→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1792, 12, n. 48-49 (1, 8 décembre)
Taille
9.80 Mo
Format
Nombre de pages
221
Source
Année de téléchargement
Texte
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( No. 48. )
SAMEDI 1er. Décembre 1792 ,
l'an 1er de la République. •
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE PATRIOTES.
Tous les Livres , Cartes , Eftampos , Mufique
& Avis divers , doivent être adreflés au Citoyen
la Harpe , rue du Hafard , nº . 2 .
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv.
franc de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE
1792 .
DÉCEMBRE a 31 jours & la Lunc
17. des jours
décroiflent , matin &
& du 25 au 31 , ils croiffent de 3 '.
JOURS
du
30 ཟེu ! 2.M
foir , de 9' ;
NOMS DES SAINTS. del
MOIS.
PHASES
de la
LURE
fam . Eloi , Evêque . 18
1 D. Avent
19
20
Temps moyen
au Midi vrai,
lundi . Mirocle , Evêque.
mardi Ste Barbe , Vierge & Mart. 21
mere. Sabas , Abbé.
jendi Nicolas , Evêque.
7 vend . Ste Fare, Vierge.
fam.La Conception.
Dte Gorgonie.
lundi Ste Valere , Vierge.
1: mardi Fufcien , Martyr.
12 merc. Damafe , Pape.
9
22
C
23 D. Q.
24 le 6 , à 6
th . 25 2. ༼ 9tm .
26 du foir.
13 jeudi. Ste Luce , Vierge & Mart. 3-
vend. Nicaife.
14
1 fam. Maximin , Abbé.
16 3D Ste Adélaïde.
lundi Ste Olimpiade , Vierge .
18 mard Gatien , Evêque.
19 merc . 4 Temps. Ste Meuris , M.
jeudi. Ste Philogone.
vend . ( Thomas , Apôtre. HIVER.
fam. Ifchirion .
4 DSte Victoire.
24 lundi Vigile Jeûne.)
mardi NOE L.
H. M. S.
1 i 49 43
11 50 6
I -50 31
55 21
I
47
52 13
52 40
53. 7
27
453 35
ON. L.
le 13 , à 10
54 3
1 34 3
Ꮒ .
II
35 m.
55 I
I
2
du feir!
14 55+ 30
55 59
56 29
56
Dr.Q.
le 20 , à 1
59
$7 29
57 19
7 h. 55 m. 11
8 du foir .
$8 29

29
10
19 $ 9
II O 29
12
59
I 28
I 58
2 27
о 2 56
3 25
18
3 $ 3
merc Etienne , premier Martyr.' : 3
jeudi. Jean l'Evangélifte , Apôt. 4
28 vend. Innocens , Martyrs .
2 fam . Thomas de Cantoiberi.
30 D. Ste Colombe , Vierge.
31 lundi Sylveftre , Pape .
OP. L.
Is le 28 , à 8
16 h. 25 m.
17 du mai .
MERCURE
FRANÇAIS,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE PATRIOTES .
LIBERTÉ , ÉGALITÉ .
SAMEDI 1. DÉCEMBRE 1792 ,
L'AN IER, DE LA RÉPUBLIQUE .
A PARIS ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , N. 18 .
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Novembre 1792.
Les
Basculer
La Cafferte.
SUR la Ligue , &c.
Charade , Enig. Log.
Lettres , 3e. Ex.
Ters
Sermons.
Charade, Enig. Log."
PORTRAIT.
Charade , En . Log.
Annonces & Notices.
2 Spectacles.
27 Annonces & Notices.
20
23
49 Lettres , 4e. Ex. 54
73 Lettres , se . Ex .
Charade , Enig. Logog. 74 Annonces & Notices.
6
199
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Clunis
Bayerische
Staatsbibliothek
München
MERCURE
FRANÇAIS.
PIECES FUGITIVES.
L'EMPLOI DU TEMPS.
C. HAN SON ,
Sur l'air Ce fut par la faute du fort.
TOUJOURS à fe plaindre du Temps ,
L'humaine engeance eft donc réduite !
li ne fait que des mécontens
Par fes retards ou par la fuite .
Il est trop prompt pour le plaifir ,
Il eft trop ' lent pour la fouffrance ;
Il eſt boiteux pour le défir ,
Il vole pour la jouiſance.
MAIS de fes pas trop inconftans ,
Pour fixer la marche incertaine j
- Pour régler l'horloge du Temps ,
J'ai ma recette fouveraine.
Entre l'amour & l'amitié
Je veux l'enchaîner pour la vie ;
Ma Maîtreffe en a la moitié
Je donne l'autre à mon amie.
MERCURE
> GUIDE par les deux conducteurs ,
Le Temps , pofe fa faulx crucile ;
-L'Amitié l'enchaîne de fleurs ,
L'Amour malin lui brûle une aile.
Mais afin que des jours heureux
L'enchantement dure fans ceffe ,
Je ne fais qu'un objet des deux ,
Et mon amie eft ma Maîtreife .
L'EMPLOI du temps ainfi réglé ,
Du bonbear la route eft aifée ;
Le plaifir eft toujours doublé ,
La peine est toujours divifée.
Si l'Amour fe laſſe en chemin ,
S'il craint de refter en arriere
R
L'Amitié lui prérant la main.
Lui fait achever la carriere .
Av matin qui nous vit jouir ,
Nous voulons que le foir reffemble`s
Et pour ne pas nous voir viéillie
Nous jurons de vieillir enſemble.
Jamais nul défit infonfé ,
Jamais aucun regret frivole ;
Et toujours d'un plaifir paffé ,
Un plaifir préfent nous confole.
( Par M. la Chabeauffiere.
FRANÇAIS.
CASSETTE ,
LA
CONTE MORAL.
JE
SECONDE PARTIE.
veux , ma fille , difait Hortenfe dans
l'écrit qu'elle lui lauffait , vous donner en
mourant une grande leçon . Je meurs déshonorée
, & je meurs innocente : Mon
malheur m'accufe d'un crime ; je n'ai eu
que des torts , que je crois pardonnables !
Mais ces torts , legers en eux- mêmes , omt
été graves en apparence ; votre pere y a
été trompé. Ne l'en accufez pint , l'erreur
était inévitable : ma premiere faute a été
de n'avoir pas fu l'en garantir . J'ai cau
pouvoir les méprifer , ces apparences dangereufes
j'ai mis une importance vaine à
ce qui n'en avait aucune ; je n'en ai mis
aucune à ce qui devait en avoir de plus
Fiere des fentimens honnêtesi que j'avais
dans le coeur , j'ai défié l'eftime publique
& celle d'ua inari homme de bien , de me
manquer jamais . Sans . reproche à mes pro
pres yeux , je me fuis flattée d'êrpe au deffus
même du foupçon ; & fans avoit rien fait
qui dût me rendre méprifable , je fuis tom
bée dans le mépris & du monde & de mon
1
A 3
MIER CUARE
époux. Ce mépris eft , ma fille , le poiſon
lent qui me confume & qui va me faire
mourir . Ecoutez , méditez , & n'oubliez
jamais ce qui a perdu votre mere.
J'époufai , à dix - neuf ans , l'homme le
plus aimable , le plus eftimable à mes yeux.
J'étais malheureufement affez belle ( je puis
le dire , hélas ! fans vanité , dans l'état où
je fuis ) . Ce dangereux préfent de la Nature
feconda les foins que je pris de plaire
à l'époux que j'aimais , que j'ai toujours
uniquement aimé , que j'aimerai jufqu'au
dernier foupir. Mais ce fentiment qui feul
aurait fuffi à mon bonheur , je n'eus pas
le bon fens de voir qu'il devait fuffire à
ma gloire. La vanité m'offrit d'autres fuccès
dans les agrémens de mon âge. Je me
permis d'aimer à plaire ; & en réſervant à
mon époux toute l'affection de mon coeur,
je laillai ma frêle beauté jouir innocemment
des hommages qu'on lui rendait. Non que
je fufle crédule au point d'y ajouter foi :
je les favais frivoles , & fouvent peu finceres
ma mere avait pris foin de me les
faire apprécier , & j'y attachais peu d'eftime.
Mais en voyant que mes pareilles ,
fans les eftimer davantage , ne laiffaient
pas de s'y complaire , comme dans l'unique
Triomphe que la Nature & l'opinion nous
euffent accordés, me difaient- elles quelquefois
; je m'en laiffai flatter comme elles.
Votre pere n'en fut ni furpris , ni jaloux..
¿A
FRANÇAIS.
Norte, tendreffe mutuelle avait pris un caractere
qui nous femblait inaltérable ; votre
naiffance avait rendu l'union de nos coeurs
plus vertucufe & plus intime ; & un fentiment
doux , mais affez vif encore , avait fait
fuccéder le calme du bonheur à l'ivrelle
d'un fol amour.
Je jouillais donc pleinement de l'eftime
de mon époux. Je ne lui faifais pas myftere
des foins qu'une jeunelle agréable &
légere me rendait dans le monde ; & chez
lui-même elle était reçue fans inquiétude
& fans ombrage. Ma mere feule en avait
quelques craintes : non qu'elle eût aucun
doute de l'honnêteté de mon coeur ; mais
par un preffentiment fage , elle appréhendait
pour fa fille & le faux jour des ap-.
parences , & les fauffes couleurs de la malignité.
Vous êtes bien sûre , ma fille , me difaitelle
, de la tranquillité du coeur de vorre
époux : comme moi , il lit dans votre ame.
Mais êtes-vous auffi affurée que le monde
foit jufte ? Croyez- vous que l'envie , la vanité
jaloufe , & cette malice légere qui fe
joue à lancer des traits empoifonnés , ne
porteront aucune atteinte à cet honneur fi
délicat , fi tendre , fi facile à bleifer , que
vous expofez imprudemment ? Je répon lais ,
que l'innocence de ma conduite était fi
évidente, qu'à moins de fe rendre odieux ,
perfonne au monde n'oferait l'attaquer.
A 4
MERCURE
En effet , comme il n'y avait dans mes
actions , dans mes propos , dans la Amplicité
de mon caractere , rien qui reflemblât
au manége de la coquetterie , & que tout
naturellement je ne fongeais qu'à êrre simable
, fans me glorifier d'être aimée , la
méchanceté même voulut bien m'épargner.
Mon mari donnait , il eft vrai , l'exemple
de la confiance que l'on devait avoir en
mon honnêteté : Jans freideur & fans négligence
, il me laiffait une liberté dont il
était bien sûr que je n'abulais pas ; & à
mon tour , je voyais fans alarme celle dont
il ufait lui- même.
L'amour des Lettres , & finguliérement
le goût du Spectacle , qui faifait fon amufement
, l'avait comme engagé dans un
cercle de connaiffeurs ; & un ami que je
m'accufe de foupçonner de perfidie , le Clie
valier d'Onval , l'y avait introduir. Cette
fociété le faifait une occupation habituelle
& intéreffante de rétablir la gloire du Theatre
Français : elle attirait les talens nailfans
; & de fréquens foupés où ils étaient
adinis , étaient le point de ralliement , &
le rendez- vous des féances .
Je favais bien que de jeunes beaurés y
étaient galamment accueillies ; mais perfuadée
que inon mari m'aimait , & qu'il
ne pouvait rien aimer qui ne fûr eftimable,
j'aurais rougi de le croire acceflible à cette
efpece de féduction .
FRANÇAI SA
Cependaur Onval , fon ami , qui fe difait
auf le mien , me demandait quelque
fois fi ces petits conciliabules de Theatre,
& ces intérêts de couilles ne me cautaisn
aucune crainte , m'offrant d'engager douce
ment Vervanne , fon ami, à renoncer à ces
liaions, pour peu que j'en fulle inquiette.
Peut - être val n'avait-il en vue que
mon repos peur être aufli lui - mémo
aurait-il voulu le troubler. C'eft un foupçon
que je défavoue , mais qui plus d'una
fois m'elt venu depuis mon malheur. Il
faut , me difait - il fouvent , il faut fi peu
de chole pour troubler le bonheur d'une
ame délicate & fentible comme la vôtre 4
Une ombre de foupçon , le plus léger
nuage fur la conduite de mon ami , quelqu'honnête
qu'elle me femble me fait
trembler & pour vous & pour lui . Hélas !
na fille , c'etait moi qui écartais ces idees,
en l'affurant que mon eftime pour mon
mari était inaltérable , & que jamais je
ne na abaillerais à craindre de pareilles.
rivalités . J'entendais mon mari lui - même
louer les talens , la figure , les agrémens
des filles de Théâtre ; mais comme il en
parlait affez légérement , je n'en reffentais
dans mon coeur aucune espece de jaloulie .
ر
Enfin ce repos précieux de mon coeur
& de ma penfee fut troublé par un événement
auquel j'ai de la peine à croire ,
après l'avoir vu de mes yeux.
A s
P
MERCURE'
"
Mon mari m'avait prodigué toutes ces
parures de luxe qui étaient alors fort à
la mode j'avais des diamans d'une rare
beauté ; & dans ces braffelets , ces pendans ,
cette aigrette , & ce collier éblouillant, onremarquait
encore moins lauticheffe quer
l'art & le goût de l'Artifte : cependant,
après avoirjoui quelques années de ce frivole
camufement de mon jeune amourpropre
, je l'avais négligé. Depuis votre
nailfance la qualité de mere ayant donné
al mon caractere un peu plus de folidité ,
je ne me parais prefque plus ; je vous les
réfervais , ma fille , ces diamans inutiles.
pour moi. Mais un jour , en cherchant
parmi mes bijoux , une bague qu'Onval
me demandait pour en faire monter une
pareille , difait-il , je remuai l'écrin de ma
parure ; je le fentis léger ; je l'ouvris ; je
le trouvai vide . Me voilà effrayée , comme
Vous pouvez croire. Un vol pareil était
bien fait pour me troubler. Je n'en dis rien
dans ma maiſon ; mais j'en étais dans une
peine extrême ; & incertaine fi je devais
ou me hâter ou différer d'en inquiéter
votre pere , je confultai Onval fur la conduite
que j'avais à tenir .
f
Non , me dit- il, ne lui en parlez point :
il ferait inutilement affligé , il ferait du
bruit ; & le bruit gâte tout dans de pareilles
aventures . A moins que le voleur
n'eût la précaution de démonter vos diaFRANCAIS.

1
" mans on les retrouvera . La Police, a des
yeux de lynx ; je me charge du foin d'éclai
Fer fes recherches. Je lui donnai , tous les
détails dont la Police avait befoin pour
reconnaître ma parure ; & je me repofai
fur lui.
-
1
Le lendemain , il arriva d'un air riant.
Bonne nouvelle , me dit- il ! Vos diamans:
font retrouvés. Mon premier mouvement
fut celui de la joie . Je n'avais pas dormi de,
la nuit , ne doutant pas que le voleur ne
fût chez moi , & n'ofant foupçonner perfonne.
Ah ! m'ecriai - je , apprenez - moi
bien vite en quelles mains on les a retrouvés.
C'est là , s'il vous plaît , me ditil
, ce que vous ne faurez jamais. Ce fe- , -
rait inutilement vous affliges que de vous
l'apprendre , & peut- être , après tout , le
crime n'eft- il pas aufli grand que vous le
croiriez. Qu'il vous fuffife d'être affurée
de les ravoir inceffamment : c'eft- là l'effentiel.
Eh ! non , Monfieur , lui dis -je ,
ce ne l'eft pas. J'ai l'efprit tourmenté de
foupçons & d'inquiétudes ; & jufqu'à ce
que le voleur me foit connu , je craindrai :
de le voir dans tout ce qui m'approche.
Non , me dit-il toujours en fouriant , le
voleur n'eft pas dangereux ; & il eft en
état de reftituer fon larcin , je vous en
réponds. J'infiftai ; il céda . Je vais donc
me dit il , vous calmer l'imagination . Mais
donnez-moi votre parole que le fecret de
A 6
18 MERCURE
cette aventure fera inviolablement renfermé
entre vous & moi. Ces mots jererent
dans mon ame une lueur foudaine :
Monfieur , ce que vous dites - là , & le ton
dont vous me le dites me fait penfer à
mon mari. Eft- ce lut qui a pris mes diamans
? Qu'en a - t- il fait Vous pouvez
m'en inftruire ; je n'en ferai aucune plainte.-
Il a peut - être fait au jeu quelque perte
confidérable. En pareil cas , rien n'eft plus
julte que de s'aider de ce qu'on a ; & mes
diamans étaient à lui. Non , vous n'y êtes
pas , me dit- il ; mon ami eft trop fage pour
jouer un jeu qui le réduife à de pareils
expédiens . Vos diamans ne font point vendus
, & ils ne font point mis en gage. Il
en a fait , je crois , un ufage plus pardonnable.
Du refte , j'ai pu me tromper ; &
ce que j'exige de vous c'eft de voir par²
vos yeux fi je ne me fuis point mépris .
Après cela , vous êtes fage ; & vous ne
ferez point un crime de ce qui n'eft , peutêtre
, qu'une légéreté , un caprice , une
fantaifie , que fais - je ? un moment d'intérêt
& d'enthoufiafme pour un jeune &
rare talent.

Je me fentis , à ces paroles , le coeur
Aétri , le fang glacé , la voix éteinte ; mais
je renfermai ma douleur ; & d'un air auffi
calme qu'il me fut pollible de l'affecter :
Comment , lui dis- je , vérifierai - je par mes
- yeux ce que vous me dites ? Rien de plus
FRANÇAIS. 132
!
:
aifé , reprit - il ce fut hier que Mélanie
débuta dans un rôle qui exige une grande.
parure ; elle était rayonnante de diamans ;
tout le Public en fut frappé ; & moi , fur
les indices que vous m'aviez donnés , je
cus , je vous l'avoue , reconnaître votre dé- ,
pouille. Demain elle jouera le même rôle ;›
allez l'y voir fans vous montrer. Mais encore
une fois , belle & fenfible Hortenfe ,
même après vous être affurée de la faibl ffe
de mon ami , ne lui en témoignez rien .
Les éclairciffemens troubleraient fans retour
le repos de votre maifon , & empoifonneraient
votre vie. Croyez - en un ami
fincere la douceur , l'indulgence , la diffi--
mulation des torts qu'un mari peut avoir,
font les premieres qualités d'une femme :
quand le reproche eft jutte , loin de guérir
la plaie , il ne fait que l'envenimer.
Vervanne avait parlé fouvent de cette
Mélanie devant moi , fans ménagement ,
comme d'une jeune & jolie Actrice qui.
confolerait le Théâtre , difait- il , de la vieilleffe
d'une Gaullin; ces propos n'étaient
pas effacés de mon fouvenir ; mais quoique
toutes les apparences fuffent d'accord,
je ne pouvais me perfuader qu'un homme -
à qui j'avais connu tant de délicate!le , eûr
voulu s'avilir à fes propres yeux , jufqu'à
me dérober mes diamnans pour les donner
à uns Actrice . Je paffai vingt-qre heures
dans les angoiffes les plus cruelles. Il fallut
"
14.
MERCURE
ramaffer le peu de force & de courage qui
me reftair pour demander à Mad, de B
une place au fond de fa loge . Je m'y
rendis.

Le tremblement avec lequel j'attendis
qu'on levât la toile , fut pareil à celui
d'une victime qui attend le coup morrel.
Mon faififfement redoubla jufqu'au inoment
où parut Mélanie. Elle entra fur la
Scène je la voyais de près ; je reconnus
mes diamans . Mes yeux à l'inftant s'obfcurcirent
; un friffon me faifit ; j'allais tomber
en défaillance , je demandai à prendre
l'air. On me mena hors de la falle , on
appela mes gens , je montai en carroffe ; &
je revins chez moi m'abandonner à ma
douleur. Ce qui achevait de m'accabler
c'était d'avoir vu votre pere , les yeux fixés
fur la nouvelle Actrice , & l'air ému de
tous les fentimens que fon rôle exprimait
l'applaudir avec des tranfports d'ivreffe &
de raviffement.
Seule , au fond de mon cabinet , à demi
renverfée fur une chaife longue , dans le
défordre du défefpoir ; c'en eft fait , me
difais-je , le coeur de mon mari eft perdu
pour moi fans retour. Le cruel ! comme il
m'a trompée ! & à quel vil prix il a mis
l'eftime de lui-même , mon repos & notre
bonheur !
Commetais ainfi abîmée dans des ré--
flexions déchirantes, Onval arrive, il entre,
FRANÇAIS. r's
il me voit toute en pleurs , pâle , éperdue ,?
échevelée. O Dieu ! s'écria - t- il , qu'ai je
fait ? Et dans quel état mon imprudence
vous a mife ! Pardon , Madame , & mille
fois pardon de tout le chagrin qu'elle vous
caule. J'en fuis moi- même au défefpoit .
:.
-A ces mots , & de l'air d'un homme dé
folé , il s'était jeté fur mes mains , qu'il
preffait de fes levres avec mille fanglots.
Ah ! j'étais loin d'imaginer dans fa compaffion
rien qui pût bleffer la décence .
Mais celui qui feul m'occupait dans ce
moment , votre pere entre tout à coup , &
croyant furprendre fon perfide ami dans¹
més bras Traître , dit - il en courant fur
lui l'épée à la main , voilà donc pourquoi
tu me quittais ! Va - t - en , puifque tu es
fans défenfe ; va-t-en , ton lâche coeur eft
trop indigne de mes coups. Va périr de la
main de quelque infame comme toi. Onval
voulut parler. Sors , reprit mon mari , ceffe
de fouiller ma maifon . Et vous , Madame,
me dit-il avec une amertume qui a paffé
dans mon ame & qui l'a dévorée , eft- ce
donc là cette pamoifon qui vous a fait
quitter fi fubitement le Spectacle ?
1
Indignée de cette infulte , j'allais répondre
& l'accabler ; il ne m'en donna pas le
temps. Allez , Madame , me dit- il , la fierté
fied mal au défordre où vous êtes . Dans
dix minutes vos chevaux feront mis . Allez
vous mettre décemment pour vous rendre
A
161 MERCURE
chez votre mere : c'eft dans fes bras qu'il
faur déformais vous cacher.
Une femme plus courageufe ou plus
raifonnable que moi ferair reftie chez elle,
& l'y aurait attendu ; elle aurait dévoré
une premiere injure , & avec le fang froid,
de l'innocence , elle aurait obtenu le moment
de le faire entendre . Mais j'étais
faible & vive; je ne fentis que mon ou
trage , & je ne vis que le contrafte de mon
honneur calomnié & de l'indignité d'un
homme qui , après m'avoir trahie , ofait me
condamner fur une légere apparence , fans
me donner le temps de me juftifier. Je me
retirai chez ma mere , réfolue à ne jamais
revoir l'inhumain , l'infidele qui me déshonorait.
د
1
Ma mere , après m'a voir entendue , voulut
me réfoudre à lui écrire. Moi , lui
dis je , defcendre à des explications auxquelles
il ne croi air pas ! Moi recourir
après l'eftime d'un coeur indigne de la
mienne ! Non , ma mere , puifque fix ans
d'une conduite irréprochable n'ont pas
même obtenu de lui qu'il ait douté li j'étais
criminelle , rien ne lui ferait croire que
je ne le fuis point. Il s'eft accoutumé à
voir dans fes fociétés des ames viles &
corrompues , il me fuppofe leur baſſelſe ;
& capable lui-même des plus infames procedés
, il me juge d'après fon coeur. Qu'il
le donne fon coeur à une Mélanie. Il eft auffi
FRANÇAIS. 17
indigne de mes regrets que les vains ornemens
dont il m'a dépouillée pour les prof
tituer. Ma mere aurait voulu m adoucir ;
ic fus inflexible. Elle lui écrivit cependant.
Mais j'obtins que dans cette lettre , elle
s'en tint à lui affurer que j'étais fans reproche
, & à lui dire qu'en lui abandonnant
mon bien , je ne demandais que ma
fille.
Dans fa réponſe , il paffa fous filence
ce qu'il penfait de moi filence phis cruel
& plus injurieux que les injures mêmes !
& en me refufant ma fille , il ne me rendit
que mon bien. Ainsi , ma chere enfant , fe
confonima notre rupture.
J'ai voulu que dans l'âge où vous ferez
inftruite de mon malheur , la caufe vons
en fût connue. Ne faires pas à votre matę
& à votre mere expirante l'injure, de penfer
qu'elle vous en impofe. Si j'avais eu les
torts dont je fuis accufée , j'en aurais gimi
en filence , ou j'en dépoferais dans vorre
fein l'aveu avec le repentir. Mais le vrai
tort dont je m'accufe , & dont je veux vous
préferver , ce fut cette légèreté, certe confiance
imprudente & préfomptueufe qui ,
comprant fur le témoignage que je me
Lendais à moi-même , croyait n'avoir plus
rien à ménager : c'est là ce qui a féduit &
per tu votre mere. Je vous l'ai dit , j'ai
paffé ma jeuneffe à écourer les voux & à
recevoir les hommages d'une foule de fé-


18 MERCURE
ducteurs ; & j'ai prétendu que jamais on
ne m'accuferait d'avoit été féduite . Aufli
flattée de plaire , auffi vaine que celles qui
finiffaient par être faibles , j'ai voulu fenle
être réputée exempte de faiblefle , infaillible
, & hors de péril au milieu des écueils
dont je m'environnais. De l'eftime de mon
mari , je me fais fait un droit à fa confiance
inaltérable. Lors même que les apparences
ont été le plus contre moi , j'ai
dédaigné de les détruire , & je lui ai fait
un crime d'y avoir été trompé. Voilà , ma
fille , les erreurs de ma vie. Je n'ai pu vous'
diffimuler le premier tort de votre pere ;
mais c'eft encore à moi que vous devez l'at
tribuer. Si j'euffe été moins diffipée , fi plus
uniquement occupée à lui plaire , je n'euffe
pas laiffé à fes défirs le temps d'errer à l'aventure
, hélas ! jamais peut - être n'eût-il
aimé que moi. Profitez de mes fautes , &
oubliez la fienne ; aimez - le autant que s'if
m'avait toujours aimée ; & lorfque vous
ferez époufe & mere , fouvenez-vous que
par une éternelle loi de la Nature , la gloire,
le repos , le bonheur d'une femme font
inféparables de fes devoirs.
7
11
On peut s'imaginer quelle impreffion fit
fur l'ame de Vervanne la lecture de cet
écrit . Défolé d'avoir méconnu cette ame
vertueufe & pure , accablé du regret d'avoir
empoisonné & abrégé les jours , foulagé
cependant comme d'un poids horrible
FRANÇA I S. 19
du reproche qu'il lui avait fait , impatient
d'en aller expier le crime à fes genoux ,
& demandant au Ciel de la revoir au moins
avant fa mort , dont il était la caufe , it
baifa mille fois les traits de cette main qui
faifait à fon coeur tant de nouvelles plaies,
mais qui en guériffait une bien plus cruelle
encore. Et parmi tous ces mouvemens , de
quelle indignation fon ame ne fut- elle pas
foulevée , lorfque dans le récit d'Hortenſe ,
il découvrir toute la noirceur & toute la
fcélérateffe du fourbe & du perfide Onyal !
Ah ! dit - il , c'eft donc moi que le Cief
a vengé en le faifant mourir en lâche & en
infame ! Il paffa la nuit à frémir , à pleurer
, à demander à Dieu le temps de ré
parer fes injuftices ; & le lendemain avec
fa fille , il prit la pofte pour Livernon ."
La furprife & la joie de la mere d'Hor
tenfe furent extrêmes , lorfqu'elle apprit
que Sydonie amenáit fon pere avec elle.
Mais en venant au devant de lui , elle le
fupplia de vouloir bien ménager la ma-
Jade , & de lui donner à elle- même quel
ques momens pour la difpofer à le voir
car une émotion fi foudaine aurait pu la
faire expirer.
Ah ma mere , lui dit Hortenfe , lorf
que par degrés elle apprit qué fon mari
venait d'arriver , je fuis plus mal que je
ne croyais ! Qu'il vienne donc recevoir
mes adieux , & me pardonner les chagrins
dont j'ai empoifonné fa vie.
MERCURE
Le premier mouvement de Vervanne
en paraiffant devant fa femme , tut de fe
jeter fur fes mains , de les baigner de larmes
, & de lui demander pardon,
" Vous êtes bien généreux , lui dit- elle
avec un regard attendri , puifqu'en me
croyant criminelle , vous ...
Non , ję
ne le crois plus , non , je n'ai jamais dû le
croire ; mon eftime pour vous devait mieux,
réfilter à des apparences trompeufes . Mais
enfin tout m'eft éclairci . J'ai fait une infidélité
à ma fille , j'ai ouvert fa Caffette ;
j'ai lu , & je n'ai plus été déchiré que de
mes remords. Mais ces remords ne m'ac
cufent pas de la honteufe infidélité dont
vous m'avez jugé coupable. Croyez , Hortenfe
, à la bonne foi d'un homme dont
le coeur doit vous être connu . Dès que
vous aurez eu la force de l'entendre , vous
le trouverez innocent , & digne encore de
Votre amour.
Ce peu de mors cauferent à fa femme,
une émotion fi profonde , & des fanglets
de joie & de tendrelle fi violens , fi convulfifs
, que l'on crut voir tous les frêles
liens de fon ame fe brifer à la fois . Cette
crife fut fon falur . L'abcès qui était le foyer
de fon mal , en perçant tout à coup , s'épancha
de fon fein ; & lorfqu'elle revint de
l'évanouiflement où elle était tombée , elle
crut naître à la vie. Les tranfports de la
joie , à cette efpece de miracle , éclaterent
FRANÇAIS. 21
dans le thâteau : il ne retentiffait que d'actions
de graces & de voeux portés jufqu'au
Ciel, Les foins de l'amour d'une mere ;
ceux d'une fille & d'un époux fe réunirent
pour achever ce prodige de la Narure ; l'art
y joignit tous fes moyens , & dans peu de
temps la malade fut en pleine convalefcence
.
Alors , avec une douceur charmante
Vous m'avez donc roujours aimée , dit - elle
à fon époux ? C'est à cette perfuafion délicienfe
qu'eft attaché pour moi le plaifir
de revivre.
Vous en allez juger , lui répondit Vervanne
en lui montrant l'écrin où étaient
enfermés les diamans. La voilà cette parure
, un moment profanée , fans avoir ceffé
d'être à vous. Ecoutez-moi tranquillement
& en filence ; car ce n'eft plus à vous
mais à cette bonne & digne mere que je
m'en vais parler.
Il fut un temps , yous le favez , Madame,
où le luxe des diamans était un objet de
décence : ce temps ne fut pas long ; & bientôt
l'aviliffement de la plus riche des parures
en dégoûra les honnêtes femmes. Dès
la troitieme année de notre mariage , Hortenfe
y renonça : fes diamans furent oublies
, & enfermés dans cet écrin.
La maladie du bel- efprit , épidémique
dans ce temps - là , m'avait gagné moimême.
J'étais d'une fociété qui croyait pré22
MERCURE
fider à la Littérature. Le Théâtre fur- tout
femblait être notre domaine nous étions
les confeils , les patrons des Acteurs ; mais
la faveur la plus marquée était réſervée
aux Actrices ; & plus d'un , parmi nous
leur rendaient des foins affidus . Je ne fus
jamais de ce nombre : jeune époux d'une
femme aimable , & encore plus jeune que
moi , je n'avais , grace au Ciel , aucune
envie de lui être infidele. Mon goût pour
le Théâtre était mon feul attrait . L'un de
nos connaiffeurs , le Chevalier d'Onval ,
avait tant fait par fes foupleffes , qu'il s'était
lié avec moi de ce qu'on appelle amitié.
Il avait de l'efprit , du goût, de la culture
; & une espece de philofophie qu'il
affichait , m'ayant perfuadé qu'avec une
pointe de galanterie & de libertinage , il
ne laiffait pas d'avoir encore un fond d'honnêteté
, je m'étais pris dans fes filets . Il
venait chez moi fréquemment ; & comme
il ne me femblait pas plus empreffé auprès
de ma femme que ne le permet la bienféance
, je ne me défiais point de lui. J'étais
plus loin encore de me défier d'elle.
Mais quel piége le fourbe ofa nous tendre .
à tous les deux !
Dans l'un de ces foupés où notre cercle
d'Amateurs daignait admettre les talens ,
unc Actrice des plus célebres amena &
recommanda, une jeune & belle afpirante
dont le début était annoncé. Cette jeune
FRANÇAIS. 23
perfonne s'appelait Mélanie. Elle devait
débuter dans un rôle où le coftume exigeait
, difait- on , une parure de diamans ;
elle n'en avait pas encore ; elle en était
humiliée. Ceux de fon amis étaient connus
; elle ne voulait pas qu'on dit que la
parure fût en pruntée.
Cette délicateffe eft noble , lui dit à
demi - voix le Chevalier d'Onval ; mais fi
un ami vous faifait le plaifir de vous prêter
des diamans qu'on n'eût pas vus fur
le Théâtre ? ... Affurément, dit Mélanie ,
j'en ferais très - reconnaiffante, Marquis ,
me dit négligemment le Chevalier , tu peux
lui faire ce plaifir- là : ceux de ta femme
font oubliés dans un écrin ; & fans qu'elle
s'en apperçoive , il eft aifé de les lui dérober
, pour cinq à fix jours feulement. Je
réponds , moi , que Mélanie en aura foin,
& qu'ils feront fidélement rendus , J'eus la
faibleffe d'y confentir ; j'cus le tort bien
plus grave encore d'en faire myftere à ma
femme. De là tous les malheurs dont nous
avons été les deux innocentes victimes .
Vous favez quelle impreffion fit fur l'ame,
d'Hortenfe la vue de fes diamans ; vous
favez avec quelle adreffe le fourbe lui avait
préparé ce coup de théâtre accablant, Il
l'obfervait ; il la vit fortir du Spectacle ; il
me quitta pour venir la féduire , en feignant
de la confoler. L'évanouiffement
d'une femme dans une loge avait fait du
24 MERCURE
E
bruit , je l'entendis nommer autour de moi ;
je quittai le Spectacle , & j'arrivai chez
moi avec l'inquiétude de l'amour le plus
tendre . Jugez de la révolution qui fe fit dans
mon ame en entrant dans fon cabinet.
O Dieu quel tiffu de noirceurs , s'écrie
Hortenfe , & quel horrible caractere vous
venez de me dévoiler ! J'en fuis vengé
reprit Vervanne. Connu pour un Aventu
rier , rebuté , mécontent de l'être , fon infolence
a provoqué le châtiment qu'il mérirait
; il l'a fubi en lâche ; & il eſt mort
comme il devait mourir.
Mais nous , Hortenfe , que de peines
nous auraient épargnées à tous les deux
quelques mors d'éclairciffement ! Non , fans
la pleine intimité d'une confiance qui n'admette
aucune efpece de réticence , il n'y a
jamais d'eftime inahérable pour les coeurs
même les plus unis. L'inquiétude , le foupçon
couve & germe dans le filence : fi la
plainte differe de s'exhaler , elle s'aigrit : il
faut couper racine aux méfintelligences, du
moment qu'elles naiffent ; & l'on a eu raifon
de dire que le foleil ne doit jamais laifler
en fe couchant de nuage entre deux époux,
J'efpere , mon ami , lui dit Horrenf en
fui tendant la main , que vous ferez fidele
à une fi fage maxime : moi , je promets de
l'oblerver jufques à mon dernier foupir.
Par M. MARMONTEL .
Explication
FRANÇAIS. 25
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
LE mor de la Charade eft Souguenille ;
celui de l'Enigme eft Carte ; & celui du Logogriphe
eft Parc , où l'on trouve Arc.
CHARADE.
A ton époux en faifant mon premier ,
Cruelle , tu lui fais éprouver mon entier ;
Si tu dis qu'il t'eft cher , ton coeur fait mon dernier.
( Par M. Ch. M. d. v. )
É N I G M
E:
ETRE utile eft le bien fuprême ,
On peut avoir alors un peu de vanité
Auffi , fiere parfois de mon utilité ,
Au deffus de mes foeurs , & de l'homme lui-même ,
Je m'éleve & vais me pofter .
Souvent plus fimple & plus modefte ,
Au milieu d'eux je veux bien habiter ;
Mais que mon fort dans ce cas eft funefte !
D'être en un rang plus bas, par le plus grand malheur,
Je fuis pre que toujours punie ;
J'éprouve les effets de leur fer deftructeur ,
L'on me garrotte & l'on me lic ;
er
N. 48. ** . Déc . 1792 . B
26 MERCURE
Bien fouvent l'on me jette à l'eau ;
Et de là bien fouvent encore
Je paffe en un féjour plus chaud ,
Qui bientôt devient mon tombeau.
Le Sage nous le dit , perfonne ne l'ignore ,
Toujours les pl petits font les plus malheureux ;
J'en fournis à moi feule une preuve bien forte ;
Car lorfque je metrouve un peu plus près des cieux,
C'eſt un plaifir de voir quels refpects on me porte;
De me rendre vifite on fe fait une loi ,
On me voit avec complaiſance ,
Et l'on jouit par ma feule préfence ;
On n'obtient cependant nulle grace de moi ,
Et je ne fais que des promeffes ;
Mais c'eft affez , & fi quelque indifcret
Ofait alors fur moi porter des mains traîtreffes ,
Un vif courroux le punirait ,
Et de bien près fuivrait fon imprudence :
Pourquoi? c'eft que dans moi l'on chérit l'espérance.
Par le même. )
LOGO GRIPH E.
JE fers fur l'eau quand j'ai ma tête ;
Puis à l'églife fans ma tête ;
Dans la mufique fans ma queue ;
Dans les jardins Anglais fans ma tête & fans queue .
( Par le même. )
FRANÇAIS.
27
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
L'HEUREUSE NATION , ou Relation du
Gouvernement des Féliciens , Peuple fouverainement
librefous l'empire abfoludefes
Loix , &c. parl'Auteur de l'Ordre effentiel
des Sociétés. 2 Vol. in- 8 ° . avec Fig.
Prix , & liv. 10fous br . & 9 liv . 10fous, 8
francs deportpar la Pofte. A Paris , chez
Buiffon , Imprim-Libr. rue Haute-feuille ,
Numéro 20.
UN Ouvrage qui renferme des idées
faines fur la Juftice , fur les propriétés du
Citoyen , fur la Souveraineté Nationale
fur l'Inftruction publique , appartient à
tous les Gouvernemens , parce que les vérités
ne peuvent être étrangeres à aucuns
Peuples ; ils ont tous befoin de les connaître
, de les méditer. C'eft fous ce rap--
port que nous engageons ceux qui s'occupent
dans ce moment de Légiflation , à lire
les excellentes réflexions préfentées par un
Auteur qui s'était fait connaître pour un des
défenfeurs des Droits du Citojen , longtemps
avant notre Révolution .
B2
28 MERCURE
T
L'ancien Adminiftrateur qui a développé,
éclairci les idées économiques dans l'uvrage
qui a pour utre , de l'Ordre effentiel
des Sociétés , qui depuis fur appelé dans la
principale Cour du Nord , pour y travailler
à un Plan de - Légiflation , ne pouvait pas
fe condamner à l'inaction & au filence
lorfqu'il s'agitfair du bonheur de la Patrie
& d'y pofer les bafes d'un Gouvernement
folide ; il a rempli la tâche que lui prefcrivait
fon civifine , en publiant les deux
Volumes que nous ferions plus particuliérement
connaître , s'ils étaient fufceptibles
d'un extrait .
Il nous fuffira de dire que c'eft un de
ces Livres qu'il faut lire tout entier pour
en apprécier le mérite , parce que les idées
en font fi bien liées , qu'elles perdraient à
être détachées . L'Auteur , pour en écarter
la féchereffe › a eu recours à une forme allégorique
, fimple & fans autre prétention
què celle d'être claire & inftructive.
Le premier Volume préfente un Peuple.
rendu à la Liberté , après avoir long- temps
fubi l'épreuve du malheur & le joug du
Defpotifme ; fa Révolution politique s'eft
heureufement faite fans fecouffes , fans
effufion de fang , par le feul empire de la
raifon. C'eft peut- être là une des idées les
plus remanefques , mais c'eft du moins une
douce illufion. Il n'y avait fans doute chez
FRANÇAIS. 29
les Féliciens ni Nobles orgueilleux , qui.
croyaient être toute la Nation , ni Prêtres .
fanatiques & ambitieux , qui s'imaginaient
être les feuls dépofitaires de la vérité .
Le fecond Volume contient des idées
morales & politiques qui peuvent s'adapter.
à un Gouvernement Républicain , comme
à un Gouvernement Monarchique c'eft
une raifon de plus pour exciter notre intérêt
& fixer notre attention.
L'Auteur , convaincu que l'ignorance eſt
la fource de toutes les injuftices , de tous
les crimes , infifte beaucoup fur l'Inftruction
publique. Il ne s'eft pas contenté de
donner le Plan des Ecoles Nationales , il
y a joint les préceptes qui doivent y être
enfeignés ; c'eft ce qui conftitue le principal
mérite de l'Ouvrage , & peut en
former un véritable Livre claffique. Quoiqu'on
voye qu'il eft le fruit des meilleures
études , il n'a l'aridité d'un favoir propas
fond , il convient à la Jeuneffe , & nous
ofons affurer que c'eft une de ces Productions
de la Morale & de la Raifon , faites
pour former de bons Citoyens , & des
hommes vertueux. ( Delacroix , Profeſſeur
de Droit public au Lycée. )
B 3
30 MERCURE
SPECTACLES.
ON donne avec fuccès , depuis quelque
temps , fur le Théâtre de la République , une
Comédie en trois actes , intitulée / Emigrante ,
ou le Pere Jacobin.
>
La femme d'un fimple Bourgeois a la folie
de la nobleffe . Après avoir obtenu jadis de
fon mari d'acheter une Charge , qui anoblif
fait elle veut aujourd'hui marier fa fille à
an Marquis . Mais ce Marquis eft émigré ; il
s'agit de l'aller retrouver hors des Frontieres .
Elle y engage en vain fon mari , qui , revenu
de fes préjugés , cft excellent Patriote , & même
Jacobin dans la meilleure acception du mot.
La jeune perfonne partage d'autant mieux les
fentimens de fon pere , que fon coeur s'eft
donné à un jeune homme , Avoué près des
Tribunaux ; mais elle n'ofe pas manifefter ouvertement
fes opinions . Des Valets ariftocrates ,
un Abbé réfractaire , qui offre de faire fon Ser-
Ament pour plaire au mari , fauf à le rétracter
pour plaire à la femme ; des Marchands d'argent
qui veulent voler à l'Abbé pour cent
mille écus d'Affignats , fous prétexte de les
échanger contre de l'or , forment la péripétie
de la Piece A la fin , la femme eft confondue
par fon mari même , & revient de les erreurs ;
l'Abbé eft pris comme émillaire d'Émigrés , &
la jeune perfonne obtient fon Amant .
FRANCAIS.
Il y a dans cette Piece beaucoup de traits
comiques , de mots & de vers très - heureux .
Si le ftyle manque d'une certaine correction ,
& fi l'on peut critiquer la contexture de l'Ouvrage
, on en eft bien dédommagé par les
fentimens patriotiques dont elle cft remplie ,
& c'est particuliérement fous ce point de vue
qu'il faut la juger.
Affez & trop long - temps le Théâtre s'eft
écarté du but principal auquel il doit être
confacré ; au lieu d'en faire une école des
moeurs , d'y répandre de ces leçons vigoureufes
, d'autant plus efficaces qu'elles font
préfentées avec tout ce que l'appareil Dramatique
a de frappant , on s'eft long - temps
contenté d'en faire un tableau des moeurs rẻ-
grantes ; tableau extrêmement adouci , où ,
excepté les actions véritablement criminelles ,
& les ridicules bien marqués , tout était offert
avec beaucoup de ménagement.
Les Grecs Républicains avaient fenti que
la Comédie devait employer des armes bien
p'us aiguës. Sans ceffe occupés de leur gouvernement
, ils attaquaient tout ce qui leur
femblait pouvoir y porter attein : e ; ils
ménageaient rien , ni les chofes , ni les perfonnes
; & fi Ariftophane mérite quelques reproches
, ce n'eft pas fur la force des traits
qu'il emploie , mais fur 1 injuftice trop fréquente
de leur application ..
Les Romains n'eurent point de Comédie
qui leur fût propre . Cet Art qu'ils imiterent
des Grecs , naquit chez eux lorfque la République
commençait à fe corrompre , & tendait
au defpotifme. Ce n'était pas le moment d'en
32 MERCURE
faire un moyen de cenfure publique : l'Ariftocratie
du Séna: Romain ne s'en ferait pas mieux
accommodée que l'orgueil des Empereurs .
Les premieres tentatives des Français , toutes
groffieres qu'elles étaient du côté de l'exécution
, toucherent de bien plus près au véritable
but que cet Art doit fe propofer. Auffi
les Rois , les Magiftrats , les Prêtres , qui devinerent
à fa naiffance ce qu'il pourrait devenir
en grandiffant , employerent ils tout leur pouvoir
pour l'empêcher de s'étendre . A peine
eut-il pouffé fes premieres branches , qu'on le
vit s'abâtardir. Charlemagne défendit les jeux
publics dans fon Empire. On voit des Troubadours
fêtés par les Princes , tant qu'ils flattent
leurs paffions & leur orgueil ; mais perfécutés
comme les freres d'Uzès , dès qu'ils
s'avifent de faire des Syrventes contre les
Potentats , pour infpirer l'horreur des Tyrans
( *). On fait tout ce que les Moralités
& Sotties des Clercs de la Bafoche eurent à
fouffrir des Parlemens. Louis XII , le feul
des Rois peut - être qui pourrait empêcher de
hair la royauté , rétablit tous les Théâtres &
les libertés dont ils avaient joui avant Louis XI
& Charles VIII , anéantis par le defpotifme
Parlementaire ; & il voulut même que les Poëtes
puffent reprendre dans leurs Pieces les vices
& les défauts de toutes les perfonnes de fon
Royaume , fans aucune exception. En fa qualité
de Roi , la vérité ne pouvant parvenir jufqu'à
(*) Ebles , Guy & Pierre d'Uzès , Auteurs & Acteurs
d'une Piece intitulée la Vida dels Tyrans , qui leur value
la perfécution du Légat.
FRANÇAIS. 33

