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1792, 07, n. 27-30 (7, 14, 21, 28 juillet)
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( No. 28. )
SAMEDI 14 Juillet 1792 .
MERCURE
FRANÇAIS ,
...
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE , quant
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes , & par M. FRAMERY ,
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé
de la partie politique .
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
Avis divers , doivent être adreflés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n° . 2 ,
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv.
franc de port par tour le Royaume .
༩.1
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE 1792.
JUILLET a 31 jours & la Lune 29. Dax au 31 ,
les jours décroient de 29'.
༄ ན་
JOURS
du
NOMS DES SAINTS.
Mors.
PHASES
de la
LVNI
Temps moyen
au Midi vrai.
H. MS.
D. Martial , Evêque.
fundi Vifnation de la vierge.
mardi Anatole , Ev. de Laodic.
mere Tranflation de S. Martin, 16 )
cudi , Ste Zoe, Martyred Rom. 17
vend. Tranquillin , Martyr.
fam. Aubierge.
6. Ste. Elifabeth , Reine .
Hundi Cyrille , Evêque.
Tomardi Ste. Félicité.
mere. Lanflation de S. Benoft .
cudi. Gualbert .
vend Turiaf, Evêque.
14 fam. Bonaventure , Evêque .
D. Henry , Empereur.
16iundi Eutate, Evêque .
29
40
P. 2
le 12
18 h. 31 m 22
du foir.
19 31
20 40
21 4 49
221
$7
23 D..
24 le 11 , à
13
25 h. m.
26 du mat
20
26
32
28
38
19
N. L.
$ 43
48
mardi Sperat & fes Compagn.
18 merc . Thomas d'Aquin , Doct . 30
19 jeudi . Vincent de Paule , Préit 2.1 e19 , à 3
Lovend. Ste. Marguerite
fam. Victor , Martyr à Marf.
D. Ste. Marie- Magdeleine,
fundi. Apollinaite , Ey. & Mart
24 mardi Ste Chrifine.
merc.acques le Majeur.
26 jeudi Chriftophe.
vend Georges,
28 fam.. te. Anne & S. Joachim. 10
19 D.lup , Evêque .
30-fundi . guace de Loyola..
31. dilGermain d'Auxeric.
21. som.
du mat,
P.0.
7 m. 12
du mat.
...
5 52
56
5
MERCURE
FRANÇAIS,
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
C:
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE ,
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; &
M. FRAMERY , pour les Spectacles.
par
M. MALLET DU PAN, Citoyen
• de Genève, eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique. ·**
SAMEDI 7 JUILLET 1992 .
A PARI-S ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , Nº . 18.
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Juin 1791 .
L RS.
Les Bateliers, 26. Part.
31 Charale, En. Ļog.–
4 Mémoires.
ISTOIRE.
Chande , Enig. Log.
La Vie de Penn.
37 Spectacles.
41 Annoncés & Novices.
43:
EPIGRAMME.
Charade, Enig. Logog,
Le Paffe , &c.
esh Traité.
62 Annonces & Notices.
20
27
34
CHLANSONS
Charade, Enig. Log.
& Mémoires.
87 Notices.
.89
104
A v Village d'Av** , 109 Jéfus . Chrift.
Charade , Em . Logog. 11 Noices.
Mémoires , 2e. Ex. 1131
129
333
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Gluni.'
MERCURE
FRANÇAIS.
PIECES FUGITIVES.
ANGELINA THELLIS ,
en recevant le Portrait de fon ami B***.
C'EST ■ sr lui ! c'eft bien fon air plein de mélancolie
,
Et fes regards chargés d'amour ou d'amitié !
Qu'un autre dans fes traits découvre du génie :
Dans ma joie , ou mes maux , fon coeur fut de
moitié ,
C'est tout ce que je vois ; & pour toute ma vie
A fon fort , quel qu'il foit , mon deflin eft lié .
( Par Stella Werenfels )
A 2
4
MERCURE
S BATELIERS DE BESONS ,
CONTE MORAL.
APRÈS
Troifieme Partie.
PRES le fouper du Sultan , continua
Bathilde , l'effroyable Kuflir - Aga , avec
deux de fes Noirs ' vint m'annoncer , en fe
profternant devant moi , que le Grand- Seimear
m'attendait . ".
Parfumée , & vêtue auffi légérement &
auth galamment qu'il avait plu à nos
vieilles Kadunes , les Gouvernantes du Sérail
, je fus conduite par les Noirs dans la
chumbre de Mahomet. Il était couché
magis la chambre était illuminée. Il me fit
figne d'approcher , & à l'inftant les Noirs
fe retirerent. 1
Me voilà feule avec le maître de ma
vie.... Vous avez peur , Mefdames ;
raflurez - vous ma réfolution était prife ,
de mourir ou de lui échapper.
Fidelle à la leçon que l'on m'avait donné
je m'incline , j'approche d'un air
humble & timide . Il me voit pâle & chancelante
; & pour me raffurer , Venez , me
dit- il , Rofe blanche , venez ; les feux de
mon amour vont bientôt vous rendre ver-
Bayerische
Staatsbibliothek
München
S
FRANÇA I'S.
meille. Je m'avance ; & , felon l'uſage ,
in'inclinant encore une fois au pied du lit ,
avant que d'y monter , je prends la voix
du chat , que j'imitais à s'y méprendre , &
le plus doucement qu'il m'eft poffible , je
fais entendre miaou.
Un chat ! s'écria le. Sultan en fautant
du lit éperdu , un chat dans mon appartement
! . Il fonne ; il va tomber en fyncope
fur un fopha.
Au bruit de fes fonnettes , le Sérail eft
troublé , des Pages de la Chambre & les
Eunuques tremblent . Ils jurent tous par
Mahomet qu'aucun chat n'a pu fe glifler
dans l'appartement de leur Maître ; & la
Sultane Validé , quand fon fils a repris fes
fens veut lui perfuader que fa frayeur eft
fans objet. Hé quoi , ma mere ! lai dit-il
avec impatience , croirez-vous toujours que
je fo un vifionnaire , un enfant ? Cellezde
vouloir excufer la négligence de mes
Efclaves. C'était un chat , vous dis - je.
Emire en eft témoin ; elle l'a entendu . J'atteftai
qu'en effet j'en avais entendu la voix ;
la peur
lui ayant
fait
illufion
, comme
elle fait fouvent
'; il ajouta
qu'il l'avait vu
s'enfuir
& s'échapper
quand
les portes
s'étaient
ouvertes .
Dans le faififfement où il était encore ,
& qui dura toute la nuit , il avait befoin
de repos. Je fus donc ramenée fans accident
dans ma cellule ; & j'y dis mille
A 3
4
MERCURE
S BATELIERS DE BESONS .
CONTE MORAL.
Troifieme Partie.
APRÈS le fouper du Sultan , continua
Bathilde , l'effroyable Kuflir - Aga , avec
deux de fes Noirs 'vint m'annoncer , en fe
profternant devant moi , que le Grand- Seimear
m'attendait. མ་
Parfumée , & vêtue auffi légérement &
auth galamment qu'il avait plu à nos
vieilles Kadunes , les Gouvernantes du Sé
rail , je fus conduite par les Noirs dans la
chambre de Mahomet . Il était couché
mais la chambre était illuminée. Il me fit
figne d'approcher , & à l'inftant les Noirs'
fe retirerent.
ܨܪ
Me voilà feule avec le maître de ma
vie...... Vous avez peur , Mesdames
raflurez - vous ma réfolution était prifé ,"
de mourir ou de lui échapper.
Fidelle à la leçon que l'on m'avait donné
, je m'incline , j'approche d'un air
humble & timide. Il me voit pâle & chancelante
; & pour me raffurer , Venez , me
dit- il , Rofe blanche , venez ; les feux de
mon amour vont bientôt vous rendre ver-
I
Bayerische
Staatsbibliothek
München
FRANÇA I'S.
meille. Je m'avance ; & , felon l'ufage
an inclinant encore une fois au pied du lit ,
-avant que d'y monter , je prends la voix
du chat , que j'imitais à s'y méprendre , &
le plus doucement qu'il m'eft poffible , je
fais entendre miaou.
Un chat ! s'écria le Sultan en fautant
du lit éperdu , un chat dans mon appartement
.Il fonne ; il va tomber en fyncope
fur un fopha.
?
Au bruit de fes fonnettes , le Sérail eft
troublé , des Pages de la Chambre & les
Eunuques tremblent. Ils jurent tous par
Mahomet qu'aucun chat n'a pu fe glider
dans l'appartement de leur Maître , & la
Sultáne Validé , quand fon fils a repris fes
fens , veut lui perfuader que fa frayeur eft
fans objet. Hé quoi , ma mere ! lái dit-il
cavec impatience , croirez-vous toujours que
je fo un vifionnaire , un enfant ? Cellezde
vouloir excufer la négligence de mes
Efclaves. C'était un chat , vous dis - je.
Emire en eft témoin ; elle l'a entendu . J'atteftai
qu'en effet j'en avais entendu la voix ;
la peur lui ayant fait illufion , conme
elle fait fouvent , il ajouta qu'il l'avait vu
s'enfuir & s'échapper quand les portes s'éthient
ouvertes.
Dans le faififfement où il était encore ,
& qui dura toute la nuit , il avait befoin
de repos. Je fus donc ramenée fans accident
dans ma cellule ; & j'y dis mille
-
A 3
6 MERCURE
chofes tendres à mon bon Ange , en le
remerciant du confeil qu'il m'avait donné.
Le lendemain , au thé , j'effuyai quelques
railleries de mes malignes compagnes
; mais je les laiffai s'égayer à mes
dépens ; & fous un air humble & confus ,
je leur diffimulai ma joie , me flattant que
cette aventure ayant donné de l'humeur au
Sultan , il ne penferait plus à moi.
Je me flattais en vain. Il voulut réparer
ce qu'il appelait ma difgrace ; & au déclin
du jour , il me fit amener dans le Salon
de fes plaifirs, Dans ce Salon femé de
fleurs , & rempli des plus doux parfums,
je le trouvai à demi couché fur un fopha
de brocard d'or. Pour cette fois il fut
galant. Il fe donna la peine de venir au
devant de moi , il daigna me fourire , &
me donnant la main , me conduifit fur le
fopha..
Là , nonchalamment appuyé fur des
Couffins , & la tête penchée de mon côté ,
il débuta par fe louer de l'intérêt aimable
que j'avais pris à fon accident , me dit
qu'il était enchanté de me favoir un coeur
fenfible , & il me demanda fi je l'aimerais
bien. J'étais muette ; il prit ce filence pour
un aveu. Levez donc les yeux ; me dit- il ,
& qu'au moins ces yeux me répondent..
Alors me regardant lui-même comme s'il
eût voulu me dévorer , il m'attirait vers
lui , & m'enveloppait dans fes.bras;, quand
FRANÇAIS19..
·
T
tout à coup je le vis frémir. Seigneur
qu'avez vous donc , lui dis je avec l'air
de l'inquietude ? Il refta un moment immobile
& penfif; & l'inftant d'après : C'en
eft une , s'écria - t - il , oui , c'en eft une
Quoi donc , lui demandai-je ? Une fouris ,
dit - il . Elle est fous ces couffins , elle a
gratté à mon oreille ; & c'eſt elle , fans
doute , que le chat guettait hier au foir. Je
feignis de vouloir le raffurer , il s'excufa de
fa faibleffe , & foit par complaifance ou
par confufion , il fe remit auprès de moi.
Mais bientôt la fouris gratta tout de plus
belle . Pour le coup , il n'y put temir ; &
comme fi le feu avait été dans le Salon ,
en fortit précipitamment , & alla s'enfermer
au fond d'un cabinet voifth .
Je fonnai. Son monde accourut , & la
Sultane-Mete accourut elle- même. On me
trouva feule & tremblante ; je fus interrogée
, & avec l'air le plus naïr qu'il me
fut poffible de prendre , je racontai ce qui
venait d'arriver au Sultan . Sa mere , inquiette
& troublée , frappe à la porre dur
cabinet , fe nomme , enfin fe fait ouvrir.
J'entre avec elle , & je n'emprelle , à fon
exemple , de calmer l'émotion dont le Sultan
était faifi. Mais il était trop occupé de
Ja fouris pour s'occuper de moi.
Ils étaient tous bien bêtes , interrompit
Sophie , de ne pas deviner que vous aviez
été le chat , & que vous étiez la fouris
A 4
8
MEAR CUAR E!
,
Juftement , dit Bathilde , c'eft toujours an
plus fumpler que l'on penfe le moins ; &
puis était il fa facile d'imaginer qu'une
petite Efcave faifait certe niche au Sultan ,
& que c'étaient mes doigtsi qui grattaient
Je fophat Savez - vous bien , Mefdames
qu'ilty, allait de ma vie , & qu'on m'eût
fait expirer fous les verges , file Sultan
eût découvert que je lui jouais ce tour-là ?
J'en eus toute la peur car la Sultane-
Mere trouvant fingulier que deux fois ,
précifément à l'heure. , à la minute où
j'étais avec le Sultan , cet accident fût arriyé
, y foupçonnait quelque artifice . Cela
n'eft pas naturel , difait- elle ; & fi mon
fils lui-même n'avait pas vu le chat ....
Je l'ai vu de mes yeux , s'écria- t-il , qui
je l'ai vu s'enfuir, & de plus , j'ai fenti
l'odeur de la fouris. Ces mots impoferent
filence à la Sultane ' , & je fus encore renvoyée
; car le: moinent du tête à tête était
paffé pour le Sultan. Je n'étais pourtant
pas hors de péril encore. Le Sérail s'oc
cupait de moi. La réflexion de la Sultane
y. donnait lieu au babilade nos Gouver
pantes ; & la Kadan-Kahia , fur-tout , ruminant
le cas dans fa tête , répétait conti
nuellement , la Sultane a raifon. Deux fois
de fuite , à point nommé ! .... Non , cela
n'eft pas naturel . Une vieille Kadune enfin
crut avoir pénétré le myftere. J'ai remarqué,
dit-elle à la Surintendante , que cette
FRANÇAIS .
妙
jeune Efclave fe déplaît avec nous elle
eft trifte & rêveuſe, quelquefois elle pleure ;
je la foupçonne même d'être Chrétienne
dans le coeur ; ces gens - là ont des maléfices
, & je crois qu'elle en ufe pour vous
inquiéter. Je lui ai pris à la dérobée un
petit Livre que voici ; il faut qu'il foit
écrit en caracteres diaboliques ; car , moi
qui fais l'Arabe , le Turt & le Perfan , je
n'en puis pas lire un feul mot. Il y a fans
doute là quelques paroles pour attirer les
chats & pour engendrer les fouris . C'était
un Livre d'Heures , écrit en Langue Ruffe ,
que je tenais foigneufement caché , & que
la Duegne m'avait furpris. On fenilleta ce
Livre ; & le trouvant indéchiffrable , on
le porta bien vîte à la Sultane-Mere , qui
bien vîte à fon tour , alla communiquer
cette découverte aur Sultan.
Oh des foupçons , dit - il ; je n'en
écoute point ; & je ne veux avoir que des
femmes qui m'aiment. Si celle- ci s'ennuie ,
& fi elle eft mauffade , vous n'avez qu'à
la renvoyer. Je fonge , reprit - il , que ce
jeune Prince Perfan, à qui j'ai donné pour
afile mon palais , d'Andrinople , m'a demandé
quelque amufement. Faites- y pafler.
cette Efclave : toute froide & trifte qu'elle
eft , cela peut être bon pour lui. Avec cet
éloge flatteur , je fus congédiée , & menée
, encore innocente , dans le Sérail du
jeune Abas. A S
LO MERCURE
Pour celui- ci , j'avoue qu'il était moins
aifé de me fauver de lui. Il n'avait peur
de rien .. Il était vif & tendre , & il me
trouvait fort jolie. Mais il me vit pleurer ;
il était malheureux , & il fut touché de
mes larmes . Il commença par me demander
le récit de mon infortune. Je ne diffimulai
que mon efpiéglerie pour me dérober au
Sultan..Je fais née libre, lui dis je enfin
Je fuis Chrétienne ; &. dans nos moeurs
une femme n'a qu'un mari.. Jufqu'ici , j'at
tefte le Ciel que j'ai gardé mon : innocence
On m'a livrée à vous ,, & par la violence
Vous pouvez difpofer de moi. Mais j'ai
trop de fierté pour furvivre à ma honte ;
& en mourant, je laifferais peut- être dans
votre coeur un long regrer d'avoir opprimé
la faibleffe..
Moi , s'écria-t- il , moi ! : que je fais oppreffeur
! Eh ne favez - vous pas que je
Tuis opprimé ? Alors il me compta que ce
Turcoman , ce Nadir , le même à qui mon
mari futur faifait alors des matelotes , s'érait
emparé de fon. trône ,. &. que c'était
pour le lui rendre que le Sultan faifait la
guerre à cet ufurpateur. Je mériterais mon
malheur , ajouta t-il , fi j'abufais du vôtre .
Il me ferait doux , je l'avoue , de poffeder
dans mon exil une femme auffi belle &
auffi aimable que vous. ( Pardon , Mefdames
,, je répete fes mots. ) Mais ce qui
n'eft pas jufte & généreux ne me ſera jaFRANÇAIS.
mais poffible. Le Sultan a eu la bonté de
vous donner à moi ; je vais le fupplier de
vouloir bien permettre que je vous rende
à lui ". ou que je vous mette en liberté.
Oh ! non , de grace , interrompis - je , ne
lui demandez rien ; je ne veux plus tomber
en fon pouvoir. Il faut donc , me dit - il ,
au moins que vous ayez la complaifance:
de refter ici quelque temps , & que nous
ayons l'air d'y être bien enſemble ; car s'il
favait qu'en arrivant vous eufliez été renvoyée
, il aurait lieu de croire que je dédaigne
fes préfens. Si dans trois mois ,
ajouta- t-il , je ne vous ai pas perfuadée :
que nos moeurs ont auffi leur bonté , &
que la Loi
la Loi que nous fuivons eft affez pure ,
& affez fainte pour rendre un Perfan ver
tueux , vous ferez libre de me, quitter , je
vous en donne ma parole..
Ah ! c'eft ici , Mefdames , que je rend's
graces à mon bon Ange ; car ce fut lui quil
me foutint. Mon jeune Perfan était beau,,
il était aimable & fenfible ; il ne penfaite
qu'à moi, & dès que nous étions enfem--
ble , il oubliait tous fes malheurs . Si ja--
mais je fuis Roi , me difait-il , & qu'E--
mire confente à partager ma fortune & ma
gloire , elle n'aura que des Efclaves & jamais
aucune Rivale je le jure par Mahomet.
C'était ce nom de Mahomet qui gâtait
A 6
12 MERCURE
tout & après que mon jeune Amant
m'avait parlé avec des yeux , une voix &
une ame capables d'amollir un: coeur plus
dur. que les cailloux ; mon bon Ange était
là qui me difait , comme à l'oreille : Ce
Mahomet n'était qu'un fourbe ; garde- toi
bien d'y croire ; penfe que fous fa Loi
toutes les femmes font efclaves , & que ,
chez les Chrétiens , la plus fimple cabane
vaux mieux que chez les Mululmáns le
plus magnifique palais .
Cependant mon jeune homme devenaittous
les jours plus amoureux & plus preffant.
Ses yeux perdaient cetre douceur timide
qui d'abord m'avait raffurée ; ils
étaient quelquefois étincelans de feu ; &
puis , je les voyais abattus & noyés de
larmes , lorfque je lui laiffais prévoir le
moment de nous féparer. Non jamais , je
le crois , il n'en aurait eu le courage. Et
moi , que fais- je où m'eût réduite fa douleur
& fon défefpoir ? Je fuis fi bonne ! &,
lui dans fon malheur il était fi intéreffant !
Mais une nuit on vint l'enlever d'Andrinople
pour l'enfermer dans une tour. Bon
jeune homme ! Je le pleurai , & je ne .
l'oublierai jamais. J'ai fu depuis que fa
captivité avait été la principale claufe du
traité de paix que Nadir avait fait avec
le Sultan .
Le Sérail d'Arinople fut démeublé.
Je fus du nombre des Efclaves qu'on en
FRANÇAIS.
i
tira; & de Trébizonde où je fus vendue
le Syrien qui m'acheta , me fit partir avec ,
lui pour Alep . Ce fut là que mon cher
André eut la douleur de me voir livrée à
un vieux libertin de Cypriote , laid &
bourru à faire peur.
- Sur le navire où j'étais embarquée avec
çe vilain Maître , je m'apperçus bientôt
qu'il voulait en agir familiérement avec
moi je le trouvai fort mal ; mon air freid
& févere l'irrita ; mais il fe contint : les
témoins qui nous obfervaient réprimerent
fa pérulance.
Il devint plus hardi quand je fus débarquée
dans un port de fon Ifle , appelé
Salamis , où il failait fa réfidence . Venez ,
me dit- il , fuivez- moi ; car il eft temps de'
m'obéir. J'obéis en pleutant ; il me mena
tremblante-au fond de fes jardins , dans
un pavillon folitaire , où je fus enfermée,
fous la garde d'un vieil Efclave encore plus
farouche que lui. Je ne vous ferai pas languir
, me dit- il d'un air infultant ; & dès
que j'aurai fait un tour dans ma maifon ,
je viens vous retrouver. Nous fouperons
enfemble ; & j'efpere, ma belle enfant, que
vous me laifferez fléchir votre rigueur.
Les fettres du pavillon donnaient fur
les jardins ; elles étaient grillées ; & l'Efclave
qui me tenait fous la clef , fat fourd
à mes plaintes . Mon bon Ange femblait
Pui-même m'avoir laiffée à l'abandon ; mais
E4 MERCURE
mon courage à moi ne n'abandonnait pas.
Cependant , faut- il l'avouer ? je penfai un
moment au Sérail d'Andrinople , & je foupirai
de n'être pas encore au pouvoir de
mon jeune Abas. Celui -là du moins n'eût
jamais fait violence à ma faibleffe ; &
André lui-même convient que dans ce moment-
là mes regrets étaient pardonnables.
La nuit vint le bruit des ferrures m'annonça
Farrivée de mon vieux fcélérat . It
entre , & la porte fe ferme. Oh çà ! me
dit - il , belle enfant , il n'eft plus temps:
d'être févere. Sans reproche , vous me cou
tez mille fequins ; & je veux être aimé
pour mon argent.
Il avait une dague à fa ceinture , & le
lâche , en la regardant , il me la faifait re
marquer. Je vis donc qu'il fallait mourir
ou me livrer à lui , ou l'étrangler moimême.
Je ne balançais point , & je m'étais
mife en défenfe ; quand tour à coup
une voix aigre & perçante fe fit entendrefous
les fenêtres du pavillon . Veux-tu bien
m'ouvrir , traître ? difait-elle à l'Efclave
ou tu vas mourir de ma main . A cette:
voix , je vis pâlir & friffonner mon Cypriote.
Ah me dit - il en tremblant , c'eft
ma femme ! Nous fommes trahis ! Elle
entra avant qu'il eût le temps de me dérober
à fa vue.
Comment ! vieux coquin , lui dit- elle
en paraiffant , il te faut de jeunes Efclaves ;
FRANÇA I 5.
P
& e'est donc pour cela que tu me quittes
fi brufquement après fix mois d'abfence
fans me donner , à moi, le plus petit figne
d'amour ! Je t'apprendrai fi c'était - là le
prix que tu devais à mes foupirs . Infame
libertin , tu ne méritais pas une femme
auffi douce , aufli tendre que moi . Emprononçant
ces mots , les yeux lui fortaient
de la tête ; & fon bras armé d'un couteau ,..
était levé fur lui.
Ma femme , lui dit- il , appaifez - vous?
Je n'ai rien fait qui mérite votre colere .
Vous devez bien plutôt louer ma: fageffe
& ma continence . Cette Efclave peut vous
le dire..Je n'ai point ufé de mes droits.-
De tes droits , miférable ! -Oui , de mes
droits , fans doute ; il ne tenait qu'à moi ;
& le Prophete a dit lui - même ..... — Le
Prophete aura dit ce qu'il aura voulu ; moi ,
je fais bien ce que je fais ; & ce n'eft pas à
des gens comme toi qu'il a permis plus d'une
femme. Allons, la belle , fuivez- moi , vous
ferez fous ma.garde .. Ah ! je t'en donnerai
des Efclaves de dix-huit ans !
--
Tandis qu'à travers ,fes jardins elle m'emmenait
avec elle : J'admire , lui dis - je , Madame
, la noble fermeté avec laquelle vous.
rangez votre mari, à fon devoir. C'eft- là ,
dit-elle , comme il faut favoir s'en faire
aimer. Ils font hardis tant que nous fommes
faibles ; mais ils font faibles à leun
war quand nous ceffons d'être tinaides ; &
14 MERCURE
mon courage à moi ne n'abandonnait pas .
Cependant , faut- il l'avouer ? je penfai un
moment au Sérail d'Andtinople , & je foupirai
de n'être pas encore au pouvoir de
mon jeune Abas . Celui - là du moins n'eût
jamais fait violence à ma faibleffe ; &
André lui- même convient que dans ce moment-
là mes regrets étaient pardonnables.
La nuit vint le bruit des ferrures m'annonça
Farrivée de mon vieux fcélérat . It
entre , & la porte fe ferme. Oh çà ! me
dit - il , belle enfant , il n'eft plus temps :
d'être févere. Sans reproche , vous me cou
tez mille fequins ; & je veux être aimé
pour mon argent.
Il avait une dague à fa ceinture , & le
lâche , en la regardant , il me la faifait re
marquer. Je vis donc qu'il fallait mourir ,
ou me livrer à lui , ou l'étrangler moimême..
Je ne balançais point , & je m'é
tais mife en défenfe ; quand tour à coups
une voix aigre & perçante fe fit entendre
fous les fenêtres du pavillon. Veux-tu bien
m'ouvrir , traître ? difait-elle à l'Efclave ,
ou tu vas mourir de ma main. A cette
voix , je vis pâlir & friffonner mon Cypriote.
Ah me dit - il en tremblant , c'eft
ma femme ! Nous fommes trahis ! Elle
entra avant qu'il eût le temps de me dérober
à fa vue.
Comment ! vieux coquin , lui dit- elle
en paraiffant , il te faut de jeunes Efclaves ;
FRANÇA I 5.
P
& e'eft donc pour cela que tu me quitres
fi brufquement après fix mois d'abfence
fans me donner , à moi , le plus petit figne
d'amour ! Je t'apprendrai fi c'était - là le
prix que tu devais à mes foupirs. Infame
libertin , tu ne méritais pas une femme
auffi douce , aufli tendre que moi. Emprononçant
ces mots , les yeux lui fortaient
de la tête ; & fon bras armé d'un couteau ,
érait levé fur lui ..
Ma femme , lui dit- il , appaifez - vous ?
Je n'ai rien fait qui mérite votre colere.
Vous devez bien plutôt louer ma : fageffe
& ma continence . Cette Efclave peut vous
le dire. Je n'ai point ufé de mes droits.-
De tes droits , miférable ! -Oui , de mest
droits , fans doute ; il ne tenait qu'à moi ;
& le Prophete a dit lui - même ..... — Le
Prophete aura dit ce qu'il aura voulu ; moi ,
je fais bien ce que je fais ; & ce n'eft pas à
des gens comme toi qu'il a permis plus d'une
femme. Allons, la belle , fuivez-moi , vous
ferez fous ma.garde .. Ah ! je t'en donnerai
des Esclaves de dix- huit ans !"
-
Tandis qu'à travers ,fes jardins elle m'emmenait
avec elle : J'admire , lui dis - je , Madame
, la noble fermeté avec laquelle vous.
rangez votre mari, à fon devoir. C'eſt-là
dit-elle comme il faut favoir s'en faire
aimer. Ils font hardis tant que nous fommes
faibles ; mais ils font faibles à leur
Our quand nous ceffons d'être timides ; &
و
16 MER CURE
L
avec du courage & de bonnes manieres
pous les mettons à la raifon . Et n'avezvous
pas peur , lui dis - je , que dans fa
violence . .... Lui , dans fa violence ?
Il tremble devant moi , ne le voyez - vous
pas : Je fuis la niece du Cadi. Ce n'eft
pas que j'en fois plus fiere ; & telle que
vous me voyez , je fuis la complaiſance
même mon mari fait de moi ce qu'il veut
lorfqu'il s'y prend bien . Mais , en revan
che , je veux qu'il m'aime & qu'il n'aime
que moi ; car il ne l'a promiss & s'il me
manque , il doit favoir que je ne le manquerai
pas. Auffi , n'ayez pas peur qu'il
ofe cette nuit troubler votre fommeil. Il
fera près de moi , & vous pourrez dormir
tranquille ce fera moi qui veillerai pour
vous.
En effet , je paffai la nuit fort paifiblement
auprès d'elle ; & dès le lendemain
matin , m'ayant menée au port , elle exigea
qu'il me vendit, & fur l'heure & en fa préfence.
Il obéit fans répliquer. Alors le prenant
par la barbe : A préfent , lui dit -elle ,
mon cher petit mari , faifons la paix ; car
je fuis bonne, & je veux bien tout oublier.
J'aurais ri de mon aventure , fi elle
n'eût mife en liberté ; mais j'étais tombée
au pouvoir d'un Corfaire de Barbarie qui .
faifait pour l'Egypte fa cargaifon de femmes
, dans les chelles du Levant. Ah !
pour le coup , mon pauvre André , qu'allair
devenir ta Bathilde !
FRANÇAIS. #7
Le Barbarefque , après nous avoir embarquées
, ne penfait plus à nous. Il était
occupé de la manoeuvre du navire ; nous
n'étions pour lui qu'un troupeau ; mais au
Caire un Sérail nous attendait ; un maudit
vent nous y pouffait à pleines voiles . C'en
était fait de moi , fi une galere de Malte
n'avait pas attaqué le navire Africain , &
ne l'avait pas enlevé . Nous étions quinze
dont la plus vieille n'avait gueres plus de
vingt ans . Vous penfez quelle fut la joie
des Chevaliers Français d'avoir, d'un feul
coup de filet , fait fur les Infideles 'une fi
bonne prife,
Je ne vous dirai pas quel fut le fort de
mes compagnes , les unes Circaffiennes ,
les autres Géorgiennes , quelques - unes
Européennes , toutes affez jolies pour ten
ter leurs libérateurs . Pour moi , je tombai
en partage à un Chevalier de Lancy , le
plus beau , & , je crois , le plus aimable
des Maltais .
La galere fir route vers le port de Mar
feille ; & durant le voyage, furveillée avec
foin par mon dangereux Chevalier , je lui
contai mes aventures. Je lui dis comment
júlques là mon bon Ange m'avait gardée.
Qui le fait mieux que moi , dit il en
fouriant C'eft moi - même qui fuis cer
Ange tutélaire ,. & qui me rends vifible
pour obtenir le prix de tout ce que j'ai
fait pour vous. Je répondis que mon bon
-
MERCURE
Ange avait été jufques- là défintéreflé , &
que j'efpérais bien qu'il le ferait toujours.
Mais en lui racontant le malheur du
jeune Sophi , il avait vu mes yeux attendris
& mouillés de larmes ; & lorfqu'il
m'avait fait entendre qu'il n'y avait pour
cet aimable Prince aucun efpoir de délivrance
, il m'avait en endu pouffer un long
& douloureux foupir. Il prit donc cette
marque de fenfibilité pour une marque de
faiblefe ; & il voulut en tirer avantage.
Parlons vrai , me dit- il : fi le jeune Sophi
avait été Chrétien , vous l'auriez aimé
n'eft - ce pas ? S'il eût été Chrétien , lur
dis - je , il m'aurait époufée ; & j'aurais
aimé mon mari. Vous époufer , dit- il, cela
m'eft impoffible : cette petite croix me le
défend. Mais pour vous aimer , je m'y engage
, & promets de m'en acquitter au
moins auffi bien qu'un Sophi.
Monfieur le Chevalier , lui dis- je , oferais
je vous demander de qui font les cheveux
que je vois enfermés dans le joli coeur
de cristal qui pend fur votre fein , à ce
ruban couleur de rofe. ( Je dois vous dire
que fur la mer la chaleur était exceffive ,
& que Monfieur le Chevalier , pour refpirer
plus à fon aile , était négligemment
vêtu. )
Vous me demandez là , me dit - il , un
fecret qu'il ne m'eft pas permis de révéler
Je crois le deviner , lui dis- je . Ces cheveux
FRANÇAIS
font un gage d'amour & de fidélité ; &
vraisemblablement vous en avez laiffé un
pareil en échange. Cela eft vrai , répondit
ilen rougiffant. -Eh bien ! Monfieur le
Chevalier , regardez - moi , & voyez fi je
vaux la peine que vous foyez infidele &
parjure à celle dont le coeur fe repofe fur
votre foi. Le Chevalier baiffa les yeux.
Dans les lectures de mon enfance , rien
ne m'a plus intéreffé , ajoutai - je , que
'Hiftoire de Malte ; & dans le caractere
de les Chevaliers , j'ai cru voir autant de
générofité que de franchiſe & de valeur.
Soyez , comme eux , auffi loyal que vous
êtes aimable : je vous devrai mon inno
cence ; ne m'enviez pas ce bienfait. A l'é
gard de ma liberté que je vous dois auffi ,
mais qui ne m'eft pas auffi chere , difpofez
-en , je le veux bien , & faires - en l'hommage
à celle à qui la vôtre eft engagée. Je
confens à ce que ma vie foit employée à
la fervir. Vous lui direz : F'ai délivré cette
fille de l'esclavage ; j'ai refpecté en elle
fon honnêteté , fon malheur ; mais elle
croit devoir me confacrer fa vie en échange
de mes bienfaits ; & comme elle ne peut
être à moi, j'ai voulu qu'elle fûr à vous.
N'est-il pas vrai , Monfieur le Chevalier
que ce fera faire , des droits que vous avez
fur moi , l'ufage le plus noble & en même
semps le plus doux ?
Il fut charmé de ce confeil ; & àutant
20 MERCURE
es
je l'avais vu auparavant troublé , interdit
& confus , autant je le: vis calme & content
de lui - même. Cela m'apprit qu'un
coeur honnêtern'eft jamais à fon aife avec
aine penſée ou un défir qui ne l'eft pas.
Non , dit le jeune Batelier , une mauvaife
intention eſt dans l'ame comme une épine
dans le doigt on y a la fievre jufqu'à ce
qu'elle en forte.
Nous arrivâmes à Marſeille ', & de - là
bientôt à Paris. Une lettre m'y avait déjà
précédée , & recommandée à la Comtelle
de M*** la plus jolie des veuves
7
fur la foi du Chevalier, je fus reçue avec
bonté. Mais à Paris je ne fohgeai qu'au
voifinage de Befons ; & je fis fi bien qu'un
beau jour je perfuadai à ma Maîtreffe
d'aller, avec fon Chevalier, nous promener
fur ce borde de la Seine , que For difait
charmant. J'y trouvai mon André : Le
voilà , dis je en le voyant , celui que le
Ciel me deftine . It eft fidele au rendezvous
qu'il m'a donné lui - même fur le
marché d'Alep. A l'inftant j'apperçus mon
pere. Ah ! ce fur- là que ma tête , mes fens ,
mon ame , tout fe perdit : André lui-même
fut oublié. Je ne vis que mon pere ; je
m'évanouis dans fes bras ; & lorfque je
rouvris les yeux , je le vis à genoux ; arrofant
mon fein de fes larmes. C'était cette
douce rofée qui venait de me ranimer.
André , comme vous croyez bien , ne fe
9
*
FRANÇA I S.
I
!
ук
à
poffedait pas de joie. Eh bien ! s'écriait
it en bondiffant , eh bien ! vous l'avais-je
promis ? La voilà ! Oui , lui dis- je , la
voilà telle que le Ciel la fit naître , & relle
qu'elle était dans les bras de fon pere au
moment qu'il lui fut ravi. J'ai couru des
périls , mais fans tache & fans honte ; &
le Ciel m'eft témoin , lui qui m'en a fauvée
, que j'y aurais laiffé la vie s'il m'eût
fallu yi laiter l'honneur.last2 4
Le Chevalier & ma Maîtreffe croyaient
rêver , ils ne concevaient rien à tout cela.
Mais quand nous fumes un peu remis d'une
premiere émotion , nous leur contâmes ,
peu près, ce que vous avez eu , Mesdames,
la bonté de vouloir entendre ; & ils virent
bien qu'avec l'aide de mon bon Ange , j'avais
dû retrouver dans la cabane de Befons
mon pere & mon fidele André. Celui- ci
prit la liberté de leur offrir une matelote.
Nous foupâmes enfemble. Notre bonheur
femblait les rendre auffi heureux que nous ;
& dès ce moment , mon aimable & généreux
Libérateur me rendit à mon pere pour
difpofer de moi . Mais je voulus remmener
ma Maîtreffe ; & ce ne fut que le lender
main que je revins à la cabane . J'y trou
vai mon André brûlant d'amour . Je fuis
moins vive ; mais ma reconnaiffance ne le
fit pas languir. Il aurait animé le marbre ;
& vous pouvez croire , Mefdames , que je
n'avais le coeur ni affez froid ni affez dur
22 MERCURE
10
pour refter infenfible & glacé près du fien.
La Comteffe & le Chevalier voulurent
bien affifter à ina noce. L'un , pour prix
de ma délivrance , exigea que la fête en
fût célébrée à fes frais ; & l'autre eut la
bonté de faire mon troulleau , que j'ai confervé
pour ma fille.
Ils auraient voulu que mon pere redemandât
fest biens dans le Royaume de Kafan.
Mais la valeur de ces biens - là tient
aux hommes qui les cultivent ; & où retrouver
ceux que nous y avions laiffés ?
D'ailleurs André fe croyait affez riche avec
fa barque & fes filets ; mon pere trouvait
comme lui qu'il ne nous manquait rien ;
je penfais tout de même : nous ne voulûmes
plus tenter les caprices de la Fortune ;
& contens du repos obfcur qu'elle nous
accordait , nous ne défirâmes plus rien.
Le bon Lucas , qui s'était repris d'amitié
pour fon neveu , fui a laiffé fon bien en
mourant. Nous n'y touchons pas : ce ferà
la dot de nos filles , & la reffource de ceux
de nos enfans qui pourraient en avoir befoin.
Vous comptez donc en avoir un grand
nombre , leur demanda Sophie ? Oui, tant
que Dieu voudra , reprit André : nous
fommes difpofés , Bathilde & moi , à lui
obéir. Sa providence a eu foin de nous ,
elle aura foin de nos enfans..
Eh bien ! Mefdames , avais -je tort , demandai-
je à més deux coinpagnes , en vous
FRANÇA IS . 23
difant que fous cet humble toit le bonheur
pouvait habiter ? Oui , dirent - elles , affurément
, c'eſt - là du bonheur , fi jamais il
en fut. Mais ce qui nous étonne le plus ,
de leurs aventures paffées & de leur fituation
préfente , c'eft qu'ils n'en foient pas
étonnés. -Comment le feraient-ils n'ontils
pas vu , leur dis - je , ces événemens le
lier naturellement l'un à l'autre Kien
n'eft furprenant dans la vie que les caufes
& les effets dont les rappores , trop éloignés
, nous dérobent l'enchaînement ; &
tout au monde paraîtrait Gmple , fi l'on
voyait tout nettement , fucceffivement , &
de près.
Par M. MARMONTEL .
FIN.
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
Le mot de la Charade eft Trident , celui
de l'Enigme eft les Dents , celui du Logogriphe
et Marronier, où l'on trouve Orme,
Manoir, Mare, Arno ( riviere ) , Ane, Air,
Manie, Mai, Arme, Marne ( riviere ), Mi ,
Ré , Moi , Man , Rime , Miroir , Mari ,
Marine, Ame, Mine, Oie, Mer, Remi, Ami̟,
Noé, Maire, Roj, Rome, Or.
24 MERCURE
CHA RAD E.
DANS ANS la carriere de l'honneur
Fuffiez-vous parvenus jufques à ma premiere ,.
Intrépides Guerriers , malgré votre valeur ,
Hélas ! fouvent mon tout vous mit dans ma der-
( ༧༣ niere.
É N I G ME.
SEEUULLEE ou jumelle , mon partage
Eft d'être utile également.
D'une Coquette à beau plumage
Je fais par-tout l'amuſement .
Pour le Petit - Maître volage
Je ne fuis qu'un joujou d'enfant.
Alors mon nom mon entourage
Ont fubi quelque changement.
>
Pour un Savant & pour un Sage ,
Mon rôle devient important.
Jumelle , au milieu du vifage
On me place honorablement.
Seule..... Eh ! finis ton verbiage
Si tu babillais davantage ,
Adieu l'énigme & le déguifement. こ
317
LOGOGRIPHE .
FRANÇAIS. 25
# LOGO GRIPHE,
POUR OUR te chanter , belle Thémire ,
Il faut le langage des Dieux ,
Ainfi je n'y pourrais fuffire .
Mais en ôtant mon chef , je préfente à tes yeux
Ce que l'on met en parallele
Avec ton éclar , ta fraîcheur .
Coupes une autre tête , à ton Amant fidele
Dis enfin le mot enchanteur
Que par cette métamorphofe
J'ai pu te faire découvrir ;
Alors ne crains rien autre chofe ,
Sinon qu'il meure de plaifir.
Après ce joli mot , j'aimerais à me taire ;
Mais fi le jeu te plaît , en le décapitant ,
D'en trouver encer un cft chofe aifée à faire ;
J'offre dans les deux pieds du petit mot reftant
Ce que Fon met au lieu de foi ,
Et qu'on doit oublier lorfqu'on eft près de toi.
( Par une Abonnée. >
No. 27.7 Juillet 1798, B
26 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
> MÉMOIRES du Comte de Maurepas
Minifire de la Marine, & c. &c. Troifieme-
Edition , avec onze Caricatures du temps,
gravées en taille - douce. 3 Volum . in-8°.
Prix , to liv. br. & 11 liv . 1o f. francs de
port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon,
Impr- Libr. rue Haute - feuille , N. 10 ;
& à Lyon , chez les Freres Bruyfet , rue
Saint- Dominique.
TROISIEME EXTRAIT.
>
LES Editeurs ont joint, à ces Mémoires
des Notes de M. Soulavie , qui font fort
loin d'ajouter quelque prix à l'Ouvrage . Ce
ne ferait pas la peine d'en dire davantage,
fi l'Auteur de ces Notes n'y montrait pas
autant de prétention que d'infuffifance
& fi , en parlant avec un ton magiſtral de
tout ce qu'il n'entend pas , il n'appelait
fur lui la févérité de la critique , qui doit
remettre chaque chofe à fa place . On lui a
déjà reproché univerfellement d'avoir prêté
au Maréchal de Richelieu , dans la rédaction
de fes Mémoires , un langage révolutionnaire
qui fonne le contrafte le plus
étrange avec le caractere & le tour d'eſprit
FRANÇAIS.
2.7
+
fi connu de ce doyen des Courtifans Def
potes. Le mauvais fuccès de cette bigarrure
grotefque aurait dû corriger M. Soulavie
, & l'avertir de fe borner à remplir
de fon mieux les fonctions d'Editeur & de
Compilateur , ce qui même était déjà plus
qu'il ne pouvait faire ; car fi ce travail
n'exige pas de talent , il demande au moins
des connaiffances , de la méthode & au
que. habitude d'écrire ; il demande qu'on
fache au moins un peu de français , & M.
Soulavie ne fait pas du tout fa Langue &
la parle très mal. Mais qu'importe ? on
veut faire le Philofophe , le Légiflateur , le
Savant à quelque prix que ce fait , &Ton
fait des phrafes & puis des phrafes , qui
'n'ont pas de fens , & Pen accumule les
erreurs & les bévues & les felicifens , &
P'on nous annonce encore faftucuftmenit
un Ouvrage fur le progrès des Lettres fous
le regne de Louis XV. Il faut voir comment
M. Soulavie ef en état de faire un
pareil Ouvrage.
M. Soulavie , qui était auparavant M.
1'Abbé Soulavie , s'étend particuliérement
fur le Clergé , & en revient encore à nous ,
prouver que c'eft l'ignorance qui l'a perdu .
On a déjà réfuté ( 1 ) cette fauffeté notoire
pour tout homme un peu inftruit , & puif-
( i ) Dans l'Extrait des Mémoires de Maffillon ,
Mercure du 2 Juin .
B 2
28 MERCURE
qu'il la répete , j'ajouterai que MM . l'ancien
Evêque d'Autun, l'Archevêque d'Aix,
l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque de
Rhodes , l'Abbé de Montefquiou , & bien
d'autres ont peut-être un peu plus d'efprit
de favoir que M. l'Abbé Soulavie lui même,
quoiqu'il lui foit très- permis de ne pas s'en
douter.
"
و د
و د »LePereleTellier,profondJefuite,
voulait, pour faire régner fa Compagnie,
plonger le reste du Clergé dans l'igno-
» rance ". Pas un mot de vrai . Le Tellier
n'était pas du tout profond , fi ce n'eſt en
friponnerie ; c'était le brouillon le plus emporté
, le plus hardi fauffaire , & le plus
effronté coquin qui fe foit trouvé de Caen
Vire. Ce n'était point par l'ignorance du
Clergé qu'il voulait faire régner fa Compagnie
; c'était par l'intrigue , par l'afcendant
de la Cour de Rome fur un Roi dévot ,
par l'importance donnée à une prétendue
héréfie de la façon des Jéfuites , par l'imputation
banale de Janfénifme , qui fervait
à écarter quiconque ne voulait pas du joug
Ultramontain , & par conféquent Jéfuitique
, & défendait les libertés Gallicanes .
Ces mêmes querelles , qui d'ailleurs firent
tant de mal , loin de plonger dans l'ignorance
, aiguiferent les efprits & entretinrent
un germe d'indépendance qui peu à peu
s'étendit plus loin que les controverfes . Les
écrits des bons Janfénittes prouvent qu'ils
FRANÇAIS.
29
n'étaient pas moins ennemis du Gouvernement
abfolu que de l'infaillibilité Roinaine
, & on le favait fi bien , que c'était
fous ce point de vue qu'on les rendait
odieux à Louis XIV & à Louis XV. M.
Soulavie a - t-il lu , par hafard, l'Infiitution
d'un Prince , par Duguet ? il y trouvera
trente Décrets de l'Allemblée conftituante.
Mais quand on a palle fa vie à compulfer
d'innombrables Manufcrits Ministériels
remplis de petits faits & de grandes inutilités
, pour en faire des Extraits informes
& volumineux , a-t- on le temps de lire les
bons Livres ? Quand on s'occupe à rédiger
& à imprimer ce qu'ont penfé les autres ,
a-t-on le temps de s'inftruire & de s'accoutumer
à penfer ?
Il fait grand bruit de l'influence des Sulpiciens
& des Lazariftes , gens de l'autre
monde depuis quarante ans. Il ne fait pas
que le Regne des cheveux plats & des grands
chapeaux , commencé fous Fleury , a fini
avec Boyer l'imbécille ; qu'à dater de l'Evêque
d'Orléans , on éloignait le bigotiſme
comme dangereux , & qu'on préférait les
prits doux & concilians , tous ceux qui .
n'avaient point d'affiche ; qu'on craignait
tellement le bruit dent on était las , qu'il
valait mieux être un peu libertin que trop
rigorifte ; qu'à cette même époque la Philofophie
s'était déjà gliffée jufques fous le
Rochet & la Barette , & que l'Archevêque
B3
30
MERCURE
de Vienne , Pompignan , s'en plaignit amérement
dans une Affemblée du Clergé ,
criant que la moderne Philofophie avait infecté
même le Sanctuaire , déclamation qui
fut très - nal accueillie ; qu'en un mot ,
c'était l'efprit du monde , des affaires . &
de la Cour , qui , de nos jours , dominait
dans le Clergé , & nullement celui des Sulpiciens
& des Lazariftes . M. Soulavie a
beau avoir été Abbé , il a befoin d'apprendre
fen Hiftoire de l'Eglife , & il eft honteux
qu'un profane foit obligé de la lui
enfeigner.
Il prétend que ce même Pompignan dont
je viens de parler , fe repentit d'avoir influé
fur le nouvel ordre de chofes. Il n'y
influa pas ; il le fuivit un moment avec
circonfpection ; il n'appercevait pas jufqu'où
ce nouvel ordre irait , & le grand âge
avait affaibli fon fanatifme .
و ر
» Le Clergé dut fa grandeur primitive à
les vertus & à fes lumieres «<.
C'eft confondre le Clergé avec ce qu'on
appelle la primitive Eglife, celle des quatre
premiers fecles , qui n'était point proprement
un Clergé. Elle n'avait alors ni puiffance
, ni richeffe , ni crédit ; & c'eft alors
qu'elle fut refpectable . Quand Conſtantin
Peut mife fur le Trône , l'ambition , la
fureur de dominer la corrompit , & les
circonftances la ferviren:. Ce que M. SouFRANÇAIS.
lavie appelle la grandeur primitive du Clergé, •
& ce que j'appelle fa domination , fut
l'ouvrage non pas de fes lumieres & de
fes vertus , mais de l'ignorance univerfelle ,
fuite de l'invafion des Barbares . Les Prêtres
feuls favaient lire ; il leur fut aifé de
tout rappeler au Regne fpirituel , chez des
Peuples abrutis & fuperftitieux . Voilà ce
que tout le monde fait , ce que tout le
monde a dit , & ce que M. Soulavie feul
paraît ignorer.
» Le Clergé , dans fa décrépitude ; laiffe
» à peine à nous Hiftoriens & à la Poftérité
, quelques perfonnages dignes de fes
regards ; M. de Pompignan ...
M. de
Bernis , à Rome , font ceux que nous
ofons citer ".
"
و ر
"
Je ne fais pas trop comment M. Soulavie
eft un Hiftorien ; je ne lui confeille
pas même d'ellayer de l'être. M. de Pompignan
n'eft nullement un perfonnage digne
des regards de la Poftérité : c'était un affez
bon homme , Théologien & Prédicateur de
fon métier , & rien de plus.
"
و د »M.deBernis,avecdelaprobité,des
qualités , des talens & des Ouvrages de
" tous les temps , n'a peut- être pas la force
de quitter des reftes d'opinions & un féjour
de délices pour venir terminer fa
carriere en Patriote ".
ود
M. de Bernis a montré en effet de la
32 MERCURE
probité , des qualités , des talens agréables .
Il n'y a pas dans tout cela de quoi occu
per beaucoup la Poftérité. Ce qui pourrait
marquer le plus auprès d'elle , c'eft le
Traité d'alliance avec l'Autriche ; mais la
Poftérité laura comme nous que ce ne fut
point fon ouvrage , & ce n'eſt pas tant pis
pour lui ; il ne fit gueres que le figner'; cétaient
Mad. de Pompadour & M. de Starem
berg, & fur-tout Kaunitz qui avaient tout
fait. M. de Bernis n'a eu d'extraordinaire
que fa grande fortune ; & nous favons
quelle en fut l'origine. Il a fait quelques
jolis vers & beaucoup de médiocres ; ce
ne font-là ni des ouvrages , ni des talens de
tous les temps. Je ne lais ce que c'eſt que
des reftes d'opinions ; car je ne connais pas
les fiennes , qu'apparemment M. Sculavie
connaît mieux que moi ; mais je fais qu'il
eft tour naturel qu'à l'âge de M. de Bernis
on ne change point d'opinion , quelle
qu'elle foit , & qu'on refte où l'on fe
trouve bien ; & certainement M. de Bernis
ne pourrait pas être à Paris auffi bien
qu'à Rome , quoique Rome ne foit pas
plus un féjour de délices que Paris .
93
"
bafoué en
Le Presbytérianifme
» France , méprité
du haut Clergé , éloigné
des anciennes
Affemblées
de l'Eglife
Gallicane , privé de tout avancement
» exilé , emprisonné
par fes Supérieurs
dans fes fautes réelles ou prétextées
, a
FRANÇAIS.
" fait dans l'état eccléfiaftique une révólu-
» tion égale & parallele avec celle que la
Bourgeoifie Françaiſe a faite relativement
و ر
"» à la Nobleſſe «.
Il y a là beaucoup d'idées confules &
erronées. D'abord le Presbytérianifme , qui
ne peut fignifier parmi nous que le Janférilime
, n'a été bafoué en France , que
dans le temps de la folie des convulfions ,
qui lui a porté un coup mortel . Julqueslà
l'opinion publique était pour lui : il ré̟-
fifta même à la prépondérance de Louis
XIV , qui s'étendait d'ailleurs jufques fur
les efprits. Cette Secte eut long- temps de
grands avantages ; elle les devait au mérite
éminent de les Chefs, à la perfécution ' toujours
odieufe , à des principes de liberté' ,
toujours chers aux hommes , & qui ne cedent
qu'à l'intérêt perfonnel ; elle avalt
raifon pour le fond ; fon feul tort était de
mettre trop d'importance à des controver
fes d'Ecole ; mais c'était alors le tort de
tout le monde. Ee vint à bout , même
dans fa décadence , d'abattre fes ennemis
lés Jéfuites qui l'avaient long-temps foulée
aux pieds ; elle fut redevable de cette victoire
aux Parlemens , qui faifaient , caufe
commune avec elle , & à qui la faibleffe
du Miniftere avait rendu de l'influence ;
aux fautes des Jéfuites , qui s'étaient fait
craindre. & détefter par- tout ;, & plus particuliérement
encore au caractere décidé
34 MERCURE
du Duc de Choifeal , qui , choqué de la
réponſe arrogante du Pape , Sint ut fent
aut non fint détermina enfin Louis XV
dont la pufillanimité réfolue cherchait
encore des accommodemens , à livrer aux
Magiftrats cette Milice Ultramontaine , dont
le Chef avait ofé dicter au Pape cette réponſe
imprudente qui n'était ni de notre
fiecle ni de la politique Romaine. Sans le
Duc de Choifeu!, qui avait une maniere
de penfer philofophique , quoiqu'il n'aimât
pas les Philofophes , le Roi n'eût jamais
retiré la main puiffante qui foutenait
encore les Jéfuites , & qui arrétait les Parlemens
.
Les Janféniftes tomberent auffi & devaient
tomber avec les Jéfuites , les premiers
n'avaient plus d'exiftence que celle
que leur confervait la haine qu'on portait
aux Jéfuites ; & depuis la deftruction de
ceux - ci , on ne parla plus de leurs adverfaires.
Ce n'eft donc pas l'efprit Presbytérien
ni Janfénifte qui a détruit le Clergé , c'est
avant tout l'indifférence philofophique qui
apprit à ne plus le confidérer que fous les
rapports du Gouvernement , & ces rapports
le montraient évidemment comme
une corporation anti-politique , comme un
des arcs- boutans du Defp tifine , comme
tellement redoutable qu'il pouvait touFRANÇA
I S. 35
jours renaître de fes débris , s'il n'était en--
tiérement anéanti ; ce fut enfuite l'opportunité
de faire de fes dépouilles une reffource
immenfe pour la Nation , & la
ruine entiere de ce Corps était liée intimement
au plan de Mirabeau pour les Affignats
: c'eft lui qui porra ces deux grands
coups à la fois.
M. Soulavie a confondu la Révolution
dont les fuites devaient entraîner la chute
du Clergé , avec la conftitution civile de
ce même Clergé , c'eft ici feulement qu'il
s'eft mêlé un refte de Janfénifme. Des hommes
nourris dans l'attachement aux opinions
religieufes , inféparable de leur Secte ,
crurent qu'il fallait un Clergé conftitution
nel , & vinrent à bout de l'établir , parce
qu'on avait befoin de la partie inférieure
du Clergé, qui , toujours opprimée , s'était
rangée du côté de la Révolution : ils l'établirent
du moins fur les baſes d'égalité
& de liberté , conformément aux principes
que les Janféniftes avaient toujours
profefles. Voilà toute la part qu'ils ont eue
dans ce qui concerne le Clergé. Ont- ils
bien fait c'eft ce qu'il ferait fuperflu
d'examiner ici , & ce que le temps décidera.
( L'efpace qu'il a fallu laiffer pour le
Conte , nous force de renvoyer au prochain
Nº. la fin de cet Article . )
36 MERCURE
FRANÇAIS
.
ANNONCES ET NOTICES.
BANQUE MUNICIPALE , néceffaire à toutes les
villes de commerce de la France , portant fuppreffion
de toutes les impofitions & liquidations de
la Dette citoyenne ( 1 ) de chaque Municipalité : dédiée
à l'honorable Corps Municipal de la très- ancienne
, très-illuftre & très- célebre ville de Marfeille
. Par M. Roch -Antoine de Peliffery ; in-4°,
Prix , 5 liv. br . A Paris , chez Gattey , Libr .
au Palais - Royal , Nº . 14.
COLLECTION des Opinions de M. Malouet
3 Volumes in- 8 ° . Prix , 9 liv. br. Même adreſſe
que ci-deffus.
DE L'AUTORITÉ DE RABELAIs dans la Révolution
préfente & dans la Conftitution civile
du Clergé , ou Inftitutions Royales , Politiques
& Ecclefiaftiques , tirées de Gargantua & de Pan--
tagruel .
Solventur rifu tabula. HOR.
En Utopic , de l'Imprimerie de l'Abbaye de Théfeme
; in-8 . Prix , 30 fols br. Même adreffe.
( 1 ) Il fallait , de la Dette civique i
ANGELINA
TABLE.
Mémoires.
Les Bateliers de Befons. 4 Annonces & Notices .
Charade , En . Log. 24
26
36
MERCURE
XU 731
FRANÇAIS.
SAMEDI 14 JUILLET 1792 .
PIECES FUGITIVES.
I
CHAN SON
L faut donc que ma voix la chante
Sans placer fon nom dans mes vers !
On voudrait à tout l'Univers
Se vanter d'une telle Amante.
Mais les yeux lifent dans les miens
Un bonheur qu'elle fent de même :
C'eft pour moi le premier des biens,
Qu'elle fache combien je l'aime.
QUE je peindrais avec ivreffe
Tant d'attraits cachés au grand jour
Un des ouvrages de l'Amour ,
C'eft le portrait d'une Maîtreffend
No. 28. 14 Juillet 1792. G
MERCURE
Mais l'éclat fait trop de jaloux
La louane eft trop indifcrete s
Amour , tes tréfors les plus doux
Sont le filence & la retraite.
A
Le premier , j'ai fait à fon ame
Connaître le befoin d'aimer ;
Elle craignait de s'enflammer
Avant d'avoir connu ma flamre..
O ! comment , comment exprimer
Ce bonheur unique & fuprême !
On fait comme elle peut charmer;
Et moi feul je fais comme elle ai ne.
Explication de la Charade , de l'Enigme
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Cimeterre, celui
de l'Enigme eft Lunette ; celui du Logogriphe
eft Profe , où l'on trouve Rofe , Ofe,
Se ( pronom perfonnel ) .
CHARADE.
UN baudet porte mon prémier ;
Mon fecond porte mon entier.
FRANÇAIS. 39
É N I G M. E.
Si l'on en croit certains Auteurs ,
A l'Amour je dois ma naiffance ;
En tout cas fur ce point avec de grands Seigneurs
J'aurais beaucoup de reffemblance.
Cela fe pourrait bien ; car plus d'un connaiſſeur ,
Au même inftant qu'il me regarde ,
Sans croire attaquer mon honncur
Déclare que je fuis bâtarde.
LOGO GRIPHE.
JE marche fur fix pieds ; en les décompofant
On trouvera d'abord une grande riviere
Qui défigne un Département ;
Un petit quadrupede '; une riche matiere ;
Au mot colere un terme équivalent ;
Un gros oifeau jamais en cage ,
Dont la bêtife eft le partage ;
Un mortel dont le fort brillant
Eft moins à dérer qu'à plaindre ;
Ce que jamais impunément ,
? Lecteur , on ne devrait enfreindre ,
Ċ 2.
40 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES du Comte de Maurepas ,
Miniftre de la Marine, &c. &c. Troifieme
Edition , avec onze Caricatures du temps,
gravées en taille - douce . 3 Volum: in- °.
Prix , 10 liv . br. & 11 liv. vof. francs de
port par la Pofie. A Paris, chez Buillon,
Impr- Libr. rue Haute -feuille , N° . 20 ;
& à Lyon , chez les Freres Bruylet , rue
Saint- Dominique.
DERNIER
I
EXTRAIT.
DANS une Note fur Voltaire & Rouffend
Mr. Soulavie a faifi du moins une idée.
jufte , mais qui avait déjà été indiquée plus
d'une fois ; que le premier avait fervi à
détruire , & le fecond à édifier. Cela eft
vrai ; mais en s'appropriant une vérité , il
n'en fait pas affez pour l'embraffer & la
développer toute entieré , & dès qu'il l'effaie
, il tombe dans des contradictions & des
mépriſes continuelles. Il avoue , par exemple
, que Voltaire à renversé dans fes Ou
vrages le refpect pour les Rois , les Minif
res , les Grands , le Clergé, & les ParleFRANÇAIS.
41
33
mens ; & il ajoute tout de fuite : Rouffeau
a détruir de même le paffé ; mais
» il eft plus heureux dans fes principes de
» réédification , Nen , Rouffeau n'a pas
détruit de même le paffé : ce que Voltaire
a le plus complétement détruit , c'eſt la
croyance fur la parole des Prêtres , & il
l'a détruite à force de les montrer , fous
toutes les formes , odieux ou ridicules ,
& en tournant en dérifion, de toutes les
manieres les objets de la croyance . Or ,
la crédulité religieufe était le plus formidable
appui du Defpotifme , puifqu'elle
confacrait également les Rois & les Prêtres
, & que ceux ci , parlant au nom de
Dieu , affuraient au Peuple que les Rois
étaient inflitués par Dieu , & n'avaient à
rendre compte qu'à Dieu. Le Sacerdoce était
donc le premier rempart du pouvoir abfolu
, & Voltaire l'a renverfé. Sans ce premier
pas décifif & indifpenfable , on ne
faifait rien. Rouffeau, au contraire, en attaquant
l'intolérance eccléfiaftique , a défendu
de toute fa force le fond de la
croyance ; il l'a défendu par fon éloquence
& par fon exemple ; & c'eft ce qui lui
avait ramené tous les ennemis de la Philofophie
, ravis d'avoir à lui oppoter un
croyant , un dévot tel que Rouffeau. Je
n'examine pas fi dans tout cela Rouleau
était bien conféquent ; on fait que ce n'était
pas-là fon fort.
C 3
42 MERCURE
Il n'eft pas jufte non plus de dire qu'il
fut plus heureux que Voltaire dans fes principes
de réédification ; car Voltaire n'a rien
réédifié, fi ce n'eft la Religion naturelle ,
qu'il oppofait fans ceffe à toute Religion
révélée. Quant au Gouvernement , quor
qu'il n'ait jamais expreffément traité cette
matiere , on voit qu'il avait un affez bon
efprit pour connaître toutes les bafes d'un
Gouvernement légal , & tous les vices d'un
Gouvernement arbitraire , & que fur ce
point les principes étaient , comme tous
ceux des hommes éclairés & juftes , conformés
à notre Déclaration des Droits.
On eft un peu étonné de lire dans cette
même Note de M. Soulavie , que Voltaire ,
dans la luttecontre les préjugés , était étranger
à fon Siecle , totalement hors de fon Siecle.
S'il avait été hors de fon Siecle , il ne lui
aurait pas donné le ton. L'efprit fupérieur
confifte à juger la marche du commun des
efprits , à voir jufqu'où ils peuvent aller ,
& jufqu'où on peut les mener. C'eft ce
queVoltaire entendait à merveille. Le Scepticifme
de Bayle , la liberté de penfer fous
la Régence , & les hardiefes des Lettres
Perfanes , lui firent comprendre que l'on
pouvait tout dire fucceffivement, en fe mettant
à la portée de tous. C'est ce qu'il fit
pendant foixante ans , en gagnant toujours
du terrein , & ce qu'il ferait trop long de
détailler ici : cet examen trouvera fa place
FRANÇAIS. 43
ailleurs (1 ). J'obferverai feulement une
contradiction bien frappante dans M. Sou- .
lavie : dix lignes plus bas , il dit que Vol-.
taire était goûté de la multitude. Concevezy
s'il eft poffible , comment un Ecrivain étran
ger à fon Siecle eft goûté de la multitude. »
» La Cour de France femblait voir de
» loin la puiffance des Ecrits de ces deux
• perfonnages ( Voltaire & Rouleau ) «.
"
Cela n'eft vrai tout au plus que de Voltaire
, que la Cour, en général, a toujours
craint & haï , même dans le temps où il
Y fur appelé & honoré, par la faveur paffagere
que lui accorda Madame de Pompadour.
Je dis tout au plus ; car on calcu
air moins la puiffance de fes Ecrits qu'on
n'était bleffé de fon independance , des
faillies qu'il le permettait , de fa fupério
rité qui éclipfait tout , même dans la Société
, de fa fortune même qui le mettait
au deffus de l'efpece d'aflervillement où le
befoin des graces réduifait la plupart des
Gens de Lettres . A l'égard de l'influence
qu'il exerçait fur l'opinion , & des conféquences
qu'elle pouvait avoir un jour , la
Cour n'en favait pas affez pour voir f
loin ; on n'était gueres frappé que de la
hardieffe du moment, du danger de l'exemple
, de la néceflité de réprimer la liberté
- (1 )·Dans le Cours de Littérature du Lycée
C 4
MERCURE
de penfer ; mais en général , & fauf quelques
exceptions , la Cour & le grand
monde ont toujours cru que l'état des
les
où
ils
vivaient
était
indeftructible
,
&
cette
fécurité
a duré
jufqu'à
la convocation
des
Etats-
Généraux
, qui
a commencé
à faire
un peu
ouvrir
les yeux
. Pour ce qui eft de Rouffeau , fes Ouvrages
politiques , & particuliérement le Conrat
Social, qui eft fon chef- d'oeuvre en ce
genre , étaient faits pour peu de Lecteurs
& n'infpiraient à la Cour aucune alarme.
C'était , fans nulle comparaifon , ce qu'on
avait écrit de plus fort & de plus hardi
fur les principes de l'ordre focial & politique
, & c'eft cela même qui fit que le
Gouvernement n'y prit pas garde. On ne
regardait cette théorie que comme une
fpéculation creufe qui ne pouvait pas avoir
plus de conféquence que l'enthouſiaſme de
Liberté & le mépris de la Royauté, pouffés
fi loin dans les Pieces de Corneille , &
applaudis à la Cour du plus abfolu des
Rois, Louis XIV. Tout cela paraiffait être
d'un autre monde , & fans nul rapport
avec le nôtre. Les gens bien inftruits peuvent
fe fouvenir que quand le Contrat Social
parut , il fit très- peu de fenfation , &
n'attira nullement les regards de ce même
Gouvernement qui fit tant de bruit pour
l'Emile : c'eft que l'Emile , qui avait l'iutérêt
& le charme d'un Roman , fut dé-
整
FRANÇAIS. 45
voré à la premiere lecture . Les Prêtres ,
attaqués dans la Confeffion du Ficaire Sa
voyard , jeterent les hauts cris ; le Parlement
, qui pourfuivait alors les Jéfuites ,
crut de fa politique de ne pas paraître
moins vif que le Clergé fur les intérêts de
la Religion , & le Miniftere laiffa le Parlement
févir contre l'Auteur qui avait eu
l'imprudence de mettre fon nom à la tête
dé l'Ouvrage , & c'était ce qu'on lui reprochait
le plus. La Cour d'ailleurs , & le
Duc de Choifeul tout le premier , fe fouciait
fort peu de la perfonne & des Ecrits
de Rouffeau , pauvre , retiré , fans entours,
fans crédit , & affectait de ne voir en lui
qu'une tête à paradoxes , une espece de
fou qui avait du talent. Les femmes qui
donnaient le ton , & les jeunes gens qui le
recevaient d'elles , n'adoraient dans Rouffeau
que l'Auteur des Lettres pallionnées
de Julie & de St - Preux. Le Philofophe
le Législateur n'était connu que d'un petit
nombre de penfeurs , & il est très- vrai qu'il
fallait la Révolution pour que , fons ce
point de vue , il fût bien apprécié . Il n'a
pas le plus contribué à la faire ; mais nul
n'en a autant profité quand elle a été faite ;
alors il s'eft trouvé le premier Architecte
de l'édifice à bâtir ; alors fes Ouvrages
ont été le Bréviaire à l'ufage de tout le
monde , parce qu'il était plus connu &
finiment plus éloquent que les Ecrivains
43
C.S
"
46 MERCURE
étrangers qui lui avaient fervi de modeles &
de guides. En deux mots , Voltaire (ur tout
a fait la Révolution , parce qu'il a écrit
pour tous : Rouleau fur - tout a fait la
Conftitution , parce qu'il a écrit pour les
genfeurs.
f
M..Soulavie a cru devoir revenir encoré
aux lieux communs rebattus contre les
Académies. J'ai dit ailleurs avec affez de
dérail ce que je penfais à ce fujet , & j'ai
affez témoigné que , pour mon compte
il m'était très-indifférent que les Académies
fuffent confervées ou fupprimées . Mais enmême
temps j'ai diftingué les époques où
l'Académie Françaife , en particulier , avait
mérité lé reproche d'adulation , & j'ai
prouvé que ces époques étaient celles où
le même reproche pouvait s'adreffèr à toute
la France. J'ai prouvé de plus , par des
faits publics & inconteftables , qu'à partir
de la publication de l'Encyclopédie , non
feulement l'Académie Françaiſe n'avait
point montré en général un efprit adula--
teur , mais qu'elle avait , au contraire ,
contribué d'une maniere très-marquée au
progrès de l'efprit public qui commençait
à fe former , de cet efprit philofophique &
libre qui confiftir à rappeler fans ceffe les
droits naturels des Peuples , les principes
du Gouvernement légal , & à infpirer la
haine du pouvoir arbitraire & l'amour de
la liberté , que pendant vingt ans elle fut ,
12
FRANÇAIS.
#
fous ce rapport , contamment en butte
aux invectives de tous les barbouilleurs
rimailleurs , prêchailleurs aux gages de la
Cour & du Clergé ; qu'elle fut pendant
tout ce temps , publiquement notée à Verfailles
comme un foyer de révolte , d'irréli
gion , d'indépendance ; car c'eft ainfi qu'on
appelait alors tout ce qui rendait à com
battre le fanatifme & la tyrannie'; qu'on
employa fouvent contre elle l'arme ein
poifonnée de la délation fecrete ; & s'il
faur aujourd'hui citer des faits que je
croyais trop connus pour les rappeler , je
dirai que le Maréchal de Richelieu & l'Avocat-
Cénéral Seguier la diffamaient habi
tuellement , l'un à la Cour , l'autre au Parfement
; qu'ils empêcherent l'impreffion du
Difcours de Thomas , en réponſe à celu
de l'Archevêque de Touloufe ; qu'ils firent
annuller par Louis XV l'élection du
Traducteur des Georgiques , qu'ils firent
fupprimer par Arrêt du Confeil l'Eloge d
Fénélon ; qu'enfin l'animofité alla fi foin ,
que le Chancelier Maupeou annonça le
projet de difloudre l'Académie. Voilà une
petite partie des faits que je pourrais citer
fur ce période très-remarquable dans l'Hi
toire Littéraire : je défie quiconque lit ou
écrit d'en nier un feul. On peut penfer au
Jourd'hui de l'Académie ce qu'on voudra ,
& en faire ce qu'on jugera à propos , maiss
il ne faut pas la calomnier : il faut rendre
€ 4
MERCURE
>>
juftice & à ce qu'elle a fait,& à ce qu'elle
a fouffert ; & quand M. Soulavie , qui
s'annonce comme très- favant en littérature,
puifqu'il en veut faire l'Hiftoire , ne dit
pas un feul mot de tous ces faits fi conftatés
, quand il fe tait abfolument fur un
état de chofes qui a duré jufqu'à la mort
de Louis XV , j'ai le droit de lui dire que
s'il n'eft pas inftruit de ces faits , c'eſt une
ignorance honteufe , & que s'il les diffimule
, c'eft une lâcheté plus honteufe encore.
Quand il imprime que » Conftantinople
n'a pas d'expreffions Turques plus
viles , plus rampantes , plus heureufes en
» tournures Orientales , que celles qu'il a
recueillies de cet amas étrange de complimens
& de harangues académiques " ;
je lui répondrai d'abord qu'il aurait puj
du moins en fifant ces harangues , apprendre
à parler français un peu mieux
qu'il ne fait que Conftantinople qui a des
expreffions & des expreffions heureufes en
tournures, forme un jargon ridicule ; que les
tournures Orientales , attribuées aux Eloges
académiques , font une autre espece d'ineptie
qui prouve feulement qu'il ne connaît
pas plus le ftyle Oriental que le ftyle
Français que le mauvais goût d'un grand
nombre de ces Eloges , relevé & fenti longtemps
avant qu'il en parlat , n'a rien de
commun avec les tournures Orientales.
Quand il ajoute que l'Académie a perfecFRANCAIS:
49
2
tiqnné la Structure phyfique de la Langue ,
mais qu'elle a dénaturé, avili les moralités
de cette Langue , je lui répondrai qu'à l'exemple
de ces Ecrivains qui , de leur vie
n'ont rien étudié ni rien fu , il entaffe aut
hafard une foule d'expreflions qu'il n'entend
pas ; que fi la ftructure phyfique d'une
Langue pouvait fignifier quelque chofe ,
ce ferait l'alphabet matériel & l'articulation,
& qu'affurément l'Académie n'a rien
perfectionné de tout cela ; que les moralités.
d'une Langue font une expreffion abfolument
inintelligible. Quand il s'avife encore
de joindre à ce ftyle d'un mauvais Ecolier
le ton d'un Maître , de prononcer que le
Cardinal de Retz , Rouleau & Raynak
font les feuls qui fe foient montrés capables
de parler véritablement le langage de la
Liberté, je lui répondrai encore que d'a
bord il affocie très gauchement à Rouffeau
& à Raynal un homme qui n'a rien de
commun avec eux que le talent d'écrire ,
quoique dans un degré fort éloigné d'eux ;
que le langage du Cardinal de Retz n'eft
Point du tout celui de la Liberté , mais.
prefque par-tour celui d'un Politique Machiavélifte
, & quelquefois, mais rarement,
celui de Sallufte ; que c'eft le dernier excès
de la préfomption , fur-tout dans un Auteur
auf inconnu que M. Soulavie , de
rayer, de fon autorité, Fénélon , Maffillon,
La Bruyere, Voltaire, Montefquieu, ThoMERCURE
mas , &c. (fans parler des vivans ) du nombre
des Ecrivains dignes de parler le lang ge
de la Liberté , que cette confiance arrogante
, que des Ecrivains de fa trempe
prennent pour une noble audace & pour
des infpirations de notre nouvelle Liberté,
n'eft autre chofe que le délire de l'ignorance
& de l'amour - propre , & ne peut
infpirer que le mépris & la pitié. Enfin ,
quand il affirme que ces tournures & ces
baffeffes Orientales qui dominent dans nos
Ouvrages ont obligé tout. Orateur de les
conferver dans les Difcours oratoires publiquement
prononcés , je lui dirai nettement
que cela eft faux , de toute faufferé ; que
je le défie notamment de me citer dans les
Eloges de Thomas , & ( puifqu'il ne s'agit
pas ici de talent ) dans les miens , qui font
bien des Difcours oratoires publiquement
prononcés , un feul exemple de ces tournures
& de ces baffeffes Orientales ; & comme
je puis , au contraire , attefter quiconque
les a lus , que ces Ouvrages ne refpirent ,
d'un bout à l'autre , que les fentimens chers
à tout ami de l'Humanité , de la Liberté
& des Loix , j'ai le droit de dire à M. Sou
lavie , en face du Public , qu'il eft un ca-
› lomniateur.
On peut trouver tout fimple qu'un obfcur
& inepte Compilateur , qui n'eft riem
& ne peut jamais être rien dans les Lettres
, les outrage avec certe fareur infenFRANÇAIS.
*
fee; mais on doit trouver auffi très- natureF
& très-jufte que l'honneur des Lettres foit
cher à un homme qui leur a confacré fa
vie , qu'il les honore par fon témoignage
après qu'elles l'ont honoré par l'ufage qu'il
en a fait ; & que , tandis que la voix des
Hommes inftruits & celle de nos Légifla
teurs a foleimellement reconnu les fervices
que les Lettes ont rendus , il ne fouffre
pas qu'elles fotent impunément l'objet des
injures grotheres & des calomnies abfurdes:
de quelques intrus qui s'érigent en litté
rateurs , parce qu'il eft arrivé, par hafard ,.
qu'ils favaient lire au moment de la Ré--
volution.
N. B. On a déjà , dans l'avant-dernier N
annoncé le IV . Volume de ces Mémoires ,
qui paraiffait pendant que l'on rendait
compte des trois premiers , & qui fe vend
féparément. Le Comte de Maurepas s'y
montre beaucoup plus jufte envers leury
qui n'était plus , & encore plus animé
contre la Marquile de Pompadour , qui ré--
• gnait. Il défavoue le Coupler fur le Bouquet
-de Fleurs blanches , & prétend que ce fut
une malice du Maréchal de Richelieu qui
fir le Couplet , le mit fur la cheminée du
Roi , & le répandit dans Paris fous le nom
de Maurepas . Richelieu était en effet trèscapable
de ce tour de Courtifan ; cepen
dant il n'y a aucune preuve du fait que
5.2. MERCURE
"
l'affertion de l'accufateur. Et après tour
qu'importe Quant à la Chanfon , voici
ce qu'en dit le Rédacteur de fes Mémoires,
Salé , fon Secrétaire : Une Chanfon plus
digne de M, de Maurepas , & dont l'Hif
toire adoptera toutes les expreffions , rendait
avec plus de vérité ce qui fe paffait
à la Cour relativement à Madame de
Pompadour. M. de Maurepas ne défavouera
jamais les grandes vérités qu'elle
» renferme ".
"
ور
qu'e
C'est faire entendre affez clairement
' elle eft de lui ; & cependant j'ai ouidire
plufieurs fois à M. d'Argental qu'elle
était de fon frere Pont-de-Veyle ; d'autres
l'ont ouï- dire comme moi ; & ce qui peut
faire croire la chofe vraie , c'eft qu'on ne
l'a dite qu'après la mort de Maurepas &
de Pont-de-Veyle , pour ne compromettre
& ne fâcher perfonne. Au refte , on peut
dire encore , qu'importe la Chanfon eft
affez plaifante , & d'une tournure un
peu plus fine que toutes les Calottes dont
le même Miniftre fe déclare l'Auteur ; mais
il n'y avait que fon Secrétaire qui pût
employer de fi grands mots pour de fi petites
chofes une Chanfon plus digne de
M. de Maurepas ! l'Hiftoire qui en adop
tera toutes les expreffions ! les grandes vé
rités qu'elle renferme !
FRANÇAIS .
Si dans le Beautés choifies
Elle était des plus jolies
On excufe des folies ,
Quand l'objet, eft un bijou , jou , jou , jou
Mais pour fotte créature
Et pour fi plate figure
Exciter tant de murmure ,
Chacun juge le Roi fou , fou , fou , fou.
Je ne crois pas que ce foit - là ni de
grandes vérités , &c. , ni des expreffions à
Tufage de l'Hiftoire. De l'aveu de tous fes
contemporains , Mad . de Pompadour était
fort jolie , & ce n'était pas fur ce point
que le Roi méritait des reproches , tels que
Hiftoire peut les lui faire. Ce qui eft vrai,
c'eft que dire d'une femme qu'elle eft
laide , eſt toujours ce qu'il y a de plus
piquant pour elle , & en cela le but de la
Latire était rempli . Le but de Hiftoire eſt
un peu différent , & c'est ce que n'a pas
fenti le Secrétaire Salé , ni même fon Maître
dont il répétait l'efprit.
La haine de ce Miniftre pour Voltaire
perce particuliérement dans la maniere dont
il parle du moment très court de faveur
très-légere dont ce grand homme jouit à
Verfailles , non pas graces à fes talens
mais graces à la Favorite qui lui voulait
du bien. Maurepas le repréfentè comme
34 MERCURE
tellement ébloui de cette lueur éphémere ,
qu'il penſe déjà au Miniſtere. » M. de Vol-
» taire a , dit- on , une fecrete démangeaiſon
» d'être Miniftre ". Il répete la même chofe
quelques pages après. Ceux qui ont bien
connu Voltaire n'en croiront pas un feul
mot. La vérité eft que , révolté de ce préjugé
fi orgueilleufement abfurde qui mettait
au dernier rang dans la hiérarchie fociale
quiconque n'avait que du génie , &
n'était ni poffeffeur d'un office quelconque,
ni héritier d'un nom , Voltaire aurait voulu
joindre à la confidération perfonnelle que
Popinion attachait aux talens , l'existence.
de convention qu'on attachait aux titres . I
yen avait où il pouvait prétendre , parce
que d'autres Gens de Lettres les avaient
poffédés. Il eût défiré le brevet de Confeiller
d'Etat , qu'avait eu Balzac , dont
Balzac fe mequait , & dont lui - même fe
ferait autli moqué. Il ne voulait pas qu'un
Confeiller du Parlement ou même du Châtelet
, affectât de fe mettre au deffus de lui ,
en difant ce n'eft qu'un Auteur , il connaiffait
la toute-puiffance des fots qui avait tout
arrangé pour eux dans ce monde ( comme-
La fi heureuſement M. de Boufflers ') ,
& il voulait que ces fors viffent en lui non
pas l'Auteur de Zaire & de la Henriade
mais un Confeiller d'Etat ; ce qui , comme
on fait , eft bien autre choſe. Mais quant
au Miniftere , il favait trop fon monde.
FRANÇAIS. 33
pour ignorer que jainais un grand Poëte ne
pouvait, en France, parvenir à une grande
place : l'exclufion était trop formelle : Un
fimple Amateur , un Poete de fociété pou
vait ne défefpérer de rien ; l'Abbé de Berhis
en fut la preuve , & depuis , un faifeur
de petits vers , infiniment au deffous de
l'Abbé de Bernis , Pezai , fur au moment
d'être Miniftre . La ruilón en eft fimple :
is étaient ce qu'on appelait des hommes du
monde , & dès lers fufceptibles de tout ,
mais dès qu'on était formellement hommes
de lettres , on n'était plus homme du monde ,
& dès lors la ligne de démarcation était
tirée ; vous n'étiez plus propre à rien de
confidérable. Voilà nos nceurs ; & qui
pouvait en juger mieux que Voltaire ?
» Nous l'avons envoyé Efpion chez le Roi
» de Pruffe , & parce qu'il a arraché une
feule phrafe , il eftire affez fon ſavoir
» pour fe croire un homme d'Etat. A préfent
, il cherche à plaire à Madame de
Pompadour ; mais le parti de la Reine
& des Jéfuites qui redoutent fes opinions
, eft celui de tout le monde qui
ne peut foutenir les farcafmes ".
"
">
Ce ton d'aigreur & de mépris entraîne
beaucoup d'inconféquence & d'injufficé. Le
terme d'Efpion eft ici très déplacé , fürtout
dans la bouche d'un Miniftre qui devait
être expert en ces matieres , & favoir
que rien n'aurait été plus ' ridicule qu'une
MERCURE
commiffion d'Efpion donnée à un homme
du caractere & de la réputation de Vol
taire. On voit bien ici l'intention de rabaiffer
extrêmement l'efpece de négociation
dont il fut chargé ; elle n'était pourtant
pas fi méprifable , & fur tout le plan était
fort bien adapté à ces deux hommes extraordinaires.
Il s'agilfait , en 1743 , de fa
voir fi le Roi de Pruffe , qui s'était accom
modé avec Marie - Thérefe , moyennant la
ceflion de la Silefie , & avait aban lonné la
France , ferait difpofé à renouer de nouveau
avec cette Puiffance , comme les circonſtances
& fes intérêts pouvaient l'y engager.
La Reine de Hongrie avait repris
le deffus ; la Hollande , l'Angleterre , la
Savoie s'étaient jointes à elle ; nos avions
été battus à Ettingen , & Frédéric ne pous
vait pas trop compter fur cette ceflion
forcée de la Siléfie , à moins que l'Autriche
ne fe trouvât abfolument, hors d'état
de la réclamer par les armes. C'eft dans
ces conjonctures qu'on imagina que Voltaire
faifant un voyage à Berlin , fans aucun
caractere public , & comme pour aller
voir un Roi qui le traitair comme fon
ami , pouvait , dans l'efpece de familiarité
habituelle entre eux & dans la liberté d'un
commerce intime qui ne reffemblait en rien
aux défiances réciproques inféparables de
toute négociation , tirer du, Roi de Pruffe
quelques- unes de ces paroles toujours déFRANÇAIS.
$7
eifives de la part d'un homme tel que Fre
déric , qui ne difait que ce qu'il voulaie
dire. C'est précisément ce qui arriva. Il dit
un jour à Voltaire , que file Miniftere de
France, qui paraiffait Hotter entre la guerre
& la paix , & prêt à entrer en compofition
avec tout le monde , voulait faire une dé
marche décidée en déclarant la guerre à
l'Angleterre , il était prêt , lui , à marcher
en , Bohémé avec cent mille hommes. C'eſt
à cette parole que Voltaire avait arrachée
au Roi de Prule , fuivant l'expreflion du
Comte de Maurepas , & il me femble
qu'elle était affez importante. Elle ne fut
pas vaine ; car fur cette affurance, la guerre
fut déclarée aux Anglais , & Frédéric, avec
qui la France traita de nouveau ,‚ ' entra en
effet dans la Boleme & dans la Moravie. I
áu
} •
Si Voltaire s'était cru pour cela un homme
d'Etat , fans doute il aurait eu tort: il eft
plus que probable que Frédéric devina fans
peine la million fecrete du Poere , & qu'il
he fut pas fâché de lui parler de maniere
à encourager la France à traiter de nou
veau avec lui pour un intérêt commun ;
mais érifin c'était un fervice réel que Voltaire
avait rendu , qu'il était plus que tout
autre à portée de rendre fans compro
mettre la Cour , & s'il n'en fut pas récompeulé
, comme tant d'autres l'ont été
pour avoir fait moins , c'eſt qu'une chan
gement dans le Miniftere & la mort de
58 MERCUREMad.
de Châteauroux , ne permirent pas,
qu'on pensât à lui .
"
A l'égard des talens d'un homme d'Etat,
on voit bien que Maurepas le flatte de les
avoir , parce qu'il eft Miniftre , & croit
Voltaire très ridicule d'y prétendre , parce
qu'il eft Poëte , mais ni le Miniftere ni la
Poésie n'y font rien, Voltaire avait beaucoup
plus d'efprit qu'il n'en faut pour
avoir des lumieres en Adminiftration ; mais
ce qui fait fur-tout l'homme d'Etat , c'eft
le caractere , c'eft la connaiffance réfléchie
non pas de l'homme , mais des hommes ;
celle-ci fait l'Adminiftrateur ; l'autre , le
Philofophe ou le Poëte. Il eft fort douteux
que Voltaire eût pu jamais être homme
d'Erat ; il avait trop d'imagination ; mais
il est sûr que Maurepas ne l'était point
c'était un Courtifan , & rien de plus. Il
reproche à Voltaire de vouloir l'être , Vol
taire n'avait en effet que la grace d'un Cour
tifan , & n'en avait pas la fineffe ; Maure
pas l'avait. Il fait grand bruit des farcafmes
de Voltaire , & il eft très-vrai qu'il ne put
jamais commander à fes faillies & à fon
humeur , & l'on fait trop que ce fut une
plaifanterie un peu amere, qui le perdit à
Berlin ; mais cela même prouve qu'il n'eut
jamais l'ame d'un efclave , même à la Cour,
comme on l'a très mal à propos répété
d'après fes détracteurs. J'aurai peut - être
occafion d'en dire ailleurs davantage fur
FRANÇAIS. 59
ces différens reproches , fi légèrement hafardés
contre un homme qui n'était point
difficile à connaître , mais qui pourtant n'a
pu être bien connu que par ceux qui l'ont
vu de près & fans paflion : il a eu trop de
célébrité & trop d'ennemis pour n'être pas
jugé fouvent par des hommes qui n'étaient
ni inftruits ni équitables.
SPECTACLES.
CEUX qui ont vu , il y a quelques années ,
1 Roi Léa au Théâtre Français , fe rappellent
fans doute avec attendriffement combien la belle
tête de Brizard , combien la fenfibilité de fon
organe & le naturel de fa diction ajoutaient à
Timérêt qu'infpire cette Tragédie fi touchante.
Il était difficile d'efpérer qu'aucun autre Acteur
pût le remplacer dans ce rôle , & cependant
nous venons de voir , au Théâtre Français de la
ru: de Richelieu , M. Monvel , privé d'une partie
de ces avantages , les faire oublier par la
fupérior té de fon talent , & donner à ce rôle
une phyfionomie nouvelle par des moyens plus
eftimables fans doute , & peut-être préférables.
à ces dons extérieurs que la Nature lui a refufés.
Nous ne reviendrons pas fur le fujer de cente
Tragédie , que fon premier fuécès a fuffilamment
fait connaît e ; nous répéterons feulement que de
tous les Ouvrages de M. Ducis , c'eft peut- être
celui qui a le plus fait couler de larmes , & celui
dont le plan a paru le plus fagement conçu . On n'a
point vu fans de vives émotions' un malheureux
+
•
*
to
MERCURE
FRANÇAIS
.
Roi qui a cédé fon Trône & tout ce qu'il poffédait
à fes enfans , chaffé , perfécuté par ces
mêmes enfans , abandonné même par les Sujets ,
expofe la nuit dans des déferts aux fureurs de
la tempête , & moins fenfible à cet excès de
maux qu'à cette monftrueufe ingratitude qui finít
par aliéner fa raifom. Mlle. Defgarins n'a pas
excité moins d'intérêt dans le rôle touchant
d'Elmonde , & elle a été très-bien fecondée par
tous les autres Acteurs . En général , exécutée
avec un grand enfemble , avec un foin qui s'étend
fur toutes les parties acceffoires du Spectacle
, cette Piece a produit au moins autant d'effet
que lorfqu'elle fut donnée pour la premiere fois.
ANNONCES ET NOTICES.
1.
BIBLIOTHEQUE DE L'HOMME PUBLIC , ON
Analyfe raifonrée des principaux Ouvrages Français
& Etrangers fur la Politique en général , la
Législation , les Financés , & c. Par M. Condorcet
& autres Gens de Lettres . 3. Année ; Tomes 1,
II , II & IV ; in- 8º.
On s'abonne pour cet Ouvrage , dont il paraît.
chaque mois un Volume. Prx pour trois mois ,
franc de port , 9 livres ; pour fix mois , 17 liv .;
pour un an 32 livres ; & pour Paris , 8 , 15 &
28 liv. 1o f. A Paris , chez Buiffon , Imp- Lib.
rue Haute -feuille , Nº. 20 .
>
CHANSON
Charade , Enig.
Mémoires.
TABLE.
1
2
73 Spectacles.
38 Notices.
401
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 21 JUILLET 179 2.
PIECES FUGITIVES.
A MONSIEUR ***
DEE Célicour le léger badinage ,
Ses vers charmans font le prix d'un baiſer,
En. vous lifant , je crois que la plus fage
Ferait ferment de n'en point refuſer.
Anacréon , à qui tout rend hommage
A qui fans doute on ne refufa rien ,
En reçut plus d'un à votre âge ,
Qu'il ne paya pas auffi bien .
( Par Mad. de ***, *
N°. 29, 21 Juillet 1798, D
62
MERCURE
Explication
de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe
du MERCURE
dernier.
Le mot de la Charade eft Bateau , celui
de l'Enigme eft Ecriture , celui du Logogriphe
eſt Gloire , où l'on trouve Loire ,
Loir, Or, Ire, Oie, Rɔi, Loi.
i
J'AI
CHAR
AND E.
ON fauche mon premier ;
On rafe mon dernier ;
On chante mon entier..
ÉN I G M E.
י
A1 brillé noblement dans une vafte plaine ,
Où s'agita't ma tête avec fierté ;
1
Mais battue & captive , ai-je lieu d'être vaine ?
A l'homme encor , dans ma légéreté ,
Je fuis cependant nécellaire ,
Et plus d'un fans moi ne dort guere .
Bien des enfans m'admettent dans leurs jeux ;
Je fuis longue , feche & menue ;
FRANÇAIS.
63
ز Pour certains fcélérats mon aſpect cft affreux
Sur moi fouvent mainte fête s'eft vue :
(On n'eft pas difficile aux champs comme à la Cour)
Mon nom fouvent le donne au feu d'unfolamour.
LOGO GRIPHE.
Nous fommes deux foeurs très - gentilles ,
Nous nous prêtons affez aux doux propos d'amour.
Nous écoutons comine des filles ;
Mais nous ne jaſons point ni la nuit ni le jour .
Nous grandiffons beaucoup dans certaines familles.
Eft - ce un grand bien ? Oh ! non , je le dis fans
détour :
L'on nous accable de vérilles ;
4
Mais d'autres en chantant nous ont bien fait leur
cour.
Dans un plus grand détail voulez - vous nous connaître
?
Nous allons à vos yeux décompofer notre être.
Nous vous offrons cet organe enchanteur
Qui des objets meſure la diſtance ,
Qu'Amour ſouvent choifit de préférence ,
Et qu'il remplit d'une douce langueur ;
Certain lieu que renferme une liquide enceinte ;
Un être que la Loi rend cher aux bons Français
Honoré par l'amour, & jamais par la crainte ;
D2
64
MERCURE
Ce que tout Acteur doit favoir ;
Ce que tout homme veut avoir
Un fleuve qui vers Tours va roulant fa belle
onde ,
Et puis dans l'Océan s'abîmer fans retour ;
Une Déefle vagabonde ,"
Long-temps victime de l'Amour ;
Un monument facré de la ſageſſe humaine ;
Un fentiment trop prompt qu'on ſurmonte avec
peine ;
Un tiſſu précieux , mais devenu commun ;
Deux articles reçus en Langue Italienne
Quand on veut ne parler que d'un ;
Certain pronom qu'on nomme réciproque ;
Une herbe dont le goût à manger nous provoque
;
Un terme de refpect lorfque l'on parlé au Roi.
C'est tout pour nous tenir , Lecteur ; écoute - toi.
FRANÇAIS.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ANECDOTES intéressantes & fecretes de la
Cour de Ruffie , tirées de fes Archives ,
avec quelques Anecdotespart
aux
différens Peuples de cet Empire'; publiées
par un Voyageur qui a féjourné treize ans
en Ruffie. A Paris , chez Buillon , Impa
Libraire, rue Haute -feuille, No. 10. Six
Volumes in-12.
CES nouveaux Mémoires fur la Ruffie ,
quoique rédigés fans ordre & fans méthode
, écrits avec trop peu de foin , n'en
font pas moins ce que nous avons eu juſqu'ici
de plus curieux & de plus inſtructif
fur cet immenfe Empire , dont la puillance
devient de jour en jour plus menaçante .
On y trouve un tableau complet de fon
état militaire , l'un des plus formidables de
l'Europe , l'Auteur même , qui eft fort
loin d'écrire en adulateur , & qui démontre
, par une foule de faits décififs , tous
les vices monftrueux des autres parties de
l'Adminiſtration , donne les plus grands
éloges à celle du Militaire , & ne balance
D 3
66
MERCURE
pas à la mettre au premier rang : c'eft
qu'en effet cette partie du Gouvernement
eft celle qui peut s'accommoder le mieux
du Defpotifme , dont elle ſe rapproche par
fa nature. A l'égard de tout le refte , l'Auteur
qui paraît inftruit & impartial , & qui
a vu de les yeux , nous montre déjà raffinée dans tous les gene Cour
de corruption
qui tiennent à la fervitude ambitieufe
, & une Nation encore toute groffiere
& toute barbare ; une ignorance générale
qui produit , dans les chofes les plus
communes , le befoin d'une industrie étrangere
, & donne du prix même à la plus
médiocre ; une fuperftition qui touche encore
à l'abrutiffement ;) un mélange de
franchiſe & de brutalité dans les moeurs
faciales , & en même temps un efprit de
rapine hardie ou fubtile, qui defcend depuis
les premieres places de l'Adminiſtration jal
qu'aux plus petits emplois , la domination
la plus oppreflive unie à la plus vile ab
jection , dans tous les degrés d'autorité ,
l'habitude des châtimens corporels & des
fupplices rigoureux , prefque indiftincte
ment appliqués , dégradant & confondant
tout , même dans les plus hauts rangs , en
-mêmetemps que la facilité de parvenir à tout
par tous les moyens , encouragée par l'exem
ple journalier , fait naître , juſques dans les
dernieres conditions , une ambition féroce
& une cupidité effrénée ; enfin un mépris
FRANÇA I´S.
67
déclaré de toute Loi & de toûte juſtice ,
tout le réduifant , en derniere analyſe , à
être maître ou eſclave.
Telle eft l'idée que donnent de l'intérieu
de ce vafte Empire tous les faits épars ou
réunis dans ces Mémoires : c'eft , pour ain
dire , le revers d'un tableau qui ne nous
a montré jufqu'ici , fous les pinceaux des
Hiftoriens , que la décoration extérieure ,
l'éclat des conquêtes , la pompe de la
Cour , l'appareil des fêtes , & le génie impofant
de Pierre & de Catherine. Il ne faut
ni fe laiffer trop éblouir de cette derniere
peinture , ni la croire trop démentie par
l'autre. Une Cour defpotique , mais éclairée
, & un peuple efclave , mais guerrier
peuvent nourrir dans leur fein tous les
vices , & préparer aux autres peuples de
grands dangers . La fituation géographique
de la Ruffie la rend vraiment redoutable ,
& fa politique vient de la raffermir par les
feuls côtés qui donnent prife fur elle . Elle
a mis les Turcs dans un état d'affaibliffement
& de ftupeur , dont il fera difficile
de les tirer ; ainfi elle eft non feulement
tranquillé da côté de l'Orient , mais par fes
dernieres conquêtes , maîtreffe de fa mer
Noire , elle fe voit une route toujours ouverte
jufqu'à Conftantinople. Elle s'eft réconciliée
avec la Suede, qui la touche par des
frontieres communes en Finlande , & qui
peut balancer fa. Marine dans la Baltiques
D
4
68 MERCURE
mais qui feule eft trop faible pour lui réfifter
long- temps. Elle s'eft liée avec l'Angleterre
, Puiffance la plus à craindre pour
elle par des forces navales , dont la fupériorité
peut épouvanter toutes les provinces
Rufles de cette même Baltique , & détruire
les flottes , les arfenaux , les ports de la
Ruffie. Elle lutte en ce moment contre les
efforts de la Pologne qui veut brifer fes
fers , & qui , fi elle recouvrait fon indépendance
, pourrait , dans l'occafion , donner
la main aux Turcs pour contenir dans de
juftes bornes certe puillance envahiſſante ;
mais les braves Polonais , malgré l'énergie de
leur patriotifme , auront -ils aflez de force
& de moyens pour faire tête feuls à la
Ruffie , fecondée de deux autres Puiffances
co-partageantes , qui étaient naturellement
ennemies , quand cet intérêt de partage les
a rapprochées , & que depuis d'autres in
térêts d'humeur & de moment poullent
de concert à une ; union monstrueufe , qui
n'eft rien moins que le renverfement de cette
balance germanique , ouvrage du Grand
Frédéric
La tyrannie des Defpotes & la liberté
des Peuples fe menacent aujourd'hui l'une
l'autre plus que jamais . La querelle ne
ferait pas longue , & l'iffue n'en ferait pas
doureufe , fi des multitudes pouvaient s'entendre
& s'accorder auffi aifément que des
individus couronnés. Mais n'eft - il pas à
FRANÇA I Š. 69
craindre que ceux- ci n'aillent plus vite &
plus ferme dans leur politique dominatrice ,
que les Peuples dans leur liberté tumultueufe?
Voilà le grand problême à réfoudre ;
il vaut la peine qu'on y penfe ; les déclamateurs
de tréteaux ne le réfoudront pas
avec leurs phraſes ; le patriotifme même
peut n'être pas fuffifant fans la fageffe de
Fefprit public , qui confifte à ce que chacun
n'afpire uniquement qu'à être libre :
fi l'orgueil de dominer en prend la place ,
on perdra tout. L'efprit de liberté a toujours
été invincible ; d'efprit de parti a
toujours mené à l'efclavage.
On a cru ces réflexions plus ' utiles' que
des citations , qu'il ferait trop facile de multiplier
, & qui ne laifferaient que l'embarras
du choix , parmi une foule de traits
la plupart dignes d'être recueillis & retenus .
Il y en a de toute efpece ; la politique ,
les révolutions , les coutumes , les productions
du fol , les aventures des perfonnages
célebres , tout palle en revue ; mais tout eft
pêle-mêle, & ce défordre nuit non feulement
à l'inftruction , mais à l'agrément. Il ferait
bien à fouhaiter que l'Auteur prît la peine
de remédier à cette confufion qui femble
faire d'un livre de fix volumes l'Albam d'un
Voyageur , où l'on a pris note au hafard
de tout ce qui s'eft préfenté à l'oeil ou à
la penfée. Il faudrait que les objets fuflent
claflés par ordre de temps & de matiéres ,
*
DS
70
MERCURE
& que le style , fouvent fort incorrect , fût
revu du moins avec affez de foin pour n'y
pas laiffer de fautes trop choquantes . L'Ouvrage
mérite cette révifion , & une nouvelle
édition faite dans cet efprit , ferait
fûrement placée dans toutes les bibliotheques.
pas
Quoiqu'on ne veuille entrer ici dans
aucun détail critique , on croit pourtant devoir
indiquer un endroit qui doit être fpécialement
retranché ou réfonné : il regarde
Iliftoire de Pierre le Grand, par Voltaire.
L'Auteur affure qu'on en fut très-mécontent
en Ruffie cela fe peut ; on n'en fat
très-content en France , mais probablement
par des raifons très- différentes. Ce n'est pas
ici le lieu d'examiner ce qui manque à cet
Ouvrage , ni pourquoi il eft fi inférieur à
la Vie de Charles XII ; mais voici ce qui
n'eft pas tolérable. On foupçonna en Ruffre
que Voltaire , mu par un intérêtfordide,
» avait exprès tronqué cette Hiftoire , pour
fe réferver le bénéfice qu'il retirerait d'une
feconde édition revue , corrigée & aug-
» mentée «. S'il y eut en effet parmi les
Ruffes des gens affez fots pour croire une
pareille ineptie , l'Auteur ne devait la rapporter
que pour repouffer avec le dernier
mépris une calomnie fi abfurde , empruntée
des mille & un libelles que la haine a
vomis contre un grand homme , mais depuis
long- temps confondue par des preuves ir-
"3
33
33
FRANÇAIS.
récufables , au point qu'on n'ofe plus la
répéter. Il n'eft plus permis aujourd'hui à
un homme un peu inftruit , d'ignorer que
Voltaire n'a jamais rien retiré du débit de
fes Ouvrages ; qu'au moment où l'Hiftoire
de Pierre le Grand parut , il les avait rous
très-gratuitement donnés aux Crammer dont,
ils firent la fortune ; que le comble de l'ab
furdité ferait d'imaginer qu'un homme qui
faifait de les écrits des largeffes fi confidérables
, & qui était riche de plus de cent
mille livres de rente , eût exprès tronqué un
Ouvrage où il attachait de l'importance
fous plus d'un rapport , pour une petite
fpéculation mercantile , qui pouvait à peine
lui rapporter cent louis , & qui eft d'ail
leurs démentie par le fait , puifque dans les
éditions fubféquentes , il ne fit aucun changement
marqué à cette Hiftoire de Pierre
le Grand. Tout ce qui réfulte de ce paffage
, c'eft la malheureuſe facilité qu'eur
toujours la calomnie à fe propager , à fe
perpétuer , même long- temps après que la
vérité s'est fait entendre par-tout ; c'eſt le
plus grand encouragement pour la méchan
ceté , qui pourtant n'en a pas befoin-
D G
72 MERCURE
VARIÉTÉ.
QUICONQUE S'honore d'être homme , doit
s'empreffer de faire connaître un monument
unique des efforts dont l'humanité eft capable
telle eft la dépofition fuivante , écrite
chez un Juge du Tribunal de Police , par
Jean Maffieu , fourd & muet de naiffance .
âgé de 19 ans , à qui l'on venait de voler
un porte- feuille dans fa poche .
ود
و د
» Je fuis fourd & muet : j'étais regardant
le Soleil du Saint Sacrement , dans
une grande rue , avec tous les autres
» Sourds-Muets . Cet homme m'a vu : il a
» vu un petit porte - feuille rouge dans la
poche droite de mon habit. Il s'approche
» doucement de moi : il prend ce portefeuille.
Mon hanche m'avertit je me
» tourne vivement vers cet homme qui a
peur. Il jette ce porte - feuille fur la
jambe d'un autre homine qui le ramatfe
& me le rend. Je prends l'homme voleur
» par fa vefte ; je le retiens fortement . Il
» devient pâle , blême & tremblant. Je fais
figne à un Soldat de venir : je montre
» le porte- feuille au Soldat en lui faifant
figne que cet homme a volé mon porte-
» feuille. Le Soldat prend l'homme voleur
"
ود
23
"
ود
FRANÇAI S. 73
:
» & le mene ici . Je l'ai fuivi . Je vous de-
» mande de nous juger. Je jure Dieu qu'il
».m'a volé ce porte feuille lui n'ofera
» pas jurer Dieu . Je vous prie de ne pas
" ordonner de le décapiter : il n'a pas
tué ; mais feulement dites qu'on le falle
, כ
" ramer « .
Obfervez qu'il n'y a dans ce morceau ,
écrit fur le champ , fans fecouts & fans
réflexion , qu'une feule faute de Grammaire
, mon hanche pour ma hanche : obfervez
que cette expreffion , ma hanche m'avertit ,
eft à la fois hardie , naturelle & jufte , parce
que le fens du tact avertit en effet comme
l'organe de la parole , celui de la vue , & c.
c'eft -là l'efpece de figures qu'emploient
ceux dont l'imagination n'étant point égarée
par un goût factice ni par l'imitation
contagieufe , n'eft autre chofe qu'un fentiment
prompt & sûr des rapports de nos
fens à notre intelligence. Obfervez enfin ,
que cette dépofition est un modele de narration
pour la clarté de l'enfemble , l'ordre
& la netteté des circonftances , la propriété
des terines , & que fur cent perfonnes qui
dépofent dans les Tribunaux , on en trouverait
à peine une feule en état de rédiger,
fans préparation, un écrit femblable ....
& c'eft un Sourd - Muet qui l'a rédigé ! c'eft
un véritable prodige.
Que l'on réfléchiffe fur toutes les idées
74 MERCURE
que renferme cette phrafe. Je jure Dieu
" qu'il m'a volé lui n'ofera pas juret
Dieu ; on fentira que ce mot eft fublime.
93
C'eft jufques-là que l'on a pu conduire
des êtres privés de deux fens , fans lesquels
l'homme eft par lui - même au deffous de
beaucoup d'animaux ! Celui qui a fait remonter
ces individus , difgraciés de la Nature
, au rang des êtres raifonnables , n'eftil
pas une efpece de créateur ? Cet homme
eft M. l'Abbé Sicard , digne fuccefleur de
Fimmortel Abbé de l'Epée , puifqu'il a
perfectionné ce que celui - ci avait inventé.
Il faut avoir vu M. l'Abbé Sicard opérer
avec les Eleves pour comprendre ce que
l'Humanité lui doit. Il réalife à tout moment
la méthode progreffive imaginée par
l'Abbé de Condillac , dans l'organisation
d'une Statue , dont l'intelligence fe développe
à mesure qu'elle acquiert des fens :
c'eft réellement le plus beau fpectacle , le
plus curieux , le plus inftructif qui puiffe
attirer l'attention d'un Philofophe ; c'eft le
commentaire & la preuve en action de la
théorie lumineufe de Locke & de fon
Difciple Condillac , fur les opérations de
Pentendemen . On conçoit ailément l'enthufiafme
continuel qui anime les travaux
du refpectable Sicard : il crée fans ceffe , &
voir des hommes fuccéder à des machines .
Il cft , fans doute , allez heureux en fe
FRANCA I S. 75
difant tous les jours , ce que j'ai fait eft
bien ; mais la Nation ne doit - elle pasy
moins pour lui que pour elle, décerner non
pas des récompenfes , mais des honneurs à
un homme d'un mérite fi utile à la fois &
firare c'eft le moyen que ce mérite ne
meure pas avec lui .
SPECTACLES.
Si les Journaux qui paraiffent tous les joi
ont l'avantage de la célérité dans le compte
qu'ils rendent des Pieces de Théâtre , s'ils font
plus à portée de fatisfaire l'impatience du Public
en lui annonçant dès le lendemain le premier
fuccès d'un Ouvrage, ils font exposés auffi à partager
avec les Spectateurs les fautes de jugement
trop fréquentes aux premieres représentations
Entraînés comme eux par les efforts d'une cabale
trompés fur l'effet de la Piece par le jeu mal
affure des Acteurs intimidés , égarés enfin par
mille autres circonftances , il leur arrive fouvent
de traiter avec une injufte rigueur les Ouvrages
qui finiffent par réuffir le plus , & dont les
repréfentations nombreufes accufent la précipitation
de leurs jugemens . Les Auteurs de Journaux
hebdomadaires , à l'abri des erreurs du premier
moment , avant de parler d'un Ouvrage , font à
portée d'en voir plufieurs repréfentations , de recueillir
dans le Public des opinions plus réfléchies,
& de porter des jugemens plus dégagés de paffions."
Nous en citerons pour exemple la Mere coupable ,
76
MERCURE
dont plufieurs Journaux ont annoncé la chute , &
qu'ils ont analyfée de maniere à juſtifier mauvais
ce fuccès ( 1 ) , tandis que cet Ouvrage , redonné
trois jours de fuite , au grand déplaiur de ceux
qui avaient intérêt à y nuire joué avec plus
d'enfemble , plus de foin & fur - tout plus d'affurance
, s'eft relevé avec éclat , & a repris le
rang qu'il mérite pa mi les Ouvrages de M.
Beaumarchais . Au furplus , le fort de ce Drame
ne doit pas étonner : il eft celui de toutes les
Pieces que cer Auteur a mifes au Théâtre , &
nous pouvons dire de toutes les productions d'Auteurs
célebres , qui annoncées long - temps d'avance
, ne rempliffent jamais l'idée exagérée que
er eft formée le Public .
Voici le fujet de la Mere coupable . Pendant
une abfence du Comte Alma -Viva , la Comteffe
s'eft retirée dans le petit château d'Aftorga , que
fon époux a acquis de Léon , de Chérubin , de
ce jeune Page qui adreffait à fa marraine des
Romances fi naïves , & à qui fa marraine prenait
un intérêt fi tendre fans s'en appercevoir . Léon ,
véritablement amoureux , eft arrivé un foir dans
ce château dont il connaît tous les détours ; il
á pénétré dans l'appartement de la Comteile , &
en employant les efforts de la perfuafion , même
ceux de la violence , toujours victorieufe de la
part d'un Amant aimé , il a triomphé de fa vertu .
Il en eft né un fils , dix mois après le départ du
Comte. Une lettre de Rofine a fait part de ce
fâcheux événement au complice de fa faute.
( ) Quelques Journaux , rédigés , à la vérité , par des
Gens de Lettres , tels que celui de Paris , la Chronique ,
le Moniteur ont fenti , dès la premiere repréſentation ,
le mérite de l'Ouvrage , & ont prédit qu'il fe releverait.
"
FRANÇAI S. 77
Celui-ci , qui la déplorait également , a répondu
fur la même lettre au moment d'un combat d'ou
il eft revenu bleffé à mort : les der ieres lignes
font écrites de fon fang. Cette lettre jointe à
d'autres a été apportée par un Officier Irlandais ,
nommé Béjart , auquel Léon s'eft confié . Ce Béjart,
efprit fouple & adroit , profite de l'intimité que
doit lui donner une confidence pareille . Il a
toute la confiance de la Comteffe : il n'eft pas
moins habile à s'emparer de celle du Comte. Son
caractere grave & fa faulle vertu lui donnent
également des droits fur celles des enfans de la
maifon , c'est-à - dire du jeune Léon , malheueux
fruit de l'égarement de Rofine , & d'une
jeune pupillé du Comte , nomanée Floreftine ,
& dont il prend foin . les feuls que fes dehors
affectés n'aient pu féduire , c'est l'adroir & toujours
alerte Figaro , & fa Suzanne éclairée
fon mari:
par
Nous avons infifté. fur ces détails qui font
dans l'avant-fcène , parce qu'ils fervent à fonder
l'intrigue & les caractères. Efqu ffons la Piece
plus rapidement . Le Comte , qui a perdu dans
un duel fon fils aîné , affez mauvais fujer , d'après
des foupçons infpirés par Béjart fur la légitimité
du jeune Léon , a quitté l'Espagne & s'eff établi
en France. Se livrant à la haine pour cet étranger
introduit dans fa famille , il change fes
biens de nature , & veut les faire paffer fur la
tête de cette Floreftine , fa prétendue pupille ,
& qui eft fa fille naturelle . Il veut la donner en
mariage à Béjart , avec trois millions de dot.
Mais les deux jeunes gens font épris l'un de l'autre .
Pour vaincre cet obftacle , l'ilar dais engage
Comte à déclarer à Floreftine qu'elle eft fa fille ;
mais il ne manque pas de rappeler à la jeune
le
78
2
MERCURET
perfonne , qu'étant foeur de Léon , elle ne peut
plus fe livrer à fun amour. Ce n'est pas aflez :
pour augmenter la haine du Comte contre le
jeune homme , il veut qu'il ne lui reste plus
de doute fur fa naiffance. Il trouve un pré
texte pour lui faire vifiter le coffre, où la Comteffe
ferre fes diamans , a l'adreffe d'en faire ou,
vrir le double fond par Alma -Viva lui-même
qui y trouve la lettre du Page, dont nous avons
Faré . Le Comte furieux eft plas difpofé que
jamais à donner fa fille à Béjart , & à faire
partir Léon pour Malte. Celui-ci, qui répugne ex
trêmement à ce voyage , engage fa mere à obtenir
de fon époux qu'il refte à Paris. La Comteffe, fe
préparant à employer toutes les reffources de
l'éloquence maternelle , veut que fon fils en foit
lui -même témoin ; elle le fait cacher dans un
cabinet. Mais l'effet de cette converſation eft bien
différent de celui qu'elle effere . Les éloges
qu'elle donne à Léon , la comparaifon qu'elle
en fait avec le fils aîné qu'ils ont perdu , enflamrage
du Comte ; il accable la malheureufe
Rofine de tout le poids de cette faute qu'elle
croyait fi bien cachée , qu'elle pleure & qu'elle
répare depuis vingt ans , elle ne peut foutenir
cette fituation déchirante qui la couvre de honte
aux yeux de fon époux & de fon fils ; elle éprouve
toutes les angoiffes de la mort , & le Comte , qui
deja en lifant cette lettre fatale , n'y avait pas vu
le caractere, d'une méchante femme , attendri de
l'état affreux où il l'a mife, fe repent de fon empor
tement . Il rapproche fa vie entiere , fes vertus
fa longue pénitence de la faute d'un jour , &
s'empreffe de la pardonner. Mais tout s'expliquec'eft
par Béjart qu'on a tout fu ; c'eſt lui qui a
trahi le Comte , la Comteflè , & il poffede déjà
les trois millions qui doivent être joints à fà main
ment la
FRANÇAIS. 79
de Floreftine. Il s'agit de les lui faire rendre ;
c'eft à quoi s'engage Figaro , & ce qui fait le
fujet du cinquieme Acte , développé avec beaucoup
d'adreffe . Nous ne croyons pas devoir prévenir
nos Lecteurs fur les moyens qui ont befoin
du Théâtre pour produire tout leur effet.
On ne peut pas fe diffimuler que l'action des
trois premiers Actes ne foit lente : la néceffité
d'expofer un avant-fcène long & affez compliqué ,
de fonder des caracteres profondément conçus ,
& qui ne peuvent avoir tout leur développement
dans la Piece, a entraîné des longueurs qui refroidiffent
un peu l'intérêt jufqu'au moment de fa
grande explofion , à laquelle il eſt impoffible de
réfifter. Mais la force même de ces caracteres
l'habileté avec laquelle ils font tracés , l'énergie
de cette leçon de vertu donnée aux jeunes
femmes imprudentes ; mais la chaleur bru'ante
du quatrieme Acte , la conception fine & vraiment
dramatique du cinquieme , dédommagent
amplement de l'efpece de langueur qué le commencement
peut faire éprouver , & de cette impatience
qui eft elle-même une preuve de l'inté、
rêt qu'infpire le fond de la Piece.
On a beaucoup critiqué le ftyle : il n'eft pas
exempt de tout reproche ; mais on ne s'eft pas affez
rappelé que ce ftyle eft celui des perfonnages
connus de cette famille ; que l'Auteur aurait
été condamnable s'il avait fait parler Figaro Su-
& les aut es , dans la Mere coupable i
un autre langage que dans le Barbier & la Folle
Journée.
zanne ,
On a auffi critiqué le titre. On a dit que c'étaie
l'Epoufe plutôt que la Mere coupable . Sins doute
ce titre aurait été plus précis ; mais on fent qu'il
y a ici une forte d'ellypfe . C'est l'Epouſe cauMERCURE
pable d'être mere , que l'Auteur a voulu repréfenter
.
On a fait beaucoup d'autres critiques à la
premiere repréfentation ; mais pour en apprécier
la valeur , il fuffit de remarquer qu'on murmurait
avec éclat au feul nom de Béjart , toutes les
fois qu'il était prononcé . >
ON a donné au Théâtre de la rue Feydeau
un Opéra Italien intitulé le Trame delufe , les
Complots découverts , mufique de Cimarofa . Autant
que nous avons pu deviner ce Poëme , l'un
des plus infignifians de ce Théâtre , il eft queftion
d'un Chevalier d'induftrie qui féduit la
femme d'un Limonadier , & qui finit par être
arrêté pour fes efcroqueries. Ce fujet n'eft pas
celui du Poëme original ; on l'avait trouvé de
trop mauvaiſes mours . Cela peut- être ; mais du
moins il était intrigué avec affez d'art. Les changemens
qu'on y a faits l'ont affaibli & défiguré
fans le rendre plus honnête. Mais en ne s'arrêtant
pas à ce fond , & ne prenant garde qu'à
la mufique , on en a peu entendu ce Théâtre
d'auffi originale , d'auffi brillante , où la partie
de l'Orcheftre foit auffi riche , auffi variée , &
dont les chants foient auffi piquans. Cimarofa &
Paifiello font aujourd'hui les Génies les plus féconds
de l'Italie & les plus fermes foutiens de
l'Art mufical . Le premier eft peut - être encore
plus original & plus varié que fon digne rival.
Cette Piece eft parfaitement exécutée de la part
de l'Orcheſtre & des Chanteurs.
1
1 !
FRANÇAI S.
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Peuple avec des Notes fur les principaux événemens
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83
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CONNAISSANCE DES TEMPS , à l'ufage des
Aftrenemes & des Navigateurs , avec des Additions
, pour l'année commune 1793 ; publiée par
ordre de l'Académie Royale des Sciences , par
M. Méchain , de la même Académie . A Paris ,
de l'Imprimerie Royale ; & fe trouve chez Moutard
, Imp-Lio . de la Reine , rue des Mathurins.
Il lui refte quelques exemplaires pour 1792 , même
prix.
TABLE.
A
Monfieur ....
Charade, Enig. Logog.
Anecdotes.
61 ]Variété. 72
61 Spectacles.
65 [Notices.
75
Jear133.
MERCURE
FRANÇAIS .
SAMEDI 3 JUILLET 179 2.
PIECES FUGITIVES.
TRADUCTION LIBRE )
De la 7°. Elégie du fecond Livre de Tibulle.
Finirent multi letho mala , &c.
COMBIEN , ô mes amis ! de Mortels ici-bas
S'affranchiraient
des maux en cherchant le trépas ,
Si d'un front toujours gai , la crédule Efpérance
Ne foutenait pour eux le poids de l'existence
Si fa voix confolante , au fein de leur ennui ,
: Ne leur difait demain vaudra mieux qu'aujourd'hui
!:
Du fage Agriculteur Déité tutélaire ,
Elle lui rend préfens tous les biens qu'il efperes
Er tenant dans la main quelques grains renfermés
Multiplie à fes yeux ceux qu'il aura femés,
N°. 30. 18 Juillet 1792 .
86 MERCURE
A
L'eifcau du haut des airs volant à tire -d'ai'e ,
Dans un piére trompeur fuit fa voix qui l'appelle ;
Et l'avide poiffon , à l'appât fufpendu ,
S'eft pris dans le filet qu'elle-mên e a tendu .
Dévoré de chagrins , abreuvé de fes larmes ,
L'infortuné l'écoute , & fourit à fes charmes ;
Elle fait endormir jufqu'aux remords cruels
Qui chaffent le repos loin des coeurs criminels.-
Dans l'horreur des cachots , & meurtri de fa
chaîne ,
1
Le coupable l'invoque & l'entrevoit à peine ,
Que foudain je l'entends , de plaifits trajſporté ,
Tout courbé fous les fers , chanter la Liberté.
L'efpérance promit à mon ame affervie
*Que tu ferais , Zulmé , le bonheur de ma vie :
Mais ta fierté rebelle , hélas ! & tes refus
$ Te préparent , ingrate , un triomphe de plus .
Ah ! ce rêve pourtant confolait ma tendreffe :
Zulmé , ne démens pas fa flattcufe promeffe !
Je t'en conjure , au nom de ton aimable Secur ,
Moiffonnée à nos yeux comme une tendre fleur !
De ta Soeur . ... & que puiffe , à cette Soeur fi
2 chère ,
La terre qui la couvre être toujours légère !
Elle eft fainte à mon coeur : à fes mánes facrés
J'irai porter mes dons & mes voeux épurés ;
J'irai fur fon tombeau dépofer mes 'offrandes ,
Le parer en pleurant de nouvelles guirlandes ;
FRANÇAIS.
87
1
J'embrafferai fon urne ... & parmi les fanglots ,
A ces reftes muets je conterai mes maux.
}
›
Ah ! fenfible à ma plainte , à mes longues alarmes ,
Ta Soeur voudra tarir la fource de mes larmes ;
Elle voudra qu'enfin , plus docile à mes voeux
Tu ne rejettes plus mes foupirs & mes feux .
Je ne demande point que fon ombre févere
Erre autour de ton lit paifible & folitaire ;
Que fes manes , par toi fi long-temps négligés ,
Gémiffent triftement en accens prolongés ;
Je ne demande point qu'elle s'offre à ta vue
Telle que chez les Morts fon ombre eft defcendue,
Pâle, froide , fanglante , inanimée .... hélas !
Toute couverte encor des voiles du trépas.
Loin de toi ces objets : ces finiftres alarmes
Des yeux de ma Zulmé feraient couler des larmes :
Moi , lui couter des pleurs ! j'en jure fa douleur ,
Les larmes de fes yeux tomberaient fur mon coeur.
Qu'en tes regards , Zulmé , ſe peigne l'alégreffe :
De peur de l'altérer , ne vois point ma triſteſſe.
Ton coeur fut toujours bon : c'eft Phryné qui nous
nuit :
Le jour le plus ferein , Phryné le change en nuit.
L'Amour nous fouriait : Phryné feule empoiſonue
Les faveurs qu'il promet , les plaifirs qu'il nous
donne.
De mes heureux rivaux , je la vois chaque jour
Porter vers toi les voeux , les foupirs & l'amour ;
E 2
88 MERCURE
Et protégeant leur troupe à te fuivre empffée,
De leurs plus doux propos careffer ta perfée.
Et moi , moi que les Dieux formerent pour Zulmé,
Loin d'elle , je languis de mes feux confumé :
Je languis ; & Phryré , fentirelle affidue ,
Veille fur tous tes pas , & t'arrache à ma vue .
Si du feuil de ta porte écoutant quelquefois ,
Mon oreille attentive a reconnų ta voix ,
Phryne me dit foudain : » Vous mourrez dans l'at-
» tente ;
Zulmé , depuis long - temps , de ces lieux eft
» abfente «.
Si Zulmé m'a promis une nuit de plaiſirs ,
Phryne trouve un obftacle à mes brûlans défirs.
Ma Maîtreffe tantôt eft faible & languiffante ,
Ou d'un pere grondeur craint la voix menaçante...
C'eft alors que mon coeur fuccombe à ſes ennuis .
Je m'égare, & me cherche , & ne fais où je fuis.
Je t'aime , je te fuis ; je te hais & t'adore ;
Je te vois dans les bras d'un rival que j'abhorre ;
Ofupplice ! je vois tes folâtres ébats ,
Tes refus agaçans , & fes tendres combats
En imprécations ma rage ſe déploie.
;
Dans les tourmens affreux dont mon coeur eft la
proic , "
Je répete à Phryné ; Puillent enfin mes voeux
Faire éclater fur toi la vengeance des Dieux !
( Par M. Cloutereau. )
1
FRANÇA IŠ.
89
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
Le mot de la Charade eft Préface; celui
de l'Enige eft Paille ; celui du Logogriphe
et Oreilles , où l'on trouve Eil, Ifle,
Roi, Role, Or, Loire, Io , Lui, Ire, Soie, Il,
Lo, Soi, Dfeille, Sire.
CHARADE.
SANS le fecours de mon premier ,
Bientôt mes doigts fe laffent du dernier ;
Pour mon tout , c'eſt une autre affaire :
Mon premier n'eft plus néceffaire.
ÉN I G ME,
>
ᎠDoss plaifirs & de la terreur
C'elt moi qui fais l'avant- coureur ;
Et quand on célebre une fête ,
Très -fouvent je marche à la tête .
A ma voix , le brave Soldat ,
De Lifette oubliant les charines ;
S'occupe d'un autre combat.
Dès qu'il m'entend , il court aux armes .
Mais pour mon fort , le croira - t - on ?
Malgré les vertus de mon être ,
Par-tout où l'on me voit paraître ,
Je marche à grands coups de bâton .
E 3
90 MERCURE
LOGOGRIP NEDO
POUR Pour vous , Iris , juſqu'à préſent
OUR
Je fus fans doute indifférent ;
Mais lorfque votre deftinée
Sera foumife à l'hyménée ,
I
09 907
Vous pourrez fans aller plus loin ,
De mon fecours avoir befoin.
Je vais vous définir mon être
Et bientôt vous m'allez connaître.
Dix pieds , Iris , me font marcher
Si vous en êtes curieufe ,
Vous pouvez les décompofer :
Vous trouverez , pour commencer
De cette mouche induftrieufe.
L'utile & merveilleux produits
Le nom qu'on donne à fon réduit ;
Ce qui , par fa grande abondance ,
Nous fait vivre dans l'opulence ;
Un bon morceau du fanglier ;
L'épithete d'un Financier
Un grand Empire de l'Afie ;
Ce que renferme la veflie ;
L'heureufe guérifon d'un mal
;
ا ر
Ce qu'on trouve au col du cheval ;
Un Canton Suiffe Catholique
Près de Provence une Cité ;
Une peau dure ; un vafe antique ,
Jadis de grande utilité ;
Enfin , l'animal domestique ,
Modele de fidélité .
M
Â
( Par M. Delorme l'aîné , de Lyon . )
3
FRANÇAIS. 91
C
· NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES d'une Société célebre
confidérée comme Corps Littéraire & Académique
, depuis le commencement de
Siecle ; ou Mémoires des Jéfuites fur les
Sciences , les Belles-Lettres & les Arts :
publiés par M. l'Abbé GROSTER. Trois
Volumes in-8°. , avec Figures. A Paris ,
chez Defer de Maiſonneuve , Libraire
rue du Foin- St-Jacques , la porte. cochere
au coin de la rue Bouttebrie.
GES
PREMIER EXTRA I T.
" 1
ES Mémoires ne font autre chofe qu'un
choix d'Articles extraits des Journaux de
Trévoux, fur différens fujets de Science &
d'érudition. La plupart fe reffentent beaucoup
de cette futilité pédantefque. , . de ces
recherches laborieufement frivoles qui caractérifaient
ce qu'on appelait la Science ,
avant que la Philofophie en eût fait fentir,
Fabus . L'efprit Scholaftique & Monaftique
qui a fi long - temps , dans notre Europe
dominé l'efpece humaine en l'abâtardiffant
, s'efforçait encore , même après le
E 4
92
MERCURE
grand effor qu'elle avait pris fous Louis.
XIV , de la rétrécir & de la comprimer
dans de malheureuſes études , uniquement
faites pour retenir la penfée , ftérilifer le
temps , & arrêter les progrès de la raifon .
Une Société dominante , qui nourriffait.
dans fon fein des Savans & des Lettrés ,
& préfidait à l'éducation de la jeunelle
dans une grande partie du Royaume , fe
fervait de tous fes moyens , non pas pour
entretenir l'ignorance , comme on l'a dit
ridiculement , mais pour donner une importance
exclufive à une Science vaine &
contentieufe , pour fubordonner tout à la
Théologie , aux interminables explications
des inexplicables Ecritures aux inutiles
difcuffions des poings les plus minutieux ,
& des innombrables conjectures qu'offrent
les Antiqui és hiftoriques . C'eft ainfi
qu'en parcourant les fujets de ces Mémoi
res choifis , on trouve de longues & graves
differtations fur Jonas dans la Baleine , fur
Faccord de S. Etienne avec Moife , fur la
conciliation de Moife avec S. Etienne au
fujet du dénombrement des enfans de Jacob,
fur la maniere de compter les années des
Patriarches , fur l'éclairciffement de la prophétie
de Jacob , fur l'explication des ver
fets du Chapitre de S. Luc , fur les mesures
de l'Arche de Noé , fur l'année & le jour de
la mort de S. Benoit , & c. &c. Voilà donc
ce qui occupait les veilles de tant de pré-
¡
FRANÇAIS. 93
rendus Savans , ce qui les faifait pâlir &
vieillir fur les In- folio & les Manufcrits ,
ce qui faifait perdre tant de papier & de
temps , & ce qu'on a cru devoir réimprimer
à la fin du 18me . Siecle ! En relifant
les titres que je viens de tranfcrire & une
foule d'autres du même genre , avons nous
bonne grace à nous moquer des Rabbins ,
des Talmudiftes , & des milliers de Commentateurs
de l'Alcoran ! Cette miférable
manie d'une érudition fi mal entendue ,
fut tellement épidémique , qu'elle avait
gagné jufqu'an fage Bayle , qui , pour fe
conformer au temps & à la mode , a rempli
de ces doctes billevefées une partie de fon
Dictionnaire , où brillent d'ailleurs tant de
lumières, & qui fut un des premiets Livres
ot la Philofophie ait ofé le montrer. Au
contraire , on n'en apperçoit pas la plus
légere trace dans ces Mémoires , ni dans
les nombre Journaux dont ils font tirés
ni dans aucun ouvrage des Jéfuites ; & il
eft à remarquer que dans cette longue lifte
de Lettrés de Savans en divers genres ,
que le Rédacteur de ces Mémoires a remiſe
fous nos yeux , & que je vais examiner
, il ne fe trouve pas un feul Philofophe
il était impoffible qu'un Jésuite
le fût , au moins dans fes écrits. Mais en
revanche , un des caracteres dominans des
écrits de cet Ordre , c'eft la haine de tout
ce qui annonce , même de loin , la moin '
E-
:
94
MERCURE
dre liberté de penfer , de tout ce qui, fort
un moment du cercle dans lequel ils voulaient
circonfcrire les opérations de l'entendement.
Aufli que refulte - t - il , pour
tout homme ráifonnable , de ces Mémoires
& des Livres dont on les a tirés ? Rien que
ce mot d'un ancien Sage : Que de chofes dont
je n'ai pas befoin !
Cette inutilité même eft aujourd'hui, fi
généralement reconnue , que l'on pourrait
préfumer, fans trop d'invraifemblance, que,
cette compilation n'a été entreprife , que,
pour être le prétexte & l'occafion de la
Préface , qui nous préfente non pas l'apo
logie , mais le panégyrique des Jefuites ,
C'eft venir un peu rard , à moins que cette
nouvelle Oraifon funebre , apportée, après
tant d'autres , fur la tombe de la défunte
Société , n'ait été dictée par l'efpérance de
la voir encore renaître parmi nous plus
d'une circonftance du moment pourrait
appuyer cette conjecture , & il ferait alors
tout fimple que M. l'Abbé Großer ait
voulu flatter des cendres qu'il croit prêtes ,
à fe ranimer. Mais on fait que toute Oraifon
funebre eft un peu menteufe , & la
Préface , qui à ce titre n'eft pas trop fidele
à la vérité , pourrait bien mentir encore
comme Prophétie. La Société , alliée par
effence au Defpotifme , ne peut revivre en
France qu'avec lui ( Quod Deus avertat &
Apero , avertet ) ; mais duffent - ils un jour.
FRANÇAIS. 95
?
4
1
réunir fur moi leurs vengeances , celui qui
s'eft vu une fois libre , & qui a joui de
la liberté , fans en abufer jamais , ne cef
fera pas de lui payer le tribur qui haigest
le plus cher , celui de la vérité. C'eft dans
ce deffein que je vais faire quelques obfervations
fur ce panégyrique , mis , fous
le nom de Préface , à la tête des Mémoires!
publiés par M. l'Abbé Grofier. , Spint
ཚ; Il est toujours ailé d'intéreffer à un cer
tain point pour le malheur , même quand
il est une punition , & file Rédacteur, qui
a fait de bonnes études & qui écrit affez
purement , fe, fût contenté d'employer à
propos la figure de Rhétorique nommée
Hypotypofe, pour nous retracer les rigueurs
très gratuites & très condamnables', exert
cées fur des individus , la plupartítrès -innocens
des fautes de la Société vil eût
réuſſi fans inconvénient àl exciter la compaffion
; & tout ce qu'on aurait puoluk
dire , c'est qu'il ne fait en cela que répéter
ce qu'ont écrit long- temps avant lui . Voltaire
, d'Alembert & tous les Philofophes,
qui , en approuvant avec prefque toute da
France , la deftruction d'un Ordre quilavait
mérité fa haine sont blamé hautement.co
qu'on y a mêlé, de dureté & de vexatious
Tout ce qu'on en doit conclure coeft que
quand l'efprit de parti fait un acte d'équité,
il ne, manque jamais de s'y joindre quelque
chofe de cette injuftice qui eft de la
1.
}
E 6
96
MERCURE
J
nature de l'efprit de parti . C'étaient les
Parlemens qui frappaient les Jéfuites , &
l'on fait que la main de ces grands Corps ,
appefantie par de vieilles paflions , n'était
pas toujours capable de melurer fes coups ,
en fe fervant du glaive de la Juftice.
1
Mais fi les Juges ont été trop loin dans
l'exécution , s'enfuit- il que leur arrêt fût
inique , & que la Société profcrite tût à
l'abri de tout reproche : C'est ce que le
panégyrifte était far- tout obligé d'examiner
, s'il voulait fe montrer digne de l'im
pofante fonction d'etre Juge des Juges &
organe de la Pofterité. Il avoue lui-même
que les rivalités ,les inquiétudes jaloufes n'ont
plus d'objet que les haines font amorties.
Rien n'eft plus vrai . Il ajoute N'eft ce
pas à cette époque que l'homme de
» Lettres défintéreffé pourrait révéler l'hif
» toire de cette longue iniquité politique ?
» & ne ferait-il pas temps enfin de venger
» la mémoire de l'innocent calomnié , flé-
» tri , dépouillé « ?
:
Affurément : c'eft dans tous les temps
an devoir , & de plus vous avouez que
dans le nôtre rien ne s'y oppole. Qui donc
vous empêche d'entreprendre une fi noble
tâche Mais non ; ne violons point le
>> filence qui regne autour de tous ces tombeaux
: ils font fous l'ail de l'Eternel ,
fen Juge & appréciateur fuprême des
» actions des hommes "
FRANÇAI S. 97
<
Ah ! M. le Profeffeur , ces figures triviales
& dénuées de fens font bonnes tout
au plus, à dieter à des Ecoliers , pour leur
apprendre à fe tirer tellement quellement
d'une mauvaife caufe. Mais à qui d'ailleurs
croyez - vous qu'elles puiffent tenir
lieu de raifons ? Quoi vous craignez det
violer lefilence des tombeaux , quand, felon
Vous , la cendre des innocens calomniés
flétris , dépouillés , y crie vengeance ! Ne
fentez - vous pas en vous - même toute la
futilité , toute la mauvaite foi d'un pareil
fubterfuge ? Eh ! c'eft votre filence inême
que ces cendres ont droit d'accufer . Ces
morisfontfous l'oeil de l'Eternel : fans doute ;
mais ils font auffi, fous celui de la Pofté
rité , toujours équitable ; pourquoi dond
femblez - vous en decliner le jugement ?
L'Eternel et le feul Juge & l'appréciateur
fuprême des actions des hommes . Oui , dans
l'autre monde ; mais voudriez - vous nous
faire croire qu'il ne faurait y avoir de juf
tice dans celui- ci ? Cela ferait trop abfurde,
& vous n'êtes pas capable de foutenir une
abfurdité. Que voulez - vous donc dire Que
fignifie cette Hiftoire d'une longue iniquité
politique qu'on pourrait révéler Ne diraiton
pas que l'Hiftoire des Jéfuites eft un
myftere , un de ces problêmes politiques
fur lefquels on difpute encore , tels , par
exemple , que la condamnation des Templiers
? S'agit - il d'un de ces faits obfcurs
2$ MERCURE
& ifolés dont un particulier a pu emporter
avec lui le fecret Mais la Société était
fous les yeux du monde entier ; fon Hiftoire
, mêlée , fans ceffe à celles des Empires
, couvre les pages des Annales du
monde ; & cela feul ( pour le dire en paft
fant ) fuffirait à la faine raifon pour condamner
l'existence d'une femblable Société
religieufe . Et quand nous pouvons, fur
l'autorité des Hiftoriens bien examinés
juger les Rois , les Miniftres , les Nations
nous ne pourrions pas aujourd'hui jugen
les Jéfuites Il faudrait les renvoyer avec
refpect au Tribunal de Dieu ? Quelle pués
rile Rhétorique ! Ne voyez - vous pas où
elle vous conduit ; & qu'en appeler , en
Bareille matiere, aujugement de Dieu , c'eft
avouer implicitement qu'on a perdu la cauſe
au jugement de tous les hommes ? , }
7
Vous convenez que les Juges font aujourd'hui
moins paffionnés. Certes , je fuis
ici de tous les Juges le, moins fufceptible
de paffion vous ne m'accuferez sûrement
ni d'être , Janfénifte , ni d'être Parlementaire
je fortais de l'enfance quand les Jéfuites
ont été détruits , & jamais , fous
aucun rapports 1ils n'ont pu me faire ni
bien ni mal ; & pourtant je penfe , comme
tant d'autres que leur profcription a été
très- légitime , & je ne ferais embarraffe
que de la multitude des preuves . Aurez-
Yous recours à cette derniere reffource, que
#
FRANCAIS. 699
pourtant je crois peu faite pour vous ,
de minjurier ( ce ferait l'expreflion propre
dans votre fens ) du titre d'Ecrivain Philofophe,
en ajoutant , comme on n'y man
que jamais , qu'en cette qualité je ne réprouve
dans les Jefuites que les défenfeurs
de la Religion Cette défaite ferait encore
illuforre , car les Oratoriens les Bénédic¬
tins , les Doctrinaires ont fourni de nomi
breux défenfeurs de la Religion , & aucun
de ceux qu'on fuppofe fes ennemis me sielt
jamais ayile de le trouver mauvais „ & n'a
fonge à fe déclarer contre eux. , Toute rés
culation perfonnelle et donc impollible
ici , à moins que vous ne difiez que come
ami de la Liberté , je hais les fatellites de
pouvoir abfolu , qu'admirateur des Mar
fillon , des Fénélon des Fléchier, &c.
qui ont fait aimer la Religion par leurs
écrits & leurs exemples , je ne puis fouffrir
ceux qui ont foutenu des controverfes
d'école par des actes d'autorité , & pour
le coup, vous auriez raifon, mais cet en
me donnant railon.oq th allows yolsį
La maniere de penfer,fur les anciens,
éleves d'Ignace n'eft déjà plus la même :
» ce n'eft plus certe, légion ambiritufe de
prêtres , qui s'étaient difperfés fur toute
» la terre pour en ufurper l'empire , &!
» fe former un trône unique des débris,
de tous les trones , Leurs , chefs, ne pad
raiffent déjà plus avoir été, réellement
و ر
H
99.
22 .
$3
<
100 MERCURE
» les Rois des Rois ; leurs immenfes trét
" fors fe font évanouis , ainfi que toutes
» ces armées que recelaient les déferts du
Paraguay. On rougirait de te permettre
" encore ces abfurdes inculpations ".
95
Ce paffage n'est encore qu'une petite
adrelle de Rhéteur ou d'Avocat , qui confifte
à atténuer des inculpations réelles en
les: préfentant d'avance fous des formes
exagérées : Novi locum . Mais rien n'eft plus
aifé que d'ecarter l'exageration & de maintenir
la vérité. Non , les élevés d'Ignace
n'ont pas été & n'ont pas voulu erre réellement
les Rois des Roi» , ni fe former un
trône unique ; c'éût été prétendre un ped
trop , men en mettant de côté l'invention
de l'Imprimerie , qui , coincidant à peir
près avec leur fondation, devait leur mon
frer dans le lointain le pregrès lent , mais
infaillible , des lumieres & de la raifon ,
obftacle infurmontable'ahin excès d'ambition
particuliere , qui n'aurait pu réuffir
que par un éxcès d'imbécilité générale, La
jaloufie naturelle du pouvoir , qui n'abandonne
jamais les Rois , fuffifait pour faire
fentir aux Jéfuites que l'idée de fe fubítisuer
en leur place ferait chimérique , même
avec tous les fecours du fanarifnie & de
la crédulité. Mais ils ont pif très bien
croire , & ils ont cru avec raiſon , que fe
faifant les premier's agens d'un Pouvoir qui
dominait tous les autres par la Religion ,
FRANÇAI S.
101
dirigeant la confcience de tous les Princes
par la Confeffion , & le Cabinet par la
confcience , & le Clergé par la diftribution'
des Bénéfices , & les grandes familles par
l'efpérance des Prélatures , & la jeune fe
par l'éducation , & les écoles théologiques
par l'intérêt ou par la crainte ; & joignant
encore à tant de moyens la facilité & le
talent d'intriguer dans les Cours & dans le
monde , qu'ils ne quittaient pas , & de s'affujettir
encore la multitude dans le confeffionnal
, ils pourraient exercer un trèsgrand
pouvoir fur le pouvoir des Rois &
fur l'opinion des peuples voilà ce qu'ils
ont pu faire & ce qu'ils ont fait. Deux cens
ans de notre Hiftoire l'atteftent à toutes les
pages. La domination qu'ils ont exercée
par la Religion & l'intrigue n'eft pas moins
prouvée que celle qu'exercerent les Romains
par les armes . Je dis maintenant à
M. l'Abbé Grofier : ou niez ces faits , ou
affirmez que telle devait être l'existence
d'un Ordre religieux . Il vous faur l'un out
l'autre pour vous déclarer légitimementl'apologifte
& le panégyrifte des Jéfuites !
Vous voilà placé entre la dénégation de
faits évidemment inconteftables , & l'affic
mation d'un principe évidemment immoral
& anti- Chrétien . Choififfez .
Je vais plus loin : j'écarte toutes les atrop
cités de la Ligue , où ils ont eu tant de
part ; je confens que l'on affaibliife ce re-t
"
"
192 MERCURE
proche fi grave d'un efprit de faction & de
révolte , & d'une doctrine régicide , en répondant
que cet efprit était celui d'un parti
Catholique qui croyait tout permis pour
défendre la Religion , & repouffer du trône i
un Prince Hérérique ; j'oublie l'arrêt qui
les chaffa de France fous le meilleur de
nos Rois , & la colonne flétrillante élevée
contre eux par la juftice & renversée par :
la crainte , lorfque le Grand Henri avoua.
qu'il aimait mieux les rappeler que de
trembler toujours pour fa vie. Je m'arrête
feulement aux temps de Louis XIV- & de
Louis XV , & ne yeux juger les Jéfuites !
que fur ce qui eft bien reconnu pour être ›
uniquement leur ouvrage , fur cent ans des
troubles , de difcordes , de perfécutions ,
de crimes de toute efpece ,. produits par
cette Bulle fi abfurde & fi ridicule pour le
fond , fi déteftable dans fes effets ; fur les
forfaits prouvés du traître d'Aubenton &
du fauffaire Tellier ; & je demande fi l'on.
peut , fans rougir , juftifier un Ordre religieux
, coupable de tant d'horreurs , aux
yeux du monde entier ; l'on peut reprocher
aux Nations d'avoir rejeté de leur
fein une Société qui le déchirait depuis fi
long-temps Enfin , s'il s'agit de la légalité
rigoureufe de l'arrêt porté contre eux , je
demande s'il n'eft pas vrai que jamais ils
n'avaient été reçus en France avec les
formes requifes alors pour donner à toute
FRANÇA IS. 104
:
corporation cénobitique une existence lé
gale & s'il s'agit de politique & de morale
, je demande s'il eft dans les principes
d'un bon Gouvernement de tolérer une
Congrégation d'hommes qui font un ferment
particulier d'obéillance à un autre
Souverain, & s'il eft dans les bonnes moeurs
de laiffer fubfifter dans un Etat le fcandale
perpétuel d'une Société religieufe , convaincue
d'avoir fait tant de mal? aDayb
Allons au fait pourquoi M. l'Abbé
Grofier n'a- t-il pas effaye de toucher à cet
amas d'accufations. terribles qui pefe fur
eux depuis des fiecles ? C'est qu'il a fenti
qu'il en ferait accablé. Pourquoi n'a - t - il
pas ofé dire un feul mot de tout ce que je
viens de rappeler très-fommairement, & de
tout ce qu'il fait auffi bien que moi ? C'eſt
qu'il a beaucoup plus d'efprit qu'il n'en
faut pour être convaincu de l'impoflibilité
de foutenir un moment la difcuffion &
l'examen. Il n'a pas été affez mal- adroit
pour s'y engager , & s'eft rejeté fur un feul
objet déjà trairé par beaucoup d'autres
partifans de la Société , fur ce qu'elle a pu
avoir de mérite dans les Lettres , & fur le
bien qu'elle a pu faire dans l'enfeignement.
C'eft là- feffus qu'il a fondé fon Elégie In
genere laudativo ; mais dans cette partie
même, le defir affez naturel de louer, outre
mefure , fes anciens confreres , l'a fait donnet
dans le vague , dans Fexagéré , dans le
102 MERCURE
proche fi grave d'un efprit de faction & de
révolte , & d'une doctrine régicide , en répondant
que cet efprit était celui d'un parti
Catholique qui croyait tout permis pour
défendre la Religion , & repouffer du trône
un Prince Hérétique ; j'oublie l'arrêt qui
les chaffa de France fous le meilleur de
nos Rois , & la colonne flétrillante élevée
contre eux par la justice & renversée par :
la crainte , lorfque le Grand Henri avoua.
qu'il aimait mieux les rappeler que de
trembler toujours pour fa vie. Je m'arrête
feulement aux temps de Louis XIV; & de
Louis XV , & ne yeux juger les Jéfuites !
que fur ce qui eft bien reconnu pour être ›
uniquement leur ouvrage , fur cent ans des
troubles , de difcordes , de perfécutions ,
de crimes de toute efpece,, . produits ' par
cette Bulle fi abfurde & fi ridicule pour le
fond , fi déteftable dans fes effets ; fur les:
forfaits prouvés du traître d'Aubenton &
du fauffaire Tellier ; & je demande fi Eon.
peut , fans rougir , juftifier un Ordre religieux
, coupable de tant d'horreurs , aux
yeux du monde entier ; fi l'on peut reprocher
aux Nations d'avoir rejeté de leur
fein une Société qui le déchirait depuis fi
long-temps Enfin , s'il s'agit de la légalité
rigoureufe de l'arrêt porté contre eux , jè
demande s'il n'eft pas vrai que jamais ils
n'avaient été reçus en France avec les
formes requifes alors pour donner à toute
FRANÇA IS. LOA
:
3
corporation cénobitique une existence lé
gale & s'il s'agit de politique & de morale
, je demande s'il eft dans les principes
d'un bon Gouvernement de tolérer une
Congrégation d'hommes qui font un ferment
particulier d'obéiffance à un autre
Souverain, & s'il eft dans les bonnes moeurs
de laiffer fubfifter dans un Etat le fcandale
perpétuel d'une Société religieufe ; convaincue
d'avoir fait tant de mal? UDAND
Allons au fait pourquoi M. l'Abbé
Grofier n'a- t -il pas effaye de toucher à cet
amas d'accufations. terribles qui pefe fur
eux depuis des fiecles ? C'eft qu'il a fenti
qu'il en ferait accablé. Pourquoi n'a - t - il
pas ofé dire un feul mot de tout ce que je
viens de rappeler très - fommairement, & de
tout ce qu'il fait auffi bien que moi ? C'eft
qu'il a beaucoup plus d'efprit , qu'il n'en
faut pour être convaincu de l'impoflibilité
de foutenir un moment la difcuffion &
l'examen. Il n'a pas été aflez mal- adroit
pour s'y engager , & s'eft rejeté fur un feul
objet déjà trairé par beaucoup d'autres
partifans de la Société , fur ce qu'elle a pu
avoir de mérite dans les Lettres , & fur le
bien qu'elle a pu faire dans l'enfeignement.
C'eft là- feffus qu'il a fondé fon Elégie In
genere laudativo ; mais dans cette partie
même, le defir affez naturel de louer, outre
mefure , fes anciens confreres , l'a fait donner
dans le vague , dans Fexagéré , dans le
104
MERCURE
Faux ; & il ne fera pas inutile de replacer
ici les chofes fous leur vrai point de vue. ,
er
( La fuite au 1º . Mercure. )
VARIÉTÉ
ANECDOTE traduite d'un Papier Anglais.
-E
LA petite Hiftoire fuivante eft fi littéralement
vraie , qu'elle n'a befoin ni du fecours de la
fiction , ni des graces du langage elle fera fentie
par ceux pour qui le vrai eft le feul beau ; &
c'eft pour eux feuls qu'elle eft écrite. Je vais la
raconter avec la plus grande fimplicité & l'exactitude
la plus préciſe ."
Il y a environ quatre ans qu'une jeune femme
s'arrêta dans un petit village près de Brifto!, &
demanda qu'on lui donnât par charité un peu
de lait . Il y avait quelque chofe de fi attrayant
dans fon extérieur , qu'elle attira Pattention dé
tout ce qui était autour d'elle . Elle était de la
premiere jeuneffe , & d'une beauté frappante ;
fes manieres étaient nobles & gracicufts , &
tout fon maintien infirait le plus grand intérêt.
Elle était feule , étrangere dans le pays , & dans
une extrême mifere ; cependant elle ne proférait
aucune plainte , & ne cherchait point à exeter
la compaffion. Sa mariere de parler & d'agir
annonçait vifiblement une naiffance diftinguée ;
cependant on remarquait dans fes paroles & dans
FRANÇAIS. 105
:
fes actions des difparates qui indiquaient une
tête dérangée . Elle paffait la journée à chercher
une place où elle put repofer fa pauvre tête
& la nuit elle couchat fous l'abri d'un tas de
paille . Des Dames du voifinage lui repréfentaient
le da gger d'une fituation fi expofée , mais inutilement
leurs fecours fournillaient à fes befoins
; mais ni prieres ni menaces ne pouvaient
l'engager à coucher dans une maiſon . Comme
elle donnait de temps en temps des marques
d'une véritable folie , à la fin on l'enferma. Je
paffe fur cet endroit de fon hiftoire : il affecte
trop mon ame , & affligerait celle du Lecteur.
Enfin elle fut élargie , & fans perdre un moment
, elle recueillit ce qui lui reftait de force ,
& revint à fon tas de paille , quoique ce fût à
fix milles de fa prifon . On ne peut exprimer
fon raviffement forfqu'elle fe retrouva libre & encore
en poffeffion de fon chétif afile. Il y a actuellement
près de quatre ans que cette malheureufe
créature s'eft dévouée à une fi déplorable
condition , & qu'elle n'a couché dans un lit
ni fous un toit. La peine , la maladie , le froid,
la mifere ont altéré la fanté & fes charmes
mais fa figure eft toujours très - intéreffante , &
il y a dans fon air & dans fes manieres une
douceur & une délicateffe pen communes. Elle
eft bien éloignée de la vanité des habillemens ,
fi naturelle à fon fexe & fi ordinaire dans la
folie. Elle ne porte ni n'accepte aucune parure ,
& lorfqu'on lui fait quelque préfent de cette
efpece , elle le pend à une branche d'arbre , &
le laiffe -là comme indigne de fon attention . Elle
refufe de donner aucun éclairciffement fur ce
qui la concerne fon filence fur ce point eft
invincible. Ses momens de raifon deviennent
plus rares , & fon efprit eft vifiblement aliénés
;
106 MERCURE
A
cependant fes réponfes font affez fenfées , à
moins qu'elle ne foupçonne quelque intention
de la furprendre dans les queflions qu'on lui fait.
Au refte , fa vie eft l'innocence même . Les matins
elle fe promene autour du village , converfe
avec de pauvres enfans , leur fait de petits pré-
Tens de ce qu'on lui a donné , & reçoit les leurs
en échange . Elle ne prend rien que du lait , du
the & la plus fumple nourriture. Les Dames du
voifinage , & une en particulier qui a été fa
conftante & infatigable bienfaitrice , n'ont rien
oublié pour obtenir d'elle de vivre dans une
maifon ; mais elle répond toujours : Le trouble
& le malheur habitent dans les maifons ; la liberté
& l'air, voilà le bonheur. Une certaine fingularité
de termes , quelque chofe d'étranger dans
la prononciation & dans la tourne de quelques
phrafes , ont fait conjecturer qu'elle n'était pas
de ce pays-ci. On a fait différens effais en différens
temps pour tirer de ces circonflances quelque
connaiffance de fon origine. Il y a environ
un an qu'un Gentilhomme lui parla plufieurs
Langues du continent. Elle parut inquiete & embarrallée
mais forfqu'il vint à lui parler Allemand
, fon émotion fut fi grande qu'elle ne putla
cacher ; elle détourna la tête & fondit en
larmes. Cette Anecdote , répandue dans le voifinage
, parvint , il y a quelques jours , à deux
Gentilshommes que l'humanité engagea à vifiter
cette infortunée. L'un d'eux , qui parle Allemand
très- couramment , voulut faire la même épreuve .
Elle parut finguliérement troublée , rougit , &
foit hafard , foit qu'en effet elle entendit , cette
Langue , elle répondit en Anglais à quelques
queftions. Mais tout à coup , comme fi elle fe
fut apperçue qu'elle avait commis une imprudence
, changea
<
elle
troitement
de
converfaFRANÇAIS.
107
tion , & nia qu'elle eût rien entendu de ce qu'on
lui avait dit.
On ne s'eft déterminé à rapporter cette hiftoire
fi fimple que dans l'efpérance qu'elle pourrait
paffer fous les yeux de quelque perfonne
intéréfée au fort de cette trifte créature ; & tout
e que l'historien défire , c'eft de ramener ( peutêtre
une jeune perfonne aimable & malheureufe
dans les bras de parens actuellement défolés
de fa perte . Il voudrait bien que tout ce
récit ne fut qu'une fiction , & n'avoir pas été
témoin oculaire de ce qu'il raconté . Il fe ferait
épargné une impreffion bien douloureuſe & des
larmes ma'heureufement inutiles .
ANNONCES ET NOTICES.
EUVRES DE FONTENELLE , des Académies
Françaiſe , de Nancy , de Berlin , & de Rome ;
nouvelle Edition , augmentée de plufieurs pieces
à l'Auteur , mifes pour la premiere fois par ordre
de matieres , & plus correctes que toutes les précé- 7
dentes ; in- 8 ° . fur carré d'Angoulême , Tomes VII →
& VII ( fin de l'Ouvrage ) . Brochés en carton &
étiquetés , 12 liv. L'Ouvrage complet , huit Vol.
brochés de même, 48- liv. A Paris , chez Servieres
, Libr. rue St-Jean-de- Beauvais ; & chez
Baſtien , Libr. rue des Mathurins , Nº. 7.
Cette édition , qui eft belle & foignée , eft
véritablement fupérieure à toutes les précédentes:
Nous devons au même Libraire Baftien une Edition
nouvelle de THEOPHRASTE & une de
LA BRUYERE , qui lui font honneur , & qui
méritent l'attention des Amateurs de bons Livres.
ICS MERCURE FRANÇAIS.
HISTOIRE des Révolutions d'Angleterre , pour
fervir de fuite à celle du P. d'Orléans ; par M.
Turpin. 2 Vol. in- 12 . Se trouve à Paris , chez
Régen & Bernard , Libr . quai des Auguſtins ,
N°. 37.
GÉOGRAPHIE.
CARTES générales du théâtre de la guerre des
trois armées Françaises en quatre feuilles qui ,
réunies , forment deux Cartes du plus grand infolio
; les deux premieres renferment le cours
du Rhin , depuis la fource jufqu'à fon embouchure
, avec tous les pays qu'il traverſe & qui
l'avoifinent ; favoir , la Suifle , partie de l'Allemagne
, de la France , des Provinces - Unies ,
de la Hollande ; la troifierre & quatrieme , plus
détaillées, comprennent les Pays - Bas , les Comtés
de Flandres , de Hainaut , de Cambréfis , le Boulonnais
& Frontieres de Picardie , les dachés de
Brabant , de Luxembourg , de Limbourg , de
Juliers , & l'Evêché de Liége , & c . Ces quatre
Cartes fe vendent 12 liv., 9
A Paris , chez Deſnos , Ingén. Géog: pour les
Globes & Spheres, & Libr. rue St-Jacq. Nº. 254.
TABLE
TRADUCTION. 851Variété.
Charade, Enie. Logog. 89 Annonces & Notices,
104
199
Mémoires, &c. 941
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 16 Juin 1792.
L'ATTACHEMENT de la Nation Hon
groife pour fon Souverain s'eft manifeſté
d'une manière énergique & loyale au Couronnement
de Sa Majesté , qui a eu lieu le 6 ;;
celui de la Reine s'eft fait le 10. L'Af
femblée des Etats a renouvellé , après le
Difcours du Roi , la fcène qui eut lieu
lorfque Marie Thérèfe s'adreffa à eux dans
là guerre qu'elle foutenoit contre la Pruffe
& la France : tous les Députés tirèrent leur
fabre, & jurèrent de périr pour foutenir
les droits de leur Roi. Cet enthoufiafme
d'un Peuple froid , & qui conféquemment
ne fait point de ferment en l'air , a été
fuivi d'un don de trois millions de florins
No. 27. 7 Juillet 1792. A
( 2 )
L
d'un million de boiffeaux de bled à l'ufage
des armées : les Etats ont auffi arrêté la levée
de 6,000 hommes pour les régimens Hongrois
employés fur l'état de campagne.
Le Roi a nommé le Grand-Duc de Tofcane ,
Feld -Maréchal de fes armées . --- L'Envoyé de
la Porte a reçu de nouvelles lettres de créance ;
il aura une audience publique de Sa Majeſté ſi- tôt
qu'elle fera de retour de Bude ; ce qui fera le 25
ou 26 du mois . Elle repartira immédiatement
après pour Francfort . On penfe affez généralement
ici que notre Cour ne ſe mêlera pas
des affaires de Pologne.
---
Le régiment de Dragons de l'Archiduc
Jofeph , venant de Hongrie, a paffé devant
le château de Schonbrown pour ſe rendre
dans les Pays - Bas. 120,000 quintaux
de farine & 800,000 boiffeaux d'avoine
feront tranfportés de la Hongrie fur le
Danube jufqu'à Ulm : ces provifions font
deſtinées à l'armée fur le Rhin.
·De Francfort-fur- le -Mein , le 23 Juin.
Les armées Pruffiennes fe meuvent lentement,
& quelques perfonnes veulent toujours
en conclure qu'il exifte de l'incertitude
dans les vues de la Cour de Berlin. li eft cependant
certain que plufieurs Corps de troupes
font en pleine marche aujourd'hui , &
que fi quelque lenteur femble le faire ap(
3 )
percevoir , il eft prefumable qu'elle n'eft
due qu'à l'approche du Couronnement de
l'Empereur que l'on fixe au 5 ou 6 du mois
prochain.
L'on mande de Berlin , que l'Apothicairerie de
campagne , le grand Hôpital , la Boulangerie
&c. &c. en font partis pour fe rendre à Coblentz;
quatre Bataillons d'Artillerie & les Poutons font
également en route pour la même deftination ;
de Gotha , que la tête de l'armée Pruffienne qui
fe rend für le Rhin , paffera par ce Duché ; les
Huffards d'Eben , partis de Berlin le 3 , fe trouveront
à Gotha le 213 le 29 , l'Artillerie & les
cha iots munitionnaires y arriveront . On compte
à Coblentz y voir toutes les troupes Pruffiennes
raffemblées le 24 Juillet. La Légion de Mirabeau
arrivée près de cette ville , s'embarquera
fur le Mein pour le rendre aux Pays - Bas .
Autrichiens occupent deux camps dans le Brifgaw
, celui de Rothevel & celui de Forcheim ;
ils y ont établi des batteries qui défendent le
paffage du Rhin près du château de Sponcek.
--
Les
L'acceffion des Cercles aux démarches
des deux Cours & leurs opérations militaires
commencent à fe manifefter d'une
manière pofitive . C'eft fur tout au Comte
de Lehrbach , Miniftre de la Cour de
Vienne , qu'on en doit le fuccès. Il a rencontré
& vaincu quelques difficultés qu'on
oppofoit au projet de la Cour de Berlin
dans le Cercle de Souabe. L'Affemblée
de ce Cercle à arrêté de fournir fon
A 2
( 4 )
contingent triple , & de hâter l'équi
pement de fon Corps d'armée. L'Electeur
Palatin a auffi accédé à l'alliance entre les
Cours de Vienne & de Berlin.
Il fe confirme que la Direction du
Cercle de Franconie a été prévenue que
18,000 Ruffes devoient paffer fur fon territoire
pour fe rendre fur le Rhin ; ce qu'il
y a de très -certain , c'eft que l'Impératrice
a accédé à l'alliance des deux Cours , &
qu'on apprend de Pétersbourg que le
Prince de Naffau a dú mettre à la voile
de Cronstadt , le 4 Juin , avec fa flotille , fur
laquelle fe trouve beaucoup d'Emigrés
François. Le Roi de Sardaigne a également
déclaré qu'il accédoit à la même alliance
entre les deux Cours.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 24 Juin.
L'on commence à craindre qu'enfin
nous ne foyons victimes du peu de précautions
que l'on a prifes contre les hoftilités
des François. Peut-être a- t-on compté
trop légèrement fur l'indifcipline de leurs
troupes, ou fur les affurances données par le
parti conftitutionnel en France , qui pen
dant tout le temps du miniftère de M.
Deleffart n'a ceffé de faire entendre à
Vienne , à Berlin & à Londres , que jamais
ef- la France n'en viendroit à une guerre
fective avec l'Autriche , & que tous les
efforts du parti Jacobin s'anéantiroient
devant la réunion des gens honnêtes , devant
la volonté de la partie faine de la
Nation . Ces allégations, quels qu'en fuffent
les motifs , ont tenu le cabinet de Vienne
dans une fauffe fécurité . Tandis qu'on propageoit
ici la doctrine de l'infurrection ,
& que l'Affemblée Nationale , le Roi , le
Miniftère,les Départemens ordonnoient ou
faifoient des levées d'hommes , à peine
paffoit- il quelques troupes dans les Pays-
Bas , au- delà de ce qu'il en falloit pour y
maintenir la tranquillité publique. Il est
réfulté de cette imprudence , qu'avec un
peu de conduite & de courage les François
pourroient déjà planter leur bonnet ,
rouge à Bruxelles , avant qu'on pût les en
chaffer ; ce qui feroit toujours & plus difficile
& plus accablant pour les provinces ,
qu'il ne l'auroit été de prévenir leur entrée
, ou de diffiper leurs premiers raffemblemens
fi- tôt qu'ils eurent commencé les
premières hoftilités .
Aujourd'hui , leur armée s'avance dans
la Flandre , & menace les principales villes
de cette province ; Menin , Ypres , Courtray
font entre leurs mains ; nos troupes
ont éprouvé plufieurs échecs , & déjà la
A 3.
( 2)
d'un million de boiffeaux de bled à l'ufage
des armées : les Etats ont auffi arrêté la levée
de 6,000 hommes pour les régimens Hongrois
employés fur l'état de campagne.
---
Le Roi a nommé le Grand-Duc de Tofcane ,
Feld-Maréchal de fes armées . L'Envoyé de
la Porte a reçu de nouvelles lettres de créance ;
il aura une audience publique de Sa Majeſté fi- tôt
qu'elle fera de retour de Bude ; ce qui fera le 25
ou 26 du mois . Elle repartira immédiatement
après pour Francfort . On penfe affez généralement
ici que notre Cour ne fe mêlera pas
des affaires de Pologne.
---
Le régiment de Dragons de l'Archiduc
Jofeph , venant de Hongrie , a paffé devant
le château de Schonbrown pour ſe rendre
dans les Pays- Bas . 120,000 quintaux
de farine & 800,000 boiffeaux d'avoine
feront tranſportés de la Hongrie fur le
Danube jufqu'à Ulm : ces provifions font
deftinées à l'armée fur le Rhin.
De Francfort-fur- le -Mein , le 23 Juin.
Les armées Pruffiennes fe meuvent lentement,&
quelques perfonnes veulent toujours
en conclure qu'il exifte de l'incertitude
dans les vues de la Cour de Berlin. Ii eft cependant
certain que plufieurs Corps de troupes
font en pleine marche aujourd'hui , &
que fi quelque lenteur ſemble le faire ap(
3 )
percevoir , il eft prefumable qu'elle n'eft
due qu'à l'approche du Couronnement de
l'Empereur que l'on fixe aus ou 6 du mois
prochain.
L'on mande de Berlin , que l'Apothicairerie de
campagne , le grand Hôpital , la Boulangerie
&c. &c. en font partis pour fe rendre à Coblentz,
quatre Bataillons d'Artillerie & les Pontons font
également en route pour la même deftination ;
de Gotha , que la tête de l'armée Pruffienne qui
fe rend fur le Rhin , paffera par ce Duché ; les
Huffards d'Eben , partis de Berlin le 3 , fe trouveront
à Gotha le 21 ; le 29 , l'Artillerie & les
chariots munitionnaires y arriveront . On compté
à Coblentz y voir toutes les troupes Pruffiennes
raffemblées le 24 Juillet. La Légion de Mirabeau
arrivée près de cette ville , s'embarquera
fur le Mein pour le rendre aux Pays - Bas. --
--Les
Autrichiens occupent deux camps dans le Brifgaw
, celui de Rothevel & celui de Forcheim ;
ils y ont établi des batteries qui défendent le
paffage du Rhin près du château de Sponcck .
--
L'acceffion des Cercles aux démarches
des deux Cours & leurs opérations militaires
commencent à fe manifefter d'une
manière pofitive. C'eft fur tout au Comte
de Lehrbach , Miniftre de la Cour de
Vienne , qu'on en doit le fuccès. Il a rencontré
& vaincu quelques difficultés qu'on
oppofoit au projet de la Cour de Berlin
dans le Cercle de Souabe . L'Affemblée
de ce Cercle a arrêté de fournir fon
A 2
( 4 )
contingent triple , & de hâter l'équi
pement de fon Corps d'armée. L'Electeur
Palatin a auffi accédé à l'alliance entre les
Cours de Vienne & de Berlin.
Il fe confirme que la Direction du
Cercle de Franconie a été prévenue que
18,000 Ruffes devoient paffer fur fon territoire
pour fe rendre fur le Rhin ; ce qu'il
y a de très-certain , c'eft que l'Impératrice
a accédé à l'alliance des deux Cours , &
qu'on apprend de Pétersbourg que le
Prince de Nafau a dû mettre à la voile
de Cronstadt , le 4 Juin , avec fa flotille , fur
laquelle fe trouve beaucoup d'Emigrés
François. Le Roi de Sardaigne a également
déclaré qu'il accédoit à la même alliance
entre les deux Cours.
PAYS- BA S.
De Bruxelles , le 24 Juin.
L'on commence à craindre qu'enfin
nous ne foyons victimes du peu de précautions
que l'on a prifes contre les hoftilités
des François . Peut-être a- t-on compté
trop légèrement fur l'indifcipline de leurs
troupes, ou fur les affurances données par le
parti conftitutionnel en France , qui pendant
tout le temps du miniftère de M.
Deleffart n'a ceffé de faire entendre à
( s )
Vienne , à Berlin & à Londres, que jamais
la France n'en viendroit à une guerre effective
avec l'Autriche , & que tous les
efforts du parti Jacobin s'anéantiroient
devant la réunion des gens honnêtes , devant
la volonté de la partie faine de la
Nation. Ces allégations, quels qu'en fuffent
les motifs , ont tenu le cabinet de Vienne
dans une fauffe fécurité. Tandis qu'on propageoit
ici la doctrine de l'infurrection
& que l'Affemblée Nationale , le Roi, le
Miniftère, les Départemens ordonnoient ou
faifoient des levées d'hommes , à peine
paffoit- il quelques troupes dans les Pays-
Bas , au- delà de ce qu'il en falloit poury
maintenir la tranquillité publique. Il est
réfulté de cette imprudence , qu'avec un
peu de conduite & de courage les Fran-"
çois pourroient déjà planter leur bonnet,
rouge à Bruxelles , avant qu'on pût les en
chaffer , ce qui feroit toujours & plus difficile
& plus accablant pour les provinces ,
qu'il ne l'auroit été de prévenir leur entrée
, ou de diffiper leurs premiers raffemblemens
fi - tôt qu'ils eurent commencé les
premières hoftilités.
Aujourd'hui , leur armée s'avance dans
la Flandre , & menace les principales villes
de cette province ; Menin , Ypres , Courtray
font entre leurs mains ; nos troupes
ont éprouvé plufieurs échecs , & déjà la
A 3.
( 6 )
populace de quelques villes s'agite , &
femble vouloir feconder les forces ennemies.
A Gand , ces difpofitions font plus
fenfibles qu'ailleurs.
Nos Généraux néanmoins ne négligent
aucun des moyens qui font en leur pouvoir
pour s'oppofer à la marche de l'ennemi .
Inftruits qu'il s'avançoit de Courtray vers
Gand par Deinfe , le Général Clairfayt ,
à la tête de 8,000 hommes , & M. de Beauhieu
, avec à - peu - près autant , ont dirigé
leur marche de manière , à ce que l'un attaquât
l'armée de M. Luckner en tête , tandis
que l'autre lui couperoit la retraite en
cas qu'il voulût la tenter fur Lille ; mais
l'on doute avec raifon que le Général
François fe laiffe prendre à cette manoeuvre
qu'il a dii neceffairement prévoir .
Menin eft occupé par le corps d'émigrés
Brabançons , fous les ordres de M.
de Rofières , Officier , ci devant attaché à
M. Vandermeerfch , & qui commandoit
dans Malines en 1790 .
Le 19 , l'ennemi s'étant ébranlé pour s'avancer
de Menin plus avant dans le pays , fut
rencontré par un détachementde nos troupes
aux ordres du Colonel Mylius . Le combat
fut violent de part & d'autre , mais enfin les
nôtres véritablement inférieurs en nombre
& de beaucoup , furent obligés de fe retirer ;
agrès avoir laillé autour des 120 hommes
( 7)
fur la place & abandonné une pièce de
' canon dont l'ennemi s'eft emparé . Cet échéc
de nos troupes a décidé la prife de Courtray
où les François font entrés le même
jour. Ils y ont laiffé garnifon & fe font enfuite
avancés fur Deinfe dont ils fe font
rendus maîtres le 20 après en avoir chaffé
quelques chaffeurs qui s'y trouvoient.
Tandis qu'une partie de l'armée de Luckner,
marche visiblement fur Gand & peut-
-être de- là fur Bruxelles , une autre menace
Tournay & nous force à dégarnir le camp
de Haile , deftiné à s'oppofer au gros de
l'armée que l'on fuppofoit devoir fe diriger
fur Mons. Le 19 , un détachement
de nos Huffards , faifant partie des troupes
poftées à Tournay , s'eft avancé vers Órchies
, & y a été attaqué par un gros corps
de Dragons François , qui malgré la vigoureufe
réfiftance de nos Huffards , en
ont fait plufieurs prifonniers après en avoir
tué quelques - uns & forcé le reste à ſe
retirer.
Amoins donc les Généraux de Beauque
lieu & Clairfait ne s'oppofent efficacement
au progrès de l'ennemi , on doit s'attendre
à le voir pénétrer très- avant , & , quand il
feroit obligé de rendre enfuite les places
qu'il auroit prifes , il n'en auroit pas moins
infecté le peuple des principes d'infurrection
& de licence politique qui font le fyftênie
A 4
( 8 )
François d'aujourd'hui . Il faut convenir
que nous l'aurons bien mérité par notre
sonfiance dans les promeffes d'un parti
qui paroît devoir jouer de nouveau le principal
rôle en France aujourd'hui que le
Ministère Jacobin a été obligé de céder
aux intrigues de celui qu'on appelle Feuillant.
Il eft décidé que les troupes Pruffiennes
n'entreront point dans les Pays - Bas , au
moins au commencement de la campagne.
Cet arrangement peut être avantageux de
deux façons , d'abord en prévenant des incidens
que l'entrée des troupes étrangères
pourroit faire naître , enfuite en fa
cilitant ou pour mieux dire affurant le fuccès
d'une attaque fur le Rhin.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 22 Juin.
Quelques feuilles , fur- tout celles que
l'intérêt ou l'erreur dévoue au fyftême
révolutionnaire , ont affecté de préfenter
l'émeute arrivée le lundi , 4 Juin , comme
une preuve des difpofitions de la multitude à
fecouer le joug du Gouvernement , comme
un commencement d'infurrection , enfin
comme l'expreffion de la volonté d'un
peuple qui veut faire reconnoître fes droits
( و )
par des mandataires infidèles ou tyrans.
Ces phraſes du vocabulaire François prou
vent l'ignorance ou la mauvaite foi de
ceux qui en font ufage , en niême- temps
que l'empreffement de quelques émiſfaires
propager le fens qu'elles préfentent, donne
lieu de rejetter fur des intrigues d'outremer
les évènemens tant foit peu confidérables
que fait naître l'indifcipline du peuple ou
le hafard de quelques circonftances.
Le lendemain de l'anniverſaire de Sa Majefté
, quelques domeftiques & autres perfonnes
du peuple s'amufoient de danſes ,
dans le quartier de Mountftreet , & trou
bloient la tranquillité des habitans . Ceux - ci
s'en plaignirent , & les Officiers de Police
crurent pouvoir arrêter quelques - uns des
tapageurs & les conduifirent à la maifon de
correction. Leurs camarades fe réunirent
pendant la nuit en affez grand nombre
& le lendemain tentèrent de forcer la prifon
pour en faire fortir ceux qui y avoient
été mis la veille. La populace s'étoit jointe
aux attroupés , & la maifon de correction
couroit quelque danger , lorfqu'on fit avancer
de la troupe à pied & a cheval qui diffipa
les mutins. Il n'y a eu dans cet évènement
rien qui ait pu lui donner la teinte d'une
infurrection civile , & tout s'eft borné à
quelquesvitres caffées & quelques bleffures
attrapées dans la mêlée . Les prifonniers font
AS
( 10 )
elés dans la maifon de correction le
temps prefcrit par la Police & la tranquillité
de la Ville n'a point fouffert de
cette mutinerie de quelques domestiques
réunis à un petit nombre d'ouvriers & de
gens de la populace .
L'interminable procès de M. Haflings a
été repris ; fon défenfeur , M. Dallas , a
produit en fa faveur des moyens de défenfe
qui ont enlevé le fuffrage du public dans
la féance 94° . de cette procédure , tenue à
Weftminster le 12. Le temps n'a fait qu'ajouter
aux preuves juftificatives alléguées
par cet ancien Gouverneur des Propriétés
Angloifes dars l'Inde , & l'on peut croire
qu'enfin fes acharnés accufateurs manqueront
de fujets d'inculpations après l'inutile
étalage de toutes celles qui ont été
produites. Cet illuftre accufé avoit demandé
, ce qui ne lui a point été accordé ,
que Sa Majefté ne prorogeât le Parlement
qu'après qu'il auroit entendu fa défenſe
entière.
On peut remarquer au refte que les circonftances
font plus favorables que jamais
à M. Haftings ; le parti Miniftériel réuni
contre des dangers d'une nature toute particulière
, & fortifié des membres diftingués
de l'oppofition , a plus de raiſons &
de facilité qu'avant pour fouftraire un
des premiers Agens de l'Adminiſtration aux
( 1 )
pourfuites aveuglement dirigées contre lui.
M. Burcke , ce puiffant athlète du parti
ennemi de M. Haftings , eft paffé de l'autre
bord , & l'on eft par- tout dégoûté des déclamations
antiminiftérielles , où fous le
prétexte du bien du peuple , on ébranle
l'autorité du Gouvernement & les droits
de la propriété.
Cette haine des innovations femble particulièrement
s'être manifeftée par la joie
que le peuple a montrée dans tous les trois
Royaumes en célébrant l'anniverſaire de la
nailfance du Roi , & par les adrelles nombreufes
fur la Proclamation de Sa Majesté
contre les libelles féditieux. Il a cru même
prouver ce fentiment d'une manière énergique
en profcrivant des écrits de partis ,
en brûlant les ouvrages & les butes de Prieftley,
ce foutien de la propagande Françoife
en Angleterre, de Payne & d'un M. Kenrick,
enthoufiafte partifan des idées puritaines
& de l'égalité prêchée par les Clubs de la
réforme parlementaire.
Voici l'adreffe des deux Chambres préfentée
le 2 Juin au Roi qui a fervi de modèle
à celles des Communes & Corporations
envoyées depuis.
Très-gracieux Souverain . Nous , les ſujets trèsdévoués
& loyaux de Votre Majefté , les Scigneurs
fpirituels & temporels & communes de la
A 6
( 12 )
>
Grande Bretagne , affemblés en Parlement avons
pris en notre confidération très - férieufe votte
Ordonnance Royale , qui nous a été remife par
votre ordre, & nous venons témoigner à V. M. nos
remercîmens & notre reconnoiffance de cette nouvelle
preuve de votre follicitude conftante pour
le bien-être & le bonheur de votre peuple . Nous ne
pouvons voir fans indignation les attentats qui
cnt été faits pour affaiblir dans les efprits de
vos fujets les fentimens d'obéiflance aux Loix ,
& d'attachement à la forme du Gouvernement
civil & religieux , fi heureufement établie dans
ce royaume , dont les avantages , fous le gouvernement
de V. M. & de vos illuftres ancêtres ,
doivent leur origine à une liberté bien réglée &
légale , & aux bénédictions fans exemple dont
nous jouiffons actuellement , qui offrent à vos
fujets des motifs particuliers de réfléchir avec
gratitude fur leur fituation préfente & de fe garder
de ces théories illufoires , qui font incompatibles
avec les devoirs & relations de la fociété civile ;
nous eftimons , dans les circonftances actuelles ,
qu'il eft du devoir particulier de tout bon Citoyen
de s'opposer à toute attaque directe &
indirecte contre l'ordre & la tranquillité publique
; nous fommes affurés que les fentimens que
nous exprimons maintenant à V. M. font les lenimens
généraux de la Nation , qui doit fentir
comme nous , que cette liberté réelle peut feu'e
exifter fous la protection de la Loi & l'autorité
d'un Gouvernement régulier & efficace ; elle a
vu , par une heureufe expérience , que la forme
fagement partagée de notre Législature , pourvoit
à tous les intérêts variés de la Communauté
dans touses les claffes ; qu'elle conferve & main(
13 )
tient ces gradations de propriétés & de diftinctions
qui forment l'aiguillon de l'induftrie , &
qui font également effentielles pour donner de la
vigueur à chaque partie , ainfi que la ftabilité an
bien être du tout : la Nation lait donc que la
force & la profpérité collective de l'Empire , fes
richeſſes , fon crédit & fon commerce , auffi bien
que la fécurité pour les perfonnes , les biers
& les libertés de chaque individu , font effentiellement
liées avec la confervation de leur Conftitution
établie .
Pénétrés de ces opinions , nous croyons de
nore devoir d'affurer Votre Majesté de notre
ferme réfolution d'appuyer Votre Majefté dans
la réfolution qu'elle vient d'adopter , & nous
fommes pleinement perfuades que toute mefure ,
qui pourroit devenir néceflaire , fera fecondée
par le zèle & la reconnoiffance d'un Peuple libre
& loy.l.
C'estle 15 du mois dernier , comme nous
l'avons annoncé , que le Parlement a été
prorogé. Voici Pulage obfervé en pareil
cas .
A trois heures & demie le Roi arriva dans la
Chambre Haute , & s'étant affis fur le Trône ,
Sir Francis Molineux fut envoyé aux Communes
pour leur ordonner de fe rendre auprès de S. M.
L'orateur ayant paru à la barre à la tête de 200
Membres , adreffa à S M. un difcours fur les
heureufes apparences & la profpérité du pays fous
la douce & bien faifante adminiftration de S. M.
-- Il préfenta alors le bill fur la dette Nationale
en difant que les Communes s'étoient empreffées
à le paffer en Loi pour éteindre promptement la
(( 14 )
dette publique , & pour procurer à la Nation
une reffource fuffifante contre les befoins futurs.
S. M. donna alors fon confentement royal au
bill de la detre Nationale , au bill de police de
Middiefex & Weitninfter , au bill de judicature
Pour Terre-Neuve , au bill d'exemption du droit
de timbre , au bill relatif aux jurés dans les cas
pour 1 belle , & à neuf bil's particuliers . --Après
cela , S. M. fit le difcours fuivant du haut de
fon Tiône :
"
MILORDS ET MESSIEURS ,
Je ne puis point clore la préfente feffion du
Parlement fans vous remercier , en mon particulier
, de l'attention & de la diligence avec lef
quelles vous vous tres appliqués à l'expédition des
affaires publiques , & fur-tout aux objets impor
tans que j'avois recommandés à votre confidération.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES ,
La promptitude avec laquelle vous avez actorde
les fubfides néceflaires , & la nouvelle
preuve que vous avez donnée de votie attachement
conftant à ma perfonne , & à ma famille ,
en me mettant en état de pourvoir à l'établiffement
de mon fils , le Duc d'York , exigent de ma
part la reconnoiffance la plus fincère . J'ai auli
obfervé avec la plus grande fatisfaction les mefures
que vous avez adoptées pour la diminution
du fardeau public , tandis qu'en même temps
vous avez fait un fonds additionnel pour la ré
( 15 )
duction de la dette Nationale actuelle , & que vous
avez établi un ſyſtème permanent pour empêcher
l'accumulation dangereufe de la dette à l'avenir.
MILORDS ET MESSIEURS ,
се
J'ai vu avec beaucoup d'intérêt fe commercement
des hoftili és en différentes parties de
Europe. Dans la fituation préſente des affaires ,
mon principal foin fera de maintenir cette hai
monie , & cette bonne intelligence qui fubfiftent
entre moi & les différentes Puiffances belligérartes.
Les affurances que je reçois de toutes
'parts , des difpofitions amicales envers
pays , me procurent l'efpérance agréable de
Téuffir dans ces efforts . L'expreffion récente
de votre attachement uniforme , & plein de
zèle au Gouvernement établi , ainfi qu'à la
Conftitution , ne me laiffe aucun lieu de douter ,
que dans vos différens Comtés , vous ferez actifs.
& vigilans à maintenir ces fentimens dans l'ef
prit de mon Peuple fidèle ; & j'ai le bonheur de
recevoir des preuves continuelles & ultérieures
qu'il a une idée juſte des avantages nombreux
& croiflans dont il jouit actuellement fous la
protection & la faveur diftinguée de la Providence.
Lord Chancelier dit alors par ordre de S. M. :
MILORDS ET MESSIEURS ,
C'eft, la volonté Royale & le plaifir de S. M.
que ce Parlement foit prorogé au Jeudi 30° . jour
du mois d'Août prochain , pour être alors tenu
ici , & ce Parlement eft en conféquence prorogé
au Jeudi 30 Aoûr prochain.
( 16 )
Les agitations de l'Irlande ont ceffé avec
la connaiffance des dangers où elles entraînoient
le Peuple ; tout le monde s'eft réuni
contre l'efprit d'infurrection que quelques
agitateurs propageoient fous le mafque d'un
patriotifme affecté , par- tout , le fens droit
a pris le deffus , & l'on ne voit plus de ces
proclamations, de ces adreffes emphatiques
où tous les droits étoient confondus & l'autorité
légitime méconnue. La profpérité
publique, l'activité du commerce , des arts ,
T'abondance & la liberté , ont paru préférables
aux mouvemens anarchiques que le
fanatifme étoit prêt à faire naître dans ce
pays ; l'autorité royale , inféparable de l'ordre
& du refpect des loix s'eft affermie , &
la tranquillité publique avec elle . Le propagandifme
républicain eft méprifé à Dublin
comme à Londres , & cette façon de
penfer eft générale aujourd'hui dans la
Grande- Bretagne
.
On ignore encore l'objet ultérieur de l'ef
cadre que l'on arme aujourd'hui à Portfmouth;
elle eft , dit- on , deftinée à croifer
dans la Manche ; ce qu'il y a de certain ,
c'est qu'on l'équipe avec une grande activité
; que le Vice- Amiral Hood , un des
meilleurs Généraux de mer de la Grande-
Bretagne , en a le commandement , &
qu'elle eft compofée jufqu'à préfent des -
aiffeaux le Duke de 98 canons , 600 hom
( 17 )
mes d'équipage , le Bedfort , le Brunſwick
& l'Annibal de 74 canons , chacun de soo
hommes d'équipage
.
Si - tôt après la prorogation du Parle
ment , le Lord Thurtow a remis les Sceaux à
Sa Majefté ; il les tenoit depuis 1778. Ils
ont été mis en commiffion.
Les nouvelles que l'on recevoit de l'Inde
depuis quelque temps annonçoient le progrès
de nos armes & les fuccès que Lord
Cornwallis obtenoit dans prefque toutes fes
tentatives contre l'ennemi ; on s'attendoit
donc à quelqu'évènement important_qui
pût mettre un terme à la guerre , & affurer
enfin la domination britannique dans ces
contrées. C'est ce qu'on vient d'apprendre
par une dépêche adreffée à la Compagnie
par Sir Robert Ainfiie , notre Miniſtre près
la Porte Ottomane ; elle porte que le 7 Février
, Milord Cornwallis a attaqué l'armée
de fon ennemi ; après une courte réfiftance
il en a forcé le camp , lui a pris fon artillerie
, fes tentes , fes bagages , & a pour
fuivi les fuyards jufqu'au Cavery. Le Gé
néral s'eft rendu maître le lendemain de
deux forts , & difpofoit les batteries pour
commencer le fiége de Séringapatnam ; on
s'attend à voir cette capitale des Etats de
Tippoo tomber dans nos mains , & la
guerre fe terminer par cette prife importante.
( 18 )
FRANC E.
De Paris , le 4 Juillet 1792 .
a
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du vendredi , 22 juin.
Une adreffe lue fous la rubrique d'une petite
ville du département du Gard , a fervi de véhicule
à l'opinion des clubs d'autorifer , par un
décret , chacun des 82 départemens à envoyer à
Paris 250 hommes armés ( total 20400 ) pour
partager avec les Parifiens les fatigues du fervice.
Des pétitionnaires de Metz dénoncent
le directeur de l'arfenal de cette ville comme
fufpect d'incivilme , & demandent qu'on le dépofe
ou que , par civifme , il réfigne fa place.
--Les citoyens libres d'Arras , où l'on ne foup-
Connoit pas qu'il y en cût d'efclaves , s'indignent
du renvoi des miniftres patriotes «qui faifoient déjà
voguer fi heureufement le vaiffeau de l'Etat .» Ils
annoncent qu'au premier voeu des législateurs ,
la nation , que ces citoyens libres d'Arras repréfentent
auffi fars doute , fe levera toute entière
, prendra l'attitude impofante , & c.- Des
députés de Beauvais annoncent la fonte d'un canon
qui fera nommé : l'ami de laconftitution (bravo ! ),
& promettent de rendré bon compte des amateurs
des deux chambres & de quiconque violera les
toix... Honneurs de la féance & mention hono-
I
( 19 )
rable du canon ainti que de l'adreffe inconfti
tutionnelle
des amis d'Arras qui ont évidemment
violé la loi jurée en déprimant
une autorité
conftituée , en taxant d'inciviime
l'exercice libre
du droit qu'avoit le Roi de renvoyer M. Clar
vière coupable d'un acte arbitraire
envers les
chefs des poftes , M. Servan qui a ofé propofer
un camp de 20,000 hommes fans confulter
le
Roi , M. Roland dont la lettre criminelle a été
applaude
, inférée , imprimée
, diftribuée
, affichec...
On n'approfondira
pas les autres motifs
de a conquite
irréproch..bic
du Monarque.
- Des redites fur les moyens de conftater les
naiffances , les mariages & les morts ; des paradoxes
& lieux communs de M. Goujons contie
les paradoxes de comité fur le droit de faire
grace , ou de mutatior de peine , ont produit
un décret d'impreffion & d'ajournement
pour le projet de M. Goujon , & un premier
article portant que les officiers munici
paux ( des villes & des campagnes , qu'ils fachent
lire ou non ) feront chargés de recevoir & de
conferver les regiftres des naiffances , mariages
& décès.
En attendant les prodiges qu'enfantera la commiflion
des douze , nommée pour s'occuper du
rétabliſſement de l'ordre fimplement & dans tout -
le royaume , M. Guyton de Morveau , un des
membres de cette commiflion extraordinaire à
tous égards , a propofé une première grande
mefure adoptée en ces termes :
L'Aemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fa commiffion extraordinaire , décrète
que les miniftres du Roi fe rendront demain
à midi à l'Atſemblée & que le préfent
( 20 )
décret fera envoyé fur- le- champ à chacun d'eu
L'Aflemblée nationale décrète que lorsque les
miniftres du Roi fe feront rendus à fa féance ,
en exécution du précédent décret , le préfident
leur fera connoître en ces termes les intentions
de l'Affemblée . Deux objets urgens & de haute
importance excitent en ce moment la follicitude
du corps législatif. Le premier eft la néceffité
d'arrêter les troubles excités par le fanatifme .
Le fecond cft l'intérêt preffaut de placer une
armée de réferve entre les frontières & Paris. Le
Roi eft chargé , par la conftitution , de veiller
à la sûreté générale de l'état ; l'Affemblée nationale
vous ordonne de lui rendre compte par
écrit , à fa féance de demain , des mesures qui
ont été prifes pour y pourvoir. »לכ
Du vendredi , féance du foir.
Le préſident de l'une des 48 fections de Paris ',
dite des Gobelins , écrit à l'Affemblée légiflative
pour juftifier ceux des citoyens de cette fection
qui le font préfentés en armes pour lire une pétition
. «Ils font bien excufables , dit- il , d'avoir
défobéi à l'arrêté d'un directoire qui avoit pro- ,
voqué le veto fur un décret , & qui d'ailleurs
n'a fait connoître fon arrêté qu'au moment où
les citoyens étoient raflemblés . La preuve qu'ils
n'étoient pas coupables , c'eft que l'Aflemblée
les a reçus , & qu'enfin ils ont obéi aux ordres
de leur refpectable & vertueux maire . »
Cette lettre a été vivement applaudie des galeries,
M. Charlier y a trouvé l'occafion de rappeller
les dénonciations & le rapport oublié fur
l'ancienne adreffe du directoire , reminifcence qui
tient à l'efpoir civique de faire lever le veto qui
a frappé le décret de déportation contre les
1
( 21 )
prètres. Mais l'Affemblée s'eft honorablement
lavée de pareilles lectures , des applaudiffemens
des galeries & de motions au moins déplavées ,
en paffant à l'ordre du jour.
Sur l'avis de M. Thuriot , on a refuſé de lire
& on a renvoyé au comité , des renfeignemens
que M. Deleuire , député extraordinanç d'Avignon
, adrefloit à l'Affemblée , au fujet des
nouveaux troubles que vient d'exciter dans cette
ville l'élection du S¹ . Duprat , le jeune , compagnon
de Jourdan , à la place de maire , & des mefures
promptes que réclament les horreurs qui menacent
encore les Avignonnois , & qui feroient la honte
de la France .
On a lu la lettre fuivante du Roi :
« Je vous prie , M. le préfident , de faire
part à l'Affemblée nationale que m'étant fait
rendre compte de la fituation actuelle des armées .
j'ai jugé qu'il étoit néceffaire de remplacer la ré
ferve des bataillons des gardes nationales volon
taires , qui , dans les premières difpofitions que
j'avois faites , formoient une feconde ligne entre
la capitale & les frontières ; cette réſerve ayant
été fucceffivement réunie aux deux armées qui
opèrent en ce moment. En conféquence je propofe
à l'Affemblée nationale de décréter qu'il
fera formé quarante-deux nouveaux bataillons de
gardes nationales , dont chaque département
fournira un demi - bataillon . Je donnerai des ordres
pour que cette augmentation foit placée de manière
à couvrir la capitale , ou à renforcer les
armées , fuivant que les circonftances pourront
F'exiger.
33
Signé , LOUIS. Contre-figné , Laiard .
Un membre a demandé le renvoi de cette
leure au comité militaire. Plufieurs voix ont in
( 22 )
voqué la queftion préalable . M. Montaut vou
loir qu'on paffat à l'ordre du jour fur la propofirion
du Roi. Ceux qui avoient le plus chau
dement appuyé la motion inconftitutionntile
de M. Servan , demandant , fans l'attache du
Roi dont il étoit le miniftre , un camp de
20,000 hommes fous les murs de Paris , ont
montré la plus fougueufe ardeur contre la demande
régulière de 34,000 faite par le Roi &
contre -fignée de fon miniftre. M. Lajard en
avoit développé les avantages. L'Affemblée l'a
finalement renvoyée au comité .
Du famedi , 23 Juin.
Les adminiftrateurs du département de Mayenne
& Loire , annoncent qu'ils ont été forcés de faire
enfermer , dans le féminaire , les prêtres qu'ils
qua'ifient perturbateurs , fans produire ni décifion
de jurés , ni fentence de tribunal... Au comité
des douze.
Deux décrets d'urgence ont ftatué , 1º . qué
les militaires en activité recevront les rembour
femens qui leur font dus au tréfor pubic , fur
un certificat de fix mois de réfidence du confeil
d'ad niniftration du régiment ou du bataillon ;
vilé par le commitfaite des guerres ; 2° . que la .
taxe des lettres ne fera pas augmentée pour leur
transport de la frontière aux armées Françoiles
fur le territoire étranger.
Informés que dans l'affaire de Mons , le ba
taillon de la Côte d'or a fouffert une perte confidérable
, & qu'il s'eft trouvé des prêtres réfrac
taires parmi les morts du côté de l'ennemi , les
forcenés qui , à Dijon comme ailleurs , fe nomment
effrontément la nation , la nuit du 18 au
19 , ont enlevé 120 prêtres non -affermentés , les
( 23 )
ont mis en chartre privée. Les adminiftrateurs
& les municipaux confi mèrent la détention del
ces infortunés , victimes d'un fanatisme aveugle.
d'une fuperftition impie , pour les fouftraire à
de plus grands malheurs. « Cette expédition
mande le directoire , s'eft faite avec ordre & modération
... Falloit-il déployer le drapeau rouge
& appeller le peuple contre le peuple dans le
moment où il agiffoit pour la conftitution ? -50
M. Guyton de Morveau a lu ces nouvelles comme
M. Pétion les auroit lues , & on les à renvoyées
au comité des douze .
Une pétition de la majorité des citoyens actifs
de Strasbourg , lue à la barre , a demandé des
réparations, pour les adminiftrateurs , la munici
Palité , le maire , calomniés par M. Roland
qui probablement n'aura pas , fauf le décret
emporté les regrets de cette partie de la nation ,
qui l'accufe de n'avoir écouté que les délations
d'hommes inconnus , fans propriété , fans moeurs
fans patrie... La pétition fera imprimée , envoyée
au comité des douze & aux 83 départemens ...
Les miniftres entrent , & le préüdent leur intime
le décret de la veille . J
M. Lajard a lu un mémoire fur les 42 nouveaux
bataillons propofés par le Roi , & le projet
de choisir Soiflons pour centre de la réserve à
établir entre Paris & les frontières où ſont deux
trouées.... Renvoyé au comité militaire .
Six articles ont mis à la difpofition de ce
min itre 8,825,117 liv. 10 fous , montant des
dépenses extraordinaires de première mife pour
l'armée du Midi . 2,176,700 liv . lui feront auffi
payées , par mois , pour le même fervice ; &
200,000 liv . ane feule fois , dont moitié en
numéraire , pour dépenses particulières .
4
( 24 )
+
"Le miniftre de timéricur a communiqué une
lettre de M. Ræderer, portant qu'il fe prépare des
raffemblemens pour demain & pour lundi , que la
municipalité eft prévenue , que la garde natio
nale aura des ordres écrits , que les féditieux
excités par des placards incendiaires , veulent
demander l'abolition du vero à l'égard des décrets
d'urgence ( motion de MM. Couthon , Delmas ,
& c. qui rendroit la législature conftituante ) ,
& fe porter chez le Roi fi l'Affemblée ne fait
pas droit à leur pétition . M. Terrier- Monciel alu
un de ces placards exécrables ainfi conçu
:
Nous nous levons une feconde fois pour
remplir le plus faint des devoirs. Les habitans
des quatre faubourgs de Paris , les hommes
du 14 juillet viennent vous dénoncer un Roi
fauffaire , coupable de haute trahifon , indigne
d'occuper le trône . Nos foupçons fur la conduite
font enfin vérifiés , & nous demandons que
le glaive de la juftice frappe fa tête , afin que
la punition qu'il mérite ferve d'exemple à tous
les tyrans. Si vous vous refufez encore à nos
voeux , nos bras font levés , & nous frapperons
les traîtres par- tout où nous les trouverons
même parmi vous. »
י ד
ce Meffieurs , a dit le miniftre , le fort de la
France eft dans vos mains ; il dépend des mesures
que vous prendrez aujourd'hui. » Un membre
a crié l'ordre du jour. L'indignation générale
n'a fait qu'une trop impuiffante juftice de cette
brutale forfanterie de fcélérateffe . Moins ingénu ,
M. Saladin a dit à ceux qui renvoyoient ces
détails au comité , qu'il n'y avoit là rien de
preffant , que ce placard étoit sûrement l'ouvrage
des factieux ( applaudiffemens d'un côté ) .... des
factic
1
}
factieux qui calomnient le peuple ( applaudinemens
de l'autre côté & des galeries ) M. Cambon
s'en remettoit aux loix faites & au pouvoir exécutif
, en termes plus clairs , aux attroupemèns
& au maite. La commiffion des douze fera fon
rapport fur le compte rendu par le miniftre.
On avoit difcute & adopté quelques articles
relatifs à la manière de conftater les naiffaficés
mariages & morts , comme la fociété ne cammerçoit
que d'aujourd'hui . Nous extrairons ces
articles avec la fuite .
Du famedi , féance du foir.
-1.013:1
Sur l'obfervation de M. Thiriot que reples
arfenaux ont été pillés ou plutôt utilifés par la
liberté , » l'Affemblée a refufé deux canons à la
ville d'Autun qui dénor çoit Louis XIV comme
lui en ayant enlevé fix en 1682 .
Des citoyens de Dijon envoyent une adreffe
abominable à l'Affemblée qui , fur les premières
phrafes , décrète qu'on la lira toute entière p &
qui , après l'avoir écoutée jufqu'au bout eft
pallée à l'ordre du jour fur la feandaleufe demande
de la mention honorable . En voici les
principaux traits :
Repréfentans du peuple François , la patrie
eft en danger ; mais les deftins de la France vous
font confiés . En vain le pouvoir exécutif voudroit
vous perfuader que la conftitution lui lie les bras .
Nous ne fommes dupes ni de lui ni des peifides
confeillers qui l'égarent, & nous favons que l'action
du gouvernement fera forte du moment qu'il le
voudra. Qu'on ne nous réfète p'us que le Roi eft
trompe , & qu'il veut le bonheur des François.
Si telles étoient fes intentions , il exécuteroit les
Loix , fans lesquelles il n'eft point de vrai ben-
No. 27. 7 Juillet 1792.
B
1 ( 26 )
21.
›
heur pour les François . S'il vouloit la conftitution ,
Sauroit- il fouffert que les cours étrangères donnaf-
A fent retraite à des rebelles armés ... Auro.t-il
fouffert les émeutes provoquées par les agers fou
doyés de l'ariftocratie , & les troubles excités par
les prêtres infermentés , tandis que l'Affemblée
nationale lui indiquoit des moyens efficaces de
répreffion ? Auroit-il fouffert que des traîtres occu-
-paffentdans l'armée les places les plus importantes,
a ou qu'il en reftât de vacantes , parce qu'il lui répugnoit
d'y nommer des foldats citoyens ? S'obftineroit-
il à conferver des miniftres pervers , & à
renvoyer ceux qui font des preuves de civifme ,
qui veulent donner de l'activité au gouvernement,
ou qui ont le courage de lui dire la vérité ? Souffriroit-
il dans fa maiſon même un comité de contre-
révolution ? Craindroit- il le raffemblement
des volontaires nationaux qui font les amis &
les plus fermes appuis de cette conftitution ?
Non , le Roi ne veut point la conftitution , &
quand il dit je la veux , il ment à la nation , &
la nation en eft convaincue. Dépend- il de lui de la
vouloir actuellement ? C'eft nous qui l'avons vou
lue & qui la voulons toute entière : nous la voulons
malgré lui , peut-être dans peu nous la voudrons
fans lui. s
2 .
Le 58. régiment d'infanterie écrit auffi une
longue adreffe où il fe plaint de ce qu'on avilit
les autorités pour les paralyfer toutes ; où il dit
que le pouvoir exécutif promène fon choix fur des
miniftres qui vont de l'armée au cabinet & du
cabinet à l'armée ; que les François ont vu la lmière
; où ils invoquent des décrets foudroyans
mais réfléchis & fages contre les factieux . ( Ici les
deux côtés ſe renvoient la balle avec des cris & des
applaudiffemens convulfifs . )
( 27 )
Au nom de la commiffion extraordinaire des
do ze , M. Muraire a propofé & l'Affemblée a
décrété ce qui fuit :
ec L'Affemblée nationale , inftruite par le miniftre
de l'intérieur , que les ennemis du peuple
& de la liberté , cherchent tous les moyens de renverfer
la conftitution , & ufurpant le langage du
patriotifme , font fur le point d'égarer quelques
hommes actuellement réfidans à Paris. >>
Juftement indignée des provocations coupables
& des placards criminels qui lui ont été
dénoncés . »
« Confidérant que le devoir du corps légiflatif
eft de inaintenir la conftitution & l'inviolabilité
du repréfentant héréditaire de la nation ; mais que
les Loix ont remis , entre les mains des autorités
conftituées , tous les moyens qui leur font né
ceffaires , pour affurer l'ordre & la tranquillité
publique ; déclare qu'il n'y a pas lieu à prendre
de nouvelles mefures légiflatives ; mais invite ,
au nom de la nation & de la liberté , tous les bons
citoyens à la fidélité defquels le dépôt de la conftitution
a été remis , à réunir tous leurs efforts à
ceux des autorités conftituées , pour le maintien
de la tranquillité publique , & pour garantir la
ûreté des perfonnes & des propriétés . L'Affemblée
nationale décrète que le préfent acte du corps
législatif fera envoyé par le pouvoir exécutif
au département de Paris , pour être publié &
affiché ; & elle ordonne que le miniſtre de l'inté
rieur lui rendra , tous les jours , un compte exa&
de l'état de la ville de Paris . »
La féance a fioi par 13 articles décrétés qui
donnent des penfions aux chantres & aux autres
officiers des ci- devant chapitres féculiers & régu
liers de l'un ou l'autre ſexe,
B 2
(28)
2
Du dimanche, 24 juin .
Regrets de l'exclufion des trois miniftres & déclamations
contre le veto , copies revenues des
bords de la Meurthe & de la Marne ; du tout
mention honorable.
Ce n'étoit pas affez d'avoir déplacé les admibiftrateurs
des Poftes fans articuler aucun reproche
contre eux , comme en Turquie ; il falloit
" encore affurer ces places aux Jacobins . Pour cela ,
les mêmes membres qui juftifioient l'acte arbitraire.
de M. Clavière . MM. Reboul , Cambon , Lacroix,
Lafource, &c. prouvent à merveille aujourd'hui
que les deftitutions arbitraires font le comble de
la tyrannie , & propofent que tous les adminiftrateurs
nommés par le Roi ne fuiffent être deftitués
qu'en vertu d'une loi que l'on fera quand & telle
qu'o' on voudra. En vain M. Brémontier obſerve- tif
que file droit de deftituer eft fufpendu, la refponfabilité
du miniftre doit l'être. Il ne s'agit d'abord
que des poftes & de l'urgence . Longs débats ,
railleries mordantes. M. Ramond dicte cette rédaction-
ci : L'Affemblée nationale confidérant
qu'il eft argent pour les Jacobins d'avoir le fecret
des poftes , &c. » ; M. de Girardin celle - ci :
сс
I
Confidérant que les adminiftrateurs des poftes
ont été deftitués arbitrairement , & ne voulant
pas que leurs fucceffeurs le foient de même ... »
Celle de M. Ducos eft préférée. Epreuves douteufes
, appel nominal commencé , impatience.
Aux mots des poftes , M. Ducos fubftitue le mot
généraux. M. Lacroix accule de tactique ceux qui
ne foutiennent pas avec lui que ce changement ne
change rien. M. Guadet tâche d'inférer quelques
autres mots , qui ne changeroient rien encore ,
mais qui ôteroient au Roi ce droit de deftituer
( 29 )
M.
qu'on ne, vouloit que régler... Un décret conforme
à la motion de M. Ducos fufpend toute deftitution
d'adminiftrateurs- généraux jufqu'à ce que
l'Affemblée en ait déterminé le mode.
Les miniftres viennent rendre compte.
Duranthon n'a fait ni pu faire qu'envoyer des
Loix, écrire douze mille lettres. Le nom de l'Affemblée
eft béni jufques dans les prifos . Quant
au fanatifme , le calme le rétablit infenfib ement.
Rempliffez les lacunes du code pénal ; définiffez
les mots : perturbateurs du repos public , & donnezrous
un mode de procédure contr'eux , -Miniftre
depuis fix jours , M, Terrier- Monciel ne s'eft occapé
que de Paris cù les agitateurs préparent en-,
core des feènes plus horribles . Il a écrit aux 83.
départemens , & fe voue à l'exécution des Loix
émanées de la réunion conftitutionnelle des deux
pouvoirs,
&
Ces rapports ne fatis font pas M. Guadet que
M. Ramond accufe de chercher aů, veto un remède
qui plaife aux promoteurs des décrets anullés,
M. Guyton de Morveau teint de belefprit
l'impolitique naïveté de M. Guadet ,
accufe M. Ramond de n'invoquer la conftitution
qe pour la facrifier. MM. Jean Debry & Ducos
taduifent encore M. Guadet en exigeant des minities
des moyens d'exécution qui fuppleent aux
décrets frappés du veto. M. Lecointre- Puyraveaux,
dit que les mesures légiflatives, étant infuffifantes ,
l'Affemblée avoit pris une grande melure ( non-
Légiflative , ) dans l'efprit de la conftitution ; mais.
que le Roi s'en eft tenu aux Loix... Et comme un
des côtés de la falle huoit ces aveux , M. Thu
riot s'eft écrié : « Il faut que l'efprit du Roi foit,
de ce côté- là . » M. Cheron trouvoit que fi les légillateurs
ne s'entendoient pas , les miniftres,
I
1
B 3
( 30 )
étoient fort excufables de ne pas les entendre. On
a décrété l'opinion de M. Guadet en exigeant,
fous trois jours , un compte général des miniftres.
Du lundi , 25 juin.
Quatorze notaires de Paris ont porté la fou
pleffe civique jufqu'à demander à l'Affemblée , s'ils
peuvent fe charger de recevoir les fignatures
que d'honnêtes citoyens veulent appofer au bas
d'une pétition , publ ée dans divers journaux ,
qui tend à réclamer la jufte punition des crimes
du 20 ; & la fervile adulation jufqu'à protefter
qu'ils ne recevront aucune fignature avant que
Affemblée ait manifefté fes intentions . Cette
manière de pròtefter a été applaudie des tribunes
& de l'un des côtés de la falle , & M.
Cambon a fait renvoyer la difficulté au comité
de législation , fous le prétexte du danger de
raffemblemens chez les notaires.
Les officiers du régiment de Normandie , embarqué
pour St. Domingue , ont été maltraités
par leurs foldats . On a renvoyé la lettre du miniftre
au comité colonial .
M. Santerre écrit à l'Affemblée que le fauxbourg
St. Antoine eft tranquille. Il garantit que
les citoyens , ne marcheront « que contre les ennemis
de l'Affemblée . » MM. Tronchon & James '
ont le bon efprit de s'étonner que M. Santerre
ofe & puiffe aiofi répondre ſeul de la conduite
d'un fauxbourg. La lettre du braffeur eſt remiſe
à la commiffion des douze.
Vingt députés du fauxbourg St. Antoine font
venus repouffer , réfuter , à la barre , les prée
ndues calomnies débitées fur le compte de ces
fieles amis des loix & de l'ordre, uniquement
( 31 ) ) Parce qu'ils ont la plus entière confiance en l'AL
femblée nationale. Leur orateur , M. Gauchon ,
a cru expliquer les motifs de leur expédition du i
mercredi 20 , en difant que ce les vainqueurs de
la Baftille , les hommes du 14 juillet , indignés
de voir triompher l'incivifme , du renvoi des
miniftres patriotes , & de ce que la marché de
l'Aflemblée eft entravée par le Roi , fe font levés
tout- à-coup , ont pris les armes , & ont voulu
montrer au chef du pouvoir exécutif des milliers
de bras armés pour la défense de l'Aſſemblée nationale
qu'on cherchoit à diffoudre en la calomniant.
Ces étranges aveux ont été vivement
applaudis des galeries & d'une partie de l'Affem
blée. Le préfident a répondu à M. Gauchon par
de lo: gues phrafes , & il a admis les députés aux
honneurs de la féance , fur la réflexion de M.
Mazuyer il faut au moins que ces citoyens
qu'on outrage fi cruellement puiffent être admis
dans le corps législatif, le fenl refuge qui leur
refte. »
Après de tumultueux débats , MM. Mazuyer
& Bazire ( qui avoit dénoncé la proclamation
du Roi que nous rapporterons ailleurs ) ont fait
décréter fimpreffion & l'envoi aux 83 départemens
, de cette apologie des crimes qui feront >
le fcandale de la France & de l'Europe .
Le miniftre de l'intérieur a dit à l'Aſſemblée
que le calme renaiffoit , que les attroupemens
le diffipoient . M. Duffaulx a trouvé mauvais
que le miniftre ne Jût pas une lettre de M.
Pinion , lettre que M. Duffaulx avoit dans fa
poche , & qu'il y avoit certifiée conforme à l'ori- ?
ginal , précautions qui ne fentent nullement le
factieux. M. Pétion y affirmoit qu'il n'y avoit
pas eu de raffemblemens , mais qu'on cherchoit
B 4
( 32, )
à en provoquer en excitant de fauffes alarmes.
Le ministre à une lettre du directoire de département,
portant que les attroupemens avoient
éré difipés. M. Lacroix auroit bien voulu parore,
defirer qu'on recherchât lequel en impofoit
du maire ou du procureur-général- fyndic ;
mais rompant officieufement cette difcuffion
MM. Choudieu & Bazire ont dénoncé que la
garde nationale avoit arrêté un citoyen pour
avoir crié : vive la nation ! Témoin oculaire ,
M. Léopold leur a répondu que ce patriote avoit
crié à bas le Roi vive la nation ! M. Bazire
a prétendu que c'étoit renouveller les lettres- decachet.
M. Lamarque s'eft plaint que les collègues
étoient maltraités dans les Tuileries pat des
chevaliers de St. Louis . M. Calvet a raconté que
M. Duhem l'avoit été , de paroles , pour avoir
péroré dans des groupes avec d'autres députés.
« Nous n'avons perdu , a dit M. Calvet, aucune
des paroles de M. Duhem ; elles nous ont fait
horreur. Il crioit que le Roi ne ceffoit de trompor
le peuple, ( ici les galeries & le côté droit
ont chaudement applaudi ) ; nous n'avons pas
voulu l'interrompre, parce que nous refpectons
la liberté des opinions . Un citoyen décoré de la
croix de St. Louis , selt emporté fur ce qu'on
manquoit de refpect au repréfentant héréditaire
de la nation. Il a dit à M. Duhem les chofes
les plus dures . J'en ai été fâché. Je fuis forcé
d'ea convenir. L'Affemblée eft paffée à l'ordre .
du jour.
Une dénonciation fignée de trois citoyens du
fauxbourg S. Antoine , & qu'on diroit préparée à
deffein de ménager une défenfe adroite à M. Chabot
,l'accufe d'y avoir prêché, dans une églife , la nuit
du mardi 19 au mercredi 2c., le raffemblement
( 33 )
en armes , la révolte & l'affaffinat du Roi . M.
Chabot a foutenu qu'il avoit prêché le contraire,
& a invoqué le procès - verbal de la féance nocturne
de la fociété du fauxbourg , M. Condorcet
2 gravement affirmé qu'une couturière , en lui
apportant des robes , lui avoit attefté que M,
Chabot s'étoit oppofe à la pétition armée . Le
pouvoir exécutif eft chargé de vérifier les fignatures
, & la dénonciation a été renvoyée à la
commiffion des douze.
Du lundi , féance dufoir.
"
La commune de Lyon exprime de vifs regrets
de l'expulfion des trois miniftres qui « préfageoient
à la nation un avenir de gloire & de
profpérités demande comment ce chef du pouvoir
exécutif a pu éloigner de fon confeil des
hommes qui avoient honoré fon choix.... Des
clameurs invoquent la mention honorable , &
M. Lacroix , avec un fophifme , la détermine,
Parmi plufieurs adreffes qu'on , renvoyoit au
lendemain , M, Chabot , ex- capucin & vicairegénéral
de M. Grégoire , évêque conftitut onnel
de Blois a demandé , d'un air de follicitude
Peternelle , qu'on lûr une adreffe des amis de la
conftitution de cette ville. On l'a lue . « Levez
vous , législateurs ; prenez une grande mefure
une attitude , & c.; mettez vous à la hauteur
&c. La conftitution porte que , fi le Roi ne
s'oppole , par un acte formel , aux entrepriſes
qu'on feroit contre la nation , il fera cenfé
avoir abdiqué... Or , il est évident que le
Roi , &c... ; déclarez donc que vous le regarde
comme déchu de la royauté..... sa D'horribles
bravo ! font étouffes par un vacarme aaffreux
comme l'Aſſemblée n'avoit le droit ni d'im
BS
( 34 )
prouver , ni de punir que par des vociférations
infignifiantes. M. Brunck a vu les factieux en
ceux qui connoiffant cette infâme adreffe , en
avoient exigé la lecture. M. Léopold demandoit
leur châtiment , & « que la capucinade impie fût
livrée au mépris. » L'Affemblée l'a renvoyée au
comité des douze en paffant à l'ordre du jour.
On a lu une adreffe du département de l'Eure ,
qui peint la confternation des bons citoyens à la
nouvelle des attentats du mercredi 20 juin . « La
nation a été infultée , la loi violée , la royauté
avilic. Quelle eft donc cette faction puiſſante
qui , enfreignant toutes les loix , & bravant avec
audace les autorités conftituées , envoie infalem-
-ment de dociles émiffaires violer la majeſté nationale
, & dicter en quelque foite des loix à
ceux qui font envoyés pour en faire ? Qu'ils.
fent criminels , ceux qui , dans le temple même :
de la conftitution ofent prêcher des loix de
fang , canonifer la révolte , & défier l'anarchie !
Légiflateurs , la patrie eft en darger. Une fecte
impie étend fur toute la France les trames criminelles
, & ofe rivaliser avec les autorités conftituées.
Elle les foule aux pieds . Elle lève le mafque
, vante fes affreux triomphes. Elle fent fon
pouvoir ; elle peut tout ofer . Elle ofera la ruine .
de l'Empire . Repréfentans du peuple François ,
le corps focial va fe diffoudre. Levez- vous donc ,
& faites rentrer dans le devoir les facriléges qui
ofent fe jouer d'une grande nation . A vous font
confiés les deftins de la France. Vos commertars
vous regardent ; tous vous difent ; Liberté,
égalité ,, point de deux chambres , mais la conftitution
toute entière . Foudroyez les factieux ,
& que le règne paifible de la lói fuccède à la
Hop longue anarchie qui fatigue tout l'Empire.
( 35 )
1
Nous vous parlons avec le courage qu'infpire la
liberté. Nous fommes affez forts pour vous la
dire , & vous affez juftes pour l'entendre. Sauvez
la France : elle eft en péril . Pour nous , nous
mourrons à notre pofte , s'il le faut ; & notre
mort fera glorieufe , puifque nous aurons rempli
notre devoir. » Mention honorable & envoi
aux 83 departemens.
f
Des citoyens de Breft , qu'un membre a foutenu
n'être pas de Breft , font venus à la barre
féliciter l'Affemblée de fon décret fur les 20,000
hommes , & dire : « Le Roi peut paralyfer vos
décrets ; mais fon vero ne pourra liar nos bras.
Cette infolente jactance eft applaudie , & M.
Charlier en obtient la mention honorable , quoique
l'adreffe fût du 17 & cenfurât le veto du 18 ,
& que les Bretons fuffent de Paris, réflexions qui ont
fait crier M. Merlin & autres : à l'abbaye lecalom
niateur. Qu'on puniffe les agitateurs , -- C'efti
vous . --
Non , c'est vous ....
Oa a lu les procès -verbaux des féances des
législateurs du fauxbourg S. Antoine , qui ont
comme d'autres leur préfident , des fecrétaires,
leurs galeries , leurs applaudiemens ; leurs huées,
leur barre , l'ordre du jour , la mention hono-"}
rable , la queſtion préalable ; fingerie anarchique,
& dégoûtante qui ne choque perfonne. Ils ont
configné que M. Chabot eft venu faire part aux
fères de l'adreffe des Marfeillois , auffi honnête
que celle de Blois , & qu'il en a pris l'occaſion,
affez naturelle , d'exhorter les citoyens du fauxbourg
à fe conduire , dans la journée du lendemain
( mercredi 20 ) , « avec modération , égalité
& paix , afin de démentir la demi- prédiction
du général la Fayette , dont il a dévoilé toute
la turpitude & les prétentions à la trahifon,
(
B 6
( 36 )
L'ex- capucin a dit qu'il avoit craint que des
émiflaires ne provoquaffent le peuple à quelqu'acte
i légal , pour vérifier ce que le général écrit des
anarchistes & égicides , & lui donner le préteate
d'arr ver er avec fon armée & d'impofer des
loix à l'Affen blée en feignant de fecourir le Roi.
De cette apologie à deux tranchans , M. Chabot
frappant à la fois & fes dénonciateurs & M. de
la Fayette , a modeftement conclu qu'on avoit
eu tort de le moquer de la modération de fes
principes , & l'affaire ainfi dénaturée a été renvoyée
à la commillion des douze,
Du mardi , 26 juin.
M. Laureau implore la juftice & l'humanité
de l'Allemblée pour des prêtres accablés d'infirmités
& d'années , impitoyablement entaffés dans
lelieu où il a plu aux jacobins de Dijon de mettre
en chartre privée tous les prêtres inaffermentés
de leur ville .....
-
On a déciété d'urgence 1. qu'il fera payé
62,600 liv. pour les dépenfes de 1791 , de la
caifle civile de l'île de Corfe , & 150,000 liv.
pour 1792. 2 °. La fomme de 170,415 liv.
pour le loyer des cafernes de la garde foldée de
Paris - 3 °. Un fecours de 4 millions en comeftibles
& matières premières propres à la conftructions
, pour St. Domingue , imputabies fur
la dette des Etats Unis , & fur l'avance décrétée
le 17 mars ; que les lettres de change fournies
fur le tréfor public par l'odor nateur de Saint-
Domingue , s'élevant , jufqu'au 31 décembre
1791 , à 2,724,179 liv. , feront acquittées par
les comm flaires de la trésorerie natale ; que
ccs fonds avancés par la nation , à la charge
( 37 )
de remboursement , font hypothéqués fur les
impofitions de cette colonie.
Le miniftre de la marine informe l'Affemblée
que le pavillon tricolor fera reçu dans les ports
de Suède ( applaudiffemens comme pour une
victoire ).
Le miniftre de la justice écrit que les trois
dénonciateurs de M. Chabot Tont inconnus dans
le fauxbourg. Il est enfin décidé que l'Affemblée
n'admettra plus que des dénonciations authentiques.
Ce décret rendu plutôt eût fupprimé
toutes celles que fe font permiles MM. Merlin,
Genfonné , Briffot , Bagire & Chabot.
Un rapport de M. Blanchard , au nom du ?
comné militaire , a établi que M. Servan , durast
fon ministère , a compromis fouvent & leftement
les intérêts de l'Etat . Il s'agit de millions
payés de trop dans plufieurs marchés . Quelqu'un
a propofé d'ajouter au décret portant que l'ex miniftre
a emporté les regrets de la nation , qu'il a
auffi emporté l'argent de la nation . On s'eft retrouvé
à l'ordre du jour.
Nous donnerons ai leurs la fubftance du décret
fur,la manière de conftater l'état civil des citoyens ,
c'eſt - à dire , les naiffances , les mariages & les
décès . Il fuffia de noter ici que l'Affmblée a
décrété , en principe , l'idée de M. Gohier d'ériger
par- tour , en plein air & loin des églifes , des autels
civiques cù l'on préfentera les nouveauxnés,
&c. , quoique depuis que le monde exifte
il n'y ait pas eu d'autels fans culte , fans factifices
, fans dédicace ou confécration à quelque
divinité . M. Sedillez , qui avoit montré d'abord
du fens commun , foutenoit qu'il ne falloit
donner aux enfans ni des noms autrefois dits de
bagiême , ni le nom de leur père »….. La féance a
( 38 )
fiai par une lettre du miniftre de l'intérieur qui
annonce que tout eft calme à Paris .
ec
Du mardi , féance du foir.
&
Encore des doléances qu'il faut avoir commandées
pour ne pas en être excédé , au ſujet de
l'expulfion des trois miniftres prétendus patriotes.
« Attendu que M. Servan eſt l'un des trois ,'
qu'il emporte les regrets & l'argent de la nation »
M. Hua invoquoit l'ordre du jour. Mais pour
as rien préjuger , & tout en imputant honnêtement
ces propos « aux vrais factieux , aux ennemis
de la patrie
M. Cambon a fait décréter
I mention honorable des doléances auſſi fincères
que motivées.
ל כ
•
Les corps adminiftratifs d'Amiens écrivent à
l'Affemblée qu'une troupe de féditieux à arraché
la permiffion de défiler dans l'enceinte du corps :
Législatif , a violé l'afyle du chef fuprême , violé
la majefté du Roi & la majefté nationale ; que
les repréfentans du peuple François & le Monarque
font la légiflature & le Roi & non ces brigands
qui ont eu l'imprudence de parler à la barre &
au Roi au nom de la fouveraineté du peuple que
leurs infâmes attentats du 20 ont outragée , &
dont les chefs & les complices reffufcitent à
Paris les Marcel & les Caboches ... M. Garreau
n'a pas rougi de folliciter la cenfure de cette
adreife , & prétendoit que l'Affemblée n'avoit
cédé qu'à la juftice & non à la crainte , en violant
fon règlement ( & la conftitution ) par
l'admiffion de 8,000 pétitionnaires armés . On lui
a rappellé le danger que MM . Guadet & Vergniaud
avoient vu dans le refus de les admettre.
Il oppofoit la miférable pantomime de ces factieux
qui fe retirèrent pour un inftant de la
( 39 )
barre, à la voix & au gefte de leurs proteurs .
On a décrété la mention honorab'e & l'envoi
aux 83 départemens .
Les adminiftrateurs du Hérault regrettene les
trois merveilleux miniftres ( & l'argent ? ont crié
quelques voix ) adhèrent aux décrets frappés
du veto , jurent de ne voir jamais
que par l'Af
femblée feule , & annoncent qu'ils ont déjà ordonné
la levée de leur contingent de volontaires
pour le camp de 20,000 hommes . « Paricz ,
vous ferez obéis ... Elevez - vous à la hauteur ,
&c... que le falut public vous infpire quelque
grande melure... » M. Tronchon a obfervé que
c'étoit violer la conftitution & méconnoître qu'un
décret non -fanctionné n'eft pas une loi ( murmure
fcandaleux ). Il étoit réfervé à M. Rouyer des
juftifier ces démarches à l'aide de présomptions !
& à M. Cambon d'en démander la mention
honorable . Mais la honte eft demeurée perfonnelle
, l'Affemblée a cru devoir paſſer à l'ordre
du jour.
Adreffe de 3,054 citoyens actifs de Grenoble ,
où il n'y a que 2,100 citoyens actifs , qui dé
clame le 19 contre le veto appliqué dans la foirée
du 18 aux deux fameux décrets . Les prêtesnoms
de Grenoble infultent au Roi comme M.
Duhem dans les groupes des Tuileries , fuivant le
pport qu'en fit hier M. Calvet , rapport après
lequel M. Brival dit impunément : « ce que
M. Duhem difoit là , je le foutiens dans l'Al-'
feinblée »... Ils ofent écrire , & l'Aſſemblée
fouffre qu'on life ces horreurs : « Louis XVI a
toujours protégé ce culte incivique & féditieux
le décret n'a pas été fanctionné ... Louis XVI
a des deffeins fecrets ; il a beſoin du trouble ,
de la divifion , de l'anarchie ; il rejette la for-
ر
1.40 )
1
E
mation d'un camp protecteur de la tranquillité,
publique... Il a toujours nourri les facilèges
eférances des patriciens ... Louis XVI , de fa
lifte civile , folde encore les fatellites du 6 octobre...
La nation va fe lever toute entière ( bravo ! ) ,
& , la conftitution à la main elle s'écriera :
Louis XVI , Roi des François , eft déchu de la
couronne (vifs applaudiffemens du côté droit &
des galeries ) . On a relevé les 3,054 fignatures
des 2,100 citoyens actifs & les dates. M.
Mayerne a dit qu'il y avoit un moule d'adreffes,
aux jacobins. Un de ces hommes qui bravent le
mépris public a eu le front de s'écrier : « Eh bien !
faires auffi un moule d'adreſſes , & il fera brif . »
Après avoir fubi la lecture de pareils blafphêmes
, on eft paffé à l'ordre du jour fans les improuver.
כ כ
M. Bazire a dénoncé l'adreffe du directoire.
du département de la Somme , & cette dénonciation
été renvoyée a la commiffion des douze ,
avec ordre d'en faire le rapport demain foir , ce
qui , n'ayant pas eu lieu , comme on le verra
donnera le temps de voi combien de départemens
auront le courage de méliter un tel honneur.
Du mercredi , 27 juin.
>
Le département de l'Indre s'indigne des attentats
du 20 , demande la punition exemplaire des
fauteurs de l'attroupement , & qu'on porte le
regard févère de la justice fur la conduite des
municipaux & du maire de Paris. Nouveaux
débats.
Voyant que la fotte rufe des adreffes menace
de manquer fon but , que même , ti l'on contuoit
d'en lice , fans choix préalable , ciles pro
( 41)
>
·
que
duiroient un effet contraire à celui qu'on s'en promettoit
, parce que d'honnêtes gens en enverroient
plus que la faction n'en froit arriver des
provinces , M. Bréard s'eft avifé d'obſerver
les, difcuffions fur les mentions honorables perdoient
beaucoup de temps & a propofé de renvoyer
le tout à un comité q In rendroit boi
compte. L'avis à été faifi , bien entendu qu'à
dater du moment même , on n'enverra au comité
que les adreffes qui ne feront pas des faifeurs ou
de leurs affiliés . Auffi - tôt s'eft - on mis tout de
fuite à en lire deux , l'une des citoyens de Rennes ,
l'autre des citoyens de Nancy , qui gémiffent de
T'expulfion des trois impayables miniftres , décliment
contre le comité autrichien
le fatal veto , & demandent innocemment à
l'Affemblée d'examiner dans fa fageffe s'il eft
poffible de reftreindre l'exercice du veto fans bleffer
la fainte conftitution.
& contre
Un décret d'urgence ordonne la fabrication de
100 millions en affignats de S livres pour étre
employés à l'échange d'affignats de plus forte
waleur. Il feroit bien à defirer qu'on trouvât un
moyen de donner à tous ces échanges une nctoriété
qui écartât tout nuage & toute effèce de
difficulté du calcul général des affignats fabriqués ,
livrés , rentrés & reltés ou retirés de la circulation
.
M. Dubayet a lu un rapport , au nom du
comité militaire , fur l'état actuel de la force
armée . En voici le réfultat . Le total des foldats
de ligne qui font actuellement fous la toile dans
les quatre armées de MM. Luckner, de la Fayette ,
de la Morlière & de Montefquiou , eft de 90,590
hommes. Celui des foldats de ligne laiflés , par
ces généraux , dans les places , cft de $4,173
( 42 )
ficit ›
910
hommes . Force totale , 144,763 hommes . Dé
21,885: Il y a dans l'intérieur du
royaume , 21,375 hommes , au lieu de 25,065 .
Deficit , 4,690 hommes. On a envoyé 12,375
hommes dans les colonies . Donc le déficit , en
tout , eft de 16,575 hommes , & non de 40,000
comme l'affirmoit M. Dumourier ( s'il répondoit ,
peut être compteroit - il les hommes tués , les
hommes emportés par les maladies , & les défer--
teurs depuis la dernière revue . La différence
feroit- elle de 13,425 hommes ? ) . Quant aux
volontaires nationaux , M. Dubayet en a donné
21 mille à M. Luckner , 22 mille à M. de la
Fayette , 16 mille à M. de la Morlière , & 25
mille à M. de Montefquiou . Il en a compté 5,000
dans les colonies , & 3,500 dans l'intérieur ;
total , 92,500 hommes . Déficit 77,000 . Conclufion
ultérieure : l'armée Françoife , dès qu'on
laura complétée ( moyennant 26,575 foldats de
ligne , & 77,000 volontaires nationaux , en tour,
103,575 hommes , fans compter les déieraeufs &
les morts ) fera de 400,000 hommes.
M. Cambon vouloit que le miniftre fignât çes
états , pour établir la refponfabilité . S'élevant
à cette fublime hauteur où l'on fe croit d'autant
plus de génie qu'on dédaigne & le bon-fens
& fa confcience , M. Genfonné a cru démontrer
que l'Affemblée pouvoit & devoit fe fubftituer
au chef fuprême de l'armée & au pouvoir exécutif
, & il a propofé , du plus grand férieux ,
de décréter à l'inftant , 1°. que les troupes qui
fort dans l'intérieur feront tr infportées aux frontières
; 2 ° . que l'Aſſemblée ( législative ) renonçant
pendant quelque temps à fes fonctions lé
g Ratives , va s'occuper uniquement de fauver
la liberté , & des rapports partiels ou généraux
( 43 )
de la commiffion extraordinaire des douze .
Après avoir prouvé fans effort que l'abfarde
propofition de M. Genfonné étoit i conftitutionnelle
, M. Rouyer en a fait une qui ne Fétoit
pas moins , celle de décréter fur- le - champ que
les 83 départemens fourniroient un bataillon
chacun dans le mois . M. Delmas envoyoit toutes
les troupes de l'intérieur contre les Pruffiens. M.
Tronchon obfervoit judicieufement que ce délire
détruifoit & la conftitution & la refponfabilité ;
aufli l'a-t-on bravement hué. M. Carnot , le
jeune , exigeoit du ministre des états certifiés de
tous les mouvemens des troupes . Se croyant bien
plus politique , M. Tronchon préféroit un état
de fituation de 8 en 8 ou de is en 15 jours .
Les revues ne fe font que de 3 en 3 mois , ob
jectoit M. Brunck, Pénétré de la néceffité d'un
profond fecret , M. Dumas confeilloit finement
de ne communiquer ces précieux états ( impof-
Ables ) qu'aux 745 membres de l'Ademblée
journalistes & autres . Ceux à qui le verbiage de
l'ignorance vaniteufe ne fait jamais perdre de
vuc leurs projets , font arrivés , à travers d'oifeux
débats , fans effuyer la moindre réflexion
énergique fur le danger de livrer la capitale aux
factieux & à leur armée de piques , &c. ,
l'article effentiel qu'on a bien vite décrété :
L'Asemblée nationale , confidérant la néceffité
de porter fur les frontiè es des forces fuffifantes
pour affurer la nation contre toute invafion
étrangère ; confidérant que les troupes de
ligne & les bataillons de volontaires dont l'Afemblée
nationale a ordonné l'augmentation , ac
font pas encore portés au compl t , & que les
troupes réglées a fuel ement en ga : nifon dansla
capitale peuvent être ' uppléées dans leur fervice
( 44.)
habituel par la garde nationale parifienne , qui,
a donné tart de preuves de fon zèle infatigable
pour la conftitution , décrète que Te pouvoir
exécutif eft autorifé à difpofer dès à préfent de
toutes les troupe de ligne françoiſes & étrangères
, actuellement à Paris , fous la condition
de donner avis au corps légif tif des ordres
qu'il pourra donner en conféquence du préfent
décret. »
Du mercredi , féance dufoir.
M: Chabot n'eût pas mieux réuffi à fe difculper
s'il fe fût dénoncé lui - même pour repouffer une
imputation grave & vraisemblable , en arguant
de faux trois fignatures qu'il auroit imaginées.
Le commiffaire de police attefte n'avoir pu décourir
les dénonciateurs ..
Ls adminiftrateurs de Péronne adreffent à
l'Aſſemblée nationale une copie d'une lettre part
laquelle ils expriment au Roi la profonde, dou-
Teur que leur ont caufée les attentats du 20.
Des citoyens d'Abbeville demandent la punition
des factieux & celle des municipaux prévaricateurs.
Quelques brouillons qui fignent 6,620
citoyens de Lyon , comme certain démon s'appelloit
légion , s'indignent du veto , & écrivent :
Peuple François , le Roi vous trompe.....
Louis XVI ne veut pas la connftitution ..... Celui
qui , le 21 juin 1791 , lâchement abandonné
fon pofte , peut - il exercer le droit de diriger
nos armées ?... Législateurs , prenez une mesure
digne de vous ..... l'attitude ..... la hauteur.....
levez vous ...... Légiflateurs , parkz , & nos
bras , & c... » Les hommes - d'état des greniers,
on des cabarets de Laval s'expriment avec la ,
meme decence & ajoutent : « L'auteur de tous
1
45
nos maux , l'ennemi de la liberté , l'ennemi de
lanation Françoife , c'eft la femme du Roi (bravo!),
cette femme aftucieuse & corrompue .... » Une
partie de l'Aflemblée & les galeries battent des
mains à fendre la tête,
Du jeudi , 28 juin.
11
---
Une adreffe revenue fignée d'Arras , repréfente
à l'Affemblée que le pero qui a frappé les
deux excellens décrets contre les prêties & pour
le camp de Paris , oppofe la volonté d'un feul
homme à la volonté fouveraine du peuple François
(d'Arras.) Une adreffe de citoyens du
Havre adopté la lettre de M. de la Fayette ,
impute tous les maux du royaume à la faction
jacobite , demande juſtice de tous les libelles que
les jacobins leur envoient de Paris. La municipalité
de Nancy fe plaint du tribunal du diftrict
. M. Lamarque en prend l'heureufe occafion
de fe plaindre de tous les tribunaux à la fois.
Il veut une nouvelle élection générale de juges.
On lui répond que les jacobins feu's forment ce
vou , pour s'emparer de toutes les places
fuccéder aux derniers défenfeurs des propriétés
& n'être plus jugés que par leurs complices ;
que leurs élections font déteftables , qu'il en eft
une preuve... La motion fubverfive de M. Lamarque
n'en a pas moins été renvoyée au comité
de législation.
Le Roi a notifié à l'Aſſemblée la nomiration
de M. Dejoly , fecrétaire de la commune de
Paris , à la place de fecrétaire du confeil de Sa
Majefté.
Quelques lignes de M. de la Fayette demandent
pour lui a l'Affemblée la permiffion de paroître
à la barre , & d'offrir l'hommage de fon
( 46 )
refpect . Vifs applaudiffemens & rumeurs fourdes.
On l'admet fur le champ. Une partie de l'Alfemblée
bat des mains avec frénéfie , & le livre
à des acclamations réitérées ; l'autre partie garde
un morne filence,
cc
Meffieurs , dit le général à la barre , je dois
d'abord vous affurer que d'après les difpofitions
concertécs entre M. Luckner & moi , ma préfence
ici ne compromet aucunement ni le fuccès
de nos armes ni la sûreté de l'armée que j'ai
l'honneur de commander. »
•
Voici maintenant les motifs qui m'amènent :
On a dit qu'une lettre que j'ai écrite le 16 à
l'Ademblée nationale n'étoit point de moi. Oa
m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un
camp, Je devois peut- être , pour l'avouer , me
préferter feul & fonir de cet honorable rempart
que l'affection des troupes formoit autour de
moi. »
Une raifon plus puiffante m'a forcé , Me!-
fieurs,de me rendre auprès de vous : les violences
commifes le 20 juin aux Tuileries , ont excité
l'indignation & les alarmes de tous les bons citoyens
, & particulièrement de l'armée . Dans
celle que je commande , tous les officiers , fous-
Efficicis & foldats ne font qu'un . J'ai reçu des
différens corps des adreffes pleines des fentimens
de leur amour pour la conftitution , de leur ref
pe& Four les autorités qu'elle a établies , & de
leur patriotique haine contre les facieux . J'ai cru
devoir arrêter fur le champ ces adrefes , pat
l'ordre que je dépole ici fur le bureau . Vous y
verrez que j'y ai pris avec mes braves com agnous
d'armes , engagement d'exprimer feul un fentiment
commun. Et le fecond ordre que je icins
également ici , a confirmé votre jufte attente ,
· ·
· 1.47 )
en arrêtant l'expreffion de leur voen. Je ne puis
qu'approuver les motifs qui les animent. Déjà
plufieus d'entr'eux fe demandoient fi c'est vraiment
la caufe de la liberté & de la conſtitution
qu'ils défendoient . »
« Melfieurs , c'est comme citoyen que j'ai
l'honneur de vous parler ; & l'opinion que j'exprime
eft celle de tous les François qui aiment
leur pays , fa liberté , fon repos & les loix qu'il
s'eft données ; & je ne crais pas d'être défavoué
par aucun d'eux. Il eft temps de garantir la
conftitution des atteintes quelconques que tous
les partis s'efforcent de lui porter , d'aflurer la
liberté de l'Affemblée nationale , celle du Roi ,
fon indépendance , fa dignité il cft temps enfia
de tromper les efpérances des mauvais circyens ,
qui n'attendent que des étrangers le rétab.iffement
de ce qu'ils appellent la tranquillité publi
que , & qui ne feroit pour des hommes libres
qu'un honteux & infupportable clclavage.
י כ
« Je fupple l'Aſſemblée nationale d'ordonner
que les infligateurs des délits & des violences
commiles le 20 juin aux Tuileries , feront pourfuivis
& punis comme criminels de lèze - nation ;
de détruire une fête qui envahit la fouveraineté
, tyrannife les citoyens , & dont les débats
publics ne laiffent aucun doute for l'atrocité des
pr jets de ceux qui les dirigent . J'ole enfin vous
Tupplier , en mon nom , & au nom de tous les
honnêtes gens du royaume ( murmures dans l'extrémi
é d'un des côtés ) ; de prendre des mefures
efficaces pour faire refpecter les autorités
conftituées , particulièrement la vôtre & celle
du Roi , & de donner à l'armée l'afurance que
la conftitution ne recevra aucune atteinte dans
l'intérieur , tandis que les braves François pro748.)
::
diguent leur fang pour la défenſe des frontières
( bruyans applaudiffemens mêlés de murmures). »
Le préfident a répondu « Monfieur , l'Affemblée
nationale a juré de maintenir la conftitution.
Fidèle à fon ferment , elle faura la garantir
de toutes les atteintes qu'on voudroit lui
porter. Elle examinera votre pétition , & vous
accorde les honneurs de la féance, »
Toujours applaudi du parti qui fembloit ma!-
adroitement ainfi l'avouer pour une de fes machines
, le général eft allé fe placer près du bureau.
M. de Kerfaint a fait obferver que ce
n'étoit pas là que s'affeyoient les pétitionnaire .
De nouveaux applaud femens ont conduit le
général au banc des pétitionnaires .
On a demandé le renvoi de fon adreffe à la
commiffion des douze . M. Guadet ayant conquis
la tribune , a débuté par une hypothèfe déclamatoire
i ridiculement abfurde , qu'elle a bien
plus manifefté le manque, a folu de bonnes taifons
que la redondante loquacité ordinaire de
l'infipide orateur . «.Au moment , a t- il dit , cù
la préfence de M. de la Fayette à Paris m'a été
annorcle , une idée bien flatteufe s'eft préfentée
à men efp it . Je me fuis dit : Ait fi donc nous
n'avons plus d'ennemis extérieurs à craindre ;
ainfi donc les autrichiens Lout vaincus. Mais ,
meffieurs , cette ilusion n'a pas duré longtemps
: nos ennemis font toujours les mêmes ;
notre fituation extérieure n'a pas changé
pendant le général d'une de nos armées arrive
à Paris. Quel puiffant motif l'y appelle
donc ? Ce font , dit- il , nos troubles intérieurs ;
il craint que l'Aflemble nationale n'ait pas elle
feule la force de défendre & de foutenir la conftitution.
ce(
49 )
•
itution. Ainfi , s'établiffant à la fois l'organe
de l'armée et des honnêtes gens du royaume
il vient lui demander de maintenir la conftitution........
Je n'examinerai pas fi celui qui a
accufé l'Affemblée d'avoir vu le peuple François
dans ce qu'il appelle des brigands , ne peut pas ,
à fon tour , être accufé d'avoir vu fon armée
dans fon état-major , & de violer lui - même
les principes de la conftitution qu'il recommande
, lorfqu'il s'eft conftitué l'organe d'une
armée qui ne peut pas délibérer , & des honmêtes
gens du royaume qui ne l'en ont pas
chargé. J'obferve encore , qu'indépendamment
de la violation des principes conftitutionnels ,
j'en verrois dans fa conduite une bien grave ,
qui tient à la hiérarchie des pouvoirs , fi ce
général étoit venu fans permiffion ou fans des
ordres antérieurs du miniftre . Je demande donc ,
que le miniftre de la guerre foir interrogé
féance tenante , pour favoir s'il a donné des
ordres ou la permiflion à M. de la Fayette de
venir à Paris ; 2 °. que le rapporteur du comité,
chargé d'examiner la queftion de favoir s'il peut
être permis aux généraux d'armée en fonctions
d'adreffer des pétitions , foit tenu de faire demain
fon rapport ( grands applaudiffemens des galeries
& d'une partie de la falle ) .
"3
Coniparant la conftitution , qu'il a nommée
l'évangile politique , à l'évangile de la religion
que tant de gens interprêtent au gré des circonftances
, perfuadé que ce jargon de bel - efprit rehauffe
la majefté légiflative , M. Ramond a dit
que la loi défendoit les pétitions en armes , que
cependant l'Affemblée avoit admis dans fon fein
des milliers de citoyens armés ; qu'à plus forte
No. 27. 7 Juillet 1792... C
( 50 )
$
raifon elle pouvoit admettre le général dont il a
fait un pompeux éloge.
Après avoir prouvé que M. de la Fayette ne
dormoit pas continuellement & s'étoit levé tout
entier , il l'a nommé « l'étendard de la révolution
pour l'Amérique & pour l'Europe ..... , le
fils aîné de la liberté ; a rapproché le v des
honnêtes-gens du royaume , exprimé fans miffion
fpéciale , du voeu de la nation fouveraine , exprimé
par la multitude armée du mercredi 20 ;
rapprochement affez gauche. Mais il en a conclu ,
avec raifen , qu'en juger différemment , admettre
Pun & rejetter l'autre , ce feroit avouer qu'on a
deux poids & deux mefures . Dans le doute
les ennemis extérieurs font plus à craindre que
les factieux , M. Ramond a cherché une voix
qui eût le courage de dénoncer ces périls , n'a
trouvé par- tout qu'un profond filence , & s'eft
écris : cc il falloit cette voix à laquelle la France
& l'Europe font accoutumées. » Et il à demandé
le renvoi à la commiffion des douze , » moins
pour qu'elle juge la conduite du général , que
pour l'examiner en elle - même & faire fon rapport.
"
Aux voix , dux voix... Les gefticulations , les
courfes , les menaces, fe mêloient au vacarne.....
A l'abbaye le préfident ... à l'abbaye M. Ducos...
Vous êtes un fcélérat , a dit quelqu'un au préfident
, qui a modérément obfervé que ce n'étoit
pas un membre de l'Affemblée , quoiqu'on eût
nommé M. Guyton de Morveau. On a eu la
mauvaife foi d'objecter aux défenfeurs du général
que des foldats avoient été exclus de la barre
faute de congé , comme fi l'Affemblée n'y avoit
jamais admis des déferteurs . M. Vergniaud a
( 51 )
bavarde, en avocat , fur le danger de l'abſence
du général pour l'armée , & a foutenu que MM.
Luckner & Rochambeau n'étoient venus à Paris
qu'à l'époque de leur nomination , affertion faufle
puifqu'ils y font venus depuis , mandés par le Roi,
qui feul peut commander aux généraux. On a lu
les ordres laillés à l'armée par M. de la Fayette ,
& l'appel nominal a écarté la motion de M.
Guadet par une majorité de 339 voix contre 234.
Les pièces ont été renvoyées au comité.
Nous devons à nos Lecteurs , avec la
Proclamation du Roi , quelques nouveaux
détails authentiques fur les fuites de la journée
du 20.
Le lendemain jeudi , vers 7 heures & demie , une
Députation de l'Allemblée Nationale s'eft préfentée
chez le Roi , & lui a adreflé le Diſcours ſuivant :
« L'Affemblée Nationale nous députe vers
Votre Majefté , pour lui demander fi elle a
quelques craintes fur la tranquillité de fa perfonne
, & l'affurer fi elle étoit troublée , qu'elle
fe rendroit auffi - tôt auprès d'elle . » Le Roi a
répondu « On m'apprend que Paris eft calme
pour l'inftant ; s'il ceffoit de l'être , j'en ferois
prévenir l'Affemblée Nationale ; dites - lui , Meffieurs
, combien je fuis touché de l'intérêt qu'elle
me témoigne ; dites -lui auffi qu'au moindre danger
qu'elle courroit , je me rendrois auprès d'elle
avec le même emp effement. » Une demi - heure
après , M. Pétion avec M. Sergent font entrés ;
ils ont trouvé le Roi entouré de fa famille &
d'une foixantaine de perfonnes , la moitié environ
C 1
( 52 )
vêtues de noir , & l'autre moitié d'Officiers de
la Garde Nationale & de la troupe de ligne. A
fon arrivée , le Roi lui dit : « M. le Maire, le
calme eft - il rétabli dans Paris. Le Maire : Sire ,
le Peuple a fait les repréfentations , & tout eft
parfaitement calme . Le Roi : Avouez , Monfieur,
que la journée d'hier a été un grand fcandale ,
& que la Municipalité n'a pas fait tout ce qu'elle
auroit dû pour le réprimer. Le Maire : Sire , la
Municipalité a fait tout ce qu'elle a dû . Le Roi :
Ce n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , la Municipa
hité ne manquera pas de rendre compte de fa conduite
à l'opinion publique . Le Roi : Dites à la
Nation entière ; car c'est elle qui la jugera. Le
Maire : Sire , la Municipalité de Paris ne craint
pas d'expofer fa conduite au grand jour ; elle fait
qu'elle doit compte à l'opinion publique , elle fera
fon devoir. Le Roi : Et commens Paris eft- il à
préfent. Le Maire : Tout tranquille. Le Roi : Ce
n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , le Magiftrat . du
Peuple...... Le Roi . Taifez- vous. Le Maire : Le
Magiftrat du Peuple n'a pas à fetaire quand il fait
fon devoir & qu'il dit la vérité . Le Roi ; Au refte,
Monfieur , je vous préviens que le calme de Paris
eft fur votre refponfabilité ; retirez- vous. »
Le foir même de cette converfation , qui
peint fi bien l'état du Roi , ce Prince faifoit
afficher en fon nom la Proclamation
fuivante.
« Les François n'auront pas appris fans douleur
qu'une multitude , égarée par quelques factieux
, eft venue à main armée dans l'habitation
du Roi , a traîné du canon jufques dans la
falle des Gardes , a enfoncé les portes de foa
appartement à coups de hache ; & là , abufant
531
audácienfement du nom de la Medion , a
tenté d'obtenir , par la force , la fan or one §.V.
a conftitutionnellement refufée à deur D-can-
« Le Roi n'a oppofé aux menaces & an mors
des factieux , que la conícitace & fon amour pour
le bien public. >>
« Le Roi ignore quel fera le terme en ik vos
dront s'arrêter ; mais il a beicin de dre à la
Nation Françcilfe , que la violence , à quelqu'excès
qu'on veuille la porter , sarachera
jamais un confentement à tout ce qu'il
croira contraire à l'intérêt public. L. expok lans
regret fa tranquillité , fa cureté ; il facrife même
fans peine la jouiffance des droits qui appartiennent
à tous les hommes , & que la Loi devron faire
reſp; cter chez lui , comme chez tous les Catoyens
; mais comme Repréfentant héreditare
de la Nation Françoiſe , il a des devours fé
vères à remplir ; & s'il peut faire le facrifice
de fon repos , il ne fera pas le facrifice de les
devoirs. »ל כ
« Si ceux qui veulent renverser la Monarchie
ont beſoin d'un crime de plus , ils peuvent le
commettre. Dans l'état de crife où elle ſe trouve,
le Roi donnera , jufqu'au dernier moment , à
toutes les autorités conftituées , l'exemple da
courage & de la fermeté , qui feuls peuvent.
fauver l'Empire ; en conféquence , il ordonne à
tous les Corps Adminiftratifs & Municipalités de
veiller à lafûreté des perfonnes & des propriétés , »
Fait à Paris , le 22 juin 1792 , l'an 4º. de la liberté.
Signé, LOUIS . Etplus bas , TERRIER .
Les mêmes plaintes ont retenti dans le
Confeil général de la Commune . Un jeune
Notable , plein de courage , mais foutenu
C 3
( 54 )
d'un parti nombreux , a dénoncé avec fermeté
, le Maire , le Procureur de la Comdans
un difcours dont voici l'extrait.
mune,
« La Loi a été violée avec un éclat tellement
fcandaleux , que le Confeil général ne peut ,"
fans partager la honte des infractaires , refter
muet plus long- temps & tarder un inſtant à íolliciter
la punition d'attentats , dont gémit la Capitale
& dont va gémir la France entière . La
Loi a été violée par un Commandant de Basaillon
qui , fans réquifition préalable , a ofé
1 tête d'un raffemb'ement de près de
travelfer ai fi les
marcher a
vingt mille hommes arme› ,
rues & les principaux quartiers de ceu Ville,
Elle a été violée par des Gardes Nationales ,
qui , fans réquifition préalable , ont paru au milieu
de ce raffemblement , couverts de leur are
mes , & traînant , après eux , des canons , qui
leur avoient été donnés pour un tout autre ufage.
Elle a été violée par une foule d'individus de
tout âge , de tout fexe , qui ont, pénétré , à
force ouverte , les armes à la main , dans la
demeure du Repréfentant Héréditaire de la Nation
Françcile , qui l'ont forcé à fe couvrir la
tête d'un bonnet rouge. Elle a été violée par
des brigands qui ont commis plufieurs vols , avec
eff action , d'effet précieux , qui , difons - le ,
puifque le fait eft malheureufement vrai , fe font.
permis de tourner leurs armes contre le Roi , &.
qui , arrêtés dans cet horr ble attentat p r quel
ques Gardes Nationaux , ont cherché u e forte
de dédommagement à leur fureur , dans les opprobres
, les infultes dont ' is ont abreuvé cet
infortuné Monarque ; dans les menaces fédisicufes
, les provocations meurtrières dont ils ont
!
( 53 )
fatigué fes oreilles , dont ils l'ont affailli lui &
fon augfte Famille , pendant plufieurs heurer.
La Loi a été violée par vous , Procureur de la
Commune , qui , au mépris des Loix concernant.
votre Ministère , au mépris de l'Arrêté pris le 16
par le Confeil - général , de celui pris le 19 par
le Directoire du Département , au mépris des
principes confacrés par vous - même dans votre
Arêté fur les Proceffions , & dans la Proclamation
qui l'a fuivi , avez négligé de réquerir
les mesures néceffaires pour diffiper cet attroupement.
Elle a été violée par vous , M. le Maire,
qui , au mépris des mêmes Loix , des mêmes
Arrêtés , des mêmes principes , n'avez pas pris
de précautions fuffifantes pour écarter un danger
dont certes vous étiez bien averti ; par vous enfin,
qui n'avez pas fu faire un ufage efficace des
moyens que vous donnoient & votre place , &
la Loi du 3 Novembre 1791 , pour protéger la
tranquillité publique , affurer la liberté de l'Affemblée
Nationale & celle du Roi. Elle a été
violée par vous , Commandant- Général , à qui
toutes les Loix militaires & de police ordonnoient
de repouffer la force attaquant un pofte
qui vous étoit confié. Enfin la Loi a été violée
par vous tous , Membres du Corps Municipal ,
qui avez abandonné le fort de cette périlleuse
journée à une diftribution de rôles concertée
feulement avec quelques - urs d'entre vous , & à
l'exécution incertaine d'un Arrêté tardif, infignifiant
ou perfide . Je demande donc que le Confeil-
général arrête , 1 °. qu'il improuve la conduite
tenue depuis fon Arrêté du 16 jufques &
compris la journée du 20 , par le Maire , le
procureur de la Commune , & les Adminiftrascurs
de la Poliec ; 2°. qu'il les regarde comme
C4
( 58 )
feuls garants & refponíables des évènemens de
cette journée ; 3 ° . Qu'il improuve également
l'arrêté pris dans la matinée du 20, par le Corps
Municipal; 4° qu'il dénonce & cet Arrêté , &
la conduite du Maire , du Procureur de la Com- .
ine & des Adminiftrateurs de la Police , au
Directoire du Département ; 5 ° . que fon Arrêté ,
quel qu'il foit , fera imprimé , affiché , envoyé
aux 48 Stions , aux 82 Départemens , au Directoire
du Département de Paris , au Miniftre
de l'Intérieur & à l'Affemblée Nationale . »
mune
Le Notable qui a tenu ce difcours eft
M. Louis- Gilbert Cahier , & non pas M.
Cahier de Gerville , ex - Miniftre , comme
quelques perfonnes l'ont cru. Cette courageufe
dénonciation eft reftée fans effet réel .
L'attentat du 20 juin n'a point été plus criminet
en foi , plus odieux que celui du 6 Octobre
; & cependant alors on ne parut pas y faire
grande attention ; le Peuple , l'Affemblée confrituante
, la Garde Nationale & fon Chef n'y
virent qu'un grand évènement qui rapprochoit le
Roi de la Capitale & empêchoit qu'on ne conduisit
Sa Majesté à Metz ; c'étoit le langage du
temps . Cependant la Reine fut menacée , le Roi
infulté , fes Gardes affaffinés , & fon emprifonnement
bien pofitivement effectué dans Îc château
des Tuileries . Quels motifs follicitent donc
aujourd'hui tant de réclamations contre la journée
du 20 ? Quels nouveaux intérêts , qui n'exiftoient
point en Octobre 1789 , font done mouvoit
tant d'efprits alors indifférens aux opprobres
de la Famille Royale ? Est - ce que le Roi de
France ne valoit pas bien le Roi des François ?
*
57
Eft-ce que la Majefté Royale de 1789 n'étoit
point auffi facrée que celle de 1792 ? D'où vient
donc cette différence de conduite ?
De la peur , du changement de pofition &
non de celui de principes. En Octobre il falloit
détruire le Roi de la Monarchie & créer celui de
la Conftitution , & tous les moyens étoient bons ;
il falloit exalter le fanatifme populaire par l'impunité
des crimes , & les affaflins des Gardes du
Roi furent applaudis ; il falloit effrayer les hommes
attachés à la perfonne du Monarque , & le
règne des piques fut proclamé comme celui de
la liberté ! Cet ordre de chofes fut appuyé du
Comité des Recherches & d'un armement de
cinq cens mille Gardes Nationaux. Alors on
n'avoit point à repouffer un ennemi au - dehors
puiflant & aguerri ; quelques fcélérats fuffifoient
pour affurer le pouvoir du crime & impofer filence
aux Loix : alors c'étoit la révolution entière
qui vouloit l'anéantiflement de la Royauté
& le règne du fanatisme Conftitutionnel ; mais
aujourd'hui que la Révolution s'eft donnée un
Roi , & que ce Roi eft Louis XVI , aujourd'hui
qu'il n'y a plus de profit à ébranler Tédifice
conftitutionnel , que des armées puiffantes
font prêtes à punir ceux qui joindroient de nouveaux
crimes à ceux du pallé , que le Peuple
toujours agité & toujours conféquent ne voit
point de milieu entre une République complette
& le Gouvernement actuel , entre l'anéantiflement
de la Royauté & les principes de la Révolution
; aujourd'hui que fous la bannière des
Jacobins les maximes d'égalité abfolue , de fainte
infurrection , de puritanisme , vont droit à détruire
l'ouvrage incohérent de la Conftitation
que les Feuillans font preflés entre les forces
Cs
( 58 )
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les excès du 20 out
paru très - favorables à ce deffein .
Auffi • comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conftitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on en
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatiſme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté
la prospérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde ,
à foutenir la guerre contre fes alliés , fes amis
fes frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , fes fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitutionnelle
, auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'est au moins ce que prouve l'exem
ple du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftitutionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire exécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Dupori- du- Tertre.
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations , qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paffions d'un royaume agité de
toutes parts , if Auença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel . Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , profcrits ; on
fit
figner au Roi des proclamations contre les parens
fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêchés conftitutionnelles où l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux a'tère les objets en propor
tion de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contradictions étoient expliquées d'une manière
fatisfalante à Balia , à Vienne , à Londres , à
la Haie. On faifoit répéter dans ces Cours que
la faine partie de la Nation étoit puiffante , que
les François aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps amenercit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee à toutes ces affertions
atte oit la liberté . Une partie de l'Europe if
faut le due , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniflérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
a
3:
C 6
160 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur ,
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protefte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont arraché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Miniſtère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conftitution
avec elle , quoique la moitié de celle -ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffi oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe . Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la juftice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eſt un monſtre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire , Celui - ci battu enfuite par fes excès
mal- adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus grolières infultes , les outrages les plus
éclatans recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe tout
ordre focial , tout état de Gouvernement politique.
( 61 )
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer , fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque , il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maidon , de la Noblefle Françoiſe ,:
de la partie opprimée , fouffrante de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres.
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la juftice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que faft
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée ,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE ,
« L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation
. Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
"
confond tout, & veut tout ufurper . Nous voulons
vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire ... La
Conftitution délègue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvon de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légiflatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ; nous ne
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'est
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chef.
Défendez done avec courage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
ce Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen. »
C'est pour foutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'est rendu
porteur du væeu de l'armée, qu'il l'a manifefté
à l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fi la
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé, conime
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution.
Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point . Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée Le prépare
un genre de mérite nouveau & pett
fervir de média e r entre les armées étrargères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même-temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
2
"
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre , Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il est trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , médiatrices & armées, dars
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 °. une autori'é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens ,
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemnifer
les Cours médiatrices. Il y a loin de- là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraiſemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèspeu
conforme aux loix militaires & conftitutionnelles
de la France , mérite les ap(
65 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , fi
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainſi que de
celle du Maréchal Luckner , partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft au moins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi. Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter
, en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natic
naux du Département de la Meufe , toujours pénétré
des vrais principes de la Conftitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon auguſte Perfonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1°. Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
1
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eſt paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fou profɔnd reſpect , de fon attachement
, de fa douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°.Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas les armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraſſé tous les ennemis
de la Conſtitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils
puiffent être . >>
ce 3°. Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus;
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur,
des droits de l'homme . »
« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au
préfident de l'Affemblée Nationale , au Directoire
du Département de la Meufe , à ceux des
Districts , aur Municipalités & à tous les Clubs'
dans le reflort dudit Département. Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreffes , ou adhélions
à celle- ci.
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance. I
annonça en même temps qu'il por: oit à
l'Affenblée le voeu de l'armée , qu'il re-
·
(-67 )
viendroir auffi - tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft ,
Maréchal de - camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
fimilitude de principes qu'ils invoque t
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages, & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis.
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune . Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre; on ne doit point douter
que les fociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parti : elles y réuffiront , l'on
peut en être sûr; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement , parce qu'elles flattent la vanité,
le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant . Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins. Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution'
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tent -
tive impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infi-:
dèles , où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit restée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24 au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire . A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auſſi-tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM. d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliſſement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
eule gras
de la jambe emporté d'un coup de
169 ).
•
+
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconftruit .
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant- pofte fitué entre Harlebecque &
Courtrai , mais nous avons été fi furieufement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée,
font les Belges émigrés , eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer où les fanatifer
encore davantage.
:
L'armée dé M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant-garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans. Notre perte on l'ignore . Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant- garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement .
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 179
« En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux 35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont fe joindre is
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick ; le 14 , le régiment
de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wurtzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de fo mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe - Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actifd'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives . »
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte à la Cour de Vienne . Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire. Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
fous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz. L'Etat- Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés. Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logéau- deffous
de moi, eft chargé de ce détail. A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages,
grains , munitions , attirails de tout genre . Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin . Le
reſte des ſubſiſtances est tiré de Hollande , Weſtphalie
, Weteravie , Bas- Rhin , & c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
y
En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre
finira avec,
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver.
la
« Je répète qu'il y aura à la mi - Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque. La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
2,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion paffive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage.
»
сс
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoifins .
Je fuis certain du recenfemestil en arrive tous
les jours. Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'eft le plus étrange
fpectacle . Les Gardes- du-Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies . J'ai vu celle de
Noailles - Poix à Boppart . Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence. Son Alt. eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans difti: ction .
Il paie tout comptant : fon cantonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
·
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu maroeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin . »
e Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été enivré du beau Lôc
( 44 )
1
habituel par la garde nationale parifienne , qui ,
a donné tart de preuves de fon zèle infatigable
pour la conftitution , décrète que Te pouvoir
exécutif eft autorifé à difpofer dès à préfent de
toutes les troue de ligne , françoifes & étrangères
, actuellement à Paris , fous la condition
de donner avis au corps légifl tif des ordres,
qu'il pourra donner en conféquence du préfent
décret . »
Du mercredi , féance du foir.
M: Chabot n'eût pas mieux réuffi à fe difculper
s'il fe fût dénoncé lui -même pour repouffer une
imputation grave & vraisemblable , en arguant
de faux trois fignatures qu'il auroit imaginées.
Le commiffaire de police attefte n'avoir pu décourir
les dénonciateurs .
Les adminiftrateurs de Péronne adrefent à
l'Affemblée nationale une copie d'une lettre part
laquelle ils expriment au Roi la profonde, dou-
Teur que leur ont caufée les attentats du 20.
Des citoyens d'Abbeville demandent la punition,
des factieux & celle des municipaux prévaricateurs
. Quelques brouillons qui Gignent 6,620
citoyens de Lyon , comme certain démon s'appelloit
légion , s'indignent du veto , & écrivent :
Peuple François , le Boi vous trompe .....
Louis XVI ne veut pas la conftitution .... Celui
qui , le 21 juin 1791 , a lâchement abandonné
fon pofte , peut-il exercer le droit de diriger
nos armées ?... Législateurs , prenez une meſure
digne de vous..... l'attitude ..... la hauteur.....
levez - vous ...... Légiflateurs , parkez , & nos
bras , & c... » Les hommes-d'état des greniers ,
on des cabarets de Laval s'expriment avec la
meine decence & ajoutent : « L'auteur de tous
.45
: 1 nos maux , l'ennemi de la liberté , l'ennemi de
lanation Françoife , c'eft la femme du Roi (bravo!),
cette femme aftucieuſe & corrompue …... » Une
partie de l'Aflemblée & les galeries battent des
mains à fendre la tête.
Du jeudi , 28 juin.
---
Une adreffe revenue fignée d'Arras , repréfente
à l'Affemblée que le vero qui a frappé les
deux excellens décrets contre les prêties & pour
le camp de Paris , oppofe la volonté d'un feul
homme à la volonté fouveraine du peuple François
(d'Arras. ) -- Une adrefle de citoyens du
Havre adopte la lettre de M. de la Fayette ,
impute tous les maux du royaume à la faction
jacobite , demande juftice de tous les libelles que
les jacobins leur envoient de Paris. La municipalité
de Nancy fe plaint du tribunal du diftrict
. M. Lamarque en prend l'heureufe occafion
de fe plaindre de tous les tribunaux à la fois.
Il veut une nouvelle élection générale de juges.
On lui répond que les jacobins feu's forment ce
vou , pour s'emparer de toutes les places .
fuccéder aux derniers défenfeurs des propriétés ,
& n'être plus jugés que par leurs complices ;
que leurs élections font déteftables , qu'il en eft
une preuve... La motion fubverfive de M. Lamarque
n'en a pas moins été renvoyée au comité
de légiflation.
Le Roi a notifié à l'Affemblée la nomination
de M. Dejoly , fecrétaire de la commune de
Paris , à la place de fecrétaire du confeil de Sa
Majesté.
Quelques lignes de M. de la Fayette demandent
pour lui a l'Affemblée la permiffion de paroître
à la barre , & d'offrir l'hommage de fon
( 46 )
refpect . Vifs applaudiffemens & rumeurs fourdes.
On l'admet fur- le- champ. Une partie de l'Alfemblée
bat des mains avec frénéfic , & fe livre
à des acclamations réitérées ; l'autre partie garde
un morne filence .
ce Meffieurs , dit le général à la barre , je dois
d'abord vous affurer que d'après les difpofitions
concertécs entre M. Luckner & moi , ma préfence
ici ne compromet aucunement ni le fuccès
de nos armes , ni la sûreté de l'armée que j'ai
l'honneur de commander. »
« Voici maintenant les motifs qui m'amènent :
On a dir qu'une lettre que j'ai écrite le 16 à
l'Afemblée nationale n'étoit point de moi. Oa
m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un
camp. Je devois peut-être , pour l'avouer , me
préferter foul & fonir de cet honorable rempart
que l'affection des troupes formoit autour de
moi. »
« Une raifon plus puiffante m'a forcé , Me !-
fieurs, de me rendre auprès de vous : les violences
commifes le 20 juin aux Tuileries , ont excité
l'indignation & les alarmes de tous les bons citoyens
, & particulièrement de l'armée . Dans
celle que je commande , tous les officiers , fous-
Officiels & foldats ne font qu'un . J'ai reçu des
différens corps des adreffes pleines des fentimens
de leur amour pour la conftitution , de leur ref
pet pour les autorités qu'elle a établies , & de
leur patriotique haine contre les facieux . J'ai cru
devoir arrêter für le champ ces adreffes , par
l'ordre que je dépole ici fur le bureau . Vous y
vertez que j'y ai pris avec mes braves compagnous
d'armes , engagement d'exprimer feul un fentiment
commun . Et le fecond ordre que je cins
également ici , a confirmé votre jufte attente
·
~ 1.47 )
2
en arrêtant l'expreffion de leur væu. Je ne puis
qu'approuver les motifs qui les animent. Déjà
plufieus d'entr'eux fe demandoient fi c'est vraiment
la caufe de la liberté & de la conſtitution
qu'ils défendoient . »
« Metheurs , c'est comme citoyen que j'ai
l'honneur de vous parler ; & l'opinion que j'exprime
eft celle de tous les François qui aiment
leur pays , fa liberté , fon repos & les loix qu'il
s'eft données ; & je ne crais pas d'être défavoué
par aucun d'eux. Il eft temps de garantir la
conftitution des atteintes quelconques que tous
les partis s'efforcent de lui porter , d'aflurer la
liberté de l'Affemblée nationale , celle du Roi ,
fon indépendance , fa dignité : il cft temps enfia
de tromper les efpérances des mauvais citoyens ,
qui n'attendent que des étrangers le rétab.iffement
de ce qu'ils appellent la tranquillité publi
que , & qui ne feroit pour des hommes libres
qu'un honteux & infupportable cfclavage . »
ce Je fupple l'Affemblée nationale d'ordonner
que les infligateurs des délits & des violences
commiles le 20 juin aux Tuileries , feront pourfuivis
& punis comme criminels de lèze- nation ;
de détruire une fcte qui envahit la fouveraineté
, tyrannife les citoyens , & dont les débats
publics ne laiffent aucun doute for l'atrocité des
pr jets de ceux qui les dirigent. J'ole enfin vous
fupplier , en mon nom , & au nom de tous les
honnêtes gens du royaume ( murmures dans l'extrémité
d'un des côtés ) ; de prendre des mefures
efficaces pour faire refpecter les autorités
conftituées , particulièrement la vôtre & celle
du Roi , & de donner à l'armée l'afurance que
la conftitution ne recevra aucune atteinte dans
l'intérieur , tandis que les braves François pro748
)
:
diguent leur fang pour la défense des frontières
( bruyans applaudiffemens mêlés de murmures). »
Le préfident a répondu « Monfieur , l'Affemblée
nationale a juré de maintenir la conftitution
. Fidèle à fon ferment , elle faura la ga
rantir de toutes les atteintes qu'on voudroit lui
porter . Elle examinera votre pétition , & vous
accorde les honneurs de la féance, »
Toujours applaudi du parti qui fembloit ma!-
adroitement ainfi l'avouer pour une de fes machines
, le général eft alle fe placer près du bareau
. M. de Kerfaint a fait obferver que ce
n'étoit pas là que s'affeyoient les pétitionnaires .
De nouveaux applaud femens ont conduit le
général au banc des pétitionnaires .
On a demandé le renvoi de fon adreffe à la
commiffion des douze . M. Guadet ayant conquis
la tribune , a débuté par une hypothèſe décla
matoire i ridiculement abfurde , qu'elle a bien
plus manifefté le manque, a folu de bonnes raifons
que la redondante loquacité ordinaire de
l'infipide orateur . « Au moment , a t- il dit , cu
la préfence de M. de la Fayette à Paris m'a été
annorcle , une idée bien flatteufe s'eft préfentée
à mon efp it . Je me fuis dit : Ait fi donc nous
n'avons plus d'ennemis extérieurs à craindre ;
ainfi donc les autrichiens font vaincus. Mais ,
meffieurs , cette ilusión n'a pas duré longtemps
nos ennemis font toujours les mêmes;
notre fituation extérieure n'a pas change : cependant
le général d'une de nos armées arrive
à Paris. Quel puiffant motif l'y appelle
donc ? Ce font , dit - il , nos troubles intérieurs ;
il craint que l'Aflemble nationale n'ait pas elle
feule la force de défendre & de foutenir la conftitution.
( 49 )
itution. Ainfi , s'établiflant à la fois l'organe
de l'armée et des honnêtes gens du royaume
il vient lui demander de maintenir la conftitu-
. tion........ Je n'examinerai
pas fi celui qui a
accufé l'Affemblée d'avoir vu le peuple François
dans ce qu'il appelle des brigands , ne peut pas ,
à fon tour , être accufé d'avoir vu fon armée
dans fon état -major , & de violer lui - même
les principes de la conftitution
qu'il recommande
, lorfqu'il s'eft conftitué l'organe d'une
armée qui ne peut pas délibérer , & des honmêtes
gens du royaume qui ne l'en ont pas
chargé. J'obferve encore , qu'indépendamment
de la violation des principes conftitutionnels
, j'en verrois dans fa conduite une bien grave ,
qui tient à la hiérarchie des pouvoirs , fi ce
général étoit venu fans permiffion oú fans des ordres antérieurs du miniftre . Je demande donc ,
1 °. que le miniftre de la guerre foit interrogé
féance tenante , pour favoir s'il a donné des
ordres ou la permiflion
à M. de la Fayette de
venir à Paris ; 2 ° que le rapporteur du comité,
chargé d'examiner
la queftion de favoir s'il peut
être permis aux généraux d'armée en fonctions
d'adreffer des pétitions , foit tenu de faire demain
fon rapport ( grands applaudiffemens
des galeries & d'une partie de la falle ) . "
Comparant la conftitution , qu'il a nommée
l'évangile politique , à l'évangile de la religion
que tant de gens interprêtent au gré des circonftances
, perfuadé que ce jargon de bel -efprit rehauffe
la majefté légiflative , M. Ramond a dit
que la loi défendoit les pétitions en armes , que
cependant l'Affemblée avoit admis dans fon fein
Ides milliers de citoyens armés ; qu'à plus forte
No. 27. 7 Juillet 1792. C
2048
( 50 )
I.
raifon elle pouvoit admettre le général dont il a
fait un pompeux éloge.
Après avoir prouvé que M. de la Fayette ne
dormoit pas continuellement & s'étoit levé tout
entier , il l'a nommé « l'étendard de la révolu
tion pour l'Amérique & pour l'Europe ..... , le
fils aîné de la liberté ; a rapproché le veu des
honnêtes-gens du royaume , exprimé fans miffion.
fpéciale , du vou de la nation fouveraine , exprimé
par la multitude armée du mercredi zo ;
rapprochement affez gauche . Mais il en a conclu ,
avec raifen, qu'en juger différemment , admettre
Pun & rejetter l'autre , ce feroit avouer qu'on a
deux poids & deux mefures . Dans le doute £
les ennemis extérieurs font plus à craindre que
les factieux , M. Ramond a cherché une voix
qui eût le courage de dénoncer ces périls , n'a
trouvé par- tout qu'un profond filence , & s'eft
écrié e il falloit cette voix à laquelle la France
& l'Europe font accoutumées . » Et il à demandé
le renvoi à la commiffion des douze , » moins
pour qu'elle juge la conduite du général , que
pour l'examiner en elle- même & faire fon rapport
. »
Aux voix , aux voix... Les gefticulations , les
courfes , les menaces, le mêloient au vacarne.....
A l'abbaye le préfident ... à l'abbaye M. Ducos ...
Vous êtes un feélérat , a dit quelqu'un au préfident
, qui a modérément obfervé que ce n'étoit
pas un membre de l'Affemblée , quoiqu'on cût
nommé M. Guyton de Morveau. On a eu la
mauvaife foi d'objecter aux défenfeurs du général
que
des foldats avoient été exclus de la barre
faute de congé , comme fi l'Affemblée n'y avoit
jamais admis des déferteurs. M. Vergniaud a
(.51.)
bavarde , en avocat , fur le danger de l'abſence
du général pour l'armée , & a foutenu que MM .
Luckner & Rochambeau n'étoient venus à Paris
qu'à l'époque de leur nomination , affertion fauffe
puifqu'ils y font venus depuis , mandés par le Roi,
qui feul peut commander aux généraux . On a lu
les ordres laiffés à l'armée par M. de la Fayette,
& l'appel nominal a écarté la motion de M.
Guadet par une majorité de 339 voix contre 234.
Les pièces ont été renvoyées au comité.
Nous devons à nos Lecteurs , avec la
Proclamation du Roi , quelques nouveaux
détails authentiques fur les fuites de la journée
du 20.
Le lendemain jeudi , vers 7 heures & demie , une
Députation de l'Affemblée Nationale s'eft préfentée
chez le Roi , & lui a adreflé le Difcours fuivant :
« L'Affemblée Nationale nous députe vers
Votre Majefté , pour lui demander fi elle a
quelques craintes fur la tranquillité de fa perfonne
, & l'affurer fi elle étoit troublée , qu'elle
fe rendroit auffi - tôt auprès d'elle. » Le Roi a
répondu : « On m'apprend que Paris eft calme
pour l'inftant ; s'il ceffoit de l'être , j'en ferois
prévenir l'Affemblée Nationale ; dites - lui , Meſfieurs
, combien je fuis touché de l'intérêt qu'elle
me témoigne; dites -lui auffi qu'au moindre danger
qu'elle courroit , je me rendrois auprès d'elle
avec le même emp: effement. » Une demi - heure
après , M. Pétion avec M. Sergent font entrés ;
ils ont trouvé le Roi entouré de fa famille &
d'une foixantaine de perfonnes , la moitié environ
Ca
( 52 )
04
vêtues de noir , & l'autre moitié d'Officiers de
la Garde Nationale & de la troupe de ligne. A
fon arrivée , le Roi lui dit : « M. le Maire, le
calme eft - il rétabli dans Paris. Le Maire : Sire ,
le Peuple a fait les repréfentations , & tout eft
parfaitement calme . Le Roi : Avouez , Monfieur,
que la journée d'hier a été un grand fcandale ,
& que la Municipalité n'a pas fait tout ce qu'elle
auroit dû pour le réprimer. Le Maire : Sire , la
Municipalité a fait tout ce qu'elle a dû. Le Roi :
Ce n'eft pas vrai . Le Maire : Sire , la Municipà-.
hté ne manquera pas de rendre compte de fa conduite
à l'opinion publique. Le Roi : Dites à la
Nation entière ; car c'est elle qui la jugera. Le
Maire : Sire , la Municipalité de Paris ne craint
pas d'expofer la conduite au grand jour ; elle fait
qu'elle doit compte à l'opinion publique , elle fera
fon devoir. Le Roi Et commens Paris eft - il à
préfent. Le Maire : Tout tranquille . Le Roi : Ce
n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , le Magiftrat.du
Peuple...... Le Roi . Taifez- vous . Le Maire : Le
Magiftrat du Peuple n'a pas à fe taire quand il fait
fon devoir & qu'il dit la vérité . Le Roi ; Au refte,
Monfieur , je vous préviens que le calme de Paris
eft fur votre refponfabilité ; retirez- vous. »
:
Le foir même de cette converfation , qui
peint fi bien l'état du Roi , ce Prince faifoit
afficher en fon nom la Proclamation
fuivante.
« Les François a'auront pas appris fans douleur
qu'une multitude , égarée par quelques factieux
, eft venue à main armée dans l'habitation
du Roi , a traîné du canon jufques dans la
falle des Gardes , a enfoncé les portes de foa
appartement à coups de hache ; & là , abufant
531
audacieufement du nom de la Nation , effe a
tenté d'obtenir , par la force , la fanction que S. M.
a conftitutionnellement refuſée à deux Décrets , >>
« Le Roi n'a oppofé aux menaces & aux infultes
des factieux , que la confcience & fon amour pour
le bien public.:
כ כ
« Le Roi ignore quel fera le terme où ils vou
dront s'arrêter ; mais il a befoin de dire à la
Nation Françoife , que la violence , à quelqu'excès
qu'on veuille la porter , ne lui arrachera
jamais un confentement à tout ce qu'il
croira contraire à l'intérêt public . Il expofe fans
regret fa tranquillité , fa cûreté ; il facrifie même
fans peine la jouiffance des droits qui appartiennent
à tous les hommes , & que la Loi devroit faire
respecter chez lui , comme chez tous les Citoyens
; mais comme Repréfentant héréditaire.
de la Nation Françoife , il a des devoirs fé
vères à remplir ; & s'il peut faire le facrifice
de fon repos , il ne fera pas le facrifice de les
devoirs. »
c Si ceux qui veulent renverser la Monarchie
ont befoin d'un crime de plus , ils peuvent le
commettre . Dans l'état de crife où elle fe trouve ,
le Roi donnera , jufqu'au dernier moment ,
toutes les autorités conftituées , l'exemple du
courage & de la fermeté , qui feuls peuvent,
fauver l'Empire ; en conféquence , il ordonne à
tous les Corps Adminiftratifs & Municipalités de
veiller à lafûreté des perfonnes & des propriétés, »
Fait à Paris , le 22 juin 1792 , l'an 4º . de la liberté.
Signé , LOUIS . Et plus bas , TERRIER.
Les mêmes plaintes ont retenti dans le
Confeil général de la Commune. Un jeune
Notable , plein de courage , mais foutenu
C 3
( 54 )
d'un parti nombreux , a dénoncé avec fermeté
, le Maire , le Procureur de la Commune,
dans un difcours dont voici l'extrait.
-
« La Loi a été violée avec un éclat tellement
fcandaleux , que le Confeil général ne peut ,'
fans partager la honte des infractaires , refter
muet plus long-temps & tarder un inftant à iolliciter
la punition d'attentats , dont gémit la Ca-`
pitale & dont va gémir la France entière . La
Loi a été violée par un Commandant de Ba-
Baillon qui , fans réquifition préalable , a ofé
la tête d'un raffemb ement de piès de
travelfer ai fi les
marcher a
-
vingt mille hommes armes ,
rues & les principaux quartiers de cette Ville ,
Elle a été violée par des Gardes Nationales ,
qui , fans réquifition préalable , ont paru au milieu
de ce raffemblement , couverts de leur ar
mes , & traînant , après eux , des canons , qui
leur avoient été donnés pour un tout autre ufage .
Elle a été violée par une foule d'individus de.
tout âge , de tout fexe , qui ont pénétré , à
force ouverte , les armes à la main , dans la
demeure du Repréfentant Héréditaire de la Nation
Françcife , qui l'ont forcé à fe couvrir la
tête d'un bonnet rouge. Elle a été violée par
des brigands qui ont commis plufieurs vols , avec
eff action , d'effet précieux , qui , difons - le ,
puifque le fait eft malheureuſenient vrai , fe fent .
permis de tourner leurs armes contre le Roi , &.
qui , arrêtés dans cet horr ble attentat pr quelques
Gardes Nationaux , ont cherché u e forte
de dédommagement à leur furtur , dans les opprobres
, les infultes dont is ont abreuvé cet
infortuné Monarque ; dans les menaces fédicufes
, les provocations meurtrières dont ils ont
( 53 )
fatigué fes oreilles , dont ils l'ont affailli lui &
fon augufte Famille , pendant plufieurs heures,
La Loi a été violée par vous , Procureur de la
Commune , qui , au mépris des Loix concernant.
votre Ministère , au mépris de l'Arrêté pris le 16
par le Confeil- général , de celui pris le 19 par
le Directoire du Département , au mépris des
principes confacrés par vous - même dans votre
Arrêté fur les Proceffions , & dans la Proclamation
qui l'a fuivi , avez négligé de réquerir
les mesures néceffaires pour diffiper cet attroupement.
Elle a été violée par vous , M. le Maire,
qui , au mépris des mêmes Loix , des mêmes
Arrêtés , des mêmes principes , n'avez pas pris
de précautions fuffifantes pour écarter un danger.
dont certes vous étiez bien averti ; par vous enfin,
qui n'avez pas fu faire un ufage efficace des
moyens que vous donnoient & votre place , &
la Loi du 3 Novembre 1791 , pour protéger la
tranquillité publique , affurer la liberté de l'Affemblée
Nationale & celle du Roi . Elle a été
violée par vous , Commandant- Général , à qui
toutes les Loix militaires & de police ordonnoient
de repouffer la force attaquant un pofte
qui vous étoit confié. Enfin la Loi a été violée
par vous tous , Membres du Corps Municipal ,
qui avez abandonné le fort de cette périlleufe
journée à une diftribution de rôles concertée
feulement avec quelques- urs d'entre vous , & à
l'exécution incertaine d'un Arrêté tardif , infignifiant
ou perfide . Je demande donc que le Confeil
- général arrête , 1 ° . qu'il improuve la conduite
tenue depuis fon Arrêté du 16 jufques &
compris la journée du 20 , par le Maire , le
procureur de la Commune , & les Adminiftrascurs
de la Poliec ; 2 °. qu'il les regarde comme
C4
( 58 )
2
feuls garants & refponíables des évènemens de
cette journée ; 3 °. Qu'il improuve également
l'arrêté pris dans la matinée du 20 , par le Corps
Municipal; 4° qu'il dénonce & cet Arrêté , &
la conduite du Maire , du Procureur de la Commune
& des Adminiftrateurs de la Police , au
Directoire du Département ; 5 ° . que fon Arrêté,
quel qu'il foit , fera imprimé , affiché , envoyé
aux 48 Stions , aux 82 Départemens , au Directoire
du Département de Paris , au Miniftre
de l'Intérieur & à l'Affemblée Nationale. »
>
Le Notable qui a tenu ce difcours eft
M. Louis- Gilbert Cahier , & non pas M.
Cahier de Gerville , ex - Miniftre , comme
quelques perfonnes l'ont cru. Cette courageufe
dénonciation eft reftée fans effet réel .
L'attentat du 20 juin n'a point été plus criminet
en foi , plus odieux que celui du 6 Octobre
; & cependant alors on ne parut pas y
faire
grande attention ; le Peuple , l'Affemblée confrituante
, la Garde Nationale & fon Chef n'y
virent qu'un grand évènement qui rapprochoit le
Roi de la Capitale & empêchoit qu'on ne conduisit
Sa Majesté à Metz ; c'étoit le langage du
temps . Cependant la Reine fut menacée , le Roi
infulté , fes Gardes affaffinés , & fon emprifonnement
bien pofitivement effectué dans le château
des Tuileries. Quels motifs follicitent donc
aujourd'hui tant de réclamations contre la journée
du 20 ? Quels nouveaux intérêts , qui n'exiftoient
point en Octobre 1789 , font done mouvoit
tant d'efprits alors indifférens aux opprobres
de la Famille Royale ? Est - ce que le Roi de
France ne valoit pas bien le Roi des François ?
573
Eft -ce que la Majefté Royale de 1789 n'étoit
point auffi facrée que celle de 1792 ? D'où vient
donc cette différence de conduire ?-
De la peur , du changement de pofition &
non de celui de principes . En Octobre il falloit
détruire le Roi de la Monarchie & créer celui de
la Conftitution , & tous les moyens étoient bons ;
il falloit exalter le fanatilme populaire par l'impunité
des crimes , & les affaffins des Gardes du
Roi furent applaudis ; il falloit effrayer les hommes
attachés à la perfonne du Monarque , & le
règne des piques fut proclamé comme celui de
la liberté ! Cet ordre de chofes fut appuyé du
Comité des Recherches & d'un armement de
cinq cens mille Gardes Nationaux. Alors on
n'avoit point à repouffer un ennemi au - dehors
puiflant & aguerri ; quelques fcélérats fuffifoient
pour affurer le pouvoir du crime & impofer filence
aux Loix : alors c'étoit la révolution , entière
qui vouloit l'anéantiflement de la Royauté
& le règne du fanatisme Conftitutionnel ; mais
aujourd'hui que la Révolution s'eft donnée un
Roi , & que ce Roi eft Louis XVI , aujourd'hui
qu'il n'y a plus de profit à ébranler l'édifice
conftitutionnel , que des armées puiffantes
font prêtes à punir ceux qui joindroient de nouveaux
crimes à ceux du pallé , que le Peuple
toujours agité & toujours conféquent ne voit
point de milieu entre une République complette
& le Gouvernement actuel , entre l'anéantiflement
de la Royauté & les principes de la Révolution
; aujourd'hui que fous la bannière des
Jacobins les maximes d'égalité abfolue , de fainte
infurrection , de puritanisme , vont droit à détruire
l'ouvrage incohérent de la Conftitation
que les Feuillans font preflés entre les forces.
Cs
•
( 58 )
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les excès du 20 out
paru très- favorables à ce deffein .
Aufli , comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conſtitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on en
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatifme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté ,
Ja profpérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde,
à foutenir la guerre contre les alliés , fes amis ,
Les frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , fes fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitutionnelle
, auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'est au moins ce que prouve l'exemple
du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftiturionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire uxécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Duport - du- Tertre.
›
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paffions d'un royaume agité de
toutes parts , ifAuença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel. Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , proſcrits ; on fit
figner au Roi des proclamations contre fes parens
fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêchés conftitutionnelles cù l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux atère les objets en proportion
de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contrad ctions étoient expliquées d'une manière
fatisfalante à Berlin , à Vienne , à Londres , à
la Haie . On faifoit répéter dans ces Cours que
la ſaine partie de la Nation étoit puiſſante , que
les Franrçois aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps ameneroit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; * qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee a
toutes ce's affertions
att oit la liberté . Une partie de l'Europe , if
faut le dire , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniftérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
C 6
160 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protéfte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont attaché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Ministère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conftitution
avec elle , quoique la moitié de celle - ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffa oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe. Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la juftice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eft un monftre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire , Celui - ci battu enfuite par fes excès
mal-adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus grofères infultes , les outrages les plus
éclatans , recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe touc
ordrefocial , tout état de Gouvernement politique.
( 61 )
›
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque , il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maifon , de la Nobleffe Françoiſe ,
de la partie opprimée , fouffrante de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres.
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la justice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que faft
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE ,
L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation.
Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
confond tout , & veut tout ufurper . Nous vou
lons vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire ... La
Conftitution délégue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvoir de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ; nous ne
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'elt
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chef.
Défendez donc avec courage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
« Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen . »
C'est pourfoutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'eft rendu
porteur du voeu de l'armée,qu'il l'a manifefté
a l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fi la
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé , comme
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution.
Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point. Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée , fe prépare
un genre de mérite nouveau
& pett
fervir de média e r entre les armées étrangères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même- temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
2
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre, Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il eft trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , médiatrices & armées , dans
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 ° . une autori'é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main'e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemni
fer les Cours médiatrices. If y a loin de-là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraisemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèsconforme
aux loix militaires & conftiutionnelles
de la France , mérite les appeu
7
( 85 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , hi
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainſi que de *
Celle du Maréchal Luckner , partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft au moins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi . Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter,
en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natic
naux du Département de la Meufe , toujours pénétré
des vrais principes de la Constitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon auguſte Perſonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1 °. Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eft paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fon profond refpect , de fon attachement
, de la douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°. Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas ies armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraffé tous les enn:
mis de la Conftitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils
puiffent être. »
3 ° . Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,)
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur
des droits de l'homme . »
сс« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au'
préfident de l'Affemblée Nationale , au Directoire
du Département de la Meufe , à ceux des
Diftricts , aux Municipalités & à tous les Clubs
dans le reffort dudit Département . Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreſſes , ou adhélions
à celle- ci.
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance. I
annonça en même temps qu'il por oit à
l'Affemblée le voeu de l'armée , qu'il re-
-
•
( -67 )
viendroir auffi- tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft ,
Maréchal de- camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
fimilitude de principes qu'ils invoque t
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages , & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis.
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune. Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre ; on nedoit point douter
que les fociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parfi : elles y réuffiront , l'on
peut en être sûr ; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement, parce qu'elles flattent la vanité
, le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant . Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins . Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution ,
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tentetive
impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infidèles
, où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit reftée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24 au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire. A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auffi- tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM . d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliffement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,"
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
cule gras de la jambe emporté d'un coup de
( 69 ).
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconſtruit.
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant-pofte fitué entre Harlebecque &
Courtrai , mais nous avons été fi furieuſement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée,
font les Belges émigrés, eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer ou les fanatifer
encore davantage.
L'armée dé M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant - garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans. Notre perte on l'ignore . Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant-garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement.
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 179
cc En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux '35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont ſe joindre 15
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick; le 14 , le régi-
-ment de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wattzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de fo mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe- Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actif d'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives. »
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte la Cour de Vienne. Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire . Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
fous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz . L'Etat-Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés. Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logé au- deffous
de moi , eft chargé de ce détail . A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages,
grains , munitions , attirails de tout genre . Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin. Le
refte des fubfiftances eft tiré de Hollande , Weftphalie
, Weteravie , Bas - Rhin , &c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
« En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il y
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre finira avec la
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver. »
« Je répète qu'il y aura à la mi -Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque . La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
25,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion- paffive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage
. »
Сс
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoisins .
Je fuis certain du recenfement : il en arrive tous
les jours . Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'eft le plus étrange
fpectacle. Les Gardes - du - Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies. J'ai vu celle de
Noailles - Poix à Boppart. Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence . Son Alt . eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans diftir Єtion .
Il paie tout comptant : fon cartonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu mar oeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin , »
Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été caivré du beau Lôle
( 72)
*
de M. de la Fayette , & que , par cette émulation
, il avoit tenté de faire comme lui une rée
volution . Pour y réaffir on avoit pratiqué le
Corps d'Artillerie & les Gardes bleues . Le répi
qu'a eu le Roi avant de mourir , a eu le temps
de raffermir le Peuple & les deux régimens .
33
P. S. Cent- cinquante chariots Autrichiens de
munitions viennent de paffer ce matin à Mulheim
( un quart de lieue d'ici ) pour les Pays- Bas. Le
principal magazin Pruffien fera établi ici , fous
la garde d'un régiment dont on prépare les logemens
.
A la retraite forcée de l'armée , M. de Jarry
a fait mettre le feu aux Fauxbourgs de Courtrai &
lieux voifins . L'Affemblée a décrété des indemnités
pour ceux qui ont fouffert. Perfonne n'eft dupe
ce cette fingerie d'humanité. L'Etat-Major de la
Garde nationale Parifienne eft détruit. La Municipalité
l'a voulu & l'Affemblée l'a ordonné ainfi . *
Les Avanturiers , Brigands , Patriotes , ou autres
venant du midi , feront reçus & logés aux dépends
des Bourgeois . Ainfi l'a encore voulu le Sénat
François.
( Nous rapporterons , l'ordinaire prochain , de
nouveaux détails intéreſſans & authentiques fur la
journée du 20 ; l'efpace nous manque aujourd'hui. ).
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le zo Juin 1792.
Le progrès des armées Ruffes fur notre
territoire devient chaque jour plus inquiétant
; dans l'Ukraine & dans la Lithuanie
les frontières ont été franchies , & les
terres de la République envahies , nous
ne pouvons oppoſer à de pareilles forces
qu'un patriotisme exalté dans fes délibérations
, extrême dans fes meſures , hautain
dans fa conduite & fans une réfiſtance
éprouvée contre les dangers réels. Déjà les
nouvelles fur lesquelles nous fondions quelqu'efpérance
viennent d'être réduites à leur
valeur , la prétendue victoire de Myr en
Lithuanie,remportée par le Général Judicki,
fur l'armée Ruffe commandée par le Géné
Nº. 28. 14 Juillet 1792. D
( 74)
ral Mellin, n'eft qu'une retraite forcée , dans
laquelle nous avons fait une perte confidérable.
Ce qui ajoute à nos embarras , c'eſt la
neutralité abfolue de la Pruffe & de l'Autriche
à notre égard ; il n'eft plus permis
de compter fur les fecours de la première
de ces Puiffances depuis la réponſe que
le Roi de Pruffe a faite à une lettre que le
Roi lui avoit écrite pour lui rappeller fes
anciens engagemens envers nous.
Copie de la lettre du Roi de Pologne au Roi de
Pruffe , datée de Parfovie le 31 Mai 1792 .
« Monfieur mon Frère , cette lettre ſera remile
à . V. M. par le Comte Potocky , Grand-
Maréchal de Lithuanie. Je l'écris à une époque
où tout m'impofe le devoir de défendre l'indépendance
& le territoire de la Pologne. L'un &
l'autre viennent d'être évidemment attaqués par
les prétentions de S. M. l'Impératrice de Ruffie ,
énoncées dans fa déclaration du 18 Mai , & par
les hoftilités qui l'ont faivie. Si l'Alliance qui exifte
entre V. M. eft un titre pour réclamer fon fecours,
il m'importe effentiellement de favoir d'elle
-le mode qu'elle veut preferire à fes engagemens.
La connoiffance pofitive des fentimens de V. M.
m'eft auffi néceffaire pour ma conduite que fes
forces le feroient pour mes fuccès . Il eſt conſtant
que le territoire de la République , garanti par
V. M. , eft violé , que fon indépendance eft
compromife & attaquée d'une manière fi géné
rale & fi étendue , qu'en fe livrant même aux
interprétations les plus fubtiles , il eft impoffible
de la reftreindre au feul article de la nouvelle
Conſtitution . Dans une occafion où , comme
Alliée , la dignité de V. M. eft fi intimement
unie avec l'indépendance & l'honneur de ma Nation
, je dois m'attendre qu'elle voudra me faire
connoître les fentimens . Ma confiance en V. M.
n'aura d'autres bornes que celles qu'elle y mettra
elle-même , & plus les fecours qu'il lui plaira de
donner à la Pologne feront clairement & promptement
énoncés , plus iis deviendront pour elle
avantageux & précieux. Au milieu de mes inquiétudes
& de mes peines , ce qui me confole,
c'eft que jamais caufe ne fut meilleure, ni dans le
cas d'avoir pour appui un Allié plus refpectable &
plus loyal aux yeux des Contemporains & de la
poltérité... Tout ce que S. M. voudra & daignera
confier au Maréchal Potocky , porteur de
ma préfente , fera confié avec fûreté & utilité , parce
qu'il jouit de toute ma confiance , & de celle de la
Nation , unic avec moi. »
-
« C'eft avec les fentimens de la plus haute confidération
& de l'amitié la plus vraie que je fuis ,
De Votre Majeftéle bon
Frère , STANISLAS.
Copie de la lettre du Roi de Pruffe au Roi de
Pologne , datée de Berlin , le 8 Juin 1792.
« Monfieur mon Frère , le Grand - Maréchal de
Lithuanie , le Comte Potocki , m'a remis la lettre
que Sa Majesté m'a écrite en date du 31 Mai .
Jy vois avec regret les embarras dans lefquels la
République de Pologne le trouve aujourd'hui engagée
; mais j'avouerai aufli avec franchiſe , qu'après
tout ce qui s'eft paffé depuis une année , i's
étoient à prévoir. Sa Majesté fe rappellera que
dans plus d'une occafion le Marquis de Luchéfini
a été chargé de lui manifefter , tant à elle- même
D 2
( 76 )
qu'auxMembres prépondérans du Gouvernement
mes juftes appréhenfions à ce fujet . Dès le moment
ou le rétabliffement de la tranquillité générale
en Europe m'a permis de m'expliquer, &
que l'Impératrice de Ruffie a laiffé entrevoir une
oppofition décidée contre l'ordre des choles établi
par la Révolution du ; Mai 1791 , ma façon de
penfer & le langage de mes Miniftres n'ont jamais
varié. En regardant d'un oeil tranquille la nouvelle
Conftitution que la République s'eft donnée
à mon inlu & fans ma concurrence , je n'ai
jamais fongé à la foutenir ou à la protéger ;
j'ai prédit , au contraire , que les mefures meaçantes
& les préparatifs de guerre auxquels la
Dière n'a ceſſé de vifer coup fur coup provoqueroient
infailliblement le reffentiment de l'Impératrice
de Ruffie , & attireroient à la Pologne
les maux qu'on prétendoit éviter . L'évènement a
juftifié ces apparences , & on ne fauroit le diffimuler
dans le moment préfent que , fans la nouvelle
forme de Gouvernement de la République ,
& fans les efforts qu'elle a annoncés pour la foutenir
, la Cour de Ruffie ne fe feroit point décidée
pour les démarches vigoureufes qu'elle vient
d'embrafler. Quelle que foit l'amitié que je voue à
Votre Majefté , & la part que je prends à tout ce
qui la concerne , elle fentira elle -même que l'état
des chofes ayant entièrement changé depuis l'Alliance
que j'ai contractée avec la République , &
les conjonctures préfentes , amenées par la Conftitution
du Mai 1791 , poftérieure à mon
Traité , n'étant point applicable aux engagemens
qui s'y trouvent ftipulés , il ne tient pas à moi
de déférer à l'attente de Sa Majeſté , ſi les intentions
du Parti Patriotique font toujours les
mêmes, & s'il perfifte à vouloir- foutenir fon
( 77 )
ouvrage . Mais fi , en revenant fur fes pas , it
confideroit les difficultés qui s'élèvent de tous
côtés , je ferois tout prêt à me concerter avec Sa
Majesté l'Impératrice de Ruffie , & de m'entendre
en même temps avec la Cour de Vienne pour
tâcher de concilier les différens intérêts , & convenir
des mefures capables de rendre à la Pologne
fa tranquillité. » כ
5
Je me flatte que S. M. retrouvera dans ces
difpofitions & dans ces aifurances les fentimens de
l'amitié fincère , & de la confidération avec laquelle
je fuis ,
De Votre Majeſté , le bon
Frère , Signé , FRÉDÉRIC
GUILLAUME .
La confédération de Targowicz , fous
la protection des armées Ruffes , vient
d'adreffer un Manifefte à tous les Généraux
, Sénateurs , Dignitaires , gens en place
de la République , pour leur annoncer fa
convocation & l'objet qu'on s'y propole.
Cette piéce , que le peu d'étendue de notre
Journal ne nous permet pas de rapporter,
trouvera fa place dans ce recueil , aing
que la réponſe au Manifefte de Pétersbourg
& l'Univerfal ou Adreffe de la République
aux Citoyens de la Pologne , lorfque nous
aurons fuffifamment de place pour les rapporter
en entier. Cette Confédération , au
refte, infpire de vives inquiétudes aux partifans
févères de la nouvelle Conftitution ;
ils craignent qu'elle ne devienne pour les
mécontens un centre de ralliement , &
D3
878 )
que, protégée par de grandes forces , elle
ne détruife l'ouvrage de celle de 1791 .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 23 Juin 1792 .
Tout annonce que la geurre contre la
France fera offenfive , & pouffée avec vigueur
; les préparatifs font immenfes. Tous
les Soldats abfens par congé ont reçu l'ordre
de rejoindre , & par- tout on lève des recrues
avec beaucoup d'activité.
La Cour vient de faire connoître officiellement
, en l'inférant dans fa Gazette ;
ce que nous avions déjà annoncé , que les
états de Hongrie ont accordé à S. M. un
don gratuit de quatre millions de florins ,
cinq mille recrues & mille chevaux de
remonte pour foutenir la guerre contre la
France.
De Francfort-fur-le - Mein , le 30 Juin.
Enfin , l'on s'attend à voir fous peu de
mois s'effectuer un changement confidérable
dans l'état de la France ; de nombreuſes armées
font en marche pour appuyer la coalition
des Cours. On regarde cette démarche
comme propre à rendre à cette Monarchie
la prépondérance dont elle jouiffoit dans la
balance politique des Puiſſances de l'Eu(
79 )
rope. Chaque Etat penfe qu'il y a quelque
intérêt pour lui à ce qu'un auffi grand Empire
ne ceffe point d'être un contrepoids aux
entrepriſes hoftiles de voifins ambitieux ,
qu'il puiffe dans les grandes querelles des
Nations offrir aux plus foibles une médiation
puiffante , en même temps qu'un
fecours décifif contre l'invafion où des
prétentions exagérées . Ce motif de politique
paroît avoir_principalement déter .
miné l'union des Cours germaniques , &
leur empreffement à fournir leur contingent
double aux termes du conclufum de
Ia Diète.
L'on doit donc ceffer de croire que des
difficultés d'intrigues , de rivalités fubalternes
ou d'intérêts paffagers faffent changer
de plan aux Cours réunies contre la
France ; elles ne mettront bas les armes
difent- elles , que lorfque le Roi de France
fera rétabli dans fes droits légitimes , &
que quand, par conféquent , les Princes
& la Nobleffe pourront en fureté rentrer
dans la poffeffion d'état & de biens dont
ils ont été dépouillés .
Les premiers & les plus grands frais
d'exécution font faits pour cette entrepriſe ;
100,000 hommes font en marche pour la
foutenir , tandis qu'un nombre prefque
autfi confidérable peut , en cas de befoin,
être fourni , tant par les contingens des
Etats d'Empire , que par les Cours de
1
D4
( 80 )
Stockholm , Pétersbourg , Naples , Turin,
la Haye , Madrid.
La Pruffe met une activité remarquable
dans cette conduite , quoique difpendieufe
& compliquée. La déclaration de guerre
de la France contre la Maifon d'Autriche,
alliée de la Pruffe , date du 23 Avril , &
déjà 52 mille hommes s'avancent avec des
tréfors & des munitions de toutes espèces ,
Toute cette armée , compofée des meilres
troupes de l'Europe , marche fur
cinq colonnes ; on en connoît la force &
la direction pofitive.
La première colonne s'eft trouvée fur la ligne
de Caffel & de Gotha le 21 de ce mois ; elle
va à Coblentz , & eft composée de 3,504 hommes
d'Infanterie , 5,449 de Cavalerie , & 100 chevaux
d'Artillerie elle vient de Magdebourg. :
La feconde , fortie des Marches & de la Poméranie
, allant également à Coblentz , & qui a paſſfé
le 25 dans les environs d'Eifenach , dans la Thuringe
, eft composée de 9,767 hommes de troupes
à pied , de 3,157 de Cavalerie , & trois Compagnies
d'Artillerie à cheval , faifant 480 chevaux.
La troisième , venant de la baile Silefie , eft
attendue le 25 à Gotha , de là à Francfort , & eft
formée de 6,401 hommes d'Infanterie & de 1,464
de Cavalerie.
La quatrieme , venant auffi de la Siléfie , paſſe
par la Bohême , elle fera le 26 ou 28 à Bareith ,
& de la fe rendra en Souabe ou à Manheimi
dans le bas Palatinat . Celle- ci eft compofée de
7,477 hommes de troupes à pied , & 3,042 à¯
cheval.
1
7817
Enfin , une cinquième colonne , compoſée de
11,450 d'Infanterie , s'avance à Coblentz , où une
grande partie eft déjà arrivée .
L'on voit par cet état exact des troupes
Prufliennes qu'elles s'élèvent à 38,599 hom
mes d'Infanterie & de 13,792 de Cavalerie ;
ce qui fait un total de 52,391 hommes
dont le Duc règnant de Brunſwick , nommé
Feld-Maréchal des armées de Pruffe , du
Roi de Hongrie & de l'Empire , aura le
commandement & la direction tant que la
guerre durera.
En même temps que cette armée s'avance .
d'un côté , de nouvelles troupes Autrichiennes
marchent fur le Luxembourg , le
Brifgaw & le bas Palatinat.
Huit efcadrons des Huffards d'Efterhazy
arriveront du 15 au 18 Juillet dans le
Luxembourg .
Deux bataillons d'Archiduc Ferdinand
& un de Jeltach feront à Fribourg du 8
au 10. Un bataillon de Giulay , deux de
Schrader , fix efcadrons des Dragons du
Roi y arriveront fucceflivement , & feront
tours dans le Brifgaw avant le 26.
A Manheim & dans le bas Palatinat on
attend pour la même époque les troupes
fuivantes qui font en marche ; favoir , un
bataillon de François Kinsky , un de Jofeph
Colloredo , deux de Mitrawky , un
d'Alton , un de Vin , deux de Kheven
huller , deux de Stein , huit efcadrons de...
DS
1589
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les cxcès du 20 out
paru très- favorables à ce deffein .
Aufli " comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conſtitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on ea
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatifme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté ,
Ja prospérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde,
à foutenir la guerre contre les alliés , fes amis ,
Les frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges ,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , les fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitu
tionnelle , auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'eft au moins ce que prouve l'exemple
du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftitutionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire exécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Duport - du- Tertre.
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations , qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paflions d'un royaume agité de
toutes parts , irAuença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel. Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , profcrits ; on fit
figner au Roi des proclamations contre les parens
, fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêches conftitutionnelles où l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux atère les objets en proportion
de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contrad ctions étoient expliquées d'une manière
fatisfailante à Blia , à Vienne , à Londres , à
la Haie. On faifoit répéter dans ces Cours que
la faine partie de la Nation étoit puiffante , que
les François aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps ameneroit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee a toutes ces affertions
atte oit la liberté. Une partie de l'Europe , if
faut le dire , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniflérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
C6
( 60 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur ,
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protefte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont arraché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Miniſtère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conítitution
avec elle , quoique la moitié de celle -ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffi oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe . Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la justice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eft un monftre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire, Celui- ci battu enfuite par les excès
mal-adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus groffières infultes , les outrages les plus
éclatans , recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe touc
ordre focial , tout état de Gouvernement politique .
( 61 )
›
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maifon , de la Noblefle
Françoiſe
,
de la partie opprimée
, fouffrante
de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis
réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres ..
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la juſtice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que fait
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE
L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation
. Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
confond tout , & veut tout ufurper . Nous vou
lons vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire... La
Conftitution délègue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvoir de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ;
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'eit
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chet.
Défendez done avec contage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
-nous ne
ce Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen . »
C'est pourfoutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'est rendu
porteur du væeu de l'armée , qu'il l'a manifeſté
à l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fila
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé, comme
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution
. Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point . Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée , fe prépare
un genre de mérite nouveau
& pett
fervir de média e r entre les armées étrargères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même-temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre, Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il eft trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , niédiatrices & armées, dans
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 °. une autori é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4 ° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemnifer
les Cours médiatrices. Il y a loin de- là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraifemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèspeu
conforme aux loix militaires & conftitutionnelles
de la France , mérite les ap(
65 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , f
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainfi que de '
celle du Maréchal Luckner, partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft aumoins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi . Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter
, en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natio
naux du Département de la Meule , toujours pénétré
des vrais principes de la Constitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon augufte Perfonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1 ° . Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eft paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fou profond refpect , de fon attachement
, de la douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°.Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas les armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraffé tous les ennemis
de la Conftitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils,
puiffent être. »
3 °. Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,)
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus ;
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur
des droits de l'homme. »
« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au
préfident de l'Affemblée Nationale , au Direc
toire du Département de la Meufe , à ceux des
Districts , aux Municipalités & à tous les Clubs'
dans le reffort dudit Département. Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreffes , ou adhé
lions à celle- ci .
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance . Il
annonça en même temps qu'il por oit à
l'Affemblée le voeu de l'armée , qu'il re-
-
(-67 )
viendroir auffi- tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft .
Maréchal de- camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
iimilitude de principes qu'ils invoque
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages , & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis .
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune. Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre; on nedoitpoint douter
que lesfociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parfi elles y réufficont , l'on'
peut en être sûr ; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement , parce qu'elles flattent la vanité
, le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant. Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins. Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution ,
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tents
tive impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infi-i
dèles , où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit restée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire. A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auffi-tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM. d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliffement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,"
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
eule gras de la jambe emporté d'un coup de
169 ).
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconftruit.
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant-pofte fitué entre Harlebecque
&
Courtrai , mais nous avons été fi furieufement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée ,
font les Belges émigrés, eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer où les fanatifer
encore davantage.
L'armée de M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant-garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans . Notre perte on l'ignore. Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant- garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement .
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 1792
cc En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux '35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont fe joindre 15
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick ; le 14 , le régiment
de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wartzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de so mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe- Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actif d'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives. ""
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte la Cour de Vienne . Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire. Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
Lous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz . L'Etat- Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés . Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logéau - deffous
de moi , eft chargé de ce détail. A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages ,
grains , munitions , attirails de tout genre. Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin . Le
refte des fubfiftances est tiré de Hollande , Weftphalie
, Weteravie , Bas- Rhin , & c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
« En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il y
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre finira avec la
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver. »
« Je répète qu'il y aura à la mi -Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque. La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
21,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion- paſſive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage
. »
cc
:
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoisins .
Je fuis certain´du recenfement : il en arrive tous
les jours. Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'est le plus étrange
fpectacle. Les Gardes - du- Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies. J'ai vu celle de
Noailles -Poix à Boppart . Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence . Son Alt . eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans difti: ction .
Il paie tout comptant : fon cantonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu maroeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin , »
« Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été caivré du beau Lôle
( 72 )
•
de M. de la Fayette , & que , par cette émulation
, il avoit tenté de faire comme lui une révolution
. Pour y réaffir , on avoit pratiqué le
Corps d'Artillerie & les Gardes bleues . Le répi
qu'a eu le Roi avant de mourir , a eu le temps
de raffermir le Peuple & les deux régimens. »
P. S. Cent- cinquante chariots Autrichiens de
munitions viennent de paffer ce matin à Mulheim
( un quart de lieue d'ici ) pour les Pays- Bas. Le
principal magazin Pruffien fera établi ici , fous
la garde d'un régiment dont on prépare les logemens
.
A la retraite forcée de l'armée , M. de Jarry
a fait mettre le feu aux Fauxbourgs de Courtrai &
lieux voifins . L'Affemblée a décrété des indemnités
pour ceux qui ont fouffert . Perfonne n'eft dupe
ce cette fingerie d'humanité. L'Etat- Major de la
Garde nationale Parifienne eft détruit . La Municipalité
l'a voulu & l'Affemblée l'a ordonné ainfi . »
Les Avanturiers , Brigands , Patriotes , ou autres
venant du midi , feront reçus & logés aux dépends
des Bourgeois. Ainfi l'a encore voulu le Sénat
François.
( Nous rapporterons , l'ordinaire prochain , de
nouveaux détails intéreſſans & authentiques fur la
journée du 20 ; l'efpace nous manque aujourd'hui .)
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le zo Juin 1792 .
Le progrès des armées Ruffes fur notre
territoire devient chaque jour plus inquiétant
; dans l'Ukraine & dans la Lithuanie
les frontières ont été franchies , & les
terres de la République envahies , nous
ne pouvons oppofer à de pareilles forces
qu'un patriotisme exalté dans fes délibérations
, extrême dans fes meſures , hautain
dans fa conduite & fans une réfiftance
éprouvée contre les dangers réels. Déjà les
nouvelles fur lesquelles nous fondions quelqu'efpérance
viennent d'être réduites à leur
valeur ; la prétendue victoire de Myr en
Lithuanie,remportée par le Général Judicki,
fur l'armée Ruffe commandée par le Géné
No. 28. 14 Juillet 1792. D
( 74 )
ral Mellin, n'eft qu'une retraite forcée , dans
laquelle nous avons fait une perte confidérable.
Ce qui ajoute à nos embarras , c'eft la
neutralité abfolue de la Pruffe & de l'Autriche
à notre égard ; il n'eft plus permis
de compter fur les fécours de la première
de ces Puiffances depuis la réponse que
le Roi de Pruffe a faite à une lettre que le
Roi lui avoit écrite pour lui rappeller fes
anciens engagemens envers nous.
Copie de la lettre du Roi de Pologne au Roi de
Pruffe , datée de Parfovie le 31 Mai 1792 .
« Monfieur mon Frère , cette lettre fera remile
à. V. M. par le Comte Potocky, Grand-
Maréchal de Lithuanie . Je l'écris à une époque
où tout m'impofe le devoir de défendre l'indépendance
& le territoire de la Pologne, L'un &
l'autre viennent d'être évidemment attaqués par
les prétentions de S. M. l'Impératrice de Ruffie ,
énoncées dans fa déclaration du 18 Mai , & par
les hoftilités qui l'ont faivie. Si l'Alliance qui exifte
entre V. M. eft un titre pour réclamer fon fecours
, il m'importe effentiellement de ſavoir d'elle
le mode qu'elle veut preferire à fes engagemens.
La connoiffance pofitive des fentimens de V. M.
m'eft auffi néceffaire pour ma conduite que fes
forces le feroient pour mes fuccès . Il eſt conſtant
que le territoire de la République , garanti par
V.M. , eft violé , que fon indépendance eft
compromiſe & attaquée d'une manière fi géné
rale & fi étendue , qu'en fe livrant même aux
interprétations les plus fubtiles , il eft impoffible
de la reftreindre au feul article de la nouvelle
Conftitution . Dans une occafion où , comme
Alliée , la dignité de V. M. eft fi intimement
unie avec l'indépendance & l'honneur de ma Nation
, je dois m'attendre qu'elle voudra me faire
connoître fes fentimens. Ma confiance en V. M.
n'aura d'autres bornes que celles qu'elle y mettra
elle-même , & plus les fecours qu'il lui plaira de
donner à la Pologne feront clairement & promptement
énoncés , plus , iis deviendront pour elle
avantageux & précieux. Au milieu de mes inquiétudes
& de mes peines , ce qui me confole,
c'eft que jamais caufe ne fut meilleure, ni dans le
cas d'avoir pour appui un Allié plus refpectable &
plus loyal aux yeux des Contemporains & de la
poftérité... Tout ce que S. M. voudra & daignera
confier au Maréchal Potocky , porteur de
ma préfente , fera confiéavecfûreté & utilité , parce
qu'il jouit de toute ma confiance , & de celle de la
Nation , unic avec moi. »
« C'eft avec les fentimens de la plus haute confidération
& de l'amitié la plus vraie que je fuis,
De Votre Majefté le bon
Frère , STANISLAS.
Copie de la lettre du Roi de Pruffe au Roi de
Pologne , datée de Berlin , le 8 Juin 1792.
« Monfieur mon Frère , le Grand- Maréchal de
Lithuanie , le Comte Potocki , m'a remis la lettre
que Sa Majesté m'a écrite en date du 31 Mai .
y vois avec regret les embarras dans lefquels la
République de Pologne le trouve aujourd'hui engagée
; mais j'avouerai auffi avec franchiſe , qu'après
tout ce qui s'eft paffé depuis une année , i's
étoient à prévoir. Sa Majefté fe rappellera que
dans plus d'une occafion le Marquis de Luchéfini
a été chargé de lui manifefter , tant à elle- même
D 2
( 76 )
qu'aux Membres prépondérans du Gouvernement
mes juftes appréhenfions à ce fujet . Dès le moment
où le rétabliſſement de la tranquillité générale
en Europe m'a permis de m'expliquer, &
que l'Impératrice de Ruffie a laiffé entrevoir une
oppofition décidée contre l'ordre des choles établi
par la Révolution du ; Mai 1791 , ma façon de
penfer & le langage de mes Miniftres n'ont jamais
varié. En regardant d'un oeil tranquille la nouvelle
Conftitution que la République s'eft donnée
à mon inlu & fans ma concurrence , je n'ai
jamais fongé à la foutenir ou à la protéger ;
j'ai prédit , au contraire , que les mefures meaçantes
& les préparatifs de guerre auxquels la
Dière n'a ceſſé de vifer coup fur coup provoqueroient
infailliblement le reffentiment de l'Impératrice
de Ruffie , & attireroient à la Pologne
les maux qu'on prétendoit éviter. L'évènement a
juftifié ces apparences , & on ne fauroit le diffimuler
dans le moment préfent que , fans la nouvelle
forme de Gouvernement de la République ,
* & fans les efforts qu'elle a annoncés pour la foutenir
, la Cour de Ruffie ne fe feroit point décidée
pour les démarches vigoureufes qu'elle vient
d'embrafler. Quelle que foit l'amitié que je voue à
Votre Majefté , & la part que je prends à tout ce
qui la concerne , elle fentira elle- même que T'état
des chofes ayant entièrement changé depuis l'Alliance
que j'ai contractée avec la République , &
les conjonctures préfentes , amenées par la Conftitution
du ; Mai 1791 , poftérieure à mon
Traité , n'étant point applicable aux engagemens
qui s'y trouvent ftipulés , il ne tient pas à moi
de déférer à l'attente de Sa Majefté , fi les intentions
du Parti Patriotique font toujours les
mêmes , & s'il perfifte à vouloir - foutenir fon
( 77 )
Ouvrage. Mais fi , en revenant fur fes pas , it
confideroit les difficultés qui s'élèvent de tous
côtés , je ferois tout prêt à me concerter avec Sa
Majefté l'Impératrice de Ruffie , & de m'entendre
en même temps avec la Cour de Vienne pour
tâcher de concilier les différens intérêts , & convenir
des mefures capables de rendre à la Pologne
fa tranquillité. »לכ
Je me flatte que S. M. retrouvera dans ces
difpofitions & dans ces affurances les fentimens de
l'amitié fincère , & de la confidération avec laquelle
je fuis ,
De Votre Majefté , le bon
Frère , Signé , FRÉDÉRIC
GUILLAUME.
La confédération de Targowicz , fous
la protection des armées Ruffes , vient
d'adreffer un Manifefte à tous les Généraux
, Sénateurs , Dignitaires , gens en place
de la République , pour leur annoncer fa
convocation & l'objet qu'on s'y propoſe.
Cette piéce , que le peu d'étendue de notre
Journal ne nous permet pas de rapporter,
trouvera fa place dans ce recueil , ain
que la réponſe au Manifefte de Pétersbourg
& l'Univerfal ou Adreffe de la République
aux Citoyens de la Pologne , lorfque nous
aurons fuffifamment de place pour les rapporter
en entier. Cette Confédération , au
refte, infpire de vives inquiétudes aux partifans
févères de la nouvelle Conftitution ;
ils craignent qu'elle ne
devienne pour les
mécontens un centre de ralliement " &
D
3
1781
1
que, protégée par de grandes forces , elle
ne détruife l'ouvrage de celle de 1791 .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 23 Juin 1792 .
7
Tout annonce que la geurre contre la
France fera offenfive , & pouffée avec vigueur
; les préparatifs font immenfes. Tous
les Soldats abfens par congé ont reçu l'ordre
de rejoindre , & par- tout on lève des recrues
avec beaucoup d'activité.
La Cour vient de faire connoître officiellement
, en l'inférant dans fa Gazette ;
ce que nous avions déjà annoncé , que les
états de Hongrie ont accordé à S. M. un
don gratuit de quatre millions de florins ,
cinq mille recrues & mille chevaux de
remonte pour foutenir la guerre contre la
France.
De Francfort-fur- le- Mein , le 30 Juin.
de Enfin , l'on s'attend à voir fous peu
moiss'effectuer un changement confidérable
dans l'état de la France ; de nombreuſes armées
font en marche pour appuyer la coalition
des Cours. On regarde cette démarche
comme propre à rendre à cette Monarchie
la prépondérance dont elle jouiffoit dans la
balance politique des Puiffances de l'Eu(
79 )
?
rope. Chaque Etat penfe qu'il y a quelque
intérêt pour lui à ce qu'un auffi grand Empire
ne ceffe point d'être un contrepoids aux
entrepriſes hoftiles de voifins ambitieux
qu'il puiffe dans les grandes querelles des
Nations offrir aux plus foibles une médiation
puiffante , en même temps qu'un
fecours décifif contre l'invafion ou des
prétentions exagérées . Ce motif de politique
paroît avoir principalement déterminé
l'union des Cours germaniques , &
leur empreffement à fournir leur contingent
double aux termes du conclufum de
Ia Diète.
L'on doit donc ceffer de croire que des
difficultés d'intrigues , de rivalités fubal
ternes ou d'intérêts paffagers faffent changer
de plan aux Cours réunies contre la
France ; elles ne mettront bas les armes
difent- elles , que lorfque le Roi de France
fera rétabli dans fes droits légitimes , &
que quand, par conféquent , les Princes
& la Nobleffe pourront en fureté rentrer
dans la poffeffion d'état & de biens dont
ils ont été dépouillés .
Les premiers & les plus grands frais
d'exécution font faits pour cette entrepriſe ;
200,000 hommes font en marche pour la
foutenir , tandis qu'un nombre prefque
auifi confidérable peut , en cas de befoin,
être fourni , tant par les contingens des
Etats d'Empire , que par les Cours de
1
D 4
880 )
Stockholm , Pétersbourg , Naples , Turin ,
la Haye , Madrid.
La Pruffe met une activité remarquable
dans cette conduite , quoique difpendieuſe
& compliquée. La déclaration de guerre
de la France contre la Maifon d'Autriche ,
alliée de la Pruffe , date du 23 Avril , &
déjà 52 mille hommes s'avancent avec des
tréfors & des munitions de toutes espèces,
Toute cette armée , compofée des meil-
Lures troupes de l'Europe , marche fur
cinq colonnes ; on en connoît la force &
la direction pofitive.
La première colonne s'eft trouvée fur la ligne
de Caffel & de Gotha le 21 de ce mois ; elle
va à Coblentz , & eft compofée de 3,504 hommes
d'Infanterie , 5,449 de Cavalerie , & 100 chevaux
d'Artillerie elle vient de Magdebourg.
:
La feconde , fortie des Marches & de la Poméranie,
allant également à Coblentz , & quia paffé
le 25 dans les environs d'Eifenách , dans la Thu
ringe, eft compofée de 9,767 hommes de troupes
à pied , de 3,157 de Cavalerie , & trois Compagnies
d'Artillerie à cheval , faiſant 480 chevaux.
La troisième , venant de la balle Silefie , eft
attendue le 25 à Gotha , de là à Francfort , & elt
formée de 6,401 hommes d'Infanterie & de 1,464
de Cavalerie,
La quatrieme , venant auffi de la Siléfie , paffe
par la Bohême , elle fera le 26 ou 28 à Bareith
& de là fe rendra en Souabe ou à Manheimi
dans le bas Palatinat . Celle- ci eft compofée de
7.477 hommes de troupes à pied , & 3,042 àm
cheval.
7819
Enfin , une cinquième colonne, compofée de
11,450 d'Infanterie , s'avance à Coblentz , où une
grande partie eft déjà arrivée .
L'on voit par cet état exact des troupes
Prufliennes qu'elles s'élèvent à 38,599 hom
mes d'Infanterie & de 13,792 de Cavalerie ;
ce qui fait un total de 52,391 hommes
dont le Duc regnant de Brunſwick, nommé
Feld-Maréchal des armées de Pruffe , du
Roi de Hongrie & de l'Empire , aura le
commandement & la direction tant que la e
guerre durera.
En même temps que cette armée s'avance
d'un côté , de nouvelles troupes Autrichiennes
marchent fur le Luxembourg , le
Brifgaw & le bas Palatinat.
Huit efcadrons des Huffards d'Efterhazy
arriveront du 15 au 18 Juillet dans le
Luxembourg.
Deux bataillons d'Archiduc Ferdinand
& un de Jellach feront à Fribourg du 8
au 10. Un bataillon de Giulay, deux de
Schrader , fix efcadrons des Dragons du
Roi y arriveront fucceflivement , & feront
tours dans le Brifgaw avant le 26 .
A Manheim & dans le bas Palatinat on
attend pour la même époque les troupes
fuivantes qui font en marche ; favoir , un
bataillon de François Kinsky , un de Jofeph
Colloredo , deux de Mitrawky , un
d'Alton , un de Vin , deux de Kheven
huller , deux de Stein , huit efcadrons de
DS
( 82)
Huffards de Wurmfer , fix efcadrons de
Chevaux- légers de Kinsky & fix eſcadrons
de Dragons d'Archiduc Jofeph.
L'Election du nouvel Empereur eft définitivement
fixée au 5 Juillet ; on l'a annoncée
avec les cérémonies accoutumées.
Le Couronnement aura lieu vers le milieu
du même mois . Le Roi & la Reine de
Hongrie font attendus du 10 au 12. - II
paffe fans ceffe des troupes Autrichiennes
par cette ville , qui vont à leurs deſtinations
refpectives. Toutes les lettres de Coblentz
annoncent que les Emigrés quittent
cette ville pour faire place aux troupes
Pruffiennes qui arrivent. Ils fe rendent , les
unes dans l'Evêché de Spire , les autres
dans celui de Liège ; une partie prend fes
quartiers dans les terres de Salm.
FRANCE.
De Paris , le 11 Juilles 1792.
SECONDE ASSemblée nationale.
Du vendredi , 29 juin.
Prifonnier auprès de la haute - cour , M. de
Chollet , réclame fes appointemens échus , unique
moyen de fubfiftance pour lui & fa famille. On
paffe à l'ordre du jour motivé ſur ce qu'aucune
loi ne s'oppofe au paiement,
( 83 )
Lettres de citoyens de Cahors qui regrettent
les trois miniftres & blâment le veto ; & de
citoyens de Carcaffonne qui dictent un décret
d'accufation contre M. de Bertrand pour avoir
enlevé les bleds du département des Landes .
Cette dernière eft renvoyée au comité.
L'Aſſemblée a encore changé & fixé le rang
des fous-lieutenans dans l'armée , non d'après la
date de leurs brevets , mais d'après celle de leur
arrivée au corps ; & , à même date , dans l'ordre
fuivant : l'officier réformé ou retiré , le ci - devant
fous- officier du corps , le volontaire national ,
& le garde national fédentaire. Un autre décret
a tranfporté la régie des étapes & convois mi-
Jitaires , du département du miniftre de l'intérieur
, dans le département du miniftre de la
guerre , à compter du premier juillet.
On a repris la difcuffion fur les moyens de
conftater les naiffances , mariages & décès. « Ob
fervez , avoit dit M. Muraire , que le mariage
eft encore dans les mains des prêtres , &
qu'il faut détruire jufqu'à la dernière trace de
cette jurifdiction éphémère » Puis s'étoient prolongés
fur la définition du mariage de doctes
débats dont il faut pourtant que nous donnions
un apperçu . M. Paftoret l'appelloit un engagements
M. Lagrévol , un contrat. Celui - là mettoit la
condition effentielle dans le confentement ; celuici
prenoit le confentement pour l'effence. M.Paftores
retranchoit les mots pour la vie . Afin d'éviter
toute efpèce d'équivoque , M. Lequinto avoit
eu l'ingénieufe & décente précaution de définir
le mariage , l'union de deux perfonnes d'un différentfexe,
e Rien de fi difficile & de fi inutile
qu'une définition , difoit M. Sédiller. Quant am
1
D6
( 84 )
mariage , tout le monde fait ce que c'eft... » &
Ja queftion avoit été ajournée .
1
Aujourd'hui , M. François de Nantes combat
le projet de marier les garçons à 15 ans , les filles
213 , nubiles ou non . « Quel fpectacle , dit - il ,
offrent à la raiſon humaine un mari de 15 ans
qui paffe fa journée au collége & qui vient exercer
, le foir , fa rifible autorité , dans fon ménace..
un père de 16 ans , une mère de 141
qui eft fous l'inſpection de fa bonne ? »
L'âge de 16 ans pour les garçons & de 14 ans
pour les filles , préfentoit à M. Muraire un jufte
milieu. Quant à l'interdiction , propofée par M.
François , de tout mariage legal entre deux peronnes
plus âgées l'une que l'autre de 30 ans;
il ne faut pas , difoit M. Muraire , obftruer
ce canal de bienfaifance. » M. Lacepède a dir
s'être « beaucoup occupé des parties naturelles
relatives à la reproduction » ; & il a raisonné en
conféquence . M. Duhem & M. Taillefer ont
parlé en médecins . « Point de veto fur la nature ,
répétoit M. Bazire . » M. Condorcet craignoit
que les nobles n'abufaffent d'une loi qui permettroit
le mariage trop tôt , pour unir leurs
e .fans avant que ceux- ci puflent contracter des
paffions anti-nobiliaires . On a décrété un article
on a révoqué cet article... Enfin arrivent les
miniftres .
M. Duranthon obferve que la propofition faite
par le Roi de former un camp à Soiflons , fatis fera
aux voeux de l'Affemblée ; qu'à l'égard du Décret
relatif aux prêtres , on a dû refpecter la liberté du
Roi comme celle de l'Affemblée ; que fi les lacunes
du code pénal étoient remplies, les tribunaux réta
bliroient infenfiblement l'ordre public ; M.Lajard
a lu une proclamation du Roi adreflée à l'armée ;
( 85 )
2
A
& a annoncé que M. Luckner , à qui le Roi
avoit donné lundi carte blanche , a pris une pofition
avantageufe à Courtray . Le même miniftre a communiqué
une lettre , du 28 , de ce général au Roi ,
lettre qui rentre dans le fens de celle de M. de la
Fayette qui en envoie une de M. Lallemand ,
du 27 , du camp fous Maubeuge , contenant les
détails d'une action où les François ont fait 80
prifonniers , tué zo hommes , bleffé 20 , & n'ont
eu que deux tués & fix bleffés . Le miniftre de
Pintérieur a dépofé fur le bureau 419 demandes
dont il attend la décifion de l'Affemblée . Celui
des finances lit un mémoire. Celui des affaires
étrangères en promet un pour demain , fur nos
relations avec la Pruffe . On décrète l'impreflion
du tour.
Du vendredi , féance du foir.
Un arrêté du département de Calais appelle
la veangeance des loix fur les auteurs & com
plices des excès commis le 20 au château des
Tuileries. Le directoire annonce avoir a reffé
çer airêté aux 82 autres départemens . On le
renvoie au comité des douxe.
Les officiers municipaux & le maire d'Avignon
& le fieur Duprat aflocié des Jourdan , &c ,
écrivent au corps législatif , le 26 juin , pour
repouffer les calomnics des commiffaires tranfnifes
par le miniftre ; proteftent que « la confiance
fe lève & s'accroît tous les jours... que
le peuple s'eft relpecté dans la diftribution de
fes fuffrages... que les menées des commiffaires
actuels tendent à furprendre contre le fieur Du
prat & autres municipaux , un décret_tel_que
celui dont furent frappés les patriotes Bertin &
Rebecqui ». Cette lettre applaudie d'un côté de
( 86 )
l'Affemblée & des galeries , eft remise au comité
compétent.
M. Rouyer , fecrétaire , a ha une pétition individuelle
fuivie de 38 pages de figoatures qu'on
dit aller à 20,000 , des citoyens actifs de
Rouen. Ils y qualifient de vrais confpirateurs ceux
qui trompent le peuple en l'enivrant de defiance ;
qui ravalent le corps légiflat f en le fafant l'écho
de leurs paffions ; qui parlent de république dans
une monarchie , d'appel au peuple dans un gouvernement
repréfentatif, qui affoiblileut le relpect
dâ au Roi & aux autorités conftituées , prêchent
l'indifcipline aux troupes , ont couvert nos colonies
de fang & de ruines , aiguilé les poignards
des bourreaux d'Avignon , & fouftrait ces fcélérats
au glaive de la loi , en les proclamant
martyrs de la liberté. Ils traitent de factieux , le
miniftre qui propofe inconftitutionnellement de
former un camp fous les murs de Paris ; les
municipaux qui protégent la révolte , qui donnent
des fêtes à des foldats voleurs & alfaffins des
défenfeurs de la loi , enchaînent par feur coupable
filence la force armée & livrent aux outrages
aux violences d'une horde de brigands impunis
le dépôt facré confié par la France à la follicitude
des Parifiens. Ces pétitionnaires tonnent contre
« les lâches qui foliciteroient un décret d'accufation
contre M. de la Fayette pour avoir die
la vérité , » & demandent que les forfaits arrivés
le 20 , foient punis . On eft paffé à l'ordre
du jour.
a
Ádreffe de cinq adminiftrateurs du départe
ment de l'Aifae , qui frappe avec la même roideur
fur les clubs , leurs affiliations , leurs phalanges
falariées , Yeurs folliculaires ; leur impute
les motions incendiaires , les groupes féditieus
( 87 )
l'indignation des peuples de l'Europe , tous les
Réaux de la guerre & de l'anarchie , du brigan
dage & de l'impiété , la dégradation du caractère
françois , le projet ( manqué le 20 juin , dit l'a
drelle ) de maffacter Louis XVI & fa famille .
Les pétitionnaires demandent que tous ceux qui
connivèrent aux attentats du 20 « difparoiffent de
deflus la terre. » Ils menacent Paris de toutes les
vengeances de la France indignée , ce accufent
nommément MM. Roland & Servan d'avoir
voulu perdre le général la Fayette & faire périr
fon armée par la famine , d'avoir fortement répiimandé
le directoire de ce qu'à la voix du gé
néral il a fait fuccèder l'abondance à la difette
dans fon camp. Is demandent de nouveau
ee vengeance de l'exécrable journée du 20 juin ...
où les jours du Monarque ont couru de f grands
dangers , où l'on a cherché à forcer la fanctions
jour de honte impériffable pour Paris ... Il exifte
avoient-ils dit , à l'Affemblée nationale , deux
grands fcandales au milieu de vous ; favoir i
la divifion prononcée des deux partis ( la gauche
& la droite ) , & l'intolérable obfeffion , la réu
voltante conduite des tribunes ... Les factieus
de la capitale n'ont pas le droit d'exprimer l'o
pinion publique... Qu'ils ceffent de penser que
Affemblée nationale eft l'affemblée de la com→
mune de Paris ... Le veeu de fes 48 fections
n'eft que la 83. partie du voeu national »…………
Les cinq pétitionnaires « livreront , fans murmurer,
leurs têtes à l'injuftice & à la malveillance
en fongeant que l'effufion de leur fang poura
cimenter l'acte conftitutionnel... » Et ils fignent;
MM. J. L. Boujot , O. Guillot , C. G. Levoirier
, MM. Rivoire , J. Tranchant , J. A
J. Vinchon.
( 88 )
>W feroit impoffible d'exprimer le vaċarme quî
a sinterrompuy, & faivi cette lecture. « Vous
avez entendu affez de blafphêmes , ditoit un
membre ; il eft temps que vous entendiez des
vélires ... Toutes les adreffes des départemens
font de ce ton , répétoit un autre ; celles qui
vous flattent fe font à Paris ... Les départemens
font furieux des projets d'adreffes qu'on leur
envoie , s'écrie M. Boulanger. » L'Aiſemblée a
décrété le renvoi à fa commiflion des douze.
Du famedi , 30 juin.
Tout le reste ayant été ajourné , nous n'analyferons
de cette féance qu'une dénonciation de
M. Genforné , deux rapports de MM . Paftoret
& Jean de Bry, & une opinion de M. Launay.
M. Genfonné a dénoncé des faits dont il a
dit qu'il ne releveroit pas les liaiſons
avec une conjuration contre la liberté. C'eft
d'abord la copie d'une lettre portant que
la lecture de la proclamation du Roi a excité ,
dans l'armée du Nord , la plus vive indignation
contre les perturbateurs du 20 ; que les troupes
renouvel èrent leur ferment d'être fidèles à la
nation , à la loi & au Roi , jurèrent de n'obéir
qu'au chef fuprême que la conftitution leur
donne , & non aux initigations criminelles des
facieux , & de ne reconnoître que les autori és
conftituées. Il a ajouté que M. Charles de Lameth
faifoit colporter cette adreffe dans tous les régim.
ns ; qu'on ne l'avoit pas propolée aux dragons
« qui , à coup sûr , ne la figneroient fa›. » Ön a
renvoyé la lettre au comité des douze.
Chargé d'offrir , au nom de cette commiffion
, le tableau général de fes travaux
pour rétablir le calme dans le royaume , M.
18 ( 89 )
Paftores a lu un mémoire fur cet objet . De tout
ce qu'on fait de la révolution , il eft arrivé à la
conduite des pouvoirs conftitués . Il a dit enfuite
qu'on devroit revoir le code pénal
& abolir la peine de mort ; que la haute
cour fatisferoit bientôt à l'impatience du
civifine . C'eſt au pouvoir exécutif que l'inaction,
a été plus juftement reprochée , quoique , felon
M. Paftoret , la liberté des écrits , des difcours ,
des pétitions , rende naturellement une nation
plus obéiffante .
2 L'orateur accufe ce pouvoir d'avoir vu des
entraves ou n'étoient que des bornes. Il confeille
un mflage an Roi. L'Affemblée doit
affurer au repréfentant héréditaire les égards dus
au premier fonctionnaire public , & ne pas fe
livrer à d'éternelles dénonciations de miniftres.
Quelques changemens fimples peu coûteux , fuffiront
pour donner aux délibérations légiflatives plus
d'ordre , plus de calme & plus de majesté. « Peutêtre
jugerez-vous convenable de porter dans le
fanctuaire une marque extérieure de la dignité
fuprême où vous a élevés la confiance du peuple...
Le cérémorial en impofe au peuple......
Telles font les caufes principales qui tiennent
aux pouvoirs établis par la conftitution ,
לכ
Il paffe à l'armée & dit « celle d'un tyran
eft bornée ; celle d'un peuple libre ne l'eft pas
c'eft lui tout entier.... Gardons - nous de nous
abandonner aux exagérations ridicules d'une ima
gination égarée...... Votre commiflion extraordinaire
vous propofera un mode d'augmenter
Vos défenfeurs .... >>
affer-
De l'armée paffant aux prêtres non
mentés , M. Paftoret les inculpe fans articuler le
moindre fat juridiquement prouvé, affirme que
}
A
( 90 )
les mefures répreffives font indifpenfables , &
promet un nouveau décret qui pourra être fanc
tionné.
Venant à l'inſtruction publique qu'il a nommée
, on ne fait pourquoi la police de la nature
, il a prétendu que la fanté morale du peuple
eft dans la raifon , que l'ignorance & l'erreur
font pour le peuple un état de maladie ( après
avoir dit :« ne prenons pas 26 millions d'hommes
pour 16 millions de philofophes ) ; que juftice
& utilité font réellement fynonymes ; qu'on
ne fauroit répéter trop fouvent ces maximes
falutaires , & que des adreffes de l'Affemblée
rendront de grands fervices à cet égard.
Il n'a effieuré les clubs que pour dire qu'on
pouvoit y pourfuivre les délits comme ailleurs.
Caufent-ils des troubles ? voici les réflexions de
l'orateur : les factieux nuifent à la fociété à force
d'action , les tyrans à force de repos ; « mais
l'Affemblée en triomphera comme la philofophic
triomphé de l'erreur . »
On s'eft long- temps débattu fur la demande.
d'imprimer ce difcours , & fon envoi aux 83.
départemens. Quelques membres n'y trouvoient
rien. M. Ifnard l'appelloit « une dofe d'opium
bonne pour les agonifans. L'impreffion &
l'envoi ont été décrétés .
גכ
Aux obfervations de M. Paftoret ont fuccédé
celles de M. Jean de Bry. « Si le peuple fe
lève tout entier , il faut que la loi lui donne le
fignal & qu'elle règne feule....... Ce fera
vous qui proclamerez le danger , qui fonnerez
le tocfin , & dès ce moment les agitations cefferont...
La nation marchera , s'il le faut , mais avec
enfemble. » Or, le plan conçu aboutit à propofer
de décréter 1°. qu'après avoir entendu le rapport
( 91)
des miniftres fur ce point , l'Affemblée déclarera
que la patrie eft en danger ; 2 ° . qu'alors , les
adminiftrateurs , les municipaux , les communes
les gardes nationales feront en activité permanente
; 3 ° . que chacun remettra fes armes au
directoire qui en fera la diftribution ; 4°. que les
eitoyens choifis fe rendront au chef- lieu , y feront
tenus fur le pied militaire & prêts à partir au premier
ordre (& les fonds ?) 5°. que tous les miniftres
feont folidairement refponfables des réfolutions priſes
dans le confeil ; 6° . que tout autre figne que la
cocarde nationale fera puni de mort , ceux qui
le porteront arrêtés par chaque citoyen & liviés
aux tribunaux.
M. Launay , d'Angers , a parlé enfuite.
Il a d'abord févi contre « une adminiſtration
executive qui trahit tout & perd tout en feignant.
de vouloir tout fauver ; & il a proposé le
projet de graver un principe en caractères
profonds & ineffaçables fur les murs du fancruaire
des loix , dans les termes fuivans :
Jufqu'après l'extinction de tous les foyers de
confpiration & la clôture définitive de la révolution
de l'Empire , les repréfentans des Franfois
, dans leurs déterminations répreffives contre
les, confpirateurs & les perturbateurs de l'ordre
public , ne confulteront que la loi impérieufe &
fuprême du falut public. »
Pour prouver que c'eft avec la conftitution
que fes ennemis préparent la contre - révolution,
M. Launay a cité l'expulfion des trois miniftres
«doués d'un civifme incorruptible;» & il a reproché
à la lettre du Roi « par laquelle ce monarque
annonce , a- t-il ajouté , cette deftitution fcandaleufe
» d'énoncer que « le Roi veut la conftitution.
» S'efforçant de préferver l'Aſſemblée
( 22 )
d'un relpect irréfléchi , d'une fuperftition politique
, il a cru pouvoir s'écrier : « Si , par
exemple , cette conftitution prêtoit à un chef
égré ou pervers une force & une autorité , qui
deviendroient , dans ſes mains , un inftrument de
confpiration contre la liberté .... ; lui attribuoit "
les intariffables moyens d'un tréfor corrupteur
& qu'il tour âr contre le peuple le prix de la
fueur & des larmes du peuple , croyez- vous que
la nation vous pardonnât d'alléguer votre enga- ,
gement conftitutionnel , pour laifler fubfilter
cette racine de calamités & de fubverfion ? »
Ses conclufions ont été de propofer de décréter
fon principe de ne plus confulter l'acte
conftitutionnel , mais ( ce qu'il plaitoit aux déclamateurs
d'appeller ) le falut public comme
unique loi fuprême ( vifs applaudiffemens des
galeries & d'une partie de l'Aflemblée ) .
On a demandé l'impreffion ; M. de Jaucourt;
le renvoi aux jacobins ; M. Lacuée , des peines
contre tout législateur qui propofercit de violer
les fermens du mois d'octobre & du 14 janvier.
On me dira , fans doute , pourfuit M. Lacuée,"
que l'infamie l'attend ; mais prévoyant qu'il eft'
des hommes que l'infamie n'atteir droit pas ... »
On lui a coupé la parole . C'eft M. Ifhard quit
fe démène ; qui crie en tournoyant , qu'on veut
détruire la conftitution par la conftitution ; qu'au
moyen de ces loix écrites , mifes à la place des
loix iminuables des droits de l'homme , on détruira
la liberté Françoife ; que les vrais amis
de la conftitution parlent avec le courage de
M. Launay; que ce n'eft pas avec des fophifmes
& des railons d'avocat que l'on enchaîne une
grande nation ( murmures ) .... « Silence ; j'ai le
droit de parler, Il tembe fur M, de la Fayette
ג כ
193.1.
*
abfent , s'étonne « qu'on n'ait pas déjà traduit
à Orléans ce foldat téméraire ; dit qu'il faut
purifier la tribune fouillée par l'éloge d'un
coupable , que comparer ce jeune citoyen à Céfar
ou à Cromwell , ce feroit à la fois lui faire trop
de tort & trop d'honneur'; annonce une puiffance
qui exterminera routes les factions , humiliera
les protecteurs , & fera trembler une cour
perfide..... Cette puiffance fera la nation .
Il conclut à l'envoi du difcours de M. Launay
aux 83 départemens .. M. de Vaublanc a jetté
quelques gouttes de foid bon- fens fur ce feu
de paille , & l'Aſſemblée n'a décrété que l'impreflion
.
Le torrent de ces réflexions découfues avoit été
fufpendu , un moment par la lecture de la
Lettre fivante de M. de la Fayette , qui a été
envoyée à la commiflion des douze.
» M. LE PRÉSIDENT , *
ee Retournant au pofte où les braves foldats
ſe dévouent à mourir pour la conſtitution , mais
déterminés à ne combattre que pour elle , j'emporte
un regret vif & profond de ne pouvoir
apprendre à l'armée que l'Affemblée nationale a
déjà daigné ftatuer fur ma pétition . Le cri de
tous les bons citoyens du royaume , que quetques
clameurs faЯicules s'efforcent en vain
d'étouffer , avertiffent journellement les repré-
· fentans élus du peuple , & fon représentant héréditaire
, que tant qu'il exiftera piès d'eux un
' parti pernicieux , qui , en bravant toutes les autorités
conftituées ( il s'eft élevé des murmures
dans un des côtés ) , menace leur indépendance ,
& qui, après avoir provoqué la guerre , s'efforce ,
en dénaturant notre caufe , de lui ôter des dé(
94 )
fenfeurs ; tant qu'on aura à rougir de l'impu
nité d'un crime de lèze - nation qui a excité les
juftes & preffantes alarmes de tous les François
& l'indignation univerfelle , notre liberté , nos
loix , notre honneur feront en péril .
"
Telles font les vérités que les ames libres
& généreufes ne craignent pas de répéter .... Je
m'honore d'avoir le premier en France profeffè
cette opinion , que toute puiffance illégitime eft
oppreffive , & qu'alors la réfiftance devient un
devoir. »
« Les bons citoyens dépofent leurs craintes
dans le fein du corps légiflatif ; ils efpèrent que
les foins des repréfentans du peuple vont les délivrer
de l'oppreffion qui les accable. Quant à
moi , Meffieurs , je ne changerai jamais de principes
, ni de fentimens , ni de langage . J'ai penſé
que l'Affemblée ayant égard à l'urgence & au
danger des circonstances , permettroit que je
joignifle l'expreffion de mes regrets & de mes
voeux à l'hommage de l'expreffion de mes fa-
Signé , DE LA FAYETTE, timens. >>
Du famedi , féance du foir.
Un citoyen demande , à la barre , que l'Aflemblée
donne au peuple un moyen légal de réſiſtance
à l'oppreffion. Cette pétition évidemment dictée ,
& qu'on ne fembloit pouvoir admettre fans déclarer
tacitement que la conſtitution n'exiftoit plus ,
a été applaudie & renvoyée au comité de législation,
Le confeil de la commune de Toulouſe a déjà
formé les bataillons qu'il doit envoyer à Paris ,
ces bataillons font en marche ( applaudiffemens
des galeries & de l'un des cô:és ) . Celui
qui demande protection & sûreté pour ces volon
caires , eft admis aux honneurs de la féance. M. de
695 ).
Kerfaint réclame la mention honorable . Afin
de régler les mouvemens illégaux d'un zèle fi
Louable M. Quinette propofe de décréter fur-lechamp
que tout citoyen qui fe préfentera en armes
à une municipalité quelconque fera reçu à l'inf
cription comme défenfeur dela patrie. M. Dumas
objecte que c'eft autorifer l'exécution de décrets
qui n'ont pas le caractère de loi n'étant pas revêtus
de la fanction royale ( murmures du côté droit
huées des galeries )... Aux comités des douze &
militaire réunis.
·
M. Ruhl annonce l'arrivée des Pruffiens fur le
Rhin & menace l'Alface d'une invafion prochaine.
M. Charlier veut que le miniftre rende compte
des mefures prifes . M. Genfonné dénonce « une
infernale trahifon. » Le miniftre a donné carte
blanche au maréchal Luckner qui s'eft retranché à
Courtrai. « Eh bien ! dans ces circonstances le
confeil délibère pour faire rentrer l'armée de Luckner
à Lille , pour faire évacuer toutes les places conquifes,&
livrer au fer des Autrichiens les honnêtes
& fidèles Brabançons qui fe font réunis à nous. »
Oppofant des raifons à des allégations , M. Dumas
a prouvé que ces défiances éternelles , ces communications
de plans rendroient tout fuccès impoffible
; que les mouvemens actuels font des fuites
néceffaires des opérations des miniftres précédens
que l'Affemblée n'a point interrogés fur leurs projets
abfurdes d'infurrection de la part des Belges.
Il bat la campagne avoit dit M. Thurtot...
Oui , pour M. Thuriot qui n'y entend rien , avoit
répondu M. Théodore de Lameth... Ce qu'on révèle
ici , on le confie aux Autrichiens , obfervoit
M. Hua. » M. Genfonné a perfifté à parler d'une
intrigue qu'il ne vouloit pas dévoiler à préſent ».
Les deux côtés de la falle ont paru s'élancer l'un
35
1961
Vers l'autre . On s'eft menacé , & le vacarme n'a
ceffé que lorfque le préfident s'eft couvert.
сс
M. Guadet a lu une lettre particulière , malgré le
décie: pofitif qui défend de lite des lettres particu
lières. Nu tommes ici au défeſpoir , écrit le
correfpondant qu'il n'a pas nommé. Le maréchal a
été fur le point de fe repiier fous les murs de Lile.
D'où peur venir cet ordre ( l'ordre d'avoir étéfur le
point ! ) Il teftera peut- être dans la poſition où il eft,
à moins que des ordres ne le forcent à rétrograder .
Il mourra de douleur ; fon coeur est déjà bien
ulcéré... Veillez , non cher ami , fur les deftinées
de la France ... » M. de Vaublanc ne voyoit aucun
danger à faire à l'Affemblée les confidences
que le miniftre avoit faites à la commiffion des
douze. M. Lacuée vouloit que la refponfabilité
miniftérielle s'appliquât à des opérations confommées
, & non à chaque démarche , à des délibérations
, fans résultats prouvés , ou que les confidences
fe fiffent en comité général ( murmures ),
ou qu'on attendît encore trois jours . On lui a dit
que le comité général , indiqué par la conftitution ,
compromettroit l'Allembléc, M. Marans tappelloit
certain paquet cacheté remis par Turenne à
Louis XIV qui promit de ne l'ouvrir qu'à la fin
de la campagne... Plufieurs voix lui ont crié :
«Vous allez jetter le trouble dans le royaume. »
Enfin il a été confirmé que M. Lukner n'a pas
reçu d'ordre depuis la carte blanche , & l'on eft
paifé à l'ordre du jour.
Du dimanche, premierjuillet.
D'officieux citoyens d'Amiens dénoncent far
rêté du département de la Somme , relatif aux
attentats
( 97 )
110
attentats du 10 juin , comme envoyé de Paris;
& ne donnent aucune preuve de leurs allégation.
D'autres cenfurent le veto appliqué aux deux
décrets contre les prêtres & pour le camp de
Paris . M. Saladin a appellé violation des
loix l'envoi qu'ont fait les adininiftrateurs de la
Somme de leurs députés , pour veiller à la fûreté
du Roi & éclairer la conduite des factieux , a demandé
que ces députés foient renvoyés , & follicité
un prompt rapport Cur la publicité des léar ces
des adminiftratious . Un membre vouloit que f
le miniftre n'avoit pas renvoyé ces députés & tons!
les autres , on déclarât que le miniftre a perdu lai
confiance de la nation .
MM. d'Averhoult , Hébert & de Jaucourt
exigent auffi que le miniftre rende compte de
l'exécution de la loi du 29 feptembre contre les
clubs. M. Thuriot prétend que cette motion eft
fans motif . Pour la mo iver , M. Juéry affirme
qu'il a été dit aux jacobins, que le moment étoit
venu d'une infurrection générale . On lui répond
que c'eft calomnier les jacobins . Plufieurs membres
invoquent les journaux des jacobins. M. Ducos
s'égaye en affurant que «l'Affemblée doit s'occuper
de la deftruction des fociétés populaires , follicitée
par le vainqueur de deux ou trois mondes. » -Nous
avons à faire aux Autrichiens & aux Pruffiens ,'
& non aux jacobins & aux tribunes , difoit M.
Lafource. --Un profond penfeur affi moit que la
publicité des féances produifoit le grand avan-
Lage de mettre plus de maturité dans les délibé
rations. » L'Affemblée a décrété les propofitions
de MM. Saladin & d'Averhoult , & que « la
publicité étant la fauve- garde des intérêts du
peuple , les féances des corps adm.niſtratifs ſeg
No. 28. 14 Juillet 1792. E
1981
ront publiques , fauf les circonftances où le principe
devra être modifié. »
M. Koch a rapporté que le miniſtre des affaires
étrangères avoit mis fous les yeux du comité
diplomatique le tableau de la fituation de
la France à l'égard des puiffances de l'Europe ,
& que la publicité de ce tableau entraveroit les
négociations. M. de Jaucourt demandoit un comité
général . Mais on diroit que la publicité
eft bien moins la fauve-garde des droits du peuple
que la fauve-garde de certain parti qui frémit à la
feule idée d'un comité général. M. Chabot appelloit
l'ordre du jour. M. Thuriot propofoit d'éviter
le comité général en faifant imprimer les
fecrets politiques & afficher, a dit un membre »...
On a décidé que les miniftres communiqueroient
ce qu'ils jugeroient convenable de communiquer .
CC
Les galeries ont couvert de huées MM Guillaume
& Dupont , ex- conftituans , qui font venus
préfenter , à la barre , une pétition fuivie d'ane
rame de papier contenant 30,000 fignatures de
citoyens de Paris , & tendant à faire punir les
auteurs & complices des attentats du 20 juin.
Elles ont applaudi d'autres orateurs qui , & pour
purifier la barre fouillée par la préfence d'un général
rebelle », appelloient le glaive des loix fur la
tête de M. de la Fayette qu'ils ont traité de nouveau
Cromwell.
'Du lundi , 2 juillet.
M. Thariot dénonce le Logographe ( dont on
fait que le procédé eſt d'écrire la parole à mefore
qu'elle fe prononce ) , comme ayant induit le
Public à penfer que M. Thuriot étoit l'un des
auteurs des crimes du 20 juin , ce qui feroit
d'autant plus invraisemblable quon n'ignore pas
( 99 )
que M. Thuriot n'a ceflé d'injurier quiconque
demandoit qu'on s'y opposât , qu'on les prévînt
ou qu'on les punit . D'autres vouloient que IALfemb
ée s'occupât des journaux jacobins , de MM.
Briffot , Condorcet , Carri , &c. « Les mefures
générales font un moyen ufé , difoit M. Lecointre-
Puyravaux » , qui oublioit que des mesures particulières
ne furent jamais des loix que fous le
defpotifme. On ferme la bouche à M. Laureau
en lui confeillant poliment de faire imprimer
fon opinion , & le tout eft renvoyé aux comités
compétens .
· Dix- huit municipalités du diſtrict de Mantes
annoncent à la barre que leurs marchés ne fourniffent
plus de bleds ... Au comité d'agriculture , &
les honneurs de la féance .
1 On lit un rapport fur la propofition de former'
42 bataillons de volontaires & un camp à
Soiffons , faiteily a déjà quelque temps par le Roi.
M. Rouyer en demandoit l'ajournement. M. Maquyer
crioit qu'il falloit bien plutôt completter
les bataillons des frontières , comme fi le camp
de Paris eût completté les bataillons des frontières,
« Nous avons déjà des hommes en marche,
a t-il ajouté , & quoique le miniftre de l'intérieur
ait eu l'infolence de dire qu'ils étoient des factieux
, ce font des citoyens armés régulièrement
(bravo ! )» Alors M. Lacuée a propofé & l'ACfemblée
a décrété neuf articles dont voici la ſubſtance
. Ces citoyens s'infcriront à la municipalité
en arrivant à Paris , recevront un billet de logement
militaire jufqu'au 18 juillet , ou pour trois
jours , ils arrivent après le 14 ; affifteront au
ferment fédératif avec la garde nationale Parifienne
, le 14 ; recevront un ordre de route par
étape pour fe rendre à Soiffons , y feront répartis
E 2
( 100 )
en compagnies ou bataillons , foldés , armés , équ
pés , habillés .
M. Terrier-Monciel a dit à l'Affemblée que
M. Roland avoit propofé de nouvelles mefures
pour le renvoi des députés des corps adminiftra .
tifs; que le comité de légiflation chargé , par un
décrét , d'examiner ces mesures , ne préfentoit ,
aucun résultat . Quant au département de la
Somme , il a révoqué lui - même fes députés.
M. Guyton de Morveau a dénoncé une édi- ,
tion de l'arrêté de ce directoire faite à l'imprimerie
royale . Il fommoit le ministre de déclarer
fi cet arrêté avoit été imprimé par fon ordre .
Vainement a- t- on répondu que l'imprimerie royale
devoit être auffi libre que toute autre , & que ,
beaucoup d'écrits inconftitutionnels s'imprimoient
à l'imprimerie nationale . M. Cambon a eu la
mal-adrefle de dire qu'il y avoit entr'elles cette
grande différence que «l'imprimerie royale eft à
la charge de la nation , & l'imprimerie nationale
imprime feulement à tant la feuile . » On a décrété
la propofition de M. Guyton , & le préfident a interpellé
le miniftre.
сс
Nous abrégerons une fcène de trois heures , &.
dirons, en peu de lignes , que M. Terrier-Monciel,
interrogé , a répondu que , d'après la conftitution ,
l'auteur feul d'un écrit en étoit refponfable , &
que le directoire étoit l'unique auteur de fon arrêté,
qu'aucun décret n'avoit encore déclaré inconftitutionnel.
MM. Lafource, Quinette, Mailhe,
Duhem , Lacroix , Couthon , Mazuyer , Reboul
Laporte , Guyton , Ifnard , Taillefer , &c. , le
font donné des peines infinies pour obtenir un
oui , ou un non fur la question vingt fois reproduite
& commentée : « Avez - vous envoyé
cet arrêté à l'imprimerie royale & aux 8 ; dé-,
( 161 )
partemens . » Le miniftre fe retranchoit toujo rs
dans l'offre de répondre par écrit dès qu'il auroit
vérifié le fait dans les bureaux .
La perspicacité de M. Couthon voyoit là une
affaire très-importante & le fyftême des trahifons des
Tuileries, MM . Adam & Genty trouvoient honteux
de s'occuper de minuties au milieu des grands
i térêts , & de chercher à furprendre le miniftre
par des queftions captieufes. « Eh bien ! qu'il
écrive oui on non fur le « bureau , difoit un
membre. D'autres vouloient qu'on prît la réponſe
pour un refus de répondre . M. Ifnard
S'eft écrié que c'étoit une trace des conjurations
dont on parle tant . « Il est bien étonnant ,
t-il pourfuivi , qu'une nation comme la nôtre
fouffre fans ceffe dans fon fein des ferpens qui
la trahiffent. On demande des preuves légales :
en voilà une ; c'eft fon filence . On demande où
font les traitres , eh bien ! en voilà un... ( en
indiquant le miniftre qui confervoit le calme le
plus noble ). » Les galeries ont applaudi M. Ifnard
& le préfident l'a rappelle à l'ordre.
co
ככ
a-
Pendant cette pitoyable fcène , un homme attaché
au miniftre s'étoit approché de lui , & au moment
où cet homme te retiroit , M. Calon , légiflateur
, l'avoit fait arrêter , le préfident l'avoit
fait relâcher . Long vaçarme. M. Guadet déclame
contre « l'étranger audacieux. » Quelques voix
difent que la conftitution a été violée par M.
Calon . M. Bagire a traité le préfident d'efcamoteurde
décrets. On rappelle M. Bazire à l'ordre .
Tant de bruit & des cris : l'appel nominal , ont
fini par P'ordre du jour & par la retraite modefte
du miniftre.
M. Lajord adreſſe à l'Affemblée une lettre de
E 3
( 102 )
•
сс
:
M. Luckner , du 29 juin , de Menin. Le maréchal
y annonce que nulle part il ne voit les infurrections
dont on lui avoit promis qu'il feroit
fecondé. Il ne croit pas devoir tenir plus longtemps
cette polition « quoi qu'en difent quelques
perfonnes qui s'embarraffent peu du fort
de la France pourvu que leur fortune s'améliore , »
Les payfans , au lieu de crier vive la nation
la liberté &c. , tirent fur les foldats François ,
refuſent & vivres & logement. Il n'a que 20,000
hommes & craint d'être coupé , tourné. La frontière
du Rhin a befoin de fecours . Depuis qu'il
fait qu'on lui en a impolé , que les Belges
ne font pas pour les François , il a pris la détermination
de partir demain pour Lille ; il fera
le 3 à Valenciennes . « Je preffens , ajoute- t il,
que cette mefure excitera contre moi un effain
de calomniateurs ; mais mes vues ne font dis
rigées que vers le plus grand bien de l'état. »
Alors M. Delmas a lu des lettres où le maréchal
eft obfédé par des intrigans , par fon
état - major , par MM . la Fayette , Berthier
Mathieu- Montmorenci ; l'armée indignée les
Belges zèlés & trahis ; l'infurrection prête à fe
conder les François s'ils ne fe retiroient pas ;
où l'incendie du fauxbourg de Coustrai a pour
motif le deffein d'aliéner les Brabançons qui
étoient fi bien difpofés en faveur de la France !...
M. Delmas n'a pas rommé fes correfpondans
& n'a remis que des copies certifiées par lui ,
Le miniftre eft chargé de rendre compte des
faits.
Un décret a prorogé jufqu'au premier fepe
tembre prochain , le délai fixé aux ci - devant
penfionnaires & à tous ceux qui prétendent à
quelque gratification ou fecours fur le trelor
1
( 103 )
national , pour fournir leurs certificats de réfe
dence ; délai qui expiroit aujourd'hui .
Du lundi féance du foir.
Des Parifiens dénoncent la dernière procla
mation du Roi , comme un manifefte de guerre
, comme injurieufe au peuple de Paris
qu'elle peint , difent-ils , envahiffant le palais à
main armée . « Les miniftres ont dénoncé à la
France entière un affreux attentat ! Que ne dénoncent-
ils nominativement les coupables ?...
Législateurs , foyez grands comme le peuple...
Toujours juftes comme la raison qui dicte vos
loix... Nos magiftras font en butte à la calomnie
. Souffrez que nous leur confacrions , furtout
au vertueux Pétion , dont tout retrace ici les
talens , le civifme & l'humanité , le tribut d'hom .
mage que nous leur devons. Etendez leur autorité
. Rendez aux 48 fections leur permanence.
Nous vous dénonçons l'incivilme de l'état- major.
Que tardez- vous a en ordonner le licenciement ?
On applaudit avec tranfport à d'auffi vigoureux
raifonnemens , & cette forte d'initiative n'exigeant
pas plus de preuves ni de formalités , M.
Thuriot prétend que les pétitionnaires viennent
d'ouvrir les yeux de l'Aflemblée fur un grand
complot ; qu'on a diſtribué dans l'armée de M.
Luckner , en l'induifant à le replier fur la capitale
, plus de 40,000 exemplaires de la proclamation
fauffe , qui fauffe du Roi. » M Thuriot
conclut au licenciement de l'état-major de la
garde nationale de Paris , & dit : « en portant ce
décret , vous aurez affuré la sûreté de cette
ville . »
&
T
21
"J
Envain M. Quatremère combat - il l'éternel
épouvantail des grands complots chimériques
E
4
( 104 )
& dit - il que le véritable & feul complot
eft celui des factieux qui , après avoir licencié
la garde conftitutionnelle du Roi , appelle illégalement
des milliers de fédérés ne veulent
licencier l'état - major de Paris , fur des inculpations
vagues , que pour y laiffer la garde nationale
fans point central , n'y cabaler pour le
réélire , & opérer leur plan de nouvelle révo-
Jutión... M. Aréna , Corte , a dit que M.
Luckner avoit pris trois villes en trois jours , que
fon armée elt de 40 000 hommes , que les intrigans
de la cour l'obligent à fe retirer ; & de
ces trois vérités ainfi démontrées , il a conclu
comme M. Thuriot , quoique le maréchal ait
occupé trois villes , fans avoir befoin de les .
prendre , n'ait que , 20,000 hommes , & fe replie
ayant carte- blanche . M. Lacroix a dit : « l'Etat-
major de Paris eft une monftruofité ( bravo ! ) . »)
Deux épreuves doutcufes amènent un décret qui
ftatue le licenciement des états majors de toutes
les villes de plus de 50,000 ames , fauf rédac- .
tion .
M. Terrier Monciel écrit que l'arrêté de la
Somme s'eft trouvé parmi les pièces relatives au
20 juin envoyées à l'imprimerie royale ; mais
qu'il n'a pas ordonné la diſtribution dans les départemens.
Du mardi , 3 juillet.
Sur la motion de M. Lafource , la loi qui
défend aux corps adminiftratifs d'avoir des députés
à Paris , eft rendue commune à toutes les
autorités .
On eft rentré dans la difcuffion fur les moyens
de pourvoir à la tranquillité & à la sûreté du
royaume , & une longue opinion de M , Vergníaud
3
& une vive réfutation de M. Dumas ont rempli
toute la féance .
M. Vergniaud s'eft exprimé ainfi :
« Quelle eft donc , a- t-il dit en débutant , la
pofition où le trouve l'Affemblée nationale ?
Quel efatalité nous pourfult ! .. On feroit tenté de
douter fi la révolution rétrograde ! .. »Alors il a reproché
au Roi de faire abandonner aux armées
des pofitions avantageufes qu'elles avoient conquiles
. Il a décrié le ministère actuel à peine en
function , calomnié les motifs connus des der->
niers veto , accufé le Roi de l'incomplet des armées
fur le recrutement infuffifant defquelles
l'Affemblée avoit applaudi aux hyperboles les
plus abfurdes . Il a bâmé le Roi de l'exclufion
d'un miniflre qui tançoit des adminiſtrateurs
pour avoir empêché une armée de manquer de
pain... It s'eft écrié : « Seroit- il vrai qu'on redoute
nos triomphes ? Eft . ce du fang de l'arméede
Coblentz ou du nôtre qu'on eft avare ? Quelle
eft au jufte la quantité de larmes , de misère ,
de fang , de morts qui fuffit à leur vengeance ?...
Je ne lais fi le fombre génie de Médicis & du
cardinal de Lorraine erre encore fous les voûtes
du palais des Tuileries ; fi l'hypocrifie des jéfuites
Lachaife & Letellier revit dans l'ame de
quelque fcélérat brûlant de voir fe renouvelier
la St. Barthélemy & les Dragonade: ».
се
Sur le décret relatif au camp de 20,000 hommes
fous les murs de Paris , M. Vergniaud a dit :
« on a repouffé avec une féchereffe barbare les
embraffemens & les fêtes . Les plans de fédération
& d'allégreffe fe font changés en mesures de
difcorde & d'évènemens funeftes. Le Roi a refulé
la fanction à votre décret . »
Attaquant plus directement encore le Roi dont
ES
( 106 )
il naquit le fajet , il a verbeufement énumérés
tout ce qui le projette à Coblentz & dans toutes ;
les cours de l'Europe , au nom du Roi , pour
inger la dignité du Roi , pour délivrer le Roi ..
Or je lis , a-t- il dit , dans l'acte conftitut onnel ,
tit . III , ch . II , fect . I , art. VI : fi le Roi ſe
met à la tête d'une armée & en dirige les forces
contre la nation , ou s'il ne s'oppole pas , par:
un acte formel , à une telle entreprife qui s'exéouteroit
en fon nom , il feral celé avoir abdi-,
qué la royauté. » Esluite accumulant les fi lei
Roi ... fi le Roi.. imputant au Roi la foibleffe :
des moyens , les lenteurs , l'impuiffance ,la défunion ,:
les infurrections , les obftacles fans nombre nés dei
l'anarchie... M. Vergniaud a tiré fa conféquence . {
J'ai exagéré plufieurs faits , a- t- il ajouté ; j'en
énoncei ai même, tout-à- l'heure , qui , je l'efpèse ,
n'exiſteront jamais , pour ôter tout prétexe à des
applications qui font purement hypothétiques ;
mais j'ai besoin d'un développement complet
pour montrer la vérité fans nuages . »
La prétendue vérité de 1. Vergniaud confifte
à fuppofer le Roi fubiffant un interrogatoire ,
à l'inculper , à l'interpeller , à lui prêter des ré-.
ponfes d'une outrageufe baffeffe , pour avoir ocfion
de le condamner.
Ainfi pa le Louis XVI aux pieds du peuple ,
mais par l'organe de M. Vergniaud : « Il eft vrai
que lorfque les généraux s'avançoient en vainqueurs
fut le territoire ennemi , je leur ai ordo : né
de s'arrêter ; mais la conftitution ne me preferit
pas de remporter des victoires & me défend les
conquêtes. Il eft vrai qu'on a terté de déforganifer
les armées par des démiffions combinées
d'officiers ( outragés , fufillés ) , & que je n'ai
fait aucun effort pour arrêter le cours de ces dé
( 107 )
་ ་
miffions ; mais la conftitution n'a pas prévu ce
que j'aurois à faire en pareil délit. It eft vrai
que mes miniftres ont continuellement trompé
l'Affemblée fur le nombre des troupes & leurs
approvisionnemens ; que j'ai gardé le plus longtemps
que j'ai pu ceux qui entravoient la marche
du gouvernement conftitutionnel , le moins pof
fible ceux qui s'efforçoient de lui donner du
reffort ; mais la conftitution ne fait dépendre
leur nomination que de ma volonté , & nulle
part elle n'ordonne que je donne ma co fiance
aux patriotes & que je chaffe les contre- révo
lutionnaires . I eft vrai que l'Allemblée a rendu
des décrets utiles , même néceffaires , & que j'ai
refufé de les fanctionner ; mais j'en avois le
droit ; il eft facré , car je le tiens de la conf
titution . Heft vrai enfin que la contre révolu→
tion fe fait , que le defpotiline va remettre entre
mes mains fon fceptre de fer , que je vous en
écralerai , que je vous punirái d'avoir eu l'infolence
de vouloir être libres ( le Roi defira le premier
la liberté de tous ) ; mais j'ai fait tout ce que la
conftitution me preferit . Il n'eft émané de moi
aucun acte que la conftitution condamne ; il
n'eft donc pas permis de douter de ma fidélité
pour elle & de mon zèle pour fa défenfe. » Cette
odicufe pafquinade a été vivement applaudie.
Enfuite M. Vergniaud s'eft écrié : « Oh Roi !
qui , fans doute , avez cru , avec le tyran Lyfandre
que la vérité ne valoit pas mieux que le
menfonge , & qu'il falloit amufer les hommes
avec des fermens ainfi qu'on amufe les enfans
avec des offelers ; qui n'avez feint d'aimer les
loix que pour parvenir à la puillance... la conf
titution que pour qu'elle ne vous précipitât pas
du trône... la nation que pour affurer le fuccès
t
E 6
( 108 )
de vos perfidies... Penicz - vous nous abuſer au
jourd'hui avec d'hypocrites proteftations ..... Et
l'audace de vos fophifmes Etoit- ce nous dé- .
fendre & c... ? Non , non ; homme que la générofité
des François n'a pu émouvoir ; homme que le
feul amour du delpotifme à pu rendre fenfible !
Vous n'avez pas rempli le vieu de la conftitu-,
tion . Elle eft peut- être renversée ; mais vous
ne recueillerez le fuit ni de votre pa:jure , ni des
funeftes victoires qui le remporteroient en votre
nom fur la liberté. Vous n'êtes plus rien pour
ce peuple que vous avez fi lâchement trahi
( applaudiffemens redoublés des galeries & d'une
partie de l'Affemblée ) . »
Après cette fentence hypothétique , de peur.
qu'on ne s'y méprît , M. Vergniaud a dit :
Je ne fuis point tourmenté par la crainte de
voir fe réalifer les horribles fuppofitions que j'ai
faites . Mas... comme les faits que j'ai fuppofés
, ne font pas dénués de rapports frappans ,
avec plufieurs actes & difcours du Roi ; comme
il eft certain que les faux amis qui l'environnent
font vendus aux confpirateurs de Coblentz , & ,
qu'ils brûlent de le perdre pour faire recueillir le
fruit de la conjuration à quelqu'un de leurs chefs .
voilà le régicide éventuel imputé d'avance aux
agens des Princes ) ; je propoferai un meſſage ,
au Roi »... Et dans ce meflage dot M. Vergniaud
veut qu'on faffe un fignal d'union , il,
adreile des interpellations au monarque , lui
fignifie d'avoir à choifir entre Coblentz & la
France , ou le menace « d'une profonde horreur,
de la part de la nation & d'un mépris éclatant
de 'a pt des confpirateurs . »
Voici les conclufions de cet amphigouri dé- ,
#clable ; déciéses 1 ° . que la patric eft en danger ,
( 109 )
2. que les miniftres font refponfables de trou
bles intérieurs qui auroient la religion pour prétexte
, & de toute invafion de notre territoire ;
3. un meflage au Roi ; 4° . une adreffe aux
François que vous irez en corps le 14 )
juillet , à la fédération , renouveller le ferment :
du 14 janvier ; 6°. que le tout foit commu-
Liqué aux 83 départemens par des courriers extraordinaires
; 70. un pronipt rapport fur la
conduite du général la Fayette ( Bravo !
bravo ! ) Cette déclaination fera imprimée &
envoyée aux 83 départemens .
M. Dumas lui a répondu que la rentrée de
M. Luckner n'étoit point une faute à imputer à
la cour , au ministère , au Roi ; qu'on en avoit
impofé au maréchal , à l'Aſſemblée , à la nation
, en affurant que les Belges n'attendoient
que l'apparition des François pour le révolter ;
que ces principales bales des opérations offenfives
fe trouvant illufoires , on auroit tort del
blâmer le général Luckner... Des cris : vous
calomniez Affemblée ; vous ne connoiffez pas
fes fentimens , ont interrompu M. Dumas , &
M. de Kerfaint a brusquement demandé qu'on :
décrétât , fur- le - champ , que M. Luckner a confervé
toute la confiance de la nation . Aux voix
raux voix... La motion a été décrétée au milieu
des butemens de mains & des acclamations des
galeries & des députés . M. Dumas a juſtifié .
le miniflè e actuel aux dépens du précédent
le veto par les vices des décrets qui en ont été
frappés ; & a dit quant à l'extérieur > que ces
qu'on projetoit au nom du Roi ou pour le Roi ,
ne fe tentoit ni par l'ordre, ni avec la connivence !
du Roi, & après avoir impu é ces formules
nom du Roi, &c. , à l'infolence des Princes émi
au
( 110 )
grés , il a conciu par l'éloge de M. de la Fayette ,
fon difcours qui a eu les honneurs de l'impreffion .
La féance a fini
par la lecture de la lettre de
M. Luckner fur l'incendie des fauxbourgs de
Courtrai , & fon retour à Lille . Nous la rapporterons
plus bas.
2
Du mardi , féance du foir.
L'Affemblée a décrété que « la mention honorable
inférée au décret du 18 acût -1791 , en
faveur de ceux qui ont arrêté le Roi à Varennes ,
fera commune à MM. Chevalot , Bourgeois ,
Vincent , Gentil & Baudan » qui , fans doute ,
ont follicité cette récompevſe .
Une adreffe des administrateurs du département
du Gaid demande la punition des attentats
du 20 juin.... A la commiffion des douze .
M. Ducos a fit keture d'une adreffe de Bor
deaux qui annonce que « tandis que les Marfeillois
offr ient des fo dats prêts à voler auprès
de l'Affemb.ée nationale , les Bordelois prépa
roient des armes & recueilloient des figatures ; »›
que les points de ralliement font indiqués , qu'on
n'attend que le fignal du départ . Ce fignal
terrible fera donné... Ce camp fr redouté fe formera
, & la liberté fera laavée ( applaudiffemens
des galeries ) . Sur la demande de M. Chabot
de l'impreffion & de l'envoi aux 83 départemens
, l'Aſſemblée eft paffée à l'ordre du jour,
Elle a enfuite adopté le décret laivant :
Inftruite par la lettre du maréchal Luckner
tranfmife par le miniftre de la guerre , des dé--
tails de l'incendie des maifons fituées hors de
la ville de Courtray , qui a eu lieu le 29 juin..."
Après l'urgence , l'Affeinblée décrète 1º , que les
"
33
( mr)
propriétaires feront indemnifés par la nation
Françoife ; 2°. que le pouvoir exécutif prendra
les mefures convenables pour les vérifications & lei
règlement des indemnités ; 3 °. qu'il fera remis
à la difpofition du miniftre des affaires, étran
gères la fomme de 300,000 liv . , pour être en -
ployée provifoirement anxdites indemnités en
attendant le règlement définitif. ( Et les milliers:
de châteaux brulés en France ! ) €
| M. Duranthon écrit à l'Affemblée qu'il a remis
le feeau & fe retire au fein de fa famille
Bordeaux. Un décret lui permet de fortir de
Paris!
Il fera vformé de nouvelles divifions de
gendarmerie
nationale des ci - devant gardes Fin
çoiles M. Cambon vouloit que « l'on tranfmit
à. nos neveux l'uniforme de ces braves conqué--
rans de la liberté ; qu'on formât un régiment
particulier avec l'uniforme des gardes Fra çoiles ,
Des non , non ont repouffé cette idée .
Du mercredi , 4 juillet.
03
Des citoyens de Paris dénoncent le général
de la Fayette , & demandent la punition de fa
démarche auprès de l'Affemblée. On leur accorde
les honneurs de la féance ..
L'Affemblée a donné audience à des harangueurs
arrivés de St Denis pour dénoncer a les
lâches confpirateurs qui ofent infulter à la majefté
d'un grand peuple , & méconnoître la force
& la fierté d'un peuple hibre..... Les calomnies
dirigées contre un pe ple bon qui connoît,
toute fa force.... La voix dictatoriale ( de M.›
de la Fayette ) a frappé ces voutes facrées.....
Vengeance éclatante ... Partez , & notre courage
farpaffera vos cfpérances. p La pétition eft sen
I
( 112 )
voyée à la commiſſion des douze , & ces pétitionnaires
aufli reçoivent les honneurs de la
féance.
Des hommes- d'Etat qui datent d'Angoulême ,
blâment le veto & invoquent des melures qui
fauvent la patrie des dangers qui l'environnent
en- dedans & en- dehors , & les confpirateurs de
la jufte fureur du peuple ( applaudiffemens ) .
Au nom de la commiffion extraordinaire des
douze , M, Tardiveau a propofé d'envoyer cinq
commiffaires depuis Dunkerque jufqu'a Befan
çon , & trois fur les frontières du Midi ; commilaires
tirés du Tein de l'Affemblée , pour
vérifier tous les comptes rendus & furveiller les
adminiftrateurs & les généraux ', fans avoir le
droit de requérir la force publique . On a de-.
ciété l'impreffion & l'ajournement de ce projet ..
Une lettre du Roi notifie la nomination de
M. Dejoly à la place de miniftre de la justiceou
garde -du-fceau .
On ouvre la délibération fur la motion de
M. Jean de Bry , relative aux mefures à prendre
quand Affemblée aura déclaré que la patrie eft
en danger. M. Mazuyer defiroit que la procla-.
mation du danger de la patrie fût accompagnée.
d'un appareil lugubre . M. de Vaublanc en éloignoit
tout ce qui peut porter dans l'ame des
fen imens de confternation , & il ajoutoit : « cer
avertiffe:ment dit à chacun qu'il n'eft plus queftion
de fonger à fes affaires , à fon champ , à
fa famile mais que l'on doit prenare les
armes ... » M. Coathon fouhaitoit que le préfident
prononçât la formule après avoir mis fon
chapeau fur la tête.
• Nous rapporterons les 15 articles qu'on a déciétés,
en obfervant que l'un des articles permet
( 113 )
"
5
aux gardes nationaux tout habit quelconque
contre le texte de la conftitution : ne peuvent
avoir dans tout le royaume qu'une même difcipline
& un même uniforme ( Tit. IV , art . V ) .
« Art. Ier . Lorfque la sûreté intérieure ou la
fureté extérieure de l'état ferent menacées , & que
le Corps législatif aura jugé indifpenf. ble de prendre
des metures extraordinaires , il le déclarera par
un acte du corps légiflatif , dans la formule fuivante
:
Citoyens , la Patrie eft en danger.
ce II. Auffi - tôt après la déclaration publiée , les
confeils de département & de diflrict fe raffembleront
, & feront , ainfi que les municipalités &
les confeils généraux , en furveillance permanente.
Tous les fonctionnaires publics , civils & militaires
fe rendront à leur poſte. ,
-celll: Tous les citoyens en état de porter les
armes , & ayant déjà fait le fervice de gardes nationales
, feront auffi en état d'activité permapente.
»
ce
« IV. Tous les citoyens feront tenus de déclarer,
devant leurs municipalités refpectives , le nombre
& la nature des armes & munitions dont ils feront
pourvus. »
« V. Le corps législatif fixera le nombre de
gardes nationales que chaque département devra
fournir. »
« VI. Les directoires de département en feront
la répartition entre les cantons , à proportion du
nombre des gardes nationales de chaque canton . »
- VII. Trois jours après la publication de l'arrêté
du directoire , les gardes nationales fe raffemberont
par canton ; & fous la furveillance de la
municipalité du chef- lieu , is choiſiront entre eux
(114 )
le nombre d'hommes que le canton devra fournir.
»
сс VIII. Les citoyens qui auront obtenu l'honneur
de marcher les premiers au fecours de la
patrie en danger , fe rendront trois jours après
au chef- lieu de leur diftrict'; ils s'y formeront
en compagnie devant un commiffaire de l'adminiftration
du diftrict , conformément à la loi du
4 acût 1791. I's y recevront le logement furle
pet militaire , & fe tiendront prêts à marcher à
la première réquisition .
ود
IX. Les capitaines commanderont alternativement
, & par femaine , les gardes nationales
choifis & réunis au chef lieu de diftrict . »
« X. Loifque les nouvelles compagnies des
gardes nationales de chaque département feront
en nombre fufflant pour former un bataillon ,
elles fe réuniront dans les lieux qui leur feront
délignés, par. le pouvoir exécutif , & les volon
taires y nommeront leur état-major, »
XI. Leur folde fera fixée fur le même pied
que celle des autres volontaires nationaux ; eile .
aura lieu du jour de la réunion , au chef- ligų de
canton, »
J
сс XII . Les armes nationales feront remiſes
dans les chefs - lieux de canton aux gardes natio
nales choisis pour la compofition des nouveaux
bitaillons de volontaires. L'Aflemblée nationale
invite tous les citoyens à confier volontairement ,
& pour le temps du danger , les armes dont ils
font dépofitaires à ceux qu'ils chargeront de les
défendre. »
XIII. Auffi - tôt la publication du préfent décret
, les directoires de district fe fourniront chacun
de mille cartouches à balles , en les adaptant
aua divers calibres , qu'ils conferveront en lieu
+
( 115 )
fain & sûr pour en faire la diftribution aux volone
taires lorfqu'ils le jugeront convenable. Le pouvoir
exécutif (era chargé de prendre les moyens
pour que les corps adminiftratifs aient la quantité
de poudre & de munitions néceffaires . »
XIV. La folde des volontaires leur fera
payée fur les mandats qui feront délivrés par les
directoires de district , ordonnancés par les directoires
de département , & les quittances en fefont
reçues à la trésorerie nationale comme comptant.
Pour fervir dan la garde nationale , on ne fera
pas aftreint à avoir l'uniforme nationale . »
« XV. Toute perfonne revêtue d'un figne de
rébellion fera poursuivie devant les uibunaux ordinaires
, & punie de mort. Il eft o.donné à tout
citoyen de l'arrêter ou de la dénoncer fur - le - champ,
peine d'être réputé complice : toute cocarde autre
que celle aux trois couleurs nationales , eft un
figne de rébellion . Tout homme réfidant & voyag
geant en France , eft tenu de porter la cocarde
nationale. Sont exceptés de la préfente difpofition,
les ambaffadeurs & agens accrédités des puiffances
étrangères. »
Dù mercredi , féance du foir.
M. Dejoly écrit à l'Affemblée que le Roi l'a
nommé miniftre de la justice . I protefte de fon
refpe&t pour l'Allemblée , & de fon amour pour la
conftitution.
Le directoire du département de la Seine inférieure
dénonce & communique une adreffe de.
la fection de Paris , dite des Lombards , adreffe
envoyée aux 83 départemens . On y lit ces
mos : «Frères & amis , il ne nous eft plus permis
d'efpérer que vous viendrez à Paris ( nous prêter
Le fecours de vos armes , & écrafer , avec nous,
3
"1
( 116 )
les ennemis de la patrie , qui lèvent déjà info-
Lemment la tête. Le veto a détruit cette douce
efpérance ( d'écrafer ! ) Mais la fédération approche
, venez à Paris renouveller vos fermens .
Choififfez , dans chaque diſtrict , 25 hommes , &
qu'ils accourent . La foule de nos ennemis s'accroît ;
il eft temps de nous montrer... » A la commiſſion
des douze.
Une lettre d'un père à ſon fils fournit à celui - ci
le moyen d'accufer fon père de crime de lèze-nation.
M. Jolivet , le père , cít mandé à la barre pour reconnoître
fa fignature. Quelle vertu que le civifme
parricide !
Adreffe des adminiftrateurs du département des
Ardennes , qui célèbre le courage que Louis XVI
a déployé le 20 juin ; & demande , avec énergie
la punition des coupables , & l'anéantiffement de
la faction qui les protège... A la commiffion des
douze.
1 .
Un décret d'urgence a confirmé la proclamation
du Roi , confirmative de l'arrêté du dépar
rement de l'Ain , du 25 mai 1791 , concernant le
fieur Nicod , prévenu du crime de faux ; & l'ad
miniſtration du diſtrict de Nantua , qui étoit incupée
dans cette affaire.
Du jeudi , s juillet.
Le maire de Paris vient demander , à la barre ,
fi les frais de la fédération feront fupportés par
le tréforpublic ou par la commune . Cette queftion
eft renvoyé aux comités d'inftruction & des
finances.c (
Rentré dans la difcuffion fur les moyens de
pou voir à la fûrété de l'Etat , l'évêque conftitutionnel
de Bourges , M. Torné, à ' d'abord établi
que le moment étoit venu « où le Roi doit tout
( 117 )
excufer , le peuple tout favoir , le corps législatif
tout entendre. » Il a conclu par, dire « Si le Roi
n'en impofe pas aux factieux , il les encourage ;
s'il ne tonne pas contre la ligue des princes ,
de cela feul il la fomente... Le Roi donne , par
des faits innombrables , aux ennemis de la révolution
des preuves de fa connivence... » Or ,
ces faits innombrables fe font bornés au veto qui,
a frappé le décret de la déportation des prêtres ,
& le décret inconftitutionnel pour le camp de
20,000 hommes fous les murs de Paris , veto cent
fois bâmé , cent fois juftifie ; & à l'expulfion des ,
trois miniftres. Citons d'autres traits .
༈ ་ *
CC
Un cri général , a- t -il dit , ne fait- il pas
retentir le royaume de ces mots déplorables : c'cft ,
le Roi qui , par une inaction perfide ou par une
marche en fens inverfe de la révolution , & par
toutes les reffources de la corruptics , eft la première
& la principale caufe de tous nos maux
politiques. Les couis étrangères auroient respecté
la liberté Françoife , s'il l'eût refpectée lui- mê ne .
Au lieu d'avoir un règne très -orageux , il jouiroit
, fur le trône le plus affermi , de la plus belle
couronne de l'univers ; il règneroit enfin avec
fécurité ( Louis XVI n'en a donc pas ! ) fur,
une nation heureufe & tranquille , au lieu de règner
aa fein de l'inquiétude & des remords fur un cahos
de factions turbulentes ... Deux cents mille ennemis
feront , pour la France , fa nouvelle lé
giflture... La clémence des princes émigrés cèdera
peut-être en faveur de leurs accufateurs & de
leurs juges , aux humbles follicitations d'une amniftic...
Et vous , héros des deux mondes ! ...
à l'aide de deux rois , vous aurez vaincu la formidable
tribune des jacobins , quoiqu'elle eût la,
conftitution pour fon rempait. Pour monument
( 1181)
:
de ce triomphe , la postérité dira la Fayette le
Jacobin , comme on difoit à Rome : Scipion l'Africain..."
要
Alors M. Torné a propofé des mesures extrêmes ;
a reftreint toute la conftitution à ces mots : lefalut
du peuple ef la loi fuprême ; a traité d'imbécilles
ceux que des fcrupules empêcheroient de fortir
temporairement du cercle tracé par leurs fermehs ,
& s'eft écrié : « Ne dires donc plus : la conftitution
ou la mort ; mais dites : la mort du peuple
par la conflitution ...» Comme un foulèvement
d'indignation le rappel'oit à l'ordre , malgré les infolens
applaudiflemens des ga'eries , l'évêquejureur
a eu la duplicité de prétendre qu'on l'avoit mal ,
cmpris , & de febftituer à une affi mation pofitive
, une queftion qui en diffimuloit l'odieux
fous l'apparence du doute oratoire : « Je vous
demandois , a-t - il repris , fi vous voulez la mort
du peuple par la conftitution , plutôt que de le
fauver & de la fauver elle - même par des mefures
inconftitutionnelles , mais temporaires ... »
Au refte , il ne propofoit qu'une dictature , la formule
de M. Jean de Bry, & le grand expédient de
M. Launay, M. Dejoly a préfenté un meſſage
du Roi , conçu en ces termes :
L
6-9
Paris , le 4 juillet , l'an 4. de la liberté.
« Nous touchons , Meffieurs , à cette époque
fameufe où les François vont , dans toutes les
parties de l'Empire , célébrer la mémoire du
pacte d'alliance contracté fur l'autel de la patrie
le 14 juillet 1790. La loi prohibe toute fédération
particulière ; elle ne permet qu'un renouvellement
annuel du ferment fédératif dans le
chef-lieu de chaque diftrict ; mais nous avons
une méfare qui , fans porter la moindre atteinte
( 119 )
au texte de la loi , me paroît être au niveau des
grands évènemens qui fe preffent de toutes
parts. C'eft fur- tout lorfqu'une grande nation
eft forcée à faire la guerre pour défendre fa
liberté , qu'elle fent impérieufemet le befoin ,
de maintenir la paix au- dedans ; c'est lorsque
des diffentions inteftines coincident avec la
guerre étrangère , lorfque des méchans veulent'
exciter le trouble , que les citoyens faifibles ont
befoin d'être raffurés. Il faut prouver aux armées
qu'elles combattent pour la paix & la liberté .
J'ai cru qu'il n'y avoit pas de garantie plus sûre
à leur donner que la réunion des deux pouvoirs ,
renouvellant le même væu , celui de vivre libres'
ou mourir ( on applaudit ) . Un grand nombre
de François accourent de tous les départemens ;
ils penfent doubler leurs forces fi , près de
partir pour nos frontières , ils font admis à la
fédération avec leurs frères de la ville de Paris .
Je vous exprime le defir d'aller au milieu de
Vous recevoir leur ferment ( Nouveaux applaudiffemens
) & de prouver aux malveillans
qui cherchent à perdre la patrie en nous divifant
, que nous n'avons qu'un même efprit ,
celui de la conftitution , & que c'eft principa →
lement par la paix intérieure que nous voulons
préparer & affurer nos victoires . →
"
Les mots recevoir leurs fermens , ont excité
de miférables tracafferies , quoique le ferment
civique porte qu'on fera fidèle au Roi , ferment
que le Roi peut & doit recevoir ; & la lettre
du monarque a été foumifé à l'examen de la commiffion
des douze , chargée d'en faire fon rapport
demain .
Du jeudi, féance du foir.
Parmi quelques détails fur les procédures com-
J
( 120 )
mencées devant la haute cour , on obferve que
les frais de celle qui s'inftruit contre 38 officiers
transférés de Perpignan à Orléans , s'élèveront à
un million.
Le miniftre des affaires étrangères adreſſe à
l'Affemblée un état des troupes Autrichiennes &
Pruffiennes , qui s'avancent vers nos frontières ,
& les bulletins de leur marche . M. Genfonné
prétend qu'une notification du Roi doit être lignée
du Roi , ce que la conftitution ne dit pas auffi
expreffément que M. Genfonné. Il exigeoit d'ail
leurs que M. Lajard , qui n'eft miniftre que depuis
quelques heures , rendît compte , à la barre ,
des négociations & de tout ce qu'il a dû faire
pour prévenir les hoftilités . Et il trouvoit fort
mauvais que le miniftre eût tant tardé à potifier
ces difpofitions , connues de toute l'Europe .
M. Dumas lui a obfervé , qu'en déclarant la
guerre à l'Autriche, qui ne cherchoit pas à la faire,
Affemblée l'avoit feule & fcie nment déclarée à
la Pruffe , puifqu'on n'ignoroit pas que l'Autriche
& la Pruffe étoient liées par la convention de
Pilnitz , l'un des motifs allégués dans la difcuffion
de cette impolitique déclaration de guerre ; qu'il y
auroit donc une infigne mauvaiſe- foi à deinan-,
der au miniftre , à peine entré en fonction ,
ce qui attire à la France , & ce qu'il a fait pour
éloigner ce furcroît d'hoftilités . On a décrété
que la commiffion des douze pèfera la motion,
de M. Genfonné , fur la forme inconſtitution,
nelle de la notification de la marche des ennemis
, & après cette meſure , on eſt paſſé à l'ordre,
da jour.
Le même miniftre des affaires étrangères a
communiqué à l'Affemblée quatre pièces , 1º . un
acte ,
( 121 )
acte , par lequel les princes , frères du Roi ,
chargent un armateur de l'Orient d'ouvrir , ou
de remplir un emprunt, au nom du Roi , pour
fournir aux frais , de la guerre entrepriſe , pour
le bien du royaume & du Roi ; & hypothèquent
tous les revenus du royaume ; 2 ° . une lettre de
M. de Calonné , qui remercie l'armateur de fon
patriotisme ; 3. un engagement de celui - ci ,
pour 8 millions ; -4°. une notification du Roi
desFrançois aux puiffances de l'Europe, que nous
rapporterons ailleurs .
Le tout eft renvoyé aux comités.
M. Brival s'écrie : « Je dénonce un bref du
e pape , bien hypocrite , bien coquin, Aufeu
s'écrie- t-on , & la féance eft levée.
Du Vendredi , 6 Juillet.
7
19
1.20
Des pétitionnaires du Havre , au nombre def
quels s'honorent d'être MM. Homberg , viennent
folliciter une prompte & jufte vengeance des
attentats commis le 20 juin ; vengeance des léditieux,
qui, armés de piques, de faulx , de poignards
& [ ot ant des écriteaux de fang , de meurtre ,
de
régicide , ont , voulu forcer la fanétion du Roi
d'un peuple libre.... M. Lafource interrompt
l'orateur , & l'accufe de calomnier le peuple. Les
galeries applaudiffent à cet acte de defpotifme..
Il veut que les pétitionnaires fe retirent . ( Applaudiffemens
redoublés . ) Croyant affez à l'affer
tion de M. Lafource , pour ne vouloir plus écou
ter l'orateur , mais n'y croyant pas affez pour
punir celui-ci comme calomniateur convaincu
Paffemblés a fufpendu la lecture de l'adreffe ,
malgré le droit facré de pétition , & l'a renvoyée
à fa commiffion des douze , & après deux ora
geufes épreuves , les pétitionnaires baffoués des
No. 28. 7 Juillet 1792. F
( 122 )
galeries ont été admis aux honneurs de la
Téance.
Un décret d'urgences accorde 120,000 livres ,
pour être employées aux travaux du port de
Boulogne,
+
Le 16 juin , M. Dumas, expofa les circonfcances
de l'infurrection qui eut lieu les 4, 5 ,
698-7 dadit mois , à Newbrifack , dans l'armée
du Rhin , & nous promîmes d'en rendre
compte , lors de la difcuffion . En voici la fubftance
. Des rouliers allant à Bafle , font fufpectés
, par des follats , d'efcorter des munitions
& des armes. Les foldats arrêtent les voitures ,
les fouillent , malgré les ordres de leurs fupérieurs
& les inftances du maire qui leur proteftoit que
les papiers des voituriers étoient en règle. Un
voiturier fat conduit en prifon , pour le fouftraire
à la corde . M. d'Arlandes, faifant les fonctions
d'adjudant général du camp , le vit infulté ,
maltraité, prêt à être pendu par les foldats , &
incarcéré pour fa fûreté. Le maire fut traĵo dans
les rues , fes filles accablées de coups. Il n'échappa
à la mort qu'en obtenant qu'on le mit
en prifon, MM. Rebel, Victor Broglie &
Brunck , & plufieurs officiers opérèrent enfin la
délivrance de ces prifonniers , après avoir effuyé
let clameuls féditieufes de groupes de foldats
& de volontaires qui répétoiene : Ils ne fortiront
pas les grenadiers ne marcheront pass
"nous ne le voulons pas. Un - boucher excitoit la
rébellion & menaçoir tout haut de faire fauter
les têtes des officiers .
Aujourd'hui M. Dumas a fait , au nom du
domité militaire , la troifième lecture du projet
de décret , fendant à prendre , à l'égard des corps
·Anguipés , les mefures qu'on a prifes , avec ſuccès
( 123 )
*
à l'egard des corps qui ont dénoncé les promoreurs
des déroutes de Mons & Toarnay. Mais
M. Choudreu a fait décréter que les miniſtres de
la guerre & de la juftice rendront compte , fous
trois jours , des procédures commencées , & un
article de M. Dumas , adopté , a chargé
le préfident de témoigner la fatisfaction de l'Affemblée
à MM: Vidor de Broglie , d'Herbigny,
d'Arlandes au maire , & à M. Rembel , & c.
M. de Chambonas adreffe à l'Affemblée le
meffage fuivant de ſa majeſtë :
+
>
J
« Meffage du Roi à l'Affemblée nationale.
C'eft avec-regret , Meflicurs , que je vois un
ennemi de plus le déclarer La Pruffe , que tant
d'intérêtsfembloient devoir attacher à la France ou
bliant fes mêmes intérêts ; confpire , avec fa rivale
& fan ennemie naturelle,contre la conftitution françoife.
Ses démarches fucceflives ont pris un caractère
trop marqué , pour qu'il foit permis de doutez
déformais de fes intentions hoftiles . La conven
tion de Pilnitz , l'alliance avec l'Autriche qui en
a été la fuire , l'accueil fait aux rebelles , les vio
lences exercées fur des François que des relations
de commerce appelloient dans les Etats du Roi de
Pruffe , la conduite de cet Etat à l'égard du miniftre
deFrance , le départ de fon envoyé extraordinaire
fans prendre congé , le refus formel de fouffrir
à Berlin, notre chargé d'affaires , les efforts des
agens Pruffiens auprès de toutes les cours pour
nous fufciter des ennemis , enfin la marche des
troupes Pruffiennes , dont le nombre fe porte à
52 mille hommes , & leur raffemblement für nos
frontières tout prouve un concert entre le cabinet
de Vienne & vcclui der Berlin. Ce font là,
Meficuts , des hoftilités imminentos, Aux termes
F 2
( 124);
de la conftitution ; j'en donne avis au corps lé
giflatif , & je compte fur l'union & le courage
de tous les François pour combattre & repoufler
les ennemis de la patrie & de la liberté .
Signé LOUIS. Plus bas , SCIPION CHAMBONAS.
On a renvoye ce meffage au comité diplomatique
, & à la commiffion des douze la queftion
de favoir fi la refponfabilité du ministre eft
ou non dégagée , après qu'on a réparé la forme,
inconftitutionnelle de la première notification .
·
M. Dejoly a expliqué , par ordre du Roi ,
que l'intention , clairement énoncée de Sa Majefté
, étoit de fe joindre à l'Affemblée , pour
recevoir le ferment des Fédérés . On eft pallé
à l'ordre du jour , motivé par M. Couthon
fur ce que toute communication devoit avoir lieu
fans intermédiaire , & pour recevoir un bouquet
da Fauxbourg Saint - Antoine, * 1. Ju
Du vendredi , féance du foir.
Organe du comité militaire , M. Beaupuy a
fait un rapport un peu tardif fur la propofition
du Roi de lever 42 bataillons de volontaires
deftinés à former un corps de réſerve entre les
fontières & la capitale , propofition , a dit le
rapporteur , que l'Affemble avoit fageinent ,
mais infructueufement prévenue » ; ce qui ne
paroîtra pas rigoureufement exact à tour le monde,
L'Affemblée a cru devoir ajourner encore le
projet de levée urgente , jufqu'après la difcuflion
de la queftion de favoir fi le danger de la patrie
fera déclaré.
Du famedi , 7 juillet.
A la lecture du procès-verbal , M. Lafource
a foutenu que l'Affemblée n'avoit pas entendu Aétrir
M. Torné, par une improbation , déshono
( 125 )
rante , que le déshonneur ne pouvoit être que
pour celui qui étoit vébu révéler une converfa
tion particulière . M. Merlin s'eft permis d'ajouter
aque les faux amis du peuple & les lâches révéloient
feuls les épanchemens de la confiance , M. Mardn
a répondu au miniftre proteftant que cinquante
députés ' avoient connoillance , comme lui , des
propos de M. Torné fur le befoin de fermer la
conftitution , de concentrer tous les pouvoirs dans
l'Affemblée , & de mettre la Loire entre elle &
les rééalcitrans qu'ainfi ce n'étoit pas une confidence
; & à M. Mera que les lâches font ceux
qui manquent à leurs fermens & qui , fous le
mafque de la popularité , agiffent en ennemis des
-loix . Soit que les so confidens fuffent un motif
de plus de fe taire , ou pour toute autre raifon ,
un décret a ordonné la radiation , du procèsverbal
, des détails relatifs au difcours de M.
Torné protégé de M. Lafource , & à la dénon-
-ciation de M. Maran ; ce dont il feroit difficile
de conclure que le procès- verbal contient la vérité
toute entières 5. 1948 13. contient la v
Nouveau rapport fur des marchés paffés par
M. Servans avec M. Worms n'offrant qu'un
rabais de 150,000 livres , tandis qu'on en offroit
sun de 400,000 livres . L'Affemblée décrète des indemnités
pour le fieur Worms que M. Mayerne
a dit avoir fait un préfent de 12,000 livres au
premier commis de l'ex - miniftre honoré des regrets
de la nation ; décrète l'impreffion du projet
du comité qui renvoie l'ex- miniftre patriote aux
-tribunaux , & l'ajournement de la difcuffion ul-
> térieure.
C
M. "Boutidoux a dénoncé , à la barre , que fon
refus de figner une adhésion à la pétition de M.
de la Fayette s lui ayant attiré dès perfécutions ,
F 3
(( -126 ))
notamment de M., Latour Maubourg , il a donné
fa démiſſion. Il demande que fes motifs foient
jugés , & qu'on ne le fuppofe pas dans le cas
du décret contre les officiers démiffionnaires . Sa
pétition eft renvoyée au comité , & il reçoit lés
honneurs de la féance .
M. Goupilleau, a fait lecture de l'ordre pub'ié
dans l'armée au retour de M. de la Fayette. Le
général, y expofe fes démarches auprès de l'Af-
Temblée , & la fatisfaction qu'a rellenti le Roi
des témoignages du zèle de l'armée ; il y dit qu'il
efpère que l'armée faura bientôt fi c'est pour la
conftitution ou pour des partis qu'el'e prodigue
fon fang , & que M. Luckner & une foule de
municipalités adhérent à fes fentimens....Plufieurs
membres applaudiffent. On renvoie l'ordre
au comité des douze.
3
;
Comme M. Briffot alloit lire un difcours fur
les moyens de sûreté générale , M. Lamourettè ,
évêque affermenté de Lyon , a demandé la patole
pour une motion d'ordre , & a dit qu'aucune
des mesures propofées n'étoit centrale .
Voyant la fource des maux dans des divifions
de l'Affemblée , il ne tient qu'à vous , a- t-il
pourfuivi , de vous ménager un moment bien
bean , Bien folemnet , & d'offrir à la France &
à l'Europe un fpectacle auffi redoutable pour
vos ennemis , que doux & attendriffant pour
tous les amis de la liberté ... Foudroyons par
une , exécration commune & par un irrévocable
ferment , foudroyons & la république & les
deux chambres ( la falle a retenti d'applaudiffemens
& des cris : oui , oui ; nous ne vouloas
que la conflitation ) . Jutons de m'avoir qu'un
feul efprit , qu'an feul fentiment... Le momentau
l'étranger verra que nous voulons tous une chose
( 127 )
fixe , fera le moment où la liberté triomphera ,
où la France fera fauvée ( applandiffemens redoublés
) . Je demande que M. le préfident mette
aux voix cette propofition fimple : que ceux qui
abjurent également & exècrent la république & les
deux chambres fe levent. »
L'Affemblée fe lève toute entière , le ferment
eft unanime & prêté par acclamation ; les deux
côtés le mêlent , on s'embraffe ; & députés &
fpectateurs tous fe livrent à l'émotion commune.
On décict: qu'une députation de 24 membres
portera au Roi l'extrait du procès - verbal & que
tous les corps adminiftrarifs feront mandés pour
qu'il leur foit communiqué. Quelqu'un fouhaitoit
qu'on prit des précautions légales pour que
cet acte folemnél échappât à la malignité , aux
farcafmes de certains journal-x . On propofeice
des couriers apportent la nouvelle à tous les départemens
; mais «en preuve de l'harmonie des
deur pouvoirs , comme l'obſerve M. Emmery»
on laiffe au pouvoir exécutif de pfoin de cet
envoi.
M. Briffor craint de faire renaître des haines
en lifant le difccurs qu'il avoit préparé &
fraternité qu'il vient de juer l'oblige d'efficer
toutes les lignes qui rappelleroient des divifions
maintenant anéanties . Il ne le lira que demain .
Chacun applaudit avec reconroiffance à l'efpoir
d'entendre quelques phrafes de moins de M.
Briffot.
Une députation de la municipalité intefrompt
ila . difcuffion commencée fur les actes de mariage.
L'orateur , M. Offelin , lit un ariêré
du confeil général de la commune qui fotlicite
de l'Affemblée nationale une prompte
décifion fur la fufperfion de M. Pétion , maire,
F
F 4
( 128 )
& de M. Manuel , procureur de la commune ,
Pononcée par le confeil général du département.
Les municipaux penfent que la conduite de › MM .
Pétion & Manuel & la leur ont fauvé l'empire le
20 juin & ils difent que les bénédictions de la
capitale & du royaume atteftent , exaltent leur
prudente fermeté . « Le maire honnête homme a
épargné le fang du peuple , difons mieux , le
fang des pervers dont le peuple fe fervit fait
une juftice terrible , fi nous avions pu écouter
Jes fcélérats qui , de loin , par prudence , agitoient
les brandons de la guerre civile... Nus
ofons donc vous prier d'accélérer votre déci
fion, »
"}
Oubliant un peu trop tôt de ferment d'union
fondé fur la conftitution , M. Chabot a méconnu
combien cette adreffe é oit inconftitutionnelle
, 1. en ce que les municipaux ne devoient
pas s'adreffer directement & prématurément au
corps lég flatif avant que le Roi cur prononcé ;
2. en ce qu'il ne leur convenoit pas de dé
Primer une autorité conftituée , le département,
leur fupérieur ; 3 °. en ce que des magiftrats ne
peuvent, fans prévarication , admettre & approuver
la juftice terrible du peuple¹ ; M. Chabor a
ademandé impreflion de l'adseffe cu il a vu un
rait de générosité. O a décrété l'impreflion &
que le pouvoit exécutif tendra compte , le lea
demain , de fa décifion relative à la fufpenfion .
La députation des 24 membres rentre , 1 : Roi
eft au milieu d'elle accompagné de fes miniftres ,
& va fe placer à côté du préfident. On crie :
Vive la nation ! vive le Roi, Sa Majesté, dit :
Meffieurs , l'acte le plus attendant , pour
-moi eft celui de la réusion de toutes les volontés ,
pourrie falut de la patrie . J'ai defi.é depuis long129
temps ce moment fortuné ; mon voeu eft accompl.
Je viens vous exprimer moi-même que la nation
& le Roi ne font qu'un . S'ils marchent vers le
même but , leurs efforts réunis fauveront la France.
L'attachement à la conftitution réuni a tous
les François , le Roi leur en donnera toujours
T'exemple.»
*
Réponse du préfident.
Sire , l'époque mémorable qui vous amène
au milieu des délégués du peuple eft un fignal
d'alegreffe pour les amis de la liberté, & un fignal
terrible pour les ennemis. L'harmonie des pouvoirs
conftitués donnera à la nation Françoile la force
dont elle a befoin pour diffiper la ligue des tyrans
contre fon indépendance la conftitution , &
elle voit déjà dans la yauté de votre démarche
, le préfage de fes fuccès. » Le Roi a
repliqué :
----
« J'étois fâché , Meffieurs , d'être obligé d'attendre
une députation ; car il me tardoit bien de
venir au milieu de vous , »
V.I !!
Les applaudiffemens & les cris : Vive la nation !
vive le Roi ! recommencent , & le Roi fort au
bruit des témoignages d'allégreffe de l'Aflemblée
& des galeries .
Depuis le choix des nouveaux Miniftres
il a été publié différens actes du Roi , dont
l'objet eft d'annoncer à l'Europe & à la
France fon defir de fuivre la Conftitution
dans l'exercice de fon autorité . De ce nombre
font fa lettre aux armées françoifes , &
FS
( 130 )
la notification aux Puiffances de l Europe.
Nous tranfcrions l'une & l'autre.
ce
Lettre Du Roi aux Armées Françoifes.
François qui portez les armes pour la défenſe
de la Patrie , c'eft le Chef Suprême que la Conftit
tution vous a donné , qui vous témoigae dans
ces circonstances périlleufes fa folicitude , & l'intérêt
conftant qu'il prend à toutes vos actions.
La Nation a les yeux fixés fur vous en vous
confiant le fort de l'Etat , elle fonde l'espoir
de fa tranquillité & de fon bonheur fur l'ordre ,
la difcipline & le béiffance graduelle qui doivent
regner parmi vous. Déjà vous en avez fenti les
heureux effets , & par- tout cù vous avez été
foumis aux loix militaires , des fuccès ont cou
ronné votre courage . C'est un fpectacle bien
impofant que la réunion des Citoyens - Soldats
& des Soldats- Citoyens combattant pour la li
berté , & réfolu de la fauver ou de périr , en le
fervant mutuellement d'exemple . Je n'ai pu voir
qu'avec la plus vive fatisfiction , des Soldats ,
novi.es dans le métier des armes , devenir toutà-
coup les émules des plus anciennes troupes , &
prouver ainfi que l'amour de la Pattie & celui
de la liberté font la bafe de toutes les vertus
guerrières. Mais , Soldats , ne vous méprenez
pas à ce nom facté de liberté ; longez qu'elle
confifte à n'obéir qu'aux Loix , & qu'elle établit
pour premier devoir de leur être fidèle . Le Roi
s'y elt foumis avec empreflement & fans réferve
; puiffe fon exemple vous encourager à
braver tous les dar gers , plutôt que de marquer
à ce que vous avez juré d'observer ! ... J'ai
déploré d'abord Fégalement des Officiers qui ,
par de faux prétextes , abjuroient des fermens
( 131 )
1
volontaires & facrés , mais depuis que vous avez
combattu pour la Patrie , je fuis profondément
indigné contre ceux qui paffent lâchement à
l'ennemi , en abandornant le pofte d'honneur , où
ma confiance les avoit placés . Je les regarde comme
mes ennemis perfonnels , comme les ennemis les
plus dangereux de ' Etat , & il en coûtera moins
à ma fenfibilité , lorfque je vertai s'appefantir fut
eux toute la rigueur des Loix. Sévère envers
les Officiers , en raifon de l'importance de leurs
devoirs , j'attends du Soldat la plus entière fou
miffion aux règles de la difcipline . Je vous ai
donné des Généraux dont l'expérience, les ta'ens
& le patriot fme juftifient ma confiance ; vous
leur devez toute la vôtre ; votre fûreté même
Perige . S'il le trouve près de vous des hommes
pervers qui cherchent à vous en détourner , n'écoutez
pas , fuyez ces traîtres qui vous trompent
& qui veulent vous déshonorer. »
Soldats Frar çois , illuftres dans tous les temps
par votre ardeur guerrière , fon énergie ne peut
que s'accroître depuis que vous êtes devenus Citc
yens & hommes libres. Combattez avec fièreté ,
refpectez les propriétés de l'homme paisible ; rappellez
votre humanité pour les vaincus ; fachez
que les revers , inévitables de la guerre , font des
leçons pour apprendre à vinere ; fachez quedes
fuccès ne peuvent être qué le réſultat d'une confiance
mutuelle , & de la difcipline la plus févère
; ceux que vous avez obtenus en préfagent
d'autres; ils vous font garans de la reconnoiffance
de vos Concitoyens , de l'eftime des Repréfentans
de la Nation , & de l'amour du Roi des
François. »
Signé , LOUIS, Et plus bas , A, LavARD,
F6
( 132 )
•
Notification aux Puiffances de l'Europe.
« Le Roi des François étant informé que l'on
continue à s'appuyer de fon nom pour propofer des
négociations auprès des Cours Etrangères , faire
des emprunts & fe permettre même des levées
de forces militaires ; voulant itérativement confacrer
d'une manière folemnelle fon attachement
à la Conftitution , qu'il a librement acceptée
& qu'il a juré de défendre , défavoue toutes
délibérations , proteftations , négociations auprès
de ces Cours Etrangères , emprunts , levée de
forces militaires , achats d'armes , de munitions de
guerre & autres, & généralement tous actes publics
& privés , faits en fon nom , par Louis- Stanislas-
Xavier; Charles - Philippe ; Louis - Jofeph ; Louis-
Henri-Jofeph & Louis- Antoine- Henri , Princes
François , & par les autres Emigrés rébelles aux
Loix de leurs pays ; déclare que fes intérêts &
ceux du Peuple , dont il eft le Repréfentant héréditaire
, font à jamais indivifibles ; que le Gou-
-vernement , dont l'action lui eft confiée , fera
maintenu par lui dans toute la pureté. »
Ferme dans cette, réfolution , le Roi des
François charge fon Miniftre des Affaires étrangères
, de notifier à toutes les Puiffances que
rout entier à la caufe du Peuple François , il
fera ufage de toutes les forces que la Confti-
-tution a mifes dans fes mains contre les ennemis de
la France , quelque prétexte qu'ils employent pour
telérer les raffemblemens armés des Emigrés , &
pour les foutenir dans leurs démarches hoftes . »
Signé , LOUIS.
Un Arrêté du Directoire du Département
de Paris , du 6 Juillet , prononce fur la jour
née du 20 Juin &fufpend en conféquencele
( 133 )
Maire & le Procureur de la Commune de
Paris de leurs fonctions . Voici le difpofitif
de cet Arrêté.
ce Le Maire de Paris & le Procureur de la
Commune font fufpendus provi oirement de leurs
foctions . "
In се
Le Confeil général de la Commune , sen
conféquence de l'article XXXII du titre I du
Code Municipal de la ville de Paris , nommera
un Officier Municipal pour exercer , par interim ,
les fonctions de Maire , & à cet effet , il fera
convoqué à l'inftant par le premier Subflitut da
Procureur de la Cominune , qui , conformément
à l'article XLIII du titre I du Code Municipal,
remplira , par interim , les fonctions de Procu
reur de la Commune . »
« Le Confeil renvoie aux Tribunaux le Maire
de Paris , le Procureur de la Commune & ceux
des Officiers Municipaux qui pourroient être prévenus
d'avoir changé ou levé des co fignes aux
differens poftes des Tuileries , à l'effet de quoi
les procès -verbaux & autres pièces qui les concernent
, feront remis au Juge de Paix de la
Section des Tuileries . Arrête que le Procureurgénéral
Syndic dénoncera les faits à la charge
de M. Santerre , Commandant de Batai Ion , &
du Lieutenant des Canoniers du Val - de Grace ,
& remettra auffi les pièces qui les concernent . »
Recommande expreffément à la Municipalité
de prévenir & diffiper , par tous les moyens de
la loi , tous attroupemens féditieux. »
« Le Confeil , en cxécution de la Loi du 14.
f Octobre 1791 , relative à l'organisation de la
Garde Nationale , dénonce au Corps Législatif
les faits de contravention à cette Loi , qui confitent
: »
1
( 134 )
1°. Dans l'admiflion fous les Drapeaux de
la Garde Nationale de perfonnes ron inferites
& fars aucune vérification préalable de leurs
qualités , même de Citoyens François . »
2 °. Dans la marche de différentes portions
de la force publique , fans requifition léga'e . »
3. Dans l'abus des armes nationales qui
ont été di igées & employées contre la sûreté du
domicile du Roi. »
сс
« Arrête , en outre , que le préfent Arrêté
fera adreflé fans délai au Miniftre de l'Intérieur,
pour être préſenté au Roi & tranfmis au Corps
Légiflatif.
»
Il fera également , fans délai , notifié au
Corps Municipal & au Confeil- général de la
Commune de Paris , ainfi qu'au Chef de Légion ,
Commandant - Général de la Garde Nationale
Parifienne. »
Cet Arrêté a été pris dans la Séance du Con
feil du s . Le Confeil étoit compofé de
virge quatre perfennes . Les voix ont été receillies
par appel nominal ; vingt une ont été
-poor l'Arêté , & trois contre.
·
Il a été notifié au Confeil -général de la Commure
, extraordinairement convoqué , le 6 ,
qui , en exécution de cet Arrêté , a nommé
1. Borie , Officier Muricipal , pour rempir ,
par interim , les fonctions de Maire.
En exécution de cer Arrêté , M. Defmouffeaux,
premier Sub. itat- Adjoint auquel il a été porté ,
a fept heures du matin , le 7 juiller, a convequé
le Confeil général pour d'x heures précifes , & a
vequis 1 ° . que l'Arrêté du Département foit
tranfcrit à l'iftant ; 2 ° . qu'il fait procédé , fans
ad slai , à la nomination da Maire par interim s
-3 °. qu'il foit enfuite denné commurication de
( 135 1
cette nomination, au Corps Légiflatif , à l'Adminiftration
du Département , au Commandant-
Général de la Garde Nationale & autre Chef
de la force publique.
Le Confeil- général a artêté,toutes les propofitions
du premier Subfitut- Adjoint , & enfuite
qu'il feroit fait une Députation au Corps Légif
latif, pour le prier de prononcer fans délai fur
l'Arrêté du Département -portant fufpenfion .
:
A l'infant où Farrêté a été lu , M. Pétion s'eft
retiré ; M. Danton s'eft ´écrié : que tous les bons
Citoyens , que tous les bors Officiers Munici
paux fuivent le Maire à l'Affemblée Nationale ;
quelques Membres du Confeil , amis de M.
Pétion , l'oit fuivi la majorité du Confeil eft
reftée à la place , M. Defmouffeaux a pris la parole
à l'inftant , & a dit : ce Je ne connois de
bens Citoyens que ceux qui obéiffent aux Loix ,
aux autorités conflituées par elle ; ceux qui méconnoiflent
ces autorités , ceux qui violent la
Loi fent des ennemis de la liberté publique , des
cunemis du Peuple , de véritables brigands. Je
requiers done que le vice- Préfident pren le
fauteuil , & que le Confeil général neève fa
Séance qu'après avoir pris les décifions que l'in
térêt public exige. »
-
Le Confeil général à continué les délibérations.
« Les amis de MM. Pétion & Manuel & de
leurs Coopérateurs ne ceffent de répéter que c'eft
pour avoir évitélaguerre civile , épargné le lang du
People qu'on vouloit verfer , qu'ils font fufpendus
de leurs for &tions, »
сс
Ne pourrait- on pas dire , au contraire , que
c'eſt en laiſſant former un attroupement confidérable
, qu'il étoit fi facile de difliper dans fon
( 136 )
principe , que c'eft en laiffant réunir dans la place
du Carrouzel vingt mille perfonnes , armées de
toute arme , au milieu de la Garde Nationale ,
qu'on s'eft exposé à faire verfer le fang du peuple ;
& en effet , fi le fufil , dirigé du milieu de cette
foule fur M. Perret , Commandant du Bataillon
des Petits-Pères , n'eût pas raté deux fois , la mort
de cet Officier ne pouvoit elle pas devenir le
fignal d'un carnage affreux. Qui en auroit été
caufe ? n'eft- ce pas ceux qui , au mépris de toutes
les Loix , avoient laiffé former cet attroupement.
»
4. La conduite du Roi , de la Reine , de fà
Famille , leurfang froid, leur courage , leur
bonté offrent dans la journée du 20 des traits
fi dignes de l'attention de l'Europe , que
nous en recueillerons quelques uns ici qui
nous étoient échappés , & fur l'authenticité
defquels on peut compter.
·
Au moment où S. Majefté , accompa
gnée de MM . Gentil & Septeuil , paffa de
Pintérieur de fon appartement dans la falle
appellée l'Oeil- de - boeuf, les gens à piques
en brifoient la porte. MM . Acloque , Quinguerlot,
Aubier & Vanot , qui étoient dans
cette pièce , mirent auffi- tôt l'épée à la main
pour défendre le Roi. Non , dit tranquillement
S. M. , je veux avancer à eux , et leur
parler: ce confeil fut appuyé de M. Acloque .
Ouvrez- leur donc la porte , continua le Roi.
Edouard , Suiffe , qui la tenoit en dedans ,
dit , en appuyant fes mains deffus pour empêcher
qu'on ne l'ouvrit : Sire , permettez
I
( 137 )
1
1.
7
au moins que j'appelle mes camarades . Ouvrez
fur- le champ , reprit le Roi , aux pieds
de qui tomboient les panneaux de la porte ,
par l'ouverture defquels paffoient une hache
& le canon d'un fufil . A l'inftant où le
Roi donnoit det ordre , MM . de Mouchy,
Bougainville d'Hervilly , ce dernier condu
tant quatre Grenadiers , entrèrent par la
port oppofée à celle que l'on enfonçoit.
Madame Elifabeth vint auffi dans ce mcmert
de danger , & faifit le Roi par le pan
de fon habit, pour n'en être point féparée.
Ce fut M. de Bougainville qui eut la
préfence d'efprit d'engager le Roi à paffer
dans une embrâfure de fenêtre , & MM. de
Septeuil & d'Hervilly firent enfuite monter
-S. M. fur la fenêtre , pour le mett e plus en
sûreté précaution fans laquelle le Roi eût
infailliblement péri dans la foule. - Ma
danie Elifabeth , chez qui les vertus & le
courage font aufli naturelles que la dousceur
& l'inaltérable bonté , ayant quitté le
Roi au moment où fes ferviteurs l'enfoufèrent
devant la fenêtre , voyant les factieux
-s'avancer, & crier , E Autrichienne , où eft- elle !
fa tête, fa tête , fe mit à dire avec une tranquillité
admirable S'ils pouvoient me
prendre pour la Reine , on auroit le temps
de la fauver. Un furieux lui préfente une
pique à la gorge : Vous ne voulez fans doute
point me faire du mal, dit cette Princeffe ;
détournez donc votre arme,
:
( 138 )
dée
Cependant la Reine , qui avoit été retarpar
les foins qu'exigeoit d'elle la sûreté
de fes enfans , fe rendit avec empreiſement
auprès du Roi fôt qu'elle le fut dans
lil- de- Boeuf. Les cris affreux de gers
à piques qui demandoient fa tête ne la
retinrent pas ; elle volcit auprès du Roi
lorfque M. Aubier s'approche au moment
qu'elle entroit , & lui repréſente qu'elle
expoferoit infailliblement fes jours , &
augmenteroit les péri's du Roi , fi elle avançoit
plus loin. S. M. n'en étoit pas moins
réfolue à ne point abandonner le Roi , lorfqu'on
lui dit que Madame Elifabeth étoit
d'avis qu'elle fe retirât , qu'il lui feroit
d'ailleurs impoffible de fe rendre auprès du
Roi à travers la foule qui croiffoit . Ma
dame de Lamballe appuya ces raifons , &
S. M. fe rendit dans la pièce cù étoient
fes enfans , entourée de Mefdames de Lamballe
, de Tourzel, de la Rocheaymon , de
Chimay & autres du fervice ordinaire de
la Reine , qui ne l'ont point quittée dans ce
moment de péril pour tout ce qui lui eft
attaché. Mais à peine S. M. y étoit elle retirée
que les trigands , conduits par des
gens qui connoifoient bien la topographie
du château , vinrent rar des efcaliers dérobés
, forcèrent les paffages , brisèrent une
porte en criant : Autrichienne , Madame
Veto , fa tête. La Reine alors prit les enfans
par la main ; fes Dames l'entourèrent ,
(( 139 )
& au moyen de quelques Grenadiers du
batai lon des Filles St. Thomas , on parvint
à la faire paff r dans la falle du Confeil ,
où S. M. refta tranq illeme : t quatre heures
occupée du fort du Roi , & ne marquant
d'inquiétude que pour les er fans & les perfonnes
de fa fuite , pendant qu'une multitude
armée , féroce & mençante , l'outra
geoit par- tout ce qu'un fanatifme barbare
-Feut inventer de plus atroce.
+
+
Il étoit a fé de prévoir que les conquêtes
de M. Luckner ne ferviroient qu'à fournir à
l'Europe de nouveaux fujets de haine contre
nous , & qu'on feroit obligé de les rendre
fi-tôt qu'il plairoit aux ennemis de nous
en chaffer. Nous les avons prévenus , & des
* vues 'conformes au fyftême du Miniſtère
actuel , ont fait rétrograder nos troupes de
Menin , Ypres , Courtrai , aux poftes qu'ells
occupoient auparavant.
Mais ce qu'on attendoit point , cleft
qu'on ait pincendier les habitations pas-
-ticulières de Courtrai , lorfque cette me-
*fure extrême ne peuvoit ni gêner la marche -
de l'ennemi , ni faciliter notre ré'ra te dans
laquelle nous fumes d'ailleus affez maltraités
par l'enen i . Quoi que foi ,
voici comme le Général lui même excufe
Cette atrocité dans 11 lettre hue à l'Affeinblée
Nationale dars la féance du Mardiz
de ce moist .
( 140 )
4.
Lettre de M. Luckner , du Miniftre de la guerre.
Au quartier - général , près Lille le 30 juin
2:51792.0
« J'ai à vous rendre compte monfieur , d'un
événement bien fâcheux , & à vous dire avec
douleur , qu'hier , 29 au matin , les avant- poftes
ayant été vivement attaqués par l'ennemi , fe
font repliés fuivant leurs ordres , fur Courtray.
L'ennemi s'étoit, emparé des maisons des fauxbourgs
les plus près de la ville, il y a établi du canon
& tircit ainfi furnos retranchemens . M. Jarry,
Maréchal de camp , commandant l'avant-garde ,
combattoit avec force & avec fuccès dansles nouveaux
retranchemens . Après l'en avoir chaffé , &
s'être raffuré qu'il n'y avoit plus de Soldats cachés
dans les maiſons , il a été tiré , d'une de fes
maifons , un coup de fufil fur fa perfonne . J'ai
même qui dire qu'il l'a fait vifiter , & y a trouvé
de la poudre cachée . Le général , croyant pour
la fûreté de fon pofte de Courtray, être obligé de.
' faire abattre les maifons les plus voifines de la
ville , pour empêcher Far- là que l'ennemi sen
fervit trop avantageufement contre lui , il y a
-auffitôt fait mettre le feu. Il m'a rendu compte
aflez tard dans la matinée , de tout ce qui s'étoit
paffé , me difant feulement qu'il avoit
été obligé de faire brûler quelques maifons . Jef
que-là je ne voyois dans cette extrémité qu'une
forte de juftice. Mais une députation des magiftrats
de Courtray , venue à moi vers deux
heures après-midi , m'a appris que M. Jarry continuoit
à faire brûler les maifons. J'ai sauffitôt
monté à cheval , & me fuis preffé d'aller faire
éteindre la torche , qui malheureusement plen
( 141 )
avoit déjà que trop brûé , & qui , fans moi ' ,
auroit fini par réduire le refte des fauxbourgs en
cendies. >>
& Confterné d'une mefute auffi violente , j'ai
demandé à M. Jarry de quel ordre if fe portoit
à tels excès , il m'a répondu que lui ayant con
fié la défenſe de la ville de Courtray , & le foin
de veiller à la confervation de la vie de fes compagnons
d'armes , il avoit cru cette opération indifpenfable
. »
--
« Voilà , monfieur , le fait dans la pure vérité.
M. Carle, Lieutenant- Général , a mis trop
de foiblefle à faire agir M. Jarry , qui étoit en
fous ordre. J'ai b'âme hautement & très - fincéfement
cette conduite violente ; mais je n'ai pu
la punir parce que je dois laiffer à M. Jarry
à prouver cette trifte néceffité , comme tous les
détails qui tournent à fa juftification . Laperte
confidérable qu'éprouvent les incendiés , eft fans
doute très- affligeante pour moi , mais c'est le fait
en lui- même qui me peine à un point que je ne
faurois vous rendre. Je vous engage , monfieur ,
à faire votre rapport à l'Affemb'ée nationale , &
de réclamer de la juſtice une indemnité en faveur
des malheureux habitans de Courtray. Je vous
ptie d'examiner fi cette dernière ne feroit pas
autant commandée par la politique , que par l'humapité
, & par tous les principes qui m'ont toujours
empêché de traiter les Belges en ennemis . Il ne
m'a pas été poffible de vous faire fur - le- champ
le rapport de cette affaire . Je ne fuis revenu hier
de Courtray que très - tard . J'ai été toute la nuit
à cheval , & ne fuis arrivé à Lille que fort tard
aujourd'hui. ilk en ons sond
Signé le Marééhal Luckner,
}
( 742 )
x
+
Cette retraite forcée ne s'eft point faite
fans une perte que nous ignorons encore,
les ennemis nous fuivoient de près , & ont
fait même prifor niers une quarante de ces
Belges imprudemment affociés à nos trou«
pes, dans une expédition de ce genre ; ils
ont été pendus par l'ennemi il ne reſte
plus un François dans Ypres , Menin ,
Courtray. Le premier Juillet la portion de
l'armée commandée particulièrement par
M. Luckner a quitté Lille , & s'eft m fe en
marche fous les ordres pour le camp de
Famais . M. de la Noue , qui commandoit
le camp. de Maulde, aux environs de Tournay
s'eft hâté de fe replier ; le 2 , matin ,
il a abandonné ce canip , qui avoit été affez
mal fortifié , par M. de Foiffac ; un petit
nombre de troupes l'a occupé enfuite , &
elles memes, doivent ferretirer au premier
moment. Les fix mille hommes fous le
commandement de M. Carle, rentrés à Lille
le famedi matin , font partis le z pour Dun
kerque où ils étoient avant. L'armée de
M. de la Fayette avancée péniblement à
Maubeuge , après avoir eu fon avant -garde
très maltraitée le 1Juin , ainfi qu'on l'a dit ,
& perdu un Officier Général , M. de Gou
nion , s'ekt retirée à Montmédy , Sienay ,
Sedan , poftes qu'il faudra défendre à me
fure que les forces Pruffiennes. & Auti(
143 )
chiennes fe dirigeront vers cette partie
des frontières.
Tel eft le réfultat de cette campagne dont
le commencement eft marqué par des af
faffinats , une déroute honteuſe , le milieu
par des pertes notables , & la fin par une
retraite forcée & l'incendie peut- être vo¬
lontaire d'une Ville .
Le camp de Newkirch a été levé le 21
Juin , & transféré à Vergaffe près Sartelouis
lé 23. Cette dernière pofition eft plus faine
pour les troupes qui fe trouvoient dans un
terrein humide. M. de Kellermann qui com
mande ce camp a fait placer un pofte de
700 hommes à Forbach , au- dellous de
Newkirch Ce pofte eft le débouché de
plufieurs grandes routes qui viennent s'y
rendre de l'Allemagne & de la France. Au
refte, la troupe aux ordres de M. de Kellermann
n'eft rien moins que tranquille , puitque
le ro Juin les Soldats ont voulu pendre
quelques Officiers qu'on n'a pu fouftraire
a la lanterne qu'en les mettant en prison
quelques jours.
Le régiment d'Erneft a été reçu le 17
Juin à Nyon , petite Ville du Canton de
Berne , avec toutes fortes de marques d'ein(
144 )
}
preffement & d'eftime. M. de Watteville
aujourd'hui Colonel , étoit à fa tête. — II
n'y a encore rien de décidé fur le fort des
autres régimens au fervice de la France.
* Deux cents dix- huit hommes du régiment
du Cap ont débarqué à Auray en
Bretagne le 26 Juin ; ils font fous le commandement
de M. Pichon , Capitaine dans
ce Corps Le réginient du Cap a rendu les
plus grands fervices à la Colonie , par fa
bravoure , fa difcipline & les nombreux
détachemens qu'il a fournis. Aufli , dans
l'espace de huit mois , depuis le 23 Août
1791 jufqu'au 21 Mars de 1792 , a- t- il
perdu tant par le feu des Nègres révoltés
que par les fatigues & les maladies 239
hommes ; ce qui joint aux malades & à
ceux qui paffent en France pour le réta
blir forme un déficit de 474 hommes ,
c'est- à - dire plus de la moitié du régiment
tel qu'il exiftoit en Août 1791 .
.
;
ni
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE
SUÈDE.
De Stockholm , le 25 Juin' 1792 .
M. DE VERNINAC , nouvel Envoyé de
France , n'eft point reconnu comme tel à
la Cour : il vit en fimple particulier. On
s'étonne ici que le Ministère François connoiffant
notre averfion pour fes principes
ait nommé pour fon Repréfentant ici un
homme exalté dans les idées de la Révo
lution , & dont la conduite dans l'affaire
d'Avignon pouvoit bien faire juger que
nous n'en voudrions pas. D'un autre côté ,
M. Gauffin , qui jufqu'ici avoit été chargé
des affaires de France , ne fe mêle plus de
rien , en forte que la correfpondance offi
cielle de la Suède avec la France fe trouve
entièrement interrompue .
No. 29. 21 Juillet 1792. G
POLOGNE.
De Varfovie , le 20 Juin 1792.
Les affaires fe compliquent à mefure que
les évènemens fe preffent ; la guerre au
dehors , les contre-fédérations particulières
ua dedans , la neutralité , ou peut être même
la réunion de la Pruffe & de Vienne
pour feconder les projets de la Ruſſie :
tout annonce que la Conftitution de 1791
doit céder à la violence des obftacles
qu'elle rencontre dans fon exécution.
Malgré quelques avantages , toujours
exagérés dans l'intention de foutenir les
efprits incertains , les Ruffes pénètrent de
toutes parts fur le territoire polonois . Le
Prince Dolgorouki , à la tête de 40,000 Ruffes,
s'avance à grands pas dans la Lithuanie ,
tandis que le Général Kochowski , avec un
nombre égal de combattans , fait des progrès
dans l'Ukraine , qui prouvent que les
fuccès que nous avons eu n'ont que foiblement
diminué fes forces .
C'eft le 17 , que l'action générale eut
lieu : elle commença par une forte canonnade
qui dura depuis 7 heures du matin
jufqu'à's heures du foir. L'aile gauche des
Ruifes fut mife d'abord en déroute , l'aîle
droite refta feule , & fut bientôt forcée de
fe retirer , & de nous laiffer le champ de
( 147 )
bataille ; nous l'avons confervé deux heures
encore après le combat . On croit que les
Ruffes ont perdu près de 4,000 hommes ;
notre perte s'élève à 800 hommes & 300
chevaux . Le Général Poniatowski a montré
un grand courage & beaucoup d'intelligence.
Cette action s'eft paffée près de
Zaflaw dans l'Ukraine Polonoife. Les évènemens
mettront à même d'en apprécier
le véritable fuccès ; jufqu'à préfent elle n'a
point déforienté les mouvemens du Général
Ruffe Kachowski , dont la déroute n'a
point été tellement complette qu'il n'ait défait
entièrement le Corps de cinq cents hommes
qui couvroit notre arrière - garde .
A - peu près dans le même temps que.
cette bataille fe donnoit en Ukraine , le:
Major Perekladowski étoit aux prifes en
Lithuanie avec plufieurs Corps de Cofaques.
L'acharnement de part & d'autre fut
violent , mais enfin affailli par le grand
nombre il fut obligé de fe retirer après.
avoir eu 30 hommes tués & so bleffés ,
fuivant le rapport envoyé le lendemain de
l'action , c'est- à dire le 14. On eftime la
perte de l'ennemi de 350 hommes ,
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur-le -Mein , le 10 Juillet.
Les préparatifs, les démarches , les mou ,
G. 2
( 148 )
vemens de guerre contre la France continuent
avec l'activité que peut comporter
une auffi grande opération ; mais les évènemens
hoftiles n'auront lieu qu'après que
le Manifefte des Puiffances coalifées aura
été publié. Cet acte n'eft plus une chimère;
il eft court, fimple , & repofe fur trois bafes
principales , 1 °, les Puiffances déclarent
qu'elles n'entendent point faire la guerre,
au Roi , ni au Peuple François , encore
moins leur dicter des loix ; qu'elles ne font
armées que contre ceux qui , après avoir
perdu leur patrie , menacent la sûreté de
P'Europe entière ; 2 ° . qu'on ne veut entrer
dans le royaume que pour faciliter au Roi
l'exercice libre de fon autorité légitime &
le moyen de concerter avec la Nation Fran-"
çoife les mesures qu'exigent les circonf
tances & le retour de la tranquillité ;
3 °. elles rendent refponfables les Corps en
autorité des attentats qui pourroient être
commis par efprit de fanatifme , ou autrement
contre la Famille Royale ou les
Perfonnes profcrites dans l'efprit des factieux.
Il paroît que cet article eft un de
ceux auxquels les Cours réunies tiennent
effentiellement , & que , dans le cas de quelque
crime commis contre l'avis qu'ildonne,
ilen réfulteroit des rigueurs extrêmes contre
lefquels il feroit difficile au parti vaincu
de réclamer. Cet acte eft prêt ; l'on n'ai149
)
tend pour l'annoncer que le Couronnement
de l'Empereur.
on s'en eft faite les à une heure ;
300 pièces de canon placées fur les remparts
& le bruit de toutes les cloches de
Ta ville ont annoncé que le choix des électeurs
étoit tombé fur le petit -fils de François
le- Bon , fur le fils de Léopold- le- Sage ,
Tur François 11 , Roi de Bohême & de
Hongrie , élu Empereur des Romains.
Après l'élection , les Electeurs fe rendirent
de l'Eglife de St. Barthelémi où elle
s'étoit faite , au Romer , & de là à leurs
hôtels refpectifs
.
La défenfe faite à tout étranger , qui n'a
point une patente de protection , de refter
dans la ville pendant le jour de l'élection ,
a été étendue jufqu'après le Couronnement
, & les Miniftres étrangers , en conféquence
de cette difpofition , ne font point
rentrés en ville comme de coutume après
l'élection .
Le Nonce du St. Siége , M. l'Abbé
Maury , eft un objet général de curiofite
& de confidération. Tout le Corps des
Ambaffadeurs le traite avec une diftinction
marquée. Ses grands talens , fes fuccès
n'ont point changé fon caractère ; il a confervé
toute fa fimplicité dans la place éminente
qu'il occupe : il traite fes anciens
égaux comme fes amis , & fe nomme lui-
G
3
( 150 )
meme un parvenu. If eft utile à beaucoup
de François dans la détreffe auxquels il prodigue
les attentions & les fecours. Son
ancien Collègue , M. de Cazalès , eft retiré
a Poppelsdorff près de Bonn , où il vit
philofophiquement à la campagne.
La marche des troupes Pruffiennes &
Autrichiennes n'éprouve point de fufpenfion
jufqu'à préfent , mais tant qu'elles ne
feront point réunies , on ne peut connoître
rien de politif fur les moyens d'exécution
qu'annoncent d'auffi grands préparatifs.
Trois bataillons du régiment Pruffien de
Rombergfe font arrêtés le 6 à Konigwintert,
fur la rive gauche du Rhin , à une demilieue
de Bonn. Ils fe rendent dans l'Electorat
de Trèves , où plufieurs autres font
déjà arrivés. Le plus grand ordre règne
dans la marche de ces troupes , & aucune
réclamation ne s'eft encore élevée contre
elles. Neuf autres bataillons Prufliens ,
faifant à- peu -près 7,000 hommes , font
paffés à Duffeldorff le 8 ; ils vont au camp
de Neuvied près Coblentz . L'artillerie de
fiége Pruffienne a été embarquée fur l'Eibe;
elle arrive par la Baltique en Hollande
d'où elle fera tranfportée fur le Rhin jufqu'a
Coblentz. Les régimens Prufliens de
Schenk & de Thadden ont pafféle 3 par Gierfen
pour Coblentz.- Le Duc de Brunswick,
· Commandant les armées combinées eft ar(
( 151 ))
rivé le au village de Horsheim près Co
blentz où ce Prince a établi fon quartier
général. On affure que l'entrevue entre
l'Empereur & Sa Majesté Pruffienne aura
lieu à Margentheim. M. le Prince de
Conté doit fe rendre entre Francfort &
Mayence avec un corps de François de
5
à 6000 hommes.
"
T
31
Le Roi de Pruffe a depuis peu renouvellé
l'ordre de l'Aigle- rouge , inftitué ci - devant par
la ligne Brandebourgeoife , régnante en Franconiel
S. M. s'en déclare Chef Suprême & Grand-
Maître , & le confère aux Chevaliers actuels de
l'ordre de l'Aigle- noir ; mais ordonne qu'à l'exception
des Princes de la maifon Royale , des
Souverains , des Princes régnans de l'Empire
`perfonne ne fera revêtu dorénavant de l'ordre
de l'Aigle- noir , à moins qu'il n'ait été décoré auparavant
de celui de l'Aigle- rouge , déclaré deaxième
ordre de Chevalerie du Royaume.
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 14 Juillet 1792.
›
La retraite des François a produit l'effet
qu'on devoit en attendre , celui de rétablirla
tranquillité & de décourager les efprits turbulens
, qui fans autre motif que l'amour
du changement , fe berçoient de l'efpoir
d'une révolution à la Françoife chez nous
L'évènement de Courtrai en a infpiré dé
Thotreur. Le peuple ne parle des Frans
G 4
( 152 )
çois que comme d'hypocrites ambitieux ,
qui malgré l'étalage de leur fauffe philantropie
ne fuivent pas moins l'exemple des
oppreffeurs & des dévastateurs dans leur
conduite: politique & militaire. Voici
comme la Gazette de la Cour a rendu
compte de cette atrocité gratuite du Général
Jarry.
« Les François Jacobins étant à Courtrai &
Harlebeke , menaçant d'entrer ou à Gand ou à
Oudenarde , on détacha à la hâte le Général Beaulieu
, qui étoit alors à Tournay , pour le placer
de manière à inquiéter les mouvemens de l'ennemi
en forte qu'il prêt les quartiers vers le
village de Vicht , en étendant la droite vers
Hatlebek:, ayant prévenu le Colonel Mylius ,
qui étoit alors à Deynfe , de s'avancer & d'attaquer
Harlebeke , que lui , Général Beaulieu ,
foutiendroit fa gauche , n'ayant rien à craindre à
fa droite , couverte par la Lis ; tout s'étant fait
ainfi , ayant repris Harlebeke , le Général Beaulieu
commença à pouffer les avant - poftes fur
Courtrar d'autant plus aifément , que le Comte
de Clerfait s'étoit avancé lui- même avec une
grande partie des troupes qu'il avoit à Tournay
jufqu'à Coeyeghem , de manière que le Corps
du Général Beaulieu communiqnoit parfaitement
au Co ps d'armée du Général Clerfait dans cette
fituation . Le Général Beaulieu , fatigué d'une
tiraillerie de moufqueterie & de canons que l'ennemi
ne ceffoit de faire nuit & jour , tant du
côté d'Hrlebeke que contre les Chifleurs qu'il
pouloit en avant , réfolur , le 29 Jain , avant
le jour , d'attaquer & faire challer tous les avantpostes
de l'ennemi qui fe trouvoient hors de
( 153 )
Courtrai en avant , & de les refferrer dans la
ville de Courtrai , afin de pouvoir , après cela ,
faire d'autres difpofitions décifives ; les avantpoſtes
, compoſés la plupart de Chaffeurs & de
quelques Bataillons d'Infanterie foutenus convenablement,
attaquèrent & renversèrent généralement
tous les avant-poftes ennemis dont ils en
tuerent & blefsèrent beaucoup ; mais l'ennemi fuyant
toujours , les avant - poftes Autrichiens poufsèrent
jufques dans les fauxbourgs de Courtrai , ou
Tennemi fe crut en fûreté : nos Autrichiens les
en délogèrent encore malgré le feu du canon de
la ville qu'on ne ceffoit de tirer de plufieurs
batteries ; enfin le Genéral Beaulieu fachant qu'une.
feule pièce de canon , qu'il avoit envoyée en
avant pour foutenir les fiens , venoit d'être démontée
, fit ramener la pièce , & ordonna à fa
troupe de rentrer , en obfervant néanmoins que
fi l'ennemi , fortoit de fes murs , de retomber
deffus , & qu'il enverroit de plus gros fecours
s'il étoit néceffaire ; mais l'ennemi , felon le
témoignage de la ville de Courtrai , ayant plus
de 26 chariots chargés de morts & de bleflés
il ne lui prit aucune envie de recommencer &
teſta dans la ville ; nos troupes rentrèrent tranquillement
dans leur pofition , excepté qu'on prit
des avant-poftes beaucoup plus près de la ville , en
forte quel'ennemi ne pouvoit s'attendre que d'être
attaqué fubitement . »
CC Le Général Beaulieu ayant déjà fait mine
de jetter un pont fur la Lis à Harlebeke , l'en
Demi fe trouvoit menacé de tous côtés ; M.
Jarry , Maréchal -de-Camp Jacobin , & Commandant
à Courtrai , de tourment ou de rage de
voir que la troupe , n'ofoit plus en fortir , mit
les fauxbourgs de la ville en feu , fit brûler les
GS.
( 154 )
blanchifferies , maifons , enfin rien ne fut épargré ,
près de 200 maiſons furent la proie des flammes ,
plufieurs perfonnes furent brûlées vives , catre
autres un vieillard de 82 ans , beaucoup de beſtiaux ,
& perfonne ne fauva fes meubles ,
cc
Après quoi l'ennemi quitra la ville de Courtrai
à dix heures de la nuit , dans le filence le plus profond,
& les Autrichiensy entrèrent à la pointe du jour du
Juin. » 35
ce Nous avons voulu agir de repréfailles le lea
demain ( 30 Juin ) ; nous avons été en patroville
dans un gros bourg François appellé Waterloo ;
la Garde Nationale , à notre approche , s'eft enfuie
ainfi que tous les Habitans , laiffai t- là & leurs
effets & leurs magafins ; nous nous fommes contentés
du bonnet de la liberté , qui étoit perché.
fur la place , & nous n'avons pas permis à un ſeut
homme d'entrer dans une mailon , même pour y
boire un verre de bierre ; voilà comme nous nous
vengeons . »
Nous n'ufons de rigueur qu'à l'égard des pri
fonniers Béthuniftes , qui fubiront tous la peine de
rébellion ; tout ce qui eft pris eft condamné à mort,
& nous nous appercevons que depuis long- temps
on auroit dû agir de même ; l'obſervance des Loix
fait la fûreté d'un pays. »
Il continue d'arriver de temps à autre quelques
étachemens de troupes qui fe joignent à celles
qui font aux Pays - Bas. -On annonce de Luxembourg
que , le 4, on y a vu arriver l'avant- garde
d'un Corps de Mineurs & de Sapeurs venant de
la Bohême , & que deux Bataillons d'Artillerie les
fuivoient. A Mons , un Commiffaire de l'Armée
Françoife eft venu traiter de l'échange de quelques
Prifonniers ; il a ramené deux ou trois Officiers Auerichiens
, & en a emmené autant de ſa Nation .
( 155 )
Les armées n'ont point encore changé de pofition ;
le camp. fous Mons fe fortific , & l'attente des évènemens
fufpend les opérations .
C
33
GRANDE - BRETAGNE
A De Londres , le 6 Juillet. e.
L'on a reçu par la frégate la Vestale des
nouvelles qui confirment les grands avan
tages remportés par le Lord Cornwallis fur
l'armée de Tippoo . Celui- ci fut attaqué
par l'armée Angloife dans la nuit du 6 au 7
Février , il fut battu domplettement & forcé
d'abandonner le champ de bataille où l'on
prit 75 canons. L'armée Angloife fe pofta
dès- lors dans une petite Ifle fituée vis - à - vis
Seringapatnam , après s'être emparé des
forts , & l'on apprit que le Général Abercrombie
s'avançoit à grande journée du
côté du Sud.
Dans cette pofition le Prince Indien
fongea férieufement à faire la paix. Il voyoit
fa Capitale cernée de toutes parts devant
une armée victorieufe. Cependant la négociation
paroiffoit devoir fe prolonger
Torfque l'arrivée du Général Abercrombie le
15 Février , décida Typpoo à accepter les
conditions que lui dictèrent les Généraux
Anglois . La paix a été fignée & annoncée
au camp le 24 Février 1791 .
Par ce Traité le Coïmbotore eft cédé à
l'Angleterre ; le Nizam recouvre ce que
G6:
( 156 )
Hyder avoit pris à fon père , & les Marattes
auront le Diftrict qui avoifine leurs domaines.
Typpoo conferve Seringa; atnam ,
Bednote & le Myfore.
Typpoo payera en outre trente lacs de
Toupies , à peu près 3,300,000 liv. fterling
( 72,600,000 tournois ) aux armées alliées
en dédommagement des frais de la guerre ;
il relâchera les prifonniers Anglois & donnera
fes deux fils en ôtage.
Ainfi voilà l'Angleterre maîtreffe des plus
belles poffeffions de l'Inde , fon comnieice ,
fes richeffes , les forces doivent croître en
proportion , & l'on ne doute pas qu'avec
d'auffi grands moyens elle ne puiffe s'emparer
lorfqu'elle le defirera de ce qui refte
aux François dans cette partie du monde.
La France feule pouvoit fecourir Typpoo
contre nos forces réunies à celles du Nilam ;
balancer ainfi notre puiffance & fe ménager
quelqu'appui contre nous. Mais fon interminable
révolution , fes forces divifées ,
détruites , ne lui ont pas permis de penfer à
fon ancien allié , lui dont les envoyés ont
été fi bien reçus à Paris il y a quelques années.
C'eft ainfi qu'un des poids une fois
ôté dans la balance des Puiffances , il en
réfulte des changemens confidérables dans
la force & la grandeur des Etats.
C'est au reffe une abfurdité fans exemple
de dire que Typpoo n'a cédé aux conditions
du Lord Cornwallis que pour nous
3
( 157 )
féparer de nos alliés & nous battre info
lemment enfuite. Il eft clair que les motifs
que nos alliés ont eus dans cette guerre de fe
réunir à nous , ils l'auroient dans une autre ,
& que nous aurions ainfi qu'eux , de plus
grands moyens encore de la terminer à
notre avantage . Ainfi la puiffance du Sultan
Indien eft réduite prefqu'à l'impoffi
bilité de nous nuire , aujourd'hui fur tout
que la France eft pour long- temps inca--
pable de donner le moindre fecours utile
à fes alliés , comme la moindre attention
à fes véritables intérêts.
Il paroît, par les avis reçus de Madras , que
M. de St. Felix, commandant la frégate Françoiſe
la Minerve a été rencontré par l'efcadre
Angloiſe en vue de Tellichery , fur la fin de
Février , que le Commodore Anglois inftruit
par un Officier envoyé de la Minerve
que cette frégate fe rendoit à Mangalore ,
fit dire à M. de Saint-Félix qu'il ne pafferoit
point fans être vifité , & que celui ci ayant
voulu fe mettre en état de combat , l'équi
page a refufé d'obéir & a conduit la frégate
dans la rade de Mahé , où fe trouvoit encore
laRéfolue qui réparoit les dommages qu'elle
reçut dans fon combat avec le Phénix.
Les Adreffes de remerciemens vorées à S. M. de
toutes les parties du royaume continuent de montrer
l'attachement du Peuple à la Conftitution actuelle
, & fa haine contre un Parti qui , fous le prétexte
de réformes dans le Gouvernemer.t , cherche
( 158
à tour renverser en s'emparant de tous es pouvoirs.
Le revenu public eft fingulièrement augmenté
pendant le cours de cette année , il s'élève à plus de
800,000 liv. fterlings au- deflus de ce qu'il étoir
l'année dernière ..
FRANCE.
De Paris , le 18 Juillet 1792 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du famedi , féance du foir.
Un décret avoit autorifé , le matin , le miniftre
de la guerre à habiller les compagnies franches de
draps gris , à caufe de la difette du drap verd. Uá
fecond avoit créé une quatrième légion pour l'ar
mée du midi . Un troisième avoit mis à la difpofition
du miniftre de la marine , de quoi payer
l'excédent des dépenfes extraordinaires de la ma
rine & des colonics pour 1791 ; & les frais de divers
ariemens pour St- Domingue , Cayenne &
la Corfe ; pour le remplacement des impofitions.
de la Martinique & de Tabago , 1,655,332 liv. 5
pour le changement de pavilion , 117,992 liv. 5
en tout 13,131,350 liv.
Nous parlerons du déficit du mois de juin lorſqu'un
décret l'aura rempli .
On a décrété fept articles relatifs aux fecours
accordés aux ci- devant penfionnaires ; fecours qui
auront lieu en 1792 comme en 1791-; à la charge ,
par les penfionnaires , de fe conformer aux décrets
du 2 juillet 1791 , des 30 & 31 mars dernier , Sont
exceptés les penfionnaires nés avant 1728.
Un commillaise député de la Guadeloupe fup(
159 )).
plie l'Affèmblée nationale de dufpendre l'exécution
du décret d'urgence , que nous avions omis , qui
ordonne l'envoi de commiffaires civils à la Gua-1
deloupe & mande à la barre M. de Clugny
gouverneur de l'Ifle , & c. quoique l'Affemblée
le foit engagée à ne rien ftatuer fur le fort des
colonies fans avoir entendu les obfervations de
leurs députés.
Au comité colonial. stre
Les municipaux de Chartres accourentiſe vanter
de n'avoir voulu ni enregiftrer ni afficher la
proclamation du Roi fur les évènemens du 20
juin . On renvoie leur adreffe à la commiffion des
deuze., & ik r çoivent les honneurs de la féance .
En faveur de la réunion encore , M. Lecointres
Puyravaux veut qu'on entende le rapport
mité de légiflation for la pétition par laquelle le
directoire de Paris provoqua le veto fur le décret
contre les prêties ... Ajourné à jeudi .
du co-
2
Après un difcours fur le beau civique fimple ,
trois articles décrétés ont mis la dépense de la fédération
du 14 de ce mois , aux frais de la nation
& bne borné, cette dépente là 35,000 liv . fans
qu'on ait aucune: approximation du nombre des
fidérés , pour lefquels on déciétera bientôt un
million Li
Conformément au décrét du matin , iles , corps
adminiftratifs , judiciaires & municipaux font ad
mis à la barre . On leur li le procès- verbal du
nouveau ferment , le préfident les exhorte à ré,
pondre aux voeur de l'Affemblée en redoublant
de zèle , & laur accorde les henneurs de la féance
Le Roi écrit au corps légiflatif la lettre Sui
vante : r
сс Paris , ce 7 Juillet , l'an 4º, de la liberté.
t
« On vient de me remettre l'arrêté du départe(
160 )
ment qui fufpend provifoirement le maire & le
procureur de la commune de Paris . Cet arrêté
portant fur des faits qui m'intéreflent perfonnellement
, le premier mouvement de mon coeur eft de
prier l'Affemblée nationale de' ftatuer elle-même
fur cet évènement. » r
CC
Signé , Louis , contre figné , JoLY . »
M. Lafource obferve qu'aucun principe n'au
torife un pouvoir à renvoyer les fonctions à un
autre , & qu'attendu que le Roi n'a pas prononcé
comme il devoit le faire , l'Aſſemblée doit paffer
à l'ordre du jour. L'Affemblée y paſſe , & l'on entend
ces cris partis des galeries à bas le départe-,
ment ; Pétion ou la mort , &c.
3
Du dimanche , 8 juillet.
Un membre qui n'a jamais élevé la voix contre
tant de feuilles foi - difant patriotiques où l'on
prêche , tous les jours , la révolte , l'athéisme ,
Faffaffinat , le régicide , où des fatyres amères ,
des éloges encore plus calomnieux , & des liftes
de profcription , outragent & menacent , matin
& foir , l'Affemblée , M. Monestier a dénoncé
deux ou trois mots échappés à la rapidité de la
compofition des dernières pages de la partie pofitique
du n°. 27 du Mercure , & s'est écrié :
Je demande que Mallet du Pan foit mis en
état d'accufation. » M. Lecointre - Puiraveaux
affuroit que l'Affemblée ne pouvoit s'en difpenfer
fans fe rendre coupable de prévarication
». M. Lecoz vouloit que le journaliſte
fût tenu de choifir entre les loix françoiles &
les loix genevoifes , option qui ne le priveroit
pas du droit naturel d'exprimer fon opinion' fur
les unes & fur les autres, M, Paganel accufoit le
7161 9
Mercure d'être un fignal de révolte. Sur les
motions de MM. Bréard & Bazire , il a été
décrété que le miniftre de la juſtice rendroit
compte des mesures prifes en conféquence de
décrets antérieurs , relatifs aux libelles , & que
cette dénonciation feroit , avec d'autres , remife.
au comité de furveillance . M. Champion avoit
judicieufement obfervé qu'avant d'accufer des
écrivains , il faudroit avoir des loix fur la liberté
de la preffe,
Une lettre du Roi propofe la levée d'une légion
de Bataves . Chargé de développer cette
propofition , M. Lajard en attribue , l'idée à M.
Dumourier qui forma un comité d'officiers Hollandois
réfugiés , & leur fit , pour achat d'armes
& d'uniformes , une avance fur les fonds affectés
aux dépenfes fecrettes . M. Briffot a blâmé
l'ex-miniftre n'aguère fi patriote , d'avoir entrepris la
levée d'un corps de troupes fans en prévenir l'Af
femblée nationale , & d'avoir employé 700,000 1 .
Pour cette entreprife dont il veut le rendre refponfable.
Il a ajouté qu'il feroit impolitique de
former une légion Batave au moment où la Hollande
garde encore la neutralité ... Au comité diplomatique.
On fait lecture d'une lettre des adminiftrateurs
du département de l'Ardêche , du sjuillet ,
qui mandent qu'il le forme des raflemblemens
armés à Saint- Sauveur & à Clufière ; que M.
Dufaillant , décrété d'accufation , s'eft mis à la
tête du parti contre - révolutionnaire , vient d'attaquer
le château de Jalès avec 2 , coo hommes
menace le château de Bannes ; qu'il fait des proclamations
où il fe qualifie lieutenant - général des
armées des Princes frères du Roi , gouverneur du
Bas- Languedoc & des Cévennes , forte de mani
•
( 162 )
fefte contre les autorités conftituées & les prêtres
affermentés , où il avertit qu'il a déjà fait vérifier ,
par la nobleffe du pays , les plein pouvoirs que
fui ont délégués leurs alteffes royales Monfieut
& Monfelg cur Comte d'Artois , comme exerçant
l'autorité du Roi leur frère pendant fa captivité
. Il annonce qu'il a fous les ordres 45,000
hommes dans les Cévennes & le Vivarais , &
25,000 dans le Bas Languedoc . I ordonne aux
ci-devant curés , juges &c . , de rentrer dans
leurs fonctions ; à tous les françois armés pour
la religion & la monarchie , d'arrêter , comme
rébelies , fans nulle réquifition , les membres
de l'Affemblée nationale , des adminiſtrations ,
des tribunaux , de courir fus & d'amener devant
lui tous les clubiftes , jacobins & feuillans;
enjoint à tous les receveurs de lui apporter le
produit des contributions . Ces nouvelles accueillies
de réflexions chagrines & d'éclats de
rire , font renvoyées à la commiffion des douze ;
& fur la motion de M. Lamarque il eft décrété
que demain , les miniftres entendus , on ouvrira
la difcuffion fur la queftion de ſavoir ſi l'on
déclarera que la patrie eft en danger .
Des députations des fections de Paris , dites des
Gravilliers & dela place Royale , font admifes à
la barre , & leurs orateurs déclament de pom
peux éloges du maire & de pathétiques inf-"
tances pour la levée de fa fufpenfion . --- « Un
grand attentat vient d'être commis , a dit M.
Tallien , l'un des orateurs ; ... Pétion , notre
père , eft fufpendu... pour n'avoir pas versé le
fang des citoyens ... pour n'avoir pas changé en
un jour de deuil l'anniverfaire d'une des époques
les plus mémorables de la révolution ... Le crime
de Pétion eft le nôtre... qu'on nous charge auffi
( 163 )
de fers...Nous demandons que vous levicz , dans
le plus court délai , la fufpenfion .... & que vous
jugiez quelle eft l'adminiftration coupable , ou
de la municipalité qui épargne le farg , ou du
dire &toire qui a voulu le faire verfer. » On applaudit
, on décrète l'impreflion , & le renvoi à la
commiffion des douze .
Du lundi, 9 juillet.
M. Chaudron - Rouffeau , loin de folliciter la
punition des attentats du 20 juin , dénonce au
contraire une adreffe du département de la
Haute-Marne à ce fujet. On l'a renvoyée à la
commiffion des douze. M. Rulh annonce que
2000 Autrichiens ont tenté de s'emparer du pont
du Rhin à Strasbourg...... L'ordre du jour en
attendant un rapport du miniftre .
Un décret a ordonné le renouvellement des
actions & portions d'actions de l'ancienne compagnie
des Indes , pour ro ans , y compris 1792.
Le comité militaire eft chargé de faire , fous
trois jours , un tapport fur habillement des
patriotes Belges qui ont joint notre armée , &
que M. Guyvernon a peint couverts de haillons..
M. Briffor a parlé pendant trois heures fur
les mefutes de sûreté générale,
1
« A 100,000 Autrichiens , a- t-il dit , joignez
$ 5,000 Pruffiens ; le contingent des Cercles ;
50,000 hommes ; l'armée du Roide Sardaigne , de
20 à 25, oco hommes ; la flotte de Naples ; l'armée
des rebelles ; tous les mécontens du royaume; voilà
nos ennemis . La neutralité de la Suiffe , fi elle
ne lui étoit pas impérieufement commandée pat
fes intérêts , feroit très équivoque . Celle de
l'Angleterre eft , jufqu'ici , une neutralité nationale....
Les Américains font réduits à des voeux
=
( 164 )
ftériles.... Les Rois font aûrs ;; ils veulent prévenir
le moment de leur chûte ; c'eft ici une
guerre à mort.... Les cours... favent bien que
Jes jacobins ne font pas une puiffance , qu'ils
n'ont ni argent , ni moyens , ni même d'émiffaires
; mais que les affemblées font des volcans
qui lancent fans ceffe une lave inflammable fur
la tête des tyrans ; qu'ils n'ont pas de poignards,
mais qu'ils combattent avec l'évangile de la
conftitution & ... fe feroient bien plus de proféics
que les tyrans & que les clubs tyrannicides
qui ne tuent perfonne ou même qui fe
concilient avec les tyrans ( bravo ! )..... li faut
donc déclarer que la patric eft en danger......;
recourir aux moyens extraordinaires ....; que la
nation fe lève toute entière..., ; que Sagonte
reffufcite parmi nous...... Qui de nous peut fe
familiarifer avec l'idée de l'entrée triomphale des
troupes Pruffiennes ?.... Quel homme fe rappellant
nos fêtes civiques , nos affemblées politiques....
ne frémiroit pas de rage s'il fe voyoit
force de s'agenouiller devant un féroce Houlan ?
Périffe plutôt Paris ! .... »
་ ་ ..
« Déclarez , fans délemparer , que la patrie eft
er daager & votre permanence ; que des couriers
portent ce décret folemnel dans tous les
départemens... Si le pouvoir exécutif refufe de
s'unir à vous...... Ici je m'arrête . Le falut du
peuple vous infpirera .... J'ai bien réRéchi à ces
mefures.... Mon filence feroit un crime..... Je
peindrai le pouvoir exécutif.... Le mal qu'il a
fait... Un jour ne change pas un homme ... Je
me regarderois comme un traître... fi je croyois
à cette converfion inattendue .... Frapper la cour
des Tuileries , c'eft frapper tous les traîtres d'un
feul coup... l'abcès eft dans la tête , »
( 165 )
Après avoir inculpé fon Roi autant qu'il a
voulu , M. Briffot a propofé de juger le Roi ;
de rendre les miniftres folidairement refponfables
des mesures deftinées à remplacer les décrets
frappés du veto ( quoiqu'ils ne doivent
exécuter que des décrets fanctionnés ou exempts
de ſanction ) ; reſponſabilité qui , felon M.'
Briffot , ne gênera pas la liberté des opinions
; » de décréter d'accufation les miniftres
des affaires étrangères , de la guerre & de l'intérieur
; d'informer contre le comité Autrichien ;
de créer une commiffion de sûreté , commiffion
fecrette , expéditive , compofée d'un très - petit
nombre de patriotes intrépides , qu'on chargeroit
de toutes les accufations de haute trahifon
; d'accélérer l'exécution des fentences de la
haute- cour ; de punir le général pétitionnaire ,
vendre les biens des émigrés , leur ôter l'efpoir
d'amnistic qui les enhardit , & maintenir les fociétés
populaires . « Soyez peuple , éternellement
peuple ; ne diftinguez pas les propriétaires,
des non-propriétaires ; éclairez toutes les dépenfest
de la lifte civile ; que l'Affemblée foit le feul
comité du Roi , le peuple fon confident ; que
les piques fe mêlent avec les fufils pour le garder
; & qu'il foit, au milieu de tous , un homme
du 14 juillet. » Ce difcours a emporté les applaudiffemens
des galeries.
Le miniftre de la juftice a lu an mémoire fur
tous les objets relatifs à fon département ; annoncé
la fanction donnée au décret dus concernant
les mesures à prendre lorsqu'on aura
déclaré le danger de la patrie ; informé l'Affemblée
que M. Roederer avoit écrit à M. Terrier-
Monciel que le procès - verbal de la féance du
département ou MM , Pétion & Manuel furent
( 166 )
>
fufpendus bien , que duement rédigé & figné
n'avoit pu être arrêté définitivement dans les
regiftres en confeit général. Là deffus grands
débats . MM . Dufaulx , Guérin , Thuriot , Chambon
, Guadet & Morillon s'évertuent à trouver
le département coupable. M. Thurier affirme
que fi Pétion n'elt pas un homme de bien
il n'y a plus de vertu fur la terre » . On cite la
loi. Ele ordonne que les délibérations feront
rédigées & fignées , affemblée du confeil tenante.
Selon M. Foffey , cela fignifie qu'on les fignera
dans une féance & non féparément. Les accufateurs
du département foutiennent que cela
fignifie que les délibérations doivent être fignées
dans la même féance où elles font conclues..
Quelqu'un obferve que les décrets de l'Affembiée
font fanctionnés , exécutés , intitulés : extrait
du procès - verbal , même avant que le procèsverbal
foit rédigé & figné , que ceux du mois
de mars ne font pas encore fignés , M. Blondel,
fecrétaire du département , eft mandé , apporte
les regiftres. La délibération eft fignée fur la
minute , le fera dans les regiftres , féance t
nante . On argumente de la différence de la
minute & du regiftre. M. Nérie attefte , que
tel eft le procédé de tous les corps adminifliatifs
. M. Goupilleau dit que la fufpenfion eft
honorable pour le vertueux Pétion . M. Lejofre
lui reproche d'avilir une autorité conftituée.
Après de longs débats , on décrète la mention
du tout & le renvoi à la commiffion des douze .
On avoit lu une lettre de M. Servan qui fe
rend à l'armée ; une lettre de M. Luckner qui
protefte contre les méchancetés fourdes » lues
par M. Delmas , dans la féance du 2 juillet , fur
le compte de M. Berthier , chef de l'état- major ,
( 167 )
& loue le patriotifme de M. Berthier ; & une
feconde de M. Luckner pour remercier l'Affemblée
de la confiance de la nation.
L Les miniftres de l'intérieur & de la guerre
déclarent n'avoir reçu aucune nouvelle officielle
du département de l'Ardèche ni de M. de Møntefquiou
, relativement à la piile du château de
Bannes Par
M. Dufaillant ; mais ils ont donné
des ordres de précaution . Quant au mémoire fur
l'état des forces du royaume , M. Lajard repré
fente la néceffité du fecret. La difcuffion s'ene
gage & s'anime fur l'utilité de tout savoir , fur.
le danger de tout divulguer. Autre difficulté ;
comment obtenir du ministère un compte général
qui ne foit pas compofé des comptes particuliers
de chaque miniftre ?... « De fubtilités en fub-
» tilités , difoit M. Ramond , voilà deux heures
» que nous ne nous entendons pas , & que nous
» mettons véritablement la patrie en danger...
» Dès le commencement , en intervertiffant les
» formes conflitutionnelles , nous avons provo
* qué la guerre actuelle par un décret... mai-
» tenant je vois de toutes parts qu'on cherche
s à faire retomber fur le pouvoir exécutif toute
la refponfabilité des évènemens qui fe pré-
» parent... Il n'eft plus temps de calculer avec
cette refponfabilité morale , & l'Aſſemblée doit
» l'embrafler toute entière... Je demande que
tout foit communiqué »... Sur la motion de
M. Lafource qui éludoit le point difcuté par M.
Ramond , il eft décrété que « les miniftres rendront
demain , à midi , compte de l'état actuel
du royaume relativement à la sûreté intérieure
& extérieure. »
Du mardi , 10 juillet.
Quelques orateurs réclament , à la barre , la
( 168 )
fevée de la fufpenfion du « vertueux maire , » &
prient l'Affemblée de fufpendre le département
de Paris auquel ils ont retiré leur confiance.
Honneurs de la ſéance & renvoi à la commiſſion
des douze.
Un membre demande un congé . L'Aſſemblée
décrète qu'elle n'en délivrera plus dès qu'elle
aura déclaré que la patrie eft danger , & qu'il
fera fait alors un appel nominal .
-Les amis de la conftitution de Bordeaux écrivent
aux amis de la Réole de concourir à former
à Bordeaux un bureau central d'amis , qu'il s'en
forme de pareils dans tous les chefs - lieux de
département , que chaque comité central enverra
fes députés à Paris pour former une opinion cen
trale, que c'eft ainsi qu'on pourra frapper fort. Les
amis de la Réole n'étant pas encore à cette hauteur ,
&c, répondent bonnement que le projet eft inconftitutionnel
, anarchique , contraire à tous les fermens
, & tend à créer un état dans l'état . M.
Lafond - Ladebat lit cette lettre ; M. Thuriot
prétend qu'elle eft fauffe ; M. Lafond en attefte
Pauthenticité , & l'on paffe à l'ordre du jour.
M. de Chambonas , malade , écrit & s'étonne
tout foul de la demande d'un décret d'accufation
faite contre lui par M. Briffot , motivée ſur ce
que le miniftre n'avoit communiqué que les la
note de la marche des Pruffiens qui ne lui fur
remife que le 4 par un hommé de confiance ,
agent fecret , arrivé le 3. Il invoque fon civifme
prouvé , dit- il , dans pluheurs places au
choix du peuple depuis la révolution . Sa lettre
eft renvoyée au comité diplomatique .
Le déficit du mois de juineſt évaluéà 13,391,324
livres ; ce qui fuppofe plus de 35 millions de
recette . On a décrété aujourd'hui que la caiffe
dc
HL
י כ
169.)
de l'extraordinaire verfera à la trésorerie , d'abord
Jes 13,391,325 livres ; & enfuite 35,405,443 äv
pour dépenses extraordinaires & avances faites aux
départemens ; total , 48 millions , 796,767 liv. ,
qui avec 31,270,000 liv. de recette , donnent
$4 millions & plus de dépense payée dans le mois
de jun .
M. JacobDupont a repréſenté que 48,796,767|
de déficit par mois ( ce qui feroit 585 millions
-561 , 204 liv . de déficit pour l'année , dix fois le
déficit qui a caufé la révolution ) appelloient
l'attention de l'Afemb ée fur les finances dont
les orateurs qui veulent fauver la patrie avec
des formules ne parlent pas comme fi l'ea
pouvoit faire la guerre fans fonds . » Il a dit
qu'en calculant les revenus de la Pruffe & de
Autriche & la dette de celle-ci , la France auroit
de juftes motifs de le tranquillifer ; qu'il
faudroit fuppofer qu'à chaque individu François
défarmé feroit attaché un Pruffien ou un Autrichien
armé pour fubjuguer le royaume ; qué cette
hypothèle étant d'une abfurdité palpable , on
devoit s'occuper des finances ; que les 3co derniers
millions d'affignats feront épuifés le mois
prochain... Sur la motion , on a décrété que les
féances des mardi , jeudi & famedi foir feront
uniquement employées aux objets de finance ;
-que le miniftre hâtera la perception & que la
municipalité & le département de Paris rendront
compte de la leur tous les huit jours à la barie.
2
ré
Le ministre de la juftice a lu le compte gé
néral du ministère , & a commencé par prouver
que la juftice & la loi du 25 mars 1791 ,
prouvent également une refponfabilité folidaire .
Pour le miniftre de l'intérieur il s'en eft référé
à fon dernier mémoire , en ajoutant que les fa
N. 29, 21 Juillet 1792
>
H
( 170 )
ciétés populaires entrávent les autorités & provoquent
le défordre & même le meurtre . Sur
les contributions , il a dit que le recouvrement
eft lent. Le timbre , l'enregistrement , les douanes
offrent des produits fatisfaifans ; les forêts fe détruilent
; le falpêtre renchérit ; on ne manque
pas de poudre la recette des lotéries diminue
par le nombre des bureaux frauduleux . La marine
attend le complément de beaucoup de loix
inexécutables . Sait l'état des bâtimens ca mer &
dans les ports. St. Domingue touche à ſa defstruction
totale ; la Martinique répare fes pertes ;
les autres colonies font paiſibles . On hra fépa
rément le mémoire du miniſtre des affaires étrangères
. Celui de la guerre porté à 248,000 hommes
de troupes de ligne & de volontaires , toutes
les forces di.ponibles ; l'armée du Nord 45,000 ;
l'armée du centre 50,000 ; l'armée du Rhin
165,000 ; l'armée du Midi 40,000 ; & le refte
des 248,000 employé à la garde des places. Les
-approvifionnemens abondent par- tout . Les places
importantes font en état de défenfe ; la difcipline
fe rétablit peu à peu . Dans le département
-de la juftice , l'impuillance des tribunaux , le
manque de fonds ou de juges , l'infuffifance des
moyens de réprulion de délits , la fufpenfion
prochaine du cours de la juftice dans la capitale...
Tel eft le réfamé du compte rendu.
Alors M. Dejaly a dit au nom de tous les
miniftres : «N'ayant accepté le ministère qu'avec
l'intention de faire le bien , le moment où nous
ne pouvons plus le faire eft celui où nous devons
y renoncer . Nous avons l'honneur de vous
inftruire que ce matin nous avons tous donné
notre démiffion au Roi (-applaudiemens réitérés
I
( 171 )
t
}
1
des galeries qui ont hué les miniftres lorsqu'ils
font fortis ) , "
M. Koch a lu le mémoire relatif aux affaires
étrangères . En voici la fubftance . En général
les puiffances de l'Europe ont des difpofitions,
peu favorable aux révolutions & à la conftitution
Erançoile. L'Autriche & la Pruffe vont l'attaquer.
La neutralité de l'Empire eft incertaine
Catherine II s'occupe plus de la Pologne & n'a
accordé qu'une frégate aux émigrés François
« uniquement pour débarraſſer la Ruffie de leur
préfence & de leurs follicitations . » Tout fait
elpérer la neutralité de la Suède, & du Dane-
} marck. La cour de Turin menace . La réunion
d'Avignon nous a mis en rupture ouverte avec
le Pape ( éclats de rire ) . Venife parci vouloir ,
défendre les ports de Furnes & de Trieste, Gênes ,
Florence & le Portugal ferontneutres . L'Espagne.
n'accède point à la coalition, La France peut
compter fur les cantoas de Bâle , Zuricki , Lu
1
1
enes, la république du Valais , & une partic
des Ligues Grifes. Il faut furveiller Geneved
Les Anglois chériſſent & eftiment, jnfiniment les,
François depuis la révolution ; mais il eft pru-?
dent de fe méfier des prétextes que le gouverne
ment Britannique s'eft réservés dans la dernière
note. Il feroit poffible que la neutralité des Provinces-
unies ne fû: qu'illufoire. Les Américains
fort de tendres frères trop éloignés & peu puiflans.
Qa tireroit un grand parti de l'alliance de la Pologue ,
en renouant avec la Turquie, «e Telle est la fituation
de l'Europe . Ce court tableau préfente beaucoup
d'ennemis , peu d'alliés sûrs ; mais les heureush
effets du touchant fpectacle qu'offrit hier (far
medi 7 ) l'Allemblée nationale ... ( murmures )
On a décrété l'impreffion de ce mémoire.
Η Σ
( 172 )
Alors a commencé la diſcuſſion fur la queſtion:
Déclarera - t - on que la patrie eft en darger ? »
Un volume ne contiendroit pas tout ce que divers
orateurs ont dit fur la néceffité , les prodigieux
effets , l'inutilité ou le danger de la proclamation
de cette formule.
-M. Lamourette la trouvoit imprudente , &
propre à jetter l'alarme dans les campagnes à la
veille des moiffons , à priver le laboureur des
bras dont il a befoin ; & l'évêque affermenté de
Lyon recrutoit l'armée au moyen d'une adrefle
aux François , contenant le procès -verbal de la
mémorable féance du famedi 7. Il propofoit de
s'unir au Roi , & de prononcer la cellation de
toute recherche relative à la malheureuſe journée
du 20 juin , & à la fufpenfion des deux municipaux .
De tout ce qu'on a dit & redit & qu'il a
répété , M. Lamarque a conclu que le faluc
public d'pendoit de la promulgation de la formule.
Les galeries ont conftairment hué ceux
qu'elle n'extafioit pas , & l'ont couronnée de
bruyans applaudiffemens chaque fois que quelqu'un
la propofoit comme indifpenfable. « Je
frémis d'herreur ; s'eft écrié M. Dorify , en
entendant applaudir an danger de la patrie. ».
On demandoit l'impreffion du difcours de M.
Lamarque. M, de Girardin trouvait auffi le danger
de la patrie dans la dépenſe pour trop d'impreffion ,
& a dit plaifamment : « Je crois qu'il n'y a
pas , befoin de faire imprimer ce difcours pour
être parfaitement für de la neutralité de la Po
logne. » L'impreſſion eſt décrétée au grand pia fir
des galeries. La démiffion des miniſt: es confir
moit lasinéecffité de la formale aux yeux de
M. Thurios. On proroge la difcuffion au fendemaini
( 173 )
C
Du mardi , féance du foir.
M. Collot d'Herbois , orateur d'une députa
tion de citoyens de Paris , eft venu à la barre
demander un décret d'accufation contre, M. de
la Fayette , qu'il a traité de « foldat factieux »
organe des voeux des tyrans conjurés contre l'Af
femblée. Sil reftoir impuni , « on fe diroit le 14
juillet : Oui , c'est la fête de la Eberté ; mais
peut-être aufli la Fayette nous prépare dans trois
jours un anniverſaire de carnage . » Grands ap
plaudiffemens des galeries & d'une partie de l'Af
femblée. L'osateur & tous les co pétitionnaires
font des jacobins , obferve M. Delfaux , & il
defire que it de faction & de vengeance « l'efpi
Toit livré au mépris qu'il doit infpirer à tout bon
citoyen, M. Goupilleau crie que M. Delfaux
avété rayé de la lifte des jacobins, « Il a été
chaffé , ajoute M. Brival. Je m'en fais honneur ,
répond M. Delfaux. L'on a renvoyé la pétition
à la commiffion des douze , & accordé les honneurs
de la féance aux pétitionnaires.
Une lettre de la municipalité de Paris repréfente
que l'arrivée des fédérés va augmenter la confommation
. I lui faut 1,800 , oco liv. pour acheter des
grains ... Au comité d'agriculture & de com
merce.
A compter d'après- demain , toutes les tribunes
de l'Affemblée feront laiffées aux fédérés peu
dant tout leur féjour , « afin qu'ils le pénètrent
de les principes , pour les défendre fur les fron
ères , a dit M. Cambon. On règlera le mode
d'admiffion.
Des citoyens de Corbeil félicitent le corps lé
giflatif de la touchante réunion du famedi 7 ;
mention honorable & adnais à la féance. 31
# 3
174
MM. Merlin , Thuriot , Charlier , Gamond ,
Tartanac & Bazire invoquent une prompte jufrice
en faveur du « vertueux maire de Paris . »
On lit une lettre du Roi poitant que les miniftres
ont donné leur démiffion ; que le Rei
s'occupe de leur templacement ; mais qu'ils continueront
leurs for ctions jufqu'à ce que leurs
places fcient templies , e D'après cette lettre, dit
M. Choudieu , vous voyez que vous avez un
pouvoir exécutif en activité » & M. Chouaieu
fait décréter que le pouvoir exécut frendra compte
de la détermination au fujet de la fufpenfion du
maire , demain matin. Ce délai excite de viofentes
rumeurs dans les galeries , où l'on fe permet
des gefticulations , des cris , des menaces , d'une
telle indécence qu'on en feroit foeasdalifé à la
hase. Le préfident ordonne au commandant de
fa garde d'arrêter les perturbateurs ... Un exbénédictin
, capitaine , & fon époule conftitu
tionnelle offrent leur don patriotique . Mention
hnrable au procès - verbal.
Nouveau vacarme. Le commandant de fervice
obtient la parole & raconte que tandis qu'il
rempliffoit l'ordie du préfident en faifant arrêter
un citoyen dans l'une des galeries , un particulier
a pris au collet , fur l'objection de l'ordre , lui
a répondu qu'il s'en mocquoit , & lui a déchiré
fa chemife . Ce particulier s'eft trouvé être un
député , un commiflaire de la falle , M. Beauvais
qui a déclaré avoir reça du commandant
un coup de pied dans l'aîne . Aux interrogatoires
fuccèdent de longs débats. Er fin l'ordre du jour
fur la chemife déchirée de l'efficier en fonction ,
& fir le coup de pied dans l'aîne , coup reconnu
involontaire , ou même impoffible vu la poſition , &
renouvellement des commiſſaires de la falle.
{.17} };
Du mercredi , 11 juillet.
De nouveaux pétitionnaires follicitent bien
moins qu'ils n'exigent la réintégration « du ver
tueux
un décret & du courageux Manuel , >> &
un décret d'accufation contre le département de
Paris. M. Gaftelier repréfente que la France eft
divifée en 83 départemens, que l'Affemblée leur
doit fon temps à tous & non à la feule ville
de Paris dont telle partie de fection ou de fauxbourg
fe reproduit à la barre 3 ou 4 fois par
Temaine ; que ces adreffes de quelques individus
inconnus parlant impudemment au nom du
peuple François , font prefque toujours des déclamations
injurieufes , inconflitutionnelles , des
dénonciations ou des éloges dictés par l'efprit
de parti , propres à femer la divifion dans l'Affemblée.
Il vouloit que , fur l'expofé fommaire ,
fes adreffes fullent renvoyées au comité compétent.
M. Charlier n'a nullement compromis
Ta réputation en criant à l'ordre du jour. La
motion de M. Gaftelier a été renvoyée au comité
des pétitions pour en faire fon rapport
après - demain .
:
an
Un décret accorde 100,000 liv. de récompenfe
M. la Reynie & de moindres fommes à d'autres
pelonnes , pour avoir découvert & dénoncé une
fabrication de faux affignats .
Au nom de la municipalité
, M. Borie , maire
par intérim
, eft venn foumettre
à l'Affemblée
la queftion
de favoir
fi le département
avoit eu
le droit d'ordonner
au confeil
de la commune
de nommer
un fuppléant
au maire
fufpendu
,
c'étoit
la commune
elle- même
dans les 48
fections
qui
devoit y fuppléer
. M.
Borie a peint
'le confeil
de la commune
« frappé
de la fondre
» сс
H
4
( 376 )
1
»
par la fufpenfion du maire , puis « revenu de
fa ftupeur mais moins « hardi que le déparsement.
» Or , le cas de la fufpenfion n'etoit
pas prévu par la loi . Réponſe du président , &
honneurs de la falle.
M. Hérault de Séchelles , rapporteur de la
commiffion des donze & des comités mitaire &
? diplomatique réunis a prononcé un long dif
cours pour motiver « l'importante déclaration :
Citoyens , la patrie eft en danger... Ce feal mot ,
comme l'étincelle électrique , à peine forti de ' a
reprefentation nationale ( un mosforti d'une
préfentation ! ) va retenir le même jour dans
les & départemens , gronder fur la tête des
de potes & de leurs efclaves , repouffera lears
attaques , appuyera victorieufement les négociations
, fi ce font de celles qu'on peut entendre,
Jufqu'à préfent les recrutemens ont été infu
fans on n'a pu atteindre le nombre d'hommes
décrété... » La formule pourvoira à tout.
Le miniftre de la juftice mande qu'il n'a reçu
qu'à so heures du foir le décret relatif à MM.
Pétion & Manuel ; qu'invités à lui donner des
éclairciffemens utiles à leur défenfe , M. Pétion
a répondu que la malveillance interpré: eroit
défavorablement cette invitation à laquelle il fe
refufait , & M. Manuel differoit fa réponſe ;
que le Roi a bien voulu promettre une féance
extraordinaire , & que l'Affemblée recevra la décifion
du confeil le jour même.
Produifant ferupuleufement aux yeux de l'Europe
, tout ce qu'il avoit promis de la pe.file
malveillance , M. Pétion écrit à l'Aſſemblée que
fes décrets font « éludés d'une manière (candaleufe
qu'il ne doit pas être « le jouer des
inrigues & des paflions ; qu'il y a là un déni
57
30
( 177 )
dejustice , & qu'il attend tout de l'Affenblée
Selon M. Lacroix , le pouvoir exécutif pro
Tongroit arbitrairement la fufpenfion du maire.
Le département & le Roi s'entendent ; le miniftre
n'avoit pas d'éclairciſſemens à demander. Eſtimant
que la patience de l'Affemblée devoit être
à bout , M. Lacroix demandoit une décifion
dans le jour , ou l'apport des pièces le lendeman.
Jamais on ne mcfura plus impérieufement
le temps à un efclave , que M. Lacroix au
pouvoir exécutif fuprême réduit au vil perfon-"
nage d'un agent falarié à qui , la montic à la
main , ceux qui ont juré de lui être file'es coininandent
d'examiner & de prononcer , d'exercer
Ton droit ou d'y renoncer dans l'efpace de tant
d'heures. M. Giraud voyoit en France 40 mille
maires égaux en droits & en vertus à M. Pétion ,
& difoit « Il feroit fouverainement ridicole que
je vinfle dire à cette tribune la patrie eft en
anger file maire de mon village n'eſt pas rémis
à la place. » Il a rappellé qu'un district du
département de Corfe eft fufpendu depuis cirq
mois qu'on attend la decifion de l'Affemblée.
& que perfonne n'en gémit comme d'une cata
mité nationale ; qu'on avoit tort de ne s'occuper
que de Paris , & qu'il falloit laiffer au Roi le
temps de l'examen. M. Boulanger obfervoit que
le miniftre n'avoit pu être à la fois au confeil & à
'Affemblée . - Vifs débats fur les mots déni
de justice. On les adopte , on les rejette . En
fin la notion de M. Lacroix eſt décrétée lans
cette inculpation évidemment calomnicule.
3
On avoit renvoyé au comité la question du
miniftre de la juftice , de favoir fi M. St. Huruge
accufe & emp.ifonné à Peronne devoit être livré
aux tribunaux . ordinaires, Le préfident a pro
HS
1789
•
noncé la formule : Citoyens , la patrie eft en
danger ; & deux adreiles de l'Affemblée aur
François & à l'armée , rédigées par MM . Vergniaud
& de Vaublanc , ont été lucs , applau
dies & adoptés telles que nous les transcrivons
ce
Adreffe aux François.
Citoyens , votre conftitution repofe fur les
principes de la juftice éternelle . Une ligue de
Rois s'eft formée pour la détruire . Leurs bataillons
s'avancent ils font pon.breux , foumis
à une difcipline rigoureufe , & depuis longtemps
exercés dans l'art de la guerre. Ne fenbez
vous pas une noble ard ur enflammer votre
courag ? Souffrirez- vous que des bordes étrangères
le répandent comme un torrent deftructeur
lur vos campagnes ; qu'elles ravagent vos moiffons
; qu'elles défolent votre patrie par l'incendie
& les cruautés en un mot , qu'elles vous ac
cablent de chaînes teintes du fang de ce que
Vous avez de plus cher ? »
« Nes armées ne font point, encore portées
au, complet. Une imprudente fécurité a modéré
trop- tôt les élans du patriotifme. Les recrutemens
ordɔrn's n'ont pas eu un fuccès auffi entier
que vos représentans l'avoient espéré. Des
troubles intérieurs augmentent la difficulté de
notre pofition . Nos ennemis fe livrent à de folk s
elpérances , qui font pour vous un outrage . »
« Hârez - vous , citoyens fauxcz la liberté ,
& vengcz votre gloire.
« L'Affemblée nationale déclare que la patrie
eft en darger.
« Cependant , gardez- vous de croire que cette
déclaration foit l'effet d'une terreur indigne d'elle
( 179 )
& de vous. Vous avez fait le ferment de vivré
libres ou de mourit . Elle fait que vous le tiendrez
, & elle jure de vous en donner l'exemple :
mais il ne s'agit pas de braver la mort , il faut
vaincre ; & vous le pouvez , fi vous abjurez
vos haines , fi vous oubliez vos diffentions pos
litiques , fi vous vous relicz tous à la caufe
commune. »
« Les nations vous contemplent ; éronnez les
par le déploiement majestueux de vos forces &
d'un grand caractère . Union , refpect pour les
loix , pour les chefs , pour les autorités conftituées
; courage i ébranlable , & bientôt la victoire
couronnera de palmes l'autel de la liberté ;
& bientôt les peuples qu'on larme aujourd'hui
contre votre conft torion , ambitionneront de
s'unirà vous par les liens d'une douce fraternité.
»
L'Affemblée nationale à l'armée Françoife.
Braves guerriers , l'Affemblée nationale
vient de proclamer le danger de la patrie : c'eft
proclamer la force de l'Empire , c'eft annoncer que
bient la jeuneffe Frar çoife fe portera fous les
drapeaux de la liberté . Vous l'inſtruirez à vaincre ;
vous lui montrerez le chemin de la gloire .
ל כ
' ce Au fignal du danger de la patrie , vous lentez
redoubler votre ardeur . Guerriers , que la difcipline
en dirige les mouvemens ; elle feule
garantit la victoire . Ayez ce courage calme &
froid que doit vous donner le fentiment de vos
forces.
و د
leeUne véritable armée eft un corps immenſe
mis en mouvement par une feule tête . H ne peur
sien fans fubordination paffive de grade en grade,
depuis le foldat jufqu'au général . Guersiers-
H 6
imitez le dévouement de a Affas & le contage
du brave Pis. Méritez les honneurs que la patrie
réserve à ceux qui combattent pour elle ; ils feront
dignes de vous, 32
Noubliez pas que c'est votre conftitution
qu'on attaque. Ob veut vous faire deſcendre du
ang glorieux des peuples libres . Eh bien !
braves guerriers , il faut que la conftitution
triomphe , ou que la nation Françoile le couvre
d'une honte ineffaçable.
« De toutes parts vos concitoyens fe difpofent
à vous feconder. N'en doutez pas , il n'eft aucun
François qui balance ; il n'en eft aucun qui ,
dans ces jours de pésik & de gloire , s'expoſe à
déshonorer la vie par une lâche & honteuſe inaction.
Qu'il feroit malheureux celui qui ne pour
roit pas dire un jour à les enfans , à les concitoyens
« Et moi auffi , je combattois quand
notre liberté fut attaquée. J'étois à la journée
où les armes Françoifes triomphèrent de nos
ennemis ; j'ai défende les remparts de la ville
qu'ils attaquèrent en vain 5 & mon fang a coulé
tel jour pour la patrie , la liberté , Pégalité.
Du mercredi , féance du foir.
33
Des citoyens de Verſailles demandent un dérer
d'accufation contre M. de la Fayette „& la
deftitution du directoire de leur département de
Seine & Oife , pour avoir fait une adreffe an
Roi en adhésion à l'arrêté du département de la
Somme concernant les attentats du 20 juin. M.
Becquey follicita un rapport fur ces évènemens',
croit l'honneur de l'Asemblée intéreſſé à la
punition de pareils crimes. « Il n'y a eu d'atten➡
tatale 20 juin répond M. Bazire , que dans
imagination de ceux qui auroient deuré qu
( 181 )
s'en fût commis . J'invoque la queffion_préalable
fur les ridicules obfervations de M. Becquey. "
L'Ademblée eft paffée à l'ordre du jour fur la
motion de M. Becquey , & a renvoyé la pétition
de Verfailles à la commiffion des douze , aux
grands applaudiffemens des galeries .
Unmembre a propofé de ftatuerque lesféances
du confeil du Roi foient publiques . M. Hébert a
dit qu'une pareille queftion , mife en délibération ,
feroit « la honte de l'Aſſemblée dans toure l'Europe.
» On a décrété qu'il n'y avoit pas lieu à
delibérer..
Quelques foi difent citoyens de Reims lifent ,
à la barre, une pétition qu'ils annoncent être
fignée de 40,000 Champenois , pour ebtenit
l'exemption de la fanction pour les décrets d'urgence
( ce qui feroit l'abolition du vazo ) , & le
rétabliffement de la conftitution dans fa pureté
originelle. On s'oppofe à la lecture . M. Bazire
foutient que ces adreffes font le meilleur moyen
de connoître la volonté générale dont l'énoncé eft
la loi . M. Dumas qui occupoir le fauteuil , croit
de fon devoir d'arrêter le cours d'aufli infâmés
propofitions de pajare, aux termes exprès des
formens du 14 janvier , & du 7 de ce mois.
Finfieurs voix lui crient vous n'en: avez pas le
droit ; d'autres : à bas , M. Dumas ; à bas ;:
defcender de-là. Remplacé par M. Lacroix , it
vole à la tribune. Après deux épreuves on dé
crète que M. Dumas ne fera pas entendu . M.
Boulanger repréfente que l'Ademble a juré de
n'écouter aucune propofition contraire à l'acte
conftitutionnel. On le hue , & las pétition eft:
nenvoyés à la commiſſion des douze .
Aucres pétionnaires qui viennent de travailler
au champ de la fédération & qui manant à la--
Baisala: feoptre; & la pelle votent pour la réns
( 182 9
tégration de MM. Pétion & Manuel , la defti
tution du département , l'accufation « d'un général
calomniateur de fon armée qui n'eft pas à
lui (bravo !)» & des miniftres qui ont donné
leur démiffion, E. fin ces nouveaux conftituans
defirent un mode légal de réfiftance à l'oppref
fion , & défent au milieu de las falle avec leurs
hottes , leurs pelles , & c. au bruit des applau
diffemens qui ont porté la pétition à la commiffion
des douze.
Plufieurs députations de gens innommés fe
qualifiant fections de Paris , rabachent la demande
de réintégrer le vertueux maire ; & de punir le
département & le général la Fayette. D'autres
fe difant c 40,000 ouvriers travaillant dans les
bâtimens expriment les mêmes voeux & reçoi
vent les mêmes honneurs . It
ود
On parle de mandats d'amener décernés par un
juge de paix contre M. Pétion & Manuel ; on
craint des mandats d'arrêt pour cette nuit . M.
Cambon annonce , fans preuve , plus de 30 man
dats d'amener lancés contre des législateurs ; quel
qu'un y ajoute l'enlèvement de caconniers pa
triotes acculés d'avoir montré leur civiſme le
20 juin. Ici nous femmes invulnérables , dit un
autre . M. Rouyer , Thuriot , &c . déclament
pour le vertueux maire ; M. Bazire contre « le
tribunal de lang » que forment aux Tuileries ,
des juges de paix qui y veillent à la sûreté du
Rei. M. Chabot fe joint à M. Bagire . M. Ifnard
accufe une cour audacieufe de provoquer la
guerre civile » & vent que le peuple refte calmes
left 3 heures ap ès minuit . L'Afſemblée dé⇒
crète qu'on ira réveiller fes membres: abfens &
qu'elle tiendra féance toute la nuit. Deux particuliers
armés l'un d'un poignard , Pautre de
*piftolets font amenés à la barre ju mais rien në
*
1
( 1839
prend. Ils ont lêvé qu'on enlevoit des canons &
reçoivent les honneurs de la féance. Des témoins
atteftent que le vertueux Pétion eſt bien tranquille
dans fon lit , que les patriotes veillent ,
que tout eft calme. La féance n'eft pas levée ,
elle eft fimplement fufpendue jufqu'à neuf heures,
ce qui eft bien différent .
Du jeudi, 12 juillet.
Un rapport , au nom de la commiffion des
douze & quelques débats entre MM . Genfonné &
Guadet , ont fubftitué au tribunal de fang des
juges de paix qu'on difoit réunis dans le château
depuis les crimes du 20 juin , de fimples ates
de police . Un décret a renvoyé cette dénonciation
au pouvoir exécutif, avec ordre au miniftre de
la juftice de rendre compte , fous trois jours , des
metures qu'il aura prifes.
Sur les plaines de la commune de Strasbourg
indignée d'une lettre où M. Roland tranfmettoit
aux municipaux de cette ville des délations anonymes
qui leur impuroit des projets de trahison , &
fur leur demande de nommer ces lâches délateurs,
M. Tardiveau ayant loué la follicitude du mi
niftre patriote , & le jufte intérêt de la commune
pour les magiftrats , l'Affemblée eft paffée à l'ordre
du jour ainfi motivé.
Après un beau difcours fur l'égalité philofophis
que , il a été décrété que les men bres du corps lé
giflatif porteront , dans le lieu de fes féances , &
quand ils feront partie d'une députation , un
ruban aux 3 couleurs , à 3 bandes ondées , placé
en fautoir , avec les tables de la loi attachées
fon extrêmité ; le livre fera de métal doré &
ouvert. On lira fur le folio recto , les mots
droits de l'homme ; & fur le folio verfo , le mot.
( 184 )
conflitution . Les adminitiateurs porteione auf
le même ruban , auquel fera attachée une médaille
fur laquelle on hra refect à la loi. La
né faille des adminiftrateurs de département fera
dorée ; celle des adminiftrateurs de diftrifts ,
argentée & celle des procureurs - généraux- yadics
, fufpendue at rubin , au moyen de d-ux
codons & deux glands, de la couleur de la mé-
2
daille.
Quitre articles ad ptés ont mis un million à
a difpofition du mimftre de l'intérieur pour fournie
kuri de nnités accordées aux fédé: és . It's recevront
30 fous par jour de réfidence à Paris & is fous par
keve , siis ont pris l'eng- gement de te rendre au
camp qui fera indiqué. It ne fera rien payé aux
autres.
сс
a été ftiu que 60 membres de l'Affemblée
nationale iroient , le 14 juillet , pofer fur les
Fuines de la baftille la première pierie « de la colonne
de la liberté » & qu'on en dreflera procèsverbal
à déposer avs archives ; que l'Affemblée
fe rendra , en corps , au champ de la federation ,
le 14 ; que tous les citoyens y prêteront le ferment
civique ; & le Roi , le ferment preferit par
fa conftitution ; que le Roi feta placé à la gauche
du préfident fans intermédiaire , & les déparés
im né liatement après , tant à la gauche du Roi
qu'à la gauche du préfident . M. Goujeen deliroit
que le décret potar qu'il feroit préparé un
Reu convenable pour le Roi & fi famille . « Sa
famille eft à Coblentz , avoit réponda M. Albitte
applandi pour le motos des galeries . » « Le Roi
auroit l'air d'être le préfident ou le chef de la cérémonie
, avoit objecté M. Cohon . » Le comité
propofoit d'envoyer ce décret au Roi par une
députation de 24 membres : « Lui-même , s'eft
71857
écrié M. Lafource , ne nous a pas envoyé fes
miniftres en corps pour nous dire qu'i fouhaitois
d'y affifter ( plufieurs voix : fi, f ); je ne vois
pas pourquoi l'on enverroit une députation de
24 membres. » On a décrété qu'elle ne feroit que
de 4 membres , & l'ordie du jour fur l'invitation
d'affifter au Te Deum que les électeurs de Paris
de 1789 prioient l'Affemblée d'honorer d'une des
putation .
Le ministre de la guerre notifie la prise du
château de Bannes par M. Dufaillant , & la
capitulation de la garnifon , forte vec armes &
bagages ; & écrit que M. de Mont fquiou
donné ordre à M. d'Albignac d. s'y rendre , le
avec des forces , & qu'it a fat arrêter la marche
des volontaires de Nifmes , Montpellier , Uzès &
Pont-Saint - Efprit.
On lit une adreffe dit confeil- général de la
commune de Mufeille , done voici la fubftance:.
Lég furcors ,... la loi relative à la royauté ,
que vos prédéceffeurs ont établie fans aucun
égard aux réclamations de la nation , contrarie
les droits de l'homme. Il eft temps que cette
loi tyrannique foit abolie , que la nation ufe de
•10 is fes droits , & qu'elle le gouverne elle-même.
Leshommes naiffent & dement égaux en droits.
Tout ce qui eft contraire à ce principe doir être
Jejetté d'une conftitution libre. Comment donc
vos prédéceffeurs ont - ils pu établir fur ces befes
sette monftrueule prétention d'une famille parti
culière ... I n'y a que les fauteurs de la tyrannie
qui aient été capables de fe Evrer à ce défire .
Et c'eft dans le fanctuaire definé au triomphe
de la liberté , de la raifon , de la juftice , que
cette prérection ufurpée à obtenu force de lui!
Quele infamie La. nation ne peut y foufcrise..
1786)
Elle feule eft fouveraine. Qu'a- t -elle done fait
cette race règnante , pour être élevée à ce poste ?...
Non , lég flateurs , la nation va extirper fans
retour ( certe première racine des monumens
d'orgueil , d'ignorance , de fervirate & de bar.
feffe ) . Son nom proferit ne fouillera plus nos
anna es. Eroit il befoin de faire des loix pour
l'inviolabilité d'un feul homme ? Avouez , fégifloteurs
que nos conftiruas , n'ont rien conf
titué. Si vous voulez être quelque chofe , abrogez
unc loi qui rend nulle la volonté,nationale , Nous
favons tous l'histoire de nos ma'heurs. L'indignation
eft au comble . Hâtons- nous d'en dé
truire la caufe & de Fous rétablir dans nos droits,
Que le pouvoir exécutif foit nommé & renouvellé
par le peuple , comme le fort, à quelques
differences près , les deux autres pouvons ( législatif
& judiciaire ) , & bientôt four fera rétabh . Fait à
Marseille , dans á maifon commune , le 24 juin,
J'an 4 de la liberté . Signé , le conſeil général de
la commune de Marseille , Couraille , maire , &c. »
Applaudi des galeries .
จ
MM Brunck, Crublier , Dalmas d'Aubenas ,
Boulanger , &c , fe font élevés contre un' pareik
excès d'impudence . M. Lacroix fe borngit
à foutenir que l'Alembee ne pouvoit pas plus
prononcer fur cette pétition que fur les autres ,
puifque toutes devoientêre renvoyées à la cammiffion
des douze . Les galeries , remy lied fidérés,
ont applandi à l'expédient conciliateur de M. La
croix.
L'ancien maire de Marfeille , M. Martin',
a dit « Comme cette adreſſe , audacicufement
criminelles toffiroit pour dé honorer le nom
Marfeillois , je dois à l'Alfemblée à moimême
de l'improuver hautement de déclarer
( 187 )
qu'elle eft l'ouvrage de quelques factieux parvenus
aux places ... Vous le devez à la fécurité
de Marfeille , de fes bons citoyens qui gémiffent
fous l'efclavage de quelques factieux...
vous devez en faire juftice... Je contoiffois cette
adreffe audacicufe , j'en ai frémi ; je me flattois
qu'elle ne fero t pas connue... A préfent ce l'eft,
je demande , au nom de la patrie , du falut public,
& du falet de Marseille , que l'Affemblée féville
contre les auteurs, »
D'horribles murmures ont fouvent ir e rompu
M. Martin , dit le jufte. M. de Girardin s'eft
étonné que des foldats de la loi ne témoignaffent
aucun refpect pour les délibérations des lég na
teurs. Le préfident y a rappelle les galeries . M.
Cambon a dit confidemment à l'Alembee que
cette adroffe étoit un piège qu'on lui ren doit pour
voir fi elle voudroit s'en parer de pouvoirs qui ne
lui font pas Bé égiés , ha
Vous punirez , a repris M. de Girardin en
loavoyant , vous purirez les municipalisés répu
blicaines comme les directoires ray. liftes : Vous
devez un grand exemple... L'acte folemnel du
14 ( la fédération ) répondra à ces mandataires ir
fèles qui méditent le renversement de la conftitution
& qui fé flattent que vous ferez leurs com
plices , Eil demandoit le renvoi à la commiffion
des douze pour qu'elle en fitfon rapports On crie :
demain. Tout cft décrété , & nous verrons que
perfonne n'y longera demain , pas plus qu'aux
finances les mardi & jeudi foir.
Une lettre du Roi annonce la proclamation dé
Sa Majefté cor firmative de la fufpenfion de MM.
Pétion & Manuel. Le maire écrit qu'il va fe rendre
à la barre. La proclamation eft lue. « Je dee
mande qu'à préfent l'Ailen blée entende le langage
( 188 )
de la vertu & de la vérité , s'écrie M. Bazire.
Et Toppofition qu'il a femblé vouloir mettre entre
le Monarque & le Maire , entre la victime &
idole , a réuni en faveur de M. Bazire des
applaudiffemens nombreux. M. Pétion cft introduit.
1
Il a dit qu'il tenoit à fa place par les périls qu'il
y trouvoit & par les fervices qu'il y rendoit à fes
concitoyens ; a invoqué une éclatante juftice pour
loi & pour les perfécuteurs ; s'eft peint en magiftrat
qui ne manqua jamais à fes devoirs .
Le même homme qu'on a vu fe plaindre du
délai de quelques heures que néceffitoit l'examen
de beaucoup de pièces ſur leſquelles a porté la décifion
du confeil du Roi , répond au reproche du
départementden'avoir fait parvenir que le foirdu1 &
un arrêté du 16 , que « l'arrêté n'a pu être expédié
que le 17 , & qu'il n'y a pas un long eſpace du
17 au 18, ( Loriqu'il s'agiffoit de prévenir des
taffemblemens armés illégaux & des attentats annoncés,
d'avance ! )
Сс Partons d'un joint , dit il enfuite niaiſement;
c'eft que as citoyens marchoient ( le 20.) & que
rien ne pouvoir les en empêcher ( le 19 )... Or,
je défie le département de foutenir qu'il y avoit
plus de chances de bon orde en Lillant aller le
orrent, qu'en le dirige nt... E n'avois pas ap
prouvé cette mefure. Ep ! qu'imporse , puiſque la
nature des circonftances la rendoit forcé ?... Peutlire
avec pudeur ; il y avoit des a¶affies-& l'évènement
l'a démontré Carte i . fame aflertion crie
vengeance. A quel fair avez - vous pu reconnoître
qu'il y avoit des affaffins ; répondez ? En a-t- il
c.û é la v'e à un feul individu . Parlez, Eft ce
avec cette légèreté, cotte audace qu'on calompiera
toujours les coyens 2 ( Quoi ! des cris & des
( 189 )
écriteaux : à bas le veto ou la mort des portes
brifées à coup de hache , du canon porté juſque
dans l'appartement du Roi , des armes meurtrières
dirigées , avec toutes les imp:écations de la fureur ,
contre fa perfonne , & détournées par l'effort des
grenadiers , par la frayeur du crime , & par l'afcendant
majeftueux de la yertu paifible , n'annoncent
pas des féditieux ivres de rage, exaltés juſqu'à
Paffaffinat ! )...
Voici la peinture infidèle qu'il a faite de ces atfentats
:
#
c On s'étoit arrêté à la porte royale , pour
entrer & préfenter cette pétition au Roi . On
frappoit à la porte ; on témoignoit beaucoup
d'impatience . Un officier forti par la cour des
Princes va rejoindre ces citoyens , leur expofe
qu'ils ne peuvent pas entrer en fi grand nombre;
qu'ils doivent envoyer des commiffaires . Cela
étoit convenu , fortque tout- à- coup la porte
s'ouvre de l'intérieur, Alors le for fe précipite
& inonde à l'infant les cours & les appartemens .
Où eft le moment donné à la méditation ? Qui
ne voit au contraire une maile 'confidérable
d'hommes qui , par fon propre poids , fe preffe,
s'entraîne , eft portée ? Ce qui s'eft paffé dans
les appartemens , ne doit- il pas ouvrir les yeux
aux plus incrédules ? Car enfin , qu'est - ce que
les citoyens qui y font entrés ont fait qui donne
le plus léger indice d'un complot dont l'idée feule
fait frémir ? Ce ne font pas quelques vitrages
caffés , quelques panneaux de boiferie enfoncés ,
ou par une entrée précipitée , ou par la fimple
preffion d'une foule immenfe qui s'agite par cela
feul qu'elle s'incommode ; ce n'eft pas le tam
bour abattu pour faciliter le paffage d'un canon
qu'on avoit monté avce je ne fais quelle impé(
190 ).
tuofité délirante , qu'on avoit defcenda de mêmes,
ce n'eft pas tout cela , dis- je , qui décèle de
finiftres projets ; & je n'apperçois pas là , comme
le dit le département , des brigands & des affaffis.
Lorfque j'arrivai , je n'apperçus point fut
les phyfionomies ce caractère fombre & farouche,
cet air d'indignation & de courroux qui préfage
des malheurs .Je vis des citoyeas avides de voir , le
preffant tumultuaire.nept , dirigés par l'efprit
d'imitation & de curiofité. Je, ne dirai pas tout
ce que je fis pour ramener le calme ; pour déterminer
le peuple à défiler paiablement ,
( continuer de ) le conduire avec fagetle , avec
dignité. Mes détracteurs même font obligés ici
de me rendre justice .
و د
A l'en croire , fa condamnation cft devenue
un fcandale public ; il y eft préfenté fous les coulours
les plus fufes ; & l'arrêté du départ. ment
eft un libelle. Les municipalités font particulièrement
influencées par l'efprit de cité , & les
départemens par l'efp: it de la cour .., Combica
vous enhardirez les départemens , fi exemple
dangereux que vient de donner celui de Paris ref
toit impudi ... Je ne parle pas de la décifion du
Roi ; le département lui avoit rendu un bon
office en me fufpendant ; le Roi lui en a rendu un
autre en venant à fon appui . » App audiffemens
redoublés , honneurs de la féance ( avant le juge
ment ) , & fur la motion de M. Lacroix , décier
qui ftatue que le rapport fera fait demain à midi
& que toute affaire ceffante , Allemblée
S'en occupera jufqu'à ce qu'elle ait prononcé lans
défemparer ; acclamations des galeries : vive
Pétion ! le vertueux Pétion ! notre ami Petion !
Du jeudi , féance du fair.
сс
M. Albite demande que le miniftre foit tenu
( 191 )
de rendre compte du cérémonial la fédéra
tion , pour qu'on fache fi la injeffé du peuple
he fera pas fubordonnée à celle du Roi. Les galeiies
applaudiflent , mais l'Aflemblée palle à
T'ordre du jour.
Le procureur de la commune de Metz , introduit
à la barre , annonce que la ville de Metz
n'a pas de provifions pour alimenter fes citoyens
plus de 24 heu es, qu'elle manque de tout moyen
de s'en pourvoir, & qu'il eft cû aux ouvriers
plufieurs années de falaite. L'Affemblée décrète
que le rapport lui en fera fait demain matin.
Os procède à l'appel nominal qui devoit fuivre
la déclaration du danger de la patrie . Il donne
673 membres préfens , 16 malades , 8 à la hautecour
& aux fabriques d'affignats , 15 abfens par
congé , 6 morts non remplacés , & 27 qui n'ont
pas répondu.
Du vendredi , 13 juillet.
Les adminiftrateurs du département du Bas-
Rhin écrivent que l'ennemi fe difpofe à une
attaque prochaine , & demandent qu'on arme
les citoyens patriotes . Au pouvoir exécutif avec
ordre de rendre compte. --Décret d'urgence
qui avance 400,000 liv . à la commune de Merz
fur le 16. qui revient à la municipalité dans
la vente des biens nationaux. -- Décret qui accorde
3000 liv. pour les premiers frais de la
colonne de la liberté .
Perfuadé que Affemblée, a porté ce un remède
efficace à tous les maux des adminiftrations
en décrérant la publicité de leurs féances ; mais
que ce n'est pas allez d'un remède efficace pour
les guérir , tant que les adminiftrateurs nourriront
l'efpoir d'approcher du trône & d'avoir
( 192 )
part à la lite civile , M. Couhon vouloit qu'au
cun membre de directoire ne fût , qu'un an
après avoir quitté les fonctions , accepter aucune
place à la difpofition du pouvoir exécutif. Quel
qu'un excluoit auffi les juges. M. Freffenel éten
doit l'exclufion aux municipalités , pour que le
Roi n'eût à choisir que dans les fociétés fraternelles.
L'abfurdité s'a pas été déconcertée par cette épigramme.
M. Clémenceau comprenoit dans l'in
terdiction tous les fonctionnaires que le peuple
homme & falatie. M. Tarbé a obfervé qu'au bout
des à 6 ans
le Roi
ne pourroit
plus
choisir
que
des
gens
qui
d'avance
n'auroient
pas
la confiance
-de
la nation
. Use
ingénuité
de
M.
Duhem
découvre
la
fource
pure
de
ces
nouveaux
priacipes
civiques
, il preffe
la
décifion
, de
peur
qu'on
ne
nomme
des
miniftres
parmi
les
membres
du
département
de
Paris
. Ainfi
les
haines
pivées
alpirent
à dicter
des
loix
générales
ca
facrifiant
le
peuple
au
plaifir
d'écarter
colour
tel
individu
. Deux
décrets
ferment
la bouche
à MM
Calvet
&
Tarbé
. « Nous
rendrons
compte
à nos
commettans
, s'écrie
M.
Boulanger
, de
la liberté
d'opinion
dont
nous
jouiffons
ici . Tous
ceux
qui
font
des
propofitions
inconftitutionnelles
font
ertendus
; ceux
qui
s'y
oppofent
ne le font
pas
. »
Au comité.
Avant d'écouter le rapport de M. Muraire
fur la fufpenfion de M. Pétion , M. Briffot veut
qu'on life celui de M. Ræderer on le lit. Voici
Tes fubtilités par lesquelles M. Ræderer le fatte de
juftifier ce que toute l'Europe indignée a déjà
jugé. C'est le maire de Paris qu'il fait parler
« Je n'ai pas prévu un raffemblement le 20. I
avoit pour objet un hommage à l'Affemblée nationale.
Je n'ai pu exécuter la loi qui défend
Cous
( 193 ( ) 193
tout raſſemblement armé , parce que cette loi eft
iafirmée par une forte de défuétude connue de
J'Affemblée nationale . Je n'ai pû contenir le raſfemblement
que par une force réfiftante ; & la
force mal commandée n'a pas été réfiftante . Je
n'aurois pu le réprimer que par la force agiffantes
mais les perfontes à réprimer & les perfonnes à
préſerver étoient mêlécs enfemble . Le raffemblement
lui même étoit compofé , pour la plus
grande partie , de citoyers bien intentionnés qui
croyoient affifter à une fêre & non à une émeute.»
Et de ce chef d'oeuvre de difcuffion , M. Roederer
a conclu qu'il n'y avoit pas lieu à prononcer la
fufpenfion qui devoit être un remède & non une
peine.
t Lettre de M. Manuel , qui , défolé que la
fièvre l'empêche de venir « montrer la confcience
& porter la tête » à l'Aſſemblée , s'engage à
confondre , dès qu'il fera moins malade , fes
laches & vils ennemis qui , l'on s'y attend bien ,
font ceux du peuple .
Organe de la commiffion des douze , M.
Muraire a lu fon rapport. Ce n'eſt abſolument
que celui de M. Raderer & l'apologie de M.
Pétion par lui - même fondas enfemble. Nous
n'y remarquerons que ce paffage : « Si vous
confidérez à quel point l'attroupement armé
(avec les écriteaux : lafandtion ou la mort, &c.)
étoit , en quelque forte , légitimé par la facilité
que le corps législatif avoit eue d'en recevoir
d'autres dans fon fein ..... Vous ne regarderez
pas comme une violation de la loi une mefure
qui avoit pour but de prévenir des mouvemens
plus grands encore que ceux qu'elle n'a pu empêcher.
On verra les conclufions de M. Muraire
№. 29. 21 Juillet 1792 .
"9
I
( 194 )
dans le décret que les débats ne devoient ni détourner
ni modifier.
Le rapporteur avoit dit ce Ce n'est qu'hier
à la fin de la féance que vous avez renvoyé
cette affaire à votre comité. Vous concevez aifément
, qu'un temps fi court fuffit à peine à
l'examen des pièces . » M. Boulanger veut qu'on
life toutes les pièces , pour favoir fi elles font
concordantes avec le rapport du comité . L'Affemblée
décière que les pièces ne feront pas
lues. « Je demande , s'écrie M. Gorguereau ,
que le décret que vous venez de rendre , foit
conver i en loi , & envoyé aux tribunaux.
M. Guadet a d'abord prétendu que la lecture
des pièces tourneroit à l'honneur du maire ;
que c'étoit par un fentiment de bienveillance
que M. Boulanger la defiroit ; & enfuite , qu'il
feroit fort inutile de les lire , qu'elles ne méri
toient aucune confiance & confumeroient trop
de temps ; qu'ainfi l'on devoit mettre aux voix
le projet de décret .
« Si l'Aflemblée ne veut pas être complice
des attentats du 20 , a dit M. Delfaux , qu'il
foit permis de parler fur le projet de la commiffion......
Sans imputer tous les crimes au
maire , l'opinant a rappellé que le maire étoit
prévenu des difpofitions des attroupemens ;
qu'exerçant fur le peuple l'influence d'opit on
dont il fe vante , il devoit avoir les plus vives
inquiétudes , ne pas quitter un inftant le taffemblement
qui marchoit au château , l'y Tuivre ,
& fi la perfuafion devenoit inutile , ſe reſſouvenir
de la mort glorieufe du maire d'Etampes .
Après un réfumé des attentats du 20 juin ,
M. Dalmas a dit : « Les miniftres de ces farfaits
, moins pervers que leurs inftigateurs , ont
( 1959
reculé d'effroi devant la férénité & la fermeté
du Roi ; & le grand caractère qu'il a montré
au milieu de cet orage eft la meilleure réponſe
aux diatribes que la méchanceté le permet tous
les jours... Que des hommes impies , dont l'unique
tâche et d'empoifonner l'opinion publique ,
n'aient pas craint de préfenter cet évènement
comme la réponſe du peuple à la lettre dé M.
la Fayette ; qu'ils aient eu l'impudeur de dire
qu'ils n'ont vu là que la grandeur & l'énergie
d'un peuple libre , & que l'on ne peut appeller
défordres quelques portes enfoncées , quelques
vitres caffées dans une maifon dont on ne connoifloit
pas les iffues ... Les bons citoyens ont
vu dans cette journée malheureuſe , non l'ehor
de la liberté , mais celui d'une licence effrénée
& fans exemple , non l'exercice du droit facré des
pétitions , mais un attentat réel ... »
Il a rappellé la difperfion affectée des municipaux
, l'inaction du maire à la grêve , tandis
que le danger étoit au château , l'inaction de M.
Manuel, qu'on a vu fars écharpe dans le jardin
des Tuileries , la connivence de ceux des magiftrats
qui levèrent les confignes données pour empêcher
l'attroupement de pénétrer dans les cours ; que
dès le 16 , le maire favoit que , le 20 , une foule
armée préfenteroit au corps législatif & au Roi
une pétition violente & fanguinaire ; qu'il dévoit
oppofer la force légale aux premiers raffemblemens
, ainfi qu'il l'avoit fait fouvent & avec
fuccès lorsqu'il l'avoit fincèrement voulu
lieu de légitimer la rébellion par la perfide combina
fon des diverfes armes qui rendoit impoffible
la répreffion de tout excès prévu , annoncé hautement
par des clameurs & des bannières exécrables
; que le maire , arrivé après des heures
30
I 2
( 196 )
し
de crimes , ne parut pas s'émouvoir , & parla
emphatiquement aux féditieux , de l'énergie & de
la dignité du peuple qui venoit d'outrager & de
menacer le Roi & la famille.
M. Dalmas improuvoit la municipalité, non
de n'avoir pas fait couler le fang , exagération
d'imbécilles ou d'hypocrites fastieux avides de
fang ; mais d'avoir toléré l'infurrection armée
qui pouvoit répandré celui de la famille royale
& du peuple. Il a dit que Paris , la France ,
l'Europe , avoient en horreur les forfaits du 20
juin , & que leur impunité feroit l'injuftice la
plus impolitique pour l'Affemblée elle- même. M.
Lecointre-Puyravaux a demandé qu'on fit à M.
Dalmas «les mêmes honneurs qu'a M. Ribes » ,
qu'on le déclarât en délire ( bravo ! ). M. d'Averhoult
a auffi parlé contre le maire , & des
eris à bas , à bas , l'ont auffi réfuté . « Par la
faute de qui le raflemblement illégal avoit-il du
canon, a demandé M. Genty ? » M. Giraud difoit
que le maire ne cefferoit pas d'être en pénitence,
quand même il affifteroit à la fédération avec
fon écharpe ; que les Parifiens jugeroient l'Affemblée
après le moment d'ivreffe , & il propofoit
l'appel nominal pour que la France connût ceux
qui préféreroient les principes à l'un des 40,000
maires.
V
ee Ou la municipalité eft criminelle d'avoir
laiffé fe former & agir de pareils attroupemens
armés , ou le décret qui l'innocentera , déclarera ,
qu'elle eft dans l'impoffibilité phyfique d'empêcher
les émeutes , les révoltes , les attentats ,
que des portes foient brifées à coups de hâche , le
canon portéjufque dans l'afyle d'une autorité copftituée
, les outrages & des menaces de mort
prodigués pour faire violence à cette autorité ,
( 197 )
obfervoit en fubftance M. Coubé du Tarn . » En
preffant cet argument inéludable , il propofoit
à l'Affemblée d'aller établir fes féances à Rouen ,
ou dans telle ville où les citoyens refpectent , ou
les magiftrats font règner les loix.
L'Affemblée a mis aux voix & rejetté cette
propofition , & décrète qu'elle lève la fufpenfion
de M. Pétion , annulle le renvoi aux tribufaux
quant à la conduite adminiftrative du maire;
ajourne la décifion fur la fufpenfion du procuteur
de la commune jufqu'à ce que celui - ci ait
été entendu , ordonne que le préfent décret fera
envoyé, ce foir , par le pouvoir exécutif , à la
municipalité & au département , & enjoint au
miniftre de la juftice de rendre compte , fous
trois jours , des pourfuites qui ont dû être faites
contre les fauteurs des défordres du 20 jing
article contenant une fingulière contradiction ,
puifqu'il inculpe d'impofture manifefte le vertueux
maire doar les rapports n'ont ceffé d'affirmer qu'il
n'y avoit eu aucun défordre.
Malgré le voeu très - prononcé d'un grand
nombre de Départemens & de villes contre.
les attentats du 20 Juin , le Maire de Paris
a été déclaré irréprochable, & fon triomphe
a éclaté à la Fédération , où le Peuple
n'a ceffé de crier Vive Pétion , vive le
vertueux Pétion . Son nom étoit fur les chapeaux
& les bannières des fociétés popu
laires . La préfence du Roi , de la Cour perfécutée
, facrifiée , donnoit encore un r
L 3
( 198 )
lief de plus , quelque chofe de piquant au
patriotifme de M. Pétion & de fes nombreux
adorateurs . C'étoit en effet un rafinement
digne de leur civifme que l'aviliffement
du Monarque , infulté par les
applaudiffemens même qu'en prodiguoit
à fes plus acharnés perfécuteurs .
Cette Fête , au refte , fi l'on en excepte la
Garde Nationa de Paris le décemment &militairement
tenue , a répondu , fuivant
nous , à l'idée qu'on peut fe faire d'un raffemblement
déforganifé d'hommes armés
& de peuple en mouvement . On y voyoit
des piques, des fabres portés par des femmes,
par des enfans ; les emblêmes de la Liberté
Françoife exécutés en carton , les attributs ,
les maximes de la
Révolution portés au
haut de bâtons peints aux trois couleurs.
Cette multitude échauffée étoit précédée ,
fuivie , entremêlée de détachemens de
Corps militaires & civils , fur- tot des
Gardes Nationaux venus des Départemens ;
enfin , de la Municipalité de Paris , tu
Département
& de l'Affemblée
Nationale.
Arrivés au Champ-de- Mars , tous
ces Corps fe font placés aux lieux qui
leur avoit été affignés : on y exécuta un
morceau de mufique , & le ferment , tant
de fois renouvellé , fut prononcé par l'Affemblée
Nationale , le Roi , & enfuite le
Peuple , fur ce qu'on nomme l'Autel de la
Patrie.
( 199 )
Nous ignorons ce que peut être une
cérémonie de ce genre chez une Nation
riche , puiffante & policée ; mais ce que
'nous pouvons affurer , c'eft que rien n'annonçoit
dans celle- ci la coopération , la
marche uniforme , la Fédération du Peuple
François. Au moins peut- on dire qu'une
multitude de Soldats arrivés des provinces,
quelques détachemens de troupes , des
femmes , des enfans , des gens deguenillés
en très -grand nombre , portant des piques ,
des emblêmes de carton groffièrement faits,
des branches d'arbres , & revenant le foir.
Je long des rues ivres , ou fe difputant avec
les paffans , chantant les Ariftocrates à la
lanterne , la Fayette eft un f.... gueux ; infultant
à la bonté , au malheur de leur Roi;
on peut dire qu'une pareille cérémonie n'a
véritablement rien de grand , & qui réponde
à la puiffance de la Monarchie Françoife.
On doit cependant avouer que fi cette
Fête n'avoit rien de grand , rien qui approchât
nême de celle de 1790 , tout s'eft
paffé avec une tranquillité ordinaire , &
qu'aucun des complois annoncés , peut-être
même provoqués par les placards fanatiques
& les difcours des Clubs , n'a troublé
le triomphe de la fouveraineté des piques
& de MM. Pétion & Manuel ; ce dernier
s'y fit tranfporter en litière , comme une
pièce effentielle à la cérémonie.
L I 4
( 200 )
Le Roi s'y trouvoit dès onze heures du
matin. Sa Majeſté étoit partie des Taileries
à dix heures & demie , ayant dans fa voiture
la Reine & fes enfans , Madame Elifabeth ,
Mefdanies de Lamballe & de Tourzel. Les
Ministres étoient à pied aux portières. La
voiture étoit immédiatement précédée, par
trois Officiers du fervice de Sa Majesté , à
cheval avec quatre Cavalcadours & dix
Pages en avant. Dans la voiture qui précédoit
étoient MM. de Brezé , Nantouillet ,
Touzet , Montmorin jeune , de Saint Prieft ,
Fleurieu , Champcenet & de Poix ; dans
celle qui fuivoit étoient Mefdames d'Offun,
de la Rocheaymon , Serent , Tarente & de
Maillé.
Deux colonnes de Grenadiers marchoient
des deux côtés du cortége , que commandoient
MM. de Witingkoff, Boiffieux &
Menou.
La partie de la colonne des Fédérés , des
Gardes nationales , des femmes , des enfans ,
des gens à piques qui précédoit l'Affemblée
ayant défilé dans le Champ-de-Mars fous le
balcon oùleRoi étoit avec la Famille , S. M.
eft defcendue précédée des Officiers nommés
ci-deffus & s'eft placée à la tête de l'Affemblée
entre le préfident & un autre Membre ,
le refte fuivant en colonne de 4 à 5 de front;
de chaque côté étoit une colonne de Gardes
nationales & de Troupe de ligne avec quelques
Cavaliers faifant ouvrir le pallage.
201
•
un
A l'inftant où le Roi eft monté à l'Autel
pour prononcer le ferment exigé ,
grouppe de 30 à 20 prétendus vainqueurs
de la Baftille , portant le modèle de ce
Château & ayant à leur tête deux ou trois
Orateurs forcenés , étoient parvenus au haut
des gradins affez près de Sa Majesté & paroiffoient
chercher à troubler la tranquillité
en propofant de fubftituer au fernent de la
Conftitution qu'ils difoient imparfaite , ce
lui de vivre libre ou mourir pour achever la
conquête de la liberté.
Ils ajoutoient , en provoquant , en quel
que forte , des Menibres de l'Affemblée ,
qui étoient près d'eux , qu'ils avoient bien
fait de leur rendre Petion fans quoi ils les en
auroient fait repentir , & l'auroient porté
aujourd'hui fur l'Autel de la Patrie pour
le réintégrer eux mêmes au nom du peuples
ils crioient vive l'Affemblée tant qu'ellefera
d'accord avec le Peuple.
:
Le Roi a montré le plus grand calme &
la plus grande férénité pendant toute la cérémonie
. Après le ferment il a été reconduit
à l'Ecole Militaire où il eft remonté dans fa
voiture avec ſa Familie , & le même ordre
qu'en allant a été obfervé au retour. Il eft
arrivé au château des Tuileries à fept heures
paffées .
On a remarqué qu'autant les Fédérés de
1790 montrèrent de zèle & d'attachement
pour la Monarchie , autant les Provinciaus
I s.
( 200 )
Le Roi s'y trouvoit dès onze heures du
matin. Sa Majefté étoit partie des Taileries
à dix heures & demie , ayant dans fa voiture
la Reine & fes enfans , Madame Elifabeth ,
Mefdánies de Lamballe & de Tourzel. Les
Miniftres étoient à pied aux portières. La
voiture étoit immédiatement précédée , par
trois Officiers du fervice de Sa Majeſté , à
cheval avec quatre Cavalcadours & dix
Pages en avant. Dans la voiture qui précédoit
étoient MM. de Brezé , Nantouillet,
Touzet , Montmorin jeune , de Saint Prieft ,
Fleurieu , Champcenet & de Poix ; dans
celle qui fuivoit étoient Mefdames d'Offun,
de la Rocheaymon , Serent , Tarente & de
Maillé.
Deux colonnes de Grenadiers marchoient
des deux côtés du cortège , que commandoient
MM. de Witingkoff, Boiffieux &
Menou.
La partie de la colonne des Fédérés , des
Gardes nationales , des femmes , des enfans ,
des gens à piques qui précédoit l'Affemblée
ayant défilé dans le Champ- de-Mars fous le
balcon où leRoi étoit avec fa Famille , S. M.
eft defcendue précédée des Officiers nommés
ci- deffus & s'eft placée à la tête de l'Affemblée
entre le préfident & un autre Membre ,
le refte fuivant en colonne de 4 às de front;
de chaque côté étoit une colonne de Gardes
nationales & de Troupe de ligne avec quelques
Cavaliers failant ouvrir le pallage.
( 201 )
•
.
Al'inftant où le Roi eft monté à l'Autel
pour prononcer le ferment exigé , un
grouppe de 30 à 20 prétendus vainqueurs
de la Baftille , portant le modèle de ce
Château & ayant à leur tête deux ou trois
Orateurs lorcenés , étoient parvenus au haut
des gradins affez près de Sa Majefté & paroiffoient
chercher à troubler la tranquillité
en propofant de fubftituer au ferment de la
Conftitution qu'ils difoient imparfaite , ce
lui de vivre libre ou mourir pour achever la
conquête de la liberté.
lis ajoutoient , en provoquant , en quelque
forte , des Menibres de l'Aflemblée ,
qui étoient près d'eux , qu'ils avoient bien
fait de leur rendre Petion fans quoi ils les en
auroient fait repentir , & l'auroient porté
aujourd'hui fur l'Autel de la Patrie pour
le réintégrer eux mêmes au nom du peuples
ils crioient vive l'Affemblée tant qu'ellefera
d'accord avec le Peuple.
:
Le Roi a montré le plus grand calme &
la plus grande férénité pendant toute la cérémonie.
Après le ferment il a été reconduit
à l'Ecole Militaire où il eft remonté dans fa
voiture avec fa Famille , & le même ordre
qu'en allant a été observé au retour. Il eft
arrivé au château des Tuileries à fept heures
paffées.
On a remarqué qu'autant les Fédérés de
1790 montrèrent de zèle & d'attachement
pour la Monarchie , autant les Provinciaus
I s.
202 )
de 1792 fe font montrés Républicains &
égarés par les maximes des Societés fraternelles.
L'escorte du Roi a fait la meilleure contenance.
Les Suiffes , les Grenadiers de la
Garde nationale , particulièrement le détachenient
des 150 ou 200 hommes qui
accompagnoient la voiture de Leurs Majeftés
, o t montré le zèle le plus louable.
Ces braves gens fembloient défendre plus
encore leur Roi de leurs corps que de leurs
armes . L'Europe ne verra point avec indifférence
cette conduite courageufe au milieu
de l'impunité & de l'encouragenient accordés
à tous les genres de licence & d'outrages
faits à la Royauté.
On a peu crié vive le Roi , mais beaucoup
vive la Nation , vive Petion , à bas
Lafayette , à bas le Veto , vivent les Sans-
Culottes , à la lanternè les Aripocrates , tant
dans la route que dans le Champ de
la cérémonie.
Nous avons cru ces détails , fur l'exactitude
de quels on peut compter , plus intéreffans
que l'énumération des grouppes ,
des détachemens & les mouvemens de la
colonne avant & pendart e ferment ; on
les trouve dans tous les Journaux . Nous
remarquerons feulement un chef d'oeuvre
d'inpolitique dans ceux qui ont ordonné
cette Fête , en ne la mariant point avec
quelque cérémonie du Culte. Cette indif
·
( 203 )
férence pour la Religion eft une des grandes
erreurs de la révolution & celle qui empêche
que le peuple ait pour les loix & les
actes qui en émanent un refpect profond ,
indifpenfable à la folidité de tout édifice
politique. Il n'y avoit point de Prêtres ;
ce font des enfans qui ont brûlé l'encens
& fait la partie religieufe de la cérémonie
du fernient.
Le Décret rendu par cette formule , Citoyens ,
La Patrie eft en danger , n'a rien changé à la
phyfionomie ordinaire de Paris . Mêmes amufemens
, mêmes bruits , mêmes infultes contre le
Roi, les pouvoirs établis , le Département , &
fur-tout la partie modérée des Conftitutionnels .
Les fpectacles font pleins comme de coutume ;
les cabarets , les lieux de divertiffemens regorgent
de Peuples , de Gardes Nationaux , de
Soldats ; le beau monde fait des parties de plaifir,
& le Peuple gouverne , gourmande menace
fait la loi , comme de raifon .
>
"
Cette infouciance , cet oubli du danger tient,
à plufieurs caufes ; d'abord à l'inconféquence des
Parifiens , dont les efprits , les paffions , font
toujours , comme on dit , à là cave , ou au
grenier à leur ignorance dans les affaires pubiques
, ignorance proportionnée au ton affir
matif dont ils en parlent ; à leur fuffifance , ils
fe croient vraiment des héros ; au mépris des
Etrangers , enfin à la fatigue que produit fur..
des efprits légers , incandefcens , enthouſiaſtes
irafcibles la vue d'un danger imminent &
pofitif.
•
•
Cette indifférence tient à un autre fentiment
I 6
( 204 )
encore , que bien des perfonnes , quoique
éclairées , éprouvent comme le Peuple. On ne
peut fe refufer à regarder comme illufoires les
menaces du dehors , comme exagérées les craintes
qu'on vent infpirer de l'Etranger , comme inexécutable
l'invaſion , comme inattaquable la France
régénérée, quand on voit le Ministère , l'Afemblée
Nationale , les Corps Adminiſtratifs , s'occuper
très-tranquillement d'intr gues intérieures
de projets conftitutionnels , de vengeances individuelles
, de guerre de plume , de vues d'ambition
pour la feconde , la troisième Légiflature .
Tout homme raifonnable , qui n'a point d'autre
règle de jugement que la conduite d'un Gou
vernement , le premier intéreflé à repouffer le
danger , doit penfer que tout ce qu'on pobie
des 52 mille Pruffiens , des 100 mille Autrichiens ,
font des enfonges , ou que les Miniftres oor
perdu la tête ; ou s'il ne va pas jufqu's croire
P'une ou l'autre de ces propofitions , il reste convaincu
que les préparatifs qu'on annonce comme
ayant pour but le renversement de la Révolu
tion , n'ont qu'un terme calculé , bien connu de
nos Miniftres , de l'Aſſemblée , du Département ,
enfin de toutes les perfonnes dont l'existence ,
la sûreté , l'état fe trouveroient furieufement
compromis par le fuccès des armes des Cours
coalifées .
Quoi qu'il en foit de ces obfervations , c'eſt
une remarque facile à faire , que perfonne ne
croit a Paris au darger que nous pouvons courir
d'une attaque férieufe de la part de l'Etranger
, ou tout au moins que l'on le conduit
comme fi ce danger n'étoit qu'une chimère ; qu'à
quelques exceptions près , chacun parle , intrigue ,
s'avance , craint , menace , efpère , négocie , dans
205 )
les vues , dans le fens , dans les principes de la
Révolution , au même moment que le Minitère,
les nouvelles , l'Europe entière parlent de l'arme
ment de 400,000 hommes contre nous, & que chacun
avoue qu'avec nos diffentions , nos pallions
nos dénonciations , nos piques & nos adages, nous
ne pourrions point, tenir contre une pareille puil-
Lance .
L'on ne connoît qu'imparfaitement la
conduite que tiendront les Généraux ; ils
ont eu une conférence fort longue à Valenciennes
le 11. Suivant toutes les probabilités
ils attendront , fur la défenfive , que
les ennemis aient fait quelque attaque réelle
& effectué quelque mouvement véritablement
férieux contre les frontières . Jufqu'à
préfent tout eft menace & préparatifs de
Teur part , & le peu d'empreffement de nos
Généraux à fe mettre en mefure de réfifter .
fen bieroit annoncer , que comme bien du
monde , ils penfent que les ennemis n'ofe
ront pas , ne voudront pas attaquer , ou fe
déuniront & perdront le temps de la campagne
en allées & venues peu à craindre ,
Quoi qu'il en foit, les rôles vont changer. M.
Luckner paffe à l'armée du centre , qui eft,
celle de M. de la Fayette , celui - ci paile au
Nord , & M. de Biron remplace M. de la
Morlière. M. Dumourier, ex- Miniftre ,
commande le camp de Maulde
& ne
paroît point de bon , accord avec le Général
Luckner. — On croit que les Cara(
266 )
biniers pafferont en Alface avec ce G&
néra!.
Les lettres de Strasbourg du 7 annonçoient
qu'aux 2000 Autrichie sarrivés dans la nuit
dus a Koh , avec 8 pièces de canon' , s'étoit
joint un régiment de Cavalerie , & qu'on
en attendoit un nombre à peu - près égal.
Ces difpofitions de l'ennemi ont déterniiné
le Confeil Municipal fur l'avis du Généfal
, M. de la Morlière , à faire couper
une des arches du pont , en forte que toute
communication eft interrompue avec l'Etat
de Bade.-M. Houzé de St. Paul, Mar chal
de-Camp , nominié pourcommander l'artille
rie au camp de P,obsheim , eft paffé chez
Peranger avec 'Ingénieur en het du camp
d'Haningue , & quelques cuvriers . On
aflure que ce dernier a emporté les plans des
camps & fortifi ations de ce côté des frontières.
Il fe fait auffi quelques défertions
de la part des troupes Autrichiennes furtout
dans les Pays-Bas . On mande à cet
égard de Lille que quelques Huffards Autri
chiens & deux Officiers de ce Corps s'étoient
rendus au Camp François , le 11 ,
& qu'ils avoient annoncé qu'ils feroient
fuivis d'un plus grand nombre. Loin , au
refte , de trouver cet évènement extraor
dinaire , on doit être étonné qu'avec les
moyens qu'on employe il n'en déferte pas
un grand nombre , principalement de
Soldats.
( 207 )
Le Roi a farctionné le Décret qui fup
prime fans indemnité les propriétés défignées
par l'Affenb.ée Conftituante par
le nom de Droits feodaux rachetables.
Voilà une multitude de familles proprié
taires fpoliées par cette d fpefition du pa
trimoine de leurs ancêtres , fans qu'il leur
foit permis de faire la moindre petite .
obfervation. On imagine bien qu'en dépouillant
ainfi les propriétaires au profit
du peuple , l'on gagne celui - ci contre ceuxla
, & qu'on fait taire les réclamations.
-
―
Le Général Luckner eft à Paris ; ce
voyage donne du fouci & du caffe - têté
aux hauts revolutionnaires ; le refte du
publicn'y penfe pas . Piufieurs Membres
du Département de Paris ont donné leur
démifion depuis le Décret qui réhabilite
M. Pétion dans fes fonctions. Ii paroît
que l'armée de M. de la Fayette aura un
camp à Montmély ; & deux autres , l'un à
Longwi , & l'autre à Tite berg ; le-quartier
général fera à Richemont. Les troupes
de Sardaigne s'amoncè et du cô é de
Nice , & l'on ne fait pas grands préparatifs
du côté de France p ur s'y oppoler ; on
ne les caint as fans doute .
I
Le nombre des Fédérés n'a point été
confidérable à la Fédération , mais il en
arrive maintenant ; les Marfeillois fur tout
viennent au nombre de 4 à 500 hommes ,
( 208 )
& l'on redoute ce raffeniblement fur- fout
quand on entend les difcours de quelquesuns
d'eux , & qu'on voit le peu
de troupes
de ligne qui fe trouve à Paris , partir fur
un Décret rendu exprès . pour le rendre
à la frontière . Le fanatifme eft grand , le
nombre des boutefeux confidérable & les
dangers prononcés contre le Roi & la
Monarchie. Le mélange des Provinciaux
avec les Parifiens peut faire naître d'affreux
défordres .
Ce n'eft pas une des chofes les moins
plaifantes de la Révolution que ce que
Pon mande de Nîmes fur M. Dumouchel,
ancien Recteur de l'Univerfité de Paris ,
révolutionnaire qui a abjuré tous les fermens
pour devenir Evêque du Département
du Gard .
« M, Dumouchel & fes Vicaires , eft il
dit dans cette lettre , montent fort joliment
la garde. Iis font du feptième Bataillon ,
dans la compagnie de Cazeing l’aîré ,
Proteftant. Ainfi il étoit réfervé à notre
fublime Révolution de nous faire voir des
Prêtres & un Prélat , ci devant Docteur
de Sorbonne , aller à droite , à gauche ,
en arrière , en avant , d'après les ordres
d'un Proteftant ! »
Un Club régénérateur , fous le nom de
Congrès Belgique s'eft formé fous la pro
( 209 )
au
爨
tection des armées Françoites. C'eft un ramaffis
d'avanturiers , d'ivrognes & de fanatiques affiliés
à toutes les Sociétés fraternelles , c'est- à - dire
régicides & puritaines qui défolent impunément
la France aujourd'hui . Ces prétendus & groffiers
Mandataires du Peuple Belgique & Liégeois ,
vêtus d'habits bleus revers rouges , le font
tranfportés au nombre de 70 , le 4 de ce mois
à Chinsay , ' ville du Hainault Autrichien . Ils
fignifièrent aux receveurs des deniers publics
qu'ils euffent à verfer dans leurs mains les fommes
qu'ils avoient en caiffe , qu'ils étoient les véri
tables Réptélentans du Souverain , dont Frane
fois, d'Autriche n'étoit que le Mandataire, Ils
plantèrent enfuite , comme de raifon , l'arbre de
la Liberté. Cette infolence fanatique , digne
d'un Révolutionnaire du Palais - Royal , excita
Findignation des habitans qui les chaffèrent à
toapo de fufils , en tuerent un een bleffèrent
mortellement un autre ; cinq ou fix furent af
fommés par les Payfans , & le reste s'eft retiré
au congrès de Givet pour le plaindre de l'ins
civifme des habitans de Chimay.
3
L'on le rappelle que M. de Semonville
ancien Confeiller au Parlement de Paris >
nommé à l'Ambaffade de Gênes , fous le
Ministère de M. Deleffart , le fut enfuite à
celle de Turin , fous celui de M. Dumourier.
Mais l'efprit propagateur des principes
de la révolution Françoife , dont M. de
Semonville avoit donné des preuves à
Gênes , le rendirent odieux à Turin , on ne
voulut point l'y recevoir. Pour le dédommager
de cette difgrace , & lui faciliter de
( 210 )
nouveaux moyens d'étendre les grands prine
cipes de la déclaration des droits , il a
été nonimé à l'Ambaffade de Conftantinople.
C'eſt le 15 qu'un Corps de troupes Autrichiennes
eft venu attaquer Orchies , dér
fendue par un détachement de so hommes
de Beaujolois , so Dragons & soo hommes
du Département de la Somme. Après une
réfiftance légère où nous avons perdu une
vingtaine d'hommes , les ennemis ont pris
poffeffion de la Ville , qu'ils ont aban
donnée après avoir pillé quelques mai
fons. Rien ne confirme ce qu'on a dit
d'abord , fuivant l'ufage , qu'ils avoient
emmené 11 charriots de bleffés ; on ignore
leur perte. Une lettre du Procureur-
Syndic du Département du Finiſtère , ( la
Bretagne ) en date du 10 , annonce qu'un
nommé Nédelléc , Juge de Paix du Bourg
de Fouefnant , étoit parvenu à raffembler
sà 600 hommes , & à réunir les Gardes
Nationales de quelques Communes. Le
Directoire a envoyé contre le Juge de
Paix is hommes de Gardes Nationales ,
16 Gendarmes , un Officier & un canon ,
& requis M. Canclos , commandant les
troupes dans le Département , de faire
avancer 200 hommes du régiment d'Orléans
, en cas de befoin. Le Mardi 10 , le
détachement de Gardes Nationales & de
编
( 211 )
---
fe
Les
Gen larmerie eft parti de Quimper pour
rendre à Fouefnant , diftant de 3 lieues.
Il y a eu à l'approche du Bourg une fufilade
entre la troupe & les Payfans.
Ceux- ci fe font enfuis après avoir perdu
3 ou 4 des leurs . Ils fe font ralliés , & au
départ du Courier on attendoit le renfort
demandé à M. Canclos pour les attaquer.
43 ont été pris . Il paroît que l'objet du
Juge de Paix Nédellée étoit de former un
parti contre les Conftitutionnels
.
lettres de Coblentz du 10 portent que les
Princes François avant leur départ pour
Binghein , ont envoyé un Courier au Duc
de Brunswick à Orcheim, & que fur la
réponfe M. le Comte d'Artois s'eft rendu
auprès du Prince avec qui il a eu une
longue conférence. Le lendemain , 8 Juillet
, le fecond fils du Roi de Pruffe eft
arrivé à Coblentz à la tête des Huffards
d'Eben . L'Electeur , les Princes François ,
un grand nombre d'Emigrés , font fortis
pour voir défiler ce fuperbe Corps de
troupes. Le Prince de Pruffe s'eft détaché
de la colonne & eft venu fe placer à côté
de Monfieur. Il y a eu enfuite un dîner
chez les Princes , frères de S. M. T. C. ,
où fe font trouvés l'Electeur , le Prince
de Pruffe , le Duc de Brunswick , les Généraux
Pruffiens & quelques autres perfonnes.
L'on admire généralement le Prince
de Pruffe & Duc de Brunswick yil eft im
( 212 )
poffible d'avoir plus d'amabilité fociale. En
général tout le monde fe loue des Officiers
& Soldats Pruffiens .
Lettre au Rédacteur.
Extrait d'une Lettre du Cap, le 10 Mai 1792 .
Les Nègres de la Province du Nord les
premiers révoltés , n'ont plus de camp que dans
les montagnes ; ce qui les a rendus jufqu'à préſent
inexpugnables leurs principaux font aux quat
tiers de la Grande - Rivière , Dondon , Grand-
Boucan , commandés par leurs Chefs particuliers;
car ils parciffent s'être déjà partagés ces riches
contrées ; ils defcendent de temps à autre dans
les prairies pour attaquer les différens camps que
nous y avons dans ces affaires partielles il y'a
des pertes de part & d'autre ; & il nous cft impoffible
d'y avoir un avantage décifif , parce
que quand les Nègres s'apperçoivent de leur foibleffe
, ils s'enfuient. Nos principaux camps font
à la Patra , au haut du Cap , au Limbi & à
Jarquery ; nous favons d'ailleurs que les Nègres
ont beaucoup de Blancs prifonniers , & qu'il fe
fe paffe peu de jours fans qu'ils affaffinent ou
incendient le peu d'établiffemens échappés juſqu'à
préfent. Les Gens de couleur , en petit nombre
dans cette Province , paroiffent le bien conduire
& font caule commune avec les Blancs . »
« Dans la Province du Sud , les Gens de coufeur
fe lont montrés tels qu'ils font . Après avoir
fait figner , le fer & le feu à la main , à plufieurs
Paroilles & au Port - au - Prince , les concordats
les plus ignominieux , ils ont foulevé les efclaves ,
(( 2135 ).
& mêlés avec eux , ils ont incendié & affaffiné ;
& malgré les cruautés commifes par ces Nègres ,
ils les ont furpaflé. Plufieurs quartiers paroilient,
depuis peu de temps , avoir figné de bonne foi
un traité d'union avec eux ; c'est un facrifice qu'ils
font à leur fortune. »
ce La Colonie n'a encore reçu que 2500 hommes
, qui , divifés dans nombre de quartiers , ne
fout prefque pas de fenfation ; on elt , à voir
venir le complément des 6300 hommes annoncé
dès Novembre dernier. Il vient de mouiller dans ,
la rade une frégate Angloife : elle do ne pour
p étexte que la Jamaïque l'envoyant en Angleterre
, el'e offre de porter les paquets . La France
ne doit - elle pas craindre que nous n'invoquions
ce:te Puiffance dans l'extrémité où nous nous
touvons »
P
.
K
« Non contens de nous voir à la veille de
périr , ne nous avifons - nous pas d'être auffi Démocrates
, d'être divifés d'opinions , & de tourmenter
le Pouvoir exécutif fans lequel nous ne
pouvons fubfifter ; des enragés Démocrates pouffent
même le délite jufqu'à menacer de tuer les
perfonnes attachées à l'ordre , à la tranquillité , àª
l'ariftocratie enfin . L'Affemblée Coloriale , pour
être par fois d'accord avec le Pouvoir exécutif ,
eft accufée de contre - révolution . »
« L'Affemblée Coloniale n'a point encore entamé
la Conftiturion. La Commiffion qu'elle a
nommée à cet effet doit cependant lui montrer
fon travail , Samedi : elle a décrété qu'elle ne
vouloit plus de galeries ; mais les brouillons qui
ne manquent pas dans cette Ville , la menacent
tous les jours d'entrer par force. Les Loix
fort fans force , on ne reconnoît aucune autorité
; l'infubordination des troupes Patriotes & de
ligne eft à fon comble. »
L
( 214 )
Précis des Séances du 15 , 16 , 17.
-
Séance de Dimanche 15. Une lettre du
District de Sarrelouis annonce comme certaine
la préfence des ennemis dans l'Electorat
de Trèves . Le Comité Diplomatique
fera un rapport fur cet objet. Décrété
que le Miniftre rendra compte du nombre
des Fédérés qui font à Paris ; que les
Gardes Françoifes formeront un Corps de
Gendarmerie à Paris , & que les troupes
de ligne qui font dans cette Ville fe rendront
aux frontières . -On a défendu aux
Suiffes de porter le Drapeau blanc qu'ils
ont confervé ; demain rapport fur les capitulations
Suiffes . Lettre du Général la
Morlière qui demande la permilion de
mettre en état de défenfe les Communes
riveraines du Rhin. Rapport ordonné fur
cet objet ainfi que fur une demande de
7,000 fufils pour le Département du Haut-
Rhin.
Séance du Lundi 16. On a fufpendu
l'exécution du Décret qui accorde 100, cool..
un fieur la Reynie pour avoir dénoncé une
fabrication de faux affignats. On dénonce un
tripot du Palais- Royal où un Fédéré a été
affaffiné , il demande une loi contre les
jeux. On a adopté un projet fur l'augment
( 215 )
2
tation des Officiers attachés au fervice des
places . Le Général la Morlière eft autorifé
à mettre en état de guerre tous les poftes
qu'il jugera convenable. - M. Manuel eft
venu faire l'apologie de la journée du 20 ,
la fienne enfuite. Il a injurié le Roi , M.
de la Fayette , & a été admis aux honneurs.
de la Séance & des applaudiffemens. - On
lit une Note officielle qui annonce la neutralité
du Danemarck & fon refus d'entrer
dans la coalition contre la France . Décrété
que M. Luckner fera entendu à la barre
fur fon voyage. - Décrété qu'on attaquera
les Princes Allemands qui font en état
d'hoftilités contre la France. Des Patriotes
Arléfiens , Fédérés , viennent fe
plaindre qu'on les a mal reçus à Lyon , &
demandent que le Département de Rhône
& Loire foit en conféquence caffé . On propole
un Décret fur la manière dont les Autrichiens
& Pruffiens traiteront les Gardes
Nationaux .
-
Séance du márdi 17. Le Miniftre de la
Juftice donne l'explication du prétendu
Tribunal établi au Château pour entendre
quelques témoins fur la journée du
20. On décrète que l'armée de terre ſera
Portée à 450 mille hommes & les moyens
d'en faire la levée . Une députation de
Fédérés paroît à la Barre , elle propofe
la fufpenfion du Pouvoir Exécutif , la
( 216 ) trution
de
tous
les
Etats
- Majors
, un Décret d'accufation contre M. Lafayette
& le renouvellement de tous les,
Pouvoirs Adminiftratifs & Militaires.
Une Lettre du Roi annonce que le
Roi a confié le Ministère de l'intérieur ,
par interim , à M. de Joly. On lit une
Lettre de M. Luckner qui annonce que
nos forces font , inférieures à celles de
l'ennemi & qu'il n'aime point les Jacobins
. Une Lettre de Stutgard écrite par
M. de Maifon Neuve anno: ce que des
Couriers ont été expédies dans la Souabe
& les Electorats Eccléfiaftiques pour hâter
la marche des troupes Autrichiennes.
M. le Jafne inftruit l'Affemblée que l'ennemi
eft entré dans Orchies , y a pillé
quelques maifons & fait quelques prifonniers
.
ERRAT A.
Faute à corriger dans le Numéro 18 , page
III , avant-dernière ligne , Partez; lifez : Parlez .
A
MERCURE
HISTORIQUE
"
E. T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 30 Juin 17925 d'ani
E qui rendra toujours très - difficile un
changement total de Gouvernement dans
un Etat comme la Pologne , ce font les
rapports d'alliance , de garantie , de sûreté ,
les traités pofitifs qui lient les grands Etate
les uns aux autres ; traités qui , formant
les baſes du droit public de l'Europe, apa
pellent fur- tout ce qui peut en altérer l'uti
ité , la folidité , la durée , l'attention &
bientôt les armes des autres Puiffances.
L'erreur des Révolutionnaires reffemble
beaucoup à celle des Economiftes , qui
voient tout d'une manière abftraite & ifo
lée ; qui confidèrent les chofes dans leur
nature abfolue; & nevoient point les con
No. 30. 28 Juillet 1792. K
12
•
12187
"
·
relations nombreuſes qui en modifient l'effence
, & la foumettent aux calculs des accidens
extérieurs. La Pologne ne devoit
tenter de réforme totale dans fon Gouver
nement qu'après l'opinion préalablement
connue des Cours de Pétersbourg , de
Vienne & de Berlin.
2
L'on prétend que cette dernière s'étoit
expliquée , & l'on cite à l'appui une lettre
du Roi de Pruffe au Roi de Pologne, que
la Gazette miniftérielle de France donne
ironiquement comme une preuve de la
bonne - foi de la Cour de Berlin , & dans
laquelle elle prétend trouver une contradiction
avec la dernière lettre de S. M. P .;
mais pour quiconque réfléchit, elle n'offre
qu'une expreffion vague de bienveillance
qui ne fuppofe ni l'obligation , ni la volonté
de défendre avec des armées la
Conftitution Polonoife , 1 ° . contre un Allié
; 2 ° . contre une partie de la Nation ,
aujourd'hui réunie en contre- fédération.
Voici cette lettre...
P
Copie d'une Lettre écrite par Sa Majesté le Roi
de Pruffe au Roi de Pologne.
32 holm .
Berlin , le 23 Mai 1791 .
Monfieur 'mon Frère , j'ai reçu prefque en
même temps les deux Lettres par lefquelles Votre
Majefté, a bien voulu me faire part de la réfo
lution importante que la Dière Confédérée de
Pologne vient de prendre , en fixant la fucceffion
H
( 219 )
héréditaire de fon Trône en faveur de la Maiſon
de Size. Perfonne affurément n'étoit plus propre
à me communiquer les détails de cet évènement
que le Général Comte Potocki , qui y a joué un
sôle ſi intéreſſant , & qui mérite à tous égards
le témoignage que Votre Majefté lui rend. L'em
preffement que j'ai mis à faire connoître ma façon
de penfer à cet égard , a dû la convaincre ,.ait fi
que toute la Nation Polonoife , de l'intérêt que
j'y prends . Je me félicite d'avoir pu contribuer
au maintien de fa liberté & de fon indépendance
& un de mes foins les plus agréables fera celu
d'entretenir & d'affermir les liens qui nous
uniffent. Je n'ai pu qu'applaudir en particulier
au choix qu'elle a fait d'un Prince fes vertus
que
rendent dignes du Trône qui l'attend. Je fouhaite
cependant que ce moment foit encore éloigné ,
& que Votre Majefté puiffe faire , pendant une
longue fuite d'années , le bonheur de les Peuples, »
Ces voeux ne font pas moins fincères que
l'attachement que je lui ai voué , & avec le
quel je ferai invariablement , de Votre Ma
jefté , le bon Frère ,
1
FREDERIC GUILLAUME.
Encore une fois , pour tout homme
fenſé il y a loin de ces expreffions amicales
à un engagement , même préjugé
de facrifier les armées & fes trésors , pour
maintenir une forme de Gouvernement
contre une partie de la Nation qui , de
puis le 23 Mai , a montré qu'elle n'en vouloit
point , & contre un Allié qui la méconnoît
, lorfqu'aucune raifon de sûreté
commune , de protection des droits de
K2
12201
TEurope , n'en fait un motif irrécufable
pour les Cours de Berlin & de Vienne.
Les Miniftres de Pétersbourg à Varsovie
& de Varfovie à Pétersbourg n'ont point
quitté les Cours refpectives auprès defquelles
ils réfident. Cette irrégularité diplomatique
fembleroit annoncer l'espoir
d'un accommodement de part & d'autre
ou de la part de la Ruffic , que cette
Cour nf fe regarde pas comme en guerre
匦
envers République de Pologne , & de
notre part que nous n'avons pas voulu
paroître rompre dans les formes avec Sa
Majefté Impériale.
Les hoftilités & la marche des armées
Ruffes , ainfi que les contre - fédérations
formées fous leur protection , n'en menacent
pas moins la forme du Gouverne
ment de 1791 d'un renverfement total.
L'acte de la nouvelle confédération de
Targowicz eft imprimé. C'eft une pro teftation
& une déclaration de nullité contre
tout ce que la Diète actuelle a fait , & notamment
la deftruction de la République
Polonoife par la Conftitution du 3 Mai :
set acte réclame la protection de la Ruffie ,
& eft déjà figné entre autres de MM . Félix
Potocky, le Comte Braniky , le Comte
Rzewusky, & de plufieurs autres Sénateurs .
La réfiftance des oppofans dans tout
changement fubit de Gouvernement s'ac
( 221 )
croft par la multitude & la rigueur même
des moyens que l'on emploie pour les con
tenir. Habitués à regarder les anciennes
loix politiques comme les feules qui réuniffent
au confentement de la Nation la
fanction du temps , les nouvelles leur paroiffent
incertaines , fragiles , livrées à la
difcuffion & aux effais de l'expérience , &
lorfqu'elles éprouvent une violente oppofition
, que ceux qui les méconnoiffent
font nombreux & confédérés , les Tribunaux
, les Comités , les Cours de Juftice
établis pour punir ceux qui les enfreignent,
ne font plus aux yeux des mécontens que
des moyens d'oppreffion & de tyrannie ,
dirigés dans le fens d'un parti contre les
réclamations & les droits de l'autre.
qu'on
C'est l'effet que produit ici l'inftitution
u'on vient de former d'une efpèce de Haute
Cour Nationale à l'inftar de celle de France.
Elle infpire une frayeur d'autant mieux fondée
, quedans les momens de révolution, les
crimes de lèze nation n'ont point de caractère
prononcé, que la faction qui veut régner
peut en étendre ou reftreindre le fens à
volonté , que les jugemens font bien moins
dictés par la juftice que par l'utilité du
parti puiffant , & que les évènemens juſtifiant
tout , on eft coupable ou innocent ,
felon que la force s'eft trouvée plutôt d'un
côté que de l'autre.
Ainsi , le Tribunal extraordinaire de
K. 3.
( 222 )
Varfovie , loin de fervir la révolution , ne
peut que lui nuire par la haine qu'il a
infpirée , par les facilités qu'il donne au
parti régnant d'être dur & oppreffeur d'après
des formes impofantes , par les moyens
qu'il offre aux Révolutionnaires de fervir
leurs paffions , & de commettre des injuftices
fous les plus légers prétextes de défobéiffance
à des Décrets qui n'ont point
encore le caractère de loix , dès - là qu'on
fe bat pour favoir fi on les reconnoîtra ,
ou fi l'on ne les reconnoîtra point pour
telles.
Malgré les fuccès du 17 , le Prince Poniatowski
a été obligé de fe replier fur Oftrog ,
en Volhynie , pofte qu'il a depuis abandonhe
c'eft de - là qu'il a propofé une fufpenfion
d'hoftintes au General Rule Kochowski , à quoi
celui- ci a répondu en difant qu'il avoit ordre de
détruire la Conftitution du Mai ; & qu'il le
fuivroit. Les Ruffes au refte n'avoient ni évacué
ni reculé au 25 de juin ; ils étoient de ce côté
de la Pologne à Berdiczow ; & dans la Lithuanie,
aux environs de Wilna , dont ils ont pris pol
feffion , & où ils ont rétabli l'ancien régime. Nds
forces dans cette Province font de 14,000 hommes.
Les efcarmouches continuelles auxquelles nos
troupes font exposées nous font perdre bien du
monde ; les derniers combats fur-tout nous ont
beaucoup coûté ; dans l'affaire entre notre Général
Vielorsky & le Général Ruffe Levaindorf,
nous avons perda 7co hommes d'ffanterie , &
plus de 400 de Cavalerie dans celle du Général
Poniatowskyndue perte a été au moins de
1
( 223 )
2
3,000 hommes. Le Général Ruffe Ferfen a a
tégé & pris , le 20 de ce mois , la place & fortereffe
de Niefwitz , appartenant au jeune Princede
Radziwil. y a trouvé 28 canons 6
700 homines d'Infanterie , & une affez grande
quantité de poudre ; c'eft M. Dederko qui commandoit
la place . On doit former un camp au- delà
de la Viftule pour protéger la Capitale , que
les Ruffes paroiffent menacer , & ou leurs armées
tendent comme à un point central par PU
kraine & la Volhynie d'un côté , les Palatinats de
Wilna & de Novogrodeck de l'autre.
2
2 ALLEMAGNE, STOOD
De Vienne , les Juillet 1792
Sa Majesté ne s'arrêtera à Francfort que
le temps néceffaire au couronnement ; elle
fera de retour ici vers ia fin de ce mois , lon
Couronnement comme Roi de Bohême eft
fixé au 18 Août ; déjà les préparatifs fe font
pour cette cérémonie . Son Alteffe le Grand-
Bour Duc de Tofcane eft parti , le z pour l'Italie,
accompagnée du Marquis de Manfredini.
La connoiffance de la réponſe officielle
de la Cour de Copenhague à la note que
lui avoient remile MM. Weguelin &
Breunner , Miniftres des Cours de Vienne
& de Berlin , a donné lieu à plufieurs réflexions
plus ou moins fondées , fur la conduite
du Cabinet de Copenhague.
La neutralité de cette Cour eft motivée
K
4
( 224 )
A
dans la pièce qu'on va lire , fur des raifons
qui devroient précisément la déterminer à
entrer dans la coalition ; elle
argumente de
fon état ifolé , de fon commerce , mais les
mêmes raifons militent en faveur de la
Pruffe , des Cours d'Allemagne , de la
Sardaigne , de la Hollande , dont les fentimens
ne font point équivoques. Si dans la
crife actuelle des Gouvernemens , les autres
Cours gardoient la même neutralité , bientôt
le Danemarck lui- même feroit la victime
des fléaux qu'il redoute. Sans doute
encore que cette Cour ignore que plus les
forces employées feront nombreufes &
formidables , & moins il y aura de perte
pour l'humanité , moins de fang répandu
& sûrement point du tout. Les confidérations
fubalternes cèdent aux motifs de
sûreté générale & au maintien des droits
refpectifs de tous les Gouvernemens . Aucun
n'a intérêt à ce que les maximes de
juftice & de religion , foient publiquement
méconnues par un peuple puiffant & toujours
en infurrection . L'Europe forme une
grande République chrétienne ; chacun
de fes Membres à droit d'en maintenir le
repos contre les grands mouvemens dont
l'objet ne feroit point de révendiquer un
Droit ou une Province , mais d'ébranler
de diffoudre la fociété même dans fes bafes ;
c'est ce qu'il eft douteux que la Cour de
Copenhague n'ait point reconnu , comme il
( 225 )
eft étonnant qu'elle fe foit contentée d'avouer
l'obligation où elle eft de fournir aux
moyens de défenfe qu'exigent d'elles fes
pofleflions en Allemagne .
Telles font les réflexions que fait naître ici
la lecture des pièces fuivantes & qui probablement
changeront les difpofitions du Daremarck
aujourd'hui fur- tout que de nouyeaux
évènemens viennent à l'appui de
Tutilité de l'intervention des Cours alliées .
Note remise à S. Exc. le Comte de Bernstorff ,
Miniftre d'Etat & de conférence de Sa Majesté
Danoife.
Les fouffignés , l'Envoyé extraordinaire de
S, M. le Roi de Hongrie & de Bohême , & le
Chargé d'affaires de S. M. Pruffienne , ont l'hon
heur de communiquer au ministère de S. M. Danoife
, le mémoire ci -joint , relatif aux affaires
de France , & de l'accompagner de quelques obfervations
, & des réquisitions de leurs Cours
relatives à cet égard. 35
ce Il s'agit dans ce moment- ci d'une caufe
Commune à tous les Souverains , & de l'intérêt
commun de tous les Gouvernemens Il en dérive
effentiellement la néceffité & l'obligation pour
toas d'y intervenir efficacement pat , la réunion
a leurs moyens & de leurs forces ; & cette
communauté d'efforts exige néceffairement un
concert préalable d'un accord déterminé entre ces
Cours , fur le but du concert & fur les moyens
à y employer.
33
Le but réunit deux fertes d'objets . L'un
concerne les droits lézés des Princes de l'Empire)
ainfi que ceux du Saint - Siége , & les dangers
K
S.
8226 )
dont la propagation des principes françois menace
plus ou moins , plutôt ou plus tard , les
autres Etats , i l'on ne parvient à les prévenir ;
l'autre concerne le maintien des fondemens elfentiels
du Gouvernement monarchique en France.
Le premier de ces deux objets fe trouvé déter
miné dans tous les points par leur annonce même;
le fecond au contraire n'eft point encore fufcep
tible d'une détermination pfitive . »
Toutes les autres Puiffaeces n'ont aucune
ment le droit d'exiger d'une Puiffance grande &
libre telle que la France , que tout y foit rétabli
entièrement dans l'état antérieur, ou qu'elle adopte
précisément telle & non pas d'autre modification
du Gouvernement : il s'enfuit que l'on pourra
& devra reconnoître comme légale & conftitu
tionnelle telle modification dans fon Gouvernement
monarchique, & dans fon adminiftration
interne , dont le Roi , jouiffant d'une liberté
plenière , conviendroit avec les Représentans lé
gitimes de la Nation . »
« Pluficus confidérations importantes paroiffent
d'ailleurs preferire à la fagefle & à la prévoyance
des Cours réunies , de déployer & de
conferver invariablement la plus grande modéra
tion à cet égard.
* Quat aux moyens à employer , ils devront
être fuffifans pour rende les fuccès immanqua
bles , proportionnés aux forces refpectives des
Piffances réunies , & déterminés d'après un plan
général d'op rations . »ןכ
« Ce concours d'efforts peut s'effectuer
, ou
par des troupes ou pa: des fubfides d'argent proportionnés
en faveur des Puiffances qui employe
ront à l'entrepriſe u plu grand nombre de
oupes , que n'e.igeroit leur contingent relati(
227 )
vement aux autres. Dans l'un & l'autre cas , il
s'agira de fpécifier l'efpèce & la quote - part de
ces moyens qu'on s'engagereit à fournir ; ainh
que le terme auquel ces engagemens feroient
infailliblement réalités . »
« Pour procéder à l'arrangement de tous ces
points , S. M. Apoftolique & S. M. Pruffienne
propofent la ville de Vienne comme le centre des
diftances , dans l'intention d'accélérer & d'abréger
cet ouvrage le plus que poffible, »
« Mais quand , en conféquence du concert
conclure , le raffemblement des armées fera effectué
de toutes parts & fuivi d'une déclaration des
Puiffances , pour annoncer leur intervention commune
& les objets dont elles demanderont le res
dreffement , fi alors il s'agit d'établir un congrès
armé formel , il eft tout naturel que ce congrès
ne pourra point fe tenir à Vienne trop éloigné
de la France , mais dans tel autre endroit que
les Puiffances réunies jugeront être le plus convenable
. 33
« Leurs Majeftés Apoftolique & Prüffienne
font prêtes de leur côté à concourir de cette
manière avec toute la promptitude & l'énergie
poffible au foutien de l'intérêt commun de tous
les Souverains & de tous les Gouvernemens. »
,
« Les difpofitions que les deux Cours ont
Faites jufqu'ici étant purement défenfives
mefures actives à prendre ultérieurement dépendront
de la réaliſation du concert popofé , &
co féquemment de la coopération eff ctive des
autres Cours. »
« C'est en vertu des ordres précis & au nom
de leurs Cours refpectives , que les fouffignés
ont l'honneur d'inviter la Cour de Dannemarck
Ec concert , & de l'engager à munir fon Mi
K6
( 228 )
>
hiftre à Vienne d'inftruct ons & de pleins potvoirs
néceffaires à cette fi en demandant des
renfeignemens éventuels fur les moyens qu'elle
defti eroit de fon côté au but commun , & fur
le temps fixe auquel el'e pourroit les fournir. »
Come l'extémi é notoire des affaires de
France & fur- tout l'invafion hoftile fur le territoire
de l'Allem.ge , & nommément celui du
Cercle de Bourgogne qu'elle vient de tenter
rend urgent d'accelé ei le plus que poffible l'exécution
des m fures réu ies , es foignés fe
flattent que S. Ex . M. le Comte de Bernstorff
ne tardera pas de les informer des intentions de
Ta Cour , relativement à fon acceſſion au concert
propofé. »
ce
Signé , WEGUELIN ET BREUNNER . »
>
Réponse de Son Excellence le Comte de Bernftoff.
« C'eft avec tous les fentimens dignes de la
confiance des Souverains fes amis & aliés , &
les plus propres à y répondre , que S. M. Danoile
a reçu & pelé les ouvertures de Leurs M.
Apoftolique & Pruffienne. Elle y a reconnu les
principes les plus juftes , & la follicitude la plus
refpectable pour le bonheur & pour la tranquil-
Jité de l'Europe entière évidemment men.cée
par l'anarchie françoile & par le p eftige de les
formes illufoires , mais féduifantes . »
>
L'offre d'un concert parfait pour affurer les
bafes générales de l'ordre focial , pour mettre
des bornes aux attentats de ceux qui les méconnoiffent
, & pour rendre la France fufceptible
de nouveau de cette profpéité dont elle a joui ,
mais qui a été anéantie , ne peut que flatter le
Roi mon maître. S'il ne peut pas y entrer , ce
' n'cft pas par différence d'opinion ou de vues ,
7229
•
c'eft par des raifons fondées fur une poſition
differente , fur des intérêts majeurs , fur des
devoirs qui doivent être fa lo & fa règle , &
qui ne lui permettent ni d'écouter fes penchans ,
ni de confulter fes regrets ; S. M. s'expliquera
là-dedus avec la vérité , la franchiſe , la cotdialité
la plus entière , elle fait
que ce n'eft que
par - là qu'elle peut prouver fon eftime & lon
amitié aux Souverains vers qui elle penche &
dont elle connoît & refpecte les vertus. »
#
I ne s'agit plus de prévenir un éclat , ou
de maintenir la paix par un concert impofant.
Les François ont déclaré la guerre depuis peu.
Le fyftême général du Roi eft la neutralité la
plus parfaite & la plus impartiale ; mais il ne
peut abfolument pas fe concilier avec une des
parties beliigérantes contre l'autre , par une réu
nion qui ne fe fait que depuis que la guerre
a effectivement commencé . »
1
Le Dannemarck a reconnu , tout comme
J'Empereur défunt & le Roi de Pruffe , la Conftitution
de la France , depuis que Louis XVI
la folemnellement avouée. Il n'existe encore aucune
démarche di ecte & pubique . Les Souverains
qui n'ont pas des raifons particulières , ne
font point appellés encore à foutenir ou à vent
ger la caufe de celui qui fe croit & qui fe dit
libre & fatisfait de la limitation de l'autorité
-royale adoptée fans réclamation . Il y a bien de
la différence entre les Puiffances neutres & éloignées
que rien n'a provoquées , & celles qui ont
été offer fées qui doivent fe defendre , qui par
leurs engagemens , leur voifirage , leurs forces ,
leur pofition en général , font réceffirées de
prendre un parri , & d'ailleurs en état de jouer
e premier rôle qui leur convient. Le premier de
( 230 )
lear but , & bien digne d'elles , eft fans doute de
préferver leurs fujets de l'infection menaçante
qui fe répand comme le poifon le plus dange
reux & le plus actif. Sa Majeſté y eft parvenue
par une raiche adaptée au génie de fa Nation ;
elle ne veut pas s'en écarter . Elle avone , au refte ,
& reconnoît de concourir , comme Membre de
Empire , à toutes les metures communes , qui
feront prifes pour fa défenfe & celle de fes droits ,
& S. M. fera toujours empreffée de convenir de
fes devoirs à les remplir. »
Du Département des Affaires étrangères
à Copenhague , le premier Juin 1792. »
« Signé , BERNSTORF, »
Il fe confirme que les Turcs marquent du
mécontentement de la lenteur de l'opération
du règlement des limites & de ce qu'on
ne leur a point encore délivré les places
convenues par le Traité de paix. lis ont
attaqué quelques poftes près d'Orfowa &
Rimnieck. On ne croit point que ces hoftilités
donnent lieu à une nouvelle guerre. Un
Courier a été expédié a Conftantinople avec
des depêches relatives à cet objet , & l'on
penfe que la Porte ne fera nulle difficulté
de nous fatisfaire à cet egard. La Chancellerie
Illyrienne féparée de celle de Hongrie
par l'Empereur Léopold y eft de nouveau
réunie d'après le voeu des Etats de ce pays
qui comprendia Croatie, l'Etclavonie & une
partie du Bannat. Les Eta's de Hongrie
ont demandé & obtenu de Sa Majesté l'érection
d'un Tribunal de Commerce pour ce
( 231 )
Royaume , que fa population de fept millions
d'Habitans & fon grand Commerce
lui rendoient néceffaire. Les lettres de
Conftantinople annoncent que la pefte s'y
eft déclarée , & qu'un incendie y a éclaté
le 25 Mai & a confumé quatre à cinq cents
maifons. Le port de Triefte vient d'être
mis en état de défenfe ; on a placé à fon
entrée ept chaloupes canonnières , & un
bâtiment de 24 canons doit s'y joindre
inceffamment.
-
De Francfort -fur- le- Mein , le 13 Juillet.
V
On mande de Berlin que le Prince de
Nalau y eft arrivé le 27 Juin , il s'eft rendu
auprès du Roi le lendemain , d'où il eft en-
Tuite parti pour Coblentz. Le Prince
Ferdinand de Brunswick , Oncle du Duc
de Brunswick , Général des armées combinées
, eft mort d'apoplexie le 3 de ce mois
dans la foixante - douzième année de fon âge .
La famille des Brunſwick a été féconde enhommes
qui joignent àun caractère de politeffe
& d'urbanité des talens rares dans la
guerre & dans la politique. Le Prince Ferdi
nand s'étoit diftingué dans la guerre des
alliés contre la France , autant par fes fuccès
que par des vertus aimables . Son neveu &
fes petits neveux aujourd'hui à la tête des
armées d'Autriche & de Pruffe , ont hérité
de ces qualités précieuſes ; ils le font aimer
( 232 )
plus encore que refpecter par tous ceux qui
les approchent , & l'on peut dire d'eux ce
que difoit Voltaire du Prince défunt , qu'on
ne fait fi l'on doit defirer ou craindre d'avoir
à fe battre contre de pareils hommes .
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 17 Juillet.
Les partifans des troubles , de la réformé
Parlementaire & autres affiliés aux Clubs
François n'ont point célébré cette année la
révolution du 14 Juillet.La haine & le mépris
public pour tout ce qui tient au fyftênie
d'infurrection leur en ont impofé. La tranquillité
produite par la proclamation du
Roi , la conduite ferme du Miniſtère , la
profpérité publique , les fuccès du Gouvernement
dans l'Inde , ne font point des
conjonctures favorables à des révolutionnaires.
Seulement M. Chauvelin a donné un
repas aux Miniftres étrangers réfidans à
Londres , mais il n'y aaucun rapport entre
cette politelfe d'ufage & les orgies de l'année
dernière. L'on fait d'ailleurs que penfer
ici de la révolution de France que l'on
regarde à préfent comme incompatible
avec le génie & les habitudes du Peuple
Anglois.
72333
L'efcadre aux ordres de l'Amiral Hood eft
compofée d'un vaiffeau de 90 canons
de quatre de
de 74, de quatre frégates de 32 ,
& de quelques autres petits bâtimens de
guerre. Elle a mis à la voile le 11 , & a
dirigé fa route à l'oueft . On pense qu'après
quelques croifières dans la Manche , elle
fera des évolutions devant leurs Majeftés
à Weimouth où elles fe rendront dans le
milieu d'Août , pour y jouir de la belle
faifon.
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 15. Juillet 1792.
Depuis la retraite des François le calme
fe rétablit dans la Flandre. Les Habitats
de Courtrai ont reçu avec plaifir la nouvelle
des indemnités qui leur a été accordées
fur la demande du Général Luckner. Ily
a de temps à autre quelques efcarmouches
entre les poftes avancés . Le 8 , un gros de
Hou'ans ayant pourfuivi quelques patrouilles
françoifes qui s'étoient avancées.
jufques près de Quievrain , pour aller à la
découverte , a été entraîné jufqu'au milieu
de la Cavalerie ennemie , on s'eft battu
avec acharnement , mais nos gens infé
rieurs en nombre ont été obliges de fe retirer,
après avoir perdu du monde , & laiffé
quelques Prifonniers. La perte des Fran(
234 )
çois n'a pu être moindre à en juger par
les efforts des Houlans , pour fe retirer du
gros de Cavalerie où ils fe trouvoient.
.
FRANCE.
De Paris , le 25 Juillet 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche , is juillet.
לכ
M. Choudieu demande que « pour arrêter l'audace
des généraux , on fafie aujourd'hui le
rapport relatif à M. de la Fayette ( applaudi ) ;
M. Thuriot, qu'on les empêche de quitter leur
armée pour venir faire des pétitions à la barre
( applaudi ) ; M. Vivier , que le maire de Patis
nombre des fédérés qui ont
déclaré vouloir fervir aux frontières ( murmures );
M. Rouyer , que le maire & le miniftre de la
guerre rendent compte tous les jours du nombre
des hommes deftinés à renforcer l'armée ; M.
Fauchet, que les troupes de ligne s'éloignent de
Paris demain ou après - demain , M. Royer ,
pourquoi elles ne font pas encore parties , &
rende compte , divier
,
∞
pourquoi les gardes Suiffes gardent le Roi ,
tandis qu'il ne peut avoir de Suiffes pour fa
garde M. Choudieu , que le pouvoir exécu :.f
loit « non-feulement libre , mais forcé d'envoyer
ces troupes de ligne aux frontières dans 24
heures » Les débats s'engagent fur cette dernière
queftion .
Après ja jydicicufe obfervation de M. Brunck,
( 235 )
qu'au Roi feul appartient le droit de commander
l'armée , que l'Affemblée a fait tout ce qu'elle
pouvoit faire en levant le décret portant que
les troupes de Paris n'en fortiroient qu'en veru
d'un décret ; M. de Girardin s'eft áttié de violentes
huées par des réflexions plus directement
Fappliquées aux motifs qu'aux principes . « Je me
réjouis , a- t-il dit , de ce qu'il n'existe plus d'inquiétudes
à Paris ; .... ni cette multitude de confpirateurs
qu'on nous préfentoit fans ceffe ; de
ce qu'il n'eft plus néceflaire d'y avoir une force
réprimante... Je remarquerai cependant que ce
font les mêmes perfonnes qui nous répétoient
qu'il falloit attirer 20,000 hommes à Paris , qui
Veulent aujourd'hui qu'on en éloigne les troupes
qui peuvent y maintenir la sûreté...... Si , par
hafard , il s'y formoit une grande confpiration ,
vous en auriez pris fur vous toute la refponfa
bilité en décrétant des mefures que vous n'avez
pas de droit de prendre Cclameurs des galeries
d'une partie de l'Affemblée ) . Je répondrai à
ceux qui m'injurient , a pourſuivi M. de Girar
din , que les injures ne parviennent pas jufqu'à
moi , que je les méprife comme eux ; j'ufe du
droit dont beaucoup de membres ufent comme
moi , de dire des abfurdités librement ( applaudi) .»
L'opinant & M. Calvet ont infifté fur les poftes
nombreux & importans pour tout le royaume ,
confiés aux citoyens - foldats de Paris ; fur l'avis
des miniftres patriotes que la garde nationale y
étoit infuffifante .
14 eft décrété que M. Tarbé ne fera pas entendu
, que M. Calvet fera rappellé à l'ordre ,
& puis qu'on entendra M. Tarbé. Il repréfente
que ces régimens affuroient l'arrivée des fubfilrances
à Paris M. Brunck , que les gardes Suiffes
(.236. )
doivent être exceptés aux termes des capitulations
; M. Beugnot , que le confidérant doit porter
que les derniers évènemens arrivés à Paris prouyent
qu'il eft inutile d'y avoir une force publique
murmures ) . La rédaction de M. Choudieu
eft adoptée . Les troupes de ligne qui font
à Paris en fortiront fous trois jours , & s'en
éloigneront de 30,000 toiles.
Un membre veut que les drapeaux des gardes
Suiffes foient tricolors : M. Brunck invoque les
capitulations , dit que c'est vouloir rompre toute
alliance & donner à la patrie un ennemi de plus.
Selon M. Lacroix , c'est un décret déjà rendu.
M. Genfonné brûle de voir finir l'affaire des
capitulations & que M. d'Artois , criminel de
Jèfe - nation , ne foit plus le chef des Suiffes....
Au comité diplomatique .
Le miniftre de la guerre annonce que M. de
la Morlière defire une autorifation fuffifante pour
faire exécuter , par les habitans des rives du
Rhin , quelques difpofitions défenfives , en metfant
ce pays en état de guerre , tous n'ayant
pas la même ardeur de civilme que ceux du
Haut-Rhin ; & que les ordres du Roi ont été
donnés pour faire juger des motifs qu'a cus M.
Jarry d'incendier les fauxbourgs de Courtray.
A la fuite d'un rapport ou M. Lemontey a
diftingué le général du citoyen , établi que tout
corps armé elt un accident de la fociété , même
depuis que la nation entière eft armée ; qu'un
général eft inféparable de attribut de la qualité,
qu'il eft eflentiel que les généraux ne s'oc
cupent point d'objets politiques , & « ter ferment
leurs pentés dans les grandes manoeuvres qu'ils
doivent concevoir & diriger ; » fix articles pri
Noient tour officier de ligne ou volontaires
1237 )
du droit facré de pétition , excepté pour des ob
jets étrangers aux fonctions militaires & pour
leurs intérêts individuels , fous peine de 3 à 15
jours d'emprisonnement ( Mais qui mettra en
prifon un général pétitionnant à la tête de fon
armée? La loi feule , peut- être ).
M. Bazire a tremblé que ce décret ne fauvât
M. de la Fayette , en donnant lieu de dire que
fon crime étoit antérieur à la loi ; & il hâtoit
l'accufation d'après les loix exiftantes . M. Merlin
décrétoit d'accufation l'armée entière de M. de
la Fayette ( Bravo ! ) , pour avoir délibéré de
fuivre ce général par- tout où il la conduiroir.
Tout eft renvoyé à l'infatigable commiſſion des
douze.
Du dimanche , féance du foir.
7
« Les portes de l'Empire font ouvertes , &
le portier ne veut pas les fermer , » dit M.
Rulh; & il prie l'Afemblée de rechercher pourquoi
M. de Montefquiou a refufé de détacher
de fon armée 20 bataillons qui devoient fe joindre
à l'armée du Rhin . M. Lejofne ré lamoit
auffi des fecours pour les frontières du Nord , ´
contre les brigandages journaliers des Au-,
trichiens . M. Thuriot s'étonnoit de ce que
« l'Affemblée dormoit , après avoir dit à tous les
citoyens de fe lever ; & il demandoit qu'on
décidât demain , à midi jufte , fi les féances
féroient permanentes . M. Fauchet défendoit aux
généraux d'approcher , fans un décret , de moins
de 30,000 toiles du corps légiflatif. M. Merlin
agitoit la queftion de favoir qui a mis la patrie
en danger. On a décrété les motions de MM.
Rulh & Thuriot.
Des lettres des adminiftrateurs de l'Ardèche
(+238 )
·
mandent que les contre révolutionnaires ont
évacué le château de Bannes ; que tous les autres
poftes leur ont été enlevés ; que M. Dufeillant
& 25 de fes complices font en fuite & qu'on les .
pourfuit.
M. de Chambonas communique une note remife
à M. Cagot , chargé des affaires de France
à Naples , au fujer de M. Carraccioli , capitaine,
commandant la frégate la Syrène , accusé d'avoir
canoané un chebec d'Alger dans un, port François
, où il étoit emboité. Le général miniſtre
d'Acton répond que le Roi fon maître ne pourra
jamais croire que M. Carraccioli ait tenu la
conduite & les propos qu'on lui impure , & que
s'il eft coupable il fera puni .
Deux décrets ont ftatné 1 ° . que les troupes
coloniales qui font actuellement en France ,
feront formées en régiment de ligne ; 2 °. que
le pouvoir exécutif rendra compte de la décifion
fur l'arrêté du directoire du département d'Eure
& Loire , qui a fufpendu le maire & le procu
reur-fyndic de Chartres pour avoir refulé d'enregiftrer
la proclamation du Roi relative aux
attentats du 20 juin.
Le chef du bataillon des vétérans de Paris
dénonce , à la barre , une coalition entre la :
Reine & M. de la Fayette , que ce dernier a
couché , il y a trois jours , à St. Cloud , &
qu'on a payé 200 ouvriers pour crier vive le
Roi le 14. Ces honorables allégations feront
récueillies par le comité de furveillance.
Du lundi , 16 juillet.
:
On avoit augmenté de quatre étrangers le nom
bre des généraux de l'armée fans fonger à leur
( 239-) !
donner des aides- de- camp comme aux autres. Un
décret d'urgence y a pourvu . -2 1 2.2 '
M. Choudieu a dénoncé une lettre circulaire des
M. Guillaume , ex- conftituant , auteur de la pétition
fi mal accueillie quoique très - conftitutionnelie
& fignée de 30 à 40 mille citoyens de Paris
fur les attentats du 20 juin . L'impartial dénoncia- >
teur voyoit « de coupables manoeuvres , &c. » ',
dans l'envoi de cette lettre aux dépurés de l'Af- i
femblée conftituante & aux adminiftrateurs des
départemens. On l'a lue . Beaucoup de membres
l'ont applaudie. C'eft la communication pure &
fimple de la pétition & une invitation à la figner
fi l'on eft d'avis que les crimes du 20 juin foient :
punis . Elle n'en a pas moins été remiſe à la commiffion
des douze , à qui M. Goujon a fait ordonner
auffi de faire un rapport général des pièces
relatives à ces horreurs , jufqu'à préfent , fi honteufement
impunies.
Un décret a ftatué qu'il n'y avoit pas lieu.
délibérer fur la demande de M. la Morlière d'une
autorisation fpéciale que lui défère la loi qui
donne aux généraux le droit de déclarer en état ,
de guerre les poftes à l'égard defquels ils jugeront
cette déclaration néceffaire ,
"
Le C procureur de la commune de Paris , M
Manuel , introduit à la barre , a débité une ha-1
rangue de jacobin , dont nous croyons devoir ,
citer quelques traits .
CC
si
Législateurs , j'étois bien malade lorfque je
fus accufé devant vous . Si l'eftime de mes concitoyens
a pu calmer mes maux , c'étoit une raifon
de plus pour ne pas fupporter le foupçon
injurieux d'avoir trahi mon devoir. La fièvre
encore dans les veines , avant que d'avoir pu
ferrer dans mes bras un fédéré , je viens cour
( 240 )
ber fous la loi une tête qui ne fléchira jamais que
fous elle... Il faut donc que je vous entretienne
encore d'une journée qui n'eft devenue fameuſe
que parce que la Cour a voulu la groffir de fes
vices... Le 16 juin , quelques - uns de ces hommes
patriotes tout purs... vinrent planter une pique
dans le lieu des féances de la commune... à côté
du maire ; c'étoit- là fa place : Minerve en a toujours
une. Ces hommes qui difent tout ce qu'ï's
peuvent , parce qu'ils fort tout ce qu'ils difert ,
prévinrent que le mercredi prochain ils ſe feroient
une fête de porter leur hommage à l'Affemblée"
qui portoit de bens décrets , & des repréfentations
au Roi qui s'étoit défait de miniſtres qui
valoient beaucoup , pour en prendre qui ne valent
rien... C'eft au moment où l'on vanto t
l'union des fauxbourgs , que , par un arrêté perfide
& barbare , le directoire condamna une municipalité
à diriger contre des citoyens qui mar--
choient déjà avec toute l'énergie de l'innocence
tout l'appareil de la mort. ( Ici l'abrégé du récit de
M.Pétion. ) Le Roi , pat fa fécurité , faifoit l'éloge
du peuple , & il demandoit lui-même le bonnet
de la liberté , qui devroit être fa couronne...
Vos députés ne vinrent- ils pas vous dire que
le Roi & le peuple étoient contens l'un de l'autre?
Et le lendemain , c'eft ce même Roi qui trahit ,
qui calomnic , qui déshonore ce même peuple
en le dénonçant à tous les peuples , à tous les Rois ,
qui ne s'imaginant pas qu'un libelle puiffe exifter
fous le titre augufte d'une proclamation , feront
forcés de croire que ce peuple qui toujours grand,
toujours généreux , n'a que des amnifties à fe reprocher
, n'eſt plus qu'une horde de cannibales !
Er vous , légiflateurs ne vous êtes pas levés d'indignation!
1
( 241 )
dignation ! N'aviez- vous pas la majefté du peuple
à défendie ? Craindriez - vous de vous meſurer
avec un Roi ? C'est vous qui devez le juger . »
M. Manuel a été fréquemment interrompu
par les applaudiffemens des galeries , par les
murmures de la majorité de l'Aflemblée & par les
cris de plufieurs membres à l'ordre ; c'eft un infolent;
ilfaut le renvoyer; c'est un crime deplus....
Auxquels le miniftre proteftant , M. Lafource
répondoit malheur à ceux qui infultent un ac-.
cufe ! « Ces Meffieurs ont railon , avoit réparti
M. Merlin ; car M. Manuel a
fait une faufle
comparaifon en comparaat Louis XVI à Marc-
Aurèle : ily a une immenfité entre l'un & l'autre
( nouveaux tranfports des galeries ) . Vifs débats
pour & contre l'admiffion aux honneurs , & l'on
finit par les accorder à l'acculé qui au lieu de
fe juftifier , vient de porter aux derniers excès l'indécence
& le fanatilme . On décrète l'impreffion
de fon di cours. M. Froudière en demandoit l'en
voi aux 83 départemens : « Ils ne croiront jamais,
a du M. Hauffy, que l'Affemblée ait pu écouter
tranquillement un pareil libelle. » La motion
d'envoi eft rejettée , & M. Manuel fiége à côté
de fes juges comblé d'applaudiffemers.
33
Huit articles ont motivé le départ des régimens
de Paris fur la néceffité de défendre les
frontières , & pourvu au
remplacement de ces
corps à Paris , par les hommes du 14 juillet
1789 , les ci-devant Gardes- Françoifes , & les "
autres militaires qui abandonnèrent leurs drapeaux
à l'époque de la révolution pour concourir
alors à l'infurrection de la capitale.
M. de Chambonas communique à l'Aſſemblée
un meffage remis par les miniftres réunis des Rois
de Hongue & de Pruffs au miniſtère Danois , &
No. 30. 28 juilles #792.
L
( 242 ) .
la réponſe à ce meflage . Ils font renvoyés au comité
diplomatique. Voyez Tarticle Vienne plus
haut,
Le miniftre de la guerre écrit que l'inexécution
des ordres donnés à M. de Montefjurou , a été
mife für la refponfabilité de ce général ; que
M. de Lieurfaïn eft difparu de Sarre - Louis ou
il commandoit ; que M. de Saint - Paul , commandant
l'artillerie à Strasbourg , vient d'émigrer ;
que M. Luckner eft à Paris , par ordre du Roi ,
pour concerter un plan d'opération .
Sur la motion de M. Grangeneuve , l'Affembléc
a décrétséé que M. Luckner and a compte de
toutes les operations militaires achevées , & des
befoins de l'armée .
3
Dans une amplification vide d'idées nouvelles ,
M. Pezzo di Borgo , a dit que la nation Françife
avoit cru afferer la paix de l'Europe en
reno çant aux conquêtes , & avoit commencé
la guerre que fes ennemis lui déclaroient déjà
Far leurs difpofitions ( défenfives alors ! ) ; que la
balance politique va être détruite par ceux qui
attaquent la France ; que c'eft aux François à
fauver le monde qu'un peuple libre doit vaincre
& a pour fat fa force & fes maximes' ; que « le
moindre, échec doit renverfer les aggrefleurs.
Les conclufions ; dévenues un décret , ont été :
сс
L'Afemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fa commiffion extraordinaire des
douze , & de fes comités diplomatique & militaire
réunis , déclare que le Roi eft chargé de resouffer
par la force des armes tout ennemi déclaré en état
d'hoftili és imminentes ou commencées contre la
nation Françoife , & de le faire attaquer &
pourfuivie par-tout où il conviendra d'après les
fpofitions militaites,
J
C
( 243 )
CC
On a décrété, Vimpreflion du rapport de M..
Porzo di Borgo chaudement applaudi , & illa :
été ftatué que vu l'arrêté du département de la
Molelle , ilera forfis à l'exécution de l'articlez
du traité d'échange relatif aux , récoltes des citoyens ,
refpectifs de France & de l'électorat de Trèves 1
pendant tout le temps que la France fera en état
guerre , à la charge de payer la valeur des é
colres aux prix à convenir de gré à gré , ou fur¡
l'eftimation qui en fera faite contradictoirement :
au taux courant des denrées. » yab 1 13 2POVE
or as idil
de
Du lundi , féance du foir.
- Un garde national du bataillon de l'Ain vient,
juftifier , à la barre , fes camarades des reproches
dinfubordination qui leur ont été faits par le géné
ral Victor de Broglie , & demander que fon bas
taillon foit mis dans un pofte où il puitle être plus
utile à la patrie . MM. Brunck , Lamarque & Dorify
obtiennent la mention honorable & l'envoi
du procès- verbal au , bataillon , fans doute pour
fortifier la confiance dans les généraux & l'esprit,
de difcipline. 6
Des réclamations de Cent- Suiffes de la garde
du Roi , maintenant gardes nationaux à Versailles,
font renvoyées au comité militaire.
Quelques patriotes d'Arles accufent , à la barre
Le département de Rhône & Loire d'une confpira
tion indéfinie , le pouvoir exécutif. & M. de Lafayette.
De patriotes de Reims viennent regretter
les trois miniftres par excellence , folliciter l'aboli
tion du veto pour les décrets d'urgence...
Hon
beurs de la falle .
JELTE Organe des fédérés du bataillon de la Charente
inférieure , L'un d'eux dit à la barre , qu'il a bej
reconnu , dans le jardin des Tuileries , que la pa
Ta
( 244 )
trie eft en danger. « Nous nous promenions pafiblément.
Seulement nous chantions des couplers
en l'honneur de la liberté , feuls dignes de l'homme
régénéré. La Reine vint à paffer. Nos chants lui
déplarent fans doute , ainfi qu'aux valets qui l'entouroient
. Is prétextèrent , pour nous infulter,
que nous ne nous étions pas découverts . La conftitution
ne parle pas de la Reine. Des hommes
libres ne doivent rien à la femme du Roi ; elle
n'eft qu'une femme comme une autre . Nous
avons cru devoir conferver la dignité d'hommes
libres en refufant de faluer la Reine qui n'eſt
rien dans l'état . Des valets de cour ont ofé attenter
à la majefté du peuple François dans la perfonne
de mon camarade en le maltraitant à coup
de fabre ( des fabres de valets ! nulle preuve ) , &
en foulant fon chapeau aux pieds . Nous deman
dons juftice ( applaudiffemens redoublés de galeries
& d'une partie de l'Affembléc ) . »
Un membre infifte pour qu'un témoin ſoit entenda,
Ce témoin , garde national , atteſte qu'un
officier de la gendarmerie lui a dit que « des fédérés
avoient infulté la Reine par des chansons
infâmes , & n'avoient pas voulu ôter leur chapeau...
Je lui obfervai , pourfuit le témoin , que
les mouvemens du coeur ne fe commandent pas...
Les fédérés m'ont affuré n'avoir pas chanté de
chanfons infultantes , & n'avoir été maltraités que
pour n'avoir pas falué la Reine. » Ou voit que
les plaignans font les feuls témoins pour eux dans
feur caufe , & qu'un gendarme les inculpe. Il ne
manquoit que de faire repéter la chanfon à la barre
pour juger fi elle étoit auffi infâme que tant d'au
tres que les amateurs ne trouvent que civiques.
Les galeries applaudiffent. L'Affemblée admet les
pétitionnaires aux honneurs de la féance,
( 245 )
*
Du mardi , 17 juillet.
t
On renvoie à la commiffion des douze un
mémoire apologétique de M. de Montefquiou
fur fon refus de détacher de fon armée 20 bataillons
pour l'armée du Rhin ; un arrêté des
amis de la conftitution de Langres concernant
les fédérés , que ces amis deftinoient au camp
de Paris , arrêté dénoncé par les adminiftrateurs
du département de la Haute - Marne}; & une
copie de l'inftruction commencée par des juges
de paix fur les évènemens du 20 juin , que le
miniftre de l'intérieur a adreffée à l'Affemblée
: nationale. f
1.
« Confidérant que dans un état libre tous les
citoyens doivent être pourvus d'armes de
guene, &c. , l'Affemblée a décrété tout ce qui
lui a paru néceffaire pour l'établiſſement & la fur-
-veillance d'une manufacture d'armes dans la ville
de Moulins.
t
1
Proteftations de citoyens de Metz contre l'ar
rêté du département de la Mofelle fur les attentats
du 20 juin ; demande d'un décret d'ac
cufation contre M. de la Fayette. Onze articles
-décrétés pour augmenter la force armée ; articles
que nous extrairons avec ceux qui doivent
les fuivre ; projet de recrutement de M. Lafource,
amendé & adopté , portant que toutes les villes
qui fourniront un bataillon ou une compagnie
auront bien mérité de la patrie ; enfin , pétition
Coratoire de fédérés à la barre ; nous devons en
donner une idée au lecteur. 1.
« La nation eft trahie ... " ( Ici les déclamations
rebattues de MM. Guadet , Vergniaud ,
Briffot , Ifnard , &c. ) « Vous nous avez déclaré
que la patrie eft en danger , c'eft , nous
L 3
( 246 )
dire qu'il faut qu'elle foit fauvée ; c'eft nous
appeller à fon fecours. Si elle ne peut l'être par
Tes reprefentans , il faut bien qu'elle le foie par
elle- même... C'eft en vain que des généraux
-perfides & des defpotes : infolens fe réuhitler:
2 pour la défigner comme une faction . Sous quelque
3 :forme qu'elle fe raffen ble , en quelque temps ,
en quelque lieu qu'elle s'explique , elle prouvera
toujours à l'univers qu'elle eft factieuse en effet
dans le fens des tyrans , c'eft -- dire, qu'elle eft
ebep déterminée à les écrafer... Quelqu'évènement
qu'il arrive , me ferions-nous que 10 contre 100
comme nous fommes 100 contre 10 , la vicioire
de la liberté n'en eft pas moins certaine . Un torse
fibre vaut loo èfctaves , & ta deſtinée du vice eft
de trembler devant la vertu ... On a permis que
les ci-devant nobles intrigans' qui avoient deshonoré
le caractère de légiflateurs dans l'Aflemblic
anationale constituante , le foient convertis tourà-
coup , de légiflateurs perfides , en chifs d'année
-plus perfides encore . A la têre eft la Fayette ,
-le plus méprifable , le plus criminci , le pus infame
des alfaffies du peuple .»
22 M. Hua 's'cit permis d'obferver qu'il étoit im-
-poflible que l'Aſſemblée entendît traiter de criminel
un citoyen qu'on n'avoit pas jugé ( onvioloit
l'article IX de la déclaration des diots
de t'homme . ) I a été couvert des huées des ga-
: leries , & l'orateur a pourfu.vi .
Pères de la patrie , fufpendez provifcirement
le pouvoir exécutif dans la perfonne du Roi ; le
falut de l'Etat vous commande cette mefure.
-Mettez en état d'accufation la Fayette. Décrétez
le licenciement des états - majors & des fonction
-naires militaires nommés par le Roi . Deftituez
& puniffez les directoires de départemens & de
( 247 )
diftri &ts coalifès avec la Fayette & la cour. Enfin
renouvellez les corps judiciaires... »
Un bruyant orage a coupé la parole au harangueur.
Le préfident lui a répondu que l'A-
'femblée ne défefpéreroit jamais du falut public.
tant qu'il y auroit du patriotifme & des vertus
en France , & à déféré les honeeurs de la falle
à la députation des fédérés .
Le Roi ayant accepté la démiffion de M.
Terrier- Monciel , a remis , par interim , le portefeuille
du département de l'intérieur à M. Dejoly
, miniftre de la juftice . Sar
On lit une lettre & des notes de M. Luckner ,
qui , pour fatisfaire au décret qui le concerne,
¨écrit à l'Aſſemblée : ¹ ·
CC
Ce compte , que je dois , comme général
de l'armée Françoife , ne rendre qu'au Rei , fon
" chef fuprême , & au miniftre chargé de me
tranfmettre également les ordres fe trouve foit
-dans la correfpondance des miniftres avec moi ,
dont l'Affemblée à demande la communication ,
foit dans les registres de mon état - major , qui ,
"en ce moment , ne font pas fous ma main. Tous
ces objets , purement militaires , ont une grande
connexité avec les opérations fubféquentes de la
campagne , fur lefquelles la prudence & mon
-devoir me commandent le fecier . C'eft à PAČfemblée
nationale à examiner ce qui , dans la
direction de la guerre , eft abfolgment étrangèr
-à fes fonctions , & ce que la conftitution lui
spermet de connoître par des interpellations faites:
au miniftre de la guerre . »
-Je répondrai , continue M. Luckner , à la
demande qui m'eft faite par le décret , de tout
-ce qui eft néceffaite pour le faccès des opérations
à venir , que nous devons. defirer une
L. 4
( 248 )
grande augmentation de force , une grande réanion
de moyens ; qu'elle femble nous être promife
par les proteftations de zèle civique &
d'enthoufiafme qui fouvent retentiffent dans le
fein de l'Affemblée ; mais que jusqu'à préfent
ces brillantes efpérances fe font peu réaliſées ;
que l'armée eft encore incomplete , peu nombreufe
, & nullement recrutée ; que l'Affenbiée
perdoit un moment pour la renforcer pat
tous les décrets qui peuvent dépendre d'elle , &
d'après les confidérations que lui foumet l'expérience
, nos forces feroient dans une immenfe
difproportion avec celles de l'ennemi .... Je faifira
l'occafion que l'Affemblée nationale m'a
offerte de lui préfenter l'hommage de mon refpet
pour les autorités conftituées . Elle , me
trouvera toujours ce que j'ai toujours été , en-
' nemi des factions , étranger aux intrigues , inviplablement
attaché à , la conftitution & au Roi
que je défendrai de tous mes moyens , & profondément
convaincu que l'union des bons citoyens
, dont les généraux leur donnent & re
cefferont de leur donner l'exemple , peut fcule
fauver la France . »
Je fuis avec refpect , & c. ,
D'après les notes , la force difponible des trois
armées n'eft que de 60,000 hommes ; & le maréchal
n'auroit que 40,000 hommes tout au plus
à oppofer aux 200,000 ennemis . Il ne peut ga
rantir le fuccès d'une guerre offenfive , & n'cfpère
qu'à peine pouvoir foutenir avec quelque
avantage une guerre défenfive . Il propofe de
lever 3 hommes par municipalité , demande furle-
champ 132 , mille hommes ; le plaint que les
cours martiales nuifent à la difcipline & occupent
un trop grand nombre de foldats , en de(
249 )
3
3
mande la fuppreffion , & qu'on laiffe aux géné
raux le fein & le droit dy fuppléer pendant la
guerre. On voit qu'il ne s'agit que de tripler
Tarmée difponible & de refondre le code militaire
, chef- d'oeuvre des philofophes & avocats
conflituans .
M. Maisonneuve , miniftre de France à Stutgard
, écrit , du 10 , que des eftafettes parcourent
la Suabe , la Franconie , le Palatinat & les
électorats eccléfiaftiqués pour accélérer la marche
des troupes Autrichiennes.
Du mardi , féance dufoir.
ce
Le miniftre de la guerre communique à l'Affemblée
une réponse de M. d'Affry , colonel des
Suiffes , qui obferve que les capitulations autorifent
l'emploi de deux bataillons du régiment
des gardes Suiffes pourvu que le refte de ce
corps fafle le fervice de la garde du Roi ; que
l'on veut faire partir le régiment entier ,
il
devra en informer le corps helvétique « qui peutêtre
verroit avec beaucoup de peine ce régiment
defcendre au rang des troupes de ligne ; » gradation
qui a excité des murmures . Indigné du
defpotifme avec lequel il prétendoit que M. d'Affry
oppofoit au gouvernement Francois l'inter
vention des cantons helvétiques « en ſe jouant
tour à tour de l'un & de l'autre » , M. Genfonné
a renouvellé fa motion de fupprimer la
charge de colonel - général des Suiffes , & prié
qu'on attendit le rapport du comité. M. Carnot ,
le jeune , a rappellé le décret de l'Affemblée
conftituante qui autorifoit les gardés - Suilles à
continuer leur fervice auprès du Roi jufqu'au
renouvellement des capitulations , & it a propofé
d'éloigner provifoirement deux bataillons à 30,000
L S
( 250 ) ;
-
1
22
Atoifes . Les deux propofitiens ont été adopées.
On a décrété 16 articles fur le recrutement
de l'armée de ligne . Regiftres ouverts , infcription
volontaire ; âge de 18 à 50 ans , tailles
pieds pour l'infanterie & s pieds 3 pouces pour
Ja cavalerie ; prix de l'engagement , pour 3 ans ,
80 1. pour l'infanterie , & 120 l . pour l'artillerie
& les troupes à cheval , moitié lors de l'engagement
, moitié à l'arrivée au corps , un tiers
en fus à tout foldat qui voudra fe réengager , &
3 fous par lieue Suit l'état des hommes que
doit fournir chaque département ; il en eft tels
qui enddonneront 24 fois autant que d'autres .
Celui des Bouches -du- Rhône
celui de eft taxé à 100 ,
Hautes- Alpes à 167 ; ceux de la Mcfelle
de la Meurthe , des Volges , en devront
chacun 2,400 . Total to, oco.
1. Malgré les prétendues raifons de M. Lecointre
qui préféroit des bataillons à des compagnies , crioit
qu'on trompoir le peuple, & que les généraux
n'avoient pas la confiance , l'Affemblée a décrété
le projet de M. Dumas portant formation de compagnies
de chaffeurs volontaires nationaux.
10
Elle a renvoyé au comité de marine une lettre
de M. Lacoste qui follicite de nouvelles difpo
fitions pour fon département , & qui impute l'in
fubordination à l'impunité qui réfulte des loir
actuelles & de l'influence des fociétés populaires .
Quelqu'un propofe à tous les membres de
jurer, qu'à la fin de fa feffion , pour partager
les dangers de la patrie , ils iront le placer au
premier rang de l'arme . Ce moyen d'accomplir
le ferment de vivre libres ou de mourir ,
na excité que de bruyaus gelats de rire,
( 251 )
* Du mercredis, 18 juillet. 6 ) sin q
Note des officiels démiffionnaires envoyée par
le minifte & remife à la commiffion des douze.
342
122 Lese de M. Dumourier , du camp de Maulde
le is juillet 15
2.1
L
« Comme j'ignore , écrit-il , s'il exifte un miniftre
de la guerre ; comme ; de deux généraux
d'armée , l'un eft en route pour Paris , l'autre.
eft préfque fur la même route , me trouvant
commandant pat , intérim , je crois devoir rendre:
compte de fits qu'on pourroit grofir ou diminuer.
Après ce perfiflage qui femble tenir
du prétexte pour tout divalguer , il mande qu'on
a l'air de regarder nos frontières comme indifférentes
en tombant du fyftême offenfif au fyf
tême défenfif ; qu'avec deux armées redoublées .
on n'a pas même de quoi foutenir une défenfe
honorable qu'il avoit ordre de partir le 20 pour
fe rendre à Metz avec une armée , & que cependant
il étoit obligé d'en commander une autre
qur doit refter en attendant l'arrivée de M. Ar-.
thur Dillon , que fon départ affoiblitoit trop
des parties déjà très-foibles ; que 6,000 Autri
chiens le font emparés d'Orchics , n'ont tué
que 4 foldats ( qui ont cependant fait une longueréfiftance
) , maffacré 4 citoyens , évacué la place
au bout des heures , laiffé 21 morts , amené
onze' chariots de bleffés , & qu'ils ont été aufftot
remplacés par 4cb hommes de la garnison
de Douay ; qu'il a près de 7,000 hommes bien
difpofés , mais 14 à 1 millé ennemis devant
tais que divers corps réunis porteront bientôt
fon camp à 10,000 hommes ; qu'on l'a laiffé
fans inftruction ; fans commiffaires des guerres ,
fans argent que plus de 300,000 liv . fonst
$
2
L. 6.
( 252 )
dues aux habitans du pays , & que l'armée eft
partie fans laiffer d'ordre pour le payement....
Cette lettre a été lue & renvoyée au comité des
douze .
Les grands procurateurs de la nation déconcent
ane invitation adreffée aux municipaux d'Orléans
pour engager des citoyens à fe rendre à Paris
pour y faire le fervice auprès ce de la perfonne
facrée du Roi. » A la commiffion des douze.
-La clôture du jardin des Tuileries paroit
effrayante à M. Lamarque. Il prétend qu'elle
aigrit le peuple. Perfonne ne lui répond : « que
les factieux ceffent d'y prodiguer, les outrages
au Roi, à fa famille , & ce jardin fera ouvert . »
Mais les mots factieux , brigands , commencent
à devenir des titres de gloire à Paris , à la barre ,
comme à Monteux. Des cris : l'ordre du jour ,
& un décret font taire M. Lamarque.
M. Lecointre avance que M. Luckner a démenti
, à la commiffion des douze , fa lettre à
l'Aflemblée & a dit qu'elle lui avoit été arrachée.
M. Dumolard répond , en face , à M. Lecointre:
« c'est un atroce menfonge... S'il faut encore
des hommes , nous en donnerons , ajoute M.
Cambon ; s'il n'en faut pas ( ce fi eſt le comble
de l'ineptic ) , il faut favoir pourquoi les miniftres
font écrire à M. Luckner autre chofe que
ce qu'il dit, « Voilà les miniftres inculpés fur
« un menfonge. » M. Lafond- Ladebat confirme
le démenti de M. Dumolard , & annonce que
M. Luckner a été infulté hier en fortant de la
commiffion , qu'on l'appella traître & qu'on parla
même de coups de bâton. M. Lafond- Ladebat
attefte MM. Dumolard , Ruhl , Jean de Bry.
Les galeries le baffouent , & Affemblée os·
( 253 )
donne à la commiflion des douze de lui rendre
compte de fon entretien avec M. Luckner,
Des hommes -d'Etat d'Illoire pleurent MM.
Roland , Servan Clavière , tonnent contre M.
de la Fayette , le pouvoir exécutif & le veto appliqué
aux décrets d'urgence . On hue M. Bret
qui ne voit qu'un libele féditieux dans la civique
adreffe de citoyens qui joignent 1369 liv .
à tant de fages moyens de fauver leur patrie.
M. Dumolard demande ou le rapport fur M.
de la Fayette ou que la difcuffion s'ouvre . L'affaire
eft ajournée à demain.
Les directoires du Haut & du Bas- Rhin mandent
que le bruit court dans les villes & dans les
campagnes , que , défefpérant de conferver l'Alface
à la France , l'Affemblée nationale s'intéreffe
foiblement à la confervation de ces deux
départemens ; que ce bruit porte par - tout la
confternation , qu'il eft appuyé de l'état de dénuement
où l'on laiffe cette frontière. Ils démandent
que certaines dépenfes deftinées à la
défenſe commune , foient mifes fur le compte
de la nation. Leur mémoire eft renvoyé au pouvoir
exécutif comme payable fur les fonds de
la guerre.
Après de longs débats la queftion préalable
a écarté le projet d'envoyer aux frontières 8 à
9 commiffaires tisés du fein de l'Affemblée.
Le ministre de l'intérieur écrit que le nombre
des fédérés enregistrés à Paris , le monte à
2,668 , dont 1,941 ont foufcrit pour le rendre
au cap de Soiffons . M. Pétion porte le pre-
2 mier nombre à 2,960 , & le fecond à 2,038 .
Les noms des fédérés infcrits pour la réserve de
Soiffons feront confignés dans le procès - verbal de
l'Aflemblée nationale .
( 254 )
Craignant que l'Europe n'oublie que , par
de honteufes groffièretés , il s'eft attiré des fouf
flets & des coups de bâton , M. Grangeneuve
' écrit , pour
la feconde fois , qu'il bite de pourfuivre
en juftice M. Jouneau comme fon alfallin.
M. Jouneau joint fes voeux à ceux de
T'honorable & véridique plaignant. On ajouine
le rapport à ce foir , & l'on n'y penfera plus.
Un imbécile de Lubeck adreffe à l'Affemblée
une lettre & un drapeau tricolor que fa fille
a eu le bonheur de faire flotter dans les nuages,
à l'aide d'un ballon conduit par le fieur Blanchard.
Cette heureufe nouvelle eft vivement applaudie.
M. Juglas lit un rapport fur le maximum
de la contribution foncière , prouve que les
conftituans n'y entendoient rien , que la répartition
eft inégale , arbitraire , onéreufe , le produit
infuffilant , & propofe 15 articles qui recommenceroient
tout , & ne leveroient que pen
d'inconvéniens. M. Tronchon préfère un fou
additionnel de plus , fans s'informer fi les autres
fous fe payent. L'Affemblée fixe le maximum
au cinquième du revenu ; & ajouine le refte.
Du mercredi , féance du foir.
Le miniftre des affaires étrangères communique
à l'Affemblée une note de M. Chanvelin
, remife le 18 juin à Mylord Grenville ,
& une note du Lord Grenville remife¹à M.
Chauvelin le 8 juillet. M. Chauvelin invite , áu
nom du Roi des François , S. M: B. à détourner
de la coalition ceux de fes alliés qu'on chercheroit
ou qu'on auroit réuffi à y entraîner & fous le
prétexte de la plus fauffe comme de la plus
odicufe politique. » Lord Grenville répond ' que
( 255 )
S. M. B. « doit refpecter les droits & l'indépedance
des autres Souverains , & fur- tout ceux
de fes alliés , & que « dans la circonftance actuelle
de la guerre déjà commencée , l'intervention
de fes confeils & de fes bons offices he pourroit
être utile , à moins que d'être defirée par
toutes les parties intéréfiées . Suivent les affa
rances du plus vif intérêt au bonheur de Sa
Majefté Très- Chrétienne & du prix que S. M. B.
attache à fon amitié . Quelques journaux pa
triotes ont vu dans ces défaites polies , dans
cette leçon fur les premiers élémens de la politique
, un prodigieux fuccès des négociation s attionales
.
12
Des dépêches du corps helvétique au Roi apnoncent
une neutralité armée , & demandent l'évacuation
de Porentru . Tout eft remis aux comités diplomatique
& militaire ..
Un courrier extraordinaire du département de
l'Ardêche apporte les détails de l'occupation ,
de l'incendie & de la démolition des châteaux
de Bannes & de Jalès , de la défaite de deux
cents contre révolutionnaires , & de la prife &
de la mort de cinq particifiers au nombre defquels
un homme habillé en prêtre , fe difant d'abord
curé de Barjac , a voulu cacher , dans une
écurie un porte-feuil'e qu'on a faifi , a déclaré ,
dit - on , être M. Dufaillant , chef de l'infurrection
a offert une croix de St. Louis , & 75
louis d'or au vétéran' qui l'avoit arrêté. On con-
Cait les prifonniers au milieu des gardes nationaux
, auxquels ils ont échappé , & qui les
tuent fur-le- champ fans aucune forme de juftise
même martiale ( grands applaudiemens dés galeries
. "
2
11
2
On a demandé la lecture de toutes les pièces.
( 256 )
C'étoient des pouvoirs fuppofés donnés par
les princes émigrés à M. Conway , Anglois ,
leur commandant en chef , à M. Dufaillant ,
commandant fous M. Conway ; un avis que
l'un des princes iroit en Espagne ; une permiffion
d'emprunter jufqu'à 300,000 liv .; des demandes
d'argent & des témoignages de zèle pour
le fervice du Roi , la fia de fa captivité , le rétabliffement
de fa puiflance , des moeurs , des
loix , de la religion , de la paix ... L'Aſſemblée
a décréé l'adjonction de fix membres à la commiflion
des douze , dite extraordinaire ; 3,000 1.
de récompenfe pour le vétéran détenteur du particulier
qu'on nomme Dufaillant ; l'apport des
originaux à la haute-cour par un commiffaire du
directoire de l'Ardêche ſous bonne eſcorte ; &
fur le fimple vu des noms des perfonnes défignées
dans ces copies , elle a décrété d'accufation
58 individus , hommes & femmes , militaires ,
juges , députés , prêties .
Du jeudi , 19 juillet .
Quatre articles décrétés d'urgence ont ordonné
que tous les palais ci - devant epifcopaux , même
ceux achetés ou fournis en remplacement , jardins
& édifices dépendans , feront vendus au
profit de la nation ; & que chaque évêque recevra
le 10. en fus de fon traitement pour fe
loger. Un autre décret a déterminé les moyens
d'exécution de celui qui a ordonné la levée de
nouveaux bataillons . Nous allons donner le réfumé
de ces moyens en y comprenant les articles
promis.
-
Indépendamment des 215 bataillons de volontaires
gardes nationaux précédemment décrésés,
& des nouveaux corps à former des fédérés
: ( 257 )
inferits à Paris , les 8 ; départemens fournirort
33,600 hommes ou 42 bataillons pour la réferve.
Quant au mode du recrutement : invitation
aux citoyens de voler à la défenſe de la
patrie , infcription fur trois regiftres , procèsverbal
de municipaux & départ dans la huitaine
de l'enregistrement.
Paris n'a fourni que trois bataillons , le département
du Jura en a fourni fept . On a longtemps
difcouru fur le peu de foldats que voue
à la patrie cette ville pepuleufe dont les éternelles
députations ré; ètent plus fouvent que le
royaume entier , les fermens de vaincre ou
mourir , la liberté ou la moit , &c . M. Chabot
s'armoit contre le directoire d'une dénonciation
de fection , quoique cet ebjet ne concernât que
Ja municipalité . D'autres ont dit que plufieurs
Iecrues avoient été refufées . Les débats dégéné
roient en perfonnalités... Une feconde lettre de
M. Dumourier en a rompu le ftérile cours . Elle
eft de Valenciennes , du 18 juillet , & commence,
comme la première , par ces mots : « Comme
j'ignore s'il y a un miniftre de la guerre... »
Il croit devoir s'adreffer à l'Aflemblée pour
l'inftruire « des circonstances graves qu'a fait
naître le départ de M. Luckner ; » & mande
que les ennemis fe fortifient à Bavey ; envoie
un mémoire fur la pofition critique où il fe
trouve ; fept demandes , copie d'une lettre qu'il
écrit à M. de la Fayette , une lettre du district
du Quefnoy « qui prouve , dit -il , combien peu
il y a de foin & d'ordre dans nos mouvemens ; »
& il annonce qu'il eft à cheval fur l'Efcaur.
Dans fa lettre à M. de la Fayette , il déclare
qu'il n'obéira pas à l'ordre de partir le 20 , parce
que les cinq efcadrons & fes bataillens qu'on
(( 258 )
cc
Vent faire mouvoir , affoibliroient trop le département
du Nord ; & que fi M. de la Noue
vient pour le remplacer , il le renve - ra à Mau-
-beuge. « C'eft pour que les Autrichiens le
fachent que M. Dumourier écrit tout cela à l'Affemblée
, s'eft écrié, M. Calvet ; je vous le dénonce
comme un traître . » On a continué la
fecture. Le district mande que la difette eft tele
que le maire du Quefnoy fut obligé d'aller , la
veille , à Valenciennes demander de prompts
fecours en vivres ... Le tout duement publié est
renvoyé au comité militaire .
MM. Sers , Brua & Quinette raiſonnent à
« perte de vue , fur le mouvement réſulté dans
les armées du deffein qu'on impute à M. de la
Fayette de vouloir paffer du centre au Nord
fans quitter la fienne . En vain répète - t-on une
converfation de M. Luckner fur fon aptitude à
Commander toute armée quelconque & fur le
befoin qu'a M. de la Fayette de bien connoître
l'armée qu'il commande ; différence expliquée
par la grande habitude que M. Luckner dit avoir
de commander en chef. Les débats fe prolcagent.
M. Chéron s'est écrié « Nous perdous
la France par nos inconféquences & nos fottiles . »
M. Brua a prétendu que M. Luckner lui avoit
avoué , en jurant que la marche de l'armée de
la Fayette n'étoit que l'effet d'une intrigue. Plafieurs
voix ont crié : c'eft faux ; cleft un menteur
; il ne vaut pas la peine qu'on ſe fàche. M.
Dumolard rapprochoit cet aveu du motif expliqué
par M. Luckner , trouvoit qu'une parcille
contradiction ne pouvoit partir que d'un imbécile
, & il faifoit l'éloge de M. Luckner qui a
la confiance de la nation ... On paffe à l'orde
kdů jour,skal
1
( 259 )
Charge du rapport de l'affaire de M. de la
Fayette , M. Muraire a dit que la commiffion
extraordinaire avoit reconnu qu'aucune loi ne
* mettoit des bornes au droit de pétition ; que
*P'Affemblée ne pouvant juger les intentions du
(général , & fa lettre & fon adreffe ne bleffant
pas la conftitution , il falloit difcuter le projet
de M. Lemontey pour reftreindre le droit de
pérition que les généraux pourront exercer .
Autant on s'étoit paffionné pour empêcher
qu'on ne lût des pièces même judiciaires à la
charge de M. Pétion , fur les crimes du zo
juin autant on s'eft agité pour obtenir qu'on
ne décideroit rien fur une lettre & une adreffe
imprimées & publiques , fans avoir entendu lire
-toutes les pièces relatives à M. de la Fayette ,
& juſqu'à des dénonciations illégales , féditieufes ,
inconftitutionnelles . MM. Rouyer , Merlin , de
Kerfaint Guyton de Morveau , &c. infiftent
fur Pajournement . Epreuves péte dues douteufes
, tumuite , décret qui rejette l'ajournement
, réclamations , tactique , demandes de l'appel
nominal. Enfin , après divers modes de vacarmes
& les clameurs auxiliaires des galeries , dernier
décret qui , malgré le premier , ajourne à demain.
à midi , toute affaire ceflante .
?
Du jeudi , féance du foir.
Le miniftre annonce que le nombre des fédérés
cniôlés pour Sciffons , monte à 2038
c'eft 97 de plus qu'hier , ou bien autant qu'en
annorçoit alors le maire . A propos des infultes
faites au maréchal Luckner , on a ordonné
aux commiffaires de rendre compte de main des
melures prifes pour veiller à la police des environs
de la falle . - Sur la motion de M. Rouyer
(1260 )
d'accorder la croix de St. Louis au vétéran qni ,
avec 4 foldats , a arrêté l'homme habillé en
prêtre qu'on a nommé M. Dufuillant avant de
Fégorger , & 4 autres , il s'eft engagé de longs
débats fur les croix de St. Louis & communes
depuis la révolution . Le ministre en préfertera
un état motivé par les fervices , & les com.i és
d'inftruction & militaire s'occuperont d'un moyen
de récompenfer la vertu & les actes qui fervent la
Patrie.
Des citoyens d'Orléans ont débité , à la barre ,
une déclamation contre les prifonniers de la haute
cour , ont dit que leurs prifons offroient une
falle de concert où l'on faifoit de la mufique ,
un jeu de paume , qu'on y admettoit des femmes
fufpcctes à des banquets fplendides . On paroît
craindre leur évafion , ou même pis.
commision ci-devant des 12.
A la
Le drap gris étant auffi rare que le drap vert,
après une courte difcuffion fur la couleur qui
convient le mieux aux compagnies franches , le
choix en a été laiſsé au miniftre .
Paul Jofne ek mort à Paris. MM. Lejofne &
Vincent ont pensé que pour honorer également
tous les cultes , l'Aſſemblée devoit envoyer une
députation au convoi du commodore Américain ,
Il a été décrété que 12 membres y affilteroient.
Du Vendredi , ze Juillet.
M. Ramond a fait , pour le comité diplomarique,
unrapport très- fagement motivé , quoique
gâté par le ftyle du jour , fur l'état & les droits des
régimens Suifles en France. Dans cette difcuffion
, a -t- il dit , « l'honnête- homme eft conduit
par le fl facré de la bonne- foi helvétique & de
la loyauté Françoife. La demande que firent ,
( 261 )
en 1987 , les fept cantons catholiques affembés
, que la charge de colonel des Suiffes en
France ∞ ne par être qu'entre les mains d'un
prince lui paroît « une demande fingulière
qui révèle triftement au philofophe le penchant
de l'efprit populaire dans les gouvernemens les
plus libres .
»
Voici les conclufions de l'opinant : décréter
°. que le régiment des gardes Siffes fera , à
compter du 1º . janvier 17924, aux frais du département
de la guerre ; 2 ° . qu'il continuera
provifoirement , jufqu'au réfultat des négociations
, à faire , tant auprès du Roi , qu'en campagne
ou en garnifon , le fervice qui lui eft
propre , conformément aux traités , capitulations
& ufage ; 3 ° . que le Roi fera invié de propofer
au corps helvétique une nouvelle formation
de ce régiment qui s'accommode à notre conftitution
, ou un nouvel emploi des individus ,
on telle récompenfe finale ; 4° . que les miniftres
rendront compte de ce qui concerne M. de
Roll, maintenu capitaine aux gardes- Suiffes ,
quoiqu'abfent , & au ſervice de Charles - Philippe
, prince François ; . que le comité de
légflation examinera le congé dénoncé comme
contenant , à la date du 1er janvier 1792 , les
noms & titres fupprimés de Charles - Philippe ;
6. que le Roi fera iavité à donner aux négociations
toute l'activité poffible ; 7° . que les capitulations
pourront être ou collectives ou partielles
; 8°. que la bafe en fera la parité de
compofition & d'avancement entre les troupes.
Suiffes & Françoiſes . L'Allemblée a décrété l'impreffion
& l'ajournement.
On a destiné 300,000 liv . aux beſoins de
fubfiftances que pourra éprouver la ville de Metz,
( 262 )
fomme à reprendre fur les contributions de ladite
ville pour 1793 ;
M. Couthon obtient un congé pour aller prendre
les eaux.
Organe de la commiffion extraordinaire , M. Laquée
a borné fon rapport fur M. de la Fayette au
délit d'une armée délibérante , & a propolé d'or .
donner au pouvoir exécutif de rendre compte
fous huit jours , des peines de difcipline qui ont
dû être infligées par ce général aux violateurs
de la loi... M. Guadet a lu un extrait de la conférence
de M. Luckner . En veici la ſubſtance :
2
L'effectif des trois armées n'exède pas 60,000
hommes. Pas un foldat n'a déle té . Un colonch
dinant avec le maréchal , fe rectioit plus que
perfonae contre les officiers qui émigroient , &
partit après le dîner en emportant la caiffe . Les
volontaires ivalilent les troupes de ligne pour
les manoeuvres . On ne peut les pienacer d'une
plus grande peine que de les renvoyer dans leurs
départemens. Les approvifionnemens & les hôpitaux
font dans le meilleur état . Il n'approuve
pas les derniers mouvemens des armées . Toute
armée lui eft égale pourvu que ce foient des
François . Il a dit au Roi : « L'armée eft fi
fidè e, qu'elle vous abardonnerot fi vous attaquicz
la conflitution ... Tout fera imprimé.
M. Launay , d'Angers , a cutrepris M. de la
Fayette. Suivant lui , tout ce qu'on a propofé
eft infignifiant. Le code pénal & la conftitution
fufflent pour maptiver une bonne accufation . Les
deroures de Mans & de Tournay , l'incendie &
la retraite de Courtray , la lettre & l'apparition
de la Fayette qui croit que fon armée eft à lui ,
& les perfidies des Tuileries , tout le tient
(bravo !) & M. de Jaucourt obferve que M.
!
( 263 )
CC
Bazire en applaudiffant faifoit figne aux, galeries
d'applaudir. ) Si les fiers jacobins avoient voulu
fléchir le genou devant Pidole , on ne les attaqueroit
pas. ɔ Ici M. Launaya lu, une note
du général contenant les conditions d'une intrigue
pour faire foutenir par les jacobins un
ministère dont auroient répondu M. de la Fayette
& Je club de 1789 , qu'il , indiquoit les moyens
de concilier , fans affectation , à l'aide de motions
miles en avant à la tribune , & appuyées
des deux partis . L'orateur a raillé ceux qui
avoient nommé le général , le héros des deux
mondes , le fils aîné de la liberté l'a traité de
vil intrigant , & a tracé le portrait le plus honteux
de Vandermerfch pour les comparer l'un à
Pautre ; a rappellé la loi martiale exécutée au
champ de Mars contre des factieux pour
dire « Ceffez , de défendre l'affafin de vos
frères» a dic que Louis XVI n'a pas oublié
que M. de la Fayette dormoit dans la nuit da
sau 6 octobre ; & qu'il n'étoit pas convenu
qu'on l'arrêteroit à Varennes ; que la cour a
befoin de fe popularifer ...... Pour en conclure
qu'aucun obftacle n'empêchoit d'immoler 14
Fayette , coupable d'avoir quitté l'armée après
lui avoir permis de délibérer. La difcuffion eft
togée au lendemain.
Du vendredi , féance du foir.
t pro
Sur la motion de M. Laureau , l'Affemblée
décrète que le miniftre rendra compte de l'exé
curion, du décret , relatif au départ des fédérés
pour Soillons ; & , à la demande de M. Thuriot,
que les corps adminiftratifs ou municipaux qui
n'auront pas, rempli ce qu'exige d'eux la loi fur
le recrutement , feront deftitués .
( 264 )
Le président de la Section des Tuileries envoie
à FAſemblée un arrêté de cette Section ,
au fujet de paffe - ports pris par trois députés
fous des titres étrangers à leurs fonctions . MM.
Douillé & Favière étoient deux de ces trois. Le
premier a pris la parol:, & a traté d'indiferette"
la curiofité des prépofés de la Section , a dit que.
la loi obligeoit bien chacun à déclarer fa profeffion
, mais qu'il n'avoit pas cru que ce für un
métier d'être député. Eronné de l'ardeur que
montroient contre lui MM. Saladin & Charlier,
il a foutenu n'avoir aucun compte à rendre de
fes intentions ; qu'an refte , lorsqu'on avoit vu
l'Affemblée accueillir des pétitionnaires affez hatdis
pour propofer le parjure , de détruire la conftitution
, d'abolir la royauté , de fufpendre , de
juget le Roi , & ces impudens recevoir les honneurs
de la féance ; lorfqu'ou étoit hué , outragé,
menacé pour les jours , il étoit naturel & permis
de prendre des précautions. M. Saladin à vu là
trois délits , sabfenter fans congé de l'Affemblée ,
demander un paffe pot en taifant la qualité de
1g Auteur , & calomnier les reprefentas du
peuple & des pétitiennaires irréprochables , puifqu'ils
avoient été admis aux honneurs de la
féance ; & pour ces trois délirs , il condamnoit
M. Douillé & M. Favière à trois jours d'Abbaye.
L'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour en
décrétant la mention honorable de l'arrêté de la
Section des Tuileries.
7 2 :
Ap ès un rapport où M. Sautereau a cru étatli:
que ie fieur le Breton , détenu depuis neuf
mo's , pour avoir , le 21 novembre , donné la
configne d'empêcher le Roi de fortir de fon
appartement ,
1
| 2639
appartement , n'avoit agi que par un monde,
ment de civi me , & fur le bruit d'une évasion
du Roi , n'étoit ni fous la loi militaire , comme
garde nationale , ni criminel de lèze - nation s
Affemblée a décrété qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer.
L'on ne peut guères comparer à la lâcheté
qui a commandé un meurtre inutile & réfléchi
après l'évènement de Bannes , que
les affaflinats dont les lettres de Bordeaux
viennent de nous inftruire. Cette atrocité
eft au refte tellement conforme , tellement
conféquente aux principes d'anar
chie , de violence , de mépris de l'hu
manité tolérés depuis la mort de MM,
Berthier & Foulon , qu'on doit être étonné
que le Peuple , avec la latitude d'impunité.
dont il jouit, ne fe livre pas à de plus
grands excès encore. Nous croyons devoir
nous borner à l'expofé des faits ; leur
cruauté , les circonftances qui les ont accompagnés
fuppléent à toute réflexion , &
donnent 1. mefure de notre pofition ac
tuelle , ou de pareils attentats fe commettent
fous les yeux mêmes de ceux qui
devroient les réprimer.
M. l'Abbé de Langoiran , Vicaire géné
ral de M. Champion de Cicé , Archevêque
de Bordeaux , Prêtre refpectable par fes
lumières & fon honnêteté , s'étoit retiré
N..30. 28 Juillet 1792, Afetizó
M
266 )
à la campagne avec un ancien Carme de
fes amis , l'Abbé Panetier , vieillard occ
génaire , pour y paffer les inftans de la
Fédération qu'on leur avoit défignée
comme un moment dangereux pour les
Prêtres non affermentés , déjà perfécutés
d'une manière odieufe & opiniâtre. Le
Dimanche 15 , à quatre heures du matin ,
un détachement de Garde Nationale de la
campagne vintà Cauderan , village à demilieue
de Bordeaux , chez M. de la Jarte
où étoient M. l'Abbé de Langoiran & fon
ami , & fans aucun égard , fans explication
ces deux refpe &tables Eccléfiaftiques furent
arrêtés. Dans le même moment , une autre
horde armée fe rendoit dans une maison de
campagne appartenante à une Dame de la
ville , & où M. l'Abbé du Puy , Vicaire
& Bénéficier de St. Michel , étoit avec
la famille de cette Dame : il fut emmené
& conduit en prifon.
Ces Prêtres eftimables , & qui ne fe
mêloient en rien des affaires publiques ,
demandèrent à être entendus . Les Officiers
Municipaux de Cauderan , devant qui l'on
les conduifit , ne les trouvant point cou
pables , les renvoyèrent ; leurs détenteurs
I's conduifirent devant le Juge de paix du
I eu , qui les renvoya également abfous ; ils
firent enfin menés au Département. C'eft
dans cette dernière traverfée qu'une multitude
féroce , ameutée , toute puiffante , les
( 267 )
infulta, demanda leur tête, & l'obtint. Aufſitot
MM. de Langoiran & du Pui furent faifis
par ce Peuple canibale ; la tête du premier
coupée , mife au bout d'une pique , promenée
par les rues ; le fecond , affommé &
traîné par une corde attachée à un de fe
pieds . Le père Paiterier , ce malheureus
vieillard , courbé fous le poids des ans ,
fut maltraité de coups de bâten , de fabre
fur la tête , dont il eft impoffible qu'il
revienne. La tête de M. de Langoiran a été
portée chez lui , & préfentée a fa domeftique
, à qui ces fcélérats dirent que fon
maître ne vouloit point fouper.
Cette affreufe fcène dura depuis heures
du matin , moment où MM. de Langoiran, "
du Puy , Panetier furent arrêtés ju'qu'à '
7 heures du foir qu'ils furent affalinés ,
& la Municipalité n'a rien fait pendant
ce temps pour arrêter cet affreux brigandage
! e le s'amufoit à planter l'arbre de la
liberté avec toutes les cérémonies d'afage.
Pour achever de peindre cette fcène , nous
remarquerons qu'à la honte de nos moeurs.
civiques , lejeune Abbé de Langoiran , Vicaire
conftitutionnel , & frère de celui
qu'on affaffinoit , faifoit la cérémonie de
la confécration de l'arbré & du bonnet de,
la liberté , après laquelle il ouvrit une
contre-danfe avec la femme du Commandant
de la Garde..
•
M 2
((268 ).
Tandis qu'à Bordeaux ces horreurs fe
commettoient, impunément , à Limoges on
alfaflinoit fous le même prétexte , & par
les mêmes fentimens , un Prêtre de 72 ans,
dont le crime étoit d'avoir refufé le ferment
de maintenir la Conſtitution du
Clergé. On trouva chez lui un vieux fufil
de chaffe , & ce fut fon arrêt de mort ;
le Peuple fouverain en fit juſtice , il fut
maffacré.
Tels font les évènemens , tels font les
défordres affreux qu'ont engendré les
maximes meurtrières les fermens fanatiques
, & l'anéantiffement de l'autorité
royale. Un délire , une infouciance atroce
règnent fimultanément dans les corps pol.-
tiques & dans la capitale, tandis que chaque
jour de nouvelles preuves du mépris des
loix fe joignent à toutes celles qui exiftent
déjà; le Roi y eft l'objet éternel des plus
groffières injures ; comme fon aviliffement
, la deftruction de fon autorité eft
la caufe univerfelle de tous les dangers , de
tous les maux de l'Etat. Que peut - on contre
la licence & le crime , quand des fociétés
publiques proclament d'un côté , & accueillent
de l'autre des diatribes contre la
majesté du Trône , auffi virulentes , aufli
criminelles que celles de la Société patriotique
féante au Pui , Département de
Haute-Loire, & confignée dans le Journal
(1289 )
5
Officiel des Jacobins de Paris , nº . 80.
291.46 1955 195
Roi des François , écoute. , Sais-tu bien que
tu n'es que le premier agent du Souverain qui a
le droit de te commander ; & que ce Souverain
c'eft nous ? Lis dans l'hiftoire des Rois , examine ton
arbre généalogique, & iu verras combien de tyrans
il nous a fournis . Dans les temps de barbarie
& d'ignorance), ou nos pères ne voyoient que
par les yeux d'un coeur fourbe & hypocrite , res
pareils fe pavanoient fur les couffins de la moleffe
& de l'orgueil ..... Aujourd'hui , que les
crimes des Rois nous ont ouvert les yeux , nous
voulons te rendre ta qualité première , celle
d'homme..... Nous t'avons pardonné tes parjures
& res crimes ; ils font nombreux: ch bien !
voici nos dernières volontés, Si tu t'oppofes an
bonheur de vingt - cinq millions d'hommes , il
fortira du milieu de nos morts , des milliers
de Brutus & de Scevola , qui vengeront la mort
& l'efclavage de nos pères , & purgeront la terre
de tous les brigands couronnés qui l'infectent. »
靠
Cette adreffe eft foufcrite de plus de deux
mille fignatures , & il faut l'avouer avec
douleur , & à la honte des Conftituans de
1791 plufieurs des principes qu'elle renferme
, elle & une multitude de femblables ,
font contenus, dans ceux qu'ils ont impru
dement proclamés , dans l'aviliflement de
la Royauté dont on a fait fauffement une
fonction publique à gages,dans le mépris dela
norale , delaReligion, dans l'abus des fermens
, & paredeffous tout dans la corruption
politique -mo
M 3
( 2701)
Ce fut Dimanche 22 , quele cri d'alarme
fut répandu dans Paris par des décharges
de canon d'heure en heure , & un appareil
qui a fait fuccéder à l'info ciance ordinaire
du Peuple quelques journées d'inquiétudes
& de mouvemens fans objet,
*
Dès fept beures du matin , le Confeil - Général
de la Commune étoit affemblé , & les fix
Légions de la Garde Nationale , réunies fur la
place de Grève , avec leurs drapeaux. Le Parc
d'artillerie du Pont-Neuf tirà trois coups de
canon , auxquels il fut répondu par efur de
l'Arfenal ; & d'heure en heure la même décharge
cut lieu pendant toute la journée . A huit heures
les deux cortèges qui deveient faire la Proclas
mation du danger de la Patrie partirent chacun
par le côté qui lui étoit affigne ; ils etcient
précédés de Détachemens de Cavalerie , de Tambours
, de Molique , & faivis de fix pis de
canonis . Quatre Hufeis de la Materpshire les
accompagnoient , & portoient des enfeignes tra
colores fur lefquelles on lifoit : Liberté , Egalité
, Conftitution , Patrie; & au- dellous : Pblicité
, Refponfabilité: Derrière eux , fe trouvoient
douze Officiers Municipaux en écharpe &
quelques Notables , Membres du Confeil de
Ville , tous montés fur d'effez mauvais che
vaux & affez mal arrangés. La marche étoit
clofe par un Détachement de Garde Nationale
portant un Drapeau fur lequel font ces mots :
Citoyens , la Patrie eft en danger, & Fartillerie.
Les deux grandes bannières portées par les Gardes
Nationales de chaque cortège Honey dépoléos ;
'une , au Parc d'artillerie du Pont- Neuf l'autre
( 271 )
à l'Hôtel- de- Ville. Eles y refteront jufqu'à de
que l'Affemblée ait dit : Citoyens , la Patrie n'eft
plus en danger.
La Proclamation a été lue par les Officiers
Municipaux dans douze endroits differens ; & il
a été établi , d'après le plan de M. Sergent , quatre
éch. ffauds garmis d'une petite tente cui l'on a fait
les enrôlemens de tous ceux qui ont voulu s'engager
pour aller aux frontières . On fera Dimanche prochain
l'appel nominal de tous ceux qui ont donné
leur nom pour partir.
Toute cette cérémonie , pendant laquelle le
bois de Boulogne , les Champs- Elifées , les Pro
menades les Cabarets , les lieux de plaifir ,
les Spectacles , étoient pleins de monde , a duré
deux jours , le Dimanche 22 , & le Lundi 23 ,
à la différence que le canon n'a point tiré le
Lundi comme il avoit fait la veille .
Le Roi avoit publié dès le 20 une Proclamation
fur les dangers de la Patrie , qui
n'a malheureuſement guère fait plus d'impreffion
que les fcènes atroces & les éve
nemens de tous genres qui fe fuccèdent. L'on
n'y verra d'ailleurs aucune reffemblance de
ftyle avec celle que S. M. a publiée , &
faite elle- même fur les attentats du 20 juin ,
reftés impunis comme on
fait.
« Citoyens , la Patrie eft en danger. L'Affemblée
Nationale l'a déclaré. La Loi vient
d'affigner à chacun fon pofte : le Roi vous prefle
de vous y rendre. La mère commune appelle
tous fes cafans , ils ne feront pas fourds à fa
voir . Il s'agit de garantir vos propriétés , vosperfonnes
; il s'agit de fauver ce que vous avez
M 4
( 272 )
plus cher , vos mères , vos femmes , vos enfans
. François , il s'agit de votre Conftitation
* de votre liberté. »
•
Ce n'est plus le temps des difcuffions & de
difcours , c'eft celui des actions éclatantes. L'Eu
rope entière fe ligue pour vous combattre ;
séuniſſez - vous pour repouffer les efforts . Des
Légions ennemies menacent les barrières de l'Enpire
: c'eft là qu'il faut marcher : c'eſt le fer qu'il
faut oppofer an fer ; c'eft la fubordination & la
confiance dans vos Chefs , qu'il faut opposer à
Ja difcipline & à l'obéiffance aveugle qui font la
force de leurs armées ; c'eſt le concert inaltérable
de tous les bons Citoyens qu'il faut oppofer au
concert des Puiffances . Vos ennemis ont l'expé
ience de la guerre & l'habitude des combats ;
vous avez par-deffus eux le grand intérêt de
Votre propre caufe à défendre , & la paffion de
la liberté , qui élève l'homme au-deffus de luimême
& le transforme en héros . Mais le temps
preffe ; hâtez-vous de courir fous vos drapeaux ;
volez aux camps & fur les frontières , & fouve
nez-vous que quand l'Etat eft en péril , tout
Citoyen eft Soldat , & que le dévouement le
plus généreux n'est plus une vertu , mais qz
devoir. »
« Toutes les Cités de l'Empire montreront
fans doute , la noble ambition de voir leur nom
infcrit dans l'honorable lifte de celles qui auront
bien mérité de la Patrie. Toute la France va
Le couvrir de Bataillons ; elle va faire plus co
core , elle va fe couvrir de Citoyens foumis
aux Loix , unis entre eux par les liens indiffo-
Jubles de la concorde , & par leur attachement
à une Conftitution à laquelle ils ont tous fait le
ferment d'être fidèles.
+
( 273 )
jupee Adminiftrateurs , Magiftrats , Guerriets ;
-Citoyens , voici le moment d'éteindre dans un
fentiment fraternel de réconciliation & de paix,
ces diffentions & ces haines qui nous af
affoibliſſet
en nous divifatt . Voici le moment d'affurer à
jamais la liberté en affurant l'empire des Loix ,
fans lequel il n'y a que confufion , défordies,,
malheurs , & une anarchique tyrannie plus cruelle
mille fois que celle du defpotiíme . »
3
La Loi vous met tous en état de furveilslande
permanente ; profitez- en pour donner du
«poids a l'autorité , du reffort au Gouvernement ;
profitez - en pour rétablir l'ordre & fecourir la
France qui ne peut réfifter, fi tous les pouvoirs ,
toutes les volontés , tous les courages se le réusilent
pour la fauver . C'eft le Roi qui vous
a appelle ; c'est un Roi fier de commander à un
Peuple libre , qui vous conjure , au nom de la
liberté qu'il aime & de l'égalité qu'il eft comme
vous réfolude maintenir , de vous rallier toys
fous les drapeaux de la Patrie , de l'aider à donner
force à la loi contre les rebelles du dedans & du
• dehors , de jurer avec lui de vaincre ou de mourir
four les droits de la Nation , & de vous enfévelir
fous les débris de l'Empire , plutôt que de
fouffrir qu'il y foit porté atteinte , que des étran
gers ou des rebelles puiffent donner des Loix, à
la France , & que de flétrir par une capitulation
honteufe ' honneur du nom Frar çois .
.co . Par ces confidérations , le Roi partageant
la follicitude de l'Affemblée nationale , qui , par
fon acte du 11 Juillet , a déclaré la Patrie en
-danger ; profondément convaincu que le moment
où la liberté publique eft menacée , eft celui où
im or e le plus de rappeller les Citoyens & les
MS
( 274 )
Magifirats à l'exacte obfervation des Loix qui
la garantiffent , & notamment de celle du 8 Juillet
, qui fixe les mesures à prendre quand la P.-
trie eft en danger , Sa Majefté s'empreffe de
retracer aujourdhui à tous les François les devoits
que ces différentes Loix ! ear impofent. En
conféquence : »
« 1 °. Sa Majefté i vite tous les Citoyens en
état de porter les armes , & particulièrement ceux
qui ont déjà eu l'honneur de fervir la Patrie dars
quelque grade que ce foit , à le faire inferire
fur -le-champ, pour completter l'armée de ligne.»
сс
« 2°. Invite tous les Citoyens réuniffant les
conditions requifes , qui ne le font pas encore
fait enregistrer fur le rôle de la Garde nationale
, à fatisfaire fans délai à cette obligation , »
30. Enjoint à tous les Corps Adminiftratifs
& à toutes les Municipalités , de fe conformer
fur- le- champ aux difpofitions de la Loi du 8
Juiller , relatives à la formation des Bataillons
de Gardes nationales destinés à la défense de
l'Etat. »
ce
4. Leur recommande d'inſtruire tous les
Citoyens des devoirs particuliers que les circonftances
actuelles leur impofent , de ranimer leur
zèle , & de les exciter à voler par-tout où ks
appelleront les dangers de la Patrie . »
« °. Leur recommandent pareillement de ne
ien négliger pour hâter leur armement & accélérer
leur marche , & de leur fournir à cet effec
toutes les facilités qui feront en leur pouvoir. »
« 6°. Exhorte tous les Citoyens qui obtiendront
l'honneur de marcher les premiers au fecours
de la Patrie , à la fubordination envers leurs
Chefs , à l'exactitude dans le fervice , â un zèle
( 275 ) 3
digne de la noble caufe qu'ils font appelés à
défendre , & les engage à honorer autant le nom
François par leur humanité envers les ennemis
défarmés , que par leur courage dans les combats.
»
« 7. Exhorte auf les Citoyens qui demeureront
à la garde de l'intérieur du Royaume , à
donner des preuves de leur patriotifme , en fai
fant perfonnellement leur fervice , à maintenir la
sûreté des perfonnes & des propriétés , l'exécu
: tion des jugemens , & le ' refpect dû aux autorités
conftituées , »
8°. Rappelle à tous les fonctionnaires public
, l'obligation de réfidence qui leur eft im
pofée par les Loix , & que les périls de l'Etat
rendent plus étroite encore & plus indifpenfable.
Enjoint à fes commiffaires près les tribunaux ,
aux procureurs- généraux fyn lics près les dépar
remens, & procureurs- fyndics près les adminiftrations
de diftricts , de tenir la main , chacun
en droit ſoi , à l'exécution rigoureufe de certe
Lei , & de lui dénoncer les infractions qui pourroient
y être faites , »
« 9°. Recommande enfin à tous les Admi if
trateurs & autres fonctionnaires publics , civils
& militaires , de redoubler l'ardeur & affiduité
dans l'exercice de leurs fonctions , & à tous les
Ciroyers de le fouvenir que ce n'eft qu'en f.ifant
tous les facrifices , & en montrant un refpect
inviolable pour la Loi , qu'ils peuvent fe
montrer dignes de la liberté.
CC
"3
Ordonne que la préfente Proclamation fera
envoyée aux Corps adminiftratifs & judiciaires
imp ime , lue , publiée & affichée par- tout où
befoin fera. »
Fait au Confeil d'Etat , le 20 Juillet 1792
M 6.
1276 )
Fan 4. de la berté . Signé LOUIS, Et plus
kas , DEJOLY.
On avoit publié la mort de M. la
Fayette , au moment où l'on difcutoit à
TAffemblée s'il feroit décrété d'accufation ;
M. Dumourier l'avoit , difoit-on , tué en
duel . Il n'eft rien de cela qu'une forte de
provocation de duel , faite , dit-on , par
M. Dumourier à M. la Fayette lors de leur
entrevue à Valenciennes. Mais ce duel ne
doit , fuivant le bruit qui l'annonce , avoir
Tieu qu'a la paix. -Ce qu'il y a de plus
vrai,c'eft que les Jacobins vouloient donner
à leur créature , M.Dumourier , une armés,
& que cette armée fut celle où va paller
M. la Fayette , c'eft -à - dire celle du Nord.
Mais avant il falleit un Décret d'accufation
contre le Général de cette armés. - M.
Mathieu de Montmorency a donné la démiflion
d'Aide - de - Camp du Général
Luckner. Il en a rendu publics les motifs.
M. de Montmorency avoit écrit fous les
yeux du Général , & fait figner de lui ,
deux lettres adreflées à l'Alembiés , cà
M. Luckner fe plaignoit de l'infériorité de
nos forces & de quelques autres difpof
tions qui nous expofoient à être baitus ;
es Jacobins , les Conftitationnels , qui ne
veulent pas être battus , furent très - étonnés
d'un pareil langage. A la Commiflion des
Douze M. Luckier donna à entendre qu'il
【277 )
---
n'avoit point du tout voulu dire cela , &
que M.de Montmorency lui avoit fait figner
ces deux lettres fans examen. M. Luckner
dit encore à cette Commiffion , fuivant le
rapport de M. Guadet , qu'aucun Bas- Offcier
ni Soldat n'a déferté dans les armées
du Centre & du Nord. Il oublioit fans
doute les Huffards de Berchiny , de Saxe ,
& le régiment de Royal Allemand, La life
officielle des défertions inférée dans la Gazette
de France du 19 Mai de cette année;
les 4 Officiers & 4 Huffards de Chamboran
défertés le 17 avec chevaux , armes & bagages
, enfin une grande quantité d'autres
dont on peut s'allurer par les lettres offcielles
ou les rapports authentiques. Les
Autrichiens fe font emparés de Bavai ; ils
fortifient les environs , & les payfans , les
aident à porter les matériaux & à différers
ouvrages de conftruction. La pièce de
canon prife à Orchies ; & dont M. Dumou
Fier n'a rien dit dans fa dépêche , a été
conduite le 17 à Mons ; elle fe nomme
l'affaffine. On s'attend à voir tomber
Maubeuge entre les mains des Autrichiens.
Cette place n'eft point gardée fuffifamment ,
& l'armée ennemie campée à Malplaquet,,
la menace ainfi que les villes voifines . - M.
d'Orléans eft de retour à Paris , une partie
du Public croit toujours être fondée en
preuves pour trouver dans les démarches
quelque caufe ou quelqu'intention de trou
G
―
( 278 )
-
bles.-M. Carra & la Haute Chambre des
Jacobins prétendent arrêter l'ennemi , l'énerver
, tout brouiller , tout terminer en
soffrant la Couronne de France au Duc de
Brunswick; il feroit en même-temps proclamé
Reftaurateur de la liberté de l'Eu
rope, M. Cloors , Orateur du genre humain ,
doit , dit-on , en porter l'offre au Prince de
Ja part de la Nation de France. Il circule
dans le Public une lettre de M. de Calonne,
écrite au nom des Princes , à M. le Duc de
Luxembourg, comme Pair de France, où l'on
trouve l'explication du bruit qui a couru
d'une Affemblée de Parlementaires à Manheim.
Il paroît que cette mefure avoit été
propofée, mais la lettre porte textuellement
que Leurs Alteffes Royales ne croyert
pas qu'il foit poffible de former , quant
à préfent , & hors du Royaume' , une Affemblée
de Magiftrature légalement délibérante
, ni régulièrement active; mais elles
n'en font pas moins perfuadées , qu'il feroit
précieux & très intéreffant , que tous ceux
des Magiftrats qui fe trouveront à portée
de fe communiquer leurs idées , confignalfent
leurs principes dans un vau unanime ,
qui fervit de monument à leur fidélité &
de préfervatif cont eles faux fyêmes des
novateurs.» On peut s'attendre d'après cela
à voir paroître au premier jour la déclaration
des fentimens individuels des anciens
Magiftrats fur l'état du Royaume.
( (279)
J
02 #918-
A
all me nok ruimulli di
Leure au Rédacteur
10 25
74
-Extrait d'une lettre de Francforts, Je 15 Juillon
୨
L'Empereur arriva ci mercredi , dernier
9 heures du foir fans cérémonie. Le Maréchal
de Lafey , le Prince de Collerodo , le Vice-
Chancelier Comte de Cobentzel , le Comte de
Kaunilz - Ribbergs fils du Comte , & le Baron de
Spielman l'ont accompagné . Le lendemain matin
il fe rendit à l'Eglife du Dôme en grand cor-
2 tège , au milieu d'une triple haie de Gardes
des acclamations & des vivat du Peuple . Vetu
en habit de drap noir , & dépouille de toute décoration
, fa fimplicité contrafoit avec le fafte
véritablement extraordinaire qui l'entouroit . Quoique
fa phyfionomie délicate n'annonce pas ure
fanté à l'épreuve , cependant celle - ci eft infiniment
meilleure qu'on ne la repréfentoit , CePrince
montre beaucoup de jufteffe d'efprit , de pénétration
& de connoiffances . Hier en préfence de
beaucoup de gens confidérables il s'expliqua affez
ouvertement fur le but de la guerre , pour tran
quillifer ceux qui craignoient qu'elle n'entraînat
le démémbrement de quelque partie du Royaume
de France. "3
Le couronnement a cui fliiceuu hier . L'Empeyeur
en bele chevelure blonde , ayant de la grace
à cheval , la taille , avantageufe , la phyfionomie
douce & modefte a été accueil fur fon paffage
par des tranfports & des acclamations . Il n'eft
arrivé aucun accident , quoiqu'il y eut plus de
100 mille Spectateurs & peu de police ; mais le
caractère national y fupplée. L'Empereur dina am
Roemer & rentra chez lui à cinq heures . Le
foir il fe promena dans la Ville & alla voir la
( 289 )
1.
belle illumination en couleurs , préparée par le
Prince d'Estherapy. Ison ne connoît poist en
France ce genre de décoration . Francfort regorge
de monde , & préfente une affluence de Souv
rains de toute Grandeur, La police de la Ville ,
depuis dix jours , eft fous les ordres de ' Electeur
de Mayence & du Comte de Pappenhein
Maréchal d'Empire ( c'eft l'ufuge , On a poudé
les précautions très loin envers les Etrangers ,
fur - tout envers les François . Quinze de ceux- ci
étoient fignalés , les Officiers de la garnifon &
de la Milice Bourgeoile de Francfort avoient des
ordres rigoureux de les arrêter . Huit foot pris
& enfermés on a de plus arrêté un Piètre
nommé Cafeneuve , efpèce de fou qui a fait une
fcène chez l'Electeur de Trèves . Vraifemblable
ment , ces détenus ne font coupables que de propos
infolens , quoiqu'on eut répandu & écrit que s
Jacobins avoient complotté de faire fauter l'Eglife
St. Barthelemy & le Roemer pendant le Cocronnement
: ces informatious, venoient de Coblentz
où tous les jours on en imagi e de pareilles . »
1.
« L'Empereur fe rendra jeudi à Mayence cu
le Roi de Pruffe arrive le 20 , & après leur
conférence , le premier retournera à Vienne par
Munich. »
J
Le Roi de Pruffe arrivé le 14 Anfpa.h ,
fera le 23 à Coblentz ou plutôt au château
de Schonbafluft qu'il doit occuper . Son
fecond fils & le fils aine du Prince Ferdinand
font arrivés la fémaine dernière & cantonnés à
demi- lieu: de Coblentz . Ces jeunes Princes donnent
un exemple aux Princes François ; ils foot
logés dans un village , réduit chacun à une
chambre qu'un valet Parifien trouveroit fort incommode
, & couchés fur un pliant , Le Duc de
"
( 281 )
1
Brunswick vit avec la même fimplicité : il n'a
que deux Aides- de Camp : chaque Général des
Emigrés
en a 5 ou 6. "
*
Le Duc de Brunfwick que je vis arriver le
au foir au Thal vis - à- vis Coblentz , fut falué par
30 coups de canon de la fortereffe d'Ehrebrenstein
, fen quartier général eft à Horcheim , demi-
Jieue de Coblentz. Le même foir il prévin les
Princes François , ( 'Electeur étoit déjà renda
ici ) & leur rendit vifitei fe piqua de dite à
la galerie beaucoup de chofes agréables , entr'auties
: Meffieurs , vous ne devez plus vous
confidérer comme Emigrés , mais comme Franpois
armés avec nous . Le Prince de Conde , le
Maréchal de Broglie étoient de Pertevue . Par
un billet les Princes lui avoient demar de fon
heure pour le lendemain ; il monte fur le champ
à cheval & vint les trouver . Le lendemain matin
ils fe rendirent en nombreux co: tège à Hor heim !
l'entrevue fut de demi - heure. Le Duc , l'homme
du monde le plus délié & le plus courtois , les a
payés en po'iteffes aimables , telles qu'on en
faifoit en France dans le bon temps . »
Les Emigrés feront employés d'une manière
dépendante & fubordonnée : on les cantonne dans
J'Electorat de Mayence & quelques heux du Palatinat
, en forte qu'ils reſtent en arrière des deux
armées principales , comme réferve , comme
deftinés vraisemblablement à occuper le pays
conquis.
3
6
Le jour même de l'arrivée du Duc de Brunf
wick à Coblentz il fut précédé des Cuiraffi rs
d'llow , & des Bataillons d'Infanterie légère
Erneft & de Légat ; le lendemain & jours fuivans
font arrivés Thadden , Budberg , Eckartsbergs
Jordis Infanterie de 2800 hommes chacun,
( 282 )
les Cuiraffiers de Saxe- Weimar, & les Huffards
d'Eben , au nombre de 1600 hommes ; Artilleurs ,
Mineurs, &c. Le cantonnement de Siléfie , c'eſtà
- dire , huic régimens venus par Leipfick &
Wartzbourg traversent en ce moment Francfo t ;
il en paffe un tous les matins à 6 heures : jeudi
dernier Renouard Chaffeurs Infanterie légère ;
hier vendredi Hertzberg Infanterie , & Sapeurs ;
aujourd'hui Witlingof ; demain de Borch , un
troifième régiment d'Infanterie ; lundi les Huffards
de Wolfrath ; mardi aute régiment d'In
fanterie ; mercredi un régiment de Dragons ;
jeudi un fecond régiment de Huffards , & un
Bataillon d'Infanterie légère ; le tout failant
15000 hommes & plus de 2000 chevaux . Hertzbeng
Wiltingof & de Borch de 2800 chacun ,
fans compter l'artillerie , ont défilé fous les fenê
ires de l'Empereur & des Ambaffadeurs Pruf
fiens. Ce font de très -beaux Corps ; cependant
en général je préfère la tenue , la race d'hommes,
J'efemble de l'Infanterie Autrichienne; mais la
Cavalerie Proffienne l'emporte . »
сс
3
« D'autres Corps venant de Magdebourg &
Brandebourg ont paflé cette femaine , & pafferont
les premiers jours de la fuivante par la
Heffe pour tomber dans l'Electorat ,de Trèves ,
ou l'armée entière de 56000 hommes effectifs
fera raffemblée le 23 jour de l'arrivée du Roi ,
On a amené beaucoup de troupes légères , Huffards
& Chaffeurs accompagnés de l'artillerie
volante ou à cheval , qui fuit les Huffards &
donne aux troupes, légères la confiftance de l'Iafanterio
pa 2/1
Les Autrichiens arrivent auffi de toure part ,
mais par la Bavière , la Franconie , la Souabe
& le Palatinat. L'armée du Brifgaw eft en ce
(( 283 )
ɑmoment ɑde 40000 hommes divés en plufieurs
tamps on a pendu ces jours derniers au camp
près de Schweizingen , un Officier François du
Génie , attrapé à des dénombremens, & mandsvres
d'espionagoj rub stred
3
« Voici un trait qui peint la difcipline . Un
foldat del Tadden. Neufchâ ellois d'origine ,
saavile l'autre jour de dire à Coblentz en préfence
de trois de-fes camarades & d'un fourrier ,
-qu'où étoit bien bon de faire la guerre aux Påtriores
François qui demandoient leur bbercé , &
quel Genk Pouffiens vouloient en faires autans ,
ils om étoient les maîtres. Les trois foldats në dë-
Boncèrent pas le propos ; mais le fourrier avertit
POfficier Commandant ; celui ci alla au Dus.
-Faites fufiller cet homme dans demi - heure , BC.
donner to coups de bâtons aux écouteurs qui ne
l'ont pas denoncé , auffi - tôt dit , aufli-tôt fait.
J'aib lieu de croire que le Manifeite fera
publié le 124, Ibveftrà l'impreſſions Le Roide
Pruffe paffera fon armées en revue le même jour
$24 , les agi) 26 & 27 elle marchera aux frontières
de France: »
-Les forces : fetont réparties en quatre points
& divifions. Armée du Brifgaw pour l'Alface
40000 homines : armée de Lorraine pour contepir
Merz140000 hommes armée du Brabant your
Lattensoooo hommes : arméè qui marchera fur
Paris par la Champagne 600cd hommes, →→
1978
20 :
Sure 2115 40
7 1
1
Précis des féances des famedi , dimanche
10 to 35 tundi et mardi.
Séance du famedi 21. Décrété qu'il fera payé
80,141 livres pour expedition du camp de Falès.
{{ {2841)
Oa ordonne un rapport for des erreurs de noms
dans l'acte d'accufation contre les complices de
M. Dufaillant. La difcuffion fur M. Fayette
ett reprite , fora-t-ily ne fera-t - il pas décrété d'aecufation
pour fa lettre du 16 jam & fa pétition ?
Après de violens débats , on paffe à l'ordre du
jour ; & l'on décrète qu'attendu que le miniſtère
actuel a donné la démilfron de Rot sloccupera
de recompofer le ministère. Une lettre da
Roi annonce que S. M. a nommé M. Duboxchage
miniftre de la matine & M. Champion ,
miniftre de l'intérieur : On revient fur. M. de
la Fayette , longs difcours débats , murmo:es,
huées des galeries ; le tout fe termine par décider,
que l'on vérifiera le fait annoncé par M.
Guadet , favoir qu'étant adtable chez M. l'évêque
conftitutionnel de Paris , il avoit entendu
dites au général Luckner que M. Lafayette avoit
fait propafer à lui général Luckner , da joindre
fon armée à la fienne pour vetur fur Patis , è
quoi le général Allemand avoit répondu que fi
la Fayette allait: fur Paris ,ditele fuieroit & i
dauberoit . Pendant cette difcuffion unvacarme
affreux s'étoit élevé dans l'Allembiće . On annonce
dans Paris qu'on s'yǝbat,,', que les fédérés
appellent le fauxbourg St. Antoine à leur lecours,
on voit quelques groupes de gens courir dans
la rue S:. Honoré , les boutiques de ferment ,
l'attoapement fe, forme autour de L'Allemblée ,
on crie contre les Tuileries , on menace ; M.
Pétion paroi , il parle , rentre dans l'Allemblée
dit qu'il a tout rappellé à l'ordic , eft invité
aux honneurs de la téance & fort couvert
d'applauditfemens.
Séance du dimanche 22. Un député, den ande
((283 )
2
un congé pour aller fècourir fonpère mourant
le congé eft refufé. Des brigands ont viole
la fépulture du maréchal de Vaux , brifé latombe
& volé de plomb qui s'y trouvoit. La famille
demandes juſtice stenvoyé au pouvoir exécutif.
-- On annonce que les troubles du Finistère
font appaifés , que le juge de Fouesnant & les
payfans ont été diffipés , plufieurs tués & un grand”
nombre pris. M. Lacoste , ex miniftre de la marine
, écrit qu'il eft nommé à l'ambaſſade de
Tofcane , il demande qu'on apure, fes comptes >
pour pouvoir, fe rendre à fa million . Le dépar
tement de l'ère ( le Dauphiné ) réclame contre
l'envoi den 20 bataillons de l'armée de M. de
Mostefquiou a cele du Rhin. Un membre an
nonce que le Roi de Sardaigne a 58 mille
hommes dans les environs de Nice , & fe plaint
que le ministre ne l'ait point fait connoître. Le miniftre
& la commiſſion des douze rendi ont compte.
On a expédié un courrier à MM: Luckner &
la Fayette pour avoir d'eux des renfeignemens
fur les fairs dénoncés la veille par M. Guadet.
M. Druzy demande une loi rép effive contre
Baudace & le fcandale des galeries ; la demande
excire des rumeurs. La loi contre les applaudiſſemens
des galeries fera de nouveau imprimée &
affichée . On ordonne que les fédérés , dont 1500
font déjà à Soiffons , fe rendront à cette dellination.
Quelques vétérans invalides vienment remercier
l'Afemblée de ce qu'on les emploie ,
& des pétitionnaires demandent qu'on leur rende
M. Manuel
प
ལ
Séance du lundi 23. Une lettre du miniftre
de la guerre annonce que M. Arthur Dillon a
le commandement des troupes depuis Dunkerque
((286:))
•
ufqu'à Givet , & que le général Dumourier , qui
commandoit le camp de Maulde pau interim , en a
remis le commandement à M. Arthur Dillon.
Une lettre de Murde la Bourdonnaye , adretiée
au miniftre de la guerre , lui dit qu'un corps de
dix mille hommes Autrichiens , commandé par le
duc de Saxe Tefcher en perfonne, occupe Bavay.
& le camp de Malplaquet . M. Goffuin à appris que
Fennemi a en fa poffeffion le pont qui fur la Sam
bre donne l'entrée du royaume , qu'il eſt › établi
entre Avelne , Maubeuge & Landrecies , que la
première de ces places eft menacée , fans qu'on
puiffe efpérer de fecours de M. de Dillon qui a'a
que 14,000 hommes. Ma Cambon a marqué de
Finquiétude pour les provinces du midi. Legénéral
Montefquioueft à Paris. Il craint pour les oliviers
en cas d'invafion de l'ennemi. On a chargé le
comité militaire d'apprendre à l'Affemblée ni les
places fortes du Royaume font en état de réfilcance.
Le feu ja fpris à l'hôpital de Valenciennes
& a confumé un nombre confidérable d'effets de
campement , qu'il faudra remplacer . Décrète
que les régimens coloniaus feront formés en
compagnies franches & en légions - Quinze
millions ont éte mis , par un décret , à la difpoſition
du miniſtre de la guerre , pour la levée ,
l'équipement & l'augmentation de diverfes trou
pes. Le miniftre des affaires étrangères , interpellé
fur l'état de la Savoie , a renvoyé à fon
mémoire précédent , dont il réfalte de la part
de la cour de Turin , le refus de recevoir nos
ambaffadeurs & un raffemblement de 11,000
hommes près de Nice. M. Brifot a dit que M.
de Montefquiou l'a affuré ' qu'il y avoit so, 600
honimes fur nos frontières de ce coté. M. Kera
Jaint vouloit qu'on jugeât le Roi , & l'accufoit
( 287 )
de trahir la nation . Des fédérés font venus appuyer
cette demande , & ont ajouté qu'il falloit
mettre le royaume en état de furveillance active ."
La pétition eft renvoyée au comité. Les généraux
Biron, Cuftines , la Morlière & Broglie , annoncent
que leur armée n'eft que de 47,000
hommes ; que pour le mettre en état de sûreté
contre l'ennemi , ils ont armé les payfans , &
qu'enfin ils font des difpofitions pour attaquer
les peties Princes neutres de l'Empire .
conduite des généraux eft approuvée
par un décret. Décret que tant que la patrie
fera déclarée en danger les miniftres feront tous
folidairement refponfables de ce qui regarde la
sûreté intérieure & extérieure.
La
Une lettre du Roi annonce que M. Daban
court , adjudant général , a accepté le ministère
de la guerre , & que . du Bouchage garde par
intérim le porte -feuille des affaires étrangères.
Un décret rétablit M. Pierre Manuel , proeureur
de la commune dans les fonctions.
Séance du mardi 24. M. Lacoste infifte pour
aller à fon pofte en attendant l'apurement de fon
comple ; refufé. M. de Montefquiou paroît à la
barre ; il confirme , contre l'affertion du miniftre ,
que la Sardaigne a une armée de soooo hommes ,
& qu'il a été ordonné des priè es dans cet Etat pour
le fuccès des armes du Roi de Sardaigne contre les
François. Il propofe différens moyens d'augmenter
fon armée , inférieure à celle de l'ennemi ; ces
moyens font adoptés. Décrété que tous les généraux
pourront faire marcher le quart & même Iz
moitié des grenadiers & chaffeurs nationaux des
départemens voiúns des armées . Une lettre du
miniftre de la guerte annonce que l'ennemi s'étend
( 288 )
1
I
aux environs de Bavay , pour intercepter tomte
communication avec Maubeuge , qu'on travaille
a for fier les villes menacées , que M. Dillon a
teru confeil fur ces objets & qu'on a arrêté
quelques perfonnes que l'on fourçonne avoir
contribué Tincendie du magaliu de Valen
Gitanes.
2
#
M. Blin vient de publier la quarantefeptième
livraifon des Portraits des grands
Hommes Femmes illuftres , et Sujets mémorables
de l'Hiftoire de France , gravés
& imprimés en couleur . Cet ouvrage intéreffant
par le choix des Sujets & la
beauté de l'ex cation , l'eft encore par la
vérité des coftumes , ce qui peut la rendre
utile , non-feulement aux Gens du monde ,
mais même aux Artiftes . La livraifon
actuelle comtient, 1 °. le portrait de Pierre
ddubuffon , Grand Prieur d'Auvergne , &
la levée du fiége de Rhodes , à laquelle il
força l'armée Tu : que en 1480 ; 2 °. Thi
lippe Villiers de l'Ile - Adam , Grand
Prieur de France , & , comme le précédent,
Grand-Maîrre de l'Ordre de Malthe , &
Pentrevue qu'il eut avec Solimar II, après
la prife de Rhodes. Cette iné effante collection
fe trouve chez l'Auteur , place Maubest
, n . 17
PUECBFOLFUDIE1JRE7uCT9iSSSS2n.,
ETO NAT. Mardi 26. Merc. 27. Jeudi28, Vend. 29. Sam. 30. Lund.2J.
Actions
Emprunt
21225316766...720..
110002101.0.8331.244..
. 446..
446
447-44
Id. Décembre 82. ib.p .... ib.p.b
Lot. d'Octobre..
Loc. d'Avril
Emportac12 1 b. 3.2.336.
3.2.b.
I.35 millions.
13
Sans Bulletin.
3.b. 416
Balletia.· 7374 75
134b ...
74-74
Emprunt 125 a
Borde. Ch.
Cante d'Eicohips 95.920 3925-3938 5928.4935
D. dem act ... 1958.60.. 1968.55.. 1900.63..
EauxdeP.
Empr. National.b.
t
2152.55.
roos.10.
1932-39401
1966.07 ...
CHANG25du26./
Amit
. 34.
Lond. 18.
Ham. 305.300.
Mad.. 2410.
Cadix. 245.
Liv. 163.
Cen
153.
Lyon.b.
CHANGZ: dużo.
2. 2. 33.
H 300.
Med4. 15.
Galiz 24
iv. 164.
Gên.. 152 55o.
Lyon. b.
1791 latreT.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , ICH
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettresfignées ,
& qui rendent compte de faus bien conftatés .
On obferve encore que les Rédacteurs n'on
rien de commun avec l'Abonnement , la diftri
bution , &c. C'eft à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
qu'il faut adrefer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refer au rebut.
& non à aucun péde
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
Effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Alignats , doivent être chargées
à la Pofte, pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de fabonnement eft de trente- fix liv.
franc de port pour la Province , l'Affemblee Na
tionale , parfon Décret du 17 Août , ayant doublé
te port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Pofies. On fout
crit Hôtel deThou , ruc des Poitevins . On s'a
dreffera au fieur GOTH , Directeur - Burtas da
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
EFNFEATTS.
Lund.2.
Mardi3. Merc.
4.
Jends.
Vend.6.
Actions.
2130 ....
2120.
2120.15
Do.es.
1999.72 .. 980.72. 19.72.
Emprunt Oct. 443.
1443.. 44
d. Décembre82
Lot. d'Avril..
d'OctobLroét..
Emprunt
121
Id.8 millious..
Bulletin..
Sans Bulletin.. zb..
73.72..
Emprunt 120 ins
Borde. Ch
.deamcDit-°.
Caiffe d'Efcompt
3930.3920
Eaud.Pxe.
Empr National,
·
1.b. 140.
13.12.11.211b.
223.2b ... 2b..
1721..
3910.3900 3898.390
1950.sf. 1946.45. 1950.45..
P.
CHANGESdu2
Amft. 33.
Lend, 18.
Sam. 7.
Ham.300.305.
Mad, 24.IS.
Cad. 24.10.
Liv. 165.
Gên. 153.
Lyon. p.
CHANGESdu6.
Amft. 33.
Lond. 18.
Ham. 395.
Mad. 25.
Cad. 2410.
Liv. 165.
Gên. 155.
Lyon. p.
Payeurs, année
1791, lettre A.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft provenu qu'on ne recevra j
mais dans ce Journal aucune reclamation , auc
détail d'intérêt particuler employé dans d'autr
Feuilles . On ne fait ufage que des lettres fi
& qui rendent compte de fais bien conftatis.
On obferve encore que les Rédacteurs n'e
rien de commun avec l'Abonnement , la dir
bution , &c . C'eft à M. GOTH , Soul Direda
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout d
gu concerne ces objets ; autrement des lettre
fouvent importantes pourraient refter au rebu
Les perfonnes qui enverront à M. Guth da
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonne
ment voudront bien les faire timbrer ; faute d
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les leure
contenant des Affignats , doivent dire chargét
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque d
s'égarer.
Le prix de l'abonnement, eft de trente fix Et
franc de port peu la Province , l'Affemhiée No
tionale , parfon Décret du 17 Août , ayant doub
le port de ce Journal. L'abonnement pour Pard
eft de trente-nos liv. Il faut affranchir le pr
de l'argent & de la lettre , & joindre à c
dernièrs le reçu du Directeur des Peftes. On for
crit Hôtel de Thon , rus des Poitevins. On s't!
dreffera au feur GUM , Diredcur du Bureda 43
Mercure L'abonnement ne peut avoir lica qu
pour l'année entière.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
EFFNEATTS.
Lundi9. Mardi 10. Merc. II. Jeuli 12. Vend. 13.
Action.s.
Do.es.
Emprunt Oct..
Id. Décembre32.
Lot. d'Avril ....
Lor. d'Octobré..
1118Emprint 125
millio8in.0ds..
Sans Bulletin.
2120.22
1968.72 ...
$
75.
16.
Sam. 14.
CHANGESQui
Amft.
32.
Cond. 17,
fam.312.
Mad. 25.5.
ad. 25.
iv. 168.
Gen. 156.
Lyodpnc.1....
Payeurs, anné.
1791, léttre A.
Bulletin, ..
Emprunt 120
Borde. Ch.
አዝ .
Caiffe d'Efcompt.
Do.demi- act.
EauxdeP ...
Empr. National.
3875.3900
1936.48
3-4.4P.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévinu qu'on ne recevra jamais
dans ce, Journal aucune réclamation , ayoun
detail d'intérêt particulier employé dans d'autre
Feuilles . On ne fait ufuge que des lettres &gues ,
& qui rendent compte de fans bien con lates
On obferve encore que les Rédateurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la difiribution
, & c . Ce à M. GUTH , foul Diredout
du Journal , hotel de Thou , rue des Peiteris ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut drejer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient reder au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de teur Abonne
ment , voudront bien les fure , timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les leures
contenant des Affignats , doivent être chargin
à la Pofte , pour ne pas court le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abon semini eft de trente -fix lit.
fr n: de port pour : Province , l'Aemblee No
tionale , parfou Décret du 17 doût ,"ayan: doublé
le port de ce Journal, L'abonnement "pour posis
eft de trente-trois liv. R fat fr.nchir le ptt
de Parent 3de a lettre , & jindre à cetu
dernière le reçu du Directeur des Pfies . On fuj
crit Hôtel deThou , rue des Poitevins On s'a
dreffera au fleur GUTH , irieur du Bureau da
Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
COURS DES
EFFETS
PUBLICS. Juillet 1792.
EFFETS NAT. Lundi 16. Mardi 17. Mosc. 18. Jeudi 19. Vend. 20.
Sam. 21.
CHANGESQU18
Amft. 33.
Lond. 18.
Ham. 38.
Actions,
Does.
Emprunt a
1110.1095 2095.2072
952.59952.46.
440
lib. P.ib.
p.b.
P. pair.
ms
Id.
Décembre82
Lot. d'Avril ...
Lot.
d'Octobre..
ins Emprunt 125
Id. 80 millions.
Sans Bulletin.
Bulletin ...
Emprunt 120
Borde Ch.
Caiffe d'Efcompt.
D°. deini- act.
EauxdeP.
Enpr. Marional.
850.38753860.3870
1934.25.1929.27.
46P 6p
Mad.. 24. IS.
Cadix. 25.
IV. 168.
156. en
youI d.p.c.p.
CHANGESdu19.
mit33.
Lond 18.17.
Ham: 310.
Mad5.5.
Cadix1415.
Liv. 168.
Gen. 156.58.
Lyon. 1d.c.p.
annes
A.
AVIS TRES IMPORTAN
LE Public eft prévenu qu'on ne recevraj
mais dans ce Journal aucune réclamation
détail d'intérêt particulier employé dans d'an
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres g
& qui rendent compte de faits bien conflards ,
On obferve encore que les Rédacteurs
rien de commun avec Abonnement , la dif
bution, &c. Cefà M. GUTH fenl Direling
du Journal , hotel de Thou rue des Poueves ,
& non à aucun d'eux qual faut adreffer Love
qui concerne ces objets autrement des lettes
Jouvent importantes pourraient reffer au rel
Les perfonnes qui enverront à M. Guth de
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonne
ment voudront bien les faire timbrer ; fauts &
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les lettre
contenant des Affignats , doivent être charglu
à la
La Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prise de l'abonnement eft de trente fi liv
frane de pore , pour la Province , Affemblée Na
tionale , par fon Décret du 17 Août , ayant double
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente- trois liv . Il faut affranchir le pon
de l'argent & de la lettre & joindre à calle
dernière le rega da Directeur des Poftes. On fou
crit Hotel de Thon rus des Poitevins. On
dreffera an hour Gurn , Diredient lu Burax
Mercure L'abonnement ne peut avoir lien
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
BTS NAT Mardi 24. Merc. Jeudi 25. Vend. 27.
Action
D.
Erapat
1.Mcele8
:
d'AvLroirl.
d'OctuLborte.
Empperurnst
min13s40..
Sans Futech.
Galleon
Emprunt 129us
Berde.Ch
SONGES 124
Amft. 12
Lond.7.
Sam. 18.
Lundi 30. Ham. 12.
1900120001492 95.1992.9
8. 28. 149.28
736..
940.50 ... 956.55
436 1436.38.5
9.10p. 10'10 ..
39 3P 3P.
67 68.69
Calle d'Elcomp$ 705 3695 3705.3695 705.3695 3730 3740 3745-3755
9. delicat. 130.45 180 45. 185 0.45..18+7 -79. 1875.
EauxdeP.
Bipt. National8 pp. 8.9p 3 9p.
Mads2.6.
Cadix
2415.
Liv
$79.
Gen. 458
Lyon,P.
CHANGESduz8.
Asafo
Lond.17.
iam. 313 314.
Mad 2572.
Cadı 2412.
LV 170
G1e5n8..
Lyon.Ip.
AVIS TRES -IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles . On ne fait ufage que des lettres fignéct
& qui rendent compte de faits bien confiates.
On obferve encore que les Rédalleurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal, hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout cel
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte, pour ne pas courir le rifque de.
s'égarer.
prix de l'abonnement eft de trente- fix liv!
franc de port , pour la Province , Affemblée Na
tionale , parfon Décret du 17 Aoû: ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il fan affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Poftes . On foug
crit Hótel de Thon rue des Poitevins. On s'adreffera
au four GUTH , Directeur du Bureau du
Mercare. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
SAMEDI 14 Juillet 1792 .
MERCURE
FRANÇAIS ,
...
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE , quant
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes , & par M. FRAMERY ,
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé
de la partie politique .
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
Avis divers , doivent être adreflés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n° . 2 ,
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv.
franc de port par tour le Royaume .
༩.1
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE 1792.
JUILLET a 31 jours & la Lune 29. Dax au 31 ,
les jours décroient de 29'.
༄ ན་
JOURS
du
NOMS DES SAINTS.
Mors.
PHASES
de la
LVNI
Temps moyen
au Midi vrai.
H. MS.
D. Martial , Evêque.
fundi Vifnation de la vierge.
mardi Anatole , Ev. de Laodic.
mere Tranflation de S. Martin, 16 )
cudi , Ste Zoe, Martyred Rom. 17
vend. Tranquillin , Martyr.
fam. Aubierge.
6. Ste. Elifabeth , Reine .
Hundi Cyrille , Evêque.
Tomardi Ste. Félicité.
mere. Lanflation de S. Benoft .
cudi. Gualbert .
vend Turiaf, Evêque.
14 fam. Bonaventure , Evêque .
D. Henry , Empereur.
16iundi Eutate, Evêque .
29
40
P. 2
le 12
18 h. 31 m 22
du foir.
19 31
20 40
21 4 49
221
$7
23 D..
24 le 11 , à
13
25 h. m.
26 du mat
20
26
32
28
38
19
N. L.
$ 43
48
mardi Sperat & fes Compagn.
18 merc . Thomas d'Aquin , Doct . 30
19 jeudi . Vincent de Paule , Préit 2.1 e19 , à 3
Lovend. Ste. Marguerite
fam. Victor , Martyr à Marf.
D. Ste. Marie- Magdeleine,
fundi. Apollinaite , Ey. & Mart
24 mardi Ste Chrifine.
merc.acques le Majeur.
26 jeudi Chriftophe.
vend Georges,
28 fam.. te. Anne & S. Joachim. 10
19 D.lup , Evêque .
30-fundi . guace de Loyola..
31. dilGermain d'Auxeric.
21. som.
du mat,
P.0.
7 m. 12
du mat.
...
5 52
56
5
MERCURE
FRANÇAIS,
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
C:
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE ,
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; &
M. FRAMERY , pour les Spectacles.
par
M. MALLET DU PAN, Citoyen
• de Genève, eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique. ·**
SAMEDI 7 JUILLET 1992 .
A PARI-S ,
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , Nº . 18.
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Juin 1791 .
L RS.
Les Bateliers, 26. Part.
31 Charale, En. Ļog.–
4 Mémoires.
ISTOIRE.
Chande , Enig. Log.
La Vie de Penn.
37 Spectacles.
41 Annoncés & Novices.
43:
EPIGRAMME.
Charade, Enig. Logog,
Le Paffe , &c.
esh Traité.
62 Annonces & Notices.
20
27
34
CHLANSONS
Charade, Enig. Log.
& Mémoires.
87 Notices.
.89
104
A v Village d'Av** , 109 Jéfus . Chrift.
Charade , Em . Logog. 11 Noices.
Mémoires , 2e. Ex. 1131
129
333
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Gluni.'
MERCURE
FRANÇAIS.
PIECES FUGITIVES.
ANGELINA THELLIS ,
en recevant le Portrait de fon ami B***.
C'EST ■ sr lui ! c'eft bien fon air plein de mélancolie
,
Et fes regards chargés d'amour ou d'amitié !
Qu'un autre dans fes traits découvre du génie :
Dans ma joie , ou mes maux , fon coeur fut de
moitié ,
C'est tout ce que je vois ; & pour toute ma vie
A fon fort , quel qu'il foit , mon deflin eft lié .
( Par Stella Werenfels )
A 2
4
MERCURE
S BATELIERS DE BESONS ,
CONTE MORAL.
APRÈS
Troifieme Partie.
PRES le fouper du Sultan , continua
Bathilde , l'effroyable Kuflir - Aga , avec
deux de fes Noirs ' vint m'annoncer , en fe
profternant devant moi , que le Grand- Seimear
m'attendait . ".
Parfumée , & vêtue auffi légérement &
auth galamment qu'il avait plu à nos
vieilles Kadunes , les Gouvernantes du Sérail
, je fus conduite par les Noirs dans la
chumbre de Mahomet. Il était couché
magis la chambre était illuminée. Il me fit
figne d'approcher , & à l'inftant les Noirs
fe retirerent. 1
Me voilà feule avec le maître de ma
vie.... Vous avez peur , Mefdames ;
raflurez - vous ma réfolution était prife ,
de mourir ou de lui échapper.
Fidelle à la leçon que l'on m'avait donné
je m'incline , j'approche d'un air
humble & timide . Il me voit pâle & chancelante
; & pour me raffurer , Venez , me
dit- il , Rofe blanche , venez ; les feux de
mon amour vont bientôt vous rendre ver-
Bayerische
Staatsbibliothek
München
S
FRANÇA I'S.
meille. Je m'avance ; & , felon l'uſage ,
in'inclinant encore une fois au pied du lit ,
avant que d'y monter , je prends la voix
du chat , que j'imitais à s'y méprendre , &
le plus doucement qu'il m'eft poffible , je
fais entendre miaou.
Un chat ! s'écria le. Sultan en fautant
du lit éperdu , un chat dans mon appartement
! . Il fonne ; il va tomber en fyncope
fur un fopha.
Au bruit de fes fonnettes , le Sérail eft
troublé , des Pages de la Chambre & les
Eunuques tremblent . Ils jurent tous par
Mahomet qu'aucun chat n'a pu fe glifler
dans l'appartement de leur Maître ; & la
Sultane Validé , quand fon fils a repris fes
fens veut lui perfuader que fa frayeur eft
fans objet. Hé quoi , ma mere ! lai dit-il
avec impatience , croirez-vous toujours que
je fo un vifionnaire , un enfant ? Cellezde
vouloir excufer la négligence de mes
Efclaves. C'était un chat , vous dis - je.
Emire en eft témoin ; elle l'a entendu . J'atteftai
qu'en effet j'en avais entendu la voix ;
la peur
lui ayant
fait
illufion
, comme
elle fait fouvent
'; il ajouta
qu'il l'avait vu
s'enfuir
& s'échapper
quand
les portes
s'étaient
ouvertes .
Dans le faififfement où il était encore ,
& qui dura toute la nuit , il avait befoin
de repos. Je fus donc ramenée fans accident
dans ma cellule ; & j'y dis mille
A 3
4
MERCURE
S BATELIERS DE BESONS .
CONTE MORAL.
Troifieme Partie.
APRÈS le fouper du Sultan , continua
Bathilde , l'effroyable Kuflir - Aga , avec
deux de fes Noirs 'vint m'annoncer , en fe
profternant devant moi , que le Grand- Seimear
m'attendait. མ་
Parfumée , & vêtue auffi légérement &
auth galamment qu'il avait plu à nos
vieilles Kadunes , les Gouvernantes du Sé
rail , je fus conduite par les Noirs dans la
chambre de Mahomet . Il était couché
mais la chambre était illuminée. Il me fit
figne d'approcher , & à l'inftant les Noirs'
fe retirerent.
ܨܪ
Me voilà feule avec le maître de ma
vie...... Vous avez peur , Mesdames
raflurez - vous ma réfolution était prifé ,"
de mourir ou de lui échapper.
Fidelle à la leçon que l'on m'avait donné
, je m'incline , j'approche d'un air
humble & timide. Il me voit pâle & chancelante
; & pour me raffurer , Venez , me
dit- il , Rofe blanche , venez ; les feux de
mon amour vont bientôt vous rendre ver-
I
Bayerische
Staatsbibliothek
München
FRANÇA I'S.
meille. Je m'avance ; & , felon l'ufage
an inclinant encore une fois au pied du lit ,
-avant que d'y monter , je prends la voix
du chat , que j'imitais à s'y méprendre , &
le plus doucement qu'il m'eft poffible , je
fais entendre miaou.
Un chat ! s'écria le Sultan en fautant
du lit éperdu , un chat dans mon appartement
.Il fonne ; il va tomber en fyncope
fur un fopha.
?
Au bruit de fes fonnettes , le Sérail eft
troublé , des Pages de la Chambre & les
Eunuques tremblent. Ils jurent tous par
Mahomet qu'aucun chat n'a pu fe glider
dans l'appartement de leur Maître , & la
Sultáne Validé , quand fon fils a repris fes
fens , veut lui perfuader que fa frayeur eft
fans objet. Hé quoi , ma mere ! lái dit-il
cavec impatience , croirez-vous toujours que
je fo un vifionnaire , un enfant ? Cellezde
vouloir excufer la négligence de mes
Efclaves. C'était un chat , vous dis - je.
Emire en eft témoin ; elle l'a entendu . J'atteftai
qu'en effet j'en avais entendu la voix ;
la peur lui ayant fait illufion , conme
elle fait fouvent , il ajouta qu'il l'avait vu
s'enfuir & s'échapper quand les portes s'éthient
ouvertes.
Dans le faififfement où il était encore ,
& qui dura toute la nuit , il avait befoin
de repos. Je fus donc ramenée fans accident
dans ma cellule ; & j'y dis mille
-
A 3
6 MERCURE
chofes tendres à mon bon Ange , en le
remerciant du confeil qu'il m'avait donné.
Le lendemain , au thé , j'effuyai quelques
railleries de mes malignes compagnes
; mais je les laiffai s'égayer à mes
dépens ; & fous un air humble & confus ,
je leur diffimulai ma joie , me flattant que
cette aventure ayant donné de l'humeur au
Sultan , il ne penferait plus à moi.
Je me flattais en vain. Il voulut réparer
ce qu'il appelait ma difgrace ; & au déclin
du jour , il me fit amener dans le Salon
de fes plaifirs, Dans ce Salon femé de
fleurs , & rempli des plus doux parfums,
je le trouvai à demi couché fur un fopha
de brocard d'or. Pour cette fois il fut
galant. Il fe donna la peine de venir au
devant de moi , il daigna me fourire , &
me donnant la main , me conduifit fur le
fopha..
Là , nonchalamment appuyé fur des
Couffins , & la tête penchée de mon côté ,
il débuta par fe louer de l'intérêt aimable
que j'avais pris à fon accident , me dit
qu'il était enchanté de me favoir un coeur
fenfible , & il me demanda fi je l'aimerais
bien. J'étais muette ; il prit ce filence pour
un aveu. Levez donc les yeux ; me dit- il ,
& qu'au moins ces yeux me répondent..
Alors me regardant lui-même comme s'il
eût voulu me dévorer , il m'attirait vers
lui , & m'enveloppait dans fes.bras;, quand
FRANÇAIS19..
·
T
tout à coup je le vis frémir. Seigneur
qu'avez vous donc , lui dis je avec l'air
de l'inquietude ? Il refta un moment immobile
& penfif; & l'inftant d'après : C'en
eft une , s'écria - t - il , oui , c'en eft une
Quoi donc , lui demandai-je ? Une fouris ,
dit - il . Elle est fous ces couffins , elle a
gratté à mon oreille ; & c'eſt elle , fans
doute , que le chat guettait hier au foir. Je
feignis de vouloir le raffurer , il s'excufa de
fa faibleffe , & foit par complaifance ou
par confufion , il fe remit auprès de moi.
Mais bientôt la fouris gratta tout de plus
belle . Pour le coup , il n'y put temir ; &
comme fi le feu avait été dans le Salon ,
en fortit précipitamment , & alla s'enfermer
au fond d'un cabinet voifth .
Je fonnai. Son monde accourut , & la
Sultane-Mete accourut elle- même. On me
trouva feule & tremblante ; je fus interrogée
, & avec l'air le plus naïr qu'il me
fut poffible de prendre , je racontai ce qui
venait d'arriver au Sultan . Sa mere , inquiette
& troublée , frappe à la porre dur
cabinet , fe nomme , enfin fe fait ouvrir.
J'entre avec elle , & je n'emprelle , à fon
exemple , de calmer l'émotion dont le Sultan
était faifi. Mais il était trop occupé de
Ja fouris pour s'occuper de moi.
Ils étaient tous bien bêtes , interrompit
Sophie , de ne pas deviner que vous aviez
été le chat , & que vous étiez la fouris
A 4
8
MEAR CUAR E!
,
Juftement , dit Bathilde , c'eft toujours an
plus fumpler que l'on penfe le moins ; &
puis était il fa facile d'imaginer qu'une
petite Efcave faifait certe niche au Sultan ,
& que c'étaient mes doigtsi qui grattaient
Je fophat Savez - vous bien , Mefdames
qu'ilty, allait de ma vie , & qu'on m'eût
fait expirer fous les verges , file Sultan
eût découvert que je lui jouais ce tour-là ?
J'en eus toute la peur car la Sultane-
Mere trouvant fingulier que deux fois ,
précifément à l'heure. , à la minute où
j'étais avec le Sultan , cet accident fût arriyé
, y foupçonnait quelque artifice . Cela
n'eft pas naturel , difait- elle ; & fi mon
fils lui-même n'avait pas vu le chat ....
Je l'ai vu de mes yeux , s'écria- t-il , qui
je l'ai vu s'enfuir, & de plus , j'ai fenti
l'odeur de la fouris. Ces mots impoferent
filence à la Sultane ' , & je fus encore renvoyée
; car le: moinent du tête à tête était
paffé pour le Sultan. Je n'étais pourtant
pas hors de péril encore. Le Sérail s'oc
cupait de moi. La réflexion de la Sultane
y. donnait lieu au babilade nos Gouver
pantes ; & la Kadan-Kahia , fur-tout , ruminant
le cas dans fa tête , répétait conti
nuellement , la Sultane a raifon. Deux fois
de fuite , à point nommé ! .... Non , cela
n'eft pas naturel . Une vieille Kadune enfin
crut avoir pénétré le myftere. J'ai remarqué,
dit-elle à la Surintendante , que cette
FRANÇAIS .
妙
jeune Efclave fe déplaît avec nous elle
eft trifte & rêveuſe, quelquefois elle pleure ;
je la foupçonne même d'être Chrétienne
dans le coeur ; ces gens - là ont des maléfices
, & je crois qu'elle en ufe pour vous
inquiéter. Je lui ai pris à la dérobée un
petit Livre que voici ; il faut qu'il foit
écrit en caracteres diaboliques ; car , moi
qui fais l'Arabe , le Turt & le Perfan , je
n'en puis pas lire un feul mot. Il y a fans
doute là quelques paroles pour attirer les
chats & pour engendrer les fouris . C'était
un Livre d'Heures , écrit en Langue Ruffe ,
que je tenais foigneufement caché , & que
la Duegne m'avait furpris. On fenilleta ce
Livre ; & le trouvant indéchiffrable , on
le porta bien vîte à la Sultane-Mere , qui
bien vîte à fon tour , alla communiquer
cette découverte aur Sultan.
Oh des foupçons , dit - il ; je n'en
écoute point ; & je ne veux avoir que des
femmes qui m'aiment. Si celle- ci s'ennuie ,
& fi elle eft mauffade , vous n'avez qu'à
la renvoyer. Je fonge , reprit - il , que ce
jeune Prince Perfan, à qui j'ai donné pour
afile mon palais , d'Andrinople , m'a demandé
quelque amufement. Faites- y pafler.
cette Efclave : toute froide & trifte qu'elle
eft , cela peut être bon pour lui. Avec cet
éloge flatteur , je fus congédiée , & menée
, encore innocente , dans le Sérail du
jeune Abas. A S
LO MERCURE
Pour celui- ci , j'avoue qu'il était moins
aifé de me fauver de lui. Il n'avait peur
de rien .. Il était vif & tendre , & il me
trouvait fort jolie. Mais il me vit pleurer ;
il était malheureux , & il fut touché de
mes larmes . Il commença par me demander
le récit de mon infortune. Je ne diffimulai
que mon efpiéglerie pour me dérober au
Sultan..Je fais née libre, lui dis je enfin
Je fuis Chrétienne ; &. dans nos moeurs
une femme n'a qu'un mari.. Jufqu'ici , j'at
tefte le Ciel que j'ai gardé mon : innocence
On m'a livrée à vous ,, & par la violence
Vous pouvez difpofer de moi. Mais j'ai
trop de fierté pour furvivre à ma honte ;
& en mourant, je laifferais peut- être dans
votre coeur un long regrer d'avoir opprimé
la faibleffe..
Moi , s'écria-t- il , moi ! : que je fais oppreffeur
! Eh ne favez - vous pas que je
Tuis opprimé ? Alors il me compta que ce
Turcoman , ce Nadir , le même à qui mon
mari futur faifait alors des matelotes , s'érait
emparé de fon. trône ,. &. que c'était
pour le lui rendre que le Sultan faifait la
guerre à cet ufurpateur. Je mériterais mon
malheur , ajouta t-il , fi j'abufais du vôtre .
Il me ferait doux , je l'avoue , de poffeder
dans mon exil une femme auffi belle &
auffi aimable que vous. ( Pardon , Mefdames
,, je répete fes mots. ) Mais ce qui
n'eft pas jufte & généreux ne me ſera jaFRANÇAIS.
mais poffible. Le Sultan a eu la bonté de
vous donner à moi ; je vais le fupplier de
vouloir bien permettre que je vous rende
à lui ". ou que je vous mette en liberté.
Oh ! non , de grace , interrompis - je , ne
lui demandez rien ; je ne veux plus tomber
en fon pouvoir. Il faut donc , me dit - il ,
au moins que vous ayez la complaifance:
de refter ici quelque temps , & que nous
ayons l'air d'y être bien enſemble ; car s'il
favait qu'en arrivant vous eufliez été renvoyée
, il aurait lieu de croire que je dédaigne
fes préfens. Si dans trois mois ,
ajouta- t-il , je ne vous ai pas perfuadée :
que nos moeurs ont auffi leur bonté , &
que la Loi
la Loi que nous fuivons eft affez pure ,
& affez fainte pour rendre un Perfan ver
tueux , vous ferez libre de me, quitter , je
vous en donne ma parole..
Ah ! c'eft ici , Mefdames , que je rend's
graces à mon bon Ange ; car ce fut lui quil
me foutint. Mon jeune Perfan était beau,,
il était aimable & fenfible ; il ne penfaite
qu'à moi, & dès que nous étions enfem--
ble , il oubliait tous fes malheurs . Si ja--
mais je fuis Roi , me difait-il , & qu'E--
mire confente à partager ma fortune & ma
gloire , elle n'aura que des Efclaves & jamais
aucune Rivale je le jure par Mahomet.
C'était ce nom de Mahomet qui gâtait
A 6
12 MERCURE
tout & après que mon jeune Amant
m'avait parlé avec des yeux , une voix &
une ame capables d'amollir un: coeur plus
dur. que les cailloux ; mon bon Ange était
là qui me difait , comme à l'oreille : Ce
Mahomet n'était qu'un fourbe ; garde- toi
bien d'y croire ; penfe que fous fa Loi
toutes les femmes font efclaves , & que ,
chez les Chrétiens , la plus fimple cabane
vaux mieux que chez les Mululmáns le
plus magnifique palais .
Cependant mon jeune homme devenaittous
les jours plus amoureux & plus preffant.
Ses yeux perdaient cetre douceur timide
qui d'abord m'avait raffurée ; ils
étaient quelquefois étincelans de feu ; &
puis , je les voyais abattus & noyés de
larmes , lorfque je lui laiffais prévoir le
moment de nous féparer. Non jamais , je
le crois , il n'en aurait eu le courage. Et
moi , que fais- je où m'eût réduite fa douleur
& fon défefpoir ? Je fuis fi bonne ! &,
lui dans fon malheur il était fi intéreffant !
Mais une nuit on vint l'enlever d'Andrinople
pour l'enfermer dans une tour. Bon
jeune homme ! Je le pleurai , & je ne .
l'oublierai jamais. J'ai fu depuis que fa
captivité avait été la principale claufe du
traité de paix que Nadir avait fait avec
le Sultan .
Le Sérail d'Arinople fut démeublé.
Je fus du nombre des Efclaves qu'on en
FRANÇAIS.
i
tira; & de Trébizonde où je fus vendue
le Syrien qui m'acheta , me fit partir avec ,
lui pour Alep . Ce fut là que mon cher
André eut la douleur de me voir livrée à
un vieux libertin de Cypriote , laid &
bourru à faire peur.
- Sur le navire où j'étais embarquée avec
çe vilain Maître , je m'apperçus bientôt
qu'il voulait en agir familiérement avec
moi je le trouvai fort mal ; mon air freid
& févere l'irrita ; mais il fe contint : les
témoins qui nous obfervaient réprimerent
fa pérulance.
Il devint plus hardi quand je fus débarquée
dans un port de fon Ifle , appelé
Salamis , où il failait fa réfidence . Venez ,
me dit- il , fuivez- moi ; car il eft temps de'
m'obéir. J'obéis en pleutant ; il me mena
tremblante-au fond de fes jardins , dans
un pavillon folitaire , où je fus enfermée,
fous la garde d'un vieil Efclave encore plus
farouche que lui. Je ne vous ferai pas languir
, me dit- il d'un air infultant ; & dès
que j'aurai fait un tour dans ma maifon ,
je viens vous retrouver. Nous fouperons
enfemble ; & j'efpere, ma belle enfant, que
vous me laifferez fléchir votre rigueur.
Les fettres du pavillon donnaient fur
les jardins ; elles étaient grillées ; & l'Efclave
qui me tenait fous la clef , fat fourd
à mes plaintes . Mon bon Ange femblait
Pui-même m'avoir laiffée à l'abandon ; mais
E4 MERCURE
mon courage à moi ne n'abandonnait pas.
Cependant , faut- il l'avouer ? je penfai un
moment au Sérail d'Andrinople , & je foupirai
de n'être pas encore au pouvoir de
mon jeune Abas. Celui -là du moins n'eût
jamais fait violence à ma faibleffe ; &
André lui-même convient que dans ce moment-
là mes regrets étaient pardonnables.
La nuit vint le bruit des ferrures m'annonça
Farrivée de mon vieux fcélérat . It
entre , & la porte fe ferme. Oh çà ! me
dit - il , belle enfant , il n'eft plus temps:
d'être févere. Sans reproche , vous me cou
tez mille fequins ; & je veux être aimé
pour mon argent.
Il avait une dague à fa ceinture , & le
lâche , en la regardant , il me la faifait re
marquer. Je vis donc qu'il fallait mourir
ou me livrer à lui , ou l'étrangler moimême.
Je ne balançais point , & je m'étais
mife en défenfe ; quand tour à coup
une voix aigre & perçante fe fit entendrefous
les fenêtres du pavillon . Veux-tu bien
m'ouvrir , traître ? difait-elle à l'Efclave
ou tu vas mourir de ma main . A cette:
voix , je vis pâlir & friffonner mon Cypriote.
Ah me dit - il en tremblant , c'eft
ma femme ! Nous fommes trahis ! Elle
entra avant qu'il eût le temps de me dérober
à fa vue.
Comment ! vieux coquin , lui dit- elle
en paraiffant , il te faut de jeunes Efclaves ;
FRANÇA I 5.
P
& e'est donc pour cela que tu me quittes
fi brufquement après fix mois d'abfence
fans me donner , à moi, le plus petit figne
d'amour ! Je t'apprendrai fi c'était - là le
prix que tu devais à mes foupirs . Infame
libertin , tu ne méritais pas une femme
auffi douce , aufli tendre que moi . Emprononçant
ces mots , les yeux lui fortaient
de la tête ; & fon bras armé d'un couteau ,..
était levé fur lui.
Ma femme , lui dit- il , appaifez - vous?
Je n'ai rien fait qui mérite votre colere .
Vous devez bien plutôt louer ma: fageffe
& ma continence . Cette Efclave peut vous
le dire..Je n'ai point ufé de mes droits.-
De tes droits , miférable ! -Oui , de mes
droits , fans doute ; il ne tenait qu'à moi ;
& le Prophete a dit lui - même ..... — Le
Prophete aura dit ce qu'il aura voulu ; moi ,
je fais bien ce que je fais ; & ce n'eft pas à
des gens comme toi qu'il a permis plus d'une
femme. Allons, la belle , fuivez- moi , vous
ferez fous ma.garde .. Ah ! je t'en donnerai
des Efclaves de dix-huit ans !
--
Tandis qu'à travers ,fes jardins elle m'emmenait
avec elle : J'admire , lui dis - je , Madame
, la noble fermeté avec laquelle vous.
rangez votre mari, à fon devoir. C'eft- là ,
dit-elle , comme il faut favoir s'en faire
aimer. Ils font hardis tant que nous fommes
faibles ; mais ils font faibles à leun
war quand nous ceffons d'être tinaides ; &
14 MERCURE
mon courage à moi ne n'abandonnait pas .
Cependant , faut- il l'avouer ? je penfai un
moment au Sérail d'Andtinople , & je foupirai
de n'être pas encore au pouvoir de
mon jeune Abas . Celui - là du moins n'eût
jamais fait violence à ma faibleffe ; &
André lui- même convient que dans ce moment-
là mes regrets étaient pardonnables.
La nuit vint le bruit des ferrures m'annonça
Farrivée de mon vieux fcélérat . It
entre , & la porte fe ferme. Oh çà ! me
dit - il , belle enfant , il n'eft plus temps :
d'être févere. Sans reproche , vous me cou
tez mille fequins ; & je veux être aimé
pour mon argent.
Il avait une dague à fa ceinture , & le
lâche , en la regardant , il me la faifait re
marquer. Je vis donc qu'il fallait mourir ,
ou me livrer à lui , ou l'étrangler moimême..
Je ne balançais point , & je m'é
tais mife en défenfe ; quand tour à coups
une voix aigre & perçante fe fit entendre
fous les fenêtres du pavillon. Veux-tu bien
m'ouvrir , traître ? difait-elle à l'Efclave ,
ou tu vas mourir de ma main. A cette
voix , je vis pâlir & friffonner mon Cypriote.
Ah me dit - il en tremblant , c'eft
ma femme ! Nous fommes trahis ! Elle
entra avant qu'il eût le temps de me dérober
à fa vue.
Comment ! vieux coquin , lui dit- elle
en paraiffant , il te faut de jeunes Efclaves ;
FRANÇA I 5.
P
& e'eft donc pour cela que tu me quitres
fi brufquement après fix mois d'abfence
fans me donner , à moi , le plus petit figne
d'amour ! Je t'apprendrai fi c'était - là le
prix que tu devais à mes foupirs. Infame
libertin , tu ne méritais pas une femme
auffi douce , aufli tendre que moi. Emprononçant
ces mots , les yeux lui fortaient
de la tête ; & fon bras armé d'un couteau ,
érait levé fur lui ..
Ma femme , lui dit- il , appaifez - vous ?
Je n'ai rien fait qui mérite votre colere.
Vous devez bien plutôt louer ma : fageffe
& ma continence . Cette Efclave peut vous
le dire. Je n'ai point ufé de mes droits.-
De tes droits , miférable ! -Oui , de mest
droits , fans doute ; il ne tenait qu'à moi ;
& le Prophete a dit lui - même ..... — Le
Prophete aura dit ce qu'il aura voulu ; moi ,
je fais bien ce que je fais ; & ce n'eft pas à
des gens comme toi qu'il a permis plus d'une
femme. Allons, la belle , fuivez-moi , vous
ferez fous ma.garde .. Ah ! je t'en donnerai
des Esclaves de dix- huit ans !"
-
Tandis qu'à travers ,fes jardins elle m'emmenait
avec elle : J'admire , lui dis - je , Madame
, la noble fermeté avec laquelle vous.
rangez votre mari, à fon devoir. C'eſt-là
dit-elle comme il faut favoir s'en faire
aimer. Ils font hardis tant que nous fommes
faibles ; mais ils font faibles à leur
Our quand nous ceffons d'être timides ; &
و
16 MER CURE
L
avec du courage & de bonnes manieres
pous les mettons à la raifon . Et n'avezvous
pas peur , lui dis - je , que dans fa
violence . .... Lui , dans fa violence ?
Il tremble devant moi , ne le voyez - vous
pas : Je fuis la niece du Cadi. Ce n'eft
pas que j'en fois plus fiere ; & telle que
vous me voyez , je fuis la complaiſance
même mon mari fait de moi ce qu'il veut
lorfqu'il s'y prend bien . Mais , en revan
che , je veux qu'il m'aime & qu'il n'aime
que moi ; car il ne l'a promiss & s'il me
manque , il doit favoir que je ne le manquerai
pas. Auffi , n'ayez pas peur qu'il
ofe cette nuit troubler votre fommeil. Il
fera près de moi , & vous pourrez dormir
tranquille ce fera moi qui veillerai pour
vous.
En effet , je paffai la nuit fort paifiblement
auprès d'elle ; & dès le lendemain
matin , m'ayant menée au port , elle exigea
qu'il me vendit, & fur l'heure & en fa préfence.
Il obéit fans répliquer. Alors le prenant
par la barbe : A préfent , lui dit -elle ,
mon cher petit mari , faifons la paix ; car
je fuis bonne, & je veux bien tout oublier.
J'aurais ri de mon aventure , fi elle
n'eût mife en liberté ; mais j'étais tombée
au pouvoir d'un Corfaire de Barbarie qui .
faifait pour l'Egypte fa cargaifon de femmes
, dans les chelles du Levant. Ah !
pour le coup , mon pauvre André , qu'allair
devenir ta Bathilde !
FRANÇAIS. #7
Le Barbarefque , après nous avoir embarquées
, ne penfait plus à nous. Il était
occupé de la manoeuvre du navire ; nous
n'étions pour lui qu'un troupeau ; mais au
Caire un Sérail nous attendait ; un maudit
vent nous y pouffait à pleines voiles . C'en
était fait de moi , fi une galere de Malte
n'avait pas attaqué le navire Africain , &
ne l'avait pas enlevé . Nous étions quinze
dont la plus vieille n'avait gueres plus de
vingt ans . Vous penfez quelle fut la joie
des Chevaliers Français d'avoir, d'un feul
coup de filet , fait fur les Infideles 'une fi
bonne prife,
Je ne vous dirai pas quel fut le fort de
mes compagnes , les unes Circaffiennes ,
les autres Géorgiennes , quelques - unes
Européennes , toutes affez jolies pour ten
ter leurs libérateurs . Pour moi , je tombai
en partage à un Chevalier de Lancy , le
plus beau , & , je crois , le plus aimable
des Maltais .
La galere fir route vers le port de Mar
feille ; & durant le voyage, furveillée avec
foin par mon dangereux Chevalier , je lui
contai mes aventures. Je lui dis comment
júlques là mon bon Ange m'avait gardée.
Qui le fait mieux que moi , dit il en
fouriant C'eft moi - même qui fuis cer
Ange tutélaire ,. & qui me rends vifible
pour obtenir le prix de tout ce que j'ai
fait pour vous. Je répondis que mon bon
-
MERCURE
Ange avait été jufques- là défintéreflé , &
que j'efpérais bien qu'il le ferait toujours.
Mais en lui racontant le malheur du
jeune Sophi , il avait vu mes yeux attendris
& mouillés de larmes ; & lorfqu'il
m'avait fait entendre qu'il n'y avait pour
cet aimable Prince aucun efpoir de délivrance
, il m'avait en endu pouffer un long
& douloureux foupir. Il prit donc cette
marque de fenfibilité pour une marque de
faiblefe ; & il voulut en tirer avantage.
Parlons vrai , me dit- il : fi le jeune Sophi
avait été Chrétien , vous l'auriez aimé
n'eft - ce pas ? S'il eût été Chrétien , lur
dis - je , il m'aurait époufée ; & j'aurais
aimé mon mari. Vous époufer , dit- il, cela
m'eft impoffible : cette petite croix me le
défend. Mais pour vous aimer , je m'y engage
, & promets de m'en acquitter au
moins auffi bien qu'un Sophi.
Monfieur le Chevalier , lui dis- je , oferais
je vous demander de qui font les cheveux
que je vois enfermés dans le joli coeur
de cristal qui pend fur votre fein , à ce
ruban couleur de rofe. ( Je dois vous dire
que fur la mer la chaleur était exceffive ,
& que Monfieur le Chevalier , pour refpirer
plus à fon aile , était négligemment
vêtu. )
Vous me demandez là , me dit - il , un
fecret qu'il ne m'eft pas permis de révéler
Je crois le deviner , lui dis- je . Ces cheveux
FRANÇAIS
font un gage d'amour & de fidélité ; &
vraisemblablement vous en avez laiffé un
pareil en échange. Cela eft vrai , répondit
ilen rougiffant. -Eh bien ! Monfieur le
Chevalier , regardez - moi , & voyez fi je
vaux la peine que vous foyez infidele &
parjure à celle dont le coeur fe repofe fur
votre foi. Le Chevalier baiffa les yeux.
Dans les lectures de mon enfance , rien
ne m'a plus intéreffé , ajoutai - je , que
'Hiftoire de Malte ; & dans le caractere
de les Chevaliers , j'ai cru voir autant de
générofité que de franchiſe & de valeur.
Soyez , comme eux , auffi loyal que vous
êtes aimable : je vous devrai mon inno
cence ; ne m'enviez pas ce bienfait. A l'é
gard de ma liberté que je vous dois auffi ,
mais qui ne m'eft pas auffi chere , difpofez
-en , je le veux bien , & faires - en l'hommage
à celle à qui la vôtre eft engagée. Je
confens à ce que ma vie foit employée à
la fervir. Vous lui direz : F'ai délivré cette
fille de l'esclavage ; j'ai refpecté en elle
fon honnêteté , fon malheur ; mais elle
croit devoir me confacrer fa vie en échange
de mes bienfaits ; & comme elle ne peut
être à moi, j'ai voulu qu'elle fûr à vous.
N'est-il pas vrai , Monfieur le Chevalier
que ce fera faire , des droits que vous avez
fur moi , l'ufage le plus noble & en même
semps le plus doux ?
Il fut charmé de ce confeil ; & àutant
20 MERCURE
es
je l'avais vu auparavant troublé , interdit
& confus , autant je le: vis calme & content
de lui - même. Cela m'apprit qu'un
coeur honnêtern'eft jamais à fon aife avec
aine penſée ou un défir qui ne l'eft pas.
Non , dit le jeune Batelier , une mauvaife
intention eſt dans l'ame comme une épine
dans le doigt on y a la fievre jufqu'à ce
qu'elle en forte.
Nous arrivâmes à Marſeille ', & de - là
bientôt à Paris. Une lettre m'y avait déjà
précédée , & recommandée à la Comtelle
de M*** la plus jolie des veuves
7
fur la foi du Chevalier, je fus reçue avec
bonté. Mais à Paris je ne fohgeai qu'au
voifinage de Befons ; & je fis fi bien qu'un
beau jour je perfuadai à ma Maîtreffe
d'aller, avec fon Chevalier, nous promener
fur ce borde de la Seine , que For difait
charmant. J'y trouvai mon André : Le
voilà , dis je en le voyant , celui que le
Ciel me deftine . It eft fidele au rendezvous
qu'il m'a donné lui - même fur le
marché d'Alep. A l'inftant j'apperçus mon
pere. Ah ! ce fur- là que ma tête , mes fens ,
mon ame , tout fe perdit : André lui-même
fut oublié. Je ne vis que mon pere ; je
m'évanouis dans fes bras ; & lorfque je
rouvris les yeux , je le vis à genoux ; arrofant
mon fein de fes larmes. C'était cette
douce rofée qui venait de me ranimer.
André , comme vous croyez bien , ne fe
9
*
FRANÇA I S.
I
!
ук
à
poffedait pas de joie. Eh bien ! s'écriait
it en bondiffant , eh bien ! vous l'avais-je
promis ? La voilà ! Oui , lui dis- je , la
voilà telle que le Ciel la fit naître , & relle
qu'elle était dans les bras de fon pere au
moment qu'il lui fut ravi. J'ai couru des
périls , mais fans tache & fans honte ; &
le Ciel m'eft témoin , lui qui m'en a fauvée
, que j'y aurais laiffé la vie s'il m'eût
fallu yi laiter l'honneur.last2 4
Le Chevalier & ma Maîtreffe croyaient
rêver , ils ne concevaient rien à tout cela.
Mais quand nous fumes un peu remis d'une
premiere émotion , nous leur contâmes ,
peu près, ce que vous avez eu , Mesdames,
la bonté de vouloir entendre ; & ils virent
bien qu'avec l'aide de mon bon Ange , j'avais
dû retrouver dans la cabane de Befons
mon pere & mon fidele André. Celui- ci
prit la liberté de leur offrir une matelote.
Nous foupâmes enfemble. Notre bonheur
femblait les rendre auffi heureux que nous ;
& dès ce moment , mon aimable & généreux
Libérateur me rendit à mon pere pour
difpofer de moi . Mais je voulus remmener
ma Maîtreffe ; & ce ne fut que le lender
main que je revins à la cabane . J'y trou
vai mon André brûlant d'amour . Je fuis
moins vive ; mais ma reconnaiffance ne le
fit pas languir. Il aurait animé le marbre ;
& vous pouvez croire , Mefdames , que je
n'avais le coeur ni affez froid ni affez dur
22 MERCURE
10
pour refter infenfible & glacé près du fien.
La Comteffe & le Chevalier voulurent
bien affifter à ina noce. L'un , pour prix
de ma délivrance , exigea que la fête en
fût célébrée à fes frais ; & l'autre eut la
bonté de faire mon troulleau , que j'ai confervé
pour ma fille.
Ils auraient voulu que mon pere redemandât
fest biens dans le Royaume de Kafan.
Mais la valeur de ces biens - là tient
aux hommes qui les cultivent ; & où retrouver
ceux que nous y avions laiffés ?
D'ailleurs André fe croyait affez riche avec
fa barque & fes filets ; mon pere trouvait
comme lui qu'il ne nous manquait rien ;
je penfais tout de même : nous ne voulûmes
plus tenter les caprices de la Fortune ;
& contens du repos obfcur qu'elle nous
accordait , nous ne défirâmes plus rien.
Le bon Lucas , qui s'était repris d'amitié
pour fon neveu , fui a laiffé fon bien en
mourant. Nous n'y touchons pas : ce ferà
la dot de nos filles , & la reffource de ceux
de nos enfans qui pourraient en avoir befoin.
Vous comptez donc en avoir un grand
nombre , leur demanda Sophie ? Oui, tant
que Dieu voudra , reprit André : nous
fommes difpofés , Bathilde & moi , à lui
obéir. Sa providence a eu foin de nous ,
elle aura foin de nos enfans..
Eh bien ! Mefdames , avais -je tort , demandai-
je à més deux coinpagnes , en vous
FRANÇA IS . 23
difant que fous cet humble toit le bonheur
pouvait habiter ? Oui , dirent - elles , affurément
, c'eſt - là du bonheur , fi jamais il
en fut. Mais ce qui nous étonne le plus ,
de leurs aventures paffées & de leur fituation
préfente , c'eft qu'ils n'en foient pas
étonnés. -Comment le feraient-ils n'ontils
pas vu , leur dis - je , ces événemens le
lier naturellement l'un à l'autre Kien
n'eft furprenant dans la vie que les caufes
& les effets dont les rappores , trop éloignés
, nous dérobent l'enchaînement ; &
tout au monde paraîtrait Gmple , fi l'on
voyait tout nettement , fucceffivement , &
de près.
Par M. MARMONTEL .
FIN.
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
Le mot de la Charade eft Trident , celui
de l'Enigme eft les Dents , celui du Logogriphe
et Marronier, où l'on trouve Orme,
Manoir, Mare, Arno ( riviere ) , Ane, Air,
Manie, Mai, Arme, Marne ( riviere ), Mi ,
Ré , Moi , Man , Rime , Miroir , Mari ,
Marine, Ame, Mine, Oie, Mer, Remi, Ami̟,
Noé, Maire, Roj, Rome, Or.
24 MERCURE
CHA RAD E.
DANS ANS la carriere de l'honneur
Fuffiez-vous parvenus jufques à ma premiere ,.
Intrépides Guerriers , malgré votre valeur ,
Hélas ! fouvent mon tout vous mit dans ma der-
( ༧༣ niere.
É N I G ME.
SEEUULLEE ou jumelle , mon partage
Eft d'être utile également.
D'une Coquette à beau plumage
Je fais par-tout l'amuſement .
Pour le Petit - Maître volage
Je ne fuis qu'un joujou d'enfant.
Alors mon nom mon entourage
Ont fubi quelque changement.
>
Pour un Savant & pour un Sage ,
Mon rôle devient important.
Jumelle , au milieu du vifage
On me place honorablement.
Seule..... Eh ! finis ton verbiage
Si tu babillais davantage ,
Adieu l'énigme & le déguifement. こ
317
LOGOGRIPHE .
FRANÇAIS. 25
# LOGO GRIPHE,
POUR OUR te chanter , belle Thémire ,
Il faut le langage des Dieux ,
Ainfi je n'y pourrais fuffire .
Mais en ôtant mon chef , je préfente à tes yeux
Ce que l'on met en parallele
Avec ton éclar , ta fraîcheur .
Coupes une autre tête , à ton Amant fidele
Dis enfin le mot enchanteur
Que par cette métamorphofe
J'ai pu te faire découvrir ;
Alors ne crains rien autre chofe ,
Sinon qu'il meure de plaifir.
Après ce joli mot , j'aimerais à me taire ;
Mais fi le jeu te plaît , en le décapitant ,
D'en trouver encer un cft chofe aifée à faire ;
J'offre dans les deux pieds du petit mot reftant
Ce que Fon met au lieu de foi ,
Et qu'on doit oublier lorfqu'on eft près de toi.
( Par une Abonnée. >
No. 27.7 Juillet 1798, B
26 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
> MÉMOIRES du Comte de Maurepas
Minifire de la Marine, & c. &c. Troifieme-
Edition , avec onze Caricatures du temps,
gravées en taille - douce. 3 Volum . in-8°.
Prix , to liv. br. & 11 liv . 1o f. francs de
port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon,
Impr- Libr. rue Haute - feuille , N. 10 ;
& à Lyon , chez les Freres Bruyfet , rue
Saint- Dominique.
TROISIEME EXTRAIT.
>
LES Editeurs ont joint, à ces Mémoires
des Notes de M. Soulavie , qui font fort
loin d'ajouter quelque prix à l'Ouvrage . Ce
ne ferait pas la peine d'en dire davantage,
fi l'Auteur de ces Notes n'y montrait pas
autant de prétention que d'infuffifance
& fi , en parlant avec un ton magiſtral de
tout ce qu'il n'entend pas , il n'appelait
fur lui la févérité de la critique , qui doit
remettre chaque chofe à fa place . On lui a
déjà reproché univerfellement d'avoir prêté
au Maréchal de Richelieu , dans la rédaction
de fes Mémoires , un langage révolutionnaire
qui fonne le contrafte le plus
étrange avec le caractere & le tour d'eſprit
FRANÇAIS.
2.7
+
fi connu de ce doyen des Courtifans Def
potes. Le mauvais fuccès de cette bigarrure
grotefque aurait dû corriger M. Soulavie
, & l'avertir de fe borner à remplir
de fon mieux les fonctions d'Editeur & de
Compilateur , ce qui même était déjà plus
qu'il ne pouvait faire ; car fi ce travail
n'exige pas de talent , il demande au moins
des connaiffances , de la méthode & au
que. habitude d'écrire ; il demande qu'on
fache au moins un peu de français , & M.
Soulavie ne fait pas du tout fa Langue &
la parle très mal. Mais qu'importe ? on
veut faire le Philofophe , le Légiflateur , le
Savant à quelque prix que ce fait , &Ton
fait des phrafes & puis des phrafes , qui
'n'ont pas de fens , & Pen accumule les
erreurs & les bévues & les felicifens , &
P'on nous annonce encore faftucuftmenit
un Ouvrage fur le progrès des Lettres fous
le regne de Louis XV. Il faut voir comment
M. Soulavie ef en état de faire un
pareil Ouvrage.
M. Soulavie , qui était auparavant M.
1'Abbé Soulavie , s'étend particuliérement
fur le Clergé , & en revient encore à nous ,
prouver que c'eft l'ignorance qui l'a perdu .
On a déjà réfuté ( 1 ) cette fauffeté notoire
pour tout homme un peu inftruit , & puif-
( i ) Dans l'Extrait des Mémoires de Maffillon ,
Mercure du 2 Juin .
B 2
28 MERCURE
qu'il la répete , j'ajouterai que MM . l'ancien
Evêque d'Autun, l'Archevêque d'Aix,
l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque de
Rhodes , l'Abbé de Montefquiou , & bien
d'autres ont peut-être un peu plus d'efprit
de favoir que M. l'Abbé Soulavie lui même,
quoiqu'il lui foit très- permis de ne pas s'en
douter.
"
و د
و د »LePereleTellier,profondJefuite,
voulait, pour faire régner fa Compagnie,
plonger le reste du Clergé dans l'igno-
» rance ". Pas un mot de vrai . Le Tellier
n'était pas du tout profond , fi ce n'eſt en
friponnerie ; c'était le brouillon le plus emporté
, le plus hardi fauffaire , & le plus
effronté coquin qui fe foit trouvé de Caen
Vire. Ce n'était point par l'ignorance du
Clergé qu'il voulait faire régner fa Compagnie
; c'était par l'intrigue , par l'afcendant
de la Cour de Rome fur un Roi dévot ,
par l'importance donnée à une prétendue
héréfie de la façon des Jéfuites , par l'imputation
banale de Janfénifme , qui fervait
à écarter quiconque ne voulait pas du joug
Ultramontain , & par conféquent Jéfuitique
, & défendait les libertés Gallicanes .
Ces mêmes querelles , qui d'ailleurs firent
tant de mal , loin de plonger dans l'ignorance
, aiguiferent les efprits & entretinrent
un germe d'indépendance qui peu à peu
s'étendit plus loin que les controverfes . Les
écrits des bons Janfénittes prouvent qu'ils
FRANÇAIS.
29
n'étaient pas moins ennemis du Gouvernement
abfolu que de l'infaillibilité Roinaine
, & on le favait fi bien , que c'était
fous ce point de vue qu'on les rendait
odieux à Louis XIV & à Louis XV. M.
Soulavie a - t-il lu , par hafard, l'Infiitution
d'un Prince , par Duguet ? il y trouvera
trente Décrets de l'Allemblée conftituante.
Mais quand on a palle fa vie à compulfer
d'innombrables Manufcrits Ministériels
remplis de petits faits & de grandes inutilités
, pour en faire des Extraits informes
& volumineux , a-t- on le temps de lire les
bons Livres ? Quand on s'occupe à rédiger
& à imprimer ce qu'ont penfé les autres ,
a-t-on le temps de s'inftruire & de s'accoutumer
à penfer ?
Il fait grand bruit de l'influence des Sulpiciens
& des Lazariftes , gens de l'autre
monde depuis quarante ans. Il ne fait pas
que le Regne des cheveux plats & des grands
chapeaux , commencé fous Fleury , a fini
avec Boyer l'imbécille ; qu'à dater de l'Evêque
d'Orléans , on éloignait le bigotiſme
comme dangereux , & qu'on préférait les
prits doux & concilians , tous ceux qui .
n'avaient point d'affiche ; qu'on craignait
tellement le bruit dent on était las , qu'il
valait mieux être un peu libertin que trop
rigorifte ; qu'à cette même époque la Philofophie
s'était déjà gliffée jufques fous le
Rochet & la Barette , & que l'Archevêque
B3
30
MERCURE
de Vienne , Pompignan , s'en plaignit amérement
dans une Affemblée du Clergé ,
criant que la moderne Philofophie avait infecté
même le Sanctuaire , déclamation qui
fut très - nal accueillie ; qu'en un mot ,
c'était l'efprit du monde , des affaires . &
de la Cour , qui , de nos jours , dominait
dans le Clergé , & nullement celui des Sulpiciens
& des Lazariftes . M. Soulavie a
beau avoir été Abbé , il a befoin d'apprendre
fen Hiftoire de l'Eglife , & il eft honteux
qu'un profane foit obligé de la lui
enfeigner.
Il prétend que ce même Pompignan dont
je viens de parler , fe repentit d'avoir influé
fur le nouvel ordre de chofes. Il n'y
influa pas ; il le fuivit un moment avec
circonfpection ; il n'appercevait pas jufqu'où
ce nouvel ordre irait , & le grand âge
avait affaibli fon fanatifme .
و ر
» Le Clergé dut fa grandeur primitive à
les vertus & à fes lumieres «<.
C'eft confondre le Clergé avec ce qu'on
appelle la primitive Eglife, celle des quatre
premiers fecles , qui n'était point proprement
un Clergé. Elle n'avait alors ni puiffance
, ni richeffe , ni crédit ; & c'eft alors
qu'elle fut refpectable . Quand Conſtantin
Peut mife fur le Trône , l'ambition , la
fureur de dominer la corrompit , & les
circonftances la ferviren:. Ce que M. SouFRANÇAIS.
lavie appelle la grandeur primitive du Clergé, •
& ce que j'appelle fa domination , fut
l'ouvrage non pas de fes lumieres & de
fes vertus , mais de l'ignorance univerfelle ,
fuite de l'invafion des Barbares . Les Prêtres
feuls favaient lire ; il leur fut aifé de
tout rappeler au Regne fpirituel , chez des
Peuples abrutis & fuperftitieux . Voilà ce
que tout le monde fait , ce que tout le
monde a dit , & ce que M. Soulavie feul
paraît ignorer.
» Le Clergé , dans fa décrépitude ; laiffe
» à peine à nous Hiftoriens & à la Poftérité
, quelques perfonnages dignes de fes
regards ; M. de Pompignan ...
M. de
Bernis , à Rome , font ceux que nous
ofons citer ".
"
و ر
"
Je ne fais pas trop comment M. Soulavie
eft un Hiftorien ; je ne lui confeille
pas même d'ellayer de l'être. M. de Pompignan
n'eft nullement un perfonnage digne
des regards de la Poftérité : c'était un affez
bon homme , Théologien & Prédicateur de
fon métier , & rien de plus.
"
و د »M.deBernis,avecdelaprobité,des
qualités , des talens & des Ouvrages de
" tous les temps , n'a peut- être pas la force
de quitter des reftes d'opinions & un féjour
de délices pour venir terminer fa
carriere en Patriote ".
ود
M. de Bernis a montré en effet de la
32 MERCURE
probité , des qualités , des talens agréables .
Il n'y a pas dans tout cela de quoi occu
per beaucoup la Poftérité. Ce qui pourrait
marquer le plus auprès d'elle , c'eft le
Traité d'alliance avec l'Autriche ; mais la
Poftérité laura comme nous que ce ne fut
point fon ouvrage , & ce n'eſt pas tant pis
pour lui ; il ne fit gueres que le figner'; cétaient
Mad. de Pompadour & M. de Starem
berg, & fur-tout Kaunitz qui avaient tout
fait. M. de Bernis n'a eu d'extraordinaire
que fa grande fortune ; & nous favons
quelle en fut l'origine. Il a fait quelques
jolis vers & beaucoup de médiocres ; ce
ne font-là ni des ouvrages , ni des talens de
tous les temps. Je ne lais ce que c'eſt que
des reftes d'opinions ; car je ne connais pas
les fiennes , qu'apparemment M. Sculavie
connaît mieux que moi ; mais je fais qu'il
eft tour naturel qu'à l'âge de M. de Bernis
on ne change point d'opinion , quelle
qu'elle foit , & qu'on refte où l'on fe
trouve bien ; & certainement M. de Bernis
ne pourrait pas être à Paris auffi bien
qu'à Rome , quoique Rome ne foit pas
plus un féjour de délices que Paris .
93
"
bafoué en
Le Presbytérianifme
» France , méprité
du haut Clergé , éloigné
des anciennes
Affemblées
de l'Eglife
Gallicane , privé de tout avancement
» exilé , emprisonné
par fes Supérieurs
dans fes fautes réelles ou prétextées
, a
FRANÇAIS.
" fait dans l'état eccléfiaftique une révólu-
» tion égale & parallele avec celle que la
Bourgeoifie Françaiſe a faite relativement
و ر
"» à la Nobleſſe «.
Il y a là beaucoup d'idées confules &
erronées. D'abord le Presbytérianifme , qui
ne peut fignifier parmi nous que le Janférilime
, n'a été bafoué en France , que
dans le temps de la folie des convulfions ,
qui lui a porté un coup mortel . Julqueslà
l'opinion publique était pour lui : il ré̟-
fifta même à la prépondérance de Louis
XIV , qui s'étendait d'ailleurs jufques fur
les efprits. Cette Secte eut long- temps de
grands avantages ; elle les devait au mérite
éminent de les Chefs, à la perfécution ' toujours
odieufe , à des principes de liberté' ,
toujours chers aux hommes , & qui ne cedent
qu'à l'intérêt perfonnel ; elle avalt
raifon pour le fond ; fon feul tort était de
mettre trop d'importance à des controver
fes d'Ecole ; mais c'était alors le tort de
tout le monde. Ee vint à bout , même
dans fa décadence , d'abattre fes ennemis
lés Jéfuites qui l'avaient long-temps foulée
aux pieds ; elle fut redevable de cette victoire
aux Parlemens , qui faifaient , caufe
commune avec elle , & à qui la faibleffe
du Miniftere avait rendu de l'influence ;
aux fautes des Jéfuites , qui s'étaient fait
craindre. & détefter par- tout ;, & plus particuliérement
encore au caractere décidé
34 MERCURE
du Duc de Choifeal , qui , choqué de la
réponſe arrogante du Pape , Sint ut fent
aut non fint détermina enfin Louis XV
dont la pufillanimité réfolue cherchait
encore des accommodemens , à livrer aux
Magiftrats cette Milice Ultramontaine , dont
le Chef avait ofé dicter au Pape cette réponſe
imprudente qui n'était ni de notre
fiecle ni de la politique Romaine. Sans le
Duc de Choifeu!, qui avait une maniere
de penfer philofophique , quoiqu'il n'aimât
pas les Philofophes , le Roi n'eût jamais
retiré la main puiffante qui foutenait
encore les Jéfuites , & qui arrétait les Parlemens
.
Les Janféniftes tomberent auffi & devaient
tomber avec les Jéfuites , les premiers
n'avaient plus d'exiftence que celle
que leur confervait la haine qu'on portait
aux Jéfuites ; & depuis la deftruction de
ceux - ci , on ne parla plus de leurs adverfaires.
Ce n'eft donc pas l'efprit Presbytérien
ni Janfénifte qui a détruit le Clergé , c'est
avant tout l'indifférence philofophique qui
apprit à ne plus le confidérer que fous les
rapports du Gouvernement , & ces rapports
le montraient évidemment comme
une corporation anti-politique , comme un
des arcs- boutans du Defp tifine , comme
tellement redoutable qu'il pouvait touFRANÇA
I S. 35
jours renaître de fes débris , s'il n'était en--
tiérement anéanti ; ce fut enfuite l'opportunité
de faire de fes dépouilles une reffource
immenfe pour la Nation , & la
ruine entiere de ce Corps était liée intimement
au plan de Mirabeau pour les Affignats
: c'eft lui qui porra ces deux grands
coups à la fois.
M. Soulavie a confondu la Révolution
dont les fuites devaient entraîner la chute
du Clergé , avec la conftitution civile de
ce même Clergé , c'eft ici feulement qu'il
s'eft mêlé un refte de Janfénifme. Des hommes
nourris dans l'attachement aux opinions
religieufes , inféparable de leur Secte ,
crurent qu'il fallait un Clergé conftitution
nel , & vinrent à bout de l'établir , parce
qu'on avait befoin de la partie inférieure
du Clergé, qui , toujours opprimée , s'était
rangée du côté de la Révolution : ils l'établirent
du moins fur les baſes d'égalité
& de liberté , conformément aux principes
que les Janféniftes avaient toujours
profefles. Voilà toute la part qu'ils ont eue
dans ce qui concerne le Clergé. Ont- ils
bien fait c'eft ce qu'il ferait fuperflu
d'examiner ici , & ce que le temps décidera.
( L'efpace qu'il a fallu laiffer pour le
Conte , nous force de renvoyer au prochain
Nº. la fin de cet Article . )
36 MERCURE
FRANÇAIS
.
ANNONCES ET NOTICES.
BANQUE MUNICIPALE , néceffaire à toutes les
villes de commerce de la France , portant fuppreffion
de toutes les impofitions & liquidations de
la Dette citoyenne ( 1 ) de chaque Municipalité : dédiée
à l'honorable Corps Municipal de la très- ancienne
, très-illuftre & très- célebre ville de Marfeille
. Par M. Roch -Antoine de Peliffery ; in-4°,
Prix , 5 liv. br . A Paris , chez Gattey , Libr .
au Palais - Royal , Nº . 14.
COLLECTION des Opinions de M. Malouet
3 Volumes in- 8 ° . Prix , 9 liv. br. Même adreſſe
que ci-deffus.
DE L'AUTORITÉ DE RABELAIs dans la Révolution
préfente & dans la Conftitution civile
du Clergé , ou Inftitutions Royales , Politiques
& Ecclefiaftiques , tirées de Gargantua & de Pan--
tagruel .
Solventur rifu tabula. HOR.
En Utopic , de l'Imprimerie de l'Abbaye de Théfeme
; in-8 . Prix , 30 fols br. Même adreffe.
( 1 ) Il fallait , de la Dette civique i
ANGELINA
TABLE.
Mémoires.
Les Bateliers de Befons. 4 Annonces & Notices .
Charade , En . Log. 24
26
36
MERCURE
XU 731
FRANÇAIS.
SAMEDI 14 JUILLET 1792 .
PIECES FUGITIVES.
I
CHAN SON
L faut donc que ma voix la chante
Sans placer fon nom dans mes vers !
On voudrait à tout l'Univers
Se vanter d'une telle Amante.
Mais les yeux lifent dans les miens
Un bonheur qu'elle fent de même :
C'eft pour moi le premier des biens,
Qu'elle fache combien je l'aime.
QUE je peindrais avec ivreffe
Tant d'attraits cachés au grand jour
Un des ouvrages de l'Amour ,
C'eft le portrait d'une Maîtreffend
No. 28. 14 Juillet 1792. G
MERCURE
Mais l'éclat fait trop de jaloux
La louane eft trop indifcrete s
Amour , tes tréfors les plus doux
Sont le filence & la retraite.
A
Le premier , j'ai fait à fon ame
Connaître le befoin d'aimer ;
Elle craignait de s'enflammer
Avant d'avoir connu ma flamre..
O ! comment , comment exprimer
Ce bonheur unique & fuprême !
On fait comme elle peut charmer;
Et moi feul je fais comme elle ai ne.
Explication de la Charade , de l'Enigme
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Cimeterre, celui
de l'Enigme eft Lunette ; celui du Logogriphe
eft Profe , où l'on trouve Rofe , Ofe,
Se ( pronom perfonnel ) .
CHARADE.
UN baudet porte mon prémier ;
Mon fecond porte mon entier.
FRANÇAIS. 39
É N I G M. E.
Si l'on en croit certains Auteurs ,
A l'Amour je dois ma naiffance ;
En tout cas fur ce point avec de grands Seigneurs
J'aurais beaucoup de reffemblance.
Cela fe pourrait bien ; car plus d'un connaiſſeur ,
Au même inftant qu'il me regarde ,
Sans croire attaquer mon honncur
Déclare que je fuis bâtarde.
LOGO GRIPHE.
JE marche fur fix pieds ; en les décompofant
On trouvera d'abord une grande riviere
Qui défigne un Département ;
Un petit quadrupede '; une riche matiere ;
Au mot colere un terme équivalent ;
Un gros oifeau jamais en cage ,
Dont la bêtife eft le partage ;
Un mortel dont le fort brillant
Eft moins à dérer qu'à plaindre ;
Ce que jamais impunément ,
? Lecteur , on ne devrait enfreindre ,
Ċ 2.
40 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES du Comte de Maurepas ,
Miniftre de la Marine, &c. &c. Troifieme
Edition , avec onze Caricatures du temps,
gravées en taille - douce . 3 Volum: in- °.
Prix , 10 liv . br. & 11 liv. vof. francs de
port par la Pofie. A Paris, chez Buillon,
Impr- Libr. rue Haute -feuille , N° . 20 ;
& à Lyon , chez les Freres Bruylet , rue
Saint- Dominique.
DERNIER
I
EXTRAIT.
DANS une Note fur Voltaire & Rouffend
Mr. Soulavie a faifi du moins une idée.
jufte , mais qui avait déjà été indiquée plus
d'une fois ; que le premier avait fervi à
détruire , & le fecond à édifier. Cela eft
vrai ; mais en s'appropriant une vérité , il
n'en fait pas affez pour l'embraffer & la
développer toute entieré , & dès qu'il l'effaie
, il tombe dans des contradictions & des
mépriſes continuelles. Il avoue , par exemple
, que Voltaire à renversé dans fes Ou
vrages le refpect pour les Rois , les Minif
res , les Grands , le Clergé, & les ParleFRANÇAIS.
41
33
mens ; & il ajoute tout de fuite : Rouffeau
a détruir de même le paffé ; mais
» il eft plus heureux dans fes principes de
» réédification , Nen , Rouffeau n'a pas
détruit de même le paffé : ce que Voltaire
a le plus complétement détruit , c'eſt la
croyance fur la parole des Prêtres , & il
l'a détruite à force de les montrer , fous
toutes les formes , odieux ou ridicules ,
& en tournant en dérifion, de toutes les
manieres les objets de la croyance . Or ,
la crédulité religieufe était le plus formidable
appui du Defpotifme , puifqu'elle
confacrait également les Rois & les Prêtres
, & que ceux ci , parlant au nom de
Dieu , affuraient au Peuple que les Rois
étaient inflitués par Dieu , & n'avaient à
rendre compte qu'à Dieu. Le Sacerdoce était
donc le premier rempart du pouvoir abfolu
, & Voltaire l'a renverfé. Sans ce premier
pas décifif & indifpenfable , on ne
faifait rien. Rouffeau, au contraire, en attaquant
l'intolérance eccléfiaftique , a défendu
de toute fa force le fond de la
croyance ; il l'a défendu par fon éloquence
& par fon exemple ; & c'eft ce qui lui
avait ramené tous les ennemis de la Philofophie
, ravis d'avoir à lui oppoter un
croyant , un dévot tel que Rouffeau. Je
n'examine pas fi dans tout cela Rouleau
était bien conféquent ; on fait que ce n'était
pas-là fon fort.
C 3
42 MERCURE
Il n'eft pas jufte non plus de dire qu'il
fut plus heureux que Voltaire dans fes principes
de réédification ; car Voltaire n'a rien
réédifié, fi ce n'eft la Religion naturelle ,
qu'il oppofait fans ceffe à toute Religion
révélée. Quant au Gouvernement , quor
qu'il n'ait jamais expreffément traité cette
matiere , on voit qu'il avait un affez bon
efprit pour connaître toutes les bafes d'un
Gouvernement légal , & tous les vices d'un
Gouvernement arbitraire , & que fur ce
point les principes étaient , comme tous
ceux des hommes éclairés & juftes , conformés
à notre Déclaration des Droits.
On eft un peu étonné de lire dans cette
même Note de M. Soulavie , que Voltaire ,
dans la luttecontre les préjugés , était étranger
à fon Siecle , totalement hors de fon Siecle.
S'il avait été hors de fon Siecle , il ne lui
aurait pas donné le ton. L'efprit fupérieur
confifte à juger la marche du commun des
efprits , à voir jufqu'où ils peuvent aller ,
& jufqu'où on peut les mener. C'eft ce
queVoltaire entendait à merveille. Le Scepticifme
de Bayle , la liberté de penfer fous
la Régence , & les hardiefes des Lettres
Perfanes , lui firent comprendre que l'on
pouvait tout dire fucceffivement, en fe mettant
à la portée de tous. C'est ce qu'il fit
pendant foixante ans , en gagnant toujours
du terrein , & ce qu'il ferait trop long de
détailler ici : cet examen trouvera fa place
FRANÇAIS. 43
ailleurs (1 ). J'obferverai feulement une
contradiction bien frappante dans M. Sou- .
lavie : dix lignes plus bas , il dit que Vol-.
taire était goûté de la multitude. Concevezy
s'il eft poffible , comment un Ecrivain étran
ger à fon Siecle eft goûté de la multitude. »
» La Cour de France femblait voir de
» loin la puiffance des Ecrits de ces deux
• perfonnages ( Voltaire & Rouleau ) «.
"
Cela n'eft vrai tout au plus que de Voltaire
, que la Cour, en général, a toujours
craint & haï , même dans le temps où il
Y fur appelé & honoré, par la faveur paffagere
que lui accorda Madame de Pompadour.
Je dis tout au plus ; car on calcu
air moins la puiffance de fes Ecrits qu'on
n'était bleffé de fon independance , des
faillies qu'il le permettait , de fa fupério
rité qui éclipfait tout , même dans la Société
, de fa fortune même qui le mettait
au deffus de l'efpece d'aflervillement où le
befoin des graces réduifait la plupart des
Gens de Lettres . A l'égard de l'influence
qu'il exerçait fur l'opinion , & des conféquences
qu'elle pouvait avoir un jour , la
Cour n'en favait pas affez pour voir f
loin ; on n'était gueres frappé que de la
hardieffe du moment, du danger de l'exemple
, de la néceflité de réprimer la liberté
- (1 )·Dans le Cours de Littérature du Lycée
C 4
MERCURE
de penfer ; mais en général , & fauf quelques
exceptions , la Cour & le grand
monde ont toujours cru que l'état des
les
où
ils
vivaient
était
indeftructible
,
&
cette
fécurité
a duré
jufqu'à
la convocation
des
Etats-
Généraux
, qui
a commencé
à faire
un peu
ouvrir
les yeux
. Pour ce qui eft de Rouffeau , fes Ouvrages
politiques , & particuliérement le Conrat
Social, qui eft fon chef- d'oeuvre en ce
genre , étaient faits pour peu de Lecteurs
& n'infpiraient à la Cour aucune alarme.
C'était , fans nulle comparaifon , ce qu'on
avait écrit de plus fort & de plus hardi
fur les principes de l'ordre focial & politique
, & c'eft cela même qui fit que le
Gouvernement n'y prit pas garde. On ne
regardait cette théorie que comme une
fpéculation creufe qui ne pouvait pas avoir
plus de conféquence que l'enthouſiaſme de
Liberté & le mépris de la Royauté, pouffés
fi loin dans les Pieces de Corneille , &
applaudis à la Cour du plus abfolu des
Rois, Louis XIV. Tout cela paraiffait être
d'un autre monde , & fans nul rapport
avec le nôtre. Les gens bien inftruits peuvent
fe fouvenir que quand le Contrat Social
parut , il fit très- peu de fenfation , &
n'attira nullement les regards de ce même
Gouvernement qui fit tant de bruit pour
l'Emile : c'eft que l'Emile , qui avait l'iutérêt
& le charme d'un Roman , fut dé-
整
FRANÇAIS. 45
voré à la premiere lecture . Les Prêtres ,
attaqués dans la Confeffion du Ficaire Sa
voyard , jeterent les hauts cris ; le Parlement
, qui pourfuivait alors les Jéfuites ,
crut de fa politique de ne pas paraître
moins vif que le Clergé fur les intérêts de
la Religion , & le Miniftere laiffa le Parlement
févir contre l'Auteur qui avait eu
l'imprudence de mettre fon nom à la tête
dé l'Ouvrage , & c'était ce qu'on lui reprochait
le plus. La Cour d'ailleurs , & le
Duc de Choifeul tout le premier , fe fouciait
fort peu de la perfonne & des Ecrits
de Rouffeau , pauvre , retiré , fans entours,
fans crédit , & affectait de ne voir en lui
qu'une tête à paradoxes , une espece de
fou qui avait du talent. Les femmes qui
donnaient le ton , & les jeunes gens qui le
recevaient d'elles , n'adoraient dans Rouffeau
que l'Auteur des Lettres pallionnées
de Julie & de St - Preux. Le Philofophe
le Législateur n'était connu que d'un petit
nombre de penfeurs , & il est très- vrai qu'il
fallait la Révolution pour que , fons ce
point de vue , il fût bien apprécié . Il n'a
pas le plus contribué à la faire ; mais nul
n'en a autant profité quand elle a été faite ;
alors il s'eft trouvé le premier Architecte
de l'édifice à bâtir ; alors fes Ouvrages
ont été le Bréviaire à l'ufage de tout le
monde , parce qu'il était plus connu &
finiment plus éloquent que les Ecrivains
43
C.S
"
46 MERCURE
étrangers qui lui avaient fervi de modeles &
de guides. En deux mots , Voltaire (ur tout
a fait la Révolution , parce qu'il a écrit
pour tous : Rouleau fur - tout a fait la
Conftitution , parce qu'il a écrit pour les
genfeurs.
f
M..Soulavie a cru devoir revenir encoré
aux lieux communs rebattus contre les
Académies. J'ai dit ailleurs avec affez de
dérail ce que je penfais à ce fujet , & j'ai
affez témoigné que , pour mon compte
il m'était très-indifférent que les Académies
fuffent confervées ou fupprimées . Mais enmême
temps j'ai diftingué les époques où
l'Académie Françaife , en particulier , avait
mérité lé reproche d'adulation , & j'ai
prouvé que ces époques étaient celles où
le même reproche pouvait s'adreffèr à toute
la France. J'ai prouvé de plus , par des
faits publics & inconteftables , qu'à partir
de la publication de l'Encyclopédie , non
feulement l'Académie Françaiſe n'avait
point montré en général un efprit adula--
teur , mais qu'elle avait , au contraire ,
contribué d'une maniere très-marquée au
progrès de l'efprit public qui commençait
à fe former , de cet efprit philofophique &
libre qui confiftir à rappeler fans ceffe les
droits naturels des Peuples , les principes
du Gouvernement légal , & à infpirer la
haine du pouvoir arbitraire & l'amour de
la liberté , que pendant vingt ans elle fut ,
12
FRANÇAIS.
#
fous ce rapport , contamment en butte
aux invectives de tous les barbouilleurs
rimailleurs , prêchailleurs aux gages de la
Cour & du Clergé ; qu'elle fut pendant
tout ce temps , publiquement notée à Verfailles
comme un foyer de révolte , d'irréli
gion , d'indépendance ; car c'eft ainfi qu'on
appelait alors tout ce qui rendait à com
battre le fanatifme & la tyrannie'; qu'on
employa fouvent contre elle l'arme ein
poifonnée de la délation fecrete ; & s'il
faur aujourd'hui citer des faits que je
croyais trop connus pour les rappeler , je
dirai que le Maréchal de Richelieu & l'Avocat-
Cénéral Seguier la diffamaient habi
tuellement , l'un à la Cour , l'autre au Parfement
; qu'ils empêcherent l'impreffion du
Difcours de Thomas , en réponſe à celu
de l'Archevêque de Touloufe ; qu'ils firent
annuller par Louis XV l'élection du
Traducteur des Georgiques , qu'ils firent
fupprimer par Arrêt du Confeil l'Eloge d
Fénélon ; qu'enfin l'animofité alla fi foin ,
que le Chancelier Maupeou annonça le
projet de difloudre l'Académie. Voilà une
petite partie des faits que je pourrais citer
fur ce période très-remarquable dans l'Hi
toire Littéraire : je défie quiconque lit ou
écrit d'en nier un feul. On peut penfer au
Jourd'hui de l'Académie ce qu'on voudra ,
& en faire ce qu'on jugera à propos , maiss
il ne faut pas la calomnier : il faut rendre
€ 4
MERCURE
>>
juftice & à ce qu'elle a fait,& à ce qu'elle
a fouffert ; & quand M. Soulavie , qui
s'annonce comme très- favant en littérature,
puifqu'il en veut faire l'Hiftoire , ne dit
pas un feul mot de tous ces faits fi conftatés
, quand il fe tait abfolument fur un
état de chofes qui a duré jufqu'à la mort
de Louis XV , j'ai le droit de lui dire que
s'il n'eft pas inftruit de ces faits , c'eſt une
ignorance honteufe , & que s'il les diffimule
, c'eft une lâcheté plus honteufe encore.
Quand il imprime que » Conftantinople
n'a pas d'expreffions Turques plus
viles , plus rampantes , plus heureufes en
» tournures Orientales , que celles qu'il a
recueillies de cet amas étrange de complimens
& de harangues académiques " ;
je lui répondrai d'abord qu'il aurait puj
du moins en fifant ces harangues , apprendre
à parler français un peu mieux
qu'il ne fait que Conftantinople qui a des
expreffions & des expreffions heureufes en
tournures, forme un jargon ridicule ; que les
tournures Orientales , attribuées aux Eloges
académiques , font une autre espece d'ineptie
qui prouve feulement qu'il ne connaît
pas plus le ftyle Oriental que le ftyle
Français que le mauvais goût d'un grand
nombre de ces Eloges , relevé & fenti longtemps
avant qu'il en parlat , n'a rien de
commun avec les tournures Orientales.
Quand il ajoute que l'Académie a perfecFRANCAIS:
49
2
tiqnné la Structure phyfique de la Langue ,
mais qu'elle a dénaturé, avili les moralités
de cette Langue , je lui répondrai qu'à l'exemple
de ces Ecrivains qui , de leur vie
n'ont rien étudié ni rien fu , il entaffe aut
hafard une foule d'expreflions qu'il n'entend
pas ; que fi la ftructure phyfique d'une
Langue pouvait fignifier quelque chofe ,
ce ferait l'alphabet matériel & l'articulation,
& qu'affurément l'Académie n'a rien
perfectionné de tout cela ; que les moralités.
d'une Langue font une expreffion abfolument
inintelligible. Quand il s'avife encore
de joindre à ce ftyle d'un mauvais Ecolier
le ton d'un Maître , de prononcer que le
Cardinal de Retz , Rouleau & Raynak
font les feuls qui fe foient montrés capables
de parler véritablement le langage de la
Liberté, je lui répondrai encore que d'a
bord il affocie très gauchement à Rouffeau
& à Raynal un homme qui n'a rien de
commun avec eux que le talent d'écrire ,
quoique dans un degré fort éloigné d'eux ;
que le langage du Cardinal de Retz n'eft
Point du tout celui de la Liberté , mais.
prefque par-tour celui d'un Politique Machiavélifte
, & quelquefois, mais rarement,
celui de Sallufte ; que c'eft le dernier excès
de la préfomption , fur-tout dans un Auteur
auf inconnu que M. Soulavie , de
rayer, de fon autorité, Fénélon , Maffillon,
La Bruyere, Voltaire, Montefquieu, ThoMERCURE
mas , &c. (fans parler des vivans ) du nombre
des Ecrivains dignes de parler le lang ge
de la Liberté , que cette confiance arrogante
, que des Ecrivains de fa trempe
prennent pour une noble audace & pour
des infpirations de notre nouvelle Liberté,
n'eft autre chofe que le délire de l'ignorance
& de l'amour - propre , & ne peut
infpirer que le mépris & la pitié. Enfin ,
quand il affirme que ces tournures & ces
baffeffes Orientales qui dominent dans nos
Ouvrages ont obligé tout. Orateur de les
conferver dans les Difcours oratoires publiquement
prononcés , je lui dirai nettement
que cela eft faux , de toute faufferé ; que
je le défie notamment de me citer dans les
Eloges de Thomas , & ( puifqu'il ne s'agit
pas ici de talent ) dans les miens , qui font
bien des Difcours oratoires publiquement
prononcés , un feul exemple de ces tournures
& de ces baffeffes Orientales ; & comme
je puis , au contraire , attefter quiconque
les a lus , que ces Ouvrages ne refpirent ,
d'un bout à l'autre , que les fentimens chers
à tout ami de l'Humanité , de la Liberté
& des Loix , j'ai le droit de dire à M. Sou
lavie , en face du Public , qu'il eft un ca-
› lomniateur.
On peut trouver tout fimple qu'un obfcur
& inepte Compilateur , qui n'eft riem
& ne peut jamais être rien dans les Lettres
, les outrage avec certe fareur infenFRANÇAIS.
*
fee; mais on doit trouver auffi très- natureF
& très-jufte que l'honneur des Lettres foit
cher à un homme qui leur a confacré fa
vie , qu'il les honore par fon témoignage
après qu'elles l'ont honoré par l'ufage qu'il
en a fait ; & que , tandis que la voix des
Hommes inftruits & celle de nos Légifla
teurs a foleimellement reconnu les fervices
que les Lettes ont rendus , il ne fouffre
pas qu'elles fotent impunément l'objet des
injures grotheres & des calomnies abfurdes:
de quelques intrus qui s'érigent en litté
rateurs , parce qu'il eft arrivé, par hafard ,.
qu'ils favaient lire au moment de la Ré--
volution.
N. B. On a déjà , dans l'avant-dernier N
annoncé le IV . Volume de ces Mémoires ,
qui paraiffait pendant que l'on rendait
compte des trois premiers , & qui fe vend
féparément. Le Comte de Maurepas s'y
montre beaucoup plus jufte envers leury
qui n'était plus , & encore plus animé
contre la Marquile de Pompadour , qui ré--
• gnait. Il défavoue le Coupler fur le Bouquet
-de Fleurs blanches , & prétend que ce fut
une malice du Maréchal de Richelieu qui
fir le Couplet , le mit fur la cheminée du
Roi , & le répandit dans Paris fous le nom
de Maurepas . Richelieu était en effet trèscapable
de ce tour de Courtifan ; cepen
dant il n'y a aucune preuve du fait que
5.2. MERCURE
"
l'affertion de l'accufateur. Et après tour
qu'importe Quant à la Chanfon , voici
ce qu'en dit le Rédacteur de fes Mémoires,
Salé , fon Secrétaire : Une Chanfon plus
digne de M, de Maurepas , & dont l'Hif
toire adoptera toutes les expreffions , rendait
avec plus de vérité ce qui fe paffait
à la Cour relativement à Madame de
Pompadour. M. de Maurepas ne défavouera
jamais les grandes vérités qu'elle
» renferme ".
"
ور
qu'e
C'est faire entendre affez clairement
' elle eft de lui ; & cependant j'ai ouidire
plufieurs fois à M. d'Argental qu'elle
était de fon frere Pont-de-Veyle ; d'autres
l'ont ouï- dire comme moi ; & ce qui peut
faire croire la chofe vraie , c'eft qu'on ne
l'a dite qu'après la mort de Maurepas &
de Pont-de-Veyle , pour ne compromettre
& ne fâcher perfonne. Au refte , on peut
dire encore , qu'importe la Chanfon eft
affez plaifante , & d'une tournure un
peu plus fine que toutes les Calottes dont
le même Miniftre fe déclare l'Auteur ; mais
il n'y avait que fon Secrétaire qui pût
employer de fi grands mots pour de fi petites
chofes une Chanfon plus digne de
M. de Maurepas ! l'Hiftoire qui en adop
tera toutes les expreffions ! les grandes vé
rités qu'elle renferme !
FRANÇAIS .
Si dans le Beautés choifies
Elle était des plus jolies
On excufe des folies ,
Quand l'objet, eft un bijou , jou , jou , jou
Mais pour fotte créature
Et pour fi plate figure
Exciter tant de murmure ,
Chacun juge le Roi fou , fou , fou , fou.
Je ne crois pas que ce foit - là ni de
grandes vérités , &c. , ni des expreffions à
Tufage de l'Hiftoire. De l'aveu de tous fes
contemporains , Mad . de Pompadour était
fort jolie , & ce n'était pas fur ce point
que le Roi méritait des reproches , tels que
Hiftoire peut les lui faire. Ce qui eft vrai,
c'eft que dire d'une femme qu'elle eft
laide , eſt toujours ce qu'il y a de plus
piquant pour elle , & en cela le but de la
Latire était rempli . Le but de Hiftoire eſt
un peu différent , & c'est ce que n'a pas
fenti le Secrétaire Salé , ni même fon Maître
dont il répétait l'efprit.
La haine de ce Miniftre pour Voltaire
perce particuliérement dans la maniere dont
il parle du moment très court de faveur
très-légere dont ce grand homme jouit à
Verfailles , non pas graces à fes talens
mais graces à la Favorite qui lui voulait
du bien. Maurepas le repréfentè comme
34 MERCURE
tellement ébloui de cette lueur éphémere ,
qu'il penſe déjà au Miniſtere. » M. de Vol-
» taire a , dit- on , une fecrete démangeaiſon
» d'être Miniftre ". Il répete la même chofe
quelques pages après. Ceux qui ont bien
connu Voltaire n'en croiront pas un feul
mot. La vérité eft que , révolté de ce préjugé
fi orgueilleufement abfurde qui mettait
au dernier rang dans la hiérarchie fociale
quiconque n'avait que du génie , &
n'était ni poffeffeur d'un office quelconque,
ni héritier d'un nom , Voltaire aurait voulu
joindre à la confidération perfonnelle que
Popinion attachait aux talens , l'existence.
de convention qu'on attachait aux titres . I
yen avait où il pouvait prétendre , parce
que d'autres Gens de Lettres les avaient
poffédés. Il eût défiré le brevet de Confeiller
d'Etat , qu'avait eu Balzac , dont
Balzac fe mequait , & dont lui - même fe
ferait autli moqué. Il ne voulait pas qu'un
Confeiller du Parlement ou même du Châtelet
, affectât de fe mettre au deffus de lui ,
en difant ce n'eft qu'un Auteur , il connaiffait
la toute-puiffance des fots qui avait tout
arrangé pour eux dans ce monde ( comme-
La fi heureuſement M. de Boufflers ') ,
& il voulait que ces fors viffent en lui non
pas l'Auteur de Zaire & de la Henriade
mais un Confeiller d'Etat ; ce qui , comme
on fait , eft bien autre choſe. Mais quant
au Miniftere , il favait trop fon monde.
FRANÇAIS. 33
pour ignorer que jainais un grand Poëte ne
pouvait, en France, parvenir à une grande
place : l'exclufion était trop formelle : Un
fimple Amateur , un Poete de fociété pou
vait ne défefpérer de rien ; l'Abbé de Berhis
en fut la preuve , & depuis , un faifeur
de petits vers , infiniment au deffous de
l'Abbé de Bernis , Pezai , fur au moment
d'être Miniftre . La ruilón en eft fimple :
is étaient ce qu'on appelait des hommes du
monde , & dès lers fufceptibles de tout ,
mais dès qu'on était formellement hommes
de lettres , on n'était plus homme du monde ,
& dès lors la ligne de démarcation était
tirée ; vous n'étiez plus propre à rien de
confidérable. Voilà nos nceurs ; & qui
pouvait en juger mieux que Voltaire ?
» Nous l'avons envoyé Efpion chez le Roi
» de Pruffe , & parce qu'il a arraché une
feule phrafe , il eftire affez fon ſavoir
» pour fe croire un homme d'Etat. A préfent
, il cherche à plaire à Madame de
Pompadour ; mais le parti de la Reine
& des Jéfuites qui redoutent fes opinions
, eft celui de tout le monde qui
ne peut foutenir les farcafmes ".
"
">
Ce ton d'aigreur & de mépris entraîne
beaucoup d'inconféquence & d'injufficé. Le
terme d'Efpion eft ici très déplacé , fürtout
dans la bouche d'un Miniftre qui devait
être expert en ces matieres , & favoir
que rien n'aurait été plus ' ridicule qu'une
MERCURE
commiffion d'Efpion donnée à un homme
du caractere & de la réputation de Vol
taire. On voit bien ici l'intention de rabaiffer
extrêmement l'efpece de négociation
dont il fut chargé ; elle n'était pourtant
pas fi méprifable , & fur tout le plan était
fort bien adapté à ces deux hommes extraordinaires.
Il s'agilfait , en 1743 , de fa
voir fi le Roi de Pruffe , qui s'était accom
modé avec Marie - Thérefe , moyennant la
ceflion de la Silefie , & avait aban lonné la
France , ferait difpofé à renouer de nouveau
avec cette Puiffance , comme les circonſtances
& fes intérêts pouvaient l'y engager.
La Reine de Hongrie avait repris
le deffus ; la Hollande , l'Angleterre , la
Savoie s'étaient jointes à elle ; nos avions
été battus à Ettingen , & Frédéric ne pous
vait pas trop compter fur cette ceflion
forcée de la Siléfie , à moins que l'Autriche
ne fe trouvât abfolument, hors d'état
de la réclamer par les armes. C'eft dans
ces conjonctures qu'on imagina que Voltaire
faifant un voyage à Berlin , fans aucun
caractere public , & comme pour aller
voir un Roi qui le traitair comme fon
ami , pouvait , dans l'efpece de familiarité
habituelle entre eux & dans la liberté d'un
commerce intime qui ne reffemblait en rien
aux défiances réciproques inféparables de
toute négociation , tirer du, Roi de Pruffe
quelques- unes de ces paroles toujours déFRANÇAIS.
$7
eifives de la part d'un homme tel que Fre
déric , qui ne difait que ce qu'il voulaie
dire. C'est précisément ce qui arriva. Il dit
un jour à Voltaire , que file Miniftere de
France, qui paraiffait Hotter entre la guerre
& la paix , & prêt à entrer en compofition
avec tout le monde , voulait faire une dé
marche décidée en déclarant la guerre à
l'Angleterre , il était prêt , lui , à marcher
en , Bohémé avec cent mille hommes. C'eſt
à cette parole que Voltaire avait arrachée
au Roi de Prule , fuivant l'expreflion du
Comte de Maurepas , & il me femble
qu'elle était affez importante. Elle ne fut
pas vaine ; car fur cette affurance, la guerre
fut déclarée aux Anglais , & Frédéric, avec
qui la France traita de nouveau ,‚ ' entra en
effet dans la Boleme & dans la Moravie. I
áu
} •
Si Voltaire s'était cru pour cela un homme
d'Etat , fans doute il aurait eu tort: il eft
plus que probable que Frédéric devina fans
peine la million fecrete du Poere , & qu'il
he fut pas fâché de lui parler de maniere
à encourager la France à traiter de nou
veau avec lui pour un intérêt commun ;
mais érifin c'était un fervice réel que Voltaire
avait rendu , qu'il était plus que tout
autre à portée de rendre fans compro
mettre la Cour , & s'il n'en fut pas récompeulé
, comme tant d'autres l'ont été
pour avoir fait moins , c'eſt qu'une chan
gement dans le Miniftere & la mort de
58 MERCUREMad.
de Châteauroux , ne permirent pas,
qu'on pensât à lui .
"
A l'égard des talens d'un homme d'Etat,
on voit bien que Maurepas le flatte de les
avoir , parce qu'il eft Miniftre , & croit
Voltaire très ridicule d'y prétendre , parce
qu'il eft Poëte , mais ni le Miniftere ni la
Poésie n'y font rien, Voltaire avait beaucoup
plus d'efprit qu'il n'en faut pour
avoir des lumieres en Adminiftration ; mais
ce qui fait fur-tout l'homme d'Etat , c'eft
le caractere , c'eft la connaiffance réfléchie
non pas de l'homme , mais des hommes ;
celle-ci fait l'Adminiftrateur ; l'autre , le
Philofophe ou le Poëte. Il eft fort douteux
que Voltaire eût pu jamais être homme
d'Erat ; il avait trop d'imagination ; mais
il est sûr que Maurepas ne l'était point
c'était un Courtifan , & rien de plus. Il
reproche à Voltaire de vouloir l'être , Vol
taire n'avait en effet que la grace d'un Cour
tifan , & n'en avait pas la fineffe ; Maure
pas l'avait. Il fait grand bruit des farcafmes
de Voltaire , & il eft très-vrai qu'il ne put
jamais commander à fes faillies & à fon
humeur , & l'on fait trop que ce fut une
plaifanterie un peu amere, qui le perdit à
Berlin ; mais cela même prouve qu'il n'eut
jamais l'ame d'un efclave , même à la Cour,
comme on l'a très mal à propos répété
d'après fes détracteurs. J'aurai peut - être
occafion d'en dire ailleurs davantage fur
FRANÇAIS. 59
ces différens reproches , fi légèrement hafardés
contre un homme qui n'était point
difficile à connaître , mais qui pourtant n'a
pu être bien connu que par ceux qui l'ont
vu de près & fans paflion : il a eu trop de
célébrité & trop d'ennemis pour n'être pas
jugé fouvent par des hommes qui n'étaient
ni inftruits ni équitables.
SPECTACLES.
CEUX qui ont vu , il y a quelques années ,
1 Roi Léa au Théâtre Français , fe rappellent
fans doute avec attendriffement combien la belle
tête de Brizard , combien la fenfibilité de fon
organe & le naturel de fa diction ajoutaient à
Timérêt qu'infpire cette Tragédie fi touchante.
Il était difficile d'efpérer qu'aucun autre Acteur
pût le remplacer dans ce rôle , & cependant
nous venons de voir , au Théâtre Français de la
ru: de Richelieu , M. Monvel , privé d'une partie
de ces avantages , les faire oublier par la
fupérior té de fon talent , & donner à ce rôle
une phyfionomie nouvelle par des moyens plus
eftimables fans doute , & peut-être préférables.
à ces dons extérieurs que la Nature lui a refufés.
Nous ne reviendrons pas fur le fujer de cente
Tragédie , que fon premier fuécès a fuffilamment
fait connaît e ; nous répéterons feulement que de
tous les Ouvrages de M. Ducis , c'eft peut- être
celui qui a le plus fait couler de larmes , & celui
dont le plan a paru le plus fagement conçu . On n'a
point vu fans de vives émotions' un malheureux
+
•
*
to
MERCURE
FRANÇAIS
.
Roi qui a cédé fon Trône & tout ce qu'il poffédait
à fes enfans , chaffé , perfécuté par ces
mêmes enfans , abandonné même par les Sujets ,
expofe la nuit dans des déferts aux fureurs de
la tempête , & moins fenfible à cet excès de
maux qu'à cette monftrueufe ingratitude qui finít
par aliéner fa raifom. Mlle. Defgarins n'a pas
excité moins d'intérêt dans le rôle touchant
d'Elmonde , & elle a été très-bien fecondée par
tous les autres Acteurs . En général , exécutée
avec un grand enfemble , avec un foin qui s'étend
fur toutes les parties acceffoires du Spectacle
, cette Piece a produit au moins autant d'effet
que lorfqu'elle fut donnée pour la premiere fois.
ANNONCES ET NOTICES.
1.
BIBLIOTHEQUE DE L'HOMME PUBLIC , ON
Analyfe raifonrée des principaux Ouvrages Français
& Etrangers fur la Politique en général , la
Législation , les Financés , & c. Par M. Condorcet
& autres Gens de Lettres . 3. Année ; Tomes 1,
II , II & IV ; in- 8º.
On s'abonne pour cet Ouvrage , dont il paraît.
chaque mois un Volume. Prx pour trois mois ,
franc de port , 9 livres ; pour fix mois , 17 liv .;
pour un an 32 livres ; & pour Paris , 8 , 15 &
28 liv. 1o f. A Paris , chez Buiffon , Imp- Lib.
rue Haute -feuille , Nº. 20 .
>
CHANSON
Charade , Enig.
Mémoires.
TABLE.
1
2
73 Spectacles.
38 Notices.
401
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 21 JUILLET 179 2.
PIECES FUGITIVES.
A MONSIEUR ***
DEE Célicour le léger badinage ,
Ses vers charmans font le prix d'un baiſer,
En. vous lifant , je crois que la plus fage
Ferait ferment de n'en point refuſer.
Anacréon , à qui tout rend hommage
A qui fans doute on ne refufa rien ,
En reçut plus d'un à votre âge ,
Qu'il ne paya pas auffi bien .
( Par Mad. de ***, *
N°. 29, 21 Juillet 1798, D
62
MERCURE
Explication
de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe
du MERCURE
dernier.
Le mot de la Charade eft Bateau , celui
de l'Enigme eft Ecriture , celui du Logogriphe
eſt Gloire , où l'on trouve Loire ,
Loir, Or, Ire, Oie, Rɔi, Loi.
i
J'AI
CHAR
AND E.
ON fauche mon premier ;
On rafe mon dernier ;
On chante mon entier..
ÉN I G M E.
י
A1 brillé noblement dans une vafte plaine ,
Où s'agita't ma tête avec fierté ;
1
Mais battue & captive , ai-je lieu d'être vaine ?
A l'homme encor , dans ma légéreté ,
Je fuis cependant nécellaire ,
Et plus d'un fans moi ne dort guere .
Bien des enfans m'admettent dans leurs jeux ;
Je fuis longue , feche & menue ;
FRANÇAIS.
63
ز Pour certains fcélérats mon aſpect cft affreux
Sur moi fouvent mainte fête s'eft vue :
(On n'eft pas difficile aux champs comme à la Cour)
Mon nom fouvent le donne au feu d'unfolamour.
LOGO GRIPHE.
Nous fommes deux foeurs très - gentilles ,
Nous nous prêtons affez aux doux propos d'amour.
Nous écoutons comine des filles ;
Mais nous ne jaſons point ni la nuit ni le jour .
Nous grandiffons beaucoup dans certaines familles.
Eft - ce un grand bien ? Oh ! non , je le dis fans
détour :
L'on nous accable de vérilles ;
4
Mais d'autres en chantant nous ont bien fait leur
cour.
Dans un plus grand détail voulez - vous nous connaître
?
Nous allons à vos yeux décompofer notre être.
Nous vous offrons cet organe enchanteur
Qui des objets meſure la diſtance ,
Qu'Amour ſouvent choifit de préférence ,
Et qu'il remplit d'une douce langueur ;
Certain lieu que renferme une liquide enceinte ;
Un être que la Loi rend cher aux bons Français
Honoré par l'amour, & jamais par la crainte ;
D2
64
MERCURE
Ce que tout Acteur doit favoir ;
Ce que tout homme veut avoir
Un fleuve qui vers Tours va roulant fa belle
onde ,
Et puis dans l'Océan s'abîmer fans retour ;
Une Déefle vagabonde ,"
Long-temps victime de l'Amour ;
Un monument facré de la ſageſſe humaine ;
Un fentiment trop prompt qu'on ſurmonte avec
peine ;
Un tiſſu précieux , mais devenu commun ;
Deux articles reçus en Langue Italienne
Quand on veut ne parler que d'un ;
Certain pronom qu'on nomme réciproque ;
Une herbe dont le goût à manger nous provoque
;
Un terme de refpect lorfque l'on parlé au Roi.
C'est tout pour nous tenir , Lecteur ; écoute - toi.
FRANÇAIS.
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ANECDOTES intéressantes & fecretes de la
Cour de Ruffie , tirées de fes Archives ,
avec quelques Anecdotespart
aux
différens Peuples de cet Empire'; publiées
par un Voyageur qui a féjourné treize ans
en Ruffie. A Paris , chez Buillon , Impa
Libraire, rue Haute -feuille, No. 10. Six
Volumes in-12.
CES nouveaux Mémoires fur la Ruffie ,
quoique rédigés fans ordre & fans méthode
, écrits avec trop peu de foin , n'en
font pas moins ce que nous avons eu juſqu'ici
de plus curieux & de plus inſtructif
fur cet immenfe Empire , dont la puillance
devient de jour en jour plus menaçante .
On y trouve un tableau complet de fon
état militaire , l'un des plus formidables de
l'Europe , l'Auteur même , qui eft fort
loin d'écrire en adulateur , & qui démontre
, par une foule de faits décififs , tous
les vices monftrueux des autres parties de
l'Adminiſtration , donne les plus grands
éloges à celle du Militaire , & ne balance
D 3
66
MERCURE
pas à la mettre au premier rang : c'eft
qu'en effet cette partie du Gouvernement
eft celle qui peut s'accommoder le mieux
du Defpotifme , dont elle ſe rapproche par
fa nature. A l'égard de tout le refte , l'Auteur
qui paraît inftruit & impartial , & qui
a vu de les yeux , nous montre déjà raffinée dans tous les gene Cour
de corruption
qui tiennent à la fervitude ambitieufe
, & une Nation encore toute groffiere
& toute barbare ; une ignorance générale
qui produit , dans les chofes les plus
communes , le befoin d'une industrie étrangere
, & donne du prix même à la plus
médiocre ; une fuperftition qui touche encore
à l'abrutiffement ;) un mélange de
franchiſe & de brutalité dans les moeurs
faciales , & en même temps un efprit de
rapine hardie ou fubtile, qui defcend depuis
les premieres places de l'Adminiſtration jal
qu'aux plus petits emplois , la domination
la plus oppreflive unie à la plus vile ab
jection , dans tous les degrés d'autorité ,
l'habitude des châtimens corporels & des
fupplices rigoureux , prefque indiftincte
ment appliqués , dégradant & confondant
tout , même dans les plus hauts rangs , en
-mêmetemps que la facilité de parvenir à tout
par tous les moyens , encouragée par l'exem
ple journalier , fait naître , juſques dans les
dernieres conditions , une ambition féroce
& une cupidité effrénée ; enfin un mépris
FRANÇA I´S.
67
déclaré de toute Loi & de toûte juſtice ,
tout le réduifant , en derniere analyſe , à
être maître ou eſclave.
Telle eft l'idée que donnent de l'intérieu
de ce vafte Empire tous les faits épars ou
réunis dans ces Mémoires : c'eft , pour ain
dire , le revers d'un tableau qui ne nous
a montré jufqu'ici , fous les pinceaux des
Hiftoriens , que la décoration extérieure ,
l'éclat des conquêtes , la pompe de la
Cour , l'appareil des fêtes , & le génie impofant
de Pierre & de Catherine. Il ne faut
ni fe laiffer trop éblouir de cette derniere
peinture , ni la croire trop démentie par
l'autre. Une Cour defpotique , mais éclairée
, & un peuple efclave , mais guerrier
peuvent nourrir dans leur fein tous les
vices , & préparer aux autres peuples de
grands dangers . La fituation géographique
de la Ruffie la rend vraiment redoutable ,
& fa politique vient de la raffermir par les
feuls côtés qui donnent prife fur elle . Elle
a mis les Turcs dans un état d'affaibliffement
& de ftupeur , dont il fera difficile
de les tirer ; ainfi elle eft non feulement
tranquillé da côté de l'Orient , mais par fes
dernieres conquêtes , maîtreffe de fa mer
Noire , elle fe voit une route toujours ouverte
jufqu'à Conftantinople. Elle s'eft réconciliée
avec la Suede, qui la touche par des
frontieres communes en Finlande , & qui
peut balancer fa. Marine dans la Baltiques
D
4
68 MERCURE
mais qui feule eft trop faible pour lui réfifter
long- temps. Elle s'eft liée avec l'Angleterre
, Puiffance la plus à craindre pour
elle par des forces navales , dont la fupériorité
peut épouvanter toutes les provinces
Rufles de cette même Baltique , & détruire
les flottes , les arfenaux , les ports de la
Ruffie. Elle lutte en ce moment contre les
efforts de la Pologne qui veut brifer fes
fers , & qui , fi elle recouvrait fon indépendance
, pourrait , dans l'occafion , donner
la main aux Turcs pour contenir dans de
juftes bornes certe puillance envahiſſante ;
mais les braves Polonais , malgré l'énergie de
leur patriotifme , auront -ils aflez de force
& de moyens pour faire tête feuls à la
Ruffie , fecondée de deux autres Puiffances
co-partageantes , qui étaient naturellement
ennemies , quand cet intérêt de partage les
a rapprochées , & que depuis d'autres in
térêts d'humeur & de moment poullent
de concert à une ; union monstrueufe , qui
n'eft rien moins que le renverfement de cette
balance germanique , ouvrage du Grand
Frédéric
La tyrannie des Defpotes & la liberté
des Peuples fe menacent aujourd'hui l'une
l'autre plus que jamais . La querelle ne
ferait pas longue , & l'iffue n'en ferait pas
doureufe , fi des multitudes pouvaient s'entendre
& s'accorder auffi aifément que des
individus couronnés. Mais n'eft - il pas à
FRANÇA I Š. 69
craindre que ceux- ci n'aillent plus vite &
plus ferme dans leur politique dominatrice ,
que les Peuples dans leur liberté tumultueufe?
Voilà le grand problême à réfoudre ;
il vaut la peine qu'on y penfe ; les déclamateurs
de tréteaux ne le réfoudront pas
avec leurs phraſes ; le patriotifme même
peut n'être pas fuffifant fans la fageffe de
Fefprit public , qui confifte à ce que chacun
n'afpire uniquement qu'à être libre :
fi l'orgueil de dominer en prend la place ,
on perdra tout. L'efprit de liberté a toujours
été invincible ; d'efprit de parti a
toujours mené à l'efclavage.
On a cru ces réflexions plus ' utiles' que
des citations , qu'il ferait trop facile de multiplier
, & qui ne laifferaient que l'embarras
du choix , parmi une foule de traits
la plupart dignes d'être recueillis & retenus .
Il y en a de toute efpece ; la politique ,
les révolutions , les coutumes , les productions
du fol , les aventures des perfonnages
célebres , tout palle en revue ; mais tout eft
pêle-mêle, & ce défordre nuit non feulement
à l'inftruction , mais à l'agrément. Il ferait
bien à fouhaiter que l'Auteur prît la peine
de remédier à cette confufion qui femble
faire d'un livre de fix volumes l'Albam d'un
Voyageur , où l'on a pris note au hafard
de tout ce qui s'eft préfenté à l'oeil ou à
la penfée. Il faudrait que les objets fuflent
claflés par ordre de temps & de matiéres ,
*
DS
70
MERCURE
& que le style , fouvent fort incorrect , fût
revu du moins avec affez de foin pour n'y
pas laiffer de fautes trop choquantes . L'Ouvrage
mérite cette révifion , & une nouvelle
édition faite dans cet efprit , ferait
fûrement placée dans toutes les bibliotheques.
pas
Quoiqu'on ne veuille entrer ici dans
aucun détail critique , on croit pourtant devoir
indiquer un endroit qui doit être fpécialement
retranché ou réfonné : il regarde
Iliftoire de Pierre le Grand, par Voltaire.
L'Auteur affure qu'on en fut très-mécontent
en Ruffie cela fe peut ; on n'en fat
très-content en France , mais probablement
par des raifons très- différentes. Ce n'est pas
ici le lieu d'examiner ce qui manque à cet
Ouvrage , ni pourquoi il eft fi inférieur à
la Vie de Charles XII ; mais voici ce qui
n'eft pas tolérable. On foupçonna en Ruffre
que Voltaire , mu par un intérêtfordide,
» avait exprès tronqué cette Hiftoire , pour
fe réferver le bénéfice qu'il retirerait d'une
feconde édition revue , corrigée & aug-
» mentée «. S'il y eut en effet parmi les
Ruffes des gens affez fots pour croire une
pareille ineptie , l'Auteur ne devait la rapporter
que pour repouffer avec le dernier
mépris une calomnie fi abfurde , empruntée
des mille & un libelles que la haine a
vomis contre un grand homme , mais depuis
long- temps confondue par des preuves ir-
"3
33
33
FRANÇAIS.
récufables , au point qu'on n'ofe plus la
répéter. Il n'eft plus permis aujourd'hui à
un homme un peu inftruit , d'ignorer que
Voltaire n'a jamais rien retiré du débit de
fes Ouvrages ; qu'au moment où l'Hiftoire
de Pierre le Grand parut , il les avait rous
très-gratuitement donnés aux Crammer dont,
ils firent la fortune ; que le comble de l'ab
furdité ferait d'imaginer qu'un homme qui
faifait de les écrits des largeffes fi confidérables
, & qui était riche de plus de cent
mille livres de rente , eût exprès tronqué un
Ouvrage où il attachait de l'importance
fous plus d'un rapport , pour une petite
fpéculation mercantile , qui pouvait à peine
lui rapporter cent louis , & qui eft d'ail
leurs démentie par le fait , puifque dans les
éditions fubféquentes , il ne fit aucun changement
marqué à cette Hiftoire de Pierre
le Grand. Tout ce qui réfulte de ce paffage
, c'eft la malheureuſe facilité qu'eur
toujours la calomnie à fe propager , à fe
perpétuer , même long- temps après que la
vérité s'est fait entendre par-tout ; c'eſt le
plus grand encouragement pour la méchan
ceté , qui pourtant n'en a pas befoin-
D G
72 MERCURE
VARIÉTÉ.
QUICONQUE S'honore d'être homme , doit
s'empreffer de faire connaître un monument
unique des efforts dont l'humanité eft capable
telle eft la dépofition fuivante , écrite
chez un Juge du Tribunal de Police , par
Jean Maffieu , fourd & muet de naiffance .
âgé de 19 ans , à qui l'on venait de voler
un porte- feuille dans fa poche .
ود
و د
» Je fuis fourd & muet : j'étais regardant
le Soleil du Saint Sacrement , dans
une grande rue , avec tous les autres
» Sourds-Muets . Cet homme m'a vu : il a
» vu un petit porte - feuille rouge dans la
poche droite de mon habit. Il s'approche
» doucement de moi : il prend ce portefeuille.
Mon hanche m'avertit je me
» tourne vivement vers cet homme qui a
peur. Il jette ce porte - feuille fur la
jambe d'un autre homine qui le ramatfe
& me le rend. Je prends l'homme voleur
» par fa vefte ; je le retiens fortement . Il
» devient pâle , blême & tremblant. Je fais
figne à un Soldat de venir : je montre
» le porte- feuille au Soldat en lui faifant
figne que cet homme a volé mon porte-
» feuille. Le Soldat prend l'homme voleur
"
ود
23
"
ود
FRANÇAI S. 73
:
» & le mene ici . Je l'ai fuivi . Je vous de-
» mande de nous juger. Je jure Dieu qu'il
».m'a volé ce porte feuille lui n'ofera
» pas jurer Dieu . Je vous prie de ne pas
" ordonner de le décapiter : il n'a pas
tué ; mais feulement dites qu'on le falle
, כ
" ramer « .
Obfervez qu'il n'y a dans ce morceau ,
écrit fur le champ , fans fecouts & fans
réflexion , qu'une feule faute de Grammaire
, mon hanche pour ma hanche : obfervez
que cette expreffion , ma hanche m'avertit ,
eft à la fois hardie , naturelle & jufte , parce
que le fens du tact avertit en effet comme
l'organe de la parole , celui de la vue , & c.
c'eft -là l'efpece de figures qu'emploient
ceux dont l'imagination n'étant point égarée
par un goût factice ni par l'imitation
contagieufe , n'eft autre chofe qu'un fentiment
prompt & sûr des rapports de nos
fens à notre intelligence. Obfervez enfin ,
que cette dépofition est un modele de narration
pour la clarté de l'enfemble , l'ordre
& la netteté des circonftances , la propriété
des terines , & que fur cent perfonnes qui
dépofent dans les Tribunaux , on en trouverait
à peine une feule en état de rédiger,
fans préparation, un écrit femblable ....
& c'eft un Sourd - Muet qui l'a rédigé ! c'eft
un véritable prodige.
Que l'on réfléchiffe fur toutes les idées
74 MERCURE
que renferme cette phrafe. Je jure Dieu
" qu'il m'a volé lui n'ofera pas juret
Dieu ; on fentira que ce mot eft fublime.
93
C'eft jufques-là que l'on a pu conduire
des êtres privés de deux fens , fans lesquels
l'homme eft par lui - même au deffous de
beaucoup d'animaux ! Celui qui a fait remonter
ces individus , difgraciés de la Nature
, au rang des êtres raifonnables , n'eftil
pas une efpece de créateur ? Cet homme
eft M. l'Abbé Sicard , digne fuccefleur de
Fimmortel Abbé de l'Epée , puifqu'il a
perfectionné ce que celui - ci avait inventé.
Il faut avoir vu M. l'Abbé Sicard opérer
avec les Eleves pour comprendre ce que
l'Humanité lui doit. Il réalife à tout moment
la méthode progreffive imaginée par
l'Abbé de Condillac , dans l'organisation
d'une Statue , dont l'intelligence fe développe
à mesure qu'elle acquiert des fens :
c'eft réellement le plus beau fpectacle , le
plus curieux , le plus inftructif qui puiffe
attirer l'attention d'un Philofophe ; c'eft le
commentaire & la preuve en action de la
théorie lumineufe de Locke & de fon
Difciple Condillac , fur les opérations de
Pentendemen . On conçoit ailément l'enthufiafme
continuel qui anime les travaux
du refpectable Sicard : il crée fans ceffe , &
voir des hommes fuccéder à des machines .
Il cft , fans doute , allez heureux en fe
FRANCA I S. 75
difant tous les jours , ce que j'ai fait eft
bien ; mais la Nation ne doit - elle pasy
moins pour lui que pour elle, décerner non
pas des récompenfes , mais des honneurs à
un homme d'un mérite fi utile à la fois &
firare c'eft le moyen que ce mérite ne
meure pas avec lui .
SPECTACLES.
Si les Journaux qui paraiffent tous les joi
ont l'avantage de la célérité dans le compte
qu'ils rendent des Pieces de Théâtre , s'ils font
plus à portée de fatisfaire l'impatience du Public
en lui annonçant dès le lendemain le premier
fuccès d'un Ouvrage, ils font exposés auffi à partager
avec les Spectateurs les fautes de jugement
trop fréquentes aux premieres représentations
Entraînés comme eux par les efforts d'une cabale
trompés fur l'effet de la Piece par le jeu mal
affure des Acteurs intimidés , égarés enfin par
mille autres circonftances , il leur arrive fouvent
de traiter avec une injufte rigueur les Ouvrages
qui finiffent par réuffir le plus , & dont les
repréfentations nombreufes accufent la précipitation
de leurs jugemens . Les Auteurs de Journaux
hebdomadaires , à l'abri des erreurs du premier
moment , avant de parler d'un Ouvrage , font à
portée d'en voir plufieurs repréfentations , de recueillir
dans le Public des opinions plus réfléchies,
& de porter des jugemens plus dégagés de paffions."
Nous en citerons pour exemple la Mere coupable ,
76
MERCURE
dont plufieurs Journaux ont annoncé la chute , &
qu'ils ont analyfée de maniere à juſtifier mauvais
ce fuccès ( 1 ) , tandis que cet Ouvrage , redonné
trois jours de fuite , au grand déplaiur de ceux
qui avaient intérêt à y nuire joué avec plus
d'enfemble , plus de foin & fur - tout plus d'affurance
, s'eft relevé avec éclat , & a repris le
rang qu'il mérite pa mi les Ouvrages de M.
Beaumarchais . Au furplus , le fort de ce Drame
ne doit pas étonner : il eft celui de toutes les
Pieces que cer Auteur a mifes au Théâtre , &
nous pouvons dire de toutes les productions d'Auteurs
célebres , qui annoncées long - temps d'avance
, ne rempliffent jamais l'idée exagérée que
er eft formée le Public .
Voici le fujet de la Mere coupable . Pendant
une abfence du Comte Alma -Viva , la Comteffe
s'eft retirée dans le petit château d'Aftorga , que
fon époux a acquis de Léon , de Chérubin , de
ce jeune Page qui adreffait à fa marraine des
Romances fi naïves , & à qui fa marraine prenait
un intérêt fi tendre fans s'en appercevoir . Léon ,
véritablement amoureux , eft arrivé un foir dans
ce château dont il connaît tous les détours ; il
á pénétré dans l'appartement de la Comteile , &
en employant les efforts de la perfuafion , même
ceux de la violence , toujours victorieufe de la
part d'un Amant aimé , il a triomphé de fa vertu .
Il en eft né un fils , dix mois après le départ du
Comte. Une lettre de Rofine a fait part de ce
fâcheux événement au complice de fa faute.
( ) Quelques Journaux , rédigés , à la vérité , par des
Gens de Lettres , tels que celui de Paris , la Chronique ,
le Moniteur ont fenti , dès la premiere repréſentation ,
le mérite de l'Ouvrage , & ont prédit qu'il fe releverait.
"
FRANÇAI S. 77
Celui-ci , qui la déplorait également , a répondu
fur la même lettre au moment d'un combat d'ou
il eft revenu bleffé à mort : les der ieres lignes
font écrites de fon fang. Cette lettre jointe à
d'autres a été apportée par un Officier Irlandais ,
nommé Béjart , auquel Léon s'eft confié . Ce Béjart,
efprit fouple & adroit , profite de l'intimité que
doit lui donner une confidence pareille . Il a
toute la confiance de la Comteffe : il n'eft pas
moins habile à s'emparer de celle du Comte. Son
caractere grave & fa faulle vertu lui donnent
également des droits fur celles des enfans de la
maifon , c'est-à - dire du jeune Léon , malheueux
fruit de l'égarement de Rofine , & d'une
jeune pupillé du Comte , nomanée Floreftine ,
& dont il prend foin . les feuls que fes dehors
affectés n'aient pu féduire , c'est l'adroir & toujours
alerte Figaro , & fa Suzanne éclairée
fon mari:
par
Nous avons infifté. fur ces détails qui font
dans l'avant-fcène , parce qu'ils fervent à fonder
l'intrigue & les caractères. Efqu ffons la Piece
plus rapidement . Le Comte , qui a perdu dans
un duel fon fils aîné , affez mauvais fujer , d'après
des foupçons infpirés par Béjart fur la légitimité
du jeune Léon , a quitté l'Espagne & s'eff établi
en France. Se livrant à la haine pour cet étranger
introduit dans fa famille , il change fes
biens de nature , & veut les faire paffer fur la
tête de cette Floreftine , fa prétendue pupille ,
& qui eft fa fille naturelle . Il veut la donner en
mariage à Béjart , avec trois millions de dot.
Mais les deux jeunes gens font épris l'un de l'autre .
Pour vaincre cet obftacle , l'ilar dais engage
Comte à déclarer à Floreftine qu'elle eft fa fille ;
mais il ne manque pas de rappeler à la jeune
le
78
2
MERCURET
perfonne , qu'étant foeur de Léon , elle ne peut
plus fe livrer à fun amour. Ce n'est pas aflez :
pour augmenter la haine du Comte contre le
jeune homme , il veut qu'il ne lui reste plus
de doute fur fa naiffance. Il trouve un pré
texte pour lui faire vifiter le coffre, où la Comteffe
ferre fes diamans , a l'adreffe d'en faire ou,
vrir le double fond par Alma -Viva lui-même
qui y trouve la lettre du Page, dont nous avons
Faré . Le Comte furieux eft plas difpofé que
jamais à donner fa fille à Béjart , & à faire
partir Léon pour Malte. Celui-ci, qui répugne ex
trêmement à ce voyage , engage fa mere à obtenir
de fon époux qu'il refte à Paris. La Comteffe, fe
préparant à employer toutes les reffources de
l'éloquence maternelle , veut que fon fils en foit
lui -même témoin ; elle le fait cacher dans un
cabinet. Mais l'effet de cette converſation eft bien
différent de celui qu'elle effere . Les éloges
qu'elle donne à Léon , la comparaifon qu'elle
en fait avec le fils aîné qu'ils ont perdu , enflamrage
du Comte ; il accable la malheureufe
Rofine de tout le poids de cette faute qu'elle
croyait fi bien cachée , qu'elle pleure & qu'elle
répare depuis vingt ans , elle ne peut foutenir
cette fituation déchirante qui la couvre de honte
aux yeux de fon époux & de fon fils ; elle éprouve
toutes les angoiffes de la mort , & le Comte , qui
deja en lifant cette lettre fatale , n'y avait pas vu
le caractere, d'une méchante femme , attendri de
l'état affreux où il l'a mife, fe repent de fon empor
tement . Il rapproche fa vie entiere , fes vertus
fa longue pénitence de la faute d'un jour , &
s'empreffe de la pardonner. Mais tout s'expliquec'eft
par Béjart qu'on a tout fu ; c'eſt lui qui a
trahi le Comte , la Comteflè , & il poffede déjà
les trois millions qui doivent être joints à fà main
ment la
FRANÇAIS. 79
de Floreftine. Il s'agit de les lui faire rendre ;
c'eft à quoi s'engage Figaro , & ce qui fait le
fujet du cinquieme Acte , développé avec beaucoup
d'adreffe . Nous ne croyons pas devoir prévenir
nos Lecteurs fur les moyens qui ont befoin
du Théâtre pour produire tout leur effet.
On ne peut pas fe diffimuler que l'action des
trois premiers Actes ne foit lente : la néceffité
d'expofer un avant-fcène long & affez compliqué ,
de fonder des caracteres profondément conçus ,
& qui ne peuvent avoir tout leur développement
dans la Piece, a entraîné des longueurs qui refroidiffent
un peu l'intérêt jufqu'au moment de fa
grande explofion , à laquelle il eſt impoffible de
réfifter. Mais la force même de ces caracteres
l'habileté avec laquelle ils font tracés , l'énergie
de cette leçon de vertu donnée aux jeunes
femmes imprudentes ; mais la chaleur bru'ante
du quatrieme Acte , la conception fine & vraiment
dramatique du cinquieme , dédommagent
amplement de l'efpece de langueur qué le commencement
peut faire éprouver , & de cette impatience
qui eft elle-même une preuve de l'inté、
rêt qu'infpire le fond de la Piece.
On a beaucoup critiqué le ftyle : il n'eft pas
exempt de tout reproche ; mais on ne s'eft pas affez
rappelé que ce ftyle eft celui des perfonnages
connus de cette famille ; que l'Auteur aurait
été condamnable s'il avait fait parler Figaro Su-
& les aut es , dans la Mere coupable i
un autre langage que dans le Barbier & la Folle
Journée.
zanne ,
On a auffi critiqué le titre. On a dit que c'étaie
l'Epoufe plutôt que la Mere coupable . Sins doute
ce titre aurait été plus précis ; mais on fent qu'il
y a ici une forte d'ellypfe . C'est l'Epouſe cauMERCURE
pable d'être mere , que l'Auteur a voulu repréfenter
.
On a fait beaucoup d'autres critiques à la
premiere repréfentation ; mais pour en apprécier
la valeur , il fuffit de remarquer qu'on murmurait
avec éclat au feul nom de Béjart , toutes les
fois qu'il était prononcé . >
ON a donné au Théâtre de la rue Feydeau
un Opéra Italien intitulé le Trame delufe , les
Complots découverts , mufique de Cimarofa . Autant
que nous avons pu deviner ce Poëme , l'un
des plus infignifians de ce Théâtre , il eft queftion
d'un Chevalier d'induftrie qui féduit la
femme d'un Limonadier , & qui finit par être
arrêté pour fes efcroqueries. Ce fujet n'eft pas
celui du Poëme original ; on l'avait trouvé de
trop mauvaiſes mours . Cela peut- être ; mais du
moins il était intrigué avec affez d'art. Les changemens
qu'on y a faits l'ont affaibli & défiguré
fans le rendre plus honnête. Mais en ne s'arrêtant
pas à ce fond , & ne prenant garde qu'à
la mufique , on en a peu entendu ce Théâtre
d'auffi originale , d'auffi brillante , où la partie
de l'Orcheftre foit auffi riche , auffi variée , &
dont les chants foient auffi piquans. Cimarofa &
Paifiello font aujourd'hui les Génies les plus féconds
de l'Italie & les plus fermes foutiens de
l'Art mufical . Le premier eft peut - être encore
plus original & plus varié que fon digne rival.
Cette Piece eft parfaitement exécutée de la part
de l'Orcheſtre & des Chanteurs.
1
1 !
FRANÇAI S.
8r
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Peuple avec des Notes fur les principaux événemens
de la Révolution par des Députés des
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Aftrenemes & des Navigateurs , avec des Additions
, pour l'année commune 1793 ; publiée par
ordre de l'Académie Royale des Sciences , par
M. Méchain , de la même Académie . A Paris ,
de l'Imprimerie Royale ; & fe trouve chez Moutard
, Imp-Lio . de la Reine , rue des Mathurins.
Il lui refte quelques exemplaires pour 1792 , même
prix.
TABLE.
A
Monfieur ....
Charade, Enig. Logog.
Anecdotes.
61 ]Variété. 72
61 Spectacles.
65 [Notices.
75
Jear133.
MERCURE
FRANÇAIS .
SAMEDI 3 JUILLET 179 2.
PIECES FUGITIVES.
TRADUCTION LIBRE )
De la 7°. Elégie du fecond Livre de Tibulle.
Finirent multi letho mala , &c.
COMBIEN , ô mes amis ! de Mortels ici-bas
S'affranchiraient
des maux en cherchant le trépas ,
Si d'un front toujours gai , la crédule Efpérance
Ne foutenait pour eux le poids de l'existence
Si fa voix confolante , au fein de leur ennui ,
: Ne leur difait demain vaudra mieux qu'aujourd'hui
!:
Du fage Agriculteur Déité tutélaire ,
Elle lui rend préfens tous les biens qu'il efperes
Er tenant dans la main quelques grains renfermés
Multiplie à fes yeux ceux qu'il aura femés,
N°. 30. 18 Juillet 1792 .
86 MERCURE
A
L'eifcau du haut des airs volant à tire -d'ai'e ,
Dans un piére trompeur fuit fa voix qui l'appelle ;
Et l'avide poiffon , à l'appât fufpendu ,
S'eft pris dans le filet qu'elle-mên e a tendu .
Dévoré de chagrins , abreuvé de fes larmes ,
L'infortuné l'écoute , & fourit à fes charmes ;
Elle fait endormir jufqu'aux remords cruels
Qui chaffent le repos loin des coeurs criminels.-
Dans l'horreur des cachots , & meurtri de fa
chaîne ,
1
Le coupable l'invoque & l'entrevoit à peine ,
Que foudain je l'entends , de plaifits trajſporté ,
Tout courbé fous les fers , chanter la Liberté.
L'efpérance promit à mon ame affervie
*Que tu ferais , Zulmé , le bonheur de ma vie :
Mais ta fierté rebelle , hélas ! & tes refus
$ Te préparent , ingrate , un triomphe de plus .
Ah ! ce rêve pourtant confolait ma tendreffe :
Zulmé , ne démens pas fa flattcufe promeffe !
Je t'en conjure , au nom de ton aimable Secur ,
Moiffonnée à nos yeux comme une tendre fleur !
De ta Soeur . ... & que puiffe , à cette Soeur fi
2 chère ,
La terre qui la couvre être toujours légère !
Elle eft fainte à mon coeur : à fes mánes facrés
J'irai porter mes dons & mes voeux épurés ;
J'irai fur fon tombeau dépofer mes 'offrandes ,
Le parer en pleurant de nouvelles guirlandes ;
FRANÇAIS.
87
1
J'embrafferai fon urne ... & parmi les fanglots ,
A ces reftes muets je conterai mes maux.
}
›
Ah ! fenfible à ma plainte , à mes longues alarmes ,
Ta Soeur voudra tarir la fource de mes larmes ;
Elle voudra qu'enfin , plus docile à mes voeux
Tu ne rejettes plus mes foupirs & mes feux .
Je ne demande point que fon ombre févere
Erre autour de ton lit paifible & folitaire ;
Que fes manes , par toi fi long-temps négligés ,
Gémiffent triftement en accens prolongés ;
Je ne demande point qu'elle s'offre à ta vue
Telle que chez les Morts fon ombre eft defcendue,
Pâle, froide , fanglante , inanimée .... hélas !
Toute couverte encor des voiles du trépas.
Loin de toi ces objets : ces finiftres alarmes
Des yeux de ma Zulmé feraient couler des larmes :
Moi , lui couter des pleurs ! j'en jure fa douleur ,
Les larmes de fes yeux tomberaient fur mon coeur.
Qu'en tes regards , Zulmé , ſe peigne l'alégreffe :
De peur de l'altérer , ne vois point ma triſteſſe.
Ton coeur fut toujours bon : c'eft Phryné qui nous
nuit :
Le jour le plus ferein , Phryné le change en nuit.
L'Amour nous fouriait : Phryné feule empoiſonue
Les faveurs qu'il promet , les plaifirs qu'il nous
donne.
De mes heureux rivaux , je la vois chaque jour
Porter vers toi les voeux , les foupirs & l'amour ;
E 2
88 MERCURE
Et protégeant leur troupe à te fuivre empffée,
De leurs plus doux propos careffer ta perfée.
Et moi , moi que les Dieux formerent pour Zulmé,
Loin d'elle , je languis de mes feux confumé :
Je languis ; & Phryré , fentirelle affidue ,
Veille fur tous tes pas , & t'arrache à ma vue .
Si du feuil de ta porte écoutant quelquefois ,
Mon oreille attentive a reconnų ta voix ,
Phryne me dit foudain : » Vous mourrez dans l'at-
» tente ;
Zulmé , depuis long - temps , de ces lieux eft
» abfente «.
Si Zulmé m'a promis une nuit de plaiſirs ,
Phryne trouve un obftacle à mes brûlans défirs.
Ma Maîtreffe tantôt eft faible & languiffante ,
Ou d'un pere grondeur craint la voix menaçante...
C'eft alors que mon coeur fuccombe à ſes ennuis .
Je m'égare, & me cherche , & ne fais où je fuis.
Je t'aime , je te fuis ; je te hais & t'adore ;
Je te vois dans les bras d'un rival que j'abhorre ;
Ofupplice ! je vois tes folâtres ébats ,
Tes refus agaçans , & fes tendres combats
En imprécations ma rage ſe déploie.
;
Dans les tourmens affreux dont mon coeur eft la
proic , "
Je répete à Phryné ; Puillent enfin mes voeux
Faire éclater fur toi la vengeance des Dieux !
( Par M. Cloutereau. )
1
FRANÇA IŠ.
89
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
Le mot de la Charade eft Préface; celui
de l'Enige eft Paille ; celui du Logogriphe
et Oreilles , où l'on trouve Eil, Ifle,
Roi, Role, Or, Loire, Io , Lui, Ire, Soie, Il,
Lo, Soi, Dfeille, Sire.
CHARADE.
SANS le fecours de mon premier ,
Bientôt mes doigts fe laffent du dernier ;
Pour mon tout , c'eſt une autre affaire :
Mon premier n'eft plus néceffaire.
ÉN I G ME,
>
ᎠDoss plaifirs & de la terreur
C'elt moi qui fais l'avant- coureur ;
Et quand on célebre une fête ,
Très -fouvent je marche à la tête .
A ma voix , le brave Soldat ,
De Lifette oubliant les charines ;
S'occupe d'un autre combat.
Dès qu'il m'entend , il court aux armes .
Mais pour mon fort , le croira - t - on ?
Malgré les vertus de mon être ,
Par-tout où l'on me voit paraître ,
Je marche à grands coups de bâton .
E 3
90 MERCURE
LOGOGRIP NEDO
POUR Pour vous , Iris , juſqu'à préſent
OUR
Je fus fans doute indifférent ;
Mais lorfque votre deftinée
Sera foumife à l'hyménée ,
I
09 907
Vous pourrez fans aller plus loin ,
De mon fecours avoir befoin.
Je vais vous définir mon être
Et bientôt vous m'allez connaître.
Dix pieds , Iris , me font marcher
Si vous en êtes curieufe ,
Vous pouvez les décompofer :
Vous trouverez , pour commencer
De cette mouche induftrieufe.
L'utile & merveilleux produits
Le nom qu'on donne à fon réduit ;
Ce qui , par fa grande abondance ,
Nous fait vivre dans l'opulence ;
Un bon morceau du fanglier ;
L'épithete d'un Financier
Un grand Empire de l'Afie ;
Ce que renferme la veflie ;
L'heureufe guérifon d'un mal
;
ا ر
Ce qu'on trouve au col du cheval ;
Un Canton Suiffe Catholique
Près de Provence une Cité ;
Une peau dure ; un vafe antique ,
Jadis de grande utilité ;
Enfin , l'animal domestique ,
Modele de fidélité .
M
Â
( Par M. Delorme l'aîné , de Lyon . )
3
FRANÇAIS. 91
C
· NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES d'une Société célebre
confidérée comme Corps Littéraire & Académique
, depuis le commencement de
Siecle ; ou Mémoires des Jéfuites fur les
Sciences , les Belles-Lettres & les Arts :
publiés par M. l'Abbé GROSTER. Trois
Volumes in-8°. , avec Figures. A Paris ,
chez Defer de Maiſonneuve , Libraire
rue du Foin- St-Jacques , la porte. cochere
au coin de la rue Bouttebrie.
GES
PREMIER EXTRA I T.
" 1
ES Mémoires ne font autre chofe qu'un
choix d'Articles extraits des Journaux de
Trévoux, fur différens fujets de Science &
d'érudition. La plupart fe reffentent beaucoup
de cette futilité pédantefque. , . de ces
recherches laborieufement frivoles qui caractérifaient
ce qu'on appelait la Science ,
avant que la Philofophie en eût fait fentir,
Fabus . L'efprit Scholaftique & Monaftique
qui a fi long - temps , dans notre Europe
dominé l'efpece humaine en l'abâtardiffant
, s'efforçait encore , même après le
E 4
92
MERCURE
grand effor qu'elle avait pris fous Louis.
XIV , de la rétrécir & de la comprimer
dans de malheureuſes études , uniquement
faites pour retenir la penfée , ftérilifer le
temps , & arrêter les progrès de la raifon .
Une Société dominante , qui nourriffait.
dans fon fein des Savans & des Lettrés ,
& préfidait à l'éducation de la jeunelle
dans une grande partie du Royaume , fe
fervait de tous fes moyens , non pas pour
entretenir l'ignorance , comme on l'a dit
ridiculement , mais pour donner une importance
exclufive à une Science vaine &
contentieufe , pour fubordonner tout à la
Théologie , aux interminables explications
des inexplicables Ecritures aux inutiles
difcuffions des poings les plus minutieux ,
& des innombrables conjectures qu'offrent
les Antiqui és hiftoriques . C'eft ainfi
qu'en parcourant les fujets de ces Mémoi
res choifis , on trouve de longues & graves
differtations fur Jonas dans la Baleine , fur
Faccord de S. Etienne avec Moife , fur la
conciliation de Moife avec S. Etienne au
fujet du dénombrement des enfans de Jacob,
fur la maniere de compter les années des
Patriarches , fur l'éclairciffement de la prophétie
de Jacob , fur l'explication des ver
fets du Chapitre de S. Luc , fur les mesures
de l'Arche de Noé , fur l'année & le jour de
la mort de S. Benoit , & c. &c. Voilà donc
ce qui occupait les veilles de tant de pré-
¡
FRANÇAIS. 93
rendus Savans , ce qui les faifait pâlir &
vieillir fur les In- folio & les Manufcrits ,
ce qui faifait perdre tant de papier & de
temps , & ce qu'on a cru devoir réimprimer
à la fin du 18me . Siecle ! En relifant
les titres que je viens de tranfcrire & une
foule d'autres du même genre , avons nous
bonne grace à nous moquer des Rabbins ,
des Talmudiftes , & des milliers de Commentateurs
de l'Alcoran ! Cette miférable
manie d'une érudition fi mal entendue ,
fut tellement épidémique , qu'elle avait
gagné jufqu'an fage Bayle , qui , pour fe
conformer au temps & à la mode , a rempli
de ces doctes billevefées une partie de fon
Dictionnaire , où brillent d'ailleurs tant de
lumières, & qui fut un des premiets Livres
ot la Philofophie ait ofé le montrer. Au
contraire , on n'en apperçoit pas la plus
légere trace dans ces Mémoires , ni dans
les nombre Journaux dont ils font tirés
ni dans aucun ouvrage des Jéfuites ; & il
eft à remarquer que dans cette longue lifte
de Lettrés de Savans en divers genres ,
que le Rédacteur de ces Mémoires a remiſe
fous nos yeux , & que je vais examiner
, il ne fe trouve pas un feul Philofophe
il était impoffible qu'un Jésuite
le fût , au moins dans fes écrits. Mais en
revanche , un des caracteres dominans des
écrits de cet Ordre , c'eft la haine de tout
ce qui annonce , même de loin , la moin '
E-
:
94
MERCURE
dre liberté de penfer , de tout ce qui, fort
un moment du cercle dans lequel ils voulaient
circonfcrire les opérations de l'entendement.
Aufli que refulte - t - il , pour
tout homme ráifonnable , de ces Mémoires
& des Livres dont on les a tirés ? Rien que
ce mot d'un ancien Sage : Que de chofes dont
je n'ai pas befoin !
Cette inutilité même eft aujourd'hui, fi
généralement reconnue , que l'on pourrait
préfumer, fans trop d'invraifemblance, que,
cette compilation n'a été entreprife , que,
pour être le prétexte & l'occafion de la
Préface , qui nous préfente non pas l'apo
logie , mais le panégyrique des Jefuites ,
C'eft venir un peu rard , à moins que cette
nouvelle Oraifon funebre , apportée, après
tant d'autres , fur la tombe de la défunte
Société , n'ait été dictée par l'efpérance de
la voir encore renaître parmi nous plus
d'une circonftance du moment pourrait
appuyer cette conjecture , & il ferait alors
tout fimple que M. l'Abbé Großer ait
voulu flatter des cendres qu'il croit prêtes ,
à fe ranimer. Mais on fait que toute Oraifon
funebre eft un peu menteufe , & la
Préface , qui à ce titre n'eft pas trop fidele
à la vérité , pourrait bien mentir encore
comme Prophétie. La Société , alliée par
effence au Defpotifme , ne peut revivre en
France qu'avec lui ( Quod Deus avertat &
Apero , avertet ) ; mais duffent - ils un jour.
FRANÇAIS. 95
?
4
1
réunir fur moi leurs vengeances , celui qui
s'eft vu une fois libre , & qui a joui de
la liberté , fans en abufer jamais , ne cef
fera pas de lui payer le tribur qui haigest
le plus cher , celui de la vérité. C'eft dans
ce deffein que je vais faire quelques obfervations
fur ce panégyrique , mis , fous
le nom de Préface , à la tête des Mémoires!
publiés par M. l'Abbé Grofier. , Spint
ཚ; Il est toujours ailé d'intéreffer à un cer
tain point pour le malheur , même quand
il est une punition , & file Rédacteur, qui
a fait de bonnes études & qui écrit affez
purement , fe, fût contenté d'employer à
propos la figure de Rhétorique nommée
Hypotypofe, pour nous retracer les rigueurs
très gratuites & très condamnables', exert
cées fur des individus , la plupartítrès -innocens
des fautes de la Société vil eût
réuſſi fans inconvénient àl exciter la compaffion
; & tout ce qu'on aurait puoluk
dire , c'est qu'il ne fait en cela que répéter
ce qu'ont écrit long- temps avant lui . Voltaire
, d'Alembert & tous les Philofophes,
qui , en approuvant avec prefque toute da
France , la deftruction d'un Ordre quilavait
mérité fa haine sont blamé hautement.co
qu'on y a mêlé, de dureté & de vexatious
Tout ce qu'on en doit conclure coeft que
quand l'efprit de parti fait un acte d'équité,
il ne, manque jamais de s'y joindre quelque
chofe de cette injuftice qui eft de la
1.
}
E 6
96
MERCURE
J
nature de l'efprit de parti . C'étaient les
Parlemens qui frappaient les Jéfuites , &
l'on fait que la main de ces grands Corps ,
appefantie par de vieilles paflions , n'était
pas toujours capable de melurer fes coups ,
en fe fervant du glaive de la Juftice.
1
Mais fi les Juges ont été trop loin dans
l'exécution , s'enfuit- il que leur arrêt fût
inique , & que la Société profcrite tût à
l'abri de tout reproche : C'est ce que le
panégyrifte était far- tout obligé d'examiner
, s'il voulait fe montrer digne de l'im
pofante fonction d'etre Juge des Juges &
organe de la Pofterité. Il avoue lui-même
que les rivalités ,les inquiétudes jaloufes n'ont
plus d'objet que les haines font amorties.
Rien n'eft plus vrai . Il ajoute N'eft ce
pas à cette époque que l'homme de
» Lettres défintéreffé pourrait révéler l'hif
» toire de cette longue iniquité politique ?
» & ne ferait-il pas temps enfin de venger
» la mémoire de l'innocent calomnié , flé-
» tri , dépouillé « ?
:
Affurément : c'eft dans tous les temps
an devoir , & de plus vous avouez que
dans le nôtre rien ne s'y oppole. Qui donc
vous empêche d'entreprendre une fi noble
tâche Mais non ; ne violons point le
>> filence qui regne autour de tous ces tombeaux
: ils font fous l'ail de l'Eternel ,
fen Juge & appréciateur fuprême des
» actions des hommes "
FRANÇAI S. 97
<
Ah ! M. le Profeffeur , ces figures triviales
& dénuées de fens font bonnes tout
au plus, à dieter à des Ecoliers , pour leur
apprendre à fe tirer tellement quellement
d'une mauvaife caufe. Mais à qui d'ailleurs
croyez - vous qu'elles puiffent tenir
lieu de raifons ? Quoi vous craignez det
violer lefilence des tombeaux , quand, felon
Vous , la cendre des innocens calomniés
flétris , dépouillés , y crie vengeance ! Ne
fentez - vous pas en vous - même toute la
futilité , toute la mauvaite foi d'un pareil
fubterfuge ? Eh ! c'eft votre filence inême
que ces cendres ont droit d'accufer . Ces
morisfontfous l'oeil de l'Eternel : fans doute ;
mais ils font auffi, fous celui de la Pofté
rité , toujours équitable ; pourquoi dond
femblez - vous en decliner le jugement ?
L'Eternel et le feul Juge & l'appréciateur
fuprême des actions des hommes . Oui , dans
l'autre monde ; mais voudriez - vous nous
faire croire qu'il ne faurait y avoir de juf
tice dans celui- ci ? Cela ferait trop abfurde,
& vous n'êtes pas capable de foutenir une
abfurdité. Que voulez - vous donc dire Que
fignifie cette Hiftoire d'une longue iniquité
politique qu'on pourrait révéler Ne diraiton
pas que l'Hiftoire des Jéfuites eft un
myftere , un de ces problêmes politiques
fur lefquels on difpute encore , tels , par
exemple , que la condamnation des Templiers
? S'agit - il d'un de ces faits obfcurs
2$ MERCURE
& ifolés dont un particulier a pu emporter
avec lui le fecret Mais la Société était
fous les yeux du monde entier ; fon Hiftoire
, mêlée , fans ceffe à celles des Empires
, couvre les pages des Annales du
monde ; & cela feul ( pour le dire en paft
fant ) fuffirait à la faine raifon pour condamner
l'existence d'une femblable Société
religieufe . Et quand nous pouvons, fur
l'autorité des Hiftoriens bien examinés
juger les Rois , les Miniftres , les Nations
nous ne pourrions pas aujourd'hui jugen
les Jéfuites Il faudrait les renvoyer avec
refpect au Tribunal de Dieu ? Quelle pués
rile Rhétorique ! Ne voyez - vous pas où
elle vous conduit ; & qu'en appeler , en
Bareille matiere, aujugement de Dieu , c'eft
avouer implicitement qu'on a perdu la cauſe
au jugement de tous les hommes ? , }
7
Vous convenez que les Juges font aujourd'hui
moins paffionnés. Certes , je fuis
ici de tous les Juges le, moins fufceptible
de paffion vous ne m'accuferez sûrement
ni d'être , Janfénifte , ni d'être Parlementaire
je fortais de l'enfance quand les Jéfuites
ont été détruits , & jamais , fous
aucun rapports 1ils n'ont pu me faire ni
bien ni mal ; & pourtant je penfe , comme
tant d'autres que leur profcription a été
très- légitime , & je ne ferais embarraffe
que de la multitude des preuves . Aurez-
Yous recours à cette derniere reffource, que
#
FRANCAIS. 699
pourtant je crois peu faite pour vous ,
de minjurier ( ce ferait l'expreflion propre
dans votre fens ) du titre d'Ecrivain Philofophe,
en ajoutant , comme on n'y man
que jamais , qu'en cette qualité je ne réprouve
dans les Jefuites que les défenfeurs
de la Religion Cette défaite ferait encore
illuforre , car les Oratoriens les Bénédic¬
tins , les Doctrinaires ont fourni de nomi
breux défenfeurs de la Religion , & aucun
de ceux qu'on fuppofe fes ennemis me sielt
jamais ayile de le trouver mauvais „ & n'a
fonge à fe déclarer contre eux. , Toute rés
culation perfonnelle et donc impollible
ici , à moins que vous ne difiez que come
ami de la Liberté , je hais les fatellites de
pouvoir abfolu , qu'admirateur des Mar
fillon , des Fénélon des Fléchier, &c.
qui ont fait aimer la Religion par leurs
écrits & leurs exemples , je ne puis fouffrir
ceux qui ont foutenu des controverfes
d'école par des actes d'autorité , & pour
le coup, vous auriez raifon, mais cet en
me donnant railon.oq th allows yolsį
La maniere de penfer,fur les anciens,
éleves d'Ignace n'eft déjà plus la même :
» ce n'eft plus certe, légion ambiritufe de
prêtres , qui s'étaient difperfés fur toute
» la terre pour en ufurper l'empire , &!
» fe former un trône unique des débris,
de tous les trones , Leurs , chefs, ne pad
raiffent déjà plus avoir été, réellement
و ر
H
99.
22 .
$3
<
100 MERCURE
» les Rois des Rois ; leurs immenfes trét
" fors fe font évanouis , ainfi que toutes
» ces armées que recelaient les déferts du
Paraguay. On rougirait de te permettre
" encore ces abfurdes inculpations ".
95
Ce paffage n'est encore qu'une petite
adrelle de Rhéteur ou d'Avocat , qui confifte
à atténuer des inculpations réelles en
les: préfentant d'avance fous des formes
exagérées : Novi locum . Mais rien n'eft plus
aifé que d'ecarter l'exageration & de maintenir
la vérité. Non , les élevés d'Ignace
n'ont pas été & n'ont pas voulu erre réellement
les Rois des Roi» , ni fe former un
trône unique ; c'éût été prétendre un ped
trop , men en mettant de côté l'invention
de l'Imprimerie , qui , coincidant à peir
près avec leur fondation, devait leur mon
frer dans le lointain le pregrès lent , mais
infaillible , des lumieres & de la raifon ,
obftacle infurmontable'ahin excès d'ambition
particuliere , qui n'aurait pu réuffir
que par un éxcès d'imbécilité générale, La
jaloufie naturelle du pouvoir , qui n'abandonne
jamais les Rois , fuffifait pour faire
fentir aux Jéfuites que l'idée de fe fubítisuer
en leur place ferait chimérique , même
avec tous les fecours du fanarifnie & de
la crédulité. Mais ils ont pif très bien
croire , & ils ont cru avec raiſon , que fe
faifant les premier's agens d'un Pouvoir qui
dominait tous les autres par la Religion ,
FRANÇAI S.
101
dirigeant la confcience de tous les Princes
par la Confeffion , & le Cabinet par la
confcience , & le Clergé par la diftribution'
des Bénéfices , & les grandes familles par
l'efpérance des Prélatures , & la jeune fe
par l'éducation , & les écoles théologiques
par l'intérêt ou par la crainte ; & joignant
encore à tant de moyens la facilité & le
talent d'intriguer dans les Cours & dans le
monde , qu'ils ne quittaient pas , & de s'affujettir
encore la multitude dans le confeffionnal
, ils pourraient exercer un trèsgrand
pouvoir fur le pouvoir des Rois &
fur l'opinion des peuples voilà ce qu'ils
ont pu faire & ce qu'ils ont fait. Deux cens
ans de notre Hiftoire l'atteftent à toutes les
pages. La domination qu'ils ont exercée
par la Religion & l'intrigue n'eft pas moins
prouvée que celle qu'exercerent les Romains
par les armes . Je dis maintenant à
M. l'Abbé Grofier : ou niez ces faits , ou
affirmez que telle devait être l'existence
d'un Ordre religieux . Il vous faur l'un out
l'autre pour vous déclarer légitimementl'apologifte
& le panégyrifte des Jéfuites !
Vous voilà placé entre la dénégation de
faits évidemment inconteftables , & l'affic
mation d'un principe évidemment immoral
& anti- Chrétien . Choififfez .
Je vais plus loin : j'écarte toutes les atrop
cités de la Ligue , où ils ont eu tant de
part ; je confens que l'on affaibliife ce re-t
"
"
192 MERCURE
proche fi grave d'un efprit de faction & de
révolte , & d'une doctrine régicide , en répondant
que cet efprit était celui d'un parti
Catholique qui croyait tout permis pour
défendre la Religion , & repouffer du trône i
un Prince Hérérique ; j'oublie l'arrêt qui
les chaffa de France fous le meilleur de
nos Rois , & la colonne flétrillante élevée
contre eux par la juftice & renversée par :
la crainte , lorfque le Grand Henri avoua.
qu'il aimait mieux les rappeler que de
trembler toujours pour fa vie. Je m'arrête
feulement aux temps de Louis XIV- & de
Louis XV , & ne yeux juger les Jéfuites !
que fur ce qui eft bien reconnu pour être ›
uniquement leur ouvrage , fur cent ans des
troubles , de difcordes , de perfécutions ,
de crimes de toute efpece ,. produits par
cette Bulle fi abfurde & fi ridicule pour le
fond , fi déteftable dans fes effets ; fur les
forfaits prouvés du traître d'Aubenton &
du fauffaire Tellier ; & je demande fi l'on.
peut , fans rougir , juftifier un Ordre religieux
, coupable de tant d'horreurs , aux
yeux du monde entier ; l'on peut reprocher
aux Nations d'avoir rejeté de leur
fein une Société qui le déchirait depuis fi
long-temps Enfin , s'il s'agit de la légalité
rigoureufe de l'arrêt porté contre eux , je
demande s'il n'eft pas vrai que jamais ils
n'avaient été reçus en France avec les
formes requifes alors pour donner à toute
FRANÇA IS. 104
:
corporation cénobitique une existence lé
gale & s'il s'agit de politique & de morale
, je demande s'il eft dans les principes
d'un bon Gouvernement de tolérer une
Congrégation d'hommes qui font un ferment
particulier d'obéillance à un autre
Souverain, & s'il eft dans les bonnes moeurs
de laiffer fubfifter dans un Etat le fcandale
perpétuel d'une Société religieufe , convaincue
d'avoir fait tant de mal? aDayb
Allons au fait pourquoi M. l'Abbé
Grofier n'a- t-il pas effaye de toucher à cet
amas d'accufations. terribles qui pefe fur
eux depuis des fiecles ? C'est qu'il a fenti
qu'il en ferait accablé. Pourquoi n'a - t - il
pas ofé dire un feul mot de tout ce que je
viens de rappeler très-fommairement, & de
tout ce qu'il fait auffi bien que moi ? C'eſt
qu'il a beaucoup plus d'efprit qu'il n'en
faut pour être convaincu de l'impoflibilité
de foutenir un moment la difcuffion &
l'examen. Il n'a pas été affez mal- adroit
pour s'y engager , & s'eft rejeté fur un feul
objet déjà trairé par beaucoup d'autres
partifans de la Société , fur ce qu'elle a pu
avoir de mérite dans les Lettres , & fur le
bien qu'elle a pu faire dans l'enfeignement.
C'eft là- feffus qu'il a fondé fon Elégie In
genere laudativo ; mais dans cette partie
même, le defir affez naturel de louer, outre
mefure , fes anciens confreres , l'a fait donnet
dans le vague , dans Fexagéré , dans le
102 MERCURE
proche fi grave d'un efprit de faction & de
révolte , & d'une doctrine régicide , en répondant
que cet efprit était celui d'un parti
Catholique qui croyait tout permis pour
défendre la Religion , & repouffer du trône
un Prince Hérétique ; j'oublie l'arrêt qui
les chaffa de France fous le meilleur de
nos Rois , & la colonne flétrillante élevée
contre eux par la justice & renversée par :
la crainte , lorfque le Grand Henri avoua.
qu'il aimait mieux les rappeler que de
trembler toujours pour fa vie. Je m'arrête
feulement aux temps de Louis XIV; & de
Louis XV , & ne yeux juger les Jéfuites !
que fur ce qui eft bien reconnu pour être ›
uniquement leur ouvrage , fur cent ans des
troubles , de difcordes , de perfécutions ,
de crimes de toute efpece,, . produits ' par
cette Bulle fi abfurde & fi ridicule pour le
fond , fi déteftable dans fes effets ; fur les:
forfaits prouvés du traître d'Aubenton &
du fauffaire Tellier ; & je demande fi Eon.
peut , fans rougir , juftifier un Ordre religieux
, coupable de tant d'horreurs , aux
yeux du monde entier ; fi l'on peut reprocher
aux Nations d'avoir rejeté de leur
fein une Société qui le déchirait depuis fi
long-temps Enfin , s'il s'agit de la légalité
rigoureufe de l'arrêt porté contre eux , jè
demande s'il n'eft pas vrai que jamais ils
n'avaient été reçus en France avec les
formes requifes alors pour donner à toute
FRANÇA IS. LOA
:
3
corporation cénobitique une existence lé
gale & s'il s'agit de politique & de morale
, je demande s'il eft dans les principes
d'un bon Gouvernement de tolérer une
Congrégation d'hommes qui font un ferment
particulier d'obéiffance à un autre
Souverain, & s'il eft dans les bonnes moeurs
de laiffer fubfifter dans un Etat le fcandale
perpétuel d'une Société religieufe ; convaincue
d'avoir fait tant de mal? UDAND
Allons au fait pourquoi M. l'Abbé
Grofier n'a- t -il pas effaye de toucher à cet
amas d'accufations. terribles qui pefe fur
eux depuis des fiecles ? C'eft qu'il a fenti
qu'il en ferait accablé. Pourquoi n'a - t - il
pas ofé dire un feul mot de tout ce que je
viens de rappeler très - fommairement, & de
tout ce qu'il fait auffi bien que moi ? C'eft
qu'il a beaucoup plus d'efprit , qu'il n'en
faut pour être convaincu de l'impoflibilité
de foutenir un moment la difcuffion &
l'examen. Il n'a pas été aflez mal- adroit
pour s'y engager , & s'eft rejeté fur un feul
objet déjà trairé par beaucoup d'autres
partifans de la Société , fur ce qu'elle a pu
avoir de mérite dans les Lettres , & fur le
bien qu'elle a pu faire dans l'enfeignement.
C'eft là- feffus qu'il a fondé fon Elégie In
genere laudativo ; mais dans cette partie
même, le defir affez naturel de louer, outre
mefure , fes anciens confreres , l'a fait donner
dans le vague , dans Fexagéré , dans le
104
MERCURE
Faux ; & il ne fera pas inutile de replacer
ici les chofes fous leur vrai point de vue. ,
er
( La fuite au 1º . Mercure. )
VARIÉTÉ
ANECDOTE traduite d'un Papier Anglais.
-E
LA petite Hiftoire fuivante eft fi littéralement
vraie , qu'elle n'a befoin ni du fecours de la
fiction , ni des graces du langage elle fera fentie
par ceux pour qui le vrai eft le feul beau ; &
c'eft pour eux feuls qu'elle eft écrite. Je vais la
raconter avec la plus grande fimplicité & l'exactitude
la plus préciſe ."
Il y a environ quatre ans qu'une jeune femme
s'arrêta dans un petit village près de Brifto!, &
demanda qu'on lui donnât par charité un peu
de lait . Il y avait quelque chofe de fi attrayant
dans fon extérieur , qu'elle attira Pattention dé
tout ce qui était autour d'elle . Elle était de la
premiere jeuneffe , & d'une beauté frappante ;
fes manieres étaient nobles & gracicufts , &
tout fon maintien infirait le plus grand intérêt.
Elle était feule , étrangere dans le pays , & dans
une extrême mifere ; cependant elle ne proférait
aucune plainte , & ne cherchait point à exeter
la compaffion. Sa mariere de parler & d'agir
annonçait vifiblement une naiffance diftinguée ;
cependant on remarquait dans fes paroles & dans
FRANÇAIS. 105
:
fes actions des difparates qui indiquaient une
tête dérangée . Elle paffait la journée à chercher
une place où elle put repofer fa pauvre tête
& la nuit elle couchat fous l'abri d'un tas de
paille . Des Dames du voifinage lui repréfentaient
le da gger d'une fituation fi expofée , mais inutilement
leurs fecours fournillaient à fes befoins
; mais ni prieres ni menaces ne pouvaient
l'engager à coucher dans une maiſon . Comme
elle donnait de temps en temps des marques
d'une véritable folie , à la fin on l'enferma. Je
paffe fur cet endroit de fon hiftoire : il affecte
trop mon ame , & affligerait celle du Lecteur.
Enfin elle fut élargie , & fans perdre un moment
, elle recueillit ce qui lui reftait de force ,
& revint à fon tas de paille , quoique ce fût à
fix milles de fa prifon . On ne peut exprimer
fon raviffement forfqu'elle fe retrouva libre & encore
en poffeffion de fon chétif afile. Il y a actuellement
près de quatre ans que cette malheureufe
créature s'eft dévouée à une fi déplorable
condition , & qu'elle n'a couché dans un lit
ni fous un toit. La peine , la maladie , le froid,
la mifere ont altéré la fanté & fes charmes
mais fa figure eft toujours très - intéreffante , &
il y a dans fon air & dans fes manieres une
douceur & une délicateffe pen communes. Elle
eft bien éloignée de la vanité des habillemens ,
fi naturelle à fon fexe & fi ordinaire dans la
folie. Elle ne porte ni n'accepte aucune parure ,
& lorfqu'on lui fait quelque préfent de cette
efpece , elle le pend à une branche d'arbre , &
le laiffe -là comme indigne de fon attention . Elle
refufe de donner aucun éclairciffement fur ce
qui la concerne fon filence fur ce point eft
invincible. Ses momens de raifon deviennent
plus rares , & fon efprit eft vifiblement aliénés
;
106 MERCURE
A
cependant fes réponfes font affez fenfées , à
moins qu'elle ne foupçonne quelque intention
de la furprendre dans les queflions qu'on lui fait.
Au refte , fa vie eft l'innocence même . Les matins
elle fe promene autour du village , converfe
avec de pauvres enfans , leur fait de petits pré-
Tens de ce qu'on lui a donné , & reçoit les leurs
en échange . Elle ne prend rien que du lait , du
the & la plus fumple nourriture. Les Dames du
voifinage , & une en particulier qui a été fa
conftante & infatigable bienfaitrice , n'ont rien
oublié pour obtenir d'elle de vivre dans une
maifon ; mais elle répond toujours : Le trouble
& le malheur habitent dans les maifons ; la liberté
& l'air, voilà le bonheur. Une certaine fingularité
de termes , quelque chofe d'étranger dans
la prononciation & dans la tourne de quelques
phrafes , ont fait conjecturer qu'elle n'était pas
de ce pays-ci. On a fait différens effais en différens
temps pour tirer de ces circonflances quelque
connaiffance de fon origine. Il y a environ
un an qu'un Gentilhomme lui parla plufieurs
Langues du continent. Elle parut inquiete & embarrallée
mais forfqu'il vint à lui parler Allemand
, fon émotion fut fi grande qu'elle ne putla
cacher ; elle détourna la tête & fondit en
larmes. Cette Anecdote , répandue dans le voifinage
, parvint , il y a quelques jours , à deux
Gentilshommes que l'humanité engagea à vifiter
cette infortunée. L'un d'eux , qui parle Allemand
très- couramment , voulut faire la même épreuve .
Elle parut finguliérement troublée , rougit , &
foit hafard , foit qu'en effet elle entendit , cette
Langue , elle répondit en Anglais à quelques
queftions. Mais tout à coup , comme fi elle fe
fut apperçue qu'elle avait commis une imprudence
, changea
<
elle
troitement
de
converfaFRANÇAIS.
107
tion , & nia qu'elle eût rien entendu de ce qu'on
lui avait dit.
On ne s'eft déterminé à rapporter cette hiftoire
fi fimple que dans l'efpérance qu'elle pourrait
paffer fous les yeux de quelque perfonne
intéréfée au fort de cette trifte créature ; & tout
e que l'historien défire , c'eft de ramener ( peutêtre
une jeune perfonne aimable & malheureufe
dans les bras de parens actuellement défolés
de fa perte . Il voudrait bien que tout ce
récit ne fut qu'une fiction , & n'avoir pas été
témoin oculaire de ce qu'il raconté . Il fe ferait
épargné une impreffion bien douloureuſe & des
larmes ma'heureufement inutiles .
ANNONCES ET NOTICES.
EUVRES DE FONTENELLE , des Académies
Françaiſe , de Nancy , de Berlin , & de Rome ;
nouvelle Edition , augmentée de plufieurs pieces
à l'Auteur , mifes pour la premiere fois par ordre
de matieres , & plus correctes que toutes les précé- 7
dentes ; in- 8 ° . fur carré d'Angoulême , Tomes VII →
& VII ( fin de l'Ouvrage ) . Brochés en carton &
étiquetés , 12 liv. L'Ouvrage complet , huit Vol.
brochés de même, 48- liv. A Paris , chez Servieres
, Libr. rue St-Jean-de- Beauvais ; & chez
Baſtien , Libr. rue des Mathurins , Nº. 7.
Cette édition , qui eft belle & foignée , eft
véritablement fupérieure à toutes les précédentes:
Nous devons au même Libraire Baftien une Edition
nouvelle de THEOPHRASTE & une de
LA BRUYERE , qui lui font honneur , & qui
méritent l'attention des Amateurs de bons Livres.
ICS MERCURE FRANÇAIS.
HISTOIRE des Révolutions d'Angleterre , pour
fervir de fuite à celle du P. d'Orléans ; par M.
Turpin. 2 Vol. in- 12 . Se trouve à Paris , chez
Régen & Bernard , Libr . quai des Auguſtins ,
N°. 37.
GÉOGRAPHIE.
CARTES générales du théâtre de la guerre des
trois armées Françaises en quatre feuilles qui ,
réunies , forment deux Cartes du plus grand infolio
; les deux premieres renferment le cours
du Rhin , depuis la fource jufqu'à fon embouchure
, avec tous les pays qu'il traverſe & qui
l'avoifinent ; favoir , la Suifle , partie de l'Allemagne
, de la France , des Provinces - Unies ,
de la Hollande ; la troifierre & quatrieme , plus
détaillées, comprennent les Pays - Bas , les Comtés
de Flandres , de Hainaut , de Cambréfis , le Boulonnais
& Frontieres de Picardie , les dachés de
Brabant , de Luxembourg , de Limbourg , de
Juliers , & l'Evêché de Liége , & c . Ces quatre
Cartes fe vendent 12 liv., 9
A Paris , chez Deſnos , Ingén. Géog: pour les
Globes & Spheres, & Libr. rue St-Jacq. Nº. 254.
TABLE
TRADUCTION. 851Variété.
Charade, Enie. Logog. 89 Annonces & Notices,
104
199
Mémoires, &c. 941
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 16 Juin 1792.
L'ATTACHEMENT de la Nation Hon
groife pour fon Souverain s'eft manifeſté
d'une manière énergique & loyale au Couronnement
de Sa Majesté , qui a eu lieu le 6 ;;
celui de la Reine s'eft fait le 10. L'Af
femblée des Etats a renouvellé , après le
Difcours du Roi , la fcène qui eut lieu
lorfque Marie Thérèfe s'adreffa à eux dans
là guerre qu'elle foutenoit contre la Pruffe
& la France : tous les Députés tirèrent leur
fabre, & jurèrent de périr pour foutenir
les droits de leur Roi. Cet enthoufiafme
d'un Peuple froid , & qui conféquemment
ne fait point de ferment en l'air , a été
fuivi d'un don de trois millions de florins
No. 27. 7 Juillet 1792. A
( 2 )
L
d'un million de boiffeaux de bled à l'ufage
des armées : les Etats ont auffi arrêté la levée
de 6,000 hommes pour les régimens Hongrois
employés fur l'état de campagne.
Le Roi a nommé le Grand-Duc de Tofcane ,
Feld -Maréchal de fes armées . --- L'Envoyé de
la Porte a reçu de nouvelles lettres de créance ;
il aura une audience publique de Sa Majeſté ſi- tôt
qu'elle fera de retour de Bude ; ce qui fera le 25
ou 26 du mois . Elle repartira immédiatement
après pour Francfort . On penfe affez généralement
ici que notre Cour ne ſe mêlera pas
des affaires de Pologne.
---
Le régiment de Dragons de l'Archiduc
Jofeph , venant de Hongrie, a paffé devant
le château de Schonbrown pour ſe rendre
dans les Pays - Bas. 120,000 quintaux
de farine & 800,000 boiffeaux d'avoine
feront tranfportés de la Hongrie fur le
Danube jufqu'à Ulm : ces provifions font
deſtinées à l'armée fur le Rhin.
·De Francfort-fur- le -Mein , le 23 Juin.
Les armées Pruffiennes fe meuvent lentement,
& quelques perfonnes veulent toujours
en conclure qu'il exifte de l'incertitude
dans les vues de la Cour de Berlin. li eft cependant
certain que plufieurs Corps de troupes
font en pleine marche aujourd'hui , &
que fi quelque lenteur femble le faire ap(
3 )
percevoir , il eft prefumable qu'elle n'eft
due qu'à l'approche du Couronnement de
l'Empereur que l'on fixe au 5 ou 6 du mois
prochain.
L'on mande de Berlin , que l'Apothicairerie de
campagne , le grand Hôpital , la Boulangerie
&c. &c. en font partis pour fe rendre à Coblentz;
quatre Bataillons d'Artillerie & les Poutons font
également en route pour la même deftination ;
de Gotha , que la tête de l'armée Pruffienne qui
fe rend für le Rhin , paffera par ce Duché ; les
Huffards d'Eben , partis de Berlin le 3 , fe trouveront
à Gotha le 213 le 29 , l'Artillerie & les
cha iots munitionnaires y arriveront . On compte
à Coblentz y voir toutes les troupes Pruffiennes
raffemblées le 24 Juillet. La Légion de Mirabeau
arrivée près de cette ville , s'embarquera
fur le Mein pour le rendre aux Pays - Bas .
Autrichiens occupent deux camps dans le Brifgaw
, celui de Rothevel & celui de Forcheim ;
ils y ont établi des batteries qui défendent le
paffage du Rhin près du château de Sponcek.
--
Les
L'acceffion des Cercles aux démarches
des deux Cours & leurs opérations militaires
commencent à fe manifefter d'une
manière pofitive . C'eft fur tout au Comte
de Lehrbach , Miniftre de la Cour de
Vienne , qu'on en doit le fuccès. Il a rencontré
& vaincu quelques difficultés qu'on
oppofoit au projet de la Cour de Berlin
dans le Cercle de Souabe. L'Affemblée
de ce Cercle à arrêté de fournir fon
A 2
( 4 )
contingent triple , & de hâter l'équi
pement de fon Corps d'armée. L'Electeur
Palatin a auffi accédé à l'alliance entre les
Cours de Vienne & de Berlin.
Il fe confirme que la Direction du
Cercle de Franconie a été prévenue que
18,000 Ruffes devoient paffer fur fon territoire
pour fe rendre fur le Rhin ; ce qu'il
y a de très -certain , c'eft que l'Impératrice
a accédé à l'alliance des deux Cours , &
qu'on apprend de Pétersbourg que le
Prince de Naffau a dú mettre à la voile
de Cronstadt , le 4 Juin , avec fa flotille , fur
laquelle fe trouve beaucoup d'Emigrés
François. Le Roi de Sardaigne a également
déclaré qu'il accédoit à la même alliance
entre les deux Cours.
PAYS- B A S.
De Bruxelles , le 24 Juin.
L'on commence à craindre qu'enfin
nous ne foyons victimes du peu de précautions
que l'on a prifes contre les hoftilités
des François. Peut-être a- t-on compté
trop légèrement fur l'indifcipline de leurs
troupes, ou fur les affurances données par le
parti conftitutionnel en France , qui pen
dant tout le temps du miniftère de M.
Deleffart n'a ceffé de faire entendre à
Vienne , à Berlin & à Londres , que jamais
ef- la France n'en viendroit à une guerre
fective avec l'Autriche , & que tous les
efforts du parti Jacobin s'anéantiroient
devant la réunion des gens honnêtes , devant
la volonté de la partie faine de la
Nation . Ces allégations, quels qu'en fuffent
les motifs , ont tenu le cabinet de Vienne
dans une fauffe fécurité . Tandis qu'on propageoit
ici la doctrine de l'infurrection ,
& que l'Affemblée Nationale , le Roi , le
Miniftère,les Départemens ordonnoient ou
faifoient des levées d'hommes , à peine
paffoit- il quelques troupes dans les Pays-
Bas , au- delà de ce qu'il en falloit pour y
maintenir la tranquillité publique. Il est
réfulté de cette imprudence , qu'avec un
peu de conduite & de courage les François
pourroient déjà planter leur bonnet ,
rouge à Bruxelles , avant qu'on pût les en
chaffer ; ce qui feroit toujours & plus difficile
& plus accablant pour les provinces ,
qu'il ne l'auroit été de prévenir leur entrée
, ou de diffiper leurs premiers raffemblemens
fi- tôt qu'ils eurent commencé les
premières hoftilités .
Aujourd'hui , leur armée s'avance dans
la Flandre , & menace les principales villes
de cette province ; Menin , Ypres , Courtray
font entre leurs mains ; nos troupes
ont éprouvé plufieurs échecs , & déjà la
A 3.
( 2)
d'un million de boiffeaux de bled à l'ufage
des armées : les Etats ont auffi arrêté la levée
de 6,000 hommes pour les régimens Hongrois
employés fur l'état de campagne.
---
Le Roi a nommé le Grand-Duc de Tofcane ,
Feld-Maréchal de fes armées . L'Envoyé de
la Porte a reçu de nouvelles lettres de créance ;
il aura une audience publique de Sa Majeſté fi- tôt
qu'elle fera de retour de Bude ; ce qui fera le 25
ou 26 du mois . Elle repartira immédiatement
après pour Francfort . On penfe affez généralement
ici que notre Cour ne fe mêlera pas
des affaires de Pologne.
---
Le régiment de Dragons de l'Archiduc
Jofeph , venant de Hongrie , a paffé devant
le château de Schonbrown pour ſe rendre
dans les Pays- Bas . 120,000 quintaux
de farine & 800,000 boiffeaux d'avoine
feront tranſportés de la Hongrie fur le
Danube jufqu'à Ulm : ces provifions font
deftinées à l'armée fur le Rhin.
De Francfort-fur- le -Mein , le 23 Juin.
Les armées Pruffiennes fe meuvent lentement,&
quelques perfonnes veulent toujours
en conclure qu'il exifte de l'incertitude
dans les vues de la Cour de Berlin. Ii eft cependant
certain que plufieurs Corps de troupes
font en pleine marche aujourd'hui , &
que fi quelque lenteur ſemble le faire ap(
3 )
percevoir , il eft prefumable qu'elle n'eft
due qu'à l'approche du Couronnement de
l'Empereur que l'on fixe aus ou 6 du mois
prochain.
L'on mande de Berlin , que l'Apothicairerie de
campagne , le grand Hôpital , la Boulangerie
&c. &c. en font partis pour fe rendre à Coblentz,
quatre Bataillons d'Artillerie & les Pontons font
également en route pour la même deftination ;
de Gotha , que la tête de l'armée Pruffienne qui
fe rend fur le Rhin , paffera par ce Duché ; les
Huffards d'Eben , partis de Berlin le 3 , fe trouveront
à Gotha le 21 ; le 29 , l'Artillerie & les
chariots munitionnaires y arriveront . On compté
à Coblentz y voir toutes les troupes Pruffiennes
raffemblées le 24 Juillet. La Légion de Mirabeau
arrivée près de cette ville , s'embarquera
fur le Mein pour le rendre aux Pays - Bas. --
--Les
Autrichiens occupent deux camps dans le Brifgaw
, celui de Rothevel & celui de Forcheim ;
ils y ont établi des batteries qui défendent le
paffage du Rhin près du château de Sponcck .
--
L'acceffion des Cercles aux démarches
des deux Cours & leurs opérations militaires
commencent à fe manifefter d'une
manière pofitive. C'eft fur tout au Comte
de Lehrbach , Miniftre de la Cour de
Vienne , qu'on en doit le fuccès. Il a rencontré
& vaincu quelques difficultés qu'on
oppofoit au projet de la Cour de Berlin
dans le Cercle de Souabe . L'Affemblée
de ce Cercle a arrêté de fournir fon
A 2
( 4 )
contingent triple , & de hâter l'équi
pement de fon Corps d'armée. L'Electeur
Palatin a auffi accédé à l'alliance entre les
Cours de Vienne & de Berlin.
Il fe confirme que la Direction du
Cercle de Franconie a été prévenue que
18,000 Ruffes devoient paffer fur fon territoire
pour fe rendre fur le Rhin ; ce qu'il
y a de très-certain , c'eft que l'Impératrice
a accédé à l'alliance des deux Cours , &
qu'on apprend de Pétersbourg que le
Prince de Nafau a dû mettre à la voile
de Cronstadt , le 4 Juin , avec fa flotille , fur
laquelle fe trouve beaucoup d'Emigrés
François. Le Roi de Sardaigne a également
déclaré qu'il accédoit à la même alliance
entre les deux Cours.
PAYS- BA S.
De Bruxelles , le 24 Juin.
L'on commence à craindre qu'enfin
nous ne foyons victimes du peu de précautions
que l'on a prifes contre les hoftilités
des François . Peut-être a- t-on compté
trop légèrement fur l'indifcipline de leurs
troupes, ou fur les affurances données par le
parti conftitutionnel en France , qui pendant
tout le temps du miniftère de M.
Deleffart n'a ceffé de faire entendre à
( s )
Vienne , à Berlin & à Londres, que jamais
la France n'en viendroit à une guerre effective
avec l'Autriche , & que tous les
efforts du parti Jacobin s'anéantiroient
devant la réunion des gens honnêtes , devant
la volonté de la partie faine de la
Nation. Ces allégations, quels qu'en fuffent
les motifs , ont tenu le cabinet de Vienne
dans une fauffe fécurité. Tandis qu'on propageoit
ici la doctrine de l'infurrection
& que l'Affemblée Nationale , le Roi, le
Miniftère, les Départemens ordonnoient ou
faifoient des levées d'hommes , à peine
paffoit- il quelques troupes dans les Pays-
Bas , au- delà de ce qu'il en falloit poury
maintenir la tranquillité publique. Il est
réfulté de cette imprudence , qu'avec un
peu de conduite & de courage les Fran-"
çois pourroient déjà planter leur bonnet,
rouge à Bruxelles , avant qu'on pût les en
chaffer , ce qui feroit toujours & plus difficile
& plus accablant pour les provinces ,
qu'il ne l'auroit été de prévenir leur entrée
, ou de diffiper leurs premiers raffemblemens
fi - tôt qu'ils eurent commencé les
premières hoftilités.
Aujourd'hui , leur armée s'avance dans
la Flandre , & menace les principales villes
de cette province ; Menin , Ypres , Courtray
font entre leurs mains ; nos troupes
ont éprouvé plufieurs échecs , & déjà la
A 3.
( 6 )
populace de quelques villes s'agite , &
femble vouloir feconder les forces ennemies.
A Gand , ces difpofitions font plus
fenfibles qu'ailleurs.
Nos Généraux néanmoins ne négligent
aucun des moyens qui font en leur pouvoir
pour s'oppofer à la marche de l'ennemi .
Inftruits qu'il s'avançoit de Courtray vers
Gand par Deinfe , le Général Clairfayt ,
à la tête de 8,000 hommes , & M. de Beauhieu
, avec à - peu - près autant , ont dirigé
leur marche de manière , à ce que l'un attaquât
l'armée de M. Luckner en tête , tandis
que l'autre lui couperoit la retraite en
cas qu'il voulût la tenter fur Lille ; mais
l'on doute avec raifon que le Général
François fe laiffe prendre à cette manoeuvre
qu'il a dii neceffairement prévoir .
Menin eft occupé par le corps d'émigrés
Brabançons , fous les ordres de M.
de Rofières , Officier , ci devant attaché à
M. Vandermeerfch , & qui commandoit
dans Malines en 1790 .
Le 19 , l'ennemi s'étant ébranlé pour s'avancer
de Menin plus avant dans le pays , fut
rencontré par un détachementde nos troupes
aux ordres du Colonel Mylius . Le combat
fut violent de part & d'autre , mais enfin les
nôtres véritablement inférieurs en nombre
& de beaucoup , furent obligés de fe retirer ;
agrès avoir laillé autour des 120 hommes
( 7)
fur la place & abandonné une pièce de
' canon dont l'ennemi s'eft emparé . Cet échéc
de nos troupes a décidé la prife de Courtray
où les François font entrés le même
jour. Ils y ont laiffé garnifon & fe font enfuite
avancés fur Deinfe dont ils fe font
rendus maîtres le 20 après en avoir chaffé
quelques chaffeurs qui s'y trouvoient.
Tandis qu'une partie de l'armée de Luckner,
marche visiblement fur Gand & peut-
-être de- là fur Bruxelles , une autre menace
Tournay & nous force à dégarnir le camp
de Haile , deftiné à s'oppofer au gros de
l'armée que l'on fuppofoit devoir fe diriger
fur Mons. Le 19 , un détachement
de nos Huffards , faifant partie des troupes
poftées à Tournay , s'eft avancé vers Órchies
, & y a été attaqué par un gros corps
de Dragons François , qui malgré la vigoureufe
réfiftance de nos Huffards , en
ont fait plufieurs prifonniers après en avoir
tué quelques - uns & forcé le reste à ſe
retirer.
Amoins donc les Généraux de Beauque
lieu & Clairfait ne s'oppofent efficacement
au progrès de l'ennemi , on doit s'attendre
à le voir pénétrer très- avant , & , quand il
feroit obligé de rendre enfuite les places
qu'il auroit prifes , il n'en auroit pas moins
infecté le peuple des principes d'infurrection
& de licence politique qui font le fyftênie
A 4
( 8 )
François d'aujourd'hui . Il faut convenir
que nous l'aurons bien mérité par notre
sonfiance dans les promeffes d'un parti
qui paroît devoir jouer de nouveau le principal
rôle en France aujourd'hui que le
Ministère Jacobin a été obligé de céder
aux intrigues de celui qu'on appelle Feuillant.
Il eft décidé que les troupes Pruffiennes
n'entreront point dans les Pays - Bas , au
moins au commencement de la campagne.
Cet arrangement peut être avantageux de
deux façons , d'abord en prévenant des incidens
que l'entrée des troupes étrangères
pourroit faire naître , enfuite en fa
cilitant ou pour mieux dire affurant le fuccès
d'une attaque fur le Rhin.
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 22 Juin.
Quelques feuilles , fur- tout celles que
l'intérêt ou l'erreur dévoue au fyftême
révolutionnaire , ont affecté de préfenter
l'émeute arrivée le lundi , 4 Juin , comme
une preuve des difpofitions de la multitude à
fecouer le joug du Gouvernement , comme
un commencement d'infurrection , enfin
comme l'expreffion de la volonté d'un
peuple qui veut faire reconnoître fes droits
( و )
par des mandataires infidèles ou tyrans.
Ces phraſes du vocabulaire François prou
vent l'ignorance ou la mauvaite foi de
ceux qui en font ufage , en niême- temps
que l'empreffement de quelques émiſfaires
propager le fens qu'elles préfentent, donne
lieu de rejetter fur des intrigues d'outremer
les évènemens tant foit peu confidérables
que fait naître l'indifcipline du peuple ou
le hafard de quelques circonftances.
Le lendemain de l'anniverſaire de Sa Majefté
, quelques domeftiques & autres perfonnes
du peuple s'amufoient de danſes ,
dans le quartier de Mountftreet , & trou
bloient la tranquillité des habitans . Ceux - ci
s'en plaignirent , & les Officiers de Police
crurent pouvoir arrêter quelques - uns des
tapageurs & les conduifirent à la maifon de
correction. Leurs camarades fe réunirent
pendant la nuit en affez grand nombre
& le lendemain tentèrent de forcer la prifon
pour en faire fortir ceux qui y avoient
été mis la veille. La populace s'étoit jointe
aux attroupés , & la maifon de correction
couroit quelque danger , lorfqu'on fit avancer
de la troupe à pied & a cheval qui diffipa
les mutins. Il n'y a eu dans cet évènement
rien qui ait pu lui donner la teinte d'une
infurrection civile , & tout s'eft borné à
quelquesvitres caffées & quelques bleffures
attrapées dans la mêlée . Les prifonniers font
AS
( 10 )
elés dans la maifon de correction le
temps prefcrit par la Police & la tranquillité
de la Ville n'a point fouffert de
cette mutinerie de quelques domestiques
réunis à un petit nombre d'ouvriers & de
gens de la populace .
L'interminable procès de M. Haflings a
été repris ; fon défenfeur , M. Dallas , a
produit en fa faveur des moyens de défenfe
qui ont enlevé le fuffrage du public dans
la féance 94° . de cette procédure , tenue à
Weftminster le 12. Le temps n'a fait qu'ajouter
aux preuves juftificatives alléguées
par cet ancien Gouverneur des Propriétés
Angloifes dars l'Inde , & l'on peut croire
qu'enfin fes acharnés accufateurs manqueront
de fujets d'inculpations après l'inutile
étalage de toutes celles qui ont été
produites. Cet illuftre accufé avoit demandé
, ce qui ne lui a point été accordé ,
que Sa Majefté ne prorogeât le Parlement
qu'après qu'il auroit entendu fa défenſe
entière.
On peut remarquer au refte que les circonftances
font plus favorables que jamais
à M. Haftings ; le parti Miniftériel réuni
contre des dangers d'une nature toute particulière
, & fortifié des membres diftingués
de l'oppofition , a plus de raiſons &
de facilité qu'avant pour fouftraire un
des premiers Agens de l'Adminiſtration aux
( 1 )
pourfuites aveuglement dirigées contre lui.
M. Burcke , ce puiffant athlète du parti
ennemi de M. Haftings , eft paffé de l'autre
bord , & l'on eft par- tout dégoûté des déclamations
antiminiftérielles , où fous le
prétexte du bien du peuple , on ébranle
l'autorité du Gouvernement & les droits
de la propriété.
Cette haine des innovations femble particulièrement
s'être manifeftée par la joie
que le peuple a montrée dans tous les trois
Royaumes en célébrant l'anniverſaire de la
nailfance du Roi , & par les adrelles nombreufes
fur la Proclamation de Sa Majesté
contre les libelles féditieux. Il a cru même
prouver ce fentiment d'une manière énergique
en profcrivant des écrits de partis ,
en brûlant les ouvrages & les butes de Prieftley,
ce foutien de la propagande Françoife
en Angleterre, de Payne & d'un M. Kenrick,
enthoufiafte partifan des idées puritaines
& de l'égalité prêchée par les Clubs de la
réforme parlementaire.
Voici l'adreffe des deux Chambres préfentée
le 2 Juin au Roi qui a fervi de modèle
à celles des Communes & Corporations
envoyées depuis.
Très-gracieux Souverain . Nous , les ſujets trèsdévoués
& loyaux de Votre Majefté , les Scigneurs
fpirituels & temporels & communes de la
A 6
( 12 )
>
Grande Bretagne , affemblés en Parlement avons
pris en notre confidération très - férieufe votte
Ordonnance Royale , qui nous a été remife par
votre ordre, & nous venons témoigner à V. M. nos
remercîmens & notre reconnoiffance de cette nouvelle
preuve de votre follicitude conftante pour
le bien-être & le bonheur de votre peuple . Nous ne
pouvons voir fans indignation les attentats qui
cnt été faits pour affaiblir dans les efprits de
vos fujets les fentimens d'obéiflance aux Loix ,
& d'attachement à la forme du Gouvernement
civil & religieux , fi heureufement établie dans
ce royaume , dont les avantages , fous le gouvernement
de V. M. & de vos illuftres ancêtres ,
doivent leur origine à une liberté bien réglée &
légale , & aux bénédictions fans exemple dont
nous jouiffons actuellement , qui offrent à vos
fujets des motifs particuliers de réfléchir avec
gratitude fur leur fituation préfente & de fe garder
de ces théories illufoires , qui font incompatibles
avec les devoirs & relations de la fociété civile ;
nous eftimons , dans les circonftances actuelles ,
qu'il eft du devoir particulier de tout bon Citoyen
de s'opposer à toute attaque directe &
indirecte contre l'ordre & la tranquillité publique
; nous fommes affurés que les fentimens que
nous exprimons maintenant à V. M. font les lenimens
généraux de la Nation , qui doit fentir
comme nous , que cette liberté réelle peut feu'e
exifter fous la protection de la Loi & l'autorité
d'un Gouvernement régulier & efficace ; elle a
vu , par une heureufe expérience , que la forme
fagement partagée de notre Législature , pourvoit
à tous les intérêts variés de la Communauté
dans touses les claffes ; qu'elle conferve & main(
13 )
tient ces gradations de propriétés & de diftinctions
qui forment l'aiguillon de l'induftrie , &
qui font également effentielles pour donner de la
vigueur à chaque partie , ainfi que la ftabilité an
bien être du tout : la Nation lait donc que la
force & la profpérité collective de l'Empire , fes
richeſſes , fon crédit & fon commerce , auffi bien
que la fécurité pour les perfonnes , les biers
& les libertés de chaque individu , font effentiellement
liées avec la confervation de leur Conftitution
établie .
Pénétrés de ces opinions , nous croyons de
nore devoir d'affurer Votre Majesté de notre
ferme réfolution d'appuyer Votre Majefté dans
la réfolution qu'elle vient d'adopter , & nous
fommes pleinement perfuades que toute mefure ,
qui pourroit devenir néceflaire , fera fecondée
par le zèle & la reconnoiffance d'un Peuple libre
& loy.l.
C'estle 15 du mois dernier , comme nous
l'avons annoncé , que le Parlement a été
prorogé. Voici Pulage obfervé en pareil
cas .
A trois heures & demie le Roi arriva dans la
Chambre Haute , & s'étant affis fur le Trône ,
Sir Francis Molineux fut envoyé aux Communes
pour leur ordonner de fe rendre auprès de S. M.
L'orateur ayant paru à la barre à la tête de 200
Membres , adreffa à S M. un difcours fur les
heureufes apparences & la profpérité du pays fous
la douce & bien faifante adminiftration de S. M.
-- Il préfenta alors le bill fur la dette Nationale
en difant que les Communes s'étoient empreffées
à le paffer en Loi pour éteindre promptement la
(( 14 )
dette publique , & pour procurer à la Nation
une reffource fuffifante contre les befoins futurs.
S. M. donna alors fon confentement royal au
bill de la detre Nationale , au bill de police de
Middiefex & Weitninfter , au bill de judicature
Pour Terre-Neuve , au bill d'exemption du droit
de timbre , au bill relatif aux jurés dans les cas
pour 1 belle , & à neuf bil's particuliers . --Après
cela , S. M. fit le difcours fuivant du haut de
fon Tiône :
"
MILORDS ET MESSIEURS ,
Je ne puis point clore la préfente feffion du
Parlement fans vous remercier , en mon particulier
, de l'attention & de la diligence avec lef
quelles vous vous tres appliqués à l'expédition des
affaires publiques , & fur-tout aux objets impor
tans que j'avois recommandés à votre confidération.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES ,
La promptitude avec laquelle vous avez actorde
les fubfides néceflaires , & la nouvelle
preuve que vous avez donnée de votie attachement
conftant à ma perfonne , & à ma famille ,
en me mettant en état de pourvoir à l'établiffement
de mon fils , le Duc d'York , exigent de ma
part la reconnoiffance la plus fincère . J'ai auli
obfervé avec la plus grande fatisfaction les mefures
que vous avez adoptées pour la diminution
du fardeau public , tandis qu'en même temps
vous avez fait un fonds additionnel pour la ré
( 15 )
duction de la dette Nationale actuelle , & que vous
avez établi un ſyſtème permanent pour empêcher
l'accumulation dangereufe de la dette à l'avenir.
MILORDS ET MESSIEURS ,
се
J'ai vu avec beaucoup d'intérêt fe commercement
des hoftili és en différentes parties de
Europe. Dans la fituation préſente des affaires ,
mon principal foin fera de maintenir cette hai
monie , & cette bonne intelligence qui fubfiftent
entre moi & les différentes Puiffances belligérartes.
Les affurances que je reçois de toutes
'parts , des difpofitions amicales envers
pays , me procurent l'efpérance agréable de
Téuffir dans ces efforts . L'expreffion récente
de votre attachement uniforme , & plein de
zèle au Gouvernement établi , ainfi qu'à la
Conftitution , ne me laiffe aucun lieu de douter ,
que dans vos différens Comtés , vous ferez actifs.
& vigilans à maintenir ces fentimens dans l'ef
prit de mon Peuple fidèle ; & j'ai le bonheur de
recevoir des preuves continuelles & ultérieures
qu'il a une idée juſte des avantages nombreux
& croiflans dont il jouit actuellement fous la
protection & la faveur diftinguée de la Providence.
Lord Chancelier dit alors par ordre de S. M. :
MILORDS ET MESSIEURS ,
C'eft, la volonté Royale & le plaifir de S. M.
que ce Parlement foit prorogé au Jeudi 30° . jour
du mois d'Août prochain , pour être alors tenu
ici , & ce Parlement eft en conféquence prorogé
au Jeudi 30 Aoûr prochain.
( 16 )
Les agitations de l'Irlande ont ceffé avec
la connaiffance des dangers où elles entraînoient
le Peuple ; tout le monde s'eft réuni
contre l'efprit d'infurrection que quelques
agitateurs propageoient fous le mafque d'un
patriotifme affecté , par- tout , le fens droit
a pris le deffus , & l'on ne voit plus de ces
proclamations, de ces adreffes emphatiques
où tous les droits étoient confondus & l'autorité
légitime méconnue. La profpérité
publique, l'activité du commerce , des arts ,
T'abondance & la liberté , ont paru préférables
aux mouvemens anarchiques que le
fanatifme étoit prêt à faire naître dans ce
pays ; l'autorité royale , inféparable de l'ordre
& du refpect des loix s'eft affermie , &
la tranquillité publique avec elle . Le propagandifme
républicain eft méprifé à Dublin
comme à Londres , & cette façon de
penfer eft générale aujourd'hui dans la
Grande- Bretagne
.
On ignore encore l'objet ultérieur de l'ef
cadre que l'on arme aujourd'hui à Portfmouth;
elle eft , dit- on , deftinée à croifer
dans la Manche ; ce qu'il y a de certain ,
c'est qu'on l'équipe avec une grande activité
; que le Vice- Amiral Hood , un des
meilleurs Généraux de mer de la Grande-
Bretagne , en a le commandement , &
qu'elle eft compofée jufqu'à préfent des -
aiffeaux le Duke de 98 canons , 600 hom
( 17 )
mes d'équipage , le Bedfort , le Brunſwick
& l'Annibal de 74 canons , chacun de soo
hommes d'équipage
.
Si - tôt après la prorogation du Parle
ment , le Lord Thurtow a remis les Sceaux à
Sa Majefté ; il les tenoit depuis 1778. Ils
ont été mis en commiffion.
Les nouvelles que l'on recevoit de l'Inde
depuis quelque temps annonçoient le progrès
de nos armes & les fuccès que Lord
Cornwallis obtenoit dans prefque toutes fes
tentatives contre l'ennemi ; on s'attendoit
donc à quelqu'évènement important_qui
pût mettre un terme à la guerre , & affurer
enfin la domination britannique dans ces
contrées. C'est ce qu'on vient d'apprendre
par une dépêche adreffée à la Compagnie
par Sir Robert Ainfiie , notre Miniſtre près
la Porte Ottomane ; elle porte que le 7 Février
, Milord Cornwallis a attaqué l'armée
de fon ennemi ; après une courte réfiftance
il en a forcé le camp , lui a pris fon artillerie
, fes tentes , fes bagages , & a pour
fuivi les fuyards jufqu'au Cavery. Le Gé
néral s'eft rendu maître le lendemain de
deux forts , & difpofoit les batteries pour
commencer le fiége de Séringapatnam ; on
s'attend à voir cette capitale des Etats de
Tippoo tomber dans nos mains , & la
guerre fe terminer par cette prife importante.
( 18 )
FRANC E.
De Paris , le 4 Juillet 1792 .
a
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du vendredi , 22 juin.
Une adreffe lue fous la rubrique d'une petite
ville du département du Gard , a fervi de véhicule
à l'opinion des clubs d'autorifer , par un
décret , chacun des 82 départemens à envoyer à
Paris 250 hommes armés ( total 20400 ) pour
partager avec les Parifiens les fatigues du fervice.
Des pétitionnaires de Metz dénoncent
le directeur de l'arfenal de cette ville comme
fufpect d'incivilme , & demandent qu'on le dépofe
ou que , par civifme , il réfigne fa place.
--Les citoyens libres d'Arras , où l'on ne foup-
Connoit pas qu'il y en cût d'efclaves , s'indignent
du renvoi des miniftres patriotes «qui faifoient déjà
voguer fi heureufement le vaiffeau de l'Etat .» Ils
annoncent qu'au premier voeu des législateurs ,
la nation , que ces citoyens libres d'Arras repréfentent
auffi fars doute , fe levera toute entière
, prendra l'attitude impofante , & c.- Des
députés de Beauvais annoncent la fonte d'un canon
qui fera nommé : l'ami de laconftitution (bravo ! ),
& promettent de rendré bon compte des amateurs
des deux chambres & de quiconque violera les
toix... Honneurs de la féance & mention hono-
I
( 19 )
rable du canon ainti que de l'adreffe inconfti
tutionnelle
des amis d'Arras qui ont évidemment
violé la loi jurée en déprimant
une autorité
conftituée , en taxant d'inciviime
l'exercice libre
du droit qu'avoit le Roi de renvoyer M. Clar
vière coupable d'un acte arbitraire
envers les
chefs des poftes , M. Servan qui a ofé propofer
un camp de 20,000 hommes fans confulter
le
Roi , M. Roland dont la lettre criminelle a été
applaude
, inférée , imprimée
, diftribuée
, affichec...
On n'approfondira
pas les autres motifs
de a conquite
irréproch..bic
du Monarque.
- Des redites fur les moyens de conftater les
naiffances , les mariages & les morts ; des paradoxes
& lieux communs de M. Goujons contie
les paradoxes de comité fur le droit de faire
grace , ou de mutatior de peine , ont produit
un décret d'impreffion & d'ajournement
pour le projet de M. Goujon , & un premier
article portant que les officiers munici
paux ( des villes & des campagnes , qu'ils fachent
lire ou non ) feront chargés de recevoir & de
conferver les regiftres des naiffances , mariages
& décès.
En attendant les prodiges qu'enfantera la commiflion
des douze , nommée pour s'occuper du
rétabliſſement de l'ordre fimplement & dans tout -
le royaume , M. Guyton de Morveau , un des
membres de cette commiflion extraordinaire à
tous égards , a propofé une première grande
mefure adoptée en ces termes :
L'Aemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fa commiffion extraordinaire , décrète
que les miniftres du Roi fe rendront demain
à midi à l'Atſemblée & que le préfent
( 20 )
décret fera envoyé fur- le- champ à chacun d'eu
L'Aflemblée nationale décrète que lorsque les
miniftres du Roi fe feront rendus à fa féance ,
en exécution du précédent décret , le préfident
leur fera connoître en ces termes les intentions
de l'Affemblée . Deux objets urgens & de haute
importance excitent en ce moment la follicitude
du corps législatif. Le premier eft la néceffité
d'arrêter les troubles excités par le fanatifme .
Le fecond cft l'intérêt preffaut de placer une
armée de réferve entre les frontières & Paris. Le
Roi eft chargé , par la conftitution , de veiller
à la sûreté générale de l'état ; l'Affemblée nationale
vous ordonne de lui rendre compte par
écrit , à fa féance de demain , des mesures qui
ont été prifes pour y pourvoir. »לכ
Du vendredi , féance du foir.
Le préſident de l'une des 48 fections de Paris ',
dite des Gobelins , écrit à l'Affemblée légiflative
pour juftifier ceux des citoyens de cette fection
qui le font préfentés en armes pour lire une pétition
. «Ils font bien excufables , dit- il , d'avoir
défobéi à l'arrêté d'un directoire qui avoit pro- ,
voqué le veto fur un décret , & qui d'ailleurs
n'a fait connoître fon arrêté qu'au moment où
les citoyens étoient raflemblés . La preuve qu'ils
n'étoient pas coupables , c'eft que l'Aflemblée
les a reçus , & qu'enfin ils ont obéi aux ordres
de leur refpectable & vertueux maire . »
Cette lettre a été vivement applaudie des galeries,
M. Charlier y a trouvé l'occafion de rappeller
les dénonciations & le rapport oublié fur
l'ancienne adreffe du directoire , reminifcence qui
tient à l'efpoir civique de faire lever le veto qui
a frappé le décret de déportation contre les
1
( 21 )
prètres. Mais l'Affemblée s'eft honorablement
lavée de pareilles lectures , des applaudiffemens
des galeries & de motions au moins déplavées ,
en paffant à l'ordre du jour.
Sur l'avis de M. Thuriot , on a refuſé de lire
& on a renvoyé au comité , des renfeignemens
que M. Deleuire , député extraordinanç d'Avignon
, adrefloit à l'Affemblée , au fujet des
nouveaux troubles que vient d'exciter dans cette
ville l'élection du S¹ . Duprat , le jeune , compagnon
de Jourdan , à la place de maire , & des mefures
promptes que réclament les horreurs qui menacent
encore les Avignonnois , & qui feroient la honte
de la France .
On a lu la lettre fuivante du Roi :
« Je vous prie , M. le préfident , de faire
part à l'Affemblée nationale que m'étant fait
rendre compte de la fituation actuelle des armées .
j'ai jugé qu'il étoit néceffaire de remplacer la ré
ferve des bataillons des gardes nationales volon
taires , qui , dans les premières difpofitions que
j'avois faites , formoient une feconde ligne entre
la capitale & les frontières ; cette réſerve ayant
été fucceffivement réunie aux deux armées qui
opèrent en ce moment. En conféquence je propofe
à l'Affemblée nationale de décréter qu'il
fera formé quarante-deux nouveaux bataillons de
gardes nationales , dont chaque département
fournira un demi - bataillon . Je donnerai des ordres
pour que cette augmentation foit placée de manière
à couvrir la capitale , ou à renforcer les
armées , fuivant que les circonftances pourront
F'exiger.
33
Signé , LOUIS. Contre-figné , Laiard .
Un membre a demandé le renvoi de cette
leure au comité militaire. Plufieurs voix ont in
( 22 )
voqué la queftion préalable . M. Montaut vou
loir qu'on paffat à l'ordre du jour fur la propofirion
du Roi. Ceux qui avoient le plus chau
dement appuyé la motion inconftitutionntile
de M. Servan , demandant , fans l'attache du
Roi dont il étoit le miniftre , un camp de
20,000 hommes fous les murs de Paris , ont
montré la plus fougueufe ardeur contre la demande
régulière de 34,000 faite par le Roi &
contre -fignée de fon miniftre. M. Lajard en
avoit développé les avantages. L'Affemblée l'a
finalement renvoyée au comité .
Du famedi , 23 Juin.
Les adminiftrateurs du département de Mayenne
& Loire , annoncent qu'ils ont été forcés de faire
enfermer , dans le féminaire , les prêtres qu'ils
qua'ifient perturbateurs , fans produire ni décifion
de jurés , ni fentence de tribunal... Au comité
des douze.
Deux décrets d'urgence ont ftatué , 1º . qué
les militaires en activité recevront les rembour
femens qui leur font dus au tréfor pubic , fur
un certificat de fix mois de réfidence du confeil
d'ad niniftration du régiment ou du bataillon ;
vilé par le commitfaite des guerres ; 2° . que la .
taxe des lettres ne fera pas augmentée pour leur
transport de la frontière aux armées Françoiles
fur le territoire étranger.
Informés que dans l'affaire de Mons , le ba
taillon de la Côte d'or a fouffert une perte confidérable
, & qu'il s'eft trouvé des prêtres réfrac
taires parmi les morts du côté de l'ennemi , les
forcenés qui , à Dijon comme ailleurs , fe nomment
effrontément la nation , la nuit du 18 au
19 , ont enlevé 120 prêtres non -affermentés , les
( 23 )
ont mis en chartre privée. Les adminiftrateurs
& les municipaux confi mèrent la détention del
ces infortunés , victimes d'un fanatisme aveugle.
d'une fuperftition impie , pour les fouftraire à
de plus grands malheurs. « Cette expédition
mande le directoire , s'eft faite avec ordre & modération
... Falloit-il déployer le drapeau rouge
& appeller le peuple contre le peuple dans le
moment où il agiffoit pour la conftitution ? -50
M. Guyton de Morveau a lu ces nouvelles comme
M. Pétion les auroit lues , & on les à renvoyées
au comité des douze .
Une pétition de la majorité des citoyens actifs
de Strasbourg , lue à la barre , a demandé des
réparations, pour les adminiftrateurs , la munici
Palité , le maire , calomniés par M. Roland
qui probablement n'aura pas , fauf le décret
emporté les regrets de cette partie de la nation ,
qui l'accufe de n'avoir écouté que les délations
d'hommes inconnus , fans propriété , fans moeurs
fans patrie... La pétition fera imprimée , envoyée
au comité des douze & aux 83 départemens ...
Les miniftres entrent , & le préüdent leur intime
le décret de la veille . J
M. Lajard a lu un mémoire fur les 42 nouveaux
bataillons propofés par le Roi , & le projet
de choisir Soiflons pour centre de la réserve à
établir entre Paris & les frontières où ſont deux
trouées.... Renvoyé au comité militaire .
Six articles ont mis à la difpofition de ce
min itre 8,825,117 liv. 10 fous , montant des
dépenses extraordinaires de première mife pour
l'armée du Midi . 2,176,700 liv . lui feront auffi
payées , par mois , pour le même fervice ; &
200,000 liv . ane feule fois , dont moitié en
numéraire , pour dépenses particulières .
4
( 24 )
+
"Le miniftre de timéricur a communiqué une
lettre de M. Ræderer, portant qu'il fe prépare des
raffemblemens pour demain & pour lundi , que la
municipalité eft prévenue , que la garde natio
nale aura des ordres écrits , que les féditieux
excités par des placards incendiaires , veulent
demander l'abolition du vero à l'égard des décrets
d'urgence ( motion de MM. Couthon , Delmas ,
& c. qui rendroit la législature conftituante ) ,
& fe porter chez le Roi fi l'Affemblée ne fait
pas droit à leur pétition . M. Terrier- Monciel alu
un de ces placards exécrables ainfi conçu
:
Nous nous levons une feconde fois pour
remplir le plus faint des devoirs. Les habitans
des quatre faubourgs de Paris , les hommes
du 14 juillet viennent vous dénoncer un Roi
fauffaire , coupable de haute trahifon , indigne
d'occuper le trône . Nos foupçons fur la conduite
font enfin vérifiés , & nous demandons que
le glaive de la juftice frappe fa tête , afin que
la punition qu'il mérite ferve d'exemple à tous
les tyrans. Si vous vous refufez encore à nos
voeux , nos bras font levés , & nous frapperons
les traîtres par- tout où nous les trouverons
même parmi vous. »
י ד
ce Meffieurs , a dit le miniftre , le fort de la
France eft dans vos mains ; il dépend des mesures
que vous prendrez aujourd'hui. » Un membre
a crié l'ordre du jour. L'indignation générale
n'a fait qu'une trop impuiffante juftice de cette
brutale forfanterie de fcélérateffe . Moins ingénu ,
M. Saladin a dit à ceux qui renvoyoient ces
détails au comité , qu'il n'y avoit là rien de
preffant , que ce placard étoit sûrement l'ouvrage
des factieux ( applaudiffemens d'un côté ) .... des
factic
1
}
factieux qui calomnient le peuple ( applaudinemens
de l'autre côté & des galeries ) M. Cambon
s'en remettoit aux loix faites & au pouvoir exécutif
, en termes plus clairs , aux attroupemèns
& au maite. La commiffion des douze fera fon
rapport fur le compte rendu par le miniftre.
On avoit difcute & adopté quelques articles
relatifs à la manière de conftater les naiffaficés
mariages & morts , comme la fociété ne cammerçoit
que d'aujourd'hui . Nous extrairons ces
articles avec la fuite .
Du famedi , féance du foir.
-1.013:1
Sur l'obfervation de M. Thiriot que reples
arfenaux ont été pillés ou plutôt utilifés par la
liberté , » l'Affemblée a refufé deux canons à la
ville d'Autun qui dénor çoit Louis XIV comme
lui en ayant enlevé fix en 1682 .
Des citoyens de Dijon envoyent une adreffe
abominable à l'Affemblée qui , fur les premières
phrafes , décrète qu'on la lira toute entière p &
qui , après l'avoir écoutée jufqu'au bout eft
pallée à l'ordre du jour fur la feandaleufe demande
de la mention honorable . En voici les
principaux traits :
Repréfentans du peuple François , la patrie
eft en danger ; mais les deftins de la France vous
font confiés . En vain le pouvoir exécutif voudroit
vous perfuader que la conftitution lui lie les bras .
Nous ne fommes dupes ni de lui ni des peifides
confeillers qui l'égarent, & nous favons que l'action
du gouvernement fera forte du moment qu'il le
voudra. Qu'on ne nous réfète p'us que le Roi eft
trompe , & qu'il veut le bonheur des François.
Si telles étoient fes intentions , il exécuteroit les
Loix , fans lesquelles il n'eft point de vrai ben-
No. 27. 7 Juillet 1792.
B
1 ( 26 )
21.
›
heur pour les François . S'il vouloit la conftitution ,
Sauroit- il fouffert que les cours étrangères donnaf-
A fent retraite à des rebelles armés ... Auro.t-il
fouffert les émeutes provoquées par les agers fou
doyés de l'ariftocratie , & les troubles excités par
les prêtres infermentés , tandis que l'Affemblée
nationale lui indiquoit des moyens efficaces de
répreffion ? Auroit-il fouffert que des traîtres occu-
-paffentdans l'armée les places les plus importantes,
a ou qu'il en reftât de vacantes , parce qu'il lui répugnoit
d'y nommer des foldats citoyens ? S'obftineroit-
il à conferver des miniftres pervers , & à
renvoyer ceux qui font des preuves de civifme ,
qui veulent donner de l'activité au gouvernement,
ou qui ont le courage de lui dire la vérité ? Souffriroit-
il dans fa maiſon même un comité de contre-
révolution ? Craindroit- il le raffemblement
des volontaires nationaux qui font les amis &
les plus fermes appuis de cette conftitution ?
Non , le Roi ne veut point la conftitution , &
quand il dit je la veux , il ment à la nation , &
la nation en eft convaincue. Dépend- il de lui de la
vouloir actuellement ? C'eft nous qui l'avons vou
lue & qui la voulons toute entière : nous la voulons
malgré lui , peut-être dans peu nous la voudrons
fans lui. s
2 .
Le 58. régiment d'infanterie écrit auffi une
longue adreffe où il fe plaint de ce qu'on avilit
les autorités pour les paralyfer toutes ; où il dit
que le pouvoir exécutif promène fon choix fur des
miniftres qui vont de l'armée au cabinet & du
cabinet à l'armée ; que les François ont vu la lmière
; où ils invoquent des décrets foudroyans
mais réfléchis & fages contre les factieux . ( Ici les
deux côtés ſe renvoient la balle avec des cris & des
applaudiffemens convulfifs . )
( 27 )
Au nom de la commiffion extraordinaire des
do ze , M. Muraire a propofé & l'Affemblée a
décrété ce qui fuit :
ec L'Affemblée nationale , inftruite par le miniftre
de l'intérieur , que les ennemis du peuple
& de la liberté , cherchent tous les moyens de renverfer
la conftitution , & ufurpant le langage du
patriotifme , font fur le point d'égarer quelques
hommes actuellement réfidans à Paris. >>
Juftement indignée des provocations coupables
& des placards criminels qui lui ont été
dénoncés . »
« Confidérant que le devoir du corps légiflatif
eft de inaintenir la conftitution & l'inviolabilité
du repréfentant héréditaire de la nation ; mais que
les Loix ont remis , entre les mains des autorités
conftituées , tous les moyens qui leur font né
ceffaires , pour affurer l'ordre & la tranquillité
publique ; déclare qu'il n'y a pas lieu à prendre
de nouvelles mefures légiflatives ; mais invite ,
au nom de la nation & de la liberté , tous les bons
citoyens à la fidélité defquels le dépôt de la conftitution
a été remis , à réunir tous leurs efforts à
ceux des autorités conftituées , pour le maintien
de la tranquillité publique , & pour garantir la
ûreté des perfonnes & des propriétés . L'Affemblée
nationale décrète que le préfent acte du corps
législatif fera envoyé par le pouvoir exécutif
au département de Paris , pour être publié &
affiché ; & elle ordonne que le miniſtre de l'inté
rieur lui rendra , tous les jours , un compte exa&
de l'état de la ville de Paris . »
La féance a fioi par 13 articles décrétés qui
donnent des penfions aux chantres & aux autres
officiers des ci- devant chapitres féculiers & régu
liers de l'un ou l'autre ſexe,
B 2
(28)
2
Du dimanche, 24 juin .
Regrets de l'exclufion des trois miniftres & déclamations
contre le veto , copies revenues des
bords de la Meurthe & de la Marne ; du tout
mention honorable.
Ce n'étoit pas affez d'avoir déplacé les admibiftrateurs
des Poftes fans articuler aucun reproche
contre eux , comme en Turquie ; il falloit
" encore affurer ces places aux Jacobins . Pour cela ,
les mêmes membres qui juftifioient l'acte arbitraire.
de M. Clavière . MM. Reboul , Cambon , Lacroix,
Lafource, &c. prouvent à merveille aujourd'hui
que les deftitutions arbitraires font le comble de
la tyrannie , & propofent que tous les adminiftrateurs
nommés par le Roi ne fuiffent être deftitués
qu'en vertu d'une loi que l'on fera quand & telle
qu'o' on voudra. En vain M. Brémontier obſerve- tif
que file droit de deftituer eft fufpendu, la refponfabilité
du miniftre doit l'être. Il ne s'agit d'abord
que des poftes & de l'urgence . Longs débats ,
railleries mordantes. M. Ramond dicte cette rédaction-
ci : L'Affemblée nationale confidérant
qu'il eft argent pour les Jacobins d'avoir le fecret
des poftes , &c. » ; M. de Girardin celle - ci :
сс
I
Confidérant que les adminiftrateurs des poftes
ont été deftitués arbitrairement , & ne voulant
pas que leurs fucceffeurs le foient de même ... »
Celle de M. Ducos eft préférée. Epreuves douteufes
, appel nominal commencé , impatience.
Aux mots des poftes , M. Ducos fubftitue le mot
généraux. M. Lacroix accule de tactique ceux qui
ne foutiennent pas avec lui que ce changement ne
change rien. M. Guadet tâche d'inférer quelques
autres mots , qui ne changeroient rien encore ,
mais qui ôteroient au Roi ce droit de deftituer
( 29 )
M.
qu'on ne, vouloit que régler... Un décret conforme
à la motion de M. Ducos fufpend toute deftitution
d'adminiftrateurs- généraux jufqu'à ce que
l'Affemblée en ait déterminé le mode.
Les miniftres viennent rendre compte.
Duranthon n'a fait ni pu faire qu'envoyer des
Loix, écrire douze mille lettres. Le nom de l'Affemblée
eft béni jufques dans les prifos . Quant
au fanatifme , le calme le rétablit infenfib ement.
Rempliffez les lacunes du code pénal ; définiffez
les mots : perturbateurs du repos public , & donnezrous
un mode de procédure contr'eux , -Miniftre
depuis fix jours , M, Terrier- Monciel ne s'eft occapé
que de Paris cù les agitateurs préparent en-,
core des feènes plus horribles . Il a écrit aux 83.
départemens , & fe voue à l'exécution des Loix
émanées de la réunion conftitutionnelle des deux
pouvoirs,
&
Ces rapports ne fatis font pas M. Guadet que
M. Ramond accufe de chercher aů, veto un remède
qui plaife aux promoteurs des décrets anullés,
M. Guyton de Morveau teint de belefprit
l'impolitique naïveté de M. Guadet ,
accufe M. Ramond de n'invoquer la conftitution
qe pour la facrifier. MM. Jean Debry & Ducos
taduifent encore M. Guadet en exigeant des minities
des moyens d'exécution qui fuppleent aux
décrets frappés du veto. M. Lecointre- Puyraveaux,
dit que les mesures légiflatives, étant infuffifantes ,
l'Affemblée avoit pris une grande melure ( non-
Légiflative , ) dans l'efprit de la conftitution ; mais.
que le Roi s'en eft tenu aux Loix... Et comme un
des côtés de la falle huoit ces aveux , M. Thu
riot s'eft écrié : « Il faut que l'efprit du Roi foit,
de ce côté- là . » M. Cheron trouvoit que fi les légillateurs
ne s'entendoient pas , les miniftres,
I
1
B 3
( 30 )
étoient fort excufables de ne pas les entendre. On
a décrété l'opinion de M. Guadet en exigeant,
fous trois jours , un compte général des miniftres.
Du lundi , 25 juin.
Quatorze notaires de Paris ont porté la fou
pleffe civique jufqu'à demander à l'Affemblée , s'ils
peuvent fe charger de recevoir les fignatures
que d'honnêtes citoyens veulent appofer au bas
d'une pétition , publ ée dans divers journaux ,
qui tend à réclamer la jufte punition des crimes
du 20 ; & la fervile adulation jufqu'à protefter
qu'ils ne recevront aucune fignature avant que
Affemblée ait manifefté fes intentions . Cette
manière de pròtefter a été applaudie des tribunes
& de l'un des côtés de la falle , & M.
Cambon a fait renvoyer la difficulté au comité
de législation , fous le prétexte du danger de
raffemblemens chez les notaires.
Les officiers du régiment de Normandie , embarqué
pour St. Domingue , ont été maltraités
par leurs foldats . On a renvoyé la lettre du miniftre
au comité colonial .
M. Santerre écrit à l'Affemblée que le fauxbourg
St. Antoine eft tranquille. Il garantit que
les citoyens , ne marcheront « que contre les ennemis
de l'Affemblée . » MM. Tronchon & James '
ont le bon efprit de s'étonner que M. Santerre
ofe & puiffe aiofi répondre ſeul de la conduite
d'un fauxbourg. La lettre du braffeur eſt remiſe
à la commiffion des douze.
Vingt députés du fauxbourg St. Antoine font
venus repouffer , réfuter , à la barre , les prée
ndues calomnies débitées fur le compte de ces
fieles amis des loix & de l'ordre, uniquement
( 31 ) ) Parce qu'ils ont la plus entière confiance en l'AL
femblée nationale. Leur orateur , M. Gauchon ,
a cru expliquer les motifs de leur expédition du i
mercredi 20 , en difant que ce les vainqueurs de
la Baftille , les hommes du 14 juillet , indignés
de voir triompher l'incivifme , du renvoi des
miniftres patriotes , & de ce que la marché de
l'Aflemblée eft entravée par le Roi , fe font levés
tout- à-coup , ont pris les armes , & ont voulu
montrer au chef du pouvoir exécutif des milliers
de bras armés pour la défense de l'Aſſemblée nationale
qu'on cherchoit à diffoudre en la calomniant.
Ces étranges aveux ont été vivement
applaudis des galeries & d'une partie de l'Affem
blée. Le préfident a répondu à M. Gauchon par
de lo: gues phrafes , & il a admis les députés aux
honneurs de la féance , fur la réflexion de M.
Mazuyer il faut au moins que ces citoyens
qu'on outrage fi cruellement puiffent être admis
dans le corps législatif, le fenl refuge qui leur
refte. »
Après de tumultueux débats , MM. Mazuyer
& Bazire ( qui avoit dénoncé la proclamation
du Roi que nous rapporterons ailleurs ) ont fait
décréter fimpreffion & l'envoi aux 83 départemens
, de cette apologie des crimes qui feront >
le fcandale de la France & de l'Europe .
Le miniftre de l'intérieur a dit à l'Aſſemblée
que le calme renaiffoit , que les attroupemens
le diffipoient . M. Duffaulx a trouvé mauvais
que le miniftre ne Jût pas une lettre de M.
Pinion , lettre que M. Duffaulx avoit dans fa
poche , & qu'il y avoit certifiée conforme à l'ori- ?
ginal , précautions qui ne fentent nullement le
factieux. M. Pétion y affirmoit qu'il n'y avoit
pas eu de raffemblemens , mais qu'on cherchoit
B 4
( 32, )
à en provoquer en excitant de fauffes alarmes.
Le ministre à une lettre du directoire de département,
portant que les attroupemens avoient
éré difipés. M. Lacroix auroit bien voulu parore,
defirer qu'on recherchât lequel en impofoit
du maire ou du procureur-général- fyndic ;
mais rompant officieufement cette difcuffion
MM. Choudieu & Bazire ont dénoncé que la
garde nationale avoit arrêté un citoyen pour
avoir crié : vive la nation ! Témoin oculaire ,
M. Léopold leur a répondu que ce patriote avoit
crié à bas le Roi vive la nation ! M. Bazire
a prétendu que c'étoit renouveller les lettres- decachet.
M. Lamarque s'eft plaint que les collègues
étoient maltraités dans les Tuileries pat des
chevaliers de St. Louis . M. Calvet a raconté que
M. Duhem l'avoit été , de paroles , pour avoir
péroré dans des groupes avec d'autres députés.
« Nous n'avons perdu , a dit M. Calvet, aucune
des paroles de M. Duhem ; elles nous ont fait
horreur. Il crioit que le Roi ne ceffoit de trompor
le peuple, ( ici les galeries & le côté droit
ont chaudement applaudi ) ; nous n'avons pas
voulu l'interrompre, parce que nous refpectons
la liberté des opinions . Un citoyen décoré de la
croix de St. Louis , selt emporté fur ce qu'on
manquoit de refpect au repréfentant héréditaire
de la nation. Il a dit à M. Duhem les chofes
les plus dures . J'en ai été fâché. Je fuis forcé
d'ea convenir. L'Affemblée eft paffée à l'ordre .
du jour.
Une dénonciation fignée de trois citoyens du
fauxbourg S. Antoine , & qu'on diroit préparée à
deffein de ménager une défenfe adroite à M. Chabot
,l'accufe d'y avoir prêché, dans une églife , la nuit
du mardi 19 au mercredi 2c., le raffemblement
( 33 )
en armes , la révolte & l'affaffinat du Roi . M.
Chabot a foutenu qu'il avoit prêché le contraire,
& a invoqué le procès - verbal de la féance nocturne
de la fociété du fauxbourg , M. Condorcet
2 gravement affirmé qu'une couturière , en lui
apportant des robes , lui avoit attefté que M,
Chabot s'étoit oppofe à la pétition armée . Le
pouvoir exécutif eft chargé de vérifier les fignatures
, & la dénonciation a été renvoyée à la
commiffion des douze.
Du lundi , féance dufoir.
"
La commune de Lyon exprime de vifs regrets
de l'expulfion des trois miniftres qui « préfageoient
à la nation un avenir de gloire & de
profpérités demande comment ce chef du pouvoir
exécutif a pu éloigner de fon confeil des
hommes qui avoient honoré fon choix.... Des
clameurs invoquent la mention honorable , &
M. Lacroix , avec un fophifme , la détermine,
Parmi plufieurs adreffes qu'on , renvoyoit au
lendemain , M, Chabot , ex- capucin & vicairegénéral
de M. Grégoire , évêque conftitut onnel
de Blois a demandé , d'un air de follicitude
Peternelle , qu'on lûr une adreffe des amis de la
conftitution de cette ville. On l'a lue . « Levez
vous , législateurs ; prenez une grande mefure
une attitude , & c.; mettez vous à la hauteur
&c. La conftitution porte que , fi le Roi ne
s'oppole , par un acte formel , aux entrepriſes
qu'on feroit contre la nation , il fera cenfé
avoir abdiqué... Or , il est évident que le
Roi , &c... ; déclarez donc que vous le regarde
comme déchu de la royauté..... sa D'horribles
bravo ! font étouffes par un vacarme aaffreux
comme l'Aſſemblée n'avoit le droit ni d'im
BS
( 34 )
prouver , ni de punir que par des vociférations
infignifiantes. M. Brunck a vu les factieux en
ceux qui connoiffant cette infâme adreffe , en
avoient exigé la lecture. M. Léopold demandoit
leur châtiment , & « que la capucinade impie fût
livrée au mépris. » L'Affemblée l'a renvoyée au
comité des douze en paffant à l'ordre du jour.
On a lu une adreffe du département de l'Eure ,
qui peint la confternation des bons citoyens à la
nouvelle des attentats du mercredi 20 juin . « La
nation a été infultée , la loi violée , la royauté
avilic. Quelle eft donc cette faction puiſſante
qui , enfreignant toutes les loix , & bravant avec
audace les autorités conftituées , envoie infalem-
-ment de dociles émiffaires violer la majeſté nationale
, & dicter en quelque foite des loix à
ceux qui font envoyés pour en faire ? Qu'ils.
fent criminels , ceux qui , dans le temple même :
de la conftitution ofent prêcher des loix de
fang , canonifer la révolte , & défier l'anarchie !
Légiflateurs , la patrie eft en darger. Une fecte
impie étend fur toute la France les trames criminelles
, & ofe rivaliser avec les autorités conftituées.
Elle les foule aux pieds . Elle lève le mafque
, vante fes affreux triomphes. Elle fent fon
pouvoir ; elle peut tout ofer . Elle ofera la ruine .
de l'Empire . Repréfentans du peuple François ,
le corps focial va fe diffoudre. Levez- vous donc ,
& faites rentrer dans le devoir les facriléges qui
ofent fe jouer d'une grande nation . A vous font
confiés les deftins de la France. Vos commertars
vous regardent ; tous vous difent ; Liberté,
égalité ,, point de deux chambres , mais la conftitution
toute entière . Foudroyez les factieux ,
& que le règne paifible de la lói fuccède à la
Hop longue anarchie qui fatigue tout l'Empire.
( 35 )
1
Nous vous parlons avec le courage qu'infpire la
liberté. Nous fommes affez forts pour vous la
dire , & vous affez juftes pour l'entendre. Sauvez
la France : elle eft en péril . Pour nous , nous
mourrons à notre pofte , s'il le faut ; & notre
mort fera glorieufe , puifque nous aurons rempli
notre devoir. » Mention honorable & envoi
aux 83 departemens.
f
Des citoyens de Breft , qu'un membre a foutenu
n'être pas de Breft , font venus à la barre
féliciter l'Affemblée de fon décret fur les 20,000
hommes , & dire : « Le Roi peut paralyfer vos
décrets ; mais fon vero ne pourra liar nos bras.
Cette infolente jactance eft applaudie , & M.
Charlier en obtient la mention honorable , quoique
l'adreffe fût du 17 & cenfurât le veto du 18 ,
& que les Bretons fuffent de Paris, réflexions qui ont
fait crier M. Merlin & autres : à l'abbaye lecalom
niateur. Qu'on puniffe les agitateurs , -- C'efti
vous . --
Non , c'est vous ....
Oa a lu les procès -verbaux des féances des
législateurs du fauxbourg S. Antoine , qui ont
comme d'autres leur préfident , des fecrétaires,
leurs galeries , leurs applaudiemens ; leurs huées,
leur barre , l'ordre du jour , la mention hono-"}
rable , la queſtion préalable ; fingerie anarchique,
& dégoûtante qui ne choque perfonne. Ils ont
configné que M. Chabot eft venu faire part aux
fères de l'adreffe des Marfeillois , auffi honnête
que celle de Blois , & qu'il en a pris l'occaſion,
affez naturelle , d'exhorter les citoyens du fauxbourg
à fe conduire , dans la journée du lendemain
( mercredi 20 ) , « avec modération , égalité
& paix , afin de démentir la demi- prédiction
du général la Fayette , dont il a dévoilé toute
la turpitude & les prétentions à la trahifon,
(
B 6
( 36 )
L'ex- capucin a dit qu'il avoit craint que des
émiflaires ne provoquaffent le peuple à quelqu'acte
i légal , pour vérifier ce que le général écrit des
anarchistes & égicides , & lui donner le préteate
d'arr ver er avec fon armée & d'impofer des
loix à l'Affen blée en feignant de fecourir le Roi.
De cette apologie à deux tranchans , M. Chabot
frappant à la fois & fes dénonciateurs & M. de
la Fayette , a modeftement conclu qu'on avoit
eu tort de le moquer de la modération de fes
principes , & l'affaire ainfi dénaturée a été renvoyée
à la commillion des douze,
Du mardi , 26 juin.
M. Laureau implore la juftice & l'humanité
de l'Allemblée pour des prêtres accablés d'infirmités
& d'années , impitoyablement entaffés dans
lelieu où il a plu aux jacobins de Dijon de mettre
en chartre privée tous les prêtres inaffermentés
de leur ville .....
-
On a déciété d'urgence 1. qu'il fera payé
62,600 liv. pour les dépenfes de 1791 , de la
caifle civile de l'île de Corfe , & 150,000 liv.
pour 1792. 2 °. La fomme de 170,415 liv.
pour le loyer des cafernes de la garde foldée de
Paris - 3 °. Un fecours de 4 millions en comeftibles
& matières premières propres à la conftructions
, pour St. Domingue , imputabies fur
la dette des Etats Unis , & fur l'avance décrétée
le 17 mars ; que les lettres de change fournies
fur le tréfor public par l'odor nateur de Saint-
Domingue , s'élevant , jufqu'au 31 décembre
1791 , à 2,724,179 liv. , feront acquittées par
les comm flaires de la trésorerie natale ; que
ccs fonds avancés par la nation , à la charge
( 37 )
de remboursement , font hypothéqués fur les
impofitions de cette colonie.
Le miniftre de la marine informe l'Affemblée
que le pavillon tricolor fera reçu dans les ports
de Suède ( applaudiffemens comme pour une
victoire ).
Le miniftre de la justice écrit que les trois
dénonciateurs de M. Chabot Tont inconnus dans
le fauxbourg. Il est enfin décidé que l'Affemblée
n'admettra plus que des dénonciations authentiques.
Ce décret rendu plutôt eût fupprimé
toutes celles que fe font permiles MM. Merlin,
Genfonné , Briffot , Bagire & Chabot.
Un rapport de M. Blanchard , au nom du ?
comné militaire , a établi que M. Servan , durast
fon ministère , a compromis fouvent & leftement
les intérêts de l'Etat . Il s'agit de millions
payés de trop dans plufieurs marchés . Quelqu'un
a propofé d'ajouter au décret portant que l'ex miniftre
a emporté les regrets de la nation , qu'il a
auffi emporté l'argent de la nation . On s'eft retrouvé
à l'ordre du jour.
Nous donnerons ai leurs la fubftance du décret
fur,la manière de conftater l'état civil des citoyens ,
c'eſt - à dire , les naiffances , les mariages & les
décès . Il fuffia de noter ici que l'Affmblée a
décrété , en principe , l'idée de M. Gohier d'ériger
par- tour , en plein air & loin des églifes , des autels
civiques cù l'on préfentera les nouveauxnés,
&c. , quoique depuis que le monde exifte
il n'y ait pas eu d'autels fans culte , fans factifices
, fans dédicace ou confécration à quelque
divinité . M. Sedillez , qui avoit montré d'abord
du fens commun , foutenoit qu'il ne falloit
donner aux enfans ni des noms autrefois dits de
bagiême , ni le nom de leur père »….. La féance a
( 38 )
fiai par une lettre du miniftre de l'intérieur qui
annonce que tout eft calme à Paris .
ec
Du mardi , féance du foir.
&
Encore des doléances qu'il faut avoir commandées
pour ne pas en être excédé , au ſujet de
l'expulfion des trois miniftres prétendus patriotes.
« Attendu que M. Servan eſt l'un des trois ,'
qu'il emporte les regrets & l'argent de la nation »
M. Hua invoquoit l'ordre du jour. Mais pour
as rien préjuger , & tout en imputant honnêtement
ces propos « aux vrais factieux , aux ennemis
de la patrie
M. Cambon a fait décréter
I mention honorable des doléances auſſi fincères
que motivées.
ל כ
•
Les corps adminiftratifs d'Amiens écrivent à
l'Affemblée qu'une troupe de féditieux à arraché
la permiffion de défiler dans l'enceinte du corps :
Législatif , a violé l'afyle du chef fuprême , violé
la majefté du Roi & la majefté nationale ; que
les repréfentans du peuple François & le Monarque
font la légiflature & le Roi & non ces brigands
qui ont eu l'imprudence de parler à la barre &
au Roi au nom de la fouveraineté du peuple que
leurs infâmes attentats du 20 ont outragée , &
dont les chefs & les complices reffufcitent à
Paris les Marcel & les Caboches ... M. Garreau
n'a pas rougi de folliciter la cenfure de cette
adreife , & prétendoit que l'Affemblée n'avoit
cédé qu'à la juftice & non à la crainte , en violant
fon règlement ( & la conftitution ) par
l'admiffion de 8,000 pétitionnaires armés . On lui
a rappellé le danger que MM . Guadet & Vergniaud
avoient vu dans le refus de les admettre.
Il oppofoit la miférable pantomime de ces factieux
qui fe retirèrent pour un inftant de la
( 39 )
barre, à la voix & au gefte de leurs proteurs .
On a décrété la mention honorab'e & l'envoi
aux 83 départemens .
Les adminiftrateurs du Hérault regrettene les
trois merveilleux miniftres ( & l'argent ? ont crié
quelques voix ) adhèrent aux décrets frappés
du veto , jurent de ne voir jamais
que par l'Af
femblée feule , & annoncent qu'ils ont déjà ordonné
la levée de leur contingent de volontaires
pour le camp de 20,000 hommes . « Paricz ,
vous ferez obéis ... Elevez - vous à la hauteur ,
&c... que le falut public vous infpire quelque
grande melure... » M. Tronchon a obfervé que
c'étoit violer la conftitution & méconnoître qu'un
décret non -fanctionné n'eft pas une loi ( murmure
fcandaleux ). Il étoit réfervé à M. Rouyer des
juftifier ces démarches à l'aide de présomptions !
& à M. Cambon d'en démander la mention
honorable . Mais la honte eft demeurée perfonnelle
, l'Affemblée a cru devoir paſſer à l'ordre
du jour.
Adreffe de 3,054 citoyens actifs de Grenoble ,
où il n'y a que 2,100 citoyens actifs , qui dé
clame le 19 contre le veto appliqué dans la foirée
du 18 aux deux fameux décrets . Les prêtesnoms
de Grenoble infultent au Roi comme M.
Duhem dans les groupes des Tuileries , fuivant le
pport qu'en fit hier M. Calvet , rapport après
lequel M. Brival dit impunément : « ce que
M. Duhem difoit là , je le foutiens dans l'Al-'
feinblée »... Ils ofent écrire , & l'Aſſemblée
fouffre qu'on life ces horreurs : « Louis XVI a
toujours protégé ce culte incivique & féditieux
le décret n'a pas été fanctionné ... Louis XVI
a des deffeins fecrets ; il a beſoin du trouble ,
de la divifion , de l'anarchie ; il rejette la for-
ر
1.40 )
1
E
mation d'un camp protecteur de la tranquillité,
publique... Il a toujours nourri les facilèges
eférances des patriciens ... Louis XVI , de fa
lifte civile , folde encore les fatellites du 6 octobre...
La nation va fe lever toute entière ( bravo ! ) ,
& , la conftitution à la main elle s'écriera :
Louis XVI , Roi des François , eft déchu de la
couronne (vifs applaudiffemens du côté droit &
des galeries ) . On a relevé les 3,054 fignatures
des 2,100 citoyens actifs & les dates. M.
Mayerne a dit qu'il y avoit un moule d'adreffes,
aux jacobins. Un de ces hommes qui bravent le
mépris public a eu le front de s'écrier : « Eh bien !
faires auffi un moule d'adreſſes , & il fera brif . »
Après avoir fubi la lecture de pareils blafphêmes
, on eft paffé à l'ordre du jour fans les improuver.
כ כ
M. Bazire a dénoncé l'adreffe du directoire.
du département de la Somme , & cette dénonciation
été renvoyée a la commiffion des douze ,
avec ordre d'en faire le rapport demain foir , ce
qui , n'ayant pas eu lieu , comme on le verra
donnera le temps de voi combien de départemens
auront le courage de méliter un tel honneur.
Du mercredi , 27 juin.
>
Le département de l'Indre s'indigne des attentats
du 20 , demande la punition exemplaire des
fauteurs de l'attroupement , & qu'on porte le
regard févère de la justice fur la conduite des
municipaux & du maire de Paris. Nouveaux
débats.
Voyant que la fotte rufe des adreffes menace
de manquer fon but , que même , ti l'on contuoit
d'en lice , fans choix préalable , ciles pro
( 41)
>
·
que
duiroient un effet contraire à celui qu'on s'en promettoit
, parce que d'honnêtes gens en enverroient
plus que la faction n'en froit arriver des
provinces , M. Bréard s'eft avifé d'obſerver
les, difcuffions fur les mentions honorables perdoient
beaucoup de temps & a propofé de renvoyer
le tout à un comité q In rendroit boi
compte. L'avis à été faifi , bien entendu qu'à
dater du moment même , on n'enverra au comité
que les adreffes qui ne feront pas des faifeurs ou
de leurs affiliés . Auffi - tôt s'eft - on mis tout de
fuite à en lire deux , l'une des citoyens de Rennes ,
l'autre des citoyens de Nancy , qui gémiffent de
T'expulfion des trois impayables miniftres , décliment
contre le comité autrichien
le fatal veto , & demandent innocemment à
l'Affemblée d'examiner dans fa fageffe s'il eft
poffible de reftreindre l'exercice du veto fans bleffer
la fainte conftitution.
& contre
Un décret d'urgence ordonne la fabrication de
100 millions en affignats de S livres pour étre
employés à l'échange d'affignats de plus forte
waleur. Il feroit bien à defirer qu'on trouvât un
moyen de donner à tous ces échanges une nctoriété
qui écartât tout nuage & toute effèce de
difficulté du calcul général des affignats fabriqués ,
livrés , rentrés & reltés ou retirés de la circulation
.
M. Dubayet a lu un rapport , au nom du
comité militaire , fur l'état actuel de la force
armée . En voici le réfultat . Le total des foldats
de ligne qui font actuellement fous la toile dans
les quatre armées de MM. Luckner, de la Fayette ,
de la Morlière & de Montefquiou , eft de 90,590
hommes. Celui des foldats de ligne laiflés , par
ces généraux , dans les places , cft de $4,173
( 42 )
ficit ›
910
hommes . Force totale , 144,763 hommes . Dé
21,885: Il y a dans l'intérieur du
royaume , 21,375 hommes , au lieu de 25,065 .
Deficit , 4,690 hommes. On a envoyé 12,375
hommes dans les colonies . Donc le déficit , en
tout , eft de 16,575 hommes , & non de 40,000
comme l'affirmoit M. Dumourier ( s'il répondoit ,
peut être compteroit - il les hommes tués , les
hommes emportés par les maladies , & les défer--
teurs depuis la dernière revue . La différence
feroit- elle de 13,425 hommes ? ) . Quant aux
volontaires nationaux , M. Dubayet en a donné
21 mille à M. Luckner , 22 mille à M. de la
Fayette , 16 mille à M. de la Morlière , & 25
mille à M. de Montefquiou . Il en a compté 5,000
dans les colonies , & 3,500 dans l'intérieur ;
total , 92,500 hommes . Déficit 77,000 . Conclufion
ultérieure : l'armée Françoife , dès qu'on
laura complétée ( moyennant 26,575 foldats de
ligne , & 77,000 volontaires nationaux , en tour,
103,575 hommes , fans compter les déieraeufs &
les morts ) fera de 400,000 hommes.
M. Cambon vouloit que le miniftre fignât çes
états , pour établir la refponfabilité . S'élevant
à cette fublime hauteur où l'on fe croit d'autant
plus de génie qu'on dédaigne & le bon-fens
& fa confcience , M. Genfonné a cru démontrer
que l'Affemblée pouvoit & devoit fe fubftituer
au chef fuprême de l'armée & au pouvoir exécutif
, & il a propofé , du plus grand férieux ,
de décréter à l'inftant , 1°. que les troupes qui
fort dans l'intérieur feront tr infportées aux frontières
; 2 ° . que l'Aſſemblée ( législative ) renonçant
pendant quelque temps à fes fonctions lé
g Ratives , va s'occuper uniquement de fauver
la liberté , & des rapports partiels ou généraux
( 43 )
de la commiffion extraordinaire des douze .
Après avoir prouvé fans effort que l'abfarde
propofition de M. Genfonné étoit i conftitutionnelle
, M. Rouyer en a fait une qui ne Fétoit
pas moins , celle de décréter fur- le - champ que
les 83 départemens fourniroient un bataillon
chacun dans le mois . M. Delmas envoyoit toutes
les troupes de l'intérieur contre les Pruffiens. M.
Tronchon obfervoit judicieufement que ce délire
détruifoit & la conftitution & la refponfabilité ;
aufli l'a-t-on bravement hué. M. Carnot , le
jeune , exigeoit du ministre des états certifiés de
tous les mouvemens des troupes . Se croyant bien
plus politique , M. Tronchon préféroit un état
de fituation de 8 en 8 ou de is en 15 jours .
Les revues ne fe font que de 3 en 3 mois , ob
jectoit M. Brunck, Pénétré de la néceffité d'un
profond fecret , M. Dumas confeilloit finement
de ne communiquer ces précieux états ( impof-
Ables ) qu'aux 745 membres de l'Ademblée
journalistes & autres . Ceux à qui le verbiage de
l'ignorance vaniteufe ne fait jamais perdre de
vuc leurs projets , font arrivés , à travers d'oifeux
débats , fans effuyer la moindre réflexion
énergique fur le danger de livrer la capitale aux
factieux & à leur armée de piques , &c. ,
l'article effentiel qu'on a bien vite décrété :
L'Asemblée nationale , confidérant la néceffité
de porter fur les frontiè es des forces fuffifantes
pour affurer la nation contre toute invafion
étrangère ; confidérant que les troupes de
ligne & les bataillons de volontaires dont l'Afemblée
nationale a ordonné l'augmentation , ac
font pas encore portés au compl t , & que les
troupes réglées a fuel ement en ga : nifon dansla
capitale peuvent être ' uppléées dans leur fervice
( 44.)
habituel par la garde nationale parifienne , qui,
a donné tart de preuves de fon zèle infatigable
pour la conftitution , décrète que Te pouvoir
exécutif eft autorifé à difpofer dès à préfent de
toutes les troupe de ligne françoiſes & étrangères
, actuellement à Paris , fous la condition
de donner avis au corps légif tif des ordres
qu'il pourra donner en conféquence du préfent
décret. »
Du mercredi , féance dufoir.
M: Chabot n'eût pas mieux réuffi à fe difculper
s'il fe fût dénoncé lui - même pour repouffer une
imputation grave & vraisemblable , en arguant
de faux trois fignatures qu'il auroit imaginées.
Le commiffaire de police attefte n'avoir pu décourir
les dénonciateurs ..
Ls adminiftrateurs de Péronne adreffent à
l'Aſſemblée nationale une copie d'une lettre part
laquelle ils expriment au Roi la profonde, dou-
Teur que leur ont caufée les attentats du 20.
Des citoyens d'Abbeville demandent la punition
des factieux & celle des municipaux prévaricateurs.
Quelques brouillons qui fignent 6,620
citoyens de Lyon , comme certain démon s'appelloit
légion , s'indignent du veto , & écrivent :
Peuple François , le Roi vous trompe.....
Louis XVI ne veut pas la connftitution ..... Celui
qui , le 21 juin 1791 , lâchement abandonné
fon pofte , peut - il exercer le droit de diriger
nos armées ?... Législateurs , prenez une mesure
digne de vous ..... l'attitude ..... la hauteur.....
levez vous ...... Légiflateurs , parkz , & nos
bras , & c... » Les hommes - d'état des greniers,
on des cabarets de Laval s'expriment avec la ,
meme decence & ajoutent : « L'auteur de tous
1
45
nos maux , l'ennemi de la liberté , l'ennemi de
lanation Françoife , c'eft la femme du Roi (bravo!),
cette femme aftucieuse & corrompue .... » Une
partie de l'Aflemblée & les galeries battent des
mains à fendre la tête,
Du jeudi , 28 juin.
11
---
Une adreffe revenue fignée d'Arras , repréfente
à l'Affemblée que le pero qui a frappé les
deux excellens décrets contre les prêties & pour
le camp de Paris , oppofe la volonté d'un feul
homme à la volonté fouveraine du peuple François
(d'Arras.) Une adreffe de citoyens du
Havre adopté la lettre de M. de la Fayette ,
impute tous les maux du royaume à la faction
jacobite , demande juſtice de tous les libelles que
les jacobins leur envoient de Paris. La municipalité
de Nancy fe plaint du tribunal du diftrict
. M. Lamarque en prend l'heureufe occafion
de fe plaindre de tous les tribunaux à la fois.
Il veut une nouvelle élection générale de juges.
On lui répond que les jacobins feu's forment ce
vou , pour s'emparer de toutes les places
fuccéder aux derniers défenfeurs des propriétés
& n'être plus jugés que par leurs complices ;
que leurs élections font déteftables , qu'il en eft
une preuve... La motion fubverfive de M. Lamarque
n'en a pas moins été renvoyée au comité
de législation.
Le Roi a notifié à l'Aſſemblée la nomiration
de M. Dejoly , fecrétaire de la commune de
Paris , à la place de fecrétaire du confeil de Sa
Majefté.
Quelques lignes de M. de la Fayette demandent
pour lui a l'Affemblée la permiffion de paroître
à la barre , & d'offrir l'hommage de fon
( 46 )
refpect . Vifs applaudiffemens & rumeurs fourdes.
On l'admet fur le champ. Une partie de l'Alfemblée
bat des mains avec frénéfie , & le livre
à des acclamations réitérées ; l'autre partie garde
un morne filence,
cc
Meffieurs , dit le général à la barre , je dois
d'abord vous affurer que d'après les difpofitions
concertécs entre M. Luckner & moi , ma préfence
ici ne compromet aucunement ni le fuccès
de nos armes ni la sûreté de l'armée que j'ai
l'honneur de commander. »
•
Voici maintenant les motifs qui m'amènent :
On a dit qu'une lettre que j'ai écrite le 16 à
l'Ademblée nationale n'étoit point de moi. Oa
m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un
camp, Je devois peut- être , pour l'avouer , me
préferter feul & fonir de cet honorable rempart
que l'affection des troupes formoit autour de
moi. »
Une raifon plus puiffante m'a forcé , Me!-
fieurs,de me rendre auprès de vous : les violences
commifes le 20 juin aux Tuileries , ont excité
l'indignation & les alarmes de tous les bons citoyens
, & particulièrement de l'armée . Dans
celle que je commande , tous les officiers , fous-
Efficicis & foldats ne font qu'un . J'ai reçu des
différens corps des adreffes pleines des fentimens
de leur amour pour la conftitution , de leur ref
pe& Four les autorités qu'elle a établies , & de
leur patriotique haine contre les facieux . J'ai cru
devoir arrêter fur le champ ces adrefes , pat
l'ordre que je dépole ici fur le bureau . Vous y
verrez que j'y ai pris avec mes braves com agnous
d'armes , engagement d'exprimer feul un fentiment
commun. Et le fecond ordre que je icins
également ici , a confirmé votre jufte attente ,
· ·
· 1.47 )
en arrêtant l'expreffion de leur voen. Je ne puis
qu'approuver les motifs qui les animent. Déjà
plufieus d'entr'eux fe demandoient fi c'est vraiment
la caufe de la liberté & de la conſtitution
qu'ils défendoient . »
« Melfieurs , c'est comme citoyen que j'ai
l'honneur de vous parler ; & l'opinion que j'exprime
eft celle de tous les François qui aiment
leur pays , fa liberté , fon repos & les loix qu'il
s'eft données ; & je ne crais pas d'être défavoué
par aucun d'eux. Il eft temps de garantir la
conftitution des atteintes quelconques que tous
les partis s'efforcent de lui porter , d'aflurer la
liberté de l'Affemblée nationale , celle du Roi ,
fon indépendance , fa dignité il cft temps enfia
de tromper les efpérances des mauvais circyens ,
qui n'attendent que des étrangers le rétab.iffement
de ce qu'ils appellent la tranquillité publi
que , & qui ne feroit pour des hommes libres
qu'un honteux & infupportable clclavage.
י כ
« Je fupple l'Aſſemblée nationale d'ordonner
que les infligateurs des délits & des violences
commiles le 20 juin aux Tuileries , feront pourfuivis
& punis comme criminels de lèze - nation ;
de détruire une fête qui envahit la fouveraineté
, tyrannife les citoyens , & dont les débats
publics ne laiffent aucun doute for l'atrocité des
pr jets de ceux qui les dirigent . J'ole enfin vous
Tupplier , en mon nom , & au nom de tous les
honnêtes gens du royaume ( murmures dans l'extrémi
é d'un des côtés ) ; de prendre des mefures
efficaces pour faire refpecter les autorités
conftituées , particulièrement la vôtre & celle
du Roi , & de donner à l'armée l'afurance que
la conftitution ne recevra aucune atteinte dans
l'intérieur , tandis que les braves François pro748.)
::
diguent leur fang pour la défenſe des frontières
( bruyans applaudiffemens mêlés de murmures). »
Le préfident a répondu « Monfieur , l'Affemblée
nationale a juré de maintenir la conftitution.
Fidèle à fon ferment , elle faura la garantir
de toutes les atteintes qu'on voudroit lui
porter. Elle examinera votre pétition , & vous
accorde les honneurs de la féance, »
Toujours applaudi du parti qui fembloit ma!-
adroitement ainfi l'avouer pour une de fes machines
, le général eft allé fe placer près du bureau.
M. de Kerfaint a fait obferver que ce
n'étoit pas là que s'affeyoient les pétitionnaire .
De nouveaux applaud femens ont conduit le
général au banc des pétitionnaires .
On a demandé le renvoi de fon adreffe à la
commiffion des douze . M. Guadet ayant conquis
la tribune , a débuté par une hypothèfe déclamatoire
i ridiculement abfurde , qu'elle a bien
plus manifefté le manque, a folu de bonnes taifons
que la redondante loquacité ordinaire de
l'infipide orateur . «.Au moment , a t- il dit , cù
la préfence de M. de la Fayette à Paris m'a été
annorcle , une idée bien flatteufe s'eft préfentée
à men efp it . Je me fuis dit : Ait fi donc nous
n'avons plus d'ennemis extérieurs à craindre ;
ainfi donc les autrichiens Lout vaincus. Mais ,
meffieurs , cette ilusion n'a pas duré longtemps
: nos ennemis font toujours les mêmes ;
notre fituation extérieure n'a pas changé
pendant le général d'une de nos armées arrive
à Paris. Quel puiffant motif l'y appelle
donc ? Ce font , dit- il , nos troubles intérieurs ;
il craint que l'Aflemble nationale n'ait pas elle
feule la force de défendre & de foutenir la conftitution.
ce(
49 )
•
itution. Ainfi , s'établiffant à la fois l'organe
de l'armée et des honnêtes gens du royaume
il vient lui demander de maintenir la conftitution........
Je n'examinerai pas fi celui qui a
accufé l'Affemblée d'avoir vu le peuple François
dans ce qu'il appelle des brigands , ne peut pas ,
à fon tour , être accufé d'avoir vu fon armée
dans fon état-major , & de violer lui - même
les principes de la conftitution qu'il recommande
, lorfqu'il s'eft conftitué l'organe d'une
armée qui ne peut pas délibérer , & des honmêtes
gens du royaume qui ne l'en ont pas
chargé. J'obferve encore , qu'indépendamment
de la violation des principes conftitutionnels ,
j'en verrois dans fa conduite une bien grave ,
qui tient à la hiérarchie des pouvoirs , fi ce
général étoit venu fans permiffion ou fans des
ordres antérieurs du miniftre . Je demande donc ,
que le miniftre de la guerre foir interrogé
féance tenante , pour favoir s'il a donné des
ordres ou la permiflion à M. de la Fayette de
venir à Paris ; 2 °. que le rapporteur du comité,
chargé d'examiner la queftion de favoir s'il peut
être permis aux généraux d'armée en fonctions
d'adreffer des pétitions , foit tenu de faire demain
fon rapport ( grands applaudiffemens des galeries
& d'une partie de la falle ) .
"3
Coniparant la conftitution , qu'il a nommée
l'évangile politique , à l'évangile de la religion
que tant de gens interprêtent au gré des circonftances
, perfuadé que ce jargon de bel - efprit rehauffe
la majefté légiflative , M. Ramond a dit
que la loi défendoit les pétitions en armes , que
cependant l'Affemblée avoit admis dans fon fein
des milliers de citoyens armés ; qu'à plus forte
No. 27. 7 Juillet 1792... C
( 50 )
$
raifon elle pouvoit admettre le général dont il a
fait un pompeux éloge.
Après avoir prouvé que M. de la Fayette ne
dormoit pas continuellement & s'étoit levé tout
entier , il l'a nommé « l'étendard de la révolution
pour l'Amérique & pour l'Europe ..... , le
fils aîné de la liberté ; a rapproché le v des
honnêtes-gens du royaume , exprimé fans miffion
fpéciale , du voeu de la nation fouveraine , exprimé
par la multitude armée du mercredi 20 ;
rapprochement affez gauche. Mais il en a conclu ,
avec raifen , qu'en juger différemment , admettre
Pun & rejetter l'autre , ce feroit avouer qu'on a
deux poids & deux mefures . Dans le doute
les ennemis extérieurs font plus à craindre que
les factieux , M. Ramond a cherché une voix
qui eût le courage de dénoncer ces périls , n'a
trouvé par- tout qu'un profond filence , & s'eft
écris : cc il falloit cette voix à laquelle la France
& l'Europe font accoutumées. » Et il à demandé
le renvoi à la commiffion des douze , » moins
pour qu'elle juge la conduite du général , que
pour l'examiner en elle - même & faire fon rapport.
"
Aux voix , dux voix... Les gefticulations , les
courfes , les menaces, fe mêloient au vacarne.....
A l'abbaye le préfident ... à l'abbaye M. Ducos...
Vous êtes un fcélérat , a dit quelqu'un au préfident
, qui a modérément obfervé que ce n'étoit
pas un membre de l'Affemblée , quoiqu'on eût
nommé M. Guyton de Morveau. On a eu la
mauvaife foi d'objecter aux défenfeurs du général
que des foldats avoient été exclus de la barre
faute de congé , comme fi l'Affemblée n'y avoit
jamais admis des déferteurs . M. Vergniaud a
( 51 )
bavarde, en avocat , fur le danger de l'abſence
du général pour l'armée , & a foutenu que MM.
Luckner & Rochambeau n'étoient venus à Paris
qu'à l'époque de leur nomination , affertion faufle
puifqu'ils y font venus depuis , mandés par le Roi,
qui feul peut commander aux généraux. On a lu
les ordres laillés à l'armée par M. de la Fayette ,
& l'appel nominal a écarté la motion de M.
Guadet par une majorité de 339 voix contre 234.
Les pièces ont été renvoyées au comité.
Nous devons à nos Lecteurs , avec la
Proclamation du Roi , quelques nouveaux
détails authentiques fur les fuites de la journée
du 20.
Le lendemain jeudi , vers 7 heures & demie , une
Députation de l'Allemblée Nationale s'eft préfentée
chez le Roi , & lui a adreflé le Diſcours ſuivant :
« L'Affemblée Nationale nous députe vers
Votre Majefté , pour lui demander fi elle a
quelques craintes fur la tranquillité de fa perfonne
, & l'affurer fi elle étoit troublée , qu'elle
fe rendroit auffi - tôt auprès d'elle . » Le Roi a
répondu « On m'apprend que Paris eft calme
pour l'inftant ; s'il ceffoit de l'être , j'en ferois
prévenir l'Affemblée Nationale ; dites - lui , Meffieurs
, combien je fuis touché de l'intérêt qu'elle
me témoigne ; dites -lui auffi qu'au moindre danger
qu'elle courroit , je me rendrois auprès d'elle
avec le même emp effement. » Une demi - heure
après , M. Pétion avec M. Sergent font entrés ;
ils ont trouvé le Roi entouré de fa famille &
d'une foixantaine de perfonnes , la moitié environ
C 1
( 52 )
vêtues de noir , & l'autre moitié d'Officiers de
la Garde Nationale & de la troupe de ligne. A
fon arrivée , le Roi lui dit : « M. le Maire, le
calme eft - il rétabli dans Paris. Le Maire : Sire ,
le Peuple a fait les repréfentations , & tout eft
parfaitement calme . Le Roi : Avouez , Monfieur,
que la journée d'hier a été un grand fcandale ,
& que la Municipalité n'a pas fait tout ce qu'elle
auroit dû pour le réprimer. Le Maire : Sire , la
Municipalité a fait tout ce qu'elle a dû . Le Roi :
Ce n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , la Municipa
hité ne manquera pas de rendre compte de fa conduite
à l'opinion publique . Le Roi : Dites à la
Nation entière ; car c'est elle qui la jugera. Le
Maire : Sire , la Municipalité de Paris ne craint
pas d'expofer fa conduite au grand jour ; elle fait
qu'elle doit compte à l'opinion publique , elle fera
fon devoir. Le Roi : Et commens Paris eft- il à
préfent. Le Maire : Tout tranquille. Le Roi : Ce
n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , le Magiftrat . du
Peuple...... Le Roi . Taifez- vous. Le Maire : Le
Magiftrat du Peuple n'a pas à fetaire quand il fait
fon devoir & qu'il dit la vérité . Le Roi ; Au refte,
Monfieur , je vous préviens que le calme de Paris
eft fur votre refponfabilité ; retirez- vous. »
Le foir même de cette converfation , qui
peint fi bien l'état du Roi , ce Prince faifoit
afficher en fon nom la Proclamation
fuivante.
« Les François n'auront pas appris fans douleur
qu'une multitude , égarée par quelques factieux
, eft venue à main armée dans l'habitation
du Roi , a traîné du canon jufques dans la
falle des Gardes , a enfoncé les portes de foa
appartement à coups de hache ; & là , abufant
531
audácienfement du nom de la Medion , a
tenté d'obtenir , par la force , la fan or one §.V.
a conftitutionnellement refufée à deur D-can-
« Le Roi n'a oppofé aux menaces & an mors
des factieux , que la conícitace & fon amour pour
le bien public. >>
« Le Roi ignore quel fera le terme en ik vos
dront s'arrêter ; mais il a beicin de dre à la
Nation Françcilfe , que la violence , à quelqu'excès
qu'on veuille la porter , sarachera
jamais un confentement à tout ce qu'il
croira contraire à l'intérêt public. L. expok lans
regret fa tranquillité , fa cureté ; il facrife même
fans peine la jouiffance des droits qui appartiennent
à tous les hommes , & que la Loi devron faire
reſp; cter chez lui , comme chez tous les Catoyens
; mais comme Repréfentant héreditare
de la Nation Françoiſe , il a des devours fé
vères à remplir ; & s'il peut faire le facrifice
de fon repos , il ne fera pas le facrifice de les
devoirs. »ל כ
« Si ceux qui veulent renverser la Monarchie
ont beſoin d'un crime de plus , ils peuvent le
commettre. Dans l'état de crife où elle ſe trouve,
le Roi donnera , jufqu'au dernier moment , à
toutes les autorités conftituées , l'exemple da
courage & de la fermeté , qui feuls peuvent.
fauver l'Empire ; en conféquence , il ordonne à
tous les Corps Adminiftratifs & Municipalités de
veiller à lafûreté des perfonnes & des propriétés , »
Fait à Paris , le 22 juin 1792 , l'an 4º. de la liberté.
Signé, LOUIS . Etplus bas , TERRIER .
Les mêmes plaintes ont retenti dans le
Confeil général de la Commune . Un jeune
Notable , plein de courage , mais foutenu
C 3
( 54 )
d'un parti nombreux , a dénoncé avec fermeté
, le Maire , le Procureur de la Comdans
un difcours dont voici l'extrait.
mune,
« La Loi a été violée avec un éclat tellement
fcandaleux , que le Confeil général ne peut ,"
fans partager la honte des infractaires , refter
muet plus long- temps & tarder un inſtant à íolliciter
la punition d'attentats , dont gémit la Capitale
& dont va gémir la France entière . La
Loi a été violée par un Commandant de Basaillon
qui , fans réquifition préalable , a ofé
1 tête d'un raffemb'ement de près de
travelfer ai fi les
marcher a
vingt mille hommes arme› ,
rues & les principaux quartiers de ceu Ville,
Elle a été violée par des Gardes Nationales ,
qui , fans réquifition préalable , ont paru au milieu
de ce raffemblement , couverts de leur are
mes , & traînant , après eux , des canons , qui
leur avoient été donnés pour un tout autre ufage.
Elle a été violée par une foule d'individus de
tout âge , de tout fexe , qui ont, pénétré , à
force ouverte , les armes à la main , dans la
demeure du Repréfentant Héréditaire de la Nation
Françcile , qui l'ont forcé à fe couvrir la
tête d'un bonnet rouge. Elle a été violée par
des brigands qui ont commis plufieurs vols , avec
eff action , d'effet précieux , qui , difons - le ,
puifque le fait eft malheureufement vrai , fe font.
permis de tourner leurs armes contre le Roi , &.
qui , arrêtés dans cet horr ble attentat p r quel
ques Gardes Nationaux , ont cherché u e forte
de dédommagement à leur fureur , dans les opprobres
, les infultes dont ' is ont abreuvé cet
infortuné Monarque ; dans les menaces fédisicufes
, les provocations meurtrières dont ils ont
!
( 53 )
fatigué fes oreilles , dont ils l'ont affailli lui &
fon augfte Famille , pendant plufieurs heurer.
La Loi a été violée par vous , Procureur de la
Commune , qui , au mépris des Loix concernant.
votre Ministère , au mépris de l'Arrêté pris le 16
par le Confeil - général , de celui pris le 19 par
le Directoire du Département , au mépris des
principes confacrés par vous - même dans votre
Arêté fur les Proceffions , & dans la Proclamation
qui l'a fuivi , avez négligé de réquerir
les mesures néceffaires pour diffiper cet attroupement.
Elle a été violée par vous , M. le Maire,
qui , au mépris des mêmes Loix , des mêmes
Arrêtés , des mêmes principes , n'avez pas pris
de précautions fuffifantes pour écarter un danger
dont certes vous étiez bien averti ; par vous enfin,
qui n'avez pas fu faire un ufage efficace des
moyens que vous donnoient & votre place , &
la Loi du 3 Novembre 1791 , pour protéger la
tranquillité publique , affurer la liberté de l'Affemblée
Nationale & celle du Roi. Elle a été
violée par vous , Commandant- Général , à qui
toutes les Loix militaires & de police ordonnoient
de repouffer la force attaquant un pofte
qui vous étoit confié. Enfin la Loi a été violée
par vous tous , Membres du Corps Municipal ,
qui avez abandonné le fort de cette périlleuse
journée à une diftribution de rôles concertée
feulement avec quelques - urs d'entre vous , & à
l'exécution incertaine d'un Arrêté tardif, infignifiant
ou perfide . Je demande donc que le Confeil-
général arrête , 1 °. qu'il improuve la conduite
tenue depuis fon Arrêté du 16 jufques &
compris la journée du 20 , par le Maire , le
procureur de la Commune , & les Adminiftrascurs
de la Poliec ; 2°. qu'il les regarde comme
C4
( 58 )
feuls garants & refponíables des évènemens de
cette journée ; 3 ° . Qu'il improuve également
l'arrêté pris dans la matinée du 20, par le Corps
Municipal; 4° qu'il dénonce & cet Arrêté , &
la conduite du Maire , du Procureur de la Com- .
ine & des Adminiftrateurs de la Police , au
Directoire du Département ; 5 ° . que fon Arrêté ,
quel qu'il foit , fera imprimé , affiché , envoyé
aux 48 Stions , aux 82 Départemens , au Directoire
du Département de Paris , au Miniftre
de l'Intérieur & à l'Affemblée Nationale . »
mune
Le Notable qui a tenu ce difcours eft
M. Louis- Gilbert Cahier , & non pas M.
Cahier de Gerville , ex - Miniftre , comme
quelques perfonnes l'ont cru. Cette courageufe
dénonciation eft reftée fans effet réel .
L'attentat du 20 juin n'a point été plus criminet
en foi , plus odieux que celui du 6 Octobre
; & cependant alors on ne parut pas y faire
grande attention ; le Peuple , l'Affemblée confrituante
, la Garde Nationale & fon Chef n'y
virent qu'un grand évènement qui rapprochoit le
Roi de la Capitale & empêchoit qu'on ne conduisit
Sa Majesté à Metz ; c'étoit le langage du
temps . Cependant la Reine fut menacée , le Roi
infulté , fes Gardes affaffinés , & fon emprifonnement
bien pofitivement effectué dans Îc château
des Tuileries . Quels motifs follicitent donc
aujourd'hui tant de réclamations contre la journée
du 20 ? Quels nouveaux intérêts , qui n'exiftoient
point en Octobre 1789 , font done mouvoit
tant d'efprits alors indifférens aux opprobres
de la Famille Royale ? Est - ce que le Roi de
France ne valoit pas bien le Roi des François ?
*
57
Eft-ce que la Majefté Royale de 1789 n'étoit
point auffi facrée que celle de 1792 ? D'où vient
donc cette différence de conduite ?
De la peur , du changement de pofition &
non de celui de principes. En Octobre il falloit
détruire le Roi de la Monarchie & créer celui de
la Conftitution , & tous les moyens étoient bons ;
il falloit exalter le fanatifme populaire par l'impunité
des crimes , & les affaflins des Gardes du
Roi furent applaudis ; il falloit effrayer les hommes
attachés à la perfonne du Monarque , & le
règne des piques fut proclamé comme celui de
la liberté ! Cet ordre de chofes fut appuyé du
Comité des Recherches & d'un armement de
cinq cens mille Gardes Nationaux. Alors on
n'avoit point à repouffer un ennemi au - dehors
puiflant & aguerri ; quelques fcélérats fuffifoient
pour affurer le pouvoir du crime & impofer filence
aux Loix : alors c'étoit la révolution entière
qui vouloit l'anéantiflement de la Royauté
& le règne du fanatisme Conftitutionnel ; mais
aujourd'hui que la Révolution s'eft donnée un
Roi , & que ce Roi eft Louis XVI , aujourd'hui
qu'il n'y a plus de profit à ébranler Tédifice
conftitutionnel , que des armées puiffantes
font prêtes à punir ceux qui joindroient de nouveaux
crimes à ceux du pallé , que le Peuple
toujours agité & toujours conféquent ne voit
point de milieu entre une République complette
& le Gouvernement actuel , entre l'anéantiflement
de la Royauté & les principes de la Révolution
; aujourd'hui que fous la bannière des
Jacobins les maximes d'égalité abfolue , de fainte
infurrection , de puritanisme , vont droit à détruire
l'ouvrage incohérent de la Conftitation
que les Feuillans font preflés entre les forces
Cs
( 58 )
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les excès du 20 out
paru très - favorables à ce deffein .
Auffi • comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conftitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on en
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatiſme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté
la prospérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde ,
à foutenir la guerre contre fes alliés , fes amis
fes frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , fes fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitutionnelle
, auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'est au moins ce que prouve l'exem
ple du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftitutionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire exécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Dupori- du- Tertre.
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations , qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paffions d'un royaume agité de
toutes parts , if Auença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel . Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , profcrits ; on
fit
figner au Roi des proclamations contre les parens
fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêchés conftitutionnelles où l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux a'tère les objets en propor
tion de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contradictions étoient expliquées d'une manière
fatisfalante à Balia , à Vienne , à Londres , à
la Haie. On faifoit répéter dans ces Cours que
la faine partie de la Nation étoit puiffante , que
les François aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps amenercit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee à toutes ces affertions
atte oit la liberté . Une partie de l'Europe if
faut le due , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniflérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
a
3:
C 6
160 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur ,
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protefte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont arraché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Miniſtère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conftitution
avec elle , quoique la moitié de celle -ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffi oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe . Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la juftice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eſt un monſtre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire , Celui - ci battu enfuite par fes excès
mal- adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus grolières infultes , les outrages les plus
éclatans recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe tout
ordre focial , tout état de Gouvernement politique.
( 61 )
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer , fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque , il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maidon , de la Noblefle Françoiſe ,:
de la partie opprimée , fouffrante de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres.
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la juftice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que faft
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée ,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE ,
« L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation
. Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
"
confond tout, & veut tout ufurper . Nous voulons
vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire ... La
Conftitution délègue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvon de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légiflatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ; nous ne
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'est
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chef.
Défendez done avec courage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
ce Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen. »
C'est pour foutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'est rendu
porteur du væeu de l'armée, qu'il l'a manifefté
à l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fi la
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé, conime
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution.
Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point . Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée Le prépare
un genre de mérite nouveau & pett
fervir de média e r entre les armées étrargères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même-temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
2
"
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre , Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il est trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , médiatrices & armées, dars
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 °. une autori'é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens ,
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemnifer
les Cours médiatrices. Il y a loin de- là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraiſemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèspeu
conforme aux loix militaires & conftitutionnelles
de la France , mérite les ap(
65 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , fi
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainſi que de
celle du Maréchal Luckner , partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft au moins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi. Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter
, en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natic
naux du Département de la Meufe , toujours pénétré
des vrais principes de la Conftitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon auguſte Perfonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1°. Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
1
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eſt paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fou profɔnd reſpect , de fon attachement
, de fa douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°.Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas les armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraſſé tous les ennemis
de la Conſtitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils
puiffent être . >>
ce 3°. Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus;
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur,
des droits de l'homme . »
« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au
préfident de l'Affemblée Nationale , au Directoire
du Département de la Meufe , à ceux des
Districts , aur Municipalités & à tous les Clubs'
dans le reflort dudit Département. Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreffes , ou adhélions
à celle- ci.
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance. I
annonça en même temps qu'il por: oit à
l'Affenblée le voeu de l'armée , qu'il re-
·
(-67 )
viendroir auffi - tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft ,
Maréchal de - camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
fimilitude de principes qu'ils invoque t
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages, & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis.
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune . Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre; on ne doit point douter
que les fociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parti : elles y réuffiront , l'on
peut en être sûr; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement , parce qu'elles flattent la vanité,
le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant . Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins. Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution'
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tent -
tive impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infi-:
dèles , où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit restée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24 au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire . A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auſſi-tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM. d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliſſement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
eule gras
de la jambe emporté d'un coup de
169 ).
•
+
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconftruit .
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant- pofte fitué entre Harlebecque &
Courtrai , mais nous avons été fi furieufement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée,
font les Belges émigrés , eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer où les fanatifer
encore davantage.
:
L'armée dé M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant-garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans. Notre perte on l'ignore . Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant- garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement .
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 179
« En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux 35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont fe joindre is
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick ; le 14 , le régiment
de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wurtzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de fo mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe - Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actifd'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives . »
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte à la Cour de Vienne . Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire. Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
fous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz. L'Etat- Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés. Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logéau- deffous
de moi, eft chargé de ce détail. A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages,
grains , munitions , attirails de tout genre . Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin . Le
reſte des ſubſiſtances est tiré de Hollande , Weſtphalie
, Weteravie , Bas- Rhin , & c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
y
En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre
finira avec,
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver.
la
« Je répète qu'il y aura à la mi - Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque. La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
2,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion paffive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage.
»
сс
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoifins .
Je fuis certain du recenfemestil en arrive tous
les jours. Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'eft le plus étrange
fpectacle . Les Gardes- du-Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies . J'ai vu celle de
Noailles - Poix à Boppart . Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence. Son Alt. eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans difti: ction .
Il paie tout comptant : fon cantonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
·
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu maroeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin . »
e Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été enivré du beau Lôc
( 44 )
1
habituel par la garde nationale parifienne , qui ,
a donné tart de preuves de fon zèle infatigable
pour la conftitution , décrète que Te pouvoir
exécutif eft autorifé à difpofer dès à préfent de
toutes les troue de ligne , françoifes & étrangères
, actuellement à Paris , fous la condition
de donner avis au corps légifl tif des ordres,
qu'il pourra donner en conféquence du préfent
décret . »
Du mercredi , féance du foir.
M: Chabot n'eût pas mieux réuffi à fe difculper
s'il fe fût dénoncé lui -même pour repouffer une
imputation grave & vraisemblable , en arguant
de faux trois fignatures qu'il auroit imaginées.
Le commiffaire de police attefte n'avoir pu décourir
les dénonciateurs .
Les adminiftrateurs de Péronne adrefent à
l'Affemblée nationale une copie d'une lettre part
laquelle ils expriment au Roi la profonde, dou-
Teur que leur ont caufée les attentats du 20.
Des citoyens d'Abbeville demandent la punition,
des factieux & celle des municipaux prévaricateurs
. Quelques brouillons qui Gignent 6,620
citoyens de Lyon , comme certain démon s'appelloit
légion , s'indignent du veto , & écrivent :
Peuple François , le Boi vous trompe .....
Louis XVI ne veut pas la conftitution .... Celui
qui , le 21 juin 1791 , a lâchement abandonné
fon pofte , peut-il exercer le droit de diriger
nos armées ?... Législateurs , prenez une meſure
digne de vous..... l'attitude ..... la hauteur.....
levez - vous ...... Légiflateurs , parkez , & nos
bras , & c... » Les hommes-d'état des greniers ,
on des cabarets de Laval s'expriment avec la
meine decence & ajoutent : « L'auteur de tous
.45
: 1 nos maux , l'ennemi de la liberté , l'ennemi de
lanation Françoife , c'eft la femme du Roi (bravo!),
cette femme aftucieuſe & corrompue …... » Une
partie de l'Aflemblée & les galeries battent des
mains à fendre la tête.
Du jeudi , 28 juin.
---
Une adreffe revenue fignée d'Arras , repréfente
à l'Affemblée que le vero qui a frappé les
deux excellens décrets contre les prêties & pour
le camp de Paris , oppofe la volonté d'un feul
homme à la volonté fouveraine du peuple François
(d'Arras. ) -- Une adrefle de citoyens du
Havre adopte la lettre de M. de la Fayette ,
impute tous les maux du royaume à la faction
jacobite , demande juftice de tous les libelles que
les jacobins leur envoient de Paris. La municipalité
de Nancy fe plaint du tribunal du diftrict
. M. Lamarque en prend l'heureufe occafion
de fe plaindre de tous les tribunaux à la fois.
Il veut une nouvelle élection générale de juges.
On lui répond que les jacobins feu's forment ce
vou , pour s'emparer de toutes les places .
fuccéder aux derniers défenfeurs des propriétés ,
& n'être plus jugés que par leurs complices ;
que leurs élections font déteftables , qu'il en eft
une preuve... La motion fubverfive de M. Lamarque
n'en a pas moins été renvoyée au comité
de légiflation.
Le Roi a notifié à l'Affemblée la nomination
de M. Dejoly , fecrétaire de la commune de
Paris , à la place de fecrétaire du confeil de Sa
Majesté.
Quelques lignes de M. de la Fayette demandent
pour lui a l'Affemblée la permiffion de paroître
à la barre , & d'offrir l'hommage de fon
( 46 )
refpect . Vifs applaudiffemens & rumeurs fourdes.
On l'admet fur- le- champ. Une partie de l'Alfemblée
bat des mains avec frénéfic , & fe livre
à des acclamations réitérées ; l'autre partie garde
un morne filence .
ce Meffieurs , dit le général à la barre , je dois
d'abord vous affurer que d'après les difpofitions
concertécs entre M. Luckner & moi , ma préfence
ici ne compromet aucunement ni le fuccès
de nos armes , ni la sûreté de l'armée que j'ai
l'honneur de commander. »
« Voici maintenant les motifs qui m'amènent :
On a dir qu'une lettre que j'ai écrite le 16 à
l'Afemblée nationale n'étoit point de moi. Oa
m'a reproché de l'avoir écrite au milieu d'un
camp. Je devois peut-être , pour l'avouer , me
préferter foul & fonir de cet honorable rempart
que l'affection des troupes formoit autour de
moi. »
« Une raifon plus puiffante m'a forcé , Me !-
fieurs, de me rendre auprès de vous : les violences
commifes le 20 juin aux Tuileries , ont excité
l'indignation & les alarmes de tous les bons citoyens
, & particulièrement de l'armée . Dans
celle que je commande , tous les officiers , fous-
Officiels & foldats ne font qu'un . J'ai reçu des
différens corps des adreffes pleines des fentimens
de leur amour pour la conftitution , de leur ref
pet pour les autorités qu'elle a établies , & de
leur patriotique haine contre les facieux . J'ai cru
devoir arrêter für le champ ces adreffes , par
l'ordre que je dépole ici fur le bureau . Vous y
vertez que j'y ai pris avec mes braves compagnous
d'armes , engagement d'exprimer feul un fentiment
commun . Et le fecond ordre que je cins
également ici , a confirmé votre jufte attente
·
~ 1.47 )
2
en arrêtant l'expreffion de leur væu. Je ne puis
qu'approuver les motifs qui les animent. Déjà
plufieus d'entr'eux fe demandoient fi c'est vraiment
la caufe de la liberté & de la conſtitution
qu'ils défendoient . »
« Metheurs , c'est comme citoyen que j'ai
l'honneur de vous parler ; & l'opinion que j'exprime
eft celle de tous les François qui aiment
leur pays , fa liberté , fon repos & les loix qu'il
s'eft données ; & je ne crais pas d'être défavoué
par aucun d'eux. Il eft temps de garantir la
conftitution des atteintes quelconques que tous
les partis s'efforcent de lui porter , d'aflurer la
liberté de l'Affemblée nationale , celle du Roi ,
fon indépendance , fa dignité : il cft temps enfia
de tromper les efpérances des mauvais citoyens ,
qui n'attendent que des étrangers le rétab.iffement
de ce qu'ils appellent la tranquillité publi
que , & qui ne feroit pour des hommes libres
qu'un honteux & infupportable cfclavage . »
ce Je fupple l'Affemblée nationale d'ordonner
que les infligateurs des délits & des violences
commiles le 20 juin aux Tuileries , feront pourfuivis
& punis comme criminels de lèze- nation ;
de détruire une fcte qui envahit la fouveraineté
, tyrannife les citoyens , & dont les débats
publics ne laiffent aucun doute for l'atrocité des
pr jets de ceux qui les dirigent. J'ole enfin vous
fupplier , en mon nom , & au nom de tous les
honnêtes gens du royaume ( murmures dans l'extrémité
d'un des côtés ) ; de prendre des mefures
efficaces pour faire refpecter les autorités
conftituées , particulièrement la vôtre & celle
du Roi , & de donner à l'armée l'afurance que
la conftitution ne recevra aucune atteinte dans
l'intérieur , tandis que les braves François pro748
)
:
diguent leur fang pour la défense des frontières
( bruyans applaudiffemens mêlés de murmures). »
Le préfident a répondu « Monfieur , l'Affemblée
nationale a juré de maintenir la conftitution
. Fidèle à fon ferment , elle faura la ga
rantir de toutes les atteintes qu'on voudroit lui
porter . Elle examinera votre pétition , & vous
accorde les honneurs de la féance, »
Toujours applaudi du parti qui fembloit ma!-
adroitement ainfi l'avouer pour une de fes machines
, le général eft alle fe placer près du bareau
. M. de Kerfaint a fait obferver que ce
n'étoit pas là que s'affeyoient les pétitionnaires .
De nouveaux applaud femens ont conduit le
général au banc des pétitionnaires .
On a demandé le renvoi de fon adreffe à la
commiffion des douze . M. Guadet ayant conquis
la tribune , a débuté par une hypothèſe décla
matoire i ridiculement abfurde , qu'elle a bien
plus manifefté le manque, a folu de bonnes raifons
que la redondante loquacité ordinaire de
l'infipide orateur . « Au moment , a t- il dit , cu
la préfence de M. de la Fayette à Paris m'a été
annorcle , une idée bien flatteufe s'eft préfentée
à mon efp it . Je me fuis dit : Ait fi donc nous
n'avons plus d'ennemis extérieurs à craindre ;
ainfi donc les autrichiens font vaincus. Mais ,
meffieurs , cette ilusión n'a pas duré longtemps
nos ennemis font toujours les mêmes;
notre fituation extérieure n'a pas change : cependant
le général d'une de nos armées arrive
à Paris. Quel puiffant motif l'y appelle
donc ? Ce font , dit - il , nos troubles intérieurs ;
il craint que l'Aflemble nationale n'ait pas elle
feule la force de défendre & de foutenir la conftitution.
( 49 )
itution. Ainfi , s'établiflant à la fois l'organe
de l'armée et des honnêtes gens du royaume
il vient lui demander de maintenir la conftitu-
. tion........ Je n'examinerai
pas fi celui qui a
accufé l'Affemblée d'avoir vu le peuple François
dans ce qu'il appelle des brigands , ne peut pas ,
à fon tour , être accufé d'avoir vu fon armée
dans fon état -major , & de violer lui - même
les principes de la conftitution
qu'il recommande
, lorfqu'il s'eft conftitué l'organe d'une
armée qui ne peut pas délibérer , & des honmêtes
gens du royaume qui ne l'en ont pas
chargé. J'obferve encore , qu'indépendamment
de la violation des principes conftitutionnels
, j'en verrois dans fa conduite une bien grave ,
qui tient à la hiérarchie des pouvoirs , fi ce
général étoit venu fans permiffion oú fans des ordres antérieurs du miniftre . Je demande donc ,
1 °. que le miniftre de la guerre foit interrogé
féance tenante , pour favoir s'il a donné des
ordres ou la permiflion
à M. de la Fayette de
venir à Paris ; 2 ° que le rapporteur du comité,
chargé d'examiner
la queftion de favoir s'il peut
être permis aux généraux d'armée en fonctions
d'adreffer des pétitions , foit tenu de faire demain
fon rapport ( grands applaudiffemens
des galeries & d'une partie de la falle ) . "
Comparant la conftitution , qu'il a nommée
l'évangile politique , à l'évangile de la religion
que tant de gens interprêtent au gré des circonftances
, perfuadé que ce jargon de bel -efprit rehauffe
la majefté légiflative , M. Ramond a dit
que la loi défendoit les pétitions en armes , que
cependant l'Affemblée avoit admis dans fon fein
Ides milliers de citoyens armés ; qu'à plus forte
No. 27. 7 Juillet 1792. C
2048
( 50 )
I.
raifon elle pouvoit admettre le général dont il a
fait un pompeux éloge.
Après avoir prouvé que M. de la Fayette ne
dormoit pas continuellement & s'étoit levé tout
entier , il l'a nommé « l'étendard de la révolu
tion pour l'Amérique & pour l'Europe ..... , le
fils aîné de la liberté ; a rapproché le veu des
honnêtes-gens du royaume , exprimé fans miffion.
fpéciale , du vou de la nation fouveraine , exprimé
par la multitude armée du mercredi zo ;
rapprochement affez gauche . Mais il en a conclu ,
avec raifen, qu'en juger différemment , admettre
Pun & rejetter l'autre , ce feroit avouer qu'on a
deux poids & deux mefures . Dans le doute £
les ennemis extérieurs font plus à craindre que
les factieux , M. Ramond a cherché une voix
qui eût le courage de dénoncer ces périls , n'a
trouvé par- tout qu'un profond filence , & s'eft
écrié e il falloit cette voix à laquelle la France
& l'Europe font accoutumées . » Et il à demandé
le renvoi à la commiffion des douze , » moins
pour qu'elle juge la conduite du général , que
pour l'examiner en elle- même & faire fon rapport
. »
Aux voix , aux voix... Les gefticulations , les
courfes , les menaces, le mêloient au vacarne.....
A l'abbaye le préfident ... à l'abbaye M. Ducos ...
Vous êtes un feélérat , a dit quelqu'un au préfident
, qui a modérément obfervé que ce n'étoit
pas un membre de l'Affemblée , quoiqu'on cût
nommé M. Guyton de Morveau. On a eu la
mauvaife foi d'objecter aux défenfeurs du général
que
des foldats avoient été exclus de la barre
faute de congé , comme fi l'Affemblée n'y avoit
jamais admis des déferteurs. M. Vergniaud a
(.51.)
bavarde , en avocat , fur le danger de l'abſence
du général pour l'armée , & a foutenu que MM .
Luckner & Rochambeau n'étoient venus à Paris
qu'à l'époque de leur nomination , affertion fauffe
puifqu'ils y font venus depuis , mandés par le Roi,
qui feul peut commander aux généraux . On a lu
les ordres laiffés à l'armée par M. de la Fayette,
& l'appel nominal a écarté la motion de M.
Guadet par une majorité de 339 voix contre 234.
Les pièces ont été renvoyées au comité.
Nous devons à nos Lecteurs , avec la
Proclamation du Roi , quelques nouveaux
détails authentiques fur les fuites de la journée
du 20.
Le lendemain jeudi , vers 7 heures & demie , une
Députation de l'Affemblée Nationale s'eft préfentée
chez le Roi , & lui a adreflé le Difcours fuivant :
« L'Affemblée Nationale nous députe vers
Votre Majefté , pour lui demander fi elle a
quelques craintes fur la tranquillité de fa perfonne
, & l'affurer fi elle étoit troublée , qu'elle
fe rendroit auffi - tôt auprès d'elle. » Le Roi a
répondu : « On m'apprend que Paris eft calme
pour l'inftant ; s'il ceffoit de l'être , j'en ferois
prévenir l'Affemblée Nationale ; dites - lui , Meſfieurs
, combien je fuis touché de l'intérêt qu'elle
me témoigne; dites -lui auffi qu'au moindre danger
qu'elle courroit , je me rendrois auprès d'elle
avec le même emp: effement. » Une demi - heure
après , M. Pétion avec M. Sergent font entrés ;
ils ont trouvé le Roi entouré de fa famille &
d'une foixantaine de perfonnes , la moitié environ
Ca
( 52 )
04
vêtues de noir , & l'autre moitié d'Officiers de
la Garde Nationale & de la troupe de ligne. A
fon arrivée , le Roi lui dit : « M. le Maire, le
calme eft - il rétabli dans Paris. Le Maire : Sire ,
le Peuple a fait les repréfentations , & tout eft
parfaitement calme . Le Roi : Avouez , Monfieur,
que la journée d'hier a été un grand fcandale ,
& que la Municipalité n'a pas fait tout ce qu'elle
auroit dû pour le réprimer. Le Maire : Sire , la
Municipalité a fait tout ce qu'elle a dû. Le Roi :
Ce n'eft pas vrai . Le Maire : Sire , la Municipà-.
hté ne manquera pas de rendre compte de fa conduite
à l'opinion publique. Le Roi : Dites à la
Nation entière ; car c'est elle qui la jugera. Le
Maire : Sire , la Municipalité de Paris ne craint
pas d'expofer la conduite au grand jour ; elle fait
qu'elle doit compte à l'opinion publique , elle fera
fon devoir. Le Roi Et commens Paris eft - il à
préfent. Le Maire : Tout tranquille . Le Roi : Ce
n'eft pas vrai. Le Maire : Sire , le Magiftrat.du
Peuple...... Le Roi . Taifez- vous . Le Maire : Le
Magiftrat du Peuple n'a pas à fe taire quand il fait
fon devoir & qu'il dit la vérité . Le Roi ; Au refte,
Monfieur , je vous préviens que le calme de Paris
eft fur votre refponfabilité ; retirez- vous. »
:
Le foir même de cette converfation , qui
peint fi bien l'état du Roi , ce Prince faifoit
afficher en fon nom la Proclamation
fuivante.
« Les François a'auront pas appris fans douleur
qu'une multitude , égarée par quelques factieux
, eft venue à main armée dans l'habitation
du Roi , a traîné du canon jufques dans la
falle des Gardes , a enfoncé les portes de foa
appartement à coups de hache ; & là , abufant
531
audacieufement du nom de la Nation , effe a
tenté d'obtenir , par la force , la fanction que S. M.
a conftitutionnellement refuſée à deux Décrets , >>
« Le Roi n'a oppofé aux menaces & aux infultes
des factieux , que la confcience & fon amour pour
le bien public.:
כ כ
« Le Roi ignore quel fera le terme où ils vou
dront s'arrêter ; mais il a befoin de dire à la
Nation Françoife , que la violence , à quelqu'excès
qu'on veuille la porter , ne lui arrachera
jamais un confentement à tout ce qu'il
croira contraire à l'intérêt public . Il expofe fans
regret fa tranquillité , fa cûreté ; il facrifie même
fans peine la jouiffance des droits qui appartiennent
à tous les hommes , & que la Loi devroit faire
respecter chez lui , comme chez tous les Citoyens
; mais comme Repréfentant héréditaire.
de la Nation Françoife , il a des devoirs fé
vères à remplir ; & s'il peut faire le facrifice
de fon repos , il ne fera pas le facrifice de les
devoirs. »
c Si ceux qui veulent renverser la Monarchie
ont befoin d'un crime de plus , ils peuvent le
commettre . Dans l'état de crife où elle fe trouve ,
le Roi donnera , jufqu'au dernier moment ,
toutes les autorités conftituées , l'exemple du
courage & de la fermeté , qui feuls peuvent,
fauver l'Empire ; en conféquence , il ordonne à
tous les Corps Adminiftratifs & Municipalités de
veiller à lafûreté des perfonnes & des propriétés, »
Fait à Paris , le 22 juin 1792 , l'an 4º . de la liberté.
Signé , LOUIS . Et plus bas , TERRIER.
Les mêmes plaintes ont retenti dans le
Confeil général de la Commune. Un jeune
Notable , plein de courage , mais foutenu
C 3
( 54 )
d'un parti nombreux , a dénoncé avec fermeté
, le Maire , le Procureur de la Commune,
dans un difcours dont voici l'extrait.
-
« La Loi a été violée avec un éclat tellement
fcandaleux , que le Confeil général ne peut ,'
fans partager la honte des infractaires , refter
muet plus long-temps & tarder un inftant à iolliciter
la punition d'attentats , dont gémit la Ca-`
pitale & dont va gémir la France entière . La
Loi a été violée par un Commandant de Ba-
Baillon qui , fans réquifition préalable , a ofé
la tête d'un raffemb ement de piès de
travelfer ai fi les
marcher a
-
vingt mille hommes armes ,
rues & les principaux quartiers de cette Ville ,
Elle a été violée par des Gardes Nationales ,
qui , fans réquifition préalable , ont paru au milieu
de ce raffemblement , couverts de leur ar
mes , & traînant , après eux , des canons , qui
leur avoient été donnés pour un tout autre ufage .
Elle a été violée par une foule d'individus de.
tout âge , de tout fexe , qui ont pénétré , à
force ouverte , les armes à la main , dans la
demeure du Repréfentant Héréditaire de la Nation
Françcife , qui l'ont forcé à fe couvrir la
tête d'un bonnet rouge. Elle a été violée par
des brigands qui ont commis plufieurs vols , avec
eff action , d'effet précieux , qui , difons - le ,
puifque le fait eft malheureuſenient vrai , fe fent .
permis de tourner leurs armes contre le Roi , &.
qui , arrêtés dans cet horr ble attentat pr quelques
Gardes Nationaux , ont cherché u e forte
de dédommagement à leur furtur , dans les opprobres
, les infultes dont is ont abreuvé cet
infortuné Monarque ; dans les menaces fédicufes
, les provocations meurtrières dont ils ont
( 53 )
fatigué fes oreilles , dont ils l'ont affailli lui &
fon augufte Famille , pendant plufieurs heures,
La Loi a été violée par vous , Procureur de la
Commune , qui , au mépris des Loix concernant.
votre Ministère , au mépris de l'Arrêté pris le 16
par le Confeil- général , de celui pris le 19 par
le Directoire du Département , au mépris des
principes confacrés par vous - même dans votre
Arrêté fur les Proceffions , & dans la Proclamation
qui l'a fuivi , avez négligé de réquerir
les mesures néceffaires pour diffiper cet attroupement.
Elle a été violée par vous , M. le Maire,
qui , au mépris des mêmes Loix , des mêmes
Arrêtés , des mêmes principes , n'avez pas pris
de précautions fuffifantes pour écarter un danger.
dont certes vous étiez bien averti ; par vous enfin,
qui n'avez pas fu faire un ufage efficace des
moyens que vous donnoient & votre place , &
la Loi du 3 Novembre 1791 , pour protéger la
tranquillité publique , affurer la liberté de l'Affemblée
Nationale & celle du Roi . Elle a été
violée par vous , Commandant- Général , à qui
toutes les Loix militaires & de police ordonnoient
de repouffer la force attaquant un pofte
qui vous étoit confié. Enfin la Loi a été violée
par vous tous , Membres du Corps Municipal ,
qui avez abandonné le fort de cette périlleufe
journée à une diftribution de rôles concertée
feulement avec quelques- urs d'entre vous , & à
l'exécution incertaine d'un Arrêté tardif , infignifiant
ou perfide . Je demande donc que le Confeil
- général arrête , 1 ° . qu'il improuve la conduite
tenue depuis fon Arrêté du 16 jufques &
compris la journée du 20 , par le Maire , le
procureur de la Commune , & les Adminiftrascurs
de la Poliec ; 2 °. qu'il les regarde comme
C4
( 58 )
2
feuls garants & refponíables des évènemens de
cette journée ; 3 °. Qu'il improuve également
l'arrêté pris dans la matinée du 20 , par le Corps
Municipal; 4° qu'il dénonce & cet Arrêté , &
la conduite du Maire , du Procureur de la Commune
& des Adminiftrateurs de la Police , au
Directoire du Département ; 5 ° . que fon Arrêté,
quel qu'il foit , fera imprimé , affiché , envoyé
aux 48 Stions , aux 82 Départemens , au Directoire
du Département de Paris , au Miniftre
de l'Intérieur & à l'Affemblée Nationale. »
>
Le Notable qui a tenu ce difcours eft
M. Louis- Gilbert Cahier , & non pas M.
Cahier de Gerville , ex - Miniftre , comme
quelques perfonnes l'ont cru. Cette courageufe
dénonciation eft reftée fans effet réel .
L'attentat du 20 juin n'a point été plus criminet
en foi , plus odieux que celui du 6 Octobre
; & cependant alors on ne parut pas y
faire
grande attention ; le Peuple , l'Affemblée confrituante
, la Garde Nationale & fon Chef n'y
virent qu'un grand évènement qui rapprochoit le
Roi de la Capitale & empêchoit qu'on ne conduisit
Sa Majesté à Metz ; c'étoit le langage du
temps . Cependant la Reine fut menacée , le Roi
infulté , fes Gardes affaffinés , & fon emprifonnement
bien pofitivement effectué dans le château
des Tuileries. Quels motifs follicitent donc
aujourd'hui tant de réclamations contre la journée
du 20 ? Quels nouveaux intérêts , qui n'exiftoient
point en Octobre 1789 , font done mouvoit
tant d'efprits alors indifférens aux opprobres
de la Famille Royale ? Est - ce que le Roi de
France ne valoit pas bien le Roi des François ?
573
Eft -ce que la Majefté Royale de 1789 n'étoit
point auffi facrée que celle de 1792 ? D'où vient
donc cette différence de conduire ?-
De la peur , du changement de pofition &
non de celui de principes . En Octobre il falloit
détruire le Roi de la Monarchie & créer celui de
la Conftitution , & tous les moyens étoient bons ;
il falloit exalter le fanatilme populaire par l'impunité
des crimes , & les affaffins des Gardes du
Roi furent applaudis ; il falloit effrayer les hommes
attachés à la perfonne du Monarque , & le
règne des piques fut proclamé comme celui de
la liberté ! Cet ordre de chofes fut appuyé du
Comité des Recherches & d'un armement de
cinq cens mille Gardes Nationaux. Alors on
n'avoit point à repouffer un ennemi au - dehors
puiflant & aguerri ; quelques fcélérats fuffifoient
pour affurer le pouvoir du crime & impofer filence
aux Loix : alors c'étoit la révolution , entière
qui vouloit l'anéantiflement de la Royauté
& le règne du fanatisme Conftitutionnel ; mais
aujourd'hui que la Révolution s'eft donnée un
Roi , & que ce Roi eft Louis XVI , aujourd'hui
qu'il n'y a plus de profit à ébranler l'édifice
conftitutionnel , que des armées puiffantes
font prêtes à punir ceux qui joindroient de nouveaux
crimes à ceux du pallé , que le Peuple
toujours agité & toujours conféquent ne voit
point de milieu entre une République complette
& le Gouvernement actuel , entre l'anéantiflement
de la Royauté & les principes de la Révolution
; aujourd'hui que fous la bannière des
Jacobins les maximes d'égalité abfolue , de fainte
infurrection , de puritanisme , vont droit à détruire
l'ouvrage incohérent de la Conftitation
que les Feuillans font preflés entre les forces.
Cs
•
( 58 )
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les excès du 20 out
paru très- favorables à ce deffein .
Aufli , comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conſtitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on en
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatifme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté ,
Ja profpérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde,
à foutenir la guerre contre les alliés , fes amis ,
Les frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , fes fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitutionnelle
, auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'est au moins ce que prouve l'exemple
du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftiturionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire uxécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Duport - du- Tertre.
›
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paffions d'un royaume agité de
toutes parts , ifAuença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel. Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , proſcrits ; on fit
figner au Roi des proclamations contre fes parens
fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêchés conftitutionnelles cù l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux atère les objets en proportion
de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contrad ctions étoient expliquées d'une manière
fatisfalante à Berlin , à Vienne , à Londres , à
la Haie . On faifoit répéter dans ces Cours que
la ſaine partie de la Nation étoit puiſſante , que
les Franrçois aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps ameneroit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; * qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee a
toutes ce's affertions
att oit la liberté . Une partie de l'Europe , if
faut le dire , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniftérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
C 6
160 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protéfte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont attaché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Ministère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conftitution
avec elle , quoique la moitié de celle - ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffa oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe. Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la juftice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eft un monftre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire , Celui - ci battu enfuite par fes excès
mal-adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus grofères infultes , les outrages les plus
éclatans , recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe touc
ordrefocial , tout état de Gouvernement politique.
( 61 )
›
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque , il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maifon , de la Nobleffe Françoiſe ,
de la partie opprimée , fouffrante de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres.
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la justice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que faft
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE ,
L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation.
Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
confond tout , & veut tout ufurper . Nous vou
lons vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire ... La
Conftitution délégue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvoir de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ; nous ne
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'elt
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chef.
Défendez donc avec courage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
« Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen . »
C'est pourfoutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'eft rendu
porteur du voeu de l'armée,qu'il l'a manifefté
a l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fi la
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé , comme
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution.
Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point. Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée , fe prépare
un genre de mérite nouveau
& pett
fervir de média e r entre les armées étrangères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même- temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
2
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre, Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il eft trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , médiatrices & armées , dans
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 ° . une autori'é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main'e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemni
fer les Cours médiatrices. If y a loin de-là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraisemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèsconforme
aux loix militaires & conftiutionnelles
de la France , mérite les appeu
7
( 85 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , hi
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainſi que de *
Celle du Maréchal Luckner , partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft au moins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi . Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter,
en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natic
naux du Département de la Meufe , toujours pénétré
des vrais principes de la Constitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon auguſte Perſonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1 °. Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eft paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fon profond refpect , de fon attachement
, de la douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°. Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas ies armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraffé tous les enn:
mis de la Conftitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils
puiffent être. »
3 ° . Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,)
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur
des droits de l'homme . »
сс« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au'
préfident de l'Affemblée Nationale , au Directoire
du Département de la Meufe , à ceux des
Diftricts , aux Municipalités & à tous les Clubs
dans le reffort dudit Département . Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreſſes , ou adhélions
à celle- ci.
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance. I
annonça en même temps qu'il por oit à
l'Affemblée le voeu de l'armée , qu'il re-
-
•
( -67 )
viendroir auffi- tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft ,
Maréchal de- camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
fimilitude de principes qu'ils invoque t
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages , & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis.
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune. Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre ; on nedoit point douter
que les fociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parfi : elles y réuffiront , l'on
peut en être sûr ; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement, parce qu'elles flattent la vanité
, le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant . Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins . Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution ,
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tentetive
impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infidèles
, où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit reftée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24 au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire. A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auffi- tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM . d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliffement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,"
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
cule gras de la jambe emporté d'un coup de
( 69 ).
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconſtruit.
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant-pofte fitué entre Harlebecque &
Courtrai , mais nous avons été fi furieuſement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée,
font les Belges émigrés, eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer ou les fanatifer
encore davantage.
L'armée dé M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant - garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans. Notre perte on l'ignore . Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant-garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement.
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 179
cc En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux '35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont ſe joindre 15
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick; le 14 , le régi-
-ment de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wattzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de fo mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe- Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actif d'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives. »
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte la Cour de Vienne. Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire . Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
fous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz . L'Etat-Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés. Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logé au- deffous
de moi , eft chargé de ce détail . A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages,
grains , munitions , attirails de tout genre . Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin. Le
refte des fubfiftances eft tiré de Hollande , Weftphalie
, Weteravie , Bas - Rhin , &c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
« En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il y
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre finira avec la
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver. »
« Je répète qu'il y aura à la mi -Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque . La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
25,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion- paffive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage
. »
Сс
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoisins .
Je fuis certain du recenfement : il en arrive tous
les jours . Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'eft le plus étrange
fpectacle. Les Gardes - du - Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies. J'ai vu celle de
Noailles - Poix à Boppart. Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence . Son Alt . eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans diftir Єtion .
Il paie tout comptant : fon cartonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu mar oeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin , »
Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été caivré du beau Lôle
( 72)
*
de M. de la Fayette , & que , par cette émulation
, il avoit tenté de faire comme lui une rée
volution . Pour y réaffir on avoit pratiqué le
Corps d'Artillerie & les Gardes bleues . Le répi
qu'a eu le Roi avant de mourir , a eu le temps
de raffermir le Peuple & les deux régimens .
33
P. S. Cent- cinquante chariots Autrichiens de
munitions viennent de paffer ce matin à Mulheim
( un quart de lieue d'ici ) pour les Pays- Bas. Le
principal magazin Pruffien fera établi ici , fous
la garde d'un régiment dont on prépare les logemens
.
A la retraite forcée de l'armée , M. de Jarry
a fait mettre le feu aux Fauxbourgs de Courtrai &
lieux voifins . L'Affemblée a décrété des indemnités
pour ceux qui ont fouffert. Perfonne n'eft dupe
ce cette fingerie d'humanité. L'Etat-Major de la
Garde nationale Parifienne eft détruit. La Municipalité
l'a voulu & l'Affemblée l'a ordonné ainfi . *
Les Avanturiers , Brigands , Patriotes , ou autres
venant du midi , feront reçus & logés aux dépends
des Bourgeois . Ainfi l'a encore voulu le Sénat
François.
( Nous rapporterons , l'ordinaire prochain , de
nouveaux détails intéreſſans & authentiques fur la
journée du 20 ; l'efpace nous manque aujourd'hui. ).
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le zo Juin 1792.
Le progrès des armées Ruffes fur notre
territoire devient chaque jour plus inquiétant
; dans l'Ukraine & dans la Lithuanie
les frontières ont été franchies , & les
terres de la République envahies , nous
ne pouvons oppoſer à de pareilles forces
qu'un patriotisme exalté dans fes délibérations
, extrême dans fes meſures , hautain
dans fa conduite & fans une réfiſtance
éprouvée contre les dangers réels. Déjà les
nouvelles fur lesquelles nous fondions quelqu'efpérance
viennent d'être réduites à leur
valeur , la prétendue victoire de Myr en
Lithuanie,remportée par le Général Judicki,
fur l'armée Ruffe commandée par le Géné
Nº. 28. 14 Juillet 1792. D
( 74)
ral Mellin, n'eft qu'une retraite forcée , dans
laquelle nous avons fait une perte confidérable.
Ce qui ajoute à nos embarras , c'eſt la
neutralité abfolue de la Pruffe & de l'Autriche
à notre égard ; il n'eft plus permis
de compter fur les fecours de la première
de ces Puiffances depuis la réponſe que
le Roi de Pruffe a faite à une lettre que le
Roi lui avoit écrite pour lui rappeller fes
anciens engagemens envers nous.
Copie de la lettre du Roi de Pologne au Roi de
Pruffe , datée de Parfovie le 31 Mai 1792 .
« Monfieur mon Frère , cette lettre ſera remile
à . V. M. par le Comte Potocky , Grand-
Maréchal de Lithuanie. Je l'écris à une époque
où tout m'impofe le devoir de défendre l'indépendance
& le territoire de la Pologne. L'un &
l'autre viennent d'être évidemment attaqués par
les prétentions de S. M. l'Impératrice de Ruffie ,
énoncées dans fa déclaration du 18 Mai , & par
les hoftilités qui l'ont faivie. Si l'Alliance qui exifte
entre V. M. eft un titre pour réclamer fon fecours,
il m'importe effentiellement de favoir d'elle
-le mode qu'elle veut preferire à fes engagemens.
La connoiffance pofitive des fentimens de V. M.
m'eft auffi néceffaire pour ma conduite que fes
forces le feroient pour mes fuccès . Il eſt conſtant
que le territoire de la République , garanti par
V. M. , eft violé , que fon indépendance eft
compromife & attaquée d'une manière fi géné
rale & fi étendue , qu'en fe livrant même aux
interprétations les plus fubtiles , il eft impoffible
de la reftreindre au feul article de la nouvelle
Conſtitution . Dans une occafion où , comme
Alliée , la dignité de V. M. eft fi intimement
unie avec l'indépendance & l'honneur de ma Nation
, je dois m'attendre qu'elle voudra me faire
connoître les fentimens . Ma confiance en V. M.
n'aura d'autres bornes que celles qu'elle y mettra
elle-même , & plus les fecours qu'il lui plaira de
donner à la Pologne feront clairement & promptement
énoncés , plus iis deviendront pour elle
avantageux & précieux. Au milieu de mes inquiétudes
& de mes peines , ce qui me confole,
c'eft que jamais caufe ne fut meilleure, ni dans le
cas d'avoir pour appui un Allié plus refpectable &
plus loyal aux yeux des Contemporains & de la
poltérité... Tout ce que S. M. voudra & daignera
confier au Maréchal Potocky , porteur de
ma préfente , fera confié avec fûreté & utilité , parce
qu'il jouit de toute ma confiance , & de celle de la
Nation , unic avec moi. »
-
« C'eft avec les fentimens de la plus haute confidération
& de l'amitié la plus vraie que je fuis ,
De Votre Majeftéle bon
Frère , STANISLAS.
Copie de la lettre du Roi de Pruffe au Roi de
Pologne , datée de Berlin , le 8 Juin 1792.
« Monfieur mon Frère , le Grand - Maréchal de
Lithuanie , le Comte Potocki , m'a remis la lettre
que Sa Majesté m'a écrite en date du 31 Mai .
Jy vois avec regret les embarras dans lefquels la
République de Pologne le trouve aujourd'hui engagée
; mais j'avouerai aufli avec franchiſe , qu'après
tout ce qui s'eft paffé depuis une année , i's
étoient à prévoir. Sa Majesté fe rappellera que
dans plus d'une occafion le Marquis de Luchéfini
a été chargé de lui manifefter , tant à elle- même
D 2
( 76 )
qu'auxMembres prépondérans du Gouvernement
mes juftes appréhenfions à ce fujet . Dès le moment
ou le rétabliffement de la tranquillité générale
en Europe m'a permis de m'expliquer, &
que l'Impératrice de Ruffie a laiffé entrevoir une
oppofition décidée contre l'ordre des choles établi
par la Révolution du ; Mai 1791 , ma façon de
penfer & le langage de mes Miniftres n'ont jamais
varié. En regardant d'un oeil tranquille la nouvelle
Conftitution que la République s'eft donnée
à mon inlu & fans ma concurrence , je n'ai
jamais fongé à la foutenir ou à la protéger ;
j'ai prédit , au contraire , que les mefures meaçantes
& les préparatifs de guerre auxquels la
Dière n'a ceſſé de vifer coup fur coup provoqueroient
infailliblement le reffentiment de l'Impératrice
de Ruffie , & attireroient à la Pologne
les maux qu'on prétendoit éviter . L'évènement a
juftifié ces apparences , & on ne fauroit le diffimuler
dans le moment préfent que , fans la nouvelle
forme de Gouvernement de la République ,
& fans les efforts qu'elle a annoncés pour la foutenir
, la Cour de Ruffie ne fe feroit point décidée
pour les démarches vigoureufes qu'elle vient
d'embrafler. Quelle que foit l'amitié que je voue à
Votre Majefté , & la part que je prends à tout ce
qui la concerne , elle fentira elle -même que l'état
des chofes ayant entièrement changé depuis l'Alliance
que j'ai contractée avec la République , &
les conjonctures préfentes , amenées par la Conftitution
du Mai 1791 , poftérieure à mon
Traité , n'étant point applicable aux engagemens
qui s'y trouvent ftipulés , il ne tient pas à moi
de déférer à l'attente de Sa Majeſté , ſi les intentions
du Parti Patriotique font toujours les
mêmes, & s'il perfifte à vouloir- foutenir fon
( 77 )
ouvrage . Mais fi , en revenant fur fes pas , it
confideroit les difficultés qui s'élèvent de tous
côtés , je ferois tout prêt à me concerter avec Sa
Majesté l'Impératrice de Ruffie , & de m'entendre
en même temps avec la Cour de Vienne pour
tâcher de concilier les différens intérêts , & convenir
des mefures capables de rendre à la Pologne
fa tranquillité. » כ
5
Je me flatte que S. M. retrouvera dans ces
difpofitions & dans ces aifurances les fentimens de
l'amitié fincère , & de la confidération avec laquelle
je fuis ,
De Votre Majeſté , le bon
Frère , Signé , FRÉDÉRIC
GUILLAUME .
La confédération de Targowicz , fous
la protection des armées Ruffes , vient
d'adreffer un Manifefte à tous les Généraux
, Sénateurs , Dignitaires , gens en place
de la République , pour leur annoncer fa
convocation & l'objet qu'on s'y propole.
Cette piéce , que le peu d'étendue de notre
Journal ne nous permet pas de rapporter,
trouvera fa place dans ce recueil , aing
que la réponſe au Manifefte de Pétersbourg
& l'Univerfal ou Adreffe de la République
aux Citoyens de la Pologne , lorfque nous
aurons fuffifamment de place pour les rapporter
en entier. Cette Confédération , au
refte, infpire de vives inquiétudes aux partifans
févères de la nouvelle Conftitution ;
ils craignent qu'elle ne devienne pour les
mécontens un centre de ralliement , &
D3
878 )
que, protégée par de grandes forces , elle
ne détruife l'ouvrage de celle de 1791 .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 23 Juin 1792 .
Tout annonce que la geurre contre la
France fera offenfive , & pouffée avec vigueur
; les préparatifs font immenfes. Tous
les Soldats abfens par congé ont reçu l'ordre
de rejoindre , & par- tout on lève des recrues
avec beaucoup d'activité.
La Cour vient de faire connoître officiellement
, en l'inférant dans fa Gazette ;
ce que nous avions déjà annoncé , que les
états de Hongrie ont accordé à S. M. un
don gratuit de quatre millions de florins ,
cinq mille recrues & mille chevaux de
remonte pour foutenir la guerre contre la
France.
De Francfort-fur-le - Mein , le 30 Juin.
Enfin , l'on s'attend à voir fous peu de
mois s'effectuer un changement confidérable
dans l'état de la France ; de nombreuſes armées
font en marche pour appuyer la coalition
des Cours. On regarde cette démarche
comme propre à rendre à cette Monarchie
la prépondérance dont elle jouiffoit dans la
balance politique des Puiſſances de l'Eu(
79 )
rope. Chaque Etat penfe qu'il y a quelque
intérêt pour lui à ce qu'un auffi grand Empire
ne ceffe point d'être un contrepoids aux
entrepriſes hoftiles de voifins ambitieux ,
qu'il puiffe dans les grandes querelles des
Nations offrir aux plus foibles une médiation
puiffante , en même temps qu'un
fecours décifif contre l'invafion où des
prétentions exagérées . Ce motif de politique
paroît avoir_principalement déter .
miné l'union des Cours germaniques , &
leur empreffement à fournir leur contingent
double aux termes du conclufum de
Ia Diète.
L'on doit donc ceffer de croire que des
difficultés d'intrigues , de rivalités fubalternes
ou d'intérêts paffagers faffent changer
de plan aux Cours réunies contre la
France ; elles ne mettront bas les armes
difent- elles , que lorfque le Roi de France
fera rétabli dans fes droits légitimes , &
que quand, par conféquent , les Princes
& la Nobleffe pourront en fureté rentrer
dans la poffeffion d'état & de biens dont
ils ont été dépouillés .
Les premiers & les plus grands frais
d'exécution font faits pour cette entrepriſe ;
100,000 hommes font en marche pour la
foutenir , tandis qu'un nombre prefque
autfi confidérable peut , en cas de befoin,
être fourni , tant par les contingens des
Etats d'Empire , que par les Cours de
1
D4
( 80 )
Stockholm , Pétersbourg , Naples , Turin,
la Haye , Madrid.
La Pruffe met une activité remarquable
dans cette conduite , quoique difpendieufe
& compliquée. La déclaration de guerre
de la France contre la Maifon d'Autriche,
alliée de la Pruffe , date du 23 Avril , &
déjà 52 mille hommes s'avancent avec des
tréfors & des munitions de toutes espèces ,
Toute cette armée , compofée des meilres
troupes de l'Europe , marche fur
cinq colonnes ; on en connoît la force &
la direction pofitive.
La première colonne s'eft trouvée fur la ligne
de Caffel & de Gotha le 21 de ce mois ; elle
va à Coblentz , & eft composée de 3,504 hommes
d'Infanterie , 5,449 de Cavalerie , & 100 chevaux
d'Artillerie elle vient de Magdebourg. :
La feconde , fortie des Marches & de la Poméranie
, allant également à Coblentz , & qui a paſſfé
le 25 dans les environs d'Eifenach , dans la Thuringe
, eft composée de 9,767 hommes de troupes
à pied , de 3,157 de Cavalerie , & trois Compagnies
d'Artillerie à cheval , faifant 480 chevaux.
La troisième , venant de la baile Silefie , eft
attendue le 25 à Gotha , de là à Francfort , & eft
formée de 6,401 hommes d'Infanterie & de 1,464
de Cavalerie.
La quatrieme , venant auffi de la Siléfie , paſſe
par la Bohême , elle fera le 26 ou 28 à Bareith ,
& de la fe rendra en Souabe ou à Manheimi
dans le bas Palatinat . Celle- ci eft compofée de
7,477 hommes de troupes à pied , & 3,042 à¯
cheval.
1
7817
Enfin , une cinquième colonne , compoſée de
11,450 d'Infanterie , s'avance à Coblentz , où une
grande partie eft déjà arrivée .
L'on voit par cet état exact des troupes
Prufliennes qu'elles s'élèvent à 38,599 hom
mes d'Infanterie & de 13,792 de Cavalerie ;
ce qui fait un total de 52,391 hommes
dont le Duc règnant de Brunſwick , nommé
Feld-Maréchal des armées de Pruffe , du
Roi de Hongrie & de l'Empire , aura le
commandement & la direction tant que la
guerre durera.
En même temps que cette armée s'avance .
d'un côté , de nouvelles troupes Autrichiennes
marchent fur le Luxembourg , le
Brifgaw & le bas Palatinat.
Huit efcadrons des Huffards d'Efterhazy
arriveront du 15 au 18 Juillet dans le
Luxembourg .
Deux bataillons d'Archiduc Ferdinand
& un de Jeltach feront à Fribourg du 8
au 10. Un bataillon de Giulay , deux de
Schrader , fix efcadrons des Dragons du
Roi y arriveront fucceflivement , & feront
tours dans le Brifgaw avant le 26.
A Manheim & dans le bas Palatinat on
attend pour la même époque les troupes
fuivantes qui font en marche ; favoir , un
bataillon de François Kinsky , un de Jofeph
Colloredo , deux de Mitrawky , un
d'Alton , un de Vin , deux de Kheven
huller , deux de Stein , huit efcadrons de...
DS
1589
des Clubs & de l'Etranger , il a bien fallu donner
quelqu'attention au Monarque , lui maintenir fon
pouvoir Conftitutionnel , & les cxcès du 20 out
paru très- favorables à ce deffein .
Aufli " comme par un concert prémédité ,
a-t-on vu quelques Départemens , des Villes
des Sociétés les Généraux , l'Armée le
réunir autour de la Conſtitution , en demander
l'exécution avec le refpect de celui que l'on ea
a déclaré le premier Agent. Le parti Conftitutionnel
a donc repris quelque fupériorité fur celui des
Jacobins , & le fanatifme de l'un va fuccéder à
celui de l'autre , fans que la paix , la liberté ,
Ja prospérité publique , le bonheur du Monarque
en foient véritablement accrus .
On n'en verra pas moins , ce qu'on a déjà pu
remarquer l'année dernière , un Roi réduit à figner
la profcription de tout ce qu'il a de cher au monde,
à foutenir la guerre contre les alliés , fes amis ,
Les frères , pour maintenir un ordre de chofes
inexécutable ; on verra les mêmes menfonges ,
les mêmes aftuces trahir au nom du Trône les
intérêts de la Monarchie , faire parler le Roi
contre la pensée , fon coeur , les fermens , &
tenir les Cours de l'Europe dans une fauffe fécurité
contre les progrès de l'anarchie conftitu
tionnelle , auffi funefte , auffi attentatoire aux droits
du Peuple & de la profpérité , que les fureurs
Jacobites ; c'eft au moins ce que prouve l'exemple
du paffé.
A la fin de 1790 , le Roi perpétuellement
follicité , journellement menacé par les Conftitutionnels
, comme il vient de l'être par les Jacobins
, preffé de vouloir la Conftitution , de la
faire exécuter , de la maintenir , circonvenit par
Jes intrigues du Commandant de la Garde Pari159
)
fienne , efpérant tout du temps & du retour aux
bons principes , cède & nomme au Ministère des
hommes de la Révolution . Tout le monde applaudit
au choix de M. Duport - du- Tertre.
Ce Miniftre , qu'on furnomma Miniftre Plébeien
, parvenu au pofte qu'i occupoit fans aucune
de ces gradations , qui permettent d'en
connoître l'étendue , les refforts & la marche des
pouvoirs & des paflions d'un royaume agité de
toutes parts , irAuença tellement le Confeil qu'il
parvint à le tendre ce qu'on s'eft habitué d'appe
ler Conftitutionnel. Il fut arrêté que le Roi
agiroit dans le fens de la Révolution , qu'il s'en
déclareroit le Chef , que les Emigrés feroient
traités avec rigueur , menacés , profcrits ; on fit
figner au Roi des proclamations contre les parens
, fes anciens ferviteurs ; on inonda l'Europe
de dépêches conftitutionnelles où l'on faifoit dire
au Roi qu'il étoit libre , alors même qu'il fe
plaignoit au Corps conftituant des entraves qu'on
mettoit à la fimple fortie de fon a'ais . Comme
la diftance des lieux atère les objets en proportion
de l'adreffe que l'on met à les préfenter , ces
contrad ctions étoient expliquées d'une manière
fatisfailante à Blia , à Vienne , à Londres , à
la Haie. On faifoit répéter dans ces Cours que
la faine partie de la Nation étoit puiffante , que
les François aimoient leur Roi , que ce Roi vouloit
la Conflitation , que le temps ameneroit les
changemens indifpenfables dans une forme de
Gouvernement fi hâtivement organifé ; qu'on
n'avoit rien à craindre pour la sûreté du Roi ,
dont la fignature appofee a toutes ces affertions
atte oit la liberté. Une partie de l'Europe , if
faut le dire , fe laiffa convaincre par cette hy
pocrifie miniflérielle ; lorfque tout - à - coup l'on
C6
( 60 )
apprend que le Roi , las d'agir contre fon coeur ,
fes fermens , fa raifon & les droits , échappe à
fes geoliers & protefte contre tout ce que l'adreffe ,
la violence & l'intrigue lui ont arraché. Il eſt
arrêté ignominieufement conduit en prifon ;
forcé de figner la Conftitution ou de perdre la
Couronne ; obligé enfuite par le même Miniſtère
à écrire encore qu'il eft libre & content ; que
la France eft régénérée , qu'il veut la Conítitution
avec elle , quoique la moitié de celle -ci
n'en veuille point , & que le Roi fut trop humain
pour foutenir un ouvrage auffi incomplet ,
auffi oppreffif , aux dépens du fang François &
du repos de l'Europe . Enfin , ce Ministère entravé
dans fes propres principes , fans autre règle
de conduite qu'une lutte continuelle contre la
ráifon & la justice qui crient qu'un Gouvernement
qui ne peut aller qu'avec des fermens , des
bayonnettes & des canons , eft un monftre ; ce
Ministère fans courage , comme fans vergogne eft
hué , baffoué , chaffé par un parti , qui , plus
conféquent , moins froidement atroce & plus
audacieux que lui , attaque de front la royauté
& place fes agens auprès d'elle pour la ployer
ou la détruire, Celui- ci battu enfuite par les excès
mal-adroits , laiffe la place vacante & l'Etat fans
Gouvernement. Au milieu de ce conflit de paffons
également méprifables , le Prince après les
plus groffières infultes , les outrages les plus
éclatans , recourt encore une feconde fois à ce
même parti Conftitutionnel , qui l'a lâchement
fait tomber d'opprobre en opprobre , ralenti l'intervention
des Puiffances en faveur de la France ,
& expofé la Monarchie à périr en faveur de deux
ou trois principes abftraits , que repouffe touc
ordre focial , tout état de Gouvernement politique .
( 61 )
›
Le cercle des malheurs de la France & du
Roi va donc encore recommencer fi l'étranger
ne profitant pas du feul moyen de rappeller à la
raifon des hommes exaltés , fi endormi par le
nouveau Ministère Conftitutionnel ; fi , gagné
par des promeffes impoffibles à tenir dans l'état
actuel de l'aviliffement du Monarque il ne
réclame pas enfio en faveur de Louis XVI , des
Princes de fa maifon , de la Noblefle
Françoiſe
,
de la partie opprimée
, fouffrante
de la Nation ,
le droit des gens , ceux de la nature , de la
juftace & de la liberté , garantis
réciproquement
par les traités pofitifs qui lient les Etats les uns
aux autres ..
Au milieu de ces malheurs publics & de la
perfpective de ceux qui nous menacent, de la
violation des loix & du mépris de la juſtice,
on retrouve avec plaifir quelques fentiinens
de loyauté dans les actes publics que fait
naître l'attentat du 20 Juin. Plufieurs des
adreffes envoyées par les Départemens font
en effet pleines d'expreffion d'amour & de
fidélité au Roi ; nous citerons celle des Citoyens
de Rouen foufcrites par 20 mille
fignataires , comme une des moins farcies
des fentences révolutionnaires , après celle
du Département de la Somme , dénoncée,
comme de raifon , à l'Affemblée.
SIRE
L'attentat qui vient d'être commis contre
Votre Majefté nous a pénétrés d'horreur & d'indignation
. Les Loix doivent fe hâter de frapper
les Chefs infolens de cette horde féditieufe qui
( 62 )
confond tout , & veut tout ufurper . Nous vou
lons vivre cu mourir pour la conftitution ; mais
le Pouvoir Légiflrif eft délégué à des Repréfentans
élus & au Représentant héréditaire... La
Conftitution délègue au Pouvoir Législatif le
pouvoir de décréter ; & au Roi , le pouvoir de
fanctionner ; voilà ce que nous avons juré de
maintenir , & ce que nous maintiendrons ; fi
c'est par la repréfentation que l'Affemblée Légiflative
décrète , c'eft aufli par la repréfentation
de la Nation que vous acceptez ou refufez . Nos
Repréfentans font donc le Corps Légatif & le
Roi ; votre réunion feule peut faire des Loix.
Nous ne fouffririons point que l'on gênât la liberté
de nos Députés pour décréter ;
fouffrirons jamais qu'on gêne la vôtre pour confentir
; maintenez donc , Sire , avec une inébranlable
fermeté , le pouvoir qui vous cft confié ;
n'en facrifiez rien , il n'eft point à vous , c'eit
le nôtre. Votre profpérité eft attachée à celle
de la France ; vous ne pouvez être grand que
par la grandeur du Peuple qui vous a fait fon Chet.
Défendez done avec contage notre fublime Conftitution
; vous avez juré de la conferver , & nous
la voulons toute entière , »
-nous ne
ce Tels font , Sire , les fentimens que dépofent
dans le fein de Votre Majefté , les Citoyens actifs
de Rouen . »
C'est pourfoutenir ce mouvement conftitutionnel
que M. de la Fayette s'est rendu
porteur du væeu de l'armée , qu'il l'a manifeſté
à l'Affemblée , en la menaçant en quelque
forte de l'indignation univerfelle , fila
punition des coupables n'égaloit point le
crime qu'ils ont commis. Il a penfé, comme
( 63 )
fon parti , que tant de peines , tant de foins
pour créer une Monarchie , pour faire une
Conftitution à fa manière , feroient perdus
fi la fecte puiffante & populaire des Jacobins
n'étoit pas écrafée par un coup
hardi. Il a donc adroitement fait valoir
le voeu délibéré des troupes à fon commandement
, fur les troubles , le befoin de
la foumiffion & du maintien de la Conftitution
. Effrayé des conjonctures préfentes ,
il a vu que fans la Conftitution toute fa
gloire & fa puiffance difparoiffoient ; que
l'approche des armées étrangères le mettoit
dans une alternative affreufe de voir fon
ouvrage entièrement détruit , ou d'entendre
à des accommodemens que le parti ardent
des Jacobins n'accepteroit point . Avant
de commencer une nouvelle carrière d'intrigue
, il lai a donc paru néceffaire de
provoquer toutes les haines contre les Sociétés
Jacobites , & d'en obtenir la deftruction
: le coup eft hardi , mais il peut
avoir du fuccès ; alors M. de la Fayette
met fa tête à l'abri du danger , obtient une
majorité dans l'Affemblée , fe prépare
un genre de mérite nouveau
& pett
fervir de média e r entre les armées étrargères
& le Ministère conftitutionnel Feuillant
, difpofé à fe conferver à quelque prix
que ce foit. Ce projet , conforme aux
maximes du Général , eft en même-temps
dans les vues du nouveau Confeil , conduit,
( 64 )
dirigé par l'efprit qui anima , avec fi peu
de fuccès cependant , MM. Daport- du-
Tertre, Cahier de Gerville , Deleffart , &c.;
mais il eft douteux , ou plutôt il eft trèssûr
que l'Autriche , la Pruffe , la Sardaigne
& la Ruffie , niédiatrices & armées, dans
la guerre actuelle , n'entendront pofer les
armes qu'aux conditions, 1 °. de rendre l'Etat
à la Nobleffe Françoife ; 2 °. une autori é
au Monarque telle qu'il puiffe répondre du
repos de l'Europe troublé par 1 : fanatifme
françois , & main e ir avec sûreté les droits
effentiels de l'Eglife , de la Couronne &
de la Monarchie ; 3 ° . de reftituer Avignon
au Pape , fauf à traiter avec lui des moyens
de réunion , s'il les juge acceptables ; 4 ° . de
rétablir les droits de propriété & féodaux
aux Princes Allemands ; enfin , d'indemnifer
les Cours médiatrices. Il y a loin de- là
à la Conftitution de l'égalité , de la liberté
à pique , de l'infurrection fainte ; mais c'eſt
le terme de paix le plus doux que l'on
puiffe efpérer.
Sortez du fens que nous donnons , avec
une très - grande vraifemblance , à la conduite
de M. de la Fayette ; alors c'est un
étourdi fanfaron qui marche fans but &
fans accord , également haïffable aux deux
partis par fon incapacité & fon adreffe
brouillonne ; alors fa démarche , déjà trèspeu
conforme aux loix militaires & conftitutionnelles
de la France , mérite les ap(
65 )
pellations dont on l'a couverte. La pétition
d'un Général à la tête de cinquante mille
hommes , quittant fon pofte devant l'ennemi
pour venir la préfenter au nom de
fes Soldats , eft une menée criminelle , f
elle ne couvre & ne prépare pas un grand
moyen de paix & de liberté publique dans
fon réſultat.
Quoi qu'il en foit de ces vues différentes
fur M. de la Fayette , il paroît qu'une
grande partie de fon armée , ainfi que de '
celle du Maréchal Luckner, partage le fen
timent exprimé dans la pétition , & celui
configné dans fa lettre du 16 ; c'eft aumoins
ce qu'on peut préjuger des adreffes des
différens corps de cette armée & de la
lettre du Maréchal Luckner au Roi . Nous
tranfcrirons ici celle de ces pièces que l'éten
due de notre Journal nous permet de rapporter
, en renvoyant à l'ordinaire prochain
la lettre de M. Luckner.
Adreffe des Volontaires Nationaux de la Meufe.
Du camp de Maubeuge.
« Le premier Bataillon des Volontaires Natio
naux du Département de la Meule , toujours pénétré
des vrais principes de la Constitution , &
justement indigné des excès & des attentats affreux
commis , non-feulement contre l'afyle facré
de Repréfentant héréditaire de la Nation , mais
auffi contre fon augufte Perfonne , a arrêté ce qui
fuit :
» 1 ° . Que le Général la Fayette feroit prié
( 66 )
d'être , auprès du Roi , l'interprête des fentimens
de fu prife & d'horreur qu'a éprouvé ledit Baraillo
en apprennant ce qui s'eft paflé au Château
des Tuileries le 20 de ce mois , & de lui faire agréer
l'hommage de fou profond refpect , de fon attachement
, de la douleur & de fa fidélité à maintenir l'inviolabilité
des Loix ;
« 2°.Qu'aucun individu compofant le Bataillon
ne mettroit bas les armes & ne rentreroit dans
Les foyers qu'il n'ait vaincu & terraffé tous les ennemis
de la Conftitution , tant de l'extérieur que
de intérieur , de quelque Société ou Secte qu'ils,
puiffent être. »
3 °. Que le Bataillon renouvelleroît au Général
la Fayette des proteftations de foumiflior ,)
d'obéiffance & de zèle , comme au foutien le plus ;
sûr de notre liberté , & au véritable défenfeur
des droits de l'homme. »
« 4°. Que copie du préfent fera envoyée au
préfident de l'Affemblée Nationale , au Direc
toire du Département de la Meufe , à ceux des
Districts , aux Municipalités & à tous les Clubs'
dans le reffort dudit Département. Fait au camp.
de Maubeuge , les jour & an fufdits , & figné
après lecture faite. »
Suivent les fignatures.
Tous les autres Corps de l'armée ont
préfenté de femblables adreffes , ou adhé
lions à celle- ci .
Pour arrêter ces mouvemens délibératifs
dans l'arniée , M. de la Fayette mit à l'ordre
du 26 , qu'il les interdifoit , comme pouvant
donner des alarmes à la malveillance . Il
annonça en même temps qu'il por oit à
l'Affemblée le voeu de l'armée , qu'il re-
-
(-67 )
viendroir auffi- tôt , & qu'en fon abfence il
laiffoit le commandement à M. d'Hangeft .
Maréchal de- camp.
Les Jacobins au refte ne fe regardert
point comme battus ; ils ont pour eux la
iimilitude de principes qu'ils invoque
avec les Feuillans eux mêmes ; égalité ,
liberté , la Conftitution ou la mort , point de
Nobieffe , le Roi eft un fonctionnaire à
gages , & c.; avec ces armes de la révolution
ils terrafferont toujours leurs ennemis .
Déjà plufieurs Sections de Paris ont dénoncé
M. de la Fayette , comme un traître , un déferteur
de la caufe commune. Si des Départemens
ont écrit pour le Roi des Feuillans, plu
fieurs ont écrit contre; on nedoitpoint douter
que lesfociétés affiliées ne mettent tout en
mouvement pour échauffer , foutenir , ou
encourager le parfi elles y réufficont , l'on'
peut en être sûr ; d'abord parce qu'elles font
parfaitement dans le fens de la revolution ;
fecondement , parce qu'elles flattent la vanité
, le goût du peuple reconnu fouverain ,
libre & indépendant. Ajoutez qu'il ne fort
pas un Décret de l'Affemblée qui ne foit
infecté du venin puritain , applaniffeur , de
ce fanatifme d'égalité qui ne peut s'arrêter
qu'à la loi agraire & qui fait le fond de la
doctrine des Jacobins. Vouloir donc les
détruire & conferver une Conftitution ,
un Gouvernement fondé fur leurs prin(
68 )
cipes , c'eft chofe abfurde , c'eſt une tents
tive impuiffante.
Les nouvelles des trois ou fi l'on veut des
quatre armées fe réduifent à des récits infi-i
dèles , où l'on exagère les pertes de l'ennemi
en donnant à nos fuccès une importance qui
eft démentie du jour au lendemain.
Depuis la prife de Menin , Ypres , Courtrai
, l'armée de M. Luckner étoit restée en
quelque forte inactive par impuiffance &
par incertitude : elle vient de fe retirer fur
Lille. Avant cette retraite , les Autrichiens
avoient tenté, le 24au matin , de rétablir
un pont fur la Lis à Harlebecque , que nous
avions eu foin de détruire. A leur approche
on battit la générale , & la troupe fut mife
fous les armes. M. Luckner partit auffi-tôt
de Menin , où eft le quartier- général , accompagné
de MM. d'Orléans , de Chartres,
de Montpenfier, du Châtelet & quelques autres
Officiers généraux , commanda de s'op
pofer au rétabliffement du pont : les Autrichiens
, après une réfiftance affez opiniâtre
où ils perdirent moins de monde que nous ,"
fe retirèrent ; mais ils revinrent dans la jour
née , & nous eûmes une feconde affaire ,
avec plus de bleffés & de tués encore que
dans la première tentative . M. du Châtelet a
eule gras de la jambe emporté d'un coup de
169 ).
boulet ; l'on efpère le fauver ; il a été tranfporté
à Lille ; enfin le pofte eft refté en leur
poffeffion & le pont a été reconftruit.
Le 27 nous avons tenté de les déloger
d'un avant-pofte fitué entre Harlebecque
&
Courtrai , mais nous avons été fi furieufement
reçus par l'artillerie, qu'après avoir vu
plus d'une centaine des nôtres tomber morts
ou bleffés , nous nous fommes retirés. Ceux
qui ont le plus fouffert dans cet échaffourée ,
font les Belges émigrés, eſpèce de vauriens,
dont le mêlange avec nos troupes ne fert
qu'à les corrompre , les égarer où les fanatifer
encore davantage.
L'armée de M. de la Fayette également harcelée
par les troupes légères de l'ennemi , manquant
de plufieurs chofes , fe retire également fon
avant-garde avoit été attaquée , le 26 , au pofte
de Mariens , qu'elle perdit & reprit , & où on fit
60 à 80 prifonniers après avoir tué une trentaine
de Houlans . Notre perte on l'ignore. Cette attaque
, de l'aveu de M. Lallemand , qui commandoit
l'avant- garde , a été faite par 500 Autrichiens
au plus , il a fallu réfifter avec un nombre quatre
fois plus grand , & fe retirer définitivement .
Extrait d'une lettre de Cologne , le 21 Juin 1792
cc En confirmant les premiers détails inférés
dans ma lettre de Francfort , j'ajoute qu'aux '35
mille Autrichiens du Brifgaw , vont fe joindre 15
mille Pruffiens qui font en route , venant de Silé(
70 )
fie par la Saxe , Wartzbourg , le Palatinat & le
Wirtemberg. J'ai dit antérieurement que le 7
Juin ils avoient dépaffé Leipfick ; le 14 , le régiment
de Hertzberg , qui fait la tête de cette colonne
, a paffé Wartzbourg, Cette armée combinée
du Brifgaw fera donc de so mille hommes ,
& fous les ordres , non du Prince de Saxe- Cobourg,
mais du Prince de Hohenlohe , Gouverneur de
Prague , Général actif d'exécution , & qui ne fera
pas languir les opérations offenfives. ""
« La partie politique de la guerre & embranchement
refte la Cour de Vienne . Le Roi de
Pruffe eft chargé de toute la partie militaire. Il
commandera en chef toutes les armées , ayant
Lous lui le Duc de Brunfwick. Son quartier- général
eft à Coblentz . L'Etat- Major , les Maréchauxde-
Logis de la Cour , la Boulangerie , les approvifionnemens
font arrivés . Le Général Schonfeld
qui arrive ici de Coblentz & qui eft logéau - deffous
de moi , eft chargé de ce détail. A toute heure du
jour il remonte des bâtimens , chargés de fourages ,
grains , munitions , attirails de tout genre. Vingt
mille facs de grains font arrivés de Memel en
Pruffe , à Amfterdam , remontent le Rhin . Le
refte des fubfiftances est tiré de Hollande , Weftphalie
, Weteravie , Bas- Rhin , & c. Deux compagnies
d'ici ont une partie de la fourniture . »
« En approvifionnemens , munitions , & artillerie
, les Magafins & Parcs font tels qu'on
les auroit faits pour une guerre de trois ans. Il y
a furabondance de tout , quoiqu'on ait univerfellement
la conviction que la guerre finira avec la
faifon , & que le Roi de Pruffe fera dans Paris
avant l'hiver. »
« Je répète qu'il y aura à la mi -Juillet 250,000
( 71 )
Autrichiens ou Pruffiens fur les frontières de
France , divifés en trois armées , qui formeront
chacune autant de point d'attaque. La Ruffie
s'eft de plus engagée a fournir fon contingent de
21,000 hommes ; on prépare leur embarquement.
Le Roi de Sardaigne fora une diverfion- paſſive
par les raffemblemens en Savoie , qui exigeront
un Corps François d'obfervation dans le voifinage
. »
cc
:
Il existe 21,000 François Militaires dans les
raffemblemens fur le Rhin & lieux circonvoisins .
Je fuis certain´du recenfement : il en arrive tous
les jours. Pas un village de Mayence à Andernach
qui n'en foit rempli c'est le plus étrange
fpectacle. Les Gardes - du- Corps font au nombre
de 1600 en quatre Compagnies. J'ai vu celle de
Noailles -Poix à Boppart . Le Prince de Condé &
fon cantonnement font à Bingen & lieux circonvoifins
, à fix lieues de Mayence . Son Alt . eft
logée & vit en Spartiate , ainfi que fa famille.
A diner , une entrée de poiffon ou autre ; le
bouilli , un aloyau , falade , un plat de légume
& de friture : voilà fon luxe : il le partage alternativement
avec fes Officiers fans difti: ction .
Il paie tout comptant : fon cantonnement de trois
à quatre mille hommes n'eft pas en arrière d'une
femaine . Le Roi de Pruffe vient de donner deux
millions aux Princes par les foins de M. de
Bouillé. »
ce Vous êtes inftruit de l'affaire de Madame
Doenof à Berlin . Achetée par vos Meffieurs
elle a voulu maroeuvrer ; on l'a chaffée de la Cour,
elle eft aux arrêts à Berlin , »
« Le Suédois Lilienhorn a déclaré dans fes interrogatoires
, qu'il avoit été caivré du beau Lôle
( 72 )
•
de M. de la Fayette , & que , par cette émulation
, il avoit tenté de faire comme lui une révolution
. Pour y réaffir , on avoit pratiqué le
Corps d'Artillerie & les Gardes bleues . Le répi
qu'a eu le Roi avant de mourir , a eu le temps
de raffermir le Peuple & les deux régimens. »
P. S. Cent- cinquante chariots Autrichiens de
munitions viennent de paffer ce matin à Mulheim
( un quart de lieue d'ici ) pour les Pays- Bas. Le
principal magazin Pruffien fera établi ici , fous
la garde d'un régiment dont on prépare les logemens
.
A la retraite forcée de l'armée , M. de Jarry
a fait mettre le feu aux Fauxbourgs de Courtrai &
lieux voifins . L'Affemblée a décrété des indemnités
pour ceux qui ont fouffert . Perfonne n'eft dupe
ce cette fingerie d'humanité. L'Etat- Major de la
Garde nationale Parifienne eft détruit . La Municipalité
l'a voulu & l'Affemblée l'a ordonné ainfi . »
Les Avanturiers , Brigands , Patriotes , ou autres
venant du midi , feront reçus & logés aux dépends
des Bourgeois. Ainfi l'a encore voulu le Sénat
François.
( Nous rapporterons , l'ordinaire prochain , de
nouveaux détails intéreſſans & authentiques fur la
journée du 20 ; l'efpace nous manque aujourd'hui .)
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le zo Juin 1792 .
Le progrès des armées Ruffes fur notre
territoire devient chaque jour plus inquiétant
; dans l'Ukraine & dans la Lithuanie
les frontières ont été franchies , & les
terres de la République envahies , nous
ne pouvons oppofer à de pareilles forces
qu'un patriotisme exalté dans fes délibérations
, extrême dans fes meſures , hautain
dans fa conduite & fans une réfiftance
éprouvée contre les dangers réels. Déjà les
nouvelles fur lesquelles nous fondions quelqu'efpérance
viennent d'être réduites à leur
valeur ; la prétendue victoire de Myr en
Lithuanie,remportée par le Général Judicki,
fur l'armée Ruffe commandée par le Géné
No. 28. 14 Juillet 1792. D
( 74 )
ral Mellin, n'eft qu'une retraite forcée , dans
laquelle nous avons fait une perte confidérable.
Ce qui ajoute à nos embarras , c'eft la
neutralité abfolue de la Pruffe & de l'Autriche
à notre égard ; il n'eft plus permis
de compter fur les fécours de la première
de ces Puiffances depuis la réponse que
le Roi de Pruffe a faite à une lettre que le
Roi lui avoit écrite pour lui rappeller fes
anciens engagemens envers nous.
Copie de la lettre du Roi de Pologne au Roi de
Pruffe , datée de Parfovie le 31 Mai 1792 .
« Monfieur mon Frère , cette lettre fera remile
à. V. M. par le Comte Potocky, Grand-
Maréchal de Lithuanie . Je l'écris à une époque
où tout m'impofe le devoir de défendre l'indépendance
& le territoire de la Pologne, L'un &
l'autre viennent d'être évidemment attaqués par
les prétentions de S. M. l'Impératrice de Ruffie ,
énoncées dans fa déclaration du 18 Mai , & par
les hoftilités qui l'ont faivie. Si l'Alliance qui exifte
entre V. M. eft un titre pour réclamer fon fecours
, il m'importe effentiellement de ſavoir d'elle
le mode qu'elle veut preferire à fes engagemens.
La connoiffance pofitive des fentimens de V. M.
m'eft auffi néceffaire pour ma conduite que fes
forces le feroient pour mes fuccès . Il eſt conſtant
que le territoire de la République , garanti par
V.M. , eft violé , que fon indépendance eft
compromiſe & attaquée d'une manière fi géné
rale & fi étendue , qu'en fe livrant même aux
interprétations les plus fubtiles , il eft impoffible
de la reftreindre au feul article de la nouvelle
Conftitution . Dans une occafion où , comme
Alliée , la dignité de V. M. eft fi intimement
unie avec l'indépendance & l'honneur de ma Nation
, je dois m'attendre qu'elle voudra me faire
connoître fes fentimens. Ma confiance en V. M.
n'aura d'autres bornes que celles qu'elle y mettra
elle-même , & plus les fecours qu'il lui plaira de
donner à la Pologne feront clairement & promptement
énoncés , plus , iis deviendront pour elle
avantageux & précieux. Au milieu de mes inquiétudes
& de mes peines , ce qui me confole,
c'eft que jamais caufe ne fut meilleure, ni dans le
cas d'avoir pour appui un Allié plus refpectable &
plus loyal aux yeux des Contemporains & de la
poftérité... Tout ce que S. M. voudra & daignera
confier au Maréchal Potocky , porteur de
ma préfente , fera confiéavecfûreté & utilité , parce
qu'il jouit de toute ma confiance , & de celle de la
Nation , unic avec moi. »
« C'eft avec les fentimens de la plus haute confidération
& de l'amitié la plus vraie que je fuis,
De Votre Majefté le bon
Frère , STANISLAS.
Copie de la lettre du Roi de Pruffe au Roi de
Pologne , datée de Berlin , le 8 Juin 1792.
« Monfieur mon Frère , le Grand- Maréchal de
Lithuanie , le Comte Potocki , m'a remis la lettre
que Sa Majesté m'a écrite en date du 31 Mai .
y vois avec regret les embarras dans lefquels la
République de Pologne le trouve aujourd'hui engagée
; mais j'avouerai auffi avec franchiſe , qu'après
tout ce qui s'eft paffé depuis une année , i's
étoient à prévoir. Sa Majefté fe rappellera que
dans plus d'une occafion le Marquis de Luchéfini
a été chargé de lui manifefter , tant à elle- même
D 2
( 76 )
qu'aux Membres prépondérans du Gouvernement
mes juftes appréhenfions à ce fujet . Dès le moment
où le rétabliſſement de la tranquillité générale
en Europe m'a permis de m'expliquer, &
que l'Impératrice de Ruffie a laiffé entrevoir une
oppofition décidée contre l'ordre des choles établi
par la Révolution du ; Mai 1791 , ma façon de
penfer & le langage de mes Miniftres n'ont jamais
varié. En regardant d'un oeil tranquille la nouvelle
Conftitution que la République s'eft donnée
à mon inlu & fans ma concurrence , je n'ai
jamais fongé à la foutenir ou à la protéger ;
j'ai prédit , au contraire , que les mefures meaçantes
& les préparatifs de guerre auxquels la
Dière n'a ceſſé de vifer coup fur coup provoqueroient
infailliblement le reffentiment de l'Impératrice
de Ruffie , & attireroient à la Pologne
les maux qu'on prétendoit éviter. L'évènement a
juftifié ces apparences , & on ne fauroit le diffimuler
dans le moment préfent que , fans la nouvelle
forme de Gouvernement de la République ,
* & fans les efforts qu'elle a annoncés pour la foutenir
, la Cour de Ruffie ne fe feroit point décidée
pour les démarches vigoureufes qu'elle vient
d'embrafler. Quelle que foit l'amitié que je voue à
Votre Majefté , & la part que je prends à tout ce
qui la concerne , elle fentira elle- même que T'état
des chofes ayant entièrement changé depuis l'Alliance
que j'ai contractée avec la République , &
les conjonctures préfentes , amenées par la Conftitution
du ; Mai 1791 , poftérieure à mon
Traité , n'étant point applicable aux engagemens
qui s'y trouvent ftipulés , il ne tient pas à moi
de déférer à l'attente de Sa Majefté , fi les intentions
du Parti Patriotique font toujours les
mêmes , & s'il perfifte à vouloir - foutenir fon
( 77 )
Ouvrage. Mais fi , en revenant fur fes pas , it
confideroit les difficultés qui s'élèvent de tous
côtés , je ferois tout prêt à me concerter avec Sa
Majefté l'Impératrice de Ruffie , & de m'entendre
en même temps avec la Cour de Vienne pour
tâcher de concilier les différens intérêts , & convenir
des mefures capables de rendre à la Pologne
fa tranquillité. »לכ
Je me flatte que S. M. retrouvera dans ces
difpofitions & dans ces affurances les fentimens de
l'amitié fincère , & de la confidération avec laquelle
je fuis ,
De Votre Majefté , le bon
Frère , Signé , FRÉDÉRIC
GUILLAUME.
La confédération de Targowicz , fous
la protection des armées Ruffes , vient
d'adreffer un Manifefte à tous les Généraux
, Sénateurs , Dignitaires , gens en place
de la République , pour leur annoncer fa
convocation & l'objet qu'on s'y propoſe.
Cette piéce , que le peu d'étendue de notre
Journal ne nous permet pas de rapporter,
trouvera fa place dans ce recueil , ain
que la réponſe au Manifefte de Pétersbourg
& l'Univerfal ou Adreffe de la République
aux Citoyens de la Pologne , lorfque nous
aurons fuffifamment de place pour les rapporter
en entier. Cette Confédération , au
refte, infpire de vives inquiétudes aux partifans
févères de la nouvelle Conftitution ;
ils craignent qu'elle ne
devienne pour les
mécontens un centre de ralliement " &
D
3
1781
1
que, protégée par de grandes forces , elle
ne détruife l'ouvrage de celle de 1791 .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 23 Juin 1792 .
7
Tout annonce que la geurre contre la
France fera offenfive , & pouffée avec vigueur
; les préparatifs font immenfes. Tous
les Soldats abfens par congé ont reçu l'ordre
de rejoindre , & par- tout on lève des recrues
avec beaucoup d'activité.
La Cour vient de faire connoître officiellement
, en l'inférant dans fa Gazette ;
ce que nous avions déjà annoncé , que les
états de Hongrie ont accordé à S. M. un
don gratuit de quatre millions de florins ,
cinq mille recrues & mille chevaux de
remonte pour foutenir la guerre contre la
France.
De Francfort-fur- le- Mein , le 30 Juin.
de Enfin , l'on s'attend à voir fous peu
moiss'effectuer un changement confidérable
dans l'état de la France ; de nombreuſes armées
font en marche pour appuyer la coalition
des Cours. On regarde cette démarche
comme propre à rendre à cette Monarchie
la prépondérance dont elle jouiffoit dans la
balance politique des Puiffances de l'Eu(
79 )
?
rope. Chaque Etat penfe qu'il y a quelque
intérêt pour lui à ce qu'un auffi grand Empire
ne ceffe point d'être un contrepoids aux
entrepriſes hoftiles de voifins ambitieux
qu'il puiffe dans les grandes querelles des
Nations offrir aux plus foibles une médiation
puiffante , en même temps qu'un
fecours décifif contre l'invafion ou des
prétentions exagérées . Ce motif de politique
paroît avoir principalement déterminé
l'union des Cours germaniques , &
leur empreffement à fournir leur contingent
double aux termes du conclufum de
Ia Diète.
L'on doit donc ceffer de croire que des
difficultés d'intrigues , de rivalités fubal
ternes ou d'intérêts paffagers faffent changer
de plan aux Cours réunies contre la
France ; elles ne mettront bas les armes
difent- elles , que lorfque le Roi de France
fera rétabli dans fes droits légitimes , &
que quand, par conféquent , les Princes
& la Nobleffe pourront en fureté rentrer
dans la poffeffion d'état & de biens dont
ils ont été dépouillés .
Les premiers & les plus grands frais
d'exécution font faits pour cette entrepriſe ;
200,000 hommes font en marche pour la
foutenir , tandis qu'un nombre prefque
auifi confidérable peut , en cas de befoin,
être fourni , tant par les contingens des
Etats d'Empire , que par les Cours de
1
D 4
880 )
Stockholm , Pétersbourg , Naples , Turin ,
la Haye , Madrid.
La Pruffe met une activité remarquable
dans cette conduite , quoique difpendieuſe
& compliquée. La déclaration de guerre
de la France contre la Maifon d'Autriche ,
alliée de la Pruffe , date du 23 Avril , &
déjà 52 mille hommes s'avancent avec des
tréfors & des munitions de toutes espèces,
Toute cette armée , compofée des meil-
Lures troupes de l'Europe , marche fur
cinq colonnes ; on en connoît la force &
la direction pofitive.
La première colonne s'eft trouvée fur la ligne
de Caffel & de Gotha le 21 de ce mois ; elle
va à Coblentz , & eft compofée de 3,504 hommes
d'Infanterie , 5,449 de Cavalerie , & 100 chevaux
d'Artillerie elle vient de Magdebourg.
:
La feconde , fortie des Marches & de la Poméranie,
allant également à Coblentz , & quia paffé
le 25 dans les environs d'Eifenách , dans la Thu
ringe, eft compofée de 9,767 hommes de troupes
à pied , de 3,157 de Cavalerie , & trois Compagnies
d'Artillerie à cheval , faiſant 480 chevaux.
La troisième , venant de la balle Silefie , eft
attendue le 25 à Gotha , de là à Francfort , & elt
formée de 6,401 hommes d'Infanterie & de 1,464
de Cavalerie,
La quatrieme , venant auffi de la Siléfie , paffe
par la Bohême , elle fera le 26 ou 28 à Bareith
& de là fe rendra en Souabe ou à Manheimi
dans le bas Palatinat . Celle- ci eft compofée de
7.477 hommes de troupes à pied , & 3,042 àm
cheval.
7819
Enfin , une cinquième colonne, compofée de
11,450 d'Infanterie , s'avance à Coblentz , où une
grande partie eft déjà arrivée .
L'on voit par cet état exact des troupes
Prufliennes qu'elles s'élèvent à 38,599 hom
mes d'Infanterie & de 13,792 de Cavalerie ;
ce qui fait un total de 52,391 hommes
dont le Duc regnant de Brunſwick, nommé
Feld-Maréchal des armées de Pruffe , du
Roi de Hongrie & de l'Empire , aura le
commandement & la direction tant que la e
guerre durera.
En même temps que cette armée s'avance
d'un côté , de nouvelles troupes Autrichiennes
marchent fur le Luxembourg , le
Brifgaw & le bas Palatinat.
Huit efcadrons des Huffards d'Efterhazy
arriveront du 15 au 18 Juillet dans le
Luxembourg.
Deux bataillons d'Archiduc Ferdinand
& un de Jellach feront à Fribourg du 8
au 10. Un bataillon de Giulay, deux de
Schrader , fix efcadrons des Dragons du
Roi y arriveront fucceflivement , & feront
tours dans le Brifgaw avant le 26 .
A Manheim & dans le bas Palatinat on
attend pour la même époque les troupes
fuivantes qui font en marche ; favoir , un
bataillon de François Kinsky , un de Jofeph
Colloredo , deux de Mitrawky , un
d'Alton , un de Vin , deux de Kheven
huller , deux de Stein , huit efcadrons de
DS
( 82)
Huffards de Wurmfer , fix efcadrons de
Chevaux- légers de Kinsky & fix eſcadrons
de Dragons d'Archiduc Jofeph.
L'Election du nouvel Empereur eft définitivement
fixée au 5 Juillet ; on l'a annoncée
avec les cérémonies accoutumées.
Le Couronnement aura lieu vers le milieu
du même mois . Le Roi & la Reine de
Hongrie font attendus du 10 au 12. - II
paffe fans ceffe des troupes Autrichiennes
par cette ville , qui vont à leurs deſtinations
refpectives. Toutes les lettres de Coblentz
annoncent que les Emigrés quittent
cette ville pour faire place aux troupes
Pruffiennes qui arrivent. Ils fe rendent , les
unes dans l'Evêché de Spire , les autres
dans celui de Liège ; une partie prend fes
quartiers dans les terres de Salm.
FRANCE.
De Paris , le 11 Juilles 1792.
SECONDE ASSemblée nationale.
Du vendredi , 29 juin.
Prifonnier auprès de la haute - cour , M. de
Chollet , réclame fes appointemens échus , unique
moyen de fubfiftance pour lui & fa famille. On
paffe à l'ordre du jour motivé ſur ce qu'aucune
loi ne s'oppofe au paiement,
( 83 )
Lettres de citoyens de Cahors qui regrettent
les trois miniftres & blâment le veto ; & de
citoyens de Carcaffonne qui dictent un décret
d'accufation contre M. de Bertrand pour avoir
enlevé les bleds du département des Landes .
Cette dernière eft renvoyée au comité.
L'Aſſemblée a encore changé & fixé le rang
des fous-lieutenans dans l'armée , non d'après la
date de leurs brevets , mais d'après celle de leur
arrivée au corps ; & , à même date , dans l'ordre
fuivant : l'officier réformé ou retiré , le ci - devant
fous- officier du corps , le volontaire national ,
& le garde national fédentaire. Un autre décret
a tranfporté la régie des étapes & convois mi-
Jitaires , du département du miniftre de l'intérieur
, dans le département du miniftre de la
guerre , à compter du premier juillet.
On a repris la difcuffion fur les moyens de
conftater les naiffances , mariages & décès. « Ob
fervez , avoit dit M. Muraire , que le mariage
eft encore dans les mains des prêtres , &
qu'il faut détruire jufqu'à la dernière trace de
cette jurifdiction éphémère » Puis s'étoient prolongés
fur la définition du mariage de doctes
débats dont il faut pourtant que nous donnions
un apperçu . M. Paftoret l'appelloit un engagements
M. Lagrévol , un contrat. Celui - là mettoit la
condition effentielle dans le confentement ; celuici
prenoit le confentement pour l'effence. M.Paftores
retranchoit les mots pour la vie . Afin d'éviter
toute efpèce d'équivoque , M. Lequinto avoit
eu l'ingénieufe & décente précaution de définir
le mariage , l'union de deux perfonnes d'un différentfexe,
e Rien de fi difficile & de fi inutile
qu'une définition , difoit M. Sédiller. Quant am
1
D6
( 84 )
mariage , tout le monde fait ce que c'eft... » &
Ja queftion avoit été ajournée .
1
Aujourd'hui , M. François de Nantes combat
le projet de marier les garçons à 15 ans , les filles
213 , nubiles ou non . « Quel fpectacle , dit - il ,
offrent à la raiſon humaine un mari de 15 ans
qui paffe fa journée au collége & qui vient exercer
, le foir , fa rifible autorité , dans fon ménace..
un père de 16 ans , une mère de 141
qui eft fous l'inſpection de fa bonne ? »
L'âge de 16 ans pour les garçons & de 14 ans
pour les filles , préfentoit à M. Muraire un jufte
milieu. Quant à l'interdiction , propofée par M.
François , de tout mariage legal entre deux peronnes
plus âgées l'une que l'autre de 30 ans;
il ne faut pas , difoit M. Muraire , obftruer
ce canal de bienfaifance. » M. Lacepède a dir
s'être « beaucoup occupé des parties naturelles
relatives à la reproduction » ; & il a raisonné en
conféquence . M. Duhem & M. Taillefer ont
parlé en médecins . « Point de veto fur la nature ,
répétoit M. Bazire . » M. Condorcet craignoit
que les nobles n'abufaffent d'une loi qui permettroit
le mariage trop tôt , pour unir leurs
e .fans avant que ceux- ci puflent contracter des
paffions anti-nobiliaires . On a décrété un article
on a révoqué cet article... Enfin arrivent les
miniftres .
M. Duranthon obferve que la propofition faite
par le Roi de former un camp à Soiflons , fatis fera
aux voeux de l'Affemblée ; qu'à l'égard du Décret
relatif aux prêtres , on a dû refpecter la liberté du
Roi comme celle de l'Affemblée ; que fi les lacunes
du code pénal étoient remplies, les tribunaux réta
bliroient infenfiblement l'ordre public ; M.Lajard
a lu une proclamation du Roi adreflée à l'armée ;
( 85 )
2
A
& a annoncé que M. Luckner , à qui le Roi
avoit donné lundi carte blanche , a pris une pofition
avantageufe à Courtray . Le même miniftre a communiqué
une lettre , du 28 , de ce général au Roi ,
lettre qui rentre dans le fens de celle de M. de la
Fayette qui en envoie une de M. Lallemand ,
du 27 , du camp fous Maubeuge , contenant les
détails d'une action où les François ont fait 80
prifonniers , tué zo hommes , bleffé 20 , & n'ont
eu que deux tués & fix bleffés . Le miniftre de
Pintérieur a dépofé fur le bureau 419 demandes
dont il attend la décifion de l'Affemblée . Celui
des finances lit un mémoire. Celui des affaires
étrangères en promet un pour demain , fur nos
relations avec la Pruffe . On décrète l'impreflion
du tour.
Du vendredi , féance du foir.
Un arrêté du département de Calais appelle
la veangeance des loix fur les auteurs & com
plices des excès commis le 20 au château des
Tuileries. Le directoire annonce avoir a reffé
çer airêté aux 82 autres départemens . On le
renvoie au comité des douxe.
Les officiers municipaux & le maire d'Avignon
& le fieur Duprat aflocié des Jourdan , &c ,
écrivent au corps législatif , le 26 juin , pour
repouffer les calomnics des commiffaires tranfnifes
par le miniftre ; proteftent que « la confiance
fe lève & s'accroît tous les jours... que
le peuple s'eft relpecté dans la diftribution de
fes fuffrages... que les menées des commiffaires
actuels tendent à furprendre contre le fieur Du
prat & autres municipaux , un décret_tel_que
celui dont furent frappés les patriotes Bertin &
Rebecqui ». Cette lettre applaudie d'un côté de
( 86 )
l'Affemblée & des galeries , eft remise au comité
compétent.
M. Rouyer , fecrétaire , a ha une pétition individuelle
fuivie de 38 pages de figoatures qu'on
dit aller à 20,000 , des citoyens actifs de
Rouen. Ils y qualifient de vrais confpirateurs ceux
qui trompent le peuple en l'enivrant de defiance ;
qui ravalent le corps légiflat f en le fafant l'écho
de leurs paffions ; qui parlent de république dans
une monarchie , d'appel au peuple dans un gouvernement
repréfentatif, qui affoiblileut le relpect
dâ au Roi & aux autorités conftituées , prêchent
l'indifcipline aux troupes , ont couvert nos colonies
de fang & de ruines , aiguilé les poignards
des bourreaux d'Avignon , & fouftrait ces fcélérats
au glaive de la loi , en les proclamant
martyrs de la liberté. Ils traitent de factieux , le
miniftre qui propofe inconftitutionnellement de
former un camp fous les murs de Paris ; les
municipaux qui protégent la révolte , qui donnent
des fêtes à des foldats voleurs & alfaffins des
défenfeurs de la loi , enchaînent par feur coupable
filence la force armée & livrent aux outrages
aux violences d'une horde de brigands impunis
le dépôt facré confié par la France à la follicitude
des Parifiens. Ces pétitionnaires tonnent contre
« les lâches qui foliciteroient un décret d'accufation
contre M. de la Fayette pour avoir die
la vérité , » & demandent que les forfaits arrivés
le 20 , foient punis . On eft paffé à l'ordre
du jour.
a
Ádreffe de cinq adminiftrateurs du départe
ment de l'Aifae , qui frappe avec la même roideur
fur les clubs , leurs affiliations , leurs phalanges
falariées , Yeurs folliculaires ; leur impute
les motions incendiaires , les groupes féditieus
( 87 )
l'indignation des peuples de l'Europe , tous les
Réaux de la guerre & de l'anarchie , du brigan
dage & de l'impiété , la dégradation du caractère
françois , le projet ( manqué le 20 juin , dit l'a
drelle ) de maffacter Louis XVI & fa famille .
Les pétitionnaires demandent que tous ceux qui
connivèrent aux attentats du 20 « difparoiffent de
deflus la terre. » Ils menacent Paris de toutes les
vengeances de la France indignée , ce accufent
nommément MM. Roland & Servan d'avoir
voulu perdre le général la Fayette & faire périr
fon armée par la famine , d'avoir fortement répiimandé
le directoire de ce qu'à la voix du gé
néral il a fait fuccèder l'abondance à la difette
dans fon camp. Is demandent de nouveau
ee vengeance de l'exécrable journée du 20 juin ...
où les jours du Monarque ont couru de f grands
dangers , où l'on a cherché à forcer la fanctions
jour de honte impériffable pour Paris ... Il exifte
avoient-ils dit , à l'Affemblée nationale , deux
grands fcandales au milieu de vous ; favoir i
la divifion prononcée des deux partis ( la gauche
& la droite ) , & l'intolérable obfeffion , la réu
voltante conduite des tribunes ... Les factieus
de la capitale n'ont pas le droit d'exprimer l'o
pinion publique... Qu'ils ceffent de penser que
Affemblée nationale eft l'affemblée de la com→
mune de Paris ... Le veeu de fes 48 fections
n'eft que la 83. partie du voeu national »…………
Les cinq pétitionnaires « livreront , fans murmurer,
leurs têtes à l'injuftice & à la malveillance
en fongeant que l'effufion de leur fang poura
cimenter l'acte conftitutionnel... » Et ils fignent;
MM. J. L. Boujot , O. Guillot , C. G. Levoirier
, MM. Rivoire , J. Tranchant , J. A
J. Vinchon.
( 88 )
>W feroit impoffible d'exprimer le vaċarme quî
a sinterrompuy, & faivi cette lecture. « Vous
avez entendu affez de blafphêmes , ditoit un
membre ; il eft temps que vous entendiez des
vélires ... Toutes les adreffes des départemens
font de ce ton , répétoit un autre ; celles qui
vous flattent fe font à Paris ... Les départemens
font furieux des projets d'adreffes qu'on leur
envoie , s'écrie M. Boulanger. » L'Aiſemblée a
décrété le renvoi à fa commiflion des douze.
Du famedi , 30 juin.
Tout le reste ayant été ajourné , nous n'analyferons
de cette féance qu'une dénonciation de
M. Genforné , deux rapports de MM . Paftoret
& Jean de Bry, & une opinion de M. Launay.
M. Genfonné a dénoncé des faits dont il a
dit qu'il ne releveroit pas les liaiſons
avec une conjuration contre la liberté. C'eft
d'abord la copie d'une lettre portant que
la lecture de la proclamation du Roi a excité ,
dans l'armée du Nord , la plus vive indignation
contre les perturbateurs du 20 ; que les troupes
renouvel èrent leur ferment d'être fidèles à la
nation , à la loi & au Roi , jurèrent de n'obéir
qu'au chef fuprême que la conftitution leur
donne , & non aux initigations criminelles des
facieux , & de ne reconnoître que les autori és
conftituées. Il a ajouté que M. Charles de Lameth
faifoit colporter cette adreffe dans tous les régim.
ns ; qu'on ne l'avoit pas propolée aux dragons
« qui , à coup sûr , ne la figneroient fa›. » Ön a
renvoyé la lettre au comité des douze.
Chargé d'offrir , au nom de cette commiffion
, le tableau général de fes travaux
pour rétablir le calme dans le royaume , M.
18 ( 89 )
Paftores a lu un mémoire fur cet objet . De tout
ce qu'on fait de la révolution , il eft arrivé à la
conduite des pouvoirs conftitués . Il a dit enfuite
qu'on devroit revoir le code pénal
& abolir la peine de mort ; que la haute
cour fatisferoit bientôt à l'impatience du
civifine . C'eſt au pouvoir exécutif que l'inaction,
a été plus juftement reprochée , quoique , felon
M. Paftoret , la liberté des écrits , des difcours ,
des pétitions , rende naturellement une nation
plus obéiffante .
2 L'orateur accufe ce pouvoir d'avoir vu des
entraves ou n'étoient que des bornes. Il confeille
un mflage an Roi. L'Affemblée doit
affurer au repréfentant héréditaire les égards dus
au premier fonctionnaire public , & ne pas fe
livrer à d'éternelles dénonciations de miniftres.
Quelques changemens fimples peu coûteux , fuffiront
pour donner aux délibérations légiflatives plus
d'ordre , plus de calme & plus de majesté. « Peutêtre
jugerez-vous convenable de porter dans le
fanctuaire une marque extérieure de la dignité
fuprême où vous a élevés la confiance du peuple...
Le cérémorial en impofe au peuple......
Telles font les caufes principales qui tiennent
aux pouvoirs établis par la conftitution ,
לכ
Il paffe à l'armée & dit « celle d'un tyran
eft bornée ; celle d'un peuple libre ne l'eft pas
c'eft lui tout entier.... Gardons - nous de nous
abandonner aux exagérations ridicules d'une ima
gination égarée...... Votre commiflion extraordinaire
vous propofera un mode d'augmenter
Vos défenfeurs .... >>
affer-
De l'armée paffant aux prêtres non
mentés , M. Paftoret les inculpe fans articuler le
moindre fat juridiquement prouvé, affirme que
}
A
( 90 )
les mefures répreffives font indifpenfables , &
promet un nouveau décret qui pourra être fanc
tionné.
Venant à l'inſtruction publique qu'il a nommée
, on ne fait pourquoi la police de la nature
, il a prétendu que la fanté morale du peuple
eft dans la raifon , que l'ignorance & l'erreur
font pour le peuple un état de maladie ( après
avoir dit :« ne prenons pas 26 millions d'hommes
pour 16 millions de philofophes ) ; que juftice
& utilité font réellement fynonymes ; qu'on
ne fauroit répéter trop fouvent ces maximes
falutaires , & que des adreffes de l'Affemblée
rendront de grands fervices à cet égard.
Il n'a effieuré les clubs que pour dire qu'on
pouvoit y pourfuivre les délits comme ailleurs.
Caufent-ils des troubles ? voici les réflexions de
l'orateur : les factieux nuifent à la fociété à force
d'action , les tyrans à force de repos ; « mais
l'Affemblée en triomphera comme la philofophic
triomphé de l'erreur . »
On s'eft long- temps débattu fur la demande.
d'imprimer ce difcours , & fon envoi aux 83.
départemens. Quelques membres n'y trouvoient
rien. M. Ifnard l'appelloit « une dofe d'opium
bonne pour les agonifans. L'impreffion &
l'envoi ont été décrétés .
גכ
Aux obfervations de M. Paftoret ont fuccédé
celles de M. Jean de Bry. « Si le peuple fe
lève tout entier , il faut que la loi lui donne le
fignal & qu'elle règne feule....... Ce fera
vous qui proclamerez le danger , qui fonnerez
le tocfin , & dès ce moment les agitations cefferont...
La nation marchera , s'il le faut , mais avec
enfemble. » Or, le plan conçu aboutit à propofer
de décréter 1°. qu'après avoir entendu le rapport
( 91)
des miniftres fur ce point , l'Affemblée déclarera
que la patrie eft en danger ; 2 ° . qu'alors , les
adminiftrateurs , les municipaux , les communes
les gardes nationales feront en activité permanente
; 3 ° . que chacun remettra fes armes au
directoire qui en fera la diftribution ; 4°. que les
eitoyens choifis fe rendront au chef- lieu , y feront
tenus fur le pied militaire & prêts à partir au premier
ordre (& les fonds ?) 5°. que tous les miniftres
feont folidairement refponfables des réfolutions priſes
dans le confeil ; 6° . que tout autre figne que la
cocarde nationale fera puni de mort , ceux qui
le porteront arrêtés par chaque citoyen & liviés
aux tribunaux.
M. Launay , d'Angers , a parlé enfuite.
Il a d'abord févi contre « une adminiſtration
executive qui trahit tout & perd tout en feignant.
de vouloir tout fauver ; & il a proposé le
projet de graver un principe en caractères
profonds & ineffaçables fur les murs du fancruaire
des loix , dans les termes fuivans :
Jufqu'après l'extinction de tous les foyers de
confpiration & la clôture définitive de la révolution
de l'Empire , les repréfentans des Franfois
, dans leurs déterminations répreffives contre
les, confpirateurs & les perturbateurs de l'ordre
public , ne confulteront que la loi impérieufe &
fuprême du falut public. »
Pour prouver que c'eft avec la conftitution
que fes ennemis préparent la contre - révolution,
M. Launay a cité l'expulfion des trois miniftres
«doués d'un civifme incorruptible;» & il a reproché
à la lettre du Roi « par laquelle ce monarque
annonce , a- t-il ajouté , cette deftitution fcandaleufe
» d'énoncer que « le Roi veut la conftitution.
» S'efforçant de préferver l'Aſſemblée
( 22 )
d'un relpect irréfléchi , d'une fuperftition politique
, il a cru pouvoir s'écrier : « Si , par
exemple , cette conftitution prêtoit à un chef
égré ou pervers une force & une autorité , qui
deviendroient , dans ſes mains , un inftrument de
confpiration contre la liberté .... ; lui attribuoit "
les intariffables moyens d'un tréfor corrupteur
& qu'il tour âr contre le peuple le prix de la
fueur & des larmes du peuple , croyez- vous que
la nation vous pardonnât d'alléguer votre enga- ,
gement conftitutionnel , pour laifler fubfilter
cette racine de calamités & de fubverfion ? »
Ses conclufions ont été de propofer de décréter
fon principe de ne plus confulter l'acte
conftitutionnel , mais ( ce qu'il plaitoit aux déclamateurs
d'appeller ) le falut public comme
unique loi fuprême ( vifs applaudiffemens des
galeries & d'une partie de l'Aflemblée ) .
On a demandé l'impreffion ; M. de Jaucourt;
le renvoi aux jacobins ; M. Lacuée , des peines
contre tout législateur qui propofercit de violer
les fermens du mois d'octobre & du 14 janvier.
On me dira , fans doute , pourfuit M. Lacuée,"
que l'infamie l'attend ; mais prévoyant qu'il eft'
des hommes que l'infamie n'atteir droit pas ... »
On lui a coupé la parole . C'eft M. Ifhard quit
fe démène ; qui crie en tournoyant , qu'on veut
détruire la conftitution par la conftitution ; qu'au
moyen de ces loix écrites , mifes à la place des
loix iminuables des droits de l'homme , on détruira
la liberté Françoife ; que les vrais amis
de la conftitution parlent avec le courage de
M. Launay; que ce n'eft pas avec des fophifmes
& des railons d'avocat que l'on enchaîne une
grande nation ( murmures ) .... « Silence ; j'ai le
droit de parler, Il tembe fur M, de la Fayette
ג כ
193.1.
*
abfent , s'étonne « qu'on n'ait pas déjà traduit
à Orléans ce foldat téméraire ; dit qu'il faut
purifier la tribune fouillée par l'éloge d'un
coupable , que comparer ce jeune citoyen à Céfar
ou à Cromwell , ce feroit à la fois lui faire trop
de tort & trop d'honneur'; annonce une puiffance
qui exterminera routes les factions , humiliera
les protecteurs , & fera trembler une cour
perfide..... Cette puiffance fera la nation .
Il conclut à l'envoi du difcours de M. Launay
aux 83 départemens .. M. de Vaublanc a jetté
quelques gouttes de foid bon- fens fur ce feu
de paille , & l'Aſſemblée n'a décrété que l'impreflion
.
Le torrent de ces réflexions découfues avoit été
fufpendu , un moment par la lecture de la
Lettre fivante de M. de la Fayette , qui a été
envoyée à la commiflion des douze.
» M. LE PRÉSIDENT , *
ee Retournant au pofte où les braves foldats
ſe dévouent à mourir pour la conſtitution , mais
déterminés à ne combattre que pour elle , j'emporte
un regret vif & profond de ne pouvoir
apprendre à l'armée que l'Affemblée nationale a
déjà daigné ftatuer fur ma pétition . Le cri de
tous les bons citoyens du royaume , que quetques
clameurs faЯicules s'efforcent en vain
d'étouffer , avertiffent journellement les repré-
· fentans élus du peuple , & fon représentant héréditaire
, que tant qu'il exiftera piès d'eux un
' parti pernicieux , qui , en bravant toutes les autorités
conftituées ( il s'eft élevé des murmures
dans un des côtés ) , menace leur indépendance ,
& qui, après avoir provoqué la guerre , s'efforce ,
en dénaturant notre caufe , de lui ôter des dé(
94 )
fenfeurs ; tant qu'on aura à rougir de l'impu
nité d'un crime de lèze - nation qui a excité les
juftes & preffantes alarmes de tous les François
& l'indignation univerfelle , notre liberté , nos
loix , notre honneur feront en péril .
"
Telles font les vérités que les ames libres
& généreufes ne craignent pas de répéter .... Je
m'honore d'avoir le premier en France profeffè
cette opinion , que toute puiffance illégitime eft
oppreffive , & qu'alors la réfiftance devient un
devoir. »
« Les bons citoyens dépofent leurs craintes
dans le fein du corps légiflatif ; ils efpèrent que
les foins des repréfentans du peuple vont les délivrer
de l'oppreffion qui les accable. Quant à
moi , Meffieurs , je ne changerai jamais de principes
, ni de fentimens , ni de langage . J'ai penſé
que l'Affemblée ayant égard à l'urgence & au
danger des circonstances , permettroit que je
joignifle l'expreffion de mes regrets & de mes
voeux à l'hommage de l'expreffion de mes fa-
Signé , DE LA FAYETTE, timens. >>
Du famedi , féance du foir.
Un citoyen demande , à la barre , que l'Aflemblée
donne au peuple un moyen légal de réſiſtance
à l'oppreffion. Cette pétition évidemment dictée ,
& qu'on ne fembloit pouvoir admettre fans déclarer
tacitement que la conſtitution n'exiftoit plus ,
a été applaudie & renvoyée au comité de législation,
Le confeil de la commune de Toulouſe a déjà
formé les bataillons qu'il doit envoyer à Paris ,
ces bataillons font en marche ( applaudiffemens
des galeries & de l'un des cô:és ) . Celui
qui demande protection & sûreté pour ces volon
caires , eft admis aux honneurs de la féance. M. de
695 ).
Kerfaint réclame la mention honorable . Afin
de régler les mouvemens illégaux d'un zèle fi
Louable M. Quinette propofe de décréter fur-lechamp
que tout citoyen qui fe préfentera en armes
à une municipalité quelconque fera reçu à l'inf
cription comme défenfeur dela patrie. M. Dumas
objecte que c'eft autorifer l'exécution de décrets
qui n'ont pas le caractère de loi n'étant pas revêtus
de la fanction royale ( murmures du côté droit
huées des galeries )... Aux comités des douze &
militaire réunis.
·
M. Ruhl annonce l'arrivée des Pruffiens fur le
Rhin & menace l'Alface d'une invafion prochaine.
M. Charlier veut que le miniftre rende compte
des mefures prifes . M. Genfonné dénonce « une
infernale trahifon. » Le miniftre a donné carte
blanche au maréchal Luckner qui s'eft retranché à
Courtrai. « Eh bien ! dans ces circonstances le
confeil délibère pour faire rentrer l'armée de Luckner
à Lille , pour faire évacuer toutes les places conquifes,&
livrer au fer des Autrichiens les honnêtes
& fidèles Brabançons qui fe font réunis à nous. »
Oppofant des raifons à des allégations , M. Dumas
a prouvé que ces défiances éternelles , ces communications
de plans rendroient tout fuccès impoffible
; que les mouvemens actuels font des fuites
néceffaires des opérations des miniftres précédens
que l'Affemblée n'a point interrogés fur leurs projets
abfurdes d'infurrection de la part des Belges.
Il bat la campagne avoit dit M. Thurtot...
Oui , pour M. Thuriot qui n'y entend rien , avoit
répondu M. Théodore de Lameth... Ce qu'on révèle
ici , on le confie aux Autrichiens , obfervoit
M. Hua. » M. Genfonné a perfifté à parler d'une
intrigue qu'il ne vouloit pas dévoiler à préſent ».
Les deux côtés de la falle ont paru s'élancer l'un
35
1961
Vers l'autre . On s'eft menacé , & le vacarme n'a
ceffé que lorfque le préfident s'eft couvert.
сс
M. Guadet a lu une lettre particulière , malgré le
décie: pofitif qui défend de lite des lettres particu
lières. Nu tommes ici au défeſpoir , écrit le
correfpondant qu'il n'a pas nommé. Le maréchal a
été fur le point de fe repiier fous les murs de Lile.
D'où peur venir cet ordre ( l'ordre d'avoir étéfur le
point ! ) Il teftera peut- être dans la poſition où il eft,
à moins que des ordres ne le forcent à rétrograder .
Il mourra de douleur ; fon coeur est déjà bien
ulcéré... Veillez , non cher ami , fur les deftinées
de la France ... » M. de Vaublanc ne voyoit aucun
danger à faire à l'Affemblée les confidences
que le miniftre avoit faites à la commiffion des
douze. M. Lacuée vouloit que la refponfabilité
miniftérielle s'appliquât à des opérations confommées
, & non à chaque démarche , à des délibérations
, fans résultats prouvés , ou que les confidences
fe fiffent en comité général ( murmures ),
ou qu'on attendît encore trois jours . On lui a dit
que le comité général , indiqué par la conftitution ,
compromettroit l'Allembléc, M. Marans tappelloit
certain paquet cacheté remis par Turenne à
Louis XIV qui promit de ne l'ouvrir qu'à la fin
de la campagne... Plufieurs voix lui ont crié :
«Vous allez jetter le trouble dans le royaume. »
Enfin il a été confirmé que M. Lukner n'a pas
reçu d'ordre depuis la carte blanche , & l'on eft
paifé à l'ordre du jour.
Du dimanche, premierjuillet.
D'officieux citoyens d'Amiens dénoncent far
rêté du département de la Somme , relatif aux
attentats
( 97 )
110
attentats du 10 juin , comme envoyé de Paris;
& ne donnent aucune preuve de leurs allégation.
D'autres cenfurent le veto appliqué aux deux
décrets contre les prêtres & pour le camp de
Paris . M. Saladin a appellé violation des
loix l'envoi qu'ont fait les adininiftrateurs de la
Somme de leurs députés , pour veiller à la fûreté
du Roi & éclairer la conduite des factieux , a demandé
que ces députés foient renvoyés , & follicité
un prompt rapport Cur la publicité des léar ces
des adminiftratious . Un membre vouloit que f
le miniftre n'avoit pas renvoyé ces députés & tons!
les autres , on déclarât que le miniftre a perdu lai
confiance de la nation .
MM. d'Averhoult , Hébert & de Jaucourt
exigent auffi que le miniftre rende compte de
l'exécution de la loi du 29 feptembre contre les
clubs. M. Thuriot prétend que cette motion eft
fans motif . Pour la mo iver , M. Juéry affirme
qu'il a été dit aux jacobins, que le moment étoit
venu d'une infurrection générale . On lui répond
que c'eft calomnier les jacobins . Plufieurs membres
invoquent les journaux des jacobins. M. Ducos
s'égaye en affurant que «l'Affemblée doit s'occuper
de la deftruction des fociétés populaires , follicitée
par le vainqueur de deux ou trois mondes. » -Nous
avons à faire aux Autrichiens & aux Pruffiens ,'
& non aux jacobins & aux tribunes , difoit M.
Lafource. --Un profond penfeur affi moit que la
publicité des féances produifoit le grand avan-
Lage de mettre plus de maturité dans les délibé
rations. » L'Affemblée a décrété les propofitions
de MM. Saladin & d'Averhoult , & que « la
publicité étant la fauve- garde des intérêts du
peuple , les féances des corps adm.niſtratifs ſeg
No. 28. 14 Juillet 1792. E
1981
ront publiques , fauf les circonftances où le principe
devra être modifié. »
M. Koch a rapporté que le miniſtre des affaires
étrangères avoit mis fous les yeux du comité
diplomatique le tableau de la fituation de
la France à l'égard des puiffances de l'Europe ,
& que la publicité de ce tableau entraveroit les
négociations. M. de Jaucourt demandoit un comité
général . Mais on diroit que la publicité
eft bien moins la fauve-garde des droits du peuple
que la fauve-garde de certain parti qui frémit à la
feule idée d'un comité général. M. Chabot appelloit
l'ordre du jour. M. Thuriot propofoit d'éviter
le comité général en faifant imprimer les
fecrets politiques & afficher, a dit un membre »...
On a décidé que les miniftres communiqueroient
ce qu'ils jugeroient convenable de communiquer .
CC
Les galeries ont couvert de huées MM Guillaume
& Dupont , ex- conftituans , qui font venus
préfenter , à la barre , une pétition fuivie d'ane
rame de papier contenant 30,000 fignatures de
citoyens de Paris , & tendant à faire punir les
auteurs & complices des attentats du 20 juin.
Elles ont applaudi d'autres orateurs qui , & pour
purifier la barre fouillée par la préfence d'un général
rebelle », appelloient le glaive des loix fur la
tête de M. de la Fayette qu'ils ont traité de nouveau
Cromwell.
'Du lundi , 2 juillet.
M. Thariot dénonce le Logographe ( dont on
fait que le procédé eſt d'écrire la parole à mefore
qu'elle fe prononce ) , comme ayant induit le
Public à penfer que M. Thuriot étoit l'un des
auteurs des crimes du 20 juin , ce qui feroit
d'autant plus invraisemblable quon n'ignore pas
( 99 )
que M. Thuriot n'a ceflé d'injurier quiconque
demandoit qu'on s'y opposât , qu'on les prévînt
ou qu'on les punit . D'autres vouloient que IALfemb
ée s'occupât des journaux jacobins , de MM.
Briffot , Condorcet , Carri , &c. « Les mefures
générales font un moyen ufé , difoit M. Lecointre-
Puyravaux » , qui oublioit que des mesures particulières
ne furent jamais des loix que fous le
defpotifme. On ferme la bouche à M. Laureau
en lui confeillant poliment de faire imprimer
fon opinion , & le tout eft renvoyé aux comités
compétens .
· Dix- huit municipalités du diſtrict de Mantes
annoncent à la barre que leurs marchés ne fourniffent
plus de bleds ... Au comité d'agriculture , &
les honneurs de la féance .
1 On lit un rapport fur la propofition de former'
42 bataillons de volontaires & un camp à
Soiffons , faiteily a déjà quelque temps par le Roi.
M. Rouyer en demandoit l'ajournement. M. Maquyer
crioit qu'il falloit bien plutôt completter
les bataillons des frontières , comme fi le camp
de Paris eût completté les bataillons des frontières,
« Nous avons déjà des hommes en marche,
a t-il ajouté , & quoique le miniftre de l'intérieur
ait eu l'infolence de dire qu'ils étoient des factieux
, ce font des citoyens armés régulièrement
(bravo ! )» Alors M. Lacuée a propofé & l'ACfemblée
a décrété neuf articles dont voici la ſubſtance
. Ces citoyens s'infcriront à la municipalité
en arrivant à Paris , recevront un billet de logement
militaire jufqu'au 18 juillet , ou pour trois
jours , ils arrivent après le 14 ; affifteront au
ferment fédératif avec la garde nationale Parifienne
, le 14 ; recevront un ordre de route par
étape pour fe rendre à Soiffons , y feront répartis
E 2
( 100 )
en compagnies ou bataillons , foldés , armés , équ
pés , habillés .
M. Terrier-Monciel a dit à l'Affemblée que
M. Roland avoit propofé de nouvelles mefures
pour le renvoi des députés des corps adminiftra .
tifs; que le comité de légiflation chargé , par un
décrét , d'examiner ces mesures , ne préfentoit ,
aucun résultat . Quant au département de la
Somme , il a révoqué lui - même fes députés.
M. Guyton de Morveau a dénoncé une édi- ,
tion de l'arrêté de ce directoire faite à l'imprimerie
royale . Il fommoit le ministre de déclarer
fi cet arrêté avoit été imprimé par fon ordre .
Vainement a- t- on répondu que l'imprimerie royale
devoit être auffi libre que toute autre , & que ,
beaucoup d'écrits inconftitutionnels s'imprimoient
à l'imprimerie nationale . M. Cambon a eu la
mal-adrefle de dire qu'il y avoit entr'elles cette
grande différence que «l'imprimerie royale eft à
la charge de la nation , & l'imprimerie nationale
imprime feulement à tant la feuile . » On a décrété
la propofition de M. Guyton , & le préfident a interpellé
le miniftre.
сс
Nous abrégerons une fcène de trois heures , &.
dirons, en peu de lignes , que M. Terrier-Monciel,
interrogé , a répondu que , d'après la conftitution ,
l'auteur feul d'un écrit en étoit refponfable , &
que le directoire étoit l'unique auteur de fon arrêté,
qu'aucun décret n'avoit encore déclaré inconftitutionnel.
MM. Lafource, Quinette, Mailhe,
Duhem , Lacroix , Couthon , Mazuyer , Reboul
Laporte , Guyton , Ifnard , Taillefer , &c. , le
font donné des peines infinies pour obtenir un
oui , ou un non fur la question vingt fois reproduite
& commentée : « Avez - vous envoyé
cet arrêté à l'imprimerie royale & aux 8 ; dé-,
( 161 )
partemens . » Le miniftre fe retranchoit toujo rs
dans l'offre de répondre par écrit dès qu'il auroit
vérifié le fait dans les bureaux .
La perspicacité de M. Couthon voyoit là une
affaire très-importante & le fyftême des trahifons des
Tuileries, MM . Adam & Genty trouvoient honteux
de s'occuper de minuties au milieu des grands
i térêts , & de chercher à furprendre le miniftre
par des queftions captieufes. « Eh bien ! qu'il
écrive oui on non fur le « bureau , difoit un
membre. D'autres vouloient qu'on prît la réponſe
pour un refus de répondre . M. Ifnard
S'eft écrié que c'étoit une trace des conjurations
dont on parle tant . « Il est bien étonnant ,
t-il pourfuivi , qu'une nation comme la nôtre
fouffre fans ceffe dans fon fein des ferpens qui
la trahiffent. On demande des preuves légales :
en voilà une ; c'eft fon filence . On demande où
font les traitres , eh bien ! en voilà un... ( en
indiquant le miniftre qui confervoit le calme le
plus noble ). » Les galeries ont applaudi M. Ifnard
& le préfident l'a rappelle à l'ordre.
co
ככ
a-
Pendant cette pitoyable fcène , un homme attaché
au miniftre s'étoit approché de lui , & au moment
où cet homme te retiroit , M. Calon , légiflateur
, l'avoit fait arrêter , le préfident l'avoit
fait relâcher . Long vaçarme. M. Guadet déclame
contre « l'étranger audacieux. » Quelques voix
difent que la conftitution a été violée par M.
Calon . M. Bagire a traité le préfident d'efcamoteurde
décrets. On rappelle M. Bazire à l'ordre .
Tant de bruit & des cris : l'appel nominal , ont
fini par P'ordre du jour & par la retraite modefte
du miniftre.
M. Lajord adreſſe à l'Affemblée une lettre de
E 3
( 102 )
•
сс
:
M. Luckner , du 29 juin , de Menin. Le maréchal
y annonce que nulle part il ne voit les infurrections
dont on lui avoit promis qu'il feroit
fecondé. Il ne croit pas devoir tenir plus longtemps
cette polition « quoi qu'en difent quelques
perfonnes qui s'embarraffent peu du fort
de la France pourvu que leur fortune s'améliore , »
Les payfans , au lieu de crier vive la nation
la liberté &c. , tirent fur les foldats François ,
refuſent & vivres & logement. Il n'a que 20,000
hommes & craint d'être coupé , tourné. La frontière
du Rhin a befoin de fecours . Depuis qu'il
fait qu'on lui en a impolé , que les Belges
ne font pas pour les François , il a pris la détermination
de partir demain pour Lille ; il fera
le 3 à Valenciennes . « Je preffens , ajoute- t il,
que cette mefure excitera contre moi un effain
de calomniateurs ; mais mes vues ne font dis
rigées que vers le plus grand bien de l'état. »
Alors M. Delmas a lu des lettres où le maréchal
eft obfédé par des intrigans , par fon
état - major , par MM . la Fayette , Berthier
Mathieu- Montmorenci ; l'armée indignée les
Belges zèlés & trahis ; l'infurrection prête à fe
conder les François s'ils ne fe retiroient pas ;
où l'incendie du fauxbourg de Coustrai a pour
motif le deffein d'aliéner les Brabançons qui
étoient fi bien difpofés en faveur de la France !...
M. Delmas n'a pas rommé fes correfpondans
& n'a remis que des copies certifiées par lui ,
Le miniftre eft chargé de rendre compte des
faits.
Un décret a prorogé jufqu'au premier fepe
tembre prochain , le délai fixé aux ci - devant
penfionnaires & à tous ceux qui prétendent à
quelque gratification ou fecours fur le trelor
1
( 103 )
national , pour fournir leurs certificats de réfe
dence ; délai qui expiroit aujourd'hui .
Du lundi féance du foir.
Des Parifiens dénoncent la dernière procla
mation du Roi , comme un manifefte de guerre
, comme injurieufe au peuple de Paris
qu'elle peint , difent-ils , envahiffant le palais à
main armée . « Les miniftres ont dénoncé à la
France entière un affreux attentat ! Que ne dénoncent-
ils nominativement les coupables ?...
Législateurs , foyez grands comme le peuple...
Toujours juftes comme la raison qui dicte vos
loix... Nos magiftras font en butte à la calomnie
. Souffrez que nous leur confacrions , furtout
au vertueux Pétion , dont tout retrace ici les
talens , le civifme & l'humanité , le tribut d'hom .
mage que nous leur devons. Etendez leur autorité
. Rendez aux 48 fections leur permanence.
Nous vous dénonçons l'incivilme de l'état- major.
Que tardez- vous a en ordonner le licenciement ?
On applaudit avec tranfport à d'auffi vigoureux
raifonnemens , & cette forte d'initiative n'exigeant
pas plus de preuves ni de formalités , M.
Thuriot prétend que les pétitionnaires viennent
d'ouvrir les yeux de l'Aflemblée fur un grand
complot ; qu'on a diſtribué dans l'armée de M.
Luckner , en l'induifant à le replier fur la capitale
, plus de 40,000 exemplaires de la proclamation
fauffe , qui fauffe du Roi. » M Thuriot
conclut au licenciement de l'état-major de la
garde nationale de Paris , & dit : « en portant ce
décret , vous aurez affuré la sûreté de cette
ville . »
&
T
21
"J
Envain M. Quatremère combat - il l'éternel
épouvantail des grands complots chimériques
E
4
( 104 )
& dit - il que le véritable & feul complot
eft celui des factieux qui , après avoir licencié
la garde conftitutionnelle du Roi , appelle illégalement
des milliers de fédérés ne veulent
licencier l'état - major de Paris , fur des inculpations
vagues , que pour y laiffer la garde nationale
fans point central , n'y cabaler pour le
réélire , & opérer leur plan de nouvelle révo-
Jutión... M. Aréna , Corte , a dit que M.
Luckner avoit pris trois villes en trois jours , que
fon armée elt de 40 000 hommes , que les intrigans
de la cour l'obligent à fe retirer ; & de
ces trois vérités ainfi démontrées , il a conclu
comme M. Thuriot , quoique le maréchal ait
occupé trois villes , fans avoir befoin de les .
prendre , n'ait que , 20,000 hommes , & fe replie
ayant carte- blanche . M. Lacroix a dit : « l'Etat-
major de Paris eft une monftruofité ( bravo ! ) . »)
Deux épreuves doutcufes amènent un décret qui
ftatue le licenciement des états majors de toutes
les villes de plus de 50,000 ames , fauf rédac- .
tion .
M. Terrier Monciel écrit que l'arrêté de la
Somme s'eft trouvé parmi les pièces relatives au
20 juin envoyées à l'imprimerie royale ; mais
qu'il n'a pas ordonné la diſtribution dans les départemens.
Du mardi , 3 juillet.
Sur la motion de M. Lafource , la loi qui
défend aux corps adminiftratifs d'avoir des députés
à Paris , eft rendue commune à toutes les
autorités .
On eft rentré dans la difcuffion fur les moyens
de pourvoir à la tranquillité & à la sûreté du
royaume , & une longue opinion de M , Vergníaud
3
& une vive réfutation de M. Dumas ont rempli
toute la féance .
M. Vergniaud s'eft exprimé ainfi :
« Quelle eft donc , a- t-il dit en débutant , la
pofition où le trouve l'Affemblée nationale ?
Quel efatalité nous pourfult ! .. On feroit tenté de
douter fi la révolution rétrograde ! .. »Alors il a reproché
au Roi de faire abandonner aux armées
des pofitions avantageufes qu'elles avoient conquiles
. Il a décrié le ministère actuel à peine en
function , calomnié les motifs connus des der->
niers veto , accufé le Roi de l'incomplet des armées
fur le recrutement infuffifant defquelles
l'Affemblée avoit applaudi aux hyperboles les
plus abfurdes . Il a bâmé le Roi de l'exclufion
d'un miniflre qui tançoit des adminiſtrateurs
pour avoir empêché une armée de manquer de
pain... It s'eft écrié : « Seroit- il vrai qu'on redoute
nos triomphes ? Eft . ce du fang de l'arméede
Coblentz ou du nôtre qu'on eft avare ? Quelle
eft au jufte la quantité de larmes , de misère ,
de fang , de morts qui fuffit à leur vengeance ?...
Je ne lais fi le fombre génie de Médicis & du
cardinal de Lorraine erre encore fous les voûtes
du palais des Tuileries ; fi l'hypocrifie des jéfuites
Lachaife & Letellier revit dans l'ame de
quelque fcélérat brûlant de voir fe renouvelier
la St. Barthélemy & les Dragonade: ».
се
Sur le décret relatif au camp de 20,000 hommes
fous les murs de Paris , M. Vergniaud a dit :
« on a repouffé avec une féchereffe barbare les
embraffemens & les fêtes . Les plans de fédération
& d'allégreffe fe font changés en mesures de
difcorde & d'évènemens funeftes. Le Roi a refulé
la fanction à votre décret . »
Attaquant plus directement encore le Roi dont
ES
( 106 )
il naquit le fajet , il a verbeufement énumérés
tout ce qui le projette à Coblentz & dans toutes ;
les cours de l'Europe , au nom du Roi , pour
inger la dignité du Roi , pour délivrer le Roi ..
Or je lis , a-t- il dit , dans l'acte conftitut onnel ,
tit . III , ch . II , fect . I , art. VI : fi le Roi ſe
met à la tête d'une armée & en dirige les forces
contre la nation , ou s'il ne s'oppole pas , par:
un acte formel , à une telle entreprife qui s'exéouteroit
en fon nom , il feral celé avoir abdi-,
qué la royauté. » Esluite accumulant les fi lei
Roi ... fi le Roi.. imputant au Roi la foibleffe :
des moyens , les lenteurs , l'impuiffance ,la défunion ,:
les infurrections , les obftacles fans nombre nés dei
l'anarchie... M. Vergniaud a tiré fa conféquence . {
J'ai exagéré plufieurs faits , a- t- il ajouté ; j'en
énoncei ai même, tout-à- l'heure , qui , je l'efpèse ,
n'exiſteront jamais , pour ôter tout prétexe à des
applications qui font purement hypothétiques ;
mais j'ai besoin d'un développement complet
pour montrer la vérité fans nuages . »
La prétendue vérité de 1. Vergniaud confifte
à fuppofer le Roi fubiffant un interrogatoire ,
à l'inculper , à l'interpeller , à lui prêter des ré-.
ponfes d'une outrageufe baffeffe , pour avoir ocfion
de le condamner.
Ainfi pa le Louis XVI aux pieds du peuple ,
mais par l'organe de M. Vergniaud : « Il eft vrai
que lorfque les généraux s'avançoient en vainqueurs
fut le territoire ennemi , je leur ai ordo : né
de s'arrêter ; mais la conftitution ne me preferit
pas de remporter des victoires & me défend les
conquêtes. Il eft vrai qu'on a terté de déforganifer
les armées par des démiffions combinées
d'officiers ( outragés , fufillés ) , & que je n'ai
fait aucun effort pour arrêter le cours de ces dé
( 107 )
་ ་
miffions ; mais la conftitution n'a pas prévu ce
que j'aurois à faire en pareil délit. It eft vrai
que mes miniftres ont continuellement trompé
l'Affemblée fur le nombre des troupes & leurs
approvisionnemens ; que j'ai gardé le plus longtemps
que j'ai pu ceux qui entravoient la marche
du gouvernement conftitutionnel , le moins pof
fible ceux qui s'efforçoient de lui donner du
reffort ; mais la conftitution ne fait dépendre
leur nomination que de ma volonté , & nulle
part elle n'ordonne que je donne ma co fiance
aux patriotes & que je chaffe les contre- révo
lutionnaires . I eft vrai que l'Allemblée a rendu
des décrets utiles , même néceffaires , & que j'ai
refufé de les fanctionner ; mais j'en avois le
droit ; il eft facré , car je le tiens de la conf
titution . Heft vrai enfin que la contre révolu→
tion fe fait , que le defpotiline va remettre entre
mes mains fon fceptre de fer , que je vous en
écralerai , que je vous punirái d'avoir eu l'infolence
de vouloir être libres ( le Roi defira le premier
la liberté de tous ) ; mais j'ai fait tout ce que la
conftitution me preferit . Il n'eft émané de moi
aucun acte que la conftitution condamne ; il
n'eft donc pas permis de douter de ma fidélité
pour elle & de mon zèle pour fa défenfe. » Cette
odicufe pafquinade a été vivement applaudie.
Enfuite M. Vergniaud s'eft écrié : « Oh Roi !
qui , fans doute , avez cru , avec le tyran Lyfandre
que la vérité ne valoit pas mieux que le
menfonge , & qu'il falloit amufer les hommes
avec des fermens ainfi qu'on amufe les enfans
avec des offelers ; qui n'avez feint d'aimer les
loix que pour parvenir à la puillance... la conf
titution que pour qu'elle ne vous précipitât pas
du trône... la nation que pour affurer le fuccès
t
E 6
( 108 )
de vos perfidies... Penicz - vous nous abuſer au
jourd'hui avec d'hypocrites proteftations ..... Et
l'audace de vos fophifmes Etoit- ce nous dé- .
fendre & c... ? Non , non ; homme que la générofité
des François n'a pu émouvoir ; homme que le
feul amour du delpotifme à pu rendre fenfible !
Vous n'avez pas rempli le vieu de la conftitu-,
tion . Elle eft peut- être renversée ; mais vous
ne recueillerez le fuit ni de votre pa:jure , ni des
funeftes victoires qui le remporteroient en votre
nom fur la liberté. Vous n'êtes plus rien pour
ce peuple que vous avez fi lâchement trahi
( applaudiffemens redoublés des galeries & d'une
partie de l'Affemblée ) . »
Après cette fentence hypothétique , de peur.
qu'on ne s'y méprît , M. Vergniaud a dit :
Je ne fuis point tourmenté par la crainte de
voir fe réalifer les horribles fuppofitions que j'ai
faites . Mas... comme les faits que j'ai fuppofés
, ne font pas dénués de rapports frappans ,
avec plufieurs actes & difcours du Roi ; comme
il eft certain que les faux amis qui l'environnent
font vendus aux confpirateurs de Coblentz , & ,
qu'ils brûlent de le perdre pour faire recueillir le
fruit de la conjuration à quelqu'un de leurs chefs .
voilà le régicide éventuel imputé d'avance aux
agens des Princes ) ; je propoferai un meſſage ,
au Roi »... Et dans ce meflage dot M. Vergniaud
veut qu'on faffe un fignal d'union , il,
adreile des interpellations au monarque , lui
fignifie d'avoir à choifir entre Coblentz & la
France , ou le menace « d'une profonde horreur,
de la part de la nation & d'un mépris éclatant
de 'a pt des confpirateurs . »
Voici les conclufions de cet amphigouri dé- ,
#clable ; déciéses 1 ° . que la patric eft en danger ,
( 109 )
2. que les miniftres font refponfables de trou
bles intérieurs qui auroient la religion pour prétexte
, & de toute invafion de notre territoire ;
3. un meflage au Roi ; 4° . une adreffe aux
François que vous irez en corps le 14 )
juillet , à la fédération , renouveller le ferment :
du 14 janvier ; 6°. que le tout foit commu-
Liqué aux 83 départemens par des courriers extraordinaires
; 70. un pronipt rapport fur la
conduite du général la Fayette ( Bravo !
bravo ! ) Cette déclaination fera imprimée &
envoyée aux 83 départemens .
M. Dumas lui a répondu que la rentrée de
M. Luckner n'étoit point une faute à imputer à
la cour , au ministère , au Roi ; qu'on en avoit
impofé au maréchal , à l'Aſſemblée , à la nation
, en affurant que les Belges n'attendoient
que l'apparition des François pour le révolter ;
que ces principales bales des opérations offenfives
fe trouvant illufoires , on auroit tort del
blâmer le général Luckner... Des cris : vous
calomniez Affemblée ; vous ne connoiffez pas
fes fentimens , ont interrompu M. Dumas , &
M. de Kerfaint a brusquement demandé qu'on :
décrétât , fur- le - champ , que M. Luckner a confervé
toute la confiance de la nation . Aux voix
raux voix... La motion a été décrétée au milieu
des butemens de mains & des acclamations des
galeries & des députés . M. Dumas a juſtifié .
le miniflè e actuel aux dépens du précédent
le veto par les vices des décrets qui en ont été
frappés ; & a dit quant à l'extérieur > que ces
qu'on projetoit au nom du Roi ou pour le Roi ,
ne fe tentoit ni par l'ordre, ni avec la connivence !
du Roi, & après avoir impu é ces formules
nom du Roi, &c. , à l'infolence des Princes émi
au
( 110 )
grés , il a conciu par l'éloge de M. de la Fayette ,
fon difcours qui a eu les honneurs de l'impreffion .
La féance a fini
par la lecture de la lettre de
M. Luckner fur l'incendie des fauxbourgs de
Courtrai , & fon retour à Lille . Nous la rapporterons
plus bas.
2
Du mardi , féance du foir.
L'Affemblée a décrété que « la mention honorable
inférée au décret du 18 acût -1791 , en
faveur de ceux qui ont arrêté le Roi à Varennes ,
fera commune à MM. Chevalot , Bourgeois ,
Vincent , Gentil & Baudan » qui , fans doute ,
ont follicité cette récompevſe .
Une adreffe des administrateurs du département
du Gaid demande la punition des attentats
du 20 juin.... A la commiffion des douze .
M. Ducos a fit keture d'une adreffe de Bor
deaux qui annonce que « tandis que les Marfeillois
offr ient des fo dats prêts à voler auprès
de l'Affemb.ée nationale , les Bordelois prépa
roient des armes & recueilloient des figatures ; »›
que les points de ralliement font indiqués , qu'on
n'attend que le fignal du départ . Ce fignal
terrible fera donné... Ce camp fr redouté fe formera
, & la liberté fera laavée ( applaudiffemens
des galeries ) . Sur la demande de M. Chabot
de l'impreffion & de l'envoi aux 83 départemens
, l'Aſſemblée eft paffée à l'ordre du jour,
Elle a enfuite adopté le décret laivant :
Inftruite par la lettre du maréchal Luckner
tranfmife par le miniftre de la guerre , des dé--
tails de l'incendie des maifons fituées hors de
la ville de Courtray , qui a eu lieu le 29 juin..."
Après l'urgence , l'Affeinblée décrète 1º , que les
"
33
( mr)
propriétaires feront indemnifés par la nation
Françoife ; 2°. que le pouvoir exécutif prendra
les mefures convenables pour les vérifications & lei
règlement des indemnités ; 3 °. qu'il fera remis
à la difpofition du miniftre des affaires, étran
gères la fomme de 300,000 liv . , pour être en -
ployée provifoirement anxdites indemnités en
attendant le règlement définitif. ( Et les milliers:
de châteaux brulés en France ! ) €
| M. Duranthon écrit à l'Affemblée qu'il a remis
le feeau & fe retire au fein de fa famille
Bordeaux. Un décret lui permet de fortir de
Paris!
Il fera vformé de nouvelles divifions de
gendarmerie
nationale des ci - devant gardes Fin
çoiles M. Cambon vouloit que « l'on tranfmit
à. nos neveux l'uniforme de ces braves conqué--
rans de la liberté ; qu'on formât un régiment
particulier avec l'uniforme des gardes Fra çoiles ,
Des non , non ont repouffé cette idée .
Du mercredi , 4 juillet.
03
Des citoyens de Paris dénoncent le général
de la Fayette , & demandent la punition de fa
démarche auprès de l'Affemblée. On leur accorde
les honneurs de la féance ..
L'Affemblée a donné audience à des harangueurs
arrivés de St Denis pour dénoncer a les
lâches confpirateurs qui ofent infulter à la majefté
d'un grand peuple , & méconnoître la force
& la fierté d'un peuple hibre..... Les calomnies
dirigées contre un pe ple bon qui connoît,
toute fa force.... La voix dictatoriale ( de M.›
de la Fayette ) a frappé ces voutes facrées.....
Vengeance éclatante ... Partez , & notre courage
farpaffera vos cfpérances. p La pétition eft sen
I
( 112 )
voyée à la commiſſion des douze , & ces pétitionnaires
aufli reçoivent les honneurs de la
féance.
Des hommes- d'Etat qui datent d'Angoulême ,
blâment le veto & invoquent des melures qui
fauvent la patrie des dangers qui l'environnent
en- dedans & en- dehors , & les confpirateurs de
la jufte fureur du peuple ( applaudiffemens ) .
Au nom de la commiffion extraordinaire des
douze , M, Tardiveau a propofé d'envoyer cinq
commiffaires depuis Dunkerque jufqu'a Befan
çon , & trois fur les frontières du Midi ; commilaires
tirés du Tein de l'Affemblée , pour
vérifier tous les comptes rendus & furveiller les
adminiftrateurs & les généraux ', fans avoir le
droit de requérir la force publique . On a de-.
ciété l'impreffion & l'ajournement de ce projet ..
Une lettre du Roi notifie la nomination de
M. Dejoly à la place de miniftre de la justiceou
garde -du-fceau .
On ouvre la délibération fur la motion de
M. Jean de Bry , relative aux mefures à prendre
quand Affemblée aura déclaré que la patrie eft
en danger. M. Mazuyer defiroit que la procla-.
mation du danger de la patrie fût accompagnée.
d'un appareil lugubre . M. de Vaublanc en éloignoit
tout ce qui peut porter dans l'ame des
fen imens de confternation , & il ajoutoit : « cer
avertiffe:ment dit à chacun qu'il n'eft plus queftion
de fonger à fes affaires , à fon champ , à
fa famile mais que l'on doit prenare les
armes ... » M. Coathon fouhaitoit que le préfident
prononçât la formule après avoir mis fon
chapeau fur la tête.
• Nous rapporterons les 15 articles qu'on a déciétés,
en obfervant que l'un des articles permet
( 113 )
"
5
aux gardes nationaux tout habit quelconque
contre le texte de la conftitution : ne peuvent
avoir dans tout le royaume qu'une même difcipline
& un même uniforme ( Tit. IV , art . V ) .
« Art. Ier . Lorfque la sûreté intérieure ou la
fureté extérieure de l'état ferent menacées , & que
le Corps législatif aura jugé indifpenf. ble de prendre
des metures extraordinaires , il le déclarera par
un acte du corps légiflatif , dans la formule fuivante
:
Citoyens , la Patrie eft en danger.
ce II. Auffi - tôt après la déclaration publiée , les
confeils de département & de diflrict fe raffembleront
, & feront , ainfi que les municipalités &
les confeils généraux , en furveillance permanente.
Tous les fonctionnaires publics , civils & militaires
fe rendront à leur poſte. ,
-celll: Tous les citoyens en état de porter les
armes , & ayant déjà fait le fervice de gardes nationales
, feront auffi en état d'activité permapente.
»
ce
« IV. Tous les citoyens feront tenus de déclarer,
devant leurs municipalités refpectives , le nombre
& la nature des armes & munitions dont ils feront
pourvus. »
« V. Le corps législatif fixera le nombre de
gardes nationales que chaque département devra
fournir. »
« VI. Les directoires de département en feront
la répartition entre les cantons , à proportion du
nombre des gardes nationales de chaque canton . »
- VII. Trois jours après la publication de l'arrêté
du directoire , les gardes nationales fe raffemberont
par canton ; & fous la furveillance de la
municipalité du chef- lieu , is choiſiront entre eux
(114 )
le nombre d'hommes que le canton devra fournir.
»
сс VIII. Les citoyens qui auront obtenu l'honneur
de marcher les premiers au fecours de la
patrie en danger , fe rendront trois jours après
au chef- lieu de leur diftrict'; ils s'y formeront
en compagnie devant un commiffaire de l'adminiftration
du diftrict , conformément à la loi du
4 acût 1791. I's y recevront le logement furle
pet militaire , & fe tiendront prêts à marcher à
la première réquisition .
ود
IX. Les capitaines commanderont alternativement
, & par femaine , les gardes nationales
choifis & réunis au chef lieu de diftrict . »
« X. Loifque les nouvelles compagnies des
gardes nationales de chaque département feront
en nombre fufflant pour former un bataillon ,
elles fe réuniront dans les lieux qui leur feront
délignés, par. le pouvoir exécutif , & les volon
taires y nommeront leur état-major, »
XI. Leur folde fera fixée fur le même pied
que celle des autres volontaires nationaux ; eile .
aura lieu du jour de la réunion , au chef- ligų de
canton, »
J
сс XII . Les armes nationales feront remiſes
dans les chefs - lieux de canton aux gardes natio
nales choisis pour la compofition des nouveaux
bitaillons de volontaires. L'Aflemblée nationale
invite tous les citoyens à confier volontairement ,
& pour le temps du danger , les armes dont ils
font dépofitaires à ceux qu'ils chargeront de les
défendre. »
XIII. Auffi - tôt la publication du préfent décret
, les directoires de district fe fourniront chacun
de mille cartouches à balles , en les adaptant
aua divers calibres , qu'ils conferveront en lieu
+
( 115 )
fain & sûr pour en faire la diftribution aux volone
taires lorfqu'ils le jugeront convenable. Le pouvoir
exécutif (era chargé de prendre les moyens
pour que les corps adminiftratifs aient la quantité
de poudre & de munitions néceffaires . »
XIV. La folde des volontaires leur fera
payée fur les mandats qui feront délivrés par les
directoires de district , ordonnancés par les directoires
de département , & les quittances en fefont
reçues à la trésorerie nationale comme comptant.
Pour fervir dan la garde nationale , on ne fera
pas aftreint à avoir l'uniforme nationale . »
« XV. Toute perfonne revêtue d'un figne de
rébellion fera poursuivie devant les uibunaux ordinaires
, & punie de mort. Il eft o.donné à tout
citoyen de l'arrêter ou de la dénoncer fur - le - champ,
peine d'être réputé complice : toute cocarde autre
que celle aux trois couleurs nationales , eft un
figne de rébellion . Tout homme réfidant & voyag
geant en France , eft tenu de porter la cocarde
nationale. Sont exceptés de la préfente difpofition,
les ambaffadeurs & agens accrédités des puiffances
étrangères. »
Dù mercredi , féance du foir.
M. Dejoly écrit à l'Affemblée que le Roi l'a
nommé miniftre de la justice . I protefte de fon
refpe&t pour l'Allemblée , & de fon amour pour la
conftitution.
Le directoire du département de la Seine inférieure
dénonce & communique une adreffe de.
la fection de Paris , dite des Lombards , adreffe
envoyée aux 83 départemens . On y lit ces
mos : «Frères & amis , il ne nous eft plus permis
d'efpérer que vous viendrez à Paris ( nous prêter
Le fecours de vos armes , & écrafer , avec nous,
3
"1
( 116 )
les ennemis de la patrie , qui lèvent déjà info-
Lemment la tête. Le veto a détruit cette douce
efpérance ( d'écrafer ! ) Mais la fédération approche
, venez à Paris renouveller vos fermens .
Choififfez , dans chaque diſtrict , 25 hommes , &
qu'ils accourent . La foule de nos ennemis s'accroît ;
il eft temps de nous montrer... » A la commiſſion
des douze.
Une lettre d'un père à ſon fils fournit à celui - ci
le moyen d'accufer fon père de crime de lèze-nation.
M. Jolivet , le père , cít mandé à la barre pour reconnoître
fa fignature. Quelle vertu que le civifme
parricide !
Adreffe des adminiftrateurs du département des
Ardennes , qui célèbre le courage que Louis XVI
a déployé le 20 juin ; & demande , avec énergie
la punition des coupables , & l'anéantiffement de
la faction qui les protège... A la commiffion des
douze.
1 .
Un décret d'urgence a confirmé la proclamation
du Roi , confirmative de l'arrêté du dépar
rement de l'Ain , du 25 mai 1791 , concernant le
fieur Nicod , prévenu du crime de faux ; & l'ad
miniſtration du diſtrict de Nantua , qui étoit incupée
dans cette affaire.
Du jeudi , s juillet.
Le maire de Paris vient demander , à la barre ,
fi les frais de la fédération feront fupportés par
le tréforpublic ou par la commune . Cette queftion
eft renvoyé aux comités d'inftruction & des
finances.c (
Rentré dans la difcuffion fur les moyens de
pou voir à la fûrété de l'Etat , l'évêque conftitutionnel
de Bourges , M. Torné, à ' d'abord établi
que le moment étoit venu « où le Roi doit tout
( 117 )
excufer , le peuple tout favoir , le corps législatif
tout entendre. » Il a conclu par, dire « Si le Roi
n'en impofe pas aux factieux , il les encourage ;
s'il ne tonne pas contre la ligue des princes ,
de cela feul il la fomente... Le Roi donne , par
des faits innombrables , aux ennemis de la révolution
des preuves de fa connivence... » Or ,
ces faits innombrables fe font bornés au veto qui,
a frappé le décret de la déportation des prêtres ,
& le décret inconftitutionnel pour le camp de
20,000 hommes fous les murs de Paris , veto cent
fois bâmé , cent fois juftifie ; & à l'expulfion des ,
trois miniftres. Citons d'autres traits .
༈ ་ *
CC
Un cri général , a- t -il dit , ne fait- il pas
retentir le royaume de ces mots déplorables : c'cft ,
le Roi qui , par une inaction perfide ou par une
marche en fens inverfe de la révolution , & par
toutes les reffources de la corruptics , eft la première
& la principale caufe de tous nos maux
politiques. Les couis étrangères auroient respecté
la liberté Françoife , s'il l'eût refpectée lui- mê ne .
Au lieu d'avoir un règne très -orageux , il jouiroit
, fur le trône le plus affermi , de la plus belle
couronne de l'univers ; il règneroit enfin avec
fécurité ( Louis XVI n'en a donc pas ! ) fur,
une nation heureufe & tranquille , au lieu de règner
aa fein de l'inquiétude & des remords fur un cahos
de factions turbulentes ... Deux cents mille ennemis
feront , pour la France , fa nouvelle lé
giflture... La clémence des princes émigrés cèdera
peut-être en faveur de leurs accufateurs & de
leurs juges , aux humbles follicitations d'une amniftic...
Et vous , héros des deux mondes ! ...
à l'aide de deux rois , vous aurez vaincu la formidable
tribune des jacobins , quoiqu'elle eût la,
conftitution pour fon rempait. Pour monument
( 1181)
:
de ce triomphe , la postérité dira la Fayette le
Jacobin , comme on difoit à Rome : Scipion l'Africain..."
要
Alors M. Torné a propofé des mesures extrêmes ;
a reftreint toute la conftitution à ces mots : lefalut
du peuple ef la loi fuprême ; a traité d'imbécilles
ceux que des fcrupules empêcheroient de fortir
temporairement du cercle tracé par leurs fermehs ,
& s'eft écrié : « Ne dires donc plus : la conftitution
ou la mort ; mais dites : la mort du peuple
par la conflitution ...» Comme un foulèvement
d'indignation le rappel'oit à l'ordre , malgré les infolens
applaudiflemens des ga'eries , l'évêquejureur
a eu la duplicité de prétendre qu'on l'avoit mal ,
cmpris , & de febftituer à une affi mation pofitive
, une queftion qui en diffimuloit l'odieux
fous l'apparence du doute oratoire : « Je vous
demandois , a-t - il repris , fi vous voulez la mort
du peuple par la conftitution , plutôt que de le
fauver & de la fauver elle - même par des mefures
inconftitutionnelles , mais temporaires ... »
Au refte , il ne propofoit qu'une dictature , la formule
de M. Jean de Bry, & le grand expédient de
M. Launay, M. Dejoly a préfenté un meſſage
du Roi , conçu en ces termes :
L
6-9
Paris , le 4 juillet , l'an 4. de la liberté.
« Nous touchons , Meffieurs , à cette époque
fameufe où les François vont , dans toutes les
parties de l'Empire , célébrer la mémoire du
pacte d'alliance contracté fur l'autel de la patrie
le 14 juillet 1790. La loi prohibe toute fédération
particulière ; elle ne permet qu'un renouvellement
annuel du ferment fédératif dans le
chef-lieu de chaque diftrict ; mais nous avons
une méfare qui , fans porter la moindre atteinte
( 119 )
au texte de la loi , me paroît être au niveau des
grands évènemens qui fe preffent de toutes
parts. C'eft fur- tout lorfqu'une grande nation
eft forcée à faire la guerre pour défendre fa
liberté , qu'elle fent impérieufemet le befoin ,
de maintenir la paix au- dedans ; c'est lorsque
des diffentions inteftines coincident avec la
guerre étrangère , lorfque des méchans veulent'
exciter le trouble , que les citoyens faifibles ont
befoin d'être raffurés. Il faut prouver aux armées
qu'elles combattent pour la paix & la liberté .
J'ai cru qu'il n'y avoit pas de garantie plus sûre
à leur donner que la réunion des deux pouvoirs ,
renouvellant le même væu , celui de vivre libres'
ou mourir ( on applaudit ) . Un grand nombre
de François accourent de tous les départemens ;
ils penfent doubler leurs forces fi , près de
partir pour nos frontières , ils font admis à la
fédération avec leurs frères de la ville de Paris .
Je vous exprime le defir d'aller au milieu de
Vous recevoir leur ferment ( Nouveaux applaudiffemens
) & de prouver aux malveillans
qui cherchent à perdre la patrie en nous divifant
, que nous n'avons qu'un même efprit ,
celui de la conftitution , & que c'eft principa →
lement par la paix intérieure que nous voulons
préparer & affurer nos victoires . →
"
Les mots recevoir leurs fermens , ont excité
de miférables tracafferies , quoique le ferment
civique porte qu'on fera fidèle au Roi , ferment
que le Roi peut & doit recevoir ; & la lettre
du monarque a été foumifé à l'examen de la commiffion
des douze , chargée d'en faire fon rapport
demain .
Du jeudi, féance du foir.
Parmi quelques détails fur les procédures com-
J
( 120 )
mencées devant la haute cour , on obferve que
les frais de celle qui s'inftruit contre 38 officiers
transférés de Perpignan à Orléans , s'élèveront à
un million.
Le miniftre des affaires étrangères adreſſe à
l'Affemblée un état des troupes Autrichiennes &
Pruffiennes , qui s'avancent vers nos frontières ,
& les bulletins de leur marche . M. Genfonné
prétend qu'une notification du Roi doit être lignée
du Roi , ce que la conftitution ne dit pas auffi
expreffément que M. Genfonné. Il exigeoit d'ail
leurs que M. Lajard , qui n'eft miniftre que depuis
quelques heures , rendît compte , à la barre ,
des négociations & de tout ce qu'il a dû faire
pour prévenir les hoftilités . Et il trouvoit fort
mauvais que le miniftre eût tant tardé à potifier
ces difpofitions , connues de toute l'Europe .
M. Dumas lui a obfervé , qu'en déclarant la
guerre à l'Autriche, qui ne cherchoit pas à la faire,
Affemblée l'avoit feule & fcie nment déclarée à
la Pruffe , puifqu'on n'ignoroit pas que l'Autriche
& la Pruffe étoient liées par la convention de
Pilnitz , l'un des motifs allégués dans la difcuffion
de cette impolitique déclaration de guerre ; qu'il y
auroit donc une infigne mauvaiſe- foi à deinan-,
der au miniftre , à peine entré en fonction ,
ce qui attire à la France , & ce qu'il a fait pour
éloigner ce furcroît d'hoftilités . On a décrété
que la commiffion des douze pèfera la motion,
de M. Genfonné , fur la forme inconſtitution,
nelle de la notification de la marche des ennemis
, & après cette meſure , on eſt paſſé à l'ordre,
da jour.
Le même miniftre des affaires étrangères a
communiqué à l'Affemblée quatre pièces , 1º . un
acte ,
( 121 )
acte , par lequel les princes , frères du Roi ,
chargent un armateur de l'Orient d'ouvrir , ou
de remplir un emprunt, au nom du Roi , pour
fournir aux frais , de la guerre entrepriſe , pour
le bien du royaume & du Roi ; & hypothèquent
tous les revenus du royaume ; 2 ° . une lettre de
M. de Calonné , qui remercie l'armateur de fon
patriotisme ; 3. un engagement de celui - ci ,
pour 8 millions ; -4°. une notification du Roi
desFrançois aux puiffances de l'Europe, que nous
rapporterons ailleurs .
Le tout eft renvoyé aux comités.
M. Brival s'écrie : « Je dénonce un bref du
e pape , bien hypocrite , bien coquin, Aufeu
s'écrie- t-on , & la féance eft levée.
Du Vendredi , 6 Juillet.
7
19
1.20
Des pétitionnaires du Havre , au nombre def
quels s'honorent d'être MM. Homberg , viennent
folliciter une prompte & jufte vengeance des
attentats commis le 20 juin ; vengeance des léditieux,
qui, armés de piques, de faulx , de poignards
& [ ot ant des écriteaux de fang , de meurtre ,
de
régicide , ont , voulu forcer la fanétion du Roi
d'un peuple libre.... M. Lafource interrompt
l'orateur , & l'accufe de calomnier le peuple. Les
galeries applaudiffent à cet acte de defpotifme..
Il veut que les pétitionnaires fe retirent . ( Applaudiffemens
redoublés . ) Croyant affez à l'affer
tion de M. Lafource , pour ne vouloir plus écou
ter l'orateur , mais n'y croyant pas affez pour
punir celui-ci comme calomniateur convaincu
Paffemblés a fufpendu la lecture de l'adreffe ,
malgré le droit facré de pétition , & l'a renvoyée
à fa commiffion des douze , & après deux ora
geufes épreuves , les pétitionnaires baffoués des
No. 28. 7 Juillet 1792. F
( 122 )
galeries ont été admis aux honneurs de la
Téance.
Un décret d'urgences accorde 120,000 livres ,
pour être employées aux travaux du port de
Boulogne,
+
Le 16 juin , M. Dumas, expofa les circonfcances
de l'infurrection qui eut lieu les 4, 5 ,
698-7 dadit mois , à Newbrifack , dans l'armée
du Rhin , & nous promîmes d'en rendre
compte , lors de la difcuffion . En voici la fubftance
. Des rouliers allant à Bafle , font fufpectés
, par des follats , d'efcorter des munitions
& des armes. Les foldats arrêtent les voitures ,
les fouillent , malgré les ordres de leurs fupérieurs
& les inftances du maire qui leur proteftoit que
les papiers des voituriers étoient en règle. Un
voiturier fat conduit en prifon , pour le fouftraire
à la corde . M. d'Arlandes, faifant les fonctions
d'adjudant général du camp , le vit infulté ,
maltraité, prêt à être pendu par les foldats , &
incarcéré pour fa fûreté. Le maire fut traĵo dans
les rues , fes filles accablées de coups. Il n'échappa
à la mort qu'en obtenant qu'on le mit
en prifon, MM. Rebel, Victor Broglie &
Brunck , & plufieurs officiers opérèrent enfin la
délivrance de ces prifonniers , après avoir effuyé
let clameuls féditieufes de groupes de foldats
& de volontaires qui répétoiene : Ils ne fortiront
pas les grenadiers ne marcheront pass
"nous ne le voulons pas. Un - boucher excitoit la
rébellion & menaçoir tout haut de faire fauter
les têtes des officiers .
Aujourd'hui M. Dumas a fait , au nom du
domité militaire , la troifième lecture du projet
de décret , fendant à prendre , à l'égard des corps
·Anguipés , les mefures qu'on a prifes , avec ſuccès
( 123 )
*
à l'egard des corps qui ont dénoncé les promoreurs
des déroutes de Mons & Toarnay. Mais
M. Choudreu a fait décréter que les miniſtres de
la guerre & de la juftice rendront compte , fous
trois jours , des procédures commencées , & un
article de M. Dumas , adopté , a chargé
le préfident de témoigner la fatisfaction de l'Affemblée
à MM: Vidor de Broglie , d'Herbigny,
d'Arlandes au maire , & à M. Rembel , & c.
M. de Chambonas adreffe à l'Affemblée le
meffage fuivant de ſa majeſtë :
+
>
J
« Meffage du Roi à l'Affemblée nationale.
C'eft avec-regret , Meflicurs , que je vois un
ennemi de plus le déclarer La Pruffe , que tant
d'intérêtsfembloient devoir attacher à la France ou
bliant fes mêmes intérêts ; confpire , avec fa rivale
& fan ennemie naturelle,contre la conftitution françoife.
Ses démarches fucceflives ont pris un caractère
trop marqué , pour qu'il foit permis de doutez
déformais de fes intentions hoftiles . La conven
tion de Pilnitz , l'alliance avec l'Autriche qui en
a été la fuire , l'accueil fait aux rebelles , les vio
lences exercées fur des François que des relations
de commerce appelloient dans les Etats du Roi de
Pruffe , la conduite de cet Etat à l'égard du miniftre
deFrance , le départ de fon envoyé extraordinaire
fans prendre congé , le refus formel de fouffrir
à Berlin, notre chargé d'affaires , les efforts des
agens Pruffiens auprès de toutes les cours pour
nous fufciter des ennemis , enfin la marche des
troupes Pruffiennes , dont le nombre fe porte à
52 mille hommes , & leur raffemblement für nos
frontières tout prouve un concert entre le cabinet
de Vienne & vcclui der Berlin. Ce font là,
Meficuts , des hoftilités imminentos, Aux termes
F 2
( 124);
de la conftitution ; j'en donne avis au corps lé
giflatif , & je compte fur l'union & le courage
de tous les François pour combattre & repoufler
les ennemis de la patrie & de la liberté .
Signé LOUIS. Plus bas , SCIPION CHAMBONAS.
On a renvoye ce meffage au comité diplomatique
, & à la commiffion des douze la queftion
de favoir fi la refponfabilité du ministre eft
ou non dégagée , après qu'on a réparé la forme,
inconftitutionnelle de la première notification .
·
M. Dejoly a expliqué , par ordre du Roi ,
que l'intention , clairement énoncée de Sa Majefté
, étoit de fe joindre à l'Affemblée , pour
recevoir le ferment des Fédérés . On eft pallé
à l'ordre du jour , motivé par M. Couthon
fur ce que toute communication devoit avoir lieu
fans intermédiaire , & pour recevoir un bouquet
da Fauxbourg Saint - Antoine, * 1. Ju
Du vendredi , féance du foir.
Organe du comité militaire , M. Beaupuy a
fait un rapport un peu tardif fur la propofition
du Roi de lever 42 bataillons de volontaires
deftinés à former un corps de réſerve entre les
fontières & la capitale , propofition , a dit le
rapporteur , que l'Affemble avoit fageinent ,
mais infructueufement prévenue » ; ce qui ne
paroîtra pas rigoureufement exact à tour le monde,
L'Affemblée a cru devoir ajourner encore le
projet de levée urgente , jufqu'après la difcuflion
de la queftion de favoir fi le danger de la patrie
fera déclaré.
Du famedi , 7 juillet.
A la lecture du procès-verbal , M. Lafource
a foutenu que l'Affemblée n'avoit pas entendu Aétrir
M. Torné, par une improbation , déshono
( 125 )
rante , que le déshonneur ne pouvoit être que
pour celui qui étoit vébu révéler une converfa
tion particulière . M. Merlin s'eft permis d'ajouter
aque les faux amis du peuple & les lâches révéloient
feuls les épanchemens de la confiance , M. Mardn
a répondu au miniftre proteftant que cinquante
députés ' avoient connoillance , comme lui , des
propos de M. Torné fur le befoin de fermer la
conftitution , de concentrer tous les pouvoirs dans
l'Affemblée , & de mettre la Loire entre elle &
les rééalcitrans qu'ainfi ce n'étoit pas une confidence
; & à M. Mera que les lâches font ceux
qui manquent à leurs fermens & qui , fous le
mafque de la popularité , agiffent en ennemis des
-loix . Soit que les so confidens fuffent un motif
de plus de fe taire , ou pour toute autre raifon ,
un décret a ordonné la radiation , du procèsverbal
, des détails relatifs au difcours de M.
Torné protégé de M. Lafource , & à la dénon-
-ciation de M. Maran ; ce dont il feroit difficile
de conclure que le procès- verbal contient la vérité
toute entières 5. 1948 13. contient la v
Nouveau rapport fur des marchés paffés par
M. Servans avec M. Worms n'offrant qu'un
rabais de 150,000 livres , tandis qu'on en offroit
sun de 400,000 livres . L'Affemblée décrète des indemnités
pour le fieur Worms que M. Mayerne
a dit avoir fait un préfent de 12,000 livres au
premier commis de l'ex - miniftre honoré des regrets
de la nation ; décrète l'impreffion du projet
du comité qui renvoie l'ex- miniftre patriote aux
-tribunaux , & l'ajournement de la difcuffion ul-
> térieure.
C
M. "Boutidoux a dénoncé , à la barre , que fon
refus de figner une adhésion à la pétition de M.
de la Fayette s lui ayant attiré dès perfécutions ,
F 3
(( -126 ))
notamment de M., Latour Maubourg , il a donné
fa démiſſion. Il demande que fes motifs foient
jugés , & qu'on ne le fuppofe pas dans le cas
du décret contre les officiers démiffionnaires . Sa
pétition eft renvoyée au comité , & il reçoit lés
honneurs de la féance .
M. Goupilleau, a fait lecture de l'ordre pub'ié
dans l'armée au retour de M. de la Fayette. Le
général, y expofe fes démarches auprès de l'Af-
Temblée , & la fatisfaction qu'a rellenti le Roi
des témoignages du zèle de l'armée ; il y dit qu'il
efpère que l'armée faura bientôt fi c'est pour la
conftitution ou pour des partis qu'el'e prodigue
fon fang , & que M. Luckner & une foule de
municipalités adhérent à fes fentimens....Plufieurs
membres applaudiffent. On renvoie l'ordre
au comité des douze.
3
;
Comme M. Briffot alloit lire un difcours fur
les moyens de sûreté générale , M. Lamourettè ,
évêque affermenté de Lyon , a demandé la patole
pour une motion d'ordre , & a dit qu'aucune
des mesures propofées n'étoit centrale .
Voyant la fource des maux dans des divifions
de l'Affemblée , il ne tient qu'à vous , a- t-il
pourfuivi , de vous ménager un moment bien
bean , Bien folemnet , & d'offrir à la France &
à l'Europe un fpectacle auffi redoutable pour
vos ennemis , que doux & attendriffant pour
tous les amis de la liberté ... Foudroyons par
une , exécration commune & par un irrévocable
ferment , foudroyons & la république & les
deux chambres ( la falle a retenti d'applaudiffemens
& des cris : oui , oui ; nous ne vouloas
que la conflitation ) . Jutons de m'avoir qu'un
feul efprit , qu'an feul fentiment... Le momentau
l'étranger verra que nous voulons tous une chose
( 127 )
fixe , fera le moment où la liberté triomphera ,
où la France fera fauvée ( applandiffemens redoublés
) . Je demande que M. le préfident mette
aux voix cette propofition fimple : que ceux qui
abjurent également & exècrent la république & les
deux chambres fe levent. »
L'Affemblée fe lève toute entière , le ferment
eft unanime & prêté par acclamation ; les deux
côtés le mêlent , on s'embraffe ; & députés &
fpectateurs tous fe livrent à l'émotion commune.
On décict: qu'une députation de 24 membres
portera au Roi l'extrait du procès - verbal & que
tous les corps adminiftrarifs feront mandés pour
qu'il leur foit communiqué. Quelqu'un fouhaitoit
qu'on prit des précautions légales pour que
cet acte folemnél échappât à la malignité , aux
farcafmes de certains journal-x . On propofeice
des couriers apportent la nouvelle à tous les départemens
; mais «en preuve de l'harmonie des
deur pouvoirs , comme l'obſerve M. Emmery»
on laiffe au pouvoir exécutif de pfoin de cet
envoi.
M. Briffor craint de faire renaître des haines
en lifant le difccurs qu'il avoit préparé &
fraternité qu'il vient de juer l'oblige d'efficer
toutes les lignes qui rappelleroient des divifions
maintenant anéanties . Il ne le lira que demain .
Chacun applaudit avec reconroiffance à l'efpoir
d'entendre quelques phrafes de moins de M.
Briffot.
Une députation de la municipalité intefrompt
ila . difcuffion commencée fur les actes de mariage.
L'orateur , M. Offelin , lit un ariêré
du confeil général de la commune qui fotlicite
de l'Affemblée nationale une prompte
décifion fur la fufperfion de M. Pétion , maire,
F
F 4
( 128 )
& de M. Manuel , procureur de la commune ,
Pononcée par le confeil général du département.
Les municipaux penfent que la conduite de › MM .
Pétion & Manuel & la leur ont fauvé l'empire le
20 juin & ils difent que les bénédictions de la
capitale & du royaume atteftent , exaltent leur
prudente fermeté . « Le maire honnête homme a
épargné le fang du peuple , difons mieux , le
fang des pervers dont le peuple fe fervit fait
une juftice terrible , fi nous avions pu écouter
Jes fcélérats qui , de loin , par prudence , agitoient
les brandons de la guerre civile... Nus
ofons donc vous prier d'accélérer votre déci
fion, »
"}
Oubliant un peu trop tôt de ferment d'union
fondé fur la conftitution , M. Chabot a méconnu
combien cette adreffe é oit inconftitutionnelle
, 1. en ce que les municipaux ne devoient
pas s'adreffer directement & prématurément au
corps lég flatif avant que le Roi cur prononcé ;
2. en ce qu'il ne leur convenoit pas de dé
Primer une autorité conftituée , le département,
leur fupérieur ; 3 °. en ce que des magiftrats ne
peuvent, fans prévarication , admettre & approuver
la juftice terrible du peuple¹ ; M. Chabor a
ademandé impreflion de l'adseffe cu il a vu un
rait de générosité. O a décrété l'impreflion &
que le pouvoit exécutif tendra compte , le lea
demain , de fa décifion relative à la fufpenfion .
La députation des 24 membres rentre , 1 : Roi
eft au milieu d'elle accompagné de fes miniftres ,
& va fe placer à côté du préfident. On crie :
Vive la nation ! vive le Roi, Sa Majesté, dit :
Meffieurs , l'acte le plus attendant , pour
-moi eft celui de la réusion de toutes les volontés ,
pourrie falut de la patrie . J'ai defi.é depuis long129
temps ce moment fortuné ; mon voeu eft accompl.
Je viens vous exprimer moi-même que la nation
& le Roi ne font qu'un . S'ils marchent vers le
même but , leurs efforts réunis fauveront la France.
L'attachement à la conftitution réuni a tous
les François , le Roi leur en donnera toujours
T'exemple.»
*
Réponse du préfident.
Sire , l'époque mémorable qui vous amène
au milieu des délégués du peuple eft un fignal
d'alegreffe pour les amis de la liberté, & un fignal
terrible pour les ennemis. L'harmonie des pouvoirs
conftitués donnera à la nation Françoile la force
dont elle a befoin pour diffiper la ligue des tyrans
contre fon indépendance la conftitution , &
elle voit déjà dans la yauté de votre démarche
, le préfage de fes fuccès. » Le Roi a
repliqué :
----
« J'étois fâché , Meffieurs , d'être obligé d'attendre
une députation ; car il me tardoit bien de
venir au milieu de vous , »
V.I !!
Les applaudiffemens & les cris : Vive la nation !
vive le Roi ! recommencent , & le Roi fort au
bruit des témoignages d'allégreffe de l'Aflemblée
& des galeries .
Depuis le choix des nouveaux Miniftres
il a été publié différens actes du Roi , dont
l'objet eft d'annoncer à l'Europe & à la
France fon defir de fuivre la Conftitution
dans l'exercice de fon autorité . De ce nombre
font fa lettre aux armées françoifes , &
FS
( 130 )
la notification aux Puiffances de l Europe.
Nous tranfcrions l'une & l'autre.
ce
Lettre Du Roi aux Armées Françoifes.
François qui portez les armes pour la défenſe
de la Patrie , c'eft le Chef Suprême que la Conftit
tution vous a donné , qui vous témoigae dans
ces circonstances périlleufes fa folicitude , & l'intérêt
conftant qu'il prend à toutes vos actions.
La Nation a les yeux fixés fur vous en vous
confiant le fort de l'Etat , elle fonde l'espoir
de fa tranquillité & de fon bonheur fur l'ordre ,
la difcipline & le béiffance graduelle qui doivent
regner parmi vous. Déjà vous en avez fenti les
heureux effets , & par- tout cù vous avez été
foumis aux loix militaires , des fuccès ont cou
ronné votre courage . C'est un fpectacle bien
impofant que la réunion des Citoyens - Soldats
& des Soldats- Citoyens combattant pour la li
berté , & réfolu de la fauver ou de périr , en le
fervant mutuellement d'exemple . Je n'ai pu voir
qu'avec la plus vive fatisfiction , des Soldats ,
novi.es dans le métier des armes , devenir toutà-
coup les émules des plus anciennes troupes , &
prouver ainfi que l'amour de la Pattie & celui
de la liberté font la bafe de toutes les vertus
guerrières. Mais , Soldats , ne vous méprenez
pas à ce nom facté de liberté ; longez qu'elle
confifte à n'obéir qu'aux Loix , & qu'elle établit
pour premier devoir de leur être fidèle . Le Roi
s'y elt foumis avec empreflement & fans réferve
; puiffe fon exemple vous encourager à
braver tous les dar gers , plutôt que de marquer
à ce que vous avez juré d'observer ! ... J'ai
déploré d'abord Fégalement des Officiers qui ,
par de faux prétextes , abjuroient des fermens
( 131 )
1
volontaires & facrés , mais depuis que vous avez
combattu pour la Patrie , je fuis profondément
indigné contre ceux qui paffent lâchement à
l'ennemi , en abandornant le pofte d'honneur , où
ma confiance les avoit placés . Je les regarde comme
mes ennemis perfonnels , comme les ennemis les
plus dangereux de ' Etat , & il en coûtera moins
à ma fenfibilité , lorfque je vertai s'appefantir fut
eux toute la rigueur des Loix. Sévère envers
les Officiers , en raifon de l'importance de leurs
devoirs , j'attends du Soldat la plus entière fou
miffion aux règles de la difcipline . Je vous ai
donné des Généraux dont l'expérience, les ta'ens
& le patriot fme juftifient ma confiance ; vous
leur devez toute la vôtre ; votre fûreté même
Perige . S'il le trouve près de vous des hommes
pervers qui cherchent à vous en détourner , n'écoutez
pas , fuyez ces traîtres qui vous trompent
& qui veulent vous déshonorer. »
Soldats Frar çois , illuftres dans tous les temps
par votre ardeur guerrière , fon énergie ne peut
que s'accroître depuis que vous êtes devenus Citc
yens & hommes libres. Combattez avec fièreté ,
refpectez les propriétés de l'homme paisible ; rappellez
votre humanité pour les vaincus ; fachez
que les revers , inévitables de la guerre , font des
leçons pour apprendre à vinere ; fachez quedes
fuccès ne peuvent être qué le réſultat d'une confiance
mutuelle , & de la difcipline la plus févère
; ceux que vous avez obtenus en préfagent
d'autres; ils vous font garans de la reconnoiffance
de vos Concitoyens , de l'eftime des Repréfentans
de la Nation , & de l'amour du Roi des
François. »
Signé , LOUIS, Et plus bas , A, LavARD,
F6
( 132 )
•
Notification aux Puiffances de l'Europe.
« Le Roi des François étant informé que l'on
continue à s'appuyer de fon nom pour propofer des
négociations auprès des Cours Etrangères , faire
des emprunts & fe permettre même des levées
de forces militaires ; voulant itérativement confacrer
d'une manière folemnelle fon attachement
à la Conftitution , qu'il a librement acceptée
& qu'il a juré de défendre , défavoue toutes
délibérations , proteftations , négociations auprès
de ces Cours Etrangères , emprunts , levée de
forces militaires , achats d'armes , de munitions de
guerre & autres, & généralement tous actes publics
& privés , faits en fon nom , par Louis- Stanislas-
Xavier; Charles - Philippe ; Louis - Jofeph ; Louis-
Henri-Jofeph & Louis- Antoine- Henri , Princes
François , & par les autres Emigrés rébelles aux
Loix de leurs pays ; déclare que fes intérêts &
ceux du Peuple , dont il eft le Repréfentant héréditaire
, font à jamais indivifibles ; que le Gou-
-vernement , dont l'action lui eft confiée , fera
maintenu par lui dans toute la pureté. »
Ferme dans cette, réfolution , le Roi des
François charge fon Miniftre des Affaires étrangères
, de notifier à toutes les Puiffances que
rout entier à la caufe du Peuple François , il
fera ufage de toutes les forces que la Confti-
-tution a mifes dans fes mains contre les ennemis de
la France , quelque prétexte qu'ils employent pour
telérer les raffemblemens armés des Emigrés , &
pour les foutenir dans leurs démarches hoftes . »
Signé , LOUIS.
Un Arrêté du Directoire du Département
de Paris , du 6 Juillet , prononce fur la jour
née du 20 Juin &fufpend en conféquencele
( 133 )
Maire & le Procureur de la Commune de
Paris de leurs fonctions . Voici le difpofitif
de cet Arrêté.
ce Le Maire de Paris & le Procureur de la
Commune font fufpendus provi oirement de leurs
foctions . "
In се
Le Confeil général de la Commune , sen
conféquence de l'article XXXII du titre I du
Code Municipal de la ville de Paris , nommera
un Officier Municipal pour exercer , par interim ,
les fonctions de Maire , & à cet effet , il fera
convoqué à l'inftant par le premier Subflitut da
Procureur de la Cominune , qui , conformément
à l'article XLIII du titre I du Code Municipal,
remplira , par interim , les fonctions de Procu
reur de la Commune . »
« Le Confeil renvoie aux Tribunaux le Maire
de Paris , le Procureur de la Commune & ceux
des Officiers Municipaux qui pourroient être prévenus
d'avoir changé ou levé des co fignes aux
differens poftes des Tuileries , à l'effet de quoi
les procès -verbaux & autres pièces qui les concernent
, feront remis au Juge de Paix de la
Section des Tuileries . Arrête que le Procureurgénéral
Syndic dénoncera les faits à la charge
de M. Santerre , Commandant de Batai Ion , &
du Lieutenant des Canoniers du Val - de Grace ,
& remettra auffi les pièces qui les concernent . »
Recommande expreffément à la Municipalité
de prévenir & diffiper , par tous les moyens de
la loi , tous attroupemens féditieux. »
« Le Confeil , en cxécution de la Loi du 14.
f Octobre 1791 , relative à l'organisation de la
Garde Nationale , dénonce au Corps Législatif
les faits de contravention à cette Loi , qui confitent
: »
1
( 134 )
1°. Dans l'admiflion fous les Drapeaux de
la Garde Nationale de perfonnes ron inferites
& fars aucune vérification préalable de leurs
qualités , même de Citoyens François . »
2 °. Dans la marche de différentes portions
de la force publique , fans requifition léga'e . »
3. Dans l'abus des armes nationales qui
ont été di igées & employées contre la sûreté du
domicile du Roi. »
сс
« Arrête , en outre , que le préfent Arrêté
fera adreflé fans délai au Miniftre de l'Intérieur,
pour être préſenté au Roi & tranfmis au Corps
Légiflatif.
»
Il fera également , fans délai , notifié au
Corps Municipal & au Confeil- général de la
Commune de Paris , ainfi qu'au Chef de Légion ,
Commandant - Général de la Garde Nationale
Parifienne. »
Cet Arrêté a été pris dans la Séance du Con
feil du s . Le Confeil étoit compofé de
virge quatre perfennes . Les voix ont été receillies
par appel nominal ; vingt une ont été
-poor l'Arêté , & trois contre.
·
Il a été notifié au Confeil -général de la Commure
, extraordinairement convoqué , le 6 ,
qui , en exécution de cet Arrêté , a nommé
1. Borie , Officier Muricipal , pour rempir ,
par interim , les fonctions de Maire.
En exécution de cer Arrêté , M. Defmouffeaux,
premier Sub. itat- Adjoint auquel il a été porté ,
a fept heures du matin , le 7 juiller, a convequé
le Confeil général pour d'x heures précifes , & a
vequis 1 ° . que l'Arrêté du Département foit
tranfcrit à l'iftant ; 2 ° . qu'il fait procédé , fans
ad slai , à la nomination da Maire par interim s
-3 °. qu'il foit enfuite denné commurication de
( 135 1
cette nomination, au Corps Légiflatif , à l'Adminiftration
du Département , au Commandant-
Général de la Garde Nationale & autre Chef
de la force publique.
Le Confeil- général a artêté,toutes les propofitions
du premier Subfitut- Adjoint , & enfuite
qu'il feroit fait une Députation au Corps Légif
latif, pour le prier de prononcer fans délai fur
l'Arrêté du Département -portant fufpenfion .
:
A l'infant où Farrêté a été lu , M. Pétion s'eft
retiré ; M. Danton s'eft ´écrié : que tous les bons
Citoyens , que tous les bors Officiers Munici
paux fuivent le Maire à l'Affemblée Nationale ;
quelques Membres du Confeil , amis de M.
Pétion , l'oit fuivi la majorité du Confeil eft
reftée à la place , M. Defmouffeaux a pris la parole
à l'inftant , & a dit : ce Je ne connois de
bens Citoyens que ceux qui obéiffent aux Loix ,
aux autorités conflituées par elle ; ceux qui méconnoiflent
ces autorités , ceux qui violent la
Loi fent des ennemis de la liberté publique , des
cunemis du Peuple , de véritables brigands. Je
requiers done que le vice- Préfident pren le
fauteuil , & que le Confeil général neève fa
Séance qu'après avoir pris les décifions que l'in
térêt public exige. »
-
Le Confeil général à continué les délibérations.
« Les amis de MM. Pétion & Manuel & de
leurs Coopérateurs ne ceffent de répéter que c'eft
pour avoir évitélaguerre civile , épargné le lang du
People qu'on vouloit verfer , qu'ils font fufpendus
de leurs for &tions, »
сс
Ne pourrait- on pas dire , au contraire , que
c'eſt en laiſſant former un attroupement confidérable
, qu'il étoit fi facile de difliper dans fon
( 136 )
principe , que c'eft en laiffant réunir dans la place
du Carrouzel vingt mille perfonnes , armées de
toute arme , au milieu de la Garde Nationale ,
qu'on s'eft exposé à faire verfer le fang du peuple ;
& en effet , fi le fufil , dirigé du milieu de cette
foule fur M. Perret , Commandant du Bataillon
des Petits-Pères , n'eût pas raté deux fois , la mort
de cet Officier ne pouvoit elle pas devenir le
fignal d'un carnage affreux. Qui en auroit été
caufe ? n'eft- ce pas ceux qui , au mépris de toutes
les Loix , avoient laiffé former cet attroupement.
»
4. La conduite du Roi , de la Reine , de fà
Famille , leurfang froid, leur courage , leur
bonté offrent dans la journée du 20 des traits
fi dignes de l'attention de l'Europe , que
nous en recueillerons quelques uns ici qui
nous étoient échappés , & fur l'authenticité
defquels on peut compter.
·
Au moment où S. Majefté , accompa
gnée de MM . Gentil & Septeuil , paffa de
Pintérieur de fon appartement dans la falle
appellée l'Oeil- de - boeuf, les gens à piques
en brifoient la porte. MM . Acloque , Quinguerlot,
Aubier & Vanot , qui étoient dans
cette pièce , mirent auffi- tôt l'épée à la main
pour défendre le Roi. Non , dit tranquillement
S. M. , je veux avancer à eux , et leur
parler: ce confeil fut appuyé de M. Acloque .
Ouvrez- leur donc la porte , continua le Roi.
Edouard , Suiffe , qui la tenoit en dedans ,
dit , en appuyant fes mains deffus pour empêcher
qu'on ne l'ouvrit : Sire , permettez
I
( 137 )
1
1.
7
au moins que j'appelle mes camarades . Ouvrez
fur- le champ , reprit le Roi , aux pieds
de qui tomboient les panneaux de la porte ,
par l'ouverture defquels paffoient une hache
& le canon d'un fufil . A l'inftant où le
Roi donnoit det ordre , MM . de Mouchy,
Bougainville d'Hervilly , ce dernier condu
tant quatre Grenadiers , entrèrent par la
port oppofée à celle que l'on enfonçoit.
Madame Elifabeth vint auffi dans ce mcmert
de danger , & faifit le Roi par le pan
de fon habit, pour n'en être point féparée.
Ce fut M. de Bougainville qui eut la
préfence d'efprit d'engager le Roi à paffer
dans une embrâfure de fenêtre , & MM. de
Septeuil & d'Hervilly firent enfuite monter
-S. M. fur la fenêtre , pour le mett e plus en
sûreté précaution fans laquelle le Roi eût
infailliblement péri dans la foule. - Ma
danie Elifabeth , chez qui les vertus & le
courage font aufli naturelles que la dousceur
& l'inaltérable bonté , ayant quitté le
Roi au moment où fes ferviteurs l'enfoufèrent
devant la fenêtre , voyant les factieux
-s'avancer, & crier , E Autrichienne , où eft- elle !
fa tête, fa tête , fe mit à dire avec une tranquillité
admirable S'ils pouvoient me
prendre pour la Reine , on auroit le temps
de la fauver. Un furieux lui préfente une
pique à la gorge : Vous ne voulez fans doute
point me faire du mal, dit cette Princeffe ;
détournez donc votre arme,
:
( 138 )
dée
Cependant la Reine , qui avoit été retarpar
les foins qu'exigeoit d'elle la sûreté
de fes enfans , fe rendit avec empreiſement
auprès du Roi fôt qu'elle le fut dans
lil- de- Boeuf. Les cris affreux de gers
à piques qui demandoient fa tête ne la
retinrent pas ; elle volcit auprès du Roi
lorfque M. Aubier s'approche au moment
qu'elle entroit , & lui repréſente qu'elle
expoferoit infailliblement fes jours , &
augmenteroit les péri's du Roi , fi elle avançoit
plus loin. S. M. n'en étoit pas moins
réfolue à ne point abandonner le Roi , lorfqu'on
lui dit que Madame Elifabeth étoit
d'avis qu'elle fe retirât , qu'il lui feroit
d'ailleurs impoffible de fe rendre auprès du
Roi à travers la foule qui croiffoit . Ma
dame de Lamballe appuya ces raifons , &
S. M. fe rendit dans la pièce cù étoient
fes enfans , entourée de Mefdames de Lamballe
, de Tourzel, de la Rocheaymon , de
Chimay & autres du fervice ordinaire de
la Reine , qui ne l'ont point quittée dans ce
moment de péril pour tout ce qui lui eft
attaché. Mais à peine S. M. y étoit elle retirée
que les trigands , conduits par des
gens qui connoifoient bien la topographie
du château , vinrent rar des efcaliers dérobés
, forcèrent les paffages , brisèrent une
porte en criant : Autrichienne , Madame
Veto , fa tête. La Reine alors prit les enfans
par la main ; fes Dames l'entourèrent ,
(( 139 )
& au moyen de quelques Grenadiers du
batai lon des Filles St. Thomas , on parvint
à la faire paff r dans la falle du Confeil ,
où S. M. refta tranq illeme : t quatre heures
occupée du fort du Roi , & ne marquant
d'inquiétude que pour les er fans & les perfonnes
de fa fuite , pendant qu'une multitude
armée , féroce & mençante , l'outra
geoit par- tout ce qu'un fanatifme barbare
-Feut inventer de plus atroce.
+
+
Il étoit a fé de prévoir que les conquêtes
de M. Luckner ne ferviroient qu'à fournir à
l'Europe de nouveaux fujets de haine contre
nous , & qu'on feroit obligé de les rendre
fi-tôt qu'il plairoit aux ennemis de nous
en chaffer. Nous les avons prévenus , & des
* vues 'conformes au fyftême du Miniſtère
actuel , ont fait rétrograder nos troupes de
Menin , Ypres , Courtrai , aux poftes qu'ells
occupoient auparavant.
Mais ce qu'on attendoit point , cleft
qu'on ait pincendier les habitations pas-
-ticulières de Courtrai , lorfque cette me-
*fure extrême ne peuvoit ni gêner la marche -
de l'ennemi , ni faciliter notre ré'ra te dans
laquelle nous fumes d'ailleus affez maltraités
par l'enen i . Quoi que foi ,
voici comme le Général lui même excufe
Cette atrocité dans 11 lettre hue à l'Affeinblée
Nationale dars la féance du Mardiz
de ce moist .
( 140 )
4.
Lettre de M. Luckner , du Miniftre de la guerre.
Au quartier - général , près Lille le 30 juin
2:51792.0
« J'ai à vous rendre compte monfieur , d'un
événement bien fâcheux , & à vous dire avec
douleur , qu'hier , 29 au matin , les avant- poftes
ayant été vivement attaqués par l'ennemi , fe
font repliés fuivant leurs ordres , fur Courtray.
L'ennemi s'étoit, emparé des maisons des fauxbourgs
les plus près de la ville, il y a établi du canon
& tircit ainfi furnos retranchemens . M. Jarry,
Maréchal de camp , commandant l'avant-garde ,
combattoit avec force & avec fuccès dansles nouveaux
retranchemens . Après l'en avoir chaffé , &
s'être raffuré qu'il n'y avoit plus de Soldats cachés
dans les maiſons , il a été tiré , d'une de fes
maifons , un coup de fufil fur fa perfonne . J'ai
même qui dire qu'il l'a fait vifiter , & y a trouvé
de la poudre cachée . Le général , croyant pour
la fûreté de fon pofte de Courtray, être obligé de.
' faire abattre les maifons les plus voifines de la
ville , pour empêcher Far- là que l'ennemi sen
fervit trop avantageufement contre lui , il y a
-auffitôt fait mettre le feu. Il m'a rendu compte
aflez tard dans la matinée , de tout ce qui s'étoit
paffé , me difant feulement qu'il avoit
été obligé de faire brûler quelques maifons . Jef
que-là je ne voyois dans cette extrémité qu'une
forte de juftice. Mais une députation des magiftrats
de Courtray , venue à moi vers deux
heures après-midi , m'a appris que M. Jarry continuoit
à faire brûler les maifons. J'ai sauffitôt
monté à cheval , & me fuis preffé d'aller faire
éteindre la torche , qui malheureusement plen
( 141 )
avoit déjà que trop brûé , & qui , fans moi ' ,
auroit fini par réduire le refte des fauxbourgs en
cendies. >>
& Confterné d'une mefute auffi violente , j'ai
demandé à M. Jarry de quel ordre if fe portoit
à tels excès , il m'a répondu que lui ayant con
fié la défenſe de la ville de Courtray , & le foin
de veiller à la confervation de la vie de fes compagnons
d'armes , il avoit cru cette opération indifpenfable
. »
--
« Voilà , monfieur , le fait dans la pure vérité.
M. Carle, Lieutenant- Général , a mis trop
de foiblefle à faire agir M. Jarry , qui étoit en
fous ordre. J'ai b'âme hautement & très - fincéfement
cette conduite violente ; mais je n'ai pu
la punir parce que je dois laiffer à M. Jarry
à prouver cette trifte néceffité , comme tous les
détails qui tournent à fa juftification . Laperte
confidérable qu'éprouvent les incendiés , eft fans
doute très- affligeante pour moi , mais c'est le fait
en lui- même qui me peine à un point que je ne
faurois vous rendre. Je vous engage , monfieur ,
à faire votre rapport à l'Affemb'ée nationale , &
de réclamer de la juſtice une indemnité en faveur
des malheureux habitans de Courtray. Je vous
ptie d'examiner fi cette dernière ne feroit pas
autant commandée par la politique , que par l'humapité
, & par tous les principes qui m'ont toujours
empêché de traiter les Belges en ennemis . Il ne
m'a pas été poffible de vous faire fur - le- champ
le rapport de cette affaire . Je ne fuis revenu hier
de Courtray que très - tard . J'ai été toute la nuit
à cheval , & ne fuis arrivé à Lille que fort tard
aujourd'hui. ilk en ons sond
Signé le Marééhal Luckner,
}
( 742 )
x
+
Cette retraite forcée ne s'eft point faite
fans une perte que nous ignorons encore,
les ennemis nous fuivoient de près , & ont
fait même prifor niers une quarante de ces
Belges imprudemment affociés à nos trou«
pes, dans une expédition de ce genre ; ils
ont été pendus par l'ennemi il ne reſte
plus un François dans Ypres , Menin ,
Courtray. Le premier Juillet la portion de
l'armée commandée particulièrement par
M. Luckner a quitté Lille , & s'eft m fe en
marche fous les ordres pour le camp de
Famais . M. de la Noue , qui commandoit
le camp. de Maulde, aux environs de Tournay
s'eft hâté de fe replier ; le 2 , matin ,
il a abandonné ce canip , qui avoit été affez
mal fortifié , par M. de Foiffac ; un petit
nombre de troupes l'a occupé enfuite , &
elles memes, doivent ferretirer au premier
moment. Les fix mille hommes fous le
commandement de M. Carle, rentrés à Lille
le famedi matin , font partis le z pour Dun
kerque où ils étoient avant. L'armée de
M. de la Fayette avancée péniblement à
Maubeuge , après avoir eu fon avant -garde
très maltraitée le 1Juin , ainfi qu'on l'a dit ,
& perdu un Officier Général , M. de Gou
nion , s'ekt retirée à Montmédy , Sienay ,
Sedan , poftes qu'il faudra défendre à me
fure que les forces Pruffiennes. & Auti(
143 )
chiennes fe dirigeront vers cette partie
des frontières.
Tel eft le réfultat de cette campagne dont
le commencement eft marqué par des af
faffinats , une déroute honteuſe , le milieu
par des pertes notables , & la fin par une
retraite forcée & l'incendie peut- être vo¬
lontaire d'une Ville .
Le camp de Newkirch a été levé le 21
Juin , & transféré à Vergaffe près Sartelouis
lé 23. Cette dernière pofition eft plus faine
pour les troupes qui fe trouvoient dans un
terrein humide. M. de Kellermann qui com
mande ce camp a fait placer un pofte de
700 hommes à Forbach , au- dellous de
Newkirch Ce pofte eft le débouché de
plufieurs grandes routes qui viennent s'y
rendre de l'Allemagne & de la France. Au
refte, la troupe aux ordres de M. de Kellermann
n'eft rien moins que tranquille , puitque
le ro Juin les Soldats ont voulu pendre
quelques Officiers qu'on n'a pu fouftraire
a la lanterne qu'en les mettant en prison
quelques jours.
Le régiment d'Erneft a été reçu le 17
Juin à Nyon , petite Ville du Canton de
Berne , avec toutes fortes de marques d'ein(
144 )
}
preffement & d'eftime. M. de Watteville
aujourd'hui Colonel , étoit à fa tête. — II
n'y a encore rien de décidé fur le fort des
autres régimens au fervice de la France.
* Deux cents dix- huit hommes du régiment
du Cap ont débarqué à Auray en
Bretagne le 26 Juin ; ils font fous le commandement
de M. Pichon , Capitaine dans
ce Corps Le réginient du Cap a rendu les
plus grands fervices à la Colonie , par fa
bravoure , fa difcipline & les nombreux
détachemens qu'il a fournis. Aufli , dans
l'espace de huit mois , depuis le 23 Août
1791 jufqu'au 21 Mars de 1792 , a- t- il
perdu tant par le feu des Nègres révoltés
que par les fatigues & les maladies 239
hommes ; ce qui joint aux malades & à
ceux qui paffent en France pour le réta
blir forme un déficit de 474 hommes ,
c'est- à - dire plus de la moitié du régiment
tel qu'il exiftoit en Août 1791 .
.
;
ni
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE
SUÈDE.
De Stockholm , le 25 Juin' 1792 .
M. DE VERNINAC , nouvel Envoyé de
France , n'eft point reconnu comme tel à
la Cour : il vit en fimple particulier. On
s'étonne ici que le Ministère François connoiffant
notre averfion pour fes principes
ait nommé pour fon Repréfentant ici un
homme exalté dans les idées de la Révo
lution , & dont la conduite dans l'affaire
d'Avignon pouvoit bien faire juger que
nous n'en voudrions pas. D'un autre côté ,
M. Gauffin , qui jufqu'ici avoit été chargé
des affaires de France , ne fe mêle plus de
rien , en forte que la correfpondance offi
cielle de la Suède avec la France fe trouve
entièrement interrompue .
No. 29. 21 Juillet 1792. G
POLOGNE.
De Varfovie , le 20 Juin 1792.
Les affaires fe compliquent à mefure que
les évènemens fe preffent ; la guerre au
dehors , les contre-fédérations particulières
ua dedans , la neutralité , ou peut être même
la réunion de la Pruffe & de Vienne
pour feconder les projets de la Ruſſie :
tout annonce que la Conftitution de 1791
doit céder à la violence des obftacles
qu'elle rencontre dans fon exécution.
Malgré quelques avantages , toujours
exagérés dans l'intention de foutenir les
efprits incertains , les Ruffes pénètrent de
toutes parts fur le territoire polonois . Le
Prince Dolgorouki , à la tête de 40,000 Ruffes,
s'avance à grands pas dans la Lithuanie ,
tandis que le Général Kochowski , avec un
nombre égal de combattans , fait des progrès
dans l'Ukraine , qui prouvent que les
fuccès que nous avons eu n'ont que foiblement
diminué fes forces .
C'eft le 17 , que l'action générale eut
lieu : elle commença par une forte canonnade
qui dura depuis 7 heures du matin
jufqu'à's heures du foir. L'aile gauche des
Ruifes fut mife d'abord en déroute , l'aîle
droite refta feule , & fut bientôt forcée de
fe retirer , & de nous laiffer le champ de
( 147 )
bataille ; nous l'avons confervé deux heures
encore après le combat . On croit que les
Ruffes ont perdu près de 4,000 hommes ;
notre perte s'élève à 800 hommes & 300
chevaux . Le Général Poniatowski a montré
un grand courage & beaucoup d'intelligence.
Cette action s'eft paffée près de
Zaflaw dans l'Ukraine Polonoife. Les évènemens
mettront à même d'en apprécier
le véritable fuccès ; jufqu'à préfent elle n'a
point déforienté les mouvemens du Général
Ruffe Kachowski , dont la déroute n'a
point été tellement complette qu'il n'ait défait
entièrement le Corps de cinq cents hommes
qui couvroit notre arrière - garde .
A - peu près dans le même temps que.
cette bataille fe donnoit en Ukraine , le:
Major Perekladowski étoit aux prifes en
Lithuanie avec plufieurs Corps de Cofaques.
L'acharnement de part & d'autre fut
violent , mais enfin affailli par le grand
nombre il fut obligé de fe retirer après.
avoir eu 30 hommes tués & so bleffés ,
fuivant le rapport envoyé le lendemain de
l'action , c'est- à dire le 14. On eftime la
perte de l'ennemi de 350 hommes ,
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur-le -Mein , le 10 Juillet.
Les préparatifs, les démarches , les mou ,
G. 2
( 148 )
vemens de guerre contre la France continuent
avec l'activité que peut comporter
une auffi grande opération ; mais les évènemens
hoftiles n'auront lieu qu'après que
le Manifefte des Puiffances coalifées aura
été publié. Cet acte n'eft plus une chimère;
il eft court, fimple , & repofe fur trois bafes
principales , 1 °, les Puiffances déclarent
qu'elles n'entendent point faire la guerre,
au Roi , ni au Peuple François , encore
moins leur dicter des loix ; qu'elles ne font
armées que contre ceux qui , après avoir
perdu leur patrie , menacent la sûreté de
P'Europe entière ; 2 ° . qu'on ne veut entrer
dans le royaume que pour faciliter au Roi
l'exercice libre de fon autorité légitime &
le moyen de concerter avec la Nation Fran-"
çoife les mesures qu'exigent les circonf
tances & le retour de la tranquillité ;
3 °. elles rendent refponfables les Corps en
autorité des attentats qui pourroient être
commis par efprit de fanatifme , ou autrement
contre la Famille Royale ou les
Perfonnes profcrites dans l'efprit des factieux.
Il paroît que cet article eft un de
ceux auxquels les Cours réunies tiennent
effentiellement , & que , dans le cas de quelque
crime commis contre l'avis qu'ildonne,
ilen réfulteroit des rigueurs extrêmes contre
lefquels il feroit difficile au parti vaincu
de réclamer. Cet acte eft prêt ; l'on n'ai149
)
tend pour l'annoncer que le Couronnement
de l'Empereur.
on s'en eft faite les à une heure ;
300 pièces de canon placées fur les remparts
& le bruit de toutes les cloches de
Ta ville ont annoncé que le choix des électeurs
étoit tombé fur le petit -fils de François
le- Bon , fur le fils de Léopold- le- Sage ,
Tur François 11 , Roi de Bohême & de
Hongrie , élu Empereur des Romains.
Après l'élection , les Electeurs fe rendirent
de l'Eglife de St. Barthelémi où elle
s'étoit faite , au Romer , & de là à leurs
hôtels refpectifs
.
La défenfe faite à tout étranger , qui n'a
point une patente de protection , de refter
dans la ville pendant le jour de l'élection ,
a été étendue jufqu'après le Couronnement
, & les Miniftres étrangers , en conféquence
de cette difpofition , ne font point
rentrés en ville comme de coutume après
l'élection .
Le Nonce du St. Siége , M. l'Abbé
Maury , eft un objet général de curiofite
& de confidération. Tout le Corps des
Ambaffadeurs le traite avec une diftinction
marquée. Ses grands talens , fes fuccès
n'ont point changé fon caractère ; il a confervé
toute fa fimplicité dans la place éminente
qu'il occupe : il traite fes anciens
égaux comme fes amis , & fe nomme lui-
G
3
( 150 )
meme un parvenu. If eft utile à beaucoup
de François dans la détreffe auxquels il prodigue
les attentions & les fecours. Son
ancien Collègue , M. de Cazalès , eft retiré
a Poppelsdorff près de Bonn , où il vit
philofophiquement à la campagne.
La marche des troupes Pruffiennes &
Autrichiennes n'éprouve point de fufpenfion
jufqu'à préfent , mais tant qu'elles ne
feront point réunies , on ne peut connoître
rien de politif fur les moyens d'exécution
qu'annoncent d'auffi grands préparatifs.
Trois bataillons du régiment Pruffien de
Rombergfe font arrêtés le 6 à Konigwintert,
fur la rive gauche du Rhin , à une demilieue
de Bonn. Ils fe rendent dans l'Electorat
de Trèves , où plufieurs autres font
déjà arrivés. Le plus grand ordre règne
dans la marche de ces troupes , & aucune
réclamation ne s'eft encore élevée contre
elles. Neuf autres bataillons Prufliens ,
faifant à- peu -près 7,000 hommes , font
paffés à Duffeldorff le 8 ; ils vont au camp
de Neuvied près Coblentz . L'artillerie de
fiége Pruffienne a été embarquée fur l'Eibe;
elle arrive par la Baltique en Hollande
d'où elle fera tranfportée fur le Rhin jufqu'a
Coblentz. Les régimens Prufliens de
Schenk & de Thadden ont pafféle 3 par Gierfen
pour Coblentz.- Le Duc de Brunswick,
· Commandant les armées combinées eft ar(
( 151 ))
rivé le au village de Horsheim près Co
blentz où ce Prince a établi fon quartier
général. On affure que l'entrevue entre
l'Empereur & Sa Majesté Pruffienne aura
lieu à Margentheim. M. le Prince de
Conté doit fe rendre entre Francfort &
Mayence avec un corps de François de
5
à 6000 hommes.
"
T
31
Le Roi de Pruffe a depuis peu renouvellé
l'ordre de l'Aigle- rouge , inftitué ci - devant par
la ligne Brandebourgeoife , régnante en Franconiel
S. M. s'en déclare Chef Suprême & Grand-
Maître , & le confère aux Chevaliers actuels de
l'ordre de l'Aigle- noir ; mais ordonne qu'à l'exception
des Princes de la maifon Royale , des
Souverains , des Princes régnans de l'Empire
`perfonne ne fera revêtu dorénavant de l'ordre
de l'Aigle- noir , à moins qu'il n'ait été décoré auparavant
de celui de l'Aigle- rouge , déclaré deaxième
ordre de Chevalerie du Royaume.
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 14 Juillet 1792.
›
La retraite des François a produit l'effet
qu'on devoit en attendre , celui de rétablirla
tranquillité & de décourager les efprits turbulens
, qui fans autre motif que l'amour
du changement , fe berçoient de l'efpoir
d'une révolution à la Françoife chez nous
L'évènement de Courtrai en a infpiré dé
Thotreur. Le peuple ne parle des Frans
G 4
( 152 )
çois que comme d'hypocrites ambitieux ,
qui malgré l'étalage de leur fauffe philantropie
ne fuivent pas moins l'exemple des
oppreffeurs & des dévastateurs dans leur
conduite: politique & militaire. Voici
comme la Gazette de la Cour a rendu
compte de cette atrocité gratuite du Général
Jarry.
« Les François Jacobins étant à Courtrai &
Harlebeke , menaçant d'entrer ou à Gand ou à
Oudenarde , on détacha à la hâte le Général Beaulieu
, qui étoit alors à Tournay , pour le placer
de manière à inquiéter les mouvemens de l'ennemi
en forte qu'il prêt les quartiers vers le
village de Vicht , en étendant la droite vers
Hatlebek:, ayant prévenu le Colonel Mylius ,
qui étoit alors à Deynfe , de s'avancer & d'attaquer
Harlebeke , que lui , Général Beaulieu ,
foutiendroit fa gauche , n'ayant rien à craindre à
fa droite , couverte par la Lis ; tout s'étant fait
ainfi , ayant repris Harlebeke , le Général Beaulieu
commença à pouffer les avant - poftes fur
Courtrar d'autant plus aifément , que le Comte
de Clerfait s'étoit avancé lui- même avec une
grande partie des troupes qu'il avoit à Tournay
jufqu'à Coeyeghem , de manière que le Corps
du Général Beaulieu communiqnoit parfaitement
au Co ps d'armée du Général Clerfait dans cette
fituation . Le Général Beaulieu , fatigué d'une
tiraillerie de moufqueterie & de canons que l'ennemi
ne ceffoit de faire nuit & jour , tant du
côté d'Hrlebeke que contre les Chifleurs qu'il
pouloit en avant , réfolur , le 29 Jain , avant
le jour , d'attaquer & faire challer tous les avantpostes
de l'ennemi qui fe trouvoient hors de
( 153 )
Courtrai en avant , & de les refferrer dans la
ville de Courtrai , afin de pouvoir , après cela ,
faire d'autres difpofitions décifives ; les avantpoſtes
, compoſés la plupart de Chaffeurs & de
quelques Bataillons d'Infanterie foutenus convenablement,
attaquèrent & renversèrent généralement
tous les avant-poftes ennemis dont ils en
tuerent & blefsèrent beaucoup ; mais l'ennemi fuyant
toujours , les avant - poftes Autrichiens poufsèrent
jufques dans les fauxbourgs de Courtrai , ou
Tennemi fe crut en fûreté : nos Autrichiens les
en délogèrent encore malgré le feu du canon de
la ville qu'on ne ceffoit de tirer de plufieurs
batteries ; enfin le Genéral Beaulieu fachant qu'une.
feule pièce de canon , qu'il avoit envoyée en
avant pour foutenir les fiens , venoit d'être démontée
, fit ramener la pièce , & ordonna à fa
troupe de rentrer , en obfervant néanmoins que
fi l'ennemi , fortoit de fes murs , de retomber
deffus , & qu'il enverroit de plus gros fecours
s'il étoit néceffaire ; mais l'ennemi , felon le
témoignage de la ville de Courtrai , ayant plus
de 26 chariots chargés de morts & de bleflés
il ne lui prit aucune envie de recommencer &
teſta dans la ville ; nos troupes rentrèrent tranquillement
dans leur pofition , excepté qu'on prit
des avant-poftes beaucoup plus près de la ville , en
forte quel'ennemi ne pouvoit s'attendre que d'être
attaqué fubitement . »
CC Le Général Beaulieu ayant déjà fait mine
de jetter un pont fur la Lis à Harlebeke , l'en
Demi fe trouvoit menacé de tous côtés ; M.
Jarry , Maréchal -de-Camp Jacobin , & Commandant
à Courtrai , de tourment ou de rage de
voir que la troupe , n'ofoit plus en fortir , mit
les fauxbourgs de la ville en feu , fit brûler les
GS.
( 154 )
blanchifferies , maifons , enfin rien ne fut épargré ,
près de 200 maiſons furent la proie des flammes ,
plufieurs perfonnes furent brûlées vives , catre
autres un vieillard de 82 ans , beaucoup de beſtiaux ,
& perfonne ne fauva fes meubles ,
cc
Après quoi l'ennemi quitra la ville de Courtrai
à dix heures de la nuit , dans le filence le plus profond,
& les Autrichiensy entrèrent à la pointe du jour du
Juin. » 35
ce Nous avons voulu agir de repréfailles le lea
demain ( 30 Juin ) ; nous avons été en patroville
dans un gros bourg François appellé Waterloo ;
la Garde Nationale , à notre approche , s'eft enfuie
ainfi que tous les Habitans , laiffai t- là & leurs
effets & leurs magafins ; nous nous fommes contentés
du bonnet de la liberté , qui étoit perché.
fur la place , & nous n'avons pas permis à un ſeut
homme d'entrer dans une mailon , même pour y
boire un verre de bierre ; voilà comme nous nous
vengeons . »
Nous n'ufons de rigueur qu'à l'égard des pri
fonniers Béthuniftes , qui fubiront tous la peine de
rébellion ; tout ce qui eft pris eft condamné à mort,
& nous nous appercevons que depuis long- temps
on auroit dû agir de même ; l'obſervance des Loix
fait la fûreté d'un pays. »
Il continue d'arriver de temps à autre quelques
étachemens de troupes qui fe joignent à celles
qui font aux Pays - Bas. -On annonce de Luxembourg
que , le 4, on y a vu arriver l'avant- garde
d'un Corps de Mineurs & de Sapeurs venant de
la Bohême , & que deux Bataillons d'Artillerie les
fuivoient. A Mons , un Commiffaire de l'Armée
Françoife eft venu traiter de l'échange de quelques
Prifonniers ; il a ramené deux ou trois Officiers Auerichiens
, & en a emmené autant de ſa Nation .
( 155 )
Les armées n'ont point encore changé de pofition ;
le camp. fous Mons fe fortific , & l'attente des évènemens
fufpend les opérations .
C
33
GRANDE - BRETAGNE
A De Londres , le 6 Juillet. e.
L'on a reçu par la frégate la Vestale des
nouvelles qui confirment les grands avan
tages remportés par le Lord Cornwallis fur
l'armée de Tippoo . Celui- ci fut attaqué
par l'armée Angloife dans la nuit du 6 au 7
Février , il fut battu domplettement & forcé
d'abandonner le champ de bataille où l'on
prit 75 canons. L'armée Angloife fe pofta
dès- lors dans une petite Ifle fituée vis - à - vis
Seringapatnam , après s'être emparé des
forts , & l'on apprit que le Général Abercrombie
s'avançoit à grande journée du
côté du Sud.
Dans cette pofition le Prince Indien
fongea férieufement à faire la paix. Il voyoit
fa Capitale cernée de toutes parts devant
une armée victorieufe. Cependant la négociation
paroiffoit devoir fe prolonger
Torfque l'arrivée du Général Abercrombie le
15 Février , décida Typpoo à accepter les
conditions que lui dictèrent les Généraux
Anglois . La paix a été fignée & annoncée
au camp le 24 Février 1791 .
Par ce Traité le Coïmbotore eft cédé à
l'Angleterre ; le Nizam recouvre ce que
G6:
( 156 )
Hyder avoit pris à fon père , & les Marattes
auront le Diftrict qui avoifine leurs domaines.
Typpoo conferve Seringa; atnam ,
Bednote & le Myfore.
Typpoo payera en outre trente lacs de
Toupies , à peu près 3,300,000 liv. fterling
( 72,600,000 tournois ) aux armées alliées
en dédommagement des frais de la guerre ;
il relâchera les prifonniers Anglois & donnera
fes deux fils en ôtage.
Ainfi voilà l'Angleterre maîtreffe des plus
belles poffeffions de l'Inde , fon comnieice ,
fes richeffes , les forces doivent croître en
proportion , & l'on ne doute pas qu'avec
d'auffi grands moyens elle ne puiffe s'emparer
lorfqu'elle le defirera de ce qui refte
aux François dans cette partie du monde.
La France feule pouvoit fecourir Typpoo
contre nos forces réunies à celles du Nilam ;
balancer ainfi notre puiffance & fe ménager
quelqu'appui contre nous. Mais fon interminable
révolution , fes forces divifées ,
détruites , ne lui ont pas permis de penfer à
fon ancien allié , lui dont les envoyés ont
été fi bien reçus à Paris il y a quelques années.
C'eft ainfi qu'un des poids une fois
ôté dans la balance des Puiffances , il en
réfulte des changemens confidérables dans
la force & la grandeur des Etats.
C'est au reffe une abfurdité fans exemple
de dire que Typpoo n'a cédé aux conditions
du Lord Cornwallis que pour nous
3
( 157 )
féparer de nos alliés & nous battre info
lemment enfuite. Il eft clair que les motifs
que nos alliés ont eus dans cette guerre de fe
réunir à nous , ils l'auroient dans une autre ,
& que nous aurions ainfi qu'eux , de plus
grands moyens encore de la terminer à
notre avantage . Ainfi la puiffance du Sultan
Indien eft réduite prefqu'à l'impoffi
bilité de nous nuire , aujourd'hui fur tout
que la France eft pour long- temps inca--
pable de donner le moindre fecours utile
à fes alliés , comme la moindre attention
à fes véritables intérêts.
Il paroît, par les avis reçus de Madras , que
M. de St. Felix, commandant la frégate Françoiſe
la Minerve a été rencontré par l'efcadre
Angloiſe en vue de Tellichery , fur la fin de
Février , que le Commodore Anglois inftruit
par un Officier envoyé de la Minerve
que cette frégate fe rendoit à Mangalore ,
fit dire à M. de Saint-Félix qu'il ne pafferoit
point fans être vifité , & que celui ci ayant
voulu fe mettre en état de combat , l'équi
page a refufé d'obéir & a conduit la frégate
dans la rade de Mahé , où fe trouvoit encore
laRéfolue qui réparoit les dommages qu'elle
reçut dans fon combat avec le Phénix.
Les Adreffes de remerciemens vorées à S. M. de
toutes les parties du royaume continuent de montrer
l'attachement du Peuple à la Conftitution actuelle
, & fa haine contre un Parti qui , fous le prétexte
de réformes dans le Gouvernemer.t , cherche
( 158
à tour renverser en s'emparant de tous es pouvoirs.
Le revenu public eft fingulièrement augmenté
pendant le cours de cette année , il s'élève à plus de
800,000 liv. fterlings au- deflus de ce qu'il étoir
l'année dernière ..
FRANCE.
De Paris , le 18 Juillet 1792 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du famedi , féance du foir.
Un décret avoit autorifé , le matin , le miniftre
de la guerre à habiller les compagnies franches de
draps gris , à caufe de la difette du drap verd. Uá
fecond avoit créé une quatrième légion pour l'ar
mée du midi . Un troisième avoit mis à la difpofition
du miniftre de la marine , de quoi payer
l'excédent des dépenfes extraordinaires de la ma
rine & des colonics pour 1791 ; & les frais de divers
ariemens pour St- Domingue , Cayenne &
la Corfe ; pour le remplacement des impofitions.
de la Martinique & de Tabago , 1,655,332 liv. 5
pour le changement de pavilion , 117,992 liv. 5
en tout 13,131,350 liv.
Nous parlerons du déficit du mois de juin lorſqu'un
décret l'aura rempli .
On a décrété fept articles relatifs aux fecours
accordés aux ci- devant penfionnaires ; fecours qui
auront lieu en 1792 comme en 1791-; à la charge ,
par les penfionnaires , de fe conformer aux décrets
du 2 juillet 1791 , des 30 & 31 mars dernier , Sont
exceptés les penfionnaires nés avant 1728.
Un commillaise député de la Guadeloupe fup(
159 )).
plie l'Affèmblée nationale de dufpendre l'exécution
du décret d'urgence , que nous avions omis , qui
ordonne l'envoi de commiffaires civils à la Gua-1
deloupe & mande à la barre M. de Clugny
gouverneur de l'Ifle , & c. quoique l'Affemblée
le foit engagée à ne rien ftatuer fur le fort des
colonies fans avoir entendu les obfervations de
leurs députés.
Au comité colonial. stre
Les municipaux de Chartres accourentiſe vanter
de n'avoir voulu ni enregiftrer ni afficher la
proclamation du Roi fur les évènemens du 20
juin . On renvoie leur adreffe à la commiffion des
deuze., & ik r çoivent les honneurs de la féance .
En faveur de la réunion encore , M. Lecointres
Puyravaux veut qu'on entende le rapport
mité de légiflation for la pétition par laquelle le
directoire de Paris provoqua le veto fur le décret
contre les prêties ... Ajourné à jeudi .
du co-
2
Après un difcours fur le beau civique fimple ,
trois articles décrétés ont mis la dépense de la fédération
du 14 de ce mois , aux frais de la nation
& bne borné, cette dépente là 35,000 liv . fans
qu'on ait aucune: approximation du nombre des
fidérés , pour lefquels on déciétera bientôt un
million Li
Conformément au décrét du matin , iles , corps
adminiftratifs , judiciaires & municipaux font ad
mis à la barre . On leur li le procès- verbal du
nouveau ferment , le préfident les exhorte à ré,
pondre aux voeur de l'Affemblée en redoublant
de zèle , & laur accorde les henneurs de la féance
Le Roi écrit au corps légiflatif la lettre Sui
vante : r
сс Paris , ce 7 Juillet , l'an 4º, de la liberté.
t
« On vient de me remettre l'arrêté du départe(
160 )
ment qui fufpend provifoirement le maire & le
procureur de la commune de Paris . Cet arrêté
portant fur des faits qui m'intéreflent perfonnellement
, le premier mouvement de mon coeur eft de
prier l'Affemblée nationale de' ftatuer elle-même
fur cet évènement. » r
CC
Signé , Louis , contre figné , JoLY . »
M. Lafource obferve qu'aucun principe n'au
torife un pouvoir à renvoyer les fonctions à un
autre , & qu'attendu que le Roi n'a pas prononcé
comme il devoit le faire , l'Aſſemblée doit paffer
à l'ordre du jour. L'Affemblée y paſſe , & l'on entend
ces cris partis des galeries à bas le départe-,
ment ; Pétion ou la mort , &c.
3
Du dimanche , 8 juillet.
Un membre qui n'a jamais élevé la voix contre
tant de feuilles foi - difant patriotiques où l'on
prêche , tous les jours , la révolte , l'athéisme ,
Faffaffinat , le régicide , où des fatyres amères ,
des éloges encore plus calomnieux , & des liftes
de profcription , outragent & menacent , matin
& foir , l'Affemblée , M. Monestier a dénoncé
deux ou trois mots échappés à la rapidité de la
compofition des dernières pages de la partie pofitique
du n°. 27 du Mercure , & s'est écrié :
Je demande que Mallet du Pan foit mis en
état d'accufation. » M. Lecointre - Puiraveaux
affuroit que l'Affemblée ne pouvoit s'en difpenfer
fans fe rendre coupable de prévarication
». M. Lecoz vouloit que le journaliſte
fût tenu de choifir entre les loix françoiles &
les loix genevoifes , option qui ne le priveroit
pas du droit naturel d'exprimer fon opinion' fur
les unes & fur les autres, M, Paganel accufoit le
7161 9
Mercure d'être un fignal de révolte. Sur les
motions de MM. Bréard & Bazire , il a été
décrété que le miniftre de la juſtice rendroit
compte des mesures prifes en conféquence de
décrets antérieurs , relatifs aux libelles , & que
cette dénonciation feroit , avec d'autres , remife.
au comité de furveillance . M. Champion avoit
judicieufement obfervé qu'avant d'accufer des
écrivains , il faudroit avoir des loix fur la liberté
de la preffe,
Une lettre du Roi propofe la levée d'une légion
de Bataves . Chargé de développer cette
propofition , M. Lajard en attribue , l'idée à M.
Dumourier qui forma un comité d'officiers Hollandois
réfugiés , & leur fit , pour achat d'armes
& d'uniformes , une avance fur les fonds affectés
aux dépenfes fecrettes . M. Briffot a blâmé
l'ex-miniftre n'aguère fi patriote , d'avoir entrepris la
levée d'un corps de troupes fans en prévenir l'Af
femblée nationale , & d'avoir employé 700,000 1 .
Pour cette entreprife dont il veut le rendre refponfable.
Il a ajouté qu'il feroit impolitique de
former une légion Batave au moment où la Hollande
garde encore la neutralité ... Au comité diplomatique.
On fait lecture d'une lettre des adminiftrateurs
du département de l'Ardêche , du sjuillet ,
qui mandent qu'il le forme des raflemblemens
armés à Saint- Sauveur & à Clufière ; que M.
Dufaillant , décrété d'accufation , s'eft mis à la
tête du parti contre - révolutionnaire , vient d'attaquer
le château de Jalès avec 2 , coo hommes
menace le château de Bannes ; qu'il fait des proclamations
où il fe qualifie lieutenant - général des
armées des Princes frères du Roi , gouverneur du
Bas- Languedoc & des Cévennes , forte de mani
•
( 162 )
fefte contre les autorités conftituées & les prêtres
affermentés , où il avertit qu'il a déjà fait vérifier ,
par la nobleffe du pays , les plein pouvoirs que
fui ont délégués leurs alteffes royales Monfieut
& Monfelg cur Comte d'Artois , comme exerçant
l'autorité du Roi leur frère pendant fa captivité
. Il annonce qu'il a fous les ordres 45,000
hommes dans les Cévennes & le Vivarais , &
25,000 dans le Bas Languedoc . I ordonne aux
ci-devant curés , juges &c . , de rentrer dans
leurs fonctions ; à tous les françois armés pour
la religion & la monarchie , d'arrêter , comme
rébelies , fans nulle réquifition , les membres
de l'Affemblée nationale , des adminiſtrations ,
des tribunaux , de courir fus & d'amener devant
lui tous les clubiftes , jacobins & feuillans;
enjoint à tous les receveurs de lui apporter le
produit des contributions . Ces nouvelles accueillies
de réflexions chagrines & d'éclats de
rire , font renvoyées à la commiffion des douze ;
& fur la motion de M. Lamarque il eft décrété
que demain , les miniftres entendus , on ouvrira
la difcuffion fur la queftion de ſavoir ſi l'on
déclarera que la patrie eft en danger .
Des députations des fections de Paris , dites des
Gravilliers & dela place Royale , font admifes à
la barre , & leurs orateurs déclament de pom
peux éloges du maire & de pathétiques inf-"
tances pour la levée de fa fufpenfion . --- « Un
grand attentat vient d'être commis , a dit M.
Tallien , l'un des orateurs ; ... Pétion , notre
père , eft fufpendu... pour n'avoir pas versé le
fang des citoyens ... pour n'avoir pas changé en
un jour de deuil l'anniverfaire d'une des époques
les plus mémorables de la révolution ... Le crime
de Pétion eft le nôtre... qu'on nous charge auffi
( 163 )
de fers...Nous demandons que vous levicz , dans
le plus court délai , la fufpenfion .... & que vous
jugiez quelle eft l'adminiftration coupable , ou
de la municipalité qui épargne le farg , ou du
dire &toire qui a voulu le faire verfer. » On applaudit
, on décrète l'impreflion , & le renvoi à la
commiffion des douze .
Du lundi, 9 juillet.
M. Chaudron - Rouffeau , loin de folliciter la
punition des attentats du 20 juin , dénonce au
contraire une adreffe du département de la
Haute-Marne à ce fujet. On l'a renvoyée à la
commiffion des douze. M. Rulh annonce que
2000 Autrichiens ont tenté de s'emparer du pont
du Rhin à Strasbourg...... L'ordre du jour en
attendant un rapport du miniftre .
Un décret a ordonné le renouvellement des
actions & portions d'actions de l'ancienne compagnie
des Indes , pour ro ans , y compris 1792.
Le comité militaire eft chargé de faire , fous
trois jours , un tapport fur habillement des
patriotes Belges qui ont joint notre armée , &
que M. Guyvernon a peint couverts de haillons..
M. Briffor a parlé pendant trois heures fur
les mefutes de sûreté générale,
1
« A 100,000 Autrichiens , a- t-il dit , joignez
$ 5,000 Pruffiens ; le contingent des Cercles ;
50,000 hommes ; l'armée du Roide Sardaigne , de
20 à 25, oco hommes ; la flotte de Naples ; l'armée
des rebelles ; tous les mécontens du royaume; voilà
nos ennemis . La neutralité de la Suiffe , fi elle
ne lui étoit pas impérieufement commandée pat
fes intérêts , feroit très équivoque . Celle de
l'Angleterre eft , jufqu'ici , une neutralité nationale....
Les Américains font réduits à des voeux
=
( 164 )
ftériles.... Les Rois font aûrs ;; ils veulent prévenir
le moment de leur chûte ; c'eft ici une
guerre à mort.... Les cours... favent bien que
Jes jacobins ne font pas une puiffance , qu'ils
n'ont ni argent , ni moyens , ni même d'émiffaires
; mais que les affemblées font des volcans
qui lancent fans ceffe une lave inflammable fur
la tête des tyrans ; qu'ils n'ont pas de poignards,
mais qu'ils combattent avec l'évangile de la
conftitution & ... fe feroient bien plus de proféics
que les tyrans & que les clubs tyrannicides
qui ne tuent perfonne ou même qui fe
concilient avec les tyrans ( bravo ! )..... li faut
donc déclarer que la patric eft en danger......;
recourir aux moyens extraordinaires ....; que la
nation fe lève toute entière..., ; que Sagonte
reffufcite parmi nous...... Qui de nous peut fe
familiarifer avec l'idée de l'entrée triomphale des
troupes Pruffiennes ?.... Quel homme fe rappellant
nos fêtes civiques , nos affemblées politiques....
ne frémiroit pas de rage s'il fe voyoit
force de s'agenouiller devant un féroce Houlan ?
Périffe plutôt Paris ! .... »
་ ་ ..
« Déclarez , fans délemparer , que la patrie eft
er daager & votre permanence ; que des couriers
portent ce décret folemnel dans tous les
départemens... Si le pouvoir exécutif refufe de
s'unir à vous...... Ici je m'arrête . Le falut du
peuple vous infpirera .... J'ai bien réRéchi à ces
mefures.... Mon filence feroit un crime..... Je
peindrai le pouvoir exécutif.... Le mal qu'il a
fait... Un jour ne change pas un homme ... Je
me regarderois comme un traître... fi je croyois
à cette converfion inattendue .... Frapper la cour
des Tuileries , c'eft frapper tous les traîtres d'un
feul coup... l'abcès eft dans la tête , »
( 165 )
Après avoir inculpé fon Roi autant qu'il a
voulu , M. Briffot a propofé de juger le Roi ;
de rendre les miniftres folidairement refponfables
des mesures deftinées à remplacer les décrets
frappés du veto ( quoiqu'ils ne doivent
exécuter que des décrets fanctionnés ou exempts
de ſanction ) ; reſponſabilité qui , felon M.'
Briffot , ne gênera pas la liberté des opinions
; » de décréter d'accufation les miniftres
des affaires étrangères , de la guerre & de l'intérieur
; d'informer contre le comité Autrichien ;
de créer une commiffion de sûreté , commiffion
fecrette , expéditive , compofée d'un très - petit
nombre de patriotes intrépides , qu'on chargeroit
de toutes les accufations de haute trahifon
; d'accélérer l'exécution des fentences de la
haute- cour ; de punir le général pétitionnaire ,
vendre les biens des émigrés , leur ôter l'efpoir
d'amnistic qui les enhardit , & maintenir les fociétés
populaires . « Soyez peuple , éternellement
peuple ; ne diftinguez pas les propriétaires,
des non-propriétaires ; éclairez toutes les dépenfest
de la lifte civile ; que l'Affemblée foit le feul
comité du Roi , le peuple fon confident ; que
les piques fe mêlent avec les fufils pour le garder
; & qu'il foit, au milieu de tous , un homme
du 14 juillet. » Ce difcours a emporté les applaudiffemens
des galeries.
Le miniftre de la juftice a lu an mémoire fur
tous les objets relatifs à fon département ; annoncé
la fanction donnée au décret dus concernant
les mesures à prendre lorsqu'on aura
déclaré le danger de la patrie ; informé l'Affemblée
que M. Roederer avoit écrit à M. Terrier-
Monciel que le procès - verbal de la féance du
département ou MM , Pétion & Manuel furent
( 166 )
>
fufpendus bien , que duement rédigé & figné
n'avoit pu être arrêté définitivement dans les
regiftres en confeit général. Là deffus grands
débats . MM . Dufaulx , Guérin , Thuriot , Chambon
, Guadet & Morillon s'évertuent à trouver
le département coupable. M. Thurier affirme
que fi Pétion n'elt pas un homme de bien
il n'y a plus de vertu fur la terre » . On cite la
loi. Ele ordonne que les délibérations feront
rédigées & fignées , affemblée du confeil tenante.
Selon M. Foffey , cela fignifie qu'on les fignera
dans une féance & non féparément. Les accufateurs
du département foutiennent que cela
fignifie que les délibérations doivent être fignées
dans la même féance où elles font conclues..
Quelqu'un obferve que les décrets de l'Affembiée
font fanctionnés , exécutés , intitulés : extrait
du procès - verbal , même avant que le procèsverbal
foit rédigé & figné , que ceux du mois
de mars ne font pas encore fignés , M. Blondel,
fecrétaire du département , eft mandé , apporte
les regiftres. La délibération eft fignée fur la
minute , le fera dans les regiftres , féance t
nante . On argumente de la différence de la
minute & du regiftre. M. Nérie attefte , que
tel eft le procédé de tous les corps adminifliatifs
. M. Goupilleau dit que la fufpenfion eft
honorable pour le vertueux Pétion . M. Lejofre
lui reproche d'avilir une autorité conftituée.
Après de longs débats , on décrète la mention
du tout & le renvoi à la commiffion des douze .
On avoit lu une lettre de M. Servan qui fe
rend à l'armée ; une lettre de M. Luckner qui
protefte contre les méchancetés fourdes » lues
par M. Delmas , dans la féance du 2 juillet , fur
le compte de M. Berthier , chef de l'état- major ,
( 167 )
& loue le patriotifme de M. Berthier ; & une
feconde de M. Luckner pour remercier l'Affemblée
de la confiance de la nation.
L Les miniftres de l'intérieur & de la guerre
déclarent n'avoir reçu aucune nouvelle officielle
du département de l'Ardèche ni de M. de Møntefquiou
, relativement à la piile du château de
Bannes Par
M. Dufaillant ; mais ils ont donné
des ordres de précaution . Quant au mémoire fur
l'état des forces du royaume , M. Lajard repré
fente la néceffité du fecret. La difcuffion s'ene
gage & s'anime fur l'utilité de tout savoir , fur.
le danger de tout divulguer. Autre difficulté ;
comment obtenir du ministère un compte général
qui ne foit pas compofé des comptes particuliers
de chaque miniftre ?... « De fubtilités en fub-
» tilités , difoit M. Ramond , voilà deux heures
» que nous ne nous entendons pas , & que nous
» mettons véritablement la patrie en danger...
» Dès le commencement , en intervertiffant les
» formes conflitutionnelles , nous avons provo
* qué la guerre actuelle par un décret... mai-
» tenant je vois de toutes parts qu'on cherche
s à faire retomber fur le pouvoir exécutif toute
la refponfabilité des évènemens qui fe pré-
» parent... Il n'eft plus temps de calculer avec
cette refponfabilité morale , & l'Aſſemblée doit
» l'embrafler toute entière... Je demande que
tout foit communiqué »... Sur la motion de
M. Lafource qui éludoit le point difcuté par M.
Ramond , il eft décrété que « les miniftres rendront
demain , à midi , compte de l'état actuel
du royaume relativement à la sûreté intérieure
& extérieure. »
Du mardi , 10 juillet.
Quelques orateurs réclament , à la barre , la
( 168 )
fevée de la fufpenfion du « vertueux maire , » &
prient l'Affemblée de fufpendre le département
de Paris auquel ils ont retiré leur confiance.
Honneurs de la ſéance & renvoi à la commiſſion
des douze.
Un membre demande un congé . L'Aſſemblée
décrète qu'elle n'en délivrera plus dès qu'elle
aura déclaré que la patrie eft danger , & qu'il
fera fait alors un appel nominal .
-Les amis de la conftitution de Bordeaux écrivent
aux amis de la Réole de concourir à former
à Bordeaux un bureau central d'amis , qu'il s'en
forme de pareils dans tous les chefs - lieux de
département , que chaque comité central enverra
fes députés à Paris pour former une opinion cen
trale, que c'eft ainsi qu'on pourra frapper fort. Les
amis de la Réole n'étant pas encore à cette hauteur ,
&c, répondent bonnement que le projet eft inconftitutionnel
, anarchique , contraire à tous les fermens
, & tend à créer un état dans l'état . M.
Lafond - Ladebat lit cette lettre ; M. Thuriot
prétend qu'elle eft fauffe ; M. Lafond en attefte
Pauthenticité , & l'on paffe à l'ordre du jour.
M. de Chambonas , malade , écrit & s'étonne
tout foul de la demande d'un décret d'accufation
faite contre lui par M. Briffot , motivée ſur ce
que le miniftre n'avoit communiqué que les la
note de la marche des Pruffiens qui ne lui fur
remife que le 4 par un hommé de confiance ,
agent fecret , arrivé le 3. Il invoque fon civifme
prouvé , dit- il , dans pluheurs places au
choix du peuple depuis la révolution . Sa lettre
eft renvoyée au comité diplomatique .
Le déficit du mois de juineſt évaluéà 13,391,324
livres ; ce qui fuppofe plus de 35 millions de
recette . On a décrété aujourd'hui que la caiffe
dc
HL
י כ
169.)
de l'extraordinaire verfera à la trésorerie , d'abord
Jes 13,391,325 livres ; & enfuite 35,405,443 äv
pour dépenses extraordinaires & avances faites aux
départemens ; total , 48 millions , 796,767 liv. ,
qui avec 31,270,000 liv. de recette , donnent
$4 millions & plus de dépense payée dans le mois
de jun .
M. JacobDupont a repréſenté que 48,796,767|
de déficit par mois ( ce qui feroit 585 millions
-561 , 204 liv . de déficit pour l'année , dix fois le
déficit qui a caufé la révolution ) appelloient
l'attention de l'Afemb ée fur les finances dont
les orateurs qui veulent fauver la patrie avec
des formules ne parlent pas comme fi l'ea
pouvoit faire la guerre fans fonds . » Il a dit
qu'en calculant les revenus de la Pruffe & de
Autriche & la dette de celle-ci , la France auroit
de juftes motifs de le tranquillifer ; qu'il
faudroit fuppofer qu'à chaque individu François
défarmé feroit attaché un Pruffien ou un Autrichien
armé pour fubjuguer le royaume ; qué cette
hypothèle étant d'une abfurdité palpable , on
devoit s'occuper des finances ; que les 3co derniers
millions d'affignats feront épuifés le mois
prochain... Sur la motion , on a décrété que les
féances des mardi , jeudi & famedi foir feront
uniquement employées aux objets de finance ;
-que le miniftre hâtera la perception & que la
municipalité & le département de Paris rendront
compte de la leur tous les huit jours à la barie.
2
ré
Le ministre de la juftice a lu le compte gé
néral du ministère , & a commencé par prouver
que la juftice & la loi du 25 mars 1791 ,
prouvent également une refponfabilité folidaire .
Pour le miniftre de l'intérieur il s'en eft référé
à fon dernier mémoire , en ajoutant que les fa
N. 29, 21 Juillet 1792
>
H
( 170 )
ciétés populaires entrávent les autorités & provoquent
le défordre & même le meurtre . Sur
les contributions , il a dit que le recouvrement
eft lent. Le timbre , l'enregistrement , les douanes
offrent des produits fatisfaifans ; les forêts fe détruilent
; le falpêtre renchérit ; on ne manque
pas de poudre la recette des lotéries diminue
par le nombre des bureaux frauduleux . La marine
attend le complément de beaucoup de loix
inexécutables . Sait l'état des bâtimens ca mer &
dans les ports. St. Domingue touche à ſa defstruction
totale ; la Martinique répare fes pertes ;
les autres colonies font paiſibles . On hra fépa
rément le mémoire du miniſtre des affaires étrangères
. Celui de la guerre porté à 248,000 hommes
de troupes de ligne & de volontaires , toutes
les forces di.ponibles ; l'armée du Nord 45,000 ;
l'armée du centre 50,000 ; l'armée du Rhin
165,000 ; l'armée du Midi 40,000 ; & le refte
des 248,000 employé à la garde des places. Les
-approvifionnemens abondent par- tout . Les places
importantes font en état de défenfe ; la difcipline
fe rétablit peu à peu . Dans le département
-de la juftice , l'impuillance des tribunaux , le
manque de fonds ou de juges , l'infuffifance des
moyens de réprulion de délits , la fufpenfion
prochaine du cours de la juftice dans la capitale...
Tel eft le réfamé du compte rendu.
Alors M. Dejaly a dit au nom de tous les
miniftres : «N'ayant accepté le ministère qu'avec
l'intention de faire le bien , le moment où nous
ne pouvons plus le faire eft celui où nous devons
y renoncer . Nous avons l'honneur de vous
inftruire que ce matin nous avons tous donné
notre démiffion au Roi (-applaudiemens réitérés
I
( 171 )
t
}
1
des galeries qui ont hué les miniftres lorsqu'ils
font fortis ) , "
M. Koch a lu le mémoire relatif aux affaires
étrangères . En voici la fubftance . En général
les puiffances de l'Europe ont des difpofitions,
peu favorable aux révolutions & à la conftitution
Erançoile. L'Autriche & la Pruffe vont l'attaquer.
La neutralité de l'Empire eft incertaine
Catherine II s'occupe plus de la Pologne & n'a
accordé qu'une frégate aux émigrés François
« uniquement pour débarraſſer la Ruffie de leur
préfence & de leurs follicitations . » Tout fait
elpérer la neutralité de la Suède, & du Dane-
} marck. La cour de Turin menace . La réunion
d'Avignon nous a mis en rupture ouverte avec
le Pape ( éclats de rire ) . Venife parci vouloir ,
défendre les ports de Furnes & de Trieste, Gênes ,
Florence & le Portugal ferontneutres . L'Espagne.
n'accède point à la coalition, La France peut
compter fur les cantoas de Bâle , Zuricki , Lu
1
1
enes, la république du Valais , & une partic
des Ligues Grifes. Il faut furveiller Geneved
Les Anglois chériſſent & eftiment, jnfiniment les,
François depuis la révolution ; mais il eft pru-?
dent de fe méfier des prétextes que le gouverne
ment Britannique s'eft réservés dans la dernière
note. Il feroit poffible que la neutralité des Provinces-
unies ne fû: qu'illufoire. Les Américains
fort de tendres frères trop éloignés & peu puiflans.
Qa tireroit un grand parti de l'alliance de la Pologue ,
en renouant avec la Turquie, «e Telle est la fituation
de l'Europe . Ce court tableau préfente beaucoup
d'ennemis , peu d'alliés sûrs ; mais les heureush
effets du touchant fpectacle qu'offrit hier (far
medi 7 ) l'Allemblée nationale ... ( murmures )
On a décrété l'impreffion de ce mémoire.
Η Σ
( 172 )
Alors a commencé la diſcuſſion fur la queſtion:
Déclarera - t - on que la patrie eft en darger ? »
Un volume ne contiendroit pas tout ce que divers
orateurs ont dit fur la néceffité , les prodigieux
effets , l'inutilité ou le danger de la proclamation
de cette formule.
-M. Lamourette la trouvoit imprudente , &
propre à jetter l'alarme dans les campagnes à la
veille des moiffons , à priver le laboureur des
bras dont il a befoin ; & l'évêque affermenté de
Lyon recrutoit l'armée au moyen d'une adrefle
aux François , contenant le procès -verbal de la
mémorable féance du famedi 7. Il propofoit de
s'unir au Roi , & de prononcer la cellation de
toute recherche relative à la malheureuſe journée
du 20 juin , & à la fufpenfion des deux municipaux .
De tout ce qu'on a dit & redit & qu'il a
répété , M. Lamarque a conclu que le faluc
public d'pendoit de la promulgation de la formule.
Les galeries ont conftairment hué ceux
qu'elle n'extafioit pas , & l'ont couronnée de
bruyans applaudiffemens chaque fois que quelqu'un
la propofoit comme indifpenfable. « Je
frémis d'herreur ; s'eft écrié M. Dorify , en
entendant applaudir an danger de la patrie. ».
On demandoit l'impreffion du difcours de M.
Lamarque. M, de Girardin trouvait auffi le danger
de la patrie dans la dépenſe pour trop d'impreffion ,
& a dit plaifamment : « Je crois qu'il n'y a
pas , befoin de faire imprimer ce difcours pour
être parfaitement für de la neutralité de la Po
logne. » L'impreſſion eſt décrétée au grand pia fir
des galeries. La démiffion des miniſt: es confir
moit lasinéecffité de la formale aux yeux de
M. Thurios. On proroge la difcuffion au fendemaini
( 173 )
C
Du mardi , féance du foir.
M. Collot d'Herbois , orateur d'une députa
tion de citoyens de Paris , eft venu à la barre
demander un décret d'accufation contre, M. de
la Fayette , qu'il a traité de « foldat factieux »
organe des voeux des tyrans conjurés contre l'Af
femblée. Sil reftoir impuni , « on fe diroit le 14
juillet : Oui , c'est la fête de la Eberté ; mais
peut-être aufli la Fayette nous prépare dans trois
jours un anniverſaire de carnage . » Grands ap
plaudiffemens des galeries & d'une partie de l'Af
femblée. L'osateur & tous les co pétitionnaires
font des jacobins , obferve M. Delfaux , & il
defire que it de faction & de vengeance « l'efpi
Toit livré au mépris qu'il doit infpirer à tout bon
citoyen, M. Goupilleau crie que M. Delfaux
avété rayé de la lifte des jacobins, « Il a été
chaffé , ajoute M. Brival. Je m'en fais honneur ,
répond M. Delfaux. L'on a renvoyé la pétition
à la commiffion des douze , & accordé les honneurs
de la féance aux pétitionnaires.
Une lettre de la municipalité de Paris repréfente
que l'arrivée des fédérés va augmenter la confommation
. I lui faut 1,800 , oco liv. pour acheter des
grains ... Au comité d'agriculture & de com
merce.
A compter d'après- demain , toutes les tribunes
de l'Affemblée feront laiffées aux fédérés peu
dant tout leur féjour , « afin qu'ils le pénètrent
de les principes , pour les défendre fur les fron
ères , a dit M. Cambon. On règlera le mode
d'admiffion.
Des citoyens de Corbeil félicitent le corps lé
giflatif de la touchante réunion du famedi 7 ;
mention honorable & adnais à la féance. 31
# 3
174
MM. Merlin , Thuriot , Charlier , Gamond ,
Tartanac & Bazire invoquent une prompte jufrice
en faveur du « vertueux maire de Paris . »
On lit une lettre du Roi poitant que les miniftres
ont donné leur démiffion ; que le Rei
s'occupe de leur templacement ; mais qu'ils continueront
leurs for ctions jufqu'à ce que leurs
places fcient templies , e D'après cette lettre, dit
M. Choudieu , vous voyez que vous avez un
pouvoir exécutif en activité » & M. Chouaieu
fait décréter que le pouvoir exécut frendra compte
de la détermination au fujet de la fufpenfion du
maire , demain matin. Ce délai excite de viofentes
rumeurs dans les galeries , où l'on fe permet
des gefticulations , des cris , des menaces , d'une
telle indécence qu'on en feroit foeasdalifé à la
hase. Le préfident ordonne au commandant de
fa garde d'arrêter les perturbateurs ... Un exbénédictin
, capitaine , & fon époule conftitu
tionnelle offrent leur don patriotique . Mention
hnrable au procès - verbal.
Nouveau vacarme. Le commandant de fervice
obtient la parole & raconte que tandis qu'il
rempliffoit l'ordie du préfident en faifant arrêter
un citoyen dans l'une des galeries , un particulier
a pris au collet , fur l'objection de l'ordre , lui
a répondu qu'il s'en mocquoit , & lui a déchiré
fa chemife . Ce particulier s'eft trouvé être un
député , un commiflaire de la falle , M. Beauvais
qui a déclaré avoir reça du commandant
un coup de pied dans l'aîne . Aux interrogatoires
fuccèdent de longs débats. Er fin l'ordre du jour
fur la chemife déchirée de l'efficier en fonction ,
& fir le coup de pied dans l'aîne , coup reconnu
involontaire , ou même impoffible vu la poſition , &
renouvellement des commiſſaires de la falle.
{.17} };
Du mercredi , 11 juillet.
De nouveaux pétitionnaires follicitent bien
moins qu'ils n'exigent la réintégration « du ver
tueux
un décret & du courageux Manuel , >> &
un décret d'accufation contre le département de
Paris. M. Gaftelier repréfente que la France eft
divifée en 83 départemens, que l'Affemblée leur
doit fon temps à tous & non à la feule ville
de Paris dont telle partie de fection ou de fauxbourg
fe reproduit à la barre 3 ou 4 fois par
Temaine ; que ces adreffes de quelques individus
inconnus parlant impudemment au nom du
peuple François , font prefque toujours des déclamations
injurieufes , inconflitutionnelles , des
dénonciations ou des éloges dictés par l'efprit
de parti , propres à femer la divifion dans l'Affemblée.
Il vouloit que , fur l'expofé fommaire ,
fes adreffes fullent renvoyées au comité compétent.
M. Charlier n'a nullement compromis
Ta réputation en criant à l'ordre du jour. La
motion de M. Gaftelier a été renvoyée au comité
des pétitions pour en faire fon rapport
après - demain .
:
an
Un décret accorde 100,000 liv. de récompenfe
M. la Reynie & de moindres fommes à d'autres
pelonnes , pour avoir découvert & dénoncé une
fabrication de faux affignats .
Au nom de la municipalité
, M. Borie , maire
par intérim
, eft venn foumettre
à l'Affemblée
la queftion
de favoir
fi le département
avoit eu
le droit d'ordonner
au confeil
de la commune
de nommer
un fuppléant
au maire
fufpendu
,
c'étoit
la commune
elle- même
dans les 48
fections
qui
devoit y fuppléer
. M.
Borie a peint
'le confeil
de la commune
« frappé
de la fondre
» сс
H
4
( 376 )
1
»
par la fufpenfion du maire , puis « revenu de
fa ftupeur mais moins « hardi que le déparsement.
» Or , le cas de la fufpenfion n'etoit
pas prévu par la loi . Réponſe du président , &
honneurs de la falle.
M. Hérault de Séchelles , rapporteur de la
commiffion des donze & des comités mitaire &
? diplomatique réunis a prononcé un long dif
cours pour motiver « l'importante déclaration :
Citoyens , la patrie eft en danger... Ce feal mot ,
comme l'étincelle électrique , à peine forti de ' a
reprefentation nationale ( un mosforti d'une
préfentation ! ) va retenir le même jour dans
les & départemens , gronder fur la tête des
de potes & de leurs efclaves , repouffera lears
attaques , appuyera victorieufement les négociations
, fi ce font de celles qu'on peut entendre,
Jufqu'à préfent les recrutemens ont été infu
fans on n'a pu atteindre le nombre d'hommes
décrété... » La formule pourvoira à tout.
Le miniftre de la juftice mande qu'il n'a reçu
qu'à so heures du foir le décret relatif à MM.
Pétion & Manuel ; qu'invités à lui donner des
éclairciffemens utiles à leur défenfe , M. Pétion
a répondu que la malveillance interpré: eroit
défavorablement cette invitation à laquelle il fe
refufait , & M. Manuel differoit fa réponſe ;
que le Roi a bien voulu promettre une féance
extraordinaire , & que l'Affemblée recevra la décifion
du confeil le jour même.
Produifant ferupuleufement aux yeux de l'Europe
, tout ce qu'il avoit promis de la pe.file
malveillance , M. Pétion écrit à l'Aſſemblée que
fes décrets font « éludés d'une manière (candaleufe
qu'il ne doit pas être « le jouer des
inrigues & des paflions ; qu'il y a là un déni
57
30
( 177 )
dejustice , & qu'il attend tout de l'Affenblée
Selon M. Lacroix , le pouvoir exécutif pro
Tongroit arbitrairement la fufpenfion du maire.
Le département & le Roi s'entendent ; le miniftre
n'avoit pas d'éclairciſſemens à demander. Eſtimant
que la patience de l'Affemblée devoit être
à bout , M. Lacroix demandoit une décifion
dans le jour , ou l'apport des pièces le lendeman.
Jamais on ne mcfura plus impérieufement
le temps à un efclave , que M. Lacroix au
pouvoir exécutif fuprême réduit au vil perfon-"
nage d'un agent falarié à qui , la montic à la
main , ceux qui ont juré de lui être file'es coininandent
d'examiner & de prononcer , d'exercer
Ton droit ou d'y renoncer dans l'efpace de tant
d'heures. M. Giraud voyoit en France 40 mille
maires égaux en droits & en vertus à M. Pétion ,
& difoit « Il feroit fouverainement ridicole que
je vinfle dire à cette tribune la patrie eft en
anger file maire de mon village n'eſt pas rémis
à la place. » Il a rappellé qu'un district du
département de Corfe eft fufpendu depuis cirq
mois qu'on attend la decifion de l'Affemblée.
& que perfonne n'en gémit comme d'une cata
mité nationale ; qu'on avoit tort de ne s'occuper
que de Paris , & qu'il falloit laiffer au Roi le
temps de l'examen. M. Boulanger obfervoit que
le miniftre n'avoit pu être à la fois au confeil & à
'Affemblée . - Vifs débats fur les mots déni
de justice. On les adopte , on les rejette . En
fin la notion de M. Lacroix eſt décrétée lans
cette inculpation évidemment calomnicule.
3
On avoit renvoyé au comité la question du
miniftre de la juftice , de favoir fi M. St. Huruge
accufe & emp.ifonné à Peronne devoit être livré
aux tribunaux . ordinaires, Le préfident a pro
HS
1789
•
noncé la formule : Citoyens , la patrie eft en
danger ; & deux adreiles de l'Affemblée aur
François & à l'armée , rédigées par MM . Vergniaud
& de Vaublanc , ont été lucs , applau
dies & adoptés telles que nous les transcrivons
ce
Adreffe aux François.
Citoyens , votre conftitution repofe fur les
principes de la juftice éternelle . Une ligue de
Rois s'eft formée pour la détruire . Leurs bataillons
s'avancent ils font pon.breux , foumis
à une difcipline rigoureufe , & depuis longtemps
exercés dans l'art de la guerre. Ne fenbez
vous pas une noble ard ur enflammer votre
courag ? Souffrirez- vous que des bordes étrangères
le répandent comme un torrent deftructeur
lur vos campagnes ; qu'elles ravagent vos moiffons
; qu'elles défolent votre patrie par l'incendie
& les cruautés en un mot , qu'elles vous ac
cablent de chaînes teintes du fang de ce que
Vous avez de plus cher ? »
« Nes armées ne font point, encore portées
au, complet. Une imprudente fécurité a modéré
trop- tôt les élans du patriotifme. Les recrutemens
ordɔrn's n'ont pas eu un fuccès auffi entier
que vos représentans l'avoient espéré. Des
troubles intérieurs augmentent la difficulté de
notre pofition . Nos ennemis fe livrent à de folk s
elpérances , qui font pour vous un outrage . »
« Hârez - vous , citoyens fauxcz la liberté ,
& vengcz votre gloire.
« L'Affemblée nationale déclare que la patrie
eft en darger.
« Cependant , gardez- vous de croire que cette
déclaration foit l'effet d'une terreur indigne d'elle
( 179 )
& de vous. Vous avez fait le ferment de vivré
libres ou de mourit . Elle fait que vous le tiendrez
, & elle jure de vous en donner l'exemple :
mais il ne s'agit pas de braver la mort , il faut
vaincre ; & vous le pouvez , fi vous abjurez
vos haines , fi vous oubliez vos diffentions pos
litiques , fi vous vous relicz tous à la caufe
commune. »
« Les nations vous contemplent ; éronnez les
par le déploiement majestueux de vos forces &
d'un grand caractère . Union , refpect pour les
loix , pour les chefs , pour les autorités conftituées
; courage i ébranlable , & bientôt la victoire
couronnera de palmes l'autel de la liberté ;
& bientôt les peuples qu'on larme aujourd'hui
contre votre conft torion , ambitionneront de
s'unirà vous par les liens d'une douce fraternité.
»
L'Affemblée nationale à l'armée Françoife.
Braves guerriers , l'Affemblée nationale
vient de proclamer le danger de la patrie : c'eft
proclamer la force de l'Empire , c'eft annoncer que
bient la jeuneffe Frar çoife fe portera fous les
drapeaux de la liberté . Vous l'inſtruirez à vaincre ;
vous lui montrerez le chemin de la gloire .
ל כ
' ce Au fignal du danger de la patrie , vous lentez
redoubler votre ardeur . Guerriers , que la difcipline
en dirige les mouvemens ; elle feule
garantit la victoire . Ayez ce courage calme &
froid que doit vous donner le fentiment de vos
forces.
و د
leeUne véritable armée eft un corps immenſe
mis en mouvement par une feule tête . H ne peur
sien fans fubordination paffive de grade en grade,
depuis le foldat jufqu'au général . Guersiers-
H 6
imitez le dévouement de a Affas & le contage
du brave Pis. Méritez les honneurs que la patrie
réserve à ceux qui combattent pour elle ; ils feront
dignes de vous, 32
Noubliez pas que c'est votre conftitution
qu'on attaque. Ob veut vous faire deſcendre du
ang glorieux des peuples libres . Eh bien !
braves guerriers , il faut que la conftitution
triomphe , ou que la nation Françoile le couvre
d'une honte ineffaçable.
« De toutes parts vos concitoyens fe difpofent
à vous feconder. N'en doutez pas , il n'eft aucun
François qui balance ; il n'en eft aucun qui ,
dans ces jours de pésik & de gloire , s'expoſe à
déshonorer la vie par une lâche & honteuſe inaction.
Qu'il feroit malheureux celui qui ne pour
roit pas dire un jour à les enfans , à les concitoyens
« Et moi auffi , je combattois quand
notre liberté fut attaquée. J'étois à la journée
où les armes Françoifes triomphèrent de nos
ennemis ; j'ai défende les remparts de la ville
qu'ils attaquèrent en vain 5 & mon fang a coulé
tel jour pour la patrie , la liberté , Pégalité.
Du mercredi , féance du foir.
33
Des citoyens de Verſailles demandent un dérer
d'accufation contre M. de la Fayette „& la
deftitution du directoire de leur département de
Seine & Oife , pour avoir fait une adreffe an
Roi en adhésion à l'arrêté du département de la
Somme concernant les attentats du 20 juin. M.
Becquey follicita un rapport fur ces évènemens',
croit l'honneur de l'Asemblée intéreſſé à la
punition de pareils crimes. « Il n'y a eu d'atten➡
tatale 20 juin répond M. Bazire , que dans
imagination de ceux qui auroient deuré qu
( 181 )
s'en fût commis . J'invoque la queffion_préalable
fur les ridicules obfervations de M. Becquey. "
L'Ademblée eft paffée à l'ordre du jour fur la
motion de M. Becquey , & a renvoyé la pétition
de Verfailles à la commiffion des douze , aux
grands applaudiffemens des galeries .
Unmembre a propofé de ftatuerque lesféances
du confeil du Roi foient publiques . M. Hébert a
dit qu'une pareille queftion , mife en délibération ,
feroit « la honte de l'Aſſemblée dans toure l'Europe.
» On a décrété qu'il n'y avoit pas lieu à
delibérer..
Quelques foi difent citoyens de Reims lifent ,
à la barre, une pétition qu'ils annoncent être
fignée de 40,000 Champenois , pour ebtenit
l'exemption de la fanction pour les décrets d'urgence
( ce qui feroit l'abolition du vazo ) , & le
rétabliffement de la conftitution dans fa pureté
originelle. On s'oppofe à la lecture . M. Bazire
foutient que ces adreffes font le meilleur moyen
de connoître la volonté générale dont l'énoncé eft
la loi . M. Dumas qui occupoir le fauteuil , croit
de fon devoir d'arrêter le cours d'aufli infâmés
propofitions de pajare, aux termes exprès des
formens du 14 janvier , & du 7 de ce mois.
Finfieurs voix lui crient vous n'en: avez pas le
droit ; d'autres : à bas , M. Dumas ; à bas ;:
defcender de-là. Remplacé par M. Lacroix , it
vole à la tribune. Après deux épreuves on dé
crète que M. Dumas ne fera pas entendu . M.
Boulanger repréfente que l'Ademble a juré de
n'écouter aucune propofition contraire à l'acte
conftitutionnel. On le hue , & las pétition eft:
nenvoyés à la commiſſion des douze .
Aucres pétionnaires qui viennent de travailler
au champ de la fédération & qui manant à la--
Baisala: feoptre; & la pelle votent pour la réns
( 182 9
tégration de MM. Pétion & Manuel , la defti
tution du département , l'accufation « d'un général
calomniateur de fon armée qui n'eft pas à
lui (bravo !)» & des miniftres qui ont donné
leur démiffion, E. fin ces nouveaux conftituans
defirent un mode légal de réfiftance à l'oppref
fion , & défent au milieu de las falle avec leurs
hottes , leurs pelles , & c. au bruit des applau
diffemens qui ont porté la pétition à la commiffion
des douze.
Plufieurs députations de gens innommés fe
qualifiant fections de Paris , rabachent la demande
de réintégrer le vertueux maire ; & de punir le
département & le général la Fayette. D'autres
fe difant c 40,000 ouvriers travaillant dans les
bâtimens expriment les mêmes voeux & reçoi
vent les mêmes honneurs . It
ود
On parle de mandats d'amener décernés par un
juge de paix contre M. Pétion & Manuel ; on
craint des mandats d'arrêt pour cette nuit . M.
Cambon annonce , fans preuve , plus de 30 man
dats d'amener lancés contre des législateurs ; quel
qu'un y ajoute l'enlèvement de caconniers pa
triotes acculés d'avoir montré leur civiſme le
20 juin. Ici nous femmes invulnérables , dit un
autre . M. Rouyer , Thuriot , &c . déclament
pour le vertueux maire ; M. Bazire contre « le
tribunal de lang » que forment aux Tuileries ,
des juges de paix qui y veillent à la sûreté du
Rei. M. Chabot fe joint à M. Bagire . M. Ifnard
accufe une cour audacieufe de provoquer la
guerre civile » & vent que le peuple refte calmes
left 3 heures ap ès minuit . L'Afſemblée dé⇒
crète qu'on ira réveiller fes membres: abfens &
qu'elle tiendra féance toute la nuit. Deux particuliers
armés l'un d'un poignard , Pautre de
*piftolets font amenés à la barre ju mais rien në
*
1
( 1839
prend. Ils ont lêvé qu'on enlevoit des canons &
reçoivent les honneurs de la féance. Des témoins
atteftent que le vertueux Pétion eſt bien tranquille
dans fon lit , que les patriotes veillent ,
que tout eft calme. La féance n'eft pas levée ,
elle eft fimplement fufpendue jufqu'à neuf heures,
ce qui eft bien différent .
Du jeudi, 12 juillet.
Un rapport , au nom de la commiffion des
douze & quelques débats entre MM . Genfonné &
Guadet , ont fubftitué au tribunal de fang des
juges de paix qu'on difoit réunis dans le château
depuis les crimes du 20 juin , de fimples ates
de police . Un décret a renvoyé cette dénonciation
au pouvoir exécutif, avec ordre au miniftre de
la juftice de rendre compte , fous trois jours , des
metures qu'il aura prifes.
Sur les plaines de la commune de Strasbourg
indignée d'une lettre où M. Roland tranfmettoit
aux municipaux de cette ville des délations anonymes
qui leur impuroit des projets de trahison , &
fur leur demande de nommer ces lâches délateurs,
M. Tardiveau ayant loué la follicitude du mi
niftre patriote , & le jufte intérêt de la commune
pour les magiftrats , l'Affemblée eft paffée à l'ordre
du jour ainfi motivé.
Après un beau difcours fur l'égalité philofophis
que , il a été décrété que les men bres du corps lé
giflatif porteront , dans le lieu de fes féances , &
quand ils feront partie d'une députation , un
ruban aux 3 couleurs , à 3 bandes ondées , placé
en fautoir , avec les tables de la loi attachées
fon extrêmité ; le livre fera de métal doré &
ouvert. On lira fur le folio recto , les mots
droits de l'homme ; & fur le folio verfo , le mot.
( 184 )
conflitution . Les adminitiateurs porteione auf
le même ruban , auquel fera attachée une médaille
fur laquelle on hra refect à la loi. La
né faille des adminiftrateurs de département fera
dorée ; celle des adminiftrateurs de diftrifts ,
argentée & celle des procureurs - généraux- yadics
, fufpendue at rubin , au moyen de d-ux
codons & deux glands, de la couleur de la mé-
2
daille.
Quitre articles ad ptés ont mis un million à
a difpofition du mimftre de l'intérieur pour fournie
kuri de nnités accordées aux fédé: és . It's recevront
30 fous par jour de réfidence à Paris & is fous par
keve , siis ont pris l'eng- gement de te rendre au
camp qui fera indiqué. It ne fera rien payé aux
autres.
сс
a été ftiu que 60 membres de l'Affemblée
nationale iroient , le 14 juillet , pofer fur les
Fuines de la baftille la première pierie « de la colonne
de la liberté » & qu'on en dreflera procèsverbal
à déposer avs archives ; que l'Affemblée
fe rendra , en corps , au champ de la federation ,
le 14 ; que tous les citoyens y prêteront le ferment
civique ; & le Roi , le ferment preferit par
fa conftitution ; que le Roi feta placé à la gauche
du préfident fans intermédiaire , & les déparés
im né liatement après , tant à la gauche du Roi
qu'à la gauche du préfident . M. Goujeen deliroit
que le décret potar qu'il feroit préparé un
Reu convenable pour le Roi & fi famille . « Sa
famille eft à Coblentz , avoit réponda M. Albitte
applandi pour le motos des galeries . » « Le Roi
auroit l'air d'être le préfident ou le chef de la cérémonie
, avoit objecté M. Cohon . » Le comité
propofoit d'envoyer ce décret au Roi par une
députation de 24 membres : « Lui-même , s'eft
71857
écrié M. Lafource , ne nous a pas envoyé fes
miniftres en corps pour nous dire qu'i fouhaitois
d'y affifter ( plufieurs voix : fi, f ); je ne vois
pas pourquoi l'on enverroit une députation de
24 membres. » On a décrété qu'elle ne feroit que
de 4 membres , & l'ordie du jour fur l'invitation
d'affifter au Te Deum que les électeurs de Paris
de 1789 prioient l'Affemblée d'honorer d'une des
putation .
Le ministre de la guerre notifie la prise du
château de Bannes par M. Dufaillant , & la
capitulation de la garnifon , forte vec armes &
bagages ; & écrit que M. de Mont fquiou
donné ordre à M. d'Albignac d. s'y rendre , le
avec des forces , & qu'it a fat arrêter la marche
des volontaires de Nifmes , Montpellier , Uzès &
Pont-Saint - Efprit.
On lit une adreffe dit confeil- général de la
commune de Mufeille , done voici la fubftance:.
Lég furcors ,... la loi relative à la royauté ,
que vos prédéceffeurs ont établie fans aucun
égard aux réclamations de la nation , contrarie
les droits de l'homme. Il eft temps que cette
loi tyrannique foit abolie , que la nation ufe de
•10 is fes droits , & qu'elle le gouverne elle-même.
Leshommes naiffent & dement égaux en droits.
Tout ce qui eft contraire à ce principe doir être
Jejetté d'une conftitution libre. Comment donc
vos prédéceffeurs ont - ils pu établir fur ces befes
sette monftrueule prétention d'une famille parti
culière ... I n'y a que les fauteurs de la tyrannie
qui aient été capables de fe Evrer à ce défire .
Et c'eft dans le fanctuaire definé au triomphe
de la liberté , de la raifon , de la juftice , que
cette prérection ufurpée à obtenu force de lui!
Quele infamie La. nation ne peut y foufcrise..
1786)
Elle feule eft fouveraine. Qu'a- t -elle done fait
cette race règnante , pour être élevée à ce poste ?...
Non , lég flateurs , la nation va extirper fans
retour ( certe première racine des monumens
d'orgueil , d'ignorance , de fervirate & de bar.
feffe ) . Son nom proferit ne fouillera plus nos
anna es. Eroit il befoin de faire des loix pour
l'inviolabilité d'un feul homme ? Avouez , fégifloteurs
que nos conftiruas , n'ont rien conf
titué. Si vous voulez être quelque chofe , abrogez
unc loi qui rend nulle la volonté,nationale , Nous
favons tous l'histoire de nos ma'heurs. L'indignation
eft au comble . Hâtons- nous d'en dé
truire la caufe & de Fous rétablir dans nos droits,
Que le pouvoir exécutif foit nommé & renouvellé
par le peuple , comme le fort, à quelques
differences près , les deux autres pouvons ( législatif
& judiciaire ) , & bientôt four fera rétabh . Fait à
Marseille , dans á maifon commune , le 24 juin,
J'an 4 de la liberté . Signé , le conſeil général de
la commune de Marseille , Couraille , maire , &c. »
Applaudi des galeries .
จ
MM Brunck, Crublier , Dalmas d'Aubenas ,
Boulanger , &c , fe font élevés contre un' pareik
excès d'impudence . M. Lacroix fe borngit
à foutenir que l'Alembee ne pouvoit pas plus
prononcer fur cette pétition que fur les autres ,
puifque toutes devoientêre renvoyées à la cammiffion
des douze . Les galeries , remy lied fidérés,
ont applandi à l'expédient conciliateur de M. La
croix.
L'ancien maire de Marfeille , M. Martin',
a dit « Comme cette adreſſe , audacicufement
criminelles toffiroit pour dé honorer le nom
Marfeillois , je dois à l'Alfemblée à moimême
de l'improuver hautement de déclarer
( 187 )
qu'elle eft l'ouvrage de quelques factieux parvenus
aux places ... Vous le devez à la fécurité
de Marfeille , de fes bons citoyens qui gémiffent
fous l'efclavage de quelques factieux...
vous devez en faire juftice... Je contoiffois cette
adreffe audacicufe , j'en ai frémi ; je me flattois
qu'elle ne fero t pas connue... A préfent ce l'eft,
je demande , au nom de la patrie , du falut public,
& du falet de Marseille , que l'Affemblée féville
contre les auteurs, »
D'horribles murmures ont fouvent ir e rompu
M. Martin , dit le jufte. M. de Girardin s'eft
étonné que des foldats de la loi ne témoignaffent
aucun refpect pour les délibérations des lég na
teurs. Le préfident y a rappelle les galeries . M.
Cambon a dit confidemment à l'Alembee que
cette adroffe étoit un piège qu'on lui ren doit pour
voir fi elle voudroit s'en parer de pouvoirs qui ne
lui font pas Bé égiés , ha
Vous punirez , a repris M. de Girardin en
loavoyant , vous purirez les municipalisés répu
blicaines comme les directoires ray. liftes : Vous
devez un grand exemple... L'acte folemnel du
14 ( la fédération ) répondra à ces mandataires ir
fèles qui méditent le renversement de la conftitution
& qui fé flattent que vous ferez leurs com
plices , Eil demandoit le renvoi à la commiffion
des douze pour qu'elle en fitfon rapports On crie :
demain. Tout cft décrété , & nous verrons que
perfonne n'y longera demain , pas plus qu'aux
finances les mardi & jeudi foir.
Une lettre du Roi annonce la proclamation dé
Sa Majefté cor firmative de la fufpenfion de MM.
Pétion & Manuel. Le maire écrit qu'il va fe rendre
à la barre. La proclamation eft lue. « Je dee
mande qu'à préfent l'Ailen blée entende le langage
( 188 )
de la vertu & de la vérité , s'écrie M. Bazire.
Et Toppofition qu'il a femblé vouloir mettre entre
le Monarque & le Maire , entre la victime &
idole , a réuni en faveur de M. Bazire des
applaudiffemens nombreux. M. Pétion cft introduit.
1
Il a dit qu'il tenoit à fa place par les périls qu'il
y trouvoit & par les fervices qu'il y rendoit à fes
concitoyens ; a invoqué une éclatante juftice pour
loi & pour les perfécuteurs ; s'eft peint en magiftrat
qui ne manqua jamais à fes devoirs .
Le même homme qu'on a vu fe plaindre du
délai de quelques heures que néceffitoit l'examen
de beaucoup de pièces ſur leſquelles a porté la décifion
du confeil du Roi , répond au reproche du
départementden'avoir fait parvenir que le foirdu1 &
un arrêté du 16 , que « l'arrêté n'a pu être expédié
que le 17 , & qu'il n'y a pas un long eſpace du
17 au 18, ( Loriqu'il s'agiffoit de prévenir des
taffemblemens armés illégaux & des attentats annoncés,
d'avance ! )
Сс Partons d'un joint , dit il enfuite niaiſement;
c'eft que as citoyens marchoient ( le 20.) & que
rien ne pouvoir les en empêcher ( le 19 )... Or,
je défie le département de foutenir qu'il y avoit
plus de chances de bon orde en Lillant aller le
orrent, qu'en le dirige nt... E n'avois pas ap
prouvé cette mefure. Ep ! qu'imporse , puiſque la
nature des circonftances la rendoit forcé ?... Peutlire
avec pudeur ; il y avoit des a¶affies-& l'évènement
l'a démontré Carte i . fame aflertion crie
vengeance. A quel fair avez - vous pu reconnoître
qu'il y avoit des affaffins ; répondez ? En a-t- il
c.û é la v'e à un feul individu . Parlez, Eft ce
avec cette légèreté, cotte audace qu'on calompiera
toujours les coyens 2 ( Quoi ! des cris & des
( 189 )
écriteaux : à bas le veto ou la mort des portes
brifées à coup de hache , du canon porté juſque
dans l'appartement du Roi , des armes meurtrières
dirigées , avec toutes les imp:écations de la fureur ,
contre fa perfonne , & détournées par l'effort des
grenadiers , par la frayeur du crime , & par l'afcendant
majeftueux de la yertu paifible , n'annoncent
pas des féditieux ivres de rage, exaltés juſqu'à
Paffaffinat ! )...
Voici la peinture infidèle qu'il a faite de ces atfentats
:
#
c On s'étoit arrêté à la porte royale , pour
entrer & préfenter cette pétition au Roi . On
frappoit à la porte ; on témoignoit beaucoup
d'impatience . Un officier forti par la cour des
Princes va rejoindre ces citoyens , leur expofe
qu'ils ne peuvent pas entrer en fi grand nombre;
qu'ils doivent envoyer des commiffaires . Cela
étoit convenu , fortque tout- à- coup la porte
s'ouvre de l'intérieur, Alors le for fe précipite
& inonde à l'infant les cours & les appartemens .
Où eft le moment donné à la méditation ? Qui
ne voit au contraire une maile 'confidérable
d'hommes qui , par fon propre poids , fe preffe,
s'entraîne , eft portée ? Ce qui s'eft paffé dans
les appartemens , ne doit- il pas ouvrir les yeux
aux plus incrédules ? Car enfin , qu'est - ce que
les citoyens qui y font entrés ont fait qui donne
le plus léger indice d'un complot dont l'idée feule
fait frémir ? Ce ne font pas quelques vitrages
caffés , quelques panneaux de boiferie enfoncés ,
ou par une entrée précipitée , ou par la fimple
preffion d'une foule immenfe qui s'agite par cela
feul qu'elle s'incommode ; ce n'eft pas le tam
bour abattu pour faciliter le paffage d'un canon
qu'on avoit monté avce je ne fais quelle impé(
190 ).
tuofité délirante , qu'on avoit defcenda de mêmes,
ce n'eft pas tout cela , dis- je , qui décèle de
finiftres projets ; & je n'apperçois pas là , comme
le dit le département , des brigands & des affaffis.
Lorfque j'arrivai , je n'apperçus point fut
les phyfionomies ce caractère fombre & farouche,
cet air d'indignation & de courroux qui préfage
des malheurs .Je vis des citoyeas avides de voir , le
preffant tumultuaire.nept , dirigés par l'efprit
d'imitation & de curiofité. Je, ne dirai pas tout
ce que je fis pour ramener le calme ; pour déterminer
le peuple à défiler paiablement ,
( continuer de ) le conduire avec fagetle , avec
dignité. Mes détracteurs même font obligés ici
de me rendre justice .
و د
A l'en croire , fa condamnation cft devenue
un fcandale public ; il y eft préfenté fous les coulours
les plus fufes ; & l'arrêté du départ. ment
eft un libelle. Les municipalités font particulièrement
influencées par l'efprit de cité , & les
départemens par l'efp: it de la cour .., Combica
vous enhardirez les départemens , fi exemple
dangereux que vient de donner celui de Paris ref
toit impudi ... Je ne parle pas de la décifion du
Roi ; le département lui avoit rendu un bon
office en me fufpendant ; le Roi lui en a rendu un
autre en venant à fon appui . » App audiffemens
redoublés , honneurs de la féance ( avant le juge
ment ) , & fur la motion de M. Lacroix , décier
qui ftatue que le rapport fera fait demain à midi
& que toute affaire ceffante , Allemblée
S'en occupera jufqu'à ce qu'elle ait prononcé lans
défemparer ; acclamations des galeries : vive
Pétion ! le vertueux Pétion ! notre ami Petion !
Du jeudi , féance du fair.
сс
M. Albite demande que le miniftre foit tenu
( 191 )
de rendre compte du cérémonial la fédéra
tion , pour qu'on fache fi la injeffé du peuple
he fera pas fubordonnée à celle du Roi. Les galeiies
applaudiflent , mais l'Aflemblée palle à
T'ordre du jour.
Le procureur de la commune de Metz , introduit
à la barre , annonce que la ville de Metz
n'a pas de provifions pour alimenter fes citoyens
plus de 24 heu es, qu'elle manque de tout moyen
de s'en pourvoir, & qu'il eft cû aux ouvriers
plufieurs années de falaite. L'Affemblée décrète
que le rapport lui en fera fait demain matin.
Os procède à l'appel nominal qui devoit fuivre
la déclaration du danger de la patrie . Il donne
673 membres préfens , 16 malades , 8 à la hautecour
& aux fabriques d'affignats , 15 abfens par
congé , 6 morts non remplacés , & 27 qui n'ont
pas répondu.
Du vendredi , 13 juillet.
Les adminiftrateurs du département du Bas-
Rhin écrivent que l'ennemi fe difpofe à une
attaque prochaine , & demandent qu'on arme
les citoyens patriotes . Au pouvoir exécutif avec
ordre de rendre compte. --Décret d'urgence
qui avance 400,000 liv . à la commune de Merz
fur le 16. qui revient à la municipalité dans
la vente des biens nationaux. -- Décret qui accorde
3000 liv. pour les premiers frais de la
colonne de la liberté .
Perfuadé que Affemblée, a porté ce un remède
efficace à tous les maux des adminiftrations
en décrérant la publicité de leurs féances ; mais
que ce n'est pas allez d'un remède efficace pour
les guérir , tant que les adminiftrateurs nourriront
l'efpoir d'approcher du trône & d'avoir
( 192 )
part à la lite civile , M. Couhon vouloit qu'au
cun membre de directoire ne fût , qu'un an
après avoir quitté les fonctions , accepter aucune
place à la difpofition du pouvoir exécutif. Quel
qu'un excluoit auffi les juges. M. Freffenel éten
doit l'exclufion aux municipalités , pour que le
Roi n'eût à choisir que dans les fociétés fraternelles.
L'abfurdité s'a pas été déconcertée par cette épigramme.
M. Clémenceau comprenoit dans l'in
terdiction tous les fonctionnaires que le peuple
homme & falatie. M. Tarbé a obfervé qu'au bout
des à 6 ans
le Roi
ne pourroit
plus
choisir
que
des
gens
qui
d'avance
n'auroient
pas
la confiance
-de
la nation
. Use
ingénuité
de
M.
Duhem
découvre
la
fource
pure
de
ces
nouveaux
priacipes
civiques
, il preffe
la
décifion
, de
peur
qu'on
ne
nomme
des
miniftres
parmi
les
membres
du
département
de
Paris
. Ainfi
les
haines
pivées
alpirent
à dicter
des
loix
générales
ca
facrifiant
le
peuple
au
plaifir
d'écarter
colour
tel
individu
. Deux
décrets
ferment
la bouche
à MM
Calvet
&
Tarbé
. « Nous
rendrons
compte
à nos
commettans
, s'écrie
M.
Boulanger
, de
la liberté
d'opinion
dont
nous
jouiffons
ici . Tous
ceux
qui
font
des
propofitions
inconftitutionnelles
font
ertendus
; ceux
qui
s'y
oppofent
ne le font
pas
. »
Au comité.
Avant d'écouter le rapport de M. Muraire
fur la fufpenfion de M. Pétion , M. Briffot veut
qu'on life celui de M. Ræderer on le lit. Voici
Tes fubtilités par lesquelles M. Ræderer le fatte de
juftifier ce que toute l'Europe indignée a déjà
jugé. C'est le maire de Paris qu'il fait parler
« Je n'ai pas prévu un raffemblement le 20. I
avoit pour objet un hommage à l'Affemblée nationale.
Je n'ai pu exécuter la loi qui défend
Cous
( 193 ( ) 193
tout raſſemblement armé , parce que cette loi eft
iafirmée par une forte de défuétude connue de
J'Affemblée nationale . Je n'ai pû contenir le raſfemblement
que par une force réfiftante ; & la
force mal commandée n'a pas été réfiftante . Je
n'aurois pu le réprimer que par la force agiffantes
mais les perfontes à réprimer & les perfonnes à
préſerver étoient mêlécs enfemble . Le raffemblement
lui même étoit compofé , pour la plus
grande partie , de citoyers bien intentionnés qui
croyoient affifter à une fêre & non à une émeute.»
Et de ce chef d'oeuvre de difcuffion , M. Roederer
a conclu qu'il n'y avoit pas lieu à prononcer la
fufpenfion qui devoit être un remède & non une
peine.
t Lettre de M. Manuel , qui , défolé que la
fièvre l'empêche de venir « montrer la confcience
& porter la tête » à l'Aſſemblée , s'engage à
confondre , dès qu'il fera moins malade , fes
laches & vils ennemis qui , l'on s'y attend bien ,
font ceux du peuple .
Organe de la commiffion des douze , M.
Muraire a lu fon rapport. Ce n'eſt abſolument
que celui de M. Raderer & l'apologie de M.
Pétion par lui - même fondas enfemble. Nous
n'y remarquerons que ce paffage : « Si vous
confidérez à quel point l'attroupement armé
(avec les écriteaux : lafandtion ou la mort, &c.)
étoit , en quelque forte , légitimé par la facilité
que le corps législatif avoit eue d'en recevoir
d'autres dans fon fein ..... Vous ne regarderez
pas comme une violation de la loi une mefure
qui avoit pour but de prévenir des mouvemens
plus grands encore que ceux qu'elle n'a pu empêcher.
On verra les conclufions de M. Muraire
№. 29. 21 Juillet 1792 .
"9
I
( 194 )
dans le décret que les débats ne devoient ni détourner
ni modifier.
Le rapporteur avoit dit ce Ce n'est qu'hier
à la fin de la féance que vous avez renvoyé
cette affaire à votre comité. Vous concevez aifément
, qu'un temps fi court fuffit à peine à
l'examen des pièces . » M. Boulanger veut qu'on
life toutes les pièces , pour favoir fi elles font
concordantes avec le rapport du comité . L'Affemblée
décière que les pièces ne feront pas
lues. « Je demande , s'écrie M. Gorguereau ,
que le décret que vous venez de rendre , foit
conver i en loi , & envoyé aux tribunaux.
M. Guadet a d'abord prétendu que la lecture
des pièces tourneroit à l'honneur du maire ;
que c'étoit par un fentiment de bienveillance
que M. Boulanger la defiroit ; & enfuite , qu'il
feroit fort inutile de les lire , qu'elles ne méri
toient aucune confiance & confumeroient trop
de temps ; qu'ainfi l'on devoit mettre aux voix
le projet de décret .
« Si l'Aflemblée ne veut pas être complice
des attentats du 20 , a dit M. Delfaux , qu'il
foit permis de parler fur le projet de la commiffion......
Sans imputer tous les crimes au
maire , l'opinant a rappellé que le maire étoit
prévenu des difpofitions des attroupemens ;
qu'exerçant fur le peuple l'influence d'opit on
dont il fe vante , il devoit avoir les plus vives
inquiétudes , ne pas quitter un inftant le taffemblement
qui marchoit au château , l'y Tuivre ,
& fi la perfuafion devenoit inutile , ſe reſſouvenir
de la mort glorieufe du maire d'Etampes .
Après un réfumé des attentats du 20 juin ,
M. Dalmas a dit : « Les miniftres de ces farfaits
, moins pervers que leurs inftigateurs , ont
( 1959
reculé d'effroi devant la férénité & la fermeté
du Roi ; & le grand caractère qu'il a montré
au milieu de cet orage eft la meilleure réponſe
aux diatribes que la méchanceté le permet tous
les jours... Que des hommes impies , dont l'unique
tâche et d'empoifonner l'opinion publique ,
n'aient pas craint de préfenter cet évènement
comme la réponſe du peuple à la lettre dé M.
la Fayette ; qu'ils aient eu l'impudeur de dire
qu'ils n'ont vu là que la grandeur & l'énergie
d'un peuple libre , & que l'on ne peut appeller
défordres quelques portes enfoncées , quelques
vitres caffées dans une maifon dont on ne connoifloit
pas les iffues ... Les bons citoyens ont
vu dans cette journée malheureuſe , non l'ehor
de la liberté , mais celui d'une licence effrénée
& fans exemple , non l'exercice du droit facré des
pétitions , mais un attentat réel ... »
Il a rappellé la difperfion affectée des municipaux
, l'inaction du maire à la grêve , tandis
que le danger étoit au château , l'inaction de M.
Manuel, qu'on a vu fars écharpe dans le jardin
des Tuileries , la connivence de ceux des magiftrats
qui levèrent les confignes données pour empêcher
l'attroupement de pénétrer dans les cours ; que
dès le 16 , le maire favoit que , le 20 , une foule
armée préfenteroit au corps législatif & au Roi
une pétition violente & fanguinaire ; qu'il dévoit
oppofer la force légale aux premiers raffemblemens
, ainfi qu'il l'avoit fait fouvent & avec
fuccès lorsqu'il l'avoit fincèrement voulu
lieu de légitimer la rébellion par la perfide combina
fon des diverfes armes qui rendoit impoffible
la répreffion de tout excès prévu , annoncé hautement
par des clameurs & des bannières exécrables
; que le maire , arrivé après des heures
30
I 2
( 196 )
し
de crimes , ne parut pas s'émouvoir , & parla
emphatiquement aux féditieux , de l'énergie & de
la dignité du peuple qui venoit d'outrager & de
menacer le Roi & la famille.
M. Dalmas improuvoit la municipalité, non
de n'avoir pas fait couler le fang , exagération
d'imbécilles ou d'hypocrites fastieux avides de
fang ; mais d'avoir toléré l'infurrection armée
qui pouvoit répandré celui de la famille royale
& du peuple. Il a dit que Paris , la France ,
l'Europe , avoient en horreur les forfaits du 20
juin , & que leur impunité feroit l'injuftice la
plus impolitique pour l'Affemblée elle- même. M.
Lecointre-Puyravaux a demandé qu'on fit à M.
Dalmas «les mêmes honneurs qu'a M. Ribes » ,
qu'on le déclarât en délire ( bravo ! ). M. d'Averhoult
a auffi parlé contre le maire , & des
eris à bas , à bas , l'ont auffi réfuté . « Par la
faute de qui le raflemblement illégal avoit-il du
canon, a demandé M. Genty ? » M. Giraud difoit
que le maire ne cefferoit pas d'être en pénitence,
quand même il affifteroit à la fédération avec
fon écharpe ; que les Parifiens jugeroient l'Affemblée
après le moment d'ivreffe , & il propofoit
l'appel nominal pour que la France connût ceux
qui préféreroient les principes à l'un des 40,000
maires.
V
ee Ou la municipalité eft criminelle d'avoir
laiffé fe former & agir de pareils attroupemens
armés , ou le décret qui l'innocentera , déclarera ,
qu'elle eft dans l'impoffibilité phyfique d'empêcher
les émeutes , les révoltes , les attentats ,
que des portes foient brifées à coups de hâche , le
canon portéjufque dans l'afyle d'une autorité copftituée
, les outrages & des menaces de mort
prodigués pour faire violence à cette autorité ,
( 197 )
obfervoit en fubftance M. Coubé du Tarn . » En
preffant cet argument inéludable , il propofoit
à l'Affemblée d'aller établir fes féances à Rouen ,
ou dans telle ville où les citoyens refpectent , ou
les magiftrats font règner les loix.
L'Affemblée a mis aux voix & rejetté cette
propofition , & décrète qu'elle lève la fufpenfion
de M. Pétion , annulle le renvoi aux tribufaux
quant à la conduite adminiftrative du maire;
ajourne la décifion fur la fufpenfion du procuteur
de la commune jufqu'à ce que celui - ci ait
été entendu , ordonne que le préfent décret fera
envoyé, ce foir , par le pouvoir exécutif , à la
municipalité & au département , & enjoint au
miniftre de la juftice de rendre compte , fous
trois jours , des pourfuites qui ont dû être faites
contre les fauteurs des défordres du 20 jing
article contenant une fingulière contradiction ,
puifqu'il inculpe d'impofture manifefte le vertueux
maire doar les rapports n'ont ceffé d'affirmer qu'il
n'y avoit eu aucun défordre.
Malgré le voeu très - prononcé d'un grand
nombre de Départemens & de villes contre.
les attentats du 20 Juin , le Maire de Paris
a été déclaré irréprochable, & fon triomphe
a éclaté à la Fédération , où le Peuple
n'a ceffé de crier Vive Pétion , vive le
vertueux Pétion . Son nom étoit fur les chapeaux
& les bannières des fociétés popu
laires . La préfence du Roi , de la Cour perfécutée
, facrifiée , donnoit encore un r
L 3
( 198 )
lief de plus , quelque chofe de piquant au
patriotifme de M. Pétion & de fes nombreux
adorateurs . C'étoit en effet un rafinement
digne de leur civifme que l'aviliffement
du Monarque , infulté par les
applaudiffemens même qu'en prodiguoit
à fes plus acharnés perfécuteurs .
Cette Fête , au refte , fi l'on en excepte la
Garde Nationa de Paris le décemment &militairement
tenue , a répondu , fuivant
nous , à l'idée qu'on peut fe faire d'un raffemblement
déforganifé d'hommes armés
& de peuple en mouvement . On y voyoit
des piques, des fabres portés par des femmes,
par des enfans ; les emblêmes de la Liberté
Françoife exécutés en carton , les attributs ,
les maximes de la
Révolution portés au
haut de bâtons peints aux trois couleurs.
Cette multitude échauffée étoit précédée ,
fuivie , entremêlée de détachemens de
Corps militaires & civils , fur- tot des
Gardes Nationaux venus des Départemens ;
enfin , de la Municipalité de Paris , tu
Département
& de l'Affemblée
Nationale.
Arrivés au Champ-de- Mars , tous
ces Corps fe font placés aux lieux qui
leur avoit été affignés : on y exécuta un
morceau de mufique , & le ferment , tant
de fois renouvellé , fut prononcé par l'Affemblée
Nationale , le Roi , & enfuite le
Peuple , fur ce qu'on nomme l'Autel de la
Patrie.
( 199 )
Nous ignorons ce que peut être une
cérémonie de ce genre chez une Nation
riche , puiffante & policée ; mais ce que
'nous pouvons affurer , c'eft que rien n'annonçoit
dans celle- ci la coopération , la
marche uniforme , la Fédération du Peuple
François. Au moins peut- on dire qu'une
multitude de Soldats arrivés des provinces,
quelques détachemens de troupes , des
femmes , des enfans , des gens deguenillés
en très -grand nombre , portant des piques ,
des emblêmes de carton groffièrement faits,
des branches d'arbres , & revenant le foir.
Je long des rues ivres , ou fe difputant avec
les paffans , chantant les Ariftocrates à la
lanterne , la Fayette eft un f.... gueux ; infultant
à la bonté , au malheur de leur Roi;
on peut dire qu'une pareille cérémonie n'a
véritablement rien de grand , & qui réponde
à la puiffance de la Monarchie Françoife.
On doit cependant avouer que fi cette
Fête n'avoit rien de grand , rien qui approchât
nême de celle de 1790 , tout s'eft
paffé avec une tranquillité ordinaire , &
qu'aucun des complois annoncés , peut-être
même provoqués par les placards fanatiques
& les difcours des Clubs , n'a troublé
le triomphe de la fouveraineté des piques
& de MM. Pétion & Manuel ; ce dernier
s'y fit tranfporter en litière , comme une
pièce effentielle à la cérémonie.
L I 4
( 200 )
Le Roi s'y trouvoit dès onze heures du
matin. Sa Majeſté étoit partie des Taileries
à dix heures & demie , ayant dans fa voiture
la Reine & fes enfans , Madame Elifabeth ,
Mefdanies de Lamballe & de Tourzel. Les
Ministres étoient à pied aux portières. La
voiture étoit immédiatement précédée, par
trois Officiers du fervice de Sa Majesté , à
cheval avec quatre Cavalcadours & dix
Pages en avant. Dans la voiture qui précédoit
étoient MM. de Brezé , Nantouillet ,
Touzet , Montmorin jeune , de Saint Prieft ,
Fleurieu , Champcenet & de Poix ; dans
celle qui fuivoit étoient Mefdames d'Offun,
de la Rocheaymon , Serent , Tarente & de
Maillé.
Deux colonnes de Grenadiers marchoient
des deux côtés du cortége , que commandoient
MM. de Witingkoff, Boiffieux &
Menou.
La partie de la colonne des Fédérés , des
Gardes nationales , des femmes , des enfans ,
des gens à piques qui précédoit l'Affemblée
ayant défilé dans le Champ-de-Mars fous le
balcon oùleRoi étoit avec la Famille , S. M.
eft defcendue précédée des Officiers nommés
ci-deffus & s'eft placée à la tête de l'Affemblée
entre le préfident & un autre Membre ,
le refte fuivant en colonne de 4 à 5 de front;
de chaque côté étoit une colonne de Gardes
nationales & de Troupe de ligne avec quelques
Cavaliers faifant ouvrir le pallage.
201
•
un
A l'inftant où le Roi eft monté à l'Autel
pour prononcer le ferment exigé ,
grouppe de 30 à 20 prétendus vainqueurs
de la Baftille , portant le modèle de ce
Château & ayant à leur tête deux ou trois
Orateurs forcenés , étoient parvenus au haut
des gradins affez près de Sa Majesté & paroiffoient
chercher à troubler la tranquillité
en propofant de fubftituer au fernent de la
Conftitution qu'ils difoient imparfaite , ce
lui de vivre libre ou mourir pour achever la
conquête de la liberté.
Ils ajoutoient , en provoquant , en quel
que forte , des Menibres de l'Affemblée ,
qui étoient près d'eux , qu'ils avoient bien
fait de leur rendre Petion fans quoi ils les en
auroient fait repentir , & l'auroient porté
aujourd'hui fur l'Autel de la Patrie pour
le réintégrer eux mêmes au nom du peuples
ils crioient vive l'Affemblée tant qu'ellefera
d'accord avec le Peuple.
:
Le Roi a montré le plus grand calme &
la plus grande férénité pendant toute la cérémonie
. Après le ferment il a été reconduit
à l'Ecole Militaire où il eft remonté dans fa
voiture avec ſa Familie , & le même ordre
qu'en allant a été obfervé au retour. Il eft
arrivé au château des Tuileries à fept heures
paffées .
On a remarqué qu'autant les Fédérés de
1790 montrèrent de zèle & d'attachement
pour la Monarchie , autant les Provinciaus
I s.
( 200 )
Le Roi s'y trouvoit dès onze heures du
matin. Sa Majefté étoit partie des Taileries
à dix heures & demie , ayant dans fa voiture
la Reine & fes enfans , Madame Elifabeth ,
Mefdánies de Lamballe & de Tourzel. Les
Miniftres étoient à pied aux portières. La
voiture étoit immédiatement précédée , par
trois Officiers du fervice de Sa Majeſté , à
cheval avec quatre Cavalcadours & dix
Pages en avant. Dans la voiture qui précédoit
étoient MM. de Brezé , Nantouillet,
Touzet , Montmorin jeune , de Saint Prieft ,
Fleurieu , Champcenet & de Poix ; dans
celle qui fuivoit étoient Mefdames d'Offun,
de la Rocheaymon , Serent , Tarente & de
Maillé.
Deux colonnes de Grenadiers marchoient
des deux côtés du cortège , que commandoient
MM. de Witingkoff, Boiffieux &
Menou.
La partie de la colonne des Fédérés , des
Gardes nationales , des femmes , des enfans ,
des gens à piques qui précédoit l'Affemblée
ayant défilé dans le Champ- de-Mars fous le
balcon où leRoi étoit avec fa Famille , S. M.
eft defcendue précédée des Officiers nommés
ci- deffus & s'eft placée à la tête de l'Affemblée
entre le préfident & un autre Membre ,
le refte fuivant en colonne de 4 às de front;
de chaque côté étoit une colonne de Gardes
nationales & de Troupe de ligne avec quelques
Cavaliers failant ouvrir le pallage.
( 201 )
•
.
Al'inftant où le Roi eft monté à l'Autel
pour prononcer le ferment exigé , un
grouppe de 30 à 20 prétendus vainqueurs
de la Baftille , portant le modèle de ce
Château & ayant à leur tête deux ou trois
Orateurs lorcenés , étoient parvenus au haut
des gradins affez près de Sa Majefté & paroiffoient
chercher à troubler la tranquillité
en propofant de fubftituer au ferment de la
Conftitution qu'ils difoient imparfaite , ce
lui de vivre libre ou mourir pour achever la
conquête de la liberté.
lis ajoutoient , en provoquant , en quelque
forte , des Menibres de l'Aflemblée ,
qui étoient près d'eux , qu'ils avoient bien
fait de leur rendre Petion fans quoi ils les en
auroient fait repentir , & l'auroient porté
aujourd'hui fur l'Autel de la Patrie pour
le réintégrer eux mêmes au nom du peuples
ils crioient vive l'Affemblée tant qu'ellefera
d'accord avec le Peuple.
:
Le Roi a montré le plus grand calme &
la plus grande férénité pendant toute la cérémonie.
Après le ferment il a été reconduit
à l'Ecole Militaire où il eft remonté dans fa
voiture avec fa Famille , & le même ordre
qu'en allant a été observé au retour. Il eft
arrivé au château des Tuileries à fept heures
paffées.
On a remarqué qu'autant les Fédérés de
1790 montrèrent de zèle & d'attachement
pour la Monarchie , autant les Provinciaus
I s.
202 )
de 1792 fe font montrés Républicains &
égarés par les maximes des Societés fraternelles.
L'escorte du Roi a fait la meilleure contenance.
Les Suiffes , les Grenadiers de la
Garde nationale , particulièrement le détachenient
des 150 ou 200 hommes qui
accompagnoient la voiture de Leurs Majeftés
, o t montré le zèle le plus louable.
Ces braves gens fembloient défendre plus
encore leur Roi de leurs corps que de leurs
armes . L'Europe ne verra point avec indifférence
cette conduite courageufe au milieu
de l'impunité & de l'encouragenient accordés
à tous les genres de licence & d'outrages
faits à la Royauté.
On a peu crié vive le Roi , mais beaucoup
vive la Nation , vive Petion , à bas
Lafayette , à bas le Veto , vivent les Sans-
Culottes , à la lanternè les Aripocrates , tant
dans la route que dans le Champ de
la cérémonie.
Nous avons cru ces détails , fur l'exactitude
de quels on peut compter , plus intéreffans
que l'énumération des grouppes ,
des détachemens & les mouvemens de la
colonne avant & pendart e ferment ; on
les trouve dans tous les Journaux . Nous
remarquerons feulement un chef d'oeuvre
d'inpolitique dans ceux qui ont ordonné
cette Fête , en ne la mariant point avec
quelque cérémonie du Culte. Cette indif
·
( 203 )
férence pour la Religion eft une des grandes
erreurs de la révolution & celle qui empêche
que le peuple ait pour les loix & les
actes qui en émanent un refpect profond ,
indifpenfable à la folidité de tout édifice
politique. Il n'y avoit point de Prêtres ;
ce font des enfans qui ont brûlé l'encens
& fait la partie religieufe de la cérémonie
du fernient.
Le Décret rendu par cette formule , Citoyens ,
La Patrie eft en danger , n'a rien changé à la
phyfionomie ordinaire de Paris . Mêmes amufemens
, mêmes bruits , mêmes infultes contre le
Roi, les pouvoirs établis , le Département , &
fur-tout la partie modérée des Conftitutionnels .
Les fpectacles font pleins comme de coutume ;
les cabarets , les lieux de divertiffemens regorgent
de Peuples , de Gardes Nationaux , de
Soldats ; le beau monde fait des parties de plaifir,
& le Peuple gouverne , gourmande menace
fait la loi , comme de raifon .
>
"
Cette infouciance , cet oubli du danger tient,
à plufieurs caufes ; d'abord à l'inconféquence des
Parifiens , dont les efprits , les paffions , font
toujours , comme on dit , à là cave , ou au
grenier à leur ignorance dans les affaires pubiques
, ignorance proportionnée au ton affir
matif dont ils en parlent ; à leur fuffifance , ils
fe croient vraiment des héros ; au mépris des
Etrangers , enfin à la fatigue que produit fur..
des efprits légers , incandefcens , enthouſiaſtes
irafcibles la vue d'un danger imminent &
pofitif.
•
•
Cette indifférence tient à un autre fentiment
I 6
( 204 )
encore , que bien des perfonnes , quoique
éclairées , éprouvent comme le Peuple. On ne
peut fe refufer à regarder comme illufoires les
menaces du dehors , comme exagérées les craintes
qu'on vent infpirer de l'Etranger , comme inexécutable
l'invaſion , comme inattaquable la France
régénérée, quand on voit le Ministère , l'Afemblée
Nationale , les Corps Adminiſtratifs , s'occuper
très-tranquillement d'intr gues intérieures
de projets conftitutionnels , de vengeances individuelles
, de guerre de plume , de vues d'ambition
pour la feconde , la troisième Légiflature .
Tout homme raifonnable , qui n'a point d'autre
règle de jugement que la conduite d'un Gou
vernement , le premier intéreflé à repouffer le
danger , doit penfer que tout ce qu'on pobie
des 52 mille Pruffiens , des 100 mille Autrichiens ,
font des enfonges , ou que les Miniftres oor
perdu la tête ; ou s'il ne va pas jufqu's croire
P'une ou l'autre de ces propofitions , il reste convaincu
que les préparatifs qu'on annonce comme
ayant pour but le renversement de la Révolu
tion , n'ont qu'un terme calculé , bien connu de
nos Miniftres , de l'Aſſemblée , du Département ,
enfin de toutes les perfonnes dont l'existence ,
la sûreté , l'état fe trouveroient furieufement
compromis par le fuccès des armes des Cours
coalifées .
Quoi qu'il en foit de ces obfervations , c'eſt
une remarque facile à faire , que perfonne ne
croit a Paris au darger que nous pouvons courir
d'une attaque férieufe de la part de l'Etranger
, ou tout au moins que l'on le conduit
comme fi ce danger n'étoit qu'une chimère ; qu'à
quelques exceptions près , chacun parle , intrigue ,
s'avance , craint , menace , efpère , négocie , dans
205 )
les vues , dans le fens , dans les principes de la
Révolution , au même moment que le Minitère,
les nouvelles , l'Europe entière parlent de l'arme
ment de 400,000 hommes contre nous, & que chacun
avoue qu'avec nos diffentions , nos pallions
nos dénonciations , nos piques & nos adages, nous
ne pourrions point, tenir contre une pareille puil-
Lance .
L'on ne connoît qu'imparfaitement la
conduite que tiendront les Généraux ; ils
ont eu une conférence fort longue à Valenciennes
le 11. Suivant toutes les probabilités
ils attendront , fur la défenfive , que
les ennemis aient fait quelque attaque réelle
& effectué quelque mouvement véritablement
férieux contre les frontières . Jufqu'à
préfent tout eft menace & préparatifs de
Teur part , & le peu d'empreffement de nos
Généraux à fe mettre en mefure de réfifter .
fen bieroit annoncer , que comme bien du
monde , ils penfent que les ennemis n'ofe
ront pas , ne voudront pas attaquer , ou fe
déuniront & perdront le temps de la campagne
en allées & venues peu à craindre ,
Quoi qu'il en foit, les rôles vont changer. M.
Luckner paffe à l'armée du centre , qui eft,
celle de M. de la Fayette , celui - ci paile au
Nord , & M. de Biron remplace M. de la
Morlière. M. Dumourier, ex- Miniftre ,
commande le camp de Maulde
& ne
paroît point de bon , accord avec le Général
Luckner. — On croit que les Cara(
266 )
biniers pafferont en Alface avec ce G&
néra!.
Les lettres de Strasbourg du 7 annonçoient
qu'aux 2000 Autrichie sarrivés dans la nuit
dus a Koh , avec 8 pièces de canon' , s'étoit
joint un régiment de Cavalerie , & qu'on
en attendoit un nombre à peu - près égal.
Ces difpofitions de l'ennemi ont déterniiné
le Confeil Municipal fur l'avis du Généfal
, M. de la Morlière , à faire couper
une des arches du pont , en forte que toute
communication eft interrompue avec l'Etat
de Bade.-M. Houzé de St. Paul, Mar chal
de-Camp , nominié pourcommander l'artille
rie au camp de P,obsheim , eft paffé chez
Peranger avec 'Ingénieur en het du camp
d'Haningue , & quelques cuvriers . On
aflure que ce dernier a emporté les plans des
camps & fortifi ations de ce côté des frontières.
Il fe fait auffi quelques défertions
de la part des troupes Autrichiennes furtout
dans les Pays-Bas . On mande à cet
égard de Lille que quelques Huffards Autri
chiens & deux Officiers de ce Corps s'étoient
rendus au Camp François , le 11 ,
& qu'ils avoient annoncé qu'ils feroient
fuivis d'un plus grand nombre. Loin , au
refte , de trouver cet évènement extraor
dinaire , on doit être étonné qu'avec les
moyens qu'on employe il n'en déferte pas
un grand nombre , principalement de
Soldats.
( 207 )
Le Roi a farctionné le Décret qui fup
prime fans indemnité les propriétés défignées
par l'Affenb.ée Conftituante par
le nom de Droits feodaux rachetables.
Voilà une multitude de familles proprié
taires fpoliées par cette d fpefition du pa
trimoine de leurs ancêtres , fans qu'il leur
foit permis de faire la moindre petite .
obfervation. On imagine bien qu'en dépouillant
ainfi les propriétaires au profit
du peuple , l'on gagne celui - ci contre ceuxla
, & qu'on fait taire les réclamations.
-
―
Le Général Luckner eft à Paris ; ce
voyage donne du fouci & du caffe - têté
aux hauts revolutionnaires ; le refte du
publicn'y penfe pas . Piufieurs Membres
du Département de Paris ont donné leur
démifion depuis le Décret qui réhabilite
M. Pétion dans fes fonctions. Ii paroît
que l'armée de M. de la Fayette aura un
camp à Montmély ; & deux autres , l'un à
Longwi , & l'autre à Tite berg ; le-quartier
général fera à Richemont. Les troupes
de Sardaigne s'amoncè et du cô é de
Nice , & l'on ne fait pas grands préparatifs
du côté de France p ur s'y oppoler ; on
ne les caint as fans doute .
I
Le nombre des Fédérés n'a point été
confidérable à la Fédération , mais il en
arrive maintenant ; les Marfeillois fur tout
viennent au nombre de 4 à 500 hommes ,
( 208 )
& l'on redoute ce raffeniblement fur- fout
quand on entend les difcours de quelquesuns
d'eux , & qu'on voit le peu
de troupes
de ligne qui fe trouve à Paris , partir fur
un Décret rendu exprès . pour le rendre
à la frontière . Le fanatifme eft grand , le
nombre des boutefeux confidérable & les
dangers prononcés contre le Roi & la
Monarchie. Le mélange des Provinciaux
avec les Parifiens peut faire naître d'affreux
défordres .
Ce n'eft pas une des chofes les moins
plaifantes de la Révolution que ce que
Pon mande de Nîmes fur M. Dumouchel,
ancien Recteur de l'Univerfité de Paris ,
révolutionnaire qui a abjuré tous les fermens
pour devenir Evêque du Département
du Gard .
« M, Dumouchel & fes Vicaires , eft il
dit dans cette lettre , montent fort joliment
la garde. Iis font du feptième Bataillon ,
dans la compagnie de Cazeing l’aîré ,
Proteftant. Ainfi il étoit réfervé à notre
fublime Révolution de nous faire voir des
Prêtres & un Prélat , ci devant Docteur
de Sorbonne , aller à droite , à gauche ,
en arrière , en avant , d'après les ordres
d'un Proteftant ! »
Un Club régénérateur , fous le nom de
Congrès Belgique s'eft formé fous la pro
( 209 )
au
爨
tection des armées Françoites. C'eft un ramaffis
d'avanturiers , d'ivrognes & de fanatiques affiliés
à toutes les Sociétés fraternelles , c'est- à - dire
régicides & puritaines qui défolent impunément
la France aujourd'hui . Ces prétendus & groffiers
Mandataires du Peuple Belgique & Liégeois ,
vêtus d'habits bleus revers rouges , le font
tranfportés au nombre de 70 , le 4 de ce mois
à Chinsay , ' ville du Hainault Autrichien . Ils
fignifièrent aux receveurs des deniers publics
qu'ils euffent à verfer dans leurs mains les fommes
qu'ils avoient en caiffe , qu'ils étoient les véri
tables Réptélentans du Souverain , dont Frane
fois, d'Autriche n'étoit que le Mandataire, Ils
plantèrent enfuite , comme de raifon , l'arbre de
la Liberté. Cette infolence fanatique , digne
d'un Révolutionnaire du Palais - Royal , excita
Findignation des habitans qui les chaffèrent à
toapo de fufils , en tuerent un een bleffèrent
mortellement un autre ; cinq ou fix furent af
fommés par les Payfans , & le reste s'eft retiré
au congrès de Givet pour le plaindre de l'ins
civifme des habitans de Chimay.
3
L'on le rappelle que M. de Semonville
ancien Confeiller au Parlement de Paris >
nommé à l'Ambaffade de Gênes , fous le
Ministère de M. Deleffart , le fut enfuite à
celle de Turin , fous celui de M. Dumourier.
Mais l'efprit propagateur des principes
de la révolution Françoife , dont M. de
Semonville avoit donné des preuves à
Gênes , le rendirent odieux à Turin , on ne
voulut point l'y recevoir. Pour le dédommager
de cette difgrace , & lui faciliter de
( 210 )
nouveaux moyens d'étendre les grands prine
cipes de la déclaration des droits , il a
été nonimé à l'Ambaffade de Conftantinople.
C'eſt le 15 qu'un Corps de troupes Autrichiennes
eft venu attaquer Orchies , dér
fendue par un détachement de so hommes
de Beaujolois , so Dragons & soo hommes
du Département de la Somme. Après une
réfiftance légère où nous avons perdu une
vingtaine d'hommes , les ennemis ont pris
poffeffion de la Ville , qu'ils ont aban
donnée après avoir pillé quelques mai
fons. Rien ne confirme ce qu'on a dit
d'abord , fuivant l'ufage , qu'ils avoient
emmené 11 charriots de bleffés ; on ignore
leur perte. Une lettre du Procureur-
Syndic du Département du Finiſtère , ( la
Bretagne ) en date du 10 , annonce qu'un
nommé Nédelléc , Juge de Paix du Bourg
de Fouefnant , étoit parvenu à raffembler
sà 600 hommes , & à réunir les Gardes
Nationales de quelques Communes. Le
Directoire a envoyé contre le Juge de
Paix is hommes de Gardes Nationales ,
16 Gendarmes , un Officier & un canon ,
& requis M. Canclos , commandant les
troupes dans le Département , de faire
avancer 200 hommes du régiment d'Orléans
, en cas de befoin. Le Mardi 10 , le
détachement de Gardes Nationales & de
编
( 211 )
---
fe
Les
Gen larmerie eft parti de Quimper pour
rendre à Fouefnant , diftant de 3 lieues.
Il y a eu à l'approche du Bourg une fufilade
entre la troupe & les Payfans.
Ceux- ci fe font enfuis après avoir perdu
3 ou 4 des leurs . Ils fe font ralliés , & au
départ du Courier on attendoit le renfort
demandé à M. Canclos pour les attaquer.
43 ont été pris . Il paroît que l'objet du
Juge de Paix Nédellée étoit de former un
parti contre les Conftitutionnels
.
lettres de Coblentz du 10 portent que les
Princes François avant leur départ pour
Binghein , ont envoyé un Courier au Duc
de Brunswick à Orcheim, & que fur la
réponfe M. le Comte d'Artois s'eft rendu
auprès du Prince avec qui il a eu une
longue conférence. Le lendemain , 8 Juillet
, le fecond fils du Roi de Pruffe eft
arrivé à Coblentz à la tête des Huffards
d'Eben . L'Electeur , les Princes François ,
un grand nombre d'Emigrés , font fortis
pour voir défiler ce fuperbe Corps de
troupes. Le Prince de Pruffe s'eft détaché
de la colonne & eft venu fe placer à côté
de Monfieur. Il y a eu enfuite un dîner
chez les Princes , frères de S. M. T. C. ,
où fe font trouvés l'Electeur , le Prince
de Pruffe , le Duc de Brunswick , les Généraux
Pruffiens & quelques autres perfonnes.
L'on admire généralement le Prince
de Pruffe & Duc de Brunswick yil eft im
( 212 )
poffible d'avoir plus d'amabilité fociale. En
général tout le monde fe loue des Officiers
& Soldats Pruffiens .
Lettre au Rédacteur.
Extrait d'une Lettre du Cap, le 10 Mai 1792 .
Les Nègres de la Province du Nord les
premiers révoltés , n'ont plus de camp que dans
les montagnes ; ce qui les a rendus jufqu'à préſent
inexpugnables leurs principaux font aux quat
tiers de la Grande - Rivière , Dondon , Grand-
Boucan , commandés par leurs Chefs particuliers;
car ils parciffent s'être déjà partagés ces riches
contrées ; ils defcendent de temps à autre dans
les prairies pour attaquer les différens camps que
nous y avons dans ces affaires partielles il y'a
des pertes de part & d'autre ; & il nous cft impoffible
d'y avoir un avantage décifif , parce
que quand les Nègres s'apperçoivent de leur foibleffe
, ils s'enfuient. Nos principaux camps font
à la Patra , au haut du Cap , au Limbi & à
Jarquery ; nous favons d'ailleurs que les Nègres
ont beaucoup de Blancs prifonniers , & qu'il fe
fe paffe peu de jours fans qu'ils affaffinent ou
incendient le peu d'établiffemens échappés juſqu'à
préfent. Les Gens de couleur , en petit nombre
dans cette Province , paroiffent le bien conduire
& font caule commune avec les Blancs . »
« Dans la Province du Sud , les Gens de coufeur
fe lont montrés tels qu'ils font . Après avoir
fait figner , le fer & le feu à la main , à plufieurs
Paroilles & au Port - au - Prince , les concordats
les plus ignominieux , ils ont foulevé les efclaves ,
(( 2135 ).
& mêlés avec eux , ils ont incendié & affaffiné ;
& malgré les cruautés commifes par ces Nègres ,
ils les ont furpaflé. Plufieurs quartiers paroilient,
depuis peu de temps , avoir figné de bonne foi
un traité d'union avec eux ; c'est un facrifice qu'ils
font à leur fortune. »
ce La Colonie n'a encore reçu que 2500 hommes
, qui , divifés dans nombre de quartiers , ne
fout prefque pas de fenfation ; on elt , à voir
venir le complément des 6300 hommes annoncé
dès Novembre dernier. Il vient de mouiller dans ,
la rade une frégate Angloife : elle do ne pour
p étexte que la Jamaïque l'envoyant en Angleterre
, el'e offre de porter les paquets . La France
ne doit - elle pas craindre que nous n'invoquions
ce:te Puiffance dans l'extrémité où nous nous
touvons »
P
.
K
« Non contens de nous voir à la veille de
périr , ne nous avifons - nous pas d'être auffi Démocrates
, d'être divifés d'opinions , & de tourmenter
le Pouvoir exécutif fans lequel nous ne
pouvons fubfifter ; des enragés Démocrates pouffent
même le délite jufqu'à menacer de tuer les
perfonnes attachées à l'ordre , à la tranquillité , àª
l'ariftocratie enfin . L'Affemblée Coloriale , pour
être par fois d'accord avec le Pouvoir exécutif ,
eft accufée de contre - révolution . »
« L'Affemblée Coloniale n'a point encore entamé
la Conftiturion. La Commiffion qu'elle a
nommée à cet effet doit cependant lui montrer
fon travail , Samedi : elle a décrété qu'elle ne
vouloit plus de galeries ; mais les brouillons qui
ne manquent pas dans cette Ville , la menacent
tous les jours d'entrer par force. Les Loix
fort fans force , on ne reconnoît aucune autorité
; l'infubordination des troupes Patriotes & de
ligne eft à fon comble. »
L
( 214 )
Précis des Séances du 15 , 16 , 17.
-
Séance de Dimanche 15. Une lettre du
District de Sarrelouis annonce comme certaine
la préfence des ennemis dans l'Electorat
de Trèves . Le Comité Diplomatique
fera un rapport fur cet objet. Décrété
que le Miniftre rendra compte du nombre
des Fédérés qui font à Paris ; que les
Gardes Françoifes formeront un Corps de
Gendarmerie à Paris , & que les troupes
de ligne qui font dans cette Ville fe rendront
aux frontières . -On a défendu aux
Suiffes de porter le Drapeau blanc qu'ils
ont confervé ; demain rapport fur les capitulations
Suiffes . Lettre du Général la
Morlière qui demande la permilion de
mettre en état de défenfe les Communes
riveraines du Rhin. Rapport ordonné fur
cet objet ainfi que fur une demande de
7,000 fufils pour le Département du Haut-
Rhin.
Séance du Lundi 16. On a fufpendu
l'exécution du Décret qui accorde 100, cool..
un fieur la Reynie pour avoir dénoncé une
fabrication de faux affignats. On dénonce un
tripot du Palais- Royal où un Fédéré a été
affaffiné , il demande une loi contre les
jeux. On a adopté un projet fur l'augment
( 215 )
2
tation des Officiers attachés au fervice des
places . Le Général la Morlière eft autorifé
à mettre en état de guerre tous les poftes
qu'il jugera convenable. - M. Manuel eft
venu faire l'apologie de la journée du 20 ,
la fienne enfuite. Il a injurié le Roi , M.
de la Fayette , & a été admis aux honneurs.
de la Séance & des applaudiffemens. - On
lit une Note officielle qui annonce la neutralité
du Danemarck & fon refus d'entrer
dans la coalition contre la France . Décrété
que M. Luckner fera entendu à la barre
fur fon voyage. - Décrété qu'on attaquera
les Princes Allemands qui font en état
d'hoftilités contre la France. Des Patriotes
Arléfiens , Fédérés , viennent fe
plaindre qu'on les a mal reçus à Lyon , &
demandent que le Département de Rhône
& Loire foit en conféquence caffé . On propole
un Décret fur la manière dont les Autrichiens
& Pruffiens traiteront les Gardes
Nationaux .
-
Séance du márdi 17. Le Miniftre de la
Juftice donne l'explication du prétendu
Tribunal établi au Château pour entendre
quelques témoins fur la journée du
20. On décrète que l'armée de terre ſera
Portée à 450 mille hommes & les moyens
d'en faire la levée . Une députation de
Fédérés paroît à la Barre , elle propofe
la fufpenfion du Pouvoir Exécutif , la
( 216 ) trution
de
tous
les
Etats
- Majors
, un Décret d'accufation contre M. Lafayette
& le renouvellement de tous les,
Pouvoirs Adminiftratifs & Militaires.
Une Lettre du Roi annonce que le
Roi a confié le Ministère de l'intérieur ,
par interim , à M. de Joly. On lit une
Lettre de M. Luckner qui annonce que
nos forces font , inférieures à celles de
l'ennemi & qu'il n'aime point les Jacobins
. Une Lettre de Stutgard écrite par
M. de Maifon Neuve anno: ce que des
Couriers ont été expédies dans la Souabe
& les Electorats Eccléfiaftiques pour hâter
la marche des troupes Autrichiennes.
M. le Jafne inftruit l'Affemblée que l'ennemi
eft entré dans Orchies , y a pillé
quelques maifons & fait quelques prifonniers
.
ERRAT A.
Faute à corriger dans le Numéro 18 , page
III , avant-dernière ligne , Partez; lifez : Parlez .
A
MERCURE
HISTORIQUE
"
E. T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varfovie , le 30 Juin 17925 d'ani
E qui rendra toujours très - difficile un
changement total de Gouvernement dans
un Etat comme la Pologne , ce font les
rapports d'alliance , de garantie , de sûreté ,
les traités pofitifs qui lient les grands Etate
les uns aux autres ; traités qui , formant
les baſes du droit public de l'Europe, apa
pellent fur- tout ce qui peut en altérer l'uti
ité , la folidité , la durée , l'attention &
bientôt les armes des autres Puiffances.
L'erreur des Révolutionnaires reffemble
beaucoup à celle des Economiftes , qui
voient tout d'une manière abftraite & ifo
lée ; qui confidèrent les chofes dans leur
nature abfolue; & nevoient point les con
No. 30. 28 Juillet 1792. K
12
•
12187
"
·
relations nombreuſes qui en modifient l'effence
, & la foumettent aux calculs des accidens
extérieurs. La Pologne ne devoit
tenter de réforme totale dans fon Gouver
nement qu'après l'opinion préalablement
connue des Cours de Pétersbourg , de
Vienne & de Berlin.
2
L'on prétend que cette dernière s'étoit
expliquée , & l'on cite à l'appui une lettre
du Roi de Pruffe au Roi de Pologne, que
la Gazette miniftérielle de France donne
ironiquement comme une preuve de la
bonne - foi de la Cour de Berlin , & dans
laquelle elle prétend trouver une contradiction
avec la dernière lettre de S. M. P .;
mais pour quiconque réfléchit, elle n'offre
qu'une expreffion vague de bienveillance
qui ne fuppofe ni l'obligation , ni la volonté
de défendre avec des armées la
Conftitution Polonoife , 1 ° . contre un Allié
; 2 ° . contre une partie de la Nation ,
aujourd'hui réunie en contre- fédération.
Voici cette lettre...
P
Copie d'une Lettre écrite par Sa Majesté le Roi
de Pruffe au Roi de Pologne.
32 holm .
Berlin , le 23 Mai 1791 .
Monfieur 'mon Frère , j'ai reçu prefque en
même temps les deux Lettres par lefquelles Votre
Majefté, a bien voulu me faire part de la réfo
lution importante que la Dière Confédérée de
Pologne vient de prendre , en fixant la fucceffion
H
( 219 )
héréditaire de fon Trône en faveur de la Maiſon
de Size. Perfonne affurément n'étoit plus propre
à me communiquer les détails de cet évènement
que le Général Comte Potocki , qui y a joué un
sôle ſi intéreſſant , & qui mérite à tous égards
le témoignage que Votre Majefté lui rend. L'em
preffement que j'ai mis à faire connoître ma façon
de penfer à cet égard , a dû la convaincre ,.ait fi
que toute la Nation Polonoife , de l'intérêt que
j'y prends . Je me félicite d'avoir pu contribuer
au maintien de fa liberté & de fon indépendance
& un de mes foins les plus agréables fera celu
d'entretenir & d'affermir les liens qui nous
uniffent. Je n'ai pu qu'applaudir en particulier
au choix qu'elle a fait d'un Prince fes vertus
que
rendent dignes du Trône qui l'attend. Je fouhaite
cependant que ce moment foit encore éloigné ,
& que Votre Majefté puiffe faire , pendant une
longue fuite d'années , le bonheur de les Peuples, »
Ces voeux ne font pas moins fincères que
l'attachement que je lui ai voué , & avec le
quel je ferai invariablement , de Votre Ma
jefté , le bon Frère ,
1
FREDERIC GUILLAUME.
Encore une fois , pour tout homme
fenſé il y a loin de ces expreffions amicales
à un engagement , même préjugé
de facrifier les armées & fes trésors , pour
maintenir une forme de Gouvernement
contre une partie de la Nation qui , de
puis le 23 Mai , a montré qu'elle n'en vouloit
point , & contre un Allié qui la méconnoît
, lorfqu'aucune raifon de sûreté
commune , de protection des droits de
K2
12201
TEurope , n'en fait un motif irrécufable
pour les Cours de Berlin & de Vienne.
Les Miniftres de Pétersbourg à Varsovie
& de Varfovie à Pétersbourg n'ont point
quitté les Cours refpectives auprès defquelles
ils réfident. Cette irrégularité diplomatique
fembleroit annoncer l'espoir
d'un accommodement de part & d'autre
ou de la part de la Ruffic , que cette
Cour nf fe regarde pas comme en guerre
匦
envers République de Pologne , & de
notre part que nous n'avons pas voulu
paroître rompre dans les formes avec Sa
Majefté Impériale.
Les hoftilités & la marche des armées
Ruffes , ainfi que les contre - fédérations
formées fous leur protection , n'en menacent
pas moins la forme du Gouverne
ment de 1791 d'un renverfement total.
L'acte de la nouvelle confédération de
Targowicz eft imprimé. C'eft une pro teftation
& une déclaration de nullité contre
tout ce que la Diète actuelle a fait , & notamment
la deftruction de la République
Polonoife par la Conftitution du 3 Mai :
set acte réclame la protection de la Ruffie ,
& eft déjà figné entre autres de MM . Félix
Potocky, le Comte Braniky , le Comte
Rzewusky, & de plufieurs autres Sénateurs .
La réfiftance des oppofans dans tout
changement fubit de Gouvernement s'ac
( 221 )
croft par la multitude & la rigueur même
des moyens que l'on emploie pour les con
tenir. Habitués à regarder les anciennes
loix politiques comme les feules qui réuniffent
au confentement de la Nation la
fanction du temps , les nouvelles leur paroiffent
incertaines , fragiles , livrées à la
difcuffion & aux effais de l'expérience , &
lorfqu'elles éprouvent une violente oppofition
, que ceux qui les méconnoiffent
font nombreux & confédérés , les Tribunaux
, les Comités , les Cours de Juftice
établis pour punir ceux qui les enfreignent,
ne font plus aux yeux des mécontens que
des moyens d'oppreffion & de tyrannie ,
dirigés dans le fens d'un parti contre les
réclamations & les droits de l'autre.
qu'on
C'est l'effet que produit ici l'inftitution
u'on vient de former d'une efpèce de Haute
Cour Nationale à l'inftar de celle de France.
Elle infpire une frayeur d'autant mieux fondée
, quedans les momens de révolution, les
crimes de lèze nation n'ont point de caractère
prononcé, que la faction qui veut régner
peut en étendre ou reftreindre le fens à
volonté , que les jugemens font bien moins
dictés par la juftice que par l'utilité du
parti puiffant , & que les évènemens juſtifiant
tout , on eft coupable ou innocent ,
felon que la force s'eft trouvée plutôt d'un
côté que de l'autre.
Ainsi , le Tribunal extraordinaire de
K. 3.
( 222 )
Varfovie , loin de fervir la révolution , ne
peut que lui nuire par la haine qu'il a
infpirée , par les facilités qu'il donne au
parti régnant d'être dur & oppreffeur d'après
des formes impofantes , par les moyens
qu'il offre aux Révolutionnaires de fervir
leurs paffions , & de commettre des injuftices
fous les plus légers prétextes de défobéiffance
à des Décrets qui n'ont point
encore le caractère de loix , dès - là qu'on
fe bat pour favoir fi on les reconnoîtra ,
ou fi l'on ne les reconnoîtra point pour
telles.
Malgré les fuccès du 17 , le Prince Poniatowski
a été obligé de fe replier fur Oftrog ,
en Volhynie , pofte qu'il a depuis abandonhe
c'eft de - là qu'il a propofé une fufpenfion
d'hoftintes au General Rule Kochowski , à quoi
celui- ci a répondu en difant qu'il avoit ordre de
détruire la Conftitution du Mai ; & qu'il le
fuivroit. Les Ruffes au refte n'avoient ni évacué
ni reculé au 25 de juin ; ils étoient de ce côté
de la Pologne à Berdiczow ; & dans la Lithuanie,
aux environs de Wilna , dont ils ont pris pol
feffion , & où ils ont rétabli l'ancien régime. Nds
forces dans cette Province font de 14,000 hommes.
Les efcarmouches continuelles auxquelles nos
troupes font exposées nous font perdre bien du
monde ; les derniers combats fur-tout nous ont
beaucoup coûté ; dans l'affaire entre notre Général
Vielorsky & le Général Ruffe Levaindorf,
nous avons perda 7co hommes d'ffanterie , &
plus de 400 de Cavalerie dans celle du Général
Poniatowskyndue perte a été au moins de
1
( 223 )
2
3,000 hommes. Le Général Ruffe Ferfen a a
tégé & pris , le 20 de ce mois , la place & fortereffe
de Niefwitz , appartenant au jeune Princede
Radziwil. y a trouvé 28 canons 6
700 homines d'Infanterie , & une affez grande
quantité de poudre ; c'eft M. Dederko qui commandoit
la place . On doit former un camp au- delà
de la Viftule pour protéger la Capitale , que
les Ruffes paroiffent menacer , & ou leurs armées
tendent comme à un point central par PU
kraine & la Volhynie d'un côté , les Palatinats de
Wilna & de Novogrodeck de l'autre.
2
2 ALLEMAGNE, STOOD
De Vienne , les Juillet 1792
Sa Majesté ne s'arrêtera à Francfort que
le temps néceffaire au couronnement ; elle
fera de retour ici vers ia fin de ce mois , lon
Couronnement comme Roi de Bohême eft
fixé au 18 Août ; déjà les préparatifs fe font
pour cette cérémonie . Son Alteffe le Grand-
Bour Duc de Tofcane eft parti , le z pour l'Italie,
accompagnée du Marquis de Manfredini.
La connoiffance de la réponſe officielle
de la Cour de Copenhague à la note que
lui avoient remile MM. Weguelin &
Breunner , Miniftres des Cours de Vienne
& de Berlin , a donné lieu à plufieurs réflexions
plus ou moins fondées , fur la conduite
du Cabinet de Copenhague.
La neutralité de cette Cour eft motivée
K
4
( 224 )
A
dans la pièce qu'on va lire , fur des raifons
qui devroient précisément la déterminer à
entrer dans la coalition ; elle
argumente de
fon état ifolé , de fon commerce , mais les
mêmes raifons militent en faveur de la
Pruffe , des Cours d'Allemagne , de la
Sardaigne , de la Hollande , dont les fentimens
ne font point équivoques. Si dans la
crife actuelle des Gouvernemens , les autres
Cours gardoient la même neutralité , bientôt
le Danemarck lui- même feroit la victime
des fléaux qu'il redoute. Sans doute
encore que cette Cour ignore que plus les
forces employées feront nombreufes &
formidables , & moins il y aura de perte
pour l'humanité , moins de fang répandu
& sûrement point du tout. Les confidérations
fubalternes cèdent aux motifs de
sûreté générale & au maintien des droits
refpectifs de tous les Gouvernemens . Aucun
n'a intérêt à ce que les maximes de
juftice & de religion , foient publiquement
méconnues par un peuple puiffant & toujours
en infurrection . L'Europe forme une
grande République chrétienne ; chacun
de fes Membres à droit d'en maintenir le
repos contre les grands mouvemens dont
l'objet ne feroit point de révendiquer un
Droit ou une Province , mais d'ébranler
de diffoudre la fociété même dans fes bafes ;
c'est ce qu'il eft douteux que la Cour de
Copenhague n'ait point reconnu , comme il
( 225 )
eft étonnant qu'elle fe foit contentée d'avouer
l'obligation où elle eft de fournir aux
moyens de défenfe qu'exigent d'elles fes
pofleflions en Allemagne .
Telles font les réflexions que fait naître ici
la lecture des pièces fuivantes & qui probablement
changeront les difpofitions du Daremarck
aujourd'hui fur- tout que de nouyeaux
évènemens viennent à l'appui de
Tutilité de l'intervention des Cours alliées .
Note remise à S. Exc. le Comte de Bernstorff ,
Miniftre d'Etat & de conférence de Sa Majesté
Danoife.
Les fouffignés , l'Envoyé extraordinaire de
S, M. le Roi de Hongrie & de Bohême , & le
Chargé d'affaires de S. M. Pruffienne , ont l'hon
heur de communiquer au ministère de S. M. Danoife
, le mémoire ci -joint , relatif aux affaires
de France , & de l'accompagner de quelques obfervations
, & des réquisitions de leurs Cours
relatives à cet égard. 35
ce Il s'agit dans ce moment- ci d'une caufe
Commune à tous les Souverains , & de l'intérêt
commun de tous les Gouvernemens Il en dérive
effentiellement la néceffité & l'obligation pour
toas d'y intervenir efficacement pat , la réunion
a leurs moyens & de leurs forces ; & cette
communauté d'efforts exige néceffairement un
concert préalable d'un accord déterminé entre ces
Cours , fur le but du concert & fur les moyens
à y employer.
33
Le but réunit deux fertes d'objets . L'un
concerne les droits lézés des Princes de l'Empire)
ainfi que ceux du Saint - Siége , & les dangers
K
S.
8226 )
dont la propagation des principes françois menace
plus ou moins , plutôt ou plus tard , les
autres Etats , i l'on ne parvient à les prévenir ;
l'autre concerne le maintien des fondemens elfentiels
du Gouvernement monarchique en France.
Le premier de ces deux objets fe trouvé déter
miné dans tous les points par leur annonce même;
le fecond au contraire n'eft point encore fufcep
tible d'une détermination pfitive . »
Toutes les autres Puiffaeces n'ont aucune
ment le droit d'exiger d'une Puiffance grande &
libre telle que la France , que tout y foit rétabli
entièrement dans l'état antérieur, ou qu'elle adopte
précisément telle & non pas d'autre modification
du Gouvernement : il s'enfuit que l'on pourra
& devra reconnoître comme légale & conftitu
tionnelle telle modification dans fon Gouvernement
monarchique, & dans fon adminiftration
interne , dont le Roi , jouiffant d'une liberté
plenière , conviendroit avec les Représentans lé
gitimes de la Nation . »
« Pluficus confidérations importantes paroiffent
d'ailleurs preferire à la fagefle & à la prévoyance
des Cours réunies , de déployer & de
conferver invariablement la plus grande modéra
tion à cet égard.
* Quat aux moyens à employer , ils devront
être fuffifans pour rende les fuccès immanqua
bles , proportionnés aux forces refpectives des
Piffances réunies , & déterminés d'après un plan
général d'op rations . »ןכ
« Ce concours d'efforts peut s'effectuer
, ou
par des troupes ou pa: des fubfides d'argent proportionnés
en faveur des Puiffances qui employe
ront à l'entrepriſe u plu grand nombre de
oupes , que n'e.igeroit leur contingent relati(
227 )
vement aux autres. Dans l'un & l'autre cas , il
s'agira de fpécifier l'efpèce & la quote - part de
ces moyens qu'on s'engagereit à fournir ; ainh
que le terme auquel ces engagemens feroient
infailliblement réalités . »
« Pour procéder à l'arrangement de tous ces
points , S. M. Apoftolique & S. M. Pruffienne
propofent la ville de Vienne comme le centre des
diftances , dans l'intention d'accélérer & d'abréger
cet ouvrage le plus que poffible, »
« Mais quand , en conféquence du concert
conclure , le raffemblement des armées fera effectué
de toutes parts & fuivi d'une déclaration des
Puiffances , pour annoncer leur intervention commune
& les objets dont elles demanderont le res
dreffement , fi alors il s'agit d'établir un congrès
armé formel , il eft tout naturel que ce congrès
ne pourra point fe tenir à Vienne trop éloigné
de la France , mais dans tel autre endroit que
les Puiffances réunies jugeront être le plus convenable
. 33
« Leurs Majeftés Apoftolique & Prüffienne
font prêtes de leur côté à concourir de cette
manière avec toute la promptitude & l'énergie
poffible au foutien de l'intérêt commun de tous
les Souverains & de tous les Gouvernemens. »
,
« Les difpofitions que les deux Cours ont
Faites jufqu'ici étant purement défenfives
mefures actives à prendre ultérieurement dépendront
de la réaliſation du concert popofé , &
co féquemment de la coopération eff ctive des
autres Cours. »
« C'est en vertu des ordres précis & au nom
de leurs Cours refpectives , que les fouffignés
ont l'honneur d'inviter la Cour de Dannemarck
Ec concert , & de l'engager à munir fon Mi
K6
( 228 )
>
hiftre à Vienne d'inftruct ons & de pleins potvoirs
néceffaires à cette fi en demandant des
renfeignemens éventuels fur les moyens qu'elle
defti eroit de fon côté au but commun , & fur
le temps fixe auquel el'e pourroit les fournir. »
Come l'extémi é notoire des affaires de
France & fur- tout l'invafion hoftile fur le territoire
de l'Allem.ge , & nommément celui du
Cercle de Bourgogne qu'elle vient de tenter
rend urgent d'accelé ei le plus que poffible l'exécution
des m fures réu ies , es foignés fe
flattent que S. Ex . M. le Comte de Bernstorff
ne tardera pas de les informer des intentions de
Ta Cour , relativement à fon acceſſion au concert
propofé. »
ce
Signé , WEGUELIN ET BREUNNER . »
>
Réponse de Son Excellence le Comte de Bernftoff.
« C'eft avec tous les fentimens dignes de la
confiance des Souverains fes amis & aliés , &
les plus propres à y répondre , que S. M. Danoile
a reçu & pelé les ouvertures de Leurs M.
Apoftolique & Pruffienne. Elle y a reconnu les
principes les plus juftes , & la follicitude la plus
refpectable pour le bonheur & pour la tranquil-
Jité de l'Europe entière évidemment men.cée
par l'anarchie françoile & par le p eftige de les
formes illufoires , mais féduifantes . »
>
L'offre d'un concert parfait pour affurer les
bafes générales de l'ordre focial , pour mettre
des bornes aux attentats de ceux qui les méconnoiffent
, & pour rendre la France fufceptible
de nouveau de cette profpéité dont elle a joui ,
mais qui a été anéantie , ne peut que flatter le
Roi mon maître. S'il ne peut pas y entrer , ce
' n'cft pas par différence d'opinion ou de vues ,
7229
•
c'eft par des raifons fondées fur une poſition
differente , fur des intérêts majeurs , fur des
devoirs qui doivent être fa lo & fa règle , &
qui ne lui permettent ni d'écouter fes penchans ,
ni de confulter fes regrets ; S. M. s'expliquera
là-dedus avec la vérité , la franchiſe , la cotdialité
la plus entière , elle fait
que ce n'eft que
par - là qu'elle peut prouver fon eftime & lon
amitié aux Souverains vers qui elle penche &
dont elle connoît & refpecte les vertus. »
#
I ne s'agit plus de prévenir un éclat , ou
de maintenir la paix par un concert impofant.
Les François ont déclaré la guerre depuis peu.
Le fyftême général du Roi eft la neutralité la
plus parfaite & la plus impartiale ; mais il ne
peut abfolument pas fe concilier avec une des
parties beliigérantes contre l'autre , par une réu
nion qui ne fe fait que depuis que la guerre
a effectivement commencé . »
1
Le Dannemarck a reconnu , tout comme
J'Empereur défunt & le Roi de Pruffe , la Conftitution
de la France , depuis que Louis XVI
la folemnellement avouée. Il n'existe encore aucune
démarche di ecte & pubique . Les Souverains
qui n'ont pas des raifons particulières , ne
font point appellés encore à foutenir ou à vent
ger la caufe de celui qui fe croit & qui fe dit
libre & fatisfait de la limitation de l'autorité
-royale adoptée fans réclamation . Il y a bien de
la différence entre les Puiffances neutres & éloignées
que rien n'a provoquées , & celles qui ont
été offer fées qui doivent fe defendre , qui par
leurs engagemens , leur voifirage , leurs forces ,
leur pofition en général , font réceffirées de
prendre un parri , & d'ailleurs en état de jouer
e premier rôle qui leur convient. Le premier de
( 230 )
lear but , & bien digne d'elles , eft fans doute de
préferver leurs fujets de l'infection menaçante
qui fe répand comme le poifon le plus dange
reux & le plus actif. Sa Majeſté y eft parvenue
par une raiche adaptée au génie de fa Nation ;
elle ne veut pas s'en écarter . Elle avone , au refte ,
& reconnoît de concourir , comme Membre de
Empire , à toutes les metures communes , qui
feront prifes pour fa défenfe & celle de fes droits ,
& S. M. fera toujours empreffée de convenir de
fes devoirs à les remplir. »
Du Département des Affaires étrangères
à Copenhague , le premier Juin 1792. »
« Signé , BERNSTORF, »
Il fe confirme que les Turcs marquent du
mécontentement de la lenteur de l'opération
du règlement des limites & de ce qu'on
ne leur a point encore délivré les places
convenues par le Traité de paix. lis ont
attaqué quelques poftes près d'Orfowa &
Rimnieck. On ne croit point que ces hoftilités
donnent lieu à une nouvelle guerre. Un
Courier a été expédié a Conftantinople avec
des depêches relatives à cet objet , & l'on
penfe que la Porte ne fera nulle difficulté
de nous fatisfaire à cet egard. La Chancellerie
Illyrienne féparée de celle de Hongrie
par l'Empereur Léopold y eft de nouveau
réunie d'après le voeu des Etats de ce pays
qui comprendia Croatie, l'Etclavonie & une
partie du Bannat. Les Eta's de Hongrie
ont demandé & obtenu de Sa Majesté l'érection
d'un Tribunal de Commerce pour ce
( 231 )
Royaume , que fa population de fept millions
d'Habitans & fon grand Commerce
lui rendoient néceffaire. Les lettres de
Conftantinople annoncent que la pefte s'y
eft déclarée , & qu'un incendie y a éclaté
le 25 Mai & a confumé quatre à cinq cents
maifons. Le port de Triefte vient d'être
mis en état de défenfe ; on a placé à fon
entrée ept chaloupes canonnières , & un
bâtiment de 24 canons doit s'y joindre
inceffamment.
-
De Francfort -fur- le- Mein , le 13 Juillet.
V
On mande de Berlin que le Prince de
Nalau y eft arrivé le 27 Juin , il s'eft rendu
auprès du Roi le lendemain , d'où il eft en-
Tuite parti pour Coblentz. Le Prince
Ferdinand de Brunswick , Oncle du Duc
de Brunswick , Général des armées combinées
, eft mort d'apoplexie le 3 de ce mois
dans la foixante - douzième année de fon âge .
La famille des Brunſwick a été féconde enhommes
qui joignent àun caractère de politeffe
& d'urbanité des talens rares dans la
guerre & dans la politique. Le Prince Ferdi
nand s'étoit diftingué dans la guerre des
alliés contre la France , autant par fes fuccès
que par des vertus aimables . Son neveu &
fes petits neveux aujourd'hui à la tête des
armées d'Autriche & de Pruffe , ont hérité
de ces qualités précieuſes ; ils le font aimer
( 232 )
plus encore que refpecter par tous ceux qui
les approchent , & l'on peut dire d'eux ce
que difoit Voltaire du Prince défunt , qu'on
ne fait fi l'on doit defirer ou craindre d'avoir
à fe battre contre de pareils hommes .
GRANDE-BRETAGNE.
De Londres , le 17 Juillet.
Les partifans des troubles , de la réformé
Parlementaire & autres affiliés aux Clubs
François n'ont point célébré cette année la
révolution du 14 Juillet.La haine & le mépris
public pour tout ce qui tient au fyftênie
d'infurrection leur en ont impofé. La tranquillité
produite par la proclamation du
Roi , la conduite ferme du Miniſtère , la
profpérité publique , les fuccès du Gouvernement
dans l'Inde , ne font point des
conjonctures favorables à des révolutionnaires.
Seulement M. Chauvelin a donné un
repas aux Miniftres étrangers réfidans à
Londres , mais il n'y aaucun rapport entre
cette politelfe d'ufage & les orgies de l'année
dernière. L'on fait d'ailleurs que penfer
ici de la révolution de France que l'on
regarde à préfent comme incompatible
avec le génie & les habitudes du Peuple
Anglois.
72333
L'efcadre aux ordres de l'Amiral Hood eft
compofée d'un vaiffeau de 90 canons
de quatre de
de 74, de quatre frégates de 32 ,
& de quelques autres petits bâtimens de
guerre. Elle a mis à la voile le 11 , & a
dirigé fa route à l'oueft . On pense qu'après
quelques croifières dans la Manche , elle
fera des évolutions devant leurs Majeftés
à Weimouth où elles fe rendront dans le
milieu d'Août , pour y jouir de la belle
faifon.
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 15. Juillet 1792.
Depuis la retraite des François le calme
fe rétablit dans la Flandre. Les Habitats
de Courtrai ont reçu avec plaifir la nouvelle
des indemnités qui leur a été accordées
fur la demande du Général Luckner. Ily
a de temps à autre quelques efcarmouches
entre les poftes avancés . Le 8 , un gros de
Hou'ans ayant pourfuivi quelques patrouilles
françoifes qui s'étoient avancées.
jufques près de Quievrain , pour aller à la
découverte , a été entraîné jufqu'au milieu
de la Cavalerie ennemie , on s'eft battu
avec acharnement , mais nos gens infé
rieurs en nombre ont été obliges de fe retirer,
après avoir perdu du monde , & laiffé
quelques Prifonniers. La perte des Fran(
234 )
çois n'a pu être moindre à en juger par
les efforts des Houlans , pour fe retirer du
gros de Cavalerie où ils fe trouvoient.
.
FRANCE.
De Paris , le 25 Juillet 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche , is juillet.
לכ
M. Choudieu demande que « pour arrêter l'audace
des généraux , on fafie aujourd'hui le
rapport relatif à M. de la Fayette ( applaudi ) ;
M. Thuriot, qu'on les empêche de quitter leur
armée pour venir faire des pétitions à la barre
( applaudi ) ; M. Vivier , que le maire de Patis
nombre des fédérés qui ont
déclaré vouloir fervir aux frontières ( murmures );
M. Rouyer , que le maire & le miniftre de la
guerre rendent compte tous les jours du nombre
des hommes deftinés à renforcer l'armée ; M.
Fauchet, que les troupes de ligne s'éloignent de
Paris demain ou après - demain , M. Royer ,
pourquoi elles ne font pas encore parties , &
rende compte , divier
,
∞
pourquoi les gardes Suiffes gardent le Roi ,
tandis qu'il ne peut avoir de Suiffes pour fa
garde M. Choudieu , que le pouvoir exécu :.f
loit « non-feulement libre , mais forcé d'envoyer
ces troupes de ligne aux frontières dans 24
heures » Les débats s'engagent fur cette dernière
queftion .
Après ja jydicicufe obfervation de M. Brunck,
( 235 )
qu'au Roi feul appartient le droit de commander
l'armée , que l'Affemblée a fait tout ce qu'elle
pouvoit faire en levant le décret portant que
les troupes de Paris n'en fortiroient qu'en veru
d'un décret ; M. de Girardin s'eft áttié de violentes
huées par des réflexions plus directement
Fappliquées aux motifs qu'aux principes . « Je me
réjouis , a- t-il dit , de ce qu'il n'existe plus d'inquiétudes
à Paris ; .... ni cette multitude de confpirateurs
qu'on nous préfentoit fans ceffe ; de
ce qu'il n'eft plus néceflaire d'y avoir une force
réprimante... Je remarquerai cependant que ce
font les mêmes perfonnes qui nous répétoient
qu'il falloit attirer 20,000 hommes à Paris , qui
Veulent aujourd'hui qu'on en éloigne les troupes
qui peuvent y maintenir la sûreté...... Si , par
hafard , il s'y formoit une grande confpiration ,
vous en auriez pris fur vous toute la refponfa
bilité en décrétant des mefures que vous n'avez
pas de droit de prendre Cclameurs des galeries
d'une partie de l'Affemblée ) . Je répondrai à
ceux qui m'injurient , a pourſuivi M. de Girar
din , que les injures ne parviennent pas jufqu'à
moi , que je les méprife comme eux ; j'ufe du
droit dont beaucoup de membres ufent comme
moi , de dire des abfurdités librement ( applaudi) .»
L'opinant & M. Calvet ont infifté fur les poftes
nombreux & importans pour tout le royaume ,
confiés aux citoyens - foldats de Paris ; fur l'avis
des miniftres patriotes que la garde nationale y
étoit infuffifante .
14 eft décrété que M. Tarbé ne fera pas entendu
, que M. Calvet fera rappellé à l'ordre ,
& puis qu'on entendra M. Tarbé. Il repréfente
que ces régimens affuroient l'arrivée des fubfilrances
à Paris M. Brunck , que les gardes Suiffes
(.236. )
doivent être exceptés aux termes des capitulations
; M. Beugnot , que le confidérant doit porter
que les derniers évènemens arrivés à Paris prouyent
qu'il eft inutile d'y avoir une force publique
murmures ) . La rédaction de M. Choudieu
eft adoptée . Les troupes de ligne qui font
à Paris en fortiront fous trois jours , & s'en
éloigneront de 30,000 toiles.
Un membre veut que les drapeaux des gardes
Suiffes foient tricolors : M. Brunck invoque les
capitulations , dit que c'est vouloir rompre toute
alliance & donner à la patrie un ennemi de plus.
Selon M. Lacroix , c'est un décret déjà rendu.
M. Genfonné brûle de voir finir l'affaire des
capitulations & que M. d'Artois , criminel de
Jèfe - nation , ne foit plus le chef des Suiffes....
Au comité diplomatique .
Le miniftre de la guerre annonce que M. de
la Morlière defire une autorifation fuffifante pour
faire exécuter , par les habitans des rives du
Rhin , quelques difpofitions défenfives , en metfant
ce pays en état de guerre , tous n'ayant
pas la même ardeur de civilme que ceux du
Haut-Rhin ; & que les ordres du Roi ont été
donnés pour faire juger des motifs qu'a cus M.
Jarry d'incendier les fauxbourgs de Courtray.
A la fuite d'un rapport ou M. Lemontey a
diftingué le général du citoyen , établi que tout
corps armé elt un accident de la fociété , même
depuis que la nation entière eft armée ; qu'un
général eft inféparable de attribut de la qualité,
qu'il eft eflentiel que les généraux ne s'oc
cupent point d'objets politiques , & « ter ferment
leurs pentés dans les grandes manoeuvres qu'ils
doivent concevoir & diriger ; » fix articles pri
Noient tour officier de ligne ou volontaires
1237 )
du droit facré de pétition , excepté pour des ob
jets étrangers aux fonctions militaires & pour
leurs intérêts individuels , fous peine de 3 à 15
jours d'emprisonnement ( Mais qui mettra en
prifon un général pétitionnant à la tête de fon
armée? La loi feule , peut- être ).
M. Bazire a tremblé que ce décret ne fauvât
M. de la Fayette , en donnant lieu de dire que
fon crime étoit antérieur à la loi ; & il hâtoit
l'accufation d'après les loix exiftantes . M. Merlin
décrétoit d'accufation l'armée entière de M. de
la Fayette ( Bravo ! ) , pour avoir délibéré de
fuivre ce général par- tout où il la conduiroir.
Tout eft renvoyé à l'infatigable commiſſion des
douze.
Du dimanche , féance du foir.
7
« Les portes de l'Empire font ouvertes , &
le portier ne veut pas les fermer , » dit M.
Rulh; & il prie l'Afemblée de rechercher pourquoi
M. de Montefquiou a refufé de détacher
de fon armée 20 bataillons qui devoient fe joindre
à l'armée du Rhin . M. Lejofne ré lamoit
auffi des fecours pour les frontières du Nord , ´
contre les brigandages journaliers des Au-,
trichiens . M. Thuriot s'étonnoit de ce que
« l'Affemblée dormoit , après avoir dit à tous les
citoyens de fe lever ; & il demandoit qu'on
décidât demain , à midi jufte , fi les féances
féroient permanentes . M. Fauchet défendoit aux
généraux d'approcher , fans un décret , de moins
de 30,000 toiles du corps légiflatif. M. Merlin
agitoit la queftion de favoir qui a mis la patrie
en danger. On a décrété les motions de MM.
Rulh & Thuriot.
Des lettres des adminiftrateurs de l'Ardèche
(+238 )
·
mandent que les contre révolutionnaires ont
évacué le château de Bannes ; que tous les autres
poftes leur ont été enlevés ; que M. Dufeillant
& 25 de fes complices font en fuite & qu'on les .
pourfuit.
M. de Chambonas communique une note remife
à M. Cagot , chargé des affaires de France
à Naples , au fujer de M. Carraccioli , capitaine,
commandant la frégate la Syrène , accusé d'avoir
canoané un chebec d'Alger dans un, port François
, où il étoit emboité. Le général miniſtre
d'Acton répond que le Roi fon maître ne pourra
jamais croire que M. Carraccioli ait tenu la
conduite & les propos qu'on lui impure , & que
s'il eft coupable il fera puni .
Deux décrets ont ftatné 1 ° . que les troupes
coloniales qui font actuellement en France ,
feront formées en régiment de ligne ; 2 °. que
le pouvoir exécutif rendra compte de la décifion
fur l'arrêté du directoire du département d'Eure
& Loire , qui a fufpendu le maire & le procu
reur-fyndic de Chartres pour avoir refulé d'enregiftrer
la proclamation du Roi relative aux
attentats du 20 juin.
Le chef du bataillon des vétérans de Paris
dénonce , à la barre , une coalition entre la :
Reine & M. de la Fayette , que ce dernier a
couché , il y a trois jours , à St. Cloud , &
qu'on a payé 200 ouvriers pour crier vive le
Roi le 14. Ces honorables allégations feront
récueillies par le comité de furveillance.
Du lundi , 16 juillet.
:
On avoit augmenté de quatre étrangers le nom
bre des généraux de l'armée fans fonger à leur
( 239-) !
donner des aides- de- camp comme aux autres. Un
décret d'urgence y a pourvu . -2 1 2.2 '
M. Choudieu a dénoncé une lettre circulaire des
M. Guillaume , ex- conftituant , auteur de la pétition
fi mal accueillie quoique très - conftitutionnelie
& fignée de 30 à 40 mille citoyens de Paris
fur les attentats du 20 juin . L'impartial dénoncia- >
teur voyoit « de coupables manoeuvres , &c. » ',
dans l'envoi de cette lettre aux dépurés de l'Af- i
femblée conftituante & aux adminiftrateurs des
départemens. On l'a lue . Beaucoup de membres
l'ont applaudie. C'eft la communication pure &
fimple de la pétition & une invitation à la figner
fi l'on eft d'avis que les crimes du 20 juin foient :
punis . Elle n'en a pas moins été remiſe à la commiffion
des douze , à qui M. Goujon a fait ordonner
auffi de faire un rapport général des pièces
relatives à ces horreurs , jufqu'à préfent , fi honteufement
impunies.
Un décret a ftatué qu'il n'y avoit pas lieu.
délibérer fur la demande de M. la Morlière d'une
autorisation fpéciale que lui défère la loi qui
donne aux généraux le droit de déclarer en état ,
de guerre les poftes à l'égard defquels ils jugeront
cette déclaration néceffaire ,
"
Le C procureur de la commune de Paris , M
Manuel , introduit à la barre , a débité une ha-1
rangue de jacobin , dont nous croyons devoir ,
citer quelques traits .
CC
si
Législateurs , j'étois bien malade lorfque je
fus accufé devant vous . Si l'eftime de mes concitoyens
a pu calmer mes maux , c'étoit une raifon
de plus pour ne pas fupporter le foupçon
injurieux d'avoir trahi mon devoir. La fièvre
encore dans les veines , avant que d'avoir pu
ferrer dans mes bras un fédéré , je viens cour
( 240 )
ber fous la loi une tête qui ne fléchira jamais que
fous elle... Il faut donc que je vous entretienne
encore d'une journée qui n'eft devenue fameuſe
que parce que la Cour a voulu la groffir de fes
vices... Le 16 juin , quelques - uns de ces hommes
patriotes tout purs... vinrent planter une pique
dans le lieu des féances de la commune... à côté
du maire ; c'étoit- là fa place : Minerve en a toujours
une. Ces hommes qui difent tout ce qu'ï's
peuvent , parce qu'ils fort tout ce qu'ils difert ,
prévinrent que le mercredi prochain ils ſe feroient
une fête de porter leur hommage à l'Affemblée"
qui portoit de bens décrets , & des repréfentations
au Roi qui s'étoit défait de miniſtres qui
valoient beaucoup , pour en prendre qui ne valent
rien... C'eft au moment où l'on vanto t
l'union des fauxbourgs , que , par un arrêté perfide
& barbare , le directoire condamna une municipalité
à diriger contre des citoyens qui mar--
choient déjà avec toute l'énergie de l'innocence
tout l'appareil de la mort. ( Ici l'abrégé du récit de
M.Pétion. ) Le Roi , pat fa fécurité , faifoit l'éloge
du peuple , & il demandoit lui-même le bonnet
de la liberté , qui devroit être fa couronne...
Vos députés ne vinrent- ils pas vous dire que
le Roi & le peuple étoient contens l'un de l'autre?
Et le lendemain , c'eft ce même Roi qui trahit ,
qui calomnic , qui déshonore ce même peuple
en le dénonçant à tous les peuples , à tous les Rois ,
qui ne s'imaginant pas qu'un libelle puiffe exifter
fous le titre augufte d'une proclamation , feront
forcés de croire que ce peuple qui toujours grand,
toujours généreux , n'a que des amnifties à fe reprocher
, n'eſt plus qu'une horde de cannibales !
Er vous , légiflateurs ne vous êtes pas levés d'indignation!
1
( 241 )
dignation ! N'aviez- vous pas la majefté du peuple
à défendie ? Craindriez - vous de vous meſurer
avec un Roi ? C'est vous qui devez le juger . »
M. Manuel a été fréquemment interrompu
par les applaudiffemens des galeries , par les
murmures de la majorité de l'Aflemblée & par les
cris de plufieurs membres à l'ordre ; c'eft un infolent;
ilfaut le renvoyer; c'est un crime deplus....
Auxquels le miniftre proteftant , M. Lafource
répondoit malheur à ceux qui infultent un ac-.
cufe ! « Ces Meffieurs ont railon , avoit réparti
M. Merlin ; car M. Manuel a
fait une faufle
comparaifon en comparaat Louis XVI à Marc-
Aurèle : ily a une immenfité entre l'un & l'autre
( nouveaux tranfports des galeries ) . Vifs débats
pour & contre l'admiffion aux honneurs , & l'on
finit par les accorder à l'acculé qui au lieu de
fe juftifier , vient de porter aux derniers excès l'indécence
& le fanatilme . On décrète l'impreffion
de fon di cours. M. Froudière en demandoit l'en
voi aux 83 départemens : « Ils ne croiront jamais,
a du M. Hauffy, que l'Affemblée ait pu écouter
tranquillement un pareil libelle. » La motion
d'envoi eft rejettée , & M. Manuel fiége à côté
de fes juges comblé d'applaudiffemers.
33
Huit articles ont motivé le départ des régimens
de Paris fur la néceffité de défendre les
frontières , & pourvu au
remplacement de ces
corps à Paris , par les hommes du 14 juillet
1789 , les ci-devant Gardes- Françoifes , & les "
autres militaires qui abandonnèrent leurs drapeaux
à l'époque de la révolution pour concourir
alors à l'infurrection de la capitale.
M. de Chambonas communique à l'Aſſemblée
un meffage remis par les miniftres réunis des Rois
de Hongue & de Pruffs au miniſtère Danois , &
No. 30. 28 juilles #792.
L
( 242 ) .
la réponſe à ce meflage . Ils font renvoyés au comité
diplomatique. Voyez Tarticle Vienne plus
haut,
Le miniftre de la guerre écrit que l'inexécution
des ordres donnés à M. de Montefjurou , a été
mife für la refponfabilité de ce général ; que
M. de Lieurfaïn eft difparu de Sarre - Louis ou
il commandoit ; que M. de Saint - Paul , commandant
l'artillerie à Strasbourg , vient d'émigrer ;
que M. Luckner eft à Paris , par ordre du Roi ,
pour concerter un plan d'opération .
Sur la motion de M. Grangeneuve , l'Affembléc
a décrétséé que M. Luckner and a compte de
toutes les operations militaires achevées , & des
befoins de l'armée .
3
Dans une amplification vide d'idées nouvelles ,
M. Pezzo di Borgo , a dit que la nation Françife
avoit cru afferer la paix de l'Europe en
reno çant aux conquêtes , & avoit commencé
la guerre que fes ennemis lui déclaroient déjà
Far leurs difpofitions ( défenfives alors ! ) ; que la
balance politique va être détruite par ceux qui
attaquent la France ; que c'eft aux François à
fauver le monde qu'un peuple libre doit vaincre
& a pour fat fa force & fes maximes' ; que « le
moindre, échec doit renverfer les aggrefleurs.
Les conclufions ; dévenues un décret , ont été :
сс
L'Afemblée nationale , après avoir entendu
le rapport de fa commiffion extraordinaire des
douze , & de fes comités diplomatique & militaire
réunis , déclare que le Roi eft chargé de resouffer
par la force des armes tout ennemi déclaré en état
d'hoftili és imminentes ou commencées contre la
nation Françoife , & de le faire attaquer &
pourfuivie par-tout où il conviendra d'après les
fpofitions militaites,
J
C
( 243 )
CC
On a décrété, Vimpreflion du rapport de M..
Porzo di Borgo chaudement applaudi , & illa :
été ftatué que vu l'arrêté du département de la
Molelle , ilera forfis à l'exécution de l'articlez
du traité d'échange relatif aux , récoltes des citoyens ,
refpectifs de France & de l'électorat de Trèves 1
pendant tout le temps que la France fera en état
guerre , à la charge de payer la valeur des é
colres aux prix à convenir de gré à gré , ou fur¡
l'eftimation qui en fera faite contradictoirement :
au taux courant des denrées. » yab 1 13 2POVE
or as idil
de
Du lundi , féance du foir.
- Un garde national du bataillon de l'Ain vient,
juftifier , à la barre , fes camarades des reproches
dinfubordination qui leur ont été faits par le géné
ral Victor de Broglie , & demander que fon bas
taillon foit mis dans un pofte où il puitle être plus
utile à la patrie . MM. Brunck , Lamarque & Dorify
obtiennent la mention honorable & l'envoi
du procès- verbal au , bataillon , fans doute pour
fortifier la confiance dans les généraux & l'esprit,
de difcipline. 6
Des réclamations de Cent- Suiffes de la garde
du Roi , maintenant gardes nationaux à Versailles,
font renvoyées au comité militaire.
Quelques patriotes d'Arles accufent , à la barre
Le département de Rhône & Loire d'une confpira
tion indéfinie , le pouvoir exécutif. & M. de Lafayette.
De patriotes de Reims viennent regretter
les trois miniftres par excellence , folliciter l'aboli
tion du veto pour les décrets d'urgence...
Hon
beurs de la falle .
JELTE Organe des fédérés du bataillon de la Charente
inférieure , L'un d'eux dit à la barre , qu'il a bej
reconnu , dans le jardin des Tuileries , que la pa
Ta
( 244 )
trie eft en danger. « Nous nous promenions pafiblément.
Seulement nous chantions des couplers
en l'honneur de la liberté , feuls dignes de l'homme
régénéré. La Reine vint à paffer. Nos chants lui
déplarent fans doute , ainfi qu'aux valets qui l'entouroient
. Is prétextèrent , pour nous infulter,
que nous ne nous étions pas découverts . La conftitution
ne parle pas de la Reine. Des hommes
libres ne doivent rien à la femme du Roi ; elle
n'eft qu'une femme comme une autre . Nous
avons cru devoir conferver la dignité d'hommes
libres en refufant de faluer la Reine qui n'eſt
rien dans l'état . Des valets de cour ont ofé attenter
à la majefté du peuple François dans la perfonne
de mon camarade en le maltraitant à coup
de fabre ( des fabres de valets ! nulle preuve ) , &
en foulant fon chapeau aux pieds . Nous deman
dons juftice ( applaudiffemens redoublés de galeries
& d'une partie de l'Affembléc ) . »
Un membre infifte pour qu'un témoin ſoit entenda,
Ce témoin , garde national , atteſte qu'un
officier de la gendarmerie lui a dit que « des fédérés
avoient infulté la Reine par des chansons
infâmes , & n'avoient pas voulu ôter leur chapeau...
Je lui obfervai , pourfuit le témoin , que
les mouvemens du coeur ne fe commandent pas...
Les fédérés m'ont affuré n'avoir pas chanté de
chanfons infultantes , & n'avoir été maltraités que
pour n'avoir pas falué la Reine. » Ou voit que
les plaignans font les feuls témoins pour eux dans
feur caufe , & qu'un gendarme les inculpe. Il ne
manquoit que de faire repéter la chanfon à la barre
pour juger fi elle étoit auffi infâme que tant d'au
tres que les amateurs ne trouvent que civiques.
Les galeries applaudiffent. L'Affemblée admet les
pétitionnaires aux honneurs de la féance,
( 245 )
*
Du mardi , 17 juillet.
t
On renvoie à la commiffion des douze un
mémoire apologétique de M. de Montefquiou
fur fon refus de détacher de fon armée 20 bataillons
pour l'armée du Rhin ; un arrêté des
amis de la conftitution de Langres concernant
les fédérés , que ces amis deftinoient au camp
de Paris , arrêté dénoncé par les adminiftrateurs
du département de la Haute - Marne}; & une
copie de l'inftruction commencée par des juges
de paix fur les évènemens du 20 juin , que le
miniftre de l'intérieur a adreffée à l'Affemblée
: nationale. f
1.
« Confidérant que dans un état libre tous les
citoyens doivent être pourvus d'armes de
guene, &c. , l'Affemblée a décrété tout ce qui
lui a paru néceffaire pour l'établiſſement & la fur-
-veillance d'une manufacture d'armes dans la ville
de Moulins.
t
1
Proteftations de citoyens de Metz contre l'ar
rêté du département de la Mofelle fur les attentats
du 20 juin ; demande d'un décret d'ac
cufation contre M. de la Fayette. Onze articles
-décrétés pour augmenter la force armée ; articles
que nous extrairons avec ceux qui doivent
les fuivre ; projet de recrutement de M. Lafource,
amendé & adopté , portant que toutes les villes
qui fourniront un bataillon ou une compagnie
auront bien mérité de la patrie ; enfin , pétition
Coratoire de fédérés à la barre ; nous devons en
donner une idée au lecteur. 1.
« La nation eft trahie ... " ( Ici les déclamations
rebattues de MM. Guadet , Vergniaud ,
Briffot , Ifnard , &c. ) « Vous nous avez déclaré
que la patrie eft en danger , c'eft , nous
L 3
( 246 )
dire qu'il faut qu'elle foit fauvée ; c'eft nous
appeller à fon fecours. Si elle ne peut l'être par
Tes reprefentans , il faut bien qu'elle le foie par
elle- même... C'eft en vain que des généraux
-perfides & des defpotes : infolens fe réuhitler:
2 pour la défigner comme une faction . Sous quelque
3 :forme qu'elle fe raffen ble , en quelque temps ,
en quelque lieu qu'elle s'explique , elle prouvera
toujours à l'univers qu'elle eft factieuse en effet
dans le fens des tyrans , c'eft -- dire, qu'elle eft
ebep déterminée à les écrafer... Quelqu'évènement
qu'il arrive , me ferions-nous que 10 contre 100
comme nous fommes 100 contre 10 , la vicioire
de la liberté n'en eft pas moins certaine . Un torse
fibre vaut loo èfctaves , & ta deſtinée du vice eft
de trembler devant la vertu ... On a permis que
les ci-devant nobles intrigans' qui avoient deshonoré
le caractère de légiflateurs dans l'Aflemblic
anationale constituante , le foient convertis tourà-
coup , de légiflateurs perfides , en chifs d'année
-plus perfides encore . A la têre eft la Fayette ,
-le plus méprifable , le plus criminci , le pus infame
des alfaffies du peuple .»
22 M. Hua 's'cit permis d'obferver qu'il étoit im-
-poflible que l'Aſſemblée entendît traiter de criminel
un citoyen qu'on n'avoit pas jugé ( onvioloit
l'article IX de la déclaration des diots
de t'homme . ) I a été couvert des huées des ga-
: leries , & l'orateur a pourfu.vi .
Pères de la patrie , fufpendez provifcirement
le pouvoir exécutif dans la perfonne du Roi ; le
falut de l'Etat vous commande cette mefure.
-Mettez en état d'accufation la Fayette. Décrétez
le licenciement des états - majors & des fonction
-naires militaires nommés par le Roi . Deftituez
& puniffez les directoires de départemens & de
( 247 )
diftri &ts coalifès avec la Fayette & la cour. Enfin
renouvellez les corps judiciaires... »
Un bruyant orage a coupé la parole au harangueur.
Le préfident lui a répondu que l'A-
'femblée ne défefpéreroit jamais du falut public.
tant qu'il y auroit du patriotifme & des vertus
en France , & à déféré les honeeurs de la falle
à la députation des fédérés .
Le Roi ayant accepté la démiffion de M.
Terrier- Monciel , a remis , par interim , le portefeuille
du département de l'intérieur à M. Dejoly
, miniftre de la juftice . Sar
On lit une lettre & des notes de M. Luckner ,
qui , pour fatisfaire au décret qui le concerne,
¨écrit à l'Aſſemblée : ¹ ·
CC
Ce compte , que je dois , comme général
de l'armée Françoife , ne rendre qu'au Rei , fon
" chef fuprême , & au miniftre chargé de me
tranfmettre également les ordres fe trouve foit
-dans la correfpondance des miniftres avec moi ,
dont l'Affemblée à demande la communication ,
foit dans les registres de mon état - major , qui ,
"en ce moment , ne font pas fous ma main. Tous
ces objets , purement militaires , ont une grande
connexité avec les opérations fubféquentes de la
campagne , fur lefquelles la prudence & mon
-devoir me commandent le fecier . C'eft à PAČfemblée
nationale à examiner ce qui , dans la
direction de la guerre , eft abfolgment étrangèr
-à fes fonctions , & ce que la conftitution lui
spermet de connoître par des interpellations faites:
au miniftre de la guerre . »
-Je répondrai , continue M. Luckner , à la
demande qui m'eft faite par le décret , de tout
-ce qui eft néceffaite pour le faccès des opérations
à venir , que nous devons. defirer une
L. 4
( 248 )
grande augmentation de force , une grande réanion
de moyens ; qu'elle femble nous être promife
par les proteftations de zèle civique &
d'enthoufiafme qui fouvent retentiffent dans le
fein de l'Affemblée ; mais que jusqu'à préfent
ces brillantes efpérances fe font peu réaliſées ;
que l'armée eft encore incomplete , peu nombreufe
, & nullement recrutée ; que l'Affenbiée
perdoit un moment pour la renforcer pat
tous les décrets qui peuvent dépendre d'elle , &
d'après les confidérations que lui foumet l'expérience
, nos forces feroient dans une immenfe
difproportion avec celles de l'ennemi .... Je faifira
l'occafion que l'Affemblée nationale m'a
offerte de lui préfenter l'hommage de mon refpet
pour les autorités conftituées . Elle , me
trouvera toujours ce que j'ai toujours été , en-
' nemi des factions , étranger aux intrigues , inviplablement
attaché à , la conftitution & au Roi
que je défendrai de tous mes moyens , & profondément
convaincu que l'union des bons citoyens
, dont les généraux leur donnent & re
cefferont de leur donner l'exemple , peut fcule
fauver la France . »
Je fuis avec refpect , & c. ,
D'après les notes , la force difponible des trois
armées n'eft que de 60,000 hommes ; & le maréchal
n'auroit que 40,000 hommes tout au plus
à oppofer aux 200,000 ennemis . Il ne peut ga
rantir le fuccès d'une guerre offenfive , & n'cfpère
qu'à peine pouvoir foutenir avec quelque
avantage une guerre défenfive . Il propofe de
lever 3 hommes par municipalité , demande furle-
champ 132 , mille hommes ; le plaint que les
cours martiales nuifent à la difcipline & occupent
un trop grand nombre de foldats , en de(
249 )
3
3
mande la fuppreffion , & qu'on laiffe aux géné
raux le fein & le droit dy fuppléer pendant la
guerre. On voit qu'il ne s'agit que de tripler
Tarmée difponible & de refondre le code militaire
, chef- d'oeuvre des philofophes & avocats
conflituans .
M. Maisonneuve , miniftre de France à Stutgard
, écrit , du 10 , que des eftafettes parcourent
la Suabe , la Franconie , le Palatinat & les
électorats eccléfiaftiqués pour accélérer la marche
des troupes Autrichiennes.
Du mardi , féance dufoir.
ce
Le miniftre de la guerre communique à l'Affemblée
une réponse de M. d'Affry , colonel des
Suiffes , qui obferve que les capitulations autorifent
l'emploi de deux bataillons du régiment
des gardes Suiffes pourvu que le refte de ce
corps fafle le fervice de la garde du Roi ; que
l'on veut faire partir le régiment entier ,
il
devra en informer le corps helvétique « qui peutêtre
verroit avec beaucoup de peine ce régiment
defcendre au rang des troupes de ligne ; » gradation
qui a excité des murmures . Indigné du
defpotifme avec lequel il prétendoit que M. d'Affry
oppofoit au gouvernement Francois l'inter
vention des cantons helvétiques « en ſe jouant
tour à tour de l'un & de l'autre » , M. Genfonné
a renouvellé fa motion de fupprimer la
charge de colonel - général des Suiffes , & prié
qu'on attendit le rapport du comité. M. Carnot ,
le jeune , a rappellé le décret de l'Affemblée
conftituante qui autorifoit les gardés - Suilles à
continuer leur fervice auprès du Roi jufqu'au
renouvellement des capitulations , & it a propofé
d'éloigner provifoirement deux bataillons à 30,000
L S
( 250 ) ;
-
1
22
Atoifes . Les deux propofitiens ont été adopées.
On a décrété 16 articles fur le recrutement
de l'armée de ligne . Regiftres ouverts , infcription
volontaire ; âge de 18 à 50 ans , tailles
pieds pour l'infanterie & s pieds 3 pouces pour
Ja cavalerie ; prix de l'engagement , pour 3 ans ,
80 1. pour l'infanterie , & 120 l . pour l'artillerie
& les troupes à cheval , moitié lors de l'engagement
, moitié à l'arrivée au corps , un tiers
en fus à tout foldat qui voudra fe réengager , &
3 fous par lieue Suit l'état des hommes que
doit fournir chaque département ; il en eft tels
qui enddonneront 24 fois autant que d'autres .
Celui des Bouches -du- Rhône
celui de eft taxé à 100 ,
Hautes- Alpes à 167 ; ceux de la Mcfelle
de la Meurthe , des Volges , en devront
chacun 2,400 . Total to, oco.
1. Malgré les prétendues raifons de M. Lecointre
qui préféroit des bataillons à des compagnies , crioit
qu'on trompoir le peuple, & que les généraux
n'avoient pas la confiance , l'Affemblée a décrété
le projet de M. Dumas portant formation de compagnies
de chaffeurs volontaires nationaux.
10
Elle a renvoyé au comité de marine une lettre
de M. Lacoste qui follicite de nouvelles difpo
fitions pour fon département , & qui impute l'in
fubordination à l'impunité qui réfulte des loir
actuelles & de l'influence des fociétés populaires .
Quelqu'un propofe à tous les membres de
jurer, qu'à la fin de fa feffion , pour partager
les dangers de la patrie , ils iront le placer au
premier rang de l'arme . Ce moyen d'accomplir
le ferment de vivre libres ou de mourir ,
na excité que de bruyaus gelats de rire,
( 251 )
* Du mercredis, 18 juillet. 6 ) sin q
Note des officiels démiffionnaires envoyée par
le minifte & remife à la commiffion des douze.
342
122 Lese de M. Dumourier , du camp de Maulde
le is juillet 15
2.1
L
« Comme j'ignore , écrit-il , s'il exifte un miniftre
de la guerre ; comme ; de deux généraux
d'armée , l'un eft en route pour Paris , l'autre.
eft préfque fur la même route , me trouvant
commandant pat , intérim , je crois devoir rendre:
compte de fits qu'on pourroit grofir ou diminuer.
Après ce perfiflage qui femble tenir
du prétexte pour tout divalguer , il mande qu'on
a l'air de regarder nos frontières comme indifférentes
en tombant du fyftême offenfif au fyf
tême défenfif ; qu'avec deux armées redoublées .
on n'a pas même de quoi foutenir une défenfe
honorable qu'il avoit ordre de partir le 20 pour
fe rendre à Metz avec une armée , & que cependant
il étoit obligé d'en commander une autre
qur doit refter en attendant l'arrivée de M. Ar-.
thur Dillon , que fon départ affoiblitoit trop
des parties déjà très-foibles ; que 6,000 Autri
chiens le font emparés d'Orchics , n'ont tué
que 4 foldats ( qui ont cependant fait une longueréfiftance
) , maffacré 4 citoyens , évacué la place
au bout des heures , laiffé 21 morts , amené
onze' chariots de bleffés , & qu'ils ont été aufftot
remplacés par 4cb hommes de la garnison
de Douay ; qu'il a près de 7,000 hommes bien
difpofés , mais 14 à 1 millé ennemis devant
tais que divers corps réunis porteront bientôt
fon camp à 10,000 hommes ; qu'on l'a laiffé
fans inftruction ; fans commiffaires des guerres ,
fans argent que plus de 300,000 liv . fonst
$
2
L. 6.
( 252 )
dues aux habitans du pays , & que l'armée eft
partie fans laiffer d'ordre pour le payement....
Cette lettre a été lue & renvoyée au comité des
douze .
Les grands procurateurs de la nation déconcent
ane invitation adreffée aux municipaux d'Orléans
pour engager des citoyens à fe rendre à Paris
pour y faire le fervice auprès ce de la perfonne
facrée du Roi. » A la commiffion des douze.
-La clôture du jardin des Tuileries paroit
effrayante à M. Lamarque. Il prétend qu'elle
aigrit le peuple. Perfonne ne lui répond : « que
les factieux ceffent d'y prodiguer, les outrages
au Roi, à fa famille , & ce jardin fera ouvert . »
Mais les mots factieux , brigands , commencent
à devenir des titres de gloire à Paris , à la barre ,
comme à Monteux. Des cris : l'ordre du jour ,
& un décret font taire M. Lamarque.
M. Lecointre avance que M. Luckner a démenti
, à la commiffion des douze , fa lettre à
l'Aflemblée & a dit qu'elle lui avoit été arrachée.
M. Dumolard répond , en face , à M. Lecointre:
« c'est un atroce menfonge... S'il faut encore
des hommes , nous en donnerons , ajoute M.
Cambon ; s'il n'en faut pas ( ce fi eſt le comble
de l'ineptic ) , il faut favoir pourquoi les miniftres
font écrire à M. Luckner autre chofe que
ce qu'il dit, « Voilà les miniftres inculpés fur
« un menfonge. » M. Lafond- Ladebat confirme
le démenti de M. Dumolard , & annonce que
M. Luckner a été infulté hier en fortant de la
commiffion , qu'on l'appella traître & qu'on parla
même de coups de bâton. M. Lafond- Ladebat
attefte MM. Dumolard , Ruhl , Jean de Bry.
Les galeries le baffouent , & Affemblée os·
( 253 )
donne à la commiflion des douze de lui rendre
compte de fon entretien avec M. Luckner,
Des hommes -d'Etat d'Illoire pleurent MM.
Roland , Servan Clavière , tonnent contre M.
de la Fayette , le pouvoir exécutif & le veto appliqué
aux décrets d'urgence . On hue M. Bret
qui ne voit qu'un libele féditieux dans la civique
adreffe de citoyens qui joignent 1369 liv .
à tant de fages moyens de fauver leur patrie.
M. Dumolard demande ou le rapport fur M.
de la Fayette ou que la difcuffion s'ouvre . L'affaire
eft ajournée à demain.
Les directoires du Haut & du Bas- Rhin mandent
que le bruit court dans les villes & dans les
campagnes , que , défefpérant de conferver l'Alface
à la France , l'Affemblée nationale s'intéreffe
foiblement à la confervation de ces deux
départemens ; que ce bruit porte par - tout la
confternation , qu'il eft appuyé de l'état de dénuement
où l'on laiffe cette frontière. Ils démandent
que certaines dépenfes deftinées à la
défenſe commune , foient mifes fur le compte
de la nation. Leur mémoire eft renvoyé au pouvoir
exécutif comme payable fur les fonds de
la guerre.
Après de longs débats la queftion préalable
a écarté le projet d'envoyer aux frontières 8 à
9 commiffaires tisés du fein de l'Affemblée.
Le ministre de l'intérieur écrit que le nombre
des fédérés enregistrés à Paris , le monte à
2,668 , dont 1,941 ont foufcrit pour le rendre
au cap de Soiffons . M. Pétion porte le pre-
2 mier nombre à 2,960 , & le fecond à 2,038 .
Les noms des fédérés infcrits pour la réserve de
Soiffons feront confignés dans le procès - verbal de
l'Aflemblée nationale .
( 254 )
Craignant que l'Europe n'oublie que , par
de honteufes groffièretés , il s'eft attiré des fouf
flets & des coups de bâton , M. Grangeneuve
' écrit , pour
la feconde fois , qu'il bite de pourfuivre
en juftice M. Jouneau comme fon alfallin.
M. Jouneau joint fes voeux à ceux de
T'honorable & véridique plaignant. On ajouine
le rapport à ce foir , & l'on n'y penfera plus.
Un imbécile de Lubeck adreffe à l'Affemblée
une lettre & un drapeau tricolor que fa fille
a eu le bonheur de faire flotter dans les nuages,
à l'aide d'un ballon conduit par le fieur Blanchard.
Cette heureufe nouvelle eft vivement applaudie.
M. Juglas lit un rapport fur le maximum
de la contribution foncière , prouve que les
conftituans n'y entendoient rien , que la répartition
eft inégale , arbitraire , onéreufe , le produit
infuffilant , & propofe 15 articles qui recommenceroient
tout , & ne leveroient que pen
d'inconvéniens. M. Tronchon préfère un fou
additionnel de plus , fans s'informer fi les autres
fous fe payent. L'Affemblée fixe le maximum
au cinquième du revenu ; & ajouine le refte.
Du mercredi , féance du foir.
Le miniftre des affaires étrangères communique
à l'Affemblée une note de M. Chanvelin
, remife le 18 juin à Mylord Grenville ,
& une note du Lord Grenville remife¹à M.
Chauvelin le 8 juillet. M. Chauvelin invite , áu
nom du Roi des François , S. M: B. à détourner
de la coalition ceux de fes alliés qu'on chercheroit
ou qu'on auroit réuffi à y entraîner & fous le
prétexte de la plus fauffe comme de la plus
odicufe politique. » Lord Grenville répond ' que
( 255 )
S. M. B. « doit refpecter les droits & l'indépedance
des autres Souverains , & fur- tout ceux
de fes alliés , & que « dans la circonftance actuelle
de la guerre déjà commencée , l'intervention
de fes confeils & de fes bons offices he pourroit
être utile , à moins que d'être defirée par
toutes les parties intéréfiées . Suivent les affa
rances du plus vif intérêt au bonheur de Sa
Majefté Très- Chrétienne & du prix que S. M. B.
attache à fon amitié . Quelques journaux pa
triotes ont vu dans ces défaites polies , dans
cette leçon fur les premiers élémens de la politique
, un prodigieux fuccès des négociation s attionales
.
12
Des dépêches du corps helvétique au Roi apnoncent
une neutralité armée , & demandent l'évacuation
de Porentru . Tout eft remis aux comités diplomatique
& militaire ..
Un courrier extraordinaire du département de
l'Ardêche apporte les détails de l'occupation ,
de l'incendie & de la démolition des châteaux
de Bannes & de Jalès , de la défaite de deux
cents contre révolutionnaires , & de la prife &
de la mort de cinq particifiers au nombre defquels
un homme habillé en prêtre , fe difant d'abord
curé de Barjac , a voulu cacher , dans une
écurie un porte-feuil'e qu'on a faifi , a déclaré ,
dit - on , être M. Dufaillant , chef de l'infurrection
a offert une croix de St. Louis , & 75
louis d'or au vétéran' qui l'avoit arrêté. On con-
Cait les prifonniers au milieu des gardes nationaux
, auxquels ils ont échappé , & qui les
tuent fur-le- champ fans aucune forme de juftise
même martiale ( grands applaudiemens dés galeries
. "
2
11
2
On a demandé la lecture de toutes les pièces.
( 256 )
C'étoient des pouvoirs fuppofés donnés par
les princes émigrés à M. Conway , Anglois ,
leur commandant en chef , à M. Dufaillant ,
commandant fous M. Conway ; un avis que
l'un des princes iroit en Espagne ; une permiffion
d'emprunter jufqu'à 300,000 liv .; des demandes
d'argent & des témoignages de zèle pour
le fervice du Roi , la fia de fa captivité , le rétabliffement
de fa puiflance , des moeurs , des
loix , de la religion , de la paix ... L'Aſſemblée
a décréé l'adjonction de fix membres à la commiflion
des douze , dite extraordinaire ; 3,000 1.
de récompenfe pour le vétéran détenteur du particulier
qu'on nomme Dufaillant ; l'apport des
originaux à la haute-cour par un commiffaire du
directoire de l'Ardêche ſous bonne eſcorte ; &
fur le fimple vu des noms des perfonnes défignées
dans ces copies , elle a décrété d'accufation
58 individus , hommes & femmes , militaires ,
juges , députés , prêties .
Du jeudi , 19 juillet .
Quatre articles décrétés d'urgence ont ordonné
que tous les palais ci - devant epifcopaux , même
ceux achetés ou fournis en remplacement , jardins
& édifices dépendans , feront vendus au
profit de la nation ; & que chaque évêque recevra
le 10. en fus de fon traitement pour fe
loger. Un autre décret a déterminé les moyens
d'exécution de celui qui a ordonné la levée de
nouveaux bataillons . Nous allons donner le réfumé
de ces moyens en y comprenant les articles
promis.
-
Indépendamment des 215 bataillons de volontaires
gardes nationaux précédemment décrésés,
& des nouveaux corps à former des fédérés
: ( 257 )
inferits à Paris , les 8 ; départemens fournirort
33,600 hommes ou 42 bataillons pour la réferve.
Quant au mode du recrutement : invitation
aux citoyens de voler à la défenſe de la
patrie , infcription fur trois regiftres , procèsverbal
de municipaux & départ dans la huitaine
de l'enregistrement.
Paris n'a fourni que trois bataillons , le département
du Jura en a fourni fept . On a longtemps
difcouru fur le peu de foldats que voue
à la patrie cette ville pepuleufe dont les éternelles
députations ré; ètent plus fouvent que le
royaume entier , les fermens de vaincre ou
mourir , la liberté ou la moit , &c . M. Chabot
s'armoit contre le directoire d'une dénonciation
de fection , quoique cet ebjet ne concernât que
Ja municipalité . D'autres ont dit que plufieurs
Iecrues avoient été refufées . Les débats dégéné
roient en perfonnalités... Une feconde lettre de
M. Dumourier en a rompu le ftérile cours . Elle
eft de Valenciennes , du 18 juillet , & commence,
comme la première , par ces mots : « Comme
j'ignore s'il y a un miniftre de la guerre... »
Il croit devoir s'adreffer à l'Aflemblée pour
l'inftruire « des circonstances graves qu'a fait
naître le départ de M. Luckner ; » & mande
que les ennemis fe fortifient à Bavey ; envoie
un mémoire fur la pofition critique où il fe
trouve ; fept demandes , copie d'une lettre qu'il
écrit à M. de la Fayette , une lettre du district
du Quefnoy « qui prouve , dit -il , combien peu
il y a de foin & d'ordre dans nos mouvemens ; »
& il annonce qu'il eft à cheval fur l'Efcaur.
Dans fa lettre à M. de la Fayette , il déclare
qu'il n'obéira pas à l'ordre de partir le 20 , parce
que les cinq efcadrons & fes bataillens qu'on
(( 258 )
cc
Vent faire mouvoir , affoibliroient trop le département
du Nord ; & que fi M. de la Noue
vient pour le remplacer , il le renve - ra à Mau-
-beuge. « C'eft pour que les Autrichiens le
fachent que M. Dumourier écrit tout cela à l'Affemblée
, s'eft écrié, M. Calvet ; je vous le dénonce
comme un traître . » On a continué la
fecture. Le district mande que la difette eft tele
que le maire du Quefnoy fut obligé d'aller , la
veille , à Valenciennes demander de prompts
fecours en vivres ... Le tout duement publié est
renvoyé au comité militaire .
MM. Sers , Brua & Quinette raiſonnent à
« perte de vue , fur le mouvement réſulté dans
les armées du deffein qu'on impute à M. de la
Fayette de vouloir paffer du centre au Nord
fans quitter la fienne . En vain répète - t-on une
converfation de M. Luckner fur fon aptitude à
Commander toute armée quelconque & fur le
befoin qu'a M. de la Fayette de bien connoître
l'armée qu'il commande ; différence expliquée
par la grande habitude que M. Luckner dit avoir
de commander en chef. Les débats fe prolcagent.
M. Chéron s'est écrié « Nous perdous
la France par nos inconféquences & nos fottiles . »
M. Brua a prétendu que M. Luckner lui avoit
avoué , en jurant que la marche de l'armée de
la Fayette n'étoit que l'effet d'une intrigue. Plafieurs
voix ont crié : c'eft faux ; cleft un menteur
; il ne vaut pas la peine qu'on ſe fàche. M.
Dumolard rapprochoit cet aveu du motif expliqué
par M. Luckner , trouvoit qu'une parcille
contradiction ne pouvoit partir que d'un imbécile
, & il faifoit l'éloge de M. Luckner qui a
la confiance de la nation ... On paffe à l'orde
kdů jour,skal
1
( 259 )
Charge du rapport de l'affaire de M. de la
Fayette , M. Muraire a dit que la commiffion
extraordinaire avoit reconnu qu'aucune loi ne
* mettoit des bornes au droit de pétition ; que
*P'Affemblée ne pouvant juger les intentions du
(général , & fa lettre & fon adreffe ne bleffant
pas la conftitution , il falloit difcuter le projet
de M. Lemontey pour reftreindre le droit de
pérition que les généraux pourront exercer .
Autant on s'étoit paffionné pour empêcher
qu'on ne lût des pièces même judiciaires à la
charge de M. Pétion , fur les crimes du zo
juin autant on s'eft agité pour obtenir qu'on
ne décideroit rien fur une lettre & une adreffe
imprimées & publiques , fans avoir entendu lire
-toutes les pièces relatives à M. de la Fayette ,
& juſqu'à des dénonciations illégales , féditieufes ,
inconftitutionnelles . MM. Rouyer , Merlin , de
Kerfaint Guyton de Morveau , &c. infiftent
fur Pajournement . Epreuves péte dues douteufes
, tumuite , décret qui rejette l'ajournement
, réclamations , tactique , demandes de l'appel
nominal. Enfin , après divers modes de vacarmes
& les clameurs auxiliaires des galeries , dernier
décret qui , malgré le premier , ajourne à demain.
à midi , toute affaire ceflante .
?
Du jeudi , féance du foir.
Le miniftre annonce que le nombre des fédérés
cniôlés pour Sciffons , monte à 2038
c'eft 97 de plus qu'hier , ou bien autant qu'en
annorçoit alors le maire . A propos des infultes
faites au maréchal Luckner , on a ordonné
aux commiffaires de rendre compte de main des
melures prifes pour veiller à la police des environs
de la falle . - Sur la motion de M. Rouyer
(1260 )
d'accorder la croix de St. Louis au vétéran qni ,
avec 4 foldats , a arrêté l'homme habillé en
prêtre qu'on a nommé M. Dufuillant avant de
Fégorger , & 4 autres , il s'eft engagé de longs
débats fur les croix de St. Louis & communes
depuis la révolution . Le ministre en préfertera
un état motivé par les fervices , & les com.i és
d'inftruction & militaire s'occuperont d'un moyen
de récompenfer la vertu & les actes qui fervent la
Patrie.
Des citoyens d'Orléans ont débité , à la barre ,
une déclamation contre les prifonniers de la haute
cour , ont dit que leurs prifons offroient une
falle de concert où l'on faifoit de la mufique ,
un jeu de paume , qu'on y admettoit des femmes
fufpcctes à des banquets fplendides . On paroît
craindre leur évafion , ou même pis.
commision ci-devant des 12.
A la
Le drap gris étant auffi rare que le drap vert,
après une courte difcuffion fur la couleur qui
convient le mieux aux compagnies franches , le
choix en a été laiſsé au miniftre .
Paul Jofne ek mort à Paris. MM. Lejofne &
Vincent ont pensé que pour honorer également
tous les cultes , l'Aſſemblée devoit envoyer une
députation au convoi du commodore Américain ,
Il a été décrété que 12 membres y affilteroient.
Du Vendredi , ze Juillet.
M. Ramond a fait , pour le comité diplomarique,
unrapport très- fagement motivé , quoique
gâté par le ftyle du jour , fur l'état & les droits des
régimens Suifles en France. Dans cette difcuffion
, a -t- il dit , « l'honnête- homme eft conduit
par le fl facré de la bonne- foi helvétique & de
la loyauté Françoife. La demande que firent ,
( 261 )
en 1987 , les fept cantons catholiques affembés
, que la charge de colonel des Suiffes en
France ∞ ne par être qu'entre les mains d'un
prince lui paroît « une demande fingulière
qui révèle triftement au philofophe le penchant
de l'efprit populaire dans les gouvernemens les
plus libres .
»
Voici les conclufions de l'opinant : décréter
°. que le régiment des gardes Siffes fera , à
compter du 1º . janvier 17924, aux frais du département
de la guerre ; 2 ° . qu'il continuera
provifoirement , jufqu'au réfultat des négociations
, à faire , tant auprès du Roi , qu'en campagne
ou en garnifon , le fervice qui lui eft
propre , conformément aux traités , capitulations
& ufage ; 3 ° . que le Roi fera invié de propofer
au corps helvétique une nouvelle formation
de ce régiment qui s'accommode à notre conftitution
, ou un nouvel emploi des individus ,
on telle récompenfe finale ; 4° . que les miniftres
rendront compte de ce qui concerne M. de
Roll, maintenu capitaine aux gardes- Suiffes ,
quoiqu'abfent , & au ſervice de Charles - Philippe
, prince François ; . que le comité de
légflation examinera le congé dénoncé comme
contenant , à la date du 1er janvier 1792 , les
noms & titres fupprimés de Charles - Philippe ;
6. que le Roi fera iavité à donner aux négociations
toute l'activité poffible ; 7° . que les capitulations
pourront être ou collectives ou partielles
; 8°. que la bafe en fera la parité de
compofition & d'avancement entre les troupes.
Suiffes & Françoiſes . L'Allemblée a décrété l'impreffion
& l'ajournement.
On a destiné 300,000 liv . aux beſoins de
fubfiftances que pourra éprouver la ville de Metz,
( 262 )
fomme à reprendre fur les contributions de ladite
ville pour 1793 ;
M. Couthon obtient un congé pour aller prendre
les eaux.
Organe de la commiffion extraordinaire , M. Laquée
a borné fon rapport fur M. de la Fayette au
délit d'une armée délibérante , & a propolé d'or .
donner au pouvoir exécutif de rendre compte
fous huit jours , des peines de difcipline qui ont
dû être infligées par ce général aux violateurs
de la loi... M. Guadet a lu un extrait de la conférence
de M. Luckner . En veici la ſubſtance :
2
L'effectif des trois armées n'exède pas 60,000
hommes. Pas un foldat n'a déle té . Un colonch
dinant avec le maréchal , fe rectioit plus que
perfonae contre les officiers qui émigroient , &
partit après le dîner en emportant la caiffe . Les
volontaires ivalilent les troupes de ligne pour
les manoeuvres . On ne peut les pienacer d'une
plus grande peine que de les renvoyer dans leurs
départemens. Les approvifionnemens & les hôpitaux
font dans le meilleur état . Il n'approuve
pas les derniers mouvemens des armées . Toute
armée lui eft égale pourvu que ce foient des
François . Il a dit au Roi : « L'armée eft fi
fidè e, qu'elle vous abardonnerot fi vous attaquicz
la conflitution ... Tout fera imprimé.
M. Launay , d'Angers , a cutrepris M. de la
Fayette. Suivant lui , tout ce qu'on a propofé
eft infignifiant. Le code pénal & la conftitution
fufflent pour maptiver une bonne accufation . Les
deroures de Mans & de Tournay , l'incendie &
la retraite de Courtray , la lettre & l'apparition
de la Fayette qui croit que fon armée eft à lui ,
& les perfidies des Tuileries , tout le tient
(bravo !) & M. de Jaucourt obferve que M.
!
( 263 )
CC
Bazire en applaudiffant faifoit figne aux, galeries
d'applaudir. ) Si les fiers jacobins avoient voulu
fléchir le genou devant Pidole , on ne les attaqueroit
pas. ɔ Ici M. Launaya lu, une note
du général contenant les conditions d'une intrigue
pour faire foutenir par les jacobins un
ministère dont auroient répondu M. de la Fayette
& Je club de 1789 , qu'il , indiquoit les moyens
de concilier , fans affectation , à l'aide de motions
miles en avant à la tribune , & appuyées
des deux partis . L'orateur a raillé ceux qui
avoient nommé le général , le héros des deux
mondes , le fils aîné de la liberté l'a traité de
vil intrigant , & a tracé le portrait le plus honteux
de Vandermerfch pour les comparer l'un à
Pautre ; a rappellé la loi martiale exécutée au
champ de Mars contre des factieux pour
dire « Ceffez , de défendre l'affafin de vos
frères» a dic que Louis XVI n'a pas oublié
que M. de la Fayette dormoit dans la nuit da
sau 6 octobre ; & qu'il n'étoit pas convenu
qu'on l'arrêteroit à Varennes ; que la cour a
befoin de fe popularifer ...... Pour en conclure
qu'aucun obftacle n'empêchoit d'immoler 14
Fayette , coupable d'avoir quitté l'armée après
lui avoir permis de délibérer. La difcuffion eft
togée au lendemain.
Du vendredi , féance du foir.
t pro
Sur la motion de M. Laureau , l'Affemblée
décrète que le miniftre rendra compte de l'exé
curion, du décret , relatif au départ des fédérés
pour Soillons ; & , à la demande de M. Thuriot,
que les corps adminiftratifs ou municipaux qui
n'auront pas, rempli ce qu'exige d'eux la loi fur
le recrutement , feront deftitués .
( 264 )
Le président de la Section des Tuileries envoie
à FAſemblée un arrêté de cette Section ,
au fujet de paffe - ports pris par trois députés
fous des titres étrangers à leurs fonctions . MM.
Douillé & Favière étoient deux de ces trois. Le
premier a pris la parol:, & a traté d'indiferette"
la curiofité des prépofés de la Section , a dit que.
la loi obligeoit bien chacun à déclarer fa profeffion
, mais qu'il n'avoit pas cru que ce für un
métier d'être député. Eronné de l'ardeur que
montroient contre lui MM. Saladin & Charlier,
il a foutenu n'avoir aucun compte à rendre de
fes intentions ; qu'an refte , lorsqu'on avoit vu
l'Affemblée accueillir des pétitionnaires affez hatdis
pour propofer le parjure , de détruire la conftitution
, d'abolir la royauté , de fufpendre , de
juget le Roi , & ces impudens recevoir les honneurs
de la féance ; lorfqu'ou étoit hué , outragé,
menacé pour les jours , il étoit naturel & permis
de prendre des précautions. M. Saladin à vu là
trois délits , sabfenter fans congé de l'Affemblée ,
demander un paffe pot en taifant la qualité de
1g Auteur , & calomnier les reprefentas du
peuple & des pétitiennaires irréprochables , puifqu'ils
avoient été admis aux honneurs de la
féance ; & pour ces trois délirs , il condamnoit
M. Douillé & M. Favière à trois jours d'Abbaye.
L'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour en
décrétant la mention honorable de l'arrêté de la
Section des Tuileries.
7 2 :
Ap ès un rapport où M. Sautereau a cru étatli:
que ie fieur le Breton , détenu depuis neuf
mo's , pour avoir , le 21 novembre , donné la
configne d'empêcher le Roi de fortir de fon
appartement ,
1
| 2639
appartement , n'avoit agi que par un monde,
ment de civi me , & fur le bruit d'une évasion
du Roi , n'étoit ni fous la loi militaire , comme
garde nationale , ni criminel de lèze - nation s
Affemblée a décrété qu'il n'y avoit pas lieu à
délibérer.
L'on ne peut guères comparer à la lâcheté
qui a commandé un meurtre inutile & réfléchi
après l'évènement de Bannes , que
les affaflinats dont les lettres de Bordeaux
viennent de nous inftruire. Cette atrocité
eft au refte tellement conforme , tellement
conféquente aux principes d'anar
chie , de violence , de mépris de l'hu
manité tolérés depuis la mort de MM,
Berthier & Foulon , qu'on doit être étonné
que le Peuple , avec la latitude d'impunité.
dont il jouit, ne fe livre pas à de plus
grands excès encore. Nous croyons devoir
nous borner à l'expofé des faits ; leur
cruauté , les circonftances qui les ont accompagnés
fuppléent à toute réflexion , &
donnent 1. mefure de notre pofition ac
tuelle , ou de pareils attentats fe commettent
fous les yeux mêmes de ceux qui
devroient les réprimer.
M. l'Abbé de Langoiran , Vicaire géné
ral de M. Champion de Cicé , Archevêque
de Bordeaux , Prêtre refpectable par fes
lumières & fon honnêteté , s'étoit retiré
N..30. 28 Juillet 1792, Afetizó
M
266 )
à la campagne avec un ancien Carme de
fes amis , l'Abbé Panetier , vieillard occ
génaire , pour y paffer les inftans de la
Fédération qu'on leur avoit défignée
comme un moment dangereux pour les
Prêtres non affermentés , déjà perfécutés
d'une manière odieufe & opiniâtre. Le
Dimanche 15 , à quatre heures du matin ,
un détachement de Garde Nationale de la
campagne vintà Cauderan , village à demilieue
de Bordeaux , chez M. de la Jarte
où étoient M. l'Abbé de Langoiran & fon
ami , & fans aucun égard , fans explication
ces deux refpe &tables Eccléfiaftiques furent
arrêtés. Dans le même moment , une autre
horde armée fe rendoit dans une maison de
campagne appartenante à une Dame de la
ville , & où M. l'Abbé du Puy , Vicaire
& Bénéficier de St. Michel , étoit avec
la famille de cette Dame : il fut emmené
& conduit en prifon.
Ces Prêtres eftimables , & qui ne fe
mêloient en rien des affaires publiques ,
demandèrent à être entendus . Les Officiers
Municipaux de Cauderan , devant qui l'on
les conduifit , ne les trouvant point cou
pables , les renvoyèrent ; leurs détenteurs
I's conduifirent devant le Juge de paix du
I eu , qui les renvoya également abfous ; ils
firent enfin menés au Département. C'eft
dans cette dernière traverfée qu'une multitude
féroce , ameutée , toute puiffante , les
( 267 )
infulta, demanda leur tête, & l'obtint. Aufſitot
MM. de Langoiran & du Pui furent faifis
par ce Peuple canibale ; la tête du premier
coupée , mife au bout d'une pique , promenée
par les rues ; le fecond , affommé &
traîné par une corde attachée à un de fe
pieds . Le père Paiterier , ce malheureus
vieillard , courbé fous le poids des ans ,
fut maltraité de coups de bâten , de fabre
fur la tête , dont il eft impoffible qu'il
revienne. La tête de M. de Langoiran a été
portée chez lui , & préfentée a fa domeftique
, à qui ces fcélérats dirent que fon
maître ne vouloit point fouper.
Cette affreufe fcène dura depuis heures
du matin , moment où MM. de Langoiran, "
du Puy , Panetier furent arrêtés ju'qu'à '
7 heures du foir qu'ils furent affalinés ,
& la Municipalité n'a rien fait pendant
ce temps pour arrêter cet affreux brigandage
! e le s'amufoit à planter l'arbre de la
liberté avec toutes les cérémonies d'afage.
Pour achever de peindre cette fcène , nous
remarquerons qu'à la honte de nos moeurs.
civiques , lejeune Abbé de Langoiran , Vicaire
conftitutionnel , & frère de celui
qu'on affaffinoit , faifoit la cérémonie de
la confécration de l'arbré & du bonnet de,
la liberté , après laquelle il ouvrit une
contre-danfe avec la femme du Commandant
de la Garde..
•
M 2
((268 ).
Tandis qu'à Bordeaux ces horreurs fe
commettoient, impunément , à Limoges on
alfaflinoit fous le même prétexte , & par
les mêmes fentimens , un Prêtre de 72 ans,
dont le crime étoit d'avoir refufé le ferment
de maintenir la Conſtitution du
Clergé. On trouva chez lui un vieux fufil
de chaffe , & ce fut fon arrêt de mort ;
le Peuple fouverain en fit juſtice , il fut
maffacré.
Tels font les évènemens , tels font les
défordres affreux qu'ont engendré les
maximes meurtrières les fermens fanatiques
, & l'anéantiffement de l'autorité
royale. Un délire , une infouciance atroce
règnent fimultanément dans les corps pol.-
tiques & dans la capitale, tandis que chaque
jour de nouvelles preuves du mépris des
loix fe joignent à toutes celles qui exiftent
déjà; le Roi y eft l'objet éternel des plus
groffières injures ; comme fon aviliffement
, la deftruction de fon autorité eft
la caufe univerfelle de tous les dangers , de
tous les maux de l'Etat. Que peut - on contre
la licence & le crime , quand des fociétés
publiques proclament d'un côté , & accueillent
de l'autre des diatribes contre la
majesté du Trône , auffi virulentes , aufli
criminelles que celles de la Société patriotique
féante au Pui , Département de
Haute-Loire, & confignée dans le Journal
(1289 )
5
Officiel des Jacobins de Paris , nº . 80.
291.46 1955 195
Roi des François , écoute. , Sais-tu bien que
tu n'es que le premier agent du Souverain qui a
le droit de te commander ; & que ce Souverain
c'eft nous ? Lis dans l'hiftoire des Rois , examine ton
arbre généalogique, & iu verras combien de tyrans
il nous a fournis . Dans les temps de barbarie
& d'ignorance), ou nos pères ne voyoient que
par les yeux d'un coeur fourbe & hypocrite , res
pareils fe pavanoient fur les couffins de la moleffe
& de l'orgueil ..... Aujourd'hui , que les
crimes des Rois nous ont ouvert les yeux , nous
voulons te rendre ta qualité première , celle
d'homme..... Nous t'avons pardonné tes parjures
& res crimes ; ils font nombreux: ch bien !
voici nos dernières volontés, Si tu t'oppofes an
bonheur de vingt - cinq millions d'hommes , il
fortira du milieu de nos morts , des milliers
de Brutus & de Scevola , qui vengeront la mort
& l'efclavage de nos pères , & purgeront la terre
de tous les brigands couronnés qui l'infectent. »
靠
Cette adreffe eft foufcrite de plus de deux
mille fignatures , & il faut l'avouer avec
douleur , & à la honte des Conftituans de
1791 plufieurs des principes qu'elle renferme
, elle & une multitude de femblables ,
font contenus, dans ceux qu'ils ont impru
dement proclamés , dans l'aviliflement de
la Royauté dont on a fait fauffement une
fonction publique à gages,dans le mépris dela
norale , delaReligion, dans l'abus des fermens
, & paredeffous tout dans la corruption
politique -mo
M 3
( 2701)
Ce fut Dimanche 22 , quele cri d'alarme
fut répandu dans Paris par des décharges
de canon d'heure en heure , & un appareil
qui a fait fuccéder à l'info ciance ordinaire
du Peuple quelques journées d'inquiétudes
& de mouvemens fans objet,
*
Dès fept beures du matin , le Confeil - Général
de la Commune étoit affemblé , & les fix
Légions de la Garde Nationale , réunies fur la
place de Grève , avec leurs drapeaux. Le Parc
d'artillerie du Pont-Neuf tirà trois coups de
canon , auxquels il fut répondu par efur de
l'Arfenal ; & d'heure en heure la même décharge
cut lieu pendant toute la journée . A huit heures
les deux cortèges qui deveient faire la Proclas
mation du danger de la Patrie partirent chacun
par le côté qui lui étoit affigne ; ils etcient
précédés de Détachemens de Cavalerie , de Tambours
, de Molique , & faivis de fix pis de
canonis . Quatre Hufeis de la Materpshire les
accompagnoient , & portoient des enfeignes tra
colores fur lefquelles on lifoit : Liberté , Egalité
, Conftitution , Patrie; & au- dellous : Pblicité
, Refponfabilité: Derrière eux , fe trouvoient
douze Officiers Municipaux en écharpe &
quelques Notables , Membres du Confeil de
Ville , tous montés fur d'effez mauvais che
vaux & affez mal arrangés. La marche étoit
clofe par un Détachement de Garde Nationale
portant un Drapeau fur lequel font ces mots :
Citoyens , la Patrie eft en danger, & Fartillerie.
Les deux grandes bannières portées par les Gardes
Nationales de chaque cortège Honey dépoléos ;
'une , au Parc d'artillerie du Pont- Neuf l'autre
( 271 )
à l'Hôtel- de- Ville. Eles y refteront jufqu'à de
que l'Affemblée ait dit : Citoyens , la Patrie n'eft
plus en danger.
La Proclamation a été lue par les Officiers
Municipaux dans douze endroits differens ; & il
a été établi , d'après le plan de M. Sergent , quatre
éch. ffauds garmis d'une petite tente cui l'on a fait
les enrôlemens de tous ceux qui ont voulu s'engager
pour aller aux frontières . On fera Dimanche prochain
l'appel nominal de tous ceux qui ont donné
leur nom pour partir.
Toute cette cérémonie , pendant laquelle le
bois de Boulogne , les Champs- Elifées , les Pro
menades les Cabarets , les lieux de plaifir ,
les Spectacles , étoient pleins de monde , a duré
deux jours , le Dimanche 22 , & le Lundi 23 ,
à la différence que le canon n'a point tiré le
Lundi comme il avoit fait la veille .
Le Roi avoit publié dès le 20 une Proclamation
fur les dangers de la Patrie , qui
n'a malheureuſement guère fait plus d'impreffion
que les fcènes atroces & les éve
nemens de tous genres qui fe fuccèdent. L'on
n'y verra d'ailleurs aucune reffemblance de
ftyle avec celle que S. M. a publiée , &
faite elle- même fur les attentats du 20 juin ,
reftés impunis comme on
fait.
« Citoyens , la Patrie eft en danger. L'Affemblée
Nationale l'a déclaré. La Loi vient
d'affigner à chacun fon pofte : le Roi vous prefle
de vous y rendre. La mère commune appelle
tous fes cafans , ils ne feront pas fourds à fa
voir . Il s'agit de garantir vos propriétés , vosperfonnes
; il s'agit de fauver ce que vous avez
M 4
( 272 )
plus cher , vos mères , vos femmes , vos enfans
. François , il s'agit de votre Conftitation
* de votre liberté. »
•
Ce n'est plus le temps des difcuffions & de
difcours , c'eft celui des actions éclatantes. L'Eu
rope entière fe ligue pour vous combattre ;
séuniſſez - vous pour repouffer les efforts . Des
Légions ennemies menacent les barrières de l'Enpire
: c'eft là qu'il faut marcher : c'eſt le fer qu'il
faut oppofer an fer ; c'eft la fubordination & la
confiance dans vos Chefs , qu'il faut opposer à
Ja difcipline & à l'obéiffance aveugle qui font la
force de leurs armées ; c'eſt le concert inaltérable
de tous les bons Citoyens qu'il faut oppofer au
concert des Puiffances . Vos ennemis ont l'expé
ience de la guerre & l'habitude des combats ;
vous avez par-deffus eux le grand intérêt de
Votre propre caufe à défendre , & la paffion de
la liberté , qui élève l'homme au-deffus de luimême
& le transforme en héros . Mais le temps
preffe ; hâtez-vous de courir fous vos drapeaux ;
volez aux camps & fur les frontières , & fouve
nez-vous que quand l'Etat eft en péril , tout
Citoyen eft Soldat , & que le dévouement le
plus généreux n'est plus une vertu , mais qz
devoir. »
« Toutes les Cités de l'Empire montreront
fans doute , la noble ambition de voir leur nom
infcrit dans l'honorable lifte de celles qui auront
bien mérité de la Patrie. Toute la France va
Le couvrir de Bataillons ; elle va faire plus co
core , elle va fe couvrir de Citoyens foumis
aux Loix , unis entre eux par les liens indiffo-
Jubles de la concorde , & par leur attachement
à une Conftitution à laquelle ils ont tous fait le
ferment d'être fidèles.
+
( 273 )
jupee Adminiftrateurs , Magiftrats , Guerriets ;
-Citoyens , voici le moment d'éteindre dans un
fentiment fraternel de réconciliation & de paix,
ces diffentions & ces haines qui nous af
affoibliſſet
en nous divifatt . Voici le moment d'affurer à
jamais la liberté en affurant l'empire des Loix ,
fans lequel il n'y a que confufion , défordies,,
malheurs , & une anarchique tyrannie plus cruelle
mille fois que celle du defpotiíme . »
3
La Loi vous met tous en état de furveilslande
permanente ; profitez- en pour donner du
«poids a l'autorité , du reffort au Gouvernement ;
profitez - en pour rétablir l'ordre & fecourir la
France qui ne peut réfifter, fi tous les pouvoirs ,
toutes les volontés , tous les courages se le réusilent
pour la fauver . C'eft le Roi qui vous
a appelle ; c'est un Roi fier de commander à un
Peuple libre , qui vous conjure , au nom de la
liberté qu'il aime & de l'égalité qu'il eft comme
vous réfolude maintenir , de vous rallier toys
fous les drapeaux de la Patrie , de l'aider à donner
force à la loi contre les rebelles du dedans & du
• dehors , de jurer avec lui de vaincre ou de mourir
four les droits de la Nation , & de vous enfévelir
fous les débris de l'Empire , plutôt que de
fouffrir qu'il y foit porté atteinte , que des étran
gers ou des rebelles puiffent donner des Loix, à
la France , & que de flétrir par une capitulation
honteufe ' honneur du nom Frar çois .
.co . Par ces confidérations , le Roi partageant
la follicitude de l'Affemblée nationale , qui , par
fon acte du 11 Juillet , a déclaré la Patrie en
-danger ; profondément convaincu que le moment
où la liberté publique eft menacée , eft celui où
im or e le plus de rappeller les Citoyens & les
MS
( 274 )
Magifirats à l'exacte obfervation des Loix qui
la garantiffent , & notamment de celle du 8 Juillet
, qui fixe les mesures à prendre quand la P.-
trie eft en danger , Sa Majefté s'empreffe de
retracer aujourdhui à tous les François les devoits
que ces différentes Loix ! ear impofent. En
conféquence : »
« 1 °. Sa Majefté i vite tous les Citoyens en
état de porter les armes , & particulièrement ceux
qui ont déjà eu l'honneur de fervir la Patrie dars
quelque grade que ce foit , à le faire inferire
fur -le-champ, pour completter l'armée de ligne.»
сс
« 2°. Invite tous les Citoyens réuniffant les
conditions requifes , qui ne le font pas encore
fait enregistrer fur le rôle de la Garde nationale
, à fatisfaire fans délai à cette obligation , »
30. Enjoint à tous les Corps Adminiftratifs
& à toutes les Municipalités , de fe conformer
fur- le- champ aux difpofitions de la Loi du 8
Juiller , relatives à la formation des Bataillons
de Gardes nationales destinés à la défense de
l'Etat. »
ce
4. Leur recommande d'inſtruire tous les
Citoyens des devoirs particuliers que les circonftances
actuelles leur impofent , de ranimer leur
zèle , & de les exciter à voler par-tout où ks
appelleront les dangers de la Patrie . »
« °. Leur recommandent pareillement de ne
ien négliger pour hâter leur armement & accélérer
leur marche , & de leur fournir à cet effec
toutes les facilités qui feront en leur pouvoir. »
« 6°. Exhorte tous les Citoyens qui obtiendront
l'honneur de marcher les premiers au fecours
de la Patrie , à la fubordination envers leurs
Chefs , à l'exactitude dans le fervice , â un zèle
( 275 ) 3
digne de la noble caufe qu'ils font appelés à
défendre , & les engage à honorer autant le nom
François par leur humanité envers les ennemis
défarmés , que par leur courage dans les combats.
»
« 7. Exhorte auf les Citoyens qui demeureront
à la garde de l'intérieur du Royaume , à
donner des preuves de leur patriotifme , en fai
fant perfonnellement leur fervice , à maintenir la
sûreté des perfonnes & des propriétés , l'exécu
: tion des jugemens , & le ' refpect dû aux autorités
conftituées , »
8°. Rappelle à tous les fonctionnaires public
, l'obligation de réfidence qui leur eft im
pofée par les Loix , & que les périls de l'Etat
rendent plus étroite encore & plus indifpenfable.
Enjoint à fes commiffaires près les tribunaux ,
aux procureurs- généraux fyn lics près les dépar
remens, & procureurs- fyndics près les adminiftrations
de diftricts , de tenir la main , chacun
en droit ſoi , à l'exécution rigoureufe de certe
Lei , & de lui dénoncer les infractions qui pourroient
y être faites , »
« 9°. Recommande enfin à tous les Admi if
trateurs & autres fonctionnaires publics , civils
& militaires , de redoubler l'ardeur & affiduité
dans l'exercice de leurs fonctions , & à tous les
Ciroyers de le fouvenir que ce n'eft qu'en f.ifant
tous les facrifices , & en montrant un refpect
inviolable pour la Loi , qu'ils peuvent fe
montrer dignes de la liberté.
CC
"3
Ordonne que la préfente Proclamation fera
envoyée aux Corps adminiftratifs & judiciaires
imp ime , lue , publiée & affichée par- tout où
befoin fera. »
Fait au Confeil d'Etat , le 20 Juillet 1792
M 6.
1276 )
Fan 4. de la berté . Signé LOUIS, Et plus
kas , DEJOLY.
On avoit publié la mort de M. la
Fayette , au moment où l'on difcutoit à
TAffemblée s'il feroit décrété d'accufation ;
M. Dumourier l'avoit , difoit-on , tué en
duel . Il n'eft rien de cela qu'une forte de
provocation de duel , faite , dit-on , par
M. Dumourier à M. la Fayette lors de leur
entrevue à Valenciennes. Mais ce duel ne
doit , fuivant le bruit qui l'annonce , avoir
Tieu qu'a la paix. -Ce qu'il y a de plus
vrai,c'eft que les Jacobins vouloient donner
à leur créature , M.Dumourier , une armés,
& que cette armée fut celle où va paller
M. la Fayette , c'eft -à - dire celle du Nord.
Mais avant il falleit un Décret d'accufation
contre le Général de cette armés. - M.
Mathieu de Montmorency a donné la démiflion
d'Aide - de - Camp du Général
Luckner. Il en a rendu publics les motifs.
M. de Montmorency avoit écrit fous les
yeux du Général , & fait figner de lui ,
deux lettres adreflées à l'Alembiés , cà
M. Luckner fe plaignoit de l'infériorité de
nos forces & de quelques autres difpof
tions qui nous expofoient à être baitus ;
es Jacobins , les Conftitationnels , qui ne
veulent pas être battus , furent très - étonnés
d'un pareil langage. A la Commiflion des
Douze M. Luckier donna à entendre qu'il
【277 )
---
n'avoit point du tout voulu dire cela , &
que M.de Montmorency lui avoit fait figner
ces deux lettres fans examen. M. Luckner
dit encore à cette Commiffion , fuivant le
rapport de M. Guadet , qu'aucun Bas- Offcier
ni Soldat n'a déferté dans les armées
du Centre & du Nord. Il oublioit fans
doute les Huffards de Berchiny , de Saxe ,
& le régiment de Royal Allemand, La life
officielle des défertions inférée dans la Gazette
de France du 19 Mai de cette année;
les 4 Officiers & 4 Huffards de Chamboran
défertés le 17 avec chevaux , armes & bagages
, enfin une grande quantité d'autres
dont on peut s'allurer par les lettres offcielles
ou les rapports authentiques. Les
Autrichiens fe font emparés de Bavai ; ils
fortifient les environs , & les payfans , les
aident à porter les matériaux & à différers
ouvrages de conftruction. La pièce de
canon prife à Orchies ; & dont M. Dumou
Fier n'a rien dit dans fa dépêche , a été
conduite le 17 à Mons ; elle fe nomme
l'affaffine. On s'attend à voir tomber
Maubeuge entre les mains des Autrichiens.
Cette place n'eft point gardée fuffifamment ,
& l'armée ennemie campée à Malplaquet,,
la menace ainfi que les villes voifines . - M.
d'Orléans eft de retour à Paris , une partie
du Public croit toujours être fondée en
preuves pour trouver dans les démarches
quelque caufe ou quelqu'intention de trou
G
―
( 278 )
-
bles.-M. Carra & la Haute Chambre des
Jacobins prétendent arrêter l'ennemi , l'énerver
, tout brouiller , tout terminer en
soffrant la Couronne de France au Duc de
Brunswick; il feroit en même-temps proclamé
Reftaurateur de la liberté de l'Eu
rope, M. Cloors , Orateur du genre humain ,
doit , dit-on , en porter l'offre au Prince de
Ja part de la Nation de France. Il circule
dans le Public une lettre de M. de Calonne,
écrite au nom des Princes , à M. le Duc de
Luxembourg, comme Pair de France, où l'on
trouve l'explication du bruit qui a couru
d'une Affemblée de Parlementaires à Manheim.
Il paroît que cette mefure avoit été
propofée, mais la lettre porte textuellement
que Leurs Alteffes Royales ne croyert
pas qu'il foit poffible de former , quant
à préfent , & hors du Royaume' , une Affemblée
de Magiftrature légalement délibérante
, ni régulièrement active; mais elles
n'en font pas moins perfuadées , qu'il feroit
précieux & très intéreffant , que tous ceux
des Magiftrats qui fe trouveront à portée
de fe communiquer leurs idées , confignalfent
leurs principes dans un vau unanime ,
qui fervit de monument à leur fidélité &
de préfervatif cont eles faux fyêmes des
novateurs.» On peut s'attendre d'après cela
à voir paroître au premier jour la déclaration
des fentimens individuels des anciens
Magiftrats fur l'état du Royaume.
( (279)
J
02 #918-
A
all me nok ruimulli di
Leure au Rédacteur
10 25
74
-Extrait d'une lettre de Francforts, Je 15 Juillon
୨
L'Empereur arriva ci mercredi , dernier
9 heures du foir fans cérémonie. Le Maréchal
de Lafey , le Prince de Collerodo , le Vice-
Chancelier Comte de Cobentzel , le Comte de
Kaunilz - Ribbergs fils du Comte , & le Baron de
Spielman l'ont accompagné . Le lendemain matin
il fe rendit à l'Eglife du Dôme en grand cor-
2 tège , au milieu d'une triple haie de Gardes
des acclamations & des vivat du Peuple . Vetu
en habit de drap noir , & dépouille de toute décoration
, fa fimplicité contrafoit avec le fafte
véritablement extraordinaire qui l'entouroit . Quoique
fa phyfionomie délicate n'annonce pas ure
fanté à l'épreuve , cependant celle - ci eft infiniment
meilleure qu'on ne la repréfentoit , CePrince
montre beaucoup de jufteffe d'efprit , de pénétration
& de connoiffances . Hier en préfence de
beaucoup de gens confidérables il s'expliqua affez
ouvertement fur le but de la guerre , pour tran
quillifer ceux qui craignoient qu'elle n'entraînat
le démémbrement de quelque partie du Royaume
de France. "3
Le couronnement a cui fliiceuu hier . L'Empeyeur
en bele chevelure blonde , ayant de la grace
à cheval , la taille , avantageufe , la phyfionomie
douce & modefte a été accueil fur fon paffage
par des tranfports & des acclamations . Il n'eft
arrivé aucun accident , quoiqu'il y eut plus de
100 mille Spectateurs & peu de police ; mais le
caractère national y fupplée. L'Empereur dina am
Roemer & rentra chez lui à cinq heures . Le
foir il fe promena dans la Ville & alla voir la
( 289 )
1.
belle illumination en couleurs , préparée par le
Prince d'Estherapy. Ison ne connoît poist en
France ce genre de décoration . Francfort regorge
de monde , & préfente une affluence de Souv
rains de toute Grandeur, La police de la Ville ,
depuis dix jours , eft fous les ordres de ' Electeur
de Mayence & du Comte de Pappenhein
Maréchal d'Empire ( c'eft l'ufuge , On a poudé
les précautions très loin envers les Etrangers ,
fur - tout envers les François . Quinze de ceux- ci
étoient fignalés , les Officiers de la garnifon &
de la Milice Bourgeoile de Francfort avoient des
ordres rigoureux de les arrêter . Huit foot pris
& enfermés on a de plus arrêté un Piètre
nommé Cafeneuve , efpèce de fou qui a fait une
fcène chez l'Electeur de Trèves . Vraifemblable
ment , ces détenus ne font coupables que de propos
infolens , quoiqu'on eut répandu & écrit que s
Jacobins avoient complotté de faire fauter l'Eglife
St. Barthelemy & le Roemer pendant le Cocronnement
: ces informatious, venoient de Coblentz
où tous les jours on en imagi e de pareilles . »
1.
« L'Empereur fe rendra jeudi à Mayence cu
le Roi de Pruffe arrive le 20 , & après leur
conférence , le premier retournera à Vienne par
Munich. »
J
Le Roi de Pruffe arrivé le 14 Anfpa.h ,
fera le 23 à Coblentz ou plutôt au château
de Schonbafluft qu'il doit occuper . Son
fecond fils & le fils aine du Prince Ferdinand
font arrivés la fémaine dernière & cantonnés à
demi- lieu: de Coblentz . Ces jeunes Princes donnent
un exemple aux Princes François ; ils foot
logés dans un village , réduit chacun à une
chambre qu'un valet Parifien trouveroit fort incommode
, & couchés fur un pliant , Le Duc de
"
( 281 )
1
Brunswick vit avec la même fimplicité : il n'a
que deux Aides- de Camp : chaque Général des
Emigrés
en a 5 ou 6. "
*
Le Duc de Brunfwick que je vis arriver le
au foir au Thal vis - à- vis Coblentz , fut falué par
30 coups de canon de la fortereffe d'Ehrebrenstein
, fen quartier général eft à Horcheim , demi-
Jieue de Coblentz. Le même foir il prévin les
Princes François , ( 'Electeur étoit déjà renda
ici ) & leur rendit vifitei fe piqua de dite à
la galerie beaucoup de chofes agréables , entr'auties
: Meffieurs , vous ne devez plus vous
confidérer comme Emigrés , mais comme Franpois
armés avec nous . Le Prince de Conde , le
Maréchal de Broglie étoient de Pertevue . Par
un billet les Princes lui avoient demar de fon
heure pour le lendemain ; il monte fur le champ
à cheval & vint les trouver . Le lendemain matin
ils fe rendirent en nombreux co: tège à Hor heim !
l'entrevue fut de demi - heure. Le Duc , l'homme
du monde le plus délié & le plus courtois , les a
payés en po'iteffes aimables , telles qu'on en
faifoit en France dans le bon temps . »
Les Emigrés feront employés d'une manière
dépendante & fubordonnée : on les cantonne dans
J'Electorat de Mayence & quelques heux du Palatinat
, en forte qu'ils reſtent en arrière des deux
armées principales , comme réferve , comme
deftinés vraisemblablement à occuper le pays
conquis.
3
6
Le jour même de l'arrivée du Duc de Brunf
wick à Coblentz il fut précédé des Cuiraffi rs
d'llow , & des Bataillons d'Infanterie légère
Erneft & de Légat ; le lendemain & jours fuivans
font arrivés Thadden , Budberg , Eckartsbergs
Jordis Infanterie de 2800 hommes chacun,
( 282 )
les Cuiraffiers de Saxe- Weimar, & les Huffards
d'Eben , au nombre de 1600 hommes ; Artilleurs ,
Mineurs, &c. Le cantonnement de Siléfie , c'eſtà
- dire , huic régimens venus par Leipfick &
Wartzbourg traversent en ce moment Francfo t ;
il en paffe un tous les matins à 6 heures : jeudi
dernier Renouard Chaffeurs Infanterie légère ;
hier vendredi Hertzberg Infanterie , & Sapeurs ;
aujourd'hui Witlingof ; demain de Borch , un
troifième régiment d'Infanterie ; lundi les Huffards
de Wolfrath ; mardi aute régiment d'In
fanterie ; mercredi un régiment de Dragons ;
jeudi un fecond régiment de Huffards , & un
Bataillon d'Infanterie légère ; le tout failant
15000 hommes & plus de 2000 chevaux . Hertzbeng
Wiltingof & de Borch de 2800 chacun ,
fans compter l'artillerie , ont défilé fous les fenê
ires de l'Empereur & des Ambaffadeurs Pruf
fiens. Ce font de très -beaux Corps ; cependant
en général je préfère la tenue , la race d'hommes,
J'efemble de l'Infanterie Autrichienne; mais la
Cavalerie Proffienne l'emporte . »
сс
3
« D'autres Corps venant de Magdebourg &
Brandebourg ont paflé cette femaine , & pafferont
les premiers jours de la fuivante par la
Heffe pour tomber dans l'Electorat ,de Trèves ,
ou l'armée entière de 56000 hommes effectifs
fera raffemblée le 23 jour de l'arrivée du Roi ,
On a amené beaucoup de troupes légères , Huffards
& Chaffeurs accompagnés de l'artillerie
volante ou à cheval , qui fuit les Huffards &
donne aux troupes, légères la confiftance de l'Iafanterio
pa 2/1
Les Autrichiens arrivent auffi de toure part ,
mais par la Bavière , la Franconie , la Souabe
& le Palatinat. L'armée du Brifgaw eft en ce
(( 283 )
ɑmoment ɑde 40000 hommes divés en plufieurs
tamps on a pendu ces jours derniers au camp
près de Schweizingen , un Officier François du
Génie , attrapé à des dénombremens, & mandsvres
d'espionagoj rub stred
3
« Voici un trait qui peint la difcipline . Un
foldat del Tadden. Neufchâ ellois d'origine ,
saavile l'autre jour de dire à Coblentz en préfence
de trois de-fes camarades & d'un fourrier ,
-qu'où étoit bien bon de faire la guerre aux Påtriores
François qui demandoient leur bbercé , &
quel Genk Pouffiens vouloient en faires autans ,
ils om étoient les maîtres. Les trois foldats në dë-
Boncèrent pas le propos ; mais le fourrier avertit
POfficier Commandant ; celui ci alla au Dus.
-Faites fufiller cet homme dans demi - heure , BC.
donner to coups de bâtons aux écouteurs qui ne
l'ont pas denoncé , auffi - tôt dit , aufli-tôt fait.
J'aib lieu de croire que le Manifeite fera
publié le 124, Ibveftrà l'impreſſions Le Roide
Pruffe paffera fon armées en revue le même jour
$24 , les agi) 26 & 27 elle marchera aux frontières
de France: »
-Les forces : fetont réparties en quatre points
& divifions. Armée du Brifgaw pour l'Alface
40000 homines : armée de Lorraine pour contepir
Merz140000 hommes armée du Brabant your
Lattensoooo hommes : arméè qui marchera fur
Paris par la Champagne 600cd hommes, →→
1978
20 :
Sure 2115 40
7 1
1
Précis des féances des famedi , dimanche
10 to 35 tundi et mardi.
Séance du famedi 21. Décrété qu'il fera payé
80,141 livres pour expedition du camp de Falès.
{{ {2841)
Oa ordonne un rapport for des erreurs de noms
dans l'acte d'accufation contre les complices de
M. Dufaillant. La difcuffion fur M. Fayette
ett reprite , fora-t-ily ne fera-t - il pas décrété d'aecufation
pour fa lettre du 16 jam & fa pétition ?
Après de violens débats , on paffe à l'ordre du
jour ; & l'on décrète qu'attendu que le miniſtère
actuel a donné la démilfron de Rot sloccupera
de recompofer le ministère. Une lettre da
Roi annonce que S. M. a nommé M. Duboxchage
miniftre de la matine & M. Champion ,
miniftre de l'intérieur : On revient fur. M. de
la Fayette , longs difcours débats , murmo:es,
huées des galeries ; le tout fe termine par décider,
que l'on vérifiera le fait annoncé par M.
Guadet , favoir qu'étant adtable chez M. l'évêque
conftitutionnel de Paris , il avoit entendu
dites au général Luckner que M. Lafayette avoit
fait propafer à lui général Luckner , da joindre
fon armée à la fienne pour vetur fur Patis , è
quoi le général Allemand avoit répondu que fi
la Fayette allait: fur Paris ,ditele fuieroit & i
dauberoit . Pendant cette difcuffion unvacarme
affreux s'étoit élevé dans l'Allembiće . On annonce
dans Paris qu'on s'yǝbat,,', que les fédérés
appellent le fauxbourg St. Antoine à leur lecours,
on voit quelques groupes de gens courir dans
la rue S:. Honoré , les boutiques de ferment ,
l'attoapement fe, forme autour de L'Allemblée ,
on crie contre les Tuileries , on menace ; M.
Pétion paroi , il parle , rentre dans l'Allemblée
dit qu'il a tout rappellé à l'ordic , eft invité
aux honneurs de la téance & fort couvert
d'applauditfemens.
Séance du dimanche 22. Un député, den ande
((283 )
2
un congé pour aller fècourir fonpère mourant
le congé eft refufé. Des brigands ont viole
la fépulture du maréchal de Vaux , brifé latombe
& volé de plomb qui s'y trouvoit. La famille
demandes juſtice stenvoyé au pouvoir exécutif.
-- On annonce que les troubles du Finistère
font appaifés , que le juge de Fouesnant & les
payfans ont été diffipés , plufieurs tués & un grand”
nombre pris. M. Lacoste , ex miniftre de la marine
, écrit qu'il eft nommé à l'ambaſſade de
Tofcane , il demande qu'on apure, fes comptes >
pour pouvoir, fe rendre à fa million . Le dépar
tement de l'ère ( le Dauphiné ) réclame contre
l'envoi den 20 bataillons de l'armée de M. de
Mostefquiou a cele du Rhin. Un membre an
nonce que le Roi de Sardaigne a 58 mille
hommes dans les environs de Nice , & fe plaint
que le ministre ne l'ait point fait connoître. Le miniftre
& la commiſſion des douze rendi ont compte.
On a expédié un courrier à MM: Luckner &
la Fayette pour avoir d'eux des renfeignemens
fur les fairs dénoncés la veille par M. Guadet.
M. Druzy demande une loi rép effive contre
Baudace & le fcandale des galeries ; la demande
excire des rumeurs. La loi contre les applaudiſſemens
des galeries fera de nouveau imprimée &
affichée . On ordonne que les fédérés , dont 1500
font déjà à Soiffons , fe rendront à cette dellination.
Quelques vétérans invalides vienment remercier
l'Afemblée de ce qu'on les emploie ,
& des pétitionnaires demandent qu'on leur rende
M. Manuel
प
ལ
Séance du lundi 23. Une lettre du miniftre
de la guerre annonce que M. Arthur Dillon a
le commandement des troupes depuis Dunkerque
((286:))
•
ufqu'à Givet , & que le général Dumourier , qui
commandoit le camp de Maulde pau interim , en a
remis le commandement à M. Arthur Dillon.
Une lettre de Murde la Bourdonnaye , adretiée
au miniftre de la guerre , lui dit qu'un corps de
dix mille hommes Autrichiens , commandé par le
duc de Saxe Tefcher en perfonne, occupe Bavay.
& le camp de Malplaquet . M. Goffuin à appris que
Fennemi a en fa poffeffion le pont qui fur la Sam
bre donne l'entrée du royaume , qu'il eſt › établi
entre Avelne , Maubeuge & Landrecies , que la
première de ces places eft menacée , fans qu'on
puiffe efpérer de fecours de M. de Dillon qui a'a
que 14,000 hommes. Ma Cambon a marqué de
Finquiétude pour les provinces du midi. Legénéral
Montefquioueft à Paris. Il craint pour les oliviers
en cas d'invafion de l'ennemi. On a chargé le
comité militaire d'apprendre à l'Affemblée ni les
places fortes du Royaume font en état de réfilcance.
Le feu ja fpris à l'hôpital de Valenciennes
& a confumé un nombre confidérable d'effets de
campement , qu'il faudra remplacer . Décrète
que les régimens coloniaus feront formés en
compagnies franches & en légions - Quinze
millions ont éte mis , par un décret , à la difpoſition
du miniſtre de la guerre , pour la levée ,
l'équipement & l'augmentation de diverfes trou
pes. Le miniftre des affaires étrangères , interpellé
fur l'état de la Savoie , a renvoyé à fon
mémoire précédent , dont il réfalte de la part
de la cour de Turin , le refus de recevoir nos
ambaffadeurs & un raffemblement de 11,000
hommes près de Nice. M. Brifot a dit que M.
de Montefquiou l'a affuré ' qu'il y avoit so, 600
honimes fur nos frontières de ce coté. M. Kera
Jaint vouloit qu'on jugeât le Roi , & l'accufoit
( 287 )
de trahir la nation . Des fédérés font venus appuyer
cette demande , & ont ajouté qu'il falloit
mettre le royaume en état de furveillance active ."
La pétition eft renvoyée au comité. Les généraux
Biron, Cuftines , la Morlière & Broglie , annoncent
que leur armée n'eft que de 47,000
hommes ; que pour le mettre en état de sûreté
contre l'ennemi , ils ont armé les payfans , &
qu'enfin ils font des difpofitions pour attaquer
les peties Princes neutres de l'Empire .
conduite des généraux eft approuvée
par un décret. Décret que tant que la patrie
fera déclarée en danger les miniftres feront tous
folidairement refponfables de ce qui regarde la
sûreté intérieure & extérieure.
La
Une lettre du Roi annonce que M. Daban
court , adjudant général , a accepté le ministère
de la guerre , & que . du Bouchage garde par
intérim le porte -feuille des affaires étrangères.
Un décret rétablit M. Pierre Manuel , proeureur
de la commune dans les fonctions.
Séance du mardi 24. M. Lacoste infifte pour
aller à fon pofte en attendant l'apurement de fon
comple ; refufé. M. de Montefquiou paroît à la
barre ; il confirme , contre l'affertion du miniftre ,
que la Sardaigne a une armée de soooo hommes ,
& qu'il a été ordonné des priè es dans cet Etat pour
le fuccès des armes du Roi de Sardaigne contre les
François. Il propofe différens moyens d'augmenter
fon armée , inférieure à celle de l'ennemi ; ces
moyens font adoptés. Décrété que tous les généraux
pourront faire marcher le quart & même Iz
moitié des grenadiers & chaffeurs nationaux des
départemens voiúns des armées . Une lettre du
miniftre de la guerte annonce que l'ennemi s'étend
( 288 )
1
I
aux environs de Bavay , pour intercepter tomte
communication avec Maubeuge , qu'on travaille
a for fier les villes menacées , que M. Dillon a
teru confeil fur ces objets & qu'on a arrêté
quelques perfonnes que l'on fourçonne avoir
contribué Tincendie du magaliu de Valen
Gitanes.
2
#
M. Blin vient de publier la quarantefeptième
livraifon des Portraits des grands
Hommes Femmes illuftres , et Sujets mémorables
de l'Hiftoire de France , gravés
& imprimés en couleur . Cet ouvrage intéreffant
par le choix des Sujets & la
beauté de l'ex cation , l'eft encore par la
vérité des coftumes , ce qui peut la rendre
utile , non-feulement aux Gens du monde ,
mais même aux Artiftes . La livraifon
actuelle comtient, 1 °. le portrait de Pierre
ddubuffon , Grand Prieur d'Auvergne , &
la levée du fiége de Rhodes , à laquelle il
força l'armée Tu : que en 1480 ; 2 °. Thi
lippe Villiers de l'Ile - Adam , Grand
Prieur de France , & , comme le précédent,
Grand-Maîrre de l'Ordre de Malthe , &
Pentrevue qu'il eut avec Solimar II, après
la prife de Rhodes. Cette iné effante collection
fe trouve chez l'Auteur , place Maubest
, n . 17
PUECBFOLFUDIE1JRE7uCT9iSSSS2n.,
ETO NAT. Mardi 26. Merc. 27. Jeudi28, Vend. 29. Sam. 30. Lund.2J.
Actions
Emprunt
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110002101.0.8331.244..
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447-44
Id. Décembre 82. ib.p .... ib.p.b
Lot. d'Octobre..
Loc. d'Avril
Emportac12 1 b. 3.2.336.
3.2.b.
I.35 millions.
13
Sans Bulletin.
3.b. 416
Balletia.· 7374 75
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Emprunt 125 a
Borde. Ch.
Cante d'Eicohips 95.920 3925-3938 5928.4935
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Empr. National.b.
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1932-39401
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Amit
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Lond. 18.
Ham. 305.300.
Mad.. 2410.
Cadix. 245.
Liv. 163.
Cen
153.
Lyon.b.
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H 300.
Med4. 15.
Galiz 24
iv. 164.
Gên.. 152 55o.
Lyon. b.
1791 latreT.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , ICH
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettresfignées ,
& qui rendent compte de faus bien conftatés .
On obferve encore que les Rédacteurs n'on
rien de commun avec l'Abonnement , la diftri
bution , &c. C'eft à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
qu'il faut adrefer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refer au rebut.
& non à aucun péde
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
Effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Alignats , doivent être chargées
à la Pofte, pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de fabonnement eft de trente- fix liv.
franc de port pour la Province , l'Affemblee Na
tionale , parfon Décret du 17 Août , ayant doublé
te port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Pofies. On fout
crit Hôtel deThou , ruc des Poitevins . On s'a
dreffera au fieur GOTH , Directeur - Burtas da
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
EFNFEATTS.
Lund.2.
Mardi3. Merc.
4.
Jends.
Vend.6.
Actions.
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Caiffe d'Efcompt
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Sam. 7.
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Mad, 24.IS.
Cad. 24.10.
Liv. 165.
Gên. 153.
Lyon. p.
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Lond. 18.
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Mad. 25.
Cad. 2410.
Liv. 165.
Gên. 155.
Lyon. p.
Payeurs, année
1791, lettre A.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft provenu qu'on ne recevra j
mais dans ce Journal aucune reclamation , auc
détail d'intérêt particuler employé dans d'autr
Feuilles . On ne fait ufage que des lettres fi
& qui rendent compte de fais bien conftatis.
On obferve encore que les Rédacteurs n'e
rien de commun avec l'Abonnement , la dir
bution , &c . C'eft à M. GOTH , Soul Direda
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout d
gu concerne ces objets ; autrement des lettre
fouvent importantes pourraient refter au rebu
Les perfonnes qui enverront à M. Guth da
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ment voudront bien les faire timbrer ; faute d
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les leure
contenant des Affignats , doivent dire chargét
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crit Hôtel de Thon , rus des Poitevins. On s't!
dreffera au feur GUM , Diredcur du Bureda 43
Mercure L'abonnement ne peut avoir lica qu
pour l'année entière.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
EFFNEATTS.
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AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévinu qu'on ne recevra jamais
dans ce, Journal aucune réclamation , ayoun
detail d'intérêt particulier employé dans d'autre
Feuilles . On ne fait ufuge que des lettres &gues ,
& qui rendent compte de fans bien con lates
On obferve encore que les Rédateurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la difiribution
, & c . Ce à M. GUTH , foul Diredout
du Journal , hotel de Thou , rue des Peiteris ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut drejer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient reder au rebut.
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ment , voudront bien les fure , timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les leures
contenant des Affignats , doivent être chargin
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s'égarer.
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tionale , parfou Décret du 17 doût ,"ayan: doublé
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crit Hôtel deThou , rue des Poitevins On s'a
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Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
COURS DES
EFFETS
PUBLICS. Juillet 1792.
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Décembre82
Lot. d'Avril ...
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Sans Bulletin.
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Emprunt 120
Borde Ch.
Caiffe d'Efcompt.
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1934.25.1929.27.
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Mad.. 24. IS.
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IV. 168.
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Liv. 168.
Gen. 156.58.
Lyon. 1d.c.p.
annes
A.
AVIS TRES IMPORTAN
LE Public eft prévenu qu'on ne recevraj
mais dans ce Journal aucune réclamation
détail d'intérêt particulier employé dans d'an
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres g
& qui rendent compte de faits bien conflards ,
On obferve encore que les Rédacteurs
rien de commun avec Abonnement , la dif
bution, &c. Cefà M. GUTH fenl Direling
du Journal , hotel de Thou rue des Poueves ,
& non à aucun d'eux qual faut adreffer Love
qui concerne ces objets autrement des lettes
Jouvent importantes pourraient reffer au rel
Les perfonnes qui enverront à M. Guth de
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonne
ment voudront bien les faire timbrer ; fauts &
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les lettre
contenant des Affignats , doivent être charglu
à la
La Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prise de l'abonnement eft de trente fi liv
frane de pore , pour la Province , Affemblée Na
tionale , par fon Décret du 17 Août , ayant double
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente- trois liv . Il faut affranchir le pon
de l'argent & de la lettre & joindre à calle
dernière le rega da Directeur des Poftes. On fou
crit Hotel de Thon rus des Poitevins. On
dreffera an hour Gurn , Diredient lu Burax
Mercure L'abonnement ne peut avoir lien
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Juillet 1792.
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AVIS TRES -IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
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Feuilles . On ne fait ufage que des lettres fignéct
& qui rendent compte de faits bien confiates.
On obferve encore que les Rédalleurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal, hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout cel
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte, pour ne pas courir le rifque de.
s'égarer.
prix de l'abonnement eft de trente- fix liv!
franc de port , pour la Province , Affemblée Na
tionale , parfon Décret du 17 Aoû: ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il fan affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Poftes . On foug
crit Hótel de Thon rue des Poitevins. On s'adreffera
au four GUTH , Directeur du Bureau du
Mercare. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères