit'
rétabli ou violé par- tout .
-
-
1
Barrère a terminé la discussion en offrant de présenter le´
lendemain , un nouveau projet de décret sur cet objet.
Séance du dimanche 9 juin .
'On annonce l'arrivée de plusieurs dépêches de Bordeaux et de Rennes . La convention décrete que ces pièces seront lues
sans discussion ; les voici :
Les administrateurs
du département de la Gironde à la Convention
nationale . Bordeaux , le 6 juin à minuit .
Les détails de votre séance du 3 de ce mois viennent d'être
connus à Bordeaux ; des cris de fureur et de vengeance re(
323 )
rentissent dans toutes les places publiques, et jusque dans notre
enceinte . Un mouvement général d'indignation et de désespoir
précipite tous les citoyens dans leurs sections ,
députations se pressent autour de nous , toutes viennent nous
les
proposer les mesures les plus extrêmes ; il nous est impossible
dans le moment de calculer les suites de cette effervescence ;
nous vous devons la vérité , citoyens représentans , et nous redoutons
le moment où nous serons forcés de vous la dire toute
entiere " ".
Adresse des citoyens de Rennes à la Convention nationale .
3
La Convention nationale n'est plus libre , et telle est l'excès
d'audace des
dominateurs sanguinaires qui la subjuguent , que
les représentans de 26 millions d'hommes n'ontjamais pu avouer
l'avilissement dans lequel une poignée de scélérats les plongeait .
Assez et trop long-tems nous avons renfermé dans nos coeurs
ces vérités cruelles ..... Le peuple demande , qu'ont fait les
représentans d'une nation qu'attendait d'eux son salut et sa
gloire ? Quel spectecle donnent- ils à l'Europe inquiette et
attentive ?...... Ce ne sont point des hommes qui méditent en
paix le bonheur public ; c'est un parti violent , factieux , nous
avons pensé dire conspirateur , imprimant à la majorité de la
Convention nationale un sentiment de terreur qui l'éctase et
la réduit à une entiere nullité . Le 10 mars cette faction tente
de faire égorger , au sein même de la Convention , ceux des
représentans dont elle avait à craindre les lumières et l'intégrité.
Peu après elle provoque la proscription de ceux que ces poignards.
n'ont pu atteindre 99.
Une commission est créée à l'effet de suivre et de dévoiler
cette eonspiration ; déjà elle en saisissait la trame ; déjà des
complices étaient arrêtés . Les factieux mettent sous le joug une
partie des sections de Paris , s'emparent de l'autre ,
l'entraînent
à la
Couvention , en
arrachentun décret qui dissout cette commission
. Le lendemain ce décret est rapporté ; ils n'en deviennent
que plus audacieux . Le tocsin sonne , le canon d'alarme
se fait entendre de toutes parts ....... Deux jours après ,
les victimes désignées sont en leur puissance . Un plébicide
se consomme , tel que les annales du plus affreux despotisme
qui ait jamais existé n'en offrent pas d'exemples . Ce secret des
lettres , confié à la poste de Paris , n'est plus qu'un vain mot,
La circulation des nouvelles est interceptée , toute communication
est rompue entre Paris et les départemens : on isole Paris
de la République entiere et dans ce renversement épouvantable
de toutes les lois , la France doute si ses représentans
vivent encore ,.
Dans cet état , quel est le devoir du peuple ? Se lever tout
entier , marcher à Paris , non pour le combattre , comme on
voudrait
insidieusement le persuader , mais pour se rallier à
des milliers de freres qui n'attendent que sa présence pour
Y 2
( 324 )
repousser l'oppression , et rendre à la représentation nationale
sa dignité , son intégrité , sa liberté. Ce mouvement sera terrible
; calculcz -en tous les effets , hâtez vous de les prévenir
rapportez l'odieux décret qui met en etat d'arrestation nos plus
incorruptibles défenseurs , rendez-les à la République , vous
en répondez sur vos têtes .
Arrêtés des corps administratifs et constitués de la ville de Ren`es , en
même date que l'adresse ci - dessus , et pris après avoir entendu la
lecture des arrêtés des conseils généraux des départemens du
Morbihan , des côtes du Nord , de St-Malo et de St. - Servant.
--
-
Il sera ouvert dans chaque lieu de district un registre
d'inscription volontaire de tous les citoyens qui desirent marcher
à Paris pour retirer la Convention nationale de l'oppression
où la tiennent les anarchistes . Les hommes inscrits .
seront tenus de faire une profession de foi civique , et pourront
être soumis à un scrutin épuratoire . Ils ne pourront être
pris dans le nombre des hommes du recrutement ordonné par
la loi du 24 février. Les compagnies réunies formeront un
bataillon sous le nom de bataillon des Républicains de l'Isle
et Vilaine . Le bataillon aura un drapeau tricolore sous l'emblême
de la République Française , avec cette inscription d'un
eôté , liberté , égalité et de l'autre , haine à la royauté et à
l'anarchie. Des commissaires civils suivront les bataillons
à sa destination . La solde sera de 40 sols par jour. It
sera mis à la disposition des commissaires civils une somme
de 100,000 liv . prise dans les caisses des districts .
commissaires ramenerant le bataillon à Rennes aussi- tôt que
l'ordre sera rétabli à Paris , la Convention nationale réintégrée
, et la punition des anarchistes assurée par les voies
légales . "
Comp
Gradace Les
Durand-Maillane a observé combien il importait en ce mo
ment de connaître l'opinion de tous les citoyens Français . II
a demandé que la commission des dépêches communiquât
exactement toutes les pieces qui lui arrivent relatives aux derniers
événemens .
Sans doute , a dit Levasseur , il nous importe de connaître
l'opinion publique ; mais peut- on la connaître dans les adresses
qui nous sont envoyées ? Par exemple , hier votre comité a
reçu de Montpellier une adresse rédigée dans le même esprit
que celle de Bordeaux . A la vérité , cette adresse est revêtue
d'un très-grand nombre de signatures ; mais toutes ces signatures
sont bien écrites , et terminées par un paraphe. Il en
résulte que ce sont les signatures des riches , des gens de loi
et de tous ceux qui savent bien écrire .
Voici une adresse de Blois qui n'est pas suspecte ; il n'y a
pas de paraphes aux signatures ; ce sont de vrais Sans- culottes
qui l'ont signée .
( 325 )
Adresse des citoyens de Blois à la Convention .
Le voeu des Républicains est comblé . En expulsant de
" votre sein Ies complices de Dumourier vous avez sauvé la
patrie . Une constitution libre , une éducation simple , des
armes , et les despotes sont anéantis , et tous les peuples sont
,, libres . "
La Convention a décrété que ces adresses seront toutes renvoyées
au comité de salut public , pour en rendre compte.
La discussion s'est ouverte sur l'emprunt forcé . Le projet du
comité des finances n'a pas satisfait l'Assemblée .
Divers projets
ont été présentés ; ils seront imprimés .
án
Billaud-Varennes a proposé que tout citoyen qui n'aura pas
revenu au - dessus de 400 liv . soit exempt de toutes contributions
directes et indirectes . La Convention consacre en
principe que l'absolu nécessaire ne , sera point imposé.
Une discussion s'est engagée sur l'augmentation du prix de
la viande . Thuriot en a demandé la taxation . Plusieurs membres
ont appuyé cette motion . Renvoyé au comité .
On réclamait le rapport du comité de salut public sur les
députés en arrestation , conformément à un décret rendu dans
la séance d'hier .
Le comité de salut public , a répondu Thuriot , est en ce
moment assemblé pour relire le projet de constitution qu'il
doit vous présenter demain . Je demande que la séance soit
levée ; et la séance a été levée .
Séance du lundi 10 juin.
Les corps administratifs de la ville de Saint-Flour annoncent
que les dangers sont maintenant passés . Cependant ils peuvent
renaître d'un moment à l'autre . La moitié de l'armée se porte
vers l'extrême frontiere du côté des forêts d'Aubrac pour couper
toute communication aux rebelles , tandis qu'on va à leur
recherche dans tous les autres points . Notre armée se porte à
environ 5000 hommes .
On fait lecture d'une lettre des commissaires à l'armée du
nord ; datée de Lille le 8 juin . En voici l'extrait .
" Depuis quelque tems , l'ennemi nous laissait tranquilles ,
malgre la guerre continuelle de poste , que leur faisait Lamarliere
pour attirer sur lui une partie des forces qui sont devant
Conde ; mais hier un corps de 6000 hommes s'est campé
sur la plaine de Cisoing , un de 4000 entre Launoi et Roubaise ;
à Menin , il y a aussi des forces considérables , et presque
tous nos avant-postes ont été attaqués à la fois ; toutes ces
troupes d'ennemis sont des renforts arrivés tout nouvellement,
L'ennemi n'a aucun avantage réel , mais par sa marche il a
jetté l'alarme dans nos campagnes qu'il ravage à loisir partout
où il passe , et l'on ne voit rentrer dans Lille que
ultivateurs éperdus et ruinés par le pillage . Nous sommes
des
Y 3
( 326 )
très-bien fortifiés sur nos avant- postes , mais il nous manque
du canon , et sur - tout des affuts qui ne nous arrivent point ,
malgré les promesses et les ordres du ministre donnés à l'arsenal
de Paris . Il nous manque des fusils , des pistolets et de
la cavalerie .
Les commissaires terminent leur lettre en sollicitant la prompte
exécution de la loi sur l'amalgame dss troupes de ligne avec les
volontaires . Il est décreté que les généraux amalgameront les
troupes qui sont sous leur gouvernement .
-
La Convention adopte un projet de décret qui lui a été
présenté par le comité de législation sur le renouvellement et
l'organisation definitive de la municipalité de Paris .
L'ordre du jour appelait la discussion sur la constitution .
Hérault de Séchelles a prévenu qu'il ne pourrait faire son rapport
qu'à deux heures . On demande à entendre dans cet intervalle
celui de Barrere sur les moyens de sûreté intérieure et
extérieure , sur les autorités de Paris , et sur l'arrestation d'une
partie des membres de la Convention . Philippeanx répond
que dans les circonstances actuelles , la plus grande mesure
qui pût être adoptée , c'était la constitution . Alors s'éleve
la question de savoir si l'on pouvait discuter la constitution
en l'absence des membres arrêtés . Plusieurs membres se succedent
à la tribune ; les débats deviennent fatigans et pénibles.
Ils sont interrompus par la lecture de l'acte constitutionnel
. La Convention a décrété l'impression du projet , l'envoi
dans tous les départemens , et a ajourné la discussion au
lendemain.
--
Notice des deux séances subséquentes.
Mardi 11. On reprend la discussion sur l'emprunt forcé ;
aucun projet n'obtient la priorité . Renvoi au comité .
de
Lacroix se plaint de ce qu'au moment où nous sommes
menacés d'une coalition liberticide des départemens , plusieurs
députés abandonnent lâchement leur poste . Il propose
de faire demain un appel nominal de tous les membres , pour
connaître ceux qui sont absens légalement ou illégalement ;
de faire le lendemain un nouvel appel et de remplacer ceux
qui seraient absens , sans cause légitime , par leurs suppléans ;
de faire défense aux corps administratifs de se réunir ,
provoquer les assemblées primaires , et de prendre aucune
délibération sur la force armée sans la Convention de mettre
hors la loi ceux qui exécuteraient de pareilles délibérations .
Thuriot demande par amendement que les membres qui
ont abandonné leur poste pour aller faire des insurrections
soient mis en état d'arrestation , et qu'il soit permis de courir
Fermond désaprouve ces mesures et n'en connaît point
de plus efficace pour rétablir la confiance que de faire promp→
tement le rapport sur les membres détenus . Après de vifs
sus.
-
4327 )
débats toutes ces propositions sont renvoyées au comité de
salut pablic .
Les canonniers de Paris , alarmés sur les suites que peut
entraîner le décret qui ordonne la formation d'une armée
révolutionnaire , viennent en solliciter le rapport . Cette armée
, disent-ils , n'existe - t- elle pas depuis long - tems ? N'avons-
nous' pas fait la révolution , n'avons - nous pas tous juré
pour la soutenir . Renvoyé au comité de la guerre. --
-
Un député extraordinaire du département du Doux est admis
à la barre ; obéissance aux lois , respect pour la représentation
nationale , haine aux factieux aux anarchistes : tels
sont les sentimens de toutes les communes du département
du Doux et de celles de Besançon en particulier . — Ûn député
extraordinaire de la commune de Laval demande que 'les
tribunes cessent de troubler les délibérations de l'Assemblée ,
qu'elles soient reprimées par un reglement sévere , que les
représentans détenus sans aucunes preuves de délit soient rendus
à leurs fonctions etc. Députation de la ville de Verdun :
vou pour l'achevement de la constitution et la destruction
de l'anarchie ; plaintes des arrestations arbitraires et nocturnes
ordonnées par les commissaires . Renvoyé au comité de
législation et de salut public.
-
On ouvre la discussion sur la constitution .
Mercredi 12. Le procureur général - syndic du département du
Var rend compte de la situation politique de Marseille et de
Toulon . I invite la Convention à rappeller tous ses commissaires
.
Lettre de Brissot à la Convention , datée de Moulins , le 10
juin , par laquelle il annonce sa détention , Menacé à chaque
instant d'être assassiné , je me suis vu obligé de fuir le jour où
la Convention délibérait sous les bayonnettes . J'ai balancé à
prendre ce parti , indigne d'un représentant du peuple ; mais
enfin je m'y suis déterminé ,, attendu qu'il est évident que les
puissances étrangeres soudoient dans Paris une armée de brigands
, pour dissoudre la représentation nationale . Je cherchais
uu asyle ignoré , pour y attendre en paix le moment de faire
éclater mou innocence . Mon passe - port était sous un nom
étranger ; c'est une faute sans doute ; mais mes persécuteurs
qui ont environné mon nom d'une funeste célébrité , la trouverout
excusable . Je demande que la Convention ordonne que
je serai transféré dans mon domicile à Paris , et qu'elle ne décide
rien sans m'avoir entendų " .
A cette lettre était joint un procès -verbal dressé par les administrateurs
du département de l'Allier. Il en résulte que
Brissot se faisait passer pour un négociant de Neufchâtel . Les
administrateurs attendent la décision de l'Assemblée. Renvoyé
au comité de salut public.
-
Les représentans du peuple dans la Vendée annoncent la
( 328 )
prise de Saumur par les révoltés. Sur la demande des corps
administratifs de Paris , il a été décrété qu'un corps de canoniers
de cette ville , avec 48 picces de canons , partirait
sur-le- champ , et en poste , pour Tours . La discussion s'ouvre
sur la constitution ; voici les articles qui ont été décrétés dans
ces deux séances .
CHAPITRE 1er. De la République .
Art. I. La République Française est une et indivisible .
CHAPITRE II . De la distribution du peuple,
Le peuple Français est distribué pour l'exercice de sa souveraineté
en assemblées primaires de cantons : il est distribué
pour l'administration et la justice , en départemens , districts ,
municipalités,
CHAPITRE III. De l'état des citoyens.
Art. Ier . Tout homme né et domicilié en France , âgé de
vingt-un ans accomplis;
Tout étranger âgé pareillement de vingt- un ans accomplis ,
qui depuis une année vit de son travail dans la République ,
et y est domicilié ;
Celui qui acquiert une propriété , et réside en France depuis
un an ;
Celui qui épouse une Française , et réside en France depuis
un an ;
Celui qui adopte un enfant ou nourrit un vieillard , et réside
en France depuis un an ;
Tout étranger enfin , qui sera jugé par le corps législatif
avoir bien mérité de l'humanité ,
Est admis à l'exercice des droits de citoyen Français .
Art . II. L'exercice des droits de citoyen se perd ,
Par la naturalisation en pays étranger ;
Par l'acceptation de fonctions ou faveurs émanées d'un gouvernement
non populaire ;
Par la condamnation à des peines infamantes ou afflictives ,
Il est suspendu ,
Par l'état d'accusation ;
Par un jugement de contumace , tant que le jugement n'est
pas anéanti .
CHAPITRE IV. De la souveraineté du peuple,
Art. Ir. Le peuple est l'universalité des citoyens Français
( 329 )
Il exerce sa souveraineté dans les assemblées primaires .
Il nomme immédiatement ses représentans .
CHAPITRE V. Des assemblées primaires.
Art. Ier. Les assemblées primaires se composent de citoyens
domiciliés depuis six mois dans chaque canton .
Les assemblées primaires sont composées de six cents citoyens
au plus , habiles à voter , et de deux cents au moins .
Ces assemblées sont constituées par la nomination d'un
président , de secrétaires et de scrutateurs. Leur police leur
appartient ; nul n'y peut paraître en armes .
Art . II. Les élections sont faites à haute voix ou au scru
tin , au choix de chaque votant .
Les assemblées primaires ne peuvent , en aucun cas , déterminer
un mode uniforme de voter.
Les scrutateurs constateront les citoyens qui , ne sachantt ]pas
écrire , voudraient voter à haute voix ou par le scrutin.
Les suffrages sur les lois sont donnés par oui et par non .
Le voeu des citoyens réuni en assemblées primaires , est proclamé
ainsi :
Les citoyens en assemblées primaires de ....
au nombre de ....
majorité de..
ont voté pour ou contre à la
PARIS , le 13 juin 1793.
Le nouveau projet de constitution , présenté par le comité
de salut public , est discuté , chaque jour , sans interruption ,
sans divagation , et chaque discussion amene un résultat :
avantage inappréciable qui , laissant entrevoir un terme prochain
aux maux de l'anarchie , calme les inquiétudes du peuple,
et ranime ses espérances,
Dans le plan du comité , de corps législatif est un , indivisible
et permanent sa cession est d'un an . Ses fonctions
sont de proposer des lois et de rendre des décrets. Les projets
de lois sont précédés d'un rapport. La discussion ne peut
s'ouvrir que quinze jours après le rapport . Le projet décrété
est imprimé et envoyé à toutes les communes de la république
sous ce titre loi proposée . 30 jours après l'envoi de la loi .
si dans dix départemens , une ou plusieurs assemblées primaires
n'ont pas réclamé , le corps législatif admet ou rejette
definitivement la loi . S'il y a réclamation , et que le corps
législatif persiste à proposer la loi , il convoque les assemblées
primaires .
(-330 )
Le conseil exécutif est composé de 24 membres . L'assemblée
électorale de chaque département nomme un candidat .
Le corps législatif choisit sur la liste générale les 24 membres
du conseil. Il est renouvellé par moitié à chaque législature . T
Un grand juré national est institué pour garantir les citoyens
de l'oppression du corps législatif et du conseil. II
' applique point les peines ; il renvoie devant les tribunaux .
Si dans la moitié des départemens plus un , une ou plusieurs
assemblées primaires régulierement formées , demandent la révision
de l'acte constitutionnel , ou le changement de quelques-uns
de ces articles , le corps législatif est tenu de convoquer
toutes les assemblées primaires de la République , pour savoir
s'il y a lieu à une Convention nationale.
COMMUNE. Conseil-général révolutionnaire.
Le comité central révolutionnaire , invité à rendre compte
des mesures qu'il a prises pour se procurer les preuves des
attentats commis contre la liberté par les députés mis en
arrestation , annonce qu'il a nommé une commission pour
recueillir toutes les pieces nécessaires au décret d'accusation ,
ainsi que les preuves suffisantes pour les faire punir.
Chaumette , pour prouver l'existence d'un complot contre
les patriotes , observe que d'honnêtes artistes se sont occupés
à faire des guillotines à trente colliers pour faire périr
tente personnes à la fois ; on lui a tenu ce propos en présence
du citoyen maire .
་
Le conseil- géuéral de la commune arrête qu'à l'avenir il ne
savait délivré de certificats de civisme et des passe- ports pour
sortir de Paris et aller s'établir dans les départemens qu'aux
personnes qui auront acquitté toutes leurs contributions et
notamment celles de 1792 .
*
Le procureur de la commune ayant demandé que les fonds
d'une souscription ouverte pour armer une frégate , fussent
employés à fonder des rentes pour les matelots de Paris blessés ,
et pour leurs femmes et leurs enfans , le conseil - général a
adopté cette mesure , et a nommé une commission pour en
remplir l'objet et la mettre à exécution ..
Le substitut du procureur de la commune requiert que demain
l'on procede à l'organisation de l'armée révolutionnaire ,
décrétée par la Convention nationale . Arrêté.
( 331 )
Des citoyens et citoyennes de couleur viennent réitérer dans
le sein de l'Assemblée , le serment qu'ils venaient de prononcer
au champ de la fédération . Le conseil a nommé une députation
à l'effet d'accompagner les citoyens de couleur qui doivent
présenter une seconde pétition à la Convention nationale ,
et a arrêté qu'il leur serait donné un guidon en place du
drapeau dont ils ont fait hommage au conseil .
Le citoyen Varles a lu sa rédaction des Droits de l'Homme ,
qui a été vivement applaudie
Le comité de salut public de la Convention nationale invite
le conseil à nommer des commissaires pour se concerter
avec lui sur les moyens de sauver la chose publique . Le conseil
nomme pour commissaire : Dunouy , Guyot , Jérôme ct
Perdrix .
Une députation de la section des Piques communique au
conseil une adresse de cette section aux 47 autres sections :
Freres et amis , dit- on dans cette adresse , la section des
Piques toujours attentive au maintien de l'équilibre qui doit
conserver l'unité , la liberté de la République et les droits
du citoyen , n'a pu apprendre sans douleur le décret de la
Convention nationale , relatif à la levée d'une troupe , soldée
dans Paris , sous le nom d'Armée révolutionnaire . " La section
des Piques déclare qu'elle n'accuse point ceux qui ont formé
ce projet d'une armée révolutionnaire , mais elle a contre ce
projet le droit de représentation si - tôt qu'elle le trouve suspect.
Elle termine en invitant les autres sections à nommer chacune
deux membres pour se réunir mercredi prochain à l'evêché ,
et y rédiger une semblable adresse qui sera portée de concert
à la Convention nationale . "
Le conseil reçoit avec plaisir la communication fraternelle
que lui fait la section des Piques,
Les commissaires de garde au Temple , ont informé le conseil
général que le fils d'Antoinette avait une hernie ; ils ont
proposé de le faire soigner par Piplé , bandagiste . Le conseil
a arrêté qne le bandagiste des prisons serait chargé de soigner
cette maladie.
Nombre des prisonniers détenus dans les maisons de justice du
département de Paris , le 6 juin 1793 .
".
Conciergerie .
Grande-force .
Petite-force ...
Ste .- Pélagie ...
Madelonnettes •
.322 .
..354.
129.
118 .
57.
( 332 )
Abbaye ...
Bicêtre .
8o.
228.
En état d'arrestation à la Mairie ..
22 .
Total ....
.1310 .
Etat des généraux qui commandent les armées de la République ,
et leur position.
Armées du Nord et des Ardennes . Général , CUSTINES . Quartier
général à Bouchain .
Armée de la Moselle . Général , HOUCHARD . Quartier général
à Sarrelouis.
Armée du Rhin . ALEXANDRE BEAUHARNAIS. Quartier général
à Weissembourg.
Armée des Alpes . KELLERMANN . Quartier général à Chambéry.
Armée d'Italie . BRUNET. Quartier général à Nice .
Armée des Pyrénées orientales. DEFLERS . Quartier général à
Perpignan .
Armée des Pyrénées occidentales . DUBOUQUET. Quartier géné
sal à Bayonne.
Armée des côtes de la Rochelle , depuis la Gironde jusqu'à
Nantes. BIRON . Quartier général à Doué .
Armée des côtes de Brest . , depuis Nantes jusqu'à St. - Malo,
CANCLAUX . Quartier général à Nantes .
Armée des côtes de la Manche depuis Saint - Malo jusqu'à
Dunkerque . FELIX WIMPFEN. Quartier général à Bayeux .
Extrait d'une lettre des commissaires de la Vendée .
Les plus grands malheurs nous menacent. Les brigands
ont de grands succès . Saumur est pris . La déroute de nos
troupes a été complette ; elles se sont repliées sur Angers et
Tours. Le général Menou vient d'arriver couvert de blessures .
Quand il sera pansé , il rendra compte des détails de cette
affaire. Envoyez -nous en poste des canons et des fusils et
des officiers - généraux . Cette déroute a été occasionnée par la
lâcheté de quelques bataillons . Le dessein des rebelles est de
se porter sur le département de la Sarthe , et de là dans la cidevant
Bretagne et Normandie.
DUNKERQUE.
"
Il est sorti du port de Dunkerque une flotte pour défende
nos côtes , composée de six voiles , savoir le navire la Re(
333 )
publique , commandé par le citoyen Castagner , commandant ,
armé de quatre canons de 24 et six de 10 ; la Constitution
commandée par le citoyen l'Hermite , armée de quatre canons
de 24 et six de 8 ; l'Egalité , commandée par le citoyen Larmel
, armée de deux canons de 24 et quatre de 8 ; la liberté
commandée par le citoyen Deriemeker , armée de deux canons
de 24 et quatre de 28 ; l'Argus , commandé par le citoyen Crixs ,
armé de huit canons de 6 ; et le Méfiant , commandé par le
citoyen Boudry , armé de six canons de 8.
NOUVELLES DES ARMÉES.
VALENCIENNES , le 4 mai.
Cette ville a encore deux portes de libres . L'ennemi a
essayé en vain de s'emparer des hauteurs d'Anzin ; il a été
constamment et vivement repoussé. Cette ville est bien approvisionnée,
et sa garnison est dans les meilleurs principes.Le camp
de Sézanne devient chaque jour plus nombreux . Les déserteurs
arrivent à chaque instant ici , et ils ne se passe pas de jours que
nos postes sur l'extrême frontiere , n'y amenent des prisonniers.
- L'abbaye des Prés à Douay , vient d'éprouver le même sort
que celui de Marquette à Lille . Le feu s'y est manifesté hier
matin , par la négligence , dit-on , des volontaires qui y étaient
casernés , et a consumé ce magnifique monument. L'arsenal
de cette ville expédie journellement pour les environs de
Cambray des pieces d'artillerie des plus forts calibres , et des
munitions en conséquence .
LILLE, le 8 juin.
Il paraît que l'ennemi veut nous attaquer sur cette partie
de la frontiere ; il tente à s'avancer sur notre territoire ; mais
il marche lentement , et toujours à l'abri des retranchemens
qu'il éleve chemin faisant. Trente mille hommes nous cernent
en ce moment , ils ont établi un camp entre Roubaix , Lannoy
et Vatrelos , qui est , suivant le dire des déserteurs , de
6000 hollandais . Il y en a un autre sur la partie opposée de
cette frontiere , non moins nombreux . Ces dispositions n'effraient
pourtant point le général de division Lamarliere , ni nos braves
légions sous ses ordres . Les retrauchemens élevés de toutes
parts , où l'ennemi pourrait nous inquiéter avec plus d'audace ,
approchent de leur perfection , et chaque poste est un fort ,
que , pour emporter , il faudra prendre d'assaut . Les déserteurs ,
nous arrivent en grand nombre.
THIONVILLE , le 6 juin.
Une épidémie continue de ravager le pays de Luxembourg ,
il paraît qu'elle est très -meurtriere ; mais les précautions ont
( 334 )
été si bien prises par le général Houchard , qu'il ne peut
y avoir aucune communication entre cette province autrichienne
et nos départemens limitrophes .
La division du général Laage , forte de 12 mille hommes ,
qui était campée à Forbach , est partie le 2 de ce mois , et
se dirige sur Longwi , où elle doit arriver le 5 : 2,500 hommes
de la garnison de Metz , qui sont partis aujourd'hui , vont
se réunir à cette division . Ce mouvement paraît occasionné
par celui des troupes autrichiennes , dont on dit qu'une colonne
se porte sur la frontiere . Mais tout doit nous rassurer à cet
égard. Les forces que l'ennemi pourrait détacher de sa grande
armée vers Thionville et Longwi , ne sont pas assez considérables
pour attaquer ces deux places .
NICE , le 28 mai.
Notre armée s'est réunie avec celle de Kellermann . Cette
jonction a produit les meilleurs effets . La division qui est
campée du côté de Saint- Martin d'Aost , et l'avant-garde de
Kellermann s'emparerent hier de la ville de Saint-Steve et du :.
fameux village de l'assiette . Nous avons gagné des - hauteurs
prodigieuses sans perdre presque personne : des poutres immen--
ses , garnies de grosses roches , étaient encore prêtes pour rouler
sur nous nous nous en sommes emparés par les hauteurs . On
a ensuite passé le défilé sans danger. Mille grenadiers ont traversé
à la nage ils ont trouvé dans l'Assiette , qu'on croyait
inaccessible , plusieurs émigrés et prêtres réfractaires . Nous
avons fait 200 prisonniers , pris 10 pieces de canons , 2000
fusils et 300 mulets à bat . Cet avantage peut avoir les suites
les plus heureuses . On doit tout attendre de l'excellent esprit
qui anime toute cette armée .
PERPIGNAN , le 2 juin .
Voici à - peu - près les dispositions des troupes espagnoles qui
sont dans les environs : 9000 au camp de Boulan ; environ 6000
autour de Bellegarde ; autant , à - peu-près , au camp d'Argelès ,
et 2000 entre Céret , Arles , Saint- Laurent , Palaldat , Pratsde
-Mallo et autres cantonnemens.
Notre camp est de 15,000 hommes ; l'avant-garde est de
4000. Les ennemis paraissent avoir conçu des plans audacieux
et vastes ; ils répandent leurs forces sur un grand cercle
qui embrasse tout le district de Céret , et ils commencent à
entamer celui de Perpignan . Leur camp de Boulan nous
coupe toutes les grandes communications avec Bellegarde ct.
le fort des Bains .
1
Le bombardement de Bellegarde est devenu un peu plus
chaud qu'il ne l'était d'abord . Au - dehors quelques pans de
( 335 )
muraille se sont écroulés . Voici la situation de cette place'
qu'on doit regarder comme une clef de la République . Elle est
située au-dessus du col de Pertuis , sur la frontiere de Catalogne
, entre Céret et la Jonquière . Les Espagnols la prirent
en 1674. Le maréchal de Schomberg la reprit l'année suivante .
Après la paix de Nimegue en 1679 , Louis XIV la fit fortifier
. Elle est aujourd'hui de la plus grande force.
Le commandant Dubois-Brulé , ainsi que toute sa garnison ,
demeurent tonjouus inébranlables dans la généreuse résolution
de s'ensevelir sous les ruines de la place .
L'armée d'Argelès a encore moins de succès . Les citoyens,
de Collioure , réunis à ceux de Bagnouls et une partie de la
garnison , ont fait des sorties si fréquentes et si vigoureuses
ils ont , si fort harcelé l'ennemi , qu'il a levé son camp de la,
Grange - de - Leclerc , et s'est replié sur le derriere d'Argelès ,
dans les Olivets de Camps .
:
On parle d'une flotte pour nous attaquer du côté de la
mer des voyageurs assurent que vingt vaisseaux de ligne ou
frégates sont sortis de Carthagene ; une partie de cette flotte
doit , à une hauteur déterminée , se détacher avec deux régigimens
espagnols , pour se rendre en Amérique ; le reste doit
faire voile vers les côtes de la France méridionale .
Avant- hier , le camp de Boulan s'est répandu en gros détachement
sur les campagnes qui avoisinent Thuir. Le bombardement
de Bellegarde continue.
Extrait d'une lettre des commissaires envoyés à Perpignan , du 6juin .
Le Fort- des- bains vient d'être pris avec sa garnison par les
Espagnols , faute de vivres . Il nous faut promptement des
troupes de ligne et de la cavalerie . L'ennemi est si nombreux
que nous ne pouvons être que sur la défensive . Nous requerrons
du secours par- tout .
BAYONNE , le 7 juin .
L 7
L'ennemi vient de forcer nos postes des montagnes . Nous
avons perdu beaucoup de monde. Le général Lagenetiere est
fait prisonnier.
Saint -Jean- pied- de- port va être assiégé . L'ennemi menace
aussi , Saint-Jean- d'Angely , et s'il s'empare de l'un de ces deux
ostes Bayonne sera assiégé.
Lettre du citoyen Vincent , ordonnateur de la marine au port de
Bordeaux , au citoyen ministre de la marine.
Bordeaux , le 6 juin .
Je vous rends compte de la rentrée dans notre riviere depuis
( 336 )
hier , du corsaire la Citoyenne Française , capitaine Dubedat , de
26 canons de 8 et de 12 en batteries , et des obusiers sur les gaillards
, après un glorieux combat qu'il a soutenu le 13 de ce mois
dernier , depuis six heures jusqu'à huit et demie du soir , contre
une frégate anglaise de 40 canons , par la latitude de 42 degrés
24 minutes nord, de 15 degrés de longitude méridien de Paris .
Le capitaine Dubedat a été tué dans le combat par un boulet qui
l'a frappé dans la poitrine ; le citoyen Rigal , son second , a pris le
commandement ; mais l'anglais ayant fait vent arriere , était
désemparé de son beaupré et de son mât de mizaine , la Citopenne
Française le poursuivait ; mais obligée de réparer toutes
ses manoeuvres hachées , elle a perdu l'ennemi de vue la nuit
sans le retrouver le lendemain. Elle a eu 16 hommes de tués
et 37 blessés . Elle doit mettre à terre 16 prisonniers anglais
que je ferai mettre au château du Ha .
Les anglais avaient à bord beaucoup de troupes , nous
leur avons tué beaucoup de monde ; veuillez solliciter la reconnaissance
nationale en faveur de l'épouse du capitaine
Dubedat.
F
Jer . 135.
( N°. 99. 1793. )
MERCURE FRANÇAIS
SAMEDI 22 JUIN , l'an deuxieme de la République .
PÉTITION
(
Des jeunes filles de Soncy , au citoyen Loménie - Brienne ,
évêque du département de l'Yonne.
SAE Brienne , & vous qui , de bon coeur ,
Avez troqué , par prévoyance ,
Les vains titres de monseigneur ,
Et de grandeur et d'éminence
Contre celui d'évêque - citoyen ,
Qu'à tous égards vous méritez si bien
Vous qui , bravant de l'évêque du Tibre
Les canons encloués et son courroux papal ,
Avez su préférer au chapeau cardinal
Le fier bonnet de l'homme libre ,
Agréez la pétition
Que vous présentent quelques filles ,
Assez jeunes , assez gentilles
Pour mériter un peu d'attention .
A recevoir la confirmation
Notre pasteur avec soin nous prépare.
De nos plaisirs cruellement avare ,
Ce rigoriste , en son humeur bizarre ,
Jusques au jour du sacrement ,
t
De la danse interdit le doux amusement.
Quel mal donc à danser ce froid censeur redoute ?
Ce plaisir innocent doit-il être interdit ?
Non , certes , et le saint - esprit ,
Pour s'en facher , a trop d'esprit sans doute.
Quand le prophête - roi , dans un jour solemnel ,
Transporta l'arche d'alliance ;
Alors dansant lui - même au milieu d'Israël ,
David sanctifia le plaisir de la danse .
Franchement ne vaut-il pas mieux
Chanter , danser sous les yeux de nos meres ;
Qu'en secret aller deux à deux ,
Tome III .
N
( 338 )
Le long des buissons épineux ,
Cueillir les roses printanieres ?
L'herbe est hélas ! bien glissante au printems ;
Le sexe faible , et les bergers pressans :
Et sur ces rives bocageres ,
De mille oiseaux les essaims amoureux
Offrent en ce moment aux fragiles bergeres
Des exemples bien dangereux .
Pour prévenir quelque fâcheuse histoire ,
Rendez donc vite un mandement ,
Qui dans votre arrondissement ,
Malgré ces gens à robe noire ,
Permette au moins que l'on danse en tout tems
Puisqu'aujourd'hui Bacchus défend de boire ,
Et refuse aux humains ses aimables présens.
Oui , daignez à nos voeux pressans
Rendre au plutôt cette loi nécessaire .
Notre ménétrier jure et se désespere ;
Nos jeunes gens sont fort impatiens.
L'oisiveté des vices est la mere ,
Et Belzebuth est , dit - on , bien malin ;
Vous le savez , non par expérience .
Enfin , monsieur l'évêque , enfin
Permettez - nous le plaisir de la danse ,
Ou nous ne répondons de rien ,
Et ce sera sur votre conscience .
Ce que faisant , vous ferez bien ;
Et désormais avec reconnaissance
Nous chanteróns , au retour de la danse ,
Vive , vive à jamais l'évêque- citoyen !
"
Par le citoyen BENOIT-LAMOTHE . }
Couplets chantés aux noces du C ** , prêtre et ci- devant bénédictin .
AIR : Chantez , dansez , amusez - vous , etc.
ALLONS , messieurs , mariez - vous ,
Profitez d'un si bel exemple ;
Mariez-vous , rien n'est si doux :
L'hymen vous offre enfin son temple.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
2
( 339 )
A cette marque parmi nous
Bon pasteur se fera connaître :
Celui qui sera pere , époux ,
Doit passer pour le meilleur prêtre.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
Jesus l'a dit avec raison ;
Cette maxime est bien précise
Qui gouverne bien sa maison ,
» Gouvernera bien mon église . »
Honneur , etc.
Électeurs , juges des vertus ,
Songez aux prêtres qui sont peres ,
Mais dont les enfans reconnus
Ne feront point rougir , leurs meres .
Honneur , etc.
Allons , mes amis , réparons
Les pertes que cause la guerre .
Quand Mars dépeuple nos cantons ',
Vénus doit repeupler la terre.
Honneur au prêtre - citoyen
Qui fraie aux autres le chemin !
I
CHARADE.
DANS la gamme on voit mon premier.
་
C'est au milieu de mon dernier.
Qu'on entend sonner mon entier. ,
ENIGM E.
Idem. S
VIT-ON
IT - ON jamais chose pareille ?
J'ai le talon près de l'oreille ,
Tantôt blanc , tantôt gris , et le plus souvent noir.
La dépouille des morts forme tout mon avoir.
Z #
( 340 )
Mes Blancs sont un cachot d'une noirceur extrême ,
Où mon prisonnier vient s'enfermer de lui- même,
Je ne le quitte pas avec lui tour à tour
Je vais à la campagne , à la ville , à la cour.
Je me prête à ses goûts ; il marche sur ma trace ;
Mais je trouve bien dur de le suivre à la chasse .
J'en reviens harassé : ce turbulent plaisir ,
S'il revient trop souvent , me fait enfin périr.
Mais brisons là-dessus : il est tems de paraître .
Frappe du pied , lecteur , et tu vas me connaître .
LOGO GRIPHE.
BRAVES Français , vive la République !
C'est par moi seul qu'elle s'affermira.
Dans mes sept pieds on trouve une arme antique ;
Ce que jamais fillette ne dira ;
Une cruelle maladie ,
Un instrument de chasse ; un fruit du potager ;
Du corps humain la plus noble partie ;
Ce qui caché sous l'eau met la barque en danger ;
Ce qu'on met au carcan ; une couleur brillante ;
L'emblême qui nous peint la fortune înconstante ;
Une sorte de grains ; un bien presbytéral-,
Aujourd'hui bien national ;
Un El non lessivé ; plus l'effet ordinaire
De l'orage sur la riviere ;
Ce qui précede une grande maison ;
Le cri de maint cocher ; un adverbe ; un pronom ;
Un mot latin qu'on apprend en logique ; .
Pour lever les fardeaux une machine unique ;
Le plus infect des végétaux ;
Le plus riche dès minéraux ;`
Ce qui fait peur à l'enfant et l'amuse ;
Ce qui renferme des oiseaux ;
Un abreuvoir pour les chevaux.
Je finis ; tant de mots lassent enfin ma muse .
Par un Abonni
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 98.
Le mot de la Charade est Sage -femme ; celui de l'Enigme est Bonnet
de unit ; celui du Logogriphe est Plaisir dans lequel on trouve Paris.
( 341 )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
1
Voyage en France , pendant les années 1787 , 88 , 89 et go ,
entrepris plus particulierement pour s'assurer de l'état de l'agriculture
, des richesses , des ressources et de la prospérité de cette
nation . Par Arthur Young, Ecuyer F. R. S. , membre de plusieurs
Académies . Traduit de l'Anglais par F. §. avec des notes
et observations , par M. de Casaux , et cartes géographiques de
la navigation et du climal . 3 vol . in - 8° . , prix 13 liv . brochés et
16 liv. 10 sols franc de port , pour les départemens . A Paris ,
chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille.
LE projet de parcourir en tout sens l'étendue de 27 mille
lieues quarrées pour y observer tous les genres de culture
et en rapporter des observations sur ce qu'on fait , sur ce
qu'on ne fait pas et sur ce qu'on pourrait faire , demande
une patience , un esprit de suite et une sorte de ténacité qui
est bien dans le caractere anglais , et qui jusqu'ici nous a
manqué. C'est aussi ce qui leur a fait perfectionner avec le
tems tout ce qui concerne l'aisance , la commoditė , L'utilité
générale , tandis que nos progrès les plus marqués ne s'étendaient
que sur des jouissances et des rafinemens qui n'étaient
à la portée que du petit nombre . Long-tems en France on a
tout fait pour les riches , parce que le peuple y était compté pour
rien en Angleterre il est compté pour beaucoup , et il serait
bien tems qu'il en fût de même parmi nous . Hôpitaux , auberges,
voitures publiques , chemins , places au spectacle , tout est
encore à-peu-près dans ce même état d'imperfection grossiere
qui fait voir qu'un peuple ne sait pas se procurer ce qu'il lui faut ,
ne sait pas s'assurer ces jouissances faciles et de tous les
momens qui n'exigent pas les frais du luxe , mais seulement de
l'ordre , de l'attention , de la propreté et une dépense fort
médiocre en comparaison de tous les avantages qui en résulteraient.
Je ne dis pas que nous puissions nous en occuper
dès ce moment nous avons autre chose à faire ; je veux
dire seulement qu'il importe de savoir et de sentir que la
liberté est bonne à tout , qu'il n'y a aucune espece de biens
qu'elle ne doive effectuer , et que quand nous lui aurons
bâti sa maison , il faudra songer à l'orner , à la rendre com
mode et agréable.
Il nous faudrait des hommes comme Arthur Young , amoureux
du bien public , comme le sont les bons esprits , qui
Z 3
( 342 )
•
savent que dans ce bien public se trouve leur bien parti
culier . C'est un excellent homme que cet Young , un vrai philan
trope , passionné pour l'agriculture , la nourrice des états ,
la mere de tous les biens , et qu'un gouvernement sage doit
rendre de plus en plus féconde. Young qui voyageait chez nous
deux ans avant notre révolution , ne cesse de gémir dans son
journal sur tous les fléaux qui désolaient ce beau pays , et particulierement
sur tous les abus de la féodalité , aujourd'hui si
heureusement détruits . Il détourne les yeux avec douleur
de ces terreins immenses perdus en remises , en friches , en
avenues , en garennes , etc. Mais il s'épanouit à la vue d'un
champ de navets , d'artichauds , de pommes de terre , etc.
Cependant sa passion pour l'économie rurale ne l'empêche
pas de s'occuper des autres objets de l'administration publique
, du commerce , de la répartition des impôts , etc. Il
examine ce qu'était la France sous ces différens rapports , dans
les voyages successifs qu'il entreprit pour la bien connaître ,
et il en trace un résumé qui prouve qu'un étranger qui a
voulu voir par ses yeux peut apprendre bien des choses sur
la France aux Français qui ne l'ont étudiée que dans leur
cabinet.
Témoin de la révolution de 1789 , il y prend cet intérêt
que tout homme libre doit prendre à l'affranchissement d'une
grande nation . Mais il faut bien pardonner à un Anglais de ne
yoir rien de plus beau dans le monde que le gouvernement
de son pays à mesure que nous nous en éloignons , le bon
Young paraît se réfroidir un peu pour nous .
Il écrit d'ailleurs avec une simplicité , une candeur , une sorte
de bonhommie pleine de bon sens , dont le caractere aimable
n'est pas même effacé par tous les défauts de la traduc
tion , qui fourmille de fautes de langage , de mauvaises constructions
, d'anglicismes , et qui , vu le mérite intrinse que de
l'ouvrage , devrait bien être remaniée par quelqu'un qui connaissant
les deux langues , sût écrire dans la sienne ,
La prédilection de l'auteur pour le gouvernement Anglais
n'influe en rien sur l'examen détaillé du sol de la France ,
qui est le principal objet de son livre . Il en releve tous les
avantages ; il admire la beauté des sites et des aspects dans
plusieurs de nos provinces , et assure que cette espèce de
voyageurs qui ne vante jamais que ce qui est à quelques milliers
de lieues , ne trouverait rien au monde de si beau que
certains cantons de la France , s'ils étaient au -delà des tropiques.
•
Il n'est pas à beaucoup près si content de nos auberges de
route , et il n'a pas tout- à - fait tort . Il loue , il est vrai , les
desserts , les vins , les liqueurs et même les lits ; ce qui ferait
eroire qu'ils sont bien mauvais en Angleterre. Voici ce qu'il
( 343 )
lits ;
dit du reste Vous n'avez pas de salle à manger ; on vous:
" sert dans une chambre où il y a deux , trois ou quatre
", des appartemens mal meublés ; les murs blanchis ou cou-
" verts de différentes sortes de papiers dans la même chambre
, ou de tapisseries si vieilles que ce ne sont que des
nids à teigues ou à araignées , et les meubles sont si mau-
" vais qu'un aubergiste Anglais en ferait du feu . Par - tout ,
en guise de table , on met une planche sur des barres de
" bois croisées , qui sont si bien arrangées qu'elles ne laissent
de place pour les jambes qu'aux extrémités des chaises
, de chêne avec des fonds de jonc , et un dossier perpendi-
9 culaire qui ôte toute idée de se reposer après la fatigue .
" Les portes donnent de la musique en laissant entrer ; le
" vent souffle par toutes les crevasses , et les gonds écorchent
" les oreilles. Les fenêtres admettent la pluie avec le jour :
" quand elles sont fermées , il n'est pas facile de les ouvrir ,
" et quand elles sont ouvertes , pas aisé de les fermer. Les
сс
balais de laine ou autres et les brosses à frotter ne sont pas
,, dans le catalogue des articles nécessaires à une auberge
française . De sonnettes , il n'y en a pas ; il faut continuellement
s'égosiller pour appeller la fille , et quand elle
" paraît , elle n'est ni propre , ni bien mise , ni jolie . La
cuisine est noire de fumée ; le maître est en général le cuisinier
, et moins on voit de ses opérations , plus on est
,, dans le cas d'avoir appétit pour dîner ; mais cela n'est pas
" particulier à la France . Abondance de casseroles et de meu-
,, bles de cuisine de cuivre , mais pas toujours bien étamés .
,, La maîtresse ne classe pas la politesse et les égards pour
,, ses convives au rang des qualités nécessaires
" commerce . 9.
pour son
Il faut avouer que ce tableau , loin d'être chargé , est encore
fort adouci ; l'auteur pouvait y joindre bien des traits
encore plas choquans , la mal - propreté dégoûtante de la vaisselle
, du linge , des verres , des vases de toute espece , etc.
Quelle en était la cause la misere et sur- tout la crainte des
impôts on en eût écrasé l'aubergiste , s'il avait eu dans sa
maison un air de propreté qui eût supposé quelque aisance .
La liberté doit remédier à tous ces maux je dis la liberté ,
c'est- à - dire , l'ordre légal qui consacre le droit de propriété ;
car si l'on passe du despotisme qui menaçait les propriétés par
l'oppression , à l'anarchie qui les menace par le brigandage ; si ,
pour être bien logé , bien meublé , bien vêtu , on est coupable
ou suspect , on n'a fait alors que changer de maux . Heureusement
ce dernier est le pire de tous ; il est , de sa nature , intolérable
, et c'est pour cela qu'il ne saurait durer.
Dans un espace de douze lieues de pays , situé entre la
" Garonne , la Dordogne et la Charente , et conséquemment
dans une des plus belles parties de la France pour trouver
24
( 344 )
3
des débouchés , la quantité de terres en friche que nous
rencontrâmes est étonnante ; c'est le trait dominant du ter
rein dans toute la route . La plupart de ces landes appar-
, tenaient au prince de Soubise , qui n'en voulut jamais ven-
,, dre aucune partie . Ainsi toutes les fois que vous rencontrez
, un grand seigneur , même quand il possede des millions
,, vous êtes sûr de trouver des propriétés en friche.... Cherchez
le lien de leur résidence , quelque part qu'il soit , et
vous le trouverez probablement au milieu d'une forêt bien
" peuplée de daims , de sangliers et de loups . Ah ! si j'étais
seulement pendant un jour législateur de France , je ferais
,, bien danser tous ces grands seigneurs.
Notre Anglais écrivait ceci en 1787 : il a dû avoir satiśfaction
depuis et au - delà ; mais ce n'est pas le tout de rendre
des terres à la culture il faut y attacher le cultivateur , et
cela ne se peut faire qu'avec un bon gouvernement .
On ne sera pas étonné de l'indignation du voyageur sur
ces usurpations féodales qui stérilisaient la terre ; il n'y avait
qu'un cri là - dessus chez tous les gens qui pensent : voici une
observation beaucoup moins importante , mais qui surprendra
un peu davantage : 11 faut que je fasse une remarque sur
cette nombreuse table d'hôte , parce qu'elle m'a souvent
frappé c'est la taciturnité des Français. Je m'attendais , en
" eutrant dans le royaume , à avoir les oreilles constamment
rebattues par la volubilité et la vivacité de cette nation ,
dont tant de personnes ont écrit , étant , je m'imagine , aucoin
du feu en Angleterre . A Montpellier , quoique je fusse
une fois en compagnie de quinze personnes , dont quelquesunes
étaient des dames , il me fut impossible de leur faire
" rompre leur inflexible silence autrement que par
des monosyllabes
, et toute la compagnie avait plutôt l'air d'une
, assemblée de quakers que de la société mêlée d'une nation
,, fameuse par sa loquacité . A Nismes aussi , quoiqu'il y ait
,, à chaque repas une différente compagnie , c'est toujours la
,, même chose ; aucun Français n'ouvre la bouche. Aujour-
" , d'hui à dîner , désespérant de cette nation , et craignant
de perdre l'usage d'une organe dont ils avaient si peu
, d'envie de se servir , je me mis à côté d'un Espagnol , et
,, ayant été depuis si peu de tems dans son pays , je le
trouvai prêt à converser , et assez communicatif ; mais nous
" parlâmes plus à nous deux que trente autres . I LA .
C'est peut- être la premiere fois qu'on s'est plaint si amérement
de la taciturnité française. Il n'y a qu'heur et malheur :
il faut que le bon Young ait tombé dans un mauvais jour ,
soit à Montpellier , soit à Nismes. Il m'est arrivé aussi quelquefois
de diner à table d'hôte , et autant que je m'en souviens
, ce n'est pas du silence qu'on aurait pu se plaindre.
( 345 )
y
Autre remarque : Je rencontrai aujourd'hui un exemple
> " d'ignorance chez un marchand Francais , bien mis , qui me
" surprit. Il m'avait étourdi d'une multitude de folles questions
, et me demanda pour la troisieme ou quatrieme fois
,, de quel pays j'étais . Je lui répondis que j'étais Chinois .
Combien a- t-il d'ici à ce pays ? Deux cents lieues ,
, répliquai- je . Deux cents lieues ! diable ! c'est un grand chemin.
L'autre jour un Français me demanda , lorsque je lui cus
" dit que j'étais Anglais , si nous avions des arbres en Angle
terre . Je lui répondis que nous en avions quelques- uns .
"" --Si nous avions des rivieres ? Oh ! point du tout.
,, Ah ! ma foi , c'est bien triste . Cette ignorance crasse
" parée aux connaissances si universellement répandues en
" Angleterre , doit être attribuée , comme toute autre chose .
99 au gouvernement . "
29
-
com-
J'admets la conséquence ; mais le bon Young n'a - t-il pas
voulu s'égayer un peu malicieusement aux dépens de l'ignorance
françoise ? Je conviens que graces à la mauvaise éducation
, suite du denuement absolu d'une classe très - nombreuse
du peuple sous l'ancien régime , cette ignorance était grande :
elle l'est malheureusement encore , et c'est la cause la plùs
générale de tous nos maux . Mais il y a un excès de stupidité
qui par-tout est rare , et si notre voyageur s'est imaginé
qu'il trouverait communément parmi nous des gens capables
de demander s'il y a des arbres et des rivieres en Angleterre ,
nous croit un peu plus bêtes que nous ne sommes .
A propos d'ignorance , cette traduction ( dont je n'ai pas
voulu d'ailleurs examiner le style ) en offre un trait qui n'est
pas commun . « La maniere de vivre qu'adoptent ici les né-
99
:
gocians est très - luxurieuse : leurs maisons et leurs établissemens
" sont très-dispendieux ; ils donnent de grands repas , etc. 99
Il est clair que le traducteur a cru que luxurieux venait de luxe ,
quoiqu'il vienne de luxure ; ce qui est fort différent . Il s'en
serait apperçu , pour peu qu'il se fât souvenu de son catéchisme
et des commandemens de Dieu Luxurieux point ne
seras. Mademoiselle Luquet , la gouvernante du vieil abbé
Terrasson , le voyant fort mal , et en danger de mort , crut
devoir faire venir un confesseur , et d'autant plus que son
maître passait pour être entiché de philosophie . Le prêtre fit
quelques questions au malade qui s'y prêtait avec assez de
complaisance , et même de gaieté , comme on va le voir. It
lui demanda entre autres choses s'il avait êté luxurieux. Luxus
rieux ! ah ! c'est du plus loin qu'il me souvienne. Attendez : j'ai içi
une bonne gouvernante qui me sert depuis assez long- tems , et qui
pourra vous dire cela mieux que moi . Mademoiselle Luquet , ai-je
été luxurieux ? Cette petite histoire pourra peut-être apprendre
au traducteur ce que signifie luxurieux.
-
( 346 )
ANNONCES.
Les Nuits d'Young , en vers français , avec le texte de Letourneur
, et Télémaque , en vers français , avec le texte de Fénelon ,
notes et citations , poëmes , chacun de 24 chants , in - 12 , papier
vélin , presse de Didot. On souscrit à Paris , chez J. E.
Hardouin , auteur et éditeur , rue St. Antoine , nº . 64 , vis - àvis
celle de Fourcy , à raison de 6 liv. par volume des Nuits ,
et de 8 liv . par volume de Télémaque . On les trouve encore
à Paris , chez Girod et Tessier , rue de la Harpe , à côté de
celle des Deux -Portes ; chez Bailly , rue St. Honoré , barriere
des Sergens ; chez Royez , rue J. J. Rousseau , maison de
Bullion , et quai des Augustins , no. 52. Les deux premiers
volumes de chaque ouvrage paraissent , à raison de six Nuits
et de quatre chants de Télémaque par volume ; ce qui formera
4 volumes des Nuits et 6 volumes du Télémaque.
Traité du tribunal de famille , contenant une instruction détaillée
sur la compétence et les fonctions de ce tribunal , considéré
sous ses divers rapports , suivie d'un formulaire de tous
les actes et procédés d'instruction qui peuvent avoir lieu en ce
tribunal dans toutes les affaires susceptibles d'y être décidées ;
terminée par plusieurs décisions des comités de constitution
et conseil de justice . Par Guichard ( 3eme , édition ) , auteur
du Code municipa ' . A Paris , chez Devaux , libraire , palais
Egalité , no . 181 ; et Guichard , quai des Théatins . 2 l . 10 s . pour
Paris , et 3 liv . franc de port pour la province.
Euvres philosophiques de M. Hemsterhuys , 2 vol . in - 8°. A
Paris , de l'imprimerie de Janssen , cloître St. Honoré , et
se trouve chez Framard , commissionnaire en librairie , quai
des Augustins , no . 27 .
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
L'IMPERA
ALLEM A G N E.
De Hambourg , le 29 mai 1793 .
' IMPÉRATRICE de toutes les Russies , et qui voudrait l'être
du monde entier , après avoir aggrandi ses domaines dėja trop
vastes pour être bien gouvernés , après y avoir joint la partie
la plus importante de la malheureuse Pologne , une seconde
fois démembrée par elle et par les descendans de ses premiers
complices , s'occupe du soin de laisser une postérité qui
puisse achever un jour d'exécuter tous les grands projets pour.
lesquels elle a ménagé des pierres d'attente , de compléter en
un mot l'édifice d'une puissance colossale , et d'offrir au monde
étonné le spectacle des glaces polaires et des riches et fécondes
campagnes de la Turquie d'Europe , même de celles
d'Asie , si l'on peut y parvenir , réunies sous le sceptre des
maîtres d'un peuple encore presque sauvage , puisqu'à peine
un siecle s'est écoulé depuis le tems où les Polonais et les
Suédois attaquaient ou du moins repoussaient avec succès les
entreprises de ce peuple alors ignoré dans l'Europe , qu'il fait
trembler aujourd'hui pour sa liberté.
-
Suivant des lettres de Pétersbourg du 17 mai , la princesse
de Bade doit faire le 21 de ce mois sa profession de foi sobemnelle
, en vertu de laquelle elle sera unie à l'église grecque .
Immédiatement après cette auguste cérémonie on celebrera les
fiançailles de la jeune princesse avec le fils aiué du grand - duc
de Moscovie . La bienfaitrice du ci-devant comte d'Artois
qu'elle a envoyé en Angleterre pour s'aboucher avec le cabinet
britannique , et animer par sa présence les émigrés Français
qui doivent seconder par des troubles intérieurs les attaques
extérieures des puissances coalisées auxquelles elle va tâcher
de prendre elle - même une part directe , a fait tenir à M. Dunda's
une riche tabatiere d'or ornée de son portrat on l'estime
20,000 roubles . C'est le présent donné à l'occasion de la siguature
du nouveau traité de commerce. On avait dit que la
défense d'introduire en Russie des matieres premieres et objets
de fabrique de France pourrait bien être levée ; mais c'était
un bruit sans fondement , sur- tout d'après ce nouveau traité
de commerce avec l'Angleterre ; en effet , à l'exception des
vins et de quelques autres articles de France , les Russes seront
approvisionnés par les Anglais de tout ce que leur industrie ,
encore dans l'enfance , ou la stérilité de leur sol ne leur permet
>
( 348 )
pas de se procurer : ils en seront quittes pour le payer un peu
plus cher. La haine de Catherine II contre tout ce qui tient
à la France est trop prononcée pour qu'elle permette l'entrée
des marchandises françaises avec lesquelles elle craindrait qu'on
n'importât dans ses domaines , qu'elle veut continuer de gouverner
despotiquement , le nouvel esprit dont la France est
animée. Voici les termes positifs de l'ukase qui a paru . Toutes
les marchandises de France sont prohibées ; les marchandises
manufactures qui viennent de France , et qui peuvent aussi
être fabriquées ceu d'autres endroits , doivent être munies d'une
attestation qui date de quatre mois après la publication de
cette ordonnance . Les marchandises glissées en fraude doivent
être détruités , et celles qui ne peuvent l'être ne seront point
vendues , mais seront rembarquées dans l'espace de 14 jours.
Les ravires qui sont partis de France depuis le 10 janvier ne
Fourront point décharger leurs marchandises , mais seront renvoyées
des ports de la Russie . Il ne sera permis que jusqu'au
1. janvier 1794 d'introduire des marchandises de soie , de
laine et de coton , ainsi que des bijouteries et autres objets
semblables . Mais aux frontieres cette ukase sera en vigueur
depuis le 1er juin de cette aunce . Toutes les marchandises
prohibées qui restent dans le pays seront timbrées de nouveau
; les magasins seront visités deux fois l'an .
d'après cette haine que l'impératrice envoie dans la Méditerranée
une flotte qui doit avoir à bord 12,000 hommes de
troupes de debarquement. Les trois divisions ont mis à la voilede
Cronstadt le 17 mai ; elle est attendue à Copenhague , où ,
vu la neutralité et sur-tout la crainte d'un ennemi puissant ,
on ne pourra refuser de la recevoir ; on assure que les Anglais
la France peut
prennent ces troupes à leur solde au reste ,
compter sur la neutralité du Danemarck , ainsi que sur celle
de la Suede qui manifesteraient même , en cas qu'ils pussent
se promettre de se voir appuyés , des sentimens encore plus
favorables à la République.
•
C'est
La Russie toujours prête à devenir l'ennemie de la Porte
Otomane , n'a pas pu l'engager dans la ligue presque générale
des rois . Ses démarchos à cet égard, auraient été suspectes
elle s'est contentée de faire agir l'Autriche , la Prusse et l'Angleterre
; car nous ne comptons pas l'Espagne , qui pourtant
a pris quelque part dans ces intrigues malveillantes . Il est certaiu
aujourd'hui que la Porte sentan combien elle doit redouter
l'Autriche et la Russie lorsqu'elles se réunissent pour
fui faire faire une démarche même avantageuse pour elle en
apparence , puisque les arrieres- pensées des deux cours sont
en derniere analyse d'en tirer parti , a su éviter le piege en
déclarant officiellement qu'elle resterait neutre : ce qui lui
mnage toujours la possibilité de renouer avec la France des
Faisons qui ont duré si long- tems , et qui sont réciproquement
si avantageuses aux deux etats .
( 349 )
&
Voici la piece où sont consignees ces dispositions pacifiques :
Il est de notoriété publique que la sublime Po te Ottomane
est amie des Français , et conséquemment à cette amitié,
elle croit devoir manifester que son intention est de garder
une parfaite neutralité dans la guerre qui vient de se déclarer
entre la France , l'Angleterre , la Hollande , la Prusse et l'Allemagne
pour cet effet , elle veut renouveller les ordres qui
ont tté donnés dans les guerres précédentes , et qui ont eté
communiqués aux ministres respectifs des puissances bellige
rantes ; il a été alors enjoint au capitan - pacha de veiller à ce
que les négocians et les bâtimens qui naviguént dans les mers
de l'Empire Ottoman , eussent à ne pas exercer des actes
d'hostilité sous le canon des châteaux , dans les ports et les
échelles , et à trois milles de distance en- dedans des côtes et
parages ; de s'adresser amicalement aux consuls respectifs pour
contenir ceux qui voudraient contrevenir à ces dispositions ;
de rechercher et punir rigoureusement les sujets de la sublime
Porte qui voudraient s'enrôler ponr la course ; de prendre
garde qu'aucuns sujets de sa hautesse ne chargeassent point
leurs effets et marchandises sur les bâtimens des puissances
en guerre , sans être munis d'une piece des consuls respectifs
; d'avoir soin que les commandans des vaisseaux de la
sublime Porte , qui pourraient se trouver présens dans une
action entre des vaisseaux des susdites cours , n'y prissent aueune
part , et de ne point témoigner la moindre partialité , ui
la moindre piéférence entre les uns et les autres . La sublime
Poite étant dans l'intention de suivre le même plan dans cette
guerre , elle a adressé le même commandement au capitanpacha
; elle en a fait part amicalement au chef des Français ,
afin qu'il en informe en France à qui de droit , que les puis
sances belligérantes étant toutes des amies , elle pretend rester
neutre dans cette guerre , et que voulant se conduire d'après
les principes de la neutralité , la France doit également sy
conformer. Le chef donnera à la sublime Porte sa réponse à
cette communication , pour être enregistrée dans les registres.is
Les états barbaresques , independans à la rigueur de la Porte
Ottomane , sans laquelle ils peuvent faire à leur gré la paix
ou la guerre , mais accoutumés à suivre l'impulsion donnée
par le chef de leur croyance , vont suivre cet exemple , du
moins si l'on en juge par la conduite du dey d'Alger . Il a réconnu
la République Française , les traités ont été renouvellés ;
il a promis de respecter son passe port , le consul de France
a été agréé , et cela au milieu des nouvelles les plus sinistres
pour la France qu'on répand journellement dans le pays .
·
Le sujet de cet écrit est que , l'an 1204 , au commencement
de la lune de Regieb , notre prédécesseur d'heureuse mémoire
Mahoumet - pacha , a renouvellé les anciens traités d'amitié et
de paix avec la France , et a promis d'en maintenir l'exécution
sans y apporter aucune infraction ; et actuellement le consul de
( 356 )
France nous ayant demandé que lesdits traités fussent renouvelles
, an même titre que par le passé , avec la République
de France , ce renouvellement vient d'être consigné ici cejourd'hui
ge . de la lune de Chewal de l'année de l'Egire 1207 , afin
que dans l'occasion on puisse y avoir recours , et agir en
conformité . Fait au commencement de la lune de Chewal ,
l'an 1207. Signé du sceau du dey accoutumé .
On mande de la capitale de l'empire turc , en date du 25
avril , que le capitan - pacha conduira incessamment une escadre
dans l'Archipel , pour y faire respecter la neutralité , et l'on
ajoute que de mémoire d'homme il n'y a fait aussi froid qu'actuellement.
La disette dans tous les genres de vivres est trèsgrande
et bien affligeante . Le pain est fort mauvais , et la rareté
de la viande , du bois et du charbon telle que souvent l'on
ne peut s'en procurer même à prix d'argent. Il n'y aura plus
moyen de tirer des grains de la Pologne ; mais l'on va profiter
de la permission donnée par l'empereur de s'en fournir
dans ses états . De plus , 15 vaisseaux vont rapporter des grains
de Warna ; d'ailleurs , on espere beaucoup cette année de la
récolte que promet l'Egypte.
On apprend par les derniers avis de Stockholm le prochain
départ du comte de Stackelberg , ambassadeur de Russie , qui
a eu le 23 mai son audience solemnelle de congé , où il a
mis beaucoup de magnificence . Le duc- régent et tous ceux
qui aiment sincerement leur pays le voient partir avec plaisir .
Ce prince compte rester au camp de Ladugar pendant le petit
séjour que le roi son neveu doit faire au château de Haga ,
à la suite duquel ils entreprendront le voyage instructif prémédité
dans les diverses provinces du royaume dont il est
-question déja depuis quelques mois. Les mesures de sûreté
n'en souffriront en rien , et les moyens d'amélioration pourront
y gagner beaucoup . Une partie de la flotille doit aller
à Abo dans la Finlande , où elle est attendue incessamment.
De plus , l'amirauté a désigné , pour la protection du commerce
, l'armement de quatre frégates , dont une ira dans la
Méditerranée . Outre la nouvelle forteresse frontiere , élevée à
Likala en Finlande , on en bâtit encore une nouvelle à Warkan
dans le Savolax. L'état recueille deja le fruit des sages dispositions
du régent. La seule branche des péages maritimes a
rendu , l'année derniere , un million et demi d'écus suédois.
Tandis que le frere de Gustave III rétablit , par son administration
prudente , un pays que l'ambition et l'humeur trop
belliqueuse du feu roi avait failli de perdre ; tandis que d'un
autre côté le Danemarck prospere sous une forme de gouvernement
faite pour effrayer quand elle est en de mauvaises
mains , puisque ce n'est rien moins que le despotisme absolu
confié , il est vrai , au prince par le peuple pour se retirer de
l'oppression où le tenait la noblesse , les satellites de l'im
( 351 )
9
pératrice de Russie achevent de façonner la Pologne at
joug de leur maitresse . Ils sont répandus dans tous les endroits
où se tiennent les assemblées primaires pour l'élection
des députés à la nouvelle diete que prépare le conseil permanent
, dont le rétablissement a été notifié au corps diplomatique
étranger par deux notes , l'une du comte Plater Castellan
de Throck , président par interim du département des affaires
étrangeres et l'autre du prince Sulkouski devenu grandchancelier
, sans préjudice de l'administration en chef du département
des affaires étrangeres , dont il a été aussi revêtu depuis.
Un des premiers actes de la nouvelle confédération générale
sous de pareils auspices a été de casser le décret lancé
par la diete précédente contre le prince Poninski qu'elle a
réintégré dans toutes ses dignités ; que l'on juge d'après cela
sur quels hommes tomberont les choix forcés par la présence
des troupes Russes , ou même nagueres Polonaises : car déja deux
généraux , 80 officiers de l'état -major , et 18,000 soldats tous
dans les nouvelles acquisitions ont prêté le serment de fidélité
à l'impératrice . Indépendamment de l'acquisition de cette
armée , les Russes ont trouvés à Kaminieck 400 canons , une
très -grande quantité de poudre , et des munitions de tout genre
pour un an.
La cour de Vienne vient aussi de notifier ses demandes . Mais
on ajoute qu'elle ne fera prendre possession des Waiwodies
de Cracovie , de Sendomir et de Lublin que lorsque certains
autres objets seront arrangés définitivement. Triste mais tranquille
spectateur de ce qu'on fait chez lui , sans lui et même
contre lui , le faible roi de Pologne , qui va bientôt n'être
plus qu'un gros seigneur de paroisse , a quitté Grodno pour
se rendre à Byalistock , terre appartenante à sa soeur.
Le roi de Prusse va , dit- on , jetter & Dantzick les fondemens
d'une puissance navale qui se bornera pour le commencement
à quelques galeres , chaloupes canonnieres et autres
petits bâtimens.
De Francfort-sur- le-Mein , le 7 juin.
On écrit de Vienne que l'impératrice est sortie pour la premiere
fois , après ses couches , le 20 du mois dernier . On a
mis beaucoup de solemnité dans cette espece de fête ; des illuminations
, des acclamations universelles ont accueilli la cour
impériale , qui doit être très - satisfaite des dispositions de ses
sujets . Peut-être s'altéreront-elles un peu par le rétablissement
de l'impôt du trentieme dénier sur les marchandises importées .
· des états héréditaires dans la Hongrie ; l'empereur Joseph
l'avait supprimé ; mais les circonstances impérieuses commandent
d'y songer . On évalue son rapport annuel à 5 ou 600,000
florins. On craint aussi beaucoup qu'il ne faille bientôt revenir
à la création d'un papier-monnaie pour subvenir aux frais de
( 35 )
la guerre. Dans ce cas , les dépréciateurs des assignats seront
trop heureux que leurs billets sans hypotheque ne perdent
pas plus que le papier de France.
-
L. M. accompagnées d'une petite suite , se sont rendues le
27 au château de Laxembourg. Il s'est encore tenu ces
jours derniers une grande conférence d'Etat , à laquelle l'empereur
n'a point assisté de peur de gêner les opinions ; le
résultat lui a été envoyé sur- le -champ. On assure que le
cabinet britannique n'approuve pas les mesures qui ont été
prises en Pologne ; et l'on ajoute qu'il coopérera de toutes ses
forces à faire attacher aux Pays-Bas la Flandre et le Hainaut
Français.
Le décret de ratification impériale , concernant les mesures
prises par la diete de Ratisbonne , rend compte de tous les
efforts que fait l'empereur dans les circonstances actuelles ; il
y est dit que les troupes que S. M. I. à fait marcher pour combattre
les Français , y compris celles qui sont en Italie , montent
à 225,075 hommes . On peut se permettre quelques doutes
sur l'exactitude de ce calcul . Il est pourtant vrai que l'Au
triche met depuis quelque tems beaucoup d'activitê dans ses
mouvemens militaires , et qu'elle tâche de suppléer à cet égard
à l'espece d'indolence de la Prusse , qui paraît avoir ralenti les
siens . Suivant les mêmes lettres de Vienne , trois bataillons de
grenadiers des régimens de Burger , St. Julien et Keating ,
sont partis d'ici le 24 pour se rendre aux environs de Mayence;
deux compagnies de bombardiers ont pris la même route ,
sans compter deux bataillons de grenadiers , partis le 27 avec
leurs bagages , mais pour les frontieres de la Baviere toujours
convoitée par l'Autriche.
De plus on trouve les détails suivans dans des lettres de
Juremberg , en date du 27 mai , dont la gazette de notre ville
fait usage .
Un corps de 26,000 hommes d'infanterie et de 4000 de cavalerie
, faisant partie de l'armée de réserve est en marche
pour les armées des Pays - Bas et du Rhin . Le bataillon des
grenadiers de Walsch a passé près de cette ville le 25 ; il a
été suivi hier par les bataillons des grenadiers d'Ulrich , de
Shmoltz , d'Attenis et d'Ulm . Au commencement de juin arriveront
les troupes suivantes les carabiniers d'Albert , un bătaillon
d'infanterie de Fr. Kiusky , un détachement d'artillerie
de 429 hommes et de 304 chevaux , un bataillon de Wenceslas
Colloredo , deux bataillons de Kaunitz , un de Klebck , deux
d'Archiduc Charles , un de Jordis , un de Grand- Maître Teutonique
, un de Charles Schroeder , de l'artillerie de réserve .
Les troupes suivantes passeront par la Souabe , savoir : les
carabiniers d'Empereur , un bataillon d'Olivier-Wallis , un de
Lasey , un de Huf , un de Mitrowsky , un d'Empereur et un
de Manfredini . 102 1590
Indépendamment de ces troupeszil passera encore par le
cercle
( 353 )
vercle de Franconie les suivantes , savoir : les cuirassiers d'Archiduc
François , un bataillon de Warasdins et un d'Esclavons
mais la marche de ces dernieres troupes n'est pas encore
réglée .
Voici le rapport détaillé que les ennemis des Français don
nent eux- mêmes de la surprise du camp Prussien à Marienborn
:
૨૦૩
CIE . d
mettre
S
ມ
02
Les Français avaient choisi la nuit du 30 au 31 mai , pour
exécuter le projet hardi d'enlever les généraux du quartiergénéral
de Marienborn ( le général Kalkreuth , le prince Louis
Ferdinand de Prusse , le duc de Weimar , etc. ) , et de
le feu au camp prussien . Cinq à six mille hommes de la gar
nison de Mayence furent détaches pour cette entreprise , tandis
qu'une canonnade terrible de Mayence répandait l'alarme dans
tous les camps en - deçà et en- delà du Rhin. Des paysans avaient
été commandés celle unit , pour deblayer une partie des
champs. Instruite de ces
dispositions , et ayant su se procurer
par trahison , le cri de guerre des Prussiens . Pavant-garde des
Français vint à minuit à Brezenheim , ayant leurs habits retournes
, et portant des torches de paille et des fagots , enduits
de poix et de soufre , passa tous les postes , se disant des
Paysans commandés pour le travail mentionne. Le greffer de
Nicdercolm les conduisait . Deux colonnes armées suivirent de
près , et se dirent des troupes impériales ; assertion que le
cri de guerre qu'ils 6frent confrmait. Ils
arriverent
ainsi dans le camp des cuirassiers de Weimar , des bataillons
de Vegener et de Manstein , entrerent dans les tentes des off
diers , en massacrant ou blessant tout ce qu'ils
rencontraient ,
tant hommes que chevaux . De-là ils se rendirent à Marien,
born , où ils ne causerent pas moins de parte. Leur eri , viuk
la nation ! fit bientôt voir à qui l'on avait à faire. Les PrussicDE
furent bientôt sur pieds et le prince Louis-Ferdinand , qui lear
était échappé avec grande peine , chercha à les couper, tandis
qu'un
détachement de hussards de Wurmser les repoussait
vivement L'ennemi fut enha obligé de se retirer en grande
hâte , sans avoir réussi dans ses desseins . Les Prussiens ont
eu 5 officiers et 59 soldats de tués ; plusieurs officiers , parma
lesquels se trouvent l'aide- de-camp - général et le prince Louis .
ainsi que 67 soldats , ont été blessés . Il y a 150 chevauk tang
tués que pris. Le général Kalkreuth , le duc de Weimar , les
généraux Manstein , Bosch et
Wolframsdorf ont perdu presque
tous leurs chevaux . Les Français ont laisse 800 moris ét blessés
sur la place , et on leur a fait prisonniers 2 officiers et 33 vol
dats. L'espion qui les avait conduits ayant été pris , a été
pendu dimanche. Il y a des soupçons que le ministre ou curé
de Marienborn. et le prévôt ont participé à la trahison ; aussi
Je premier a- t - il été arrêté : celui-ci s'est mis en sûreté en pres
mant la fuite ....
Tome III.
1040
354
Nota! Une lettre de Hochheim ne parle point d'habits
retournés , mais avoue bonnement que la négligence des postes
avancés des Prussiens , et des espions intelligens , ont facilité
l'entreprise des Français . Leur perte prétendue de 300 hommes
est évidemment éxagérée , celle des ennemis est dissimulée .
fa
Il est arrivé sur le Rhin près d'Ectwied 25 bateaux hollandais
, qui y ont conduit 12 pieces de canon de 24 livres de
balle , 20 de 18 , 14 obus de 18 et 8 mortiers ; cette artillerie
est destinée pour le siége de Mayence . 8000 Palatins et
Bavarois se sont aussi rendus à Oppenheim : ils occuperont la
pointe du Rhin. L'électeur Palatin ne croit pourtant rien faire
qui blesse la neutralité ; il a même déclaré de nouveau que ,
comme souverain , il n'exercera jamais aucune hostilité contre
la France , ni contre aucun autre voisin mais il ajoute que ,
comme membre de l'Empire , il ne refusera pas de remplir
ses devoirs constitutionnels . On nous annonce de Fribourg,
dans le Brisgaw , l'arrivée d'un grand nembre de pontons qui
ont été transportes dans la vallée de Kirchzart . Les troupes
se renforcent aussi de ce côte le corps d'armée sera porté à
36,000 homntes . On présume que le général Wurmser projette
une entreprise sur la Haute - Alsace , afin d'opérer quel
que changement dans l'armée Française du côté de Wissem-
Bourg: camp sera établi entre Pellingen sur le Rhin et
Neubourg
on désire qu'on puisse retarder la formation de
camp jusqu'après la récolte qui promet la plus grande
abondance.
ce
3
Le
D
2100E !
92
22990
191
443
3091925
*
18'il faut en croire des lettres de Cologne , il y regne parmi
les prisonniers Français une espece de maladie contagieuse ,
dont il perit de 15 à 20 hommes par jour la chose est pos
sible mais on ne conçoit pas pourquoi cette maladie se concentre
précisément dans les Français . Peut -être ne répand- on
cette nouvelle que pour en contre - balancer une autre plus
certaine , c'est qu'effectivement les Autrichiens perdent beaucoup
de monde dans le Luxembourg , par une maladie que
Fon attribue à la mauvaise qualité des vivres ..
inze mille hommes
de troupes Françaises
sont entrées
le duché de Deux - Ponts ; ils y ont même pris Carlesberg
, et s'y sont abondamment
approvisionnés
.
BROVINCES UNIES IT BELGIQUE,
124 .5
On mande de Bruxelles , en date du 3 de ce mois , qu'un
corps de 3000 hommes de troupes françaises est entré dans la
principauté de Chimai . Cette incursion leur a valu plus de
100 charriots chargés de toute espece de munitions de bouche .
Quelques malheureux bourgeois se sont fait tuer en voulant
1
( 355 )
prendre les armes pour résister à des forces trop superieures .
On a encore vu passer par cette ville le 1er , et le 2 plu
sieurs trains d'artillerie composés de pieces de siége , de
mortiers et d'obus , escortés par un corps de 5 à 6 cents
canonniers venant de la Bohême . Il a également passé mille
à douze cents hommes de divers régimens se rendant aux
frontieres . La moitié de l'armée de réserve qui est en marche
de l'autriche anterieure vient renforcer celle du prince de
Cobourg. Son quartier général est actuellement à Sébourg et
Jalain , celui du duc d'York à Famars , et celui du général
Clairfait à Hasnon et Aubry'; les Prussiens sont avec ce der
nier général .
Dumourier va chercher un asyle en Angleterre . On ne croit
pas que son caractere remuant et inquiet lui permette de s'y
retirer dans l'intention d'y vivre comme un particulier obscur.
Quelques personnes disent même déja qu'il doit se mettre à
la tète de l'armée royaliste et chrétienne des contre - révolutionnaires
de la Vendée ; ses projets sont douteux , mais son départ
ne l'est pas .
La légion d'émigrés Français formée en Angleterre dans le
même but , et commandée par le comte de la Châtre , vient
d'arriver à Ostende. Il parait que le stathouder , qui s'est si
bien trouvé d'employer des émigrés pour la défense de Maës
tricht , en à engagé quelques - uns au service de la Hollande
car on a vu passer le 28 par Tournay la seconde compagnie,
qui va rejoindre la premiere du côté d'Orchies. Le même jour
est entré dans cette ville un convoi considerable de munitions
de guerre il y avait entr'autres 4 obus et un corps d'artilleurs
Anglais , venant de Courtray et se rendant sous Valenciennes
à l'armée de leur nation .
ITALIE
.
E T SUISSE,
Des lettres de Milan parlent d'une fermentation sourde ec
-continue dans cette ville ; elles ajoutent qu'on arrête chaque
jour des personnes de qualité . Mais tout cela mérite confirmation
, ainsi que ce qu'on dit de Pavie où , s'il faut en croire
les mêmes lettres , les signes de mécontentement ne sont pas
équivoques. Des nouvelles plus certaines , c'est qu'il y a a
Milan un magasin de près de 50,000 sacs de blé qu'on doit
transporter à Turin , où la disette est telle que le pain des
soldats y manque quelquefois . On sait aussi que la désertion
a beaucoup affaibli les regimens de Belgiojoso et de Caprara ,
campés en face de Saorgio. Le roi de Sardaigne dont les
finances sont épuisées , et chez qui circule un mauvais papier
dans lequel personne n'a de confiance , voyant que les emprunts
ne lui réussissaient pas , a pris le parti de mettre ung
Aa &
356 )
taxe de 4 liv, par an pour chaque vache , 24 sols pour chaque
poule , 2 liv. pour chaque arbre de mûrier , et de 4 liv. de
Piémont pour chaque 25e , livre pesant de coton.
Il prend à son service pour 15 ans deux régimens Suisses ,
qui sont leves dans les cantons de Glaris et de Lucerne et les
terres du prince abbé de St. Gall. Les officiers qui les com
poseront ont presque tous servi en France . Voici les noms des
principaux Bachman , Bartes , Sartory , Zimmerman , etc.
On espere tirer grand parti des connaissances topographis
ques de ces messieurs . Au reste la grande armée de Pavie
que l'on fait actuellement manoeuvrer ne consiste qu'en 8000
hommes , dont le quart de cavalerie . Il y a de plus 8000 Autrichiens
déja réunis aux Piémontais sans compter quelques
bataillons d'invalides parsemés dans les garnisons des places .
Les lettres de Gênes annoncent que dans la nuit du 18 au 19
mai , le Pink gênois , faisant le service du courier d'Espagne avait
vu sortir de Barcelone quatre vaisseaux de ligne et deux frégates
qui portaient à toutes voiles vers une flotte composée
de dix vaisseaux Anglais et de plusieurs Espagnols sortis de
Cadix et de Cartagène , dont la réunion pouvait former une
quarantaine de bâtimens ; on leur supposait l'intention d'aller
porter des secours aux rebelles de l'ile de Corse à la tête
desquels est le fameux Paoli.
Depuis le démembrement de la Pologne et la prochaine invasion
de la Baviere ( car on envahira si l'on ne peut échanger , )
les agens impériaux auprès de la Suisse , osent prendre précisément
le ton qui en fit chasser autrefois les maîtres de leurs
ancêtres. Ils ont prétendu depuis peu exiger des Bâlois la
rénonciation au plus beau droit de l'immunité et de la souveraineté
du territoire Helvétique, Ils voulaient que leurs villes
fussent fermées aux déserteurs Autrichiens , et même qu'on les
leur rendit. On assure que les fils d'un bailli , qui s'est laissé
prendre dans un piege tendu par les Autrichiens à son innocente
crédulité , a préféré de subir le sort de Régulus plutôt que
de voir sa partie entachée par une condescendance aussi humiliante
, et par un atteinte à la neutralité aussi solemnellement
promise à la France. Cette conduite honore les Suisses ; elle
les montre fiers de leur liberté et dignes de la conserver.
ر
ANGLETERRE. De Londres , le 8 juin.
Le comte Stadion , envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
de l'empereur , a eu le 29 mai son audience de
conge , et le même jour le comte Stahremberg qui le remplace
a remis ses lettres de créance au roi .
( 357 )
L'île de Tabago , fertile en sucre et en coton , a été prise par
le major - général Cuyler sur les Français , auxquels les Anglais
l'avaient cédée après la guerre d'Amérique . Le gouver
nement vient d'en recevoir la nouvelle officielle . Le comman
dant trouvant les ouvrages français plus forts qu'il ne l'avait
cru , et n'ayant pas les moyens suffisans pour entreprendre
un siége , se détermina à tenter l'assaut qui fut donné de deux
côtés en même- tems avec beaucoup de vigueur. La faible garnison
Française se rendit prisonniere au bout de quelques.
heures ; elle avait déja 15 hommes tués ou blessés ; les assaillans
n'ont perdu que trois hommes , mais on leur en a blessé
24 , parmi lesquels deux officiers.
Un suicide assez extraordinaire vient d'avoir lieu . Le duc
de Sicigniano , ambassadeur de Naples , à peine arrivé dans
l'hôtel du sieur Grenier , dans Jermin's street , s'est fait sauter
la cervelle d'un coup de pistolet on ne soupçonne pas les
causes de cet acte de désespoir , d'autant plus étonnant qu'il
avait l'air d'être de sang- froid le quart-d'heure d'auparavant ,
et avait même commandé son dîner.
{
Le duc de Richmond , grand-maître de l'artillerie , chargé
du commandement des troupes qui doivent se rassembler en
campement , a choisi les environs de Tunbridge pour premiere
station de ces troupes , auxquelles on se propose de faire changer
plusieurs fois de place.
Le comte d'Artois n'est point venu à Londres ; Al est resté à
Hull sous le nom supposé de Louis Vassal , et n'y apas même pris
terre : craignant que ses créanciers ne le fissent arrêter , comme
ils en ont effectivement le droit , il s'est contenté d'envoyer à
Londres l'évêque d'Arras , venu avec lui de Pétersbourg ; en
attendant , on assure qu'il fait à Hull des emplettes considé
rables en armes , et guette l'occasion de passer en Bretagne
pour s'y mettre à la tête des royalistes .
Nous apprenons dans le moment même , que le général Valence
vient d'arriver dans cette capitale , pour préparer les voies
à Dumourier.
P. S. Les lettres de Vienne du 29 mai , c'est- à - dire les
nouvelles les plus récentes que nous avions de ce pays , annoncent
que le cabinet autrichien vient d'expédier à Cons
tantinople un courier porteur de dépêches d'une extrême
importance.
( 358 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE MALL'ARMÉ.
Séance du mardi , 11 juin .
Dans la séance de dimanche dernier , Guiomard avait demandé
que le comité de salut public fit le rapport annoncé par Barrere
sur les autorités constituées de Paris . L'Assemblée avait passé
à l'ordre du jour. Le secrétaire n'en ayant pas fait mention
dans le procès-verbal , Guiomard s'est plaint aujourd'hui de
cette omission . Il a demandé que le fait fût rétabli , car ,
a-t-il dit , je suis obligé de rendre compte de ma conduite à
mon département. La Convention a passé à l'ordre du
jour.
Les administrateurs du département de la Lozere ont rendu
compte de ce qui s'est passé à Mendes , quand Charier y est
arrivé à la tête des rebelles . Les marques d'incivisme qu'ont
donné les habitans de cette ville , les désordres auxquels ils
se sont livrés appellent sur eux la sévérité des lois . Les
administrateurs demandent que cette ville coupable soit declarée
en état de rébellion , et que l'administration soit établie
à Florac , où elle s'est transférée provisoirement.
L'Assemblée n'etant pas assez nombreuse , a renvoyé la
discussion de cet objet à un autre moment.
Les administrateurs de la ville de Villefranche , département
de l'Aveyron , écrivent que le recrutement s'est effectué avec
ardeur et célérité . Ceux de la ville de Vendôme se plaignent
des excès commis par le troisieme bataillon de Paris qui a
passé par cette ville . Ils donnent des éloges au bataillon du
Nord qui s'est opposé de toutes ses forces à ces désordres . --
Un membre a annoncé que le bataillon du Nord n'est pas
le seul qui se soit bien, montré ; le sixieme bataillon de Paris
et celui de l'Unité , ont rougi de l'erreur de leurs freres .
La lettre des administrateurs de Vendôme a été renvoyée au
comité de salut public.
Lacroix a demandé la parole pour une motion d'ordre
Plusieurs départemens , a-t-il dit , s occupent en ce moment
de prendre des mesures libertiçides. Plusieurs de nos collegues
provoquent eux-mêmes ces atteintes portées à la liberté .
Déjà plusieurs administrations de département , de communes
et de districts , ont réuni les assemblées primaires ; elles ont
suspendu l'envoi des contributions dans le trésor public .
Deja elles ne reconnaissent plus les décrets de la Convention ,
Bi la Gouvention elle -même. Déja , elles ont pris des mesures
( 359 )
tendantes à anéantir l'unité de la République. Plusieurs ont
entrepris d'ouvrir une correspondance avec tous les départemens
pour opérer une coalition . Je propose à la Convention
de décréter qu'il sera fait un appel nominal de tous les
membres de la Convention , pour connaître ceux qui sont
allés conspirer dans leurs départemens . Je propose de décréter
que ceux ci seront-déclarés déchus de leurs fonctions ,
et remplacé par leurs suppléans . Je demande qu'il soit défendu
, sous peine de mort , aux corps administratifs de
s'assembler , de délibérer , soit pour convoquer les assemblées
primaires , soit pour suspendre l'envoi des décrets de la Conj
vention. " !
Fonfrede croyait interprêter les véritables sentimens de
l'Assemblée , en pensant que tous ses membres voulaient
sauver à la France les horreurs d'une guerre civile . Mais il
disait que c'etait plutôt avec une véritable distribution de la
justice que par des mesures rigoureuses , qu'ils parviendraient
à calmer la République. Il pensait que l'intention de l'Assem
blée n'était pas d'enfermer quelques hommes , mais de les
juger ; de proscrire , mais d'entendre un rapport. Il proposait
non d'interrompre la discussion de la constitution , mais d'entendre
le rapport du comité de salut public au petit ordre du
jour. Les départemens , disait Fonfrede , en apprenant que
vous voulez punir les coupables , et innocenter ceux qui
auront été calomniés , ne verront la Convention que sous
l'emblême de la justice , et tous les mouvemens seront arrêtés .
" On vous parle sans cesse , a répondu Thuriot , de l'arrèstation
des 32 députés . On se plaint de ce que la Convention
a porté un décret lorsqu'elle nétait pas libre ; une
preuve convaincante qu'elle était complettement libre , c'est
qu'elle a excepté quelques individus de la liste qui lui avait
été présentée par la commune de Paris .
Je ne suis point alarmé des mouvemens qu'on parait
déterminer dans les départemens . J'assimile cette circonstance
à celle du 10 août , où des administrations étaient entrées
dans la conspiration de la cour des Tuileries', où des journalistes
infâmes corrompaient l'esprit public par leurs diatribes ,
et trompaient le peuple . Nous verrons aujourd'hui ce qui
arrivera alors . Ces perfides journalistes qui usurpaient la confiance
de la nation en accréditant leurs calomnies par leur
caractere de législateurs , perdront leur tête sur l'échafaud. ,,
,, Des administrations criminelles s'étaient coalisées pour
former des directoires qui avaient pour objet d'enlever à la
législature l'exercice de l'autorité que le peuple n'avait donné
qu'à elle . Les administrés ouvrirent enfin les yeux , et dénoncerent
les conspirateurs. Dans ce moment , les hommes
qui combinent des projets aussi coupables sont encore plus
perfides , puisqu'ils ourdissent dans le secret et sous le masque
de l'hypocrisie leurs complots , dont le but est de plonger le
A a 4
( 388 )
Hoignard dans le sein des patriotes . ( Un grand nombré de voix
C'est vrai. Citoyens , y a- t-il une autre autorité que la vôtre 2
( Plusieurs membres : Celle du peuple . ) Sans doute' ; mais vous
êtes la premiere des autorités constituées par le peuple . Mon
idée est celle - ci : dans quelles mains réside l'exercice de l'autorité
nationale ? Consultez le code des lois , lisez dans le code de
la raison. C'est à la Convention que le peuple a confié l'autorité
souveraine : ouvrez le code penal , vous y verrez que ce
fui-là est puni de mort qui ose faire un acte de souveraineté.
Des directoires de départemens se permettent de lever des
contributions , de s'emparer des caisses nationales , de lever
des armées , de les diriger à leur gré , n'attentent - ils pas à la
souveraineté ?
Thariot a fini par demander qu'on allât aux voix sur les
propositions de Lacroix . On a fermé la discussion . Plusieurs
épreuves ont été faites . Après d'assez vifs débats , le renvoi
aux comités de salut public a été décrété .
On s'est ensuite occupé de la constitution . Plusieurs artieles
ont été adoptés après une legere discussion . Voyez le
dernier numéro. )
16
6 .
}
Séance du mercredi , 12 juin.
On fait lecture d'une lettre de Brissot , datée de Moulins
le 10 juin . (Voyez la notice de cette séance dans le dernier numéro . }
Une dépuration des corps administratifs de Versailles vient
faire part à la Convention de leur réponse aux invitations qui
leur ont été faites par les départemens de l'Ile et Vilaine ,
du Morbihan et du Finistere , de se joindre sous leurs bannieres .
Non , citoyens , ont-ils répondu , nous n'adopterons point
vos mesures ; nous les repoussons avec le sentiment d'une douleur
profonde , et nous espérons que vous -mêmes , après une
plus mure réflexion , vous y renoncerez pour le salut de la
patrie. Que faites-vous ? Vous voulez élever un autre centre
de puissance ? Vous voulez constituer deux assemblées représentatives
? Comment espérez - vous les voir subsister sans voir
aussi avec elles la guerre civile , sans détruire cette unité , cette
indivisibilité de la République que vous avez jurée , et que vous
voulez maintenir ? Non , vous n'exécuterez point ces crimi
nels desseins ; vous apprendrez que la Convention est libre et
que l'arrestation de quelques-uns de ses membres ne détruit
pas la majorité. Si ces membres sent innocens , laissez éclater
leut innocence...... 9 La Convention a décrété la mention how
norable , l'impression et l'envoi de cette adresse .
-
Le maire de Paris , à la tête de la municipalité , vient fėli
eiter la Convention de la célérité de ses travaux sur la constitution
, et lui présenter l'hommage de sa reconnoissance .
Le département de Paris vient soumettre à l'examen de l'Assemblée
un arrêté qu'il a pris , dès que les nouveaux suceès
( -3615)
des rebelles lui ont été connus. ( Voyez la notice de cette séance
dans le dernier numéro . )
· ·Pénieres s'est plaint du silence du comité de salut public
sur les échecs que nous venons d'éprouver dans la Vendée .
Barrere , après quelques débats , a pris la parole pour justi
fer le comité , qui ne s'est point amusé à faire la relation de
nos revers , mais qui s'est occupé des moyens nécessaires pour
les réparet. -Si nous avons essuyé des pertes dans la Vendée
et sur les frontieres de Pyrénées , l'armée de la Moselle
a remporté une victoire éclatante à Arlon. ( Voyez nouvelles des
armées . )
Les administrateurs du département de la Gironde écrivent
de Bordeaux , en date du 8 , qu'au milieu des troubles causés
par les arrestations des députés , les citoyens de Bordeaux se
porterent en foule à la demeure des représentans Ichon et
Dartigoyte , qui se préparaient à partir pour Paris . Leur caractere
fut respecté , et la municipalité prit tous les moyens
pour que leur départ n'éprouvât aucun obstacle . Cependant on
fut informé dans l'après - midi que leur départ avait éprouvé
quelques difficultés ; dès le soir les sections prirent une délis
beration sur cet objet. Sur vingt - cinq sections , vingt furent
pour que le départ eût lieu , les autres déciderent qu'elles sui
vraient le voeu de la majorité . Les administrateurs en rendant
compte de ces faits , demandent à la Convention de leur donuer
la plus grande publicité , afin que la République connoisse
les principes des habitans de Bordeaux . La Convention
a ordonné l'insertion de cette lettre au bulletin , et mention
honorable de la conduite des citoyens de Bordeaux .
Barrere fait ensuite part à la Convention d'une lettre que
le comité de salut public vient de recevoir de Lindet , représentant
, où il annonce qu'à Lyon il n'y a pas de tendauce à
l'état contre- révolutionnaire : c'est à tort qu'on a voulu en
accuser les citoyens de cette grande ville . Toutes les bouches
y proclament l'unité et l'indivisibilité de la République.
La lecture de toutes ces dépêches achevée , Barrere a annoncé
que les pouvoirs du comité finissaient , et il a proposé de les
renouveller ou de les continuer , La Convention a confirmé
les pouvoirs du comité pour un mois , et a nommé , à la place
de Lindet, et Treilhard , les citoyens Saint-André et Gasparin.
On a continué la discussion sur la constitution .
Séance du jeudi , 13 juin.
D'après le rapport du comité d'instruction publique , la Convention
a décreté qu'il sera ouvert un concours pour l'exécution
des livres élémentaires qui doivent servir à l'instruction
publique , et qu'il sera formé une commission pour juger de
la priorité , et recueillir les extraits des meilleurs ouvrages en
ce genre..
Une députation de la société populaire de Vernon vient
( 362 )
dénoncer un arrêté du département de l'Eure , qu'elle attribué
aux instigations de Buzot et de plusieurs de ses complices qui
sont actuellement à Evreux . Les pétitionnaires , après avoir
Juré que si jamais ils marchaient contre Paris , ce ne serait
que pour y embrasser leurs freres , demandent la cassation des
autorités constituées qui ont donné leur adhésion à l'arrêté
qu'ils dénoncent , et que voici ,
10. L'assemblée déclare qu'elle est convaincue que la Convention
nationale n'est pas libre .
go. Il sera organisé , concurremment avec les citoyens des
autres départemens , une force armée , pour marcher , en tout
ou en partie , contre les factieux de Paris qui ont enchaîné la
liberté de la Convention , et réduit au silence des bons citoyens,
39. Cette force armée sera de 4000 hommes pour le département
de l'Eure . .
4º . Il sera établi une correspondance avec tous les départemens
, pour les inviter à se joindre au département de l'Eure.
59. Il sera envoyé une adresse à toutes les communes
des départemens , pour demander leur adhésion aux mesures
contenues dans le présent arrêté.
6. Il sera envoyé des commissaires dans les départemens du
Calvados , d'Eure et Loire , de Seine inférieure , et de l'Orne ,
pour concerter ensemble les mesures d'exécution .
7. Il est ordonné aux municipalités d'arrêter ceux qui prês
cheraient la doctrine de l'anarchie , le meurtre et le pillage .
-
――
Une députation du district d'Andely protesta aussi contre.
l'arrêté du même département . Plusieurs membres demandaient
le renvoi de ces dénonciations au comité de salut public.
Lacroix a observé que cela était inutile , parce que les
faits dénoncés n'avaient pas besoin de développemens et parlaient
assez d'eux-mêmes .
Duroy dépeignait Buzot comme
un ambitieux , un complice de Dumourier et concluait au
décret d'accusation . La discussion a été interrompue par la
lecture d'une dépêche du général Wimpfen qui annonce que
administration du Calvados , pour se garantir la sûreté des
membres de la députation de ce département , a mis en ar
restation deux députés qui se trouvaient à Caen , Prieur et
Rome ,
----
Après de vifs débats , et sur les observations de Barrere et
de Danton , la Convention a rendu les décrets suivans ;
Premier décrct .
La Convention nationale décrete d'accusation le citoyen
Buzot , membre de la Convention nationale , retiré à Evreux ,
et renvoie au comité de salut public pour lui faire un rapport
sur les autres députés qui sont réunis dans la même
ville .
( 363 )
Second decret.
La Convention nationale décrete qu'il y a lien à accusation
contre les administrateurs et autres fonctionnaires publics du
département du Calvados , qui ont signé l'ordre d'artestation
des représentans du peuple , envoyés près l'armée des côtes de
Cherbourg. Il sera formé sans délai une commission composée
des membres qui sont restés fideles à leurs devoirs , et n'
pas signé l'arrêté dn 9 juin , et en outre , d'un membre choisi
dans chaque administration de district dudit département du
Calvados .
n'ont
Renvoie toutes les autres propositions au comité de salut
public .
Troisieme décret.
La Convention nationale casse et annulle les arrêtés pris par
l'administration du département de l'Eure , le 7 juin présent
mois. Les membres de ce département qui ont concouru auxdits
arrêtés , sont suspendus de leurs fonctions . Ils seront mis
en état d'arrestation et traduits à la barre. Le siege de l'administration
du département de l'Eure , fixé dans la ville d'Evreux
, sera provisoirement transféré à Bernay. Il sera formé,
sans délai dans cette ville , une commission composée des
membres de l'administration , qui sont restés fideles à leurs
devoirs , et en outre d'un membre de l'administration de
chaque district de ce département , qui n'auront point concouru
à cette délibération .
Quatrieme décret.
La Convention nationale déclare que , dans les journées
des 31 mai , 1er . , 2 et 3 juin , le conseil géneral révolutionnaire
de la commune et le peuple de Paris ont puissamment
concouru à sauver la liberté , l'unité et l'indivisibilité de la République.
?
On fait lecture d'une lettre qui donne des détails sur là
prise de Saumur , et rend compte du dévouement généreux
d'un gendarme. Voyant le cheval de Bourbotte tué sous lui
et ce député pressé par les rébelles , il saute à bas du sien ,
et le lui donne en disant : J'aime mieux être pris ou tué
que de voir un représentant du peuple tomber entre les
mains des brigands . La Convention accorde une somme de
1200 liv. à ce brave citoyen , et le recommande au ministre
de la guerre..
Barrere au nom du comité de salut public , fait nommer
pour général de l'armée du Rhin , Houchard , pour minisire
de la guerre , A. Beauharnais , et pour ministre des contributions
publiques , Destourmelles .
( 354 )
Séance extraordinaire du jeudi soir.
Collot d'Herbois a été elu président . Les nouveaux secré.
tires sont : Lacroix , de la Marne , Gossuîn et Laloi .
Des députés du département de la Sarthe , menacés par les
rebelles , demandent des armes et des munitions . Renvoyé au
comité de salut public. On renvoie au même comité une dénonciation
faite par des citoyens duJura , d'un arrêté de ce dépar
tement, qui ordonne aux suppléans de se rendre à Bourges ,
et enjoint aux caisses de district de ne plus rien verser au
trésor public , jusqu'à ce que les députés détenus soient mis
en liberté , et déclare qu'il ne reconnaîtra point les décrets
sendus depuis le 31 mai.
Sur la proposition de Lacroix , la Convention a décrété que
les députés qui ont fui et se sont soustraits à l'arrestation
prononcée contre eux , seront remplacés , et que leurs suppléans
seront appellés à cet effet .
Sur la motion de Chabot , elle a ordonné l'élargissement
des membres des sociétes populaires , arrêtés par les adminis
trations inciviques , pour la seule cause de leurs opinions.
Séance du vendredi , 14 juin.
PRÉSIDENCE DE COLLOT D'HERBOIS.
On fait lecture d'une lettre de l'armée d'Italie . Voyez les
nouvelles des armées . )
L'administration de police de Paris envoie l'état des prisonniers.
La commune d'Amiens dénonce à la Convention une déclaration
des députés du département de la Somme. On fait
lecture de cette déclaration , elle est ainsi conçue .
66 Les événemens du 31 mai et du er . jain sont connus.
la liberté de la Convention fut violée dans ces deux jours ; le
jain , sur-tout , fut un jour de deuil , ou plutôt dans ce jour
déplorable il n'exista point de représentation nationale . Une
force armée assiégeait le temple de la liberté , par ordre de la
commune. Ces citoyens armés ne savaient pas pourquoi ils
étaient sous les armes ; il ne fut permis à personne de sortir ,
pas même pour satisfaire aux besoins les plus pressans de la
nature .
Ce fut sons la bayonnette et la bouche du canon que la
Convention porta le décret d'arrestation contre 28 de ses
membres. La commission des douze ne put obtenir la parole ;
sans les entendre , ils furent jugés , cassés, arrêtés , incarce
rés ; voilà comment une municipalité ambitieuse fit déclarer
coupables nos représentans innocens . "
" Les soussignés doivent déclarer à la France entiere qu'ils
nout point pris part à la délibération , que le décret porté
contre les députés détenus fut l'ouvrage de la force , et qu'enfin
( 365 )
s'ils restent à leur poste c'est pour y mourir la liberté. 17
pour
Les administrateurs de la Somme ont publié qu'ils adhé
raient à cette délibération , et en ont ordonné l'impression ; la
commune d'Amiens au contraire s'est empressée de protester
contre , et le peuple , dit- elle , en a fait publiquement justice
en la livrant aux flammes.
D'après le rapport de son comité de salut public , la Con
vention a décrété la suspension et la traduction à la barre des
administrateurs de la Somme.
Les corps administratifs et judiciaires de Metz applaudissent
à toutes les mesures prises par la Convention.
Le département de la Manche a juré de défendre la représentation
nationale , et de faire exécuter ses décrets , s'en
rapportant à la Convention sur le jugement des membres détenus.
-L'Assemblee décrete que le département de la Manche
a bien mérité de la patrie.
Un membre , au nom du comité de salut public , et d'après
les mesures proposées par le département de Paris , fait adopter
le projet de décret suivant : 1 °. Un corps de 1000 hommes ,
composé de canonniers , partira sous 24 heures de Paris , avec.
48 pieces de canon , qui seront fournies par les 48 sections.
2º. Des canons seront tirés de l'arsenal et des fonderies pour
les rendre aux sections . 30. Des commissaires de la Conven
tion se rendront à Orléans pour observer la marche des rebelles
, et prendre les mesures les plus nécessaires. Les armes
et munitions sur la route et dans les camps sont en réquisition.
40. Il sera envoyé à la Convention un état journalier de toutes
les réquisitions . 5 °. Le ministre de la guerre rendra compte
sous trois jours de l'état des manufactures de Paris , et sous
huit jours de celles de la République. 6º . Toutes les manufactures
de Paris sont converties en manufactures d'armes.
. Il sera nommé un commissaire pour surveiller les manu
factures de Paris. 8° . Les corps administratifs feront exécuter
en diligence le présent décret .
te
Boyer-Foufrede annonce à l'Assemblée qu'il a reçu des citoyens
de Bordeaux qui combattent les rebelles de la Vendée ,
une pétition dont il demande , à cause de son étendue ,
envoi au comité de salut public . Ces braves volontaires ,
dit Fonfrede , se plaignent des vexations qu'on exerce contre
eux. Ils se plaignent de ce qu'on les laisse manquer de mdnitions
. En un mot , ils sont dans un état déplorable , et ils
ne s'apperçoivent pas que l'on s'occupe de leur fournir de
dont ils ont besoin. La Convention a décrété le rentoi de
la pétition au comité de salut public .
On a repris la discussion sur la constitution .
Séance du samedi 15 juin.
On fait lecture d'une lettre du général Custines , datée de
( 366 )
Cambray le 14 juin. Citoyens représentans , écrit Custines ,
mes talens militaires sont calomniés ; je laisse à la postérité
et à l'Europe à les juger..... Dites à ces hommes soudoyés
peut-être par les cabinets de St. James , de Vienne et dé Berlin
, qui cherchent à fatiguer ma constance et à me décider
à abandonner la défense de ma patrie , qu'ils n'y réussiront
jamais. Dites leur que par mes attentions et malgré tous les
efforts de la calomnie , je saurai toujours mériter la confiance
des vrais soldats républicains . Jamais je n'abandonnerai le
poste que m'a confié la nation , que dans deux circonstances ;
la premiere , lorsque les agens du conseil exécutif entraveront
mes démarches , en mettant en péril l'armée qui m'est confiée ;
la deuxieme , lorsqu'ayant perdu la confiance des représentans
du peuple on de l'armée , je ne pourrai plus en effet lui être
utile . Mais toutes les furies vomies par l'enfer pour semer
parmi nous la discorde , seraient- elles réunies pour exhaler
sur moi seul les poisons de la calomnie , l'on ne me verra pas
moins tranquille et serein , combattre avec une égale fermeté
et leurs impostures et les ennemis de ma malheureuse patrie. 1
Cette lettre a été renvoyée au comité de salut public .
Une députation d'une commune du département de la Creuze
présente à la Convention le tableau des besoins qu'elle éprouve
, ainsi que tout le département. Le commerce s'approvi
sionnait en grains ; mais la loi qui en ordonne la taxation a
tari cette source de la prospérité de ces contrées stériles .
L'inanition ravage les familles et répand de tous côtés la langueur
et la mort. La députation sollicite le rapport d'une loi
qui leur est si funeste. Un membre propose , par amendement
, qu'en laissant subsister cette loi pour les départemens
fertiles ; elle soit modifiée en faveur de ceux que le commerce
alimentait. Sur la proposition de Thuriot , la Convention
a décrété le renvoi au ministre de l'intérieur , qui , sous 24
heures , rendra compte des mesures qu'il aura prises pour approvisionner
les départemens qui réclament .
-
L
Boyer Fonfrede invite la Convention à étendre à chaque
département une mesure adoptée par ceiui de la Gironde , en
' autorisant les municipalités à accorder une prime de 15 sols
pour chaque boisseau de pomme de terre , recueilli sur leur
territoire . L'examen de cette idée est renvoyée au comité d'agri ,
culture.
Berthier , au nom du comité de salut public , a fait un rapport
sur les faits imputés à Duchâtel , membre de la Convention.
Il résulte de la déclaration de Choudieu et de Bourbotte ,
que Duchâtel à parcouru plusieurs départemens occupés alors
par les rebelles , et qu'on a trouvé depuis , dans la poche d'un
de leurs chefs , une lettre de ce député , qui prouve une intelligence
avec nos ennemis . La Convention porte le décret
d'accusation contre Duchâtel .
On reprend la discussion sur la constitution .
( 367 )
Stance du dimanche 16 juin .
La société répulicaine de Calais fait passer à la Convention
l'expression de son voeu pour le maintien de la République
une et indivisible."
Les administrateurs du district de Chaumont , convaincus
que la France ne peut être heureuse que sous un gouvernement
républicain , un et indivisible , adherent formellement à tout
ce qui s'est passé à Paris dans la journée du 31 mai . « Un sysa,
tême de fédéralisme , disent- ils , avait été astucieusement com
biné pour ramener les Français sous le joug du despotisme
ce plan avait été soutenu par l'éloquence perfide de quelques
députés ; mais les décrets du 2 juin ont étouffé tous ces projets ,
liberticides ... )
Un député extraordinaire de la Correze vient solliciter des
encouragemens pour la manufacture de Tulles. I remet
ensuite un arrêté de son département , par lequel il a refusé ,
d'adhérer à la fédération qui lui a été proposé , par les
départemens de la Côte - dor et de la Haute -Vienne . Les admi
nistrateurs de la Correze veulent l'unité de la République . Ce
département a déja fourni de nombreux défenseurs ; les con
tributions y sont religieusement payées ; le pain y vaut 10 sous
la livre ; mais ni les intrigues des malveillans , ni les horreurs de
la famine ne pourront leur faire violer leur serment de vivre
libres ou mourir. Mention honorable . -
L'Assemblée a ratifié la convention faite entre Louis - François
-Joseph Conti et le ci -devant roi , par laquelle le ci - devant
prince , cede au ci - devant roi , ses biens moyennant une
rente viagere ; en conséquence , les biens de Louis- François
Joseph Conti , font partie des domaines nationaux , et ses
créanciers , pour être liquidés , suivront la même marche que
les autres créanciers de la République .
Une députation de la conimune d'Auxerre , dépose sur
le bureau plusieurs dons patriotiques ; elle donne son adhés
sion aux décrets du 2 de ce mois , et félicite les représentans
du peuple des mesures salutaires qu'ils ont prises pour chasser
de leur sein , la discorde . --Mention honorable,
La Convention , après avoir entendu le comité de législa
tion sur le mémoire du ministre de la justice , touchant le
sort des prisonniers élargis à la suite des évenemens des 2 et
3 septembre dernier , a décrété que ceux qui ont été élargis ne
pourront être poursuivis pour les mêmes faits qui auraient donné
lieu à leur détention , et que ceux qui ont été arrêtés pour les
mêmes faits , seront mis en liberté , a l'exception néanmoins
des prévenus d'assassinat , de vol , de faux brevets de la
nation , de fabrication de faux assignats et de conspiration
contre la sûreté intérieure et extérieure de l'état.
Gasparin , rapporteur du comité de salut public , a fait
adopter le projet de décret suivant.
((368 )
Art. Ier. Les François ou étrangers convaincus d'espionage
dans les places fortes et dans les camps , seront condamnés
'à mort.
II. Ils seront jugés par une commission militaire formée ,
suivant la loi du .... , contre les émigrés pris les armes à la
main. 1
i Le ministre de l'intérieur est venu présenter un tableau
des secours , soit en grains , soit en argent , qui ont
été fournis au département de la Creuse , depuis 15 mois .
Il s'est plaint ensuite à la Convention de ce que , pour prix
de son zele à chercher la vérité dans les mouvemens qui ont
agité la République , on le poursuit depuis trois mois par les
calomnies les plus absurdes . Il a cité les feuilles d'un journal
qui a pour titre : Tableau politique et littéraire de Paris , où se
trouve l'article suivant , daté de Caen : « Nous avons arrêté un
petit garçon láché des bureaux du très - petit ministre Garat ; il a
exhibé ses pouvoirs aux commissaires du Calvados ; il en résulte
que sa mission était de préparer les esprits à recevoir bénignement,
un dictateur ou quelque chose d'approchant. " Un de mes commissaires
, a ajouté Garat , a été en effet arrêté par la munici
palité de Lisieux , et il y est détenu en prison. Il a annoncé.
de plus , que dans les départemens de la ci- devant Normandie
et de la ci-devant Bretagne , on fait courir une lettre qui
porte sa signature , et par laquelle on invite les corps admi
nistratifs à recevoir dans la République une dictature compo
sée de Marat , de Danton , de Robespierre et de lui , Garat.
Ce ministre a pris acte devant la Convention nationale et devant
la nation de l'imposture et du faux de la lettre qui circule
sous son nom dans plusieurs partes de la République . Ila
donné ensuite des éclaircissemens sur la nature des instruc«
tions dont il a revêtu tous ses commissaires qui parcourent la
République . L'objet de leur mission est de recueillir des notions
exactes sur l'état de l'agriculture , du commerce , des
manufactures et de la population dans les divers départemens ;
d'étudier , d'observer par-tout les dispositions des esprits et
des ames , ct d'en rendre un compte fidele .
Robespierre a trouvé dans les plaintes du ministre une
nouvelle preuve du systême des contre - révolutionnaires qui
qui veulent , à quelque prix que ce soit , federaliser les départemens.
Sur sa motion , l'Assemblée a décrété que le
comité de salut public présentera incessamment un rapport
sur les dangers de la patrie , et les causes qui les ont ainenés .
Fabre d'Eglantine voulait qu'on attribuat au comité de
surveillance le droit de déclarer un journal perfide , et de refuser
à son auteur la sauve - garde de la loi . L'Assemblée a passé à
l'ordre du jour.
Les commissaires près l'armée des Alpes dénoncent un
arrêté du département de l'Isere qui professe les mêmes prin. ~
cipes que celui du Calvados,
Le
( 369 )
Le ministre de la justice écrit que les 32 sections de Marseille
viennent , au mépris de la loi , de rétablir le tribunal populaire.
Renvoyé au comité de salut public .
On a repris la discussion sur la constitution.
Séance du lundi 17 juin .
L'Assemblée a renvoyé au comité de salut public les détails
que lui ont transmis Sallicetti et Lacombe- Saint- Michel , commissaires
envoyés dans le département de la Corse . Les patriotes
sont obligés de livrer fréquemment des combats aux
rebelles .
Le général Laage rend compte de la prise d'Arlon par les
troupes de la République ; le general termine sa dépêche en
sollicitant des récompenses pour ses braves freres d'armes.
Renvoyé au ministre de la guerre.
Le général en chef de l'armée d'Italie fait passer la relation
de la victoire qu'il a remportée sur les Piémontais le 8 de ce
mois.
-
On a procédé ensuite au second appel nominal , pour consta
ter quels sont les merabres qui ont abandonné leur poste . La
liste des absens a été renvoyée au comité des inspecteurs de
la salle où doivent se rendre les députés qui auront des observations
à faire . Sur la motion de Lacroix , la Convention
a décrété en outre , que fe ministre de la justice fera
passer au même comité le tableau des députés qui ont été
trouvés chez eux lors de l'arrestation , et qui y sont restés ;
de ceux qui ont d'abord obéi au décret , et se sont évadés
ensuite ; enfin , de ceux qui n'ont voulu aucunement s'y sou
mettre .
Marat qui s'était suspendu , annonce à l'Assemblée qu'il
reprend ses fonctions .
Le comité de salut public a fait adopter deux projets de
´décret. L'un charge la commune de Moulins de faire transférer
à Paris le député Brissot et son compagnon de voyage :
l'autre porte que les procureurs - syndics du departement de
Rhône et Loire , du district et de la commune de Lyon , sont
provisoirement suspendus , et mandés auprès de la Convention
, et que les représentans du peuple , envoyés à Lyon ,
sont rappellés pour venir rendre compte de l'état actuel de
cette ville .
Barrere, au nom du même comité ,a communiqué à l'Assemblée
les nouvelles qu'il a reçues d'Evreux : les citoyens de cette
ville ont été indignés des faux rapports qu'on a faits à la
Convention de la conduite du département de l'Eure . Ils n'ont
jamais eu d'autre intention que de venir fraterniser avec les
habitans de Paris ; mais ils s'opposent à la suspension des
administrateurs qui jouissent de la confiance du peuple . La
Convention a decrété que le procureur-syndic de ce dépar
Tome III. Bb
( 376 )
tément sera mandé à la barre , pour y donner les renseigne
mens nécessaires.
Sur la proposition faite par Cambon , la Convention envoie
les citoyens Treilhard et Latouche dans les départemens de
Lot et Garonne , de la Gironde , etc. , pour rallier tous les
Français à la défense commune , et les engager à marcher vers
la Vendée
On fait lecture d'une lettre adressée au ministre de la guerre ,
dans laquelle on rapporte un trait de bravoure d'un soldat
du 50. régiment qui fait partie du camp de Belveder , au milieu
des Alpes . Dans une reconnaissance au point du jour , il fut
surpris et arrêté par quatre ou cinq ennemis . Regardant comme
une honte d'être fait prisonnier , il se débattit contre eux avec
fureur , s'arracha de leurs mains , et pour n'y pas retomber
il se précipita d'un rocher où se passait cette scene , accompagné
dans sa chûte d'une grêle de pierres et de mousquetterie
. Couvert de blessures , au lieu de fuir , il ne songe qu'à
se venger. Il tire son coup de fusil , le recharge , et pendant
plusieurs minutes soutient un combat si inégal , lorsque les
nôtres accourent pour le dégager. On espere qu'aucune de ses
blessures n'est mortelle . Cet homme intrépide et magnanime
s'appelle Justin . La Convention a chargé le ministre de
pourvoir à l'avancement de ce brave soldat , et lui a accordé
un secours provisoire de 600 liv.
-
On a repris la discussion sur la constitution .
Séance du lundi soir..
Des républicains Marseillais sont venus demander vengeance
à la Convention des assassinats juridiques du tribunal populaire
de Marseille . Thuriot a fait la motion de mettre" hors
de la loi tous les membres de ce tribunal , et de porter le
décret d'accusation contre Barbaroux : cette derniere proposition
vivement appuyée par la loi a été décrétée ; la premiere
a été renvoyée au comité de sûreté générale , chargé de faire
incessamment un rapport sur le tribuual populaire de Marseille.
La municipalité de Bernay proteste de son attachement à
la Convention , et annonce qu'elle vient de faire arrêter un
émissaire des administrateurs de l'Eurre , chargés de s'emparer
de la caisse du district. La Convention ordonne que cet
émissaire sera traduit à Paris , et décrete que la municipalité
de Bernay a bien mérité de la patrie.
-
Notice des deux séances subsequentes .
-
Mardi 18. La municipalité provisoire d'Orléans est définitivement
maintenue . Thorné , évêque de Bourges , et député
extraordinaire du dépattement du Cher , vient exprimer
à la Convention l'adhésion la plus formelle à la révolution
du 31 mai , ainsi qu'à tous les décrets rendus depuis cette
4
(83719 )
S
époque. Les ennemis de la patrie , dit-il , avaient choisi la
ville de Bourges pour être le siége d'une nouvelle Convention
nationale, Qu'avons- nous fait pour meriter cette horrible
préférence ? etc.
Sur la proposition de Thuriot , la Convention décrete ;
1º . les lois qui font défense aux administrateurs et membres
des conseils-généraux de district et de département de quitter
leur poste sous les peines y portées , seront exécutées ; 2º . tout
administrateur qui sortira du cercle de ses fonctions sera arrête
-et ses papiers seront visités ; s'il y a des preuves qu'il ait des
instructions ou pouvoir pour conférer avec les autres administrateurs
, et machiner pour rompre l'unité et l'indivisibilité
de la République . Il sera traduit sans délais à Paris , pour
être , par la Convention , ordonné ce qu'il appartiendra ;
4º. s'il n'est porteur d'aucune instruction ou pouvoir , il ensera
référé au comité de sûreté générale pour savoir s'il y a
des renseignemens particuliers ; et il demeurera en état d'arrestation
jusqu'à ce que ledit comité ait prononcé ; 5º . seront
mis en état d'arrestation tous suppléans qui se rendraient à un
point convenu , pour y former une réunion dont l'objet serait
de servir la conjuration formée contre l'unité et l'indivisibilité
de la représentation nationale ; 6° . il est enjoint au
conseil exécutif , aux administrateurs de département et de
district , aux municipalités et conseils des communes , aux
tribunaux et juges de paix , de veiller à l'exécution du present
décret. Les bons citoyens sont même autorisés à faire
lesdites arrestations , à la charge d'en référer aussi-tôt aux autorités
constituées , et en même tems à la Convention nationale
.
lés Marat rappelle ses anciennes dénonciations contre Ligonier
et Westermann . Il dénonce encore le général Menou
commissaires envoyés dans la Vendée , et particulierement
Renvoyé au comité de salut public . : Carra . --
Du mercredi 19. Des députés extraordinaires de Rouen viennent
réclamer des secours en grains : ils disent que le décret
du 4 mai a occasionné dans le département de la Seine inférieure
une disette alarmante . Avant la loi du 4 mai , les
laboureurs et les bladiers apportaient des grains aux halles ;
mais depuis la fixation du maximum elles sont absolument desertes
. Renvoyé au ministre de l'intérieur .
Un député du directoire du département de l'Oise proteste
du dévouement entier de ses concitoyens à la Convention
rationale , et de leur adhésion aux nesures prises par elle dans
la journée du 2 juin .
Brival , au nom du comité de sûreté genérale , a fait le rapport
demandé sur le tribunal soi-disant populaire de Marseille .
Ce tribunal , créé par le comité central de 32 sections de
cette ville , a été réinstallé au mépris du décret qui ordonnait
Bb 2
( 372 )
sa suspension . Le rapporteur propose de casser ces deux an
torités illégales , et de mettre hors de la loi ceux de leurs membres
qui voudroient continuer les fonctions qu'ils se sont
attribuées ; mais sur la motion de Lacroix le comité central
et le tribunal sont cassés ; les membres du tribunal sont déclarés
assassins ; ils sont mis hors de la loi , et tout citoyen a
le droit de courir sus . Ceux qui ont favorisé l'établissement
et reconnu la compétence dudit tribunal sont déclarés complices
des actes illégaux qui en sont émanes.
On continue la discussion de la constitution sur les articles
ajournés.
Suite de la Constitution .
4
CHAPITRE VI. De la représentation nationale .
Art. Ier. La population est la seule base de la représentation
nationale .
II. Il y a un député en raison de 40,000 ames .
III. Chaque réunion de canton formant une population de
39 à 40,000 ames nommera immédiatement un député.
IV. La nomination se fait à la majorité absolue des suffrages.
V. Chaque assemblée fait le dépouillement des suffrages ,
elle envoie un commissaire pour faire le recensement géné.
ral qui se fait au lieu désigné comme le plus central .
VI. Si au premier recensement il n'y a pas majorité absolue
, il est procédé à un nouvel appel , on vote seulement
entre les deux citoyens qui ont réuni le plus de voix . En
eas d'égalité de suffrages , soit pour être balotté , soit pour
être élu , le plus âgé a la préférence . En cas d'égalité d'àge ,
le sort décide .
VII. Tout Français exerçant les droits de citoyen , est
éligible dans toute la République . Chaque député appartient
à la nation entiere .
VIII. En cas de non- acceptation , de démission , de déchéance
ou de mort d'un député , il est remplacé par les
assemblées primaires qui l'ont nommé.
IX Le député qui a donné sa démission , ne peut quitter
son poste qu'après l'admisson de son successeur.
X. Le peuple Français s'assemble tous les ans le 1er. mai
pour les élections .
CHAPITRE VII . Des assemblées électorales.
Art. Ier. Il y aura des électeurs.
II. Il sera nommé dans les assemblées primaires , un élec
teur , à raison de 200 citoyens présens ou non à l'assemblée .
Il en sera nommé deux depuis 301 jusqu'à 400 , et 3 depuis
501 jusqu'à 600 .
( 373 )
1
III. La tenne des assemblées électorales et le mode des
élections sont les mêmes que les assemblées primaires .
CHAPITRE VIII . Du corps législatif.
Art. Ter. Le corps législatif est un , indivisible et permanent.
11. Sa session est d'un an .
III. L'Assemblée législative se réunit le 16 juillet.
IV. Elle ne peut se constituer si elle n'est composée au
moins de la moitié des députés plus un .
V. Ces députés ne peuvent être recherchés , accusés , ni
jugés en aucun tems pour les opinions qu'ils ont énoncées
dans le sein du corps législatif.
VI. Ils peuvent , pour fait criminel , être saisis en flagrant
délit ; mais le mandat d' ( rrêt , ni le mandat d'amener ne peuvent
être décernés contre eux qu'avec autorisation du corps
législatif.
CHAPITRE IX . De la tenue des séances .
Art. Ier . Les séances de l'Assemblée nationale sont publiques
, les procès- verbaux de ses séances sont imprimés.
II. Elle ne peut délibérer si elle n'est composée de 200
membres au moins .
III. La police lui appartient dans le lieu de ses séances et
dans l'enceinte extérieure qu'elle a déterminée.
IV. Elle a le droit de censurer la conduite de ses membres .
Elle ne peut leur refuser la parole dans l'ordre où ils l'ont
réclamée . Elle délibere à la majorité. 50 membres ont le droit
de réclamer l'appel nominal.
CHAPITRE X. Des fonctions du corps législatif.
Art. Ier. Le corps législatif propose des lois et rend des
décrets . "
11. Sent compris sous le nom général de loi , les actes du
corps législatif , concernant la législation civile et criminelle ,
l'administration générale des revenus et des dépenses ordinaires
de la République , la déclaration de guerre , toute nouvelle
distribution générale du territoire Français ,
III. Sont designes sous le nom particulier de décret , les
actes du corps législatif concernant l'établissement aunuel des
forces de terre et de mer ; la permission ou la défense du
༦. .
passage des troupes étrangeres sur le territoire Français ; l'introduction
des forces navales étrangeres dans les ports de la
République les mesures de sûreté et de tranquillité générale ;
la distribution annuelle et momentanée des secours et travaux`
publics ; les dépenses imprévues et extraordinaires ; les ordres
pour la fabrication des monnoies de toute espece ; les mesures
locales et particulieres à un département , à une com
mune , et à un genre de travaux ; la défense du territoire
Bb 3
( 374 )
la ratification des traités ; la nomination et la destitution des
commandans en chef des armées ; les poursuites de la respon
sabilité des membres de conseil , des fonctionnaires publics ; la
mise en jugement des prévenus de complots ou d'attentats
contre la sûreté générale de la République ; les récompenses
nationales tout changement partiel dans la distribution du
territoire Français .
CHAPITRE X I. De la formalion de la loi.
Art . Ier. Les projets de loi sont précédés d'un rapport.
II. La discussion ne peut s'ouvrir , et les articles ne peuvent
être provisoirement arrêtés que 15 jours apres le rapport .
III. Le projet arrêté est imprimé et en oyé à toutes les communes
de la République , sous ce titre Loi proposée .
CHAPITRE XII . De la promulgation des lois et des décrets .
Art . 1er . Les lois , les décrets , et tous les actes publics
sont intitulés Au nom du peuple Français , l'an ...... de la
Republique.
CHAPITRE XIII . Du conseil exécutif.
Art . Ier . Il sera formé un conseil exécutif de 24 membres .
II. L'assemblée électorale de chaque département nommera
un candidat . Le corps legislatif choisit , sur la liste générale ,
les membres du conseil.
II ' . Il est renouvelle par moitié à chaque législature dans
le dernier mois de sa session .
IV. Le conseil exécutif est seul chargé de la direction et de
la surveillance de l'administration générale . Il ne peut agir
qu'en vertu des lois et des décrets du corps legislatif. Il nomine
hors de son sein les agens extérieurs de la République ; il
négocié les traités , le corps législatif les ratifie .
V. Il nomme hors de son sein les agens en chef de l'administration
de la République.
VI. Les législateurs déterminent le nombre et les fonctions.
des agens .
VII. Ces agens ne forment point un conseil . Ils sont séparés
sans rapport immediat entr'eux , et n'exercent aucune autorité
personnelle .
VIII . Les membres du conseil , en cas de prévarication sont
accusés par le corps législatif. Le conseil est responsable de
l'exécution des lois et des abus qu'il ne dénonce pas .
IX . Le conseil destitue et remplace les agens en chef à sa noz
mination. Il est tenu de les dénoncer , s'il y a lieu , devant les
tribunaux ordinaires .
CHAPITRE XIV . Des relations du conseil exécusif avec le corps
législatif.
Art . Ier. Le conseil exécutif réside auprès du corps législa(
375 )
tif. Il a l'entrée dans le lieu des séances du corps législatif. Il y
a une place séparée . Il est entendu toutes les fois qu'il a un
compte à rendre. Le corps législatif l'appelle dans son sein , en
tout ou en partie , lorsqu'il le juge convenable.
Le chapitre XV , sur le grand -juré national , est ajourné
et renvoyé de nouveau au comité de salut public .
CHAPITRE XVI. Des corps administratifs .
Art. Ter. Il y a dans chaque commune de la République
une administration municipale , dans chaque district une administration
intermediaire , dans chaque département une administration
centrale .
II. Les officiers municipaux sont élus par les assemblées de
communes .
Les administrateurs de district et de département sont élus
par les assemblées électorales .
III . Les administrateurs et officiers municipaux n'ont aucun
caractere de représentation .
Ils ne peuvent en aucun cas modifier les actes du corps législatif
, ni en suspendre l'exécution .
IV. Le corps législatif détermine les fonctions des officiers
municipaux et des administrateurs , les regles de leur subordination
, et les peines qu'ils pourront encourir.
V. Les administrations sont renouvellées tous les ans par
moitié .
VI. Leurs séances sont publiques.
( Le chapitre XVII de la justice civile est ajourné . )
CHAPITRE XVII. De la justice civile.
Art. Ier. Le code des lois civiles et criminelles sera uniforme
pour toute la République .
II. Il y a des juges de paix chargés de concilier et de juger
les parties sans fraix . Il sont élus par les citoyens dans les
arrondissemens déterminés par la loi.
III. I's sont élus tous les ans.
IV. Leur nombre et leur compétence sont déterminés
corps législatif.
par le
V. Dans les circonstances qui ne sont pas du ressort de la
justice de paix , les citoyens s'adressent à des arbitres choisis
par eux.
CHAPITRE XVIII. De la justice criminelle .
ر ا و
Art. 1er . En matiere criminelle , nul citoyen ne peut être
jugé que sur une accusation reçue par des jurés , ou décrétée
par le corps législatif Le fait est déclaré par un juré de jugement.
La peine est appliquée par un tribunal criminel . L'instruction
est publique . Les accusés ont des conseils choisis par cux
au nommés d'office.
Bb 4
( 376 )
CHAPITRE XIX.
Art. Ier. Il y a
Du tribunal de cassation .
pour toute la République , un tribunal
de cassation . Ce tribunal ne connaît point du fond des affaires ;
il prononce sur la violation des formes et sur les contraventions
expresses à la loi .
CHAPITRE XX . Des contributions publiques.
Art. Ier. Nul citoyen n'est dispensé de l'honorable obligation
de contribuer aux charges publiques.
CHAPITRE XXI. De la trésorerie nationale.
Art. 1er. La trésorerie nationale est le point central et indi
visible de la comptabilité de la République .
II . Elle est administrée par des agens comptables nommés
par le conseil exécutif. Ces agens sont surveillés par le corps
législatif , pris hors de son sein , et responsables des abus qu'ils
ne dénoncent pas.
CHAPITRE XXII. De la comptabilité.
Les comptes des agens comptables de la trésorerie nationale
et des administrateurs des deniers publics , sont rendus annuellement
à des vérificateurs responsables nommés par le conseif
exécutif. Ces vérificateurs sont surveillés par des commissaires
nommés par le corps législatif hors de son sein , et respons
sables des abus et des erreurs qu'ils ne dénoncent pas .
CHAPITRE XXIII. Des forces de la République .
Art. Ier . La force générale de la République se compose du
peuple entier.
II. La République entretient à sa solde , même en tems de
paix , une force armée de terre et de mer .
III . Tous les Français sont soldats ; ils sont exercés au maniement
des armes .
IV. Il n'y a point de généralissime .
V. La différence des grades et la subordination ne subsisque
relativement au service et pendant sa durée .
tent
VI. La force publique , employée pour maintenir l'ordre
et la paix dans l'intérieur , n'agit que sur la réquision par
écrit des autorités constituées .
VII. La force publique , employée contre les ennemis du
dehors , agit sous les ordres du conseil exécutif.
VIII . Nul corps armé ne peut délibérer .
CHAPITRE XXIV. Des Conventions nationales .
Art. Ier . Si dans la moitié des départemens plus un , le 10 .
des assemblées primaires régulierement formées , demandent la
révision de l'acte constitutionnel ou le changement de quelques
( 377 )
uns de ses articles , le corps législatif est tenu de convoquer
toutes les assemblées primaires de la République , pour savoir
s'il y a lieu à une Convention nationale.
II. La Convention est formée de la même maniere que les
législateurs , et en réunit tous les pouvoirs.
III . Elles ne s'occupent relativement à la constitution , que
des objets de leur Convention .
CHAPITRE XXV. Des rapports de la République Française avec les
nations étrangeres.
Art. Ier. Le peuple Français se déclare l'ami et l'allié naturel
des peuples libres .
II. Il ne s'immisce point dans le gouvernement des autres
nations ; il ne souffre pas que les autres nations s'immiscent
dans le sien .
(
III. Il donne asyle aux étrangers bannis de leur patrie pour
la cause de la liberté ; il le refuse aux tyrans .
IV . Il ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son
territoire .
CHAPITRE XXVI . De la garantie des droits.
Art. Ier . La constitution garantit à tous les Français l'instruction
commune , le droit de pétition , le droit de se réunir
en sociétés populaires , la jouissance de tous les droits de
l'homme .
II. La déclaration des droits et l'acte constitutionnel sont
gravés sur des tables , au sein du corps législatif et sur les
places publiques .
PARIS , le 20 juin 1793.
Les sections sont assemblées pour la nomination d'un com
mandant - général . On croit que la majorité des suffrages se
réunira sur le citoyen Raffet , commandant du bataillon de la
section de la Butte - des - Moulins .
Le comité de salut public qui tient ses séances dans le collége
des Quatre - Nations a convoqué , le 17 de ce meis , les
autorités constituées et les commissaires des 48 sections dans
la salle des jacobins . Cette réunion des autorités a pour objet
de délibérer sur les moyens de sauver la chose publique.
y a eu ces jours derniers beaucoup de foule aux portes
des boulangers . On avait l'air de craindre de manquer de pain .
Ces inquiétudes n'ont aucun fondement , puisqu'on a assuré
au conseil-général de la commune que les approvisionnemens
de Páris étaient faits pour plus de neuf mois. Il faut espérer
( 378 )
12:
que la fermeté et la prudence des autorités constituées et la
réunion des bons citoyens parviendront à éclairer le peuple
et à dissiper les alarmes .
Plusieurs promotions ont eu lieu depuis peu dans le corps
diplomatique. Le citoyen Noël est parti pour Venise , le citoyen
Chauvelin va se rendre à Florence ; le citoyen Grou
velle à Copenhague , et le citoyen Maret à Naples , tous en
qualité de ministres plénipotentiaires de la République Fran
çaise .
Monsieur , frere de Louis XVI , vient de publier une décla
ration , par laquelle il aunonce n'avoir pris le titre de régent
que parce que la reine et la famille royale de France n'étant
pas libres , il se trouvait seul dans le cas de pouvoir stipuler
pour elle ; mais qu'il était prêt à donner sa démission , et à
s'en rapporter à ce qui serait statue suivant les lois et usages
du royaume , par le congrès des puissances étrangeres.
COMMUNE. - Conseil-général révolutionnaire .
Henriot , commandant - général provisoire , a présenté sa
démission. Le conseil a applaudi et arrêté qu'il continuerait
son service jusqu'à ce que son successeur fût nommé. Les
sections seront incessamment convoquées pour l'élection de
son successeur.
Les commissaires envoyés dans les sections pour leur de
mander`des cauons , out rendu compte de leur mission . Pres
que toutes les sections paraissent disposées à prêter leur canon
pour l'armée qui combat les rebelles .
Chaumette a présenté , au conseil , un enfant qui a été
acheté en Amérique . Cet enfant , a - t- il dit , est esclave , il
ne doit point y en avoir sur la terre de la liberté. Le conseil
fa adopte , et lui a donné le nom d'Ogé , l'un des martyrs de
la République en Amérique .
Une lettre du comité de salut public , établi à Autun , annonce
que le conseil - général de la commune , et la société po
pulaire de cette ville , ont applaudi aux évenemens du 31
mai.
Les communes d'Auxerre , de Dijon , de Neuilli - sous- Clermont
, de Saint-Cloud , témoignent les mêmes sentimens et
protestent de leur inviolable attachement aux citoyens de
Paris.
Le général de brigade Muller , adjoint du ministre de la
guerre , écrit que les ordres ont été donnés pour qu'il soit
délivré six mille fusils pour l'armée révolutionnaire qui deit
> 3
(( 379 )
être formée à Paris , et six mille piques pour le service des
sections.
-
Des commissaires des 48 sections viennent faire part d'une
adresse à la Convention nationale contre la création d'une
armée révolutionnaire dans la ville de Paris . Une dépu
tation du club des cordeliers vient se plaindre de la démarche
de ces commissaires . Elle engage le conseil , au nom du salut
de la République , à s'opposer de tout son pouvoir au rapport
du décret qui établit une force révolutionnaire. Applaudissemens,
-
Un citoyen de la section du Temple rend compte d'une
pétition qui a été faite sur les subsistances . Il demande s'il y
a une commission établie pour cet important objet. Il dit que
le peuple , fatigué de la cherté des denrées , est prêt à se
soulever.... A ces mots , des murmures s'elevent dans le conseil
, et l'orateur est improuvé.
Après la lecture d'une adresse à la Convention nationale ,
adoptée par plusieurs sections , relativement aux subsistances .
le procureur de la commune a observé qu'elles etaient assurées
jusqu'au mois de janvier prochain , et que dans le moment
où la Convention s'occupait assidument de la constitution ,
il serait criminel d'interrompre ses travaux. Il a été arrêté
que ces observations seraient imprimées et communiquées aux
sections.
Dix- sept déserteurs dont 16 Autrichiens et un Hollandais
prêtent serment de fidélité à la République Française. Le conseil
les renvoie au ministre de la guerre pour être incorporés
dans les troupes de la République.
Le conseil ordonne l'impression et l'affiche d'un arrêté du
directoire du département , par lequel tous les armuriers , ar
quebusiers , charrons , etc. sont mis en état de requisition
permaneute , pour la confection et le prompt achevement de
tous les affuts , caissons , trains et charriots d'artillerie .
Le vice -président , Destournelles , annonce que la Convention
nationale l'a nommé au ministere des contributions publiques
. Il reconnaît, devoir cette place à la bienveillance et å
l'estime que le conseil lui a témoignée . Il hésitait d'abord
d'accepter ; mais les conseils du citoyen maire l'y ont déterminé.
Il demande s'il peut encore rester membre du conseil.
C'est le plus cher de ses veux , et il s'honore de l'écharpe
qui lui a été donnée le 16 août. 99
Le conseil délibérant sur la demande de Destournelles , passe
à l'ordre du jour motive sur ce qu'aucune loi ne prononce
l'incompatibilité entre les fonctions de notable de la commune
et celles de ministre des contributions publiques.
( 380 )
TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE .
Louis Beguiner , âgé de 36 ans , tapissier demeurant à Paris ,
lieu de sa naissance , a éte condamné à mort sur la déclaration
du jury , portant que ce particulier , enrôlé dans la
ge. compagnie de la section du Museum , pour aller combattre
les révoltés de la Vendée , a cherché à débaucher plusieurs
de ses camarades pour le service des contre - révolutionnaires
. Le jugement a été exécuté le 11 à 9 heures du soir.