lui , » il permit ( au rapport de Guill. Bou-
» chet ) les Théâtres libres , & voulut que
fur iceux on jouât librement les abus qui
» fe commettaient tant en fa Cour , comme
» en fon Royaume ; penfant par-là apprendre
» & favoir beaucoup de chofes , lefquilles au-
» trement il lui était impoffible d'entendre « ,
Ce qu'on reprochait le plus aux Clercs de
la Bafoche & aux Enfans fans - fouci , c'étaient.
les perfonnalités. On voulait bien qu'ils dénonçaffert
les abus , mais on leur ordonnait
de refpecter ceux qui les commettaient ; comme
fi en pareille matiere on pouvait féparer les \
perfonnes des chofes ; comme fi des reproches
vagues & une cenfure générale que perfonne
ne s'appliquait , & qu'on n'ofait appliquer à
perfonne , pouvait produire affez d'effer pour
en attendre quelque bien. La refponfabilité
impofée par le Gouvernement aux Fonctionnaires
publics , peut bien les empêcher de
commettre les crimes que la Loi punit, mais
elle ne les corrige pas de ces fautes qui n'ont
d'autre vengeur que l'opinion publique. C'eft
au Théâtre à fe charger de cette cenfure ; &
l'homme d'État , environné de flatteurs qui
l'étourdiffent fur les cris de fa propre confcience
, tremblera d'entendre fur la Scène les
reproches que ces prétendus amis s'efforcent
d'étouffer.
Moliere , & après lui quelques hommes
dignes de marcher de loin fur fes traces
employerent ce moyen avec fuccès . Mais il
cut befoin de toute la protection de Louis XIV
pour ofer peindre des hommes , connus &
pour le foutenir contre les Médecins qu'il rî-
,
34- MERCURE
ཀྱིས
diculifait. Il ne fallut pas moins à Voltaire
que toute fa réputation pour livrer Fréron fur
le Théâtre au mépris qu'il méritait , & dont
il n'a pu fe relever depuis ce moment. Le Tribunal
de Figaro, a été regardé comme une
hardieffe inouie , & encore n'a-t -elle été fupportée
que parce qu'on l'appliquait à un corps
qui n'avait exifté qu'un inftant , & qui n'avait
plus de crédit.
Toutes ces entraves éteignirent preſque entiérement
le génie dramatique ; auffi de nos
jours , la Scène Comique n'a prefque plus à
nous préfenter que des intrigues romanefques ,
ou , ce qui eft encore pis , des intrigues de
boudoirs , de petites jaloufies , & toujours des
mariages entre des Comteffes & des Marquis ,
des Baronnes & des Chevaliers.
Sous un Gouvernement Monarchique , où
la Cour et tout , où les caracteres ulés à
forcé d'être polis , n'offrent plus que des nuances
imperceptibles , où les Citoyens n'ont ni autorité
, ni même intérêt dans la chofe publique
, où l'obéissance aveugle aux volontés des
Grands eft le feul fentiment que l'on ofe
preferire ; on n'a fans doute rien de mieux
à faire que de toucher des refforts amoureux
pour arriver au coeur. Mais dans une Répu
blique , & fur-tout dans une République naiffante
, le Génie doit parcourir une plus vafte
carriere , & c'eft fur-tout au Théâtre qu'il a
des moyens de fe déployer. Si l'amour de la
Patrie n'a pas moins de force que tout autre
fentiment , pourquoi ne chercherait - on pas à
l'enflammer encore , en mettant fur la Scène.
les belles actions de ceux qui la fervent , &
FRANÇA I S , 35
les actions infames de ceux qui la trahiffent ? On
ne connaît pas encore affez parmi nous le potvoir
de l'éloquence fur des hommes raff:mblés
, & quel parti avantageux la Liberté peut
tirer de fes effets dans une République .
Ces réflexions pourraient nous mener loin ,
& font un peu graves pour la Piece de l'É
migrante. L'Auteur n'a pas encore élevé fes
prétentions fi hant ; mais on doit lui favoir
beaucoup de gré d'avoir cherché à infpirer
des fentimens patriotiques , & d'avoir attaqué
un ridicule , qui devient même un crime dans
les circonftances préfentes , celui de l'Emigration.
Cette matiere pouvait fournir encore de
plus grands développemens , & elle les recevra
fans doute lorfque les efprits agités par la
fermentation actuelle , pourront retourner vers
les Arts , & quand les Mufes qui s'endorment
au bruit des diffentions domeftiques , & ne
veillent que dans le calme , ranimeront les
Poëtes & les rameneront vers des Théâtres
vraiment libres , rendus à leur primitive deftination.
ANNONCES ET NOTICES.
ÉTAT MORAL , Politique & Phyfique de la
Maiſon de Savoie ; on y a joint une efquiffe des
Portraits de la Mailon régnante. 2 ° . Edition . I
Volume in-8°. Prix 2 liv. br. & 2 liv. 10 f.
2.
franc de port par la Pofte . A Paris , chez Fr.
Buiffon , Lib. rue Haute-feuille , Nº . 20.
36 MERCURE
FRANÇAIS
.
A VI S.
ON a mis en vente , à l'Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 , la se. Livraifon
de L'ENCYCLOPÉDIE méthodique .
Certe Livraiſon eft compofée du Tome VIII ,
2. & derniere Partie des Arts & Métiers méca
niques ; du Tome III , 2 ° . Partie de la Médecine ;
du Tome Ier . , 2º . Partie de la Chirurgie ; & du
Tome II , 1. Partie de la Philofophie ancienne
& moderne.
Le prix de cette Livraifon eft de 20 liv. en
feuilles , & de 22 liv . brochée.
On vend auffi féparément , à la même adreffe ,
PEncyclopédiana , du prix de 15 liv. 15 f. br.
& le Dictionnaire des Amuſemens des Sciences
Phyfiques & Mathématiques , avec un Volume
de Planches , du prix de 30 liv. 5 f. brocké.
CHANSON.
TABLE.
La Caffette , 2e. Part.
Charade, En. Log.
3L'Heureufe Nation.
sjSpeciaries.
35 ] Annonces & Notices.
27
30
35
Jer : 135
MERCURE
FRANÇAIS.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ .
SAMEDI 8 DÉCEMBRE 1792 ,
er
L'AN 1. DE LA RÉPUBLIQUE.
PIECES FUGITIVES.
MADRIGA L.
L'époux le plus heureux , le plus digne d'envie ,
C'eſt le Mortel qui , fier du choix de ſa moitié ,
En elle rencontrant Maitreffe , Epouſe , Amie ,
Donne & reçoit l'amour , l'eftime & l'amitié.
On ne peut , diras -tu , fans être Polygame
Epouler à la fois , vertu , talens , appas.
Ofes le parier , & ne t'en repens pas
Tu perdras le pari ; mais tu verras ma femme.
( Par un Adminiſtrateur du Département
de Seine & Oife. )
N°. 49. 8 Déc. 1792 . C
38
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Tourment ; celui
de l'Enigme eft Fleur ; & celui du Logogriphe
eſt Crochet , où l'on trouve Rochet ,
Croche , Roche.
CHARADE.
T
Du long pouvoir de mon dernier, U
Depuis long-temps le Sage eft mon premier ;
Dans certains lieux fermez bien mon entier.
( Par M. Ch. M. da v. ) -
ENIGM E.
TANTÔT tournant dans les doigts d'une Belle ,
J'amuſe un moment fes loifirs ;
Tantôt dans fes cheveux , fà main au goût fidelle,
Me fait briller au gré de fes défirs ;
Tantôt l'éclat dont j'étincelle
Sert de bouffole au voyageur ,
Qui , dans ce cas , me fixe avec asdeur 3
Parfois auf je l'embarrafe ,
FRANÇAIS.
39
Et je ne fers qu'à l'égarer .
Une Divinité qui féjourne au Parnaſſe ,
Par des calculs favans aime à me mefurer ;
Parfois coquille & chete & précieuſe ,'
D'un curieux j'orne le cabinet ;
Si l'on en croit l'Hiftoire merveilleufe ,
Qu'à l'enfance l'on apprenait ,
Jadis je fervis à conduire
Non pas des Bergers , mais des Rois :
Enfin crains-moi , Lecteur, puifqu'il te faut tout dire ,
Quand tu me trouveras la nuit au fond des bois.
( Par le même, )
JE
LOGO GRIPHE.
Je n'ai qu'un pied quand j'ai ma tête , E
Et j'en ai quatre fans ma tête ;
Je fuis pourtant bien ferme avec ma tête ,
Et bien faible , hélas ! fans ma tête ;
J'entre à l'égliſe avec ma tête ,
Et refte à la porte fans tête ;
>
J'ai beaucoup d'or quand j'ai ma tête ,
Du fer à peine avec ma tête ;
J'habite un palais quand j'ai tête´,
Je meurs fur le pavé fans tête ;
L'Evêque enfin me porte avec ma tête ,
Et je le mene à préſent ſans ma tête .
( Par le même, )
40
MERCURE
NOUVELLES
LITTÉRAIRES
.
ÉTAT MORAL , Phyfique & Politique de
la Maifon de Savoie on y a joint une
efquiffe des Portraits de la Maifon régnante.
Seconde Edition ; Volume in 8°.
A Paris , chez Buiffon , Impr-Libr. rue
Haute-feuille , No. 20. Prix , 2 liv . br.
2 liv. 10.f. franc de port pour tous les
Départemens .
IL a été un temps où l'on n'adreſſait gueres
aux Rois que des leçons générales , comme
celles que l'on débite dans les Chaires &
que perfonne ne fe croit obligé de prendre
pour foi. Aujourd'hui on leur donne des
leçons très-directes & très- particulieres, &
ils ne peuvent plus alléguer pour leur excufe
qu'on leur cache la vérité . S'ils perfiftent
à la méconnaître , affurément c'eft
qu'ils n'auront pas voulu l'entendre ; &
comme on y a joint encore la plus forte
de toutes les leçons , celle de l'exemple
s'ils n'en profitent pas , c'eft qu'ils font
incurables :
د
Bolingbroke difait qu'il y avait trois
ejpeces dans l'humanité , les Blancs , les
Noirs & les Rois. Ce mot eft plus plaifant
que vrai. Il y a infiniment plus loin d'un
FRANÇAIS. 41
Roi à un homme , que d'un Noir à un
Blanc. Les différences de couleur & de
cheveux ne tiennent à rien d'effentiel dans.
l'organifation animale ; mais fi l'on veut
concevoir combien le moral que l'on a fait
aux Rois ( car il faut avouer qu'on le leur
a fair ) les fépare de l'humanité , il n'y a
qu'à fe fouvenir que la fonction la plus
éminente de la Cour de France était celle
de paffer la chemiſe au Roi , de lui donner
la ferviette à table , & que c'était une
faveur fignalée de le voir à fa garde- robe .
Il eft bien clair que c'eft - là un être de
raiſon , & non pas un homme , puifque
dans tout ce qui le concerne fe trouve un
renverſement total des idées naturelles
mais il eft jufte auffi de convenir que ce
n'eft pas feulement aux Rois qu'il faut s'en
prendre , c'eft fur tout au vice de leur
éducation & à la baffeffe des Courtifans.
L'orgueil d'un individu ne fût jamais monté
fi haut , fi l'abjection des autres ne les ent
placés en échelons pour l'exhauffer. Un
enfant royal était traité comme un Dieu :
s'il n'eût pas cru l'être , c'eût été un prodige
, & l'on fait quel eft le pouvoir des
impreffions reçues dans l'enfance. Un recueil
très-curieux ferait celui de tous les
traits d'adulation que l'Hiftoire nous a confervés.
Je voudrais qu'on en fît un perit
Livre claffique pour la génération que nous
allons élever dans la Liberté Républicaine.
-
C 3
42 MERCURE
On le mettrait entre les mains des enfans,
lorfqu'ils feraient bien familiarifés avec les
principes de l'égalité naturelle , qui font
auffi clairs & aufli palpables que ceux de
l'Arithmétique ; car les calculs de la droite
raifon & de la juftice entreront auffi aifément
dans une jeune tête que les calculs
des nombres , & paraîtront des vérités fenfibles.
Qu'on juge quel effet peut produire
enfuite fur eux la lecture du petit Livre que
je propofe. Ils feront tentés de croire que
leurs peres avaient perdu l'efprit , & riront
de cet excès de délire , comme nous rions
des bizarres folies des Peuplades les plus
ignorantes & les plus groffieres. Alors on
leur dira Voilà jufqu'où l'ignorance &
l'erreur avaient dégradé vos peres , ils ont
pourtant fini par ouvrir les yeux . Jugez
combien vous leur êtes redevables des lumieres
qu'ils vous ont tranfmifes , & quel
prix vous devez mettre à la Liberté qu'ils
vous ont procurée. Sans ces lumieres &
cette Liberté , vous feriez au niveau de ces
hommes qui vous paraiffent fi vils & fifous.
On ne faurait imaginer combien c'eft
une partie importante de l'éducation que
l'ordre & la progreffion qu'il convient d'établir
dans les connaiffances qu'il faut donner
aux enfans , & combien telle partie
d'inftruction , venant après telle autre , devient
plus efficace & plus puiffante par le
rang où elle eft placée. Cette conſideration
FRANÇAIS. 43
m'a toujours paru trop peu fentie dans
les divers plans d'inftitution générale qui
me font tombés entre les mains , & qui
d'ailleurs renferment d'excellentes chofes
particuliérement ceux de l'ancien Évêque
d'Autun , de Condorcet & de Barruel.
Parmi ces faits fans nombre qui prouvent
la déteftable éducation que l'on donnait
à nos Princes , il y en a beaucoup qui,
n'ayant jamais été imprimés , ne nous font
connus que par tradition , & qui ne font
pas les moins intéreffans. En voici un dont
je puis certifier la vérité . On fe fouvient
que le Dauphin , pere de Louis XVI, après
avoir été dévot jufqu'au fanatifme , commençait
à devenir Philofophe lorfque la
mort l'enleva. Il fe peut que cette philofophie
für l'effet d'un mécontentement habituel;
& que chagrin de n'être rien dans
le Gouvernement , d'être mal voulu de fon
pere , & maltraité par fes Miniftres , il eût .
pris le rôle de cenfeur , reffource affez ordinaire
de ceux qui font fans pouvoir.
Quoi qu'il en foit , dans un de ces épanchemens
d'humeur qu'il fe permettait fur
la mauvaife éducation qu'il avait reçue , il
dit un jour au feu Duc d'Orléans , pere de
M. d'Orléans qui a pris le nom d'Egalité :
Vous fouvient-il que j'eus la petite- vérole en
même temps que votre fils , & que m'étant
venu voir dans ma convalefcence , vous m'af-
„furâtes que vous aviez été plus affligé & plus
C 4
44 MERCURE
inquiet de ma maladie que de celle de votre
propre fils, & que je vous répondis de la
meilleure foi du monde je le crois ? Telle
était l'idée que l'on m'avait donné de mon
importance ; & c'est à ce point que j'étais
gâté. C'eft ainfi que la petite Madame, fille
de Louis XVI , qui pourtant, dit- on , annonçait
de l'efprit , & qui mourut , il y a
quelques années , demandait fouvent , dans
fa derniere maladie , comment il était poffible
que perfonne ne fé préſentût pour mourir
à fa place.
Il y a loin de ces étranges idées dans
lefquelles on éleve les Princes , aux vérités
féveres & dures que le Philofophe Gorani
a écrites aux Rois conjurés contre notre
Liberté , à celles que le courageux Roland
a trop inutilement adreffées au dernier des
Rois Français. Quand j'appelle courageux
ce digne Patriote Roland , ce n'eft pas rant
pour avoir dit la vérité à un Roi que pour
l'avoir dite non moins févérement & avec
plus de danger , à ceux de nos Concitoyens
qui , ayant plus de patriotifie que
d'inftruction , font fi facilement les dupes
de quiconque veut les tromper à fon profit.
Du moment où le Peuple eft devenu ce
qu'il devait être , la premiere Puiffance , il
prend tout naturellement la place des Rois,
& trouve comme eux des fatteurs , mais
des flatteurs plus vils & plus criminels :
plus vils ; car les Courtifans des Rois n'ont
FRANÇA I S. 45
ni l'idée ni le fentiment de la Liberté , &
les adulateurs du Peuple oublient qu'ils
ont l'honneur d'être libres : plus criminels ;
car la Puiffance arbitraire étant en ellemême
un abus , appelle la corruption , &
a le malheureux befoin d'être flattée ; au
lieu que la Souveraineté naturelle & légitime
, celle du Peuple , repofant fur la juftice
, ceux qui la corrompent font d'autant
plus odieux qu'ils fouillent ce qu'il y
a de plus refpectable & de plus facré.
Il faut donc inftruire le Peuple , & lui
donner , le plus tôt poffible , une éducation
qui lui apprenne à connaître & à méprifer
fes flatteurs , puifque déformais Souverain
inébranlable par notre Conftitution , &
fupérieur aux armes étrangeres par fes forces
& fon courage , il n'a plus à craindre
que l'abus de fa puiffance , qui , comme
toute puiffance humaine , eft foumiſe à la
juftice , & le détruit auffi comme toute
autre puiffance, dès qu'elle n'eft plus affife
fur la bafe des Loix , qui ne font que des
conféquences de cette juftice éternelle , la
Souveraine de tous les Souverains. C'eft
cette juftice que retrace au Roi de Sardaigne
, dans l'Ouvrage que nous annonçons
, un Ecrivain , qui , s'il n'eft pas né
dans fes Etats , paraît au moins y avoir
beaucoup vécu . Il n'a pas cru devoir fe
nommer, quoiqu'il fe repréfente lui - même
comme étant à l'abri de toute inquifition
Cs
46
MERCURE
& placéfur la cime d'un rocher inacceffible ).
Il n'y a pas longtemps que peu d'afiles
fur la Terre étaient inacceffibles à la verigeance
des Rois , qui étaient convenus rẻ-
ciproquement de fe liver leurs ennemis ,
c'est - à - dire les hommes affez courageux
pour le déclarer ennemis de la tyrannie. Il
m'y avait guere que da fiere Angleterre qui fe
/ piquât de braver les fatellites de la royauté,
parce que , quoiqu'elle ait encore un Roi ,
ce Roi du moins n'y eft pas maitre . C'était
aufli un des droits dont elle fe glorifiait
de plus il en eft dont bientôt peut - être
elle fe glorifiera davantage . On a déjà remarqué
qu'en bien des genres les Français
étaient venus après les autres , mais qu'ils
avaient perfectionné tout ce qu'ils ont emprunté
efpérons qu'il en fera de mênre
de la Liberté .
En lifant cet Ecrit fur la Savoie, publié
avant notre entrée dans ce pays , on conçoit
fans peine comment il eft devenu en
un moment un de nos Départemens Français.
Quand le Despotifme eft dans la maifon
, & que la Liberté fe préfente à la
porte , la porte s'ouvre d'elle -même. Les
dérails que nous fournit l'Auteur fur le
Defpotifme Piémontais , qui pefait parti
( 1 ) Nous apprenons dans ce moment que l'Ouwrage
cfl du Citoyen DOPPET , Lieutenant - Colonel
de la Légion Allobroge.
FRANÇAIS. 47
culiérement fur la Savoie , nous rappellent
ce proverbe Italien : Tutto il mundo è fatto
come la noftra famiglia . A chaque page du
Livre , le Lecteur Français peut fe dire ,
en fe reportant à l'ancien Régime c'eft
tout comme chez nous . Il faut voir ces détails
dans l'Ouvrage même , qui n'eft qu'un
précis auffi rapide, qu'inftructif fur toutes
les branches duGouvernement Piémontais
fur le Militaire, les Finances, les Tribunaux
, la Cour , le Clergé , fur les principes
généraux d'adminiftration , & enfin
fur le Roi Sarde & fur tous les individus
de la Maifon royale. L'Auteur n'écrit point
en fatirique , en homme de parti , mais en
bon Citoyen , en ami de l'humanité & des
Loix . Son ftyle a plus d'énergie que de
-correction ; on voit qu'il a connu les hommes
& les chofes plus que les Livres ,
qu'il s'eft plus occupé de voir & de dire
la vérité que de l'orner. Il révèle au Roi
de Sardaigne toutes les fautes , tous les
travers , toutes les erreurs ; & c'est une
circonftance très- piquante que cette leçon
donnée à un Rei ait immédiatement précédé
le châtiment qu'il en a reçu , & que
la voix de la Sageffe ait été fi -tôt juftifiée
par la verge de la Fortune. Une autre circonftance
non moins finguliere , c'est que
l'événement ait été prévu par le fils même
du Monarque , le Prince de Piémont , dont
'Auteur eſtime beaucoup le cara&tere &
&
C6
48
MERCURE
les príncipes , & d'autant plus qu'il eft en
tout l'oppofé de fon pere , & par contéquent
affez mal avec lui. Il ofa lui dire
au commencement de notre Révolution ,
& lorfque Victor Amédée le confultait fur
les affaires de France , & fur leurs rapports
avec celles de l'Europe : Ceux qui ont envie
de régner n'ont qu'à fe dépêcher. Ce mot eft
bien remarquable dans l'héritier préfomptif
d'une Couronne.
On pourrait citer beaucoup d'autres
particularirés qui méritent d'être connues :
je choifis dans la foule. En voici une qui
fut une des premieres caufes de l'efpece
d'abandon , où Charles Emmanuel , peredu
Roi régnant , laiffa la jeuneffe de fon
fils , & de l'extrême négligence qu'il mit à
fon éducation. » Charles Emmanuel était
» à la tête de fes armées : refte à favoir
fi la fuperftition n'était pas le plus grand
» mobile de fon courage : ce qui le prou-
» verait , c'eft que la Maifon de Savoie
" croit avoir dans l'habit de St. Maurice
» un vêtement ( 1 ) ïnvulnérable. Mais fans
» bleffer la Religion , l'on peut affurer que
les cafques & les cuiraffes n'ont pas be-
ور
ور
و د
(1) La fuperftition paraît héréditaire dans cette
Maifon ; car le Roi actuel conferve des Reliques
de Sainte Apoline , qu'il applique à la joue quand
ila mal aux dents. Quelques -uns prétendent que
c'eft hypocrife : en ce cas , c'eft encore bien pis.
FRANÇAIS. 49
"3
"3
» foin de venir de St. Maurice , pour met
tre celui qui les porte à l'abri du coup
" de fabre. Charles fut peu fatisfait de fon
» fils pendant que dura cette campagne ,
» parce que le Prince , plus humain que
fon pere , ne trouvait pas les affaifinats
" de fon goût. Voici un trait qui contribua
le plus à diminuer l'amitié du Roi pour
» Victor. En revenant fur fes pas après
» une bataille ( dans les guerres d'Italie ),
Charles contemplait les champs cù Mars
avait déployé fes fureurs. Des milliers
de Soldats étendus ne caufaient aucune
» émotion au Monarque. Il continuait la
» route en filence , lorfqu'appercevant quel-
» ques chevaux morts , il fe mit à crier :
» Poveri cavalli ! Victor ne put fe conte-
» nir ; il laiffa échapper quelques fignes
» de furprife , & dès-lors fon pere l'abandonna
à fes Gouverneurs , fes Aumô-
" niers , & fes Ecuyers «.
"
"
Cette profonde indifférence pour les hom
mes , & ce tendre intérêt pour les animaux,
me fait penser à une apoftrophe auffi jufte
que brufque , adreffee au bon Louis XV,
(comme l'appellent encore quelques perfonnes
, ) par un de fes Valets de chaffe
qui était affez en poffeffion , je ne fais comment
, de lui parler avec quelque liberté .
Le Roi venait de s'informer comment fe
portaient fes chiens & fes chevaux. Bien ,
lui dit l'homme en queftion , dont le nom
3D MERCURE
1
-
ne me revient pas. Bon , dit le Roi : en ce
cas , je chafferai demain. Eh ! palfembleu
, vous ne demandez pas comment fe portent
les hommes . Le Roi fe contenta de
aire , & ne répondit rien.
"">
-")
">
و ر
A l'égard de la inaniere de gouverner du
Roi Sarde , on ne finirait pas ( ce fent , les
termes de l'Auteur ) fi l'on voulait détaillér
tous les abus de fon defpotifme. On peut en
juger par les traits fuivans. » y a un
Volume des Conftitutions Royales , Ouvrage
de Victor , qui paraît veiller à la
sûreté des biens & de la perfonne des
Citoyens... Eh bien ! ce Code eft nul
pour la Juftice. Le Roi s'eft réfervé le
droit d'y déroger quand bon lui femble,
" & il le fait tous les jours en faveur de
» fes créatures ..... Sa Majefté déroge à
les Conflitutions dans les points les moins
équivoques , & qui frappent le plus les
» droits de la juftice . Le Roi caffe un acte
de Nowire ou lui donne force , fuivant
fa volonté. Un teftament , une vente
un bail , ne font bons & folides qu'au-
» tant qu'un des contractans ne recourt
» pas en Cour , ou n'a pas affez de protection
pour tromper fon adverfaire ou
fon affocié .... On voit tous les jours
» un Officier faire bâtonner , par caprice
» & fur fon fimple vouloir , un Citoyen
qui , la veille ne pui aura pas ôté fon
chapeau , ou qui aura refufé de lui livrer
-99
79
193
"
399
+
ر
FRANÇAIS. 51
י נ כ
» fa femme ..... Lorsqu'un des plaideurs
craint que la Juftice n'éclaire fa caufe ,
il recourt au Roi , demande une déléga
tion , & l'obtient. Par cette voie d'autorité
royale , le Sénat ne fe mêle plus
» de cette affaire , & le Roi nomme un
Juge pour en connaître , &c. «
י נ כ
""
و ر
Ne font ce pas - là nos évocations au Con-
Seil qui arrêtaient fur le champ la marche
de tous les Tribunaux , nos Lettres de refcifion
qui annullaient les contrats , nes
Lettres de furféance qui difpenfaient de payer
fcs deutes , & c. &c. Oh ! c'eft une belle
chofe que les Conflitutions royales ! Il ne
faut pourtant pas croire que celles du Roi
de Sardaigne ne foient bonnes à rien ; elles
font au moins très-bonnes pour lui ; car il
les fait imprime. & vendre à fon profit, &
le Livre , qui peut valoir en lui-même cent
fols , fe paye 12 francs. Les acheteurs ne
manquent pas , parce qu'enfin il faut bien
avoir le Livre des Loix , bonnes ou mauvaifes
, obfervées ou non . On peut parier
qu'il n'y a point de chef- d'oeuvre qui ait
valu jamais à fon Auteur la centieme partie
de ce que vaut au Roi Victor fon Livre
des Conftitutions; & il eft vrai encore qu'un
Roi Auteur a de grands avantages pour
faire le monopole de fes Ecrits . L'Empereur
de la Chine fait auffi celui de fes Almanachs
, pour chaque année , dans tout
'Empire ; mais du moins ils ne mentent
52 MERCURE
pas comme les Almanachs juridiques de
Victor , & quand les Mathématiciens de
l'Etat ont marqué le lever du foleil & les
phafes de la lune , on peut y compter.
Au refle , fi le Delpote de Turin attache
un grand prix ( au moins en argent )
à fes Productions royales , il paraît en attacher
fort peu à fes choix en tout genre ,
apparemment parce qu'ils ne lui rapportent
rien. Ecoutons l'Auteur. » Je n'ai rien
» trouvé de fi ridiculement royal dans ce
» pays-là qquuee l'Académie des Sciences. Les
» brevets des Membres de ce Corps font
» conçus comme ceux des Délégués d'une
» Province ; on y lit qu'ils ont du mérite
» que le fauteuil académique en eft le prix.
» Cela va bien jufques là ; mais ce qui
2
furprend , c'eft que la patente d'un Sa-
» vant foit auffi fixée , quant à la durée, au
» bon plaifir du Roi , & qu'elle finiffe par
» ces mots auguftes , tant que durera not e
" bon plaifir . Vous aurez du mérite & de
l'efprit tant que je le trouverai bon ! L'Auteur
a raiſon : cela eft très - royal. Je ne connais
rien de cette force que la réponſe d'une
femme de la Cour à la feue Reine , qui lui
demandait quand elle accoucherait : Quand
il plaira à Votre Majefté.
Finiffons par une Anecdote qui peut
figurer parmi cent mille autres qui caractérifent
l'hypocrifie des Moines & la crédulité
des dévots , fujets fur lefquels on ne
FRANÇAI S.
"
93
"
ور
tarit pas depuis les Fabliaux du dixieme
fiecle jufqu'à Rabelais , & depuis Rabelais
jufqu'à nos jours. » Les Moines ont fait
croire à la Princeffe Marie , foeur du
Roi , qu'il fallait les enrichir pour fe
» nicher en Paradis. Elle a pour Confeffeur
» un certain Pere de l'Ordre de St. Philippe
, qui lui init dans la tête , il y a
deux ans , le projet de fonder une Mai-
» fon de piété pour confoler les jeunes
» veuves. D'abord , cette Princeffe obtint
la permiffion du Roi ; on acheta le local,
" & les Maçons furent employés . Le Moine
» tenait la bourfe de la Princeffe ; il faifait
des emprunts confidérables, comme
» fon tréforier , & prenant l'argent de tou-
» tes mains , il ne payait perfonne. Un
Négociant de Turin avait prêté vingt
mille francs au Directeur. Le terme con-
» venu étant échu , le Marchand fut de-
» mander fon argent. Il fut très-furpris ,
lorfque le Moine affura qu'il ne lui de-
» vait rien. Obfervons que la réputation
» du cagot était fi bien établie , qu'on lui
" avait prêté la fomme fans billet. Le Né-
">
""
"
gociant , encore aveuglé par les préjugés
" Italiens , ne favait qui croire , du Moine
» ou de fes livres de compte. Il vit enfin
» que le Confeffeur royal était un fripon' ;
il ramaffa quelques lettres qu'il avait, &
fit un placet qu'il adreffa au Roi , &
qu'il remit à la Chancellerie. Le placet
و د
$4
MERCURE
ود
و د
fut détourné par le Moine qui en impofait
dans les Bureaux comme à la
" Cour. Autre placet même fuccès . Le
Négociant eut recours à M. Granery ,
qui , ayant peu de foi aux Reliques monaftiques
, s'inftruifit bien du fait , & en
parla au Roi. D'abord le Miniftre fut
repouffé ; mais il infifta , & le Moine
eut ordre de payer . Cette friponnerie ne
" le fit pourtant point chaffer de la Cour.
» Le tartufe s'excufa fur les faintes Pâques
33
"3
و د
ود
qui fe trouvaient à cette époque ; il dit
» que les affaires de confcience lui fai-
" faient oublier les chofes mondaines , &
garda le foin du tréfor de la Princeffe
On ne doit pas en être furpris; une Anecdote
s'explique par l'autre , & ce qu'on va
lire fait voir que les fripons , même reconnus
, ne font pas trop maltraités à cette
Cour , non plus que dans les autres. » J'ai
» vu un Piémontais qui avait paffé fa vie à
» la tête des Finances royales , recevoir la
» retraite. Le Roi lui donna avec fix mille
francs de penfion une patente où il dé-
" clarait qu'il l'avait toujours regardé comme
un imbécille & un fripon. Cette patente a
été fignée & délivrée , il y a deux ans
" à l'ex- Intendant Vata "
"
99
93
"2 >
Le dernier degré de l'orgueil defpotique
eft de ne plus diffimuler aux hommes que
l'on gouverne le mépris qu'on a pour eux ,
FRANÇA I S. SS
ni celui qu'on a pour foi-même. C'eft ainfi
que Caligula fit fon cheval Conful. Mais
pourtant eft modus in rebus ; & l'on fait
comment finiffent d'ordinaire ces jeux infolens
de la Fortune , comme dit fi heureufement
Horace :
Ludum infolentem ludere pertinax.
SPECTACLES.
LE Siége de Lille fera une époque mémorable
dans nos Annales. La réfifiance inouie de fes
habitans , oppofée à la faiblefle de ceux de Verdun
& de Longwi ; l'époque remarquable où elle
a cu lieu, l'utili é dont elle a été à la France
pour l'établiflement de la République ; le mélarge
d horreurs , d'infortunes , d'atrocités & de
patriotifme dont ce Siége a été 1 occafion , fourniront
des pages bien intéreflantes à notre Hiftoire
. En attendant qu'elle s'en faififle , la Scène
Françaife a dû confacrer un fi beau fujet . Deux
Auteurs à la fois , fur deux Théâtres différens ,
viennent de le tenter , & tous deux avec beapcoup
de fuccès il était immanquable. Un tableau
pareil ne pouvait exciter que l'enthousiafme ,
& en écartant des Spectateurs tout efprit de
critique , ne laifler dans leur ame que des fentimens
de bienveillance , d'admiration & d'attendriffement.
Jetons un coup d'ad fur ces deux
Ouvrages , dont l'un s'exécute fur le Théâtre de
la rue Fey dean , l'autre fur le Théâtre Italien . ,
.
Le premier n'est qu'en un Acte , & n'a aucune
prétention dramatique. L'Auteur n'a voulu
56
MERCURE
offrir que le fpectacle attachant d'une ville affiégée.
Il a crn que les détails de Pantomime , les
marches , les évolutions militaires , le jeu cruel
des bombes , les incendies , & c. amuſeraient affez
les yeux ; & que le malheur des habitans , leurs
affreux dangers
en contrafte
avec leur joyeux
patriotifme
, fuffiraient
pour intéreffer
le coeur.
Il a cependant
ajouté une efpece d'intrigue
amoureufe
qui ne lui fert qu'à lier fes fcènes. Un
Aubergifte
, auffi bon homme
que bon Patriote ,
a une fille qu'il deftine à un jeune Canonnier
,
auffi brave..... qu'ils le font tous . Un M. de
Verdun , qui a quitté fon pays à l'approche
de
l'ennemi
pour fe retirer à Lille , a formé aufli le
projet d'époufer
la fille de l'Aubergifte
, fort ric
jufqu'à ce moment . Quand on s'appelle
de Verdun ,
& qu'on arrive de cette ville , on ne donne pas
une grande idée de fon courage
ni de fon civifme
; auffi ce Monfieur
eftil le plus lâche des
Ariftocrates
. On juge qu'il fe meurt de frayeur
parmi les apprêts du Siege ; & au lieu de s'armer
& de marchet
à l'ennemi , comme il en avait
l'ordre , on le trouve en robe de chambre
& en
bonnet de nuit dans les décombres
de la maifon
de l'Aubergifte
, incendiée
par un boulet rouge,
Ce perfonnage
, conçu & joué d'une maniere
trèscomique
par Lefage , répand beaucoup
de gaieté
dans cette petite Piece. La mufique
en eft d'un
très-grand mérite ; plufieurs
morceaux
y font applaudis
avec tranfport
, notamment
le Choeur où
les Lillois jurent en préfence
de l'Officier
qui apporte
la fommation
de l'ennemi
, de vivre ou nourir
libres, & de fe défendre
juſqu'au
dernier foupir.
Ce morceau eft du plus grand effet. Les paroles
de cette Piece font de Dantilly ; la mufique eft
de Kreutzer , qui juftifie de jour en jour les espérances
que fes premiers
Ouvrages
ont données .
FRANÇAIS. 57
La Piece du Théâtre Italien eft beaucoup plus
étendue. Elle a trois actes , & renferme par conféquent
beaucoup plus de détails. Comme on ne
s'eft pas encore affranchi de l'habitude de regarder
l'amour comme le feul reffort dramatique ,
& le mariage comme le but où doit tendre tout
événement théâtral , on a coufu auffi une intrigue
d'amour à cette Piece comme à la premiere . Le
vieux Bartolin , ancien Procureur , fripon par
habitude contractée dans fon métier , & Ariftocrate
par habitude d'être fripon , eft devenu
amoureux de Cécile , fille d'un Municipal de Lille.
Mais il a un neveu nommé Julien , jeune volontaire
, excellent Patriote , qui n'a pas de peine à
être préféré. Cécile fe moque du vieillard , & eft
econdée par fon jeune frere , qui , Chanfonnier
par goût , le tourne en ridicule en lui appliquant
fort gaîment les refrains de fes chanfons. Bartolin
porte fes plaintes au pere de Cécile , & lui
demande fa fille en mariage ; mais il n'en eft
pas mieux reçu . Son âge , & fur- tout fon ariftocratie
, lui font reprochés par le bon pere ,
excellent Citoyen & integre Magiftrat. Sur ces
entrefaites , le tocfin & le bruit du tambour annoncent
que l'ennemi s'approche & que la ville
eft menacée. Chacun s'y rend par différens motifs.
Le fecond acte eſt à Lille. Bartolin rencontre
deux Soldats arrivant de Paris , qui ne trouvant
point d'auberge , s'adreffent à lui pour fe rafraîchir.
A la maniere dont il les reçoit , ils devinent
leur homme , qui demande d'abord pour
eux à fon Valet une feule demi - bouteille de
vin commun. Pour s'en amufer & le punir
de fes mauvais fentimens , ils en affectent de
femblables ; ils fe plaignent du Régime actuel ,
& le vieil avare eft fi enchanté de les trouver
dans ces diffofitions , qu'il leur prodigue ce que
MERCURE
fa cave contient de meilleur. Ils lui font accroire
que
fa maifon cft du nombre de celles que l'ennemi
doit refpecter ; mais quand ſon vin eft bu,
ils lui déclarent qu'il eft leur dupe. Cette Scène ,
dont l'intention eft très-comique , pouvait finir
d'une maniere plus piquante, Le refte de l'acte
eft confacré aux détails du Siége ; la fommation,
le ferment des habitans de fe défendre , l'arrivée
des renforts , l'attaque de l'ennemi , les bombes
lancées , les maifons brûlécs , &o.
Au troifieme acte , on voit le Gainp Autrichien
. Deux Emigrés ouvrent la Scène , l'un ,
qui fe fait encore appeler M. le Duc , eft un
jeune écervelé , lâche & vil outre meſure . L'Auteur
mérite fans doute un reproche d'avoir chargé
ce caractere à ce point. Les gens de Cour étaient
affez odieux par leurs vices réels , fans leur en
prêter de nouveaux , dont en général´ils n'étaient
pas accufés ; ce défaut de reffemblance a
cela de dangereux , qu'il fert l'aveuglement des
hommes difpofés à juftifier ceux de cette efpece .
L'autre Emigré eft un Gentilhomme de campagne ,
au défefpoir du parti qu'il a pris , & qui ne cherche
que l'occafion de rentrer dans fa Patrie contre
laquelle il ne veut point combattre. Bartolin , qui
s'eft fauvé de la ville , paraît : on l'envoie du
rement travailler aux retranchemens. Il réfifte i
il à mille écus en or , il les offre au jeune Duc ,
qui, redeyenu très - poli , les accepte , & l'envoie
avec une politefle charmante .... travailler aux
retranchemens . L'autre Eigré lui reproche avec
raifon cette infame efcroquerie. Vient enfuite le
Duc de Saxe-Tefchen , que l'Auteur a peint beaucoup,
trop en beau dans les reproches qu'il adreffe
au Duc , ce qui rend moins naturel la barbarie
avec laquelle il condamne aux travaux du Camp
jes malheureux payfans illois. Son caractere a
FRANÇAIS.
59
encore une nuance différente dan fa fcène avec
Julien , qui a été pris défendant un pofte
avec bravoure. Le ten honnête & philofophique"
qu'il met dans fes queftions s'accorde mal avec
le refte , & avec les propofitions par lefquelles
il finit. Tout cet acte , où l'Auteur montre beaucoup
d'efprit , prouve en même temps le pèu
d'habitude qu'il a de travailler pour le Théâtre .
Les Lillois font une fortie : Julien eft délivré
ainfi que les payfans conduits par l'Emigré , qui
perd la vie à leur tête. Les Autrichiens font repouffés
, & levent le Siége.
Cette Piece , qui , malgré fes défauts , a beaucoup
de mérite , fait autant d'effet qu'on en
pouvait efpérer , & nous en avons dit la raiſon .
Elle eft de Joigny , ancien Commiffaire de Police
; la mufique eft de Trial fils . Plufieurs morceaux
ont fait plaifir , & les applaudiffemens du
Public doivent fervir
d'encouragement à ce jeune
Compofiteur.
La Piece eft fort bien jouée . On y diftin ue
fut-teut la maniere très - piquante dont Sollier
rend le rôle de
l'Ariftocrate , & la tournure pleine
de fiucffe , d'élégance & de vérité qu'Elleviou
donne à celui du jeune Duc. Cet Acteur n'a pas
encore eu d'occafion où il ait pu développer auffi
bien ce qu'on peut attendre de fon talent.
Ar
en-
Nous
recommandons ces deux Ouvrages aux
Théâtres des Départemens. Le fpectacle du P
triotifine eft ce qu'il y a de plus propre à él
les ames à la hauteur
Républicaine , & à
tretenir cet amour brûlant de la Patrie , 1 iource
& l'aliment de toutes les vertus . C'en cela
fur -tout que le Théâtre peut & dr être utile .
On peut s'en rapporter aux effo -s des Gens de
Lettres , à qui les Defpotes
tous les Siecles
ont toujours reproché l'efpit Républicain .
60 MERCURE FRANÇAIS.
A VI S.
LE POUR ET LE CONTRE , ou Recueil des
Difcours de l'Affemblée Conftituante , concernant í
le. Procès de Louis XVI , Ouvrage propofé par
Abonnement.
Le plan des Editeurs eft très-fimple : ils veulent
publier dans toute leur intégrité , les Difcours
& Opinions , pour ou contre , prononcés à la Tribune
de la Convention Nationale dans le Procès
de Louis XVI , & toute la fuite, des Pieces aux-..
quelles cette importante affaire peut donner lieu,
Ils fe font affurés du texte fidele des Pieces , qu'ils
publieront fans y ajouter aucune réflexion .
On délivrera ce Recueil aux Abonnés , tous les
trois jours , par Cahier de 48 pages in- 8°. , imprimés
fur caractere de Philofophie de Baskerville.
Le prix eft de 12 f. le Cahier. On ne les vendra
pas Téparément. Les Citoyens qui défireront foufcrire,
enverront tout de fuite au Citoyen Buiffon ,
Libraire , N° . 20, rue Haute -feuille , à Paris , une
lettre d'avis & la fomme des liv, le tout franc de
port. Il préviendra les Abonnés lorfque leur Soufription
devra être renouvelée. On foufcrit auffi
z les Libraires de la République , de la Savoie
& la Belgique. Le 1er.Cahier vient de paraître.
TABL E.
MADRIGAL
Charade
, Enig. Logog.
37 Etat Moral , &c.
Spectacles.
40.
55
COURS DES EFFETS PUBLIES, Novembre 1792.
EITO NAT. Lundi 19. Mardi20, Merc 21. Jeudi22.
Actions ...... 2107.5.22105 ...
Does
Emprunt Oc
42 23.
Vend23.
CHANGESCH19.
Amft. 37.
Sam 24. Lond. 20.
Ham 282.80.
2105.100. 2100.2095 2095.100. 2105.10.. Mad. 2.5.
Cadix. 22.
424.30 ... Liv 154.5
...
423423.24 424.

16p. 3.P. 4.3. 6.4.3
Gên. 14445
Lyon. P.
5.47. 7
· 5.48.5. 5.5+ 6.7.6.7
Anft
3 I 7 S
·2 2
4
3 80 80 So. 7 79
2.4
CHANGESdU24
71s
Lond. 197.
Ham. 279.
Id. Décembre 82.5.3.
Lot. d'Avril ...
Lot. d'Octobre.
1115 Emprunt 125.47.
Id. 80 millions.
Sans Bulletin.
Bulletin.
Emprunt 120ne
Borde. Ch.
Caifle d'Efcompt.
D°. demi- act..
EauxdeP.
Empr. National. 4.34..

31 53 7
34.4.42
Mad. 22.
Cadix. 32.
Liv.. 151.
Gên.. 141
Lyon.b.
+
Payeurs,
2.
année
1702, toutes Lettres.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
a
ON obferve que les Rédadeurs n'ont
rian de commun avec l'Abonnement
, la diftri
bution , &c. C'eft à M. GUTH , feul Directeur
du Mercure , hotel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes
pourraient
refter au rebut,
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés , Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées .
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trence- fix liv . frane
de port pour la Province. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le por
de l'argent & de la lettre , & joindre à cet..
dernière le reçu du Directeur des Pftes. On fouf
crit Hôtel de Thou , rue des Poitevins . On s'a
dreffera au fieur GUTH Diredeur du Burean du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere .
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvier font
priés de renouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes , ε
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Il
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible, oujoindre à leur lettre une des adreſſes
imprimées qui enveloppent le Mercure.
Per .135
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( N ° . 49 )
SAMEDI 8 Décembre 1792 ,
l'an 1. de la République.
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE PATRIOTES.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
& Avis divers , doivent être adreflés au Citoyen
la Harpe , rue du Hafard , n°. 2 .
Le prix de l'Abonnement efl de 36 liv.
franc de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR L'ANNÉE 1792 .
DÉCEMBRE a 31 jours & la Lune 30
17 , les jours décroiffent , matin & foir
& du 25 au 31 , ils croiffent de 3 '..
JOURS
du
J. PHASES
NOMS DES SAINTS .
de
MOIS.
de la
LUNE.
fam. Eloi , Evêque .
18
ID. Avent. 19
20
Du 1 ae
de , 9' ; >
Temps moyen
au Midi vrai
H. S.
11 49 43
11 50 6
10 31
IL ss
22
23
CD.Q.
2 I
1.1 47
44 52 13
h.
16 du foir.
25 59. m . II. 53 40
IL 53 7
27 11 53 35
28 ON. L.
54 3
29
3
le 13 ,à 10
54 3
II 1
h 35 m.
11
du foir.
55 30
2 II 55 19
3 56 29
4 I 56 59
Dr Q. 17 29
le 10 ,
11 57 9
7th. m.
TI 8
24
8 du foir .
11 58 59
I 59 29
11 59 59
о 29
о
O
1 28
P. 1 58
5 lez , à о 2 27
16 h. 25 m . с 2 56
7 du mat . O 3 25
8 "
O 3 53
lundi . Mirocle , Evêque.
4 mardi Ste Barbe , Vierge & Mart . 21
merc.Sabas , Abbé.
jeudi Nicolas , Evêque .
vend . Ste fare , Vierge.
fame La Conception."
92 Dte Gorgonie.
Fendi Ste Valere , Vierge.
mardi Fufcien , Martyr.
1: merc. Damafe , Pape .
jeudi . Ste Luce , Vierge & Mart.
14 vend, Nicaife .
1fam . Maximin , Abbé.
3 Dste Adélaïde.
lundi Ste Olimpiade , Vierge.
1} mardi Gatien , Evêque ,
13 merc 4 Temp . Ste Meuris , M.
2jeudi. Ste Philogone.
э
2 vend. Thomas , Apôtre. HIVER.
2 fam. chitien .
24 Dj Victoire.
lundi Pigile June.
mardi NOE L.
merc. Etienne , premier Martyr. a
27 jeudi. Jean l'Evangélifie , Apôt . 14
28 vend. Innocens , Martyrs .
fam. Thomas de Cantorberi.
13 D. Ste Colombe , Vierge .
31undi Sylveftre , Pape.
1
JOURNAL
HISTORIQU
EST
(7%
POLITIQUE
FRANCE.
3.27274
J 1
L'an premier de la République Françoile.
CONVENTION NATIONALE .
Du dimanche , 18 novembre.
B
1
Lis députés extraordinaires de la ville de Nice
avoient dénoncé à la Convention nationale , il y a
quelques jours , les attentats commis contre les
perfonnes & les propriétés par quelques individus
faifant partie de l'armée du Var . Ces plaintes
n'étoient que trop bien fondées. La violation des
droits de l'hofpita ité , la chaumière du pauvre
infultée , l'afyle du laboureur devafté , l'impunité
de tous ces crimes , voilà les fléaux qui affligene
une région que nous avons rendue à la liberté , &
où nous avons voulu que les perfonnes & les pra
N°. 48. 1 °. Décembre 1792. A
+21
piiétés fuffent placées fous l'égide de la république
Françoile.
Le tableau derces excès qui n'ort d'autre but
que de fouiller a gloire des armes Françoiles , a
été retracé aujourd'hui par le rapporteur des comités
diplomatique & de la guerre. Au récitde
ces malheureux évènemens , une profonde indi
gnation s'eft élevée dans le fein de l'Atlemblée ,
& le rapporteur a été l'interprête de tous les coeurs ,
lorfqu'en demandant juftice , il a dit : « La Convention
prouvera aux peuples que ce n'eſt pas pour
les opprimer , mais pourles fairejouir paifiblemer.t
de leurs droits , qu'elle les délivre de leurs tyrans .
Dans les circorftances où nous fommes , au moment
où les armées de la république font flutter
l'étendard de la liberté chez les nations qui nous
avoiſirent , il eft de votre intérêt & de votre gloire
que nul ne puiffe dou er de vos intentions , & vous
ne fauriez apporter trop de vigilance, & mettre
trop de folemnité dans un acte de juftice auffi
éclatant. >>
Voici le décret qui a été adopté z
« La Convention nationale , après avoir entendu
le rappor de fes comités diplomatique &
de la guerre réunis , déc ète que trois commiffaires
pris dans le fein de la Convention , fe
tranfporteront à l'armée du Var , dans le pays
de Nice & lieux circonvoifios , pour prendre les
renfeignemens néceffaires fur les faits dénoncés
par les députés extraordinaires de la ville de Nice
examiner la conduite des officiers & des géné
raux qui auroient pu autorifer ou tolérer les
excès commis ; s'allurer des moyens qu'ils ent
piis pour les prévenir & les réprimer ; recevoir
les plaintes des habitans qui ont éré victimes de
ces défordres ; fuivre la trace des effets qui leur
༩༣ ) 3
out été calevés , les faire reftituer , examiner les
indeninite auxquelles if pourra y ave lieu ,
avdi ,
Talpendre provicitement , fare rempl cer ,
des agens mmiaconine
tre en état d'atreftation ceux de
litaires qui feront trouvés prévenus d'avoir con
toitu à ces dé ordres , ou de les avoir foufferts ;
de faire les proclamations qu'ils croirout
venables pour rétablir l'ordre & la difcipline
dans l'armée , requétir la force armée , en cas
de befom enfin , d'employer tous les moyens
qui feront en eur pouvoir pour affuter la tranyuillités
des erbyens du pays de N'ce , & rappeller
dans leurs foyers ceux quente
auroit
déterminés a les abandonner ; lefquels commiffaires
rendfont compre de tout à la Convention
>nationale. ɔɔ
Les commiffaires nommes pour ſe rer dre à
Nice , fent Goupilleau , Collot- d Herbois &
Lafource.
21182
• Le citoyen Garnier à fait hommage à la Con-
#ention du code du divorce , ouvrage dans lequel
il indique plufieurs articles additionnels , & des
difpofition qui demandent d'être interprétées . Ces
oblervations ont été renvoyées au comité de légiflation
peut pe fationner une loi fi long- temps lol
licitée parla juftise & par l'humanité.
emer au
Dans Panalyfe des voeux que les comités des
pétitions & correfpondance ont recueillis , & qui
ja été préfentée à l'Affebite , oy true celui
-de quatre fociétés patriotiques , relatr en
procès de Louis XVI. I en et trois qui dehandent
qu'il foit punt de mort la qatrème
demande qu'il foit condamné à une pilou pèrpétuelle.
Mais les vous contre les agit teurs ,
contre les provocateurs dla lui agraïre ,“ dù
meurtre , du pillage , arivent en foule de toutes
A 2
( 4 )
1.
les parties de la république , & fe réuniſſent tous
pour demander leur anéantiffement. Un cri uniye
fel s'élève Périffent tous ceux qui ne fervent
leur patrie que pour fe ménager les moyens de l'af-
Servir!
}
A la fuite de ce raprot , un membre a voulu
inculper le comité de partialité , en prétendant
qu'il paffoit fous filence plufieurs pétitions impoitantes
, tandis qu'il infiftoit fur d'autres qui
préfentent moins d'intérêt . Ferrand, qui en étoit
T'organe , a répondu que le rapport avoit été lu
la veille au comité , & adopté par lui , à l'unaimité
des (uff ages , & après l'examen des piècess
que pour flatter fervilement quelque opinion injureufe
, il ne trahira pas la confiance de l'Alfemblée.
Une lettre du commiffaire de la caiffe extraordinaire
des farces , informe l'Affemblée qu'il
a été brûlé la veille 2 millions d'affignats , pro
venant des recettes fur les domaines nationaux.
Ces 2 millions joints aux 645 millions déja brûlés,
Firment un total de 647 millions. Voici quelques
details far la fituation de certe caiffe.
La de
bliffement , s'élevoit
hier au foir à
La dépenfe de la caiffe de l'extraordi aire de
puis fon
n 2.
2,758,539,494 liv. 14 fous ; en déduifant le
montant des biûlemens , la maffe des affignats
qui reftent en circulation n'eft plus que de
2,113,539,494 liv. 14 fous ; mais en y joignant
les 6,519,800 liv. de bi lets de caille , ou promelles
qui remplacent encore les affignats dans
commerce la véritable circulation eft de
2,120,059,394 liv. 14 fous ; il manque par coféquent
279,940,70s liv. 6 fous , pour arriver
ax 2,400,000,000 qui peuvent exifter en circulation
, ' aux termes du décret du 24
dainier.
du mois
Un décret avoit mandé à la barre le commif-
Laire Vincent, accufe d'avoir autorité des march
onéreux four la nation. Il y a été admis dans
cetre féance. Après avoir fait l'énumération des
marchés qu'il a paffés , il s'eft rejetté ſur l'antol
rifation du général Montefquiou , & fur celle des
comm ffaires de l'Affemblée lég flative . La Convention
a décrété que les pièces feroient renvoyées
aux comités de la guerre & des finances , & que
Vincent refteroit , jufqu'au rappor , en état d'atreftation
.
La difceffion s'eft enfuite po tée fur la loi re-
Fative aux émigrés. Piufieurs articles ont été
d'écrétés.
- Parmi les adreſſes qui ont été lues dans cette
féance , on a remarqué celle d'un bailliage du
duché de Deux- Ponts , qui demande à fe réunir
à la France.
Du lundi , 19 novembre, dog
Le fait dénoncé par Ruth prouve que' , tan lis
que la république travaille avec tant de zèle à
la propagation de 1 liberté & de l'égalité chez
tous les peuples , il eſt des miniftres de France
auprès des cours étrangères , qui travaill :nt avec
un zèle égal à étouffer cette même liberté. Le
bailliage de Darmftode , a die Ruth , qui devoit
appartenir à la Francée d'après le traité de Rifwick,
a arboré la cocarde nationale & demandoit à être
François. Le duc de Deux-Ponts , pour arrêter
ce mouvement , s'eft bâténd envoyer des troupes
dans ce biliage , avec l'ordre de faifir les ma
giftrats & de les amener dans les cachots de
Deux Ponts. A la réte de ces troupes , on a ·
A 3
(( 61)

remarqué le feur Delporte , miniftre de France
auprès de cette cour. Les citoyens du duché de
Limbourg & du bailiage de Darmstadt , réclament
la protection de la France ; d'un autre côté,
les Mayerçois craignent d'être abandonnés à la
merci des delpotes qui les menacent. Je demande
que la Convention déq'are que les peuples qui
Youd ont fraternifer avec nous , feront protégés
par la nation Françoife .
La motion de Rulh a été accueillie & appuyée
avec chaleur. Briffot vouloit la renvoyer au co-;
mité diplomatique qui prépareit actuellement un
rapport , fur les principes d'après lefquels la
France doit accorder la protection à tous les
peuples qui la réclament. Lafource obſervoir que
cette question tenoit à plufieurs autres qu'il im
portoit également de décider. Vous aurez , di-
Loit-il , à régler la conduite des généraux envers
les peuples chez lefquels ils porte ont les armes,
de la république . Vous déciderez enfuite la pro
pofition que l'on vous fait aujourd'hui . Enfin if
vous restera à traiter une grande queftion = c'eft
la conduite que vous aurez à tenir eavers les
peuples qui voudront fe réunir à vous s 535
Mais il falloit d'abord , & avanto toute autrel
confidération , faire ceffer la cruelle incertitude:
des peuples dont nous avons brité les chaînes
& foutenir fpoir des autres . La Conventions
donc déclaré , au nom de la nation Françoife ,
qu'elle accordera fraternité & fecours à tous less
peuples qui voudront recouvrer leur liberté.
Elle a chargé en même- temps le pouvoir exé-t
eurif de donner aux généraux les ordres nécefas
faires pour porter fecours à ces peuples , & dé
fendre les citoyens qui auroient été vexěsy ou
qui pourroient l'être pour la caufe de la libe ret
( 7 )
Ce décret fera traduit & imprimé dans toutes
les langues. Quant au freur Delporte , envoyé
de France à Deux Ponts , la Convention a charge
Je miniftre des affaires étrangères de lui donner
las fenfeignemens qu'il peut avoir , fur fa condute
bin H
-Une dépatation des électeurs du département
de Sie & O.fe , eft venu préfenter un long
mémoire fur les fubfiftances . Il a pour objet la
demande d'une loi contre le monopole , d'après
laquelle chaque propriétaire feroit obligé d'apporter
dans les marchés ; la quantité de grains
proportionnée à fa técolte , & qui feroit taxée
par la municipalité de fon domicile. Il a encore
pour objet d'établir des formalités pour le tranf
port des fubfiftances de département à département
, & de fixer le maximum du prix des grains
& farines .
Ce mémoire a été renvové au comité d'agriculture
& de commerce. Une des loix les plus
importantes eft fans doute celte que prépare,
l'Affemblée fur les fubfiftances. Les deft nées de
la France y font attachées , & les méprifes auxquelles
elle donneroit lieu feroient irréparables.
If importe done de recueillir toutes les vues
de speler toutes les raifons , pour fe garantir de
P'erreur. On lira avec intérêt la lettre fuivante ,
adreffée à la Convention par le miniftre de l'intérieur
:
Un citoyen du président de la Convention nasionale.
« Je me dépouille du titre de miniftre ,
Parce qu'il fert à faire mettre des entraves à la
liberté de l'homme , à qui il eft donné , parce
que je crois utile à la chofe publique d'ufer e в се
nfoment de tout le droit du citoyen & de l'homme
27
A 4
( 8 )
libre , pour attaquer des préjugés dont les effets
fe oient funeftes à la France , »
« Le comité d'agriculture & de commerce a
préfenté un projet de décret , que me font croire
très-nuifible quelques expériences en adminiſtration .
Des voyages en Europe , pour étudier le génie des.
Nations , leurs relations commerciales , & trèsparticulièrement
la naiffance & les progrès de cet
efprit qui veat & doit faire des intérêts privés
les élémens de l'intérêt public ; tout , & I hiftoire
d'Angleterre & la nôtre propre , & les grandes
vues de Turgot , & les erreurs défaftreufes de
Necker , tout prouve que le gouvernement ne s'eft
jamais mê é d'aucun commerce , d'aucune fabrique,
d'aucune entreprife qu'il ne l'ait fait avec des frais
énormes en concurrence avec des particuliers , &
oujours au préjudice de tous ; que toutes les fois
qu'il a voulu s'entremêler dans les affaires des par- ,
ticuliers , faire des réglemens fur la forme , fur
le mode de difpofer des propriétés , de les mo- ,
difier à fon gré , il a mis des entraves à l'industrie
fait enchérir la main- d'oeuvre & les objets qui en
font réfultés. >> 5116
L'objet des fubfiftances eft dans ce cas , plus
particulièrement qu'aucun autre , parce qu'il eft
de première néceffité , qu'il occupe un grand
nombre d'individus , & qu'il n'en eft pas un feul
qui n'y foit intéreffé . Les entraves annoncent ,
appel'ent , préparent , accroiflent , propagent la
défiance , & la confiance eft le feul moyen de
faire marcher une adminiftration dans un pays
libre. »
C
I
« La force , quelque moyen coërcitif qu'on i
imagine , ne fauroit être employée que dans lesP
momess de crife ,, dans les convulfions , dans les
mouvemens violens & irreflé his ; mais dans une
fuite de travaux , dans une continuité d'opérations
, l'emploi de la force néceflite la continuité
de fon ufage , el'e en établit le befoin : elle le
multiplie & l'aggrave fans ceffe , de manière ques
bientôt il faudrois armer la moitié de la nation
contre l'autre ; tel fera toujours l'effet des dé- b
crets qui auront pour but de contraindre ce queɔ
la juſtice & la rafon veulent & doivent laiffer
libre. Or , toute déclaration exigéeren fait de
fubfiftances fpécialement , fera faulle & nécel-q
frera la violence. Tout ordre de porter çi ou lá ,
en tel'e ou telle quantité, de vendre emtel lico ,
& non, en tel autre , à telle heure aux us ,
telle heure aux autres , tout ce qui établira lai
gêne , tendra à l'a binaire , & deviendraiveratoire.
Le propriétaire s'inquiète d'abord , fe dégoûte
, enfuice il fit par s'indigne . Le peuple
alors peut s'irriter & fe foulever. La fource
des profpérités feroit tarie, & la France devien
droit la proie d'agitations longues & cruelles.
C'est une arme terrible dont les malvei lans ne
tardeot pas de s'emparer , qu'un décret qui porte.
avec foila: contrainte , & laiffe à la violence
de le diriger. Déjà celui du 16 fep embre dernier
, qui ordo ine le recenfe.nent des grains ,
& autorife l'emploi de la force pour fon exécution
, répand l'alarme & favorife les émeutes .
Encore une entrave, encore une provocation de
l'autorité pour 1 : fouteni je ne connois , nou je ne
conçois plus de puillance humaine capable d'arrêter
les défo dres . **

Ou ne fe repréfente pas affez qu'en admini
tration , en légiflation , comme en mécanique
la mu'tip icité des rouages gêne les mouvemen's
retarde ou diminue l'effet , faute d'un plan rai-
AS
fonné fondé far hiftoire des faits , fur le rés
fultar des combinaifons , fur la fomme des moyens
moraox & phyfiques , an code fe trouve chargé
d'articles: dont les uns font deftinés à rectifier les›
autres. Il s'enfait une complication fufcepable de
commentaires , & l'exécution devient également
dffivile & Thalardeale . Les inconvéniens ” de
cette mature font infiniment graves dans la lé
giflation des fubftances , qui devient at usual
arfenal d'armes peurtrières , que faififfent tous les
partis. >>
you t
Préfilent de la repréfentation d'un grand
peuple , mont ezéque le grand art eft de faire
péu,, & que le gouvernement , comme l'éduca
tion, confiftes principalement à prévenir & à cm -1
pêcher le mal d'une mamère négative, pour laiffer}
aux facultés tout leur développement ; car c'eſt
de cette liberté que dépendent tous les genres
de profpérité . La feule chofe veut être que l'Affemblée
puiffe fe permettre fur les fubfiftances
c'eft de prononcer qu'elle ne doit rien faire , '
qu'elle fupprime toute entrave , qu'elle déclare
la liberté la plus rentière fur la circulation des
dentées qu'elle ne dérermine point d'action ',
mais qu'elle en déploie une grande contre qui
conque auchieroit a cette liberté. La gloire & lat
fûreté de la Convention me paroiffent attachées à
cet acte de juftice & de raifon , parce qu'il me'
femble que la paix & le bonheur de la nation én
dépendent , No
1 Après la lecture de cette lettre , dont l'Afemblée)
a ordon é l'impreffon , la délibération s'eft reportée
fur le projet de décret relatifaux émigrés . Pincus
articles ont été adoptés bo poena
ing Dumasdi , 20 novembre.
Le miniftre des aires étrangères fait pafler à
la Convention une lettre de l'ex-conftituant Malauer
, datée de Londres . Molouet , après avoir
remarqué qu'il ne peut être 20 fideré comme
'émigré , puifquil n'a quitté la Frar ce que le 18
feptembre dernier , peur fe rendre à Londres ou
Tes affaires Pappelloient , demande û eté & prorection
pour
Fiance y plaider la caule de
Louis XVI. La Convention a paflé à Pordre du
jour , en renvoyant la letreide Malourt au comité
d'aliénation , où il y a un regiltre ouvert , fur lequel
, fom portés tous les noms de ceux dont on
apprend l'émigration .
Dans un gouvernement libre , chaque citoyen
a le droit d'être éclairé fur la conduire d'un fonc
tionnaire public . Le général Dillon envoie fes
comptes imprimés à la Couvention nationale.
J'ai été mandé , dit -il , par le confeil exécutif
pour rendre compte de ma conduite dans cette
campagne , au moment cu je conduïfois une armée
victorienfe à la pourſuite des ennemis. J'ai
obéi à cet ordre , & j'ai rendu ce compte avec
la fimplicité & la vérité qui doivent former le caractère
d'un foldat républi & d'un homme
itéprochable, pe
Ou
Ee pofte de Biennes of Dillon a conftamment
arrêté les armées combinées , & repouffé leurs
attaques ; l'heureufe affaire d'Autrecourt qui
dé crmné fuite de 20 mille Autrichiens
Helois ; fon camp offenfif de Sivrey - la - Pesche
avec moins de 16 mille hommes contre so mille
voilà des faits que ce général pouvoit oppofer
ane injufte prévention . Cependant le confeil exécutif
lui a déclaré qu'il ne le rétablifoit pas dane
A 6
(-12\)
fon commandement , en lai offrant l'expectative
d'une honteufe penfion de retraite . Dillon qui
ne veut que juftice , demande que la conduite foit
examinée dans les comités de la Convention , en
exécution d'un décret du 12 octobre dernier ,, qui
paffant à l'ordre du jour fur les inculpations qui
Jui étoient faites , avoit ftatué que toute décifion
feroit ajournée jufqu'après le compte rendu par
le confeil exécutif. L'Affemblée a renvoyé la
pétition & le mémoire du général Dillon au sor
mité de la guerre , & l'a chargé d'en tendre
compte inceffammert.
Le comité des finances a fait rendre un décret
on faveur des fou: niffeurs ouvriers & autres
créanciers des ci - devant corps & communautés
eccléfiaftiques & laïques , fupprimés , dont l'objet
eft de porter jufqu'à la fomme de 800 liv. les
créances dont ils peuvent exiger la liquidation &
le paiement . Le comité des fecours a été chargé
de faire un prompt rapport fur les moyens de
pourvoir aux befoins des femmes & enfans des
citoyens qui font allés à la défenfe des frontières,
On fait lecture d'une lettre qui dévoile degrandes
friponneries ; elle eft écrite par les commiflaires de
la Convention à Lyon. La voici , car il faut que
tous les bons citoyens partagent l'indignation de
Affemblée, quand elle a appris que les trois quarts
des énormes dépenses fites pour le foutien & le
falut de la république , font devenus la proie de la
cupidité de quelques particuliers,
Lyon , 17 novembre , l'an 1et, de la république.
La tranquillité rège actuellement à Lyon ;
mais elle n'y fera durable qu'après le renouvellement
des corps admini tratifs . Nous ef é ons
que les nouveaux uferant de la force de Lux
( 13)
autorité pour maintenir le règne de fa pair.
Nous l'avouerons , les plus grands déforires ont
été tolérés , & même autorités par les adminiltrateurs
actuels. Les papiers publics nous ont eppris
que les citoyens Vincent & Benjamin vous
avoicut été dénoncés relativement aux marchés paflés
entre cux. Des citoyens de Lyon font venus
› nous faire des plaintes contre les fournifleurs , &
nous ont engagés à visiter le dépôt des fourni
tores pour l'armée des Alpes. Nous nous fommes
tran portés à ce magafin ; c'eft là que nous avons
découvert les plus affeufes dilapidations . Les
magafins font remplis de fournitures de la plus
mauvaise qualité . Pour vous mettre à portée d'en
juger vous- mêmes , nous vous faifons paffer fix
chemifes tirées du nombre de celles qui ont été
payées 7 , liv . 10 faus chacune. La toile dont
elles font faites cft plus groffe que la toile d'em
ballage. 2uod emmer
Quant à la fourniture des fouliers , dont le
citoyen Lajard , coufin de l'ex - miniftre , a été
charge , les trois quarts font on ne peut plus
mauvais . Toutes les conditions du marché ont
été violées . Vous vous étonnerez peut -être que
des fournitures auffi frauduleules aient pu entier
dans nos magaſins ; c'eft qu'on affure, que les vid
teurs ont été très - chèrement payés par les fournil-
(eu: s eux mêmes . »
сс
c
23:
Un
partie des fournitures
de chapeaux , eft
hors d'état de fervir ; un grand nombre de pièces
de dap ont été livrées fans qu'elles aient été
aunées . Il n'y a de comparable
à cette friponnerie
que celle de Vincent , qui n'a pas ſpéc. fié dans
le marché la largeur du drap; & ce qui eft
bien plus étrange encore , c'eft que la foumiflion
de Benjamin
pour ce marché eft du & cctobre,
84
que l'acceptation de Vincent , & lapprobation
de Montefquiou font du du même mois, Nous
n'avons pas besoin de vous faire des obfervations
fur cette fingularités les réflexions & l'in
dignation waillent d'elles- mêmes , & il est évident
que le com millaire de guerre & le fourniffeur
font des fripons . Nous avons provifoirement
fufpendu le commiffaire Vafe , convaincu d'avoir
prévariqué, & nous avons interdit le citoyen De
launay quina aflé expedier à mille ché
miles a fi mauvaiſes que celles que nous vous
envoyons Nous avons vu dans les magafins des
ballo , & nous avons penſé que les objets qu'ils
conecnotent pouvoient être d'une aufli mauvaife
qualité quedes autres , & nous en avons ordonné
la vifite ; nous nous félicions d'avoir pris ce parti ,
dar les experts nous ont affuré que k's trois quarts
des fo thiers qui y éro che renfermés avoient été
acceptés comme bons , quoiqu'ils euffent dié mis
à l'écapt . 55r
Le citoyen Lajarda encore d'autres ma
gefins à Montpellier ; quelque pemble qu'il foit
de trouver toutes les ramifications de ces fripouneries
, nous nous offrons d'aller nous - mêmes
les vérifier , fi vous voulez nous y autorifer.
Ce font les marchés qu'il faut révoir ; celuï relatif
à la fourniture de chevaux coûre 12 à 14 cent
mille livres . Nous penfons que ces prévatical
tours doivent être confondus avec les confpitafeurs
contre l'Etat , & punis comme tels . Sous
Fancien régime , les dilapidations étoient moins
audacieufe . Dans chaque fourniture , la hiérarchie
militaire eft une échelle de crimes . Commiflaire
des guerres , commiſſaire ordonnateur , fourniffeur,
état- major , général , tous ont volé la na
tion. Nous avons provifoirement remplacé les deng
(( x ))
commiffaires des guerres par deix citoyens de
Lyon .Nousespérons faire encore de nouvelles déa
couvertes ; nous vous en informerons dans howe
promière lettre . »
Signes , Very BOISSY DANGLAS 80 ALS &
QUPER.
Onolit enfuise une lettre du miniftre de la
guerres c'eft em (upplément à la confefhon géné‡
ratended fripons! ovunnet amor ) a firmos 9315)
?
Je fais paffer à la Convention nationale ;
éctic Pache , plurfears paires de foulers , de
chemifes , & de bas , fournis aux magaſins de
Strasbourg , par Jacob Benjamin , apportés par
Vienfen , maréchal - de camp dans l'armée da
Rhin & qui ont été réfufés par Thierry com
miffaire des guerres de cette armed selle verra
que des fouliers font d'une très mauvaiſe qua»
lité ; que les chemiſes font aufli groffières que
la toile d'emballage ; que les bas ne font qu'a
devx grainsy bau lieu d'être à trois ; mais ee
qui l'étonnera c'eft que de cachet " du miniftre
de la guerre , mis fur plufieurs de ces effets
pour les faire recevoir dans les magalins , pas
roit être un cachet "détaché d'une enveloppe de
bettres
*
,
" Iì n'y a eu qu'un cri pour demander la pu
nition des coupables , & pour affurer celle de
tous les fourniſſeurs qui ont trahi la foi pu
blique . Parmi les différentes propofitions qui
ont été faites-& qui routes tendoient à circon
venir les agioteurs , voici celles qui ont été
adoptées.
Les commiffaires de la Convention à Lyon
fe trasfporteront à Montpellier & dans tous les
endroits où il y aura des fournitures pour Par
mrớc du Midi , les vifiteront & décerneront des
1
3
(( 1967.)
mandats d'arrêt contre tout fourniffeur , commiffaire
des guerres qui aura paffé des marchés
frauduleux.
Il fera nommé une commiſſion de 24 membresqui
ſeta chargée d'examiner tous les marché,, &
de préfenter les moyens de fu pléer au défaut des
compilaites des guerres, jufqu'à ce qu'on ait
pourvu leur remplacement. Les membres de
cette commiffion feront renouvellés tous les mois
par moitié, ovan ) sifa " 32
L'Allembé porta enfuite des décrets d'accufation
contre les juif Benjamin , Vincent commilaire
des guerres , Vaſe commiffaire des
guerres , Delaunak ordonnateur , Lajard , coufia
de Fex miniftre Lajard
1 Un membre dénonce sencore , pour fraude
dans les marchés , le citoyen Gerderet. I lit
un procès verbal qui conftate que et fourniffeur
a livré des fouliers fendus en dedans &
doublés en carton , dans l'entre-deux. Gerderet
eft décrété d'accufation .
"
2
On s'est enfuite occupé de la loi fur les émigrés
. Plufieurs articles ont été décrétés. La difcuffion
a été interrompue par Karrivée du miniftre
de l'intérieur qui eft venu apporter à
la Convention nationa'e plufieurs cartons rempls
de p piers , gei , par leur nature , & par le
lieu où ils ont été ouvés , lui ont paru d'une
trẻ, grande importance . « Je crois , a-t- il dit ,
qu'ils font propres à jetter un très - grand jour,
fur les évésemens, du 10 août , far la révelu,
tion entière , & fur les perfoonages qui y ont
joué le plus grand rôle . Piufieurs membres de
l'Afemblée conftituante & de l'Aſſemb`éz lég (- ·
lative paroissenty êre compromi ils se ferment
des correſpondants, de M. Laporte & de plu(
17 )
fieurs autres perfonnes attachées au Roi ; il y a
même des lettres originales du ci devant Ro ,
& une immer hebde projets för fa garde , fur
fa maifon , fur les armées , & de combinaiſons
de toute espèce , relatives à la révolution .
J
* Si des pièceszifen fullent trouvées dans les
appartemens des Teileries , je les aurois remifes
à vos commiffaires ; mais eles m'ont paru devoir
être détachées des autres , par leur impor
tance, Elles étoient dans un lieu particulier ,
fecret , que fi la perfonne de Paris qui en
avoit connoiſſance ne l'eûr indiqué j «il cût été
impoffible de les découvrir. Elles étoient der
rrère un pan cau de lambris , dans un trou
pratiqué dans le mur , & fermé par une porté
de fer eft l'ouvrier qui l'avoit fait qui d'en'
a fait la déclaration . J'ai fait ouvrir ce matin
cette armoire , & j'ai parcouru rapidement ces
papies. Je crois qu'il eft important que l'Affemblée
nom ne une commiflion expreffe pour
en prendre connoiffance, d
La Convention a décrété que certe commifent
fron feta formée au fort , Ï&\que für- le champ ?
Jassfecrétaires, conjointement avec le miniftre ,li
numéroteront & paraphernt fan's défemparer
les pièces.
ཧི
ས་
Du mercredi , 21 novembre.
Voici un fait bien propre à faire connoîtretoute
l'iniquité & labudite du gouvernement )
de Rome, On favoit que depuis long- temps les
François patriotes y étoienr vexés & perf cutés
de mille manières ; mais an ignproit juſqu'a quel i
paint la raiſon & l'humanité participoient à ces }
ourfages.realy , M
Les citoyens Rater & Chinard ; rentrant chez
r&
7
eux, dans la nuit du 22 au 23 feptembre, furent
affaillis par des sbires , qui les garostèrent & los
conduifiant dans les pilons du gouvernement.
Peu de jours après , on fir calever divers mo
dèles de Chinard , ainfi qu'un , chapeau, orné,
dane cocarde nation , mais , qui ne pertoit
que chez lui. Les groupes fails font i la liberté »
coyronnant le génie de la Frances Jupiter ,
foudroyant l'ailtocratie , & la religion aflife ,
foutenant le génie de la France dont les pieds:
Palent fur des nuages , & dont la tête , ornée
de rayons , indique qu'il eft la lumière du mon
de. Eh bien le gouvemement a répandu danar
le public que Chinard, avoit outrage la rel
gians qu'elle étant foulée aux pieds ar&tch On a
transféré les deux prifonciers au château Stants
Ange , & à , l'inquifitiont inftruir, leur procès, a
Qa, ne patie plus que de Chinard & le bruisɔ
court que Raten oft mort Umami des deux
divenys reçut ordre de fe trouver à dinquihuon
le 16 octobre. Il y fat menace de la galère , s'ilɔ
netidépofois comme les autres témoins qui
charged nt -Chinnpd3311, eut certe foibleffe , & 3
il napene fortir de Romo pijnréclamer. Mais !
up des élèxtes dus kcélèbro pleintrą David, memanbre
de la Convention nationale , qui fe trouvoit
à Rome à cette époque , en partit précipitamment
11
fe retirer à Florence ; & c'eft de- là , qu'au
nom de tous les patriotes qu'il a liffés gémilfane
fur le fort de leurs fères , il adreffe des
réclamations à la Convention 2 nationale. *
L'Affemblée a décrété que de miniftre des af- !
faires étrangètes prendroit connoiffancer de toesb
faites un jogi di 3 al 14
*
Briffot , au nom du comité diplomatique , faitu
un rapport (as Ice négociations qui ont eu hen
( 19 )
entre le général Montefquiou & la république
de Genève . Il en fuit les progrès & en donne
le réfu❜rar.h j ཊྛི
Les magiftrats de Genève accordent faveur
& protection aux émigrés , la France fe tait g
les magiftrats fe font camprendre dans la neu- )
tralité d'Arau , qui n'étoit qu'une acceſſion mal
déguifée à la coalition couronnée la Frances
fe tait encore . Ses armées entrent en Savoie ,
& les magiftrats de Genève ,appellent les fuiffest
dans fon fein . Ils croyoient alors aux conquêtes)
des Pruffiens ; les Piuffiens font repouffés , les
magiftrats Genevois demandent à régocier, La
république Françoife le borne aldemander l'évacuation
des troupes fuiffes , mig bìikil azda com
2
7
I
On chicane on cite les traités , mais ces !
traités condambert Genève ; las magiſtrats.con- }
fentent à l'évacuation , mais ils demandent que
les troupes: Françoifes n'entrent point dans leurs
murs ; le général le promer on ne fe contente ›
pas de fa promeffe , on veut une ratification [
1 pouvoir exécutif ; il la donnel ; on defites
un décretsde dai Convention , elle to read.
famble queroutes lesdifficultés font applanies, que
les fuiffes vont évacuer point du tout." On³
imagine de nouveaux prétextes , on feint d'avoir
befoin du concours des cantons de Berne & de
Zurich & des repréfentans du corps helvétique.
On demande ce concours à ces derniers , & ils
répondent que les troupessont marché à la réquifition
des Genevois , qu'elles fortiront à leur
première réquifition . Oå infifte encore. On de- ^
mande à ces représentans leur avis fur la gar
nifon qu'ils veulent former à Genève . Les repréfentans.
répondent que cotte gainifon ee les
regarde point. Les aristocrates Ge..evois ont re(
20 )
cours à d'autres rufes ; ils cherchent à foulever
le cabinet britannique , & ils parviennent par
leurs intrigues à le faire expédier un miniftre
plénipotentiaire , qui vient les affurer que la
comonne d'Anglete ré prend part à leur fitua
tion & approuve leurs me fures , maar ligela
Toutes ces maroeuvres ne fervant pas encore®
aflez le defir des aristocrates Genevois , ils em
ployèrent le crédit qu'ils avoient auprès du général
Montefquiou , dont les difpofitions leur
étoient bien connucs pour lui' dicter un traité
qui rempliffoit parfaitement leur but
Quel étoit ce but ? Briffor Pexplique . Trois
partis divifert lés efprits à Genève . Les ariftoc
ates héréditaires , qui farmèrent en 1782,7
la malle du parti négatifs les citoyens & bourgeois
, qui compofèrent à cetre époque le parti
représentants & les natifs & autres fujets qui
n'ont point de part à la loi , laquelle eft faite ,
en apparence en confet général par les deux
premiè es clases , & dans la réalité par le grand:
& le petit copfeilo' all pak OXY “TOVÉ
left très-vrai que la révolution françoiſe a
réuni les deux premiers partis , mais s'il y a eu ?
concert entre les négatifs & les repréſentans , c'eſt
que chacun de ces deux partis vouloir défendre ,
contre les légiflateurs , lon ariftocratie refpe&ive.
C'eft pour enchaîner ces égalifeurs , natifs , patriotes
, ou fans- culottes ; qu'on avoit appelé les
Suiffes dans Genève . On craignoit que l'approche
des troupes farç ifes ne favorisât le développement
de leurs principes , & ne les portât à l'infur
rectional wit
Voila l'efprit qui a dicté les clauſes déshonotantes
du premier traité du 22 octobre. Il a reçu
( 21 )
des modifications par l'acte du 3 novembre ; mais
cé dernier traité contient encore des difpofitions
incompatibles avec la digos é du peuple françois,
qu'il eft impoffible de laifer fubfifter . La d plo
marie françoife , dit Briffot , doit enfia revêtir
les caractères de rotre évolution ; elle doit être
franche , loyale & fière ; la fimplicité , le laco
rifme , la clarté , doivent conftituer notre
Style: diplomatique rien d'équivoque uni
d'inutile ne doit embarraffer nos traités . De quei
s'agit-il entre Genève & nous ? Genève ab, pat
tine injufte défiance , si contre la teneur des
traités , fait entrer 1,600 Sufles dans les murs .
Nous en demandous la fortie . Genève demande
de fon côté que nous refpections fa neutralité,
fon indépendance; nous y confentons . A ces deux
conditions , la paix doit être rétablie comme par le
pasé.
Briffot termine fon rapport par la lecture d'un
projet de décret , hui a été adopté. Levaici
er
« Arr. I. La Convention nationale autorife
Je confeil exécutif à requérir que l'évacuation des
troupes Suiffes de Genève foit confommée le
21 décembre prochain , moyennant laquelle évacration
les troupes Frar çifes refpe &teront la neutralité
& l'indépendance du territoire Genevois ,
& l'évacueront fi elles l'ont occupé.
II . La Convention nationale paſſe à l'ordre
du jour fur l'acte du 2 novembre para sabə
On fait lecture de l'opinion de Thomas Payne
fur le procès du Roi . Thomas Payne envisage
Louis XVIcomme le comp ice d'une confpiration
urive: felle , qui menaçit non - feulement la li
berté Françoile , mais encore celle de toutes les
nations. Il le confidère comme un accufé dont
le procès peut conduire tous les peuples à con((
122)
1
noître & ' à décefterleofystême de la monarchie ,
les complo & les intorgues de leurs prop es
courn , caftylons ce point de vue qu'iropine
àjuger Louis XVI. No of a
-
9
Les defponés Européens , dit Thomas Payne,
ont formé des alliances pour maintenir leur au
tonté respective , & perpét ser l'oppreffion des
peuples ; c'est le but qu'ils fe font proposé en fai
fant use rinvafion furste tersiroirenFrançois. I's
craignent .l'effet de la révolution de France au
fem de lourpopre pays. La France a doja vaincu
deurs armées , mais il lui refte à fonder les détails
de la confpiration‚à découvnire à placer fous
des yeux de l'univers cas defpotes qui ont eu l'infanie
d'y prendre part , & l'univers attend d'elle
rebate de juftice ,my code
Des députés de l'Affemblée nationale des Ablobrogs
font introduits dans l'intérieur de la
falle. Chargés par cette aflemblée d'apporter les
vænx devtous les Savoifiens à la Convention nasionale
de France , & de hi exprimer les fedtimens
de reconnoiffance dont ils font pénécé pourda li
berté qu'elle leur a as portée , ils viennent s'acquir
ter de leur miffiom. Dès que les troupes françoifes
fe furent retirées pour fe porter vers Genèveɔ, -
on convoqua une affemblée générale du peuple .
Toutes les communes , au nombre de 655 furent
fpontanément allemblées . Elles nommèrcat chacuac
un député pour le rendre à l'Aſſemblée générale
qui cut lieu à Chambéry Nel 11 octobre
dernier. La première opération de cette affemblée
générale fut de vérifier fes pouvoirs. Iken
-réfulta que, dans la province de Carrauge , compolée
de 64 communes , 42 ont voté pour la réunion
à la république Françoife ; que 21 ont
donné des pouvoirs illimités à leurs députés , &
( 23 )
qu'une feule d'a pas fait connoître fes fentpondo
le tab of mor mens.co༢ )
Toutes les communes de la province de
Chablais , au nombre de l65 , ont unanimement
manifefté leur defir d'être réunies à la nation Franfoife.
Celles de la province de Faucigny, au nombre
de 79 , ont toutes émis un pareil veeu . Les 116
communes de la province du Guavois; les 63
communes de la province de Maurienne ; s
204 communes qui compofent la province de
Savoie , dont émis les même vom Une feule
parmi ces derniers a defiré une épublique par
ticulière.Dermos siab chog i sldr 201
› Des 62 communes formant la province oder la
Tarentaift , 13 ont voté pour l'incorporation àla
république françoiſe.
7
En attendant squerda Convention pationale de
Francex eût prononcé fur deur demande , l'Afemblée
nationale crut qu'il étoit important
dezcocet proinptement da fouveraiocté du peuple
Savoifien , Son premier dée et fut l'abolition de
là royamé . Ele décréta ènfuite une adreſſe à la
Convention de France , dans laquelle font ext
primés les fentimens de tous les Allobroges
ce Vous nous avez laiffés les maîtres , difent- ils ,
de nous donner des loix , nous avons agi . La
nation Savoifienne , après avoir déclaré la déchéance
de Victor Amédée & de ſa poſtérité ,
s'eſt déclarée libre & fouveraine . C'eft du fein
de cette Affemblée qu'eft émis le voeu unarime
d'être réunis à la république Françoife , non par
ane fimple alliance , mais par une union indif
foluble , & formant partie intégrante de l'Empire
François . »
2
1
Après la lecture de cette adreffe , les députés
( 24 )
fort connoftre les pouvoirs quils ont reçus de
l'Affemblée nationale des allobroges , poor fol
liciter l'acte folemnel de leur adhéſion à la république
Françoife . Ils font enfuite le récit de
leurs premices travaux. Tous les pouvoirs.conf
titués , du ci- devant fénat de Chambéry , vio
rent reconnaître la fouveraineté de la nation Allobroge
& les pouvoirs de fon affemblée reptére ra
tive. On invita le fénat à continuer fes fonctions
Il prêta le ferment d'être fidèle à la liberté ,
d'égalité Les ci- devans intendans les pierres ;
les moires même vinrent tous à la barre
prêtèrent le ferment, bacisinshas
?
L'Afemblée nationale éteit compofée de plus
de 600 idéputés ; elle reconnut qu'elle étoit
trop nombreuse pour adminiftrer. En conféquence
, après avoir décidé que quatre de fes
membres , iroient préfenter à la convention
de France fareconnoiffance & fes voeux , elle
compofaunodomité d'adminiftration dont les
membres furent choifis dans fon fein , & elle fe
féparables out to alb Tamorg san
1. Le préſident de la Convention nationale répond
aux députés Savoifiens. Il les félicite d'avoir
brifé leurs fers ; il leur retraces les avantages de
la liberté. La majeure partie du genre humain
n'eft efclave , difoit an philofophe , que parce
qu'elle ne fait pas dire , non . Eftimables Savoifiens
, vous avez dit non , & foudain la liberté
aggrandiffant fon horifon , a p'ané fur vos mons
tanes... Tous les hommes ne lont- ils pas frères ?
Celui qui parcourt des régions lointaines peut il-
Mencontrer un homme ; fans être en familles
moins qu'il ne rencontre un rei ? c
« Perfuadés que pour les peuples , comme pour
les
725 )
les individus , les vertus font la fource de toute
pofpérité , développons , vivifions cette juftice
univerfelle qui trace aux nations l'étendue de
leurs droits & le cercle de leurs devoirs ; que nos
bras s'étendent vers les tyrans pour les combattre ,
vers les hommes pour les embraffer , vers le ciel
pour le bénir. »
Nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici ce
difcours tout entier ; car c'eft , comme l'a dit
un député , le manifefte de tous les peuples contre
les Rois . A ce moment l'Affemblée s'eft levée, un
cri unanime : vivent les nations ! s'eft fait entendre.
Les députés Savoifiens fe font avancés vers
le préfident qui leur a donné le bailer fraternel .
On crioit de toutes parts : aux voix , la réunion !
Qu'ilsfoient nos frères à jamais ! Le préfident fe
difpofoit à recueillir les fuffrages , lorfque Barrère
a tempéré ces mouvemens d'enthoufiafme .
en repréſentant combien il feroit imprudent de
prononcer fans examen , fans difcuffion fur une
reunion qui tient à une foule de rapports politiques
& moraux , à la fouveraineté des peuples ,
à l'état diplomatique de l'Europe , aux progies
de nos armes à l'intérêt national , & fur-tour
à l'intérêt de la Savoie.
L'Affemblée s'eft rendue à ces obfervations ,
& elle a ajourné à lundi prochain la difcuffion
fur cette queftion . Elle a , de plus , ordonné
l'impreffion dans toutes les fangues , des difcours
prononcés par les députés , des pièces qu'ils ont
déposées fur le bureau , & de la réponſe du préfident
de la Convention nationale.
Des difficultés s'étoient oppofées à la prempte
exécution du décret d'accufation , porté contie
l'ex-miniftre Lacoste. L'Affemblée a voulu s'en
faire rendre compte. Les miniftres ont comparu
No. 4& 1. Décembre 1792. B
1.26 )
1
& une
que
del
colifton
, il a été décrété
,
le de la juftice , feroit
feul chargé de l'exécution des décrets d'accuſation
, & que ces décrets lui feront toujours envoyés
féance tenante .
Le miniftre des affaires étrangères a communiqué
un arrêté du confeil exécutif , concernant
la libre navigation de la Meuſe & de 1 Efcant.
Dujeudi , 22 novembre.ang
1
Cette féance s'eft ouverte par la lecture d'une
adreffe de la fociété de Londres , dite des amis
de la révolution de 1688 , à la Convention, & La
foi qu'on vous a donnée de garder la neutralité ,
difent-ils , eft celle de la nation & nous fommes
bien perfuadés que nos miniftres n'oferont pas
badiner avec elle ; cependant , comme nous ne
pouvons pas répondre des évènemens qui ne
dépendent pas de nous ; cette fociété , compofée
de plufieurs milliers de négocian , d'artifans , de
manufacturiers & de toute espèce
qui favent qu'ils compofent le corps le plus utile
& le plus nombreux , & forment avec ceux de
la même claffe , la force & la puiflance d'un
état , vous prie d'être affurés , que fi cette foi ,
ainfi fo emnellement engagée , venoit à être
rompue par perfidie , nous regarderions cet acte
comme une déclaration de guerre contre nos
propres libertés ; & os emploîrions toute l'influence
que nous avons , & tous les moyens
légaux qui font en rotre pouvoir pour arrêter
le bras qui feroit levé contre vous , & pour
détou ner le mal auquel on auroit vifé , avec
Te même zèle & la mê.ne ardeur que s'il nous
Seût été adreffé à nous- mêmes. »
4
Un membre du comité de législation a fait
1. 2.1 .
( 27 )
un rapport Cur la pétition de la citoyenne Egathe
préfentée hier à la Convention , par fon pères
« Ma fille , avoit il dit , âgée de Iscans , eft
paffée en Angleterre au mois d'octobre 1791 .
avec fan inftitutrice & deux de fes compagnes
d'étude. Le motif de ce voyage étoit de la for
tifies dans l'étude & fur- tout dans la prononciation
de la langue angloife. Un autre motif
a été la fanté foible de ces enfant, qui avoit
befoin de prendre des eaux qui lui étoient in
diquées comme très-falutaires. Il eft impoffible
faus sous des sapports d'envisager le voyage de
ma fille comme une émigration.
Le rapporteur a préfenté un projet de décret
qui , évitant une exception personnelle pour la
citoyenne Egalité paffoit à Bordre du jour mo
tivé fur ce que ceux qui font fortis du ter
ritoire de la République pour commencer ou per
fectionner leur éducation on fe livrer à l'étude
des fciences , ou desparts , ainsi que leurs inftituteurs
, ne peuvent être conſidérés comme émigrés,
namoolium91 8. 115/120)
Camus a demandé la queftion préalable. Il
vouloit que l'on fit une loi générale qui établit
le mode d'après lequel chacun le pourvoiroit en
demande d'exceptions , Delaunay envétendant ces
vues a développé un moyen qu'il croit le feul
fuivre pour être jufte fans expofer la sû eté
publique. C'eft de former un juré spécial qui ,
fur les demandes préfentées dans l'efpace d'un
mois pour l'Europe , foit au tribunal , foit au
réfident françoise du pays de leur retraite , qui,
en référerasau tribunal , prononce fi l'émigré a
eu
ou n'a pas eu des moufs perfonnels &
légitimes de fortîrode France , ou dé, n'y pas
reptrer à temps en el ma
B 2
( 28 )
Cette difcuffion a été interrompue par la cés
ture d'une lettre du général Biron. I demande
une exception à la foi des émigrés , en faveur
de fa femme , qu'un inftant d'aveuglement
& de délire , dit-il , condamne pourtoujours
P'exil.
La Convention ne pouvant faire d'exception
perfonnelle fans bleſſer la juſtice , a paffé à fordre
du jour fur la demande du citoyen Egalité & du
général Biron. Elle a chargé en même temps le
comité de légiflation d'examiner le projet préfenté
par Delaunay , & d'en faire promptement
le rapport.
2
Un des membres de la commiffion des douze ,
chargée du dépouillement des papiers trouvés aug
Tuileries , annonce que la lecture de ces pièces
Fa convaincue qu'elle devoit lancer un mandat
d'arêt contre le citoyen Dufresne St. Leon 1
directeur de la liquidation faire appofer le
fcellé fur les papiers ; ce quiba été exécuté. La
Convention a décrété que le pouvoir exécutif
feroit chargé de pourvoir au remplacement de ce
fonctionnaire. Poet
3
Le miniftre de la guerre fait paffer à l'Affem "
blée plufieurs lettres du général Dumourier. Une
feule est devenue l'objet d'une diſcuſſioh . Dưỡ
mourier demandoit d'être autorifé à påſfer ſeul y
par le miniftère du commiffaire Malus, tous les
marchés néceffaires pour l'approvifionnement des
armées employées dans l'expédition de la Belgique
, & tels traités qui leur paroîtront les plus
avantageux pour affurer le fervice du numéraire ,
indifpenfable pour la folde & les dépenfes de
l'armée.
Cette demande étoit inadmiſſible . D'après les
loix actuelles , les marchés ne peuvent être paſſes
8 29
que par les commiffaires - ordonnateurs qui font:
indépendans des généraux, mais qui font obligés
de livrer, à leur réquifition , toutes les fournitures
néceffaires à la fubfiftance des troupes.
·
Cependant qu'a - t - on fait ? Cambon l'a dit.
Le commiffaire ordonnateur , le contrôleur &
le paycus , nommés par le miniftro , ont été laiffés
dans le département du Nord. One s'en eft déw
barraffé lors de l'entrée de l'armée Françoife
dans la Belgique. Malus , Petit-Jean , & l'abbé
d'Espagnac qui veut devenir l'ordonnateur général
des finances de la nation , ont fuivi l'armée, »
Et voulez vous favoir , a dit Cambon , quel
eft , ce Petit-Jean ? C'eft un ancien agent de la
trésorerie , qui , dans fes comptes de l'année
dernière , a été en défaut de 35,000 liv . qu'il a
volées à la pation , ma
Voulez- vous favoie quelle foron peut donner
au commiffaire- ordonnateur Malus ? I a pafé
avec l'abbé d'Espagnac un marché pour louage
de mulets , d'après lequel chaque mulet rappor
tera au fourniffeur 2400 liv. par an .
7178
Voulez - vous favoir quel eft cet abbé d'Efpagnac
?....... On pouvoit difpenfer Cambon
d'achever, La Convention nationale , après avoir
entendu différens faits qui fe font accumulés fur
la tête de ces trois agens , a décrété qu'ils fe
roiens traduits à la barre , pour rendre compte.
de leur conduite.
Le citoyen Delportes avoit été inculpé dans
une des précédentes féances ; le miniftre des affaires
étrangères qui rend compte de fa con
duite , affure qu'il ne s'eft pas rendu coupable
de la démarche dont on l'a accufé , & qu'on ne
peut lui reprocher que le tort de ne pas fe ienfermet
dans le cercle de fes fonctions , & de
B3
( 30 )
Sabandonner trop légèrement au defir de paroftre
atile. Foli.
Du vendredi , 13 novembre
231
La commune de Marfeille avoit adreffé à la
Convention nationale une pétition par laquelle ,
elle demandoit une avance de 2,200,000 li.v;
pour payer les bleds qu'elle a acquis dans Fettánger.
Les comités d'agriculture & des finances
chargés d'en faire le rapport , propofolent an
jourd'hui à l'Affemblée d'accorder cette fomme
à la commune de Marſeille , à titre de prêt.
Après quelques débats , il a été décrété que le
miniftre de l'intérieur fera tenu de fe fubroger'
dans les marchés, paffés en Italie par la commune
de Mapfeille..tha 13995
INGS US
Une lettre des commiffaires de la Convenid
à Lyon , donne de nouveaux détails fur les abus
& ics vices de toutes espèces qui le font introduits
dans Padminiftration militaire ,
pour
partie des fubftances . Les comités militaire &
de la guerre font chargés de préfenter , dans trois
jours , un projet de loi contre les foutailleurs
infidèles ..
1Affem
Par un
décret
du 8 octobre
dernier
,
9109
blée ordonnoit
au miniftre
de la juftice
de faire 98-9151
£1
transférer
dans
les prifons
, toutes
les perfonnes
juridiquement
accufées
, & qui n'étoient
détenues
.
que dans
des maifons
particulières
, Ce miniftre
eft venu
rendre
compte
de l'exécution
de ce décret.
Mais
faute
de renfeignemens
, il n'a
découvrir
tous
les lieux
ou le pouvoir
arbitraire
a caché
les victimes
. Tallien
a dit qu'il
exifte
dans
Paris
unc
multitude
de ces mailons
nues
fous
le nom
de penfions
bourgenfes
, ou
l'on
tient renfermées
une foule
de perfonnes
arcon(
31 )
$
rêtées en vertu d'ordres arbitraires . Barrère a
raconté qu'étant dans l'Affemblée conftituante ,
membre du comité des lettres - de- cachet , il reçut,
des différens miniftres , un grand nombre de notes
fur ces maifons d'arrêt , qui n'offroient extérieurement
que l'afpect des maifons particulières;
que les papiers de ce comité , déposés aux archives
, contiennent fur cet objet des renseigne
mens précieux .
·D'après ces fais , la Convention a décrété
que le miniftre de la juftice fe fera délivrer l'état,
de toutes les maifons , quelles qu'elles foient , &
qui font fituées dans les différens départemens
où il y a des détenus pour démence , fureur
qu toute autre caufe , ainfi que des p: ifonnes qui
Y font détenues , de la cauſe & de l'époque de
leur détention. A cet effet , le garde des archives
de la république remettra au miniftre de la juftice
les pièces qui ont été déposées auxdites arch ves
Rar le comité des lettres - de- cachet de l'Aſſemblée
conftituante ..
Le miniftre de la guerre annonce que Lanoue
décrété d'accufation , a été conftitué prifornier le
4 octobre dernier , & que ce heutenant général
a été uranimement dé hargé d'a :cufation par le
yibunal criminel .
La Convention avoit entendu , il y a d'jà
long - temps , la lecture d'un projet de d'cret relat
f à la vérification & au recouvrement des
com tes auriérés des villes . Ce projet de décret a.
été reproduit , & adopté fans difcuffion ,
Cambon a dénoncé au nom du comité des figances
. l'adminiftration de diltrie d'Arles comme
employant à des dépenfes locales le produit des
impofi ions i directes du diftrict. Après quelques
débats , il a été décrété que le receveur da diftrict
B +
( 32 )
d'Aries verfera à la tréforerie nationale tous les
fonds qu'il a reçus , fauf fon recours contre les
adminiftrateurs qui auroient figné ou expédié des
ordonnances de paiement pour dépenfes locales.
On a repris la difcuffion fur la loi des émigrés.
Dufamedi 24 novembre.
Voici ce qu'un membre de la Convention , arvant
de Nice , dit des défordres dont cette ville
a été fouillée , & qu'on a imputé à des François.
Lorique le général Anfelme a paffé le Var a la
rête de 3000 hommes , il y avoit à Nice 8000
hommes de troupes Sardes & 5000 émigrés . Tout
ce monde s'enfuit à la nouvelle de l'approche de
l'armée françoile. Pendant l'intervalle de fon
arrivée & de la fuite des troupes , des gens fans
aveu , de la ville même de Nice , le font portés
aux maifons qui avoient été occupées par les
émigrés , & y ont commis toutes fortes d'excès .
I peut fe faire qu'ils euffent entraîné quelques
foldats , mais il eft certain que les violences ont
été commises avant l'arrivée d'Anfelmc.
Le confeil général de la commune de Lyon
avoit pris , le 10 de ce mois , une délibération
poitant qu'il feroit ouvert un emprunt de trois
millions , par voie de foufcription , & fans intérêt
pour être employés à l'achat des grains
néceffaires à l'approvifionnement de cette ville
&
que le déficit qui résulteroit des frais de régie &
de la difference du prix de l'achat à la vente feroit
rempli par une contribution extraordinaire , qui ne
portetoit que fur les citoyens aifés .
Le comité des finances à qui cette demande a
été renvoyée , a penfé unanimement qu'elle devoit
être accueillie . En conféquence ilf a propoft &
l'Allemblée a adopté , par un décret , un mode
( 33 )
de contribution , pour remplir le déficit , qui ne
portant que fur les citoyens ailés , les atteint
dans une proportion croiffance en raifon de leurs
fortunes.
Le corps municipal de Paris avoit préfenté une
pérition par laquelle il expofoit l'impoffibilité de
continuer fon adminiftration avec le petit nombre
de membres auquel il eft actuellement réduit . Sur
la propofition du comité de légiflation , l'Aſſemblée
a décrété que les fecions de Paris nommeront
dans trois jours , à compter de la publication du
préfent décret , 132 citoyens qui , avec les 12
municipaux actuellement en exercice forme: ont
coafeil général de la commune & le corps
municipal , provifoirement & jufqu'au renouvellement
définitif dércétés par la loi du 19 feptembre
dernier.
Une lettre du miniftre de l'intérieur à la Convention
, lui préfente des vues fur la deftination
des ci-devant châteaux des émigrés. Les
loix fur la vente des biens des émigrés , ont fa
gement voulu qu'ils fuffent divifés en autant
de parties qu'il feroit poffible . Les châteaux formeront
donc prefqu'un lot , & ce lot fe vendra
mal parce que ces bâtimens fomptueux & immenfes
ne converoient au propriétaire qu'autant
qu'il y joignoit des poffeffions confidérables . Il
conviendroit d'en vendre les matériaux en détail
, & cette vente s'eff.ctueroit fans dépense
& fans confufion , en chargeant les acquereurs
de la démolition & en divifant les bâtimens par
parties , bien diftinctes & féparées . On auroit
alors pour enchérifleurs tous les nouveaux acquerreurs
qai , jaloux de fe faire une habitation
dans leurs nouvelles propriétés , jonche-
Lont ces campagnes de maifons utiles , riaates
B
L
( 34 ) 11900s ob-
& commodes , nées des coloffes qui ont filong
temps pefé fur la France, moto & 939 206b
Sur la motion de Couthon , l'Affemblée a décrété
qu'elle s'occuseroit deux jours pat (emaine ,
le mercredi & le famedi , de la dfcuffion fur
le procès du i devant Roi .
Manuel annonce à la Convention que Line
det évêque d'Evreux , s'eft marié . Il voul; it
qu'on en fit mention honorable ; mais Affemblée
a paffé à l'ordre du jours ,
fur Robleya ,
tion de Prieur qu'on ne doit pas de recon oifs
fance à qui ne fait que fon devoir de citoyen.
Que'q es articles de la loi des émigrés, out été
décrétés.
Fin de la Loi qui détermine le mode de conflater
l'état civil des Citoyens; du 20 Septembre
1792 , l'an quatrième de la liberté.
SECTION 2II.
Publications.

Art. I. Les perfonnes majeures qui voudront
fe marier , ferot tenues de faire publier leurs
promeffes réciproques dans le lieu du domic le
actuel de chacune des parties. Les promeffes des
perfonnes mineures feront publiées dans celui de
leurs pères & mères , & fi ceux - ci (ont morts
ou interdits , dans celui où fe fera tenue l'affemblée
de famille requife pour le mariage des
mineurs.
«II,Le domicile relativem at au mariage , eft
( 35 )
fixé par une habitation de fix mois dans le même
licu . »
« III. Le mariage fera précédé d'une publication
faite le dimanche à l'heure de midi , devant
la porte excérieure & principale de la maifon
commune , par l'officier pubic 1: mariage
pourra être contracté que huitjours apès cette pu
blication, n
ар
ne
« IV. Il fera dreffé acte de cette publication
fur un regiftre particulier à ce defti é ; ce regiftre
ne fera pas tenu double , & fera déposé,
lorfqu'il fera fini , aux archives de 11 munici
pal té.
сс « V. L'acte de publication contiendra les
prénoms , noms , profeffion & domier'e des futurs
époux , ceux de leurs pères & mères , & Is jour &
heure de 11 publication . Il fera figné par lofficier
public
VI. Un cxtrait de l'acte de publication fera
affiché à la po te de la maifon commune , dans
tabl an à ce deſtiné . „
un
« VII. Dins les villes dont la population excède
dix mille ames, un pareiltableau fera en outre
cé fur la principale porte du chef 1 des
fections far lefqueles les futurs époux habite-
SECTIION III.
Oppofitions.
Art. 1. Les perfonnes dont le confentement
eftrequis pour les mariages des mineurs , pourront
feules s'y oppofer.
ود
« H. Sero téglement regues à former oppo
fition aux mariages , foit des majeurs , fitdes mi-
B 6
( 36 )
neurs , les perfonnes déjà engagées par mariage avec
l'une des parties . "
III. Dans le cas de démence des majeurs ,
& lorsqu'il n'y aura point encore d'interdiction
prononcée , l'oppofition de deux parens fera admife
. »
IV. L'acte d'oppofition en contiendra les
motifs , & fera figné par la partie oppofante ,
ou par fon fondé de procuration spéciale , fur
Poriginal & fur la copie. I fera donné copie
des procurations en tête de celle de l'oppofition. »
V. L'acte d'oppofition fera fignifié au domicile
des partes , & à l'officier public qui mettra fon
vifa fur l'original ,
*
"
« VI. Il fera fait une mention fommaire des
oppofitions par l'officier public , fur les regiſtres des
publications. »
сс VII. La validité de l'oppofition fera jugée
en première inftance par le juge de paix du domicile
de celui contre lequel l'oppofition aura
été formée ; il y fera ftatué dans trois jours.
L'appel fera porié au tribunal du district , fans
que les parties foieat obl gées de fe préfenter
au bureau de conciliation ; le tribunal proroncera
fommairenent & dans la buitaine . Les
lais , foit pardevant le juge de paix , foit
pardevant le tribunal d'appel , ne pourront être
prorogés , "
« VIII. Une expédition des jugemens de mainlevée
fera remife à l'officier public , qui en fera
mention en marge de ceil : des oppofitions fur le
1egiftre des publ catis s . »
IX. Touces oppofitions formées hors les
cas , les formes , & par to ites perfonnes autres
que celles ci - deffus défignées , feront regardées
comme non avenues , & l'officier public pourra
( 37 )
paffer outre à l'acte de mariage ; mais dans les
cas & les formes ci - defus fpécifiés , il ne poutra
paffer outre au préjudice des oppofitions , à peine
de deftitation , de 300 liv . d'amende , & de tous
dommages & intérêts . »
SECTION IV.
Desformes intrinsèques de l'acte de mariage.
« Art. I. L'acte de mariage fera reçu dans la
maiſon commune du lieu du domicile de l'une des
parties. a
לכ
II. Le jour où les parties voudront contracter
leur mariage , fera par elle défigné , &
l'heure indiquée par l'efficier public chargé d'en
recevoir la déclaration .
III. Les parties fe rendront dans la falle pu
blique de la maifon commune , avec quat.etémoins
majeurs , parens ou non parens , fachant figner
s'il peut s'en trouver ailément dans le lieu qui
fachent figner.»
« IV. fera fait lecture en leur préfence ,
par l'officier public , des pièces relatives à l'état
des parties & aux formalités du mariage , tels
que les actes de maiffance , les confentemens des
pères & mères , l'avis de la famille , les publications
, oppofitions & jugemens de main levée. »
« V. Après cette lecture , le mariage fera
contracté par la déclaration que fera chacune des
parties à haute voix , en ces termes :
Сс
Je déclare prendre ( le nom ) en mariage.n
VI. Auffi - tôt après cute déclaration faite
par les parties , l'officier pubi , en leur préfence
& en celle des mêmes témoins , prononcera ,
au nom de la loi , qu'elles font unies en mariage,
»
& VII. L'acte de mariage fera de fuite dreffe
par l'officier public ; il contrendra , 1 ° . les prénoms
, moms , âge , lieu de naiffance , profeffion
& domicile des époux ; 20. les prénoms , noms
profeffion & domicile des pères & mères ;
3 °. les prénoms , noms , âge, profeffion , domiift
des témoins , & leur déclaration s'ils font
parens ou alliés des parties ; 4° . la mention des
publications dans les diveis domiciles , des oppofitions
qui auroient été faites , & des jugemens
de main- levée ; 5º . la mention du confentement
des pères & mères , ou de la famille
dans les cas où il y a leu ; 6º . la mection des
déclarations des parties , & de la prononciation de
Pofficer public.
"
« VIII. Cet acte , ferá figné par les parties ,
par le rs pè e, mères & pa ens préfens , par les
quatre témoins , & par Tofficier pubic en cas
qu'ai un d'eux ne sû: ou ne pût figner , il en fera
fait mention . »
« IX. Si , antérieurement à fá publication dé
la préteste loi , quelques perfon es s'étoient marées
devant des officiens civils , eles fe ont tenues
de venir dans la huitaine , déclarer le r mariage
devant l'officier fu lic de la municipalité de leur
domicile , lequel en dreffera acte fur les regifties
ax formes ci- deffus preferites .
SECTION V. #
Du divorce dans fes rapports avec les fonctions
de l'officier public chargé de conftater l'état civil
des citoyens.
« Art . I. Aux termes de la conftitution , tc
mariage eſt diſſoluble par le divorce, »
2. La diffolation du mariage par e divorce
fera prononcée par l'offcier public charge de rece
voit les actes de balance , mariage & décès , dans
la forme qui fuit :' * *b
PEG 33 21991
III. Lorfque deux époux demanderont conjointement
le divorce , ils fe préfentéfont accompagnés
de quatre témoins majeurs , devant l'officier
public , en la mifon commu e , aux jour
& heure qu'il aura indiqués ; ils juft feront qu'ils
ant obfervé les délais ciges par la lot fur le
mode du divorce ', 'ils resté coerent l'acte , de
reprécuterent
non- conciliation qui aura dû leur être dé iv é par
Feurs patens affenbé & , fur leur requifion
rofficier public prononcera que leur mariage eft
diffous. »
Pa IV. Il fera drefſé acte du tout fur le regiftre
des mariages ; cette fera fig é des parties
, des témoins & de l'efficier public , eu il fera
fait mention de ceux qui n'auront pu ou fa
figner. »
e
3 V5
V. Si le divorce eft demandé par l'un des
conjoints feulement , il fera te u de faire fignifier
à fon conjoint un acte aux fis de le voir prononcer;
cette contiendra requifition de fe trouver
en la maiton commune de la municipalité ,
dans l'étendue de laquelle le mari a fon domicile
, & devant l' fficier pubic chargé des actes
de naiflances , mariages & décès , dans le délai
qui aura été fixé par cet officier. Ce délai ne pourra
être moindre de trois jours , & ይ Outre d'un
jour par dix heues , en cas d'absence du conjoint
appellé
12
« VI. A l'expiration du délai , fe córjoint demandeur
fe préfentera , accompagné de quatre
témoins majeurs , devant l'offi , e public ; il repréfentera
les différens actes ou jugemens qui
1401
ફેસ
doivent juftifier qu'il a obfervé les formalités
& les dé ajs exigés par la loi fur le mode du
divorce , & qu'il elt fondé à le demar der l
repréfèntera auffi l'acte de réquifition qu'il aura
du faire fignifier à fon conjoint, aux termes de
l'article précédent ; & fur la réquifition , l'offi-;
cier public prononcera , cu préfence on en abfence
du conjoint duement appellé , que le ma
riage eft diffous.
Сс
3 .
VII, II fera donné acte du tout fur le regiftre
des mariages , enla forme réglée par l'art. IV
ci- deffus, »
« VIII. S'il s'élève des conteftations de la
part du conjoint contre lequel le divorce fera demandé
, fur aucun des actes oujugemens repréſentés
par le conjoint demandeur , l'officier public n'en
pourra prendre connoiffance ; il renverra les par
ties à fe pourvoir.
33
IX, L'officier public qui aura prononcé le
divorce , & en aura fait dreffer acte fur les
regiftres des mariages , fans qu'il ait été justifié
des délais , des actes & des jugemens ex gés par la
lei fur le divorce , fera deftitué de fon état , condamné
à 100 liv . d'amende , & aux dommagesintérêts
des parties . »
cc
TITRE V.
Décès.
(
Art. I. La déclaration du décès fera faite par
les deux plus proches parens ou voifins de la perfonne
décédée , à l'officier public, dans les 24
heures. »
« II . L'officier public fe tranfportera au lieu
où la perfonne fera décédée ; & après s'être afΑΙ
furé du décès , il en dreffera l'acte fur les re
giftres doubles. Cer acte contiendra les prénom
, nom , âge , profeffion & domicile du
décédé , s'il étoit marié ou yeuf ; dans ces deux
cas , les prénoms , noms de l'époufe , les prénom,
nom , âge, profeffion & domicile des déclarans
; & au cas qu'ils foient parens , lear degré
de parenté. »
29 JISTED I
« III. Le même acte contiendra de plus , autane
qu'on pourra le favoir , les prénoms , noms , profeflion
& domicile des père & mère du décédé , &
le lieu de fa naiſſance. »
7519
« Cet acte fera figné par les déclarans & par
l'officier public mention fera faite de ceux qui
ne fauroient ou ne pourroient figher.
« V. En cas de décès dans les hôpitaux , maifons
publiques ou dans des maifons d'autrui , les
fupérieurs , dire& eurs , adminiftrateurs & maîtres
de ces maifons , feront tenus d'en donner avis
dans les vingt- quatre heures à l'officier public ,!
qui déclarera l'acte de décès fur les déclarations
qui lui auront été faites , & fur les renfeignemens
qu'il aura pu prendre concernant les prérom
, nom , age , lieu de naiflance , profeffione
& domicile du décédé. »
VI. Si , dans le cas du précédent article
l'officier public a pu connoître le demic le de la
perfonne décédée , il fera tenu d'envoyer un extrait
de l'acte du décès à l'officier public du lieu '
de ce domicile , qui le tranferira fur les re-
•ftres. »
qui aur ne
more vio- été trouvés
g
« VII . Les de ceux qui
morts avec des ages ou
lente , ou autres circonftances qui donnent leu
de le foupçonner , ne pourront être inhumés
qu'après que l'officier de police aura dieffé pro-
>
4
cès - verbal , aux termes de l'article II du titre III
de la loi fur la police de sûreté. »>
« VIII. L'officier de police , après avoir dreffe
le procès -verbal de l'état du cadavre & des circonftances
y relatives , fera tenu d'en donner
fur le champ avis, à l'officier public , & de lui
en remettre un extrait contenant des renfeignemens,
fur les prénom , nom, âge, lieu de nailfance
, profeffion & domicile du décédé. "
IX. L'officier public dreffera l'acte de décès ,
fur les renfeignemens qui lui auront été donnés
par l'officier de police.
e

TITRE , V. I.
A
Difpofitions générales..
Art. 1. Dans la huitaine , à compter de la
publication du préfent décret , le maire ou un
officier municipal , fuivant l'ordre de la lifte ,
fera tenu , fur la réquifition du procureur de la
commune, de fe transporter avec le fecrétaire-
Breffier , aux églifes paroiffiales , presbytères , &
aux dépôts des registres de tous les cultes ; ils
y drelle ont un inventaire de tous les registres
exiftans entre les mains, des curés & autres dépofitaires.
Les registres courans feront clos & arrêtés
par le maire ou un officier municipal . »
« II, Tous les registres , tant anciens que noucaux
, feront portés & dépofés dans la maison
commun
er
« Les actes de nailfances , mariages & décès,
continueront d'être inferits fur les regiftres courans
, juſqu'au 17. janvier 1793 ,-" a02
IV. Dans deux mois , à compter l de la pu
blication du préfent décret , il fera dreffé un in粉
3
ventaire de tous les regifres de baptêmes , mariages
& fépultures exiitans dans les greffes des
tribunaux. Dans le mois fuivant , les regiſtres
& une expédition de l'inventaire , délivrée fur
papier timbré & fans frat front , à la diligence
des procureurs- généraux- fyndics , tranfportés
& dépofés aux achte des départemens , »
été clos , arrêtés & portés à la maison V. Aufli- tôt que les regiftres courans auront
commune ,
ces de
lés
municipalités
feules
recevront
les actes de
naiffances
, mariages
& décès , & confer
veront
les regiftres. Défenfes
font faites à toutes
per
fonnos
de s'immifcer
dans la tenue de ces regiftres
,
& dans la réception
de cercactes
. » ASTRITão
(450
1ff VI. Les corps
adminiftrarifs
foot (péciales
ment
chargés
par la loi , de furveiller
les munic
Palités
dans l'exercice
des nouvelles
fonctions
qui
leur font attribuées
.
、CE.
ગ્
VII. Toutes les loix contraires aux difpofitions
de celle - ci , font & demeurent abrogées.
VIII Afemblée nationale , après avoir
déterminé le mode de conftater déformais l'étatcivit
das oitoyense, déclare qu'elle n'entend ni
ingovetoni nuire à la liberté qu'ils ont tous det
corfaerer les naifances , mariages &décès par les
cérémonies, du culte auquel ils for tattachés , & par,
l'intervention des miniftres de ce culte, » +
Au nom de la nation , le confeil exécutif
provifoire mande & ordonne à tous les corps
adminiftratifs & tribunaux , que les préfentés ils
faffent configner dans leurs regiftresy fire publier!
& afficher dans leurs départemens & vrefforsi
refpectifs , & exécuter comme loi . En foi de quoi
nous avons fignées préfentes auxquelles, nous
avons fait appeler le Iecay de Feat. A Paris
For
le vingt-cinquième jour du mois de feptembre
144
1792 , l'an 1. de la république Françoife . Signe,
LEBRUN. Contre figné , DANTON. Et fcellé du
fceau de l'Etat.
C
1311
De Paris , le 29 Novembre 1792210
3/ 0.062 DI

T
La difpofition des efprits fe tourne de plus
en plus vers le maintien de l'ordre , la tranquillité
publique & le refpect des loix . Les
vrais amis de la République ne conçoivent
pas comment au milieu des fuccès écia +3
tans de nos armes couronnées par tout
par la victoire , forfque nos ennemfil3_1
dekors font , oa vaincus , ou difperfés, it
peut le trouver encore des citoyens allez affe
infenfibles au fentiment de la profperite
commune , pour y mêler des pathons
honteufes , & obfcurcir par d'indignes ,
ménées le jour fi purder notre liber
té. Ils fe demandent fi une poignée i
d'intrigans que tourmente leur nullité , &
quelques délorganifateurs , connus par des
principes extravagans ou immoraux , doivent
fe flatter d'abufer long- temps une
nation éclairée , de dépraver impunément
l'opinion publique , & d'effrayer encore.
les citoyens par une doctrine de brigandages
& de fang.
Quelques efforts que faffent les agitateurs
pour glifler leur poifon dans les fec(
45 )
tions , la muffe en eft bonne , faire
droite. Si quelques - unes fe trompent fur
les principes , c'eft moins par malveillance
que par irréflexion ; leurs erreurs tiennent
plus à un zèle aveugle & immodéré , ou
a des notions politiques inexactes , qu'à
des intentions perverfes , & la majorité
no partage point ĉes écarts momentanés.
La partie du peuple qui vit de fon induf
trie & du travail de fes mains , s'intéreffe
moins à des débats particuliers , qui ne
font plus à fes yeux que de miférables
querelles de parti , qu'on voudroit lui faire
confondre avec l'intéret public. Ses grands
Intérêts font à couvert ,il fait que la royauté
n'eft plus , que la liberté & l'égalité font
dans le coeur de tous les citoyens , & il
fent, de jour'en jour , le befoin de retrouver
à l'ombre des loix & de la paix paix pus
blique , les moyens de fubfiftance qui s'af
foibliffent pour lui au milieu des troubles
& dés agitations.
La maffe des lumières et grande dans
la république ; mais malheureufement elles
font trop inégalement réparties . Ceux qui
font les plus inftruits ne font pas toujours
ceux qui fréquentent le plus leur fection
ou les affemblées politiques. Cette négli-,
gence les a livrées à la domination de
quelques corrupteurs du peuple , toujours
prêts à le flatter pour mieux le maîtrifer.
C'eſt en abuſant d'un principe facré on
C
lui même celuis de ja fouveraineté , dụ
pouple qu'ils font parvenus à l'appliquer
à de petites avorégations , a desibractions
imperceptibles de la fociété & comme
l'amour propre eft de tous les féductours
celui qu'on écouts avec le plus de complai
fance ils ledont faifis ,de ce levien puis and a
fant pour porter ces fractions du peuple à
des actes irréguliers. Il faut donc que dous
les citoyens inftruits & bien intensionnés
tous ceux qui tiennent dans leurs mains
le dépôt des lumières , les répandent fans
ceffe fur he la cliffe que en manque le plus,
Tout le mondea m: la république, & veut
la.a liberté & l'égalité , mais tout le monde
nen connou pas encore la jufte mefare a
on bien en plus le fentiment de les droits
que celui de fes devoirs , on ne point
allez penetre da se re pect religieux &
profond pour la foi , pour les autorités
émanées de la volonté générale , qui fait là
première vertu du républicain. Quand nous
he connoîtrons plus d'autre joug que celui
de la loi , c'eft alors que nous ferons vraid!
ment libres, &
veront autant d'ennemis qu'il y a de citoyens
que
lesperturbateurs
trou
། ར
Ces principes falutaires qui forment la
religion civique , commencent à jetter de
profondes racines dans les départemens.
Les adreffes qui parviennent de toute part
→ la Convention nationale en portent les
no
(6478)
heureufes empreintes . Par- tout on y , ex
prime l'amour de l'orde & ' l'indignation
contre les déforganifateurs par tout on
met la sûreté des perfonnes & le re pect
des propriétés au rang des premiers devoirs ,
& on n'y parle plus des horribles journées
'de feptembre , que pour en vouer les auteurs
à l'exécration publique.
"
Un exemple récent en fournit la preuve.
Un émiffaire de Maratcolportoit le prof
pectus de fes feuilles dans la ville de Perpignan
, y tenoit les propos les plus féditieux
, parloit de la néceffité de faire
tomber encore 30 mille têtes , & le vantoit
publiquement d'avoir été à la tête de ceux
qui avoient égorgé les prifonniers de Paris
dans les journées des 2 & 3 feptembre. Le
peuple indigné eft faifi
s & l'a
conduit
a la municipalité , au milieu des cris de
vive la république , periffent les agitateurs.
Après avoir interrogé cet antropophage &
mis les fcellés fur fes papiers , la munici
palité, a décerné contre lui un mandat
d'arrêt & a renvoyé l'expédition des pièces
au directoire du diftrict , ce jugement
été couvert des applaudiffeniens d'un peuple
immenfe qui remplifoit la falle de la
maifon commune & qui entouroit l'enceinte.
Il étoit près de 10 heures du foir ,
& malgré l'indignation que manifeftoit le
peuple , il a fuffi de l'inviter , au nom de
la loi , à fe retirer , pour qu'il ait obéi
( 48 ) ནཱི ཝཱ ,
& le prévenu a été conduit en prifon par
deux gendarmes . Tel eft le fort qui attend
dans les départemens tous les agens du
meurtre & de l'anarchie , & fi les citoyens de
Paris euffent tenu la même conduite , il ya
long-temps que les agitateurs euffent perdu
l'efpoir d'en être les fléaux .
Nous l'avons déjà dit , la tranquillité
publique ne s'y rétablira , que lorfque la
nouvelle municipalité fera organifée ; lorfqu'une
police active furveillera les perturbateurs
, pourfuivra ces tripots de jeux qui
ne font pas feulement les repaires du vice
& de la cupidité , mais le rendez vous
des brigands qui y méditent de plus grands
crimes ; lorfque la force publique fera mife
fur un pied refpectable , lorfque l'anarchie
& le brigandage ne trouveront , ni afyle ,
ni protection parmi ceux mêmes dont le
devoir eft de les punir ; lorfque la loi
exercera fur tous fon redoutable empire.
On a recommencé , famedi , le fcrutin
l'élection du maire. Sera- t- il le dernier
? nous l'ignorons ; mais , ou nous ferons
bien trompés , ou les projets d'une petite
faction qui vouloit avoir dans cette place
un homme à elle , feront déjoués par les
citoyensqui ont d'aflez bonnes raifons pour
être dégoûtés des protégés & des protec-
Leuroi
Il n'y avoit plus pour les inftigateurs du
trouble
749 )
trouble & du défordre qu'une feule reffource
, c'étoit de propager parmi le peuple
des alarmes fur les fubfiftances . Ces alarmes
femées par des mains habiles , n'ont jamais
manqué de produire leur effet , parce que
le peuple ne compofe point avecfes befoins .
Sous le régime du defpotifme , la cour
n'avoit garde de toucher à une partie qui
tenoit de fi près à la tranquillité publique
; on fait que ce qu'elle redoutoit le
plus , c'étoit d'accoutumer le peuple à des
émeutes . Une feule fois elle a eu recours
à ce moyen , & c'étoit pour pendre un
miniftre vertueux. Mais , depuis la révolution
, les grands tacticiens en émeute ont
ufé conftamment de cette reffource . Jamais.
il n'a été plus queftion de foulevemens
occafionnés par la difette ou la cherté des
grains , & cependant , depuis 4 ans , les
récoltes ont été abondantes. Les approvifionnemens
de nos armées n'ont fait que
déplacer les grains dans la proportion des
confommateurs , fans nuire à la confom- 1
mation intérieure. De grands approvifionnemens
venus de l'étranger . l'étranger. Mais la
défiance eft fi aifée à produire , la circulation
reçoit tant d'entraves , les agitateurs
ont tant d'intérêt de les accroître , qu'au
milieu même de l'abondance , plufieu :s
départemens éprouvent une difette que
nous appellerions factice , fi elle n'entraî
noit pas tous les défordrés de la réalité .
No. 48. 1. Décembre 1792.
C

>
Des infurrections trop fimultanées
pours
n'être pas foupçonnées d'être l'effet de
quelques manoeuvres , viennent de fe manifefter
dans les départemens de la Sarthe ,
de Loir & Cher , de l'Eure & Loir & c ; des
députés de ces différens départemens font
venus dénoncer à la Convention , que des
raffemblemens qui fe groffiffoient fucceffivement
, fe font portés dans les villes &
dans les marchés , pour y taxer arbitrairement
les grains & les autres comestibles
à un prix infiniment au deffous du prix
courant. Les meneurs fuppofoient qu'i's
y étoient autorisés par un décret de l'Af
femblée législative qu'ils repréfentoient ,
& qui n'a jamais exifté . Dans le départe
ment d'Eure & Loir , quatre frères nommés
Duval, dont l'un avoit été député a l'Affemblée
législative , font ceux qui ont le
plus contribué à exciter le peuple , & à
répandre l'existence de ce faux décret.
On a demandé à ces députés fi le bled
manquoit dans leur département , & fi
T'on avoit fait le recenfement des grains
prefcrit par la loi . Ils ont répondu que
le recenfement avoit été fait , & qu'il y
avoit fuffifamment de bled pour une année ;
mais que les diftricts qui avoient plus , ne
vouloient pas en céder à ceux qui avoient
moins. D'autres ont ajouté , que les défordres
ont commencé lorfque les come
miffaires du pouvoir exécutif , & fur tout
ceux de la commune de Paris , fe font
répandus dans les divers départemens ;:
enfin , la Convention , en attendant une
loi générale fur les fubfiftances , a pris le
parti de révoquer fes commiffaires , & d'en
envoyer d'autres , de fon fein , qu'elle a inveftis
du pouvoir de décerner des mandats
d'arrêt. Mais tant qu'elle ne remiontera
pas à la fource , tant qu'elle ne frappera
pas d'une manière exemplaire fur les
agitateurs , les fcélérats , qui ne vivent que
de malheurs publics , fe joueront toujours
de la fageffe de les mesures..
+
L'audace de Marat , dans fes feuilles.
redouble & coincide avec toutes ces iinfurrections.
Dans fes derniers numéros , il
difoit hautement qu'il faut que la Convention
nationale foit diffoute , & qu'il
n'eft plus en fon pouvoir d'arrêter les maux
qui s'accumulent ; qu'en vain nous avons
voulu affeoir les bafes de la république fur
les débris du defpotifme , nous n'avons plus ,
dit- il , d'autre espoir que celui de nous jetter
dans les bras d'un defpote nouveau ; & la
Convention a la foibleffe de laiffer encore
fiéger au milieu d'elle ce monftre tout dégoûtant
de fang & de crimes ! & elle ne le
livre pas à la vengeance des loix ! & elle
tarde de prendre , envers tous les déforganifateurs
, fes complices , ces mesures de
vigueur & de sûreté dont elle eft comptable
à la nation enrière !
3
( 52 )
.
Une confédération s'eft formée pour
perdre le miniftre Roland. Faut-il s'en étonner
il a déclaré une guerre ouverte aux intrigans
, aux factieux & aux déforganifateurs ;
il n'a ceffé de poursuivre de toutes les forces
de la vertu & de l'indignation publique
les infâmes provocateurs des maffacres qui
ont déshonoré la révolution du 10 août;
il a éclaté contre ces arreftations arbitraires
qui avoient rempli les prifons de nouvelles
victimes ; dans fon active correfpondance
il exhorte les départemens à faire obferver
par tout le refpect des loix , des
perfonnes & des chofes , & à concourir à
la gloire de la république . Des crimes de
ce genre pouvoient - ils lui être pardonnés ?
Deux fections de Paris , dont on a furpris
fans doute le zèle , celles du Pont- Neuf &
des Piques , ont pris un arrêté , dans lequel
elles déclarent que le miniftre Roland a
perdu leur confiance. Celle des Piques eft
même allée jufqu'à déclarer qu'il étoit
indigne de la confiance du Peuple. Elle a
invité toutes les autres fections à nommer
des commiffaires pour rédiger à cet effet
une pétition à la Convention nationale.
Il ne paroît pas que ces arrêtés qui ont
reçu de grands honneurs au confeil général
de la commune aient obtenu les mêmes
fuccès dans les différentes fections . Elles
ont fenti qu'un miniftre choifi par le corps
législatif , confervé par la Convention na(
53 )
tionale n'appartenoit pas à un petit fragment
des habitans d'une feule ville , mais
à la république entière , que fi l'on avoit
des griefs particuliers à alléguer contre lui ,
les individus pouvoient les dénoncer , mais
quil étoit auffi contraire aux principes ,
qu'indigne de la juftice & de la fageffe
des fections , de fe prêter à de niférables
manoeuvres & de fervir la paffion de quelques
hommes pervers que l'opinion met
aujourd'hui à leur place.
:
་་
Il n'eft pas jufqu'à l'orateur du genre
humain , au modefte Anacharfis moderne ,
qui n'ait voulu honorer Roland de fon
animadverfion hiéroglyphique. Dans un
pamphlet intitulé ni Marat , ni Roland ,
où il les met tous deux fur la même ligne ,
il fait une excurfion contre Briffot , Guadet
, Kerfaint , Buzot & Barbarous. On
peut juger l'écrit par fon début : « L'Affemblée
a eu raifon , dit-il , de confacrer la
maxime à bas les hommes ! à l'ordre du
jour les chofes ! Je la recommande à Roland
& à Marat , à ces êtres qui fe donnent
une importance grotesque. Roland , par
fes étranges affertions fur les journées des
2 & 3 feptembre , fait valoir Marat auprès
des fans culottes ; & Marat par fes étranges
affertions fur les évènemens fait valoir
Roland auprès des culottes. »
-
D'après ce début où fe trouve encore le
plus de goût & de décence , on nous dif-
C 3.
Fenfera du refte. Le miniftre Roland auroit
pu fe difpenfer d'y répondre ; mais il a
cru devoir écrire quelques lignes fur cette
faction d'aboyeurs.
Mon mot aux gens de bien , für Clootz .
« Je ne réponds point à Clootz , parce qu'un
homme qui remet en parallèle avec Marat , n'eft
pas fait pour m'entendie , & qu'il ne dépend plus
de moi de l'eftimer affez pour m'inquiéter de fon
jugement. »
"
Je ne réponds point à Clootz , parce qu'il
ment à fa confcience , & que ce feroit- profaner
la vérité que de la représenter à quiconque
s'eft promis de la méconnoître . Mes
voeux ont été , ils font encore pour la république
unique ; je défie qui que ce feit de rien inférer de
mes difcours & de mes actions qui feit contraire
à cette opinion ; mais j'ai cu le tort de
combattre férieufement le fyftême d'étendre
nos dépattem: ns jufqu'au Japon , tandis que j'aurois
dû fourire à cette marotte de Clootz.
ןכ
Je ne connoiffois point fa perfonne , lorfqu'il
fut conduit chez moi par quelqu'un que
je n'avois pas invité de l'amener , & je ne le
priai jamais d'y revenir ; car , s'il eft permis à
chacun d'avoir fa chimère , il n'eft tolérable chez
perfonne de vouloir les faire adopter avec defpotifme.
сс
ך כ
Cloot me parut ridicule , lofqu'il me propola
pour régent ; il me parut intolérent lorfque ,
s'introduifant chez moi , il cherchoit , à force de
bruit , à faire dominer fon opinion ; mais il s'eft
rendu vil en dénorçant comme des principes
convenus , des propos de converfation qu'il al- ";
+
tère ou qu'il furpofe , & qu'il préfente fous un
jour également faux & indécent. Il joue le rôle
d'un parafite m'content , fe vengeant par des
calomnies de n'avoir pas été admiré . Il m'avoit
ennuyé , je l'oubhois ; il veut que je le dédaigne
, je le livre à lui même. Il n'eft pas
vrai que j'aie jamais attendu des habitans de Carrouge
, ni qu'il ait été queflion de rien de femblable
. J'ai fait participer Lile aux fecours du
gouvernement , j'en ai follicité pour cette ville ;
mais j'ai obfervé à fes adminiftrateurs que des
for innaires publics vigilans , dans une ville
frontière & en temps de guerre , n'auroient pas
cû attendre qu'elle fût attaquée pour prévoir
fes befoins . J'ignor : s'ils ont pu le plaindic
d'une obfervation que je leur devois , comme
miniftre ; il n'y auroit rien de très - mortel dans tout
cela , & il faut bien manquer d'armes contre a
homme qu'on veut attaquer , pour s'en faire une
d'une antithèfe mal fondée . »
το &
• Que des fecrétaires faffent mes écrits ,
que j'emprunte l'efprit des autres , il faut convenir
du moins que j'ai l'art d'ufer toujours du
même , & que je l'emploie avec quelque courage
au profit de la juftice & de la raifon . Je ne me
fervirai jamais de celui de Cloutz ; car je ne veux
point mêler à la chofe publique de plates dénonciations
pour flatter u Parti , de triviales perfonnal
tés qui clioquert le goût autant qu'elles révoltent
l'honnêteté , & je me foncie auffi peu de
caractériser les individus , que je mets d'énergie
à relever leurs actions , quand elles font repréhenfibles
. »
L'orteur du genre h main trouve tèsbiles
& bones les journées des 2 & 3 lep-
* mble ; il peut avoir les raons ; quant à moi ,
C 4
je les abhorre ; j'ai fait mon poffible pour en arrêter
les évènemens , je les deplore comme la
honte de l'humanité , & l'oeuvre de quelques
brigands. On n'attend pas fans doute qu'après
m'être élevé contre ces attentats , que j'appellois
ainfi fur ma tête au moment où ils le commettoient
, je ne me rétracte jamais d'une doctrine profeffée
dans la fincérité de mon ame au péril de ma
vie.
cc
Perfonnage hiftorique ou fabuleux , pour
quelques individus de mon fiècle , peu importe ,
pourvu que je jultifie la confiance de la majorité ,
& que , pour les gens de bien de tous les temps , je
fois leur frère & leur ami . »
сс
J'espère qu'ils entendront toujours ma morale
; quant à mes comptes , phyfiques , matériels
, arithmétiques , ils font en règle , tous fournis
publiquement à la Convention , quelque regiet
que puiffent en avoir ceux qui feignent de l'igiofer
. »
Signé, ROLAND .
Temple. L'indifpofition de Louis XVI eft
entièrement diffipfe par le régime & les remèdes
preferits par le médecin Lemonier . Madame Elifabeth
, la foeur qui avoit un violent rhume fe
trouve beaucoup mieux ,
Louis avoit demandé aux commiffaires , une
quarantaine d'ouvrages claffiques , parmi lesquels
fe trouvent les commentaires de Cefar , Cornelius
nepos , Florus , Justin , Horace , les
métamorphofes d'Ovide , Quintecurce , Sallufte ,
Tacite , Tite-Live , Virgile , Velleius - Paterculus
, &c.
Cette demande a caufé les plus grands débats
dans le confeil-général de la commune. Les uns
( 37 )
difoient que la vie de Louis ne fuffroit pas
pour la lecture de ces ouvrages ; d'autres , qu'ils
étoient inintelligibles pour lui . Il en eft qui
voient les métamorphofes d'Ovide contraires aux
moeurs. Plufieurs vouloient qu'on lui dont ât en
place les révolutions d'Angleterre , celles d'Améri
que , la vie de Cromwel, celle de Charles IX, l'hiftoire
des maflacres de la St - Barthelemi . Enfin un
membre a apperçu un plan de contre- révolution
dans Velleius - Paterculus. Cependant le confeilgénéral
a fini par accorder la demande.
Nouvelles de nos Armées.
Armée du Brabant. Les Autrichiens preffés
Ide toute part avec une vigueur qui ne leur.
donnoit pas le temps de compter leurs défaites
ont follicité une fufpenfion d'armes , dont le général
Dumourier a inftruit la Convention avec
la réponſe qu'il lui a faite.
Lettre du général Dumourier au ministre de la
guerre ; Bruxelles , le 17 novembre 1792 .
« Je viens de recevoir un parlementaire de la
part du duc de Saxe- Tefchen , qui m'a apporté les
propofitions ci-jointes : »
Сс
י כ
J'ai répondu de bouche qu'étant le général
d'une république , j'étois affujetti encore à des
ordres plus ftricts , que le général qui pouvoit
me faire des propofitions de la part d'une cour
eu d'un prince chargé du gouvernements que
je regrettois ainfi que les généraux Autrichiens ,
la devaftation des campagnes & la fouffrance
des armées dans une faifon auffi fâcheufe ; mais
que , malgré mes fentimens particuliers à cet
égard , je ne pouvois qu'envoyer cette pièce au
CS.
? {- 9 8 1 )
pouvoir exécutif de la république , & je cɔntinuerais
les opérations de la campagne . » r
« Je vous prie , citoyen miniftre , de rendre
compte à la Convention nationale de ma réponfe
ve bale à cette propofition , qui prouve
que les Autrichiens fe fentent bien foibles. La
prife des g ands magafins de Malines complette
la victoire de Gemmappe , dont elle eft le réfultat.
J'espère que bientôt celle d'Anvers achevera
de leur ôter toutes les reffou ces militaii.cs
pour une campagne prochaine. »
Propofuions faites par le duc de Saxe- Tiſchen ,
aux généraux de la république ; Louvain , le 17
novembre 1792 .
La faifon étant trop avancée , pour continuer
la campagne; & les armées fouffrant également
pour ne pas défirer du repos ; le af-
* femblement d'ailleurs de ces armées ne fe : vant
qu'à ruiner le pays au détriment du cultivateur ,
il paroît qu'il feroit de l'intérêt des deux armées
oppofées , de convenir d'une fufpenfion d'armes
pour un temps limité , prodant laquelle les ármées
réciproques pourroient entrer en quartier
de cantonnement d'hiver. Cette fofpenfion d'ames
comprendroit également la province de
Luren bourg & le corps de M. le p ince de
Hohenlohe. »
cc« A cet effet , M. le comte de Marreloi
de l'approbation de S. A. R. Monfeigneur le
duc Albert de Saxe- Tefchen , eft chargé de fe
rendre au quartier- général du général Dumourier
a Bruxelles , & d'entamer avec lui une négociation
en conféquence , d'après laquelle on
conviendro.c d'une bafe pour les quartiers à
prendre. »
Par ordre de S. A. R. Signé, CLAIRFAYT, général,
( 39 )
Nous ne croyons pas pouvoir merx inftruire
nos docteois du progrès de nos armes , qu'en
mettant fous leurs yeux les pièces officielles qui
-les conftatent .
Sup
? Lettre du général Labourdonnaye au minifire de
tomon la guerre.
Quartier général de Dermonde , le 18 novembre.
« Je dois vous rendre compte , citoyen , que
- j'ai fait matcher des troupes de Dunkerque pour
occuper les villes d'Ypres , de Furnes & d'Oftende.
Les deux p. em.ères font en notre poflel-
‚P:
fon , ainfi que la ville de Bruges , cu j'ai envoyé
un bataillon pendant mon féjour à Gand..
Nous fommes actuellement les maîtres de l'ECcaut
, puifque la divifion que j'ai envoyée fur la
rive gauche de cette rivière , vis - à - vis Anvers
s'eft emparée de deux petits forts que l'Empereur
avoit conquis fur les Hollandois pendant la
dernière guerre,, Nous fommes en marche fur
Anyers , par la rive droite de l'Efcaut ; & s'il eft
vrai que les Autrichiens aient fait entrer quelques
troupes dans la citadelle, nous aurons au
moins le plafir de la difficulté. »
2
:
"
En quittant la ville de Gand pour quelques
jours , j'y a laillé l'efprit républicain affez géné
ralement répandu : j'ai donné à la fociété des
amis de la liberté & de l'égalité , l'ouvrage de
Payne , intitulé le droit des Nations , en me
chargeant de faire imprimer , en famand , Sco
exemplaires de cet ouvrage claffique . Je leur ai
donné a ffr une année d'abonnement de la feuille
Villageoite , deur recommandant cet ouvrage
auffi propre à faire connoître à l'homme fes devoirs
que fes droits » 象
"
C 6
160 )
« Les habitans témoignent une grande joie
d'être délivrés du joug des Autrichiens .
כ כ
Je fuis foit aife de pouvoir rendre juftice
à la bonne conduite des vainqueurs de la Baſaille.
Le maréchal- de-camp Champmorin , àરે qui
j'ai donné le commandement des trois divifions
de la gendarmerie , eft fort content de l'ordre
& de la difcipline qu'elles obfervent . Je les avois
chargés de l'attaque de Varreton , parce qu'il
falloit enlever ce pofte de vive force ; elles occupent
actuellement la rive gauche de l'Efcaut.
>>
Autre lettre du général Labourdonnaye au miniftre
de la guerre. C
Route de Malines à Anvers , le 19 novembre.
« Je vous annonçai hier , citoyen , que les
habitans des Pays - Bas recevoient avec plaifir les
armées de la république mon avant- garde , commandée
par le maréchal- de- camp Lamo lière , fit
fon entrée , bier 18 , dans la ville d'Anvers . Les
magiftrats lui répondirent , fur fa demande , qu'ils
étoient prêts à lui remettre les clefs , & répondre
aux fentimens de fraternité que la république
Françoife leur offroit . J'arriverai ce foir à Anvers
, & je faurai fi la citadelle doit réfifter :
notre artillerie de fiége eft embarquée , & n'arsivera
pas auffi tôt que le corps d'armée ; mais
elle ne nous retardera que peu de jours ; & le
général Dumourier pourra m'en prêter , fi cela
devient nécefaire . »
Extrait de la lettre du maréchal- de- camp Stingel au
général Dumourier; à Malines , le 17 novembre .
MON GENERAL ,
A ma lettre d'hier , par laquelle je vous ai

( 61 )
P
annoncé & envoyé la capitulation de la ville de
Malines , j'ajouterai aujourd'hui que cette conquête
vous paroîtra importante , lorſque je vous
aurai affuré que vous trouverez ici 2000 quintaux
de métal pour fondre du canon ; 300 quintaux de
poudre ; un million envion de cartouches à fufils
; 2400 car ouches à caron ; 16,000 fufils ou
carabines ; de grands magafins de bleds & de fourages
; bref , les effets pour la valeur de plufieurs
millions de livres , &c . 12 canons fur leurs affuts
dont 9 canons françois à 4 liv .
« Ce qui a hâté la priſe de cette ville , qui ;
outre fon rempart , a devant elle un canal large
& profond , elt l'attaque que nous avons faite fur
le pont de Batell , pour y paffer le canal , comme
nous l'avons fait pour y établir notre artillerie.
Nous nous fommes également emparés du paffage
- près de Trianon ; mais fa fituation entre Malines
& le camp ennemi , dont les avant - poftes font à
Campenhoult , ne m'a pas permis de fonger à
paffer du canon fur cette partie du canal , de
manière que nos attaqués n'étoient dirigées que
fur celui qui regarde Aron & fur ma droite . Je
me fuis contente de faire pafler à Trianon un bataillon
de grenadiers & un efcadron y du moment
que je fus affuré de l'arrivée du corps commandé
par le général Dampierre ; ce font ces deux points
de Batell & de Trianon qui ont hâté la reddition
de la place , qui alors n'a plus été affutée un moment
de n'être pas efcaladée pendant la nuit. »
ee J'ai donné provifoirement le commandement
& détail de la place au colonel Noiſel, du 99º.
régiment.
Mémoire préfenté au général Dumourier par le
général Dampierre.
Le nommé Jolibois , vétéran à l'armée
( 62 )
Françoife , ayant appris que fan fils avoit déferté
du premier bataillon de Paris , eft arrivé le
cimatin à la bataille de Gemmappe , a priv la place
ride fon fils ; & s'écrioit à chaque coup de fufin qu'il
tiroit fur l'ennemi : coô mon fils , faqal queble
le fouvinir douloureux de ta factérempoilicone dis
momens auffi glorieux ? »
« Les braves volontaires du bataillon de Parris
, Baland & moi , nous priens le géi éral Dumourier
de vouloir bien faire avoir un brev, t
d'officier à ce brave vétéran , »
C
2
L $ 0
Le général Moitelle , commandant de la ville
de Namur , a offert de capituler à das condi
tions que le général Valence a refufets : men
seft pas moins entré dans cette place de 20
novembre. ད་
Lettre du général Dumourier au ministre de la
guerre.
De Tirlemont, le 22 novembre , l'an i
de la république .
er
« Je me fuis avancé hier avec une avant garde
de 4 à 5000 hommes fur Tirlemont ; j'y ai trouyé
l'a mée ennemie campée derrière la vile , av c
une avant- garde de 3000 hommes poltés en
avant. ».
J'ai, battu cette avant- garde toute la jou nie
avec mon artillerie ; l'ennesi a envoyé un enfort
de sooo hommes , & cependant cette agantgarde
confidérablement augmentée n'aien afé
eatteprendre l'ennemi s'elt rei é ce matin à la
Pointe du jour je fuis entré de bonne heure à
Tillemont , & jy refterai encore demal 1. »
Signé DUMOURIER.
( 63 )
Armée du Rhin . Il ne s'elt piffé rien de ronveau
dans l'armée de Cuftine , depuis notre der
nier numéro. Il n'a fait que confirmer , dans une
fon - feconde dépêche , l'avantage remporté par
avant- garde contre les Pruffiens. Ha coupe toutes
les communications avec le Luxembourg. Les
Pruficos continuent à perdie beaucoup dein onde
par la maladie . On pélume que la ville d Hanau
eft actuellement attaquée .
·Armée des Alpes & du Var. Ces deux armées
fe difpofent férieufement à paffer les Mots , f
la failon peut escore le permettre.
Le confeit exécutif provifoire de la répubque
françoife , au prince évêque de Rome.
« Des Fançois libres , des enfans des arts, dont
1. le féjour à Rome y foutient & développe des goûts
& des talens dont elles s'honore , fubiffent , par
vorrenordre , une injufte perfécution . Eulevés à
Jeurs travaux d'une manière arbitraire , enfermés
. dans une prifon rigoureufe , indiqués au public.
& traités comme des coupables , fans qu'aucun
tribunal ait annoncé leur crime , ou plutôt lorfqu'on
ne peut leur ea reprocher d'autre que
d'avoir laiflé connoître leur refpect pour les droits
de l'humanité , leur amour pour une patrie qui
les reconnoît , ils font défignés comme des victimes
que doivent bier tôt immoler le defpotifme
& la fuperftition réu is. »
« Sans doute s'il étoit permis d'acheter jamais
aux dépens de l'innocepce triomphe d'une
bonne caufe , il faudroit 1iffer commettre cet
excès. Le règne ébranlé de Finquisition finit du
jour même où elle ofe exercer fa furie , & le
164 )
Tacceffeur de S. Pierre ne fera plus un prince
1 jour où il aura fouffert . La raifon a fait
par-tout entendre fa voix puiffante ; el'e a raminé
dans le coeur de l'homme opprimé la conſ
cience de fes devoirs avec le fentiment de fa
force ; elle a brifé le (ceptre de la tyrannic , le
talifman de la royauté . Liberté eft devenue le point
de ralliement univerfel ; & les fouverains , chancelians
fur leurs trônes , n'ont plus qu'à la favorifer
pour éviter, une chûte violente ; mais il ne
fuffit pas à la république de prévoir le terme &
T'anéantiffement de la tyrannie dans l'Europe ,
elle doit en arrêter l'action fur tous ceux qui
lui appartiennent. Déjà fon miniftre des affaires
étrangères a demandé l'élarg ffement des françois
arbitrairement détenus à Rome : aujourd'hui ion
confeil exécutif les réclame , au nom de la juſtice
- qu'il n'ont point offenfée ; au nom des arts que
vous avez intérêt d'accueillir & de protéger ; au
nom de la raison qui s'indigre de cette perfécution
étrange , au nom d'une nation libre , fière
& généreufe , qui dédaigne les conquêtes , il eft
vrai , mais qui veut faire respecter les droits ,
qui eft prête à le venger de quiconque ofe les
méconnoître , & qui n'a pas fu les conquérir
fur les prêtres & fes rois pour les laiffer outrager
par qui que ce foit fur la terre. »
« Pontife de l'églife romaine , pince encore
d'un état prêt à vous échapper , vous ne pouvez
plus conferver & l'état & l'ég'ife que par la
profeffion défistéreffée de ces principes évangéliques
qui refpirent la plus pure démocratie , la
plus tendre humar ité , l'egalité la plus parfaite ,
dont les fucceffeurs du Chrift n'avoient fu
le couvrir que pour accroître une domination
qui tombe aujourd'hui de vétufté . Les fiècles de
765 )
Eignorance font paffés , les hommes ne peuvent
plus être foumis que par la conviction , conduits
que par la vérité attachés que par leur propre
bonheur. L'art de la politique & le fecret du
gouvernement font réduits à la reconnoiffance de
leurs droits & aux foin : de leur en faciliter l'exercice
, pour le plus grand bien de tous , avec le
moins de dommage poffible pour chacun . »
Télles font aujourd'hui les maximes de la
république françoife ; trop jafte pour avoir rien.
' à faire même en diplomatie , trop puiffante pour
avoir recours aux menaces , mais trop fière pour
diffimuler un outrage , elle eft pête à le punir ,
fi des réclamations paifib es demeuroient fans
effer. »
Fait au confeil , exécutif le 23 novembre 1792 .
Sgné Roland , Clavière , Lebrun , Monge ,
Pache , Garat.
Par le confeil , Grouvelle , fecrétaire .
POLOGNE.
De Varfovie, le 6 Novembre.
La haine des Polonois pour les Ruffes
s'accroît chaque jour , & les Ruffes en
paroiffent moins formidables ; car la haine
donne de l'énergie. Il n'y a plus de bataille
rangée entre les deux peuples ; mais il
a tous les jours des combats particuliers.
Des foldats du corps franc de Saffmilch &
des foldats Ruffes fe font battus dans une
rue de Varfovie. Un combat eft prêt à
( 66 )

s'engager par - tout , où des Polonois & des
Ruffes fe rencontrent face à face. Un jeune
officier de troupes légères , Poloneis , n'a
pas craint d'infulter , au fortir du fpectacle,
le général Ruffe Nezauzits qui ne s'eft pas
foucié d'une vengeance qu'il ne pouvoit
pas prendre fans courir quelques dangers .
Toutes les fois que les Ruffes manifeſtent
l'infolence fi naturelle aux conquérans , les
Polonois font éclater l'indignation finaturelle
aux opprimés. Un coup donné par
une fentinelle Ruffe à un payfan Polonois ,
a excité un foulèvement dans tout un quartier
de Varfovie . Dans un village võilin
un pauvre laboureur ayant été pillé par
les foldats de Catherine , hemmes , feminies ,
vieillards , tout s'eft armé pour défendre &
pour venger le pauvre laboureur ;
rage qu'ils ont déployé a été fi grand ,
que le général Ruffe Kochouski , pour
calmer le reffentiment , a puni fes propres
foldats . De tels faits doivent faire efpérer
que la Pologne n'eft pas affervie fans retour.
Tant que la liberté combat ,
la liberté combat , il faut tout
attendre pour elle."
#
TET
undebe.
SUE DE
ཙྪཱ །
le cou-
T
De Stockholm , lé 6 Novembre 1792. '
La fanté du jeune roi dépérit de plus
en plus , & fa tête fur- tout paroît atta(
67 )
quée il y a eu des temps où on n'auroit
pas ofé dire qu'un enfant deftiné à un
trône paroiffoit deftiné auffi à être un
imbécille : aujourd'hui , on le dit de prefque
tous , & on dit la vérité. Ce feroit un
beau moment pour le duc régent, s'il avoit
cette vieille fottife des hommes d'être
ambitieux de pouvoir ; mais il paroît l'être
réellement de gloire , de vertus. Les Rules
l'appellent unjacobin : un jacobin pour les
Ruffes ne le feroit peut- être pas entièrement
pour un François , mais enfin on ne
peut douter que le duc-régent ait beaucoup
de penfées dignes d'un homme libre à côté
d'un trône qu'il gouverne , & les victoires
de la France rappellent aux Suédois qu'il
ont aufli livré pour la liberté des combats
où ils ont été vainqueurs.
ALLEMAGNE.
De Vienne, le 7 novembre 1792.
L'Empereur qui s'eft toujours tenu éloigré
du théâtre de la guerre contre la France , s'en est toujours occupée la
>>
affez
d'activité dans fes confeils . Aujourd'hui
il s'en occupe plus que jamais . Il raffemble
de toutes parts les régimens ditperfés
dans fes états. Les puiffances coalifées promettent
également de redoubler d'activité
& de fournir des forces plus confidérables.
( 68 )
On
affure que
que l'Autriche
va faire partic
34,000
h. , que la Pruffe
va faire marcher
25 mille
hommes
de plus , qu'enfin
la
Ruifie
va envoyer
18 mille
foldats , & que
le corps
Germanique
, que tous les co- états
de l'Empire
payeront
la folde
d'une
grande
partie
de ces troupes
quelles
rendront
encore
plus
nombreuſes
. On ne voit plus les
émigrés
dans ce plan : les uns mendient
dans les divers
contrées
de
l'Allemagne

les autres
s'arrachent
de leurs
propres
mains
une vie qu'ils ne peuvent
plus ni foutenir
ni fupporter
, les autres
pour
pénétrer
en
France
bravent
tous les
fupplices. On peut
croire
feulement
qu'il en refte
encore
près
des corps
d'armées
des ennemis
à 6 mille
-à - peu près , & qu'ils
feront
incorporés
les
uns dars les régimens
Pruffiens
, les autres
dans les régimens
Autrichiens
- Que ces
forces
qui font
grandes
paroiffent
pourtant
petites
auprès
de celles
de la France
quit
peut
mettre
fi aifément
fix cents
mille
hommes
fur pied , qui peut réunir
ou allier
à fes troupes
trente
mille
Savoifiens
, quarante
mille
Belges , & quinze
mille
Liégeois
, dont les généraux
intrépides
&
hommes
d'efprit
ne peuvent
plus fe paffer
de
l'habitude
des fuccès
& des
victoires
& qui enfin
trouve
dans
les biens
feuls
des
émigrés
de quoi
payer
les frais de
plufieurs
années de guerre.
( 69 )
De Limbourg, le 24 novembre.
Le bruit fe répand ici que les généraux
Autrichiens propofent pour tout l'hiver
une trève au général Dumourier ; il eſt
difpofé à accéder à cette trève. Du repos
pour fon armée ; la gloire de furveiller ,
de diriger & peut - être de travailler à la
conftitution des Belges en république ;
l'avantage de s'arrêter jufqu'au moment où
les Belges & les Liégeois pourront lui
donner des fecours en hommes & en argent
; tels font les avantages que Dumourier
apperçoit fans doute dans cette fuf
penfion de la campagne & dans cet intervalle
de repos. Mais quoique ces bruits
ne foient pas deftitués de tout fondement ,
iteft fans doute plus vrai cependant 1 ° . que
Dumourier a trop les principes & les fentimens
d'un républicain pour confentir à
des négociations & à des propofitions d'une
trève manifeftement oppofée au décret
de la Convention & à l'arrêté du confeil
exécutif qui ont ordonné que nos armées
neprendroient pas de repos tant que les
ennemis ne feroient pas repouffés au delà
du Rhin ; 2 ° . que Dumourier content de
la gloire fi éclatante d'un grand général
ne peut afpirer ni à difputer à la Convention
la gloire des légiflateurs , ni à dérober
aux Belges le droit qu'ils ont & qu'ils ont
1
170 )
feuls d'organifer à leur gré & leur conf
titution , & leur adminiftration & leurs
tribunaux ; 3 °. que Dumourier a trop
d'efprit pour ne pas comprendre que fon
armée eft fatiguée par des niarches & par
des combats , mais quel'e eft repofée par
des victoires , que le moment où un ennemi
eft le plus facile à battre eft toujours
le moment où il vient d'être battu , &
qu'enfin tous les avantages de pofition &
de territoire , nous les avons tous , fi l'en- .
memi eft chaflé au delà du Rhin , mais
que nous pouvons tous les perdre ſi l'enremi
refte en deçà.
-
De Francfort-fur-le -Mein , le 20 novembre.
On ne renonce pas aisément à fon argent.
Le gouvernement de Francfort ne
doute pas que le gouvernement de la
France ne lui reftitue les florins demandés
par Cuftine. Cette reftitution fouffre pourtant
encore beaucoup de difficultés .
Le gouvernement de Francfort prétend
qu'il n'eft pas aristocratique tous les
gouvernemens ont cette prétention ? mais
ce n'eft pas leur opinion , c'eſt celle des
peuples qu'il faut confulter : ce qu'il faut
confulter fur- tout c'eſt la nature du gouvernement
: or ce qui eft évident c'eft
que dans le gouvernement de Francfort
il
ly a bien quelques élémens démocrati(
71 )
ques , mais que les élémens ariftocratiques
y dominent. La démocratie de cette ville
n'est donc pas une chofe aflez établie
pour qu'elle puiffe la défendre contre les
contributions exigées par le général Cuftine
: elle peut avoir de meilleures raifons
& de meilleurs titres , mais ce n'eft pas ici le
lieu de les examiner. Ce qui eft certain ,
c'eft que quoiqu'on en dife dans les papiers
publics de l'Allemagne , ni la Convention
rationale , ni le Confeil exécutif
n'ont rien ftatué fur cette conteftation entre
une ville de l'Empire & un général Fran- .
çois . Ii eft même probable que cette affaire
particulière ne fera décidée que par une
ici générale dans laquelle les repréfentans
de la république Françoife traceront à tous
fes généraux la conduite qu'ils doivent
tenir parmi les nations étrangères qu'ils
affranchiffent.
270
GRANDE- BRETAGNE
De Londres , le 23 Novembre.
,
Point de Lords point de Chambre-
Haute , point de Roi tel eft le cri du
peuple Anglois dans les rues de Londres ,
dans les rues des autres villes de l'Angleterre
; tel eft le cri qui retentit dans les
montagnes de l'Ecoffe & dans les plaines
de l'Irlande. Puritains & Catholiques leurs
( 72)
paroiffent avoir ce même dogme politique
Il n'y a que le Roi d'Angleterre & peutêtre
quelques vieux Lords honnêtes gens ,
& quelques frippons de Cour qui profeffent
une autre religion fociale. Le parlement
eft prorogé jufqu'au mois de janvier.
Mais le mois de janvier arrivera bientôt, &
bientôt il faudra que Georges III faffe un
nouveau traité avec l'Angleterre qui lui
donnera sûrement une bonne penfion s'il
fe réfigne à une révolution inévitable avec
prudence.
De Madrid , le 20 Novembre 1792 .
-
D'Aranda eft renvoyé & l'amant de la
Reine eft appellé au confeil à fa place.
Allons - nous avoir la guerre avec l'Efpagne
? C'eft ce qui eft devenu plus vraifemblable
, fans être devenu certain . Une
femme amoureufe , un amant de complaifance
, des prêtres libertins & fanatiques.
Voilà ce qui décide en ce moment du fort
d'une nation naturellement ingénieuſe &
magnanime.
ERRAT A.
Au Numéro 47 , P. 273 , lig . 11 , lifex
Lahn,
JOURNAL
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
er
FRANCE.
L'an 1. de la République Françoiſe .
CONVENTION NATIONALE
Du dimanche, 15 novembre.
LES féances du dimanche , toujours confacrées
à l'admiffion des pétitionnaires , femblent ne préfenter
que des objets d'un fible intérêt . Celui
qui aime à étudier les moeurs , à fuivre la marche
des opinions qui les déterminent , n'en jugera
pas ainfi ; & c'eft dans la connoiffance de cette
foule de réclamations particulières , de ces voeux
diverfement exprimés , qui arrivent à la Convention
nationale de toutes les parties de la république
, qu'il fe formera une idée jufte de
l'état & des progrès de l'efprit public . Les adreffes
N°. 49. 8 Décembre 1792. D
( 74 )
qui adhèrent au décret qui abolit la royauté , en
établiffant l'unité de la république , font fans
nombre ; elles émanent non- feulement des corps
administratifs , électoraux , municipaux , & c.;
mas de fimples citoyens , des citoyennes s'empreffent
de féliciter la Convention nationale fur
fes premiers travaux. Tous expriment le defir fortement
prononcé , de maintenir la liberté & l'égalité
jufqu'à la dernière goutte de leur fang ,
& de voir le règne de la loi , cette divinité des
peuples libres , fel dement établi , Le tribunal du
diftrict, de Cambray , remercie la Convention du
décret qui admet tous les citoyens à remplir les
places de juge ; le commiffaire national du diftuct
d'Hières , n'accepte cette commiffion que fous
la condition que les émolumens qui y font attachés
, ferviront aux frais de la guerre tant qu'elle
darea . Les officers , fous-officiers & velontaires
du 4. bataillon de l'Isè e , jurçat de ne quitter
leurs drapeaux , que lorfque la patrie n'aura plus
befia de leurs bras .
A ces fentimens , fi dignes d'un peuple libre ,
fe mêle des traits qui annoncent que la raison
diffipe peu- à-peu les nuages qu'avoient depuis
tant de fiècles amoncelés les préjugés , & qu'elle
acquiert un plus grand horifon , Lebon , ci -devant
caré de Neuville , & actuellement maire d'Arras ,
fait part à la Convention du mariage qu'il vient
de contracter , & lui fait hominage du difcours
qu'il a prononcé dans cette occafion , & un prêtre
Piémontois lui écrit de Madrid qu'il a fait des voeux
pour la réuffite de fes travaux , & lui offre fes fervices
pour l'aider à naturalifer dans le pays qu'il
habite les fublimes principes de la raiſon & de la
libe té .
Un membre du comité d'inftruction publique a
( 75 )
fait un rapport fur inutilité de la place de directeur
de l'académie françoife des arts établie à Rome, & il
a annoncé qu'il propoferoit bientôt la fuppreffion de
toutes les corporations académiques. L'Affemblée
femble avoir préjugé la queftion , car en ordon
nant l'impreffion & l'ajournement du rapport , elle
a décrété que provifoirement il ne feroit fait aucune
nomination aux places vacantes dans les académies.
Elle a décrété en même temps la fuppreffion
de celle de directeur de l'académie de
France à Rome.
#
Des artiftes font venus repréfenter à la Convention
qu'on aurcit pu lui préparer au Louvre
une falle plus majestueufe & plas digne des repré
fentans d'une grande nation que celle qu'on difpofe
pour elle aux tuileries . Cette pétition, qui préfentoit
d'ailleurs des vues fages fur la néceffité & les
moyens d'ouvrir une grande carrière aux talens
a été renvoyée au comité d'inftruction publique.
Un décret rendu fur la propofition du comité
des finances , a mis à la difpofition du minile de
la marine une fomme de 12 millors pour être em
ployée à l'acquittement des dépelfes de l'expédition
deftinée aux ifles du- vent .
Le comité de furveillance ayant découvert de
faux cachets , femblables à celui de la munici
palité de Paris , au moye defque's en fabriquoir
des certificats de réfidence , l'Affemblée à décrété
que les certificats délivrés demeureroient fars effet ,
jufqu'à ce qu'ils aient été vérifiés.
Une députation de l'académie des fcierces, ayant
à la tête M. Lelande , eft venue rendre compte
de l'état actuel du trava 1 fur les poids & mefutes
dont l'académie a été chargée par l'Aflemblée corftituante
. D2
( 76 )
Pour accélérer , a dit le citoyen Lalande , ce
travail , qui exige p'ufieurs opérations de différens
genres , l'académie la divifé en cinq parties ,
pour chacune defquelles elle a nommé une com .
miffion particulière.
La première de ces commiffions doit déterminer
, par des obfervations aftronomiques & geodefiques
, l'étendue de l'arc du méridien terreftre
qui traverfe toute la France , depuis Dunkerque
jufqu'aux Pyrénées , & une perite partie de l'Efpagne
, depuis les Pyrénées jufqu'à Barceloné ; &
de cette mefure , elle concluera la grandeur de la
circonférence de la terre , pour y rapporter l'unité
de mefure ufuelle ,
La feconde commiſſron meſurera les bafes fur
lefquelles doivent s'appuyer les opérations géodéfiques.
L'objet de la troisième eft d'obferver la longueur
du pendule à fecondes , prife au 45º . degié
de latitude , & au bord de la mer , pour trouver
enfuite le nombre d'ofcillations que feroit en un
jour un pendule fimpie , égal à la mefure cocclue
de la grandeur de la terre .
La quatriènie commiffion déterminera le poids
d'un volume donné d'eau diftil'ée , & en conclura
l'étalon général des poids.
Enfin , la cinquième cft chargée de comparer
d'abord à la toife & à la livre de Paris , toutes
les mefures de longueur & de capacité , & tous
les poids ufités en France , & de déterminer en-'
fuite leurs rapports avec les nouvelles unités de
poids & mefures .
La première occupation des commilaires
nommés par l'académie , a été de faire conftruire
les différe is inftrumens néceffaires pour leurs opé
rations, Ceux qui devoient fervir aux obſervations
( 77 )
pu
aftronomiques & géodéfiques étoient les plus
preffés ; mais leur conftruction exigeant beaucoup
de temps , ils n'ont être achevés que cette
année ; & c'eſt à la fin du printemps feulement que
les commiffaires chargés de la mesure de l'arc tereftre
ont pu commencer leur travail . »
Le citoyen Méchain , l'un de ces commiffai es ,
qui devoit mefurer la partie de la chaîne des
triangles comprife depuis les Pyrénées jufqu'à
Barcelone , eft arrivé en Espagne au mois de
juillet. Ses premiers travaux ont été d'aller reconnoître
les fommets des montagnes qui fouvoient
fervir de points de ftation pour les triangls
, afin d'en former d'abord un plan général :
revenu enfuite une feconde fois fur ces montagnes ,
il a mefuré tous les angles ; & maintenant la
chaîne des triangles qu'il devoit obferver en Catalogne
, eft déterminée.
Mais cet académicien a corçu le projet d'étendre
beaucoup plus loin fes opérations ; il defireroit
lier à fon travail life de Mayorque , dont
les hautes montagnes s'apperçoivent des hauteurs
veifines de Barcelone & de Tortofe , quoiqu'elles
en foient éloignées d'environ 45 lieues ; il voudroit
même aller jufqu'à la petite ifle de Cabrera
, qui eft au fud de Mayerque , & toujou s
à peu près fu : le méridien de Paris . La meſure
de l'arc terreftie comprendroit alors 12 degrés
d'un grand cercle , ou 300 licues communes de
France en ligne droite , & le 45. degré de lattude
fe trouveroit au milieu de l'arc mefuré ; ce
qui rempliroit complettement l'objet de l'acadé
me. Cette extenfion de travail donnera fans
doute un nouveau prix à l'opération entrepriſe ,
qui fera fort au d : flus de tout ce qui a jamais
D3
( 78 )

été fait en ce genre , & annoncera l'ouvrage d'ent
grande nation.
1
Le gouvernement Espagnol parcît s'honorer
de concourir à ce beau travail . Une corvette
armée à Carthagène , a été envoyée en ftation à
Barcelone , & eft deftinée à transporter le citoyen
Méchain à Mayoique , à Tortole & à Cabrera ,
lorfque la fuite des obfervations l'esigera . M. de
Gonzales , officier de marine très - inftrait , qui
commande la corvette , plufieurs autres officiers
& ingénieurs , accompagnent & fecordent le citoyen
Méchain , & par- tout les ordies de M. de
Luffy , commandant de la Catalogne , précèdent
facilitent fes opérations.
Le citoyen Méchain , après avoir achevé tout: s
fes opérations au- delà des Pyrénées , rentrera en
France au printemps prochain , & , continuant
fes opérations , il viendra à la rencontre du ciyen
Delambre , fecond commiffaite , qui , de
fon côté , a commencé la mefure des triangles
autour de Paris . Une fifon pluvieufe , des tmps
obſcurs & brameux qui font le défefpoir des obfer
vateurs , ont contrarié les premiets travaux du
citoyen Delambre; des obftacles d'un autre geare
ont encore ralenti fa marche ; mais fon courage
& fa conftance ont furmonté toutes les difficultés :
il a déjà méfuré des triangles dans l'étendue de
plus de 20 lieues ; & la rigueur de la faifɔn né
l'empêche pas de continuer encore les travaux .
Sa zèle fe proportionne à la longueur de la
carrière qu'il doit parcourir.
Tandis que ces deux académiciens s'occupent
des obfervations des triangles , en fait les préparatifs
néceffaires pour la mefure des bafes fur
fcfquelles ces triangles doivent s'appuyer. La
[ 79 ]
commiffion qui en elt chargée en mefurera une
première au printemps ; & c'est celle qui a déjà
fervi dans le fiècle dernier pour la détermination
du degré terreftre entre Paris & Amiens , & qui
fe trouve aup ès de Patis entre Villejuif & Juvify
sane -fcconde fera méfurée , dans le Midi
de la France , & peut être une troisième en Catalogne
. Les commiflaires fe propofeut de mettre
dans ce travail d.s attentions & des foins particuliers
, dont les Ang'ois leur ont donné l'exemple
dans une opération de ce genre qu'il vien
nent, de faire auprès de Londies . Ils elpèrent ne
pas leur refter inférieurs , & ils cherch.ront à fcs
furpaller.
L'opération relative à la longueur dú pendule ,
qui eft l'objet de la troisième commiffion , cit
déjà fort avancée. De nombreuses expérienfes ont
été faites à l'Obfervatoire par les citoyens Borda,
Coulomb & Caffini , pour déterminer d'abord la
longueur du pendele qui bat les fecondes à Paris
Le choix des moyens qu'ils ont employés , le fcrupule
qu'ils ont mis dans leurs obfervations , &c
Recort fingulier de leurs résultats pourroient dèsa
- préfent faire regarder cette première partie de
leur travail comme fiffifamment exacte ; mais ils
fe propofent de continuer sncore leurs expériences.
pen fant l'hiver, & ils ne les cefferont que lorfqu'ils
creiront ne pouvoir plus ajouter aucun degré
de précifion à leur réfultat . Nous mettrons fur le
bareau un mémoire dans lequel ces commiffaires
ont rendu à l'académie un compte fommaire de
ces premières cxpériences , en attendant la publication
qu'ils feront de tous les détails de leurs
obfervations , lorique leur opération fera terminée
.
Il reste encore à ces commiſlaites à comparer-
D
4
780 )
1
la longueur du penule obſervée à Paris , avec
celle qui a lieu au quarante- cinquième degré de
latitude au bord de la mer ; & c'eft auprès de Bordeaux
qu'ils achèveront cette dernière partie de
leur travail.
Celui de la quatrième commiffion , qui doit déterminer
le poids d'un volume donné d'eau diftillée
, & en conclure l'étalon des poids , va être
inceffamment commencé . Les commiffaires chargés
de ce travail , qui exige beaucoup de recherches
& d'opérations délicates , efpèrent qu'il fera verminé
avant la fin de l'hiver ; & dès - lors ils feront
en état de déterminer le nouvel étalon des pids ,
ou la nouvelle livre , avec une préciſion déjà plus
gande qu'il n'eft néceffaire pour tous les ufages
ordinaires ; mais ils re le fixeront abfolument que
lorfqu'ils auront pu comparer avec la mesure conclue
de la grandeur de la terre , les dimenfions du
volume d'eau diftillée , dont ils auront trouvé le
poids par leurs expériences.
Les quatre commiffions dont nous venons de
parler ont un objet général qui intérefle toutes les
na ions ; le travail de la cinquième commiffion regardera
la France feule , puifqu'elle doit s'occuper
uniquement de déterminer le rapport de nos mefures
actuelles avec celles qui feront établies . Pour
y parvenir , l'Affemblée conftituante avoit décrété
qe les différens départemens enverroient à l'académie
les étalons de leurs mefures de longueur &
de capacité , ainfi que les étalons des poids . Jufqu'à
préfent , un petit nombre de départemens a
fatisfait aux décrets ; mais il faut efpé er que , follicités
de nouveau par le miniftre de l'intérieur &
inftruits de l'utilité de cette entreprife , ils chercheront
à en hâter le fuccès .
L'académie vient de rendre compte à la Coa(
81 )
vention nationale de l'état actuel de fon travail fur
les poids & mefures ; elle cfpère que les premiers
mois de 1794 verront la fin de cette grande opération
; il ne restera plus alors qu'a faire les étalons
qui feront envoyés aux différentes nations ,
& peut- être auffi aux compagnies favantes de
l'Europe , qui , par leur célérité , peuvent le plus
contribuer 2 en étendre l'uſage ; l'académie s'eftimera
heureufe de pouvoir y contribuer par ellemême
, & el'e fe félicitera toujours d'avoir concouru
à l'exécution d'un projet glorieux à la nation
, utile à la fociété entière , & qui peut devenir
, pour tous les peuples qui l'adopteront , un
nouveau lien de fraternité générale .
Qu'il foit encore pe mis à l'académie de rappeller
à la Convention nationale un autre projet.
a opté par l'Affemblée conftituante , & qui le
trouve intimement lié au premier ; nous voulons
parler da fyftême de divifion décimale à établir
dans les melures de toute efpèce , dans les poids
& dans les monnoies ; cette divifion , dont l'uſage
n'exigera aucune nouvelle connoiffance , facilitera
tous les calculs du commerce , en les réduifant aux
opérations les plus fimples de l'arithmétique , &
fera d'un avantage auffi grand & plus étendu pour
toute la fociété , que l'uniformité même & l'univeifalité
des poids & mefures .
Les commiffaires de l'académie ont fenti que
ce fyftême devoit s'étendre jufqu'aux mefutes done
l'aftronomie & la géographie font ulage . Déjà
la divifion décimale a été employée & a remplacé
l'antique divifion du cercle dans les inftrumens
dont les citoyens Mechain & Delambre fe ferycat
pour mesure de l'are terreftre ; elle l'a été éga
lement dans une horloge aftronomique deflinée
pour les dernières expériences fur la losgucur du
D
( 82 )´
pen lule ; & enfin l'académie s'occupe de réduire à
certe divifion toutes les tables qui fervent aux
calculs des aftronomes , des navigateurs & des géographes
, ouvrage immenfe que Ion zèle pour lest
fciences & pour tous les projets utiles lui fait entreprendre.
Du lundi , 26 novembre.
Sur la motion de Treillard , il a été décrété ,
à l'ouverture de la féance , que les trois articles
de la loi des émigrés , relatifi au renvoi des émigrés
qui font rentrés en France , à leur fig - alement
& à la protection à leur accor ler jufqu'à
leur, fortie , front envoyés fur- le - champ au con
feil exécutif qui-les fera exécuter.
Cette mefure a paru d'autant plas inftante qua
l'Alfemblée étoit inftruite que les malveillans &
les enn mis des loix , redoublent leurs efforts
pour jetter dans les départemens des femences
de difcordes. Une députation des corps admisiftratifs
de Loir & Cher , a confi mé ces nouvelles
cc affligeantes. Nous fommes envoyés , ont dis
cs députés , à la Convention , pour vous inf
traire d'une infurrection qui vient de fe mifefter
dans l'étendue de ce département , après
avoir parcouru fucceffivement les départemens
voifins , & qui , par fa marche rapide & p : obablement
concertée , fembl : menacer tous les
départemens de la république. L'isfurrection eft
partie du département de la Sarthe . Le raffemblement
a forcé les ouvriers de la verrerie de
Montmirail de le porter avec eux à MontJon.
bleau , où ils ont taxé le blé , & obligé les ha→
bitans & les corps conftitués de les accompagner
à St. -Calais. De- là , ils fe font portés à Vendôme
le 23 de ce mois , au nombre de 3000 ;
( 83 )
ayant à leur tête 150 hommes à cheval . Ils on
commencé par acnoncer qu'ils ne venoient exercer
aucune violence , mais taxer le blé & les autres
denrées . Ils ont effectivement taxé le blé à 21 .
deniers la livre , en difant qu'ils iroient famedi
prochain à Blois pour l'y fixer au même prix..
Enfin ils ont menacé les habitans de Vendôme.
de mettre le feu à la ville , s'ils ne fe joignoient-
Pas à eux "
D'auties députés envoyés par le département
d'Eare & Loire , offrent le même tableau de l
&fette au milieu de l'abondance . Des rafiemblemens
armés parcourent les marchés & taxent less
denrées ; les magiftrats du peuple font fidèles à
Feur devout ; mais la lor cft fans énergie & fansvigueur.
Le prix du pain cft i accesible aux fa--
cultés du pauvre.
Cependant , de l'aveu même de ces députés ,
les grains ne manquent point dans ces département
; mais la circulation en eft interrompue . Les
agitateurs profitent de l'inquiétude du peuple pour ;
empêcher les laboureurs d'apporter leurs grains
aux marchés . Au milieu de ces affligeans détails
il est un trait qui n'a pu manquer d'y répandre
quelques confolations . Nous fommes envoyés ,,
a dit la députation d'Eure & Loir , pour vous de
mander des mesures promptes & efficaces qui ré--
tabiffent la tranquillité de la république entière . ,
Le peuple les attend de votre fageffe , & c'est ens
prononçant le nom de la Convention nationale que
nous avons vu la confiancefe ranimer , &, la féré--
nité renaître fur les vifages. »
Le remède à ces maux eft fans doute une bonne
loi fur les fubfiftances . E attendant que l'Allems;
blée ait acquis affez de amières pour prononcer
definitivement fur cette importante queſtion , voicii
DG.
( 84 )
Les mesures provifoires qu'elle a adoptées fur fa
propofition de Barrère :
сс« 1 °. La Convention nationale charge le pouvoir
exécutif de fappeller les commiflaires envoyés
par lui dans les départemens , excepté ceux qui
ont été envoyés pour des objets militaires , & ceux
qui auront été mis en état d'arrestation par ordre
des autorités conftituées .
2º. Il eft interdit au confeil exécutif d'envoyer
dans aucun cas des commiffaires civils dans les départemens
fans l'autorisation de la Convention
.
- 3 °. Il fera nommé dans le fein de la Convention
neuf commiffaires qui fe rendront dans les
départemens de Loir & Cher , d'Eure & Loir ,
& de la Sarthe pour y rétablir la circulation des
grains & rechercher les caufes qui l'ont arrêtée ,
pour faire des perquifitions fur les auteurs des
troubles & fur les pourfuites qui auront dû êtie
faires contre eux ; les commiffaires pourront dé- ´
cerner contre qui, il appartiendra , des mandats
d'amener & d'arrêt & fe rendre dans les départemens
voisins , fi l'intérêt public les y appelle .
Lorfque le danger de la patrie a été proclamé
, une multitude de pères de famille , fe font
dévoués à fa défenfe . S'arrachant des bras de tout
ce qu'ils avoient eu jufques - là de plus cher , ils
ont laiffé à leurs enfans , à leurs mères , à leurs
pères dont ils étoient le foutien fur la fin de leur
carrière , le foin de faire connoître leurs befoins
aux repréfentans de la France. La Convention a
rendu une loi qui les met à l'abri du befoin .
Cette loi autorife le miniftre de l'intérieur à
diftribuer , fous fa refponfabilité , une tomme
de deux millions , aux pères , mères , femmes &
enfans qui n'avoient d'autre reffource que le
>
1851
produit du travail des citoyens- foldats volontaires
qui font au fervice de la République . Ceux
qui prétendront avoir des droits à ce fecours , fe
feront infcrire à leur municipali.é , ou à leur
fection dans le délai de 15 jours . Ils y produiront
l'extrait de leur acte de baptême & de
l'infcription de citoyen-foldat pour fervir comme
volontaire. Ce fecours fera de 40 livres par
année , pour les enfans âgés de 8 ans , & depuis
8 ans jufqu'à 12 , de 25 livres . Les époules
obtiendront 60 liv . , & les pères & mères 40 liv.
jufqu'à 60 ans , & 60 livres lorsqu'ils auront
atteint leur 70° . année. Ce fecours commencera
à courir du jour du départ du citoyen -foldat ,
jufqu'a celui où il rentrera , ou devra rentrer
dans les foyers.
Du mardi , 27 novembre.
Des vues de bienfaiſance ont occupé l'Affemblée
, à l'ouverture de cette léance . Elle a
chargé fon comité des fecours publics de lui
préfenter , fans délai , les moyens de pourvoir
à l'entretien de tous les hôpitaux de la république
, qui , depuis la révolution éprouvent des
non-paiemens & des pertes confidérables.
Une lettre du miniftre de l'intérieur à la Convention
, lui rend compte de la fituation actuelle
des fubfiftances de Paris . « Nous n'aurions rien
à craindre , dit Roland , fi la confiance laiffeit
à la circulation des denrées , la liberté qui lui
eft néceffaire ; mais cette confiance n'existe pas ,
& l'adminiſtration de la commune de Paris eft
propre à l'éloigner de plus en plus , & définitivement
à l'anéantir.. Le defir mal calculé de procurer
quelques adouciffemens aux habitans de Paris ,
ou la foibleffe du corps municipal l'avoit porté
ל כ
( 86 )
à faire vendre depuis long - temps la farine à
un taux infé ieur au prix d'achat. Qu'en est - il.
réfulté ? Tous les approvifionnemens fe font
faits dant Paris , d'où l'on retire fans ceffe , au
lieu dy apporter. C'est ainsi qu'un avantage
apparent & momentané produit le double mal .
d'une fuscharge qui doit finir par retomber fur
e peuple même , & d'un ap a pour le voifinage
qui vient etter de Paris tout ce qui feroit
néceliare à fa conſommation.
Le ministre ne veut point accufer les intentions
; il ne fuppofe point que ces opérations
foient dictées par le defir de capter la popula- ,
rité mais il dit que ces opérations font
maavaifes , parce qu'elles tent pour tromper ;
Parce que fous l'apparence d'un bien paffager
elles préparent de grands maux.
Roland fait enfuire le tbleau du défordre
affreux qui règne dans toutes les parties de
l'administration de Paris, Jé le dénonce de
nouveau , dit - il , duffé je y perdre la tête fur
T'heure car il faut que la chefe publique foit
fauvée , ou que je périfle avec elle . It annonce
que 40,000 quintaux de grains font partis
du Havre pour Paris ; & que fi la fureur
des agitations empêchoit ces provifions d'a
river mous fouffririons de la famine ; que la
faute en ferot uniquement due à la foibleffe
qui n'auroit point établi le régime équitable ,.
epreffif contre les malveillans , protecteur de
Ja ûreté , de la propriété & de la plus grande
liberté du commerc:. It prédit enfin , que l'ef
prit de la commune de Paris finita , par perdie
Pa is & la Convention elle même , fieile ne
met fin à cette agitation de fections , à cette
permanence , qui n'est plus que celle du trouble:
( 87 )
17
& de la déforganifation , & à l'existence de
cette commune , foyer de toutes les intrigues .
Après la lecture de cette lettre , Lanjuinois
demande la fuppreffion de la permanence des
fections , la ceffation de dépenfe de 12 mille 1 .
par jour , que fait la commune en vendant la
farine à un taux inférieurs au prix d'achat , &
le renouvellement du comité de sûreté générale .
Sur cette dernière propofition , la convention a
paffé à l'ordre du jour . Les deux autres ont été
renvoyées aux comités qu'elles concernent .
Un décret fixoit à ce jour la difcuffion far la
queftion de l'incorporation de la Savoye à la
France. Grégoire a préſenté à la Convention l'avis
des comités dip omatique & de conftitution
réunis , fur cette question ,
Le rapporteur l'examine fous tous les rapports
moraux , politiques & géographiques, Des nations
diveiſes ont clies le droit de fe réunir en
un feul corps polit que ? Nul doute à cet égarde.
En s'identifiant elles n'aliennent pas la fouve,
raineté , elles confentent feulement à augmenter
le numbre des individus qui l'ex.rcent d'une manière
collective .
La demande en réunion 9 faite au nom du
peuple de Savoye , eft l'expreffion libre & folemne
le de la prefque totalité des communes. Elles
déclarent par l'organe de leurs représentans
qu'aucune violence , aucune influence étrangère
na diligé leur opinion , & dès- lors le fouveram
a parlé. =
En manifeftant le voeu de fe réunir à la
France , les Savo fiens ont connu toute bétendue
des engagemens qu'ils vouloient contracter . Deux
communes avoient o polé une reſtriction relative
aux dettes de la France dont elles re fufoient de
( 88 )
partager
le fardeau. L'Alemb'ée nationale Savoifie
ne a paffé fur ces reftrictions à l'ordre du jour .
Le peuple Allobroge déclare que fon affentiment
eft fondé fur les calculs les plus réfléchis ; qu'il ne
prétend à aucune exception , & que la fufion des
deux peuples en un feul veut que tout loit
& proportionnel quant aux charge; & aux avantages
fociaux.
commun
La feule queftion qui ſe préfentoit à réfoudre ,
étoit donc de favoir fi intérêt poli ique de la
France lui permet de s'agrandir & d'accéder à aucune
demande en réunion . Le rapporteur n'a point
diffimulé les inconvéniens qui s'attachent à la trop
grande étendue des états ; les obftacles qui y ra-
Leatiffent l'action du gouvernement , les abus qui
en altèrent la forme , la néceffité d'y concentrer
dans la main des premiers agens un pouvoir exceffif,
& les moyens qui leur reftent pour échapper
à la furveillance . Pius une corde s'étend , plus ele
décrit la courbe , image fenfible d'un trop vafte
empire , ou le lien ſocial ſe relâche , & dont les
refforts fe détendent .
L'étendue néceffaire d'un état doit ſe meſurer
fur les localités & le befoin de maintenir l'exiftence
du corps politique .
En appliquant ce principe à la France , le rapporteur
fait voir , que tous les rapports phyfiques ,
moraux & politiques follicitent la réunion des Savoifiens
aux François . Conformité de moeurs &
d'idiône , liaiſons habituelles , haine ds Savoifiens
envers les Piémontois , amour pour les François
, qui les paient d'u . jufte retour , tout les
rappelle dans le fein d'un peuple qui eft leur ancienne
famille. Vainement on a voulu au Piémont
lier la Savoie . Sans ceffe les Alpes repouffent celle - ci
dans les domaines de la France , & l'ordre de la
7
789 )
mature feroit contrarié , fi leurgouvernement n'étois
par identique.
Confidérée fous le point de vue financier, fi
la réunion de la Savoie préfente à la France
une foule d'avantages , ceux que la Savoie recevra
en échange ne font pas moins frappa s . La
politique Piemontoife fut toujours de s'y oppofer
à tout genre d'établiſſement qui auroit pu faire
fleurit les arts. Elle y comprimoit l'induſtrie
étouffoit l'émulation , & teroit le peuple enchaîné
dans la misère par la crainte que fa profpérité ne
tentat l'ambition d'un conquérant. Ce pays , condamné
à l'anathême politique , payoit au Piémont
des droits d'entrée fur les objets commerciaux ,
étoit contraint de vendre àla France des marchandifes
brutes qu'il n'avoit pu manipuler.
&
L'unité de gouvernement & de loix va rendre
cette contrée à ſon induftrie naturelle . Un travail
éclairé foigrera les marais , fertilifera les campagnes
, ranimera le commerce , fera fuivi de
l'abondance. La fuppreffion de la dîme & de la
féodalité , l'accroiffement de fon induftrie , de fes
richeßes , lui rendront fes impofitions moins oréreufes
; enfin , fous l'égide de la France , elle recevra
de fa nouvelle manière d'être , une impulfon
morale qui bie tôt la rendra floriffante .
Ce rapport a été vivement applaudi. Un feul
membre le préfentoit pour le combattre . On a
demandé de toutes parts que la difcuffion "fut
fermée. L'Affemblée entière s'eft levée & a
manifefté un voeu unanime pour la réunion .
Voici le décret.
« La Convention nationale , après avoir entendu
le rapport de fes comités de conflitution
& diplomatique , & avoir reconnu que le voeu
libre & univerfel du peuple fouverain de la Sa-
"
( 90 )
voie , émis dans les affemblées de communes
eft de s'incorporer à la république francoife ;
confidérant que la nature , les rapports & les
intérêts refpifs rendent cette réunion avand
rageufe aux deux peuples , déclare qu'elle accepte
la réunion propofée , & que dès ce moment
la Savoie fait partie intégrante de la république
Françoife .
รว
Art. 1. La Savoie formera provifoirement
un 84. département , fous le nom du département
du Mont Blanc. »
« II. Les affemblées primaires & électorales
fe formeront inceffamment , fuivant la forme
des loix établies , pour nommer kurs députés.àla
Convention nationale . »> 3
III. Ce département aura ploviloirement
ase repréſentation de dix députés à la Convention
nationale. »
« IV. I fera envoyé dans le département du
Mont Blanc , quatre commiffaires p.is dans le
fein de la Convention nationale , pour procéder
à la divifion provifoire & à l'organiſation de ce
département en districts & en cantons . »
cc V. Les douanes fur les confins du Piémont ,
de la Suiffe & Genève feront confervées provifoirement
, & le miniftre de l'intérieur fera
chargé de faire parvenir fur- le- champ les leiz
& tarifs relatifs à la perception des droits exportés
ou importés.

} ce VI. Il fera établi dans les chefs - lieux de
diftrict ou dans les bureaux de douanes aux
frontières , après l'organifasion des autorités
des commiffaites pour la vérification , des affignats.
Plufieurs articles complémentaires de la loi
fur les émigrés ont été propofés à la fin de
7 91 )
eette féances après une légère diſcuſſion , PAL
femblée en a adopté quelques - uns ; les autres
ghit été renvoyés à l'examen du comité. Celui
d'aliénation a fait rendre un décret for l'admi.
niftration des maifons & domaines de la lite civile
.
Du mercredi , 28 novembre.
Un membre du comité de la guerre a fait un
rapport fur un marché de 60 mille fufils paffé entre
Lajard , Chambonas , ci - devant miniftres
& Beaumarchais. Il en résulte que le marché eft
frauduleux . Beaumarchais a été déciété d'accula
tion .
"
A peine ce décret eft porté , qu'une nouvelle
lettre des commillaires de Lyon dévoile de nouvelles
friponneries dans les fournitures de Parmée
du midi. Ils continuent la vifite des magafins
militaires , & ils mettent au rebut tout ce
qui fe trouve d'une mauvaife qualité ."
Cependant le général Dumourier croit devoir
fe plaindre de la rigueur exercée contre Malus &
d'Efpagnac, fournifleurs de l'armée de la Belgique.. -
« Je n'avois , dit-il , ep arrivant à Bruxe les que
10 mille liv . en caiffe . Le citoyen d'Espagnac
en m'avançant 300 mille liv . a , pour un inftant
fauvé man armée de la difette'; il a bien fervi fa
patrie , & cependant on le traie avec la plus grande
rigueur.... Cambon a craint que je ne devinfle
dangereux à la république , fi , après mes victoires,
j'étois autorisé à pffer , fous ma refponfabilité ,
les marchés pour la fourniture des armées de la
république je réponds à Cambon que je n'ai
d'autre but que le bien de ma patrie . J'ai fait
cette demande , je la fais encore , fi , contre mon
gré , je dois conferver le commandement de l'ar1921
mée. Si elle m'avoit été accordée , déjà la campagne
toucheroit à la fin , & j'aurois mis à exécution
le vafte plan que m'a fait concevoir mon
amour pour ma patrie & la liberté . »
La difcuffion ne s'eft pas ouverte fur cette
lettre ; les comités de la guerre , des fiances , &
des douze ont été chargés de répondre fur- lechamp
aux demandes les plus preflées du général.
La Convention nationale reçut dans la feance
d'hier , l'alliance & les félicitations d'une nation
devenue libre , elle reçoit aujourd'hui les hommages
d'un peuple , qui fe connoît en liberté
& qui fait en jouir. Une nombreufe députation
des Anglois , Ecollois & Irlandois réfidans &
domiciliés à Paris , a été admite à la barre. I's
ont félicité l'Affemblée fur les fuccès de nos armes
& de les travaux. Leur voeu le plus cher
eft de voir bientôt le former une union étroite
entre la République françoife & les Nations
Angloife , Ecoffoife & Irlandoife ; union qui
ne pourroit manquer d'affarer à l'Europe entère
la juiffance des droits de l'homme , &
d'établir fur les bafes les plus folides la paix
univerfelle.
Joël Barlows , J. Froft , citoyens Ang'ois ,
font enfuite admis à la barre . Députés par une
fociété patriotique de Londres , appellée the focietyfor
conftitutionnal information , ils viennert
féliciter , en fon nom , la Convention nationale ,
des triomphes de la liberté. Ils informent l'Affemblée
que d'innombrables fociétés du même genre
fe forment actuellement dans toutes les parties
de l'Aeg'eterre ; que tous les efprits en reçoivent
une impulfion générale qui les porte à fender les
abus du gouvernement , & à chercher les moyens
( 93 )
d'y remédier , & qu'il ne feroit pas extraordi-
Daire que dans un intervale beaucoup moins longqu'ils
n'oferoient le prédire , il arrivât , du contiuent
, des adreffes de félicitation à une Convention
nationale en Angleterre.
Ils font chargés auffi d'informer la Convention'
nationale que la fociété qu'i's repréfentent , envoie
une offrande de fix mille paires de fouliers
pour les foldats de la république.
Adreffe de la fociété conftitutionnelle de Londres
à la Convention nationale de France .
Mandataires d'un peuple fouverain & bienfaiteur
de l'efpèce humaine , nous nous trouvons
heureux que la révolution frar çoiſe ait acquis
un degré de perfection qui nous permette de
vous donner ces titres , les feuls qu'il convienné
de donner à de véritables légiflateurs . Les époques
fucceffives de votre régénération politique , out
toutes ajouré quelque chofe au triomphe de la
liberté & la glorieufe victoire du 10 août a
enfin préparé 1 - s voics à une conftitution qui
nous l'efpérons de vos lumières , fera fondée fur
Its bafes de la nature & de la raifon . En comfidérant
par quel amas d'impoftures on s'eft
efforcé d'obfcurcir l'efprit humain , vous ne
pouvez être furpris de l'oppofition que vous avez
éprouvée de la part des tyrans & des efclaves .
Ces deux claffes d'individns ont employé contre
vous les mêmes moyens . Hélas ! dans la combinaifon
des misères humaires , l'ignorance eft,
en même temps la caufe & ffet de l'oppreffion
& de l'obéiffance fervile . Ce qui fe patte journellement
prouve que vous avez conquis l'opinion
de tous les peuples placés près de vous lux
( 94 )
le continent ; que vous avez réellement pour
amie la majorité de ces nations ; que leur apparente
inimitié n'eft qu'une fuite paffagère de la
violence exercée fur elles par leurs gouvernemens
, & qu'elles n'attendent que le moment où
Vos armes les auront affianchies de la néceffité
de vous combattre . »
La fituation des Anglois eft moins dép'orable
. La main de l'opprellion n'a pas encore
ofé leur ravir entièrement la liberté d'écrire , ni
Vous attaquer cuveitement . Tout de feu pour
la caufe que vous foutenez , nous vous faifons
paffer nos voeux les plus ardens , pour qu'il ne
manque sien à vos progrès , & à votre réuffite .
C'eft en effet une caufe facrée , nous la fuivons
avec amour , comme le gage du bonheur d'on
peuple dont la nature a voulu faire notre ami ,
puifqu'elle en a fait notre plus proche voifin 3
notre confiance s'y attache comine au lien d'une
union fraternelle entre toutes les branches de la
famille humaine ; union à laquelle , fi nos effé.
rances ne font pas vaines , nos compatriotes feront
des premiers à concourir ..»
« Notre gouvernement a encore le pouvoir,
peut être la volonté de ftipendier des plumes
végales pour nous contredire ; mais nous croyons
dans la fincérité de nos creus exprimer les fentimens
de la majorité de la nation Angloiſe . Un
long fyftême d'impoftures a fatigué cette na
tion , & de folles guerres l'ont épuifée ; elle a
appris à réfléchir que ces fléaux doivent leur origine
à des combinaifons que la nature réprouve ,
qui modifient la fociété d'après fes relations factices
avec le gouvernement , & qu'ils ne font
point le réfultat de la difpofion naturelle des
Peuples fous le rapport de leur fituation refpec1951
tive . Continuez , légiflateurs , de travailler au
bonheur des hommes , nous participerons à vos
bienfaits ; mais la gloire vous en appartiendra
toure entière. C'eft le prix de vote perfévérance
; c'eft la récompenfe de la vertu . Les
étincelles de liberté qui s'étoient confervées en
Angleterre pendant plufieurs fiècies , pareilles
aux heurs de l'aurore boréale , ne fervoient
qu'à rendre viable au refte de l'Europe Pobl
curité qui le couvroit . Une lumière plus vive ,
image de la véritable aurore , jallt du fein des
républiques Américaines ; mais fon éloignement
l'empêchoit d'éclairer notre hémisphè e ;
il falloit , i le génie de notre langue nous permet
d'achever ce parallèle ; il fal'oit , difonsnous
, que , rayonnante de tous les feux du
foleil au milieu de fon cours , la révolution Fran-,
çife déplyât foudain , au milieu du centre de
Europe , le rélultat pratique des principes que la
philofophie avoit lemés dans l'ombre de la médi
tation , & que confirme par tout l'expérience .
Par -tout fon influence diffipe les nuages des piéjegés
, révèle les fecrets du defpotifme de tout,
gere , & crée à l'homme un nouveau caractère .
D'autres marcheront bientôt fur vos traces dans
cette carrière d'utiles changemens ; & les Nations,
fortant de leur léthargie , s'aimeront pour revendiquer
les droits de l'homme , de cette voix toute
puiffante à laquelle des hommes ne fauroient
rëfifter,Steven I
Signés , SEMPITL , préfident ; D. DAMS , Se
crétaire ; JOEL BATLOUS , J. FROST , députés de
la fociété .
Les députés de la fociété conftitutionnelle de
Kondies ont été admis à la féance au milieu des
plus v.fs applaudiffemens . Le piéfident eſt chargé
( 96 )
d'écrire à cette fociété , pour lui témoigner , aunom
des repréfentans du peuple françois , fat
reconnoiffance pour le don patriotique , relat; f
à nos armées , & l'affarer de l'union intime qui
doit régner à jamais entre les hommes libres de
la France & de l'Angleterre.
Oa a demandé que la difcuffion , relative à
Louis XVI , fut repriſe en préfence des députés
anglois . Après quelques débats relatifs à l'ordre,
de la parole , Faure eft monté à la tribune . Il
n'a vu que la loi dans la queftion foumise au
jugement de l'Affemblée ; if n'a parlé que pour.
la loi. Elle a prononcé la peine de la déchéance
pour Louis XVI. Agraver cette peine , ce feroit
un outrage à la loi ; & la nation fe couvriroit
d'opprobre aux yeux de l'univers .... En rappro
chant les époques & les évènemens , l'orateur a
tiré de l'hiftoire , quelques argumens en faveur
de fon opinion. La mort de Charles I , a -tit
dit , fut la principale caufe de la reftauration
de la royauté chez un peuple trop éclairé pour
aimer les rois . Le fupplice du père plaida la caufe
du fils ; le peuple quelquefois le livre à des
mouvemens de fenfibilité contraires à fes intérêts
& dont on ne peut calculer l'exploſion & le
délire . A la révolution de Jacques II qui avoit
auffi un fils , on prit d'autres i fures , on facilita
fon évasion , & fon fils fic de vains efforts
pour recouvier ſon tôe » ,
сс
Ce difcours a été combattu par Serre qui a
trouvé dans la conftitution même des articles
inconciliables avec celui qui prononce l'inviolabilité
. D'ailleurs les partifans de l'inviolabilité
conviennent que le roi pris en flagrant délit
n'étoit pas inviolable . Eh bien , a dit Serre
Louis XVI
?

( 97 )
Louis XVI eft dans ce cas . Il a été pris dans
la journée du 10 août , encore teint dufang qu'il
venoit de répandre.
La diſcuſſion a été interrompue par la lecture
d'une lettre du miniftre de l'intérieur qui annonce
que des attroupemens fe forment dans plufieurs
départemens , fe portent aux marchés , taxent les
grains , les enlèvent fans les payer ; qué la ville
de Chartres vient de repouser 3,000 hommes
armés qui s'étoient préfentés à les portes ; qu'au
Mans , à la Ferté-Beinard , à Boitert , à St. Calès,
à Lyon , & dans d'autres lieux , les agitateurs ont
excité les mêmes défordres .
« On ne peut plus douter , écrivoit Roland,
qu'il n'existe un foyer de troubles d'où l'on cherche
à les propager dans toute la république . Ce foyer
exifte à Paris , » Au temple , s'est écriée une
xoix. C'étoit celle de Legendre. Le fec étaite
qui hifoit la lettre , a reptis :
--
te C'eft de Paris que font fortis ces envoyés
qui font allés à Marfeile , à Perpignan & dans
beaucoup d'autres villes , pour y porter l'anarchie
& la guerre civile. Les bruits les plus faux , les
plus défaftieux ont été répandus par eux . Ils
font repouffés par les villes patriotes , mais ils
font des progrès effrayans dans celles cu l'ariftocratie
& la haine de la liberté s'étoient le plus fur
tement prononcées.
33
Le ministre ajoutoit que depuis plufieurs jours ™
on cherche à exciter un foulèvement à Paris . Il
prioit la Convertion de prendre des mesures
promptes & efficaces.
Charlier , Turreau , Monteau , Merlin , one
foutenu que Paris eft dans la plus pa faite tran
quillité , que le miniftre a eu de faux renfeig emens
. Le commandant- général de la garde pari-
No. 49. 8. Décembre 1792.
£
( 98 )
fienne qui étoit préfent à la féance , a confirmé
cette dernière affertion , en répondant de la tranquillité
publique fur fa tête . D'après cette affurance
, l'Aftemblée a paffé à l'ordre du jour , & a
renvoyé la lettre du miniftre au comiré .
Dujeudi , 29 novembre.
Un particulier nommé Lacroix , commiffaire
du pouvoir exécutif , a été mis en état d'arreftation
. La conformité de fon nom avec celui du
député à la Convention , avoit fourni aux malveillans
l'occafion de répandre des bruits calomnieux
, contre des hommes les plus conftammenr
attachés à la révolution . On difoit que Lacroix ,
Treilhard, Camus & Goupilleau convaincus , par
les papiers découverts depuis peu aux Tuileries ,
d'avoir participé aux crimes de la cour , avoient
été arrêtés . Cependant les trois derniers n'ont
pas ceffé de fe montrer aux féances de la Convention
, & Lacroix qui , depuis peu de jours ,
étoit abfent par congé , s'y eft rendu aujourd'hui
, pour en impofer à les calomniateurs. Je
fais , a-t- il dit, que j'ai beaucoup d'ennemis , car
j'ai fait tout ce qu'il faut pour en avoir. Le deſſein
des fcélérats étoit de faire dévafter mes propriétés
& tomber ma tête . Pour mes propriétés ,
je les leur abandonne ; ma tête , je la leur apporte
: la voilà ( en fe tournant d'un certain côté )
je la préfente à mes détracteurs ... mais ils font
âches , ils redoutent les hommes de courage ,
ils favent que j'en ai . Je demande que la commiflion
ne laiffe plus accroître par fon filence la
défaveur qu'on répand fur les plus zélés défenfeurs
du peuple.
&
Treillard , Camus & Goupilleau font la même
demande , & l'Aſſemblée décrète que la commifon
déclarera inceffamment , s'il y a des
( 99 )
membres de la Convention impliqués dans l'affaire
de Louis XVI.
Le tribunal crimine! provifoirement créé par la
loi du 17 août pour juger les confpirateurs
avoit été accufé de nég'iger les formes preferites
par la loi des jurés , & de prononcer des peines
arbitraires. En laiffant à l'opinion publique le
droit de conferver , ou d'effacer la mémoire de ces
reproches , la Convention nationale a prononcé
dans cette féance la fuppreffion de ce tribunal.
Elle a décrété en même temps plufieurs articles.
relatifs au traitement des membres qui le compofoient
, à la fuite de l'inftruction des affaires
commencées & la confervation des papiers dépofés
à fon greffe .
Les fubfiftances étoient à l'ordre du jour &
l'Affemblée alloit s'en occuper , lorsqu'on a annoncé
une députation du confeil - général de la
commune de Paris , qui demandoit à être admife
pour préfenter une pétition fur les fubfiftances
. Rewbel n'a pu s'empêcher d'en témoigner
un peu d'humeur. Il eft bien extraordinaire , a- til
dit , qu'on ne puiffe rien difcuter ici fans être
influencé d'une manière quelconque . Qu'on life
donc cette pétition fi importante & qui cadre
fi bien avec les infurrections de Blois... & c.
La députation admiſe à la barre a préſenté la
pétition fuivante :
« Les commiffaires des fections réunis avec
le confeil - général de la commune , viennent vous
préfenter le tableau de grands maux , sûrs qu'ils
font d'en obtenir le remède , puifqu'il eft en vos
mains. La partie la plus nombreuſe du peuple ,
celle qui a fait la révolution , qui la maintiendra,
qui fait aimer la liberté , qui mérite avant tout
votre follicitude , eft livrée aux plus grandes in-
E 2
( 100 )
quiétudes , à la plus cruelle misère . Une coalition
de riches capitalistes veut s'emparer de toutes les
reffources territoriales & induftrielles ; non-contente
d'entretenir la cherté des fubfiftances , elle
les dénature , en travaillant , en empoisonnant
les boiffons . Une nouvele a iftocratie veut s'élever
fur les débris de l'anciente , par le fatal afcendant
des richeffes . Les maifors de commerce ,
d: banque , de fecours , les caifles prétendues patriotiques
, étoient liguées avec le tyran des cuileries
, pour aff me: le peuple & le reconduire au
defpotifme par la difette. La révolution eft faite ;
il n'en faut plus. L'Afemblée conſtituante décréta
la fuppreffion des entrées , le peuple alloit êtré
foulagé, mais elle décréta la liberté du commerce ;
& fon bienfait devint nul . Au nom du falut
public , nous venons vous demander de rendre
aux autorités conſtituées le droit de taxer les denrées
de première néceffité. »
La Convention defirant éclairer la commune
de Paris par la difcuffion fur la question qui l'agite,
a voulu qu'elle fut ouverte au moment même en
préfence de la députation qu'elle a admife aux
honneurs de la féance .
Lequinio a infifté fur les mefures d'inftruction ,
perfuadé que celles - là réuffiront mieux que toutes
les autres , à ramener le calme . Il a foutenu que
nous étions dans une abondance réelle , mais que
le défaut de circulation étoit la feule caufe
de la gêne que nous éprouvons . Eclairez le peuple
fur les vrais intérêts , faites - lui connoître fes reffouices
, tempérez fes inquiétudes par une adreffe
fimple & perfuafive , & bientôt vous verrez la liberté
produire l'abondance .
Fayot attribue tous les malheurs du peuple aux
accapareurs. La liberté du commerce des grains
( 101 )
lui parcît funefle . Il veut que pour prévenir les
accaparemens , chaque cultivateur foit tenu de
dé larer la qua tité de grains dont il eft propriétaire
; que tout le confume dans l'intérieur
de la république , & que l'on punife févèrement
quiconque testeroit des fpéculations onéreuses
pour 1 : peuple.
St. Juft qui lui a fuccédé à la tibune ,
prononcé une opinion écrite avec chaleur , &
applaudie avec tranffort . Après être entré dans
quelques détails fur le mauvais fyftême de notre
économie , il prouve qu'une loi pofitive fur les
fubfiftances ne faurcit jamais atteindre fon but ,
parce que l'abondance ne peut être que le fruit
d'une bonne adminiftration . En remontant à la
fource du mal , il fait voir que de qui a renverfé
en France le fyftême du commerce des
grains , depuis la evolution , c'est l'émiffion
déréglée du figne . Toutes nos ticheffes métal-
Jiques & territoriales font repréfentées , le figne
de toutes les valeurs eft dans le commerce ; &
toutes ces valeurs font nulles dans le commerce ,
parce qu'elles n'entrent pour rien dans la confommation.
Nous avons beaucoup de ces fignes ,
& nous avons très - peu de choſes .
Le luxe eft aboli . Tous les métaux ont é
convertis en figne . Il n'en refte plus ni pour le
1x ni pour l'induftrie . Voilà le figne doublé
de moitié , & le commerce diminué de moitié .
S: cela continue , le figne enfin fera fans valeur
, notre change fera bouleversé , notre induſtrie
tarie , nos reffources épuilées , & il ne
nous reftera plus que la terre à partager & à
dévorer.
La cherté des fubfiſtances & de toutes chofes
vient donc de la disproportion du figne ; les
£ 3
102 T
fonds d'amortiflement font en circulation. Il n'y
a plus dans le commerce que notre imprudence
& notre fang. Tout fe change en monnoie . Les
produits de la tetre font accaparés ou cachés .
Perfonne ne fe plaint , mais que de families
pleurent folitairement !
w
On dit que les journées de l'artifan argmentent
en proportion du prix des denrées ; mais , fi
l'art.fan n'a point d'ouvrage , qui paiera foa
oifiveré ? Que font maintenant tant d'hommes
qui vivoient des habitudes du riche ? La mifère
a fait naître la révolution , la mifère peut la
détruire.
Après avoir établi que la difette des grains
viert non-feulement de la difproportion du figne , "
mais encore de fa nature ; que le taboureur préfère
de conferver fes grains , à amaffer du
papier , Saint Juft découvre une autre fource
d'appauvriffement & de mifère pour l'état .
La guerre , dit-il , détruit ordinairement
les troupeaux & le pâturage & le défrichement'
des communaux menace d'achever leur ruine.
Il eft à remarquer que la famire s'eft fait
fur- tout fentir depuis l'édit de 1763 , ' foit qu'en
diminuant les troupeaux , cn ait diminué les
engrais , foit que l'extrême abondance ait frayé le
chemia aux exportations immodérées………….. Qu'avons
-nous gagné à défricher les landes & Is
collines ? Nous avons porté notre argent en
Angleterre & en Hollande d'ou nons avons tiré
nos cuirs ; nous avons vendu nos grains four
nous vê ir ; nous n'avons travaillé que pour
l'Europe . On eft devenu plus avare & plus frippon .
Les travaux exceffifs des campagnes ont produit
des épidémies ; les économistes ont perfectionné
e mal ; le gouvernement a trafiqué . Les feigneurs
7·103 Y
avoient tiercé trois fois depuis quarante ans ; & ,
pour conferver leurs entreprifes par un acte de
poffeffion , ils plantoient ces tierce mens en mauvais
bois qui multiplioient le gibier , occafionnoient
le ravage des moiffons & diminuoient les troupeaux;
enforte que la nature & le loifir n'étoient
plus faits que pour les nobles & les bêtes , & le pauvre
ne défiichoic encore que pour elles.
« Voilà notre fituation , continue St. Juft :
nous fommes pauvres comme les Espagnols ,
par l'abondance de l'or , ou du figne , & la
rateté des denrées en circulation . Nous n'avons
prefque plus ni troupeaux , ni laine , ni fer , ni
induftric dans le commerce. Les gens induſtrieux
font dans les armées , & nous ne trafiquons qu'avec.
le trésor public . Que feroit- ce fi , au lieu de rétablir
, comme je vous le propofe , une jufte proportion
entre les valeurs réelics & les valeurs fictives
, on remplaçoit l'arriéré des impôs par des
émiffions d'affignats , & fi le capital des impôts
étoit par- là en circulation avec le figne repréfentatif
de l'arriéré ? Le figne repréſentatifde tous les biens
dés émigrés étant en émiffion , l'arriéré des impôts .
circulant avec le capital , il n'y auroit plus aucune,
mefure entre les espèces & les denrées ; les moindres
valeurs du commerce ne pourroient être repréfentées
que par des fommes numériques énormés . Le
peuple alors gémiroir fous le portique des légiflateurs
; la misère féditieufe ébranleroit ves loix ;
les rentes fixes feroient réduites à rien ; l'état même
ne trouveroit plus de reffources dans la création
des monnoies , elles feroient nulles . Alors quelle
feroit notre efpérance ? La tyrannie fortiroit
vengée & victorieufe du fein des émeutes populaires
; & fi les droits de l'homme fubfiftoient
les droits de l'homme feroient écrits avec
encore ,
E 4
( 104 )
le fang du peuple fur le tombeau de la Aberté ;
on violeroit l'alyle des laboureurs , on détruiroit
peut-être l'efpérance des moiffons prochaines ,
nous ferions la fable de l'Europe . »
Après avoir ex ofé infi la caufe de nos maux ,
St. Juft en a cherché le remède. Il le trouve dans
Fattention du gouvernement à ne point augmenter
l'excès du figre . Il faut créer le moins de monnoie
qu'il nous fera poffible . On peut y parvenir , foit
en donnant des terres à nos créanciers , foit en
affectant les annuités à leur acquittement. Ces
annuités étant de fimples contrats , n'entreront
post comme fignes dans le commerce ; elles n'entreront
point non plus en concurrence avec les
produits. L'équilibre fe rétablira peu à peu . Les
dettes de l'état feront acquittées fans péril , & tous
les créanciers feront attachés à la fortune de la
république .
Tout fe réduit pour l'inftant à faire enforte
que la quantité du papier n'augmente point ; que
le laboureur vende fes grains , ou que le gouver
nement ait des greniers pour les temps les plus
malheureux , & que les charges du tréfor public
diminuent.
St. Juft termine, fon opinion en préfentan
les difpofitions fuivantes qui contiennent l'analyſe
de fes vues :
Art. I. Les biens des émigrés feront vendus ;
Jes annui és feront converties en contrats , qui ferviront
à rembourfer la dette , »
cc II. L'impôt foncier fera payé en nature ,
& verfé dans les greniers publics .
ל כ
III. Il fera fait une inftruction fur la libre
circulation des grains ; elle fera affichée dans toutes
les communes de la république .
33
« IV . La Convention nationale déclare que
( 105 )
la circulation des grains cft libre dans l'inté- .
rieur. »
сс
V. Qu'il foit fait une loi qui nous manque
concernant la liberté de la navigation des rivières
, & une loi populaire qui mette la liberté du
commerce fous la lauve - garde du peuple même ,
felon le génie de la république . »
« VI. Cette dernière loi faite , je propoſerai
que l'on confacre ce principe : que les fonds ne
peuvent point être repréfentés dans le commerce. »
Le reste de la féance a été occupé par la lecture
de quelques lettres minifterielles .
Du vendredi , 30 novembre.
, O fe rappelle que l'Affemblée inftruite
qu'un raffemblement affez confidérable s'étoit
formé dans le département d'Eure & Loire fous
prétexte des fubfiitances , avoit envoyé dans ce
département des commiffaites pour y rétablir
Pordre. I's ont rendu compte aujourd'hui du
mauvais fuccès de leur miffion ,
Arrivés à Chartres , ils furent informés par
adminiftrateurs du département que les attioupemens
avoient commencé aux environs de la
forêt de Vibraye & de la verrerie de Montmiail
& qu'ils étoient parvenus jufqu'à Brou . Mais
ce n'étoit qu'une branche de la révolte. L'autre
s'étoit formée à la Ferté-Bernard ; 200 volontaires
d'un bataillon étoient à la tête . Déjà un
procureur de commune avoit été victime de leur
fureur , & à Montdoubleau ils avoient pilé des
greniers & des magafins.
Les commiffaires venoient de recevoir ces informations
, lorfqu'un gendarme vint annoncer
que le tochin fe faifoit entendre à Châteauneuf
& que l'attroupement devoit le porter le lende-
ES
1.
( 106 )
main à Courville , ils réfolu ept auffi-: ôt de s'y
rerdre. On vouloit leur donner une garde ; ils
répondirent nous fommes envoyés pour exercer
l'empire de la raison .
Atrivés à Courville , ils fe rendirent à la
maifon commune , & l'on convint que lorsque
les attroupés paroîtroient , on les réuniroit pour
les ramener à ler prouver qu'ils travailloient
contre leurs intérêts . Bientôt on vint leur annoncer
que les attroupés étoient difpofés à les
entendre , au nombre de 6,000 hommes , armés
de piques , de fufils , de fourches , de faulx , &c.
ils s'étoient formés en bataillon carré au milieu
duquel on plaça les commiffaires.
O paroiffoit les entendre avec beaucoup
d'atte tion , lorfqué tout à coup des hommes qui
craignoient d'être démafqués , s'écrièrent ce font
des ennemis du peuple , ils s'entendent avec les
propriétaires . Auffi -tôt on fe preffe autour des
commiffaites ; la hache eft levée fur leur tête ,
on déchire leurs vêtemens , ils alloient être immolés
.... Une voix qui s'intéreffoit à leur fort,
s'élève & crie , il faut les garder pour taxer le
bled. A ce mot la fureur de la multitude change
d'objet On hiffe les commiffaires fur des facs
de bed. Ils répondent qu'ils n'ont aucun caractère
pour impofer des taxes . Des hurlemens , des
rugiffemens fe font entendre , on alloit les reffaifir
. Alors pour épargner un crime inutile , ils
font ce qu'on exige d'eux.
Il n'eft pas inutile de remarquer que parmi les
reproches qu'on faifoit aux commiffaires on parloit
beaucoup de prêtres & de religion . Une motion
faite au fein de la convention n'étoit pas
ignorée , & les féditieux ajoutoient qu'ils ircient
jufqu'à Paris , & que cette Convention qui ne
( 107 )
vouloit plus de frêtres , le payeroit bien ; il
étoit queftion auffi de la loi agraire. Il ne
ne faut pas non plus oublier de dire que dans
ce département , le pain vaut 2 fous 3 den. la
livre , & que l'abondance y règne.
Les commiffaires avoient achevé ce funefte
récit , Pétion eft monté à la tribune : « Enfin ,
a- t il dit , on nous conduit à l'anarchie , pour
nous rep olonger dans toutes les horreurs du
: defpotilme ; c'eft fous le prétexte terrible des
fubfiftances , qu'on cherche à mettre la France
en combuftion , & tandis que dans le département
du Midi où les grains font à très haut
prix , 1 peuple refpecte les propriétés & les
lox , c'eft dans les départemens voifins de Paris ,
dans les contrées les plus abondantes en grains ,
& où ils font encore à un prix modéré , qu'on
veut les foumettre à une taxe , & proclamer la
loi agraire ! Quel e eft la caufe de ces mouvemens
? O vous qui aviliffez fans ceffe la Convention
nationale & les autorités conftitues ,
que voulez-vous ? Nous avons abattu toutes
les tyrannies , nous avons abattu la royauté
& vous demandez à être libres ! Eft ce au milieu
des maffacres , eft -ce par des principes défo
ganifateurs , ou par des principes d'ordre &
de fageffe , que vous prétendez jouir de la liberté
? »
« Pour avoir par'é dans cette affemblée de
la fuppreffion du traitement des piêtres , voilà
le fanatifme qui alume fes torches & menace
de tout embrâter ; pour avoir parlé de fubfiftances
, voilà des féditieux qui veulent tout
taxer.... Nous voulons tous le bonheur du
peuple ; mais nous refpectons les principes de
la morale de la vérité & de la justice 2
E 6
( 108 )
quelqu'un propofoit un moyen sûr de faire baiffer
le prix des fubfiftances , quel eft celui d'entre
nous qui refuferoit de l'accepter ? . ….. Mais de
tous les moyens , la taxe eft le plus dangereux ;
fi elle eft au - deffas , le pain eft trop cher ; fi
elle eft au- deffous , les marchés font néceffairement
dégarnis il faut cafin que le peuple
fache que la taxe amène la difette .... »
Pétion a terminé ce difcours en demandant
qu'il foit envoyé far- le champ à Chartres une
force affez impofinte pour qu'elle puiffe diffiper
l'attroupement , fans en venir aux actes de rigueur.
Danton demande que la Convention ne fonge
pas encore à fupprimer le falaire des prêtres ,
& qu'elle s'occupe fans diftraction du jugement
de Louis XVI. Robespierre appuie cette dernière
propofition . Legendre ajoute qu'il existe un
parti qui veut fauver Louis XVI, & que de
ce foyer partent tous les troubles qui agirent la
république.
Le réltat de cette pénible diſcuſſion a été
un décret portant que le pouvoir exécutif fera
paffer fans délai à Chartres , une force armée
fuffilante pour rétablir l'ordte ; que cette force
armée fera commandée par un cfficier général ,
qui ne pourra en faire ufage que fur les équiitions
des corps adminiftratifs de ce départemens
que le miniftre de la guerre fera prévenir , par
un courier extraordinaire , la nouvelle des fecours
qu'il lui envoie .
Sur la motion de Legendre , il a été décidé
que tous les difcours préparés fur 1 procès de
Louis XVI, feroient imprimés & dépofés fur
le bureau , pour que la difcuffion puiſſe fe termider.
( 109 )
Enfin , la Convention a décrété fur la demande
-de Lacroix qu'elle improuvoit la conduire de fes
commiffaires . On leur préfentoit la hache & la
plume : ils devoient prendre la hache & fe couper
la main , a dit un député ; & ce député c'eſt
Manuel.
Le ministre de l'intérieur a annoncé à l'Aſſemblée
que la hiérarchie des pouvoirs eft rétablie
entre les corps adminiftratifs de Paris. L'Affemblée
décrète à cette occafion , que le département
fe fera rendre les comptes des municipalités
de Paris qui fe foat fuccédées depuis ſon établiffement
.
Du famedi , 1er décembre.
L'Aflemblée a reçu , à l'ouverture de cette
féance , des nouvelles confolantes fur l'état actuel
des départemens de l'Orne & d'Indre & Loire .
Les citoyens des villes de Mortagne , d'Alençon
& de Belefmes , fe font réunis , i's ont marché
contre les brigands , en ont enveloppé 600 , ſe
font fait délivrer vingt- deux des plus coupables ,
& les ont mis en état d'arteftation . Dans le dé-
-partement d'Indre & Loire , es adminiftrateurs
? ont pris un arrêté qui charge les diftricts de
tenir la force publique dans un état de viglance
très -active , afin de pouvoir ſe réunir au
premier fignal.
Les difpofitions prifes par les adminiſtrateurs
du Loiret , pour arrêter l'invasion dans leur
département , a eu un plein fuccès . Les gardes
nacionales d'Oléans , réunies à celles de Beaugency
, ont formé une barrière redoutable , que
les féditieux n'oat point franchies Intimidés par
cette fermeté inattendue , ils ont été délaifiés à
l'inftant par tous les citoyens qu'ils avoient traînés
à leur fuite , eu fe faiſant précéder de diſtrict en
( 110 )
1.
dift ict , des membres des autorités conftituées .
Ces nouvelles font confirmées par une lettre
du miniftre de l'intérieur , qui dit que les adininiftrateurs
travaillent avec un grand fuccès à faire
cefler les défordres ; que les gardes nationales s'y
portent avec le plus grand ze & que les inftigateurs
font arrêtés . !
Un' aide- de- camp du général Dumourier apporte
à la Convention la nouvele de la défaite
de l'armée Autrichienne , devant Liège . Elle a
fui laiffant un de fes généraux mort fur le
champ de bataille , & l'armée Françaiſe eſt entrée
dans Liège , où elle a reçu les témoignages
les plus vifs de reconnoillance & de fraternité.
Quelques membres ont demandé que le préfident
fût chargé d'écrire à Dumourier & à la mée une
lettre de farisfactio . Mais l'Afl : mblée égale- .
ment fatisfaire de toutes nos armees , & de
leurs généraux , à chargé fon comité d'inftruction
publique de édiger une adreffe qui leur fera envoyée
au non de la Convention.
Cambon a fait un rapport fur la demande de
Dumourier d'être autonfé à paffer , eul &
fous fa refponfabilité , tous les marchés des
-fournitures de fon armée . Le
rapporteur propofoit
de paffer à l'ordre du jour ; l'Affemblée
a ajam é la queftion , jufqu'après le compte
que lui rendront les 2 commiffaires qui doivent
partir auj mid'hui pour la Belgique. Elle a néanmois
déc été que la trésorerie nationale acquitteroit
les traites tirées par le général pour les fournitures
qui lui ont été faites.
Le citoyen d'Efpagnac , entrepreneur des
charrois de l'armée de la Belgique , & ' es commiſſaires
ordonnateurs , Malus & Petit Jean , ont
été fucceffivement entendus à la barre fur les
accufations portées contr'eux . Ils fe foot plaints
des négligences des bureaux minifériels , & ont
dit que leurs opérations avoient été commandées.
par l'urgente néceffité de réparer l'état de dénuement
où avoit été Liffée l'armée . D'ESpagnac
a donné plufieurs autres éclairciffemens
qui ont obtenu les applaudiffemens de l'Affem- .
blée.
Le Comité pour l'examen des marchés , eft
chargé de faire , mardi , le rapport de cette
affaire.
>
>
Le récit d'un trait d'héroïlme & d'intrépidité
a terminé cette féance. Le citoyen Dupleffis
chiffeur du 12 régiment à l'affaire de Sierk ,
eft affailli par dix huffards ; il en tue quatre
& tandis que frappé de deux coups de feu , la
têté prefqu'ouverte , un bras fracaffé , il combat
les autres ; oh leur dit-il fur le point de fuccomber,
Vous ne m'empêcherez pas de crier vive la répu- .
blique.
La Convention a décrété une penfion de
600 livres , en faveur de cet intrépide républicain
.
De Paris , le 6 Décembre 1792.
Après plus de deux mois d'irréfolution
de retards , de fcrutins inutiles ou annullés
, Paris a enfin un Maire ; & ce n'eft pas
celui dont un parti , qui fe croyoit alors
fort puiffant , difoit: Nous le gardons pour
la mairie. Les recommandations des pro-
-
( 112 )
tecteurs , les petites intrigues des émiffaires
ont été vaines. Chambon a eu une majorité
bien prononcée dans toutes les fections
, même dans celle de Lullier fon concurrent.
Le choix d'un maire de Paris
femble ne devoir intéreffer que médiocrement
le refte de la république ; mais fi
Fon fonge que Paris eft le foyer d'où
partent toutes les agitations qui fe répandent
au dehors , qu'un maire qui à de
bonnes ou mauvaises intentions peut déconcerter
ou fervir les projets des malveillans
, que le bon efprit des fections.
promet une heureufe harmonie avec leur
premier magiftrat , on verra que le choix
d'un feul individu a quelquefois plus de
rapports qu'on ne penfe avec l'intérêt général
.
Les fections ont également nommé les
membres provifoires qui , en exécution du
décret de la Convention nationale , doivent
renforcer la municipalité ; ils ont été inftallés
, le 2 de ce mois , à la maifon commune.
Mais ce n'eft pas d'une municipalité
ou d'un confeil général provifoires , for
més précipitamment , au moment d'une
fecouffe révolutionnaire , & dont le choix
a dû fe reffentir néceffairement de l'irréflexion
des circonftances , qu'on doit attendre
les bienfaits d'une adminiftration
fixe & dont l'élection faite avec plus
de mâturité doit infpirer aux adminiftrés
( 113 )
plus de confiance. Les fections font con
vaincues fans doute de la néceffité de
procéder inceffamment à un renouvellement
auffi important , & la trifte expé
rience du paffé doit leur faire fentir combien
les erreurs font dangereufes .
Nous l'avons dit , parce que nous le
croyons fermement , la maffe des fections
de Paris eft bonne ; elles fauront réſiſter
aux impulfions des agitateurs , parce que
chaque jour elles apprennent à les connoître
, parce qu'il eft de leur intérêt , de
l'intérêt de tous , de ramener , dans cette
malheureufe cité , le calme dont elle eft
privée depuis fi long - temps , le calme dont
le peuple a befoin tous les jours pour exercer
fon active induftrie , le calme qui peut
feul rappeller dans fon fein les citoyens
qui s'étoient exilés , & retenir ceux que la
crainte de nouveaux troubles en feroit
fortir. Sont-ils les vrais amis des Parifiens,
les amis de la république , ceux qui ne
ceffent de vomir les libelles les plus atroces
contre la Convention nationale, qui pourfuivent
tous les jours les miniftres , les
généraux , les fonctionnaires publics ,pour
leur faire perdre , par des calomnies , la
confiance qu'ils ont méritée d'utiles
actions , qui excitent le peuple à des mouvemens
, en parlant de famine au milieu de
l'abondance , qui ofent dire hautement
qu'il faut encore une nouvelle fecouffe ,
par
( 114 )
& promener encore la fuulx de l'égalité?
Et pourquoi cette nouvelle fecouffe ? contre
qui doit elle être dirigée : où font donc ies
ennemis de la république qu'il faut exterminer
: quels font les nouveaux dangers
qui nous menacent ? Les dangers ! I n'en
eft plus d'autres que ceux auxquels voudroit
nous expofer une poignée d'intrigans
& d'ambitieux qui font leurs efforts pour
affeoir le defpotifme fur la déforganiſation,
& aux yeux de qui les patrioles courageux
ne doivent être que des furveillans
incommodes . Voilà ceux fur qui
l'on veut promener la faulx de légalité.
Et les fections ne feroient pas indignées de
cette horrible rapprochement de la fainte
égalité avec la hache des affaffins ! & au
milieu de ces métaphores ironiques & fanglantes
, elles n'appercevroient pas quels
font les véritables ennemis , non pas feulement
de la république , mais de l'humanité
; car les monftres qui ne parlent que
d'égorger leurs femblables , ne font pas
des hommes , ce font des tigres !
Peut on douter un feul inftant que les
infurrections qui fe font manifeftées dans
les départemens circonvoifins , n'aient leur
centre d'impulfion à Paris ? Qu'on rapproche
les faits. Qu'ont dit les chefs des
infurgés aux commiffaires de la Convention
qu'ils étoient des charlatans des
endormeurs ; qu'ils s'entendoient avec les
7115Y
propriétaires ; qu'ils font les ennemis du
peuple , et ne demandent que de le voir
mourir de faim ; qu'il faut aller jufqu'à
Paris chaffer la Convention . Et Marat,
lami du peuple , dit- il autre chofe depuis
deux mois ? ne provoque- t- il pas la diffolution
de la Convention ? N'est - ce pas
au même inftant qu'on a vu paroître un
déluge de libelles aufli dégoûtans par leur
titre , qu'audacieux dans leur ftyle , où
Pon invite le peuple à chafler fes Repréfentans,
où l'on s'écrie:donnez nous du pain ,
ou égorgez nous, où l'on traite la Convention
d'infâme , fes-membres de tyrans', de conventionnels
qui régorgent d'or et d'argent.
& que le peuple doit immoler , comme
des fcélérats. Libelles dont on affiégeoit
les couloirs de l'Affemblée , & qu'on
avoit l'audace de préfenter avec infulte
aux députés eux - mêmes, à mesure qu'ils
entroient.
Qu'ont demandé les chefs des féditieux
dans ces départemens ? La loi agraire . Et
n'eft ce pas le partage des terres , l'envahiffement
des propriétés que prêchent tous
les jours Marat & fes adhérens. N'a - t - on
pas dit à la commune que le peuple était
mûr pour la vérité. Et quelle eft cette vé-,
rité ? que les propriétés territoriales , les
grains et tout ce qui tient à la fubfiftance
ne font que des propriétés conditionnelles ,
( 116 )
que c'est le confommateur qui est le véritable
propriétaire.
Les commiffaires de la Convention
n'ont-ils pas reconnu parmi les chefs de
ces brigands ceux qui étoient allé à Orléans
pour y chercher les prifonniers , c'eftà-
dire , pour les égorger ? Eft ce la cherté
du pain qui a caufé ces émeutes ? Les
commiffaires ont déclaré que le pain ne
s'y vendoit que deux fous , trois deniers ,
la livre Enfin , lorfque ces foulevemens
ont été annoncés à la Convention , n'at-
on pas vu Marat , Robespierre & leurs
adjoints s'élancer à la tribune & s'y difputer
la parole ? n'at on pas entendu
Marat interrompre brufquement les difcuffions
les plus importantes . & s'écrier :
ce n'eft pas de cela qu'il s'agit , c'est du
pain , du pain ?
Que veulent donc ces hommes qui
s'exafpèrent quand on les qualifie d'agitateurs
, & qui méritent , il eft vrai , un
autre nom ? Ce qu'ils ont toujours voulu ,
ce qu'ils ont fait , ce qu'ils tenteront de
faire encore ; ufurper la popularité , pour
renverfer la république fous les débris de
la plus affreufe anarchie , & replacer l'autorité
entre des mains qui fauroient la
leur faire partager. Veut- on avoir quelques
idées du plan qu'ils ont conçu qu'on life
le dernier écrit que J. B. Louver vient
( 117)
d'adreffer à Maximilien Roberfpierre et à
fes royaliftes ( 1 ) , on aura le mot d'une
énigme qui n'en étoit plus une pour ceux
qui ont obfervé les perfonnages & fuivi
la marche des évènemens. On faura pourquoi
& au profit de qui on ne ceffe de
décrier les autorités conftituées , d'avilir
la Convention , de calomnier les meilleurs
patriotes , de pourfuivre les miniftres , les
généraux & tous ceux qui portent dans le
coeur le fentiment de l'indépendance & la
fierté véritablenient républicaine.
Mais nous ofons le dire , ni les inftrumers
, ni les caufes ne font affez dignes
d'eftime , & n'ont ni affez de génie ni
allez de moyens pour qu'on doive craindre
qu'ils parviennent à renverfer la colonne
de la liberté. Qu'ils intriguent , qu'ils s'agitent
, qu'ils s'effayent encore à des fou
lèvemens , qu'ils portent l'épouvante &
l'effroi parmi les citoyens paifibles : ils
font connus , ils ne font plus redoutables.
Ils abufent de la liberté de la preffe , &
la liberté de la preffe les démafquera. Ils
ont prêché une liberté hypocrite , & ils
ont appris aux citoyens à chérir la véritable
; ils fomentent des troubles , ils ne
(1 ) Cet ouvrage fe trouve chez les directeurs
de l'imprimerie du Cercle Social , rue du Théâtre
François , no . 4 , & chez Baudouin , imprimeur
de la Convention.
( 118 )
feront que rendre le befoin de l'ordre
plus actif & plus preffant. Ils ont voulu
dominer les départemens , & les dépar
temens les rejettent avec mépris . Ils attaquent
nos généraux & les généraux ne
répondront que par de nouvelles victoires.
Ils diffament la Convention , & la Convention
les écrafera , parce qu'il n'eft aucun
François qui ne veuille être libre , &
qui n'attende une conftitution républicaine
des repréfentans qu'il a nommés pour la
rédiger.
Que doivent donc faire tous les écri
vains patriotes ? Redoubler de zèle à propager
les vrais principes . Notre véritable
ennemi , c'est l'ignorance. Auffi les agitateurs
profitent - ils du peu, d'inftruction
de la claffe la plus nombreuſe , pour l'égarer
par des maximes dangereufes. Le
peuple eft bon , il eft jufte , parce qu'il
eft plus rapproché de la nature , il n'agit
jamais , même dans fes plus grands excès ,
que par un fentiment qu'il croit être celui
de la justice , & par une conviction
qu'il prend pour la vérité . Mais
c'eft fur le principe qu'il fe laiffe abuſer.
On lui fait embraffer ſouvent l'erreur dont
il déduit des conféquences très juftes.
C'eft ce qui rend encore plus criminels
les fcélérats qui dépravent fon instinct ,
qui trompent fa bonne foi , & le font
agir fi fouvent contre fes vrais intérêts.
( 119 )
Cette vérité vient d'être développée avec
autant de précision que de fagacité par
l'honnête Pétion dans un écrit très court
auquel il importe de donner la plus
grande publicité.
« Dans le moment où nous allons donner un
nouveau gouvernement à la France , fondé fur
les bafes éternelles de la morale & de la philofophie
, les lumières fembl : nt s'éloigner au
lieu de s'avancer : on ne fait pas flez d'attention
à ces pas rétrogrades & à l'empire que prerd
infenfiblement l'ignorance ; mais l'oble vateur
qui fuit avec foin tous les mouvemens , toutes
les fluctuations de la raifon publique , en elt
frappé. »
לכ
Je ne parle pas du fommeil léthargique qui
s'eft emparé des arts ces enfans du loifir &
du luxe ne peuvent croître & fe développer
qu'au fein de la paix & de l'abondance . Les
orages des révolutions leur font contraires ; mais
lofque le calme renaîtra , il faut eſpérer qu'à
leur réveil , ils pröfpéreront & prendroat un plus
grand caractè e. »
« Je parle de ces ténèbres qui fe répandent ,
qui s'épaiffiffent , qui chaque jour femblent obfcurcir
de plus en plus l'ho ifon de nos connoi
fances morales & politiques , & envelopper dans
leur étendue & les fciences du goût & les fciences
utiles. »
« Ce triomphe de l'ignorance tient à plufieurs
caufes , mais il en eft une principale qui mérite
d'occuper toute l'attention . »
Depuis quatre années tous les él'mens qui
composent la fociété ſont dans un état d'agita¬
( 120 )
tion perpétuelle : les évènemens fe font accumulés
, le temps s'eft preflé avec rapidité. On a
fenti la néceflité de préparer promptement les
efp.its à la liberté en répandant les lumières .
Les papiers , les journaux , les écrits de route
efpèce ont circulé jufques dans le fonds des cam-
Pagnes chacun a été comme forcé de prendre
puit à la chofe publique ; chacun a éprouvé
Pi Aluence des loix , les a confidérées , foit fous
le rapport de fon it térêt particulier , foit fous
le rapport de l'intérêt général. L'homme qui
recevoir aveuglément les volontés du pouvoir
defpotique , a été appellé à penfer & à raiſonner,
Des fociétés d'inftruction le font ouvertes fur
tous les points de la Fiance des apôtres de la
liberté ont prêché en tour lieu ; les affemblées
politiques ont réuni fréquemment les hommes ,
tantôt pour les élections , tantôt pour des objets
adminiltratifs & municipaux ; une partie des
François étoit écartée de ces affemblées , &
privée du droit de citoyen ; aujourd'hui tous en
jouiffent également. »
« Mais il faut l'avouer , la Iberté a été mû: ic
( s'il eft permis de parler ainfi ) , a été mûrie
en ferre chaude . Il eft impoffible d'avoir diffipé
entièrement , en un fi cout eſpace , les erreurs
de tant de fiècles ; il eſt impoſſible d'avoir amené
tout- à - coup des hommes qui languiffoient dans la
fange des préjugés & dns Favi ment , à un
état de lumière & à la hauteur de nos deftinées
actuelles . »
Avant notre immortelle révolution , quelques
hommes inftruits , quelques philofophes méditoient
fur la ſcience des gouvernemens , fur les
Principes de la liberté , fur les grands objets
d'économie
( 121 )
d'éonomie politique ; mais la maffe de la nation
était inerte , livrée à des travaux pénibles qui ne
lui laiffoient pas le moment de s'inftruire , &
reftoit courbée fous le joug de la fuperftition &
de l'erreur. »
« Cette maffe eft aujourd'hui en activité &
ouvre les yeux à la lumière ; elle veut le bien
& cherche à s'éclairer . Mais qu'arrive- t- il ? elle
prend les premières idées pour des connoifances
, les premiers apperçus pour des réſultats de
l'expérience , la présomption eft d'autant plus
grande qu'elle fait moins plus les fujets fur
lefquels elle s'effaye font importans , plus fes
fautes font graves & fes écarts funeftes . »
« L'homme qui a le moins cultivé ſa raiſon
fe met à haranguer , parle avec affurance fur
les matières les plus difficiles , les entrevoit à
peine , les envifage fous de faux rapports : ceux
qui l'entendent n'étant ordinairement pas plus
inftruits que lui , l'applaudiffent , recueillent
l'erreur avec avidité , la propagent ; & comme
mille endroits s'ouvrent chaque jour à des parlages
de cette efpèce , infenfiblement l'opinion
publique fe corrompt & pread une fauffe direction
. Cette opinion égarée vient enfuite preffer
de fon poids toutes les autorités , & les entraîne
dans fon difcours . »
сс
cc Qu'on examine , depuis quelque temps , les
penfée dominantes fur les points de la plus haute
importance ; elles font ie fruit des préjugés , &
retracent l'enfance des principes ; & on voit
qu'elles four produites par une multitude d'hommes
qui commence à exercer fon intelligence . S'il
eft des cas où le peuple a un inftinét qui le conduit
mieux que la raifon , ce n'eft pas lorfqu'il s'agit
d'objets qui demandent une fuite d'idées , de
No. 49. 8. Décembre 1792. F
( 122 )
combinaifons , & les leçons du paffé. Eft -il queftion
de commerce ? il croit plus obtenir par les
entraves & par les taxes , que par la liberté. Eft-il
queftion de propriétés , d'égalité fociale ? il n'en
a que des notions vagues & crronées . Eft-il queftion
de l'enſemble des lois , d'où doit réfulter le
bonheur ou le malheur des hommes réunis en
fociété ? fes conceptions ne lui permettent pas de
faifir d'auffi grands rapports , & il fe perd dans
des idées de détail qu'il ne peut attacher à aucun
principe. »>
CC
Qu'on examine les difcuffions qui ont lieu ;
elles n'ont aucune dignité , elles ne font jamais
à la hauteur du fujet : c'eft du bavardage , ce font
des criailleries , quelques idées communes préfertées
en mauvais termes ; le bon goût & la raifon
en font également offenfés . »
K
Qu'on examine ceux qui afpirent avec le plus
d'empreffement aux places ? Ce font des hommes
qui ont quelque jargon populaire , mais fans capacité
; que le befoin commande , ou qui mettent
leur ambition à être quelque chofe , & à qui rien
enfuite ne paroît au deffus de leurs forces . »
« L'envie & la précipitation de paroître font
auffi avorter beaucoup de talens . Un homme qui
n'a aucun fonds d'amaffé pour alimenter ion efprit
, ou qui ne s'eft pas donné le temps d'élaborer
fes idées par la réflexion , fût- il bien doué de la
nature, ne peut donner que des productions foibles
& prefque toujours de mauvaiſe qualité . »

לכ
« Ceux qui ne font pas beaucoup plus avancés
en connoillances que la multitude , qui n'ont
que le premier apperçu des chofes , prennent
beaucoup d'afcendant fur elle , pour peu qu'ils
ayent la moindre habileté , & qu'ils fachent la
fatter , Ils font naturellement à fa portée ,
( 123 )
"
1
ont des idées plus analogues aux fiennes , & des
formes qui font auffi celles qui lut conviennent
le mieux. >>
«On parcît quelquefois fu pris qu'un homme›
ignare & qui n'a aucun acquit , jouiffe d'une
certaine réputation ; mais il en doit être néceffairement
ai fi dans de femblables circonstances .
I eft tel bavard en crédit qui ne pourroit pas
dire deux mots , s'il n'avoit à parler que des.
chofes. Laiflez de côté les perfonnalités , les
injures , les calomnies , les dénonciations
quelques phrafes banales , & confidérez de fangfroid
ce que certains perfonnages , cités dans
certains journanx , ont dit & fait . Ont- ils découvert
ou perfectionné une fcule idée ? Non .....
Ont ils fait faire un pas à un principe ? Non .....
Ont -ils fait un ouvrage , un diſcouts utile ?
Non..... .
>
« Ces petits coriphées d'un jour ont neanmoins
une préfomption plus forte enco e que leur ignorance
, ils tranchent avec defpotifme , jugent en dernier
reffort les queftions les plus importantes. Celui
qui n'eft pas de leur avis, eft cout au moins un fet ,
sil n'eft pas un fripon . Ils font & défont à leur gré
des réputations; & toutes ces impertinences ont des
pôneurs ».
6c
Ce qu'il y a de p'us cruel & de plus dangereux,
c'eft qu'ils réduifent au fil : nce, c'eft qu'il éoignent
l'homme de fems , tout à la -fois modelte & fier ,
qui ne pouvant pas tenir au mauvais gente , au
mauvais ton , aux mauvais raifonnemens , aux infolences
de ces meffieurs , fe retire en gémiſfant ,
attendant tout du tems , & efpérant que l'excès du
mal amènera le bien ».
« On ne remarque pas affez que les luttes
actuelles font entre les lumières & les ténèbres ,
F 2
( 124)
entre l'ignorance & le favoir. La jalousie eft
la paffion principale qui dévore les hommes médiocres
, & la caufe la plus active de toutes les
divifions , de tous les défordres . Ces hommes
qui craignent de laiffer entrevoir cette paffion
honteufe , la cachent fous des dehors féduifans ;
ils fuppofent des cabales , des partis à ceux dont
le mérite les offufque & bleffe leur amour-propres
ils les proclament intrigans , ennemis de la liberté ,
afin d'avoir un prétexte honorable de les haïr.
& de les calomnier ; en les attaquant , ils paroiffent
combattre pour la chofe publique ,
tandis qu'ils ne combattent réellement que pour
leur vanité. La nullité ne fait jamais pardonner au
talent ».
"
« J'avoue que rien n'eft plus alarmant , que
rien ne menace plus prochainement , plus imminemment
le falut de la patrie , que cet afcendant
de la médiocrité . La maffe de ces hommes
ignorans , ou ce qui eft pis , à demi -ſavoir
étant énorme , fe répandant par-tout , dominant
l'opinion , déprave l'efprit public , au lieu
d'en accélérer les progrès ; elle fappe , par cela
même, jufques dans fes fondemens , le nou
veau gouvernemens que nous voulons établir, puiſ
qu'il doit avoir néceffairement pour baſe la raiſon , la
fageffe & la juftice ».
..CC
Il n'y a pas un moment à perdre pour arrêter
ce fléau , pour empêcher ces baibares de détruire ce
pays des arts & de la liberté , comme ces hordes
du nord inondèrent autrefois le midi . Il faut
que fes hommes vraiment libres & dignes de
l'être , qui ont perfectionné leur raiſon , qui
ont réfléchi fur les inftitutions humaines , qui
ont acquis des connoiffances utiles , fe réuniffent
& montrent un zèle infatigable pour
( 125 )
éclairer leurs concitoyens . It eft néceffaire & preffant
qu'ilscompofent des livres élémentaires & claffiques
fur les différentes parties du régime focial , qu'ils
mettent à la portée de tous les vérités que tons ont
intérêt de connoît e ».
3 « La très - g ande majorité des hommes qu'on
abufe , eft de bonne foi , & ne pèche que
par ignorance inftruifez - la , & le règne des
hypocvites, des charlatans & des fripons fera bientôr
paffé
112
ר כ
:
PETION.
Arrêté du confeil exécutifprovifoire , fur la continuation
de la guerre.
ee Le confeil exécutif délibérant fur l'état actuel
de la guerre , notamment dans la Be'gique ;
confidérant que nul relâche ne doit être laiffé aux
ennemis de la république , & que tous les moyens
doivent être déployé pour vaincre & détruire
leurs armées , avant qu'ils aient ru les renforcer ,
& le mettre en état d'att quer de nouveau , foit la
France , foit les contrées même où les armées
Françoiles ont porté la liberté : »
« Arrête , qu'en conféquence de la délibéra
tion du 24 octobre dernier , il fera donné des
ordres au général commandant en chef l'expédition
de la Belgique , de continuer à poursuivie
les armées ennemies par- tout où on leur donneroit
afyle.
و د
Tribunal criminel. On connoît tous les brigandages
auxquels plufieurs adminiftrateurs fe
font.livrés depuis l'époque des vifites domiciliaires
, & dans les différentes faifies qui ont
F 3
( 126 )
eu lieu. En attendant que des comptes vaine,
ment follicités foient rendus , le tribunal criminel
provifoire n'a pu fe difpenfer de févir contre un de
ces agens infidèles ..
Claude Stévenot , ci devant commiffaire de la
fection de la Butte-des- Moulins , accufé d'avoir
fait , fans autorisation , & affifté de la force armée
qu'il avoit requife , des visites domiciliaires
actes arbitraires , & arreftations.de plufieurs citoyens
, de s'être emparé des armes , bijoux , or ,
argent & affignats qu'il y a trouvés , fans en
avoir dreffé des procès - verbaux , & de s'être approprié
une partie confidérable defdits effets , a
été condamné en 12 années de fers & fix heures
d'expofition.
Nicolas Gennot , acculé d'avoir accompagné
ledit Sievenot , a été acquitté , & mis fur-le champ
en liberté.
Nouvelles de nos Armées.
>
Armée du Brabant. Un des plus ingénieux-
Aatteurs de Louis XIV , difcit , en parlant de
la conquête rapide des Pays - Bas ; Louis ceffe
de vaincre , ou je ceffe d'écrire . Pour nous qui
connciffons la différence des temps & des motifs
, nous dirons à Dumourier & à la brave
armée qu'il commande continue de vaincre
ta liberté t'applaudit. En mois de fix femaines ,
nos troupes ont chaflé les Autrichiens de la
Belgique & elles font à Liége . Les citadel'es d'Anvers
& de Namur n'ont pas réfifté, long-temps ,
& leur capitulation n'a prefque coûté aucune
effufion de fang. Voici les détails de nos nouvelles
victoires,
( 127 )
Extrait d'une lettre du général Valence , datée
du quartier- général de Malogne , le 27 novembre.
« J'ai fait arriver l'artillerie de fiége que j'a
pu raffembler. Des montagnes tès- difficiles &
des chemins qu'il a fal'u réparer pour les rerdre
un peu praticables , ont offert des obftacles à
furmonter ; & pendant ce temps , les troupes
chaffoient , avec une ardeur admirable , les ennemis
des forts Camus & de la Caffotte ; &
fous la protection de leurs pièces de campagne ,
la tranchée s'ouvroit & pouffoit vivement. Aujourd'hui
, citoyen miniftie , une batterie de fix
mortiers a été établie . »
« J'ai l'honneur de vous envoyer copie d'une
lettre que j'ai écrite au général Moitelle ; il
m'a offert pour fatisfaction , de faire pendre les
canonniers . Je me fuis contenté de fes excules :
j'ai refufé la mort de ces hommes ; & depuis
ce temps , on n'a plus tiré fur les avenues de
la ville. »
« J'ai avis que 5000 capottes font arrivées à
Givet ; je les fais venir promptement . Jamais
nouvelle plus agréable ne me fut annoncée ; la
gele & la neige les rendent plus que jamais in
difpenfable. Il m'eft arrivé des fouliers . »
Copie de la lettre écrite par le général Valence
au général Moitelle , commandant le château
de Namur.
Namur , le 21 novembre.
Ce que je viens de voir , général , feroit
horreur aux nations les moins policées . Quoi !
la garnifon entre dans la ville, conformément aux
F 4
( 128 )
capitulations , & l'on tire fur la garnifon ! Des
troupes occupent les poftes ; je viens , & l'on
tire fur moi ! Des troupes ont paflé par le pont
de Jambes , qui fait partie de la vile , ainfi
qu'il étoit convenu avec M. le marquis de Chateller
, & on a tiré fur elles ! »
сс
Quelle guerre voulez vous donc que nous
faffions? & pourquoi ces proteftations de loyauté ?
Je demande juftice de cette atrocité. »
Lettre du général Dumourier au préſident de la
Convention nationale ; Liége , le 28 novembre,
l'an premier de lu République.
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« A la tête des plus braves troupes de l'univers
, j'ai attaqué hier , dès fept heures du matin ,
l'arriè e garde des Impériaux , commandée par
le général Staray , compofée de 12,000 hommes
au moins je n'en avois pas autant pendant une
partic de la journée ; mais ler que l'armée que je
commande s'eft déployée , l'ennemi a pensé à la
retraite , après avoir été forcé dans fix villages &
avoir perdu fon général . »ג כ
« La briéveté du jour & la prudence m'ont
empêché d'entrer dans la ville ; jy fuis depuis
neuf heures du matin , & il m'eft impoffible de
Vous peindre l'ivreffe de ce brave peuple , &
les délicieufes émotions qu'il nous a fait éprouver.
Les idées républicaines portent ici le même caractère
d'énergie & de raifon qu'en France ;
j'ofercis répondre que fous 4 jours , la garde
nationale fera pa faitement organisée , & qu'avant
quinze jours , le pays de Liège aura une Convention
nationale , »
( 129 )
L'armée fe montre de plus en plus digne de
la caufe qu'elle foutient , & mérite qu'on s'occupe
de fes befoins . »
« Notre perte ne va pas à plus de 15 à 20
hommes de tués ou bleffés , celle des ennemis
monte à 5 ou 6 cents hommes au moins , parmi
lefquels ils ont fut-tout à regretter le général
Staray.
33
cc Il arrive continuellement des déferteurs
je fuis logé au palais de l'évêque de Liége , qui
eft parti précipitamment hier à trois heures. Je
ferai faire un inventaire exact des papiers qu'il a
laiffés . Je chargerai de ce détail le citoyen Jolivet,
réfident de la République Françoife . »כ כ
cc P. S. Le lieutenant- colonel Philippe Devaux
, mon aide- de- camp , eft porteur de cette
nouvelle. »
Lettre du lieutenant général Miranda au miniftre
de la guerre ; au quartier-général d'Anvers , le
29 novembre.
« J'ai eu l'honneur de vous prévenir , dans
une lettre du 26 , que les travaux du fiége de la
capitale d'Anvers le continuoient avec autant de
vigueur que d'intelligence par l'armée fous mes
ordres. Le 28 à midi , nous fommes parvenus
à monter nos batteries de canons & de mortiers ,
en nombre fuffifant pour en impofer à l'ennemi ,
qui ne laiffoit pas que d'incommoder nos travaux
par le feu de fes baftions . Sur les cinq
heures du foir , nous avons eu l'avantage de
mettre le feu , par nos bombes , à des cafernes
& magafes de provifious que l'ennemi avoit dans
La citadelie. Cette circonftance , jointe à la lettre
que je lui envoyai par mon aide- de- camp , pro-
F 5.
( 130 )
duifit l'effet que j'avois l'efpoir d'attendre , &
il m'envoya un officier pour me propofer de
fufpendre mon feu , fur la promeffe de me remettre
la citadelle le jour fuivant , fi je lui accordois
certains articles qu'il propofa , ce que je
fis en lui accordant feulement les honneurs ordinaires
de la guerre , & faifant toute la garnifon ,
qui fe monte à plus de 1300 hommes , prifonnière
de guerre . Le lendemain , il a voulu me
ma ftis faire quelques difficultés fur la bafe de
pulation , qui déclare expreffément qu'il me rendra
toute la garnifon prifonnière de guerre ; mais cette
difcuffion n'a pas tenu long temps , vu les termes
exprès de la déclaration de la vele . Enfin , nous
avons accordé la capitulation ci- jointe , laquelle a
été arrêtée aujourd'hui à une heure après midi ,
J'espère qu'elle aura l'approbation du confeil exécutifprovifoire
, étant honorable les armes
de la république.
ود
pour
« Le lieutenant- général Duval , & les maréchaux
Ruault, chef de l'état - major , & Guichard ,
commandant l'artillerie , ont coopéré très- effentiellement
aux opérations du fiége. Les corps
de l'artillerie & du génie ont manifefté une in
telligence & un zèle au-delà de mes expreffions.
Si je voulois vous détailler le zèle diftingué de
toutes nos troupes , & leur patriotifme , dignes
des véritables enfans de la liberté , je ferois une
marration diffuſe. » \
Mon aide-de- camp , le capitaine Baron ,
qui manifefte des talens pour la guerre , pourra
vous informer de tous les autres détails que Vous
pourriez defirer dans ma dépêche. »
« Je voudrois vous nommer quelques individus
qui me paroiffent s'être le plus diftingués
dans toutes les opérations du fége , ainfi que
( 131 )
le nom des braves citoyens qui font morts ou
blessés pour le fervice de la république , afin de
mettre le confeil exécutif provifoire à même de
leur accorder quelques marques d'approbation
, "
« Je n'ai pas encore eu la notice exacte de
nos pertes pendant le fiége , mais je ne l'eflime
pas au-delà de 30 perfonnes , tant morts que
blefiés . L'ennemi en a perdu au moins autant . »
« Par le courier fuivant , j'aurai l'honneur de
vous envoyer les drapeaux & autres trophées
militaires , qui forment la dépouille de nos prífonniers
de guerre. »
Articles de la
capitulation de la citadelle
d'Anvers à convenir.
Le
29 novembre 1792.
« Art. I. D'après la déclaration donnée hier
par le capitaine Devaux , fnfflamment autorifé
à cette fin , la citadelle d'Anvers fera remiſe à
l'armée de la répub ique Françoife , commandée
par le lieutenant- général Miranda , aujourd'hui
29 rovembre 1792 ; à quel effet la porte de
Secours fera livrée aux troupes Françoi es deux
heu es après la conclufion de la préſente capitulation
, avec la reſtricti n néanmoins que perfoane
de ce détachement n'entrera dans l'intérieur
de la citadelle avant l'évacuation des troupes
Impériales , pour prévenir les défordres.- Accordé.
»
*cc
II. La garnifon fort'ra avec tous les honneurs
de la guerre , drapeaux déployés , tambouis
battans , mêches alumées , avec armes &
bgages, & leurs pièces d'artillerie de campagne,
F 6
( 132 )
-
confiflant en trois pièces de bronze de fix livres
de balles , & d'ux de trois livres , avec les charriots
couverts & munitions y relatives , & chaque
homme aura 60 coups à tirer , & il fera
accordé à la garnifon un délai de deux jours
après la fignature de la préfente capitulation ,
pour l'évacuation de la citadelle . Accordé :
à la restriction que la garnifon fortira demain
30 du courant , à midi , avec les honneurs de
la guerre , fe tournera en bataille , vis - à - vis de
l'armée Françoife , & dépofera fur les g'acis fes
drapeaux , armes , & c . Cette garnifon fera enfuite
conduite dans les cafernes qui lui feront
deftinées en ville , cù elle reftera jufqu'au moment
de fon départ , en prenant de part & d'autre
toutes les précautions néceffaires pour la sûreté
. 39
« III. Les bagages des officiers & autres per
fonnes de la garnifon , ne feront ni fouillés , ni
pillés ; & il fera fouroi des charriots & chevaux
néceffaires pour leurs tranfports , gratis , jufqu'à
l'armée de fon alteffe royale le duc de Saxe-
Accordé à la réſerve
Tejchen , & c.
mot pillage fera fupprimé , n'étant pas connu
dans l'armée de la république Françoife.
сс
--
que
"
le
cc IV. Il fera donné une eſcorte de cavalerie
pour la sûreté des bagages & des perfonnes
afin qu'aucunes ne foient infultées ni moleſtées
par les mécontens du pays ; on prendra le chemin
le plus court & le plus commode juſqu'à
ladire armée . Accordé. »
See V. Aucun déferteur nefera réclamé ni délivré » ,
Accordé.
VI. L'artillerie & les magafins feront remis
de bonne foi à l'armée françoife , d'après les
inventaires qui en feront dreſſés » . Accordé.
( 133 )
« VII . Les malades & bleffés reſteront à la
citadelle jufqu'à leur parfaite guérifon ; ils ferolt
trai és & foignés par la nation françaiſe ,
qui leur fournira auffi les chirurgiens ; & , après
leur guérifon , ils feront conduits par le chemin
le plus court à l'armée impériale aux Pays - Bas ,
ou la plus voifine . Les malades retourneront
à l'hôpital, & feront foignés comme les autres prifonniers
de
guerre .
ce VIII . La ville d'Anvers ayant réclamé des
armes & canons , qu'elle dit lui avoir appartenu
en ladite citadelle , en laiffe à la difpofition
du général fa çais , d'avoir égard à cette réclamation
, fi elle se trouve fondée ». L'exécution
de cet article fera traitée avec la nation
Belgique.
сс
IX. Les bourgeois & habitans de la citadelle
conferveront leurs propriétés , droits &
privilèges , comme ci -devant , & l'on prie inftamment
le général français de vouloir les protéger
& les mettre à l'abri des voies de fait des
mécontens du voisinage ». Cette citadelle étant
une propriété qui fera remife , lors de l'évacuation
des troupes de la rép blique françaiſe ,
au peuple Belge , ce fera lui qui fera droit
cet article , & on donnera aux individus habitant
de ladite citadelle , la protection que
l'on accorde à tous les habitans qui font dans le
pays.
« X. Les gens qui fe trouvent ici actuellement
condamnés aux arrêts de fortereffe, au nombre de
trois , feront transportés comme tels avec la garnifon
. Refufélademande , ésant contraire aux droits
de l'homme... ike
XI. Le pain , les fourages & autres fubfiftances
, feront livrés à la garniſon durant
( 134 )
w
La marche , par la nation françoife , au même prix
que les livrances que l'on fait aux troupes françai-
Les ». Accordé.
« XII. II fera donné des ôtages de part &
d'autre , pour l'accompliffement exact de la
préfente capitulation » . La loyauté françaiſe &
la foi de l'armée eft le meilleur ôtage que l'on puiffe
defirer,
Citadelle d'Anvers , le 29 novembre ,
1792 .
Je confirme la préfente ftipulation. Signé,
MOLITOR , colonel- commandant .
Au nom de la république françaiſe , j'accepte
les articles détail és dans la piéfente capitulation
, d'après mes reſtrictions » .
Au quartier - général d'Anvers , le 29 novembre
1792 , l'an premier de la république.
Le lieutenant-général commandant en chef
l'armée du Nord fous Anvers.
Signé , MIRANDA .
Munitions trouvées dans la citadelle
d'Anvers.
Pièces de canon de bronze , 51 ; 4 de 24 ;
10 de 12 ; 37 de 6 , dost 3 de campagne ;
50 petits mortiers de 3 pouces ; 4 de 10 pouces
; idem de 7 ; 3 obufiers ; 100 fufils de remparts
, 22 carabines , 3000 fufils , ( outre l'armement
de la garnifon , qui fe monte à 1300 ) ,
200,000 livres de poudre , 300,000 cartouches
300 madriers de noyer pour monter les fufils ,
( 135 )
100 madriers de chêne , 2 forges de campagne ,
6 canons de fer de 6 , 8000 boulers de 24 ,
scoo de campagne , de 3 : & de 6 , 300 de 12 ,
1600 bombes de 10 pouces , 2000 de 8 pouces ,
100 de 7 pouces , 10,000 grenades, 2 éprouvettes,
un attelier pour raccomoder les fufils , forges
& étaux.
Signé , le matéchal- de -camp
GUISCARD .
Effets & vivres trouvés dans la citadelle.
Uftenfiles . Bois de lits , 2146 ; matelas pour
une & deux perfonnes , 1144 ; toiles de m.tclas
pour lits , 1655 ; couvertures pour une & deux
perfonnes , 2116 ; paillaffes à une & deux perfornes
, 2070 ; traverfins pour lits à une & deux
perfonnes, 1919 ; draps de lits , 190 ; laines à matelat
, 29,749 liv.
2
Subfiftances & fourages . Quintaux de fe gle
2787 ; idem de farine , 202 ; idem de foin
149 ; fagots , 1714 ; houle , 45,090 ; pots ,
204 ; chandelle , 100 livres ; étuves , 418 ;
buffets ; 2126 ; coudes en tuyau de poëles
22 ; cercles , grils , pelles , tifonnettes , &c ,
1624 pots à cendre , couverts de poëles
741
Vivres, Boeufs & veaux , 5 ; citrons , 53 ° ;
mefures de pommes de terre, 75 ; pots de vinaige,
4180 ; pots de vin , 3300 ; fots de genièvre ,
1600; riz & orge mondé , 22,900 ; fel , 4600 ! . ;
fabacen poudre & à fumer , 1849 ; prunes , 2501 .
graine de genièvie , so l .; farine de froment
7417 liv.
Signé , adjudant général , Arnaudin.
( 136 )
Armée du Rhin . Des malveillans , dont on
connaît bien aujourd'hui l'intention , avaient répandu
dans Paris & les départemens que Cuftine
avoit été battu , qu'il avait été coupé par les
Pruffiens , & que la plus grande partie de fon
armée étoit prifonnière.La pièce fuivante eft propre
à démentir tous ces bruits.
Lettre du citoyen Cuftine fils , au président de la
Convention nationale , lue dans la féance du
premier Décembre.
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« De retour de Mayence , auprès du général
Cuftine , où le citoyen miniftre des affaires étran
gères m'a envoyé , je viens de lire dans le journal
de la Convention , no. 70 , que le citoyen. Simon
a appellé l'attention de l'Affemblée fur les faux
bruits qui fe répandent parmi le peuple. »
לכ
Relativement au général Cuftine , je dois vous
affurer , citoyen , que j'ai eu l'avantage de déjeûner
avec lui jeudi , 22 de ce mois ; que fes inten
tions font pures & loyales ; qu'il le propofe d'attaquer
le roi de Pruffe inceffamment ; que nos
toupes font dans les meilleures difpofitions , &
qu'on ne doit ajouter aucune foi aux intentions des
malveillans . "
« Les Mayençois font nos frères & nos amis ;
ils font dignes du préfent que nous leur avons
fait. J'ai eu le bonheur de me fervir de ma langue
Pour propager les bons principes dans quatre
villages circonvoifins , où j'ai fait planter l'arbre
de notre précieufe liberté. Le célèbre docteur
Bohemer, qui a la confiance du général Cuftinea
3
1137)
m'a aidé dans ces fublimes opérations ; les Mayen
çois enfin envient le bonheur des Savoifiens ; ils
ne forment d'autre voeu que celui d'être le 86°
département de la république françoife . »
« Je vous apprends auffi , avec bien du plaifi
que déjà les Mayençois ont formé un club de Jacobins
, dont les féances fe tiennent dans l'une
des falles du ci - devant palais électoral , où fe faifoit
l'élection des ci - devant empereurs . Ce club
eft compolé de 1500 membres au moins , & j'ai
affifté à plufieurs de leurs affemblées , »
Armée des Alpes. Ce que les magiftrats de
Genève avoient tant redouté , vient d'arriver ;
ils ont été forcés de capituler avec les citoyens &
de leur accorder ce qu'il étoit impoffible de leur
refufer , c'est l'effet des mefures vigoureufes de la
Convention nationale .
Armée du Var. L'avant - garde de l'armée du
général Anfelme , ayant été obligée de fe retirer
du pofte de Sofpello , le général marcha à la tête
d'un corps de mille hommes pour repoufferles Pié
montois , & il plaça un autre corps entre la ville de
Nice & lui , pour s'en fervir au befoin ; mais fa
prévoyance a été fupe : flue , les Piémontois ont
fui & le pofte a été repris , ainfi que l'annoncent
les commiffaires de la Convention.
Lettre des commiffaires de l'armée de Nice
Nice , le 20 Novembre .
CITOYENS NOS COLLEGUES •
Le général Anfelme étant allé fecourir fen
avant- garde chaffé du pofte important de Sofpello,
( 138 )
nous avons cru ne pas devoir quitter Nice pendant
fon abfence & avant de favoir le réfut t de
Les opérations . Il nous apprend lui- même qu'hier
au foir il a repris le pofte fars avoir perdu perfonne
, & que fes troupes , pour y atteindre , ont
fait une marche extrêmement penible avec beaucoup
de gaieté, »
сс En conféquence , rien ne nous retenant ici ,
nous partirons dès demain pour Toulon & Marfeille
, bien empreflés de revenir à notre pofte.
Point de fpectacle plus étonnant pour vos commif
faires , que celui que continueat à nous offrir les
villes & les campagnes par cu nous paffons , l'amour
pour le gouvernement républicain , la confiance
en la Convention nationale y font partout
à leur comble ; un tel perple eft bien digne
des grands bienfaits que vous lui avez procuré. »
P. S. Il nous eft impoffible de ne pas vous
dire que les troupes manquent généralement de
fouliers , d'habits & de culottes , & qu'à travers
les montagnes , ils marcheront avec joie à l'ennemi.
POLOGNE.
De Varfovie, le 14 Novembre.
Les féances des deux confédérations
générales , ouvertes à Grodno , fe tiennent
quatre fois la femaine , les lundi , mercredi ,
vendredi & famedi . Elles font fecrettes :
il n'y a que des hommes véritablement
libres qui confentent à délibérer en présence
( 139 )
de tout le monde. Le fecret cft un des
premiers befoins & un des premiers carac
tères des crimes de l'efclavage & du defpotifme.
Rien n'a fervi autant aux fuccès
& à la gloire de l'Affemblée nationale de
France que la grande publicité de leurs
féances , mais par la raifon même que les
féances des deux confédérations générales
de Grodno fe tiennent au fecret , & comme
dans l'ombre ; on eft perfuadé que tous les
forfaits du defpotifme s'y préparent , &
l'inquiétude de tous les efprits s'en augmente
prodigieufement. On multiplie les
patrouilles , on les rend plus nombreuſes ,
on les fait roder de jour comme de nuit.
Des pièces de canon ont été placées au
milieu de quelques places & aux ouvertures
de quelques rues. Au milieu de cet
appareil de guerre & de ces légiſlateurs
délibérant à huis clos , on invite tous les
citoyens à communiquer leurs opinions ,
à exprimer leurs fentimens. Peut- on infulter
avec une infolence plus lâche à ceux
que l'on met fous fes pieds ? Les Polonois
ne perdent pas leur temps & leur courage
à difputer contre les Ruffes ; mais quand
cela leur eft poffible iis les tuent , & la mort
eft la réponſe qu'on doit aux raiſonne¬
mens des tyrans & de leurs fatellites.
( 140 )
SUEDE.
De Stockholm , le 15 Novembre 1792 .
On craint chaque jour davantage pour
la vie du jeune roi . Les uns forment des
conjectures affez naturelles , & les autres
des foupçons affreux fur les caufes de fa
langueur. Les premiers penfent que des
études forcées & prématurées ont éteint
chez lui les principes de la vie avant qu'ils
fuffent développés ; les autres difent qu'un
poifon a coulé dans fes veines , & que les
vertus républicaines de fon oncle couvrent
de leur voile d'auteur de ce forfait. Un fi
grand crime ,, affez fimple dans les cours ,
ne paroît pas compatible avec le caractère
du duc régent. La première cauſe eſt beaucoup
plus naturelle , par conféquent plus
vraisemblable. Ce qu'il faut fur tout confidérer
, c'eft que fans études forcées & fans
poifon les enfans qui naiffent dans les cours
& auprès des trônes naiffent très -fouvent
de races dégénérées & avec des vices d'organiſation
qui rendent les facultés de leur
corps & de leur eſprit imbécilles.
.
Le Duc Régent a encouragé la liberté
de la preffe , mais il eft arrivé en Suède
comme ailleurs que cette liberté qu'on
trouve fuperbe dans la théorie , effraye dans
(141)
La pratique. Un article d'un journal appellé
le Patriote a fait citer fon auteur
devant un tribunal de police. Ceux qui
fontfieffrayés des excès même de la preffe ,
s'ils ne font pas des frippons , font au
moins des hommes bien foibles.
t
DANEMARCK.
De Copenhague , le 13 Novembre 1792.
Cette cour eft puiffamment follicitée
tous les jours à entrer dans la ligue fit
malheureufe des princes de l'empire Ger
manique contre la république Françoife :
mais M. de Bernstorf eft un miniftre trop
éclairé pour que le Danemarck , tant qu'il
le gouvernera , entre dans une guerre que
tant d'injuftices rendent fi impie , & que
tant de revers rendent fi fatale.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 21 novembre 1792.
A la première nouvelle de la priſe de
Mayence par les François , l'étonnement ici
fut extrême parce qu'elle avoit des remparts
, des hommes & des vivres , on avoit
compté qu'elle ne fe rendroit pas : après
en avoir été fi étonné d'abord , on commence
prefque à préfent à en être bien aife,
( 142 )
On fe croit sûr à préfent que l'empire
Germanique mettra fin à la lenteur de fes
délibérations , & que la diète de Ratisbonne
déclarera enfin la guerre. Ceux qui
pénètrent la véritable caufe des lenteurs
en jugent autrement : ils difent que fi la
diète de Ratisbonne ne fe déclaroit pas
plus vite, c'eft quelle avoit peur , & qu'après
la prife de Mayence , ayant plus peur
que jamais , elle fe déclarera moins vîte
encore.
Les confeils de l'Empereur en mêmetemps
qu'ils s'occupent de plufieurs levées
de nouvelles troupes , fongent à donner
de nouveaux généraux aux armées. On
affure que le commandement général de
toutes les troupes de l'Autriche contre la
France va être confié au maréchal prince
de Saxe Cobourg. Il affifte à toutes les conférences
, & c'eft d'après fes vues principalement
qu'on arrange la campagne prochaine
fur un plan entièrement nouveau .
Les plans de campagne ont en effet grandement
befoin d'être changés , fi l'on veut
qu'ils foient heureux . Les gens habiles
defirent ici qu'on choififle fur tout des
généraux qui puiffent s'accorder avec les
généraux de la Pruffe : c'eft aux fentimens .
de jaloufie qui ont divifé les généraux
Pruffiens & Autrichiens qu'ils s'en prennent
de tous les revers qui ont déshonoré
les armées de l'Allemagne qui avoient le
( 143 )
plus de réputation. On peut croire cependant
que fi la Pruffe & l'Autriche re
cherchent la caufe de leurs malheurs que
dans leurs fautes , ils ne la trouveront pas.
Cette caufe eft fur tout dans ces prodiges
que les peuples libres font toujours , lorfque
c'eft la caufe de la liberté qui leur a
mis les armes à la main. - Les miniftres
de l'Empereur lui font croire & veulent
faire croire au peuple , que l'Autriche n'a
perdu dans la campagne dernière que 6000
hommes on va affirmer ce fait dans une
gazette officielle. Cette affirmation ajoutera
une nouvelle preuve à tant d'autres par
lefquelles tout le monde favoit déjà combien
les gazettes officielles font des gazettes
vraies.
Quand les nouvelles des premiers fuccès
des François dans le Brabant font arrivées
iei , le gouvernement a voulu d'abord faire
douter de leur vérité , comme fi en niant
une victoire , on empêchoit qu'elle eut été
remportée . Perfonne réellement n'en a
douté , & ceux qui favent que l'énergie
d'un peuple qui combat pour fa libertê
va toujours croiffant , ont prédit à l'inftant
même , que des victoires qui fe fuccéderoient
rapidement , ouvriroient toute la
Belgique aux François qui en feroient
non pas les conquérans mais les libérateurs.
Les confeils de l'Empereur , tout en
faifant femblant de ne pas croire au fuccès
( 144 )
des armées Françoifes , fe font pourtant
raflemblés en hâte à l'inftant même où
ces nouvelles font arrivées , & à l'iffue de
leur féance des couriers ont été expédiés
pour divers lieux ; enfin ce qui prouve
que l'Empereur & fes miniftres font affez
bien informés des courfes victorieufes des
François , c'eft que des hommes qui ne
parlent que lorfque la cour leur ouvre la
bouche, commencent à débiter dans les cafés
& dans les cercles des difcours très édifians
fur les horreurs de la guerre , fur les
avantages de la paix , fur la néceffité de
défarmer l'Europe dans une pacification
univerfelle. De pareils difcours , pour toucher
beaucoup , devroient fortir d'une autre
ville que Vienne ; l'Empereur François
digne héritier de la maifon d'Autriche , a
voulu étouffer fur le territoire & dans le
fang des François , la liberté de la France
& celle du genre humain . Il faut que cette
puiffance impie périffe avant que les combats
ceffent. La guerre n'eft plus un fléau ,
lorfqu'elle est destinée à détruire le plus
grand des fléaux , le defpotifme.
ERRAT A.
Page 49 du dernier numéro ; une feule fois elle
a eu recours à ce moyen , & c'étoit pour pendre un
miniſtre vertueux , lifez pour perdre.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Novembre 1792.
EPEATS NAT. Lundi 19. Mardi 20. Merc21.
2107.5.A2.c2t.i1.o0.n.5.s.
Does,
Emprunt&.. 421.23 423
CHANGESCH
9.
Amft. 174.2
Jeudi 22. Vend 23. Sam. 24. Lond. 20.
Ham 282.80..
2105.100.2100.2095 2095.100. 2105.10.. Mad. 2.s.
423.24 1424..
Id. Décembre 82.15.3. 16p3P4.3.
2
Lot. d'Avril ...
Lot. d'Octobre.
Emprunt 124 Ins5.43.5.
5.45.
Id. 80 millions..
Sans Bulletin.
Bulletin ..
Emprunt 120mụ
Borde. Ch..
d'EfCcaoimfplte.
D°. demi- act ...
EauxdeP.
Empr. National. 43..
7
5.45.5 5.53
7 S
2 2
8
80 80
5
4.
424.30.

Cadix. 225
Liv 154.53.
Gên. 14443.
Lyon.p.
CHANGES U24
6/ 1.7.0/ 3.7
Amft37
3.36
Lond. 19.
Ham. 279.
Mad. 22.5.
Cadix. 22.
Liv.. 151.
Gên. 141.
Lyon.b.
2.
année Fayeurs,
172, toutes Lettres.
AVIS TRÈS- IMPORTANT.
ON obferve que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement la diftribution
, &c. C'eft à M. GUTH , feul Directeur
du Mercure , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refler au rebut.

Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur bonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
a la Pofie , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente - fix liv . frane
de port pour la Province . L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la leure , & joindre à ceus
dernière le reçu du Directeur des Peftes. On jouf
crit Hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'adreffera
cu fieur GUTH Diredeur du Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvierfont
priés de renouveler de bonne heure leur abonnement ,
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , ou joindre à leur lettre une des adreſſes
imprimées qui enveloppent le Mercure.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le