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1792, 11, n. 44-47 (3, 10, 17, 24 novembre)
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LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
( No. 44. )
SAMEDI 3 Novembre 1792 ,
l'an 1. de la République.
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE PATRIOTES
.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Avis divers , doivent être adreffés au Citoyen
la Harpe , rue du Hafard , n° . 2.
•
Le prix de l'Abonnement efl de 36 liv.
franc de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE 1792 .
NOVEMBRE a jo jours & la Lune 30. Du 1 au
30 , les jours décroient de 39 .
J.
JOURS
PHASES
du NOMS DES SAINTS. de de la
LUNE,
MOIS.
17
18
Temps moyen
au Midi vra .
H. M. 3.
43 45
II 43 45
jeudi. A TOUSSAINT.
2 vend.Les Morts.
3fam. Marcel , Evêque de Paris. 19
423 D. Charles , Archevêque. »
lundi . Ste Bertille , Abbeffe.
mardi Léonard , Solitaire .
7 merc. Willebrod.
Les Saintes Reliques .
jeudi
9vend. Mathurin , Prêtre.
10 fam Léon Ter. Pape.
124 Martin , Evêque.
12 lund Vrain Evêque.
mardi Brice , Evêque. 13
Marlow
II 43 45
20 I 43 47
21 D. Q. II 43 49
22 le 6 , à 10 II 43
23 b. 44 m . M 43 ་57
¡ du foir.
24
25
26
27
28
N. L.
II 44 12
J-I 44
11 44 14
II 44. 22
144 30
If
II
le 14 ,à 11
29
I
C
4
th. 25 me
du mat.
11
P.Q.
15jeudi. Eugene Martyr,
16 vend . Eucher , Evêque .
17 fam. Agnan , Evêq. d'Orléans .
1825 D Ste Aude , Vierge.
19 hundi ste Elifabeth , Vierge.
20 mardi Edmon , Roi. ,
merc Préfentation de la Vierge.
jeudi. Ste Cécile , Vier. & Mart.
23 vend Clément , Pape.
24 lam. Séverin , Solitaire.
6D
7te 21 ,
8h.
4
I m.
2 du mat.
10
II
25 26 D. Ste Catherine , Vierge. 12
26lundi Ste Genevieve des Ardens .
27 mardi Vital , Martyr.
28 merc Softhene.
29 jeudi. Saturnin.
30 vend . André , Apôtre.
3
14 P. L.
15le 28 , à
16 h. 24 m.
17 du foir .
4
44 40
4410
45 1
45 13
45 25
II 45 39
II 457 53
11 46 8
II 46 $4
II 46 41
I I 46 18
47 16
II 47 35
47 55
II 48 15
!1 48 36
II 48 58
11 49 20
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIETE
DE PATRIOTES.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI NOVEMBRE 1792 .
3
L'AN IER, DE LA RÉPUBLIQUE.
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18.
TABLE GENERALE
Du mois d'Octobre 1792 .
LEGALITÉ.
Charade , Enig, Log.
3 Les Rivaux , 3e. Part. 8
7 Idylles. 30
T ERS.
Charade, Enig. Logag.
37 Efai.
3 spectacles.
40
19
ERS.
Charade, Enig. Logog.
61 Lettres .
641
66
BOUTADE. 85 Lettres , 2e . Ex. 88
107
Charade , Enig. Logng. 87 Notices.
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
FRANÇAIS.
PIECES FUGITIVES.
LA BASCULE. 1
AIR Philis demande fon Portrait.
A UU noir fouci l'Amour défend
L'accès de fon Empire ;
Il aime tous les jeux d'enfant ,
Son bonheur eft de rire .
Un jour , dans ces jolis bofquets ,
Pendant la canicute ,
Il établit pour fes Sujets
Le jeu de la Bafcule.
SUR un pivot fixe au milieu ,
Gardant même diftance ,
Chaque bras d'un mobile effic
Obéit & balance :
Là , d'après un Bill de l'Amour ,
Docile à la cédule ,
A
4
MERCURE
Chaque couple vient à fon tour
Jouer à la Bafcule.
CHACUN fe donnant comme il faut
Une fecouffe prompte ,
Tantôt en bas , tantôt en haut ,
On defcend , on remonte ;
Et dans l'Empire des Amours ,
Le propos qui circule ,
C'eft : Ah ! que ne peut-on toujours
Jouer à la Bafcule !
VINT une Prude à l'air décent ,
Ayant fort grande envie
D'eflayer ce jeu féduifant
Avec fa modeftic ;
Mais on y rit de fon maintien ,
Il était ridicule.
Prude au grand jour ne fait pas bien
Jouer à la Bafcule.
UN lourd Créfus veut enlever
La Beauté jeune & fraîche ;
Mais quand il faut fe relever ,
Sa maffe l'en empêche.
Lais fait payer à Mondor
Sa fottife crédule ;
Bayerische
Staatsbibliothek
München
FRANCAI S.
Il ne peut , qu'en la couvrant d'or ,
Jouer à la Bafcule .
CERTAIN Barbon s'y vient affeoir
Avec jeune friponne ;
En voulant le faire mouvoir ,
Elle le défarçonne ;
11 tombe , & l'Ecuyer Ferclus ,
Sans bruit fe difimule.
Quand on eft vicur on ne doit plus
Jouer à la Bafcule.
UN gros Defpotifme benet
Vient lutter en perfonne
Contre Nymphe au gentil bonnet ;
Il y perd fa couronne.
La Liberté lui dit tout bas
Fuis ces lieux fans fcrupule ,
Contre moi tu ne pourras pas
Soutenir la Bafcule.
(Par M. la Chabe auffiere. )
A 3
MERCURE
LA
CASSETTE
CONTE MORA L.
PREMIERE PARTIE.
HORTE
de
ORTENSE DE LIVERNON avait reçu
la Nature des qualités qui fe trouvent
fouvent enfemble dans une jeune femme
mais qui font rarement d'accord : elle était
née avec une ame honnête , un coeur fenfible
, & un efprit léger. Elle avait eu
deux éducations qui ne s'accordaient guere
mieux l'une auprès de fa bonne mere ,
qui lui recommandait fans ceffe d'être modefte
& raifonnable ; & l'autre devant fon
miroir , qui , tous les matins , lui répétaie
qu'elle était belle , & faite pour avoir les
plus brillans fuccès.
:
Dans la fleur de cette beauté , mariée
au Marquis de Vervanne , elle vécut avec
lui trois ans dans la plus parfaite union.
On ne leur reprochait que d'être dans le
monde trop uniquement occupés l'un de
l'autre. Ils avaient chez eux , difait - on ,
affez le temps d'être amoureux ; & l'on
prenait la liberté de les avertir , en ami
du ridicule qu'ils fe donnaient.
FRANÇAIS. 7
7
Infenfiblement le mari devint moins empreffé
, moins affidu ; la femme , moins
indifférente aux foins qu'on prenait de lui
plaire. Quand l'un des deux fe faifait attendre
, on obferva que l'autre regardait
moins fouvent à fa montre , & n'avait
plus l'air fi diftrait. Les voilà , difait - on
difait - on ,
qui deviennent plus raifonnables ; & l'on
trouvait bien jufte qu'après une premiere
ardeur , ce beau feu fe fût ralenti il n'y
aurait pas eu moyen de vivre avec eux plus
long-temps , fi cet amour avait duré.
:
Cependant, quoique l'efpérance de fuccéder
attirât chez lá jeune femme un grand
nombre de prétendans , & que , fans en
flatter aucun , elle n'eut pas non plus l'air
de dédaigner leurs hommages ; quoique
de fon côté , le Marquis n'eût plus auprès
d'elle ces affiduités gênantes qui rendent
les maris importuns pour les afpirans, tout
annonçait encore entre eux la plus heureufe
intelligence ; & fix ans s'étaient écoulés
fans qu'on y eût apperçu le plus petit
nuage , lorfque tout à coup l'on apprit
qu'ils étaient féparés , & que la femme venait
d'être renvoyée à fa mere , au fond
d'une Province , dans ce vieux Château
folitaire de Livernon , que la veuve habitait.
Cette nouvelle , qui tomba comme une
bombe au milieu du monde , donna keu
à mille conjectures ; mais en fe combat- /
A 4
MERCURE
J
tant , elles fe détruifaient ; & l'on ne favait
plus ce qu'on devait penfer de ce terrible
événement. Hortenfe , naturellement´
douce & bonne , s'était fait pardonner fa
beauté , fon bonheur ; & ni la malice des
femmes , ni la légéreté des hommes n'ofait
lui croire un tort férieux & réel. Suppofé
même qu'elle en eût eu quelqu'un par accident
, un mari qui lui - même avait enfin
repris le ton de la galanterie , & qu'on
voyait dans les cou'iffes protéger de jeures
talens , n'était peut être pas au deffus du
reproche. Il aurait dû , en hommie fage
diffimuler ce qui pouvait fort bien n'être
qu'une légéreté. Et le moyen de vivre enfemble
, fi mutuellement on ne fe paffait
rien ? Après tout , cette jeune femme avait
été parfaitement décente , & fi bien que
perfonne , avant cette aventure , n'avait
furpris en elle rien qui pût donner lieu au
plus léger foupçon. C'était un mérite affez
rare que celui de garder ainfi les bienféan--
ces ; & une fi bonne conduite méritait des
égards & des ménagemens. Sur-tout l'éclat
d'une repture , & le brufque renvoi d'une
femme à fa mere était impardonnable dans
un homme bien né. Mais ce qui rendait
le mari plus odieux encore , c'était la dureté
qu'il avait , difait-on , de refufer aux
larmes de fa femme la confolation d'emreuer
avec elle fa fille unique dans fon
exil : auffi , dès ce moment , fut- il regardé
FRANÇAIS. ༡
dans le monde comme un homme fans
ame , comme un être dénaturé.
Pour lui , folitaire & fanvage , après
l'emportement qui lui avait fait divulguer
fon malheurs is inquiétait peu de ce qu'en
pouvait dire & penfer de lui dans ce monde
où il n'était plus , & dont il ne voulait
plus être. Un foin plus cruel l'occupait :
C'était de détacher fon coeur de cette femme
G long- temps chérie.
L'infidélité dont elle était punie n'avait
que trop le caractere, d'une évidence irréfiftible;
& le comble de la faibleffe aurait
été de chercher une excufe où il ne pouvait
y en avoir Eh ! comment douteraisje
qu'elle fûr coupable , difait - il , après
l'avoir moi - même furprife dans les bras
d'un autre , dans les bras d'un ami perfide,
qur ne venait chez moi , qui ne me prodiguait
tant de fons , tant de complaifances
que pour m'affaffiner ? Le traître ! il
eft parti , fa fuite l'a dérobé à ma vengeance
; & fans un autre éclat plus humi-)
liant pour moi encore , je ne ptis courir
après lui . C'eft lui qui , avec cet art flatteur
& déteftable où il excelle , aura féduit
la malheureuse qui l'écoutait peut - être innocemment
, & qui , fans voir le piége
s'y laiffait attirer. Quel fléau que ces hommes
féduifans & pervers , qui vont fe
jouant de l'honneur & du repos d'une famille
! Ah ! c'est l'oifiveté,, la vanité des
AS
MERCURE
femmes , leur coquetterie imprudente , leur
crédulité infenfée , leur inconftance qui les
perd . Mais nous qui , tous tant que nous
fommes , paffons notre jeuneffe à inventer
des artifices pour abufer leur innocence &
triompher de leur faibleffe , avec quelle
rigueur nous les en puniflons , fi elles viennent
à fuccomber Moi , par exemple ,
moi , qui me fuis fait auffi un triomphe de
leur défaite , combien je le détefte aujour
d'hui dans un autre , ce crime dont à peine
je daignais m'accufer ; & de quel châtiment
cruel je punis une femme faible , & bien
moins coupable que moi ! Non , je ne la
hais point ; & après l'avoir adorée , je
l'aime encore affez pour la plaindre & pour
la pleurer. Mais par un mouvement involontaire
, irréfiftible , je me fens repouffé
loin d'elle . Il ferait impoffible à mon coeur
d'approcher du fien. Je n'ai jamais manqué
à la foi que je lui ai jurée ; elle feule a
trahi fes fermens ; elle m'a trompé . J'aurais
beau l'adorer , je ne la verrai plus ce
ferait pour moi un fupplice : je croirais la
revoir encore dans les bras d'un rival aimé :
cette image eft ineffaçable , elle me pourfuivra
toujours.
Alors , fe rappelant fes trompeufes careffes
, & le langage tendre qu'elle lui avait
tenu tant de fois , en préfence même du
perfide Onval qu'elle aimait : Non , non
s'écriait-il , jamais le fouvenir de tant de
ر
#
FRANÇAIS.
Ii
perfidie ne fortira de ma penfée ; & l'image
de mon rival eft comme un fpectre horrible
qui fe préfentera fans cefle entre elle
& moi. Elle me demande fa fille ! ....
Non , ma fille n'eft plus la fienne. Elle
perdu le droit de l'avoir auprès d'elle. Ma
fille n'ira point apprendre à flatter , à tromper
, à trahir un crédule époux .
a
Etrange cruauté de l'amour-propre dans
le coeur des hommes ! Mais plus ils font
honnêtes & fenfibles , plus ils feront inexorables
dans ce trifte reffentiment.
Malheureux à l'excès , Vervanne fut neuf
ans folitaire & inacceffible. Sa fille , élevée
avec foin dans un Couvent , eut cependant
la liberté d'écrire quelquefois à fa mere ;
mais fous les yeux de Madame l'Abbelle .
La Marquife , dans fes réponfes , ne lui
exprimait que vaguement le regret d'être
élignée d'elle ; mais le coeur maternel s'y
foulageait du moins par mille effufions de
tendrelle & d'amour ; & parmi les fages
confeils dont fes lettres étaient remplies
la piété filiale , le refpect pour un pere,
l'abandon à fes volontés étaient fans ceffe
1ecommandés comme les devoirs les plus
faints.
Vervanne , à qui fa fille communiquait
les lettres de fa mere , les lifait en filence ,
les lui rendair de même. Mais lorfqu'il
était foul , livré à fes réflexions ; Ciel !
difait-il en gémilfant , que de qualités efti
A 6
1 2 MERCURE
mables un moment de faibleffe & d'erreur
a déshonorées ! Quel forids d'honnêteté &
de vertu , peut- être , un fol amour a dés
gradé !
Hortenfe , dans fes lettres , parlait peu
d'elle - même , & rarement de fa fanté.
Cependant comme Sydonie lui en demandait
inftamment des nouvelles , elle n'avait
pu lai cacher qu'elle fe fentait affaiblie.
C'était plutôt lui dimuler que lui dire le
dépériffement où elle était tombée, & aux
yeux de fa propre mere , elle s'abftenait de
s'en plaindre ; mais comment le lui déguifer
?
La bonne Mad. de Livernon s'apperçut
du progrès du mal , & voulut y apporter
remede. Ah ! ma mere , lui dit fa fille , le
femede , ou plutôt le foulagement dont
j'aurais befoin , ce ferait de voir mon enfant.
Trois jours après , Vervanne reçut
de Mad. de Livernon une lettre écrite en
ces mots :
Je ne puis plus vous cacher , Mon-
" fieur , que la fanté de ma fille eft férieufement
affectée. Elle demande Sydonie ;
» elle défire ardemment de la voir. Dans
» l'état où elle eft réduire , vous n'aurez
» pas la cruauté de lui envier cette confo-
" lation. Bientôt peut - être , hélas ! vous
» laiffera- t- elle à vous-même d'inutiles &
longs regrets ; car votre coeur eft bon
93 ›
FRANÇAIS. 13
& finira par être jufte. Epargnez - vous
» du moins le remords déchirant d'avoir
refufé à une mere la douceur d'embraffer'
» fa fille & de lui dire adieu , avant de ...
» Je ne puis tracer ce mot funefte. Je fuis
mere , & je touche au moment de ne'
» l'être plus . Accordez- nous , Monfieur
» cette derniere grace je vous la demande
» à genoux , au nom de la Nature. Dans
» un mois , Sydonie fera de retour auprès
de vous ".
Le coeur du malheureux Vervanne fut
navré de douleur à la lecture de cette lettre .
Il n'y a donc , difait i , il n'y a donc que
la mort qui puiffe cxpier à mes yeux la
faute d'un être fragile ! Il a fallu pour l'en
punir , la lafer neuf ans dans l'exil , fe
confu.mer , s'éteindre ; & dans ce moment
méme où elle eft peut-être expirante , je ne
vais pas lui dire que tout eft pardonné !
Oui , tout left dans mon coeur , je donnerais
mon fang pour prolonger fa vie . Mais
pour elle , comme pour moi , quelle entrevue
, & quel fupplice ! Irais - je l'accabler
de mon filence humiliant Irais - je ,
dans un coeur férri par le chagrin , rechercher
quelques fentimens, non pas d'amour,,
car le nom feul nous en et à jamais funelle
, mais d'une bienveillance généreufe
& fincere ? Ah ! fi l'amitié fimple , l'amitié
dont l'eftime eft la plus pure effence , pouB4
MERCURE
A
vait nous réunir , j'irais tomber à fes genoux.
Mais l'homme qu'on ne peut regarder
fans rougir , la femme dont il faut fans
ceffe s'efforcer d'oublier la honte , peuventiks
jamais être amis ? Non , par pitié pour
elle , je ne dois plus la voir. Mais du moins
ne lui refufons pas une dernière confolation.
L'amour même outragé , n'a pas le
droit d'outrager la Nature. Dès le lendemain
, Sydonie , accompagnée d'une femme
fidelle & fage , partit pour Livernon .
Ah 1 de quelle amertume fut mêlée , en
voyant fa mere , la joie de cette aimable
enfant ! Elle fe fouvenait de l'avoir vue
dans tout l'éclat de fa beauré ; elle eut peine
à la reconnaître. Au lieu de ces roles fi
fraîches qui femblaient autrefois éclore fur
fon teint , un rouge ardent perçait à travers
la pâleur de fes joues exténuées ; & ce feu
d'une fievre lente dont fon fein était confamé
, pétillait dans fes youx. cavés par la
douleur. Mais eût- elle été plus changée , fes
larmes , fon émotion , le treffaillement de
fon fein , fes cris de joie en voyant fa fille,
Jui auraient annoncé une mere. Une mere
feule , en effet , peut reffentir , peut exprimer
ces mouvemens inimitables : tout n'eft
qu'in différence au prix de fa rendrelle, tout
eft froid au prix de fon coeur. Dès qu'elle
put tenir ferrée entre fes bras fa chere Sy-.
donie , tous fes maux furent oubliés.
Ses nuits étaient cruelles ; une haleine
1
FRANÇAIS. 157
feche & brûlante n'échappait de fon fein
que par convulfions , & en le déchirant.
Mais lorfque le jour ramenait fon enfant
auprès d'elle , la Nature femblait fufpendre
fes fouffrances ; & fa fille croyait la voir
fortir d'un pailible fommeil. Près d'un mois
fe paffa dans les effufions de leur tendrelle
mutuelle , dans la douce intimité des
entretiens les plus touchans. La vertu refpirait
dans les confeils & les leçons qu'Hor-.
tenfe y donnait à fa fille ; mais dans cess
entretiens , où à chaque inftant le pere était
nommé , l'époux ne l'était prefque pas ; &
jamais il ne fut l'objet d'une plainte échappée
à celle qu'il faifait mourir de douleur.
Enfin , malgré l'illufion que cette tendre
mere s'efforçait de faire à la fille , déjà fe
fentant épuilée , & croyant n'avoir plus que
peu de jours à vivre , elle fe réfolur à l'éloigner;
foit pour lui épargner la douleur de
recevoir les derniers foupirs , foit pour fe
rendre à elle - même le moment de quitter
la vie, moins cruel & moins déchirant.
Allez , ma fille , lui dit - elle , allez retrouver
votre pere. Vous pafferez l'hiver
auprès de lui ; & au printemps , fi je vis
encore, vous obtiendrez de lui qu'il veuille
bien permettre que vous reveniez près de
moi. Dites-lui bien des chofes tendres au
nom de votre mere , qui l'a toujours aimé,
qui l'aimera toujours. Alors mêlant fes lar
mès à celles que fa chere enfant répandair
161 MERCURE
dans fon fein , elle lui fit préfent d'une
Caffette dont elle lui remit la clef ; mais:
elle lui recommanda de ne l'ouvrir que
lorfqu'elle ne ferait plus , & en exigea le
ferment. Sydonie, en pleurant fur les mains
de fa mere , prononça le ferment qu'elle lui
demandait , & partit le coeur déchiré.
7
Vervanne attendait le retour de fa fille
avec une pénible impatience. Quel tourment
, difait-il , que d'exercer les rigueurs
d'une haine que l'on ne reffent pas , & que
d'être cruel avec un coeur fenfible ! Ah !
fi pour lui rendre la vie & la fanté , il ne
fallait qu'étouffer moi-même dans fes bras:
tous mes reffentimens ; fi elle avait le courage
de le vouloir & de le denmander ; l'amour
jaloux , l'amour offenfé , l'honneur
même , l'impitoyable honneur aurait beaut
vouloir m'arrêter ; j'irais revoir , j'irais guérit
& fauver cette infortunée.
Ces mouvemens fi naturels à un bon
coeur , & cependant fi rares , redoublerent
de force , lorfque fa fille , après leurs em- !
braffemens mutuels , lui dit dans quel état
elle laiffait fa mere , & lui répéta les mots
tendres qu'elle l'avait chargée de lui dire
en fon nom. Ah ! mon pere , ajouta Sydonie
en pleurant , comment eft - il poffible
qu'une femme auffi vertueufe , qu'une
femme qui vous adore , qui n'a jamais ceffé
de vous aimer , qui ne parle de vous qu'avec
l'eftime la plus profonde , qui mille
FRANÇAIS. 17
fois n'a dit que mon premier devoir était
de révérer mon pere , de l'aimer , de le
rendre heureux ; comment eft - il poffible
qu'elle languiffe & meure loin de vous ?
Vous m'avez dès long-temps impofé filence
fur cet éloignement incompréhenfible pour
moi ; & j'ai refpecté la défenfe d'en vouloir
pénétrer la caufe ; mais .... Son pere
à ces mots l'arrêta. Ma fille , lui dit-il avec
émotion , il eft des fecrets de famille qu'il
faut ignorer à votre âge . Votre mere ne
vous a pas témoigné le défit de me revoir ,
n'eft-il pas vrai - Non pas expreflément ..
-Eh bien ! croyez qu'entre deux époux
qui confervent l'un envers l'autre tant d'eftime
& de bienveillance , il doit y avoir ,
pour vivre éloignés fi long temps , quelque
motif que leurs enfans doivent s'abstenir
de connaître .
Sydonie , en baiffant les yeux , fe tint
dans le filence que fon pere lui commandait
; mais lorfqu'elle fut feule , fon coeur
fe foulagea pár fes foupirs & par fes larmes
; & toutes les fois qu'elle était livrée
à elle-même , elle ne ceffait de gémir.
La femme qui l'avait accompagnée dans
fon voyage , l'avait vue arrofant de pleurs
la Caffette qu'elle tenait foigneufement fur
fes genoux. Elle obferva que le même objet
P'occupait dans fa folitude , & que , fans
ouvrir la Caffette , elle y tenait fes yeux
triftement attachés , ou la baifait avec un
78 MERCURE
1
1
faint refpect , toujours en la baignant de
pleurs.
Cette femme inquiette & de la caufe &
de l'effet de cette affliction continuelle
crut qu'il était de fon devoir d'en inftruire
le pere ; & lui fit furprendre fa fille dans
un moment où d'un ceil attendri regardant
la Caffette , elle difait ces mots : Je ne
faurai donc fon fecret que lorfqu'elle ne
fera plus !
--
Ma fille , lui dit le Marquis, quel eft donc
ce petit tréfor dont la vue vous caufe tant
d'émotion & de trifteffe ? Ce tréfor ! Oui,
mon pere , répondit - elle , oui , c'en eft um
pour moi. Mais il m'eft inconnu ; & je de
mande au Ciel qu'il ne me foir jamais permis
de le connaître. J'ai promis à ma mere
de n'ouvrir cette boîte qu'après ..... Elle
n'acheva point , les pleurs lui étoufferent
la voix. En avez- vous la clef , lui demanda
Vervanne ? Oui , mon pere , je l'ai ; mais
je n'abuferai jamais de la confiance de ma
mere. -A votre âge , ma fille , on eft bien
curieufe. Oh ! non , mon pere , on ne
l'eft pas jufqu'à l'impiété ; & j'ofe répondre
de moi. Vous en ferez plus sûre encore
, lui dit-il , en laiffant cette Caffette
dans mes mains. La clef reftera dans les
vôtres. Sydonie obéit & céda , mais avec
cette répugnance que l'on éprouve en fe
féparant de ce que l'on a de plus cher.
-
-
Dans toute autre fituation , un auf
FRANÇAIS. 14
honnête homme que le Marquis fe fût fait
un devoir de tenir pour inviolable le fecret.
d'une mere confié à fa fille , fur la foi du
ferment qu'il refterait fcellé jufqu'à fa
mort. Mais quelle force irréfiftible ne devait
pas avoir pour lui la tentation de favoir
ce qu'enfermait cette Caffette ? Bien
affuré que ce ne pouvait être qu'une efpece
de Teftament & de confidence derniere
, quel intérêt n'avait - il pas de voir
comment l'ame d'Hortenfe allait fe dévoiler
aux yeux de fon enfant , & quelles vérités
elle n'avait voulu lui révéler que du fond
du tombeau Lui - même , quels regrets
n'aurait-il pas un jour d'avoir tardé à s'en
inftruire il ne lui était pas poflible de
croire fa femme innocente ; mais il lui ferait
doux encore de la trouver moins criminelle;
& quoique la douleur d'avoir été
injufte dût être pour lui déchirante , il n'eût
rien défiré plus vivement que d'avoir à s'en
accufer. Il héfita long-temps , il combattit ,
il s'efforça de vaincre cette coupable envie,
repouffant vingt fois la Caffette , & . voulant
fe réfoudre à la rendre à fa fille. Mais
par un dernier mouvement , fa main , malgré
lui décidée , brifa la fragile ferrure ; &
dès-lors il lui fut impoffible de ne pas lire
Fécrit , tracé de la main d'Hortenfe , que
la Caffette renfermait.
Par M. MARMONTEL.
( La fin au 1er Mercure de Décembre. )
ไว MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
LE mot de la Charade eft Cornue ; celui
de l'Enigme eft Infouciance; & celui du Logogriphe
eft Soie , où l'on trouve Oie.
CHARADE.
MON dernier , tout plein de raifon
Armé de fon expérience ,
Aux jeunes gens pleins de feu , d'imprudence ,
Aime à donner une douce leçon .
Il dit à l'un , quand mon premier l'appelle ,
De modérer fa dangereufe ardeur.
1
Si mon entier , trop féducteur ,
Enfiamme l'autre , il lui rappelle
Les maux qui , bien fouvent , fuivent les paffions.
Jeuneffe , hélas ! trop imprudente ,
Mon premier vous entraîne , & mon cutier vous
tente ;
Et, pour votre malheur , vous traitez de chanfons
De mon dernier les utiles leçons .
( Par M. Ch. M. d. v. )
FRANÇAIS.
21
ÉN I G M E.
TourOURS tendre & toujours fidelle, OUJOURS
Le lieu qui m'a vu naître , auffi ne voit mourir
Pour aider ma fa bleffe , un ami plein de zele
Me préfente un appui prêt à me foutenir.
Lorfque le printemps vient de naître ,
La faifon des Amours me fait verfer des pleurs ;
Mais bientôt , pour plaire à mon maître ,
7
;
Avec p: ofufion je me pare de fleurs ;
Trop fufceptible & trop rendre peut - être ,
Je fouffre des moindres froideurs ;
Bientôt , après les plus vives ardeurs ,
J'enfante , & mes Amans , dans une heureufe
ivreffe ,
En mon honneur font maints couplers ,
Chantent ma gloire & mes bienfaits.
Ainfi fe paffe ma jeuneffe ;
Mais quand j'arrive à la vicilleffe ,
Plus d'amours & plus de fleurs ;
On néglige toujours une antique Maîtreffe ;
Mais moi l'on me condamne à bien plus de détreffe
,
Et je craindrais de dire à mes Lecteurs
A quel excès fur moi l'on perte les rigueurs.
Par le même. )
22 MERCURE
LOGO GRIPHE.
PRENDS garde à moi fi je régis la Terre ;
Prends garde à moi fi je te touche au corps :
Dans ces deux cas , mon eeffet ordinaire
Eft de te ruiner malgré tous tes efforts.
Sous mon troifieme fens, je connais bien du monde
Qui dit auffi que j'ai le même effet ;
Mais de ces gens la vanité profonde ,
Seule eft la caufe de ce trait ;
Car , de fang-froid , voyons ce que j'ai fait :
J'ai renverfé d'orgueilleufes chimeres ;
A chacun j'ai rendu fes véritables droits ;
J'ai culbuté les pouvoirs arbitraires ,
Et fait regner à leur place les Loix.
Vois-tu dans tout cela le fujet d'un reproche ?
Mais arrêtons , le terme approche
Où la difpute finira ,
Où j'efpere qu'en paix chacun m'obéira ,
Et qu'à me foutenir tout Français fera ferme.
Veux-tu voir dans mon fein tout ce que je renferme?
Prend mes fix pieds , tu trouveras dans peu
Un initrument de jeu ;
Une conjonction ; une Inle très- fameufe ;
Plus une note ; un morceau très -friand ;
Ce que fait à toute heure un homme complaifant.
Mais c'eft affez , Lecteur , tou ame curieuſe ,
Sans de plus longs détails , me faifit & m'entend .
( Par le même, )
( La fuite de l'Article fur les Confeffions
de J. J. Rouffeau au N.fuivant. )
FRANÇAIS. 23
ANNONCES ET NOTICES.
VOYAGE A LA MER DU SUD , entrepris par
ordre de S. M. Britannique , pour introduire aux
Irdes Occidentales l'Arbre à pain & d'autres
Plantes utiles ; par le Lieutenant G. Bligh ; avec
une Relation de la tévolte à bord de fon vaiffeau.
Traduit de l'Angli , par F. Soulès. 1 Vol.
in- 8 °. A Paris , chez Garnery , Libr . rue Serpente
; Buiffon , Lib. rue Haute-feuille , No. 20 ;
Defenne , au Palais - Royal. ,
ESPRIT DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE ,
ou Décrets conftitutionnels ; fuivis d'une Explication
raifonnée : Ouvrage deftiné à l'inftruction
publique ; par Maurice Lévêque . A Paris ,
chez Belin , Lib . rue St-Jacques , No. 26 ; &
Defenne , Lib. au Palais- Royal , No. 1 .
MA RÉPUBLIQUE ( Auteur Platon ) , 12 Volum.
in-18 ; par l'Auteur de la Philofophie de la Nature.
Cet Ouvrage eft complet depuis la publication
des cinq de: niers Volumes. Il eft déjà traduir
en trois Langues. Il fe trouve à Paris , chez Girod
& Teffier, Libr. rue de la Harpe , No. 162 ; chez
Louis , rue St-Severin ; & chez Belin , rue Saint-
Jacques . Prix , 18 liv . Les cinq derniers Volumes
fe vendent féparément 7 liv. to f.
CATECHISME DE LA DÉCLARATION DES
DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN , par J.
B. Bouchefeiche , Profeffeur & Mattre de Pon
fion en l'Univerfité de Paris. Prix , 10 fois , rel.
en parchemin. A Paris , chez Brocas , Libr. nue
Saint-Jacques.
24
MERCURE
FRANÇAIS.
L
GEOGRAPHIE:
ON trouve à Paris , chez Defnos , Ing-Géog.
& Libr. du Roi de Danemarck , rue St-Jacques ,
No. 254 , la nouvelle MAPPEMONDE Célefte ,
Terreftre, Hiftorique & Ccfc graphique, où font
tracés tous les voyages du célebre Captaine Cook,
& des autres Navigateurs qui ont fait avec lui
le tour du Monde ; Ouvrage curieux & intéreffant
, enrichi de tous les Portraits des Savans qui
ont fait les grandes découvertes , en fix feuilles
enluminées , fe vend 8 livres. L'Europe , l'Afie ,
l'Afrique & l'Amérique , la France par Départemens,
le Plan & environs de Paris, parcille grandeur
, & de même prix.
Les fix nouvelles Cartes en une feuille , cu Tableau
général & raifonné du Globe Terreftre
de l'Europe , de l'Afie , de l'Afrique & de l'Amérique
, comprenant dans l'ordre le plus naturel ,
les principaux Etats qui compofent chacune des
parties du Monde , leurs divifions par Provinces ,
les villes les plus diftinguées par leur rang , leur
commerce , leur population , avec des Notes auffi
curieufes qu'intéreflantes , gravées en marge de
chaque Carte , pour en faciliter l'étude ; par M.
Biron , Géographe , fe vendent chacune 2 liv.
TABL E.
LA
Bofcule.
La Caffette.
Charade , En. Log.
6 Annonces & Notices.
10
23
MERCURE
N
FRANÇAIS.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ .
SAMEDI 10 NOVEMBRE 1792 ,
L'AN 1. DE LA RÉPUBLIQUE.
PIECES FUGITIVES.
SUR LA LIGUE DES TYRANS
CONTRE NOTRE LIBERTÉ.
Que des Defpotes fanguinaires
UE
Se réuniffent contre nous ,
Nous ne craignons ni leur courroux.
Ni leurs cohortes mercenaires.
Automates obéiffans ,
O vous , Soldats de l'Esclavage ,
Qui combattez pour des Tyrans ,
Votre aveugle & fervile rage
Réfiftera-t-elle à l'effort.
Des Défenfeurs de la Patrie ,
No. 45. 10 Nov. 1 , 92. B
1
26.
MERCURE
Qui , pleins d'une fainte furie ,
Veulent la victoire ou la mort !
Guerriers nouveaux & formidables ,
Sans effroi marchez aux combats :
Vous y trouverez des Soldats
Par leur tactique redoutables :
Le Chef qui guide leur fureur ,
A conjuré notre ruine ;
Il compte fur leur diſcipline ;
Nous comptons fur notre valeur.
Allez , allez , jeuneffe ardente ,
Combattre aux yeux de l'Univers
Et fi vous avez des revers >
Que votre courage en augmente.
Un Efclave enrégimenté
Ne connaît l'honneur ni la gloire ;
Le Soldat de la Liberté
Marche toujours à la victoire.
Liberté , fiere Liberté ,
Et toi divine Egalité ,
Objets du culte de la France ,
Ne fouffrez pas que vos Autels
Rougiffent du fang des Mortels
Dévoués à votre défenſe .
Montrez -vous .... De vos traits puiffans
Frappez cette horde barbare ,
Et que les fers qu'on nous prépare
Enchaînent tous nos vils Tyrans.
FRANÇAIS. 2,
Et vous , ufurpateurs habiles ,
Qui vous croyez plus que des Dieux ,
Vous qui de vos pieds dédaigneux
Foulez les Peuples : imbécilles :
râliffez , Tyrans , pâliffez ;
Ils fe levent déſabufés , 1
Ceux qui rampaient devant vos Trônes :
Ces Peuples que vous méprifez ,
Ils fc levent ... & vos Couronnes
Vont tomber à leurs pieds.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Corfage ; celui
de l'Enigme eft Vigne ; & celui du Logogriphe
eft Décret , où l'on trouve Dá , Et,
Crete ( Ile ) , Ré , Crête ( de coq ) , Cede.
CHARA d´e.
SANS qu'on puiffe en être le maître
Mon premier fe fourre par- tout ,
Dans les habits , le bois, dans votre corps peut-être,
Dans la terre , le blé , dans la viande fur- tout.
Prefqu'auff dangereux , quand la faim´le tracaſe,
A peu de ces objets mon dernier ferait grace,
Le Juif, pour ne pas fe fouiller ,
Nemange pas de mon entier .
Par M. Huré , Maître de Pofte de
Pont-fur-Yonge.
28 MERCURE
ÉNIGME.
DANS un pré toujours vert fouvent je me
promene ;
A droite , à gauche , & je vais , & je viens;
: Et l'Etre à qui j'appartiens
Au gré de ſes défirs , me mene & me ramene.
Blanche & vermeille tour à tour ;
Je fuis douce & toujours unie ;
On dit même de moi que je fuis faite au tour 3
Enfin tout Amateur me trouve fort jolie .
Mon grand plaifir
Eft de courir
Leftement après mes compagnes ;
Mais quelquefois on me met dans les fers ;
Et quoique mon pays foit toujours fans montagnes,
Sous mes pas cependant des gouffres ſont ouverts.
( Par M. Ch. M. d. v. )
JE
Lo • GRIP KE
E fers & l'Hymen & l'Amour ,
Mais je fers auffi la Vengeance ;.
La Difcorde me porte , & j'accrois fa puiffance ;
Je n'ofe enfin jamais me montrer au grand jour :
Entier , telle eſt mon exiftence .
Si de mon chef on vient me dépouiller ,
Alors je ne fuis plus entier.
( Par le même. )
FRANÇAIS.
29
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M. GINGUENÉ. A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des Auguftins , Nº. 19. ..
QUI
TROISIEME EXTRAIT.
UI croirait que Rouffeau lui - même
avait démenti d'avance toutes les chimeres
que je viens de repouffer ; & s'en était
moqué hautement ? La preuve en eſt dans
ce paffage des Lettres de la Montagne , publiées
en 1765.
»
"
»
32
"
Lorfque j'arrivai dans ce pays , on eût
dit que tout le Royaume était à mes
trouffes. On brûle mes Livres à Genêve ;
c'eft pour complaire à la France. On m'y
décrete ; la France le veut ainsi. L'on me
» fait chaffer du Canton de Berne ; c'eft
» la France qui l'a demandé . L'on me
pourfuit jufques dans ces montagnes ;
» l'on m'en eût pu chaffer , c'eût encore
» été la France. Forcé par mille outrages,
j'écris une lettre (1 ) apologétique . Pour
- 99
( 1) La Lettre à l'Archevêque de Paris.
fi
"
B 3
MERCURE
»
22
33
ود
39
ور
le coup , tout était perdu . J'étais entouré,
furveillé . La France envoyait des
efpions pour me guetter , des foldats
» pour m'enlever , des brigands pour m'al-
» Caffiner. Il était même imprudent de
fortir de ma maifon . Tous les dangers
» me venaient toujours de la France , du
Parlement, du Clergé, de la Cour même ;
» on ne vit de la vie un pauvre barbouil-
» leur de papier devenir , pour fon malheur
, un homme aufli important . En-
» nuyé de tant de bitifes ( ) , je vais.cn
France. Je connaiffais les Français , &
j'étais malheureux .. On m'accueille , on
me carelle , je reçois mille honnêtetés ,
& il ne tient qu'à moi d'en resevoir da-
" vantage. Je retourne tranquillement chez
» moi. L'on tombe des nues ; on n'en re-
و د
1.
"
» vient pas , on blame mon etouruerie ;
» mais on ceffe de me menacer de la France.
On a raifon : fi jamais des affaflins dai-
" gnent terminer mes fouffrances , ce n'eft
» sûrement pas de ce pays -là qu'ils vien- "
» dront ་ ་
Jamais il n'a dit plus vrai : c'eſt qu'en
effet les véritables ennemis , fes véritables
oppreffeurs étaient à Genève & en Suiffe :
les diffentions politiques , les haines civiles
(1 ) De tant de bétifes ! Vous l'entendez , Meffeurs
les rêveurs , qui les avez répétées. Le voyage
dont il parle eft celui qu'il fit à Toutarlier
FRANCA IS. ず
ne pardonnent pas. Ces mêmes Lettres de
la Montagne en rallumerent la fureur , &
la porterent au dernier excès ; elles ne tendaient
à rien moins qu'à renverser l'Ariftocratie
Génevcife , dont le Canton de
Berne était protecteur & garant. La querelle
de Rouffeau était devenue celle des
Citoyens qui réclamaient, avec raifon , cons,
tre un jugement arbitraite & illégal , attentatoire
à leurs droits. Rouffeau , avant
de mettre au jour fen Ouvrage , avait fait
un petit voyage à Thonon en Savoie , ou
il s'était abouché avec les Chefs des Repréfentáns
. Dès -lors la guerre était dé larée
, & une guerre implacable . Aufli le
Sénat de Besne pouffa la barbarie juſqu'à
chaffer Rovffeau de la petite Ile de Saint-
Pierre , où il s'était retiré dans la plus
-complete folitude. C'eft alors qu'il prit le
parti de rentrer en France , & de venir
tout uniment jefques dans la Capitale . I
ne pouvait mieux faire : il y reçut un accueil
éclatant ; ce font fes expreffions : elles
font juftes. Le Prince de Conti le logea aur
Temple , où tout Paris alla le voir. C'eft
à préfent que je demande s'il eft poffible
de croire que le Duc de Choifeul fût fon
ennemi perfonnel , & qu'il ait fongé à
tourmenter, dans un coin de la Suiff , celui
qu'il laila fi tranquille à Paris. Il était
tout - puiffant à cette époque de
n'avait qu'à dire un mot au Rei ,
14
1761 ; il
ou mere
B. 4
32 MERCURE
tre en avant le Parlement , & il eût forcé
Jean-Jacques à garder ſon ban & à quitter
la France : il ne le fit point. Le Parlement,
tout defpotique qu'il était , ce Corps fi
jaloux de fon autorité , vit paifiblement un
Banni recevoir dans la Capitale le plus
honorable accueil. Dans la fuite , lorfqu'à
fon retour d'Angleterre , Rouffeau féjourna
dans différentes Provinces , lorfqu'enfin il
vint , en 1770 , fe fixer à Paris pour n'en
plus fortir , ce même Miniftre qui était
encore en place , ce même Parlement , ne
troublerent en rien la tranquillité de Rouffeau
. Pourquoi cette tolérance , dont l'exemple
était peut - être unique , à l'égard d'un
homme fi fameux , & qu'on n'avait point
eue pour l'autre Rouffeau , qui finit fes
jours à Bruxelles : Eft - il affez démontré,
non feulement qu'on n'en voulait point à
Jean -Jacques , mais même que toutes les
Puiffances de ce pays- ci ne le voyaient pas
de mauvais ceil ? Il s'était déclaré contre
Jes Philofophes que le Miniftere n'aimait
pas , & que les Prêtres déteftaient. Ils finirent
par ne voir en lui que l'ennemi de
leurs ennemis. Ceux- ci furent fous le glaive
de la perfécution jufqu'à la mort de Louis
XV , c'eft-à-dire jufqu'en 1774 ; ils étaient
loin d'avoir le moindre crédit , la moindre
faveur, Comment donc auraient- ils pu intriguer
, manoeuvrer pour lui nuire , eux qui
avaient affez à fonger à leur propre sûreté ?
FRANÇAIS. 33
J'avais promis de prendre mes preuves dans
des faits publics & dans les Ecrits mêmes
de Rouffeau : ai-je tenu parole ?
-
M. Ginguené croit pouvoir tirer de fortes
inductions contre le Miniftre Choifeul &
contre Voltaire , d'une lettre de ce dernier ,
où il s'exprime ainfi à propos de l'offre
qu'avait faite Jean Jacques de foufcrire
pour la Statue que les Gens de Lettres
voulaient ériger à leurs frais à l'Auteur de
Zaïre. " J'ai peur que les Gens de Lettres
» de Paris ne veuillent point admettre d'E-
» tranger. Ceci eft une galanterie toute
Françaife. Ceux qui l'ont imaginée font
» tous ou Artiftes , ou Amateurs . M. le
" Duc de Choifeul eft à la tête , & trouverait
peut-être mauvais que l'article de
la Gazette ( celui où l'on parlait de la
" foufcription de Rouffeau ) fe trouvât
>>
vrai
T
3
Là deffus M. Ginguené nous dit avec
la gravité d'un profond Politique : » J'en
fuis fâché pour la mémoire de M. de
» Choifeul; mais ce peu de mots contient
» une révélation immenfe «.
33,
Jen fuis faché , moi , pour la grande ſagacité
de M. Ginguené ; mais ce peu de
mots qu'il joint à fa citation , prouve feulement
, comme tout le refte , qu'il eft poffédé
de la manie de ceux qui fe piquent
de voir beaucoup où il n'y a rien à voir.
ne peut vouloir dire autre chofe avec fa
I!
B s
34
MERCURE
•
révélation immenfe , fi ce n'eft que cette
lettre révele l'influence immenfe de Voltaire
& du Duc de Choifeul dans tout le mal.
qu'on avait fait à Rouffeau . Je viens de
prouver le contraire , non pas par des ret
vélations de cette nature, mais par des faits.
Quant au paffage de lá lettre , tout ce qu'il
révele , c'eft une petiteffe de Voltaire , qui
était fâché que Rouffeau fe fir honneur ,
par un procédé noble , en foufcrivant pour
la Statue de fon ennemi , & qui fe fervait
, un peu légérement , du nom du Minire
régnant pour faire naître des craintes
& des fcrupules. Ce petit artifice ne réuffit
nullement auprès des Gens de Lettres , qui ,
en honorant le génie de Voltaire , ne partageaient
point fes paflions , non plus que
M. de Choifeul lui même . Il ne fe formahfa
nullement de voir le ném de Rouffeau
à côté du fien : il avait trop d'esprit pour
donner dans ce travers . I es Gens de Lettres,
conime on peut le voir dans les Lettres de
d'Alambert , n'approuverent point les répupuances
s Voltaire, & reçurent avec reconmuce
la foufcription de Rouffear . Je ne
me pique pas d'être fi fubtil que M. Ginguene
; mais j'oppofe toujours des Tits à
fes révélations : c'eſt au Lecteur judicieux à
choir cntre ces deux genres d'autorités .
Ce n'eft pas tout : je veux aller au devant
des objections les plus futiles , même de
celles dont celui qui les fait, uniquement
FRANCAIS 3'5.
pour avoir quelque chofe à dire , fait d'avance
la folution . Il pourra donc objecter
que le paffage fi péremptoire des Lettres de
la Montagne ne prouve que cette confiance
erédule que Rouffeau fe reproche en plufieurs
endroits de les Confeffions ; & il eft:
vrai qu'en les revoyant dans fes dernieres
années , il démentit quelquefois , dans les
Notes des derniers Livres , ce qu'il avait
avancé dans les premiers , & cela fous pré
rexte qu'il avait été long - temps dans la
bonne for fur bien des chofes , & qu'il n'y
était plus. A cela , je réponds que cette
objection retombe de tout fon poids fur
celui qui la fera : d'abord il en résulte ,
avant tout , une extrême difficulté d'ajouter
beaucoup de foi à un homme qui , dans
Ouvrage même où il prétend névéler toutes:
les vérités , accule dans un endroit & juf
rifie dans un autre , & ne donnant jamais
pour motif de crédibilité que fa manierede
voir , en change cependant d'un Livre
à l'autre. Il faut aimer à croire pour croire
aveuglément un homme qui écrie ainfi
Enfuite je ferai remarquer que Rouffeau
qui , en revoyant tous les Ouvrages dont :
il préparait une édition générale , infirmait
dans fes Notes les témoignages de fon
texte , felon l'humeur dont il était , n'a
pourtant contredit en aucune maniere ce
paffage fi décifif, où il renvoie bien lou
ceux qui voulaient , à toute forse , que la
•
وم
B 6.
36 MERCURE
France , c'eft à- dire affurément Voltaire ,
& le Duc de Choifeul , & les Philofophes,
fuffent pour quelque chofe dans le mal
qu'on lui a fait. L'autorité du paffage refte
donc toute entiere , & , comme on l'a vu ,
te n'eft pas , à beaucoup près , la feule.
Venons maintenant au détail de fes démêlés
particuliers , & après avoir montré
qu'ils n'ont influé en rien fur fes difgraces
& fur les orages de fa vie , voyons ce qu'ils
étaient en eux-mêmes commençons par
Voltaire. M. Ginguené affure qu'il a fait
cette même recherche avec une attention fuivie
, avec une fcrupuleufe impartialité. Je
fuis perfuadé que telle était fon intention :
je vais faire voir qu'il ne l'a pas bien remplie
, qu'il a ignoré des faits effentiels , &
qu'il en a préfenté d'autres très- défavorablement.
Le premier tort qu'il reproche à Voltaire
tombe fur ce qu'il appelle une correfpondance
, & ce qui confifte en deux ou trois
lettres écrites de loin en loin , & pour le
Public. Il y trouve un ton lefte & ironique.
Cela ne peut s'appliquer , avec quelque vraifemblance
, qu'aux premieres lignes d'une
lettre imprimée à la fuite de l'Orphelin de
la Chine , en réponse à l'envoi que lui avait
fait Jean-Jacques de fon Difcours fur l'inégalité
des conditions. Les voici, » J'ai lulu ,
2)
Monfieur , votre nouveau Livre contre
le genre humain . Vous plairez aux hom-
1
FRANÇA I S. 37
mes à qui vous dites leurs vérités , &
» vous ne les corrigerez pas. Il prend envie
» de marcher à quatre pattes en lifant votre
» Livre; jamais on n'a employé tant d'ef
" prit à nous rendre bêtes , & c. "
Ce n'eft point - là de l'ironie ; c'eft de la
plaifanterie fort douce & fort délicate , affaifonnée
de louanges flatteufes. Il ne faut
pas oublier que Jean-Jacques n'était alors
connu que par le Difcours dont je viens
de parler, & par celui qui avait été fon
coup d'effai , contre les Arts & les Sciences .
Il ferait dur de prétendre que Voltaire dûr
approuver les fophifmes de ce dernier , ni
les paradoxes totalement abfurdes mêlés
dans l'autre avec des vérités morales dont
le fond était connu , mais revêtu d'une
éloquence mâle & entraînante. Voltaire ne
pouvait gueres louer dans ces Ouvrages que
l'efprit & le talent de l'Auteur : c'eft ce
qu'il fait , & fans nulle ironie ; mais en
adouciffant par un ton de plaifanterie les
reproches qu'il pouvait faire à l'Auteur fur
le réfultat des idées générales qui certainement
ne devait pas convaincre un efprit
auffi jufte que celui de Voltaire. A l'égard
du ton lefte , je ne fais trop ce que l'Auteur
a voulu dire ; ce n'eft pas , fans doute,
l'affectation de la fupériorité , il n'y en a,
aucune trace dans la lettre . Après les
lignes que j'ai citées , tout le refte eft fort
férieux , & du ton de l'eftime & de la con38
MERCURE
hance : c'en était déjà un témoignage que
de lui adreffer , à la fuite d'une Tragédie
qui avait eu beaucoup de fuccès , une lettre
publique , dans laquelle il retrace les dé
fagrémens attachés à la culture des Let
tres , & les injuftices qu'il avait lui- même
effuyées . Jamais Voltaire n'avait imprimé .
de ces fortes de lettres que pour des gens
dignes de confidération. M. Ginguené aurait-
il voulu que le ton de Voltaire , pout
n'être pas lefte , allt jufqu'à la vénération ?
En ce cas , je le prie de fe fouvenir de ce
qu'était alors Voltaire , & que Rouffeau
n'était encore comu dans les Lettres que
par des paradoxes éloquens .
Le fecond reproche et de , n'avoir rés
pondu que par un billet à une lettre particuliere
qui ne fut publique que long - temps
après , & qui était un traité de Philofophie
en faveur de la Providence , à l'occa
fion du Poëme fur le défaftre de Lisbonne..
Il est vraiment fingulier qu'on prétende faire
un devoir à un homme de Lettres de ré
pondre en forme à une differtation philo
fophique fur des matieres très- délicates ,
quand cela ne lui convient pas, Il avait
apparemment les raifons pour n'en rien
faire ; perfonne n'avait le droit de lui en
demander compte, & l'on n'eft tenu de philofopher
qu'autant qu'on le veut. Je fais
que ce plaifant grief eft répété d'après
Reuffeau , & à peu près dans les mêmes.
FRANÇAIS. 39
termes ; mais , en vérité , pour y revenir
férieufement , il faut avoir fait ferment de
répéter la déraifon , quand elle eft de
Rouffeau.
Voltaire , par ce billet , pror. ttait une
réponſe , & Rouffeau prétend que cette
réponte fut le Roman de Cand.de. Cela fe
peur. Vous verrez quee Voltaire aura encore
offenfé Rouffeau en failant un Ouvrage
auffi gai & auffi original que Candide.
Ce n'est pas que je pense que ce Roman
prouve rien en Philofophie ; au contraire ,
mon opinion penche pour l'optimisme de.
Pope , qui fut auffi pendant long - temps
l'opinion de Voltaire. Il lui plut d'en changer
dans fa vieilleffe ; mais comme toutes
les opinions fur l'origine du mal , & für
toure caufe premiere , ne peuvent jamais
être que des hypothefes , chacun eft le
maître d'adopter celle qui lui plaît , & je
ne vois encore là ancan tort de Voltaire.
M. Gingrené revier encore dans fes
Nores , & avec indignation , fur ce billet
de Voltaire qu'il trouve infignifiant & lefte
( toujours du lefte ) ; infign.fiant , il devait
l'être , puifque Voltaire ne voulait pas répondre.
Mais M.. Ginguené foutient fort
& ferme qu'il y était obligé , attendu qu'il
répondait ordinairement aux lettres du premier
venu. Il ne plaît pas à M. Ginguené
de faire une petite réflexion qui eft pourtone
affez ſimple ; c'eſt qu'on peut , fans.
40 MERCURE
•
peine & fans inconvénient , répondre par
quelques phrafes infignifiantes à d'infignifiantes
politelles , & qu'il n'en eft pas
tout- à - fait de même d'une queftion telle
que celle de l'origine du mal. Quand on
voit à ce fujet la violente humeur de M.
Ginguené , on ferait tenté d'en avoir un
peu foi -même , fi l'on ne fongeait que le
fanatifme , quand il ne s'exhale que fur de
pareils objets , n'eft heureufement que rifible
.
Autre fujet de plaintes ; c'eft que tous
les raifonnemens de Jean-Jacques font tra-.
veftis dans la bouche de Pangloff. J'aurais
cru que c'étaient ceux de Pope qui étaient
un peu plus anciens , & l'on n'en faurait
employer d'autres ; ce qui n'empêche pas
que Voltaire , qui réfutait Pope après l'avoir
fuivi , ne fût un de fes plus grands admirateurs.
I
Il eft vrai que l'Auteur des Lettres a
raifon d'attacher fort peu d'importance à ce
que Voltaire , & après lui M. de Condorcet
, regardaient comme des offres de fervices
, quoique ce ne får en effet qu'une
fimple politeffe , je veux dire l'invitation
faite à Rouffeau de venir paffer quelque
temps dans les poffeffions de Voltaire. Il
eft fort indifférent qu'il y ait là- deffus erreur
de date , vu que l'offre elle- même eft
très- indifférente . Mais en eft - il de même
de la lettre écrite à Voltaire en 1760 , &
FRANÇAIS. 41
qui alluma des reffentimens fi vifs & fi
durables ? Je commence par déclarer que
je fuis loin d'en tirer la juftification , ni
même l'excufe des vengeances qui furent
la fuite de ces reffentimens : on va vor
dans un moment ce que je penfe à ce sujet,
& je m'en étais déjà expliqué ailleurs ; mais
il s'agit ici de cette lettre qui fut inconteftablement
le premier acte d'hoſtilité &
du jugement incompréhenfible qu'en porte
M. Ginguené. Voici les termes de cette
lettre tels qu'ils font dans la copie imprimée
par Rouffeau lai - même : M. Ginguené
a jugé à propos , je ne fais pourquoi
, de tronquer ce paffage très - remarquable
: je le tranfcrirai en entier.
"
.S0
" Je ne vous aime point , Monfieur.
» Vous m'avez fait les maux qui pouvaient
m'être les plus fenfibles , à moi votre
Difciple & votre enthoufiafte. Vous avez
perdu Genève , pour le prix de l'afile que
» vous y avez reçu . Vous avez aliéné de
" moi mes concitoyens , pour le prix des
applaudiffemens que je vous ai prodi-
" gués parmi eux. C'eft vous qui me rendez
» le féjour de mon pays infupportable: c'eft
vous qui me ferez mourir en terre étrangere
, privé de toutes les confolations des
» mourans, & jeté pour tout honneur dans
» une voirie , tandis que tous les honneurs
qu'un homme peut attendre , vous ac-
» compagneront dans mon pays. Je vous
99
42
MERCURE
» hais enfin , puifque vous l'avez voulu. De
» tous les fentimens dent mon coeur était
22
pénétré pour vous , il n'y refte que l'ad-
» miration qu'on ne peut refufer à votre
» beau génie , & l'amour de vos Ecrits.
Si je ne puis honorer en vous que vos ta
tens , ce n'eft pas ma faute. Je ne man
querai jamais au refpe&t qui leur eſt dû ,
» ni au procédé que ce reſpect exige «.
و د
C'eft dans une pareille ler re que M. Gin
guené ne trouve qu'une franchise que cons
damne peut-être la cautelaufe & froide poli
teffe , mais digne d'une ame au deffus de la
trempe vulgaire. Il ajoute ( & il faut fe pofféder
pour le tranfcrire ) , " qu'y a- t- il donc
d'outrageant dans une haine fi noble ? Ne
dirait- on pas que par une délic teffe raf
finée Rouffeau n'avoue qu'il hair que
pour donner un nouveau prix à fon admiration
& à fes éloges « ?
22
"
Je ne crois pas ( car affurément c'eft ici
le cas de cette franchife qui ne peut être
condamnée que par la cauteleafe & froide
politeffe ) ; je ne crois pas qu'on ait jamais
rien écrit de plus ridicule , ni qu'on ait
extravagué avec plus de gravité & de prề-
tention. M. Ginguené demande ce qu'il
a là d'outrageant ? Er moi je demande à
qu'conque a le fens commun i cette
phrafe , je ne puis honorer en vous que vos
valens , ne dit pas en termes très - nobles`,
mais très- clairs & très-formels , qu'on: fé-
ر
FRANÇAI S.
pare les talens de la perfonne , & qu'on ne
reconnaît point dans celle - ci les qualités
morales dont tout honnête homme doit
être jaloux ? Je demande fi ce n'est pas là
un mortel outrage , s'il exifte un Homme
de Lettres , à moins qu'il ne fût abfolument
fans ame , qui ne fait mortellement bleflé
de cette maniere de l'honorer ? & cette maniere
eft une délicateffe raffinée ! Ah ! fanatifme
, fanatifine , jufqu'où tu peux conduire
un homme d'efprit , quand tu as
exalté fa tête , & qu'il a réfolu de faire
des phrafes Comment trouvez- vous cette
délicateffe Monfieur , je vous regarde
» comme un méchant homme , comme un
corrupteur des moeurs publiques ; je méprife
votre caractere , & je hals votre.
perfonne ; mais tout cela n'eft qu'un tour
adroit & ingénieux , un raffinement délicat
pour donner plus de prix à l'admi
» ration quej'ai pour vos talens«? Ce compliment
, qui eft exactement celui dont M.
Ginguené fait fi bon gré à Rouffeau , n'eft-
ע
il
13
pas dans le goût des gentileffes que débire
Arlequin à Scapin , quand il ſe moque
de lui ? Oui , affurément , & après.
s'être un peu faché , il faut finir par en
rire.
Maintenant que l'ourage eft bien conftaté
, il faudrait , pour y trouver une franchife
noble , pouvoir le motiver ; il faudrait:
pouvoir dire : Rouffeau avait le droit de
!
44
MERCURE
parler ainfi. Mais il n'y a pas moyen ; il
n'y a ici de la part de Voltaire aucune provocation
quelconque ; cette violente apoftrophe
eft brufquement détachée , fans à
propos & fans prétexte , dans une lettre
qui n'avait pour objet qu'une explication
parfaitement indifférente. Il n'existe point
de griefs antérieurs qui puiffent la juſtifier.
Ceux que M. Ginguené alléguait tout à
l'heure , font nuls : je l'ai démontré ; ceux
que Rouffeau lui - même articule dans fa
lettre font gratuitement avancés , & fans le
moindre fondement . Vous avez perdu Ge
nêve. Comment ! quoi ! parce que Voltaise
fait jouer fes Tragédies dans fa maiſon des
Délices & dans fon château de Tournay
Geneve eft perdue ! Quoi ! Voltaire n'eft
pas le maître de faire repréſenter fes Pieces
chez lui par les amis , fans paffor
ur pour
Héau d'une République ! Et l'on confatrera
cet oubli de toute juftice , de toute bienféance
, de tout bon fens , parce qu'il eft
de Rouffeau ! Encore fi Voltaire eût fait
jouer les Pieces dans Genêve , il y aurait
un prétexte , au moins dans les principes
de Rouffeau ; mais il n'y eut de Théâtre
à Genève que fix ans après , & Voltaire
s'embarraffait fort peu qu'il y en eût ; car
jamais il ne mettait le pied à Genêve , &
jamais il n'y vit repréfenter fes Pieces ; &
pour trancher le fond même de la queſtion
par le fait, ce Théâtre qui n'y fubfifta que
97.66
FRANÇAIS. 45
très- peu de temps , quel mal a-t-il fait ?
Certes , la vertu la plus précieufe dans une
République , c'eft l'amour de la Liberté ;
& bien loin que les repréfentations données
chez Voltaire , & celles mêmes données
à Genêve & à Carouge , aient affaibli
l'efprit Républicain , c'eft depuis cette
époque que commença le grand combat de
la Liberté contre Ariftocratie , combat
qui n'a pas ceffé un moment , & qui a
fini
par la victoire. Je n'en conclus pas qu'il
faille attribuer cette victoire & ce combat
l'établiſſement d'un Théâtre ; car je ne
fais ni déclamateur , ni fanatique , mais
j'en conclus qu'au moins le Théâtre . n'y a
pas nui , car je fuis conféquent.
( Lafuite au Mercurefuivant. )
SPECTACLES.
-
On a remarqué fouvent que des fujets trèsintéreffans
en récit , perdaient en Scène une
grande partie de leur mérite. Les moyens de
Auteur Dramatique font très différens de
ceux du Conteur. Celui - ci , pour préfenter
avec intérêt des faits fimples & uniformes
n'a befoin que de les revêtir de formes gracieufes
& piquantes ; il peut paffer rapidement
fur ce qui touche le moins , & ne s'arrêter
que fur les tableaux qui plaifent à l'efprit. Au
Théâtre où l'on voit tout , il faut du mou*
45 MERCUREvement
& de la variété . Il ne fuffit pas que
des tableaux foient agréables , il faut encore
qu'ils foient attachans , & n'y rien montrer
qui puifle choquer la vérité ni les convenances
dramatiques. On ne parle pas aux yeux comme
à la feule imagination .
Ces obfervations peuvent s'appliquer anParia
& à la Chaumiere Indienne , deux petites Pieces
que l'on donne au Théâtre de la rue Feydeau ,
lefquelles n'en font qu'une , & qui ne font
divifées que parce qu'il y a un intervalle de
trois ans entre la premiere & la feconde. Tout
le monde connaît le Roman de Bernardin-
Saint-Pierre , d'où elles font tirées . Un Paria ,
c'eft -à-dire un Indien de la fie du Peuple , d'une
Cafte odieufe aux nobles enfans de Brama
devient amoureux d'une jeune veuve , qu'un
préjugé barbare engage à fe brûler fur le tombeau
de fon époux, Il parvient à la rendre
fenfible ', & l'emmene dans fes forêts. Tel eft
le fujet de la premiere Piece. Dans la feconde ,
la jeune Bramine a époufé le Paria . Ils ont
un enfant , & font heureux. Des Brames , à
la tête defquels eft le Prêtre qui voulait brûlor
la veuve , font furpris dans la forêt par
un violent crage. Le Paria leur offre un afile ;
mais l'horreur qu'ils ont pour un homine de cette
Cafte les empêche de l'accepter . Un Anglais, qui
Jes accompagne , & qui voyage pour trouver le
bonheur & la vérité, fe montre moins fcrupuleux.
I caufe avec les jeunes époux , eft touché de
la fimplicité de leurs roeurs , & paraît convaincu
qu'ils poffedent le bonheur qu'il cherche
fi vainement . Cependant l'orage redouble ,
les Brames mourant de froid & de peur , furmontent
leur répugnance , & entrent daps la
FRANÇAIS.. 47
Chaumiere. Le Grand-Prêtre reconnaît fon an-
Cienne victime , & veut l'enlever pour prix
de l'hofpitalité qu'il en reçoit . L'Anglais s'y
oppofe , & deminde qu'il pardonne au Paria ,
fi celui - ci lui prouve qu'il poffede le bonheur.
La difcuffion s'engage, & le Brame, qui s'avoue
vaincu affez facilement , embraffe cès heureux
époux , & fe réconcilie avec la Cafte de la
Nature.
Nous n'ajouterons aucune réflexion à cet
expofé Nous dirons feulement que les difcufions
philofophiques ne peuvent abfolument
s'allier avec de petits fajets au Théâtre , Li
même dans les Livres ; car comme les raifonnemens
n'y auraient être approfondis , tous
les argumens font de fimples affertions . Tels
font , en effet, ceux du Paiia ; quand le Brame
lui dit qu'il eft riche , qu'il eft confidéré , qu'il
jouit des honneurs , &c. fon adverfaire fe conterte
de répondre : Ah ! qu'il eft loin du bonheur.
Il n'y a là de quoi convaincre perfonne , &
en effet , il était difficile de perfuader en un feul
mot à un Prêtre riche , & jouffint de toutes
les commodités de la vie , que le bonheur confifte
à être pauvre , à avoir une femme & un
enfant , au milieu d'un défert.
Mais fi l'on peut reprocher à cet Ouvrage
quelques fautes contre l'Art dramatique , on
ne peut contefter à l'Auteur une foule de details
pleins d'efprit , de grace & de fentiment.
y a même beaucoup de mots très - piguans
qui ne font pas encore fentis , & qui ne feront
' ajouter à fon fuccès. La Piece eft de Dumouft
ez , déjà connu avantagepfement fur ce
Théâtre & fur plufieurs autres . La Muſique eft
de Gavaux , à qui on doit déjà celle des Deux
48 MERCURE
FRANÇAIS
.
Suiffes. Son talent s'eft encore plus développé
dans cet Ouvrage , où l'on trouve plus d'énergie
, & même plus d'efprit & d'entente de
Scène , avec des chants également gracieux. H
y joue & chante d'une maniere très-agréable
rôle du Paria ; Madame Scio celui de l'Indienne
tous les autres rôles font auffi fort
bien exécutés.
ANNONCES ET NOTICES .
ECONOMIE RURALE ET CIVILE , ou Moyens
les plus économiques d'adminiftrer & faire valoir
les Biens de campagne & de ville ; de conduire
des affaires litigieufes ; de régler fa maifon , fa
dépenfe , fes achats & ventes ; d'exécuter ou
faire exécuter les ouvrages des Arts & Métiers
de l'ufage le plus ordinaire ; de conferver & rétablic
fa fanté & celle des animaux domestiques ,
&c. &c. avec des Avis fur les préjugés , erreurs
fraudes , artifices , falfifications des Ouvriers ou
Marchands. Tome IV . de la 3me . Partie , qui
comprend l'Exploitation des terres & Economie
des champs. Ce Volume forme le VI . de la Collection
; par M. de Lalaure , l'un des Coopéra-
Beurs du Cours complet d'Agriculture de M. Rozier.
Le prix de chaque Volume , avec Fig. eft
de 4 liv. io f. broc. & s liv . franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imprim-Libr. rue
Haute-feuille , Nº. 20.
TABLE.
SUR la Ligue , &c. 25 Spectacles .
Charade, Eniz. Log .
Lettres , 3e. BK.
27 Annonces & Notices.
20
Jer. 135.
た
MERCURE
FRANÇAIS.
M
L'BERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI 17 NOVEMBRE 1792 ,
L'AN 1º . DE LA RÉPUBLIQUE.)
59 ro no
PIECES FUGITIVES.
LES
LE
SERMONS
CONTE.
n
J O
E jeune Ormon brûlait pour Iſabelle YST
Et , dit l'Hiftoire en était bien require] [
A fes défirs la trouvant trop rebelle ,pr! noM
De la dompter le projet eft conçuslarar
Et le Roman n'eft qu'à peine tiffu
Qu'il veut déjà conclure avec la Belle,
Il eut bien tort ; reſter ſur le défir
Voir la pudeur combattre la tendreffe
Ces doux oublis que l'on pourrait faifir
Les refpecter dans la jeune Maîtreſſe
Je m'y connais , c'eft- là le vrai plaifir.
Mais en amour comme aux
N°. 46. 17 Nov. 1792.
V &
aux champs de la gloire ,
C
MERCURE
Qui dit Français dit un enfant gâté.
Notre étourdi , moins tendre qu'emporté
Ne veut que vaincre , & bruſquant la victoire ,
Dans fon Amante éveille la fiertés
Il échoua , le trop de confiance
Prefque toujours nuit à la volupté.
Trifte , confus , voyant fon imprudence ,
tard excufer fon ardeur :
ILveut trop
Qué peut-il dire , hélas ! pour fa défenſe ?
Par un fuccès on cal ne la pudeur ;
Mais un échec fut toujours une offenfe.
Pleurs de couler ; pleurs & foupirs perdus
Dans fon boudoir auffi - tôr on s'enferme ;
Sans être ouverts les billets font rendus ;
Un mois , deux même , Ifabelle tient ferme,
Un foir enfin , le malheureux Ofmon ,
Par un des gens eft inftruit qu'ifabelle
Le lendemain doit fe rendre au Sermon.
Mon hamme y court , fe gliffe à côté d'elle ;
Tremble , palpite , & prefque au défefpoirs
De ce qu'on femble ignoret fa préfence ;
Mais on l'a vu , car on craint de le voir,
Or , Meffieurs ; chut ! norre Orateur commence
Vous ne ferez jamais de bons Chrétiens
Si votre coeur ne pardonne l'offenfe ;
» Chapitre trois , Saint Paul aux Corinthiens
A ce début la Belle eft route oreille .
Pául a raifon , il penfait à merveille 3
FRANÇAIS.
R
Perdre à la fois fon Amant & le Ciel ,
C'eft annoncer par trop de mal-adreffe ;
Et pour montrer qu'on a l'ame fans fiel ,
On fixe Ormon d'un oeil plein de tendreffe
Au premier Point » On peut mourir demain ; .
Dans le tombeau faut-il porter fa haine ? ,
Ah ! pour s'aimer , Dieu, fit le fit le genre humain «
La Belle alors que fon bon coeur entraîne
Se reprochane fa conduite hautaine ,
Regarde Ormon & lui ferre la main.
Au fecond Point , redoublant d'éloquence z
» Il eſt encore un plus facré devoir ;
Rendez le bien en place de l'offenſe ;
C
A ce prix feul , Dieu vous laiffe un eſpoir «,
C
La Belle alors révoquant la défenſe :
» Mon cher Ormon , je vous attends ce foir «,
(Par C. J. B. L*** . Rochemont. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier...
Le mot de la Charade eft Verrat ; celui
de l'Enigme eft Bille de billard ; & celui du
Logogriphe eſt Flambeau , où l'on trouve
Lambeau.
C 2
MERCURE
10 al A &
CHARADE. A Mad. de V
si abans ob aka. Jos mb rom..0 azil 10
VOTRE Coeur eft bien 'mon premier ';
Votre efprit eft bica mon dernier
Et chez vous mille appas font deffous mon entier.
( Par M. CH . M. du
ENIGME. A ma Femme.
J
LORSQUE tu réfléchis à ma vile origine
Ton ait annonce le dégoût ,
$
v.
Et cependant je fuis néceſſaire par -tout ; ' d w
Je te fers à toi-même , & fous ta main badine ,
Je deviens un modele & d'efprit & de goût,
*
Mais de ma fragile exiftence
Comment te peindre en un moment
Et les plaifirs & les tourmens ?
L'un m'écrafe & me preſſe , un autrę: au
lance sb st
I
ciel me
1
On me pique , on me coud , contre un mur on me
pend
.. pend ; 1
On me noircit fans pitié , fans relâche , flor
Et cependantjamais je ne me fache.
Au bout de tant de maux je trouve le trépas
Le feu , les eaux , ou bien quelque autre uſage ,
BRANG ALF.
Que par relpect je ne nommerai pas ,
Me font périr à la fleur de mon age .
It cependant un moment VDOй
Ou mon fort eft digne de plaire ,
C'eft quand je fuis offert par un Amant §
Alors fa Belley, avec myftere ,
Me place dans un lieu charmant
* Et cet afife tutelaite
to
T
234Á
De tous les indifcrets me fauve & ine défend .
Par le même. ).
د ع
AUPRES de moi Lucas vient , & s'apprête
-A me faire un laicinarum
18 249
Bu
avance la main
-
-
(
JUDY IN (2799llis in Al in sen
Ervoit couler for fang , pourtant rien ne l'arrêtes
Erlovfqu'il m'a tavi mon plus bel ornement
-inTv Le traître y cn m'enlevant ina tête , tam
Trouve en moi dequpi faire un ouvrage charmant
aldépofe la conquête ; 300 , L 9th
Pas pva préfenter le tout bien galamment
38 3
Afd Maftrèfle pour la fête 14 sonic-low
Am up stormi ini sup
svima & smis enigm
sta tang sisviv ,
: thout erat ntor
c
og
Par le même.
so 叉
matulog sind
9. ) Colesie V ok
9174 -Juvnoq bup
C 1
$4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M, GINGUENÉ. A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des Auguftins , Nº . 19.
V
QUATRIEME EXTRAIT.
OUS avez aliéné de moi mes Concitoyens
(dit J. J. à Voltaire ).-Où eft la preuve? On
eft obligé d'en donner quand on accufe, &
l'on y eft d'autant plus obligé que l'accufation
eft plus grave. Vous n'alléguez aucune
preuve ni là ni ailleurs , ni vous ni votre apo-
;" :
logifte , vous ne citez pas un fait je Tuis
en droit de dire que vous calomniez. Mamtenant
allons plus loin voyons les Ivraifemblances.
Qu'on me perde pas de vue
la date de cette lettre elle eft de 1760 .
Qu'avait fait jufques - là Jean - Jacques à
Voltaire ? Pourquoi celui - ci aurait - il été
fon ennemi ? Que lui importait que Rouffeau
fût plus ou moins aimé à Genève
où lui , Voltaire , ne , vivait pas ? On ne
hait point , on ne nuit point fans motif :
quel pouvait être celurde Voltaire ? Que
pouvait- il gagner à détruire Rouffeau dans
PRANÇAIS.
l'efprit des Génevcis ? En quoi Rouffeau
était-il ou pouvait-il être fur fon chemin ?
M. Ginguenéaffirme que Voltaire ne lui
pardonnait pas fa Lettre fur les Spectacles ;
mais c'est encore une affertion purement
gratuite , comme tant d'autres . Et qu'im
portait à Voltaire que Rouffeau eût répété,
fur les Spectacles , en ftyle plus éloquent ,
ce qu'avaient dit avant lui tous les Rhéteurs
de la Chaire ? Quoi ! c'eſt pour cela
que Voltaire fe ferait occupé à perdre Rouffeau
dans Genêve , où Rouffeau ne vivait
pas & où Voltaire n'entrait jamais ! Que de
folies ! v
ช
Mais Voltaire était peut être jaloux.
-Prenez garde je vous le répere , m'oubliez
pas la date . Rouffeau n'avait encore
fait que deux Difcours & le Devin de Village.
Il avait déjà de la réputations i
en méritait ; mais en bonne foi , en avaitil
affez alors pour faire , ombrage à Voltaire
Peut - on le fuppofer raisonnablement
? J'affirme , moi , que Voltaire n'était
point alors & ne pouvait pas être jaloux
de Rouffeau , & voici pourquoi je ſuis en
droit de l'affirmer ; c'est que j'affirme en
même temps qu'il fug jaloux & très-jaloux
du prodigieux fucces de l'Héloïfe , qui parur
bientôt après. Oui, il le fut , je l'ai vus
Les Ecrits , fes Lettres le prouvent , j'en ai
même d'autres preuves qu'il eft fuperflu
d'expliquer. On peut voir par cet aveu fi
4
C 4
16 MERCURE
!
&
je cherche à juftifier l'un en accufant l'au
tre. Non , je parle à charge & à décharge ;
je montre la vérité par-tout où je la vois .
Geft cette vérité feule qui importe au Pu
blic ; & que font d'ailleurs les noms de
Voltaire & de Rouffeau , quand l'un &
Pautre n'exiftent plus que pour notre inf
Iructiona
Veut on favoir quel eft celui qui était
alors jaloux , celui qui feul pouvait l'être a
Rouffeau , Rouffeau lui-même. J'en trouve
la preuve dans cette même lettre & dans
d'autres endroits de fes Ecrits. Et de quel
autre fentiment pouvait venir la virulente
amertume des expreflions de cette lettre ?
Examinez bien tout ce paffage fi violemment
injurieux , & vous y verrez un coeur
ulcéré , fecóuant , comme malgré lui , un
fardeau intérieur & pénible qu'il ne peut
plus renfermer ni foutenir ; & puifqu'il ne
pouvait y avoir ( je le répete affirmative
ment aucun mécontentement perfonnel ,
d'où pouvait venir cette ulcération de coeur
fi vive & fi profonde ? Comment compren+
dre que l'on adre fe en face à un homme
des boutades fi dures & fi injurieufes ? Je
dis en face ; car un homme tel que Rouf
feaut n'a dû écrire de loin que ce qu'il au
rait dit en préfence . Dira -t-on que c'erait
la vivacité des alarmes civiques, occafionnées
par la crainte des effets contagieux du
Théâtre ? Mais quand 'd'Alembert avait
+ J
FRANCAIS.
propofé formellement d'en établir un dans
Genève , quand Rouffeau crut devoir faire
un Ouvrage expres pour le réfuter , lui
parla- t- il du même ton qu'à Voltaire : Voyez
avec que's ménagemens recherchés , quelle
circonfpect on delicate , quelle expreffion
'd
Continuelle de la plus
haute
combattre
eftime la
perfonne , it le croit obligé de combattre
Ecrivain ! Ce Républicain' , fl' apre & h
b
farouche , était donc capable , quand il lè
voulait , de cette politeffe que M. Ginguenė
nomme cauteleufe , il croyait donc pouvoit
Tallier avec cette franchife dont il failait
profeffion. Allons , M. Ginguené , tirezvous
, fi vous le pouvez , de cette contra
diction manifefte dans vos principes & dans
vos éloges . Si Jean - Jacques, a été fi poli
envers d'Alembert, qui voulait mettre l'abomination
de la défolation dans Genêve ,
il a donc été cauteleux , il a donc pu re
noncer à fa noble franchife. En ce cas ,
pourquoi cette franchife le reffaifit - elle &
devient elle une dureté infultante envers
Voltaire & dans la même cauſe ? Je le redis
avec un véritable chagrin ; car on eft tou
jours faché de trouver les grands Hommes
en faute : c'eft qu'il était jaloux . Cette accufation
ne peut fe fonder que fur les inductions
morales , que l'on peut tirer des
actions & des Ecrits : vous allez voir combien
ces inductions font plaufibles , & comme
tout s'explique naturellement, en prenant la
jaloufie pour principe.
-
T
MERCURE
Rappelez - vous le voyage que fit Jeans
Jacques à Geneve après le grand fuccès du
Devin de Village & la Dédicace du Difcours
fur l'inégalité fon abjuration du Catholi
cifme & fon retour à la Religion réformée
le projet & le défir qu'il eut alors de le
fixer dans fa Patrie; fongez combien il était
naturel que Rouffeau , qui n'y avait été
connu long-temps que comme un aventurier
obfcur , aimât à y reparaître avec cette
nouvelle exiftence d'un Ecrivain célebre
applaudi à la Cour de France , & d'un
Philofophe eftimé dans l'Europe. Ce délir
eft bien dans le coeur de l'homme : c'eft aux
yeux des fiens qu'on eft flatté de jouir des
avantages qu'on a fu fe procurer ailleurs :
l'expérience le prouve tous les jours . Cherchez
dans les lettres & les Ecrits de Rouffeau
ce qui l'empêcha d'exécuter ce projet.
Il vous dira lui- même que ce fur Voltaire,
que ce fut le fejour & l'établiffement de
Voltaire dans le territoire & dans le voilnage
de Genêve ; il vous dira qu'il prévit
dès lors que Vokaire bouleverserait cette
petite République , & que cette idée affligeante
le détermina , lui Jean- Jacques , à
s'éloigner de fa Patrie. Voilà ce qu'il dit ;
mais voyons ce qu'il faut croire,
-
"
Obſervez d'abord en pallant ( car il y a
de quoi s'arrêter fur tour ) que ce ne fut
point du tout Voltaire qui bouleverfa Genêve
ce fut Rouffeau lui - même ; & ce
FRANC AI S. $59
n'eft pas un reproche que je lui fais , tant
s'en faut , je fuis loin de partager là - deffus
l'injuftice des reproches qu'on lui a faits .
Je fais que ce fut l'injufte Décret contre
l'Emile , & les victorieufes Lettres de la
Montagne qui réveillerent l'efprit de liberté,
& apres bien des débats , la firent enfin
triompher dans Genêve. C'eft à mes yeux
un des premiers titres de gloire, de Rouffeau
, puifque la Poftérité dira de lui qu'il
fut un des plus puiffans promoteurs de la
Liberté & dans fa Patrie natale & dans la
Patrie adoptive.
Mais peut-on férieufement le perfuader
qu'en 1784 & 1755 , époques des divers
érabliffemens de Voltaire près de Genêve
& du voyage qu'y fit Jean-Jacques ; celuici
fût véritablement fi effrayé du mal que
Voltaire pouvait faire en répandant aut our
de lui le goût du Théâtre ? Et croira t-on
que ces feuls motifs aient eu affez de
force pour l'arracher à fon projet chéri &
à l'amour de fon pays : Avouons que
rien
n'eft moins vraisemblable ; mais ce qui l'eft
un peu plus , c'eft qu'il fut frappé de l'éclat
que jetait néceffairement un homme.
tel que Voltaire par-tout où il fe fixait , de
l'enthoufiafme qu'il excita d'abord dans un
pays où
on n'eft pas en général fort accueillant
, & où tour le monde allait
devant de lui. Rouffeau avait déjà de la
renommée , il en goûtait les premieres dou
•
au
C 6
60
MERCURE
ceurs. Voyez dans fes Ecrits combien de
fois il fait reffortir le contrafte de ce qu'il
avait été & de ce qu'il était devenu, comme
1
fe plaît à rappeler fes humiliations qui
étaient celles de la fortune , oppofées à les
fuccès & à fes honneurs , qui étaient ceux
de fon génie. Perfonne ne fentait mieux
que lui tout ce qu'il pouvait acquérir encore
, & jufqu'où il pouvait aller , ou plutôt
, à cette époque , lui feul pouvait le
fentir . Mais alors la fupériorité de Voltaire
Séclipfait tout , & l'on conçoit fort bien que
Rouffeau n'ait pu fupporter l'idée d'en être
accablé dans fon propre pays. Les concurrences
de l'amour- propre font fi naturelles.
à l'homme M. Ginguené croirait - il par
hafard que Rouffeau en fût exempt ? Ce
ferait être un peu loin de la vérité , &
Texamen de fes Ouvrages , & furtout de
fes Confeffions , fait fous ce rapport , donnerait
de bien frappantes luniieres : il trouvera
fa place ailleurs ; je n'ai befoin ici que
d'un feul trait il eft frappant. Rouſſeau
dit quelque part : » Croit-on que Voltaire:
" eut été fi bien accueilli à Genève , fi je
n'y euffe pas eu tant d'ennemis « ? Souvenez
-vous de la diftance qu'il y avait encore
entre ces deux hommes , quand Voltaire
vint demeurer en Suiffe , & quand Rouffeau
fit un voyage à Genève , fongez qu'alors
Jean-Jacques , de fon ayeu , n'y avait
point d'ennemis connus , & y fut très- bien
FRANÇA I 5.
reçu , qu'il n'en eut point & n'en pouvait
avoir jufqu'à la publication du Contrat
Socialen 1760 ; fongez que Volaire avait
reçu par-tout un accueil auth extraordinaire
que lui-même & jugez fi un homme qui
fe perfuade que c'eft en raifon de la jaloufie
qu'il infpire à fes compatriotes , qu'ils ont
rendu tant d'honneurs à un Voltaire , eft
exempt des petites illufions de la vanité.
Jugez fi ce n'eft pas par une de ces illufions
fi faciles & fi ordinaires qu'il met fur le
compte d'un patriotime fort mal entenda
& d'un reffentiment fondé fur des torts
imaginaires , une averfion qu'il avait tout
maturellement pour la fupériorité , qu'il ne
pouvait fouffrir même en fociété : car la
vérité m'entraîne , & j'anticipe fur ce que
je voulais dire ailleurs ; mais heureufement
tout le tient , & toutes mes obfervations
viennent à l'appui l'une de l'autre . Oui
cette efpece de mifanthropie , cet éloigne
ment de la fociété , cet amour de la folitude:
qu'il cherchait, & où pourtant il était mal,
à quoi tout cela tient - il ? Eh ! lui - même
vous l'a dit , fi l'on eût voulu y faire at
tention. Il vous a répété cent fois que cet
homme fi éloquent la plume à la main ,
n'était rien dans la converfation , qu'il étais
C
ون
nul dans la fociété, timide , embarratais
gauche,
qu'il ne pouvait rien dire , qu'il y perdait
toutes fes facultés , &c. Tant d'autres qui
ne le valaient pas , y étaient brillans ! Eh
P
62 MERCURE
༣.
bien , c'eft ce qu'on ne peut foutenir quand
on a beaucoup d'amour-propre , & Rouffeau
en avait un prodigieux. De - là deux
défauts qui en dérivent , & qui , portés au
plus haut degré,firent le malheur de fes jours
& aliénerent enfin fa raifon ; ce font la fufceptibilité
& la défiance. Voilà fon hiftoire :
je la mettrai ailleurs dans le plus grand jour ;
elle en vaut la peine : c'eft une étude trèsmorale
que l'analyſe d'un être tel que Rouffeau
, faite fans nulle partialité , & nous
ne l'avons pas encore. Mais je reviens à
Voltaire, & me hâte d'aller au devant d'une
objection que j'entends d'ici .
Quoi ! Rouffeau fut jaloux de lui ! &
a-t- il jamais effayé de rabaiffer fes grands
talens ? a -t-il jamais. paru les méconnaître ?
eft-il quelqu'un qui leur ait rendu un hommage
plus complet , plus éclatant ?
Oh ! là - deffus vous avez toute raiſon.
C'est ici que Rouffeau reprend tout l'avantage.
Si vous êtes jufte , vous devez m'accorder
que fa lettre à Voltaire fût un premier
tor , en tort gratuit, une offenſe grave ,
inexcufable , quoiqu'elle ne fût pas publique
: il eut encore d'autres torts qui ne furent
pas publics non plus . Ceux de Voltaire
l'ont été, & tout ce que j'en puis dire, c'elt
qu'ils font la tache la plus fletriffante pour
fa mémoire , la plus affligeante pour ceux
qui l'ont aimé. Mais feriez-vous affez étranger
à la morale & à la connaiffance de
FRANÇAIS.
63
l'homme, pour ignorer que les paffions prenhent
la teinte du caractere , & quoique les
mêmes pour le fond , fe manifeftent par des
effets très - divers ? Kouffeau fut jaloux de
Voltaire , avant même d'avoir le droit de
l'être Voltaire le fut enfuite de Rouffeau,
quoiqu'il ne dûr l'être ni de lui ni de perfonne
, & les procédés de l'un & de l'autre
furent très- différens : c'èft ce qu'il faut
expliquer.
Les écarts des hommes de génie viennent
fur - tout de
l'imagination , c'est- à - dire de
cette faculté qui nous reprefence les objets,
& dans ces hommes - là cette faculté eft
puifante , mais d'une maniere différente &
analogue à leur caractere. Celle de Rouffeau
était finguliérement exaltée, mais toute
en fentimens & en morale. Voyez fon portrait
fi bien tracé par fon éloquente plume,
dans fes lettres à M. de Malesherbes . II
rêve fans celle la perfection ; il lui faut én
tout genre mieux que ce qui eft , & cette
difpofition romanefque avait été fortifiée
par l'habitude de vivre dans la retraite ,
c'eft- à - dire d'être beaucoup avec lui -même.
Sans ceffe devant le modele idéal qu'il s'était
fait, il devint naturellement très - fenfible
à toutes les convenances morales : nul
ne les a jániais plus refpectées que lui dans
fes Ecrits. It fentait done non feulement le
tidicule ( ce qui ne tient qu'à l'efprit ) , mais
Ja baffeffe ( ce qui ne tient qu'à l'ame ) de
MERCURE
fe rendre le détracteur d'un mérite auffi
éminent que celui de Voltaire. Il le haïffair
ce mérite fait pour obicurcir tous les au
tres il avouait cette haine en la
haine en la tournant
fur la perfonne, dont il voulait à toute force
avoir à fe plaindre , pour le juftifier à fes
propres yeux ; mais il était incapable de
fouiller fa plume en niant on injuriant de
vant le Public ce mérite qu'il reconnaiffait .
Il s'abftint conftamment de toute repré
faille , malgré les
Voltaire , & ce filence lui fit infiniment
Sattaques de
d'honneur , quoique peut- être il ne dût pas
Ini couter beaucoup , car d'abord il n'était
nullement haineux ni vindicatif , &
toutes les erreurs de fon imagination étaient
de nature à ne faire du mal qu'à lui , &
de plus , il n'était pas poffible qu'il ne fen it
parfaitement que les invectives de Voltaire
ne pouvaient nuire qu'à l'homme , capable
de s'abaiffer à les écrire.
L'imagination de Voltaire était toute
poétique , c'est - à - dire exceffivement vive &
mobile , inflammable & irafcible , dirigée
fpécialement vers les idées de prééminence
& de domination : c'eft l'imagination des
Poëtes , des femmes & des enfans, trois
efpeces d'êtres qui graces à l'extrême irritabilité
de leurs fibres ont entre elles de
finguliers rapports, Voltaire avait été des
fa premiere,jeunelle lancé dans l'arene littéraire.
Sans ceffe occupé de combats & de
FRANCAIS. 6 $
victoires , fon amour propre était toujours.
en état de guerre. Aucune des paflions
douces & aimantes & des fpéculations décevantes
qui tenaient tant de place dans la
vie de Jean - Jacques , ne tempérait dans
Voltaire cette unique & impérieufe paflion
de la gloire qui le rempliffait tout entier ,
le dévorait , le confumait , car l'amour de
l'argent , quoi qu'on en ait dit , n'était chez
lui qu'un foin & un calcul , & nullement
une paffion . Parvenu à ce premier rang
long-temps difputé , il régnait dans Empire
des Lettres , & regardait comme un
rebelle quiconque ofait l'attaquer, Rouf
feau l'attaque & dans fon perfonnel , &
fans nul ménagement , & fans nulle proyocation
Le voilà furieux , comme il l'étair
toujours en pareil cas . Il diffimule pourtant
, parce que l'injure était fecrete , &
que Jean-Jacques lui paraiffait encore trop
loin de lui. Mais bientôt l'Héloife paraît , &
l'Europe en retentit , & il apprend en même
temps que le parti Démocratique de Genêve,
qui venait de le forcer à quitter la maiſon
des Délices ( 1 ) , eft animé par les lettres &
1 Voltaire ne s'en plaignit
jamais publiquement , parce
(1) Ce fait eft certain
qu'il
ne
voulait pas
convenir qu'on eût eu ce pouvoir contre lui ,
mais il eft sûr que les rigoriftes Genevois , à force
de crier contre fes Spectacles , lai ôterent des
Acteurs & des Spectateurs ; & à force de récla
66 MERCURE
les Ecrits de Rouffeau , qui affecte de le
traiter en ennemi . Alors il ne voit plus dans
Rouffeau qu'un concurrent qui veut lutter
à la fois contre lui de réputation dans l'Eu
rope, & de crédit dans Genêve; il ne refpire
plus que la vengeance , & voulant la rendre
terrible , il ne réuffit qu'à la rendre im
puiffante & honteufe , parce qu'il eft trop
emporté pour méfurer les coups . Aveuglé
par la fureur , il perfifte à ne voir dans
l'Auteur de l'Héloife & de l'Emile que la
vie ebfcure & les aventures ignobles de fes
premieres années. Il prend le ton du mépris
avec un Ecrivain admiré , & fe rend
ridicule ; il noircit & diffame un homme
de génie , pauvre , profcrit , perfécuté , &
fe rend odieux ; il vomit les injures les plus
groffieres & les plus brutales dans des vers
dignes du dernier des Verfificateurs &
déshonore ainfi fa plume de toutes les ma
nieres , comme fi par une malédiction
gitime il eût été condamné à oublier juf
qu'à fon goût naturel , en oubliant tous les
devoirs.
mer les Loix qui défendaient qu'un Catholique
cût des poffeffions dans leur territoire , obligerent
fes amis du Confeil à lui faire ertendre qu'il fal
lait céder de bonne grace 11 vendit les Délices
qu'il avait achetées a vie , & perdit cinquante
mille francs . 11 laifa l'habitation de Tournay aux
Crammer, & alla s'établir à Ferncy , far terte de
France .
FRANÇAIS. 67
ནོ །
M. Ginguené a beau jeu fur cet article,
& triomphe tour à fon ai e. Il pouvait fe
di penfer , conine on veit , de nier les premiers
torts de Roufleau ; car ceux de VI
taire font de nature à ne comporter aucune
excufe. Il n'eft jamais permis d'infulter au
génie , au malheur , à la pauvreté , aux
maladies , & de quelle façon encore ! de
quel fyle ! ..... Je m'arrête. Je voudrais
repouffer loin de ma penfée ces dégoûtan
tes infamies que M. Ginguené a eu la force
de tranferite en partie. Je conçois qu'il ait
eu cette force dans fa trifté exultation. Je
ne l'ai pas dans la douleur , & même dans
la honte que je reffens ; car cet opprobre
femble rejaillir fur les Lettres , & ne donne
que trop
2M. Ginguené aurait pu fe fouvenir qu'il
he faut pas prouver ce que perſonne ne
contefte , & jamais perfonne , que je fache
n'a écrit une ligne pour juftifier les exces
ou Voltaire s'eft porté e Rouffeau. M.
de Condorcet lui- même , qui paraît avoir
eu pour principe de ne jamais rien louer
dans fes ennemis & de ne jamais rien blâmer
dans fes amis , avance en termes exprès que
Voltaire fur injufte , & cherche plutôt à at
ténuer les torrs qu'à les méconnaître . Tous
les autres amis de ,Voltane ont été confus
& affligés de fa conduite envers J. J. , &
n'en ont jamais parlé qu'en bailfant les
yeux. Je puis même citer à ce fajer une
M. Gantage
à leurs ennemis. 2917
68 MERCURE
anecdote qui mérite d'être connue. J'étais
à Ferney quand Voltaire fit ce malheureux
Poëme de la Guerre de Geneve. Il en fit lecture
chez lui , dans un cercle affez nombreux.
On rit & l'on applaudit à quelques
détails , où , malgré la faiblelle de l'enfemble
, on retrouvait la verve & la gaieté de
l'Auteur , ffuurr--ttoouutt ddaannss llee premier Chant
Mais quand ce vint au fecond , où font
toutes les ordures contre Rouleau , il régna
dans l'affemblée un filence de confternation
qui n'échappa nullement à l'Auteur , & lu
donna même une humeur qui dura toute
la journée. La leçon pourtant ne , fut pas
inutile , car il prit le parti de ne plus lire
ce fecond Chant à perfonne , quoiqu'il llŷur
très - fouvent & très-volontiers le premier
Au reste , l'influence de Voltaire dansFies
querelles de Genève & dans la part
prit le Miniftere ddeeaFdrance & dans les
confequences qu'elles pouvaient avojr pour
Roulleau , fut abfolument mulle. Voltaire
en général, n'aimait point, les , Genevois, &
ne pouvait pas les aimer. Il était fro
Il était trop afs
coutume, àa la politelle obfequieule à l'he
banité délicate , à la grace des petites chofes
, au ton de la bonne compagnie, nourri
depuis fi long-temps dans ce goût-ha , il ge
pouvait pas le perdrev & meme y renaic
beaucoup. Il trouvait les Genevois fecs
vains , prétentieux , malins & tracaffiers.
voyait beaucoup les chefs de l'Ariftocratie
+
FRANÇAIS . 69
26
mais il recevait auffi ceux des Repréfen²
tans , & d'abord il cut quelque envie de
les rapprocher & de jouer le rôle important
de concilia: ent. Il ne pouvait pas y réuffir
& de plus le Duc de Choifeul lui en
fut maqvais gré. Le Miniftere Français était
jafotix de la puiffance exclufive dans toure
affaire , & trouvait mauvais qu'un particulier
's'en mêlât. Voltaire alors ne trouva
ver's'en
rien de mieux que de fe moquer des deux
partis , & même un peu de notre Miniftere.
J'ai vu de lui des lettres au Duc de Choifeul
, qui en font foi , & où il perfifle très-
Leftement l'importance qu'on mettait à Verfailles
aux diffentions de Genêve ; & le
cordon de troupes qu'on avait établi fur
cette frontiere. Jean-Jacques , & après fui
M. Ginguené , imaginent toujours Voltaire
& Tronchin unis contre Rouffeau. Ils he
fongent pas que Voltaire & Tronchin ne
s'aimaient point , & que dans ce même
Poeme de la Guerre de Genève , il y a un
morceau ( & c'eft un des plus agréables )
où Tronchin eft très- finement raillé. Ce
Docteur fameux en fut très-piqué : il vou
lait être auffi une efpece de Puiffance , furtout
depuis qu'il eut été appelé à Verfailles ,
& qu'il écrivait au Confeil deGenève ce quie
le Roi lui avait dit . Voltaire voulait bien
proteger Tronchin dont il
croyait
( non fans
I "
quelque raifon ) avoir fait la réputation
dans les Ecrits , il ne voulait pas que Tron79
MERCURE
chin traitât avec lui d'égal à égal : il ne le
fouffrait de perfonne. Il avait trop de tact
& trop d'ufage pour faire fentir fa fupériorité
, mais il voulait qu'on la reconnût ,
& quand on y manquair , dans quelque
rang que ce fut , il favait en avertir. Autli,
quoiqu'il déteftât le Defpotifme , il n'avait
nullement les inclinations ni les moeurs
Républicaines s'il eût affez vécu pour
voir notre Révolution , il en eût été partifan
jufqu'au moment où la France elt devenue
République ;
mais ce moment lui
eût paru la fin du monde.
Jole dire que fur toutes ces matières
fur tout ce qui regarde les hommes & les
chofes de ce temps -là , j'ai été dans le cas
de favoir beaucoup plus que M. Ginguené ,
qui ne connaît que ce qu'on a écrit , & de
favoir beaucoup plus que je n'en veux dire
ici. S'il veut confulter ceux des Genevois
qui étaient alors places de maniere à étre
les mieux inftruits , il faura fi j'en impofe
ou fi j'ai mal vu .
Par tout ce que je viens de dire , on
peut juger fi le fouvenir des fentimens qui
m'atrachaient à Voltaire l'emporte fur ce
premier devoir de tout Ecrivain , celui de
dire la vérité, L'amitié que j'eus toujours
pour d'Alembert ne pourrait non plus me
forcer à diffimuler ici fes torts , s'il en avait
eu ; mais heureufement il n'en eut aucun,
& Rouffeau , dans les Confeffions , & M.
FRANÇAIS. 76 .
Ginguené dans les Lettres , en ont de trèsgraves
envers lui.
"
» Il n'eft ( dit- on dans ces Lettres ) que
" rarement & fecondairement nommé dans
" les Confeffions «. Il l'eft beaucoup trop
pour l'honneur de Rouffeau . Je ne fais pas
fi c'eft une chofe fecondaire qu'une calom +
nie atroce. Mais voici la calomnie.
>
En partant précipitamment de Montmo
rency , Rouffeau avait laiffé entre les mains
du Maréchal de Luxembourg quelques papiers
qui lui furent renvoyés enfaite . Quand
il en fit la revue il y trouva de manque
quelques lettres qui ne pouvaient intéreſſer
perfenue ( ce font fes termes ) , & une ébauche
commencée , il y avait long - temps ,
fous le titre de la Morale fenfitive. Il ne
peut concevoir comment ont difparu ces
papiers , enfermés dans une chambre dont
le Maréchal avait pris la clef. Il n'ofe arréter
un foupçon ni fur lui ni même fur la
Maréchale. Tout ce qui me vint de plus
raifonnable à l'efprit , après m'être fatigué
long-temps à chercher l'auteur de
ce vol , fut de l'imputer à d'Alembert, qui,
déjà faufilé chez Mad. de Luxembourg,
» avait pu trouver le moyen de fureter ces
papiers & d'en enlever ce qu'il lui avait
plu , tant en manufcrits qu'en lettres ,
» pour s'approprier ce qui lui pouvait con-
» venir. Je fuppɔfai qu'abufé par le titre
» de la Morale fenfitive , il avait cru trou
93
$2
99
99
. و
72 MERCURE FRANÇAIS.
22
23
ver le plan d'un vrai traité de Matérialifme,
dont il aurait tiré contre moi le
parti qu'on peut bien imaginer
cc.
J'interroge votre confcience , M. Ginguené.
Si quelqu'un vous eût accufe publiquement
d'un vol fi lâche , & d'un vol
fait dans des intentions fi odieufes , s'il
vous en cût accufé non feulement fans la
plus légere preuve , fans le moindre indice
quelconque , mais même contre toute vrai-
Cemblance , que diriez- vous de cet homme ?
que penferiez-vous de lui ne le traîneriezvous
pas dans les Tribunaux , comme un
calomniateur impudent & pervers, à moins
que , par hafard , on ne parvint à vous
convaincre que cet homme eft un infortuné
vifionnaire qui croit coupable tout ce qui
l'approche ? Je ne veux pas vous prefer
davantage je conçois votre embarras. Vous
devez fentir que quand j'entreprends une
caufe , c'eft que je la connais bien .... &
j'attends votre réponſe.
( La fin au . Mercure. )
LES
Sermons.
TABLE.
49,Lettres
Charade, Enig. Log. 521
4e. Ex.
Jer . 135.
MERCURE
FRANÇAIS.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI 24
NOVEMBRE 1792 ,
er
L'AN 1. De La
République .
PIECES
FUGITIVES.
PORTRAIT
Y
DE L'HOMME DU JOUR.
VOYEZ , Français , ce jeune efféminé ,
N'a-t-il pas l'air d'une antique poupée ?
Chargé d'odeurs , de rouge enluminé ,
Comme il pâlit au nom feul d'une épée !
De bals , de jeux la langueur occupée
Fait cent projets , les change en un moment .
Stérile Ami , plus inutile . Amant ,
Il brode , il coud, par fon caquet affomme :
Quel est fon fexe ? On cherche vainement ;
Mais la Nature en avait fait un homme.
( Par M. Rochemont. )
Nº. 47. 24 Nov. 1792. D
74 MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonnet ; celui
de l'Enigme eft Papier ; & celui du Logogriphe
eft Rofier , où l'on trouve Ofier.
CHARADE.
VAvite donner mon premier 1
Au malheureux qui n'a que mon dernier ,
Afin qu'il puiffe au moins acheter mon entier.
( Par M, Ch. M. d. v. )
ÉNIGM E.
Toi l'ami des humains , Philantrope paifible ,
Ecarte de tes yeux le fouvenir cruel
Que ma vue offrirait à ton ame fenfible.
De révolutions théâtre univerfel ,
Ton oeil au loin s'égare en mes vaftes campagnes ,
Mes vallons élevés au niveau des montagnes ,
En un tas raffemblés vingt Peuples différens ,
Mes fleuves mis à fec , & mes mers fans navires ,
Des déferts , des rochers , & d'horribles volcans ...
Mais tu frémis. Eh bien ! vois dans un autre fens :
FRANÇA IS. 75
Mes Rois n'ont plus d'Empires ,
Mes Reines, plus d'Amans ;
De l'intérêt trompé la rage me déchire
Et je préfente trop fouvent ,
ST
Du plus extravagant délire , 2 li a
Le fpectacle affligeant...
O
Mais tu veux fuir ; attends , je vais te fuivre ,
2
Et tu ne m'échapperas pas ;
J'attends la fin de ton repas
Pour achever de te pourſuivre .
1
Par le même. )
LOGO GRIPE.
PETITS ETITS moutons innocentesbrebis
Vous m'aimez bien quand j'ai ma tête .
Vous bravez avec moi vos cruels ennemis
A
Un chien fidele à vous fauver s'apprête';
Mais fi vous me fuyez , fi vous m'ôtez ma tête
Craignez - moi dans la main
Du fauvage inhumain
Qui de votre tré pas va fe faire une fête.
15
-Y )
(Par le même. )
D &
" 1
76 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M. GINGU ENÉ . A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire ,
des Auguftins , Nº. 19.
DERNIER EXTRAIT.
quai
J'AI dit que cette indigne accufation était def-
> tituée de toute vraisemblance ; & en effet
comment croire que M. & Mad. de Luxeinbourg
euffent permis à un homme qu'ils connaiffaient
à peine , de mettre la main fur des
papiers qui leur étaient confiés , ou qu'après
les avoir ferrés avec tant de foin , ils pouffaffent
la négligence jufqu'à les laiffer à la merci
du premier venu ? Parmi tous les accidens qui
peuvent faire égarer des papiers , n'y a -t-il pas
mille fuppofitions à faire avant celle - là ? Je
n'infifte pas fur l'outrage fait à la probité de
d'Alembert : il n'eft que méprifable . Quiconque
l'a connu comme moi , atteftera comme
moi qu'il était en tout d'une probité rigide &
fcrupuleufe , & abfolument incapable de rien
qui pût bleffer la délicateffe & l'honneur ;
des fanatiques , poffedés de la petite ambition
de popularifer leur nom & leurs Ecrits en
s'étayant du nom de Rouffeau , voudront nous
faire refpecter ces atrocités qu'on ne peut excufer
que par la démence ! On nous fou
tiendra qu'il eft permis d'imprimer de pareilles
horreurs ; que ce n'eft point excéder les barnes
FRANÇAIS. 77
་
ture défenfe légitime ! Il faudra croire que
tant d'honnêtes gens , noircis & diffimés dans
les Confeffions , ont été des hommes vils , méchairs
, barbares , hypocrites , parce que Jean-
Jacques a eu le malheur d'être fou ! Il fallait
une fois faire juſtice de cer infoutenable délire ,
& la faire de maniere qu'on n'y revienne plus .
M. Ginguené prétend bien que c'est d'Alembert
qui a calomnié Rouff au après fa mort; mais
fa maniere de prouver ne reffemble pas à la
mienne.
e
"
D'Alembert , dans l'Eloge de Milord Maréchal
, ne pouvait fe difpenfer de parler des
haifons publiques de Rouffeau avec ce refpectable
vieillard qui commandait à Neufchâtel ,
& qui eut l'honneur d'etre un des bienfaiteurs
de l'illuftre Proferit. Perfonne n'ignore
que los de l'étrange querelle que fit ce dernier
à David Hume , & de l'inconcevable manifefte
qu'il adreffa en forme de Lettre au
Philofophe Anglais , Milord Maréchal , malgré
toute fon amitié pour Rouffeau , ne put fermer
les yeux à l'évidence , & condamna les
procédés inouis qui avaient éclaté aux yeux
de l'Europe entiere. Il n'y avait pas deux
voix là -deſſus ; car on ne peut pas compter un
très - petit nombre d'énergumenes qui avaient
abjuré le bon fens aux pieds de Rouffan.
Voltaire écrivit que cette querelle était le
procès de l'ingratitude contre la bienfaifance ;
mais c'était encore plus celui de la folie contre
la railon C'est ainsi que penfa Milord
Maréchal. Il ne vit dans Jean - Jacques qu'un
malite & un fou , mais un fou dont le commce
ne pouvait être que dangereux , & il
ceffa dès ce moment de lui écrire , fans coffer
de lui faire du bien , & même fans l'oublier
D 3.5 D3
78
MERCU
REI
dans fon teftament. D'Alembert , en rappelant
ces faits , ajoute que Milord Maréchal eut depuis
beaucoup à fe plaindre de celui qu'il avait
obligé mais que la mort du coupable , & les
justes raifons qu'il eut de s'en plaindre auffi ( lui
d'Alembert ) l'obligent de tirer le rideau fur ces
détail affligeant , dont les preuves font malheu
reufement confignées dans des lettres authentiques ,
& que ces preuves n'ont été connues que depuis
La mort de Milord Maréchal. Il cite en note let
émoignage d'une perfonne très- estimable , à qui
Milord Maréchal avait confié toute fa correfpondance
avec Rouffeau & Hume , fous la
condition de ne l'ouvrir qu'après fa mort. Il
donne l'extrait d'une lettre de cette même perfonne
, qui affure que la derniere lettre de Jean-
Jacques à Milord Maréchal était remplie d'injures;
mais cette perfonne , il ne la nomme pas .
1
C'eft là- deffus que M. Ginguené , fe livrant
à un zele qui reffemble à la rage qu'on exha
lerait contre un ennemi perfonnel , s'emporte
aux plus violentes invectives contre d'Alem
bert. Les mots de perfidie , de tartuferie , de
noirceur , ne lui coutent rien. Il oublie que tout
ce qui lui était, permis , c'était d'exiger , pour
que cette accufation eût du poids , que la pen
jonne fut nommée mais que d'ailleurs il était,
hors de toute probabilité qu'un homme qui avait,
autant de raifons que d'Alembert de fe refpec
ter devant le Public & devant lui- même, for
geat une lettre fuppofées il oublie que d'A
lembert ne devait rien à Rouleau , après fa
(1 ) J'ignote pourquoi d'Alembert ne l'a pas fait ; mais
je n'ai aucune raifon pour ne pas dire que cette lettre eft
de M. Stofch, très- connu à Berlin , & que la preuve de ce
fat eft dans plufieurs autres lettres de ce même M. Stofch
qui font entre les mains de M. de Condorcet , qui m'ause.
fife à le déclares.
FRANÇAIS. 79
mort, que vérité & juftice , puifqueRouffeau , fans
en avoir jamais reçu d'offenfe , l'avait calom
nié de toutes les manieres ; il oublie qu'en revenant
aux probabilités morales , & partant de
ce principe reçu , qu'on peut raifonnablement
juger d'un homme , dans une circonftance particuliere
, par fa maniere d'être , habituelle , il
n'y aurait rien de monftrueux , il n'y aurait
ni perfilie , ni tartuferie , ni noirceur à penfer
que Rouffeau a pu finir avec Milord, Maréchal
comme avec Mad . de Luxembourg , comme
avec Hume , & c. il oublie que le plus grand
crime aux yeux de Rouffeau , était de le croire
capable d'un tort , & ce crime - là , Milord Maréchal
l'avait commis .
Mais que n'oublie pas M. Ginguené ? Qu'attendre
d'un homme qui ne fe rend pas même
fur la lettre de Walpole , cette fatale lettre
qui fit tant de bruit , qui alluma de fi longs
reffentimens? Il plaît à Rouffeau d'attribuer cette
lettre à d'Alembert. Tous les amis de Rouffeau
lui affurent qu'il fe trompe , qu'elle eft de l'Anglais
Walpole. Savez - vous ce qu'il répond
Si elle n'est pas de d Alembert , elle doit en être.
Walpole lui-même prend le parti de s'en déclarer
l'auteur , & imprime fà déclaration dans
des termes très durs fans doute , mais trèsconformes
à cette indépendance de l'efprit anglais
qui fe pique d'avoir fon opinion à lui ,
fans fe foucier de celle des autres . Il déclare
que malgré tous les talens de Roufleau , il a
un profond mépris pour lui , parce qu'il le regarde
comme un Charlatan. Aurément rien ne
reffemble moins à un prête- nom que ce Walpole
, homme connu pour avoir beaucoup d'efprit
, homme très -confidéré & fait pour l'êtres
Qu'importe ? Rouffeau veut à toute force que
A
D 4
80 MERCURE
-
d'Alembert foit fon ennemi en conféquence ,
il perfifte à vouloir que la lettre foit de lui ,
ou du moins qu'il y ait part ; & d'Alembert
n'avait pas la moindre liaifon avec Walpole
& ne l'avait jamais vu c'est ce qu'il déclare
à la face de tout Paris , & fur quoi un homme
auffi répandu que lui ne pouvait pas en impofer
, fans être démenti fur le champ. Jamais
la vérité ne fut mife dans un plus grand jour.
Qu'importe Jean Jacques à prétendu jufqu'au
dernier moment que cette lettre fut de
d'Alembert , parce qu'elle révélait le grand complot
formé entre ce même d'Alembert , Hume
& tous les Philofophes de Paris ; & M. Ginguené
, fidele au parti qu'il a pris de foutenir
que Jean - Jacques n'a jamais pu fe tromper ,
nous dit encore aujourd'hui que la fabrique
française de cette lettre rend cet aveu de Walpole
fufpect ; & pourtant cette lettre , qui n'eft
qu'une plaifanterie piquante , il eft vrai , pour
l'amour-propre , mais uniquement pour l'amourpropre
, cft d'une tournure qui peut être celle
de tout homme d'efprit , & Walpole en avait ,
& parlait le français parfaitement.
J'ai dit que Jean-Jacques avait calomnié d'Alembert
, & indépendamment du paffage des
Confeffions que j'ai cité , il lui avait imputé auffi
d'avoir pills dans fes Elémens de Mufique les
manufcrits deftinés à l'Encyclopédie , pour cette
partie dont Jean-Jacques était chargé. D'Alembert
fit une réponſe publique & péremptoire ,
fondée fur le rapprochement des dates ; ce qui
n'empêche pas M. Ginguené de reproduire dans
fes notes l'imputation de plagiat , fans dire un
mot de la réponſe qui l'anéantit .
Ce n'eft pas tout la correfpondance de
Voltaire & de d'Alembert eft entre les mains
FRANÇAIS.
8r
de tout le monde , & l'on y voit que ce dernier
le courage très cftimable ´de blâmer
l'acharnement de fon ami contre Rouffeau , de
lui en faire fentir les conféquences fâcheufes ,
& s'efforce , à plufieurs reprifes , de le calmer
& de le ramener à la modération ; & malheu
reufement les réponfes directes de Voltaire
font voir que ces efforts font inutiles . Mais
M Ginguené , bien réfolu de ne pas perdre
de vue la confpiration que Rouffeau a décou
verte , imagine un moyen de démentir ce monument
authentique. On va voir fi ce moyen
eſt heureux , & comme il lui réuffira.
Et fi d'Alembert fut lui - même un des
» Editeurs des OEuvres de Voltaire ? S'il le fut
fur-tour de fes propres Lettres adreffées au
» Philofophe de Ferney ? S'il y fit de fa main
כ כ
les changemens , les additions , les retranche-
» mens qu'il voulut ? Mais ce font- là des
» fuppofitions. Non , ce font des faits «<.
Je réponds , 19. il eft faux que d'Alembert
ait eu la moindre part à l'Edition pofthume .
des Euvres de Voltaire : elleft toute entrere
de M. de Condorcet. 29. eft vrai qu'on n'a
point le droit d'imprimer les Lettres d'un
homme vivant , fans les lui remettre fous les
yeux , & le laiffer le maître de juger ce que
les convenances peuvent exiger de différence
entre ce qu'on écrit à un ami & ce qu'on livre
au Public. Ce droit naturel a été obfervé à
l'égard de d'Alembert. Mais la queftion eft de
favoir comment il en a ufé , & quels font ces
changemens , ces additions , ces retranchemens
dont parle M. Ginguené : or , j'ai fous les
yeux une Edition de cette correfpondance ,
confrontée ligne par ligne avec les originaux,
& dans laquelle on a rétabli tout ce qui avait
Ds
82 MERCURE
été fupprimé ou change ; car pour les additions ,
il n'y a aucune ; & j'affirme que dans ces
changemens & ces fuppreffions , qui font trèspen
de chofe , & dont la plupart tiennent à
des convenances néceffitées par l'ancien Régime
, il n'y a rien abfolument rien qui porté
fur les endroits où d'Alembert combattait Pa !
nimofité de Voltaire contre Rouffeau. J'affirme
de plus & j'attefle fur ce point quiconque
a vécu avec d'Alembert ) qu'il ne faifait en
cette occafion qu'écrire ce qu'il penfait ; quit
gémiait, & rougiffit , comme prefque tous les
amis de Voltaire , du mal que ce grand homme
fe faifair à lui , même ; & j'ajoute que pour ne
pas penfer ainfi , il eût fallu avoir les paffions
auth violentes que Voltaire ce qui heureufement
n'eft pas commun. Jelconfeille à M.
Ginguené , quand il voudra citer des faits , de
s'en inftruire un peu mieux ; car ceux qu'il
cite tendent feulement à infinuer que d'Alem
bert a fait ce qu'il a pu faire , ce qui comme
on le voit, n'eft pas un fait , mais une fuppo
fition très-perfide c'eft ici le mot propre.
que
C'eft une habitude familiere ' à M. Ginguené
de donner , de toute façon , des fuppofitions
pour des faits en voici des exemples plus
ou moins importans. Il croit , avec Rouffeau ,
Voltaire avait travaillé à l'article Genéve
de l'Encyclopédie . Rien au monde ne ferait plus
indifférent ; mais où en eft la preuve D'A
lembert n'était pas homme à emprunter la
plume d'autrui fa maniere ne reffemble nul-
Tement à celle de Voltaire le ftyle de cervaricle
eft par - tout de même , & autant que je
pujs m'y connaître , celui de Voltaire ne s'y
montre nulle part. Mais Jean-Jacques voulait
que le Poëte des Délices s'entendit avec le
t
U
FRANÇAIS.
Philofophe de Paris pour élever un Théâtre à
Genêve ; il dit affirmativement : » Je savais
que l'article Geneve était en partie de la main
25 de Voltaire «. Cela fuffit : M. Ginguené ,
fidele écho , le répere après lui.
Il fait plus : il invente auffi pour fon compte,
fur-tout quand il s'agit de charger d'Alembert,
pour lequel il montre une haine dont on ne
faurait deviner le motif. N'oubliez pas ( ditil
dans un paffage où il maltraite également
d'Alembert & Hume ); » n'oubliez pas que d'A-
» lembert , intime ami de David Hume , &
qui avait été , s'il faut l'en croire , fix mois,
depuis fon départ , fans recevoir de fes nou-
» velles , devint fon premier confident , auffie
" tôt que Jean-Jacques , effarouché des tene
39
22
י נ כ
50
33
bres qui l'environnaient , & de la malignité
» acharnée à le poursuivre , lui eût écrit cette
» lettre que je ne prétends pas juftifier dans tous
fes points , mais que M. Hume aima mieux
publier que d'y répondre. N'oubliez pas enfin,
» que ce fut d'Alembert , confident de cette quesorelle
, qui lui en confeilla la publicités qu'au
lieu de le calmer , au lieu d'employer auprès
d'un Philofophe la raifon & l'autorité
» philofophique , au lieu de l'engager à guérir
par des explications fi inflamment , fi
» ardemment demandées , un efprit malade , un
» caur qui fe croyait bleffé , il provoqua , il facilita
cette publicité fcandaleufe , qu'il fut enfin
» le Rédacteur , l'Editeur & le prôneur de cer
» Expofé fuccinct , qui , par un effet bien contraire
à fes vûes , fuffit pour la justification ,
» au moins relative , de celui qu'on dénonce , &
is pour la condamnation du dénonciateur. Ce font-
» là des faits, & non des conjectures «< ,
כ ל
Il faut appeler les chofes par leur nom : ce
D &
84
MERCURE
·
font là des menfonges . des abfurdités , des
contradictions. J'ai tort , fi je ne le prouve pas.
1. Il eft faux que d'Alembert fut le premier
confident de la querelle : ce fut le Baron d'Hol
bac , comme le favent tous ceux qui viva ent
alors avec les Encyclopédiftes. D'Alembert imprima
qu'il n'avait appris cette querelle que
par le Public , & il eft croyable , jufqu'à ce
que M. Ginguené ait donné la preuve du contraire
, ce qu'il n'a pas fait & ce qu'il ne fera pas.
2 °. Il eft faux que d'Alembert uit confeillé.
la publicité ; il était ennemi de toute efpece.
d'éclat ; il favait que Jean - Jacques jou fait à.
Paris d'une grande faveur publique , & que les
Encyclopédiftes y avaient beaucoup d'ennemis.
Jean- Jacques eft ici le Roi des Halles , écrivaits
il à Voltaire. Je défie M. Ginguené de produire.
une preuve de fon affertion .
3°. Il eft faux que d'Alembert ait été le Rédacteur
& l'Editeur de l'Expofe fuccinct : il a toujours
paffé pour être de M. Suard , & de M.
l'Abbé Morellet .
}
M. Ginguené veut bien ne pas juflifier dans
tous fes points la lettre à David Hume. Cela
eft heureux ; il nous fait grace , & je ne fais
pas pourquoi il s'arrête en fr beau chemin.
Avec la méthode qu'il a prife , il n'y a rien
au monde qu'on ne puiffe juftifier , & rien qu'on
ne puffe noircir
I voudrait que d'Alembert eût calmé David
Hume . Qu'on lfe 1 Expof fuccinct , on verra
s'il était fort chauffé , s'il était en colere , &
s'il avait befoin d'être calme.
Il trouve mauvais que Hume ait mieux aimé
publier cette lettre que d'y répondre I oublie
que la publier c'était répondre , quand même
Hume n'y eût pas joint quelques petites notes
très - courtes , où il explique avec autant de
FRANÇAI S.
85
fimplicité que d'évidence le peu de faits qui
avaient effarouché Rouffeau , & dont fa funefte
imagination avait fait des tenebres & des monftres
. A l'égard du fyftême général , bâti par cette
même imagination malade , c'eût été infulter au
bon fens des Lecteurs que d'y répondre.
Je dis qu'elle était malade , & heureuſement
je le dis d'après M. Ginguené lui-même , & je
lui demande comment après avoir reçu cette
lettre , qui prouvait fi bien la maladie & la
maladie incurable , on pouvait fonger à des ex-^
plications cque cette même lettre rendait impoffible.
Je lui demande fi ce n'eft pas avant d'écrire
cette lettre , qui eft un horrible libelle
que Jean-Jacques lui-même aurait dû demander
des explications , pour peu qu'il les eût en effet
défirées ; fi , lorfqu'on a reçu un pareil libelle
où l'Auteur , dans fes rêves noirs , vous traite
d'un bout à l'autre , comme un ſcélérat , on eſt
bien tenté de guérir le rêveur ; fi , lorfque ce
libelle eft évidemment un manifefte écrit pour
le Public , comme fa forme même le démontre ,
on a tort de prendre le Public même pour juge ;
fi dans le cas où David Hume l'eût gardé pour
lai , Jean-Jacques lui- même n'eût pas triomphé
de cette réferve , & n'eût pas , en publiant fon
Factum , articulé qu'il était entre les mains de
Hume , qui avait eu foin de n'en rien dire ; fi
l'on peut mieux confondre celui qui ſe plaint
toujours des ténebres , qu'en cherchant la plus
grande lumiere poffible. Enfin ( & c'eft ici le
( &
merveilleux de l'abfurdité ) M. Ginguené crie
au fcandale fur cette publicité , & en même
temps il affirme qu'elle fut la juflification de
dénoncé & la condamnation du dénonciateur. Eh !
mais , M. Ginguené , dans cette fuppofition , qui
n'eft que la vôtre , mais qui eft bien la vôtre ,
D 7
86 MERCURE
quel fcandale y a-t-il donc dans un Expoſe qui
Juftifie l'innocent , & qui condamne le coupable ?
Neft - ce pas , au contraire , ce qu'il y a de
plus édifiant ? Cette contradiction eft - elle affez
groffiere, affez accablante ? & d'où vient-elle ?
d'un fentiment de vérité qui vous a emporté
malgré vous. Vous favez bien en effet , quoique
vous en difiez , que cet Expofe fit grand
tort à Rouffeau , parce qu'il portait avec lui.
l'évidence , & c'est ce tort-là que vous appelez
fcandale, Et dans le fait ( puifqu'il faut revenir
encore aujourd'hui à ce qui eft jugé depuis
long-temps ) , à qui perfuadera-t - on que David
Hume , un Etranger , un Philofopho , un homme
dont la vie entiere a été un témoignage con
tinuel du caractere le plus modéré , le plus
fimple , le plus paifible , ait formé de concert
avec les plus célebres Gens de Lettres
de Paris , le projet de pouffer Jean- Jacques en
Angleterre pour l'y perdre & y déshonorer ? Quel
intérêt pouvait- il y avoir Sous quel rapport
pouvait-il être l'ennemi , le rival , le concur
rent de Rouffeau ? Qu'eft ce que Rouffeau
lui avait fait ? Comment , à moins d'être un
monftre , trame- i- on la perte & le déshonneur
d'un homme qui nous eft étranger de toute
façon , & qui jamais ne nous a fait aucun mal ?
David Hume a donc été ce monſtre- là ?
T
2 J'ai honte de m'arrêter plus longtemps fur
tant d'extravagance ; j'aimerais autant eroire
aux Mille & une Nuits ; & véritablement fi
Jean-Jacques avait écrit l'Histoire de la Lampe
merveilleufe , du même férieux dont il a écrit
fes Confeffiens, je ne ferais pas furpris que M.
Ginguené & conforts nous ordonnaflent d'y
ajouter foi.
Rien ne choque plus dans ces Lettrés de M.'
FRANÇAIS.
י כ
Ginguené, que la tournure fophifique qu'il emploie
fans ceffe pour faire prendre le change
au Lecteur. Ne fut- il pas fon ennemi , le Phi-
» lofophe d'Alembert Ne fut- il pas fon ennemi
, le Philofophe Hume ? Ne fut- il pas fon
" ennemi, le Philofophe Diderot « ? Et il cite
à l'appui ce que chacun d'eux a fait pour repouffer
les attaques de Rouffeau , attaques trèsgratuites
, attaques bien conftatées , puifque
dans fes lettres publiques , dans fes Ecrits , dans
fes Confeffions , qu'il lifait à tout le monde , it
les repréfentait tous comme plus ou moins coupables
de la violation des devoirs les plus facrés.
Ainfi , parce qu'il avait été perfécuté par
le Parlement de Paris , & par les Ariftocrates
de Genêve & de Berne , & par les Prêtres de
Neufchâtel , il aura eu le droit , felon M. Ginguené
, de déchirer impunément des Gens de
Lettres, très innocens de ces persécutions, ! Il
aura eu le droit de les dénoncer comme les
auteurs de fes maux , & d'être injufte envers
eux , parce que
d'autres l'ont été envers, Ini !
L'intérêt qu'infpirent fes malheurs s'étendra
jufques fur fes injuftices , & l'on fera obligé
d'être infenfible à fes outrages , parce que des
Tyrans & des Defpotes hui, en ont fait 1 Quelle
morale & quelle logique #
Sans doute , ces hommes - là ne l'aimaient
pas , & certes rien ne les y obligeait. J'ai
prouvé que d'Alembert & Humpe n'avaient eu
aucun tort avec lui. La Note de Diderot consi
tre l'Auteur des Confefions , fur une repréfaille
beaucoup trop violente ; je las blâme , comme
M. Ginguené , parce que je veux de la justice
& de la mefure en tout ou traite Rouffeau ,
dans cette Note , de fcélérat & d'hypocrite , &
je crois , moi , comme Milord Maréchal , qu'il
88 MERCURE
•
n'était que malade. Mais ce que M. Ginguené
ne veut pas avouer & ce qui eft certain
c'eft que Jean-Jacques fut l'agreffeur , & violemment
agreffeur , & à plufieurs repriſes . La
Note inférée dans la Lettre fur les Spectacles
était une injure fanglante , dont M. Ginguené
ne juge pas à propos de parler ; car il a autant
de bonne foi dans fes réticences que dans
fes raiſonnemens. Cette Note latine tirée de
l'Ecclefiaftique , reproche à Diderot l'infulte orgueilleufe
, la trahifon du fecret de l'amitié, & les
atteintes perfides ( 1 ). M. Ginguené ferait bien
capable d'objecter férieufement que Diderot
n'eft pas nommé dans cette Note ; mais par
bonheur Rouffeau nous dit lui-même dans fes
Confeffions , qu'il eut foin de défigner Diderot
de maniere à ce que perfonne ne s'y méprît ,
parce que fon intention était de rendre par
ce moyen leur rupture publique. Il ne manqua
pas fon coup , & Diderot , qui avait alors un
monde d'ennemis que lui avait faits l'Encyclopédie
, refta fous le coup fans pouvoir le repouffer
, vu que , graces aux précautions de
Rouffeau , que l'on qualifiera comme on voudra
, Diderot était indiqué du doigt , mais non
pas nominativement , & qu'il était tout fimple
qu'il ne dît pas au Public : c'est moi.
A l'égard des démêlés qui donnerent lieu à
cette Note hoftile , je ne me crois pas permis
de les difcuter , parce que les deux perfonnes
intéreffées font encore vivantes , & que l'une
des deux eft une femme. Toute difcuffion à ce
fujet me paraît contraire aux bienfeances ſociales,
& d'ailleurs eft fort inutile à la cauſe que
(1) Excepto improperio , & fuperbia , & myfterii revetatione
, & plaga” dolosá,
I
FRANÇAIS.
89
je foutiens ; car d'abord toutes deux font très
honorablement traitées dans les Confeſſions , &
celle qui donna tout le tort à Bouffau dans
cette occafion , non feulement n'eiluie de lui
aucun reproche , mais meme en reçoit les plus
grands éloges pour la véracité , fon équité , fa
générofité. Or , la juftification de Diderot n'eftelle
pas complette , lorfque l'homme qui , par
fa pofition & la nature des ci conftances , eft
l'arbitre irrécufable de la querelie , condamné
formellement Rouffeau , lui écrit qu'il ne peut
plus le voir après fes injuftices & fes calomnies
envers Diderot , & atteſte l'innocence de
celui-ci , dont perfonne ne peut dépofer plus
sûrement que lui ? La réferve que je m'impofe
fur des particularités que je pourrais joindre
ici , & qui aggraveraient très-gratuitement les
torts de Jean-Jacques , ne peut donc nuire à
ma caufe , puiique je n'ai befoin que de fon
récit même , dont le réſultat est fi evidemment
contre lui , que M. Ginguené n'a pas ofé en
faire mention . J'y renvoie le Lecteur : il n'a
qu'à relire la lettre de cet homme équitable &
vrai dont je parlais tont à l'heure , & la réponſe
de Jean - Jacques : il verra que celui-ci , qui
s'eft plaint fi fouvent qu'on lui refufait des
explications qu'il demandait , eft accufé formellement
d'injustice & de calomnie , & accafé
par un homme qu'il eftime , & pourtant n'oppofe
rien , abfolument rien à des reproches
graves & motivés , & ne répond que par des
bravades qu'il prend pour de la fierté , & qui
ne montrent que l'impuiffance de fe défendre.
On demandera comment il a pu imprimer ainfi
fa propre condamnation . Rien n'est plus aife
à comprendre , quand on a lu les dernieres
lignes de fes Confeffions : les voici . » Si quel
90 MERCURE
1
>
qu'un fait des chofes contraires à ce que je
» viens d'expofer , fuffent-elles mille fois prou-
» vées , il fait des menfonges & des impoftu-
» res «. On demandera encore comment ce qui
eft mille fois prouvé peut être un menfonge &
une impofture. Cette propofition évidemment
abfurde , puifqu'elle fe contredit dans les termes
, ne peut avoir qu'un fens , & quelque
extraordinaire qu'il foir , c'eft celui de tout le
Livre tous les motifs humains de crédibilité ,
décififs pour juger les hommes , difparaiffent
dès qu'il s'agit de moi ; & quand je dis que j'ai
raifon , füt- il mille fois prouvé que j'ai tort ,
il faut croire que j'ai raiſon . Voilà ce que dit
Rouffeau , finon textuellement , au moins trèspofitivement.
Mais fongez qu'il était alors au
dernier période de fa trifte maladie ; & qu'eftce
donc en effet que la folie , fi ce n'cft la forte
préoccupation d'une idée fauffe ? & celle de
Jean-Jacques était que tout le monde avait tert
avec lui c'eft une raison pour le plaindre ;
mais en eft ce une pour le croire ?
•
:
J'ai relevé tous les faits publics , les feuls
dont on puiffe être juge , & la conclufion ri
goureufe , c'eft que dans tous ces faits , l'agreffion
eft du côté de Jean-Jacques , & qu'aucune
de ces querelles n'a d'ailleurs influé fur
fes difgraces & fur les perfecutions qu'il a
effuyées . Refte les fait particuliers de la fociété
& du commerc intime, qui tiennent beaucoup
de place dans fes Confeffions ; fur quoi
tour homme fenfé conviendra d'abord qu'il eft
à peu près impoffible aujourd'hui d'affeoir en
ce genre un jugement fondé ; car à moins d'a
voir vécu de fuite avec les perfonnages inté
reffés , & d'avoir été témoin de tout , comment
favoir au jufte qui d'entre eux a plus ou moins
FRANÇA I §. 21
à fe plaindre Suppofons qu'on puiffe les entendre
tous qui doute que chacun ne mon
trât les objets fous un jour différent , fuivant
les différentes nuances qu'il donnerait à tous
ces petits détails qui en font fufceptibles à
l'infini En effet , ce ne font au fond que dest
tracafferies de fociété , dans lesquelles on fait
que jamais perfonne n'a tout - à - fait tort , ni
tout-à-fait reifon . Il eft également injufte &:
ridicule de donner à toutes ces minuties qu'on
retrouve par-tout , une gravité malheureuſe
& de voir des monftres la où il n'y a que ces
I
viables contrariétés , qui naiffint de la différence
des opinions & des caracteres . Qu'ini - l
porte , en effet , que d'Holbac fe fit , de fon
aveu , un amulement de contrarier Rouff an
parce qu'il avait oblervé qu'il n'y avait que la
contradiction qui lui rendit fa valeur dans la
fociété Cette petite malice eft- elle bien coupable
? M Ginguene la prend fort au férieux ,
& dit qu'il ne voudrait pas d'un pareil ami
Soit tout ce qui s'enfuivra , c'est qu'on ne
verra pas fouvent l'homme qui s'amufe d'un
jeu qui nous déplaît ; en faudra-t -il conclure
qu'il eft un méchant homme : Qu'importe encore
que ce méme d'Holbac & d'autres amis
de Rouffeau ne goûtaffent pas fa Therefe , &
fe moquaffent un peu de l'attachement d'un
homme de génie pour une femme qui ne fayait
pas lire ? Veut - on qu'ils aient eu torn ?
Soit il n'avait qu'à fe moquer des moqueurs.
N'aston pas toujours raifon d'être heureux ,
n'importe comment ? Et quel rapport toutes
ces vérilles, peuvent- elles avoir avec le Parle
ment de Paris , Berne , Genève & Neufchâtel?
es : Eh ! My Ginguesé lui - même , en plufieurs
endroits de ces Lettres que je réfute , reconnaît
T
92 MERCURE
la vérité que j'établis . Il avoue que dans le
dernier féjour de Jean Jacques à Paris , tous
les coeurs lui étaient ouverts ; il le plaint de n'avoir
vu qu'une ligue , une confpiration univerfelle
dans une Nation qui lui rendais juftice. Il cite
une Lettre de Roffeau , écrite à fon retour
d'Angleterre , où il difait : » Je commence à¹
» craindre , après tant de malheurs réels , d'en
» avoir quelquefois d'imaginaires , qui peuvent
agir fur mon cerveau «. Enfin M. Ginguené
convient que l'altération de fon jugement finit
par une véritable démence. Et que faut-il davantage
? Après de pareils aveux , d'où peut venit
la manie de nous perfuader que parce qu'un
grand homme a eu le malheur de devenir
fou , tant d'honnêtes gens qui avaient auffi de
grands talens aient été des hommes abominables
?
23
C'eft ici le moment de rechercher la nature
& les progrès de cette maladie trop réelle
qui tenait certainement à fon organiſation , &
que les circonftances développerent . Ce qui
eft bien étonnant , c'eft que perfonne n'ait fait
attention à une Anecdote très - finguliere , qui
prouve que le germe du mal exiftait longu
temps avant que l'âge & les infortunes leuffent
manifeft . Qu'on fe rappelle fon aventure
avec une Courtifane de Venite : quant à moi,
j'en fus frappé dès que je la lus dans fes Confeffions
, & d'autant plus que je ne crois pas
qu'on ait jamais entendu parler de rien de
femblable Qu'on fe repréſente un homme dans
la force de l'âge dans les bras d'une femme
charmante dont il eft épris , & repouffant tout
à coup cette femme & la volupté , parce qu'il
eft a fi de cette bizarre idée qu'il n'eft pas
naturel qu'une fi belle créature recherche les
FRANÇA I S. $3
carcffes d'un homme qui n'a ni fortune , ni
figure , ni agrément , à moins que quelque
caufe fecrete ne la rende indigne des careffes
des autres hommes . Un autre aurait pu trouver
tout fimple qu'une Courtifane Vénitienne
aimât autant les fequias d'un Secrétaire d'Ambffade
de France , que ceux de tout autre , &
fur- tout n'eût pas attendu un pareil moment
pour avoir un pareil fcrupule. Point du tout :
il lui découvre un léger défaut à la gorge ( 1) ;
le voilà perfuadé qu'on a you'n le livrer à une
efpece de monfire , & il fond en larmes. Si ce
n'eft pas - là un trai : de folie , qu'on me dife
c'eft.
ce que
Des caufes morales ont dû ajouter au mal
phyfique. Du fein d'une folitude champêtre ,
où il ne connaiffait que fes livres , la campagne,
& une bonne maman qui le traitait comme
fon enfant , il eft porté affez rapidement dans
le tourbillon d'un monde tout nouveau , dans
les cercles des Ecrivains les plus célebres , &
de nos femmes d'efprit de la Capitale . Il ne
tarde pas à s'appercevoir de toutes les petites
prétentions qui font de ces cercles une forte
d'arêne où l'amour - propre eft toujours fous
les armes & fous le mafque ; & précisément
dans le même temps le fien , long- temps comprimé
par la mauvaife fortune & par d'i-fructueufes
tentatives , s'éveille par les premiers
fuccès , auffi brillans qu'inefpérés ; il fe trouve
fro. à la fois par le fentiment de fa fupériorité
réelle & per celui de l'infériorité fociale
, où les conventions impérieufes de ce
temps - là rabaiffaient l'homme de génie fans
( 1 ) C'est ce qu'il appelle un tero borgne , & ce qui
n'eit pas , à beaucoup près , fans exemple,
94
MERCURE
naiffance & fans fortune . Pareffeux & infon
ciant par caractere & par habitude , il eſt incapable
de fe faire de fes talens un moyen
de fortune , quoique ce fût affurément le plus
légitime & le plus honorable de tous. Que
fait-il ? Déja connu par une philofophie paradoxale
& mifanthropique , il trouve plus court
& plus aifé de conformer le fyftème de fa
vie à celui de fes Ecrits , de fe refufer à un
état focial qu'il a condamné , & d'oppofer
l'orgueil d'une pauvreté volontaire à l'orgueil
d'une fortune infolente . Il veut foutenir par fa
conduite comme par fes Ouvrages le rôle de
cenfeur , rôle toujours difficile & pénible ,.
parce qu'il peut mettre une résolution de l'efprit
en contrafte avec les goûts & le caractere
auffi dès ce monient tombe-t-il dans des
contradi&tions qu'il s'efforce en vain de pallier.
Il blâme les Spectacles & les Romans comme
une fource de corruption , & il fait des Romans
& des Operas . Il affiche le mépris de la
gloire , & il croit tout le monde jaloux de la
fienne . Il fe perfuade , il imprime ( 1 ) que Di
derot , Mably , Hume , &c. font devenus fes
ennemis dès qu'il a pu lutter de célébrité avec
eux ; que Hume particulièrement n'a comploté
fa perte , que parce qu'il a été ble de l'accueil
que l'Auteur d'Emile a reçu à Paris . Né
avec une imagination exceffivement tendre &
aimante , & par conféquent nourrie de chimeres.
trouvant tout , en amour & en amitié
fort au deffous de fes idées , il en conclud non
pas qu'il s'eft trompé , mais que tous les hom
mes le trompent. Dès -lors les hommes & les
(1 ) Voyez les Co -feffions je ne dis pas ici un mot
dont on n'y trouve la preuve. 2
FRANÇA I S. 95
chofes lui paraiffent des monftres , parce que
les hommes & les chofes ne font pas ce qu'il
les croyait . Sa fufceptibilité , fans ceffe heurtée
, devient frénéfie : fi les Journaliſtes Anglais
qui impriment tout , inferent dans leurs
Papiers quelques plaifanteries contre lui , if
s'imagine non pas qu'on s'amufe des épigrammes
contre un homme célebre fans l'eftimer'
moins , mais qu'il eft déshonoré en Angleterre .
Si les amis qu'il voit encore quelquefois fe
permettent de le picoter fur fes bizarreries ,
c'eft qu'ils ont formé une ligue contre lui . Si
des curieux importums viennent chez lui , pour
dire comme tant de fots , qu'ils connaiſſent un
grand Auteur , ce font des efpions que la ligue
lui envoie. Si , rebutés de fon accueil , un peu
farouche en conféquence de fes foupçons , les
hommes ne viennent plus gueres troubler fa
folitude , c'eft que la génération entiere aft entrée
dans la confpirat on contre lui , & il fe plaint
à la fois & de l'importunité & de l'abandon. !
Il y a deux chofes néceffaires à l'homme , &'
qui ini défendent d'être feul , l'épanchement &
les diftractions ; & de là naît le befoin - d'un'
objet choifi & celui de la fociété. Jean-'
Jacques était privé de l'un & de l'autre ; car fa'
Therefe , trop au deffous de lui , ne pouvait
pas l'entendre, & il s'était rendu étranger aux
autres. Dans cet état de dénuement , fon mal
empire chaque jour , & l'on en peut voir le
progrès dans fes derniers Ecrits . Sa tête fenoircit
de plus en plus. Il en vient jufqu'à
foupçonner cette même Therefe , fondunique
compagne , & Dupeyrou fon dernier ami . Plus
feul , plus ifalé de jour en jour , il fe dévore
lui-même , & l'activité de fon ame fe nourrit
des plus funeftes alimens. Réduit à lui , il s'eft
<
1
ཉག་ ཇལ་ ༥།ཎཱ ཀྱུ་
96 MERCURE
fait depuis long - temps l'unique objet de fes
penfées , & il tombe dans tous les travers artachés
à l'amour de foi , quand il n'eft ni tem- {
péré , ni modifié par le commerce de nos femblables.
Il roule dans fon efprit fes Confeffions,
comme pour fe juftifier , mais en effet par
l'inévitable befoin de parler de lui . Se croyant,
méconnu , il veut fe venger en fe montrant ;
& quoiqu'il ait l'air de faire quelques aveuxi
volontaires, quoiqu'il révele des fautes graves ,
& pourtant excufables , foit par la jeuneffe &
les circonstances , foit par la faibleff humaine , fu
différente de la perverfité , au total & en derniere
analyfe , il fe montre, au moins dans fon recit
& dans fa penfée , fupérieur à tous ceux qu'il
met en scène avec lui , & finit par un réſultat
qui eft incontestablement ( il faut bien le dire )
un prodige d'orgueil : il affirme folennellement
à l'Univers , il affirme à 1 Eternel que mul
homme n'eft meilleur que lui ; & il oublie qu'une
pareille affertion aurait choqué dans la bouche.
d'un Socrate , d'un Ariſtide , d'un Marc-Aurele ,
& qu'ils auraient rougi de la prononcer ; ib
Oublie que s'il eft permis de fe croire & de fe
dire bon , parce que chacun eft joge de fa
confcience , il eft d'une arrogance infenfée de
fe dire meilleur que tous les hommes , parce`
qu'on n'eft pas juge de la confcience des autres.
Enfin , l'âge & le chagrin le conduifent au dernier
terme du délire , & il imprime que les
Bateliers de Seine ne veulent pas le paffer , que
Les Savoyards refufent de le décrotter , & que les
mendians ont ordre de lui jeter au nez fes au
môres , &c. &c. & c .... Arrêtons-nous ici , &
finiffo s cette hiftoire trop fidelle , comme finit
top fouvent l'hiftoire des hommes de génie ,
c'eft-à-dire par un retour douloureux fur celle
de l'humanité.
FRANCAIS. 97
Laiffons M. Ginguené le récrier fur la barbarie
de ceux qui lui ont reproché la démence du
malheur après l'y avoir précipité. Tout Lecteur
fenfé peut évaluer à préfent ces injurieufes déclamations
, & voir combien elles font vides
de fens , puifque nous favons que le principe
de fa démence & de fes malheurs était en luimiême
& en hui feul , & qu'il était tout fimple
que ceux qu'il dénonça.t au monde entier
comme des méchans , priffent le parti le plus
doux en attribuant fes calomnies à l'aliénation
de fa tête , plutôt qu'à la malignité. Je dis calomnies,
& quoique , d'après les preuves énoncées
, ce foit bien le mot propre , je ne ferais
pas furpris que M. Ginguené le trouvât
dur . Je lui répondrai par une note de fes Let-
» Les actions humaines reçoivent leur
» titre ( 1 ) de ce qu'elles font en elles-.nemes ,
» & non ce que font , à d'autres égards , les
» hommes qui es font. Si un Dieu pouvait
» calomnicr , ce qu'il aurait dit n'en ferait pas
» moins une calomnie pour être forti de la
» bouche d'un Dieu «. Voilà des paroles trèsfages
& trè -belles . Que ne s'en eft-il fouvenu ?)
tres.
Ce n'eft pas que lui - même ne paraiffe fe
douter qu on l'accufera de prévention aveugle
puifqu'il en craint le reproche , même de la
part de cette admiratrice pathonnée de Rouffeau
, à qui fes Lettres font adreffees . Mais
comment s'y prend-i ! pour s'en juſtifier ? c'eſt
en affurant qu'il n'oublie pas tout ce qui eft au
défavantage de Rouleau dans les Confeffions ;
& de fair , il rapproche exactement tous les
(1 ) Ce mot eft impropre. Le titre eft pour les perſonnes
& non pour les actions. Qualification était le terme propre
, ou bien il fallait tourner la phrale autrement.
98
MERCURE
aveux que Jean -Jacques y fait contre lui , & en
conclud que d'après cela, il nefaurait , lui , M.
Ginguené , fe faire illufion; c'eft -à- dire qu'il confent
à ne pas démentir Roifean, quand Rouffeau
s'accuſe lui-même. Quel effort d'impartialité !
Cet effort n'est pourtant pas fans reſtriction ;
car quoique Jean -Jacques ait écrit en propres
termes : Je me fens le coeur ingrat par cela
feul que la reconnaiffance eft un devoir «
M. Ginguené refufe abfolument de l'en croire ,
& foutient ( apparemment parce que Rouffeau
ne favait pas s'exprimer en français ) que cela
ne veut pas dire qu'il fût en effet ingrat . Ces
paroles , je me fens le coeur ingrat , font pourtant
affez pofitives ; mais il prétend qu'on en
a abufe, & s'efforce de les expliquer , dans un
fens tout contraire ; en forte que det ce que
Jean - Jacques s'eft reconnu ingrat , il faut en
conclure , felon M. Ginguené , qu'il était au
fond très reconnaiffint ; & voilà comme les
ames délicates tournent tout au bien. On devine
aifément quelle efpece de tournure il peut
employer, & qu'il rejette tous les torts de
l'obligé fur ceux des bienfaiteurs. Mais malheureufement
Rouffeau a été au devant de toute
juft fication , par ces mots décififs & qui ex->
pliquent tout , c'est que la reconnaissance est un
devoir. Or , perfonne n'ignore que la reconnaiffance
, qui eft en effet un devoir très - doux
en lui-même , devient un devoir onéreux pour
Forgueil. Jean-Jacques , par cette phraſe trèsremarquable
, s'avouait donc très - orgueilleux ,
& il l'était ce qui peut rendre en lui ce vice
excufable , c'eft qu'il avait été long - temps
placé par la fortune au deffous de ce qu'il valait.
M. Ginguené eft auffi outré dans fes preventions
contre tous les perfonnages dont
FRANÇAIS. ୨୭
A
:
> .
Rouffeau fe fit des ennemis , que dans celles
qu'il montre en faveur de Rouffeau lui-même.
On a vu comme il traite le perfonnel de d'Alembert
il n'eft pas plus jufte pour les talens.
A fe contente de dire en parlant de lui , ce
Savant , ce Littérateur diflingué. Il y a une partialité
choquante à borner à ces qualifications
génériques & vulgaires l'éloge que l'on doit à
un homme qui , de l'aveur de tous les Savans ,
n'a eu dans fon fiecle qu'un feul concurrent en
Géométrie , le fameux Euler , & a eu l'honneur
trè -rare d'être créateur dans cette Science.
Quant aux talens littéraires , l'Auteur du Difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , Ouvrage fi
fupérieur en fon genre , qu'il n'y avait peusêtre
pas . en Eurode trois hommes capables de
le faire , eft ffarément un grand efprit & un
grand Ecriv, in . J'avoue que fes autres Ecrits
font d'un ordre très - inférieur ; mais il eft de
regle & de devoir de juger un Auteur par ce
qu'il a fait de mieux .
cru que
Y a-t-i plus de juftice à qualifier de violent
dilire la Note de Diderot dont j'ai parlé cideffus
, à dire que cette Note eft coupable ?
Diderot n'cft pas plus coupable de n'avoir pas
Rouffeau n'était que fou , que ne l'eft
M. Ginguené de ne pas mettre fur le compte
de cette folie , qu'il avoue , tous les prétendus
crimes que Jean-Jacques fuppofe tramés ' contre
lui . Il n'y a de part & d'autre que de l'erreur.
Or , obfervez que Diderot , peint des plus
noires couleurs dans la Note de Rouffeau, qui
précéda la fienne de vingt ans ne faifait qu'ufer
d'un droit naturel en lui rendant tous les
titres injurieux qu'il en avait reçus. Il n'y a
point là- dedans de délire ; car Diderot , injuftement
chargé d'imputations atroces ( comme je
2
100 MERCURE FRANÇAIS.
l'ai prouvé , devait regarder Rouffeau comme
un très- méchant homme , dès qu'il ne le regardait
pas comme un infenfé.
Cer Article eft devenu long & plus long
que je ne l'aurais cru : il ne le fera pas trop
fi j'ai réuffi à juftifier , aux yeux de gens encore
prévenus , des Ecrivains qui ont honoré
leur Nation & les Lettres , & fur - tout fi je
parviens à detromper un homme de mérite qui
les a diffamés , & à lui arracher l'aveu de fes
erreurs . Mais cette efpece de triomphe eft trop
rare pour que j'ofe m'en flatter.
Ce mot j'ai tort ce mot nous déchire la bouche.
,
Rien n'eft plus vrai , & pourtant ce mot et un
de ceux qui peuvent faire le plus d'honneur à
l'homme.
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fait & vieillard ; 2 ° . Edition , ornée de Planches
en taille-douce . 4 Vol . in- 8 ° . Prix , 10 liv. br.
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Bruyfet freres , Libr. rue St-Dominique .
TABLE.
PORTRAIT. 73 Lettres , se. Ex.
Charade, Enig. Logog. 74 Annonces & Notices,
76
100
JOURNAL
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
FRANCE,
De Paris, le 30 Octobre 1792.
L'an 1. de la République Françoiſe.
CONVENTION NATIONAL R
ON
Du dimanche , 21 octobre.
N lit une lettre des commiffaires de la Convention
à l'armée du centre. Elle apprend qu'un
porte-feuille a été trouvé dans une maifon de
Verdun où Monfieur á logé. Ce porte-feuille
contient des pièces qui méritent la plus grande
publicité. Ces pièces font en très- grand nombre,
Elles feront connoître le nom des principaux
traîtres , & les espérances des ennemis & des rebelles
à l'inftant où les armées combinées font
en:rées en France .
No. 44. 3 Novembre 1792. A
La même lettre annonce qu'une autre correlpondance
a été Lafie fur les ennemis faits prifonniers
par les chaffeurs de Popincourt, Ces pièces
apprennent que les émigrés défefpèrent de leur
caufe , que les armées Frar çoifes leur ont iafpiré
une grande frayeur.
y
> Les pluies ont tellement dégradé les chemins
fouvent les canons
que font engloutis au point
qu'on ne les peut plus voir , & c'est dans cet
aff.cux pays , ajoutent les comm flaires , que nos
armées , fans foulies & fans habits , ne marquent
pas le moindre mécontentement.
La Conveni na chargé fes comités de sûreté
générale & diplomatique de faire le'd pouillement
des pièces tranfifes par les commiffaires , &
d'en préfenter le rapper à la Convention dans
la femaine. On a demandé , à ce sujet , qu'il
fût formé un comité auquel feroit renvoyé tout
c: qui concern : l'émigration, Ap ès quelques dé
bats , la Convention a décrété qu'il fera formé de
deux fect ons des comités de fiances & de do
maines un comité particulier pour examiner tout ce
qui concerne les émigrési
Une lettre de la commune de Troyes intéreffe
la juftice & l'humanité de l'Affanblée
en faveur de l'infortuné Sauffe de Varennes , qui
s'eft réfugié dans cette ville. Ce croyen , que
l'ennemi a cherché long temps pour l'immoler a
la vengeance des Rois , a perdu font épouse ,
qui n'a pu furvivre à la crainte que lui a caufée
la violence des Preffens . La Convention a chargé
fon péfident d'écrire une leto é de fatisfaction
Sauffe , & le pouvoir exécutif d'examiner fa po
fition.
Le ministre des affaires étrangères apprend à
l'Ademblée qu'il vient de recevoir une fettre da
général Montefquiou , qui lui annonce.comTe
très -prochain le fuccès de fa négociation avce
Genève.
Le miniftre de la marine demande un fo d
de 43 milons pour les befoins de fon dépar
tement. Cette dema de eft renvoyée au comité
de marine pour en faite le rapport mercredi,
La féance du cimanche étant principalement
deftinée à recevoir les divers pétitionnaires , la
barre de l'Affemblée et ouverte pour les recevoir.
Une députation de la commune de Choifi-
Tur-Seine , vient apporter en effeande à la pti ,
ua o el d'or qui lui fut donné par la pie fe Pompadour.
Troi déferteurs Aut ichiens viennent fe plaindre
de ce qu'on n'a as ex cuté à leur égard le décret
rendu en faveur des déferteurs étrangers . Its demandent
à fervir la liberté, & prêtent le ferment
de la défend e jafqu'à la mort. Leur pétition eft
renvoyée au pouvoir exécutif.
Le nouveau bataillo de Marfeille,qui eft ve
au fecours des Parifiens , fe préſente par députation
. Voici comme il s'exprime :
« Nous parins des bords de la Méditerranée
pour venir au fecours de Paris : nous avons appris
que nous n'avions plus d'ennemis que les agi
tateurs & s hommes avides de tribunat & de
dict tué. Vous appartenez aux 83 départemens ,
vous êtes donc à nous ; le fervice militaire auprès
de vos eft un droit qui nous appartient.
Nous favons bien que quelques hommes dilent aux
Parifiens que ceft une injure pour eux , comme
fi ce pouvoit être une injure pour eux de nous re
concitre pour leurs frères ! O dir in ore a
cette garde qu'on vous pr pole, peut day
( 4 )
garde pretorienne ; nous ne répondrons qu'un
mot ; nous y ferons . »
Le commandant d'un bataillon de volontaires
vient fe plaindre de ce que les foldats font égarés
chaque jour par les écrits d'un homme qui ne
refpue que le crime & le maffacre . It demande
que le fanguinaire Marat foit déc été d'accu
fation . Sa pétition eft renvoyée au comité de
fégiflation , & l'Affemblée charge le comité de lui
préſenter une loi contre les provocateurs au
meurtre.
3
La fection de la Fontaine de Grenelle déclare
qu'elle n'a aucune part à l'adreffe préfentée au
nom des 48 fections contre la force armée qu'on
a propofé d'établir à Paris . Elle le réfervoit le
droit d'offrir les obfervations à la Convention
fur ce projet de loi ; mais prête à obéir au væu
général des repréfentans du peuple , elle promer
de prouver aux citoyens des départemens que la
Convention appellera , que les Parifiens font les
plus fermes amis des loix & de la liberté.
La léance s'eft terminée par une députation de
deux fections du fauxbourg Saint Antoine. Nous
reg e
ettons de pe pouvoir donner en entier l'excele
tent difcours qu'a prononcé , en leur nom , le
citoyen Gonchon. En voici quelques traits qui
Iuffiront pour donner une idée de l'efprit & du
caractère qui animent ces hommes du 14 juillet ,
qui ont été fi fouvent l'objet de tant de ridicules
calomnies. O y verra qu'ils favent parler de la
liberté , comme ils favent la défendre.
сс
2
Quand la Cour verfoit à peines mains fur
tout l'empire , la coupe de la haine & de la com
ruption , lorfque la France étoit encore un royaume,
nous entretenions fous le chaume des fauxbourgs ,
& lous les ruines de ' la baſtille le feu facré de l'é"
galité ; nous rappellions à haute voix les grandsprincipes
, & nous faifions à la barre cette profhétie
politique : l'éponge des fiècles peut effacer du
livre de la loi , le chapitre de la royauté ; mais
le titre de lafouveraineté nationale reflera toujours
intact . Aujourd'hui que la liberté n'eft plus couverte
d'un mantean royal , & que les drapeaux
de la victoire entourent le berceau de la République
, nous dirons au peuple François fous des
Rois l'état peut le foutenir par l'intrigue &
vice; mais l'empire des loix ne fe confe : ve que
par les bonnes moeurs ..... Déteſtez la flatterie
c'et la compagne du vice , l'écueil de la vertu
& la perte de la République ..... Celui qui calom
nie le peuple eft un tyran ; mais celui qui le flatte
veut le devenir. »
R
Après avoir parlé ainfi de leurs compatriotes ,
Voici ce que les hommes du 14 juliet adreffent
aux législateurs. « Terraffez les intrigans & les
faux amis de la patrie , mais ne confondez pas
avec les agitateurs , les patriotes chaleureux qui
nourriffent des défiances felutaires & obfervent
fans relâche la conduite de nos ennemis. N'oubl
ons jamais que les tyrans font incorrigibles ....
D'aut es viendront exprimer dans ces lieux
le poifon qu'ils fervoient fur la table des Rois ;
les hommes du 14 juillet y pa: citrost fouvent
pour encourager les mandataires de la République,
les iéliciter du bien qu'ils ont pu fic, & leur
rappeler qu'is fent hommes . Et ceux - là fans
doute auroient une bien faulle idée de nos fentinens
qui prendi oient notre effect pour une
obéiffance aveugle , nos confeils pour des reproches,
& nos opinions énergiques pour efprit de
licence. »
Paſſant enfuite au projet d'établir une force dé-
A 3
1.
16 )
partementaire à Paris , voici comment ils s'expri
ment, Des hommes pervers & mis peut être en
avant Par ceux qui ont fordé leurs efpérances fur
la diffolution de la Répub ique , fe font portés à
des excès condamnables . Au lieu de nous aider à
les pou fuivre & à les punir , on nous a lâ h me t
calomnié... On nous accufe de conjurer... Mais
quel feroit le but de et e conjuration ?
arracher
Ou font les preuves , Is indices , les avan.
tages que nous pourrions en retirer ? Oui , certes ,
nous avons confpiré , mais comme fort tous les
aris de la juftice & de la liberté , car notre vis
entière eft une conſpiration éternelle contre les
faux patriotes , ( On applaudit . ) les ambitieux ,
les hypocrites qui facrifient tout à kurs petites
paffions ; mais que les vainqueurs de la Baltille ,
les fils aînés de la révolution françoifeaient
confpiré contre ' indépendance de la république
qu'ils aient voulu détruire les loix
aux départemens le fceptre de l'autorité fouve
raite , devenir les tyrans de l'Aſſemblée naticnal:
Lég flateurs , nous en appelons à vousmêmes
; eft- il quelqu'un de vous qui le penfe
qui le croye , qui puiffe le dire ? E - il ua
homme allez injufte pour confondre les habitans
de Paris avec des fcélérats ou des infeníés que
nous mép ifons , comme vous les méprifez vousmêmes
? Ave t-on befoin , pour appeler autour
de vous nos fières des dé artemens , de calomnier
les hommes du 14 juillet ? Nos bras ne
font- ils pas toujours ouverts pour les recevoir ?
N'avons nous pas à leur offrir ces mêmes foyers
qu'i's vifitèrent à l'époque de la fédération ? Ah !
qu'ls viennent , non pas 6 , 7 , 8 , 24mille
mais qu'un milion de Fra çois accourent dans
ces murs ; ils y trouveront des frères & des
•
amis des citoyens difpofés à faire fuccéder
d'empire des loix à celui de la force mais
qu'ils arrivent fous une dénomination fraternelle ,
qu'ils viennent , non pas pour vous défendre
mais pour nous aider à vous garder. Que le
mot de force armée ne fouille pas le code d'un
peuple républicain .
לכ
>
La députation a fini par exprimer ſon voeu
pour abolition de fali martiale , de cette loi
ba bare qui fouille encore les archives de la république.
L'empire de la force eft toujours précare,
& le peuple remplit fes devoirs toutes
les fois qu'on refpecte fes droits ,
"
ee Venez , Législateus , venez avec les citoyens
de Paris ...... Aeceurons au Champ- de - Mars ,
Portons y le livre des décrets ; arrachons en les
feuilles fang antes de la loi martale , & déchirons-
les à l'envi før l'autel de la pauze ...
Soyez perfuadés que cette démarche fera plus
pour l'inftruction du peuple que toutes les dé
clamations oratoires..... Ljuftice & la méfiance
révoltene & abrutient les hommes ; l'équité ,
la douceur , la cor fiance , élèvent leurs ames &
développent le germe de toutes les grandes pal
fions.... Croyez en des cityens qui n'ont jamais
fu lire que dans le livre de la nature , nous
n'avons pas à nous teprocher , nous , d'avoir
excité des émeutes pour faire calon nier le reuples
d'avoir jetté des femences de haine , en faisant
de la révolution un objet d'intrigue & de calculs
d'avoir tour - à-tour Hatté les Rois & le peuple
pour nous enrichir.....
Les hommes du 14 juiller ne connoiffent le
Temords & l'intrigue que de nom .... Ils ont
vée pour la liberté ; ils fauront périn en la dé
fendant ; ce genre de mort ne les effrdie past
A 4
( 8 )
3
S'immoler pour le bien de la patrie , ce n'e
pas mourir c'eft prendre le chemin le plus
court pour arriver à l'immortalité . »
Cette pétition eft vivement applaudie . La
Convention en décrète l'impreffion & l'envoi
tous les départemens.
Du lundi , 22 octobre.
Le nommé Aaron Hommerge , natif de
Mayence , avoit été impliqué , par méprife
dans l'accufation du vol des diamans dela couronne,
Après avoir fubi une détention de trois femaines
il a été abfous par le tribunal criminel qui à
reconnu que , bien loin d'avoir coopéré à ce
vol , il avoit au contraire aidé à faire arrêter
un des voleurs. Le miniftre de l'intérieur , en
sendant compte de ce fait à la Convention lui
apprend , en même temps , qu'il a cru devoir ace
corder à cet homme un fecours de 400 livres
comme une idemnité du mal qu'il a fouffert
& uce récompenfe du bien qu'il a fair. La
Convention a décrété ce fecours , en applau
diflant au fentiment de juftice qui a guidé
Roland. 1
Les membres du tribunal civil & criminel ,
établi provifoirement à Nice par le général Ant
felme , informent la Convention nationale de
eur inftallation . L'arbre de la liberté , difentils
, cft planté au milieu de Nice ; bientôt fes
rameaux ombrageront une terre qu'avoit dé
fèchée le foufle dévorant du defpotifme ; tandis
que le général Anfelme, fera refpecter par la fore
des armes la nation Françoile , nous travailleros
à faire aimer les loix . Cette lettre , datée de l'an
premier de la république françoife , eft vivement
applaudie , & l'Affemb.ée en ordonne l'impreffion
(69%)
Sur le rapport de Camus , la Convention decrète
que le miniftre de l'intérieur eft autorifé
à faire vendre fans délai , le mobilier qui fe
trouve dans les maiſons religieufes & dans celles
des émigrés.
Le même membre préfente au rom du co-t
mité de l'aliénation des domaines , plufieurs articles
additionels à la loi fur le fequeftre & la
vente des biens , dépendans de l'ordre de Malthe
& de l'ordre Teutonique. Ces articles font adoptés
fans difcuffion .
Le miniftre des affaires étrangères vient faire
part à la Convention , des manoeuvres qui ont
été mifes en ufage à Conftantinople , pour
écarter l'ambaffadeur Sémonville & prévenir la
cour Ottomane contre lui . Ii affure en mêmetemps
que le confeil exécutif a pris toutes les
meſures pour maintenir la dignité du nom François
& pour obtenir à Semonville la juftice
qu'il mérite.
3
On foupçonnoit Choifeul- Gouffier , àd'être
le principal auteur de ccs manoeuvres . Ces
Loupçons le font bientôt changés en réalité. Un
membre du comité de sûreté générale , a fait
lecture de plufieurs pièces faifies fur les émigrés
& envoyées à la Convention nationale par les
commiffaires aux armées réunies . Parmi ces
pièces le trouvent une lettre du fieur Choiseul-
Gouffier , adieffée à MONSIEUR , & quatre mémoires
préfentés à la Porte, Ottomane contre
Sémonville , qui prouvent que la conduite de
cette cour à l'égard de la France n'est due
qu'aux inftigations des ambaffadeurs de Naples ,
Pétersbourg , Berlin & Vienne , & que cette
intrigue foutenue par les princes François , étoit
ourdic & dirigée par le feur Choifeul- Goufier,
A S
( 10 ))
11 n'étoit pas le feul ambaffadeur qui trahît ainfi
Ja patrie. Le ci - devant comte Dumouftier agit
foit d'ap ès les mêmes Pincipes . Un décret
d'accufation a été porté contre eux , & le féqueftre
de leurs biers a été ordons é.
La Convention reçoit ure dépêche du citoyen
Bourgoin , ambaffadeur de la République , en
Efpague , qui contient des détails fur les difpo-'
fitions de la cour de Madrid . Le Roi d'Espagne
écrit cet ambaladeur , ne prend aucune réfolution
; il eft à fouhaiter que les François ne fel
portent aucunes mefures provocatives . La totalité
de les troupes n'excède pas 40 mille hommes.
Une partie eft indifpenfablement néceffaire au fer-
▼ice des garnifons de l'intérieur ; enforte qu'il n'y
autoit que 20 à 25 mille hommes de difponibles ,
dns le cas où le gouvernement voudioit atraquer
la France,
Dans le nombre des émigrés François qui fe
font réfugiés en Espagne , Bourgoin atture qu'il
n'y en a pas 200 capables de s'armer ,encore ont - ils
reçu ordre de s'él igner des frontières pour s'établir
dans l'intérieur du pays . Quant aux forces navales
de l'Efpage , il ne s'eft maniffté jufqu'à préfent
dans fes ports , aucun mouvement qui annonce des
vues d'hoftilité. A cette lettre , en eft jointe und
des commiflaires aux frontières des Pyrénées , d. ns
laque le ils rendent compte des mesures prifes pour
renforcer & approvifionner les départemens vaifins
de l'Efpagne . Bientôt une armée de 40 mille
hommes fera levée dans ce départemens . Les ad
minift ateurs ont été autolifés à paffer des marchés
& à établir des attéliers pour en accélérer l'é
quipement.
La Convention renvoie ces lettres au comité
militante.
Leminiffre de la justice , Garat le jeune ,
préfente un mémoire fur cette question « Les
prifonniers mis ca liberté, dans les journées des
ay 3 & 4 feptembre , do vent- ils être poursuivis
de nouveau pour les délits dont ils étoient ac
cafés , ou bien , les,craintes auxque les is ont
été en preis , des horeurs de la mort qu'ils on
éprouvées par fituation où is fe trouvoient ,
ont- elles expié fuffisamment les crimes dont ils
pourroient être coupables , & doit - on ſe borner a
la déportation contre ceux d'entr'eux qui font
coupables d'affaſſinat ? »
b
L'Affemblée en ordonne l'impreffion & le renvoi
au comité de légiflation .
-Par un décret , rendu à la fin de cette féance , il
eft ftatué que la liquidation des créances fur
l'Etat , fera refr inte à celles qui ne fe montentqu'à
3,000 liv . & au- deffous .....
Du mardi, 13 octobre.
Cette féance set ouverte par la lecture d'un
ar êté de la fection des Sans - Culottes , qui porte
que les fcellés feront appo és fur les biers des
prê res i fermentés,, comme fur ceux des émigrés .
On ne fait s'il y a plus d'ignorance que d'injuf
tice dans cet arrêté. D'abord , il n'ex fte point
de loi qui ordonne le féquestre des biens des
piêtres infermentés ; la détermination prife par la
fection , eft donc une furpation manifefte des
droits de la fouveraineté. En fecond lieu , fi une
telle joi pouvoit exifter , ne violeroit- elle pas tous
les principes de la justice & de la morale ? Und
première loi a contraint ces prêtres à quitter le
tentaire de la République , une feconde loi , les
puniroit d'en ê:re fortis ! Eh ! qu'inventeront de
ilus la yaungie ellemême. ? Auffi Barrête de la
A 6
( 12 )
fection des Sans- Culottes n'a pas été plutôt coanu',
que les citoyens Lacroix & Buzoi en ont demardé
la caffation ; ils ont demandé de plus que
l'Aflemblée improuvât la conduite de cette fec
tion. Tallien feul a foutenu qu'elle avoit bien ·
fait ; la Convention a terminé ces débats en ren➡
voyant à fes comités de légiflation & de sûreté
générale , l'examen de cet arrêté dont elle a
néanmoins fufpendu l'exécution .
Une autre fection vient déclarer qu'elle n'a
point adhéré à l'adreffe préfentée à la Convention
, au nom des 48 fections , contre le
prajet d'une forec armée tirée de tous les dépar
temens,
Goffuin lit , au nom du comité des pétitions >
un projet de réglement fur l'admiſſion des péti
tionnaires. Il prouve fans peine que l'Affemblée
perd chaque jour , beaucoup de temps à le faire
lire des adreffes , des pétitions , & que l'ordre &
l'importance de fes travaux ex gent que la barie
ne s'ouvre pas au hafard au premier venu qui
a envie de debiter des phrates. Les infortunés
qui viennent réclamer des fecours , où accufer
des oppreffeurs , ont feuls le droit de fe faire
écouter dans tous les inftans . Ce projet de réglement
fera imprimé , & la difcuffion en elt ajournée à
trois jours.
Pétion lit une lettre de Jones , négociant Anglois
, qui offre à la République Françoite fix
pièces de canon & des boulets. Il ne met à fon
offrande qu'une condition , c'eft qu'on lui tendra
les canons lorfqu'ils auront fervi à affurer la li
berté ea France , parce qu'alors fa patrie en aura
peut- être befoin, La lettre a étévivement applaudie ,
& le don a été accepté.
Champion , ex-mimftre de l'intérieur , adres
13 1
170
4
✦la Convention le compte de fon adminiſtration
de 29 jours . La connoiffance en a été renvoyée
au comité chargé de l'examen des compres,
La dif.uffiona s'eft portée fur le projet de
décret préfenté par le comité de légiflation
fur les émigrés & fur la vente de leurs
biens. Aux uns , il préfentoit des difficultés dans
fon application ; aux autres , il paroiffoit incom
plet. Piufieurs membres ont combattu ce projet. La
Convention aloit faire le renvoi de ces diverfes
obfervations au comité , lorfque le rapporteur
a obfervé qu'avant de s'occuper d'un nouveau
travail fur cet objet , il étoit indifpenfable de
fixer la nature de la peine qui ferou prononcée
contre les émigrés : & quelques opinans , a - t- il
dit , demandent que cette peine foit la mort 5
ils demandent qu'elle foit prononcée indiftinéte
ment contre tous les émigrés. Cette difpofition
paroît trop barbare à votre comité . » Buzot a
le premier abordé la queftion. Après être convenu
que l'émigration ne peut- êt e un crime ;
parce que tout homme a le droit de vivre ou il
veurs il a penfé qu'elle le devenoit dans le cas
où la patrie en danger réclame le fecours de
tous fes enfans. Il a diftingué trois fortes d'émigrés
; 1º . ceux qui font pris les armes à la main j
la loi eft déjà faite contre eux : 2º. ceux qui ont
fui la patrie pour aller lui fufciter des ennemis ,
c'eft-à- dire , ceux qui ont fui dans les pays avec
Jefquels elle eft en guerre 3 ceux qui l'ont
abandonnée pour fuir dans les pays neutres , tels
que l'Angleterre , la Suiffe , &c. Tous ont trompé
Feffoir de leur patries tous , felon Burot , om
coupables d'un premier délit qui les tend indignes
de rentrer fur le territoire françois ; celui quia fun
** fon pays eft un lâche , celui qui eft allé lui chees
( 14 )
cher des ennemis eft un traître . Buzor a conclu
à la peine de banniſſement à perpétuité contre les
émigrés, & fan opisiontappuyée par Danton , eft
devenue, malgré les réclamations de Desmoulins
& de Tullien , qui comparoient cette difpofition à
laufimeufe révocation de L'édir de Nantes , l'or
pinion de la majorité de l'Affemblée. Itza é édési
crété que tous les émigrés font bannis à perpétuité
du territoire de la République , & que ceux qui ,
au mépris de la loi , rentreroient en France, fcront
punis de mort.
Le corps électoral du département du Nord ,
qui étoit réuni à Lille per dant le bombardement ,
cavoie à la Convention le boules rouge qui , dans
une de fes féances , eft tombé fur le bureau du
préfident . Il donne en même temps des détails, fur
Fautorice qu'exercede comité révolutionnaire des
Belges , & fur la protection que lui donne le mi
niftre des affaires étrangères , Lebrun.
1 Ce comité , difent les électeurs , agit en tyran
envers tous ceux qui ne partagent pas fes opis
nions ; & le miniftre Lebrun traite avec lui comme
avec une puiffance. Le foin de la liberté des Pays
Bas doit-il être conféré au hafard à quelques ame
biticús ?: La Convention a renvoyé cette lettre &
lesipiéces qui l'accompagnent au comité diplomatiqueup
kob JA : x5 5
Un offieter municipal de Patis annonce qu'un
grand nombre d'ouvres du camp font réunis for la
plac: Vendôme, & qu'ils demandent à preſenter une
pétition dit qu'ibi 'yrabpas aminant à perdress
l'on veut prévenir une infurre&tion, ' La Comp
vention madde fut -de-champràs ta barre l'officit
municipalallaréfulte de fes répontes qu'il éroic
venu du camp avec quelques ouvriers qui avoienit
le projet de préſenter we pitsion à l'Aſſemblée
nationale ; que la peur lui en avoit groffi te neme
bre , comme elle lui avoit exagéré les intentions y
de ces ouvriers ,
Les pétition naires , au nombre de vingt , ont
été entendus après l'officier musicipal , ils fel
fent bornés à implorer quelques fecours de l'humanité
des repréfentans du people. Leur pétition
a été renvoyée à la commiffion du camp.
Du mercredi , 24 octobre.
و ب
Un des membres de la commiffion , chargée dei
furveiller la procédure crimincile relative au mel
du garde meuble annonce à l'Aſſemblée : quel
Inftruction a fourni des renseignemens qui in
diquent plufieurs complices répandus dans diffé,
rentes villes de la République , & donnent leur
fignalement & le lieu de leur retraite. Pour par->
venir à les arêter , il ne voit qu'un feul moyen i
c'eſt d'autoriser le directeur du juré d'acculation à
parcourir la France & à décerner, partout où
ille croiroit néceffane , des mandats d'amen r &
d'arrêt , de faise mên e par-tout des vifi es domis
cilières Une. telle mefu em qui compromettoit
A effentiellement la liberté de tous des citoyens:
qui tendoit à rende tous les Franç is juſticiables
d'un directeur.de juré , deyeit, trouver autant
d'improbation qu'il y a dans l'Affemblée d'ennemis
de la tyrannie je auffi ant- elle été rejetée à
P'unanimité.
La commune de Langresafe plaint de ce que
dans la répartition qu'on a faites des prifonniers
dans les villes de l'intérieur , celle de Langres ent
a reçu beaucoup plus qu'elle n'en peut nouri: &
contenir Ele demande que partie de ces prifons
niers loient repartis dans les villes võilines , ea
raifon de leurs moyens de fubfiſtances & de leur
( 16.)
population, Certé demande , convértie en motion
par un membre , eft décrétée...
L'écharpe municipale a couvert plus d'une fois
la friponnerie , & fourni à de mauvais citoyens
les moyens de dilapider beaucoup d'effets publics , >
Camus , pour prévenir ces excès , a fait décréter :
que nul individu me pourra s'introduire dans les
maifons royales , religieufes , ou appartenant à
des émigrés , fans une autoriſation particulière du
miniftre de l'intérieur , ou de la municipalité du
lieu où le trouveit ces maifoos.
Rhul annonce à l'Affemblée , que parmi les
lettres interceptées à l'ennemi , & renvoyées au
comité de furveillance , il s'en eft trouvé une d'un
fous- officier Puffien , nommé Roffemberg , qui
contenoit deux ducars deſtinés pour fa femme.
Cette modique fomme étoit le fruit des plus pénibles
privations , car il s'étoit réduit au pain & à
Peau pour ménager à fa famille ce léger fecours.
Rhul a demandé d'être autoriſé à faire paffer la
lettre & la fomme qu'elle contient à la femme de
ee fous-officier , digne , avec de tels fentimens
de l'eftime d'une nation généreuse . Cette des
mande a été applaudie & décrétée. #
li
Après un rapport fait par Cambon au nom du
comiré des finances , la Convention a décrété la
création de 400 millions d'affignats , dont 40 mile
lions en affignats de 10 fops , & 60 millions en
affignats de is fous.
Cette nouvelle émiffion étoit annoncée depuis
long -tems. Le crédit dont jouiffent les affignats
fur- tout aujourd hui que perfonne n'eft intéreſſé à
les difcréditer , ne peut avoir de fordement folide
que fur la certitude de l'hypothèque qui leur eft
affectée. Voici l'état de fituation de la caiffe de
3:
( 217 )
l'extraordinaire , telle qu'il exiftoit à l'époque du s
octobre courant.
Sur les 2 milliards 700 millions montant des
créations d'affignats ci - devant décrétées ; il en
avoit été employé 2 milards 589 millions , ce
qui rédaifoit le reftant en caiſſe à 111 millions .
Sur les 2 milliards 589 milions en affignats qui
ont été émisa , il en étoit rentré 617 millions qui
oat été annullés & brûlés, de forte que les affignats
qui étoient en circulation , à l'époque du 5 octobre
courant , montoient à 1 miliard 972 millions .
Le gage de cette maffe d'affignats , fuivant les
érats arrêtés par l'affemblée lég flative , au mois
d'avril dernier , fe montoit à 2,445,638,237 live
Ce gage a été augmenté de 725 millions par la
verte déciétée depuis cette époque , 1 ° . des palais
épifcopaux. 2 , des maifons ci- devant occupées
par les rehgienfes. 3. des biens ci - devant jouis
par l'ordre de Malthe & par les col'éges 4° de
la coupe des quarts de rélerve & futaics , & d'une
patric de bois épars. 5. enfin par le montant des
intérêts fur les fommes dues par les acquéreurs des
domaines nationaux verdus , & par le produit
des fruits & venus de ceux invendus ..
Mais ce qui vant cuc te mieux qu'une by
pothèque territoriale , car nos ennemis pouvoient
l'enlever , c'est le gige de la victoire que nous
donne la di'cipline , la valeur de nos troupes.
Ce qui va fixer la o fiance publique , c'est la
pofition de la France à l'égard de les ennemis.
Ils fuient & déja nous nous ava çons à grands
pas fur leur teritone. Ils vont tupperter unc
grande partie des frais de la guerre actuelle ,
& nous didommager de nos pertes paffées .
Cuftine marche fur Mayence , & ne doute pas
que , fous peu de jours , cette ville opulente
1-8
ne foit en fon pouvoir . Voyez la lettre au
général Biron.
Juntos adeno .
$ zal 02
Cufline au général Biron , au quartier de Worms,
le 18 octobre
J
bb pavā
« Ciroyen , mon cher collègue , j'ui encore
l'efpor de pouvoir me rendre mî re ce Mayerce.
Je fuis tûr du nombre des soupes qui l'occu
Pent. Je fuis inftrait des moyens d'attaque par
les inteligences que j'ai lu me ménrger dans
ce pofte . Les troupes que je commande, ont
exécuté une marche d'une rapidité incompréhenfible.
J'en ai dirigé une colonne le long des
montagnes parla routede Zargnem , Neufe, Eng
nem & Asize. »
Je me fais affusé par tous les rapports qui
m'ont été faits , que les autrichiens ne dirigeoient
pas encore leur marche de ce côté. Peffè e inter
cepter 800 hommes de ces troupes qui doivent y
arriver après-demain au plutôt.
Je vous recommande de me tenir inftruit
de ce que vous appprendrez du retour des au
ui hiens . Je ferai toujours en meſure de me
retirer ; & quand je ne produirois d'autre effet
que de précipiter la retraite de nos ennemis
en abandonnat beaucoup d'effers & d'hommes
, j'aurois toujours rempli un grand ob.
jet .
6 CB
Cette marche en impofe non-feulement à
Woms , mais a toute cette pa tie de l'Ale
magne elle me met en mesure d'y femer ros
décrets & des éc its qui y préparent la révolution
derrière les armés de nos ennemis. »
Je ne compromets en rien la gloire de nos
armées . Les autrichiens nepeuvent traverſer en
S
19
grands corps d'armée le pays de Deux- Ponts , qu'ils
ont déja épuilé de fubftances . »
« Kellermann que vous devez tenir inftruit
de ma marche , doit leur fetter la meſure
& la mifi relligncee , qui exifte entre les proffiens
& les autrichiens , deir encore augmenter vot.e
tranquillité & la mienne . »
Si je re parviens pas à prendre Mayence
aurai toujours fait une tentative d'une grande
audace , confumé le pays de nos enfimis , facilité
la rentrée de nos approv fionnemens de
Landau que je force toujours derrière moi ,
J'aurai caufé de grandes inquiétudes à nos ennemis.
Ma retraite fera tranquilte ; je la ferai fans
danger. »
Des, commiffaires de la commune demandent
à être ent ndus , & toujours pour des melures
qui intéreffent la tranquillité publique. Is font
renvoyés au comité de furveillance . Le devoir
du magiftrat eft de farveiller , & c'est vouloir
donner de la confiftance à ddeess tbruits vagues
que de venir les proclamer publiquement.
Une lettre du miniftre de la matice info me
la Convention , que le commiffaire provi oi e
nommé par le général Anfelme à Vilefranche
eft dans Pintention de faire tranférer à Toulon
la chiourme de Villefranche compofée d'un grand
nombre de forçats. Le miniftre demande s'il peut
les recevoir. Sa lettre eft renvoyée au comité de
marine. Les fuccès de nos armes ajoutoient chaque
jour au besoin de faire connoitre à toutes les
nations , que la République Françoife refpecte'
leur indépendance , qu'elle ne veut point faire
de conquêtes L'Allemblée a defié enrendre le
sapporteur du comité diplomat.que , fur la conduite
( 201
que doivent tenir les généraux de la Républiq
hors de fon territoire . Ce rapport présenté par
Lafource a vivement intéreſſé autant par l'importance
du fujet , que par la manière dont il l'a
traité .
Sureté des perfonnes , refpect pour les propriétés
indépendance des opinions. Voilà les trois règles
de conduite qui doivent guider les généraux
françois , & qui ne font que la conféquence de.
cette déclaration folemnelle LA FRANCE NE VEUT
POINT FAIRE DE CONQUETE. Ces bafes poles ,
les peuples feront conquis à la liberté , ou plutôt
ils fe rendront libres eux- mêmes . Alos ,
feulement alors , on verra cette divinité fi bienfaifante
naître dans le fein de la paix & fo tr
pure de fon berceau . »
$
« Le moment eft venu , a dit Lafource, de faise
une application franche & loyale d´s principes
que nous profefions . Le géné.al Anfelme a pris
poffeffion du comté de Nice au nom de la nation
frança.fe. Il s'eft occupé d'y établir des municipalités
& des corps adminiftrat.fs . Cette conduite
reflemble trop a celle des conquérans. »
« Les François ne devront pas prendre poſſeſfion
d'un pays où ils font entrés , mais proclamer
que les habitans de ce pays font délivrés
de leurs tyrans & libres de fe donner telle forme
de gouvernement qu'il leur plaira d'accepter.
Hois des limites de fon Empire , la république
Françoile , ne doit avoir d'autre domaine que
Ja reconnoiffance des peuples , d'autre poffeffion
que celle des cours . »
ce
Que les anarchiftes , dit plus loin de rappor
teur en parlant du refpe& pour les propriétés
que les anaschiftes ne viennent point é : aler leurs,
révoltantes maximes. Vous n'entendez pas ,
21 )
eitoyens , que fous prétexte de révolution ;
chacun qui n'a pas , prétende avoir droit à tout
ce qu'il défire & qu'il peut atteindre . Ceux qui
oferoient précher cette infernale doctrine en la
couvrant du grand princ pe de l'égalité des droits
ne feroient point à vos yeux des pattiotes , mais
des brigands. »
Lafource lit enfuite un projet de décret conforme
aux bafes qu'il vient d'énoncer. La convention
en décrète l'impreffion & l'ajournement.
En parlant des révolutions qui délivrent les
peuples du joug des tyráns , Lafource avoit
eu occafion de dépeindre ces fcélérats obfcurs qui
en font à la fois l'opprobre & le fléau & qui joignent
, felon les expreffions , la férocité des
moaftres à la colère des hommes , les poiguards
des affaflins à la mafue des peuples . Marat qui
eroyoit que l'on parloit de lui , ( & cependant on
ne le nommoit pas ) n'avoit pu s'empêcher d'interrompre
le rapporteur & de s'écrier , c'eft indés
cent ! le rapport n'a pas été plutôt fini qu'il a demandé
la parole ; on la luf refufoit , mais il á
encore cette fois invoqué le falut public & un
décret la lui a donnée ,
* Les ennemis des nations , de la liberté , de la
paiz & du repos public , a - t-il dit , ne font pas
quelques citoyens obfeurs qui défendent conftam
nient les intérêts des peuples , mais ce font les in
fidèles repréfentans du peuple , les fonctionnaires
publics prévaficäteurs ; ce font fur-tout les infames
miniftres qui , fous prétexte de maintenir la paix ,
foulèvent en ſecret le peuple ; qui pour fervie
leur an bition , lancent des lettres - de cachet contre
les citoyens , et des lettres
of
En volt une qu'a lancé Roland, Tout- mon
défcfpoir ost qu'il ne foit pas ici pour l'entendre,
( 22 )
11 remet la prétendue lettre - de-cachet entre les
mains de Barbaroux qui la lit.
C'eft use ordre donné par le miniftre Roland à
un nommé Decombes de Saint- Génies de faire
arê en la dame Laroche prévenue de fabrication,
de faux affignat tou 107 6
On fait actuellement qui font ces citoyens
obfcurs dont vouloit parler Marat ; c'eft d'abord
lui & enfuite des fabricateurs de faux affia
gnats , tous gens quis, comme on voit , ne cher
chent qu'a s'occuper des intérêts du peuple.
Barbaroux monte à la trbune & dénonce à
fon tour Murat. Il accufe de s'être tranſporté à la
caferne des bataillons
dele
, pour égarer
U
l'opinion des volontaires & les porter à des excès.
lit à l'appui , un procès verbal de ces bataillons
, on l'on voit que Marat a été inviter trois
hommes par compagnie pour aller déjeûner chez
luis qu'il a fait femblant de s'intéreffer à leur
fort , & leur a dit que les dragons cafernés à l'école
militai.e , étoient beaucoup mieux leges &
traités qu'eux parce que la plupart font des
contre-révolutionnaires & des auftocrates déguilés
en patriotes. Les Marfci lois ont refulé
lLee déjeûné & le font gardés de ces infinuations
perfides,
On demande de toutes parts le renvoi de cette
pièce au comité de sûreté générale . Marat inyoque
le ciel & la tere. Il prend la nature
catière à témoin de la droiture de fes intentions
, de la pureté de fa confcience . Sa demarche,
étoit toute fimpe . Il a été vifiter les
Marcillois , les amis , fes fères ; il a invité
foldats & officiers afin qu'il n'y eû pas de ja
lophie. Son coeur s'eft revolté, en , voyant qu'on
les traitoit mal tandis que les dragons ont
23 )
de beaux habits blea de ciel, & font bica payés
& l'on a l'atrocité de convertir en defieins pos
litiques , ces honnêtetés patriotiques !
L'af :mblée n'en a pas moins décidé que s
procès-verbal ferait renvoyé au comité de suveré
générale , pour en fa re inceffamment le rapport
Un membre a ajouté à cette dénonciation , qu'il
avoit entendu dire à Marat que pour avok la
tranquiluré il falloit que 270 milestêtes tombaffent
encore. Un autre membre a déclaré que
ce propos avoit été tenu auprès de lui : pouflé
dans fes derniers retranchemens , Marat s'eft
écrié : Eh bien ! c'est mon opinion . Je vous le
répèta…………. fi c'eſt un er me , égorgez moi
?
2
1
On voit que lorfque Marat parle , s'il fait
tite quelquefois , il finit toujours par infpirer le
dagent & c'eft par la que le terminent les débats
dont ilseft l'objet non si supal 89 San2
ioLAflemblée eft revenue fur l'ordre donné par
le miniftre Roland. Cambon a rappelle qu'il
existe une loi qui autoriſe le miniſtre de l'inté➜
rieurbà faire arrêter toute perfonne prévenue de
fabrication de faux aflign : sia demandé que
le midireirendit compse dedexécution de l'ordre
dénoncé , afin que ceux qui auroient, pusy poster
obftacle foient pou fuivis & punis . Cette própoficion
a été déctérés . Thy siojš'à 93 sup phot
Und ieture des commiffaites aus armées réus
nies, i forme l'affemblée que Kellermann eft cas
tré, le 22 octobre, à 4 heures du ſoir , dans la ville
de Longwil On a examiné la conduire de la com:
money dâc dioma vu que les officiers qui la compos
foient, avoient pris une dél bération pour eme
pêcherndes citoyens de uiter for l'ennemi, Ces
lashes fonctionnaises ont été mis enjétat d'a
216
2
( 24
reftation. La caiffe prife à Longwi , fera rendue,
& demain 23 , le général Kellermann doit
faire 3 Calves d'artillerie dans toutes les places
de fon commandement pour annoncer qu'il n'exiſte
plus d'ennemi fur le territoire de la République.
Du jeudi , 25 octobre
Après quelques décrets fur l'organiſation &
le renouvellement périodique des comité , & l'a
doption de plufieurs difpofitions réglementaires ,
on a fait lecture de trois adreffes d'adhéſion au
projet d'une force armée, tirée des 83 départe
mens . Pour prévenir la difcuffion qui alloit s'élever
fur une queſtion où l'affemblée ne veut
rien préjuger , Barbaroux à réclamé l'ordre du
jour, mais en même temps: il a dénoncé un
arrêté par lequel le confeit - général de la com
mune de Paris a ordonné l'impreffion & l'envoi
aux 44 mille municipalités , de la pétition des
fections de Paris fur cet cbjet . Ila motivé la dé
nonciation fur ce que le confeil-général de la
commune n'avoit pas le droit d'ordonner , fans
V'autorisation du département , cette dépenſe extraordinaire.
sorts top gun on Ralorous ,
En convenant du principe , Charlier a fou
teau que ce n'étoit pas à la Convention nas
tionale à juger le fait dénoncé le confeil géné
ral de la commune de Paris , a- t-il dit , eft
comptable de toutes les dépenfes au dépar
ment. C'eſt donc au département d'allouer la dés
penfecou de la faire ſupporter aux membres qui
ont pris l'arrêté,edith Dowding Jeslavs
Bugor envifagé la queftion four un autre
rapport. Il a conſidéré l'arrêté comme contraire
aux
25
anz principes de l'unité , de l'indivifibilité de la
République , comme tendant à former une coalition
entre les municipalités , & à établir le gouvernement
municipal , la plus monftrueufe des anarchies.
Buzor a fini par demander que l'arrêté fut
caffé , & que les membres qui l'ont figné fuflent
déclarés refponfables des frais de l'impreffion ordonnée.
Cette motion mife aux voix a été décrétée,
quoique les partifans des commiffaires de la commune
aient louténu que l'envoi aux 44 mille mu→
nicipalités n'étoit point un envoi officiel , mais une
communication fraternelle & patriotique pour répandre
la lumière fur tous les points de la Répu
blique.
Le miniftre de la marine avoit demandé que la
Convention nationale mit à fa d.fpofition une
fomme de 48 millions pour dépenfes ordinaires &
extraordinaires de fon département . Cette demande
lui a été accordée dans cette féance , d'apiès le rapport
du comité de marine.
La difcuffion s'eft enfuite ouverte fur le projet
de décret du comité de légiflation relatifaux fubltitutions.
Le premier article eft décrété. Il porte que
toutes les fubftitutions font interdites & prohibées
à l'avenir à
Cette difcuffion a été fufpendue par la lecture
d'une lettre que le miniftre de la marine tranfmet
à la Convention nationale . Un Colon de St. Domingue
, qui arrive de Londres , lui écrit qu'il eft,
inftruit d'un complot qui le forme dans cette ca→
pitale pour livrer fa patrie à des ennemis é rangers.
Une foule d'émigrés dont le rendez- vous
eft aux tavernes de la marine & d'Orange , paffent
à St. Domingue , par la Jamaïque ; d'autres fe
Lendent en Espagne. «Tout le monde fait , ajoute
Ce Colon , que le gouvernement Anglois leur
N° . 44. 3 Novembre 1792. B
126 )
donne des fecours , & même paie leur paffage , à
ce que l'on m'a dit , mais je n'en crois rien ; je crois
plutôt que c'eft l'ambasadeur d'Efpagne. » Cette
lettre a été renvoyée au comité diplomati que.
La féance s'eft terminée par la lecture d'une
pétition du confeil-général de la commune de
Paris , tendante à obtenir fix millions pour le
remboursement des billets de la caiffe de fecours.
Cambon n'a pu s'empêcher d'obferver que l'in
fiftance du confeil de la commune à demander
des fonds , lorfqu'il refufe obftinément de fournir
aucun compie , eft un fcandale que l'aflemblée
ne peut fouffrir plus longtems , & il a fait
décréter que la municipalité de Paris fera tenue
de fournir le lendemain à midi les états de
-fituation & les comptes relatifs à l'émiflion faite
des billets de la maifon de fecours , & aux
mefures qu'elle a dû prendre relativement à
Pévafion de Guillaume & des officiers municipaux
qui ont pris la fuite avec lui .
Du vendredi , 26 octobre.
Parmi les adreffes qui ont été lues au commencement
de cette féance , fe trouvoit une
lettre de Blancgilly député à la légiflature &
décrété par elle d'accufation. It tranfmettoir à
la Convention des pièces juſtificatives de fa conduite
, en la fuppliant de l'atracher de la prifon
euil gémit depuis fi long- temps . La Convention
a dû puffer à l'ordre du jour , puifqu'elle ne
pourroit faire à la fois les fonctions d'accufa
Feur & de juge , mais il étoit bien permis à
Blancgilly de faire tous les efforts pour n'être
pas jugé par un tribunal qui , au grand fean
dale des loix , vient de prononcer la peine de
most contic des complices dans un simple vol.
( 27 )
Auffi l'aſſemblée a -t-elle chargé fon comité de
légiflation de lui préfenter les vues fur la
fuppreffion de ce tribunal qui , né du fein de
la révolution , en porte le caractère farouche & terrible.
Le préfident annonce à la Convention qu'un
courier extraordinaire vient de lui remettre des
dépêches du général Cuftine . Elles contiennent
les détails qui ont précédé & fuivi la prife de
Mayence dont il eft en poffeffion . ( Voyez plus
bas ces pièces).
Cuftine termine fa relation en donnant les plus
brillans éloges à la conduite & aux talens d'un
jeune homme qui lui fert de guide à fon armée,
Son nom eft Stamm. Pour prouver que la
République jufte & reconnoiffante ne fait point
d'acception des rangs & des perfonnes à l'égard
de ceux qui ont bien mérité d'elle , le générat
demande le jeune Stamm pour fon aide - decamp
capitaine. A follicite encore le grade de
Heutenant -général pour les deux maréchaux -decamp
, Mannuyer & Newinger , connus par leurs
talens militaires & qui viennent d'acquérir un titre
de plus à leur avancement.
2
Quelques débars fe font élevés à ce fujer.
Un membre propofoit de déclarer que l'armée
de Cuftine a bien fervi a République. On a
répondu que la même juftice é oit due aux
autres armées. Un autre député vouloit qu'une
fêre folemnelle confacrât à jamai dans toute
la Frarce , cette g'orieufe époque où la terre
de la terté a ceffé d'être fouillée par la préfence
des fatellites du defpotifme . Attendons ,
s'eft-on écr é , la délivrance du Brabant. Sur ces
différentes propofitions , la Convention a paffe
à l'ordre du jour. La demande du général Cuftine
B 2
( 28 )
a été renvoyée au pouvoir exécutif, & le nom
du jeune Stamm a été configné dans le procèsverbal
, en témoignage des fervices qu'il a rendus,
& de ceux que la République a droit d'attendre
de lui .
Une lettre des commiffaires à l'armée du Nord
apprend à la Convention que les brigands d'Autriche
viennent d'évacuer St. Amand , Orchies &
Marchiennes après avoir pillé les habitations , &
coupé dans les forêts nationales les plus beaux
arbres , ils ont forcé les cultivateurs à transporter
à Mons & à Tournay les grains , les fourrages
, les bois & les effets volés. Ils ont fait
prendre les armes à un grand nombre d'habitans
des communes qui étoient en leur pouvoir & les
ont forcés à les fuivre,
Mais , ajoutent ces commiffaires , les brigands
feront punis . L'armée commandée par Dumourier
& celle du Nord vont ent er dans le Brabant , &
les drapeaux de la liberté flotteront fur le renipart
des villes foumifes encore au joug de l'aftucieufe
maifon d'Autriche . Des rapports que
nous avons reçus de ces belles contrées promettent
à la nation françoife les plus grands fuccès ; nos
frères les Brabançons & les Liégeois qui veulent
être libres comme nous , attendent avec impa
tience les foldats François . Les armées de la
République entreront fur leur territoire , tenant
d'une main une branche d'olivier , & de l'autre
une torche. Guerre aux tyrans. Paix aux peuples.
""
Les commiffaires fe font plaints en terminant
lear lettre , de ce que la ville de Lille n'avoit
pas encore reçu officiellement le décret qui déclare
qu'elle a bien mérité de la patrie. Cette
récompenfe cft fans doute la feule digne des
129 )
hommes libres. Mais pour ne pas la borner à
des fignes périables , David a propofé que l'on
élevâr dans cette cité & dans celle de Thionville une
pyramide , ou un obélique en granit françois ,
& que les déb is du martre & du bronze des
mones reverfés à Paris par la tené ,
fervidout an ornemens de ces deux trophées &
à des médantes qui feroient dilribuées aux habitans
de ces deux villes .
·
Il a demandé en outre que Félix Wimpfen &
andres off iers , foldats , ou habraus de Thionville
ou de Lille qui le font diftingués , reoffer
une couronne civique ou murale , en attendant
que leurs noms fullert i ferits , après leur mort
fur la pyramide cu f'obélifque. Ces propofitions
ont été renvoyées au comité d'instruction jublique.
:>
La commune de Paris mandée pour rendre.
compte de l'état de la caiffe de la maifon de
fecours , eft introduire à la barie ; l'orateur annonce
les arrêtés fucceffifs de la commune relatifs
à la ma fon de fecours . Quant à l'état de
fituation de cette caiffe , il invite le citoyen
Bidermann, un des adminiftrateurs , à les préfenter.
Le citoyen Bidermann étoit parti avec la dépu
tation & ne le retrouve plus . Cet incident excite
des murmures . & On n'interrompt pas même un
criminel , s'écrie Danton , & ici on a l'audace….. »
Nouveaux murmures dans l'Affemblée . Les tribunes
applaudiffent . On demande de tous côtés
que Danton foit rappellé à l'ordre , & Danton
eft rappellé à l'ordre par le préfident . Un membre
demande que le pouvoir exécutif déclare fi chaque
miniftre a rendu compte de l'emploi des fommes
extraordinaires & fecrètes , Danton appuye cette
B
3-
130 )
motion ; il monte à la tribune , mais l'Affemblée
paffe à l'ordre du jour.
L'orateur de la députation reprend la parole.
Il annonce à la Convention que la totalité des
billets de fecours eft de 10 millions , 440 mille
937 livres , Guillaume en avoit remboursé pour
4 millions 227 mille 437 livres , & la ration
pour trois millions , de forte qu'il n'en reste plus
que pour deux millions 500 mille liv . Le préfident
de la commune parle enfuite & impute l'évafion
de Guillaume à la négligence de l'ancienne com-
Citoyens , a - t il dit en terminant ,
jugez- nous , comparez la conduite des officicis
municipaux du 20 juin , à la conduite de ceux
» du 10 août . »
mune. cc
22
29
53
-
-
Ici Kerfaint s'eft levé & a dit : « la munici
pa'ité vient de vous annoncer qu'il n'y a plus
en circulation que pour deux millions cinq cents
mille livres de billets de fecours. Pourquoi
» hier la commune par une pétition demandoitelle
fix millions pour rembourfer ces billets ? »
Pourquoi , a dit Cambon , la commune ne
parle-t- elle pas des effets , des marchandises ,
de l'argent qu'avoit Guillaume. Voilà des fommes
que je reclame au nom de la Nation , avant de
faire de nouvelles avances . Ces débats euffent été
terminés par le renvoi de toutes les pièces au
comité des finances , fi la réponſe d'un des officiers
municipaux , n'eût fait naître de nouveaux
fujets d'étonnement. Il a répondu que la pétition
pour les fix millions ne venoit pas de la muni-,
cipalité , mais de la commune proprement dice
elle eft l'ouvrage de 96 commiflaires de fections.
-Doit- il y avoit deux corps de repréfentans de
la commune de Paris , s'eft écrié Kerſaint ?
Citoyers , je ne fais fi vous êtes libres ici , aucun
(31)
pouvoir ne vous l'aflure ; & je ne vois point
d'autorité qui puiffe vous garantir contre des
mouvemens partiels . Je demande que vous caffier
ce corps de repréfentans de la commune qui femble
Jutter avec le corps légal. Je demande que le
miniftre vous dénonce les rebelles à la loi , &
alo s vous les ferez rentrer dans le filence..
Tallien , appellé du comité de furveillance de
la commune , a fiéger parmi les membres de la
Convention cati nale , a prétendu que la demande
de fix millions étoit faite pour venir au
fecours de toutes les caiffes de confiance de la
République. Il exifte à Paris une commune &
une municipalité. La majorité qui eft très mauvaiſe
, felon Tallien , elt en perpétuelle contradiction
avec le confeil - général de la commune ;
& il faut bien , a- t il ajouté , que celui - ci talle
ce que l'autre ne veut pas faire.
La difcuffion s'eft fermée . Voici le décret qui
a été porté. « La commune de Paris tendra compte
dans trois jours de l'état de fituation des maifons
de fecours de cette ville . Dans trois jours
Je miniftre de l'intérieur intruira la Convention ,
de l'état où le trouvent à Paris, les autorités pubiiques
, & notament le département , la muajs
cipalité & la commune. »
A la fuite de ce décret , Kerfaint à dénoncé
l'exiftence d'une aflemblée de 96 : commiffaues
de fections , diftincts du confeil- général de la
co amune. Ces commillaires , a dit un membre
de la députation , font nommés tous les matios
pour la vérification des comptes de leurs collègues
, c'eft un véritable bureau d'indication
& nou une autorité conftituée. Citoyens , voilà
les faits , c'eft einfi qu'on vous trompe ; c'eft
aifi que ceux qui veulent que la Convention -
19
B 4
( 32 )
quitte Paris..... De violens murmures↑ s'élèvent.
La Convention paffe à l'ordre du jour , & lève
la féance.
Du famedi , 17 octobre.
Les fédérés Marſeillais d'orandent à partager
avecleunsfrèresde Paris la gande de la Conve ton
puifquirls pantaget avec aux le fervice public. It's
te plaignert de manquer de p'uffeurs drolles réaf
faires . L'Aflambée décère que le müüâue de la
gueme fera changé fonts fa refpond bit line , de pourvoir
aux belona't de tous les buaillons de fédérés.
*** Sur la propofitira de Lucnože , ill eftBanné
le pauvoir exécutifremplacera fans fékä tasks
officiers de l'année ou falpendas , ou difinals
par les comnataires aux armées , on coux envɩyés
auparavant par le corps légiflat f...
Cambon , au nom da comité des finances , fait
décréter qu'un timbre fee, représentant une ruche
& un foleil levant , avec cette infcription : Répu
blique Françoife , & cene ere gue : Le 21 feptembre
1792 , remplacera fur les affignats de 25 l .
le portrait de Louis XVI, & qu'un timbre fec repréfentant
un faiſceau & une branche de chêne ca
fautoir , fupportée par le génie de la France , &
furmontée du bonnet rayonnant de la liberté avec
l'infcription : Lerègne de la loi , & l'exergue : l'an
premier de la République , fera fubftituée au timbre
qui devoit représenter le revers de la monnoie de
cuivre la nation , la loi & le Roi.
Rewbell, au nom des commiffaires prépolés av
dépouillement des pièces trouvées dans les divers
porte- feuilles pris aux émigrés & aux ennemis
a fait lecture d'une lettre écrite aux frères du ci(
33 ).
devant Roi par le ci- devant marquis de Toulongeon;
En voici l'extrait :
Fribourg , ce 6 août 1792 .
J'ai fait connoître à leurs altefles royales les
motifs qui m'empêchoient de me rendre à Coblentz
. Je les fupplie de fe rappeller ce que j'ai
tenté en Franche - Comté pour les fervir. Si j'ai
appellé des troupes françoiles dans le Brifgaw
c'étoit pour fervir encare la caufe générale . Je.
ne fuis point allé à Coblentz , parce qu'on m'a
calomnié auprès de leurs alteles royales. On eft
remonté jufqu'au commencement des états - géné
raux. Mes fentimens ont toujours été ceux d'un
royaliſte pur. On a dit que mon projet étoit de
livrer les troupes Françoiles à 1Empereur. Je
favois qu'on prêt . it cette intention à mon voyage
à Vienne , voyage dans lequel toutes mes demarches
ont été connues de M. le duc de Polignac.
On a calomnié mon aide - de- camp , ai fi
que M. de Valery , mon neveu , tandis que ce
dernier vouloit ramener fon régiment aux bords
du Rhin , pour le conduire à leurs alteffes
royales , fi elles l'ordonnoient . Voilà la poſition
de trois fidelles ferviteurs du Roi & de leurs alteffes
. Dans le repos d'une confcience irréprochable
, nous n'avons pas voulu féparer nos fortunes.
Le Roi a daigné approuver ma conduite
me le dire, & me le faire mander ( on mu: mure ) .
Leurs alteffes royales m'ont honoré de témoi
gnages écrits de leur fati faction . Je fuis tou
jours le même. Cependart , je fuis calomnié.
L'honneur me fait un devoir de ma juftification
. Je pars pour Vienne ; j'espère que l'Empereur
ne fe refufera pas à montrer mon innocence
dans tout fon jour , & à rendre l'honneur à an
gentilhomme, » B
S
(
( 34 )
·
Le rapporteur propofe contre Toulongeon , un
décret d'accufation qui eft adopté.
Genfonné appelle l'attention de l'affemblée fur
les foupçons qu'on cherche à faire naître contre
la Convention nationale pour avoir établi
la République , & déclaré fon intention de ne
reconnoître au - deffus de la conftitution nouvelle
, d'autre pouvoir que celui du peuple. Il fait
voir combien font à craindre les diverſes ariftocraties
, foit celles qui facrifioient la nation
à des ordres privilégiés ou à un roi , foit celles
qui veulent maintenant, fous le nom du peuple ,
entretenir des infurrections perpétuelles afin de
l'égarer & de le tyrannifer .
Pour écarter les foupçons qui altéreroient la
confiance due aux repréfentans de toute la
nation , il propcfe de décréter qu'aucun membre
de la Convention ne pourra accepter une
fonction publique que fix ans après l'établiffement
de la nouvelle conftitution . L'affemblée
fe lève auffitôt toute entière , & décrète le
projet de Genfonné par acclamation . Garan de
Coulon & Barrère le plaignent que dans un
éla d'encheufialme on ait privé la patrie d'une
foule d'hommes courageux qu'elle peut appeller
à d'autres poftes . Mailhe , Billaud de Varennes
& Chabot appuyent le décret. Camus demande
que ceux-là feuls foient élus à de nouvelles
places , qui voudront les exercer gratuitement.
Voilà , s'écrient plufieurs membres , une reffource
propofée à l'ariftocratic de l'or. Les débats
fe terminent , & le décret eft confirmé à une trèsgrande
pluralité.
<
Genfonné vouloit qu'on exceptât des fonctions
interdites aux députés , les fonctions municipales ,
Parce qu'elles font gratuites , & celles de l'inf
( 35 )
4
truction publique , parce qu'il importe d'en relever
l'importance . Après une affez longue difcaffion
, l'amendement eft rejetté.
La féance s'eft terminée par un rapport de
Buzot fur les peines à irfiger aux provocateurs at
meurtre. Il propole 12 ans de fers pour la
fimple provocation directe & à deffein , fi elle
ne produit aucun effet , & la peine de mort
lorfque le crime aura fuivi la provocation.
Ce projet de décret eft ajourné.
Fin du Décret du Divorce.
Mode du divorce fur la demande d'un des époux
pour caufe déterminée .
XV. En cas de divorce demandé par l'un
des époux pour l'un des fept motifs déterminés ,
indiqués dans l'art. IV du paragraphe Ier , ci-deffus
ou pour caufe de féparation de corps aux termes
de l'art . V , il n'y aura lieu à aucun délai d'épreuve.
»
« XVI. Si les motifs déterminés font établis
par des jugemens , comme dans les cas de féparation
de corps ou de condamnation à des
peines afflictives ou infamantes , l'époux qui demandera
le divorce pourra fe pourvoir dire&tement
pour le faire prononcer devant l'officier
public chargé de recevoir les actes de mariage
dans la municipalité du domicile da mariage ;
T'officier public ne pou ra entrer en aucune connoiffance
de caufe ; s'il s'élève devant lui des
conteftations fur la pature ou la validité des jugemens
repréfentés , il renverra les parties devant
le tribunal de diftrict , qui ftatuera en der-
B 6
136 )
nier reffort , & prononcera fi ces jugemens fuffi ent
pour autorifer le divorce.
ce XVII. Dans le cas de divorce pour abfence
de cinq ans fans nouvelles , l'époux quile
demandera pourra également le pourvoir d'ructement
devant l'officier public de fon domicile , lequel
prenoncera 1: divorce fur la préfeatation qui lui
fera faite d'un acte de notoriété conftatant ceste
longue abfence . »
XVIII . A l'égard du divorce fondé ſur les
autres motifs déterminés , indiqués dans l'art . IV
du paragraphe Fer. ci- deffus , le demandeur fera
tenu de fe pourvoir devant des arbitres de famille
en la forme preferite dans le code de l'ordre
judiciaire pour les conteftations d'entre mari &
femme : »
« XIX. Si , d'ap ès la vé.ification des faits ,
les arbitres jugent la demande fondée , ils renverront
le demandeur en divorce devant l'officier
du domicile du mari pour faire prononcer le divorce.
»
ce XX. L'appel du jugement arbitral en fufpendra
l'exécution ; cet appel fera iuftruit fommairement
& jugé dans le mois . »
PARAGRAPHE III.
Fffets du divorce par rapport aux époux.
"
ee Art. I. Les effets du divorce par rapport
à la perfonne des époux , font de rendre au
mai & à la femme leur entière indépendance ,
avec la faculté de contracter un nouveau mariage.
CC
13
1
II. Les époux divorcés peuvent fe remarier
enſemble. Ils ne pourront contracter avec
1375'
d'autres un nouveau mariage qu'un an après, le
divorce , lorfqu'il a été prononcé fur confenten ent
mutuel , ou pour fimple caule d'incompatibilité
d'humeur os de caractère . *
« III. Dans le cas où le divorce a été prononcé
pour caufe déterminée , la femme ne peut également
contracter un nouveau mariage avec un
autre que fon premier mari , qu'un an après le divorce
, fi ce n'eft qu'il foit fondé fur l'absence du
mari depuis 5 ans fans nouvelles, »
Сс
IV. De quelque manière que le divorce a't
lieu , les époux divorcés ferent réglés par rapport
à la communauté de biens ou à la fociété
d'acqués qui a exifté entre eux , fcit par la loi ,foit
par la convention , comme fi l'un d'eux étoit décédé.
»
« V. Il fera fait ex :eption à l'article précédent
pour le cas où le divorce aura été obtenu
par le mari contre la femme pour l'un des
motifs déterminés , énoncés dans l'art . IV du
paragraphe premier ci-deffus , autre que la démence
, la folie ou la fureur ; la femme , en ce
cas , fera privée de tous droits & bénéfices dans
la communauté des biers , ou fociété d'acquêrs ;
mais ele reprendra les biens qui y font entrés de
fon côté. »
« VI. A l'égard des droits matrimoniaux emportant
gains de furvie , tels que douaire , augment
de det ou agencement , droit de vuidité
droit de part dans les biens meubles ou immeubles
du prédécédé , ils feront , dans tous les cas de
divorce , éteints & fans effets . Il en fera de
même des doas ou avantages pour caufe de mariage
, que les époux ont pu le faire réciproquement
ou l'un à l'autre , ou qui ont pu être faits,
à l'un d'eux par les pères , mères ou autres pa(
38 )
rens de l'autre . Les dons mutue's faits depuis le
mariage & avant le divorce , refteront aufli comme
non avenus & fans effer . Le tout , fauf les indemnités
ou penfions énoncées dans les articles qui
fuivent. »
ce VII . Dans le cas de divorce pour l'un des
motifs déterminés , énoncés dans Part. IV du
paragraphe premier ci-deffus , celui qui aura obtenu
le divorce fera indemnifé de la perte des
effets du mariage diffous & de fes gains de furvie
, dons & avantages , par une penfion viagère
fur les biens de l'autre époux , laquelle fera réglée
par des arbitres de famille , & courrera du jour de
la prononciation du divorce , s
VIII. Il fera également alloué par des arbitres
de famille , dans tous les cas de divorce ,
une penfion alimentaire à l'époux divorcé qui fe
trouvera dans le befoin , autant néanmoins que
les biens de l'autre époux pourront la fupporter ,
déduction faite de fes propres befoins . »
ссce IX. Les pe fions d'indemnité ou alimentaires
énoncées dans les articles précédens , feront éteintes
fi l'époux divorcé qui en jouit , contracte un neuveau
mariage . »
*..
X. En cas de divorce pour caufe de fépatation
de corps , les droits & jutérêts des époux divorcés
resteront réglés , comme ils l'ont été par
les jugemens de féparation , & felon les loix exiftantes
, lors de ces jugemens , ou par les actes &
tranfactions paffés entre les parties. »
CC
·
cc XI. Tout acte de divorce fera fujet aux
mêmes formalités d'enregistrement & publication
que l'étoient les jugemens de féparation , & le
divorce ne produira à l'égard des créanciers des
époux que les mêmes effets que produifoient les
Léparations de corps ou de bien ,
( 39 )
PARAGRAPHE IV:
Effets du divorce par rapport aux enfans:
« Art . 1. Dans les cas du divorce par confentement
mutuel , ou fur la demande de l'un
des époux pour fimple caufe d'incompatibilité d'humeur
ou de caractère fans autre indication de
motifs , les er fans nés du mariage diffous front
confiés ; favoir : Les filles à la mère , les garçons
âgés de moins de fept ans également à la mère ;
au- deffus de cet âge , ils feront remis & confiés
au père ; & néanmoins le père & la mère pourront
faire à cefujet tel autre arrangement que bon leur
femblera . »
« II. Dans tous les cas de divorce 12 pour
caufe d'indemnité , il fera réglé en aflemblée de
famille auquel des époux les enfans feront confiés . »
« III . En cas de divorce pour cauſe de léparation
de corps , les enfans refteront à ceux
euxquels ils ont été confiés par jugement ou
tranfaction , ou qui les ont à leurgarde & cenfiance
depuis plus d'un an : s'il n'y a nijugement ni
poffeffion annale , il fera réglé en aflemblée de
famille auquel du père ou de la mèré féparée
les enfans feront confiés. »
« IV. Si le mari ou la femme divorcés con→
tractent un nouveau marige , il fera également
réglé en affemblée de famille fi les enfans qui
leur étoient confiés leur feront retirés & à qui
ils feront remis . »
.cc V. Soit que les enfans , garçons ou filles
foient confiés au père feul ou à la mère feule ,
foit à l'un & l'autre , foit à des tierces perfonnes
, le père & la mère ne feront pas moins
( 40 )
oblig's de continuer aux frais de leur éducation
& entretien ; ils y contribueront en proportion
des facultés & revenus réels & induftriels de
chacun d'eux. »
.cc VI. La diffolution du mariage par divorce
ne privera dans aucun cas les enfers nés de ce
mariage , des avantages qui leur étoient affurés
par les loix on par les conventions matrimoniales
, mais le droit n'en fera ouvert à leur
profit , que comme il le feroit & leur père &
mère n'avoient pas fait divorce. »
« VII. Les enfans conferveront leur droit de
fucceffibilité à leur père & à leur mère divorcés;
s'il furvient à ces derniers d'autres enfa s
de mariages fubféquens , les enfans des differens
lits fuccéderont en concurrence & par égales portions.
»
CC
VIII. Les époux divorcés , ayant enfans ,
ne pourront en le remariant faite de plus grands
avantages, pour caufe de mariage , que ne le peuvent,
felon les lois , les époux veufs qui ſe rema-.
rient ayant enfans, »
« IX. Les conteftations relatives au droit des
époux , d'avoir un ou plufieurs de leurs enfans
à leur charge & confiance ; celles relatives à
l'éducation , aux droits & intérêts de ces enfans
, feront portées devant des arbitres de
famille , & les jugemens rendus en cette matière
feront , en cas d'appel , exécutés par provifion
. "
Une Académie , qui la première a eu la
gloire d'appeller l'attention des gens de
lettre fur des difcuffions de morale & d'économie
politique , & d'ouvrir à Rouffeau
la carrière que fon génie a parcourue avec
tant de fuccès , avoit propofé, il y a quelques
années , cette queftion profonde
Quelle efl l'influence de la morale des Gou
vormennensfour celle des Peuples ? Nous ignorons
file defpotifime de Tarcien régime a
permis d'aborder cegrand probleme, unais les
Philofophes qui avoient eu le courage de
le propofer étoient dignes de jouer des
bienfaits d'une révolution qu'ils avoient
fr Mentir.
3
Elle aurafans douteune grande influence
fur nos moeurs , nos habitudes & notre langage.
Mais doit-on l'attendre ou la précipiter
? Nous avons voulu , dans notre impatience
, réformer , d'un feul mot , des
ufages établis par le temps , & que le temps.
feul peut détruire. La Convention s'eft
hâtée de donner elle - même l'exemple de
ce changement fubit , en remplaçant la
qualification de Monfieur par celle de Citoyen
; mais on n'a pas tardé à fentir l'inutilité
& le vague de cette dénomination ,
& déjà l'on commence à la fupprimer. Les
Romains qui attachoient une haute idée
au titre de Citoyen , ne l'employoient ja
mais qu'envers les Peuples étrangers ; Civis
Romanus fum , difoit Scévola au Roi des
Etrufques ; mais jamais ils ne s'en fervoient
entre eux ; on ne difoit point : Le Citoyen
Caton , le Citoyen Brutus. Ils étoient or(
42 )
dinairement défignés par le nom propre ,
celui de la famille dont ils defcendoient,
& le furnom prefque toujours tiré de
quelque qualité morale ou phyfique. Nous
pourrions y fuppléer dans nos moeurs, par
des prénoms ou des furnoms qui ferviroient
à diftinguer les individus. Roland ,
Miniftre de l'intérieur , a fait fur le mot
Citoyen des réflexions judicieufes qui doivent
d'autant nieux trouver ici leur place
qu'elles nous fourniront l'occafion d'examiner
d'autres innovations du même genre
qu'on a propofées.
Réflexions de Roland , Miniftre de l'intérieur ,fur
le mot Ciro ΥΕΝ.
Pourquoi le mot Citoyen , fi généralement
employé aujourd'hui , ne fe trouve t- il point ;
pi en védette , ni à la ligne , dars aucune de
vos lettres ? Cette queftion m'a été faite plufeurs
fois auffi long- temps que je l'ai regardée
comme oifcufe , je me fuis abtienu d'y répondre ;
l'on infifte , il faut m'expliquer : je le ferai en
peu de mots. »?
:
10. Le mot citoyen , comme apoftrophe ,
eft une flatterie ou une injure. C'eft une flatterie ,
fi celui qui l'employe croit au- deffus de lui celei
à qui il adrefle : c'eft une injure , s'il le croit
au-deffous ; car , il est évident que celui qui
s'en fert ne fe met pas fur une même ligne avet
celui à qui il parle . S'il le croyoit fon égal , il
l'appellerait concitoyen ; je n'ai jamais employé
d'autre expreffion dans mes écrits publics , même
en parlant comme miniftre. Voila l'expreffion fra
( 43 )
ternelle de l'égalité . Celui qui eft dans tel écar
de domefticité n'eft pas citoyen.
« 2º. Celui qui n'a pas l'âge de voter n'eft
pas citoyen ; celui qui n'a pas le tems de réfidence
fixé par la loi , n'eft pas citoyen . Celui
qui a encouru telle peine déterminée par la loi,
n'eft pas citoyen : celui qui eft déclaré en de-
-meure , ou convaincu de tel crime ,
n'eft pas
citoyen. Enfin , tant de gens par leurs principes
Par leurs moeurs , par leur conduite , fouillent
ce faint nom , qu'il faut beaucoup de fageffe
dans fon application , & je ne veux jamais rif
quer de le prophaner. J'aime mieux continuer
d'ufer d'une dénomination froide que l'ufage a
rendu polic & fans conféquence. »
Je ne ferai plus qu'une obfervation fur cet
éphémèse & infignifiant engouement , c'eft qu'on
peut fe fervir du mot de citoyen à l'égard d'un
anglais , d'un fuiffe , & d'un ragufien , comme
on s'en fert à l'égard d'un françois , puifqu'il ne
determine aucun lieu , & qu'il n'identific aver
perfonne. »
:
Je crois être le premier en France qui ait
propolé publiquement , dans une affemblée nombreufe
à Lyon , de fupprimer les formules baffes
des requêtes , places & lettres , en mettant tout
uniment aux adreffes faites aux repréfentans du
peuple tels aux repréfentans du peuple , sou
MISSION : tels aux pouvoirs conftitués , quels
qu'ils fuffent, RESPECT : à tout autre , tels ou tels;
tels ou tels , SALUT , en ajoutant la fignature
purement & fimplement , dans tous les cas . n
« Sur cette propofition , l'on fit & l'on adopta
la motion du renvoi de fon examen à la quatrième
génération. »
L'opinant fut élu président de l'affemblée
}
( 44 )
dans laquelle je ne reparus pas depuis cette
époque.
D'autres réformateurs ont propofé de
bamair le vous de la converfation & du
fyle épiftolaire , & de lui fubfiituer le mi
en fignc de fraternité , & commae plus comvenable
au titre de Citoyen. Le falut me
doit plus fe dommer en orant fom chapeau ,
mais en portant la maim fi fom coeur.Le
chapeau , à for tour , a été chafflé
bonnet rouge ; & il n'y a pas long temps
que pour être réputé ben Patriote
falloit avoir fes cheveux coupés à la
Jacobi e.
9.
Nous fommes loin de blâmer les motifs
qui nous entraînent à toutes ces nouveau
tés. Ils tiennent à ce fentiment d'indépen
dance & de liberté qui veut fecouer le
joug des ufages , comme il a brifé celui
des abus & de la fervitude politique. Il
falloit bien que notre caractère, qui a exercé
pendant fi long- temps la mobilité de fon
empire fur le goût & les modes , laiffât
quelques traces de fon empreinte au milieu
des objets graves qui nous occupent.
Eh ! qu'importe que nous foyons affublés
d'un bonnet ou d'un chapeau , & que
nous donnions ou recevions le falut d'une
manière plutôt que d'une autre . Les véritables
livrées de la liberté ne font pas
dans quelques modifications de coſtumes,
elles doivent être dans le coeur ; toutes
( 45 )
les autres ne fent que factices. Il n'eft
point , il eſt vrai , de Peuple en révolution
qui n'ait eu quelque figne de ralliement
; mais il a bientôt difparu quand la
Révolution a été confolidée , & le temps
viendra où le ruban tricolore, qui eft
devenu parmi nous l'image chérie de l'indépendance
, & qui va l'être pour tous
les Peuples de l'Europe , n'aura plus qu'un
culte de fouvenir , parce que nous jouif
fons paisiblement de la chofe dont il
n'eft que la repréſentation.
Nous avons confacré la liberté des opinions
& des cultes ; pourquoi lui donnerions-
nous des bornes pour nos ufages . On
a mal obfervé la chaîne des caufes & des
effets. Ce ne font pas les manières qui commandent
aux moeurs , mais les moeurs qui
déterminent les manières , & les moeurs ne
s'ordonnent pas , elles s'infpirent.
La partie du langage qui tient aux affec
tions du coeur eft moins fufceptible encore
d'une brufque réforme . Les deux plus doux
fentimens dont la vie puiffe s'embellir ,
l'amour & l'amitié , ont mis depuis longtemps
le toi dans leur domaine exclufif;
ils ne confentiront pas auffi facilement à
céder cette propriété. Vous aurez beau me
dire que tous les hommes étant égaux
doivent fe parler en frères ; oui , dans l'ordre
politique ; mais dans l'ordre des affections,
Je coeur faura toujours choifir , & quand
( 46 )
le coeur préfère , il fait bien vite fe créer
fon langage. Vous ne ferez jamais que je
traite celui que je n'aime ni n'eftime , avec
cette intime familiarité que l'amitié
garde pour elle- même. Qu'on ne me cite
pas l'exemple des Quakers , leur religion
leur imprime un fentiment de fraternité &
de philantropie dont nous n'avons encore
qu'une idée métaphyfique. Il y auroit d'ail
leurs à examiner fi ce langage de fraternité
n'eft pas plutôt le fruit de l'habitude
que du fentiment , & fi , à force de généralifer
un fentiment , on ne finit pas par
Taffoiblir & l'étendre juſqu'à l'indifférence.
Quoi qu'il enfoit , fi nous voulons ramener
les hommes à une bienveillance frater
nelle & réciproque , commençons par les
rendre dignes de leur propre eftime & de
celle des autres. C'eft l'ouvrage des moeurs ,
& la légiflation des moeurs eft encore à
faire. Au lieu de nous attacher à une vaine
Tuperficie , uniffons la morale à la politique
; rendons d'abord les hommes bons ,
juftes & honnêtes ; ils fauront bien après
s'accorder fur leurs habitudes.
On a ofé dire que la Liberté pouvoit
fe paffer de meurs . Tout ce queprouve cette
étrange affertion dans ceux qui n'ont pas
craint de l'avancer , c'eft qu'ils ne font pas
plus dignes de l'une, qu'ils n'éprouvent le befoin
des autres. Si les Conſtitutions anciennes
excitent encore notre admiration ,
( 47 )
c'eft pour la partie des moeurs dont elles
avoient fait une grande puiffance. Jeux
publics , Spectacles , éducation , récom
penfes , châtimens , tout concouroit chez
les anciens Peuples à infpirer l'amour des
vertus & des belles actions. La vie privée
étoit l'école de la vie publique , ou plutot
ils ne les féparoient point , & la moralité
de l'homme étoit le garant de celle du
Citoyen. L'Hiftoire l'abien prouvé . Quand
les vertus eurent difparu à Rome & dans la
Grèce , la liberté ne leur furvécut pas longtemps
.
Difons - le avec franchife , fi notre Révolution
a donné lieu à tant de fecouffes ,
fi nous avons vu tant d'intrigans & d'agitateurs
fe difputer à qui tromperoit le
mieux le Peuple pour s'élever aux places ,
fi des Adminiftrateurs ont été ou lâches
ou infidèles , fi des Elections ont fait la bonte
de quelques Corps Electoraux , fi des profcriptions
& d'horribles mallacres ont désho
noréle berceau de notre Liberté , fr tant d'Ecrivains
mercenaires fe font vendus au def
potifme ou à des Factions déforganifatrices,
& fi le refpect & la foamiffion aux Loix
entre encore pour fi peu dans les devci's
de Citoyen , à quoi devons-nous l'attribuer
, fi ce n'eft à l'immoralité , à la baffeffe
& à la corruption dans laquelle nous
avoient plongés les vices de l'ancien Gous
vernement.
( 48 )
La République nous donnera fans doute
de nouvelles moeurs ; elles naîtront de
Tinftruction publique , du fentiment mieux
éclairé de la liberté, du progrès lent , mais
infaillible des lumières , & fur- tout d'une
bonne Conſtitution ; car fi les bonnes
moeurs corrigent quelquefois les mauvaiſes
loix , & fuppléent aux infuffifantes ; c'eft
aux loix qu'il appartient de rendre les
moeurs meilleures. Cette correfpondance,
intime , que l'Affemblée conftituante n'a
pu faifir au milieu de fes travaux partiels ,
n'échappera pas aux vues profondes des
Légiflateurs qui s'occupent du foin d'organifer
la République, & dont les inftitutions
feroient peu durables s'ils ne les plaçoient
fous la fauve - garde des moeurs.
Le dépouillement du nouveau fcrutin pour
rélection du maire de Paris , n'a point donné de
majorité abfolue . Sur 14,066 votans , les deux
candidats qui ont réuni le plus de fuffrages , font ,
Antonelle, 2195 , & Hérault-Sechelles , 1704.
Marat en a eu 41 ; Prudhomme , 17 ; Robefpierre
, 139 ; Danton , 67 ; Panis , 459 , &
Manuel , 868. Les fections le font raffemblées
de nouveau pour le dernier fcrutin qui ne
doit plus fe porter que fur Antonelle ou Hé
rault.
Malgré la loi qui détermine la forme du
ferutin , il s'eft trouvé encore une fection qui
s'eft opiniâtrée à faire fon élection à haute
voix ; elle a arrêté que , fi fon préfident & fon
fecrétaire étoient mandés à la barre de la Convention
,
( 49 )
vention , la Section toate entière s'y rendroit.
Il faut convenir que , & le fcrutin fecret a des
inconvéniens , ie fcrutin à haute vix ouvre
un champ plus vafte à l'efprit de parti & de
coalifation ; la liberté des fuffrages y eft plus
gênée , & la tactique des intrigans plus sûre.
C'est le fcrutin à haute voix qui a été luivi par le
Corps électoral de la Capitale pour l'élection des
membres à la Convention.
Le crédit des incorruptibles & des grands
amis du peuple , cft fur le point d'expirer.
Au milieu de la complication d'intrigues
dont les fis fe croifoient durant la lutte
de la liberté contre le pouvoir arbitraire ,
il étoit difficile d'affigner à chaque perfonnage
leur véritable rôle & de pénétrer les
motifs qui les faifoient agir. Le renverfement
du trône a produit pour les intri
gans & les agitateurs , le même effet que
F'écroulement d'une vieille nafure fur les
reptiles auxquels elle fervoit de repaire, L'oeil
a pu les fuivre plus aifément dans leur fuite.
Les malveillans & ss factieux ne peuvent
Tupporter le jour pur de la République ,
comme les oifeaux de nuit les rayons du Soleil,
& leurs cris effrayans les décèlent bientôt.
L'opinion les a pourfuivis de toutes parts ,
les Ecrivains publics les ont fignalés , &
les Départemens qui n'ont plus qu'un feul
intérêt en demandent juftice. Le courageux
Roland n'a ceffé d'éclairer leur marche ;
enfin , un Membre de la Convention nationale
, l'eftimable auteur de la Sentinelle ,
No. 44. 3 Novembre 1792 .
C
so
*
Louver , vient d'y dénoncer formellement
Roberfpierre & Marat. En vain , leurs partifans
vont s'agiter en tout fens , en vain
feront ils quelque tentative auprès du peuple
pour l'entraîner dans quelques niouvemens
, & effayeront- ils de lui parler au
nom du falut public ; le peuple qui connoît
maintenant fes vrais & les faux amis ,
fait qu'il n'y a pour lui de falut que dans
J'union , la confiance en fes Repréſentans
& l'obfervation paifible des loix.
Les portes du Temple font toujours foigneufement
fermées . La foeur & la femme de Louis XVI
ont pris poffeffion du nouvel appartement qu'on
leur a préparé au 3. étage de la tour. Cet
appartement eft compofé de quatre pièces trèsbien
ornées , dont deux à cheminée & les deux
autres avec des pueles . Le fils de Louis Capet
couche dans la chambre de fon père . On lifoit
fur une pendule de la chambre de Louis : le
Pautre Horloger du Roi ; on a effacé le nom
du Roi , on y a fubftitué celui de République.
Toute la famille defcend de la tour à la garde
montante & fe promène dans le jardin . Les
confeils perfides dont Elifabeth & Marie - Antoinette
nourriffoient le ci-devant Prince-Royal ,
ont déterminé les Commiffaires à l'éloigner de
leur préfence .
Il a été accordé à chacun des deux gardiens
de la tour du Temple , une fomme annuelle
de fix mille livres , attendu l'importance & le
danger de leurs fonctions .
-g - La Commune , voulant donner un témoignage
de reconnoiffance aux braves défenfeurs
$
ver
de Lille & de Thionville , a arrêté que la rue
ci-devant Bourbon porteroit le nom de rue de
Lille , & cele ci- devant Dauphine , de Thionville.
La dénomination des autres rues va être
changée , & une partie prendra le nom des 83
Départemens en figne de l'unité de la Répu
blique .
-
Chaque jour l'inftruction contre les voleurs
du garde meuble fait découvrir de nouveaux
complices, & retrouver quantité de diamans volés .
3 coupables ont été condamnés & exécutés
favoir , un Juif, un marchand fripier & fa femme ,
ágée de 19 aus.
Nouvelles de nos Armées.
a
Armées du Nord. A l'approche de Dumourier
& de Beurnonville , les Autrichiens ont évacué
Saint-Amand , Orchies & Marchiennes. Nos armées
les ont fuivis fur plufieurs colonnes. Celle
de Bearnonville marche fur Mons , & déjà un
détachement de fon avant-garde s'eft emparé d'en
pofte avancé , & a fait 28 prifonniers . On croic
que Dumourier & la Bourdonnaie le dirigent
fur Tournay. Le Maréchal -de- camp , Omoran
pofté à Bon- Secours en avant de Condé ,
été attaqué dans fon aîle droite . Il eft accouru
& a chaffé l'ennemi aux cris de Vivé la
nation . Le général a fait ramaffer quelques- uns
des bleffés que l'ennemi avoit laillé fur le champ
de bataille , & les a fait tranfporter à Condé.
Il ne doit point y avoit de Nation plus généreufe
que la Nation Françoife. Son aide - decamp
a eu une contufion à la poitrine , & le
Commandant de l'artillerie , une la jambe. Le
général demande une place d'officier pour un
C &
52 )
dragon du 17:me, régiment , qui a été griéve,
ment bleffé à cô é de lui . Je le pleurerois amérement,
dit ОMORAN s'il devoit en mourir,
car je donnerois mon fang pour les braves gens
de fon efpèce. Si ma fanté me le permet , je
rendrai , j'espère , tous ces jeunes gens bien belliqueur.
Les Autrichiens ont coupé par- tout les chemins
& les ponts , mais leuis efforts feront inutiles
, rien ne pourra artêrer les S ›ldats de la Liberté,
qui vont devenir les Libérateurs des Belges.
Armée du Centre. L'avant-garde du Général
Valence a chiflé les Autrichiens des villages de
Remi , St. , Marc , vieux Withon , & du pofte
important de Wi thon , où les Autrichiens ont
fait la plus forte réfiftance . Ce pofte étoit défendu
par 1,500 hommes & 4 pièces de canon.
Après une vive canonnade de part & Jautres,
les Volontaires de la Charente inférieure out
chargé , avec la plus grande bravoure , la bayon ,
nette au bout du fufil , & ils ont emporté le pofte.
Les Autrichiens ont laiflé 200 hommes fur la
place & 20 Prifonniers . Les Généraux Neuilly &
Lamarque fe louent beaucoup du courage calme
& de là bónne tenue des troupes . Nous n'avons
perdu que is
bommes.
Kellermann , comme le difoit Caftine , ferre la
meture aux Acti.hiens & les pourſuit , à fon tour ,
fur leur territoire . On croit qu'il le diſpoſe à attaquer
Luxembourg.
Armée du Rhin. Lexpédition de Cuftine far
Mayence & fur Francfort a eu le fuccè le plus
complet , malgré la defiance que ce modeſte Général
avoitexprimée dans la lettre dont nous avons
( 53 )
rendu compte dans les Séances . Voici les détails de
ces deux prifes importantes ;
Lettre du Général Cuftine au Miniftre de la
guerre. Au quartier général à Mayence , le 22
Octobre 1792 , l'an premier de la République
Françoife.
CITOYEN MINISTRE ,
« Je vous envoie les dérai's qui ont précédé
& accompagné la prife de Mayence dont je fuis
en poffeffion. »
Parti le 16 au foir , du camp d Edeshein
je fuis arrivé ici le 18 au foir ; la pluie avoit
commencé à deux heures de l'après midi ; le
temps étoit affreux , j'avois fait 22 lieues en
deex marches , je me fuis décidé à cantonner les
troupes dans le plus riche & le plus beau pays . »
« Dès le 18 , à la pointe du jour , j'étois
le maître de peat- volant d'Oppe heim . Les
troupes qui s'en fout emparé ont fait 18 eues
en moins de 28 heures. Cette rapidité étoit
néceffaire pour empê her la deftruction de ce
pont par les canemis ; & il devoit fervir trop
utilement à mes projets ultérieurs , pour ne pas
tout faire pour fa confervation . »
+
« Le 19 au matin , j'ai campé les troupes
la droite à Heixenheim , & la gauche au Rh n
paffant par les villages de Dalheim , le moglia
de Guntznheim , la tête du bɔis de Monbach . "
Je me fuis rendu maître des coteaux de vigres
qui fe tronvent au deffus des hauteurs du mou-s
lin de Guntznheim , & y campant mes g´er adiers ,
j'ai en même temps pouflé des troupes légères en
avant , pour me faciliter la reconnoillance de
1 place.
i
st
Quelques huffade Autrichiens que j'anois
C 3
84 )
chaffés de Worms devant moi , doient à cette
époque hors de Mayence , & la Cavalerie ne
pouvant les atteindre , on leur a envoyé quelques
coups de canon de mon artillerie volante , feu.que
j'ai inceffamment ordonné de ceffer . Ces huffards
difparus , je me fuis approché à 150 toifes
des faillans des redoutes avancées ; c'étoit le feul
moyen que j'euffe de reconnoître parfaitement cette
place , dont les ouvrages bien paliffadés , de-
Iobent la vue du corps de place à l'affiégeant .
1
« Je ne tardai pas à reconnoître que je n'avois
qu'un feul moyen de m'en emparer , celui d'en
impofer à fes défenfeurs. Hs confiftoient ent
7,300 hommes des troupes des Cercles , dont
faifoient partie quelques reftes de l'armée Mayenpoife
échappés de Spire , confiftant à- peu - près en
so hommes ; le refte , troupes de Fulde & les:
contingens de la maifon de Nafau & autres ;
1000 Autrichiens , un corps de Chaffeurs &
valets de Nobles , dont le Miniftre de Pruffe
devoit prendre le commandement , enfin la bourgeoifie
& l'univerfité à laquelle le Magiftrat :
avoit fait prendre les armes le tout compofant!
6c00 hommes . »
,
es J'étois non - feulement inftruit avec préciſion
des troupes qui étoient dans la ville , de la
nomb cufe artillerie qui bordoit fes remparts ,
mais encore de la fituation pofitive de cette im-
Fortance fortereffe. J'avois fu me procurer avec
de grandes certitudes & par l'intelligence , & lat
grande audace du jeune Stamm , guide decette
armée , la connoiffance , précife des points
qui avoient été négligés dans la place ; j'ai donc
réfolu fans bala cer de faire aux grenadiers que
je commande , le tableau de mes difpofitions
pour l'attaque de Mayence. »>
U s s )
1
J'avois pris avec moi & fait defcendre fur les
Rhin tous les bacs & bâtcalix , depuis Worms
jufqu'ici . Je m'étois muni d'échelles ; le tableau
du danger , que je me gardai bien de diminuer ,
au lieu d'étonner les Grenadiers , a erflumé
leur courage. Alors , fûr de mes moyens , mes
difpofitiens faites , j'ai envoyé , le 20 au matin ,
ma fommation au Commandant par le Colone !
Houchard , je joignis à cette fommation une
1 te au Borgmelire. Jajoins ici copie de cette
formation & de cette lettre ; j'ajoutai au Colonel
Houchard d'afiurer : Commandant que
rien n'étoit impoffible aux hommes que je commndoi
; que les ayant confultés , ils brûloient
d'une ardeur extrême d'affuter la gloire du nom
François , par la conquête d'une place auffi importante,
»
La réponse , du Gouverneur a été, qu'il
vouloit fe défendre ; qu'au moins il demandoit !
jufqu'au 21 pour réfléchir ; ils n'avoient ceffé
de cancnner fur nos poftes depuis 48 heures ,
quoiqu'envain ; des boulets de 36 venoient mourir
jufqu'à 200 pas du camp , las canonade re
ceffoit ni jour , ni nuit . La précaution que j'avois
prife de les inquiéter pendant la nuit , avoit établi
une moufquete ie qui duroit plufieurs heures ,
& qui avoit tué un foldat & en avoit bleffé denx
autres. I falloit faire ceffer ces incertitudes du
Gouverneur. Je me fuis décidé à lui écrire la
feconde lettre dont je joins ici copie ; à fept
heures du foir j'ai reçu de lui la réponſe & la
propofition de capituler , dont vous trouverez ici
la rédaction finale ; »
« Je n'ai pas voulu confentir à laiffer les
troupes entièrement en liberté , & j'ai exigé que
ces troupes , même celles de l'Empereur , ne fer-
C4
( so )
viffent point d'un an contre la République Franfoife
ni les A liés. Je ne pouvois rien exiger de
plus , lorfque la fortereffe étoit encore intacte.
J'ai cru mê ne devoir , pour la gloire de la République
, ne pas faire de conditions plus dures ;
ellesauroient pu nous montrercomme des guerriers
féroces , a'térés de fang & de pillage. »
Cette utile conepuête eft due à la haute
idée qu'a infpirée la prife de Spire , la valeur
des Soldats François qui y ont combattu , l'ordre
qui règne dans l'armée , & qui infpire dans toute
PAlleinagne le refpect le plus profond pour les
armes de la République . Je m'eitimerois hepfi
lep non qu'a infpiré la lo gae expérience
d'un veux foldat qui les commande , pouvoit
Y être entrée pour que que chofe ; car épargner
le far de nos ennemis , fera pour moi , au
mi ieu des horreurs de la guerre , la jouiſance la
plus douce, »>
reux ,
Sar la crainte témoignée par les Autrichiens
, & leur defir extrême de fortir de la place ,
dans la crainte d'être égorgés , ainfi que le leur
onc perfuadé urs Officers , j'ai confenti à leur
forte avant l'arrivée des troupes Françoiſes , pour
éviter les horreurs dont les Autrichiens menaçoient
Mayence, "
« Je ne puis pas encore vous donner des dém
tails fur les munitions , approvifionnemens de
bouche & de guerre , & fur l'artillerie que ren -1
ferme la place , mais la quantité & le nombre en
font confidérables . »
Croyez , Citoyen Miniftre , à mes fentimens
de fraternité. »
( 57 )
Copie d'une lettre du général Chine , au préfident
de la Convention nationale , le 23 octobre
1792.
Au quartier général , à Mayence , l'an
1er de la République Françoile .
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« Les troupes de la République font entrées
dans Francfort-fur- e Mein . J'ai exigé de cette ville
qui a montré une protection fi ouverte aux émigrés
, & aux ennemis de la té - olution ,
contribution de quinze cent mile florins : j'ai´
aufi l'honneur de vous envoyer copie de la
répoule que j'ai faite aux obfervations des Magiftrats
de cette ville, & pardaquele j'ai co- fenti à
réduire la contribution de deux oil ions de flo : ins,"
à quinze cents mille . »
Je fuis occupé aujourd'hui à achever l'approvifionnement
de l'intérellante conquête que
viert de faire la République , La force de Mayence
égale , j'ofe le dire , celle de Landau . Lorſque
les fronts de l'Allemagne feront découverts , &
que l'on aura , mis à l'abri de toutes infultes , le
bord du Rhia , ce qui eft très - facile , & c'est
ce dont l'on s'occupe déjà , rien n'enlèvera
nos armes la clef de cette forterefe qui
domine de Rhin , & tient l'embouchure du Mein.
L'on y a déjà compté 165 pièces d'artillerie
& il y en a beaucoup davantage ; une énorme
quantité de poudre , de fer coulé , de boulets &
d'armes. »
« Pavcis été affez biea inftruit par les ob
fervateurs que j'y avois envoyés ; & je n'heite
pas de dire , d'après le courage & la décifion
des hommes auxqueis je commande , que fi
Ci
( 5858 ))
elle n'avoit capitulé , elle eut été enlevée la
nuit même, d'après les difpofitions faites pour fa
défenfe dont je m'étois procuré une parfaite connoiffance.
»
« Qu'il m'a été doux d'épargner le fang de
mes concitoyens ; & j'éprouverai toujours un
grand bonheur à in'en montrer avare ; je ne
dois difpofer que du mien , & je le donnerai avec
bonheur , fi , en le voyant couler, il pouvoit affurer
La liberté des peuples. 33
J'ai l'honneur de vous adreffer , citoyen
préfident, une copie de ma proclamation dans cette
cité j'en attends l'effet ; je vais envoyer la
même proclamation à Worms & à Spire . L'inftant
eft airivé de frapper les plus grands coups
aux ennemis de la liberté des peuples , & le
Républicain ne doit pas rallentir fon activité après
quelques fuccès ; il ne doit ceffer de frapper
que lorfqu'il ne lui refte plus d'ennemis à combattre.
4
« J'aurai l'honneur d'adreffer inceffamment à
Ja Convention le plan de la ville de Mayence;
le fyftême des mines , des ouvrages avancés , eft un
des plus beaux qui exifte. Les galeries font toutes
voû.ées, »
Nous ne tarderons pas d'apprendre la prife
de Coblentz . Cuftine a exécuté tout cela avec
16 mille hommes . Il demande des renforts ;
Biron va marcher de concert avec Kellermann ,
avec un corps de 25 mille hommes .
Armée des Alpes. Les négociations de Montefquiou
avec les magiftrats de Genève ont produit
une forte de capitulation dont la Convention
nationale n'a point eu encore de connoiffances
officielles . On fait feulement que les
( 59 )
troupes fuiffes , actuellement à Genève , fe retireront
fucceffivement , & que leur retraite fera
confommée d'ici au premier décembre prochain.
Les troupes françoifes fe retireront , à leur tour
à 10 lieues à la ronde , ne croit pas que. la
Convention ratifie cette
tranfaction
,
Armée du Var. Le fuccès des armées françoiles
en Savoye & dans le comté de Nice , a
jeté dans tou e l'Italie , une furpriſe égale à la
terreur. Gênes fe réjouit de l'humiliation du roi
Sarde , prince auffi foible qu'ambitieux. Les Gê..
nois ne diffimulent point leur fatisfaction de voir
triompher le parti national en France . Le plus
grand des crimes de Louis XVI rétabli fur fon
trône , eut été , pour la République , fa banqueroute.
Ce peuple fait des voeux très - fincères pour
la profpérité de la République françoife . Cependant
le fénat n'eft pas infenfible à la peur qu'ont
les gouvernemens italiens de la propaginde françoile
. Auffi vient- il de rendre un nouveau décret
qui ordonne à tout étranger , habitant la
ville depuis le commencement de 1792 , de fortir
des états en peu de jouis . A Venile le fenat
a févi contre tous les françois , & tous indiftincicment
ont été éloignés. L'ordre eft même donné
aux gondoliers de ne laiffer aborder aucun françois
, fous peine de mort.
SUEDE.
De Stockholm le's Octobre 1792.
Le Duc Régent continue à remplir toutes
les efpérances qu'il a données en prenant le
' C 6
( : 60- )
timon de l'Etat : il continue à donner toutes
les places aux perfonnes que Gustave
avoit exilées . Le Baron de Stierneld vient
de fortir de la fortereffe de Warberg pour
occuper la place de Grand- Chambellan de
la Reine douairière. Celle de Secrétaired'Etat
au Département de la marine vient
d'être fupprimée , & fes fonctions réunies
au Département de la guerre .
Le Lieutenant général de Toll fe rend à
Varfovie en qualité d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Baux, précédemment
nonimé à ce pofte , aura une autre deftination
.
La réunion du Roi , du Régent & de la
Famille Royale dans cette ville , a donné
lieu à plufieurs fêtes terminées par l'Opéra
& autres fpectacles,
DANEMARCK.
De Copenhague , le 9 Odobre 1792 .
Tandis que d'autres Puances s'épuifent
d'hommes & d'argent , pour étouffer
dans fon berceau la République Frarçoife ,
le Danemarck s'occupe d'étendre fon commerce
en fondant des colonies. Il n'eft
pas découragé par les malheurs de fon
Premier établiffement dans l'ifle de Nicobar.
On fe propofed'y tranfporter d'autres
( 61 )
hommes , en prenant des précautions contre
les maladies qui ont détruit les premiers
Calons.
Une maladie grave retient ici le jeune
Comte de Bernflorf, qui devoit retourner
à Berlin , où il réfidoit en qualité de Miniftre
plénipotentiaire.
La navigation marchande dans le Nord
s'accroît confidérablement. Le 2 & le 3 , on
a vu dans le Sund 428 navires .
POLOGNE.
De Varsovie.
Quel fpectacle pour les amis de la liberté
que l'état déplorable de Pologne ! On
joint l'infulte à la cruauté. Des tyrans qui
f'enchaînent voudroient paroître fes libérateurs
. Tout y eft à la merci des Ruffes , &
cette Catherine qui auroit dû expier fa
vie domeftique par toutes les vertus politiques
, veut donc avant d'entrer dans
Ja tombe fe couvrir de toute l'exécration
du genre humain. C'eft envain qu'elle cherche
à colorer d'une ombre de juftice fes
dévastations en promettant d'indemnifer les
Polonois des dommages que les troupes
ont occafionnés. Cette promeffe eft auffi
fincère que l'hommage qu'elle rendoit aux
droits des peuples en traduifant de fa main
( 62 )
+
oppreffive un des chapitres de Bélifaire.
Pour que rien ne mette ici des bornes à
fa puiffance , elle a fait difperfer les troupes
de la République. Ses fatellites entourent le
trône d'un Roi qui a furpris un moment
l'eftime de l'Europe , d'un fimulacre de
Diète compofée d'hommes qui ne fauront
montrer que leur baffeffe .
L'Impératrice qui ne veut fouffrir rien de
libre en Pologne a ordonné à la confédération
de ne plus reconnoître M. Defcorches
pour Miniftre de France . On rappelle auffi
le Miniftre de la République à Paris. Voici
le décret de la confédération.
« La confédération générale , fur le rap-
» port de M. le Grand - Maréchal Muifzech,
» & en conféquence de la note de M. Def
» corches , en date du 8 Septembre , a ré-
» folu que l'écrit François , ayant pour
» titre Expofition , & d'autres pareils , *
ne pourroient être ni imprimés , ni
» réimprimés , ni publiés ; que M. Def
» corches ne peut plus refter dans la Ré-
» publique , fous la protection du droit
» des gens , & avec les prérogatives
» des Miniftres étrangers & Ambaffadeurs.
Elle charge le Grand - Maréchal d'en in-
» former M. Defcorches , de même que du
» rappel de M. Oraczewsky de Paris. Donné
» dans la féance du 14 Septembre 1792. »
M. de Krecketnickow en partant pour
163)
Pétersbourg a laiffé le commandement de
fon armée au Prince de Dolgoruki.
Les tyrans qui raifonnent quelquefois ,
voudroient porter leurs coups dans les
ténèbres de l'ignorance . On vient d'enchaîner
la preffe , & une chofe plus révoltante
qu'étonnante dans le langage des
Princes , on ofe prononcer le Saint nom
de la Liberté en cherchant à lui porter la
plus funefte atteinte. On a beau faire , tout
doit céder à la puiffance de la raifon , &
une étincèle patriotique confervée dans
l'ame de quelques bons Polonois peut
au premier évènement favorable enflammer
toute la République.
Une querelle furvenue entre la ville de
Thorn & le Gouvernement Pruffien , pourroit
bien fervir de prétexte à Guillaume
pour intervenir dans nos affaires. Laiffera-til
à Catherine une proie qu'il peut partager
?
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 12 Octobre 1792 .
Rien n'égale la terreur que répandent
ici les victoires de la République Françoife.
Notre Cabinet fi long-temps l'arbitre
de l'Europe ne fait comment fe tirer
·
(64)
de l'abîme où il s'eft précipité . Il ne s'agit
plus de fecourir Louis XVI , mais de
trouver les moyens de réfifter à la Répu
blique Françoife . Les finances font épuifées,
les Peuples & les armées même murmu
rent. Les Alliés vont nous abandonner ent
nous accablant de reproches . On voudroit
tenterune autre campagne ; mais ou prendre
des fonds ? Pour comble de malheur on
fe méfie du Roi de Pruffe , on craint qu'en
fe retirant , il ne fe dédommage fur le ter
ritoire Autrichien des pertes qu'il a faites .
fur celui de la France . Il étoit impoffible
que la haine ne divifät bientôt des alliancesformées
par l'injuftice.
De Francfort-fur l'Oder.
Les Journaux vendus aux Puiffances
coalifées contre la France avoient ofé
publier que Dumourier renfermé par les
a mées combinées avoit lui - même demandé
à capituler. La Gazette officielle
de Berlin a cru devoir démentir des menfonges
que le cri de l'Europe devoit bientôt
confondre. Elle convient que le Général
François n'a point demandé à capituler ,
& ajoute pour excufer les motifs de ces
royales expéditions , qu'elles avoient pour
objet de fecourir un Prince malheureux ,
& de reconnoître les véritables fentimens
d'ane nation déchirée par tant de Partis.
(-63 )
Cette Gazette , d'ailleurs , rend juftice à la
valeur des troupes Françoifes , & c'eſt ainh
qu'elle fe prépare , à l'article où elle fera
obligée d'avouer que Guillaume a été forcé
de capituler & de reconnoître la République
Françoife.
Enfin , l'Electeur de Bavière vient d'entrer
imprudemment dans les deffeins de la
Pruffe & de l'Autriche . Ce Prince a fait
dire à M. Daffigny , Miniftre de France ,
qu'il ne reconnoiffoit plus fon caractère diplomatique
. A la bonne heure ; mais le Général
Cufline pourroit bien remplacer avant
long temps ce négociateur.
Pour couvrir Saarbourg on y forme un
campde 3,000 hommes . Lë Général Wallis
doit les commander. On dit que 8,000 Autrichiens
marchent vers Mayence . Ils pourrolent
bien faire une marche rétrogrado.
Quelques régimens Autrichiens arrivés
le 8 à Raftadt y attendent leur deftination
.
ITALI E.
De Venife , le 6 Octobre .
Le triomphe des armes d'un Peuple libre
doit épouvanter toutes les ariftocraties . C'eſt
ce qu'on voit à Venife , où dans le délire
de l'espérance , on avoit déja chanté la
chûte de la France qui , prefque écrasée
( 66 )
1
fous les coups des Rois coalifés , ne pa
roiffoit plus qu'un immenfe amas de ruines.
La pitié même rendoit cette joie plus infolente
. On déploroit la perte de quelques
monumens des arts ; mais à la nouvelle
que l'Empire François étoit debout &
dans l'attitude la plus impofante , & que
fes enfeignes victorieufes étoient en mêmetemps
plantées fur les Alpes , fur les bords
du Rhin & fur ceux du Mein , la terreur
a remplacé l'audace dans toutes les ames
& ce qui eft une fuite de ce, fentiment ,
on a violé le droit des Nations d'une ma--
nière auffibarbare qu'impolitique. Le Sénat.
effrayé au feul nom des François , les a tous
perfécutés , repouffés hors du territoire de
la République , & a défendu , fous peine de
mort , aux Gondoliers d'en lailler pénétrer
aucun à Venife .
La colère de nos ennemis & leur effroi
annoncent également nos triomphes & les
triomphes des principes qui ont opéré
notre révolution .
De Gênes , le 15 Octobre.
Les Nobles Gênois ( le Peuple n'y eft
encore compté pour rien ) fe réjouiffent
du fuccès des armes de la liberté . C'eſt par
haine pour le tyran de la Sardaigne , c'eft
pour l'intérêt de leurs finances qu'ils font
des voeux pour la République Françoiſe ,
( 67 )
5
:
―
car ils favent bien
que
la sûreté
de leurs créances
y eft attachée
& que le retour
de
la royauté
s'annonceroit
par la plus infâme banqueroute
; mais comme
prefque
rien
n'eft pur , un fentiment
de trifteffe
vient fe mêler
à leur joie. Ils redoutent
l'in- fluence
des principes
que les inftitutions & les victoires
d'un grand
Peuple
doivent
difféminer
dans l'Univers
. Ils voudroient
l'impoffible
d'un côté profiter
de la révolution
de France
, & de l'autre
arrêter
fes effets fur leur Gouvernement
. Dans
ce
deffein
, le Sénat
vient
d'ordonner
à tous.
les étrangers
établis
à Gênes
depuis
1792 ,
de fortir
de fes Etats
fous peu de jours. On voit affez que ce décret
rendu
contre
,
des François
, n'a été généraliſé
à tous les
étrangers
que par une tournure
dont.perfonne
n'eft dupe. Voilà
le caractère
de la
foibleffe
.
Turin , 26 Septembre.
Le Roi qui avoit partagé l'orgueil &
les efpérances des anties Princes ligués
contre la France vient d'en partager la..
honte & les revers. La nouvelle de l'invafion
de la Savoie a été pour lui un coup
de foudre. Le confeil s'affemble avec précipitation
, & un courrier part pour Londres.
On réclame le traité défenfif entre les deux
couronnes. Mais comment pourra , le Ca(
68 )
-3
binet de Saint- James , concilier ce traité
avec la neutralité fi fouvent déclarée à
l'égard de la République Françoife ?
Genève , le 25 Octobre 1792.
La négociation du Général Montefquiou
avec le Magnifique Confeil de Genève a
produit un réfu tat qui ne fatisfera , ni les
Patriotes Genevois , ni probablement le
Pouvoir exécutif fuprême , ni la Convention
Nationale de France. Voici en fubftance
le contenu de cette efpèce de tranfaction.
« Art. I Les troupes Siffes actuellement à
Genève , le retireront iucreffi ement . Ladi e retraite
fera confommée d'ici au 1º , décembre prochain
. "3
II. Dès le lendemain de la préfente canvention
, la groffe art l'erie Fanço fe két ogra
dera da s les places for es & arfenaux de France
& ordres feront donnés pour arrêter la marche
des troupes qui s'avancent ... Les corps de fermée
Fra çoile qui environnent Genève , fe retire
on , & ne laifferont , dans l'efpace de dix ,
lieues à la o de , que le détachement néceffaire
à la poice & au maintien du bon ordre dans le
pays ; cette retraite fera confommée d'ici au 4
cembre. "
dé-
III . Dès la date de la préfente , la libre
communication e tre les deux Républqus , &
l'entière liberté da tranfit de Genève en Smile
& de Suiffe à Genève , feront rétablis fur le même
pied qu'en temps de paix. »
1969
A
« IV. Le Réfilent de France rentrera inceffamment
à Genève , & y reprendrà ſes fonetions.
»
« V. Tous les Traités antérieurs de Genève
avec les voifins font folemalement réservés , &
furs tout celui 1584 avec Berne & Zurich ,
ainfi que l'art. V de 1782. n
« VI. La ratification des préfens articles fera
faite & échangée dans douze jours , ou plutôt f
faite le
peut.
35
Il vient de tomber dans nos mains une let
tre écrite de Carrouge, qu'on peut regarder
comme le commentaire de cette Capitulation
, quoiqu'on ne puiffe le défendre d'y
reconnoître un peu d'amertume.
Carrouge , 24 Octobre , l'an premier de la liberté
Savoifienne , & l'an 1792 de l'efilavage de
Genève.
3.
« On ne comprend rien ici à la conduite du
Général Montefquiou ; il vie t de compromettre,
de la plus étrange manière , l'honneur de la
République Françoife , par fon Traité avec les
Magiftrats de Genève. Il eft ftipulé que les
troupes Suiffes ne peuvent évacuer cette ville
que le 2 Décembre ; les troupes Françoifes
doivent le retirer à dix lieues à la ronde & la
groffe attillerie rentrer dans les places de guerre ;
enforte que la Savoie & le diftrict de Gex feront
à la merci des Saifles , qui ne prennent pas le
même engagement , & qui ne le trouveront qu'à
deux lieues. Nous espérons que le Confeil exécut
f ne ratifiera pas un Traité avfli déshonorant
, & que les auteurs éprouveront la jufte
indignation de la Convention Nationale. Les
( 70 )
:
troupes Françoifes , campées fous des tentes ou
Teau pénètre de toute part , font in ignées de
feur inaction , tandis que leurs camarades volent
de victoire en vi &oire. Montefquion fait battre
au champ lorique les Magiftras de Genève vont
te voir ; & ceux - ci chatent de Genève tous
les François qui refufent de s'armer contre leur
Patrie ; en van 3,000 Genevois expatriés ont
follicité l'appui du Général , il n'écoute que les
infinuations des affociés de Coblentz , de ces
hommes qui e parlent des Frarçois Patriotes
qu'en les traitant de brigands , & qui ont écrit ,
contre les Légiflatures & la Révolution , les libelle's
les plus atroces , qui ont publié encore , le 9 de
ce mois , fous le nom d'un nommé Baudit
les plus infâmes calomnies contre le Réfident
Châteauneuf & le vertueux Roland. Par quelle
fatalité le Général traite t- il , avec des égards
marqués , les plus grands & les plus criminels
ennemis de la République Françoilc , & laiffet-
il languir , ou feulement fes troupes , mais
la nation Genevoise entière , qui demande à
être débarraffée des tyrans qui l'oppriment &
la dé honorent ? »
De Naples , le 20 O&obre 1792 .
Le peuple vient de fentir fa force & le
tyran la foibleffe ! Par le plus faux calcul ,
des Loix gênent prefque par tout la circulation
des grains . De-là réfuite toujours
la cherté du pain & quelquefois la famine .
Cette vérité vient d'éclairer & d'effrayer la
Cour Napolitaine . Sous les fenêtres du
Château une multitude menaçante demande
?( 71 )
la diminution du prix du pain. On diftri
bue de l'argent. Ce n'eft point de l'argent
répond le peuple , que nous demandons ;
mais la baiffe du prix du pain. On s'eft
empreffé de remplir ce vou , ou plutôt
cet ordre , & on a exempté de tout droit
les importations de grains dans ce Royaume.
Le peuple qui a commandé une fois ,
peut bientôt croire & avec raifon qu'il
eft fait pour commander toujours , &
mille circonftances peuvent conduire rapidement
de cet attroupement à une infurrection
générale. Par quel aveuglement
les Princes ne voyent-ils pas qu'ils ne
peuvent fe maintenir fur le Trône qu'en
dirigeant eux- mêmes la révolution qui les
menace ?
De Milan , le 26 Septembre .
Sur tous les points de la domination .
Autrichienne , on ramaffe des forces pour
combattre la France. La garnifon de cette
ville s'eft mife en marche pour le Piémont
& doit fe groffir dans la route des troupes
actuellement à Pavie. L'Empereur doit ,
dit- on , envoyer d'ailleurs trente mille
hommes ; mais il eft très - poffible que ce
qui fe paffe dans l'Allemagne dérange ces
difpofitions.
( 72 )
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 17 Odobre.
Quel parti prendra notre Cabinet fur
Is grands évènemens qui agitent le Continent
? Ceft la queftion que font nos
politiques. Elle feroit biento: décidée,fi l'on
confultoit la raifon , la juftice , le véritable
intérêt de la Grande Bretagne. Les Emigrés
François , nos Ariftocrates , parmi
lefquels il faut compter nos riches négo .
cians , tous n'ont ceffé de déigurer par
leurs calomnies la plus belle révolution.
Le Peuple long temps abufé ouvre les
yeux , voit des frères dans les François
patriotes , & lorfqu'il en rencontre quelqu'un
il s'écrie avec tranfport : Good
Frenck.
·
Les troubles d'Irlande ajoutent aux inquiétudes
de notre viinitère. Tous les
partis tournent leurs regards vers Pitt , les
uns pour applaudir , les autres pour blâmer
les mesures ,
JOURNAL
HISTORIQUE
Y
E T
POLITIQUE.
er
FRANCE.
L'an 1. de la République Françoife.
CONVENTION NATIONAL ED
LE
Du dimanche, 28 octobre.
E général Cuftine inftruit la Convention nationale
qu'il a levé à Francfort une impofition
de 1,500 mille forins. It lui donne des détals
des munitions de guerre trouvées à Mayence.
Voici la proclamation qu'il a faite , au nom de
la république Françoife , aux habisans de cette
ville :
cc Lorfque les François fe font décidés à faire
la guerre , ils ont été provoqués par l'injufc
agg.cffion des de potes , de ces hommes élevés
N°. 45. 10 Novembre 1792. D
( 74 )
1
dans les préjugés , qui leur perfuadoient que fes
Nations femées fur le globe n'y exiftoient que
pour fatisfaire à leur vaine gloire , & que leur
or devait fervir à faturer leurs paflions. Les repréfentans
du peuple François , la nation toute
tière , diftinguerout toujours dans leur juftice
ies peuples aflez malheureux pour s'être vus forcés
de courber leur tête fous le joug du defpotifme ,
de ces hommes injuftes . Uae nation qui , la première
, a donné l'exemple à tous les peuples de
rentrer dans leurs droits , vous offre la fraternité
, la liberté . Un væ fpontané doit décider
de votre fort ; & fi vous préférez l'esclavage aux
bienfaits qui vous font offerts , je laifferai aux
traîtres à prononcer lequel des defpotes doit vous
rendre des fers. »
ce Je maintiendrai les anciennes impofitions ,
je n'exigerai de contributions que de ces hommes
qui , faifant porter tout le poids des charges fur
vous feuls , avoient bien fu s'en affranchir . Je
ferai refpecter toutes les autorités conftituées ; je
foutiendrai
les conqu'à l'époque où un voeu libre
aura la volonté du peuple . Je vais
mettre cette ville dans l'état le plus redoutable ,
& quoique l'on fe foit plu à répandre parmi vous
que j'avois le projet de l'abandonner , je jure de
la defendre même contre tous les efforts de nos
ennemis réunis ; puiffe- t - elle devenir le boulevard
Ide la liberté de tous les peuples de l'Empire
Germanique puifle de fon fein partir ces principes
d'éternelles vérités ; puifle leur évidence
frapper tous les hommes courbés fous le joug de
la fervitude ! Pour moi , fier du beau titre de ciqoyen
François , j'ai abjuré toutes les diftinctions
tu'avoient inventées l'orgueil ; la feule ambition
d'un homme fage doit être de vivre dans la mémoire
de fes concitoyens .
و د
L'ordie du jour amenoit l'admiffion des pétitionnaires
à la batre.
Les membres du tribunal criminel créé par
T'Affemblée législative après le 10 aoûr , le préfentent
pour répondre à quelques inculpations
faites contre eux . Sur la motion de Lanjuinais
qui obferve que ce tribunal ne s'eft point juftifié
de l'imputation qui lui a été faite d'avoir condamné
à mort four recèlement , l'Aſſemblée paſſe
à l'ordre du jour , & renvoie fa pétition au comité
de légiflation.
La municipalité de Paris vient auffi rendre
compte de fa conduite . Accuféc par le confeilgénéral
de la commune lorfqu'il avoit préfenté
le bilan de la caiffe de fecours , elle répond à
l'accufation en rappellant & les preuves de civifme
qu'elle n'a ceffé de donner , & celles du
courage avec lequel elle a préparé la révolution du
10 août. « Nous ne confondrons pas , dit - elle ,
les amis de la liber:é avec des intrigans qui , depuis
que les dangers font paffés , foot venus
s'affe ir à côté de nous , moins pour partager la
gloire de fauver la chole publique , que pour y
chercher des bénéfices que plufieurs y ont trouvés.
Nous méritons d'être comprés parmi les hommes
du 10 acût , mais nous hiffens à ceux qui font
venus depuis , l'horreur de la journée du 2 leptembre.
1
Bidermann , membre de la députatios , rend
le compte de la conduite , comme adminiftrateur
de la munic palité . Il expofe toutes les difficultés
qu'on apporte , toutes les entraves qu'on che che
à mettre dans fes fonctions par des pouvoirs qui
fe croifent. Il fe plaint du compte particl que
Dz.
( 76 )
le confeil-général a rer du relativement à la maifon
d: fecours dont il n'a préfenté que l'état paffif.
Il en donne l'actif, qui s'élève à environ 1 milion
600,000 liv.
Un autre membre de la députation annonce ,
qu'aux termes de l'engagement pris par la municipalité
de Paris , le 18 août , de préfen er en
octobre les rôles de 1792 , il vient offrir ces rô es
à la Convention .
La Convention renvoie ces compt : s & ces
rôles aux comités des finances , & fur la propofition
de Cambon , elle charge le département de
Paris de rendre fous trois jours , le compte final
de la maison de fecours .
Une députation de citoyens vient préfenter use
pétition pour demander que la Convection ordonne
que dans chaque fection , il foit nommé
des commiffaires pour prendre connoidance de
l'arreftation des citoyens détenus depuis le 10
août , & des écrous qui en ont été dreflés . La pétition
eft renvoyée au comité de lég flation .
Hérault de Séchelles qui demande le renvoi ,
obferve en même temps qu'un objet auffi impor
tant n'a pas échappé à la follicitude de la Convention
; qu'en exécution d'un de fes décrets ,
le comité de sûreté générale a rommé des commifires
pour visiter les prifons , & qu'incel-
Lamment il propofera à l'Affemblée des melures définitives.
Le miniftre de l'intérieur tranfmet à la Con
vention une lettre des officiers municipaux de
Lyon . Ils annoncent que cette ville eft en proie
aux agitateurs , que des citoyens égarés ont
forcé les prifons , & que , malgré les efforts des
magiftrats , ils ont immalé deux prifonniers . Ser
la propofition de Vitet , la Convention décère
( 77.)
que des commiffaires pris dans fon fein fe tranfporteront
à Lyon , & qu'il y fera procédé incellamment
, & avant même l'élection des corps
adminiftratifs au renouvelement de la musicpeli
é .
Du lundi , 29 octobre.
Parmi de nombreufes adreffes d'adhésion au
décret qui abolit la royauté , on a diftingué celle
de la commune de Montréal , département du
Gers , cu la Convention eft invite à s'occuper
promptement de l'i ftraction publique . Ces citoyens
patriotes peafent que l'inftruction du peuple
eft la prem ère fauve - garle des loix & le feul
moyen d'anéantir les tyrans .
Samedi dernier , fur la motion de Genfonné , la
Convention décréta que 1 s membres qui la compolent,
feroient exclas penda t fix ans de toutes
fonctions publiques . Aujourd'hui Rewbe ! s'eft préfenté
à la tribune pour demander le rapport de ce
décret , qu'un mouvement d'erthoufi fme avcit
erlivé à l'A ffemblée . Il l'a repréſenté comme contraire
aux principes , & comine un attentat à la
Louveraineté du peuple & aux droits du citoyen .
es
Au ron de la patrie , difcit- il , reverez fu- vcs'
par .Les erreurs les plus courtes font les meil cures .»
Jean de Bry conventi: de la juftice de la réclamation
, mais il craignoit que le rapport du décret ne
fût dangereux en altérant le caractère d'immutabilisé
qui conftitue la loi , & ne fournît des armes
contre les législateus , aux paffions baffes & fac.
tices qu'un régime dépravé a fait naître . C'eſt ſurtout
quand les lég flateurs peuvent eux - mêmes y
être intéreflés , que l'inftabi ité dans les loix feroit
funefte ; elles reffembleroient alors à l'expreffion
des p. ffions humaines . En un mot , l'orateur me
( 78 )
voyoit qu'inconvéniens dans le rapport du décret
& pour ceux qui l'adopteroient & pour la loi &
pour le peuple.
Quelques membres ont demandé l'ajournement
de cette difcuffion . Les débats alloient fe prolonger
, lorfque le miniftre de l'intérieur a offert à
l'attention de l'Affemblée un objet d'un intérêt
plus majeur encore , fon rapport fur l'état actuel,
de Paris .
Le miniftre commence par un jufte éloge de la
glorieufe révolution du 10 acut. Il convient que
l'organifation provifoire des pouvoirs communaux
de Paris , étoit néceffaire à cette époque & qu'elle
a été utile . Mais eut - elle été la caufe d'une grande
révolution dont elle n'étoit que l'effet , il ne faudroit
pas moins en relever les inconvéniens , s'il
en exifte , & qu'il foit preffant de les détruire.
Il feroit injufte d'exiger que le bouleversement
d'une révolution n'entraînâr pas quelques malheurs
particuliers & quelques opérations irrégulières.
Mais il faut foigneufement diftinguer ce qui appartient
à la nature des chofes , de ce qui peut
réfulter des paffions ou des déffeins prémédités de
quelques individus .
Après ces remarques générales , Roland deſcend
dans les détails . « Le peuple de Paris triomphant
fur les bords du précipice qui lui avoit été ouvert,
agiffant par lui- même , le trouvoit pour ainfi dire
à une nouvelle naiffance : la défiance naturelle aut
peuple qui a été opprimé , défiance qu'accroît toujours
le danger , entretenoit cette fermentation
avant- coureur des orages qu'excitoient encore les
homines fans mefure , & les défoeuvrés qui ont
befoin de mouvement , & les malveillans qui veuleut
du trouble. La commune régnoit feule dans
Paris . Objet de la cor fiance du peuple dont elle
( 79 )
étoit l'ouvrage , elle faifoit taire ou parler les loix.
Mais elle a oublié dans l'ivreffe de la victoire que
tout pouvoir révolutionnaire doit être momentané,
que la fubordination des autorités conftituées
les unes à l'égard des autres , & la marche
régulière des loix , doivent être promptement rétab
ies pour le maintien même des révolutions qui
les ont un inftant fufpendues .
сс
"3
L'oubli de ces vérités a er traîné dé grands dé- "
fordres . Le miniftre ne s'arrête point fur les entreprises
extérieures de la commune ; fur les commillaires
envoyés dans les départemens ; fur leurs
procédés & les plaintes qui les ont luivies , ces divers
objets ayant été déjà dénoncés & quelquefois
par lui-même. Il paffe à d'autres actes arbitraires
qu'il eft bon de connoître pour porter un juges
ment fut la conduite de la commune de Paris. Il
cite d'abord l'envoi à Senlis de deux commiſſairedu
comité de furveillance de cette commune .
« Les commiffaires , dit le miniftre , ont requis le
maire & un officier municipal de les accompagner
dans une vifite dont ils fe difoient chargés . Ils fe
fent rendus à l'hôpital , fe font emparés de l'argenterie
de cette maifon & de celle de la fupérieure
; ont mis le fcellé fur un cabinet , emmené
à Paris deux des adminiftrateurs defquels ils ont
pris l'argent monnoyé , les billets , l'argenterie !
Airivés a Paris , on a renvoyé ces adininiftrateurs ,'
fans lecture du procès - verbal , avec un certificat
de civilme. On ne dit pas fi leurs effets leuf one
été rendus ; mais les démarches de la commune de
Senlis n'ont pu lui faire reftituer l'argenterie de
Thôpital & de la fupérieure , & les fecllés font des
meurés fur le cabinet, »
CC
Sans doute que la commune de Paris aura
fait paffer cette argenterie à la mornoje ; mais
D4
( 80 )
ce n'étoit pas à elle de s'en empater ; & elle
devoit du mois m'inftruire de ce qu'e le avoit
fait je n'ai pu l'obtenir. »
« Des commiflaires e voyés par elle à Chantily
, en ont enlevé une grande quantit a'habits
, d'effets de chaffe & autres hardes d'équi
pement , dont plufieurs avec garniture , ou galons
& monture en or & en argen:; aucun compte
ne m'en a été vendu , »
CC
Long temps après le décret du 15 feptembre
, deux commiffaires de la commune ont
continué d'opérer à 1hôtel de Coigny & dan:
fes dépendances , appartenans à la nation . Des
matelas , en très - grande quantité , en avoient
di paru ; on y en retrouva une partie , après la
menace faite d'une dénonciation par des commiffaires
que j'y envoyai ; mais ces commiffaires
n'ont pu obtenir communication du travail des
aur ; aucun compte n'a été rendu , même
depuis que des inje nations réitérées font parvenues
à faire retirer les agens de la commun
. »
J'ai éit à la Cony nion , le S de ce mois
Four la prévenir que le citoyen Fourier , chargé.
de conduire une force armée de 1oco hommes
à Orléans , avoit ramené , ave : les prifonniers ,
tous leurs effets , dont plufieurs très précieux ,
de l'or & de l'argent monnoyé ; que le tour
avoit été remis à la commune de Paris , ain fi
qu'un paquet confié en fecret par M. Leffart ,
contenant des 1.tties - de- change & autres papiers
importans je n'en ai pas eu de compte. Je ne
préjuge sien , je le répète , fur la dif, ofition des
objets ; mais je devois la connoître : elle m'a été
cclée . »>
« J'avois été informé qu'il y avoit au Temple
( 81 )
une très -grande quantité d'argenterie fous les
fcéllés , dont ne parloient plus ceux qui les
avoient appofés . J'écrivis à ce fujet au comité
de furveillance de la commune le 12 octobre
je n'ai pas eu de réponſe. »D
Je fais que le 27 août , lors de l'appofition'
des fcellés chez M. Septeuil , tréforier de la
lifte civile , le citoyen Tiffet , en remettant le
procès-verbal au comité de furveillance de la
commune , lui remit aufli un carton qu'il déclara
contenir tant en affignats qu'en or , la
fomme de 340,000 liv. , ainfi que des regiftres ,
une montre, & deux grands porte- feuilles, contenant
des papiers fignés du Roi & de la Reine . Le
30 , le même citoyen a remis au même comité
un carton de bijoux & d'effets précieux , trouvé
à Saint-Firmin , près Chantilly , chez le fieur'
Lahaye , qui avoit déclaré tenir ces effets de
M. Septeuil. »
Vers le 24 ou le 25 d'octobre , ce citoyen
a vu , en préfence de Morillon , fecrétaire de
Septeuil , les objets contenus dans le carton qu'il
avoit ren is le 30 août . Les fcellés avoient été
levés fans lui , quoique fon cachet y eût été appofé
; Is l'avoient également levé fur le carton des
340 mil'e lives , fans fa participation & malgré
l'appofition de fon cachet , de manière qu'il
ignore fi ces effets intéreffans ont été confe vis
dans leur intégrité. Je n'ai pas eu plus de compte
fur cet objet que fur aucun autre . »
Un membre de la commune , chargé de faire
faire des cartouches pour l'armé , s'eft établi à
l'hôtel des invali les , où l'on a fait le dépôt de
Eeaucoup de matières , plombs , cuivre , & c.
Favois donné la configne de ne rien laiffer fortir
de l'hôtel qu'à la connoillance de l'adminiftration
Ds
( 82 )
& fur des récépiffés. La configue a été violée , en
maltraitant de parcles mes prérofés ; un membre
de la commune a fait fortir ce qu'il a jugé bon
& il a difpofé des plombs fans donner de r çu . »
« Le 4 de ce mois j'ai écrit à la municipalité
pour qu'elle donrât , à fes différens commiffaires ,
l'ordre de rendre compte & de établir au garde-,
meuble national tous les objets qui auroient pu
en être diflraits depuis le 10 août ; je n'ai eu d'au-,
tre fatisfa &tion fur cet objet qu'une réponse de
M. Boucher René , officier municipal , agidant
pour le maire , portant qu'il communiqueroit ma
lettre au co feil- général ; mais rien n'eſt rentré
au garde- meuble par cette veie.
es Les fcctions s'étant permis , dans les premiers
momens de la
révolutio
d'enlever des
effets qu'elles vouloient conferver à la nation
ou d'appofer les fcellés fur ceux dont on craignoit
la disparition , elles ont cu fein de drefler des
procès- verbaux , appuyés de pièces juftificatives ,
de ces opératios , & de emettre le tout à la
commune celle -ci , pluhanis fois prellée d'en
rendre compte , ne m'a rien fait paffer encore qui
y foit relatif. »
h
« Je m'étois adreffé , le 8 d'octobre , à la
commune , à l'effet de favoir comment Louis
XVIétoit gardé & traité au temple ; quels étoient
les changemens que l'on difoit avoir été apportés
dans fa fituation depuis quelques jours , & quel
compte je pourrois en rendre à la Convention
nationale . A ces queftions preffantes je n'ai reçu
aucune réponſe inftructive ; j'ajoutois , dans la
même lettre , qu'un décret venant de m'ordonner
de préfenter inceffamment le compte des dépenses
faites jufqu'à ce jour , & un apperçu de celles à
faire , tant pour la sûreté & la difpofition da
( 83 )
local , que pour la fubfiftauce & l'entretien de
Louis XVI , je recommandois au confeil- gé-".
néral de s'occuper fans délai , d'arrêter les mémoires
des fournilleurs , afin que j'en ordonnaffe le paiement
; comme aufli de me rendre un compte
exact & circonftancié des difpofitions déjà effectuées
, ou feulement projettées , pour la confervation
du dépôt dont la commune de Paris répond
à toute la république. A ceci , je n'ai pas cu ples
de réponse qu'à ce qui précède. Trois ou quatre
fourniffeurs font venus avec des mémoires , que
j'ai fait payer. Deux de ces mémoires concernoient
des fournitures faites à la table de l'offi
cier municipal & des officiers militaites de Louis
XVI. Un autre mémoire fubdiviféen trois
parties avoit rapport à des enlèvemens de terres
& de gravats aux travaux du temple . Comme ce
paiement intéreffoit use multitude d'ouvriers pauvres
, je l'ai fait acquitter fur les 506,000 liv .
pour ne pas laiffer ces ouvriers fans pain. J'avois
droit d'attendre“, non des mémoires ifolés , mais
un compte en maffe des déper les déjà faites & un
expofe approximatif des déperifes à faire ; eft ce
que j'ai demandé , & ce que je ne puis obtenir,
S
fee J'ai été informé dernièrement qu'il s'éto t
fait dans la maifon d'un émigré , fituée fur la
fection de la Croix- Rouge , un dalèvement d'are
genterie , qui a été porté , par un officier munici
pal au com té de furveillance de la commune' ;
jat écrit hier au département de Paris pour avoir
des informations certaines de ce fait & pour lui
enjoindre , s'il eft vrai , de le dénoncer à l'accufateur
public & de prendre toutes les meferes néceffaires
pour faire porter l'argenterie à la monnoie.
"
* མརཔ་མསྐྱེས་ ན་ ཨན་ རྫུ
Après l'expofition de ces faits relatifs à la coma
1
D 6
( 84 )
mune , le miniftre rend compte de la conduite
du département de Paris . Si l'exercice par la com
mune de tout ce qui istéreffe la sûreté , joint à
l'activité de cette commune pour étendre les pouvoirs
, leur ont laiffé peu d'action , du moins tous
les objets fur lesquels ils ont pu déployer leur zè'e
ont été traités avec intelligence & rapidité.
Le département a eu a gémir fur la conduite
criminele de deux de fes membres , coupables.
d'avoir détourné , à leur profit , quelques articles,
du mobilier d'émigrés dont ils faifoient l'inven
taire. Auffi-tôt que le confeil- général en a été inf
truit , il les a déférés au miniftre qui a provoqué
la fufpenfion des prévenus au conie l exécutif , &
leur dénonciation à l'accufateur public.
Il réfulte de l'enfumble des faits que ce miniftre
expofe que le département actuel fè cor duit
bien ; & que , s'il a peu fait , c'eſt qu'il a été
entravé dans la marche. Il réfutte que la commine
, précipitée par le mouvement de la révolution
, entraînée par fon zèle , égarée dars fes
prétentions , s'eft emparée de tous . les pouvoirs ,
& ne les a pas toujours juſtement exercés ; elle
a laiffé en arrière beaucoup d'opérations adminiftratives
& intéreffantes , & elle a fait un grand
nembre d'actes irréguliers & repréhensibles. Ele
a cor fondu fa propre organisation ; le conſeilgénéral
, qui n'eft fait que pour délibérer , a
voulu adminiftrer ; tandis que les loix renferment
l'action , pour la rendre plus vive & plus prompte,
non-feulement dans le corps , mais dans le bureau
municipal, qui en eft comme le directoire .
Les anticipations de la commune fur le département
, & les i juftices qui fe commettoient ,
ne pouvoient manquer d'influer fur les fections de
Paris. Celles- ci n'ont plus connu leurs limites 2
( 85 )
& le font portées quelquefois aux démarches les
plus irrégulières. Invafion chez des particuliers ,
violation d'afyle , faifie d'effets , vente de propriétés
nationales . Toutes ces mesures extrêmes ,
dont la commune donnoit l'exemple , dont plufieurs
furent peut- être inévitables dans les premiers
momens mais qui toutes devoient être
promptement fufpendues , ont été imitées .
« C'eft ainsi , continue le minifte , que la
fection de l'Obfervatoire, a , pour fon propre,
compte , levé les fcellés & procédé à la vente
du mobilier du couvent de la Vifitation . Prefe
fée , par moi , de fufpendre & de rendre compte ,
elle a allégué le befoin où elle étoit de payer.
fes ouvriers. C'eft airfi que , des imbéci les ou
des pervers ayant répandu le faux breit que des ,
armes étoient cachées dans les fondations du dôme
des Invalides , deux ſections adjacentes ordonaenti
qu'on fouillera fous le dôme à la profondeur de 25
pieds. Je fuis averti , je vois les atteintes qui
peuvent être portées à la folidité d'un édifice in-.
téreffant ; je fais des de fenfes , on les brave ; je ›
les réitère , elles font inutiles ; je veux oppofer la
force , cn me ace d'une infurrection ; & la
fouille s'eft faite , à la profondeur indiquée ,
fans que les fections aye t trouvé autre chofe
que la hone d'avoir défobéi . Je pourrois mul
tiplier les exemples , ils font affligeans ; j'ai des
lettres de particuliers malheureux , victimes de:
foupçons inconfidérés , ou de vengeances fecrettes;
perfécutés au nom de la patrie do t ils n'avoient
pas démérité. J'ai fait part à la Convention , le
17 de ce mois , des renseignem as que je me ſuis
procurés relativement au mode d'elect on du maire
de cette ville , & dont il réfulte , 1 °. que des
48 fections , as feulement ont répondu ;. 2º, que
( 86 )
de ces 25 ; 12 ont émis leur vou pour le ferutin
fecret ; 3. que les 13 autics ont procédé au
fcrutin à voix haute . Le citoyen Boucher-René
avoit promis , par fa lettre du 15 , d'envoyer lesi
nouveaux renftignemens qui lui pa viendroient ;
mais rien ne m'a été communiqué depuis cette
époque . J'ai écrit avant -bier à la commune & àª
la fection du Panthéon François pour m'informer.
de l'étrange airêté pub ié dans le Moniteur , &
attribué à cette fection , par lequel il eft dit que ,
fans égard à la loi , elle procédera de telle manière
, & que fi la Convention ne l'approuve
pas , les citoyens de la fection fe rendront - en
armes à la barre ; je n'ai pas reçu de réponter »
33
En parcourant les excès qui devoient réfulter
d'une pareille anarchie , au milieu de laquelle
il n'y avoit aucune autorité tutélaire , pour arrêter
les crimes pubics & fecrets , Roland ne
pouvoit manquer de porter fes rega ds fur les
allalinats commis dans les prifons , fur l'état de
la force armée , fur l'impunité des voleurs &
des fcélérats toujours prêts à profiter du filence
des loix pour attenter aux propriétés & à la sûeté
individuelle , & à armer les hommes délaiffés ,
que crédules contre des gens de bien qu'on leur
préfente comme leurs ennemis , en les calom - t
piant.
Lorfque je rapproche de cet érat de chofes ,"
ajoute Roland, les actes arbitraires qui ont fait
remplir les prifors fi -tôt après les terribles exécutions
qui les avoient vidées , actes dont j'ai fourni
la preuve à l'Affemblée nationale , en dépofant fur
fon bureau à 6. cents mandats d'arrêts , dont
quelques-uns font fignés d'une feule perfonne
fans caractère , la plupart de deux ou trois membres
feulement du comité de ſurveillance de la com
1.87 )
mune , beaucoup fans aucun motif énoncé , &
les autres avec la feule allégation du foupçon
d'incivifme ; lorfque j'obferve que les fédérés qui
arrivent à Paris , & dont jufqu'à préfent la loi
avoit confié le foin à la commune , fopt mal
logés , mal traités , fouvent envoyés chez moi
Pour avoir des emplacemens , des lits , comme
fi j'eufie été chargé de ces objets , tandis qu'ils
étoient à la difpofition de la commune , laquelle,
femboit avoir deflein de les laiffer foufftir &,
de leur perfuader que ces fouffrances , qu'il doit
tenir à elle de faire reffer , étoient l'ouvrage du
miniftère ; lo: fque foursiffant des matelas ou
des lits dans 1s cafernes , je n'obtiens aucun
campie, de ces obje : s , & j'apprends qu'ils difpaciffent
; lonique je reçois ces nomb sufes dé-,
Futations des fections , qui viennent m'interroger
for l'état des fubfiftances de la ville , que la commune
devroit connoître ; lorfque j'entends traiter .
d'émigrés 33 ( trangers pleins de confiance , amenés,
militairement à Paris , & fur lefquels la commune
medemande des renfeignemens après qu'elle,
les a interrogés & qu'elle a dû le mettre en
état de m'en donner à moi-même ; lorfque j'ap
prends en même temps les fauffes inculpations
répandues contre les hommes publics qui réu
nillent au caractère quelques talens , & fe font
fait connoître par leur intégrité ; lor que je vois
affecter la fuppofition de partis ou de factions qui
n'ont jamais exifté , mais à l'aide de laquelle on
cherche à rendre odieux ou fufpects les plus fages ,
& les plus intrépides défenfeurs de la libertés
lorfqu'enfin les principes de la révolte & du carnage
font hautement profeffés , applaudis dans des
aflemblées , & que des clameurs s'élèvent contre la
Convention elle- même... Je ne puis plus douter
D
7
1
788 )
que des partifans de l'ancien régime , ou de faux
a uis du peuple , cachant leur extravagance ou
leur fcélérateffe , fous un mafque de pat iotifme ,
n'ayent conçu le plan du renversement dans lequel
ils efpèrent s'élever fur des ruines & des
cadavres, goûter le fang , l'or & l'atrocité. »
ec
Département fuge , mais peu puiffant ; Commune
active & defpote ; peuple excellent , mais
dent une partie faire eft in imidée ou contrainte
tand's que l'autre eft travaillée par les flatteurs &
enflammée par la calomnic ; confufion des pouvoirs
, abus & mépris des autorités ; force publique
foible ou nulle , par un mauvais commandement :
voilà Paris. »
Telle est la conclufion de ce rapport. Le miniftre
y a joint quelques pièces qui viennent à
l'appui des faits qu'il contient . On y trouve la
copie d'ure lettre adreffée au minte de la jultice
, qui indique le deffein de commettre encore
quelques maffacres où l'on comprendroit le miniftre
de l'intérieur avec plufieurs membres de la
Convention . Le minist : e défigné parmi les victimes
, ne raporte ce fait que parce qu'il peut tenir
à l'état général de la cap taie , & qu'il annorce la
volonté de perpétuer cette tyrannie fanguinaire ,
qui n'a déjà que trop affligé la patrie. La lettre
fignée Dubail finit par ces mots : il est temps &
grand temps d'arrêter la fureur des affaffins . Je gé
mis à mon particulier de voir les horreurs qu'on
nous prépare. Buzot leur déplait beaucoup. Vergniaux
, Guadet , Lafource , &c. voilà ceux qu'on
nomme pour être de la cabate Roland. Ils ni Veulent
entendre parler que de Robespierre .
Le mémoire du miniftre avoit obtenu de friquens
applaudiffemers ; plufieurs membres en demandoient
l'impreffion &l'envoi aux départen.en .
( 89 )
сс
Robespierre invoque la parole. « Je m'expliques
rai , dit-il , fur cette infinuation dangereuſe jettée
au milieu de l'Affemblée . » Il eft interrompu par
des murmures.
Le préfident obferve à Robespierre qu'il n'a la
parole que fur la motion d'imprimer le mémoire
du miniftre , & qu'il ne s'agit pas encore du fond
de la queftion. Je n'ai pas befein , répond le fougueux
Robespierre, de vos cfficieufes i - tructions.
Il s'élève de nouveaux murmures . Le préfident
avertit l'orateur que s'il ne parle pas contre l'im
preffion , il va la mettre aux voix . Robespierre
veut qu'on écoute au moins ce qu'il a à dire ,
Plufieurs députés s'écrient qu'on ne veut pas le
favoir ; d'autres réclament pour que l'impreffion
foit mife aux voix . Robespierre le plaint que de
puis qu'il parle, il n'a cefié d'entend e autour de
lui les clameurs de la malveillance . Nouvelles interruptions.
Je réduis la queftion , re; rend l'orateur
en élevant la voix , à un point bien fimple ..
Je vois qu'avec d.s infinuations perfides , on s'applique
à défigner fous le nom de fa &tieur des
hommes qui ont bien mérité de la pattie . Il me
femble que la défenfe devroit être ecoutée avec
la même indulgence que l'accufation : peut- on ,
fans porter atteinte aux dr its du peuple , entraver
la liberté des foffages , & livrer des députés fans.
les entendre à des vengeances dépuis long- temps
préparées. Quoi ! ici même , lorfqu'il n'y a pas
un homme qui ofe m'accufer en face en articulart
des faits ; lorfqu'il n'y en a pas up.... Louver
eft forti de fa place & defcendi au milieu de la
falle , il s'eft écrié : Robespierre je t'accule.
}
Une grande agitation fe répand dans l'Aſſemblée
, plufieurs membres réclament la parole pour
Louvet. Le préfident ramène l'ordic , Robef(
90 )
pierre continue. Il s'effraie de voir tous les départemens
recueillir les calomnies dont on le
pourfuit , & demande après beaucoup de divagations
l'ajournement fixe du rapport du miniftre.
و
Je l'appuie , dit Danton ; il faut que les défiances
ceflent , & s'il y a un coupable parmi
nous il faut que vous en faffiez juftice . Je
déclare à la Convention & à la nation entière ,
que je n'aime point l'individu Marat . J'ai fait
l'expéi nce de fon tempérament : non feulement
i eft volfan que & acanâte , mais infociable
. Si quelqu'un peut prouver que je tiens à
une faction , qu'il me confonde à l'inftant .....
Plufienis membres combattent la propofition de
Danton , & demandent le renvoi du rapport au
comité . Après quelques débats , la Convention
décrète le renvoi du tapport au comité des neuf.
Louvet avoit promis de dénoncer Robefpierre.
I: a paru
à la tribune pour remplir fon eerrg gement
. Il a d'abord réclamé le plus profond filence
; car , a t- il dit , dès que je toucherai au mal on
criera . « Je fais bien , a- t - il continué , que j'ai
affaire à des gens adroits , & tout -à-l'heure Dan-`
ton ne vient- il pas de renoncer à Murat & d'en'
faire le portrait en termes peu flatteurs . Pourquoi
cela , c'eft qu'entendant parler de complots ;
Danton s'eft bien donté que Marat y étoit pour
quelque chofe . Touchez , touchez le mal , s'écrie
Danton. Je vais y toucher , répond Louver, mais
Danton foyez plus ferme ; ne criez pas d'avance.
Louvet entre en matière. Il développe la conduite
de Robespierre aux jacobins depuis le mois
de janvier jufqu'au 10 acur . Il le peint entouré ,
d'une centaine de profélites qui l'indiquoient jour-
Halement au peuple des tribunes comime ſon ſeul
( 91 )
1
ami , fon feul défenfeur ; parlant fans ceffe de fes
vertus & de fes facrifices à la patrie ; dénonçant &
pourfuivant tous ceux qui par leur civilme & leurs
vertus fembloient être à l'abri de ſes atteintes .
« La révolution étant arrivée , continue Louvet,
j'étois membre du confeil- général de la commune.
Tout à coup je le vis entrer , oui lui , lui- même .
( Qui donc s'écrient quelques membres . ) Il e:-
tre , il va au bureau ; que dis- je , l'ambitieux préfiloit
déjà ; quoi , me dis - je , Robespierre , l'orgueil- ,
Ieux Robespierre , qui arejetté toute fonction publique
, s'aba'fle jufqu'à devenir officier mu . icipal ,
comme nous . Ah ! dès lors il me fut connu que
le confeil de la commune étoit deſtiné à de grandes
chofes ! s
Ces hommes ont commencé à s'attribuer
tout l'honneur de la révolution du ro . Ah ! conf
pirateurs , ce n'eft pas vous qui l'avez faite , ce
font ceux qui étoient devant les tuileries , ceux
qui, au bruit du canon , prononçoient la fufpenfion
du defpote ; mais elle eft à vous la révolution
horrible du z feptembre. Vous vous êtes qualifiés
les patriotes du 2 feptembre ; qu'elle vous refte
cette épouvantable défignation pour notre propre
juftification & pour votre éternel opprobre.
сс
גכ
Je fais que vous avez calomnié le peuple de
Paris de l'attributión de ces crimes : le peuple de,
Patis fait combattre , il re fait point affaffiner ;
ce n'eft pas lui qui a forcé les prifons & égorgé les
détenus, Combien les bourreaux étoient- ils ? pas
deux cents ,
Pétion me l'a dit. Un petit nombre,
de féroces affaffins maffacroient à plaifir , &
étoient forcés de repofer de temps en temps leurs
bras fatigués , Dieux ! Pétion & Roland patloient
en vain ; Danton , miniftre de la juftice ne par'oit
pas ;des ficiers municipaux , revêtus d'écharpes ,
préfidoient aux affallirats , & les préfidens des 48
(
( 92 )
fctions ont déposé que le m ffatre devoit être
arrêté par une réquifition que le commandartgénéral
Santerre ne donra par . »
« Et l'Affemblée légiflative ( avec vivacité ) ,
représentans , vous la vengerez ; oui , vous la
vengerez , fon impuiffance eft le plus grand des
crimes que je vous dénonc : ; clé étoit to arme
tée , avilie par un infolent démagogue qui veroit
à la barre ordonner des décrets , retournoir à la
commune dénoncer l'Affémblée , & revenoit jafques
dans la commiffion des virgr- un nena er
de fire fonner le tocfin. ( La Convention nationale
jette u ci a'indignation . ) »
Billaud- de- Varenne dément le fair . Lacroix.
& 40 membres environ atteftent que Robespierre
a dit ces mots dans le fond du côté gauche de
J'Affemblée ég fiative : Si Afemblée n'adopte,
point de bonne volonté ce qu'on lui propofe , on
laura fui faire adopter avec le tocfia . ( Nouveaux
fignes d'indignation ) ,
Louver continue « oui , l'Affemblée légifl :-
tive étoit tourmentée , avi ie par un démagogue
infolent qui , toujours l'injure , le menfonge &
les profcriptions à la bouche , accufoit les repréfentans
du peuple d'avi ve du la France à Brunf
wick , & répandcit de tel es calomnies la veille
du jour des affaffinats , qui , comme un def.
pote ,, tenoit les barrières de Paris fermées , qui
humi ioit l'autorité nationale en attendant qu'il
pût l'anéantir , oui l'anéantir. »
C'.it alors qu'on vit tous les murs de la cap'tele
fouillés de placards inconnus dans l'hiftoi e
des nations les plus féroces , c'eft- là qu'on répétoit
qu'il falloit maffacrer fans ceffe. C'est là qu'on
dévouoit à la mort les meilleurs patriotes ; c'eſt- là
qu'on défignoit comme des traîtres tous les minif1935
tres , un feul excepté ; un feul & toujours le
-même. Ah ! puifle - tu , Danton , te juftifier de
cette exception ! »
C'eft alors qu'on vit avec effioi reparoître fur
Thorifon un homme unique jufqu'ici dans les
faftes du monde : cet homme , auquel Danton a
renoncé aujourd'hui affez adroitement . Perfides !
' efpérez pas nous donner le change en défavouant
maintenant cet enfant perdu de l'affalinat ; s'il
n'étoit pas de votre faction , comment fe feroit- il
que le monftre forte vivant du tombeau où il
s'étoit condamné lui - même . S'il n'étoit pas de
votre faction , ou prendroit-il , au milieu d'une
misère avouée, l'argent de fes infames placards.
Et pourquoi , vous Robespierre , le produisites-
vous dans cette affemblée électorale ou
vous dominiez doublement par l'intrigue & par
l'effroi J'y étois , alors on vit Marat ..
( avec un gefte d'horreur ) . Dieu ! j'ai prononcé
fon nom ! Puifqu'il faut l'appeller par fon nom
Marat fut défigné comme candidat dans un difcours
cu Robespierre venoit de calomnier Priestley.
Je demandai la parole contre Marat , je ne l'obtins
pas ; & en fortant , j'eus bien de la peine à
me retirer : j'étois environné des gardes - du corps
de Robespierre , de ces hommes armés de gros
bâtons qui le fuivoient par - tout . »
cc
Quand vous eûtes pro luit ce Marat , quand
'il eut été nommé , alors une confternation morne
fe répandit dans la ville pendant qua ante- huit
heures ; chacun, tremble pour l'objet de fes af
fections les plus chères : des épouses , des enfans
en pleurs , venoient nous conjurer d'empêcher
les affaffinats à commettre ; & comment les euf
fions - nous empschés ? placés nous - mêmes fous
les poignards , alors d'odieufes vifites domici
24
#
+
iai es furent faites chez les plus énergiques répebicains
alors un nouveaulmallacre fat mé fité ;
alors , ô comble d'horreurs ! un mandat d'atiêt
étoit déjà lancé contre le vertueux Roland. »
Les barbares , il leur falloit encore 20,000
cadavres , ils l'ont avoué. Alors les temps de
Marius & de Sylla vinrent s'offrir à ma mémore ;
& n'étions- nous pas plus miférables encore ; mis
les conjurés étoient attendus à ce point par de
nouveaux Brutus . Pétion leur oppofa une force
d'inertie , Roland une force d'activitẻ , & Dumourier
les fuccès. Le cri d'indignation , patti
de tous les coins de l'empire , vint retentir au
centre , & les confpirateurs furest un inftant déconce
rés . 33
cc
Robespierre , je t'accufe d'avoir , depuis
long- temps , calom ié les plus purs patriotes' ;
je t'en accufe car je penfe que Thonneur
d'un républicain , d'un repréfentant du peuple ne
t'appartient pas ; je t'accufe d'avoir calomaié les
mêmes hommes , dans les premiers jours de feptembre,
lorfque tes calom les étoient des arts
de mort ; je t'accufe d'avoir méprifé , avili la
reprefentat on nationale , & de t'être produit
comme un objet d'idolâtrie . »
« Je t'accule d'avoir fouffert qu'on te défig - ât
comme le feul homme vertueux ; je t'accule de
l'avoir fait entendre toi - même ; ' je t'atcufe
d'avoir tyrannifé l'affemblée électorale ; enfin ,
d'avoir marché au fuprême pouvoir , & ta coliduite
pour t'accufer parlera plus haut quemoi.
EC
Repréfentans du peuple , il eft parmi vous
un autre homme qui n'y peut refter , qui vous
a avoué que fon opinion étoit de commettre
encore deux cent foixante mille affaffinats . La
( 95 )
France s'indigne , l'Europe s'étonne de le voir
dans la Convention nationale , cet homme eft
Marat, Je demande qu'il foit déciété d'accufation
& que le comité de sûreté publique foit
chargé d'examiner la conduite de Robespierre &
de quelques autres . »
Louvet defcend de la tribune au milieu des
applaudiflemens .
Robespierre a demandé qu'il lui fût affigné
un jour pour répondre à toutes les accufations
portées contre lui . L'Affemblée a décrété que
Robespierre fera entendu lundi . Après ce décret ,
la féance a été levée à fix heures.
Du mardi , 30 octobre.
A
L'Aflemblée a rendu au commencement de
cette féance , & d'après le rapport de fon comité
de l'examen des comptes , un décret dont l'objet
eft de porter la clarté & la fimplicité dans les
comptes que rendront déformais les miniftres.
I's front tenus d'énoncer à chaque article de
dépenfe , le décret qui la autoritée . Is détailleiont
Ics motifs qui ont donné lieu à chaque
ordonnance , & produiront les pières qui peuvent
conftater la néceflité de la déperfe .
Un rapporteur du comité d'agriculture préfente
à la Convention un fommaire des évènemens
malheureux que la circulation des fubfiftances
a provoqués dans divers départemens .
Pour remédier à ces maux préfens , il propole
d'envoyer trois commiffaires pris dans le fein
de la Convention nationale , qui expliqueront
au peuple les principes fur la libre circulation
des grains.
Sans doute l'inftruction eft le moyen le plus
propre à rétablir le calme & la floumiffioné aux
( 96 )
loix ; mais le peuple ne s'agite que dans de
grands befoins & le raifonnement a peu de prife
fur lui quand il s'agit de fa fubfiftance . Plafieurs
membres ont parlé for la circulation des
grains , fur la 1 berté du commerce , & l'on a
fenti combien il eft difficile de ne pas s'égarer
dans cette matière importante . Concilier les intérêts
de l'agriculture avec ceux du confcmmateur
, furveiler le commerce fans le gêner , entretenir
une abondance conftante dans une vaſte
république , la faire circuler dans les parties les
'plus ftériles , voilà le problème. En attendant
qu'elle puiffe le réfoudre par uns lci générale
la Convention a décrété l'envoi des commilfaires
dans les départemens où la circulation
éprouve les plus grandes entraves , pour y répandre
les lumières , calmer l'inquiétude du
peuple , éloigner de lui ces agitateurs foudoyés
qui l'environnert de craintes chimériques , &
lui font creufer le précipice où ils veulent le
jetter .
Sur la propofition de Merlin , la Convertien
a ordonné le rapport du décret du corps légiflat
f , portant qu'en expiation de la lâcheté de
fes habitans , les maifons de la ville de Longwi
feront rafées. Le même membre demandoit en
outre que ces maifons fuffent dennées aux malheureux
habitans de Lille qui font fans propriétés
. Cette feconde propofition a été renvoyée
au comité des fecours. I penfera fans doute
que des hommes courageux ne peuvent trouver
ni honneur , ni récompenfe à porter les dépouilles
des lâches.
Le miniftre Clavière eft venu dépofer fur le
bureau un mémoire relatif à la fabrication des
monnoies.
( 97 )
monnoies . Il a dénoncé en même temps un en-,
lèvement fait par des commitiaires de la commune
de Paris , des effe s , bjoux , or , affignats
& papiers trouvés chez le tréforier de la lifte
civile , & le refus du comité de furveillance de
la commune de rendre à cet égard , aucun compte .
Il eft décrété que ces effets front remis fous 24
heures à la tréforerie nationale .
Une lettre du miniftre de l'intérieur à la Convention
lui apprend qu'il vient de fulpendre le
départ de plufieurs paquets mis à la pofte fous
le contre fing de Pétion , contenant la pétition
des 48 fections de Paris relative à la force armée
dont la commune a ordonné l'envoi à toutes
les municipalités de la république , & qui fait
exécuter fon arrêté au mépris d'un décret formel
de la Convention .
L'Aflemblée commence par décrérer la fuppreffion
du contre-feing du maire de Paris , qui ne
doit pas jouir de plus de priviléges que n'en ont
les autres maires de la république. Quelques
membres difent que le miniftre n'a pu connoî re
le contenu des envois de la commune de Paris ,
que par une violation du fecret des lettres.
D'autres membres répondent que le miniftre a
pu en être infiruit par des voies honnêtes &
légales . L'Affemblée décrète que le miniſtre rendra
compte de ce qui eft relatif à ce fait .
•
On paffe à la difcuffion du projet fur la pro-
Vocation au meurtre & à la fédition . Buzot en
fait lecture. Lepelletier St. Fargeau , fans combart
e l'idée d'un projet de loi fur cet objet , fait
remarquer les rapports qui exiftent entre la toi
pr polée par le comité & la liberté de la preffe ,
& combien la feconde pourroit le trouver compromile
par la première . Tout homme , dit -il , qui
No. 45. 10 Novembre 1792. E
( 98 )
voit de fang froid couler le fang de fes concitoyens,
qui fans pité l'entend le débattre fous le fer des affaffins
, eft une exception dans la nature , c'eſt
un monitie . Je ne viens donc pas faire l'apologie
des provocateurs au meurtre , mais je demande
qu'en afurant lear punition , on ne détruife pas.
la be té de la preffe par des loix qui prêtent à des
interprétations arbitraires . »>
Après être entré dans des développemens , l'orateur
réfume ainfi fes idées : « Eit- il, poffible de
faire une bonne loi contre les provocateurs au
meurtre & à la fédition ? je n'ofe l'affirmer. Mais
j'ai vu Syeyes ellayer d'en faire une , & n'y pas
réuffir ; j'ai vu les comités de conftitution & de révifion
de l'Affemblée conftituante , qui avoient
peut-être quelque intérêt à la faire , finir par y renoncer.;
j'ai vu Buzor en faire une très-imparfaite.
Ileft donc vrai que cette loi renferme de difficultés
prefqu infer nontables , à moins qu'on ne veuille
rouvir la porte à toutes fortes de perfécutions.
و د
L'orateur a fini par demander l'ajournement du
projet de loi , & fon renvoi à la méditation des
cemités & de tous les bons citoyens .
La difcuffion a été interrompue par l'arrivée du
misiftre de l'intérieur . Il a dit que l'envoi de
la pétition des commiffaires des fections de Paris
fui avoit été dénoncé par un des agens qui ont
concouru à la confection des paquets, & qu'il s'étoit
vu ob igé d'arrêter l'envoi par le décret même qui
te prohiboit . Ici fe font élevés de violens débats
entre les défer fears des loix & de la conduite du
miniftre , & les apologistes de la commune. Il
a été décrété que deux commiffaires du pouvoir
exécutif , & deux de la commune vérifieront les
piquets arêtés , & que le confeil -général déclarera
( 99 )
fr c'eft par fon ordre que les paquets ont été mis ài
⚫la pofte.
Du mercredi , 31 octobre.
Dans le cours de cette féance , on a va paroître
à la barre les membres du confeil- général
de la commune , qui venoient rendre compte de
leur conduite , à l'égard de l'envoi des paquets
arrêt's à la pofte , en vertu d'un ordre cu miniftre
de l'i térieur . Avant de les entendre , IAG
femblée a ordo né qu'on leur fît lecture du procès-
verbal , deflé par les commiffaires nommés
par le miniftre de l'inté icur. Il réfultoit de ce
procès- verbal que ces commiflaires s'étant tranf
portés à l'hôtel des poftes , y avoient attendu en
vain les commiffaires de la commune ; que fur
la vérification faire du contre - feing de Pétion &
des adreffes à différentes municipalités , ils avoient,
appofé fur ces paquets , réunis en un feul , le
fceau du département de l'intérieur & celui de
l'adminiftration des poftes qui en eft demeurée
chargée .
Pour gagner par degrés la confiance de l'Affemblée
, l'orateur chargé de la défenſe de la commune
a commencé par convenir que des crimes
ont été commis; qu'il y a eu des prévaricateurs .
« Nous demandons , difoit il , que ces hommes
pervers foient panis ; nous les dénoncerons nousmêmes
, nous les mett ons fous la hache de la lo's
mais tout le confeil n'a pas trempé dans leurs
forfa ts : pourriez - vous confondre les innocens
avec les coupab'es ? »
Quant à l'envoi des paquets , les membres du
confi - général n'avoient pas encore connoiffance
du décret qui en interditoit la circulation , lorf
quis ont été envoyés à la pofte . Dès que la loi
E 2
( 100 )
leur a été connue , ils ont obéi en prenant un
arrêté qui en révoquoit l'envoi . Si on a paru
furpris de voir les paquets poiter le contre - leing,
de Pétion , c'eft qu'on ignoroit que c'est un ulage
reçu dans les bureaux , que le contre- feing du
maire foit appofé fur toutes les dépêches envoyées
par la municipalité.
Ces renfeignemens ont paru fatisf ire l'Affem-.
blée , & la députation de la commune a obteay
les honneurs de la féance . Il ne reftoit plus qu '
prendre un parti relativement aux paquets contrefignés
à la pofte. La Convention , fidèle au principe
de l'invic labilité des lettres , a paffé à l'ordre
du jour fur toutes les motions tendantes à en
faire l'ouverture .
Trois officiers Suiffes , ei- devant en garnison à
Strasbourg , ont été jettés dans les cachots de
Soleure , pour avoir fréquenté à Strasbourg la
fociété des amis de la liberté . Leurs magiftrats.
ont voulu les faire protefter contre les fentimens
Patriotiques qu'ils avoient manifeftés . Ces trois
officiers ont répondu que , ſalariés par la nation
Françoife , ils s'étoient crus obligés de manifefter
des isntimens amis du gouvernement François ,
& que fans cela même , ils auroient encore profelé
les mêmes principes , parce qu'ils étoient
ceux que la nature avot gravés dans leur coeur.
L'Aflemblée n'a pu voir , dans la perfécution des
magiftrats de S leure , que haine & mépris pour
le gouvernement François , & par un décret , elle
a chargé l'agent de la république de France de:
réclamer l'élargiffement des trois officiers . En cas
de refus , ele regardera ce procédé comme une
inf action aux traités qui unifient les deux puiffances.
Un citoyen demandoit à l'Afemblée d'être
( 101 )
autorité à pourfuivie devant les tribunaux un
mmbre de la Convention , contre lequel il avoit
déjà intenté une p océdure . La Convention a
pallé à l'ordre du jour fur cette pétition , motivé
fur le droit qu'oit tous les citoyens de porter
plainte contre tous les membres du corps législatif,
pour des fans étrangers à leurs fonctions pulttiques
, fauf au juge de rendre compte de l'affine
à la Convention nationale avant de delivrer le
mandat d'arrêt' , s'il y a lieu de le prononcer.
Du jeudi , 1 novembre.
Il femble qu'il exifte au fein de la Conventon
, une conjuration contre la Convention ellemême.
On cherche à l'arrêter dans fa marche ,
à la furcharger d'une foule d'affaires , à l'éloigner
fans cefle du bat où elle doit tendre , celui d'afferer
le bonheur général ; on jette au milieu d'elle
des fermens de divifion , tandis qu'au-dehors on
excite les citoyens à fe porter , à de nouveaux
exeès . Peut- on envifager autrement la motion
qu'a reproduite aujourd'hui Thuriot , pour faire
conftater l'état des 33 prifonniers pruffiens conduits
dans les prifons de la conciergerie ? I a
demandé qu'ils fuffent punis s'ils font coupables ,
& élargis s'ils font innocens ; mais le miniftre de
l'interieur n'avoit- il pas déjà certifié à l'Affemblée
que ces 33 hommes étoient des déferteurs
de l'armée pruffienne ; que les uns étoient des pruffiens
, les autres des hollandois , flamands , fuiffes
& allemands , qui long - temps trompés par les
princes françois , mal payés , mal nourris , bien
battus , ils n'avoient attendu que l'occafion de
fe joindre à nous & qu'ils comproient fur la
loyauté Françoife . La motion de Thuriot n'a
pas eu de fuite , ou plutôt elle a été écartée par
E 3
( 102 )
la ferme réſolution où paroît être l'Affemblée ;
de repouffer de fon fein tous les germes de divifion
, & de maintenir au-dehors la tranquillité
publique. Mais cet incident a fourni à Jean-de-
Bry , l'occafion de demander que l'on s'occupât
fans délai de l'inftruction du procès du ci - devant
Roi. La Convention a décrété que mercredi
prochain , au plus tard , commencera la
difcuffion fur cet objet.
Une régénération entêre va s'opérer dans les
corps adminiftrarifs , municipaux & judiciaires ;
l'amour de la liberté , l'amour de la patrie doit
être déformais le premier droit aux fonctions
civiles & politiques. Les adminiftrateurs du Morbihan
s'appuyant fur ce principe , demandent
qu'aucun citoyen ne foit admiffible aux places
de notaire , fans produire un certificat de civifme.
Lequinio , député de ce département ,
vent que ce certificat de civiſme , requis par les
adminiftrateurs , foit donné par le confeil - gés
néral de la commune du lieu de la réfidence da
candidat , & vifé & approuvé par les directoires.
de diftrict & de département. Un autre membre
demande que les certificats ne peillent être donnés
que par ces nouveaux corps adminiſtratifs , après
feur renouvellement prochain. Toutes ces difpofitions
font décrétées .
C'eût été bien en vain , que le patriotifme
des citoyens , la valeur des foldats & l'habileté
des généraux euffent repouflé au - de'à des
frontières les armées ennemies , fi elles pouvoient
encore , en s'établiſſant dans les pays
circonvoifins , s'y renforcer avec fécurité & y
préparer impunément les moyens d'y renouveller
inceffamment leur funefte invasion . Aufli le
corfeil exécutif a -t- il arrêté que les armécs
( 103 )
Françoiles ne quitteront peint les armes & ne
prendront point de quartiers d'hiver , jufqu'a ce
que les ennemis de la république aient été repouflés
au- delà du Rhin . Cette réfolution génértufe
& néceffaire pour l'honneur comme pour
la sûreté de la république , a été avouée par la
Convection , elle fera applaudie de la nation
entière.
A cet arrêté tranfmis à l'Affemblée par le
miniftre de la guerre , étoient joints un manifefte
du général Dumourier au peuple de la Belgique
; & une proclamation à fon armée . Ces
deux écrits où brillent à la fois les argumens
d'une politique fage & les traits d'une éloquence
militaire , ont été vivement applaudis .
Prieur , l'un des commiflaires à l'armée du
centre , a rendu compte de la miffion dont l'Affemblée
les avoit chargés . Il a répété les juftes éloges ,
donnés tant de fois au courage , à la patience admirable
des troupes françoifes . Nos foldats ardens,
infatigables , en font à leur quatre-vingt huitième
campement. Ils our fouvent cou hé au bivouac ,
fans tentes , fans paille , & jamais ils ne fe font
plaints . Prieur a demandé que le minire de la
guerre rendit compte de la fabrication des capotes
dont les foldats ont un preffant befoin dans l'expédition
d'hiver qu'ils vont faire. C'est ici que
Cambon a foulevé l'indignation de l'Affemblée
contre l'avidité des fourniffeurs de l'armée , des
commiffaires ordonnateurs , des comm flaires
des guerres
. « La révolution a atteint tout
le munde , s'eft écrié Cambon , excepté les
financiers , & les partifans . Cette race dévorante
elt pire encore que dans l'ancien rígine. C'eft
cette clade perverfe qui ruine la Républ que . On
n'a pas honte de lui faire payer des fouliers 8 ,
£ 4
( 104 )
10 , 11 & 12 liv . J'ai vu pour l'armée du midi des
marchés de lard à 34 fous la livre . Il faut que le
miniftre de la guerre rende compte de tous les
marchés afin de punir tous les intrigans . L'agiotage
s'eft empare de toutes les fournitures . Ce
n'eft point par l'opinion publique qu'il faut punir
les fang- fues . Rien ne les touche pourvu qu'ils
gagnent de l'argent. Eh bien ! iuinons - les pour
les punir ; tuinors les financiers . » La propofition
de Cambon a été décrétée .
Sur la motion de Barrere , la Convention a
rappellé fes commiffaires à l'armée du nord. Ils
paroiffoient difpofés à fuivre Dumourier dans
fon expédition du Brabant . Cette démarche a
paru inconvenante , en ce qu'elle pouvoit être
repréfentée comme une invafion po'itique , où
Ia fouver incré des peuples feroit violée .
La délibé ation s'eft portée fur le projet de d'
cret relatif aux biens des émigrés . Plufieurs articles
ont été adoptés .
Du vendredi , 2 novembre.
Le comité des infpecteurs de la falle a fait
décréter au commencement de cette féance , que
le château des Tuileries & les dépendances , feront
deftinés à fervir de local pour les léances du corps
législatif ; que les divers comités y feront tranfportés
, & que les archives nationales y fero: t
transportées,
Garran Coulon , parlant au nom du comité de
légiflation , a fait un rapport fur l'émeute qui a eu
lieu à l'Orient le 15 octobre dernier . A la fuite de
ce rapport , il a propofé de décréter l'extinction de
la procédure commencée dans cette ville contre
les auteurs des troables , & d'ordonner en conféquence
que les détenus feront mis en liberté . Il
s'eft élevé de grands débats fur ce projet. On
[ 103 ]
1
difoit un meurtre a été commis ; un homme
a péri au mépris de toutes les loix cruel ement
outragées. Qu'est- ce que la juftice commande.
dans cette circonftance , plus importante peut-être
qu'on ne cioit , au falut de la République ? C'eft
d'infpirer au peuple cette horreur falutaire du
crime , qui peut feule affurer fa liberté . S'il peut
convenir aux defpotes d'arrêter le cours des loix ,
des Républicains doivent- ils fe permettre d'en
fufpendre l'exécution ? La Convention a-t - elle
d'ailleurs le droit d'accorder l'impunité à l'affaffinat
? C'eſt au juré qu'appartient la connoiffance
des délits , & c'eft à la loi feule de prononcer fur
le fo:t des coupables.
Cette question, n'eût certainement éprouvé aucune
difficulté , s'il ſe fût agi d'un délic particulier
& ifolé de toutes les circonftances qui pouvoient
en diminuer la gravité. Mais à quelle époque futil
commis ? Ce fut au commencement d'une révolution
qui , en imprimant au peuple un mouvement
violent , réveilla à la fois to: tes fes craintes ,
tous les fourçons. Combien il fut alors facile à
fes ennemis de l'égarer , de le porter à des actes
de férocité , dont il ne fe fût jamais fouillé , fi ,
conduit par fon inſtinct , il eûs écouté le fentiment
de la pitié qui parle toujours au peuple , parce
qu'il cít plus près de la nature . Ce font , fans
doate , ces confidérations qui ont entraîné la Convention
à prononcer l'amniftie des auteurs des
troubles de l'Orient . Elle y a procédé à l'appel
nominal, & le décret a été rendu à une très - grandemajorité.
Chaque jour , il arrive dans la ville de Boulogne
un grand nombre de François qui étoient
pallés en Angleterre. Le confeil- général de la
commune de cette ville , a cru devoir faire mettre
ES
( 106 )
en état d'arreſtation ceux qui lui ont paru fufpects
; mais incertain de la conduite qu'il doit
tenir à l'égard des autres , il demande à la Con-,
vention des éclairciffemens . La convention n'a
pris aucun parti fur cette demande , attendu que
la loi fur les émigrés , foumife a&uellement à la
difcuffion , éclaircira les doutes de toutes les municipali
és.
·
Le miniftre de la guerre , Pache , inftru´t la
Convention que les four: iffeurs des armé.s ayant
a heté un million , de numéraire fans fen ordre
il fera rayer de leur compte les décentes de cet
achat . Il a pris en outre des mcfu.es pour empêcher
les fourniffears de fouliers de voler la république
; d'aprè lisfpection qui en a été faite , les
trois quarts de ces fo licrs ont été trouvés mauva`s
& rejettés . En continuant la même fu veillance
fur tous les objets , nos foldats ferent bien (ervis .
Déjà un grand nombre de capotes ont été expédiées
pour les armées . Il en fera fuit cinquante
mille fous peu de jours .
Une lettre du général Valence à la Convenion
, lui apprend que fon adjudant eft chargé de
lui préfenter les trois drapeaux qui , en 1790 ,
avoient été enlevés aux Belges par les Autrichiens ,
& que les François ont pris à ces derniers à l'attaque
de Virton. L'Affemblée décère qu'ils feront
envoyés à Dumourier pour les rendre aux Belges.
D'après le rapport des comités des finances &
des colonies , il a été ftatué que les lettres de
change fournies fur le tréfor public par l'ordon
nateur de Saint - Domingue , dont la fomme fe
monte à 10 millions , feront acquittées par la
tréforerie nationale , mais à tire d'avance feulement.
Cette femme fera prélevée ſur les conributions
de la colonic .
( 107 )
16
Du famedi , 3 novembre."
La plus grande partie de cette féarce a été
employée à la difcuffion d'un projet de décret
relatif aux fubfiftances . Une foule de pé itions &
de mémoires avoient été préfentés à la Convention
, fur les alarmes qu'infpire dans toute la République
la crainte de manquer de bleds , & fur
les moyens de ramener la confiance & de rétablir
la circu ation des denrées . Les lieux les plus agités
font ceux cù elles font le plus abondantes ; ce
font ceux où elles fe paient le moins chèrement .
Des achats ont déjà été fais chez l'étranger ; une
partie eft déjà parvenue à fa deftination : de nouveaux
chargemens les fuivent de près , & font
attendus tous les jours . C pendant les marchés
font dégarnis ; la circulation eft par- tout interceptée
; par- tout fe manifefte une agitation dont
les effets peuvent devenir funeftes . Pauvre aut
milieu de l'abondance , tourmenté par des craintes
chimériques , le peuple eft tout - à-tour agité par
la fituation du moment & par la crainte déchi
rante d'un avenir plus pénible. Telle eft notre
fituation.
Le rapporteur des comités d'agriculture & de
commerce en a reche ché les caufes . Il les a trouvées
dans le crime de ceux qui font des exportations
frauduleufes , dans cette foule q'anarchistes
qui fe répardent dans tous les lieux , maîtriſent
les marchés , y taxent les fubfiftances , & per d'extravagantes
déclamations égarent un peuple bon 1
& crédule ; enfin dans ces hommes qui calculent
fur le malheur de leurs concitoyens. Paffant en
fuite aux remèdes capables d'arrêter le mal , le
rapporteur a propofé d'obliger tout cultivateur
propriétaire ou fermier , à déclarer la quantité
6
E6
( 108 )
qu'il a de grain battu , & par approximation ce
qui lui refte à battre. Cette précaution prife ,
chaque municipalité pourroit par une réquifition
faire porter au marché une quantité de grains
proportionnée à l'avoir de chacun , fans toucher
à ce qui feroit néceffaite pour fa confommation
particulière. Ponr affurer la libre circulation des
grains , le comité a penfé qu'il falloit recommander
à toutes les municipalités la police des marchés
. Enfin pour dernière mefure , il a propofé
de mettre à la difpofition du miniftre de l'intérieur
une fomme de douze millions , pour faire
des achats de grains à l'étranger .
Ce projet de loi a été ajourné , mais un membre
demandoit que , par anticipation , l'Affemblée
décrétât la remife des douze millions . Chabot,
en s'oppofant à cette mefure , prétendoit que les
grains ont fenfiblement renchéri depuis que le
miniftre a déjà été chargé une fois d'en acheter ,
& de les faire diftribuer aux contrées néceffiteufes
de la France . Il demandoit que l'Affemblée en
confiât le foin aux municipalités. E
Cambon a remonté à la fource du mal . Dans
l'Affemblée conftituante , on agita la queſtion
de favoir fi l'on feroit acheter des grains par
guvernement , ou fi l'on donnercit aux menicipa'ités
des fonds pour cet objet. Ce dernier partí
prévalut. Le corps conftituant avant de fe féparer
donna IS
millions au miniftre de l'intérieur pour
diftribuer aux municipalités par forme d'emprunt.
Qu'arriva- t- il ? C'eft que les municipalités n'allant
pas bien loin pour acheter leurs grains , la
concurrence fit monter d'une municipalité à l'autre ,
le prix des grains à un taux effrayant ; depuis lors
ces quinze millions font dus à la nation . Le co : ps
législatif, témoin de ces inconvéniens , & pour
( 109 )
les éviter , mit 12 millions à la difpofition du
miniftre de l'intérieur , pour acheter des grains
non pas dans nos marchés , où ces achats érablifoient
une concurrence défaftreufe , mais au
loia chez l'étranger , afin d'ent etenir l'abondance
dans ces marchés . Il crut devoir en même temps
prendre des précautions . Il chargea le miniftre
feulement des achats , & lui dit vous rendrez
compte de ce que vous aurez acheté & diftribué
aux adminiſtrations qui doivent verfer les fonds
au trésor public ; & c'eft peut être avec ces
fonds , venus indirectement accroître les quinze
millions , qu'on cauſe les maux dont nous nous
plaignons.
-
Cambon a voté pour la remife des 12 milions
entre les mains du miniftre de l'intérieur ; mais il
a ajouté que l'Affemblée ne remédieroit point au
mal, fi elle ne faifoit rentrer les 25 millions avec
lefquels on faifoit le monopole . L'Affemblée a
adopté cette difpofition , en ftatuant en outre ,
que dans 20 jours le miniftre rendra compte de
toutes les fommes données pour les fubfiftances.
Le reste de la féance a été occupé par la dif
cuffion de quelques articles du projet de décret
relatif aux émigrés . Sur & fférentes obfervations ,
l'Affemblée a renvoyé à un nouvel examen queques
articles précédemment adoptés ; & elle en a
décrété d'autres .
De Paris , le 8 Novembre 1792 .
La fituation de la capitale , durant cette
femaine , a été l'objet de l'agitation des
uns & de l'inquiétude des autres. La dé(
113 )
nonciation de Louvet contre Robespierre
& Marat , que le prem er avoit provoquée
par un défi préfomptueix , a redonné
à l'efprit de parti cette activité funeſte qui
s'accroît toujours du choc des paffions. Le
même foir , Louvet fut dénoncé à fon
tour aux Jacobins , & rayé de la liste de
cette fociété , efpèce d'oftracifme dont on
avoit déjà honoré Briffor & plufieurs autres
Membres , dont le crime irrémiſſible étoit
d'avoir déclaré qu'il ne devoit plus exif
ter dans la République d'autre parti que
celui du bien pub.ic. Marat & Robef
pierre y furent reças au milieu des accla
mations & de toute l'ivreffe triomphale.
On s'y plaignit que l'opinion pubiique
étoit corrompue , parce que l'opinion exerçoit
une cenfure incommode fur les factieux
; que tous les Journalistes étoient
vendus aux Miniftres & à la Convention
Nationale , parce qu'ils ne font pas les
prôneurs des Patriotes du 2 Septembre
& qu'ils ont la fimplicité de croire qu'il
n'y a d'autorité légitime que celle des
Repréfentans du Peuple , & que la déforganiſation
& l'anarchie ne font pas des
élémens propres à régénérer la République.
On y réfolut de publier, fous le nom
de la Société , un Journal qui propageât
la véritable doctrine.
Déjà dans des féances précédentes Marat
avoit été décoré du nom de magnanime ,
( 111 )
on avoit applaudi à la profonde prévoyance
de cet honnête homme qui avoit propolé
de faire couper quelques milliers de têtes.
On étoit même allé jufqu'à demander qu'il
fût fait un Manifefte figné de 300 mille
Citoyens de Paris ( c'étoit beaucoup trop
préfumer ) , pour inviter les Départemens
à rappeller les Membres de l'Aſſemblée
Conftituante et Législative ; un Membre
avoit cru la Patrie tellement en danger
qu'il avoit propofé à fes Collégues de
former une faction du falut public. C'eft
une chofe affez remarquable que dans un
Gouvernement Républicain , il y ait à côté
des Repréfentans de l'univerfalité de l'Empire
, une fociété partielle compofée d'un
petit nombre d'individus , qui s'érige en
Juges & en Tribunal d'appel de la repréfentation
de la Souveraineté Nationale.
Cependant la faction des vertueux & des
incorruptibles , a décidé qu'il étoit plus
avantageux & plus prudent de faire rentrer
Marat dans fon fouterrain , que de le
laiffer paroître plus long- temps dans la
Convention. L'Ami du Peuple obligé de
s'enterrer vivant pour mieux défendre fes
droits , & fe fouftraire à la perfécution !
On fent combien cette fituation doit inf
pirer d'interêt à la tourbe des dupes &
des enthoufiaftes qui croyent trouver en
lui un martyr de la caufe du peuple . Auffi
eft ce de fon fépulcre que Marat conti(
112 )
nue , chaque jour , de vomir impunément
fes feuilles empoifonnées , & de dénoncer
au peuple , les Miniftres , les Généraux &
les principaux Membres de la Convention
nationale.
Ces divers incidens devoient accroître
la fermentation . Chaque jour a vu éclore
dans les lieux publics des motions & des
placards incendiaires. Quelques raffemblemens
fe font formés autour des prifors
& du Temple. On avoit répandu le bruit
que Louis XVI & fa famille s'étoient éve
dés & cette fauffe nouvelle avoit fait une
telle impreffion fur les citoyens armés qui
les gardent , qu'ils vouloient monter à la
tour pour s'aflurer de la préfence des prifonniers.
Le Commandant- Général a eu
toutes les peines de calmer cette effervefcence.
Il a fallu qu'il montât , lui - même ,
à la tour & qu'il vînt protefter aux citoyens
qu'il avoit vu les détenus dont
on foupçonnoit l'évaſion ; il s'eft rendu
dans plufieurs Sections pour y demander
la punition des mutins ; quelques- unes l'ont
promife , & d'autres ne lui ont fait éprouver
que des dégoûts & des dûretés au
point qu'il à offert à la commune fa démiffion
qui n'a point été acceptée.
En même- temps le raffemblement des
Fédérés dans la capitale a caufé des alarmes
( 113 )
a la Commune qui a écrit au Miniftre de
la guerre pour en favoir la caufe & lui
demander des armes & des canons dont
le fervice des frontières avoit privé les
citoyens. Le Miniftre a répondu qu'il n'avoit
appellé aucune force armée à Paris ,
& que le premier ordre qu'elles recevront
de lui fera celui de leur départ . Mais , en
même-temps , il a invité , au nom de la
patrie , la Commune & les Sections d'ouvrir
leurs bras à leurs frères des Départemens
qu'il s'eft affuré , lui mème , n'avoir
d'autre paffion que celle de bien fervir la
République.
Le Confeil Général a répondu au Miniftre
que les Citoyens de Paris fi lâchement
calomniés avoient dévancé fes voeux ,
que plufieurs Sections ont accueilli leurs
frères des Département , & ont prouvé
qu'elles ne craignoient pas la force armés
ces mêmes Départemens compofés
d'amis , mais bien le principe mis en ufage
pour les appeller auprès de la Convention
nationale . Et la majorité des Sections n'en
a pas moins infifté à demander à la Convention
leur éloignement , & le Confeil
Général a invité les Sections à faire le
recenfement de toutes les troupes nouvellement
arrivées & cafernées dans leur arrondiffement
refpectif.
Deux compagnies de cavalerie nationale
qui font dans la rue de Varennes
114 )
{
avoient planté l'arbre , de la liberté , &
invité à cette fête civique leurs amis , les
Marfeillois. Tout s'étoit paffé dans l'ordre ;
mais après le repas , ils s'étoient répandus
dans les rues de Paris , chantant des chanfons
patriotiques , auxquelles ils avoient
mêlé un refrein où il étoit queſtion de
Marat à la guillotine . Ces excès étoient
très - repréhenfibles fans doute ; c'étoit s'ôter
le droit de reprocher à Marat les meurtrières
provocations. Ses partifans en ont
tiré avantage & ont dénoncé ces propos
à la convention , mais , comme il eft de
l'adreffe des agitateurs de tout envenimer ,
ils ont fuppofe qu'on avoit crié , en mêmetemps
: Vive Roland, point de procès au Roi.
D'un autre côté , un autre membre a
dénoncé à fon tour que le jour même où
Robespierre a été dénoncé , & le lendemain,
des hommes crioient fur la terraffe des
Feuillans à la lanterne Louvet , calomniateur
de Robefpierre , & que 3 ou 4jours
après , 4 ou 5oo provocateurs excitoient
le peuple contre la Convention nationale
& indiquoient à fa vengeance plufieurs de
fes Menabres . C'est au milieu de ces agitations
qu'eft arrivé le jour où Robespierre
devoit prononcer fa grande apologie.
Pour ceux qui font un peu familiers avec
les reffources oratoires , on fait que rien
n'eft plus facile que de pallier des chefs
d'accufation par des réticences & des gé71159
néralités , en faififfant habilement le côté
le plus foible pour y fournir des réponfes
plus pompeufes & de placer à propos des
lieux communs fur la liberté, qui produifent
toujours un grand effe . Robespierre en a
ufé largement , mais s'eft - il juſtifié aux
yeux de ceux qui favent entendre & juger
froidement ? On pourra s'en convaincre par
les obfervations d'un Mémbre accoutumé
à foumettre fon jugement à la févérité de
l'analyfe , de Condorcet.
ככ
Robespierre a très - bien prouvé qu'il n'avoit
jamais pu prétendre à ufurper le pouvoir ſuprême;
mais il n'a pas toujours été auffi heureux dans
fes réponses aux eproches i cides renfermés dans
la dénon iation.
» Par exemple, il n'a pas prouvé que dans la
fociété des jacobins la parole appartient , avec
une égale liberté , à fes partifans & à ceux qu'il
lui a plu de regarder comme fes ennemis.
» Il n'a pas prouvé que , dans un difcours à
l'affemblée électorale , il n'ait pas mis en parallè'e
Priestley & Marat , c'est -à- dire , un philofophe
dont la vie & les ouvrages honorent l'humanité ,
& un homme qui , par fa lâche & fanguinaire
extravagance , en eft devenu l'opprob e..
» Il a fait entendre que ce choix avoir été confimé
par les affe blées primiites ; cependant
cette réfolio prife par l'affemblée é'cctorale
n'a point eu d'exécution ; & ce fait avoit befoin
d'explication , car on pourroit fou çonner que
ceux qui avoient provoqué cet arrêté , quand ils
croyoient cette cxclufi
n: utile pour éca ter les
hommes qu'ils hïllaient , d'ost abandonné quand
( 116 )
ils ont prévu qu'elle ne frapperoit que fur leurs
amis.
33
Robespierre abien expliqué que ce n'étoit point
par un mouvement d'ambition , qu'en entrant
dans le confil- général de la commune , il avoit
dirigé fes pas vers le bureau ; mais il n'a point
dit fi c'étoit dans la journée du 10 , & à quelle
heure il y avoit paru la première fo s. Le récit de
Louvet exigeoit cependant cette explication .
» De même il n'a pas dit avec afl z de précifion
, s'il avoit été ou non au conftil -général
de la commune dans la nuit du 2 au 3 feptembic .
« Les meurtres commis à cette époque ont - ils
été u iquement le crime de quelques hommes ,
ou l'effet de l'indignation populare dont on put
ex ufer les vengeances , mais qu'il n'eſt jamais
permis d'appeler juftice ?
» Il eft difficile de concilier l'une ou l'autte
opinion avec des faits qui paroiffent certains , &
l'on ne peut guères s'empêcher de croire que ces
deux caufes n'aient concouru à ces finiftres évènemens
qui auroient fouillé la cauſe de la révolation
, fi le jugement févère & prompt de la
nation entière n'eût effacé cette tache qui n'en eft
plus une que pour les inftigateurs & les inftrumens
du crime?
» D'ailleurs attribuera-t- on à la colère du peuple
, à l'impoffibilité d'y réfifter , cette lettre envoyée
aux municipalités , où l'on approuvoit ces
fcenes fang antes , où l'on exhortoit à les imiter.
ל כ
N'eft- ce pas une dérifion que d'accufer , de trahir
la caufe de la l'berté , ceux qui s'indignent contre
les crimes dont elle a été le prétexte ? N'est- ce
pas ainfi qu'on accufoit d'irréligion ceux qui
n'approuvoient pas les maffacres de la Saint-
Barthelemi ? Caton regardoit comme le parti
(117)
de la liberté celui dont Sylla avoit été le Chef;
er déteftoit-il moins les profcriptions ? Epamınondas
refufa d'entrer dans la conjuration de
Thebes , parce que des innocens pouvoient être
enveloppés dans une jufte vengeance.
« Il est des crimes fur lefquels il feroit imprudent
, injufte , feut- être , d'appeller la lévérié
des loix. Mais leurs auteurs en reftent- ils
moins voués au mépris & à l'indignation publique
?
« On n'eft pas digne de la caufe de la li
berté , fi on la défend avec moins de zèle , Des
hommes pervers la font fervir de voile à leurs
fureurs , mais on en feroit plus indigné encore ,
fi on avoit la foibleffe de les approuver.
L'Accufateur avoit fans doute le droit
de juftifier fon accufation ; Barbaroux ,
Buzot , Pétion demandoient la parole ;
mais l'Aflemblée , fatiguée de ces querelles
particulières qui lui déroboient un
temps que réclament des foins plus importans
à la chofe publique , a cru devoir
paffer , fur le tout , à l'ordre du
jour.
A t-on jugé par-là l'accufation calomnieufe
? Eft ce un triomphe dont un parti
déjà fi dangereux puiffe s'enorgueillir ?
Non ; il eft un tribunal qu'on ne peut ni
tromper ni féduire . C'eft celui de l'opinion.
Elle a toujours dans une république des
moyens infaillibles de faire exécuter fes décrets.
C'eft en furveillant les agitateurs & en
les mettant à leur véritable place qu'elle
( 118 )
peut rendre leurs efforts impuiffans , &
leur impunité d'un jour une honte éternelle
.
On procède en ce moment au dépouillement du
dernicrfcrutin pour l'élection du Maire . Nous n'en
connoiffons peint encore le résultat . O préfume
qquuee les fuffrages font balancés entre d'Ormeffon
le Jage , & Hérault- Sechelles , membre de la Conve
tion .
En execution du jugement rendu par la première
fection du Tribunal Criminel , & confor
mément au Décter de la Convention du 12 OCtobre
dernier , le guidon qui avoit été pris fur
les Emigrés , a été conduit , Dimanche dernier
4 novembre , par l'exécuteur des jugeme s criminels
du département , fur une charette , du
Palais de Juftice à la place de la Révolution. En
tête du guidon , étoit placé un écrireau › portant
ces mots Signe d'infamie des rebelles à
la patrie. Après avoir été traîné dans la boue ,
il a été lacéré & bé par l'exécuteur , & fes
cendres ont été jetées au vent. Cette exécution
a eu lieu en préfence -d'une Députation du Département
& de la Commune , & dà nombreux détachemens
des Citoyens- Soldats des 48 Sections. Ce
jgement aéréimprimé , pbié & affiché dans toute
Terdue du Département ,
Le rême jour , une Fête plus augufte a eu lieu
dans Eg if des Cordeliers , c'elt un tabut religieux
& civique payé a tous nos braves Défenfeurs
quifont mois pour la caufe de la liberté , en
combatraut contre les armées ennemies . De› Députations
de toutes les Sections , les Corps Admi-
Biltratifs , das Déta hemens de Fédérés , & des
Citoyens armés , de tous les Corps , s'y font
( 119 )
rendus , & l'éloquence qui ne louoit autrefois que
les Rois & les Grands a pu déployer toute la
dignité, en célébrant les vertus & le courage qu'en
fante la liberté .
Tribunal Criminel. Pierre Laroche , agé de 40
ans , natifde S. Flour , gagne-denier , détenu avant
le 10 août à l'hôtel de la Force , a té acculé de
sêtre tranfporté , le 4 de ce mois , fur les 2 heures
du foir , à la porte de cés prifons , & d'avoir monté
un gros bâton , difant qu'il lui avoit fervi les 2 &
3 Septembre , que cette journée recommenceroit
bientet ; d'avoir fait venit enfuite Pierre Saifon ,
Guichet er , four l'avertir de fc méfier , quel'on
devoit venir afaffiner demain , les Concierge ,
Guichetiers & Pifonniers , amener du canon , &
rafer la Force ; il lui a demandé le nombre des prifonniers
, & s'il y en avoit dans le fouterrain ....
& lui a propofé de le faire Concierge . L'Accufé ,
dans fa déclaration , a nié tous ces faits , excepté
le dernier , deux autres témoins ont auffi déclaré
les mêmes fairs , ajoutant que Laroche n'étoit pas
alors pris de vin ; Laroche a été envoyé à la
Concie gerie , comme prévenu d'être l'us des auteurs
des maffacres du mois de Septembre , &
d'avoir voulu troubler la tranquilité publique . Les
pièces & déclarations ont été envoyées au directeur
dujury d'accutation pour par lui être ftatué ce qu'il
appartiendra.
L'éloquent Auteur des Etudes de la Nature
vient de recommander à l'attention de
la Convention Nationale, des Miniftres ,
des. Sections de Paris , & de tous les Savars,
un Mémoirefur la néceffire de joindre une
( 120 )
menagerie aujardin national des Plantes (1 ) :
Noninié , fans l'avoir follicitée , à la place
d'Intendant de ce jardin & du cabinet
d'hiſtoire naturelle , fes premiers foins fe
font portés vers l'amélioration d'un établiffement
auquel Buffon avoit attaché
une partie de la gloire. Si l'intérêt qu'on
doit aux progrès d'une des branches la
plus féconde & la plus effentielle de la
nature vivante , a befoin d'être relevé par
le talent de l'Ecrivain , la profondeur des
vues & les rapprochemens philofophiques ,
nul n'eft plus propre que J. B. H. de Saint-
Pierre à concilier la faveur nationale à
l'exécution du plan que follicite fon amour
ardent pour les fciences.
Le vulgaire des obfervateurs n'avoit
guères confidéré la ménagerie de Verfailles
que comme un de ces objets de luxe
& de curiofité dont les Rois aimoient à
environner la pompe du trône. Il falloit
bien qu'à côté de l'afyle du defpotifme
habitaffent auffi les tigres & les lions ,
& que les finges fuffent en fociété avec les
courtifans , mais parce que nous avons terraffé
ces tyrans de l'efpèce humaine , faut- il
envelopper , dans la même profcription ,
ces autres les
premiers ? rois des animaux bien moins
terribles
(1) Ce Mémoire ſe trouve chez P. F. Didot
quai des Auguftius , a°, 22.
Ce
( fr ) )
"
Ce n'eft pas fous le rapport d'un vain 1
ornement que Saint Pierre envifage la
réunion d'une ménagerie au jardin des ?
Plantes ; c'eft pour compléter un des plus
beaux monumens qui aient été élevés en
Europe aux connoiifances naturelles : on
étudie mal la zoologie au milieu des
fquelettes & des animaux empaillés ou
injectés . L'anatomie comparée n'inſtruit
que des proportions relatives ; elle apprend ,
fi l'on veut , à connoître les genres & les p
efpèces ; mais les formes , les couleurs ,
l'inftinct , les moeurs , le caractère , les atti
tudes , tous ces charmes de la nature vi
vante font peidus pour l'oblervateur qui
n'étudie que dans les debris ftériles de
nos cabinets : Ceux , dit Saint Pierre ,
qui n'ont étudié la nature que dans des
livres , ne voient plus que leurs livres dans la t
nature ; ils n'y cherchent plus que les noms
& les caractères de leers fyftêmes . S'ils font
botaniftes fatisfaits d'avoir reconnu la'p'a te
dont leur Auteur leur a parié , & de l'avoir
rapportée à la claffe & au genre qu'il leur
a défigné , ils la cueillent , & l'étendant
entre deux papiers gris , les voilà très contens
de leur favoir & de leurs recherches.
Ils ne fe forment pas un herbier pour étu
dier la nature, mais ils n'étudient la nature
que pour fe former un herbier. Ils ne font
de même des collections d'animaux que
pour remplir leur cabinet , & connoître
No. 45. 10 Novembre 1792. F
étubr
( 122 ) 1
leurs noms , leurs genres & leurs efpèces.
« Mais quel est l'amateur de la nature.
qui étudie ainfi fes raviffans ouvrages ?
quelle différence d'un végétal mort , lec ,
fatri , décoloré , dont les tiges , les feuilles
& les fleurs s'en vont en poudre , à un
végétal vivant plein de fuc , qui bour
geonne , fleurit parfume, fructife , fe
refeme , entretient mille harmonies avec
les élémens , les infectes , les oifeaux , les
quad upedes , fe combinant avec mille
autres végétaux , couronne nos collines
ou tapie nos rivages !
Y
« Peut-on reconnoître la verdure & les .
fleurs d'une prairie dans des bottes de foin ,
& la majesté des arbres d'une forêt dans
des fagots ? L'animal perd par la mort encore
plus que le végétal , parce qu'il avoit
reçu une plus forte portion de vie. Sesi
principaux caractères s'évanouiffent , fes.
yeux font fermés , fes prunelles sternies ,
fes membres roides ; il eft fans chaleur , fans
mouvement , fans fentiment , fans voix ,
fans inftinct. Quelle: différence avec celui
qui jouit de la lumière , diftingue les ob
jets , fe meut vers eux , aime , appelle fa
femelle , s'accouple , fait fon nid , élève fes
petits , les défend da fes ennemis , étend
Les relations avec fes femblables , & enchante
nos boccages . ou anime nos prairies
Reconnoîtriez- vous l'alouettesmation
nale & gaie comme l'aurore , qui s'élève
"
( 123 )
en chantant jufques dans les nues , lorf
qu'elle eft attachée par le bec à un cordon ;
ou la brebis bélante & le bouf laboureur ,
dans les quartiers fanglans d'une boucherie
? L'animal mort le mieux préparé ne
préfente qu'une peau rembourrée , un
fquelette , une anatomie. La partie principale
y manque ; la vie qui le claffoit dans
le règne animal. Il a encore les dents d'un
loup , mais il n'en a plus l'inftinct , qui
déterminoit fon caractère féroce , & le
différencioit feul de celui du chien fi
focial. La plante morte n'eft plus le végétal
, parce qu'elle ne végète plus ; le
cadavre n'eft plus animal , parce qu'il n'eft
plus animé : l'une n'eft qu'une paille , l'autre
n'eft qu'une peau . Il ne faut donc étudier
les plantes dans les herbiers , & les animaux
dans les cabinets connois , que pou les revivans
, obferver leurs qualités ,
& peupler de ceux qui font utiles nos jardins
& nos métairies .
On n'apprendra pas fans furprife & fans
regret , qu'il ne refte plus à la ménagerie
de Verfailles que cinq animaux étrangers ,
lavoir le Coûugna , efpèce de cheval zébré
à la tête & aux épaules ; le Bubale , eſpèce
de petit boeuf qui tient du cerf & de la
gazelle, le Pigeon huppé de l'île de Banda ;
le. Rhinoceros & un beau Lion arrivé du
Sénégal en Septembre 1788 , ainfi qu'un
Chien bracq, fon compagnon , avec lequel
F 2
1124
3
il a été élevé. Tout le refte a été pilé
depuis la révolution . Cependant , qui le
croiroit , ce petit nombre d'animaux venus
de fi loin , i curieux & fi intéreffans , ne
nous ont été offerts , dit Saint - Pierre , que
pour en faire des fquelettes.
D
Le raifonnement qu'on employe pour
l'anéantiflenient total de la ménagerie , c'eft.
que ces animaux ne fervent à rien , qu'ils
font dangereux dans une ville , fur tout les
carnaifiers , & qu'ils font coûteux à nourrir.
«Si nous portons , répond Saint- Pierre,
la parcimonie fur de fi petits objets , que
dirons - nous aux Puiffances d'Affrique &
d'Afie qui , de temps immémorial , ont
coutume de nous faire des préfens d'ani
maux ? Les tuerons nous pour en faire des
fquelettes ce feroit leur faire, injure. Les
refuferons- nous , en leur difant que nous
n'avons plus de quoi les loger ni les
nourrir ? Nos relations politiques néceffitent
l'exiftence d'une ménagerie. Si elle.
a été jufqu'à préfent un établiffement de
fafte , elle ceffera de l'être , quand elle fera
placée dans un lieu deſtiné à l'étude de
la nature. »
Une ménagerie n'eft pas moins néceffaire
à l'étude des arts libéraux . « Des
deffinateurs & des peintres viennent chaque
jour , au jardin national , pour y deffiner
des plantes étrangères , lorfqu'ils ont à
repréfenter les fites d'Afie , d'Affrique &
6 )
( 125 )
d'Amérique. Les animaux des mêmes climats
leur feront aufli utiles ; ils en étudieront
les formes , les attitudes , les paffions
. Ils en ont déjà , dira t on , des modèles
en plârre. Mais d'après quel plâtre
Pujet a - t - il fculpté le lion dévorant , qui
' déchire les mufcles de Milon de Crotone ?
Artiftes , Poëtes , Ecrivains , fi vous copiés
toujours , on ne vous copiera jamais .
Voulez- vous être originaux & fixer l'ad-
" miration de la postérité fur vcs ouvrages ?
N'en cherchez les modèles que dans la
nature. >>
Saint-Pierre prouve très bien que l'objection
tirée du danger de ces animaux
féroces eft bien foible contre l'établiffe-
' ment d'une menagerie. N'en montre-t- on
pas journellement aux foires & fur les
boulevards de Paris ? S'en échappe - t- il
ancun quoiqu'ils foient dans des mauvaiſes
cages de bois mobiles . D'ailleurs , quand
cet accident eft arrivé , en eft il réfulté.
aucun malheur ? Une bêté féroce dans les
rues d'une ville eft auffi étonnée à la vue
du peuple , que le peuple l'eft à la vue de
la bête féroce : fes gardiens la reprennent
ailément. C'est ce qui arriva , il y a quel
ques années en Angleterre , lorfqu'une
Hyenne fortit de fa cage en la débarquant
d'un vaiffeau .
La partie la plus intéreffante de ce mémoire
, eft celle où le fucceffeur de Buffon
F 3
( 126 )
examine l'influence que l'état de fociété
peut avoir fur les animaux fauvages , &
la poffibilité de croifer les espèces & d'étendre
, pour ainfi dire , le domaine déjì fi
vafte de la nature. Il cite des faits extrêmement
curieux qu'il faut lire dans l'ouvage
même. Et quand on re pourroit
adcucir l'humeur inflexible de ces animaux
, ce feroit encore un fpectacle digne
d.s regards des obfervateus. « Le r
fophe , dit il , cherche par quelle foi un
animal renforce fon caractère indomptable
dens l'efclavage , tandis que le règre , fon
compatriote , & bien fouvent le blanc ,
ont dégradé celui de l'homme aufein même
de la liberté. » On fent qu'ici le philofophe
n'a fait qu'indiquer la penfée fans la
développer. Il avoit fous les yeux des
exemples récens de cette vérité.
Quant à la dépenfe , elle n'offiiroit ,
felon Saint Pierre , qu'un furcrcit de 20
mille livres à celle que coûte l'entretien
de l'établiffement du Jardin des Plantes
& du Cabinet d'Hiftcire Naturelle . C'eft
ici que nous pouvons rappeler les réflexions
que nous avons faites dans notre
précédent . fur le danger des vues mefquines
& parcimonieufes , lorfqu'il s'agit
de monumens deftinés à propager l'inftruction
publique & à faire la gloire de la
Nation. Cette modique dépenfe feroit
Lien rachetée par l'affluence des étrangers
( 427 )
& des élèves naturaliſtes qui viendroient
de toutes les parties de l'Europe puifer des
lumières à ce centre de toutes les connoiffances
humaines . Les révolutions paffent ,
mais la gloire & l'avantage des fciences
.font Fermanens .
Le bon Saint-Pierre , en finiffant , n'ou
blie point les intérêts du fauxbourg qu'il
-habite. Ce font les plus pauvres , les plus
induftrieux & les plus patriotes de cette
grande cité. Chaque quartier a , pour ainti
dire , fes monumens à part & fes reffources
induftrielles. Le jardin des plantes , augmenté
d'une ménagerie , convient parfaitement
au fauxbourg Saint Marceau . Les
tétrangers & les favans viendroient s'y
étabiir. Les loyers & les fubfiftances y
font moins chers , les moours de ceux qui
d'habitent plus pures & plus franches . « J'ai
perdu dans la révolution dit Saint-Pierre,
en s'adreffant aux Membres de la Convention
nationale , au nombre defquels il
a eu l'honneur d'être appellé , j'ai perdu
prefque tout mon foible revenu : je n'en
ai rien redemandé aux Repréfentans de la
Patrie ; je n'ai été fenfible qu'à leurs efforts
pour réparer les maux. Ce n'eft donc pas
pour moi que je m'adreffe à vous ; c'eſt
pour elle ; c'eft pour ! vous mêmes . Mais ce
n'eft pas ma voix que vous devez vous
rendre ; c'eft à celle du peuple. De tous les
établifferens nationaux , celui du jardin
(
F4
( 128 )
des plantes eft le feul qu'il ait refpecté ,
parce qu'il eft le feul à fon ufage , qu'on
y donne des herbes médicinales à fes maux ,
& que , c'est là que viennent s'inftruire les
favans qui doivent les foulager. Votre bienfaifance
pour des écoles qui lui font chères ,
配
accroîtra fa confiance en vous . Il fentira
que , malgré les frais qu'entraînent les aris
deftructeurs de la guerre , vous favez pourvoir
aux arts régénérateurs de la paix.
Louis XIV , dans des circonftances auffi
embaraffantes que celles où vous vous.
trouvez , entreprenoit, des monumens faftueux
: achevez ceux qui font utiles. Il s'y
faifoit repréfenter en Apollon , en Mars ,
en Jupiter. Faites pour la Patrie une partie
de ce qu'il a fait pour fa gloire ; le. Peuplevous
regardera comme des Dieux qui ,
d'une main lancent la foudre , & de l'autre
verfent les fertiles rofées. »
Traits de courage & de bravoure.
Emportés par le torrent des grands évènemens
de nos armées , nous n'avons pu faire connoître
cette multitude de traits particuliers d'intrépidité
& de courage qui ont honoré la valeur Françoife.
Nous nous propofons (de remplir un devoir
fi cher , en rappellant fucceffivement des
faits anffi glorieux,
Dans la journée du 20 Septembre qui a été
Pour les, armées combinées le terme de leurs
7 ( 129 )
"
.
progrès , tandis que les boulets & les bombes
tomboient comme la grêle , Beurnonville lurnommé
l'Ajax François parcouroit les rangs des
bataillons & les encourageoit à fe préparer à
vaincre ou à mourir. Il lui vient dans l'idée de
leur dice enfans , affeyez- vous , vos dangers
feront moins grands ; tous lui crièrent vous
êtes bien à cheval. Aucun de ces braves ne plia
le jarret. Daus cet inftant , il le paffa une fène
des plus touchantes , & qui fut remarquée de
toute l'armée .
Un jeune militaire fe porte en avant du
front , après en avoir obtenu la permiffion
pour aller embraffer fon frète qui venoit d'être
tué d'un boulet . Ce tribut fraternel payé à la
nature , cet inté effant militaire , tout en effuyant
fes larmes , vint reprendre fon pofte &
fe mit à crier Vive la Nation .
сс
Dans la même journée , le brave Lornier ,
Lieutenant- Colonel du cinquième bataillon des
Grenadiers , ayant reçu une bleffure mortelle
fes camarades s'empreflèrent autour de lui , 1.s
larmes aux yeux. Mes amis leur dit cet intrépide
guerrier , vos foins me font inutiles
Betourn z à l'ennemi , je meurs content , la caute
de la liberté triomphe, » Il expira un moment
après . Depuis cette mémorable journée , Pruffiens
, Autrichiens , Emigrés , tout a fui.
1
Lors de l'arque de Spire par , Cuftine , la
canonnade duroit encore lo que Lutan , fon
༡ ་
Aide- de camp , après avoir donné le premier
coup de hache dans la poite , entra dans la ville
( un peu trop en ayant pour reconnoître les
difpofitions des ennemis . Il fut entouré auffitôt
par les Maye çois en embuscade , qui cricient :
Prifonnier , prifonnier.. Lutan qui croyoit les
FS
•
( 130 )
ennemis retirés , étonné , mais ne perdant point
tycourage , s'écrie à ſon tour : comment J. f.....
un Aide de-camp François prifonnier ? Non jamais.
E difant cela il pique des deux , lève
fon fabre , & fend le câne a un Officier Mayençois
, qui lui avoit donné un coup d'épée dans
le côté , s'élance en même temps avec fon cheval
dans les rangs ennemis , en renverie 3 how mes ,
dont 2 ont la tête fracaffée & un troisième les
côtes enfoncées. Latan échappe anfi à la fartur
des ennemis , qui n'ont plus d'autre moyen de
punit fa témérité que de lui envoyer une grate
de bailes dont une coupa a courroie de fon
étrier droit , & bleffa fon cheval à l'épaule ;
une autre lui fit tourner fon chapeau , une troifième
perça le pan de fon habit ; aucune ne le
bleffa. Il levint couvert de gloire vers les fiens.
Nouvelles de nos Armées.
-
à en
Armée du Nord. L'entreprife fur le Brabant
doit être cou o née d'un fuccès infaillible ,
juger par les péparat fs immenfes auxquels elle
donne licu . Ola ceffé de voyer de Dousi & de
Lille des trains confiderables de groffe artillerie
& des monitions de toute fèce . Dumourier n'a
retardé fon expédition que pour la rendre plus
sure & moins Canglante . Au mom nt où ・ous écrimons
, la ville de Mned in être affiégée . Or affure
que l'enem : y a pratique beaucoup de mines .
Nos généraux u'agiront fans doute gr'avec prudence
; & nous avons des mineurs auffi intrépides
qu'intelligens. Li wafion du 'Brabant fe fait
par plafeurs points . Il y aura des attaques feiates,
& mos gérécaux ont gardé pour euz le fecret de
1
( 131 )
leurs opérations qui ne tarderont pas à éclore . La
difpofition des efprits cous eſt toujours favorable;
& quoique le général Clerfait ait fié de l'amcé
du centre à Namur avec 15,000 Autrichiens , ce
renfort ne puria auêter les progès de l'armée
de a République , fo te de pus de 60,000 hommes
, qui en eft à ton 76 ° . campem.nt , pelqe
toujours fans pile & fas tentes , & qui n'e cft
as moins pleine de gaîté & de courage.
Pas Voilà
les enfans de la liberté , ils fe ont ceux de la victoire.
Dumourier a repouffé , le 4 de ce mois , à
Bo flu , un cores de 6,000 hommes , fear a tué
150 , & fait prifonnier plus de 200.
Armée du centre. Ap ès l'évacuation de Longwy ,
Kellermann a rephé fon armée for Metz, Caftine
l'accule hautement auprès de la Convention de
n'avoir pas fecondé fe , opérations com me il l'en
avoit prefié. En pafant la Sirre & fe portant
fur Trèves & fur Coblentz , lorfqu'il lui éccit
facile de prévenir les Perfiens qui viennent de
s'y établir. Cuftine a adreff à la Convention toute
fa correfpondance avec Kellermann & les réponíes
de ce dernier. Il feroit fâcheux que la méfiniclligence
viat à s'établir entre nos généraux ; &
avant de sien prononcer fur le grief qu'articule
Cuftine , il faut attendre le rapport des pièces &
les éclairciffemens de Kellermann. Le pouvoir
exécutif a pris fans doute les mefutes les plus
promotes pour s'inftruire de la vérisé & foutenit
les avantages fur le Rhin que rous devons à l'ace
tive intrépidité de Cuftine.
Armée du Rhin. Depuis la reddition de Mayence
& de Fiacfort , les Princes & les Villes libres de,
40 lieues à la ronde ont envoyé au Général Caftine
des députations pour éclamer le protection ,
F 6
( 132 )
de la République Françoile . Cuftine qui avoit impofé
à Francfort une contribution de 1 500 mille
florins , ayant appris que les Magifrets en faifoicnt
fup, orter la plus grande partie à la claſſe
pauvre , s'y eft -rendy & a fait reporter la contribution
à fon premier taux en l'affectant exclulivement
fur les riches . Il a arrête des ſommes
comidérables qui étoient entre les mains des
banquiers & qu'il favoit être deftinées pour les
troupes ennemis . Les principes de liberté font tou
jours de nouveaux progrès dans toutes les villes
qu'occupent les armées Françoifes . Des Sociétés
patriotiques fè font établies à Maye ce , à Francfort
, & déjà le peuple réclame l'abolition des
droits féodaux .
Armée des Alpes. L'affaire de Genève n'eft
point encore ent, ètement terminée . La Convention
paffée entre le Général Montefquiou & le Magnifique
Confeil a fubi des modifications de la part
du confeil éxécutif fuprême de la République
Françoife . On n'en connoît point encore la teneur
; mais on fait que les patriotes Génevois
étoient tè -mécontens de cet arrangement.
Armée du Var. Le Général Anfelme avoit fait
embarquer fur l'efcadié du contre- Amiral Truguet ,
2000 hommes pour faire une tn.ative fur la
vile d'Oseille. Les vents d'Eft , ayant contrasié
pendant huit jours cette expédition , le contre-
Amiral Treguet n'a pu le préfenter devant cetre
vile que 27 octobre au foir . Il a d'abord envoyé
fon canot en parlementaire pour la fommer de fe
rendre . Les milices du pays ontlaiflé attéier quatre
oficiers , fur lefquels i's ont fait immédiatement
après une décha ge de moufqueterie & de deux
eanons à mitraille dont M. d'Aubermenil , aide(
133 )
?
瓶
de- camp , a été tué , ainfi que MM . Ifnard
& Pelletier , enfeignes de vaiffeaux . Après cette
infâme trahifon , le contre- Amiral Truguet a fait
fur- le - champ embaufer fix vaiffeaux de fon eicadre
& a canonné la ville d'Oneille de matière
qu'elle eft prefqu'entièrement détruite .
CONSTANTINOPLE.
Le projet du traître Choifeul- Gouffier
pour fe perpétuer dans une ambaffade qui
ne lui a fervi qu'à couvrir d'opprobre fa
mince réputation littéraire , fon efpérance
que la Porte repoufferoit irrévocablenient
Semonville , toutes ces folies criminelles
n'occupent plus fans doute cet homme
qui fe fignoit , avec tant d'orgueil , LE SERVITEUR
de MESSEIGNEURS LES FRÈRES .
DU ROI. On doit favoir fur les bords du
Bofphore qu'il n'y a plus ni Royauté , ni
Roi en France , & que les SEIGNEURS de
Choifeul- Gouffier traînent aujourd'hui, leur
honte & leur misère dans toutes les petites
Cours de l'Allemagne. La Porte qui n'eft
pas , quoiqu'on en dife , très - fubume pa-
Toit avoir été pourtant allez raisonnable
pour ne rien comprendre à ce que Choifeul-
Gouffier , coalité avec lui , a débité
contre la révolution françoife & contre les
Jacobins. Il eft bizarre qu'on ait dénoncé
les Jacobins au Grand-Turc . On les lui a
dépeints comme des ennemis des Rois &
( 134 )
de la Religion. Un Mufulman doit être
tenté de regarder les ennemis des Prêtres
Chrétiens comme des Fidèles , & la fiertédu
Grand- Seigneur , devant qui je profiernent
tous les trônes du monde , doit croire
qu'elle n'a rien de commun avec les Rois
de l'Europe . Choifeul dénorçant les Jacobins
comme des mépris au Grand- Turc
rappelle ce même Choifeul écrivant à l'Evêque
d'Autun MALHEUUEUX , VOUS
· ÁVEZ TRÆHI LA RELIGION DE VOS PÈRES .
Ce que le Grand Seigneur fait à merveile
, c'eft qu'il n'a rien à démêler avec
les Jacobins ( de long- temps au moins ) ,
ma's bien avec Catherine II qui lui a enlevé
d'immenfes pofleflions , qui lui impofe
des loix très dures dans la mer Noire ,
qui a rêvé même qu'elle lui enleveroit fon
trône & Conftantinople ; mais bien avec
la Maifon d'Autriche , qui par un concours
affez fingulier a été à la fois l'éternelle
ennemie du Grand- Turc & de tous les
Peuples libres de l'Europe . Voilà ce qui
touche le Grand- Turc de très près , ce qui
le fatigue , & ce dont il eft naturel qu'il
veuille e venger auffi tôt que la France
lui en affure, a les moyens.
Des gens affez bien inftruits de ce qui
fe paffe en France affurent que ces - confidérations
feront préfentées avec énergie
à la Sublime Porte par le Confeil exécutif
provifoire de la République , & que
1
( 135 )
ces vérité inconteftables feront fenties cu
accompagnés d'une flotte commandée
Far Truguet ou par Latouche.
POLOG N E.
De Varfovie , le 6 Octobre.
Lorfque nous parlâmes il y a un mois
à peu près du projet de rétablir les Jefuites '
en Pologne fous les aufpices de l'impéra
rice de Ruffie , nous ne cûmes pas parler
tnous même d'une chofe très-ferieule . Cette
› nouvelle cependant fe confirme. L'Evêque
Sierakouflki va , dit- on , à Rome avec la
miffion expreffe & prefque unique d'obtenir
du Pape la refurrection de l'Ordre
des Jéfuites . Tout eft fujet d'étonnement
dans ce qui fe pafle dans ce monde , &
fur tout de ce qui fe paffe parmi les Rois .
Les Jéfuites , ir y a trente ans , ont été
chaffés de par- tout par les Rois comme
des régicides ; aujourd'hui les Rois les rcgrettent
& veulent les rappeller comme les
meilleurs défenfeurs de leur autorité expirante.
Eh bien , à notre avis , ils en jugent
mieux aujourd'hui , que lorfqu'ils les prof
crivoient avec tant de cruauté? Les Jéfuites
même , en affalinant de tems en tems les
Reis , étoient d'excellens appuis de toutes
les fuperftitions , & par conféquent de la
Royauté . Mais les Rois & les Reines fe
font éclairés trop tard fus le mérite des
( 136 )
Jéfuites. Les peuples fe font trop éclairés
aufli d'une autre manière , pour que cette
fainte milice put aujourd'hui obtenir quelques
fuccès , en fe rangeant autour des
trônes. Les trônes ne font plus portés fur
les aîles des Séraphins & des Chérubins
qui font coupées.
On s'affemblera al la prochaine Diète , à
Grodno ou à Varfovie ? Cette queſtion a
beaucoup occupé la Confédération Géné-
Irale dans la féance du 24 Septembre. On
alla aux voix & à la majorité de deux
fuffrages , Grodno a eu la préférence ; mais
à peine cette ville l'a obtenue qu'on a penſé
qu'il eut été mieux de les donner à Varfovie.
On a propofé & même prefque décidéque
la Diète fe , tiendroit à Varsovie &
qu'elle s'ouvriroit à Grodno.Il y Il y avoit
là de quoi contenter tout le monde , enfin
le grand coup de lumière, eft venu éclairer
les délibérations : & on a dit , il faut
que fur cela comme fur tout le voeu de
Impératrice ( de Ruffie ) foit la loi fuprême
de la Pologne , il faut lui demander , fon
vaa & l'attendre . Là delus ii n'y a pas
eu deux voix. ,
On dit toujours que fe Roi abdiquera :
on devroit dire aufli qu'il n'a rien a abdiquer
que fon efclavage . Qui n'aimeroit
mieux être maître d'école à Corinthe ou
ailleurs qu'être ainfi Roi à Varfovie ?
La prompte juftice des pays defpotiques
( 137 )
1:
a été beaucoup vantée : cependant le defpoliſme
aujourd'hui eft affez bien établi en
Pologne , & la juftice n'y eft pas rendue.
Depuis trois mois les Tribunaux ne prononcent
rien , ne terminent aucune affaire ,
& les loix font muettes. De là naiffent des
querelles & des défordres affreux tantôt
entre voifins , tantôt dans les familles même.
ALLEMAGNE
they
9
Toute l'Allemagne eft en mouvement ,
villes libres , villes impéciales , Princes ,
Electeurs , Evêques , Chapitres , Peuples ,
tout fe remue , tout s'agite , & le plus
fouvent en fens contraires.
A Vienne , l'Empereur qui croit réparer
fes revers en les cachant & multiplier fes
forces en exagérant le nombre des ennemis
de la France , fait publier par fes Gazettiers
que la Cour d'Efpagne rougit de n'être
pas entrée plutôt dans la coalition des
Rois , & quelle fait marcher des troupes.
vers les Pyrénées , quelle va couvrir de
vaiffeaux l'Océan & la Méditerranée ; que
toutes les puiffances de l'Italie vont en faire
autant , & que le Pape va fournir non feulement
de fargent mais des troupes . On
écrit encore de Vienne , & du 13 Octobre ,
que les Etats de Hongrie vont fournir à
l'Empereur' foixante dix mille hommes ,
& que les Etats de Tranfilvanie ont confenti,
pour la guerre un fubfide de cinq cent
L ( 138 )
mille florins . A la date du 16 du même
mois d'Octobre , on écrit de la même ville
que quatre compagnies d'artilleurs & de
bombardiers font partis pour l'armée , ( on
pourroit demander pour quelle armée ) &
que le feul tranfport qui fe fera fur des
charriots coûtera 22,356 florins .
D'Aix- la Chapelle , & du 18 Octobre ,
on écrit que les Emigrés François y arrivent
en foule , mais ne s'y arrêtent point
parce qu'ils n'ont plus ou repofer leur tête ;
que leurs corps font licantiés , & que lés
individus errans ne trouvent pas plus de
fubfiftances que dans les gorges de l'Argonne
que les négociateurs Autrichiens
Spielman & Collenbach ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe dans lequel ils ne voient
plus qu'un Allié perfide ; que la haine qui
eft entre les Chefs des armées coalifées
éclate auffi entre leurs foldats ; & que plu
fieurs fois les Autrichiens & les ruffier.s
ou ont fait feu , ou ont été prêts à faire
feu les uns für les autres.
On écrit de Spire , de Mayence & de
Francfort & aux mêmes dates qu'à l'approche
des François , à leur entrée dans
ces villes & durant leur féjour une terreur
univerfelle s'eftemparée de tous les Peuples :
que les premiers s'enfuient de toutes parts
einportant leurs tréfors ou après les avoir
cachés ; que les autres vivent en pleine
1
( 139 )
J
fécurité au milieu ou à côté des armées
Françoifes ; qu'ils béniffent nos victoires
qui leur apportent notre liberté. Que le
Général Cuſtine qui fait écrire & combattre
en même temps , foudroye les Def-
Fotes & éclaire les Peuples ; qu'à chaque
inftant & de la circonférence de quar ante
à cinquante lieues il reçoit des eftafettes
qui lui annoncent le voeu des villes , des
Peuples , des Princes mêmes pour entrer
aufli dans les jouiflances de ces principes
qui doivent être ceux du genre
humain
puifqu'ils font ceux de la nature.
Comment quelques régimens Autrichiens,
quand eux mêmes ne recevroient aucune
influence de cet efprit qui fe répand partout
, pourroient ils réfilter à cet entraînement
univerfel. Les Defpotes ont compris
trop tard que la force des troupes eftt; peu
de chofe quand elle n'eft pas appuyée fur
la force des Peuples . Ce n'eft qu'à préfent '
que l'Electeur de Trèves commence à le
fou; çonner ; des ordres ont été publiés par
lui pour obliger tous les François qui fe
trouvent dans fon Electorat à l'évacuer.
Ceux qui y voyagent ne pourront refter
dans un même lieu plus d'une nuit. C'eft
l'exécuter trop taid pour qu'il y ait quelque
mérite dans cette prudence fi tardive. La
France ne peut pas & ne doit pas oublier
que l'Electorat de Trèves a été le premier
rendez vous des Emigrés François.
( 140 ).
Un affez grand nombre de lettres d'Emigrés
ont été prifes dans les poches de
plufieurs d'entr'eux qui ont été tués ou
fait prifonniers . On voit que leur défaftre
eft pour eux une énigme inexplicable , &
que faute d'en voir les véritables caufes ils
en imaginent de toute efpèce qui n'ont
aucune réalité. Les vraies caufes font la
valeur des François qui , au nombre de
trente mille hommes comme dans
journée du 20 Septembre , ont brave &
provoqué au combat l'armée des Pruffiens
forte de 70.0co hommes. Les défenfis de
of allefte
Thionville & de Lille qui que
tous les François s'enléveliroient tous fous
les ruines de leur République plutôt que
de reprendre leurs anciennes chaînes ; le
manque
d
de
fubfiftance
hommes l'armée & le flux lang
qui ont réduit à 50,000
2
des ennemis qui en avoit plus de 100,000
en, entrant fin le territoire François ; les
nouvelles apportées au Roi de Pruffe de
la domination abfolue exercée par l'Impératrice
de Ruffie dans la Pologne , & des
projets conçus peut être par cette femme
de s'emparer de la partie de la Pologne
dont la Pruffe eft en poffeffion ; enfin
& fans doute plus que tout le refte , les
grands talens militaires qu'ont déployés
plufieurs de nos Généraux qui n'avoient
pas les renommées de Brunswick , & qui
ont montré plus de génie.Les talens vieil(
141 )
liffent & naiffent , ils naiffent fur- tout en
foule dans les Républiques naislantes &
dans ces époques révolutionnaires où tout
eft création.
Voilà les vraies cauſes de ces évènemens
dont l'Europe paroît fi étonnée , parce
que malgré les exemples des Suiffes & des
Hollandois , au moment de la conquête de
leur liberté , l'Europe eft trop peu accoutumée
aux miracles de la liberté.
Il eft curieux de voir comment les Ga
zettes de Bruxelles rendent compte de cette
fi fameufe retraite des Pruffiens . Voici
-ce qu'on lit dans une de ces Gazettes , &
il faut en remarquer la date , elle eſt du
9 Octobre."
Nous
h
avons
reçu
de
Verdun
la nou-
»
velle
que
la
pluie
continuelle
, les
che-
>>
mins
affreux
, le manque
abfolu
de
vivres
»
&
de
fourrages
dans
la Champagne
, ont
»
déterminé
le
Duc
de
Brunswick
à fe
re,
» tirer
&
à fe
rapprocher
des
magafins
»
aux
environs
de
Dun
, Verdun
&
de
» Stenay
:
Voilà
comme
les
Princes
&
leurs
Ga
zettiers
difent
la
vérité
aux
peuples
.
10
2
211 :
IT ALI E. 10) 20
L'Italic n'eft pas & ne peut pas être dans
de fi grands mouvemens que l'Allemagne.
Les volcans moraux font comme éteints fur
acit
( 142 )
cette terre- où les montagnes ont encore dest
volcans. Cependant toutes les paffions que
larévolution Françoife a fait naître par-tout,
y agiflent auffi quoique plus fourdement.
De Venife , le 13 Octobre.
A la face , & s'il eft permis de le dire ,
à la barbe des Inquifiteurs d'Etat on conimence
à parler icide la France & de fes
nouveaux principes. Déjà il fe forme deux
partis ; on difcute , & même on s'eſt battu
Dzante pour les Droits de l'Homme ; or,
dès qu'on raifonne & dès qu'on fe bat
les Droits de Homme font sûrs d'obtenir
du triomphe.
De Gênes , le 15 Octobre.
Le Gouvernement de Gênes eft à - peuprès
auffi ariftocratique , que celui de Venife
: mais fi les nobles Gênois déteftent,
nos principes , ils aiment notre argent &
comme créanciers de la France ils ont
befoin que les affaires de la République
Françoife profperent ; voilà pourquoi ces
aristocrates ont toujours été affez modérés
contre la France : depuis que les François
font à Nice & que les Nilfois veulent
être François , les nobles Gênois fe félici
tent infiniment de la prudence de leur con(
143 )
duite. Il n'eft pas vrai que le général Anfelme
leur ait fait la demande d'un emprunt
force; 1. un Général , à moins d'un cas
bien extraordinaire , ne peut pas emprunter
pour fa Nation ; 2 °. il n'eft pas dans les
nouveaux principes des finances de la République
Françoife d'aimer les emprunts ,
& il eft dans toutes les maximes actuelles
de la France d'abhorrer ce qui eft forcé ,
excepté contre ceux qui croient que la force
eft la feule loi ; 3 °: le Confeil exécutif de
France gouverne trop avec les grandes vues.
morales de la révolution , pour qu'il lui
eut été pofsible de ratifier un emprunt
forcé , fi le Général Anfelme avoit pu en
faire un.
De Rome , le 10 Octobre.
C'étoit le plan de ce brigand qu'on a
long-temps appellé Abbé Mauri , c'étoit
le plan des Princes émigrés dont la religion
étoit fi bien connue , c'étoit le plan
de Impératrice de Ruffie , du Roi de ,
Puffe & de l'Autriche de faire du Pape ,
du Saint Père , du fucceffeur de St. Pierre ,
comme le grand porte drapeau de la contrerévolution.
Le Pape actuel qui a été bel
homme & même , dit- on , homme aimable,,
qui s'eft beaucoup plus occupé dé fes nièces
que de la Chrétienté & de fa puiffance eft
entré affez mollement dans tous ces plans des
2444 )
:
confpirateurs. Le bruit fe répand aujourd'hui
( mais nous ne garantiffons pas cette
nouvelle ) , que le St. Père a donné un
grand fcandale à Mefdames ci devant de
France. Le St. Père a des fils & il a auffi
des filles il eft père tendre , & il a voulu
faire de bons établiffemens à tous les enfans
, on raconte qu'il n'a pas trouvé de
meilleur moyen pour remplir fes intentions
paternelles que de marier fes filles
avec fes fis. C'eft fur cela que la vertu
des ci- devant Mefdames a jetté les hauts
cris , & qu'on affure même qu'elles veulent
quitter Rome,
Ce n'eft pas notre coutume de recueillir.
anecdotes fcandaleufes de l'Europe ;
mais cette anecdote fcandaleufe peut être
vraie ; & fi elle eft vraie , elle jette quelque
lumière fur le paffé & fur le préfent.
Beaucoup de gens attendent ici les François
qui arriveroient bientôt s'ils entroient
par Coiità Vecchia : ces gens- là penfent qu'il
feroit beau à la République Françoile de
rétablir la République Romaine , & de
relever le Capitole On avoit même annoncé
qu'Achille Duchâtelet , lorfqu'il feroit
guéri de fa bleffure , feroit chargé
de cette expédition. Elle conviendroit à
l'homme qui le premier a profeffé la République
en France.
JOURNAL
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
FRANCE.
L'an 1er de la République Françoiſe . •
CONVENTION NATIONALE
Du dimanche , 4 novembre.
LA Convention nationale a renvoyé au comité
militaire une lettre de Cuftine , contenant des
plaintes amères contre Kellermann , qu'il accufe
de n'avoir pas fecondé fes opérations .
Dans une autre dépêche , Cuftine rend compte
de fa conduite devant Francfort . Certain que
l'ennemi avoit déposé des fonds confidérables
dans une maison de banque de cette ville , il s'en
eft faifi. Il a cru qu'i falloit impofer des contributions
à une ville dont les chefs avoient de
grands torts ; il avoit impɔfé 2 millions de florins;
Nº. 46. 17 Novembre 1792. G
( 146 )
mais fur des réclamations il avoit réduit cette
impofition à un million . Le magiftrat a chargé
la corte des pauvres , contre les intentions du
général François , & il eft venu lui dire officie
fement que le feuple fe révoltoit . Cuftine le porte
à Francfort ; il entend le peuple crier Nous
voulons être lib . es & François. Il rétablir les deux
millions d'impofitions & fait publier la proclamation
fuivante :
ес
Citoyens , la contribution a été portée pour
le foulagement des pauvres. J'apprends que le
négociant Legros , coalifé avec nos ennemis pour
faite difparoître le numéraire de notre pays , veut
vous faire payer cette contribution . Mei , je vous
déclare qu'elle ne fe a payée que par ies riches ,
de l'ariftocratie defquels je fuis venu vous délivrer.
»
"3
Le refte de la féance a été employé à entendre
des pétitionnaires , parmi lesquels on a diftingué
les députés de la ville & du ci- devant
comté de Nice : « Nous venons , ont - il dit , vous
apporter le voeu du peuple de Nice pour la réunion
à la république Françoife , R.venez François , nous
ont dit nos concitoyens , ou ne revenez jamais .
On fait auffi tôt lecture d'une adreffe des habitans
de Nice , conçue dans les mêmes fentimens
qu'ont exprimés leurs députés. Au mil¨eu des
longs & vifs applaudiffemens qui s'élèvent de
toutes parts , pufieurs membres de la Convention
s'écrient : qu'il faut que la réunion fe faffe à
l'inftant. Ils preffent les députés de Nice de s'affeoir
parmi eux. David demande que le baife : fedé: atif
leur foit donné par le président au nom de la
république Françoife . Cette motion eft accueillie
avec tranfport. Les deux Niçois s'avancent ve: s.
le piéfident ; il les reçoit entre fes bras , leur
( 147 )
donne le baifer fraternel , & les place enfuite à côté
de lui.
Alors Barrère prend la parole : Je ne viens
point , dit- il , troubler cette touchante fcène
mais il est une obfervation que je crois digne de
votre reſpect pour la fouveraineté des peuples.
Le voeu qui vous eft offert eft celui des adminiftrations
provifoires du pays de Nice ; mais il
faut que le peuple prononce ; que le fouverain
émette fan vou , & le fouverain n'eft que dans les
affemblées primaires . La Convention a fenti la fag.
ffe de cette meſure , & elle a déclaré qu'elle ne
pouvoit délibérer fur le voeu des habitans de Nice
que lorsque le peuple l'auroit exprimé dans les af
femblées primaires.
Du lundi , 5 novembre.
C'étoit aujourd'hui que Robespierre , dénoncé
par Louver dans la féance du 29 octobre , devoit
faire entendre fa juftification . Cette circonstance
avoit attiré un grand concours . Un membre a
obfervé que des citoyens s'étoient introduits dans
les tribunes à la faveur de cartes dont ils étoient
porteurs. Cette obfervation , qui a troublé
quelques inftans l'Affemblée , a été écartée , Robefpierre
eft monté à la tribune , & un profond
filence a règné dans la falle .
De quoi fuis - je accufé , a dit Robespierre ?
d'avoir confpiré pour parvenir à la dictature ,
ou au triumvirat ou au tribunat. L'opinion de
mes adverfaires ne paroît pas bien fixe fur ces
points. Traduifons toutes ces idées romaines un
peu difparates , par le mot de pouvoirfuprême que
mon accufateur a employé ailleurs.
Ici Robespierre a bien démontré qu'il n'avoit
pu afpirer au pouvoir fuprême. Il s'eft demandé
-bt G 2
( 148 )
›
où étoient les tréfors , où étoient fes armées ;
& l'on pouvoit fe demander encore où étoient
fon génie , fes talens , fon audace ! Il a offert
de prouver par les difcours publics pár fes
écrits , qu'il a le premier appellé la Convention
nationale , comme le feul remède aux maux de
la patrie. I eft vrai que cette propofition même ,
fut regardée alors comme incendiaire ; mais la
révolution du 10 l'a réalilée .
Pallant au reproche qui lui a été fait fur fes
liaifons avec Marat , Robespierre raconte comment
il a connu cet homme ; comment après
une première entrevue , celui-ci jugea qu'il n'avoit
ni les vues ni l'audace d'un homme d'état;
il va même jufqu'a prouver par les feuilles de
Marat , que celui ci le regardoit comme entaché
de feuillantifme , parce qu'il n'avoit pas dit
Ouvertement qu'il falloit renverser la conftitution
.
Mais Robespierre pour qui le nom de Marat
eft , felon les expreflions , l'un des plus redoutables
reproches qu'on lui ait faits , l'auroit il
défigné pour député ? Auroit- il calomnié Priestley,
auroit - il efi dominé le corps électoral par
Pintrigue & par l'effroi ? A ces abfurdes déclemations
, ces fuppofitions romanefques , Ro
bespierre fe contente d'oppofer la notoriété publique
, & comme rien ne prouve miqux que les
faits , voici ce qu'il raconte,
« L'Afemblée élector le avoit arêté unaniment
que tous les choix , qu'elle froit , feroient
forms a la ratification des affemblées primaires ,
& ils furent en effet difcutés & ratifiés par les
fections. A cette grande mefure , elle en avoit
ajoute une autre , celle de ftatuer que les élec
tions feroient faites à haute voix & précédées de
( 149 )
$
la difcuffion publique des candidats . Chacun
ufa Lblement du droit de les propofer. Je n'ën
préfentai aucun . Je ne dis point de mal de
Priestley. Je ne défignai pas Marat plus particu
lièrement
que les écrivains courageux qui avoient
combattu cu fouffert pour la caufe de la révo
lation.
לכ
1
Robespierre examine enfuite fa conduite dans
la fociété des jacobins , & fa conduite au confeil
général de la commune . On lui à reproché
d'avoir exercé aux jacobins un delpotifme d'opinion
. I ignore ce que c'eft que l'empire de
Popinion , ur tout dans une fociété d'hommes
libres , à moins que ce ne foit l'empire naturel
des principes ; or cet empire- là appartient à la
raiſon univerſelle & à tous les hommes qui
veulent écouter la voix . On a dit que cette
fociété a été , depuis le mois de janvier , entièrement
dominée par une fa&tion très- pen
nombreuſe dont il étoit le chef ; mais fi depuis
cette époque les jacobins n'ont pas perdu la
confiance & l'eftime de la nation , & n'ont pas
ceffé de fervir la liberté ; s'ils ont déployé un
plus grand courage contre la cour & Lafayette ,
fi l'Autriche & la Pruffe leur ont déclaré la
guerre , s'ils ont recueilli dans leur fin les fédé
és raffemblés pour confpier contre la tyrannie ,
s'ils ont préparé avec eux la fainte infurrection
du mois d'août 1792 , que "faut-il conclute
du reproche que l'on fait a Robespierre , fi non
que c'eft cette poignée d'hommes qui a ' abattu
le defpotifme ; & s'il eût en effe: obtenu aux
jacobins cette influence qu'il eft loin d'avouet ,
que pourroit on en induire contre lui ? Quart
a a fociété é tere , il ne répondra rien pour
elle , il attendra que fon dénonciateur en de-
1.5 1.6 MP G
33
( 150 )
3
mande la deftruction & l'on verra alors s'il
fera plus perfuafif ou plus heureux que Leopold
& Lafayette.
Ce fut dans la journée du 10 que Robespierre
fut nommé commiffaire de la commune . Il ne
veut pas s'abaiffer jufqu'à obferver qu'il n'a jamais
été chargé d'aucune efpèce de commiffion ,
qu'il ne s'ett mê'é d'aucune opération particulière
, qu'il n'a jamais eu la moindre relation
avec le comité de furveillance tant calomniě.
Car , tout compenfé , il confentiroit volontie
à fe charger de tout le bien & le mal que l'on
reproche à ce corps révolutionnaire.
On lui reproche des arreftations illégales ;
eft-ce donc , s'écrie Robespierre , le code crimi
nel à la main qu'il faut apprécier les précautions
falutaires ? Que ne nous reprochez - vous d'avoir
configné les confpirateurs aux portes de certe
cité ? d'avoir défarmé les citoyens fufpecs ? que
ne faites -vous le procès à la municipalité , & au
corps électoral , & aux fections de Paris , & aux
affemblées primaires des cantons & à tous cel
ceix
qui nous ont imité ; car toutes ces chofes étoient
illégales , auffi illégales que la révolution , que la
chute du trône ; auffi il'égales que la liberté efe
même, »
Robespierre s'empreffe d'en venir aux évènemens
du z feptembre , & il affi me d'abord que longtemps
avant ce jour , il avoit ceffé de fréquenter
le confeil de la commune; ce n'eft donc pas pour
fa propre juftification qu'il va parler , mais pour
celle de la commune. Il dira comment ces magiftrats
ont voulu empêcher les évènemens du
a feptembre , & comment ils n'ont pu y parvenir.
C
弯
Ceux qui ont dit qu'il n'y avoit aucune
( 151 )
analogie entre la révolution du 10 acût & les
pemiers jours de feptembre , fe font trompés.
Un grand nombre de citoyens avoient perfé que
la journée du 10 acût avoir rompu les fis des
confpirations royales , & regardoient la guerre
comme terminée , quad tout- à coup la nouvel´e
fe répand dans Paris que Longwy a été livré ,
& qu'à la tête de cent mille hommes Brunſwick
s'avance vers Paris . »
» Danton le préfente à l'Aſſemblée lég flative ,
lii peint vivement les périls & les effources , la
forte à prendre quelques mefures vigoureufes ,
& invite la municipalité à faire fonner le tochin .
Le tocfin fonne , & quarante mille hommes font
levés à l'inftant . »
» Ces nouveaux défenfeurs de la patrie vont
voler aux frontières ; mais avant de partir , ils
veulent la punition des confpirateurs qui leur
avoit été fouvent promife. On court aux prifons
; on m.flacre . Que porveier t les magiftrate
contre la volonté déterminée du peuple ? Is l'engagent
au moins à fuivre des formes néceflaires ,
dont le but étoit de ne pas confendre avec les
coupables qu'il vouloit punir , les citoyens détenus
pour des cafes étrangères à la confpiration
du 10 acût. Depuis ce temps , on ne ceffe
de s'apitoyer fur les évènemens du 2.feptembre.
Mais le minifte de l'intérieur en blâmant ces
exécutions populaires , n'a pas craint de parler
de l'efprit de prudence & de générosité que le
peuple avoit montré jufques dans cette conduite.
illéga'e ; & M. Louvet lui-même commençcit
une de fes affiches par ces mots : honneur au
confeil de la commune ; il a fait fonner le to fin,
il a fauvé la France. »
On a fuppofé à Robespierre le projet d'avilir le
G4
( 152 )
corps législatif; mais c'eft avoir une bien petite.
ide de la dignité que de penfer qu'il puiffe être
avili par un démagogue i folent . On a dit qu'il
venoit à fa barre lui ordonner des décie.s &
menacer de faire fonner le tocfin , fi elle n'accédoit
à fes propofitions ; c'est ainsi qu'on a travefti
deux pétitions de la commune qu'il fut
chargé de présenter à l'Affemblée légiflative .
Quant au propos menaçant qu'on lui impute ,
il le nie formellement . D'ailleurs , un propos lâché
dans le coin d'une falle pourroit- il devenir férieufement
la matière d'un procès ?
Mais Robespierre ne fe borne pas à fa feule défenfe
, il attaque à fon tour fes accufateurs. Il
s'écrie : « Une lettre énigmatique adreffée à un
tiers ! des brigands anonymes ! des affaffins anonymes
! & au milieu de ces ténèbres , ce mot
jetté comme au hafard , ils ne veulent entend : e
fa ler que de Robefrierre ! Des réticences , des
myftères dans une chofe fi grave ! homme vertueux
, homme exclufivement , éternellement vertucux
, en vous adreffant à la Convention na❤
tionale avec un rapport bien aftucieux , après
tant de libelles , tant de pamphlets de toute efpèce
, où vouliez - vous donc al'er par la route
du crime ? Vous avez effayé l'opinion : vous vous
êtes arrêté , épouvanté vous - même de votre propre
audace...... Vous avez bien fait . La nature re
vous a monté ni pour de grandes actions , ni
pour de grands attentats . Je m'arrête ici moimême
par pitié pour vous ; mais une autre fois
examinez mieux les inftrumens qu'on met entre
yos mains. »
Robespierre jette enfuite un regard fur la loi
contre les provocateurs au meurtre . Il fait remarquer
que celui qui a juré par Brutus , d'affaffiner
ceux qui prétendroient à la dictature
H
(( : 0531
sleft misalui- même dans le cas de la loi & à
-déja encouru til peine qu'elle prononce . Que
refte- t -il à dire contre des accufateurs qui s'ac
cufent eux-mêmes ? Robespierre renonce au facile
avantage de répondre aux calomnies de fes
adverfaires par des dénonciations plus 1
Jedou-
-tables , il ne demande que le retour de la paix
180 le triomphe de la liberté .
Des applaudifiemens , des murmures ont couvert
, tout -à - tour , ce difcours . A peine a - t- il.
été prononcé que l'impreffion en a été demandée
& décrétée .
Plufieurs membres , & entre autres Louvet
demandent la parole . Une grande agitation fe
répand dans l'Aſſemblée. D'un côté , on réclame
Fordre du jour ; de l'autre , on perfile
à vouloir entendre une réplique . Barbaroux defcend
la barre pour fixer davantage l'attention
de l'Affemblée. Il demande à dénoncer Robefpierre
& à figner fa dénonciation .
Pendant que Barbaroux occupe la barre , Bat-
<rère monte à la tribune & dit : « que fignifient
toutes ces accufations de dictature , d'ambition
du pouvoir fuprême & ces ridicules projets
de triumvirat ? Citoyens ne donnons pas
de l'importance à des hommes que l'opinion générale
faura mieux que nous remettre à leur
place ; ne faifons pas des piédeftaux à des pigmées.
»
La Convention paffe à l'ordre du jour .
Deux dépêches du général Cuftine arrivent en
ce moment. Elles annoncent à la Convention de
nouveaux avantages . Un refte d'agitation regnoit
encore dans l'Affemblée ; Rabaud de Saint-
Eftienne s'eft écrié : vous l'avez entendu citoyens :
les fuccès rapides des armes de la république
Gs
;
( 154 )
Françoife font connoître par-tout la majefté de
vos principes, & en propagent l'influence. Pourriez
- vous obfcurcir de fi magnifiques fuccès par
de petites querelles ? Non ; c'eft au contraire
ici , le moment d'oublier pour toujours tout intérêt
períonnel . » On a vivement applaudi , &
telle eft la majefté de la révolution : que fucceffivement
& tour- à - tour , on la verra précipiter
dans la boue , tous ceux qui voudroient en
profiter pour leur avantage particulier .
Du mardi , 6 novembre.
La Convention a décrété fur la motion de
Rulh , qu'il fera nommé une commiffion pour
furveiller la traduction des loix dans tous les
idiômes de la République. Cette motion étoit
fondée fut une lettre des commiffaires à l'armée
des Pyrénées , qui obfervent que la plupart des
municipalités de ces cantons n'entendent point la
langue françoife , & qu'elles vivent dans la plus
Profonde ignorance des décrets .
J Valazé membre de la commiffion des 24 ,
préfente , au nom de la commiffion , un extrait
raitonné de toutes les pièces trouvées au château
des tuileries dans la journée du 10 août , & qui
ferviront à l'inftruction du procès de Louis XVI.
C
2
Les preuves que , nous vous préfentons , a dir
le rapporteur , étoient éparfes dans un grand
nombre de pièces. Nous avons tout lu tout
recueilli . Les difficultés de notre travail étoient
extrêmes. Nous avons trouvé à chaque pas des
lettres écrites en caractères fymboliques , des
obfcurités , des conventions exprimées en termes
couverts.
Un portefeuille pris chez le nommé Septeuil ,
éforier de la lifte civile , eft le recueil où nous
CISS
avons puifé le plus de renfeignemens . Nous citerons
d'abord une lettre de Bouillé ; elle est
datée de Mayence le 15 décembre 1791 .
Sans doute à cette époque , le Roi fe gardoit
bien de dire qu'il correfpondoit avec Bouillé ,
& néanmoins fa lettre ne femble
pas avoir pu être
adreffée à un autre qu'à lui .
On y voit le compte des fommes données à
Bouillé par Louis XVI pour la formation du
camp de Montmédi , elle cft extrêmement curieufe
, parce qu'elle contient les noms de quelques
principaux agens de la confpiration d'alors
& qu'on voit par la fuite quelques uns de ces
mêmes agens figurer encore aux Tuileries en
1792 & y recevoir , comme à l'époque de la fuite
à Varennes , des fommes d'argent confidérables
sdeſtinées apparemment à des objets ſemblables.
Ici le rapporteur s'interrompt pour faire lecture
de la lettre de Bouillé qui contient le reçiz
d'une fomme de 993.000 livres. Cette lettre a
déjà été lue à l'Affemblée.
Valazé reprend la fuite de fon rapport : le
compte final de cette expédition de Varennes a
été arrêté par le Roi le 16 avril dernier . Nous
y trouvons qu'elle a coûté plus de 6 milions à
-la lifte civile.
2 On a remarqué qu'un certain Guaguelat cft
défigué dans la lettre de Bouillé pour avoir
reçu de luisune fomme de 3,600 ; & dans celle
de Choifeul Stainville pour avoir reçu de ce
sdernier 9,000 livres . Cet agent fubalterne a reparu
depuis fur la fcène ; il a reçu de la lifte
civile le 29 février 1792 , une fomme de 60,000 1 ,
dont il s'oblige à rendre compte. » w
Ici le rapporteur produit les quittances de la
veuve de Favras à laquelle Louis XVI faifoit
G6
( 156 )
une
une penfion de 4000 Ivres & qui a ceffé d'être
payée jufqu'au premier juin dernier . Il repréſente
une promeffe en date du mois de mars dernier , de
1 faire aux deux ci - devant curés de Verſailles ,
penfion de 800 liv . par tête tant qu'ils feront déplacés
. Il prouve que l'auteur du Poftillon de la
Guerre a reçu
de lui dans les mois de mai & juin
derniers une fomme de 8000 liv.; celui du Logographe
, dans l'efpace de trois , une fomme de
34.5601. Le rapporteur repréſente encore une note
tirée du porte- feuille de Septeuil qui annonce un
cautionnement au nom de Louis XVI d'un million
deux cents mille livres pour foutenir quelques
libraires de Paris .
Quant à la lettre de Laporte lue à la barre de
l'Affemb'ée par le comité de furveillance de la
commune de Paris , qui annonce un facrifice
Projetté pour payer un décret ; c'eft le feul titre
Joù le rencontre ce fait , & le rapporteur déclare
fur fon honneur , qu'il n'en exifte pas d'autres
traces dans l'immenfité des papiers que la commiffion
a parcourus.
Après avoir repréſenté Louis XVI comme corrupteur
, Valazé le dénonce comme accapareur
de blé , de fucre & de café. Le Vous concevez
bien , dit- il , qu'on a couvert de toutes les ombres
du myſtère cet odieux commerce. Nous
avions fous les yeux l'embarras de Septeuil pour
fatisfaire quelquefois aux befoins toujours renaiffans
d'une cour corruptrice , & cependant
nous voyions ce même Septeuil confacrer juſqu'à
deux millions & plus à ce commerce qu'il faifoit
à Hambourg , à Londres & ailleurs , en prenant
la fimple précaution de fe faire adreffer fa correfpondance
à ce fujet , fous un nom emprunté.
( 157 )
·
Nous étions affutés en même temps que Louis
XVI étoit inftruit des rapports commerciaux de
fon agent avec l'étranger , puifque nous tenions
en main des reçus de fa part qui cons
onfiftoient en
des traites fur , Londres . Enfin nous fommes parvenus
à trouver la pièce, probante , pièce fignée
Louis , en date du 9 janvier 1791. Elle explique
touts Septeuil y eft autorife à placer les fonds
zdu Roi , foit fur Paris , foit für l'étranger ;, &
comme la nature du commerce projetté expoſoit
à des riſques évidens , cette autorisation porte
(que Septeuil ne fera point refponfable des évè
-nemens. o sb mu
- Nous avons trouvé , continue de rapporteur ,
dans le porte- feuille de Bertrand, upe noté qui
eattefte l'établiſſement d'un nouvel ordre de che-
-valerie , fous le nom de chevaliers de la Reiri.
- La médaille fufpendue par un ruban ponceap,
offre d'un côté le portrait de la Reine & fon
nom ; de l'autre côté cette légende : magnum
Regina nomen obumbrat.
:: Les brevets ou patentes de l'ordre portent cette
Lépigraphe :
I
Duxfaminafacti partoque ibit Regina triumpho.
Le rapporteur revient à des chofes plus graves.
- Le nommé Gilles , dont nous n'avons pu rętrouver
de traces , & qui a déjà figuré comme
receveur & diftributeur des fonds attribués au
poftillon de la guerre & au Logographe , étoit
chargé de l'organisation d'une troupe de 60
hommes ; & dans les deux mois de mai & juin
derniers , il a reçu pour cette troupe une fomme
de 72,000 liv. Les reçus portent que c'eſt pour
l'organiſation de: 60 hommes . Cependant , la
légiflature n'avoit aucune connoiffance de l'exiftence
de cette troupe , & fi nous n'avons de preuve
?
( 158 )
2
que pour une compagnie de 60 hommes , ce n'eſt
pas une raifon de fuppofer qu'il n'y ait jamais eu
que ce nombre d'enrôlés . »
Ici Valazé préfente un carton où font déposées
des déclarations faites à la po'ice , tendantes à la
confirmation de ce fait . Parmi ces déclarations,
pourfuit-il , il en eſt une , datée du 31 juillet ,
qui porte que depuis trois (emaines environ ; il y
a , a la pointe de l'ifle St. Louis , deux bâteaux
chargés de 320 barils de bifcayens , de 180 bombes
& d'une grande quantité de boulets . Les déclarans
-ont remis à la mairie ( ainſi qu'il réſulte du reçu )
un de ces biſcayens trouvé dans un des barils dé
foncés , & i's ont dit que lès bâteaux n'étoient ſurveillés
par perfonne.
-4 Lesrapporteur dénonce enfuite les fentimens
inciviques qu'a manifeftés Louis XVI. « Quelqu'un
arrivoit- il de Coblentz , il devenoit l'habitué
du château , témoins Viomenil ; Bouillé a dût
sly faire voir dans le mois de juillet dernier . Nous
favions avant d'en avoir des preuves , que le Roi
openfionnoit fes ci- devant gardes de 1789 , &
même quelques gardes Françoifes , & qu'il a
penfionné , fur le pied de 600 liv. par an , fes
.gardes de 1792 , après deur licenciement. Ila fait
-payer à Turin en mai :1791 , une penfion au valetde
chambre de Madame d'Artois. Il a fait par
venir des fecours au mois de février 1792 , à la
dame Polignac , à la Vauguyon , & à Choiseul-
Beaupré, tous les trois émigrés . Il affura en 1792 ,
raux deux fils du ci -devant comte d'Artois ,
-Turin , unes perfion de 200,000 liv. par an ,
jufqu'à cesque , porte l'affurance , leur père puiffe
Pourvoir à leurs befoins. Le 17 juillet dernier ,
il a fait parvenir à d'Hamilton , qui avoit figuré
dans fa fuite à Varennes , une femme de 3,000 1.
*3 "
( 1159 )
1
lebis du même mois , il a expédié un dernier
bon au profit d'un autre émigré , le nommé Rochefort.
33
il
Tel eft le tableau fidèle des crimes .... &c.*
Valazé oublie qu'il fait l'office de rapporteur ,
l'a oublié dans tout le cours de fon rapport. En offrant
les faits qui y fout contenus , nous en avons
élagué les déclamations , les injures , les réflexions ,
que défavouent le bon goût & fur-tout la juſtice
-& l'humanité .
: Plufieurs membres s'oppofoient à la publication
de ces réflexions , & ne vouloient que l'impreffion
de la partie qui contient les faits . Rabaud demandoit
le renvoi de tout le rapport au comité
de furveillance , chargé de faite lut même un rap
port général; mais fur l'obfervation de Buzot ,
qu'il ne faut sien cacher au peuple ; l'Affemblée à
ordonné l'impreffion de celui de Valaze.
Cette féance a été terminée par un rapport de
Bazirefur la fituation de Paris , préfenté au nom
du comité de sû eté générale. Le rapporteur s'eft
borné à déclarer que Paris eft très- tranquille ; que
la Convention y eft parfaitement en sûreté , qu'il
eft très inutile d'appeller une force armée dans cette
vilie , & il conclut que le rétabliflement de la conhance
eft le feul garant de la tranquilité publique.
33 1)
De violens débats fe font élevés fur ce rapport.
L'impreffion étoit demandée par les uns , & combattue
par les autres . De ce nombre étoient Buzot
& Lafource; ils foutenoient que ce rapport ne
donne aucune idée de l'état actuel de Paris , qu'il
Re préfente aucun fait , qu'il n'eft qu'une apologie
d'attentats que Paris défavoue , qu'il ne pourroit
qu'égarer l'opinion , loin de l'éclairer . Paris eft
tranquille , & on double les poftes ! la Con(
1180 )
véntión poſtén sûreté , & quelques- uns de fes
membres font dénoncés au glaive des factieux!
La Convention a paffé à l'ordre du jour fur
J'impreffion ..
Du mercredi , 7 novembre .
1003 2 : 34t
a Ce jour avoit été fixé pour entendre un rapport
du comité de légflation fur les queſtion's
relatives au jugement de Louis XVI. Organe de
(ce comité , Mailhe a obtenu la parole ; il a dit :
nies Louis XVI eft- il jugeable pour les crimes
qu'on lui impute d'avoir commis fur le trône
conftitutionnel ? par qui doit-il être jugé ? ferapit
traduit devant les tribunaux ordinaires ? détèguerez-
vous le droit de le juger à un tribunal
formé par les affemblées électorales des 831 départemens
? N'eft -il pas plus naturel que la Conication
nationale le juge elle-même ? Eft-it néceffaire
ou convenable de foumettre le jugement à la
ratification de tous les membres de la république
réunis en aflemblées primaires ? »
pa loi conftitutionnelle prononce que la perfonne
du Roi, eft inviolable & facrée. Elle dit
que fille Roi ne prête pas le ferment preferit',
ou 6 après l'avoir prêté il le rétractes que s'il
fe met à la tête d'une armée , & en dirige les
forces contre la nation , ou s'il ne s'oppofe pas
par un acte formel , à une telle entreprise qui
s'exécuteroit en fon nom ; que fi , étant forti du
royaume; il n'y pentre pas après une invitation
du corps légiflitif , & dans un délai déterminé , il
feroit cenfé , dans chacun de ces cas , avoir abdiqué
la royauté. On trouve encore dans la conflitution ,
qu'après l'abdication expreffe ou légale , le Roi
rentte dans la claffe des citoyens , & qu'il peut
161 )
être acculé & jugé comme eux pour les actes poftérieurs
à fon abdication .
Cela veut- il dire que le Roi , en éludant avce
adreffe les cas de la déchéance , pourroit faire
fervir la puiffance conftitutionnelle au renversement
de la conftitution ; que fi , après avoir clandeftinement
appellé des troupes étrangères à fon fecours ,
il venoit à échouer dans fes entreprifes contre la
liberté , il en feroit quitte pour la perte de fon .
fceptre , & que la nation trahie n'auroit pas le
droit de faire éclater fa vengeance !
Pour faifir le vrai fens de l'inviolabilité royale ,
pour juger fi elle peut être oppofée à la nation
elle-même , il faut en examiner les motifs &
l'objet. C'est à cet examen que le rapporteur va
procéder.
« La France , difoit- on , ne peut pas le fouteuir
fans monarchie , ni la monarchie fans être
entourée de l'inviolabilité . Si le Roi pouvoit être
accuté ou jagé par le corps législatif , il feroit
dans fa dépendance ; & dès- lors , ou la royauté
feroit bientôt renversée par ce corps , qui
ufurpant tous les pouvoirs , deviendroit tyrannique
; ou elle feroit fans énergie , faus action
pour faire exécuter la loi . Dans tous les cas
il n'y auroit plus de liberté . Ce n'eft donc pas
pour l'intérêt du Roi , mais pour l'intérêt même
de la nation que le Roi doit être inviolable . On
convenoit cependant que cette inviolabilité étoit
men çante pour la liberté , mais on prétendit y
remédier par la refponfabilité des miniftres ; &
fans doute , fi le Roi n'avoit pu agir que pour
le gouvernement de l'état , cet arrangement eût
été fupportable la reſponſabilité ministérielle
eût fuffisamment garanti tous les actes du pouvoir
exécutif. »
11629
« Mais il s'agit ici de faits abſolument étrangers
aux fonctions du pouvoir exécutif. Il s'agit
d'une trahison fecrette dont les fils invifibles embraffoient
toute la France . Inviolable comme Roi
pour les actes de la royauté , Louis XVI ne l'eſt
pas comme individu pour des faits particuliers.
Ces faits font hors de l'atteinte de la refponfalité
miniftériel'e ; il doit feul en porter la peine ;
il ne peut , à aucun titre , rejetter fur les agens
le crime d'un délit qu'il a commis fans eux ; en
un mot il doit être perfonnellement refponfable
pour les maux qu'il a faits perfonnellement. »
« Si par la conftituion , le corps légflatif
n'avoit pas le droit de juger le Roi dans les cas
non prévus par la loi , s'enfuit- il qu'il ne peut
être jugé par la nation ? Pour titer une pareille
conféquence , il faudroit pouvoir dire que par
l'acte conftitutionnel , le Roi étoit fupérieur à la
nation , ou indépendant de la nation . Mais la
nation étoit fouveraine fans conftitution & fans
Roi. Ele re tient fa fouverair eté que de la
nature ; elle ne peut l'aliéner un feul inttant . Or ,
1 nation ne l'auroit - elle pas alénée , cette fouveraineté
, fi elle avoit renoncé au droit d'examiner
, de juger toutes les actions d'un homme
qu'elle auroit mis à la tête de fon adminiftration
? »
сс
Mais Louis XVI n'a t - il pas été jugé ? N'a- til
pas été puni par la privation du fceptre conftitutionnel
? « Non , répond le rapporteur , fi la
conflitution fubfiftoit encore , la déchéance cût
été une peine & la feule peine applicable . Mais
la co: ftitution n'eft plus , & vous n'avez point
prononcé la déchéance de Louis XVI , mais l'abofition
de la royauté. »
On rappellera la déclaration des droits ; on
( 163 )
2
dra que nul ne peut être puni qu'en vertu d'une
loi établie & promulguée antérieurement au délit
& légalement appliquée . On demandera où eft
la lei qui pouvoit être appliquée aux crimes dont
Louis XVI eft prévenu. cc Cette loi eft dans
le code pénal. C'eft la loi qui purit les préva
rications des fonctionnaires publics.
33
On objectera que ces loix , venant à la fuite
& en exécution de l'acte conftitutionnel , n'étoient
pas applicables aux crimes d'un Roi que
cet acte déclaroit inviolable. « Sans doute elles
ne pourroient pas être appliquées par les autorités
que la conftitution avoit placées au- deffous
d'un Roi. Mais cette prérogative royale étoit
évidemment nulle devant la nation. »
Louis XVI eft jugeable ; mais par qui , &
comment doit -il être jugé ?
Sur cette queftion , plufieurs projets ont été
préfentés au com té. Trois fur - tout , avoient
fixé fon attention . Par le premier , on avoit
demandé que Louis XVI , tombé dans la claffe
des hommes privés , fût jugé par les juges de
fon domicile ordinaire . On a répondu que
ec tous les tiburaux actuellement exiftans ont
été crées par la conflitutio , que l'effet de l'inviolabilité
du Roi étoit de ne pouvoir être jugé
par aucure des autorités conftituées ; que cette
inviolabilité ne difparoiffoit que devant la nation . »
2
Dans le fecond projet , la Convention nationale
exerceroit les fonctions de juré d'accufation
; el nommeroir fix de fes membres
dont deux remplircient auprès d'elle les fonctions
de directeurs de juré , & les quatre autres
poursuivroient l'accufation , fi elle étoit admife
Louis XVI feroit conduit à la barre , les deux
directeurs expoferoient en la préſence les chefs
1,164 ).
d'accufation , analyferoient les pièces & préfenteroient
l'acte qui doit en être le réfultat . Louis
XVI pourroit dire , ou par lui- même , ou par
les confeils dont il feroit affité , tout ce qửil
jugeroit utile à la défenfe ; enfuite l'Affémblée
admettroit ou rejetteroit l'accufation . I
Si l'accufation étoit admife , les quatre membres
de la Convention deftinés à faire les fonctions
de grands procurateurs , pourfuivroient
T'accufation devant un tribunal & unjury qui
folent formés l'un & l'autre de la manière
fuivante :
Les corps électoraux nommeroient dans chaque
département deux citoyens chargés de faire les
fonctions de jury. La lifte des 166 jutés feroit
préfentée à Louis XVI , qui auroit la faculté d'en
rejetter 83. Le tribunal feroit compofé de 12
jurés tirés au fort parmi les préfidens des tribunaux
criminels des 83 départemens . Le juré donneroit
fa declaration à la pluralité abfolue des fuffrages .
Le tribunal appliqueroit la peine .
Le comité a rejetté ce projet & a préféré celai
de faire juger Louis XVI par la Convention
nationale elle -même. Il ne s'agit plus que de fixer
les formes de ce jugement.
Et -il vrai d'abord que la Convention nationale
foit obligée de s'affujettir aux formes ordi--
naires pour procéder à ce jugement ? On a reproché
au parlement d'Angleterie d'avoir violé les
formes en jugeant Charles Stuart . « A cet égard,
dit le rapporteur , l'on ne s'entend pas communément
, & il eft effentiel de fixer nos idées fur ce
procès célèbre . »
сс
сс
a
« Charles Stuart étoit inviolable comme
Louis XVI. Il avoit trahi fon pays ;
mais if he
pouvoit être jugé par le parlement. La chambre
11.
( 165 )
des Pairs s'étant déclarée en fa faveur , celle des
communes fe faifit comme elle d voit , de l'autorité.
Mais comme la nation Anglo fe ne lui
avoit pas délégué la plénitude de la fouveraineté
, comme cette chambre n'étoit elle -même
qu'un corps conftitué , comme elle ne repréfentoit
la nation que par la conftitution , elle ne pouvoit
ni juger le Roi , ni déléguer le droit de le juger.
Elle devoit , comme a fait , en France , le corps
légiftif, appeller une Convention . Si la chambre
des communes avoit pris ce parti , c'étoit la dernière
heure de la royauté en Angleterre . Stuart
qui méritoit la mort eût été condamné légalement ,
& Cromwel qui vouloit devenir Roi fous le nom
de Protecteur , auroit trouvé dans une Convention
nationale le tombeau de fon ambition . Le
reproche à faire au parlement n'eft donc pas d'avoir
écarté les formes ordinaires , mais d'avoir
méconnu fon incompétence. »
Dans le cours ordinaire de la Juftice les
formes font confidérées comme la fauve-garde de
la fortune , de la liberté , de la vie des citoyens ;
c'eft que le juge qui s'en écarte ou qui les enfreint
peut être acculé avec fondement , ou d'ignorer les
principes de la justice , ou de vouloir fubftituer fa
volonté & fes paffions à la volonté de la loi . Mais
ft la fociété prononçoit elle- même , ces formes feroient
inutiles ; car e le ne peut être fufpectée ni
de haine ni, d'ignorance des loix . "
O la Convention nationale repréfente entiè
rement & parfaitement la République Françoife ,
La nation a donné pour juges à Louis XVI, les
hommes qu'elle a choifis pour agier , pour décider
fes propres intérêts ; les hommes à qui elle
a confié fon repos , fa gloire & fon bonheur ; les
hommes qu'elle a chargés de fixer les grandes
( 166 )
deftinées , celles de tous les citoyens , celles de
la France entière . A moins que Louis XVI ve
demande des juges fufceptibles d'être corrompus
par l'or des cours étrangères , pourroit- il defirer
un tribunal qui fût fenfé moins fufpect ou plus
impaffible ? Préte dre récufer la Convention nationale
, ou quelqu'un de fes membres , ce feroit.
vouloir récufer toute la nation . Qu'importent
ici les actions ou les opinions qui ont préparé
l'abolition de la monarchie ! tous les François
partagent la haine de la tyrannie , tous abhorrent
également la royauté qui ne diffère du defpotifme
que par le nom, »
» Mais ce fentiment eft étranger à Louis XVI;
l'accufé n'eft plus Roi , il eft homme ; s'il fut
innocent , qu'il fe juftifie ; s'il fut coupable , fon
fort doit fervir d'exemple, aux natio: s . "
Après avoir démontré que c'eft à la Convention
à juger Louis XVI , le rapporteur examine
fi fon jugement doit être foumis à la ratification
de tous les citoyens réunis en aſſemblies primai es.
« A Rome , les confuls jugecient toutes les
affaires criminelles ; lorfqu'il s'agiffoit d'un crime
de lèfe majefté populaire , ou feulement d'un délit
qui fût de nature à mériter une peine capitale ,
fa fentence devoit être foumise au peuple qui
condamnoit ou abfolvoit en dernier reffort . »
« A Sparte , quand un Roi étoit accufé d'avoir
enfreint les loix ou trahi les intérêts de la patrie ,
il étoit jugé par un tribunal compofé de fon
col ègue , du fénat & des éphores , & il avoit
le droit d'attaquer le jugement par un appel au
peuple affemblé, »
» Mais ni les confuls de Rome , ni les Rois ,
le fénat & les é hores de Sparte , n'étoient revêtus
d'une repréfentation nationale . D'ailleurs ,
( 167 )
ce qu'on appelloit le peuple Romain ou le peuple
Spartiate , n'étoit que le peuple d'une vil'e régnant
fur toutes les provinces de la république . Or
quelque nombreux que fût ce peuple renfermé
dans des murs communs , il lui étoit poffible de
fe réunir , de difcuter , de délibérer , de juger ,
& c'est ce qui n'eft point praticable pour le
peuple François . Pour prononcer far la vie d'un
homme , il faut avoir fous les yeux les pièces
de conviction ; il faut entendre l'accufé , s'il réclame
le droit naturel de parler lui même à fes
juges . Ces deux conditions élémentaires , qui re
pourroient pas être violées fans injuftice , font
un obftacle infurmontable au projet de foumettre
le jugement de la Convention , à la ratification
de tous les membres de la république .
30
En terminant le rapport , Mailhe a ajouté :
« Je n'ai rien dit de Marie Antoinette. Mais d'où
lui viendroit le droit d'être jugée par la Convention
nationale ? Dans aucun temps en France ,
les femmes qui portoient le nom de Reine , ne
jouiffoient d'aucune exception pour les crimes
qu'elles commettoient. Vous examinerez fi vous
devez rendre contre elle un décret d'accufation
& ce n'eft que devant les tribunaux ordinaires
que votre décret pourra être envoyé.
>
« Je n'ai pas non plus parlé de Louis - Charles.
Cet enfant n'eft pas encore coupable. Il n'a pas
encore eu le temps de partager les iniquités des
Bourbons . Vous avez à balancer fes deſtinées
avec l'intérêt de la République .
ככ
Suit un projet de décret que voici :
« 1 °. Louis XVI peut-être jugé ; 2 ° . il fera
jugé par la Convention nationale ; 3 ° . trois commiffaires
pris dans l'Affemblée feront chargés de
recueillir toutes les pièces , les renfeignemens &
168 )
preuves relatifs aux délits imputés à Louis XVI ;
4°. les commiffaires termineront le rapport par
un acte énonciatif des délits dont Louis XVI ſe
trouvera prévenu ; 5º . fi cet acte eft adopté , il
fera imprimé , communiqué à Louis XVI & à
Les défenfeurs s'il juge à propos d'en choifir ;
60. les originaux des mêmes pièces , & Louis XVI
en demande la communication , feront portés au
Temple , après qu'il en aura été fait pour refter
aux archives , des copies collationnées , & enfuite
rapportées aux archives nationales par douze
commiffaires de l'Affemblée , qui ne pourront
s'en défaifir , ni les perdre de vue ; 7° . la Convention
nationale fixera le jour auquel Louis XVI
comparoîtra devant elle ; 8 ° . Louis XVI foit
par lui , foit par fes confeils , préfentera fa défenfe
par écrit & fignée de lui , ou verbalement ;
9°. la Convention nationale portera fon jugement
par appel nominal . »
La Convention a ordonné que ce rapport fera
imprimé , traduit dans toutes les langues , envoyé
aux départemens , aux municipalités & aux armées
. Elle en a ajourné la difcuffion à lundi
prochain. Manuel a propofé de mettre fous la
fauve-garde de la loi quiconque voudroit ſe charger
de défendre Louis XVI.
Le reste de cette féance a été rempli par les
objets fuivans :
Lettre du miniftre de la marine à la Convention
, qui lui apprend que le pavillon de la république
a été infulté par un vaiffeau portant pavillon
Gênois . Renvoyé au comité de la marine .
-Adreffe de 5,000 Anglois au peuple François .
Faifons , difent ces infulaires , une fainte confédération
; que les François , les Américains & les
Bretons foient unis , & la paix règnera ſur l'univers
....
71671
Airêté
vers.... Le président de la Convention eft chargé
de répondre aux fignataires de l'adreffe .
du confeil exécutifduquel il réfulte que les comptes
des dépenfes fecrettes a été rendu verbalement au
confeil , mais qu'il n'en a point été fait registre.
Briffot oblerve que l'efprit du décret n'eft point
templi par un compte verbalement rendu . Renvoyé
au comité des finances . - Loi gé érale furles
billets de confiance . L'émiffion en eft arrêtée
dans toute la république . Le montaut du déficit qui
fe trouvera dans les caiffes , fera fupporté à Paris ,
par le département , & dans les autres villes , ilfera
la charge des communes ,
Du jeudi , 8 novembre.
du Cette féance s'eft ouverte par la lecture de la
rédzétion de plufieurs actes d'actuation ,
nombre defquels cft celui de Choiseul- Gouffier
de Dumouftier, & c .
Au nom du comité de la guerre , Lacroix préfente
des vues pour prévenir l'irrégularité des nominations
aux emplois dans les armées , & cmpêcher
les généraux d'acquérir une trop grande in-
Arence. Aprè une courte difcuffion , le projet de
décret a été adopté.
Cambon dénonce à la Convention nationale
trois marchés fcandaleux paflés entre Jacob Ben
jamin , juif, & un fieur Vincent , commiffaire
des guerres , chargé de pourvoir à l'approvifione
nement de l'armée du Midi. Ce Vincent a cu
l'impudeur de s'obliger par les marchés , à faire
payer , par la nation , la livre de boeuf 27 fols ;
celle de porc falé , 34 fols ; le fiz , 70 liv . le
quintal ; & les fouliers & les bas de laise , 13 liv.
la paire. Il faut encore noter que ces fournitures
font ftipulées payables , moitié en argent , ou en
N°. 46. 17 Novembre 1792 . H
( 175
affignats , en bonifiant la perte du papier, &
partie d'avance.
On imagine ailément la furp ife, l'indignation
qu'a dû caufer dans l'Affemblée , l'évidence d'un
monopole auffi odieux ; il étoit difficile que le
général , qui a autorifé ces marchés , échappât
a la difcuffion ; & le nom de Montefquiou ne
pouvoit paroitre avec avantage , ac.ollé avec
elui du commiaiie Vincent . Cette circo ftance
fait éclarer l'explofion des efprits prévenus
contre ce général ; & la dé ibération changeat
abfolument d'objet , on ne s'eft p'us occupé que
de Montefquiou . Un membre s'eft offert de
prouver les trahifons , & a demandé un décret
d'accufation contre lui. Lacroix a parlé de fa
capitulation avec Genève ; Barrère ell allé cher-
'cher au bureau des procès- verbaux une lettre du
miniftre des affaires étrangères , qui , en rendant
compte de cette capitulation , annonce qu'elle
étoit de nature à compromettre la dignité de la
nation. Il a pourtant fallu en revenir aux marchés
dénoncés par Cambon , & c'est ce qu'on a fait
en annullant ces marchés comme fraudu'eux , &
en ordonnant que le juf Benjamin & le commiffaire.
Vincent feroient traduits à la barre . Au
furplus , les comités diplomatique & de sû eté
générale ont été chargés d'examiner la conduite
du général Montefquiou , & d'en fai e le rapport.
Le capitaine Duval arrivant de la Guadeloupe
, parcît à la barre ; il apprend à la Convention
que cette partie de nos colonies eft en
pleine révolte . Le gouverneur , les corps admi
niftratifs , civi's & militaires ont fait arborer le
pavillon blanc. Il déclare en avoir lui - même
reçu l'ordre & avoir réponda que fi on vouloit
17
le forcer à cette lâche é , e ne feroit qu'après
avoir reçu fa bordée . ",
Barrere proofe de mettre à l'inftant en état
d'accufation tous les 20agens civils & militaires du
pouvoir exécutif à la Guadeloupe . Cette mefure
eft adoptée . Voici le nom des principaux chefs
compris dans le décret d'accufation .
D'Aros , gouverneur ; Dubarail , lieutenantcolonel
du régiment de la Guadeloupe ; Saulmier,
major de la Baffe- terre ; Cellenon , major de la
Pointe-à -Pic ; Behague , gouverneur des ifles du
Vent ; Minut , intendant ; Galveau & Larivière ,
capitaines de vaifleaux ; Lacófte , ex- niniftre de
la marine , eft mandé à la barre.
S'il étoit preffant de punir les coupables , il ne
l'étoit pas moins d'arrêter le mal . Voici le décret
rendu à cet effet ,
1
« Art. Ier . Le miniftre de la marine eft autorifé
, d'après la demar de , à rappeller & remplacer
ceux des commiffaires civils actuellement
aux ifles du Vent , airfi que les commandans
militaires , adminiftrateurs en chef, & tous autres
fonctionnaires employés aux ifles du Vent & lous
Je Vent de l'Amérique , dont le civilme pourra
être fufpect . »
» II. Il fera paffer aux ifles du Vent trois
bataillons de gardes nationales , de huit ceats.
hommes chacun , & il fera armer • Pour Lur
tranfport , des bâtimens nationaux , vaiſſeaux ,
frégates , corvettes ou gabarres .
ود
« III. II ordonnera l'armement en guerre d'un
vaiffeau de 74 canons , qui , avec le vaiffeau le
Républicain , de 110 canons , déjà armé , ſera
deltiné aux Ifles- du -Vent . Les vaiffeaux feront
accompagnés de quatre frégates
ou
corvettes . »
IV . La Convention nationale nommera elle-
H₂
( 172 )
même , mais hors de fon fein , quatre commiffaires ais horse un
qui feront deftinés , l'un pour Cayenne , & les
trois antres pour les Illes-du- Vent . »
« V. Ces commiffaires feront revêtus de tous
les pouvoirs . Les commandans & efficiers militaires
de tere & de mer les ordonnateurs &
officiers d'adminiftration , les corps adminiftratifs
& judiciaires , ainfi que toutes les affemblées délibérantes
, foit générales , foit faticulières ; enfin
, tous les fonctionnaires publics leur feront fubordonnés
; ils pourront deftituer ceux qu'ils jugeront
ne pas remplir dignem feurs places , ou
qui fe rendroient coupables d'incivilme , & ils
pourvoiront à leur remplacement .
ود
e.VI. Les commiffaires départis aux Ifles- du-
Vent , pourront , s'ils le jugent uti'e , après leur
miffion remplie , paffer à Saint- Domingue pour
Le réunir à ceux envoyés dans cette Colonie , & ils
pourront y emmener avec eux le nombre des bataillons
de ligne ou de gardes nationales qu'i's eftimeront
néceffaires pour foutenir & protéger leurs
opérations . >>
Du vendredi, 9 novembre..
La relation de la bataille de Jemappes , fameufe
par les di pofitions du général , & l'intrépidité
des troupes Françoifes , ia prile de Mons,
cele de Tournay ; cette victoire enfin qui affure
la liberté de toute la Belgique , en couvrant d'une
gloire immortelle les armes de la république
a fait le principal objet de la farce d'aujourd'hui ;
elle n'a été pour ainfi dire qu'un tableau où fe
font peints les fentimens d'admiration , d'enthoufalme
, de gloire , d'amour de la patrie , qui
éclatoient dans tous les coeurs. ( Voyez la rela
tion du général Dumourier à l'article nouvelles
de la guerre. ) Larue , lieutenant - colonel , qui en
こ
#
출
( 173 )
étoit le porteur , a dir à l'Affemblée : « Je ne
fuis qu'un foldat , & je ne fuis point orateur,
Un foldat de l'armée républicaine ne doit ouvrir
la boucheè
que pour déchirer la cartouche . Mais
je préfente à la jufte admiration de l'Affemblée
le valet- de- chambre de Dumourier , le brave
Baptifte , qui a ralliés efcadrons , bataillons ,
& s'eft jetté le premier , le fabre à la main
dans un retranchement qu'il a forcé . Le général
Jui ayant demandé ce qu'il vouloit pour récom
penfe ; l'honneur de porter l'uniforme national , a
répondu Baptifte.
3
Baptifte paroît dans la barre. La falle retentit
d'acclamations . Larue embraffe à trois reprifes ce
bravecompagnon , Les applaudiffemens redoublent,
Brave citoyen , lui dit le préfident , vous vous
êtes élevé jufqu'à la qualité de premier défenfeur
de la république . En attendant la récompenfe
qu'elle vous doit , entrez dans le temple des loix au
milieu de nos aclamations . Les législateurs le trou
veront heureux de voir à leurs côtés un des braves
de la journée de Mons . »
On demande que le préfi lent donne le bailer
frateruel à ce brave homme. Baptifte eft conduis
au p:éhdent qui l'embraffe . Sur la motion de Bare
rère , la Convention nationale décrète qu'il fera
armé, monté & équipé aux frais de la république
Françoile.
On a fait enfuite le&ure des différentes dépêches
du général Dumourier. Le citoyen Egalité
monte à la tribune , & apprend à l'Aſſemblée
ce que la modeftie du général lui a fait taire , c'eft
qu'après avoir rallié la droite , il a marché luimême
à la tête des corps qui ont emporté fucceffi
vement toutes les redoutes , la bayonnette au bout
du fufil. H 3
( 174 )
L'Affemblée décrète qu'il fera célébré une fête
nationale pour honorer les fuccès des armées de la
publique. Dans les républiques anciennes , les
fêtes célébrées après des batail es , étoient des jeux
funebres . Le plus célèbre orateur venoit fur la
place publique prononcer l'éloge des héros &
des patriores morts pour leurs faintes loix. C'eft
ainfi qu'il nous convient de céléb : er nos victoires.
Quel eft celui d'entre nous qui , le coeur
oppreffé de douleer , mais l'ame exaltée par l'enthoufalme
de la vraie gloire, ne fentira pas alors
le defir , le befoin de venger les héros de la
liberté ? ainfi a dit Barrere.
Ce décret venoit d'être rendu , lofque le citoyen
Baptiste , revêru de l'uniforme nationale , a
reparu à la barre. On le fait entrer dans TACTemblée.
Le préfident , au nom de la république
Françoife , lui remet entre les mains une épée
& le fait affeoir parmi les lig flar eu s . Laru?
quine l'avoir pas quitté , dans une nouvelle cffufion
de car , fe jette à fon cou , & s'écrie : C'est liqui
avec DUMOURIER , a fauré le premier dans les retranchemens
de l'ennemi !
3
Sufpendez vos acclamations , a dit Barrère
car voici encore un trait de pathotifme & de
générofté qui mérite vos applaudiflemens, Vous
favez qu'on a fout renté pour divifer les citoyens
de Paris & les volontaires nationaux qui paffent
Far cette ville . Eh bien ! les citoyens & les
citoyennes de la fection de Bandy ont été en corps
d'affemblée jurer unien & fraternité éternelle à
leurs frères des départemens cafernés dans l'étendue
de cette fection . Voilàune autre victoire non moins
importante remportée fut les anarch : ftes.
Le refte de cette féance a été employé à porter
un décret d'accufation contre l'ex- miniftre La(
175 )
1 ofte & le général Montefquiou . D'après l'intera
regatoire que le premier a fubi à la barre , il
a paru à beaucoup de membres que l'Affemb'ée
n'étoit point affez inftruite pour prononcer
, & ils demandoient le renvoi au comité
Celui qui a parié le dernier dans cette affaire ,
& c'étoit Danton , a réfumé à peu - près ainfi ,
l'opinion de ceux qui ont voté pour le décret
d'accufation « Il ne faut pas de preuves ju
diciaires peur me.tre un miniftre en accufation .
La:ofte n'eft plus en place & il eft heureux d'avoir
à confionter au Roi un de fes anciens minifires.
Lacofle n'a jamais été désigné par les
vr.is patriotes Four être minifire . Il eft refté
au ministère prefque jufqu'au dix acûr , il n'en
ef forti que pour avoir une amb Jade Gênes .
Il n'étoit donc point haï de la cour. » Dantor
a ajouté , pour fon propre compte , qu'il s'éto
not que les membres qui crient facs cèle
contre des miniftres révolutionnaires qu'il accufent
de ne pas rendre leurs comptes , fembaflent
inciner à l'indulgence pour un ex-mi-
Lifre évidemment prévaricateur.
Qua- t au général Montefquiou , voici les principaux
griefs qui ont été articulés contre lui
per le rapporteur des comités diplomatique
de la guerre , & de sûreté publiq.c .
Oni a reproché fes pé itions à la barre de
l'Affemblée , fon pinion fur Lafayette , & l'exagération
qu'il a faite de la force des troupes du
Rei de Sarda gne .
On lui a reproché d'avoir refufé des re , forts
pour l'armée des Ardennes & des détachemens
in difpenfables pour le camp de Châloas , tandis
qu'il laiffoit dans l'inaction plufieurs bataillors ;
de s'être plaint continuellement de n'avoir pas
H
+
( 176 )
*
affez de force , en même temps qu'il licencioit
celles qui lui venoient de toutes parts.
On lui a reproché d'avoir élcigné les officiers
patriotes , de s'être entouré pour fon étatmajor
d'officiers perdus dans l'opinion des bons
citoyens .
On lui a reproché d'avoir dilapidé les finances
de l'état , par des marchés frauduleux qu'il a autorifés.
Enfia & pour dernier reproche , le rappor
teur a fait l'expofé de la conduite de ce géné
ral.. Chargé des pleins pouvoirs de la république,
il a fait une tra faction dans laquelle les inté
rêts & la dignité nationale fe trouveient com
promis. Il a ufurpé le pouvoir légiſlatif , en
exécuant ce traité avant fa ratification .
Il a
ufurpé le pouvoir exécutif en contremandant
les troops qui marchoient vers Genève far ordre
du co feil , en refufant celles qui lui étoient de
mandées pour rerforcer l'armée de C. fti : e , tandis
qu'il licencioit les bataillons de grenadiers volontaires
qui lui rettoient , & par là compromettoit
la sûreté même de la Savoie.
La feconde convention qu'il a faire en date
du 2 novembre avec les députés de Gerè e, ne
Vaut pas mieux que la première ; Montefquicu
y a mis tast de lenter , qu'il eft parvenu à
mettre le pouvoir exécutif dans la néceflité d'y
confentir , en annonçant que la rigueur de la
faifon l'empêche d'entreprendre aucunes opérations
militaire . C'eſt ainfi qu'il a livré les pa
triotes Genevois au defpotifme militaires & à
l'aristocratie des magiftrats .
Du famedi , io novembre.
On a fait le &ture d'une adreffe de la fociété
des amis du peuple de la Grande- Bretagne , de
( 177 )
le
la ville de Newington , à la Convention natio
nale , pour la féliciter de fes travaux & dcs fuccès
des armées françoifes. Voici la réponse que
préfilert a été chargé de lui envoyer , de même.
qu'aux 5,000 Anglois dont on a lu l'adreffe dans
une des dernières féances.
сс
j
Anglois & concitoyens du monde , la Convention
nationale a entendu avec une vive fen
fibilité le voeu éclatant & généreux des citoyens
Anglois qui s'uniffent de coeur à fes travaux
Qu'ils ne fe reprochent pas leur ,neutralité en
alliftant au grand fpectacle de la liberté aux prifes
avec le defporifme . Leur refpect pour une conf
titution quis favent juger en filence , n'eft lus 1
cette vicille fuperftition, qui promettoit au gous
vernement l'impunité de les fautes ; elle eft plutot
l'effet d'une gravité prudente & politique ,
qui , fachant temperer fa force , femble com
mander au gouvernement cette même neutralité ,
& l'avertir d'être jufte , ou du moins prudent
comme la haion . Croyez , générex Anglois ,
en confervant ce maintien , que vous n'en concourrez
pas moins avec nous à l'oeuvie de la
liberté univerfelle.
10314
$ 175 00
D
ל כ
Letourneur, membre du comité militaire , té
clame la parole pour un objet très - picant. Il
a notice a la Convention nationale que le mis
niftre de la guerre follicire un prompt renfort
de troupes pour nos aarmées , & que le comité
propale de décréter que les gardes, nationaux &
fédérés qui font actuellement cafernés à Paris ,
eront organifes en batail ons & mis à la difpoflon
du ministre de la guerre , que ceux qui
après un délaí fixé ne fe leront pas fait inferite ,
cefferent de toucher leur folde & d'être cafernés,
3
HS
6178 1
La difcuffion s'ouvre fur ce projet de décret.
Buzot l'attaque & foutient que ce n'eft qu'une
rufe pour enlever de Paris la force publique qui
s'y trouve & qu'il y croir fort néceffaire pour
maintenir la tranquillité .
Buzot fe trompe , dit Lacroix ; le comité vouloit
vous cacher le véritable motif du projet de
décret ; mais puifqu'on veut tout avoir , voici,
le fait le général Cuftine eft au moment d'être,
coupé. R faut un prompt fetours . Aux voix
aux voir , crient quelques membres .
Barbaroux révoque en doute le fait annoncé
par Lacroix. Il apprend comment on a circonvenu
le miniftre de la guerre pour faire éloigner,
les fedé és ; il infifte fur la néceflité de garder
une force armée Paris . Il obferve que renvoyer
cette force , ce feroit préjuger la quefiion
de la garde départementale propolée à la Convention.
Ou et donc , s'écrie til , l'armée de
Kellermann ? Où Cambon , temit donc l'armée de Biron ?
de plufieurs faits , croit utile
de les rapporter pour que la Convention n'éprouve
pas les dangers qui environnèrent les derniers
jours de l'Affemblée légiflative. » Cette
Affemblée révolutionnaire , a dit Cambon , dès
fes premiers infans , prit tous les moyens de
Préparer indirectement une infurrection qu'elle
regardoit comme neceffaire , mais qu'elle ne
pouvoit opérer directement.
En conféquence , elle déforganifa le-même
la force armée de Paris ; elle caffa l'état major ;
elle renvoya les troupes qui fe trouvoient ici
elle ferma les yeux fur l'impuiffance des autorités
conftituées ; elle arma tous les citoyens de
piques ; elle leur ouvrit les portes des Tuileries
Abani
( 179 )
eu Louis XVI s'étoit enfermé , & la royauté fut
reaverfée .
CC Mais comme alors il n'y avoit aucun corps
de force armée , une foule d'agitateurs fe mon-,
trèrent ; ils attaquerent le corps lég: flatif, & voulurent
s'emparer de la révolution pour en recueillir
les avantages . De combien d'horreurs
ne fus je pas témoin des infolens venoient
chaque jour nous outrager , & Lacroix avec deux.
aptres membres furent obligés de tomber à leurs
geroux pour les arrêter à la porte de l'Affemblée
nationale . »
» Le 2 feptembre , j'étois hors de moi ; ce-,
pendant je raflemblai quelques- urs de mes confères
& je ranimai leur courage . C'est dans ces }
jours que nous vîmes paroître à la barre des
hommes tout couverts de fang & armés de pi- ,
ques . Ils nous amenoient un de nos collègues
qu' ls n'avoient pu aflatliner , parce que le peuple ,
de Paris n'avoit pas encore perdu de vue l'inviolabilité
des députés. Mais ils nous commandoiet
de le juger , de le jeger dans la journée ,
finon le peuple fouverain en f roit juflice .
35
33
Quelle est mainter ant la marche qu'on veut ,
vous faire fuivre , on veut éloigner toute force ,
armée de Paris , & nous replonger dans la ftu- i
peur. Déjouons ces complots & fachous confer
ver notre autorité . »
Barrère a pris la parole après Cambon , fans
vouloir fufpecter niks intentions du comité ,.
ni celles du miniftre de la guerre . Il a demandé
fi c'eft feulement à Paris qu'il y a des foldats ,
armés.
Il y a nombre de volontaires armés , équipés
& organifés à Meaux , à Soffons , à Versailles ,
à la Fère, Les volontaires de Paris ne font point
H 6
( 185 )
organifés. Ce ne font donc pas cerz là que le mi
niftre devoit d'abord faire partir .
L'orateur jette enfuite un coup-d'oel fur l'état
de Paris . Il examine fi les loix y font bien refpectées
, fi elles le feront toujours , & fi la Convention
nationale ne fe trouvera pas dans des ci «;
conftances extraordinaires . It did un mot fur les >
élémens qui ont compafé la commune de Paris;
& ce mot eft que la Convention cût bien mé ›
rité de la patrie , fi , après avoir aboli la royauté,
eile eut caffé cette commune . Ap.ès une révolation
, l'inftrument qui a fervi à la faire doit
être brifé.
Il cite un fait affez étrange. Dans quelques
fections de Paris , on a porté des liftes à figner +
fur lefquelles étoit écrit : Veut- on la république,
ou la royauté ?Z
Barrere a conclu en demandant l'ejourneme-
t du projet du comité & même celui de la
force départementale , jufqu'après un rapport fur
la fituation de Paris.
Après de violens débats , l'Affe.nblée a paffé à
l'ordre du jour fur le premier article du comité
qui confifte à mettre à la difpofition du miniftre
de la guerre , les bataillons de volot taires natio
naux qui étoient deftinés pour le camp de Soiffons
& de Paris. L'ordre du jour a été motivé ſur ce
que le miniftre a le droit de les faire partir . Les
autres articles ont écartés par la quetion préalable
.
Une lettre des adminiftrateurs de Boulognefar
-Mer , informe l'Affemblée que des François
venant de Londres , les uns munis de paffe - ports
de l'Ambaffadeur de France , les autres fans paffeports
, débarquoient en France & pénétroient dans
( 181 )
l'intérieur , l'Affemble a rendu le décret fuivant
:
Les émigrés rentrés en France font tenus de
foir du termiteite de la République : favoir de
Paris & de to te autre v le dont la population eft
de vingt mil e ames & au- deffus , din 24 heures
du jour de la promulgation de la préfente loi , &
d.ns quinzaine du même jour , de toutes les autres
parties de la République . Après ces délais , ils
feront cerfés avoir enfrent la loi du banniflement :
& puis de mort, » .
De Paris , le 15 Novembre 1792 .
Tant qu'il n'y aura point de Maire à
Paris , tant que la Municipalité , le Dé-
Fartement & la force armée ne feront
point organifés , tant que les Tribunaux
provifoires n'auront pas cédé leur place
à des Tribunaux plus ftables , & que les
Sections permanentes continueront à délibérer
à part , & en concours avec leurs
Repréfentans qui conftituent la Commune,
PAdminiftration n'aura point de marche
fixe & affurée , les autorités fe heurteront
entre elles , ou feront impuiflantes ; l'anarchie
favorifera toujours les abus & les
brigandages , & les agitateurs intéreffés à
propager le trouble , prolongeront leur
exiftence politique , que le retour de l'ordre
& le règne des loix feroient bientôt évanouir.
*
[ 482
Nous ne favons par quelle fatalité lei
fcrutin de la femaine dernière n'a donné
aucune majorité pour l'élection du Maire.
Les fuffrages fe font tellement difperfés
que l'opinion devient plus incertaine
qu'elle n'étoit au commencement. Le refus
de Pétion a replongé les Sections dans l'em.
barras de lui donner un fucceffeur , & ce
n'eft pas un médiocre éloge pour lui.
Antonelle , qui dès le principe avoit eu
plus de 2000 voix , n'en a pu réunir que
300 ; & Hérault Sechelles , qui en avoit obtenu
1704, s'eft trouvé réduit à 820.Ceux qui
ont fixé le plus grand nombre de fuffrages.
font d'Ormefon , l'ex- contrôleur général ;
Chambon , médecin ; & l'Huillier , de la
Section de Bonconfeil. Le balotage devoit
fe faire entre d'Ormefon & l'Huillier ; mais
la Municipalité a jugé à propos d'annuller
ce fcrutin fur le motif que les élections
n'avoient pas été faites le même jour , ainfi
que le prefcrit un décret dont la Municipalité
ne s'étoit probablement pas fouvenue
pour les fcrutins précédens . Elle en
a ordonné un nouveau , dont le réſultat
n'eft point encore connu & qui , fuivant
les apparences , ne fera pas le dernier.
Paris fortira - t il enfin de ce cahos d'irréfolution
auquel tant de perſonnes trouvent
leur profit ?
P
A en juger par le rapport fait par le
( (183 ; )
Préfident du comité de sûreté générale ,
Paris eft fort tranquille , & la Convention
nationale y eft tellement en sûreté ,
qu'il eft inutile d'appeller aucune force
armée ; mais l'ordre jour invoqué &
adopté fur l'impreffion de ce rapport , les
contradictions & les débats , à la fuite def
quels on a écarté le projet, de décret tendant
à éloigner les volontaires fédérés qui
fe trouvent à Paris prouvent affez qquuee la
majorité de l'Affemblée n'a pas partagé ,
fur ce point , l'opinion de Bazire. Cependant
, on peut dire qu'il y a moins de
mouvemens réels que d'agitations dans la
capitale , plus d'effervefcence dans les
efprits que de difpofitions aux troubles &
à la fédition. Cet état tient à la nature
des chofes , à l'importar ce des objets dont
va s'occuper la Convention , au jugement
du procès de Louis XVI , aux idées peu
juftes que plufieurs Sections fe font faites
de leurs droits , & à cette multitude d'in-,
térêts , de pallions & d'opinions diverfes
qui accompagnent toujours les grandes révolutions.
Il eft poffible qu'une fociété qui
s'étoit acquife une grande influence, veuille
conferver fon afcendant fur la Convention
; mais pour la gloire de Paris &
l'honneur de l'humanité , ils ne reparoîtront
plus ces jours de meurtre & d'effroi
commandés par une poignée de brigands
que le Peuple défavoue, & que les Dég
!
( 184 )
pa -temens ont marqués du fceau d'un
opprobre éternel . Toutes ces horreurs
font paffées , & fi des fcélérats tentoient
de les renouveller , tous les Citoyens fe
roient leurs hourreaux .
Cette fociété , fi utile tant qu'elle ne
s'eft pas laiffée fubjuguer par quelques
dominateurs , qui a voulu tout foumettre
à fon opinion, eft foumife à fon tour au
jugement de l'opinion univerfelle . Deux
de fes Membres , également recommandables
par leurs talens & leur patriotifme ,
dont l'un , plus impétueux & plus ardent ,
n'a jamais pu fupporter aucun defpotiſme ,
pas niême celui des méchans , & dont la
raifon de l'autre n'eft pas moins impérieufe
pour être plus tranquille & plus calme ,
Briffor & Pétion viennent de s'expliquer
fur l'efprit aduel de la fociété des Jacobins
de Paris , de manière à jeter de grands
traits de lumière fur l'opinion que doivent
s'en former les Départemens. Le premier ,
en s'adreffant à tous les Républicains de
France , fait un expofé de fa conduite , de
fes principes , marque l'époque où cette
fociété a commence à fe later maîtrifer
par quelques individus qui ont bien plus
d'audace que de talens ; it les déminique
non par des mots mais par des faits . If
réfute l'idée abfurde & chimérique d'ur e
faction de la Gironde à laquelle off a im ?
puté , tantôt de vouloir livrer la France d
( 185 )
Brunswick , tantôt de vouloir démembrer
P'unité de la République. Il peint à grands
traits la véritable faction , celle des déforganifateu.
s. Ce morceau , plein de vérité &
de chaleur , mérite d'être cité :
ce Les déforg nifateurs font ceux qui , après
la defirection du defpotifme , rerverfent ou
cherchent à renverser les autorités conftituées
par le Peuple , folent arx pieds les Loix , invefliffent
ene Mur icipalité de toute la puillance
Nationale , élèvent ecu'elles & les Repréfen
tans de la Nation , une lutte impudente , aviliffent
ces Représentans , appellent les poignards
fur ceux qui ofe..t réfifter à la tyrannie muni
cipale., »
« Les déforgarifateurs font ceux qui , s'at ,
mant d'un prétendu pouvoir révolutionnaire
fignent , au mép.is de la Loi , des lettres - decachet
, oa plutôt des arrêts de moit , entafl nt
des victimes dans des cachots , pour les y faitę
égorger dans des mentes fioilement préparées ,
inondent les aimées & les Dépa temers d'émifaires
, charg's de pê.ber les incendios , le pil
lag , la loi ar ie , & d'y f.mi ia ifer le Peuple
avec l'effifion du fang & le fpectacles des têtes
couples. »
« Les déforgarifateurs fent ceux qui entourent
le co fail exécutif , & tous fes agens , de
fa x fourçons , de fanfics accufatiors , pour
leur ôter la confiance & rainer la chofe pu
blique par ce défaut de confiance ; qui , par
des placards , excitent le Peuple contre en Minife
, perce qu'il ne veut pas payer l'apologic
de leur brigandage ; contre la Convention
Parce qu'elle ne veut pas fanétionner leurs for(
186 )
faits ; qui , pour la divifer , y. fuppofent des
partis , & pour cacher les crimes de leur face
tion , en prêtent aux hommes les plus vertueux
& indépendans de toute faction . »
« Les déforganifateurs font ceux qui , abufar t
des mots , prêchent à une ſection du peuple
qu'elle eft le peuple , le vrai , le feul fouverain ;
qu'elle peut tout renverfer ; qu'il n'y a plus d'autorité
que la fienne ; qui ne veulent ni municipa
lité , ni corps adminiftratifs , ni pouvoir exécutif,
ni tribunaux , ni force aimée ; qui fubftituent à
tous ces refforts , un mot , un feul mot : la fou
veraineté du peuple ; parce qu'avec ce mot on
commande à fon gé des Sint - Barthélemi , &
qu'on peut voler impunément les propriétés nationales
& particulières . »
« Les déforganifateurs font ceux qui veulert
qu'il n'y ait pas une feu'e loi , même réglemen
taire , qui ne foit ratifiée par les 25 millions de
François , parce que l'impoffibilité d'obtenir jamais
une pareille ratification , éternife l'anarchie , &
que l'anarchie éternife l'impurité du pillage & des
affaffinats . »
« Les déforganiſateurs font ceux qui prêchent
hypocritement l'égalité politique des départemens ,
é'èvert de fait , Paris au- deffus de tous ; qui ne l'-
lèvent ainsi que pours'élever eux - mêmes au- deffus
de tout ; qui ne veulent l'unité de la République ,
que pour ramener toute la République à leur petit
foyer d'intrigues , & dominer de ce point tous les
départemens. »
« Les déforganifateurs font ceux qui veulent
tout niveler , les propriétés , l'aifance , le prix des
denrées , des divers fervices rendus à la fociété ,
&c. ; qui veulent que l'ouvrier du camp reçoive
l'indemnité du légiflateur ; qui veulent niveler
( 187. )
même les talens , les connoiffarces , les vertus
parce qu'ils n'ont tien de tout cela . Les perfides !
ils veient bien que , fi le peuple perdoit ce fentie
ment irtéfiftible qui lui fait rendre hommage à la
fupériorité des talens & de la vertu , le crime eft
fur le trône. Car ce fértiment tient a l'amour de
l'ordre ; & ôtez cet amour dans un état libre , cu
il n'y a pas de force , la fociété L'eft plus qu'une
boucherie cu le cannibale le plus féroce donne la
loi »
« Les déforgarifateurs , enfin , font ceux qui
veulent tout détruire & ne rien édifier ; qui veu
lent ou une fociété fans gouvernement , ou un
gouvernement fans force ; qui ne veulent point
de conflitution mais des révolutions , c'eſt - à- dire ,
des plages & des maflacres périodiques .
es
ל כ
Que doit il éfalter de ce fyftême déforganifateur
? les fcélérats dominent ; les gens de
bien périffent ou fuyent, la fociété n'eft plus qu'un
défet la partie laboricufe du peuple n'a ni travail
, i pain..... Voilà l'abyme ou cor duitent
les déforganifateurs ; ils font donc les plus cruels
ennemis du peuple.
כ כ
« Maintenant voulez vous favoir cù font ces
déforganicurs ? Lifez Marat , entendez à la
tribune des Jacobins , Chabot , Robespierre , Collotd'Herbois
, &c. & c.; lifez la plupart des placards
qui faliffert les murs de Paris ; parcourez l'hiftoire
de la Révolution depuis le 2 Sptembre ; fouillez
les regiftres de profcription du fameux Comité
de Surveillance ; entendez les voriférations des
Miffionnaires qui pérorent dans les grouppes ;
rappellez- vous les piédications des apôtres de l'affaffinat
dans les Départemens , les lettres d'invitation
à l'affallinat du Comité de Surveilar ce ,
les exécutions de Meaux , Charleville , Cambray ,
( 188 )
dans ros diverfes armées , les apologies de ces
exécutions faites dans les écrits & les tribunes
& tout vous convaincra de l'existence d'un parti
déforganifateur . »
Lettre de Jérôme Pétion à la Société des Jacobins!
Depuis quelque temps , dans cette Société ,
on me porte des attaques plus ou moins directes
plus ou moins vives . Julqu'ici je n'ai pas cru
devoir répondre , mais il eft temps d'arrêter ce
fyftême d'int gues & de calomnie . Je n'aime pas
à parler de moi ; je ne me fais jamais permis de
dire en public un feal mot des fervices que j'avois
rendu ; je le dois aujourd'hui , je vais le faire , &
fans affe&ter une fauffe modeftic . »
« J'ai aimé & cultivé la liberté , avant qu'elle für
née dans mon pays. "
« Je me fuis livré à l'étude des loix & des
Gouvernemens , & j'ai fait , avant la Révolution ,
des ouvrages qui refpirent l'amour de l'égalité &
de la berté. »
« J'ai défendu avec conf conftance & courage les
droi's du peuple dans l'Affemblée Conftituante,
« J'ai fauvé corte Société , lors de la fameufe
Scition . Jai vu un inftant eu elle étoit composée
de trois Membres de l'Affemblic Nationale , &
de vinge à trente autres Citoyens . La terreur
avoit diffipé le refte ; elle avoit diffipé plufieurs
des hommes qui y puent aujourd'hui les plus
grands rôles . Des trois Membres de Ademblée
, l'un étoit peu connu . Robespierre , qui avoit
une réputation faite de patriotime , ne jouilloit
pendant pas de ce genre de confidération que
donnent la fageffe & la mefure dans la conduite des
affaires publiques . J'ai vu Robespierre tremblant,
Robespierre voulant fair , Robespierre n'cfant ſe
( 189 )
montrer à l'Affemblée ... Demandez- laj fi je trem-
Blois, »
ce J'ai fauvé Robespierre lui - même de la perfecution
, en m'attachant à fon fort , lorfque tout
le monde l'abandonnoit . »
J'ai fauvé plus d'une fois Paris , & j'ai épaigné
le fang du peuple . »
« Je n'ai pas peu contribué à amener la journée
du 10 acût. »
« Je n'ai plus eu depuis la même influence fur
les évènemens ; en jugera fi cela a été plus utile que
nuifible au bonheur de cette ville , & à la tranquillité
de fes Habitans . »
J'espère encore fervir ma Patrie
Je déc'are que je n'appartiens & que je n'appartiendrai
jamais à aucun parti. »
CC
Je déclare que je ne connois point de fuction
Briffot ; que malgré l'aveuglement général , &
Pacharuement à cet égard , cette faction cft une
chimère , & qu'il n'eft pas d'homme meios propre
à être chef de part , que Briffot.
ל כ
« Je déclare que la fociété des Jacobins a
rendu les plus grands fervices , qu'elle peut en
rendre encore d'importans ; & que je la défendrai
de toutes mes forces , mais fans prévention :
que j'adopterai fes opinions , quand je les croirai
bonnes ; que je les combattrai , quand je les
croirai mauvaiſes . »
сс
Lorfqu'on confidère quelques - uns de ces
hommes fi ardens patriotes en apparence , de ces
far faros de liberté qui étoient jadis efclaves
& qui demain le feroient encore fous un Roi ,
de ces hommes qui ont l'infolence de ne trouver
perfonne à leur hauteur : cela dégoûteroit du
patriotifine , fi cette vertu n'étoi pas gravée,profondément
dans le coeur. »
( * 190 )
α
Quant à moi , je fuis aujourd'hui ce que
j'ai toujours été. Inébranlable dans mes principes ,
je réponds que , quelque chofe qui arrive , je
mourrai libre . »
Pétion a publié également l'opinion qu'il
devoit prononcer à la tribune fur l'accufation
intentée contre Robespierre. Le témoi
gnage de celui qui a été , par fa place , le
ténioin irrécufable des évènemens , aura
fans doute quelque poids aux yeux de ceux
qui connoiffent le caractère de Pétion . II
en réfulte :
1°. Que les hommes qui fe font attribué
la gloire de la journée du 10 août
font ceux à qui elle appartient le moins ;
qu'elle eft due à ceux qui l'ont préparée ,
à la nature impérieufe des chofes , aux
braves fédérés & à leur directoire fecret ;
2°. Que la Commune , au lieu de mettre
un terme au mouvement révolutionnaire
qui étoit fini , trouva plus grand de rivalifer
avec l'Affemblée légiflative ; qu'elle
obéifloit ou réfiftoit aux décrets , fuivant
qu'ils favorifoient ou contrarioient fes
vues ;
3°. Que depuis cette époque Pétion ne
conferva plus qu'une ombre de pouvoir ,
& qu'il ne voulut pas que fon nom fut
attaché à cette multitude d'actes irréguliers
;
4°. Que Robespierre prit le plus grand
afcendant dans le confeil , que depuis le
( 191 )
décret qui rouvroit les barrières , il ne vit
plus que des précipices & des confpirations,
& ne fignalât que de prétendus confpirateurs
, qu'il échauffât le peuple par les
déclamations les plus animées , & que les
fections recevoient cette influence & la
communiquoient à leur tour.
5°. Que le Comité de Surveillance rempliffoit
les prifons , qu'un hommie dont le
nom feul eft devenu une injure , & jette
l'épouvante dans l'ame des Citoyens paifibles
, Marat s'étoit emparé de la direction
de la Police ;
6°. Que les crimes du 2 Septembre &
des jours fuivans n'auroient point eu lieu ,
qu'ils euffent été arrêtés , fi ceux qui avoient
en main le pouvoir la force , les euffent
vus avec horreurs que ceux qui maffacroient
dans les prifons étoient fort peu nombreux ,
que Pétion n'en fut inftruit que d'une manière
vague & indirecte ; que fur le champ
il écrivit au Commandant général , & n'en
eut point de réponfe ; qu'il lui écrivit de
nouveau , que le Commandant répondit
qu'il avoit donné des ordres , & que fes
ordres ne s'exécutèrent point ;
7°. Que le Comité de Surveillance de la
Commune lança en effet un mandat d'arrêt
contre le Miniftre Roland le 4 Septembre ,
époque où les maffacres duroient encore;
8°. Que l'Affemblée Electorale fut in-
Auencée , dominée par un petit nombre
( 192 )
d'hommes , & que les élections furent pr
parés par des liftes qui furent exactement
Tuivies ;
9°. Que de nouveaux maffacres furent
annoncés pour le 20 Septembre ; qu'on
défigna pour victime plufieurs Repréfen
tans du Peuple , les plus ardens défenfeurs
de la liberté ; que Pétion a fait plufieurs fois
de vifs reproches à Robespierre fus fes ſoupçons
contre des Députés , & notamment
contre Briffot , & que Robespierre lui affura
que Brit étoit à Brunfick.
Enfin , qu'il ne croit pas que Robespierre
ait afpiré a la Dictature ; mais ce que l'on
aura peine à croire, que c'étoit Marat qui la
follicitoit pour lui . Si fą folie , dit Petion ,
n'étoit pas féroce , n'y auroit rien d'aufii
ridicule que cet être que la nature femble
avoir ma qué tout exprès du fceau de fa
réprobation ..
Le mémoire de Briffot , le difcours &
la lettre de Pétion , le compte rendu par
le Miniftre de l'intérieur , l'accufation de
Louvet , la réponſe de Robespierre , les
obfervations faites par les divers . journaliftes
, le public a maintenant fous les yeux
toutes les pièces d'inftruction ; c'eſt à lui
à juger fi Robespierre s'ekt juflifié , & fi ,
fur une accufation aufli motivée , un fimple
ordre du jour est un decret juftificatif.
1 eft temps de faire celler toutes ces quexelles
qui méritent bien moins d'impor
tance
( 193 )
tance par leur nature , & fur tout par les
perfonnages qui cherchent à jouer un rôle,
que parce qu'elles font liées à l'ordre pu
blic dont tous les Départemens & la Convention
nationale ont befoin pour donner
enfin des bases affurées au gouvernement
& mettre à profit les heureux fuccès de
nos armes .
Que tous les citoyens des Départemens ,
toutes les fociétés patriotiques dont plufieurs
fe,font déjà expliquées , après avoir
mûrement examiné la ddooccttrriinnee & la conduite
des déforganifateurs , expriment leur
profeffion de foi politique , d'une manière
ferme & précife; qu'ils les marquent du
fceau de leur improbation , & qu'ils adreffent
leur opinion motivée , à la Convention
nationale & à la fociété mère des
Jacobins, & les factions ainfi que les
factieux rentreront bientôt dans le néant.
Il ne s'agit pas de détruire les Jacobins de
Paris , ni de tenter ce que n'ont pu faire
ni Léopold , ni Lafayette ; cette forfanteric
de Robespierre n'eft qu'un miférable lieu
commun ; ce que n'ont pu faire les Puiffances
coalifées , le pouvoir plus grand de
l'opinion , le pourroit fans doute ; mais il
S'agit de délivrer cette fociété de la tyrannie
de quelques individus qui l'aviliffent ,
& de ne pas partager leur délire.
No. 46. 17 Novembre 1792.
I
al oper op 23
( 194 )
Marat n'eft pas refté long- temps enféveli dans "
fanofépulcre. Ce grand prophète eft refufcité le
troifième jour tout refplendiffant de gloire. Il
digne honorer quelquefois la Convention de fa
prélence. Ses feuilles fe font beaucoup civilifées ,
il n'y prêche plus que le partage des terres &
le dépouillement des riches .
e 3.19m
Anecdote.
Voici un trait que l'hiftoire ne négligera
point. Un hullard patriote ayant été
pris par les Emigrés , ceux- ci lui firent les
menaces les plus terribles , auxquelles il
répondit froidement : « J'ai foi , qu'on
me donne à boire. » On lui préfenta de
l'eau , il la jetta par terre en difant : « C'eſt
du vin qu'il me faut : je ne fuis point accoutumé
à boire de l'eau. » On lui cria
qu'il feroit pendu. Le prifonnier jetta un
regard de dédain fur celui qui avoit fait
la menace. Vil fuppôt du defpotifme
?
i répondit - il , crois tu intimider un
homme libre par la menace de la mort ?
Apprends que nous fommes fix millions
d'hommes qui donneroient mille vies pour
f'arracher la tienne & celle de tes infâmes
foutiens facrifie-moi à ta fureur ; tiens ,
frappe , mes frères me vengeront. >>
a
Poltronnerie des Princes.
Lors du fiége de Verdun , uae bombe tomba
( 195 )
près d'eux . Ces b....r. là tirent jufte , dit le
Comte d'Artois , en reculant de 300 pas . Comme
ces coquins la fe battent , difoit Monfieur
& il palifoit ! - Dans une autre occafion , un
des émigrés cria : fauve qui peut. Alors les
Princes fe mirent au galop pendant une demilieue.
Nouvelles de nos armées.
Armée du Brabant. Enfin la valeur françoife
vient de le déployer fous les drapeaux du génie
républicaia . Nous avons vaincu les Autrichiens
en bataille rangée , & les Autrichens occupoiene
fur une hauteur une pofition avantageule , défendue
par trois rangs de redoutes & par cent
bouches à feu. La bataille de Gemmappe fera
célèbre à jamais , & pour notre g'oire , & pour
la liberté de la Belgique dont elle marque l'époque.
Le Général Dumourier en a informé la
Convention nationale en termes précis & géné
raux, & il s'eft référé pour les détails au compte
qu'il en a rendu au miniftre de la guerre . C'eft
cette lettre que nous nous empreffons de publicr.
11 2
Le Général DUMOURIER au Citoyen PACHE ;
Miniftre de la Guerre.
Quartier général de Mons , le 7 novembre
er
1792 , l'an 1 , de la République Françoife .
ec Vous verrez , par le lieu d'où je date ma
lettre , combien le temps a été bien employé
depuis la dernière lettre que je vous ai écrite
( 196 )
du quartier général d'Honing , Je l'ai quitté le 3,
pour aller avec mon avant - garde prendre une
pofition entre Elouges & Whieries. Cette pofition
néceffitoit la piife d'un village nommé Thulin
, d'où nous avons été repouflés , parce que
les Belges , qui étoient chargés de cette attaque,
s'étoient trop aventurés au - delà du village près
du moulin de Bouffu , & n'avoient point pris de
canons avec eux. 1I.ssoont été enveloppés par 12
à 15 cents huffards , qui en ont taillé deux compagnies
, & qui auroient détruit tout ce corps ,
fans l'extrême valeur du 2. régiment d'huffards,
qui , n'étant pas plus de 300 hommes , a chargé
cette forte troupe de huffards Autrichiens , & a
dégagé les Belges , dont il a affré la retraite . Le
même jour , le Général d'Harville eft arrivé
avec fon armée à Bavay . Le lendemain 4 , j'ai
tiré du camp d'Honing , neuf bataillons pour
fortifier l'attaque de Thulin , & prendre de force
la pofition de Bouffu . Mon projet alors étant
d'effectuer une réunion avec le géneral d'Harvile
, il étoit néceffaire de chaffer les Autrichiens
de la longue bande de bois qui s'étendent depus
Sars jufqu'à Boulu . J'ai arrangé une attaque
combinée , d'après laquelle le Général d'Harville
devoit s'emparer du château de Sars. Le Colonel
Fregeville , du 11. régiment de chaffeurs , devoit
avec fon régiment & de l'infanterie légère ,
pénétrer par Blangis , en le dirigeant fur le même
château de Sars & , remontant par la droite des
bois, devoit s'emparer du village de Frame: ies ,
pendant que , longeant les mêmes bois par la
gauche, je m'empa érois de celui de Bouffu. Ces
trois attaques ont pa: f.itement réuffi . Les Autri-
Chiens ont défendu avec affez d'opiniâtreté le
moulin de Bouffu , d'où je les ai dépoftés avec
( 197 )
C
mon artillerie. Ils y ont perdu s ou 600 hommes.
Le combat s'eft paffé en artillerie . J'ai bivouaqué
la même nuit avec l'avant- garde à la tête du bois
de Bouffu , & j'ai ordonné à l'armée de venir
bivouaquer fur le terrein d'Elouges . Je me fuis
renforcé en groffe artillerie & en obufiers, d'après
le fuccès de cette journée. »၁၁
« Les , j'ai recenou la pofition des ennemis
fur les hauteurs de Jemmappe ; j'ai attaqué avec
de l'infanterie le village de Quarcignon , pendant
que j'occupois leur gauche par une canonnade
aflez vive . Ce même jour , le Colonel Fregeville
a tâté leur gauche , il y a eu divers petits
combats d'infanterie & de cavalerie , où nous
avons toujours eu le deffus . Le Général d'Harville
n'a pu arriver ce même jour qu'avec la
moitié de fon armée , d'environ 6000 hommes ,
à la hauteur de Framelies ; j'ai pris alors mon
camp en face de Jemmappe , la gauche appuyée
à Hereu , la droite à Frameries . J'ai fait venir
ma greffe artillerie à Bouffu , aina que l'hôp'tal
a nbulant , mitent déterminé à attaquer le len
demain les hauteurs de Jemmappe d'une manière
décifive , pour ne pas laifer le temps à l'armée
de Claifay: d'opérer la jonction ; j'avois fit
abandonner ce même foi le village de Quarcgnon
, qui re pouvoit pas le foutenir contre les
forces qui étoient à Jemimappe ,étant dominées par
ce village.
Le 6 au matin , j'ai fait avancer 12 pièces
de 16 ; 12 de 12
& do ze obufiers , que j'ai
placés en batteric far tout le front de ma ligne.
Le Général d'Harville , placé fur les hauteurs de
Ciply , flanquoit la gau he de l'ennemi , dont j'attaqucis
la droite , en reprenant le village de
Quarcignon par les "Belges , foutenus par neuf
I 3
( 198 )
3
bataillons aux ordres des Maréchaux- de - camp
Ferrand, Rofices & Blottefière. Le centre de l'attaque
, compofé de 18 bataillons , était aux ordres
du Lieutenant - Général Egalité , & des Matéchaux-
de camp Stetenhoff, Desforets & Drouet.
La droite , compofée de l'avant garde , étoit aux
ordres du Lieutenant- Général Beurrouille & du
Mar chal de camp Dampierre . La divion du Général
a Harville ne pouvoit nous fecourir dans
notre attaque que par fon canon , étant
gnée des retran hemens de l'ennemi . »
3
•
trop éloi-
A midi précis , toute l'infanterie fe mit
en un clin- d'oeil , en colonne de bataille , & fe
porta avec la plus grande rapidité &la plus grande
allégrefle vers les retranchemens de l'ennemis
pas une tête de colonne ne refta en arrière. Le
premier étage de redoutes fut d'abord emporté
asce la plus grande vivacité , mais bien or les
ebftacles fe multipliant , le centre courut des
dangers & je vis de la cavalerie ennemie
prête à entrer dans la plaine pour charger les
colonnes par leur flanc. J'y envoyai le Lieutenant-
Général Egalité , qui par la valeur froide
ralia très vite les colonnes , & llee mena au fe
cond étage de redoutes. Je venois de fa re foutenir
cette attaque par le 6. régiment d'Hoffards
& le 3. de Chaffeurs , qui arrivèrent trèsà
propos pour contenir & charger la Cavalerie
ennemie. Je me portai en même temps à la droite
où je trouvai qu'après un plein fuccès de la part
du Général Beurnonville dans l'attaque des redoutes
qu'il avoit tournées & emportées , un peu
de defordre s'étoit mis dans fa cavalerie peudant
qu'il étoit occupé à la tête de fon infanterie
. Je la ralliai fiès- vite , & elle chargez dans
l'inftant même avec la plus grande vigueur , la
( 1997)
cavalerie ennemic qui gagnoit déjà notre flanc
droit ; pendant ce ralliement , cette cavalerie
voulut enfoncer le premier bataillon de Paris ,
qui la reçut avec la plus grande vigueur , & lui
tua 60 hommes d'une décharge. Pendant l'in
tervalle de ce combat de la droite , notre gauche
avoir emporté le village de Jemmappe note
centre avoit enlevé les fecondes redoutes. Il
fallu donner un nouveau combat fur la hauteurs
mais il fut moins vif & meins long les Autrichiens
étant entièrement confternés de la vâleur
opiniâtre & toujours croiffante de nostroupes,
A deux heures , ils firent leur retraite dans le plus
grand défordre , nos troupes occupoient alors tout
le terrein des ennemis , jonché de morts & de
bleffés des deux partis . Sa perte étoit fi confide
rable & fa confternation fi grande , qu'il traverfa la
ville de Mons fans s'arrêter , ni fur Berch unent
ni fur le Mont - Palifel , ni même fur les hauteurs
de Nimy ...
Je poftai l'armée victorieufe , fur la hauteur
du village de Cuefies , que j'occupai aves de
F'infanterie si on prit dans ce village une pièce , de
canon de treize , en y ramalla des bleſſés & des
déferteurs... Je fis ocuper dans la mêmejournée
de Mont- Palifel , par la divifion du Général
Harville, & celui de Berchaumont par celle du
Maréchal- de-camp Stetenhoff. J'envoyai femmer
la ville de Mons , & on entra dans des pourparlers
, dont vous verrez le détail dans les pièces
ci - jointes. Les troupes qui avoient déjà - bivaqué
depuis trois jours , qui n'avoient pas pu faire la
foupe de jour de cette renible bataille emontroient
toujours la même ardeur & modemandoient
avec inftaros de marcher Mons de
Peſcaladen. Je fus obligé de leur promettreigis
I
( 200 )
autoient cette fatisfaction le lendemain , & je fis
effectivement mes difpofitions pour completter
la circonvallation de Mons , & pour l'attaquer
dans plufieurs endroits à la fois. Les ennemis
avoient profité de la nuit pour l'évacuer , & des
derniers 400 hommes qu'ils y avoient slaiffé ,
en font fortis vers neuf heures du matin . Je
m'occupois à placer mes batteries , lorsqu'à neuf
heures , les Habitans , après avoir rompu les portes
que les Autrichiens avoient fermées , font venus
m'inviter à entrer dans la ville ; ce que j'ai exécuté
fur- le-champ. Les Magiftras fe font trouvés à
la porte de la ville , & m'ent offert les clefs '; je
leur al dit , en pofant ma maia deffus , que nous
venions comme frères & amis , pour Jes engager
à tenir toujours leurs portes fermées contre leurs
anciens oppreffeurs , & à défendre la liberté que
nous venions de leur conquérir dr
« L'armée des Autrichiens étolt comfolée , ſelon
les calculs les plus modérés , de vingt mille
hommes. Nous n'avions pas plus de trentè mille
combattans. La pofition des Autrichiens étoit formidable
, leur droite appuyée au village de Jmmappe
formoit une équerre avec leur front ,
la gauche qui étoit appuyée à la chauffée de Valenciennes
ils étoient placés dans toute certe
longueur , fur une montagne boifée , où s'éle
volent en amphithéâtre , trois étages de redoutes ,
garnies de vingt pièces de grote artillerie , an
moins autant d'ob.fiers & de trois pièces de canon
de campagne par bataillon , ce qui préfentoit une
artillerie de plus de cent bauchs à feu . Nous en
avions autant , mis félévation de leurs batterids
kur donnoit un avantage , fi nous perfévérions à
vouloir terminer l'affaire à coups de canon. Déjà
depuis long temps les troupes , fe confiant à leur
( 201 )
2
13
valeur , m'avoient témoigné le defir le plus vif
de fe mefurer de près avec les ennemis je partageois
cette confiance , parce que dans tous les
⚫ mouvemens que je leur avois fait faire fous le feu
er & marde
l'ennemi , je les avois vues mancuyrer
cher commeà l'exercice. Dans les trois précédentes
journées fur- tout , j'avois admiré moi - même lear
précifion à exécuter les marceuvres & les déploiemens
que je leur ordonros. La canonade la plus
vive de part & d'autre s'eft ouverte à fert heuics
du matin , cle a duré juſqu'à dix heures , fans
que j'aie apperçu un fuccès affez déc fif pour me
borner à ce genre de combat ; à mesure que je
parcourois le front de la ligne , les troupes me
témoigoient la plus vive impatience d'approcher
l'ennemi à la bayonnette. Le général Beurnonville
me le propofoit depuis très -long- temps , ainfi que
le general Egalité. Je retenois leur ardeur pour la
rendre encore plus vive , car mon projet étoit bien
décidément de terminer cette affaire , en emportant
les redoutes . Je me contentai cependant de
approcher mes batteries pour faire plus d'effet , &
jo donnaill'attaque du village de Quarcignon , parce
que je ne pouvois pas de ce côté attaquer Jemmappe
avant d'avoir pris le premier village . J'ervoyai
le colonel Thouvenot , adjudant - ge éral ,
cffier du plus rare méite , Four diger cerre
attaque , il fe chargea d'emporter Jenimappe &
tout le flanc droit de l'ennemi . Je mandai au
général d'Harville de rapprocher fes batteries
Four qu'elles fiffent plus d'effet fer la gauche de
l'ensemi. Je mandai au géneral Beurnonville dé
faire la rême matcovie & d'être pêt à attaquer
à midi précis ; je fis paffer le même ordre a la
gauche , parce que je calculai qu'alors nous ferions
maîtres de Quarcig on , qu'il étoit néceffaire
>
( 202 )
d'occuper , parce que mon attaque de gauche aurot
pu être tournée par ce village , fi ? 、na mi
eétoit refté maître. "
ec
Cetre journée , à jamais mémorable , couvre
la Nation Françoife d'une gloire immortelle." It
n'eft pas un bataillon ni un efcadion , il n'eft
Pas un individu dans l'armée qui ne fe foit
battu , & de très - près. Vous conr.oiffez déjà
les talens & la valeur du Général Beurnonville ;
tous lleess autres Généraux , & fur-tout le Général
Egalité , ont mis,la plus grande intelligence
dans la conduite des troupes. Les Officiers de
I'Etat- Major & les Aider - de- camp ont porté les
ordres avec la plus grande intrépidité & la plus
grinde prudence , au milieu du feu & du catnage
le plus terrible . Le Général Drouet a cu
une jambe caffée d'un coup de feu . Le Colonel
" Chaumont , Adjudant-général , a eu un bras traverfé
d'une balle , & fon cheval tué fous lui .
Le Général Ferrand a eu une forte contufion à
une jambe , & un cheval tué fous lui. L'Adjudant-
general Montjoie a eu la bouche percée
d'une balle , qui lui a enlevé fept dents. Le
Colonel Dubouret , du 104. régiment , a été
grièvement bleffé , ainfi que le Citoyen Berteche ,
Lieutenant de la Gendarmerie Nationale , beffé
de 41 coups de fabre , après avoir tué 7 hommes.
Le Citoyen la Soffe , Leutenant - Colonel du
bataillon des deux Sèvres , a en un bras caffé
d'une balle beaucoup d'autres Officiers & Soldats
ont été tués & blefiés .
Je ne fais pas encore au jufte quelle eft
notre perte ; mais je l'effime à 300 morts &
600 bleffés . Je vous enverrai l'état , dès que
j'aurai pu le recevoir des differers corps . Les
canemis ont perdu huit canons , dont cinq pris
[ 203 ]
par l'avant- garde du Général Beurnonville,
trois à notre attaque de gauche . L'atlle a
fervi avec fon courage & fon habileté ordinaire ,
fi redoutés de nos eennemis. >>
b La perte des ennemis bleffés où déferteurs
monte au moins à 4000 hommesA fans compter
prefqu'autant d'hommes égarés , debandes &
perdus , que nous ramaffons tous les jours .
בכ
Tel eft le détail de sette bataille , qui eft
décifive pour la conquête de la Belgique car
les n'oferont plus fe montrer en ba
& nous avons prouvé dans celleci
, qu'aucun obftacle ,
bftaceleme en réunilla
refources ddeefl'art à celle du terrain n'arietent
le courage des troupes Françoiles. " I
sin Tap taht Signé DUMOURIER !
$
a
>
lant
Fles
29
Le Général des armées de la République
Françoife , auffi -tôt la bataille gagnée , envoya
une trompette fomnier le Commandant de l'ar
mée Autrichienne retirée dans Mons , de rendre
cette place . Celui- ci confentit d'entrer en pourparler
, & il promit d'envoyer le Quartier- male
général de l'armée ( en demandant un Officier en
otage. ) b
Dumourier ayant attendu
inuti'ement
pendant
trois heures le Quartier maître- général de l'armes
Autrichienne , il réitéra par deux fois fes
Lommations , en menaçant de mettre la ville en
feu & de paffer la gainifon au fil de l'épée. Les
Autrichiens quittèrent la vile pendant la nuit
& les citoyens en ouvrirent les portes à l'armée
Françoile , au milieu des tranfports " de la plus
vive alegreffe .
mps
I get e
Dans le même le général Labourdonnaye
avoit donne l'ordre dalla
d'attaquer les Auir-
"
I 6
f 204 1
chiens portés au Pont-Rouge , à Comine & à
Warneton ; tous ces pofte bien retranchés furent
emportés. Les premiers bataillons des volon
taires de la Gironde attaquèrent le pofte d'Halen
fortement retranché & le forcèrent la bayonnette
au bout du fufi , Une fauffe attaque avoit été die
rigéefur Mer in par le colonel Bruignières . L'avantgarde
du camp de Sainghin , commandé par le.
maréchal de- cap Lamorliere , dirigea fa marche
fur Tournay. L'armée de Libourdonnaye le fuivit
& le 7 Toray fut évacué.
Des details fupplémentaires font contenus dans
l'extrait d'une lettre écrite par Philippe Egalité ,
ci- devant de Chartres,
Mons , to Novembre.
« Le Général Dumourier , bon & brave correfpordantelt
fi accablé d'affaires , qu'l me
charge de vous répondre. Vous voyez qu'il a
Turpallé votrela: rente, car qui ofoit s'attendre à voir
les troupes Frar coifes dans l'état d'indifcipline où
J'on dit qu'elles fot , a les voir , dis - je , livrer
une bataille tangée , & fe rallier après avoir été
forcées à pier. Il eft vrai que pour cela il falloit
Dumourier. Il falloit fa tête pour concevoir l'at aque
, & fon bras pour l'ex cuter . Lui , notre artillerie
, & l'arme blanche , ont produit la mémorable
journée qui a affianchi la Belgique , &
ébranlé tous les cônes des tyrans de l'Europe . Il
a été trop modefte dans fa relation ; il n'a pas dit
qu'il avoit rallié la cavalerie de la droite , &
chargé les dragons de Cobourg ; & la bataille de
Jemmappe eft bien plus belle & bien plus grande
qu'il ne l'a peinte dans fa relation . - Oa ne
s'imagine pas tout ce qui s'eft paffé ici depuis
notre entrés. En voici le tableau. Le peuple caffe
la municipalité , nomme 30 adminiftrateurs , qui
( 205 )
prêtent le ferment fur la place & le balon de la
mailon comme une fociée patristique fe
forme les cris de vive l'égalité ! vive la liberté !
vive la république , ferent flent de toute part . Les
débris de l'armée Autrichienne s'en vont à Bruxelles
entre deux haies de Hongrois , de V.laques
, & c. & c. qui malgré tous leurs fois , n'em-
Fêchent pas une défertion énorme. Nos chevaux
font fellés , nous partons pour Buxelles . Adicu ,
je vous aime de toute mon ame , & ius bien heureur
d'avoir à vous écrire de Moos , an ieu du
for , trifte & ennuyeux camp de Famars . »
Achille avoit cu fon The fire , Dumourier a
affi fon Marat. Cet énergumène a ofé publier
dans fon n°. du 12 que la victo re de Jemmappe
étoit une nouvelle trahifon de Dumourier , qui
n'a eu d'autre objet que d'extermi er les bataillons
Patriotes Parifiens dont il n'a pu fe défaire iors
du maflacre des quatre prétendus défe: teurs Pruſ.
fiens .
Armée du centre. Le commandement de cette
armée vient d'être don é à Ajax Beurnonville.
Kellermann va être employé aulencs. L'avantgarde
de cette armée eft deja partie pour le porter
Tur T.èves.
1
Armée du Rhin. Cuftine avoir befoin & demandoit
des renforts . On apprendre Strasbourg que
Je 31 Octobre Biron fe difpofoit à lui en envoyer.
Par une lettre du quartier- général de Mayence
du 6 novembre , Cuftine mande au ministre de
la guerre : Le Coonel Ho . r.hard , commandant
mon avant- garde , a rencontré hier l'ennemi
à Weilbourg, Tennemi prévend de fon arrivée ,
( 206 )
T'attendoit hors de la ville , rangé en bataille ;
le Colonel Houchard les a attaqués fur-le-champ ,
leur a tué quelques hommes , quelques chevaux,
en a pris quelques- uns , leur a bleflé beaucoup
de monde , enfin les a fuit fur -le - champ rentrer
dans la vile ; il avoit déjà fait les difpofitions
pour la forcer , & il alloit commencer l'attaque ,
lorfqu'il a reçu un ordre que je lui avois expdié
de fe porter à un autre point ; ce qu'il a exécuté
,
Comme
il devoit le faire , ɔɔ
11:31
Toutes les lettres que l'on reçoit de la rie
gauche du Rhin , annoncent que les fuccès & la
bonne conduite des troupes Françoifes continuent
à leur mériter l'efime & la confiance des peuples
, & même de plufieurs Princes .
ch
RUSSI E ..
De Pétersbourg , le 2 Octobre 1792 .
On parle beaucoup moins dans cette
ville de la colère de Catherine II contre
la révolution françoife. Déjà commencent
à fe répandre les nouvelles un peu défaf.
treufes pour les Emigrés François de leur
croifade en France ; eux- mêmes l'appelloient
une croifade. Ce nom auroit dûleur
préfager quelle en devoit être l'iffue. Cutherine
II eft trop vieille , & le ci - devant
Comte d'Artois n'eft plus affez jeune pour
qu'un commerce de galanterie foit long(
207 )
1
temps une affaire férieufe entre eux . Cette
femme eft plus propre à plonger dans toutes
les humiliations fon ancien amant le Roi
de Pologne , qu'à fe faire un amant nouveau
d'un malheureux Prince François qui
par cela même qu'il a vécu dans tous les
excès ne peut guère plus y vivre.
E SUEDE. , 1
*
De Stockholm , le 1e Octobre 1792 .
suplony ansh 19t
t
A
57000 SHIRT SI
La Suède a été un des premiers états de
l'Europe qui a joui d'une certaine liberté
de la preffe. Mais cette libertét fous un
Prince tel que Gustave III avoit dû être
une illufion comme toutes les autres libertés
. Le Duc Régent , dont c'eft la deftinée
comme la gloire d'avoir à relever en
fout genre des ruines , a donné à la preffe
plus de liberté qu'elle n'en a jamais eu dans
la Suède : & auli - tôt des journaux , ces
fignaux & ces fanaux des peuples qui & fe
difpofent à des révolutions fe font établis
à Stockholm : & auffi tôt l'ouvrage de
Thomas Payne fur les Droits de l'Homme
a été traduit en langue fuédoife ; & le
traducteur eft un M. Nordenskiold, Secrétaire
du Roi. Par- tout ou l'on parle & ou l'on
écrit für les droits de l'homme , on peut
être sûr que les trônes font ébranlés on
-
20
( 208 )
Feut en être plus sûr encore , lorfque ce
font les Secrétaires des Rois qui en écrivent
& qui en parlent.
POLOGNE,
De Varfovie , le 16 Octobre.
Le Roi , comme nous le difons fans
ceffe , comme tous les faits le prouvent , n'a
plus réellement aucune puiflance ; mais on
le laiffe encore repréfenter dans quelque
cérémonie royale . Il y a quelques jours ,
par exemple , une députation de la confédération
générale fe préfenta à une audience
: le Roi étoitfur fon trône , magnifiquement
vêtu. On lui adrefla des difcours
pompeux, où on lui parla beaucoup de fa
grandeur ; le Chancelier & le Sous - Chancelier
répondirent pour lui . C'eft en pareille
occafion qu'on doit rendre grace à l'étir
quette qui lie la langue , & rend un Mona
quaulli muet que s'il étoit de bois ou
de marbre.
Tandis que le Roi , les Chanceliers & les
Députés de la confédération jouent ainfi
des farces , où le ridicule fe mêle à l'hor
reur , des troupes Rufles arrivent tous les
jours en plus grand nombre , & tous les
jours auffi les troupes Polonoiles font licenciées
& congédiées. C'eft-là ce qu'on ap
( 209 )
pelle de la politique ; il faut avouer qu'elle
n'eft pas fecrette. On ne devine pas pourquoi
l'Impératrice de Ruflie confent à ſe
gêner encore affez pour conferver un refte
de voile fur l'envahiffement très réel qu'elle
vient de faire de la Pologne . Il faut donc
que toute l'Europe qui voit la chofe , enr
tende le mot ; il n'y a plus de Pologne.
L'Empire qui portoit ce nom n'eft plus
aujourd'hui qu'une partie de l'Empire
Ruffe. C'est au Roi de Pruffe & à l'Al'emagne
à confidérer fi elles doivent fe mêler
de cette affaire déj toute confommée ,
Ce qui prouve fans replique que Cather
rine penfe que fa domination eft parfaitement
reconnue chez les anciens Sarmates ,
c'eft que la confédération générale , qui eft
fon organe, a l'infolence de parler de clémence
, & d'annoncer une amniſtie à ceux
qui abjureront les erreurs qui avoient préparé
& opéré la révolution du 3 Mai. C'eft
précisément ainfi que le fourbe Augufte
mit fin aux profcriptions , lorfqu'il vit tout
le monde romain à fes pieds . Mais ce
dont Catherine peut être sûre , c'est que
ces principes de liberté univerfelle , qu'elle
a auffi voulu étouffer en France , les pourfuivront
d'abord à Varfovie , & bientôt
après à Pétersbourg & à Mofcou.
[ 210 ]
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur- le-Mein , le 21 Octobre.
Aucun reproche ne sferoit fait ici aux
François fans ces contributions forcées
exigées par le Général Cuftine. On dit ici
que nos Magiftrats ont écrit au Confeil´¸
exécutif de France , & ont envoyé des
Députés à la Convention nationale pour
obtenir les reftitutions de ce que le Général
Cuſtine a déja touché , ( un million de
florins ) & pour répondre aux accufations
qui leur ont été faites par ce Général.
*
Cuftine dit que la ville de Francfort a
reçu les Emigrés dans fes murs : Les Magiftrats
de Frnacfort répondent que des
Emigrés ont paffé par leur ville , & que
tout l'accueil qu'il y ont reçu s'eft borné
à cette hofpitalité de cabarets & des auberges
qu'on ne peut refufer à aucun homme
fur la terre.
* Cuftine dit qu'il s'eft compofé un journal
ariftocratique dans Francfort : Les Magiftrats
répondent que des journaux ariftocratiques
fe font compofés auffi jufques
dans les loges de l'Affemblée nationale ,
fans qu'on put rendre pour celá la Convention
nationale refponfable ; que la ville
n'auroit pu ,
à cet égard , mériter des re(
211 )
proches que dans le cas où elle auroit
favorifé des journaux aristocratiques &
empêché les journaux démocratiques de
s'établir. A &
Cuftine dit qu'il n'a pas impofé des contributions
fur le peuple mais fur les riches ,
& que la richeffe eft la première des ariftocraties.
Les habitans de Francfort répondent
qu'on peut être démocrate fans
être pauvre ; qu'il faut même que la richeffe
trop long- temps alliée , exclufivement à la
Paristocratie , s'uniffe auffi enfin à la démocratie
, & que cette idée d'unir inféparablement
la démocratie & la pauvreté eft
tout- à, fait d'un ariftocrate.
201 Les Magiftrats de Francfort difent enfin
que tous les habitans de cette ville font
allés au devant des François comme audevant
d'un peuple de frères , & qu'il ne
fauit pas qu'un fi tendre accueil amène leur
raine & leur défeſpoir. mokosi
De Tofcane , le 14 Odobre.
ཨ॰, ནྟི སྐྱུགཧཾ ཨཏྠའ 1:|::1: ཇུག པ 1:|:ཞེན
Sup
M
Depuis les avantages nombreux remportés
par les François , le Duc de Tofcane
paroît trouver leur caufe meilleure , &
cependant il eft difficile de croire que vfi
la France eût effuyé des revers , un Prince
de la maifon d'Autriche ne fe fût réuni
( 212 )
à tous les ennemis que cette maifon a réunis
contre elle .
ITALIE.
f
De Naples , le 8 Octobre 17918i
Le Roi de Naples eft conime le Duc de
Tofcane ; il confulte les événeniens , & régle
fur eux fa politique. Lorfque les
Pruffiens s'avançoient fur le territoire françois
, les Miniftres ou Agens du Roi de
Naples follicitoient le Grand- Turc à combattre
auffi des bords du Bofphore un
Peuple qui rentroit dans fes droits ,
des bords du Rhin jufqu'aux bords
de l'Adour. Depuis que les Pruffiens ont
-fait fortir leurs débris du territoire de la
République Françoife , le Roi de Naples
paroît difpofé à défavouer ce que fes Agens
avoient dit en fon nom à la Sublime Porte ;
& le Roi de Naples & le Duc de Tofcane
rappellent l'hiftoire de ce Romain qui ,
tandis que les armées d'Augufte & d'Antoine
fe difputoient l'empire du monde ,
avoit inftruit douze Sanfonnets à prononcer
quelques paroles ; il y en avoit fix qui
devoient chanter vive Antoine , & fix autres
vive Augufte. Lorfque la victoire eut proclamé
Augufte Empereur , les fix Santonnets
Antonins eurent le cou tordu , & les
( 213 )
fix autres furent préſentés refpectueufement
à Augufie.
ESPAGNE.
De Madrid , le 20 Octobre 179.2
Les Efpagnols , leur Roi & leurs Miniftres
n'ont pas autant de foupleffe que
les Princes Italiens : là , on n'a pas en général
deux avis ; chacun en a un , & le foutient
avec conftance ; mais les avis y font
divers. Si la révolution ne menaçoit que
le de potiſme , il eft probable que la révo
lution affranchiroit bientôt les fiers Efpagnols
d'un efclavage qui ne date pas d'auni
loin que la fervitude des autres Peuples
de l'Europe mais les nouveaux principes
de la France menacent les Prêtres comme
les Rois , & les Efpagnols qui ne font pas
vils, font encore très- fuperftitieux. D'A
randa qui s'eft toujours prononcé pour vivre
en paix avec la France , & jnfqu'à préfent
fon avis l'emporte toujours dans les Confeils
; ce qu'on redoute , c'eft que l'entrée
ou prochaine ou déjà effectuée des François
dans la Catalogne n'indifpofe les Efpagnols
; mais on fait combien les Catalans
font difpolés à entrer dans un plan de révolution.
Combien , de tout temps , ils ont
donné d'inquiétude aux Rois d'Efpagne
( 214 )
on fait auffi combien la préſence des Fran
çois , leur refpect pour les individus &
pour les propriétes leur a toujours concilié
la confiance & l'amitié des Peuples chez
lefquels ils entrent en armies. On a donc
lieu de croire que l'entrée des François dans
le Catalogne fera l'entrée de la révolution
en Eſpagne.
GENEVE.
• Tout annonce que l'affaire de las Ré-t
publique Françoife avec la République dé
Genève fera bientôt terminée . Le Confeil'
exécutif de France en approuvant beaucoup
le préambule du projet de traité
dans lequel le Général Montefquiou parloit
avec autant de refpect du droit & de la
fouveraineté de la petite République de
Genève que de la grande République qui
vient de naître , en louant ce fentiment moral
qui fera déformais la grande force de la
République , avoit beaucoup bâmé deux
articles du traité , & en avoit deniandé la
modification : Le premier , celui qui obli
geoit la France à retirer fon artillerie fur
fon territoire & dans fes places d'aimes ;
Le fecond , celui qui accordoit pour l'éva
cuation des Suiffes des délais dont les ariftocrates
de Genève pouvoient fe fervir, &
pour en impoſer au parti populaire chez
( 215 )
eux , & pour profiter des circonftances
contre la France même , s'il s'en préfentait
de favorables .
Le Général Montefquiou , auffi tôt qu'il
a connu les modifications demandées par
le Confeil exécutif de France , les a exigées
& les a obtenues.
On a lieu de croire que l'ariftocratie de
Genève, fi elle avoit pu compter fur l'appui
de toute la conféderation des cantons
Suiffes , n'auroit pas accédé fi facilement
aux voeux de la France. Mais dans tous
les cantons Suiffes , Berne feul s'eft montré
difpofé à entrer avec Genève dans la coalition
des defpotes & des ariftocrates contre
la France. Les petits cantons démocratiques
ont eu trop de bon fens pour vouloir
même en entendre parler. Zurich a été
indigné de ce qu'au mépris de tous les
ufages Helvétiques , d'Efthérazy s'eft adreffé
à Berne pour engager les Suiffes à déployer
la force contre les François. Enfin
les aristocrates de Berne & ceux de Genève
fe flattoient que l'Angleterre détermineroit
les Suiffes à ne plus refter neutres mais
en Angleterre il n'y a proprement d'ennemi
de la République françoife que le Roi &
la Cour, Les Miniftres Anglois voudroient
circonfcrire , plutôt que détruire la révolu
tion de France , & le Peuple Anglois qui
n'en fent pas affez le beſoin pour lui , en
3
( 216 )
fent la grandeur & la beauté pour le genre
humain.
| P. S. Le Général Dumourier , après avoir
joué avec tant de fuccès , lorfqu'il étoit uti'e
le rôle de Fabius le Temporifeur , qu'or n'ofoit
fe promettre d'un caractère dont l'impétueufe
activité s'eft fi bien déployée depuis , veut terminer
fa carrière politique & militaire comme
Cincinnatus : il a prévenu la Convention qu'il
rentreroit dans l'obſcurité de la retraite , dès
qu'il auroit rempli fa miffion. Sans fe plaindre
de la méfiance , pour ne pas dire de la calom-
Die, qui lui prête des vues ambitieufes , il la
réfute victorieufement par ce défintéreſſement
que les ennemis auront bien de la peine à déprécier.
Une lettre du Général Labourdonnaye , datée
du 12 novembre , annoncé qu'il vient d'entrer
dans la ville de Gand , d'où le Général Autrichien
Latour 's'eft retiré avec 5000 hommes
pour le replier fur Anvers , dont la citadelle
eft en état de faire quelque réfiftance . Labourdonnaye
auroit pu rejoindre l'arrière - garde ennemie
, fi elle n'avoit fait 14 lieues fans s'arrêter
; il efpère intercepter une partie de fon
bagage , embarqué fur l'Eſcaut.
Les Prépofés de la Tréforerie nationale vienhent
d'arrêter 19 perfonnes pour fabrication de
faux affignats de 3 liv . dont la planche a été
trouvée dans le ' parvis Notre- Dame.
JOURNAL
1
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
FRANCE.
7
L'an 1. de la République Françoiſe.
CONVENTION NATIONALES
Du dimanche, 11 novembre.
LIBERTÉ , égalité , inviolabilité des perfonnes ,
des propriétés , rappel de l'ordre ; loix juftes
Amples , nature les ; voilà ce que demandent les
adrettes que la Convention reçoit de tous les points
de la république ; obéiffance , refpect & force à la
loi , haine implacable contre tout perturbateur
tout agitateur , tout provocateur au meurtre ,
ee qu'e les promittent . Toutes annoncent l'adhéfion
la plus enre aux deux décrets qui immorcalifent
les premiers jours de cette feflion . Plus de
royauté , plus de Roi ; la république .
N. 47. 24 Novembre 1792. K
JXX
c'eft
( 218 )
aves
tre
La Convention apprend , l'intérêt qu'llifpirent
les be les actions , celle de J. Genaudeau
patron de chaloupe à bord de la Frafquita , navire
de Nantes. Le canot où 1 fe trouvoit avec quat
hommes ayant chavire en fomentant la rivière de
Zaire , après s'être remp'i d'eau , fuyoit devant la
lame que la force du vent avoit rendue très g s - groffe ;
le brave Genaudeau montra dans cette circonftance
autant de zèle & de préfence d'efprit que de courage
& d'humanité ; il fe jette à la nage chaque fois
que l'un de fes comp gors d'infortune eft forcé
par la lame d'abandonner la quille du canot . Il
les y apporte l'un après l'autre. Ils reftent quelques
heures dans cette pofition pendant lefquelles le
courant les porte vers le bas de la rivière ; mais
pallant près d'une pointe de terte , Genaudeau
fe jette de nouveau a la nage , tenant dans fes
dens un bout de corde, attaché au canot . Arrivé
à terre , il l'attache à une branche d'arbre , & parviente
fi à l'y ameper , ainfi que fes quatre camarades
, épuifés de fatigue . Il met alors une petite
voile avec le fecours de laquelle ils ont tous
les cinq le bonheur de fe rendre à bord du navire.
Ce trait de courage & d'humanité méritoit d'autant
plus la reconnoiffance de la nation , que le
citoyen Genaudeau n'a pas cru devoir fo liciter de
fon cap taine un certificat qui le conftatât . C'eft
fe miniftre de la marine qui l'a proclamé lui- même ;
& la Conve tion , après avoir payé à cette belle
action un jufte tribut d'applaudiffemens , a chargé
le comité d'iftruction publique de lui préfenter les
moyens de récompener ceux qui auroient fauve
la vie à un ou à plufieurs de leurs concitoyens.02
On fe rappele que vers le commencement du
mois dernier , Frédéric Diétrick, maite de Stras(
219 )
7
bourg , mandé à la barre , & enfuite décrété d'aca
cufation , s'étoit fauvé à Bâle. Aujourd'hui , il
vient de fe conftituer volontairement prifonnier,
entre les maios du général Ferrières , & demande
à être traduit à la barre de la Convention nationale.
L'Affemblée a paffé à l'ordre du jour, motivé
für l'existence du décret d'accufation contrenlé
maire de Strasbourg. Les comités des décrets &
de furveillance font chargés d'en rédiger l'acte . D
·Chaque jour on eft informé de quelque nou
veau brigandage dans la fourniture & l'approvifionnement
des troupes. La rapacité de ces hom
mes affreux qui ne s'enrichiffent que de malheurs
publics , s'eft introduite jufque dans l'adminif
tration des hôpitaux des armées . Sur trois conces
de pain qui doivent être diftribuées , à chaque
foldat convalefcent , fouvent il en eft diftrait près
d'une once. Des malades ont paffé un jour & la
nuit fuivante fans avoir de bouillon . Des foldats
mutilés font couchés ſur le carreau , ou ſur un feu
de paille. Tous ces faits font atteftés par Prieur.
La Convention a décrété qu'il en fera rendu
compte , fous trois jours , par le miniftre de la
guerre , qui fera connoître en même temps les
mefures qu'il a prifes pour en faire punir les auteurs
. Il féra établi , à fa diligence & le plutôt poffible
, à la fuire des armées des chariots fufpendus
& couverts pour tranfporter les bleflés . Les muni-
"cipalités voifines des hôpitaux ambulans féront tenus
de fournir aux officiers de lanté autant de matelats
qu'il y aura de blélfés.
L'ordre du jour appelloit les pétitionnaires .
Avant de leur ouvrir la barre , l'Affemblée a
décrété dive fes mefares réglémentaires qu'il eft
utile a tout citoyen de favoir a tartal
A l'avenir , les lettres des commiffaires aux
K 2
( 220 )
armées , des miniftres & des généraux , feront
lues immédiatement après le procès - verbal
Ces lettres feront auffi tô renvoyées aux comité
compéte s . La difcuffion fur leur contenu
ne pourra s'ouvrer da sit même féance qu'en ve tu
d'un décret. Aucune lettre particul ère ne fera lue
dans la convention. Les adreffes rimles offii: l,
lement, ferot dépofées au comité des p titions
& de correlpon dance , qui en fera apalyie , la
quelle fera lue le jeudis & les dimanches . Ce
comité préfentera le d manche le bordereau des
dons civiques de la femaine . Tout pé: i ionnaire
qui voudra paroître à la bare fera tenu de
Le rendre du comité , d'y énoncer l'objet de fa
pétition , & de s'y faire i ferre. Enfin , l'ordre du
tableau le a exactement fuvi, Il n'y aura d'excepsion
que pour les pétitionnaires réfidens his des
barrières de Paris , qui , à caufe de l'éloignement,
feront admis les premiers.
Du lundi , 12 novembre.
Les plantes ré térées qui s'élèvent de toutes
parts contre la mauvaiſe foi & l'audacieufe' friponnerie
des fourniffeurs des armées , vont dé-
Berminer fans doute la Conve tion rationale à
prononcer une loi pénale capable de contenit ,
Pat la crainte des fupplices , ces ames de boue ,
inacceffib es à tout fentiment de patriotifme &
d'honnêteté. Sur 20 mille paties de foul ers fournis
dernièrement à Châlons , cinq mille ont été rebacées
, & le refle est encore défectueux. Un mem´´
bre vouloit que ces marchands infidèles fuflent à
l'inftant décrétés d'accufation , & punis comme
desvéritables confpirateurs . Un confpirateur eft
celui qui combine dans le fecret des projets ,
fouvent impuiflans , contre l'Etat , mais les fgée
12309 14.2
( 221 )
armes ,
culations de ces hommes avides qui expofent, à
la fois , la fanté du foldat & la gloire de nos
ne lont- elles pas eent fois plus funeftes
&p us méprifab es ? Le comité militaire eft chargé
de faire inceffamment un rapport fur ce genre
de délit , qui ne doit pas être rangé dans la
claffe des vols ordinaires .
Le citoyen Amelot informe la Convention
qu'il a été bûlé avant- bier deux millions en affignats
, ce qui porte la fomme des affignats
brûlés à 643 millions .
Trois objets étoient à l'ordre du jour : la fuite
du décret fur les émigrés , une loi fur les fubfiftances
, & le procès de Louis XVI. Après quel
ques difuffions , l'Affemblée accorde la priorité
au rapport relatif aux émigrés , & ajourne définivement
à demain la difcuffion du projet du
comité fur le jugement du ci -devant Roi.
Déjà la patrie avoit banni de fon fein les re
belles qui ont pris les armes contre elle , & les
lâches qui l'ont abandonnée. Il ne reftoit plus
qu'à fixer les caractères auxquels on pourroit reconnoître
ceux que la loi a frappé. C'eſt à quoi la
Convention s'eft occupée. Elle a enfuite défigné
ceux qui , quoique abfens du territoire de la
République , ne doivent pas être réputés ém -
grés. L'exception qui a éprouvé le plus de diffi
cultés , relativement aux conditions auxquelles
elle doit être foumife , eft celle en faveur des
enfans. Après de longs débats , il a été décidé
que les enfans de 14 ans , fans diftinction de
fexe , ferent exceptés de la rigueur de la lqi ,
lorfqu'ils rentreront en France dans les trois
mois qui fuivront leur 14. année accomplic.
Ceux qui feront âgés de moins de dix ans feront
temps de rentrer daus les trois mois qui fuivront
K 3
( 222
lour dixième année , & ceux qui auront atteint
leur dixième année ne jouiront que d'un délai de
trois mois , à compter du jour de la promulga
tion du décret.
Nous donnerons ce décret lorfque la rédaction
définitive en aura été adoptée.
Du mardi , 13 novembre.
La difcuffion alloit s'ouvrir fur le jugement de
Louis XVI. Pάion a demandé la parole pour
one motion d'ordre . Dans une affaire auffi folemnelle
, a t- il dit , l'intention de l'Aſſemblée eft
certainement de prendre une marche réfléchie , de
difcuter , de décider avec maturité . Nous devons
traiter la queftion de l'inviolabilité féparément de
toutes les autres queſtions qui le préſentent avec
elle ; & il eft inutile d'examiner le mode de juge
ment avant de favoir file. Roi peut être jugé. Je
demande donc que fans divaguer , on traite fim
plement cette queftion : Le Roi peut- il être jugé ?
Cette propofition eft adoptée .
Moriffon a parté le premier. Après un court
exorde où il a invoqué l'attention de l'Affemblée
pour une opinion qu'il a cru contraire à celles du
plus grand nombre, il eft entré en matière pour
prouver que rien n'eſt utile que ce qui eft juste , &
que la volonté fuprême du peuple , les droits & fes
pouvoits ont néceffairement pour limites les des
voirs que lui impole la propre juftice.
C'eft d'après ces principes què Moriffon eșas
mine fi Louis XVI peut être jugé. « Je lais 3
a- t - il dit , que les Rois ; dans le fens de leur
inftitution , n'étoient que les délégués du peuple ,
que leurs forctions , leurs devoirs , étoient de
faire exécuter la volonté générale , & de la diriget
vers la profpérité publique , & que celui d'entr'eux
( 223 )
"
3
qui étoit coupable de trabifon ou de quelqu'autre
crime, étoit véritablement reſponſable . J le fais .
Parce que dans lleeuurrss allociations primitives ,
hommes n'ont pu chercher que leur avantage réçiproque
, & qu'il étoit fans doute de l'intérêt de tous
de punir les traîtres & les méchans . Mais ce droit
de juger les Rois , qui eft imprefcriptible , parce
qu'il tient effentiellement à la fouveraineté des
peuples , eft cependant fufceptible de recevoir des
modifications dans la manière de s'exercer. Une
nation , par exemple , peut établir , par un article
précis de fon contrat focial , que quoiqu'elle ait le
droit imprefcriptible de prononcer des peines auffi
tôt l'existence du d- lit & la conviction du coupable ,
L'accufé ne fera juge , ne fera condamné que forf
qu'il exiftera , antérieurement à fon crime , uneloi
pofitive qui puiffe lui être appliquée . Ainfi depuis
long- temps les Anglois , nos voilius , ort acquitté
leurs criminels dans tous les cas qui n'avoient pas
été prévus parune loi pofitive. Ainfi depuis l'infti
tution des jurés parmi nous le plus grand des fcé
lérats feroit acquitté , s'il n'exiftoit point dans notre
code pénal une loi pofitive qui pû lui être appli
quée. Or , cette loi n'exifte point pour Louis XVI
Qusi , me dit- on , Louis XVI a violé la
conftitution , & vous voudriez qu'aujourd'hui il
put fe prévaloir de cette même conftitution qu'il
n'a jamais fincèrement adoptée ?>
cc
Qui citoyens , je le veux. Sans le confente
ment du Roi , la conftitution étoit la loi de mon
pays; elle étoit loi, parce que le peuple , le fauve,
raio , lui avoit donné une adhésion gécérale ,
parce qu'il avoit juré de la maintenir juíqu'à ce
qu'il eût fait d'autres loix plus conformes à fon
amour pour la liberté & l'égalité. 33
La conſtitution, me dit- on , ne prononçoit
K
( 224)
Tinviolabilité que pour les actes qui tenoient effentiellement
à la royauté , & dont les miniftres étoient
refponfables. Mais la conftitution a déterminé la
peine qui feroit infligée au Roi pour des crimes
effentiellement dépendans de fa qualité de premier
fonctionnaire public, & cette peine eſt la déchéance,
»
On me dit encore : Nous ne pouvons nous
difpenfer de juger Louis XVI , parce que notre
miffion nous le preferit impérieufement . Vous
Vous trompez , citoyens ; vous n'avez point maintenant
la miffion de juger Louis XVI. »
« La liberté dont nous étions dépofitaires , alloit
peut-être s'échapper de nos mains , fi le trône de
Louis XVI eût exifté un instant de plus . Nous
devions la conferver ; mais là nos pouvoirs n'exif.
toient plus , parce qu'ils ne pouvoient plus s'exer
cer dans l'ordre de leur conftitution . Nous avons
fait un appel au peuple , & la Convention nationale
a été formée . Elle a été formée four
prononcer fur la déchéance du Roi , pour faire
une nouvelle conftitution , pour faire des loix
réglementaires , enfin pour conduire , pendant
la feffion , les rênes du gouvernement de la manière
la plus avantageufe. Mais cût - elle la mifion
de juger Louis XVI , je foutiens qu'el'e ne pou
voit la rempli , parce qu'un jugement dans l'ordre
focial n'eft que l'application d'une loi pofitive
piéexiftante ; qu'il n'exifte point de loi pofitive
qui puiffe être appliquée à Louis XVI , point
de peine maintenant qui puiffe être prononcée
contre lui. »
« Mais les loix imprefcriptibles de la nature !
Les loix de la nature ! je les refpecterai toujours
: elles font la baſe faciée de tous nos droits;
mais comme dans l'ordre focial ces droits ke
( 225 )
peuvent s'exercer que par des relations récipro
ques , il a fallu leur marquer des limites , pour
éviter une oppreffion deftructive , pour que chaque
individu pût exercer les fiens dans la plus grande
latitude Foffible ; & ces limites , c'eſt la loi pofirive
qui les a fixées . »
« L'orateur s'eft réſumé , & a dit : Louis XVI
ne peut tomber que fous le glaive de la loi ; la
loi ne prononce rien à fon égard ; par conféquent
nous ne pouvons le juger.
"
Après Moriffon , St. Juft a pris la parole . Il
a entrepris de prouver que le Roi peut être jugé;
que l'opinion qui conferve l'inviolabilité , celle
qui veut qu'on le juge en citoyen , font également
fauffes ; qu'il doit être jugé en ennemi
& que n'étant pour rien dans le contrat qui unit
les François , les formes de la procédure ne font
point dans la loi civile , mais dans la loi du droit
des gens. »
« St. Juft ne connoit aucun rapport naturel de
peuple à Roi . Le pacte focial , di - il , eft un
Contrat entre les citoyens & non point avec le
gouvernement. On n'eft pour rien dans un contrat
où l'on ne s'eft point obligé ; conféquemment
Louis qui ne s'étoit point obligé , ne peut
point être jugé civilement . »
- Juger, c'eft appliquer la loi . Une loi eft un
rapport de juftice. Quel rapport de juftice y
a-t- il entre l'humanité & les Rois. Tout Roi eft
un rebelle & un ufurpateur , & chaque homme
tient de la nature la miffion fecrette de les exterminer
»
Avec ces principes , l'on voit bien que toute
formalité doit paroître inutile à St. Juft ; auffi
depuis long- temps s'étoit-il apperçu que de fauffes
mesures de prudence , les lenteurs , le recueille
KS.
( 226 )
ment étoient , dans la Convention nationale ;
autant de véritables imprudences , & qu'après
celle qui recule le moment de nous donner des
Foix , la plus funefte feroit celle qui nous feroit
temporifer avec le Roi. »
Fauchet a remplacé St. Juſt à la tribune . Il a
reproduit l'argument employé par Moriſſon , en
défiant qu'on lui citât une loi antérieure au délit
de Louis XVI qui pûr lui être appliquée. Il a
répondu à celui qui appelloit la nature au fupplice
de Louis XVI : « il eft faux que lá na→
ture approuve la peine de mort , à moins qu'elle
ne foit la feule défenſe qu'on puiffe oppofer à
une aggreffion . Mais dès que l'ennemi eft faift
& mis dans l'impuiffance de nuire , la nature
eric artête' ; n'égorge pas de fang - froid ton
femblable.
A celui qui avoit dit que l'utilité publique
autorife quelquefois à jetter un voile fur l'image
de la juftice , il a répondu : « quoi le repos
de la patrie dans la juftice violée , dans un crime
national , dans une fanglante infamie qui feroid
horreur à toute la terre ... » Ici , quelques murmures
fe font élevés . Fauche: quitte brufquement
la tribune. Invité à terminer fon difcours , il
s'écrie : citoyens , la juſtice , la ſageffe , le cou
rage , voilà ce qui peut affurer le repos de la
patre . Je conclus à ce que Louis XVI ne foit
pas mis en jugement.
Robert a répondu aux argumens employés par
Moriffon & Faucher. C'eft en vain qu'on invoqueroit
la loi conftitutionne les le peuple en infurrection
eft la loi vivante. Avons - nous d'ailleurs
, a dit Robert , le droit de pardonner à
Louis XVI ; & n'eft- ce pas la liberté du genre
bumain que nous avons à venger ? »
?
€ $
( 227
L'orateur va plus loin . A l'exemple de l'églife
qui s'eft arrogée le droit de venger le ciel , il
veut venger la divinité outragée par un homme
qui a voulu régner par la grace de Dieu.
Après le difcours de Robert , l'Affemblée « a
ajourné la difcuffion à jeudi prochain. Elle a
décidé en même temps que toutes les opinions
qui feront prononcées pour & contre le jugement
du Roi , feront imprimées , nom
Jacob Dupont ramène l'attention de la Con
vention nationale fur les finances , objet trop
long-temps négligé par l'ATemblée conftituante ,
totalement oublié de la légiflature , très - peu fuivi
par les corps adminiftratifs & municipaux , &
tombé enfin dans une infouciance générale . Il
eft réſulté de-là que fur 300 millions des contributions
foncières & mobiliaires , formant à
peu-près la moitié des revenus de la république ,
il n'en étoit pas rentré un million au 1. no
vembre , pour 1792 ; qu'il n'y avoit encore de
perçu jufqu'à ce jour , qu'environ 124 millions ',
pour 1791 ; & que toutes les branches du re
venu annuel font loin de fournir les fommes
préfumées. Dupont en conclut qu'il eft urgent
d'allurer un revenu annuel , afin de n'employer
nos capitaux qu'à couvrir des befoins extraordi
naires. Il fait voir qu'il faut de nouveaux moyens
pour pourvoir au paiement des intérêts de la dette
publique , à la dépenfe néceffaire pour l'inftruction
de la génération qui commence , & de la géné
ration actuelle ; enfin il craint , fi la Convention
ne fe hâte de couvrir toutes les dépenfes fixes &
annuelles par des recettes égales , par un revenu
annuel & fixe , que la république n'éprouve bientôt
un déficit pareil à celui qui provoqua la révolu
tion de 1789 ; effet tel , que la république tom
3
K6
228 )
beroit alors dans un état convulfif qui amèneroit
bientôt fon entière fubverfion . Ea conféquence ,
Dupont propofe d'abord de décréter pour 1793 ,
la même fomme de contributions qui l'avoit été
pour 1792. Eufuite , il propofe divers décrets
relatifs à la répartition & à l'amélioration des revenus
publics .
#
Cambon donne quelques développemens aux
vues de Dupont. Il regrette avec lui que jufqu'ici
l'impôt des patentes n'ait pas été perçu ,
mais plus encore , qu'il ait été ordonné parce qu'il
pèfe fur le peuple. Il regrette que la contribution
mobiliaire , fi belle pour qui fait l'algèbre, mais
fi difficile pour des officiers municipaux qui favent
à peine lire , ait été établie . ce Votre comité des
finances , dit- il à la Convention , a porté un oeil
attentif fur beaucoup de dépenfes . Il a arrêté hier
au foir de vous propofer la fuppreffion de l'impôt
mobilier , de l'impôt des patentes , & la diminution
de 40 millions fur l'impôt foncier. En fupprimant
la recette , il a dû fupprimer une partie
de la dépenfe . Il en eft une énorme , & à laquelle
perfonne ne penfe , une qui coûte 100 millions à
la république, Ayant à nous occuper de l'état des
impofitions de 1793 , nous devions vous propofer
cette question chaque croyant doit- il payer fon
prêtre ? Celui qui travaille doit être payé, rien
de plus vrai ; mais c'eft à celui qui l'emploie , à le
payer. Ainfi , au lieu de 300 millions , il n'y en
aura plus que 200 à impofer . Avant huit jours ,
le rapport du comité fera prêt.
En attendant , il falloit pourvoir aux befoins
actuels de l'Etat. Il y a dans ce mois 138 millions
de dépenfes & 28 de resette, La différence eft de
116 millions. La Convention en a ordonné leverfement
dans latréforerie nationale.
( 229 )
Un décret avcit mandé à la barre Benjamin
Jacob, fourniffeur de l'armée du Midi. Il y a comparu
dans cette féance. Sa défenſe , en dernière
analyfe , s'eft réduite à ceci : « Je fuis négociant ,
j'ai paflé une foumiffion ; le général Montefquiou
l'a acceptée , & je dois être payé . Si les commiffaires
ordonnateurs ont fait un mauvais marché
, tant pis pour eux ; mais ils doivent remplir
leur engagement , comme j'ai rempli les miens . »
L'Afemblée a décrété que Benjamin Jacob fera
mis provifoirement en état d'arreftation , & que
les fcellés feront appofés fur fes papiers. Les co
mités de la guerre & des finances recueilleront
toutes les pièces de cette affaire pour en préparer
Je rapport.
*
Du mercredi , 14 novembre.
Des députés extraordinaires de Nice écrivent à
l'Affemblée & fe plaignent des défordres qu'ils
difent avoir été commis dans le comté par les
troupes Françoifes. Des députés de Francfort réclament
contre la contribution à laquelle ils ont
été afujettis par le général Cuftines . Ils n'ont
accordé aucune protection ni aux émigrés ni aux
gazettes ariftocratiques ; mais les émigrés ont
profité de la liberté qu'une ville commerçante
accorde aux étrangers , & les écrivains , de cel'e
de la preffe dont Fiancfort a joui dans tous les
temps.
L'Affemblée renvoie les deux adreffes aux comités
militaire & diplomatique.
Dumourier arnonce à la Convention qu'il a
donné la démiffion du titre de général de l'armée
des Ardennes . Il ne veut nj accumuler les titres
ai le perpétuer dans les places . Le moment où la
7 230 !
France n'aura plus d'ennemis à combattre , fera
celui de fa retraite.
Kellermann paroît à la barre de l'Affemblée.
Après une courte apologie de la conduite , il an
nonce que le pouvoir exécutif lui a confié le
commandement de l'armée des Alpes , & qu'il
s'y montrera digne de la confiance de la Répu
blique;
14
1
On apprend que Biron à qui Cuſtines avoit de
mandé un fecours , a voulu le conduire lui -même
& s'eft mis volontairement fous les ordres 'd'un
général qui fe voit fous les fiens , il y a quelques
mois.
Ces villes qui , occupées par nos armées né
craignent pas cependant de venir porter hautement
leurs plaintes devant les repréfentans du
peuple ces généraux dont la conduite modefte &
fière , nous retrace les antiques vertus de Rome
voilà des faits bien dignes de remarque . Ils prouvent
que la révolution ſe fait dans nos meurs
comme dans nos loix .
Le comité de légiflation a reproduit la difcuf
fion du projet de décret fur les ſubſtitutions. On
a fait une nouvelle lecture des deux premiers ar
ticles déjà décrétés , & le troifième a été adopté
en ces termes :
Les fubftitutions ouvertes lors de la publi
cation du préfent décret , n'auront d'effet qu'en
faveur de ceux (eulement qui auront alors recueill
les biens fubftitués , ou le droit de les réclamer. »
L'Affemblée a chargé fon comité de lui faire
inceffamment un rapport fur les fucceffions.
On fer rappelle que la Convention , informée
par le capitaine Duvalque l'ifle de la Guadeloupe
étoit en pleine révolte , avoit décrété l'armement
( 231 )
d'un vaiffeau de 74 canons pour fe rendre avec
le Républicain & quatre frégates aux Ifles- du-
Vent , ainfi que le tranſport de trois bataillons
de gardes nationales. Aujourd'hui fur la demande
du miniftre de la guerre , l'Affemblée l'a autorifé
à faire partir trois autres bataillons de gardes na
tionales ou de troupes de ligne , & à les embarfur
des Aûres de tranfport.
quer
Du jeudi , 15 novembre.
On a entendu au commencement de cette
féance , un rapport du comité de sûreté générale
fur l'état des prifons de Paris . Les commiffaires
chargés d'en faire la vifite fe font
acquités de leur miffion avec cet intérêt que des
hommes doivent prendre pour leurs femblables :
plufieurs de ces malheureux ont été renfermés
pour de très- légères caufes , & même fans qu'il
ait été lancé contre eux de mandats d'arrêt .
A St. Lazare , les commiffaires n'ont trouvé
que le citoyen Capi dont les plaintes ont fi fonvent
retenti dans la Convention nationale . A
Ste. Pélagie , ils ont trouvé 14 prifonniers dont
deux ont été arrêtés fur des foupçons dont il n'y
a pas eu de preuves , & ils ont cru que ces
deux hommes devoient être élargis . A l'abbaye
fo foldats déferteus , 2 gardes- du - corps , & 4
fabricateurs de faux affignats. A la force , 13
prifonniers , tous détenus pour des délits graves.
A Bicêtre , 249 prifonniers détenus en vertu de
fentences de la police correctionnelle . A la conciergerie
, 200 prifonniers , dont 33 font des dé .
ferteurs pruffiens , quoiqu'on ait dit que c'étoit
des émigrés.
La Convention a renvoyé ce rapport au mi(
232 )
niftre de la justice pour faire exécuter les loix
relatives aux détenus .
Rulh a lu une adreffe dans laquelle les habi
tans du pays de Naffau-Saarbruck , expriment le
d : fir d'être libres & unis à la France . La Coavention
a chargé fon comité de lég flation de
lui faire un rapport fur la manière dont la nation
françoife doit accorder la protection aux peuples
qui la réclament.
Quand la Convention nationale déclara que
la patrie étoit en danger , elle autorifa par un
décret les directoires de département & de diſtrict
à expédier des mandats fur les caiffes nationales ,
pour les frais d'armement & équipementdes gardes
nationales & pour tout ce qui intéreffoit la défenfe
de la Republique . Aujourd'hui les circonftances
étant changées , Cambon a demandé & il
a obtenu le rapport de ce décret.
ཚ་
L'Aflemblee alloit reprendre la difcuffion fur
le procès de Louis XVI. Un membre a demandé
le rapport du décret rendu fur la motion de
Pétion , en obfervant qu'il étoit utile de laiffer
aux opinans la plus grande latitude , pour ramener
enfuite tous les avis à des points communs , à
des queftions fimples dont la folution acheveral
la décifion de cette affaire . Cette opinion
prévalu.
Rofel a pris la parole. Il a envifagé la queſtion
fous deux rapports : Eft- il de l'intérêt de la
nation de juger Louis XVI ? Elt - il de fa juftice
de le punir ?
Il eft une vérité politique qui n'a point échappé
à l'orateur , c'est que rien ne peut donner plus
d'averfion pour la royauté que l'existence d'un
Roi dont on pourroit craindre encore les perfi
233 !
dies ; mais fr cette vérité pouvoit être perdue do
vue , il en ett une autre que l'on ne devroit
jamais oublier ; c'eft que quand on parviendroit
à exterminer tous les Rois , files François s'aviliffoient
à tourner encore une fois leurs regards
vers la royauté , il leur refteroit affez d'idoles
à encenfer , & que le fang qu'i's au cient pu
répandre pour fatisfaire leur vengeance , n'auroit
peut-être qu'accéléré leur retour à l'esclavage.
S'il n'eft pas de l'intérêt de la nation de juger
Louis XVI , feroit il mieux de fa juftice de le
punir ?
L'ora eur n'a pas craint de retracer ici quel
ques évènemens du règne de Louis XVI. Ill'a
peint , à fon avènement au trô e , renonça' t à
une partie des prétendus droits que fes prédé
ceffears avoient ufurpés ; abo'iffant la fervitude
dans ce qu'on appelloit alors fes domaines ; s'entourant
dans fon confeil de teus les hommes que
la voix pebique lui défignoit , même les empytiques
qui avoient fal iné les yeux du peuple ;
& enfin précipité d'abîme en abîme & par les
hommes de probité & par les fripons qui lui
avoient été hautement défignés.
-Refel a ajouté qu'il feroit d'autant plus injufte
de chercher a juger ou à púnir Louis XVI , qu'il
eft déja jugé & puni plos févérement qu'il n'en
avoit été menacé par la conftitution . Úne févérité
plus grande , ne feroit qu'un acte de foibleffe
, de lâcheté , qu'on figne certain de fureur
ou de crainte. Une grande nation ne doit pas
s'avilir jufqu'à mettre en pratique les maximes
des defpotes. La domination de ceux- ci ne peut
fe confolider que par la terreur . Que ne faut-il
pas le permettre pour foutenir le preftige de la
puiflance abfolue d'un feul , fur vingt- cinq mil7234
)
lions de fes femblables ? Quelle lâcheté n'y auroitil
pas à ces 25 millions , s'ils s'aba foient aux
mêmes moyens pour affurer leur indépendance ?,
P
Ap ès avoir établi que ni l'intérêt , ni la juftice
ne commandent d'inutiles fupplices , l'orateur termine
fon difcours par une invocation à l'kumanité
. Il dit : « la nation fançoiſe eſt délivrée
pour jamais du fléau des Rois . N'eft elle pas
fuffifamment vengee ? ne peut - elle done l'être
qu'avec du farg ? & toujours du fang ? .... Et
ce feroit dans le féjour des plaifirs , l'afyle des
fciences & des arts qu'on provoqueroit fans ceffe
à en verfer ! O vous qu'un excès de fenfibilité
pourroit égarer , toujours du fang ! La délivrance
du genre humain ne nous expofe- t- eile pas aflez
à en répandre ? Et vous hommes féroces qui ,
fouvent divinifez la vengeance publique pour
envelopper fous un voile perfide vos vengeances,
particulières , n'aurez - vous pas affez de victimes
dans les malheureux que l'i digence ou le fort,
des armes rameneront vers une patie qu'ils ont
4 criminellement trahie ? »
2
Grégoire a pris la parole après Rofel. Son
difcours a roulé far deux points qu'il a établis
en principe. i °. Un Roi conftitutionnel des Fran
çois eft jugeable pour des faits étrangers à l'exercice
de la royauté ; 2 ° . quand même on fuppos
feroit que le Roi ne peut être traduit devant
aucune autorité conftituée cette prérogative
s'évanouit devant l'autorité nationale.
2 Pour prouver fon premier principe , Grégoire
fe reporte au temps , où , dans l'Affemblée conf
tituante , il combattit l'inviolabilité royale , lorf
qu'il fut question d'en faire une loi conftitution
nelle , & il raconte à l'Aſſemblée comment il
lutta contre les partifans de la prérogative
3
8235
royale , comment tous les efforts furent vairs ,
& comment il arriva enfin , que la conftitution
fe trouva en contradiction avec elle - même en
déclarant à - la -fois , dans le chapitre de la royauté ,
qu'il n'y a point en France d'autorité fuperieure
ceile de la loi , & que la perfonne du Roi
eft inviolable.
Après ce récit , l'orateur en vient à fon fecond
principe & c'est encore aux conftituans qu'il reproche
, mais un peu tard , de n'avoir admis
aucune exception dans la loi de l'inviolabilité
qui , felon lui , ne devoit s'étendre qu'aux actes
adminiſtratifs & non aux délits perfonnels.
C'est ainsi que Grégoire avoit difcuté cette
queftion , qu'il avoit polé fes principes . Il palle
à leur application , ou plutôt , n'en ayant que
faire , il foutient que Louis XVI ne fut jamais
toi conftitutionnel , & que la proteftation qu'il
fit en s'enfuyant à Varennes , étoit une véritable
abdication. Il eft vrai qu'il parut enfuite accepter
cette conſtitution ; mais Grégoire difoit alors aug
législateurs I jurera tout , & ne tiendra rien.
Donc , Louis XVI n'a pas accepté ; donc il ne
peut invoquer le bén fice de la loi ; donc il eft
jugeable.
6
La difcuffion a été fufpendue . Le ministre de la
juſtice eft venu fe porter dénonciateur du t.ibunał
criminel créé le 17 août , pour s'être emparé des
fonctions du tribunal de police correctionne le
Plufieurs membres fe font plaints des jagemens
illégaux & arbitraires rendus par ce tribunal , &
ont demandé qu'il fût fur- le- champ fufpendu de
Les fonctions .
Cette propofition eft ajournée , & le comité de
légiflation eft chargé d'en faire un rapport.
( 236 )
1
Du vendredi , 16 novembre.
Cette féance s'eft ouverte par la lecture d'une
lettre des commiflaires de la Gorvention dans
département du Pas - de - Calais . Ces commiffaires
annoncent qu'ils ont fait une réquifition aux corps
adminiftratifs pour qu'ils priffent tous les moyens
qui font en leur pouvoir , afin d'empêcher les
émigrés de rentrer en France.
Un membre a dénoncé le commandant de la
force armée de Paris pour avoir donné ordre aux
volontaires nationaux du département du Lot ,
actuellement à Paris , de partir pour les frontières.
Cet ordre eft figré d'un commiffaire des
guerres . La Convention a décrété que les volontaires
du Lot refteront provifoirement à Paris ,
& que le commiffaire des guerres fera mandé à la
barre.
Le miniftre des affaires étrangères tranſmet à
la Convention , une note officielle du canton de
Berne , qui lui a été adreffée par le général Montefquiou.
Dans cette note , le canton de Berne
follicite la ratification du traité conclu entre fon
député & le général François , & protefte de la
ferme réfo'ution où il eft , de ne pas rompre
avec la France. Montefquiou ajoute que ce canton
a donné ord cau tiers des troupes Suifles qui font à
Genève , de le retirer ; qu'un autre tiers fe retirera
après la ratification du traité , & le refte des
troupes partira enſuite .
Ces pièces ont été renvoyées au comité diplomatique
.
Les fubfiftances étoient à l'ordre du jour. Le
apporteur du comité d'agriculture & de commerce
a fait une feconde lecture de fon projet
de décret , & la difcuffion s'eft ouverte. Ferrand
12371
a parlé en faveur de la berté la plus illimitée
pour le commerce des grains . Selon lui , les
maifons de fecours , d'abo da ce , les mions
Privilégiées , les mag.fins confiés aux municipa
lité tot des moyens de reflource , toujours def
tructeurs de l'agricultuse , toujours rui cux pour
le commerce.
le
Pour montrer que c'eſt la liberté avec que
commerce fe forme , & qu'avec le commerce
le prix fe met be tôt par tout au niveau ,
cite en exemple 1 Angleterre. Du a tles 40 années
antérieures a l'année 1690 & Ics 20 a nées fuivantes
, penda leíquelles il y a eu guerre ,
paix , aborda ce & dilette ; e pix bailla au lieu
de hautter , & c'eil de cette expérience qu'on a
conclu chez ce peuple , qui étoit fuge de favorifer
de
l'expert on par des gratifications garanties par
bonnes loix.
Le citoyen Beffroi a préſenté cetre queſtion
fous d'autres points de vue. « Le vice que vous
cherchez a détruire , a - t - il dit , eft tout entier
dans a co fécration , comme principe , d'une
maxime vraie en foi , mais qui ne devroit ê re
que la conféquence de joix a térieures , propres
à maintenir , à toujours , l'équilibre entre la
denrée & le befom ; de cette maxime , que la
libre circulation des grais doit être mainte ue ,
maxime qui , par le r nvertement de l'o dre dans
lequel la placée , prodaitoit infai i lement des
maux dont la multitude & la durée ne pourroient
manquer de perdre la liber: é , »
Dans queles circonstances la circulation in: érieure
de grains , doit- elle être parfai ement Ebre ?
C'eft , dit Beffroi , lofque des torx douces , fages,
& d'une faci'e prévoyantes , intelligibles à tous
exécution , affurent la fubfiftance de tous , de
•
( 238 )
tele manière qu'il ne s'écou'e jamais d'un terri
toire , au- delà du fuperflu de la confommation des
individus qui le fertilifest .
La liberté de la circulation intérieure des grair's
ne devroit donc pas fervir de bale aux loix écopomiques.
Eile doit au contraire en être l'effet
naturel .
C'est à ce renversement de principes que Beffroi
attache l'inutilité des loix faites jufqu'à préfent
fur la circulation des grains , & les défaftres qui
en ont été la fuite . Il prétend même que le fyltême
des économiſtes n'a été foutenu , que parce
qu'il favorifoit le gouvernement defrotique qui
ne peut fe conferver qu'en multipliant les moyens
d'amonceler des tréfors dans les mains de quelques
individus , afin de tenir toujours la maffe
du peuple dans la dépendance .
Mais , difent les économistes , il ne faut pas
blefer le droit de propriété du cultivateur ; il ne
faut point gêner la liberté du commerce. D'accord
, répond Beffroi mais l'exiſtence n'eſt- elle
pas la première & la plus légitime de toutes les
propriétés ?
Parcourez les campagnes , prouvez aux pau .
vres que vos loix font bonnes , il vous dira :
Je vois ce qui fe paffe autour de moi , je fuis
victime des manoeuvres & je le fens ; j'ai fans
contredit un droit primitif au produit du fol que
je fertilife ; je veux bien partager mon néceffaire
avec mes fères de toute la république mais
qu'on me prouve deux choſes ; la première , que
c'eft pour les foulager que je me prive ; la feconde,
qu'il me refte l'indifpenfable nourriture . Donnezmoi
du pain d'abord & je vous écouterai ; car,
quand j'ai faim , je ne puis rien entendre . »
On ne parviendra donc point à établir un juſte
7239 )
équilibre entre ia confommation & les befoins ,
tant que la dentée de première néceffité fera
confidérée comme commerçable dans la totalité .
Oa ne fera jamais en meture de parer aux évè
nemens défaltreux qui peuvent anéantir les récites
, tant qu'on ne confervera à la difpofition
du peuple , fous la fauve- garde des loix &
la furveillance du gouvernement , un approvi-
Honnement égal à la confommation d'une année .
Ces vues développées d'une manière élégante
& précile par l'orateur , ont été ſouvent applaudies
. Il a terminé fon diſcours en pofant les baſes
fur le que les devroit être établie la nouvelle loi.
Les voici :.
Défendre expreffément la réunion de plufieurs
corps de ferme en une feule exploitation . Moyen
direct de détruire les accáparemens , & de favo
rifer l'agriculture les grandes exploitations nui-
Tent effentiel'ement au bo heur de la fociété .
fur
éviter
Ne permettre la vente des lubfifta ces que
les marchés publics ; & pour la faciliter ,
les grands raffemblemens , multip ier les moyens
de furveillance & établir un marché dans chaque
chef lieu de canton.
Abolir toute effèce de commiffion & l'effet
des a thes pour achats de graiss ..
Faire pour la première fois , un fonds fuffifant
our acheter de l'étranger une quantité de grains
équivalente à la confomination d'une année.
:
Obliger les cultivateurs à conferver chaque
ancée d'octobre , en octobie , une portion de
leur récolte qui fera déterminée par la loi leur
en payer la valeur de trois mois en trois mois
au prix
failons.
Jes 4
D'autres membres ont émis leur opinion fur la
même queſtion . Le citoyen Boyer penfoit que le
( 240 )
moyen d'entretenir l'abondance dans nos marchés,
étoit de décretar une prime de 40 fous par chaque
boffe u de bé importé. Le citoyen Leroi propor
foit des melures coercitives pour forcer les fermiers
à porter leurs grains fur les marches . Tous
ces différens difcours feront imprimés.
Les commillaires de la Convention'dans le département
de l'Ain , écrivent de Gex , qu'un
grand nombre d'émigrés fe préfentert pour rentrer
dans la République . Ils ont cru pouvoir fuppléer
à la loi contre les émigrés , qui n'eſt pas encore
terminée , par des mefu es provifoires pour empêcher
la rentrée de ces fugitifs.
L'es com Diffaires aux Pyrénées orientales
annoncent que l'armée qui fe forme dans ces dé
parte mens depuis Perpignan jufqu'à Toulon fera
au mois de 30,000 hommes . Les places de cette
frontière & les poftes de la côre s'arment de façon
à rend.e toute tentative de l'Espagne inutile.
с
Le commiffaire ordonnat: ur mandé au commencement
de cette féance , cft venu déclarer
qu'il n'a donné d'autres ordres que ceux qui lui
ont été communiqués par le Général. Il a affuré
qu'il ne s'ag floit que de former en bataillons les
volontaires nationaux ; mais que l'on n'a jamais
eu l'intention de fixer leur départ,
Dufamedi , 17 novembre,
L'Ademblée a adopté deux projets de décrets
qui ui o té préten és au nom des comi és de
finan.e & d'thénation : le premier eft re atif aux
demandes des menitip htés tendantes à obtenir
des avances fur le fizième du bénéfice de vente
des domaines nationaux ; le ſecond concerne les
demandes des municipalités & corps adminiftratifs
if .
( 241 )
ifs pour être auto: ifés à faire des acquifitions
d'immeubles .
Le refte de la féance a été occupé par la difcuffion
de la loi fur les émigrés. Pufieurs exceptions
qui fembloient fondées fur la juftice , ont
été propofées , débattues & enfin rejettées . Sans
doute la Convention ou les t.ibunaux feront enfuite
droit aux réclamations particulières qui
ne pourraient être admifes dans la loi , facs en
détruite l'effet . La fuité du décrct.a été ajourée
au lendemain.
>
Loi qui détermine le mode de conftater l'état civil
des Citoyens du 20 Septembre 1792 , l'an
quatrième de la liberté.
L'Affemblée nationale , après avoir entendu ' e
rapport de fon comité de législation , les trois'
lectures du projet de décret fur le mode par lequel
les naiffances , mariages & décès feront conftatés ,
& avoir décrété qu'elle eft en état de délibérer
définitivement , décrète ce qui fuit :
TITRE PREMIER.
Des officiers publics par qui feront tenus les regiftres
des naiffances , mariages & décès .
ce Art. I. Les municipalités recevront & conferveront
à l'avenir les actes deſtinés à conſtater
les na flances , mariages & décès. » .
сс
« II. Les confeils généraux des communes
nommeront parmi les membres , fuivant l'étendue
& la population des lieux , une ou plufieurs perfonnes
qui feront chargées de ces fonctions. »
No. 47. 24 Novembre 1792 .
L
( 242 )
cc III. Les nominations feront faites par la voie
du fcrutin , & à la pluralité abfolue des luffiages ,
elles feront publiées et affichées . »
сс« IV. En cas d'abfence ou empêchement légi
sime de l'officier public chargé de recevoir ies
actes de naiflance , mariages & décès , il fera
remplacé par le maire , ou par un officier municipal
, ou par un autre membre du confeilgénéral
à l'ordre de la lifte . »
TITRE II.
De la tenue et dépôt des Regiftres .
Art. I. Il y aura dans chaque municipalité
trois registres pour conftater , l'un les naiffauces ,
l'autre les mariage , le troifième les décès . »
« II. Les trois regiftres feront doubles , fur
papier timbré, fournis auxfrais de chaque diftrict ,
& envoyés aux municipalités par les directoires ,
dans les quirze premiers jours du mois de décembre
de chaque année ; ils feront cotés par
remier & dernier , & paraphés fur chaque feuillet,
le tout fans frais , par le péfident de l'adminiftration
du diftri2 , ou à fon défaut , par un des
membres du directoire fuivant l'ordre de la
lifte.
Pr
сс
.
« III. Les actes de naiffance , mariage & décès.
feront écrits fur les regiftres doables , de fuite
& fans aucun blanc. Les renvois & ratures feront
approuvés & fignés de la même manière
le de l'acte. Rien n'y fera écrit par que corps
abréviation , ni aucune date mife en chiffres.
« IV. Toute contravention aux difpofitions de
l'article précédent , fera punie de 10 liv, d'amende
pour la première fois , de 20 livres d'amende ca
( 243 )
cas de récidive , & même des peines portées par
le code pénal en cas d'altération ou de faux . »
« V. Il eft expreflément défendu d'écrire &
de figner , en aucun cas , les actes fur feui les
volantes , à peine de 100 liv. d'amende , de deftitution
& de privation pendant 10 ans , de la
qualité & des droits de citoyen actif. »
« VI. Les actes contenus dans ces regiftres ,
& les extraits qui en feront délivrés , feront foi
& preuve en juftice , des naiffances , mariages &
décès. »
« VII. Les actes qui feront inferits dans les
regiftres , ne feront point fujets au droit d'enregiſtrement.
33
te VIII. Dans les quinze premiers jours du
mois de janvier de chaque année , il fera fait à
la fin de chaque registre une table par ordre alphabétique
des actes qui y feront contenus . »
IX. Dans le mois fuivant , les municipalités
feront tenues d'envoyer au directoire de leur diftrict
, l'un des regiftres doubles . »
« X. Les directoires de diſtrict vérifieront fi
les actes ont été dreffés , & les regiftres tenus dans
les formes prefcrites . >>
XI. Dans les quinze premiers jours du mois
de mars ,
les procureurs -fyndics feront tenus d'envoyer
ces regiftres aux directoires de département
, avec les obfervations des directoires de
diftrict. »
« XII . Ces regiftres feront dépofés & confervés
aux archives des directoires de département.
>>
« XIII. Les autres regiſtres doubles feront dépofés
& confervés aux archives des municipalités .
XIV. Les procureurs - généraux-fyndics des
départemens feront chargés des dénonciations &
cc
L 2
( 244 )
pourfuites en cas de contravention au préfent décret.
»>
сс XV. Tous les dix ans , les tables annuel'es
faites à la fin de chaque registre feront refondues
dans une feule ; néanmoins pour déterminer
une époque fixe & uniforme , la première de ces
tables générales , fera faite en 1850. »
XVI . Cette table décennale fera mife fur
un registre féparé , tenu double , timbré , coté
& parathe. »
XVII . L'un des doubles de ces registres
fera envoyé , dans les quinze premiers jours du
mois de mai de la onzième année , au directoire
de diftrict , & tranfmis dans le mois fuivant ,
par le procureur- fyndic , au directoire du département
, pour être placé dans le même dépôt . »
ce XVIII . Toutes perfoanes font autorisées à
fe faire délivrer des extraits des actes de naiffance
, mariage & décès , foit fur les regiſt es
confervés aux archives des municipalités , foit
fur ceux déposés aux archives des départemens .
Les extraits devront être fur papier timbré ; ils
ne feront pas fujet au droits d'earegiftrement, »
ec XIX. Il ne fera payé que fir fous pour
chaque extrait des actes de naiffance , décès &
publication de mariage , & 12 fous pour chaque
extrait des actes de mariage , non compris le
timbre. »
« XX . Les extraits demandés fur les registres
courans , feront délivrés par celui qui fera chargé
de les tenir . Après le dépôt , les extraits feront expédiés
par les fecrétaire -greffiers des municipali :és
ou des départemens .
30
« XXI. Les regiftres courans feront tenus par
celui qui fera chargé de recevoir les actes ; il en
répondra,
23.
( 245 )
* XXII . Dans les villes dont l'étendue & la
population exigent qu'il y ait plus d'un cfficier
public chargé de conftater les raiffances , mariages
& décès , il fera fourni trois regiftres doubles
à chacun d'eux ; ils feront tenus de fe conformer
aux règles ci - deffu : preferites .
לכ
TITRE III.
Naiffances.
ee Art . 1. Les actes de naiffance feront dreffés
dans les vingt - quatre heures de la déclaration
qui fera faire par les perfonnes ci-après défignées ,
affiftées de deux témoins de l'un ou de l'autre
fexe , parens cu non parens , âg's de vingt un
ans . >>
« II. En quelque lieu que la femme mariée
accouche , fi fon mari eft prefent & en état d'agir,
il fera tenu de faire la déclaration. »
" сс
« III. Lorfque le mari fera abfent ou re pourra
agir , ou que la mère ne fera pas mariée , le
chirurgien ou la fage femme qui auront fait l'accouchement
, feront obligés de déclarer la naiffance.
"2
« IV. Quand une femme accouchera, foit dans
une mailon publique , foit dans la mafon d'autrui
, la pe finne qui commandera dans cette
maifon , ou qui en aura la direction , fera tenue
de déclarer la naiffance . »
« V. En cas de contravention aux précédens
articles , la peine contre les perfonnes chargées
de faire la déclaration , fera de deux mois de
prifon ; cette feine féra pou :fuivie par le procureur
de la commune devant le tribunal de
police correctionnelle , fauf les foarfuites crimi-
L3
( 246 )
nelles en cas de fuppreffion , enlèvement ou défaut
de repréfentation de l'enfant . >>
VI. L'enfant fera porté à la maifon com→
mune , ou autre lieu public fervant aux féances
de la commune ; il fera préfenté à l'officier pu
blic . En cas de péril imminent , l'efficier public
fera tenu , fur la réquifition qui lui en fera faite,
de fe tranfporter dans la maifon oil ſera le nouveau-
ré. „
Vil. La déclaration contiendra le jour ,
J'heure & le lieu de la naiffance , la défignation
du fexe de l'enfant , le prénom qui lui fera
donné , les prénoms & noms de les père & mère,
feur profeffion , leur domicile ; les prénoms ,
noms , profeffion & domicile des témoins, »
« VIII. Il fera de fuite drafé acte de cette
déclaration fur le regiftre double à ce deflinés
cet acte fera figné par le père ou les aut er perfonnes
qui auront fait la déclaration , par les
témoins & par l'officier public ; fi aucun des déclarans
& témoins ne peuvent ou ne favent figner,
il en fera fait mention . »
« IX. En cas d'expofition d'enfant , le juge
de paix ou l'officier de police qui en aura été
inftruit , fera tenu de fe rende far le lieu de
l'expofition , de drefer procès- verbal de l'état de
l'enfant , de fon âge apparent , des marques exté:
i :ures , vêtemeas & autres indices qui peuvent
éclairer fur fa naiffance ; il recevra aufli les déclarations
de ceux qui auroient que'ques conneiflances
relatives à l'expofition de l'ei fant. »
« X. Le jage de paix ou l'efficier de police
fera tenu de remettre , dans les vingt - quatre
heures , à l'officier public , une expédition de ce
procès - verbal , qui fera tranferit fur le regiſtre
double des actes de raiffance . »
( 247 )
« XI. L'officier public donnera un nom à l'en
fant , & il fera pourvu à la nourriture & à fon
entretien , fuivant les loix qui feront portées à
cet effet. 33.
se XII . Il eſt défendu aux officiers publics d'inférer
par leur propre fait , dans la rédaction des
actes & fur les registres , aucunes claufes , notes
ou énonciations autres que celles co tenues aux
déclarations qui leur feront faites , à peine de
deftitution qui fera prononcée par voie d'adminiftration
, par les directoires de département for
la dénonciation , foit des parties , foit des procu
reurs des communes ou procureurs fyndics , &
fur la réquifition des procureurs- généraux fyndics
. »
« XIII . Si , antérieurement à la publication
de la préfente lei , quelques perfonnes avcient
négligé de faire conftater la naiffance de leuts
enfans dans les formes ufitées , elles feront tenues ,
dans 11 huitaine qui fuivra ladite pabication
d'en faire la déclaration , conformément aux dif
pofitions ci - deflus. >>
TITRE IV.
Mariages.
SECTION PREMIERE.
Qualités & conditions requifes pour pouvoir
contracter Mariage.
Art. I. L'âge requis pour le mariage eft
15 ans révolus pour les hommes , & treize aus
révolus pour les filles. »
L 4
1248 )
II. Toute perfonne fe:a majeure à 21 ans
accomplis .
33
« III. Les mineurs ne pourront être mariés
fans le confentement de leur père ou mère ,
ou parens ou voifins , ainfi qu'il va être
dit,
«IV. Le confentement du père fera fuffifant. »
« V. Si le père eft mort ou interdit , le confentement
de la mère fuffira également. »
« VI. Dans le cas où la mère feroit décédée on
en interdiction , le confentement des cinq plus
proches parens paternels ou maternels , fera néceffaire
. »
« VII. Lorfque les mireurs n'aurost pont
de parens ou n'en auront pas au nombre de cinq
dans le diftrict , on y fupplera par des voies
pis da s le lieu où les mineurs feront domiciliés.
»
« VIII. Les parers & les voifins affembles .
dans la maifon commnne du lieu du domicile
du mineur , délibéreront à cet égard , devant le
maire ou autre officier municipal à l'ordre de la
lifte , en préfence du procureur de la commune.
»
ce IX. Le confentement fera donné ou refusé ,
d'après la majorité des fuffrages . »
cc
X. Teute perfonne engagée dans les liens
du mariage , ne peut en contracter un fecond ,
que le premiern'ait été diffous conformément aux
loix. "
« XI . Le mariage eft prohibé entre les parens
naturels & légitimes en ligne directe , entre
les alliés dans cette ligne , & entre le frère & la
forur. »
XII. Ceux qui font incapables du confente
ment , ne peuvent ſe marier, ∞ i
( 249 )
XIII. Les mariages faits contre la difpofion
des articles prédens , feront nuls & de
nul effet. »
La fin au Journal fuivant.
De Paris , le 22 Novembre 1792 .
Ce que nous avions prévu eft arrivé ;
Paris n'a point encore de Maire. Cette
irréfolution n'eft pas difficile à expliquer.
Dans une cité qui contient une auffi grande
population , oùles Citoyens d'une Section
font , pour ainfi dire , étrangers à ceux
d'une autre , l'opinion doit néceffairement
errer , à moins qu'un Candidat ne s'élève
affez pour attirer tous les regards . Cette
incertitude feroit elle un fymptôme de difette
, ou les événemens qui fe font paffés
dans la capitale ont - ils fait de cette première
Magiftrature l'objet d'une refponfabilitétrop
effrayante pour les Citoyens qui
redoutent le pouvoir des agitateurs ? Cet
embarras auroit peut être été levé , fi l'on
eût pu choifir parmi les Membres de la
Convention , & cette feule difficulté fuffiroit
pour faire fentir combien eft nuifibie
au Peuple le décret qui interdit à fes Repréfentans
actuels la faculté d'avoir Fart à
fes élections . Il réfuite du moins de cette
irréfolution une vérité rafurante , c'eft
qu'il n'y a point dans les Sections de parti
LS
( 250 )
véritablement influenciel , c'eft un avantage
que l'on doit au fcre in fecret qui place
l'opinion de chaque individu fous le libre
empire de fa confcience.
De 12,236 votans , d'Ormeffon , Juge--
Préfident d'un Tribunal , a obtenu 2,567-
fuffrages; Lhallier, Accufateur public, 2081 ,
& Chambon , Médecin , 1,603 . D'Ormefon
a adreffé aux Commiffaires des Sections
une lettre dans laquelle il expofe les motifs
qui l'engageroient à refufer fi la majorité
fe déclaroit en fa faveur. Si des intentions
droites , un efprit laborieux , des connoiffances
judiciaires étoient un titre fufflant
'pour la Mairie , d'Ormefon les réuniffoit ;
mais il faut de plus cette activité , prompte
dans les réfolutions , l'efprit d'enfemble &
de détail , une facilité à manier la parole ,
un caractère ferme qui maîtrife , & furtout
un grand afcendant de popularité qui
retient & fait le principal fecret de cette
place. D'Ormefon , avec des qualités eftimables
, a eu le courage d'avouer qu'il
lui manquoit les plus effentielles. Les rapports
de Lhullier avec Robespierre & Marat
lui ont valu fans doute les fuffrages qu'il
a obtenus. Ils lui rendent ce qu'ils en
avoient reçu dans les Affemblées Electorales
pour nommer à la Convention . C'eſt
aux Citoyens de Paris à juger fi ce font là
des titres de préférence. Cependant , malgré
la déclaration de d'Ormefon , la Con(
251 )
#
mune a forcé les Sections d'aller au balotage
entre Lhullier & lui , on en devine
aifément la raifon : mais il pourroit fe faire
que les efpérances fuffent trompées. D'Ormeffoh
a eu la majorité dans plufieurs
Sections.
Nous ne dirons rien du décret für les
Emigrés ; c'eft une loi de circonftance , il
eft difficile que des loix de ce genre foient
calquées fur les principes exacts de la juftice.
La Convention n'a vu en eux que
des ennemis irréconciliables , que les malheurs
avoient pu inftruire fans les changer ,
& qui ne devoient pas être récompenfés
du mal qu'ils n'avoient pu faire à leur
Patrie. Elle a craint que leur retour ne
produisît au fein de la République de nouveaux
germes de haine & de diffention
& qu'en étendant trop les exceptions , elles
n'affoibliffent le bien qu'elle attendoit de la
loi . Mais nous ne pouvons nous difpenfer
de remarquer que la jufte indulgence dont
elle a ufé envers les enfans des Emigrés
n'eft qu'un bienfait illufoire , & même une
offenfe faite à la nature . Quel eft le Peuple ,
quelle eft la Légiflation où les enfans ne
doivent pas fuivre la fortune heureufe out
malheureufe de leur père ? N'eft ce pas un
des premiers devoirs de la piété filiale ? &
comment a - t- on pu efpérer que des enfans
de 15 ans auroient ni la volonté , ni le
pouvoir d'abandonner leurs parens , de
L6
( 2520)
brifer ainfi les liens les plus facrés , &
de s'expofer à de longs voyages fans guide ,
fans fecours , fans moyens ? Il eft cruel &
immoral de mettre aux prifes les fenti-
.mens de la nature avec ceux de la Patrie.
Il eft encore plus injufte de punir l'égarement
des pères dans la fortune de leurs
enfans , & de les vouer à l'indigence , parce
qu'ils auront bien mérité des moeurs. Epérons
que des loix plus douces corrige
ront un jour tout ce qu'on a cru devoir
accorder à la néceflité & au falut de la
République .
On n'a point encore oublié ces Commiffaires
envoyés par la Commune provifoire
dans les
Départemens , pour enga
ger les autres Communes à fe coalifer avec
celle de Paris , & y prêcher la doctrine
du partage des terres. Un Membre du
Confeil général , le même qui étoit allé à
la tête de la Commune affurer la Convention
de la ferme réfolution du Confeil
général de faire exécuter les loix , & de
pourfuivre les Membres impurs qui avoient
fouillé fon adminiftration , vient de profeffer
ouvertement des principes bien
étranges . Il s'agiffoit d'une difcuffion fur
les fubfiftances. Le Préfident avoit penfé
que ce feroit violer la propriété que de
faire un recenfement des grains. Le Membre
dont nous parlons l'interrompt : « Je
1: 253 )
Vous arrête , Préfident ; vous prononcez un
blafpheme politique. Un des crimes de l'ASfemblée
Conftituante fut de n'avoir pas
défini la propriété ; de n'avoir rien dit
dans la déclaration des droits , du droit
qu'a chaque homme à la fubfiftance commune
; le Peuple eft mûr pour la vérité,
il faut la dire. Les propriétés territoriales ,
les grains & tout ce qui tient à la fubfiftance
ne font que des propriétés condi
tionnelles ; c'est le confommateur qui eft
le véritable propriétaire , c'eſt à la Répu
blique entière
qu'appartiennent ces objets ;
le poffeffeur n'en eft que le garant , l'échangeur
, & fi par avarice il retient dans fes
magafins les dons de la nature qui appar
tiennent à tous , il devient criminel ; il eft
temps de faire fentir la différence qui
exifté entre la propriété & les propriétés ;
l'une nuit à notre perfonne , à nos droits ;
les autres , dans un Etat libre , ne font
que relatives. »>
La propriété n'a pas befoin d'être défi
nie. Ou c'eft un mot vide de fens , ou il
renferme l'idée de l'exclufion . Il n'eft point
d'ordre focial où l'on n'ait Legardé la propriété
comme le droit le plus facré.
La fociété peut la grever. d'une contribution
proportionnée aux befoins publics ;
cette contribution eft le garant même le
plus affuré qu'elle ne fera point . violée.
Chaque homme fans doute a droit à fa
•
( 254 )
fabfiftance, & c'eft pour cela
cela quela fociété
doit fournir au pauvre du travail , & une
fubfiftance gratuite à celui qui ne peut travailler.
Mais dire que les propriétés territoriales
ne font que des propriétés condi
tionnelles dans un autre fens que celui de
L'impôt , que le véritable propriétaire eft
le confommateur , que la propriété d'autrui
eft une atteinte à nos droits & à notre perfonne
, voilà le véritable blafphême politique
, c'eft reverfer la première bafe de
l'état focial , c'eft fonner le tocfin contreles
riches & proclamer hautement le préambule
de la loi agraire. Si c'eft pour une
pareille vérité que le peuple eft mûr , c'eſt
la vérité des Cartouches & des Brigands ..
C'eft la culture qui fait la propriété ,
ee font les avances , les fatigues , les fueurs
du Cultivateur . De quel droft celui qui
n'y a pas contribué viendra t il profiter du
fruit pénible de mes labeurs , fi ce n'eft du
droit du plus fort ? On veut donc transformer
l'état de fociété en état de guerre. Que
diroit-on de plus , fi l'on avoit pris à tâche
de déforganifer l'empire & de le plonger
dans la plus horrible des anarchies ? Ce
que le Membre de la Commune appelle
des dons de la nature communs à tous , ne
font pas des productions fpontanées , le
travail & l'induftrie les ont fait éclore. Ledroit
que j'ai fur mes récoltes eft le même
que celui du fabricant fur fes draps.. Si le
7255 )
confommateur étoit le véritable proprié
taire , il n'y auroit plus de propriété , car
tout le monde eft conformateur ; il n'y
auroit plus de propriété , car là où tout
eft commun , rien n'appartient à perfonne.
Mais fi tout eft commun , qui voudra cultiver
les champs , manufacturer les étoffes ,
tabriquer des bas , des fouliers , des chapeaux
, & c. & c. pour le profit de ceux
qui fe difpenfercient du même travail ? Sans,
propriété , il n'y a plus ni culture , ni in
duftrie, ni commerce . La fociété n'eſt qu'un
état continuel d'échange ; nul ne vend que
pour recevoir. L'échange fuppofe donc la
propriété ; & comme les métaux mortnoyés
ont été regardés comme la meſure
d'échange la plus conmode , toutes les
productions du travail , de l'induft te &
de la culture viennent s'y appliquer. Telle
eft la circulation merveilleule qui nourrit
l'activité & place toujours les reifources à
côté des befoins.
A l'égard des fubfiftances & des objets
de confommation , leur emploi fe règle
par la nature même des chofes. Le fuperfit
de l'un devient le néceffaire des autres . Le
cultivateur ne garde pas fes grains parce
qu'il a d'autres befoins à fatisfaire il en
eft de même de tous les autres produits de
l'induftrie ; l'intérêt du propriétaire eft la
règle la plus sûre pour le befoin du confommateur
, & c'est une vérité d'expé
:
8256)
rience que jamais on n'a plus reffenti les
effe's d'une difette apparente que lorsqu'on
a gêné la circulation par des entraves &
des règlemens coercitifs qui appellent la
défiance , font fermer les greniers & les
magafins , & font éprouver une hauffe
confidérable dans le prix des objets de
confommation .
M. Necker vient de donner la meſure
de fon attachement pour Louis XVI, en
fe déclarant fon défenfeur ; mais il a donné
en même temps celle de fa raifon & de
fes principes. On ne peut rien lire de plus
maladroit & de plus défavorable au but
qu'il a voulu remplir. It ne parle que
des vertus publiques & particulières ,
des bontés , des bienfaits , des affections
tendres & généreuses de cet augufte & tfortuné
monarque envers la nation qui ofe
s'arroger le droit de le juger. On c'oiroit
entendre le panégyrique de Trajan par Pline.
Depuis Charlemagne jufqu'à nos jours il
n'eft pas de Roi qui ait fait plus pour le
bonheur de fon peuple , & qui en ait
éprouvé plus d'ingratitude & plus d'outrage.
Le bon homme Necker eft toujours aux
-pieds de Sa Majeſtė , de ceux de la Reine ,
cette augufte Princeffe , & quand il parle
de M. d'Artois il n'oublie pas de le qua
lifier de Monfeigneur ; c'eft un plaidoyer
éternel en faveur de la royauté , & l'on a
( 257 )
quelque raifon de s'étonner du rapptochement
fingulier de Louis XVI avec
Phocion , Ariftide & Socrate . Ce n'eft pas
avec des moyens de rhéteur & un langage
de courtifan auffi ridicule , que l'on peut
abufer une nation éclairée , & infpirer de
Fintérêt pour un ex- roi accufé d'avoir confpiré
contre la liberté & la conftitution d'un
peuple qui l'avoit affermi fur un des trônes
des plus puiffans de l'Europe , & d'avoir
favorifé l'invafion des troupes ennemies. Il
n'y a qu'un niot à répondre à M. Necker.
Louis XVI ne fera jugé , comme tout
que autre accufé, fur de faits & des preuves
irréfiftibles. Si le titre de Roi n'eft pas un
crime , digne du plus grand fupplice ,
comme le difent quelques déclamateurs
exagérés , l'ufage qu'il a fait de la royauté
conftitutionnelle peut le devenir ; c'eſt la
queftion qu'il s'agit d'examiner. L'humanité
, la juftice & la dignité nationale exigent
qu'on fafie cet examen avec autant
de fang froid que d'impartialité , & fi
Louis XVI eft jugé coupable , c'eft à la
nation à voir ce qu'elle doit à fa grandeur
& à fa générofité. On affure que l'exconftituant
Malouet demande aufli de comparoître
à la barre de la Convention pourplaider
la caufe du ci - devant monarque.
Il feroit donc de la deftinée de Louis XVI
de n'avoir que des défenfeurs peu dignes
de la faveur publique.
( +258 )
}
Depuis plufieurs jours , Louis XVI eft
attaqué d'un rhume violent qui lui a donné
un mouvement de fièvre . Les Commiffaires
du Temple en ont rendu conípte au Confeil
général de la Commune qui les a
chargé d'avoir foin & de donner tous les
fecours que pourroit exiger l'état du ma- Ï
lade. Louis a d'abord dit qu'il lui fuffifoit
de la diète & d'un régime dont il avoit
l'expérience ; mais fon indifpofition s'étant
prolongée , il a demandé fes deux médecins
ordinaires , Monier & Vicq &Azir
qui lui ont ordonné les remèdes convenables.
Le bruit de fa mort s'étoit répandu
le 19 au matin , mais le bulletin , publié le
même jour , loin de le confirmer , annonce
au contraire , par la nature des remèdes
qui lui ont été preferits , que fon indif
pofition n'eft pas de naturé à avoir des
fuites dangereuses..
Marie Antoinette a effuyé un rhume de
cerveau avec inflammation au vifage &
difficulté de refpirer : cette indifpofition eft
dillipée.
Les papiers publics ont publié que
Charles Lameth s'étoit battu en duel à
Londres , & avoit reçn un violent coup
d'épée d'un émigré nommé Chauvigny.
Municipalité. Le citoyen Lebrun , miniftre
des affaires étrangères , a préfenté à
8259
)
la Municipalité fa fille nouvellement née ,
& lui a donné le nom de Civilis Victoire-
Gemappe Dumourier - Lebrun. Dumourier a
été repréſenté dans cette cérémonie par le
citoyen Jean- Baptifte Renard , fon valetde-
chambre , maintenant aide- de- camp - capitaine.
Charles Villette a auffi préfenté un fils
de fon mariage avec la citoyenne Varicourt,
& l'a appellé Voltaire Villene. Nous applauditions
à cet hommage de la reconnoiffance
envers un hommie célèbre , dont
Villette a recueilli les derniers foupirs. Mais
en est - il de même de cette manie de le
dépatronifer qu'affichent nos petits grands.
hemmes. Voici la lettre que nous avons
reçue fur cette épidémie du jour.
Lettre au Rédaleur.
es Les Républicains qui ont , de la liberté, le
fe timent noble & prcfund.qu'cile infpire , veus
favent gié , Monfieur , de vos judicieuſes obfere
vations fur cet enth ufalme novateur qui , s'oc
cupant de petites chofes au milieu d'une grande
révolution , prétend régler nos ufages , ros manières
& jufqu'a notre coftume . Quelque paffiorné
que je fois pour le nouveau régime qui a rendu
aux peuples leurs droits & à l'homme fa dig ité ,
j'avoue bonnement que je tiens encore à l'ancien
en amour comme en amitié. Je ne me réfoudrai
jamais à tutoyer le magnanime préfident du comité
des affaffins & fes hour êtes complices.
1260 )
Il est une autre folie du jour qui ne me parcît
pas moins ridicule que les autres & que je m'attendois
à vous voir r lever ; je veux parler de cette
fureur de le dépatronifer , pour aller chercher
parmi les Grecs , les Romains & jufques chez les
Scythes des farnoms dont l'adap ion me parcît
d'une refponfabilité un peu effrayante . On ne voit
que des Anacha fis , des Anaxagoras , de Publicola
, des Gracchus , &c . & c . d'autres p'us modeftes
le contentent de choifir parmi les mo?
drres célèbres ceux auxquels ils ont voué un culte
p'us particulier & dont ils croyent le rapprocher
par leur talent , & comme ils fe font conflités
juges des peints de reffemb'arce , on préfeme bien
que leur amour prop: e ne s'en eft point intimidé.
A la vue de cette présomptueufe légende , je
ferois tenté de dire , comme Antoine Lizimond
dans le Glorieux Mon patron vaut bien les
vôtres . Mon patron en effet , fans être un philofophe
de l'antiquité , en avoit les vertus , &
n'auroit point été défavové par eux. Cher à humanité
, i lui confacra fa vie entière ; il n'avoit
pas attendu des révolutions polítiques pour waiter
tous les hommes en fères , & je doute que nos
philantropes d'un jour euffent , avec auffi reu
de moyens que lui , fondé l'établiffement fi néceffaire
des Enfans trouvés , & qu'aucun d'eux
cû: porté l'efprit de fraternité jufqu'à prendre la
place d'ua forçat , pour rendre à la fociété un
malheureux père de famille innocent. Vous voyez
que je veux parler du célèbre Vincent de Paul,
que l'Eglife a mis enfuite au nombre de fes
Saints , & qui n'avoit pas befoin de cette apothéofe
pour devenir un objet de vénération pour
les amis des hommes. Je fens que fa qualité de
faint pourra lui nuire aux yeux de nos téfor(
261 )
mateurs , mais ce n'eft pas la faute , & affurément
dans fa modefle fimplicité , il étoit loin
de prévoir cette fortune. Je demande donc grace
pour mon patron , & je crois former un Væ
bien doux à l'humanité , en defirant que nos
dépatroniteurs pratiquaffent quelques - unes de fes
vertus fociales . »
« Ce que je dis pour mon patron , d'autres
Fourront le dire du leur ; & fans aller chercher
dns hiftoire aucienne d'ambitieuſes dénominations
, qui ne fervent fouvent qu'à accoler des
géans à des pigmées , je crois que nous pourrions
trouver dans nos temps modernes , des patrons
dignes d'une glorieufe préférence . Au refte , cette
fubverfion dénominatrice fera toujours bien ingtile
pour qui fait honorer le nom qu'il porte ,
& bien ridicule pour ceux qui traîient celui qu'ils
emp.untent. I eft douteux que Rouffeau eût
renoncé à être Jean- Jacques , & je ne vois pas
que l'auteur des Etudes de la Nature & de Paul
& Virginie foit moins célèbre , pour ne s'appeler
que Jacques-Bernardin - Henri de St. Pierre. »
Anecdote.
Les Autrichiens , conduits par des Emigrés
, vinrent , le 2 mai dernier , piller le
village de Bettiguiés près Maubeuge Ils
volèrent le lit du patriote Guyot , curé de
ce village . Ce bon curé , fans lit , vient d'acheter
celui de fon ci -devant archevêque
Ferdinand de Rohan . Ce lit eft paffé dans
le presbytère avec fes couffins épais & fon
dôme majestueux . De crainte d'être aceufé
( 261 )
d'un luxe trop épifcopal , le citoyen-curé
a fait infcrire , fur la corniche qui fupporte
le dôme , la devife fuivante en lettres cașitales
, aux trois couleurs nationales : Ils
avoient pris le mien.
Nouvelles de nos Armées.
›
Armée du Brabant . Depu's la bataille de Gemmappe
, qui a été plus meurtrière de part &
d'autre qu'on ne l'avoit annoncé , nos fuccès
dans la Belgique ont plurôt été des réceptions
triomphales que des combats ou des affauts .
Les troupes Autrichiennes ont fucceffivement
évacué Ypres , Furne , Menin Courtrai
Gand , Ortende & Malires. Labourdonnaye eft
aux portes d'Anvers , & Valence à celles de Namur
, ou nos troupes font en poffeffion de tout
le territoire entlayé entre la Meule & la Mofel'e,
Dumourier , qui fait que les victoires ne
font pas taire les calomnies , a adreffé à la Convention
& as Miniftre de la guerre , les lettres
fuivantes :
Lettre du général Damourier au président de la
Convention nationale ; Mons , le 9 novembre .
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« Plus j'ai de fuccès contre les ennemis extérieurs
, plus la colonne de mes ennemis intérieurs
doit fe groffic. La méfiance et la pierre
d'achoppement des républiques , & plus un citoyen
eft en évidence , plus fes fentimens , fes
( 263 )
pinions , fa conduite , doivent être connus de fes
concitoyens . >>
•
« En conféquence , je crois devoir vous envoyer
& vous communiquer l'extrait d'une lettre
que j'ai écrite le 30 octobre au citoyen miniſtre
de la gecrie. Cette lettre ma conduite foutenue
, & les fervices que je rendrai à la république
, ferviront de réponse à toutes les fottifes
qu'on débite & qu'on débitera fur mon compte. Je
vous prie de croire que j'ai cru cette démarche néecare
pour la tranquillité de ma patrie , pour
mon bonheur. Ainfi , j'attache le plus grand prix
à la publicité . C'eft la feule récompente que je
follicite . »
« La forme du gouvernement de la province
du Hainaut , dont Mons eft la capitale , a été
changée fpontanément & fans aucune influence.
Hier , trente magiftrats hoifis au fcrutin par
le peuple entier , fe font partagés toutes les
branches du gouvernement . La tranquillité &
la joie règnent dans cette ville , qui lève mille
hommes pour joindre l'armée de la république.
Je fais demain un mouvement en avant . On dit
que nos troupes font dans Tournai depuis hies
matin , je n'en ai encore aucune nouvelle officielle.
»>
Signé , le général en chef de l'armée du
Nord,
DUMOURIER .
Extrait de la lettre écrite , le 20 octobre 1792 ,
par le général Dumourier , au minifire de la
guerre.
« Le sitoyen Lebrun vous dira que , vu la
manière dont je fuis employé , je n'ai ni pu ni
264 )
du conferver le commandement d'une armée particulière
, que j'en ai donné ma démiffion , &
que j'en ai rendu le brevet. Je déclare , comme
philofophe & comme bin républicain , bien pérécié
de la néceffité de conferver l'égalité néceffure
entre les citoyens , qu'auffi -tôt cette
guerre fiale , je veux êt e libre & fans aucun
emploi que plus le rôle que j'aurai joué pendant
la guerre aura été important , plus la nation ,
fes repréſentans , fon pouvoir exécutif , doivent
approuver cette abdication précife , & devroient
en faire une loi fi je nela propofo´s pas moi- même.
Non- feulemert je defirerois mon repos , mais auffi
celui de la république . Otium cum dignitate lera
la feule chofe qui convienne à ma patrie & à
moi. Ainfi , refpectable citoyen , après cette démiflion
, encore p'us formelle que la première ,
Vous ne devez pas balancer à donner au général.
Valence le titre de général en chef de l'armée
des Ardennes , que lui a annoncé le miniſtre
Lebrun. S'il faut un décret pour cette nomination ,
lifez ma lettre à la Convention ; c'eſt un engagement
facté que je prends à la face de l'Univers , &
que je configne dans les vegiftres . »
CC Quant à moi , digne miniftre , je vous déclare
encore , qu'après avoir prouvé que je fais
faire la guerre , je prouverat que je l'abhorre, &
qu'auffi-tôt que la paix fera faite , je pendrai mon
épée à un clou , & ne la reprendrai qu'en cas que
de vils defpotes viennent encore mettre la répu
blique en danger. »
Signé , DUMOURIER.
Les détails du progrès de nos armes
dans les différentes Provinces Belgiques
font contenus dans les pièces fuivantes :
Lettre
( 268 )
+
Lettre adreffée à la Convention , du quartiers
général à Charles-fur- Sambre , le 12 novembre:
1792 , l'an premier de la République.
CITOYENS ,
Je m'emereffe de vous apprendre que les
troupes de la République françoile , commandée
par le général Valence , occupent la ville appelée
hier Charles - Roi , du comté de Namur , & que
le peuple nomme à préfent Charles-fur- Sambre.
L'arbre de la liberté eft planté dans cette ville , &
dans prefque tout le pays entre la Sambre & la
Meule . La garnifon a fui à l'approche des troupes
françoifes. Je pleure & j'étouffe de joie,fur-tout en
entendant le peuple crier de toutes parts : vive la
nation françoife !
LESPOMAREDE >
Extrait de la lettre du général Dumourier au
miniftredelaguerre; Bruxelles , le 14 novembre.
•
J'ai effuyé hier , citoyen miniftre , un combat
à Anderlecht qui a duré fix heures , à la tête
de mon avant-garde , commandée par les lieute
Dans-généraux d'Harville & Egalité , les maréchaux-
de-camp Stengel & Rofier , le colonel
Thouveno & 9 a 10,000 hommes de troupes
légères & de grenad cis , contre le prince de
Wirtemberg , commandant de 8 à 10,000 hommes
formant l'arrière-garde des conėmis . Nous
Jur avons tué beaucoup de monde , à ce que
poes affurent les habitans , qui nous ont reçu
comme des dieux bienfaifans. Nous avons dja
reçu plus de quinze ecms déferteurs , & quelques
prifonniers,
No. 47. 24 Novembre 1791 . M
( 266 )
·
ˋ
J'envoie fur-le-champ le colonel Fregeville
du onzième régiment de chaffeurs , à la tête de
3 000 hommes & de l'artillerie légère à Malines ,
fous la confuite de quatre députés , des magiftrats
de cette ville , pour s'emparer d'une grande
quantité de munitions de guerre. J'en aurai des
nouvelles ce foir. Nous n'avons pas perdu 30
hommes. Nos troupes ont montré un courage &
une conftance qui m'infpirent la plus grande confiance.
Nous avons tous bivouaqué pendant 36
beures , & nous n'avons pas mangé depuis la
même époque. Vous jugez bica combien les bons
Brabançons vont nous refire de nos fatigues ;
cependant je ne compte pas refter ici long- temps ;
nous voulons achever de détruire l'armee Autrichienne..
»
« Le général Valence étoit arrivé avant- hier à
Nivelle , après avoir pris Charl roi . »
לכ
« Le gé é al Labourdonnaye eft à Gand . Je
vais le faire marcher fur Anvers , dès que j : re
porterai en avant . Il prendra la citadelle , & me
rejoindra enfuite . »
« Je recommande à la Convention nationale
les deux fours Ferning ; ce font des guerrières intrépides
P. S. J'avois laiffé l'armée fous les ordres du
fage & brave général Meranda ; (ur notre canonnade
, & à mon invitation , il a marché en avant ;
elle arriveroit aujou d hui , ſi je le voulois ; je la
ferai venir demain . Quels erce lens hommes que
les François républicais ! Que je fuis heureux
de les commander à leur fat sfet on !
Ci-joint les pières de la prife de Bruxelles . J'ai
établi le lieu ceant - général Omoran , commandant
à Tournay ; le maréchal - de- camp Ferrand ,
commandant à Mons , & je vais faire venir le
( 267 )
Reutenant général Maraffe pour commander
Bruxalles.
Lettre du Lieutenant- Général Labourdonnaye au
Miniftre de la guerre ; au quartier général de
Gand , le 16 novembre 1792 .
« Je vous préviens , citoyen , que mon avantgarde
marche aujourd'hui fue Auvers par Fermond
; qu'elle y arrivera demain , ou au plus`
pard après-dem in , & que la citadelle te rendra
le même jour aux armies de la république Fran
çaiſeen
1:
« Les habitans d'Anvers font armés : la cocarde
s'y multiple , & il n'eft refé dans la citadlle
ques à 600 hommes & quelques malades.
Les Autrichiens ont fait defcendre" par l'Eſcaut
Ja plus grande partie de 1urs approvifionnemens.
Mo avant- garde, a intercepté quelques
bateaux chargés de grains & farines à Fermond;
mais que que diligence que nous ayons faite
ils avoient trop d'avance pour pouvoir prendre
la totalité de ces convois . J'ai envoyé quelques
batail ons pour occuper Bruges & Oftende. "
·
» Par ce moyen, l'armée du Nord eft cn
poffetlion de la Flandre maritime autrichienne, »
Capitulation accordée à la ville de Malines.
сс
·
ce la garifon , compofée de 1300 hommes
environ d'infanterie des régimens de François
Kinske & de Legue , & en cavalerie , de deux
pelotons de Saxe Cobourg , d'un peloton de
Bards de Blankenftein , & d'un corps de 70
hommes d'artillerie , & généralement de toutes
les perfonnes du militaire au fervice de S. M. L,
devroat quitter demain , 17 novembre , la vile
M 2
1268 )
de Malines , pour le rendre , par la toute de
Louvain , à Tarn ée du général Clairfayt. Les
troupes conferveront leurs armes & pièces de
batalon ; les officiers & folats ou famille mie
litaire Pourront emporter leurs équipages . Le
général François garantit leur retraite & celle
d'un détachement de 20 hommes venant d'Anver
. »
5
L'arfenat, Part llerie , les magaſins de tous
geres , munitions & vivres , généralement tous
fes ffers appartenans à Sa Majeſté l'Empereur ,
feront liv és aux troupes Fra çoiſes , & l'inventaire
fummaire en fera fidèlement remis au lieu
tenant- colonel Barrois , par le baron de Blanhenftein
, liutenant colonel & commandant l'arfe
al de Malines , qui fera refponfable fi les
aff is ont détériorés ou égarés.
לכ
« Les portes de Bruxelles & d'Anvers feront
livrées aux troupes Françoifes.
33
La compagnie d'invalides , dont plufieurs
individus font hors d'état d'être tra‹ fportés , refsera
à Malines , & le général en ch‹ f Dumourier
en e donnera ce qu'l jugera convenable , de
conere vec le général des troupes Impériales . »
Que ques malades & bleflés efteront à Malines
, & font recommandés aux foins des Franço
. Ces malades & bleffés recevront, à l'époque
de Pu guérifon , des p ff:-ports pour rejoindre
leur corps. »
Ce
« Le général François confert qu'on fourniſſe,
& erg gera les magierats à faire fournir 16 chevaux
de trait & un cheval de felle pour le tranf
port des effets mintei es de la gari on. I fera
fouri au même ulage un chatios aucié de quaue
che
( 269 )
Fait à Maines , le 16 novembre 1792 , fan
premier de li république Françoife .
Le général commandant l'avant-garde de l'ar
mée commandée par le général Dumourier.
Signé , HENRI STENGEL ; GIROL , major
& commandant de la ville de Malines.
Nos troupes victorieufes font entrées à Gand
le 12 novembre , & c'eft à pareil jour que les
Gantois fe font ligués , il y a trois ans , pout
brifer les fers de l'Autriche . Ce rapprochement
a été le fignal d'une commune allégreffe . Les
habitans de Gand ont reçu les Franço's comme
des fières en liberté ; il n'y a eu befoin ni de
billets d'étape , ni billes de logement ; à défaut
de voitures pour délaffer nos guerriers , on les
portoit fur les bras. Le lendemain de l'entrée
de l'armée Françoife , le Général Labourdonnaye
reçat une couronne au th âtre , cù l'on
jouoit Paul & Virginie ; en la prenant , Labourdonnaye
dit : « Citoyens , cette couronne
eft deftinée à la ftatue de la liberté , qui fera
placée dans la chambre de vos Rep éfeutans :
je vous invite à la décorer des attributs de la
juflice & de l'humanité . »
Lettre du sitoyen Mouthon , commandant lafré
gate l'Ariel , au miniftre de la marine .
Oftende , 16 novembre 1792 .
« J'ai parti de la rade de Dunkerque , aujour
d'hui à dx heures du matin , accompagné de l'avifo
Eveillé , commandé par le citoyen Mulon . Le
rfte de notre flotte n'a pu fortir du poit par la
continuité des vents d'oueſt & nord - ouest , »
M 3.
( 270 )
« Comme il étoit inftant de fe rendre furiechamp
à Ottende , je m'y fuis rendu , & j'ai pris
mouillage dans le port à trois heures après midi .
La jie la plus vive a éclaté parmi les habitanss
lors de note entrée , & des députat ns de magiftrats
& de citoyens fun: venues Lous offer tous
les fecours dont nous pourrions avoir b - fon ; leur
loyauté , leur fianche amitié , nous ont fict e.
ment fait concevoir qu'il étoit plus nec five ;
pour la conqu rir , d'avois des benneis que
des
canons. »
« J'attends le reste de la flot pour continuer
lam fiɔ Acteufe d . nt on m ' chargé , & jefpère
la remplir avec autant de fuccès que de zèle . »
&
Lettre du général Damourier au ministre de la
guerre.
Bruxelles , le 17 novembre.
» Je viens de recevoir un parlementaire du de
de Sax - Tefchen ; it m'a propofé , une fufpe fin
d'armes , pendant laquelle les deux armées prese
droient leurs quartiers d'hiver.
Je lui ai répondu veibalement qu'étiot g '
néral d'une république , je ne pouvois rien prende
fur.moi ; qu'au refte , j'enverrois ces propo
fions au miniftre de la giene , & que je contimuerois
les opérations de la campagne . »
« Ces propofitions prouvent que les Autichiens
fe fentent bien foibles . Je vous annonce
la pr fe des gran is magafias de Malines , 5
tc J'espère que celle d'Anvers ôtera bientôt à
l'ennemi tout l'avantage de la campagne prochaine.
»
Signé , DUMOURIER .
1
( 271 )
Etat des objets trouvés dans Malines:
so mille livres de charbon de terre ,
600 matelas.
1200 lits de toile grife.
1000 fars de feige ou de farine de feigle , le
fac pelant so lives .
10 mille facs vides.
Un magafin de prùire très -cor fidér, ble ´à, y
quarts de lieues de Malines , fut le chemin de
Louvain , qu'on ne peut apprécier encore.
Une fonderie à canoes , une machine à forer ,
un arlenal , un grand nombre d'affuts reufs ,
de caiffons d'avant-trains , d'autres voitures
d'artillerie , 4600 routs neaver .
›
Un megafin de plufieurs pèces , lines de care
tou.hes à fufils , à canons & d'artifice de guerre ,
20 drapeaux pris fur les Be ges.
Le lieutenant - colonel , adjudant - général Pierre
Thouvenot , penfe que l'on pourroit faine tras
vailler la fonderie avec avantage , le cuivre Le
Valant que 22 fous à Malines ; il travaille à de
velopper les moyens de monter cet établufement ;
il s adreffera inceffamment au minifire . /
و
Quatre pièces de canons de 4 ; 3 de 12
de 4 ; 11 mortiers mis hos de fervice devant
Lille , 68 carous de différens calibres , de 48
36 , 25 ; 18 hors de fervice ; 200 petits casonş
pris fur les Beiges ; 15,000 fufis avec leurs
bayornetes, bons ; 2400 canons de fufils neufs
4000 fufils à réparer ; 600 pifiolets ; 300 mouf
queros , 300 carabines rayées ; 60 mille Ivres
de lomb ; 1,300, coo livres de poudre en batils
de 200 , avec des chappes ; les batils font en
chêre bien condizionnés ; So mille facs d'avoine,
}
M
4
( 272 )
contenant 16 rations de pays ; 1,600,000 livres
de foin ; a mile bottes de paille.
Armée du Centre. Beurnonville ma: che à gràn1
pas pour aller foutenir , conjointement avec
Biron , les conquêtes de Cuftine . Par une lettre ,
darée de Saa louis da 16 novembre , il fait
part au Miniftre de la guerre des avantages qu'a
eus fon avant- garde , commandée par le Général
Barrolière . Cette avant-garde a attaqué le poſte
de Saint-Remi & ' eſt emparée de cette ville ;
on y a trouvé braucoup d'approvisionne nens de
toutes efpèces , fa ine , viande , foin , paille
avoine , gibernes , fabres. Le tout a été tranf
porté à Thonville. Le pont volant
• que ks
eonem's avoient fur la Mofelle , a été bûé &
plufieurs bateaux ont été pris . Un trait de bra-
Youre mérite d'être cité. Un commandant des
huffards de la mort ; s'elt jetté à la nage pour
aller brûler ce poot , a réuffi dans fon prejet
& eft revenu triomphant. "
Armée du Rhin. Le général Biron , ayant reçu
ordre du miniftre de la guerre , d'aller joindre
le général Cutine , n'a pas balancé un inftant à
fe mettre en marche , & comme il eft auffi bon
patriote que bon cfficier , il s'eft fait une gloire
d'aller fervir fous le général Cuffine , qui a befoin
des plus prompts fecours .
Lettre du général Cuftine au miniftre de la guerret
Du quartier général d'Etteingheim , le 12 novembre.
Fatigué des refas de Kellermann ; & de fes
( 273 )
lenteurs , ayant fait concevoir aux ennemis le
projet de me faire abandonner Francfort , & de
me renfermer dans Mayence , j'ai pris le parti
de prévenir l'ennemi & de ma cher en avant, »
En conféquence , au moment de recevoir
les renforts que vous m'envoyez , je forme un
corps de 9000 hommes environ , & je marche
fur l'ennemi , retranché fur le chemin de Limbourg
; arrivé à Thoulveftein , j'apprends que
l'ennemi eft fortifié fur les deux rives de la
je prends la résolution d'attaquer les corps
placés fur l'une & fur l'autre rive , & je partage
le commandement de mes troupes. »
•
"
« Le 9 , le colonel Houchard , inftruit que
1,500 hullards Pruffiens ont été placés en avant ,
les a attaqués . Ces Pruffiens avoient un pofte fort
avantageux ; ils cccupoient une éminence au-deffus
de Limbourg , couverte par un grand ravin. »
« Le colonel dirige fon artillerie fur ce corps ;
dans l'inftant cu il alloit le charger , les 1500
hudlards fe retirent . Alors Houchard attaque l'infanterie
pruffienne. Les troupes de la république
combattent avec vigueur , & après une heure , les
Pruffiens foot forcés d'abandonner leur pofte. »
« Le colonel Houchard ayant eu l'art de les
prendre en flanc , ils fe font retirés à Limbourg ,.
non fans effeyer de fréquentes attaques . Je ne
puis trop donner d'éloges au premier bataillon des
volontaires du Jura ; il a toujours poursuivi les
Pruffiens à trente pas dans leur retraite. »
« Le cinquième régiment des chaffeurs de
figne s'eft également diftingué ; le colonel Houchard
s'eft battu avec ce nerf que donne la li
berté ; je follicite pour ce brave guerrier le
grade de maréchal - de-camp. Ce n'eft pas pour
lui qu'il faut le faire général , c'eft pour la chofe
M
S.
274
pub'ique. Le lieute anoel des volontaires
du Jura me femble avoir mérité le premier régiment
vacant. »
1
so
Les Pruffiens ont laiffé cent hommes fur
le champ de bataille , & nous leur avons fait
prifonniers , parmi lesquels il fe trouve un color el
& un lieutenant- colonel. Ils ont cu prodigieufement
de bleifés , potre artillerie les ayant tirés à
mitrai le à la diſtance de 120 toifes pendant plus
d'une heure. »
« Ce qu'il y a de plus étonnant , c'eft que,
dans ce combat long temps difputé , nous n'avons
eu que 4 hommes tués & 10 bleflés . Je voudrois ,
citoyen miniftre , n'avoir jamais que d'heureufes
nouvelles à vous annoncer ; je voudrcis fixer là
fortune , mais elle eft f.mme , & mes cheveux
grifonnent. »
3
*
POLOGNE,
De Varfovie , le 28 Octobre 1792 .
L'intérêt que les affaires de la Pologne
ont eu pour l'Europe pendant quelque
temps , diminue chaque jour. La Pologne ,
depuis qu'elle fe tait devant les armées
Ruffes , paroît comme anéantie ; cependant
lorfque les nouvelles des dernières
vtoires de la France y font arrivées , ce
filence des tombeaux a été interrompu ;
des cris de joie fe font fait entendre parmi
les moits. En célébrant le triomphe des
8275 )
François , les patriotes Poloncis cnt vu
encore l'image de la liberté , & l'efperance
de la recouvrer leur a fouri encore.
le
C'est ici , comme on peut le croire ,
pays où l'on s'occupe le plus des Ruffes :
on dit qu'ils entrent en ce moment dans
la Moldavie , & que l'Impératrice a renouvellé
fa coalition avec la maifon d'Autriche
, pour dépouiller encore la Sublime
Porte. Il feroit bien temps que la Porte
comprît enfin que la République françoife,
qui peut réunir . fon delpotilme comme
tous les autres , eft la feule puiſſance auffi
qui peut la défendre contre les autres
defpotes de l'Europe.
ALLEMAGNE.;
}
De Vienne , le 30 Octobre 1792 .
C'est ici fur fout que les fuccès , fi rapides
& fi éclatans de la République françoife
répandent l'étonnement & la confternation.
Pour cacher cet effroi , on a fait
de toutes parts de nouveaux préparatifs
de guerre , & ils font immenfes. On ne
parle de rien moins que d'une nouvelle
farmée de cent mille hommes ; mais il eft
beaucoup plus facile d'avoir cent mille
hommes dans les gazettes de ton pays ,
:que d'en avoir réellement vingt mille fur
M : 6
( 276 )
··
pied. Ainfi , par exemple , on avoit, ily a
quelque temps , imprimé dans plufied s
feuilles, que pleins d'amour pour leurjeune
Empereur les Hongrois vouloient à eux
feuls lui fournir foixante dix mille
hommes : ces foixante-dix mille hommes
fe réduifent aujourd'hui à douze mille
d'infanterie & quatre mille de cavaleriet
& même beaucoup de gens réduisent encore
ces douze mille à quatre mille , &
ces quatre mille à mille.
On fait plus aifément des bombes , des
boulets , des obufiers , des cartouches , que
des hommes & des foldats , & dans ious
les états de l'Empereur les forges retentiffent
pour en fabriquer d'inmenfes quantités.
Des corps de bombardiers & d'artilleurs
avec un gros train d'artillerie vont
partic inceffamment d'ici pour fe rendre
dans les Pays- Bas. -C'eſt partir bien tard ,
& l'opinion générale ici eft que les Pays-
Bas feront non pas conquis , mais affranchis
par la France long- temps avant que
ce train d'artillerie y arrive.
Le général prince Hohenlohe eft attendu
ici , & le maréchal prince de Cobourg y eft
arrivé : on ſe flatte que le premier révèlera
d'importans fecrets für les caufes de la
malheureufe campagne de cette année , &
qu'il fournira un plan plus heureux pour
la campagne prochaine . On fe propofe de
( 277 )
faire du fecond le généraliffime des armées
combinées contre la République françoife.
Mais ce prince de Cobourg , qui eft loin
d'avoir la renommé du duc de Brunſwick ,
quel titre a t-il pour fe croire un plus
grand génie militaire , & pour attendre de
la fortune plus de victoires ?
En parlant toujours des armées combinées
, on commence à douter beaucoup de
la durée de la coalition entre les princes à
qui ces armées appartiennent : beaucoup
de gens expliquent ici la retraite du roi de
Pruffe par fa trahifon : ordinairement ce
font les rois qui corrompent les républi
cains , on prétend que les républicains ont
corrompu ce roi. Cependant comme les
François l'ont affez durement accompagné
dans fa retraite , comme ils lui ont tué
& pris beaucoup de monde , il eft à croire
que fi ce prince s'étoit vendu , il eût été
traité plus doucement par ceux qui l'aus
roient acheté.
•
TREVE S.
Le roi de Pruffe & le Duc de Brunf
wickfont arrivés ici , il y a deux jours. On
affure que le duc renonce aux armées , à
la gloire , & qu'il veut déformais vivre
paifiblement dans fes états. Il le pourra
s'il n'y veut être qu'un homme ; s'il veut
( 2781
2
être toujours en prince , il y fera pourſuivi
par la revolution de la France. Le roi
de Pruffe ne paroît renoncer à rien. Quoique
dans le malheur, il a reçu un très- grand
nombre de vifites , & ia , comme on difot
autrefois , parfaitement repréfenté. On
lui montroit des craintes , il ne laifoit
paroître que du courage. તે Nos affaires , difoit-
il , de font pas en auffi mauvais état
qu'on le croit. Voilà comment il parle ,
& voici ce qui en eft : de quatre- vingt
milie Priffiens avec lefquels il eft entré
en France , il en a perdu plus de so
mille. Ce prince en quittant Trèves doit
fe rendre à Coblentz.
V
De Coblentz , les Novembre.
Tout regorge dans cette ville de foldats
dont les uns partent, dont les autres arrivent.
Chaque maifon de bourgeois a été obligée
de loger quelquefois jufqu'à feize foldats.
Six mille Heffois font partis d'ici le s , &.
huit mille Pruffiens les ont remplacés ; les
uns & les autres paroiffent deftinés à marcher
par Limbourg vers Mayence : c'eſtà
- dire qu'ils veulent furprendre & envelopper
Cuftine ; mais avec l'activité de ce
général on furprend fouvent , & on ek
rarement furpris.
( 279 )
De Mayence le 7 Novembre.
Au milieu des armées qui fe cherchent ,
fe pourfuivent & fe combattent, les peuples
affranchis par la guerre , qui faifoit autrefois
les efciaves , s'éclairent , fe paffionnent
pour la liberté & le préparent à un nouvel
ordre focial. A Mayence , aufli il y a déjà
depuis quelque temps une Société des
Amis de la Liberté & de l'Egalité , & dans
la falle de cette Société va fe tenir demain
une affen blée primaire. Os a pris un
moyen bien fimple de diftinguer & de
féparer les hommes qui veulent être libres
& ceux qui veulent refter efclaves . On.a
ouvert deux regiftres , l'un pour ceux qui
votent pour une nouvelle conftitution ,
l'autre pour ceux qui votent pour leur
antique efclavage, Ne voilà- t il pas d'un
côté le livre de vie , & de l'autre le livre
de mort ? Et l'Electeur de Mayence eft il
mort , eft il en vie ? il y a lieu d'avoir du
doute la- deffus. Ce qui eft certain, c'eft
qu'il erre dans l'Allemagne , ne fachant où
repofer fes pieds & fa tête. Quelle paffion
que l'orgueil ! qu'elle eft infenfée ! Que
les Rois de l'Europe confentent à n'être
que des hommes , & ils pourront être
encore des hommes très heureux . Mais
non, ils veulent être maîtres , & ils aiment
mieux fe précipiter dans les abîmes inévi-
·
K
( 280 1
tables de toutes les humiliations & de tous
les malheurs.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 16 Novembre 1792.
!
A l'entrée des François dans cette ville ,
à cette entrée qui a été un triomphe pour
les habitans de Bruxelles , plus encore que
pour les foldats de la France , on a cru
pendant quelques jours que toutes les opinions
& toutes les ames fe réuniffoient
dans le faint amour de la Liberté & de
l'Egalité. La conduite magnanime de Dumourier
, magnanime parce qu'elle étoit
fimple & jufte , fes difcours qui étoient
fublimes , parce qu'ils étoient la raifon
dans la bouche d'un triomphateur ; tout
devoit perfuader que les bons principes
feroient embraffes ici par un affentiment
univerfel. Mais ce génie du mal qui fouffle
par- tout la divifion réveille les querelles
étouffées entre les trois partis des états
des moines & des démocrates . En France , il
n'y a plus de moines : fi on en conferve
dans le Brabant , fans doute des mesures
feront prifes pour que les moines au moins
n'y foient que des moines. Ils crieront à
la cruauté, mais les plus cruels des hommes.
font ceux qui s'oppofent aux progrès de
la raiſon. C'eſt la raifon qui eft la ſource
( 281 )
de tous les biens ; ce font les erreurs q: i
font la fource de tous les maux. Voyez
Dumourier lorfqu'il parle , appuyé fur ces
fa glans trophées , il paroît un ange de
paix , parce qu'il eft un ange de lumière.
Le vieux Kaunitz eft mort à Vienne. Si
cela ne lui étoit pas arrivé avant , il aurcit
pu mourir en apprenant que les François
dinoient , foupoient & couchoient à Bruxelles
, qu'ils étoient dans prefque toute la
Belgique , & que prefque tous les Belges
étoient & vouloient être COMME les
François
Jufqu'au dernier moment , ce vieux
Kaunitz a exercé dans les confeils du chef
de l'empire cette efpèce d'afcendant que
n'obtiennent pas feulement les caracteres
qui ont de la grandeur , mais les caractères
même qui n'ont qu'une grande opiniâtreté .
Il étoit l'un des hommes de l'Europe qui
avoit le plus en horreur la révolution de
France : il a été l'un des confeillers des
princes qui les ont les plus pouffés à cette
conjuration contre les peuples qui devoit
leur devenir fi funefte à eux mêmes.
On a parlé plufieurs fois d'un partage
nouveau de l'Europe fait en efpérance par
les puiffances coalifées contre la France :
on favoit que ce traité , véritablement de
tefe-humanité , avoit été conclu à Pavic.
( 282 )
On en favoit les principales difpofitions ; le
traité même a été enfia découvert , & ceux
qui ont publié en garantiifent l'authenticité
: le voici.
Extrait d'un traité conclu & figné à Pavie , au
mois de juillet 1791 .
сс
2
« L'empereur reprendra tout ce que Louis
XIV avoie conquis fur les Pays - Bas Autrichiens
joignat t ces provinces aux Pays - Bas
i les donnera ca échange à l'électeur Palatia
de forte que les nouvelles poffeflions , jointes
as Palatinar , porteront le nom de royaume
d'Auftrufie. » .
ct
L'empereur aura à perpétuité la propriété
& la po fion de la Bavière , pour faire l'avenir.
maije indivifibie avec les domaines béréditaires
de la maiſon d'Autriche . »
« L'archiducheffe Marie Chriftine fera , avec
fon neven l'archiduc Charles , mile en poffelfon
hé éd tane du duché de Lorraice .
L'Alface fera reftituée à l'Empire . L'évêque
de Strasbourg & le chapitre recouvrent leurs
priviléges , alfi que les fouverains eccléfiaftiques
de l'A lemagne. »
сс
ל כ
Si les cartons Suiffes accédent à la coalition
on leur propofera d'annexer à la ligue helvétique
l'évêché de Porentiui , les gorges de la
Franche- Comté & celles du Tyrol , avec les bailliages
qui les avoifigent , ainu que la teritone
de Verl y qui coupe le pays de Vaud. »
Si le Roi de Sardaigne foufcrit à la coa1283
lition , on rendra à la Savoie la Breffe , le Bugey
& ' e pays de Gex , ufurpés . fur cette monar
chie par la France, › »
ce Au cas qu'il puiffe opérer un affez grande
dive fiɔn , on lui Iziffera piedre le Dauphiné ,
pour lui appartenir do énavant , comme au plus
proche defcendant des anciens Dauphins .""
сс
»
Le Roi & Epigre aura te Rouffillon , te
Béarn & l'ifle de Corte , & s'emparera de la
partie Françoife de Sant Domingue . »
Ec
**
L'impératrice de Ruffi : fe charge de faire
une įvation dans la Pologne , moyennant quoi
elle confervera Kaminik , avec la partie de la
Podolie , qui confine la Moldavie . »
cc« L'empereur contraindia la Ponte à lui cédar
Chockzin , an que les petits forts en Servie ,
& ceux fur l'Anз. »
« Le Roi de Pruffe , au moyen de l'invafion
de 1 Ruffie en Pologne , fera l'acquifition de
Thorn & de Da zg , & y joindra un Pa atinat
à l'Orient des confias de la Suffic.
сс
ر و
« Le Roi de Pruffe acquérera en outre la
Luface , & l'électeur de Saxe recevra ea échange
le refte de la Polog e , pour en occuper le trône
comme Roi héréditaire. »
« Le Roi actuel de Pologne abdiquera le
trône , moyennant une penfiou convenable , »
« L'électeur de Saxe donnera fa fille en mariage
au prince puîné , le grand duc de routes.
les Reflies , qui fera fouche des Rois héréditaires
de Peligne & Lithuanie, »
Signés , LEOPOLD , le P.ince de Nas-
SAU , Cnte FLORIDA BLANCA
BISSCHOFWERDER
.
1284 ).
Nota. L'Angleterre y a paffivement accédé
en mars 1791. Enute la Hollande , moyennant
que l'arrage ent des limites avec l'Empereut
fe fit au gré de la république avant le par
tage. »
се
L'Elpagne a renoncé , lors de la rentrée
du Co.nce d'Aranda au miniſtèré , avec l'affu
rance d'une neutralité complette . »
De Genève , le 19 Novembre 1792 .
Le gouvernement de cette République
fe félicite beaucoup d'avoir à- peu- près
terminé fes affaires avec la France : ce
qui fait efpérer que le traité négocié par
Montefquiou , & accepté par le confeil
exécutif , fera ratifié par la Convention
nationale. C'est que les cantons Suiffes , &
même les aristocratiques proteftent haute
ment de leur parfaite neutralité, & dénient
les faits qui les ont rendus fufpects à lä
France. Un déni en ce genre prouve au
moins une choſe , c'eft fi on a
que
de mauvaifes intentions , on n'a plus le
defir de les montrer.
си
Quand on a appris ici que le général
Montefquiou étoit décrété d'acculation ,
qu'il étoit recherché dans cette ville , &
qu'il avoit cherché fon falut en s'évadant.
par le lac : on a été étonné, & en général affligé.
- Que fignifie fa fuite ? a- t- il manqué
de confiance en lui , même , ou dans les
--
8285 )
juges ? La première crainte ne prouveroit
pas fon innocence . La feconde feroit une
injure pour la République dont il étoit le
général. On penfe ici qu'il a fui dans un
premier mouvement , & qu'il rentrera en
France dans un fecond. Er quel eft ia vie
d'un émigré , fi ce n'eft un long fupplice ?
IRLANDE.
Les mouvemens qui préparent une révolution
dans l'Irlande font chaque jour
de nouveaux progrès. La vraie caule eft
une caufe politique , mais la religion y
eft nulle ; cette fu eur avec laquelle les
hommes ont toujours combattu pour la
cauſe qu'ils appetient du ciel. Le gouver
nement Anglois qui ufe de la force avec
tant de eirconfpection en Angleterre , la
déploye fans aucun menagement en Ir ande.
I y avoit dans cette if :, comme il étoit
naturel , des troupes ir an loifes , le gouvernement
Anglois les a fait remplacer par
des Anglois & des Ecoffois , au nombre
à peu près de dix huit mille. Le peuple
Anglois ne perm ra pas fans doute à
fon gouvernement de tenir l'Irlande, comme
par le paffe , dans le dépouillement des
droits les plus facrés des hommies & des
peuples . Mais en fuopofant que ces deux
ifles font ou feront bien ôt déterminées à
agir d'égale à égale, elles ont à traiter des
( 286 )
queftions bien intéreflantes : 1. Refterontelles
fous une feule organifation fociale , où
le canal St. George en feroit il deux peuples
& deux fouverains ? Dans le cas où l'union
durera continueront elles à avoir deux
pouvoirs légiflatifs & un feul pouvoir exécutif
, ou bien établiront-elles unité entière
de légiflation comme d'exécution ? Enfin
continueront-elles la royauté ?
·
On a beau faire ; tous les contrats poliiques
des nations vont être renouvelles.
·
• Traduction de la lettre écrite en Allemand
par le Prince de Saim Kirbourg à
M. l'Evêque de Wolff, Suffragant en Bavière,
& fun envoyé a la Dicte de l'Empire.
2
A St. Martin , premier novembre 1792 , l'an
premier de la République.
MONSIEUR L'EVÊQUE ,
« Je reçois un peu tard , graces aux vexations
qafe commettent fur le territoire A lema d &
aur aids que les letues adreffées à Pa is épruvet
dans ce pays , cele par laquee on m'avent
qu'i eft temps de vous fire p. fier des inftructions
relatives à la minière dont je veux exprimer
mon voeu dans la grande queftion de la
dé laration de guerre à la France qui va être
débatiué à à Diete de Rati bonne . Je n'enpreffe
donc de vous informer que men avis eft pour
2871
la négative , & je vous recommande de l'exprimer
formel ement ai fi , quand même vous ferez
prévenn que je ferois le deal du Collége des
Princes de cette opinion . Mais je ne pais me
perfuader que le Corps Germanique auquel je
crois donner la plus grande marque d'attachement
patriotique en exprimant cette façon de
penfer , puifle ne pas vor de quelle inconvenance
il feront de déclare la guerre à la France :
c'eft la conduite abfolumen contraire qu'il importe
de tenir dans ce moment. Si le depotisme
de Louis XIV a fat trembler l'Empire , combien
p'u la Républ que de France éunit de
moyens & dp.niors ! Victorie ale par- torx ,
auffi inépuifabe en refources de toute espèce
que ferme dans les réſolutions , ne doit elle pas
ifpirer une crainte fa utaire à l'Allemagne déjà
envahie par la force & le bonheur inattendu de
Les armes Fau fra t- il , parce que les Electeurs
de Mayence & de Trèves rompés par les promees
fallacienfes des émigrés & mal inftruits
da véritable état de la France , auront attiré ſur
leurs pays la jufte colère de cere redoutable
Paiflance par des provocations aufli i politiques
que mal combinées , fud a t - il que 1 Germanie
ent ère en foit la vi&t me ? Ou fost nos moyens
de defenfe ? Une armée mal organifée foldée
par des états de calibre auffi égal que leurs
intérêts , vicieufe dans fa conflitution , auffi ·
dficie à rafflembler que lerte à le mouvoir
feront toute netre refource. Ce feron -la tout ce
que nous aurions à oppofer à une nation puiffante
qui a douze cent mille combattans ,Lous
les armes première a tillerie de l'Europe &
des fonds fuffifans pour quatre campagnes ,.
les nouveaux principes appuyés fur des vérit.s
? doi
›
( 288 )
éternelles occafionneroient dans la Germanie une
commotion violente , un déchirement d'autant
plus convulfif , qu'il feroit doublé par une réfitance
inutile . Puiffe la deftinée écarter ces malheurs
de l'Allemag e dont l'état nature ' , celui
que fa pofition phyfique & poltique femblent
lui preferire eft le cime & la paix. Ne fe
roit - il pas bica pus fege de former avec la
Fra ce une gre défenſive ſemblable à la con
fédération du Rhin dont un prince de Salm
fur g and marécha fous le règne de Louis XIV,
Héritier de l'attachement de mes ancêtres pour
cette puiflante & eftimable Nation , je regarde
fois le jour de certe alliance comme le plus
beau de ma vie , fur-tont fi j'éis affez heu
reux pour y contr bae . Si d'un côté , tout doig
faire craindrels roupes Françoite auxquelles il
ne manquot que la fc pin- dost eil s viennext
de doner les marques les plus fignalées , d'un
autre tout doit pirer la confiance en un
people fenfible , aimant & qui voudroit voir
Europe ne formr qu'ue leue famille . Cere
année les Françessne fort que " ancie ; l'anyec
prochaine ils se feront que pardonner. Il n'y a
donc pun moment à perdre pour enr dem.ne
der & obtenir d'eux une paix obde , u e amitié
dura' 1. un traité & des avantages commerciaux,
Voila mes entimens , je me fais glure de les
publier , & j'a voulu vous 1 - s man fester pour
votre instruction particu ière . Donnez moi , je
vous pre , des nouvelles de la determination de
La Dière , & croyez moi , Monheur l'´vêque &
envoyé comitial , votre très aff ctiomné , »
>
Etoitfigné, Frédéric, Prince de Salm-Kyrbourg,
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1792.
EFMLFNauErAn2Td3d9TSi0i...
CHANGLSdu29.
Amft.36.
Lo1n9d4.
Merc. 31. Jeudi1.
Vend.2. Sam..3.
Ham. 285.83.
Mad.
23.
1975.77.
Calix 12.15. Actions ....
D°.es.
25
Emprunt Oct..
1985.87. 1995.2000| 1975
412.10. 412.
Id. Décembre
82.6.7.8.87.11.8.11
Lot. d'Avril .....
d'OctobLroet..
Emprunt 125 118
Id. 80 millions..
I
I 3
8. 3
Sans Balletin..
Bulletin..
1
Emprant 120
Borde. Ch
·
Caff:' Efcompt 36606560
Dadcn..et-i.
1830
+
.I
•
I3 1
S
Liv. 156.155.
Gen. 146.145.
Lyopn.
CHANGESdu3
Imit. 36.
Lond. 19.1.
Jam. 285.
Mad.. 23.
Tadix. 22.15.
5560553670 3610.
Liv ... 158.
Gên 148.
··
183533218 35.40..
EauxdeP .......
Empr.
7.7.6.77.8.8.98.9.
Lyon.p.
Daycare,
lett2Pr..e
AVÍS TRÈS - IMPORTANT.
ON obferve que Les Rédacteurs
n'ont
rien de commun avec l'Abonnement
, la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Mercure , hôtel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut,
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv . frane
de port , pour la Province. L'abonnement pour Paris
eft de trente- trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre & joindre à cette
dernière le reçu da Directeur des Poftes. On fouf.
crit Hôtel de Thou rus des Poitevins. On s'adreffera
au heur Gurn , Directeur lu Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Novembre 192.
EFFETS NAT.
Lundi5.
Mardi6. Merc.7.
Jeudi8.
Actions.
Do.es.
EmprantO&.
Id. Décembre82
Lot. d'Avril..
Lot. d'Octobre.
Emprunt 125 m8
Id. 83 millions..
Sans Bulletin.
Bulletin ...
Emprunt 120m,
Vend.9.
1975.77.2020-22.2060.65..2070 ..... 2070.60.
8. 6.
8
·
T
CHANGES du5.
Amft. 36.
Sam. 1o. Lond. 19.
Ham. 285.
Mad. 23.
2060.59
Cadix 22.15.
Liv. 158.
Gên. 148.
14.31.
Lyon.p.
CHANGISdu10
Amft. 36.
Lond. 193.2.
H2a8m6..
Mad.
2125...
3.36/4.
4.41
. 13
2
4.4
p.b ....
I.
2b|1. I
1.2b| p.27
8 77-77-789
Borde. Ch
Cadix. 12. 10.
Liv. 157.
D°. demi- aet..
17ên
1800. 855 i860. 147.
EauxdeP... Lyon.p.
Empr. National..
.7.
6.6.5. 6.3.2.3 5.43 · 42 443
toutes Litres.
Caiffe d'Efcompt. 3607.10.. 362
AVIS TRES - IMPORTANT.
Rédacteurs n'ont
ON obferve que les
rien de commun avec l'Abonnement , la difiribution
, &c. C'eſt à M. Guтн , ſeul Directeur
du Mercure , hôtel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
Jouvent importantes pourraient refter au rebut,
Les perfonnes qui envermont à M. Guth des
effers fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient par mequissés. Les Mitres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pafte , pour ne pas courir le rifque de
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Leprix de l'abonnement eft de trente fix lit ; frame
de port pour la Province. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
le
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reça da Directeur des Poftes. On fouf.
crit Hôtel de Thon rue des Poitevins. On s'adreffera
ex fieur GvTx GUTK , Directer in Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere.
EFFETS NAT.
Lundi 12. Mardi 13.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Novembre 1792.
Ven1d6..
ht
Merc. 14. Jeadis.
Sam. 17.
OMANGESdu12,
Art. 361.4.
Lonl. 19.
Ham. 285.
Mad. 22.12.
Do. 16es.
{Actions.... 2065.70..206770. 2072 .... 2075.77.2090.92.20921.95.
Cadix 22.
7.
Emprunt Oct..417.
418. 418 ...
419 42
Id. Décembre 82.3.3 44 42. 31.41
Lot. d'Avril..
157.1L5i6v..
147.G1ê56n.
yon. 1
P.
Lot. d'Octobre..
Emprunt 125
Id. 80 millions..
Sans Bulletin.
( 18 3 7
4
8 62. 47.5
45
21.4.1.2.2.2
80 80.81. 80 80.
...
Bulletin ....
Emprant 120m
Borde. Ch.
d'EfcCaoimfplte.
deamcDit-°..
Ea.ud.Pxe.
Empr. National .
1.2.1.2b2
79.80.
4· 34-54
•
+
43-5
CHANGA sdui7.
Ama
. 37%
Lond. 196.20.
Ham. 285.
Mad.. 22. 5.
Cadix. 22.
Liv. 154.
jen. 144.
Lyon.b.
8
29.6.
2. toutes Lures.
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Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets jur Paris , pour acquit de leur Abonnement
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quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofie, pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Leprix de l'abonnement eff de trente- fix liv franc
de port pour la Province . L'abonnement pour aris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu de Directeur des Pftes, Cn fouf
crit Hôtel de Thon rac des Poitevins. On s'adreffera
au firur Gutw Direôeur du Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que agur
l'année entiere.
( No. 44. )
SAMEDI 3 Novembre 1792 ,
l'an 1. de la République.
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIÉTÉ
DE PATRIOTES
.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Avis divers , doivent être adreffés au Citoyen
la Harpe , rue du Hafard , n° . 2.
•
Le prix de l'Abonnement efl de 36 liv.
franc de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE 1792 .
NOVEMBRE a jo jours & la Lune 30. Du 1 au
30 , les jours décroient de 39 .
J.
JOURS
PHASES
du NOMS DES SAINTS. de de la
LUNE,
MOIS.
17
18
Temps moyen
au Midi vra .
H. M. 3.
43 45
II 43 45
jeudi. A TOUSSAINT.
2 vend.Les Morts.
3fam. Marcel , Evêque de Paris. 19
423 D. Charles , Archevêque. »
lundi . Ste Bertille , Abbeffe.
mardi Léonard , Solitaire .
7 merc. Willebrod.
Les Saintes Reliques .
jeudi
9vend. Mathurin , Prêtre.
10 fam Léon Ter. Pape.
124 Martin , Evêque.
12 lund Vrain Evêque.
mardi Brice , Evêque. 13
Marlow
II 43 45
20 I 43 47
21 D. Q. II 43 49
22 le 6 , à 10 II 43
23 b. 44 m . M 43 ་57
¡ du foir.
24
25
26
27
28
N. L.
II 44 12
J-I 44
11 44 14
II 44. 22
144 30
If
II
le 14 ,à 11
29
I
C
4
th. 25 me
du mat.
11
P.Q.
15jeudi. Eugene Martyr,
16 vend . Eucher , Evêque .
17 fam. Agnan , Evêq. d'Orléans .
1825 D Ste Aude , Vierge.
19 hundi ste Elifabeth , Vierge.
20 mardi Edmon , Roi. ,
merc Préfentation de la Vierge.
jeudi. Ste Cécile , Vier. & Mart.
23 vend Clément , Pape.
24 lam. Séverin , Solitaire.
6D
7te 21 ,
8h.
4
I m.
2 du mat.
10
II
25 26 D. Ste Catherine , Vierge. 12
26lundi Ste Genevieve des Ardens .
27 mardi Vital , Martyr.
28 merc Softhene.
29 jeudi. Saturnin.
30 vend . André , Apôtre.
3
14 P. L.
15le 28 , à
16 h. 24 m.
17 du foir .
4
44 40
4410
45 1
45 13
45 25
II 45 39
II 457 53
11 46 8
II 46 $4
II 46 41
I I 46 18
47 16
II 47 35
47 55
II 48 15
!1 48 36
II 48 58
11 49 20
MERCURE
FRANÇAIS ,
PAR UNE SOCIETE
DE PATRIOTES.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI NOVEMBRE 1792 .
3
L'AN IER, DE LA RÉPUBLIQUE.
A PARIS,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18.
TABLE GENERALE
Du mois d'Octobre 1792 .
LEGALITÉ.
Charade , Enig, Log.
3 Les Rivaux , 3e. Part. 8
7 Idylles. 30
T ERS.
Charade, Enig. Logag.
37 Efai.
3 spectacles.
40
19
ERS.
Charade, Enig. Logog.
61 Lettres .
641
66
BOUTADE. 85 Lettres , 2e . Ex. 88
107
Charade , Enig. Logng. 87 Notices.
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
MERCURE
FRANÇAIS.
PIECES FUGITIVES.
LA BASCULE. 1
AIR Philis demande fon Portrait.
A UU noir fouci l'Amour défend
L'accès de fon Empire ;
Il aime tous les jeux d'enfant ,
Son bonheur eft de rire .
Un jour , dans ces jolis bofquets ,
Pendant la canicute ,
Il établit pour fes Sujets
Le jeu de la Bafcule.
SUR un pivot fixe au milieu ,
Gardant même diftance ,
Chaque bras d'un mobile effic
Obéit & balance :
Là , d'après un Bill de l'Amour ,
Docile à la cédule ,
A
4
MERCURE
Chaque couple vient à fon tour
Jouer à la Bafcule.
CHACUN fe donnant comme il faut
Une fecouffe prompte ,
Tantôt en bas , tantôt en haut ,
On defcend , on remonte ;
Et dans l'Empire des Amours ,
Le propos qui circule ,
C'eft : Ah ! que ne peut-on toujours
Jouer à la Bafcule !
VINT une Prude à l'air décent ,
Ayant fort grande envie
D'eflayer ce jeu féduifant
Avec fa modeftic ;
Mais on y rit de fon maintien ,
Il était ridicule.
Prude au grand jour ne fait pas bien
Jouer à la Bafcule.
UN lourd Créfus veut enlever
La Beauté jeune & fraîche ;
Mais quand il faut fe relever ,
Sa maffe l'en empêche.
Lais fait payer à Mondor
Sa fottife crédule ;
Bayerische
Staatsbibliothek
München
FRANCAI S.
Il ne peut , qu'en la couvrant d'or ,
Jouer à la Bafcule .
CERTAIN Barbon s'y vient affeoir
Avec jeune friponne ;
En voulant le faire mouvoir ,
Elle le défarçonne ;
11 tombe , & l'Ecuyer Ferclus ,
Sans bruit fe difimule.
Quand on eft vicur on ne doit plus
Jouer à la Bafcule.
UN gros Defpotifme benet
Vient lutter en perfonne
Contre Nymphe au gentil bonnet ;
Il y perd fa couronne.
La Liberté lui dit tout bas
Fuis ces lieux fans fcrupule ,
Contre moi tu ne pourras pas
Soutenir la Bafcule.
(Par M. la Chabe auffiere. )
A 3
MERCURE
LA
CASSETTE
CONTE MORA L.
PREMIERE PARTIE.
HORTE
de
ORTENSE DE LIVERNON avait reçu
la Nature des qualités qui fe trouvent
fouvent enfemble dans une jeune femme
mais qui font rarement d'accord : elle était
née avec une ame honnête , un coeur fenfible
, & un efprit léger. Elle avait eu
deux éducations qui ne s'accordaient guere
mieux l'une auprès de fa bonne mere ,
qui lui recommandait fans ceffe d'être modefte
& raifonnable ; & l'autre devant fon
miroir , qui , tous les matins , lui répétaie
qu'elle était belle , & faite pour avoir les
plus brillans fuccès.
:
Dans la fleur de cette beauté , mariée
au Marquis de Vervanne , elle vécut avec
lui trois ans dans la plus parfaite union.
On ne leur reprochait que d'être dans le
monde trop uniquement occupés l'un de
l'autre. Ils avaient chez eux , difait - on ,
affez le temps d'être amoureux ; & l'on
prenait la liberté de les avertir , en ami
du ridicule qu'ils fe donnaient.
FRANÇAIS. 7
7
Infenfiblement le mari devint moins empreffé
, moins affidu ; la femme , moins
indifférente aux foins qu'on prenait de lui
plaire. Quand l'un des deux fe faifait attendre
, on obferva que l'autre regardait
moins fouvent à fa montre , & n'avait
plus l'air fi diftrait. Les voilà , difait - on
difait - on ,
qui deviennent plus raifonnables ; & l'on
trouvait bien jufte qu'après une premiere
ardeur , ce beau feu fe fût ralenti il n'y
aurait pas eu moyen de vivre avec eux plus
long-temps , fi cet amour avait duré.
:
Cependant, quoique l'efpérance de fuccéder
attirât chez lá jeune femme un grand
nombre de prétendans , & que , fans en
flatter aucun , elle n'eut pas non plus l'air
de dédaigner leurs hommages ; quoique
de fon côté , le Marquis n'eût plus auprès
d'elle ces affiduités gênantes qui rendent
les maris importuns pour les afpirans, tout
annonçait encore entre eux la plus heureufe
intelligence ; & fix ans s'étaient écoulés
fans qu'on y eût apperçu le plus petit
nuage , lorfque tout à coup l'on apprit
qu'ils étaient féparés , & que la femme venait
d'être renvoyée à fa mere , au fond
d'une Province , dans ce vieux Château
folitaire de Livernon , que la veuve habitait.
Cette nouvelle , qui tomba comme une
bombe au milieu du monde , donna keu
à mille conjectures ; mais en fe combat- /
A 4
MERCURE
J
tant , elles fe détruifaient ; & l'on ne favait
plus ce qu'on devait penfer de ce terrible
événement. Hortenfe , naturellement´
douce & bonne , s'était fait pardonner fa
beauté , fon bonheur ; & ni la malice des
femmes , ni la légéreté des hommes n'ofait
lui croire un tort férieux & réel. Suppofé
même qu'elle en eût eu quelqu'un par accident
, un mari qui lui - même avait enfin
repris le ton de la galanterie , & qu'on
voyait dans les cou'iffes protéger de jeures
talens , n'était peut être pas au deffus du
reproche. Il aurait dû , en hommie fage
diffimuler ce qui pouvait fort bien n'être
qu'une légéreté. Et le moyen de vivre enfemble
, fi mutuellement on ne fe paffait
rien ? Après tout , cette jeune femme avait
été parfaitement décente , & fi bien que
perfonne , avant cette aventure , n'avait
furpris en elle rien qui pût donner lieu au
plus léger foupçon. C'était un mérite affez
rare que celui de garder ainfi les bienféan--
ces ; & une fi bonne conduite méritait des
égards & des ménagemens. Sur-tout l'éclat
d'une repture , & le brufque renvoi d'une
femme à fa mere était impardonnable dans
un homme bien né. Mais ce qui rendait
le mari plus odieux encore , c'était la dureté
qu'il avait , difait-on , de refufer aux
larmes de fa femme la confolation d'emreuer
avec elle fa fille unique dans fon
exil : auffi , dès ce moment , fut- il regardé
FRANÇAIS. ༡
dans le monde comme un homme fans
ame , comme un être dénaturé.
Pour lui , folitaire & fanvage , après
l'emportement qui lui avait fait divulguer
fon malheurs is inquiétait peu de ce qu'en
pouvait dire & penfer de lui dans ce monde
où il n'était plus , & dont il ne voulait
plus être. Un foin plus cruel l'occupait :
C'était de détacher fon coeur de cette femme
G long- temps chérie.
L'infidélité dont elle était punie n'avait
que trop le caractere, d'une évidence irréfiftible;
& le comble de la faibleffe aurait
été de chercher une excufe où il ne pouvait
y en avoir Eh ! comment douteraisje
qu'elle fûr coupable , difait - il , après
l'avoir moi - même furprife dans les bras
d'un autre , dans les bras d'un ami perfide,
qur ne venait chez moi , qui ne me prodiguait
tant de fons , tant de complaifances
que pour m'affaffiner ? Le traître ! il
eft parti , fa fuite l'a dérobé à ma vengeance
; & fans un autre éclat plus humi-)
liant pour moi encore , je ne ptis courir
après lui . C'eft lui qui , avec cet art flatteur
& déteftable où il excelle , aura féduit
la malheureuse qui l'écoutait peut - être innocemment
, & qui , fans voir le piége
s'y laiffait attirer. Quel fléau que ces hommes
féduifans & pervers , qui vont fe
jouant de l'honneur & du repos d'une famille
! Ah ! c'est l'oifiveté,, la vanité des
AS
MERCURE
femmes , leur coquetterie imprudente , leur
crédulité infenfée , leur inconftance qui les
perd . Mais nous qui , tous tant que nous
fommes , paffons notre jeuneffe à inventer
des artifices pour abufer leur innocence &
triompher de leur faibleffe , avec quelle
rigueur nous les en puniflons , fi elles viennent
à fuccomber Moi , par exemple ,
moi , qui me fuis fait auffi un triomphe de
leur défaite , combien je le détefte aujour
d'hui dans un autre , ce crime dont à peine
je daignais m'accufer ; & de quel châtiment
cruel je punis une femme faible , & bien
moins coupable que moi ! Non , je ne la
hais point ; & après l'avoir adorée , je
l'aime encore affez pour la plaindre & pour
la pleurer. Mais par un mouvement involontaire
, irréfiftible , je me fens repouffé
loin d'elle . Il ferait impoffible à mon coeur
d'approcher du fien. Je n'ai jamais manqué
à la foi que je lui ai jurée ; elle feule a
trahi fes fermens ; elle m'a trompé . J'aurais
beau l'adorer , je ne la verrai plus ce
ferait pour moi un fupplice : je croirais la
revoir encore dans les bras d'un rival aimé :
cette image eft ineffaçable , elle me pourfuivra
toujours.
Alors , fe rappelant fes trompeufes careffes
, & le langage tendre qu'elle lui avait
tenu tant de fois , en préfence même du
perfide Onval qu'elle aimait : Non , non
s'écriait-il , jamais le fouvenir de tant de
ر
#
FRANÇAIS.
Ii
perfidie ne fortira de ma penfée ; & l'image
de mon rival eft comme un fpectre horrible
qui fe préfentera fans cefle entre elle
& moi. Elle me demande fa fille ! ....
Non , ma fille n'eft plus la fienne. Elle
perdu le droit de l'avoir auprès d'elle. Ma
fille n'ira point apprendre à flatter , à tromper
, à trahir un crédule époux .
a
Etrange cruauté de l'amour-propre dans
le coeur des hommes ! Mais plus ils font
honnêtes & fenfibles , plus ils feront inexorables
dans ce trifte reffentiment.
Malheureux à l'excès , Vervanne fut neuf
ans folitaire & inacceffible. Sa fille , élevée
avec foin dans un Couvent , eut cependant
la liberté d'écrire quelquefois à fa mere ;
mais fous les yeux de Madame l'Abbelle .
La Marquife , dans fes réponfes , ne lui
exprimait que vaguement le regret d'être
élignée d'elle ; mais le coeur maternel s'y
foulageait du moins par mille effufions de
tendrelle & d'amour ; & parmi les fages
confeils dont fes lettres étaient remplies
la piété filiale , le refpect pour un pere,
l'abandon à fes volontés étaient fans ceffe
1ecommandés comme les devoirs les plus
faints.
Vervanne , à qui fa fille communiquait
les lettres de fa mere , les lifait en filence ,
les lui rendair de même. Mais lorfqu'il
était foul , livré à fes réflexions ; Ciel !
difait-il en gémilfant , que de qualités efti
A 6
1 2 MERCURE
mables un moment de faibleffe & d'erreur
a déshonorées ! Quel forids d'honnêteté &
de vertu , peut- être , un fol amour a dés
gradé !
Hortenfe , dans fes lettres , parlait peu
d'elle - même , & rarement de fa fanté.
Cependant comme Sydonie lui en demandait
inftamment des nouvelles , elle n'avait
pu lai cacher qu'elle fe fentait affaiblie.
C'était plutôt lui dimuler que lui dire le
dépériffement où elle était tombée, & aux
yeux de fa propre mere , elle s'abftenait de
s'en plaindre ; mais comment le lui déguifer
?
La bonne Mad. de Livernon s'apperçut
du progrès du mal , & voulut y apporter
remede. Ah ! ma mere , lui dit fa fille , le
femede , ou plutôt le foulagement dont
j'aurais befoin , ce ferait de voir mon enfant.
Trois jours après , Vervanne reçut
de Mad. de Livernon une lettre écrite en
ces mots :
Je ne puis plus vous cacher , Mon-
" fieur , que la fanté de ma fille eft férieufement
affectée. Elle demande Sydonie ;
» elle défire ardemment de la voir. Dans
» l'état où elle eft réduire , vous n'aurez
» pas la cruauté de lui envier cette confo-
" lation. Bientôt peut - être , hélas ! vous
» laiffera- t- elle à vous-même d'inutiles &
longs regrets ; car votre coeur eft bon
93 ›
FRANÇAIS. 13
& finira par être jufte. Epargnez - vous
» du moins le remords déchirant d'avoir
refufé à une mere la douceur d'embraffer'
» fa fille & de lui dire adieu , avant de ...
» Je ne puis tracer ce mot funefte. Je fuis
mere , & je touche au moment de ne'
» l'être plus . Accordez- nous , Monfieur
» cette derniere grace je vous la demande
» à genoux , au nom de la Nature. Dans
» un mois , Sydonie fera de retour auprès
de vous ".
Le coeur du malheureux Vervanne fut
navré de douleur à la lecture de cette lettre .
Il n'y a donc , difait i , il n'y a donc que
la mort qui puiffe cxpier à mes yeux la
faute d'un être fragile ! Il a fallu pour l'en
punir , la lafer neuf ans dans l'exil , fe
confu.mer , s'éteindre ; & dans ce moment
méme où elle eft peut-être expirante , je ne
vais pas lui dire que tout eft pardonné !
Oui , tout left dans mon coeur , je donnerais
mon fang pour prolonger fa vie . Mais
pour elle , comme pour moi , quelle entrevue
, & quel fupplice ! Irais - je l'accabler
de mon filence humiliant Irais - je ,
dans un coeur férri par le chagrin , rechercher
quelques fentimens, non pas d'amour,,
car le nom feul nous en et à jamais funelle
, mais d'une bienveillance généreufe
& fincere ? Ah ! fi l'amitié fimple , l'amitié
dont l'eftime eft la plus pure effence , pouB4
MERCURE
A
vait nous réunir , j'irais tomber à fes genoux.
Mais l'homme qu'on ne peut regarder
fans rougir , la femme dont il faut fans
ceffe s'efforcer d'oublier la honte , peuventiks
jamais être amis ? Non , par pitié pour
elle , je ne dois plus la voir. Mais du moins
ne lui refufons pas une dernière confolation.
L'amour même outragé , n'a pas le
droit d'outrager la Nature. Dès le lendemain
, Sydonie , accompagnée d'une femme
fidelle & fage , partit pour Livernon .
Ah 1 de quelle amertume fut mêlée , en
voyant fa mere , la joie de cette aimable
enfant ! Elle fe fouvenait de l'avoir vue
dans tout l'éclat de fa beauré ; elle eut peine
à la reconnaître. Au lieu de ces roles fi
fraîches qui femblaient autrefois éclore fur
fon teint , un rouge ardent perçait à travers
la pâleur de fes joues exténuées ; & ce feu
d'une fievre lente dont fon fein était confamé
, pétillait dans fes youx. cavés par la
douleur. Mais eût- elle été plus changée , fes
larmes , fon émotion , le treffaillement de
fon fein , fes cris de joie en voyant fa fille,
Jui auraient annoncé une mere. Une mere
feule , en effet , peut reffentir , peut exprimer
ces mouvemens inimitables : tout n'eft
qu'in différence au prix de fa rendrelle, tout
eft froid au prix de fon coeur. Dès qu'elle
put tenir ferrée entre fes bras fa chere Sy-.
donie , tous fes maux furent oubliés.
Ses nuits étaient cruelles ; une haleine
1
FRANÇAIS. 157
feche & brûlante n'échappait de fon fein
que par convulfions , & en le déchirant.
Mais lorfque le jour ramenait fon enfant
auprès d'elle , la Nature femblait fufpendre
fes fouffrances ; & fa fille croyait la voir
fortir d'un pailible fommeil. Près d'un mois
fe paffa dans les effufions de leur tendrelle
mutuelle , dans la douce intimité des
entretiens les plus touchans. La vertu refpirait
dans les confeils & les leçons qu'Hor-.
tenfe y donnait à fa fille ; mais dans cess
entretiens , où à chaque inftant le pere était
nommé , l'époux ne l'était prefque pas ; &
jamais il ne fut l'objet d'une plainte échappée
à celle qu'il faifait mourir de douleur.
Enfin , malgré l'illufion que cette tendre
mere s'efforçait de faire à la fille , déjà fe
fentant épuilée , & croyant n'avoir plus que
peu de jours à vivre , elle fe réfolur à l'éloigner;
foit pour lui épargner la douleur de
recevoir les derniers foupirs , foit pour fe
rendre à elle - même le moment de quitter
la vie, moins cruel & moins déchirant.
Allez , ma fille , lui dit - elle , allez retrouver
votre pere. Vous pafferez l'hiver
auprès de lui ; & au printemps , fi je vis
encore, vous obtiendrez de lui qu'il veuille
bien permettre que vous reveniez près de
moi. Dites-lui bien des chofes tendres au
nom de votre mere , qui l'a toujours aimé,
qui l'aimera toujours. Alors mêlant fes lar
mès à celles que fa chere enfant répandair
161 MERCURE
dans fon fein , elle lui fit préfent d'une
Caffette dont elle lui remit la clef ; mais:
elle lui recommanda de ne l'ouvrir que
lorfqu'elle ne ferait plus , & en exigea le
ferment. Sydonie, en pleurant fur les mains
de fa mere , prononça le ferment qu'elle lui
demandait , & partit le coeur déchiré.
7
Vervanne attendait le retour de fa fille
avec une pénible impatience. Quel tourment
, difait-il , que d'exercer les rigueurs
d'une haine que l'on ne reffent pas , & que
d'être cruel avec un coeur fenfible ! Ah !
fi pour lui rendre la vie & la fanté , il ne
fallait qu'étouffer moi-même dans fes bras:
tous mes reffentimens ; fi elle avait le courage
de le vouloir & de le denmander ; l'amour
jaloux , l'amour offenfé , l'honneur
même , l'impitoyable honneur aurait beaut
vouloir m'arrêter ; j'irais revoir , j'irais guérit
& fauver cette infortunée.
Ces mouvemens fi naturels à un bon
coeur , & cependant fi rares , redoublerent
de force , lorfque fa fille , après leurs em- !
braffemens mutuels , lui dit dans quel état
elle laiffait fa mere , & lui répéta les mots
tendres qu'elle l'avait chargée de lui dire
en fon nom. Ah ! mon pere , ajouta Sydonie
en pleurant , comment eft - il poffible
qu'une femme auffi vertueufe , qu'une
femme qui vous adore , qui n'a jamais ceffé
de vous aimer , qui ne parle de vous qu'avec
l'eftime la plus profonde , qui mille
FRANÇAIS. 17
fois n'a dit que mon premier devoir était
de révérer mon pere , de l'aimer , de le
rendre heureux ; comment eft - il poffible
qu'elle languiffe & meure loin de vous ?
Vous m'avez dès long-temps impofé filence
fur cet éloignement incompréhenfible pour
moi ; & j'ai refpecté la défenfe d'en vouloir
pénétrer la caufe ; mais .... Son pere
à ces mots l'arrêta. Ma fille , lui dit-il avec
émotion , il eft des fecrets de famille qu'il
faut ignorer à votre âge . Votre mere ne
vous a pas témoigné le défit de me revoir ,
n'eft-il pas vrai - Non pas expreflément ..
-Eh bien ! croyez qu'entre deux époux
qui confervent l'un envers l'autre tant d'eftime
& de bienveillance , il doit y avoir ,
pour vivre éloignés fi long temps , quelque
motif que leurs enfans doivent s'abstenir
de connaître .
Sydonie , en baiffant les yeux , fe tint
dans le filence que fon pere lui commandait
; mais lorfqu'elle fut feule , fon coeur
fe foulagea pár fes foupirs & par fes larmes
; & toutes les fois qu'elle était livrée
à elle-même , elle ne ceffait de gémir.
La femme qui l'avait accompagnée dans
fon voyage , l'avait vue arrofant de pleurs
la Caffette qu'elle tenait foigneufement fur
fes genoux. Elle obferva que le même objet
P'occupait dans fa folitude , & que , fans
ouvrir la Caffette , elle y tenait fes yeux
triftement attachés , ou la baifait avec un
78 MERCURE
1
1
faint refpect , toujours en la baignant de
pleurs.
Cette femme inquiette & de la caufe &
de l'effet de cette affliction continuelle
crut qu'il était de fon devoir d'en inftruire
le pere ; & lui fit furprendre fa fille dans
un moment où d'un ceil attendri regardant
la Caffette , elle difait ces mots : Je ne
faurai donc fon fecret que lorfqu'elle ne
fera plus !
--
Ma fille , lui dit le Marquis, quel eft donc
ce petit tréfor dont la vue vous caufe tant
d'émotion & de trifteffe ? Ce tréfor ! Oui,
mon pere , répondit - elle , oui , c'en eft um
pour moi. Mais il m'eft inconnu ; & je de
mande au Ciel qu'il ne me foir jamais permis
de le connaître. J'ai promis à ma mere
de n'ouvrir cette boîte qu'après ..... Elle
n'acheva point , les pleurs lui étoufferent
la voix. En avez- vous la clef , lui demanda
Vervanne ? Oui , mon pere , je l'ai ; mais
je n'abuferai jamais de la confiance de ma
mere. -A votre âge , ma fille , on eft bien
curieufe. Oh ! non , mon pere , on ne
l'eft pas jufqu'à l'impiété ; & j'ofe répondre
de moi. Vous en ferez plus sûre encore
, lui dit-il , en laiffant cette Caffette
dans mes mains. La clef reftera dans les
vôtres. Sydonie obéit & céda , mais avec
cette répugnance que l'on éprouve en fe
féparant de ce que l'on a de plus cher.
-
-
Dans toute autre fituation , un auf
FRANÇAIS. 14
honnête homme que le Marquis fe fût fait
un devoir de tenir pour inviolable le fecret.
d'une mere confié à fa fille , fur la foi du
ferment qu'il refterait fcellé jufqu'à fa
mort. Mais quelle force irréfiftible ne devait
pas avoir pour lui la tentation de favoir
ce qu'enfermait cette Caffette ? Bien
affuré que ce ne pouvait être qu'une efpece
de Teftament & de confidence derniere
, quel intérêt n'avait - il pas de voir
comment l'ame d'Hortenfe allait fe dévoiler
aux yeux de fon enfant , & quelles vérités
elle n'avait voulu lui révéler que du fond
du tombeau Lui - même , quels regrets
n'aurait-il pas un jour d'avoir tardé à s'en
inftruire il ne lui était pas poflible de
croire fa femme innocente ; mais il lui ferait
doux encore de la trouver moins criminelle;
& quoique la douleur d'avoir été
injufte dût être pour lui déchirante , il n'eût
rien défiré plus vivement que d'avoir à s'en
accufer. Il héfita long-temps , il combattit ,
il s'efforça de vaincre cette coupable envie,
repouffant vingt fois la Caffette , & . voulant
fe réfoudre à la rendre à fa fille. Mais
par un dernier mouvement , fa main , malgré
lui décidée , brifa la fragile ferrure ; &
dès-lors il lui fut impoffible de ne pas lire
Fécrit , tracé de la main d'Hortenfe , que
la Caffette renfermait.
Par M. MARMONTEL.
( La fin au 1er Mercure de Décembre. )
ไว MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
LE mot de la Charade eft Cornue ; celui
de l'Enigme eft Infouciance; & celui du Logogriphe
eft Soie , où l'on trouve Oie.
CHARADE.
MON dernier , tout plein de raifon
Armé de fon expérience ,
Aux jeunes gens pleins de feu , d'imprudence ,
Aime à donner une douce leçon .
Il dit à l'un , quand mon premier l'appelle ,
De modérer fa dangereufe ardeur.
1
Si mon entier , trop féducteur ,
Enfiamme l'autre , il lui rappelle
Les maux qui , bien fouvent , fuivent les paffions.
Jeuneffe , hélas ! trop imprudente ,
Mon premier vous entraîne , & mon cutier vous
tente ;
Et, pour votre malheur , vous traitez de chanfons
De mon dernier les utiles leçons .
( Par M. Ch. M. d. v. )
FRANÇAIS.
21
ÉN I G M E.
TourOURS tendre & toujours fidelle, OUJOURS
Le lieu qui m'a vu naître , auffi ne voit mourir
Pour aider ma fa bleffe , un ami plein de zele
Me préfente un appui prêt à me foutenir.
Lorfque le printemps vient de naître ,
La faifon des Amours me fait verfer des pleurs ;
Mais bientôt , pour plaire à mon maître ,
7
;
Avec p: ofufion je me pare de fleurs ;
Trop fufceptible & trop rendre peut - être ,
Je fouffre des moindres froideurs ;
Bientôt , après les plus vives ardeurs ,
J'enfante , & mes Amans , dans une heureufe
ivreffe ,
En mon honneur font maints couplers ,
Chantent ma gloire & mes bienfaits.
Ainfi fe paffe ma jeuneffe ;
Mais quand j'arrive à la vicilleffe ,
Plus d'amours & plus de fleurs ;
On néglige toujours une antique Maîtreffe ;
Mais moi l'on me condamne à bien plus de détreffe
,
Et je craindrais de dire à mes Lecteurs
A quel excès fur moi l'on perte les rigueurs.
Par le même. )
22 MERCURE
LOGO GRIPHE.
PRENDS garde à moi fi je régis la Terre ;
Prends garde à moi fi je te touche au corps :
Dans ces deux cas , mon eeffet ordinaire
Eft de te ruiner malgré tous tes efforts.
Sous mon troifieme fens, je connais bien du monde
Qui dit auffi que j'ai le même effet ;
Mais de ces gens la vanité profonde ,
Seule eft la caufe de ce trait ;
Car , de fang-froid , voyons ce que j'ai fait :
J'ai renverfé d'orgueilleufes chimeres ;
A chacun j'ai rendu fes véritables droits ;
J'ai culbuté les pouvoirs arbitraires ,
Et fait regner à leur place les Loix.
Vois-tu dans tout cela le fujet d'un reproche ?
Mais arrêtons , le terme approche
Où la difpute finira ,
Où j'efpere qu'en paix chacun m'obéira ,
Et qu'à me foutenir tout Français fera ferme.
Veux-tu voir dans mon fein tout ce que je renferme?
Prend mes fix pieds , tu trouveras dans peu
Un initrument de jeu ;
Une conjonction ; une Inle très- fameufe ;
Plus une note ; un morceau très -friand ;
Ce que fait à toute heure un homme complaifant.
Mais c'eft affez , Lecteur , tou ame curieuſe ,
Sans de plus longs détails , me faifit & m'entend .
( Par le même, )
( La fuite de l'Article fur les Confeffions
de J. J. Rouffeau au N.fuivant. )
FRANÇAIS. 23
ANNONCES ET NOTICES.
VOYAGE A LA MER DU SUD , entrepris par
ordre de S. M. Britannique , pour introduire aux
Irdes Occidentales l'Arbre à pain & d'autres
Plantes utiles ; par le Lieutenant G. Bligh ; avec
une Relation de la tévolte à bord de fon vaiffeau.
Traduit de l'Angli , par F. Soulès. 1 Vol.
in- 8 °. A Paris , chez Garnery , Libr . rue Serpente
; Buiffon , Lib. rue Haute-feuille , No. 20 ;
Defenne , au Palais - Royal. ,
ESPRIT DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE ,
ou Décrets conftitutionnels ; fuivis d'une Explication
raifonnée : Ouvrage deftiné à l'inftruction
publique ; par Maurice Lévêque . A Paris ,
chez Belin , Lib . rue St-Jacques , No. 26 ; &
Defenne , Lib. au Palais- Royal , No. 1 .
MA RÉPUBLIQUE ( Auteur Platon ) , 12 Volum.
in-18 ; par l'Auteur de la Philofophie de la Nature.
Cet Ouvrage eft complet depuis la publication
des cinq de: niers Volumes. Il eft déjà traduir
en trois Langues. Il fe trouve à Paris , chez Girod
& Teffier, Libr. rue de la Harpe , No. 162 ; chez
Louis , rue St-Severin ; & chez Belin , rue Saint-
Jacques . Prix , 18 liv . Les cinq derniers Volumes
fe vendent féparément 7 liv. to f.
CATECHISME DE LA DÉCLARATION DES
DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN , par J.
B. Bouchefeiche , Profeffeur & Mattre de Pon
fion en l'Univerfité de Paris. Prix , 10 fois , rel.
en parchemin. A Paris , chez Brocas , Libr. nue
Saint-Jacques.
24
MERCURE
FRANÇAIS.
L
GEOGRAPHIE:
ON trouve à Paris , chez Defnos , Ing-Géog.
& Libr. du Roi de Danemarck , rue St-Jacques ,
No. 254 , la nouvelle MAPPEMONDE Célefte ,
Terreftre, Hiftorique & Ccfc graphique, où font
tracés tous les voyages du célebre Captaine Cook,
& des autres Navigateurs qui ont fait avec lui
le tour du Monde ; Ouvrage curieux & intéreffant
, enrichi de tous les Portraits des Savans qui
ont fait les grandes découvertes , en fix feuilles
enluminées , fe vend 8 livres. L'Europe , l'Afie ,
l'Afrique & l'Amérique , la France par Départemens,
le Plan & environs de Paris, parcille grandeur
, & de même prix.
Les fix nouvelles Cartes en une feuille , cu Tableau
général & raifonné du Globe Terreftre
de l'Europe , de l'Afie , de l'Afrique & de l'Amérique
, comprenant dans l'ordre le plus naturel ,
les principaux Etats qui compofent chacune des
parties du Monde , leurs divifions par Provinces ,
les villes les plus diftinguées par leur rang , leur
commerce , leur population , avec des Notes auffi
curieufes qu'intéreflantes , gravées en marge de
chaque Carte , pour en faciliter l'étude ; par M.
Biron , Géographe , fe vendent chacune 2 liv.
TABL E.
LA
Bofcule.
La Caffette.
Charade , En. Log.
6 Annonces & Notices.
10
23
MERCURE
N
FRANÇAIS.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ .
SAMEDI 10 NOVEMBRE 1792 ,
L'AN 1. DE LA RÉPUBLIQUE.
PIECES FUGITIVES.
SUR LA LIGUE DES TYRANS
CONTRE NOTRE LIBERTÉ.
Que des Defpotes fanguinaires
UE
Se réuniffent contre nous ,
Nous ne craignons ni leur courroux.
Ni leurs cohortes mercenaires.
Automates obéiffans ,
O vous , Soldats de l'Esclavage ,
Qui combattez pour des Tyrans ,
Votre aveugle & fervile rage
Réfiftera-t-elle à l'effort.
Des Défenfeurs de la Patrie ,
No. 45. 10 Nov. 1 , 92. B
1
26.
MERCURE
Qui , pleins d'une fainte furie ,
Veulent la victoire ou la mort !
Guerriers nouveaux & formidables ,
Sans effroi marchez aux combats :
Vous y trouverez des Soldats
Par leur tactique redoutables :
Le Chef qui guide leur fureur ,
A conjuré notre ruine ;
Il compte fur leur diſcipline ;
Nous comptons fur notre valeur.
Allez , allez , jeuneffe ardente ,
Combattre aux yeux de l'Univers
Et fi vous avez des revers >
Que votre courage en augmente.
Un Efclave enrégimenté
Ne connaît l'honneur ni la gloire ;
Le Soldat de la Liberté
Marche toujours à la victoire.
Liberté , fiere Liberté ,
Et toi divine Egalité ,
Objets du culte de la France ,
Ne fouffrez pas que vos Autels
Rougiffent du fang des Mortels
Dévoués à votre défenſe .
Montrez -vous .... De vos traits puiffans
Frappez cette horde barbare ,
Et que les fers qu'on nous prépare
Enchaînent tous nos vils Tyrans.
FRANÇAIS. 2,
Et vous , ufurpateurs habiles ,
Qui vous croyez plus que des Dieux ,
Vous qui de vos pieds dédaigneux
Foulez les Peuples : imbécilles :
râliffez , Tyrans , pâliffez ;
Ils fe levent déſabufés , 1
Ceux qui rampaient devant vos Trônes :
Ces Peuples que vous méprifez ,
Ils fc levent ... & vos Couronnes
Vont tomber à leurs pieds.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Corfage ; celui
de l'Enigme eft Vigne ; & celui du Logogriphe
eft Décret , où l'on trouve Dá , Et,
Crete ( Ile ) , Ré , Crête ( de coq ) , Cede.
CHARA d´e.
SANS qu'on puiffe en être le maître
Mon premier fe fourre par- tout ,
Dans les habits , le bois, dans votre corps peut-être,
Dans la terre , le blé , dans la viande fur- tout.
Prefqu'auff dangereux , quand la faim´le tracaſe,
A peu de ces objets mon dernier ferait grace,
Le Juif, pour ne pas fe fouiller ,
Nemange pas de mon entier .
Par M. Huré , Maître de Pofte de
Pont-fur-Yonge.
28 MERCURE
ÉNIGME.
DANS un pré toujours vert fouvent je me
promene ;
A droite , à gauche , & je vais , & je viens;
: Et l'Etre à qui j'appartiens
Au gré de ſes défirs , me mene & me ramene.
Blanche & vermeille tour à tour ;
Je fuis douce & toujours unie ;
On dit même de moi que je fuis faite au tour 3
Enfin tout Amateur me trouve fort jolie .
Mon grand plaifir
Eft de courir
Leftement après mes compagnes ;
Mais quelquefois on me met dans les fers ;
Et quoique mon pays foit toujours fans montagnes,
Sous mes pas cependant des gouffres ſont ouverts.
( Par M. Ch. M. d. v. )
JE
Lo • GRIP KE
E fers & l'Hymen & l'Amour ,
Mais je fers auffi la Vengeance ;.
La Difcorde me porte , & j'accrois fa puiffance ;
Je n'ofe enfin jamais me montrer au grand jour :
Entier , telle eſt mon exiftence .
Si de mon chef on vient me dépouiller ,
Alors je ne fuis plus entier.
( Par le même. )
FRANÇAIS.
29
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M. GINGUENÉ. A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des Auguftins , Nº. 19. ..
QUI
TROISIEME EXTRAIT.
UI croirait que Rouffeau lui - même
avait démenti d'avance toutes les chimeres
que je viens de repouffer ; & s'en était
moqué hautement ? La preuve en eſt dans
ce paffage des Lettres de la Montagne , publiées
en 1765.
»
"
»
32
"
Lorfque j'arrivai dans ce pays , on eût
dit que tout le Royaume était à mes
trouffes. On brûle mes Livres à Genêve ;
c'eft pour complaire à la France. On m'y
décrete ; la France le veut ainsi. L'on me
» fait chaffer du Canton de Berne ; c'eft
» la France qui l'a demandé . L'on me
pourfuit jufques dans ces montagnes ;
» l'on m'en eût pu chaffer , c'eût encore
» été la France. Forcé par mille outrages,
j'écris une lettre (1 ) apologétique . Pour
- 99
( 1) La Lettre à l'Archevêque de Paris.
fi
"
B 3
MERCURE
»
22
33
ود
39
ور
le coup , tout était perdu . J'étais entouré,
furveillé . La France envoyait des
efpions pour me guetter , des foldats
» pour m'enlever , des brigands pour m'al-
» Caffiner. Il était même imprudent de
fortir de ma maifon . Tous les dangers
» me venaient toujours de la France , du
Parlement, du Clergé, de la Cour même ;
» on ne vit de la vie un pauvre barbouil-
» leur de papier devenir , pour fon malheur
, un homme aufli important . En-
» nuyé de tant de bitifes ( ) , je vais.cn
France. Je connaiffais les Français , &
j'étais malheureux .. On m'accueille , on
me carelle , je reçois mille honnêtetés ,
& il ne tient qu'à moi d'en resevoir da-
" vantage. Je retourne tranquillement chez
» moi. L'on tombe des nues ; on n'en re-
و د
1.
"
» vient pas , on blame mon etouruerie ;
» mais on ceffe de me menacer de la France.
On a raifon : fi jamais des affaflins dai-
" gnent terminer mes fouffrances , ce n'eft
» sûrement pas de ce pays -là qu'ils vien- "
» dront ་ ་
Jamais il n'a dit plus vrai : c'eſt qu'en
effet les véritables ennemis , fes véritables
oppreffeurs étaient à Genève & en Suiffe :
les diffentions politiques , les haines civiles
(1 ) De tant de bétifes ! Vous l'entendez , Meffeurs
les rêveurs , qui les avez répétées. Le voyage
dont il parle eft celui qu'il fit à Toutarlier
FRANCA IS. ず
ne pardonnent pas. Ces mêmes Lettres de
la Montagne en rallumerent la fureur , &
la porterent au dernier excès ; elles ne tendaient
à rien moins qu'à renverser l'Ariftocratie
Génevcife , dont le Canton de
Berne était protecteur & garant. La querelle
de Rouffeau était devenue celle des
Citoyens qui réclamaient, avec raifon , cons,
tre un jugement arbitraite & illégal , attentatoire
à leurs droits. Rouffeau , avant
de mettre au jour fen Ouvrage , avait fait
un petit voyage à Thonon en Savoie , ou
il s'était abouché avec les Chefs des Repréfentáns
. Dès -lors la guerre était dé larée
, & une guerre implacable . Aufli le
Sénat de Besne pouffa la barbarie juſqu'à
chaffer Rovffeau de la petite Ile de Saint-
Pierre , où il s'était retiré dans la plus
-complete folitude. C'eft alors qu'il prit le
parti de rentrer en France , & de venir
tout uniment jefques dans la Capitale . I
ne pouvait mieux faire : il y reçut un accueil
éclatant ; ce font fes expreffions : elles
font juftes. Le Prince de Conti le logea aur
Temple , où tout Paris alla le voir. C'eft
à préfent que je demande s'il eft poffible
de croire que le Duc de Choifeul fût fon
ennemi perfonnel , & qu'il ait fongé à
tourmenter, dans un coin de la Suiff , celui
qu'il laila fi tranquille à Paris. Il était
tout - puiffant à cette époque de
n'avait qu'à dire un mot au Rei ,
14
1761 ; il
ou mere
B. 4
32 MERCURE
tre en avant le Parlement , & il eût forcé
Jean-Jacques à garder ſon ban & à quitter
la France : il ne le fit point. Le Parlement,
tout defpotique qu'il était , ce Corps fi
jaloux de fon autorité , vit paifiblement un
Banni recevoir dans la Capitale le plus
honorable accueil. Dans la fuite , lorfqu'à
fon retour d'Angleterre , Rouffeau féjourna
dans différentes Provinces , lorfqu'enfin il
vint , en 1770 , fe fixer à Paris pour n'en
plus fortir , ce même Miniftre qui était
encore en place , ce même Parlement , ne
troublerent en rien la tranquillité de Rouffeau
. Pourquoi cette tolérance , dont l'exemple
était peut - être unique , à l'égard d'un
homme fi fameux , & qu'on n'avait point
eue pour l'autre Rouffeau , qui finit fes
jours à Bruxelles : Eft - il affez démontré,
non feulement qu'on n'en voulait point à
Jean -Jacques , mais même que toutes les
Puiffances de ce pays- ci ne le voyaient pas
de mauvais ceil ? Il s'était déclaré contre
Jes Philofophes que le Miniftere n'aimait
pas , & que les Prêtres déteftaient. Ils finirent
par ne voir en lui que l'ennemi de
leurs ennemis. Ceux- ci furent fous le glaive
de la perfécution jufqu'à la mort de Louis
XV , c'eft-à-dire jufqu'en 1774 ; ils étaient
loin d'avoir le moindre crédit , la moindre
faveur, Comment donc auraient- ils pu intriguer
, manoeuvrer pour lui nuire , eux qui
avaient affez à fonger à leur propre sûreté ?
FRANÇAIS. 33
J'avais promis de prendre mes preuves dans
des faits publics & dans les Ecrits mêmes
de Rouffeau : ai-je tenu parole ?
-
M. Ginguené croit pouvoir tirer de fortes
inductions contre le Miniftre Choifeul &
contre Voltaire , d'une lettre de ce dernier ,
où il s'exprime ainfi à propos de l'offre
qu'avait faite Jean Jacques de foufcrire
pour la Statue que les Gens de Lettres
voulaient ériger à leurs frais à l'Auteur de
Zaïre. " J'ai peur que les Gens de Lettres
» de Paris ne veuillent point admettre d'E-
» tranger. Ceci eft une galanterie toute
Françaife. Ceux qui l'ont imaginée font
» tous ou Artiftes , ou Amateurs . M. le
" Duc de Choifeul eft à la tête , & trouverait
peut-être mauvais que l'article de
la Gazette ( celui où l'on parlait de la
" foufcription de Rouffeau ) fe trouvât
>>
vrai
T
3
Là deffus M. Ginguené nous dit avec
la gravité d'un profond Politique : » J'en
fuis fâché pour la mémoire de M. de
» Choifeul; mais ce peu de mots contient
» une révélation immenfe «.
33,
Jen fuis faché , moi , pour la grande ſagacité
de M. Ginguené ; mais ce peu de
mots qu'il joint à fa citation , prouve feulement
, comme tout le refte , qu'il eft poffédé
de la manie de ceux qui fe piquent
de voir beaucoup où il n'y a rien à voir.
ne peut vouloir dire autre chofe avec fa
I!
B s
34
MERCURE
•
révélation immenfe , fi ce n'eft que cette
lettre révele l'influence immenfe de Voltaire
& du Duc de Choifeul dans tout le mal.
qu'on avait fait à Rouffeau . Je viens de
prouver le contraire , non pas par des ret
vélations de cette nature, mais par des faits.
Quant au paffage de lá lettre , tout ce qu'il
révele , c'eft une petiteffe de Voltaire , qui
était fâché que Rouffeau fe fir honneur ,
par un procédé noble , en foufcrivant pour
la Statue de fon ennemi , & qui fe fervait
, un peu légérement , du nom du Minire
régnant pour faire naître des craintes
& des fcrupules. Ce petit artifice ne réuffit
nullement auprès des Gens de Lettres , qui ,
en honorant le génie de Voltaire , ne partageaient
point fes paflions , non plus que
M. de Choifeul lui même . Il ne fe formahfa
nullement de voir le ném de Rouffeau
à côté du fien : il avait trop d'esprit pour
donner dans ce travers . I es Gens de Lettres,
conime on peut le voir dans les Lettres de
d'Alambert , n'approuverent point les répupuances
s Voltaire, & reçurent avec reconmuce
la foufcription de Rouffear . Je ne
me pique pas d'être fi fubtil que M. Ginguene
; mais j'oppofe toujours des Tits à
fes révélations : c'eſt au Lecteur judicieux à
choir cntre ces deux genres d'autorités .
Ce n'eft pas tout : je veux aller au devant
des objections les plus futiles , même de
celles dont celui qui les fait, uniquement
FRANCAIS 3'5.
pour avoir quelque chofe à dire , fait d'avance
la folution . Il pourra donc objecter
que le paffage fi péremptoire des Lettres de
la Montagne ne prouve que cette confiance
erédule que Rouffeau fe reproche en plufieurs
endroits de les Confeffions ; & il eft:
vrai qu'en les revoyant dans fes dernieres
années , il démentit quelquefois , dans les
Notes des derniers Livres , ce qu'il avait
avancé dans les premiers , & cela fous pré
rexte qu'il avait été long - temps dans la
bonne for fur bien des chofes , & qu'il n'y
était plus. A cela , je réponds que cette
objection retombe de tout fon poids fur
celui qui la fera : d'abord il en résulte ,
avant tout , une extrême difficulté d'ajouter
beaucoup de foi à un homme qui , dans
Ouvrage même où il prétend névéler toutes:
les vérités , accule dans un endroit & juf
rifie dans un autre , & ne donnant jamais
pour motif de crédibilité que fa manierede
voir , en change cependant d'un Livre
à l'autre. Il faut aimer à croire pour croire
aveuglément un homme qui écrie ainfi
Enfuite je ferai remarquer que Rouffeau
qui , en revoyant tous les Ouvrages dont :
il préparait une édition générale , infirmait
dans fes Notes les témoignages de fon
texte , felon l'humeur dont il était , n'a
pourtant contredit en aucune maniere ce
paffage fi décifif, où il renvoie bien lou
ceux qui voulaient , à toute forse , que la
•
وم
B 6.
36 MERCURE
France , c'eft à- dire affurément Voltaire ,
& le Duc de Choifeul , & les Philofophes,
fuffent pour quelque chofe dans le mal
qu'on lui a fait. L'autorité du paffage refte
donc toute entiere , & , comme on l'a vu ,
te n'eft pas , à beaucoup près , la feule.
Venons maintenant au détail de fes démêlés
particuliers , & après avoir montré
qu'ils n'ont influé en rien fur fes difgraces
& fur les orages de fa vie , voyons ce qu'ils
étaient en eux-mêmes commençons par
Voltaire. M. Ginguené affure qu'il a fait
cette même recherche avec une attention fuivie
, avec une fcrupuleufe impartialité. Je
fuis perfuadé que telle était fon intention :
je vais faire voir qu'il ne l'a pas bien remplie
, qu'il a ignoré des faits effentiels , &
qu'il en a préfenté d'autres très- défavorablement.
Le premier tort qu'il reproche à Voltaire
tombe fur ce qu'il appelle une correfpondance
, & ce qui confifte en deux ou trois
lettres écrites de loin en loin , & pour le
Public. Il y trouve un ton lefte & ironique.
Cela ne peut s'appliquer , avec quelque vraifemblance
, qu'aux premieres lignes d'une
lettre imprimée à la fuite de l'Orphelin de
la Chine , en réponse à l'envoi que lui avait
fait Jean-Jacques de fon Difcours fur l'inégalité
des conditions. Les voici, » J'ai lulu ,
2)
Monfieur , votre nouveau Livre contre
le genre humain . Vous plairez aux hom-
1
FRANÇA I S. 37
mes à qui vous dites leurs vérités , &
» vous ne les corrigerez pas. Il prend envie
» de marcher à quatre pattes en lifant votre
» Livre; jamais on n'a employé tant d'ef
" prit à nous rendre bêtes , & c. "
Ce n'eft point - là de l'ironie ; c'eft de la
plaifanterie fort douce & fort délicate , affaifonnée
de louanges flatteufes. Il ne faut
pas oublier que Jean-Jacques n'était alors
connu que par le Difcours dont je viens
de parler, & par celui qui avait été fon
coup d'effai , contre les Arts & les Sciences .
Il ferait dur de prétendre que Voltaire dûr
approuver les fophifmes de ce dernier , ni
les paradoxes totalement abfurdes mêlés
dans l'autre avec des vérités morales dont
le fond était connu , mais revêtu d'une
éloquence mâle & entraînante. Voltaire ne
pouvait gueres louer dans ces Ouvrages que
l'efprit & le talent de l'Auteur : c'eft ce
qu'il fait , & fans nulle ironie ; mais en
adouciffant par un ton de plaifanterie les
reproches qu'il pouvait faire à l'Auteur fur
le réfultat des idées générales qui certainement
ne devait pas convaincre un efprit
auffi jufte que celui de Voltaire. A l'égard
du ton lefte , je ne fais trop ce que l'Auteur
a voulu dire ; ce n'eft pas , fans doute,
l'affectation de la fupériorité , il n'y en a,
aucune trace dans la lettre . Après les
lignes que j'ai citées , tout le refte eft fort
férieux , & du ton de l'eftime & de la con38
MERCURE
hance : c'en était déjà un témoignage que
de lui adreffer , à la fuite d'une Tragédie
qui avait eu beaucoup de fuccès , une lettre
publique , dans laquelle il retrace les dé
fagrémens attachés à la culture des Let
tres , & les injuftices qu'il avait lui- même
effuyées . Jamais Voltaire n'avait imprimé .
de ces fortes de lettres que pour des gens
dignes de confidération. M. Ginguené aurait-
il voulu que le ton de Voltaire , pout
n'être pas lefte , allt jufqu'à la vénération ?
En ce cas , je le prie de fe fouvenir de ce
qu'était alors Voltaire , & que Rouffeau
n'était encore comu dans les Lettres que
par des paradoxes éloquens .
Le fecond reproche et de , n'avoir rés
pondu que par un billet à une lettre particuliere
qui ne fut publique que long - temps
après , & qui était un traité de Philofophie
en faveur de la Providence , à l'occa
fion du Poëme fur le défaftre de Lisbonne..
Il est vraiment fingulier qu'on prétende faire
un devoir à un homme de Lettres de ré
pondre en forme à une differtation philo
fophique fur des matieres très- délicates ,
quand cela ne lui convient pas, Il avait
apparemment les raifons pour n'en rien
faire ; perfonne n'avait le droit de lui en
demander compte, & l'on n'eft tenu de philofopher
qu'autant qu'on le veut. Je fais
que ce plaifant grief eft répété d'après
Reuffeau , & à peu près dans les mêmes.
FRANÇAIS. 39
termes ; mais , en vérité , pour y revenir
férieufement , il faut avoir fait ferment de
répéter la déraifon , quand elle eft de
Rouffeau.
Voltaire , par ce billet , pror. ttait une
réponſe , & Rouffeau prétend que cette
réponte fut le Roman de Cand.de. Cela fe
peur. Vous verrez quee Voltaire aura encore
offenfé Rouffeau en failant un Ouvrage
auffi gai & auffi original que Candide.
Ce n'est pas que je pense que ce Roman
prouve rien en Philofophie ; au contraire ,
mon opinion penche pour l'optimisme de.
Pope , qui fut auffi pendant long - temps
l'opinion de Voltaire. Il lui plut d'en changer
dans fa vieilleffe ; mais comme toutes
les opinions fur l'origine du mal , & für
toure caufe premiere , ne peuvent jamais
être que des hypothefes , chacun eft le
maître d'adopter celle qui lui plaît , & je
ne vois encore là ancan tort de Voltaire.
M. Gingrené revier encore dans fes
Nores , & avec indignation , fur ce billet
de Voltaire qu'il trouve infignifiant & lefte
( toujours du lefte ) ; infign.fiant , il devait
l'être , puifque Voltaire ne voulait pas répondre.
Mais M.. Ginguené foutient fort
& ferme qu'il y était obligé , attendu qu'il
répondait ordinairement aux lettres du premier
venu. Il ne plaît pas à M. Ginguené
de faire une petite réflexion qui eft pourtone
affez ſimple ; c'eſt qu'on peut , fans.
40 MERCURE
•
peine & fans inconvénient , répondre par
quelques phrafes infignifiantes à d'infignifiantes
politelles , & qu'il n'en eft pas
tout- à - fait de même d'une queftion telle
que celle de l'origine du mal. Quand on
voit à ce fujet la violente humeur de M.
Ginguené , on ferait tenté d'en avoir un
peu foi -même , fi l'on ne fongeait que le
fanatifme , quand il ne s'exhale que fur de
pareils objets , n'eft heureufement que rifible
.
Autre fujet de plaintes ; c'eft que tous
les raifonnemens de Jean-Jacques font tra-.
veftis dans la bouche de Pangloff. J'aurais
cru que c'étaient ceux de Pope qui étaient
un peu plus anciens , & l'on n'en faurait
employer d'autres ; ce qui n'empêche pas
que Voltaire , qui réfutait Pope après l'avoir
fuivi , ne fût un de fes plus grands admirateurs.
I
Il eft vrai que l'Auteur des Lettres a
raifon d'attacher fort peu d'importance à ce
que Voltaire , & après lui M. de Condorcet
, regardaient comme des offres de fervices
, quoique ce ne får en effet qu'une
fimple politeffe , je veux dire l'invitation
faite à Rouffeau de venir paffer quelque
temps dans les poffeffions de Voltaire. Il
eft fort indifférent qu'il y ait là- deffus erreur
de date , vu que l'offre elle- même eft
très- indifférente . Mais en eft - il de même
de la lettre écrite à Voltaire en 1760 , &
FRANÇAIS. 41
qui alluma des reffentimens fi vifs & fi
durables ? Je commence par déclarer que
je fuis loin d'en tirer la juftification , ni
même l'excufe des vengeances qui furent
la fuite de ces reffentimens : on va vor
dans un moment ce que je penfe à ce sujet,
& je m'en étais déjà expliqué ailleurs ; mais
il s'agit ici de cette lettre qui fut inconteftablement
le premier acte d'hoſtilité &
du jugement incompréhenfible qu'en porte
M. Ginguené. Voici les termes de cette
lettre tels qu'ils font dans la copie imprimée
par Rouffeau lai - même : M. Ginguené
a jugé à propos , je ne fais pourquoi
, de tronquer ce paffage très - remarquable
: je le tranfcrirai en entier.
"
.S0
" Je ne vous aime point , Monfieur.
» Vous m'avez fait les maux qui pouvaient
m'être les plus fenfibles , à moi votre
Difciple & votre enthoufiafte. Vous avez
perdu Genève , pour le prix de l'afile que
» vous y avez reçu . Vous avez aliéné de
" moi mes concitoyens , pour le prix des
applaudiffemens que je vous ai prodi-
" gués parmi eux. C'eft vous qui me rendez
» le féjour de mon pays infupportable: c'eft
vous qui me ferez mourir en terre étrangere
, privé de toutes les confolations des
» mourans, & jeté pour tout honneur dans
» une voirie , tandis que tous les honneurs
qu'un homme peut attendre , vous ac-
» compagneront dans mon pays. Je vous
99
42
MERCURE
» hais enfin , puifque vous l'avez voulu. De
» tous les fentimens dent mon coeur était
22
pénétré pour vous , il n'y refte que l'ad-
» miration qu'on ne peut refufer à votre
» beau génie , & l'amour de vos Ecrits.
Si je ne puis honorer en vous que vos ta
tens , ce n'eft pas ma faute. Je ne man
querai jamais au refpe&t qui leur eſt dû ,
» ni au procédé que ce reſpect exige «.
و د
C'eft dans une pareille ler re que M. Gin
guené ne trouve qu'une franchise que cons
damne peut-être la cautelaufe & froide poli
teffe , mais digne d'une ame au deffus de la
trempe vulgaire. Il ajoute ( & il faut fe pofféder
pour le tranfcrire ) , " qu'y a- t- il donc
d'outrageant dans une haine fi noble ? Ne
dirait- on pas que par une délic teffe raf
finée Rouffeau n'avoue qu'il hair que
pour donner un nouveau prix à fon admiration
& à fes éloges « ?
22
"
Je ne crois pas ( car affurément c'eft ici
le cas de cette franchife qui ne peut être
condamnée que par la cauteleafe & froide
politeffe ) ; je ne crois pas qu'on ait jamais
rien écrit de plus ridicule , ni qu'on ait
extravagué avec plus de gravité & de prề-
tention. M. Ginguené demande ce qu'il
a là d'outrageant ? Er moi je demande à
qu'conque a le fens commun i cette
phrafe , je ne puis honorer en vous que vos
valens , ne dit pas en termes très - nobles`,
mais très- clairs & très-formels , qu'on: fé-
ر
FRANÇAI S.
pare les talens de la perfonne , & qu'on ne
reconnaît point dans celle - ci les qualités
morales dont tout honnête homme doit
être jaloux ? Je demande fi ce n'est pas là
un mortel outrage , s'il exifte un Homme
de Lettres , à moins qu'il ne fût abfolument
fans ame , qui ne fait mortellement bleflé
de cette maniere de l'honorer ? & cette maniere
eft une délicateffe raffinée ! Ah ! fanatifme
, fanatifine , jufqu'où tu peux conduire
un homme d'efprit , quand tu as
exalté fa tête , & qu'il a réfolu de faire
des phrafes Comment trouvez- vous cette
délicateffe Monfieur , je vous regarde
» comme un méchant homme , comme un
corrupteur des moeurs publiques ; je méprife
votre caractere , & je hals votre.
perfonne ; mais tout cela n'eft qu'un tour
adroit & ingénieux , un raffinement délicat
pour donner plus de prix à l'admi
» ration quej'ai pour vos talens«? Ce compliment
, qui eft exactement celui dont M.
Ginguené fait fi bon gré à Rouffeau , n'eft-
ע
il
13
pas dans le goût des gentileffes que débire
Arlequin à Scapin , quand il ſe moque
de lui ? Oui , affurément , & après.
s'être un peu faché , il faut finir par en
rire.
Maintenant que l'ourage eft bien conftaté
, il faudrait , pour y trouver une franchife
noble , pouvoir le motiver ; il faudrait:
pouvoir dire : Rouffeau avait le droit de
!
44
MERCURE
parler ainfi. Mais il n'y a pas moyen ; il
n'y a ici de la part de Voltaire aucune provocation
quelconque ; cette violente apoftrophe
eft brufquement détachée , fans à
propos & fans prétexte , dans une lettre
qui n'avait pour objet qu'une explication
parfaitement indifférente. Il n'existe point
de griefs antérieurs qui puiffent la juſtifier.
Ceux que M. Ginguené alléguait tout à
l'heure , font nuls : je l'ai démontré ; ceux
que Rouffeau lui - même articule dans fa
lettre font gratuitement avancés , & fans le
moindre fondement . Vous avez perdu Ge
nêve. Comment ! quoi ! parce que Voltaise
fait jouer fes Tragédies dans fa maiſon des
Délices & dans fon château de Tournay
Geneve eft perdue ! Quoi ! Voltaire n'eft
pas le maître de faire repréſenter fes Pieces
chez lui par les amis , fans paffor
ur pour
Héau d'une République ! Et l'on confatrera
cet oubli de toute juftice , de toute bienféance
, de tout bon fens , parce qu'il eft
de Rouffeau ! Encore fi Voltaire eût fait
jouer les Pieces dans Genêve , il y aurait
un prétexte , au moins dans les principes
de Rouffeau ; mais il n'y eut de Théâtre
à Genève que fix ans après , & Voltaire
s'embarraffait fort peu qu'il y en eût ; car
jamais il ne mettait le pied à Genêve , &
jamais il n'y vit repréfenter fes Pieces ; &
pour trancher le fond même de la queſtion
par le fait, ce Théâtre qui n'y fubfifta que
97.66
FRANÇAIS. 45
très- peu de temps , quel mal a-t-il fait ?
Certes , la vertu la plus précieufe dans une
République , c'eft l'amour de la Liberté ;
& bien loin que les repréfentations données
chez Voltaire , & celles mêmes données
à Genêve & à Carouge , aient affaibli
l'efprit Républicain , c'eft depuis cette
époque que commença le grand combat de
la Liberté contre Ariftocratie , combat
qui n'a pas ceffé un moment , & qui a
fini
par la victoire. Je n'en conclus pas qu'il
faille attribuer cette victoire & ce combat
l'établiſſement d'un Théâtre ; car je ne
fais ni déclamateur , ni fanatique , mais
j'en conclus qu'au moins le Théâtre . n'y a
pas nui , car je fuis conféquent.
( Lafuite au Mercurefuivant. )
SPECTACLES.
-
On a remarqué fouvent que des fujets trèsintéreffans
en récit , perdaient en Scène une
grande partie de leur mérite. Les moyens de
Auteur Dramatique font très différens de
ceux du Conteur. Celui - ci , pour préfenter
avec intérêt des faits fimples & uniformes
n'a befoin que de les revêtir de formes gracieufes
& piquantes ; il peut paffer rapidement
fur ce qui touche le moins , & ne s'arrêter
que fur les tableaux qui plaifent à l'efprit. Au
Théâtre où l'on voit tout , il faut du mou*
45 MERCUREvement
& de la variété . Il ne fuffit pas que
des tableaux foient agréables , il faut encore
qu'ils foient attachans , & n'y rien montrer
qui puifle choquer la vérité ni les convenances
dramatiques. On ne parle pas aux yeux comme
à la feule imagination .
Ces obfervations peuvent s'appliquer anParia
& à la Chaumiere Indienne , deux petites Pieces
que l'on donne au Théâtre de la rue Feydeau ,
lefquelles n'en font qu'une , & qui ne font
divifées que parce qu'il y a un intervalle de
trois ans entre la premiere & la feconde. Tout
le monde connaît le Roman de Bernardin-
Saint-Pierre , d'où elles font tirées . Un Paria ,
c'eft -à-dire un Indien de la fie du Peuple , d'une
Cafte odieufe aux nobles enfans de Brama
devient amoureux d'une jeune veuve , qu'un
préjugé barbare engage à fe brûler fur le tombeau
de fon époux, Il parvient à la rendre
fenfible ', & l'emmene dans fes forêts. Tel eft
le fujet de la premiere Piece. Dans la feconde ,
la jeune Bramine a époufé le Paria . Ils ont
un enfant , & font heureux. Des Brames , à
la tête defquels eft le Prêtre qui voulait brûlor
la veuve , font furpris dans la forêt par
un violent crage. Le Paria leur offre un afile ;
mais l'horreur qu'ils ont pour un homine de cette
Cafte les empêche de l'accepter . Un Anglais, qui
Jes accompagne , & qui voyage pour trouver le
bonheur & la vérité, fe montre moins fcrupuleux.
I caufe avec les jeunes époux , eft touché de
la fimplicité de leurs roeurs , & paraît convaincu
qu'ils poffedent le bonheur qu'il cherche
fi vainement . Cependant l'orage redouble ,
les Brames mourant de froid & de peur , furmontent
leur répugnance , & entrent daps la
FRANÇAIS.. 47
Chaumiere. Le Grand-Prêtre reconnaît fon an-
Cienne victime , & veut l'enlever pour prix
de l'hofpitalité qu'il en reçoit . L'Anglais s'y
oppofe , & deminde qu'il pardonne au Paria ,
fi celui - ci lui prouve qu'il poffede le bonheur.
La difcuffion s'engage, & le Brame, qui s'avoue
vaincu affez facilement , embraffe cès heureux
époux , & fe réconcilie avec la Cafte de la
Nature.
Nous n'ajouterons aucune réflexion à cet
expofé Nous dirons feulement que les difcufions
philofophiques ne peuvent abfolument
s'allier avec de petits fajets au Théâtre , Li
même dans les Livres ; car comme les raifonnemens
n'y auraient être approfondis , tous
les argumens font de fimples affertions . Tels
font , en effet, ceux du Paiia ; quand le Brame
lui dit qu'il eft riche , qu'il eft confidéré , qu'il
jouit des honneurs , &c. fon adverfaire fe conterte
de répondre : Ah ! qu'il eft loin du bonheur.
Il n'y a là de quoi convaincre perfonne , &
en effet , il était difficile de perfuader en un feul
mot à un Prêtre riche , & jouffint de toutes
les commodités de la vie , que le bonheur confifte
à être pauvre , à avoir une femme & un
enfant , au milieu d'un défert.
Mais fi l'on peut reprocher à cet Ouvrage
quelques fautes contre l'Art dramatique , on
ne peut contefter à l'Auteur une foule de details
pleins d'efprit , de grace & de fentiment.
y a même beaucoup de mots très - piguans
qui ne font pas encore fentis , & qui ne feront
' ajouter à fon fuccès. La Piece eft de Dumouft
ez , déjà connu avantagepfement fur ce
Théâtre & fur plufieurs autres . La Muſique eft
de Gavaux , à qui on doit déjà celle des Deux
48 MERCURE
FRANÇAIS
.
Suiffes. Son talent s'eft encore plus développé
dans cet Ouvrage , où l'on trouve plus d'énergie
, & même plus d'efprit & d'entente de
Scène , avec des chants également gracieux. H
y joue & chante d'une maniere très-agréable
rôle du Paria ; Madame Scio celui de l'Indienne
tous les autres rôles font auffi fort
bien exécutés.
ANNONCES ET NOTICES .
ECONOMIE RURALE ET CIVILE , ou Moyens
les plus économiques d'adminiftrer & faire valoir
les Biens de campagne & de ville ; de conduire
des affaires litigieufes ; de régler fa maifon , fa
dépenfe , fes achats & ventes ; d'exécuter ou
faire exécuter les ouvrages des Arts & Métiers
de l'ufage le plus ordinaire ; de conferver & rétablic
fa fanté & celle des animaux domestiques ,
&c. &c. avec des Avis fur les préjugés , erreurs
fraudes , artifices , falfifications des Ouvriers ou
Marchands. Tome IV . de la 3me . Partie , qui
comprend l'Exploitation des terres & Economie
des champs. Ce Volume forme le VI . de la Collection
; par M. de Lalaure , l'un des Coopéra-
Beurs du Cours complet d'Agriculture de M. Rozier.
Le prix de chaque Volume , avec Fig. eft
de 4 liv. io f. broc. & s liv . franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imprim-Libr. rue
Haute-feuille , Nº. 20.
TABLE.
SUR la Ligue , &c. 25 Spectacles .
Charade, Eniz. Log .
Lettres , 3e. BK.
27 Annonces & Notices.
20
Jer. 135.
た
MERCURE
FRANÇAIS.
M
L'BERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI 17 NOVEMBRE 1792 ,
L'AN 1º . DE LA RÉPUBLIQUE.)
59 ro no
PIECES FUGITIVES.
LES
LE
SERMONS
CONTE.
n
J O
E jeune Ormon brûlait pour Iſabelle YST
Et , dit l'Hiftoire en était bien require] [
A fes défirs la trouvant trop rebelle ,pr! noM
De la dompter le projet eft conçuslarar
Et le Roman n'eft qu'à peine tiffu
Qu'il veut déjà conclure avec la Belle,
Il eut bien tort ; reſter ſur le défir
Voir la pudeur combattre la tendreffe
Ces doux oublis que l'on pourrait faifir
Les refpecter dans la jeune Maîtreſſe
Je m'y connais , c'eft- là le vrai plaifir.
Mais en amour comme aux
N°. 46. 17 Nov. 1792.
V &
aux champs de la gloire ,
C
MERCURE
Qui dit Français dit un enfant gâté.
Notre étourdi , moins tendre qu'emporté
Ne veut que vaincre , & bruſquant la victoire ,
Dans fon Amante éveille la fiertés
Il échoua , le trop de confiance
Prefque toujours nuit à la volupté.
Trifte , confus , voyant fon imprudence ,
tard excufer fon ardeur :
ILveut trop
Qué peut-il dire , hélas ! pour fa défenſe ?
Par un fuccès on cal ne la pudeur ;
Mais un échec fut toujours une offenfe.
Pleurs de couler ; pleurs & foupirs perdus
Dans fon boudoir auffi - tôr on s'enferme ;
Sans être ouverts les billets font rendus ;
Un mois , deux même , Ifabelle tient ferme,
Un foir enfin , le malheureux Ofmon ,
Par un des gens eft inftruit qu'ifabelle
Le lendemain doit fe rendre au Sermon.
Mon hamme y court , fe gliffe à côté d'elle ;
Tremble , palpite , & prefque au défefpoirs
De ce qu'on femble ignoret fa préfence ;
Mais on l'a vu , car on craint de le voir,
Or , Meffieurs ; chut ! norre Orateur commence
Vous ne ferez jamais de bons Chrétiens
Si votre coeur ne pardonne l'offenfe ;
» Chapitre trois , Saint Paul aux Corinthiens
A ce début la Belle eft route oreille .
Pául a raifon , il penfait à merveille 3
FRANÇAIS.
R
Perdre à la fois fon Amant & le Ciel ,
C'eft annoncer par trop de mal-adreffe ;
Et pour montrer qu'on a l'ame fans fiel ,
On fixe Ormon d'un oeil plein de tendreffe
Au premier Point » On peut mourir demain ; .
Dans le tombeau faut-il porter fa haine ? ,
Ah ! pour s'aimer , Dieu, fit le fit le genre humain «
La Belle alors que fon bon coeur entraîne
Se reprochane fa conduite hautaine ,
Regarde Ormon & lui ferre la main.
Au fecond Point , redoublant d'éloquence z
» Il eſt encore un plus facré devoir ;
Rendez le bien en place de l'offenſe ;
C
A ce prix feul , Dieu vous laiffe un eſpoir «,
C
La Belle alors révoquant la défenſe :
» Mon cher Ormon , je vous attends ce foir «,
(Par C. J. B. L*** . Rochemont. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier...
Le mot de la Charade eft Verrat ; celui
de l'Enigme eft Bille de billard ; & celui du
Logogriphe eſt Flambeau , où l'on trouve
Lambeau.
C 2
MERCURE
10 al A &
CHARADE. A Mad. de V
si abans ob aka. Jos mb rom..0 azil 10
VOTRE Coeur eft bien 'mon premier ';
Votre efprit eft bica mon dernier
Et chez vous mille appas font deffous mon entier.
( Par M. CH . M. du
ENIGME. A ma Femme.
J
LORSQUE tu réfléchis à ma vile origine
Ton ait annonce le dégoût ,
$
v.
Et cependant je fuis néceſſaire par -tout ; ' d w
Je te fers à toi-même , & fous ta main badine ,
Je deviens un modele & d'efprit & de goût,
*
Mais de ma fragile exiftence
Comment te peindre en un moment
Et les plaifirs & les tourmens ?
L'un m'écrafe & me preſſe , un autrę: au
lance sb st
I
ciel me
1
On me pique , on me coud , contre un mur on me
pend
.. pend ; 1
On me noircit fans pitié , fans relâche , flor
Et cependantjamais je ne me fache.
Au bout de tant de maux je trouve le trépas
Le feu , les eaux , ou bien quelque autre uſage ,
BRANG ALF.
Que par relpect je ne nommerai pas ,
Me font périr à la fleur de mon age .
It cependant un moment VDOй
Ou mon fort eft digne de plaire ,
C'eft quand je fuis offert par un Amant §
Alors fa Belley, avec myftere ,
Me place dans un lieu charmant
* Et cet afife tutelaite
to
T
234Á
De tous les indifcrets me fauve & ine défend .
Par le même. ).
د ع
AUPRES de moi Lucas vient , & s'apprête
-A me faire un laicinarum
18 249
Bu
avance la main
-
-
(
JUDY IN (2799llis in Al in sen
Ervoit couler for fang , pourtant rien ne l'arrêtes
Erlovfqu'il m'a tavi mon plus bel ornement
-inTv Le traître y cn m'enlevant ina tête , tam
Trouve en moi dequpi faire un ouvrage charmant
aldépofe la conquête ; 300 , L 9th
Pas pva préfenter le tout bien galamment
38 3
Afd Maftrèfle pour la fête 14 sonic-low
Am up stormi ini sup
svima & smis enigm
sta tang sisviv ,
: thout erat ntor
c
og
Par le même.
so 叉
matulog sind
9. ) Colesie V ok
9174 -Juvnoq bup
C 1
$4
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M, GINGUENÉ. A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire , quai
des Auguftins , Nº . 19.
V
QUATRIEME EXTRAIT.
OUS avez aliéné de moi mes Concitoyens
(dit J. J. à Voltaire ).-Où eft la preuve? On
eft obligé d'en donner quand on accufe, &
l'on y eft d'autant plus obligé que l'accufation
eft plus grave. Vous n'alléguez aucune
preuve ni là ni ailleurs , ni vous ni votre apo-
;" :
logifte , vous ne citez pas un fait je Tuis
en droit de dire que vous calomniez. Mamtenant
allons plus loin voyons les Ivraifemblances.
Qu'on me perde pas de vue
la date de cette lettre elle eft de 1760 .
Qu'avait fait jufques - là Jean - Jacques à
Voltaire ? Pourquoi celui - ci aurait - il été
fon ennemi ? Que lui importait que Rouffeau
fût plus ou moins aimé à Genève
où lui , Voltaire , ne , vivait pas ? On ne
hait point , on ne nuit point fans motif :
quel pouvait être celurde Voltaire ? Que
pouvait- il gagner à détruire Rouffeau dans
PRANÇAIS.
l'efprit des Génevcis ? En quoi Rouffeau
était-il ou pouvait-il être fur fon chemin ?
M. Ginguenéaffirme que Voltaire ne lui
pardonnait pas fa Lettre fur les Spectacles ;
mais c'est encore une affertion purement
gratuite , comme tant d'autres . Et qu'im
portait à Voltaire que Rouffeau eût répété,
fur les Spectacles , en ftyle plus éloquent ,
ce qu'avaient dit avant lui tous les Rhéteurs
de la Chaire ? Quoi ! c'eſt pour cela
que Voltaire fe ferait occupé à perdre Rouffeau
dans Genêve , où Rouffeau ne vivait
pas & où Voltaire n'entrait jamais ! Que de
folies ! v
ช
Mais Voltaire était peut être jaloux.
-Prenez garde je vous le répere , m'oubliez
pas la date . Rouffeau n'avait encore
fait que deux Difcours & le Devin de Village.
Il avait déjà de la réputations i
en méritait ; mais en bonne foi , en avaitil
affez alors pour faire , ombrage à Voltaire
Peut - on le fuppofer raisonnablement
? J'affirme , moi , que Voltaire n'était
point alors & ne pouvait pas être jaloux
de Rouffeau , & voici pourquoi je ſuis en
droit de l'affirmer ; c'est que j'affirme en
même temps qu'il fug jaloux & très-jaloux
du prodigieux fucces de l'Héloïfe , qui parur
bientôt après. Oui, il le fut , je l'ai vus
Les Ecrits , fes Lettres le prouvent , j'en ai
même d'autres preuves qu'il eft fuperflu
d'expliquer. On peut voir par cet aveu fi
4
C 4
16 MERCURE
!
&
je cherche à juftifier l'un en accufant l'au
tre. Non , je parle à charge & à décharge ;
je montre la vérité par-tout où je la vois .
Geft cette vérité feule qui importe au Pu
blic ; & que font d'ailleurs les noms de
Voltaire & de Rouffeau , quand l'un &
Pautre n'exiftent plus que pour notre inf
Iructiona
Veut on favoir quel eft celui qui était
alors jaloux , celui qui feul pouvait l'être a
Rouffeau , Rouffeau lui-même. J'en trouve
la preuve dans cette même lettre & dans
d'autres endroits de fes Ecrits. Et de quel
autre fentiment pouvait venir la virulente
amertume des expreflions de cette lettre ?
Examinez bien tout ce paffage fi violemment
injurieux , & vous y verrez un coeur
ulcéré , fecóuant , comme malgré lui , un
fardeau intérieur & pénible qu'il ne peut
plus renfermer ni foutenir ; & puifqu'il ne
pouvait y avoir ( je le répete affirmative
ment aucun mécontentement perfonnel ,
d'où pouvait venir cette ulcération de coeur
fi vive & fi profonde ? Comment compren+
dre que l'on adre fe en face à un homme
des boutades fi dures & fi injurieufes ? Je
dis en face ; car un homme tel que Rouf
feaut n'a dû écrire de loin que ce qu'il au
rait dit en préfence . Dira -t-on que c'erait
la vivacité des alarmes civiques, occafionnées
par la crainte des effets contagieux du
Théâtre ? Mais quand 'd'Alembert avait
+ J
FRANCAIS.
propofé formellement d'en établir un dans
Genève , quand Rouffeau crut devoir faire
un Ouvrage expres pour le réfuter , lui
parla- t- il du même ton qu'à Voltaire : Voyez
avec que's ménagemens recherchés , quelle
circonfpect on delicate , quelle expreffion
'd
Continuelle de la plus
haute
combattre
eftime la
perfonne , it le croit obligé de combattre
Ecrivain ! Ce Républicain' , fl' apre & h
b
farouche , était donc capable , quand il lè
voulait , de cette politeffe que M. Ginguenė
nomme cauteleufe , il croyait donc pouvoit
Tallier avec cette franchife dont il failait
profeffion. Allons , M. Ginguené , tirezvous
, fi vous le pouvez , de cette contra
diction manifefte dans vos principes & dans
vos éloges . Si Jean - Jacques, a été fi poli
envers d'Alembert, qui voulait mettre l'abomination
de la défolation dans Genêve ,
il a donc été cauteleux , il a donc pu re
noncer à fa noble franchife. En ce cas ,
pourquoi cette franchife le reffaifit - elle &
devient elle une dureté infultante envers
Voltaire & dans la même cauſe ? Je le redis
avec un véritable chagrin ; car on eft tou
jours faché de trouver les grands Hommes
en faute : c'eft qu'il était jaloux . Cette accufation
ne peut fe fonder que fur les inductions
morales , que l'on peut tirer des
actions & des Ecrits : vous allez voir combien
ces inductions font plaufibles , & comme
tout s'explique naturellement, en prenant la
jaloufie pour principe.
-
T
MERCURE
Rappelez - vous le voyage que fit Jeans
Jacques à Geneve après le grand fuccès du
Devin de Village & la Dédicace du Difcours
fur l'inégalité fon abjuration du Catholi
cifme & fon retour à la Religion réformée
le projet & le défir qu'il eut alors de le
fixer dans fa Patrie; fongez combien il était
naturel que Rouffeau , qui n'y avait été
connu long-temps que comme un aventurier
obfcur , aimât à y reparaître avec cette
nouvelle exiftence d'un Ecrivain célebre
applaudi à la Cour de France , & d'un
Philofophe eftimé dans l'Europe. Ce délir
eft bien dans le coeur de l'homme : c'eft aux
yeux des fiens qu'on eft flatté de jouir des
avantages qu'on a fu fe procurer ailleurs :
l'expérience le prouve tous les jours . Cherchez
dans les lettres & les Ecrits de Rouffeau
ce qui l'empêcha d'exécuter ce projet.
Il vous dira lui- même que ce fur Voltaire,
que ce fut le fejour & l'établiffement de
Voltaire dans le territoire & dans le voilnage
de Genêve ; il vous dira qu'il prévit
dès lors que Vokaire bouleverserait cette
petite République , & que cette idée affligeante
le détermina , lui Jean- Jacques , à
s'éloigner de fa Patrie. Voilà ce qu'il dit ;
mais voyons ce qu'il faut croire,
-
"
Obſervez d'abord en pallant ( car il y a
de quoi s'arrêter fur tour ) que ce ne fut
point du tout Voltaire qui bouleverfa Genêve
ce fut Rouffeau lui - même ; & ce
FRANC AI S. $59
n'eft pas un reproche que je lui fais , tant
s'en faut , je fuis loin de partager là - deffus
l'injuftice des reproches qu'on lui a faits .
Je fais que ce fut l'injufte Décret contre
l'Emile , & les victorieufes Lettres de la
Montagne qui réveillerent l'efprit de liberté,
& apres bien des débats , la firent enfin
triompher dans Genêve. C'eft à mes yeux
un des premiers titres de gloire, de Rouffeau
, puifque la Poftérité dira de lui qu'il
fut un des plus puiffans promoteurs de la
Liberté & dans fa Patrie natale & dans la
Patrie adoptive.
Mais peut-on férieufement le perfuader
qu'en 1784 & 1755 , époques des divers
érabliffemens de Voltaire près de Genêve
& du voyage qu'y fit Jean-Jacques ; celuici
fût véritablement fi effrayé du mal que
Voltaire pouvait faire en répandant aut our
de lui le goût du Théâtre ? Et croira t-on
que ces feuls motifs aient eu affez de
force pour l'arracher à fon projet chéri &
à l'amour de fon pays : Avouons que
rien
n'eft moins vraisemblable ; mais ce qui l'eft
un peu plus , c'eft qu'il fut frappé de l'éclat
que jetait néceffairement un homme.
tel que Voltaire par-tout où il fe fixait , de
l'enthoufiafme qu'il excita d'abord dans un
pays où
on n'eft pas en général fort accueillant
, & où tour le monde allait
devant de lui. Rouffeau avait déjà de la
renommée , il en goûtait les premieres dou
•
au
C 6
60
MERCURE
ceurs. Voyez dans fes Ecrits combien de
fois il fait reffortir le contrafte de ce qu'il
avait été & de ce qu'il était devenu, comme
1
fe plaît à rappeler fes humiliations qui
étaient celles de la fortune , oppofées à les
fuccès & à fes honneurs , qui étaient ceux
de fon génie. Perfonne ne fentait mieux
que lui tout ce qu'il pouvait acquérir encore
, & jufqu'où il pouvait aller , ou plutôt
, à cette époque , lui feul pouvait le
fentir . Mais alors la fupériorité de Voltaire
Séclipfait tout , & l'on conçoit fort bien que
Rouffeau n'ait pu fupporter l'idée d'en être
accablé dans fon propre pays. Les concurrences
de l'amour- propre font fi naturelles.
à l'homme M. Ginguené croirait - il par
hafard que Rouffeau en fût exempt ? Ce
ferait être un peu loin de la vérité , &
Texamen de fes Ouvrages , & furtout de
fes Confeffions , fait fous ce rapport , donnerait
de bien frappantes luniieres : il trouvera
fa place ailleurs ; je n'ai befoin ici que
d'un feul trait il eft frappant. Rouſſeau
dit quelque part : » Croit-on que Voltaire:
" eut été fi bien accueilli à Genève , fi je
n'y euffe pas eu tant d'ennemis « ? Souvenez
-vous de la diftance qu'il y avait encore
entre ces deux hommes , quand Voltaire
vint demeurer en Suiffe , & quand Rouffeau
fit un voyage à Genève , fongez qu'alors
Jean-Jacques , de fon ayeu , n'y avait
point d'ennemis connus , & y fut très- bien
FRANÇA I 5.
reçu , qu'il n'en eut point & n'en pouvait
avoir jufqu'à la publication du Contrat
Socialen 1760 ; fongez que Volaire avait
reçu par-tout un accueil auth extraordinaire
que lui-même & jugez fi un homme qui
fe perfuade que c'eft en raifon de la jaloufie
qu'il infpire à fes compatriotes , qu'ils ont
rendu tant d'honneurs à un Voltaire , eft
exempt des petites illufions de la vanité.
Jugez fi ce n'eft pas par une de ces illufions
fi faciles & fi ordinaires qu'il met fur le
compte d'un patriotime fort mal entenda
& d'un reffentiment fondé fur des torts
imaginaires , une averfion qu'il avait tout
maturellement pour la fupériorité , qu'il ne
pouvait fouffrir même en fociété : car la
vérité m'entraîne , & j'anticipe fur ce que
je voulais dire ailleurs ; mais heureufement
tout le tient , & toutes mes obfervations
viennent à l'appui l'une de l'autre . Oui
cette efpece de mifanthropie , cet éloigne
ment de la fociété , cet amour de la folitude:
qu'il cherchait, & où pourtant il était mal,
à quoi tout cela tient - il ? Eh ! lui - même
vous l'a dit , fi l'on eût voulu y faire at
tention. Il vous a répété cent fois que cet
homme fi éloquent la plume à la main ,
n'était rien dans la converfation , qu'il étais
C
ون
nul dans la fociété, timide , embarratais
gauche,
qu'il ne pouvait rien dire , qu'il y perdait
toutes fes facultés , &c. Tant d'autres qui
ne le valaient pas , y étaient brillans ! Eh
P
62 MERCURE
༣.
bien , c'eft ce qu'on ne peut foutenir quand
on a beaucoup d'amour-propre , & Rouffeau
en avait un prodigieux. De - là deux
défauts qui en dérivent , & qui , portés au
plus haut degré,firent le malheur de fes jours
& aliénerent enfin fa raifon ; ce font la fufceptibilité
& la défiance. Voilà fon hiftoire :
je la mettrai ailleurs dans le plus grand jour ;
elle en vaut la peine : c'eft une étude trèsmorale
que l'analyſe d'un être tel que Rouffeau
, faite fans nulle partialité , & nous
ne l'avons pas encore. Mais je reviens à
Voltaire, & me hâte d'aller au devant d'une
objection que j'entends d'ici .
Quoi ! Rouffeau fut jaloux de lui ! &
a-t- il jamais effayé de rabaiffer fes grands
talens ? a -t-il jamais. paru les méconnaître ?
eft-il quelqu'un qui leur ait rendu un hommage
plus complet , plus éclatant ?
Oh ! là - deffus vous avez toute raiſon.
C'est ici que Rouffeau reprend tout l'avantage.
Si vous êtes jufte , vous devez m'accorder
que fa lettre à Voltaire fût un premier
tor , en tort gratuit, une offenſe grave ,
inexcufable , quoiqu'elle ne fût pas publique
: il eut encore d'autres torts qui ne furent
pas publics non plus . Ceux de Voltaire
l'ont été, & tout ce que j'en puis dire, c'elt
qu'ils font la tache la plus fletriffante pour
fa mémoire , la plus affligeante pour ceux
qui l'ont aimé. Mais feriez-vous affez étranger
à la morale & à la connaiffance de
FRANÇAIS.
63
l'homme, pour ignorer que les paffions prenhent
la teinte du caractere , & quoique les
mêmes pour le fond , fe manifeftent par des
effets très - divers ? Kouffeau fut jaloux de
Voltaire , avant même d'avoir le droit de
l'être Voltaire le fut enfuite de Rouffeau,
quoiqu'il ne dûr l'être ni de lui ni de perfonne
, & les procédés de l'un & de l'autre
furent très- différens : c'èft ce qu'il faut
expliquer.
Les écarts des hommes de génie viennent
fur - tout de
l'imagination , c'est- à - dire de
cette faculté qui nous reprefence les objets,
& dans ces hommes - là cette faculté eft
puifante , mais d'une maniere différente &
analogue à leur caractere. Celle de Rouffeau
était finguliérement exaltée, mais toute
en fentimens & en morale. Voyez fon portrait
fi bien tracé par fon éloquente plume,
dans fes lettres à M. de Malesherbes . II
rêve fans celle la perfection ; il lui faut én
tout genre mieux que ce qui eft , & cette
difpofition romanefque avait été fortifiée
par l'habitude de vivre dans la retraite ,
c'eft- à - dire d'être beaucoup avec lui -même.
Sans ceffe devant le modele idéal qu'il s'était
fait, il devint naturellement très - fenfible
à toutes les convenances morales : nul
ne les a jániais plus refpectées que lui dans
fes Ecrits. It fentait done non feulement le
tidicule ( ce qui ne tient qu'à l'efprit ) , mais
Ja baffeffe ( ce qui ne tient qu'à l'ame ) de
MERCURE
fe rendre le détracteur d'un mérite auffi
éminent que celui de Voltaire. Il le haïffair
ce mérite fait pour obicurcir tous les au
tres il avouait cette haine en la
haine en la tournant
fur la perfonne, dont il voulait à toute force
avoir à fe plaindre , pour le juftifier à fes
propres yeux ; mais il était incapable de
fouiller fa plume en niant on injuriant de
vant le Public ce mérite qu'il reconnaiffait .
Il s'abftint conftamment de toute repré
faille , malgré les
Voltaire , & ce filence lui fit infiniment
Sattaques de
d'honneur , quoique peut- être il ne dût pas
Ini couter beaucoup , car d'abord il n'était
nullement haineux ni vindicatif , &
toutes les erreurs de fon imagination étaient
de nature à ne faire du mal qu'à lui , &
de plus , il n'était pas poffible qu'il ne fen it
parfaitement que les invectives de Voltaire
ne pouvaient nuire qu'à l'homme , capable
de s'abaiffer à les écrire.
L'imagination de Voltaire était toute
poétique , c'est - à - dire exceffivement vive &
mobile , inflammable & irafcible , dirigée
fpécialement vers les idées de prééminence
& de domination : c'eft l'imagination des
Poëtes , des femmes & des enfans, trois
efpeces d'êtres qui graces à l'extrême irritabilité
de leurs fibres ont entre elles de
finguliers rapports, Voltaire avait été des
fa premiere,jeunelle lancé dans l'arene littéraire.
Sans ceffe occupé de combats & de
FRANCAIS. 6 $
victoires , fon amour propre était toujours.
en état de guerre. Aucune des paflions
douces & aimantes & des fpéculations décevantes
qui tenaient tant de place dans la
vie de Jean - Jacques , ne tempérait dans
Voltaire cette unique & impérieufe paflion
de la gloire qui le rempliffait tout entier ,
le dévorait , le confumait , car l'amour de
l'argent , quoi qu'on en ait dit , n'était chez
lui qu'un foin & un calcul , & nullement
une paffion . Parvenu à ce premier rang
long-temps difputé , il régnait dans Empire
des Lettres , & regardait comme un
rebelle quiconque ofait l'attaquer, Rouf
feau l'attaque & dans fon perfonnel , &
fans nul ménagement , & fans nulle proyocation
Le voilà furieux , comme il l'étair
toujours en pareil cas . Il diffimule pourtant
, parce que l'injure était fecrete , &
que Jean-Jacques lui paraiffait encore trop
loin de lui. Mais bientôt l'Héloife paraît , &
l'Europe en retentit , & il apprend en même
temps que le parti Démocratique de Genêve,
qui venait de le forcer à quitter la maiſon
des Délices ( 1 ) , eft animé par les lettres &
1 Voltaire ne s'en plaignit
jamais publiquement , parce
(1) Ce fait eft certain
qu'il
ne
voulait pas
convenir qu'on eût eu ce pouvoir contre lui ,
mais il eft sûr que les rigoriftes Genevois , à force
de crier contre fes Spectacles , lai ôterent des
Acteurs & des Spectateurs ; & à force de récla
66 MERCURE
les Ecrits de Rouffeau , qui affecte de le
traiter en ennemi . Alors il ne voit plus dans
Rouffeau qu'un concurrent qui veut lutter
à la fois contre lui de réputation dans l'Eu
rope, & de crédit dans Genêve; il ne refpire
plus que la vengeance , & voulant la rendre
terrible , il ne réuffit qu'à la rendre im
puiffante & honteufe , parce qu'il eft trop
emporté pour méfurer les coups . Aveuglé
par la fureur , il perfifte à ne voir dans
l'Auteur de l'Héloife & de l'Emile que la
vie ebfcure & les aventures ignobles de fes
premieres années. Il prend le ton du mépris
avec un Ecrivain admiré , & fe rend
ridicule ; il noircit & diffame un homme
de génie , pauvre , profcrit , perfécuté , &
fe rend odieux ; il vomit les injures les plus
groffieres & les plus brutales dans des vers
dignes du dernier des Verfificateurs &
déshonore ainfi fa plume de toutes les ma
nieres , comme fi par une malédiction
gitime il eût été condamné à oublier juf
qu'à fon goût naturel , en oubliant tous les
devoirs.
mer les Loix qui défendaient qu'un Catholique
cût des poffeffions dans leur territoire , obligerent
fes amis du Confeil à lui faire ertendre qu'il fal
lait céder de bonne grace 11 vendit les Délices
qu'il avait achetées a vie , & perdit cinquante
mille francs . 11 laifa l'habitation de Tournay aux
Crammer, & alla s'établir à Ferncy , far terte de
France .
FRANÇAIS. 67
ནོ །
M. Ginguené a beau jeu fur cet article,
& triomphe tour à fon ai e. Il pouvait fe
di penfer , conine on veit , de nier les premiers
torts de Roufleau ; car ceux de VI
taire font de nature à ne comporter aucune
excufe. Il n'eft jamais permis d'infulter au
génie , au malheur , à la pauvreté , aux
maladies , & de quelle façon encore ! de
quel fyle ! ..... Je m'arrête. Je voudrais
repouffer loin de ma penfée ces dégoûtan
tes infamies que M. Ginguené a eu la force
de tranferite en partie. Je conçois qu'il ait
eu cette force dans fa trifté exultation. Je
ne l'ai pas dans la douleur , & même dans
la honte que je reffens ; car cet opprobre
femble rejaillir fur les Lettres , & ne donne
que trop
2M. Ginguené aurait pu fe fouvenir qu'il
he faut pas prouver ce que perſonne ne
contefte , & jamais perfonne , que je fache
n'a écrit une ligne pour juftifier les exces
ou Voltaire s'eft porté e Rouffeau. M.
de Condorcet lui- même , qui paraît avoir
eu pour principe de ne jamais rien louer
dans fes ennemis & de ne jamais rien blâmer
dans fes amis , avance en termes exprès que
Voltaire fur injufte , & cherche plutôt à at
ténuer les torrs qu'à les méconnaître . Tous
les autres amis de ,Voltane ont été confus
& affligés de fa conduite envers J. J. , &
n'en ont jamais parlé qu'en bailfant les
yeux. Je puis même citer à ce fajer une
M. Gantage
à leurs ennemis. 2917
68 MERCURE
anecdote qui mérite d'être connue. J'étais
à Ferney quand Voltaire fit ce malheureux
Poëme de la Guerre de Geneve. Il en fit lecture
chez lui , dans un cercle affez nombreux.
On rit & l'on applaudit à quelques
détails , où , malgré la faiblelle de l'enfemble
, on retrouvait la verve & la gaieté de
l'Auteur , ffuurr--ttoouutt ddaannss llee premier Chant
Mais quand ce vint au fecond , où font
toutes les ordures contre Rouleau , il régna
dans l'affemblée un filence de confternation
qui n'échappa nullement à l'Auteur , & lu
donna même une humeur qui dura toute
la journée. La leçon pourtant ne , fut pas
inutile , car il prit le parti de ne plus lire
ce fecond Chant à perfonne , quoiqu'il llŷur
très - fouvent & très-volontiers le premier
Au reste , l'influence de Voltaire dansFies
querelles de Genève & dans la part
prit le Miniftere ddeeaFdrance & dans les
confequences qu'elles pouvaient avojr pour
Roulleau , fut abfolument mulle. Voltaire
en général, n'aimait point, les , Genevois, &
ne pouvait pas les aimer. Il était fro
Il était trop afs
coutume, àa la politelle obfequieule à l'he
banité délicate , à la grace des petites chofes
, au ton de la bonne compagnie, nourri
depuis fi long-temps dans ce goût-ha , il ge
pouvait pas le perdrev & meme y renaic
beaucoup. Il trouvait les Genevois fecs
vains , prétentieux , malins & tracaffiers.
voyait beaucoup les chefs de l'Ariftocratie
+
FRANÇAIS . 69
26
mais il recevait auffi ceux des Repréfen²
tans , & d'abord il cut quelque envie de
les rapprocher & de jouer le rôle important
de concilia: ent. Il ne pouvait pas y réuffir
& de plus le Duc de Choifeul lui en
fut maqvais gré. Le Miniftere Français était
jafotix de la puiffance exclufive dans toure
affaire , & trouvait mauvais qu'un particulier
's'en mêlât. Voltaire alors ne trouva
ver's'en
rien de mieux que de fe moquer des deux
partis , & même un peu de notre Miniftere.
J'ai vu de lui des lettres au Duc de Choifeul
, qui en font foi , & où il perfifle très-
Leftement l'importance qu'on mettait à Verfailles
aux diffentions de Genêve ; & le
cordon de troupes qu'on avait établi fur
cette frontiere. Jean-Jacques , & après fui
M. Ginguené , imaginent toujours Voltaire
& Tronchin unis contre Rouffeau. Ils he
fongent pas que Voltaire & Tronchin ne
s'aimaient point , & que dans ce même
Poeme de la Guerre de Genève , il y a un
morceau ( & c'eft un des plus agréables )
où Tronchin eft très- finement raillé. Ce
Docteur fameux en fut très-piqué : il vou
lait être auffi une efpece de Puiffance , furtout
depuis qu'il eut été appelé à Verfailles ,
& qu'il écrivait au Confeil deGenève ce quie
le Roi lui avait dit . Voltaire voulait bien
proteger Tronchin dont il
croyait
( non fans
I "
quelque raifon ) avoir fait la réputation
dans les Ecrits , il ne voulait pas que Tron79
MERCURE
chin traitât avec lui d'égal à égal : il ne le
fouffrait de perfonne. Il avait trop de tact
& trop d'ufage pour faire fentir fa fupériorité
, mais il voulait qu'on la reconnût ,
& quand on y manquair , dans quelque
rang que ce fut , il favait en avertir. Autli,
quoiqu'il déteftât le Defpotifme , il n'avait
nullement les inclinations ni les moeurs
Républicaines s'il eût affez vécu pour
voir notre Révolution , il en eût été partifan
jufqu'au moment où la France elt devenue
République ;
mais ce moment lui
eût paru la fin du monde.
Jole dire que fur toutes ces matières
fur tout ce qui regarde les hommes & les
chofes de ce temps -là , j'ai été dans le cas
de favoir beaucoup plus que M. Ginguené ,
qui ne connaît que ce qu'on a écrit , & de
favoir beaucoup plus que je n'en veux dire
ici. S'il veut confulter ceux des Genevois
qui étaient alors places de maniere à étre
les mieux inftruits , il faura fi j'en impofe
ou fi j'ai mal vu .
Par tout ce que je viens de dire , on
peut juger fi le fouvenir des fentimens qui
m'atrachaient à Voltaire l'emporte fur ce
premier devoir de tout Ecrivain , celui de
dire la vérité, L'amitié que j'eus toujours
pour d'Alembert ne pourrait non plus me
forcer à diffimuler ici fes torts , s'il en avait
eu ; mais heureufement il n'en eut aucun,
& Rouffeau , dans les Confeffions , & M.
FRANÇAIS. 76 .
Ginguené dans les Lettres , en ont de trèsgraves
envers lui.
"
» Il n'eft ( dit- on dans ces Lettres ) que
" rarement & fecondairement nommé dans
" les Confeffions «. Il l'eft beaucoup trop
pour l'honneur de Rouffeau . Je ne fais pas
fi c'eft une chofe fecondaire qu'une calom +
nie atroce. Mais voici la calomnie.
>
En partant précipitamment de Montmo
rency , Rouffeau avait laiffé entre les mains
du Maréchal de Luxembourg quelques papiers
qui lui furent renvoyés enfaite . Quand
il en fit la revue il y trouva de manque
quelques lettres qui ne pouvaient intéreſſer
perfenue ( ce font fes termes ) , & une ébauche
commencée , il y avait long - temps ,
fous le titre de la Morale fenfitive. Il ne
peut concevoir comment ont difparu ces
papiers , enfermés dans une chambre dont
le Maréchal avait pris la clef. Il n'ofe arréter
un foupçon ni fur lui ni même fur la
Maréchale. Tout ce qui me vint de plus
raifonnable à l'efprit , après m'être fatigué
long-temps à chercher l'auteur de
ce vol , fut de l'imputer à d'Alembert, qui,
déjà faufilé chez Mad. de Luxembourg,
» avait pu trouver le moyen de fureter ces
papiers & d'en enlever ce qu'il lui avait
plu , tant en manufcrits qu'en lettres ,
» pour s'approprier ce qui lui pouvait con-
» venir. Je fuppɔfai qu'abufé par le titre
» de la Morale fenfitive , il avait cru trou
93
$2
99
99
. و
72 MERCURE FRANÇAIS.
22
23
ver le plan d'un vrai traité de Matérialifme,
dont il aurait tiré contre moi le
parti qu'on peut bien imaginer
cc.
J'interroge votre confcience , M. Ginguené.
Si quelqu'un vous eût accufe publiquement
d'un vol fi lâche , & d'un vol
fait dans des intentions fi odieufes , s'il
vous en cût accufé non feulement fans la
plus légere preuve , fans le moindre indice
quelconque , mais même contre toute vrai-
Cemblance , que diriez- vous de cet homme ?
que penferiez-vous de lui ne le traîneriezvous
pas dans les Tribunaux , comme un
calomniateur impudent & pervers, à moins
que , par hafard , on ne parvint à vous
convaincre que cet homme eft un infortuné
vifionnaire qui croit coupable tout ce qui
l'approche ? Je ne veux pas vous prefer
davantage je conçois votre embarras. Vous
devez fentir que quand j'entreprends une
caufe , c'eft que je la connais bien .... &
j'attends votre réponſe.
( La fin au . Mercure. )
LES
Sermons.
TABLE.
49,Lettres
Charade, Enig. Log. 521
4e. Ex.
Jer . 135.
MERCURE
FRANÇAIS.
LIBERTÉ , ÉGALITÉ.
SAMEDI 24
NOVEMBRE 1792 ,
er
L'AN 1. De La
République .
PIECES
FUGITIVES.
PORTRAIT
Y
DE L'HOMME DU JOUR.
VOYEZ , Français , ce jeune efféminé ,
N'a-t-il pas l'air d'une antique poupée ?
Chargé d'odeurs , de rouge enluminé ,
Comme il pâlit au nom feul d'une épée !
De bals , de jeux la langueur occupée
Fait cent projets , les change en un moment .
Stérile Ami , plus inutile . Amant ,
Il brode , il coud, par fon caquet affomme :
Quel est fon fexe ? On cherche vainement ;
Mais la Nature en avait fait un homme.
( Par M. Rochemont. )
Nº. 47. 24 Nov. 1792. D
74 MERCURE
Explication de la Charade, de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Bonnet ; celui
de l'Enigme eft Papier ; & celui du Logogriphe
eft Rofier , où l'on trouve Ofier.
CHARADE.
VAvite donner mon premier 1
Au malheureux qui n'a que mon dernier ,
Afin qu'il puiffe au moins acheter mon entier.
( Par M, Ch. M. d. v. )
ÉNIGM E.
Toi l'ami des humains , Philantrope paifible ,
Ecarte de tes yeux le fouvenir cruel
Que ma vue offrirait à ton ame fenfible.
De révolutions théâtre univerfel ,
Ton oeil au loin s'égare en mes vaftes campagnes ,
Mes vallons élevés au niveau des montagnes ,
En un tas raffemblés vingt Peuples différens ,
Mes fleuves mis à fec , & mes mers fans navires ,
Des déferts , des rochers , & d'horribles volcans ...
Mais tu frémis. Eh bien ! vois dans un autre fens :
FRANÇA IS. 75
Mes Rois n'ont plus d'Empires ,
Mes Reines, plus d'Amans ;
De l'intérêt trompé la rage me déchire
Et je préfente trop fouvent ,
ST
Du plus extravagant délire , 2 li a
Le fpectacle affligeant...
O
Mais tu veux fuir ; attends , je vais te fuivre ,
2
Et tu ne m'échapperas pas ;
J'attends la fin de ton repas
Pour achever de te pourſuivre .
1
Par le même. )
LOGO GRIPE.
PETITS ETITS moutons innocentesbrebis
Vous m'aimez bien quand j'ai ma tête .
Vous bravez avec moi vos cruels ennemis
A
Un chien fidele à vous fauver s'apprête';
Mais fi vous me fuyez , fi vous m'ôtez ma tête
Craignez - moi dans la main
Du fauvage inhumain
Qui de votre tré pas va fe faire une fête.
15
-Y )
(Par le même. )
D &
" 1
76 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRES fur les Confeffions de J. J.
ROUSSEAU , par M. GINGU ENÉ . A
Paris, chez Barrois l'aîné , Libraire ,
des Auguftins , Nº. 19.
DERNIER EXTRAIT.
quai
J'AI dit que cette indigne accufation était def-
> tituée de toute vraisemblance ; & en effet
comment croire que M. & Mad. de Luxeinbourg
euffent permis à un homme qu'ils connaiffaient
à peine , de mettre la main fur des
papiers qui leur étaient confiés , ou qu'après
les avoir ferrés avec tant de foin , ils pouffaffent
la négligence jufqu'à les laiffer à la merci
du premier venu ? Parmi tous les accidens qui
peuvent faire égarer des papiers , n'y a -t-il pas
mille fuppofitions à faire avant celle - là ? Je
n'infifte pas fur l'outrage fait à la probité de
d'Alembert : il n'eft que méprifable . Quiconque
l'a connu comme moi , atteftera comme
moi qu'il était en tout d'une probité rigide &
fcrupuleufe , & abfolument incapable de rien
qui pût bleffer la délicateffe & l'honneur ;
des fanatiques , poffedés de la petite ambition
de popularifer leur nom & leurs Ecrits en
s'étayant du nom de Rouffeau , voudront nous
faire refpecter ces atrocités qu'on ne peut excufer
que par la démence ! On nous fou
tiendra qu'il eft permis d'imprimer de pareilles
horreurs ; que ce n'eft point excéder les barnes
FRANÇAIS. 77
་
ture défenfe légitime ! Il faudra croire que
tant d'honnêtes gens , noircis & diffimés dans
les Confeffions , ont été des hommes vils , méchairs
, barbares , hypocrites , parce que Jean-
Jacques a eu le malheur d'être fou ! Il fallait
une fois faire juſtice de cer infoutenable délire ,
& la faire de maniere qu'on n'y revienne plus .
M. Ginguené prétend bien que c'est d'Alembert
qui a calomnié Rouff au après fa mort; mais
fa maniere de prouver ne reffemble pas à la
mienne.
e
"
D'Alembert , dans l'Eloge de Milord Maréchal
, ne pouvait fe difpenfer de parler des
haifons publiques de Rouffeau avec ce refpectable
vieillard qui commandait à Neufchâtel ,
& qui eut l'honneur d'etre un des bienfaiteurs
de l'illuftre Proferit. Perfonne n'ignore
que los de l'étrange querelle que fit ce dernier
à David Hume , & de l'inconcevable manifefte
qu'il adreffa en forme de Lettre au
Philofophe Anglais , Milord Maréchal , malgré
toute fon amitié pour Rouffeau , ne put fermer
les yeux à l'évidence , & condamna les
procédés inouis qui avaient éclaté aux yeux
de l'Europe entiere. Il n'y avait pas deux
voix là -deſſus ; car on ne peut pas compter un
très - petit nombre d'énergumenes qui avaient
abjuré le bon fens aux pieds de Rouffan.
Voltaire écrivit que cette querelle était le
procès de l'ingratitude contre la bienfaifance ;
mais c'était encore plus celui de la folie contre
la railon C'est ainsi que penfa Milord
Maréchal. Il ne vit dans Jean - Jacques qu'un
malite & un fou , mais un fou dont le commce
ne pouvait être que dangereux , & il
ceffa dès ce moment de lui écrire , fans coffer
de lui faire du bien , & même fans l'oublier
D 3.5 D3
78
MERCU
REI
dans fon teftament. D'Alembert , en rappelant
ces faits , ajoute que Milord Maréchal eut depuis
beaucoup à fe plaindre de celui qu'il avait
obligé mais que la mort du coupable , & les
justes raifons qu'il eut de s'en plaindre auffi ( lui
d'Alembert ) l'obligent de tirer le rideau fur ces
détail affligeant , dont les preuves font malheu
reufement confignées dans des lettres authentiques ,
& que ces preuves n'ont été connues que depuis
La mort de Milord Maréchal. Il cite en note let
émoignage d'une perfonne très- estimable , à qui
Milord Maréchal avait confié toute fa correfpondance
avec Rouffeau & Hume , fous la
condition de ne l'ouvrir qu'après fa mort. Il
donne l'extrait d'une lettre de cette même perfonne
, qui affure que la derniere lettre de Jean-
Jacques à Milord Maréchal était remplie d'injures;
mais cette perfonne , il ne la nomme pas .
1
C'eft là- deffus que M. Ginguené , fe livrant
à un zele qui reffemble à la rage qu'on exha
lerait contre un ennemi perfonnel , s'emporte
aux plus violentes invectives contre d'Alem
bert. Les mots de perfidie , de tartuferie , de
noirceur , ne lui coutent rien. Il oublie que tout
ce qui lui était, permis , c'était d'exiger , pour
que cette accufation eût du poids , que la pen
jonne fut nommée mais que d'ailleurs il était,
hors de toute probabilité qu'un homme qui avait,
autant de raifons que d'Alembert de fe refpec
ter devant le Public & devant lui- même, for
geat une lettre fuppofées il oublie que d'A
lembert ne devait rien à Rouleau , après fa
(1 ) J'ignote pourquoi d'Alembert ne l'a pas fait ; mais
je n'ai aucune raifon pour ne pas dire que cette lettre eft
de M. Stofch, très- connu à Berlin , & que la preuve de ce
fat eft dans plufieurs autres lettres de ce même M. Stofch
qui font entre les mains de M. de Condorcet , qui m'ause.
fife à le déclares.
FRANÇAIS. 79
mort, que vérité & juftice , puifqueRouffeau , fans
en avoir jamais reçu d'offenfe , l'avait calom
nié de toutes les manieres ; il oublie qu'en revenant
aux probabilités morales , & partant de
ce principe reçu , qu'on peut raifonnablement
juger d'un homme , dans une circonftance particuliere
, par fa maniere d'être , habituelle , il
n'y aurait rien de monftrueux , il n'y aurait
ni perfilie , ni tartuferie , ni noirceur à penfer
que Rouffeau a pu finir avec Milord, Maréchal
comme avec Mad . de Luxembourg , comme
avec Hume , & c. il oublie que le plus grand
crime aux yeux de Rouffeau , était de le croire
capable d'un tort , & ce crime - là , Milord Maréchal
l'avait commis .
Mais que n'oublie pas M. Ginguené ? Qu'attendre
d'un homme qui ne fe rend pas même
fur la lettre de Walpole , cette fatale lettre
qui fit tant de bruit , qui alluma de fi longs
reffentimens? Il plaît à Rouffeau d'attribuer cette
lettre à d'Alembert. Tous les amis de Rouffeau
lui affurent qu'il fe trompe , qu'elle eft de l'Anglais
Walpole. Savez - vous ce qu'il répond
Si elle n'est pas de d Alembert , elle doit en être.
Walpole lui-même prend le parti de s'en déclarer
l'auteur , & imprime fà déclaration dans
des termes très durs fans doute , mais trèsconformes
à cette indépendance de l'efprit anglais
qui fe pique d'avoir fon opinion à lui ,
fans fe foucier de celle des autres . Il déclare
que malgré tous les talens de Roufleau , il a
un profond mépris pour lui , parce qu'il le regarde
comme un Charlatan. Aurément rien ne
reffemble moins à un prête- nom que ce Walpole
, homme connu pour avoir beaucoup d'efprit
, homme très -confidéré & fait pour l'êtres
Qu'importe ? Rouffeau veut à toute force que
A
D 4
80 MERCURE
-
d'Alembert foit fon ennemi en conféquence ,
il perfifte à vouloir que la lettre foit de lui ,
ou du moins qu'il y ait part ; & d'Alembert
n'avait pas la moindre liaifon avec Walpole
& ne l'avait jamais vu c'est ce qu'il déclare
à la face de tout Paris , & fur quoi un homme
auffi répandu que lui ne pouvait pas en impofer
, fans être démenti fur le champ. Jamais
la vérité ne fut mife dans un plus grand jour.
Qu'importe Jean Jacques à prétendu jufqu'au
dernier moment que cette lettre fut de
d'Alembert , parce qu'elle révélait le grand complot
formé entre ce même d'Alembert , Hume
& tous les Philofophes de Paris ; & M. Ginguené
, fidele au parti qu'il a pris de foutenir
que Jean - Jacques n'a jamais pu fe tromper ,
nous dit encore aujourd'hui que la fabrique
française de cette lettre rend cet aveu de Walpole
fufpect ; & pourtant cette lettre , qui n'eft
qu'une plaifanterie piquante , il eft vrai , pour
l'amour-propre , mais uniquement pour l'amourpropre
, cft d'une tournure qui peut être celle
de tout homme d'efprit , & Walpole en avait ,
& parlait le français parfaitement.
J'ai dit que Jean-Jacques avait calomnié d'Alembert
, & indépendamment du paffage des
Confeffions que j'ai cité , il lui avait imputé auffi
d'avoir pills dans fes Elémens de Mufique les
manufcrits deftinés à l'Encyclopédie , pour cette
partie dont Jean-Jacques était chargé. D'Alembert
fit une réponſe publique & péremptoire ,
fondée fur le rapprochement des dates ; ce qui
n'empêche pas M. Ginguené de reproduire dans
fes notes l'imputation de plagiat , fans dire un
mot de la réponſe qui l'anéantit .
Ce n'eft pas tout la correfpondance de
Voltaire & de d'Alembert eft entre les mains
FRANÇAIS.
8r
de tout le monde , & l'on y voit que ce dernier
le courage très cftimable ´de blâmer
l'acharnement de fon ami contre Rouffeau , de
lui en faire fentir les conféquences fâcheufes ,
& s'efforce , à plufieurs reprifes , de le calmer
& de le ramener à la modération ; & malheu
reufement les réponfes directes de Voltaire
font voir que ces efforts font inutiles . Mais
M Ginguené , bien réfolu de ne pas perdre
de vue la confpiration que Rouffeau a décou
verte , imagine un moyen de démentir ce monument
authentique. On va voir fi ce moyen
eſt heureux , & comme il lui réuffira.
Et fi d'Alembert fut lui - même un des
» Editeurs des OEuvres de Voltaire ? S'il le fut
fur-tour de fes propres Lettres adreffées au
» Philofophe de Ferney ? S'il y fit de fa main
כ כ
les changemens , les additions , les retranche-
» mens qu'il voulut ? Mais ce font- là des
» fuppofitions. Non , ce font des faits «<.
Je réponds , 19. il eft faux que d'Alembert
ait eu la moindre part à l'Edition pofthume .
des Euvres de Voltaire : elleft toute entrere
de M. de Condorcet. 29. eft vrai qu'on n'a
point le droit d'imprimer les Lettres d'un
homme vivant , fans les lui remettre fous les
yeux , & le laiffer le maître de juger ce que
les convenances peuvent exiger de différence
entre ce qu'on écrit à un ami & ce qu'on livre
au Public. Ce droit naturel a été obfervé à
l'égard de d'Alembert. Mais la queftion eft de
favoir comment il en a ufé , & quels font ces
changemens , ces additions , ces retranchemens
dont parle M. Ginguené : or , j'ai fous les
yeux une Edition de cette correfpondance ,
confrontée ligne par ligne avec les originaux,
& dans laquelle on a rétabli tout ce qui avait
Ds
82 MERCURE
été fupprimé ou change ; car pour les additions ,
il n'y a aucune ; & j'affirme que dans ces
changemens & ces fuppreffions , qui font trèspen
de chofe , & dont la plupart tiennent à
des convenances néceffitées par l'ancien Régime
, il n'y a rien abfolument rien qui porté
fur les endroits où d'Alembert combattait Pa !
nimofité de Voltaire contre Rouffeau. J'affirme
de plus & j'attefle fur ce point quiconque
a vécu avec d'Alembert ) qu'il ne faifait en
cette occafion qu'écrire ce qu'il penfait ; quit
gémiait, & rougiffit , comme prefque tous les
amis de Voltaire , du mal que ce grand homme
fe faifair à lui , même ; & j'ajoute que pour ne
pas penfer ainfi , il eût fallu avoir les paffions
auth violentes que Voltaire ce qui heureufement
n'eft pas commun. Jelconfeille à M.
Ginguené , quand il voudra citer des faits , de
s'en inftruire un peu mieux ; car ceux qu'il
cite tendent feulement à infinuer que d'Alem
bert a fait ce qu'il a pu faire , ce qui comme
on le voit, n'eft pas un fait , mais une fuppo
fition très-perfide c'eft ici le mot propre.
que
C'eft une habitude familiere ' à M. Ginguené
de donner , de toute façon , des fuppofitions
pour des faits en voici des exemples plus
ou moins importans. Il croit , avec Rouffeau ,
Voltaire avait travaillé à l'article Genéve
de l'Encyclopédie . Rien au monde ne ferait plus
indifférent ; mais où en eft la preuve D'A
lembert n'était pas homme à emprunter la
plume d'autrui fa maniere ne reffemble nul-
Tement à celle de Voltaire le ftyle de cervaricle
eft par - tout de même , & autant que je
pujs m'y connaître , celui de Voltaire ne s'y
montre nulle part. Mais Jean-Jacques voulait
que le Poëte des Délices s'entendit avec le
t
U
FRANÇAIS.
Philofophe de Paris pour élever un Théâtre à
Genêve ; il dit affirmativement : » Je savais
que l'article Geneve était en partie de la main
25 de Voltaire «. Cela fuffit : M. Ginguené ,
fidele écho , le répere après lui.
Il fait plus : il invente auffi pour fon compte,
fur-tout quand il s'agit de charger d'Alembert,
pour lequel il montre une haine dont on ne
faurait deviner le motif. N'oubliez pas ( ditil
dans un paffage où il maltraite également
d'Alembert & Hume ); » n'oubliez pas que d'A-
» lembert , intime ami de David Hume , &
qui avait été , s'il faut l'en croire , fix mois,
depuis fon départ , fans recevoir de fes nou-
» velles , devint fon premier confident , auffie
" tôt que Jean-Jacques , effarouché des tene
39
22
י נ כ
50
33
bres qui l'environnaient , & de la malignité
» acharnée à le poursuivre , lui eût écrit cette
» lettre que je ne prétends pas juftifier dans tous
fes points , mais que M. Hume aima mieux
publier que d'y répondre. N'oubliez pas enfin,
» que ce fut d'Alembert , confident de cette quesorelle
, qui lui en confeilla la publicités qu'au
lieu de le calmer , au lieu d'employer auprès
d'un Philofophe la raifon & l'autorité
» philofophique , au lieu de l'engager à guérir
par des explications fi inflamment , fi
» ardemment demandées , un efprit malade , un
» caur qui fe croyait bleffé , il provoqua , il facilita
cette publicité fcandaleufe , qu'il fut enfin
» le Rédacteur , l'Editeur & le prôneur de cer
» Expofé fuccinct , qui , par un effet bien contraire
à fes vûes , fuffit pour la justification ,
» au moins relative , de celui qu'on dénonce , &
is pour la condamnation du dénonciateur. Ce font-
» là des faits, & non des conjectures «< ,
כ ל
Il faut appeler les chofes par leur nom : ce
D &
84
MERCURE
·
font là des menfonges . des abfurdités , des
contradictions. J'ai tort , fi je ne le prouve pas.
1. Il eft faux que d'Alembert fut le premier
confident de la querelle : ce fut le Baron d'Hol
bac , comme le favent tous ceux qui viva ent
alors avec les Encyclopédiftes. D'Alembert imprima
qu'il n'avait appris cette querelle que
par le Public , & il eft croyable , jufqu'à ce
que M. Ginguené ait donné la preuve du contraire
, ce qu'il n'a pas fait & ce qu'il ne fera pas.
2 °. Il eft faux que d'Alembert uit confeillé.
la publicité ; il était ennemi de toute efpece.
d'éclat ; il favait que Jean - Jacques jou fait à.
Paris d'une grande faveur publique , & que les
Encyclopédiftes y avaient beaucoup d'ennemis.
Jean- Jacques eft ici le Roi des Halles , écrivaits
il à Voltaire. Je défie M. Ginguené de produire.
une preuve de fon affertion .
3°. Il eft faux que d'Alembert ait été le Rédacteur
& l'Editeur de l'Expofe fuccinct : il a toujours
paffé pour être de M. Suard , & de M.
l'Abbé Morellet .
}
M. Ginguené veut bien ne pas juflifier dans
tous fes points la lettre à David Hume. Cela
eft heureux ; il nous fait grace , & je ne fais
pas pourquoi il s'arrête en fr beau chemin.
Avec la méthode qu'il a prife , il n'y a rien
au monde qu'on ne puiffe juftifier , & rien qu'on
ne puffe noircir
I voudrait que d'Alembert eût calmé David
Hume . Qu'on lfe 1 Expof fuccinct , on verra
s'il était fort chauffé , s'il était en colere , &
s'il avait befoin d'être calme.
Il trouve mauvais que Hume ait mieux aimé
publier cette lettre que d'y répondre I oublie
que la publier c'était répondre , quand même
Hume n'y eût pas joint quelques petites notes
très - courtes , où il explique avec autant de
FRANÇAI S.
85
fimplicité que d'évidence le peu de faits qui
avaient effarouché Rouffeau , & dont fa funefte
imagination avait fait des tenebres & des monftres
. A l'égard du fyftême général , bâti par cette
même imagination malade , c'eût été infulter au
bon fens des Lecteurs que d'y répondre.
Je dis qu'elle était malade , & heureuſement
je le dis d'après M. Ginguené lui-même , & je
lui demande comment après avoir reçu cette
lettre , qui prouvait fi bien la maladie & la
maladie incurable , on pouvait fonger à des ex-^
plications cque cette même lettre rendait impoffible.
Je lui demande fi ce n'eft pas avant d'écrire
cette lettre , qui eft un horrible libelle
que Jean-Jacques lui-même aurait dû demander
des explications , pour peu qu'il les eût en effet
défirées ; fi , lorfqu'on a reçu un pareil libelle
où l'Auteur , dans fes rêves noirs , vous traite
d'un bout à l'autre , comme un ſcélérat , on eſt
bien tenté de guérir le rêveur ; fi , lorfque ce
libelle eft évidemment un manifefte écrit pour
le Public , comme fa forme même le démontre ,
on a tort de prendre le Public même pour juge ;
fi dans le cas où David Hume l'eût gardé pour
lai , Jean-Jacques lui- même n'eût pas triomphé
de cette réferve , & n'eût pas , en publiant fon
Factum , articulé qu'il était entre les mains de
Hume , qui avait eu foin de n'en rien dire ; fi
l'on peut mieux confondre celui qui ſe plaint
toujours des ténebres , qu'en cherchant la plus
grande lumiere poffible. Enfin ( & c'eft ici le
( &
merveilleux de l'abfurdité ) M. Ginguené crie
au fcandale fur cette publicité , & en même
temps il affirme qu'elle fut la juflification de
dénoncé & la condamnation du dénonciateur. Eh !
mais , M. Ginguené , dans cette fuppofition , qui
n'eft que la vôtre , mais qui eft bien la vôtre ,
D 7
86 MERCURE
quel fcandale y a-t-il donc dans un Expoſe qui
Juftifie l'innocent , & qui condamne le coupable ?
Neft - ce pas , au contraire , ce qu'il y a de
plus édifiant ? Cette contradiction eft - elle affez
groffiere, affez accablante ? & d'où vient-elle ?
d'un fentiment de vérité qui vous a emporté
malgré vous. Vous favez bien en effet , quoique
vous en difiez , que cet Expofe fit grand
tort à Rouffeau , parce qu'il portait avec lui.
l'évidence , & c'est ce tort-là que vous appelez
fcandale, Et dans le fait ( puifqu'il faut revenir
encore aujourd'hui à ce qui eft jugé depuis
long-temps ) , à qui perfuadera-t - on que David
Hume , un Etranger , un Philofopho , un homme
dont la vie entiere a été un témoignage con
tinuel du caractere le plus modéré , le plus
fimple , le plus paifible , ait formé de concert
avec les plus célebres Gens de Lettres
de Paris , le projet de pouffer Jean- Jacques en
Angleterre pour l'y perdre & y déshonorer ? Quel
intérêt pouvait- il y avoir Sous quel rapport
pouvait-il être l'ennemi , le rival , le concur
rent de Rouffeau ? Qu'eft ce que Rouffeau
lui avait fait ? Comment , à moins d'être un
monftre , trame- i- on la perte & le déshonneur
d'un homme qui nous eft étranger de toute
façon , & qui jamais ne nous a fait aucun mal ?
David Hume a donc été ce monſtre- là ?
T
2 J'ai honte de m'arrêter plus longtemps fur
tant d'extravagance ; j'aimerais autant eroire
aux Mille & une Nuits ; & véritablement fi
Jean-Jacques avait écrit l'Histoire de la Lampe
merveilleufe , du même férieux dont il a écrit
fes Confeffiens, je ne ferais pas furpris que M.
Ginguené & conforts nous ordonnaflent d'y
ajouter foi.
Rien ne choque plus dans ces Lettrés de M.'
FRANÇAIS.
י כ
Ginguené, que la tournure fophifique qu'il emploie
fans ceffe pour faire prendre le change
au Lecteur. Ne fut- il pas fon ennemi , le Phi-
» lofophe d'Alembert Ne fut- il pas fon ennemi
, le Philofophe Hume ? Ne fut- il pas fon
" ennemi, le Philofophe Diderot « ? Et il cite
à l'appui ce que chacun d'eux a fait pour repouffer
les attaques de Rouffeau , attaques trèsgratuites
, attaques bien conftatées , puifque
dans fes lettres publiques , dans fes Ecrits , dans
fes Confeffions , qu'il lifait à tout le monde , it
les repréfentait tous comme plus ou moins coupables
de la violation des devoirs les plus facrés.
Ainfi , parce qu'il avait été perfécuté par
le Parlement de Paris , & par les Ariftocrates
de Genêve & de Berne , & par les Prêtres de
Neufchâtel , il aura eu le droit , felon M. Ginguené
, de déchirer impunément des Gens de
Lettres, très innocens de ces persécutions, ! Il
aura eu le droit de les dénoncer comme les
auteurs de fes maux , & d'être injufte envers
eux , parce que
d'autres l'ont été envers, Ini !
L'intérêt qu'infpirent fes malheurs s'étendra
jufques fur fes injuftices , & l'on fera obligé
d'être infenfible à fes outrages , parce que des
Tyrans & des Defpotes hui, en ont fait 1 Quelle
morale & quelle logique #
Sans doute , ces hommes - là ne l'aimaient
pas , & certes rien ne les y obligeait. J'ai
prouvé que d'Alembert & Humpe n'avaient eu
aucun tort avec lui. La Note de Diderot consi
tre l'Auteur des Confefions , fur une repréfaille
beaucoup trop violente ; je las blâme , comme
M. Ginguené , parce que je veux de la justice
& de la mefure en tout ou traite Rouffeau ,
dans cette Note , de fcélérat & d'hypocrite , &
je crois , moi , comme Milord Maréchal , qu'il
88 MERCURE
•
n'était que malade. Mais ce que M. Ginguené
ne veut pas avouer & ce qui eft certain
c'eft que Jean-Jacques fut l'agreffeur , & violemment
agreffeur , & à plufieurs repriſes . La
Note inférée dans la Lettre fur les Spectacles
était une injure fanglante , dont M. Ginguené
ne juge pas à propos de parler ; car il a autant
de bonne foi dans fes réticences que dans
fes raiſonnemens. Cette Note latine tirée de
l'Ecclefiaftique , reproche à Diderot l'infulte orgueilleufe
, la trahifon du fecret de l'amitié, & les
atteintes perfides ( 1 ). M. Ginguené ferait bien
capable d'objecter férieufement que Diderot
n'eft pas nommé dans cette Note ; mais par
bonheur Rouffeau nous dit lui-même dans fes
Confeffions , qu'il eut foin de défigner Diderot
de maniere à ce que perfonne ne s'y méprît ,
parce que fon intention était de rendre par
ce moyen leur rupture publique. Il ne manqua
pas fon coup , & Diderot , qui avait alors un
monde d'ennemis que lui avait faits l'Encyclopédie
, refta fous le coup fans pouvoir le repouffer
, vu que , graces aux précautions de
Rouffeau , que l'on qualifiera comme on voudra
, Diderot était indiqué du doigt , mais non
pas nominativement , & qu'il était tout fimple
qu'il ne dît pas au Public : c'est moi.
A l'égard des démêlés qui donnerent lieu à
cette Note hoftile , je ne me crois pas permis
de les difcuter , parce que les deux perfonnes
intéreffées font encore vivantes , & que l'une
des deux eft une femme. Toute difcuffion à ce
fujet me paraît contraire aux bienfeances ſociales,
& d'ailleurs eft fort inutile à la cauſe que
(1) Excepto improperio , & fuperbia , & myfterii revetatione
, & plaga” dolosá,
I
FRANÇAIS.
89
je foutiens ; car d'abord toutes deux font très
honorablement traitées dans les Confeſſions , &
celle qui donna tout le tort à Bouffau dans
cette occafion , non feulement n'eiluie de lui
aucun reproche , mais meme en reçoit les plus
grands éloges pour la véracité , fon équité , fa
générofité. Or , la juftification de Diderot n'eftelle
pas complette , lorfque l'homme qui , par
fa pofition & la nature des ci conftances , eft
l'arbitre irrécufable de la querelie , condamné
formellement Rouffeau , lui écrit qu'il ne peut
plus le voir après fes injuftices & fes calomnies
envers Diderot , & atteſte l'innocence de
celui-ci , dont perfonne ne peut dépofer plus
sûrement que lui ? La réferve que je m'impofe
fur des particularités que je pourrais joindre
ici , & qui aggraveraient très-gratuitement les
torts de Jean-Jacques , ne peut donc nuire à
ma caufe , puiique je n'ai befoin que de fon
récit même , dont le réſultat est fi evidemment
contre lui , que M. Ginguené n'a pas ofé en
faire mention . J'y renvoie le Lecteur : il n'a
qu'à relire la lettre de cet homme équitable &
vrai dont je parlais tont à l'heure , & la réponſe
de Jean - Jacques : il verra que celui-ci , qui
s'eft plaint fi fouvent qu'on lui refufait des
explications qu'il demandait , eft accufé formellement
d'injustice & de calomnie , & accafé
par un homme qu'il eftime , & pourtant n'oppofe
rien , abfolument rien à des reproches
graves & motivés , & ne répond que par des
bravades qu'il prend pour de la fierté , & qui
ne montrent que l'impuiffance de fe défendre.
On demandera comment il a pu imprimer ainfi
fa propre condamnation . Rien n'est plus aife
à comprendre , quand on a lu les dernieres
lignes de fes Confeffions : les voici . » Si quel
90 MERCURE
1
>
qu'un fait des chofes contraires à ce que je
» viens d'expofer , fuffent-elles mille fois prou-
» vées , il fait des menfonges & des impoftu-
» res «. On demandera encore comment ce qui
eft mille fois prouvé peut être un menfonge &
une impofture. Cette propofition évidemment
abfurde , puifqu'elle fe contredit dans les termes
, ne peut avoir qu'un fens , & quelque
extraordinaire qu'il foir , c'eft celui de tout le
Livre tous les motifs humains de crédibilité ,
décififs pour juger les hommes , difparaiffent
dès qu'il s'agit de moi ; & quand je dis que j'ai
raifon , füt- il mille fois prouvé que j'ai tort ,
il faut croire que j'ai raiſon . Voilà ce que dit
Rouffeau , finon textuellement , au moins trèspofitivement.
Mais fongez qu'il était alors au
dernier période de fa trifte maladie ; & qu'eftce
donc en effet que la folie , fi ce n'cft la forte
préoccupation d'une idée fauffe ? & celle de
Jean-Jacques était que tout le monde avait tert
avec lui c'eft une raison pour le plaindre ;
mais en eft ce une pour le croire ?
•
:
J'ai relevé tous les faits publics , les feuls
dont on puiffe être juge , & la conclufion ri
goureufe , c'eft que dans tous ces faits , l'agreffion
eft du côté de Jean-Jacques , & qu'aucune
de ces querelles n'a d'ailleurs influé fur
fes difgraces & fur les perfecutions qu'il a
effuyées . Refte les fait particuliers de la fociété
& du commerc intime, qui tiennent beaucoup
de place dans fes Confeffions ; fur quoi
tour homme fenfé conviendra d'abord qu'il eft
à peu près impoffible aujourd'hui d'affeoir en
ce genre un jugement fondé ; car à moins d'a
voir vécu de fuite avec les perfonnages inté
reffés , & d'avoir été témoin de tout , comment
favoir au jufte qui d'entre eux a plus ou moins
FRANÇA I §. 21
à fe plaindre Suppofons qu'on puiffe les entendre
tous qui doute que chacun ne mon
trât les objets fous un jour différent , fuivant
les différentes nuances qu'il donnerait à tous
ces petits détails qui en font fufceptibles à
l'infini En effet , ce ne font au fond que dest
tracafferies de fociété , dans lesquelles on fait
que jamais perfonne n'a tout - à - fait tort , ni
tout-à-fait reifon . Il eft également injufte &:
ridicule de donner à toutes ces minuties qu'on
retrouve par-tout , une gravité malheureuſe
& de voir des monftres la où il n'y a que ces
I
viables contrariétés , qui naiffint de la différence
des opinions & des caracteres . Qu'ini - l
porte , en effet , que d'Holbac fe fit , de fon
aveu , un amulement de contrarier Rouff an
parce qu'il avait oblervé qu'il n'y avait que la
contradiction qui lui rendit fa valeur dans la
fociété Cette petite malice eft- elle bien coupable
? M Ginguene la prend fort au férieux ,
& dit qu'il ne voudrait pas d'un pareil ami
Soit tout ce qui s'enfuivra , c'est qu'on ne
verra pas fouvent l'homme qui s'amufe d'un
jeu qui nous déplaît ; en faudra-t -il conclure
qu'il eft un méchant homme : Qu'importe encore
que ce méme d'Holbac & d'autres amis
de Rouffeau ne goûtaffent pas fa Therefe , &
fe moquaffent un peu de l'attachement d'un
homme de génie pour une femme qui ne fayait
pas lire ? Veut - on qu'ils aient eu torn ?
Soit il n'avait qu'à fe moquer des moqueurs.
N'aston pas toujours raifon d'être heureux ,
n'importe comment ? Et quel rapport toutes
ces vérilles, peuvent- elles avoir avec le Parle
ment de Paris , Berne , Genève & Neufchâtel?
es : Eh ! My Ginguesé lui - même , en plufieurs
endroits de ces Lettres que je réfute , reconnaît
T
92 MERCURE
la vérité que j'établis . Il avoue que dans le
dernier féjour de Jean Jacques à Paris , tous
les coeurs lui étaient ouverts ; il le plaint de n'avoir
vu qu'une ligue , une confpiration univerfelle
dans une Nation qui lui rendais juftice. Il cite
une Lettre de Roffeau , écrite à fon retour
d'Angleterre , où il difait : » Je commence à¹
» craindre , après tant de malheurs réels , d'en
» avoir quelquefois d'imaginaires , qui peuvent
agir fur mon cerveau «. Enfin M. Ginguené
convient que l'altération de fon jugement finit
par une véritable démence. Et que faut-il davantage
? Après de pareils aveux , d'où peut venit
la manie de nous perfuader que parce qu'un
grand homme a eu le malheur de devenir
fou , tant d'honnêtes gens qui avaient auffi de
grands talens aient été des hommes abominables
?
23
C'eft ici le moment de rechercher la nature
& les progrès de cette maladie trop réelle
qui tenait certainement à fon organiſation , &
que les circonftances développerent . Ce qui
eft bien étonnant , c'eft que perfonne n'ait fait
attention à une Anecdote très - finguliere , qui
prouve que le germe du mal exiftait longu
temps avant que l'âge & les infortunes leuffent
manifeft . Qu'on fe rappelle fon aventure
avec une Courtifane de Venite : quant à moi,
j'en fus frappé dès que je la lus dans fes Confeffions
, & d'autant plus que je ne crois pas
qu'on ait jamais entendu parler de rien de
femblable Qu'on fe repréſente un homme dans
la force de l'âge dans les bras d'une femme
charmante dont il eft épris , & repouffant tout
à coup cette femme & la volupté , parce qu'il
eft a fi de cette bizarre idée qu'il n'eft pas
naturel qu'une fi belle créature recherche les
FRANÇA I S. $3
carcffes d'un homme qui n'a ni fortune , ni
figure , ni agrément , à moins que quelque
caufe fecrete ne la rende indigne des careffes
des autres hommes . Un autre aurait pu trouver
tout fimple qu'une Courtifane Vénitienne
aimât autant les fequias d'un Secrétaire d'Ambffade
de France , que ceux de tout autre , &
fur- tout n'eût pas attendu un pareil moment
pour avoir un pareil fcrupule. Point du tout :
il lui découvre un léger défaut à la gorge ( 1) ;
le voilà perfuadé qu'on a you'n le livrer à une
efpece de monfire , & il fond en larmes. Si ce
n'eft pas - là un trai : de folie , qu'on me dife
c'eft.
ce que
Des caufes morales ont dû ajouter au mal
phyfique. Du fein d'une folitude champêtre ,
où il ne connaiffait que fes livres , la campagne,
& une bonne maman qui le traitait comme
fon enfant , il eft porté affez rapidement dans
le tourbillon d'un monde tout nouveau , dans
les cercles des Ecrivains les plus célebres , &
de nos femmes d'efprit de la Capitale . Il ne
tarde pas à s'appercevoir de toutes les petites
prétentions qui font de ces cercles une forte
d'arêne où l'amour - propre eft toujours fous
les armes & fous le mafque ; & précisément
dans le même temps le fien , long- temps comprimé
par la mauvaife fortune & par d'i-fructueufes
tentatives , s'éveille par les premiers
fuccès , auffi brillans qu'inefpérés ; il fe trouve
fro. à la fois par le fentiment de fa fupériorité
réelle & per celui de l'infériorité fociale
, où les conventions impérieufes de ce
temps - là rabaiffaient l'homme de génie fans
( 1 ) C'est ce qu'il appelle un tero borgne , & ce qui
n'eit pas , à beaucoup près , fans exemple,
94
MERCURE
naiffance & fans fortune . Pareffeux & infon
ciant par caractere & par habitude , il eſt incapable
de fe faire de fes talens un moyen
de fortune , quoique ce fût affurément le plus
légitime & le plus honorable de tous. Que
fait-il ? Déja connu par une philofophie paradoxale
& mifanthropique , il trouve plus court
& plus aifé de conformer le fyftème de fa
vie à celui de fes Ecrits , de fe refufer à un
état focial qu'il a condamné , & d'oppofer
l'orgueil d'une pauvreté volontaire à l'orgueil
d'une fortune infolente . Il veut foutenir par fa
conduite comme par fes Ouvrages le rôle de
cenfeur , rôle toujours difficile & pénible ,.
parce qu'il peut mettre une résolution de l'efprit
en contrafte avec les goûts & le caractere
auffi dès ce monient tombe-t-il dans des
contradi&tions qu'il s'efforce en vain de pallier.
Il blâme les Spectacles & les Romans comme
une fource de corruption , & il fait des Romans
& des Operas . Il affiche le mépris de la
gloire , & il croit tout le monde jaloux de la
fienne . Il fe perfuade , il imprime ( 1 ) que Di
derot , Mably , Hume , &c. font devenus fes
ennemis dès qu'il a pu lutter de célébrité avec
eux ; que Hume particulièrement n'a comploté
fa perte , que parce qu'il a été ble de l'accueil
que l'Auteur d'Emile a reçu à Paris . Né
avec une imagination exceffivement tendre &
aimante , & par conféquent nourrie de chimeres.
trouvant tout , en amour & en amitié
fort au deffous de fes idées , il en conclud non
pas qu'il s'eft trompé , mais que tous les hom
mes le trompent. Dès -lors les hommes & les
(1 ) Voyez les Co -feffions je ne dis pas ici un mot
dont on n'y trouve la preuve. 2
FRANÇA I S. 95
chofes lui paraiffent des monftres , parce que
les hommes & les chofes ne font pas ce qu'il
les croyait . Sa fufceptibilité , fans ceffe heurtée
, devient frénéfie : fi les Journaliſtes Anglais
qui impriment tout , inferent dans leurs
Papiers quelques plaifanteries contre lui , if
s'imagine non pas qu'on s'amufe des épigrammes
contre un homme célebre fans l'eftimer'
moins , mais qu'il eft déshonoré en Angleterre .
Si les amis qu'il voit encore quelquefois fe
permettent de le picoter fur fes bizarreries ,
c'eft qu'ils ont formé une ligue contre lui . Si
des curieux importums viennent chez lui , pour
dire comme tant de fots , qu'ils connaiſſent un
grand Auteur , ce font des efpions que la ligue
lui envoie. Si , rebutés de fon accueil , un peu
farouche en conféquence de fes foupçons , les
hommes ne viennent plus gueres troubler fa
folitude , c'eft que la génération entiere aft entrée
dans la confpirat on contre lui , & il fe plaint
à la fois & de l'importunité & de l'abandon. !
Il y a deux chofes néceffaires à l'homme , &'
qui ini défendent d'être feul , l'épanchement &
les diftractions ; & de là naît le befoin - d'un'
objet choifi & celui de la fociété. Jean-'
Jacques était privé de l'un & de l'autre ; car fa'
Therefe , trop au deffous de lui , ne pouvait
pas l'entendre, & il s'était rendu étranger aux
autres. Dans cet état de dénuement , fon mal
empire chaque jour , & l'on en peut voir le
progrès dans fes derniers Ecrits . Sa tête fenoircit
de plus en plus. Il en vient jufqu'à
foupçonner cette même Therefe , fondunique
compagne , & Dupeyrou fon dernier ami . Plus
feul , plus ifalé de jour en jour , il fe dévore
lui-même , & l'activité de fon ame fe nourrit
des plus funeftes alimens. Réduit à lui , il s'eft
<
1
ཉག་ ཇལ་ ༥།ཎཱ ཀྱུ་
96 MERCURE
fait depuis long - temps l'unique objet de fes
penfées , & il tombe dans tous les travers artachés
à l'amour de foi , quand il n'eft ni tem- {
péré , ni modifié par le commerce de nos femblables.
Il roule dans fon efprit fes Confeffions,
comme pour fe juftifier , mais en effet par
l'inévitable befoin de parler de lui . Se croyant,
méconnu , il veut fe venger en fe montrant ;
& quoiqu'il ait l'air de faire quelques aveuxi
volontaires, quoiqu'il révele des fautes graves ,
& pourtant excufables , foit par la jeuneffe &
les circonstances , foit par la faibleff humaine , fu
différente de la perverfité , au total & en derniere
analyfe , il fe montre, au moins dans fon recit
& dans fa penfée , fupérieur à tous ceux qu'il
met en scène avec lui , & finit par un réſultat
qui eft incontestablement ( il faut bien le dire )
un prodige d'orgueil : il affirme folennellement
à l'Univers , il affirme à 1 Eternel que mul
homme n'eft meilleur que lui ; & il oublie qu'une
pareille affertion aurait choqué dans la bouche.
d'un Socrate , d'un Ariſtide , d'un Marc-Aurele ,
& qu'ils auraient rougi de la prononcer ; ib
Oublie que s'il eft permis de fe croire & de fe
dire bon , parce que chacun eft joge de fa
confcience , il eft d'une arrogance infenfée de
fe dire meilleur que tous les hommes , parce`
qu'on n'eft pas juge de la confcience des autres.
Enfin , l'âge & le chagrin le conduifent au dernier
terme du délire , & il imprime que les
Bateliers de Seine ne veulent pas le paffer , que
Les Savoyards refufent de le décrotter , & que les
mendians ont ordre de lui jeter au nez fes au
môres , &c. &c. & c .... Arrêtons-nous ici , &
finiffo s cette hiftoire trop fidelle , comme finit
top fouvent l'hiftoire des hommes de génie ,
c'eft-à-dire par un retour douloureux fur celle
de l'humanité.
FRANCAIS. 97
Laiffons M. Ginguené le récrier fur la barbarie
de ceux qui lui ont reproché la démence du
malheur après l'y avoir précipité. Tout Lecteur
fenfé peut évaluer à préfent ces injurieufes déclamations
, & voir combien elles font vides
de fens , puifque nous favons que le principe
de fa démence & de fes malheurs était en luimiême
& en hui feul , & qu'il était tout fimple
que ceux qu'il dénonça.t au monde entier
comme des méchans , priffent le parti le plus
doux en attribuant fes calomnies à l'aliénation
de fa tête , plutôt qu'à la malignité. Je dis calomnies,
& quoique , d'après les preuves énoncées
, ce foit bien le mot propre , je ne ferais
pas furpris que M. Ginguené le trouvât
dur . Je lui répondrai par une note de fes Let-
» Les actions humaines reçoivent leur
» titre ( 1 ) de ce qu'elles font en elles-.nemes ,
» & non ce que font , à d'autres égards , les
» hommes qui es font. Si un Dieu pouvait
» calomnicr , ce qu'il aurait dit n'en ferait pas
» moins une calomnie pour être forti de la
» bouche d'un Dieu «. Voilà des paroles trèsfages
& trè -belles . Que ne s'en eft-il fouvenu ?)
tres.
Ce n'eft pas que lui - même ne paraiffe fe
douter qu on l'accufera de prévention aveugle
puifqu'il en craint le reproche , même de la
part de cette admiratrice pathonnée de Rouffeau
, à qui fes Lettres font adreffees . Mais
comment s'y prend-i ! pour s'en juſtifier ? c'eſt
en affurant qu'il n'oublie pas tout ce qui eft au
défavantage de Rouleau dans les Confeffions ;
& de fair , il rapproche exactement tous les
(1 ) Ce mot eft impropre. Le titre eft pour les perſonnes
& non pour les actions. Qualification était le terme propre
, ou bien il fallait tourner la phrale autrement.
98
MERCURE
aveux que Jean -Jacques y fait contre lui , & en
conclud que d'après cela, il nefaurait , lui , M.
Ginguené , fe faire illufion; c'eft -à- dire qu'il confent
à ne pas démentir Roifean, quand Rouffeau
s'accuſe lui-même. Quel effort d'impartialité !
Cet effort n'est pourtant pas fans reſtriction ;
car quoique Jean -Jacques ait écrit en propres
termes : Je me fens le coeur ingrat par cela
feul que la reconnaiffance eft un devoir «
M. Ginguené refufe abfolument de l'en croire ,
& foutient ( apparemment parce que Rouffeau
ne favait pas s'exprimer en français ) que cela
ne veut pas dire qu'il fût en effet ingrat . Ces
paroles , je me fens le coeur ingrat , font pourtant
affez pofitives ; mais il prétend qu'on en
a abufe, & s'efforce de les expliquer , dans un
fens tout contraire ; en forte que det ce que
Jean - Jacques s'eft reconnu ingrat , il faut en
conclure , felon M. Ginguené , qu'il était au
fond très reconnaiffint ; & voilà comme les
ames délicates tournent tout au bien. On devine
aifément quelle efpece de tournure il peut
employer, & qu'il rejette tous les torts de
l'obligé fur ceux des bienfaiteurs. Mais malheureufement
Rouffeau a été au devant de toute
juft fication , par ces mots décififs & qui ex->
pliquent tout , c'est que la reconnaissance est un
devoir. Or , perfonne n'ignore que la reconnaiffance
, qui eft en effet un devoir très - doux
en lui-même , devient un devoir onéreux pour
Forgueil. Jean-Jacques , par cette phraſe trèsremarquable
, s'avouait donc très - orgueilleux ,
& il l'était ce qui peut rendre en lui ce vice
excufable , c'eft qu'il avait été long - temps
placé par la fortune au deffous de ce qu'il valait.
M. Ginguené eft auffi outré dans fes preventions
contre tous les perfonnages dont
FRANÇAIS. ୨୭
A
:
> .
Rouffeau fe fit des ennemis , que dans celles
qu'il montre en faveur de Rouffeau lui-même.
On a vu comme il traite le perfonnel de d'Alembert
il n'eft pas plus jufte pour les talens.
A fe contente de dire en parlant de lui , ce
Savant , ce Littérateur diflingué. Il y a une partialité
choquante à borner à ces qualifications
génériques & vulgaires l'éloge que l'on doit à
un homme qui , de l'aveur de tous les Savans ,
n'a eu dans fon fiecle qu'un feul concurrent en
Géométrie , le fameux Euler , & a eu l'honneur
trè -rare d'être créateur dans cette Science.
Quant aux talens littéraires , l'Auteur du Difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , Ouvrage fi
fupérieur en fon genre , qu'il n'y avait peusêtre
pas . en Eurode trois hommes capables de
le faire , eft ffarément un grand efprit & un
grand Ecriv, in . J'avoue que fes autres Ecrits
font d'un ordre très - inférieur ; mais il eft de
regle & de devoir de juger un Auteur par ce
qu'il a fait de mieux .
cru que
Y a-t-i plus de juftice à qualifier de violent
dilire la Note de Diderot dont j'ai parlé cideffus
, à dire que cette Note eft coupable ?
Diderot n'cft pas plus coupable de n'avoir pas
Rouffeau n'était que fou , que ne l'eft
M. Ginguené de ne pas mettre fur le compte
de cette folie , qu'il avoue , tous les prétendus
crimes que Jean-Jacques fuppofe tramés ' contre
lui . Il n'y a de part & d'autre que de l'erreur.
Or , obfervez que Diderot , peint des plus
noires couleurs dans la Note de Rouffeau, qui
précéda la fienne de vingt ans ne faifait qu'ufer
d'un droit naturel en lui rendant tous les
titres injurieux qu'il en avait reçus. Il n'y a
point là- dedans de délire ; car Diderot , injuftement
chargé d'imputations atroces ( comme je
2
100 MERCURE FRANÇAIS.
l'ai prouvé , devait regarder Rouffeau comme
un très- méchant homme , dès qu'il ne le regardait
pas comme un infenfé.
Cer Article eft devenu long & plus long
que je ne l'aurais cru : il ne le fera pas trop
fi j'ai réuffi à juftifier , aux yeux de gens encore
prévenus , des Ecrivains qui ont honoré
leur Nation & les Lettres , & fur - tout fi je
parviens à detromper un homme de mérite qui
les a diffamés , & à lui arracher l'aveu de fes
erreurs . Mais cette efpece de triomphe eft trop
rare pour que j'ofe m'en flatter.
Ce mot j'ai tort ce mot nous déchire la bouche.
,
Rien n'eft plus vrai , & pourtant ce mot et un
de ceux qui peuvent faire le plus d'honneur à
l'homme.
ANNONCES ET NOTICES.
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fait & vieillard ; 2 ° . Edition , ornée de Planches
en taille-douce . 4 Vol . in- 8 ° . Prix , 10 liv. br.
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TABLE.
PORTRAIT. 73 Lettres , se. Ex.
Charade, Enig. Logog. 74 Annonces & Notices,
76
100
JOURNAL
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
FRANCE,
De Paris, le 30 Octobre 1792.
L'an 1. de la République Françoiſe.
CONVENTION NATIONAL R
ON
Du dimanche , 21 octobre.
N lit une lettre des commiffaires de la Convention
à l'armée du centre. Elle apprend qu'un
porte-feuille a été trouvé dans une maifon de
Verdun où Monfieur á logé. Ce porte-feuille
contient des pièces qui méritent la plus grande
publicité. Ces pièces font en très- grand nombre,
Elles feront connoître le nom des principaux
traîtres , & les espérances des ennemis & des rebelles
à l'inftant où les armées combinées font
en:rées en France .
No. 44. 3 Novembre 1792. A
La même lettre annonce qu'une autre correlpondance
a été Lafie fur les ennemis faits prifonniers
par les chaffeurs de Popincourt, Ces pièces
apprennent que les émigrés défefpèrent de leur
caufe , que les armées Frar çoifes leur ont iafpiré
une grande frayeur.
y
> Les pluies ont tellement dégradé les chemins
fouvent les canons
que font engloutis au point
qu'on ne les peut plus voir , & c'est dans cet
aff.cux pays , ajoutent les comm flaires , que nos
armées , fans foulies & fans habits , ne marquent
pas le moindre mécontentement.
La Conveni na chargé fes comités de sûreté
générale & diplomatique de faire le'd pouillement
des pièces tranfifes par les commiffaires , &
d'en préfenter le rapper à la Convention dans
la femaine. On a demandé , à ce sujet , qu'il
fût formé un comité auquel feroit renvoyé tout
c: qui concern : l'émigration, Ap ès quelques dé
bats , la Convention a décrété qu'il fera formé de
deux fect ons des comités de fiances & de do
maines un comité particulier pour examiner tout ce
qui concerne les émigrési
Une lettre de la commune de Troyes intéreffe
la juftice & l'humanité de l'Affanblée
en faveur de l'infortuné Sauffe de Varennes , qui
s'eft réfugié dans cette ville. Ce croyen , que
l'ennemi a cherché long temps pour l'immoler a
la vengeance des Rois , a perdu font épouse ,
qui n'a pu furvivre à la crainte que lui a caufée
la violence des Preffens . La Convention a chargé
fon péfident d'écrire une leto é de fatisfaction
Sauffe , & le pouvoir exécutif d'examiner fa po
fition.
Le ministre des affaires étrangères apprend à
l'Ademblée qu'il vient de recevoir une fettre da
général Montefquiou , qui lui annonce.comTe
très -prochain le fuccès de fa négociation avce
Genève.
Le miniftre de la marine demande un fo d
de 43 milons pour les befoins de fon dépar
tement. Cette dema de eft renvoyée au comité
de marine pour en faite le rapport mercredi,
La féance du cimanche étant principalement
deftinée à recevoir les divers pétitionnaires , la
barre de l'Affemblée et ouverte pour les recevoir.
Une députation de la commune de Choifi-
Tur-Seine , vient apporter en effeande à la pti ,
ua o el d'or qui lui fut donné par la pie fe Pompadour.
Troi déferteurs Aut ichiens viennent fe plaindre
de ce qu'on n'a as ex cuté à leur égard le décret
rendu en faveur des déferteurs étrangers . Its demandent
à fervir la liberté, & prêtent le ferment
de la défend e jafqu'à la mort. Leur pétition eft
renvoyée au pouvoir exécutif.
Le nouveau bataillo de Marfeille,qui eft ve
au fecours des Parifiens , fe préſente par députation
. Voici comme il s'exprime :
« Nous parins des bords de la Méditerranée
pour venir au fecours de Paris : nous avons appris
que nous n'avions plus d'ennemis que les agi
tateurs & s hommes avides de tribunat & de
dict tué. Vous appartenez aux 83 départemens ,
vous êtes donc à nous ; le fervice militaire auprès
de vos eft un droit qui nous appartient.
Nous favons bien que quelques hommes dilent aux
Parifiens que ceft une injure pour eux , comme
fi ce pouvoit être une injure pour eux de nous re
concitre pour leurs frères ! O dir in ore a
cette garde qu'on vous pr pole, peut day
( 4 )
garde pretorienne ; nous ne répondrons qu'un
mot ; nous y ferons . »
Le commandant d'un bataillon de volontaires
vient fe plaindre de ce que les foldats font égarés
chaque jour par les écrits d'un homme qui ne
refpue que le crime & le maffacre . It demande
que le fanguinaire Marat foit déc été d'accu
fation . Sa pétition eft renvoyée au comité de
fégiflation , & l'Affemblée charge le comité de lui
préſenter une loi contre les provocateurs au
meurtre.
3
La fection de la Fontaine de Grenelle déclare
qu'elle n'a aucune part à l'adreffe préfentée au
nom des 48 fections contre la force armée qu'on
a propofé d'établir à Paris . Elle le réfervoit le
droit d'offrir les obfervations à la Convention
fur ce projet de loi ; mais prête à obéir au væu
général des repréfentans du peuple , elle promer
de prouver aux citoyens des départemens que la
Convention appellera , que les Parifiens font les
plus fermes amis des loix & de la liberté.
La léance s'eft terminée par une députation de
deux fections du fauxbourg Saint Antoine. Nous
reg e
ettons de pe pouvoir donner en entier l'excele
tent difcours qu'a prononcé , en leur nom , le
citoyen Gonchon. En voici quelques traits qui
Iuffiront pour donner une idée de l'efprit & du
caractère qui animent ces hommes du 14 juillet ,
qui ont été fi fouvent l'objet de tant de ridicules
calomnies. O y verra qu'ils favent parler de la
liberté , comme ils favent la défendre.
сс
2
Quand la Cour verfoit à peines mains fur
tout l'empire , la coupe de la haine & de la com
ruption , lorfque la France étoit encore un royaume,
nous entretenions fous le chaume des fauxbourgs ,
& lous les ruines de ' la baſtille le feu facré de l'é"
galité ; nous rappellions à haute voix les grandsprincipes
, & nous faifions à la barre cette profhétie
politique : l'éponge des fiècles peut effacer du
livre de la loi , le chapitre de la royauté ; mais
le titre de lafouveraineté nationale reflera toujours
intact . Aujourd'hui que la liberté n'eft plus couverte
d'un mantean royal , & que les drapeaux
de la victoire entourent le berceau de la République
, nous dirons au peuple François fous des
Rois l'état peut le foutenir par l'intrigue &
vice; mais l'empire des loix ne fe confe : ve que
par les bonnes moeurs ..... Déteſtez la flatterie
c'et la compagne du vice , l'écueil de la vertu
& la perte de la République ..... Celui qui calom
nie le peuple eft un tyran ; mais celui qui le flatte
veut le devenir. »
R
Après avoir parlé ainfi de leurs compatriotes ,
Voici ce que les hommes du 14 juliet adreffent
aux législateurs. « Terraffez les intrigans & les
faux amis de la patrie , mais ne confondez pas
avec les agitateurs , les patriotes chaleureux qui
nourriffent des défiances felutaires & obfervent
fans relâche la conduite de nos ennemis. N'oubl
ons jamais que les tyrans font incorrigibles ....
D'aut es viendront exprimer dans ces lieux
le poifon qu'ils fervoient fur la table des Rois ;
les hommes du 14 juillet y pa: citrost fouvent
pour encourager les mandataires de la République,
les iéliciter du bien qu'ils ont pu fic, & leur
rappeler qu'is fent hommes . Et ceux - là fans
doute auroient une bien faulle idée de nos fentinens
qui prendi oient notre effect pour une
obéiffance aveugle , nos confeils pour des reproches,
& nos opinions énergiques pour efprit de
licence. »
Paſſant enfuite au projet d'établir une force dé-
A 3
1.
16 )
partementaire à Paris , voici comment ils s'expri
ment, Des hommes pervers & mis peut être en
avant Par ceux qui ont fordé leurs efpérances fur
la diffolution de la Répub ique , fe font portés à
des excès condamnables . Au lieu de nous aider à
les pou fuivre & à les punir , on nous a lâ h me t
calomnié... On nous accufe de conjurer... Mais
quel feroit le but de et e conjuration ?
arracher
Ou font les preuves , Is indices , les avan.
tages que nous pourrions en retirer ? Oui , certes ,
nous avons confpiré , mais comme fort tous les
aris de la juftice & de la liberté , car notre vis
entière eft une conſpiration éternelle contre les
faux patriotes , ( On applaudit . ) les ambitieux ,
les hypocrites qui facrifient tout à kurs petites
paffions ; mais que les vainqueurs de la Baltille ,
les fils aînés de la révolution françoifeaient
confpiré contre ' indépendance de la république
qu'ils aient voulu détruire les loix
aux départemens le fceptre de l'autorité fouve
raite , devenir les tyrans de l'Aſſemblée naticnal:
Lég flateurs , nous en appelons à vousmêmes
; eft- il quelqu'un de vous qui le penfe
qui le croye , qui puiffe le dire ? E - il ua
homme allez injufte pour confondre les habitans
de Paris avec des fcélérats ou des infeníés que
nous mép ifons , comme vous les méprifez vousmêmes
? Ave t-on befoin , pour appeler autour
de vous nos fières des dé artemens , de calomnier
les hommes du 14 juillet ? Nos bras ne
font- ils pas toujours ouverts pour les recevoir ?
N'avons nous pas à leur offrir ces mêmes foyers
qu'i's vifitèrent à l'époque de la fédération ? Ah !
qu'ls viennent , non pas 6 , 7 , 8 , 24mille
mais qu'un milion de Fra çois accourent dans
ces murs ; ils y trouveront des frères & des
•
amis des citoyens difpofés à faire fuccéder
d'empire des loix à celui de la force mais
qu'ils arrivent fous une dénomination fraternelle ,
qu'ils viennent , non pas pour vous défendre
mais pour nous aider à vous garder. Que le
mot de force armée ne fouille pas le code d'un
peuple républicain .
לכ
>
La députation a fini par exprimer ſon voeu
pour abolition de fali martiale , de cette loi
ba bare qui fouille encore les archives de la république.
L'empire de la force eft toujours précare,
& le peuple remplit fes devoirs toutes
les fois qu'on refpecte fes droits ,
"
ee Venez , Législateus , venez avec les citoyens
de Paris ...... Aeceurons au Champ- de - Mars ,
Portons y le livre des décrets ; arrachons en les
feuilles fang antes de la loi martale , & déchirons-
les à l'envi før l'autel de la pauze ...
Soyez perfuadés que cette démarche fera plus
pour l'inftruction du peuple que toutes les dé
clamations oratoires..... Ljuftice & la méfiance
révoltene & abrutient les hommes ; l'équité ,
la douceur , la cor fiance , élèvent leurs ames &
développent le germe de toutes les grandes pal
fions.... Croyez en des cityens qui n'ont jamais
fu lire que dans le livre de la nature , nous
n'avons pas à nous teprocher , nous , d'avoir
excité des émeutes pour faire calon nier le reuples
d'avoir jetté des femences de haine , en faisant
de la révolution un objet d'intrigue & de calculs
d'avoir tour - à-tour Hatté les Rois & le peuple
pour nous enrichir.....
Les hommes du 14 juiller ne connoiffent le
Temords & l'intrigue que de nom .... Ils ont
vée pour la liberté ; ils fauront périn en la dé
fendant ; ce genre de mort ne les effrdie past
A 4
( 8 )
3
S'immoler pour le bien de la patrie , ce n'e
pas mourir c'eft prendre le chemin le plus
court pour arriver à l'immortalité . »
Cette pétition eft vivement applaudie . La
Convention en décrète l'impreffion & l'envoi
tous les départemens.
Du lundi , 22 octobre.
Le nommé Aaron Hommerge , natif de
Mayence , avoit été impliqué , par méprife
dans l'accufation du vol des diamans dela couronne,
Après avoir fubi une détention de trois femaines
il a été abfous par le tribunal criminel qui à
reconnu que , bien loin d'avoir coopéré à ce
vol , il avoit au contraire aidé à faire arrêter
un des voleurs. Le miniftre de l'intérieur , en
sendant compte de ce fait à la Convention lui
apprend , en même temps , qu'il a cru devoir ace
corder à cet homme un fecours de 400 livres
comme une idemnité du mal qu'il a fouffert
& uce récompenfe du bien qu'il a fair. La
Convention a décrété ce fecours , en applau
diflant au fentiment de juftice qui a guidé
Roland. 1
Les membres du tribunal civil & criminel ,
établi provifoirement à Nice par le général Ant
felme , informent la Convention nationale de
eur inftallation . L'arbre de la liberté , difentils
, cft planté au milieu de Nice ; bientôt fes
rameaux ombrageront une terre qu'avoit dé
fèchée le foufle dévorant du defpotifme ; tandis
que le général Anfelme, fera refpecter par la fore
des armes la nation Françoile , nous travailleros
à faire aimer les loix . Cette lettre , datée de l'an
premier de la république françoife , eft vivement
applaudie , & l'Affemb.ée en ordonne l'impreffion
(69%)
Sur le rapport de Camus , la Convention decrète
que le miniftre de l'intérieur eft autorifé
à faire vendre fans délai , le mobilier qui fe
trouve dans les maiſons religieufes & dans celles
des émigrés.
Le même membre préfente au rom du co-t
mité de l'aliénation des domaines , plufieurs articles
additionels à la loi fur le fequeftre & la
vente des biens , dépendans de l'ordre de Malthe
& de l'ordre Teutonique. Ces articles font adoptés
fans difcuffion .
Le miniftre des affaires étrangères vient faire
part à la Convention , des manoeuvres qui ont
été mifes en ufage à Conftantinople , pour
écarter l'ambaffadeur Sémonville & prévenir la
cour Ottomane contre lui . Ii affure en mêmetemps
que le confeil exécutif a pris toutes les
meſures pour maintenir la dignité du nom François
& pour obtenir à Semonville la juftice
qu'il mérite.
3
On foupçonnoit Choifeul- Gouffier , àd'être
le principal auteur de ccs manoeuvres . Ces
Loupçons le font bientôt changés en réalité. Un
membre du comité de sûreté générale , a fait
lecture de plufieurs pièces faifies fur les émigrés
& envoyées à la Convention nationale par les
commiffaires aux armées réunies . Parmi ces
pièces le trouvent une lettre du fieur Choiseul-
Gouffier , adieffée à MONSIEUR , & quatre mémoires
préfentés à la Porte, Ottomane contre
Sémonville , qui prouvent que la conduite de
cette cour à l'égard de la France n'est due
qu'aux inftigations des ambaffadeurs de Naples ,
Pétersbourg , Berlin & Vienne , & que cette
intrigue foutenue par les princes François , étoit
ourdic & dirigée par le feur Choifeul- Goufier,
A S
( 10 ))
11 n'étoit pas le feul ambaffadeur qui trahît ainfi
Ja patrie. Le ci - devant comte Dumouftier agit
foit d'ap ès les mêmes Pincipes . Un décret
d'accufation a été porté contre eux , & le féqueftre
de leurs biers a été ordons é.
La Convention reçoit ure dépêche du citoyen
Bourgoin , ambaffadeur de la République , en
Efpague , qui contient des détails fur les difpo-'
fitions de la cour de Madrid . Le Roi d'Espagne
écrit cet ambaladeur , ne prend aucune réfolution
; il eft à fouhaiter que les François ne fel
portent aucunes mefures provocatives . La totalité
de les troupes n'excède pas 40 mille hommes.
Une partie eft indifpenfablement néceffaire au fer-
▼ice des garnifons de l'intérieur ; enforte qu'il n'y
autoit que 20 à 25 mille hommes de difponibles ,
dns le cas où le gouvernement voudioit atraquer
la France,
Dans le nombre des émigrés François qui fe
font réfugiés en Espagne , Bourgoin atture qu'il
n'y en a pas 200 capables de s'armer ,encore ont - ils
reçu ordre de s'él igner des frontières pour s'établir
dans l'intérieur du pays . Quant aux forces navales
de l'Efpage , il ne s'eft maniffté jufqu'à préfent
dans fes ports , aucun mouvement qui annonce des
vues d'hoftilité. A cette lettre , en eft jointe und
des commiflaires aux frontières des Pyrénées , d. ns
laque le ils rendent compte des mesures prifes pour
renforcer & approvifionner les départemens vaifins
de l'Efpagne . Bientôt une armée de 40 mille
hommes fera levée dans ce départemens . Les ad
minift ateurs ont été autolifés à paffer des marchés
& à établir des attéliers pour en accélérer l'é
quipement.
La Convention renvoie ces lettres au comité
militante.
Leminiffre de la justice , Garat le jeune ,
préfente un mémoire fur cette question « Les
prifonniers mis ca liberté, dans les journées des
ay 3 & 4 feptembre , do vent- ils être poursuivis
de nouveau pour les délits dont ils étoient ac
cafés , ou bien , les,craintes auxque les is ont
été en preis , des horeurs de la mort qu'ils on
éprouvées par fituation où is fe trouvoient ,
ont- elles expié fuffisamment les crimes dont ils
pourroient être coupables , & doit - on ſe borner a
la déportation contre ceux d'entr'eux qui font
coupables d'affaſſinat ? »
b
L'Affemblée en ordonne l'impreffion & le renvoi
au comité de légiflation .
-Par un décret , rendu à la fin de cette féance , il
eft ftatué que la liquidation des créances fur
l'Etat , fera refr inte à celles qui ne fe montentqu'à
3,000 liv . & au- deffous .....
Du mardi, 13 octobre.
Cette féance set ouverte par la lecture d'un
ar êté de la fection des Sans - Culottes , qui porte
que les fcellés feront appo és fur les biers des
prê res i fermentés,, comme fur ceux des émigrés .
On ne fait s'il y a plus d'ignorance que d'injuf
tice dans cet arrêté. D'abord , il n'ex fte point
de loi qui ordonne le féquestre des biens des
piêtres infermentés ; la détermination prife par la
fection , eft donc une furpation manifefte des
droits de la fouveraineté. En fecond lieu , fi une
telle joi pouvoit exifter , ne violeroit- elle pas tous
les principes de la justice & de la morale ? Und
première loi a contraint ces prêtres à quitter le
tentaire de la République , une feconde loi , les
puniroit d'en ê:re fortis ! Eh ! qu'inventeront de
ilus la yaungie ellemême. ? Auffi Barrête de la
A 6
( 12 )
fection des Sans- Culottes n'a pas été plutôt coanu',
que les citoyens Lacroix & Buzoi en ont demardé
la caffation ; ils ont demandé de plus que
l'Aflemblée improuvât la conduite de cette fec
tion. Tallien feul a foutenu qu'elle avoit bien ·
fait ; la Convention a terminé ces débats en ren➡
voyant à fes comités de légiflation & de sûreté
générale , l'examen de cet arrêté dont elle a
néanmoins fufpendu l'exécution .
Une autre fection vient déclarer qu'elle n'a
point adhéré à l'adreffe préfentée à la Convention
, au nom des 48 fections , contre le
prajet d'une forec armée tirée de tous les dépar
temens,
Goffuin lit , au nom du comité des pétitions >
un projet de réglement fur l'admiſſion des péti
tionnaires. Il prouve fans peine que l'Affemblée
perd chaque jour , beaucoup de temps à le faire
lire des adreffes , des pétitions , & que l'ordre &
l'importance de fes travaux ex gent que la barie
ne s'ouvre pas au hafard au premier venu qui
a envie de debiter des phrates. Les infortunés
qui viennent réclamer des fecours , où accufer
des oppreffeurs , ont feuls le droit de fe faire
écouter dans tous les inftans . Ce projet de réglement
fera imprimé , & la difcuffion en elt ajournée à
trois jours.
Pétion lit une lettre de Jones , négociant Anglois
, qui offre à la République Françoite fix
pièces de canon & des boulets. Il ne met à fon
offrande qu'une condition , c'eft qu'on lui tendra
les canons lorfqu'ils auront fervi à affurer la li
berté ea France , parce qu'alors fa patrie en aura
peut- être befoin, La lettre a étévivement applaudie ,
& le don a été accepté.
Champion , ex-mimftre de l'intérieur , adres
13 1
170
4
✦la Convention le compte de fon adminiſtration
de 29 jours . La connoiffance en a été renvoyée
au comité chargé de l'examen des compres,
La dif.uffiona s'eft portée fur le projet de
décret préfenté par le comité de légiflation
fur les émigrés & fur la vente de leurs
biens. Aux uns , il préfentoit des difficultés dans
fon application ; aux autres , il paroiffoit incom
plet. Piufieurs membres ont combattu ce projet. La
Convention aloit faire le renvoi de ces diverfes
obfervations au comité , lorfque le rapporteur
a obfervé qu'avant de s'occuper d'un nouveau
travail fur cet objet , il étoit indifpenfable de
fixer la nature de la peine qui ferou prononcée
contre les émigrés : & quelques opinans , a - t- il
dit , demandent que cette peine foit la mort 5
ils demandent qu'elle foit prononcée indiftinéte
ment contre tous les émigrés. Cette difpofition
paroît trop barbare à votre comité . » Buzot a
le premier abordé la queftion. Après être convenu
que l'émigration ne peut- êt e un crime ;
parce que tout homme a le droit de vivre ou il
veurs il a penfé qu'elle le devenoit dans le cas
où la patrie en danger réclame le fecours de
tous fes enfans. Il a diftingué trois fortes d'émigrés
; 1º . ceux qui font pris les armes à la main j
la loi eft déjà faite contre eux : 2º. ceux qui ont
fui la patrie pour aller lui fufciter des ennemis ,
c'eft-à- dire , ceux qui ont fui dans les pays avec
Jefquels elle eft en guerre 3 ceux qui l'ont
abandonnée pour fuir dans les pays neutres , tels
que l'Angleterre , la Suiffe , &c. Tous ont trompé
Feffoir de leur patries tous , felon Burot , om
coupables d'un premier délit qui les tend indignes
de rentrer fur le territoire françois ; celui quia fun
** fon pays eft un lâche , celui qui eft allé lui chees
( 14 )
cher des ennemis eft un traître . Buzor a conclu
à la peine de banniſſement à perpétuité contre les
émigrés, & fan opisiontappuyée par Danton , eft
devenue, malgré les réclamations de Desmoulins
& de Tullien , qui comparoient cette difpofition à
laufimeufe révocation de L'édir de Nantes , l'or
pinion de la majorité de l'Affemblée. Itza é édési
crété que tous les émigrés font bannis à perpétuité
du territoire de la République , & que ceux qui ,
au mépris de la loi , rentreroient en France, fcront
punis de mort.
Le corps électoral du département du Nord ,
qui étoit réuni à Lille per dant le bombardement ,
cavoie à la Convention le boules rouge qui , dans
une de fes féances , eft tombé fur le bureau du
préfident . Il donne en même temps des détails, fur
Fautorice qu'exercede comité révolutionnaire des
Belges , & fur la protection que lui donne le mi
niftre des affaires étrangères , Lebrun.
1 Ce comité , difent les électeurs , agit en tyran
envers tous ceux qui ne partagent pas fes opis
nions ; & le miniftre Lebrun traite avec lui comme
avec une puiffance. Le foin de la liberté des Pays
Bas doit-il être conféré au hafard à quelques ame
biticús ?: La Convention a renvoyé cette lettre &
lesipiéces qui l'accompagnent au comité diplomatiqueup
kob JA : x5 5
Un offieter municipal de Patis annonce qu'un
grand nombre d'ouvres du camp font réunis for la
plac: Vendôme, & qu'ils demandent à preſenter une
pétition dit qu'ibi 'yrabpas aminant à perdress
l'on veut prévenir une infurre&tion, ' La Comp
vention madde fut -de-champràs ta barre l'officit
municipalallaréfulte de fes répontes qu'il éroic
venu du camp avec quelques ouvriers qui avoienit
le projet de préſenter we pitsion à l'Aſſemblée
nationale ; que la peur lui en avoit groffi te neme
bre , comme elle lui avoit exagéré les intentions y
de ces ouvriers ,
Les pétition naires , au nombre de vingt , ont
été entendus après l'officier musicipal , ils fel
fent bornés à implorer quelques fecours de l'humanité
des repréfentans du people. Leur pétition
a été renvoyée à la commiffion du camp.
Du mercredi , 24 octobre.
و ب
Un des membres de la commiffion , chargée dei
furveiller la procédure crimincile relative au mel
du garde meuble annonce à l'Aſſemblée : quel
Inftruction a fourni des renseignemens qui in
diquent plufieurs complices répandus dans diffé,
rentes villes de la République , & donnent leur
fignalement & le lieu de leur retraite. Pour par->
venir à les arêter , il ne voit qu'un feul moyen i
c'eſt d'autoriser le directeur du juré d'acculation à
parcourir la France & à décerner, partout où
ille croiroit néceffane , des mandats d'amen r &
d'arrêt , de faise mên e par-tout des vifi es domis
cilières Une. telle mefu em qui compromettoit
A effentiellement la liberté de tous des citoyens:
qui tendoit à rende tous les Franç is juſticiables
d'un directeur.de juré , deyeit, trouver autant
d'improbation qu'il y a dans l'Affemblée d'ennemis
de la tyrannie je auffi ant- elle été rejetée à
P'unanimité.
La commune de Langresafe plaint de ce que
dans la répartition qu'on a faites des prifonniers
dans les villes de l'intérieur , celle de Langres ent
a reçu beaucoup plus qu'elle n'en peut nouri: &
contenir Ele demande que partie de ces prifons
niers loient repartis dans les villes võilines , ea
raifon de leurs moyens de fubfiſtances & de leur
( 16.)
population, Certé demande , convértie en motion
par un membre , eft décrétée...
L'écharpe municipale a couvert plus d'une fois
la friponnerie , & fourni à de mauvais citoyens
les moyens de dilapider beaucoup d'effets publics , >
Camus , pour prévenir ces excès , a fait décréter :
que nul individu me pourra s'introduire dans les
maifons royales , religieufes , ou appartenant à
des émigrés , fans une autoriſation particulière du
miniftre de l'intérieur , ou de la municipalité du
lieu où le trouveit ces maifoos.
Rhul annonce à l'Affemblée , que parmi les
lettres interceptées à l'ennemi , & renvoyées au
comité de furveillance , il s'en eft trouvé une d'un
fous- officier Puffien , nommé Roffemberg , qui
contenoit deux ducars deſtinés pour fa femme.
Cette modique fomme étoit le fruit des plus pénibles
privations , car il s'étoit réduit au pain & à
Peau pour ménager à fa famille ce léger fecours.
Rhul a demandé d'être autoriſé à faire paffer la
lettre & la fomme qu'elle contient à la femme de
ee fous-officier , digne , avec de tels fentimens
de l'eftime d'une nation généreuse . Cette des
mande a été applaudie & décrétée. #
li
Après un rapport fait par Cambon au nom du
comiré des finances , la Convention a décrété la
création de 400 millions d'affignats , dont 40 mile
lions en affignats de 10 fops , & 60 millions en
affignats de is fous.
Cette nouvelle émiffion étoit annoncée depuis
long -tems. Le crédit dont jouiffent les affignats
fur- tout aujourd hui que perfonne n'eft intéreſſé à
les difcréditer , ne peut avoir de fordement folide
que fur la certitude de l'hypothèque qui leur eft
affectée. Voici l'état de fituation de la caiffe de
3:
( 217 )
l'extraordinaire , telle qu'il exiftoit à l'époque du s
octobre courant.
Sur les 2 milliards 700 millions montant des
créations d'affignats ci - devant décrétées ; il en
avoit été employé 2 milards 589 millions , ce
qui rédaifoit le reftant en caiſſe à 111 millions .
Sur les 2 milliards 589 milions en affignats qui
ont été émisa , il en étoit rentré 617 millions qui
oat été annullés & brûlés, de forte que les affignats
qui étoient en circulation , à l'époque du 5 octobre
courant , montoient à 1 miliard 972 millions .
Le gage de cette maffe d'affignats , fuivant les
érats arrêtés par l'affemblée lég flative , au mois
d'avril dernier , fe montoit à 2,445,638,237 live
Ce gage a été augmenté de 725 millions par la
verte déciétée depuis cette époque , 1 ° . des palais
épifcopaux. 2 , des maifons ci- devant occupées
par les rehgienfes. 3. des biens ci - devant jouis
par l'ordre de Malthe & par les col'éges 4° de
la coupe des quarts de rélerve & futaics , & d'une
patric de bois épars. 5. enfin par le montant des
intérêts fur les fommes dues par les acquéreurs des
domaines nationaux verdus , & par le produit
des fruits & venus de ceux invendus ..
Mais ce qui vant cuc te mieux qu'une by
pothèque territoriale , car nos ennemis pouvoient
l'enlever , c'est le gige de la victoire que nous
donne la di'cipline , la valeur de nos troupes.
Ce qui va fixer la o fiance publique , c'est la
pofition de la France à l'égard de les ennemis.
Ils fuient & déja nous nous ava çons à grands
pas fur leur teritone. Ils vont tupperter unc
grande partie des frais de la guerre actuelle ,
& nous didommager de nos pertes paffées .
Cuftine marche fur Mayence , & ne doute pas
que , fous peu de jours , cette ville opulente
1-8
ne foit en fon pouvoir . Voyez la lettre au
général Biron.
Juntos adeno .
$ zal 02
Cufline au général Biron , au quartier de Worms,
le 18 octobre
J
bb pavā
« Ciroyen , mon cher collègue , j'ui encore
l'efpor de pouvoir me rendre mî re ce Mayerce.
Je fuis tûr du nombre des soupes qui l'occu
Pent. Je fuis inftrait des moyens d'attaque par
les inteligences que j'ai lu me ménrger dans
ce pofte . Les troupes que je commande, ont
exécuté une marche d'une rapidité incompréhenfible.
J'en ai dirigé une colonne le long des
montagnes parla routede Zargnem , Neufe, Eng
nem & Asize. »
Je me fais affusé par tous les rapports qui
m'ont été faits , que les autrichiens ne dirigeoient
pas encore leur marche de ce côté. Peffè e inter
cepter 800 hommes de ces troupes qui doivent y
arriver après-demain au plutôt.
Je vous recommande de me tenir inftruit
de ce que vous appprendrez du retour des au
ui hiens . Je ferai toujours en meſure de me
retirer ; & quand je ne produirois d'autre effet
que de précipiter la retraite de nos ennemis
en abandonnat beaucoup d'effers & d'hommes
, j'aurois toujours rempli un grand ob.
jet .
6 CB
Cette marche en impofe non-feulement à
Woms , mais a toute cette pa tie de l'Ale
magne elle me met en mesure d'y femer ros
décrets & des éc its qui y préparent la révolution
derrière les armés de nos ennemis. »
Je ne compromets en rien la gloire de nos
armées . Les autrichiens nepeuvent traverſer en
S
19
grands corps d'armée le pays de Deux- Ponts , qu'ils
ont déja épuilé de fubftances . »
« Kellermann que vous devez tenir inftruit
de ma marche , doit leur fetter la meſure
& la mifi relligncee , qui exifte entre les proffiens
& les autrichiens , deir encore augmenter vot.e
tranquillité & la mienne . »
Si je re parviens pas à prendre Mayence
aurai toujours fait une tentative d'une grande
audace , confumé le pays de nos enfimis , facilité
la rentrée de nos approv fionnemens de
Landau que je force toujours derrière moi ,
J'aurai caufé de grandes inquiétudes à nos ennemis.
Ma retraite fera tranquilte ; je la ferai fans
danger. »
Des, commiffaires de la commune demandent
à être ent ndus , & toujours pour des melures
qui intéreffent la tranquillité publique. Is font
renvoyés au comité de furveillance . Le devoir
du magiftrat eft de farveiller , & c'est vouloir
donner de la confiftance à ddeess tbruits vagues
que de venir les proclamer publiquement.
Une lettre du miniftre de la matice info me
la Convention , que le commiffaire provi oi e
nommé par le général Anfelme à Vilefranche
eft dans Pintention de faire tranférer à Toulon
la chiourme de Villefranche compofée d'un grand
nombre de forçats. Le miniftre demande s'il peut
les recevoir. Sa lettre eft renvoyée au comité de
marine. Les fuccès de nos armes ajoutoient chaque
jour au besoin de faire connoitre à toutes les
nations , que la République Françoife refpecte'
leur indépendance , qu'elle ne veut point faire
de conquêtes L'Allemblée a defié enrendre le
sapporteur du comité diplomat.que , fur la conduite
( 201
que doivent tenir les généraux de la Républiq
hors de fon territoire . Ce rapport présenté par
Lafource a vivement intéreſſé autant par l'importance
du fujet , que par la manière dont il l'a
traité .
Sureté des perfonnes , refpect pour les propriétés
indépendance des opinions. Voilà les trois règles
de conduite qui doivent guider les généraux
françois , & qui ne font que la conféquence de.
cette déclaration folemnelle LA FRANCE NE VEUT
POINT FAIRE DE CONQUETE. Ces bafes poles ,
les peuples feront conquis à la liberté , ou plutôt
ils fe rendront libres eux- mêmes . Alos ,
feulement alors , on verra cette divinité fi bienfaifante
naître dans le fein de la paix & fo tr
pure de fon berceau . »
$
« Le moment eft venu , a dit Lafource, de faise
une application franche & loyale d´s principes
que nous profefions . Le géné.al Anfelme a pris
poffeffion du comté de Nice au nom de la nation
frança.fe. Il s'eft occupé d'y établir des municipalités
& des corps adminiftrat.fs . Cette conduite
reflemble trop a celle des conquérans. »
« Les François ne devront pas prendre poſſeſfion
d'un pays où ils font entrés , mais proclamer
que les habitans de ce pays font délivrés
de leurs tyrans & libres de fe donner telle forme
de gouvernement qu'il leur plaira d'accepter.
Hois des limites de fon Empire , la république
Françoile , ne doit avoir d'autre domaine que
Ja reconnoiffance des peuples , d'autre poffeffion
que celle des cours . »
ce
Que les anarchiftes , dit plus loin de rappor
teur en parlant du refpe& pour les propriétés
que les anaschiftes ne viennent point é : aler leurs,
révoltantes maximes. Vous n'entendez pas ,
21 )
eitoyens , que fous prétexte de révolution ;
chacun qui n'a pas , prétende avoir droit à tout
ce qu'il défire & qu'il peut atteindre . Ceux qui
oferoient précher cette infernale doctrine en la
couvrant du grand princ pe de l'égalité des droits
ne feroient point à vos yeux des pattiotes , mais
des brigands. »
Lafource lit enfuite un projet de décret conforme
aux bafes qu'il vient d'énoncer. La convention
en décrète l'impreffion & l'ajournement.
En parlant des révolutions qui délivrent les
peuples du joug des tyráns , Lafource avoit
eu occafion de dépeindre ces fcélérats obfcurs qui
en font à la fois l'opprobre & le fléau & qui joignent
, felon les expreffions , la férocité des
moaftres à la colère des hommes , les poiguards
des affaflins à la mafue des peuples . Marat qui
eroyoit que l'on parloit de lui , ( & cependant on
ne le nommoit pas ) n'avoit pu s'empêcher d'interrompre
le rapporteur & de s'écrier , c'eft indés
cent ! le rapport n'a pas été plutôt fini qu'il a demandé
la parole ; on la luf refufoit , mais il á
encore cette fois invoqué le falut public & un
décret la lui a donnée ,
* Les ennemis des nations , de la liberté , de la
paiz & du repos public , a - t-il dit , ne font pas
quelques citoyens obfeurs qui défendent conftam
nient les intérêts des peuples , mais ce font les in
fidèles repréfentans du peuple , les fonctionnaires
publics prévaficäteurs ; ce font fur-tout les infames
miniftres qui , fous prétexte de maintenir la paix ,
foulèvent en ſecret le peuple ; qui pour fervie
leur an bition , lancent des lettres - de cachet contre
les citoyens , et des lettres
of
En volt une qu'a lancé Roland, Tout- mon
défcfpoir ost qu'il ne foit pas ici pour l'entendre,
( 22 )
11 remet la prétendue lettre - de-cachet entre les
mains de Barbaroux qui la lit.
C'eft use ordre donné par le miniftre Roland à
un nommé Decombes de Saint- Génies de faire
arê en la dame Laroche prévenue de fabrication,
de faux affignat tou 107 6
On fait actuellement qui font ces citoyens
obfcurs dont vouloit parler Marat ; c'eft d'abord
lui & enfuite des fabricateurs de faux affia
gnats , tous gens quis, comme on voit , ne cher
chent qu'a s'occuper des intérêts du peuple.
Barbaroux monte à la trbune & dénonce à
fon tour Murat. Il accufe de s'être tranſporté à la
caferne des bataillons
dele
, pour égarer
U
l'opinion des volontaires & les porter à des excès.
lit à l'appui , un procès verbal de ces bataillons
, on l'on voit que Marat a été inviter trois
hommes par compagnie pour aller déjeûner chez
luis qu'il a fait femblant de s'intéreffer à leur
fort , & leur a dit que les dragons cafernés à l'école
militai.e , étoient beaucoup mieux leges &
traités qu'eux parce que la plupart font des
contre-révolutionnaires & des auftocrates déguilés
en patriotes. Les Marfci lois ont refulé
lLee déjeûné & le font gardés de ces infinuations
perfides,
On demande de toutes parts le renvoi de cette
pièce au comité de sûreté générale . Marat inyoque
le ciel & la tere. Il prend la nature
catière à témoin de la droiture de fes intentions
, de la pureté de fa confcience . Sa demarche,
étoit toute fimpe . Il a été vifiter les
Marcillois , les amis , fes fères ; il a invité
foldats & officiers afin qu'il n'y eû pas de ja
lophie. Son coeur s'eft revolté, en , voyant qu'on
les traitoit mal tandis que les dragons ont
23 )
de beaux habits blea de ciel, & font bica payés
& l'on a l'atrocité de convertir en defieins pos
litiques , ces honnêtetés patriotiques !
L'af :mblée n'en a pas moins décidé que s
procès-verbal ferait renvoyé au comité de suveré
générale , pour en fa re inceffamment le rapport
Un membre a ajouté à cette dénonciation , qu'il
avoit entendu dire à Marat que pour avok la
tranquiluré il falloit que 270 milestêtes tombaffent
encore. Un autre membre a déclaré que
ce propos avoit été tenu auprès de lui : pouflé
dans fes derniers retranchemens , Marat s'eft
écrié : Eh bien ! c'est mon opinion . Je vous le
répèta…………. fi c'eſt un er me , égorgez moi
?
2
1
On voit que lorfque Marat parle , s'il fait
tite quelquefois , il finit toujours par infpirer le
dagent & c'eft par la que le terminent les débats
dont ilseft l'objet non si supal 89 San2
ioLAflemblée eft revenue fur l'ordre donné par
le miniftre Roland. Cambon a rappelle qu'il
existe une loi qui autoriſe le miniſtre de l'inté➜
rieurbà faire arrêter toute perfonne prévenue de
fabrication de faux aflign : sia demandé que
le midireirendit compse dedexécution de l'ordre
dénoncé , afin que ceux qui auroient, pusy poster
obftacle foient pou fuivis & punis . Cette própoficion
a été déctérés . Thy siojš'à 93 sup phot
Und ieture des commiffaites aus armées réus
nies, i forme l'affemblée que Kellermann eft cas
tré, le 22 octobre, à 4 heures du ſoir , dans la ville
de Longwil On a examiné la conduire de la com:
money dâc dioma vu que les officiers qui la compos
foient, avoient pris une dél bération pour eme
pêcherndes citoyens de uiter for l'ennemi, Ces
lashes fonctionnaises ont été mis enjétat d'a
216
2
( 24
reftation. La caiffe prife à Longwi , fera rendue,
& demain 23 , le général Kellermann doit
faire 3 Calves d'artillerie dans toutes les places
de fon commandement pour annoncer qu'il n'exiſte
plus d'ennemi fur le territoire de la République.
Du jeudi , 25 octobre
Après quelques décrets fur l'organiſation &
le renouvellement périodique des comité , & l'a
doption de plufieurs difpofitions réglementaires ,
on a fait lecture de trois adreffes d'adhéſion au
projet d'une force armée, tirée des 83 départe
mens . Pour prévenir la difcuffion qui alloit s'élever
fur une queſtion où l'affemblée ne veut
rien préjuger , Barbaroux à réclamé l'ordre du
jour, mais en même temps: il a dénoncé un
arrêté par lequel le confeit - général de la com
mune de Paris a ordonné l'impreffion & l'envoi
aux 44 mille municipalités , de la pétition des
fections de Paris fur cet cbjet . Ila motivé la dé
nonciation fur ce que le confeil-général de la
commune n'avoit pas le droit d'ordonner , fans
V'autorisation du département , cette dépenſe extraordinaire.
sorts top gun on Ralorous ,
En convenant du principe , Charlier a fou
teau que ce n'étoit pas à la Convention nas
tionale à juger le fait dénoncé le confeil géné
ral de la commune de Paris , a- t-il dit , eft
comptable de toutes les dépenfes au dépar
ment. C'eſt donc au département d'allouer la dés
penfecou de la faire ſupporter aux membres qui
ont pris l'arrêté,edith Dowding Jeslavs
Bugor envifagé la queftion four un autre
rapport. Il a conſidéré l'arrêté comme contraire
aux
25
anz principes de l'unité , de l'indivifibilité de la
République , comme tendant à former une coalition
entre les municipalités , & à établir le gouvernement
municipal , la plus monftrueufe des anarchies.
Buzor a fini par demander que l'arrêté fut
caffé , & que les membres qui l'ont figné fuflent
déclarés refponfables des frais de l'impreffion ordonnée.
Cette motion mife aux voix a été décrétée,
quoique les partifans des commiffaires de la commune
aient louténu que l'envoi aux 44 mille mu→
nicipalités n'étoit point un envoi officiel , mais une
communication fraternelle & patriotique pour répandre
la lumière fur tous les points de la Répu
blique.
Le miniftre de la marine avoit demandé que la
Convention nationale mit à fa d.fpofition une
fomme de 48 millions pour dépenfes ordinaires &
extraordinaires de fon département . Cette demande
lui a été accordée dans cette féance , d'apiès le rapport
du comité de marine.
La difcuffion s'eft enfuite ouverte fur le projet
de décret du comité de légiflation relatifaux fubltitutions.
Le premier article eft décrété. Il porte que
toutes les fubftitutions font interdites & prohibées
à l'avenir à
Cette difcuffion a été fufpendue par la lecture
d'une lettre que le miniftre de la marine tranfmet
à la Convention nationale . Un Colon de St. Domingue
, qui arrive de Londres , lui écrit qu'il eft,
inftruit d'un complot qui le forme dans cette ca→
pitale pour livrer fa patrie à des ennemis é rangers.
Une foule d'émigrés dont le rendez- vous
eft aux tavernes de la marine & d'Orange , paffent
à St. Domingue , par la Jamaïque ; d'autres fe
Lendent en Espagne. «Tout le monde fait , ajoute
Ce Colon , que le gouvernement Anglois leur
N° . 44. 3 Novembre 1792. B
126 )
donne des fecours , & même paie leur paffage , à
ce que l'on m'a dit , mais je n'en crois rien ; je crois
plutôt que c'eft l'ambasadeur d'Efpagne. » Cette
lettre a été renvoyée au comité diplomati que.
La féance s'eft terminée par la lecture d'une
pétition du confeil-général de la commune de
Paris , tendante à obtenir fix millions pour le
remboursement des billets de la caiffe de fecours.
Cambon n'a pu s'empêcher d'obferver que l'in
fiftance du confeil de la commune à demander
des fonds , lorfqu'il refufe obftinément de fournir
aucun compie , eft un fcandale que l'aflemblée
ne peut fouffrir plus longtems , & il a fait
décréter que la municipalité de Paris fera tenue
de fournir le lendemain à midi les états de
-fituation & les comptes relatifs à l'émiflion faite
des billets de la maifon de fecours , & aux
mefures qu'elle a dû prendre relativement à
Pévafion de Guillaume & des officiers municipaux
qui ont pris la fuite avec lui .
Du vendredi , 26 octobre.
Parmi les adreffes qui ont été lues au commencement
de cette féance , fe trouvoit une
lettre de Blancgilly député à la légiflature &
décrété par elle d'accufation. It tranfmettoir à
la Convention des pièces juſtificatives de fa conduite
, en la fuppliant de l'atracher de la prifon
euil gémit depuis fi long- temps . La Convention
a dû puffer à l'ordre du jour , puifqu'elle ne
pourroit faire à la fois les fonctions d'accufa
Feur & de juge , mais il étoit bien permis à
Blancgilly de faire tous les efforts pour n'être
pas jugé par un tribunal qui , au grand fean
dale des loix , vient de prononcer la peine de
most contic des complices dans un simple vol.
( 27 )
Auffi l'aſſemblée a -t-elle chargé fon comité de
légiflation de lui préfenter les vues fur la
fuppreffion de ce tribunal qui , né du fein de
la révolution , en porte le caractère farouche & terrible.
Le préfident annonce à la Convention qu'un
courier extraordinaire vient de lui remettre des
dépêches du général Cuftine . Elles contiennent
les détails qui ont précédé & fuivi la prife de
Mayence dont il eft en poffeffion . ( Voyez plus
bas ces pièces).
Cuftine termine fa relation en donnant les plus
brillans éloges à la conduite & aux talens d'un
jeune homme qui lui fert de guide à fon armée,
Son nom eft Stamm. Pour prouver que la
République jufte & reconnoiffante ne fait point
d'acception des rangs & des perfonnes à l'égard
de ceux qui ont bien mérité d'elle , le générat
demande le jeune Stamm pour fon aide - decamp
capitaine. A follicite encore le grade de
Heutenant -général pour les deux maréchaux -decamp
, Mannuyer & Newinger , connus par leurs
talens militaires & qui viennent d'acquérir un titre
de plus à leur avancement.
2
Quelques débars fe font élevés à ce fujer.
Un membre propofoit de déclarer que l'armée
de Cuftine a bien fervi a République. On a
répondu que la même juftice é oit due aux
autres armées. Un autre député vouloit qu'une
fêre folemnelle confacrât à jamai dans toute
la Frarce , cette g'orieufe époque où la terre
de la terté a ceffé d'être fouillée par la préfence
des fatellites du defpotifme . Attendons ,
s'eft-on écr é , la délivrance du Brabant. Sur ces
différentes propofitions , la Convention a paffe
à l'ordre du jour. La demande du général Cuftine
B 2
( 28 )
a été renvoyée au pouvoir exécutif, & le nom
du jeune Stamm a été configné dans le procèsverbal
, en témoignage des fervices qu'il a rendus,
& de ceux que la République a droit d'attendre
de lui .
Une lettre des commiffaires à l'armée du Nord
apprend à la Convention que les brigands d'Autriche
viennent d'évacuer St. Amand , Orchies &
Marchiennes après avoir pillé les habitations , &
coupé dans les forêts nationales les plus beaux
arbres , ils ont forcé les cultivateurs à transporter
à Mons & à Tournay les grains , les fourrages
, les bois & les effets volés. Ils ont fait
prendre les armes à un grand nombre d'habitans
des communes qui étoient en leur pouvoir & les
ont forcés à les fuivre,
Mais , ajoutent ces commiffaires , les brigands
feront punis . L'armée commandée par Dumourier
& celle du Nord vont ent er dans le Brabant , &
les drapeaux de la liberté flotteront fur le renipart
des villes foumifes encore au joug de l'aftucieufe
maifon d'Autriche . Des rapports que
nous avons reçus de ces belles contrées promettent
à la nation françoife les plus grands fuccès ; nos
frères les Brabançons & les Liégeois qui veulent
être libres comme nous , attendent avec impa
tience les foldats François . Les armées de la
République entreront fur leur territoire , tenant
d'une main une branche d'olivier , & de l'autre
une torche. Guerre aux tyrans. Paix aux peuples.
""
Les commiffaires fe font plaints en terminant
lear lettre , de ce que la ville de Lille n'avoit
pas encore reçu officiellement le décret qui déclare
qu'elle a bien mérité de la patrie. Cette
récompenfe cft fans doute la feule digne des
129 )
hommes libres. Mais pour ne pas la borner à
des fignes périables , David a propofé que l'on
élevâr dans cette cité & dans celle de Thionville une
pyramide , ou un obélique en granit françois ,
& que les déb is du martre & du bronze des
mones reverfés à Paris par la tené ,
fervidout an ornemens de ces deux trophées &
à des médantes qui feroient dilribuées aux habitans
de ces deux villes .
·
Il a demandé en outre que Félix Wimpfen &
andres off iers , foldats , ou habraus de Thionville
ou de Lille qui le font diftingués , reoffer
une couronne civique ou murale , en attendant
que leurs noms fullert i ferits , après leur mort
fur la pyramide cu f'obélifque. Ces propofitions
ont été renvoyées au comité d'instruction jublique.
:>
La commune de Paris mandée pour rendre.
compte de l'état de la caiffe de la maifon de
fecours , eft introduire à la barie ; l'orateur annonce
les arrêtés fucceffifs de la commune relatifs
à la ma fon de fecours . Quant à l'état de
fituation de cette caiffe , il invite le citoyen
Bidermann, un des adminiftrateurs , à les préfenter.
Le citoyen Bidermann étoit parti avec la dépu
tation & ne le retrouve plus . Cet incident excite
des murmures . & On n'interrompt pas même un
criminel , s'écrie Danton , & ici on a l'audace….. »
Nouveaux murmures dans l'Affemblée . Les tribunes
applaudiffent . On demande de tous côtés
que Danton foit rappellé à l'ordre , & Danton
eft rappellé à l'ordre par le préfident . Un membre
demande que le pouvoir exécutif déclare fi chaque
miniftre a rendu compte de l'emploi des fommes
extraordinaires & fecrètes , Danton appuye cette
B
3-
130 )
motion ; il monte à la tribune , mais l'Affemblée
paffe à l'ordre du jour.
L'orateur de la députation reprend la parole.
Il annonce à la Convention que la totalité des
billets de fecours eft de 10 millions , 440 mille
937 livres , Guillaume en avoit remboursé pour
4 millions 227 mille 437 livres , & la ration
pour trois millions , de forte qu'il n'en reste plus
que pour deux millions 500 mille liv . Le préfident
de la commune parle enfuite & impute l'évafion
de Guillaume à la négligence de l'ancienne com-
Citoyens , a - t il dit en terminant ,
jugez- nous , comparez la conduite des officicis
municipaux du 20 juin , à la conduite de ceux
» du 10 août . »
mune. cc
22
29
53
-
-
Ici Kerfaint s'eft levé & a dit : « la munici
pa'ité vient de vous annoncer qu'il n'y a plus
en circulation que pour deux millions cinq cents
mille livres de billets de fecours. Pourquoi
» hier la commune par une pétition demandoitelle
fix millions pour rembourfer ces billets ? »
Pourquoi , a dit Cambon , la commune ne
parle-t- elle pas des effets , des marchandises ,
de l'argent qu'avoit Guillaume. Voilà des fommes
que je reclame au nom de la Nation , avant de
faire de nouvelles avances . Ces débats euffent été
terminés par le renvoi de toutes les pièces au
comité des finances , fi la réponſe d'un des officiers
municipaux , n'eût fait naître de nouveaux
fujets d'étonnement. Il a répondu que la pétition
pour les fix millions ne venoit pas de la muni-,
cipalité , mais de la commune proprement dice
elle eft l'ouvrage de 96 commiflaires de fections.
-Doit- il y avoit deux corps de repréfentans de
la commune de Paris , s'eft écrié Kerſaint ?
Citoyers , je ne fais fi vous êtes libres ici , aucun
(31)
pouvoir ne vous l'aflure ; & je ne vois point
d'autorité qui puiffe vous garantir contre des
mouvemens partiels . Je demande que vous caffier
ce corps de repréfentans de la commune qui femble
Jutter avec le corps légal. Je demande que le
miniftre vous dénonce les rebelles à la loi , &
alo s vous les ferez rentrer dans le filence..
Tallien , appellé du comité de furveillance de
la commune , a fiéger parmi les membres de la
Convention cati nale , a prétendu que la demande
de fix millions étoit faite pour venir au
fecours de toutes les caiffes de confiance de la
République. Il exifte à Paris une commune &
une municipalité. La majorité qui eft très mauvaiſe
, felon Tallien , elt en perpétuelle contradiction
avec le confeil - général de la commune ;
& il faut bien , a- t il ajouté , que celui - ci talle
ce que l'autre ne veut pas faire.
La difcuffion s'eft fermée . Voici le décret qui
a été porté. « La commune de Paris tendra compte
dans trois jours de l'état de fituation des maifons
de fecours de cette ville . Dans trois jours
Je miniftre de l'intérieur intruira la Convention ,
de l'état où le trouvent à Paris, les autorités pubiiques
, & notament le département , la muajs
cipalité & la commune. »
A la fuite de ce décret , Kerfaint à dénoncé
l'exiftence d'une aflemblée de 96 : commiffaues
de fections , diftincts du confeil- général de la
co amune. Ces commillaires , a dit un membre
de la députation , font nommés tous les matios
pour la vérification des comptes de leurs collègues
, c'eft un véritable bureau d'indication
& nou une autorité conftituée. Citoyens , voilà
les faits , c'eft einfi qu'on vous trompe ; c'eft
aifi que ceux qui veulent que la Convention -
19
B 4
( 32 )
quitte Paris..... De violens murmures↑ s'élèvent.
La Convention paffe à l'ordre du jour , & lève
la féance.
Du famedi , 17 octobre.
Les fédérés Marſeillais d'orandent à partager
avecleunsfrèresde Paris la gande de la Conve ton
puifquirls pantaget avec aux le fervice public. It's
te plaignert de manquer de p'uffeurs drolles réaf
faires . L'Aflambée décère que le müüâue de la
gueme fera changé fonts fa refpond bit line , de pourvoir
aux belona't de tous les buaillons de fédérés.
*** Sur la propofitira de Lucnože , ill eftBanné
le pauvoir exécutifremplacera fans fékä tasks
officiers de l'année ou falpendas , ou difinals
par les comnataires aux armées , on coux envɩyés
auparavant par le corps légiflat f...
Cambon , au nom da comité des finances , fait
décréter qu'un timbre fee, représentant une ruche
& un foleil levant , avec cette infcription : Répu
blique Françoife , & cene ere gue : Le 21 feptembre
1792 , remplacera fur les affignats de 25 l .
le portrait de Louis XVI, & qu'un timbre fec repréfentant
un faiſceau & une branche de chêne ca
fautoir , fupportée par le génie de la France , &
furmontée du bonnet rayonnant de la liberté avec
l'infcription : Lerègne de la loi , & l'exergue : l'an
premier de la République , fera fubftituée au timbre
qui devoit représenter le revers de la monnoie de
cuivre la nation , la loi & le Roi.
Rewbell, au nom des commiffaires prépolés av
dépouillement des pièces trouvées dans les divers
porte- feuilles pris aux émigrés & aux ennemis
a fait lecture d'une lettre écrite aux frères du ci(
33 ).
devant Roi par le ci- devant marquis de Toulongeon;
En voici l'extrait :
Fribourg , ce 6 août 1792 .
J'ai fait connoître à leurs altefles royales les
motifs qui m'empêchoient de me rendre à Coblentz
. Je les fupplie de fe rappeller ce que j'ai
tenté en Franche - Comté pour les fervir. Si j'ai
appellé des troupes françoiles dans le Brifgaw
c'étoit pour fervir encare la caufe générale . Je.
ne fuis point allé à Coblentz , parce qu'on m'a
calomnié auprès de leurs alteles royales. On eft
remonté jufqu'au commencement des états - géné
raux. Mes fentimens ont toujours été ceux d'un
royaliſte pur. On a dit que mon projet étoit de
livrer les troupes Françoiles à 1Empereur. Je
favois qu'on prêt . it cette intention à mon voyage
à Vienne , voyage dans lequel toutes mes demarches
ont été connues de M. le duc de Polignac.
On a calomnié mon aide - de- camp , ai fi
que M. de Valery , mon neveu , tandis que ce
dernier vouloit ramener fon régiment aux bords
du Rhin , pour le conduire à leurs alteffes
royales , fi elles l'ordonnoient . Voilà la poſition
de trois fidelles ferviteurs du Roi & de leurs alteffes
. Dans le repos d'une confcience irréprochable
, nous n'avons pas voulu féparer nos fortunes.
Le Roi a daigné approuver ma conduite
me le dire, & me le faire mander ( on mu: mure ) .
Leurs alteffes royales m'ont honoré de témoi
gnages écrits de leur fati faction . Je fuis tou
jours le même. Cependart , je fuis calomnié.
L'honneur me fait un devoir de ma juftification
. Je pars pour Vienne ; j'espère que l'Empereur
ne fe refufera pas à montrer mon innocence
dans tout fon jour , & à rendre l'honneur à an
gentilhomme, » B
S
(
( 34 )
·
Le rapporteur propofe contre Toulongeon , un
décret d'accufation qui eft adopté.
Genfonné appelle l'attention de l'affemblée fur
les foupçons qu'on cherche à faire naître contre
la Convention nationale pour avoir établi
la République , & déclaré fon intention de ne
reconnoître au - deffus de la conftitution nouvelle
, d'autre pouvoir que celui du peuple. Il fait
voir combien font à craindre les diverſes ariftocraties
, foit celles qui facrifioient la nation
à des ordres privilégiés ou à un roi , foit celles
qui veulent maintenant, fous le nom du peuple ,
entretenir des infurrections perpétuelles afin de
l'égarer & de le tyrannifer .
Pour écarter les foupçons qui altéreroient la
confiance due aux repréfentans de toute la
nation , il propcfe de décréter qu'aucun membre
de la Convention ne pourra accepter une
fonction publique que fix ans après l'établiffement
de la nouvelle conftitution . L'affemblée
fe lève auffitôt toute entière , & décrète le
projet de Genfonné par acclamation . Garan de
Coulon & Barrère le plaignent que dans un
éla d'encheufialme on ait privé la patrie d'une
foule d'hommes courageux qu'elle peut appeller
à d'autres poftes . Mailhe , Billaud de Varennes
& Chabot appuyent le décret. Camus demande
que ceux-là feuls foient élus à de nouvelles
places , qui voudront les exercer gratuitement.
Voilà , s'écrient plufieurs membres , une reffource
propofée à l'ariftocratic de l'or. Les débats
fe terminent , & le décret eft confirmé à une trèsgrande
pluralité.
<
Genfonné vouloit qu'on exceptât des fonctions
interdites aux députés , les fonctions municipales ,
Parce qu'elles font gratuites , & celles de l'inf
( 35 )
4
truction publique , parce qu'il importe d'en relever
l'importance . Après une affez longue difcaffion
, l'amendement eft rejetté.
La féance s'eft terminée par un rapport de
Buzot fur les peines à irfiger aux provocateurs at
meurtre. Il propole 12 ans de fers pour la
fimple provocation directe & à deffein , fi elle
ne produit aucun effet , & la peine de mort
lorfque le crime aura fuivi la provocation.
Ce projet de décret eft ajourné.
Fin du Décret du Divorce.
Mode du divorce fur la demande d'un des époux
pour caufe déterminée .
XV. En cas de divorce demandé par l'un
des époux pour l'un des fept motifs déterminés ,
indiqués dans l'art. IV du paragraphe Ier , ci-deffus
ou pour caufe de féparation de corps aux termes
de l'art . V , il n'y aura lieu à aucun délai d'épreuve.
»
« XVI. Si les motifs déterminés font établis
par des jugemens , comme dans les cas de féparation
de corps ou de condamnation à des
peines afflictives ou infamantes , l'époux qui demandera
le divorce pourra fe pourvoir dire&tement
pour le faire prononcer devant l'officier
public chargé de recevoir les actes de mariage
dans la municipalité du domicile da mariage ;
T'officier public ne pou ra entrer en aucune connoiffance
de caufe ; s'il s'élève devant lui des
conteftations fur la pature ou la validité des jugemens
repréfentés , il renverra les parties devant
le tribunal de diftrict , qui ftatuera en der-
B 6
136 )
nier reffort , & prononcera fi ces jugemens fuffi ent
pour autorifer le divorce.
ce XVII. Dans le cas de divorce pour abfence
de cinq ans fans nouvelles , l'époux quile
demandera pourra également le pourvoir d'ructement
devant l'officier public de fon domicile , lequel
prenoncera 1: divorce fur la préfeatation qui lui
fera faite d'un acte de notoriété conftatant ceste
longue abfence . »
XVIII . A l'égard du divorce fondé ſur les
autres motifs déterminés , indiqués dans l'art . IV
du paragraphe Fer. ci- deffus , le demandeur fera
tenu de fe pourvoir devant des arbitres de famille
en la forme preferite dans le code de l'ordre
judiciaire pour les conteftations d'entre mari &
femme : »
« XIX. Si , d'ap ès la vé.ification des faits ,
les arbitres jugent la demande fondée , ils renverront
le demandeur en divorce devant l'officier
du domicile du mari pour faire prononcer le divorce.
»
ce XX. L'appel du jugement arbitral en fufpendra
l'exécution ; cet appel fera iuftruit fommairement
& jugé dans le mois . »
PARAGRAPHE III.
Fffets du divorce par rapport aux époux.
"
ee Art. I. Les effets du divorce par rapport
à la perfonne des époux , font de rendre au
mai & à la femme leur entière indépendance ,
avec la faculté de contracter un nouveau mariage.
CC
13
1
II. Les époux divorcés peuvent fe remarier
enſemble. Ils ne pourront contracter avec
1375'
d'autres un nouveau mariage qu'un an après, le
divorce , lorfqu'il a été prononcé fur confenten ent
mutuel , ou pour fimple caule d'incompatibilité
d'humeur os de caractère . *
« III. Dans le cas où le divorce a été prononcé
pour caufe déterminée , la femme ne peut également
contracter un nouveau mariage avec un
autre que fon premier mari , qu'un an après le divorce
, fi ce n'eft qu'il foit fondé fur l'absence du
mari depuis 5 ans fans nouvelles, »
Сс
IV. De quelque manière que le divorce a't
lieu , les époux divorcés ferent réglés par rapport
à la communauté de biens ou à la fociété
d'acqués qui a exifté entre eux , fcit par la loi ,foit
par la convention , comme fi l'un d'eux étoit décédé.
»
« V. Il fera fait ex :eption à l'article précédent
pour le cas où le divorce aura été obtenu
par le mari contre la femme pour l'un des
motifs déterminés , énoncés dans l'art . IV du
paragraphe premier ci-deffus , autre que la démence
, la folie ou la fureur ; la femme , en ce
cas , fera privée de tous droits & bénéfices dans
la communauté des biers , ou fociété d'acquêrs ;
mais ele reprendra les biens qui y font entrés de
fon côté. »
« VI. A l'égard des droits matrimoniaux emportant
gains de furvie , tels que douaire , augment
de det ou agencement , droit de vuidité
droit de part dans les biens meubles ou immeubles
du prédécédé , ils feront , dans tous les cas de
divorce , éteints & fans effets . Il en fera de
même des doas ou avantages pour caufe de mariage
, que les époux ont pu le faire réciproquement
ou l'un à l'autre , ou qui ont pu être faits,
à l'un d'eux par les pères , mères ou autres pa(
38 )
rens de l'autre . Les dons mutue's faits depuis le
mariage & avant le divorce , refteront aufli comme
non avenus & fans effer . Le tout , fauf les indemnités
ou penfions énoncées dans les articles qui
fuivent. »
ce VII . Dans le cas de divorce pour l'un des
motifs déterminés , énoncés dans Part. IV du
paragraphe premier ci-deffus , celui qui aura obtenu
le divorce fera indemnifé de la perte des
effets du mariage diffous & de fes gains de furvie
, dons & avantages , par une penfion viagère
fur les biens de l'autre époux , laquelle fera réglée
par des arbitres de famille , & courrera du jour de
la prononciation du divorce , s
VIII. Il fera également alloué par des arbitres
de famille , dans tous les cas de divorce ,
une penfion alimentaire à l'époux divorcé qui fe
trouvera dans le befoin , autant néanmoins que
les biens de l'autre époux pourront la fupporter ,
déduction faite de fes propres befoins . »
ссce IX. Les pe fions d'indemnité ou alimentaires
énoncées dans les articles précédens , feront éteintes
fi l'époux divorcé qui en jouit , contracte un neuveau
mariage . »
*..
X. En cas de divorce pour caufe de fépatation
de corps , les droits & jutérêts des époux divorcés
resteront réglés , comme ils l'ont été par
les jugemens de féparation , & felon les loix exiftantes
, lors de ces jugemens , ou par les actes &
tranfactions paffés entre les parties. »
CC
·
cc XI. Tout acte de divorce fera fujet aux
mêmes formalités d'enregistrement & publication
que l'étoient les jugemens de féparation , & le
divorce ne produira à l'égard des créanciers des
époux que les mêmes effets que produifoient les
Léparations de corps ou de bien ,
( 39 )
PARAGRAPHE IV:
Effets du divorce par rapport aux enfans:
« Art . 1. Dans les cas du divorce par confentement
mutuel , ou fur la demande de l'un
des époux pour fimple caufe d'incompatibilité d'humeur
ou de caractère fans autre indication de
motifs , les er fans nés du mariage diffous front
confiés ; favoir : Les filles à la mère , les garçons
âgés de moins de fept ans également à la mère ;
au- deffus de cet âge , ils feront remis & confiés
au père ; & néanmoins le père & la mère pourront
faire à cefujet tel autre arrangement que bon leur
femblera . »
« II. Dans tous les cas de divorce 12 pour
caufe d'indemnité , il fera réglé en aflemblée de
famille auquel des époux les enfans feront confiés . »
« III . En cas de divorce pour cauſe de léparation
de corps , les enfans refteront à ceux
euxquels ils ont été confiés par jugement ou
tranfaction , ou qui les ont à leurgarde & cenfiance
depuis plus d'un an : s'il n'y a nijugement ni
poffeffion annale , il fera réglé en aflemblée de
famille auquel du père ou de la mèré féparée
les enfans feront confiés. »
« IV. Si le mari ou la femme divorcés con→
tractent un nouveau marige , il fera également
réglé en affemblée de famille fi les enfans qui
leur étoient confiés leur feront retirés & à qui
ils feront remis . »
.cc V. Soit que les enfans , garçons ou filles
foient confiés au père feul ou à la mère feule ,
foit à l'un & l'autre , foit à des tierces perfonnes
, le père & la mère ne feront pas moins
( 40 )
oblig's de continuer aux frais de leur éducation
& entretien ; ils y contribueront en proportion
des facultés & revenus réels & induftriels de
chacun d'eux. »
.cc VI. La diffolution du mariage par divorce
ne privera dans aucun cas les enfers nés de ce
mariage , des avantages qui leur étoient affurés
par les loix on par les conventions matrimoniales
, mais le droit n'en fera ouvert à leur
profit , que comme il le feroit & leur père &
mère n'avoient pas fait divorce. »
« VII. Les enfans conferveront leur droit de
fucceffibilité à leur père & à leur mère divorcés;
s'il furvient à ces derniers d'autres enfa s
de mariages fubféquens , les enfans des differens
lits fuccéderont en concurrence & par égales portions.
»
CC
VIII. Les époux divorcés , ayant enfans ,
ne pourront en le remariant faite de plus grands
avantages, pour caufe de mariage , que ne le peuvent,
felon les lois , les époux veufs qui ſe rema-.
rient ayant enfans, »
« IX. Les conteftations relatives au droit des
époux , d'avoir un ou plufieurs de leurs enfans
à leur charge & confiance ; celles relatives à
l'éducation , aux droits & intérêts de ces enfans
, feront portées devant des arbitres de
famille , & les jugemens rendus en cette matière
feront , en cas d'appel , exécutés par provifion
. "
Une Académie , qui la première a eu la
gloire d'appeller l'attention des gens de
lettre fur des difcuffions de morale & d'économie
politique , & d'ouvrir à Rouffeau
la carrière que fon génie a parcourue avec
tant de fuccès , avoit propofé, il y a quelques
années , cette queftion profonde
Quelle efl l'influence de la morale des Gou
vormennensfour celle des Peuples ? Nous ignorons
file defpotifime de Tarcien régime a
permis d'aborder cegrand probleme, unais les
Philofophes qui avoient eu le courage de
le propofer étoient dignes de jouer des
bienfaits d'une révolution qu'ils avoient
fr Mentir.
3
Elle aurafans douteune grande influence
fur nos moeurs , nos habitudes & notre langage.
Mais doit-on l'attendre ou la précipiter
? Nous avons voulu , dans notre impatience
, réformer , d'un feul mot , des
ufages établis par le temps , & que le temps.
feul peut détruire. La Convention s'eft
hâtée de donner elle - même l'exemple de
ce changement fubit , en remplaçant la
qualification de Monfieur par celle de Citoyen
; mais on n'a pas tardé à fentir l'inutilité
& le vague de cette dénomination ,
& déjà l'on commence à la fupprimer. Les
Romains qui attachoient une haute idée
au titre de Citoyen , ne l'employoient ja
mais qu'envers les Peuples étrangers ; Civis
Romanus fum , difoit Scévola au Roi des
Etrufques ; mais jamais ils ne s'en fervoient
entre eux ; on ne difoit point : Le Citoyen
Caton , le Citoyen Brutus. Ils étoient or(
42 )
dinairement défignés par le nom propre ,
celui de la famille dont ils defcendoient,
& le furnom prefque toujours tiré de
quelque qualité morale ou phyfique. Nous
pourrions y fuppléer dans nos moeurs, par
des prénoms ou des furnoms qui ferviroient
à diftinguer les individus. Roland ,
Miniftre de l'intérieur , a fait fur le mot
Citoyen des réflexions judicieufes qui doivent
d'autant nieux trouver ici leur place
qu'elles nous fourniront l'occafion d'examiner
d'autres innovations du même genre
qu'on a propofées.
Réflexions de Roland , Miniftre de l'intérieur ,fur
le mot Ciro ΥΕΝ.
Pourquoi le mot Citoyen , fi généralement
employé aujourd'hui , ne fe trouve t- il point ;
pi en védette , ni à la ligne , dars aucune de
vos lettres ? Cette queftion m'a été faite plufeurs
fois auffi long- temps que je l'ai regardée
comme oifcufe , je me fuis abtienu d'y répondre ;
l'on infifte , il faut m'expliquer : je le ferai en
peu de mots. »?
:
10. Le mot citoyen , comme apoftrophe ,
eft une flatterie ou une injure. C'eft une flatterie ,
fi celui qui l'employe croit au- deffus de lui celei
à qui il adrefle : c'eft une injure , s'il le croit
au-deffous ; car , il est évident que celui qui
s'en fert ne fe met pas fur une même ligne avet
celui à qui il parle . S'il le croyoit fon égal , il
l'appellerait concitoyen ; je n'ai jamais employé
d'autre expreffion dans mes écrits publics , même
en parlant comme miniftre. Voila l'expreffion fra
( 43 )
ternelle de l'égalité . Celui qui eft dans tel écar
de domefticité n'eft pas citoyen.
« 2º. Celui qui n'a pas l'âge de voter n'eft
pas citoyen ; celui qui n'a pas le tems de réfidence
fixé par la loi , n'eft pas citoyen . Celui
qui a encouru telle peine déterminée par la loi,
n'eft pas citoyen : celui qui eft déclaré en de-
-meure , ou convaincu de tel crime ,
n'eft pas
citoyen. Enfin , tant de gens par leurs principes
Par leurs moeurs , par leur conduite , fouillent
ce faint nom , qu'il faut beaucoup de fageffe
dans fon application , & je ne veux jamais rif
quer de le prophaner. J'aime mieux continuer
d'ufer d'une dénomination froide que l'ufage a
rendu polic & fans conféquence. »
Je ne ferai plus qu'une obfervation fur cet
éphémèse & infignifiant engouement , c'eft qu'on
peut fe fervir du mot de citoyen à l'égard d'un
anglais , d'un fuiffe , & d'un ragufien , comme
on s'en fert à l'égard d'un françois , puifqu'il ne
determine aucun lieu , & qu'il n'identific aver
perfonne. »
:
Je crois être le premier en France qui ait
propolé publiquement , dans une affemblée nombreufe
à Lyon , de fupprimer les formules baffes
des requêtes , places & lettres , en mettant tout
uniment aux adreffes faites aux repréfentans du
peuple tels aux repréfentans du peuple , sou
MISSION : tels aux pouvoirs conftitués , quels
qu'ils fuffent, RESPECT : à tout autre , tels ou tels;
tels ou tels , SALUT , en ajoutant la fignature
purement & fimplement , dans tous les cas . n
« Sur cette propofition , l'on fit & l'on adopta
la motion du renvoi de fon examen à la quatrième
génération. »
L'opinant fut élu président de l'affemblée
}
( 44 )
dans laquelle je ne reparus pas depuis cette
époque.
D'autres réformateurs ont propofé de
bamair le vous de la converfation & du
fyle épiftolaire , & de lui fubfiituer le mi
en fignc de fraternité , & commae plus comvenable
au titre de Citoyen. Le falut me
doit plus fe dommer en orant fom chapeau ,
mais en portant la maim fi fom coeur.Le
chapeau , à for tour , a été chafflé
bonnet rouge ; & il n'y a pas long temps
que pour être réputé ben Patriote
falloit avoir fes cheveux coupés à la
Jacobi e.
9.
Nous fommes loin de blâmer les motifs
qui nous entraînent à toutes ces nouveau
tés. Ils tiennent à ce fentiment d'indépen
dance & de liberté qui veut fecouer le
joug des ufages , comme il a brifé celui
des abus & de la fervitude politique. Il
falloit bien que notre caractère, qui a exercé
pendant fi long- temps la mobilité de fon
empire fur le goût & les modes , laiffât
quelques traces de fon empreinte au milieu
des objets graves qui nous occupent.
Eh ! qu'importe que nous foyons affublés
d'un bonnet ou d'un chapeau , & que
nous donnions ou recevions le falut d'une
manière plutôt que d'une autre . Les véritables
livrées de la liberté ne font pas
dans quelques modifications de coſtumes,
elles doivent être dans le coeur ; toutes
( 45 )
les autres ne fent que factices. Il n'eft
point , il eſt vrai , de Peuple en révolution
qui n'ait eu quelque figne de ralliement
; mais il a bientôt difparu quand la
Révolution a été confolidée , & le temps
viendra où le ruban tricolore, qui eft
devenu parmi nous l'image chérie de l'indépendance
, & qui va l'être pour tous
les Peuples de l'Europe , n'aura plus qu'un
culte de fouvenir , parce que nous jouif
fons paisiblement de la chofe dont il
n'eft que la repréſentation.
Nous avons confacré la liberté des opinions
& des cultes ; pourquoi lui donnerions-
nous des bornes pour nos ufages . On
a mal obfervé la chaîne des caufes & des
effets. Ce ne font pas les manières qui commandent
aux moeurs , mais les moeurs qui
déterminent les manières , & les moeurs ne
s'ordonnent pas , elles s'infpirent.
La partie du langage qui tient aux affec
tions du coeur eft moins fufceptible encore
d'une brufque réforme . Les deux plus doux
fentimens dont la vie puiffe s'embellir ,
l'amour & l'amitié , ont mis depuis longtemps
le toi dans leur domaine exclufif;
ils ne confentiront pas auffi facilement à
céder cette propriété. Vous aurez beau me
dire que tous les hommes étant égaux
doivent fe parler en frères ; oui , dans l'ordre
politique ; mais dans l'ordre des affections,
Je coeur faura toujours choifir , & quand
( 46 )
le coeur préfère , il fait bien vite fe créer
fon langage. Vous ne ferez jamais que je
traite celui que je n'aime ni n'eftime , avec
cette intime familiarité que l'amitié
garde pour elle- même. Qu'on ne me cite
pas l'exemple des Quakers , leur religion
leur imprime un fentiment de fraternité &
de philantropie dont nous n'avons encore
qu'une idée métaphyfique. Il y auroit d'ail
leurs à examiner fi ce langage de fraternité
n'eft pas plutôt le fruit de l'habitude
que du fentiment , & fi , à force de généralifer
un fentiment , on ne finit pas par
Taffoiblir & l'étendre juſqu'à l'indifférence.
Quoi qu'il enfoit , fi nous voulons ramener
les hommes à une bienveillance frater
nelle & réciproque , commençons par les
rendre dignes de leur propre eftime & de
celle des autres. C'eft l'ouvrage des moeurs ,
& la légiflation des moeurs eft encore à
faire. Au lieu de nous attacher à une vaine
Tuperficie , uniffons la morale à la politique
; rendons d'abord les hommes bons ,
juftes & honnêtes ; ils fauront bien après
s'accorder fur leurs habitudes.
On a ofé dire que la Liberté pouvoit
fe paffer de meurs . Tout ce queprouve cette
étrange affertion dans ceux qui n'ont pas
craint de l'avancer , c'eft qu'ils ne font pas
plus dignes de l'une, qu'ils n'éprouvent le befoin
des autres. Si les Conſtitutions anciennes
excitent encore notre admiration ,
( 47 )
c'eft pour la partie des moeurs dont elles
avoient fait une grande puiffance. Jeux
publics , Spectacles , éducation , récom
penfes , châtimens , tout concouroit chez
les anciens Peuples à infpirer l'amour des
vertus & des belles actions. La vie privée
étoit l'école de la vie publique , ou plutot
ils ne les féparoient point , & la moralité
de l'homme étoit le garant de celle du
Citoyen. L'Hiftoire l'abien prouvé . Quand
les vertus eurent difparu à Rome & dans la
Grèce , la liberté ne leur furvécut pas longtemps
.
Difons - le avec franchife , fi notre Révolution
a donné lieu à tant de fecouffes ,
fi nous avons vu tant d'intrigans & d'agitateurs
fe difputer à qui tromperoit le
mieux le Peuple pour s'élever aux places ,
fi des Adminiftrateurs ont été ou lâches
ou infidèles , fi des Elections ont fait la bonte
de quelques Corps Electoraux , fi des profcriptions
& d'horribles mallacres ont désho
noréle berceau de notre Liberté , fr tant d'Ecrivains
mercenaires fe font vendus au def
potifme ou à des Factions déforganifatrices,
& fi le refpect & la foamiffion aux Loix
entre encore pour fi peu dans les devci's
de Citoyen , à quoi devons-nous l'attribuer
, fi ce n'eft à l'immoralité , à la baffeffe
& à la corruption dans laquelle nous
avoient plongés les vices de l'ancien Gous
vernement.
( 48 )
La République nous donnera fans doute
de nouvelles moeurs ; elles naîtront de
Tinftruction publique , du fentiment mieux
éclairé de la liberté, du progrès lent , mais
infaillible des lumières , & fur- tout d'une
bonne Conſtitution ; car fi les bonnes
moeurs corrigent quelquefois les mauvaiſes
loix , & fuppléent aux infuffifantes ; c'eft
aux loix qu'il appartient de rendre les
moeurs meilleures. Cette correfpondance,
intime , que l'Affemblée conftituante n'a
pu faifir au milieu de fes travaux partiels ,
n'échappera pas aux vues profondes des
Légiflateurs qui s'occupent du foin d'organifer
la République, & dont les inftitutions
feroient peu durables s'ils ne les plaçoient
fous la fauve - garde des moeurs.
Le dépouillement du nouveau fcrutin pour
rélection du maire de Paris , n'a point donné de
majorité abfolue . Sur 14,066 votans , les deux
candidats qui ont réuni le plus de fuffrages , font ,
Antonelle, 2195 , & Hérault-Sechelles , 1704.
Marat en a eu 41 ; Prudhomme , 17 ; Robefpierre
, 139 ; Danton , 67 ; Panis , 459 , &
Manuel , 868. Les fections le font raffemblées
de nouveau pour le dernier fcrutin qui ne
doit plus fe porter que fur Antonelle ou Hé
rault.
Malgré la loi qui détermine la forme du
ferutin , il s'eft trouvé encore une fection qui
s'eft opiniâtrée à faire fon élection à haute
voix ; elle a arrêté que , fi fon préfident & fon
fecrétaire étoient mandés à la barre de la Convention
,
( 49 )
vention , la Section toate entière s'y rendroit.
Il faut convenir que , & le fcrutin fecret a des
inconvéniens , ie fcrutin à haute vix ouvre
un champ plus vafte à l'efprit de parti & de
coalifation ; la liberté des fuffrages y eft plus
gênée , & la tactique des intrigans plus sûre.
C'est le fcrutin à haute voix qui a été luivi par le
Corps électoral de la Capitale pour l'élection des
membres à la Convention.
Le crédit des incorruptibles & des grands
amis du peuple , cft fur le point d'expirer.
Au milieu de la complication d'intrigues
dont les fis fe croifoient durant la lutte
de la liberté contre le pouvoir arbitraire ,
il étoit difficile d'affigner à chaque perfonnage
leur véritable rôle & de pénétrer les
motifs qui les faifoient agir. Le renverfement
du trône a produit pour les intri
gans & les agitateurs , le même effet que
F'écroulement d'une vieille nafure fur les
reptiles auxquels elle fervoit de repaire, L'oeil
a pu les fuivre plus aifément dans leur fuite.
Les malveillans & ss factieux ne peuvent
Tupporter le jour pur de la République ,
comme les oifeaux de nuit les rayons du Soleil,
& leurs cris effrayans les décèlent bientôt.
L'opinion les a pourfuivis de toutes parts ,
les Ecrivains publics les ont fignalés , &
les Départemens qui n'ont plus qu'un feul
intérêt en demandent juftice. Le courageux
Roland n'a ceffé d'éclairer leur marche ;
enfin , un Membre de la Convention nationale
, l'eftimable auteur de la Sentinelle ,
No. 44. 3 Novembre 1792 .
C
so
*
Louver , vient d'y dénoncer formellement
Roberfpierre & Marat. En vain , leurs partifans
vont s'agiter en tout fens , en vain
feront ils quelque tentative auprès du peuple
pour l'entraîner dans quelques niouvemens
, & effayeront- ils de lui parler au
nom du falut public ; le peuple qui connoît
maintenant fes vrais & les faux amis ,
fait qu'il n'y a pour lui de falut que dans
J'union , la confiance en fes Repréſentans
& l'obfervation paifible des loix.
Les portes du Temple font toujours foigneufement
fermées . La foeur & la femme de Louis XVI
ont pris poffeffion du nouvel appartement qu'on
leur a préparé au 3. étage de la tour. Cet
appartement eft compofé de quatre pièces trèsbien
ornées , dont deux à cheminée & les deux
autres avec des pueles . Le fils de Louis Capet
couche dans la chambre de fon père . On lifoit
fur une pendule de la chambre de Louis : le
Pautre Horloger du Roi ; on a effacé le nom
du Roi , on y a fubftitué celui de République.
Toute la famille defcend de la tour à la garde
montante & fe promène dans le jardin . Les
confeils perfides dont Elifabeth & Marie - Antoinette
nourriffoient le ci-devant Prince-Royal ,
ont déterminé les Commiffaires à l'éloigner de
leur préfence .
Il a été accordé à chacun des deux gardiens
de la tour du Temple , une fomme annuelle
de fix mille livres , attendu l'importance & le
danger de leurs fonctions .
-g - La Commune , voulant donner un témoignage
de reconnoiffance aux braves défenfeurs
$
ver
de Lille & de Thionville , a arrêté que la rue
ci-devant Bourbon porteroit le nom de rue de
Lille , & cele ci- devant Dauphine , de Thionville.
La dénomination des autres rues va être
changée , & une partie prendra le nom des 83
Départemens en figne de l'unité de la Répu
blique .
-
Chaque jour l'inftruction contre les voleurs
du garde meuble fait découvrir de nouveaux
complices, & retrouver quantité de diamans volés .
3 coupables ont été condamnés & exécutés
favoir , un Juif, un marchand fripier & fa femme ,
ágée de 19 aus.
Nouvelles de nos Armées.
a
Armées du Nord. A l'approche de Dumourier
& de Beurnonville , les Autrichiens ont évacué
Saint-Amand , Orchies & Marchiennes. Nos armées
les ont fuivis fur plufieurs colonnes. Celle
de Bearnonville marche fur Mons , & déjà un
détachement de fon avant-garde s'eft emparé d'en
pofte avancé , & a fait 28 prifonniers . On croic
que Dumourier & la Bourdonnaie le dirigent
fur Tournay. Le Maréchal -de- camp , Omoran
pofté à Bon- Secours en avant de Condé ,
été attaqué dans fon aîle droite . Il eft accouru
& a chaffé l'ennemi aux cris de Vivé la
nation . Le général a fait ramaffer quelques- uns
des bleffés que l'ennemi avoit laillé fur le champ
de bataille , & les a fait tranfporter à Condé.
Il ne doit point y avoit de Nation plus généreufe
que la Nation Françoife. Son aide - decamp
a eu une contufion à la poitrine , & le
Commandant de l'artillerie , une la jambe. Le
général demande une place d'officier pour un
C &
52 )
dragon du 17:me, régiment , qui a été griéve,
ment bleffé à cô é de lui . Je le pleurerois amérement,
dit ОMORAN s'il devoit en mourir,
car je donnerois mon fang pour les braves gens
de fon efpèce. Si ma fanté me le permet , je
rendrai , j'espère , tous ces jeunes gens bien belliqueur.
Les Autrichiens ont coupé par- tout les chemins
& les ponts , mais leuis efforts feront inutiles
, rien ne pourra artêrer les S ›ldats de la Liberté,
qui vont devenir les Libérateurs des Belges.
Armée du Centre. L'avant-garde du Général
Valence a chiflé les Autrichiens des villages de
Remi , St. , Marc , vieux Withon , & du pofte
important de Wi thon , où les Autrichiens ont
fait la plus forte réfiftance . Ce pofte étoit défendu
par 1,500 hommes & 4 pièces de canon.
Après une vive canonnade de part & Jautres,
les Volontaires de la Charente inférieure out
chargé , avec la plus grande bravoure , la bayon ,
nette au bout du fufil , & ils ont emporté le pofte.
Les Autrichiens ont laiflé 200 hommes fur la
place & 20 Prifonniers . Les Généraux Neuilly &
Lamarque fe louent beaucoup du courage calme
& de là bónne tenue des troupes . Nous n'avons
perdu que is
bommes.
Kellermann , comme le difoit Caftine , ferre la
meture aux Acti.hiens & les pourſuit , à fon tour ,
fur leur territoire . On croit qu'il le diſpoſe à attaquer
Luxembourg.
Armée du Rhin. Lexpédition de Cuftine far
Mayence & fur Francfort a eu le fuccè le plus
complet , malgré la defiance que ce modeſte Général
avoitexprimée dans la lettre dont nous avons
( 53 )
rendu compte dans les Séances . Voici les détails de
ces deux prifes importantes ;
Lettre du Général Cuftine au Miniftre de la
guerre. Au quartier général à Mayence , le 22
Octobre 1792 , l'an premier de la République
Françoife.
CITOYEN MINISTRE ,
« Je vous envoie les dérai's qui ont précédé
& accompagné la prife de Mayence dont je fuis
en poffeffion. »
Parti le 16 au foir , du camp d Edeshein
je fuis arrivé ici le 18 au foir ; la pluie avoit
commencé à deux heures de l'après midi ; le
temps étoit affreux , j'avois fait 22 lieues en
deex marches , je me fuis décidé à cantonner les
troupes dans le plus riche & le plus beau pays . »
« Dès le 18 , à la pointe du jour , j'étois
le maître de peat- volant d'Oppe heim . Les
troupes qui s'en fout emparé ont fait 18 eues
en moins de 28 heures. Cette rapidité étoit
néceffaire pour empê her la deftruction de ce
pont par les canemis ; & il devoit fervir trop
utilement à mes projets ultérieurs , pour ne pas
tout faire pour fa confervation . »
+
« Le 19 au matin , j'ai campé les troupes
la droite à Heixenheim , & la gauche au Rh n
paffant par les villages de Dalheim , le moglia
de Guntznheim , la tête du bɔis de Monbach . "
Je me fuis rendu maître des coteaux de vigres
qui fe tronvent au deffus des hauteurs du mou-s
lin de Guntznheim , & y campant mes g´er adiers ,
j'ai en même temps pouflé des troupes légères en
avant , pour me faciliter la reconnoillance de
1 place.
i
st
Quelques huffade Autrichiens que j'anois
C 3
84 )
chaffés de Worms devant moi , doient à cette
époque hors de Mayence , & la Cavalerie ne
pouvant les atteindre , on leur a envoyé quelques
coups de canon de mon artillerie volante , feu.que
j'ai inceffamment ordonné de ceffer . Ces huffards
difparus , je me fuis approché à 150 toifes
des faillans des redoutes avancées ; c'étoit le feul
moyen que j'euffe de reconnoître parfaitement cette
place , dont les ouvrages bien paliffadés , de-
Iobent la vue du corps de place à l'affiégeant .
1
« Je ne tardai pas à reconnoître que je n'avois
qu'un feul moyen de m'en emparer , celui d'en
impofer à fes défenfeurs. Hs confiftoient ent
7,300 hommes des troupes des Cercles , dont
faifoient partie quelques reftes de l'armée Mayenpoife
échappés de Spire , confiftant à- peu - près en
so hommes ; le refte , troupes de Fulde & les:
contingens de la maifon de Nafau & autres ;
1000 Autrichiens , un corps de Chaffeurs &
valets de Nobles , dont le Miniftre de Pruffe
devoit prendre le commandement , enfin la bourgeoifie
& l'univerfité à laquelle le Magiftrat :
avoit fait prendre les armes le tout compofant!
6c00 hommes . »
,
es J'étois non - feulement inftruit avec préciſion
des troupes qui étoient dans la ville , de la
nomb cufe artillerie qui bordoit fes remparts ,
mais encore de la fituation pofitive de cette im-
Fortance fortereffe. J'avois fu me procurer avec
de grandes certitudes & par l'intelligence , & lat
grande audace du jeune Stamm , guide decette
armée , la connoiffance , précife des points
qui avoient été négligés dans la place ; j'ai donc
réfolu fans bala cer de faire aux grenadiers que
je commande , le tableau de mes difpofitions
pour l'attaque de Mayence. »>
U s s )
1
J'avois pris avec moi & fait defcendre fur les
Rhin tous les bacs & bâtcalix , depuis Worms
jufqu'ici . Je m'étois muni d'échelles ; le tableau
du danger , que je me gardai bien de diminuer ,
au lieu d'étonner les Grenadiers , a erflumé
leur courage. Alors , fûr de mes moyens , mes
difpofitiens faites , j'ai envoyé , le 20 au matin ,
ma fommation au Commandant par le Colone !
Houchard , je joignis à cette fommation une
1 te au Borgmelire. Jajoins ici copie de cette
formation & de cette lettre ; j'ajoutai au Colonel
Houchard d'afiurer : Commandant que
rien n'étoit impoffible aux hommes que je commndoi
; que les ayant confultés , ils brûloient
d'une ardeur extrême d'affuter la gloire du nom
François , par la conquête d'une place auffi importante,
»
La réponse , du Gouverneur a été, qu'il
vouloit fe défendre ; qu'au moins il demandoit !
jufqu'au 21 pour réfléchir ; ils n'avoient ceffé
de cancnner fur nos poftes depuis 48 heures ,
quoiqu'envain ; des boulets de 36 venoient mourir
jufqu'à 200 pas du camp , las canonade re
ceffoit ni jour , ni nuit . La précaution que j'avois
prife de les inquiéter pendant la nuit , avoit établi
une moufquete ie qui duroit plufieurs heures ,
& qui avoit tué un foldat & en avoit bleffé denx
autres. I falloit faire ceffer ces incertitudes du
Gouverneur. Je me fuis décidé à lui écrire la
feconde lettre dont je joins ici copie ; à fept
heures du foir j'ai reçu de lui la réponſe & la
propofition de capituler , dont vous trouverez ici
la rédaction finale ; »
« Je n'ai pas voulu confentir à laiffer les
troupes entièrement en liberté , & j'ai exigé que
ces troupes , même celles de l'Empereur , ne fer-
C4
( so )
viffent point d'un an contre la République Franfoife
ni les A liés. Je ne pouvois rien exiger de
plus , lorfque la fortereffe étoit encore intacte.
J'ai cru mê ne devoir , pour la gloire de la République
, ne pas faire de conditions plus dures ;
ellesauroient pu nous montrercomme des guerriers
féroces , a'térés de fang & de pillage. »
Cette utile conepuête eft due à la haute
idée qu'a infpirée la prife de Spire , la valeur
des Soldats François qui y ont combattu , l'ordre
qui règne dans l'armée , & qui infpire dans toute
PAlleinagne le refpect le plus profond pour les
armes de la République . Je m'eitimerois hepfi
lep non qu'a infpiré la lo gae expérience
d'un veux foldat qui les commande , pouvoit
Y être entrée pour que que chofe ; car épargner
le far de nos ennemis , fera pour moi , au
mi ieu des horreurs de la guerre , la jouiſance la
plus douce, »>
reux ,
Sar la crainte témoignée par les Autrichiens
, & leur defir extrême de fortir de la place ,
dans la crainte d'être égorgés , ainfi que le leur
onc perfuadé urs Officers , j'ai confenti à leur
forte avant l'arrivée des troupes Françoiſes , pour
éviter les horreurs dont les Autrichiens menaçoient
Mayence, "
« Je ne puis pas encore vous donner des dém
tails fur les munitions , approvifionnemens de
bouche & de guerre , & fur l'artillerie que ren -1
ferme la place , mais la quantité & le nombre en
font confidérables . »
Croyez , Citoyen Miniftre , à mes fentimens
de fraternité. »
( 57 )
Copie d'une lettre du général Chine , au préfident
de la Convention nationale , le 23 octobre
1792.
Au quartier général , à Mayence , l'an
1er de la République Françoile .
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« Les troupes de la République font entrées
dans Francfort-fur- e Mein . J'ai exigé de cette ville
qui a montré une protection fi ouverte aux émigrés
, & aux ennemis de la té - olution ,
contribution de quinze cent mile florins : j'ai´
aufi l'honneur de vous envoyer copie de la
répoule que j'ai faite aux obfervations des Magiftrats
de cette ville, & pardaquele j'ai co- fenti à
réduire la contribution de deux oil ions de flo : ins,"
à quinze cents mille . »
Je fuis occupé aujourd'hui à achever l'approvifionnement
de l'intérellante conquête que
viert de faire la République , La force de Mayence
égale , j'ofe le dire , celle de Landau . Lorſque
les fronts de l'Allemagne feront découverts , &
que l'on aura , mis à l'abri de toutes infultes , le
bord du Rhia , ce qui eft très - facile , & c'est
ce dont l'on s'occupe déjà , rien n'enlèvera
nos armes la clef de cette forterefe qui
domine de Rhin , & tient l'embouchure du Mein.
L'on y a déjà compté 165 pièces d'artillerie
& il y en a beaucoup davantage ; une énorme
quantité de poudre , de fer coulé , de boulets &
d'armes. »
« Pavcis été affez biea inftruit par les ob
fervateurs que j'y avois envoyés ; & je n'heite
pas de dire , d'après le courage & la décifion
des hommes auxqueis je commande , que fi
Ci
( 5858 ))
elle n'avoit capitulé , elle eut été enlevée la
nuit même, d'après les difpofitions faites pour fa
défenfe dont je m'étois procuré une parfaite connoiffance.
»
« Qu'il m'a été doux d'épargner le fang de
mes concitoyens ; & j'éprouverai toujours un
grand bonheur à in'en montrer avare ; je ne
dois difpofer que du mien , & je le donnerai avec
bonheur , fi , en le voyant couler, il pouvoit affurer
La liberté des peuples. 33
J'ai l'honneur de vous adreffer , citoyen
préfident, une copie de ma proclamation dans cette
cité j'en attends l'effet ; je vais envoyer la
même proclamation à Worms & à Spire . L'inftant
eft airivé de frapper les plus grands coups
aux ennemis de la liberté des peuples , & le
Républicain ne doit pas rallentir fon activité après
quelques fuccès ; il ne doit ceffer de frapper
que lorfqu'il ne lui refte plus d'ennemis à combattre.
4
« J'aurai l'honneur d'adreffer inceffamment à
Ja Convention le plan de la ville de Mayence;
le fyftême des mines , des ouvrages avancés , eft un
des plus beaux qui exifte. Les galeries font toutes
voû.ées, »
Nous ne tarderons pas d'apprendre la prife
de Coblentz . Cuftine a exécuté tout cela avec
16 mille hommes . Il demande des renforts ;
Biron va marcher de concert avec Kellermann ,
avec un corps de 25 mille hommes .
Armée des Alpes. Les négociations de Montefquiou
avec les magiftrats de Genève ont produit
une forte de capitulation dont la Convention
nationale n'a point eu encore de connoiffances
officielles . On fait feulement que les
( 59 )
troupes fuiffes , actuellement à Genève , fe retireront
fucceffivement , & que leur retraite fera
confommée d'ici au premier décembre prochain.
Les troupes françoifes fe retireront , à leur tour
à 10 lieues à la ronde , ne croit pas que. la
Convention ratifie cette
tranfaction
,
Armée du Var. Le fuccès des armées françoiles
en Savoye & dans le comté de Nice , a
jeté dans tou e l'Italie , une furpriſe égale à la
terreur. Gênes fe réjouit de l'humiliation du roi
Sarde , prince auffi foible qu'ambitieux. Les Gê..
nois ne diffimulent point leur fatisfaction de voir
triompher le parti national en France . Le plus
grand des crimes de Louis XVI rétabli fur fon
trône , eut été , pour la République , fa banqueroute.
Ce peuple fait des voeux très - fincères pour
la profpérité de la République françoife . Cependant
le fénat n'eft pas infenfible à la peur qu'ont
les gouvernemens italiens de la propaginde françoile
. Auffi vient- il de rendre un nouveau décret
qui ordonne à tout étranger , habitant la
ville depuis le commencement de 1792 , de fortir
des états en peu de jouis . A Venile le fenat
a févi contre tous les françois , & tous indiftincicment
ont été éloignés. L'ordre eft même donné
aux gondoliers de ne laiffer aborder aucun françois
, fous peine de mort.
SUEDE.
De Stockholm le's Octobre 1792.
Le Duc Régent continue à remplir toutes
les efpérances qu'il a données en prenant le
' C 6
( : 60- )
timon de l'Etat : il continue à donner toutes
les places aux perfonnes que Gustave
avoit exilées . Le Baron de Stierneld vient
de fortir de la fortereffe de Warberg pour
occuper la place de Grand- Chambellan de
la Reine douairière. Celle de Secrétaired'Etat
au Département de la marine vient
d'être fupprimée , & fes fonctions réunies
au Département de la guerre .
Le Lieutenant général de Toll fe rend à
Varfovie en qualité d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Baux, précédemment
nonimé à ce pofte , aura une autre deftination
.
La réunion du Roi , du Régent & de la
Famille Royale dans cette ville , a donné
lieu à plufieurs fêtes terminées par l'Opéra
& autres fpectacles,
DANEMARCK.
De Copenhague , le 9 Odobre 1792 .
Tandis que d'autres Puances s'épuifent
d'hommes & d'argent , pour étouffer
dans fon berceau la République Frarçoife ,
le Danemarck s'occupe d'étendre fon commerce
en fondant des colonies. Il n'eft
pas découragé par les malheurs de fon
Premier établiffement dans l'ifle de Nicobar.
On fe propofed'y tranfporter d'autres
( 61 )
hommes , en prenant des précautions contre
les maladies qui ont détruit les premiers
Calons.
Une maladie grave retient ici le jeune
Comte de Bernflorf, qui devoit retourner
à Berlin , où il réfidoit en qualité de Miniftre
plénipotentiaire.
La navigation marchande dans le Nord
s'accroît confidérablement. Le 2 & le 3 , on
a vu dans le Sund 428 navires .
POLOGNE.
De Varsovie.
Quel fpectacle pour les amis de la liberté
que l'état déplorable de Pologne ! On
joint l'infulte à la cruauté. Des tyrans qui
f'enchaînent voudroient paroître fes libérateurs
. Tout y eft à la merci des Ruffes , &
cette Catherine qui auroit dû expier fa
vie domeftique par toutes les vertus politiques
, veut donc avant d'entrer dans
Ja tombe fe couvrir de toute l'exécration
du genre humain. C'eft envain qu'elle cherche
à colorer d'une ombre de juftice fes
dévastations en promettant d'indemnifer les
Polonois des dommages que les troupes
ont occafionnés. Cette promeffe eft auffi
fincère que l'hommage qu'elle rendoit aux
droits des peuples en traduifant de fa main
( 62 )
+
oppreffive un des chapitres de Bélifaire.
Pour que rien ne mette ici des bornes à
fa puiffance , elle a fait difperfer les troupes
de la République. Ses fatellites entourent le
trône d'un Roi qui a furpris un moment
l'eftime de l'Europe , d'un fimulacre de
Diète compofée d'hommes qui ne fauront
montrer que leur baffeffe .
L'Impératrice qui ne veut fouffrir rien de
libre en Pologne a ordonné à la confédération
de ne plus reconnoître M. Defcorches
pour Miniftre de France . On rappelle auffi
le Miniftre de la République à Paris. Voici
le décret de la confédération.
« La confédération générale , fur le rap-
» port de M. le Grand - Maréchal Muifzech,
» & en conféquence de la note de M. Def
» corches , en date du 8 Septembre , a ré-
» folu que l'écrit François , ayant pour
» titre Expofition , & d'autres pareils , *
ne pourroient être ni imprimés , ni
» réimprimés , ni publiés ; que M. Def
» corches ne peut plus refter dans la Ré-
» publique , fous la protection du droit
» des gens , & avec les prérogatives
» des Miniftres étrangers & Ambaffadeurs.
Elle charge le Grand - Maréchal d'en in-
» former M. Defcorches , de même que du
» rappel de M. Oraczewsky de Paris. Donné
» dans la féance du 14 Septembre 1792. »
M. de Krecketnickow en partant pour
163)
Pétersbourg a laiffé le commandement de
fon armée au Prince de Dolgoruki.
Les tyrans qui raifonnent quelquefois ,
voudroient porter leurs coups dans les
ténèbres de l'ignorance . On vient d'enchaîner
la preffe , & une chofe plus révoltante
qu'étonnante dans le langage des
Princes , on ofe prononcer le Saint nom
de la Liberté en cherchant à lui porter la
plus funefte atteinte. On a beau faire , tout
doit céder à la puiffance de la raifon , &
une étincèle patriotique confervée dans
l'ame de quelques bons Polonois peut
au premier évènement favorable enflammer
toute la République.
Une querelle furvenue entre la ville de
Thorn & le Gouvernement Pruffien , pourroit
bien fervir de prétexte à Guillaume
pour intervenir dans nos affaires. Laiffera-til
à Catherine une proie qu'il peut partager
?
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 12 Octobre 1792 .
Rien n'égale la terreur que répandent
ici les victoires de la République Françoife.
Notre Cabinet fi long-temps l'arbitre
de l'Europe ne fait comment fe tirer
·
(64)
de l'abîme où il s'eft précipité . Il ne s'agit
plus de fecourir Louis XVI , mais de
trouver les moyens de réfifter à la Répu
blique Françoife . Les finances font épuifées,
les Peuples & les armées même murmu
rent. Les Alliés vont nous abandonner ent
nous accablant de reproches . On voudroit
tenterune autre campagne ; mais ou prendre
des fonds ? Pour comble de malheur on
fe méfie du Roi de Pruffe , on craint qu'en
fe retirant , il ne fe dédommage fur le ter
ritoire Autrichien des pertes qu'il a faites .
fur celui de la France . Il étoit impoffible
que la haine ne divifät bientôt des alliancesformées
par l'injuftice.
De Francfort-fur l'Oder.
Les Journaux vendus aux Puiffances
coalifées contre la France avoient ofé
publier que Dumourier renfermé par les
a mées combinées avoit lui - même demandé
à capituler. La Gazette officielle
de Berlin a cru devoir démentir des menfonges
que le cri de l'Europe devoit bientôt
confondre. Elle convient que le Général
François n'a point demandé à capituler ,
& ajoute pour excufer les motifs de ces
royales expéditions , qu'elles avoient pour
objet de fecourir un Prince malheureux ,
& de reconnoître les véritables fentimens
d'ane nation déchirée par tant de Partis.
(-63 )
Cette Gazette , d'ailleurs , rend juftice à la
valeur des troupes Françoifes , & c'eſt ainh
qu'elle fe prépare , à l'article où elle fera
obligée d'avouer que Guillaume a été forcé
de capituler & de reconnoître la République
Françoife.
Enfin , l'Electeur de Bavière vient d'entrer
imprudemment dans les deffeins de la
Pruffe & de l'Autriche . Ce Prince a fait
dire à M. Daffigny , Miniftre de France ,
qu'il ne reconnoiffoit plus fon caractère diplomatique
. A la bonne heure ; mais le Général
Cufline pourroit bien remplacer avant
long temps ce négociateur.
Pour couvrir Saarbourg on y forme un
campde 3,000 hommes . Lë Général Wallis
doit les commander. On dit que 8,000 Autrichiens
marchent vers Mayence . Ils pourrolent
bien faire une marche rétrogrado.
Quelques régimens Autrichiens arrivés
le 8 à Raftadt y attendent leur deftination
.
ITALI E.
De Venife , le 6 Octobre .
Le triomphe des armes d'un Peuple libre
doit épouvanter toutes les ariftocraties . C'eſt
ce qu'on voit à Venife , où dans le délire
de l'espérance , on avoit déja chanté la
chûte de la France qui , prefque écrasée
( 66 )
1
fous les coups des Rois coalifés , ne pa
roiffoit plus qu'un immenfe amas de ruines.
La pitié même rendoit cette joie plus infolente
. On déploroit la perte de quelques
monumens des arts ; mais à la nouvelle
que l'Empire François étoit debout &
dans l'attitude la plus impofante , & que
fes enfeignes victorieufes étoient en mêmetemps
plantées fur les Alpes , fur les bords
du Rhin & fur ceux du Mein , la terreur
a remplacé l'audace dans toutes les ames
& ce qui eft une fuite de ce, fentiment ,
on a violé le droit des Nations d'une ma--
nière auffibarbare qu'impolitique. Le Sénat.
effrayé au feul nom des François , les a tous
perfécutés , repouffés hors du territoire de
la République , & a défendu , fous peine de
mort , aux Gondoliers d'en lailler pénétrer
aucun à Venife .
La colère de nos ennemis & leur effroi
annoncent également nos triomphes & les
triomphes des principes qui ont opéré
notre révolution .
De Gênes , le 15 Octobre.
Les Nobles Gênois ( le Peuple n'y eft
encore compté pour rien ) fe réjouiffent
du fuccès des armes de la liberté . C'eſt par
haine pour le tyran de la Sardaigne , c'eft
pour l'intérêt de leurs finances qu'ils font
des voeux pour la République Françoiſe ,
( 67 )
5
:
―
car ils favent bien
que
la sûreté
de leurs créances
y eft attachée
& que le retour
de
la royauté
s'annonceroit
par la plus infâme banqueroute
; mais comme
prefque
rien
n'eft pur , un fentiment
de trifteffe
vient fe mêler
à leur joie. Ils redoutent
l'in- fluence
des principes
que les inftitutions & les victoires
d'un grand
Peuple
doivent
difféminer
dans l'Univers
. Ils voudroient
l'impoffible
d'un côté profiter
de la révolution
de France
, & de l'autre
arrêter
fes effets fur leur Gouvernement
. Dans
ce
deffein
, le Sénat
vient
d'ordonner
à tous.
les étrangers
établis
à Gênes
depuis
1792 ,
de fortir
de fes Etats
fous peu de jours. On voit affez que ce décret
rendu
contre
,
des François
, n'a été généraliſé
à tous les
étrangers
que par une tournure
dont.perfonne
n'eft dupe. Voilà
le caractère
de la
foibleffe
.
Turin , 26 Septembre.
Le Roi qui avoit partagé l'orgueil &
les efpérances des anties Princes ligués
contre la France vient d'en partager la..
honte & les revers. La nouvelle de l'invafion
de la Savoie a été pour lui un coup
de foudre. Le confeil s'affemble avec précipitation
, & un courrier part pour Londres.
On réclame le traité défenfif entre les deux
couronnes. Mais comment pourra , le Ca(
68 )
-3
binet de Saint- James , concilier ce traité
avec la neutralité fi fouvent déclarée à
l'égard de la République Françoife ?
Genève , le 25 Octobre 1792.
La négociation du Général Montefquiou
avec le Magnifique Confeil de Genève a
produit un réfu tat qui ne fatisfera , ni les
Patriotes Genevois , ni probablement le
Pouvoir exécutif fuprême , ni la Convention
Nationale de France. Voici en fubftance
le contenu de cette efpèce de tranfaction.
« Art. I Les troupes Siffes actuellement à
Genève , le retireront iucreffi ement . Ladi e retraite
fera confommée d'ici au 1º , décembre prochain
. "3
II. Dès le lendemain de la préfente canvention
, la groffe art l'erie Fanço fe két ogra
dera da s les places for es & arfenaux de France
& ordres feront donnés pour arrêter la marche
des troupes qui s'avancent ... Les corps de fermée
Fra çoile qui environnent Genève , fe retire
on , & ne laifferont , dans l'efpace de dix ,
lieues à la o de , que le détachement néceffaire
à la poice & au maintien du bon ordre dans le
pays ; cette retraite fera confommée d'ici au 4
cembre. "
dé-
III . Dès la date de la préfente , la libre
communication e tre les deux Républqus , &
l'entière liberté da tranfit de Genève en Smile
& de Suiffe à Genève , feront rétablis fur le même
pied qu'en temps de paix. »
1969
A
« IV. Le Réfilent de France rentrera inceffamment
à Genève , & y reprendrà ſes fonetions.
»
« V. Tous les Traités antérieurs de Genève
avec les voifins font folemalement réservés , &
furs tout celui 1584 avec Berne & Zurich ,
ainfi que l'art. V de 1782. n
« VI. La ratification des préfens articles fera
faite & échangée dans douze jours , ou plutôt f
faite le
peut.
35
Il vient de tomber dans nos mains une let
tre écrite de Carrouge, qu'on peut regarder
comme le commentaire de cette Capitulation
, quoiqu'on ne puiffe le défendre d'y
reconnoître un peu d'amertume.
Carrouge , 24 Octobre , l'an premier de la liberté
Savoifienne , & l'an 1792 de l'efilavage de
Genève.
3.
« On ne comprend rien ici à la conduite du
Général Montefquiou ; il vie t de compromettre,
de la plus étrange manière , l'honneur de la
République Françoife , par fon Traité avec les
Magiftrats de Genève. Il eft ftipulé que les
troupes Suiffes ne peuvent évacuer cette ville
que le 2 Décembre ; les troupes Françoifes
doivent le retirer à dix lieues à la ronde & la
groffe attillerie rentrer dans les places de guerre ;
enforte que la Savoie & le diftrict de Gex feront
à la merci des Saifles , qui ne prennent pas le
même engagement , & qui ne le trouveront qu'à
deux lieues. Nous espérons que le Confeil exécut
f ne ratifiera pas un Traité avfli déshonorant
, & que les auteurs éprouveront la jufte
indignation de la Convention Nationale. Les
( 70 )
:
troupes Françoifes , campées fous des tentes ou
Teau pénètre de toute part , font in ignées de
feur inaction , tandis que leurs camarades volent
de victoire en vi &oire. Montefquion fait battre
au champ lorique les Magiftras de Genève vont
te voir ; & ceux - ci chatent de Genève tous
les François qui refufent de s'armer contre leur
Patrie ; en van 3,000 Genevois expatriés ont
follicité l'appui du Général , il n'écoute que les
infinuations des affociés de Coblentz , de ces
hommes qui e parlent des Frarçois Patriotes
qu'en les traitant de brigands , & qui ont écrit ,
contre les Légiflatures & la Révolution , les libelle's
les plus atroces , qui ont publié encore , le 9 de
ce mois , fous le nom d'un nommé Baudit
les plus infâmes calomnies contre le Réfident
Châteauneuf & le vertueux Roland. Par quelle
fatalité le Général traite t- il , avec des égards
marqués , les plus grands & les plus criminels
ennemis de la République Françoilc , & laiffet-
il languir , ou feulement fes troupes , mais
la nation Genevoise entière , qui demande à
être débarraffée des tyrans qui l'oppriment &
la dé honorent ? »
De Naples , le 20 O&obre 1792 .
Le peuple vient de fentir fa force & le
tyran la foibleffe ! Par le plus faux calcul ,
des Loix gênent prefque par tout la circulation
des grains . De-là réfuite toujours
la cherté du pain & quelquefois la famine .
Cette vérité vient d'éclairer & d'effrayer la
Cour Napolitaine . Sous les fenêtres du
Château une multitude menaçante demande
?( 71 )
la diminution du prix du pain. On diftri
bue de l'argent. Ce n'eft point de l'argent
répond le peuple , que nous demandons ;
mais la baiffe du prix du pain. On s'eft
empreffé de remplir ce vou , ou plutôt
cet ordre , & on a exempté de tout droit
les importations de grains dans ce Royaume.
Le peuple qui a commandé une fois ,
peut bientôt croire & avec raifon qu'il
eft fait pour commander toujours , &
mille circonftances peuvent conduire rapidement
de cet attroupement à une infurrection
générale. Par quel aveuglement
les Princes ne voyent-ils pas qu'ils ne
peuvent fe maintenir fur le Trône qu'en
dirigeant eux- mêmes la révolution qui les
menace ?
De Milan , le 26 Septembre .
Sur tous les points de la domination .
Autrichienne , on ramaffe des forces pour
combattre la France. La garnifon de cette
ville s'eft mife en marche pour le Piémont
& doit fe groffir dans la route des troupes
actuellement à Pavie. L'Empereur doit ,
dit- on , envoyer d'ailleurs trente mille
hommes ; mais il eft très - poffible que ce
qui fe paffe dans l'Allemagne dérange ces
difpofitions.
( 72 )
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 17 Odobre.
Quel parti prendra notre Cabinet fur
Is grands évènemens qui agitent le Continent
? Ceft la queftion que font nos
politiques. Elle feroit biento: décidée,fi l'on
confultoit la raifon , la juftice , le véritable
intérêt de la Grande Bretagne. Les Emigrés
François , nos Ariftocrates , parmi
lefquels il faut compter nos riches négo .
cians , tous n'ont ceffé de déigurer par
leurs calomnies la plus belle révolution.
Le Peuple long temps abufé ouvre les
yeux , voit des frères dans les François
patriotes , & lorfqu'il en rencontre quelqu'un
il s'écrie avec tranfport : Good
Frenck.
·
Les troubles d'Irlande ajoutent aux inquiétudes
de notre viinitère. Tous les
partis tournent leurs regards vers Pitt , les
uns pour applaudir , les autres pour blâmer
les mesures ,
JOURNAL
HISTORIQUE
Y
E T
POLITIQUE.
er
FRANCE.
L'an 1. de la République Françoife.
CONVENTION NATIONAL ED
LE
Du dimanche, 28 octobre.
E général Cuftine inftruit la Convention nationale
qu'il a levé à Francfort une impofition
de 1,500 mille forins. It lui donne des détals
des munitions de guerre trouvées à Mayence.
Voici la proclamation qu'il a faite , au nom de
la république Françoife , aux habisans de cette
ville :
cc Lorfque les François fe font décidés à faire
la guerre , ils ont été provoqués par l'injufc
agg.cffion des de potes , de ces hommes élevés
N°. 45. 10 Novembre 1792. D
( 74 )
1
dans les préjugés , qui leur perfuadoient que fes
Nations femées fur le globe n'y exiftoient que
pour fatisfaire à leur vaine gloire , & que leur
or devait fervir à faturer leurs paflions. Les repréfentans
du peuple François , la nation toute
tière , diftinguerout toujours dans leur juftice
ies peuples aflez malheureux pour s'être vus forcés
de courber leur tête fous le joug du defpotifme ,
de ces hommes injuftes . Uae nation qui , la première
, a donné l'exemple à tous les peuples de
rentrer dans leurs droits , vous offre la fraternité
, la liberté . Un væ fpontané doit décider
de votre fort ; & fi vous préférez l'esclavage aux
bienfaits qui vous font offerts , je laifferai aux
traîtres à prononcer lequel des defpotes doit vous
rendre des fers. »
ce Je maintiendrai les anciennes impofitions ,
je n'exigerai de contributions que de ces hommes
qui , faifant porter tout le poids des charges fur
vous feuls , avoient bien fu s'en affranchir . Je
ferai refpecter toutes les autorités conftituées ; je
foutiendrai
les conqu'à l'époque où un voeu libre
aura la volonté du peuple . Je vais
mettre cette ville dans l'état le plus redoutable ,
& quoique l'on fe foit plu à répandre parmi vous
que j'avois le projet de l'abandonner , je jure de
la defendre même contre tous les efforts de nos
ennemis réunis ; puiffe- t - elle devenir le boulevard
Ide la liberté de tous les peuples de l'Empire
Germanique puifle de fon fein partir ces principes
d'éternelles vérités ; puifle leur évidence
frapper tous les hommes courbés fous le joug de
la fervitude ! Pour moi , fier du beau titre de ciqoyen
François , j'ai abjuré toutes les diftinctions
tu'avoient inventées l'orgueil ; la feule ambition
d'un homme fage doit être de vivre dans la mémoire
de fes concitoyens .
و د
L'ordie du jour amenoit l'admiffion des pétitionnaires
à la batre.
Les membres du tribunal criminel créé par
T'Affemblée législative après le 10 aoûr , le préfentent
pour répondre à quelques inculpations
faites contre eux . Sur la motion de Lanjuinais
qui obferve que ce tribunal ne s'eft point juftifié
de l'imputation qui lui a été faite d'avoir condamné
à mort four recèlement , l'Aſſemblée paſſe
à l'ordre du jour , & renvoie fa pétition au comité
de légiflation.
La municipalité de Paris vient auffi rendre
compte de fa conduite . Accuféc par le confeilgénéral
de la commune lorfqu'il avoit préfenté
le bilan de la caiffe de fecours , elle répond à
l'accufation en rappellant & les preuves de civifme
qu'elle n'a ceffé de donner , & celles du
courage avec lequel elle a préparé la révolution du
10 août. « Nous ne confondrons pas , dit - elle ,
les amis de la liber:é avec des intrigans qui , depuis
que les dangers font paffés , foot venus
s'affe ir à côté de nous , moins pour partager la
gloire de fauver la chole publique , que pour y
chercher des bénéfices que plufieurs y ont trouvés.
Nous méritons d'être comprés parmi les hommes
du 10 acût , mais nous hiffens à ceux qui font
venus depuis , l'horreur de la journée du 2 leptembre.
1
Bidermann , membre de la députatios , rend
le compte de la conduite , comme adminiftrateur
de la munic palité . Il expofe toutes les difficultés
qu'on apporte , toutes les entraves qu'on che che
à mettre dans fes fonctions par des pouvoirs qui
fe croifent. Il fe plaint du compte particl que
Dz.
( 76 )
le confeil-général a rer du relativement à la maifon
d: fecours dont il n'a préfenté que l'état paffif.
Il en donne l'actif, qui s'élève à environ 1 milion
600,000 liv.
Un autre membre de la députation annonce ,
qu'aux termes de l'engagement pris par la municipalité
de Paris , le 18 août , de préfen er en
octobre les rôles de 1792 , il vient offrir ces rô es
à la Convention .
La Convention renvoie ces compt : s & ces
rôles aux comités des finances , & fur la propofition
de Cambon , elle charge le département de
Paris de rendre fous trois jours , le compte final
de la maison de fecours .
Une députation de citoyens vient préfenter use
pétition pour demander que la Convection ordonne
que dans chaque fection , il foit nommé
des commiffaires pour prendre connoidance de
l'arreftation des citoyens détenus depuis le 10
août , & des écrous qui en ont été dreflés . La pétition
eft renvoyée au comité de lég flation .
Hérault de Séchelles qui demande le renvoi ,
obferve en même temps qu'un objet auffi impor
tant n'a pas échappé à la follicitude de la Convention
; qu'en exécution d'un de fes décrets ,
le comité de sûreté générale a rommé des commifires
pour visiter les prifons , & qu'incel-
Lamment il propofera à l'Affemblée des melures définitives.
Le miniftre de l'intérieur tranfmet à la Con
vention une lettre des officiers municipaux de
Lyon . Ils annoncent que cette ville eft en proie
aux agitateurs , que des citoyens égarés ont
forcé les prifons , & que , malgré les efforts des
magiftrats , ils ont immalé deux prifonniers . Ser
la propofition de Vitet , la Convention décère
( 77.)
que des commiffaires pris dans fon fein fe tranfporteront
à Lyon , & qu'il y fera procédé incellamment
, & avant même l'élection des corps
adminiftratifs au renouvelement de la musicpeli
é .
Du lundi , 29 octobre.
Parmi de nombreufes adreffes d'adhésion au
décret qui abolit la royauté , on a diftingué celle
de la commune de Montréal , département du
Gers , cu la Convention eft invite à s'occuper
promptement de l'i ftraction publique . Ces citoyens
patriotes peafent que l'inftruction du peuple
eft la prem ère fauve - garle des loix & le feul
moyen d'anéantir les tyrans .
Samedi dernier , fur la motion de Genfonné , la
Convention décréta que 1 s membres qui la compolent,
feroient exclas penda t fix ans de toutes
fonctions publiques . Aujourd'hui Rewbe ! s'eft préfenté
à la tribune pour demander le rapport de ce
décret , qu'un mouvement d'erthoufi fme avcit
erlivé à l'A ffemblée . Il l'a repréſenté comme contraire
aux principes , & comine un attentat à la
Louveraineté du peuple & aux droits du citoyen .
es
Au ron de la patrie , difcit- il , reverez fu- vcs'
par .Les erreurs les plus courtes font les meil cures .»
Jean de Bry conventi: de la juftice de la réclamation
, mais il craignoit que le rapport du décret ne
fût dangereux en altérant le caractère d'immutabilisé
qui conftitue la loi , & ne fournît des armes
contre les législateus , aux paffions baffes & fac.
tices qu'un régime dépravé a fait naître . C'eſt ſurtout
quand les lég flateurs peuvent eux - mêmes y
être intéreflés , que l'inftabi ité dans les loix feroit
funefte ; elles reffembleroient alors à l'expreffion
des p. ffions humaines . En un mot , l'orateur me
( 78 )
voyoit qu'inconvéniens dans le rapport du décret
& pour ceux qui l'adopteroient & pour la loi &
pour le peuple.
Quelques membres ont demandé l'ajournement
de cette difcuffion . Les débats alloient fe prolonger
, lorfque le miniftre de l'intérieur a offert à
l'attention de l'Affemblée un objet d'un intérêt
plus majeur encore , fon rapport fur l'état actuel,
de Paris .
Le miniftre commence par un jufte éloge de la
glorieufe révolution du 10 acut. Il convient que
l'organifation provifoire des pouvoirs communaux
de Paris , étoit néceffaire à cette époque & qu'elle
a été utile . Mais eut - elle été la caufe d'une grande
révolution dont elle n'étoit que l'effet , il ne faudroit
pas moins en relever les inconvéniens , s'il
en exifte , & qu'il foit preffant de les détruire.
Il feroit injufte d'exiger que le bouleversement
d'une révolution n'entraînâr pas quelques malheurs
particuliers & quelques opérations irrégulières.
Mais il faut foigneufement diftinguer ce qui appartient
à la nature des chofes , de ce qui peut
réfulter des paffions ou des déffeins prémédités de
quelques individus .
Après ces remarques générales , Roland deſcend
dans les détails . « Le peuple de Paris triomphant
fur les bords du précipice qui lui avoit été ouvert,
agiffant par lui- même , le trouvoit pour ainfi dire
à une nouvelle naiffance : la défiance naturelle aut
peuple qui a été opprimé , défiance qu'accroît toujours
le danger , entretenoit cette fermentation
avant- coureur des orages qu'excitoient encore les
homines fans mefure , & les défoeuvrés qui ont
befoin de mouvement , & les malveillans qui veuleut
du trouble. La commune régnoit feule dans
Paris . Objet de la cor fiance du peuple dont elle
( 79 )
étoit l'ouvrage , elle faifoit taire ou parler les loix.
Mais elle a oublié dans l'ivreffe de la victoire que
tout pouvoir révolutionnaire doit être momentané,
que la fubordination des autorités conftituées
les unes à l'égard des autres , & la marche
régulière des loix , doivent être promptement rétab
ies pour le maintien même des révolutions qui
les ont un inftant fufpendues .
сс
"3
L'oubli de ces vérités a er traîné dé grands dé- "
fordres . Le miniftre ne s'arrête point fur les entreprises
extérieures de la commune ; fur les commillaires
envoyés dans les départemens ; fur leurs
procédés & les plaintes qui les ont luivies , ces divers
objets ayant été déjà dénoncés & quelquefois
par lui-même. Il paffe à d'autres actes arbitraires
qu'il eft bon de connoître pour porter un juges
ment fut la conduite de la commune de Paris. Il
cite d'abord l'envoi à Senlis de deux commiſſairedu
comité de furveillance de cette commune .
« Les commiffaires , dit le miniftre , ont requis le
maire & un officier municipal de les accompagner
dans une vifite dont ils fe difoient chargés . Ils fe
fent rendus à l'hôpital , fe font emparés de l'argenterie
de cette maifon & de celle de la fupérieure
; ont mis le fcellé fur un cabinet , emmené
à Paris deux des adminiftrateurs defquels ils ont
pris l'argent monnoyé , les billets , l'argenterie !
Airivés a Paris , on a renvoyé ces adininiftrateurs ,'
fans lecture du procès - verbal , avec un certificat
de civilme. On ne dit pas fi leurs effets leuf one
été rendus ; mais les démarches de la commune de
Senlis n'ont pu lui faire reftituer l'argenterie de
Thôpital & de la fupérieure , & les fecllés font des
meurés fur le cabinet, »
CC
Sans doute que la commune de Paris aura
fait paffer cette argenterie à la mornoje ; mais
D4
( 80 )
ce n'étoit pas à elle de s'en empater ; & elle
devoit du mois m'inftruire de ce qu'e le avoit
fait je n'ai pu l'obtenir. »
« Des commiflaires e voyés par elle à Chantily
, en ont enlevé une grande quantit a'habits
, d'effets de chaffe & autres hardes d'équi
pement , dont plufieurs avec garniture , ou galons
& monture en or & en argen:; aucun compte
ne m'en a été vendu , »
CC
Long temps après le décret du 15 feptembre
, deux commiffaires de la commune ont
continué d'opérer à 1hôtel de Coigny & dan:
fes dépendances , appartenans à la nation . Des
matelas , en très - grande quantité , en avoient
di paru ; on y en retrouva une partie , après la
menace faite d'une dénonciation par des commiffaires
que j'y envoyai ; mais ces commiffaires
n'ont pu obtenir communication du travail des
aur ; aucun compte n'a été rendu , même
depuis que des inje nations réitérées font parvenues
à faire retirer les agens de la commun
. »
J'ai éit à la Cony nion , le S de ce mois
Four la prévenir que le citoyen Fourier , chargé.
de conduire une force armée de 1oco hommes
à Orléans , avoit ramené , ave : les prifonniers ,
tous leurs effets , dont plufieurs très précieux ,
de l'or & de l'argent monnoyé ; que le tour
avoit été remis à la commune de Paris , ain fi
qu'un paquet confié en fecret par M. Leffart ,
contenant des 1.tties - de- change & autres papiers
importans je n'en ai pas eu de compte. Je ne
préjuge sien , je le répète , fur la dif, ofition des
objets ; mais je devois la connoître : elle m'a été
cclée . »>
« J'avois été informé qu'il y avoit au Temple
( 81 )
une très -grande quantité d'argenterie fous les
fcéllés , dont ne parloient plus ceux qui les
avoient appofés . J'écrivis à ce fujet au comité
de furveillance de la commune le 12 octobre
je n'ai pas eu de réponſe. »D
Je fais que le 27 août , lors de l'appofition'
des fcellés chez M. Septeuil , tréforier de la
lifte civile , le citoyen Tiffet , en remettant le
procès-verbal au comité de furveillance de la
commune , lui remit aufli un carton qu'il déclara
contenir tant en affignats qu'en or , la
fomme de 340,000 liv. , ainfi que des regiftres ,
une montre, & deux grands porte- feuilles, contenant
des papiers fignés du Roi & de la Reine . Le
30 , le même citoyen a remis au même comité
un carton de bijoux & d'effets précieux , trouvé
à Saint-Firmin , près Chantilly , chez le fieur'
Lahaye , qui avoit déclaré tenir ces effets de
M. Septeuil. »
Vers le 24 ou le 25 d'octobre , ce citoyen
a vu , en préfence de Morillon , fecrétaire de
Septeuil , les objets contenus dans le carton qu'il
avoit ren is le 30 août . Les fcellés avoient été
levés fans lui , quoique fon cachet y eût été appofé
; Is l'avoient également levé fur le carton des
340 mil'e lives , fans fa participation & malgré
l'appofition de fon cachet , de manière qu'il
ignore fi ces effets intéreffans ont été confe vis
dans leur intégrité. Je n'ai pas eu plus de compte
fur cet objet que fur aucun autre . »
Un membre de la commune , chargé de faire
faire des cartouches pour l'armé , s'eft établi à
l'hôtel des invali les , où l'on a fait le dépôt de
Eeaucoup de matières , plombs , cuivre , & c.
Favois donné la configne de ne rien laiffer fortir
de l'hôtel qu'à la connoillance de l'adminiftration
Ds
( 82 )
& fur des récépiffés. La configue a été violée , en
maltraitant de parcles mes prérofés ; un membre
de la commune a fait fortir ce qu'il a jugé bon
& il a difpofé des plombs fans donner de r çu . »
« Le 4 de ce mois j'ai écrit à la municipalité
pour qu'elle donrât , à fes différens commiffaires ,
l'ordre de rendre compte & de établir au garde-,
meuble national tous les objets qui auroient pu
en être diflraits depuis le 10 août ; je n'ai eu d'au-,
tre fatisfa &tion fur cet objet qu'une réponse de
M. Boucher René , officier municipal , agidant
pour le maire , portant qu'il communiqueroit ma
lettre au co feil- général ; mais rien n'eſt rentré
au garde- meuble par cette veie.
es Les fcctions s'étant permis , dans les premiers
momens de la
révolutio
d'enlever des
effets qu'elles vouloient conferver à la nation
ou d'appofer les fcellés fur ceux dont on craignoit
la disparition , elles ont cu fein de drefler des
procès- verbaux , appuyés de pièces juftificatives ,
de ces opératios , & de emettre le tout à la
commune celle -ci , pluhanis fois prellée d'en
rendre compte , ne m'a rien fait paffer encore qui
y foit relatif. »
h
« Je m'étois adreffé , le 8 d'octobre , à la
commune , à l'effet de favoir comment Louis
XVIétoit gardé & traité au temple ; quels étoient
les changemens que l'on difoit avoir été apportés
dans fa fituation depuis quelques jours , & quel
compte je pourrois en rendre à la Convention
nationale . A ces queftions preffantes je n'ai reçu
aucune réponſe inftructive ; j'ajoutois , dans la
même lettre , qu'un décret venant de m'ordonner
de préfenter inceffamment le compte des dépenses
faites jufqu'à ce jour , & un apperçu de celles à
faire , tant pour la sûreté & la difpofition da
( 83 )
local , que pour la fubfiftauce & l'entretien de
Louis XVI , je recommandois au confeil- gé-".
néral de s'occuper fans délai , d'arrêter les mémoires
des fournilleurs , afin que j'en ordonnaffe le paiement
; comme aufli de me rendre un compte
exact & circonftancié des difpofitions déjà effectuées
, ou feulement projettées , pour la confervation
du dépôt dont la commune de Paris répond
à toute la république. A ceci , je n'ai pas cu ples
de réponse qu'à ce qui précède. Trois ou quatre
fourniffeurs font venus avec des mémoires , que
j'ai fait payer. Deux de ces mémoires concernoient
des fournitures faites à la table de l'offi
cier municipal & des officiers militaites de Louis
XVI. Un autre mémoire fubdiviféen trois
parties avoit rapport à des enlèvemens de terres
& de gravats aux travaux du temple . Comme ce
paiement intéreffoit use multitude d'ouvriers pauvres
, je l'ai fait acquitter fur les 506,000 liv .
pour ne pas laiffer ces ouvriers fans pain. J'avois
droit d'attendre“, non des mémoires ifolés , mais
un compte en maffe des déper les déjà faites & un
expofe approximatif des déperifes à faire ; eft ce
que j'ai demandé , & ce que je ne puis obtenir,
S
fee J'ai été informé dernièrement qu'il s'éto t
fait dans la maifon d'un émigré , fituée fur la
fection de la Croix- Rouge , un dalèvement d'are
genterie , qui a été porté , par un officier munici
pal au com té de furveillance de la commune' ;
jat écrit hier au département de Paris pour avoir
des informations certaines de ce fait & pour lui
enjoindre , s'il eft vrai , de le dénoncer à l'accufateur
public & de prendre toutes les meferes néceffaires
pour faire porter l'argenterie à la monnoie.
"
* མརཔ་མསྐྱེས་ ན་ ཨན་ རྫུ
Après l'expofition de ces faits relatifs à la coma
1
D 6
( 84 )
mune , le miniftre rend compte de la conduite
du département de Paris . Si l'exercice par la com
mune de tout ce qui istéreffe la sûreté , joint à
l'activité de cette commune pour étendre les pouvoirs
, leur ont laiffé peu d'action , du moins tous
les objets fur lesquels ils ont pu déployer leur zè'e
ont été traités avec intelligence & rapidité.
Le département a eu a gémir fur la conduite
criminele de deux de fes membres , coupables.
d'avoir détourné , à leur profit , quelques articles,
du mobilier d'émigrés dont ils faifoient l'inven
taire. Auffi-tôt que le confeil- général en a été inf
truit , il les a déférés au miniftre qui a provoqué
la fufpenfion des prévenus au conie l exécutif , &
leur dénonciation à l'accufateur public.
Il réfulte de l'enfumble des faits que ce miniftre
expofe que le département actuel fè cor duit
bien ; & que , s'il a peu fait , c'eſt qu'il a été
entravé dans la marche. Il réfutte que la commine
, précipitée par le mouvement de la révolution
, entraînée par fon zèle , égarée dars fes
prétentions , s'eft emparée de tous . les pouvoirs ,
& ne les a pas toujours juſtement exercés ; elle
a laiffé en arrière beaucoup d'opérations adminiftratives
& intéreffantes , & elle a fait un grand
nembre d'actes irréguliers & repréhensibles. Ele
a cor fondu fa propre organisation ; le conſeilgénéral
, qui n'eft fait que pour délibérer , a
voulu adminiftrer ; tandis que les loix renferment
l'action , pour la rendre plus vive & plus prompte,
non-feulement dans le corps , mais dans le bureau
municipal, qui en eft comme le directoire .
Les anticipations de la commune fur le département
, & les i juftices qui fe commettoient ,
ne pouvoient manquer d'influer fur les fections de
Paris. Celles- ci n'ont plus connu leurs limites 2
( 85 )
& le font portées quelquefois aux démarches les
plus irrégulières. Invafion chez des particuliers ,
violation d'afyle , faifie d'effets , vente de propriétés
nationales . Toutes ces mesures extrêmes ,
dont la commune donnoit l'exemple , dont plufieurs
furent peut- être inévitables dans les premiers
momens mais qui toutes devoient être
promptement fufpendues , ont été imitées .
« C'eft ainsi , continue le minifte , que la
fection de l'Obfervatoire, a , pour fon propre,
compte , levé les fcellés & procédé à la vente
du mobilier du couvent de la Vifitation . Prefe
fée , par moi , de fufpendre & de rendre compte ,
elle a allégué le befoin où elle étoit de payer.
fes ouvriers. C'eft airfi que , des imbéci les ou
des pervers ayant répandu le faux breit que des ,
armes étoient cachées dans les fondations du dôme
des Invalides , deux ſections adjacentes ordonaenti
qu'on fouillera fous le dôme à la profondeur de 25
pieds. Je fuis averti , je vois les atteintes qui
peuvent être portées à la folidité d'un édifice in-.
téreffant ; je fais des de fenfes , on les brave ; je ›
les réitère , elles font inutiles ; je veux oppofer la
force , cn me ace d'une infurrection ; & la
fouille s'eft faite , à la profondeur indiquée ,
fans que les fections aye t trouvé autre chofe
que la hone d'avoir défobéi . Je pourrois mul
tiplier les exemples , ils font affligeans ; j'ai des
lettres de particuliers malheureux , victimes de:
foupçons inconfidérés , ou de vengeances fecrettes;
perfécutés au nom de la patrie do t ils n'avoient
pas démérité. J'ai fait part à la Convention , le
17 de ce mois , des renseignem as que je me ſuis
procurés relativement au mode d'elect on du maire
de cette ville , & dont il réfulte , 1 °. que des
48 fections , as feulement ont répondu ;. 2º, que
( 86 )
de ces 25 ; 12 ont émis leur vou pour le ferutin
fecret ; 3. que les 13 autics ont procédé au
fcrutin à voix haute . Le citoyen Boucher-René
avoit promis , par fa lettre du 15 , d'envoyer lesi
nouveaux renftignemens qui lui pa viendroient ;
mais rien ne m'a été communiqué depuis cette
époque . J'ai écrit avant -bier à la commune & àª
la fection du Panthéon François pour m'informer.
de l'étrange airêté pub ié dans le Moniteur , &
attribué à cette fection , par lequel il eft dit que ,
fans égard à la loi , elle procédera de telle manière
, & que fi la Convention ne l'approuve
pas , les citoyens de la fection fe rendront - en
armes à la barre ; je n'ai pas reçu de réponter »
33
En parcourant les excès qui devoient réfulter
d'une pareille anarchie , au milieu de laquelle
il n'y avoit aucune autorité tutélaire , pour arrêter
les crimes pubics & fecrets , Roland ne
pouvoit manquer de porter fes rega ds fur les
allalinats commis dans les prifons , fur l'état de
la force armée , fur l'impunité des voleurs &
des fcélérats toujours prêts à profiter du filence
des loix pour attenter aux propriétés & à la sûeté
individuelle , & à armer les hommes délaiffés ,
que crédules contre des gens de bien qu'on leur
préfente comme leurs ennemis , en les calom - t
piant.
Lorfque je rapproche de cet érat de chofes ,"
ajoute Roland, les actes arbitraires qui ont fait
remplir les prifors fi -tôt après les terribles exécutions
qui les avoient vidées , actes dont j'ai fourni
la preuve à l'Affemblée nationale , en dépofant fur
fon bureau à 6. cents mandats d'arrêts , dont
quelques-uns font fignés d'une feule perfonne
fans caractère , la plupart de deux ou trois membres
feulement du comité de ſurveillance de la com
1.87 )
mune , beaucoup fans aucun motif énoncé , &
les autres avec la feule allégation du foupçon
d'incivifme ; lorfque j'obferve que les fédérés qui
arrivent à Paris , & dont jufqu'à préfent la loi
avoit confié le foin à la commune , fopt mal
logés , mal traités , fouvent envoyés chez moi
Pour avoir des emplacemens , des lits , comme
fi j'eufie été chargé de ces objets , tandis qu'ils
étoient à la difpofition de la commune , laquelle,
femboit avoir deflein de les laiffer foufftir &,
de leur perfuader que ces fouffrances , qu'il doit
tenir à elle de faire reffer , étoient l'ouvrage du
miniftère ; lo: fque foursiffant des matelas ou
des lits dans 1s cafernes , je n'obtiens aucun
campie, de ces obje : s , & j'apprends qu'ils difpaciffent
; lonique je reçois ces nomb sufes dé-,
Futations des fections , qui viennent m'interroger
for l'état des fubfiftances de la ville , que la commune
devroit connoître ; lorfque j'entends traiter .
d'émigrés 33 ( trangers pleins de confiance , amenés,
militairement à Paris , & fur lefquels la commune
medemande des renfeignemens après qu'elle,
les a interrogés & qu'elle a dû le mettre en
état de m'en donner à moi-même ; lorfque j'ap
prends en même temps les fauffes inculpations
répandues contre les hommes publics qui réu
nillent au caractère quelques talens , & fe font
fait connoître par leur intégrité ; lor que je vois
affecter la fuppofition de partis ou de factions qui
n'ont jamais exifté , mais à l'aide de laquelle on
cherche à rendre odieux ou fufpects les plus fages ,
& les plus intrépides défenfeurs de la libertés
lorfqu'enfin les principes de la révolte & du carnage
font hautement profeffés , applaudis dans des
aflemblées , & que des clameurs s'élèvent contre la
Convention elle- même... Je ne puis plus douter
D
7
1
788 )
que des partifans de l'ancien régime , ou de faux
a uis du peuple , cachant leur extravagance ou
leur fcélérateffe , fous un mafque de pat iotifme ,
n'ayent conçu le plan du renversement dans lequel
ils efpèrent s'élever fur des ruines & des
cadavres, goûter le fang , l'or & l'atrocité. »
ec
Département fuge , mais peu puiffant ; Commune
active & defpote ; peuple excellent , mais
dent une partie faire eft in imidée ou contrainte
tand's que l'autre eft travaillée par les flatteurs &
enflammée par la calomnic ; confufion des pouvoirs
, abus & mépris des autorités ; force publique
foible ou nulle , par un mauvais commandement :
voilà Paris. »
Telle est la conclufion de ce rapport. Le miniftre
y a joint quelques pièces qui viennent à
l'appui des faits qu'il contient . On y trouve la
copie d'ure lettre adreffée au minte de la jultice
, qui indique le deffein de commettre encore
quelques maffacres où l'on comprendroit le miniftre
de l'intérieur avec plufieurs membres de la
Convention . Le minist : e défigné parmi les victimes
, ne raporte ce fait que parce qu'il peut tenir
à l'état général de la cap taie , & qu'il annorce la
volonté de perpétuer cette tyrannie fanguinaire ,
qui n'a déjà que trop affligé la patrie. La lettre
fignée Dubail finit par ces mots : il est temps &
grand temps d'arrêter la fureur des affaffins . Je gé
mis à mon particulier de voir les horreurs qu'on
nous prépare. Buzot leur déplait beaucoup. Vergniaux
, Guadet , Lafource , &c. voilà ceux qu'on
nomme pour être de la cabate Roland. Ils ni Veulent
entendre parler que de Robespierre .
Le mémoire du miniftre avoit obtenu de friquens
applaudiffemers ; plufieurs membres en demandoient
l'impreffion &l'envoi aux départen.en .
( 89 )
сс
Robespierre invoque la parole. « Je m'expliques
rai , dit-il , fur cette infinuation dangereuſe jettée
au milieu de l'Affemblée . » Il eft interrompu par
des murmures.
Le préfident obferve à Robespierre qu'il n'a la
parole que fur la motion d'imprimer le mémoire
du miniftre , & qu'il ne s'agit pas encore du fond
de la queftion. Je n'ai pas befein , répond le fougueux
Robespierre, de vos cfficieufes i - tructions.
Il s'élève de nouveaux murmures . Le préfident
avertit l'orateur que s'il ne parle pas contre l'im
preffion , il va la mettre aux voix . Robespierre
veut qu'on écoute au moins ce qu'il a à dire ,
Plufieurs députés s'écrient qu'on ne veut pas le
favoir ; d'autres réclament pour que l'impreffion
foit mife aux voix . Robespierre le plaint que de
puis qu'il parle, il n'a cefié d'entend e autour de
lui les clameurs de la malveillance . Nouvelles interruptions.
Je réduis la queftion , re; rend l'orateur
en élevant la voix , à un point bien fimple ..
Je vois qu'avec d.s infinuations perfides , on s'applique
à défigner fous le nom de fa &tieur des
hommes qui ont bien mérité de la pattie . Il me
femble que la défenfe devroit être ecoutée avec
la même indulgence que l'accufation : peut- on ,
fans porter atteinte aux dr its du peuple , entraver
la liberté des foffages , & livrer des députés fans.
les entendre à des vengeances dépuis long- temps
préparées. Quoi ! ici même , lorfqu'il n'y a pas
un homme qui ofe m'accufer en face en articulart
des faits ; lorfqu'il n'y en a pas up.... Louver
eft forti de fa place & defcendi au milieu de la
falle , il s'eft écrié : Robespierre je t'accule.
}
Une grande agitation fe répand dans l'Aſſemblée
, plufieurs membres réclament la parole pour
Louvet. Le préfident ramène l'ordic , Robef(
90 )
pierre continue. Il s'effraie de voir tous les départemens
recueillir les calomnies dont on le
pourfuit , & demande après beaucoup de divagations
l'ajournement fixe du rapport du miniftre.
و
Je l'appuie , dit Danton ; il faut que les défiances
ceflent , & s'il y a un coupable parmi
nous il faut que vous en faffiez juftice . Je
déclare à la Convention & à la nation entière ,
que je n'aime point l'individu Marat . J'ai fait
l'expéi nce de fon tempérament : non feulement
i eft volfan que & acanâte , mais infociable
. Si quelqu'un peut prouver que je tiens à
une faction , qu'il me confonde à l'inftant .....
Plufienis membres combattent la propofition de
Danton , & demandent le renvoi du rapport au
comité . Après quelques débats , la Convention
décrète le renvoi du tapport au comité des neuf.
Louvet avoit promis de dénoncer Robefpierre.
I: a paru
à la tribune pour remplir fon eerrg gement
. Il a d'abord réclamé le plus profond filence
; car , a t- il dit , dès que je toucherai au mal on
criera . « Je fais bien , a- t - il continué , que j'ai
affaire à des gens adroits , & tout -à-l'heure Dan-`
ton ne vient- il pas de renoncer à Murat & d'en'
faire le portrait en termes peu flatteurs . Pourquoi
cela , c'eft qu'entendant parler de complots ;
Danton s'eft bien donté que Marat y étoit pour
quelque chofe . Touchez , touchez le mal , s'écrie
Danton. Je vais y toucher , répond Louver, mais
Danton foyez plus ferme ; ne criez pas d'avance.
Louvet entre en matière. Il développe la conduite
de Robespierre aux jacobins depuis le mois
de janvier jufqu'au 10 acur . Il le peint entouré ,
d'une centaine de profélites qui l'indiquoient jour-
Halement au peuple des tribunes comime ſon ſeul
( 91 )
1
ami , fon feul défenfeur ; parlant fans ceffe de fes
vertus & de fes facrifices à la patrie ; dénonçant &
pourfuivant tous ceux qui par leur civilme & leurs
vertus fembloient être à l'abri de ſes atteintes .
« La révolution étant arrivée , continue Louvet,
j'étois membre du confeil- général de la commune.
Tout à coup je le vis entrer , oui lui , lui- même .
( Qui donc s'écrient quelques membres . ) Il e:-
tre , il va au bureau ; que dis- je , l'ambitieux préfiloit
déjà ; quoi , me dis - je , Robespierre , l'orgueil- ,
Ieux Robespierre , qui arejetté toute fonction publique
, s'aba'fle jufqu'à devenir officier mu . icipal ,
comme nous . Ah ! dès lors il me fut connu que
le confeil de la commune étoit deſtiné à de grandes
chofes ! s
Ces hommes ont commencé à s'attribuer
tout l'honneur de la révolution du ro . Ah ! conf
pirateurs , ce n'eft pas vous qui l'avez faite , ce
font ceux qui étoient devant les tuileries , ceux
qui, au bruit du canon , prononçoient la fufpenfion
du defpote ; mais elle eft à vous la révolution
horrible du z feptembre. Vous vous êtes qualifiés
les patriotes du 2 feptembre ; qu'elle vous refte
cette épouvantable défignation pour notre propre
juftification & pour votre éternel opprobre.
сс
גכ
Je fais que vous avez calomnié le peuple de
Paris de l'attributión de ces crimes : le peuple de,
Patis fait combattre , il re fait point affaffiner ;
ce n'eft pas lui qui a forcé les prifons & égorgé les
détenus, Combien les bourreaux étoient- ils ? pas
deux cents ,
Pétion me l'a dit. Un petit nombre,
de féroces affaffins maffacroient à plaifir , &
étoient forcés de repofer de temps en temps leurs
bras fatigués , Dieux ! Pétion & Roland patloient
en vain ; Danton , miniftre de la juftice ne par'oit
pas ;des ficiers municipaux , revêtus d'écharpes ,
préfidoient aux affallirats , & les préfidens des 48
(
( 92 )
fctions ont déposé que le m ffatre devoit être
arrêté par une réquifition que le commandartgénéral
Santerre ne donra par . »
« Et l'Affemblée légiflative ( avec vivacité ) ,
représentans , vous la vengerez ; oui , vous la
vengerez , fon impuiffance eft le plus grand des
crimes que je vous dénonc : ; clé étoit to arme
tée , avilie par un infolent démagogue qui veroit
à la barre ordonner des décrets , retournoir à la
commune dénoncer l'Affémblée , & revenoit jafques
dans la commiffion des virgr- un nena er
de fire fonner le tocfin. ( La Convention nationale
jette u ci a'indignation . ) »
Billaud- de- Varenne dément le fair . Lacroix.
& 40 membres environ atteftent que Robespierre
a dit ces mots dans le fond du côté gauche de
J'Affemblée ég fiative : Si Afemblée n'adopte,
point de bonne volonté ce qu'on lui propofe , on
laura fui faire adopter avec le tocfia . ( Nouveaux
fignes d'indignation ) ,
Louver continue « oui , l'Affemblée légifl :-
tive étoit tourmentée , avi ie par un démagogue
infolent qui , toujours l'injure , le menfonge &
les profcriptions à la bouche , accufoit les repréfentans
du peuple d'avi ve du la France à Brunf
wick , & répandcit de tel es calomnies la veille
du jour des affaffinats , qui , comme un def.
pote ,, tenoit les barrières de Paris fermées , qui
humi ioit l'autorité nationale en attendant qu'il
pût l'anéantir , oui l'anéantir. »
C'.it alors qu'on vit tous les murs de la cap'tele
fouillés de placards inconnus dans l'hiftoi e
des nations les plus féroces , c'eft- là qu'on répétoit
qu'il falloit maffacrer fans ceffe. C'est là qu'on
dévouoit à la mort les meilleurs patriotes ; c'eſt- là
qu'on défignoit comme des traîtres tous les minif1935
tres , un feul excepté ; un feul & toujours le
-même. Ah ! puifle - tu , Danton , te juftifier de
cette exception ! »
C'eft alors qu'on vit avec effioi reparoître fur
Thorifon un homme unique jufqu'ici dans les
faftes du monde : cet homme , auquel Danton a
renoncé aujourd'hui affez adroitement . Perfides !
' efpérez pas nous donner le change en défavouant
maintenant cet enfant perdu de l'affalinat ; s'il
n'étoit pas de votre faction , comment fe feroit- il
que le monftre forte vivant du tombeau où il
s'étoit condamné lui - même . S'il n'étoit pas de
votre faction , ou prendroit-il , au milieu d'une
misère avouée, l'argent de fes infames placards.
Et pourquoi , vous Robespierre , le produisites-
vous dans cette affemblée électorale ou
vous dominiez doublement par l'intrigue & par
l'effroi J'y étois , alors on vit Marat ..
( avec un gefte d'horreur ) . Dieu ! j'ai prononcé
fon nom ! Puifqu'il faut l'appeller par fon nom
Marat fut défigné comme candidat dans un difcours
cu Robespierre venoit de calomnier Priestley.
Je demandai la parole contre Marat , je ne l'obtins
pas ; & en fortant , j'eus bien de la peine à
me retirer : j'étois environné des gardes - du corps
de Robespierre , de ces hommes armés de gros
bâtons qui le fuivoient par - tout . »
cc
Quand vous eûtes pro luit ce Marat , quand
'il eut été nommé , alors une confternation morne
fe répandit dans la ville pendant qua ante- huit
heures ; chacun, tremble pour l'objet de fes af
fections les plus chères : des épouses , des enfans
en pleurs , venoient nous conjurer d'empêcher
les affaffinats à commettre ; & comment les euf
fions - nous empschés ? placés nous - mêmes fous
les poignards , alors d'odieufes vifites domici
24
#
+
iai es furent faites chez les plus énergiques répebicains
alors un nouveaulmallacre fat mé fité ;
alors , ô comble d'horreurs ! un mandat d'atiêt
étoit déjà lancé contre le vertueux Roland. »
Les barbares , il leur falloit encore 20,000
cadavres , ils l'ont avoué. Alors les temps de
Marius & de Sylla vinrent s'offrir à ma mémore ;
& n'étions- nous pas plus miférables encore ; mis
les conjurés étoient attendus à ce point par de
nouveaux Brutus . Pétion leur oppofa une force
d'inertie , Roland une force d'activitẻ , & Dumourier
les fuccès. Le cri d'indignation , patti
de tous les coins de l'empire , vint retentir au
centre , & les confpirateurs furest un inftant déconce
rés . 33
cc
Robespierre , je t'accufe d'avoir , depuis
long- temps , calom ié les plus purs patriotes' ;
je t'en accufe car je penfe que Thonneur
d'un républicain , d'un repréfentant du peuple ne
t'appartient pas ; je t'accufe d'avoir calomaié les
mêmes hommes , dans les premiers jours de feptembre,
lorfque tes calom les étoient des arts
de mort ; je t'accufe d'avoir méprifé , avili la
reprefentat on nationale , & de t'être produit
comme un objet d'idolâtrie . »
« Je t'accule d'avoir fouffert qu'on te défig - ât
comme le feul homme vertueux ; je t'accule de
l'avoir fait entendre toi - même ; ' je t'atcufe
d'avoir tyrannifé l'affemblée électorale ; enfin ,
d'avoir marché au fuprême pouvoir , & ta coliduite
pour t'accufer parlera plus haut quemoi.
EC
Repréfentans du peuple , il eft parmi vous
un autre homme qui n'y peut refter , qui vous
a avoué que fon opinion étoit de commettre
encore deux cent foixante mille affaffinats . La
( 95 )
France s'indigne , l'Europe s'étonne de le voir
dans la Convention nationale , cet homme eft
Marat, Je demande qu'il foit déciété d'accufation
& que le comité de sûreté publique foit
chargé d'examiner la conduite de Robespierre &
de quelques autres . »
Louvet defcend de la tribune au milieu des
applaudiflemens .
Robespierre a demandé qu'il lui fût affigné
un jour pour répondre à toutes les accufations
portées contre lui . L'Affemblée a décrété que
Robespierre fera entendu lundi . Après ce décret ,
la féance a été levée à fix heures.
Du mardi , 30 octobre.
A
L'Aflemblée a rendu au commencement de
cette féance , & d'après le rapport de fon comité
de l'examen des comptes , un décret dont l'objet
eft de porter la clarté & la fimplicité dans les
comptes que rendront déformais les miniftres.
I's front tenus d'énoncer à chaque article de
dépenfe , le décret qui la autoritée . Is détailleiont
Ics motifs qui ont donné lieu à chaque
ordonnance , & produiront les pières qui peuvent
conftater la néceflité de la déperfe .
Un rapporteur du comité d'agriculture préfente
à la Convention un fommaire des évènemens
malheureux que la circulation des fubfiftances
a provoqués dans divers départemens .
Pour remédier à ces maux préfens , il propole
d'envoyer trois commiffaires pris dans le fein
de la Convention nationale , qui expliqueront
au peuple les principes fur la libre circulation
des grains.
Sans doute l'inftruction eft le moyen le plus
propre à rétablir le calme & la floumiffioné aux
( 96 )
loix ; mais le peuple ne s'agite que dans de
grands befoins & le raifonnement a peu de prife
fur lui quand il s'agit de fa fubfiftance . Plafieurs
membres ont parlé for la circulation des
grains , fur la 1 berté du commerce , & l'on a
fenti combien il eft difficile de ne pas s'égarer
dans cette matière importante . Concilier les intérêts
de l'agriculture avec ceux du confcmmateur
, furveiler le commerce fans le gêner , entretenir
une abondance conftante dans une vaſte
république , la faire circuler dans les parties les
'plus ftériles , voilà le problème. En attendant
qu'elle puiffe le réfoudre par uns lci générale
la Convention a décrété l'envoi des commilfaires
dans les départemens où la circulation
éprouve les plus grandes entraves , pour y répandre
les lumières , calmer l'inquiétude du
peuple , éloigner de lui ces agitateurs foudoyés
qui l'environnert de craintes chimériques , &
lui font creufer le précipice où ils veulent le
jetter .
Sur la propofition de Merlin , la Convertien
a ordonné le rapport du décret du corps légiflat
f , portant qu'en expiation de la lâcheté de
fes habitans , les maifons de la ville de Longwi
feront rafées. Le même membre demandoit en
outre que ces maifons fuffent dennées aux malheureux
habitans de Lille qui font fans propriétés
. Cette feconde propofition a été renvoyée
au comité des fecours. I penfera fans doute
que des hommes courageux ne peuvent trouver
ni honneur , ni récompenfe à porter les dépouilles
des lâches.
Le miniftre Clavière eft venu dépofer fur le
bureau un mémoire relatif à la fabrication des
monnoies.
( 97 )
monnoies . Il a dénoncé en même temps un en-,
lèvement fait par des commitiaires de la commune
de Paris , des effe s , bjoux , or , affignats
& papiers trouvés chez le tréforier de la lifte
civile , & le refus du comité de furveillance de
la commune de rendre à cet égard , aucun compte .
Il eft décrété que ces effets front remis fous 24
heures à la tréforerie nationale .
Une lettre du miniftre de l'intérieur à la Convention
lui apprend qu'il vient de fulpendre le
départ de plufieurs paquets mis à la pofte fous
le contre fing de Pétion , contenant la pétition
des 48 fections de Paris relative à la force armée
dont la commune a ordonné l'envoi à toutes
les municipalités de la république , & qui fait
exécuter fon arrêté au mépris d'un décret formel
de la Convention .
L'Aflemblée commence par décrérer la fuppreffion
du contre-feing du maire de Paris , qui ne
doit pas jouir de plus de priviléges que n'en ont
les autres maires de la république. Quelques
membres difent que le miniftre n'a pu connoî re
le contenu des envois de la commune de Paris ,
que par une violation du fecret des lettres.
D'autres membres répondent que le miniftre a
pu en être infiruit par des voies honnêtes &
légales . L'Affemblée décrète que le miniſtre rendra
compte de ce qui eft relatif à ce fait .
•
On paffe à la difcuffion du projet fur la pro-
Vocation au meurtre & à la fédition . Buzot en
fait lecture. Lepelletier St. Fargeau , fans combart
e l'idée d'un projet de loi fur cet objet , fait
remarquer les rapports qui exiftent entre la toi
pr polée par le comité & la liberté de la preffe ,
& combien la feconde pourroit le trouver compromile
par la première . Tout homme , dit -il , qui
No. 45. 10 Novembre 1792. E
( 98 )
voit de fang froid couler le fang de fes concitoyens,
qui fans pité l'entend le débattre fous le fer des affaffins
, eft une exception dans la nature , c'eſt
un monitie . Je ne viens donc pas faire l'apologie
des provocateurs au meurtre , mais je demande
qu'en afurant lear punition , on ne détruife pas.
la be té de la preffe par des loix qui prêtent à des
interprétations arbitraires . »>
Après être entré dans des développemens , l'orateur
réfume ainfi fes idées : « Eit- il, poffible de
faire une bonne loi contre les provocateurs au
meurtre & à la fédition ? je n'ofe l'affirmer. Mais
j'ai vu Syeyes ellayer d'en faire une , & n'y pas
réuffir ; j'ai vu les comités de conftitution & de révifion
de l'Affemblée conftituante , qui avoient
peut-être quelque intérêt à la faire , finir par y renoncer.;
j'ai vu Buzor en faire une très-imparfaite.
Ileft donc vrai que cette loi renferme de difficultés
prefqu infer nontables , à moins qu'on ne veuille
rouvir la porte à toutes fortes de perfécutions.
و د
L'orateur a fini par demander l'ajournement du
projet de loi , & fon renvoi à la méditation des
cemités & de tous les bons citoyens .
La difcuffion a été interrompue par l'arrivée du
misiftre de l'intérieur . Il a dit que l'envoi de
la pétition des commiffaires des fections de Paris
fui avoit été dénoncé par un des agens qui ont
concouru à la confection des paquets, & qu'il s'étoit
vu ob igé d'arrêter l'envoi par le décret même qui
te prohiboit . Ici fe font élevés de violens débats
entre les défer fears des loix & de la conduite du
miniftre , & les apologistes de la commune. Il
a été décrété que deux commiffaires du pouvoir
exécutif , & deux de la commune vérifieront les
piquets arêtés , & que le confeil -général déclarera
( 99 )
fr c'eft par fon ordre que les paquets ont été mis ài
⚫la pofte.
Du mercredi , 31 octobre.
Dans le cours de cette féance , on a va paroître
à la barre les membres du confeil- général
de la commune , qui venoient rendre compte de
leur conduite , à l'égard de l'envoi des paquets
arrêt's à la pofte , en vertu d'un ordre cu miniftre
de l'i térieur . Avant de les entendre , IAG
femblée a ordo né qu'on leur fît lecture du procès-
verbal , deflé par les commiffaires nommés
par le miniftre de l'inté icur. Il réfultoit de ce
procès- verbal que ces commiflaires s'étant tranf
portés à l'hôtel des poftes , y avoient attendu en
vain les commiffaires de la commune ; que fur
la vérification faire du contre - feing de Pétion &
des adreffes à différentes municipalités , ils avoient,
appofé fur ces paquets , réunis en un feul , le
fceau du département de l'intérieur & celui de
l'adminiftration des poftes qui en eft demeurée
chargée .
Pour gagner par degrés la confiance de l'Affemblée
, l'orateur chargé de la défenſe de la commune
a commencé par convenir que des crimes
ont été commis; qu'il y a eu des prévaricateurs .
« Nous demandons , difoit il , que ces hommes
pervers foient panis ; nous les dénoncerons nousmêmes
, nous les mett ons fous la hache de la lo's
mais tout le confeil n'a pas trempé dans leurs
forfa ts : pourriez - vous confondre les innocens
avec les coupab'es ? »
Quant à l'envoi des paquets , les membres du
confi - général n'avoient pas encore connoiffance
du décret qui en interditoit la circulation , lorf
quis ont été envoyés à la pofte . Dès que la loi
E 2
( 100 )
leur a été connue , ils ont obéi en prenant un
arrêté qui en révoquoit l'envoi . Si on a paru
furpris de voir les paquets poiter le contre - leing,
de Pétion , c'eft qu'on ignoroit que c'est un ulage
reçu dans les bureaux , que le contre- feing du
maire foit appofé fur toutes les dépêches envoyées
par la municipalité.
Ces renfeignemens ont paru fatisf ire l'Affem-.
blée , & la députation de la commune a obteay
les honneurs de la féance . Il ne reftoit plus qu '
prendre un parti relativement aux paquets contrefignés
à la pofte. La Convention , fidèle au principe
de l'invic labilité des lettres , a paffé à l'ordre
du jour fur toutes les motions tendantes à en
faire l'ouverture .
Trois officiers Suiffes , ei- devant en garnison à
Strasbourg , ont été jettés dans les cachots de
Soleure , pour avoir fréquenté à Strasbourg la
fociété des amis de la liberté . Leurs magiftrats.
ont voulu les faire protefter contre les fentimens
Patriotiques qu'ils avoient manifeftés . Ces trois
officiers ont répondu que , ſalariés par la nation
Françoife , ils s'étoient crus obligés de manifefter
des isntimens amis du gouvernement François ,
& que fans cela même , ils auroient encore profelé
les mêmes principes , parce qu'ils étoient
ceux que la nature avot gravés dans leur coeur.
L'Aflemblée n'a pu voir , dans la perfécution des
magiftrats de S leure , que haine & mépris pour
le gouvernement François , & par un décret , elle
a chargé l'agent de la république de France de:
réclamer l'élargiffement des trois officiers . En cas
de refus , ele regardera ce procédé comme une
inf action aux traités qui unifient les deux puiffances.
Un citoyen demandoit à l'Afemblée d'être
( 101 )
autorité à pourfuivie devant les tribunaux un
mmbre de la Convention , contre lequel il avoit
déjà intenté une p océdure . La Convention a
pallé à l'ordre du jour fur cette pétition , motivé
fur le droit qu'oit tous les citoyens de porter
plainte contre tous les membres du corps législatif,
pour des fans étrangers à leurs fonctions pulttiques
, fauf au juge de rendre compte de l'affine
à la Convention nationale avant de delivrer le
mandat d'arrêt' , s'il y a lieu de le prononcer.
Du jeudi , 1 novembre.
Il femble qu'il exifte au fein de la Conventon
, une conjuration contre la Convention ellemême.
On cherche à l'arrêter dans fa marche ,
à la furcharger d'une foule d'affaires , à l'éloigner
fans cefle du bat où elle doit tendre , celui d'afferer
le bonheur général ; on jette au milieu d'elle
des fermens de divifion , tandis qu'au-dehors on
excite les citoyens à fe porter , à de nouveaux
exeès . Peut- on envifager autrement la motion
qu'a reproduite aujourd'hui Thuriot , pour faire
conftater l'état des 33 prifonniers pruffiens conduits
dans les prifons de la conciergerie ? I a
demandé qu'ils fuffent punis s'ils font coupables ,
& élargis s'ils font innocens ; mais le miniftre de
l'interieur n'avoit- il pas déjà certifié à l'Affemblée
que ces 33 hommes étoient des déferteurs
de l'armée pruffienne ; que les uns étoient des pruffiens
, les autres des hollandois , flamands , fuiffes
& allemands , qui long - temps trompés par les
princes françois , mal payés , mal nourris , bien
battus , ils n'avoient attendu que l'occafion de
fe joindre à nous & qu'ils comproient fur la
loyauté Françoife . La motion de Thuriot n'a
pas eu de fuite , ou plutôt elle a été écartée par
E 3
( 102 )
la ferme réſolution où paroît être l'Affemblée ;
de repouffer de fon fein tous les germes de divifion
, & de maintenir au-dehors la tranquillité
publique. Mais cet incident a fourni à Jean-de-
Bry , l'occafion de demander que l'on s'occupât
fans délai de l'inftruction du procès du ci - devant
Roi. La Convention a décrété que mercredi
prochain , au plus tard , commencera la
difcuffion fur cet objet.
Une régénération entêre va s'opérer dans les
corps adminiftrarifs , municipaux & judiciaires ;
l'amour de la liberté , l'amour de la patrie doit
être déformais le premier droit aux fonctions
civiles & politiques. Les adminiftrateurs du Morbihan
s'appuyant fur ce principe , demandent
qu'aucun citoyen ne foit admiffible aux places
de notaire , fans produire un certificat de civifme.
Lequinio , député de ce département ,
vent que ce certificat de civiſme , requis par les
adminiftrateurs , foit donné par le confeil - gés
néral de la commune du lieu de la réfidence da
candidat , & vifé & approuvé par les directoires.
de diftrict & de département. Un autre membre
demande que les certificats ne peillent être donnés
que par ces nouveaux corps adminiſtratifs , après
feur renouvellement prochain. Toutes ces difpofitions
font décrétées .
C'eût été bien en vain , que le patriotifme
des citoyens , la valeur des foldats & l'habileté
des généraux euffent repouflé au - de'à des
frontières les armées ennemies , fi elles pouvoient
encore , en s'établiſſant dans les pays
circonvoifins , s'y renforcer avec fécurité & y
préparer impunément les moyens d'y renouveller
inceffamment leur funefte invasion . Aufli le
corfeil exécutif a -t- il arrêté que les armécs
( 103 )
Françoiles ne quitteront peint les armes & ne
prendront point de quartiers d'hiver , jufqu'a ce
que les ennemis de la république aient été repouflés
au- delà du Rhin . Cette réfolution génértufe
& néceffaire pour l'honneur comme pour
la sûreté de la république , a été avouée par la
Convection , elle fera applaudie de la nation
entière.
A cet arrêté tranfmis à l'Affemblée par le
miniftre de la guerre , étoient joints un manifefte
du général Dumourier au peuple de la Belgique
; & une proclamation à fon armée . Ces
deux écrits où brillent à la fois les argumens
d'une politique fage & les traits d'une éloquence
militaire , ont été vivement applaudis .
Prieur , l'un des commiflaires à l'armée du
centre , a rendu compte de la miffion dont l'Affemblée
les avoit chargés . Il a répété les juftes éloges ,
donnés tant de fois au courage , à la patience admirable
des troupes françoifes . Nos foldats ardens,
infatigables , en font à leur quatre-vingt huitième
campement. Ils our fouvent cou hé au bivouac ,
fans tentes , fans paille , & jamais ils ne fe font
plaints . Prieur a demandé que le minire de la
guerre rendit compte de la fabrication des capotes
dont les foldats ont un preffant befoin dans l'expédition
d'hiver qu'ils vont faire. C'est ici que
Cambon a foulevé l'indignation de l'Affemblée
contre l'avidité des fourniffeurs de l'armée , des
commiffaires ordonnateurs , des comm flaires
des guerres
. « La révolution a atteint tout
le munde , s'eft écrié Cambon , excepté les
financiers , & les partifans . Cette race dévorante
elt pire encore que dans l'ancien rígine. C'eft
cette clade perverfe qui ruine la Républ que . On
n'a pas honte de lui faire payer des fouliers 8 ,
£ 4
( 104 )
10 , 11 & 12 liv . J'ai vu pour l'armée du midi des
marchés de lard à 34 fous la livre . Il faut que le
miniftre de la guerre rende compte de tous les
marchés afin de punir tous les intrigans . L'agiotage
s'eft empare de toutes les fournitures . Ce
n'eft point par l'opinion publique qu'il faut punir
les fang- fues . Rien ne les touche pourvu qu'ils
gagnent de l'argent. Eh bien ! iuinons - les pour
les punir ; tuinors les financiers . » La propofition
de Cambon a été décrétée .
Sur la motion de Barrere , la Convention a
rappellé fes commiffaires à l'armée du nord. Ils
paroiffoient difpofés à fuivre Dumourier dans
fon expédition du Brabant . Cette démarche a
paru inconvenante , en ce qu'elle pouvoit être
repréfentée comme une invafion po'itique , où
Ia fouver incré des peuples feroit violée .
La délibé ation s'eft portée fur le projet de d'
cret relatif aux biens des émigrés . Plufieurs articles
ont été adoptés .
Du vendredi , 2 novembre.
Le comité des infpecteurs de la falle a fait
décréter au commencement de cette féance , que
le château des Tuileries & les dépendances , feront
deftinés à fervir de local pour les léances du corps
législatif ; que les divers comités y feront tranfportés
, & que les archives nationales y fero: t
transportées,
Garran Coulon , parlant au nom du comité de
légiflation , a fait un rapport fur l'émeute qui a eu
lieu à l'Orient le 15 octobre dernier . A la fuite de
ce rapport , il a propofé de décréter l'extinction de
la procédure commencée dans cette ville contre
les auteurs des troables , & d'ordonner en conféquence
que les détenus feront mis en liberté . Il
s'eft élevé de grands débats fur ce projet. On
[ 103 ]
1
difoit un meurtre a été commis ; un homme
a péri au mépris de toutes les loix cruel ement
outragées. Qu'est- ce que la juftice commande.
dans cette circonftance , plus importante peut-être
qu'on ne cioit , au falut de la République ? C'eft
d'infpirer au peuple cette horreur falutaire du
crime , qui peut feule affurer fa liberté . S'il peut
convenir aux defpotes d'arrêter le cours des loix ,
des Républicains doivent- ils fe permettre d'en
fufpendre l'exécution ? La Convention a-t - elle
d'ailleurs le droit d'accorder l'impunité à l'affaffinat
? C'eſt au juré qu'appartient la connoiffance
des délits , & c'eft à la loi feule de prononcer fur
le fo:t des coupables.
Cette question, n'eût certainement éprouvé aucune
difficulté , s'il ſe fût agi d'un délic particulier
& ifolé de toutes les circonftances qui pouvoient
en diminuer la gravité. Mais à quelle époque futil
commis ? Ce fut au commencement d'une révolution
qui , en imprimant au peuple un mouvement
violent , réveilla à la fois to: tes fes craintes ,
tous les fourçons. Combien il fut alors facile à
fes ennemis de l'égarer , de le porter à des actes
de férocité , dont il ne fe fût jamais fouillé , fi ,
conduit par fon inſtinct , il eûs écouté le fentiment
de la pitié qui parle toujours au peuple , parce
qu'il cít plus près de la nature . Ce font , fans
doate , ces confidérations qui ont entraîné la Convention
à prononcer l'amniftie des auteurs des
troubles de l'Orient . Elle y a procédé à l'appel
nominal, & le décret a été rendu à une très - grandemajorité.
Chaque jour , il arrive dans la ville de Boulogne
un grand nombre de François qui étoient
pallés en Angleterre. Le confeil- général de la
commune de cette ville , a cru devoir faire mettre
ES
( 106 )
en état d'arreſtation ceux qui lui ont paru fufpects
; mais incertain de la conduite qu'il doit
tenir à l'égard des autres , il demande à la Con-,
vention des éclairciffemens . La convention n'a
pris aucun parti fur cette demande , attendu que
la loi fur les émigrés , foumife a&uellement à la
difcuffion , éclaircira les doutes de toutes les municipali
és.
·
Le miniftre de la guerre , Pache , inftru´t la
Convention que les four: iffeurs des armé.s ayant
a heté un million , de numéraire fans fen ordre
il fera rayer de leur compte les décentes de cet
achat . Il a pris en outre des mcfu.es pour empêcher
les fourniffears de fouliers de voler la république
; d'aprè lisfpection qui en a été faite , les
trois quarts de ces fo licrs ont été trouvés mauva`s
& rejettés . En continuant la même fu veillance
fur tous les objets , nos foldats ferent bien (ervis .
Déjà un grand nombre de capotes ont été expédiées
pour les armées . Il en fera fuit cinquante
mille fous peu de jours .
Une lettre du général Valence à la Convenion
, lui apprend que fon adjudant eft chargé de
lui préfenter les trois drapeaux qui , en 1790 ,
avoient été enlevés aux Belges par les Autrichiens ,
& que les François ont pris à ces derniers à l'attaque
de Virton. L'Affemblée décère qu'ils feront
envoyés à Dumourier pour les rendre aux Belges.
D'après le rapport des comités des finances &
des colonies , il a été ftatué que les lettres de
change fournies fur le tréfor public par l'ordon
nateur de Saint - Domingue , dont la fomme fe
monte à 10 millions , feront acquittées par la
tréforerie nationale , mais à tire d'avance feulement.
Cette femme fera prélevée ſur les conributions
de la colonic .
( 107 )
16
Du famedi , 3 novembre."
La plus grande partie de cette féarce a été
employée à la difcuffion d'un projet de décret
relatif aux fubfiftances . Une foule de pé itions &
de mémoires avoient été préfentés à la Convention
, fur les alarmes qu'infpire dans toute la République
la crainte de manquer de bleds , & fur
les moyens de ramener la confiance & de rétablir
la circu ation des denrées . Les lieux les plus agités
font ceux cù elles font le plus abondantes ; ce
font ceux où elles fe paient le moins chèrement .
Des achats ont déjà été fais chez l'étranger ; une
partie eft déjà parvenue à fa deftination : de nouveaux
chargemens les fuivent de près , & font
attendus tous les jours . C pendant les marchés
font dégarnis ; la circulation eft par- tout interceptée
; par- tout fe manifefte une agitation dont
les effets peuvent devenir funeftes . Pauvre aut
milieu de l'abondance , tourmenté par des craintes
chimériques , le peuple eft tout - à-tour agité par
la fituation du moment & par la crainte déchi
rante d'un avenir plus pénible. Telle eft notre
fituation.
Le rapporteur des comités d'agriculture & de
commerce en a reche ché les caufes . Il les a trouvées
dans le crime de ceux qui font des exportations
frauduleufes , dans cette foule q'anarchistes
qui fe répardent dans tous les lieux , maîtriſent
les marchés , y taxent les fubfiftances , & per d'extravagantes
déclamations égarent un peuple bon 1
& crédule ; enfin dans ces hommes qui calculent
fur le malheur de leurs concitoyens. Paffant en
fuite aux remèdes capables d'arrêter le mal , le
rapporteur a propofé d'obliger tout cultivateur
propriétaire ou fermier , à déclarer la quantité
6
E6
( 108 )
qu'il a de grain battu , & par approximation ce
qui lui refte à battre. Cette précaution prife ,
chaque municipalité pourroit par une réquifition
faire porter au marché une quantité de grains
proportionnée à l'avoir de chacun , fans toucher
à ce qui feroit néceffaite pour fa confommation
particulière. Ponr affurer la libre circulation des
grains , le comité a penfé qu'il falloit recommander
à toutes les municipalités la police des marchés
. Enfin pour dernière mefure , il a propofé
de mettre à la difpofition du miniftre de l'intérieur
une fomme de douze millions , pour faire
des achats de grains à l'étranger .
Ce projet de loi a été ajourné , mais un membre
demandoit que , par anticipation , l'Affemblée
décrétât la remife des douze millions . Chabot,
en s'oppofant à cette mefure , prétendoit que les
grains ont fenfiblement renchéri depuis que le
miniftre a déjà été chargé une fois d'en acheter ,
& de les faire diftribuer aux contrées néceffiteufes
de la France . Il demandoit que l'Affemblée en
confiât le foin aux municipalités. E
Cambon a remonté à la fource du mal . Dans
l'Affemblée conftituante , on agita la queſtion
de favoir fi l'on feroit acheter des grains par
guvernement , ou fi l'on donnercit aux menicipa'ités
des fonds pour cet objet. Ce dernier partí
prévalut. Le corps conftituant avant de fe féparer
donna IS
millions au miniftre de l'intérieur pour
diftribuer aux municipalités par forme d'emprunt.
Qu'arriva- t- il ? C'eft que les municipalités n'allant
pas bien loin pour acheter leurs grains , la
concurrence fit monter d'une municipalité à l'autre ,
le prix des grains à un taux effrayant ; depuis lors
ces quinze millions font dus à la nation . Le co : ps
législatif, témoin de ces inconvéniens , & pour
( 109 )
les éviter , mit 12 millions à la difpofition du
miniftre de l'intérieur , pour acheter des grains
non pas dans nos marchés , où ces achats érablifoient
une concurrence défaftreufe , mais au
loia chez l'étranger , afin d'ent etenir l'abondance
dans ces marchés . Il crut devoir en même temps
prendre des précautions . Il chargea le miniftre
feulement des achats , & lui dit vous rendrez
compte de ce que vous aurez acheté & diftribué
aux adminiſtrations qui doivent verfer les fonds
au trésor public ; & c'eft peut être avec ces
fonds , venus indirectement accroître les quinze
millions , qu'on cauſe les maux dont nous nous
plaignons.
-
Cambon a voté pour la remife des 12 milions
entre les mains du miniftre de l'intérieur ; mais il
a ajouté que l'Affemblée ne remédieroit point au
mal, fi elle ne faifoit rentrer les 25 millions avec
lefquels on faifoit le monopole . L'Affemblée a
adopté cette difpofition , en ftatuant en outre ,
que dans 20 jours le miniftre rendra compte de
toutes les fommes données pour les fubfiftances.
Le reste de la féance a été occupé par la dif
cuffion de quelques articles du projet de décret
relatif aux émigrés . Sur & fférentes obfervations ,
l'Affemblée a renvoyé à un nouvel examen queques
articles précédemment adoptés ; & elle en a
décrété d'autres .
De Paris , le 8 Novembre 1792 .
La fituation de la capitale , durant cette
femaine , a été l'objet de l'agitation des
uns & de l'inquiétude des autres. La dé(
113 )
nonciation de Louvet contre Robespierre
& Marat , que le prem er avoit provoquée
par un défi préfomptueix , a redonné
à l'efprit de parti cette activité funeſte qui
s'accroît toujours du choc des paffions. Le
même foir , Louvet fut dénoncé à fon
tour aux Jacobins , & rayé de la liste de
cette fociété , efpèce d'oftracifme dont on
avoit déjà honoré Briffor & plufieurs autres
Membres , dont le crime irrémiſſible étoit
d'avoir déclaré qu'il ne devoit plus exif
ter dans la République d'autre parti que
celui du bien pub.ic. Marat & Robef
pierre y furent reças au milieu des accla
mations & de toute l'ivreffe triomphale.
On s'y plaignit que l'opinion pubiique
étoit corrompue , parce que l'opinion exerçoit
une cenfure incommode fur les factieux
; que tous les Journalistes étoient
vendus aux Miniftres & à la Convention
Nationale , parce qu'ils ne font pas les
prôneurs des Patriotes du 2 Septembre
& qu'ils ont la fimplicité de croire qu'il
n'y a d'autorité légitime que celle des
Repréfentans du Peuple , & que la déforganiſation
& l'anarchie ne font pas des
élémens propres à régénérer la République.
On y réfolut de publier, fous le nom
de la Société , un Journal qui propageât
la véritable doctrine.
Déjà dans des féances précédentes Marat
avoit été décoré du nom de magnanime ,
( 111 )
on avoit applaudi à la profonde prévoyance
de cet honnête homme qui avoit propolé
de faire couper quelques milliers de têtes.
On étoit même allé jufqu'à demander qu'il
fût fait un Manifefte figné de 300 mille
Citoyens de Paris ( c'étoit beaucoup trop
préfumer ) , pour inviter les Départemens
à rappeller les Membres de l'Aſſemblée
Conftituante et Législative ; un Membre
avoit cru la Patrie tellement en danger
qu'il avoit propofé à fes Collégues de
former une faction du falut public. C'eft
une chofe affez remarquable que dans un
Gouvernement Républicain , il y ait à côté
des Repréfentans de l'univerfalité de l'Empire
, une fociété partielle compofée d'un
petit nombre d'individus , qui s'érige en
Juges & en Tribunal d'appel de la repréfentation
de la Souveraineté Nationale.
Cependant la faction des vertueux & des
incorruptibles , a décidé qu'il étoit plus
avantageux & plus prudent de faire rentrer
Marat dans fon fouterrain , que de le
laiffer paroître plus long- temps dans la
Convention. L'Ami du Peuple obligé de
s'enterrer vivant pour mieux défendre fes
droits , & fe fouftraire à la perfécution !
On fent combien cette fituation doit inf
pirer d'interêt à la tourbe des dupes &
des enthoufiaftes qui croyent trouver en
lui un martyr de la caufe du peuple . Auffi
eft ce de fon fépulcre que Marat conti(
112 )
nue , chaque jour , de vomir impunément
fes feuilles empoifonnées , & de dénoncer
au peuple , les Miniftres , les Généraux &
les principaux Membres de la Convention
nationale.
Ces divers incidens devoient accroître
la fermentation . Chaque jour a vu éclore
dans les lieux publics des motions & des
placards incendiaires. Quelques raffemblemens
fe font formés autour des prifors
& du Temple. On avoit répandu le bruit
que Louis XVI & fa famille s'étoient éve
dés & cette fauffe nouvelle avoit fait une
telle impreffion fur les citoyens armés qui
les gardent , qu'ils vouloient monter à la
tour pour s'aflurer de la préfence des prifonniers.
Le Commandant- Général a eu
toutes les peines de calmer cette effervefcence.
Il a fallu qu'il montât , lui - même ,
à la tour & qu'il vînt protefter aux citoyens
qu'il avoit vu les détenus dont
on foupçonnoit l'évaſion ; il s'eft rendu
dans plufieurs Sections pour y demander
la punition des mutins ; quelques- unes l'ont
promife , & d'autres ne lui ont fait éprouver
que des dégoûts & des dûretés au
point qu'il à offert à la commune fa démiffion
qui n'a point été acceptée.
En même- temps le raffemblement des
Fédérés dans la capitale a caufé des alarmes
( 113 )
a la Commune qui a écrit au Miniftre de
la guerre pour en favoir la caufe & lui
demander des armes & des canons dont
le fervice des frontières avoit privé les
citoyens. Le Miniftre a répondu qu'il n'avoit
appellé aucune force armée à Paris ,
& que le premier ordre qu'elles recevront
de lui fera celui de leur départ . Mais , en
même-temps , il a invité , au nom de la
patrie , la Commune & les Sections d'ouvrir
leurs bras à leurs frères des Départemens
qu'il s'eft affuré , lui mème , n'avoir
d'autre paffion que celle de bien fervir la
République.
Le Confeil Général a répondu au Miniftre
que les Citoyens de Paris fi lâchement
calomniés avoient dévancé fes voeux ,
que plufieurs Sections ont accueilli leurs
frères des Département , & ont prouvé
qu'elles ne craignoient pas la force armés
ces mêmes Départemens compofés
d'amis , mais bien le principe mis en ufage
pour les appeller auprès de la Convention
nationale . Et la majorité des Sections n'en
a pas moins infifté à demander à la Convention
leur éloignement , & le Confeil
Général a invité les Sections à faire le
recenfement de toutes les troupes nouvellement
arrivées & cafernées dans leur arrondiffement
refpectif.
Deux compagnies de cavalerie nationale
qui font dans la rue de Varennes
114 )
{
avoient planté l'arbre , de la liberté , &
invité à cette fête civique leurs amis , les
Marfeillois. Tout s'étoit paffé dans l'ordre ;
mais après le repas , ils s'étoient répandus
dans les rues de Paris , chantant des chanfons
patriotiques , auxquelles ils avoient
mêlé un refrein où il étoit queſtion de
Marat à la guillotine . Ces excès étoient
très - repréhenfibles fans doute ; c'étoit s'ôter
le droit de reprocher à Marat les meurtrières
provocations. Ses partifans en ont
tiré avantage & ont dénoncé ces propos
à la convention , mais , comme il eft de
l'adreffe des agitateurs de tout envenimer ,
ils ont fuppofe qu'on avoit crié , en mêmetemps
: Vive Roland, point de procès au Roi.
D'un autre côté , un autre membre a
dénoncé à fon tour que le jour même où
Robespierre a été dénoncé , & le lendemain,
des hommes crioient fur la terraffe des
Feuillans à la lanterne Louvet , calomniateur
de Robefpierre , & que 3 ou 4jours
après , 4 ou 5oo provocateurs excitoient
le peuple contre la Convention nationale
& indiquoient à fa vengeance plufieurs de
fes Menabres . C'est au milieu de ces agitations
qu'eft arrivé le jour où Robespierre
devoit prononcer fa grande apologie.
Pour ceux qui font un peu familiers avec
les reffources oratoires , on fait que rien
n'eft plus facile que de pallier des chefs
d'accufation par des réticences & des gé71159
néralités , en faififfant habilement le côté
le plus foible pour y fournir des réponfes
plus pompeufes & de placer à propos des
lieux communs fur la liberté, qui produifent
toujours un grand effe . Robespierre en a
ufé largement , mais s'eft - il juſtifié aux
yeux de ceux qui favent entendre & juger
froidement ? On pourra s'en convaincre par
les obfervations d'un Mémbre accoutumé
à foumettre fon jugement à la févérité de
l'analyfe , de Condorcet.
ככ
Robespierre a très - bien prouvé qu'il n'avoit
jamais pu prétendre à ufurper le pouvoir ſuprême;
mais il n'a pas toujours été auffi heureux dans
fes réponses aux eproches i cides renfermés dans
la dénon iation.
» Par exemple, il n'a pas prouvé que dans la
fociété des jacobins la parole appartient , avec
une égale liberté , à fes partifans & à ceux qu'il
lui a plu de regarder comme fes ennemis.
» Il n'a pas prouvé que , dans un difcours à
l'affemblée électorale , il n'ait pas mis en parallè'e
Priestley & Marat , c'est -à- dire , un philofophe
dont la vie & les ouvrages honorent l'humanité ,
& un homme qui , par fa lâche & fanguinaire
extravagance , en eft devenu l'opprob e..
» Il a fait entendre que ce choix avoir été confimé
par les affe blées primiites ; cependant
cette réfolio prife par l'affemblée é'cctorale
n'a point eu d'exécution ; & ce fait avoit befoin
d'explication , car on pourroit fou çonner que
ceux qui avoient provoqué cet arrêté , quand ils
croyoient cette cxclufi
n: utile pour éca ter les
hommes qu'ils hïllaient , d'ost abandonné quand
( 116 )
ils ont prévu qu'elle ne frapperoit que fur leurs
amis.
33
Robespierre abien expliqué que ce n'étoit point
par un mouvement d'ambition , qu'en entrant
dans le confil- général de la commune , il avoit
dirigé fes pas vers le bureau ; mais il n'a point
dit fi c'étoit dans la journée du 10 , & à quelle
heure il y avoit paru la première fo s. Le récit de
Louvet exigeoit cependant cette explication .
» De même il n'a pas dit avec afl z de précifion
, s'il avoit été ou non au conftil -général
de la commune dans la nuit du 2 au 3 feptembic .
« Les meurtres commis à cette époque ont - ils
été u iquement le crime de quelques hommes ,
ou l'effet de l'indignation populare dont on put
ex ufer les vengeances , mais qu'il n'eſt jamais
permis d'appeler juftice ?
» Il eft difficile de concilier l'une ou l'autte
opinion avec des faits qui paroiffent certains , &
l'on ne peut guères s'empêcher de croire que ces
deux caufes n'aient concouru à ces finiftres évènemens
qui auroient fouillé la cauſe de la révolation
, fi le jugement févère & prompt de la
nation entière n'eût effacé cette tache qui n'en eft
plus une que pour les inftigateurs & les inftrumens
du crime?
» D'ailleurs attribuera-t- on à la colère du peuple
, à l'impoffibilité d'y réfifter , cette lettre envoyée
aux municipalités , où l'on approuvoit ces
fcenes fang antes , où l'on exhortoit à les imiter.
ל כ
N'eft- ce pas une dérifion que d'accufer , de trahir
la caufe de la l'berté , ceux qui s'indignent contre
les crimes dont elle a été le prétexte ? N'est- ce
pas ainfi qu'on accufoit d'irréligion ceux qui
n'approuvoient pas les maffacres de la Saint-
Barthelemi ? Caton regardoit comme le parti
(117)
de la liberté celui dont Sylla avoit été le Chef;
er déteftoit-il moins les profcriptions ? Epamınondas
refufa d'entrer dans la conjuration de
Thebes , parce que des innocens pouvoient être
enveloppés dans une jufte vengeance.
« Il est des crimes fur lefquels il feroit imprudent
, injufte , feut- être , d'appeller la lévérié
des loix. Mais leurs auteurs en reftent- ils
moins voués au mépris & à l'indignation publique
?
« On n'eft pas digne de la caufe de la li
berté , fi on la défend avec moins de zèle , Des
hommes pervers la font fervir de voile à leurs
fureurs , mais on en feroit plus indigné encore ,
fi on avoit la foibleffe de les approuver.
L'Accufateur avoit fans doute le droit
de juftifier fon accufation ; Barbaroux ,
Buzot , Pétion demandoient la parole ;
mais l'Aflemblée , fatiguée de ces querelles
particulières qui lui déroboient un
temps que réclament des foins plus importans
à la chofe publique , a cru devoir
paffer , fur le tout , à l'ordre du
jour.
A t-on jugé par-là l'accufation calomnieufe
? Eft ce un triomphe dont un parti
déjà fi dangereux puiffe s'enorgueillir ?
Non ; il eft un tribunal qu'on ne peut ni
tromper ni féduire . C'eft celui de l'opinion.
Elle a toujours dans une république des
moyens infaillibles de faire exécuter fes décrets.
C'eft en furveillant les agitateurs & en
les mettant à leur véritable place qu'elle
( 118 )
peut rendre leurs efforts impuiffans , &
leur impunité d'un jour une honte éternelle
.
On procède en ce moment au dépouillement du
dernicrfcrutin pour l'élection du Maire . Nous n'en
connoiffons peint encore le résultat . O préfume
qquuee les fuffrages font balancés entre d'Ormeffon
le Jage , & Hérault- Sechelles , membre de la Conve
tion .
En execution du jugement rendu par la première
fection du Tribunal Criminel , & confor
mément au Décter de la Convention du 12 OCtobre
dernier , le guidon qui avoit été pris fur
les Emigrés , a été conduit , Dimanche dernier
4 novembre , par l'exécuteur des jugeme s criminels
du département , fur une charette , du
Palais de Juftice à la place de la Révolution. En
tête du guidon , étoit placé un écrireau › portant
ces mots Signe d'infamie des rebelles à
la patrie. Après avoir été traîné dans la boue ,
il a été lacéré & bé par l'exécuteur , & fes
cendres ont été jetées au vent. Cette exécution
a eu lieu en préfence -d'une Députation du Département
& de la Commune , & dà nombreux détachemens
des Citoyens- Soldats des 48 Sections. Ce
jgement aéréimprimé , pbié & affiché dans toute
Terdue du Département ,
Le rême jour , une Fête plus augufte a eu lieu
dans Eg if des Cordeliers , c'elt un tabut religieux
& civique payé a tous nos braves Défenfeurs
quifont mois pour la caufe de la liberté , en
combatraut contre les armées ennemies . De› Députations
de toutes les Sections , les Corps Admi-
Biltratifs , das Déta hemens de Fédérés , & des
Citoyens armés , de tous les Corps , s'y font
( 119 )
rendus , & l'éloquence qui ne louoit autrefois que
les Rois & les Grands a pu déployer toute la
dignité, en célébrant les vertus & le courage qu'en
fante la liberté .
Tribunal Criminel. Pierre Laroche , agé de 40
ans , natifde S. Flour , gagne-denier , détenu avant
le 10 août à l'hôtel de la Force , a té acculé de
sêtre tranfporté , le 4 de ce mois , fur les 2 heures
du foir , à la porte de cés prifons , & d'avoir monté
un gros bâton , difant qu'il lui avoit fervi les 2 &
3 Septembre , que cette journée recommenceroit
bientet ; d'avoir fait venit enfuite Pierre Saifon ,
Guichet er , four l'avertir de fc méfier , quel'on
devoit venir afaffiner demain , les Concierge ,
Guichetiers & Pifonniers , amener du canon , &
rafer la Force ; il lui a demandé le nombre des prifonniers
, & s'il y en avoit dans le fouterrain ....
& lui a propofé de le faire Concierge . L'Accufé ,
dans fa déclaration , a nié tous ces faits , excepté
le dernier , deux autres témoins ont auffi déclaré
les mêmes fairs , ajoutant que Laroche n'étoit pas
alors pris de vin ; Laroche a été envoyé à la
Concie gerie , comme prévenu d'être l'us des auteurs
des maffacres du mois de Septembre , &
d'avoir voulu troubler la tranquilité publique . Les
pièces & déclarations ont été envoyées au directeur
dujury d'accutation pour par lui être ftatué ce qu'il
appartiendra.
L'éloquent Auteur des Etudes de la Nature
vient de recommander à l'attention de
la Convention Nationale, des Miniftres ,
des. Sections de Paris , & de tous les Savars,
un Mémoirefur la néceffire de joindre une
( 120 )
menagerie aujardin national des Plantes (1 ) :
Noninié , fans l'avoir follicitée , à la place
d'Intendant de ce jardin & du cabinet
d'hiſtoire naturelle , fes premiers foins fe
font portés vers l'amélioration d'un établiffement
auquel Buffon avoit attaché
une partie de la gloire. Si l'intérêt qu'on
doit aux progrès d'une des branches la
plus féconde & la plus effentielle de la
nature vivante , a befoin d'être relevé par
le talent de l'Ecrivain , la profondeur des
vues & les rapprochemens philofophiques ,
nul n'eft plus propre que J. B. H. de Saint-
Pierre à concilier la faveur nationale à
l'exécution du plan que follicite fon amour
ardent pour les fciences.
Le vulgaire des obfervateurs n'avoit
guères confidéré la ménagerie de Verfailles
que comme un de ces objets de luxe
& de curiofité dont les Rois aimoient à
environner la pompe du trône. Il falloit
bien qu'à côté de l'afyle du defpotifme
habitaffent auffi les tigres & les lions ,
& que les finges fuffent en fociété avec les
courtifans , mais parce que nous avons terraffé
ces tyrans de l'efpèce humaine , faut- il
envelopper , dans la même profcription ,
ces autres les
premiers ? rois des animaux bien moins
terribles
(1) Ce Mémoire ſe trouve chez P. F. Didot
quai des Auguftius , a°, 22.
Ce
( fr ) )
"
Ce n'eft pas fous le rapport d'un vain 1
ornement que Saint Pierre envifage la
réunion d'une ménagerie au jardin des ?
Plantes ; c'eft pour compléter un des plus
beaux monumens qui aient été élevés en
Europe aux connoiifances naturelles : on
étudie mal la zoologie au milieu des
fquelettes & des animaux empaillés ou
injectés . L'anatomie comparée n'inſtruit
que des proportions relatives ; elle apprend ,
fi l'on veut , à connoître les genres & les p
efpèces ; mais les formes , les couleurs ,
l'inftinct , les moeurs , le caractère , les atti
tudes , tous ces charmes de la nature vi
vante font peidus pour l'oblervateur qui
n'étudie que dans les debris ftériles de
nos cabinets : Ceux , dit Saint Pierre ,
qui n'ont étudié la nature que dans des
livres , ne voient plus que leurs livres dans la t
nature ; ils n'y cherchent plus que les noms
& les caractères de leers fyftêmes . S'ils font
botaniftes fatisfaits d'avoir reconnu la'p'a te
dont leur Auteur leur a parié , & de l'avoir
rapportée à la claffe & au genre qu'il leur
a défigné , ils la cueillent , & l'étendant
entre deux papiers gris , les voilà très contens
de leur favoir & de leurs recherches.
Ils ne fe forment pas un herbier pour étu
dier la nature, mais ils n'étudient la nature
que pour fe former un herbier. Ils ne font
de même des collections d'animaux que
pour remplir leur cabinet , & connoître
No. 45. 10 Novembre 1792. F
étubr
( 122 ) 1
leurs noms , leurs genres & leurs efpèces.
« Mais quel est l'amateur de la nature.
qui étudie ainfi fes raviffans ouvrages ?
quelle différence d'un végétal mort , lec ,
fatri , décoloré , dont les tiges , les feuilles
& les fleurs s'en vont en poudre , à un
végétal vivant plein de fuc , qui bour
geonne , fleurit parfume, fructife , fe
refeme , entretient mille harmonies avec
les élémens , les infectes , les oifeaux , les
quad upedes , fe combinant avec mille
autres végétaux , couronne nos collines
ou tapie nos rivages !
Y
« Peut-on reconnoître la verdure & les .
fleurs d'une prairie dans des bottes de foin ,
& la majesté des arbres d'une forêt dans
des fagots ? L'animal perd par la mort encore
plus que le végétal , parce qu'il avoit
reçu une plus forte portion de vie. Sesi
principaux caractères s'évanouiffent , fes.
yeux font fermés , fes prunelles sternies ,
fes membres roides ; il eft fans chaleur , fans
mouvement , fans fentiment , fans voix ,
fans inftinct. Quelle: différence avec celui
qui jouit de la lumière , diftingue les ob
jets , fe meut vers eux , aime , appelle fa
femelle , s'accouple , fait fon nid , élève fes
petits , les défend da fes ennemis , étend
Les relations avec fes femblables , & enchante
nos boccages . ou anime nos prairies
Reconnoîtriez- vous l'alouettesmation
nale & gaie comme l'aurore , qui s'élève
"
( 123 )
en chantant jufques dans les nues , lorf
qu'elle eft attachée par le bec à un cordon ;
ou la brebis bélante & le bouf laboureur ,
dans les quartiers fanglans d'une boucherie
? L'animal mort le mieux préparé ne
préfente qu'une peau rembourrée , un
fquelette , une anatomie. La partie principale
y manque ; la vie qui le claffoit dans
le règne animal. Il a encore les dents d'un
loup , mais il n'en a plus l'inftinct , qui
déterminoit fon caractère féroce , & le
différencioit feul de celui du chien fi
focial. La plante morte n'eft plus le végétal
, parce qu'elle ne végète plus ; le
cadavre n'eft plus animal , parce qu'il n'eft
plus animé : l'une n'eft qu'une paille , l'autre
n'eft qu'une peau . Il ne faut donc étudier
les plantes dans les herbiers , & les animaux
dans les cabinets connois , que pou les revivans
, obferver leurs qualités ,
& peupler de ceux qui font utiles nos jardins
& nos métairies .
On n'apprendra pas fans furprife & fans
regret , qu'il ne refte plus à la ménagerie
de Verfailles que cinq animaux étrangers ,
lavoir le Coûugna , efpèce de cheval zébré
à la tête & aux épaules ; le Bubale , eſpèce
de petit boeuf qui tient du cerf & de la
gazelle, le Pigeon huppé de l'île de Banda ;
le. Rhinoceros & un beau Lion arrivé du
Sénégal en Septembre 1788 , ainfi qu'un
Chien bracq, fon compagnon , avec lequel
F 2
1124
3
il a été élevé. Tout le refte a été pilé
depuis la révolution . Cependant , qui le
croiroit , ce petit nombre d'animaux venus
de fi loin , i curieux & fi intéreffans , ne
nous ont été offerts , dit Saint - Pierre , que
pour en faire des fquelettes.
D
Le raifonnement qu'on employe pour
l'anéantiflenient total de la ménagerie , c'eft.
que ces animaux ne fervent à rien , qu'ils
font dangereux dans une ville , fur tout les
carnaifiers , & qu'ils font coûteux à nourrir.
«Si nous portons , répond Saint- Pierre,
la parcimonie fur de fi petits objets , que
dirons - nous aux Puiffances d'Affrique &
d'Afie qui , de temps immémorial , ont
coutume de nous faire des préfens d'ani
maux ? Les tuerons nous pour en faire des
fquelettes ce feroit leur faire, injure. Les
refuferons- nous , en leur difant que nous
n'avons plus de quoi les loger ni les
nourrir ? Nos relations politiques néceffitent
l'exiftence d'une ménagerie. Si elle.
a été jufqu'à préfent un établiffement de
fafte , elle ceffera de l'être , quand elle fera
placée dans un lieu deſtiné à l'étude de
la nature. »
Une ménagerie n'eft pas moins néceffaire
à l'étude des arts libéraux . « Des
deffinateurs & des peintres viennent chaque
jour , au jardin national , pour y deffiner
des plantes étrangères , lorfqu'ils ont à
repréfenter les fites d'Afie , d'Affrique &
6 )
( 125 )
d'Amérique. Les animaux des mêmes climats
leur feront aufli utiles ; ils en étudieront
les formes , les attitudes , les paffions
. Ils en ont déjà , dira t on , des modèles
en plârre. Mais d'après quel plâtre
Pujet a - t - il fculpté le lion dévorant , qui
' déchire les mufcles de Milon de Crotone ?
Artiftes , Poëtes , Ecrivains , fi vous copiés
toujours , on ne vous copiera jamais .
Voulez- vous être originaux & fixer l'ad-
" miration de la postérité fur vcs ouvrages ?
N'en cherchez les modèles que dans la
nature. >>
Saint-Pierre prouve très bien que l'objection
tirée du danger de ces animaux
féroces eft bien foible contre l'établiffe-
' ment d'une menagerie. N'en montre-t- on
pas journellement aux foires & fur les
boulevards de Paris ? S'en échappe - t- il
ancun quoiqu'ils foient dans des mauvaiſes
cages de bois mobiles . D'ailleurs , quand
cet accident eft arrivé , en eft il réfulté.
aucun malheur ? Une bêté féroce dans les
rues d'une ville eft auffi étonnée à la vue
du peuple , que le peuple l'eft à la vue de
la bête féroce : fes gardiens la reprennent
ailément. C'est ce qui arriva , il y a quel
ques années en Angleterre , lorfqu'une
Hyenne fortit de fa cage en la débarquant
d'un vaiffeau .
La partie la plus intéreffante de ce mémoire
, eft celle où le fucceffeur de Buffon
F 3
( 126 )
examine l'influence que l'état de fociété
peut avoir fur les animaux fauvages , &
la poffibilité de croifer les espèces & d'étendre
, pour ainfi dire , le domaine déjì fi
vafte de la nature. Il cite des faits extrêmement
curieux qu'il faut lire dans l'ouvage
même. Et quand on re pourroit
adcucir l'humeur inflexible de ces animaux
, ce feroit encore un fpectacle digne
d.s regards des obfervateus. « Le r
fophe , dit il , cherche par quelle foi un
animal renforce fon caractère indomptable
dens l'efclavage , tandis que le règre , fon
compatriote , & bien fouvent le blanc ,
ont dégradé celui de l'homme aufein même
de la liberté. » On fent qu'ici le philofophe
n'a fait qu'indiquer la penfée fans la
développer. Il avoit fous les yeux des
exemples récens de cette vérité.
Quant à la dépenfe , elle n'offiiroit ,
felon Saint Pierre , qu'un furcrcit de 20
mille livres à celle que coûte l'entretien
de l'établiffement du Jardin des Plantes
& du Cabinet d'Hiftcire Naturelle . C'eft
ici que nous pouvons rappeler les réflexions
que nous avons faites dans notre
précédent . fur le danger des vues mefquines
& parcimonieufes , lorfqu'il s'agit
de monumens deftinés à propager l'inftruction
publique & à faire la gloire de la
Nation. Cette modique dépenfe feroit
Lien rachetée par l'affluence des étrangers
( 427 )
& des élèves naturaliſtes qui viendroient
de toutes les parties de l'Europe puifer des
lumières à ce centre de toutes les connoiffances
humaines . Les révolutions paffent ,
mais la gloire & l'avantage des fciences
.font Fermanens .
Le bon Saint-Pierre , en finiffant , n'ou
blie point les intérêts du fauxbourg qu'il
-habite. Ce font les plus pauvres , les plus
induftrieux & les plus patriotes de cette
grande cité. Chaque quartier a , pour ainti
dire , fes monumens à part & fes reffources
induftrielles. Le jardin des plantes , augmenté
d'une ménagerie , convient parfaitement
au fauxbourg Saint Marceau . Les
tétrangers & les favans viendroient s'y
étabiir. Les loyers & les fubfiftances y
font moins chers , les moours de ceux qui
d'habitent plus pures & plus franches . « J'ai
perdu dans la révolution dit Saint-Pierre,
en s'adreffant aux Membres de la Convention
nationale , au nombre defquels il
a eu l'honneur d'être appellé , j'ai perdu
prefque tout mon foible revenu : je n'en
ai rien redemandé aux Repréfentans de la
Patrie ; je n'ai été fenfible qu'à leurs efforts
pour réparer les maux. Ce n'eft donc pas
pour moi que je m'adreffe à vous ; c'eſt
pour elle ; c'eft pour ! vous mêmes . Mais ce
n'eft pas ma voix que vous devez vous
rendre ; c'eft à celle du peuple. De tous les
établifferens nationaux , celui du jardin
(
F4
( 128 )
des plantes eft le feul qu'il ait refpecté ,
parce qu'il eft le feul à fon ufage , qu'on
y donne des herbes médicinales à fes maux ,
& que , c'est là que viennent s'inftruire les
favans qui doivent les foulager. Votre bienfaifance
pour des écoles qui lui font chères ,
配
accroîtra fa confiance en vous . Il fentira
que , malgré les frais qu'entraînent les aris
deftructeurs de la guerre , vous favez pourvoir
aux arts régénérateurs de la paix.
Louis XIV , dans des circonftances auffi
embaraffantes que celles où vous vous.
trouvez , entreprenoit, des monumens faftueux
: achevez ceux qui font utiles. Il s'y
faifoit repréfenter en Apollon , en Mars ,
en Jupiter. Faites pour la Patrie une partie
de ce qu'il a fait pour fa gloire ; le. Peuplevous
regardera comme des Dieux qui ,
d'une main lancent la foudre , & de l'autre
verfent les fertiles rofées. »
Traits de courage & de bravoure.
Emportés par le torrent des grands évènemens
de nos armées , nous n'avons pu faire connoître
cette multitude de traits particuliers d'intrépidité
& de courage qui ont honoré la valeur Françoife.
Nous nous propofons (de remplir un devoir
fi cher , en rappellant fucceffivement des
faits anffi glorieux,
Dans la journée du 20 Septembre qui a été
Pour les, armées combinées le terme de leurs
7 ( 129 )
"
.
progrès , tandis que les boulets & les bombes
tomboient comme la grêle , Beurnonville lurnommé
l'Ajax François parcouroit les rangs des
bataillons & les encourageoit à fe préparer à
vaincre ou à mourir. Il lui vient dans l'idée de
leur dice enfans , affeyez- vous , vos dangers
feront moins grands ; tous lui crièrent vous
êtes bien à cheval. Aucun de ces braves ne plia
le jarret. Daus cet inftant , il le paffa une fène
des plus touchantes , & qui fut remarquée de
toute l'armée .
Un jeune militaire fe porte en avant du
front , après en avoir obtenu la permiffion
pour aller embraffer fon frète qui venoit d'être
tué d'un boulet . Ce tribut fraternel payé à la
nature , cet inté effant militaire , tout en effuyant
fes larmes , vint reprendre fon pofte &
fe mit à crier Vive la Nation .
сс
Dans la même journée , le brave Lornier ,
Lieutenant- Colonel du cinquième bataillon des
Grenadiers , ayant reçu une bleffure mortelle
fes camarades s'empreflèrent autour de lui , 1.s
larmes aux yeux. Mes amis leur dit cet intrépide
guerrier , vos foins me font inutiles
Betourn z à l'ennemi , je meurs content , la caute
de la liberté triomphe, » Il expira un moment
après . Depuis cette mémorable journée , Pruffiens
, Autrichiens , Emigrés , tout a fui.
1
Lors de l'arque de Spire par , Cuftine , la
canonnade duroit encore lo que Lutan , fon
༡ ་
Aide- de camp , après avoir donné le premier
coup de hache dans la poite , entra dans la ville
( un peu trop en ayant pour reconnoître les
difpofitions des ennemis . Il fut entouré auffitôt
par les Maye çois en embuscade , qui cricient :
Prifonnier , prifonnier.. Lutan qui croyoit les
FS
•
( 130 )
ennemis retirés , étonné , mais ne perdant point
tycourage , s'écrie à ſon tour : comment J. f.....
un Aide de-camp François prifonnier ? Non jamais.
E difant cela il pique des deux , lève
fon fabre , & fend le câne a un Officier Mayençois
, qui lui avoit donné un coup d'épée dans
le côté , s'élance en même temps avec fon cheval
dans les rangs ennemis , en renverie 3 how mes ,
dont 2 ont la tête fracaffée & un troisième les
côtes enfoncées. Latan échappe anfi à la fartur
des ennemis , qui n'ont plus d'autre moyen de
punit fa témérité que de lui envoyer une grate
de bailes dont une coupa a courroie de fon
étrier droit , & bleffa fon cheval à l'épaule ;
une autre lui fit tourner fon chapeau , une troifième
perça le pan de fon habit ; aucune ne le
bleffa. Il levint couvert de gloire vers les fiens.
Nouvelles de nos Armées.
-
à en
Armée du Nord. L'entreprife fur le Brabant
doit être cou o née d'un fuccès infaillible ,
juger par les péparat fs immenfes auxquels elle
donne licu . Ola ceffé de voyer de Dousi & de
Lille des trains confiderables de groffe artillerie
& des monitions de toute fèce . Dumourier n'a
retardé fon expédition que pour la rendre plus
sure & moins Canglante . Au mom nt où ・ous écrimons
, la ville de Mned in être affiégée . Or affure
que l'enem : y a pratique beaucoup de mines .
Nos généraux u'agiront fans doute gr'avec prudence
; & nous avons des mineurs auffi intrépides
qu'intelligens. Li wafion du 'Brabant fe fait
par plafeurs points . Il y aura des attaques feiates,
& mos gérécaux ont gardé pour euz le fecret de
1
( 131 )
leurs opérations qui ne tarderont pas à éclore . La
difpofition des efprits cous eſt toujours favorable;
& quoique le général Clerfait ait fié de l'amcé
du centre à Namur avec 15,000 Autrichiens , ce
renfort ne puria auêter les progès de l'armée
de a République , fo te de pus de 60,000 hommes
, qui en eft à ton 76 ° . campem.nt , pelqe
toujours fans pile & fas tentes , & qui n'e cft
as moins pleine de gaîté & de courage.
Pas Voilà
les enfans de la liberté , ils fe ont ceux de la victoire.
Dumourier a repouffé , le 4 de ce mois , à
Bo flu , un cores de 6,000 hommes , fear a tué
150 , & fait prifonnier plus de 200.
Armée du centre. Ap ès l'évacuation de Longwy ,
Kellermann a rephé fon armée for Metz, Caftine
l'accule hautement auprès de la Convention de
n'avoir pas fecondé fe , opérations com me il l'en
avoit prefié. En pafant la Sirre & fe portant
fur Trèves & fur Coblentz , lorfqu'il lui éccit
facile de prévenir les Perfiens qui viennent de
s'y établir. Cuftine a adreff à la Convention toute
fa correfpondance avec Kellermann & les réponíes
de ce dernier. Il feroit fâcheux que la méfiniclligence
viat à s'établir entre nos généraux ; &
avant de sien prononcer fur le grief qu'articule
Cuftine , il faut attendre le rapport des pièces &
les éclairciffemens de Kellermann. Le pouvoir
exécutif a pris fans doute les mefutes les plus
promotes pour s'inftruire de la vérisé & foutenit
les avantages fur le Rhin que rous devons à l'ace
tive intrépidité de Cuftine.
Armée du Rhin. Depuis la reddition de Mayence
& de Fiacfort , les Princes & les Villes libres de,
40 lieues à la ronde ont envoyé au Général Caftine
des députations pour éclamer le protection ,
F 6
( 132 )
de la République Françoile . Cuftine qui avoit impofé
à Francfort une contribution de 1 500 mille
florins , ayant appris que les Magifrets en faifoicnt
fup, orter la plus grande partie à la claſſe
pauvre , s'y eft -rendy & a fait reporter la contribution
à fon premier taux en l'affectant exclulivement
fur les riches . Il a arrête des ſommes
comidérables qui étoient entre les mains des
banquiers & qu'il favoit être deftinées pour les
troupes ennemis . Les principes de liberté font tou
jours de nouveaux progrès dans toutes les villes
qu'occupent les armées Françoifes . Des Sociétés
patriotiques fè font établies à Maye ce , à Francfort
, & déjà le peuple réclame l'abolition des
droits féodaux .
Armée des Alpes. L'affaire de Genève n'eft
point encore ent, ètement terminée . La Convention
paffée entre le Général Montefquiou & le Magnifique
Confeil a fubi des modifications de la part
du confeil éxécutif fuprême de la République
Françoife . On n'en connoît point encore la teneur
; mais on fait que les patriotes Génevois
étoient tè -mécontens de cet arrangement.
Armée du Var. Le Général Anfelme avoit fait
embarquer fur l'efcadié du contre- Amiral Truguet ,
2000 hommes pour faire une tn.ative fur la
vile d'Oseille. Les vents d'Eft , ayant contrasié
pendant huit jours cette expédition , le contre-
Amiral Treguet n'a pu le préfenter devant cetre
vile que 27 octobre au foir . Il a d'abord envoyé
fon canot en parlementaire pour la fommer de fe
rendre . Les milices du pays ontlaiflé attéier quatre
oficiers , fur lefquels i's ont fait immédiatement
après une décha ge de moufqueterie & de deux
eanons à mitraille dont M. d'Aubermenil , aide(
133 )
?
瓶
de- camp , a été tué , ainfi que MM . Ifnard
& Pelletier , enfeignes de vaiffeaux . Après cette
infâme trahifon , le contre- Amiral Truguet a fait
fur- le - champ embaufer fix vaiffeaux de fon eicadre
& a canonné la ville d'Oneille de matière
qu'elle eft prefqu'entièrement détruite .
CONSTANTINOPLE.
Le projet du traître Choifeul- Gouffier
pour fe perpétuer dans une ambaffade qui
ne lui a fervi qu'à couvrir d'opprobre fa
mince réputation littéraire , fon efpérance
que la Porte repoufferoit irrévocablenient
Semonville , toutes ces folies criminelles
n'occupent plus fans doute cet homme
qui fe fignoit , avec tant d'orgueil , LE SERVITEUR
de MESSEIGNEURS LES FRÈRES .
DU ROI. On doit favoir fur les bords du
Bofphore qu'il n'y a plus ni Royauté , ni
Roi en France , & que les SEIGNEURS de
Choifeul- Gouffier traînent aujourd'hui, leur
honte & leur misère dans toutes les petites
Cours de l'Allemagne. La Porte qui n'eft
pas , quoiqu'on en dife , très - fubume pa-
Toit avoir été pourtant allez raisonnable
pour ne rien comprendre à ce que Choifeul-
Gouffier , coalité avec lui , a débité
contre la révolution françoife & contre les
Jacobins. Il eft bizarre qu'on ait dénoncé
les Jacobins au Grand-Turc . On les lui a
dépeints comme des ennemis des Rois &
( 134 )
de la Religion. Un Mufulman doit être
tenté de regarder les ennemis des Prêtres
Chrétiens comme des Fidèles , & la fiertédu
Grand- Seigneur , devant qui je profiernent
tous les trônes du monde , doit croire
qu'elle n'a rien de commun avec les Rois
de l'Europe . Choifeul dénorçant les Jacobins
comme des mépris au Grand- Turc
rappelle ce même Choifeul écrivant à l'Evêque
d'Autun MALHEUUEUX , VOUS
· ÁVEZ TRÆHI LA RELIGION DE VOS PÈRES .
Ce que le Grand Seigneur fait à merveile
, c'eft qu'il n'a rien à démêler avec
les Jacobins ( de long- temps au moins ) ,
ma's bien avec Catherine II qui lui a enlevé
d'immenfes pofleflions , qui lui impofe
des loix très dures dans la mer Noire ,
qui a rêvé même qu'elle lui enleveroit fon
trône & Conftantinople ; mais bien avec
la Maifon d'Autriche , qui par un concours
affez fingulier a été à la fois l'éternelle
ennemie du Grand- Turc & de tous les
Peuples libres de l'Europe . Voilà ce qui
touche le Grand- Turc de très près , ce qui
le fatigue , & ce dont il eft naturel qu'il
veuille e venger auffi tôt que la France
lui en affure, a les moyens.
Des gens affez bien inftruits de ce qui
fe paffe en France affurent que ces - confidérations
feront préfentées avec énergie
à la Sublime Porte par le Confeil exécutif
provifoire de la République , & que
1
( 135 )
ces vérité inconteftables feront fenties cu
accompagnés d'une flotte commandée
Far Truguet ou par Latouche.
POLOG N E.
De Varfovie , le 6 Octobre.
Lorfque nous parlâmes il y a un mois
à peu près du projet de rétablir les Jefuites '
en Pologne fous les aufpices de l'impéra
rice de Ruffie , nous ne cûmes pas parler
tnous même d'une chofe très-ferieule . Cette
› nouvelle cependant fe confirme. L'Evêque
Sierakouflki va , dit- on , à Rome avec la
miffion expreffe & prefque unique d'obtenir
du Pape la refurrection de l'Ordre
des Jéfuites . Tout eft fujet d'étonnement
dans ce qui fe pafle dans ce monde , &
fur tout de ce qui fe paffe parmi les Rois .
Les Jéfuites , ir y a trente ans , ont été
chaffés de par- tout par les Rois comme
des régicides ; aujourd'hui les Rois les rcgrettent
& veulent les rappeller comme les
meilleurs défenfeurs de leur autorité expirante.
Eh bien , à notre avis , ils en jugent
mieux aujourd'hui , que lorfqu'ils les prof
crivoient avec tant de cruauté? Les Jéfuites
même , en affalinant de tems en tems les
Reis , étoient d'excellens appuis de toutes
les fuperftitions , & par conféquent de la
Royauté . Mais les Rois & les Reines fe
font éclairés trop tard fus le mérite des
( 136 )
Jéfuites. Les peuples fe font trop éclairés
aufli d'une autre manière , pour que cette
fainte milice put aujourd'hui obtenir quelques
fuccès , en fe rangeant autour des
trônes. Les trônes ne font plus portés fur
les aîles des Séraphins & des Chérubins
qui font coupées.
On s'affemblera al la prochaine Diète , à
Grodno ou à Varfovie ? Cette queſtion a
beaucoup occupé la Confédération Géné-
Irale dans la féance du 24 Septembre. On
alla aux voix & à la majorité de deux
fuffrages , Grodno a eu la préférence ; mais
à peine cette ville l'a obtenue qu'on a penſé
qu'il eut été mieux de les donner à Varfovie.
On a propofé & même prefque décidéque
la Diète fe , tiendroit à Varsovie &
qu'elle s'ouvriroit à Grodno.Il y Il y avoit
là de quoi contenter tout le monde , enfin
le grand coup de lumière, eft venu éclairer
les délibérations : & on a dit , il faut
que fur cela comme fur tout le voeu de
Impératrice ( de Ruffie ) foit la loi fuprême
de la Pologne , il faut lui demander , fon
vaa & l'attendre . Là delus ii n'y a pas
eu deux voix. ,
On dit toujours que fe Roi abdiquera :
on devroit dire aufli qu'il n'a rien a abdiquer
que fon efclavage . Qui n'aimeroit
mieux être maître d'école à Corinthe ou
ailleurs qu'être ainfi Roi à Varfovie ?
La prompte juftice des pays defpotiques
( 137 )
1:
a été beaucoup vantée : cependant le defpoliſme
aujourd'hui eft affez bien établi en
Pologne , & la juftice n'y eft pas rendue.
Depuis trois mois les Tribunaux ne prononcent
rien , ne terminent aucune affaire ,
& les loix font muettes. De là naiffent des
querelles & des défordres affreux tantôt
entre voifins , tantôt dans les familles même.
ALLEMAGNE
they
9
Toute l'Allemagne eft en mouvement ,
villes libres , villes impéciales , Princes ,
Electeurs , Evêques , Chapitres , Peuples ,
tout fe remue , tout s'agite , & le plus
fouvent en fens contraires.
A Vienne , l'Empereur qui croit réparer
fes revers en les cachant & multiplier fes
forces en exagérant le nombre des ennemis
de la France , fait publier par fes Gazettiers
que la Cour d'Efpagne rougit de n'être
pas entrée plutôt dans la coalition des
Rois , & quelle fait marcher des troupes.
vers les Pyrénées , quelle va couvrir de
vaiffeaux l'Océan & la Méditerranée ; que
toutes les puiffances de l'Italie vont en faire
autant , & que le Pape va fournir non feulement
de fargent mais des troupes . On
écrit encore de Vienne , & du 13 Octobre ,
que les Etats de Hongrie vont fournir à
l'Empereur' foixante dix mille hommes ,
& que les Etats de Tranfilvanie ont confenti,
pour la guerre un fubfide de cinq cent
L ( 138 )
mille florins . A la date du 16 du même
mois d'Octobre , on écrit de la même ville
que quatre compagnies d'artilleurs & de
bombardiers font partis pour l'armée , ( on
pourroit demander pour quelle armée ) &
que le feul tranfport qui fe fera fur des
charriots coûtera 22,356 florins .
D'Aix- la Chapelle , & du 18 Octobre ,
on écrit que les Emigrés François y arrivent
en foule , mais ne s'y arrêtent point
parce qu'ils n'ont plus ou repofer leur tête ;
que leurs corps font licantiés , & que lés
individus errans ne trouvent pas plus de
fubfiftances que dans les gorges de l'Argonne
que les négociateurs Autrichiens
Spielman & Collenbach ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe dans lequel ils ne voient
plus qu'un Allié perfide ; que la haine qui
eft entre les Chefs des armées coalifées
éclate auffi entre leurs foldats ; & que plu
fieurs fois les Autrichiens & les ruffier.s
ou ont fait feu , ou ont été prêts à faire
feu les uns für les autres.
On écrit de Spire , de Mayence & de
Francfort & aux mêmes dates qu'à l'approche
des François , à leur entrée dans
ces villes & durant leur féjour une terreur
univerfelle s'eftemparée de tous les Peuples :
que les premiers s'enfuient de toutes parts
einportant leurs tréfors ou après les avoir
cachés ; que les autres vivent en pleine
1
( 139 )
J
fécurité au milieu ou à côté des armées
Françoifes ; qu'ils béniffent nos victoires
qui leur apportent notre liberté. Que le
Général Cuſtine qui fait écrire & combattre
en même temps , foudroye les Def-
Fotes & éclaire les Peuples ; qu'à chaque
inftant & de la circonférence de quar ante
à cinquante lieues il reçoit des eftafettes
qui lui annoncent le voeu des villes , des
Peuples , des Princes mêmes pour entrer
aufli dans les jouiflances de ces principes
qui doivent être ceux du genre
humain
puifqu'ils font ceux de la nature.
Comment quelques régimens Autrichiens,
quand eux mêmes ne recevroient aucune
influence de cet efprit qui fe répand partout
, pourroient ils réfilter à cet entraînement
univerfel. Les Defpotes ont compris
trop tard que la force des troupes eftt; peu
de chofe quand elle n'eft pas appuyée fur
la force des Peuples . Ce n'eft qu'à préfent '
que l'Electeur de Trèves commence à le
fou; çonner ; des ordres ont été publiés par
lui pour obliger tous les François qui fe
trouvent dans fon Electorat à l'évacuer.
Ceux qui y voyagent ne pourront refter
dans un même lieu plus d'une nuit. C'eft
l'exécuter trop taid pour qu'il y ait quelque
mérite dans cette prudence fi tardive. La
France ne peut pas & ne doit pas oublier
que l'Electorat de Trèves a été le premier
rendez vous des Emigrés François.
( 140 ).
Un affez grand nombre de lettres d'Emigrés
ont été prifes dans les poches de
plufieurs d'entr'eux qui ont été tués ou
fait prifonniers . On voit que leur défaftre
eft pour eux une énigme inexplicable , &
que faute d'en voir les véritables caufes ils
en imaginent de toute efpèce qui n'ont
aucune réalité. Les vraies caufes font la
valeur des François qui , au nombre de
trente mille hommes comme dans
journée du 20 Septembre , ont brave &
provoqué au combat l'armée des Pruffiens
forte de 70.0co hommes. Les défenfis de
of allefte
Thionville & de Lille qui que
tous les François s'enléveliroient tous fous
les ruines de leur République plutôt que
de reprendre leurs anciennes chaînes ; le
manque
d
de
fubfiftance
hommes l'armée & le flux lang
qui ont réduit à 50,000
2
des ennemis qui en avoit plus de 100,000
en, entrant fin le territoire François ; les
nouvelles apportées au Roi de Pruffe de
la domination abfolue exercée par l'Impératrice
de Ruffie dans la Pologne , & des
projets conçus peut être par cette femme
de s'emparer de la partie de la Pologne
dont la Pruffe eft en poffeffion ; enfin
& fans doute plus que tout le refte , les
grands talens militaires qu'ont déployés
plufieurs de nos Généraux qui n'avoient
pas les renommées de Brunswick , & qui
ont montré plus de génie.Les talens vieil(
141 )
liffent & naiffent , ils naiffent fur- tout en
foule dans les Républiques naislantes &
dans ces époques révolutionnaires où tout
eft création.
Voilà les vraies cauſes de ces évènemens
dont l'Europe paroît fi étonnée , parce
que malgré les exemples des Suiffes & des
Hollandois , au moment de la conquête de
leur liberté , l'Europe eft trop peu accoutumée
aux miracles de la liberté.
Il eft curieux de voir comment les Ga
zettes de Bruxelles rendent compte de cette
fi fameufe retraite des Pruffiens . Voici
-ce qu'on lit dans une de ces Gazettes , &
il faut en remarquer la date , elle eſt du
9 Octobre."
Nous
h
avons
reçu
de
Verdun
la nou-
»
velle
que
la
pluie
continuelle
, les
che-
>>
mins
affreux
, le manque
abfolu
de
vivres
»
&
de
fourrages
dans
la Champagne
, ont
»
déterminé
le
Duc
de
Brunswick
à fe
re,
» tirer
&
à fe
rapprocher
des
magafins
»
aux
environs
de
Dun
, Verdun
&
de
» Stenay
:
Voilà
comme
les
Princes
&
leurs
Ga
zettiers
difent
la
vérité
aux
peuples
.
10
2
211 :
IT ALI E. 10) 20
L'Italic n'eft pas & ne peut pas être dans
de fi grands mouvemens que l'Allemagne.
Les volcans moraux font comme éteints fur
acit
( 142 )
cette terre- où les montagnes ont encore dest
volcans. Cependant toutes les paffions que
larévolution Françoife a fait naître par-tout,
y agiflent auffi quoique plus fourdement.
De Venife , le 13 Octobre.
A la face , & s'il eft permis de le dire ,
à la barbe des Inquifiteurs d'Etat on conimence
à parler icide la France & de fes
nouveaux principes. Déjà il fe forme deux
partis ; on difcute , & même on s'eſt battu
Dzante pour les Droits de l'Homme ; or,
dès qu'on raifonne & dès qu'on fe bat
les Droits de Homme font sûrs d'obtenir
du triomphe.
De Gênes , le 15 Octobre.
Le Gouvernement de Gênes eft à - peuprès
auffi ariftocratique , que celui de Venife
: mais fi les nobles Gênois déteftent,
nos principes , ils aiment notre argent &
comme créanciers de la France ils ont
befoin que les affaires de la République
Françoife profperent ; voilà pourquoi ces
aristocrates ont toujours été affez modérés
contre la France : depuis que les François
font à Nice & que les Nilfois veulent
être François , les nobles Gênois fe félici
tent infiniment de la prudence de leur con(
143 )
duite. Il n'eft pas vrai que le général Anfelme
leur ait fait la demande d'un emprunt
force; 1. un Général , à moins d'un cas
bien extraordinaire , ne peut pas emprunter
pour fa Nation ; 2 °. il n'eft pas dans les
nouveaux principes des finances de la République
Françoife d'aimer les emprunts ,
& il eft dans toutes les maximes actuelles
de la France d'abhorrer ce qui eft forcé ,
excepté contre ceux qui croient que la force
eft la feule loi ; 3 °: le Confeil exécutif de
France gouverne trop avec les grandes vues.
morales de la révolution , pour qu'il lui
eut été pofsible de ratifier un emprunt
forcé , fi le Général Anfelme avoit pu en
faire un.
De Rome , le 10 Octobre.
C'étoit le plan de ce brigand qu'on a
long-temps appellé Abbé Mauri , c'étoit
le plan des Princes émigrés dont la religion
étoit fi bien connue , c'étoit le plan
de Impératrice de Ruffie , du Roi de ,
Puffe & de l'Autriche de faire du Pape ,
du Saint Père , du fucceffeur de St. Pierre ,
comme le grand porte drapeau de la contrerévolution.
Le Pape actuel qui a été bel
homme & même , dit- on , homme aimable,,
qui s'eft beaucoup plus occupé dé fes nièces
que de la Chrétienté & de fa puiffance eft
entré affez mollement dans tous ces plans des
2444 )
:
confpirateurs. Le bruit fe répand aujourd'hui
( mais nous ne garantiffons pas cette
nouvelle ) , que le St. Père a donné un
grand fcandale à Mefdames ci devant de
France. Le St. Père a des fils & il a auffi
des filles il eft père tendre , & il a voulu
faire de bons établiffemens à tous les enfans
, on raconte qu'il n'a pas trouvé de
meilleur moyen pour remplir fes intentions
paternelles que de marier fes filles
avec fes fis. C'eft fur cela que la vertu
des ci- devant Mefdames a jetté les hauts
cris , & qu'on affure même qu'elles veulent
quitter Rome,
Ce n'eft pas notre coutume de recueillir.
anecdotes fcandaleufes de l'Europe ;
mais cette anecdote fcandaleufe peut être
vraie ; & fi elle eft vraie , elle jette quelque
lumière fur le paffé & fur le préfent.
Beaucoup de gens attendent ici les François
qui arriveroient bientôt s'ils entroient
par Coiità Vecchia : ces gens- là penfent qu'il
feroit beau à la République Françoile de
rétablir la République Romaine , & de
relever le Capitole On avoit même annoncé
qu'Achille Duchâtelet , lorfqu'il feroit
guéri de fa bleffure , feroit chargé
de cette expédition. Elle conviendroit à
l'homme qui le premier a profeffé la République
en France.
JOURNAL
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
FRANCE.
L'an 1er de la République Françoiſe . •
CONVENTION NATIONALE
Du dimanche , 4 novembre.
LA Convention nationale a renvoyé au comité
militaire une lettre de Cuftine , contenant des
plaintes amères contre Kellermann , qu'il accufe
de n'avoir pas fecondé fes opérations .
Dans une autre dépêche , Cuftine rend compte
de fa conduite devant Francfort . Certain que
l'ennemi avoit déposé des fonds confidérables
dans une maison de banque de cette ville , il s'en
eft faifi. Il a cru qu'i falloit impofer des contributions
à une ville dont les chefs avoient de
grands torts ; il avoit impɔfé 2 millions de florins;
Nº. 46. 17 Novembre 1792. G
( 146 )
mais fur des réclamations il avoit réduit cette
impofition à un million . Le magiftrat a chargé
la corte des pauvres , contre les intentions du
général François , & il eft venu lui dire officie
fement que le feuple fe révoltoit . Cuftine le porte
à Francfort ; il entend le peuple crier Nous
voulons être lib . es & François. Il rétablir les deux
millions d'impofitions & fait publier la proclamation
fuivante :
ес
Citoyens , la contribution a été portée pour
le foulagement des pauvres. J'apprends que le
négociant Legros , coalifé avec nos ennemis pour
faite difparoître le numéraire de notre pays , veut
vous faire payer cette contribution . Mei , je vous
déclare qu'elle ne fe a payée que par ies riches ,
de l'ariftocratie defquels je fuis venu vous délivrer.
»
"3
Le refte de la féance a été employé à entendre
des pétitionnaires , parmi lesquels on a diftingué
les députés de la ville & du ci- devant
comté de Nice : « Nous venons , ont - il dit , vous
apporter le voeu du peuple de Nice pour la réunion
à la république Françoife , R.venez François , nous
ont dit nos concitoyens , ou ne revenez jamais .
On fait auffi tôt lecture d'une adreffe des habitans
de Nice , conçue dans les mêmes fentimens
qu'ont exprimés leurs députés. Au mil¨eu des
longs & vifs applaudiffemens qui s'élèvent de
toutes parts , pufieurs membres de la Convention
s'écrient : qu'il faut que la réunion fe faffe à
l'inftant. Ils preffent les députés de Nice de s'affeoir
parmi eux. David demande que le baife : fedé: atif
leur foit donné par le président au nom de la
république Françoife . Cette motion eft accueillie
avec tranfport. Les deux Niçois s'avancent ve: s.
le piéfident ; il les reçoit entre fes bras , leur
( 147 )
donne le baifer fraternel , & les place enfuite à côté
de lui.
Alors Barrère prend la parole : Je ne viens
point , dit- il , troubler cette touchante fcène
mais il est une obfervation que je crois digne de
votre reſpect pour la fouveraineté des peuples.
Le voeu qui vous eft offert eft celui des adminiftrations
provifoires du pays de Nice ; mais il
faut que le peuple prononce ; que le fouverain
émette fan vou , & le fouverain n'eft que dans les
affemblées primaires . La Convention a fenti la fag.
ffe de cette meſure , & elle a déclaré qu'elle ne
pouvoit délibérer fur le voeu des habitans de Nice
que lorsque le peuple l'auroit exprimé dans les af
femblées primaires.
Du lundi , 5 novembre.
C'étoit aujourd'hui que Robespierre , dénoncé
par Louver dans la féance du 29 octobre , devoit
faire entendre fa juftification . Cette circonstance
avoit attiré un grand concours . Un membre a
obfervé que des citoyens s'étoient introduits dans
les tribunes à la faveur de cartes dont ils étoient
porteurs. Cette obfervation , qui a troublé
quelques inftans l'Affemblée , a été écartée , Robefpierre
eft monté à la tribune , & un profond
filence a règné dans la falle .
De quoi fuis - je accufé , a dit Robespierre ?
d'avoir confpiré pour parvenir à la dictature ,
ou au triumvirat ou au tribunat. L'opinion de
mes adverfaires ne paroît pas bien fixe fur ces
points. Traduifons toutes ces idées romaines un
peu difparates , par le mot de pouvoirfuprême que
mon accufateur a employé ailleurs.
Ici Robespierre a bien démontré qu'il n'avoit
pu afpirer au pouvoir fuprême. Il s'eft demandé
-bt G 2
( 148 )
›
où étoient les tréfors , où étoient fes armées ;
& l'on pouvoit fe demander encore où étoient
fon génie , fes talens , fon audace ! Il a offert
de prouver par les difcours publics pár fes
écrits , qu'il a le premier appellé la Convention
nationale , comme le feul remède aux maux de
la patrie. I eft vrai que cette propofition même ,
fut regardée alors comme incendiaire ; mais la
révolution du 10 l'a réalilée .
Pallant au reproche qui lui a été fait fur fes
liaifons avec Marat , Robespierre raconte comment
il a connu cet homme ; comment après
une première entrevue , celui-ci jugea qu'il n'avoit
ni les vues ni l'audace d'un homme d'état;
il va même jufqu'a prouver par les feuilles de
Marat , que celui ci le regardoit comme entaché
de feuillantifme , parce qu'il n'avoit pas dit
Ouvertement qu'il falloit renverser la conftitution
.
Mais Robespierre pour qui le nom de Marat
eft , felon les expreflions , l'un des plus redoutables
reproches qu'on lui ait faits , l'auroit il
défigné pour député ? Auroit- il calomnié Priestley,
auroit - il efi dominé le corps électoral par
Pintrigue & par l'effroi ? A ces abfurdes déclemations
, ces fuppofitions romanefques , Ro
bespierre fe contente d'oppofer la notoriété publique
, & comme rien ne prouve miqux que les
faits , voici ce qu'il raconte,
« L'Afemblée élector le avoit arêté unaniment
que tous les choix , qu'elle froit , feroient
forms a la ratification des affemblées primaires ,
& ils furent en effet difcutés & ratifiés par les
fections. A cette grande mefure , elle en avoit
ajoute une autre , celle de ftatuer que les élec
tions feroient faites à haute voix & précédées de
( 149 )
$
la difcuffion publique des candidats . Chacun
ufa Lblement du droit de les propofer. Je n'ën
préfentai aucun . Je ne dis point de mal de
Priestley. Je ne défignai pas Marat plus particu
lièrement
que les écrivains courageux qui avoient
combattu cu fouffert pour la caufe de la révo
lation.
לכ
1
Robespierre examine enfuite fa conduite dans
la fociété des jacobins , & fa conduite au confeil
général de la commune . On lui à reproché
d'avoir exercé aux jacobins un delpotifme d'opinion
. I ignore ce que c'eft que l'empire de
Popinion , ur tout dans une fociété d'hommes
libres , à moins que ce ne foit l'empire naturel
des principes ; or cet empire- là appartient à la
raiſon univerſelle & à tous les hommes qui
veulent écouter la voix . On a dit que cette
fociété a été , depuis le mois de janvier , entièrement
dominée par une fa&tion très- pen
nombreuſe dont il étoit le chef ; mais fi depuis
cette époque les jacobins n'ont pas perdu la
confiance & l'eftime de la nation , & n'ont pas
ceffé de fervir la liberté ; s'ils ont déployé un
plus grand courage contre la cour & Lafayette ,
fi l'Autriche & la Pruffe leur ont déclaré la
guerre , s'ils ont recueilli dans leur fin les fédé
és raffemblés pour confpier contre la tyrannie ,
s'ils ont préparé avec eux la fainte infurrection
du mois d'août 1792 , que "faut-il conclute
du reproche que l'on fait a Robespierre , fi non
que c'eft cette poignée d'hommes qui a ' abattu
le defpotifme ; & s'il eût en effe: obtenu aux
jacobins cette influence qu'il eft loin d'avouet ,
que pourroit on en induire contre lui ? Quart
a a fociété é tere , il ne répondra rien pour
elle , il attendra que fon dénonciateur en de-
1.5 1.6 MP G
33
( 150 )
3
mande la deftruction & l'on verra alors s'il
fera plus perfuafif ou plus heureux que Leopold
& Lafayette.
Ce fut dans la journée du 10 que Robespierre
fut nommé commiffaire de la commune . Il ne
veut pas s'abaiffer jufqu'à obferver qu'il n'a jamais
été chargé d'aucune efpèce de commiffion ,
qu'il ne s'ett mê'é d'aucune opération particulière
, qu'il n'a jamais eu la moindre relation
avec le comité de furveillance tant calomniě.
Car , tout compenfé , il confentiroit volontie
à fe charger de tout le bien & le mal que l'on
reproche à ce corps révolutionnaire.
On lui reproche des arreftations illégales ;
eft-ce donc , s'écrie Robespierre , le code crimi
nel à la main qu'il faut apprécier les précautions
falutaires ? Que ne nous reprochez - vous d'avoir
configné les confpirateurs aux portes de certe
cité ? d'avoir défarmé les citoyens fufpecs ? que
ne faites -vous le procès à la municipalité , & au
corps électoral , & aux fections de Paris , & aux
affemblées primaires des cantons & à tous cel
ceix
qui nous ont imité ; car toutes ces chofes étoient
illégales , auffi illégales que la révolution , que la
chute du trône ; auffi il'égales que la liberté efe
même, »
Robespierre s'empreffe d'en venir aux évènemens
du z feptembre , & il affi me d'abord que longtemps
avant ce jour , il avoit ceffé de fréquenter
le confeil de la commune; ce n'eft donc pas pour
fa propre juftification qu'il va parler , mais pour
celle de la commune. Il dira comment ces magiftrats
ont voulu empêcher les évènemens du
a feptembre , & comment ils n'ont pu y parvenir.
C
弯
Ceux qui ont dit qu'il n'y avoit aucune
( 151 )
analogie entre la révolution du 10 acût & les
pemiers jours de feptembre , fe font trompés.
Un grand nombre de citoyens avoient perfé que
la journée du 10 acût avoir rompu les fis des
confpirations royales , & regardoient la guerre
comme terminée , quad tout- à coup la nouvel´e
fe répand dans Paris que Longwy a été livré ,
& qu'à la tête de cent mille hommes Brunſwick
s'avance vers Paris . »
» Danton le préfente à l'Aſſemblée lég flative ,
lii peint vivement les périls & les effources , la
forte à prendre quelques mefures vigoureufes ,
& invite la municipalité à faire fonner le tochin .
Le tocfin fonne , & quarante mille hommes font
levés à l'inftant . »
» Ces nouveaux défenfeurs de la patrie vont
voler aux frontières ; mais avant de partir , ils
veulent la punition des confpirateurs qui leur
avoit été fouvent promife. On court aux prifons
; on m.flacre . Que porveier t les magiftrate
contre la volonté déterminée du peuple ? Is l'engagent
au moins à fuivre des formes néceflaires ,
dont le but étoit de ne pas confendre avec les
coupables qu'il vouloit punir , les citoyens détenus
pour des cafes étrangères à la confpiration
du 10 acût. Depuis ce temps , on ne ceffe
de s'apitoyer fur les évènemens du 2.feptembre.
Mais le minifte de l'intérieur en blâmant ces
exécutions populaires , n'a pas craint de parler
de l'efprit de prudence & de générosité que le
peuple avoit montré jufques dans cette conduite.
illéga'e ; & M. Louvet lui-même commençcit
une de fes affiches par ces mots : honneur au
confeil de la commune ; il a fait fonner le to fin,
il a fauvé la France. »
On a fuppofé à Robespierre le projet d'avilir le
G4
( 152 )
corps législatif; mais c'eft avoir une bien petite.
ide de la dignité que de penfer qu'il puiffe être
avili par un démagogue i folent . On a dit qu'il
venoit à fa barre lui ordonner des décie.s &
menacer de faire fonner le tocfin , fi elle n'accédoit
à fes propofitions ; c'est ainsi qu'on a travefti
deux pétitions de la commune qu'il fut
chargé de présenter à l'Affemblée légiflative .
Quant au propos menaçant qu'on lui impute ,
il le nie formellement . D'ailleurs , un propos lâché
dans le coin d'une falle pourroit- il devenir férieufement
la matière d'un procès ?
Mais Robespierre ne fe borne pas à fa feule défenfe
, il attaque à fon tour fes accufateurs. Il
s'écrie : « Une lettre énigmatique adreffée à un
tiers ! des brigands anonymes ! des affaffins anonymes
! & au milieu de ces ténèbres , ce mot
jetté comme au hafard , ils ne veulent entend : e
fa ler que de Robefrierre ! Des réticences , des
myftères dans une chofe fi grave ! homme vertueux
, homme exclufivement , éternellement vertucux
, en vous adreffant à la Convention na❤
tionale avec un rapport bien aftucieux , après
tant de libelles , tant de pamphlets de toute efpèce
, où vouliez - vous donc al'er par la route
du crime ? Vous avez effayé l'opinion : vous vous
êtes arrêté , épouvanté vous - même de votre propre
audace...... Vous avez bien fait . La nature re
vous a monté ni pour de grandes actions , ni
pour de grands attentats . Je m'arrête ici moimême
par pitié pour vous ; mais une autre fois
examinez mieux les inftrumens qu'on met entre
yos mains. »
Robespierre jette enfuite un regard fur la loi
contre les provocateurs au meurtre . Il fait remarquer
que celui qui a juré par Brutus , d'affaffiner
ceux qui prétendroient à la dictature
H
(( : 0531
sleft misalui- même dans le cas de la loi & à
-déja encouru til peine qu'elle prononce . Que
refte- t -il à dire contre des accufateurs qui s'ac
cufent eux-mêmes ? Robespierre renonce au facile
avantage de répondre aux calomnies de fes
adverfaires par des dénonciations plus 1
Jedou-
-tables , il ne demande que le retour de la paix
180 le triomphe de la liberté .
Des applaudifiemens , des murmures ont couvert
, tout -à - tour , ce difcours . A peine a - t- il.
été prononcé que l'impreffion en a été demandée
& décrétée .
Plufieurs membres , & entre autres Louvet
demandent la parole . Une grande agitation fe
répand dans l'Aſſemblée. D'un côté , on réclame
Fordre du jour ; de l'autre , on perfile
à vouloir entendre une réplique . Barbaroux defcend
la barre pour fixer davantage l'attention
de l'Affemblée. Il demande à dénoncer Robefpierre
& à figner fa dénonciation .
Pendant que Barbaroux occupe la barre , Bat-
<rère monte à la tribune & dit : « que fignifient
toutes ces accufations de dictature , d'ambition
du pouvoir fuprême & ces ridicules projets
de triumvirat ? Citoyens ne donnons pas
de l'importance à des hommes que l'opinion générale
faura mieux que nous remettre à leur
place ; ne faifons pas des piédeftaux à des pigmées.
»
La Convention paffe à l'ordre du jour .
Deux dépêches du général Cuftine arrivent en
ce moment. Elles annoncent à la Convention de
nouveaux avantages . Un refte d'agitation regnoit
encore dans l'Affemblée ; Rabaud de Saint-
Eftienne s'eft écrié : vous l'avez entendu citoyens :
les fuccès rapides des armes de la république
Gs
;
( 154 )
Françoife font connoître par-tout la majefté de
vos principes, & en propagent l'influence. Pourriez
- vous obfcurcir de fi magnifiques fuccès par
de petites querelles ? Non ; c'eft au contraire
ici , le moment d'oublier pour toujours tout intérêt
períonnel . » On a vivement applaudi , &
telle eft la majefté de la révolution : que fucceffivement
& tour- à - tour , on la verra précipiter
dans la boue , tous ceux qui voudroient en
profiter pour leur avantage particulier .
Du mardi , 6 novembre.
La Convention a décrété fur la motion de
Rulh , qu'il fera nommé une commiffion pour
furveiller la traduction des loix dans tous les
idiômes de la République. Cette motion étoit
fondée fut une lettre des commiffaires à l'armée
des Pyrénées , qui obfervent que la plupart des
municipalités de ces cantons n'entendent point la
langue françoife , & qu'elles vivent dans la plus
Profonde ignorance des décrets .
J Valazé membre de la commiffion des 24 ,
préfente , au nom de la commiffion , un extrait
raitonné de toutes les pièces trouvées au château
des tuileries dans la journée du 10 août , & qui
ferviront à l'inftruction du procès de Louis XVI.
C
2
Les preuves que , nous vous préfentons , a dir
le rapporteur , étoient éparfes dans un grand
nombre de pièces. Nous avons tout lu tout
recueilli . Les difficultés de notre travail étoient
extrêmes. Nous avons trouvé à chaque pas des
lettres écrites en caractères fymboliques , des
obfcurités , des conventions exprimées en termes
couverts.
Un portefeuille pris chez le nommé Septeuil ,
éforier de la lifte civile , eft le recueil où nous
CISS
avons puifé le plus de renfeignemens . Nous citerons
d'abord une lettre de Bouillé ; elle est
datée de Mayence le 15 décembre 1791 .
Sans doute à cette époque , le Roi fe gardoit
bien de dire qu'il correfpondoit avec Bouillé ,
& néanmoins fa lettre ne femble
pas avoir pu être
adreffée à un autre qu'à lui .
On y voit le compte des fommes données à
Bouillé par Louis XVI pour la formation du
camp de Montmédi , elle cft extrêmement curieufe
, parce qu'elle contient les noms de quelques
principaux agens de la confpiration d'alors
& qu'on voit par la fuite quelques uns de ces
mêmes agens figurer encore aux Tuileries en
1792 & y recevoir , comme à l'époque de la fuite
à Varennes , des fommes d'argent confidérables
sdeſtinées apparemment à des objets ſemblables.
Ici le rapporteur s'interrompt pour faire lecture
de la lettre de Bouillé qui contient le reçiz
d'une fomme de 993.000 livres. Cette lettre a
déjà été lue à l'Affemblée.
Valazé reprend la fuite de fon rapport : le
compte final de cette expédition de Varennes a
été arrêté par le Roi le 16 avril dernier . Nous
y trouvons qu'elle a coûté plus de 6 milions à
-la lifte civile.
2 On a remarqué qu'un certain Guaguelat cft
défigué dans la lettre de Bouillé pour avoir
reçu de luisune fomme de 3,600 ; & dans celle
de Choifeul Stainville pour avoir reçu de ce
sdernier 9,000 livres . Cet agent fubalterne a reparu
depuis fur la fcène ; il a reçu de la lifte
civile le 29 février 1792 , une fomme de 60,000 1 ,
dont il s'oblige à rendre compte. » w
Ici le rapporteur produit les quittances de la
veuve de Favras à laquelle Louis XVI faifoit
G6
( 156 )
une
une penfion de 4000 Ivres & qui a ceffé d'être
payée jufqu'au premier juin dernier . Il repréſente
une promeffe en date du mois de mars dernier , de
1 faire aux deux ci - devant curés de Verſailles ,
penfion de 800 liv . par tête tant qu'ils feront déplacés
. Il prouve que l'auteur du Poftillon de la
Guerre a reçu
de lui dans les mois de mai & juin
derniers une fomme de 8000 liv.; celui du Logographe
, dans l'efpace de trois , une fomme de
34.5601. Le rapporteur repréſente encore une note
tirée du porte- feuille de Septeuil qui annonce un
cautionnement au nom de Louis XVI d'un million
deux cents mille livres pour foutenir quelques
libraires de Paris .
Quant à la lettre de Laporte lue à la barre de
l'Affemb'ée par le comité de furveillance de la
commune de Paris , qui annonce un facrifice
Projetté pour payer un décret ; c'eft le feul titre
Joù le rencontre ce fait , & le rapporteur déclare
fur fon honneur , qu'il n'en exifte pas d'autres
traces dans l'immenfité des papiers que la commiffion
a parcourus.
Après avoir repréſenté Louis XVI comme corrupteur
, Valazé le dénonce comme accapareur
de blé , de fucre & de café. Le Vous concevez
bien , dit- il , qu'on a couvert de toutes les ombres
du myſtère cet odieux commerce. Nous
avions fous les yeux l'embarras de Septeuil pour
fatisfaire quelquefois aux befoins toujours renaiffans
d'une cour corruptrice , & cependant
nous voyions ce même Septeuil confacrer juſqu'à
deux millions & plus à ce commerce qu'il faifoit
à Hambourg , à Londres & ailleurs , en prenant
la fimple précaution de fe faire adreffer fa correfpondance
à ce fujet , fous un nom emprunté.
( 157 )
·
Nous étions affutés en même temps que Louis
XVI étoit inftruit des rapports commerciaux de
fon agent avec l'étranger , puifque nous tenions
en main des reçus de fa part qui cons
onfiftoient en
des traites fur , Londres . Enfin nous fommes parvenus
à trouver la pièce, probante , pièce fignée
Louis , en date du 9 janvier 1791. Elle explique
touts Septeuil y eft autorife à placer les fonds
zdu Roi , foit fur Paris , foit für l'étranger ;, &
comme la nature du commerce projetté expoſoit
à des riſques évidens , cette autorisation porte
(que Septeuil ne fera point refponfable des évè
-nemens. o sb mu
- Nous avons trouvé , continue de rapporteur ,
dans le porte- feuille de Bertrand, upe noté qui
eattefte l'établiſſement d'un nouvel ordre de che-
-valerie , fous le nom de chevaliers de la Reiri.
- La médaille fufpendue par un ruban ponceap,
offre d'un côté le portrait de la Reine & fon
nom ; de l'autre côté cette légende : magnum
Regina nomen obumbrat.
:: Les brevets ou patentes de l'ordre portent cette
Lépigraphe :
I
Duxfaminafacti partoque ibit Regina triumpho.
Le rapporteur revient à des chofes plus graves.
- Le nommé Gilles , dont nous n'avons pu rętrouver
de traces , & qui a déjà figuré comme
receveur & diftributeur des fonds attribués au
poftillon de la guerre & au Logographe , étoit
chargé de l'organisation d'une troupe de 60
hommes ; & dans les deux mois de mai & juin
derniers , il a reçu pour cette troupe une fomme
de 72,000 liv. Les reçus portent que c'eſt pour
l'organiſation de: 60 hommes . Cependant , la
légiflature n'avoit aucune connoiffance de l'exiftence
de cette troupe , & fi nous n'avons de preuve
?
( 158 )
2
que pour une compagnie de 60 hommes , ce n'eſt
pas une raifon de fuppofer qu'il n'y ait jamais eu
que ce nombre d'enrôlés . »
Ici Valazé préfente un carton où font déposées
des déclarations faites à la po'ice , tendantes à la
confirmation de ce fait . Parmi ces déclarations,
pourfuit-il , il en eſt une , datée du 31 juillet ,
qui porte que depuis trois (emaines environ ; il y
a , a la pointe de l'ifle St. Louis , deux bâteaux
chargés de 320 barils de bifcayens , de 180 bombes
& d'une grande quantité de boulets . Les déclarans
-ont remis à la mairie ( ainſi qu'il réſulte du reçu )
un de ces biſcayens trouvé dans un des barils dé
foncés , & i's ont dit que lès bâteaux n'étoient ſurveillés
par perfonne.
-4 Lesrapporteur dénonce enfuite les fentimens
inciviques qu'a manifeftés Louis XVI. « Quelqu'un
arrivoit- il de Coblentz , il devenoit l'habitué
du château , témoins Viomenil ; Bouillé a dût
sly faire voir dans le mois de juillet dernier . Nous
favions avant d'en avoir des preuves , que le Roi
openfionnoit fes ci- devant gardes de 1789 , &
même quelques gardes Françoifes , & qu'il a
penfionné , fur le pied de 600 liv. par an , fes
.gardes de 1792 , après deur licenciement. Ila fait
-payer à Turin en mai :1791 , une penfion au valetde
chambre de Madame d'Artois. Il a fait par
venir des fecours au mois de février 1792 , à la
dame Polignac , à la Vauguyon , & à Choiseul-
Beaupré, tous les trois émigrés . Il affura en 1792 ,
raux deux fils du ci -devant comte d'Artois ,
-Turin , unes perfion de 200,000 liv. par an ,
jufqu'à cesque , porte l'affurance , leur père puiffe
Pourvoir à leurs befoins. Le 17 juillet dernier ,
il a fait parvenir à d'Hamilton , qui avoit figuré
dans fa fuite à Varennes , une femme de 3,000 1.
*3 "
( 1159 )
1
lebis du même mois , il a expédié un dernier
bon au profit d'un autre émigré , le nommé Rochefort.
33
il
Tel eft le tableau fidèle des crimes .... &c.*
Valazé oublie qu'il fait l'office de rapporteur ,
l'a oublié dans tout le cours de fon rapport. En offrant
les faits qui y fout contenus , nous en avons
élagué les déclamations , les injures , les réflexions ,
que défavouent le bon goût & fur-tout la juſtice
-& l'humanité .
: Plufieurs membres s'oppofoient à la publication
de ces réflexions , & ne vouloient que l'impreffion
de la partie qui contient les faits . Rabaud demandoit
le renvoi de tout le rapport au comité
de furveillance , chargé de faite lut même un rap
port général; mais fur l'obfervation de Buzot ,
qu'il ne faut sien cacher au peuple ; l'Affemblée à
ordonné l'impreffion de celui de Valaze.
Cette féance a été terminée par un rapport de
Bazirefur la fituation de Paris , préfenté au nom
du comité de sû eté générale. Le rapporteur s'eft
borné à déclarer que Paris eft très- tranquille ; que
la Convention y eft parfaitement en sûreté , qu'il
eft très inutile d'appeller une force armée dans cette
vilie , & il conclut que le rétabliflement de la conhance
eft le feul garant de la tranquilité publique.
33 1)
De violens débats fe font élevés fur ce rapport.
L'impreffion étoit demandée par les uns , & combattue
par les autres . De ce nombre étoient Buzot
& Lafource; ils foutenoient que ce rapport ne
donne aucune idée de l'état actuel de Paris , qu'il
Re préfente aucun fait , qu'il n'eft qu'une apologie
d'attentats que Paris défavoue , qu'il ne pourroit
qu'égarer l'opinion , loin de l'éclairer . Paris eft
tranquille , & on double les poftes ! la Con(
1180 )
véntión poſtén sûreté , & quelques- uns de fes
membres font dénoncés au glaive des factieux!
La Convention a paffé à l'ordre du jour fur
J'impreffion ..
Du mercredi , 7 novembre .
1003 2 : 34t
a Ce jour avoit été fixé pour entendre un rapport
du comité de légflation fur les queſtion's
relatives au jugement de Louis XVI. Organe de
(ce comité , Mailhe a obtenu la parole ; il a dit :
nies Louis XVI eft- il jugeable pour les crimes
qu'on lui impute d'avoir commis fur le trône
conftitutionnel ? par qui doit-il être jugé ? ferapit
traduit devant les tribunaux ordinaires ? détèguerez-
vous le droit de le juger à un tribunal
formé par les affemblées électorales des 831 départemens
? N'eft -il pas plus naturel que la Conication
nationale le juge elle-même ? Eft-it néceffaire
ou convenable de foumettre le jugement à la
ratification de tous les membres de la république
réunis en aflemblées primaires ? »
pa loi conftitutionnelle prononce que la perfonne
du Roi, eft inviolable & facrée. Elle dit
que fille Roi ne prête pas le ferment preferit',
ou 6 après l'avoir prêté il le rétractes que s'il
fe met à la tête d'une armée , & en dirige les
forces contre la nation , ou s'il ne s'oppofe pas
par un acte formel , à une telle entreprise qui
s'exécuteroit en fon nom ; que fi , étant forti du
royaume; il n'y pentre pas après une invitation
du corps légiflitif , & dans un délai déterminé , il
feroit cenfé , dans chacun de ces cas , avoir abdiqué
la royauté. On trouve encore dans la conflitution ,
qu'après l'abdication expreffe ou légale , le Roi
rentte dans la claffe des citoyens , & qu'il peut
161 )
être acculé & jugé comme eux pour les actes poftérieurs
à fon abdication .
Cela veut- il dire que le Roi , en éludant avce
adreffe les cas de la déchéance , pourroit faire
fervir la puiffance conftitutionnelle au renversement
de la conftitution ; que fi , après avoir clandeftinement
appellé des troupes étrangères à fon fecours ,
il venoit à échouer dans fes entreprifes contre la
liberté , il en feroit quitte pour la perte de fon .
fceptre , & que la nation trahie n'auroit pas le
droit de faire éclater fa vengeance !
Pour faifir le vrai fens de l'inviolabilité royale ,
pour juger fi elle peut être oppofée à la nation
elle-même , il faut en examiner les motifs &
l'objet. C'est à cet examen que le rapporteur va
procéder.
« La France , difoit- on , ne peut pas le fouteuir
fans monarchie , ni la monarchie fans être
entourée de l'inviolabilité . Si le Roi pouvoit être
accuté ou jagé par le corps législatif , il feroit
dans fa dépendance ; & dès- lors , ou la royauté
feroit bientôt renversée par ce corps , qui
ufurpant tous les pouvoirs , deviendroit tyrannique
; ou elle feroit fans énergie , faus action
pour faire exécuter la loi . Dans tous les cas
il n'y auroit plus de liberté . Ce n'eft donc pas
pour l'intérêt du Roi , mais pour l'intérêt même
de la nation que le Roi doit être inviolable . On
convenoit cependant que cette inviolabilité étoit
men çante pour la liberté , mais on prétendit y
remédier par la refponfabilité des miniftres ; &
fans doute , fi le Roi n'avoit pu agir que pour
le gouvernement de l'état , cet arrangement eût
été fupportable la reſponſabilité ministérielle
eût fuffisamment garanti tous les actes du pouvoir
exécutif. »
11629
« Mais il s'agit ici de faits abſolument étrangers
aux fonctions du pouvoir exécutif. Il s'agit
d'une trahison fecrette dont les fils invifibles embraffoient
toute la France . Inviolable comme Roi
pour les actes de la royauté , Louis XVI ne l'eſt
pas comme individu pour des faits particuliers.
Ces faits font hors de l'atteinte de la refponfalité
miniftériel'e ; il doit feul en porter la peine ;
il ne peut , à aucun titre , rejetter fur les agens
le crime d'un délit qu'il a commis fans eux ; en
un mot il doit être perfonnellement refponfable
pour les maux qu'il a faits perfonnellement. »
« Si par la conftituion , le corps légflatif
n'avoit pas le droit de juger le Roi dans les cas
non prévus par la loi , s'enfuit- il qu'il ne peut
être jugé par la nation ? Pour titer une pareille
conféquence , il faudroit pouvoir dire que par
l'acte conftitutionnel , le Roi étoit fupérieur à la
nation , ou indépendant de la nation . Mais la
nation étoit fouveraine fans conftitution & fans
Roi. Ele re tient fa fouverair eté que de la
nature ; elle ne peut l'aliéner un feul inttant . Or ,
1 nation ne l'auroit - elle pas alénée , cette fouveraineté
, fi elle avoit renoncé au droit d'examiner
, de juger toutes les actions d'un homme
qu'elle auroit mis à la tête de fon adminiftration
? »
сс
Mais Louis XVI n'a t - il pas été jugé ? N'a- til
pas été puni par la privation du fceptre conftitutionnel
? « Non , répond le rapporteur , fi la
conflitution fubfiftoit encore , la déchéance cût
été une peine & la feule peine applicable . Mais
la co: ftitution n'eft plus , & vous n'avez point
prononcé la déchéance de Louis XVI , mais l'abofition
de la royauté. »
On rappellera la déclaration des droits ; on
( 163 )
2
dra que nul ne peut être puni qu'en vertu d'une
loi établie & promulguée antérieurement au délit
& légalement appliquée . On demandera où eft
la lei qui pouvoit être appliquée aux crimes dont
Louis XVI eft prévenu. cc Cette loi eft dans
le code pénal. C'eft la loi qui purit les préva
rications des fonctionnaires publics.
33
On objectera que ces loix , venant à la fuite
& en exécution de l'acte conftitutionnel , n'étoient
pas applicables aux crimes d'un Roi que
cet acte déclaroit inviolable. « Sans doute elles
ne pourroient pas être appliquées par les autorités
que la conftitution avoit placées au- deffous
d'un Roi. Mais cette prérogative royale étoit
évidemment nulle devant la nation. »
Louis XVI eft jugeable ; mais par qui , &
comment doit -il être jugé ?
Sur cette queftion , plufieurs projets ont été
préfentés au com té. Trois fur - tout , avoient
fixé fon attention . Par le premier , on avoit
demandé que Louis XVI , tombé dans la claffe
des hommes privés , fût jugé par les juges de
fon domicile ordinaire . On a répondu que
ec tous les tiburaux actuellement exiftans ont
été crées par la conflitutio , que l'effet de l'inviolabilité
du Roi étoit de ne pouvoir être jugé
par aucure des autorités conftituées ; que cette
inviolabilité ne difparoiffoit que devant la nation . »
2
Dans le fecond projet , la Convention nationale
exerceroit les fonctions de juré d'accufation
; el nommeroir fix de fes membres
dont deux remplircient auprès d'elle les fonctions
de directeurs de juré , & les quatre autres
poursuivroient l'accufation , fi elle étoit admife
Louis XVI feroit conduit à la barre , les deux
directeurs expoferoient en la préſence les chefs
1,164 ).
d'accufation , analyferoient les pièces & préfenteroient
l'acte qui doit en être le réfultat . Louis
XVI pourroit dire , ou par lui- même , ou par
les confeils dont il feroit affité , tout ce qửil
jugeroit utile à la défenfe ; enfuite l'Affémblée
admettroit ou rejetteroit l'accufation . I
Si l'accufation étoit admife , les quatre membres
de la Convention deftinés à faire les fonctions
de grands procurateurs , pourfuivroient
T'accufation devant un tribunal & unjury qui
folent formés l'un & l'autre de la manière
fuivante :
Les corps électoraux nommeroient dans chaque
département deux citoyens chargés de faire les
fonctions de jury. La lifte des 166 jutés feroit
préfentée à Louis XVI , qui auroit la faculté d'en
rejetter 83. Le tribunal feroit compofé de 12
jurés tirés au fort parmi les préfidens des tribunaux
criminels des 83 départemens . Le juré donneroit
fa declaration à la pluralité abfolue des fuffrages .
Le tribunal appliqueroit la peine .
Le comité a rejetté ce projet & a préféré celai
de faire juger Louis XVI par la Convention
nationale elle -même. Il ne s'agit plus que de fixer
les formes de ce jugement.
Et -il vrai d'abord que la Convention nationale
foit obligée de s'affujettir aux formes ordi--
naires pour procéder à ce jugement ? On a reproché
au parlement d'Angleterie d'avoir violé les
formes en jugeant Charles Stuart . « A cet égard,
dit le rapporteur , l'on ne s'entend pas communément
, & il eft effentiel de fixer nos idées fur ce
procès célèbre . »
сс
сс
a
« Charles Stuart étoit inviolable comme
Louis XVI. Il avoit trahi fon pays ;
mais if he
pouvoit être jugé par le parlement. La chambre
11.
( 165 )
des Pairs s'étant déclarée en fa faveur , celle des
communes fe faifit comme elle d voit , de l'autorité.
Mais comme la nation Anglo fe ne lui
avoit pas délégué la plénitude de la fouveraineté
, comme cette chambre n'étoit elle -même
qu'un corps conftitué , comme elle ne repréfentoit
la nation que par la conftitution , elle ne pouvoit
ni juger le Roi , ni déléguer le droit de le juger.
Elle devoit , comme a fait , en France , le corps
légiftif, appeller une Convention . Si la chambre
des communes avoit pris ce parti , c'étoit la dernière
heure de la royauté en Angleterre . Stuart
qui méritoit la mort eût été condamné légalement ,
& Cromwel qui vouloit devenir Roi fous le nom
de Protecteur , auroit trouvé dans une Convention
nationale le tombeau de fon ambition . Le
reproche à faire au parlement n'eft donc pas d'avoir
écarté les formes ordinaires , mais d'avoir
méconnu fon incompétence. »
Dans le cours ordinaire de la Juftice les
formes font confidérées comme la fauve-garde de
la fortune , de la liberté , de la vie des citoyens ;
c'eft que le juge qui s'en écarte ou qui les enfreint
peut être acculé avec fondement , ou d'ignorer les
principes de la justice , ou de vouloir fubftituer fa
volonté & fes paffions à la volonté de la loi . Mais
ft la fociété prononçoit elle- même , ces formes feroient
inutiles ; car e le ne peut être fufpectée ni
de haine ni, d'ignorance des loix . "
O la Convention nationale repréfente entiè
rement & parfaitement la République Françoife ,
La nation a donné pour juges à Louis XVI, les
hommes qu'elle a choifis pour agier , pour décider
fes propres intérêts ; les hommes à qui elle
a confié fon repos , fa gloire & fon bonheur ; les
hommes qu'elle a chargés de fixer les grandes
( 166 )
deftinées , celles de tous les citoyens , celles de
la France entière . A moins que Louis XVI ve
demande des juges fufceptibles d'être corrompus
par l'or des cours étrangères , pourroit- il defirer
un tribunal qui fût fenfé moins fufpect ou plus
impaffible ? Préte dre récufer la Convention nationale
, ou quelqu'un de fes membres , ce feroit.
vouloir récufer toute la nation . Qu'importent
ici les actions ou les opinions qui ont préparé
l'abolition de la monarchie ! tous les François
partagent la haine de la tyrannie , tous abhorrent
également la royauté qui ne diffère du defpotifme
que par le nom, »
» Mais ce fentiment eft étranger à Louis XVI;
l'accufé n'eft plus Roi , il eft homme ; s'il fut
innocent , qu'il fe juftifie ; s'il fut coupable , fon
fort doit fervir d'exemple, aux natio: s . "
Après avoir démontré que c'eft à la Convention
à juger Louis XVI , le rapporteur examine
fi fon jugement doit être foumis à la ratification
de tous les citoyens réunis en aſſemblies primai es.
« A Rome , les confuls jugecient toutes les
affaires criminelles ; lorfqu'il s'agiffoit d'un crime
de lèfe majefté populaire , ou feulement d'un délit
qui fût de nature à mériter une peine capitale ,
fa fentence devoit être foumise au peuple qui
condamnoit ou abfolvoit en dernier reffort . »
« A Sparte , quand un Roi étoit accufé d'avoir
enfreint les loix ou trahi les intérêts de la patrie ,
il étoit jugé par un tribunal compofé de fon
col ègue , du fénat & des éphores , & il avoit
le droit d'attaquer le jugement par un appel au
peuple affemblé, »
» Mais ni les confuls de Rome , ni les Rois ,
le fénat & les é hores de Sparte , n'étoient revêtus
d'une repréfentation nationale . D'ailleurs ,
( 167 )
ce qu'on appelloit le peuple Romain ou le peuple
Spartiate , n'étoit que le peuple d'une vil'e régnant
fur toutes les provinces de la république . Or
quelque nombreux que fût ce peuple renfermé
dans des murs communs , il lui étoit poffible de
fe réunir , de difcuter , de délibérer , de juger ,
& c'est ce qui n'eft point praticable pour le
peuple François . Pour prononcer far la vie d'un
homme , il faut avoir fous les yeux les pièces
de conviction ; il faut entendre l'accufé , s'il réclame
le droit naturel de parler lui même à fes
juges . Ces deux conditions élémentaires , qui re
pourroient pas être violées fans injuftice , font
un obftacle infurmontable au projet de foumettre
le jugement de la Convention , à la ratification
de tous les membres de la république .
30
En terminant le rapport , Mailhe a ajouté :
« Je n'ai rien dit de Marie Antoinette. Mais d'où
lui viendroit le droit d'être jugée par la Convention
nationale ? Dans aucun temps en France ,
les femmes qui portoient le nom de Reine , ne
jouiffoient d'aucune exception pour les crimes
qu'elles commettoient. Vous examinerez fi vous
devez rendre contre elle un décret d'accufation
& ce n'eft que devant les tribunaux ordinaires
que votre décret pourra être envoyé.
>
« Je n'ai pas non plus parlé de Louis - Charles.
Cet enfant n'eft pas encore coupable. Il n'a pas
encore eu le temps de partager les iniquités des
Bourbons . Vous avez à balancer fes deſtinées
avec l'intérêt de la République .
ככ
Suit un projet de décret que voici :
« 1 °. Louis XVI peut-être jugé ; 2 ° . il fera
jugé par la Convention nationale ; 3 ° . trois commiffaires
pris dans l'Affemblée feront chargés de
recueillir toutes les pièces , les renfeignemens &
168 )
preuves relatifs aux délits imputés à Louis XVI ;
4°. les commiffaires termineront le rapport par
un acte énonciatif des délits dont Louis XVI ſe
trouvera prévenu ; 5º . fi cet acte eft adopté , il
fera imprimé , communiqué à Louis XVI & à
Les défenfeurs s'il juge à propos d'en choifir ;
60. les originaux des mêmes pièces , & Louis XVI
en demande la communication , feront portés au
Temple , après qu'il en aura été fait pour refter
aux archives , des copies collationnées , & enfuite
rapportées aux archives nationales par douze
commiffaires de l'Affemblée , qui ne pourront
s'en défaifir , ni les perdre de vue ; 7° . la Convention
nationale fixera le jour auquel Louis XVI
comparoîtra devant elle ; 8 ° . Louis XVI foit
par lui , foit par fes confeils , préfentera fa défenfe
par écrit & fignée de lui , ou verbalement ;
9°. la Convention nationale portera fon jugement
par appel nominal . »
La Convention a ordonné que ce rapport fera
imprimé , traduit dans toutes les langues , envoyé
aux départemens , aux municipalités & aux armées
. Elle en a ajourné la difcuffion à lundi
prochain. Manuel a propofé de mettre fous la
fauve-garde de la loi quiconque voudroit ſe charger
de défendre Louis XVI.
Le reste de cette féance a été rempli par les
objets fuivans :
Lettre du miniftre de la marine à la Convention
, qui lui apprend que le pavillon de la république
a été infulté par un vaiffeau portant pavillon
Gênois . Renvoyé au comité de la marine .
-Adreffe de 5,000 Anglois au peuple François .
Faifons , difent ces infulaires , une fainte confédération
; que les François , les Américains & les
Bretons foient unis , & la paix règnera ſur l'univers
....
71671
Airêté
vers.... Le président de la Convention eft chargé
de répondre aux fignataires de l'adreffe .
du confeil exécutifduquel il réfulte que les comptes
des dépenfes fecrettes a été rendu verbalement au
confeil , mais qu'il n'en a point été fait registre.
Briffot oblerve que l'efprit du décret n'eft point
templi par un compte verbalement rendu . Renvoyé
au comité des finances . - Loi gé érale furles
billets de confiance . L'émiffion en eft arrêtée
dans toute la république . Le montaut du déficit qui
fe trouvera dans les caiffes , fera fupporté à Paris ,
par le département , & dans les autres villes , ilfera
la charge des communes ,
Du jeudi , 8 novembre.
du Cette féance s'eft ouverte par la lecture de la
rédzétion de plufieurs actes d'actuation ,
nombre defquels cft celui de Choiseul- Gouffier
de Dumouftier, & c .
Au nom du comité de la guerre , Lacroix préfente
des vues pour prévenir l'irrégularité des nominations
aux emplois dans les armées , & cmpêcher
les généraux d'acquérir une trop grande in-
Arence. Aprè une courte difcuffion , le projet de
décret a été adopté.
Cambon dénonce à la Convention nationale
trois marchés fcandaleux paflés entre Jacob Ben
jamin , juif, & un fieur Vincent , commiffaire
des guerres , chargé de pourvoir à l'approvifione
nement de l'armée du Midi. Ce Vincent a cu
l'impudeur de s'obliger par les marchés , à faire
payer , par la nation , la livre de boeuf 27 fols ;
celle de porc falé , 34 fols ; le fiz , 70 liv . le
quintal ; & les fouliers & les bas de laise , 13 liv.
la paire. Il faut encore noter que ces fournitures
font ftipulées payables , moitié en argent , ou en
N°. 46. 17 Novembre 1792 . H
( 175
affignats , en bonifiant la perte du papier, &
partie d'avance.
On imagine ailément la furp ife, l'indignation
qu'a dû caufer dans l'Affemblée , l'évidence d'un
monopole auffi odieux ; il étoit difficile que le
général , qui a autorifé ces marchés , échappât
a la difcuffion ; & le nom de Montefquiou ne
pouvoit paroitre avec avantage , ac.ollé avec
elui du commiaiie Vincent . Cette circo ftance
fait éclarer l'explofion des efprits prévenus
contre ce général ; & la dé ibération changeat
abfolument d'objet , on ne s'eft p'us occupé que
de Montefquiou . Un membre s'eft offert de
prouver les trahifons , & a demandé un décret
d'accufation contre lui. Lacroix a parlé de fa
capitulation avec Genève ; Barrère ell allé cher-
'cher au bureau des procès- verbaux une lettre du
miniftre des affaires étrangères , qui , en rendant
compte de cette capitulation , annonce qu'elle
étoit de nature à compromettre la dignité de la
nation. Il a pourtant fallu en revenir aux marchés
dénoncés par Cambon , & c'est ce qu'on a fait
en annullant ces marchés comme fraudu'eux , &
en ordonnant que le juf Benjamin & le commiffaire.
Vincent feroient traduits à la barre . Au
furplus , les comités diplomatique & de sû eté
générale ont été chargés d'examiner la conduite
du général Montefquiou , & d'en fai e le rapport.
Le capitaine Duval arrivant de la Guadeloupe
, parcît à la barre ; il apprend à la Convention
que cette partie de nos colonies eft en
pleine révolte . Le gouverneur , les corps admi
niftratifs , civi's & militaires ont fait arborer le
pavillon blanc. Il déclare en avoir lui - même
reçu l'ordre & avoir réponda que fi on vouloit
17
le forcer à cette lâche é , e ne feroit qu'après
avoir reçu fa bordée . ",
Barrere proofe de mettre à l'inftant en état
d'accufation tous les 20agens civils & militaires du
pouvoir exécutif à la Guadeloupe . Cette mefure
eft adoptée . Voici le nom des principaux chefs
compris dans le décret d'accufation .
D'Aros , gouverneur ; Dubarail , lieutenantcolonel
du régiment de la Guadeloupe ; Saulmier,
major de la Baffe- terre ; Cellenon , major de la
Pointe-à -Pic ; Behague , gouverneur des ifles du
Vent ; Minut , intendant ; Galveau & Larivière ,
capitaines de vaifleaux ; Lacófte , ex- niniftre de
la marine , eft mandé à la barre.
S'il étoit preffant de punir les coupables , il ne
l'étoit pas moins d'arrêter le mal . Voici le décret
rendu à cet effet ,
1
« Art. Ier . Le miniftre de la marine eft autorifé
, d'après la demar de , à rappeller & remplacer
ceux des commiffaires civils actuellement
aux ifles du Vent , airfi que les commandans
militaires , adminiftrateurs en chef, & tous autres
fonctionnaires employés aux ifles du Vent & lous
Je Vent de l'Amérique , dont le civilme pourra
être fufpect . »
» II. Il fera paffer aux ifles du Vent trois
bataillons de gardes nationales , de huit ceats.
hommes chacun , & il fera armer • Pour Lur
tranfport , des bâtimens nationaux , vaiſſeaux ,
frégates , corvettes ou gabarres .
ود
« III. II ordonnera l'armement en guerre d'un
vaiffeau de 74 canons , qui , avec le vaiffeau le
Républicain , de 110 canons , déjà armé , ſera
deltiné aux Ifles- du -Vent . Les vaiffeaux feront
accompagnés de quatre frégates
ou
corvettes . »
IV . La Convention nationale nommera elle-
H₂
( 172 )
même , mais hors de fon fein , quatre commiffaires ais horse un
qui feront deftinés , l'un pour Cayenne , & les
trois antres pour les Illes-du- Vent . »
« V. Ces commiffaires feront revêtus de tous
les pouvoirs . Les commandans & efficiers militaires
de tere & de mer les ordonnateurs &
officiers d'adminiftration , les corps adminiftratifs
& judiciaires , ainfi que toutes les affemblées délibérantes
, foit générales , foit faticulières ; enfin
, tous les fonctionnaires publics leur feront fubordonnés
; ils pourront deftituer ceux qu'ils jugeront
ne pas remplir dignem feurs places , ou
qui fe rendroient coupables d'incivilme , & ils
pourvoiront à leur remplacement .
ود
e.VI. Les commiffaires départis aux Ifles- du-
Vent , pourront , s'ils le jugent uti'e , après leur
miffion remplie , paffer à Saint- Domingue pour
Le réunir à ceux envoyés dans cette Colonie , & ils
pourront y emmener avec eux le nombre des bataillons
de ligne ou de gardes nationales qu'i's eftimeront
néceffaires pour foutenir & protéger leurs
opérations . >>
Du vendredi, 9 novembre..
La relation de la bataille de Jemappes , fameufe
par les di pofitions du général , & l'intrépidité
des troupes Françoifes , ia prile de Mons,
cele de Tournay ; cette victoire enfin qui affure
la liberté de toute la Belgique , en couvrant d'une
gloire immortelle les armes de la république
a fait le principal objet de la farce d'aujourd'hui ;
elle n'a été pour ainfi dire qu'un tableau où fe
font peints les fentimens d'admiration , d'enthoufalme
, de gloire , d'amour de la patrie , qui
éclatoient dans tous les coeurs. ( Voyez la rela
tion du général Dumourier à l'article nouvelles
de la guerre. ) Larue , lieutenant - colonel , qui en
こ
#
출
( 173 )
étoit le porteur , a dir à l'Affemblée : « Je ne
fuis qu'un foldat , & je ne fuis point orateur,
Un foldat de l'armée républicaine ne doit ouvrir
la boucheè
que pour déchirer la cartouche . Mais
je préfente à la jufte admiration de l'Affemblée
le valet- de- chambre de Dumourier , le brave
Baptifte , qui a ralliés efcadrons , bataillons ,
& s'eft jetté le premier , le fabre à la main
dans un retranchement qu'il a forcé . Le général
Jui ayant demandé ce qu'il vouloit pour récom
penfe ; l'honneur de porter l'uniforme national , a
répondu Baptifte.
3
Baptifte paroît dans la barre. La falle retentit
d'acclamations . Larue embraffe à trois reprifes ce
bravecompagnon , Les applaudiffemens redoublent,
Brave citoyen , lui dit le préfident , vous vous
êtes élevé jufqu'à la qualité de premier défenfeur
de la république . En attendant la récompenfe
qu'elle vous doit , entrez dans le temple des loix au
milieu de nos aclamations . Les législateurs le trou
veront heureux de voir à leurs côtés un des braves
de la journée de Mons . »
On demande que le préfi lent donne le bailer
frateruel à ce brave homme. Baptifte eft conduis
au p:éhdent qui l'embraffe . Sur la motion de Bare
rère , la Convention nationale décrète qu'il fera
armé, monté & équipé aux frais de la république
Françoile.
On a fait enfuite le&ure des différentes dépêches
du général Dumourier. Le citoyen Egalité
monte à la tribune , & apprend à l'Aſſemblée
ce que la modeftie du général lui a fait taire , c'eft
qu'après avoir rallié la droite , il a marché luimême
à la tête des corps qui ont emporté fucceffi
vement toutes les redoutes , la bayonnette au bout
du fufil. H 3
( 174 )
L'Affemblée décrète qu'il fera célébré une fête
nationale pour honorer les fuccès des armées de la
publique. Dans les républiques anciennes , les
fêtes célébrées après des batail es , étoient des jeux
funebres . Le plus célèbre orateur venoit fur la
place publique prononcer l'éloge des héros &
des patriores morts pour leurs faintes loix. C'eft
ainfi qu'il nous convient de céléb : er nos victoires.
Quel eft celui d'entre nous qui , le coeur
oppreffé de douleer , mais l'ame exaltée par l'enthoufalme
de la vraie gloire, ne fentira pas alors
le defir , le befoin de venger les héros de la
liberté ? ainfi a dit Barrere.
Ce décret venoit d'être rendu , lofque le citoyen
Baptiste , revêru de l'uniforme nationale , a
reparu à la barre. On le fait entrer dans TACTemblée.
Le préfident , au nom de la république
Françoife , lui remet entre les mains une épée
& le fait affeoir parmi les lig flar eu s . Laru?
quine l'avoir pas quitté , dans une nouvelle cffufion
de car , fe jette à fon cou , & s'écrie : C'est liqui
avec DUMOURIER , a fauré le premier dans les retranchemens
de l'ennemi !
3
Sufpendez vos acclamations , a dit Barrère
car voici encore un trait de pathotifme & de
générofté qui mérite vos applaudiflemens, Vous
favez qu'on a fout renté pour divifer les citoyens
de Paris & les volontaires nationaux qui paffent
Far cette ville . Eh bien ! les citoyens & les
citoyennes de la fection de Bandy ont été en corps
d'affemblée jurer unien & fraternité éternelle à
leurs frères des départemens cafernés dans l'étendue
de cette fection . Voilàune autre victoire non moins
importante remportée fut les anarch : ftes.
Le refte de cette féance a été employé à porter
un décret d'accufation contre l'ex- miniftre La(
175 )
1 ofte & le général Montefquiou . D'après l'intera
regatoire que le premier a fubi à la barre , il
a paru à beaucoup de membres que l'Affemb'ée
n'étoit point affez inftruite pour prononcer
, & ils demandoient le renvoi au comité
Celui qui a parié le dernier dans cette affaire ,
& c'étoit Danton , a réfumé à peu - près ainfi ,
l'opinion de ceux qui ont voté pour le décret
d'accufation « Il ne faut pas de preuves ju
diciaires peur me.tre un miniftre en accufation .
La:ofte n'eft plus en place & il eft heureux d'avoir
à confionter au Roi un de fes anciens minifires.
Lacofle n'a jamais été désigné par les
vr.is patriotes Four être minifire . Il eft refté
au ministère prefque jufqu'au dix acûr , il n'en
ef forti que pour avoir une amb Jade Gênes .
Il n'étoit donc point haï de la cour. » Dantor
a ajouté , pour fon propre compte , qu'il s'éto
not que les membres qui crient facs cèle
contre des miniftres révolutionnaires qu'il accufent
de ne pas rendre leurs comptes , fembaflent
inciner à l'indulgence pour un ex-mi-
Lifre évidemment prévaricateur.
Qua- t au général Montefquiou , voici les principaux
griefs qui ont été articulés contre lui
per le rapporteur des comités diplomatique
de la guerre , & de sûreté publiq.c .
Oni a reproché fes pé itions à la barre de
l'Affemblée , fon pinion fur Lafayette , & l'exagération
qu'il a faite de la force des troupes du
Rei de Sarda gne .
On lui a reproché d'avoir refufé des re , forts
pour l'armée des Ardennes & des détachemens
in difpenfables pour le camp de Châloas , tandis
qu'il laiffoit dans l'inaction plufieurs bataillors ;
de s'être plaint continuellement de n'avoir pas
H
+
( 176 )
*
affez de force , en même temps qu'il licencioit
celles qui lui venoient de toutes parts.
On lui a reproché d'avoir élcigné les officiers
patriotes , de s'être entouré pour fon étatmajor
d'officiers perdus dans l'opinion des bons
citoyens .
On lui a reproché d'avoir dilapidé les finances
de l'état , par des marchés frauduleux qu'il a autorifés.
Enfia & pour dernier reproche , le rappor
teur a fait l'expofé de la conduite de ce géné
ral.. Chargé des pleins pouvoirs de la république,
il a fait une tra faction dans laquelle les inté
rêts & la dignité nationale fe trouveient com
promis. Il a ufurpé le pouvoir légiſlatif , en
exécuant ce traité avant fa ratification .
Il a
ufurpé le pouvoir exécutif en contremandant
les troops qui marchoient vers Genève far ordre
du co feil , en refufant celles qui lui étoient de
mandées pour rerforcer l'armée de C. fti : e , tandis
qu'il licencioit les bataillons de grenadiers volontaires
qui lui rettoient , & par là compromettoit
la sûreté même de la Savoie.
La feconde convention qu'il a faire en date
du 2 novembre avec les députés de Gerè e, ne
Vaut pas mieux que la première ; Montefquicu
y a mis tast de lenter , qu'il eft parvenu à
mettre le pouvoir exécutif dans la néceflité d'y
confentir , en annonçant que la rigueur de la
faifon l'empêche d'entreprendre aucunes opérations
militaire . C'eſt ainfi qu'il a livré les pa
triotes Genevois au defpotifme militaires & à
l'aristocratie des magiftrats .
Du famedi , io novembre.
On a fait le &ture d'une adreffe de la fociété
des amis du peuple de la Grande- Bretagne , de
( 177 )
le
la ville de Newington , à la Convention natio
nale , pour la féliciter de fes travaux & dcs fuccès
des armées françoifes. Voici la réponse que
préfilert a été chargé de lui envoyer , de même.
qu'aux 5,000 Anglois dont on a lu l'adreffe dans
une des dernières féances.
сс
j
Anglois & concitoyens du monde , la Convention
nationale a entendu avec une vive fen
fibilité le voeu éclatant & généreux des citoyens
Anglois qui s'uniffent de coeur à fes travaux
Qu'ils ne fe reprochent pas leur ,neutralité en
alliftant au grand fpectacle de la liberté aux prifes
avec le defporifme . Leur refpect pour une conf
titution quis favent juger en filence , n'eft lus 1
cette vicille fuperftition, qui promettoit au gous
vernement l'impunité de les fautes ; elle eft plutot
l'effet d'une gravité prudente & politique ,
qui , fachant temperer fa force , femble com
mander au gouvernement cette même neutralité ,
& l'avertir d'être jufte , ou du moins prudent
comme la haion . Croyez , générex Anglois ,
en confervant ce maintien , que vous n'en concourrez
pas moins avec nous à l'oeuvie de la
liberté univerfelle.
10314
$ 175 00
D
ל כ
Letourneur, membre du comité militaire , té
clame la parole pour un objet très - picant. Il
a notice a la Convention nationale que le mis
niftre de la guerre follicire un prompt renfort
de troupes pour nos aarmées , & que le comité
propale de décréter que les gardes, nationaux &
fédérés qui font actuellement cafernés à Paris ,
eront organifes en batail ons & mis à la difpoflon
du ministre de la guerre , que ceux qui
après un délaí fixé ne fe leront pas fait inferite ,
cefferent de toucher leur folde & d'être cafernés,
3
HS
6178 1
La difcuffion s'ouvre fur ce projet de décret.
Buzot l'attaque & foutient que ce n'eft qu'une
rufe pour enlever de Paris la force publique qui
s'y trouve & qu'il y croir fort néceffaire pour
maintenir la tranquillité .
Buzot fe trompe , dit Lacroix ; le comité vouloit
vous cacher le véritable motif du projet de
décret ; mais puifqu'on veut tout avoir , voici,
le fait le général Cuftine eft au moment d'être,
coupé. R faut un prompt fetours . Aux voix
aux voir , crient quelques membres .
Barbaroux révoque en doute le fait annoncé
par Lacroix. Il apprend comment on a circonvenu
le miniftre de la guerre pour faire éloigner,
les fedé és ; il infifte fur la néceflité de garder
une force armée Paris . Il obferve que renvoyer
cette force , ce feroit préjuger la quefiion
de la garde départementale propolée à la Convention.
Ou et donc , s'écrie til , l'armée de
Kellermann ? Où Cambon , temit donc l'armée de Biron ?
de plufieurs faits , croit utile
de les rapporter pour que la Convention n'éprouve
pas les dangers qui environnèrent les derniers
jours de l'Affemblée légiflative. » Cette
Affemblée révolutionnaire , a dit Cambon , dès
fes premiers infans , prit tous les moyens de
Préparer indirectement une infurrection qu'elle
regardoit comme neceffaire , mais qu'elle ne
pouvoit opérer directement.
En conféquence , elle déforganifa le-même
la force armée de Paris ; elle caffa l'état major ;
elle renvoya les troupes qui fe trouvoient ici
elle ferma les yeux fur l'impuiffance des autorités
conftituées ; elle arma tous les citoyens de
piques ; elle leur ouvrit les portes des Tuileries
Abani
( 179 )
eu Louis XVI s'étoit enfermé , & la royauté fut
reaverfée .
CC Mais comme alors il n'y avoit aucun corps
de force armée , une foule d'agitateurs fe mon-,
trèrent ; ils attaquerent le corps lég: flatif, & voulurent
s'emparer de la révolution pour en recueillir
les avantages . De combien d'horreurs
ne fus je pas témoin des infolens venoient
chaque jour nous outrager , & Lacroix avec deux.
aptres membres furent obligés de tomber à leurs
geroux pour les arrêter à la porte de l'Affemblée
nationale . »
» Le 2 feptembre , j'étois hors de moi ; ce-,
pendant je raflemblai quelques- urs de mes confères
& je ranimai leur courage . C'est dans ces }
jours que nous vîmes paroître à la barre des
hommes tout couverts de fang & armés de pi- ,
ques . Ils nous amenoient un de nos collègues
qu' ls n'avoient pu aflatliner , parce que le peuple ,
de Paris n'avoit pas encore perdu de vue l'inviolabilité
des députés. Mais ils nous commandoiet
de le juger , de le jeger dans la journée ,
finon le peuple fouverain en f roit juflice .
35
33
Quelle est mainter ant la marche qu'on veut ,
vous faire fuivre , on veut éloigner toute force ,
armée de Paris , & nous replonger dans la ftu- i
peur. Déjouons ces complots & fachous confer
ver notre autorité . »
Barrère a pris la parole après Cambon , fans
vouloir fufpecter niks intentions du comité ,.
ni celles du miniftre de la guerre . Il a demandé
fi c'eft feulement à Paris qu'il y a des foldats ,
armés.
Il y a nombre de volontaires armés , équipés
& organifés à Meaux , à Soffons , à Versailles ,
à la Fère, Les volontaires de Paris ne font point
H 6
( 185 )
organifés. Ce ne font donc pas cerz là que le mi
niftre devoit d'abord faire partir .
L'orateur jette enfuite un coup-d'oel fur l'état
de Paris . Il examine fi les loix y font bien refpectées
, fi elles le feront toujours , & fi la Convention
nationale ne fe trouvera pas dans des ci «;
conftances extraordinaires . It did un mot fur les >
élémens qui ont compafé la commune de Paris;
& ce mot eft que la Convention cût bien mé ›
rité de la patrie , fi , après avoir aboli la royauté,
eile eut caffé cette commune . Ap.ès une révolation
, l'inftrument qui a fervi à la faire doit
être brifé.
Il cite un fait affez étrange. Dans quelques
fections de Paris , on a porté des liftes à figner +
fur lefquelles étoit écrit : Veut- on la république,
ou la royauté ?Z
Barrere a conclu en demandant l'ejourneme-
t du projet du comité & même celui de la
force départementale , jufqu'après un rapport fur
la fituation de Paris.
Après de violens débats , l'Affe.nblée a paffé à
l'ordre du jour fur le premier article du comité
qui confifte à mettre à la difpofition du miniftre
de la guerre , les bataillons de volot taires natio
naux qui étoient deftinés pour le camp de Soiffons
& de Paris. L'ordre du jour a été motivé ſur ce
que le miniftre a le droit de les faire partir . Les
autres articles ont écartés par la quetion préalable
.
Une lettre des adminiftrateurs de Boulognefar
-Mer , informe l'Affemblée que des François
venant de Londres , les uns munis de paffe - ports
de l'Ambaffadeur de France , les autres fans paffeports
, débarquoient en France & pénétroient dans
( 181 )
l'intérieur , l'Affemble a rendu le décret fuivant
:
Les émigrés rentrés en France font tenus de
foir du termiteite de la République : favoir de
Paris & de to te autre v le dont la population eft
de vingt mil e ames & au- deffus , din 24 heures
du jour de la promulgation de la préfente loi , &
d.ns quinzaine du même jour , de toutes les autres
parties de la République . Après ces délais , ils
feront cerfés avoir enfrent la loi du banniflement :
& puis de mort, » .
De Paris , le 15 Novembre 1792 .
Tant qu'il n'y aura point de Maire à
Paris , tant que la Municipalité , le Dé-
Fartement & la force armée ne feront
point organifés , tant que les Tribunaux
provifoires n'auront pas cédé leur place
à des Tribunaux plus ftables , & que les
Sections permanentes continueront à délibérer
à part , & en concours avec leurs
Repréfentans qui conftituent la Commune,
PAdminiftration n'aura point de marche
fixe & affurée , les autorités fe heurteront
entre elles , ou feront impuiflantes ; l'anarchie
favorifera toujours les abus & les
brigandages , & les agitateurs intéreffés à
propager le trouble , prolongeront leur
exiftence politique , que le retour de l'ordre
& le règne des loix feroient bientôt évanouir.
*
[ 482
Nous ne favons par quelle fatalité lei
fcrutin de la femaine dernière n'a donné
aucune majorité pour l'élection du Maire.
Les fuffrages fe font tellement difperfés
que l'opinion devient plus incertaine
qu'elle n'étoit au commencement. Le refus
de Pétion a replongé les Sections dans l'em.
barras de lui donner un fucceffeur , & ce
n'eft pas un médiocre éloge pour lui.
Antonelle , qui dès le principe avoit eu
plus de 2000 voix , n'en a pu réunir que
300 ; & Hérault Sechelles , qui en avoit obtenu
1704, s'eft trouvé réduit à 820.Ceux qui
ont fixé le plus grand nombre de fuffrages.
font d'Ormefon , l'ex- contrôleur général ;
Chambon , médecin ; & l'Huillier , de la
Section de Bonconfeil. Le balotage devoit
fe faire entre d'Ormefon & l'Huillier ; mais
la Municipalité a jugé à propos d'annuller
ce fcrutin fur le motif que les élections
n'avoient pas été faites le même jour , ainfi
que le prefcrit un décret dont la Municipalité
ne s'étoit probablement pas fouvenue
pour les fcrutins précédens . Elle en
a ordonné un nouveau , dont le réſultat
n'eft point encore connu & qui , fuivant
les apparences , ne fera pas le dernier.
Paris fortira - t il enfin de ce cahos d'irréfolution
auquel tant de perſonnes trouvent
leur profit ?
P
A en juger par le rapport fait par le
( (183 ; )
Préfident du comité de sûreté générale ,
Paris eft fort tranquille , & la Convention
nationale y eft tellement en sûreté ,
qu'il eft inutile d'appeller aucune force
armée ; mais l'ordre jour invoqué &
adopté fur l'impreffion de ce rapport , les
contradictions & les débats , à la fuite def
quels on a écarté le projet, de décret tendant
à éloigner les volontaires fédérés qui
fe trouvent à Paris prouvent affez qquuee la
majorité de l'Affemblée n'a pas partagé ,
fur ce point , l'opinion de Bazire. Cependant
, on peut dire qu'il y a moins de
mouvemens réels que d'agitations dans la
capitale , plus d'effervefcence dans les
efprits que de difpofitions aux troubles &
à la fédition. Cet état tient à la nature
des chofes , à l'importar ce des objets dont
va s'occuper la Convention , au jugement
du procès de Louis XVI , aux idées peu
juftes que plufieurs Sections fe font faites
de leurs droits , & à cette multitude d'in-,
térêts , de pallions & d'opinions diverfes
qui accompagnent toujours les grandes révolutions.
Il eft poffible qu'une fociété qui
s'étoit acquife une grande influence, veuille
conferver fon afcendant fur la Convention
; mais pour la gloire de Paris &
l'honneur de l'humanité , ils ne reparoîtront
plus ces jours de meurtre & d'effroi
commandés par une poignée de brigands
que le Peuple défavoue, & que les Dég
!
( 184 )
pa -temens ont marqués du fceau d'un
opprobre éternel . Toutes ces horreurs
font paffées , & fi des fcélérats tentoient
de les renouveller , tous les Citoyens fe
roient leurs hourreaux .
Cette fociété , fi utile tant qu'elle ne
s'eft pas laiffée fubjuguer par quelques
dominateurs , qui a voulu tout foumettre
à fon opinion, eft foumife à fon tour au
jugement de l'opinion univerfelle . Deux
de fes Membres , également recommandables
par leurs talens & leur patriotifme ,
dont l'un , plus impétueux & plus ardent ,
n'a jamais pu fupporter aucun defpotiſme ,
pas niême celui des méchans , & dont la
raifon de l'autre n'eft pas moins impérieufe
pour être plus tranquille & plus calme ,
Briffor & Pétion viennent de s'expliquer
fur l'efprit aduel de la fociété des Jacobins
de Paris , de manière à jeter de grands
traits de lumière fur l'opinion que doivent
s'en former les Départemens. Le premier ,
en s'adreffant à tous les Républicains de
France , fait un expofé de fa conduite , de
fes principes , marque l'époque où cette
fociété a commence à fe later maîtrifer
par quelques individus qui ont bien plus
d'audace que de talens ; it les déminique
non par des mots mais par des faits . If
réfute l'idée abfurde & chimérique d'ur e
faction de la Gironde à laquelle off a im ?
puté , tantôt de vouloir livrer la France d
( 185 )
Brunswick , tantôt de vouloir démembrer
P'unité de la République. Il peint à grands
traits la véritable faction , celle des déforganifateu.
s. Ce morceau , plein de vérité &
de chaleur , mérite d'être cité :
ce Les déforg nifateurs font ceux qui , après
la defirection du defpotifme , rerverfent ou
cherchent à renverser les autorités conftituées
par le Peuple , folent arx pieds les Loix , invefliffent
ene Mur icipalité de toute la puillance
Nationale , élèvent ecu'elles & les Repréfen
tans de la Nation , une lutte impudente , aviliffent
ces Représentans , appellent les poignards
fur ceux qui ofe..t réfifter à la tyrannie muni
cipale., »
« Les déforgarifateurs font ceux qui , s'at ,
mant d'un prétendu pouvoir révolutionnaire
fignent , au mép.is de la Loi , des lettres - decachet
, oa plutôt des arrêts de moit , entafl nt
des victimes dans des cachots , pour les y faitę
égorger dans des mentes fioilement préparées ,
inondent les aimées & les Dépa temers d'émifaires
, charg's de pê.ber les incendios , le pil
lag , la loi ar ie , & d'y f.mi ia ifer le Peuple
avec l'effifion du fang & le fpectacles des têtes
couples. »
« Les déforgarifateurs fent ceux qui entourent
le co fail exécutif , & tous fes agens , de
fa x fourçons , de fanfics accufatiors , pour
leur ôter la confiance & rainer la chofe pu
blique par ce défaut de confiance ; qui , par
des placards , excitent le Peuple contre en Minife
, perce qu'il ne veut pas payer l'apologic
de leur brigandage ; contre la Convention
Parce qu'elle ne veut pas fanétionner leurs for(
186 )
faits ; qui , pour la divifer , y. fuppofent des
partis , & pour cacher les crimes de leur face
tion , en prêtent aux hommes les plus vertueux
& indépendans de toute faction . »
« Les déforganifateurs font ceux qui , abufar t
des mots , prêchent à une ſection du peuple
qu'elle eft le peuple , le vrai , le feul fouverain ;
qu'elle peut tout renverfer ; qu'il n'y a plus d'autorité
que la fienne ; qui ne veulent ni municipa
lité , ni corps adminiftratifs , ni pouvoir exécutif,
ni tribunaux , ni force aimée ; qui fubftituent à
tous ces refforts , un mot , un feul mot : la fou
veraineté du peuple ; parce qu'avec ce mot on
commande à fon gé des Sint - Barthélemi , &
qu'on peut voler impunément les propriétés nationales
& particulières . »
« Les déforganifateurs font ceux qui veulert
qu'il n'y ait pas une feu'e loi , même réglemen
taire , qui ne foit ratifiée par les 25 millions de
François , parce que l'impoffibilité d'obtenir jamais
une pareille ratification , éternife l'anarchie , &
que l'anarchie éternife l'impurité du pillage & des
affaffinats . »
« Les déforganiſateurs font ceux qui prêchent
hypocritement l'égalité politique des départemens ,
é'èvert de fait , Paris au- deffus de tous ; qui ne l'-
lèvent ainsi que pours'élever eux - mêmes au- deffus
de tout ; qui ne veulent l'unité de la République ,
que pour ramener toute la République à leur petit
foyer d'intrigues , & dominer de ce point tous les
départemens. »
« Les déforganifateurs font ceux qui veulent
tout niveler , les propriétés , l'aifance , le prix des
denrées , des divers fervices rendus à la fociété ,
&c. ; qui veulent que l'ouvrier du camp reçoive
l'indemnité du légiflateur ; qui veulent niveler
( 187. )
même les talens , les connoiffarces , les vertus
parce qu'ils n'ont tien de tout cela . Les perfides !
ils veient bien que , fi le peuple perdoit ce fentie
ment irtéfiftible qui lui fait rendre hommage à la
fupériorité des talens & de la vertu , le crime eft
fur le trône. Car ce fértiment tient a l'amour de
l'ordre ; & ôtez cet amour dans un état libre , cu
il n'y a pas de force , la fociété L'eft plus qu'une
boucherie cu le cannibale le plus féroce donne la
loi »
« Les déforgarifateurs , enfin , font ceux qui
veulent tout détruire & ne rien édifier ; qui veu
lent ou une fociété fans gouvernement , ou un
gouvernement fans force ; qui ne veulent point
de conflitution mais des révolutions , c'eſt - à- dire ,
des plages & des maflacres périodiques .
es
ל כ
Que doit il éfalter de ce fyftême déforganifateur
? les fcélérats dominent ; les gens de
bien périffent ou fuyent, la fociété n'eft plus qu'un
défet la partie laboricufe du peuple n'a ni travail
, i pain..... Voilà l'abyme ou cor duitent
les déforganifateurs ; ils font donc les plus cruels
ennemis du peuple.
כ כ
« Maintenant voulez vous favoir cù font ces
déforganicurs ? Lifez Marat , entendez à la
tribune des Jacobins , Chabot , Robespierre , Collotd'Herbois
, &c. & c.; lifez la plupart des placards
qui faliffert les murs de Paris ; parcourez l'hiftoire
de la Révolution depuis le 2 Sptembre ; fouillez
les regiftres de profcription du fameux Comité
de Surveillance ; entendez les voriférations des
Miffionnaires qui pérorent dans les grouppes ;
rappellez- vous les piédications des apôtres de l'affaffinat
dans les Départemens , les lettres d'invitation
à l'affallinat du Comité de Surveilar ce ,
les exécutions de Meaux , Charleville , Cambray ,
( 188 )
dans ros diverfes armées , les apologies de ces
exécutions faites dans les écrits & les tribunes
& tout vous convaincra de l'existence d'un parti
déforganifateur . »
Lettre de Jérôme Pétion à la Société des Jacobins!
Depuis quelque temps , dans cette Société ,
on me porte des attaques plus ou moins directes
plus ou moins vives . Julqu'ici je n'ai pas cru
devoir répondre , mais il eft temps d'arrêter ce
fyftême d'int gues & de calomnie . Je n'aime pas
à parler de moi ; je ne me fais jamais permis de
dire en public un feal mot des fervices que j'avois
rendu ; je le dois aujourd'hui , je vais le faire , &
fans affe&ter une fauffe modeftic . »
« J'ai aimé & cultivé la liberté , avant qu'elle für
née dans mon pays. "
« Je me fuis livré à l'étude des loix & des
Gouvernemens , & j'ai fait , avant la Révolution ,
des ouvrages qui refpirent l'amour de l'égalité &
de la berté. »
« J'ai défendu avec conf conftance & courage les
droi's du peuple dans l'Affemblée Conftituante,
« J'ai fauvé corte Société , lors de la fameufe
Scition . Jai vu un inftant eu elle étoit composée
de trois Membres de l'Affemblic Nationale , &
de vinge à trente autres Citoyens . La terreur
avoit diffipé le refte ; elle avoit diffipé plufieurs
des hommes qui y puent aujourd'hui les plus
grands rôles . Des trois Membres de Ademblée
, l'un étoit peu connu . Robespierre , qui avoit
une réputation faite de patriotime , ne jouilloit
pendant pas de ce genre de confidération que
donnent la fageffe & la mefure dans la conduite des
affaires publiques . J'ai vu Robespierre tremblant,
Robespierre voulant fair , Robespierre n'cfant ſe
( 189 )
montrer à l'Affemblée ... Demandez- laj fi je trem-
Blois, »
ce J'ai fauvé Robespierre lui - même de la perfecution
, en m'attachant à fon fort , lorfque tout
le monde l'abandonnoit . »
J'ai fauvé plus d'une fois Paris , & j'ai épaigné
le fang du peuple . »
« Je n'ai pas peu contribué à amener la journée
du 10 acût. »
« Je n'ai plus eu depuis la même influence fur
les évènemens ; en jugera fi cela a été plus utile que
nuifible au bonheur de cette ville , & à la tranquillité
de fes Habitans . »
J'espère encore fervir ma Patrie
Je déc'are que je n'appartiens & que je n'appartiendrai
jamais à aucun parti. »
CC
Je déclare que je ne connois point de fuction
Briffot ; que malgré l'aveuglement général , &
Pacharuement à cet égard , cette faction cft une
chimère , & qu'il n'eft pas d'homme meios propre
à être chef de part , que Briffot.
ל כ
« Je déclare que la fociété des Jacobins a
rendu les plus grands fervices , qu'elle peut en
rendre encore d'importans ; & que je la défendrai
de toutes mes forces , mais fans prévention :
que j'adopterai fes opinions , quand je les croirai
bonnes ; que je les combattrai , quand je les
croirai mauvaiſes . »
сс
Lorfqu'on confidère quelques - uns de ces
hommes fi ardens patriotes en apparence , de ces
far faros de liberté qui étoient jadis efclaves
& qui demain le feroient encore fous un Roi ,
de ces hommes qui ont l'infolence de ne trouver
perfonne à leur hauteur : cela dégoûteroit du
patriotifine , fi cette vertu n'étoi pas gravée,profondément
dans le coeur. »
( * 190 )
α
Quant à moi , je fuis aujourd'hui ce que
j'ai toujours été. Inébranlable dans mes principes ,
je réponds que , quelque chofe qui arrive , je
mourrai libre . »
Pétion a publié également l'opinion qu'il
devoit prononcer à la tribune fur l'accufation
intentée contre Robespierre. Le témoi
gnage de celui qui a été , par fa place , le
ténioin irrécufable des évènemens , aura
fans doute quelque poids aux yeux de ceux
qui connoiffent le caractère de Pétion . II
en réfulte :
1°. Que les hommes qui fe font attribué
la gloire de la journée du 10 août
font ceux à qui elle appartient le moins ;
qu'elle eft due à ceux qui l'ont préparée ,
à la nature impérieufe des chofes , aux
braves fédérés & à leur directoire fecret ;
2°. Que la Commune , au lieu de mettre
un terme au mouvement révolutionnaire
qui étoit fini , trouva plus grand de rivalifer
avec l'Affemblée légiflative ; qu'elle
obéifloit ou réfiftoit aux décrets , fuivant
qu'ils favorifoient ou contrarioient fes
vues ;
3°. Que depuis cette époque Pétion ne
conferva plus qu'une ombre de pouvoir ,
& qu'il ne voulut pas que fon nom fut
attaché à cette multitude d'actes irréguliers
;
4°. Que Robespierre prit le plus grand
afcendant dans le confeil , que depuis le
( 191 )
décret qui rouvroit les barrières , il ne vit
plus que des précipices & des confpirations,
& ne fignalât que de prétendus confpirateurs
, qu'il échauffât le peuple par les
déclamations les plus animées , & que les
fections recevoient cette influence & la
communiquoient à leur tour.
5°. Que le Comité de Surveillance rempliffoit
les prifons , qu'un hommie dont le
nom feul eft devenu une injure , & jette
l'épouvante dans l'ame des Citoyens paifibles
, Marat s'étoit emparé de la direction
de la Police ;
6°. Que les crimes du 2 Septembre &
des jours fuivans n'auroient point eu lieu ,
qu'ils euffent été arrêtés , fi ceux qui avoient
en main le pouvoir la force , les euffent
vus avec horreurs que ceux qui maffacroient
dans les prifons étoient fort peu nombreux ,
que Pétion n'en fut inftruit que d'une manière
vague & indirecte ; que fur le champ
il écrivit au Commandant général , & n'en
eut point de réponfe ; qu'il lui écrivit de
nouveau , que le Commandant répondit
qu'il avoit donné des ordres , & que fes
ordres ne s'exécutèrent point ;
7°. Que le Comité de Surveillance de la
Commune lança en effet un mandat d'arrêt
contre le Miniftre Roland le 4 Septembre ,
époque où les maffacres duroient encore;
8°. Que l'Affemblée Electorale fut in-
Auencée , dominée par un petit nombre
( 192 )
d'hommes , & que les élections furent pr
parés par des liftes qui furent exactement
Tuivies ;
9°. Que de nouveaux maffacres furent
annoncés pour le 20 Septembre ; qu'on
défigna pour victime plufieurs Repréfen
tans du Peuple , les plus ardens défenfeurs
de la liberté ; que Pétion a fait plufieurs fois
de vifs reproches à Robespierre fus fes ſoupçons
contre des Députés , & notamment
contre Briffot , & que Robespierre lui affura
que Brit étoit à Brunfick.
Enfin , qu'il ne croit pas que Robespierre
ait afpiré a la Dictature ; mais ce que l'on
aura peine à croire, que c'étoit Marat qui la
follicitoit pour lui . Si fą folie , dit Petion ,
n'étoit pas féroce , n'y auroit rien d'aufii
ridicule que cet être que la nature femble
avoir ma qué tout exprès du fceau de fa
réprobation ..
Le mémoire de Briffot , le difcours &
la lettre de Pétion , le compte rendu par
le Miniftre de l'intérieur , l'accufation de
Louvet , la réponſe de Robespierre , les
obfervations faites par les divers . journaliftes
, le public a maintenant fous les yeux
toutes les pièces d'inftruction ; c'eſt à lui
à juger fi Robespierre s'ekt juflifié , & fi ,
fur une accufation aufli motivée , un fimple
ordre du jour est un decret juftificatif.
1 eft temps de faire celler toutes ces quexelles
qui méritent bien moins d'impor
tance
( 193 )
tance par leur nature , & fur tout par les
perfonnages qui cherchent à jouer un rôle,
que parce qu'elles font liées à l'ordre pu
blic dont tous les Départemens & la Convention
nationale ont befoin pour donner
enfin des bases affurées au gouvernement
& mettre à profit les heureux fuccès de
nos armes .
Que tous les citoyens des Départemens ,
toutes les fociétés patriotiques dont plufieurs
fe,font déjà expliquées , après avoir
mûrement examiné la ddooccttrriinnee & la conduite
des déforganifateurs , expriment leur
profeffion de foi politique , d'une manière
ferme & précife; qu'ils les marquent du
fceau de leur improbation , & qu'ils adreffent
leur opinion motivée , à la Convention
nationale & à la fociété mère des
Jacobins, & les factions ainfi que les
factieux rentreront bientôt dans le néant.
Il ne s'agit pas de détruire les Jacobins de
Paris , ni de tenter ce que n'ont pu faire
ni Léopold , ni Lafayette ; cette forfanteric
de Robespierre n'eft qu'un miférable lieu
commun ; ce que n'ont pu faire les Puiffances
coalifées , le pouvoir plus grand de
l'opinion , le pourroit fans doute ; mais il
S'agit de délivrer cette fociété de la tyrannie
de quelques individus qui l'aviliffent ,
& de ne pas partager leur délire.
No. 46. 17 Novembre 1792.
I
al oper op 23
( 194 )
Marat n'eft pas refté long- temps enféveli dans "
fanofépulcre. Ce grand prophète eft refufcité le
troifième jour tout refplendiffant de gloire. Il
digne honorer quelquefois la Convention de fa
prélence. Ses feuilles fe font beaucoup civilifées ,
il n'y prêche plus que le partage des terres &
le dépouillement des riches .
e 3.19m
Anecdote.
Voici un trait que l'hiftoire ne négligera
point. Un hullard patriote ayant été
pris par les Emigrés , ceux- ci lui firent les
menaces les plus terribles , auxquelles il
répondit froidement : « J'ai foi , qu'on
me donne à boire. » On lui préfenta de
l'eau , il la jetta par terre en difant : « C'eſt
du vin qu'il me faut : je ne fuis point accoutumé
à boire de l'eau. » On lui cria
qu'il feroit pendu. Le prifonnier jetta un
regard de dédain fur celui qui avoit fait
la menace. Vil fuppôt du defpotifme
?
i répondit - il , crois tu intimider un
homme libre par la menace de la mort ?
Apprends que nous fommes fix millions
d'hommes qui donneroient mille vies pour
f'arracher la tienne & celle de tes infâmes
foutiens facrifie-moi à ta fureur ; tiens ,
frappe , mes frères me vengeront. >>
a
Poltronnerie des Princes.
Lors du fiége de Verdun , uae bombe tomba
( 195 )
près d'eux . Ces b....r. là tirent jufte , dit le
Comte d'Artois , en reculant de 300 pas . Comme
ces coquins la fe battent , difoit Monfieur
& il palifoit ! - Dans une autre occafion , un
des émigrés cria : fauve qui peut. Alors les
Princes fe mirent au galop pendant une demilieue.
Nouvelles de nos armées.
Armée du Brabant. Enfin la valeur françoife
vient de le déployer fous les drapeaux du génie
républicaia . Nous avons vaincu les Autrichiens
en bataille rangée , & les Autrichens occupoiene
fur une hauteur une pofition avantageule , défendue
par trois rangs de redoutes & par cent
bouches à feu. La bataille de Gemmappe fera
célèbre à jamais , & pour notre g'oire , & pour
la liberté de la Belgique dont elle marque l'époque.
Le Général Dumourier en a informé la
Convention nationale en termes précis & géné
raux, & il s'eft référé pour les détails au compte
qu'il en a rendu au miniftre de la guerre . C'eft
cette lettre que nous nous empreffons de publicr.
11 2
Le Général DUMOURIER au Citoyen PACHE ;
Miniftre de la Guerre.
Quartier général de Mons , le 7 novembre
er
1792 , l'an 1 , de la République Françoife .
ec Vous verrez , par le lieu d'où je date ma
lettre , combien le temps a été bien employé
depuis la dernière lettre que je vous ai écrite
( 196 )
du quartier général d'Honing , Je l'ai quitté le 3,
pour aller avec mon avant - garde prendre une
pofition entre Elouges & Whieries. Cette pofition
néceffitoit la piife d'un village nommé Thulin
, d'où nous avons été repouflés , parce que
les Belges , qui étoient chargés de cette attaque,
s'étoient trop aventurés au - delà du village près
du moulin de Bouffu , & n'avoient point pris de
canons avec eux. 1I.ssoont été enveloppés par 12
à 15 cents huffards , qui en ont taillé deux compagnies
, & qui auroient détruit tout ce corps ,
fans l'extrême valeur du 2. régiment d'huffards,
qui , n'étant pas plus de 300 hommes , a chargé
cette forte troupe de huffards Autrichiens , & a
dégagé les Belges , dont il a affré la retraite . Le
même jour , le Général d'Harville eft arrivé
avec fon armée à Bavay . Le lendemain 4 , j'ai
tiré du camp d'Honing , neuf bataillons pour
fortifier l'attaque de Thulin , & prendre de force
la pofition de Bouffu . Mon projet alors étant
d'effectuer une réunion avec le géneral d'Harvile
, il étoit néceffaire de chaffer les Autrichiens
de la longue bande de bois qui s'étendent depus
Sars jufqu'à Boulu . J'ai arrangé une attaque
combinée , d'après laquelle le Général d'Harville
devoit s'emparer du château de Sars. Le Colonel
Fregeville , du 11. régiment de chaffeurs , devoit
avec fon régiment & de l'infanterie légère ,
pénétrer par Blangis , en le dirigeant fur le même
château de Sars & , remontant par la droite des
bois, devoit s'emparer du village de Frame: ies ,
pendant que , longeant les mêmes bois par la
gauche, je m'empa érois de celui de Bouffu. Ces
trois attaques ont pa: f.itement réuffi . Les Autri-
Chiens ont défendu avec affez d'opiniâtreté le
moulin de Bouffu , d'où je les ai dépoftés avec
( 197 )
C
mon artillerie. Ils y ont perdu s ou 600 hommes.
Le combat s'eft paffé en artillerie . J'ai bivouaqué
la même nuit avec l'avant- garde à la tête du bois
de Bouffu , & j'ai ordonné à l'armée de venir
bivouaquer fur le terrein d'Elouges . Je me fuis
renforcé en groffe artillerie & en obufiers, d'après
le fuccès de cette journée. »၁၁
« Les , j'ai recenou la pofition des ennemis
fur les hauteurs de Jemmappe ; j'ai attaqué avec
de l'infanterie le village de Quarcignon , pendant
que j'occupois leur gauche par une canonnade
aflez vive . Ce même jour , le Colonel Fregeville
a tâté leur gauche , il y a eu divers petits
combats d'infanterie & de cavalerie , où nous
avons toujours eu le deffus . Le Général d'Harville
n'a pu arriver ce même jour qu'avec la
moitié de fon armée , d'environ 6000 hommes ,
à la hauteur de Framelies ; j'ai pris alors mon
camp en face de Jemmappe , la gauche appuyée
à Hereu , la droite à Frameries . J'ai fait venir
ma greffe artillerie à Bouffu , aina que l'hôp'tal
a nbulant , mitent déterminé à attaquer le len
demain les hauteurs de Jemmappe d'une manière
décifive , pour ne pas laifer le temps à l'armée
de Claifay: d'opérer la jonction ; j'avois fit
abandonner ce même foi le village de Quarcgnon
, qui re pouvoit pas le foutenir contre les
forces qui étoient à Jemimappe ,étant dominées par
ce village.
Le 6 au matin , j'ai fait avancer 12 pièces
de 16 ; 12 de 12
& do ze obufiers , que j'ai
placés en batteric far tout le front de ma ligne.
Le Général d'Harville , placé fur les hauteurs de
Ciply , flanquoit la gau he de l'ennemi , dont j'attaqucis
la droite , en reprenant le village de
Quarcignon par les "Belges , foutenus par neuf
I 3
( 198 )
3
bataillons aux ordres des Maréchaux- de - camp
Ferrand, Rofices & Blottefière. Le centre de l'attaque
, compofé de 18 bataillons , était aux ordres
du Lieutenant - Général Egalité , & des Matéchaux-
de camp Stetenhoff, Desforets & Drouet.
La droite , compofée de l'avant garde , étoit aux
ordres du Lieutenant- Général Beurrouille & du
Mar chal de camp Dampierre . La divion du Général
a Harville ne pouvoit nous fecourir dans
notre attaque que par fon canon , étant
gnée des retran hemens de l'ennemi . »
3
•
trop éloi-
A midi précis , toute l'infanterie fe mit
en un clin- d'oeil , en colonne de bataille , & fe
porta avec la plus grande rapidité &la plus grande
allégrefle vers les retranchemens de l'ennemis
pas une tête de colonne ne refta en arrière. Le
premier étage de redoutes fut d'abord emporté
asce la plus grande vivacité , mais bien or les
ebftacles fe multipliant , le centre courut des
dangers & je vis de la cavalerie ennemie
prête à entrer dans la plaine pour charger les
colonnes par leur flanc. J'y envoyai le Lieutenant-
Général Egalité , qui par la valeur froide
ralia très vite les colonnes , & llee mena au fe
cond étage de redoutes. Je venois de fa re foutenir
cette attaque par le 6. régiment d'Hoffards
& le 3. de Chaffeurs , qui arrivèrent trèsà
propos pour contenir & charger la Cavalerie
ennemie. Je me portai en même temps à la droite
où je trouvai qu'après un plein fuccès de la part
du Général Beurnonville dans l'attaque des redoutes
qu'il avoit tournées & emportées , un peu
de defordre s'étoit mis dans fa cavalerie peudant
qu'il étoit occupé à la tête de fon infanterie
. Je la ralliai fiès- vite , & elle chargez dans
l'inftant même avec la plus grande vigueur , la
( 1997)
cavalerie ennemic qui gagnoit déjà notre flanc
droit ; pendant ce ralliement , cette cavalerie
voulut enfoncer le premier bataillon de Paris ,
qui la reçut avec la plus grande vigueur , & lui
tua 60 hommes d'une décharge. Pendant l'in
tervalle de ce combat de la droite , notre gauche
avoir emporté le village de Jemmappe note
centre avoit enlevé les fecondes redoutes. Il
fallu donner un nouveau combat fur la hauteurs
mais il fut moins vif & meins long les Autrichiens
étant entièrement confternés de la vâleur
opiniâtre & toujours croiffante de nostroupes,
A deux heures , ils firent leur retraite dans le plus
grand défordre , nos troupes occupoient alors tout
le terrein des ennemis , jonché de morts & de
bleffés des deux partis . Sa perte étoit fi confide
rable & fa confternation fi grande , qu'il traverfa la
ville de Mons fans s'arrêter , ni fur Berch unent
ni fur le Mont - Palifel , ni même fur les hauteurs
de Nimy ...
Je poftai l'armée victorieufe , fur la hauteur
du village de Cuefies , que j'occupai aves de
F'infanterie si on prit dans ce village une pièce , de
canon de treize , en y ramalla des bleſſés & des
déferteurs... Je fis ocuper dans la mêmejournée
de Mont- Palifel , par la divifion du Général
Harville, & celui de Berchaumont par celle du
Maréchal- de-camp Stetenhoff. J'envoyai femmer
la ville de Mons , & on entra dans des pourparlers
, dont vous verrez le détail dans les pièces
ci - jointes. Les troupes qui avoient déjà - bivaqué
depuis trois jours , qui n'avoient pas pu faire la
foupe de jour de cette renible bataille emontroient
toujours la même ardeur & modemandoient
avec inftaros de marcher Mons de
Peſcaladen. Je fus obligé de leur promettreigis
I
( 200 )
autoient cette fatisfaction le lendemain , & je fis
effectivement mes difpofitions pour completter
la circonvallation de Mons , & pour l'attaquer
dans plufieurs endroits à la fois. Les ennemis
avoient profité de la nuit pour l'évacuer , & des
derniers 400 hommes qu'ils y avoient slaiffé ,
en font fortis vers neuf heures du matin . Je
m'occupois à placer mes batteries , lorsqu'à neuf
heures , les Habitans , après avoir rompu les portes
que les Autrichiens avoient fermées , font venus
m'inviter à entrer dans la ville ; ce que j'ai exécuté
fur- le-champ. Les Magiftras fe font trouvés à
la porte de la ville , & m'ent offert les clefs '; je
leur al dit , en pofant ma maia deffus , que nous
venions comme frères & amis , pour Jes engager
à tenir toujours leurs portes fermées contre leurs
anciens oppreffeurs , & à défendre la liberté que
nous venions de leur conquérir dr
« L'armée des Autrichiens étolt comfolée , ſelon
les calculs les plus modérés , de vingt mille
hommes. Nous n'avions pas plus de trentè mille
combattans. La pofition des Autrichiens étoit formidable
, leur droite appuyée au village de Jmmappe
formoit une équerre avec leur front ,
la gauche qui étoit appuyée à la chauffée de Valenciennes
ils étoient placés dans toute certe
longueur , fur une montagne boifée , où s'éle
volent en amphithéâtre , trois étages de redoutes ,
garnies de vingt pièces de grote artillerie , an
moins autant d'ob.fiers & de trois pièces de canon
de campagne par bataillon , ce qui préfentoit une
artillerie de plus de cent bauchs à feu . Nous en
avions autant , mis félévation de leurs batterids
kur donnoit un avantage , fi nous perfévérions à
vouloir terminer l'affaire à coups de canon. Déjà
depuis long temps les troupes , fe confiant à leur
( 201 )
2
13
valeur , m'avoient témoigné le defir le plus vif
de fe mefurer de près avec les ennemis je partageois
cette confiance , parce que dans tous les
⚫ mouvemens que je leur avois fait faire fous le feu
er & marde
l'ennemi , je les avois vues mancuyrer
cher commeà l'exercice. Dans les trois précédentes
journées fur- tout , j'avois admiré moi - même lear
précifion à exécuter les marceuvres & les déploiemens
que je leur ordonros. La canonade la plus
vive de part & d'autre s'eft ouverte à fert heuics
du matin , cle a duré juſqu'à dix heures , fans
que j'aie apperçu un fuccès affez déc fif pour me
borner à ce genre de combat ; à mesure que je
parcourois le front de la ligne , les troupes me
témoigoient la plus vive impatience d'approcher
l'ennemi à la bayonnette. Le général Beurnonville
me le propofoit depuis très -long- temps , ainfi que
le general Egalité. Je retenois leur ardeur pour la
rendre encore plus vive , car mon projet étoit bien
décidément de terminer cette affaire , en emportant
les redoutes . Je me contentai cependant de
approcher mes batteries pour faire plus d'effet , &
jo donnaill'attaque du village de Quarcignon , parce
que je ne pouvois pas de ce côté attaquer Jemmappe
avant d'avoir pris le premier village . J'ervoyai
le colonel Thouvenot , adjudant - ge éral ,
cffier du plus rare méite , Four diger cerre
attaque , il fe chargea d'emporter Jenimappe &
tout le flanc droit de l'ennemi . Je mandai au
général d'Harville de rapprocher fes batteries
Four qu'elles fiffent plus d'effet fer la gauche de
l'ensemi. Je mandai au géneral Beurnonville dé
faire la rême matcovie & d'être pêt à attaquer
à midi précis ; je fis paffer le même ordre a la
gauche , parce que je calculai qu'alors nous ferions
maîtres de Quarcig on , qu'il étoit néceffaire
>
( 202 )
d'occuper , parce que mon attaque de gauche aurot
pu être tournée par ce village , fi ? 、na mi
eétoit refté maître. "
ec
Cetre journée , à jamais mémorable , couvre
la Nation Françoife d'une gloire immortelle." It
n'eft pas un bataillon ni un efcadion , il n'eft
Pas un individu dans l'armée qui ne fe foit
battu , & de très - près. Vous conr.oiffez déjà
les talens & la valeur du Général Beurnonville ;
tous lleess autres Généraux , & fur-tout le Général
Egalité , ont mis,la plus grande intelligence
dans la conduite des troupes. Les Officiers de
I'Etat- Major & les Aider - de- camp ont porté les
ordres avec la plus grande intrépidité & la plus
grinde prudence , au milieu du feu & du catnage
le plus terrible . Le Général Drouet a cu
une jambe caffée d'un coup de feu . Le Colonel
" Chaumont , Adjudant-général , a eu un bras traverfé
d'une balle , & fon cheval tué fous lui .
Le Général Ferrand a eu une forte contufion à
une jambe , & un cheval tué fous lui. L'Adjudant-
general Montjoie a eu la bouche percée
d'une balle , qui lui a enlevé fept dents. Le
Colonel Dubouret , du 104. régiment , a été
grièvement bleffé , ainfi que le Citoyen Berteche ,
Lieutenant de la Gendarmerie Nationale , beffé
de 41 coups de fabre , après avoir tué 7 hommes.
Le Citoyen la Soffe , Leutenant - Colonel du
bataillon des deux Sèvres , a en un bras caffé
d'une balle beaucoup d'autres Officiers & Soldats
ont été tués & blefiés .
Je ne fais pas encore au jufte quelle eft
notre perte ; mais je l'effime à 300 morts &
600 bleffés . Je vous enverrai l'état , dès que
j'aurai pu le recevoir des differers corps . Les
canemis ont perdu huit canons , dont cinq pris
[ 203 ]
par l'avant- garde du Général Beurnonville,
trois à notre attaque de gauche . L'atlle a
fervi avec fon courage & fon habileté ordinaire ,
fi redoutés de nos eennemis. >>
b La perte des ennemis bleffés où déferteurs
monte au moins à 4000 hommesA fans compter
prefqu'autant d'hommes égarés , debandes &
perdus , que nous ramaffons tous les jours .
בכ
Tel eft le détail de sette bataille , qui eft
décifive pour la conquête de la Belgique car
les n'oferont plus fe montrer en ba
& nous avons prouvé dans celleci
, qu'aucun obftacle ,
bftaceleme en réunilla
refources ddeefl'art à celle du terrain n'arietent
le courage des troupes Françoiles. " I
sin Tap taht Signé DUMOURIER !
$
a
>
lant
Fles
29
Le Général des armées de la République
Françoife , auffi -tôt la bataille gagnée , envoya
une trompette fomnier le Commandant de l'ar
mée Autrichienne retirée dans Mons , de rendre
cette place . Celui- ci confentit d'entrer en pourparler
, & il promit d'envoyer le Quartier- male
général de l'armée ( en demandant un Officier en
otage. ) b
Dumourier ayant attendu
inuti'ement
pendant
trois heures le Quartier maître- général de l'armes
Autrichienne , il réitéra par deux fois fes
Lommations , en menaçant de mettre la ville en
feu & de paffer la gainifon au fil de l'épée. Les
Autrichiens quittèrent la vile pendant la nuit
& les citoyens en ouvrirent les portes à l'armée
Françoile , au milieu des tranfports " de la plus
vive alegreffe .
mps
I get e
Dans le même le général Labourdonnaye
avoit donne l'ordre dalla
d'attaquer les Auir-
"
I 6
f 204 1
chiens portés au Pont-Rouge , à Comine & à
Warneton ; tous ces pofte bien retranchés furent
emportés. Les premiers bataillons des volon
taires de la Gironde attaquèrent le pofte d'Halen
fortement retranché & le forcèrent la bayonnette
au bout du fufi , Une fauffe attaque avoit été die
rigéefur Mer in par le colonel Bruignières . L'avantgarde
du camp de Sainghin , commandé par le.
maréchal de- cap Lamorliere , dirigea fa marche
fur Tournay. L'armée de Libourdonnaye le fuivit
& le 7 Toray fut évacué.
Des details fupplémentaires font contenus dans
l'extrait d'une lettre écrite par Philippe Egalité ,
ci- devant de Chartres,
Mons , to Novembre.
« Le Général Dumourier , bon & brave correfpordantelt
fi accablé d'affaires , qu'l me
charge de vous répondre. Vous voyez qu'il a
Turpallé votrela: rente, car qui ofoit s'attendre à voir
les troupes Frar coifes dans l'état d'indifcipline où
J'on dit qu'elles fot , a les voir , dis - je , livrer
une bataille tangée , & fe rallier après avoir été
forcées à pier. Il eft vrai que pour cela il falloit
Dumourier. Il falloit fa tête pour concevoir l'at aque
, & fon bras pour l'ex cuter . Lui , notre artillerie
, & l'arme blanche , ont produit la mémorable
journée qui a affianchi la Belgique , &
ébranlé tous les cônes des tyrans de l'Europe . Il
a été trop modefte dans fa relation ; il n'a pas dit
qu'il avoit rallié la cavalerie de la droite , &
chargé les dragons de Cobourg ; & la bataille de
Jemmappe eft bien plus belle & bien plus grande
qu'il ne l'a peinte dans fa relation . - Oa ne
s'imagine pas tout ce qui s'eft paffé ici depuis
notre entrés. En voici le tableau. Le peuple caffe
la municipalité , nomme 30 adminiftrateurs , qui
( 205 )
prêtent le ferment fur la place & le balon de la
mailon comme une fociée patristique fe
forme les cris de vive l'égalité ! vive la liberté !
vive la république , ferent flent de toute part . Les
débris de l'armée Autrichienne s'en vont à Bruxelles
entre deux haies de Hongrois , de V.laques
, & c. & c. qui malgré tous leurs fois , n'em-
Fêchent pas une défertion énorme. Nos chevaux
font fellés , nous partons pour Buxelles . Adicu ,
je vous aime de toute mon ame , & ius bien heureur
d'avoir à vous écrire de Moos , an ieu du
for , trifte & ennuyeux camp de Famars . »
Achille avoit cu fon The fire , Dumourier a
affi fon Marat. Cet énergumène a ofé publier
dans fon n°. du 12 que la victo re de Jemmappe
étoit une nouvelle trahifon de Dumourier , qui
n'a eu d'autre objet que d'extermi er les bataillons
Patriotes Parifiens dont il n'a pu fe défaire iors
du maflacre des quatre prétendus défe: teurs Pruſ.
fiens .
Armée du centre. Le commandement de cette
armée vient d'être don é à Ajax Beurnonville.
Kellermann va être employé aulencs. L'avantgarde
de cette armée eft deja partie pour le porter
Tur T.èves.
1
Armée du Rhin. Cuftine avoir befoin & demandoit
des renforts . On apprendre Strasbourg que
Je 31 Octobre Biron fe difpofoit à lui en envoyer.
Par une lettre du quartier- général de Mayence
du 6 novembre , Cuftine mande au ministre de
la guerre : Le Coonel Ho . r.hard , commandant
mon avant- garde , a rencontré hier l'ennemi
à Weilbourg, Tennemi prévend de fon arrivée ,
( 206 )
T'attendoit hors de la ville , rangé en bataille ;
le Colonel Houchard les a attaqués fur-le-champ ,
leur a tué quelques hommes , quelques chevaux,
en a pris quelques- uns , leur a bleflé beaucoup
de monde , enfin les a fuit fur -le - champ rentrer
dans la vile ; il avoit déjà fait les difpofitions
pour la forcer , & il alloit commencer l'attaque ,
lorfqu'il a reçu un ordre que je lui avois expdié
de fe porter à un autre point ; ce qu'il a exécuté
,
Comme
il devoit le faire , ɔɔ
11:31
Toutes les lettres que l'on reçoit de la rie
gauche du Rhin , annoncent que les fuccès & la
bonne conduite des troupes Françoifes continuent
à leur mériter l'efime & la confiance des peuples
, & même de plufieurs Princes .
ch
RUSSI E ..
De Pétersbourg , le 2 Octobre 1792 .
On parle beaucoup moins dans cette
ville de la colère de Catherine II contre
la révolution françoife. Déjà commencent
à fe répandre les nouvelles un peu défaf.
treufes pour les Emigrés François de leur
croifade en France ; eux- mêmes l'appelloient
une croifade. Ce nom auroit dûleur
préfager quelle en devoit être l'iffue. Cutherine
II eft trop vieille , & le ci - devant
Comte d'Artois n'eft plus affez jeune pour
qu'un commerce de galanterie foit long(
207 )
1
temps une affaire férieufe entre eux . Cette
femme eft plus propre à plonger dans toutes
les humiliations fon ancien amant le Roi
de Pologne , qu'à fe faire un amant nouveau
d'un malheureux Prince François qui
par cela même qu'il a vécu dans tous les
excès ne peut guère plus y vivre.
E SUEDE. , 1
*
De Stockholm , le 1e Octobre 1792 .
suplony ansh 19t
t
A
57000 SHIRT SI
La Suède a été un des premiers états de
l'Europe qui a joui d'une certaine liberté
de la preffe. Mais cette libertét fous un
Prince tel que Gustave III avoit dû être
une illufion comme toutes les autres libertés
. Le Duc Régent , dont c'eft la deftinée
comme la gloire d'avoir à relever en
fout genre des ruines , a donné à la preffe
plus de liberté qu'elle n'en a jamais eu dans
la Suède : & auli - tôt des journaux , ces
fignaux & ces fanaux des peuples qui & fe
difpofent à des révolutions fe font établis
à Stockholm : & auffi tôt l'ouvrage de
Thomas Payne fur les Droits de l'Homme
a été traduit en langue fuédoife ; & le
traducteur eft un M. Nordenskiold, Secrétaire
du Roi. Par- tout ou l'on parle & ou l'on
écrit für les droits de l'homme , on peut
être sûr que les trônes font ébranlés on
-
20
( 208 )
Feut en être plus sûr encore , lorfque ce
font les Secrétaires des Rois qui en écrivent
& qui en parlent.
POLOGNE,
De Varfovie , le 16 Octobre.
Le Roi , comme nous le difons fans
ceffe , comme tous les faits le prouvent , n'a
plus réellement aucune puiflance ; mais on
le laiffe encore repréfenter dans quelque
cérémonie royale . Il y a quelques jours ,
par exemple , une députation de la confédération
générale fe préfenta à une audience
: le Roi étoitfur fon trône , magnifiquement
vêtu. On lui adrefla des difcours
pompeux, où on lui parla beaucoup de fa
grandeur ; le Chancelier & le Sous - Chancelier
répondirent pour lui . C'eft en pareille
occafion qu'on doit rendre grace à l'étir
quette qui lie la langue , & rend un Mona
quaulli muet que s'il étoit de bois ou
de marbre.
Tandis que le Roi , les Chanceliers & les
Députés de la confédération jouent ainfi
des farces , où le ridicule fe mêle à l'hor
reur , des troupes Rufles arrivent tous les
jours en plus grand nombre , & tous les
jours auffi les troupes Polonoiles font licenciées
& congédiées. C'eft-là ce qu'on ap
( 209 )
pelle de la politique ; il faut avouer qu'elle
n'eft pas fecrette. On ne devine pas pourquoi
l'Impératrice de Ruflie confent à ſe
gêner encore affez pour conferver un refte
de voile fur l'envahiffement très réel qu'elle
vient de faire de la Pologne . Il faut donc
que toute l'Europe qui voit la chofe , enr
tende le mot ; il n'y a plus de Pologne.
L'Empire qui portoit ce nom n'eft plus
aujourd'hui qu'une partie de l'Empire
Ruffe. C'est au Roi de Pruffe & à l'Al'emagne
à confidérer fi elles doivent fe mêler
de cette affaire déj toute confommée ,
Ce qui prouve fans replique que Cather
rine penfe que fa domination eft parfaitement
reconnue chez les anciens Sarmates ,
c'eft que la confédération générale , qui eft
fon organe, a l'infolence de parler de clémence
, & d'annoncer une amniſtie à ceux
qui abjureront les erreurs qui avoient préparé
& opéré la révolution du 3 Mai. C'eft
précisément ainfi que le fourbe Augufte
mit fin aux profcriptions , lorfqu'il vit tout
le monde romain à fes pieds . Mais ce
dont Catherine peut être sûre , c'est que
ces principes de liberté univerfelle , qu'elle
a auffi voulu étouffer en France , les pourfuivront
d'abord à Varfovie , & bientôt
après à Pétersbourg & à Mofcou.
[ 210 ]
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur- le-Mein , le 21 Octobre.
Aucun reproche ne sferoit fait ici aux
François fans ces contributions forcées
exigées par le Général Cuftine. On dit ici
que nos Magiftrats ont écrit au Confeil´¸
exécutif de France , & ont envoyé des
Députés à la Convention nationale pour
obtenir les reftitutions de ce que le Général
Cuſtine a déja touché , ( un million de
florins ) & pour répondre aux accufations
qui leur ont été faites par ce Général.
*
Cuftine dit que la ville de Francfort a
reçu les Emigrés dans fes murs : Les Magiftrats
de Frnacfort répondent que des
Emigrés ont paffé par leur ville , & que
tout l'accueil qu'il y ont reçu s'eft borné
à cette hofpitalité de cabarets & des auberges
qu'on ne peut refufer à aucun homme
fur la terre.
* Cuftine dit qu'il s'eft compofé un journal
ariftocratique dans Francfort : Les Magiftrats
répondent que des journaux ariftocratiques
fe font compofés auffi jufques
dans les loges de l'Affemblée nationale ,
fans qu'on put rendre pour celá la Convention
nationale refponfable ; que la ville
n'auroit pu ,
à cet égard , mériter des re(
211 )
proches que dans le cas où elle auroit
favorifé des journaux aristocratiques &
empêché les journaux démocratiques de
s'établir. A &
Cuftine dit qu'il n'a pas impofé des contributions
fur le peuple mais fur les riches ,
& que la richeffe eft la première des ariftocraties.
Les habitans de Francfort répondent
qu'on peut être démocrate fans
être pauvre ; qu'il faut même que la richeffe
trop long- temps alliée , exclufivement à la
Paristocratie , s'uniffe auffi enfin à la démocratie
, & que cette idée d'unir inféparablement
la démocratie & la pauvreté eft
tout- à, fait d'un ariftocrate.
201 Les Magiftrats de Francfort difent enfin
que tous les habitans de cette ville font
allés au devant des François comme audevant
d'un peuple de frères , & qu'il ne
fauit pas qu'un fi tendre accueil amène leur
raine & leur défeſpoir. mokosi
De Tofcane , le 14 Odobre.
ཨ॰, ནྟི སྐྱུགཧཾ ཨཏྠའ 1:|::1: ཇུག པ 1:|:ཞེན
Sup
M
Depuis les avantages nombreux remportés
par les François , le Duc de Tofcane
paroît trouver leur caufe meilleure , &
cependant il eft difficile de croire que vfi
la France eût effuyé des revers , un Prince
de la maifon d'Autriche ne fe fût réuni
( 212 )
à tous les ennemis que cette maifon a réunis
contre elle .
ITALIE.
f
De Naples , le 8 Octobre 17918i
Le Roi de Naples eft conime le Duc de
Tofcane ; il confulte les événeniens , & régle
fur eux fa politique. Lorfque les
Pruffiens s'avançoient fur le territoire françois
, les Miniftres ou Agens du Roi de
Naples follicitoient le Grand- Turc à combattre
auffi des bords du Bofphore un
Peuple qui rentroit dans fes droits ,
des bords du Rhin jufqu'aux bords
de l'Adour. Depuis que les Pruffiens ont
-fait fortir leurs débris du territoire de la
République Françoife , le Roi de Naples
paroît difpofé à défavouer ce que fes Agens
avoient dit en fon nom à la Sublime Porte ;
& le Roi de Naples & le Duc de Tofcane
rappellent l'hiftoire de ce Romain qui ,
tandis que les armées d'Augufte & d'Antoine
fe difputoient l'empire du monde ,
avoit inftruit douze Sanfonnets à prononcer
quelques paroles ; il y en avoit fix qui
devoient chanter vive Antoine , & fix autres
vive Augufte. Lorfque la victoire eut proclamé
Augufte Empereur , les fix Santonnets
Antonins eurent le cou tordu , & les
( 213 )
fix autres furent préſentés refpectueufement
à Augufie.
ESPAGNE.
De Madrid , le 20 Octobre 179.2
Les Efpagnols , leur Roi & leurs Miniftres
n'ont pas autant de foupleffe que
les Princes Italiens : là , on n'a pas en général
deux avis ; chacun en a un , & le foutient
avec conftance ; mais les avis y font
divers. Si la révolution ne menaçoit que
le de potiſme , il eft probable que la révo
lution affranchiroit bientôt les fiers Efpagnols
d'un efclavage qui ne date pas d'auni
loin que la fervitude des autres Peuples
de l'Europe mais les nouveaux principes
de la France menacent les Prêtres comme
les Rois , & les Efpagnols qui ne font pas
vils, font encore très- fuperftitieux. D'A
randa qui s'eft toujours prononcé pour vivre
en paix avec la France , & jnfqu'à préfent
fon avis l'emporte toujours dans les Confeils
; ce qu'on redoute , c'eft que l'entrée
ou prochaine ou déjà effectuée des François
dans la Catalogne n'indifpofe les Efpagnols
; mais on fait combien les Catalans
font difpolés à entrer dans un plan de révolution.
Combien , de tout temps , ils ont
donné d'inquiétude aux Rois d'Efpagne
( 214 )
on fait auffi combien la préſence des Fran
çois , leur refpect pour les individus &
pour les propriétes leur a toujours concilié
la confiance & l'amitié des Peuples chez
lefquels ils entrent en armies. On a donc
lieu de croire que l'entrée des François dans
le Catalogne fera l'entrée de la révolution
en Eſpagne.
GENEVE.
• Tout annonce que l'affaire de las Ré-t
publique Françoife avec la République dé
Genève fera bientôt terminée . Le Confeil'
exécutif de France en approuvant beaucoup
le préambule du projet de traité
dans lequel le Général Montefquiou parloit
avec autant de refpect du droit & de la
fouveraineté de la petite République de
Genève que de la grande République qui
vient de naître , en louant ce fentiment moral
qui fera déformais la grande force de la
République , avoit beaucoup bâmé deux
articles du traité , & en avoit deniandé la
modification : Le premier , celui qui obli
geoit la France à retirer fon artillerie fur
fon territoire & dans fes places d'aimes ;
Le fecond , celui qui accordoit pour l'éva
cuation des Suiffes des délais dont les ariftocrates
de Genève pouvoient fe fervir, &
pour en impoſer au parti populaire chez
( 215 )
eux , & pour profiter des circonftances
contre la France même , s'il s'en préfentait
de favorables .
Le Général Montefquiou , auffi tôt qu'il
a connu les modifications demandées par
le Confeil exécutif de France , les a exigées
& les a obtenues.
On a lieu de croire que l'ariftocratie de
Genève, fi elle avoit pu compter fur l'appui
de toute la conféderation des cantons
Suiffes , n'auroit pas accédé fi facilement
aux voeux de la France. Mais dans tous
les cantons Suiffes , Berne feul s'eft montré
difpofé à entrer avec Genève dans la coalition
des defpotes & des ariftocrates contre
la France. Les petits cantons démocratiques
ont eu trop de bon fens pour vouloir
même en entendre parler. Zurich a été
indigné de ce qu'au mépris de tous les
ufages Helvétiques , d'Efthérazy s'eft adreffé
à Berne pour engager les Suiffes à déployer
la force contre les François. Enfin
les aristocrates de Berne & ceux de Genève
fe flattoient que l'Angleterre détermineroit
les Suiffes à ne plus refter neutres mais
en Angleterre il n'y a proprement d'ennemi
de la République françoife que le Roi &
la Cour, Les Miniftres Anglois voudroient
circonfcrire , plutôt que détruire la révolu
tion de France , & le Peuple Anglois qui
n'en fent pas affez le beſoin pour lui , en
3
( 216 )
fent la grandeur & la beauté pour le genre
humain.
| P. S. Le Général Dumourier , après avoir
joué avec tant de fuccès , lorfqu'il étoit uti'e
le rôle de Fabius le Temporifeur , qu'or n'ofoit
fe promettre d'un caractère dont l'impétueufe
activité s'eft fi bien déployée depuis , veut terminer
fa carrière politique & militaire comme
Cincinnatus : il a prévenu la Convention qu'il
rentreroit dans l'obſcurité de la retraite , dès
qu'il auroit rempli fa miffion. Sans fe plaindre
de la méfiance , pour ne pas dire de la calom-
Die, qui lui prête des vues ambitieufes , il la
réfute victorieufement par ce défintéreſſement
que les ennemis auront bien de la peine à déprécier.
Une lettre du Général Labourdonnaye , datée
du 12 novembre , annoncé qu'il vient d'entrer
dans la ville de Gand , d'où le Général Autrichien
Latour 's'eft retiré avec 5000 hommes
pour le replier fur Anvers , dont la citadelle
eft en état de faire quelque réfiftance . Labourdonnaye
auroit pu rejoindre l'arrière - garde ennemie
, fi elle n'avoit fait 14 lieues fans s'arrêter
; il efpère intercepter une partie de fon
bagage , embarqué fur l'Eſcaut.
Les Prépofés de la Tréforerie nationale vienhent
d'arrêter 19 perfonnes pour fabrication de
faux affignats de 3 liv . dont la planche a été
trouvée dans le ' parvis Notre- Dame.
JOURNAL
1
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
FRANCE.
7
L'an 1. de la République Françoiſe.
CONVENTION NATIONALES
Du dimanche, 11 novembre.
LIBERTÉ , égalité , inviolabilité des perfonnes ,
des propriétés , rappel de l'ordre ; loix juftes
Amples , nature les ; voilà ce que demandent les
adrettes que la Convention reçoit de tous les points
de la république ; obéiffance , refpect & force à la
loi , haine implacable contre tout perturbateur
tout agitateur , tout provocateur au meurtre ,
ee qu'e les promittent . Toutes annoncent l'adhéfion
la plus enre aux deux décrets qui immorcalifent
les premiers jours de cette feflion . Plus de
royauté , plus de Roi ; la république .
N. 47. 24 Novembre 1792. K
JXX
c'eft
( 218 )
aves
tre
La Convention apprend , l'intérêt qu'llifpirent
les be les actions , celle de J. Genaudeau
patron de chaloupe à bord de la Frafquita , navire
de Nantes. Le canot où 1 fe trouvoit avec quat
hommes ayant chavire en fomentant la rivière de
Zaire , après s'être remp'i d'eau , fuyoit devant la
lame que la force du vent avoit rendue très g s - groffe ;
le brave Genaudeau montra dans cette circonftance
autant de zèle & de préfence d'efprit que de courage
& d'humanité ; il fe jette à la nage chaque fois
que l'un de fes comp gors d'infortune eft forcé
par la lame d'abandonner la quille du canot . Il
les y apporte l'un après l'autre. Ils reftent quelques
heures dans cette pofition pendant lefquelles le
courant les porte vers le bas de la rivière ; mais
pallant près d'une pointe de terte , Genaudeau
fe jette de nouveau a la nage , tenant dans fes
dens un bout de corde, attaché au canot . Arrivé
à terre , il l'attache à une branche d'arbre , & parviente
fi à l'y ameper , ainfi que fes quatre camarades
, épuifés de fatigue . Il met alors une petite
voile avec le fecours de laquelle ils ont tous
les cinq le bonheur de fe rendre à bord du navire.
Ce trait de courage & d'humanité méritoit d'autant
plus la reconnoiffance de la nation , que le
citoyen Genaudeau n'a pas cru devoir fo liciter de
fon cap taine un certificat qui le conftatât . C'eft
fe miniftre de la marine qui l'a proclamé lui- même ;
& la Conve tion , après avoir payé à cette belle
action un jufte tribut d'applaudiffemens , a chargé
le comité d'iftruction publique de lui préfenter les
moyens de récompener ceux qui auroient fauve
la vie à un ou à plufieurs de leurs concitoyens.02
On fe rappele que vers le commencement du
mois dernier , Frédéric Diétrick, maite de Stras(
219 )
7
bourg , mandé à la barre , & enfuite décrété d'aca
cufation , s'étoit fauvé à Bâle. Aujourd'hui , il
vient de fe conftituer volontairement prifonnier,
entre les maios du général Ferrières , & demande
à être traduit à la barre de la Convention nationale.
L'Affemblée a paffé à l'ordre du jour, motivé
für l'existence du décret d'accufation contrenlé
maire de Strasbourg. Les comités des décrets &
de furveillance font chargés d'en rédiger l'acte . D
·Chaque jour on eft informé de quelque nou
veau brigandage dans la fourniture & l'approvifionnement
des troupes. La rapacité de ces hom
mes affreux qui ne s'enrichiffent que de malheurs
publics , s'eft introduite jufque dans l'adminif
tration des hôpitaux des armées . Sur trois conces
de pain qui doivent être diftribuées , à chaque
foldat convalefcent , fouvent il en eft diftrait près
d'une once. Des malades ont paffé un jour & la
nuit fuivante fans avoir de bouillon . Des foldats
mutilés font couchés ſur le carreau , ou ſur un feu
de paille. Tous ces faits font atteftés par Prieur.
La Convention a décrété qu'il en fera rendu
compte , fous trois jours , par le miniftre de la
guerre , qui fera connoître en même temps les
mefures qu'il a prifes pour en faire punir les auteurs
. Il féra établi , à fa diligence & le plutôt poffible
, à la fuire des armées des chariots fufpendus
& couverts pour tranfporter les bleflés . Les muni-
"cipalités voifines des hôpitaux ambulans féront tenus
de fournir aux officiers de lanté autant de matelats
qu'il y aura de blélfés.
L'ordre du jour appelloit les pétitionnaires .
Avant de leur ouvrir la barre , l'Affemblée a
décrété dive fes mefares réglémentaires qu'il eft
utile a tout citoyen de favoir a tartal
A l'avenir , les lettres des commiffaires aux
K 2
( 220 )
armées , des miniftres & des généraux , feront
lues immédiatement après le procès - verbal
Ces lettres feront auffi tô renvoyées aux comité
compéte s . La difcuffion fur leur contenu
ne pourra s'ouvrer da sit même féance qu'en ve tu
d'un décret. Aucune lettre particul ère ne fera lue
dans la convention. Les adreffes rimles offii: l,
lement, ferot dépofées au comité des p titions
& de correlpon dance , qui en fera apalyie , la
quelle fera lue le jeudis & les dimanches . Ce
comité préfentera le d manche le bordereau des
dons civiques de la femaine . Tout pé: i ionnaire
qui voudra paroître à la bare fera tenu de
Le rendre du comité , d'y énoncer l'objet de fa
pétition , & de s'y faire i ferre. Enfin , l'ordre du
tableau le a exactement fuvi, Il n'y aura d'excepsion
que pour les pétitionnaires réfidens his des
barrières de Paris , qui , à caufe de l'éloignement,
feront admis les premiers.
Du lundi , 12 novembre.
Les plantes ré térées qui s'élèvent de toutes
parts contre la mauvaiſe foi & l'audacieufe' friponnerie
des fourniffeurs des armées , vont dé-
Berminer fans doute la Conve tion rationale à
prononcer une loi pénale capable de contenit ,
Pat la crainte des fupplices , ces ames de boue ,
inacceffib es à tout fentiment de patriotifme &
d'honnêteté. Sur 20 mille paties de foul ers fournis
dernièrement à Châlons , cinq mille ont été rebacées
, & le refle est encore défectueux. Un mem´´
bre vouloit que ces marchands infidèles fuflent à
l'inftant décrétés d'accufation , & punis comme
desvéritables confpirateurs . Un confpirateur eft
celui qui combine dans le fecret des projets ,
fouvent impuiflans , contre l'Etat , mais les fgée
12309 14.2
( 221 )
armes ,
culations de ces hommes avides qui expofent, à
la fois , la fanté du foldat & la gloire de nos
ne lont- elles pas eent fois plus funeftes
&p us méprifab es ? Le comité militaire eft chargé
de faire inceffamment un rapport fur ce genre
de délit , qui ne doit pas être rangé dans la
claffe des vols ordinaires .
Le citoyen Amelot informe la Convention
qu'il a été bûlé avant- bier deux millions en affignats
, ce qui porte la fomme des affignats
brûlés à 643 millions .
Trois objets étoient à l'ordre du jour : la fuite
du décret fur les émigrés , une loi fur les fubfiftances
, & le procès de Louis XVI. Après quel
ques difuffions , l'Affemblée accorde la priorité
au rapport relatif aux émigrés , & ajourne définivement
à demain la difcuffion du projet du
comité fur le jugement du ci -devant Roi.
Déjà la patrie avoit banni de fon fein les re
belles qui ont pris les armes contre elle , & les
lâches qui l'ont abandonnée. Il ne reftoit plus
qu'à fixer les caractères auxquels on pourroit reconnoître
ceux que la loi a frappé. C'eſt à quoi la
Convention s'eft occupée. Elle a enfuite défigné
ceux qui , quoique abfens du territoire de la
République , ne doivent pas être réputés ém -
grés. L'exception qui a éprouvé le plus de diffi
cultés , relativement aux conditions auxquelles
elle doit être foumife , eft celle en faveur des
enfans. Après de longs débats , il a été décidé
que les enfans de 14 ans , fans diftinction de
fexe , ferent exceptés de la rigueur de la lqi ,
lorfqu'ils rentreront en France dans les trois
mois qui fuivront leur 14. année accomplic.
Ceux qui feront âgés de moins de dix ans feront
temps de rentrer daus les trois mois qui fuivront
K 3
( 222
lour dixième année , & ceux qui auront atteint
leur dixième année ne jouiront que d'un délai de
trois mois , à compter du jour de la promulga
tion du décret.
Nous donnerons ce décret lorfque la rédaction
définitive en aura été adoptée.
Du mardi , 13 novembre.
La difcuffion alloit s'ouvrir fur le jugement de
Louis XVI. Pάion a demandé la parole pour
one motion d'ordre . Dans une affaire auffi folemnelle
, a t- il dit , l'intention de l'Aſſemblée eft
certainement de prendre une marche réfléchie , de
difcuter , de décider avec maturité . Nous devons
traiter la queftion de l'inviolabilité féparément de
toutes les autres queſtions qui le préſentent avec
elle ; & il eft inutile d'examiner le mode de juge
ment avant de favoir file. Roi peut être jugé. Je
demande donc que fans divaguer , on traite fim
plement cette queftion : Le Roi peut- il être jugé ?
Cette propofition eft adoptée .
Moriffon a parté le premier. Après un court
exorde où il a invoqué l'attention de l'Affemblée
pour une opinion qu'il a cru contraire à celles du
plus grand nombre, il eft entré en matière pour
prouver que rien n'eſt utile que ce qui eft juste , &
que la volonté fuprême du peuple , les droits & fes
pouvoits ont néceffairement pour limites les des
voirs que lui impole la propre juftice.
C'eft d'après ces principes què Moriffon eșas
mine fi Louis XVI peut être jugé. « Je lais 3
a- t - il dit , que les Rois ; dans le fens de leur
inftitution , n'étoient que les délégués du peuple ,
que leurs forctions , leurs devoirs , étoient de
faire exécuter la volonté générale , & de la diriget
vers la profpérité publique , & que celui d'entr'eux
( 223 )
"
3
qui étoit coupable de trabifon ou de quelqu'autre
crime, étoit véritablement reſponſable . J le fais .
Parce que dans lleeuurrss allociations primitives ,
hommes n'ont pu chercher que leur avantage réçiproque
, & qu'il étoit fans doute de l'intérêt de tous
de punir les traîtres & les méchans . Mais ce droit
de juger les Rois , qui eft imprefcriptible , parce
qu'il tient effentiellement à la fouveraineté des
peuples , eft cependant fufceptible de recevoir des
modifications dans la manière de s'exercer. Une
nation , par exemple , peut établir , par un article
précis de fon contrat focial , que quoiqu'elle ait le
droit imprefcriptible de prononcer des peines auffi
tôt l'existence du d- lit & la conviction du coupable ,
L'accufé ne fera juge , ne fera condamné que forf
qu'il exiftera , antérieurement à fon crime , uneloi
pofitive qui puiffe lui être appliquée . Ainfi depuis
long- temps les Anglois , nos voilius , ort acquitté
leurs criminels dans tous les cas qui n'avoient pas
été prévus parune loi pofitive. Ainfi depuis l'infti
tution des jurés parmi nous le plus grand des fcé
lérats feroit acquitté , s'il n'exiftoit point dans notre
code pénal une loi pofitive qui pû lui être appli
quée. Or , cette loi n'exifte point pour Louis XVI
Qusi , me dit- on , Louis XVI a violé la
conftitution , & vous voudriez qu'aujourd'hui il
put fe prévaloir de cette même conftitution qu'il
n'a jamais fincèrement adoptée ?>
cc
Qui citoyens , je le veux. Sans le confente
ment du Roi , la conftitution étoit la loi de mon
pays; elle étoit loi, parce que le peuple , le fauve,
raio , lui avoit donné une adhésion gécérale ,
parce qu'il avoit juré de la maintenir juíqu'à ce
qu'il eût fait d'autres loix plus conformes à fon
amour pour la liberté & l'égalité. 33
La conſtitution, me dit- on , ne prononçoit
K
( 224)
Tinviolabilité que pour les actes qui tenoient effentiellement
à la royauté , & dont les miniftres étoient
refponfables. Mais la conftitution a déterminé la
peine qui feroit infligée au Roi pour des crimes
effentiellement dépendans de fa qualité de premier
fonctionnaire public, & cette peine eſt la déchéance,
»
On me dit encore : Nous ne pouvons nous
difpenfer de juger Louis XVI , parce que notre
miffion nous le preferit impérieufement . Vous
Vous trompez , citoyens ; vous n'avez point maintenant
la miffion de juger Louis XVI. »
« La liberté dont nous étions dépofitaires , alloit
peut-être s'échapper de nos mains , fi le trône de
Louis XVI eût exifté un instant de plus . Nous
devions la conferver ; mais là nos pouvoirs n'exif.
toient plus , parce qu'ils ne pouvoient plus s'exer
cer dans l'ordre de leur conftitution . Nous avons
fait un appel au peuple , & la Convention nationale
a été formée . Elle a été formée four
prononcer fur la déchéance du Roi , pour faire
une nouvelle conftitution , pour faire des loix
réglementaires , enfin pour conduire , pendant
la feffion , les rênes du gouvernement de la manière
la plus avantageufe. Mais cût - elle la mifion
de juger Louis XVI , je foutiens qu'el'e ne pou
voit la rempli , parce qu'un jugement dans l'ordre
focial n'eft que l'application d'une loi pofitive
piéexiftante ; qu'il n'exifte point de loi pofitive
qui puiffe être appliquée à Louis XVI , point
de peine maintenant qui puiffe être prononcée
contre lui. »
« Mais les loix imprefcriptibles de la nature !
Les loix de la nature ! je les refpecterai toujours
: elles font la baſe faciée de tous nos droits;
mais comme dans l'ordre focial ces droits ke
( 225 )
peuvent s'exercer que par des relations récipro
ques , il a fallu leur marquer des limites , pour
éviter une oppreffion deftructive , pour que chaque
individu pût exercer les fiens dans la plus grande
latitude Foffible ; & ces limites , c'eſt la loi pofirive
qui les a fixées . »
« L'orateur s'eft réſumé , & a dit : Louis XVI
ne peut tomber que fous le glaive de la loi ; la
loi ne prononce rien à fon égard ; par conféquent
nous ne pouvons le juger.
"
Après Moriffon , St. Juft a pris la parole . Il
a entrepris de prouver que le Roi peut être jugé;
que l'opinion qui conferve l'inviolabilité , celle
qui veut qu'on le juge en citoyen , font également
fauffes ; qu'il doit être jugé en ennemi
& que n'étant pour rien dans le contrat qui unit
les François , les formes de la procédure ne font
point dans la loi civile , mais dans la loi du droit
des gens. »
« St. Juft ne connoit aucun rapport naturel de
peuple à Roi . Le pacte focial , di - il , eft un
Contrat entre les citoyens & non point avec le
gouvernement. On n'eft pour rien dans un contrat
où l'on ne s'eft point obligé ; conféquemment
Louis qui ne s'étoit point obligé , ne peut
point être jugé civilement . »
- Juger, c'eft appliquer la loi . Une loi eft un
rapport de juftice. Quel rapport de juftice y
a-t- il entre l'humanité & les Rois. Tout Roi eft
un rebelle & un ufurpateur , & chaque homme
tient de la nature la miffion fecrette de les exterminer
»
Avec ces principes , l'on voit bien que toute
formalité doit paroître inutile à St. Juft ; auffi
depuis long- temps s'étoit-il apperçu que de fauffes
mesures de prudence , les lenteurs , le recueille
KS.
( 226 )
ment étoient , dans la Convention nationale ;
autant de véritables imprudences , & qu'après
celle qui recule le moment de nous donner des
Foix , la plus funefte feroit celle qui nous feroit
temporifer avec le Roi. »
Fauchet a remplacé St. Juſt à la tribune . Il a
reproduit l'argument employé par Moriſſon , en
défiant qu'on lui citât une loi antérieure au délit
de Louis XVI qui pûr lui être appliquée. Il a
répondu à celui qui appelloit la nature au fupplice
de Louis XVI : « il eft faux que lá na→
ture approuve la peine de mort , à moins qu'elle
ne foit la feule défenſe qu'on puiffe oppofer à
une aggreffion . Mais dès que l'ennemi eft faift
& mis dans l'impuiffance de nuire , la nature
eric artête' ; n'égorge pas de fang - froid ton
femblable.
A celui qui avoit dit que l'utilité publique
autorife quelquefois à jetter un voile fur l'image
de la juftice , il a répondu : « quoi le repos
de la patrie dans la juftice violée , dans un crime
national , dans une fanglante infamie qui feroid
horreur à toute la terre ... » Ici , quelques murmures
fe font élevés . Fauche: quitte brufquement
la tribune. Invité à terminer fon difcours , il
s'écrie : citoyens , la juſtice , la ſageffe , le cou
rage , voilà ce qui peut affurer le repos de la
patre . Je conclus à ce que Louis XVI ne foit
pas mis en jugement.
Robert a répondu aux argumens employés par
Moriffon & Faucher. C'eft en vain qu'on invoqueroit
la loi conftitutionne les le peuple en infurrection
eft la loi vivante. Avons - nous d'ailleurs
, a dit Robert , le droit de pardonner à
Louis XVI ; & n'eft- ce pas la liberté du genre
bumain que nous avons à venger ? »
?
€ $
( 227
L'orateur va plus loin . A l'exemple de l'églife
qui s'eft arrogée le droit de venger le ciel , il
veut venger la divinité outragée par un homme
qui a voulu régner par la grace de Dieu.
Après le difcours de Robert , l'Affemblée « a
ajourné la difcuffion à jeudi prochain. Elle a
décidé en même temps que toutes les opinions
qui feront prononcées pour & contre le jugement
du Roi , feront imprimées , nom
Jacob Dupont ramène l'attention de la Con
vention nationale fur les finances , objet trop
long-temps négligé par l'ATemblée conftituante ,
totalement oublié de la légiflature , très - peu fuivi
par les corps adminiftratifs & municipaux , &
tombé enfin dans une infouciance générale . Il
eft réſulté de-là que fur 300 millions des contributions
foncières & mobiliaires , formant à
peu-près la moitié des revenus de la république ,
il n'en étoit pas rentré un million au 1. no
vembre , pour 1792 ; qu'il n'y avoit encore de
perçu jufqu'à ce jour , qu'environ 124 millions ',
pour 1791 ; & que toutes les branches du re
venu annuel font loin de fournir les fommes
préfumées. Dupont en conclut qu'il eft urgent
d'allurer un revenu annuel , afin de n'employer
nos capitaux qu'à couvrir des befoins extraordi
naires. Il fait voir qu'il faut de nouveaux moyens
pour pourvoir au paiement des intérêts de la dette
publique , à la dépenfe néceffaire pour l'inftruction
de la génération qui commence , & de la géné
ration actuelle ; enfin il craint , fi la Convention
ne fe hâte de couvrir toutes les dépenfes fixes &
annuelles par des recettes égales , par un revenu
annuel & fixe , que la république n'éprouve bientôt
un déficit pareil à celui qui provoqua la révolu
tion de 1789 ; effet tel , que la république tom
3
K6
228 )
beroit alors dans un état convulfif qui amèneroit
bientôt fon entière fubverfion . Ea conféquence ,
Dupont propofe d'abord de décréter pour 1793 ,
la même fomme de contributions qui l'avoit été
pour 1792. Eufuite , il propofe divers décrets
relatifs à la répartition & à l'amélioration des revenus
publics .
#
Cambon donne quelques développemens aux
vues de Dupont. Il regrette avec lui que jufqu'ici
l'impôt des patentes n'ait pas été perçu ,
mais plus encore , qu'il ait été ordonné parce qu'il
pèfe fur le peuple. Il regrette que la contribution
mobiliaire , fi belle pour qui fait l'algèbre, mais
fi difficile pour des officiers municipaux qui favent
à peine lire , ait été établie . ce Votre comité des
finances , dit- il à la Convention , a porté un oeil
attentif fur beaucoup de dépenfes . Il a arrêté hier
au foir de vous propofer la fuppreffion de l'impôt
mobilier , de l'impôt des patentes , & la diminution
de 40 millions fur l'impôt foncier. En fupprimant
la recette , il a dû fupprimer une partie
de la dépenfe . Il en eft une énorme , & à laquelle
perfonne ne penfe , une qui coûte 100 millions à
la république, Ayant à nous occuper de l'état des
impofitions de 1793 , nous devions vous propofer
cette question chaque croyant doit- il payer fon
prêtre ? Celui qui travaille doit être payé, rien
de plus vrai ; mais c'eft à celui qui l'emploie , à le
payer. Ainfi , au lieu de 300 millions , il n'y en
aura plus que 200 à impofer . Avant huit jours ,
le rapport du comité fera prêt.
En attendant , il falloit pourvoir aux befoins
actuels de l'Etat. Il y a dans ce mois 138 millions
de dépenfes & 28 de resette, La différence eft de
116 millions. La Convention en a ordonné leverfement
dans latréforerie nationale.
( 229 )
Un décret avcit mandé à la barre Benjamin
Jacob, fourniffeur de l'armée du Midi. Il y a comparu
dans cette féance. Sa défenſe , en dernière
analyfe , s'eft réduite à ceci : « Je fuis négociant ,
j'ai paflé une foumiffion ; le général Montefquiou
l'a acceptée , & je dois être payé . Si les commiffaires
ordonnateurs ont fait un mauvais marché
, tant pis pour eux ; mais ils doivent remplir
leur engagement , comme j'ai rempli les miens . »
L'Afemblée a décrété que Benjamin Jacob fera
mis provifoirement en état d'arreftation , & que
les fcellés feront appofés fur fes papiers. Les co
mités de la guerre & des finances recueilleront
toutes les pièces de cette affaire pour en préparer
Je rapport.
*
Du mercredi , 14 novembre.
Des députés extraordinaires de Nice écrivent à
l'Affemblée & fe plaignent des défordres qu'ils
difent avoir été commis dans le comté par les
troupes Françoifes. Des députés de Francfort réclament
contre la contribution à laquelle ils ont
été afujettis par le général Cuftines . Ils n'ont
accordé aucune protection ni aux émigrés ni aux
gazettes ariftocratiques ; mais les émigrés ont
profité de la liberté qu'une ville commerçante
accorde aux étrangers , & les écrivains , de cel'e
de la preffe dont Fiancfort a joui dans tous les
temps.
L'Affemblée renvoie les deux adreffes aux comités
militaire & diplomatique.
Dumourier arnonce à la Convention qu'il a
donné la démiffion du titre de général de l'armée
des Ardennes . Il ne veut nj accumuler les titres
ai le perpétuer dans les places . Le moment où la
7 230 !
France n'aura plus d'ennemis à combattre , fera
celui de fa retraite.
Kellermann paroît à la barre de l'Affemblée.
Après une courte apologie de la conduite , il an
nonce que le pouvoir exécutif lui a confié le
commandement de l'armée des Alpes , & qu'il
s'y montrera digne de la confiance de la Répu
blique;
14
1
On apprend que Biron à qui Cuſtines avoit de
mandé un fecours , a voulu le conduire lui -même
& s'eft mis volontairement fous les ordres 'd'un
général qui fe voit fous les fiens , il y a quelques
mois.
Ces villes qui , occupées par nos armées né
craignent pas cependant de venir porter hautement
leurs plaintes devant les repréfentans du
peuple ces généraux dont la conduite modefte &
fière , nous retrace les antiques vertus de Rome
voilà des faits bien dignes de remarque . Ils prouvent
que la révolution ſe fait dans nos meurs
comme dans nos loix .
Le comité de légiflation a reproduit la difcuf
fion du projet de décret fur les ſubſtitutions. On
a fait une nouvelle lecture des deux premiers ar
ticles déjà décrétés , & le troifième a été adopté
en ces termes :
Les fubftitutions ouvertes lors de la publi
cation du préfent décret , n'auront d'effet qu'en
faveur de ceux (eulement qui auront alors recueill
les biens fubftitués , ou le droit de les réclamer. »
L'Affemblée a chargé fon comité de lui faire
inceffamment un rapport fur les fucceffions.
On fer rappelle que la Convention , informée
par le capitaine Duvalque l'ifle de la Guadeloupe
étoit en pleine révolte , avoit décrété l'armement
( 231 )
d'un vaiffeau de 74 canons pour fe rendre avec
le Républicain & quatre frégates aux Ifles- du-
Vent , ainfi que le tranſport de trois bataillons
de gardes nationales. Aujourd'hui fur la demande
du miniftre de la guerre , l'Affemblée l'a autorifé
à faire partir trois autres bataillons de gardes na
tionales ou de troupes de ligne , & à les embarfur
des Aûres de tranfport.
quer
Du jeudi , 15 novembre.
On a entendu au commencement de cette
féance , un rapport du comité de sûreté générale
fur l'état des prifons de Paris . Les commiffaires
chargés d'en faire la vifite fe font
acquités de leur miffion avec cet intérêt que des
hommes doivent prendre pour leurs femblables :
plufieurs de ces malheureux ont été renfermés
pour de très- légères caufes , & même fans qu'il
ait été lancé contre eux de mandats d'arrêt .
A St. Lazare , les commiffaires n'ont trouvé
que le citoyen Capi dont les plaintes ont fi fonvent
retenti dans la Convention nationale . A
Ste. Pélagie , ils ont trouvé 14 prifonniers dont
deux ont été arrêtés fur des foupçons dont il n'y
a pas eu de preuves , & ils ont cru que ces
deux hommes devoient être élargis . A l'abbaye
fo foldats déferteus , 2 gardes- du - corps , & 4
fabricateurs de faux affignats. A la force , 13
prifonniers , tous détenus pour des délits graves.
A Bicêtre , 249 prifonniers détenus en vertu de
fentences de la police correctionnelle . A la conciergerie
, 200 prifonniers , dont 33 font des dé .
ferteurs pruffiens , quoiqu'on ait dit que c'étoit
des émigrés.
La Convention a renvoyé ce rapport au mi(
232 )
niftre de la justice pour faire exécuter les loix
relatives aux détenus .
Rulh a lu une adreffe dans laquelle les habi
tans du pays de Naffau-Saarbruck , expriment le
d : fir d'être libres & unis à la France . La Coavention
a chargé fon comité de lég flation de
lui faire un rapport fur la manière dont la nation
françoife doit accorder la protection aux peuples
qui la réclament.
Quand la Convention nationale déclara que
la patrie étoit en danger , elle autorifa par un
décret les directoires de département & de diſtrict
à expédier des mandats fur les caiffes nationales ,
pour les frais d'armement & équipementdes gardes
nationales & pour tout ce qui intéreffoit la défenfe
de la Republique . Aujourd'hui les circonftances
étant changées , Cambon a demandé & il
a obtenu le rapport de ce décret.
ཚ་
L'Aflemblee alloit reprendre la difcuffion fur
le procès de Louis XVI. Un membre a demandé
le rapport du décret rendu fur la motion de
Pétion , en obfervant qu'il étoit utile de laiffer
aux opinans la plus grande latitude , pour ramener
enfuite tous les avis à des points communs , à
des queftions fimples dont la folution acheveral
la décifion de cette affaire . Cette opinion
prévalu.
Rofel a pris la parole. Il a envifagé la queſtion
fous deux rapports : Eft- il de l'intérêt de la
nation de juger Louis XVI ? Elt - il de fa juftice
de le punir ?
Il eft une vérité politique qui n'a point échappé
à l'orateur , c'est que rien ne peut donner plus
d'averfion pour la royauté que l'existence d'un
Roi dont on pourroit craindre encore les perfi
233 !
dies ; mais fr cette vérité pouvoit être perdue do
vue , il en ett une autre que l'on ne devroit
jamais oublier ; c'eft que quand on parviendroit
à exterminer tous les Rois , files François s'aviliffoient
à tourner encore une fois leurs regards
vers la royauté , il leur refteroit affez d'idoles
à encenfer , & que le fang qu'i's au cient pu
répandre pour fatisfaire leur vengeance , n'auroit
peut-être qu'accéléré leur retour à l'esclavage.
S'il n'eft pas de l'intérêt de la nation de juger
Louis XVI , feroit il mieux de fa juftice de le
punir ?
L'ora eur n'a pas craint de retracer ici quel
ques évènemens du règne de Louis XVI. Ill'a
peint , à fon avènement au trô e , renonça' t à
une partie des prétendus droits que fes prédé
ceffears avoient ufurpés ; abo'iffant la fervitude
dans ce qu'on appelloit alors fes domaines ; s'entourant
dans fon confeil de teus les hommes que
la voix pebique lui défignoit , même les empytiques
qui avoient fal iné les yeux du peuple ;
& enfin précipité d'abîme en abîme & par les
hommes de probité & par les fripons qui lui
avoient été hautement défignés.
-Refel a ajouté qu'il feroit d'autant plus injufte
de chercher a juger ou à púnir Louis XVI , qu'il
eft déja jugé & puni plos févérement qu'il n'en
avoit été menacé par la conftitution . Úne févérité
plus grande , ne feroit qu'un acte de foibleffe
, de lâcheté , qu'on figne certain de fureur
ou de crainte. Une grande nation ne doit pas
s'avilir jufqu'à mettre en pratique les maximes
des defpotes. La domination de ceux- ci ne peut
fe confolider que par la terreur . Que ne faut-il
pas le permettre pour foutenir le preftige de la
puiflance abfolue d'un feul , fur vingt- cinq mil7234
)
lions de fes femblables ? Quelle lâcheté n'y auroitil
pas à ces 25 millions , s'ils s'aba foient aux
mêmes moyens pour affurer leur indépendance ?,
P
Ap ès avoir établi que ni l'intérêt , ni la juftice
ne commandent d'inutiles fupplices , l'orateur termine
fon difcours par une invocation à l'kumanité
. Il dit : « la nation fançoiſe eſt délivrée
pour jamais du fléau des Rois . N'eft elle pas
fuffifamment vengee ? ne peut - elle done l'être
qu'avec du farg ? & toujours du fang ? .... Et
ce feroit dans le féjour des plaifirs , l'afyle des
fciences & des arts qu'on provoqueroit fans ceffe
à en verfer ! O vous qu'un excès de fenfibilité
pourroit égarer , toujours du fang ! La délivrance
du genre humain ne nous expofe- t- eile pas aflez
à en répandre ? Et vous hommes féroces qui ,
fouvent divinifez la vengeance publique pour
envelopper fous un voile perfide vos vengeances,
particulières , n'aurez - vous pas affez de victimes
dans les malheureux que l'i digence ou le fort,
des armes rameneront vers une patie qu'ils ont
4 criminellement trahie ? »
2
Grégoire a pris la parole après Rofel. Son
difcours a roulé far deux points qu'il a établis
en principe. i °. Un Roi conftitutionnel des Fran
çois eft jugeable pour des faits étrangers à l'exercice
de la royauté ; 2 ° . quand même on fuppos
feroit que le Roi ne peut être traduit devant
aucune autorité conftituée cette prérogative
s'évanouit devant l'autorité nationale.
2 Pour prouver fon premier principe , Grégoire
fe reporte au temps , où , dans l'Affemblée conf
tituante , il combattit l'inviolabilité royale , lorf
qu'il fut question d'en faire une loi conftitution
nelle , & il raconte à l'Aſſemblée comment il
lutta contre les partifans de la prérogative
3
8235
royale , comment tous les efforts furent vairs ,
& comment il arriva enfin , que la conftitution
fe trouva en contradiction avec elle - même en
déclarant à - la -fois , dans le chapitre de la royauté ,
qu'il n'y a point en France d'autorité fuperieure
ceile de la loi , & que la perfonne du Roi
eft inviolable.
Après ce récit , l'orateur en vient à fon fecond
principe & c'est encore aux conftituans qu'il reproche
, mais un peu tard , de n'avoir admis
aucune exception dans la loi de l'inviolabilité
qui , felon lui , ne devoit s'étendre qu'aux actes
adminiſtratifs & non aux délits perfonnels.
C'est ainsi que Grégoire avoit difcuté cette
queftion , qu'il avoit polé fes principes . Il palle
à leur application , ou plutôt , n'en ayant que
faire , il foutient que Louis XVI ne fut jamais
toi conftitutionnel , & que la proteftation qu'il
fit en s'enfuyant à Varennes , étoit une véritable
abdication. Il eft vrai qu'il parut enfuite accepter
cette conſtitution ; mais Grégoire difoit alors aug
législateurs I jurera tout , & ne tiendra rien.
Donc , Louis XVI n'a pas accepté ; donc il ne
peut invoquer le bén fice de la loi ; donc il eft
jugeable.
6
La difcuffion a été fufpendue . Le ministre de la
juſtice eft venu fe porter dénonciateur du t.ibunał
criminel créé le 17 août , pour s'être emparé des
fonctions du tribunal de police correctionne le
Plufieurs membres fe font plaints des jagemens
illégaux & arbitraires rendus par ce tribunal , &
ont demandé qu'il fût fur- le- champ fufpendu de
Les fonctions .
Cette propofition eft ajournée , & le comité de
légiflation eft chargé d'en faire un rapport.
( 236 )
1
Du vendredi , 16 novembre.
Cette féance s'eft ouverte par la lecture d'une
lettre des commiflaires de la Gorvention dans
département du Pas - de - Calais . Ces commiffaires
annoncent qu'ils ont fait une réquifition aux corps
adminiftratifs pour qu'ils priffent tous les moyens
qui font en leur pouvoir , afin d'empêcher les
émigrés de rentrer en France.
Un membre a dénoncé le commandant de la
force armée de Paris pour avoir donné ordre aux
volontaires nationaux du département du Lot ,
actuellement à Paris , de partir pour les frontières.
Cet ordre eft figré d'un commiffaire des
guerres . La Convention a décrété que les volontaires
du Lot refteront provifoirement à Paris ,
& que le commiffaire des guerres fera mandé à la
barre.
Le miniftre des affaires étrangères tranſmet à
la Convention , une note officielle du canton de
Berne , qui lui a été adreffée par le général Montefquiou.
Dans cette note , le canton de Berne
follicite la ratification du traité conclu entre fon
député & le général François , & protefte de la
ferme réfo'ution où il eft , de ne pas rompre
avec la France. Montefquiou ajoute que ce canton
a donné ord cau tiers des troupes Suifles qui font à
Genève , de le retirer ; qu'un autre tiers fe retirera
après la ratification du traité , & le refte des
troupes partira enſuite .
Ces pièces ont été renvoyées au comité diplomatique
.
Les fubfiftances étoient à l'ordre du jour. Le
apporteur du comité d'agriculture & de commerce
a fait une feconde lecture de fon projet
de décret , & la difcuffion s'eft ouverte. Ferrand
12371
a parlé en faveur de la berté la plus illimitée
pour le commerce des grains . Selon lui , les
maifons de fecours , d'abo da ce , les mions
Privilégiées , les mag.fins confiés aux municipa
lité tot des moyens de reflource , toujours def
tructeurs de l'agricultuse , toujours rui cux pour
le commerce.
le
Pour montrer que c'eſt la liberté avec que
commerce fe forme , & qu'avec le commerce
le prix fe met be tôt par tout au niveau ,
cite en exemple 1 Angleterre. Du a tles 40 années
antérieures a l'année 1690 & Ics 20 a nées fuivantes
, penda leíquelles il y a eu guerre ,
paix , aborda ce & dilette ; e pix bailla au lieu
de hautter , & c'eil de cette expérience qu'on a
conclu chez ce peuple , qui étoit fuge de favorifer
de
l'expert on par des gratifications garanties par
bonnes loix.
Le citoyen Beffroi a préſenté cetre queſtion
fous d'autres points de vue. « Le vice que vous
cherchez a détruire , a - t - il dit , eft tout entier
dans a co fécration , comme principe , d'une
maxime vraie en foi , mais qui ne devroit ê re
que la conféquence de joix a térieures , propres
à maintenir , à toujours , l'équilibre entre la
denrée & le befom ; de cette maxime , que la
libre circulation des grais doit être mainte ue ,
maxime qui , par le r nvertement de l'o dre dans
lequel la placée , prodaitoit infai i lement des
maux dont la multitude & la durée ne pourroient
manquer de perdre la liber: é , »
Dans queles circonstances la circulation in: érieure
de grains , doit- elle être parfai ement Ebre ?
C'eft , dit Beffroi , lofque des torx douces , fages,
& d'une faci'e prévoyantes , intelligibles à tous
exécution , affurent la fubfiftance de tous , de
•
( 238 )
tele manière qu'il ne s'écou'e jamais d'un terri
toire , au- delà du fuperflu de la confommation des
individus qui le fertilifest .
La liberté de la circulation intérieure des grair's
ne devroit donc pas fervir de bale aux loix écopomiques.
Eile doit au contraire en être l'effet
naturel .
C'est à ce renversement de principes que Beffroi
attache l'inutilité des loix faites jufqu'à préfent
fur la circulation des grains , & les défaftres qui
en ont été la fuite . Il prétend même que le fyltême
des économiſtes n'a été foutenu , que parce
qu'il favorifoit le gouvernement defrotique qui
ne peut fe conferver qu'en multipliant les moyens
d'amonceler des tréfors dans les mains de quelques
individus , afin de tenir toujours la maffe
du peuple dans la dépendance .
Mais , difent les économistes , il ne faut pas
blefer le droit de propriété du cultivateur ; il ne
faut point gêner la liberté du commerce. D'accord
, répond Beffroi mais l'exiſtence n'eſt- elle
pas la première & la plus légitime de toutes les
propriétés ?
Parcourez les campagnes , prouvez aux pau .
vres que vos loix font bonnes , il vous dira :
Je vois ce qui fe paffe autour de moi , je fuis
victime des manoeuvres & je le fens ; j'ai fans
contredit un droit primitif au produit du fol que
je fertilife ; je veux bien partager mon néceffaire
avec mes fères de toute la république mais
qu'on me prouve deux choſes ; la première , que
c'eft pour les foulager que je me prive ; la feconde,
qu'il me refte l'indifpenfable nourriture . Donnezmoi
du pain d'abord & je vous écouterai ; car,
quand j'ai faim , je ne puis rien entendre . »
On ne parviendra donc point à établir un juſte
7239 )
équilibre entre ia confommation & les befoins ,
tant que la dentée de première néceffité fera
confidérée comme commerçable dans la totalité .
Oa ne fera jamais en meture de parer aux évè
nemens défaltreux qui peuvent anéantir les récites
, tant qu'on ne confervera à la difpofition
du peuple , fous la fauve- garde des loix &
la furveillance du gouvernement , un approvi-
Honnement égal à la confommation d'une année .
Ces vues développées d'une manière élégante
& précile par l'orateur , ont été ſouvent applaudies
. Il a terminé fon diſcours en pofant les baſes
fur le que les devroit être établie la nouvelle loi.
Les voici :.
Défendre expreffément la réunion de plufieurs
corps de ferme en une feule exploitation . Moyen
direct de détruire les accáparemens , & de favo
rifer l'agriculture les grandes exploitations nui-
Tent effentiel'ement au bo heur de la fociété .
fur
éviter
Ne permettre la vente des lubfifta ces que
les marchés publics ; & pour la faciliter ,
les grands raffemblemens , multip ier les moyens
de furveillance & établir un marché dans chaque
chef lieu de canton.
Abolir toute effèce de commiffion & l'effet
des a thes pour achats de graiss ..
Faire pour la première fois , un fonds fuffifant
our acheter de l'étranger une quantité de grains
équivalente à la confomination d'une année.
:
Obliger les cultivateurs à conferver chaque
ancée d'octobre , en octobie , une portion de
leur récolte qui fera déterminée par la loi leur
en payer la valeur de trois mois en trois mois
au prix
failons.
Jes 4
D'autres membres ont émis leur opinion fur la
même queſtion . Le citoyen Boyer penfoit que le
( 240 )
moyen d'entretenir l'abondance dans nos marchés,
étoit de décretar une prime de 40 fous par chaque
boffe u de bé importé. Le citoyen Leroi propor
foit des melures coercitives pour forcer les fermiers
à porter leurs grains fur les marches . Tous
ces différens difcours feront imprimés.
Les commillaires de la Convention'dans le département
de l'Ain , écrivent de Gex , qu'un
grand nombre d'émigrés fe préfentert pour rentrer
dans la République . Ils ont cru pouvoir fuppléer
à la loi contre les émigrés , qui n'eſt pas encore
terminée , par des mefu es provifoires pour empêcher
la rentrée de ces fugitifs.
L'es com Diffaires aux Pyrénées orientales
annoncent que l'armée qui fe forme dans ces dé
parte mens depuis Perpignan jufqu'à Toulon fera
au mois de 30,000 hommes . Les places de cette
frontière & les poftes de la côre s'arment de façon
à rend.e toute tentative de l'Espagne inutile.
с
Le commiffaire ordonnat: ur mandé au commencement
de cette féance , cft venu déclarer
qu'il n'a donné d'autres ordres que ceux qui lui
ont été communiqués par le Général. Il a affuré
qu'il ne s'ag floit que de former en bataillons les
volontaires nationaux ; mais que l'on n'a jamais
eu l'intention de fixer leur départ,
Dufamedi , 17 novembre,
L'Ademblée a adopté deux projets de décrets
qui ui o té préten és au nom des comi és de
finan.e & d'thénation : le premier eft re atif aux
demandes des menitip htés tendantes à obtenir
des avances fur le fizième du bénéfice de vente
des domaines nationaux ; le ſecond concerne les
demandes des municipalités & corps adminiftratifs
if .
( 241 )
ifs pour être auto: ifés à faire des acquifitions
d'immeubles .
Le refte de la féance a été occupé par la difcuffion
de la loi fur les émigrés. Pufieurs exceptions
qui fembloient fondées fur la juftice , ont
été propofées , débattues & enfin rejettées . Sans
doute la Convention ou les t.ibunaux feront enfuite
droit aux réclamations particulières qui
ne pourraient être admifes dans la loi , facs en
détruite l'effet . La fuité du décrct.a été ajourée
au lendemain.
>
Loi qui détermine le mode de conftater l'état civil
des Citoyens du 20 Septembre 1792 , l'an
quatrième de la liberté.
L'Affemblée nationale , après avoir entendu ' e
rapport de fon comité de législation , les trois'
lectures du projet de décret fur le mode par lequel
les naiffances , mariages & décès feront conftatés ,
& avoir décrété qu'elle eft en état de délibérer
définitivement , décrète ce qui fuit :
TITRE PREMIER.
Des officiers publics par qui feront tenus les regiftres
des naiffances , mariages & décès .
ce Art. I. Les municipalités recevront & conferveront
à l'avenir les actes deſtinés à conſtater
les na flances , mariages & décès. » .
сс
« II. Les confeils généraux des communes
nommeront parmi les membres , fuivant l'étendue
& la population des lieux , une ou plufieurs perfonnes
qui feront chargées de ces fonctions. »
No. 47. 24 Novembre 1792 .
L
( 242 )
cc III. Les nominations feront faites par la voie
du fcrutin , & à la pluralité abfolue des luffiages ,
elles feront publiées et affichées . »
сс« IV. En cas d'abfence ou empêchement légi
sime de l'officier public chargé de recevoir ies
actes de naiflance , mariages & décès , il fera
remplacé par le maire , ou par un officier municipal
, ou par un autre membre du confeilgénéral
à l'ordre de la lifte . »
TITRE II.
De la tenue et dépôt des Regiftres .
Art. I. Il y aura dans chaque municipalité
trois registres pour conftater , l'un les naiffauces ,
l'autre les mariage , le troifième les décès . »
« II. Les trois regiftres feront doubles , fur
papier timbré, fournis auxfrais de chaque diftrict ,
& envoyés aux municipalités par les directoires ,
dans les quirze premiers jours du mois de décembre
de chaque année ; ils feront cotés par
remier & dernier , & paraphés fur chaque feuillet,
le tout fans frais , par le péfident de l'adminiftration
du diftri2 , ou à fon défaut , par un des
membres du directoire fuivant l'ordre de la
lifte.
Pr
сс
.
« III. Les actes de naiffance , mariage & décès.
feront écrits fur les regiftres doables , de fuite
& fans aucun blanc. Les renvois & ratures feront
approuvés & fignés de la même manière
le de l'acte. Rien n'y fera écrit par que corps
abréviation , ni aucune date mife en chiffres.
« IV. Toute contravention aux difpofitions de
l'article précédent , fera punie de 10 liv, d'amende
pour la première fois , de 20 livres d'amende ca
( 243 )
cas de récidive , & même des peines portées par
le code pénal en cas d'altération ou de faux . »
« V. Il eft expreflément défendu d'écrire &
de figner , en aucun cas , les actes fur feui les
volantes , à peine de 100 liv. d'amende , de deftitution
& de privation pendant 10 ans , de la
qualité & des droits de citoyen actif. »
« VI. Les actes contenus dans ces regiftres ,
& les extraits qui en feront délivrés , feront foi
& preuve en juftice , des naiffances , mariages &
décès. »
« VII. Les actes qui feront inferits dans les
regiftres , ne feront point fujets au droit d'enregiſtrement.
33
te VIII. Dans les quinze premiers jours du
mois de janvier de chaque année , il fera fait à
la fin de chaque registre une table par ordre alphabétique
des actes qui y feront contenus . »
IX. Dans le mois fuivant , les municipalités
feront tenues d'envoyer au directoire de leur diftrict
, l'un des regiftres doubles . »
« X. Les directoires de diſtrict vérifieront fi
les actes ont été dreffés , & les regiftres tenus dans
les formes prefcrites . >>
XI. Dans les quinze premiers jours du mois
de mars ,
les procureurs -fyndics feront tenus d'envoyer
ces regiftres aux directoires de département
, avec les obfervations des directoires de
diftrict. »
« XII . Ces regiftres feront dépofés & confervés
aux archives des directoires de département.
>>
« XIII. Les autres regiſtres doubles feront dépofés
& confervés aux archives des municipalités .
XIV. Les procureurs - généraux-fyndics des
départemens feront chargés des dénonciations &
cc
L 2
( 244 )
pourfuites en cas de contravention au préfent décret.
»>
сс XV. Tous les dix ans , les tables annuel'es
faites à la fin de chaque registre feront refondues
dans une feule ; néanmoins pour déterminer
une époque fixe & uniforme , la première de ces
tables générales , fera faite en 1850. »
XVI . Cette table décennale fera mife fur
un registre féparé , tenu double , timbré , coté
& parathe. »
XVII . L'un des doubles de ces registres
fera envoyé , dans les quinze premiers jours du
mois de mai de la onzième année , au directoire
de diftrict , & tranfmis dans le mois fuivant ,
par le procureur- fyndic , au directoire du département
, pour être placé dans le même dépôt . »
ce XVIII . Toutes perfoanes font autorisées à
fe faire délivrer des extraits des actes de naiffance
, mariage & décès , foit fur les regiſt es
confervés aux archives des municipalités , foit
fur ceux déposés aux archives des départemens .
Les extraits devront être fur papier timbré ; ils
ne feront pas fujet au droits d'earegiftrement, »
ec XIX. Il ne fera payé que fir fous pour
chaque extrait des actes de naiffance , décès &
publication de mariage , & 12 fous pour chaque
extrait des actes de mariage , non compris le
timbre. »
« XX . Les extraits demandés fur les registres
courans , feront délivrés par celui qui fera chargé
de les tenir . Après le dépôt , les extraits feront expédiés
par les fecrétaire -greffiers des municipali :és
ou des départemens .
30
« XXI. Les regiftres courans feront tenus par
celui qui fera chargé de recevoir les actes ; il en
répondra,
23.
( 245 )
* XXII . Dans les villes dont l'étendue & la
population exigent qu'il y ait plus d'un cfficier
public chargé de conftater les raiffances , mariages
& décès , il fera fourni trois regiftres doubles
à chacun d'eux ; ils feront tenus de fe conformer
aux règles ci - deffu : preferites .
לכ
TITRE III.
Naiffances.
ee Art . 1. Les actes de naiffance feront dreffés
dans les vingt - quatre heures de la déclaration
qui fera faire par les perfonnes ci-après défignées ,
affiftées de deux témoins de l'un ou de l'autre
fexe , parens cu non parens , âg's de vingt un
ans . >>
« II. En quelque lieu que la femme mariée
accouche , fi fon mari eft prefent & en état d'agir,
il fera tenu de faire la déclaration. »
" сс
« III. Lorfque le mari fera abfent ou re pourra
agir , ou que la mère ne fera pas mariée , le
chirurgien ou la fage femme qui auront fait l'accouchement
, feront obligés de déclarer la naiffance.
"2
« IV. Quand une femme accouchera, foit dans
une mailon publique , foit dans la mafon d'autrui
, la pe finne qui commandera dans cette
maifon , ou qui en aura la direction , fera tenue
de déclarer la naiffance . »
« V. En cas de contravention aux précédens
articles , la peine contre les perfonnes chargées
de faire la déclaration , fera de deux mois de
prifon ; cette feine féra pou :fuivie par le procureur
de la commune devant le tribunal de
police correctionnelle , fauf les foarfuites crimi-
L3
( 246 )
nelles en cas de fuppreffion , enlèvement ou défaut
de repréfentation de l'enfant . >>
VI. L'enfant fera porté à la maifon com→
mune , ou autre lieu public fervant aux féances
de la commune ; il fera préfenté à l'officier pu
blic . En cas de péril imminent , l'efficier public
fera tenu , fur la réquifition qui lui en fera faite,
de fe tranfporter dans la maifon oil ſera le nouveau-
ré. „
Vil. La déclaration contiendra le jour ,
J'heure & le lieu de la naiffance , la défignation
du fexe de l'enfant , le prénom qui lui fera
donné , les prénoms & noms de les père & mère,
feur profeffion , leur domicile ; les prénoms ,
noms , profeffion & domicile des témoins, »
« VIII. Il fera de fuite drafé acte de cette
déclaration fur le regiftre double à ce deflinés
cet acte fera figné par le père ou les aut er perfonnes
qui auront fait la déclaration , par les
témoins & par l'officier public ; fi aucun des déclarans
& témoins ne peuvent ou ne favent figner,
il en fera fait mention . »
« IX. En cas d'expofition d'enfant , le juge
de paix ou l'officier de police qui en aura été
inftruit , fera tenu de fe rende far le lieu de
l'expofition , de drefer procès- verbal de l'état de
l'enfant , de fon âge apparent , des marques exté:
i :ures , vêtemeas & autres indices qui peuvent
éclairer fur fa naiffance ; il recevra aufli les déclarations
de ceux qui auroient que'ques conneiflances
relatives à l'expofition de l'ei fant. »
« X. Le jage de paix ou l'efficier de police
fera tenu de remettre , dans les vingt - quatre
heures , à l'officier public , une expédition de ce
procès - verbal , qui fera tranferit fur le regiſtre
double des actes de raiffance . »
( 247 )
« XI. L'officier public donnera un nom à l'en
fant , & il fera pourvu à la nourriture & à fon
entretien , fuivant les loix qui feront portées à
cet effet. 33.
se XII . Il eſt défendu aux officiers publics d'inférer
par leur propre fait , dans la rédaction des
actes & fur les registres , aucunes claufes , notes
ou énonciations autres que celles co tenues aux
déclarations qui leur feront faites , à peine de
deftitution qui fera prononcée par voie d'adminiftration
, par les directoires de département for
la dénonciation , foit des parties , foit des procu
reurs des communes ou procureurs fyndics , &
fur la réquifition des procureurs- généraux fyndics
. »
« XIII . Si , antérieurement à la publication
de la préfente lei , quelques perfonnes avcient
négligé de faire conftater la naiffance de leuts
enfans dans les formes ufitées , elles feront tenues ,
dans 11 huitaine qui fuivra ladite pabication
d'en faire la déclaration , conformément aux dif
pofitions ci - deflus. >>
TITRE IV.
Mariages.
SECTION PREMIERE.
Qualités & conditions requifes pour pouvoir
contracter Mariage.
Art. I. L'âge requis pour le mariage eft
15 ans révolus pour les hommes , & treize aus
révolus pour les filles. »
L 4
1248 )
II. Toute perfonne fe:a majeure à 21 ans
accomplis .
33
« III. Les mineurs ne pourront être mariés
fans le confentement de leur père ou mère ,
ou parens ou voifins , ainfi qu'il va être
dit,
«IV. Le confentement du père fera fuffifant. »
« V. Si le père eft mort ou interdit , le confentement
de la mère fuffira également. »
« VI. Dans le cas où la mère feroit décédée on
en interdiction , le confentement des cinq plus
proches parens paternels ou maternels , fera néceffaire
. »
« VII. Lorfque les mireurs n'aurost pont
de parens ou n'en auront pas au nombre de cinq
dans le diftrict , on y fupplera par des voies
pis da s le lieu où les mineurs feront domiciliés.
»
« VIII. Les parers & les voifins affembles .
dans la maifon commnne du lieu du domicile
du mineur , délibéreront à cet égard , devant le
maire ou autre officier municipal à l'ordre de la
lifte , en préfence du procureur de la commune.
»
ce IX. Le confentement fera donné ou refusé ,
d'après la majorité des fuffrages . »
cc
X. Teute perfonne engagée dans les liens
du mariage , ne peut en contracter un fecond ,
que le premiern'ait été diffous conformément aux
loix. "
« XI . Le mariage eft prohibé entre les parens
naturels & légitimes en ligne directe , entre
les alliés dans cette ligne , & entre le frère & la
forur. »
XII. Ceux qui font incapables du confente
ment , ne peuvent ſe marier, ∞ i
( 249 )
XIII. Les mariages faits contre la difpofion
des articles prédens , feront nuls & de
nul effet. »
La fin au Journal fuivant.
De Paris , le 22 Novembre 1792 .
Ce que nous avions prévu eft arrivé ;
Paris n'a point encore de Maire. Cette
irréfolution n'eft pas difficile à expliquer.
Dans une cité qui contient une auffi grande
population , oùles Citoyens d'une Section
font , pour ainfi dire , étrangers à ceux
d'une autre , l'opinion doit néceffairement
errer , à moins qu'un Candidat ne s'élève
affez pour attirer tous les regards . Cette
incertitude feroit elle un fymptôme de difette
, ou les événemens qui fe font paffés
dans la capitale ont - ils fait de cette première
Magiftrature l'objet d'une refponfabilitétrop
effrayante pour les Citoyens qui
redoutent le pouvoir des agitateurs ? Cet
embarras auroit peut être été levé , fi l'on
eût pu choifir parmi les Membres de la
Convention , & cette feule difficulté fuffiroit
pour faire fentir combien eft nuifibie
au Peuple le décret qui interdit à fes Repréfentans
actuels la faculté d'avoir Fart à
fes élections . Il réfuite du moins de cette
irréfolution une vérité rafurante , c'eft
qu'il n'y a point dans les Sections de parti
LS
( 250 )
véritablement influenciel , c'eft un avantage
que l'on doit au fcre in fecret qui place
l'opinion de chaque individu fous le libre
empire de fa confcience.
De 12,236 votans , d'Ormeffon , Juge--
Préfident d'un Tribunal , a obtenu 2,567-
fuffrages; Lhallier, Accufateur public, 2081 ,
& Chambon , Médecin , 1,603 . D'Ormefon
a adreffé aux Commiffaires des Sections
une lettre dans laquelle il expofe les motifs
qui l'engageroient à refufer fi la majorité
fe déclaroit en fa faveur. Si des intentions
droites , un efprit laborieux , des connoiffances
judiciaires étoient un titre fufflant
'pour la Mairie , d'Ormefon les réuniffoit ;
mais il faut de plus cette activité , prompte
dans les réfolutions , l'efprit d'enfemble &
de détail , une facilité à manier la parole ,
un caractère ferme qui maîtrife , & furtout
un grand afcendant de popularité qui
retient & fait le principal fecret de cette
place. D'Ormefon , avec des qualités eftimables
, a eu le courage d'avouer qu'il
lui manquoit les plus effentielles. Les rapports
de Lhullier avec Robespierre & Marat
lui ont valu fans doute les fuffrages qu'il
a obtenus. Ils lui rendent ce qu'ils en
avoient reçu dans les Affemblées Electorales
pour nommer à la Convention . C'eſt
aux Citoyens de Paris à juger fi ce font là
des titres de préférence. Cependant , malgré
la déclaration de d'Ormefon , la Con(
251 )
#
mune a forcé les Sections d'aller au balotage
entre Lhullier & lui , on en devine
aifément la raifon : mais il pourroit fe faire
que les efpérances fuffent trompées. D'Ormeffoh
a eu la majorité dans plufieurs
Sections.
Nous ne dirons rien du décret für les
Emigrés ; c'eft une loi de circonftance , il
eft difficile que des loix de ce genre foient
calquées fur les principes exacts de la juftice.
La Convention n'a vu en eux que
des ennemis irréconciliables , que les malheurs
avoient pu inftruire fans les changer ,
& qui ne devoient pas être récompenfés
du mal qu'ils n'avoient pu faire à leur
Patrie. Elle a craint que leur retour ne
produisît au fein de la République de nouveaux
germes de haine & de diffention
& qu'en étendant trop les exceptions , elles
n'affoibliffent le bien qu'elle attendoit de la
loi . Mais nous ne pouvons nous difpenfer
de remarquer que la jufte indulgence dont
elle a ufé envers les enfans des Emigrés
n'eft qu'un bienfait illufoire , & même une
offenfe faite à la nature . Quel eft le Peuple ,
quelle eft la Légiflation où les enfans ne
doivent pas fuivre la fortune heureufe out
malheureufe de leur père ? N'eft ce pas un
des premiers devoirs de la piété filiale ? &
comment a - t- on pu efpérer que des enfans
de 15 ans auroient ni la volonté , ni le
pouvoir d'abandonner leurs parens , de
L6
( 2520)
brifer ainfi les liens les plus facrés , &
de s'expofer à de longs voyages fans guide ,
fans fecours , fans moyens ? Il eft cruel &
immoral de mettre aux prifes les fenti-
.mens de la nature avec ceux de la Patrie.
Il eft encore plus injufte de punir l'égarement
des pères dans la fortune de leurs
enfans , & de les vouer à l'indigence , parce
qu'ils auront bien mérité des moeurs. Epérons
que des loix plus douces corrige
ront un jour tout ce qu'on a cru devoir
accorder à la néceflité & au falut de la
République .
On n'a point encore oublié ces Commiffaires
envoyés par la Commune provifoire
dans les
Départemens , pour enga
ger les autres Communes à fe coalifer avec
celle de Paris , & y prêcher la doctrine
du partage des terres. Un Membre du
Confeil général , le même qui étoit allé à
la tête de la Commune affurer la Convention
de la ferme réfolution du Confeil
général de faire exécuter les loix , & de
pourfuivre les Membres impurs qui avoient
fouillé fon adminiftration , vient de profeffer
ouvertement des principes bien
étranges . Il s'agiffoit d'une difcuffion fur
les fubfiftances. Le Préfident avoit penfé
que ce feroit violer la propriété que de
faire un recenfement des grains. Le Membre
dont nous parlons l'interrompt : « Je
1: 253 )
Vous arrête , Préfident ; vous prononcez un
blafpheme politique. Un des crimes de l'ASfemblée
Conftituante fut de n'avoir pas
défini la propriété ; de n'avoir rien dit
dans la déclaration des droits , du droit
qu'a chaque homme à la fubfiftance commune
; le Peuple eft mûr pour la vérité,
il faut la dire. Les propriétés territoriales ,
les grains & tout ce qui tient à la fubfiftance
ne font que des propriétés condi
tionnelles ; c'est le confommateur qui eft
le véritable propriétaire , c'eſt à la Répu
blique entière
qu'appartiennent ces objets ;
le poffeffeur n'en eft que le garant , l'échangeur
, & fi par avarice il retient dans fes
magafins les dons de la nature qui appar
tiennent à tous , il devient criminel ; il eft
temps de faire fentir la différence qui
exifté entre la propriété & les propriétés ;
l'une nuit à notre perfonne , à nos droits ;
les autres , dans un Etat libre , ne font
que relatives. »>
La propriété n'a pas befoin d'être défi
nie. Ou c'eft un mot vide de fens , ou il
renferme l'idée de l'exclufion . Il n'eft point
d'ordre focial où l'on n'ait Legardé la propriété
comme le droit le plus facré.
La fociété peut la grever. d'une contribution
proportionnée aux befoins publics ;
cette contribution eft le garant même le
plus affuré qu'elle ne fera point . violée.
Chaque homme fans doute a droit à fa
•
( 254 )
fabfiftance, & c'eft pour cela
cela quela fociété
doit fournir au pauvre du travail , & une
fubfiftance gratuite à celui qui ne peut travailler.
Mais dire que les propriétés territoriales
ne font que des propriétés condi
tionnelles dans un autre fens que celui de
L'impôt , que le véritable propriétaire eft
le confommateur , que la propriété d'autrui
eft une atteinte à nos droits & à notre perfonne
, voilà le véritable blafphême politique
, c'eft reverfer la première bafe de
l'état focial , c'eft fonner le tocfin contreles
riches & proclamer hautement le préambule
de la loi agraire. Si c'eft pour une
pareille vérité que le peuple eft mûr , c'eſt
la vérité des Cartouches & des Brigands ..
C'eft la culture qui fait la propriété ,
ee font les avances , les fatigues , les fueurs
du Cultivateur . De quel droft celui qui
n'y a pas contribué viendra t il profiter du
fruit pénible de mes labeurs , fi ce n'eft du
droit du plus fort ? On veut donc transformer
l'état de fociété en état de guerre. Que
diroit-on de plus , fi l'on avoit pris à tâche
de déforganifer l'empire & de le plonger
dans la plus horrible des anarchies ? Ce
que le Membre de la Commune appelle
des dons de la nature communs à tous , ne
font pas des productions fpontanées , le
travail & l'induftrie les ont fait éclore. Ledroit
que j'ai fur mes récoltes eft le même
que celui du fabricant fur fes draps.. Si le
7255 )
confommateur étoit le véritable proprié
taire , il n'y auroit plus de propriété , car
tout le monde eft conformateur ; il n'y
auroit plus de propriété , car là où tout
eft commun , rien n'appartient à perfonne.
Mais fi tout eft commun , qui voudra cultiver
les champs , manufacturer les étoffes ,
tabriquer des bas , des fouliers , des chapeaux
, & c. & c. pour le profit de ceux
qui fe difpenfercient du même travail ? Sans,
propriété , il n'y a plus ni culture , ni in
duftrie, ni commerce . La fociété n'eſt qu'un
état continuel d'échange ; nul ne vend que
pour recevoir. L'échange fuppofe donc la
propriété ; & comme les métaux mortnoyés
ont été regardés comme la meſure
d'échange la plus conmode , toutes les
productions du travail , de l'induft te &
de la culture viennent s'y appliquer. Telle
eft la circulation merveilleule qui nourrit
l'activité & place toujours les reifources à
côté des befoins.
A l'égard des fubfiftances & des objets
de confommation , leur emploi fe règle
par la nature même des chofes. Le fuperfit
de l'un devient le néceffaire des autres . Le
cultivateur ne garde pas fes grains parce
qu'il a d'autres befoins à fatisfaire il en
eft de même de tous les autres produits de
l'induftrie ; l'intérêt du propriétaire eft la
règle la plus sûre pour le befoin du confommateur
, & c'est une vérité d'expé
:
8256)
rience que jamais on n'a plus reffenti les
effe's d'une difette apparente que lorsqu'on
a gêné la circulation par des entraves &
des règlemens coercitifs qui appellent la
défiance , font fermer les greniers & les
magafins , & font éprouver une hauffe
confidérable dans le prix des objets de
confommation .
M. Necker vient de donner la meſure
de fon attachement pour Louis XVI, en
fe déclarant fon défenfeur ; mais il a donné
en même temps celle de fa raifon & de
fes principes. On ne peut rien lire de plus
maladroit & de plus défavorable au but
qu'il a voulu remplir. It ne parle que
des vertus publiques & particulières ,
des bontés , des bienfaits , des affections
tendres & généreuses de cet augufte & tfortuné
monarque envers la nation qui ofe
s'arroger le droit de le juger. On c'oiroit
entendre le panégyrique de Trajan par Pline.
Depuis Charlemagne jufqu'à nos jours il
n'eft pas de Roi qui ait fait plus pour le
bonheur de fon peuple , & qui en ait
éprouvé plus d'ingratitude & plus d'outrage.
Le bon homme Necker eft toujours aux
-pieds de Sa Majeſtė , de ceux de la Reine ,
cette augufte Princeffe , & quand il parle
de M. d'Artois il n'oublie pas de le qua
lifier de Monfeigneur ; c'eft un plaidoyer
éternel en faveur de la royauté , & l'on a
( 257 )
quelque raifon de s'étonner du rapptochement
fingulier de Louis XVI avec
Phocion , Ariftide & Socrate . Ce n'eft pas
avec des moyens de rhéteur & un langage
de courtifan auffi ridicule , que l'on peut
abufer une nation éclairée , & infpirer de
Fintérêt pour un ex- roi accufé d'avoir confpiré
contre la liberté & la conftitution d'un
peuple qui l'avoit affermi fur un des trônes
des plus puiffans de l'Europe , & d'avoir
favorifé l'invafion des troupes ennemies. Il
n'y a qu'un niot à répondre à M. Necker.
Louis XVI ne fera jugé , comme tout
que autre accufé, fur de faits & des preuves
irréfiftibles. Si le titre de Roi n'eft pas un
crime , digne du plus grand fupplice ,
comme le difent quelques déclamateurs
exagérés , l'ufage qu'il a fait de la royauté
conftitutionnelle peut le devenir ; c'eſt la
queftion qu'il s'agit d'examiner. L'humanité
, la juftice & la dignité nationale exigent
qu'on fafie cet examen avec autant
de fang froid que d'impartialité , & fi
Louis XVI eft jugé coupable , c'eft à la
nation à voir ce qu'elle doit à fa grandeur
& à fa générofité. On affure que l'exconftituant
Malouet demande aufli de comparoître
à la barre de la Convention pourplaider
la caufe du ci - devant monarque.
Il feroit donc de la deftinée de Louis XVI
de n'avoir que des défenfeurs peu dignes
de la faveur publique.
( +258 )
}
Depuis plufieurs jours , Louis XVI eft
attaqué d'un rhume violent qui lui a donné
un mouvement de fièvre . Les Commiffaires
du Temple en ont rendu conípte au Confeil
général de la Commune qui les a
chargé d'avoir foin & de donner tous les
fecours que pourroit exiger l'état du ma- Ï
lade. Louis a d'abord dit qu'il lui fuffifoit
de la diète & d'un régime dont il avoit
l'expérience ; mais fon indifpofition s'étant
prolongée , il a demandé fes deux médecins
ordinaires , Monier & Vicq &Azir
qui lui ont ordonné les remèdes convenables.
Le bruit de fa mort s'étoit répandu
le 19 au matin , mais le bulletin , publié le
même jour , loin de le confirmer , annonce
au contraire , par la nature des remèdes
qui lui ont été preferits , que fon indif
pofition n'eft pas de naturé à avoir des
fuites dangereuses..
Marie Antoinette a effuyé un rhume de
cerveau avec inflammation au vifage &
difficulté de refpirer : cette indifpofition eft
dillipée.
Les papiers publics ont publié que
Charles Lameth s'étoit battu en duel à
Londres , & avoit reçn un violent coup
d'épée d'un émigré nommé Chauvigny.
Municipalité. Le citoyen Lebrun , miniftre
des affaires étrangères , a préfenté à
8259
)
la Municipalité fa fille nouvellement née ,
& lui a donné le nom de Civilis Victoire-
Gemappe Dumourier - Lebrun. Dumourier a
été repréſenté dans cette cérémonie par le
citoyen Jean- Baptifte Renard , fon valetde-
chambre , maintenant aide- de- camp - capitaine.
Charles Villette a auffi préfenté un fils
de fon mariage avec la citoyenne Varicourt,
& l'a appellé Voltaire Villene. Nous applauditions
à cet hommage de la reconnoiffance
envers un hommie célèbre , dont
Villette a recueilli les derniers foupirs. Mais
en est - il de même de cette manie de le
dépatronifer qu'affichent nos petits grands.
hemmes. Voici la lettre que nous avons
reçue fur cette épidémie du jour.
Lettre au Rédaleur.
es Les Républicains qui ont , de la liberté, le
fe timent noble & prcfund.qu'cile infpire , veus
favent gié , Monfieur , de vos judicieuſes obfere
vations fur cet enth ufalme novateur qui , s'oc
cupant de petites chofes au milieu d'une grande
révolution , prétend régler nos ufages , ros manières
& jufqu'a notre coftume . Quelque paffiorné
que je fois pour le nouveau régime qui a rendu
aux peuples leurs droits & à l'homme fa dig ité ,
j'avoue bonnement que je tiens encore à l'ancien
en amour comme en amitié. Je ne me réfoudrai
jamais à tutoyer le magnanime préfident du comité
des affaffins & fes hour êtes complices.
1260 )
Il est une autre folie du jour qui ne me parcît
pas moins ridicule que les autres & que je m'attendois
à vous voir r lever ; je veux parler de cette
fureur de le dépatronifer , pour aller chercher
parmi les Grecs , les Romains & jufques chez les
Scythes des farnoms dont l'adap ion me parcît
d'une refponfabilité un peu effrayante . On ne voit
que des Anacha fis , des Anaxagoras , de Publicola
, des Gracchus , &c . & c . d'autres p'us modeftes
le contentent de choifir parmi les mo?
drres célèbres ceux auxquels ils ont voué un culte
p'us particulier & dont ils croyent le rapprocher
par leur talent , & comme ils fe font conflités
juges des peints de reffemb'arce , on préfeme bien
que leur amour prop: e ne s'en eft point intimidé.
A la vue de cette présomptueufe légende , je
ferois tenté de dire , comme Antoine Lizimond
dans le Glorieux Mon patron vaut bien les
vôtres . Mon patron en effet , fans être un philofophe
de l'antiquité , en avoit les vertus , &
n'auroit point été défavové par eux. Cher à humanité
, i lui confacra fa vie entière ; il n'avoit
pas attendu des révolutions polítiques pour waiter
tous les hommes en fères , & je doute que nos
philantropes d'un jour euffent , avec auffi reu
de moyens que lui , fondé l'établiffement fi néceffaire
des Enfans trouvés , & qu'aucun d'eux
cû: porté l'efprit de fraternité jufqu'à prendre la
place d'ua forçat , pour rendre à la fociété un
malheureux père de famille innocent. Vous voyez
que je veux parler du célèbre Vincent de Paul,
que l'Eglife a mis enfuite au nombre de fes
Saints , & qui n'avoit pas befoin de cette apothéofe
pour devenir un objet de vénération pour
les amis des hommes. Je fens que fa qualité de
faint pourra lui nuire aux yeux de nos téfor(
261 )
mateurs , mais ce n'eft pas la faute , & affurément
dans fa modefle fimplicité , il étoit loin
de prévoir cette fortune. Je demande donc grace
pour mon patron , & je crois former un Væ
bien doux à l'humanité , en defirant que nos
dépatroniteurs pratiquaffent quelques - unes de fes
vertus fociales . »
« Ce que je dis pour mon patron , d'autres
Fourront le dire du leur ; & fans aller chercher
dns hiftoire aucienne d'ambitieuſes dénominations
, qui ne fervent fouvent qu'à accoler des
géans à des pigmées , je crois que nous pourrions
trouver dans nos temps modernes , des patrons
dignes d'une glorieufe préférence . Au refte , cette
fubverfion dénominatrice fera toujours bien ingtile
pour qui fait honorer le nom qu'il porte ,
& bien ridicule pour ceux qui traîient celui qu'ils
emp.untent. I eft douteux que Rouffeau eût
renoncé à être Jean- Jacques , & je ne vois pas
que l'auteur des Etudes de la Nature & de Paul
& Virginie foit moins célèbre , pour ne s'appeler
que Jacques-Bernardin - Henri de St. Pierre. »
Anecdote.
Les Autrichiens , conduits par des Emigrés
, vinrent , le 2 mai dernier , piller le
village de Bettiguiés près Maubeuge Ils
volèrent le lit du patriote Guyot , curé de
ce village . Ce bon curé , fans lit , vient d'acheter
celui de fon ci -devant archevêque
Ferdinand de Rohan . Ce lit eft paffé dans
le presbytère avec fes couffins épais & fon
dôme majestueux . De crainte d'être aceufé
( 261 )
d'un luxe trop épifcopal , le citoyen-curé
a fait infcrire , fur la corniche qui fupporte
le dôme , la devife fuivante en lettres cașitales
, aux trois couleurs nationales : Ils
avoient pris le mien.
Nouvelles de nos Armées.
›
Armée du Brabant . Depu's la bataille de Gemmappe
, qui a été plus meurtrière de part &
d'autre qu'on ne l'avoit annoncé , nos fuccès
dans la Belgique ont plurôt été des réceptions
triomphales que des combats ou des affauts .
Les troupes Autrichiennes ont fucceffivement
évacué Ypres , Furne , Menin Courtrai
Gand , Ortende & Malires. Labourdonnaye eft
aux portes d'Anvers , & Valence à celles de Namur
, ou nos troupes font en poffeffion de tout
le territoire entlayé entre la Meule & la Mofel'e,
Dumourier , qui fait que les victoires ne
font pas taire les calomnies , a adreffé à la Convention
& as Miniftre de la guerre , les lettres
fuivantes :
Lettre du général Damourier au président de la
Convention nationale ; Mons , le 9 novembre .
CITOYEN PRÉSIDENT ,
« Plus j'ai de fuccès contre les ennemis extérieurs
, plus la colonne de mes ennemis intérieurs
doit fe groffic. La méfiance et la pierre
d'achoppement des républiques , & plus un citoyen
eft en évidence , plus fes fentimens , fes
( 263 )
pinions , fa conduite , doivent être connus de fes
concitoyens . >>
•
« En conféquence , je crois devoir vous envoyer
& vous communiquer l'extrait d'une lettre
que j'ai écrite le 30 octobre au citoyen miniſtre
de la gecrie. Cette lettre ma conduite foutenue
, & les fervices que je rendrai à la république
, ferviront de réponse à toutes les fottifes
qu'on débite & qu'on débitera fur mon compte. Je
vous prie de croire que j'ai cru cette démarche néecare
pour la tranquillité de ma patrie , pour
mon bonheur. Ainfi , j'attache le plus grand prix
à la publicité . C'eft la feule récompente que je
follicite . »
« La forme du gouvernement de la province
du Hainaut , dont Mons eft la capitale , a été
changée fpontanément & fans aucune influence.
Hier , trente magiftrats hoifis au fcrutin par
le peuple entier , fe font partagés toutes les
branches du gouvernement . La tranquillité &
la joie règnent dans cette ville , qui lève mille
hommes pour joindre l'armée de la république.
Je fais demain un mouvement en avant . On dit
que nos troupes font dans Tournai depuis hies
matin , je n'en ai encore aucune nouvelle officielle.
»>
Signé , le général en chef de l'armée du
Nord,
DUMOURIER .
Extrait de la lettre écrite , le 20 octobre 1792 ,
par le général Dumourier , au minifire de la
guerre.
« Le sitoyen Lebrun vous dira que , vu la
manière dont je fuis employé , je n'ai ni pu ni
264 )
du conferver le commandement d'une armée particulière
, que j'en ai donné ma démiffion , &
que j'en ai rendu le brevet. Je déclare , comme
philofophe & comme bin républicain , bien pérécié
de la néceffité de conferver l'égalité néceffure
entre les citoyens , qu'auffi -tôt cette
guerre fiale , je veux êt e libre & fans aucun
emploi que plus le rôle que j'aurai joué pendant
la guerre aura été important , plus la nation ,
fes repréſentans , fon pouvoir exécutif , doivent
approuver cette abdication précife , & devroient
en faire une loi fi je nela propofo´s pas moi- même.
Non- feulemert je defirerois mon repos , mais auffi
celui de la république . Otium cum dignitate lera
la feule chofe qui convienne à ma patrie & à
moi. Ainfi , refpectable citoyen , après cette démiflion
, encore p'us formelle que la première ,
Vous ne devez pas balancer à donner au général.
Valence le titre de général en chef de l'armée
des Ardennes , que lui a annoncé le miniſtre
Lebrun. S'il faut un décret pour cette nomination ,
lifez ma lettre à la Convention ; c'eſt un engagement
facté que je prends à la face de l'Univers , &
que je configne dans les vegiftres . »
CC Quant à moi , digne miniftre , je vous déclare
encore , qu'après avoir prouvé que je fais
faire la guerre , je prouverat que je l'abhorre, &
qu'auffi-tôt que la paix fera faite , je pendrai mon
épée à un clou , & ne la reprendrai qu'en cas que
de vils defpotes viennent encore mettre la répu
blique en danger. »
Signé , DUMOURIER.
Les détails du progrès de nos armes
dans les différentes Provinces Belgiques
font contenus dans les pièces fuivantes :
Lettre
( 268 )
+
Lettre adreffée à la Convention , du quartiers
général à Charles-fur- Sambre , le 12 novembre:
1792 , l'an premier de la République.
CITOYENS ,
Je m'emereffe de vous apprendre que les
troupes de la République françoile , commandée
par le général Valence , occupent la ville appelée
hier Charles - Roi , du comté de Namur , & que
le peuple nomme à préfent Charles-fur- Sambre.
L'arbre de la liberté eft planté dans cette ville , &
dans prefque tout le pays entre la Sambre & la
Meule . La garnifon a fui à l'approche des troupes
françoifes. Je pleure & j'étouffe de joie,fur-tout en
entendant le peuple crier de toutes parts : vive la
nation françoife !
LESPOMAREDE >
Extrait de la lettre du général Dumourier au
miniftredelaguerre; Bruxelles , le 14 novembre.
•
J'ai effuyé hier , citoyen miniftre , un combat
à Anderlecht qui a duré fix heures , à la tête
de mon avant-garde , commandée par les lieute
Dans-généraux d'Harville & Egalité , les maréchaux-
de-camp Stengel & Rofier , le colonel
Thouveno & 9 a 10,000 hommes de troupes
légères & de grenad cis , contre le prince de
Wirtemberg , commandant de 8 à 10,000 hommes
formant l'arrière-garde des conėmis . Nous
Jur avons tué beaucoup de monde , à ce que
poes affurent les habitans , qui nous ont reçu
comme des dieux bienfaifans. Nous avons dja
reçu plus de quinze ecms déferteurs , & quelques
prifonniers,
No. 47. 24 Novembre 1791 . M
( 266 )
·
ˋ
J'envoie fur-le-champ le colonel Fregeville
du onzième régiment de chaffeurs , à la tête de
3 000 hommes & de l'artillerie légère à Malines ,
fous la confuite de quatre députés , des magiftrats
de cette ville , pour s'emparer d'une grande
quantité de munitions de guerre. J'en aurai des
nouvelles ce foir. Nous n'avons pas perdu 30
hommes. Nos troupes ont montré un courage &
une conftance qui m'infpirent la plus grande confiance.
Nous avons tous bivouaqué pendant 36
beures , & nous n'avons pas mangé depuis la
même époque. Vous jugez bica combien les bons
Brabançons vont nous refire de nos fatigues ;
cependant je ne compte pas refter ici long- temps ;
nous voulons achever de détruire l'armee Autrichienne..
»
« Le général Valence étoit arrivé avant- hier à
Nivelle , après avoir pris Charl roi . »
לכ
« Le gé é al Labourdonnaye eft à Gand . Je
vais le faire marcher fur Anvers , dès que j : re
porterai en avant . Il prendra la citadelle , & me
rejoindra enfuite . »
« Je recommande à la Convention nationale
les deux fours Ferning ; ce font des guerrières intrépides
P. S. J'avois laiffé l'armée fous les ordres du
fage & brave général Meranda ; (ur notre canonnade
, & à mon invitation , il a marché en avant ;
elle arriveroit aujou d hui , ſi je le voulois ; je la
ferai venir demain . Quels erce lens hommes que
les François républicais ! Que je fuis heureux
de les commander à leur fat sfet on !
Ci-joint les pières de la prife de Bruxelles . J'ai
établi le lieu ceant - général Omoran , commandant
à Tournay ; le maréchal - de- camp Ferrand ,
commandant à Mons , & je vais faire venir le
( 267 )
Reutenant général Maraffe pour commander
Bruxalles.
Lettre du Lieutenant- Général Labourdonnaye au
Miniftre de la guerre ; au quartier général de
Gand , le 16 novembre 1792 .
« Je vous préviens , citoyen , que mon avantgarde
marche aujourd'hui fue Auvers par Fermond
; qu'elle y arrivera demain , ou au plus`
pard après-dem in , & que la citadelle te rendra
le même jour aux armies de la république Fran
çaiſeen
1:
« Les habitans d'Anvers font armés : la cocarde
s'y multiple , & il n'eft refé dans la citadlle
ques à 600 hommes & quelques malades.
Les Autrichiens ont fait defcendre" par l'Eſcaut
Ja plus grande partie de 1urs approvifionnemens.
Mo avant- garde, a intercepté quelques
bateaux chargés de grains & farines à Fermond;
mais que que diligence que nous ayons faite
ils avoient trop d'avance pour pouvoir prendre
la totalité de ces convois . J'ai envoyé quelques
batail ons pour occuper Bruges & Oftende. "
·
» Par ce moyen, l'armée du Nord eft cn
poffetlion de la Flandre maritime autrichienne, »
Capitulation accordée à la ville de Malines.
сс
·
ce la garifon , compofée de 1300 hommes
environ d'infanterie des régimens de François
Kinske & de Legue , & en cavalerie , de deux
pelotons de Saxe Cobourg , d'un peloton de
Bards de Blankenftein , & d'un corps de 70
hommes d'artillerie , & généralement de toutes
les perfonnes du militaire au fervice de S. M. L,
devroat quitter demain , 17 novembre , la vile
M 2
1268 )
de Malines , pour le rendre , par la toute de
Louvain , à Tarn ée du général Clairfayt. Les
troupes conferveront leurs armes & pièces de
batalon ; les officiers & folats ou famille mie
litaire Pourront emporter leurs équipages . Le
général François garantit leur retraite & celle
d'un détachement de 20 hommes venant d'Anver
. »
5
L'arfenat, Part llerie , les magaſins de tous
geres , munitions & vivres , généralement tous
fes ffers appartenans à Sa Majeſté l'Empereur ,
feront liv és aux troupes Fra çoiſes , & l'inventaire
fummaire en fera fidèlement remis au lieu
tenant- colonel Barrois , par le baron de Blanhenftein
, liutenant colonel & commandant l'arfe
al de Malines , qui fera refponfable fi les
aff is ont détériorés ou égarés.
לכ
« Les portes de Bruxelles & d'Anvers feront
livrées aux troupes Françoifes.
33
La compagnie d'invalides , dont plufieurs
individus font hors d'état d'être tra‹ fportés , refsera
à Malines , & le général en ch‹ f Dumourier
en e donnera ce qu'l jugera convenable , de
conere vec le général des troupes Impériales . »
Que ques malades & bleflés efteront à Malines
, & font recommandés aux foins des Franço
. Ces malades & bleffés recevront, à l'époque
de Pu guérifon , des p ff:-ports pour rejoindre
leur corps. »
Ce
« Le général François confert qu'on fourniſſe,
& erg gera les magierats à faire fournir 16 chevaux
de trait & un cheval de felle pour le tranf
port des effets mintei es de la gari on. I fera
fouri au même ulage un chatios aucié de quaue
che
( 269 )
Fait à Maines , le 16 novembre 1792 , fan
premier de li république Françoife .
Le général commandant l'avant-garde de l'ar
mée commandée par le général Dumourier.
Signé , HENRI STENGEL ; GIROL , major
& commandant de la ville de Malines.
Nos troupes victorieufes font entrées à Gand
le 12 novembre , & c'eft à pareil jour que les
Gantois fe font ligués , il y a trois ans , pout
brifer les fers de l'Autriche . Ce rapprochement
a été le fignal d'une commune allégreffe . Les
habitans de Gand ont reçu les Franço's comme
des fières en liberté ; il n'y a eu befoin ni de
billets d'étape , ni billes de logement ; à défaut
de voitures pour délaffer nos guerriers , on les
portoit fur les bras. Le lendemain de l'entrée
de l'armée Françoife , le Général Labourdonnaye
reçat une couronne au th âtre , cù l'on
jouoit Paul & Virginie ; en la prenant , Labourdonnaye
dit : « Citoyens , cette couronne
eft deftinée à la ftatue de la liberté , qui fera
placée dans la chambre de vos Rep éfeutans :
je vous invite à la décorer des attributs de la
juflice & de l'humanité . »
Lettre du sitoyen Mouthon , commandant lafré
gate l'Ariel , au miniftre de la marine .
Oftende , 16 novembre 1792 .
« J'ai parti de la rade de Dunkerque , aujour
d'hui à dx heures du matin , accompagné de l'avifo
Eveillé , commandé par le citoyen Mulon . Le
rfte de notre flotte n'a pu fortir du poit par la
continuité des vents d'oueſt & nord - ouest , »
M 3.
( 270 )
« Comme il étoit inftant de fe rendre furiechamp
à Ottende , je m'y fuis rendu , & j'ai pris
mouillage dans le port à trois heures après midi .
La jie la plus vive a éclaté parmi les habitanss
lors de note entrée , & des députat ns de magiftrats
& de citoyens fun: venues Lous offer tous
les fecours dont nous pourrions avoir b - fon ; leur
loyauté , leur fianche amitié , nous ont fict e.
ment fait concevoir qu'il étoit plus nec five ;
pour la conqu rir , d'avois des benneis que
des
canons. »
« J'attends le reste de la flot pour continuer
lam fiɔ Acteufe d . nt on m ' chargé , & jefpère
la remplir avec autant de fuccès que de zèle . »
&
Lettre du général Damourier au ministre de la
guerre.
Bruxelles , le 17 novembre.
» Je viens de recevoir un parlementaire du de
de Sax - Tefchen ; it m'a propofé , une fufpe fin
d'armes , pendant laquelle les deux armées prese
droient leurs quartiers d'hiver.
Je lui ai répondu veibalement qu'étiot g '
néral d'une république , je ne pouvois rien prende
fur.moi ; qu'au refte , j'enverrois ces propo
fions au miniftre de la giene , & que je contimuerois
les opérations de la campagne . »
« Ces propofitions prouvent que les Autichiens
fe fentent bien foibles . Je vous annonce
la pr fe des gran is magafias de Malines , 5
tc J'espère que celle d'Anvers ôtera bientôt à
l'ennemi tout l'avantage de la campagne prochaine.
»
Signé , DUMOURIER .
1
( 271 )
Etat des objets trouvés dans Malines:
so mille livres de charbon de terre ,
600 matelas.
1200 lits de toile grife.
1000 fars de feige ou de farine de feigle , le
fac pelant so lives .
10 mille facs vides.
Un magafin de prùire très -cor fidér, ble ´à, y
quarts de lieues de Malines , fut le chemin de
Louvain , qu'on ne peut apprécier encore.
Une fonderie à canoes , une machine à forer ,
un arlenal , un grand nombre d'affuts reufs ,
de caiffons d'avant-trains , d'autres voitures
d'artillerie , 4600 routs neaver .
›
Un megafin de plufieurs pèces , lines de care
tou.hes à fufils , à canons & d'artifice de guerre ,
20 drapeaux pris fur les Be ges.
Le lieutenant - colonel , adjudant - général Pierre
Thouvenot , penfe que l'on pourroit faine tras
vailler la fonderie avec avantage , le cuivre Le
Valant que 22 fous à Malines ; il travaille à de
velopper les moyens de monter cet établufement ;
il s adreffera inceffamment au minifire . /
و
Quatre pièces de canons de 4 ; 3 de 12
de 4 ; 11 mortiers mis hos de fervice devant
Lille , 68 carous de différens calibres , de 48
36 , 25 ; 18 hors de fervice ; 200 petits casonş
pris fur les Beiges ; 15,000 fufis avec leurs
bayornetes, bons ; 2400 canons de fufils neufs
4000 fufils à réparer ; 600 pifiolets ; 300 mouf
queros , 300 carabines rayées ; 60 mille Ivres
de lomb ; 1,300, coo livres de poudre en batils
de 200 , avec des chappes ; les batils font en
chêre bien condizionnés ; So mille facs d'avoine,
}
M
4
( 272 )
contenant 16 rations de pays ; 1,600,000 livres
de foin ; a mile bottes de paille.
Armée du Centre. Beurnonville ma: che à gràn1
pas pour aller foutenir , conjointement avec
Biron , les conquêtes de Cuftine . Par une lettre ,
darée de Saa louis da 16 novembre , il fait
part au Miniftre de la guerre des avantages qu'a
eus fon avant- garde , commandée par le Général
Barrolière . Cette avant-garde a attaqué le poſte
de Saint-Remi & ' eſt emparée de cette ville ;
on y a trouvé braucoup d'approvisionne nens de
toutes efpèces , fa ine , viande , foin , paille
avoine , gibernes , fabres. Le tout a été tranf
porté à Thonville. Le pont volant
• que ks
eonem's avoient fur la Mofelle , a été bûé &
plufieurs bateaux ont été pris . Un trait de bra-
Youre mérite d'être cité. Un commandant des
huffards de la mort ; s'elt jetté à la nage pour
aller brûler ce poot , a réuffi dans fon prejet
& eft revenu triomphant. "
Armée du Rhin. Le général Biron , ayant reçu
ordre du miniftre de la guerre , d'aller joindre
le général Cutine , n'a pas balancé un inftant à
fe mettre en marche , & comme il eft auffi bon
patriote que bon cfficier , il s'eft fait une gloire
d'aller fervir fous le général Cuffine , qui a befoin
des plus prompts fecours .
Lettre du général Cuftine au miniftre de la guerret
Du quartier général d'Etteingheim , le 12 novembre.
Fatigué des refas de Kellermann ; & de fes
( 273 )
lenteurs , ayant fait concevoir aux ennemis le
projet de me faire abandonner Francfort , & de
me renfermer dans Mayence , j'ai pris le parti
de prévenir l'ennemi & de ma cher en avant, »
En conféquence , au moment de recevoir
les renforts que vous m'envoyez , je forme un
corps de 9000 hommes environ , & je marche
fur l'ennemi , retranché fur le chemin de Limbourg
; arrivé à Thoulveftein , j'apprends que
l'ennemi eft fortifié fur les deux rives de la
je prends la résolution d'attaquer les corps
placés fur l'une & fur l'autre rive , & je partage
le commandement de mes troupes. »
•
"
« Le 9 , le colonel Houchard , inftruit que
1,500 hullards Pruffiens ont été placés en avant ,
les a attaqués . Ces Pruffiens avoient un pofte fort
avantageux ; ils cccupoient une éminence au-deffus
de Limbourg , couverte par un grand ravin. »
« Le colonel dirige fon artillerie fur ce corps ;
dans l'inftant cu il alloit le charger , les 1500
hudlards fe retirent . Alors Houchard attaque l'infanterie
pruffienne. Les troupes de la république
combattent avec vigueur , & après une heure , les
Pruffiens foot forcés d'abandonner leur pofte. »
« Le colonel Houchard ayant eu l'art de les
prendre en flanc , ils fe font retirés à Limbourg ,.
non fans effeyer de fréquentes attaques . Je ne
puis trop donner d'éloges au premier bataillon des
volontaires du Jura ; il a toujours poursuivi les
Pruffiens à trente pas dans leur retraite. »
« Le cinquième régiment des chaffeurs de
figne s'eft également diftingué ; le colonel Houchard
s'eft battu avec ce nerf que donne la li
berté ; je follicite pour ce brave guerrier le
grade de maréchal - de-camp. Ce n'eft pas pour
lui qu'il faut le faire général , c'eft pour la chofe
M
S.
274
pub'ique. Le lieute anoel des volontaires
du Jura me femble avoir mérité le premier régiment
vacant. »
1
so
Les Pruffiens ont laiffé cent hommes fur
le champ de bataille , & nous leur avons fait
prifonniers , parmi lesquels il fe trouve un color el
& un lieutenant- colonel. Ils ont cu prodigieufement
de bleifés , potre artillerie les ayant tirés à
mitrai le à la diſtance de 120 toifes pendant plus
d'une heure. »
« Ce qu'il y a de plus étonnant , c'eft que,
dans ce combat long temps difputé , nous n'avons
eu que 4 hommes tués & 10 bleflés . Je voudrois ,
citoyen miniftre , n'avoir jamais que d'heureufes
nouvelles à vous annoncer ; je voudrcis fixer là
fortune , mais elle eft f.mme , & mes cheveux
grifonnent. »
3
*
POLOGNE,
De Varfovie , le 28 Octobre 1792 .
L'intérêt que les affaires de la Pologne
ont eu pour l'Europe pendant quelque
temps , diminue chaque jour. La Pologne ,
depuis qu'elle fe tait devant les armées
Ruffes , paroît comme anéantie ; cependant
lorfque les nouvelles des dernières
vtoires de la France y font arrivées , ce
filence des tombeaux a été interrompu ;
des cris de joie fe font fait entendre parmi
les moits. En célébrant le triomphe des
8275 )
François , les patriotes Poloncis cnt vu
encore l'image de la liberté , & l'efperance
de la recouvrer leur a fouri encore.
le
C'est ici , comme on peut le croire ,
pays où l'on s'occupe le plus des Ruffes :
on dit qu'ils entrent en ce moment dans
la Moldavie , & que l'Impératrice a renouvellé
fa coalition avec la maifon d'Autriche
, pour dépouiller encore la Sublime
Porte. Il feroit bien temps que la Porte
comprît enfin que la République françoife,
qui peut réunir . fon delpotilme comme
tous les autres , eft la feule puiſſance auffi
qui peut la défendre contre les autres
defpotes de l'Europe.
ALLEMAGNE.;
}
De Vienne , le 30 Octobre 1792 .
C'est ici fur fout que les fuccès , fi rapides
& fi éclatans de la République françoife
répandent l'étonnement & la confternation.
Pour cacher cet effroi , on a fait
de toutes parts de nouveaux préparatifs
de guerre , & ils font immenfes. On ne
parle de rien moins que d'une nouvelle
farmée de cent mille hommes ; mais il eft
beaucoup plus facile d'avoir cent mille
hommes dans les gazettes de ton pays ,
:que d'en avoir réellement vingt mille fur
M : 6
( 276 )
··
pied. Ainfi , par exemple , on avoit, ily a
quelque temps , imprimé dans plufied s
feuilles, que pleins d'amour pour leurjeune
Empereur les Hongrois vouloient à eux
feuls lui fournir foixante dix mille
hommes : ces foixante-dix mille hommes
fe réduifent aujourd'hui à douze mille
d'infanterie & quatre mille de cavaleriet
& même beaucoup de gens réduisent encore
ces douze mille à quatre mille , &
ces quatre mille à mille.
On fait plus aifément des bombes , des
boulets , des obufiers , des cartouches , que
des hommes & des foldats , & dans ious
les états de l'Empereur les forges retentiffent
pour en fabriquer d'inmenfes quantités.
Des corps de bombardiers & d'artilleurs
avec un gros train d'artillerie vont
partic inceffamment d'ici pour fe rendre
dans les Pays- Bas. -C'eſt partir bien tard ,
& l'opinion générale ici eft que les Pays-
Bas feront non pas conquis , mais affranchis
par la France long- temps avant que
ce train d'artillerie y arrive.
Le général prince Hohenlohe eft attendu
ici , & le maréchal prince de Cobourg y eft
arrivé : on ſe flatte que le premier révèlera
d'importans fecrets für les caufes de la
malheureufe campagne de cette année , &
qu'il fournira un plan plus heureux pour
la campagne prochaine . On fe propofe de
( 277 )
faire du fecond le généraliffime des armées
combinées contre la République françoife.
Mais ce prince de Cobourg , qui eft loin
d'avoir la renommé du duc de Brunſwick ,
quel titre a t-il pour fe croire un plus
grand génie militaire , & pour attendre de
la fortune plus de victoires ?
En parlant toujours des armées combinées
, on commence à douter beaucoup de
la durée de la coalition entre les princes à
qui ces armées appartiennent : beaucoup
de gens expliquent ici la retraite du roi de
Pruffe par fa trahifon : ordinairement ce
font les rois qui corrompent les républi
cains , on prétend que les républicains ont
corrompu ce roi. Cependant comme les
François l'ont affez durement accompagné
dans fa retraite , comme ils lui ont tué
& pris beaucoup de monde , il eft à croire
que fi ce prince s'étoit vendu , il eût été
traité plus doucement par ceux qui l'aus
roient acheté.
•
TREVE S.
Le roi de Pruffe & le Duc de Brunf
wickfont arrivés ici , il y a deux jours. On
affure que le duc renonce aux armées , à
la gloire , & qu'il veut déformais vivre
paifiblement dans fes états. Il le pourra
s'il n'y veut être qu'un homme ; s'il veut
( 2781
2
être toujours en prince , il y fera pourſuivi
par la revolution de la France. Le roi
de Pruffe ne paroît renoncer à rien. Quoique
dans le malheur, il a reçu un très- grand
nombre de vifites , & ia , comme on difot
autrefois , parfaitement repréfenté. On
lui montroit des craintes , il ne laifoit
paroître que du courage. તે Nos affaires , difoit-
il , de font pas en auffi mauvais état
qu'on le croit. Voilà comment il parle ,
& voici ce qui en eft : de quatre- vingt
milie Priffiens avec lefquels il eft entré
en France , il en a perdu plus de so
mille. Ce prince en quittant Trèves doit
fe rendre à Coblentz.
V
De Coblentz , les Novembre.
Tout regorge dans cette ville de foldats
dont les uns partent, dont les autres arrivent.
Chaque maifon de bourgeois a été obligée
de loger quelquefois jufqu'à feize foldats.
Six mille Heffois font partis d'ici le s , &.
huit mille Pruffiens les ont remplacés ; les
uns & les autres paroiffent deftinés à marcher
par Limbourg vers Mayence : c'eſtà
- dire qu'ils veulent furprendre & envelopper
Cuftine ; mais avec l'activité de ce
général on furprend fouvent , & on ek
rarement furpris.
( 279 )
De Mayence le 7 Novembre.
Au milieu des armées qui fe cherchent ,
fe pourfuivent & fe combattent, les peuples
affranchis par la guerre , qui faifoit autrefois
les efciaves , s'éclairent , fe paffionnent
pour la liberté & le préparent à un nouvel
ordre focial. A Mayence , aufli il y a déjà
depuis quelque temps une Société des
Amis de la Liberté & de l'Egalité , & dans
la falle de cette Société va fe tenir demain
une affen blée primaire. Os a pris un
moyen bien fimple de diftinguer & de
féparer les hommes qui veulent être libres
& ceux qui veulent refter efclaves . On.a
ouvert deux regiftres , l'un pour ceux qui
votent pour une nouvelle conftitution ,
l'autre pour ceux qui votent pour leur
antique efclavage, Ne voilà- t il pas d'un
côté le livre de vie , & de l'autre le livre
de mort ? Et l'Electeur de Mayence eft il
mort , eft il en vie ? il y a lieu d'avoir du
doute la- deffus. Ce qui eft certain, c'eft
qu'il erre dans l'Allemagne , ne fachant où
repofer fes pieds & fa tête. Quelle paffion
que l'orgueil ! qu'elle eft infenfée ! Que
les Rois de l'Europe confentent à n'être
que des hommes , & ils pourront être
encore des hommes très heureux . Mais
non, ils veulent être maîtres , & ils aiment
mieux fe précipiter dans les abîmes inévi-
·
K
( 280 1
tables de toutes les humiliations & de tous
les malheurs.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 16 Novembre 1792.
!
A l'entrée des François dans cette ville ,
à cette entrée qui a été un triomphe pour
les habitans de Bruxelles , plus encore que
pour les foldats de la France , on a cru
pendant quelques jours que toutes les opinions
& toutes les ames fe réuniffoient
dans le faint amour de la Liberté & de
l'Egalité. La conduite magnanime de Dumourier
, magnanime parce qu'elle étoit
fimple & jufte , fes difcours qui étoient
fublimes , parce qu'ils étoient la raifon
dans la bouche d'un triomphateur ; tout
devoit perfuader que les bons principes
feroient embraffes ici par un affentiment
univerfel. Mais ce génie du mal qui fouffle
par- tout la divifion réveille les querelles
étouffées entre les trois partis des états
des moines & des démocrates . En France , il
n'y a plus de moines : fi on en conferve
dans le Brabant , fans doute des mesures
feront prifes pour que les moines au moins
n'y foient que des moines. Ils crieront à
la cruauté, mais les plus cruels des hommes.
font ceux qui s'oppofent aux progrès de
la raiſon. C'eſt la raifon qui eft la ſource
( 281 )
de tous les biens ; ce font les erreurs q: i
font la fource de tous les maux. Voyez
Dumourier lorfqu'il parle , appuyé fur ces
fa glans trophées , il paroît un ange de
paix , parce qu'il eft un ange de lumière.
Le vieux Kaunitz eft mort à Vienne. Si
cela ne lui étoit pas arrivé avant , il aurcit
pu mourir en apprenant que les François
dinoient , foupoient & couchoient à Bruxelles
, qu'ils étoient dans prefque toute la
Belgique , & que prefque tous les Belges
étoient & vouloient être COMME les
François
Jufqu'au dernier moment , ce vieux
Kaunitz a exercé dans les confeils du chef
de l'empire cette efpèce d'afcendant que
n'obtiennent pas feulement les caracteres
qui ont de la grandeur , mais les caractères
même qui n'ont qu'une grande opiniâtreté .
Il étoit l'un des hommes de l'Europe qui
avoit le plus en horreur la révolution de
France : il a été l'un des confeillers des
princes qui les ont les plus pouffés à cette
conjuration contre les peuples qui devoit
leur devenir fi funefte à eux mêmes.
On a parlé plufieurs fois d'un partage
nouveau de l'Europe fait en efpérance par
les puiffances coalifées contre la France :
on favoit que ce traité , véritablement de
tefe-humanité , avoit été conclu à Pavic.
( 282 )
On en favoit les principales difpofitions ; le
traité même a été enfia découvert , & ceux
qui ont publié en garantiifent l'authenticité
: le voici.
Extrait d'un traité conclu & figné à Pavie , au
mois de juillet 1791 .
сс
2
« L'empereur reprendra tout ce que Louis
XIV avoie conquis fur les Pays - Bas Autrichiens
joignat t ces provinces aux Pays - Bas
i les donnera ca échange à l'électeur Palatia
de forte que les nouvelles poffeflions , jointes
as Palatinar , porteront le nom de royaume
d'Auftrufie. » .
ct
L'empereur aura à perpétuité la propriété
& la po fion de la Bavière , pour faire l'avenir.
maije indivifibie avec les domaines béréditaires
de la maiſon d'Autriche . »
« L'archiducheffe Marie Chriftine fera , avec
fon neven l'archiduc Charles , mile en poffelfon
hé éd tane du duché de Lorraice .
L'Alface fera reftituée à l'Empire . L'évêque
de Strasbourg & le chapitre recouvrent leurs
priviléges , alfi que les fouverains eccléfiaftiques
de l'A lemagne. »
сс
ל כ
Si les cartons Suiffes accédent à la coalition
on leur propofera d'annexer à la ligue helvétique
l'évêché de Porentiui , les gorges de la
Franche- Comté & celles du Tyrol , avec les bailliages
qui les avoifigent , ainu que la teritone
de Verl y qui coupe le pays de Vaud. »
Si le Roi de Sardaigne foufcrit à la coa1283
lition , on rendra à la Savoie la Breffe , le Bugey
& ' e pays de Gex , ufurpés . fur cette monar
chie par la France, › »
ce Au cas qu'il puiffe opérer un affez grande
dive fiɔn , on lui Iziffera piedre le Dauphiné ,
pour lui appartenir do énavant , comme au plus
proche defcendant des anciens Dauphins .""
сс
»
Le Roi & Epigre aura te Rouffillon , te
Béarn & l'ifle de Corte , & s'emparera de la
partie Françoife de Sant Domingue . »
Ec
**
L'impératrice de Ruffi : fe charge de faire
une įvation dans la Pologne , moyennant quoi
elle confervera Kaminik , avec la partie de la
Podolie , qui confine la Moldavie . »
cc« L'empereur contraindia la Ponte à lui cédar
Chockzin , an que les petits forts en Servie ,
& ceux fur l'Anз. »
« Le Roi de Pruffe , au moyen de l'invafion
de 1 Ruffie en Pologne , fera l'acquifition de
Thorn & de Da zg , & y joindra un Pa atinat
à l'Orient des confias de la Suffic.
сс
ر و
« Le Roi de Pruffe acquérera en outre la
Luface , & l'électeur de Saxe recevra ea échange
le refte de la Polog e , pour en occuper le trône
comme Roi héréditaire. »
« Le Roi actuel de Pologne abdiquera le
trône , moyennant une penfiou convenable , »
« L'électeur de Saxe donnera fa fille en mariage
au prince puîné , le grand duc de routes.
les Reflies , qui fera fouche des Rois héréditaires
de Peligne & Lithuanie, »
Signés , LEOPOLD , le P.ince de Nas-
SAU , Cnte FLORIDA BLANCA
BISSCHOFWERDER
.
1284 ).
Nota. L'Angleterre y a paffivement accédé
en mars 1791. Enute la Hollande , moyennant
que l'arrage ent des limites avec l'Empereut
fe fit au gré de la république avant le par
tage. »
се
L'Elpagne a renoncé , lors de la rentrée
du Co.nce d'Aranda au miniſtèré , avec l'affu
rance d'une neutralité complette . »
De Genève , le 19 Novembre 1792 .
Le gouvernement de cette République
fe félicite beaucoup d'avoir à- peu- près
terminé fes affaires avec la France : ce
qui fait efpérer que le traité négocié par
Montefquiou , & accepté par le confeil
exécutif , fera ratifié par la Convention
nationale. C'est que les cantons Suiffes , &
même les aristocratiques proteftent haute
ment de leur parfaite neutralité, & dénient
les faits qui les ont rendus fufpects à lä
France. Un déni en ce genre prouve au
moins une choſe , c'eft fi on a
que
de mauvaifes intentions , on n'a plus le
defir de les montrer.
си
Quand on a appris ici que le général
Montefquiou étoit décrété d'acculation ,
qu'il étoit recherché dans cette ville , &
qu'il avoit cherché fon falut en s'évadant.
par le lac : on a été étonné, & en général affligé.
- Que fignifie fa fuite ? a- t- il manqué
de confiance en lui , même , ou dans les
--
8285 )
juges ? La première crainte ne prouveroit
pas fon innocence . La feconde feroit une
injure pour la République dont il étoit le
général. On penfe ici qu'il a fui dans un
premier mouvement , & qu'il rentrera en
France dans un fecond. Er quel eft ia vie
d'un émigré , fi ce n'eft un long fupplice ?
IRLANDE.
Les mouvemens qui préparent une révolution
dans l'Irlande font chaque jour
de nouveaux progrès. La vraie caule eft
une caufe politique , mais la religion y
eft nulle ; cette fu eur avec laquelle les
hommes ont toujours combattu pour la
cauſe qu'ils appetient du ciel. Le gouver
nement Anglois qui ufe de la force avec
tant de eirconfpection en Angleterre , la
déploye fans aucun menagement en Ir ande.
I y avoit dans cette if :, comme il étoit
naturel , des troupes ir an loifes , le gouvernement
Anglois les a fait remplacer par
des Anglois & des Ecoffois , au nombre
à peu près de dix huit mille. Le peuple
Anglois ne perm ra pas fans doute à
fon gouvernement de tenir l'Irlande, comme
par le paffe , dans le dépouillement des
droits les plus facrés des hommies & des
peuples . Mais en fuopofant que ces deux
ifles font ou feront bien ôt déterminées à
agir d'égale à égale, elles ont à traiter des
( 286 )
queftions bien intéreflantes : 1. Refterontelles
fous une feule organifation fociale , où
le canal St. George en feroit il deux peuples
& deux fouverains ? Dans le cas où l'union
durera continueront elles à avoir deux
pouvoirs légiflatifs & un feul pouvoir exécutif
, ou bien établiront-elles unité entière
de légiflation comme d'exécution ? Enfin
continueront-elles la royauté ?
·
On a beau faire ; tous les contrats poliiques
des nations vont être renouvelles.
·
• Traduction de la lettre écrite en Allemand
par le Prince de Saim Kirbourg à
M. l'Evêque de Wolff, Suffragant en Bavière,
& fun envoyé a la Dicte de l'Empire.
2
A St. Martin , premier novembre 1792 , l'an
premier de la République.
MONSIEUR L'EVÊQUE ,
« Je reçois un peu tard , graces aux vexations
qafe commettent fur le territoire A lema d &
aur aids que les letues adreffées à Pa is épruvet
dans ce pays , cele par laquee on m'avent
qu'i eft temps de vous fire p. fier des inftructions
relatives à la minière dont je veux exprimer
mon voeu dans la grande queftion de la
dé laration de guerre à la France qui va être
débatiué à à Diete de Rati bonne . Je n'enpreffe
donc de vous informer que men avis eft pour
2871
la négative , & je vous recommande de l'exprimer
formel ement ai fi , quand même vous ferez
prévenn que je ferois le deal du Collége des
Princes de cette opinion . Mais je ne pais me
perfuader que le Corps Germanique auquel je
crois donner la plus grande marque d'attachement
patriotique en exprimant cette façon de
penfer , puifle ne pas vor de quelle inconvenance
il feront de déclare la guerre à la France :
c'eft la conduite abfolumen contraire qu'il importe
de tenir dans ce moment. Si le depotisme
de Louis XIV a fat trembler l'Empire , combien
p'u la Républ que de France éunit de
moyens & dp.niors ! Victorie ale par- torx ,
auffi inépuifabe en refources de toute espèce
que ferme dans les réſolutions , ne doit elle pas
ifpirer une crainte fa utaire à l'Allemagne déjà
envahie par la force & le bonheur inattendu de
Les armes Fau fra t- il , parce que les Electeurs
de Mayence & de Trèves rompés par les promees
fallacienfes des émigrés & mal inftruits
da véritable état de la France , auront attiré ſur
leurs pays la jufte colère de cere redoutable
Paiflance par des provocations aufli i politiques
que mal combinées , fud a t - il que 1 Germanie
ent ère en foit la vi&t me ? Ou fost nos moyens
de defenfe ? Une armée mal organifée foldée
par des états de calibre auffi égal que leurs
intérêts , vicieufe dans fa conflitution , auffi ·
dficie à rafflembler que lerte à le mouvoir
feront toute netre refource. Ce feron -la tout ce
que nous aurions à oppofer à une nation puiffante
qui a douze cent mille combattans ,Lous
les armes première a tillerie de l'Europe &
des fonds fuffifans pour quatre campagnes ,.
les nouveaux principes appuyés fur des vérit.s
? doi
›
( 288 )
éternelles occafionneroient dans la Germanie une
commotion violente , un déchirement d'autant
plus convulfif , qu'il feroit doublé par une réfitance
inutile . Puiffe la deftinée écarter ces malheurs
de l'Allemag e dont l'état nature ' , celui
que fa pofition phyfique & poltique femblent
lui preferire eft le cime & la paix. Ne fe
roit - il pas bica pus fege de former avec la
Fra ce une gre défenſive ſemblable à la con
fédération du Rhin dont un prince de Salm
fur g and marécha fous le règne de Louis XIV,
Héritier de l'attachement de mes ancêtres pour
cette puiflante & eftimable Nation , je regarde
fois le jour de certe alliance comme le plus
beau de ma vie , fur-tont fi j'éis affez heu
reux pour y contr bae . Si d'un côté , tout doig
faire craindrels roupes Françoite auxquelles il
ne manquot que la fc pin- dost eil s viennext
de doner les marques les plus fignalées , d'un
autre tout doit pirer la confiance en un
people fenfible , aimant & qui voudroit voir
Europe ne formr qu'ue leue famille . Cere
année les Françessne fort que " ancie ; l'anyec
prochaine ils se feront que pardonner. Il n'y a
donc pun moment à perdre pour enr dem.ne
der & obtenir d'eux une paix obde , u e amitié
dura' 1. un traité & des avantages commerciaux,
Voila mes entimens , je me fais glure de les
publier , & j'a voulu vous 1 - s man fester pour
votre instruction particu ière . Donnez moi , je
vous pre , des nouvelles de la determination de
La Dière , & croyez moi , Monheur l'´vêque &
envoyé comitial , votre très aff ctiomné , »
>
Etoitfigné, Frédéric, Prince de Salm-Kyrbourg,
COURS DES EFFETS PUBLICS. Octobre 1792.
EFMLFNauErAn2Td3d9TSi0i...
CHANGLSdu29.
Amft.36.
Lo1n9d4.
Merc. 31. Jeudi1.
Vend.2. Sam..3.
Ham. 285.83.
Mad.
23.
1975.77.
Calix 12.15. Actions ....
D°.es.
25
Emprunt Oct..
1985.87. 1995.2000| 1975
412.10. 412.
Id. Décembre
82.6.7.8.87.11.8.11
Lot. d'Avril .....
d'OctobLroet..
Emprunt 125 118
Id. 80 millions..
I
I 3
8. 3
Sans Balletin..
Bulletin..
1
Emprant 120
Borde. Ch
·
Caff:' Efcompt 36606560
Dadcn..et-i.
1830
+
.I
•
I3 1
S
Liv. 156.155.
Gen. 146.145.
Lyopn.
CHANGESdu3
Imit. 36.
Lond. 19.1.
Jam. 285.
Mad.. 23.
Tadix. 22.15.
5560553670 3610.
Liv ... 158.
Gên 148.
··
183533218 35.40..
EauxdeP .......
Empr.
7.7.6.77.8.8.98.9.
Lyon.p.
Daycare,
lett2Pr..e
AVÍS TRÈS - IMPORTANT.
ON obferve que Les Rédacteurs
n'ont
rien de commun avec l'Abonnement
, la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Mercure , hôtel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut,
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv . frane
de port , pour la Province. L'abonnement pour Paris
eft de trente- trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre & joindre à cette
dernière le reçu da Directeur des Poftes. On fouf.
crit Hôtel de Thou rus des Poitevins. On s'adreffera
au heur Gurn , Directeur lu Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Novembre 192.
EFFETS NAT.
Lundi5.
Mardi6. Merc.7.
Jeudi8.
Actions.
Do.es.
EmprantO&.
Id. Décembre82
Lot. d'Avril..
Lot. d'Octobre.
Emprunt 125 m8
Id. 83 millions..
Sans Bulletin.
Bulletin ...
Emprunt 120m,
Vend.9.
1975.77.2020-22.2060.65..2070 ..... 2070.60.
8. 6.
8
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CHANGES du5.
Amft. 36.
Sam. 1o. Lond. 19.
Ham. 285.
Mad. 23.
2060.59
Cadix 22.15.
Liv. 158.
Gên. 148.
14.31.
Lyon.p.
CHANGISdu10
Amft. 36.
Lond. 193.2.
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Mad.
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3.36/4.
4.41
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2
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8 77-77-789
Borde. Ch
Cadix. 12. 10.
Liv. 157.
D°. demi- aet..
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1800. 855 i860. 147.
EauxdeP... Lyon.p.
Empr. National..
.7.
6.6.5. 6.3.2.3 5.43 · 42 443
toutes Litres.
Caiffe d'Efcompt. 3607.10.. 362
AVIS TRES - IMPORTANT.
Rédacteurs n'ont
ON obferve que les
rien de commun avec l'Abonnement , la difiribution
, &c. C'eſt à M. Guтн , ſeul Directeur
du Mercure , hôtel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
Jouvent importantes pourraient refter au rebut,
Les perfonnes qui envermont à M. Guth des
effers fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient par mequissés. Les Mitres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pafte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Leprix de l'abonnement eft de trente fix lit ; frame
de port pour la Province. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
le
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reça da Directeur des Poftes. On fouf.
crit Hôtel de Thon rue des Poitevins. On s'adreffera
ex fieur GvTx GUTK , Directer in Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que pour
l'année entiere.
EFFETS NAT.
Lundi 12. Mardi 13.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Novembre 1792.
Ven1d6..
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Merc. 14. Jeadis.
Sam. 17.
OMANGESdu12,
Art. 361.4.
Lonl. 19.
Ham. 285.
Mad. 22.12.
Do. 16es.
{Actions.... 2065.70..206770. 2072 .... 2075.77.2090.92.20921.95.
Cadix 22.
7.
Emprunt Oct..417.
418. 418 ...
419 42
Id. Décembre 82.3.3 44 42. 31.41
Lot. d'Avril..
157.1L5i6v..
147.G1ê56n.
yon. 1
P.
Lot. d'Octobre..
Emprunt 125
Id. 80 millions..
Sans Bulletin.
( 18 3 7
4
8 62. 47.5
45
21.4.1.2.2.2
80 80.81. 80 80.
...
Bulletin ....
Emprant 120m
Borde. Ch.
d'EfcCaoimfplte.
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Empr. National .
1.2.1.2b2
79.80.
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Lond. 196.20.
Ham. 285.
Mad.. 22. 5.
Cadix. 22.
Liv. 154.
jen. 144.
Lyon.b.
8
29.6.
2. toutes Lures.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
ON obferve que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , ſeul Directeur
du Mercure , hôtel de -Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
Souvent importantes pourraient refter au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets jur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofie, pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Leprix de l'abonnement eff de trente- fix liv franc
de port pour la Province . L'abonnement pour aris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu de Directeur des Pftes, Cn fouf
crit Hôtel de Thon rac des Poitevins. On s'adreffera
au firur Gutw Direôeur du Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que agur
l'année entiere.
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