Le tribunal révolutionnaire a condamné à mort douze conspirateurs
de la ci - devant Bretagne , savoir ; Gabriel -François de
Lamotte la Guiomarais , ci- devant gentilhomme breton ; Marie-
Jeanne Micault , femme Lamotte la Guiomarais ; Elie-Alexandre-
Victor Thebault , instituteur; Julien-Alain Picot-Limoëlan , cidevant
gentilhomme breton ; Angélique - Françoise Desilles ,
femme de Jean Roland ; Desclos de la Fauchais , ci - devant
gentilhomme breton ; Guillaume - Maurice Delaunay , ci -devant
lieutenant de l'amirauté de St.-Malo ; Félix -Victor Locquet de
Grandville , ci-devant gentilhomme breton ; Nicolas -Bernard
Grout de Lamotte , ci -devant gentilhomme breton ; Therese
Limoëlan de Fougere ; Jean- Baptiste- Georges Fontevieux ;
Louis-Anne Pontavice , ancien officier au ci-devant régiment
d'Armagnac ; Georges-Julien-Jean Vincent , interprête de la
Jangue anglaise à St. - Malo , atteints et convaincus d'être les
complices et agens de la conspiration de la ci - devant province
de Bretagne , sous l'autorisation des freres du ci - devant roi ,
de laquelle le ci- devant marquis de la Rouerie était le chef. Ils
ont été exécutés le 18 juin sur la place de la Révolution . "
Le même tribunal a condamné à la déportation à la Guyanne
française , les nommés Perrin , jardinier ; et Lemasson , chirurgien
: il a acquitté les nommés Amauri la Cuiomarais , Casimir
Ja Guiomarais , fils cadet ; David , domestique ; Taburer , médeciu
; Morel , chirurgien ; la femme Desilles d'Allerai ; la veuve
Desilles Vivel ; Thonectieaux , marchand ; Micaula - Mainville ,
homme de loi; Lavigne ; Dampierre ; Lepetit, perruquier ; Briot,
pere et fils , de l'acte d'accusation porté contre eux ; il a ordonné
, en outre , qu'ils seraient mis dans 24 heures en liberté
s'ils n'etaient pas retenus pour d'autres causes .
NOUVELLES DES DÉPARTEMENS.
BOUCHES - DU - RHONE . Marseille , le 5 juin.
Le 3 de ce mois à 7 heures du soir , le club a été fermés
!
( 381 )
les clefs en ont été remises au comité général des sections avec
le poignard de Brutus . On y a trouvé 4 canons de 4 livres de
balles , tromblons , beaucoup de piques et 15 fusils . Les
effets , bancs , chaises , tables et tribunes ont formé la charge
de trois charettes . Un cortege nombreux , précédé de la musique
militaire , a porté au comité général des sections cinq
drapeaux pris sur les ennemis , que les corsaires avaient deposés
dans ce temple de la liberté. Un grand nombre de
membres du club dépose leur diplome aux sections , et plusieurs
de ces diplomes sont portés dans la ville au bout des
piques ; enfin , il y eut illumination générale à l'occasion de
cet événement extraordinaire , attribué en général à l'effet qu'a
produit la nouvelle de la catastrophe de Lyon , du 29 mai.
Extrait du courier d'Avignon . )
Le tribunal populaire tant de fois suspendu , et tant de
fois remis en activité , a été rétabli de nouveau .
Toulan , le 4 juin . Nous avons délivré tous les prisonniers
renfermés par des actes arbitraires . L'exemple de Marseille nou's
a fortement encouragés . Notre cri de ralliement est ,
la Répu
blique et des lois ! ( Courier de l'Egalité . )
ISERE. De Grenoble , le 10 juin,
A la nouvelle des évenemens qui se sont passés à Paris dans
les premiers jours du mois , toutes les autorites constituées ,
tribunaux , juges , députés des sections , etc. se sont réunis .
L'assemble etant organisée tous les membres ont d'abord
prêté individuellement et sans exception , le serment de maintenir
la liberté et l'égalité , la stabilite et l'inviolabilité de la
Convention nationale , l'unité et l'indivisibilité de la Repu
blique , de résister à toute tyrannie et à tous genres d'uppression
. Il a été ensuite proposé diverses mesures relatives
aux circonstances , qui ont été mises à la discussion et suivi
de l'arrêté ci-après.
Art. 1er . Toutes les communes du département sont invitées
à se réunir en assemblées primaires par cantons . le dimanche
16 du présent mois de juin , et à prêter , avant aucune déli
bération ; le même serment qui a été prêté à l'ouverture de
La présente séance.
11. Chaque assemblée primaire nommera un député et l'investira
de tous les pouvoirs nécessaires pour se rendre à Grenoble
, le jeudi 20 du présent mois de juin , se réunir avec les
députés des autres assemblées primaires , y délibérer et prendre
toutes les mesures de sûreté générale exigées par les circons
tances .
III. Le procès-verbal de la présente séance sera imprimé ,
publié et affiché dans toutes les communes du departement ;
il sera en outre adressé à la Convention nationale aux 48
sections de Paris et à tous les départemens de la République .
9
( 382 )
CALVADOS. De Caen le 8 juin.
Toutes les sections assemblées ont arrêté de ne plus reconnaître
les décrets qui émanaient de la Convention_nationale ,
tant que la représentation serait incomplette. Le procès- verbal
de ce qui s'est passé va être euvoyé à tous les départemens .
Gorsas et Henri Lariviere ont assisté à la séance du départe
ment. Les commissaires Prieur et Romme ont été arrêtés à
Bayeux et transférés au château de cette ville.
CÔTE DU NORD. De St. Brieue le 8 juin .
Pour délibérer sur les nouvelles reçues de Paris , les citoyens
de la commune de St. Brieuc , chef-lieu du département , sẹ
sont assemblés extraordinairement le 7 de ce mois ; ils ont
arrêté de nommer plusieurs députés , qui se joindront à Rennes
aux députés des departemens voisins , et se rendront avec eux
à Paris , pour y. demander le respect de la représentation nationale
et l'élargissement des députés détenus .
LOIRE INFÉRIEURE . De Nantes le 8 juin.
Les 18 sections ont rédigé une adresse à la Convention
dans les mêmes principes . Elles déclarent expressément qu'elles
ne reconnaîtront jamais pour lois de la République que celles
qui auront été le résultat d'une discussion libre , et où tous
les représentans auront pu manifester leur voeu .
.
SEINE INFÉRIEURE. De Rouen le 17 juin .
Adhérera- t- on aux arrêtés des départemens du Calvados , de
POrne , de l'Eure et de l'ile et Vilaine ? Tel a été l'objet sou-
-mis à la discussion de l'assemblée des administrateurs . Le procureur-
général-syndic a soutenu que nulle portion du souverain
n'avait le droit de rassembler une force armée et de la
diriger contre telle ou telle ville , encore moins celui de détourner
le cours des caisses publiques . Il a demandé qu'il
fut rédigé une adresse dans laquelle on représenterait énergiquement
aux délégués du peuple , combien ils se sont écartés
des reglès éternelles de la justice , et que cette adresse fut
envoyée aux départemens voisins . Les raisonnemens du
procureur-général-sindic ont frappé , et l'administration s'en
est référée à son avis .
――
Extrait d'une bettre de Rouen , du 16 juin.
Tout est fort tranquille dans cette ville prudente , Je viens
de lire lejournal de navigation ; j'ai compté onze bâtimens chargés
de grains , particulierement de froment , entrés dans nos
ports. Les négocians chez qui je lis ce journal me disent que
presque tous les jours on en voit autant. Espérons donc , sur
tout avec la perspective d'une aussi belle récolte.
( 383 )
}
VENDÉE. Une lettre de Felix , commissaire national , datée
de Tours le 14 juin , donne des détails particuliers sur la
prise de Saumur. Il paraît que les rebelles ont avec eux beau
coup de troupes réglées. On fait monter leur nombre à 30
mille contre 8 mille des nôtres qui étaient assiégés dans Saumur.
La ville a été prise en 4 heures de tems. Le fort s'est
défendu pendaut 18 heures . Chinou a été pris sans résistance .
La terreur panique s'était communiqué jusqu'à Tours ; dėja
les marchands fermaient leur boutiques et parlaient d'arborer
le drapeau blanc , mais les commissaires ont fait une proclamation.
Les peureux se sont enhardis ; ils ont juré de vaincre
ou de mourir.
Angers a été évacué le 11. Les patriotes Angevins , avec leurs
papiers , leurs caisses et 22 pieces de canon , se sont rendus à
Laval pour y trouver un asyle ; cette ville éprouve une grande
disette de grains . Les ennemis mettent en avant des gens
mal armés et mal exercés . Derriere cet ordre fanatisé et mal
équipé , ce sont de véritables troupes réglées , qui , lorsque
ces malheureux ont essuyé le premier feu , donnent avec vigueur
, presque sans risques , sur nos armées étonnées de cette
apparition .
Talien écrit de Tours , que les généraux ont rassemblé tous
les débris de l'armée , et tenté une attaque contre les rebelles.
Les brigands , dit-il , ne pillent plus ; on punit même séverement
ceux qui enlevent quelque chose : cette politique les rend
plus dangereux. L'esprit public se pervertit de jour en jour ;
le défaut de subsistances vient encore augmenter nos inquié
tudes .
Le général Santerre qu'on croyait égaré est revenu à Tours
a ramené quelques pieces d'artillerie . La plus grande force
des rebelles est actuellement à Chinon ; si elle se réunit à
la colonne de Saumur pour nous attaquer , nous serons obligés
de rétrograder ; mais il y apparence que les rebelles se
porteront sur Angers et Nantes , ensuite sur la Sarthe.
On n'a aucune connaissance officielle , ni du nombre de ces
brigands , ni de leur chef , ni de leur relation , ni de leurs
moyens d'existence au sein de la République .
NOUVELLES DES ARMÉES.
ARMÉE DES ALPES MARITIMES.
Lettre du général en chef de l'armée d'Italie , Brunet , au prėsim
dent de la Convention .
Au quartier- général de l'Escarene , le 11 juin.
L'apparition de la Flotte espagnole avait répandu l'épouvante
sur toutes nos côtes . Les Piémontais cherchaient
( 384 )
pu
augmenter cette terreur , et à ranimer le courage de leurs
troupes , en annonçant que de leurs mouvemens combinés
avec ceux de la flotte , nous serions bientôt chassés du cidevant
comté de Nice . J'ai cru qu'il était du bien de la chose
publique , de rendre ce projet presqu'impossible , en m'emparant
des sommets des montagnes qu'ils occupaient , et qui
auraient leur faciliter de déboucher avec avantage sur
l'armée de la République . En conséquence , malgré la force
de l'assiette de leur différens camps , malgré les retranchemens
dont il les avaient entouré , je les ai fait attaquer le 8 sur cinq
points. La colonne de droite , conduite par le général Dumerbion
, a forcé le camp du Col- de - Pérus ; celle conduite
par le général Mieskousky , celui de Liniere ; celle du chef
de bataillon Gardane , le poste du Moulinet ; celle du chef
de brigade d'Artoman , le camp servant d'avant -poste à celui
de Fourchet. Si la colonne de gauche , aux ordres du chef de
brigade Serrurier , avait pu s'emparer du fameux poste de
Raons , les ennemis seraient actuellement en Piémont. J'espere
que cela ne sera pas long- tems retardé. J'ai fait occuper hier
de camp de Bronis , que les ennemis avaient abandonné , et
où était leur quartier- général . Les différentes marches des
troupes depuis cette occasion , m'ont empêché d'avoir les rapports
particuliers , dont je ferai passer les détails que j'adresse
-au ministre. Nous avons perdu de braves officiers et soldats ;
deux de mes aides-de- camp ont été blessés . L'ennemi a perdu
beaucoup de monde ; nous avons pris 20 officiers , 500 soldats
et deux pieces de canon .
Nous avons pris beaucoup d'effets de campement , les soldats
en vont faire des pantalons . Nous sommes des sans - culottes
de nom et d'effet , mais cela ne nuit ni au patriotisme ni au
courage de nos braves freres. En général les officiers et
soldats se sont conduits avec l'énergie et le courage de vrais
républicains , et quels qu'ayent été les obstacles que présentaient
les moyens de force combinés avec l'avantage
imposant des positions , rien n'a résisté à leur valeur et à
leur intrépidité. "
•
Signé , BRUNET.
Des frontieres du Nord , le 11 juin.
Un Français , officier dans les troupes prussiennes , et qui a
déserté avec un poste avancé qu'il commandait près Coudé , a
rapporté que cette ville était pressée de toutes parts ; mais que
les inondations de la place détruisaient souvent les ouvrages des
assiégeans. Maubeuge est également cerné par les Autrichiens .
Mais cette place est pour long- tems approvisionnée , et défendue
par une garnison nombreuse , qui a juré de s'ensevelir sous
les ruines , avant de se rendre . Valenciennes est jusqu'ici d'autant
moins pressée , que les ennemis ont besoin de disperser
leurs forces sur plusieurs points .
Jer .135.
a
te
21
{ N. 100. m 1793. )
MERCURE FRANÇAIS.
SAMEDI 29 JUIN , l'an deuxieme de la République.
POÉSIE.
Lettre au rédacteur de la partie littéraire .
PERMETTEZ- ERMETTEZ - MOI de soumettre à votre jugement quatre traductions
de six vers de Virgile assez connus , et tirés de ses
Géorgiques.
Les deux premieres sont de deux Académiciens , Delille et
Lefranc de Pompignan : les deux autres sont d'un jeune homme
qui se mêle aussi de peindre , et d'un vieillard qui rime encore
pour s'achever de peindre .
Si vous pensez que cela puisse amuser le lecteur autant que
les énigmes , vous me ferez plaisir de supprimer celles du
Mercure prochain , pour leur substituer ces divers essais de
traduction . Je m'en repose autant sur votre goût que sur votre
amitié.
AUGUSTIN XIMÉNEZ septuagénaire .
Réponse.
Je vous felicite , mon cher concitoyen , de faire encore des
vers , avec vos soixante- dix ans , et par le temps qui court :
les vôtres ne se sentent ni de l'un ni de l'autre ; cela me
donne bonne opinion de votre tête et de votre santé . Cependant
vous savez comme moi que vous n'avez pas fait une
traduction , mais une imitation très- libre , une espece de paraphrase
, où vous avez fait entrer toute l'histoire de Léandre ,
que Virgile n'avait fait qu'indiquer.
Les vers de votre jeune homme sont un peu faibles ; mais
ils valent beaucoup mieux que ceux de Pompignan . Faire naufrage
à la nage est sur-tout d'un ridicule rare. Comment le
met même ( naufragium , navifragium ) ne l'a- t -il pas averti qu'on
ne pouvait faire naufrage que sur un navire ? Et qui jamais
s'est avisé de dire qu'un homme qui se noie en nageant a fait
naufrage ! et ces expressions vagues et insignifiantes , son triste
son qui lui présage la mort , ne sont - elles pas de plates chevilles ?
Remarquez que ses Georgiques sont écrites ainsi presqué d'un
bout à l'autre. C'est pourtant cet ouvrage que le parti dévot
Tome III.
Cc
( 386 )
avait tant exalté avant qu'il parût. Il est impossible à un
homme de goût d'en soutenir la lecture.
Pour en revenir au passage en question , il me semble que
frere Delille seul a traduit ; il s'est tenu tout près de l'original ,
et ses vers sont bons . Je voudrais pourtant qu'il n'eût pas mis
le bruit des flots et le bruit des rochers si près l'un de l'autre .
Cette répétition en quatre vers est une petite négligence . Pourquoi
n'a-t-il pas osé mettre le cri des rochers , illisa reclamant
quora ? Si Virgile fait crier les flots , ne pourrait-on pas faire
crier les rochers avec d'autant plus de raison que le retentissement
des vagues contre les rochers ressemble assez à des
cris , ou , comme disaient encore les anciens , à une espece
d'aboyement ? Je m'en rapporte à vous et aux bons juges.
Vraiment je me garderai bien de supprimer ni charade , ni
énigme , ni logogriphe . Si vous ne vous souciez pas de tout
cela , il y a nombre d'honnêtes gens qui en font leurs délices ,
et il ne faut mécontenter personne . Mais sans attenter à l'énigme
, il est possible de trouver place pour votre quadrille
poétique , etc.
Quid juvenis , magnum cui versat in ossibus ignem
Durus amor ? nempè abruptis turbata procellis
Cacâ nocte natat serus freta : quem super ingens
Porta tonat cali et scopulis illisa reclamant
Equora ; nec miseri possunt revocare parentes ,
Nec moritura super crudeli funere virgo.
Je vois un jeune amant , ô tendresse insensée !
Traverser à la nage une mer courroucée .
Sa mere en vain l'appelle : en vain son triste sort
De son amante en pleurs lui présage la mort.
En vain Jupiter tonne , il affronte l'orage ,
Fend les flots , suit l'amour , l'implore , et fait naufrage.
Que n'ose un jeuné amant qu'un feu brûlant dévore ?
L'insensé pour jouir de l'objet qu'il adore ,
!
La nuit , au bruit des vents , aux lueurs de l'éclair ,
Seul , traverse à la nage une orageuse mer.
Il n'entend ni les cieux qui grondent sar sa tête ,
Ni le bruit des rochers battus par la tempête ,
Ni ses tristes parens de douleur éperdus ,
Ni son amante hélas ! qui meurt s'il ne vit plus.
1
( 387 )
Que n'ose un jeune amant , trompé par son courage ?
Voyez-le affronter , seul , les vents , l'onde et l'orage.
Sa mere vainement cherche à le rappeller .
\
Jupiter tonne en vain ; rien ne peut l'ebranler ;
Il est sourd à la voix d'une amante éplorée
Qui cause son trépas , et meurt désespérée .
Mais que n'osera l'homme , en la fougue de l'âge ,
Qui du joug de Vénus a fait l'apprentissage ?
Voyez sur l'Hellespont , entre Abyde et Sestos ,
Léandre à la merci des autans et des flots .
Il est sourd à la voix d'une mere expirante ;
Il cherche le fanal qu'alluma son amante .
Ce fanal est éteint , rien ne peut l'arrêter ,
Ni la mort , ni les pleurs que sa mort peut coûter.
Il lutte , en demandant aux dieux que la tempête
Attende son retour pour tomber sur sa tête .
CHARADE.
LISE , viens embellir ma modeste retraite
Pour vendredi je te prie à dîner ;
Mais quoi ! tu parais inquiete....
....
Ah ! tu fais maigre ; eh bien tu seras satisfaite ,
Et pour cela je vais tout ordonner
Tiens , voici ce que je projette ;
Le potage dans mon premier ;
Le plat d'entrée en mon entier
Le plat de rot dans mon dernier ↑
Cette chère sera délicate et parfaite.
( Par M. Ck. M. B. V. J
LECTEUR,
ENIGM E.
la France est mon climat.
Quoique je sois toujours en guerre ,
Jamais personne sur la terre
Ne me vit dans aucun combat.
Ccz
( 388 )
J'aime si fort la bonne chère
Que ' assiste à tous les repas t
Mais , lecteur , ne t'étonne pas
De me trouver dans la misere.
Je ne suis point dans les maisons ,
Encore moins dans les familles .
Si je suis utile. aux garçons ,
Je suis bien inutile aux filles .
Si tu te plains de ton malheur ,
Jeune amant , fais à la tristesse
Succéder la douce allégresse :
Je suis la fin de la douleur.
On ne peut sans moi faire rire ...
Mais c'est assez te détourner :
Pourvu que tu saches bien lire ,
Lecteur , tu peux me deviner
Par C. V.
ADMIR
LOGO GRIPHE.
D MIRE , ami lecteur , l'inconstance du sort :
Ici de toutes parts je fais voler la mort ;
Là , bravant les rigueurs du tems et de la parque ,
Je fais vivre mille ans le héros , le monarque .
Les six pieds qui forment mon nom
Peuvent souffrir mainte combinaison.
Retranche le second , et vois un solitaire
Qui dans certains pays mene une vie austere,
Je t'offre encore un chiffre , un vêtement ,
Un espace sur terre ainsi qu'au firmament ,
Un nombre , un patriarche , une illustre amazone .
Le nom latin d'un cruel empereur ,
2
Qu'on vit à Rome sur le trône ;
Et ce métal puissant ... Mais tu me tiens , lecteur.
Explic. des Charade , Enigme et Logogriphe du No. 99 .
Le mot de la Charade est Minuit ; celui de l'Enigme est Soulier §.
eclui du Logogriphe est Courage , où se trouvent arc , âge , rage , cot ,
courge , coeur , roc , cou , rouge , roue , orge , cure , ecru , crue
Bar , ce , ergo , grue , rue , or , ogre , cage , auge..
cour , gart ,
the
( 389 )
3
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Politique de tous les cabinets de l'Europe , pendant les regnes de
Louis XV et de Louis XVI : contenant des pieces authentiques.
sur la correspondance secrette du comte de Broglie ; un ouvrage
dirigé par lui et exécuté par M. Favier ; plusieurs mémoires du
comte de Vergennes , ministre des affaires étrangeres ; de M. Turgot
, etc. Manuscrits trouvés dans le cabinet de Louis XVI.
2 vol. in-8° .; prix 9 liv . 10 sols broches , et 11 liv . 10 sols ,
franc de port , pour les départemens. A Paris , chez Buisson
libraire , rue Hautefeuille , no. 20.
CenE ne sera pas une des particularités les moins remarquables
de notre histoire , ni un des traits les moins curieux du singulier
caractere de Louis XV , que cette commission secrette ,
confiée au comte de Broglie , pour entretenir une correspondance
clandestine avec nos ambassadeurs ou envoyés dans les
cours étrangères , dont le résultat était de procurer au roi
des connaissances particulieres , indépendamment du travail
que ses ministres faisaient avec lui , et de lui donner même
les moyens de les surveiller et de les juger . Qui n'aurait cru
que de pareilles mesures si bien concertées par ce prince et
si long-tems soutenues étaient d'un homme qui voulait absolument
tout voir par ses yeux , se décider par ses propres lu
mieres , et échapper à l'ascendant de ses ministres ? Point
du tout on voit , par les lettres même du correspondant
secret de Louis XV , que les instructions qu'il donnait n'eurent
presque jamais aucune influence sur les affaires et n'empêcherent
pas les ministres de faire , suivant l'usage , tout
ce qu'ils voulaient. Cette correspondance qui les inquiéta si
long- tems , n'avait pour principe qu'une vaine et stérile curiosité
, et Louis XV ne voulait savoir ce qui se passait dans
les cabinets de l'Europe et dans le sien , que comme un
oisif de Paris veut savoir les nouvelles de son quartier. Il
y a plus Louis s'était fait une telle habitude d'obéir à ses
ministres et de craindre ceux qu'il avait faits ses maîtres ,
que quand ce mystere diplomatique fut enfin eventé par le
duc d'Aiguillon , d'après les confidences d'une favorite qui
était à portée de mettre la main par- tout , le roi n'osa pas
avouer que tout se fit par ses ordres ; il sacrifia le comte
de Broglie qui fut exilé comme un intrigant qui s'était permis
des démarches illicites et suspectes , et il exigea en
même-tems que celui qu'il punissait pour l'avoir servi , continuât
à le servir de même et lui gardât le secret aux dépens
de sa propre réputation . Il fit mettre à la Bastille les deux
agens principaux du comte l'un était ce Dumourier , de-
1
( 390 )
1
1
venu depuis si malheureusement célebre , pour avoir trahi
sa patrie après avoir si glorieusement combattu pour
elle ;
l'autre était Favier , qui avait beaucoup d'esprit et de connaissances
; et qui reçut du roi quarante mille francs en dédomma
gement de sa détention à la Bastille . C'est au sujet de cet
exil du comte de Broglie , que le duc de Choiseul , alors
disgracié , et qui le soupçonnait non sans raison de vouloir
être ministre , dit fort plaisamment que M. de Broglie avait
pris le ministere par la queue.
Toute cette aventure qui éclata en 1773 , était assez connue :
Fouvrage que l'on annonce ici en contient les preuves autheniques
, déposées dans des lettres que le comte de Broglie écrivait
du lieu de sou exil au successeur de Louis XV, pour en obtenir
des réparations et des récompenses . Les ministres du nouveau
regne , chargés d'examiner ses papiers , rendirent témoignage
à son innocence , et Broglie fut rappellé . Il mourut quelques
années après , et il paraît que son opposition au systême
autrichien , l'une des bases de sa politique , aurait toujours
été un obstacle à son avancement , le ministere public
ou secret qui a toujours gouverné Louis XVI , étant encore
plus dévoué à ce funeste systême qu'on ne l'avait jamais été
sous son prédécesseur.
Favier le combat victorieusement dans un mémoire fort
étendu et très bien raisonné , où il traite de la situation
respective de la France et des autres puissances de l'Europe
: il en offre le tableau sous tous les aspects , et s'attache
sur-tout à montrer la supériorité que prend la maison
d'Autriche et en général le nord de l'Europe , depuis le
premier partage de la Pologne , et la dégradation de la France ,
réduite à cette époque ( en 1774 ) à n'être plus qu'une puissance
du quatrieme ordre. I attribue cet avilissement à la
mauvaise administration intérieure et extérieure , à une
politique aussi fausse qu'abjecte qui avait fait négliger les
alliances utiles pour en contracter de dangereuses et qui
repoussait ttoouutteess les mesures convenables à la dignitė
d'une grande nation , pour retarder par faiblesse des efforts
que tôt ou tard il faudrait faire par nécessité . Il ne dissimule
rien de notre honteux asservissement aux demandes insidieuses
du cabinet de Vienne , de notre lâche soumission aux injonc
tions menaçantes du cabinet de St. James . Il rappelle sans
cesse les premiers principes de notre politique naturelle , qui
a toujours consisté à garantir les libertés germaniques contre
l'ambition impériale , à nous unir à la Prusse pour menacer
l'Autriche , à la Suede et au Danemarck pour contenir la
Russie , à la Hollande pour y balancer l'ascendant des Anglais ,
etc. En un mot cet ouvrage , rempli d'excellentes vues , peut
encore être d'une grande utilité pour nous , quand nous nous
serons mis en mesure de terminer , par une paix honorable ,
ane guerre très-imprudemment provoquée contre des puissances
( 391 )
dont aucune ( si l'on excepte l'Autriche ) n'avait ni l'envie ni
l'intérêt de nous combattre , et que nous avons pour ainsi dire
pris à tâche d'armer contre nous , comme si la politique d'un
peuple libre devait ressembler à l'esprit aventurier des conquérans
despotes qui prodiguent le sang des hommes ; comme
si cette politique , qui ne doit être que la fermeté calme et
intrépide d'une nation qui a proclamé son indépendance , avait
rien de commun avec l'orgueil insensé qui proclame la guerre
contre tous les rois , quand il faut se borner à n'en craindre
aucun et à n'en pas avoir chez soi ; comme si le bon sens ne
prescrivait pas d'affermir sa propre liberté avant de songer à
affranchir les autres ; enfin comme si nous pouvions jamais
donner à l'Europe cette liberté autrement que par l'èxemple
du bonheur ; exemple qui eût été bien puissant , si nous eussions
pu dire non pas seulement : regardez , nous sommes
libres ;
mais sur-tout , regardez , nous sommes heureux .
Nous avons fait de cruelles fautes , parce que l'ostentation
d'un charlatanisme mercenaire a pris la place de ce courage
tranquille et désintéressé qui caractérisse les vrais républicaius .
Notre énergie et nos ressources peuvent encore réparer ces
fautes ; mais il est bien tems qu'une vaine exagération de paroles
cesse de passer pour du patriotisme ; il est bien tems
que nous nous souvenions que , si la France seule est assez
puissante pour résister à l'Europe , l'Etat le plus florissant peut
se détruire lui -même ; et nous devons prendre désormais pour
devise ces vers d'Horace , qui sont d'un si grand sens :
Vis consili expers mole ruit suâ :
V.m temperatam Di quoque provehunt
In majus.
SPECTACLES.
THÉATRE DE LA NATION .
Ce théatre aux nouveautés qu'il donne joint aussi des pieces
anciennes qu'il remet avec soin .
Il vient de donner Zuma , tragédie du citoyen Lefevre , et les
Fausses Confidences , de Marivaux .
Zuma futjouée avec succes , il y a 15 ou 16 ans et l'on re
Toit aujourd'hui cette pièce avec le même plaisir.
C'est un tableau des moeurs sauvages et des moeurs espagnoles
mises en opposition ; et cette ressemblance avec Alzire n'empêche
pas Zuma d'être applaudié. Il y a de l'intérêt , des siuations
dramatiques , des mouvemens passionnés , de la pompe
dans le spectacle et dans le style qui pourtant tombe quelque
fois dans l'emphase . Mademoiselle Rauceurt rend avec beaucoup
d'énergie le beau rôle de Zuma ; l'habit qu'elle a choisi
( 392 )
a paru un peu trop riche pour une reine détrônée , et qui vit
depuis 15 ans dans un bois , au fond d'une caverne . Elle aurait
pu , à moins de frais , se faire un costume plus vrai , plus
nouveau et plus pittoresque. Mais si son habit ne produit pas
toute l'illusion qu'on en pourrait attendre , il n'ôte rien à la
supériorité de son jeu .
On annonce Dom Carlos , tragédie du même auteur . C'est
l'histoire du malheureux fils du cruel Philippe II , roi d'Espagne .
Cette tragédie , faite et imprimée depuis long tems n'avait pu
être mise au théâtre sous l'ancien régime . La diplomatie s'était
mêlée alors d'en empêcher la représentation , et la cour de Madrid
n'avait pas voulu qu'on la jouât .
Les fausses confidences sont une des plus jolies pieces de
Marivaux . C'est à peu - près le même fonds que dans toutes
ses comédies , c'est toujours une surprise de l'amour. On trouve
pourtant dans celle- ci une intrigue assez piquante . Il n'y a
que trop d'esprit dans la conduite et dans les détails de
la piece ; mais cet esprit , tout fin qu'il est , ne va point
jusqu'au faux esprit dans lequel se sont jettes , depuis ,
les auteurs dramatiques qui ont travaillé dans ce genre .
Marivaux a peint des nuances délicates , mais des nuances
vraies ; il a une maniere d'attacher , d'intéresser même qui
lui appartient ; et comme le disait de lui Voltaire , il a connu
tous les chemins du coeur , exceptè la grande route.
Cette piece est jouée avec un ensemble et une perfection
qui ne laissent rien à desirer .
ANNONCE.
Lettres écrites de Barcelone , à un zélateur de la liberté qui
voyage en Allemagne ; ou Voyage en E pagne ; ouvrage dans
1 quel on donne des détails , 1º . sur l'état dans lequel se trou
vaient les frontieres d'Espagne en 1792 ; 20. sur le sort des
émigrés dans ce pays ; avec des détails philosophiques sur les
moeurs , usages et opinions des Espagnols , etc. etc. Seconde
édition . Par le citoyen Chantreau , envoyé en commission
secrette en 1792 par le ministre des affaires étrangeres , pour
visiter les frontieres de l'Espagne , et s'assurer des dispositions.
des Catalans sur notre révolution : 1 vol . in - 8 ° . Prix , 4 liv .
10 sols br. et 5 liv . 10 sols , franc de port , pour les départe
mens . A Paris , chez Buisson , libraire , rue Hautefeuille
n ° . 20 .
ERRAT A.
Dans le précédent numéro , page 341 , il s'est glissé une faute
à plusieurs exemplaires , dans l'annonce du Voyage en France !
ligne 8 , au lieu de 13 liv . , lisez 15 liv.
MERCURL
MERCURE
HISTORIQUE ET POLITIQUE.
O
ALLE MAGN E.
De Hambourg , le 5 juin 1793 .
N mande de Varsovie que les diétines ou assemblées primaires
pour l'élection des nonces à la diéte prochaine se sont
tenues dans le plus grand calme , graces aux troupes Russes .
Les nonces qui furent élus , ou plutôt désignés dans cette
ville pour être nommés , sont les sieurs Klicki et Bielanski ;
ce dernier est échanson de la couronne. On procéda ensuite
à la lecture des cahiers dressés par l'ambassadeur de Russie ,
qui fut entendue avec le même silence ; et ils sont réputés .
être la volonté expresse des citoyens .
Ces cahiers portent en substance , 10. le maintien de la
religion catholique , apostolique et romaine , dont la chûte en
France est la cause de tous ses malheurs . 2 ° . Le respect pour
la personne auguste de S. M. le roi de Pologne. 39. Les plus
grands ménagemens dans les moyens qui peuvent détourner ou
diminuer les maux qui menacent la patrie . 4° . La plus grande
économie du trésor public , 5º. La sûreté des individus et des
propriétés. 3 1
M. de Kerczetnikow , nouveau gouverneur des provinces
envahies par les Russes , vient de mourir très - regretté de ses
créatures . Le prince Sapieha , chancelieri de Lithuanie , forcé
dans le tems d'accepter le maréchalat de la confédération de
Targowitz , l'a suivi de près . Le faible Stanislas qui n'a pas
su résister à l'oppression lorsqu'il le fallait , et qu'il le pouvait
, paraît vouloir le faire aujourd'hui lorsqu'il ne le faut
peut-être pas , parce qu'il ne le peut plus ; il est toujours à
Bialistok très- décidé , dit- on , à refuser sa signature à l'acte de
démembrement de la Pologne . On sent bien que cela n'ar
rêtera pas les cours co- partageantes ; la forme ne les inquiette
gueres puisqu'elles tiennent le fond . On parle , mais ce
bruit est encore douteux , d'une résistance qui embarrasserait
un peu plus le roi de Prusse . S'il faut en croire des lettres
de Dantzick , les habitans de la Grande- Pologne lui ont envoyé
les quatre conditions suivantes , 1 °. que leur roi doit être
catholique romain ; 2 ° . qu'il ne pourra faire ni loi , ni guerre ,
ni paix , ni lever des impôts sans le consentement des palatinats
; 3 ° . qu'ils ne veulent d'autre dénomination que celle
de Grande- Pologne ; 4° . enfin , que leur ancienne constitution
sera conservée sans y rien changer que de l'aveu des états .
-Au reste , Dantzick , autrefois plus libre , plus république
Tome 111. Dd
( 394 )
que la Pologne dont elle n'était que l'alliée , n'est plus aujourd'hui
qu'une ville municipale de Prusse . Son senat dissous
a été remplacé par un tribunal de police et de justice ordimaire
, présidé par l'ancien résident de la cour de Berlin , et
où quelques sénateurs démis ont eu la lâcheté d'accepter des
places . On y va joindre une jurisdiction à peu près consulaire
pour les discussions commerciales. Les nouveaux impôts
excitent l'humeur des habitans : les formes despotiques
du gouvernement militaire inspirent de l'indiguation aux amis
de la liberté ; mais ceux qui ne songent qu'à l'argent , et par
malheur c'est le plus grand nombre dans une ville essentiellement
commerçante , sont à peu près contens , parce que le
bled de Pologne , dégagé des droits dont il était grevé , abonde
dans ce port , et que la circulation reprend de l'activité .
Frédéric Guillaume n'a pas cru devoir encore prendre, l'administration
ni les revenus dés domaines dantzicois . La Hollande
en est créanciere pour de fortes sommes dont ce prince
ne veut point charger son trésor .
1 .
De Francfort-sur- le- Mein , le 14 juin .
La cour de Vienne , engagée dans une guerre infiniment
dispendieuse , est obligée tous les jours de faire de nouvelles
levées d'hommes et d'argent. Elle vient d'ordonner aux états
héréditaires de lui fournir 18000 recrues , à prendre où l'on
pourra , puisque les juifs eux -mêmes ne sont point exempts
de la conscription militaire . Des troupes du Bannat sont arrivées
dans la capitale ; elles en font la garde conjointement
avec des soldats de milice , parce qu'il n'y reste plus de troupes
de ligne , tous les grenadiers étant partis , et le reste des artilleurs
devant partir incessamment à ce que disent les lettres
de Vienne du rer . de ce mois . Elles ajoutent qu'un rescrit impérial
, promulgać tout récemment , enjoint aux futeurs et
curateurs , lorsque leurs pupilles le demanderont , dé porter
l'or et l'argent qui leur appartiennent à la monnoie , et d'en
recevoir une obligation de quatre et demi pour cent d'intèrêt.
On a grand soin de faire sonner aussi bien haut la prétendne
trouvaille du comte de Stampfer , directeur des exploitations
métalliques , qui a rencontré tout à propos près de
Chemnitz une nonvelle mine , les uns disent d'argent , les autres
seulement de vif argent , mais très - abondante , et qui rendra
prodigieusement.
C'est pourtant au milieu de cette pénurie réelle , et que l'on
dissimule le mieux que l'on peut , ne pouvant pas la cacher ,
que l'empereur promet au pape de le garantir du ressentiment
de la République Française , qui pourrait peut - être lui demander
compte du sang du malheureux Basseville , assassiné dans
la capitale du monde chrétien.
Le nonce avait reinis , il y a quelque tems , au ministere
une note relatiye aux circonstances actuelles ; le baron de
( 395 )
Thugut, directeur-général des affaires étrangeres , y a répondu
par écrit le 13 de ce mois . Voici la substance de cette réponse ;
L'empereur approuve la conduite ferme et noble du saintpere
dans les affaires de France ; le bon succès des armes de
S. M. I. et de ses alliés a changé heureusement la face des
affaires : l'arrivée prochaine sur les côtes d'Italie des escadres
anglaise et espagnole , les mettra suffisamment à couvert de
toute surprise de la part des Français ; le grand - duc de Tos
cane a pris , pour le cas où les Français demanderaient le passage
par ses Etats , des dispositions analogues à la situation
de ses Etats , et conciliables avec la faiblesse de ses moyens
de défeuse ; enfin , l'empereur a arrêté les mesures nécessaires
pour protéger l'Italie .
L'empereur ne néglige rien pour inspirer à ses troupes tout
le courage dont elles ont besoin , puisqu'il les envoie combattre
les soldats de la liberté . Lors du passage des hussards
de Tzeklers par la capitale , il s'est fait présenter tous ceux qui
ont mérité , dans la derniere guerre contre les Turcs , la médaille
d'or et d'argent , et leur a fait distribuer une gratification
; ils étaient au nombre de 19. Ce corps est envoyé à
l'armée du maréchal de Cobourg. L'empereur doit s'y montrer
lui - même avec le jeune archiduc , et compte l'animer beau
coup par sa présence . On assure qu'il abrégera le séjour qu'il
s'était proposé de faire dans sa maison de plaisance de Laxembourg
, pour réaliser incessamment ce projet. Mais avant de
quitter le chef - lieu de ses Etats , il veut prendre toutes les
précantions possibles contre les mouvemens populaires . Aussi
mande - t - on de Ratisbonne que les ministres comitiaux ont
tenu une conférence sur l'affaire des associations des étudians
aux universités , et que celui de Bohême a proposé , au nom
de sa cour , de défendre rigoureusement non seulement ces
associations , mais aussi tous les ordres , fraternités et assoeiations
secrettes quelconques . On regarde ces associations
comme très- dangereuses aux gouvernemens monarchiques,; le
ministre de Brandebourg prendra sûrement ad referendum la
proposition de son collegue de Bohême , et cela pour cause.
Le vice-chancelier de l'Empire prince de Colloredo a remis ,
au nom de son maître , à M. Duras , qui fait à Vienne les
affaires de l'électeur Palatin , une note très - remarquable au
sujet de la neutralité qu'il a observée jusqu'à présent . L'empereur
reproche à l'électeur d'avoir séparé son intérêt privé
de l'intérêt général , et cherché à établir sa sûreté particuliere
sur une politique et des principes de neutralité contraires aux
principes de l'Empire ; il trouve que l'offre que fait actuellement
l'électeur de 3000 hommes de troupes prises de sa gar,
nison de Manheim , et sous la condition dee les donner pour
le service de l'empereur , ne remplit point suffisamment ses
obligations en qualité d'Etat de l'Empire , puisqu'au lieu du
triple contingent auquel il est oblige , il se borne à donne
Dd 2
( 396 )
L
comme subside un corps de troupes qui n'est en aucune proportion
avec l'étendue et la convenance de ses Etats . En cas
de refus , le chef du corps germanique lui annonce qu'il serait
forcé de présenter à la diete toute cette suite de demarches ,
pour en ordonner suivant les lois .
1
En général l'Autriche tient l'oeil ouvert sur la cour de Munich
; elle vient de lui envoyer un M. Laval - Montmorenci ,
fraîchement arrivé de Petersbourg. Cet émissaire est chargé
de lui annoncer la grande nouvelle qu'une escadre russe , destinée
à agir contre la France , doit incessamment arriver avec
12,000 hommes de débarquement , et de lui faire sentir que
le meilleur parti qu'elle ait à prendre , c'est de se joindre de
bonne foi aux puissances coalisées pour aider à écraser la
France , la seule puissance qui puisse pourtant la sauver .
parait que l'activité des agens diplomatiques de la cour de
Vienne commence à produire quelque effet . La ville de Cologne
vient eufin de déclarer à la diete de Ratisbonne que ,
vu le changement des circonstances , elle abandonnait le systême
de neutralité qu'elle avait adopté d'abord.
---- Il
Le roi de Prusse après avoir fait quelque séjour à Bodenheim ,
à deux lieues de Mayence , s'est rapproché dernierement de
l'armée qui se trouve , tant du côté de Landau , que dans les
Vosges entre Kaisers- Lautern et Deux -Ponts , en venant s'établir å
Deidesheim ( petite ville de l'évêché de Spire ) entre Neustadt
et Derkheim , et à mi - chemin de Landau à Worms.
Lors de la sortie des assiégés de Mayence sur le quartier
général Prussien à Marienborn , le général en chef Kalkreuth
et le prince Louis , fils cadet du roi , manquerent d'être faits
prisonniers. Celui - ci a reculé depuis de deux lieues ; il est
cantonné avec un bataillon des gardes à Nackenheim . — Ou
mande d'Openheim que les cadavres de plus de mille Autrichiens
tués le 12 mai à l'attaque de Weissnau , par des batteries
chargées à mitrailles , sont encore sans sépulture , et que
leur odeur a forcé les assiégeans de se retirer du poste important
de la plaine d'Heiligen kreutz . Les Prussiens doivent
être aussi incommodés de l'odeur cadavereuse des hommes et
des chevaux tués à Marienborn , à moins qu'ils n'aient pris
de grandes précautions . On travaille sans relâche au camp
autrichien que l'on établit entre Hambac et Zeiskammer ; mille
paysans que l'on tire des environs de Bruchsal se relevent ,
pour les travaux , tous les trois jours ; on fait des fossés trèsprofonds
que l'on couvre de branchages et de feuilles ; on
n'épargne ni vignobles , ni champs remplis de bled ; on coupe
des forêts entieres de l'autre côté du Rhin pour faire des retranchemens
. Il ne se passe pas de jour qu'ii n'arrive quelque
affaire aux environs de Mayence. Les sorties des Français
sont fréquentes , et moissonnent beaucoup de monde .
On ne néglige rien pour les deloger de toutes les petites isles
qu'ils occupent sur le Rhin ; on leur en a même repris quel(
397 ) il y
s'il en
ques-unes , mais il leur en este toujours . Le 5 au soir ,
a eu uue forte canonnade de ce côté -là ; elle a duré toute la
nuit ; on ignore quel en a été le résultat . Au reste ,
faut croire des lettres de Manheim du 16 , il y a dix - sept
chevaux de poste d'arrêtés de Neustadt à Oppenheim ,
pour le duc de Brunswick , parce que ce prince veut être présent
au'siege de Mayence qui doit commencer cette nuit.
Suivant les dernieres lettres de Vienne , datées du 10 , on
continue de faire aux armées des envois considérables de munitions
de guerre et de bouche. Il est même question de
renforcer les deux principales d'une levée qu'on porte à
60 mille hommes . Cela semblerait prouver que les pertes ont
été beaucoup plus considérables qu'on n'en est convenu dans
les rapports officiels , c'est-à -dire qu'on se serait permis quelquefois
de mentir officiellement ; ce qui ne serait pas après
tout une chose bien extraordinaire . On ne compte apparemment
pas beaucoup sur la bravoure des Juifs , puisqu'on a
renoncé à les comprendre dans les recrues , comme il en avait
été question d'abord , et que l'on se borne à leur demander
de l'argent l'armée actuellement sur pied en coûte beaucoup.
La dépense monte , malgré toute l'économie possible , à près
de 80 millions de florins par au , sans compter les frais de
transport de l'artillerie de siége , ni les frais extraordinaires
qu'entraîne le siége même d'une place .
Les Bosniaques se sont opposés de nouveau à la délimitation
des frontieres autrichiennes de leur côté ; ils ont attaqué,
suivant la depêche du général de Schlaun , l'escorte de la commission
à la tête de laquelle il est , et ont tué un officier et
quatre soldats . Le ministere est d'autant plut inquiet de cette
affaire désagréable qui pourrait avoir des suites funestes , qu'il
paraît que la Porte Ottomane commence à s'appercevoir combien
les préventions que l'Autriche lui avait données contie
les Français étaient mal fondées , puisqu'elle a permis au
citoyen Descorches , qu'un pacha avait d'abord arrêté , de
se rendre à Constantinople où il va déployer le caractere de
ministre de la nation française .
PROVINCES - UNIES ET BELGIQUE.
Les états ont enfin accordé à l'empereur et les subsides
arriérés et ceux qui viennent d'échoir. La mode des dons
patriotiques s'introduit aussi dans la Belgique . Iudépendamment
des 1,200,000 florins donnés à l'empereur et du million
au gouverneur- général , les comtes de Merode et de Lannois
ont fait chacun un sacrifice de 40,000 florins . Le duc d'Aremberg
a porté le sien de 100.000 , et l'abbé de Tongerloo n'en
a pas donné moins de 400,000 . On assure que ces sommes sont
entrées déja pour la majeure partie dans la caisse du gouvernement
, et que le reste suivra de près. Les opérations mili(
398 )
taires ne pourront qu'y gagner beaucoup d'activité . On écrit
de Bruxelles , en date du 9 juin , que le général Ferraris ,
chargé de la conduite du siège de Valenciennes a fait sommer
la ville de se rendre , et que comme il s'attendait à un refus ,
qui est effectivement la seule réponse qu'on lui ait faite , tout
sera prêt pour commencer vivement l'attaque le 20 de ce mois .
Ces mêmes lettres ajoutent : On travaille avec ardeur aux batte
ties. Une prodigieuse quantité de travailleurs arrivent sans
cesse à l'armée . Avant hier six mille paysans couverts par un
fort détachement et sous la direction d'habiles ingénieurs furent
occupés à cet ouvrage . L'ennemi enveloppé de toute patrs
voyoit ces travaux , et pouvant juger quel avantage nous en
retirerions pour sa ruine , il se disposa de son mieux à troubler
nos travailleurs . Les bombes et les boulets commencerent à
pleavoir , mais sans empêcher les travailleurs de continuer ;
quelques-uns pourtant furent , tués et nous n'eûmes que 21
hommes de morts , un capitaine de l'état-major et un porte
drapeau
du corps d'Hohenlohe blessés . L'ennemitira de la forteresse
plus de 500 coups ; mais voyant que c'étoit en vain , et que fort
peu de ses coups pouvoient atteindre les retranchemens , il
tenta nne sortie avec un corps de 8 à gooo hommes , mais
qui ne lui réussit pas.
On s'attend que le général Custines tentera de dégager
Valenciennes en détachant une partie de l'armée de 80,000
hommes qu'il a rassemblée près de Cambray : quaut à Condel,
cette place tient toujours bon contre le général Clairfait qui
Ja bloque. Les environs sont inondés au point de rendre assez
difficile la construction des ouvrages nécessaires pour en faire
le siége dans les formes .
Huit mille Hessois sont attendus d'un moment à l'autre à
Bruxelles , ainsi qu'un renfort considérable de l'armée de
réserve dont on a d'autant plus besoin qu'il a fallu dégarnir
beaucoup l'armée principale pour la sûreté des Etats héréditaires.
Au reste les puissances liguées s'observent réciproquement
; il semble qu'elles craignent que les succès de la cause
commune ne deviennent le profit d'une cause particuliere ; il
y a des germes de méfiance et de haine entre les Autrichiens
et les Prussiens .
1
Quant aux troupes britanniques , leur quartier général est
toujours à Tournay ; elles y restent dans une sorte d'inaction ;
c'est assez la marche de l'Angleterre , habituée à annoncer
beaucoup plus qu'elle ne fait , ne veut faire , et ne veut laisser
faire. Cependant il ne laisse pas que d'arriver des troupes de
cette nation à Ostende . La légion du comte de la Châtre y
débarqué déja depuis quelque tems , mais elle n'est que de
600 hommes ; elle attend de nouveaux renforts d'émigrés Français
pour être en état d'agir , et il en vient effectivement tous
les jours quelques - uns d'Angleterre , et d'ailleurs.
On prétend que ce corps , lorsqu'il sera complet , joindra
( 399 )
7
l'armée du duc d'Yorck , au lieu d'aller grossir celle des re
belles de la Vendée , destination qu'on lui avait donnée d'abord.
Le général Dumourier a fait à Bruxelles un petit voyage
qui n'a pas eu le succès dout il s'était flatté . On avait trouvé.
fort bon qu'il remit au ministre Autrichien les clefs de la
ville de Liege ; mais on a trouvé fórt mauvais qu'il ait fait
imprimer un écrit intitulé : Lettre au président de la C. N. , suivie
d'une adresse à la Nation Française. Ces deux nouvelles produc
tions ne parlant que de liberté , égalité , souveraineté populaire , le
gouvernement en a fait défendre la publication , a même
saisi tous les exemplaires , et ordonné à l'auteur de se retirer,
des Pays-Bas . Le politique mal venu s'est en effet embarqué
à Ostende pour passer en Angleterre où il doit être.
La garnison entiere de Groningue a passé par Bois-le-Duc ,.
et 20 hommes par compagnie de la garnison d'Utrecht avec.
les grenadiers Suisses de la Haye vont se mettre incessamment
en marche pour les frontieres . La cour Statoudhérienne est
si lasse de cette guerre , dont l'issue ni les suites ne peuvent
se calculer , qu'elle ferait volontiers des sacrifices pour la finir.
On assure même Dumourier a pu abtenir des conditions
que
très -favorables pour ceux des émigrés Hollandais que l'on
désirerait voir rentrer dans le pays . On va jusqu'à dire qu'il
est question d'un congrès pour la paix , et que s'il a lieu
c'est à la Haye qu'il se tiendra .
ANGLETERRE. De Londres , le 13 juin.
ช
Il existe des troubles en Irlande , et ces troubles sont de nature
à donner de l'inquiétude au cabinet de Saint -James . A peine
eut- on connaissance dans cette île de l'ordre d'y former les milices
que le feu de la révolte éclata par -tout. On déploya la
force militaire , et les troupes de ligne se virent pendant plusieurs
heures aux prises avec de simples paysans . Parmi les prisonniers
faits sur eux se trouve un de leurs chefs , appartenant à une des
familles les plus distinguées du pays , ce qui ferait volontiers
croire que ces mouvemens populaires ont un but.
Les côtes de l'Ecosse sont infestées de corsaires français . Un
d'eux fit derniérement une descente à Tobermurray , où il pilla
la douane .
Les lettres reçues des colonies Anglaises sont remplies d'expressions
de joye sur la complaisance du ministre de la marine
française , qui , quand il s'entendrait avec Pitt , ne s'y prendrait
pas mieux pour faciliter les conquêtes des colonies de la Républi
que , laissées par lui dans un état déplorable de faiblesse et de
dénuement. Les Français ne songent pas davantage à parta
leur commerce ; en voici la preuve dans la liste suivante
sur l'exactitude de laquelle on peut compter.
ger
-
Extrait des listes du café de Lloyd'ss , des 4 et 1 juin 1793.
Les navires français le Port- Louis , le Jeune- Eole et l'Emilie3
( 400 )
-
---
qui étaient à Tabago , sont tombés , ainsi que cette île , au
pouvoir des Anglais . Le 14 avril dernier , l'amiral la Forey
était chargé de cette expédition . La frégate anglaise l'Alligator
, faisant route pour Halifax , a pris et conduit audit lieu
un navire parti de la Martinique , et destiné pour M rseille ,
et l'Aimable-Famille , capitaine Levillain , parti de la Guade-
Joupe en destination pour le Havre . Le Doyn , navire de
guerre , arrivé à Portsmouth , a pris et envoyé dans un port
d'Angleterre , un corsaire français de 20 canons et de 150
hommes d'équipage . Ce corsaire avait pris un navire américain
parti de l'Inde , destiné pour Ostende . Le corsaire le
Sans-Culotte , de Nantes , armé de 16 canons , a été pris par
la frégate a Nymphe , et envoyé a Portsmouth . Un corsaire
français de 18 canons et 168 hommes d'équipage , a été pris
par une fregate espagnole , et envoyé à Alicante. Le navire
les Trois-Freres , parti de Saint- Domingue pour France , a été
pris par le vaisseau de guerre espagnol le Léandre , qui l'a envoyé
à Cadix . Le navire le Thoin , parti de la Martinique
pour Marseille , a été pris par les Espagnols et envoyé à Barcelene.
Le corsaire de Guernesey la Résolution a pris et
envoyé à Guernesey le navire français la Résolution , parti de
l'Orient et destiné pour Saint- Malo . Le navire la Notre-"
Dame de la Conception , parti de Saint- Ubes et destiné pour
Corck, pris par un corsaire français de 12 canons , a été repris
avec ce corsaire par une fregate anglaise qui les a envoyés à
Plimouth . Le navire l'Elisabeth , de Jersey , allant à Newfouland
, pris par un corsaire français , a été repris par le Henri ,
cutter de Guernesey .
-
-
1
11
-
P. S. Le 13 de mois , le général Meunier , commandant de
Cassel , est mort de la blessure qu'il avait reçue au genou , à
la sortie fai e sur Biebrich et Mosbach . Il a fallu lui faire l'im
putation , et cela ne l'a pas sauvé. Il a été enterre le lendemain
au bruit de toute l'artillerie de Cassel et du fort du Rhin. Les
généraux Prussiens lui avaient envoyé des médicamens , et
divers , rafraichissemens . On dit que pendant qu'il était allité il
a envoyé un trompette pour demander qu'il ne fut point tiré
sur Cassel , à condition que , de Cassel , on ne tirerait point
non plus . Le motif de cette demande n'était pas aisé à trouver.
Peut-être faudra -t-il l'expliquer par le rapport d'un déserteur ,
qui a assuré que presque tous les canons des retranchemens de
Cassel avaient été conduits sur les reinparts , et dans les ou
vrages de Mayence .
Le 4 , vers les dix heures du soir , la canonnade a été très-,
forte , les barques des Français se relevaient dans ce moment-là.
Nous apprenons dans ce moment que les Français qui ont été
en possession d'Arlon , depuis le 9 jusqu'au 12 , l'ont évacué ce
jour-là . Ils y ont été forces par un renfort autrichien , qui leur a
ué beaucoup de monde , et les a poursuivis jusques sur leur
territoire .
FRANCE.
1
( 401 )
FRANCE.
CONVENTION NATIONALE.
PRÉSIDENCE DE COLLO T - D'HERBOIS .
Séance du mardi , 18 juin .
Douze conspirateurs de la ci -devant Bretagne ont été condamnés
à mort par le tribunal révolutionnaire . Collot- d'Herbois
a pris la parole pour instruire l'Assemblée d'un fait qui
lui est personnel , mais qui est relatif à ce jugement . Ce matin
deux particuliers se sont présentés chez lui pour l'intéresser ,
par des motifs d'humanité , en faveur des condamnés , et connaître
de lui les moyens d'obtenir un sursis à leur exécution .
Il a représenté à ces deux citoyens , dont l'un lui est counu
pour un ci - devant marquis de Landes , que s'ils lui parlaient
comme membre de la Convention , il ne pouvait rien , et que
son devoir lui appellait , avant tout , le sang des patriotes qui
coule dans la Vendée .. La Convention a ordonné que la
déclaration de son président sera insérée dans le bulletin ..
On annonce une lettre relative au sursis demandé pour les
condamnés l'Assemblée a passé à l'ordre du jour .
:.
Une adresse des citoyens d'Orléans à la Convention , exprime
leur adhésion aux mesures prises , contre une partie de
ses membres . Sur la proposition de Thuriot , l'Assemblée
confirme définitivement la municipalité, provisoire de cette
ville..
Une députation des membres du département du Cher est
venne protester contre les arrêtés de différens départemens qui
ont désigné la ville de Bourges pour le point de réunion des
suppléans. Ils ne reconnaissent d'autre Convention que celle
qui siége à Raris , et ils la félicitent des mesures qu'elle vient
de prendre. illa oppor
que
Deux députés extraordinaires de la ville d'Arras , déclarent ,
au nom des citoyens de la commune de cette ville ,
Donoux , Personne , Maignan , Varlet et Thomas Payne , députés
à la Convention par le département du Pas-de - Calais ,
ont perdu leur confiance .
Une députation de la commune de Vernon dénonce la conduite
du district d'Evreux , qui menace de faire marcher des
troupes contre les communes qui ont refusé d'adhérer aux
arrêtés du département de l'Eure. L'état où se trouve la
commune de Vernon est déplorable , ajoute l'orateur ; nous
,, sommes menacés de la guerre civile bâtez - vous de nous
donner des secours . La municipalité de Vernon est presque
Tome III. alanınan troll
Ee.
( 402 )
" entierement désorganisée ; plusieurs de ses membres ont
déserté leur poste ; le conseil général de cette commune
" vient d'arrêter les fonds entre les mains du receveur du
99 district, et d'en suspendre l'envoi au trésor national ; nous
senouvellons ici le serment de rester fidcles à la République
et à la Convention nationale . "
Un administrateur du departement de l'Eure déclare qu'il
a signé les arrêtés de ce département , mais que sa signature
lui avait été surprise , et qu'il la rétracte.
Sindet a observé que le département de l'Eure a attiré à
Evreux un corps de dragons de la Manche qui paraît être
totalement à la disposition des administrateurs contre- révolu
tionnaires.
མ ིི་, :་ །༧
Sur la motion de Thuriot la Convention a rendu le décret
suivant.
Art. Ier. Les lois qui font defenses aux administrateurs er
membres des conseils généraux de district et de département ,
de quitter leur poste , sous les peines y portées , seront exécutées..
II. Tout administrateur et membre du conseil de district
et de département qui sortira du cercle dans lequel il a le
droit d'exercer ses fonctions , sera arrêté , ses papiers visités .
III. S'il y a preuve qu'il ait des instructions ou pouvoirs
pour conférer avec les autres administrations , et machiner pour
rompre l'unité et l'indivisibilité de la République , il sera tras
duit sans délai à Paris , pour être par la Convention ordonné
ce qu'il appartiendra.
IV . S'il n'est porteur d'aucunes instructions ou pouvoirs ,
il en sera référé au comité de sûreté générale pour savoir s'il
y a des renseignemens particuliers , et demeurera en état d'arrestation
jusqu'à ce que ledit comité ait prononcé .
V. Ne seront arrêtés les administrateurs et membres de
conseil ou commissaires par eux envoyés , qui en consequence
de pouvoirs se rendront directement à la barre de la Convention
nationale , ou qui , en exécution des délibérations , seront
à la tête de bataillons en marche pour aller se joindre aux
armées .
VI . Seront mis en état d'arrestation tous les suppléans qui
se rendraient à un point convenu pour y former une réunion
dont l'objet serait de servir la conjuration formée contre l'unité
et l'indivisibilité de la représentation nationale .
VII . Enjoint au conseil exécutif , aux administrateurs de
départemens et de districts , aux municipalités et conseils de
communes , aux tribunaux et juges de paix de veiller à l'exés
cution du présent décret , autorise même tous les bons citoyens
à faire lesdites arrestations , à la charge d'en référer aussi -tôt
auxdites autorités constituées , et en même tems à la Convention
nationale.
Marat renouvelle ses dénonciations contre les généraux et les
I
( 403 )
1
commissaires de la Convention dans la Vendée . Lacroix , de la
Marne , veut que le général Wimpfen soit arrêté pour avoir
souffert l'emprisonnement des comm ssaires de la Convention
dans le château de Caen . Un autre membre demande que cette
mesure soit étendue au commissaire Coustard . Toutes ces
propositions
sont renvoyées au comité de salut public.
Le ministre de la justice a transmis à la Convention la liste
es députés en état d'arrestation chez eux , de ceux partis
depuis leur arrestation , et enfin de ceux dont l'absence n'a
pas permis de meure les mandats d'arrêt à exécution . La voici :
Deputés mis en état d'arrestation chez eux.
Lanjuinais , Vergniaux , Geasonné , Lehardy , Guadet ,
Pétion , Boileau , Biroteau , Valaze , Gommaire , Bertrand ,
l'Hodiesniere , Gardien , Kervelégan , Molleveault.
Députés évadés après leur arrestation.
Bergoin , évadé du 6 au 7. Barbaroux , évadé du 10 au 11.
Députés qui n'ont pu être mis en état d'arrestation , n'étant plus
dans leurs domiciles.
Lidon , Buzot , Lassource , Rabaut , Brissot , Salles , Chambon
, Gorsas , Grangeneuve , Lesage , Vigée , Louvet , Henri
Lariviere .
Mallarmé , rapporteur du comité des finances , a fait décréter
que la caisse de l'extraordinaire verserait dans celle de la
trésorerie nationale , pour les dépenses du mois dernier , la
somme de 315,563,356 liv.
L'adjudant-général Sandos , écrit de Luçon le 15 de ce mois ,
que l'armée à ses ordres , composée seulement de sept
t'cents
hommes d'infanterie et de quarante cavaliers a tenté l'attaque
du château d'Hermenonde , défendu par quatre mille rebelles
et trois cents hommes de cavalerie .
Trois fois les rebelles ont voulu se ranger en bataille , et trois
fois l'artillerie française a rompu leurs bataillons . Forcés dè
rentrer dans le château , ils y ont été assaillis , et contraints
de l'abandonner aux patriotes , qui y ont trouvě 22 chevaux
50 mulets , 40 à 50 bêtes à corne , une quantité assez consi
dérable de grains et de fourrages qu'ils avaient pris à Fontenay-lepeuple
, et trente soldats Français que les brigands avaient
renfermes dans un cachot.
-Les rebelles ont eu 12 hommes de tués et beaucoup de
blessés les Français n'ont én qu'un blessé . Le bataillon de la
Charente s'est principalement distingué dans cette affaire .
Séance du mercredi 19 juin .
E
A l'ouverture de cette séance , Génissieux a observé que le
procès -verbal de la séance du 16 n'avait pas fait mention dun
Ee 2
( 404 )
décret qui ordonne que dorénavant tous les pensionnaires de
la République seront payés dans les districts . L'Assemblée
a ordonné l'insertion de ce décret.
Un membre , au nom du comité de la guerre a fait un rap
port sur les faits qui ont donné lieu à l'arrestation du général
Chazot. Il en résulte que toutes les imputations sont autant de
calomnies. Le rapporteur proposait de déclarer qu'il n'y avait
pas lieu à accusation contre Chazot , et d'autoriser le conseil
exécutif à employer ce général ; mais d'après les observations
de Bréard , la Convention a décrété seulement qu'il n'y a pas
lieu à inculpation contre Chazot , et qu'il sera mis en liberté.
Une députation de la ville de Rouen présente une pétition
tendante à obtenir des secours en argent et en grains . Voyez la
notice de cette séance dans le dernier numéro. )
Un membre du comité de liquidation a proposé un long.
projet de décret sur la liquidation et la réduction des pensions
; la Convention a ajourné le projet de décret à quinzaine
, et décrété ce qui suit : 1º , le comite est chargé de
revoir son projet . 2° . Seront payées provisoirement les pensions
qui n'excedent pas 3000 liv .; les pensions qui excedent
cette somme seront payées jusqu'à concurrence de 3000 .
30. Nul ne pourra toucher le paiement d'aucune pension sur
le trésor public , s'il ne produit un certificat de civisme . Ce
dernier article a été décrété sur la proposition de Roux-Fusillac;
on lui a observé qu'un pareil décret exposait à mourir de
faim une infinité de ci- devant religieux et religieuses infirmes
qui ne pourront jamais obtenir de certificat de civisme. Qu'im
porte , a répondu Fusillac , que des contre - révolutionnaires
existent. L'article a été maintenn . -
Les administrateurs du département de la Somme se présentent
à la barre pour se justifier des inculpations qui leur
ont été faites . Voyez la notice de cette séance dans le dernier numéro.
)
Brival a fait un rapport sur le tribunal populaire de Marseille
, ainsi que sur le comité central des 32 sections de
cette ville. Voyez idem . ) On fait lecture d'une lettre des ad
ministrateurs du département , en date du 7. Ils écrivent que ,
soumis à la loi , ils n'ont pas voulu adhérer à l'invitation qui
leur a été faite par le comité central des, 32 sections de Marseille
, d'assister à la réinstallation du tribunal populaire , et
que l'administration du district et la municipalité ont suivi son
exemple.
Le ministre de la guerre annonce à la Convention , qu'une
partie de la garnison de Briançon s'est emparé du poste et du
village des Clavieres . L'ennemi a eu 3 hommes de tués , 2 ont
été blesses et 6 prisonniers . Le reste a pris la fuite .
Séance extraordinaire du mercredi au soir.
Un officier municipal de la commune d'Aix vient dénonces
( 405 )
es manoeuvres employées pour corrompre cette ville et l'eu
gager à coopérer à ce qu'on appellait la révolution du midi .
Il a indiqué le procureur de cette commune , nommé Jauffret ,
et le citoyen Bastier , notable , comme les principaux auteurs
de cette conspiration . Enfin il a dénoncé une lettre adressée
par Duprat jeune , Duperret , Barbaroux et Durand- Maillanne ,
à la commune d'Aix , dans laquelle il félicite les sections de
cette ville sur leur retour à l'ordre . Renvoyé au comité de
sûreté générale.
-
Des députés de diverses communes du département de
l'Eure sont venus protester contre les arrêtés de ce département.
Celle de Bernay s'est particulierement distinguée par
son indignation contre la conduite du département ; elle s'est
plainte de ce que la commission départementale , dont un déeret
ordonne le rassemblement dans cette ville n'y est pas
encore etabli Citoyens , a ajouté l'orateur , Bernay est
dans une situation alarmante ; elle se trouve entre deux départemens
qui sont en état de rébelliou ouverte ; peut- être le
sang y est prêt à couler ; car le département y envoie un
détachement de 500 hommes qui doit diriger sa marche sur Paris .
Cette force armée n'est pas alarmante par son nom , mais
elle espere se grossir dans sa marche. Renvoyé au comité
de salut public.
-
Une députation de la légion germanique accuse ses nouveaux
officiers d'avoir contribué à la déroute de la légion près
de Saumur et demande justice contre ces traîtres . Renvoyé
au comité de sûreté générale.
Lamarliere écrit que la guerre de poste continue à se faire
avec avantage.
L'ennemi ne cesse de nous harceler , quoique nous devrions
le dégoûter de la préférence qu'il nous donne . - Beauharnois
mande de son quartier - général de Weissembourg qu'il se croit
plus propre à combattre la coalition des tyraus qu'à remplir
les fonctions de ministre. En conséquence il prie l'Assem
blée de recevoir sa démission . Je sais , ajoute - t- il , que le
même décret qui m'accorde le ministere , me donne un succesmais
l'honneur de servir son pays doit suffire à un républicain
d'ailleurs j'acquerrai , sous un chef plus âgé , l'expérience
qui me manque .
scur
:
On ardonne la mention honorable d'un arrêté par lequel
Ja section de Bondy s'est décidée , dans le cas qu'une force
armée marcherait contre Paris , à envoyer à sa rencontre un
juge de paix tenant en main une branche d'olivier .
Séance du jeudi , 20 juin.
La séance est ouverte par la lecture d'une foule d'adresses
d'adhésion aux mesures prises par la Convention nationale
dans la journée du 31 mai. Une lettre de la société populaire
du Mans , annonce qu'elle a rejetté avec horreur les proposi
Ee 3
( 406 )
tions des commissaires du département du Calvados. Elle porte
en outre que des volontaires ayant remarqué qu'un des commissaires
avait à son chapeau un cordon blanc et deux fleurs
de-lys , la société les avait fait mettre en état d'arrestation ,
mais que la cominune les avait remis en liberté , vérification
faite de leurs pouvoirs . Quelques membres ont paru douter
de l'authenticité de ce fait , et l'Assemblée a chargé le ministre
de l'intérieur de le vérifier .
Des membres des autorités constituées du district d'Ande- ,
lys , département de l'Eure , avaient arrêté , conformément à ..
la loi , le citoyen Fauvin , porteur d'ordre du département.
Ils l'amenent à la barre , et deposent sur le bureau les pieces
dont il était muni . Le prévenu s'est justifié , en attestant que
le patriotisme seul l'avait amené dans la démarche qu'il´à .
faite ; qu'il était persuadé que la Convention n'était pas libre ,
mais qu'il appercevait en ce moment combien on l'avait trompé.
La Convention a renvoyé ce citoyen par - devant le
Comité de sûreté générale pour y être interrogé , et elle a
décrété qu'il sera gardé à vue jusqu'au rapport du comité.
On a fait lecture d'une adresse des administrateurs du département
du Nord à leurs concitoyens , tendante à les prémunir
contre les piéges qui leur sont dressés , relativement à
la journée du 31 , journée glorieuse , disent-ils , puisqu'elle a
fait taire toutes les passions , et qu'il en est résulté une constitution
après laquelle la France soupirait depuis si long-tems.
Le département de la Marne a suivi l'exemple de celui du
Calvados. Les citoyens de Sainte- Menehould improuvent formellement
la conduite des administrateurs .
La majorité des sections de Paris est venue demander le
rapport du décret qui établit une armée révolutionnaire . Les
petitionnaires ont démontré que ce décret est impolitique ,
injaste et dangereux. Il est impolitique , car il établit une dif
férence entre les nouveaux soldats et les autres défenseurs de
la patrie. Il est injuste ; en ce qu'on leur accorde une paye
plus forte qu'aux soldats qui composent les autres armées de
La République . Enfin il est dangereux , parce qu'il tend à
dégarnir les atteliers , sans aucune autre utilité que de former
peut-être une armée prétorienne dont l'existence menacerait
la liberté . Renvoyé au comité de salut public.
Billaud-Varennes était chargé de faire un rapport du comité
de sûreté générale sur la conduite du général Wempfen . Le
comité de salut public a déclaré que ce rapport était inutile.
Wempfen venant d'être rappelé par le conseil exécutif comme
convaincu de complicité avec les administrateurs du Calvados .
On a repris la discussion des articles additionnels à la constitution.
Le comité a proposé de substituer au juri civil qu'on
avait demandé , des arbitres publics qui termineraient sans frais
Foutes les contestations , qui ne seraient pas du ressort de la
justice de paix , ou que les arbitres de choix n'auraient pas
(407)
décidées. Il a prouvé qu'autant que l'institution du jury était
utile en matiere criminelle , autant elle serait funeste en
matiere civile. Dans les premieres , le fait est toujours séparé
d'une maniere très - distincte du droit ; le jury pent aisément
connaître le , fait , et déclarer si l'accusé est le coupable.
Dans les secondes , le fait et le droit sont intimement compliqués
; il est impossible qu'une question à décider au
civil se conçoive , se saisisse , sans réunir le fait et le droit.
Au criminel , si la loi manque , quoique le delit soit constant
, le coupable est absous . Au civil , si la loi n'a pas- prévu
le fait , il ne faut pas moins le décider et adjuger à l'une
des parties le droit qu'elle réclame . Dorénavant nous dirons
aux plaideurs Efforcez -vous de transiger , choisissez des
arbitres , rècourez avant tout à une médiation . Si vous ne
pouvez vous entendre sur la médiation particuliere et volontaire
, vous en trouverez une publique et sociale dans les juges
de paix . Si l'objet excede la compétence bornée dans les
limites de laquelle les juges vous eussent jugés sur- le - champ ,
ils chercheront du moins à vous concilier ; c'est le devoir
sacré que la loi leur impose ; ils y réussirònt souvent , et
par - lå ils éteindront dans leur principe une multitude de
procès ruineux. Si cependant ils n'y parvenaient pas encore ,
alors dans un certain nombre d'hommes vertueux , élus par le
peuple , ou au nom du peuple , vous en choisirez qui termineront
vos débats .
La Convention a décrété qu'il y aurait des arbitres publics ,
nommés par les assemblées électorales ; le corps legislatif
reglera leur nombre et leur compétence.
- Le comité an
nonce qu'il présentéra son travail , en entier , dimanche.
Séance du vendredi , 21 juin.”
On lit par extrait un grand nombre d'adresses d'adhésion
aux évenemens et aux décrets des 31 mai et 2 juin . Le ministre
de l'interieur éprouve beaucoup de difficultés pour la distribution
des subsistances . I observe qu'il est d'autant plus urgent
de prendre à cet égard des mesures promptes , que la disette
se fait deja sentir dans tous les départemens infertiles. Renvoyé
au comité d'agriculture. On a fait lecture d'une lettre
de Marat à la Convention nationale ; en voici l'extrait :
-
Paris , 21 juin l'an 2 de la République française .
Une maladie inflammatoire , qui me retient dans mon lit ,
et dont je suis tourmenté depuis cinq mois , m'empêche
de me rendre à mon poste ; je prie le citoyen président de
faire décréter que Charrier , ainsi que plusieurs autres patriotes ,
victimes de l'aristocratie à Lyon , soient traduits à la barie ;
je demande aussi que l'Asseinblée étende au tribunal de Lyon
les mesures dont elle vient de faire usage contre le tribunal
populaire de Marseille . Ee 4
( 408 )
Je desirerais, aussi qu'on supprimât la permanence des sections
, source des troubles qui sont survenus dans les grandes
villes . Les aristocrates et les riches peuvent aller journellement
à leurs sections ; ils s'emparent des délibérations , tandis que
le journalier ,, obligé de travailler pour vivre , se trouve exclu
de ces assemblées ,
Renvoyée au comité de salut public.
Robert Lindet , de retour de Lyon , prévient l'Assembler
qu'il est impossible de faire un rapport sur l'état de cette ville
avant que les citoyens , mandés à la barre , aient été entendus.
Il assure que si la nouvelle autorité qui s'éleve à Lyon , tient
les rênes de l'administration avec fermeté , il n'y a rien à
craindre pour la liberté ; en attendant. voici le projet de
décret qu'il présente au nom du comité de salut public :
10. la Convention nationale met sous la sauve- garde de
la loi et des autorités constituées , les citoyens arrêtés à Lyon
dans les derniers troubles qui y ont eu lieu . 2 ° . Il sera sursis
à toute instruction et poursuite commencée contre ces , citoyens
. Ce projet de décret et adopté .
Une lettre du général Sauterre annonce qu'il fait conduire
à Paris le général Quétineau qui demande à être jugé . La
Convention décrete que ce general sera mis en état d'arrestation
chez lui ..
Les commissaires envoyés en l'isle de Corse écrivent que
les rebelles , à la suite d'une révolte qui a eu lieu dans ce
département , ont été totalement défaits . Ils font le plus graud
éloge des troupes de la République , et particulierement da
bataillon de l'Aveyron. Ils ajoutent des renseignements sur
la moralité du parti contre - révolutionnaire , qui veut bien
vivre et mourir français , mais auquel il faudrait , pour qu'il
ne remuât point , des prêtres insermentés , des généralissimes
et des écus à la place des assignats .
On fait leeture d'une lettre du citoyen Egalité, à la Convention
nationale J'attendais patiemment , dit Egalité , ce que
vous prononceriez à mon égard , d'après l'interrogatoire que
j'ai subi. Mais , au moment où je me flattais de voir aniver
cette décision , que la certitude de mon innocence me faisait
desirer vivement , j'ai été resserré beaucoup plus , et puis
transféré au fort Saint -Jean , où je suis depuis le 27 , mai. "
Egalité termine så lettre en sollicitant , ' sinen sa liberté toute
entiere , du moins la permission de communiquer avec les
personnes qu'il desirerait , et la faculté de se promener et de
prendre l'air.
Rhul , chargé de l'examen de la correspondance de Philippe
d'Orléans , a demandé que l'Assemblée fixat un jour pour en
tendre le rapport que cette commission est chargée de lui faire
sur cet objet. Il a assure que la prétendue faction d'Orléans
est absolument imaginaire . La Convention entendra ce rapport
mardi prochain.
( 409 ) 3533
La société populaire de Metz offre de fournir , sans dégarnir
cette place , des forces imposantes pour marcher dans la Vendée.
Toutes les autorités constituées du département de la
Côte d'Or adherent aux mesures prises par la Convention , et
la félicitent sur son travail constitutionnel .
-
Sur la présentation du comité de salut public , la Convention
nomme pour ministre de la guerre le citoyen, Alexandre,
commissaire à l'armée des Alpes , et pour ministre des affaires
étrangeres , le citoyen Desforges , adjoint du ministre de la
guerre .
Un membre ayant dénoncé l'abus des griffes pour les certificats
de non- émigration délivrés au département de Paris
l'Assemblée renvoie au comité de sûreté générale pour vérifier
les faits , et défend aux autorités constituées de se servir
de griffes .
Séance du samedi 22 juin .
-
On a donné lecture de plusieurs adresses de sociétés popu
laires , les unes adherent à la révolution du 31 mai ; les autres
s'élevent contre cette même révolution et demandent la révision
de tous les décrets rendus depuis cette époque...
A
Amiens , les citoyens mécontens de la composition de l'étatmajor
et des officiers de la garde nationale , lès ont cassés
et en ont nommé d'autres . Ces officiers sont venus se plaindre
au comité de sûreté générale qui a fait annuller ces élections et
maintenir celles faites depuis un an .
On a fait lecture d'un arrêté du conseil- général de la commune
de Landrecy sur les dépêches du ci-devant Monsieur
Extrait de la séance publique du conseil -général de la commune de
Landrecy , le 17 juin.
Le procureur de la commune a donné communication au
Conseil d'une lettre à lui adressée d'Aix-la-Chapelle , contenant
la déclaration du ci - devant Louis-Stanislas -Xavier Capet , datée
de Hamm en Westphalie , du 28 janvier dernier , par laquelle
il a l'impudence de se dire régent de Louis - Charles , qu'il a
l'audace d'instituer roi de France et de Navarre , depuis la
mort du ci-devant roi , et des lettres - patentes datées du même
lieu et du même jour , par lesquelles ce soi- disant régent de
France nomme son fugitif de frere Charles -Philippe Capet,,
pour lieutenant-général du royaume. Le conseil-général , ouï
le procureur de la commune et ses conclusions , déclaré à
l'unanimité , que ne reconnaissant point de régent en France ,
ni de lieutenant - général du royaume , ayant de tout coeur
adopté le gouvernement republicain , qui seul peut convenir
à des hommes libres , jure de nouveau d'exterminer tous les
tyrans , et de mourir plutôt mille fois que de souffrir qu'aucune
autorité s'éleve au - dessus de la loi ; qu'il ne reconnaitra
jamais pour souverain que la généralité du peuple , et qu'il
410 )
poignarders tout intrigant ou tyran qui voudra l'usurper :
arrete aussi d'après les conclusions dudit procureur de la
commune , que pour prouver combien le conseil méprise ces
deux pieces et leur auteur , qu'elles seront sur- le- champ lacérées
et brûlées pour être leurs cendres jettées au vent : le conseil
a de plus arrêté que copie de cette déclaration sera en
voyée à la Convention nationale et aux commissaires du département
du Nord dans cette ville .
Des députés extraordinaires de Nantes viennent exposer les
dangers qui menacent cette ville . Deja les rebelles lui ont
enlevé deux communications a peut-être en ce moment ne lui
en reste-t-il plus aucune , et ce malheur , s'il a lieu , doit entraîner
la perte de toute la Bretagne . Les députés assurent
cependant que les Nantois se préparent à une vigoureuse résistance
; que tous les habitans , hommes , femmes et enfans
travaillent à faire des retranchemens ; mais que cette malheu
reuse ville West abandonnée à elle-même , malgré les secours
qu'on ne cesse de lui promettre , et que les ennemis qui la
pressent sont au nombre de 70 mille. Dans ce peril extrême ,
a dit l'orateur de la députation , les administrateurs , la
» société populaire , et tous les citoyens en général nous ont
-" envoyés pour vous demander des secours. Ce n'est plus le
" tems des moyens ordinaires . Il faut que le tocsin de la
liberté sonne dans toute la République ; il faut que la France
se leve toute entiere pour écraser les brigands. "
Une lettre de Coustard , commissaire de la Convention , con-
Erme ces détails , et en ajoute de plus affligeans encore.
Une foule de propositions se * succedent rapidement.
Laporte vent que le comité de salut public soit tenu de fixer
T'heure à laquelle le tocsin sera sonné dans toute la République
, contre les rebelles de la Vendée.
Legendre fait la motion d'envoyer des patriotes dans tous
Jes départemens pour en donner le signal .
Thariot s'oppose à ces mesures extrêmes ; enfin , Barrere
observe que le comité de salut public a pris tous les moyens
efficaces pour repousser les rebelles . Il fait lecture d'une lettre
de Choudieu , commissaire à l'armée de Biron , datée de Tours
le 18 juin , dont voici l'extrait : « J'arrive à Niort ; le géneral
5 Biron est ici au milieu d'une armée nombreuse , plein de
desir de se mesurer avec les rebeiles : elle est d'environs
25 mille hommes. On peut compter sur 16 mille homines“ a
d'excellentes troupes ; le reste est composé de peres de
familles et de gardes nationales en requisition . Il y a en
si outre aux Sables 12 mille hommes de troupes bien disciplinées
, sous les ordres du général Boulard . En réunissant
* ces deux corps , on pourra aiment former une armée
&
agissante sans dégarnir les côtes . Dans quatre jours tout
99 est en ordre , et où se dispose à partir de Niort. Non's
99 organisons à Tours une armée qui sera au moins de 25,000
--
( 411 )
hommes. Elle se compose de ce qui arrive de Paris et des
debris de l'armée de Saumur.
Barrere ajoute qu'avec cette armée et les secours offerts par
la commune de Metz , on doit espérer de triompher des rebelles
; enfin , après s'être élevé contre l'abus du trop grand
nombre de commissaires dans cette armée , et les dangers plus
grands encore de la désertion ; il fait adopter les mesures
suivantes :
も
10. Le nombre des commissaires dans les armées contre
les rebelles sera réduit à 10. 20. Tout homme servant dans .
les armées contre les rebelles , qui , arrêté par eux , en recetra ^
un passe - port , et s'en prévaudra pour retourner dans ses foyers.
sera declaré lâche deserteur de la liberté , et privé pendant
dix ans du droit de citoyen . 3º . Tout homme qui quittera les
armées de la République saus congé sera regardé comme deserteur
, et puni comme tel. 4°. Tout homme saisi d'un passeport
des rebelles , constatant qu'il a prêté serment à Louis XVII ,
sera livré au tribunal revolutionnaire. 5º. Toute municipalité
qui recélera un deserteur , sera déclaré coupable de connivence.
Les commissaires conservés dans les armées de la Vendée .
sont : Choudieu , Richard , Goupilleau de Fontenai , Bourdon
de l'Oise , Bourbotte , Thuraut , Dameron , Gaudin , Anguis ,
Tallien..
Barrere fait encore décréter , au nom du comité de salut
public 1º, que le géneral Houchard restera à l'armée de
la Moselle , et Beauharnais à celle du Rhin ; 2 ° . qu'il se
rendra un commissaire à Tulles et un autre à Moulins , pour
Y hâter la fabrication des armes ; 3 ° . qu'il sera mis un embargo
sur tous les navires de commerce et les corsaires ,
jusqu'à l'entier armement et equipement des vaisseaux de la
République. La frégate la Citoyenne - française de Bordeaux
est exceptée de cette loi en raison des frais de son cquipement.
On demandait la même exception pour toutes les frégates
de 24 canons . Cette proposition a été renvoyés au comité
de salut public pour être concertée avec le minisue de la
marine.
-
On a fait lecture d'une lettre des corps administratifs d'Arras.
Ils ont fait arrêter le citoyen Maignet député , parce qu'il n'etait
pojat muni d'un congé. Ils demandent à l'Assemblée de prononcer
sur cette arrestation. La Convention passe à l'ordre
du jour motive sur le decret portant qu'elle regarde, les députés
qui n'ont répondu à aucun des appels nominaux , comme
ayant donné leur démission. Elle charge son comité des inspecteurs
d'appeller le suppléant du citoyen Maignet.
La Convention a ajourné de nouveau la discussion sur l'emprunt
forcé , après avoir décrété comme bases , i ° . que cet emprunt
ne tombera que sur le revenu , et non sur le capital
1412 )
•
les gens mariés , dont le revenu que n'excede pas 10,000 1.
en seront exempts , ainsi que les célibataires dont le revenu
■ 'excede pas 60co liv.
La Convention confirme la nomination faite par son comité
de salut public , de Beauharnais , pour commander en chef
l'armée du Rhin ; de Houchard, pour le commandement de celle
de la Moselle . Elle rapporte le décret qui avait nommé Alexandre
ministre de la guerre , sur l'observation que ce citoyen était
encore agent de change au 10 août..
Ramel , au nom du comité de salut public , propose l'établissement
d'une commission paternelle , pour juger les citoyens
suspects mis en état d'arrestation , prolonger leur
détention ou ordonner leur déportation , suivant l'urgence,
Son projet est écarté par la question préalable .
Le comité de sûreté générale , d'après un nouvel examen
de la conduite du citoyen Maulde , ex -ambassadeur en Hollande
, fait décréter qu'il n'y a lieu à aucune inculpation
contre ce citoyen , et qu'il sera mis sur le champ en
liberté .
y
Séance du dimanche 23 juin.
-
Les commissaires à Metz adressent à la Convention de nouveaux
détails sur l'affaire d'Arlon . L'on avait projetté dans le
Nord une attaque , pour le succès de laquelle on avait cru de
voir faire une diversion dans l'armée de la Moselle. Le général
Houchard , qui voulut bien seconder le mouvement du Nord ,
chercha à rendre le sien utile en se portant sur Arlon , pour
brûler les magasins qui y étaient. Au jour convenu 12,000
hommes se porterent sur Arlon , dans la confiance que les
armées du Nord et des Ardennes agiraient en même tems ;
mais l'arrivée du nouveau général dans le Nord avait changé
tout ce projet. Ce changement aurait pu devenir funeste aux
troupes de Laage ; mais leur courage surmonta tous les obstacles
, et notre victoire tient réellement du prodige . Tous
les bataillons remplirent leur devoir avec toute l'energie de
vrais républicains .
Les commissaires rendent sur- tout hommage à l'intrépidité
des carabiniers . Ils citent un trait d'humanité qui mérite d'être
conservé. Un carabinier dont ils n'ont pu découvrir le nom ,
quelques recherches qu'ils aient faites , se trouvait griévément
blessé et attendait du secours . Non loin de lui se trouvait un
malheureux Autrichien , dont l'état déplorable avait excité
l'intérêt du carabinier , et lui avait fait oublier ses propres
blessures ; un chirurgien se présente et dirige ses pas vers le
carabinier. Accourez donc , mon ami , lui dit ce brave
homme , il y a long- tems que je vous attends . 9 Le chirur
gien allait voir sa blessure ; ce n'est pas à moi , lui dit ce
carabinier , que vos premiers soins sont dus ; voyez ce maleureux
, il est encore plus griévement blessé qué moi c'est
1
( 413 )
un Autrichien , mon ennemi , il est vrai , mais il est homme
il suffit .
La garde nationale de Moulins , qui vient d'amener Brissot
Paris , est admise à la barre . Elle félicite la Convention de
son travail constitutionnel , et demande des secours en subsistance
pour la ville de Moulins .
On a réclamé pour tous les membres mis en état d'arrestation
la même faveur dont jouissent quelques - uns d'entre eux ,
de sortir avec leur gendarme . Non , a dit Legendre , des
hommes soupçonnés de conspiration contre l'Etat ne doivent
pas obtenir la faculté de renouveller leurs intrigues . Je demande
qu'ils soient au contraire gardés par deux gendarmes , et qu'ils
ne puissent communiquer avec personne. En ce cas , a- t -on
répondu , faites donc le rapport sur les détenus .
Thuriot a accusé les députés qui se sont évadés d'avoir été
provoquer la guerre civile . Les uns , a-t - il dit , se sont évades
par des escaliers dérobés , par des fenêtres ; les autres enfin
en trompant la confiance que leur avaient accordée leurs gardes.
Chabot pense que les mesures proposées sont d'autant plus
instantes que le comité de surveillance vient d'arrêter des depêches
de Gensonné , dont le but était d'allumer la guerre
civile dans le département de la Gironde . Enfin , un membre
a accusé Brissot d'être parvenu , à l'aide d'un administrateur
de Moulins , à corrompre une partie du département de l'Allier
. Il a demandé le décret d'accusation contre Brissot.
Toutes ces propositions ont été décrétées . L'Assemblée entend
la lecture de la nouvelle rédaction de la déclaration des
droits de l'homme ; elle est acceptée au milieu des applaudis
semens . Le département de Paris , la municipalité , les tribu
naux civils et criminels , accompagnés d'un grand nombre de
citoyens représentent à la barre pour remercier l'Assemblée
de la constitution républicaine qu'elle vient de donner au peuple.
Plusieurs discours ont été tour à tour prononcés par les
orateurs des pouvoirs constitués et ceux des sociétés populaires .
Après des applaudissemens redoubles , la Convention en excite
encore de nouveaux , en décretant sur la motion de Billaud-
Varennes , l'abolition de la loi martiale .
Une foule innombrable de citoyens défile au milieu de ces
applaudissemens . Le cortège se rend au champ de la fédération
, pour y resserrer sur l'autel de la patrie les liens de fraternité
qui doivent assurer à jamais le triomphe de la liberté
et de l'égalité .
Seance du lundi 24 juin.
On fait lecture de plusieurs adresses d'adhésion aux mesures
prises par la Convention . Treize communes du département
de l'Orne protestent contre les arrêtés de ce département
malgré les mesures de rigueur qu'il menace d'employer,
elles demandent à la Convention de leur envoyer des secours .
( 474 )
L'Assemblée ordonne la mention honorable et le renvoi de
la pétition au ministre de l'intérieur ; elle décrete, sur la motion
de Thuriot , que le comité de salut public , de concert avec
le conseil exécutif , prendra toutes les mesures pour donner
force à la loi dans la ville d'Evreux . La Convention casse le
tribunal criminel du département de l'Eure et le tribunal de
district d'Evreux , qui ont adhéré aux arrêtés du département ,
et charge le comité de législation de pourvoir au renouvelle
ment de ces , administrations .
Un citoyen de Toulouse vient , au nom de la société po
pulaire de cette ville , dénoncer toutes les administrations du
département qu'il represente en état de contre-révolution déclarée.
Elles ont fait arrêter comme anarchistes et comme suspects
, les patriotes les plus saillans . Des commissaires de cette
ville sout allés dans tous les départemens du Midi pour en
presser la coalition.
Bodeau , l'un des commissaires de la Convention à Toulouse
, a fait ensuite lecture de plusieurs pieces qui prouvent
que dans cette ville l'autorité de la Convention est méconnue ,
et que l'on proteste contre tous les décrets. La Convention
a rendu les décrets suivans : 1º . elle suspend plusieurs fonce
uonnaires publics de la ville de Toulouse , et les mande à la
barre. 20. Tous les citoyens incarcérés dans l'étendue du département
des Bouches- du- Rhône sont mis sous la sauve- garde
de la loi et des bons citoyens , et les personnes qui les ont
fait arrêter en demeureront responsables . 30. Les citoyens
Bazire et Rovere se rendront dans ce département pour y
réunir les esprits , et maintenir l'unité et l'indivisibilité de la
République. 4° . Le comité de divisions fera un rapport sur
les moyens d'établir une administration de département à
Avignon.
L'Assemblée a décrété l'insertion au bulletin d'une adresse
des administrateurs de Saône et Loire , qui contient la rétractation
formelle d'un arrêté piis , le 30 mai dernier , par les
mêmes administrateurs , en improbation des décrets de la
Convention .
Le comité de sûreté générale instruit l'Assemblée de la fuite
de Pétion , Guadet , Lanjuinais , et accuse Mazuyer d'avoir
favorisé l'évasion de Petion. Sur la proposition du comité ,
la Convention décrete que les membres arrêtés seront transfé➡
rés dans une maison nationale désignée par le ministre de
l'intérieur; qu'ils y seront gardés à vue , et privés de toute
communication ; que le citoyen Mazuyer sera pareillement
arrêté , et que le scellé sera mis sur ses papiers.
Ducos observait que ce décret était injuste à l'égard de ceux
qui ne se sont pas évadés , parce qu'ils n'en ont pas eu la
volonté , quoiqu'ils en eussent la possibilité . Il demandait
pour l'honneur de la Convention , le rapport du comité sur
tous les députés détenus fût fait incessamment. Boyer-Fonfrede
•
( 415 )
voulait proposer un amendement : sa voix s'est perdue dans
le tumulte.
Hérault Sechelles est monté à la tribune pour présenter les
derniers articles de la constitution . La rédaction de l'acte
constitutionnel a été adoptée au milieu des applaudissemens ,
et cette nouvelle a été annoncée au bruit du canon.
PARIS , le 27 juin 1793.
COMMUNE , CONSEIL CÉNÉRAL RÉVOLUTIONNAIRĖ , 19jui
Les conseils généraux du département du Nord , du district
et de la commune de Douay ont fait passer au conseil
plusieurs exemplaires d'une adresse par laquelle ils adherent
aux mesures prises le 31 mai , et déclarent qu'ils sont prêts
á mourir pour soutenir l'indivisibilité de la République , qui,
n'a d'autre centre que la majorité de la Convention ,
On a donné lecture d'une lettre de la Chevardiere , datée
de Tours ; il annonce que les brigands ont évacué Chinop
le même jour qu'ils s'en étaient rendus maîtres , et ajoute
qu'ils se portent sur Angers , mais que par l'arrivée des vo
lontaires et le bon esprit de l'armée on espere les réduire
avant peu. Les rébelles ne respectent pas plus les aristocrates
que les patriotes ; ils pillent tout.
Du 20 juin. Le conseil -général arrête que le départemens
sera invité à engager les communes environnantes et les corps
constitués à se reunir , dimanche prochain , à l'effet de se
transporter à la Convention nationale avec les 48 sections
et les sociétés populaires , pour la féliciter d'avoir enfin ache
vé une constitution véritablement républicaine qui assurera
la paix et la félicité publique , et ensuite se rendre au champ
de la fédération pour jurer de maintenir l'égalité , la liberté
la sûreté des personnes ee
t des propriétés , l'unité de la re
publique et le maintien des droits imprescriptibles de
T'homme..
Du 21 juin. Une deputation de la société des citoyennes révolutionnaires
demande à être admise dans le cortege qui doit
se rassembler dimanche , pour aller féliciter la Convention
et de-là au champ de la Fédération. Les plus vifs applaudis
semens des tribunes ont applaudi à cette felicitation .
La section de l'Homme armé fait part au conseil d'un at
rêté par lequel elle déclare qu'en considération du prix es
cessif de la viande , elle s'impose un carême civique .
( 316 )
Du 22 juin. Une députation de la section des Lombards,
communique au conseil - général les réclamations de cette section
, sur l'expression feliciter qui se trouve dans l'adresse qui
doit être presentée à la Convention ; elle trouve cette expres
sion peu républicaine , elle ne croit pas qu'on doive féliciter
la Convention sur l'achevement d'une constitution qui n'est
pas encore reconnue et qu'on ne peut juger.
On a observé à la députation que cette démarche avait
pour but de détruire les calomnies dirigées contre la Montagne ;
on a encore donné d'autres détails sur cet objet , après quoi
le , conseil a invité la députation aux honneurs de la séance .
Sur la demande de l'administration des subsistances , le
conseil-général a arrêté que chaque section fera , dans le délai
de 24 heures , un recensement exact des farines qui se trouvent
chez les boulangers , afin d'en faire délivrer à ceux qui n'auraient
pas la quantite nécessaire à la consommation de chaque
jour.
i.
Du 24 juin . Deux, membres de la Convention , Legendre et
David , se sont présentés au conseil- général comme pétition
naires ; ils ont fait le tableau des avantages . que les Français
doivent retirer de la nouvelle constitution ....... de cette
constitution fondée sur les bases inébranlables de la liberté
de l'égalité...... Ils ont demandé qu'en mémoire de son achevement
, tous les citoyens de Paris fussent invités à illuminer
Te soir la façade de leurs maisons . Cette proposition est convertie
en motion et adoptée à l'unanimité .
La section de Montmartre , à l'instar de celle de l'Homme
armé , s'impose un carême civique ' de six semaines . Elle a in
vité le conseil - général à prendre des mesures pour êmpêcher
fa hausse du prix des légumes . " panay s
Y
Un commissaire de la section de Moliere et Lafontaine à
fait part d'un événement malheureux , arrivé sur le boulevard?
Une petite fille a été blessée à l'oeil par une des piques de fer
qui sont à l'extérieur des jardins . Sur le requisitoire du pro
cureur da la comune , le conseil général a arrêté que tous
Les propriétaires de jardins ou maisons feront enlever les gril
lages à pique , qui blessent journellement les passans , et qui
forment une espece de démarcation entre leurs maisons et
Celles des autres citoyens .
La section de Bon- Conseil demandait si les passe -ports ne
devraient pas être suspendus , vu les dangers de la patrie. Leieconseil
a passé à l'ordre du jour , motivé sur la tol qui les e
autorise et sur la faculté ont les sections de faire toutes
les recherchés possibles pour s'assurer de la validité des inos
tifs de ceux qui sollicitent des passe - ports .
La section des Arcis est venue communiquer l'arrêté suivant:
l'assemblée générale ,, après avoir entendu la lecture d'une
lettre , adressée au citoyen Phalpin , juge de paix de cette
section ,
( 447 )
section , écrite par le maire de Painpon , datée de Rennes lo
18 jum , de laquelle il résulte que tous les départemens de
la ci-devant province de Bretagne et 20 autres doivent se reunir
à Kennes le 30 du courant , pour aviser aux moyens de
sauver la chose publique , selon eux , en marchant sur Paris ;
L'assemblée arrête que le conseil - général sera invité à nommer
de bons patriotes pour commissaires , à l'effet d'aller stirer de
l'erreur tous nos freres rassemblés à Rennes , et de faire donner
a ces commisaires une commission signée du pouvoir
exécutif.
?
TOUTES les autorites constituées de Paris , les districts de
Saint-Denis et du Bourg- l'Egalité , se sont assemblés lundi 24 ,
à neuf heures du matin sur la place de la maison commune ,
d'où ils sont partis pour aller féliciter la Convention sair l'ache
´´vement de la constitution , précédés de la statue de la liberté.
Ces citoyens ,accompagnés d'une foule innombrable du peuple ,
se sont ensuite rendus au champ de la Fédération , pour
resserrer sur l'autel de la patrie les liens d'union et de fra
ternité , qui assureront à jamais le triomphe de la liberté , de
Pégalité et de l'indivisibilité de la République .
Les douze personnes acquittées par le tribunal révolution =
naire dans le procès des Bretons , ont été renfermées à Sainte-
Pélagie par ordre du comité de salut public, Il a paru craindre
qu'elles ne songeassent à se porter parmi las rebelles de la Vendee
pour y enflammer la vengeance .
Brissot , traduit de Moulins à Paris , vient d'étre transféré
de la Mairie à la prison de l'Abbaye , par ordre de
Padministration de police , et conformément au decret rendu
par la Convention.
La citoyenne Roland a été acquittée , e 24 , en vertu d'un
arrêté du département de police en conséquence elle , reve
mait à son domicile , lorsqu'on lui a signifie un nouvel ordre
du même département , qui fa transfere à Sainte-Pélagie .
Boyet , l'un des plus fameux banquiers de cette ville ,
mis en état d'arrestation . On a mis les scellés sur ses papiers.
S'il faut en droire des bruits publics , ce banquier ét
l'agent des puissances coalisées contre la France.
On assure que Marie-Antoinette et son fils descendent an
jardin depuis trois jours , qu'ils y jouissent de la promenade
et d'une sorte d'aisance qu'ils ne connaissaient plus depuis
neuf moisson accorde à
maude , et il paraît jouir ant tous les joujoux qu'il ded'une
bonne
Dans la nuit de samedi à dimanche 23 , les ornemens et
les vases sacrés de cinq églises ont été volés . La perte est sur-
Tome III. Ff
( 418 )
out considérable à Saint - Séverin . On'n'a jusqu'ici aucun ren
seignement sur ce vol qui paraît avoir été concerté , puisqu'il
a eu lieu en plusieurs endroits , presqu'au même ins
tant.
NOUVELLES DES DÉPARTEMÈN S.
BOUCHES -DU- RHÔNE . Marseille , le 12 juin . ( Extrait du courier
d'Avignon ) . Le tribunal populaire de cette ville a été
reinstallé d'après une délibération du comité général des sections
. On a mis beaucoup de pompe à cette cérémonie , et
deux députés de chaque section y ont assisté ; mais les corps
administratifs ne s'y sont pas trouvés . Le tribunal populaire
tient ses séances dans l'église des Accoules vis - à - vis le Palais .
Il interrogea hier plusieurs prisonniers , parmi lesquels était
Ricord , administrateur du directoire du département.
Les sections ont délibéré de regarder éomme non avenus
les décrets de la Convention depuis le 29 mai. Un courier
extraordinaire va être expédié à Paris , pour inviter les députés
du département des Bouches - du -Rhône a se retirer ,
pour rappeller les 32 députés des sections de Marseille auprès
de la Convention.
et
Cette ville vient de publier un manifeste intitulé Marseille
aux républicains Français par lequel elle se déclare dans
un état légal de résistance à l'oppression . Elle invite tout
homme en état de porter les armes au nom de l'intérêt général
et de l'humanité à venir renforcer la digue qu'elle va opposer
au torrent dévastateur de l'anarchie . Elle annonce que
sur les drapeaux de cette armée , les soldats de la patrie
liront le complément de toute bonne loi : République une et
indivisible , respect aux personnes et aux propriétés . Elle appelle à
Dieu et à ses armes des attentats commis envers l'intégralité
de la représentation nationale , des atteintes portées à la liberté
individuelle de ses députés extraordinaires , des complots liberticides
dont un miracle de la providence l'a preservée , et dont
Marseille poursuit les complices qui s'étaient chargés de cette
horrible exécution dans ses murs.
Cette piece est datée du 12 juin et signée. PELOUX , président
, CASTELLANNET et PINATEL , secrétaires .
Le 16 , tous les corps administratifs ont prêté le serment
exprimé dans ce mauifeste .
GIRONDE . Bordeaux , le 12 juin. Le g de ce mois toutes
les autorités eonstituées de Bordeaux , assemblées au département
se sont constituées en commission populaire de salut
public , qui a déclaré qu'elle était permauente , et qu'elle ne
esserait ses fonctions qu'après qu'elle aurait , de concert avec
( 419 )
les agens du peuple des autres départemens , mis la liberté
hors de tous périls , en la rétablissant dans la Convention
nationale . Toutes les sections lui ont envoyé presqu'au même
moment des adresses pour lui annoncer que le peuple se dé- ;
clarait en insurrection , qu'il reprenait ses droits , et en con
fait l'exercice aux membres des divers corps administratifs et
judiciaires réunis en assemblées générales . Voici les principales
dispositions d'un arrêté pris par cette commission Elle,
s'abstiendra de prendre des mesures partielles qui l'isolent.
d'aucune partie de la République ; elle procédera de suite à,
T'organisation d'une foree départementale qui concourra , avec ,
celles que les autres départemens seront invités à lever , au
rétablissement de la liberté et de la majesté de la représenta- .
tion nationale .
" Il sera envoyé des commissaires dans tous les départemens
pour leur donner connaissance des dispositions repu- .
blicaines des habitans de la Gironde , de leur voeu pour la
conservation de l'union entre tous les citoyens Français , l'unité
d'action pour la défense de la liberté et de l'intégrité
de la République . "
ISERE . Grenoble. Les députés de la Convention nationale
à l'armée des Alpes , instruits de l'arrêté des autorités constituées
du département de l'Isere , ont publié une proclamation
pour empêcher la convention des assemblées primaires ; cependant
Grenoble a donné son adhésion à l'arrête des autorités
constituées .
NOUVELLES DES ARMÉES.
VINDÉE. Extrait d'une lettre di comité de correspondance dri
département d'Indre et Loire.'
Tours le 21 juin , Les feuilles périodiques sont peu d'ac
cord sur la position actuelle des armées patiiotes et de celle
des brigands, Voici cette position dans la plus grande exac
titude
14 .
une
L'armée de Niort est toujours dans cet endroit , à moins
qu'elle ne se soit mise en mouvement depuis hier matin . Ses
avant- postes sont souvent inquiétés par des patrouilles ennemies
; mais Sandos les repousse de tems - en- tems , et le
ses troupes , en cantonnement à Luçon , ayant surpris i
grande- garde composée de 100 hommes , qui avaient à leur
tête un prétre réfractaire , plusieurs ont été tués , d'autres ont
été faits prisonniers ; depuis la déroute de Saumur , l'armée
de Doué et celle d'Angers sont venues rejoindre le quartier
général à Tours , et il arrive journellement de nouvelles forces,
1
Ff2
( 420 )
Tandis que notre armée s'organise , que la subordination s'étabht
dans les camps , qu'une commission militaire se dispose
#punir les faches , les traîtres et les désorganisateurs , nons
travaillons à ranimer l'esprit public , abattu par les derniers
événemens de Doué et de Saumur. Aujourd'hui nous sommes
dans un tel état de défense que les rebelles n'oseraient nons
attaquer. Chinon , Bourgueil et Landes , sont les sentes villes
de notre département qui aient été souillées par leur présence.
Si les rebelles n'ont pas laissé à Saumur une garnison
considérable , ne doit - on pás en conclure que leur but est
moins de conquérir les villes et de dominer l'esprit des habitans
, que de s'approprier les provisions de toute espece et de
recruter des royalistes , pour gagner en force un port de mer ,
ou dans le cas où ils ne pourraient y réussir , se porter sur
Paris ? La ville de Tours doit fixer en ce moment les voeux
de la République ențiere. Si Farmée qui y existe est vaincue ,
si Tours est au pouvoir des brigands , rien ne peut s'opposer
au torrent ; bientôt Blois et Orléans seront leur proye. 11
Détails sur les rebelles .
On a très-peu de renseignemens sur l'armée des rebelles.
En voici quelques - uns que nous recueillons de diverses rela
tions . Ils paraissent avoir ce caractere silencieux , ce recueil,
lement sombre qui appartient aux fanatiques , une obéissance
aveugle pour leurs chefs . Ils portent presque tous de longues
jacquettes blanches d'une grosse étoffe , nouées par le milieu
d'une ceinture blanche aussi , avec point ou très-peu de paremens
et de revers . Ils ont tous au chapeau une plume blanche.
Les chefs ont des panaches qui les font recounaître ; ils ne
sont pas distingués par l'habit des plus simples soldats ; mais
ils portent leur décoration sous leur jacquette . Il y a un officier-
général à cordon rouge . Tous portent autour du col , en
sautoir , un chapelet à gros grains .
Il y en a qui n'ont que des fourches et des bâtons ferrés ;
mais un très-grand nombre aussi a de bons fusils et de longues
Bayonnettes , peu de sabres ; mais presque tous ont à la ceinsure
un ou plusieurs pistolets ,
Quand ils prennent quelques -uns de nos soldats , ils fegnent
d'abord de les bien traiter , pour tâcher de les séduire . On
prend leurs noms , leur signalement ;
on
leur
demande
s'ils
veulent
se
joindre
aux
rebelles
ou
retourner
parmi
les
patriotes
.
On
renvoie
ceux
qui
consentent
à
jurer
de
ne
point
porter
les
armes
contre
Lonis
XVII
,
ni
contre
la
religion
catholique
,
ni
contre
l'armée
dite
chrétienne
;
mais
on
les
maltraite
beaucoup
,
on
leur
donne
acte
de
leur
ridicule
serment
avec
un
passe
- port
,
et
on
les
fait
reconduite
à
une
certaine
distance
,
après
leur
avoir
coupé
sur
la
tête
,
à
peu
près
en
( 421 )
forme de tonsure , quelques touffes, de cheveux , sans doute
pour les reconnaître .
On ne dit pas ce qu'ils font de ceux qui sont assez lâches
pour consentir à servir parmi eux .
Les chefs paraissent avoir des espions par- tout , et être bien
instruits de ce qui se passe chez nous . Delà , beaucoup de ruses
de guerre qui leur réussissent. Il regne parmi eux le plus grand
concert .
Ils affectent d'abord une hypocrite modération à l'égard des
villes qui leur proposent de se rendre sans résistance ; mais
quand ils en sont maîtres , il paraît qu'ils se livrent à tous les
excès , qu'ils pillent , qu'ils égorgent les aristocrates comme les
patriotes.
Pour achever ce tableau , nous joignons ici une procla
mation des chefs des rebelles à leur armée . Cette piece est tirée
des nouvelles politiques nationales , etc. La voici :
Nous , commandans- généraux des armées catholiques et
royales arrêtons ce qui suit , dont nous ordonnons que la
lecture soit faite dans toutes les paroisses , ne pouvant pas
douter que l'intention de samajesté très - chrétienne , Louis XVII ,
roi de France ne soit de récompenser , conformément à leur
mérite , ses braves et fideles sujets qui se dévouent pour sa
cause et celle de la religion catholique.
" Nous ordonnons aux conseils provisoires établis dans les
différentes paroisses , de pourvoir à la subsistance des femmes
er enfans de ceux qui combattent pour la plus juste des causes ,
et qui ont besoin de secours ; ils donneront un reçu des bleds
qu'ils emploieront à cet effet , et en enverront un double , avec
les pieces justificatives qui les ont décidés à accorder ces se
cours au conseil supérieur établi en ce moment à Saint-
Laurent- sur-Sevres . afin qu'il ordonne le paiement des bleds :
les conseils des paroisses correspondront avec le conseil supérieur
pour leurs opérations , et obéiront aux ordres qu'ils
en recevront.
Comme l'intention de sa majesté très - chrétienne n'est
pas de faire parti.iper aux récompenses destinées à ceux qui
se sacrifient pour sa cause , les personnes lâches et indifferentes
qui ne contribuent en rien aux efforts que font les
autres pour rétablir la sainte religion et la monarchie , les
commandans - généraux se feront représenter une liste du
nombre des habitans de chaque paroisse qui marchent , non
pour un ou deux jours en passant mais continuellement :
d'après cete liste , et le nom de ceux qui la composent , ils
jugeront de la bonne volonté des habitans des différentes
paroisses ; et les familles qui seront reconnues être de mauvaise
volonté , et ne pas se vouer avec le même zele que les,
autres au soutien de la bonne cause , seront assujettis sur-lechamp
au paiement des impositions de 1792 , parce qu'il n'est
pas juste que ceux qui ne partagent pas les dangers partagent
1
"
Ff3
1
( 422 )
( 422 )
leurs récompenses dans le cas même où il y aurait des
habitans d'une mauvaise volonté bien reconnue , et qui détourneraient
les autres de servir le roi , leurs impositions seront
augmentées progressivement.
Voulant aussi , autant qu'il dépendra de nous , rétablir la
religion catholique et la rendre florissante , nous invitons
messieurs les curés et vicaires en place , qui n'ont pas les pouvoirs
généraux de leurs évêques légitimes , de s'adresser dans
le courant de la semaine qui commence demain , 2 juin , à
monseigneur l'évêque d'Agra , vicaire apostolique , résident
à Saint- Laurent- sur - Sèvres afia qu'il regle leur conduite '; -
et nous ordonnons que ceux qui n'auront pas dimanche 9
juin une attestation de monseigneur pour n'être pas inquiétés ,
soient arrêtés par les conseils des paroisses , et conduits en
prison à Châtillon ; nous ordonnons également que tous les
biens ecclésiastiques , cònnus sous le nom de biens nationaux ,
et qui ont été achetés par des particuliers , soient administrés
par les conseils des paroisses , qui recevront les prix de ferme ,
et en rendront compte au conseil supérieur , dont monseigneur
l'évêque d'Agra est membre .
A Clisson , ce 1er . juin 1793. Signés , l'Escure , le chevalier
de Marsange de la ville de Baugé .
Déportous les commandans généraux ; il est enjoint aux
chefs et à tous les soldats catholiques de la paroisse de Saint-
' Aubin- le- Clan , de se trouver en armes samedi au soir 1er . juin ,
sans faute , à Bressuire , lieu fixé pour le rassemblement géné
ral des paroisses du Poitou . Ce jeudi 30 mai 1793.
Signés , l'Escure et Desessarts.
Les passe-ports donnés aux prisonniers faits par les rebelles
sont signés par Bernard de Marigni , qui s'intitule un des com
mandans des armées catholiques et royales Quelqués personnes
reveunes avec ces passe -ports , ' et après avoir prêté serment de
ne jamais combattre contre le prétendu roi Louis XVII , ont
été arêtées .
On lit , dans la feuille que nous venons de citer , que les
seals Marigny , connus dans nos armées avant la révolution ,
étaient le capitaine de vaisseau , qui depuis a commandé à Brest ,
et son frère , lieutenant-colonel d'un régiment de dragons . C'e
dernier est mort . Le marin est retiré dans une petite ville non
loin de Paris , avec sa famille , et il s'est toujours montré trop
bon patriote pour se mêler parmi des rebelles . On ignore dono
' quel peut être ce Marigny qui signe les passe- ports de Saumure
ARMEE DU NORD.
Lille , 20 juin. Le général en chef Custines , est arrivé ici
hier vers les trois heures après midi . Le général de division
Lamarliere est aussitôt allé le visiter , et après une courie
( 423 )
2
conversation , il a accompagné le général en chef au district
ct à la municipalité , où il a beaucoup loué le bon esprit des
Lillois , l'ordre et la paix constante qui regnent dans une
ville qui est presqu'au mileu des camps des ennemis . Il a
prodigué des élogés très - flatteurs et justement mérités au général
de division Lamarliere , sur sa prudence , sur l'excellente
discipline qu'il est parvenu , par ses soins assidus , à établir
dans son armée , et sur les bous principes dont elle est
nourrie. Le général Custines est ensuite allé visiter le camp
de la Magdelainé , toujours accompagné du général Larmaliere.
Par-tout où il a passé , une foule de citoyens se trouvaient sur
ses pas et faisaient retentir l'air des cris de vive Custines , vive
la République ; ce général toujours accompagué du général de
division Lamarliere a visité la citadelle , les fortifications , les
magasins et les hôpitaux militaires . Il a été très - satisfait du bon
état de la place . Il a ensuite parcouru les avant- postes les plus
importans tel que celui du Pont -à -Marcq , qui est presque à
la portée du canon de l'ennemi . Aujourd'hui il visitera ceux
du Quesnoy , du Pont- Rouge , d'Armentieres , et enfin ceux
établis sur les bords de la Lys , et il partira ensuite pour
Aire ; où il se propose d'aller coucher , et d'où il se rendra
à Dunkerque . Il aurait bien desiré d'être accompagné dans cette
tournée , par le général de division Lamarliere ; mais la présence
de ce chef est trop nécessaire dans toute l'étendue de son
commandement , où il a à se défendre journellemeut contre
300,000 satellites , toujours prêts à ettaquer ses avant -postes ,
pour se rendre au vou du général en chef.
Chaque jour , on nous amene 20 à 25 déserteurs . Ces petites
victoires , qui ne font pas couler de sang , sont dues à un avis
traduit en allemand et en hollandais , que le général Lamarliere
a eu soin de faire semer par ses patrouilles et ses avantpostes
sur les chemins où l'on présume que les ennemis s'a
vanceront.
Lettre du général Custines au président de la Convention nationale
Aire , le 23 juin.
Je lis dans les papiers publics que le général Ferrières a
· chargé un envoyé de sa part , de présenter à la Convention une
plainte contre mon impéritie et mon incivisme . Je suis loin de
refuser le défi qu'il me porte ; car moi je l'accuse de n'avoir
point exécuté nos ordres dans la journée du 17 mai . Je deinande
décidément le conseil de guerre qu'il sollicite , et la
Convention nationale est trop juste pour me le refuser . D'ail
leurs , elle doit un exemple , et si c'est sur moi qu'il doit porter
, j'offre ma tête ; mais si Ferrieres n'a pas suivi les ennemis
, s'il n'a pas tourné leur flanc gauche , ainsi qu'il en avait reçu
Fordre , et qu'il le pouvait , s'il s'est arrêté à l'entrée du bois
Ff 4
( 484 )
dietxheim , c'est lui qui doit payer de la siennes Ja le rés
pete , il a beau m'accuser d'imperitie , il n'est que peu d'in
dividus dans Earmée qui doutent de la sienne ; et quelques
citoyens dans la République veulent bien,ne pas croire encoreà
la mienne , non plus qu'à ma prétendue trahison . Il est rems
enfin de me défaire d'un de ces frélons qui bourdonne à mes
oreilles, et met distrait pour le chasser , quandje voudrais n'employer
mon tems qu'à n'occuper de la maniere de servir les
plus utilement ma patrie . Je demande avec instance un conseil
de guerre. :
P. S. J'ai l'honneur de rendre compte à la Convention nationale
que le général . Leveneur a repoussé les postes de nos
eanerais sur l'Ecaillon , par un détachement des flancqueurs
de droite , dans la nuit du 20 au 21 , et qu'en cette occasion .
les troupes de la République ont fait quelques prisonniers. Les
général Lamarliere en a fait autant en avant de la Deuille .
Nos détachemens out tué 46 hommes aux ennemis , et fait
16 prisonniers ..
2
Quelques lettres de Bruxelles , recueillies dans les journaux
allemands , annoncent que Condé continue à se défendre , et
soutient avec vigueur le feu des ennemis . Le commandant pros
fa le 6 d'un veut. favorable pour faire monter un ballon ; mais
celui-ci parvenu à une certaine hauteur le vent changea , et
au lieu de tomber sur les territoire français il descendit dans
le voisinage de Valenciennes sur celui de l'armée autrichienne.
Il y avait une petite boëte attachée , avec une inscription portant
, que celui qui la trouverait est prié de faire parvenir à leurs,
adresses les lettres y: contenuès . Ces lettres étaient adressées au
général en chef de l'armée française , aux commissaires de la
Gonvention nationale , etc. Les personnes qui trouverent ces
dépêches les porterent au prince de Cobourg. On en ignore le
contenų .
On assure que Custines est venu à Paris incognito , qu'il
s'est concerté avec le comité de salut public , à la porte duquel
sa chaise de poste l'attendait , et qu'il n'en a sorti que pour
retourner à l'armée.
ARMÉE DE LA MOSELLE. Metz le 20 juin .
Les différens détachemens de cette armée qui ont combatuss
avec tant de gloire à Arlon , out rejoint leur cantonnnement
respectif. Nous devons à nos lecteurs la relation , de cette écla
tante victoire , que nous ne pumes qu'annoncer dans le précedent
numéro,
Le 7 de ce mois , un corps de 12,000 hommes se mit en
marche sous les ordres du général Laage. 11 prit sa direction .
( 495 )
"
sur Arlon , du côté de Luxembourg ; l'avant-garde étant com
mandée par le général Tolosan : un détachement de la garnison
de Longwi s'empara en même - tems d'un poste en avant
de cette place , pour favoriser la retraite en cas de besoin. Après
plusieurs actions assez chaudes et dans lesquelles nous avons
eu constamment l'avantage , l'attaque d'Arlon eut lieu le 9.
Le combat commença à midi et dura jusqu'à 8 heures du soir.
Les ennemis étaient campés sur la haute montagne d'Arlon ,
défendue par 40 pieces de canon . Malgré cette position , qui
paraissait imprenable , les Français , développant leur intrépi
dité ordinaire , forcerent avec la bayonnette les retranchemens
ennemis , et les emporterent de vive force . Les Autrichiens
ne dûrent leur salut qu'à une faité précipitée sur
Luxembourg. ( Voyez de plus amples détails de cette belle journée
dans la séance du 23. )
A leur retour nos braves guerriers ont été accueillis avec
les expressions de l'admiration et de la joye la plus vive ,
par - tout où ils ont passé. A Thionville , les corps administra
tifs et judiciaires , réunis à la garnison , ont été au-devant de
l'armée. Vingt jeunes citoyennes , habillées, de blanc , ayant
une ceinture tricolore et des guirlandes de fleurs sur la tête ,
ont présenté au général Laage une couronne civique , surmontée
du bonnet de la liberté. Ce général a répondu avec
autant de sensibilité que de modestie aux complimens qui lui
ont été adressés . Il a fait le plus grand éloge des soldats.
L'après- dîné il y a en bal public à l'hôtel commun.
ARMÉE DES ALPES MARITIMES.
Nice , 14 juin . Nos succès de ce côté nous consolent un
peu des mauvaises nouvelles que nous recevons des autres
parties de la France. Après avoir emporté cinq camps places
sur des sommets qui paraissaient inaccessibles , nous avons commencé
à bombarder Saorgio .
Jamais victoire ne fut plus brillante . Elle coûte aux ennemis
5,000 hommes tant tués que blessés et faits prisonniers . ' Il est
impossible de raconter tous les traits d'héroïsme qui ont
signalé les Français . L'adjudant- général Costin fut tué à côté
du général Brunet. Il dit en expirant :
Je meurs content , puis que nous avons vainen. Chabrand , adjoint
à l'état - major de l'armée , a été plus heureux : il a cent fois
affronte la mort ; ses exhortations , son exemple ont singulie
rement " secondé les dispositions du général. Nous avons eu
200 tucs et autant de bléssés . Ce n'est rien en comparaison
de la perte de l'ennenri .
Le général ennemi écumait da rage ; il jurait en italien :
Vous êtes tous des f..... lâches . Voyez les Français : avec
2000 des leurs , je serais invincible . Il ignorait que ce sont
la les prodiges de la liberté .
}
( 426 )
ARMÉE DES PYRÉNÉES ORIENTALES.
On écrit de Perpignan que la brave garnison de Bellegarde
tient toujours , malgré le fen continuel des bombes . On ne
eraint pour elle que la famine ; s'il peut y entrer des vivres ,
la forteresse est sauvée aussi essaie- t - on tous les jours de faire
avancer des convois ; mais la vigilance des Espagnols a été jusqu'ici
infatigable.
La garnison du fort des Bains a fait durer le peu de vivres
qu'elle avait pendant 55 jours ce n'est que le 57. qu'elle a
capitule , après avoir été 48 heures sans manger.
Les Espagnols ont deux généraux qui ne sont pas sans
merite ; c'est don Ricardos qui commande en chef leur armée
de Catalogne . Celui qui commande l'armée de Navarre s'appelle
don Ventura Caro .
Les Espagnols ont pris Fourques , à trois lieues de Perpignan
. lis y ont rétabli l'ancien régime dans toutes ses
formes .
IS LE DE CORSE.
Bastia . L'administration . du département est coalisée avec
Paoll à qui les Corses conservent encore une sorte de respect
religieux. On a d'abord cherché à semer des défiances
sur les commissaires de la Convention , Lacombe - Saint-
Michel et Sallicetti . Cés commissaires trouvant leur marche
semée d'entraves de la part des administrateurs du département
les ont suspendus . Ce département est accusé d'avoir soustrait
à la République 570,000 liv . , et de s'être emparé , au mépris
des ordres des commissaires , des fonds sacrés destinés à payer
les nourrices des enfans-trouvés , et le salaire du clergé .
2 Les commissaires après avoir usé de la patience due à
des citoyens qu'ils ne croyaient qu'égarés , se sont assurés
des places de Bastia , Saint -Florent et Calvi ; quant à Ajaccio
, cette ville était en révolte ouverte , les gabarres la Lamproge
et l'Aurore y étaient retenues par la force : les commissaires
ont pris le parti d'arriver par mer dans le voisinage avec la
force armée ; ils ont pris une position forte , afin d'offrir aux ,
toupes du continent un point de réunion .
A la tourde Capitello s'est engagé , le 1er juin , un combat entre
990 républicains français , soutenus de 4 pieces de canon , et 1100
rebelles . Ceux ci ont été mis en fuite . Lacombe- Saint - Michel ,
qui à 30 aus de service , et Sallicetti son collegue , ont dirigé
eux -mêmes l'action . Ils se sont repliés ensuite sur les autres
villes pour les mettre en état de défense contre les rebelles
et contre les Anglais , si ceux- ci voulaient tenter une deseente
..
Le 3 juin , 2000 rebelles , sous les ordres de Leonety ,
ex-législateur , et neveu de Paoli , ont attaqué Calvi . Il n'a
( 427 )
falla que faire sortir sur eux 800 hommes pour les disperser,
Le premier bataillon de l'Aveiron , qui n'avait jamais vu le feu ,
et qui débarquait a montré bravoure et intrépidité . Les ré
belles ont laissé 40 des leurs sur la place . Ils ont été sur- tout
fort maltraités par le feu de la frége la Prosélite . Les soldats
de la liberté n'ont eu que quatre blessés .
Ou lit dans le courier d'Avignon qu'un brigantin français ,
chassé par deux frégates espagnoles , a voulu se réfugier a
Ajaccio ; mais le canon de la place l'a obligé de se retirer.
Il a vu sur toutes les côtes de l'isle flotter le pavillon Corse ,
la ville de Bastia seule exceptée . Cette ville renferme dans
son sein les députés de la Convention .
Lettre des commissaires du peuple Français , députés en Corse , à la
Convenntion nationale.
Calvi , le 4 juin .
Nous vous avons écrit hier à la rade d'Ajaccio , par la voie
du bricq le Léopard . Nous ne vous répéterons pas aujourd'hui
les détails que cette lettre contient , imaginant qu'elle vous sera
parvenue exactement. Nous vous apprenons que nous sommes
instruits des résultats de la consulte , qui a eu lien à Corte le
26 du mois derniers Les membres très - illégaux qui l'ont tenue
ont déclaré le général Paoli généralissime , ont déclaré qu'ils
voulaient être Français , ont rappellé trois députés , ont recrée
les quatre,
" Les bataillons de volontaires réformés par la Convention
ont proclamé quelques proscriptions , etc. etc. Ainsi donc des
factieux qui osent se constituer eux-mêmes leess représentans
de la Corse , veulent bien être Fiançais , mais à condition
qu'ils auront un généralissime , mais à condition qu'ils ne recevront
pas d'assignats , mais à condition qu'ils auront leurs
prêtres réfractaires . Ils osent citer le nom de la loi , tandis
qu'ils viennent ravager et incendier les propriétés , tandis qu'ils
ont volé 570,000 liv . à la nation en coupons d'assignats , voi
qu'on échange en donnant 5 liv . de coupons pour 20 sols
de numéraire . Ils osent dire qu'ils sont Français , lorsqu'ils
pillent ou laissent piller sous leurs yeux les magasins de
Corte , lorsqu'on a pillé les magasins de l'isle Rousle et
d'Ajaccio !
Si le département de la Corse n'etait pas un pays inaccessible
, c'est à Corte même , et à coups de canon , que nous
aurions répondu à tant d'absurdités . Deja depuis quelques
jours , c'est de cette manière que nous communiquons ensemble.
Hier , environ 2000 hommes , commandés par Léonetti , sont
venus attaquer Calvi , ils s'étaient emparés des hauteurs , et de
toutes les pierres , à l'abri desquelles le Corse combat avec
avantage. Le 2 au soir , on envoya au couvent des capucins
une compagnie d'infanteiie légere ; elle fut entourée par plus
( 428 )
257
de 1000 hommes : elle se défendit avec beaucoup d'opinia
treté ; enfin , hier matin au point du jour , l'on a fait debate
euer le premier bataillon de l'Aveyron qui était arrivé la veille.
On les a attaqués sur trois colonnes , l'une a été directement
pour dégager les capucins , la seconde à gagner les hauteurs ,
et la troisieme a cherché à leur couper la retraite : alors s'ess
engagé un combat opiniâtre , presque d'homme à homme , et
de pierre à pierre , qui a duré 12 heures. Les rebelles ont
éprouvé la déroute la plus complette . Deux pieces de canon à
la rostingue les ont fort incommodés , et plus encore l'artille
ie de la frégate la Prosélite , qui a fait un feu d'enfer sur eux ,
qui a semé l'épouvante en leur envoyant des boulets à 4 et
500 toises dans la plaine .
Le deuxieme bataillon des Bouches-du-Rhône , dont le
lieutenant-colonel Sineth ne s'est pas séparé un instant , les
soldats et officiers du 26. régiment , les volontaires , c'était
à qui se jetterait avec plus de vivacité sur les rebelles . Des
volontaires ont entendu l'ex -législateur Leonetti , neveu de
Paoly , qui dans le combat n'a paru que de loin , erier aux Frangais
: Scélérats , vous payerez cher le sang de votre roi . Cependant il
a eu la prudence de s'en tenir à l'apostrophe , et de ne participer
en rien au combat. Il paraît que cet événement a un pes
abattu le caquet des rebelles , car tous les soirs les montagnes
retentissaient de cris de joie ; mais aujourd'hui regne le plus
grand calme. 11.
NOUVELLES MARITIMES.
La fotté aux ordres du vice -amiral Mòtand de Galles , est
composée de 22 vaisseaux de ligne et d'un nombre proportionné
de frégates : il est parti de Brest avec cette force impo-
#ante et à une hanteur fixée , 12 vaisseaux de cette escadre ,
avec quelques fregates , seront expédiés pour l'Inde sous le
commandement du contre amiral Kerguelen , et le vice -amiral
Morand de Galles fera route pour les Antilles avec le réste
le la flotte . Les matelots ont prêté le serment entre les mains
des autorités constituées , et sont dans les meilleures dispasitions
de combattre les ennemis de la République . On vient
de mettre à l'eau à Brest le vaisseau le Sans- Pareil , de 74 cănons
, et aussi-tôt il est entré dans le bassin pour être doublé
Cuivre.
Le corsaire le Tigre a amené dans ce port trois prises considérables
, toutes sont anglaises ; elles étaient destinées pour
les côtés du Poitou.
Le corsaire la Petite- Victoire a pris et amené dans le port de
Dunkerque deux navires anglais , chargés de fer , de suif et
de charbons de terre .
( 429 )
Copie de la lettre du citoyen J. Pinon , capitaine da corsaire le
Duguay- Trouin , de Saint - Malo.
CITOYEN MINISTRE ,
De Morlaix , le 8 juia,
J'ai l'honneur de vous prévenir que le corsaire le Duguay
Trouin , de Saint- Malo , ayant 24 canons en batterie et 200
hommes d'équipage , étant en croisiere le rer, mai par la latitude
49 degrés 50 min. nord , et 13 degrés de longitude oc
cidentale , méridien de Paris , a amariné un navire anglais véant
de Bombay , allant à Londres , chargé de coton , ayant
d'equipage 42 hommes ; cedit navire a trois ponts ; nous
sommes entrés à Morlaix le 3 de mois ; le capitaine du Duguay-
Trouin étant malade , a été obligé de laisser le commandement
le 7 an matin. Le capitaine Anglais , dans une conversation
, m'a parlé du citoyen la Peyrouse ; j'ai fait aussirôt
venir un interprête , ne sschant pas la langue suffisamment
pour m'expliquer sur ce sujet si intéressant.
Ce capitaine a dit que le 30 décembre 1791 , étant par
la latitude de g degrés sud et 159 degrés de longitude meridien
de Londres , a eu connaissance d'un navire naufragé sur
la côte de New - Georgia , mer orientale , venant de Jaqueson,
atlant à Bombay , et voulant aller par la passe de l'Est ; ce
capitaine m'a dit que ce ne pouvait être qu'un Français , et
declare qu'il n'y a point été d'autre navire ni frégate sur ce
continent , que deux frégates , anglaises qui sont arrivées en
Angleterre et lui qui y a passé ; qu'il croit que c'est la frégate
la Boussole ou Astrolabe ; il ajoute de plus qu'il n'en a
pas le moindre doute . Je possede un plan qu'il a tracé de ce
continent , et les observations qu'il a faites tant en latitude
qu'en longitade. Le cap d'Exception ou cap Trompeur, fait
entrée de la baie où est , m'a- t - il dit , le naufrage. Sur sa
déposition , je l'ai conduit au bureau de surveillance , où il a
fait une déposition plus circonstanciée . J'ai l'honneur de vous
prévenir , citoyen ministre , que je ne suis ici que de relâche ,
je vais à Saint- Malo au premier tems favorable pour me re
parer ; dans le laps de tems que nous avons été en croisiere ,
nous avons visité divers navires sous pavillon américain , chargés
pour l'Angleterre , et cela au nombre de cinq à six navires ,
et essuyé plusieurs chasses de frégates.
99
Notice des séances subsequentes de la Convention du mardi et da
mercredi.
Du mardi 25, Le rapporteur du comité d'instruction publique
, après avoir annoncé à la Convention qu'il lui sera pré(
430 )
senté incessamment un plan complet d'éducation nationale
lui soumet un projet de décret qui fixe la maniere dont s'opé
rera la réunion du 10 août .
Les administrateurs de la Seine inférieure viennent déposer
dans le sein de l'Assemblée les inquiétudes que leur donne le
défaut de subsistances ; l'Assemblée a chargé son comité d'agriculture
de réviser la loi du 24 mai , qui fixe le maximum du
prix des grains , et de lui faire un rapport sur cet objet.
Les administrateurs du département d'Eure et Loire viennent
témoigner à l'Assemblée leurs inquiétudes sur l'approche
de l'armée des rebelles . D'Angers ils se sont portés à la Flêche
, dont ils se sont emparés sans coup férir , et peut - être
en ce moment la ville du Mans est - elle en leur pouvoir. II
est instant , disent - ils , de s'opposer à leur entrée dans les
plaines fertiles de la Beauce , dont les riches productions seraient
bientôt la proie de ces brigands . Richard , l'un des
commissaires à l'armée de la Vendée , d'où il arrive , combat
l'assertion des petitionnaires , et pense que la Flêche ne peut
être en leur pouvoir.
Les administrateurs produisent une lettre de la Ferté près
la Flêche , qui porte que les rebelles se sont emparé de cette
ville et y ont arboré le drapeau blanc . Tallien soutient
que les rebelles sont en horreur par les pillages qu'ils exerceut
, qu'ils se divisent , et que les mesures bien concertées
qu'on va prendre ne sauraient manquer de les écraser. — La
Convention décrete le renvoi de la pétition au comité desalut
public.
----
Mardi soir. Plusieurs sections sont venues demander la
taxe des denrées de premiere nécessité . Une petition de la
section des Gravilliers , qui avait le même objet , mais dans
laquelle on reprochait à la nouvelle constitution de ne contenir
aucune disposition contre le monopole , l'agiotage et
la vente du numéraire , a excité la plus vive indignation .
-
Drouet instruit l'Assemblée que le département du Calvados
a fait arrêter 80 chevaux destinés pour l'artillerie ; il annotice
ensuite que Verniaux s'est évadé après avoir enivré sés gardes ;
il demande que tous les députés mis en état d'arrestation
soient transférés à l'Abbaye. Robespierre demande le rap
port du décret qui renvoie à demain la discussion sur l'affaire
des détenus , et que la Convention s'occupe des moyens de
sauver la chose publique . Saint - André appuie cette proposition
. Levasseur annonce que les détenus ne s'évadent que
parce qu'ils craignent l'arrivée du contre révolutionnaire
Charrier qui doit découvrir de grands complots.- La Con
vention decrete la proposition de Robespierre,
-.
( 431 )
Mercredi 26. On fait lecture d'une lettre du général Biron .
Lettre du général Biron au ministre de la guerre.
Niort , le 22 juin.
J'ai eu l'honneur de vous rendre compte dans ma lettre'
d'hier , que j'avais envoyé un fort détachement aux ordres
du général de division Chalbos , et du général , de brigade
Salomon , pour s'emparer de Busseau , poste assez important
des brigands. On leur a tué plus de 200 hommes , et fait
environ 20 prisonniers . Nous n'avons perdu personne . Les
troupes de la République ont marqué la plus grande ardeur.
Je serais content de cette journée , si le plus grand désordre
n'avait régné dans la retraite . Une colonne de six bataillons
tenait plus de 4 lieues de pays . Une telle maniere de
marcher est le plus grand danger que l'on puisse courir . J'ai
fortement recommandé aux officiers de tout grade beaucoup
plus de vigilance et de fermeté. Il en est cependant un asseg
grand nombre à qui je dois la justice de dire qu'ils ont fait
tout ce qui dépendait d'eux . J'espere être bientot en état de
vous rendre les comptes les plus satisfaisans . 19
,
Barrere annonce à l'Assemblée que Wimpfen vient de suivre
les traces de Dumourier et de Lafayette . Voici comment il a
accusé la réception des décrets contre les administrateurs du
Calvados . Reçu les décrets sur les évenemens de Caen plus
forts que les ministres . Il dit dans une autre lettre
*. Si
l'on ne rapporte les décrets contre les administrateurs du
Calvados , je ne peux faire le voyage de Paris qu'à la têle
de 60,000 hommes . Sur la proposition, du comité , la
Convention destitue le général Wimpfen , le décrete d'accus
sation , et défend à tous officiers civils et militaires , d'obéir
ses ordres .
››
Carpentier informe l'Assemblée que plusieurs administra
teurs du département de la Manche ont pris des arrêtés sem
blables à ceux du Calvados ; qu'ils ont tenté de faire arre
ter nos commissaires , et qu'il se forme une fermentation
terrible dans ce département .
Sur le rapport du comité de salut public , il a été décrété
que les administrateurs qui ont pris des arrêtes , tendant à
armer les citoyens , les uns contre les autres , seraient tenus
de les retracer , sous peine d'être déclarés traîtres à la patrie
et poursuivis comme tels ...
t
Une députation du département de Paris vient solliciter
l'Assemblée de mettre hors de la loi ceux des membres
détenus qui se sont évadés , dé fixer le prix des denrées , et
d'établir des atteliers . Ces demandes sont renvoyées au
comité de salut public .
( 432 )
Lettre de Dubois-Dubai , représentant du peuple auprès des armées
du Nord; Maubeuge , le 22 juin.
Citoyens , mes collègues ,
J'ai le plaisir de vous annoncer que le citoyen Berelun vient
d'exécuter , avec le plus grand succès , une expédition assez
importante , à la tête de la brave , garnison de cette place . Un
détachement composé de gardes nationaux , de chasseurs et
de soldats du douzieme régiment , a surpris un poste défendu
par cinq cents hussards ennemis ; dans un instant le poste a
été enlevé et l'ennemi a pris la fuite . Nous lui avons pris
toutes ses armes et tous ses bagages ; un officier a poursuivi
deux hussards pendant une lieue . il en a tué un , le deuxieme
lui est échappé , en laissant son cheval à son vainqueur.
9
COMMUNI D´E ¿PARI'S , “ du 26 juin.
Sur 9531 votans pour la nomination du commandant général
provisoire de la garde nationale parisienne , Raffet ,
commandant de la section de la Butte-des - Moulins , a obtenu
4958 suffrages , et Henrior , commandant de la section des
Sans-Culottes , 4573.
Le corps municipal indiquera le jour où se fera le ballotage
entre lesdits citoyens .
Suivant une lettre des citoyens Lachevardière et Momoro ,
commistaires envoyés par le département de Paris dans celui
de la Vendée , les rebelles ont évacué Saumur , et se sont
retirés sur Cholet et Mortagne ; ces commissaires attribuent la
prise de Saumur au défaut d'organisation des volontaires ; ils
invitent à surveiller plusieurs individus qui s'étant coupés les
cheveux , se sont fait croire qu'ils étaient prisonniers des
rebelles.
Sur le réquisitoire de Hébert , second substitut du procureur
, le conseil a arrêté hier , qu'il serait fait une adresse
à la Convention , pour l'inviter a rédiger une instruction aux
citoyens de la Républipue , afin de les éclairer sur l'acte
constitutionnel , et empêcher par ce moyen les intrigues
de la malveillance.
COURS DES EFFETS PUBLICS .Mai
1793 .
C. HANGES
Amfterdam
EFFETSNAT. LUNDI 27. MARDI .28.MERC .29. JEUDI 30.1 VEND .31. HS..1.aAmMbourg
L. ondres
Madrid .
.21C0.10
1. 280
.Cadix
Gênes .
I..Ad2nce5dts0i0olns
P.1ldo.6er.0t0ions
I,.l1d.i0dev0em
d5E..li'omvoopcrtunt
...,.f1QdIi7uédn8ic2t
1....m1dI.i72éd.l85c4
..mba8Iiuv0.llellcions
sI.b.uadlnlsetin
Id .sorti enviager .
Bulletins ..
Q..PddE.aeeuarsiuitxs
d1E.. '7ma8po9û.tSoms
Ai.lensscseunr.dcontre
Idem ,àvie .
..
CONTRATS .
e.classe à5pour
2. id .àsp.fuj .au15 .
.id .àsp.fuj .au 10 .
85
415 .
2.P.
44.b.
a.pauir .b
au pair
171 ..
340 .
..
3.34.37 .P.
425 :
183
74
171½
Livourne .
Lyon ,paiement de
Payeurs .
année 1792 .
LMe.ttre
A VIS.
ON observe que les Rédacteurs n'ont rien de commun
avec l'Abonnement , la distribution , etc. C'est
au citoyen GUTH , seul Directeur du Mercure
hôtel de Thou , rue des Poitevins , et non à aucun
d'eux , qu'il faut adresser tout ce qui concerne ces
objets ; autrement des lettres souvent importantes
pourraient rester au rebut.
Les personnes qui enverront au citoyen GUTH
des effets sur Paris , pour acquit de leur Abbonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de quoï
ils ne seraient pas acquittés. Les lettres contenant
des Assignats , doivent être chargées à la Poste , pour
ne pas courir le risque de s'égarer.
LE prix de l'Abonnement est de trente-fix livres
franc de port pour les Départemens et pour Paris,
Il faut affranchir le port de l'argent et de la lettre
et joindre à cette derniere le reçu du Directeur des
Postes. On souscrit hotel de Thou , rue des Poitevins.
On s'adressera au Citoyen GUTH , Directeur du
Bureau du Mercure . L'Abonnement ne peut avoir lieu
que pour l'année entiere et pour six mois .
Messieurs les Souscripteurs du mois d'Avril sont
priés de renouveller de bonne heure leur Abonnement ?
afin qu'on ait le tems d'imprimer leurs adresses , et
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Ils
voudront bien donner aussi leurs noms et qualités d'une
écriture lisible ; oujoindre à leur lettre une des adresses
imprimées qui enveloppent le Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères