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1792, 05, n. 18-21 (5, 12, 19, 26 mai)
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19.00 Mo
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415
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Texte
( No. 18.
SAMEDI 5 Mai 1792.
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE
quant
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
Pour les Contes ; & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé de
la partie politique.
:: Tous les Livros , Cartes , " Ellampes . Mulique
& Avis divers doivent être adreffés à M. de
La Harpes que du Hafard , n°. 24,
Le prix de l' Abonnement eft de 56 liv.
frune de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE 1792.
MAI 31 jours & la Lune 29. Du 1 au 31 , les
jours croiffent , matin & for , de 38 .
JOURS
du
MOIS.
NOMS DES SAINTS.
mardi S Jacques S. Philippe..
2 mere. Athanafe,
jeudi. L'Inv . de la Ste Croix.
4vend. Ste. Monique , Veuve.
fam . Copverfion S. Augustin ,
4D Jean Porte- Latine.
lundi , Stanillas , Evèque. ~
a mardi Délité, Evêque.
mers . Grégoire de Nazianze .
11 vend. Mamert , Év.
J. PHASES
de de la
LUNE.
72
Temps moyen
au Midi wrai.
H. M. S.
18 56 48
11 56 41
56 43
140
15
56 28
P. L. 11 6 23
II 56 18
16
b. 25 m.
du foir.
56
14
10
56
18
19
10 jeudi Gordien. 20
21
12 fam. Nérée , Martyr.
22
15 D. Servais , Evêque. 23
CD.Q.
11
He 11 a7
4 lundi Les Rogations.
14
mardi dore
25
du mat.
16 Merc Honoré , Évêque.
26 11
$7
18 vend. Eric , Roi. II 6 .
9 19
17 jeudi. L'ASCENSION.
fam. Yves , Prêtre.
20D Auftrégéfile.
2r , lundi. Hofpice.
11 mardi Ste Julie , Vierge .
23
merc. [ Didier , Evêque.
24 jeudi, Donatien .
zvend . Urhain , Pape.
16am. Vieile- Jeûne.
27 D. PENTECOSTE.
28landi . Germain , Ev . de P.
29mardi Maximin.
onere . Quatre- Temps,
311, eudi.Ste . Petronille.
29 ON. L. 11
35 lepo , à102 11:56 12
Jh. 8 m.
Jdu feir.
11 55 16
11 56 28
II 5625
16.30
II 3636
56 43
Dr
Q II
56 17 8 ,le 29,21
9th. 2 m. II 17
10 du mat. 11 577
13 17 11
MERCURE
FRANÇAIS,
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ;
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE ,"
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; & par
M. FRAMERY , pour les Spectacles .
M. MALLET DU PAN , Citoyen
de Genève , eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique .
1
1
SAMEDI
5
MAI
1792.
PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18.
t
TABLE GÉNÉRALE
ODE:
Du mois d'Avril 1792. /
Il le fallait , ze. Part.
3 Julie.
6 Spectacles.
22 Notices.
23
30
33
Charade, E. Log.
EPIGRAMME,
Cherade , Enig . Logog.
Mélanie..
37 Spectacles. 54
38 Notices. 17
L'ELECTRICITÉ.
Charade. Enig. & Log.
Abrégé des Tranfactions.
611 Ephémérides.
68 Fai.
70 Annonces & Notices.
75
77
80
MADRIGAL. 851 Mémoires.
88
Charade , Enig . Log. 861 Annonces & Notices.
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
HIBLIOTHECA OTHECA
REGIA
MONAGENSIS .
MERCURE
FRANÇAIS.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
A MADAME DE G ***,
NAGUER j'avais une Amante ,
Que la tendre main de l'Amour ,
Tout exprès pour moi , fit charmante ,
Et qui me payait de retour.
NAGUERE j'avais une Amic
Dont la tendreffe & la douceus
Me promettaient , malgré l'envie ,
Un fentiment confolateur.
HELAS ! c'était ma belle Amante ;
Sur fon fein , la nuit & le jour ,
A 2
MERCURE
D'une main tendrement errante ,
Je cueillais les fleurs de l'Amour,
HÉLAS ! c'était ma douce Amie ;
Repofant fur fon tendre coeur
Malgré les peines de ma vie ,
Déjà je croyais au bonheur .
F.
Doux momens ! qu'en fa folle ivreſſe
Par un jeu malin , Cupidon ,
Pour les donner à la tendreffe ,
Ravit à l'auftere Raiſon.
Doux momens qu'une amitié pure ,
Fertile en tendres fentimens
Selon le voeu de la Nature ,
Charma par nos épanchemens.
TOUT m'eft ravi mais ta puiſſance
Va donc confoler , ma langueur ,
Raifon ! ... fi jamais ta préfence
Peut confoler un tendre coeur.
( Par un Abonné. )
!!
FRANÇAIS. S&
LES BATELIERS DE BESONS ,
CONTE MORAL.
I
J'AI
Premiere Partie.
' AI toujours aimé la campagne, Comme
elle et aujourd'hui l'afile & le repos de
ma vieilleffe , elle fut autrefois la joie &
les délices de mon jeune âge ; & c'eſt delà
que me reviennent mes fouvenirs les
plus iméreffar.s .
Le foir de l'un de ces beaux jours que
j'y pallais , me promenant fur le bord de
la Seine avec deux jeunes Femmes que
je n'appellerai que Sophie & Adélaïde ,
quoiqu'il me fût bien doux de les nommer
: Je gagerais , leur dis- je en leur montrant
la maifonnette d'un Batelier-Pêcheur
( car fes filets étaient pendus près de fa
barque , à la porte de fa cabane ) , je
gagerais que fous cet humble toit il y a
plus de bonheur que dans le plus riche
palais. Pourquci , me demanda Sophie ? -
Parce qu'on n'y défire que ce qu'on a lans
peine , & qu'après un travail facile , &
jégérement animé d'efpérance & d'inquiétude
, on y jouit d'un doux repos,
A 3
MERCURE
Cet affaifonnement du bonheur de la
vie touchait peu mes jeunes compagnes ;
mais en approchant de la maifonnette ,
nous fumes embaumés de l'odeur d'une
matelote dont on allait fouper ; & mes
Dames alors commencerent à croire qu'on
pouvait être affez heureux dans un ménage
dont le fouper fentait fi bon. Il leur en
prit envie ; & pour le lendemain , elles
formerent le projet de revenir le foir manger
dans la cabane une matelote pareille.
Il fallut favoir du Pêcheur s'il voudrait
nous en régaler.
:
En entrant chez lui , nous trouvâmes ,
autour d'une table appétiffante aux yeux ,
par la blancheur du linge , la netteté des
vafes & la blonde couleur du pain , nous
trouvâmes une famille qui refpirait , non'
pas la joie , mais le calme heureux du
bien- être un homme de cinquante à cin- *
quante-cinq ans ; un , plus jeune au moins
de quinze arts ; une femme de vingt- quatre
à vingt- cinq ans tout au plus ; & auprès
d'elle trois enfans, dont le plus petit pouvait
avoir été fevré depuis fix mois ; bien
entendu que fa Nourrice , encore dans
tonte la fraîcheur de la jeuneffe & de la
fanté , était groffe du quatrieme. Son mari
nous parut taillé . fur le modele du Gladiateur
antique ; & fa phyfionomie ouverte
& joviale était l'image de la franchiſe &
de la cordialité. Pour elle , on voyait bien
FRANÇAIS. 7
qu'avant que d'être niere , elle avait dû
avoir la taille de Diane , comme elle en
avait fur le front la fiere & douce modellie.
Elle nous reçut d'un air hofpitalier , &
nous demanda poliment ce qui lui procurait
la faveur de notre vifite. En pallant ,
lui dit Adelaide , nous avons refpire l'odeur
d'une excellente matelote ; & nous venons......
La Bateliere n'attendit point
qu'elle achevât pour nous offrir leur perit
foupé. Non , lui dîmes - nous , c'eft demain'
que nous viendrons nous régaler , vous
voulez bien le permettre.
Le jeune homine , en riant , nous promit
une matelote meilleure que la leur , &
auffi bonne au moins , dit-il , que celles
qu'il aifait dans l'Inde , que le Mogol
aimait tant. Le Mogol , dit Sophie avec
étonnement ! Qui , reprit - il , le grand
Mogol c'était - i fon mets favori . Auffi
m'avait-il pris dans unaffection finguliere ;
& nous ferions encore.enfemble , fi un
méchant voisin , un certain Roi de Perfe
appelé Nadir - Kouli - Kan , n'étais pas
venu , fans dire gare , lui battre fon
mée , lui voler fes tréfors , & lui prendre
fon Cuifinier. C'eft lui qui m'a fait quitter
l'Inde . Mais je le lui pardonne ; car c'eft
lui qui eft auffi la caufe que Bathilde s'eff
échappée , avec fon innocence , du Sérai
du jeune Sophi , & qu'elle eft venue à
Befons me donner ces jolis enfans.
A i
J.
8 MERCURE
- -
Que nous dites- vous- là , s'écrierent mes
jeunes Dames ? La vérité , dit - il avec fon
air tranquille & froid. Certe vérité - là
ferait bien étonnante ! - Pas plus étonnante
qu'une autre. Tout dans la vie ne
va-t- il pas de même , à vau- l'eau & à l'aventure
? Les hommes , fans comparaifon,
font tous comme du bois flotté ; l'un s'arrête
ici , l'autre là , felon les détcurs du
rivage , juſqu'à ce que le flot les ramene
au courant. Ft , par exemple , mon beaupere
que vous voyez , ferait - il là fi le
Czar Pierre n'avait pas voyagé en France ;
fi Elifabeth fa fille ne s'était pas fait couronner
; & fi , dans ce temps-là , les Tartares
n'avaient pas fait des courſes dans le
Royaume de Kazan ? Ajoute , dit le pere ,
fi un Commerçant de Danas n'avait pas
cru à la Métempfycofe , & fi quelque accident
n'avait pas détraqué la pendule du
Dey d'Alger.
Il nous femblait entendre le début d'un
Conte des Mille & une Nuits. Mais le
jeune homme & fon beau -pere fouriaient
de notre furprife ; & Bathilde , fans prendre
garde à ce que nous difaient fon pere.
& fon mari , s'occupait de la matelore.
Nous espérons leur dit Sophie , que
tous les trois , demain , vous voudrez bien
nous faire plus au long le récit de vos
aventures. Très - volontiers , lui dirent- ils .
A demain donc , car il eft tard ; & il
faut vous laiffer fouper.
-
FRANÇAI S.
En nous en allant, nous fîmes réflexion
que fi notre fociété favait ce qui , le lendemain
, nous attendait à la cabane , tout
le monde y voudrait verir ; & pour être
plus à notre aife , nous nous promîmes le
fecrer . Mais chacun de nous ellayant de
deviner comment tant d'épifodes fi divers
s'ajufteraient & fe lieraient enfemble, nous
y perdions tous notre peine . Ces bonnes
gens , difait Adél. ïe , n'ont - ils pas rêvé
tout cela ? Ft qui de nous , lui dis - je , s'il
veut le retracer les événemens de fa vie ,
ne croit pas les avoir rêvés ? Ce n'est pas
vous , Mesdames , dont les jeunes années
ont fi paiſiblement cou'é ; mais vousmêmes
, dans le fommel , n'avez - vous
jamais fait de ces fonges pénibles , çù l'on
croit tomber & rouler de précipice en précipice
, lutter contre les Hots , gravir fur
des écueils ? & n'avez - vous pas reffenti
l'inexprimable volupté d'en réveil qui vous
replaçait tour à coup dans un lit tranquille,
repofait votre ame accablée , & vous faifait
jouit da ravifant fpectacle de tous
ces périls diffipés ? C'eft - là , je crois , le
moment de bonheur le plus vif & le plus
fenfible. Eh bien , telle a été peut-être la
fituation de ces gens - là , en fe retrouvant
à Befons.

Le lendemain , en arrivant dans la cabane
, nous cûmes le plaifir d'y voir , au
milieu d'un feu clair , & dans un baffin
A s
MERCURE
auffi pur , auffi luifant que la flamme ellemême
, une ample matelote cuifant à gros
bouillon ; & après en avoir quelque temps
refpiré la douce fumée , nous allâmes l'attendre
, affis fur la pelouſe , où notre couvert
était mis. Là , nous invitâmes nos
hôtes à nous raconter leur hiſtoire.
La mienne n'eft pas longue, dit le jeune
homme. Je fuis né à Befons . Mon pere ,
Nicolas Verbois , était ce que je fuis , Batelier
, homme de riviere. Cette cabane
était la fienne. Ma mere était la foeur de
ce fameux Lucas , le premier homme du
Gros - Caillou pour les noces & les feftins ,
& fur- tout pour les matelotes . Je fus élevé
dans fa guinguette ; & à l'âge de quatorze
ans , j'en favais prefque autant que lui.
Vous ne fauriez croire , Mefdames
combien cette guinguette fut pour moi
une bonne école. Il y venait de temps en
temps une troupe de gens inftruits , & qui
parlaient comme des Livres du caractère
de l'homme de bien ; du plaifir & de l'avantage
qu'il y avait dans tous les états à
être jufte , honnête & bon ; de la nobleffe
& de la beauté de la vertu , de la laideur
& de la baffeffe du vice. En vérité , quand
ces gens-là , qui favaient tout au monde ,
fe rappelaient le temps paffé , & qu'ils en
citaient des exemples de fierté , de droiure
, de franchife & de loyauté , ils en
donnaient envie ; & moi qui les fervais
FRANÇAIS.
ff
qui les ecoutais , je ne les entendis jamais
fans me fentir l'appétit d'être l'homme
que je leur entendais louer. Ils firent tant
qu'à la fin remué par leurs difcours , je
me trouvai déplacé dans une guinguette ,
& je voulus prendre un état où l'ame für
moins à l'étroit. Mon pere était renommé
fur la Seine ; d'abord je fuivis fon exemple,
& je fautai fur un bateau dès que je puis
manier l'aviron . Bientôt je m'ennuyai de
ne naviger qu'en eau douce ; je voulus
être homme de mer. Je defcendis au Havre
, je me fis Matelot ; & dans fix mois
je fus dans l'Inde.
J'efpérais devenir Pilote , & puis ,
puis , tout ce que la fortune aurait voulu.
Mais on a bien raifon de dire qu'on ne
peut fuir fa deftinée ; & la mienne avait
réfolu que je ferais Batelier à Befons.
Lorfque nous fumes arrivés dans l'Inde
mon Capitaine ayant vanté quelques ragoûts
que j'avais faits fur le navire , il ne
fut bruit que de mon talent. Le Gouver
neur me fit venir. Il m'effaya ; il fut content
de moi , & fi content , que pour complaire
au Nabab du Décan , qui défirait
d'avoir un Cuifinier Français , ce fur moi
qu'il lui envoya.
T
Le Nabab allant à Delly faire fa cour
je l'y accompagnai ; & dans les diners qu'il
donna , je fis fi bien pour foutenir la renommée
du Gros- Caillou , que l'Empe-
A 6
12 MERCUAR ET
reur, qui n'entendait parler que de ragoûrs
à la françaife , engagea le Nabab à me
céder à lui. Il était friand , le Mogol ; je
le régalais de mon mieux : ainfi nous nous
trouvions le mieux du monde l'un de l'autre
; & qui fait jufqu'où la faveur aurait
pu m'élever ? Il ne failut pas moins qu '
Roi de Perfe & des batailles pour renverfer
mes efpérances.
و
Tout à coup j'entends dire que les frontieres
de l'Empire font attaquées , & que
ce Roi de Perfe, appelé Nadir- Kouli- Kan ,
s'avance à la tête de cent mille hommes.
Il foumet nos Provinces , il les ; met au
pillage , & il écrit à mon bon Maître que
tout ce qu'il en fait , n'eft que par amitié
pour lui . Enfin , après lui avoir battu un
million de mauvais Soldats pris leur
camp , raflé leur bagage , leurs armes , leur
artillerie , il vient cordialement s'établir à
Delly , dîner , fouper , loger dans le palais
de l'Empereur ; & croyant même lui faire
grace que de lui laitfer fa couronne , il lui
enleve tous les tréfors. C'étaient des tont
nes d'or , des boiffeaux de rubis , de perles
& de diamans ; c'étaient des richeffès immenfes.
Encore fallait- il tous les jours le
traiter magnifiquement.
Avant de s'en áller , il maria l'un de
fes fils , Allah Mirza , avec une Frinceſſe
de l'Indoftan ; & le Mogol fut encore obligé
de donner le repas de noce . Je vous laiſſe
FRANÇAIS . 13
à juger fi je les fervis de bon coeur. J'aurais
voulu , au lieu d'anguilles , leur faire
avaler des couleuvres. Mais je n'en fis pas
moins la matelote en confcience , heureufement
pour moi , comme vous allez voir.
Nadir l'avait trouvée fi bonne , & il en
avait tant mangé , tout fobre qu'il fe
piquait d'être , que la nuit il en fut malade
, & rien n'était plus nature!. On vint
m'eveiller en furfaut : c'étaient fix de fes
Gardes , qui , le fabre à la main , m'ordonnerent
de me lever & de les fuivre. J'obéis,
& je fus conduit dans l'appartement de
Nadir. Je le trouvai à demi couché fur un
fopha. Je crus voir un géant terrible. Sa
moutache était hériffe , fon viſage était
allumé , & fon oil ardent de fureur. J'étouffe
, me dit- il , & je fens des épreintes.
Tu m'as fans doute empoifonné avec tés
perfides ragoûts. Confelle- moi ton crime
& je le pardonne ; car tu n'auras fair
qu'obeir. Un Cuifinier Français , lui dise
je, fair affaifonner des ragouts , & non pas
les empoisonner. Cette réponſe fronte &
fiere l'étonna. Qu'eft- ce donc , me dit- il ,
que les épreintes que je lens ? Je crois le
favoir, répondis- je ; mais je ne le dirai qu'à
toi. Alors il fit éloigner les Gardes.; & il
m'ordonna de parler. Roi des Perfans , lui
dis-je l'anguille eft indigefte ; ta Haurelle
en a trop mangé. Cela peut - être , repritils
mais tu as fait prudemment de ne le
14 MERCURE
dire qu'à moi feul. Ce mot t'aurait couté
la vie. Sais - tu quelque remede à mon
intempérance ? Oui , lui dis - je : un vaſe
d'eau tiede qu'il faut avaler tout d'un
trait. Il le but , il fut foulagé. Ecoute, me
dit-il , je te fais gré de m'avoir fait connaître
le plaifir de la gourmandiſe. Mais
l'indigeftion eft indigne de moi ; & que
l'excès où je fuis tombé foit ta faute où
la mienne , je t'en ordonne le fecret : ta
tête m'en répond ; & pour m'en affurer ,
demain je t'emmene à ma fuite.
I
Quoi ! dit Adélaïde , vous voilà dans la
Perfe au fervice de Kouli- Kan ! Hélas !
oui , reprit le jeune homme. Je voulus en
vain m'en défendre. Je lui repréſentai qu'il
enlevait à mon bon Maître fes tréfors ,
deux de fes Provinces , tous les diamans
de fa couronne ; & je le conjurai de lui
laiffer au moins un véritable ami. Il ne
me répondit que par un fier fourire ; & il
fallut partir le lendemain pour la Perfe où
je fus fept ans .
:
Nadir , tout ce temps-là fut occupé de
fa guerre contre les Turcs ; mais à la paix,
en rentrant chez lui , il crut trouver fa
Cour amollie & affriandée , & m'accufa
d'avoir gâté le goût de fes enfans. Il fut
cependant généreux envers moi; car m'ayant
fait appeler , il me dit : Cuifinier Français,
je t'eftime ; tu m'as montré de la franchiſe
& du courage , & tu fais d'excellens caFRANÇAIS.
Is
goûts ; mais tu nous rends intempérans ; &
mon devoir à moi eft de rendre mes enfans.
fobres. Va-t-en , comblé de mes bienfaits.
Son Tréforier me prodigua les bourſes d'or,
& je partis.
Mon premier mouvement fut de retourner
à Delly confoler mon bon Maître ;
car je le favais malheureux. Mais mon retour
dans ma Patrie avec mes bourfes d'or,
eur pour moi tant de charmes que je ne
pus y réfifter. Je fuivais une caravane pour
gagner la Syrie , où j'allais m'embarquer ;
lorfqu'au delà du Tigre , dans les plaines
du Diarbek , la caravane fut attaquée par
les Arabes ; & les bons Mufulmans & moi
nous fûmes tous dévalifés. Il n'y avait rien
de plus commun : ces Arabes étaient voleurs
, comme moi j'étais Cuifinier ; &
après avoir vu enlever au Mogol pour des
milliards de richeffes , vous penfez bien
que je fus peu furpris de me voir confilquer
ma petite fortune : c'était la mode du
pays. Je me fauvai du côté d'Alep , avee
quelques fequins que j'avais bien heureufement
fu dérober à mes voleurs.
Alep , dans le Levant , eft une ville de
commerce ; & j'efpérais y trouver bientôt
quelque moyen de paffer en Europe. Je ne
me trompais pas. Mais ce que j'y trouvai
fans m'y être attendu , ce fut ma femme que
voilà. La pauvre enfant était eſclave ; &
avec une foule d'autres , elle était miſe en
16 MERCURE
vente dans le marché d'Alep , affez légérement
vêtue , avec un voile fur les yeux . Dans
fes compagnes d'infortune , je n'apperçus
aucune émotion , ni de honte , ni de triltelle
; mais chaque fois qu'on levait le voile
de celle- ci , je voyais ruiffeler fes larmes
fur fon fein , & fon voile en était trempé.
Je vis autfi fes belles joues rougir d'une
honnête pudeur. J'en fus touché jufqu'au
fond de l'ame; & en paffant près d'elle ,
je ne pus m'empêcher de dire , dans la Langue
de mon pays : La pauvre enfant ! Ces
mots français frapperent fon oreille ; &
quoique j'eulle pris l'habit Arménien , elle
elpéra de n'être pas étrangere pour moi.
Qui donc êtes - vous , me dit - elle à demivoix
, pour me parler ma Langue , & pour
vous montrer fi fenfible à mon malheur ?
A ces paroles , je fentis mon coeur treffailir.
De ma vie je n'avais éprouvé une
pareille émotion ; & je crois que dès ce
moment , je l'aimai autant que je l'aime .
Si vous êtes Français , fi vous êres Chrétien
, par pitié , me dit-elle , achetez - moi ;
fauvez- moi de ces Infideles ..... Ah ! les
maudits Arabes ! Pourquoi m'avaient - ils
pris mon or ? Avec quelle joie je l'aurais
employé à racheter la belle Efclave ! Je
comptai le peu de fequins qui me reftaient ;
& m'adreffant au Syrien qui l'avait mife
en vente , je lui en demandai le prix. Ce
prix excédait de beaucoup mes facultés ;
FRANÇAIS. 17
cependant je n'eus pas d'abord l'air de
vouloir y renoncer ; & pour m'en donner
plus d'envie , le Marchand me laiffant
l'examiner tout à mon aile, j'eus le temps
de dire à l'Efclave , que j'étais défolé de
ne pas me trouver affez riche pour la
payer ; que j'étais Français ; que j'allais
m'ingénier dans ma Patrie pour me procurer
fa rarçcn ; que je m'appelais André
Verbois , que je ferais près de Paris , dans
le village de Befons ; qu'elle m'y fît favoir
, s'il lui était poffible , ce qu'elle ferait
devenue ; que je ne l'oublierais jamais ;
que je la conjurais de ne pas m'oublier.
Elle me le promi . Elle me dit fon nom
Bathilde Lorizan ; elle ajouta que vraifemblablement
fon pere était comme elle
Efclave , & que fa plus grande douleur
é ait d'en être féparée fans aucune efpérance
de le révoir jamais.
Dans le moment un vieux coquin de
Cypriore vient lui annoncer qu'elle eft à
lui ; & je me la vois enlever . Ah ! les
maudits Arabes ! Pourquoi m'avaient - ils
pris men or ?
D'Alep Smyrne où je m'embarquai
& de Smyrne à Marseille , & de Marſeille
ici , je n'eus que ce regret & que cette
même penfée. Ces beaux yeux d'où tombaient
des larnes , ce beau fein qui en
était baigné , ce regard fuppliant fi doux
& fi fenfible , cette voix dont le fon m'a18
MERCURE.
vait pénétré l'ame ; tout m'en était fi préfent
, que fans ceffe je croyais la voir &
l'entendre.
Mais lorsqu'en arrivant à Befons , je
trouvai cette cabane abandonnée , & que
l'on m'apprit que mon pere , dans une débacle
des glaces de l'hiver précédent , avait
péri en voulant fecourir des malheureux ;
cette douleur me fit oublier l'autre , & j'en
fus d'abord accablé. J'en revins cependant ;
& le fouvenir de Bathilde me reprit plus
fort que jamais.
J'avais eu l'efpérance d'intéreffer pour
elle mon vieil oncle Lucas : chaque noce
& chaque feftin qui fe fera chez lui , contribuera
, difais - je , à la rançon de cette
aimable fille ; car le vin & la joie rendent
les bonnes gens meilleurs encore & plus
fenfibles. Mon oncle lui- même eft fi bon !
il groffira la fomme ; & moi , par mon
travail , je tâcherai de l'achever ; enfin Bathilde
me donnera de fes nouvelles ; & dès
que je faurai où la trouver , je partirai.
Mais Lucas n'était plus le même : il
s'était enrichi , il était devenu avare il
avait quitté fa guinguette ; il était Bourgeois
de village ; & quand j'allai le voir,
il me reçut mal ; il me dit que fi j'avais
voulu le croire , je l'aurais remplacé dans
fa profeffion ; que j'avais mieux aimé courir
le monde , & qu'il n'avait plus qu'un
confeil à me donner : c'était de le courir
\
FRANÇAIS. 19
encore , ou de reprendre l'aviron. Je fus
tour auffi fier que lai. Je lui répondis que
j'étais jeune , que j'avais bon bras & bon
coeur , que je ne lui demandais rien qu'une
franche amitié en retour de la mienne , &
que ce marché- là ne le ruinerait point.
Je me remis donc au travail , & ce
travail fut fans relâche. Au port , fur des
bateaux , à la corde du bac quand il y
avait foule au paffage , tantôt Pêcheur
& tantôt Marinier , le jour , llaa nnuuiitt ,, fans
ceffe on me trouvait par-tour , & cela dans.
l'espoir que mes falaires amaffés racheteraient
peut- être un jour cette malheureuſe :
Bathilde. Mais où l'aller chercher ? c'étaitlà
mon plus grand fouci.
J
Heureufement enfin j'appris que dans
Paris il y allait avoir une Proceffion de
Captifs , tout nouvellement délivrés. Ah ! -
dis je , quelqu'un d'eux peut- être me dira :
ce que Bathilde eft devenue. Quelqu'un
peut l'avoir rencontrée au Port de Tripoli ,
de Tunis ou d'Alger . J'allai aux Mathurins
attendre les Captifs , les queftionner .
l'un après l'autre , demandant à chacun ,
s'il n'aurait pas ouï parler d'une Elclave
appelée Bathilde Lorizan , Françaiſe dej
naillance , & dont le pere était aufli captif
dans les Echelles du Levant.
Jugez de fa furprife quand ce fut à
lui - même que je parlai. Ah ! bon jeune
homme, me dit- il , quel intérêt fi généreux,
[
20 MERCURE
prenez - vous à cette famille ? Je fuis ce pere
infortune ; & plûr au Ciel qu'il me fût
poflible de favoir au moins cù eft ma fille !
Mais encore une fois , quel motif généreux
vous intérelle à notre fort ? Je lui contai
notre aventure ; & l'état où j'avais laiffé
fa chere enfant , lui fit verfer des pleurs
aners .
Çà , lui dis - je , point de faibleffe . Le
Ciel peut être écoutera nos voeux ; car il
aime les gens de bien. Déjà nous voilà
deux qu'il fait trouver enfemble ; il ne lui
en coutera pas davantage de faire que nous '
føyens trois .
Tfe preffa de me demander fi dans
l'Inde , ou en Perfe , on ne m'avait pas fait
renier ma Croyance. Nen , par S. Nicolas,
lui dis - je ! Ils favaient bien que j'étais
Français . Je les fervais en homme libre ;
& ils ne m'ont pas plus parlé , du Credo
que de l'Alcoran. Alors ce bon pere leva
les mains au Ciel ; & je vis bien qu'il
penfait à fa fille. Mais quant à moi , dès
ce moment il voulut bien me traiter en
ami , & me confier fa détreffe .
A cinquante ans , feul , délaiffé , fans
biens , fans induftrie , & n'ayant que des
connaiffances dont perfonne n'avait befoin ,
qu'allait- il devenir ? Bon ! lui dis- je , eſtce-
là ce qui vous inquiete ? Je connais un
métier que vous faurez dans quatre jours,
& qui donne à vivre à fon homme. Venez
FRANÇAIS.
21
"
être Pêcheur avec moi , à Belons . Ma cabane
peut bien nous loger l'un & l'autre,
& Bathilde encore avec nous , car je lui
ai dit mon nom & ma demeure ; & après
ce qui nous arrive , j'efpere encore plus
que jamais de vous l'amener un beau jɔur.
Il vint donc ici. Nous foupâmes auffi bien &
plus à notre aile que ne foupaient enfemble
le Roi de Perfe & le Mogol ; & après
avoir bu quelques coups d'un vin vieux
que je gardais pour mes amis & pour mes
matelotes , il me dit fon hiftoire comme il
va vous la raconter.
Par M. MARMONTIL .
( La fuite au : Mercure de Juin . Y
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Porte-feuille ,
celui de l'Enigme eft le Feu, & celui du Logogriphe
eft Roffe , où l'on trouve Rofe.
CHARADE.
L'Excès de mon premier fait perdre la raiſon ;
Mon fecond , bien placé fur la tête d'Adele ,
Donne à fon oeil févere un petit air fripon ;
Et mon tout en roulant peut me traîner chez elle.
(Par un Abonné.)
22
MERCURE
ÉN I G M E.
IcI-BAS , cher Lecteur , je fuís vile à vos yeux ;
Mais en coupant mon chef , ô l'admirable chofe !
O la rare métamorphofe !
J'étais dans les ruiſſeaux , & je fuis dans les Cieux.
EN
LOGO GRIPHE.
me décompofant , fi tu veux me connaître ,
Tel que je fuis je vais paraître.
J'ai quatre pieds , & je fuis chancelant ,
Toujours je marche en tâtonnant ;
On trouve en moi cette maudite engeance
Qui nous ronge après le trépas ;
Le foutien de notre exiſtence ;
Une riviere ; une ville de France ,
Qui par le nom ne ſe diſtinguent pas ;
Un mot fynonyme à colere ;
Et puis encor le bord d'une riviere .
Commeje veux , Lecteur , finir ton embarras ,
Je te dis franchement que je fuis fort fincere.
(Par mn Abonné. )
FRANÇAIS. 23
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE Retour du Mari , Comédie en un Acte
& en vers ; par M. de SÉGUR le cadet ,
repréfentée pour la premiere fois , au
Théâtre de la Nation , le 25 Janvier
1792. A Paris , chez Gattey , Libraire ,
au Palais-Royal, & chez les Marchands
de Nouveautés.
UN jeune Militaire de vingt ans ; logé
chez une Baronne fa coufine , en devient
amoureux pendant une abfence de fix mois
qu'a faite le Baron qui l'a élevé & qui lui
tient lieu de pere. Il a produit une impreflion
affez vive fur le coeur de fa coufine , femme
honnête & fenfible , qui fe reproche fa
faibleffe , au moment où elle reçoit des
nouvelles du retour prochain de fon mari.
Elle est déterminée à éloigner ce jeune
homme , & parvient, à peu près, à l'y réfoudre
lui-même , quand le Baron arrive. Il
aime tendrement fa femme & a beaucoup
d'amitié pour le jeune Lindor : il s'apperçoit
-bientôt de quelque intelligence entre eux &
de leurfituation contrainte. Un meffage d'une
Femme de Chambre qu'il furprend portant

24
MERCURE
>
à Lindor une caffette remplie de fes lettres
que la Baronne lui renvoie, confirme encore
les foupçons du Baron. Mais ne doutant
ni de la vertu de fa femme , ni de l'honnêreté
de fon éleve , il fe fatte de guérir
celui- ci en l'éclairant fur le danger où il
s'expofair d'être à la fois ingrat & perfide.
Dans une fcene de confidence , il feint
-qu'il s'eft trouvé lui- meme dans une firuation
toute femblable à celle de Lindor , &
ne manque pas de faire fentir l'aiguillon
du remords à ce jeuné homme , qui , de
lui-même , en avait déjà éprouvé quelques
atteintes. Il le quitte , lorfqu'il le voit attendri
& troub'é . Lindor prend le parti
de quitter fur le champ la Baronne én lui
témoignant tout fon repentir ; mais le Baion
gui les enrent , & qui , dès ce moment ,
fe oroit fûr du coeur de tous les deux apiès
la leçon qu'ils ont reçue , veut s'oppofer à
leur féparation ; ce qui n'empêche pas que
le jeune homme , devenu fige , ne perfifte
dans fa réfolution , la feule qu'il y eût à
prendre , & ne parte auffi - tôt , emportant
les regrets de la femme & l'eftime du
mari.
-
Le fond de ce petit Drame eft moral &
intéreffant. Il eût fallu , fans doute , en
tirer quelques fituations & nouer une in-
Strigue ; c'est ce qu'exige toute piece dramatique,
même en un acte. Ici le fujet n'eft
qu'effleuré. Le Baron a trop peu à faire ,
>
puifque
FRANÇAIS. 25
puifque Lindor , à la fin de la premiere
fcène , qui eft un peu longue , eſt déjà
prefque entiérément décidé à partir , & que
la Baronne lui renvoie fes lettres , facrifice
qu'on ne fait guere que quand la raiſon
elt déjà plus forte que l'amour. Il s'enfuit
que l'effet de la fcène décifive entre le
Baron & Lindor eft trop prévu d'avance ,
& que le dernier fe rend fans aucune ré
fiftance ; en forte que cette Piece , faute de
refforts effentiels , eft plutôt un Proverbe
moral qu'an véritable Drame, Mais la faibleffe
des moyens ne détruit pas l'intérêt
naturel qu'inipite la fituation des deux jeunes
gens & la noble confiance du Baron . Le
ftyle eft faible & négligé , mais facile &
fans affectation ni mauvais goût , ce qui eft
quelque chofe aujourd'hui. Il y a quel
ques fautes de fens & d'expreffion qu'il
ferait aifé de corriger. Dans la premiere
fcène , par exemple , la Baronne dit à
Lindor :
Je fens à mes remords
Qu'on peut être coupable avant d'avoir des torts;
Lindor , féparons-nous.
Ce mot de coupable eft ici . très - déplacé,
fur tout en l'oppofant à celui de torts,
qui eft beaucoup plus faible. Le rapport
des idées & des expreffions demandait précifément
l'inverfe ; car la Baronne a eu des
N. 18. f Mai 1792 . S
B
26 MERCURE
torts , & n'eft point encore coupable. Il
fallait donc dire :
Je fens à mes remords
Qu'avant d'être coupable , on peut avoir des torts .
Elle s'exprimerait avec juftelle ; car elle
a eu le tort d'écouter l'amour de fon cou
fin , de recevoir fes lettres , &c. :
C'est encore une difconvenance d'expreffion
, mais beaucoup plus légere , de faire
dire au Baron , en parlant de la femme ,
eelle que je révere. On refpecte fa femme;
on ne la révere pas , à moins de grands
motifs & de grandes occafions , & la Baronne
n'est pas dans ce cas . Cette nuance eft
délicate ; mais elle eft utile à obferver pour
ceux qui veulent connaître la valeur des
termes révérer et le dernier térme du
refpect.
Rarement pourrait -on trouver
Un coeur, plus que le mien , loin de l'indifférencé.
On entend ce que l'Auteur a voulu dire ;
mais la conftruction eft vicieuſe : elle devait
être ainfi un coeur qui foit plus loin de
l'indifférence que le mien. Plus ne peut
pas ici fe féparer de loin , parce que c'eſt
fur loin que porte l'idée de comparaiſon.
Tout le bien que diffipa ma mere
Fut réparé par lui.
FRANCAIS. 27
On répare la perte d'un, bien' ; mais on
ne répare pas un bien c'eft une impropriété
de mot . En voici une plus forte , parce
qu'elle forme un contre- fens.
Celle que ton coeur aime
Ouvrant enfin les yeux & voyant tous les torts ,
Par fes reproches vains aigritait tes remords.
*
L'Auteur voulait dire , par fes feproches
tardifs & inutiles , ce qui eft très - different
de reproches vains , qui fignifient reproches
mal fondés , & les reproches dont il s'agit
feraient très fondés , & ne ferainte rien
moins que vains. On voit par ces exemples
qu'en négligeant la jufteffe des termes , on
peche contre la juftelle des idées : c'eft
par cette raifon qu'il n'y a point de ftyle
fans le mot prop: e.
Dans la fcène troifieme , celle du rercur
du Baron , il y a une faute contre les bienféances
théâtrales qu'il était facile d'éviter .
L'Aureur avait befoin de ménager à la Baronne
une fcène avec Life:te fa Femme de
Chambre , pour renvoyer les lettres de
Lindor. Le moyen qu'il emploie eit, de
faire dire à la Barome, quand fon mari veut
entrer chez lui & Finvite à le fuivre :
*
V₁
Souffrez qu'un inftant je vous quitte
Je vous fuivrai bientôt.
>
>
Mais cette abfence , fans aucun motif
M.ER CURE
énoncé , au moment du retour de fon mati ,
eft contraire aux bier féances. Il était bien
plus fimple de faire dire au Baron qu'il a des
ordres à donner , & qu'il va revenir fur le
champ pour fe livrer tout entier au plaifir
d'être avec fa femme & fon jeune ani. Cette
faute peut être corrigée fans peine ; mais
elle doit l'être , d'autant plus que la repréfentation
de cet Ouvrage , qui eft parfaisement
exécuté , ayant paru agréable , il eft
fufceptible d'être rejoué .
ANNONCES ET NOTICES...
ATOLOGIE de la Révolution Françaife & de
les Admirateurs Anglais , en Répofe aux atta
ques d'Edmund Burke ; avec quelques Renarques
fur le dernier Ouvrage de M. de Calonne .
Par Jacques Mackinto Ouvrage traduit de
l'Anglais fur la 3. édition ; in- 8 °. A Paris , chez
Buiffon , Imp - Lib. rue Haute-feuille, No. 20 , Prix,
3 liv. 18 f. & 4 liv. franc de port par la Pofte
$.10
DROITS DE L'HOMME , 2. Partie , réuniffant
les principes & la pratiqué ; par Thom. Payne ,
Secrétaire du Congrès pour le Département des
Affaires Etrangeres , pendant la guerre d'Amés
ique ; & Auteur de l'Ouvrage intitulé le Sens
commune traduir de l'Anglais fur la edition ;
in- 8 °. Prix , 2 liv . br. & 2 liv, 10 f. franc de
port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imp-
Libr. rue Haute-fenille , No. 4o ; &. Tétu, Imp-
Lib. même rue , No.
FRANÇA I S. 29
NOUVELLE LÉGISLATION , ou Collection
complette & par ordre de Matieres , de tous les
Décrets rendus par l'Affemblée Nat . conftituante
aux années 1789 , 1790 & 1791 ; le tout vérifié
d'après les Archives Nationales. Les Partics ac
tuellement en vente font : 1º. Organiſation des
Pouvoirs Légiflatif , Exécutif & Adminiftratif ,
Partie complette , 3 Volumes : 2º. Organiſation
du Pouvoir Judiciaire , Partie complette , 2 Vol.
3°. Code. Eccléfiaftique , Parrie complette , 2 Vol.
4. Code de l'Ordinaire des Finances , Partie commencée
, 2 Vol . Le , refte , eft fous preffe , & paraîtra
inceffamment. Cette Collection aura feize
Volumes chaque Vol. d'environ soo pages , &
accompagné d'une Table raifonnée ( on en joindra
une générale & par ordre alphabétique , aux
délirs de MM. les Soufcripteurs ) fe vend 3 liv.
15 f. pour Paris , & 4 liv. 10 f. pour les Départemens
, franc de port . Si l'on ne prend qu'une
partic , chaque Volume coutera, 10 f. de plus . A
Paris , chez Devaux , Libraire , au Palais-Royal ,
No. 181....
Cette Collection , ou regnent l'ordre & la clarté,
eft d'un ufage facile & commode ; les Difcours
& Rapports qui accompagnent chaque Mariere. ,
fervent à la développer avec intérêt ; c'eſt l'Ouvrage,
le plus, utile, pour les Citoyens . qui veulent
connaître les Loix qui les gouvernent , pour toutes
les claffes de För ctionnaires publics , & fur-tout
pour MM. les Députés , qui trouveront. , au premier
coup d'oeil, tous les objets qu'ils auront bofoin
de fe rappelen. Cet Ouvrage a reçu de l'Affemblée
Nationale , à laquelle il a été préſenté ,
T'accueil le plus flatteur & le plus diftingué , &
i en a été dépofé un Exemplaire aux Archives
Nationales..
B
&
30 MERCURIE
CODE CIVIQUE , ou Manuel du Citoyen Pfançais
; contenant l'enfemble des principaux Decrees
émanés de l'Affemblée Nationale conftituante &.
de l'Affemblée légiflative actuelle , far les diver
fes parties du Droit public & privé de la Frances
réunis & claffés méthodiquement en diverfes Sec+
tions , felon l'ordre des Matieres , avec fimple
indication des Décrets particuliers & decir
conftances ; par un Député de l'Affemblé conf
fituante . 2 forts Vol. in 12 de 6co pag . chacun ,
belle impreffion & beau papier. A Paris , chez
Petit , Libr. au Palais Royat , galerie de bois ; &
Belin , Lib . rue St -Jacques: Prix , 9 liv.
21
Le but de l'Editeur de cette nouv . Collection des
Décrets , a été d'offrir à tout Citoyen Français
l'avantage de trouver réuni en trois ou quatre
Volum. au plus, d'un format portatif & commode,
tout ce qu'il peut lui importer de connaître touchant
les nouvelles Loix de fon pays . Les Volumes
qui paraiffent inté eflent particuliérement tous
les Fonctionnaires publics , en ce qu'ils contiennent
uniquement les Loix relatives à l'ordre politique
du Royaume . On a fuivi dans le partage des
Matieres , la divifion indiquée par la Conftitution
même ; & à l'avantage de cette diftribution , ce
nouveau Recueil joint celui d'être moins volumineux
& bien moins cher que tous les autres. 3.
7
ÉTAT GÉNÉRAL du Service des Diligences ,
Meflageries Nationales , Coches & Voitures d'eau
de France ; in -8 ° . Prix , 1 liv. 4 fols br. fans
Carte , & liv. 16 fols avec la Carte. A Paris,
chez Ballard , Imprimeur , rue des Mathurins ' ;
chez les Suiffes de l'Hôtel des Meffageries , &
chez les Directeurs des Meflageries des Villes du
Royaume .
FRANÇAI S. 31
SOPHIE , ou Mémoires d'une jeune Religieufe ,
écrits par elle - même, adreflés à la Princefle de
1*** , & publiés par Madame G *** . Seconde
Edition , in- 8°. Prix , 2 liv. 10 f. franc de port.
A Paris , au Bureau de la Correfpondance des
Artiftes & des Amateurs des Sciences & des Arts ,
rue Saint- Honoré , près de l'Hôtel de Noailles ,
vis-a- vis la grille des Jacobins , Nº. 70.
La premiere Edition de ces Mémoires a eu de
faccès un style pur & naturel les a fait lire avec
plaifir , quoiqu'on cur défiré plas de vraisemblance
dans les événemens.
RID
CODE DE POLICE & CODE CRIMINEL , DOUV
edition en deux Volumes ; contenant : Tome I
tous les Décrets relatifs à la Police Municipale
correctionnelle , rurale & de sûreté ; avec une
Inftruction- pratique fur l'exécution de ces Loix ,
& des formules de tous les Actes'y relatifs ; Tome
II , tous les Décrets relatifs à la nouvelle organi
fation de la Juftice criminelle , & une Inftruca
tion fur : la procédure des Jurés. z forts Volumes
in- 12 , avec Table chronologique & alphabétique.
Prix, 6 liv. & liv. envoyé franc de port dans
les Départemens. A Paris , chez l'Auteur , place
Daupline , No. 11.
2
Toute's demandes feront exactement fervies par
la Pofte , én s'adrellant directement à lui par
lettre affranchie , & contenant le prix en affignats
du refcription des Directeurs de Pofte .
17
" On donnera féparément , moyennant 4 livres
franc de port , le fecond Volume , contenant le
Code Criminél , fi on le demande feul. On pre
vient que chaque Exemplaire eft muni de la figniature
de l'Auteur , Guichard.
3.2 MERCURE
DEFENSE DES CONSTITUTIONS AMERICAINES,
ou de la néceffité d'une Balance dans les pouvoirs
d'un Gouvernement libre ; par M. John Adams
ci - devant Miniftre Plénipotentiaire des Etats-
Unis près la Cour de Londres , & actuellement
Vice-Préfident des Etats - Unis , & Préfident du
Sénat ; avec des Notes & Obfervations de M.
de la Croix , Profeffeur de Droit public aur Lycée,
2 Volum. in- 8°. Prix , 9. liv. br. & 10 liv, franc
de port par la Pofte. A Paris , chez Buifion , Imp
Lib. rue Haute- feuille , No. 20.71
› DE L'EDUCATION LITTÉRAIRE ou Effai für
l'organiſation d'un Etabliffement pour les hautes
Sciences ; par M. Hattner, Profeffeur en Théologie
, à l'Univerfité de Strasbourg . A Strasbourg,
à la Librairie Académique ; & à Paris , chez
Fuchs , Eib. quai des Auguftins , N° 27 .
རྞ་ ། 』
ESSAI SUR LE DESPOTISME , 3 ° . édition ,
corrigée de la main de l'Auteur fur l'exemplaire
de la feconde édition , acheté à fa vente ; pré+
cédé d'une Lettre de M. de S... M.. aux Auteurs
de la Gazette Littéraire , & fuivi de l'Avis aux
Heffois & de la Réponse aux Confeils de la Raifon.
Par Gabriel- Honoré Riquetti Mirabeau ; in- 8°
A Paris , chez Lejay , Lib. rue Neuve - des - Petits-
Champs , près celle de Richelieu , Nº. 146.
21
DE LA PROPRIÉTÉ dans fes rapports avec le
Droit politique. 1 Vol. petit format . Prix , 2 liv..
pour Paris , & rendu franc de port dans tout le
Royaume. A Paris , chez Clavelin , Libr. rug
Haute-feuille , No.
3
FRANÇAIS. $3
LE NOUVEAU- TESTAMENT DE N. S. J. C. en
latin & en français , de la Traduction de Sacy ,
Edition ornée de Fig. en taille- douce , deffinées
par M. Moreau le jeune ; & gravées fous fa direction
par les plus habiles Artiltes de la Capitale.
40 , 41 , 42 & 43 ° . Livraiſons . Prix , 2 liv . chaque
en papier vélin , & 30 f. en papier ordinaire.
A Paris , chez Saugrain , Libr. rue du Jardinet ,
N. 9 .
Ce fuperbe Ouvrage fera certainement achevé
au mois de Septembre prochain .
CARACTERES ET ANECDOTES de la Cour de
Suede , 2. édition . 1 Vol. in-8 ° . Prix , 3 liv. br.
& liv. 10 f. franc de port par la Pofte . A Paris,
chez Buiffon, Imp-Lib. rue Haute-feuille , No. 20.
: Ces Mémoires très -curieux , écrits avec im
partialité , & puifés dans les meilleures fources ,
méritent d'etre diftingués par les Amateurs de
'Hiftoires Cette feconde édition ne fera sûrement
pas la derniere .
VIE PRIVÉE DU MARECHAL DE RICHELIEU , 2 .
édit , in-12 , contenant fes amours , fes intrigues ,
& tout ce qui a rapport aux divers rôles qu'a
joués cet homme célebre pendant plus de quatre-
Vingts ans ; avec des corrections confidérables
& des
augmentations. 3 gros Vol . Prix , 8 liv .
brochés , & 9 liv. franc de port par la Pofte ,
A Paris , chez Buiffon , Impr - Libr. rue Hautefeuille
, No: 20.
Si la premiere édition de cet Ouvrage a été
enlevée avec tant de rapidité , on peut croire
que la feconde pourra fuffire à peine à l'extrême
curiolité qu'infpire encore le feul nom de Richelieu.
34 *
MERCURE
SAINT- FLOUR ET JUSTINE , ou Hiftoire d'une
jeune femme du 18. Siccle avec un Dialogue
fur le caractere moral des femmes ; par M.def..
2 Volumes in- 12 . A Paris , chez M.. Huet , DirecT
teur du Bureau de la Correfpondance des Artiftes ,
&c. ue St-Honoré , vis - à -vis la grille des Jacobins
, No. 70.
On reviendra fur cet Ouvrage.
LE COMMISSIONNAIRE de la Ligne d'outre
Rhin , ou le Meflager nocturne , contenant l'Hil
toire de l'Emigration Françaife , les Aventures
galantes & politiques des Chevaliers Français &
de leurs Dames dans les pays étrangers , des Inf
ructions fur leurs projets contrerévolutionnels , &
des Notices fur tous les moyens tentés ou à tenter
contre la Conftitution ; par un Français qui fait
fa confeffion générale & qui rentre dans fa Pa
trie . 1 Vol. in- 8 °. Prix , 2 liv. s f. br. & 2 liv.
is f. franc de port par la Pofte. A Paris , chez
Buiffon , Imp-Lib. rue Haute-feuille , N°% 29 < q
1
HISTOIRE de la prétendue Révolution de
Pologne , avec un Examen de fa nouvelle Conf
aitution ; par M. Mehée.
( Quod genus hoc hominum : Quæ ve hos
tam Barbara cives tellus alit ? )
VIRG . ENEID,
1 Volume in-8 °. Prix, 4 liv . br. , & 4 liv. 10 £
franc de port. A Paris , même adreile.
HERMAN IT ULRIQUE , traduit de l'Allemand.
2 Vol. in-12. A Paris , chez Lavillette , Lib . ruc
du Battoir , NO.8
FRANÇAIS. 35
MANUEL du Citoyen armé de Piques , ou
Inftruction raisonnée fur les divers moyens de
perfectionner l'ufage de la fabrication des Piques ;
renfermant un Précis du maniement & de l'ufage
de cette arme. Brochure in - 8 °. avec 2 grandes
Planches en taille - douce ; par un Militaire , ami
de la Liberté. Prix , 20 f. br. & 25 f. franc de
port par la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Libr
Imp. rue Haute -feuille , N°: 20 .
#
¿ ANECDOTES intéreffantes & fecretes de la Cour
ade Ruffie , tirées de fes Archives avec quelques
Anecdotes particulieres aux différens Peuples de
cet Empire ; par un Voyageur qui a féjourné treize
ans en Ruthie. 6 Vol. petir in- . br. Prix , 14 1.'
& 17 liv . francs de port par la Pofte. A Paris
-même adreffe que ci-deffus.
1
*1.
GRAVUR E.
PORTRAIT DE MONTAIGNE , de 9 pouces un
quare fur 8 , de forme ovale , gravé en couleur
au lavis , par P... M ... Alix ; faifant pendant à
ceux de VOLTAIRE , J. J. ROUSSEAU & MABLY ,
gravés par le même. Prix , 6 livres chacun.
Paris , chez M. Drouhin , Editeur & Propriétaire
des Antiquités Nationales , rue Chriftine, No.
F. S. G.
T
36 MERCURE FRANÇAIS.
A VI S.
0
NOMBRE de perfonnes des Départemens
ont demandé & demandent tous les jours à M.
BUISSON des Livres ou Journaux qui ne font pas
de fon fonds. Il les prévient que Mad. Mauleon ,
Libraire , au Palais- Royal , Hôtel de Montpen
fier , Numéro cent foixante , à Paris , fait
avec exactitude la Commiffion en Librairie , &
qu'elle fe charge d'expédier tous les Livres anciens
& modernes , Etampes , Mufique , Pieces
de Théâtre , & de faire les Abonnemens à tous
les Livres & Journaux ; ce qui eft d'autant plus
commode pour les Abonnés des Départemens ,
que la plupart de ces Journaux , fur tout les
nouveaux , changeant fouvent de demeure , de
hom & de Rédacteurs , il eft difficile aux Abonnés
d'adreffer avec jufteffe le montant de leur
Soufcription , qui fouvent fe trouve perdu . On
évitera ces défagrémens & retards en s'adreffant
à Madame Mauleon. M. BurssSON, ne fe charge
d'autres expéditions que des Livres ou Journaux
qui portent fon nom .
-
Il faut abfolument affranchir les lettres & l'argent;
fans cette précaution, le tout reftera à la
Pofte.
TA BLE
A
Madame G... Le Retour du Mari.
Les Bateliers de Befons. 5 Annonces & Notices?
Charade , En . Log. 21
MERCURE
1
FRANÇAIS.
SAMEDI 12
MAI 1792 .
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port .
PIECES
FUGITIVES .
Vo
MJ0201 10m16b il > >
ÉPIGRAM M E.
201 I
19 pixson 20
ou's qui , lifant les vers faits pour Lesbie,
Avez d'Amour trop fenti l'aiguillon ,
Si voulez voir ſa flamme refroidie ,
Et de Vénus pâlir le vermillon
Il n'eft befoin que Nonain vous indique !
10/1
Du nénuphar le breuvage pudique .
Préncz , prenez vers réfrigératifs
Que Dorilas fes Baifers intitule
с #1-11
Et calmerez , tapt fuflent-ils actifs ,
Les feux malins dont vous brûlait Catulle.
N19 , 12 Mới 1792 C
MERCURE
SSATTAÅ NCES,
T
A JULIE V...! Ꮴ T.
Java 1s juré de n'aimer plus jamais´,
Julie encor ne m'était pas connue
Et j'ai rompu mes fermens indifcrets ,
Le premier jour , le jour où je l'ai vue .
Je jure , & tes attraits font garans de ma foi ,
Doublier des fermens à qui rien ne me lic :
J'en,prononce un plus doux , jeune & belle Julie ,
Celui d'aimer toujours & de n'aimer que toi.
Je nommais honteux esclavage
Ces noeuds ou l'Amour nous furprend
Je ne croyaisi henteux & fage , mo
Et je n'étais qu'indifférent.
J
Je t'ai vue, & tes yeux m'ont promis la tendreffe ;
Mon coeur te proinet le bonheur :
Puiffe -tu , comme moi , fidele à ta promeffe ,
Comme j'en ctus tes yeux , en croire auffi mon
coeur
in
. villende
logɔmited
(Par M. Ladmiral
.)
D
MABLIOTHECA
MESTA.
MIRAGENSIS
FRANCAIS. 39
th
CH A N S O N, #
SOIR & matin , fur la fougere
L'an paffé , je filais mon lin.
>
· Mathurin , qui voulait me plaire , nda
Venait m'y voir foit & matin.
Il voulait parler , moi de même ;
C'était à qui s'enhardirait .
fallait dire , je vous aime j
C'était à qui commencerait,
1. A
PAR un beau jour ( c'était ma Fête )
Hvint m'apporter un bouquet.
Je l'acceptai d'un air honnêtes
Puis , je le mis à mon coffet,
Il failaitqun pas moi de même ;
C'était à qui s'approcherait,
Il fallait dire , je vous aime
C'était à qui commencerait.
.I
UNE autre fois c'était Dimanche )
Le voilà qui court après moi ;
Puisgren me tirant par la manche
Il me dit ,.mon coeur eft à toi .
C &
MERCURE
Je lui répondis , moi de même ;
Et v'là que depuis ce jour-là ,
Il me dit , je lui dis , je t'aime ;
Et c'eft à qui le redira.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier.
Le mot de la Charade eft Vinaigrette,
celui de l'Enigme eft Fange , & celui du
Logogriphe eft Ivre , où Fon trouve Ver ,
Vie, Vire (riviere) , Vire ( ville) , Ire, Rive.
CHARADE.
Sous mon premier , la charmante Egerie
Nous cache un fort joli trélor.
On doit de mon fecond redouter la furie .
Sans les heureux effets de la Philofophic ,
Mon tout exifterait encor .
ÉNIGM E.
'UN animal cruel , Lecteur , je fuis f'enfant ;
Je dévore comme mon pere.or
Otez-moi quatre pieds , â prodige étonnant
Alors je deviendrai ma mere,
FRANÇAI Ș.
JE
LOGO GRIP ME.
E ne fuis ni Prince ni Roi ,
Je fuis même moins qu'une bête ;
J'ai cependant fi bonne tête
Que l'on voit tout plier fous moi.
Retourne les fept pieds qui compofent iron être ,
Si tu veux qu'il te foit connu ;
Et bientôt tu verras paralere
Un animal trotte -menu ;
De chaque individu la plus noble fubftance ;
Une boiffon peu chere en France j
Un inftrument de Jardinier ;
Certain fruit chanté par Ovide ;
Ce que la main du Nautonnier
Oppofe avec effort à l'élément humide ;
Ce que doit être un Peuple écoutant les difcours
D'un Orateur : enfin ce que de tes beaux jours
La Parque coupéra malgré ta réfiftance ;
Mais l'heure va fonner , je me leve d'avance.
( Par un Curé du Diſtrict de Joinville. )
C ;
42 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
PRÉCIS hiftorique de la Révolution
Françaife , par J. P. RABAUD ; Suivi
de l'Acte conflitutionnel des Français :
Quvrage orné de Gravures , d'après les
Deffins de M. Moreau. Seconde édition,
augmentée de Réflexions politiques fur
les circonftances préfentes , par le même
Auteur. A Paris, chez Onfroy, Libraire,
rue St- Victor , N° . 11. De l'Imprimerie
de P. Didot l'aîné.
ON
N avait déjà annoncé dans ce Journal
la première édition de cet Ouvrage , avec
les témoignages d'eftime qui font dus à fon
Auteur ; & avant que le temps permit de
revenir fur cet objet , comme on l'avait
promis , la feconde édition , fuccédam fi
promptement à la premiere , était déjà une
forte d'éloge donné par la voix publique
qui devançait la nôtre. On a dû, en effet,
lire avec plaifir ce Frécis élégant & rapide,
cù l'on reconnaît un efprit fage , une ame
droite & un vrai Patriote . Les détails font
rambles avec méthode , & les réfultats
FRANÇAIS. 143
tracés avec nobleffe & intérêt. Il eft vrai
que M. Rabaud , en fa qualité d'abrévidteur
, ne montre gueres les objets & lès
perfonnages que de profil : ce font plutôt
les événemens de la Révolution que fes
refforts & fes cauſes : c'eſt un grand ſpectacle
dramatique ; mais le jeu des machines
refte fous le voile , ainfi que la míain des
incteurs ; & en fait d'Hiftoire , c'eft furtout
ce mécanifme fecret , & les divers
moyens de ceux qui ont imprimé le principal
mouvement , c'eft- là particulièrement
ce qui excite la curiofité des hommes qui
réfléchiffent , & ce qui caractétife le talent
du grand Hiftorien . Mais nous fommes
encore trop près des événemens pour avoir
été à portée de les approfondir affez ; trep
de chofes de la premiere importance font
encore ou cachées ou incertaines , le temps
n'a pas encore mis à découvert tous les
acteurs ; plufieurs d'entre eux ont même,
dans l'efpace de deux ans , tellement changé
de phyfionomie , qu'elle ferait aujourd'hui
méconnaiffable pour qui da chercherait
dans les écrits qui ont fuivi de près le
Révolution. Rien n'eft plus propre à juſt
tifier ceux qui ont penfé que le moment
d'écrire cette Hiftoire n'était pas encore
venu. Le fujet ne ferait pas trop grand
pour un Tacite ; mais un Tacite , si s'en
rencontre un de nos jours , ne voudra faire
fon ouvrage qu'après avoir obfervéllong-
C 4..
44
MERCURE
temps , & jufques - là fe contentera d'a
maffer des faits & de recueillir des autorités.
Les points lumineux ceux qui peutvent
jeter un grand jour fur tout le réfte ,
& offrir une connexion de caufes & d'ef
fets , font renfermés dans les mois de Jain
& de Juillet 1789. Celui qui fera parvenu
à bien connaître tout le mouvement intérieur
de la Cour à cette époque , tour
ce qui s'eft paffé non pas dans le Confeil
du Roi , mais dans les confeils particuliers,
celui - là pourra prendre la plume & inftruire
la Poftérité ; car il eft bien reconna
que les efprits les plus capables de prévoir
, les hommes les plus capables d'ofer
n'avaient pu , quels que fuffent leurs
moyens ou leurs efpérances , calculer l'inconcevable
rapidité d'un renverſement fi
fubit & fi complet il n'y en a point
d'exemple dans les Annales des Nations.
Ceux dont les idées femblaient le plus
hardies au mois de Juin, euffent été effrayés
ou incrédules , fi on eût mis en fuppofition
les événemens du mois de Juillet. Il eft
de toute certitude que le Defpotifme s'eft
précipné lui - même vers la ruine totale ,
& qu'il eft tombé beaucoup plus bas que
ne voulaient le réduire ceux qui ne médi
taient que le poffible & le vraisemblable.
Sans doute les caufes générales avaient
mûri la Nation pour un grand changement;
tout le monde a pu les appercevoir , & M.
FRANÇAIÍ S. 45
Rabaud les développe affez bien dans fon
Livre. Mais fouvent ces caufes générales
reftent long- temps inactives , en attendant
l'impulfion, L'arbre eft miné dans fes racines
; mais il faut un coup de vent pour
l'abattre ; & ce n'eft même que quand il
eft tombé que l'on voit bien diftinctement
pourquoi il ne pouvait pas réfifter à l'orage.
Nous avons beaucoup de probabilités ;
mais un Hiftorien veut plus , & malheureafement
il n'en eft pas de la Révolution
comme de toute autre époque de notre
Hiftoire d'ordinaire ce qu'une génération
ignore en ce gente eft révélé à celle qui
la fuit. Les intérêts & les pouvoirs , chan
gent , les acteurs ont difparu ; les monumens
authentiques , reftés dans des dépôts
où tout fe conſerve , font livrés , tôt ou
tard , aux recherches ; & comme tout eſt
écrit , tout le découvre. Ici , rien n'a été
écrit , rien n'a pu l'être ; ' il y aurait eu
une imprudence trop visible & trop gra
tuite . Tout a été concerté verbaleinent';
tous les ordres ont été donnés de vive voix ,
& même à voix baffe. Le projet d'affervir
irrémédiablement la France , à inftant
même où l'on paraillait appeler fes Repréfentans
pour guérir fes maux , a , fuivant
toutes les vraisemblances , morales éré
conçu & fuivi depuis l'ordre donné pour
le raffemblement d'une Armée jufqu'à la
Séance Royale , & jufqu'au 14 Juillet ; & 1
45 MERCURE
2
très-vraisemblablement encore , le Roi luimême
n'était inftruit ni du complot , ni furtout
des moyens le fuccès aurait tout
juftifié ; & il eft vrai aufli qu'on a dû s'en
flatter en cas de fuccès. Qui a donné les
ordres en conféquence ? & qui les a reçus ?
jufqu'où allaient ces ordres & qu'auraiton
fait en un mot , fi l'on avait pu compter
fur l'obéillance des Soldats ? Qui nous
apprendra tous ces détails , connus feulement
des confpirateurs intéreflés à les cacher?
D'un autre côté , qui avait difperfé ,
au même moment , fur les grandes routes,
ces Courriers qui , paffant à bride abattue,
failaient armer les villes & les campagnes ,
en publiant , de proche en proche , qu'on
s'égorgeait dans le voifinage ? Quelle que
fût l'intention , c'eft cette précaution vraiment
falutaire qui a mis toute la France
en armes dans l'efpace de cinq ou fix jours,
& entraîné, par- tout la patriotique défection
des Troupes de ligne. Que de queftions
femblables on pourrait faire ! Eſpérons
que le temps les réfoudra : c'eft lui
qui acheve & révele tout.
M, Rabaud a joint à cette nouvelle
édition des réflexions qui font en général
judicicules ; quelques-unes font d'une tournure
piquante , celle- ci , par exemple :
Il y a en Europe une féodalité ſpirituelle
un efprit fupérieur , & mêine
FRANÇAIS. 47
.
divin , en eft le Roi Suzerain ; il a le fupremum
dominium des efprits inférieurs
relevent de lui : ceux - ci tiennent en fiefs
des mouvances fpirituelles inférieures :
tous les efprits roturiers font vallaux &
attachés à la glebe fpirituelle , fous le
nom de laiques. Les vaffaux prêtent le
ferment d'une obéillance implicite , leur
fervage , c'eft le facrifice de leurs penfées
Les Seigneurs ont droit de haute - juftice
fur les ames ; leurs châteaux font des églifes
; leurs girouettes font des croix ; leurs
étendards font des bannieres . Cet Ordre
fpirituel avait jadis une grande puillance
temporelle
L
On peut pardonner dans un Oavrage
aufli eftimable que celui de M. Rabaud
quelques incorrections de ftyle , & même
quelques expreffions vicieufes , comme trat
trife , mot qu'on n'a jamais entendu que
dans la bouche des enfans ou de la multitude
ignorante , mot qui n'eft , nullement
français , & qui ne devait pas Te trouver
fous la plume d'un bon Ecrivain .
N. B. Cette nouvelle édition du Précis
de la Révolution Françaife, le vend 3 liv.
f. papier ordinaire , & fur papier vélin
avec Figures avant la lettre , 6 liv. Il faut
ajouter 15 f. pour l'un & pour l'autre , fi
l'on veut les recevoir francs de port dans
tous les Départemens ; il faut affranchir
C6
48
MERCURE
les lettres & l'argent. Il y a un Exemplaire
fur vélin choifi , avec les Deffins de Moreau
. On vendra féparément à ceux qui
ont acquis la premiere édition , fous le titre
Almanach hiftorique de la Révolution Fran
çaife , les Réflexions politiques fur les circonftances
préfentes qui la complétent , à
raifon de 8. pap. ordinaire , & 1 , f. pap.
vélin.
EXPOSITION des principes de la For
Catholique fur l'Eglife , recueillis des
Inftructions familieres de M. Jab * * *¿
ex- Doctrinaire. Prix , 30 fous , & 2 liv.
franc de port. A Paris , chez Leclere
Libraire , rue Saint- Martin , près la rue
aux Ours , No. 254. ! e
CET Ouvrage eft remarquable en un
point ; c'eft qu'étant de la plus rigoureufe
orthodoxie, fur l'unité & linfaillibilité de
l'Eglife , quant au Dogme , fur le caractere
du Sacerdoce , & c. , il eft en même temps
conforme à tous les principes qu'a fuivis
l'Affemblée Nationale fur la Difcipline Eccléfiaftique
, fur les Voeux , fur les Poffeffons
du Clergé ; & ce qui éloigne encore
toute idée d'efprit de parti , c'eft que l'Auregardé
comme un excellent Théofeurs
FRANÇAIS. 49
logien enfeignait toute cette doctrine
avant la Révolution . Voici comme il s'ex
prime :
Sur les Biens Eccléfiaftiques.
( Obfervez que l'Auteur , écrivant dans
un temps où le Roi feul était Législateur ,
ne parle jamais que du Prince . Mais il eft
évident que fes principes font applicables
à la fouveraineté quelle qu'elle foit , & cela
même n'est pas conteſté. )
"
"
ور
"» Il n'y a pas , à proprement
parler, de
» Biens temporels
ecclefiafliques
; car les
» biens de l'Eglife font purement
fpirituels :
la Foi , l'Espérance
, la Charité fon patrimoine.
Les biens temporels , dont elle
a l'ufage , font des donations
qu'on lui a
faites , & fur lefqnelles
les Princes con-
» fervent leurs droits ; fur quoi il faut diſtinguer
trois chofes , l'acquifition
, l'ad-
» miniftra ion , l'aliénation
ou la vente.
» 1 °. Le Prince a droit fur l'acquifition
, en
" empêchant, une Eglife , par exemple
,
qu'il trouve déjà trop riche , de faire de
nouvelles
acquifitions
, en empêchant
qu'on
lui fafle de nouveaux
dons , en ordonnant
» que les dons qu'on lui a faits foient appliqués
à des Eglifes pauvres . 2". Il a l
» droit fur l'a miniftration
, pour examiner
» fi ces biens font adminiftrés
fagement ;
& fi , d'après cet examen , il voit que
» ceux qui font chargés de l'adminiftration
و د
ود
"
»
1
so MERCUR
» ne s'en acquittent pas comme ils doivent j
» il peut la leur faire ôte :, & ordonner
qu'on la mette entre les mains de perfonnes
plus exactes . 39. Enfin , il a droit
fur l'aliénation & la vente de ces biens
foit en l'exigeant , feit en l'empêchant
fuivant qu'il le juge utile «.
ע
و د
"
Cela eft-il affez pofitif: Qui parle aini ?
Ce ne font pas ceux que , dans l'Allemblée
Conftituante , on appelait impies : c'eſt
un Prêtre , un Religieux , un Théologi :n
enfeignant publiquement fous l'autorité de
fes fupérieurs. Poursuivons.
"
"
Sur les Voeux.
Le Prince a-t- il quelque droit fur les
Réguliers , c'est - à - dire les Moines , Religieux
ou Religieufes ? Oui , le Prince
» a droit , par exemple , d'ordo iner quoi
" ne reçoive aux Vax de Religion- qu'a
» tel âge , comme l'âge de majorité , ně
voulant pas que les fujets engagent
» leur liberté , lors même que , felon les
» Loix , ils ne peuvent engager leurs biens ;
» il peut obliger des Maifon , Religieufes
» à ne pas recevoir de fuje : s , ou à n'en
» ccevoir qu'après un certain temps mar-
» qué , foit parce qu'e les font trop nom²
» breufes , foit pour d'autres raifons à lut
» connues ; il peut réunir plufieurs Maifons
» en une feule ; il a même droit de fupFRANÇAIS.
ft
primer entiérement certains Ordres , en
» leur défendant de faire corps dans fes
» Etats ; ilpourrait même les fupprimer tous ,
» s'il voulait ; car il n'et point ellentiel
» au bien de l'Eglife qu'il y ait des Religieux
& de Religie fes . Il n'empêchepas
"par-là fes Sujets de faire des Voeux par-
» ticuliers & de fe confacrer à Dieu ; il n'a
"pas ce droit , mais il défend feulement
» que ces Voeux foient folemnels , & qu'on
» vive dans une Société à part “ .
"
N'eft ce pas là précisément le langage
qu'a tenu l'Alfemblée Nationale quand
elle a déclaré que , dans l'ordre civil & politique
, elle ne reconnaiffait point de Voeux
obligatoires ?
On peut voir, d'ailleurs , dans l'excellent
écrit rédigé par les Evêques conftitutionnels
de France , toutes les opérations de
l'Affemblée Nationale , juftifiées par le texte
même des Canons & des Peres , allégués
par les Evêques oppofans. On ne faurait
pouffer plus loin l'évidence qu'en puifant
fes autorités à la fource même que vos adverfaires
vous indiquent comme facrée . S'il
ne s'agillait que de bon fens & de bonne
foi ; certes , les chicanes des plus obftinés
& les fcrupales des plus timorés feraient
bientôt place à la réunion & à la paix.
Mais Voltaire a eu bien raifon de dire :
Ce qui fait & feta toujours de ce monde
MERCURE
» une vallée de larmes , c'eft l'indomptable-
» orgucil & l'infatiable cupidité
"


BIBLIOTHEQUE Phyfico - Economique
Inflructive & Amufante , Année 1792 ,
ou 11. Année ; contenant des Mémoires,
Obfervations pratiques fur l'Economie
Rurale; les nouvelles Découvertes les plus
intéreffantes dans les Arts utiles & agréa
bles ; la defcription & la figuré des nouvelles
Machines , des Inftrumens qu'on
: peut y employer , d'après les expériences
des Auteurs qui les ont imaginées ; des
Recettes, Pratiques , Procédés , Médicamens
nouveaux , externes ou internes , qui
peuventfervir aux hommes & aux animaux;
les moyens d'arrêter les Incendies & de
prévenir les accidens , d'y remédier , de fe
garantir des Fraudes ; de nouvelles Vues
furplufieurspoints d'Econo nie domeflique,
&en généralfur tous les objets d'utilité &
d'agrément dans la vie civile &privée, &c.
On y ajoint des Notes que l'on a cru néceffaires
à plufieurs Articles . 2 Vol. in- 125
avec des Planches. Prix , s liv . 4 f. br.
FRANÇAI's .
franes de port par la Pofte dans tout le
Royaume. A Paris , chez Buiffon , Libr
Impr. rue Haute-feuille , No. 20
Le
Le fuccès de cet Ouvrage eft trop bien
établi depuis dix ans , pour qu'il foit né
ceffaire d'en faire l'éloge , & il eft trop
connu pour avoir befoin de nouveaux
détails fur la maniere dont il eft compofé.
L'Agriculture eft la partie qui y tient le
plus de place cette année. C'eft en effet la
fcience dont on s'occupe le plus aujourd'hui
qu'on en fent davantage l'utilité , & qu'on
eft parvenu à la regarder comme la feule
fource de la vraie richeffe . Auffi l'Auteur
prévient- il dans un Avis qu'il réferve pour
les Volumes de 1793 les Articles.omis cette
année dans les parties de l'Economie , des
Sciences & des Arts ; les Annonces de
1791 ; le fort qu'ont eu celles des années
précédentes , & l'expofition détaillée des
avantages que le Régime conftitutionnel
doit procurer à l'Agriculture , aux Arts &
Métiers , & au Commerce. Cet objet devait
fervir de mariere à la Préface de cette
année.
Pour donner une idée de l'utilité de ce
Recueil , nous allons en citer un des Articles
les plus courts ; il eft intitulé : Moyen
de marquer les moutons fans que leur laine
$4
MERCURE
1
ود
"} foit détériorée. On a cherché , fans up
» fuffifant fuccès , le moyen de marquer
les moutons , de façon que leur laine
" ne foit pas gâtée par les matieres employées
à la marque, & que ni l'eau ni
» le frottement ne l'effacent pas. On con-
» ferverait par ce moyen beaucoup de
» belle laine qui eft détériorée par les
» matieres tachantes & ineffaçables employées
à la marque des moutons. Voici
le réfultat des effais de M. Lavis ; le
" Chimifte , fur ce fujet : J'ai fondu du
» fuif avec un huitieme , un fixieme , &
même un quart de fon poids de goudron
; & ayant épaiffi les mélanges avec
» du charbon de bois en poudre , je les
" ai étendues fur de la flanelle : aucun
» de ces mélanges n'a été emporté , effacé
" en frottant , ni en lavant avec de legú
feule ; mais le favon les enleva toutes
parfaitement. La tache ou marque où
» il entrait un quart de goudron s'effaça
un peu plus difficilement que celles qui
» en avaient moins «.
و د
و د
N. B. Cet Ouvrage forme actuellement 18
Volum . avec des Planches ; favoir, l'Année 1782 ,
1 Volume ; 1783 , 1 Vol . 1784. 1 Vol . 1785 ,
1 Vol. 1786 , 2 Vol . 1787 , 2 Vol . 1788 , 2 Vol .
17899 2 Vol. 1790 , 2 Vol . 1791 , 2 Vol . , &
1792 , 2. Vol. Chaque Année fe vend féparée au
prix de 2 liv. 12 f, le Volume br. franc de port.
FRANÇAIS.
SPECTACLES.
SANS le fecours des poignards , des poifons.
des cachots & de tout cet échafaudage à la
mode ; fans tableaux & fans grands mouvemens
, avec un fujer d'une fimplicité antique
& trop conna pour admettre des incidens non-
M. Hofman a eu l'art d'obtenir un
fuccès très -brillant dans Stratonice , Piece lyrique
en un A&te , qui fe donne au Théâtre
Italien .
veaux ,
Le jeune Antiochus eft malade fans qu'on
puiffe en deviner & qu'il en veuille avouer
la caufe. Son pere qui le chérit , appelle à fa
Cour le fameux Médecin Erafifrate. Celui- ci ,
à qui l'habitude d'obferver la Nature a donné
beaucoup de pénétration , juge que le malade
eft atteint d'une paffion violente & combattue
; mais il s'agit d'en connaître l'objet , que
le Pringe s obftine à cacher. Son pouls le trahit
en redoublant d'agiration à l'arrivée de Straz
tonice, jeune Princeffa, dont le pered Antiochus
eft amoureux , & qu'il eft fur le point d'épouter.
Ce mariage , retardé par la maladie du Prince
eft la feule caufe de cette maladie, Erafiftrate
ne s'y trompe pas. Il voit bien qu'Antiochus
aime Stratonice ; il veut favoir s'il en eft également
aimé. Il les la fle enferable , & emploie ,
pour déterminer la Princeff: à ce téte à tête , des
motifs auffi adroits que deticurement exprimés.
La fcène des deux Amans n'eft pas moins
délicate. Il fallait qu'Antiochus fi voir tout
36 MERGURE
fon amour , fans l'avouer ouvertement ; il fallait
même que la Princeffe ne lui en permit
pas un aveu , dont elle ferait flattée dans toute
autre circonftance ; il fallait auffi qu' He laiffàt
devier fon penchant , mais d'une maniere encore
plus détournée que le Prince . C'eft ce
que l'Auteur a fait avec une adreff: & une
grace , avec un charme de ftyle dont ce Théâtre
n'offre pas d'exemples tres -fréquens. Erafiftrate
, sûr de fon fait , n'a plus qu'à faire
connaître au Roi la caufe d'un mal auquel il
peut feul appliquer le remede. C'eft- là le difficile
: pour y parvenir, Erafiftrate fuppofe que fa
propre femme eft l'objet de la paffion du Prince.
Le Roi , pour l'engager à la céder , fui offre
tous fes tréfors. » Et fi c'était Stratonice qu'il
aimât , dit le Médecin , la lui céderiez-vous « ?
Le Roi qui n'eft pas dupe de ce détour , or
donne qu'on lui amene fur le champ le Princé
& la Princeffe. Il veut que cette derniere le
fuive à l'Autel , mais qu'elle jure auparavant
qu'elle n'a jamais aimé d'autres que lui. Strad
tonice jure que dès que l'hymen l'aura liée à
fon fort , aucun autre amour n'aura jamais de
pouvoir fur fon ame. Cette légere épreuve
fuffit à ce tendre pere , qui facrifie fon amour
au falut de fon fils , & unit les deux Amans .
Cet Ouvrage eft une nouvelle preuve des
talens de M. Hoffman , déjà diftingué par
l'élégance & la pureté de fon ftyle. Dans le
petit nombre de vers qui compofent cette
Piece , on trouve un grand nombre de vers
charmans.
Le Compofiteur eft M. Méhul , auquel fon
premier Ouvrage , Euphrofine , a déjà procuré
la plus brillante réputation . Celui - ci ne peut
FRANÇAIS.
que Fluter davantage. Tous fes morceaux
font parfaitement fentis , & la manierende ce
jeune Auteur , perfectionnée de jour en jour ,
eft déjà digne , à beaucoup d'égards , de fer
vir de modele . Il n'y a que fix morceaux
dans cette. Piece , & il y en a deux qui font
des chef - d'oeuvres ; l'un eft un Air d'un chant
délicieux, fontenu d'un accompagnement anfi
brillant que fimple , & qui rappelle parfaite.
ment la maniere de Sacchini , quoiqu'on n'y
puifle pas reprocher la moindre trace d'imitation
; l'autre eft un Quatuor concerté , plus
remarquable encore à caufe de fon étendue &
de fon importance. Il eft rempli d'idées extrêmement
heureufes , & ce font peut être ces
détails qui ont le plus contribué à fon fuccès ,
quoique ce n'en foit pas affarément le plus
grand mérite, Un homme médiocre peut ren4
contrer auf des idées heureufes ; mais ce qui
n'eft pas également à fa portée , c'eft cette
parfaite unité de deffin , cette connexion intime
entre les phrafes correfpondantes ; cet
art de ménager des oppofitions fans difparates f
de ramener un ou deux motifs principaux fans
monotonic & fans langueur ; de déployer dans
l'Orchestre de la richeffe fans confufion , fans
étouffer les paroles , & fans facrifier le chant
de la partie vocale ; cet art enfin de moduler
à propos , facilement & fans recherche mé
rite affez rare aujourd'hui parmi nos jeunes
Compofiteurs , qui femblent ne pas fe fouciers
de plaire pourvu qu'ils étonnent , & qui s'embarraffant
peu d'être baroques , pourvu qu'on
les croie favans . M. Méhul lui - même n'eft
pas toujours exempt de ce reproche , mais on
voit qu'il s'en corrige. Cet Ouvrage , auffi
foigné que fes premiers , a beaucoup moins
MERCUARTEL
·
L de ces combinaifons laborienfes , & plus sde
cet aimable abandon qui délaffe : l'auditeur.net
Les juftes éloges que nous croyons devoir
à M. Méhul , nous empêchent de nous étendre
fur le mérite des Acteurs. Nous nous barnetons
à dire que la Piece eft parfaitement jouée
par Mad Digazon ; MM . Michu , Philippe &
Sother. L'exécution de l'Orchestre n'eft pas
moins foignée ; on voit que les Muficiens y
mettent de la prédilection & de l'amour .
こち
On
ANNONCES ET NOTICES.
3 19 1710
ANTIQUITÉS NATIONALES , ou Recueil de
Monumens , pour fervir à l'Hiftoire générale &
particuliere de l'Empire Français ; tels que Tombeaux
, Infcriptions , Statues , Vitraux , Frefques ,
&c; tirés des Abbayes , Monafteres , Châteaux ,
& autres lieux devenus Domaines Nationaux :
préfentés à l'Affemblée Nationale , & favorable
ment accueillis par elle ; par Aubin L., Millin ››
Cinquieme Livraifon de la 2. Année de Sout
cription . On foaferit à Paris , chez M. Drouhin ,
Editeur & Propriétaire dudit Ouvrage , rue
Chriftine , NP. 2 ; chez Blanchon , rue Saint→
André-des-Arts , N18 ; Defenne , au Palais-
Royal; Garnery ,siue Serpente , N°. 17 ; & chez
tous les principaux Libraires de l'Europe .
Le prix de la Soafeription , compotée d'environ
96 feuilles, belie typographie , & d'environ - 110
Elampes. , le tout faifant deux gros Volumes
in-4 % , eft de 84 livres , & de 92 liv. franc de
port jufqu'aux frontieres:
*
Cet Ouvrage , toujours très foigné dans toutes fes
parties, continue d'être recherché des Amateurs .
ה
FRANCAIS. 59
MUSIQUE.
avec
ARIANE à Naxos , Mélodrame Italien , avec
paroles Françaiſes , pour une voix feule ,
accompagnement de Clavecin on Forté - Piano ;
chanté par Madame Maru an grand,Théâtre de
Londres , & dédié à la Reine d'Angleterre . Par
J... Haydn, Prix , 4 livres 10 f.port franc dans
tous les Départemens. A Paris , chez M. Porro ,
rue Tiquetonne , N° . 19.
C ECHO pour deux Flûtes , pour être exécuté en Есно
deux appartemens différens , pat J ... Haydn. Prix ,
1 liv. 10 fous port franc ! Meme adreffe
deffus.
5.2.
que ci-
JOURNAL DE VIOLON , dédié aux Amateurs
par une Société de Profeffeurs choifis . On foufcrit
à Paris , chez M, Porro , même adreffe que
ci-deffus, & en Province , chez tous les Mds.
de Mufique & les , Ditecteurs des Poftes.
On trouve chez le même les ETRENNES &
JOURNAL DE GUITARE , 18 liv . LES DÉLASSE →
MENS DE POLYMNIE , ou les Petits Concerts de
Paris , Chant , Clavecin & Violon , ou Flûte
24 -liv.
DOUZE ROMANCES nouvelles , par M J... G...
Ferrary , avec accompagnement de Guitare , par
P... Potro. Prix 6 liv. port franc par tout le
Royaume , & donné pour étrennes aux Soufcrip
teurs de la . Année du JOURNAL de Guitare,
Même adreffe que ci -deflus .
60
MERCURE FRANÇAIS.
SIX ROMANCES nouvelles , par M. Alexandre
de Tilly , mufique de M. Garat ; avec accompagnement
de Guitare , par M. Porro. Prix , 3 1 .
port franc par tout le Royaume. Même adreffe ,
Gi OGRAPHI
2
Cours du RAIN , depuis fa fource jufqu'à
fon embouchure avec tous les pays qu'il traverfe
& qu'il avoifine ; favoir , la Suiffe , partie de
l'Allemagne , de la France , des Pays- Bas , & les
Provinces Unies ou la Hollande , où eft le théâtre
de la guerre. A Paris , chez Defnos , Ingénieur-
Géographe , & Libraire du Roi de Danemarck ,
rue St-Jacques , au Globe. -q erol &
On trouve chez le même l'ATLAS du Théâtre
de la Guerre , en is feuilles . Prix , 20 liv.
J
3. GRANDE CARTE de la Partie feptentrionale de
FItalie , en 4 feuilles de grand aigie , dreflée
d'après les matériaux les plus authentiques , par
M. Chauchard , Cap d'Inf. & Ingénieur Milit
Prix , 16 liv, enluminée. Elle fe trouve , ainsi que
la grande Carte d'Allemagne , à Paris , chez le
Sr. Dezauche , fucceffeur des Sieurs, Delifle &
Buache , Géographe du Roi , rue des Noyers..
EPIGRAMME.
..
TABLE.
Stances à Julie VRS
Chanfon.
Charade , Enig. Log.
Précis hiftorique.
3
371 Expofition.
38 Bibliotheque.
39 Spectacles
40 Notices
42
T
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 19
MAI 1792.
PIECES FUGITIVES.
PROPHÉTIE
TRADUITE D' IS A IE.
TREMBLEZ , cnfans ingrats , déferteurs de ma loi
Vous dont les coeurs pervers foulevés contre moi ,
Qurdiffent la difcorde & confpirent le crime !
Vainement , pour brifer un pouvoir légitime
Et redonner la vie aux monftres expirańs
Vous allez de l'Egypte invoquer les Tyrans ;
Ces Tyraps , tourmentés de leurs propres alarmes,
A vos lâches complots n'ont puprêter leurs armes,
Et des portes d'Hanes , jufqu'aux bouches du. Nil,
Vos Princes n'ont trouvé què la honte & l'exil,
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée ,
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
N ° , 20. 19 Mai 1992 .
D
62 MERCURE
Quel efpoir y foutient vos ligues criminelles ?
On plaint les malheureux & non pas les rebelles ...
Vos chameaux cependant , chargés de vos tréſors ,
D'une heureuſe opulence enrichiffent ces bords ,
Ces bords où l'homme efclave agite en vain ſa
chaîne ,
Où des Dieux impofteurs ont fatigué ma haine ,
Où vos peres enfin , fi long -temps outragés ,
Ont vieilli dans les fers & ne font pas vengés .
C'eft-là qu'un Peuple impie engloutit vos richeffes ,
Et vous vend , à grands frais , de trompeufes promeffes....
D'un orgueil effréné tel eft le digne prix !
Que dis-je ? le Dieu faint qu'irritent vos mépris ,
A dicté votre arrêt , & le burin févere ,
En ces terribles mots , a tracé fa colere :
כ כ
Peuple féditieux , que tourmente la paix ,
Le Soleil s'eft laffé d'éclairer tes forfaits .
Etouffons , as - tu dit , la lumiere nouvelle !
Les droits font importuns , la juftice eſt cruelle ,
L'homme eft fait pour l'erreur . Loin de nous
éclairer ,
Dans des fonges heureux fachez nous égarer ;
Nos penchans font nos Dieux , reſpectez nos
Idoles ....
Ainfi ton coeur ingrat fe ferme à mes paroles !
Ainfi , d'un doux accord détruifant l'unité ,
BIBLIOTHECA
BEGIA
MONACENSIS
FRANÇAIS. 63
=
Tu cherches ton bonheur dans l'infidélité !!
Mais de tes noirs complots la vengeance s'apprête,
Ils vont de tout leur poids retomber fur ta tête ;
Tels qu'un antique mur ébranlé par les ans ,
Qui ne foutenant plus fes créneaux menaçans ,
Croule & tombe en éclats comme un vaſe fragile ,
Dont il nous refte à peine un débris inutile…….. »
Ah ! revenez. Craignez ce décret rigoureux.
Le pardon vous attend dans mon coeur généreux ;
Mais puifque votre orgueil fait feul gronder ma
foudre ,
L'eſpoir humble & foumis pourra feul vous abfoudre.
Vous balancez ! Hé bien ! Peuple fier & jaloux ,
Voilà mes efcadrons qui s'élancent fur vous ;
Les voilà ... Devant eux vous tombez fans défenſe.
La mort à coups preffés venge enfin mon offenſe ,
Et celui qu'oubliera le glaive étincelant ,
Vivra , témoin honteux d'un triomphe fanglant ,
Peur frapper de terreur l'infolent qui m'outrage .
Tel un mât fracaffé , feul refte d'un naufrage ,
Planté fur un écueil , s'éleve au ſein des flots
Pour annoncer l'abîme aux pâles Matelots.
( Par M. Ferlus , Président du
Mufée de Bordeaux. )
D 2
64
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft' Couvent, celui
de l'Enigme eft Louveteau , & celui du Logogriphe
et Marteau , où l'on trouve Rat ,
Ame, Eau, Rateau, Mûre Rame , Muet ,
Trame.
ON
CHARADE.
N dit que mon entier de la vie eft l'emblême
Tout homme , s'il eft mon dernier ,
Pour être bien avec lui-même ,
;
Tous les jours vers le bien doit faire mon premier.
ÉN I
.
G M E.
E fuis tout à la fois un inftrument , un mal ;
queue eft-elle à bas ? je deviens animal .
Ma
LOGO GRIP HE.
JEE
fuis l'objet de yos hommages
Vous qu'une fage Liberté ,
FRANÇAIS.
Loin du tumulte & des orages ,
Appelle à la tranquillité .
J'offre d'abord d'un Chef unique
Le titre par - tout révéré ;
Le nom d'une Maifon antique ,
Nom qu'un traître a déshonoré;
Dans mes neuf pieds un Saint célebre
Que Reims eut pour premier Paſteur ;
Un rival du Chantre de l'Ebre
Dont un dauphin fut le fauveur ;
Le premier navire du Monde ;
Le premier Pilatre des airs ;
Le premier Nautonnier de l'onde ;
Le feul Nautonnier des Enfers .
Je t'offre la premiere Dame
Pour qui fon Amant fe noya ;
Je t'offre enfin l'unique femme
Qui fur fon front cornes porta.
D ;
66 MERCURE
}
1
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
NOUVELLES NOUVELLES , par M. de
FLORIAN , de l'Académie Françaiſe ,
de celles de Madrid , de Florence , &c.
Non potes in nugas dicere plura meas
ipfe cgo quam dixi.
MART.
A Paris , de l'Imprimerie de Didot aîné ;
& fe vend au Magafin des Ouvrages de
l'Auteur , chez Girod & Teiffier , Libr.
rue de la Harpe , au coin de celle des
Deux-Portes. Volume in- 18, avec Fig.
CES Nouvelles , au nombre de fix , font
toutes plus ou moins intéreffantes ; toutes
offrent ou des fituations , ou des caracteres
, ou de la morale ; toutes font écrites
avec foin & élégance , & l'Auteur , en
variant le lieu de la Scène , varie le ton de
fes couleurs. Il nous fait paffer d'Angleterre.
en Italie , de l'Afrique aux Indes , des
Alpes au Paraguay ; & en le fuivant , on
voyage avec un Philofophe aimable
avec un homme fenfible .
ر
&
Des Nouvelles qui compofent ce Vo-
+
FRANÇAI S. 67
lume , celle que peut - être bien des gens
préféreront eft intitulée Claudine. Le fond
en eft très-fimple ; c'eft une jeune & innocente
Payfanne de la Vallée de Chamouny
, féduite & abufée par un jeune
voyageur Anglais , qui lui a promis de
l'époufer & qui l'abandonne. Enceinte &
délaiffée , contrainte de fe dérober à la
préfence & au courroux d'un pere qui ne
pardonne pas une faute contre les moeurs
dans un pays où elles font refpectées ,
réfugiée près d'un bon Curé , qui cache ,
autant qu'il peut , fa faibleffe & fon malheur
en les confolant , bientôt il ne lui
refte plus que cette cruelle alternative , de
ne revoir jamais la maifon paternelle , ou
de fe féparer de cet enfant , fruit de fes
amours , que le pere de Claudine ne peut
confentir à recevoir chez lui : l'inflexible
vieillard ne voit dans cet enfant qu'un monument
de ſcandale , le témoin des erreurs
d'une de fes filles , & un mauvais exemple
pour l'autre. L'amour maternel l'emporte
, & devait l'emporter. L'infortunée
Claudine prend un parti courageux : qui a
plus de courage qu'une mere ? fon enfant
eft déjà en état de la fuivre ; elle revêt
un habit d'homme , & tout l'accoutrement
de ces petits Savoyards qui viennent à
Paris , fans autre reffource qu'une fellette
& une broffe ; elle vient comme eux dans
cette Capitale , & affocie à fa nouvelle
D
4
68 MERCURE
par
profeffion fon fils Benjamin , qu'elle fait
paffer pour fon petit frere. On s'imagine
bien qu'elle y rencontrera fon féducteur ;
mais la reconnaiffance fe fait avec toutes
les convenances du fujet : c'eft en le décrottant.
qu'elle le reconnaît , & fa broffe
qui lui tombe des mains eft ramaffée
l'enfant qui veut continuer l'ouvrage interrompu
; c'eft un tableau de Greuze ou
de l'Ecole Flamande. L'Anglais , qui a
d'abord reconnu Claudine , malgré fon
'déguifement , feint cependant de la prendre
pour ce qu'elle veut paraître , il lui propofe
de quitter la fellette pour le mettre
en fervice chez lui ; elle y confent ; &
voilà la mere & l'enfant chez M. Belton
( c'est le nom du jeune Anglais ) . Claudine
garde toujours le filence , & fa patience
& fon amour font à de rudes épreuves ;
car Belton a une Maîtreffe , & Claudine ,
devenue Claude , porte les lettres , & pleure
en fecret. Domeftique chez fon Amant ,
& meffager chez fa rivale , il eft difficile
qu'une femme qui aime defcende plus bas
& fouffre davantage. Belton , dégoûté de
cette Maîtreffe ( c'était une Marquife ) ,
en prend une autre nouvelles angoifles
pour la pauvre Claudine ; mais la Marquife
, outrée de l'inconftance de Belton
& de l'inutilité des efforts qu'elle a faits
pour le ramener , médite une vengeance
horrible , & apofte des fcélérats pour l'ai-
و
FRANCAÍ S.
faffiner. Le fidele Claude eft afez heureux
pour défendre & fauver fon Maître , &
reçoit un coup de poignard dans la poitrine.
On s'attend bien que le denouement
approche , & que l'amour & la vertu vont
recevoir leur récompenfe. En fecourant
Claudine , Belton retrouve une bague qu'il
lui avait donnée , & qu'elle portait toujours
fur fon fein. Il fe jette à fer genoux ,
& obtient le pardon de fon Amante & la
main de fa Libératrice.
Ce petit Conte eft charmant ; il et
plein d'intérêt & de grace ; il y a de la
nouveauté dans les fituations & dans les
détails fur un fond qui paraiffait ufé.
L'Auteur fuppofe que cette Hiftoire lui
eft racontée par un de ces Habitans des
montagnes qui fervent de guides aux
Voyageurs. La fimplicité naïve du récit ne
dément point cette fiction qui eſt trèsadrcite
; car l'état & le langage du Montagnard
commande naturellement une maniere
de narrer qui convient très- bien à ce
fujer , qu'on ne pouvait pas mettre en de
meilleures mains. Auffi le ton de la narration
eft celui de la bonhomie fans groffiéreté
, & tout y refpire l'intérêt de l'innocence
& l'attrait des moeurs champêtres .
" J'écrivis cette Hiftoire ( dit M. de Florian
) telle que Paccard me l'avait dite ,
fans chercher même à corriger les fautes
de goût & de ftyle que les connailleurs
DS
1
70 MERCURE
doivent y trouver «. Ces connaiffeurs feraient
donc bien féveres ; quant à moi , je
n'y ai point vu de ces fautes , & il m'a
paru que l'Anteur avait montré beaucoup
de goût en prenant le ftyle de Paccard.
Une Nouvelle Africaine , intitulée Selico,
rappelle un tableau tiré de l'Hiftoire des
Voyages, celui des conquêtes & des cruautés
du Roi de Dahomay ; car l'Afrique a´
eu auffi fes Conquérans , & peut mettre
celui- là au nombre de fes monftres & de
fes fléaux. C'eft en 1727 que Truro Audati
ravagea le Royaume de Juida , & livra
de vaftes contrées à toutes les horreurs du
carnage. Ce Negre féroce avait des boucheries
de chair humaine dont il nourriffait
fes Soldats anthropophages. L'imagination
eft révoltée de cette idée plus que la
raifon ; car dès qu'une fois on fait un
métier & une gloire de maffacrer des hommes
, c'eft au moins une forte d'excufe
que de les manger ; & le Dahomay eut
cette excufe que n'avait pas Attila . Dans
cette Nouvelle Africaine , l'Auteur a deffiné
avec énergie des caracteres fiers & des
mours atroces .
Il s'eft amufé dans Valerie , Nouvelle
Italienne , à rajeunir une efpece de Conte
de Revenant , qui , depuis long - temps
paffe pour une Hiftoire réelle : c'eſt celle
d'une femme enterrée comme morte , &
qui reffufcite dans les bras d'un Amant
FRANÇAIS. 71
défefpéré , qui eft venu la chercher jufque
dans fa tombe. Elle donne fa main, comme
cela eft trop jufte , à celui qui l'a rendue
à la vie. Mais fon premier mari , qu'elle
n'aimait pas , la réclame ; & voilà matiere
à procès. De qui des deux eft-elle la femme?
L'autorité du Pape intervient fort à
propos , & caffe le premier mariage. L'Au-~
teur amene fort plaifamment le récit de
cette Aventure , qu'il met dans la bouche
de la femme reffüfcitée. Elle a confervé
une pâleur habituelle & une mélancolie
filencieuſe , au milieu d'une fociété à qui
fa réfurrection n'eft pas connue. On y parle
fouvent d'Hiftoires de Revenans , qui produifent
ou la furprife , ou la terreur , ou
l'incrédulité, felon les difpofitions de chacun
elle feule écoute tout avec beaucoup
de fang froid , & paraît trouver tout fimple
ce que tout le monde trouve merveilleux.
Enfin , un jour elle leur dit fort
tranquillement qu'ils ne doivent pas être
étonnés des Revenans , puifqu'ils voient'
en elle une Revenante , morte depuis dix
ans. A ces mots , tout le monde eft prêt
à prendre la fuite ; & ce n'eft pas fans
peine qu'elle parvient à fe faire écouter
& à raffurer fon auditoire après l'avoir effrayé.
La critique trouverait fort peu à redire
à la diction de M. de Florian , qui eft trèsfoignée
; mais elle pourrait lui faire beau-
D 6
MERCURE
.
coup d'objections fur les idées , qui né fort
pas toujours jufles. Ce défaut le fait fen,
tir fur-tout dans un Conte Oriental , allégorique,
& philofophique , qui , à pour
titre Zulbar. Le fond en a été employé
bien des fois dans toutes les Langues ; ce
font des hommes changés en différens
animaux , & dont les récits & les difcours
ont pour objet des points de morale &
des regles de philofophie pratique. Dans
ce genre de fiction , comme dans tout apologue
, rien n'eft plus effentiel que la jufr
teffe des réfultats , & ceux de l'Auteur
feraient fouvent combattus avec avantage,
Zulbar , qui , d'une condition fort obicure,
a été élevé à la dignité de Vifir du Sultan
des Indes , & n'a été difgracié que pour
avoir fait fon devoir , fe plaint de l'injuftice
des hommes à une Fourmi Philofophe,
qu'il rencontre dans le Bois des Métamor
phofes , & dette Fourmi était auparavant
le fils d'un Roi. C'est elle qui fait le perfonnage
de Moralifte , & qui veut prouver
à Zulbar qu'il ne doit s'en prendre qu'à
lui de tous fes malheurs , qui ne lui feraient
pas arrivés , s'il s'était fouvenu de
cette Maxime des Sages , qu'il faut cacher
fa vie. Cette maxime , fort connue & fort
ancienne , eft comme toutes celles du
même genre il faut bien fe garder d'en
rendre l'application générale , & celle - ci
en particulier ne tendrait qu'à décourager
FRANÇAI'S. 73
le talent & la vertu. Adreffez cette maxime
à un Ambitieux , & vous aurez raifon ;
mais fi vous l'adreffez à celui qui n'a jamais
fongé qu'à fe rendre utile à fes femblables
( & tel eft Zubar ) , vous aurez
grand tort , & vous n'aurez prêché que
l'égoïfme. J'aime infiniment mieux celui
qui dit comme Cicéron :
Et fauvons les Romains , duffent- ils être ingrats.
Voilà mon homme ; voilà l'homme de la
Patrie , l'homme de l'Univers ; & qui donc
ferait grand , s'il n'y avait pas des ingrats ?
D'ailleurs les hommes font ils donc toujours
injuftes Cela n'eft pas plus vrai que
de dire qu'ils font toujours juftes.
M. de Florian , dans ce même Conte ,
me paraît donner dans un de ces extrêmes
qui font toujours fi , loin de la raifon , &
cer endroit mérite d'être remarqué . Voici
comme Zulbar rapporte la caufe de fa
difgrace.
93
L'impunité dont les Grands jouiffaient
leur avait perfuadé que les Loix
n'étaient pas faites pour eux. Je faifis l'oc
cafion de les dérromper. Le Magiftrat
chargé de la police , vint m'avertir , un
matin, que deux jeunes Nairs avant pris
querelle In veille avec un pauvre Tifferand,
l'avaient frappé de leurs bambous jufqu'à
le laiffer mort fur la place. Auffi tôt j'en74
MERCURE
voyai chercher les deux Nairs , ( ce font
les Nobles de l'Inde ; ) j'entendis l'aveu de
leur crime , je leur montrai la Loi qui les
condamnait , & je les fis livrer aux éléphans.
Cette éclatante juftice , dont jamais
on n'avait vu d'exemple , indigna toute la
Cour ; mais je devins l'idole du Peuple ,
qui m'appela fon ami , fon pere , & ne
douta point , parce qu'il me voyait fon
appui lorfqu'il était attaqué , que je ne le
fuffe de même , s'il attaquait à fon tour
Le jour d'après , deux Tifferands ayant pris
querelle avec un Nair , le frapperent de
leurs bâtons , & le firent expirer fous leurs
coups . J'envoyai chercher les deux Tillerands
; j'entendis l'aveu de leur crime , je
leur montrai la Loi qui les condamnait ,
& je les fis livrer aux éléphans. Dès ce
moment je devins l'exécration de ce Peuple
qui m'avait adoré la veille ; une foule immenſe
courut à . mon palais , le fer & là
flamme à la main , & c. «
M. de Florian a-t-il bien réfléchi aux
conféquences naturelles & n'cellaires de
cet étrange & funefte apologue ? Il n'y en
a pas d'autres , fi ce n'eft que le Peuple
eft abfolument incapable d'avoir aucune
idée , aucun fentiment de juftice ; que s'il
n'eft pas victime , il devient bourreau ,
& qu'il ne peut être que l'un ou l'autre.
Certes , M. de lorian a trop de raiſon
& d'équité pour adopter , encore moins
FRANÇAIS. -75
pour propager un principe fi faux , deſtructeur
de tout ordre focial ; c'eft proprèment
calomnier la nature humaine ;
fans doute , il ne voulait pas le faire , &
pourtant il l'a fait. Pour peu qu'il veuille
y réfléchir , il verra que l'homme n'eft
point fait ainsi , même parmi les dernieres
claffes de la fociété. Il ne faut pas confondre
les erreurs avec les habitudes , ni
prendre les fautes pour un fyftême de perverfité
. Il eſt trop vrai que la multitude
'ignorante eft facile à égarer , fur- tout dans
un temps de trouble & de licence ; mais
c'eft précisément dans ce temps - là qu'il
eft plus dangereux de repréfenter le Peuple
→ comme irrémédiablement dépravé. La Nature
& l'expérience prouvent, au contraire,
qu'à moins de circonftances extraordinaires ,
le commun des hommes ne demande pas à
opprimer, mais à ne pas être opprimé ; que
c'eft- là leur difpoficion habituelle , par une
raifon bien fimple ; c'eft que leur intérêt
même le leur apprend autant que leur
confcience.
Dans tout Ouvrage de fiction , il y a
toujours un Acteur qui a raifen ; c'eft lui
qui eft l'interprete des penfées de l'Auteur,
caché fous le perfonnage : tel eft Camiré,
dans l'Hiftoire Américaine , dont la Scène
eft au Paraguay. C'est un jeune Guarani ,
plein de candeur & de vertu , élevé par un
Jéfuite honnête & éclairé. Celui - ci vou76
MERCURE
drait engager fon Eleve à prendre un état.
Camiré ne comprend rien à cette propofrtion
. Il montre les plaines immenfes du
Paraguay , remplies de tout ce que la Na- .
ture , auffi libérale que riche , peut prodiguer
à l'homme pour fa fubfittance. Jufques-
là Camiré a raifon . Mais il en vient
à la fatire de l'état civilifé , toujours fi
facile dans la bouche de l'homme qu'on
appelle fauvage. Il parcourt les différentes
profeffions ; il ne veut point être Légifte ,
parce que les Loix font mauvaifes : foit
mais je lui aurais répondu : Tu travailleras
à en propofer de meilleures , que l'on´
n'aurait jamais , fi tous ceux qui ont du
bon fens & de la juftice parlaient comme
toi. Il ne veut point du métier de la guerre
qui lui fait horreur ; je lui aurais répondu ,
i j'avais été à la place du Jefuite : J'ai
horreur comme toi du fang de mes freres ;
mais tous les hommes ne font pas pénétrés
de cette fraternité' ; ils ont des paflions
qui les rendent méchans , & les Sauvages
même , qui ne font pas un métier de la
guerre , font la guerre pourtant. Les Peuples
civilités la font avec plus d'art , &
même les Peuples libres fe maffacrent
comme les autres en bataille rangée , parce
que les Peuples ont des pallions tout comme
les Rois. J'efpere que cette rage infenfée
diminuera à mefure que les Nations feront
plus éclairées ; mais , en attendant , il faut
FRANCATS. 77
tâcher de n'être la proie de perfonne ; &
-tant qu'il y aura des loups , il faut fe garder
de la morale des moutons.
»
Camiré ne veut pas non plus du commerce
; il commence pourtant par en faire
l'éloge , mais il ajoute : J'ai vu que les
plus honnêtes Négocians ne fe faifaient pas
de fcrupule de porter aux Sauvages des arames
meurtrieres , de les enivrer de liqueurs
fortes pour conclure des marchés plus
avantageux ; enfin je les ai vus amener ici
des Africains qu'ils expofaient fur la place
comme des bêtes de fomnie. Vendre des
chommes , mon pere ! cela s'appelle le com-
-merce ! Mon ami , je ne ferai point Commerçant.
Maldonado ( c'eft le nom du Jé
fuite ) ne trouvait rien à répondre à fon jeune
Philofophe. Il convenait que le Difciple
avait furpaffé le Maître , & c. «
Quand l'Auteur qui raconte s'exprime
ainfi , il eft clair qu'il eft de l'avis de celui
qu'il fait parler. J'avoue , moi , que je n'en
fuis point , & que fi le Jéfuite ne trouve
rien à répondre , c'eft qu'apparemment il
ne le veut pas. Rien n'etait plus ailé que
de répondre à Camiré : Mon ami , tu
prends l'abus pour la chofe. Tu raifonnerais
jufte , fi , pour être Commerçant, il
fallait abfolument vendre des hommes aux
Européens , ou de la poudre à canon aux
Sauvages ; mais comme rien ne t'y oblige,
& que tu avoues toi-même que le com78
MERCURE
merce eft bienfaifant de fa nature & la
fource d'une quantité de biens & d'avantages
pour les Nations , je ne vois pas
comment tu peux conclure de ce qu'il y
a des Commerçans mal-honnêtes , que tu
ne feras pas un Commerçant honnête. Cela
n'eft pas conféquent , mon ami , & ici ta
logique eft en défaut.
L'Auteur , qui a quelques obligations
à la Littérature Eſpagnole , dont il a fu
tirer encore des richelles oubliées , pouffe,
ce me femble , la reconnaillance un peu
trop loin, & jufqu'à la partialité, dans une
converfation établie entre un Efpagnol &
lui , fur les reproches que les deux Nations
peuvent fe faire réciproquement. Aux
cruautés commifes dans le Nouveau-
Monde , l'Eſpagnol oppofe nos guerres
civiles & la Saint Barthélemi. Il conclut :
» Ne nous reprochons rien ; nous fûmes
tous des Barbares «. Cela eft vrai ; mais
je ne laifferais pas ainfi paffer tout- à- fait
une conclufion qui tend à une égalité de
crimes. Je dirais à l'Efpagnol : Je confens
que vous mettiez notre Saint Barthélemi
en compenfation avec vos maffacres en
Amérique. Mais il refte un petit article
dont vous ne parlez pas , l'Inquifition qui
dure depuis trois cents ans. Songez - vous
ce que c'eft que l'Inquifition aux yeux de
quiconque a lu & n'eft pas Efpagnol ? Je
vous en demande pardon ; mais pour ce
FRANÇAI S. 79
1
qui eft de l'Inquifition , il n'y a point de
balance à établir , quand vous mettriez
enfemble tous les crimes de l'Univers .
Plus M. de Florian eft accoutumé à
écrire avec élégance , plus on eft autorifé
à lui indiquer quelques taches légeres qu'il
peut faire difparaître aifément. » Les deux
Amans , certains l'un de l'autre , & c. « . Il
y a ici impropriété de termes : il fallait dire
sûrs , au lieu de certains. On eft certain
d'une chofe ; on eft sûr d'une perfonne.

رو
Ailleurs , en parlant du befoin qu'ont
des ames douces de s'unir à une autre
ame , il ajoute : » C'eft le lierre qui , fans
fon appui , tombe & féche dans la pouffiere
, mais qui s'attachant au chêne , s'éleve
avec lui verdoyant «. S'éleve verdoyant
commencerait fort bien un vers , & finit
mal une phraſe ; mais ce n'eft pas cela qui
me ferait retrancher la comparaifon ; c'eft
qu'elle eft trop ufée. Quand certaines figures
& certaines expreffions font devenues
trop communes , il faut les laiffer aux Ecrivains
vulgaires. Ce font- là de petites corrections
à faire dans les Editions fubféquentes
que ne peut manquer d'avoir cet
Ouvrage , dont la lecture eft fi agréable.

MERCURE
SPECT A CLE S.
Théâtre Français de la rue de Richelieu.
Nous avons à rendre compte du fuccès de
Virginie , l'un des plus éclatans , des plus
complets & des plus vivement fentis qu'on
ait vus depuis long-temps . Si l'on veut bien
faire attention que l'Auteur ( M. de la Harpe )
eft un des Coopérateurs de ce Journal , on
fentira les raifons de convenance qui nous
interdifent les éloges que nous aimerions à
mêler aux acclamations publiques , & nous
obligent à reftreindre cet article à une fimple
expofition de la Piece & de l'effet qu'elle a
produit.
La Scène d'ouverture entre Icilius , ancien
Tribun du Peuple , & Valerius , perfonnage
Confulaire , met le Spectateur au fait de l'état
de la République , affèrvie par les Décemvirs ,
& particuliérement par Appius. Sa tyrannie
pefe également au Peuple & au Sénat , &
Valerius voudrait , de concert avec Icilius ,
réunir les deux Ordres , long - temps rivaux ,
contre l'oppreffeur commun. Ce même jour ,
Icilius doit époufer Virginie. Planie , fa mere ,
envoie les deux époux au Temple offrir un
facrifice aux , Dieux peur prémices de leur
union . Elle est prête à les fuivre un moment
après , quand on vient lui apprendre l'attentat
de Claudius , client du Décemvir , qui réclame
Virginie comme fon Efclave . La mere , au
premier mot , vole au fecours de fa fille , dont
FRANCAI S.
81
le péril commence avec le premier Acte ,
fe éle aux préparatifs de fon mariage .
&
Au fecond , l'on apprend , par le récit d'Icilius
, tous les détails de l'entreprite infame de
Claudius , trop connu de quiconque a lu l'Hiftoire
Romaine pour qu'il foit befoin de les
rapporter ici. Nous obferverons feulement que
d'un bout de la Piece à l'autre , l'Hiſtoire eſt
fuivie avec la plus exacte fidélité , fans la
moindre apparence d'épifode , & fans qu'il foit
jamais queftion d'autre chofe que du péril de
Virginie & de l'affranchiffement de Rome. Ces
deux objets , que l'Auteur a fu joindre cortinuellement
enfemble , rempliffent la Piece
d'un feul & même intérêt , parce que le fort
de Virginie eft attaché à celui de la République
, & que la premiere eft néceffairement
victime , fi l'autre ne cefle d'être efclave .
>
Le Décemvir paraît , & Icilius , Virginie &
fa mere demandent juftice contre Claudius &
les faux témoins qui l'appuient. Transports de
l'amour maternel dans le rôle de Plantie :
diffimulation hypocrite dans celui d'Appius.
Il eft prêt à prononcer , quand Icilius lui de--
mande s'il ofera juger Virginie en l'abfence
de fon pere qui eft au camp du Mont Algide ,
& qui peut arriver dans la nuit même pour
défendre fa fille & confondre les impoftures
de Claudius . Cette confidération fi légitime ,
alléguée par un homme tel qu'Icilius , en impofe
au feroce Appius , qui confent à attendre
Virginius ; mais qui , dans le même inftant
fait partir un Exprès pour ordonner à fes
Collegues de le retenir au camp. Cet A &te
finit par l'expofé des projets atroces du Tyran ,
brûlant d'un amour forcené pour Virginie , &
82
MERCURE .

déteftant le Tribun Icilius. Celui - ci , réfolu
de le démafquer ouvertement , a ail 3 me.
A&te , un entretien avec lui , qu'on peut appeler
la grande Scène de la Piece . Icilius y
parle à la fois en homme libre & en époux
outrage. Il détruit les frivoles prétextes dont
Appius veut couvrir fon ufurpation ; & comme
ces prétextes font les mêmes que le Defpotifine
employa dans tous les temps , l'Auteur
a faifi cette occafion de mettre dans la bouche
d'Icilius les argumens victorieux avec lesquels
la juftice & la liberté naturelles ont toujours
combattu les fophifmes de la tyrannie. Appius
pouffe à bout , & traité de raviffeur &
de fuborneur , fait arrêter Icilius ; mais au
moment où Plantie lui reproche d'ofer mettre
aux fers un Citoyen Romain qui réclame fon
époufe , on vient annoncer au Décemvir que
le Peuple , indigné de cet cutrage fait à un
de fes Tribuns , au plus chéri de fes Magiftrats
, a forcé la prifon & mis Icilius en
liberté. Appius , devenu plus furieux par la
réfiftance qu'il éprouve , donne ordre de faire
defcendre dans la ville un Corps de Soldats
qui gardent le Capitole . Il cft réfolu , malgré
les confeils de Sparius , un de fes Collegues ,
de fe porter aux dernieres extrémités , plutôt
que de renoncer à l'Empire & à Virginie .
La fcène entre Appius & Icilius a été applaudie
avec des tranfports qui paraiffient
être à la fois ceux de l'admiration & ceux
de la Liberté & du Patriotifme ; & l'on doit
àl'Auteur cette juftice , qu'il a toujours plaidė
la caufe de l'un & de l'autre .
L'ouverture du 4me Acte offre un tableau
rès-dramatique & qui a été vivement applaudi.
FRANÇAI S. 83
La Scène eft dans la nuit . Icilius , fuivi de
fes libérateurs , a profité du moment où Appius
eft allé chercher fes Soldats au Capitole
; il a arraché Virginie & fa mere du palais
du Décemvir où on les gardait . On rapporte
Virginie, encore évanouie de faififfement,
dans la maifon paternelle . Virginius y arrive
du camp dans cet inftant même , & Virginie ,
en revenant à elle , fe trouve dans les bras
de fon pere . Il a été averti à temps par un
Affranchi d'Icilius , qui a prévenu le Meffager
du Décemvir. Un Appariteur vient citer Virginie
& fa famille au Tribunal du Décemvir ,
qui doit les juger dès que le jour paraîtra.
Virginie & fa mere veulent attendre la mort
aux pieds de leurs Dieux domestiques : Icilius
propofe d'aller au camp implorer l'appui de
Armée . Virginius eft réfolu de fe préfenter
au Tribunal & de voir ce que le Tyran ofera
prononcer en préfence de Rome entiere.
On connaît affez le dénouement. On fait
que c'eft un des plus grands tableaux , un des
plus déchirans fpectacles que la Scène puiffe
offrir ; & quand cette Piece fut jouée , il y a
fix ans , à l'ancien Théâtre , on convint que
le moment où Virginius , tenant fa fille dans
fes bras , prononçait ce vers que tout le monde
avait retenu :
Avez-vous des enfans ? fentez-vous mon malheur ?
produifait la plus forte impreffion poffible de
terreur & de pitié. M. Monvel y à paru fublime
; Mad . Veftris a été véritablement mere
dans la fcène où elle défend fa fille ; Mlle.
Desgarcins a mis dans fon jeu cette fenfibilité
timide & cette modeftie des filles Romaines
842 MERCURE FRANÇAIS.
qui n'exclut pas le courage que doit avoir la
fille de Virginins ; M. Talma s'eft ferpaffé dans
le beau rôle d'Icilius : il a été demandé après
la Piece , qui d'ailleurs eft repréfentée avec
tout l'enfemble & le foin , toute la fidélité de
coftume qui caractérisent la Tragédie au Théâtre
de la rue de Richelieu .
ANNONCES ET NOTICES.
' LUCINDE , ou les Confeils dangereux , Comédie
en un Acte en profe , par M. Villenterque ; précédée
d'une forte de Préface , intitulée : A celle
que j'aime.
( La calomnie eft le bonheur de l'envie ,
refource des oififs & des fots . )
A Breft , de l'Imprimerie de R. Malaffis ; & à
Paris , chez les Mds. de Nouveautés.
GRAVURES:
LE PACTE NATIONAL , Eftampe allégorique, de
22. pouces 3 lignes de haut , für 16 P. 3 lignes
de large . Le prix eft de 9 liv. Se vend à Paris ,
rue des Noyers , N ° . 20 , chez M. Leclerc ,
Peintre en Hiftoire ; & chez tous les Marchands
de Grayures.
PROPHÉTIE.
TABLE.
80
61 Spectacles . 84
Charade, Enig. Logog. 64 Notices.
Nouvelles Nouvelles. 661

MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 26. MAI 1792.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port,
PIECES FUGITIVES:
STANCES SATIRIQUES
DE RUL HIERES
ADRESSÉES A DORAT ( 1 ),
DE l'efprit & de l'agrément ,
On en trouve certainement -
Dans vos Epitres éternelles
Aux Rois , aux Cometes, aux Belles .
(-1 ) Ces Stances , qui font fort jolies , n'ont jam as
été imprimées.
N” . 21. 26 Mai 1792 ,
E
86 MERCURE
Vous célébrez fi galamment
Les jeunes Dames de la ville ,
Qu'au Marais , & fur- tout dans l'Iſle ,
On vous croir prefque leur Amant .
Vous uniffez très -favamment
La recherche à la négligence ,
Et fous un air d'infouciance ,
L'ambition d'être.charmant .
wit
Quelquefois même , par moment
Vos vers vifent à l'harmonie ,
Et s'élevent à l'ironie.
Rien ne vous manque , en
vérité ,
Pour avoir un nom mérité ,
Rien , que du goût & du génie.
BIBLIOTHECA
REGLA
MONAGENSIS.
FRANÇAIS.
$7
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du MERCURE dernier. ·
Le mot de la Charade eft Paffage , celui
de l'Enigme eft Loupe, & celui du Logogriphe
eft Monarchie , où l'on trouve Roi ,
Rohan , Remi , Arion ', Arche , Icare , Noë,
Caron , Hero , Io.
CHARADE A MLLE. ***
ON vénérait autrefois mon premier ,
C'était fans doute une folie ;
Etoffe où paraît mon dernier ,
De l'acheter ôte l'envie ;
Mais fous vos doigts , belle Uranie ,
Rien n'est plus doux que mon entier.
( Par M. Lagachefils, Rec. des Dom. Nat. )
É N. I G M E.
JE fuis doux , complaifant , commode ;
Chacun me recherche à l'envi ;
E 2
88 MERCURE
Pour foulager les vapeurs & l'ennui
Je fuis fur-tout fort à la mode .
A ce début , mon cher Lecteur durodege
Tu me croiras peut- être un grand Docteur.>
Pourquoi non ? Beaucoup mieux , que certains Empiriques
,
J'adminiftre des narcotiques, iqus
Qui , fans effort & fans danger , A
Préfentent un fommeil léger.,
Que te dirai-je encor pour me faire connaître ?
Je fuis affidu chez les Grands
C
Et je dédaigne de paraître
,
Sous la chaumiere & dans les champs .
0
J'habite an fein des Arts , des Lettres , du Génic ;
J'ai ma place à l'Académie ;
J'y tiens mon rang comme les beaux efprits ,
Et pour plus d'un Savant de fon mérite épris ,
Je deviens un objet d'envie :
Aufli ma jouiffance eft-elle d'un grand prix.
Enfin l'on croit heureux celui qui me poſſede ;
Mais un fait que Buffon cût trouvé furprenant ,
C'eft que, malgré deux bras ouverts à tout yenant,
Je fuis pourtant un quadrupede .
FRANÇAIS .
89

35
LOGO
GRIP HE.
COMME
Oм ME un hydre nouveau , je veux à chaque
tête
,
Que tu retrancheras , en avoir une prête ,
Qui préfente à tes yeux un objet différen
Et par- là , chet Lecteur , t'intriguer un inſtant.
D'abord en mon entier , j'offre un mets trèsvulgaire
;
Retranches -en le chef , tu vois ce qu'à la guerre
On donne à l'ennemi pour garant d'un traité 3
Er fi je puis piquer ta curiofité ,
Abats fans te laffer , dans la Géographie
J'offre un fleuve d'Europe ; une ville d'Ake :
Coupes encor la tête , & vois ce qui toujours
Augmentera chez toi jufqu'à ton dernier jour..
Mais afin de m'offrir fous tous mes points de vue ,
Releve exactement chaque tête abattue ,
Tu verras audi- tôt ce que , pour ton dîner ,
Il faudra mettre au feu pour faire mon entier.
( Par Mad. A., . )
E ;
30 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LE COLLATÉRAL, ou l'Amour & l'Intérêt,
Comédie en trois Actes & en vers ; par
P... F... N... FABRE D'EGLANTINE ;
repréfentée fur le Théâtre de Monfieur
au Palais des Tuileries , le 26 Mai 1789 ,
& reprife au Théâtre Français , rue de
Richelieu, le 27 Octobre 1791. Prix ,
30f. A Paris , chez L. F. Prault , Imp-
Libr. quai des Auguftins , à l'Immortalité.
F.ORLIS , homme avide & intéreffé
frere d'une jeune & riche veuve , nommée
Julie , dont il convoite la fucceffion , emploie
toute fon adreffe à rompre un mariage
projeté entre elle & Beauchêne
jeune homme qu'elle aime & dont elle eft
aimée. Il profite d'une brouillerie furvenue
entre les deux Amans pour propofer un
autre , mariage plus conforme à fes vûes
avec un vieux garçon nommé Dormont
homme très - avare : il fe flatte , vu l'âge
de ce nouveau prétendu , qu'il ne naîtra
point d'enfans de cette union , & de plus
il compte faire inférer dans le contrat la
FRANÇAIS. 21
claufe d'une ceffion entiere des biens de
Dormont en faveur, de Julie. Voilà donc
l'intérêt qui combat l'amour , comme le
titre l'annonce voyons fi les moyens que
l'Auteur emploie pour former ce noeud &
foutenir l'intrigue, pendant trois Actes avec
une querelle d'Amans , font naturels &
vraisemblables.
Le fujet de la querelle , c'eft que Beauchêne
a propofé une partie de bal à fa
maîtreffe , qui , n'aimant point la danfe , a
refufé d'y aller. Cependant fon humeur
jaloufe & foupçonneufe l'a portée à fe
rendre à ce bal pour y obferver , fous le
mafque , la conduite de Beauchêne . Elle
l'a vu courtifer une jeune femme nommée
Hortenfe , & c'eft de- là qu'elle eft partie
pour accepter fur le champ la main de ce
vieux Dermont que fon frere lui a préfenté.
Le contrat eft prêt à fe faire ; le
Notaire eft mandé , & tout cela dans l'efpace
de deux jours car l'action fe paffe au
troifieme jour depuis l'aventure du bal.
Toute cette conduite de Piece eft def
tituée de vraisemblance ; tout y eft faux &
forcé. On ne nous dit même pas que jufque
là Beauchêne eût donné à la maîtriffe
des fujets de jaloufie ; on ne nous dit point
qu'il ait rendu à Hortenfe des foms
puffent la faire regarder par Julie commé
une rivale à craindre ; & ces fuppofitions
antérieures étaient néceffaires pour donnet
E A
92
MERCURE
de chofes , fitthe
V
au moins quelque probabilité aux réfolutions
violentes & abfolues de Julie. On
nous repréfente , au contraire , fon Amant
comme un homme tendre & timide. Je
demande s'il eft poffible que dans cet état
femme qui aime puille
prendre le parti de renoncer fur le champ
à un mariage annoncé , & de fe jeter ,
jeune & riche comme elle eft , dans les bras
d'un vieil avare s'il eft naturel qu'elle ne
cherche pas au moins une explication avec
fon Amant , mouvement inféparable de
T'amour offenfe , qui peut bien , par une
affectation de fierté , dire qu'il ne veut rien
entendre , mais qui , dans le fait , n'a jamais
rien de plus preffé que de dire tout
ce qu'il a fur le coeur , & d'écouter tout
ce qu'on peut lui répondre ? Enfin y a- t - il
la theindre proportion entre le dépit momantane
que peuvent caufer des coquetteriés
de bal , & la réfolution extrême , on
peut dire même défefpérée , que prend Ju
lie ? Non , rien de tout cela n'eft dans la
nature. Julie ne fait rien de ce qu'elle
doit faire. Beauchêne s'eft préfenté plufieurs
fois chez elle , a rodé autour de fa
porte , & n'a pu pénétrer jufqu'à elle ,
ni lui faire parvenir aucun meffage , parce
que Forlis a donné des ordres au portier.
Admettons qu'il ait pris fur lui de donner
de pareils ordres chez fa four ; fuppofons
qu'il ait ofé les donner au nom de Julie :
C
FRANÇAI S. 93
comment Julie qui doit trouver incompréhenfible
l'éloignement & le filence de Beauchêne
, ne s'informe t-elle pas s'il eft venu,
ou s'il a envoyé , ou s'il a écrit ? Comment
fa Suivante , Lisbeth , qui eft dans les intérêts
de Beauchêne , ne prend - elle pas
des informations du portier ? Comment
Beauchene lui-même , fi la porte eft fermée
pour lur & pour fes gens , n'a -t- il pas
F'efprit d'envoyer un commiffionnaire , de
faire rendre une lettre à la Suivante pour fa
maîtrelle ? Comment refte- t-il fans action
& fans moyens pendant deux jours , lorfqu'on
parle dans toute la ville du prochain
imariage de Julie avec Dormont ? Il n'y a
point d'amoureux de feize ans qui fût fi
mal-adroit. C'eft - là , fans doute , un tiffu
d'invraifemblances inexcufables ; mais l'Auteur
en avait befoin pour prolonger cette
fituation forcée jufqu'à la fin du 3. Acte,
Ik a bien fenti pourtant qu'il ne pouvait
fe difpenfer d'une entrevue entre les deux
Amans ; mais comme leur querelle eſt de
nature à ne pas durer un quart d'heure
entre deux perfonnes qui s'aiment de bonne
foi , il a bien fallu qu'il fit parler & dialoguer
fes perfonnages à contre- fens dans
la fcène qu'ils ont au fecond Acte : il prête
à Julie le langage le plus déraifonnable
le plus oppofé à l'amour , je dis à l'amour
irrité , & dans fon plan , Julie eft amoureufe.
Certes , il n'y paraît pas dans sette
Es
94
MERCURE
fcène qui était décifive ; rien n'y reffemble
à la tendreffe affligée ; pas un mouvement
du coeur ; pas un accent de fenfibilité ;
une hauteur foutenue & infultante , une
obftination gratuite à repouffer les meilleures
raifons ; elle incidente & querelle ridiculement,
non pas fur le fond de la difpute,
fur fes fujets de jaloufie , mais fur chaque
parole de Beauchêne, qu'elle interprete avec
la plus infigne mauvaiſe foi en un mot
elle joue le rôle d'une femme qui n'aime
plus & qui veut rompre , à quelque prix
que ce foit , & certainement ce n'eft pas
le deffein de l'Auteur , ce n'eft pas fon
fujet , puifqu'ailleurs il la montre aux fpectateers
comme ayant toujours de l'amour
pour Beauchêne , & qu'elle finit par fe
accommoder avec lui & par l'époufer.
Ce n'eft pas tout comme il voulait que
cette fcène , qui , dans l'ordre naturel , devait
néceffairement finir la brouillerie , la
prolongeât & l'envenimât , il a été obligé
de dénaturer le rôle de Beauchêne comme.
celui de Julie. En conféquence il a imaginé
de mettre dans la bouche , à la fin
de cette entrevue , ce qui , peut- être , depuis
qu'il y a des Amans , ne s'eft jamais
trouvé dans la bouche d'aucun d'eux. Forlis
eft venu fe mettre en tiers dans cette explication
, & l'on s'imagine bien que ce
n'est pas pour y apporter la paix ; nous
verrons tout - à - l'heure avec quelle malFRANÇAIS.
95
adreffe choquante & improbable il fe met
á découvert ; mais actuellement il s'agit de
Beauchêne. Forlis lui reproche les éloges
qu'il lui a entendu plus d'une fois prodiguer
à la beauté & à l'efprit d'Hortenfe.
Quelle eft la réponfe de Beauchêne ? On
ne s'y attendrait pas : la voici.
I
Au prix de tout mon fang,
>
Non , je ne puis ceffer d'être fincere & franc.
Hortenfe ; dites-vous , eft celle que j'adore :
Eh bien ! je conviendrai , je dirai méme encore
Avec mille autres gens & qui ne l'aiment pas ,
Qu'Hortenfe eft en effet un prodige d'appa's
Que fon efprit eft vif, fon caractere affable ,
Sa converfation gaie , amufante , aimable ,
Qu'elle a d'auffi beaux yeux qu'on puiſſe les avoir;
Même j'ajouterai que chez Verfeuil , un ſoir ,
Ils firent l'entretien d'une affemblée entiere ;
Que fa bouche eft la rofe ; & s'il ne faut rien taire...
On voit qu'il n'était pas encore prêt à
finir ; mais Julie , comme on peut sy attendre
, en a bien affez , & l'interrompt
dans ce bel enthoufiafme , pour l'envoyer
auprès de celle qui en eft l'objet. Pour
cette fois , il n'y pas de femme au monde
qui , à fa place , n'en eût fait autant; mais
auffi quel homme que ce Beauchêne ! Quel
autre que lui s'eft jamais avifé , je ne dis
pas feulement de fe livrer à cette profufion
EG
96
MERCURE
de louanges pour une autre femme , en
préfence de celle qu'il aime , mais encore
de prendre le moment où fa maîtreffe eft
jaloufe & bleffée , ponr fe répandre en
éloges fi paffionnés de celle qu'elle regarde
comme fa rivale ? On peut , fans doute
devant la maîtreffe, louer une autre femme;
mais ce n'eft ni avec cet excès , ni dans
une pareille occafion.
J'ai dit que Forlis ne mettait aucune
adreffe ni aucune mefure dans fa malignité .
En effet , il eft ami de Beauchêne : celuici
le prie d'intercéder pour lui auprès de
Julie ; il reconnaît fon tort ; & c'eft dans
ce même inftant que Forlis charge les accufations
avec une violence outrée & révoltante
il n'y a qu'à l'entendre .
Oui-dà , qui veut vous croise
Ne trouve dans vos tours que des fujets de gloire.
Mais réfléchiffez bien : le coeur ... Je ne veux pas
Exciter entre vous quelques fâcheux débats s
Mais vos nouveaux projets ont fort mauvaiſe grace.
Il n'eft qu'un efprit faux, frivole, un coeur de glace,
Qui puiffe préférer Hortenfe ....
A ces expreffions groffieres que nul
honnête homme ne peut endurer , furtout
de la part d'un ami , Beauchêne
fe contente de fe récrier par ce feul mot :
Ah! préférer ! Quoi c'eft- là la réponſe
FRANÇAIS. 97
d'un homme qui s'entend traiter par un
ami d'efprit faux , frivole , de coeur deglace,
& devant fa maîtreffe ! Quoi ! dès ce
moment il ne s'apperçoit pas que cet ami
dont il vient d'implorer les bons offices ,
& qui l'accufe d'une préférence dont il n'y
a pas la moindre preuve , joue évidemment
le rôle d'un fourbe ! Il ne lui rompt pas
en vifiere , à cette fortie fi indécence , fi
déplacée ! Il ne forme pas même dans toute
la fcène la moindre plainte contre lui ! &
dans l'Acte fuivant , il lui emprunte de
l'argent ! Il lui parle encore avec confiance
& cordialité ! Il n'a aucun foupçon
contre lui ! Lisbeth ne l'a pas averti de
s'en défier ! Quel amas d'impoffibilités
morales !
Je fuis entré dans ce détail critique
parce que M. d'Eglantine , qui a fait voir
qu'il favait ce que c'était qu'un plan &
une intrigue , doit , avec un peu de réflexion
, fentir qu'il a oublié ici tous les
principes de l'Art , principes qu'il a fi bien
obfervés dans fon Philinte & dans l'Intrique
Epiftolaire. Il doit favoir que tout ce
qui eft faux & hors de nature , eft effentiellement
anti-dramatique ; & voilà trois
perſonnages principaux qui font dans ce
cas.
Je ne parle pas de la plate imbécillité
de Dormont. L'Auteur avait befoin d'une
dupe de cette efpece pour la feule bonne
f
93
MERCURE
fcène de fa Piece ; pour celle qui lui fournir
un dénouement. Ne pouvant le trouver
, d'après fon plan , dans une ſcène de
fentiment entre les Amans brouillés , il a
recours à une friponnerie de Valet pour,
éconduire Dormont : mais du moins cette
fcène eft fort plaifaminent infaginée , &
l'exécution en eft agréable & gaie. On y
retrouve le talent comique de l'Auteur.
Zacharin , valet de Beauchêne , ſe déguife
fous l'habit & le nom d'un fameux Médecin
de la ville ; il vient trouver Dormont
, lui dit qu'il a entendu parler de
fon mariage prochain qu'il traite de folie ;
qu'il a parié mille louis contre , que le
pari a été couvert , & que fi Dormont
veut le lui faire gagner en rompant le mariage
, qu'après tout il peut renouer au
bout de fix mois , la moitié du pari gagné
lui appartiendra . Il lui préfente en même
temps , d'un côté, cinq cents louis en cinq
rouleaux , & de l'autre tous les accompa--
gnemens du mariage pour un homme de
l'âge dont il eft : il n'y a pas à balancer
pour un avare à qui d'ailleurs on demande
un abandon de tout fon bien dans.
le contrat projeté , & qui , fur tout ce
que Lisbeth lui a dit de fa future ne
doit pas en être fort tenté. Dormont prend,
donc l'argent ; & le bon de l'affaire , c'eft
que Forlis l'a prêté à Beauchêne pour les
frais d'un prétendu voyage que celui - ci
و
FRANÇAIS. 99
doit faire en Allemagne. Dormont parti ,
on fait entendre enfin raifon à Julie , en
lui racontant tout ce qu'on a imaginé pour
la délivrer de Dormont. L'incident & la
fcène méritent des éloges ; mais une fcène
ne fait pas une Piece , ne faurait couvrir
tant de fautes , ni racheter un fi mauvais
fond.
وو
""
A l'égard du ftyle , fi l'on excepte la
fcène de Zacharin , il n'eft pas fupportable .
» Une querelle extreme . Il voit de loin,
lui , loin des fiens ".... " Suis-je capable " ?
( pour dire habile : capable , dans le fens
abfolu , ne fe dit jamais que de celui qui
affecte la capacité. Vous doublez mon
courroux «. ( On redouble un courroux ;
on ne le double pas. ) " Je ne peux d'un
homme quel qu'il foit , captiver done
les voeux ! Voilà un donc bien placé !
Son afpect ne peut être éludé « Eluder
un afpect ! Elle a fans doute la folie
d'élancer de fon coeur fa penfee après vous
&c. " . Cet étrange jargon , qui bleffe également
la Langue , l'oreille & le bon fens,
fe retrouve à toutes les pages; prefque tous
les vers font chargés de chevilles . Il eft dif
ficile d'écrire plus mal , & difficile d'efpérer
que l'Auteur , malgré tout ce qu'on a
pu lui dire , veuille ou puiffe déformais
apprendre à écrire paffablement.
f
و د
Il eft manifefte que M. d'Eglantine
compofe avec une malheureufe précipita100
T
MERCURE
tion qui ferait avorter un plus grand talent
que le fien , & qui détruira enfin juſqu'aux
efpérances qu'il avait données. Voilà ,
dans l'efpace de quelques mois , deux Ouvrages
de lui , l'Héritiere & le Sot orgueilleux
, deux Pieces en Actes, qui ont laffé
jufqu'à l'indulgence que le Public y apportait
celle-ci n'a gueres eu plus de fuccès.
Si M. d'Eglantine fe perfuade que c'eft le
Public qui a tort , il n'y a plus de reffource.
:
"
Un autre travers choquant dans le Collatéral
, mais qu'on retrouve auffi , quoique
moins marqué , dans beaucoup d'autres
Pieces imprimées , c'eft cette affectation
prétentieufe de tracer à chaque ligne
Je jeu & la pantomime de l'Acteur. Forlis
faififfant la penfée de fa foeur avec une précaution
avide...... Julie , avec un dépit exceffif......
Forlis , voyant fon imprudence',
renforce fa voix & la feduction ..... préparant
le dernier vers & appuyant deffus, débitant
vite fous la main appuyant avec
myftere..... Forlis , glefant.... avec une force
fourde & craintive ...... avec un dépit candide
& anim ..... coupant net avec un dépit concentré.....
confidemment & spécifiant bien ......
&c . &c . &c. & On peut mettre de pareilles
notes fur le rôle d'un Acteur ; mais le Lecreur
en eft in patienté , & n'y voit que la
petite charlatanerie d'un Auteur qui rejette
dans la pantomime l'expreffion qu'il n'a pas
fu mettre dans le ftyle. Il eft permis quelFRANÇAI
S. ΙΟΥ
quefois d'indiquer l'efprit général d'une
fcène , dans des occafions importantes où
les Acteurs peuvent fe méprendre . Voltaire
l'a fait quelquefois ; mais il y a loin de ces
précautions rates à cette bigarrure continuelle
de petits avertiffemens italiques
dont on noircit aujourd'hui toutes les pages
d'un Drame.
Corneille , Racine & Moliere ne connaiffaient
pas ces grandes reffources , &
mettaient leurs intentions, en vets & non
pas en notes. Ils ne fe croyaient pas non
plus obligés de joindre à la lifte des perfonnages
le caractere de leur rôle.....
»
Veuve , femme fenfible , tendre , mais
jaloufe , ambitieufe & violente.... Homme
adroit , fouple & intéreffé.... Homme fenfible
; délicat , mais naïf , franc , & abfo
himent étranger à la duplicité des gens du
monde , &c. &c. « Eh ! montrez - nous
tout cela dans la Piece , &, comme dit le
Mifanthrope , nous verrons bien. Moliere
ne nous a pas avertis que Tartuffe était un
hypocrite profond , un homme rufé , plein
de préfence d'efprit , &c. Il s'en eſt rapporté
à fa Piece & à nous. Il eft vrai que
dans l'imprimé , il fe crut obligé de mettre
en marge , à un endroit où Tartuffe débite
une morale affreufe , c'eft un fcélérat qui
parle. Un Acteur , homme d'efprit , fans
doute , crut que ces mots faifaient partie
102 MERCURE
de fon rôle , & ne manqua pas de dire :
Il eft avec le Ciel des accommodemens.
C'est unfeélérat qui parle , & c.
ANNONCES ET NOTICES.
On vient de mettre en vente , Hôtel de Thou ,
rue des Poitevins , N° . 18 , la 49 ° . Livraiſon de
L'ENCYCLOPÉDIE..
Cette Livraiſon eft compofée de la Dixieme
Livraifon des Planches d'Hiftoire Naturelle, contenant
l'Helminthologie , ou les Vers infufoires ,
les Vers inteflins & les Vers mollufques , &c. &c.
par M. Brugnieres , Docteur en Médecine ; du
Tome IV , 1. Partie , du Dictionnaire d'Antiquités
, par M. Mongès , de l'Académie des Infcriptions
; du Tome II , 2º, Partie , de la Médecine
, par une Société de vingt Médecins , ( M.
Vicq-d'Azyr , Editeur ) ; du Tome IV , 11. Part,
de la Médecine ; du Tome I , 2º . Partie, de la
Philofophie ancienne & moderne , par M. Naigeon
,
1
Le prix de cetre Livraiſon , en feuilles , eft de
42 liy. 16 f. & de 44 liv , 16 f. brachée .
FRANÇAIS. 101
LE VALERE-MAXIME FRANÇAIS , Livre Claffique
, pour fervir à l'éducation de la jeune fe
& de l'adolefcence Françaife , en 2 Volumes ;
dédié à l'Affemblée Nationale : par M. Delaplace ,
Doyen des Gens dé Lettres,
Lifez , jeunes Français que la gloire intéreſſe ;
Chez vous four les Héros de Rome &: de la Grece:
Prix , 10 livres . A Paris , chez P. Didot l'aîné ,
Imp-Libr. rue Pavée- St-André-des -Arts ; Firmin
Didot , Libr. rue Dauphine , No. 116 .
Lorfqu'à l'âge de M. Delaplace on confacre
encore fes veilles à l'inſtruction publique & au
Patriotisme , le zele & les intentions de l'Auteur
doivent faire pardonner ce qui peut nanquer à
la perfection de l'Ouvrage. Celui - ci eft utile par
fon objet ; il réunit une foule de traits intéreffans
, épars dans nos Hiftoires , & cette réunion
même contribue à l'effet que l'Auteur , axvoulu
produire ; elle montre une foule de gronds exemples
, & fait naître le défir de les imiter.
P. S. Le prix des 2 Volumes pour les Dépar
temens eft de 11 liv . 10 f. francs de port.
>
-Nota. On trouve encore chez Firmin Didot
quelques Exemplaires d'un Ouvrage du même
Auteur intitulé LA NOUVELLE ECOLE DU
MONDE , OU Recueil de Quatrains Moraux
Satiriques & Galans , propofés à tous les âges.
Prix , liv. broché.
REFLEXIONS SUR L'EDUCATION , par J ... B...
Mandru , Auteur du nouveau Systême de Lecture ,
applicable à toutes les Langues. 2. Edition . A
Paris , chez l'Auteur , rue St - Martin , maifon de
M. Pierre , Limonadier ; & chez Bluet , Libraire ,
Pont St-Michel.
104
MERCURE
"
MÉMOIRES de la Minorité de Louis XV , par
J. , B. Maffillon , Evêque de Clermont , l'un des
Quarante de l'Académie Françaife. 1 Vol . in-8°,
Prix , liv. 10 f. br . & 4 liv . franc de port par
la Pofte. A Paris , chez Buiffon , Impr - Libr. rue
Haute - feuille , No. 20. On peut fe procurer le
même Ouvrage à Lyon , chez Bruyfer freres ,
Libr. rue St -Dominique.
-
Le nom feul de Maffillon fuffit pour infpiret
le défir de connaître cet Ouvrage , fur lequel nous
reviendrons.
697 l :
MÉMOIRE préfenté à l'Affemblée Nationale
par M. Lebrun , ci - devant ancien Avocat au
Parlement de Paris , fur les moyens de foutenir
& de faire hauffer la valeur des Affignats , & de
remédier au renchériffement des biens ufuels ; &
Parallele de fon Plan avec ceux de MM . Claviere
, Boislandri , Philibert , Condorcer , Caillaffon
& Marbot. Deux Brochures in- 8 ° . A Paris ,
chez Dupont , nue de Richelieu , No. 14 ; &
chez l'Auteur , rue du Pâtic-St-Jacques , No. 28.
Prix , 25 f.
HISTOIRE de la Révolution de 1789 , & de
l'Etabliffement d'une Conftitution en France ; précédée
de l'expofé rapide des Adminiſtrations fucceffives
qui ont déterminé cette Révolution mémorable
: par deux Amis de la Liberté . A Paris ,
chez Clavelin , Libr. rue Haute-feuille , No. 5. ,
près St- André-des- Arts ; Tomes IV & V. Prix ,
liv. 4 f. pour Paris , & 8 liv. 4 f. rendus francs
de port dans tout le Royaume .
Les premiers Volumes de cet Ouvrage ont
FRANCAIS.
1
du fuccès on nous promet inceffamment les
derniers. & 1,3 TA
DICTIONNAIRE DES ARTS de Peinture ;
Sculpture & Gravure ; par M. Watelet , de l'Académie
Françaife , Honoraire de l'Académie R.
de Peinture & Sculpture ; & par M. Lévêque ,
de l'Académie des Infcriptions & Belles-Lettres ,
Agrégé à l'Académie des Beaux - Arts del Saint-
Pétersbourg. s Vol. gros in - 8. A Paris , chez
L.F. Prault , Imp- Lab . quai des Auguftins .
Watelet a occupé un rang diftingué parmi les
aux
Amateurs des Arts. On a recueilli dans ce Dic
tionnaire ce qu'il a laiffé en manufcrit fur cette
matiere , & ce qu'il avait fourni à la premiere
Edit. de l'Encyclopédie. Le refte, a été fuppléé par
M. Lévêque , qui a joint l'étude des Arts
travaux littéraires. Il a pu fé fes articles dans les
meilleures fources connues ; & fes principes, conformes
à la théorie la plus faine & au goût de
l'antique , peuvent fervir à rectifier ce qu'il peut
y avoir de défectueux dans les articles de Watelet
, qui , malgré les connaiffances & fon goût,
a toujours montré trop de prédilection pour le
faire de l'Ecole Françaiſe .
ANECDOTES ET TRAITS CARACTÉRISTIQUES
de Jofeph Second , Empereur des Romains ; précédés
de fon Teftament : fuivis des Ombres , on
Jofeph II dans les Champs Elyfées ; le tout traduit
de l'Allemand par Mad. de R ... In-8 ° . A
Paris , chez Guillaume junior , Impr-Libr. quai
des Auguftins , No. 42 ; & Lebons , Libr . au
Palais-Royal , fous les arcades de bois. Prix , 3 k
br.pour Paris , & 4 liv, pour les Départemens,
1
100 MERCURE
GEOGRAPHIE ELEMENTAIRE , à l'ufage des
jeunes gens de l'un & de l'autre fexe , avec la di
vifion de la France en 83 Départemens , les Conftitutions
, les mecurs , & les produits agricoles &
commerciaux des différens Peuples de la Terre ;
fuivie d'une Table alphabétique de tous les Pays ,
& principalement des Départemens, Diftricts, &c .
d'un Traité de la Sphere , d'un Vocabulaire des
mots dont l'ufage n'eft point familier à la Jeu
neffe , & enrichie de huit Cartes Géographiques .
Préfentée à l'Affemblée Nationale ; par J .. H...
Haffenfratz , fous Directeur du Cadaftre de
France. A Paris , mêmes adreffes que ci- deffus ,
Prix , 2 liv. 10 fous pour Paris , & 3 liv. par la
Potte...
-
N. B. La Langue eft aujourd'hui fi honteufement
négligée , qu'on n'a pas même l'attention
de s'exprimer en Français dans des titres de Livres.
Agricole cft fynonyme d'Agriculteur , & ne peur
s'appliquer aux chofes. Produits agricoles eft une
phrafe barbare , auffi ridicu'e que fi l'on difait
Produits. Laboureurs : beaucoup de titres de Livres
font aujourd'hui chargés de pareilles fautes . On
a cru devoir en faire une fois la remarque.
CATÉCHISME MILITAIRE , ou Manuel du
-Garde National , & de tous ceux qui fe deftinent
à l'Art Militaire ; avec trois Planches qui
-repréſentent toutes les pieces d'un fufil , la charge
en douze temps ; en un mot , toutes les positions
du Garde. 2 Edition , confidérablement augmentée
par J... H... Haffenfratz , &c. Mêmes
adrefes que ci-deffus. In- 12 . Prix , 1 livre pour
Paris , & 25 L. pár la Pofte.
FRANÇAIS. 107
MANUEL DES JURES , ou Code complet des
Loix concernant les Jurés , claffées dans un ordre
méthodique , & accompagnées d'Inftructions propres
à en faire connaître l'efprit , à en faciliter
P'intelligence & l'exécution. Ouvrage indifpenfable
à tous les Citoyens que la Loi oblige de le faire
inferire fur la lifte des Jurés ; par P. N. Gautier,
Auteur du Dictionnaire de la Conftitution & du
Gouvernement Fiançais . In - 12 . Prix , 36 f. pour
Paris , & 2 liv. pour les Départemens. Mêmes
adrelles que ci-dellus .
N. B. Encore des barbatifmes. Un Ouvrage
indifperfitle fignific , en Français , un Ouvrage
qu'il eft indifpenfable de faire ; & indifpenfasle
eft un fo écifme, Encore une fois , on n'eft pas
obligé de bien écrire ; mais quand en fait des
Livres , c'eft un devoir indijpenjuble d'acquérir au
moins une légère teinture des premiers principes
de la Langue.
CODE DES PENSIONS , faifant partie du Recueil
des Décrets par ordre des Matieres ; rédigé
par M. Camus & autres Membres de l'Affemblée
Nationale conftituante , Brochure in -8° . Prix ,
30 f. pour Paris , & 2 liv. pour les Départemens ;
Broc. in- 32 , 30 f. pour Paris , & 36 f. pour les
Départemens ; in- 16 , en papier vélin , 3 liv . 10 f,
pour Paris , & 4 liv. pour les Départemens . A
Paris , de l'Imprimerie Nationale .
CODE JUDICIAIRE , faifant partie du Recueil
des Décrets par ordre de Matieres ; rédigé par
M. Camus & autres Membres de l'Affemblée Nationale
conftituante. Brochure in- 8°. Prix , a liv.
to f. pour Paris , 3 liv. pour les Départemens ;
108 MERCURE FRANÇAIS.
in- 16 , papier vélin , 4 liv . pour Paris , & 4 liv.
10 f. pour les Départemens . Même adreffe que
ci- deffus.
GRAVURE.
L'ENFANT CHERI , Eftampe d'une compoſition
agréable , d'après le Tableau peint par M. Fragonard
& Mlle . Gérard , gravée par Vidal , faiſant
fuite au Préfent & à celle dite Je m'occupais de
vous. Prix , 12 liv. chaque, A Paris , chez l'Auteur
rue de la Harpe , au coin de celle Poupée ,
No. 181 ,
,
Cette Eftampe , gravée avec beaucoup de foin ,
eft faite pour plaire à toutes les meres qui nour
riffent & élevent leurs enfans ,
A VI S.**
CATALOGUE de la Bibliotheque de M. de
.Boiffy, compofée de Livres Hébreux , Syriaques ,
Arabes , Grecs, Latins , & autres en tous genres ;
dont la vente fe fera le 4 Juin 1792 , rue du
Fauxbourg Saint-Jacques , No. 234.- Prix , 1 liv,
sf. & 2 liv. rendu franc de port dans tout le
Royaume, A Paris , chez Lamy & Orhan , Libr,
quai des Auguftins , N°, 26.
TABL E.
STANCES.
Charade, Enig, Logog,
8 Le Collatéral.
87 Annonces & Notices .
102
MERCURE
P
"
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 21 Avril 1792 .
FU de Monarchies ont offert autant que
la Suède , des Princes doués d'un grand
caractère ou de grands talens. Cela s'explique
par la néceffité où fe trouvèrent
fréquemment les Chefs de ce Royaume , de
conquérir la Couronne ou de la défendre.
de maintenir une autorité partagée , d'en
difputer ou d'en étendre la confervation.
Succeffeur des Guftave- Vafa , des Guftave
Adolphe , de Charles XI moins connu &
plus digne de l'être que fon fils , le Roi
que vient de perdre la Suède fera infcrit
par la poftérité au milieu de ces noms
illuftres .
Nul Souverain du dix - huitième fiècle
No. 18. 5 Mai 1792. A
Th
( 2 )
fi l'on en excepte Frédéric- le - Grand , n'occupera
une place fi mémorable dans l'Hitoire.
Réuniffant les lumières à la capa-
'cité , le courage à l'adreffe , l'application
aux talens , Gustave III a effacé tous ces
Monarques indifférens , endormis fur le
Trône , & qui au fein des voluptés ou
trahis par leur foibleffe , laiffent errer les
évènemens au gré de leurs Miniftres .
En 1772 , il vengea les droits de la Na-
Mon , il reprit les fiens , il rétablit les bafes
de l'ancienne Conftitution , il replaça l'équilibre
entre la liberté & la Monarchie.
Pour opérer cette révolution , il n'eut tecours
ni aux libelles , ni aux affaffinats ;
il ne fit brûler les propriétés d'aucun de
fes ennemis ; perfonne ne tomba fous la
hache de fes bourreaux , ni fous le fer de
fes armes , il imprima à ce grand évènement
le caractère de modération qui en
attefta la juftice , & en forma la garantie.
Nuls fcélérats ne furent les Agens de fes
deffeins , & comme il n'eut pas befoin de
crimes pour réuffir , il ne fut pas obligé
de foudoyer des Gazetiers , des Orateurs
& des Philofophes , pour démontrer métaphyfiquement
que des forfaits étoient des
actes de vertu.
Sous fon adminiftration vigoureufe, la vé
nalité difparut; nul n'ofa trafiquer de la patrie
en citant fon patriotifme ; il délivra la
Suède de cette exécrable race d'hypocrite ;
( 3 )
fi commúns dans les Etats libres fans moeurs,
& qui , fuivant la belle expreffion d'un
homme de génie ;
Vantent la liberté pour mieux vendre leurs vices.
La marine , l'armée , les fortereffes , le commerce
maritime , la confidération extérieure
, les arts , l'induftrie , fe ranimèrent
pendant ce règne calomnié.
N'ayant pu étouffer le germe des factions
, Guftave III fut les contenir : il punit
très- rarement , pardonna à des ingrats ,
fachant qu'ils ne cefferoient pas de l'être.
Nul Souverain n'eut des amis plus zélés ;
des Sujets plus affectionnés , des ennemis
plus implacables.
On lui a reproché fa dernière guerre ;
elle étoit jufte autant qu'indifpenfable. Il
s'agiffoit de décider qui règneroit à Stackholm
, du Roi de Suède ou des Emiffaires
de la Ruffie. Cette Puiffance , indignée de
la révolution de 1772 , n'avoit pas ceffé
d'entretenir le germe de nouveaux troubles.
Guftave III pénétra avec jufteffe que fon
falut étoit attaché à celui de la Porte
Ottomane , & les victoires de Catherine
11 vers le Bofphore riveroient les
chaînes de la Baltique. Au moment où il
fe déclara , 35 mille Ruffes , répandus en
Italie , ou près d'y arriver , alloient s'embarquer
fur la flotte attendue de Cronstadt
- par le détroit de Gibraltar. Ces forces
que
A 2
( 4 )
devoient tout de fuite fe porter à Sinope ,
& s'emparer de la Morée . La Cour d'Ef
pagne donna l'alarme ; la Suède s'arma ,
& les vaiffeaux Ruffes furent enfermés dans
la Baltique .
Ayant à lutter contre les traîtres & contre
les ennemis extérieurs , Gustave remplit fon
but & maintint fa dignité , avec les reffources
les plus médiocres. L'Europe fut
témoin de fon activité , de fa bravoure ,
de fon courage d'efprit qu'aucun revers
ne déconcertoit ; infatigable & préfent partout
, un jour il combattoit en Finlande ,
le lendemain il fe rendoit à Stockholm ;
parcouroit fes provinces fans prendre de
repos , raffermiffoit par fa préfence la Scanie
menacée , & reparoiffoit bientôt à la
tête de fes armées .
Que de vils ergoteurs dans ce fiècle de
boue & de fumée , difputent en phrafes
fophiftiques fur les qualités de ce Prince ;
fa mémoire furvivra à ce fatras de fatyres
méprifables. Quoique les grandes actions
aient cédé la place aux grands forfaits
on ne ceffera jamais de les eftimer , & nos
Contemporains feront un jour rentrer dans
la fange d'où elles font forties , les diatribes
de la haine & les invectives des fanatiques

Peu de Princes ont eu l'efprit auffi cultivé
que le Roi de Suède : il connoiffoit
en homme de lettres , & parlait correcte(
5)
ment les principales langues de l'Europe.
Hécrivoit comme le Chancelier d'Oxenf
tiern; fon ftyle offroit le mérite de la concifion
, de la vigueur , & de la clarté. La
plupart des Dépêches ou des Mémoires
importans furent rédigés de fa main. II
parloit le Suédois avec beaucoup de grace ;
avantage , qui , réuni à la popularité de fes
nianières , lui gagna de bonne heure le coeur
du Peuple & de l'armée.
Sa mort a par- tout réjoui cette lie de la
fociété , cette populace d'Ecrivains polémiques
, cette génération de bâtard's des
laqua's de Cromwel, qui ont placé la liberté
dans l'abfence de tout Gouvernement ,
& le patriotifme dans la pratique de tous.
les excès ; mais ce que l'Europe compte
encore d'ames nobles & généreufes , a
pleuré fur la deftinée d'un Prince , dont le
genre de mort prématurée infpire à la foist
l'hor eur & la pitié.
Avant d'expirer , il éprouva des fouffrances
cruelies ; les derniers jours , il ne.
pouvoit refter couché & fe tenoit aflis
dans fon lit. Pendant la matinée où il
rendit l'ame , il fe fit approcher d'une
croifée de fon appartement , & fe montra au
Peuple pour la dernière fois . La Reine ,
tombée malade , l'avoit quitté la veille de
fa mort ; il ne demeura auprès de lui que
fon Médecin Dahlberg , le Grand Aumônier
& Evêque Walquift , le Chambellan
A 3
( 6 )
Borgenflierna & deux Pages. Les derniers
momens du Roi furent donnés à la Religion
: il communia des mains de l'Evêque
Walquift , & s'entretint affez long - temps
avec ce Prélat , qui a publié le rapport de
cette conférence , où le Roi montra autant
de piété que de ftoïcifme.
Le teftament de ce Prince eft du 19 Mai
1780 , & compofé de 14 articles dont voici
la fubftance :
« 1º. En vertu du pouvoir qui nous eft confiè
par le §. 37 de la forme de Gouvernement de
1772 , nous établiffons notre fière le Duc Charles
de Sudermanie , Tuteur de notre fils Guftave
Adolphe , Prince Royal de Suède . Il adminiftrera
& gouvernera feul le royaume pendant la minorité
de ce Prince , avec la même autorité qui
nous a été attribuée par les loix fondamentales
du royaume , & notamment par la forme de
Gouvernement du 21 Août 1772. Nous exceptoos
, cependant , de ce pouvoir , celui de créer
des Nobles , & de conférer les Ordres des Séraphins
, de l'Etoile Polaire & de Wafa ; en temps
de guerre, il pourra gratifier de l'Ordre de l'Epée
ceux qui auront mérité cette diftin&tion; 2º . tous
les after de Majefté feront expédiés fous le nom
de notre Fils Roi , mais ils feront figués par fon
Tuteur ; 3 ° . avant d'exercer les fonctions de
Tuteur , notredit Frère fera tenu de prêter en
préfence du jeune Roi & des Sénateurs , le Serment
d'adminiftrer le Royaume , conformément
à fes Loix fondamentales , & d'après la formule
que nous inférons dans notre Teſtament ; 4° . dès
que notre Fils aura atteint 16 ans , il fera in(
5 )
ment les principales langues de l'Europe.
Hécrivoit comme le Chancelier d'Oxenf
tiern; fon ftyle offroit le mérite de la concifion
, de la vigueur , & de la clarté. La
plupart des Dépêches ou des Mémoires
importans furent rédigés de fa main. II
parloit le Suédois avec beaucoup de grace ;
avantage , qui , réuni à la popularité de fes
nianières , lui gagna de bonne heure le coeur
du Peuple & de l'armée .
Sa mort a par- tout réjoui cette lie de la
fociété , cette populace d'Ecrivains polémiques
, cette génération de bâtards des
laqua's de Cromwel, qui ont placé la liberté
dans l'abfence de tout Gouvernement ,
& le patriotifme dans la pratique de tous.
les excès ; mais ce que l'Europe compte:
encore d'ames nobles & généreufes , a
pleuré fur la deftinée d'un Prince , dont let
genre de mort prématurée infpire à la foist
l'hor eur & la pitié.
Avant d'expirer , il éprouva des fouffrances
cruelies ; les derniers jours , il ne
pouvoit refter couché & fe tenoit aflis
dans fon lit. Pendant la matinée où il
rendit l'ame , il fe fit approcher d'une
croifée de fon appartement , & fe montra au
Peuple pour la dernière fois . La Reine
tombée malade , l'avoit quitté la veille de
fa mort ; il ne demeura auprès de lui que
fon Médecin Dahlberg , le Grand Aumônier
& Evêque Walquist , le Chambellan
A 3
( 6 )
Borgenftierna & deux Pages. Les derniers
momens du Roi furent donnés à la Religion
: il communia des mains de l'Evêque
Walquift , & s'entretint affez long- temps
avec ce Prélat , qui a publié le rapport de
cette conférence , où le Roi montra autant
de piété que de ftorcifme.
Le teftament de ce Prince eft du 19 Mai
1780 , & compofé de 14 articles dont voici
la fubftance :
« 1°. En vertu du pouvoir qui nous eft confiè
par le § . 37 de la forme de Gouvernement de
1772 , nous établiffons notre fière le Duc Charles´
de Sudermanie , Tuteur de notre fils Guftave
Adolphe , Prince Royal de Suède . Il adminiftrera
& gouvernera feul le royaume pendant la minorité
de ce Prince , avec la même autorité qui
nous a été attribuée par les loix fondamentales
du royaume , & notamment par la forme de
Gouvernement du 21 Août 1772. Nous exceptoas
, cependant , de ce pouvoir , celui de créer
des Nobles , & de conférer les Ordres des Séraphins
, de l'Etoile Polaire & de Wafa ; en temps.
de guerre, il pourra gratifier de l'Ordre de l'Epée
ceux qui auront mérité cette diftin &tion ; 2º . tous
les actes de Majeſté feront expédiés fous le nom
de notre Fils Roi , mais ils feront figués par fon
Tuteur ; 3 ° . avant d'exercer les fonctions de
Tuteur , notredit Frère fera tenu de prêter en
préfence du jeune Roi & des Sénateurs , le Serment
d'adminiftrer le Royaume , conformément
à fes Loix fondamentales , & d'après la formule
que nous inférons dans notre Teſtament ; 4° . dès
que notre Fils aura atteint 16 ans , il fera in(
7 )
troduit dans les Hauts Colléges du Royaume ,
& y prendra féance pour voir traiter les affaires ,
il pourra dire fon avis , qui , cependant , ne fera
pas compté pour une voix ; 5º. loifque notre Fils
aura atteint 18 ans , il prendra Séance dans le
Sénat , & y travaillera pour fon instruction ;
6. lorfque notre Fils fera parvenu à l'âge de
21 ans ( ou le 1er . Novembre 1799 ) , qui eſt
l'âge requis pour la Majorité d'après les Loix
de Suède , il affemblera , au Château , les Sénateurs
& les Colléges du Royaume , & après
avoir figné & juré en leur préfence l'affurance
royale , il leur déclarera qu'il fe charge , comme
Roi Majeur , de toute l'adminiftration du royaume ;
7° . quant à l'éducation de notre Fils , nous avons
fait & figné à ce ſujet un acte particulier ; 8 ° . fi ,
pendant le temps de l'éducation de notre Fils ,
l'une ou l'autre des perfonnes que nous avons
placées auprès de lui venoit à mourir , le pofte
vacant fera conféré par le Tuteur , fur la propofition
du Gouverneur du jeune Prince ; 9º . auffitôt
que ce Teftament aura été ouvert , & que.
le Duc de Sudermanie aura prêté le Serment
figné l'affurance , & commencé les fonctions de
Régent & de Tateur , il le fera publier par l'impreffion
, & en enverra des exemplaires à tous
les Tribunaux , Adminiftrations , Gouvernemeps.
& Confiftoires ; 10º. nous defirons que pendant
la Minorité de notre Fils , notre Frère le Duc
de Sudermanie refte conftamment auprès de fa
Perfonne , & ne qui.te point la Cour , à moins
que des affaires importantes à l'Etat ne néceffirent
fon éloignement momentané ; 11º. le jeune
Roi , quoiqu'il n'exerce point les prérogatives de
La Royauté , paroîtra toujours comme Roi , & repréfentera
la Majefté du royaume dans tous les
A 4
( 8 )
actes folempels , tels qu'à la Diète , aux Audiences
à donner aux Miniltres Etrangers , mais dans ces
actes fon Tuteur fera toujours préfent , & à cô é
de lui ; 12 °. nous recommandons notre très - chère
Epoule la Reine aux foins particuliers de notre
Frère le Duc de Sudermanie , & nous defi : ons '
qu'on remplitfe à fon égard , pour la dignité de
fon entretien , les engagemens que nous avons
pris dans notre Contrat de Mariage , conclu à
Copenhague en 1766 , & que dans le cas où la
Reine Douairière notre très - chère mère ( cette
Princeffe vivoit encore à l'époque de la confection
de ce Teftament ) viendroit à mourir , une partie
de fon douaire accrût alors celui de notre chère
Compagne , de forte qu'elle puifle recevoir la
fomme annuelle de 66,666 rixdalers en efpèces ;
13. ( cet article ne concerne que la Reine Mère
du feu Roi , & il eft aujourd'hui fans objet ) ;
14º . nous exhortons tous nos Sujets , de quelque
condition qu'ils fofent , a la tranquillité & à
l'union , feuls moyens de faire profpérer un Etat;
mais comme nous favons pat expérience que la
convocation des Etats fert quelquefois de prétexte
pour interrompre cette tranquillité , nous
prions notre Frère d'éviter ces convocations pendant
la Minorité de notre Fils , & de ne le faire
que lorfque les circonftances l'exigeront impérieu-.
fement . Dans le cas de la tenue d'une Dière , le
jeune Roi fera préfent , mais le Régent y exercera,
toutes les prérogatives de la Couronne . »
« Nous déclarons , à cette occafion , pour nul
& non avenu tout ce que le Régent pour oit
laifler entreprendre de contraire à la prérogative
royale , telle qu'elle eft déterminée par les Lox
fondamentales . ( Ce Teftament fut dépofé par
te feu Roi , au Sénat , le 13 Juillet 1780. » )
--
9 )
Le Codicile joint à ce Teftament date
du premier Juin 1789 , & fut déposé le
lendemain au Confeil d'Etat . Il renferme
les difpofitions fuivantes :
сс

cc 1º . Nous confirmons 1 : Duc Charles de Sudermanie
, notre Frère , dans les fonctions de
Régent & de Tuteur de notre cher Fils , que
nous lui avons attribuées par notre Teftament
du 19 Mai 1780 ; mais nous lui interdiſons expreffément
par la préfente difpofition , 1º . de
faire nommer ou convoquer aucuns Sénateurs du
royaume ; 2 °. d'affembler les Etats du royaume ,
parce que dans les circonftances où il fe trouve
par l'efprit d'ambition qui anime quelques Seigneurs
, une pareille convocation mettroit au péril
l'indépendance nationale , l'autorité royale , &
l'équilibre que nous avons établi entre les Etats ;
elle feroit encore propre à réveiller les entre
prifes de l'Ariftocratie contre les autres Citoyens
de l'Etat ; 3 ° . de changer les perfonnes que nous
avons p'acées auprès de notre Fils . »
ce 2 ° . Le Duc de Sudermanie , notre Frère ,
prêtera le Serment que nous lui avons prefcrit
par notre Teftament de 1780 , devant le jeune
Ri , & en préſence du Droft & du Maréchal
du royaume , ainfi que des principaux de la
Cour & des Secrétaires d'Etat . On ajoutera à
cé Serment l'acte d'union & d'affurance du 21 Février
& 2 Avril 1789. »
« 3 ° . Rien ne fera changé dans le plan que
nous avons arrêté pour l'éducation de notre Fils ;
le Comte Nils Gollenftolpe reftera fon Gouvernear
, & le Confeiller Rofonftein chargé de la ,
direction de fes études . Nous voulons que le jeune
AS
( 10 )
Roi foit examiné publiquement , une fois l'année ,
dans les progrès de fes connoiffances . »
ec
4°. Comme nous nous appe cevons avec
plaifir que les facultés intellectuelles de notre
cher Fils le développent de bonne heure , &
qu'il manifefte dheu eufes difpofitions ,
changeons l'époque de fa Majorité , déterminée
dans notre Teftament de 1780 , & nous voulons
que le 1er . Novembre 1796 , époque où
il aura 18 ans accomplis , il prenne les rênes di
Gouvernement , & fe déclare Majeur . A cette
époque, il fignera & jurera l'aflurance des Rois de
Sèle , ainfi que l'acte d'anion & d'affurance du 21
Février 1789. »
« 5°. Nous prions notre cher Frère le Duc
de Sudermanie de choisir une Epouſe à notre cher
Fils dès qu'il aura 17 ans ; il prendra cette Epoufe
dans une Maifon Royale ou Princiè e . ( A la fin ,
le Roi a nouvellé les proteftations contre tout ce
qui pourroit être fait pendant la Mincrité , pour la
diminution de la prérogative royale . ) »
La tranquillité n'a pas été interrompue
un feul moment foi dans la capitale , foit
dans les provinces. Il eft maintenant avéré
que te complot étoit concentré dans
Stockholm ; l'inftruction très avancée du
Procès des Coupables , en a diminué le
nombre , & prouve que ni le Corps de la
Nobleffe , ni même aucune Faction n'a
participé à l'attentat : il eft le forfait particulier
d'une vingtaine de Confpirateurs.
Vingt huit Accufés feulement avoient été
cmprifonnés l'affaffin Ankarftroëm &
quatre de les complices ont avoué leur
crime. Huit autres font gravement inculpés
; cinq , foupçonnés dans les premiers
momens , ont éte déclarés innocens &
remis en liberté. Le jeune Comte de Horn
& le Comte de Ribbing avoient tiré au
fort avec Ankarfroëm , qui d'eux trois affa?-
fineroit le Roi. Horn défigna la victime à
fes complices , s'approcha d'Elle , & frap-.
pant fur l'épaule de S. M. , donna le figual
par ces mots : Bon foir Mafque !
L'entrée & la fortie de la Suède ne font
pas encore libres ; la communication
entre la côte de Scanie & Helfingor eft tou- ,
jours fermée ; plus de foixante voyageurs
font à Helfingbourg depuis une quinzaine
de jours , fans pouvoir pourfuivre leur
route.
1 eft aujourd'hui à-peu - près certain que
le régicide exécuté par quelques hommes
aliénés ou pervers , n'entraînera aucunes .
des conféquences funeftes qu'on pouvoit
craindre. Le Régent hérite de fon frère ,
la confiance nationale & fes principales
qualités. Bien loin que la confpitation
ébranle le nouveau fyftême de Gouvernement
, elle tendra à l'affermir , en infpirant
au Peuple de tous les rangs , l'horreur
des Factieux qui voudroient tenter un
projet de fubversion .
Le Sund étant débarraffé de glaces , la
navigation a repris fun activité ordinaire.
>
A 6
( '12 -)
Par les dernières lettres de Pétersbourg
en date du avril , on eft inftruit qu'après
une légère indifpofition l'Impératrice a
reparu en public , fans la moindre altération
de fa fanté.
De Vienne , le 19 Avril 1792 .
La Cérémonie de la preftation de ferment
d'hommage & de fidélité par les Etats
de la Baffe- Autriche , eft fixée au 2 , de ce
mois. Quant aur Couronnement du Roi en
Hongrie & en Bohême , il aura lieu dans le
courant de l'Eté , à moins que la guerre ou
d'autres circonftances graves ne le faffent
proroger à l'année fuivante.
M. le Comte de Woyna , Envoyé du
Roi & de la République de Pologne , le
Comte de Schonfeld , Envoyé de l'Electeur
de Saxe , & le Marquis de Sbarra , Envoyé
de la République de Lucques ont eu , le
premier de ce mois , des audiences particulières
du Roi dans lefquelles ils ont renis à
S. M. A. leurs nouvelles lettres de créance.
M. de Noailles eft encore ici ; le Public
s'attend d'un jour à l'autre au départ de
cet Ambaffadeur. Notre Cour ne recevra
plus ici ni Miniftre , ni Chargé d'Affaires
de France. M. de Simolin qui , après avoir
quitté Paris , a féjourné quelque temps
parmi nous , eft retourné à Pétersbourg.
Depuis huit jours , le Gouvernement pa(
13 )
roît avoir la conviction que , dans le courart
du mois elle recevra de la part de la France
une Déclaration de guerre . Les inftances
qui lui ont été faites de renoncer à tout concert
avec d'autres Puiffances , & fes refus
itératifs de déférer à cette demande , doivent
néceffairement amener une rupture . On prévoit
de même qu'elle fera fuivie d'un projet
d'invafion , dans ceux des Etats héréditaires
qui avoifinent la France. Plus on s'eft douté
tardivement que la force des chofes , que la
fituation des efprits & des affaires au delà
du Rhin , ameneroient nialgré nous cette
exploſion , plus on s'efforce d'en préve
nir les conféquences , par la grandeur des
préparatifs . Il s'eft tenu , le 13 , une grande
Conférence Ministérielle , à laquelle le Roi
a affifté . A l'iffue , des Eftafettes ont été
expédiées pour porter l'ordre de faire marcher
encore 42,000 hommes , outre les fix
mille Volontaires Croates & Efclavons qui
viennent d'être levés fur nos frontières orientales
, les 35,000 hommes qui font en
route de la Bohême , vers les Pays - Bas &
l'Autriche antérieure , & la première colonne
de 6700 hommes qui doivent en ce
moment être très près du Brifgau . Indépenda
nment des forces que le Roi de Pruffejoindra
à celles de notre Souverain , on a requis
éventuellement le contingent que nous doit
la Ruffie , dans le cas d'une guerre offenfive
contre la Monarchie Autrichienne , &.en
( 127)\
Par les dernières lettres de Pétersbourg ,
en date du 5 avril , on eft inftruit qu'après
une légère indifpofition l'Impératrice a
reparu en public , fans la moindre altération
de fa fanté.
De Vienne , le 19 Avril 1792 .
La Cérémonie de la preftation de ferment
d'hommage & de fidélité par les Etats
de la Baffe- Autriche , eft fixée au 2 , de ce
mois. Quant aur Couronnement du Roi en
Hongrie & en Bohême , il aura lieu dans le
courant de l'Eté , à moins que la guerre ou
d'autres circonftances graves ne le faffent
proroger à l'année fuivante.
M. le Comte de Woyna , Envoyé du
Roi & de la République de Pologne , le ,
Comte de Schonfeld , Envoyé de l'Electeur
de Saxe , & le Marquis de Sbarra , Envoyé
de la République de Lucques ont eu , le
premier de ce mois , des audiences particulières
du Roi dans lefquelles ils ont remis à
S. M. A. leurs nouvelles lettres de créance.
M. de Noailles eft encore ici ; le Public
s'attend d'un jour à l'autre au départ de
cet Ambaffadeur. Notre Cour ne recevra
plus ici ni Miniftre , ni Chargé d'Affaires
de France. M. de Simolin qui , après avoir
quitté Paris , a féjourné quelque temps
parmi nous , eft retourné à Pétersbourg.
Depuis huit jours , le Gouvernement pa(
13 )
roît avoir la conviction que , dans le courart
du mois elle recevra de la part de la France
une Déclaration de guerre. Les inftances
qui lui ont été faites de renoncer à tout concert
avec d'autres Puiffances , & fes refus
itératifs de déférer à cette deniande , doivent
néceffairement amener une rupture . On prévoit
de même qu'elle fera fuivie d'un projet
d'invafion , dans ceux des Etats héréditaires
qui avoifinent la France. Plus on s'eft douté
tardivement que la force des chofes , que la
fituation des efprits & des affaires au delà
du Rhin , ameneroient nialgré nous cette
exploſion , plus on s'efforce d'en prévenir
les conféquences , par la grandeur des
préparatifs. Il s'eft tenu , le 13 , une grande
Conférence Ministérielle , à laquelle le Roi
a affifté. A l'iffue , des Eftafettes ont été
expédiées pour porter l'ordre de faire marcher
encore 42,000 hommes , outre les fix
mille Volontaires Croates & Efclavons qui
viennent d'être levés fur nos frontières orientales
, les 35,000 hommes qui font en
route de la Bohême , vers les Pays - Bas &
l'Autriche antérieure , & la première colonne
de 6700 hommes qui doivent en ce
moment être très près du Brifgau . Indépendamment
des forces que le Roi de Pruffejoindra
à celles de notre Souverain , on a requis
éventuellement le contingent que nous doit
la Ruffie , dans le cas d'une guerre offenfive
contra la Monarchie Autrichienne , & .en
( 14 )
vertu du Traité , renouvellé au mois de Février
dernier entre l'Empereur Léopold &
l'Impératrice Catherine II.
Le Lieutenant - Général de Schroëder a été
nommé au Commandement de Luxembourg
, & le Prince de Ligne à celui de
Mons.
On avoit répandu fauffement que le
Roi révoquoit la Commiffion Militaire
établie par feu l'Empereur. Cette Commif
fion a commencé fes féances le 9 de ce
mois , & elle continuera fes travaux dont
on fe promet des avantages.
Le Baron de Frankenftein , Ambaffadeur
de l'Electeur de Mayence , chargé d'inviter
l'Electeur-Roi de Bohême à fe trouver
à la Diète d'élection d'un nouveau Chef
de l'Empire , eft arrivé le 1. de ce mois.
à Prague , où il s'eft acquitté de fa miſſion
dans les formes ufitées. On affure que le
Roi a fait connoître à tous les Electeurs ,
qu'il acceptera avec plaifir la dignité Impériale
, fuivant la capitulation fignée &
jurée par l'Empereur Léopold.
De Francfort-fur- le-Mein , le 25 Avril.
Quand l'opinion publique n'annonceroit
pas l'approche prefqu'immédiate de la
guerre , les mouvemens qui fe multiplient
autour de nous , la fréquence des Couriers ,
le paffage des Troupes , les ordres de raf
femblemens , le travail des Arfenaux , les
lettres réquifitoriales nous le diroient affez.
Ce fut le 7 de ce mois que le Commiffariat
de guerre à Pilfen , reçut de Vienne
l'ordre de faire ma cher , lans délai , en
deux divifions , le Corps de 35000 hommes,
raffeniblé à Egra & aux environs . Cette
petite arniée , indépendante du Corps de
6700 hommes qui a traverfé la Souabe
pour entrer dans le Brifgaw , ne peut être
rendue à fa deftination , avant 20 ou 25.
jours , en fuppofant même une grande
diligence. Elle fera fuivie prefque fans
intervalle d'un fecond Corps de 42000 .
hommes , dont un Commifaire des Guerres
règle la marche en ce moment , avec la
Regence de Bavière & les, Etats de Franconie.
De ces différentes troupes nous n'avons
vu encore paffer ici , que les Huffards de
Blanckenfiein , ( Corps de 1500 hommes )
quelques efcadrons d'Efterhazy, 1400 recrues
pour les régimens des Pays - Bas ,
& une divifion d'Artilleurs & de Pontonniers
une partie de ces détachemens a
defcendu le Mein ; les Huffards les fuivoient
par terre . Le 22 is avoient dépaffé nos
environs , enforte qu'à la fin du mois ou
dans les premiers jours de Mai ils feront
rendus dans les Provinces Belgiques.
Quoiqu'on foit inftruit des préparatifs
qui fe font en Pruffè , & qu'on ne doute
( 16 )

pas de la marche très prochaine de la divifion
de Magdebourg , on n'a encore aucuns
avis authentiques à ce fujet. On prépare à
Louvain des logemens pour 12000 Pruffiens
; c'eft apparemment le cantonnemer.t
de Wefel , Clèves , Emmerick , Bilefeld
fous les ordres du Général de Schlieffen ;
mais aucune information certaine ne nous
apprend encore la marche de ces troupes.
Les Emigrés François , prefque totalement
oubliés depuis deux mois , ont reffufcité
avec les approches de la guerre. Depuis
que l'Affemblée Nationale & le Gouvernement
François menacent le Roi de
Hongrie , & qu'ils ont mis ce Prince dans
la néceffité de iecevoir leurs conditions ou
leurs armées , les Réfugiés ont repris leur
activité. Six mille tentes leur font préparées ;
ce qui annonce un campement prochain ,
dont on fixe la place entre Trèves & Luxembourg.
Le Corps véritablement militaire
de 3000 hommes qui accompagne le
Prince de Condé , part de Bingen & lieux
circonvoifins pour fe porter dans l'Electorat
de Trèves. Monfieur & M. le Comte d'Artois
ont vifité & harangué les divers cantonnemens
, qui , probablement , ne foup .
çonnent pas encore qu'avant huit jours
peut être , les François auront paffé la
frontière.
-
Le Prince de la Tour et Taxis paffera
lo temps de l'Interrègne à Tifchingen . Les
( 17 )
Vicaires de l'Empire ont défigné le Prince
Evêque de Ratisbonne pour Commiffaire
principal ; ils ont auffi fait des démarches
auprès des autres Electeurs & de plufieurs
Princes , dans la vus de donner à la Diète ,
pendant l'Interrègne , toute l'activité qu'elle
doit avoir dans les conjonctures actuelles .
FRANCE.
De Paris , le 30 Avril 1792 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi, 23 avril.
M. Clavière a confulté le corps légiſlatif pour
favor fi les députés doivent payer les contri❤
butions proportionnellement au taux de leur
traitement. Sur l'obfervation de M. Maran que,
ne recevant qu'une indemnité , ils ne font poing
impofables à raifon de leurs fonctions , l'Affemblée
s'eft retrouvée à l'ordre du jour.
Elle y eft auffi pasiée , conformément à la
propofition de M. Poitevin , fur la confidération
que la loi du 12 février pottant obligation,
aux cléanciers de l'état de produire , avant le
premier mai prochain , leurs titres de créance pardevant
le commiffaire du Roi , directeur- général
de la liquidation , ne concerne que les créanciers
de la dette exigible,
« Nous avons rempli hier , a dit M. Lejofne,
un devoir bien doux , en confacrant aux befoins
de la patrie le tiers de notre indemnité ( hier
( 18 )
ce don gratuit avoit été décrété . ) J'éfpère que
cet exemple fera bientôt imité par tous les fonctionnaires
publics falariés par la nation... Je
confulte l'Aſſemblée fur la queftion de favoir
nous ne pouvons pas fuppofer du civisme aux
ci- devant bénéficiers , abbés , abbelles , & faire ,
en leur, nom , une offrande à la patrie. Je propoſe
de décréter que , pendant 3 mois , il fera retenu
un tiers fur leurs penfions de 3,000 livres &
plus . »
De cette hypothèſe de civifme aux dépens
d'autrui , M. Bazire a pris occafion de récla
mer contre le devoir bien doux rempli la veille .
« Les dous doivent être volontaires & libres .
Toute contribution porte fur les facultés & non
fur les indemnités . Autrement nous tomberions
dans l'ariftocratie des richeſſes , ou bien il ne viendroit
à la légiflature que des intrigans . Il a
conclu pour le rapport ( l'abolition ) du décret
votif du tiers du traitement des légiflateurs pour
un trimestre, & a propofé une foufcription libre.
»
M. Merlin dont le civifme n'avoit pu fe faire
entendre le 20 , & qui , depuis , a configné dans
le Logographe ( nº . 207 , p . 482 ) l'opinion qu il
auroit prononcée fi on cût voulu l'écouter , opinion
où , après avoir foutenu que Louis XVI
peut empêcher la guerre en perfuadant aux rois
confpirateurs que le Roi des François eft auffi
libre , auffi puiffant qu'eux , que même il n'eft
que trop roi , M. Merlin n'hélite pas d'ajouter :
Puifque les armées étrangères ne marchent qu'à
fa voix, ne nous menacent que pour lui , qu'il
foit deftitué en vertu de la conftitution ... Devenu
fimple citoyen , il va tomber fous le glaive
de la loi qu'il avoit acceptée ...... » M. Merlin'
s'eft écrié aujourd'hui : « Que le Roi paie le tiers'
( 19 )
}
de la lifte civile , & je ne refuferai pas de payer.
MM. Thuriot , Charlier & Lecointre- Puiraveau
out appuyé la motion de M. Bazire :
« Notre devoir , a dit M. Lecointre , elt de
maintenir avec orgueil l'égalité entre les riches &
les pauvres. Je fais l'éloge des électeurs qui ont
plutôt préféré les qualités folides au brillant de
l'opulence... Qu'on réduife encore l'indemnité ,
l'homme qui a des talens , & qui n'a pas de fonds ,
fera cbligé de déguerpir ; & l'ariftocratie des
riches l'emportera , ce qui feroit odieux . Le décret
d'hier eft contraire à tous les principes . -- Il eft
inconftitutionnel , crioit M. Maran . Il faut
qu'il tienne abfolument , infiftoit M. Taillefer
en s'honorant d'être du nombre de ceux qui ne
font pas favorifés de la fortune. »
--
Triomphant de la répugnance des hommes
publics de tous les temps à parler d'eux pour de
l'argent , M. Grangeneuve a mieux aimé révéler
les fecrets de fon petit ménage à toute l'Europe ,
que de facrifier , pendant trois mois le tiers des
18 livres que la nation lui paye chaque jour .
Mon épouse , deux enfans , un domestique &
moi , nous avons befoin de l'indemnité qui m'eſt
accordée , a-t -il dit ; & fi elle étoit réduite , je
ferois forcé à faire des dettes ou à donner ma
démiflion ». Combien de familles refpectables &
plus nombreuſes vivent de moins que douze francs
par jour , & ne trouveroient ni difficulté ni civilme
à fe reftreindre à 1,092 livres pour un
trimestre , précédé & fuivi de trimestres à
1,638 livres !
Ces débats fe font fingulièrement prolongés .
«Nous perdons pour dix mille livres de temps ,
difoit M. Chéron » . M. Robécourt a propofé de
réduire la contribution quotidienne à 3 1. fur les 18 .
( 20 )
M. Kerfaint a demandé le rapport du décret &
une foufeription libre. On a fermé cette malheureufe
difcuffion ; elle n'en a pas moins duré
encore plus d'une heure .
---
Sur 6 fecrétaires ont été d'avis que , d'après.
l'épreuve , il y avoit lieu à rapporter le décret.
De nombreufes clameurs ont invoqué l'appel
nominal. « Oui , oui , crioit un membre ; la
nation apprendra à diftinguer les véritables patriotes
, des intrigans & des hypocrites .
» Le
Vacurme étoit exceflif. « 1 faut que le décret
tienne , ou que l'opinion publique rétrograde
difoit M. Hua . C'est une lâ heté que de
demander l'appel nominal , a fouvent répété M.
Larivière. Ceux qui l'exigent à préfent , obfervoit
M. Caminet , font ceux qui s'oppofoient
avec le plus d'acharnement aux appels nominaux...
Enfin on a déclaré que l'épreuve , n'étoit
pas douteuse , & le décret du don patriotique
étant ainfi révoqué , l'Affemblée eft paflée à
l'ordre du jour motivé fur ce qu'il feroit ouvert
une foufcription de dons volontaires au bureau
des commiffaires de la falle.
4.
MM. Jean Debry , Couftard , & quelques
autres , ont déposé , l'un 96 , l'autre 48 livres ,
&c. Divers citoyers , une Dame & 3 juifs ont
auffi préfenté leurs offrandes .
* Le préfident a In une lettre du Roi datée de
Paris , le 23 avril , l'an 4 de la liberté , ce qui
a excité les plus vifs applaudiffemens . Voici la
lettre de Sa Majesté :
« Les circonstances préfentes exigent , M. le
préfident , dans le département des affaires étrangères
une augmentation de fonds , pour des dépenfes
extraordinaires & fecrettes . Je propoſe à
Affemblée de potter cette augmentation à fix
( 21 )
millions , qui feront payés par la tréfo - erie nationale,
Signé , LOUIS , contre-figné DUMOU
RIER ».
On l'a renvoyée aux comités diplomatique &
de l'ordinaire des finances réunis .
M. Roland a fait lecture d'un mémoire fur
les troubles intérieurs . Plus de 40 directoires de
départemens ou de diftricts ont pris contre les
prêtres non- affermentés , les arrêtés les plus oppolés
à toute tolérance , à toute juſtice , à toute
humanité , & à l'esprit comme au texte de la
conftitution ; expulfion viclente , réunion for éc
dans un même lieu loin de tout fecours , affujetriffement
à un appel nominal cheque jour à
telle heure... En n'articulant aucun grief juri
diquement prouvé contre ces infortunés , en convenant
de l'illégalné de ces actes , & même du devoir
de les annuller que lui impofent la conftitution
& fon ferment , le miniftre a dit que , dans un
temps de crile , l'application rigoureufe des principes
( d'humanité ! ) compromettroit le faluc
public. Ses conclufions ont été de demander de
nouvelles mesures de févérité pour rétablir le
calme dans le royaume . Quelqu'un a affirmé que ,
dans le département du Nord , pendant la quinzaine
de Pâques , les confeffionnaux ont retenti
des imprécations des prêtres cortre la conftitytion
. « Je demande , a dit M, Merlin , que
l'on charge des vaiffeaux de tous les piêtres nonaffermentés
M. Vergniaud les a recommandés
au comité de douze , en le chargeant de propofer
des vues fur la déportation . Le rapport
s'en fera jeudi . M. Mailhe a cru voir la nullité
du veto dans l'oubli de l'urgence avant le déciet
non- fanctionné contre les prêtres ; mais fa ſubtilité
a cxcité moins de bravo ! que de murmures .
--
ב כ
( 22 )
M. Tarbé , fecrétaire , a lu une lettre commençant
par ces mots écrits & vrais la veille : Jalous
defuivre l'exemple de nos généreux législateurs...
( on a beaucoup ri. ) C'étoit M. Dupay qui
offroit cent jettons d'argent de l'académie des
belles- lettres.
Un membre a propofé de décréter une fabrication
de 498,000 piques , ( 6,000 par départe
ment ) fur un nouveau modèle que fourniroit
l'Aſſemblée légiſlative , pour armer tous les citoyens.
Sa motion applaudie des galeries a été
renvoyée au comité militaire. La féance a fini
par un décret d'accufation , renda fur le rapport
de M. Lecointre , conrre MM. de Bard & Molette
dénoncés comme enrôleurs pour les émigrés.
Du lundi , féance du foir.
M. Clavière annonce que la loi du féqueftre
s'exécute dans tout le royaume.
de
3
Ne pouvant tenir regiftre des dons de 1 , co ,
de de 100 , de
500, 300, So, de 24 , de 6 ,
de liv. & même de es fous , d'épées , de chaines
, de bijoux , que l'Aſſemblée accepte après des
harangues , des lettres lues avec des applaudiffemens
, & qu'elle récompenfe des honneurs de
la féance ; nous nous bornerons aux plos finguliers
, & à rapporter le total des additions lorsqu'on
le mettra fous les yeux des législateurs .
Le confeil adminiftratif du département du
Gard fe plaint des vexations du raffemblement
de Marſeillois , & d'une arreftation d'armes deftinées
pour les frontières.
Introduits à la barre & applaudis avec tranſ
port , les vainqueurs de la bastille demandent à
être envoyés aux frontières. M. Lacombe-Saint-
Michel a dit que le comité étoit prêt à faire
fon rapport de leur pétition pour avoir une
( 23 )
1
baftille renversée dans leurs drapeaux, ce Que les
tyrans tremblent à cet afpect.... Si l'Affemblée
le permet , je cours chercher les pièces . » Piuheurs
voix lui ont crié : oui , oui. Il a quitté
précipitamment la tribune , & reyenant muni des
ièces réceffaires au jugement de cette queftion ,
il a conclu à décreter que « les drapeaux des
103. , 104°. & 105. régimens d'infanterie
formés des ci -devant gardes - Françoifes & de la
garde nationale Parifienne foldée , auront une
tour renversée en ligne commémoratif du renveifement
de la bastille . »
.C
Plus conféquent aux principes de la révolu
tion , M. Albitte a fenti que les mêmes argumens
, appliqués à d'autres faits , juftifieroient
les armoiries , les honneurs tranfmiffibles , la
nobleffe enfin dont la feule penſée a tellement
troublé fon efprit , qu'il a pouffé la prévention au
point de foutenir , qu'il ne doit pas même y
avoir de gloire individuelle chez un peuple libre .
Que les François le rappellent , a- t - il dit , que
la nobleffe & les diftinctions font nées des plus
belles actions.... Soyons tous convaincus d'une
grande vérité ; c'est que la nation fait tout . Tous
les départemens ont renverfé la bastille... Quand
nous faifons de bonnes loix , ce font tous les
hommes libres de la France qui les font avec
nous. Tout à préfent eft en commun , la patrie
& la gloire. S'il falloit des fignes particuliers
pour chaque belle action , il faudroit encore un
nouveau blazon. Je demande la question préalable
ainfi motivée . » On l'a décrétée .
que M. Calon a dit les foumiffions de 76
membres de l'Affemblée , qu'on n'a pas nom →
més , fe montoient à 58,622 liv . ; ce qui fera
configné au procès - verbal,
( 24 )
Un décret d'urgence a augmenté d'un tiers
en-fus , les rations de fourrages que d'autres
décrets décernoient aux capitaines & lieutenans
de l'armée de ligne & des volontaires , &c.
Du mardi , 24 avril.

L'ex conftituant M. Lafalle , citoyen de
Surre- Louis , dément , par écrit , le contenu de
la lettre qu'on lut dernièrement dans l'Affemblée
, au nom des citoyens de cette villé , få
fignature appofée à ladite lettre , l'infulte qu'on
y fait aux troupes de ligne & aux généraux , lá
contribution d'une année de revenu , & la formation
de la prétendue compagnie de 75 hommes.
Il demande communication de la lettre ,
afin de pourfuivre le fauffaire , & le propofe
de pourfuivre auffi ceux des légiflateurs qui en
ont pris l'occafion de jeter des foupçons fur fon
patriotifme. On a décrété que mention fera
faite du défaveu de M. Lafalle au procès-ver
bal , & qu'il pourra prendre communication de
la lettre fans la déplacer.
1
Sur l'obfervation de M. de Girardin que les
impreffions multipliées étoient l'objet d'une dé
penfe de 80 à 100 mille francs , par an , pour
chaque département ( de 6,649,000 à 8,300,000
liv. pour le royaume ) ; le comité des décrets a
été chargé de préfenter un mode plus écono
mique d'envoi des loix aux autorités conftituées ;
ce qui réduit la queftion à favoir qui payera
l'Etat , les départemens ou les municipalités .
Un décret d'urgence , vu le befoin d'officiers,
a ftatué que plufieurs officiers dénommés , qui
ne s'étoient pas trouvés à la revue de rigueur
paffée, en exécution du décret du 11 décembre ,
reprendront
125 }
reprendront leur rang , feront leur fervice , &
feront rappellés à leurs appointemens comme
s'ils euffent affifté à la revue,
M. Hugau a lu fon plan de création d'une
compagnie franche de 108 hommes par département
& de 324 hommes pour Paris , compo-.
fées de cavaliers & de fantaflins . Il ne leur donne
ni canons, ni drapeaux , mais « fufils , carabines ,
piftolets à canon bronzé , bayonnettes pointues
fabres bien tranchans ; beaucoup de cartouches ,
& les droits de l'homme dans la poche & dans
le coeur. » MM. Dumas & Carnot demandoient
qu'on délibérât fur la formation des légions. M.
Dubayet a dit que, odans les guerres de 1745
& 1750 , les foldats des compagnies franches
toujours éloignées , indifciplinées , enlevoient
plus de poules qu'ils ne tiroient de coups de
fufils ; on lui a répondu , en ſubſtance , que des
hommes régénérés & libres ne feroient pas des
maraudeurs , & aimeroient paffionnément la
difcipline militaire .
*
M. Delmas a combattu le projet du comité de
former fix légions en prenant un noyau dans les
chaffeurs à cheval , & un fecond noyau dans l'infanterie
légère , moyen qui déforganiſeroit les
chaffeurs & l'infanterie , & qui créeroit des officiers
qu'il faudroit , à la paix , indemnifer ou
penfionner , ce qui feroit ruineux , ou renvoyer
fans penfion , ce qui feroit cruel : il propofoit de
tiercer les bataillons d'infanterie légère & les régimens
de chaffeurs à cheval , fans augmenter le
nombre des officiers ; autre moyen , mais moins
coûteux , de déforganifer complettement cette
partie de l'armée.
1
Aux indemnités , aux penfions de retraite qui
embarraffoient M. Delmas , M. Rouyer oppolais
N. 18. S§ Mai 1792.
(( 26 )
ce
ל כ
Yes argumede weit pas préfuntable que les
bhulers de l'ennemi faffent une exception pour les
officiers de notre armée... Il y aura des places vádantes
à donner à ces officiers. Ces penfions acquittées
par les boulets de Pennemi , cette réduc
Tran du nombre des officiers opérée à coups de ca-
Hon affez au - deffous du pied de paix pour
«qu'on puiffe placer tous les ſurvivans , ont excité
ade juſtes rumeurs . ST.CH rons S •
2M. Crablier d'Obterre defiroit qu'off décrétât le
principe interrogatif: y aura-t- il des leg ons compolées
d'infanterie & de cavalerie ? Vrai pléonalate
î's'il n'eûr aureffe la parole qu'à des généxaox
, qu'à des auditeifts inftruits ; mais la précaution
pour écarter route efrear en a produit
M. Grader a faifi deux queftions dans ce
principe. M. Damas a prié M. Guadet de dire
' entendoit ce que c'eft qu'une légion . Senfible
l'épigramme & aux éclats de rire , M. Guadet a
épondu M. le préfident , fobfervé qu'il de
faut abufer contre perfonne des connoiffances
ahilitaires qu'on peut avoir. Et il s'eft mis à
adifonner en avocat. Cette plaifante argumen
ration a fini par un décret , portant qu'il y aura
aldes rallemblemens d'infanterie & de cavalerie
fous le même chef, ce qu'on appelle autrement
des tégions. . !
17On a difcuté & adopté quelques articles du plán
de M. Hugau , fauf rédaction .
C
1 /
Un citoyen de Genève qui ne figne queJ. J. ,
fait hommage de fes boucles d'argent & de 24
divres à la nation Françoile ; & divers autres donis
cond été prockimés & applaudis. Quant aux mem
bres de l'Affemblée , quelqu'un a dit que sob
ifoumiffionnaires avoient fourni 128,816 livres.
ARTA IDIA 2.8.4
'( 27 )
3
Du mardi , féance du foir.
Un officier municipal de la ville d'Ailes eft
venu dire que les patriotes Marfeillois n'avoient
ni pillé , ni brûlé , ni démoli fon châtean ni fa
maiſon , attendu qu'il n'avoit ni château , ni
maifon ; mais qu'ils lui ont enlevé fon foufflet &
fes outils ; il eft maréchal- ferrant ; & que lui ,
La femme & les enfans gémitfent réduits à l'habit
& au linge qu'ils ont fur le corps . Il accufoit.
ces patriotes d'avoir fait plus de mal que les
ennemis de la fublime & fainte conftitution qu'il
aime toujours bien tendrement. Le préfident lui
a permis de fe retirer.
M. Genty a renouvellé fa louable & ftérile
motion contre la liberté des brigands ; M. Dumolard
a promis que le comité des douze pro
poferoit « demain ou après , des melures affez
vigoureufes pour punir les factieux & les Abrigands
de tous les partis . >>>
A la tête de députés extraordinaires d'Arles ,
M. Bonnement , ex-conftituant , a déclamé une
longue apologie des monnaidiers & des Marſeil
lois , une cenfure bien virulente des chiffonistes
& des commiffaires civils ; s'eft plaint de l'ac
cueil fait aux conftituans tels que lui à leur
retour dans leurs foyers ; des placards , des li
belles , d'une chanfon ariftocratique pauvre
peuple ! quand tu n'avois qu'un Roi , &c.de
la comédie Richard coeur de Lion , jouée avec
enthouſiaſme ; de projets de maffacres d'une
centurie de Noftrodamus qui prédit le triomphe
de la religion , des loix & de la paix , fur lin
piété & l'anarchie ; de la contre- révolution annoncée
pour les premiers jours d'avril , heure
fement déjouée par les braves Marſeillois par
B 2
( 28 )
la mort de l'Empereur , & par le décret lance
contre M. Deleffart...... Ces raifonnemens ont
trouvé des mains prêtes à y applaudir non-feulement
dans les galeries , mais dans l'un des côtés
de l'Affemblée . L'orateur a cru pouvoir , avec
autant de fuccès , inculper M. Cahier de Gerwille
en rapportant ces mots d'une lettre de cet
ex-miniftre : Soumettez - vous à cette loi .... « Il
favoit donc qu'on étoit diſpoſé à la réſiſtance…… »
M. Dumas a traité la remarque d'odieux commentaire.
M. Mailhe rappelloit M. Dumas à
T'ordre. « Il faut donc nous y rappeller tous ,
ent dit les membres d'un des côtés de la falle. »
On a décrété l'impreffion du difcours des députés
extraordinaires d'Arles , & , à la fuite de quelques
débats , fix articles fur les légions .
Du mercredi , 25 avril.
Au nom du comité de légiflation qui s'eft
accupé de lever les difficultés que préſente la
récufation des jurés & les termes accordés pour
ces récufations , M. Euvremer a propofé de réduire
la faculté & le nombre des récufations felon
le nombre des accufés , de manière qu'un feul
pourroit récufer 40 jurés , deux , 20 chacun.;
trois , 15 chacun ; quatre , 12 chacun ; cinq ,
11 chacun ; fix , 10 chacun ; ſept , 10 chacun ;
huit , 10 chacun ; & que fi le nombre des co -accufés
excède celui de huit , une partie des récuſations
foit faite féparément pat chaque accufé , &
l'autre partie de concert entre tous ; exemple : neuf
co-accufés feront chacun 8 récufations , total 72 ;
& ils s'accorderont tous enfuite pour en faire huit
autres , l'enſemble des jurés réculés ne pouvant
plus excéder 80. D'ailleurs les termes additionnés
aq devoient jamais s'étendre au-delà d'un mois,
729 )
¡On'a décrété l'impreffion & l'ajournement , à trois
jours , de ce projet qui a le triple inconvénient
d'une loi faite après les délits qu'elle doit juger
de proportions arbitraires ; & de priver les accufés
de facultés utiles , de conditions favorables , à mefure
qu'ils font plus nombreux , quoique le nombre
n'aggrave pas leur crime.
M. de Kerfaint a dénoncé à l'Affemblée un
évènement , qu'il a regardé comme « le commen
cement d'un grand deffein » ,. « Des François ,
a- t-il dit , des citoyens , ont été violemment
entraînés hors des Tuileries par une troupe de
foldats , par un détachement dont la compofition
mérite d'abord votre attention ; des Gardes
Suifles , des Gardes du Roi , des Gardes Nationaux
le compofoient . Par qui avoit- il été commandé
à quel deffein ? Voilà ce qu'il faut examiner.
Pendant que nous faifons la guerre aux
ennemis du dehors , nous devons être en garde
contre ceux du dedans . Je ne fais pas l'injure de
croire que les Suiffes foient nos ennemis ; mais ils
Fourroient devenir l'inftrument de ceux qui veulent
notre perte. Pourquoi font- ils toujours la
garde au château ? Le Roi a fa garde ; elle doit
lui fuffi-e. L'intention de l'Affemblée conftituante
n'a pas été , fans doute , que la garde du Roi fût
une armée. Prévenons , Meffieurs , les inquiétudes
publiques que fait naître cette réunion de
forces. Cette troupe ne peut plus faire fon fervice
depuis la compofition de la garde du Roi. Ce que
Vous devez faire , c'eft de vous faire rendre
compte par le maire de Paris , des mesures qu'il a
prifes. Ne laiffez pas fe reproduire le ſyſtême des
afyles & des lieux privilégiés . La nation loge le
Roi aux Tuileries ; mais je ne vois pas qu'elle
lui donne la jouiffance exclufive du jardin . ( Il s'eft
·B
3.
'30 )`
devé des murmures , & les tribunes ont applaudi . )
Meffieurs , ce jardin doit être déclaré ou public ou
privé dans ce dernier cas , que les portes en foient
fermées , car dès qu'elles font ouvertes , la police
doit y porter l'oeil. Si le jardin eft fermé , la garde
da Hoi en a la furveillance , qui ne peut , en aucun
cas s'étendre au-delà des murs du palais.
2
Fee Mais quel homme , s'il n'a pas perdu le fentiment
de la liberté , verra fans indignation la
Garde Nationale marcher avec la Garde du Roi
fous les ordres de Briffac ?... Je propoſe de man- -
der la municipalité de Paris à la barre , pour être
informés par elle officiellement des faits que je
vous dénonces de charger le comité militaire de
faire dans 14 heures fon rapport fur les trois queftions
fuivantes : 1 ° . Convient- il que les Gardes
Suiffes montent la garde chez le Roi ? 2°. La Garde
Nationale doit- elle remplir d'autres fonctions que
celle de Garde d'honneur auprès du Roi ? 3 °. La *
Garde militaire du Roi peut -elle être employée ,
en aucun cas , comme force publique ? »
Plufieurs membres ont eu le courage de réclamer
l'ordre du jour . M. Taillefer a porté des
plaintes particulières contre un factionnaire Suiffe
qui , malgré la carte législative , refufoit de laiffer
entrer dans le château des Tuileries un député
portant une canne ou badine . On a crié de nouveau
l'ordre du jour. cc Ces motions , a die
M. Hua , font très- peu patriotiques ; car elles
tendent à mettre la difcorde lorfque nous avons
befoin de la plus grande harmonie. » M. Larivière
répétoit qu'un citoyen avoit été chaffé du
jardin pour y avoir venda ou la le catéchifme
de la conftitution , & que sûrement il exiſtoit un
deffein contre lequel l'Affemblée ne pouvoit trop
fe mettre en garde . Au milieu d'un tumulte inex((
3 ))
primable , les membres du ci-devant côté droic le
font levés , les tribunes ont ri , hué , mugi ; une
voiz a dit : se Voilà les amis de la conftitution .
Oui , fans doute , fes meilleurs amis , a répondu un
membre . On ne dénonce pas ici les abominations ,
les infamies qui fe débitent , qui fe heurlent tous
Les joursjufques fous les fenêtres du Roi. »
MM. Robin & Creftin demandoient le renvoi
au comité des domaines . M. Hauffy de Robecourt ,
au comité diplomatique à caufe des Suiffes . L'Af
femblée a décrété le renvoi au comité militaire,
M. Hauffy a sappelié un décret portant , à l'égard
des Gardes Suiffes qui font le fervice auprès du
Roi , qu'ils continueront leur fervice de la même
manière , jufqu'à ce qu'il ait été ſtatué ſur le re-
Bouvellement des capitulations . M. Ganan de
Coulon follicitoit l'adjonction du comité de fui
veillance , & invitoit tous les membres à y faire
la déclaration de tous les griefs & faits potoires
parvenus à leur connoiffance. Nous n'avons ni le
temps ni l'efpace pour rendre les détails de ce débat
qui s'eft beaucoup prolongé. Il nous a femblé que
quelqu'un avoit dit que , le Roi étoit impolé pour
le jardin des Tuileries. 0:
Des lettres , des harangues , des offrandes
parmi lesquelles on à remarqué celle de 1,500 liv?
des comédiens du théâtre Italien qui ont reçu les
honneurs de la falles des articles adoptés , faufre
daction , fur l'organiſation des légions , & un déeret
fur la formation de compagnies de guides pour
le fervice des trois armées, voilà tout ce qu'aproduit
celte orageufe féance.
2
Du mercredi , féance du foir.
Après avoir écouté les adminiftrateurs du Haup
Rhin, qui follicitent en grace la déportation das
B
4
( 32 )
prêtres inaffermentés ; une lettre du Lor qui annonce
le pillage de quelques châteaux & en demande
la démolition . Un rapport de M. Qua
tremère fur la dette du gouvernement envers
M. de Roffel , capitaine de vaiffeau , choifi par
le Roi pour peindre les principaux combats de la
dernière campagne de la marine Françoife , rapport
fuivi d'un projet ajourné à huitaine ( 1 ) ; l'Affemblée
a décrété le paiement de 3,660,838 1. de liquidations
, & agréé l'offrande patriotique du cinquième
du traitement des miniftres , & divers dons qu'ont
fucceffivement apportés , envoyés ou promis des
citoyens connus ou anonymes.
Du jeudi , 26 avril.
La féance s'ouvre par des dons d'enfans , de
vieillards , de femmes , de françois , d'étrangers.
Une dame offre une boucle d'or pour fecourir les
déferteurs Autrichiens , un citoyen deux écus de
fix francs pour les régaler. Un colporteur envoie
15 fous. M. George Burke , citoyen Anglois , qui
( 1 ) Nous avons annoncé dans le temps le
Profpectus de M. de Roffel , fa foufcription &
fes avances très- confidérables. Il feroit dommage
qu'une fi belle entrepriſe reftât fufpendue . Elle
offre à - la-fois une collection hiftorique , & un
recueil de fuperbes gravures , exécutées par M.
Dequevauvilliers fur les tableaux originaux peints
par M. de Roffel. La feconde livraiſon , formée
de l'eftampe qui repréſente le combat de la Surg
veillante & du Quebec , a paru l'automne dernier
, & le vend 18 liv. , chez Mérigot , Libraire,
quai des Auguftius ; & chez l'auteur , fuc
Tournon , nº. 6.
( 33 )
n'eft pas Anglois mais Irlandois , donne 200 liv .
pour la défenſe de la liberté , &c.
Inftruits du rapport de M. Fauchet & des conclufions
prifes contre eux , fans qu'on les eût interrogés
, ni entendus , les adminiftrateurs du Dépar
tement de Rhône & Loire prient l'Affemblée de
leur accorder un délai pour confondre leurs calcmniateurs.
M. Goupilleau dit que ce feroit perdre du
temps ; mais l'Affemblée , en ajournant la difcuffion
, donne aux accufés celui de ſe juſtifier .
Un décret d'urgence a ftatué que « les officiers
de la marine qui fe font préfentés à la revue du 5
mars , ou qui ne fe font difpenfés de s'y trouver
que pour des caufes légitimes & prouvées , toucheront
les appointemens attachés à leur nouveau
grade , à compter du premier janvier 1792 , époque
de l'expédition de leurs brevets . »
M. l'abbé Mulot a demandé & obtenu « la prorogation
jufqu'au premier janvier prochain , du
décret du 17 mars 1791 relatif aux Tecours qui
doivent être accordés aux maiſons religieufes .
Puiffe ce décret s'exécuter mieux que l'autre ! Plu
fieurs religieufes ne recevoient que 18 liv . pour
trois mois .
לכ
Il a été décrété que , a le caiffier général du
tréfor public recevra tout le nunéraire , & les
matières d'or & d'argent , que les citoyens voudront
échanger contre une égale valeur en affignats
qu'il fera tenu de délivrer ; opération que
tout caiffier auroit auffi bien faite fans décret ,
puifque la caifle y gagnera 50 à 60 pour cent. Les
receveurs de diftrict fe prêteront aux mêmes
échange . Tous les 15 jours les états en ferontadreffés
par la trésorerie à l'Aſſemblée , & l'on im
primera les noms « des perfonnes qui fe diſtingue-,
iont par ces preuves de dévouement à la pattie ,
B
S.
1
( 34 )
M. Emmery vouloit que les comités diplomatique
& de marine fiffent leur rapport fur l'abolition
des co-faires e afin d'apprendre , difoit - il,
que la France ne fait la guerre qu'aux defpotes &
non aux nations .» M. Couftards'elt écrié ; «e puifqu'il
s'agit de corfaires , que les prêtres paffent
les premiers , que le rapport du comité des douze
ait la priorité. On a beaucoup ri de cette honrête
faillie . M. Rouyer a foutenu que le rapport
des comités diplomatique & de marine étoit « dicté
par une faulle vertu , & couvert d'une hypocrifie
que l'Affemblée ne confacreroit pas . » L'ordre
du jour a donné la parole au comité des douze,
& fon organe , M. François de Nantes a lu pendant
près de deux heures . Nous ne pouvcus qu'analyfer
rapidement la fubftance de ce difcours &
en tranferire les paffages les plus remarquables.
-Après ce qu'il a donné pour l'abrégé hiftorique
des troubles intérieurs du royaume, il a dit :
Cinq ou fix difrictsfeulement offrent des scènes
de dévaftation , dont le feandale eft encore grofft
par ceux qui fe chargent du trifte foin de le retracar...
Lorfque le feu facré de la liberté eft dans
les coeurs , tant qu'on le fent palpiter dans toutes
les artères , comptez que le dérangement qu'il
éprouve n'eft qu'un mal momentané qui cèdera à
un remède léger & à un régime adouciffant . » Or
la preuve de la préſence de ce feu , il l'a tirée de
cent mille recrues levées en un teel jour ; de cette
bouillante ardeur qui femble entraîner la France
libre fur l'Europe efclave ou ennemie ; & de dix
millions de bras qui n'attendent que le premier coup
de canon four préparer l'affranchiffement du genre
kumain. »
pour- « Nous avons entendu à la vérité ,
fait M. Français , une poignée d'efclaves décorés
, crier à la nobleffe ; d'autres ,, couverts
d'habits lugubres , criant à la religion ; d'autres ,
armés de poignards , ctiant à la monarchie ; &
quelques-uns à la république . Mais , au milieu
de tous ces cris , nous avons entendu une voix
toute-puillante qui les couvroit toutes ; c'étoit
celle de la nation , elle difoit périffent toutes
les factions , nous voulons la conftitution & la
toi. »
I a vu la caufe de tous les maux , actuels
« dans l'ancien defpotifme , dans la molleffe de
gouvernement qui lui a fuccédé , dans le maus
vais choix que ce gouvernement a fait de fes
agens , dans la révolte du culte diffi lent , dans
la mauvaiſe volonté d'un grand nombre de tribunaux
, dans les vices de l'organifation judi
ciaire , dans l'infurrection de plufieurs petites mu
nicipalités contre les adminiftrations fupérieures ,
dans l'infuffifance du pouvoir de ces adminiftrations
, dans le vagabondage des brigands , dans
Joifveté d'un grand nombre d'homines dont la
révolution a fupprimé les emplois , ou fufpendu
Tinduftrie ( ce qui pouvoit auffi expliquer fe
miracle des 100,000 recrues à So liv . d'engagement,
& à 15 fols par jour ), dans l'allanguillement
du commerce & de la marine.... ɔɔ
Tout cela fignifie qu'il a vu la caufe des troubles
dans les troubles mêmes & dans leurs effets ; car
eft- ce autre chofe que révolte , mauvaise volonté,
vices , infurrection , vagabondage de brigands ,
oifiveté , misère , ruine crimes , impunité ,
*anarchie ?
t
Les magiftrats , a-t-il dit , ne voient que
leur clocher; ils n'apperçoivent pas . la grande
pyramile , qui eft la loi... Si on ne foumet pas
les municipalités aux corps adminift.arifs ils
B 6
136
formeront bientôt l'informe aggrégation de 40
mille gouvernemens municipaux , qui formeront
un vrai cahos , & dont les mouvemens réguliers
& difcordans nous conduiront à une diffolution
totale. On conçoit que ce feroient les dépar
temens & non les corps adminiftratifs qui formeroient
cette informe aggrégation de gouvernenens
qui formeroient un cahos ; qu'une femblable
forme n'auroit rien à déformer pour conduire à
la diffolution totale , puifque le vrai cahos eft effectivement
une diffolution complette.
:
Voici les couleurs fous lefquelles M. François
a cru utile de peindre la révolution , au fein
du corps législatif d'une nation juſqu'ici chrétienne
« Tant que les hommes fe bornèrent
à élever au milieu des champs des autels couronnés
de feuillages , & que paifibles miniftres
d'un Dieu bienfaifant , leurs innocentes mains
offrirent de fimples fruits à la Divinité , la paix
règna fur la terre ; mais bientôt il s'éleva des
hommes qui leur dirent le grand- être s'eft
montré à nous , & il nous a dit que c'eft de
ce côté que vous devez tourner vos autels , que
vous devez lui préfenter vos offrandes , & obferver
telle cérémonie . D'autres hommes non
moins ambitieux s'écrièrent : Ne croyez pas ces
impofteurs ; nous feuls communiquons avec le
grand - être il nous a ordonné de vous dire que
vous ne devez confumer que nos parfums , ne
pratiquer que notre culte ; tout autre eft abominable.
Alors les hommes , au lieu de laiffer
la difpute fe vider entre ces divers prophêtes ,
y prirent eux- mêmes une part d'autant plus ardente
qu'elle offroit à l'imagination humaine
au milieu des ténèbres où ils ne pouvoient
gien faifir ni concevoir , la perſpective de biens
( 37 )
& de maux ir finis..... Depuis l'origine des
cultes , le culte refpectable des chrétiens eft un
de ceux qui a eu le plus à fe plaindre de fes
miniftres... On les vit former cette théocratie
monftiucufe qui avoit placé fous la fauve- garde
de l'Evangile le premier anneau de la fervitude de
vingt peuples malheureux par eux. »
De ces traits généraux , paffant aux prêtres
François dépouillés , opprimés , & dont encore
aucun ne fut légalement convaincu des délits
qu'on leur impute vaguement à tous , il a dit :
On établit en France une conftitution libre ,
& ils confpirent contre cette liberté ; on établit
la fraternité & l'égalité, & ils proteſtent contre
ces principes qu'ils ne veulent reconnoître que
dans leurs livres . On reprit les biens qu'ils
avoient ufurpés fur la crédulité , & ils fe révol
tèrent. On leur demanda ( & non pas on leur donna)
la paix , ils rendirent la difcorde ; ils fe dirent
perfécutés , parce qu'on voulut qu'ils ceffaffent
d'être perfécuteurs... D'une autre part , ils provoquent
le courroux de l'évêque de Rome contre
la France . Ce prince burlefquement menaçant ,
cherche à prendre l'attitude du Jupiter tonnant
de Phydias ; mais fes traits impuiffans viennent
s'émouffer contre le bouclier de la liberté placé
fur le fommet des Alpes . ( 1 ) Pourquoi le Saint-
Père ſe mêle- t- il de nos affaires , tandis que nous
nous occupons fi peu des fiennes ? ..... Lui demandons-
nous pourquoi il tient dans lafervitude
la poftérité des Caton & des Scevola pourquoi
( 1 ) Les Suiffes des Alpes qui possèdent le vrai
bonnet de la liberté depuis trois fiècles , font de
tous les catholiques les plus refpectueufemepa
attachés au St, Siége ,
( 38 ).
" on ne voit plus que des croix là où parut
durant tant de fiècles , la gloire des aigles romaines
? ...... Bientôt les efclaves d'un prêtre fe
rappelleront qu'ils furent autrefois citoyens de
Rome ; que le fang des Gracques & des Scipions
coule dans leurs veines.... ; & s'arrêtant devant
les monumens qui retracent tant de vertus géné
reufes , ils difont : c'est ici que vécut Brutus , &
Italie fera libre.

Cette tirade où l'on défigure en profe la poé
fie de Voltaire , ne paroîtra pas vraisembla
blemene un remède infaillible pour les troubles
du royaume . En s'emparant du Comtat & d'Avignon,
on s'eft affurément mêlé des affaires du Pape ,
ec
Revenant aux prêtres & à la religion catholique
, l'orateur a décidé qu'on devoit « conjurer
cette légion de génies malfaifans » (d'hommes
réduits à mourir de faim ) ; que « la fociété a
le droit d'expulfer de fon fein ceux qui refufent
de la reconnoître >> ( en refufant un ferment
que la loi les déclaroit libres de ne point prê
ter ) ...... « Notre religion ! notre confcience ,
s'écrie-t- il? Qu'est- ce que c'eft donc , fe répondil
, qu'une religion infociable par fa nature ; une
conicience qui fe profternoit devant le defpotiſme
?………. La diverfité des cultes eft plus agréable
à l'être fuprême que le froid fpectacle d'un culte
uniforme dont la monotonie reflemble plutôt à
Tétiquette réglée de la cour d'un defpote qu'à
l'émulation d'une famille nombreuſe.... &c . »
Pour les clubs , les fociétés des amis de la
conftitution , ce quel eft le coeur glacé qu'elles
n'aient pas échauffé ? quel elt le malheureux
qu'elles n'aient pas foulage ? quel eft Popprimé
dont elles n'aient pas pris la défenſe ? quel est
le complot qu'elles n'aient pas ou prévu ou dé(
39 )
voilé? quelle eft l'affociation des monarchistes .
qu'elles n'aient pas dénoncée ? quel eft l'homme
de mérite qu'elles n'aient pas tiré de l'obſcurité ?
quelle eft la ville où elles n'aient pas répandu
l'amour de la liberté ? quels font les villages.
(& les châteaux ) qu'elles n'aient pas éclairés...
tion.
ce On les accule d'arrêter la marche de l'adminiftration
, de s'être emparées de la multitude ,
comme d'un inftrument favorable à leurs vues
de former une forte de tribunal , d'entretenir
l'anarchie , de vouloir changer un des points ca
pitaux de notre gouvernement avant le termefixé
par la conftitution , de former enfin , par leur,
affiliation & leur correfpondance , une chaîne
qui foumet tous les pouvoirs à leur domina-
Le moyen de donner une direction
faine à ces fociétés , c'eft d'éclairer le peuple....
N'eft-il pas fouverainement injufte de rendre ung
fociété refponfable des fautes de quelques - uns
de fes membres ?... Les clubs n'ont- ils pas pour
ennemis tous ceux qui , par principe , déteftent
la liberté , & ceux qui , par pufillanimité , font
incapables de s'élever jufqu'à elle ? N'a- t- on pas
vu de quoi eft capable une telle coalition , lorfqu'elle
a été chercher , jufqu'en Allemagne , un
Empereur pour s'opposer aux clubs ?... La guerre
qu'on nous prépare a pour prétexte les factieux
& pour objet les patriotes.... Dè: que les puiffances
attaqueront les clubs , tous les François
feront clubiftes .... Dans la multitude de pièces
que votre comité a eues à examiner , il a trouvé
les prêtres & les brigans à chaque page , il n'y
a prefque pas vu les clubs ..... Les amis de la
liberté font dans toute la France ; mais les amans
font dans les clubs , &c . »
Au fujet de la misère née de la ceffation des
( 40 )
сс
travaux de luxe , l'orateur a cité l'entrevue d'un
Roi de Sparte & d'un Satrape de Perfe . Tandis
que le Satrape fe faifoit préparer un trône
magnifique , le Roi s'affied fur un rocher « fimplement
couvert d'une peau d'ours . Je ne ferai
pas à des hommes libres Pinjure de leur dire de
quel côté eft ici la vraie grandeur. » Voilà des
millions d'ouvriers , de femmes , d'enfans bien
confolés de manquer de travail , d'habits & de
pain ! Mais il va chercher la vertu & la philofophie
législative dans l'Archipe!' , & il dit à
l'Aſſemblée : « Tels font les fublimes modèles
qui doivent toujours être préfens à nos efprits ..
Ainfi nous ne fouffrirons jamais qu'on appelle
les mouvemens qui fe font contre la loi , ſainte
infurrection , mais révolte ; nous n'appellerors
jamais ceux qui s'arment de torches & de poignards
, patriotes , mais brigands... Nous rejetterons
avec horreur tous ceux qui viendront
nous propofer le parjure comme un moyen de
falut public..... Nous févirons contre toutes les
factions ... Ces hideufes difputes de deux partis
cefferont dans toute la France , comme elles ent
depuis longtemps ceffé dans cette Affemblée ;
le peuple , l'Affemblée nationale & le gouvernement
ne faifant qu'un , tout fera fauve. »
D'autres divagations ont conduit ce déclamateur
encyclopédiqué à peindre , par épiſode , les
François renverfant dix trônes , traverfant l'Allemagne
, non pour conquérir , mais « pour aller
fe repofer à Vienne ; & les foldats de Bender ,
devenus citoyens François , goûtant les douceurs
de l'ombrage de Chantilly, s
35
Ce qu'il a dit de plus vrai , de mieux prouvé
dans cette rapfodie , eft ceci ( fur la queftio :
à quoi fervent les colonies ? échappée à un lé(
41 )
-
giflateur) : « Toujours l'ignorance fut criarde &
présomptueufe ; toujours on la vit parler avant
de penfer , fe jetter à travers toutes les difcuffions
; cacher lous un déluge de mots & fous
le faux coloris de paffions factices , la pénurie
des idées & l'abfence du fentiment ; fe placer .
audacieufement au- deffus du génie qui fe taît &
la méprife , & chercher dans les acclamations
d'une multitude prévenue , à fe confoler des
fifflets des gens inftruits . Lorfque dans Athènes,
d'ignorans héteurs eurent pris les places des
Phocions , &c. , la république fut bientôt per-
- due... La nature n'a- t-elle pas donné à tous les
hommes la même fomme d'idées ? N'ont- ils pas
tout vu , tout fu , tout médité , fans fe donner
la peine de rien voir , de rien apprendre , de
riennéditer ? »
Nous rapporterons fes moyens , fes nombreux
projets de loix quand ils feront difcutés. Au
bruit des applaudiffemens , on a décrété que fon.
difcours fera imprimé & envoyé à tous les départemens.
M. Dumourierapris la parole , & a dit : «leRoi me:
charge de faire part à l'Aſſemblée d'une démarche
très - extraordinaire & très- grave que s'eft permife
la cour de Turin envers M. de Semonville , que
fa Majesté venoit de nommer pres du Roi de
Sardaigne pour affurer la bonne harmonie entre
les deux nations. » Ealuice , le miniftre a lu
les pièces officielles , & d'abord la copie des dépêches
de M. d'Hauteville , miniftre de la cour.
de Turin , à M. de Corta , chargé d'affaires de
S. M. Sarde à Paris .
Ces dépêches portent qu'enfuite des ordres que
la sûreté & la tranquillité publiques ont engagé
S. M. S. de donner aux gouverneurs des pro
1
( 42 )
vinces frontières de ne laiffer paffer aucun étranger
fans le munir de paffe-port , & de n'en pointį
accorder à ceux qui dirigeroient leur route vers
la capitale , avant d'avoir prévenu la cour &
reçu
des ordres par écrit , M. de Semonville étant
ar ivé de Gênes à Alexandrie le 18 du courant
& s'y annonçant comme ministre plénipotentiaire
de S. M. T. C. auprès de S. M. S .; le gou
verneur lui avoit fait part des ordres fulmen
tionnés , & avoit expédié un eftafette , pour f
fel
procurer plutôt l'autorisation néceffaire . S. M. S
étonnée que MaadeSemonville ſe fût annoncé comme
un miniftre plénipotentiaire auprès d'elle fans th
qu'elle en eût été prévenue par la cour de France ,
ainfi que cela fe pratique , ordonne à M. de Corta
de voir le miniftre des affaires étrangères de Sa
M. T. C. & de lui déclarer que , la réputation
& la conduite de M. de Semonville à Gênes a
tellement frappé S. M. S. , que ne pouvant le
regarder comme une perfonne en qui elle puiffe
placer aucune confiance, ayant même des motifs
très-effentiels pour la sûreté & la tranquillité de
fon pays , de s'en défier particulièrement , elle
ne fauroit s'abstenir de témoigner la jufte & invincible
répugnance à le recevoir en fa cour , &!
à traiter avec lui aucune affaire qui puiffe inté
reffer les deux états.
Le Roi de Sardaigne ordonne à M. de Corta
de repréfenter qu'il eft très- notoire à Turin &
dans toutes les autres cours d'Italie , que «M.
de Semonville s'eft conftamment occupé , depuis
fon féjour à Gênes des moyens quit a crus
les plus propres à fufciter des troubles dans les
pays voifins , à y propager des principes qui
pourroient induire les peuples à l'infubordination'
à la révolte , & à répandre des écrits incen
(43 )
diaires & féditieux , foit même en y envoyant >
des émiffaires fecrets pour les exciter par la féduc- :
tion... Il fuffira de dire que , bien loin de s'en
cacher , il a déclaré publiquement qu'il avoit
coopéré à la révolte du Brabant , & qu'il en auroit
fait autant dans toutes les cours d'Italie & furtout
dans le Piémont ; fe déclarant ennemi implacable
de tous les princes & fouverains , dont
il a toujours parlé , tant en général qu'en particulier
, avec autant de haine que de mépris ;
fe réjouiffant du mal des uns , & pronoftiquant !
du mal aux autres. S. mauvaiſe volonté contre
la cour de Turin eft prouvée par les difcours &
par des faits, Il ne s'eft point défendu du ſoup- ›
çon d'avoir eu quelque part au tumulte arrivé
dernièrement dans cette capitale , dont il s'eft.'
réjoui publiquement , ce qui étant reconnu ici ,
a fait dans le public une forte fenfation. Sa
conduite eft fi notoire à Gênes & dans toute :
l'Italie , que quelques cours fe font cruesautorisées
à inftruire le gouvernement de Gênes , qu'elles :
auroient été dans le cas de rompre toute com- >
munication avec lui , s'il ne trouvoit pas le moyen
d'obtenir du Roi T. C. de rappeller un tel :
miniftre. »
*
Oppofant la parole à tant d'inculpations , M.
Dumourier a fimplement affirmé qu'il n'y avoit
eu lieu à aucune plainte contre M. de Semon
ville , & il a pourfuivi la lecture des dépêches
où le miniftre Sarde ajoutoit que M. de Semonville
feroit très- mal vu à Turin , expofé à des
défagrémens que toute la prudence ne pourroit
lui épargner ; que S. M. S. ne doutoit nulle
ment que S. M. T. C. & fon ministère ne
reconnoiffent pleinement la juftice de l'ordre '>
donné au gouverneur de laiffer à M. de Semon~ :
( 44 )
wille la liberté de s'arrêter à Alexandrie ou en
tel autre lieu des frontières , s'il le juge à propos
, jufqu'à ce qu'on ait pris une réfolution
convenable ; que S. M. T. C. ne doutera pas
du defir fincère d'entretenir entre les deux états
la bonne harmonie , que le féjour d'un tel miniftre
à Turin auroit plutôt troublée que cimentée
; & que , quelles que foient les circonstances
qui empêcheront S. M. S. d'admettre M. de
Semonville auprès d'elle , elle n'en fera pas moins
très-difpofée à bien recevoir tout autre miniftre
qu'il plaira au Roi T. C. de lui envoyer.
M. Dumourier a lu l'ordre donné au gouverneur
d'Alexandrie , le compte que rend de cet
évènement M. Delalande réfident de France à
Turin , & une lettre de M. de Semonville,
Il réfulte de ce compte que S. M. S. n'avoit
point été inftruite de la venue du ministre plénipotentiaire
; que les miniftres de Hongrie , de
Gênes & d'Espagne fortoient du cabinet du miniftre
Sarde lorfque M. Delalande y entroit ;
& ce dernier demande fa retraite.
Dans fa lettre à M. Delalande , M de Semonville
érige en violation du droit des gens ,
tourne en outrage fait à la nation Françoife
un procédé qui ne regarde que lui feut , puifqu'il
n'eft point encore officiellement annoncé & reconnu
à la cour de Turin ; & il écrit : « Je
vois que nous fommes arrivés à l'époque , à
laquelle tous les gouvernemens de l'Europe apprendront
que les violations du droit des gens
envers les François , ne reftent pas impusies &
que nous reprendrons , par notre courage , le
rarg élevé auquel doit prétendre un peuple digne
de la liberté... Si le Roi de Sardaigne refufe de
recevoir le miniftre des François nommé par leur
( 45 )
chef héréditaire , il faut au moins qu'on ne puiffe
pas lui reprocher d'avoir avili le titre dont il
eft revêtu par une lâche condefcendence . » Si
Fon prouvoit que M. de Semonville eft un promoteur
de trouble & de révolte , ce feroit M.
-Dumourier qui , par ce choix , auroit outragé
une nation alliée . Au refte , le miniftre méconnu
, dénoncé & menaçant fe loue des égards
qu'on a pour lui à Alexandrie.
Voici les réponses de M. Dumourier à M.
Delalande ; & au miniftre de S. M. S.
Paris, 25 avril 1792 , l'an quatrième de la liberté.
« J'ai mis fous les yeux du Roi , Monfieur ,
le compte que vous me rendez par votre courrier
du 21 avril , ainfi que la communication officielle
qui m'a été faite par M. de Corta , chargé
des affaires de Turin , de la part du comte d'Hanseville
, miniftre des affaires étrangères de S. M.
Sarde . »
Le Roi a vu avec le plus grand étonnement,
que la cour de Turin ait manqué à la nation
Françoife , dans la perfonne d'un miniftre piénipotentiaire
, fous le futile prétexte de n'avoir
pas été prévenue du choix de l'homme chargé
de cette miffion avant fon arrivée , comme a
les intérêts des peuples devoient être fubordonnés
à de frivoles étiquettes de cour ,
dans le temps
où l'Europe eft généralement menacée du fléau
de la guerre . Le Roi a vu avec chagrin que cette
injure faite au miniftre de la nation , foit encore
appuyée du prétexte d'une accufation vraie ou
fauffe contre M. de Semonville, Ce miniftre ef
on n'eft pas coupable de ce dont il cft acculé
au nom du Roi de Sardaigne , par fon Miniftre
Le comte d'Hauteville. Lorsqu'on accuſe auſſi
( 46 )
gravement un homme revêtu d'un caractère public
, & repréſentant une grande nation , il faut
joindre les preuves à l'accufation , & ne pas
les faire précéder par des voies de fait qui violent
le droit des gens . Le Roi pourroit , à ſon tour,
porter des plaintes au nom de la nation Fran-
Coife fur cette loi de paffe-ports , à laquelle
échappent continuellement nos rebelles émigrés
qu'on laiffe entrer & fortir librement des Etats
de Sa Majesté Sarde , pendant qu'on tyrannile
ou repouffe les François fidèles à la Conftitution
& au Roi, S. M. efpère , qu'après de mûres réflexions
, la Cour de Turin fe déterminéra à accorder
la réparation convenable fur le fcandale de
l'arrestation d'un miniftre de France , & de l'empêchement
qu'on apporte à ce qu'il rempliffe , at
près de S. M. Sarde , une miffion pacifique &
amicale . »
. En conféquence , vous êtes chargé de demander
que les ordres donnés au gouverneur
d'Alexandrie , pour empêcher M. de Semon--
ville d'arriver à Turin , foient levés inceffamment.
Vous demanderez une réponse prompte
& cathégorique dans les 24 heures . Vous demanderez
auffi à être chargé vous - même du
paffe - port de M. de Semonville , & vous irez
Je chercher à Alexandrie pour l'amener à Turin ,
& le préfenter auffi- tôt au Roi & à la Cour,
Si le miniftre refufe vos demandes , vous enverrez
un courrier à M. de Semonville pour
T'en prévenir. Vous irez le rejoindre à Alexandric
, & vous pafferez avec lui à Gènes , où
vous recevrez les ordres du Roi. Je vous envoie
copie de ma note , en réponſe à la note officielle de
M. le comte d'Hauteville , qui m'a été communi❤
( 247 )
quéepat M. de Corta , agent de la cour de Tarin &
Paris, 1. C
༦༦༣
Réponse à la note officielle de M. le comte d'Haute-
-svilley ministre des affaires étrangères de S. M.
Sarde', communiquée , leas ,par M. de Cortal,
chargé d'affaires de la cour de Turin à Paris ,
-26 avril 1792 .
no La cour de Turin a violé le droit des gens &
de refpect dû au miniftre plénipotentiaire d'une
grande nation ent l'arrêtant à Alexandrie , P&
T'empêchant de remplir une miffion pacifique &
amicale. Pourlever tous les obftacles au rétabliſ
fement de la bonne harmonie entre le Roi des
François & le Roi de Sardaigre il est néceffaire
de faire ceffer l'arreftation de M. de Semonville à
Alexandrie & de le recevoir à la cour de Turin ,
dans fon caractère public. and
»
« S'il y a des griefs perfornels contre My de
Semonville , S. M. Sarde voudrá bien , aptès la
éception de M. de Semonville dans fon caractère
public , ordonner à fon miniftre de les développer
avec les preuves ; & , dans ce cas , lorfque les
preuves feront parfaitement établies , le Roi des
François donnera fatisfaction à S. M. Sarde ,
ien retirant M. de Semonville , & lui donnant un
fucceffeur. En cas de refus , le Roi ordonne au
feur Delalande , actuellement chargé des affaires
de France à Turin , d'en fortir dans les vingtquatre
heures , d'aller joindre M. de Semonville
à Alexandrie , & de fe retirer avec lui à
Gênes,
M. Dumourier eft forti couvert d'applaudiffemens.
་ ་
-Au nom des comités diplomatique &´ de l'extraordinaire
des finances M. Vergniaud a pro
'pefé de déciéter , für la lettre du Roi contre(
48 )
fignée Dumourier , la remife de fix millions au
miniftre des affaires étrangères pour depenfes
fecrettes. Les débats dégénérés en tumulte fe
font prolongés plus d'une heure. Un parti vouloit
que la fomme fût donnée fans qu'on entrât
dans le moindre examen de l'emploi ; un autre
parti crioit contre ces mystères diplomatiques : indignes
d'un peuple libre , tenoit la conftitution
pour violée , la liberté perdue . On s'en eft pris
aux miniftres , aux jacobins leurs créateurs , au
préfident M. Bigot , qu'on a taxé de partialité
jufqu'à lui dire qu'il feroit mieux à Coblentz...
ee Six millions ! c'eſt la contribution de deux on
trois départemens , difoit l'un . -- C'eft emporter
l'argent l'épée à la main , répétoit M. Danthon;
convient-il d'acheter chez nos voisins des traîtres
difpofés à facrifier pour de l'argent l'intérêt de
Jear patrie? Ce vil moyen a- t-il l'utilité qu'on
Jui fuppofe ? Eft - il pour nous d'une néceffité
qui en compenfe la baffeffe & le danger ? » On
lui a répondu vous infultez la nation . Cinquante
membres s'entre- rappelloient à l'ordre au
milieu du défordre. Deux épreuves ont paru
douteuses. Enfin les fix millions font accordés
au miniſtre fans aucune refponfabilité . Il eſt vrai
que M. Vergniaud a fait obferver que 6 millions
en affignats feroient à peine trois millions , puifqu'an
payeroit dans l'étranger en numéraire.
Du vendredi , 27 avril.
T
Madame Davry dépofe fur le bureau 54 liv.
& une montre d'or qu'elle deftine loyalement
au grenadier Autrichien qui joindra le premier
Jes drapeaux du général la Fayette. Grands applaudiffemens
& les honneurs de la féance .
Ол
( 49 )
On reçoit & proclame , avec leur deftination
énoncée en belles phrafes , plufieurs autres dons ,
depuis 1 fous jufqu'à 1400 & quelques livres ; & ,
toute une école de charité vient apporter des
fous , débiter fa harangue & fiéger à côté des
giflateurs. Ces enfans promettent d'aller un
jour « comme un tonnerre impétueux , écrafer les
defpotes... Les ennemis & les tyrans ne perdront
attendre... La falle retentit d'éclats
pour
de rire & de battemens de mains réitérés .
rien
כ
Un décret a déclaré qu'il n'y a pas lieu à accufation
contre M. de Celncy , commandant la
fixième divifion de l'armée , mis en état d'arreftation
par le juge de paix de Toulon ; fans
improuver l'acte arbitraire de ce Juge . Le crime
contre - révolutionnaire du général étoit d'avoir
écrit qu'il s'opposeroit aux brigands Marſeillois
& au pillage .
On ajourne à lundi le projet des comités des
finances pour l'émiflion de 300 nouveaux millions
en affignats ; & deux décrets ftatuent qu'il y aura
dans chacune des armées un payeur- général & un
contrôleur des dépenfes , l'un à 1,500 & l'autre à
7jo liv. par mois de traitement ; que le Roi
nommera auxplaces d'officiers - généraux vacantes ,
& que leur nombre n'éprouvera aucune réduction
jufqu'à la paix . La veille , on avoit décrété
d'urgence & avec cet expreffement qui
n'admet point de débats , que la penfion de
M. Luckner lai feroit payée faus déduction ni
rctenue .
Du vendredi , féance du foir.
L'affluence des dons patriotiques fuggère &
M. de Kefaint l'idée d'une pyramide à ériger
devant la principale porte de l'Ailemblée , & d'ag
No. 18. 5 Mai 1792
C
tio )
tant de pyramides qu'il y a de départemens ,
pour y inferire les noms des donateurs . On lui
fait obferver qu'à moins d'en élever de deux-cents
coudées , ce qui ne lafferoit pas d'être cher , il
feroit impoffible d'y graver tous les noms . En
effet l'immortalité s'acquerroit à peu de frais ,
puifqu'une dame a offert aujourd'hui 6 fous accéptés
, pour orner d'une cocarde aux trois couleurs
le chapeau du premier déferteur des troupes
Autrichiennes. M. Bazire craignant qu'on ne
fubftituât l'orgeuil ou plutôt la vanité au civifme
, difoit que les offres les plus refpectables
étoient celles des anonymes , auffi , en a- t -on
conftamment décrété la mention honorable.
L'ordre du jour a fait juftice des 8 ; pyramides.
>
M. Corbeau , capitaine au deuxième régiment
d'Artillerie , envoie un cachet d'or & follicite la
décifion de fon affaire. En voici l'objet. Une
atteftation fignée de MM. Bouche & de Menou ,
ex- conftituans certifie que M. Corbeau a été
employé , par eux , dans le Comtat & à Avignon
« pour y ramener la paix , par la voie de la
conciliation . Le comité de liquidation évalue
ce fervice à 2400 livres . Je ne fais , à dit M.
Bazire , fi l'on peut refufer à un officier l'indemnité
qui lui eft due , quand on prodigue les
financas de l'Etat à des particuliers qui font banqueroute
( applaudi des galeries ) ».
сс
M. Cambon s'étonnoit de voir que MM . Bou
che & de Menou exe: qaffent encore une autorité
fur les finances de la nation , dont leur certificat
alloit difpofer. M. Merlin vouloit que les 2400 1.
fuffent prifes fur les 6 millions accordés
veille , au ministre des affaires étrangères pour
des dépenfes fecrettes. M. Saladin a prétendu
que cette propófition étoit une infulte faite à

la
l'Affemblée. Quelqu'un a calculé qu'on perdore
les cents louis d'affignats en difcuffion . Les 2400 1 .
ont été décernées à M. Corbeau.
«
Un décret d'urgence a ftatué que le délai fixé
au premier mai , pour la remife au commiffaireliquidateur
des titres de créance , d'offices & autres
fur l'Etat , demeure prorogé irrévocablement
jufqu'au premier juin prochain , fans qu'il
paiffe être étendu au- delà de ce terme fous aucun
prétexte. in Pourquoi fixer un terme fatal
court à fes créanciers lorfqu'on n'a pas encore
une idée arrêtée ni fur le mode , ni fur le terme ,"
ni fur la poffibilité du remboursement ? Le même
décret porte que , e la remife faite par les créanciers
des ci-devant pays d'états , de leurs titres &
mémoires aux commitfaires - liquidateurs établiss
pour mettre à fin les affaires de ces pays , vaudra -
la remife faite au commiffaire- liquidateur. »:
L'Affemblée a également décrété d'urgence la
formation de fix légions compofées chacune de
2 bataillons d'infanterie , d'un régiment de chaffeurs
à cheval , & d'une divifion d'ouvriers
elles auront chacune 4 pièces d'artillerie de 4 1 .
de balle , & chaque légien fera commandée , en
chef , par un officier préfenté par le général de
l'armée où elle fera employée & nommé par le
Poi. Le général pourra lui confier plufieurs lé→
gions s'il le juge à propos.

Du famedi , 28 avril.
Après beaucoup de temps employé aux pre
clamations motivées de menus dons civiques , cel
qui a fait craindre à M. de Kerfaint que less
Canemis de l'Etat , ou de l'Aſſemblée , n'euſſent
conçu le projet d'occuper ainfi les légiflateurs
pendant des mois entiers , pour quelques cen
C &
175259

mille écus qui coûteroient des millions ; on a
antorifé la caifle de l'extraordinaire à verfer dans
la caifle de la commune de Lyon 1,693,580 1 .
17 fous 9 deniers , montant d'une année d'arrérages
dus , depuis deux ans aux créanciers
de la ville de Lyon ; & à payer s500,000 liv.
à M. Régny total 2,193,580 livres .
Revenu à la rédaction définitive du décret
portant fappreffion des communautés , congégations
& coftumes religieux , M. Torné , évêque
conftitutionnel de Bourges , a dit que l'Affemblée
conftituante avoit commis une grande faute ,,
en ne fupprimant pas tout le clergé comme corparation
civiles que tant que le clergé feroit
élu par des électeurs inftitués par la nation , « il
conferveroisje ne fais quel caractère national qui
paraît être un privilége accordé au culte catholique
; qu'il falloit foumettre les prêtres à ſe .
pourvoir de patentes comme les citoyens de tous
les autres métiers , anéantir les corporations mo- !
maftiques par une loi ſpéciale , & non - feulement
ne point reconnoître de voeux , avec la conftitution
mais encore prohiber toute obéiſſance
aux voeux émis. Vous n'avez porté que
quelques coups légers à cet arbre , a - t - il dit.
Vous n'en avez léparé que quelques branches
honteufessil eft temps de l'abattre & de le déraciner...
Eft- ce avec des fubtilités , & dans le
langage ergotique des colléges , qu'on fait des
Moix ? Gouverne-t-on un royaume par des confiquenges
? Non ; il faut des loix pofitives... »
Lopinane ne confentoit à détruire ni les confréries
qu'il affimiloit aux clubs , nides compa
grios de pénitens qu'il appelloit des dévots en
domino , ni les proceffions permifes à tous les
cuites pour l'amufement des philofophes.
}
1
( 53 )
1
M. Tardiveau a relevé les contradictions de
M. Torné, & redoutoit qu'une lui fpéciale pour
abolir le clergé , n'étant que réglémentaire , ne
le détruisît pas à perpétuité comme les conféquences
alambiquées de l'acte conftitutionnel.
M. Couthon trembloit que le veto ne vînt à
prouver que ce qu'on auroit impolitiquement
voulu détruire , bien que déjà détruit , fubſiſteit
encore. Enfin , le décret a fupprimé toutes les
congrégations & confréries , depuis la Sorbotine
jufqu'aux pénitens & spéierins.
Parmi les nombreuſes offrandes faites à la
patric , on a diftingué un , bout de galon qu'ên
citoyen a découfu de fon manteau. Les fonmiffions
de 449 légiflateurs ont produit la fomnie
de 241,235 liv . Si ces 449 avoient donné chacun
les 546 liv. d'abord décrétées , cela cût fait
245,154 liv. ( 3919 liv. de plus ) . Si le décrèt
n'avoit pas été rapporté , fi les 745 membres
euffent contribué chacun de 546 liv.; le total
feroit monté à 406,770 liv . , c'eſt - à - dire à
165,535 liv. au deffus de ce qu'ont donné 449
membres dont le nombre , au refte , pourra
s'étendre encore.
>
La promptitude de la Déclaration de
guerre , les efpérances fondées fur un fou-
·lèvement des Pays Bas à l'approche de
nos troupes , & fopinion que les Autrichiens
, déconcertés par une invafion imprévue
, ne défendroient pas leurs places
de première ligne , a aniené des ordres péremptoires
aux Généraux de le préparer
à entrer fans délai dans les provinces Bel
giques. Le 28 Avril , une partie de ces or-
C 3
( 54 )
dres très impératifs étoient exécutés . 30000
hommes , nombre auquel on évaluoit l'afmée
de M. de Rochambeau , devoit former
trois Corps , fous Valenciennes , Dunkerque
& Maubeuge. M. de la Fayette parti de
Metz a dû fe porter fur Givet avec ion
armée toute l'artillerie , une partie de l'avant-
garde , M. de Narbonne & d'autres Officiers
ont précédé le Général. Son deffein
, fuivant le bruit public , eft d'attaquer
Namur , puis de paffer à Liège où l'on a
fauffement annoncé l'arrivée de 12 mile
Praffiens , qu'on fe borne à y attendre dans
les premiers jours de Mai.
Par une fuite desindifcrétions auxquelles
on s'eft accoutumé , le Public avoit été également
inftruit que M. de Rochambeau alloit
tenter trois attaques combinées for Mons ,
Tournai , & Furnes . Plufieurs gens de l'alt
appréhendèrent que cette divifion de forces
ne devint funefte aux Affaillans . ?
Elle s'eft exécutée le 29 , fuivant l'arran
gement préfix dont on avoit connoiffance.
Pendant queM. de Biron for oit de Valenciennes
avec un avant- garde e 10 à 12000
hommes & une Artillerie confidérable ,
Dour s'approcher de Mons , M. Theobald
de Dillon , Maréchal - de-Camp , Commandant
à Lille fous le Lieutenant - Général
d'Aumont, a eu ordre de former une fauffe
attue fur Tournay avec huit bataillons
& dix efcadrons. On efpéroit par cette
( 55 )
feconde tentative contenir la garnifon de
Tournay , celles des environs , & les empêcher
de fe réunir aux troupes de Mons.
Il paroîtroit qu'on a été trompé par
de mauvaiſes reconnoiffances fur ces
différentes forces. Après s'être facilement
emparé le 28 du petit pofte de Quievrain
, M. de Biron eft arrivé le lendemain
à quelque diftance de Mons. Au lieu d'une
garnifon cantonnée , il a trouvé une armée
Autrichienne plus confidérable qu'il ne
l'attendoit , & avantageufement poftée en
ligne de bataille . La nuit du 29 au 30 les
deux Corps ont été en préfence. On prétend
que la retraite inopinée d'une partie
du régiment de la Reine , l'abfence & les
efforts de M. de Biron pour le ramener , ont
jetté du défordre dans fon armée. Quelle
qu'ait été la caufe de cette confufion , les
Autrichiens en ont profité , ils fe font
ébranlés M. de Biron n'a eu d'autre
parti à prendre que la retraite il l'a
exécutée avec perte , & pourfuivi pen
dant quatre heures jufqu'aux frontières
il est rentré à Valenciennes avec des défavantages
confidérables ; car , d'après les
premiers rapports qu'on vient de publier
avec une couleur d'authenticité , il lui en
a couté dit- on , plus de neuf cents hommes
& une partie des équipages & de
l'artillerie. Le pofte de Quievrain , un
C 4
( 56 )
moment difputé , eit retombé aux mains
de l'ennemi.
Pendant cet évènement, M. de Dillon forti
de Lille dans la nuit du 28 , s'avançoit vers
Tournay. A trois lieues de cette Ville , il a
été enveloppé par un Corps avancé de 1500
Autrichiens fous les ordres de M. Wogelfang,
Major de Clairfait; la petite armée de M. de
Dillon, d'environ fix mille hommes a été foudroyée
, un régiment de cavalerie qui s'eft ,
dit- on, replié au moment de l'attaque , a jetté
de la confufion dans l'armée . On prétend que
les Cuiraffiers , les régimens de Chartres , &
celui de Brie ont été écrafés. De cinquante
Grenadiers du régiment de Dillon , quarante
cinq font restés fur la place.
Les Dragons de la Tour , régiment fi
redoutable dans la dernière Révolution du`
Brabant , a eu la plus grande part au carmage
pendant l'action & dans la pourfuite.
Six pièces de canon qui formolent l'artillerie
de nos troupes ont été prifes par l'ennemi.
Ce qui lui a échappé eft rentré à
Lille dans le plus horrible défordre. Dans
une lettre lue , hier Mardi , à l'Affemblée
Nationale , par le Miniftre de la Guerre ,
M. de Chaumont . Adjudant - Général de
M. de Rochambeau , mande que la moitié
des hommes & des chevaux font morts
ou bleffés fur la route, de fatigues & de
coups. Sur le rapport verbal d'un Ofi
cier , on évalue la perte de 250 ou 300.
hommes , fans compter les prifonnie's ou
1057 )
déferteurs dont on ignore le nombre : M.
d Aumoni écrit le 30 , dans la nuit , qu'on
n'a encore aucun apperçu réel de la perte
effective ; les lettres particulières varient
de 600 à 1400 hommes : ces divers rapports
font encore trop incertains pour
pour faire
.connoître l'exacte vérité.
On parle avec éloges de la bonne conduite
des Huffards d'Efterhazy & du premier
bataillon des Volontaires de Paris
dans la retraite de M. de Biron , & de celle
non moins recommandable des Chaffeurs
de Languedoc , employé dans le mal
heureux Corps de M. de Dilion. Quelque
douleureux que foit ce revers , il rentre
dans la claffe, ordinaire des chances de la
guerre, & peut être réparé : il ne défelpe era
que les efprits ardens qui fe font perfuadés
que nous n'aurions que des fuccès ; mais
il a été fuivi d'excès horribles , dont les
conféquences peuvent être défaftreufes.
une
Pendant la déroute des troupes , il s'y
eft manifefté une violenie infurrection.
M. de Dillon n'ayant pû l'appaïfer s'étoit
réfugié dans une grange. La
partie des follats à la tête defquels il
venoit de combattre , l'ont malacré avec
les circonftances les plus atroces, A Lille ,
M. de Chaumont , fon Aide - de Camp
frère de l'Adjudant Général , M. Berthais ,
Officier diftingué du Génie , un Cure non-
Conformifte , & fix Chafenis Tiroliens faits
$
7
( 38 )
prifonniers , ont été pendus par les foldats &
par la populace. L'affreule agitation qui
régnoit à Lille n'a pas permis de préve
nir cette cataftrophe. Elle eft plus déplorable
qu'une bataillé perdue ; elle eft faite
pour abattre le courage des Chefs & des
Officiers , & pour infpirer aux ennemis une
horreur , une confiance dont les effets font
incalculables. Tel eft le fruit des maximes
pernicieufes dont on a infecté le Peuple &
T'armée , & de la trop longue impunité
accordée aux crimes populaires. Ceux de
Lille ont été provoqués par le foupçon de
trahifon contre l'infortuné M. de Dillon ,
& contre fes Coopérateurs. Eh ! où en
fommes- nous donc , fi au moindre échec,
des défiances populairesexpofent les Généraux
aux fupplices les plus cruels , & fi leurs
foldats s'arrogent le droit de les exécuter
prévôtalement ! A quels horribles repréfailles
ne nous livreroit pas le meurtre des
fix Chaffeurs Autrichiens ! Mais sûrement
les Généraux ennemis auront affez de grandeur
d'ame pour ne pas imiter de pareils
attentats contre le Droit de la guerre , &
fur - tout affez d'équité , pour ne pas imputer
à la Nation Françoife indignée , les atrocités
Tâches de quelques miférables privés de la
raifon .
3
Ces confidérations puiffantes auroient dû
empêcher divers Journalistes de emer
des infinuations perfides contre le malheu
( 39 )
reux M. de Dillon . C'eft bien ici le cas de
dire :
Qui croit toujours le crime en paroît trop capable.
On n'a pas fourni le moindre indice contre
la probité de ce Général ; or , jufqu'ici ,
Ja juice défend de calcmnier fa mémoire,
Il meurt victime de fon zèle , de fon refpect
pour la Conftitution , de fon ferment qu'il n'a
jamais voulu rempre. Indifférent aux querelles
politiques , il ne connoiffoit
que fes
devoirs & la fignature du Roi : aucune
plainte ne s'étoit élevée contre lui ; il avoit
l'eftime générale; enfin, pour achever de dé
truire la fable de fa trahifon, j'invite ceux qui
ont la témérité d'en publier le foupçon,
à réfléchir qu'en pareil cas , le Général affez
vil pour vendre la troupe qui lui eft confiée
, paffe à l'ennemi vainqueur qu'il a
fervi , au lieu de revenir au milieu des
victimes qu'il a facrifiées. Graces au ciel
le coeur humain n'a point changé , & fon
hiftoire eft la nieilleure réponse aux accufations
de l'abfurdité & du fanatifine.
L'Affemblée a manifefté la plus vive
indignation , à la nouvelle de ces nouveaux
attentais , & M. de Pardailhan a ouvert
l'avis généreux d'envoyer pieds & poings
liés à l'ennemi , les fcélérats qui ont fouillé
leur défaite.
On remit en difcuffion le 25 Avril .
dans les Communes Britanniques, la quef
C
( ( .60N)
tion fi la Traite曩 des Nègres feroit abolie
tout de fuite , ou après in certain nombre
d'années. Milord Sheffield, l'un des hommes
qui réunit le plus de connoiffances fur le
commerce & fur l'économie politique ,
défendit l'amendement propofé & renouvellé
par M. Dundas , pour fupprimer la
Traite feulement à la date du 1. Avril
1800. Lord Sheffield obferva que les Com
manes pouvoient bien interdire à la Grande-
Bretagne le commerce des Nègres , mais
qu'il doutoit que leur droit s'étendit aux
Colonies pour qui ce trafic étoit un objet
de première néceflité. MM. Pitt , Fox ,
Wyndham , Smith , follicitèrent l'abolition
immédiate fans rien ajouter aux premiers
argumens , ni même fans refuter ceux des
défenfeurs de l'amendement. Auffi à la levée
des fuffrages , il s'en trouva 109 pour
l'abolition fubite , & 158 pour la motion
de M. Dundas , qui prévalut de 49 voix.
Les fonds publics ont baillé à Londres ,
après la nouvelle reçue de la déclaration
de guerre faite , par la France au Roi de
Boheme & de Hongrie. Malgré le plan du .
Ministère de perfévérer dans la neutralité
on craint que les rapports de l'Angleterre ,
fes alliances , fes conventions , fes intérêts
mime ne l'en fa fent fortir , fi le Brabant ,
le Roi de Prufe ou la Hollande font attapués,
Jamais la Nation ne, fouffira que
la France s'empare des Provinces Belgi(
61 )

ques ou y dómine ; & fi l'on fe borne à
les rendre ce qu'on appelle indépendantes
la Grande Bretagne doit fa garantie & fon
affiſtance à la Maifon d'Autriche , conformément
à l'article fuivant de la Conven
tion de la Haye , du 10 Décembre 1790,
Art. IV.
« LL. MM. les Rois de Pruffe & de
» la Grande Bretagne , LL , HH . PP. les
» Etats Généraux des Provinces Uniesga
>> rantiront de la manière la plus folem-
» nelle à S. M. I. & à fes Anguftes Héri-
» tiers & fucceffeurs la fouveraineté des
» Provinces Belgiques , maintenant réunies
» fous fa domination , pour ne compofer
» qu'un feul , incommutable , indivifiole ,
» & inaliénable domaine , qui fera infé
>> parable des Etats de la Maifon d'Autriche
» en Allemagne , & gouverné felon les
» Conftitutions , priviléges & coutumes
» légitimes , exprimés dans les articies I
» & III : comme les Puiflances fufmen
tionnées garantiront également la con-
» fervation & pleine jouiffance des Conf-
» titutions , priviléges , & c. »
I pourroit mê ne refulter de cette clauſe,
cathégorique
, que
, que les Puiffances garantes,
fuffent invoquées par les Sujets , comme
par le Souverain des Provinces Belgiques ,
fi l'on tentoit de ſubſt tuer le régime Fran
çois à leurs formes Conftitutives de Gou
vernement. Par exemple , tout le Paɛti des
( 62 )
Etats , du Clergé , de la Nobleffe , qui fit
la dernière Révolution , s'oppoferoit probablément
à ces nouveautés .
Cependant , on affure qu'un Envoyé que
le Journal de Paris met au deffus du Chancelier
Oxenfliern , accompagnera M. de Biron
dans fon entrée dans le Belgique , pour en
reconnoître l'indépendance , & pour lui
promettre de la défendre . Si le fait eft vrai ,
cette grande , utile , et impofante meſure ,
( car c'eft ainfi que la qualifie le Journal
de Paris ) aura pour effet certain de joindre
PAngleterre & la Hollande à nos autres
Ennemis .
t
On publia dans le cours de l'hiver une
brochure , où l'on faifoit remarquer une
efpèce de confédération entre les vues des
Jacobins & celles des Emigrés. Ce paradoxe
devenu exceffif fous la plume d'un
Ecrivain de parti , a ceflé d'être entièrement
ridicule. Rien de plus bizarre &, de plus
人réel que la réciprocité de fervices que fe
rendent depuis quelque temps ces Antipodes.
On accufoit les Emigrés de provoquer
l'intervention armée des Puiffances
étrangères ; ils avoient fondé toutes leurs
efpérances far cet appui ; ils géni foient
de l'inefficacité de leurs démarches pour
l'obtenir. Auffi -tôt , les Jacobins ont ret-i
verfé les obftacles , brifé les négociations
pacifiques , & déclaré la guerre. L'exaltation
des Tribunes d'un côté de l'Affemblée
( 63 )
au moment de cette déclaration , n'a pu
être furpaffée que par les tranfports de joie
qu'elle a excités à Coblentz.
Les Jacobins ont- ils lancé l'excommu
nication fur les Révolutionnaires mitigés ,
ou corrigés par l'expérience ? Trente brochures
, & autant de Journaux de ceux
qu'on nomme Ariftocrates , ont applaudi
à la déconfiture des Feuillans : un Pério
difte choqué de ce que je m'étois recrié
contre les parallèles qu'on établiffoit entre
M. de la Fayette & Jourdan , a prouvé en
toutes formes que Jourdan niéritoit moins
de haine que l'ancien Commandant de la
Garde de Paris.
Les Jacobins avoient tout à craindre d'un
rapprochement entre les différentes claffes
de Mécontens. Eh bien! quelques Royalites
en délité leur ont épargné la peine de les
divifer. Sans provocation quelconque , ils
ont harcelé de pamphlets , de menaces ,
d'imprécations , leurs Collègues d'infor
tune ; ils les ont repouffés à longue dif
tance , & claffifiés dans une fecte de leur
invention , à laquelle ils ont donné le
nom de Monarchiens. Pour que perfónné
n'ignorât cette difcorde d'opinions entré
des hommes accablés de tous les fléaux &
réduits à la dernière impuiffance , on a cons
fié à des Journalistes le foin de l'afficher
tous les matins , d'ennuyer le Public de
leurs diatribes , & de fonienter des haines
( 64)
que la prudence la plus vulgaire ordonnoit
d'étouffer. 1
Par un effort d'ineptie , on a placé le Baron
de Breteuil, dont le rôle à Bruxelles fe
réduifit à donner un gand fouper par
femaine , à la tête de ce Parti imaginaire de
Monarchiens ; & c'elt M. de Calonne qui ,
dans deux livres lus de tout le monde , avoit
propofé & foutenu les opinions attribuées
a ces Monarchiens , qu'on a fait le Chef de
leurs Adverfaires. Une foule de brochures
pleines de fiel & d'amertume ont engagé le
combat : il n'a manifefté qu'une vérite fu
nefte , c'eft qu'en fuppofant anéantis les
Partis qui ont fait la Revolution, ceux qui
l'ont combattue en feroient éclore de
nouvelles.
:
Ceux qui ont profeffé l'opinion de la
dvilion de la Pulance Légiflative entre
Je Roi & deux Chambres ; où , en d'autres
termes , l'organifation de trois Pouvoirs au
lieu d'un feul ou de quare , ont infpiré à
Coblentz plus de fureur que les Démocrates
les plus exaltés. En vain , fe font- ils renfermés
dans le filence , abandonnant ces quef
tions fi vaines maintenant à des temps plus
favorables ; les hoftilités ont continué ( 1 ) . Il
vient de s'en préfenter un nouvel exemple.
( a) C'eft une manie commune à beaucoup
de gens dont l'esprit de parti trouble la raiſon , &
qui n'auroient aucun fentiment politique s'il ne
Plufieurs Feuille publiques ont rapporté
M. de Montlofier , attaqué fur fes opique
pouvoit leur fervir à difputer , de refuser laborieufement
ce que les autres n'ont jamais dit ,
de répondre à des queftions qu'on n'a jamais faites ,
& de fuppofer à leurs Adverfaires tels ou tels
principes, afin de montrer de l'efprit par la contradiction
. Pius vous mettez de réferve dans vos
opinions ; plus ils deviennent ha gneux & opiniâtres
. Ne fachant comment s'y prendre pour
me faire une querelle , ils m'ont réprimandé far
mon admiration pour la Conftitution Angloife ,
avec autant de génie & d'apprêté qu'auroit pu
le faire l'Abbé Syeyes ; ils m'ont attribué uae
obftination coupable dans le fyftême des deux
Chambres, que je n'ai jamais diſcuté une minute ,
fauf pour l'oppofer dans le temps à ceux qui ont
fait prévaloir une Chambre unique , après la
deftruction des Ordres . Que la France obtienne
ce que toute la France a voulu , & que certes
elle aura payé bien cher', un Gouvernement régu
lier & libre , où l'Autorité du Roi fe balance dans
de juftes proportions , avec celle des grands Propriétaires
& des Repréfentans du Peuple , qu'elle
arrive par telles formes que ce foit , à ce mélange
de la Monarchie , de l'Ariftocratic & de la
Démocratie , qui feul peut maintenir dans un
grand Empire la liberté & la paix , l'ordre & la
Itabilité , le refpect du Trône , la refponfabilité
de fes Agens , & la fûreté des Citoyens en intéreffant
toutes les claffes à la confervation des
Loix générales , peu importe que ce bienfait foit dâ
à la formation de deux Chambres , ou de trois , on
' de cent.
Ainfi que la plupart de nos grandes queftions
( 66 )
nions politiques , s'étoit battu en duel à
Coblentz , avec M. d'Ambly , neven de
l'ancien Député de ce nom . Elles ont tranfcrit
une longue lettre de ce dernier à fon
Adverfaire ; lettre qui a occafionné l'engagement
; ) elles ajoutent que M. de Montlofier
a fini par abjurer fes principes et par rétracer
fes erreurs..
Cette dernière affertion eft une infigne
faufleté . Ce n'eft pas l'épée à la main qu'on
arracheroit des rétractations à M. de Montlofier
, & il n'a point l'efprit affez foible
pour abjurer fes opinions , parce qu'une ou
plufieurs têtes exaltées jugent à propos
les condamner.
de
Perfonne n'a montré de fentimens plus
généreux que cet ancien Député. Je ne connois
point de François plus loyal , plus fincère
, & d'une ame plus élevée : il réunit le
politiques , celle de la divifion plus ou moins
grande des branches du Corps Légiflatif , n'a
jamais été approfondie. C'eft un reproche
faire aux Partifins dufyftême des deux Chambres ,
qui , variant entr'eux fur le mode d'organifer une
Chambre Haute , ont laiffé errer l'opinion fur
ces formations diverfes , dont aucune ne reffembloit
à celle de la Chambre des Pairs en Angieterie.
Nous n'avons pas même en France les
matériaux élémentaires de cette inftitution Bitannique
, & pour avoir méconnu cette vérité ,
on a fortifié des préjugés qu'il fera très -d fi.ile de
furmonterpar la faite.
( 67 )
·
courage à la candeur , & que fes opinions
foient bonnes ou mauvaifes , il les a toujours
exprimées avec la franchife d'un Citoyen
confcientieux , & défendues avec des
égards dignes d'éloge. Arrivé à Coblentz ,
non pour s'y mêler à des difputes politiques
ou pour y chercher des profélytes ; mais
dans le deffein de fe réunir aux Gentilshommes
d'Auvergne fes Compatriotes , il a
ajourné fes idées fur le Gouvernement , en
annonçant qu'il venoit fe borner à défendre
la caule à laquelle il fe rallioit.Un fentiment
univerfel 'd'affection , d'eft : me & de
gratitude devoit accueillir ce Député , qui
deux ans entie s défendit invariablement &
au milieu de tous les dangers , les intérêts de
-Ja Monarchie , du Roi , de la Nobleffe & du
Clergé ( 1 )
Quelques perfonnes , néanmoins , éga
rées par des préjugés , ou irritées peutêtre
fans s'en douter par des artifatis de
divifion , ont montré à M. de Montlofier des
difpofitions différentes .
:
( 1) C'eft de M. de Montlofier qu'eft cetre
phrafe fublime , derrièrement gâtée à la Tribune
de l'Affemblée Légifl.cive , au fujer
des Evêques « Vous les chafferez de leurs
Palais , ils fe réfugieront dans les chaumières,
» Vous leur ôte: cz leurs craix d'or ; ils en
prendront une de bois , & fouvenez- vous que
c'eft une croix de bois qui a fauvé le monde.
( 68 )
M. d'Ambly écrivit à M. de Montlofier
une lettre , depuis imprimée , où
l'accufe de plonger le fer dans le fein de la
Monarchie 5 de bouleverfer noe antiques
Loix , de profeffer tous les déteftables principes
de l'Affemblée nationale , de vouloir
deux Chambres pour devenir Pair du Royaume,
de defirer la tolérance , & pour tout
dire , en un mot , de profeffer des opinions
qui , dénoncées unjour au Parlement , POR•
TERONT LA TÊTE DE M. DE MONTLOSIER
SUR L'ÉCHAFAUD ( 1 ) .
Dans le cours de cette dépêche M. d'Ambly
traite les queftions de la Monarchie
pure , de la Nobleffe, des deux Chambres ,
& cela , avec le ftyle impératif d'un Juge
abfolu qui n'entend pas un mot de l'objet
du Procès. M. de Montlofier juſtement
offenfé a demandé raiſon à fon Correfpondant
; ce dernier , légèrement bleffé , s'eft ,
d'ailleurs , conduit dans cette affaire en
homme plein d'honneur.
Nous ne citons les détails avérés de ce'te
anecdote , que pour prévenir l'effet des pu
(1) Cette formule femble êre facramentale
pour ce nombre, heureufement peu confidérable
de Royalistes . Elle m'a été adreflée dans plufieurs
lettres anonymes , où l'on me promet qu'au retour
des Parlemens , je périrai ĵur l'échafaud , à
moins qu'on ne ſe borne à me chaffer du
royaume.
( 69 )
blications infidèles , & outrageantes de quel !
quies Journaliſtes contre M. de Montlofier.
Quant aux réflexions que fera naître une
fcène de cette efpèce , elles fe préfentent
d'elles mêmes.
Si l'on veut fe former une idée de cè
qu'eſt devenu en France l'ordre public.
du fyftême d'ordre public par lequel on '
prétend aujourd'hui maintenir la police ,
la paix , les propriétés , la sûreté , & enfin ,
des maximes que les Miniftres actuels ont
puifées dans les circonstances , il faut parco
sir la lettre fuivante du Miniftre de l'Intérieur
à2chaque Département.
Paris , le 24 Avril 1792 , l'an 4° . de la Libertés
ce Les troubles actuels , Meffieurs , qui agitent
plufieurs points de l'Empire , femblent
prendre leur fource dans la diverfité des opi
nions religieufes. Cette diverfité d'opinions eft
Je fruit de l'erreur ; & les erreurs proviennent '
de l'ignorance . Si donc nous éclairions les
hommes , nous les délivrerions de beaucoup de
préjugés : & fi les préjugés étoient détruits , la
paix régneroit fur la terre. »
« Ce n'eft poirt par la force des armes que
l'on inculque la raison . Lent appareil n'eft fait
que pour irriter ceux qui n'ont pas de mauvaifes
intentions ; & ce n'eft pas dans un frècle de philofophie
, & fous une Conftitution qui repoſe
für elle , qu'on doit oppoſer l'arme meurtrière,
des combats , a des Citoyens , à des Frères qui -
font fentement égarés . Il faut leur repréfenter
fans celle le bonheur de vivre dans un Erat
libre , la dignité de l'homme recouvrée , lo ref
( 70 )
pet qu'ils le doivent à eux-mêmes . Quel eft
P'homme qui , invité par un coeur pur, avec des
intentions droites , ne fentira pas la douceur du
joug falutaire des Loix , n'aimera pas à fe plier
fous cette fainte égalité qui nous appelle tous
au glorieux emploi de nous éclairer , de nous
aider mutuellement ? »
3
« Ne dois -je pas croire que l'Affemblée Nationale
eft pénétrée des mêmes principes , d'après
les applaudiffemens qu'elle a donnés à un difcours
du Miiftre de la guerre , dans lequel il
a développé la fageffe de cette idée & la néceffité
de certe melure .
ec
ל כ
" Affurément , Meffieurs ; ce font là les principes
du Roi. Chargé de faire exécuter les
Lôx, il fait que le refpe&t qui naît de la crainte ,
ne doit être impofé qu'à des efclaves ; & que
celui qui provient de l'amour , eft un dévoir pour
les ames généreuses , qui préfente même les
avantages de lier entr'eux les Administrateurs &
les Adminiftrés . »
"
« Sa Majesté invoque l'obéiffance aux Loix ;
mais elle defire que la raifon précède toujours
la menace , & que l'humanité dirige l'exécution .
C'eft dans cet efprit que j'ai conçu l'idée de
l'inftruction , de l'invitation que je vous ai addreffée
le 8 de ce mois , pour être envoyée
& affichée dans toutes les Municipalités . »,
ce
J'efpère que les Départemens auront mis
dans l'exécution de cette melure , la célébrité ,
lę zèle & l'attention que requiert l'état des
choſes. »
ce Je vous invite de nouveau , Meffieurs , à
faire répandre avec foin cette lettre , le plus
promptement poffibic , dans le nombre que l'étendue
& la population de chaque lieu doivent indiquer.
Vous n'ignorez pas que le Ministre a le-
4.
( 71)
droit , & qu'il eft de fon devoir de vous faire
paller des inftructions ; & que lorsqu'il vous
charge de leur donner la plus grande publicité ,
vous devenez refpor fables des évènemens qui
réfuiteroient de votre négligence , & que ces
inftructions auroient pu prévenir . »
« Les dernières convulfions du fanatifme tendent
à perpétuer les troubles . Le plus grand
malheur pour les hommes chargés de l'exécution
des Loix , c'eft d'être obligés de faire une application
rigoureuse de la force publique , costre des
Citoyens qui ne font qu'égarés, C'eft ce que nous.
verrions arriver , fi nous ne nous hâtions d'inftruire
le Peuple , de l'éclairer fur les manoeuvres
de ſes ennemis , de le prémunir contre leurs infinuations
, & d'employer enfin tous les moyens
pacificateurs pour le maintien de l'ordre auquel
cft attaché fon propre falut. »
« C'eft parce qu'on a négligé ces moyens ,
qu'on a trop fouvent requis , fans befoin réel ,
une force armée extraordinaire, Je crois donc
devoir vous obferver , Meffieurs , dans les citconftances
où le trouvent plufieurs Départemens ,
1 ° . qu'un Etat bien organifé n'a de troupes de
ligne que pour le garantir des invafions , repouffer
la force par la force , & fa:re jouir les Citoyens
de tous les bienfaits de leur propre Conftitution.
»>
ce 2º, Que la paix intérieure doit être maintenue
par l'inftruftion , par l'opinion , & finalement
par la force réprimante des Gardes Natiomales
. Or , nommés par le Peuple , vous devez
en avoir la coufiance ; l'inftruction de votre part
doit produire le plus grand effet ; & vous devez ,
par la confiance & par la raifon , former l'opinion
& la diriger. Ces moyens employés avec
une très-grande activité & beaucoup de fageffe ,
( 72)
font sûrs ; eft- il quelques- unes de ces circonftances
rares où ils foient trop lents ? Vous avez toute
la force publique de votre Département ; vous
Fouvez la porter où il eft néceffaire , & vous
devez la diriger fuivant les circonftances . Voilà
vos moyens , Meffieurs , & je le répète , vous
rettez refponfables devant la Nation & fes Repréfentans
, devant le Roi & vos Commettans , de
tous les évènemens que vous n'auriez pas prévus
ou empechés par eux, »
« Je terminerai en vous donnant un exemple
de la rectitude des fentimens du Peuple , & de
ce que peuvent fur lui les Magiftrats qu'il a
choils , lorfqu'ils font bien intentionnés , & qu'ils
favent ufer avec courage de l'afcendant que ce
choix leur donne. »
« Les Citoyens de Paris fe font réunis le 15
de ce mois , pour célébrer une fête ; jamais fête
n'avoit été plus redoutée ; jamais concours ne
fut auffi grand : & pour la première fois toute
force armée a été écartée de ce raffemble ment
confidérable , qui n'a pas été moindre de trois à
quatre cent mille hommes . »
ce Inftruits à l'avance par les Magiftats , les
Citoyens ont trompé l'attente de tout les ennemis
du bien public ; & l'ordre qui a régné dans
cette fête eft , au jugement de l'impartialité , le
plus beau triomphe de ce Peuple tant & fi fouvent
calomnié. »
« Tel eft l'heureux effet de l'inftruction que
je ne cefferai de vous inviter à répandre ; de la
popularité que je dois vous recommander ; er fin ,
de l'eftime , de l'amour & du dvouement pour
vos frères & Concitoyens , qui doivent perpétuellement
marquer l'exercice de vos fonctions ,
quelque péril qui puiffe les environner, »
Le Minifire de l'Intérieur.
$
2
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
-400 20
SUÈDE.
2
De Stockholm , le 15 Avril 17926
LESE8 de ce mois , une Députation de cette
ville & du Gouvernement , ayant à ſa tête
te Conite d'Ugglas , & compofée pour la
Nobleffe , du Comte de Brahe , du Comte
Adam de Lewenhaupt , du Baron Fabian de
Wrede , du Baron Charles de Geer, du Baron
Maurice de Klingsporre , du Baron Leyonmark
, du Préfident Stierngranat , & des
Confeillers Lefebvre & Lagerheim ; de
quatre Membres de l'Ordre du Clergé , de
cinq de celui des Bourgeois , & de fept
de celui des Payfans , fe rendit au château
auprès du Duc Régent , qui la conduifit
chez le jeune Roi . Le Comte d'Ugglas prononça
un difcours , dans lequel, après avoir
No. 19. 12 Mai 1792.
D
( 74 )
$
fait l'éloge du feu Roi , il dit que tous les
Députés mêloient leurs larmes à celles de
S. M. , qu'ils fondoient leurs efpérances
fur les talens & fur les vertus du jeune
Monarque , qui fe développent fi heureufement
par fon excellente éducation ; qu'ils
l'afluroient de l'obéiffance & de la fidélité
de tout le Peuple Suédois ; qu'un crime
inoui dans les annales de Suède ne fauroit
être imputé à une Nation fidèle , ni entacher
fon honneur ; que les Suédois convaincront
le monde entier par leur union
& par la pratique de toutes les vertus , qu'ils
ne peuvent jamais ceffer d'obéir à leur Roi,
de bénir & de chérir leur patrie , & de
faire pour fa défenfe tout ce qui dépendra
d'eux .
Le Roi répondit à la Députation : « Jo
partage la douleur qui nous eft commune
tous ; je monte fur le trône avec confianee
, car je me vois environné de Sujets
fidèles & foumis ; vous pouvez être perfuadés
de mon amitié & de mon affection.
»
Le même Orateur adreffa enfuite la
parole au Duc Régent , & lui dit les chofes
les plus touchantes , en l'affurant que le
Peuple Suédois mettoit toute fa confiance
en lui , & qu'il ne manquera jamais de lui
donner les preuves fignalées de fon dévouement
& de fon affection. Après avoir
adreffé la parole à chaque Ordre en par
( 73 )

ticulier , le Prince répondit qu'il avoit
voué fa vie au fervice de l'Etat , & qu'il
la confacreroit entièrement au bonheur &
à la profpérité de la Patrie commune.
La Députation fe rendit enfuite chez la
Reine ; mais l'état de cette Princeffe ne lui
permit pas de la recevoir. S. M. ne -
voulant point profiter des avantages qui
lui font affurés pour elle & pour la maifon
, a demandé de régler fon entretien
avec la plus étroite économie , afin d'éviter
de nouvelles charges à l'Etat.
Après avoir été expofé trois jours fur un
fit de parade , le corps du feu Roi a été
inhumé le 13 à l'Eglife du Ritterholm
avec les folemnités d'ufage : la pompe funebre
étoit accompagnée de tous les départemens
, Collèges & Officiers d'Etat ; la
Garnifon & la Bourgeoifie de Stockholm
formant une double haye.
La ville d'Upfal , imitée par les princi
pales cités du royaume , a juré l'acte d'af
Jurance et de garantie , & envoyé des Députés
dans cette capitale , pour affurer le
Roi de leur attachement & de leur fidélité.
La procédure inftruite contre le meurtrier
du Roi , le Capitaine Ankarfirom ,
eft achevée ce malheureux a paffé luimême
condamnation fur les charges produites
contre lui par le Procureur- fifcal
&
D 2
( 76 )
& fera jugé au premier jour. On lui deftine
le fupplice des Criminels de lèze Majefté
, Famputation du poing & de la tête ,
fon cadavre fera écartelé. Le Comte Claès
Frédéric Horn Friederichfon , le Comte de
Ribbing , le Baron Général de Pechlin , principal
auteur de la conjuration , & quatre
ou cinq autres complices auront probable,
ment le mênie fort. Le Gouvernement a
inftruit la Nation des circonftances du complot
, & des charges reconnues contre les
divers Accufés , par un rapport authentique ,
publié le io de ce mois. Nous rapporterons
dans huit jou s cette Pièce hiftorique , t.è.-
i..téreffante.
C
Des lettres très récentes de Pétersbourg ,
mandent que l'Impératrice jouit d'une parfaite
fanté , & qu'il règne la plus grande
tranquillité dans tout l'Empire . Les François
qui habitent la Ruffie font furveillés
attentivement : on a dreffé par tout des
fignalemens ; la Police eft vigilante jufqu'à
la plus grande févérité. Si jufqu'à préfent
l'Impératrice a foutenu les Princes François
par des fecours d'argent , on doute
qu'elle juge convenable de leur fournir
aucunes troupes. D'autres intérêts font un
devoir à l'Impératrice de ne rien précipiter
; les affaires de Pologne abforbent dans
ce moment prefque toute fon attention.
(77 )
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 25 Avril 1792 .
Le Gouvernement n'ayant plus aucun
doute fur l'approche immédiate de la
guerre , il vient d'ordonner les derniers
préparatifs. A l'iffue de la conférence miniftérielle
du 13 , dont nous parlâmes la
fema ne dernière , le Confeil Aulique de
guerre expédia aux Chefs des troupes en
mouvement , l'ordre de hâter leur marche ,
& celui de les faire fuivre inceffamment
par un Corps de 45,000 hommes . Ces
forces additionnelles , jointes à celles qui
occupent les Pays- Bas & l'Autriche antérieure
, formeront un enfemble de 130 à
140,000 hommés , divifés en deux armées.
Celle de Pruffe s'ébranlera fimultanément.
Le Corps de Siléfie , fous les ordres du
Prince de Hohenlohe , eft en mouvement ,
pendant que 27,000 hommes tirés des cantonnemens
de Magdebourg & d'alberftadt
fe rendent vers, le Rhin. Le Prince
de Hohenlohe , Conimandant général de la
Bohême , eft parti pour Berlin d'où il paffera
à Brunfwick.
L'Archiduc Charles venant de Bruxelles
eft arrivé ici le 15.
D
3
7781
:
De Francfore-fur-le- Mein , le 30 Avril.
Le jour de l'Election d'un nouveau Chef
de l'Empire eft fixé au 4 Juillet ; les Ambaffadeurs
Electoraux fe rendront dans cette
ville vers la fin de Mai. Ceux de l'Electeur de
Mayence font le Baron d'Efchenbach & le
Chevalier d'Albini ; ceux de Trèves , la
Comte de Wakem dorf& le Miniftre d'Etat
Baron de Duminique ; ceux de Cologne , le
Prince de Salm- Salm , Evêque de Tourna !,
& le Mirille d'Etat Baron de Waldenfels ;
- ceux de Bohême , le Comte d'Efterhazy
le Baron de Weftphal & le Baron de Baienftein
; Brandebourg envoie le Prince de
Sacken & le Miniitre d'Etat Comte de
Goëriz.
La première divifion Aut ichienne de
6700 hommes , qui entre en ce moment
dans le Brifgau , eft faivie d'un fecond
Corps en rcue , fort de 13 mille hommes ,
& menant avec lui 23 pièces de campagne
& deux obuliers. Il eft commandé par le
Lieutenant général Olivier de Wallis , ayar
fous lui les Généraux - Majors Weloch
Kofpoth , Erbach & Brentano . Quant à
l'armée qui va joindre celle des Pays Bas ,
elle eft formée de 24 bataillons d'infanterie
& de 14 divifions de Cavalerie formant
44,830 hommes , avec 9.6 pièces de cam*
( 79 )
pagne & 12 obufiers . Les Généraux d'Alton
, Strafoldo , Stuart , Kavanagh , Schmakerg,
Furstenberg, Turckheim , Colloniifch,
Lichtenberg , d'Aversberg , Drafchkozy,
Werneck & Enfiedel la commanderont.
Deux cents Huffards d'Efterhazy & 300
Dragons de Cobourg ont paffé le 26 par
cette ville pour fe rendre aux Pays - Bas
quelques jours auparavant , ils avoient été
précédés de divers détachemens plus con
fidérables , qui , le 20 , ont defcendu le
Rhin vers Mayence.
PAYS - BA S.
De Bruxelles , le 4 Maio
Le dernier voyage d'une Députation des
Etats à Vienne , a enfin amené la conclufron
du long différend qui fubfiftoit entre
cette Affemblée & le Gouvernement. C'eft
le 2 Avril que les deux premiers Ordres
confentirent les fubfides courans & arriérés
en promettant de plus , les indemnités
réquifes , un don gratuit & l'entretien
d'une maiſon
pour l'Archiduc
Charles
:
dans leur délibération à ce fujet , les deux
Ordres ont encore invoqué le rétabliffement
des cinq Membres expulfés du Confeil
Souverain. Six jours après , le Tiers
Etat s'eft conformé à ces réfolutions.

D 4
( 80 )
Cere infiftance fur la réintégration des
cing Confeillers' , a un but plus important
qu'on ne le pente. Le Confeil de Brabant
eft le Tribunal fuprême , le Juge entre le
Monarque & les Etats ou le Peuple; il pro
nonce fur les crimes de Lèze- Majeſté ; aucune
Loi n'a force obligatoire s'il ne l'a engiftrée
, il lance des décrets de prife - decorps
contre les perturbateurs du repos
public ; enfin il eft le Tribunal fuprême
d'appel . On voit combien il importe qu'a
vec tant de prérogatives , ce Confeil fcit
compofé d'honimes intègres & impartiaux.
Si l'un des Membres meurt , le Confeil a le
droit de propófer trois nouveaux fujets ,
entre lefquels le choix du Monarque eft
forcé . I réfulte de cet arrangement que ,
lorfque le Confeil voit d'une manière , il
peut perpétuer cette opinion dans le Corps,
en ne propofant que des fujets fur lefquels
il puifle compter . Pendant les troubles du
Brabant , il étoit compofé de 16 Membres ;
la Conflitution n'en exige rigoureufement
que fept. De ces 16 Confeillers , dx dépof
fédèrent l'Empereur Jofeph II de tous fes
droits fur le Brabant ; & les Etats adopxent
ce jugement comme légal. Léopold
vainqueur , loin d'ufer de fes droits à la
rgueur , céda plufieurs points. Les dix
Membres du Confeil avoient encouru punis
tion ; cependant Leopold en reprit cinq &
les replaça dans le Confeil avec les fix autres,
( 81 )
qui lui étoient reftés fidèles . Quel fut donc
l'objet des Etats en demandant la reintégias
tion des cinq autres Confeillers éloignés ?
d'avoir la pluralité des voix dans ce Confeil
; car ils l'obtiendroient par le retour
des cinq Membres , & ils pourroient
ainfi diriger à leur gré le Confeil & toutes
les parties d'adminiftration , fans que le Monarque
eût le moyen d'arrêter leurs entrepriſes.
La déclaration de guerre de la part de
la France , n'a troublé la tranquillité ni
dans cette réfidence , ni dans aucune autre
partie de la Belgique. S'il exifte , comme
on n'en doute pas , quelques intelligences
avec l'Etranger , on les regarde comme peu
étendues , & concentrées dans une claffe
d'individus , dont on ne peut guères - redouter
l'influence. Cependant , pour aller
au devant des féductions , LL. AA . RR..
on fait répandre dans les Pays - Bas la Proclamation
fuivante.
MARTE- CHRISTINE , &c. ALBERT CASIMIR , &2.
Lieutenans , Gouverneurs & Capitaines Géné
raux des Pays-Bas , & c. &c. &c.
Les factieux qui , depuis quatre ans , dé
chircot le Royaume de France , viennent de
porter le Roi très-Chrétien à fanctionner une
déclaration de guerre contre Sa Majesté Apoftolique
notre très - honoré Seigneur & neveu : les
premières hoftilités femblent fe diriger contre
ces Provinces , & les ennemis de tout ordre &
DS
( 82 )
de tout pouvoir , qui méditent une agreffion fi
injufte , fondent kur efpoir fur l'efp.it de parti ,
qui s'eft malheureufement propagé pendant les
derniers troubles. »
re
Nous allons em; Lycr tous nos foins à a
défenfe des Provinces dont le Louvernement
nous eft remis ; nous repofant avec confian.e
dans la protection du Dieu des armées , qui fe
plaît à répandre les effets merveille . x de fa tout -
pu flance fur ceux qu'anime un fant reſpectpour
Is Loix , & pour les aut rités conftituées par
Ini fur la terre , four le gouvernement des lociétés
humaines. »
« Nous nous fattons qu'un même efprit animera
toutes les claffes de Citoyens , pour les
faire veiller au maintien de la tranquil ité interne
& à la confervation des propriétés , tandis que
nous Foterons fir la frontière une partie des
troupes de Sa Majeflé , couvertes de gloire &
-couronnées par la victoire fous les deux derniers
règnes ; en attendant que le concert, établi entre
plufieurs grandes Pu flancs , vienne oppofer une
digue au torrent des finiftres delfeins qui meracent
de bou'everfer l'Europe . »
« Nous devons aux filè es fujets de S. M. ,
de les informer de tout ce que nous avons fait
depuis un an four conferver, la paix avec la
France , & de les avertir de la fomme incalce
lable de calamités dont l'ennemi fe propofe de
propager le fau , fous le voile féducteur des
biens d'une liberté himérique , qu'une face in
pie de novateurs , fe difant Philofophos , pré ente
au vulgaire crédule , comme un réfukat in illible
de leurs plans infenfés . Ce n'ut point aux
Princes de la terre qu'ils veulent faire la guerre,
' est à la Religion de mos pères , au régime lo(
83 )
cial , au bonheur & aux confolations qui en font
les fruits ayant plongé , par l'effet même de
feurs abfurdes fyftèmes , leur Patrie dans tous
les maux de l'anarchie ; jaloux de la félicité des
Peuples qui jouiffent encore des biens de l'ordre
focial , ils ont en farté , pour le foutenir , le
projet crucl de leur faire partager le même dé
fire , de leur inoculer leurs erreurs , & avec elles
tous les fleaux qui défolent aujourd'hui le
Royaume de France. »
Depuis un an , ils n'ont cherché que des
prétex es à l'agreffion qu'ils médito ent ; ayant
chaté du fein de la Fran e , à force de pertécutions
, tous les Citoyens attachés à la religion
de 1 Etat & aux prérogatives confactées jufque- lă
par la Loi fondamentale du Royaume , ils ont
voulu les priver fur la terre entière des douceurs
de hofpitalité que les hommes fe doivent encur.
Nous avons employé tous nos foins a
ne pas donner lieu aux plus légers prétextes de
mécontentement, ne voulant nous immifcer en aucune
minière dans ce qui concerne le régime
pol tique des Erats voifins ; hous avons empêché
qu'il re fe tramåt , même qu'il ne s'écrivit rien
dans ces provinces , contre la Conftitution qui
venoit d'etre donnée au Royaume de France ; &
Pour prix de notre attention à maintenir les Loix
di bon vifirage , on a recueilli fur nos fic
rières ure he rde vagabonde de factieux , médit. ne
Is plus noirs complots : on a diffeminé dans ces
Provinces les plus pernicieux écrits contre la Reli
gion , contre l'Autorité conftitutionnelle du Souverain
; cés écrits n'étoient que la divulgation de
difcours tenus au milieu de Sociétés autorisées
oi l'on a érigé plus d'une fois en versus les plus
cécrables forfaits , pour flatter les paffions cri
LO
D 6
( 84 )
minelles de ceux qu'on le propofoit d'attacher à
un fyftême , qui fera dans l'hiftoire de ce hiècle
la honte de la génération préfente. Toutes nos
repreſentations à cet égard ont été vaines ; &
tandis que nous accueillions ici , avec la plus.
grande attention , les réclamations qui nous vcnoient
fur des armemens qui n'exiltoient pas ,
fur des prétendues vexations exercées contre des
François , on s'eft porté à des excès très- multi-
Pliés contre des fujets de S. M. , & fur fon
territoire , &of nous n'avons jamais cbtenu fur tant :
d'objets de plaintes que des promeffes de fatisfaction
, dont aucune n'a été fuivie du moindre
effet. Lorfque de notre côté , nous avons fait
exercer une furveillance devenue néceffaire fu.
les émiffaires qu'on fe vantoit de détacher dans
Te fein de ces provinces , pour les exciter au
foulèvement & à tous les genres de défordre
on s'eft recrié fur ces précautions , comme s'il
s'étoit agi d'attentats redoublés contre la sûreté
& la liberté des voyageurs François . Cependant ,,
d'un autre cô é , on applaudifoit aux mefures
que nous prefcrivions pour gêner & reftreindre
les raflemblemens des malheureux Gentilshommes
François émigrés du Royaume , pour les réduire .
aux termes les plus ftricts de la plus fimple
Bofpitalité , pour prévenir jufqu'à la poſſibilité
qu'ils ne sarmaffent , ou ne le formaffent en
corps militaires.."
« Ces mefures , dont aujourd'hui la France:
femble avoir perdu le fouvenir ,, étoient citées,
aux Princes de l'Empire , comme un modèle de
directions à fuivre dans leurs Etats & dont
l'exigence defpotique des Agens du Gouvernement
François témoignoit vouloir bien fe cons
Benter.. >>>
3.
( & 5 )
cc Nous nous abftiendrions de relever tous les
malheurs fous lefquels gémit la France , nous
haiflerions au temps le foin de lever le voile des
preftiges , qu'une foule d'Ecrivains ir fidieux s'appliquent
à perpétuer par leurs dangereux écrits ,
fi
au moment de l'agreffion qu'on médit: contre ces.
provinces , on ne fe p éparoit à y répandre le
Roifon d'une illufion féduifante fur les prétendas
avantages du nouveau régime François , afin de
le faire goûter à la partie du P.b ic qu'on par
viendroit à égarer ; mais il faut que les Peuples
confiés à notre gouvernement. , foient prévenus
& inftruts que L, Royaume de France gémit
fous le nom de la liberté , dans le plus honteux
efc'avage de tous les vices , de. toutes les paffions
les plus effrénées , & d'une anarchie fans.
exemple ; qu'il n'existe plus ni droits , ni pro
priétés , que la Religion fainte que nous profeffons
y eft ouvertement foulée aux pieds , que
les Autels font profanés , leurs vrais Miniftres,
dépouillés , maltraités , perfécutés jufque dans
les afyles qu'ils ont choifis chez l'étranger , &
remplacés par des intrus fans miflion dans la
hiérarchie de l'Eglife ; qu'on a été jufqu'à dépouiller
les Pafteurs du Peuple des vêtemens diftinctifs
qui devoient les faire reconnoître de leurs
Quailles que dans un code monftreux on a
exalté des droits dont l'honime focial ne peut
pas jouir , & auxquels il renonce tacitement pour
fon bonheur , en naiffant dans des affociations
civilifées ; que fous ces droits chimériques on a
entrepris d'écrafer , renveifer & confondre 1s
véritables droits , tranfmis fous la protection des.
Loix fondamentales du Royaume , de généra--
tion, en génération , aux claffes les plus révés .
( 86 )
rées auxquelles , fous tous les rapports , la fo
ciété Françoife avoit le plus d'obligations ; qu'on
a fubftitué le mot de propriété à la chofe , en
dépouillant les propriétaires le plus folemnelement
inveftis par le temps , par les Loix , par une conftante
poffeffion , cent fois renouvel ée & reconnue
par les vrais Repréfentans de la Nation ; & tout
cela , fous les couleurs trompeufes d'une égalité
de droits chimériques , nulle dans le fait , détruite
à l'inftant même où elle pourroit exifter , par cette
variété dont le créateur imprime le caractère aux
hommes dès le moment de leur naiffance , en les
partageant d'une manière très- inégale en facultés
morales , dont la difproportion a toujours réglé ,
réglera toujours l'afcendant du génie , de la
force , de la patience , de l'induftrie , de l'éco
nomie , fur les qualités oppofées , avec tous les
avantages qui peuvent en devenir le prix légi
time , & fe tranfmettre comme toute autre propriété.
rc
ود
-
Enfin , il faut que les fideles fujets de Sa
Majefté fachent , que tandis qu'on s'attache à
exter la prétendue gloire & profpérité du
Royaume de France , naguère le plus
riffant Erat de l'Europe , il n'y a plus ri
commerce , ni circulation de numéraire &
de denrées , ni for e publique , ni justice 9
ni police , & que les perfecuteurs philofo
piques de tout ce qui n'eft pas de leur fecte ,
he connoiffent de bornes dans les excès auxquels
ils exitent le peuple , que la fatiété du
crime. Et qui pourroit après cela , être affez
aveagle ou interfé , pour donner la moindre con
nce aux promeffes & aux affurances infidieu
Les que font ces Tyrans , aux Peuples qu'ils
1.87 ་
che chent à fubjuguer , de refpecter leurs prop
iétés , leur religion , leurs droits , leurs privi-
Téges , leurs Conftitutions ; eux qui depuis qu'ils
ont envahi l'autorité & la force publique en
France , foulent aux pieds , avec une impudence
& une audace inouies jufqu'à nos jours , les traités
publics les plus folemnels , tous les droits divins
& humains , & tout ce qu'il y a de plus facré
fur la terre ; eux qui , dès l'infant qu'ils fe
feroient rendus maîtres d'une province , ne talderoient
pas de s'emparer , comme ils l'ont fait
chez eux , des poffeffions du Clergé , de la Nobleile
, & des fortunes de tous les Citoyens ! »
>
Encore une fois , n'ayant jamais voulu ni
cru pouveir nous mêler du régime interne d'au
cun Etat voifin , nous ne ferions point entrés
dans ces détails affligears fur des objets qui font
étrangers au Gouvernement qui nous eft canfié ,
mais les écrits & les Emiffaires François , & les
actes mêmes de la nouve le Légiflation de la
France , tendent à généralifer un lyftême novateur
bon ou mauvais pour le Peuple François ,
décidémert perniciens pour celui que nous gouvernons
, en ce qu'il ett fubversif de toute l'or.
ganifation politique tracée par une Conftitution
qui lui eft chère , que le Souverain a promis de
maintenir , & fur laquelle a repofé pendant des
fiècles , le bonheur de la Belgique. Notre devoir
étoit de prémunir le Peuple fur les dangers.im ---
minens dort il eft menacé : nous venons de lui
expofer des vérités faillantes pour tous les efprits ,
elles feront reconnues par tous les bons Citoyens ,
ils s'emprefferont fans doute de faire tout ce qui
eft en eux , pour entretenir la paix & la tanquillité
publique dans l'intérieur , & nous ne
( 88 )
Fourrons que regarder & faire traiter comme
ennemis de l'Etat , tous ceux qui oferoient la
troubler, s
Fait à Bruxelles le 29 Avril 1792.
Etoient fignés , MARIE , ALBERT. Plus
bas , contre figné Baron DB FELTZ.
Par une feconde Proclamation , il eft
ordonné a tous les François non avoués &
non reconnus , de fortir des Pays - Bas en
48 heures. Enfin , une troifième Déclaration
fignée du Maréchal de Bender, autorife
le Militaire à arrêter , à fufiller même en
cas de réfiftance tout perturbateur public',
qui fera pendu fur-le- champ comme en
temps de guerre.
Le Gouvernement a reçu & fait publier
dans un fupplément à la Gazette des Pays-
Bas , les rapports fuivans qui lui ont été
tranfinis par les Généraux refpectifs , au
fujet des dernières affaires qui ont eu lieu
près de Tournay & de Mons..
Rapport du Général Comte d'Happoncourt , au
Maréchal Baron de Bender , datée de Tournay ,
·le 29 Avril 1792.
сс
Ayant été informé que l'ennemi , après avoir
fait replier nos avant poftes placés vers Marquain ,
avoit paffé , vers les fix heures du matin , nos frontières
au-delà d'une demi- lieue , & avançoiràgrands
pas , j'ai envoyé à la rencontre ur. Bataillon de
Clair fayt , deux divifions d'Alton , & une diviſion
( 89 )
du régiment de Ligne , Infanterie , avec deux divi
fons de Latour , Chevaux-Légers . >>
« La colonne ennemie , plus nombreuſe en
Infanterie qu'en Cavalerie , venant de Lille ,
étoit au nombre d'au- delà trois mille hommes , »
" Le Baron de Vogelfang , Colonel Commandant
du régiment de Clairfayt , avec le Major
de Retz du régiment d'Alton , qui commandoit
notre Infanterie , & le Colonel Pforzheim
avec le Lieutenant - Colonel de Roe , à la tête
de la Cavalerie , précédés par les Chaffeurs , fe
rapprochèrent de l'ennemi ; & ayant conduit leurs
troupes de manière à le prendre en flanc , ils
fe trouvèrent dans une pofition très - avantageule,
Les nôtres tirèrent aux environs douze coups
de canon ; l'armée canemie avant que notre
Infanterie ait pu faire une feule décharge , &
avant que la Cavalerie ait été affez avancée pour
Fatteindre , prit la fuite, On la pourſuivit dans
le plus grand ordre & tambour battant jufqu'aux
frontières. Les François abandonnèrent , dans
teur retraite ou plutôt dans leur fuite , beaucoup
de bagage , des provifions , des fourrages , différens
attirails de guerre , & quatre pièces de
canon . On trouva fur le champ qu'ils avoient
abandonné deux dragons & plufieurs chevaux
de tués , & une quarantaine de leurs foldats de
différens régimens ont été faits prifonniers. »ככ
Nous n'avons eu ni tués , ni bleffés , ni
égarés ; & les trois Challeurs qui , tout au commencement
, ont été faits prifonniers par les dragons
ennemis , & que, par leur retraite précipitée , ils
ont été obligés d'abandonner , font revenus fous
leurs drapeaux. »
Tout le bagage , les attirails de guerre ,
le pain , les fourrages , & aux environs dia
( 90 )
chevaux , ont été diftribués aux foldats & aux
paylans.
33
« J'entre dans ce moment - ci en ville avec la
troupe , & tout eft parfaitement tranquille. »
ر
« Je ne fauois affez me louer de l'ordre, &
de la prudence avec laquelle les Officiers , tart
de 1 Etat - Major que les autres , & en général
toute la troupe , ont exécuté les manoeuvres &
opérations , & leur contenance & conduite font
honneur aux troupes Autrichiennes . »
« Les payfans , ainsi que les habitans de la
ville , ont témoigné à notre entrée leur joie &
allégreffe , en criant : vivent les troupes Autrichiennes
. »
« Je fuis bien charmé de pouvoir annoncer
au commandement général une affaire dont le
fuccès a répondu à mon attente. »
Pendant que ceci fe paffoit du cô é de
Tournay le corps d'armée venu de Valen→
ciennes entra par Quiévrain & marcha fur
Bouffut , d'où notre piquet de Chaffeurs le replia
en combattant vers Jemappe , village dernière
lequel le Géné al Beaulieu avoit potté la droite
des troupes avec lefquelles il étoit forti de Mons à
la rencontre de l'ennemi . »
Rapport du Lieutenant Généra! Faron de Beaulicu
, à M. le Maréchal Baron de Bender , du
29 Avril 1792.
« Aujourd'hui 29 , vers les neuf heures &
demie du matin , l'ennemi venant de Quiévrain
& de Quiévrechain , fe préfenta d'abord en plufieurs
colonnes , tant d'Infanterie que de Cavaleric
, & s'étendit en forme de demi-lune autour
de mon front. Je n'avois qu'environ 1000
( 91 )
hommes d'Infanterie , & 14 à 1500 hommes de
Cavalerie , avec 10 pièces de canon , la plupart
de 3 liv . de balles ; ainfi , j'étois fort inférieur en
nombre à l'ennemi ; mais la pofitión de mon front
m raffuroit , & fur- tout la bonne volonté que te
remoignèrent unanimement MM. les Officiers &
les Soldats . »
Les François commerçèrent leur attaque
fur Bouffut ; on les laiffa faire ; je fis retir e
mes Foltes avancés , trop éloignés pour les fottenir
; d'ailleurs , le terrein ne vaut pas celui
que j'occupe. Après que toutes les difpofitio.
furent faites , j'attendis tranquillement l'ennem ,
mais il n'arriva point ; car lorfqu'il eut dépaflé
Boutfur, & qu'il voulut fe former pour avancer
nos braves Chaffeurs de le Loup l'arrêtèrent par
tout où ils vouloient avancer . Ces Chaffeurs s'e
toient gliffés dans le viige de Quaregnon
qui préfente un ravin le long de mon front,
avec des maifons & des bronfilles , & les troupes
Françoifes eurent beau tirer plus de 80 coups
de canon , pour les dél- ger , tien ne par leur
faire quitter leur pofte. Toute cette affaire s'eft
paflé entre le village de Quaregnon & Jemappe à
notre droite , & Frameri devant notre gauche,
99
« Les ennemis , n'ayant pu percer de ce côté-
, éprouvèrent alors de tourner vers notre
gauche , qui n'eft qu'une plaine avec un petit
beis justement placé dans le coin de l'équerie
de notre front. Ils fe préfentèrent fur cette gauch e
en foule ; mais ayant apperçu la Cavalerie que
j'avois placée fur ce flanc ils fe bornèrent à
faire quelques manoeuvres à plus de 3,000 pas
de diftance de nous , & ils fe retirèrent enfin inviſiblement
vers Bouffat & vers le bois de Bouffut ,
où cependant ils reftèrent en vue. Je n'ai pas

7921
(
voulu les pourfuivre, parce que mes forces n'é
toient pas fuffifantes pour entreprendre cette pour
fuite,
« Nos Chaffeurs tuèrent plus de vingt ennemis
fur la place , entr'auties deux canonniers . Le
cheval d'un Lieutenant - Colonel des Huffards Fran-
{ is fut tué , le Lieutenant- Colonel bleffé & fait
Pifonnier , & vrailemblablement il y a plusieurs
bleffés . » ¿
« Les François étoient au nombre de onze ,
douze ou trcize mille hommes . On verra maintenant
qu'ils ont été par - tout les Aggreffeurs . »
ee L'ennemi , qui n'avoit pas pouffé plus loin
ce jour - là , fe remit en mouvement , le 30 ,
à la pointe du jour , pour attaquer M. de Beaulieu
, tandis que celui - ci , qui venoit d'être renforcé
de deux bataillons , avoit fait avancer de fon
côté une partie de fes troupes ; il s'engagea un
combat de courte durée , dont les circonstances les
plus effentielles fe trouvent énoncées dans le rapport
pareillement ci-joint de ce brave Général , & qui
fe termina par la déroute du Corps François ,
qui , dès les r heures du matin , avoit déjà
repaffé nos frontières pour fe replier fur Valenciennes.
»
Rapport du Lieutenant - Général de Beaulieu au
Maréchal Baron de Bender , en date du 30,
Avril , du moulin à vent de Bouffut.
Votre Excellence ,
ce Je vous envoie mon adjudant Reichel , témoin
des évènemens d'aujourd'hui 30 Aviil . Le´
matin , à trois heures , l'ennemi attaqua la main.
droite de mon corps d'armée au village de Jemappe.
Le capitaine des Chaffeurs Thierry m'a(
93 )
vertit en même temps que l'ennemi marchoic
auffi vers Frameri , où ce capitaine étoit avec
Les Chaffeurs. Je me rendis donc d'abord au
flanc de ma gauche , & je vis en effet une forte
colonne Françoife ; plufieurs pelotons de Cvalerie
la précédoient , je pris mon parti áu
même moment ; il m'étoit arrivé du ſecours de
deux bataillons de Szraray , de deux canons de
6 livres & de deux obufiers. Je formai donc
d'abord le flanc dont j'ai parlé hier , qui regardoit
Frameri , des Grenadiers de Briey , du bataillon
colonel , à la tête defquels étoit le Major
de Sztaray , de trois efcadrons de Cobourg,
à la tête defquels étoit le Colonel Fifcher , &
de trois efcadrons de Houlans , à la tête defquels
étoient les Majors de Kirner & de Wodzicky :
en outre , j'avois pris un cbufier & une pièce
de 6 liv. de réferve ; avec cela je marchai fubitement
à la colonne Françoife : cette colonne
fe replia d'abord ; j'ordonnai alors au Capitaine
des Chaffeurs Thierry de quitter Frameri , d'avancer
& de forcer le village de Paturage , où
il y avoit une quantité d'Infanterie Françoife ,
& où je le foutiendrois ; ce qu'il fit . A mefure
que mon aîle gauche fe portoit vers le village
de Paturage , les François , qui ayant remarqué
que je les prenois par - là en flanc & au dos
tandis qu'ils tiroient encore leur canon de Quaregnon
fur ma droite qui étoit à Jemappe , firent
partir tout leur canon à un nombre très- corfidérable
( car ils vouloient prendre Mons ) ; ils
firent prendre l'avance à cette artillerie , tandis
que je continuai de marcher à eux , & le Capitaine
Thierry avançant toujours dans le y'llage
, & pouflant devant lui avec les Chaleurs ;
>
( 24 )
out ce qui s'y tic avoit e. fa de François , fe
fauva. »
« Je formai alors une avant- garde pour les
pourfuivre , dont je donnoit le commandement
au Colonel Fifcher , & je les fuivis avec un
bataillon des Grenadiers de Biey , deux divifions
de Murray , & avec un nombre confidérable
de Cavalerie : je fi avancer en même
temps quelques troupes que j'avois dans ma po
fition a J - mappe & aux Houlières , pour me
mettre aflez en force , & pour ne pas laiffer
pardie mes avantages ; je pris trois pièces de
canon des ennemis , & plufieurs prifonniers ;
l'Armée Franç ife , commandée par M. de Biron ,
prit la faire. Cinq canons François , de 4 liv. ,
font ici auprès de moi , beaucoup de prifonniers
, & nous pouvons avoir tué 250 François.
Ma troupe eft animée , prête à marcher
par-tout cu je la conduirai , avec un courage
étonnant ; & je ne puis affez louer les Officiers que
j'ai eus fous mes ordres en cette journée . »
« Ces deux premiers fuccès des troupes du
Roi de Hongrie , infpirent la plus grande joie à
tous fes fidèles Sujets de ce pays , & rempliffent
de gloire les Officiers & les Soldats qui y ont
combattu . »
Les troupes venant des parties les plus reculées
de ces pays , avancent , en attendant , à grands pas
vers le lieu de leur deftination , & l'on a tour lieu
de compter , qu'animés comme elles le font du
defir de fe diftinguer,ainfi que celles qui ont eu l'oc
cafion de fignaler leur fermeté & leur bravoure en
cette occafion , elles contribueront par la leur
à repouffer également d'autres entreprises des
François , dont une feconde armée , comman
( 95 )
dée par M. de la Fayette , le forme, fer la
Meule , & paroît méditer une opération offen
five de ce côté là. »
On vient d'apprendre qu'avant hier
4000 Autrichiens venant de la Bohême par
Franconie , & ayant féjourné à Liége le
premier de ce mois , font entrés dans les
Pays Bas. Ce Corps eft compofé de 193
Officiers ou Soldats d'Infanterie du régi ,
ment d'Hohenlohe , de 173 d'Alton , 131
de Colloredo, 272 de Stuart , 135 d'Ulric
Kinski , 30 Officiers & 1630 Artilleurs
d'une divifion des dragons de Cobourg ,
de trois divifions des Huffards de Blanc
kenftein , & de 200 Pontonniers.
Quoiqu'on ait préparé des logemens pour
un Corps de troupes Pruffiennes , il n'en eft
encore arrivé aucunes , ni dans les Provinces
Belgiques , ni à Liég .
FRANCE.
De Paris , le 7 Mai 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du famedi , féance du foir.
Le ministre de la guerre a demandé , par écrit i
qu'on mit 500,000 livres à la difpofition de
chacun des trois généraux , dont moitié en nue
méraire. «Il eft queftion , a obfervé M. Dumas ;
d'une dépense fixe & qui doit être faite par les
gentaux , non pas fur leur refponfabilité , car
( 96 )
probablement c'eft pour des dépenfes fecrettes .
Je convertis la demande en motion . » M. Merlin
a prétendu que les 6 millions accordés à M. Dumourier
avoient effrayé « tous ceux qui ont vu
prodiguer ainfi les fueurs du peuple & les dons.
Patriotiques... qu'on en donne 1,500,000 livres
aux trois généraux , il en reftera affez pour les
défenfes que je ne veux pas approfondir .
Des
clameurs l'ont rappellé à l'ordre. M. Bréard vou
loit qu'on levât la féance ; M. Chéron qu'on la
commençât... L'Affemblée eft paffée à l'ordre
du jour.
גכ
On a écouté la demande de 9,856,951 liv .
néceffaires au miniftre de la marine , & plufieurs
pétitionnaires dont l'un a follicité le prompt rapport
des dénonciations faites contre M. Duport
du- Tertre , ex- miniftre , élu accufateur public à
Paris.
t Du dimanche , 29 avril.
Des enfans des écoles gratuites , un patriote
Hollandois & d'autres ont apporté leurs offrandes
en fous-cloches , en écus , en papier ; le patriote
a donné la poignée de fon épée , dont il a gardé
la lame contre les ennemis de l'égalité ; un citoyen
a désolé fon épaulette & une cuciller à
café ; un Suiffe anonyme 500 liv. , &c.
Malgré les réclamations de M. Mayerne repouffées
par des clameurs , & par un décret vivemert
applaudi , les vainqueurs de la bastille ,
les citoyens du fauxbourg St. Antoine , demandent
& obtiennent l'honneur de défiler devant
l'Affemblée légiflative . Près de 2,000 hommes
entrent & marchent fur trois lignes , dont celle
du centre eft de gardes nationaux en uniforme
armés
( 97 )
armés de fufils , & les deux latérales de citoyens
diverſement vêtus armés de piques de toutes les
formes , depuis 8 jufqu'à 12 pieds de longueur ,
piques à feuille de laurier , à trèfle , à carlet ,
à coeur , à broche , à langue de ferpent , à fourches
, à ftylet , à hache- d'armes , à ergots ,
cornes tranchantes , à lance à vive-arête , à crocs ,
héfiffées d'épines de fer , ornées de banderoles
aux couleurs nationales & des devilés mort ou
liberté , &c. On y voit des femmes armées de
fufils , de piftolets , de fabres ; un abbé portant
une pique accolée de deux poignards . Ce cortége
défile au bruit d'une mufique guerrière qui
jɔue l'air ça ira , & des applaudiffemens de l'Alfemblée
& des tranſports des galeries . Au milieu,
paroiffent deux larges pierres imitant les tables
de Moyfe , où les droits de l'homme font gravés
en lettres d'or. Enfuite , un orateur a tonné à
la barre contre les defpotes coalifés , leur a crié
de trembler parce que « l'heure de la liberté fe
fait entendre pour tous les peuples .... ; que les
Romains corrompus ne demandoient que du pain
& des fpectacles , mais que le François libre ne
demande que la liberté & l'Affemblée nationale ;
qu'ils les défendront de leurs piques . » La falle
a retenti de battemens de mains.
Un petit garçon de 11 ans , une petite fille.
de 10 ans , frère & foeur , apportent leurs of
frandes & prononcent chacun un difcours . Des
citoyens viennent témoigner leurs craintes des
funeftes effets que pourroit avoir l'innovation
projettée relativement au mode de conftater les
naiffances , les mariages & les décès ; d'autres
dénoncent le Roi comme violant la conftitution
en confervant auprès de fa perfonne les gardes
N , 19. 12 Mai 1792, E
( 98 )
Suiffes , qu'un décret y life expreffément jufqu'à
nouvel ordre du corps législatif.
23 Du lundi , 30 Avril,
M. Pétion a follicité l'exécution du décret rendu
en faveur des anciennes gardes Françoiles . Sa requête
ayant été admife & ajournée , il eft entré
dans le détail du bilan de la municipalité de Paris .
Dernièrement elle étoit réputée devoir environ
39 millions de fon chef ; depuis , elle a reçu trois
millions pour obvier au difcrédit d'une caiffe de
fecours dont l'actif s'eft trouvé égaler le paffif ,
d'après les comptes publiés par la municipalité ;
à préfent , fuivant le rapport fait au conſeil géné
ral , a dit M. Pétion , a la dette femble s'élever
à 46 millions 244,049 livres . » A ces calculs ,
M. Pétion a cru néceffaire d'ajouters « nous
n'avons fur cette dette que des notions très - incerzaines
, parce que tous les créanciers ne le font
pas encore préfentés , & jufqu'à ce jour il a été
impoffible à la municipalité d'arrêter définitivement
l'état de fa fituation . Le maire a demandé qu'on
voulût bien 1°. déclarer que des 46,244,049 liv.
33,696,250 liv . font une dette nationale contractée
par l'ancienne adminiſtration , & que les
2,547,799 liv . reftantes forment la dette exigible
municipale contractée depuis la révolution ; 2 ° . Accorder
à la municipalité 1,980,000 liv, pourfac
quitter les arrérages échus le 30 décembre 1791 ;
& 3 frer aux créanciers de la commune un
terme paffé lequel ils ne feront plus admis à préfenter
leurs titres.
M. Tarbe a parlé de la détreffe de la muni
cipalité de Lyon , M. Codet de celle de Rennes.
« Toutes les municipalités du royaume font dans
101
27
41
( و و )
le même cas , a dit M. Maran , & doivent être
traitées de même... Quatre mille familles man
quent de pain , faute de recevoir ce que leur doit s
la ville de Paris , s'eft écrié M. Robin ... Il y en a
cent mille dans les départemens , lui a répondu un
autre membre ( 100,000 familles font un demimillion
d'individus ! ) » L'Affemblée a renvoyé la
pétition du maire au comité de l'extraordinaire des
finances pour en faire le rapport jeudi foir.
·
Un décret d'urgence a autorifé les ficurs Mourgue
& compagnie à ouvrir à leurs frais , un
canal de navigation qui commencera à Sommevoire
& aboutira au confluent de la Voire & de
l'Aube.
31
Après avoir reçu & proclamé quelques centaines
d'écus de dons patriotiques , l'Affemblée a décrété
d'urgence une nouvelle émiffion de 300 millions ,
dont cent en affignats de liv. cent en affi- ;
gnats de so livres , & cent en affignats de 2001 .
elle a porté à 1,700 millions le maximum des affignats
mis ou à mettre en circulation ; & elle a or
donné un verſement de so millions dans la tréfo
rerie nationale.
M. Dumourier adreffe au corps légiſlatif une
note officielle qu'il a reçue de M. de Blumendorff
chargé des affaires de la Cour de Vienne en
France , & un mémoire que les princes de Lor
սո
raine ont envoyé au Roi. La note & le mémoire 3
font relatifs aux réclamations de ces Princes , qui ,
fe fondant fur la convention fignée à Vienne le s
août 1736 , & rapportée dans le traité de paix
définitif conclu en 1738 entre la France , l'Empe- 1
reur & la Suiffe , demandent à vêtre „ co qualité
d'étrangers , fouftraits aux difpofitions de la i
lai concernant les François émigrés . M. Mailhe
240 E &
( 100 ) .
votoit le renvoi du tout au général Luckner. On
a remis les pièces au comité diplomatique. !
Un rapport a conftaté , que 450 députés avoient l
foufcrit pour 251,377 v. La fociété- mère des
amis de la conftitution de Paris a donné depuis ;
(le lendemain , mardi premier mai ) 1,052 liv.
fruit d'une collecte civique.
"
Du lundi , féance dufoir.
Des dépêches de M. de Blanchelande annoncent
que ce général & M. de Croiffy , preffés
par les befoins de toute efpèce de la colonie de
St. Domingue , ont écrit au miniftre de France
près les Etats-Unis , pour l'engager à obtenir du
congrès l'envoi immédiat de 400,000 piaftres ,
& qu'il foit ouvert un crédit de 4 à 5 millions
tournois , le tout à imputer ſur la créance nationale.
On a renvoyé ces lettres aux comités
colonial & des finances?
Nouvelles prières des commiffaires d'envoyer
des troupes à St. Domingue , remifes au comité
colonial.
Un décret d'urgence ordonne à la trésorerie
nationale d'ouvrir , dans le cours de mar fe
paiement de 800,000 liv. montant des bulletins
de l'emprunt de 80 millions förtis' par le dernier
tirage. (T
Du mardi , premier mai.
X.P "
Par un de ces mouvemens de juftice & d'hu
manité dont l'effet eft de mettre tout coeur bien 5
né à l'uniffon de celui de l'homme eftimable qui !
les manifefte ,M. Laureau a témoigné les craintes
qu'au moment où la guerre eft déclarée , le presi
mier coup de canon n'excite une commotion
t
1
( 101 )
telle , qu'elle réveille les haines & nccafionne de
ces fcènes fanglantes , atroces , qui flétriffent les
peuples chez qui elles fe paffent . Il a follicité
de l'Affemblée une déclaration deſtinée à mettre
tous les citoyens fous la garantic formelle des
loix , à reléguer la guerre fur les frontières , &
à maintenir la paix au-dedans. c -Que les femmes
, les enfans , les parens des émigrés , des
ci-devant privilégiés , a- t- il dit ; que ces anciens
privilégiés eux-mêmes , foient mis en sûreté.
Ce caractère de fagefle , propre à vous concilier
les efprits , à réunir vos forces , peut vous rendre
redoutables à vos ennemis . Cer ordre dans l'intérieur
de l'Empire ne peut s'établir que par la
volonté générale exprimée dans une proclamation
du corps législatif ou dans une loi expreffe.
Cette loi , le royaume entier l'attend de votre
fageffe & de vos devoirs. Sans cette précaution ,
Vous vous rendriez reſponſables de tous les maux
qui arriveroient par ce manque de prévoyance.
On vous en demandereit compte un jour. » Il
ja defiré que
le comité de légiflation préfentât fes
vues fur cer objet important.
Cette propofition fi fage a excité de violens
murmures . Plufieurs voix ont crié : l'ordre du
jour. M. Mouyffet a foutenu qu'il fuffifoit que
les femmes , les enfans des émigrés & les cidevant
privilégiés fuffent en France pour qu'ils.
jouiffent de la protection des plus ardens amis
de la conftitution & de la liberté ; que jaloux
d'être vainqueurs de leurs ennemis , les François
n'en feroient jamais les affaffins . Il a traité
la motion de M. Laureau d'inutile , d'injurieuſe
à la nation , & l'Aſſemblée eft paffée à l'ordre
du jour.
On a renvoyé au comité militaire la propo
E-3
7102 )
Ation de M. Treilh-Pardailhan d'une nouvelle
levée de 60,000 gardes nationaux , à répartir en
---
7
divifions égales , dont deux feroient placées à
25 lieues des frontières du Nord , deux à 25 lieues
des frontières du Midi , & deux au centre du
royaume au comité de légiflation les idées
de M. Charles Duval , empruntées des Anglois ,
fur les jurys mi- partis d'étrangers pour juger des
étrangers ; & au comité de commerce les
appréhenfions de M. François de Neufchâteau ,
: fur la difette imminente de papier , dans un
-pays ou les affignats en ont confumé 150,000
! rames , où les décrets , les projets , les rapports ,
des opinions de 2 ou 3 heures de lecture , les
harangues , les adreffes , les hommages , les inventions
, les pétitions , les verbaux , des directoires
, des régimens , des 43 mille municipalités ,
les millions d'affiches de loix , proclamations ,
fentences , billets de banques , de caiffes , affiches
de ventes , de calomnies , dénonciations , apologies,
&c. qui tapiffent les murs de toutes les rues ;
des milliers de feuilles à deux fols , de gazettes
in-folio , de journaux , & les ballots énormes de
génie journellement expédiés pour les provinces ,
pour les campagnes & pour les pays étrangers ,
abforbent tout le produit de cette branche de
l'induftrie nationale.
Par un fecond décret d'urgence , l'Affemblée
a ordonné qu'il fera remis à chaque général
d'armée 50,000 liv . dont moitié en numéraire
pour les dépenfes particulières . La comptabilité
en fera fuffisamment juftifiée par l'ordonnance
du commiffaire ordonnateur en chef , & l'ordie
du général ; le tout fur les 25 millions déjà
décrétés.
M. de Kerfaint a difcouru contre les corfai(
103 )
res, « ces ennemis du premier principe de for
ganiſation fociale , l'égalité ..... qui ne font des
heureux qu'en multipliant les miférables ... Vils
fpéculateurs , hommes payés pour exercer für la
grande route des mers , le meurtre & le brigati
dage... Avant que la raifon foit mûrie , l'homme
fe conduit par des exemples ; dans l'âge vinil il
agit d'après lui.... La nation Françoile s'eft faite
homme.... On a vu trois grandes nations prêtes
à fe verfer l'une fur l'autre.... Le terme de la
perfectibilité de l'homme fera l'att heureux de
la paix..... Quelques membres des coinités diplomatique
& de marine opinoient four larme,
ment en courſe , de peur « qu'ane imprudente
philantropic ne nous laifâr eu proie à dos ennemis
fans efpoir de reprétailles. » Máis d'autres
& M. de Kerfaint ont été de l'avis contraire ,
attendu que « l'Autriche , qui ne peut que profiter
foiblement du produit des captures que les
corfaires armés fous fon pavillon feroient fur
notre commerce , & qui fe verroit pourtant menacée
d'en payer , à la paix , la valeur totale ,
fe déterminera par cette confidération à ſe prêter
à la convention générale invoquée au nom de
l'humanité , pour abroger la méthode impolitique
de la courfe maritime . » L'Aſſemblée n'a expreffément
décrété que l'impreffion du projet , &
non le rapport , quoique M. Albitte ait obfervé
qu'on en avoit imprimé qui ne le valoient pas.
Nous donnerons le projet de décret lors de la
difcuffion ,
A la demande de M. Rouyer , on a décrété ,
d'urgence , que « la loi du 21 feptembre 17915
concernant les officiers des troupes de ligne deftitués
arbitrairement & fans jugement , lera ap
plicable aux officiers de la marine, »
E 4
( 104 )
Les gratifications accordées , par le décret du
27 février dernier , aux capitaines , lieutenans &
fous- lieutenans d'infanterie , des dragons à cheval
, artillerie , génie , aides - de- camp , commiffaires
des guerres , pour la formation de leurs
équipages , feront portées à 55e liv. pour ceux
qui entreront en campagne avant le 10 juin ; &
les appointemens des officiers feront payés en
numéraire du jour que l'armée entrera fur le
territoire étranger . Ce décret a été rendu fans
difcuffion & d'urgence.
D'autres projets & rapports ont été lus &
ajournés , & l'on a reçu & proclamé diverfes
offrandes patriotiques .
M. de Graves eft entré & a dit en fubftance :
M. le préfident , un détachement de la garnifon
de Lille eft forti le 29 au foir pour aller fur
Tournai , a rencontré l'ennemi à trois lieues de
la ville , a été battu , & s'eft retiré en défordre
vers la place. Le rapport de l'officier envoyé à
M. de Rochambeau , évalue la perte à 250 on
300 hommes tués ou bleffés . Ce fâcheux évènement
eft du nombre de ceux auxquels nous
devons nous attendre ; car la guerre n'est qu'une
fuite de revers & de fuccès . C'eft dans les revers
que le courage doit le plus fe développer.
Mais il eft des malheurs dont les conféquences
feroient la déforganffation de nos forces , fi l'Afemblée
, par les mesures les plus fermes ; ne fe
hâtoit d'y remédier., « Il paroît que M. Théobalde
Dillon , maréchal- de- camp , qui s'eft tou
jours conduit jufqu'à préfent avec zèle dans le
fervice , & qui a donné des preuves de fon attachement
pour la conftitution , a trouvé la mort
près de la ville qui devoit protéger fa retraite
& qu'il a péri de la main des hommes avec jef
... . .b diem .
1
( 105 )
quels & pour lefquels il venoit de combattre .
Ici le miniftre, a lu une lettre de M. d'Aumont
à M. de Rochambeau , & une note de l'adjudant
- général de l'armée , portant que M. Théobalde
Dillon a été affaffiné dans une grange ,
cù l'infurrection manifeftée pendant la déroute
l'avoit forcé de fe retirer ; que M. de Chaumont,
fon aide - de - camp ; M. Berthois , officier du
génie ; un curé & quelques Tyroliens faits pri-
Jonniers , ont été pendus à Lille.
« De telles atrocités , a repris le miniftre au
milieu du frémiffement de l'indignation générale ,
priveroient la nation de tous les moyens militaires
, fi l'Affemblée nationale ne fe hâtoit de
mettre les généraux & les officiers qui commandent
les troupes , fous la fauve-garde de la loi.
Si , dès cet inftant , elle n'inftituoit auprès des
armées des tribunaux de juftice , dont les formes
, plus promptes que le jury , foient de nature
à être adaptées aux circonftances imprévues
de la guerre. »
M. Treilh-Pardailhan a demandé que les auteurs
de l'exécrable meurtre dès prifonniers fuffent
livrés à l'ennemi pieds & mains liés . Ce décret ,
rendu par acclamation , n'auroit compromis aucune
autre mefure , & eût honoré l'Affemblée .
M. Lacroix a craint l'enthoufiafme , & le tout
a été renvoyé aux comités diplomatique & militaire.
Du mardi , féance du foir.
M. Dumolard a lu une lettre des officiers
municipaux & des membres du diſtrict de Valenciennes
, apportée par un courier extraordinaire.
Elle confirme la déroute , affure que les
vivies & les munitions ne fe trouvoient pas
·ES
( 10g )
leur deftination , que les gardes nationaux foldés
deftinés à l'attaque , étoient fans fufils ou n'en
avoient que de mauvais ; que les troupes de ligne
& les volontaires murmuroient d'avoir été privés
de nourriture pendant deux jours ; que de là
font rélultées les défiances .
M. Chéron vouloit qu'on mandât , fur- le-champ,
le miniftre de la guerre à la barre ; M. Théodore
de Lameth , qu'on ne piît pas ainfi l'alarme
à chaque lettre reçue ; que celle qui venoit d'être
lue fût renvoyée au comité militaire , & que
l'Aſſemblée paffât à l'ordre du jour . Un décret
a mandé le miniftre.
-
Il a paru très important à M. François de
Neufchâteau de s'occuper d'un mode de défarmement
des citoyens fufpects . Mais un mode
pour déterminer au gré de tous les partis quels
font les citoyens vraiment fufpects , feroit un
préalable affez difficile à trouver . Conformément
à l'avis de M. Merlin , on eft paffé à l'ordre
du jour.
M. Arthur Dillon , ex - député conftituant ,
introduit à la barre , a réclamé juftice pour M.
Theobalde Dillon , en ces termes :
MISSIEURS •
t
ee Vous avez entendu ce matin , par le miniftre
de la guerre , le rapport de l'évènement affreu
qui a eu lieu à Lille ; vous avez frémi fur l'horrible
affaffinat de M. Theobalde Dillon , maréchalde-
camp. Je viens moi , fon parent , fon frère
d'armes & fon ami , vous demander pour
Yengeance & juſtice . J'ai droit de l'attendre , car
j'apporte ici ma tête pour garant qu'il a confervé
intacte la fidélité qu'il avoit jurée à la Nation & au
Roi, L'Affemblée nationale ne peut ignorer
( 107 )
que depuis plus d'un fiècle que les Dillon ont
adopté la France pour leur Patrie , leur fort à été
de mourir glorieufement les armes à la main en
combattant pour elle . Ses repréfentans pourroientils
fouffrir aujourd'hui qu'un officier de ce nom ,
qui a marché à l'ennemi par les ordres de fon général
, & qui s'étoit dévoué au maintien de la
conftitution , ait été impunément maffacré par des
affallins Je demande que l'Aflemblée nationale
décrète qu'il fera envoyé des Commiſſaires qui lui
rendront compte fous huit jours , & des ordres qui
avoient été donnés à M. Théobalde Dillon , & de
la conduite qu'il a tenue , tant dans cette circonltance
, que depuis près d'un an qu'il étoit employé
à Lille. Qu'il me foit permis de rappeller à l'Affemblée
nationale , que des chaffeurs Tyroliens
que ce malheureux officier général avoit fait prifonniers
de guerre , ont fubi une mort infâme. Il
fuffit fans doute à l'Affemblée d'être inftruite de
ce fait , pour en prévoir toutes les conféquences ;
& elle fentira que des commiffaires militaires peuvent
feuis , avec des pouvoirs illimités & par un
grand exemple , conferver à- la- fois des défenfeurs
à la Patrie , & réparer aux yeux de toutes
les Nations civilifées , un attentat auffi contraire
à l'humanité, qu'aux droits de la guerre, » G
La pétition de M. Arthur Dillon , prononcée
avec autant de nobleffe que de fentiment , a été
renvoyée au comité militaire réuni au comité
diplomatique , & le préfident a invité le péti
tionnaire aux honneurs de la féance ,

co
L'ordre du jour a amené une opinion de Ma
Rouyer fur l'organisation de l'artillerie de la
marines des argumentations de M. Godin contre
le projet du comité ; la réfutation qu'a faite M
Cavelier des paradoxes de M, de Kerfaint ; les
E6 .
( 108 )
objections adreffées par M. Forfait à M. de
Kerfaint & au comité ; la difcuffion ramènera
l'effentiel de tous ces débats .
Le miniftre de la guerre arrive & répond qu'il
exiftoit dans les magafins de Lille , au 1er mars ,
1,982 facs de grains , qui fuffiroient à la nourriture
de 11,000 hommes pendant 16 mois ; que
l'approvifionnement des fourrages fuffit à 30,000
chevaux pendant 3 mois ; que le général de l'armée
du Nord peut difpofer de 35,506 armes ;
qu'à Valenciennes feulement il y en a 8,923 ;
que d'ailleurs il n'y a rien à ajouter aux fortifications
de cette ville . Un décret l'a fommé de
répondre demain , par écrit , à la lettre de Valenciennes
, dont copie lui fera délivrée .
Du mercredi, 2 mai.
Parmi fes dons civiques reçus aujourd'hui ,
l'on a diftingué les 2000 liv. que l'évêque de
Paris & fon confeil ont expreffément , dans leur
lettre , déposées fur l'autel de la patrie.
»
Un décret d'urgence a fupprimé « les maiſons
-militaires de Louis- Stanislas - Xavier & Charles-
Philippe , princes François. Les citoyens qui
Occupoient avant le 14 juillet 1789 des emplois
militaires au fervice de ces deux princes , font
fufceptibles d'être nommés aux places vacantes
au choix du Roi , en fe conformant aux décrets.
Quelques particuliers fe préfentent à la barre,
& leur orateur , M. Momoro , électeur & membre
du club des cordeliers , dit : ce Trois cents
de nos frères ont péri ; ils ont eu le fort des
300 Spartiates morts aux Thermopyles .... Mais
la voix publique , plus fidelle que les rapports
ministériels , annonce qu'ils font morts victimes
d'une trahiſon……... A ces mots , tout un côté
( 109 )
de la falle s'eft foulevé en criant : à l'ordre....
qu'ils s'en aillent.... qu'on chaffe ces factieux...
D'autres membres ont foutenu qu'il falloit entendre
ces citoyens , que le droit de pétition eft
facré , que l'on ne fauroit s'entourer de trop de
lumières. Les non , les oui ; les mots : qu'ils fortent,
qu'ils parlent , le croifoient en divers fens. Les pétitionnaires
ont pris le parti de décamper , & la
falle a retenti d'applaudiffemens & de clameuts
défapprobatives qu'a terminés l'ordre du jour ,
décrété & maintenu contre les réclamations de
MM Fauchet , Thuriot , Lecointre , Albitte , &c .
Le ministre des affaires étrangères a foumis ,
par écrit , à la ratification de l'Affemblée , les
traités par lefquels les princes d'Empire de Leevenftein
& de Salm- Salm confentent à fe faire
indemnifer. Le miniftre a effayé de peindre les
cours de Vienne & de Berlin comme ennemies
de tous les autres princes d'Allemagne , comme
prêtes à tout envahir ; il a confeillé à la légiflature
Françoife de déclarer aux membres du
corps Germanique , fon intention de vivre en
bonne intelligence avec eux , ainfi qu'avec toutes
les puiffances de l'Europe , & de ne faire la
guerre qu'à l'Autriche feulement. Sa lettre a
été renvoyée aux comités diplomatique & des
finances.
M. Lejofne a lu une lettre d'un officier municipal
de Lille , qui mande que , fur les rapports
faits à la municipalité , il paroît qu'on n'a aucune
trahison à imputer à M. de Biron , & qui ra
conte les détails de la déroute , en affurant
d'ailleurs qu'il n'y a pas plus de cent hommes
de perdus.
Au décret qui fupprime les congrégations &
confréries religieufes , on a ajouté la fuppreffion
de tous les penfionnats , les jeunes perfonnes du
fexe n'y recevant pas une éducation aſſez philofophique
.
Par un décret d'urgence , il a été ordonné
qu'il fera remis à la difpofition du miniftre des
Contributions , une fomme de 3,160,241 livres
6 fous , pour être répartie entre 71 départemens
dénommés , & en proportion du tiers de leurs
befoins conftatés par les états qu'ils ont rémis
après que les directoires auront juftifié de l'entier
recouvrement des rôles des contributions de 1791 .
-- Par un autre décret , il fera payé 41,907 1.
de demi foldes accordées aux fous officiers
cavaliers & foldats de l'ancienne garde de Paris .
On difcutera lundi un projet de M. Reboul
fur la monnoie de billon , pour laquelle il ne
manque guère que le métal. Il n'en a pas moins
entretenu l'Affemblée d'innovations & d'inventions
, pendant près d'une heure .
Le miniftre de la guerre écrit qu'il attend
toujours des courriers de Valenciennes ; que M.
de Cuftine ayant retardé de s'emparer des gorges
de Porentru , M. Luckner lui a réitéré l'ordre de
marcher ; & que tout chef qui défobéira fera
Livré au jugement d'une cour martiale.
AJ
Du mercredi , féance du foir,
Après la preclamation individuelle d'offrandes
patriotiques , M. Lecointre a follicité l'exécution
du décret qui fommoit le miniftre de la guerre
de répondre à la lettre de Valenciennes , & il a
dit que le bataillon de Seine & Oife , du nombre
de ceux qui fe font portés fur Tournai , étoit
fans armes. Des murmures & an décret l'ont
réduit au filence,
( 111 )
On a lu le projet de loi relatif aux écoles des
ponts & chauffées. M. Tardiveau en à combattu
les trois premiers articles , & à fait décréter que
les élèves des écoles du Languedoc & de Bretagne
qui ont droit aux places d'ingénieurs &
fous- ingénieurs vacantes dans les écoles aujourd'hui
réunies , y foient admis de préférence aux
furnuméraires .
Introduit à la barre avec 4 autres citoyens ,
M. Dufourny , clubifte , a dit :
сс
Lég flateurs , lorfqu'à votre voix la grande
juftice nationale s'avance contre les ennemis de
la patrie , pour venger fa gloire outragée , & réprimer
l'infolence des defpotes , fouffrirez - vous
que nos armées , qui ont juré de maintenir & de
propager la liberté , & qui feront fans doute
fidèles à leur ferment , traînent à leur fuite de
nombreux tribunaux , femblables aux anciennes
jurifdictions prévôtales , où , fous prétexte d'abréger
les formalités , on fe difpenfoit même de la
juftice. ( Il s'eft élevé des murmures . ) - S'il eft
des jurés militaires & des Loix pénales établies par
vos décrets ,, faut- il y fubftituer des formes favorables
à l'ancien defpotifme , qui , dans certains
momens , trouve le funefte fecret de faire des
progrès terribles ? Faut- il que des foldats qui
auroient eu le malheur d'encourir la difgrace de
quelques chefs , ayant à leur tête des hommes...»
-
Un violent orage s'eft élevé dans l'Aflemblée.
ee Renvoyez ces déclamateurs fur la terraffe des
Feuillans , crioient quelques membres . -- Il faut
les entendre , crioient quelques autres . A l'ordre
ceux qui applaudiffent. --A l'ordre qui veut les
thaffer... M. Saladin foutenoit le droit facré
de pétition . Dans les circonstances critiques ou
nous ſommes , a dis M. Dumolard , des diſcours
25
( 112 )
incendiaires peuvent conduire l'armée à la plus
complette déforganifation , & plonger la France
dans la plus épouvantable anarchie . Il a conclu
à ce que l'orateur indiquât fommairement l'objet
de fa pétition . Celui- ci a répondu qu'elle avoit
pour but d'engager les légiflateurs à pefer les
inconvéniens de tribunaux femblables aux anciens
tribunaux prévôtaux , & à s'occuper d'une
loi fur la refpenfabilité des généraux... Celle
des miniftres , ont crié plufieurs membres . -- Aux
jacobins ; l'ordre du jour , répliquoient autant
d'autres voix ... M. Thuriot trouvoit que l'orateur
n'avançoit aucun principe inconftitutionnel ;
il fe plaignoit qu'on vouloit tyrannifer la légiflature
&comme on a , difoit -il , tyranniſé l'ALfemblée
conftituante. » Enfin , on eft paflé à
l'ordre du jour & les pétitionnaires ont eu les
honneurs de la féance .
M. Gonin a commencé un rapport fur les
troubles de la Martinique . Un décret d'impreffion
l'a difpenfé d'achever fa lecture que peu de
membres écoutoient.
Quelqu'un a demandé à lire une lettre de
Valenciennes. M. Dumolard s'eft oppofé à ce
qu'elle fût lue. Plufieurs voix crioient ; à l'ordre
les interrupteurs. « Je vous prie de ne point rape
peller à l'ordre , a- t- il repris , ceux qui m'in→
Tultent. Il eft des hommes dont les injures font
des éloges , & les éloges des injures . Des ap
plaudiffemens & des murmures ont terminé cette
Léance.
Du jeudi , 3 Mai.
Le miniftre de la guerre écrit à l'Affemblée qu'il
avoit donné des ordres précis pour tous ce qui
étoit néceſſaire à l'armée du nord ; que le pain y
( 113 )
ayant été diftribué pour quatre jours , quelques
foldats l'avoient jetté en route ; que le corps de
M. de Biron ne manquoit pas de fufils neufs ;
qu'il y en a plus de 30,000 de rechange , 8,000 à
Valenciennes , & des vivres qui fiffiroient à
35,000 hommes pendant fix inois . Enfuite il a
communiqué aux légiflateurs une lettre de M. de
Biron , dont voici l'extrait :
« J'ai été occuper , le 28 avril , Quiévrechain ,
près Quiévrain , avec la divifion dont je joins ici
l'état ; je me fuis emparé , le 29 , du village de
Quiévrain , fans obftacle ; j'y ai laiffé un bataillon
de gardes nationales , & j'ai marché vers Mons ,
fur trois colonnes . Je fuis arrivé jufqu'à Bouffu ,
fans rien rencontrer que quelques voyageurs ,
qui m'ont annoncé un grand mouvement de
troupes autrichiennes . L'avant - garde des huffards
a été fufillée & chargée par des houlans & des
chaffeurs tiroliens dans le bout du village de
Bouffu ; quelques huffards ont été tués , & M.
Caffanove, lieutenant-colonel du régiment d'huffards
, ayant eu fon cheval tué , a été pris. J'ai
difperfé les hou'ans par quelques coups de canon , &
j'ai continué à marcher. J'ai pu voir clairement que
les hauteurs en avant de Mons étoient occupées par
un corps de troupes fort confidérab'e , & que
celle de Bertaumont , par lequel je devois attaquer
Mons , me paroifloit retranchée & garnie de
batteries... >>

L'ennemi , que je pouvois juger beaucoup
plus nombreux que moi , faifoit des manoeuvres
qui annonçoient l'intention de tourner ma droite ;
je m'occupai de la garder , & de la rendre trèsforte
par beaucoup de détachemens avantageufement
poftés. Je pris une pofition ..... Vers
cinq heures du foir , les ennemis attaquèrent un
( 114 )
pofte de ma droite au village de Vannes , gardė
par quatre compagnies de grenadiers & un piquet
de cavalerie. M. Gigault , capitaine au
quarante-neuvième régiment d'infanterie , maoeuvra
avec tant d'intelligence & de fermeté ,
qu'il repouffa vigoureufement les Autrichiens avec
perte de dix ou douze hommes , & n'eut lui
qu'un feul bleffé . Quelques- uns de mes poftes
fufilloient continuellement avec les chaffeurs tiroliens
; je ne perdois perfonne ; de temps en
temps je leur tuois du monde à coups de canon .
Je reçus alors information , par le maréchal Rochambeau
, de la défaite du corps françois envoyé
vers Tournai , & je penfai me retiter furle-
champ. Je ne pus exécuter ce deffein , les troupes
étant épuifées de befoin. »
« On n'avoit pu empêcher les foldats , baraffés
par la chaleur , de jetterprefque tout leur pain ; les
chevaux de troupes & d'artillerie n'avoient point
eu de fourrage. Vers les dix heures du foir , je
vis les cinquième & fixième régimens de dragons
monter à cheval , fans que j'en cuffe donné
l'ordre , & fe porter avec précipitation vers la
gauche du camp. J'arrivai à toutes jambes , &
je fus emmené par cette colonne , que je cherchois
à arrêter , & qui s'en alloit au grand
trot , en criant : nous fommes trahis ; je fis plus
d'une lieue avec elle , fans parvenir à m'en faire
obéir . J'y réuffis enfin , & à trente ou quarante
dragons près, je ramenai le refte au camp. M.
Dampierre avoit contenu la plus grande partie
de fon régiment ( le cinquième de dragons ).
Les fuyards arrivèrent jufqu'à Valenciennes , en
criant toujours qu'ils avoient été trahis , & que
j'avois déferté à Mons . Je n'ai pu pénétrer le
criminel mystère de cette alarme ; j'ai fu feule(
1155
"
ment , fans favoir qui , qu'on avoit fait monter
les dragons à cheval , en répandant qu'un gros corps
de cavalerie étoit dans le camp . Le 30 , au point
du jour, je commençai ma retraite , & je donnai
1: commandement de mon arrière - garde à M.
Rochambeau , maréchal- de camp , & à M. Froify.
colonel au troisième régiment de huffards , fous fes
ordres. »
« Je ne puis donner trop d'éloges à la conduite
ferme & intelligente de M. Rochambeau ,
& je trouve quelque confolation à déclarer publiquement
que je lui dois , ainsi qu'à M. Froiffy,
le bonheur d'avoir fait ma retraite jufqu'à Quiévrain
, fans avoir été entamé le moins de monde.
J'arrivai à Quiévrain avec la tête de l'arrièregarde
, & je fus mener l'armée à fon ancien
camp de Quiévrechain . Elle n'y étoit pas encore
toute entière , que le bataillon de gardes
nationales qui gardoit Quiévrain , en fut dépoffédé
par les Hulans > qui vinrent tirer des
-coups de piftolets jufques fur le front du camp. »
« M. Fleury fit marcher le foixante- huitième
régiment pour s'emparer de Quiévrain ; mais
malgré l'intrépidité de ce général , dont le cheval
fut tué , criblé de coups de fufil , & qui fut
bleffé lui-même , il ne put y parvenir. Le défordre
augmentoit dans la ligne , & le foldat ,
hors d'état de combattre , vouloit retourner à
Valenciennes . Je crus que le feul moyen de ne
pas perdre le camp , étoit de s'emparer de Quiévrain
une feconde fois , & de le garder à quelque
prix que ce fût. J'y menai moi - même le
quarante - neuvième régiment d'infanterie qui ,
après des prodiges de valeur , fe rendit maître
de Quiévrain , & en chaffa les ennemis ; mais
il falloit du fecours pour s'y maintenir , & je
( 116 )
me hâtai d'aller chercher d:ux bataillons d'infanterie
pour les mener à Quiévrain } mais je
les trouvai tellement épuilés de fatigue , qu'il
me fut impoffible de les ramener , & je retournai
rechercher à Quiévrain le brave quarante- nenvième
régiment , avec lequel je rentrai après
toute l'armée. On pouvoit craindre à Valenciennes
ce qui étoit arrivé à Lille . J'ai cru devoir
employer le refte de mes forces pour éviter
de grands malheurs , & ne pas devoir me
dérober à la juftice ou à la fureur du foldat
dont toute la colère fe portoit fur les officiersgénéraux.....
A
Le camp a été pillé par les Hullans ; nòs
effets de campement perdus & nos équipages. 3
c. Nos malheurs ne doivent pas m'empêcher
de rendre juftice à la valeur & à l'intelligence
de M. Beauharnois , dont l'infatigable activité
m'a été fort utile ; je dois rendre auffi les comptes
les plus avantageux de MM. Froiffae & Pontavice
, adjudans - généraux , ainfi que de MM.
Preiffa & Levaffeur , mes aides - de- camp ; ce der
nier eft bleffé d'un coup de feu à la jambe ; M.
Dubuch , officier d'artillerie , de la plus grands
diſtinction , a été légèrement bleffé au bras. >>>
Je ne connois peint de bataillon de grenadiers
plus brave , plus ferme , plus foumis aux
ordres qu'on lui donne , que le deuxième du département
de Paris . »
« MM. Chartres & Montpenfier ont marché
avec moi.comme volontaires , & ont effuyé
pour la première fois , beaucoup de coups de
fufil de la manière la plus brillante & la plus
tranquille . » M. de Biron termine en difant :
« Je n'ai rien à me reprocher. Je ne crois pas
1. J
( 117 )
que perfonne attaque ma conduite : fi elle excitoit
le plus léger foupçon d'un tort , je demanderois
avec inftance à être jugé par une cour martiale ;
& , dans tous les cas , je continuerai de fervir {
comme foldat tant que ma Patrie ſera en dan
ger. "
Cette lecture achevée , le miniftre de la guerre
a renouvellé fes preffantes inftances pour que les
généraux foient protégés contre les infultes ,
les foupçons , les calomnies , les fureurs de
troupes abufées , & les égaremens d'une portion
du peuple. Il a cru devoir expofer les baſes
du premier plan de campagne conçu au moment
de la déclaration de guerre , par le miniftre des
affaires étrangères qui attendoit tout de fes intelligences
avec des patriotes Belges qui lui avoient
promis d'éloigner ou de paralyfer les troupes Autrichiennes
. Voici un paffage remarquable de
M. de Graves à ce sujet .
2
2
Plufieurs motifs développés dans le rapport.
du miniftre des affaires étrangères ( qui porta au
confeil des projets d'inftruction pour les généraux) ,
devoient déterminer à entrer en Brabant... Ce fut t
`principalement d'après des efpérances fondées furi
des relations locales & individuelles dans le Bra◄ »
bant , que les miniftres adoptèrent à l'unanimité ,
au confeil , le projet d'inſtruction pour les généraux.
En effet , quoique nos troupes manquaffent ' :
encore de quelques objets qui devoient leur arri- ?
ver & qu'elles ont maintenant , on pouvoit penfer
que des mouvemens de quelques lieues pour fe
transporter d'uneville dans une autre , n'exigeoient
pas l'enſemble de tous les préparatifs de campagne ; >
quelemanque de difcipline , qui , pour une guerre
en règle , feroit la perte d'une armée , n'étoit pas
un obſtacle qui dût nous arrêter ; car dans la fup(
118 )
pofition du mécontentement des habitans , la dif
cipline la plus exacte fe feroit néceffairement relâchée.
La même réflexion s'appliquoit au peu d'inftruction
des troupes & au peu d'expérience d'une
partie des généraux , puifqu'il n'étoit pas queſtion
d'une guerre méthodique...
се
35
Le refte de la féance s'eft confumé en dénonciations
de journaux . M. Beugnot a tonné avec
autant d'énergie que de juftice , contre les feuiles
« de fcélérats qui ont , a - t-il dit , conduit Dillon
à la mort » > contre les corrupteurs de la multitude
qui « jufques fous les portiques de l'Affemblée
profeffent ou célèbrent impunément les maximes
impies du régicide . » Il a ſpécialement dénoncé
un nº. du pamphlet figné Marat , qui excite
l'armée à immoler fes généraux au falut public ; &
il a dit : « Avant de vous entretenir de cette hor
rible licence de la preffe , quelques-uns de nos !
collègues fe font adreffés au miniftre de la juftice
(M. Duranthon ) , & lui ont prêté ces coupables
écrits. Je ne traduirai pas les réponſes . Je préfère
de vous proposer une mefure qui en prévienne de
femblables . L'eftimable opinant a demandé qu'on
mandât ce miniftre , pour lui enjoindre de donner
les ordres les plus précis aux accufateurs publics
d'informer contre d'infâmes écrivains & motionnaires.
M. Bazire foutenant que la loi étoit faite
s'eft élevé contre les factieux , & contre les intri
gans pour qui les factieux font un prétexte de
propofer des melures répreffives nuifiblés à la
liberté ; il s'en remettoit « à la magnanimité du
peuple François fur qui de pareils écrits ne produifent
aucun effet , » & au zèle des accufateurs.
M. de Vaublanc a cité un autre nº . de la feuillę
fignée Marat , qui invite le peuple à porteglefer
!
( 119 )
& le feu fur la majorité gangrénée de l'Affemblée
nationale. Il eft convenu que les loix n'étoient :
pas exécutées , que des corrupteurs entourent le
François , né loyal , de féductions , pour en faire
un monftre. « Orez au peuple le poifon que des
écrivains mercenaires lui diftilent , & alors vous
pourrez , avec fruit , lui envoyer vos inftructions ;
vous répandrez dans les campagnes des flots de
lumières. »
Relativement à l'armée «e nous pourrions , a-t-il
ajouté , éprouver de grandes trahisons ; mais la
loi atteindra les généraux encore plus sûrement
que les foldats. Les trahifons feroient moins funeftes
que l'indifcipline . La défiance du foldat envers
des chefs aimés , eftimés , qu'il a vus dans
les fociétés des amis de la conftitution , eft feule
capable d'anéantir l'armée & de mettre la France
fur le bord de l'abyme. »
M. de Girardin n'a pas héfité d'affimiler l'Ami
du Peuple , figné Marat , à l'Ami du Roi , par
M. l'abbé Royou ; & la falle a retenti d'applau
diffemens, Enfuite il a combinél'avis de M. Bazire
avec celui de M. Beugnot , & s'eft borné à demander
compte au miniſtre de la juſtice de l'exécution
des loix.
Ayant obtenu la parole pour un fait , M.
Louftalot a dit que, ce matin à 10 heures , un
homme portant la livrée du Roi & une médaille
de cuivre , lui avoit offert la feuille de Marat,
en lui difant qu'il la diftribuoit gratuitement.
« Je n'ai point de témoins de ce que j'avance
a ajouté M. Louftalot ; mais j'en reponds fur mon
honneur & fur ma vie. »
>
Vainement M. Chéron a - t - il interpellé fes
collégues de révéler le propos du ministre de la
juftice , que M. Beugnot n'avoit pas voulu tra
( 120 )
>
duire des rumeurs ont détourné l'attention de
l'Affemblée . Alors M. Lafource s'eft animé contre
l'Ami du Roi , & a invité la législature & à
prendre un caractère de vengeance ... ( de juſtice ,
lui a -t- o crié ) . Il a parlé de la vengeance des
loix ; puis réculant les tribunaux ordinaires , il
a conclu à ce que l'auteur de l'Ami du Roi fût
décrété d'accufation , en lui imputant d'avoir
exhorté l'armée à déferter . MM . Cambon
Ramond , de Girardin & d'autres alléguoient
chacun un article de la conftitution . M. Guadet.
a foutenu la légalité de l'accufation , l'inutilité
de lire le journal , d'entendre l'auteur inculpé
attendu que les jurés n'ont befoin que de leur
conviction intime & que l'Affemblée remplit
les fonctions de juré , & l'accord parfait de ces
fortes d'actes & de l'incarcération qui en réfulte
avec la liberté de la preffe & les formes judiciaires.
,
Du fein d'un orage violent où l'on ne diſtinguoit
que la voix de MM. Bazire , Mazurier
Chabot , Merlin , Ducos qui réclamoient inutilement
, & celle de M. Briffot qui hâtoit la conclufion
, font fortis deux décrets d'accufation
contre l'auteur de l'Ami du Roi , & contre l'auteur
de l'Ami du Peuple , & un décret qui a ordorné
l'appofition des fcellés dans les maifons & bureaux
des acculés.
11
Dujeudi , féance du foir.
Nous avons prévenu les lecteurs que l'efpace
ne nous permettoit pas de leur rendre un compre
exact des offrandes patriotiques qui prennent une
partie du temps de l'Affemblée . Les comédiens
François du théâtre de Paris donnèrent hier 1 500 1.
&
1
& reçurent les honneurs de la fallé . Aujourd'hui
un Anglois offie 20 franés. M. Paradis , bijourier
, envoie 100 liv . " & un bouletide car on
pour le premier émigré qui prendra les arnres
contre la France » ¸ · &c.
Une lettre du Roi a demandé 6,856,859 liv .
pour les dépenfes extraordinaires de la marine
deftinée à protéger le commerce national. Au
comité.
C
M. Blanchon annonce que M. de Chaumont
aide-de-camp de M. de Dillon , n'a point péri
avec ce général' ; qu'il a été trouvé étendu fur fe
champ de bataille & qu'il eft à Valenciennes .
Au nom des comités diplomatique & militaire
M. Lemontey a démonté que les Juges de Chambéry
avoient eu tort de condamner le fieur Caffe ,
Savoyard , à être pendu pour des imprimés fédidieux
publiés en France & portés en Savoie ; qu'un
bataillon de volontaires qui n'a pas voulu conferver
M. Caffe parmi les capitaines , fous le prétexte
incivique & d'ancien préjugé que ce capitaine
avoit été pendu en effigie , avoit eu toit de
l'exclure. Les conclufions de M. Lemontey , décrétées
après divers débats , ont renvoyé au pouvoir
exécutifla demande dudit Charles-Jofeph Caffe tendante
à faire anéantir le jugement rendu contre ce
patriote par le Sénat de Chambéry , enjoint au
miniftre des affaires étrangères de rendre compte
dans le mois des mesures qu'il aura prifes à ce
fujet , & ordonne la réintégration du hieur Caffe
dans le bataillon comme capitaine.
On â lu , ci - deffus , ce que M. Beugnot a fait
entendre de la réponſe intranfmiffible du miniftic
de la juftice aux députés qui le preffoient de dénoncer
l'Ami du Peuple. Aujourd'hui , M. Duranthon.
écrit à l'Affemblée qu'il a dénoncé au commiſſaire
N. 19. 1a Mai 1792 .
F
( 122 )
du Roi près du tribunal criminel du département
de Paris , le n . 645 du journal figné Marat qui
invite le peuple au meurtre par ces mots fur
l'Affemblée Le vrai Spécifique feroit de féparer.
les membresfains & de brûler le corps entier.
{
Du vendredi , 4 mai.
Conformément à la demande du Roi contrefignée
Lacoste , un décretd'urgence à mis à la difpofirion
de ce miniftre de la marine , 2,697,682 1 .
fur-le- champ , dont 910,912 liv . en cipèces , le
rafte en 6 paiemens égaux , de mois ca mois ,
à compter du premier juin.
MM. Crofilhac & Fonfrède , députés extraordinaires
de la commune de Bordeaux , font
venus apporter la foufcription de la municipalité
pour 12,000 liv.; annoncer que la foufcription
ouverte par la fociété des amis de la conftitution
, excède déjà 100,000 liv . , & former
diverfes demandes au nom du confeil - général.
Leur pétition fera remife aux comités des domaines
& de l'extraordinaire des finances ; &
leurs dons applaudis ont été ſuivis des honneurs
de la falle.
Le ministre de la guerre adreffe à l'Affemblée
nationale un extrait de lettre officielle que nous*
tranſcrirons :
Extrait de la lettre écrite par le Chancelier de l'état
de Bâle à M. Dumoutier , le 29 avril 1792 ,
après fouper.
ce Voilà les Autrichiens à deux lieues de notre
ville , où ils fe repofent des fatigues d'hier ; car
nous les avons tant effrayés , qu'ils font venus
de Porentru à Reillac fans s'arrêter qu'une heure
pour fe rafraîchir, Le chargé d'affaires de François
I
(
123: }
a demandé paffage pour les troupes autrichiennes
jugez avec quel plaifir nous l'avons accordé
c'étoit pour le jour de dimanche une oeuvre bien
méritoire. Ils feront accompagnés pendant ce
paffage. Il fait un temps fuperbe. Les échos
des défilés de l'évêque retentiffent fans doute de
l'air fa ira , & des cris : vive la nation , la loi
& le Roi. Notre ville s'eft portée en foule à
Reillac pour voir fortir les Autrichiens & arriver.
les François.
57
M. Cuftine nous a écrit une lettre brûlante
de patriotifme , digne d'un François régénéré
dans laquelle il nous demande fi nous refuſerons
pallage aux Autrichiens . Nous lui avons promis
une neutralité confédérée ; & fur- le- champ
nous avons communiqué cette difpofition au
chargé des affaires de Vienne ( 1 ) . »
12
Organe des comités réunis de légiflation , mi-,
litaire & diplomatique , M. Ramond a dit , dans
un Tapport : Un filence inexplicable couvre la
fuite du malfacre du 30 avril , ( des Tyroliens ).
Ce filence , que ne peut -il être celui de l'hiftoire
. Les circonftances exigent des mesures
légiflatives promptes & appropriées aux befoins
de la guerre... une loi fur la prompte applica
de la peine au délit d'infubordination .... une
loi fur le traitement que des prifonniers de
tion
120
guerre
(1 ) On ne fait fi cette lettre eft du chancelier
de l'évêché de
He , ou du chancelier
du canton de Bafle . Il eft peu probable qu'elle
foit de ce dernier qui doit au moins connoître
les conftitutions helvétiques & les rapports refpectifs
de fa nation avec la France & la maifon
d'Autriche.
F2
124
doivent éprouver d'une nation libre & généfeufe.
Les évèneinens vont plus vite que la
légiflature , & il eft tout fimple que nous ayons
avon
eu des prifonniers avant d'avoir pu fonger à la
manière dont nous les traiterions... Vos comités
ont douté ft le code pénal devoit renfermer une
application formelle des difpofitions contre toute
efpèce d'affaffinats , au cas ou des François pourroient
oublier que le prifonnier eft inviolable
comme la fouveraineté de fa nation , & facré
comme le malheur. »
Le rapporteur a lu un projer de décret, MM.
Albitte & Lacroix ont craint qu'on ne donnât
trop d'autorité aux généraux . Un autre membre
demandoit l'impreffion & l'ajournement. En combattant
M. Lacroix , M. de Vaublanc a dit
K
je ne veux pas répéter ce que vous n'avez
que trop entendu , & ce qui ne pourroit arriver :
àl'avenir fans entacher l'honneur François , » Ces
nots ont excité de violens murmures. M. Ducos.
lui a répondu « c'eſt t calomnier le nom François
que de , mettre un fait non - avéré fur le
compte de la nation . » M. de Vaublanc laifoit
aux généraux tout le pouvoir que leur donne la
loi du 30 feptembre, qui n'a pas fauvé M. de
Dillon. Remontant aux grands principes , M..
Couthon a foutenu que le meurtre des prifonniers
défarmés , opéré par des foldats , n'étoitpas
un délit militaire , qu'ainfi ce feroit aux tribunaux
à en connoître ( au diftrict de Bruxelles ,
luf a crié un membre ) . M. Couthon a confeillé
de créer des tribunaux de police correctionnelle
des juges de paix fuivant l'armée, & de bien fe
garder de rétablir rien d'approchant des ci-devant
juftices prévôtales .
Après M, Dumas , qui a parlé le langage de
I
6x25 )
t
:
la raifon & de l'expérience militaire , M. Ver
gniaud a cité le grand Frédéric , qui faifoit , fans
jury , punir de mort tout foldat qui confervoit
de la lumière , dans le camp , paffe une certaine
heure & il a téfèrvé à l'Alleinblée le droit de
déterminer le délit & la peine , ce qui la foit
indécife, la feule queftion dont on auroit dû
Poccuper : « le général appliquera- t - il fur- lechamp
la peine au délit dans les cas où l'exécution
doit être prompte pour que le crime celle ? »
M. Rouyer exceptoit la peine de moit & les
peines afflictives. M. Lacroix propofoit use
gradation pour une menace faire au prifornier
, 6 mois de détention , contre celui qui le
maltraitera , un an contre celui qui le mutilera'
où le tuera , la mort . M. Lafourceinvoquoit le code
&
un an . Lafour
pénal. On a decreté cette propofition ,
D
Le ministre des affaires étrangères eft venu
déployer fon plan de campagne avorté , affurer,
que les fautes feroient des leçons , les punitions
des exemples , & qu'une guerre méthodique
fubftituée à une guerre d'infurrection probable ,.
alloit tour réparer . M. de Cuftine s'emparoit de
Porentru , M. de la Fayette de Namur , M. de
Biron de Mons & de Bruxelles , M. Kellermann
tenoit Luxembourg en échec , tandis que M. de
Dillon menaçoit Tournai & M. d'Elbec Furnes.
C'étoit pour Paquil
ny cût pas
de temps perdu ,
qu'on avoit adreffe des ordres directs aux généraux
qui fervoicht fous M. de Rochambeau , quoique
les ordres donnés au maréchal fuffent de
beaucoup antérieurs à tous autres. Il a nié , contre
le journal & les lettres de M. de Rochambeau ,
que ce général n'eût pas connoiflance des derniers
ordres il a dit qu'ils avoient pour but « d'étendre
par-tout les difpofitions à l'infurrection qui
F3
( izš )
toient apparentes d'après divers détails dont on
ne doutoit pas ( ah ! ah ! s'eſt on écrié dans
plufieurs parties de la falle ) , que les revers éprouvés
ne fauroient décourager quatre millions
d'hommes libres armés pour la defenfe de leur
patrie. Il s'eft élevé des murmures. »
M. Dumourier a demande 60 bataillons de
volontaires , & annoncé que le Roi venoit d'ac
corder à M. de Rochambeau un congé illimité
pour foigner fa fanté. On a exigé que le miniftre
fût les lettres de M. de Rochambeau. Il en a lu
deux adreffées au Roi . Le maréchal y taxe les
mefures prifes par le confeil , de précipitation
& de découfu , & écrit : fo
Je garde la minute des lettres miniftérielles,
plus preflantes les unes que les autres , de celles
particulièrement du miniftre des affaires étran
gères ; elles prouveront que mes représentations,
n'ont pas été écoutées , & que , quelques nouvelles
que j'aie pu donner fur ce que je ne voyois
aucune difpofition de la part des troupes à paffer de
notre côté, ces Meffieurs ont cru de préférence devoir
aux lettres qui leur ont été diftriajouter
foi
buées. M. Biron , qui , depuis deuxjours, eft ca
préſence , n'à vu encore aucun émigrant , ni déferteur
brabançon, »
сс
T
20
af
Il réfulte , Sire , de toutes ces melures
échouées , que fi vos miniftres , & celui des af
faires étrangères particulièrement , veulent jouer
toutes les pièces de l'échiquier , & que je ne
doive refter qu'une pièce paffive , contrarié &
obligé de jouer tous les coups d'une partie dont,
V. M. m'a donné la conduite , je fupplic V. M.
d'accepter ma démiflion , & de me permettre
d'aller continuer les iemèdes & le foin de ma fanté
& de refter dans les environs de cette ville , d'ouj
( 127 )
puiffe, au premier inftant d'une place menacée , aller
me jeter dedans , & en défendre les paliffadesjufqu'à
la mort contre les ennemis de l'état (on applaudit) .
Je fuis , &c. »
Dans une feconde lettre , le maréchal écrit
SIRE ,
Je prie V. M. de vouloir bien faire Imprimer
la lettre que j'ai eu l'honneur de lui écrire ; je
crois cette publicité indifpenfable pour le fervice
de l'Etat & de V. M. , qui font inféparables.
Je fuis , &c.»
Et dans un poftfcriptum : 7 1
« Je n'ai rien vu de pareil à ce que je vois ;
& j'espère que V. M. me difpenfera de le voir
long-temps. Toutes ces fcènes feront perdre la
confiance ; on ne parle plus que de trahifon.
Quant à la difcipline , il n'en eft plus questions
dans ce moment de crife , à la vérité , la troupe
a eu beaucoup à fouffrir ; mais je dois laiffer
à M. Biron le récit de ces malheureux détails .
J'ai perdu , Sire , la confiance de l'armée ; V. M.
fait fi j'ai mérité de la perdre ; & fi je fuis l'au
teur de ce coup infernal . M. Biron en a été l'acteur
, d'après les ordres de votre confeil. En
tout état de caufe , il eft indifpenfable de me
relever ; tous les généraux qui font ici font dans le
même cas.»
Signé, ROCHAMBEAU.
2. I
Quelqu'un a crié le renvoi à Orléans . Un
autre qu'il renvoie le bâton . « Si nous fommes
condamnés à entendre long temps de pareils
propos , a dit M. Hauffy de Robecourt , nous
ferons obligés d'aller , comme M. de Rocham
beau , mourir pour la liberté en défendant une
paliffade. Il faut un exemple éclatant de l'ing
F 4
7-128 )
39 fulte faite à la nation . M. Dumourier eft forti
entre les applaudiffemens d'un côté & les murmures
de l'autre. On demandoit qu'il déposât
Tes papiers le bruit eft devenu extrême, M. de
Vaublanc exhortoit l'Affemblée à prendre une
contenance digne d'elle pour fauver la patrie ,
& difoit : « Peut- être fera-t- il important d'atrendre
des nouvelles officielles ( de Lille & de
Valenciennes ); peut- être le fera- t- il davantage
d'envoyer des commiffaires.... » MM. Dumas
& Théodore de Lameth ont été accablés de huées
& couronnés d'applaudiffemens orageux , à chaque
éloge ou regret qu'ils ont donné à M. de Rochambeau
. Enfin , après une longue altercation ,
ál a été décidé o
que M. Dumourier remeurere
des pièces & fon mémoire dans le jour , & l'Affemblée
a décrété 13 articles en ces termes fur
des prifonniers de guerre :

L'Affemblée nationale voulant , au commeneement
d'une guerre entreprife pour la défenſe de
la liberté, régler , d'après les principes de la juftice
& de l'humanité , de traitement des militaires ennemis
que le fort des combats mettra au pouvoir
de la nation Françoife ;
Confidérant qu'aux termes de la déclaration
Zes droits , lorfque la fociété eft forcée de priver
un homme de fa liberté , toute rigueur qui ne feroit
pas néceffaire pour s'allurer de fa perfonne doit
être Tévèrement réprimée par la loi ;
Reconnoiffant que ce principe s'applique plus
particulièrement encore auxprifonniers de guerre ,
qui , ne s'étant point rangés volontairement fous
la puillance civile , de la nation , demeurent
fous la fauve- garde plus fpéciale du droit naturel
des hommes & des peuples décrète qu'il y a ut
gence.” sulukla
L'Affemblée nationale , après avoir décrété
Furgence, décrète ce qui fuit :
Art. I. Les prifonniers de guerre font fous
la fauve- garde & protection de la nation .
all Toute rigueur , violence ou infulte commife
envers un prfonnier de guerie , feront.punies
comme- fi ces excès avoient été commis contre un
citoyen françois . »
2
Illo Les prifonniers de guerre feront tranfportés
fur les derrières des armées , dans les dépôts
que les généraux auront défignés. 231ry
IV. Ils feront enfuite répartis dans l'inté
rieur du royaume , à la diftance de vingt lienes
au moins des frontières , & placés principalement
dans les chefs- lieux de diftrict & les villes
fermées.
V. Il leur fera alloué provifoirement pour
leur entretien , fur les fonds extraordina res de la
guerre, la totalité de la folde & des appointemens
de paix dont jouiffent les grades correfpondans de
J'infanterie françoiſe.
« Vr. Les prifonniers de guerre feront adamis
à prendre, en préfence des officiers munici
paux , l'engagement d'honneur de ne point s'écarter
du lieu qui leur aura été affigné pour deimeure
; & dans ce cas ,ils auront la ville four pifon,
& ne feront foumis qu'aux appels quiferont fixéspar
un règlement particulier .
3. VII. Cerx qui , outre l'engagement d'honneur,
⚫ fourniront une caution' , ne feront tenus de fe
-repréfenter qu'à un apfel par jour , fans pouvoir
>néanmoins s'écarter de la ville de plus de deux
rlicues. GAT 732311
* $ 90 91
2. VIII. Les was& lesautres feronttenus d'être
vêtus de leur uniforme, & ne pourront , en aucun
cas, avoir ni porter des armes. »
FS
( 130 )
ee IX. Ceux qui ne donneront pas decaution , &
refuferoient l'engagement d'honneur mentionné en
Tart . VII , feront détenus dans des édifices nationaux
fermés.ɔ
« X. Ceur qui ayant pris l'engagement
d'honneur ou fourni caution , manqueroient aux
obligations qui leur font impofées par les ar
ticles VII , VIII & IX , feront traduits devant
le tribunal de police correctionnelle , & condamnés
à garder prifon pendant un temps plus ou moies
long , felon la gravité des circonftances , &
qui pourra être indéfini fi le projet d'évasion eft
prouvé. »
« XI. Les prifonniers de guerre jouiront
au furplus , du droit commun des François ; ils
pourront fe livrer à toute efpèce de profeffion
en rempliffant les conditions preferités par les
loix ; ils feront traduits devant les tribunaux ordinaires
, en cas de délit , y feront pourfuivis
pour révolte , & y recevront la réparation des
injures ou dommages dont ils auroient à fe
plaindre,
!
* I
XII. Le pouvoir exécutif préfentera , dans
Je plus court délai , un projet de règlement fur les
lieux où les prifonniers de guerre ferent tranférés,
fur le mode de leur tranflation , fur le nombre qui
en pourra être réuni dans le même lieu , fur la
manière dont ils y feront furveillés & gardés , fur
les appels aunquels feront foumis ceux qui jouiront
de la faveur des articles VII & VIII , fur la polite
des ma fons où feront renfermés ceux qui ne jouiront
pas de cette faveur ; fur les correfpondances
des uns & des autres avec l'étranger ; & en un
smót , fur tous les moyens d'exécution du préſent
décret,
( 133 )
XIII. Le préfent décret fera porté dans le jour
à la fanction .»
Du vendredi , féance du foir.
Il a été décidé que l'Affemblée enverroit une
adreffe à l'arméc . M. de Vaublanc en a lu un
projet que M. Vergniaud a fait renvoyer au
comité , en obfervant que les crimes commis à
Lille , le maffacre de M. de Dillon & des Tyroliens
, crimes dont on y annonçoit la punition ,
étoient dans cette adreffe l'idée dominante &
ne devoient y être qu'une idée acceffoire . M.
Lequinio a voulu lire auffi fon projet d'adreſſe ;
mais comme on a fini par ne pas l'écouter , il
a dit que fon intention n'étoit point de forcer
l'Affemblée à l'entendre , & il eft defcendu de
la tribune . Indigné de voir qu'on fe permît d'humilier
un reprefentant de la nation , M. Merlin
a prouvé que le lecteur avoit comme tous les
autres membres , « le droit de déposer fur l'autel
de la patrię le tribut de fes lumières ; » M. Lequinio
a protefté qu'il fe retiroit « fans déconragement
& fans humiliation, » Ceux qui avoient
étouffé fa voix par leurs converfations tumul
tueufes , ont obfervé que perfonne ne lui avoit
d:mandé de s'interrompre. On a décrété qu'il
fercit entendu jufqu'à la fin . Il a repris la lecture ,
& cette longue lutte s'eft terminée par de vifs
applaudiffemens & l'oubli de l'adreffe.
L'Affemblée après avoir entendu le rapport du
comité militaire fur le réglement de M. de Narbonne
du premier janvier 1792 concernant le
fervice intérieur , la police & la difcipline de
l'infanterie , confidérant que le titre de ce réglement
n'eft pas conforme à la conftitution , que
ce réglement laifle aux officiers fupérieurs trop
F6 F 6
132 )
de latitude dans l'application des moyens correetionnels
, qu'il faut que la difcipline foit jufte ,
modérement févère & toujours paternelle ; » a
décrété d'urgence , cinq articles qui fuppriment
Ia peire prononcée contre les foldats , de boire
une chopine d'eau pendant 3 jours de la femaine ,
T'heure de la garde montante , pour fait d'ivrognerie
, & la peine du piquet dans les garnifons ,
quarriers & cantonnemens ; chargent le Roi de
donner fes ordres pour qu'il foit fait un nouveau
réglement conforme à la conftitution ; ordonnent
que toutes les loix militaires auxquelles il n'a pas
été dérogé , continueront d'être cxécutées provifoirement
; & preferivent que l'intitulé de toes
les réglemens à faire par le Roi , fera dans là
forme fuivante ( en 3 lignes l'une fous l'autre ) :
Au nom de la Loi . --- De par le Roi.
glement. 13
Du famedi , mai .
-- Ré-
Sur le rapport de M. François de Nantes ,
« l'Affemb.éc nationale interprétant le tarif des
douanes du 31 janvier 1791 , décrète que le jais
brut eft
le to it droit à l'entrée du foyauime;
que le jais travaillé continuera d'être paffible ·
d'un droit d'entrée de ro liv. du quintal , & que
ledit dioit de 10 liv . perçu à l'entrée fur le jais
brut depuis & en exécution dudit tarif, fera reftitué
, par les receveurs des douanes , à tous les
propriétaires , voituriers & marchands qui l'ont
acquitré .
J
*
Au nom du comité militaire , M. Lacuée a fat
un rapport for la demande de M. de Graves de
60 nouveaux bataillons de volontaires. Il a établi
que l'intérêt de la France eft de « brufquer les
bpérations , & d'aniver promptement à la fin de
сс
( 133
la guerre. En conféquence , il a propoféun
décret dont nous donnerons le confidérant ou le .
motif diplomatique en entier , & la fubftance
des 13 articles adoptés fans débats intereffans.
: ce L'Affemblée nationale voulant donner , fans
délai , à tous les citoyens François la poffibilité de
concourir d'une manière active au maintien de la
conſtitution & de la liberté, & mettre entre les mains
du pouvoir exécutif tous les moyens qui peuvent
affurer le fuccès d'une guerre entrepriſe pour repouffer
les attaques d'un prince qui , fous de frivoles
& faux prétextes , déguite le defit d'affervir
les François & de démembrer l'empire , décrète
qu'il y a urgence. Il » -- fera levé , fans.délai ,
31 bataillons de volontaires nationaux . — Vingr
feront répartis entre les départemens qui n'ont
point encore été admis à fournir leur contingent
volontaire ; les onze reftans entre les autres départemens.
Le pouvoir exécutif en propofera ,
fous trois jours , la répartition au pouvoit légiflátif.
Les 31 bataillons feront organifés d'après
les difpofitions du décret du 4 août . — Il y aura
dans chacun des bataillons déja exiftans & dans
ceux qui feront levés , une augmentation de 226
hommes. Chacun des 169 bataillons fera compolé
de 800 hommes , chaque compagnie de 88 ,
celle des grenadiers , de 89. Le nombre des officiers
& fous officiers reftera tel qu'il a été fité
par le décret du 4 acût. --- Les 200 bataillors
feront inceff.mment portés au pied p eferit par
l'article précédent , armés , équipés , habillés .
--- Dans le mois , les municipalités adrefieront
aux directoires de diftrict , ceux ci aux directoires
de département , ceux- ci au minifre , & le miniftre,
chaque mois , au corps légiflatif , l'extrait fommaire
des regitres d'inferiptions vēlontaires -u
·
( 134 )
Une lettre du miniftre de l'intérieur a communiqué
l'extrait d'un mémoire des commiffaires
civils envoyés à Avignon . Jourdan & les complices
y font entr's en triomphe. Les patriotes
Marſeillois y ont défarnié les troupes qui vouloient
exécuter le décret qui ordonne d'arrêter ces brigands.
La terreur & le trouble règnent dans
cette malheureuſe ville . M. Merlin a pensé que
foit qu'on lût tout ou partie , on ne décideroit
rien fur une fimple lecture , qu'ainſi autant valoit
décréter d'abord l'envoi au comité fans achever
de lire . Honorablement connu four ne pas favorifer
l'impunité des fcélérats , M. Freffenel a
témoigné fa furprife , que , malgré le décret
porté depuis plus de 15 jours pour enjoindre
aux miniftres de faire remettre dans les prifons
les affaffins d'Avignon , les miniftres n'aient pas
encore rendu le compte qu'on exigea d'eux. Il
a dit que leur négligence livroit cette ville aux
meurtriers du 16 octobre ; que la glacière étoit
ouverte...
D'étranges murmures fe font élevés dans l'une
des extrémités de la falle , & M. de Kerfaint
ayant, réclamé l'ordre du jour , de plus violens
murmures ont éclaté dans l'autre côté. « Il y a
de la perverfité dans cet ordre du jour ,
écrié M. Chéron , Du fein du tumulte eft enfin
parti ua décret , qui ordonne aux miniftres de
la juftice & de l'intérieur de rendre compte dans
les 24 heures , des mefures prifes relativement à
Avignon .
Y On a lu la lettre fuivante de M. de la Fayette
au miniftre de la guerre :
dois
Depuis mon départ pour Merz , monfieur ,
vous avez reçu mes demandes ; je vous
un compte général de mes mouvemens. » -
( 135 )
ce Les nouvelles inftructions du conſeil m'arriveront
par l'aide de camp de M. Dumourier
k 24 au foir ce changement de lieu & d'épo
que néceflita des efforts d'autant plus difficiles ,
que nous manquions de beaucoup de moyens y
& qu'il falloit tranfporter à cinquante - fix lieues
ceux que nous avions . »
« Le 25 , fut employé à tenir prêtes trente
hdit pièces de canon , qui , grace à l'activité
de M. de Riffau , le furent dans vingt - quatre
heures. Pendant ce temps on réunit les chevaux
indifpenfables , pour lefquels le zèle des corps
adminiftratifs , de la municipalité & des citoyens
de la ville & des environs fuppléèrent à nos
befoins. Nous nous procurâmes également des
fouliers & autres objets , néceffaires . Le 26 ,
je fis partir fous les ordres de M. de Narbonne
, maitre-de- camp , l'artillerie avec trois
compagnies & demie du régiment d'Auxonne ,
deux compagnies & demie de volontaires de la .
Mozelie , le 9 bataillon d'infanterie légère , les
deux compagnies de grenadiers du 178. le 71º.
régiment , auxquelles fe joignirent à Damvilliers
celle du 99 , & cele du 2. batai lon des Ardennes
le 3 régiment de chaffeurs à cheval partit auffi par
une plus longue route de 2. régiment d'huffards
à Mouzons , le 2. de dragons à Verdun , le
12. à Stenay , legs.d'infanterie à Montmédy
& fucceffivement toutes les troupes ' les
moins éloignées de Givet , reçurent ordre de s'y
rendre avec célérité . » 02
« Vous m'aviez mandé , monfieur , d'être
le 30 à Giver, & la crainte de manquer à ce
arendez-vous , fur lequel M. le maréchal de Ro-
Schambeau avoit calculé fes mouvemens , my
fit porter par des marches forcées. Il paroîtra
( 136 )
extraordinaire que le convoi d'artillerie & les
troupes aux ordres de M. de Narbonne , ayent
fait une route de 56 lieues , fouvent mauvaikes ,
fur laquelle on n'avoit pas eu le temps de prévoir
leur paffage , & par une chaleur exceffive ,
dans un court efpace de cinq jours . Il falloit la
réunion de tous les moyens perfonnels de cet
efficier -général , du zèle de fes coopérateurs , &
de l'ardeur des troupes , pour arriver le 30. Le
refte des troupes a été également exact au rendezvous
, & leurs fatigues , ainfi que leurs privations ,
n'ont paru affliger que moi. Il en eft de même ,
monfieur , de notre fituation au camp de Rancennes
où nous manquons de beaucoup d'ob ,
jets néceſſaires , & où perfonne ne ſe plaint . »
Le 29 au matin , nos patrouilles ont pouffé
celles des ennemis . Le 30, M. Lallemand , colo
ne!, avec le onzième régiment de chaſſeurs à
cheval , s'eft porté à Bouvines , à moitié chemin
de Namur , ou deux ou trois huffards autri,
chiens ont été tués , & quatre pris . Le premier
mai , M. de Gouvion , maréchal - de- camp , a
pris pofte à Bouvines avec une avant - garde de
3000 hommes . » 73
ace La veille au foir , j'avois appris par M. te
maréchal de Rochambeau que M. Dillon &
M. de Bifon fe replioient . J'ai reçu depuis une
-lettre de M. de Biron., m'annonçant fa rentrée
à Valenciennes , & celles ou vous m'apprenez
les atrocités commifes à Lille. »
.
« L'infâme conduite qu'on a tenue envers les
prifonniers de guerre , exige , M., une vengeance
Sexemplaire ; ce n'eft pas l'ennemi qui la demande ,
-c'est l'ée françaile . L'indignation que nous
vons tous éprouvés , m'autorifé à dire que de
braves foldats répugnéroient trop à combatte
( 137 )

fi le fort de leur ennemi devoit être livré à de
lâches cannibales . »
D'après les nouvelles de l'armée du Nord ,
j'ai attendu au camp de Rancennes les objets
d'indifpenfable néceffité , dont nous manquons
encore , foit pour faire mouvoir les troupes
foit pour leur confervation ; mon avant- garde
eft toujours à Bouvines , »
>
« M. Deluunoi , que j'ai l'avantage d'avoir
à la tête de mon état - major , la partie de cet
état- major, qui a rejoint l'armée avec M. Peliat ,
commiffaire principal , m'ont rendu les plus
grands fervices dans le travail précipité que les
inftructions arrivées le 24 ont néceflité , nonfeulement
pour le corps que je commande en
perfonne , mais pour la totalité de mon armée.
Les citoyens fe font par- tout capreflés à fe
conder l'ardeur des troupes. »
L'impreffion de cette lettre , fouvent applaudie ,
a été décrétée par acclamation ; mais fur l'obfervation
de M. de Girardin que le meurtre des
Tyroliens n'étoit pas officiellement avéré ,
nouveau décret a ftatué que la lettre ne feroit
imprimée que lorfqu'on auroit des nouvelles officielles
de Lille.
un
Trois comités réunis ont penfé & l'Affemblée
a décrété , qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer fur
la propofition des miniftres d'envoyer des commiflaires
à l'armée.
Le refte du temps a été rempli par une fuite
du rapport de M. François , de Nantes , contre
les prêtres , & fon projet de décret , & par un
rapport & un projet de décret de M. Dumas fur la
dilcipline militaire . Le premier objet eft ajourné
à mardi , le fecond à lundi. Nous y reviendrons
lors de la difcuffion..
( 138 )
Du famedi , féance, du ſoir.
Le miniftre de la juftice , M. Duranthon , pour
obéir au décret qui lui enjoignoit de rendre compte
des mefutes prifes à l'égard des prifonniers d'Avi
gnon, eft venu dire qu'iln'avoit encore rien fait . On
décréta qu'ils feroient arrêtés . Il écrivit , le 16 avril,
pour avoir leur fignalement . Il reçut avis que plu
fieurs d'entre eux, rentrés à Avignon , demandoient
à fe remettre en prifon . « J'avoue , dit-il fur cet
avts , que j'en eus la plus grande fatisfaction .
J'en prévins le miniftre de l'intérieur qui en fut
auffi fatisfait que moi... Nous ne négligeâmes
aucune mefure . nous attendions les fignalemens...
je les reçus le 2 de ce mois ... Le
miniftre de l'intérieur s'occupa tout de fuite de
les faire imprimer... ils font imprimés , & déjà
des ordres ont été donnés pour qu'ils foient livrés
( les fignalemens ) à la gendarmerie nationale.. Des
mémoires nous annoncent que les prisonniers ,
Join de réintégrer les prifons , fe font , en quelque
forte , rendus maîtres d'Avignon au point que
Fon craint que , dans ce moment où les corps.
adminiſtratifs vont être organifés , ainfi que le
tribunal , plufieurs d'entre eux ne parviennent à
s'y faire nommer. Ils ont , à cet égard , le parti
le plus puiffant... je n'en fuis pas très - sûr...
Hier au foir , il y eut un comité entre les miniftres
de la guerre , des affaires étrangères , de
Pintérieur , & moi... Le miniftre de la guerre
nous promit d'y envoyer un général... j'ai lica
de croire qu'il eft parti...
33
A toutes ces démarches fi pen efficaces , à ce
récit embarrafé , M. Duranthon a cru devoir
ajouter la copie d'une lettre qu'il avoit déjà
écrite ce matin au commiſſaire du Roi , quì il
( 139 )
menace de toute fa rigueur les membres du
tribunal qui ne fe rendront pas à leur pofte.
Il a beaucoup vanté le zèle du miniftre de
l'intérieur pour le bien public , & n'a pas douté
qu'on n'eût bientôt des nouvelles lus fatisfai
fantes. On a agné cette queftios : Les pri
fonniers d'Avignon pourront is occuper dés
places municipales , judiciaires ou adminiftratives
, avant d'avoir fubi leur jugement ?......
Le comité de lég flation en 'fera fon rapport landi
prochain.
BoDundimanche, 6 mai.
Quelques adminiſtrateurs du département de
la Dordogne ont fait plus de ryo lieues pour venir
effrir sy200 liv. en affignats & autant en efpèces ,
haranguer l'Aflemblée & recevoir les honneurs,
de la féance. Ils auroient pu augmenter l'offrande
des frais de leur voyage.
Dans la foule des donateurs , un maître de
danfe apporte 46 livres , explique que c'eft le
Produit d'un bal qu'il donna hier , & promet
d'en donner un tous les 3 mois pour contribues
aux frais d'une guerre affez heureufe, dit - il,
pour ne pas diminuer la gaîté françoife.
Le miniftre des impofitions adreffe à l'Af
femblée des obfervations intitulées : Projets de
décrets , & écrites fur des feuilles volantes . «Je
trouve, a dit M, Bréard , très inconftitutionnelle
l'initiative exercée par le miniftre ; plus
inconftitutionnelle encore la formule de cette
initiative ; & plus qu'inconſtitutionnelle la lé
gèreté des feuilles qui portent ces projets . « Ce
crefcendo d'indignation a été applaudi avec tranf
port; & l'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour fur la
lettre de M. Clavière , en chargeant les fecré
taires de lui renvoyer, fes projets de décrets ,
( 140 )
Plufieurs gardés nationaux de Paris , introduits
à la barre , l'un d'eux étant leur organe , ont
préfenté une pétition fouferite de 836 fignatures ,
tendante à obtenir un décret qui autorite la commune
de Paris à rendre à la mémoire de Henri
Simoneau , paire d'Etampes , dans le champ de
la fédération , les mêmes honneurs funèbres qui
ont été rendus , au mois de feptembre 1799 .
à la mémoire des citoyens morts , à Nancy , pour
La défenfe de la lei. Cette pétition vraiment ci
vique , a été fouvent & juftement applaudie.
L'Aſſemblée a décrété que cette fête feroit ordonnée
au nom de la nation , & le comité d'inftfuction
publique en préfentera le plan. 5. LY?
en préfentera, le plan .
1/1
Les relations diverfes que nous venons
de rapporter , nous difpenfent de nouveaux
détails fur les derniers évènemens militaires
qui ont formé l'ouverture de la campagne .
Les faits généraux font fuffifamment éclair
cis , aina que les caufes de nos revers ; mais
les particularités varient à l'infini ; trente relations
en préfentent de différentes ; l'efprit
de parti, l'intérêt , l'envie de cacher les fautes
ou celle de les exagérer tiennent la plume ;
on ne peut doncrépondre d'aucuns détails .
Les premiers récits étoient inexacts. Pour
s'en convaincre, il fuffit de lire les rapports
officiels publiés de part & d'autre. Evidemi
ment , ce ne font ni deux batailles , ni deuxi
actions , que les déroutes de Mons & de
Tournai . Dans celle ci
notre perte en-
Kommes a été infiniment petite , car l'ennemi
m'a tiré que quelques coups de canon ;
il n'y a pointeu d'engagement. M. de Dillon
paroît n'avoir eu que 2 ou ; mille hommes
fous fes ord es. Trente- huit prifonniers reftés
dans les mains des Autrichiens , ont été
conduits à Tournai , & delà à Bruxelles.
L'affaire de Mors a été bien plus malheu
reufe ; mais on n'a publié aucun état avéré'
des morts , des blefiés , des prifonniers que
le Général de Beaulieu dit être en grand
nombre. Quelques centaines de Houlans &
de Dragons ont feuls exécuté la repriſe de
Quievrain & le pillage du camp François.
L'infortuné M. de Dillon a été alfaffiné ,
non dans une grange , mais dans fon cabriolet
, & en entrant à Lille . Son cadavre dépecé
a été l'objet d'une de ces fcènes de férocité
, dont l'hiftoire de la révolution a
trop fouvent rappellé la mémoire . Ce fut
un fpectacle épouvantable que celui d'une
farandoule , danfée autour du feu où l'on
venoit de jetter les reftes de M. de Dillon
avec des cris de rage qui faifoient mieux
reffortir le contrafte des patrouilles mornes
& régulières des Suiffes de Diesbach.
Madame. Dromgold , foeur de M. de
Dillon , fut recherchée avec fureur , &
obligée de changer trois fois de demeure :
elle eft revenue à Paris. M. Berthois , autre
victime de cette affreufe journée , étoit un
Ingénieur plein de talent & d'activité , bien
connu entr'autre par l'expédition fecrette de
M.de Parades, & par la reconnoiffance des
côtes de la Manche. Il paroît que M. Chau-"
( 142 )
mont n'a été que bleffe.Eft- ce fur-le- champ
de bataille & dans la pourfuite ? En ce cas , les
ennemis l'auront cru mort. L'a-t-il été par les
propres foldats ou par les Autrichiens ? Rien
detout cela n'eft encore abfolument éclairci .
La tranquillité & le repentir ont fuccédé
dans Lille au défordre & au délire ; mais les
crimes commis , crimes de la plus funefte
conféquence , refteront- ils impuñis ! L'Affemblée
Légiflativea décrété hier qu'on eut
à en poursuivre les auteurs. M. Charles de
Lameth remplace provifoirement à Lille.
M. de Dillon.
Il refte incertain fi M. de Rochambeau
malgré le congé illimité que lui ont accordé
les Miniftres , quittera ou non le Commandement.
Avant-hier , on lût à l'Affemblée
une Pétition de la Municipalité de Valenciennes
, pour conferver le Maréchal à la
tête de l'armée qui le voit partir avec regret.
Ce qu'on a débité de la nomination de
M. de Luckner au Commandenient du Nord,
& de M. d'Estaing à celui du Rhin eſt au
moins prématuré.
Tous les jours on annonçoit le démiſſion
de M. de Grave; enfin hier elle s'eft définitivement
effectuée : on le dit remplacé par
M. Servan , ancien fous Gouverneur des
Pages du Roi , & frère du célèbre Avocat
général au Parlement de Grenoble. Le
Parti qui a forméle Ministère actuel , s'arme
de tous fes moyens pour le défendre & le
conferver; mais un nombre très -refpectable
( 143 )
de Députés ne connoit point de partialité
dans l'exécution de la Loi , & exige que les
fauffes informations , les plans légèrement
conçus ; la contrariété qu'a éprouvé M. de
Rochambeau , les caufes & les effets foient
rigoureuſement foumis au creufet de la refponfabilité.
-
Le Corps de M. de Cuftine a éprouvé
aucune réfiftance dans l'Evêché de Bâle dont
il occupe la principale ville & les défilés . Le
Prince- Evêque & un grand nombre de pro-..
priétaires de toutes claffes , plus alarmés de
T'indifcipline reprochée à nos troupes , que
raffurés par Pintention des Chefs de préve
nir tous les défordres , fe font réfugiés à
Bienne , ville libre, alliée du Corps Helvé
tique , & qui prête hommage aux Evêques
de Bâle. Par l'art. III du Traité fait en
1780 entre la France & ce Prince , Traité
confirmatif de celui de 1739 , il eft ftatué
qu'en cas de guerre , les deux Parties con- .
» viendront enfemble des moyens néceffaires
» pour procurer la sûreté de leurs Etats , en
fermant les paffages par lefquels leurs en-
» nemis ou adverfaires y pourroient péné
trer. » Il parcît que M. Dumourier a jugé ·
qu'on pouvoit fe difpenfer de la convention
préalable , exigée par le Traité avant l'occupation
du pays ; du moins la fu te de l'Evêque
, des Chanoines , & de plufieurs des
Officiers du Gouvernement femble prouver
qu'on ne les a pas confultés avant d'entrer
fur leur territoire.
( 144
Les Suiffes vont former un cordon pour
la sureté de leurs frontières , & pour le mettre
en état de faire refpecter leur neutralité ,
ainfi que celle de leurs alliés . Le Roi de'
Sardaigne prend les mêmes précautions en
Savoie , où l'on met en activité les régimens
de Milice , & où 3000 honumes font attendus !
du Piémont , ainfi de l'artillerie.
que
Oa fe rappelle l'injuftice avec laquelle M.
Burke , dans une feconde Lettre à un Député de
l'Affemblée Conftituante , qualifia la conduite
& les opinions foutenues par MM. Mounier &
de Lally- Tollendal . Ce dernier avoit déjà refuté.
en partie ces reproches peu réfléchis ; il vient
de montrer de nouvelles forces , & plus puiffantes
encore , dans une feccnde Lettre à M.
Burke. M. de Lally entreprend de démontrer ce
que nous ne faifions que raconter l'année dernière
, dans le Tableau des Factions qui ont
divifé le Royaume , c'eſt - à - dire le funefte aveuglement
de ceux qui en repouffant la planche
fecourable qui s'offroit encore dans le naufrage
général , aimèrent mieux courir la chance d'une
Révolution fans bornes. On donnera bientôt un
compte plus détaillé de cet ouvrage digne des
talens , du coeur , du patriotifme indépendant &
fiacère de M. de Lally , & dont la conclufion
devroit être aujourd'hui fignée par tout ce que
la France compte de vrais Amis. « Le bon Citoyen
, dit l'Auteur , n'eft ni celui qui veut!
» abfolument la Chambre unique , ni celui qui
» veut exclufivement les trois Ordres , ni même
» celui qui veut à tout prix les deux Chambres.
Le bon Citoyen eft celui qui veut à tout priz
fauver la France & préserver la propriété , la
liberté , la vie des François, » 22
MERCURE
V
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
SUEDE..
De Stockholm , le 22 Avril 1792 .
OICI l'extrait du rapport authentique de
l'affaflinat du Roi , publié le 10 de ce mois,
& que nous avons promis dans notre der
nier Numéro ..
сс
*
3
Après que, dans la nuit du 16 au 17 Mars ,
le Roi cut été bleffé dans le dos , à un bal
qui fe donnoit au Théâtre de l'Opéra , par un
marqué
coup de piftolet que lui tira un mafque , qui
réuffit à fe cacher dans la prefle d'une quanrité
de monde , l'on prit d'abord toutes les me
fares poffibles pour découvrir le coupable qui
avoit commis un forfait fi inoui. Il ne tarda pas
long- temps non plus à être pris . Au moyen des re
cherches , qui fe firent de la part du Grand-
Statthaltérat , l'Affaffin fut découvert à l'occafion
des piftolets , dont il s'étoit débarraffé , en les
N …. 20. 19 Mai 1792 . G
7146 )
laiffant tomber à terre à la Salle de l'Opéra ,
après en avoir déchargé un fur le Roi . C'étoit le
Capitaine démis Jean -Jacob Ankaftrom , qui , fa fi
d'après cet indice , convint lui-même & confeflad avoir
commis cet exécrable délit . En vertu des ordres
de la Régence, établie par le Roi , le Grand-Statthaltérat
a retracé enfuite le plan du Régicide , & découvert
les perſonnes qui y ont eu part de manière
ou d'autre . »
« La Cour de Juftice Royale de Suède ( Konigli,
he Suea Hofgericht ) , qui eft proprement
le Tribunal competent pour juger un crime de
cette efpèce , commença d'abord l'inſtruction par
les Interrogatoires d'Ankarftrom , & des autres
qui avoient été arrêtés comme complices de l'attentat
contre la perfonne du feu Roi de glorieuſe
mémoire. En attendant , il fut conftaté par l'aveu
même des Coupables , qu'Ankarftrom & le Major
démis , Gentilhomme de la Chambre , Comte
Clas Friederichfon Horn , qui avoient lié enfemble
une amitié & confiance intime , s'étoient
ouverts l'un & l'autre fur leur façon de penſer
au fujet de la fituation politique du royaume ,
dont ils étoient mécontens l'un & l'autre , &
qu'ils étoient convenus enfemble , qu'on devoit
Le défaire du Roi ; ce qu'ils regardoient comme
l'unique , moyen pour remplir leur voeu d'effec
tuer du changement dans la forme de Gouvernement.
Ankarstrom , qui dit avoir été ma
de plus par efprit de vengeance pour un Procès
qu'il avoit eu l'année dernière , avoit pris fur
fui d'être l'inftrument qui s'emploieroit à fe défaire
du Roi ; & auffi-têt Horn & Ankarstrom
goûtèrent la propofition de faire faifir le Roi ,
de nuit , à fon Château de plaifance de Haga ,
ou S. M. faifoit fréquemment du féjour , par
t 547
}
&
·
quelques hommes audacieux & hardis ; & de le
tenir caché ; deffein pour lequel Horn & Ankarftrom
avoient parcouru , dans les premiers
jours de Janvier , les alentours de Hagas mais
enfuite la propofition fut regardée comme étant
prefqu'inexécutable. Le Capitaine démis Comte
Adolphe- Louis Ribbing , qui en étoit inflruit ;
que fon ami , le Comte Horn , avoit informá
en confidence , qu'Ankarftrom avoit entrepris de
fe défaire du Roi , piit part à la Conjuration ;
& peu après , à un rendez -vous , que ces trois
perfonnes s'étoient fixé à la terre de Horn ,
Huvudstad , près de Stockholm , il fut convenu
que le Roi fereit maflacré , par Ankarftrom
à coup foit de poignard , ou de piftolet , en
tel endroit où l'occafion en feroit favorable , dans
une grande Affemblée de perfonnes , où le meurtrier
pourroit fe cacher dans la foule , par
excimple à un fpectacle ou à un bal mafqué.
En conféquence , & du fu du Comte de Ribbing,
le Comte de Horn & Ankarstrom fe trouvèrent
Lundi , 16 Janvier , à un Spectacle ,
auquel Horn eut l'occafion de fe procurer , pour
lui & pour Ankarftrom , une place près de l'endroit
qui étoit difpofé pour la réception du Roi,
Ankarstrom étoit muni de deux piſtolets chatgés
, afin de faifir l'occafion de les tirer fur le
Roi dans une allée couverte , par laquelle le
Monarque avoit coutume de paffer . Le projet
d'Ankarstrom étoit , après avoir tué le Roi ,
de gagner au plus vite l'iffue de l'allée & de
s'échapper dans la rue ; mais ce foir- là le Roi
ne vint pas dans l'allée couverte , & par - là
J'affaffinat que méditoit Ankarftrom n'eut pas
lieu. Pareillement , lorfque deux jours après
Ankarſtrom fut encore venu à un autre spec-
G 2
( 148 )
tacle pour tuer le Roi à coups de pistolet , il
n'en trouva point d'occafion favorable . Alors
les Conjurés réfolurent de faifir celle d'un bal
mafqué , qui avoit été fixé du 19 au 20 Janvier
. Ankarftrom s'y trouva avec deux pistolets
chargés , fans pouvoir exécuter fon deffein fanguinaire
, parce que le nombre de Malques préfens
le trouva trop petit. Le lendemain , Ankarstrom
& le Comte Ribbing partirent pour la
Diète de Gefle . Le premier avoit le deffein d'y
exécuter le Régicide ; c'eft pourquoi , du fçu du
Comte Ribbing , il parcouroit les rues avec des
piftolors chargés , pour tuer le Roi , s'il en trou
voit l'occafion ; & un jour il crut l'appercevoir
fous un incognito. Après la clôture de la Diète ,
lorfqu'Ankarfrom fat revenu de Gofle , il fut
arrêté que l'affaffinat s'exécuteroit , le 2 Mars ,
à une nafcarade ; mais ce projet échɔua de
nouveau , parce que le nombre des marques étoit
trop peu confidérable , pour que le Meurtrier pûr y
refter inconnu. A une mafcarade fuivante , fizée
au 9 Mars , les Conjurés ne pûrent encore reme
plir le deffein , qui faitoit l'objet de leurs voeux
parce que ce bal fut contre- mandé . Enfin
pourtant il en fut annoncé un autre pour le
16 Mars ; fur quoi le Comte Ribbing tint une
Conférence avec Ankarftrom & le Comte Horn ,
dont le rendez-vous fut encore à la terre du
dernier. Le Comte Ribbing rapporta à cette entrevue
, que le Lieutenant- Colonel titulaire
Pontus Liljehorn , qui étoit Major de la Garde
bleue & jaune da Roi , avoit connoillance de
leur entreprife , & que ce régiment , fous les ordres
de Liljehorn, de concert avec le Corps de l'Atillerie
& le régiment de la feue Reine -Douairière
, appuyeroit une Révolution , faus qu'il y

( 149 )
ait néanmoins la moindre raifon de fuppofer que
ces Corps aient été difpofés à la défection , ou
aient voulu trahit la fidélité & le dévouement pour
le Roi & la Maifon Royale , dont ils ont donné
les preuves les plus certaines & les plus conftantes
dans toutes les occafions durant la dernière
guerre. »
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 30 Avril 1792 .
Le Prince de Furstenberg fe rend à
Madrid en qualité d'Envoyé & de Miniftre
plénipotentiaire du Roi ; il doit partir in
ceffamment. Un train d'artillerie de
cent pièces de canons eft paffé hier par
l'Ens pour fe rendre dans les Pays Bas .
Les Etats de l'Autriche au- deffous de.
Lintz fe font empreffés de marquer leur
attachement au Monarque par une députation
beaucoup plus nombreufe qu'il n'eft
d'ufage ; elle a prêté le ferment de fidélité
fuivant les formes ordinaires au nom des
Etats. Sa Majefté a témoigné à la députation
fa fenfibilité de cette marque d'attachement
dans ce moment orageux , & l'a
affurée qu'elle mettra toujours au premier
de fes devoirs de protéger , de défendre
& de maintenir les droits & priviléges des
Etats qu'elle repréfente . On a frappé des
medailles pour conferver la mémoire de
cet évènement.
Il eft décidé à préfent que le couronne-
G 3
( 150 )
ment du Roi , comme Roi de Hongrie ,
fe fera à Bade le 6 Juin prochain ; celui
de la Reine aura lieu le io. La Cour reviendra
enfuite ici pour fe rendre à
Francfort.
L'on eftime l'armée deftinée à maintenir
les droits de l'Empire & la paix de
l'Europe contre l'infurrection françoife à
258,000 hommes , favoir ; 120,000 Autrichiens
, 60,000 Pruffiens ; 38,000 hommes
du contingent de l'Empire , & 30,000
Ruffes , comme auxiliaires de la Maifon
d'Autriche. Les François émigrés , au
nombre de 20,000 à 25,000 , n'entrent pas
dans ce calcul.
De Berlin , le 28 Avril 1792.
L'on fait aujourd'hui la détermination
du Roi ; il fe mettra lui-même à la tête dé
fon armée , & fe rendra à Coblentz pour
s'aboucher avec les Princes François , &
y tenir fon quartier général. Cette armée
de près de quarante mille hommes fe réunira
à celle de Sa Majefté Apoftolique dans
les Pays - Bas ; le paffage fur les terres de
leurs Hautes Puiflances a été demandé , &
obtenu.
Etat de l'Armée Pruſſienne .
Infanterie. Trois bataillons de Remberg , en
garnifon à Bierefelde ; trois de Rubberg , en
gernifon à Hamm ; trois de Waldeik , en gaini(
151 )
fon à Minden ; trois de Schoenfeld , en garnifon
à Anclam ; trois de Kleift , en garnifon à Printzlau
; trois de Konitz , en garnifon à Koenigsberg ,
dans la nouvelle marche ; trois de Thadden , en
garnifon à Hulle ; trois du Duc de Brunswick , en
garnifon à Halberstadt ; tois du Prince de Hohenlohe
, en garnifon à Brefluw ; trois de Dork, en
garnifon à Neiffe ; trois de Vittingoff , en garnifon
à Franckenftein ; trois de Hertzberg
garnifon à Glaats ; & trois de Wolltramfdorff ,
en garnison Glogaw. Total trente - neuf ba-'
tai los d'Infanterie .
en
-Fufliers. Un bataillon de Renouard , en gar
nifon à Anfpach ; un.de Thadden , en garnison
à Javer ; un de Forcade , en garnifon à Neumarck;
un de Muthling, en garnifon à Magdebourg
; un d'Erneft en garniſon au même lieu ;
un de Légat , en garnifon encore dans le même
licu ; un de Schenck , en garnifon à Halle.
Total , fept bataillons de Fufiliers.- Cuiraffier.
Cinq efcadrons du Duc Weymar , en garniſon à
Afcherleben ; cinq d'Ithlow , en garnifon à
Tzweder. -Total , dix efcadrons de Cuiraffiers ,
Dragons. Cinq efcadrons de Lottum , en garniſon
à Schwedt , dix du Margravé d'Anfpach ,
garnifon à Pafervalek cinq de Schmettan , en
garnifon à Luben ; cinq de Tfchiersky , en garnifon
à Sagan ; cinq de Normun , en garnifon
à Landsberg.-Total , trente efcadrons de Dragons .
en
Huffards. Dix efcadrons d'Eben en garniſon à
Berlin ; dix deWolffralh , en garnifon à Pets kritzcham
dix de Koehler , en garnifon à Bernstadt
. Total , trente efcadrons de Huffards . - Sept
compagnies d'Artillerie , avec feize batteries ; une
compagnie d'Artillerie à cheval ; ce qui forme
G 4
152 )
entoutare armée de quarante-huit mille hommes ,
en y comprenant cent Pontonniers & citq_compagnies
de Chaffeurs.da
Il feroit difficile de trouver des troupes
mieux commandées & mieux difciplinées
Car indépendamment du Roi qui fe trouvera
à l'armée , il y aura encore le Duc de
Brunswick, le Prince de Pruffe , le Major
de Hanau , le Prince Louis , fils du Prince
Ferdinand , le Major de Belzig , le Lieutenant
général de Schulembourg & le Confeiller
privé de Harlem .
De Francfort-fur- le -Mein , les Mai.
La neutralité verbale des Princes de l'Empire
dans la guerre contre l'infurrection"
Françoife ne durera que jufqu'au moment
où les armées des grandes Puiffances feront
en état d'oppofer une force fuffifante aux
ennemis & de les repouffer chez eux. Auffi ,
depuis la déclaration desCours de Pruffe & de
Pétersbourg de feconder celle de Vienne , le
Landgrave de Heffe - Caffel, a- t- il mis en
mouvement fon armée , qui fe rendra fur
le Rhin où protablement le théâtre de la
guerre va fe trouver porté.
Il est arrivé de nouvelles troupes dans
l'Autriche antérieure. Le 27 du mois dernier
deux régimens d'infanterie & les chevaux
légers de l'Empereur font arrivés à
Fribourg , le lendemain ils font repartis
·(·1 5 3 )
pour leur destination & ont été diftribués
dans les poftes environnans.
Ce corps d'armée fera porté jusqu'à
32,000 hommes , les Prince de Ligne &
de Dietrichftein , & le Major Devaux , tous
trois du Corps du Génie , s'y font rendus
promptement.
On apprend de Mayence que le Baron
de Stein , envoyé du Roi de Pruffe auprès
de l'Electeur , a fait part officiellement à ce
Prince , le trois Mai au foir , que le Roi
inftruit des meraces que les François font à
Empire , a donné les ordres à 56,000
hommes de fes troupes de fe tenir prêtes à
marcher au premier lignal & de fe réunic
aux troupes Autrichiennes. -Ces troupes
font en marche , & l'on peut remarquer
qu'on n'y trouve aucun François quoiqu'il
y en ait beaucoup au fervice de Pruile . Elles
font au refte l'élite de l'armée Pruflienne &
tirées des cantonnemens de Weftphalie ,
Magdebourg , Brandebourg & de Siléfie 3
quant à la cavalerie.
Si c'eft une forte de foibleffe de voir
par - tout des affaffins payés par la faction
Françoife pour égorger les Rois , on pent
du moins croire que les principes qu'elle
proclame fort de natuse àgermer dans tous
les efprits pervers ou fanatiques des Nations
voifines , & expofer au couteau des fur
rieux , les meilleurs Rois , comme les hom
Gs
( 154 )
mes paifibles. Quoi qu'il en foit , fur un évènement
arrivé chez le Prince de Kaunitz, le
bruit s'eft tout-à coup répandu que les jours
du Ro avoient été menacés & qu'un affaffa
voit été trouvé dans fon appartement.
Voici le fait.
2
On parloit chez ce Miniftre des maximes
des Clubs de France ; il s'applaudiffoit de
n'avoir dans fa maifon au moins perfonne
qui les profefsât quelqu'un qui fe trouvoit
au dîner , où cette converfation avoit .
lieu , lui affure qu'un cocher qu'il avoit
amené il y a dix ans de Paris étoit précisément
un de ces hommes dangereux dont on
parloit. On cherche dans les papiers du
Cocher , on trouve des preuves de la dénonciation
du convive , on l'arrête auſſi tột
ainfi que quelques domestiques de la maifon
des Princes de Rofenberg & de Colloredo ,
prouvés complices de fes deffeins . La police
eft à la recherche de cette complicité criminelle
avec des manoeuvres étrangères.
PAYS - BA S.
De Bruxelles , le 9 Mai 1792 .
Hier matin des troupes Françoifes au
nombre de plufieurs mille fe font montrées
aux environs de Tournai . Le Général Autrichien
qui y commandoit , ( d'Haponcourt
) eft forti de la ville avec ijo hommes
d'Infanterie & 400 de Cavalerie. Les François
ont commencé à tirer du canon fur
les Autrichiens ; ceux ciont ripofté , &
au trentième coup de canon Autrichien ,
les François ont abandonné précipitamment
leur pofition , en y abandonnant les
pièces de canon attelées , beaucoup de
chariots attelés , leurs équipages , beaucoup
de pain , de pelles & de pioches.
Leur retraite a été fi rapide que les Autrichiens
n'ont pu les joindre avant qu'ils
fuflent retirés fur les terres de France.
Comme le Général Autrichien avoit eu
ordre de ne pas y entrer , il a cru devoir
ceffer là fa pourfifite.
Les Autrichiens n'ont pas perdu un feul
homme dans cette affaire. La veille , les
François avoient enlevé une patrouille Autrichienne
de huit hommes & d'un officier.
Hier , dans le mouvement de l'affaire , trois
ont trouvé le moyen de retourner à leur
Corps.
#
2. Depuistrois jours les François au nombre
de 12 mille hommes s'avanççoient vers
Mons; le premier jour ils s'arrêtèrent en
avant de Quiévrain , terre du Duc d' Aremberg
; là , ils firent quelques retranchemens ;
le lendemain , ils entrèrent dans le village ,
ils . renversèrent le pilori & les armes du
Seigneur qu'ils remplacèrent par le bonnet
G6
( x36 )
tr
་ ་
de la liberté Françoife . Dans l'après midi , ils
s'avancerent vers St. Guiflaim , & tirèrent
quelques coaps de canon perdalur le Géné
al Beaulieu forti dexMons avec feulement
3500 hommes d'Infanterie , & 1500 cheaux.
Ses troupes légères prirent M. Caze-
Love & quelques Huffards Le Général
Beaulieu avec la troupe paffa la nuit au
bivouac fur le terrein de Frameri , & à la
pointe dujour il attaqua l'armée Françoile.
Après une forte canonnades , d'armée Aut
trichienne ne tirant pas , celle là s'ébranla ,
regagna Quievrain précipitamment , &
voulut reprendre fes foibles retranchemens;
mais les Houlands les "yy"foscèrent , & à fe
réfugier en hâte à Valenciennes ; quelques
troupes légères les fuivirent jufqu'aux
portes. Ils ont abandonné ſept pièces dé
canon ; on leur favoit hier 300 morts ; ce
qu'il y a de vrai , c'est les Autrichiens
n'étoient pas prêts ; toutes les troupes
étoient éparpillées dans le pays , &c lo
Général Beaulieu avoit été obligé la nuit
précédente d'envoyer chercher des canons
en pofte à Bruxelles. Cet avertiffement a
tout réveillé , & dans trois jours il y aura
des forces fuffifantes à oppofer par tour.
Les Autrichiens n'ont perdu perfonne , &
n'ont pas eu fix' bleffés. Les chemins & la
plaine étoient jonchés de fufiis françois.
3. Le Duc Albert de Saxe Teschen, oncle
du Roi de Hongrie , eft parti avec le Maréque
( 757 )
chat de Benderle 3 , pour fe rendre à l'armée
ife trouve entièrement formée aujour
d'hni. On affure que fon quartier général
fe tiendra à Leuz .
Les derniers évènemens de Mons &
Tourrai ont donné une nouvelle activité
aux François émigrés , l'efpérance d'un
retour prochain dans leur Patrie foutient
leur courage & fait difparoître ce levain
de divifion qu une différence mai entendue
de principes politiques fembloit devoir
accroître.
Si-tôt que la déclaration de guerre fut con
nue,les Princes François réunirent les Oficie s
Commandans , & Monfieurleur dit : « Nous
vous ordonnons de vous rendre à vos can
tonn mens refpectifs , afin que nous puiffions
calcmer nos forces. Nous vous enga
geons à vous abftenir de toutes difcuffions
politiques , nos intentions font connues ,
e les font confignées dans notre lettre au
Roi . »
Lenombre des François s'accroît dansl'Electorat
deTrèves, les cantonnemens onrété
vifités par les Princes , qui viennent de recevoir
une grande quantité de fourniture de
guerre pour le fervice de la campagne .
On a publié ici l'ordonnance fuivante
:
ce
« Sa Majefté ne pouv nt , vu Piar de guerre
où elle fe truve avec la France , tiérer dans ces
pays le féjour d'autres Sujèrs de ce royaume que
( 158 )
de ceux qui font dans le cas de fuir les perfécutions
du Parti qui y a ufurpé les pouvoirs ,
elle a déclaré comme elle déclare , à la libération
des Séréniffimes Gouverneurs Généraux , que
tous les François qui fe trouvent dans les Provinces
des Pays - Bas de fa domination , & qui ne
fe font pas faits reconnoître, par un acte en forme,
des Commiffaires des Emigrés François établis à
cet effet dans cette ville de Bruxelies ; favoir ,
ceux qui font actuellement en cette ville dans le
terme de deux fois 24 heures de la publication de
cette Ordonnance ; & ceux qui peuvent le trouver
dans les autres villes ou leux de ces Provinces
dans le terme des huit jours , auront à fortir des
Erats de la domination de Sa Majeſté , à
peine pour ceux qui y feront trouvés арнrès le dits
termes écoulés refpectivement , d'être faits pri
fonniers de guerre ; ordonne Sa Majesté que la
préfente foit imprimée & publiée en la manière accoutumée,
pour queperfonne ne puiffe prétexter
caufe d'ignorance. »
A Bruxelles , le 28 Avril 1792.
FRANCE.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
De Paris ,le 14 Mai 1792 .
Du lundi , 7 mai.
Sur la propofition de M. de Graves , conveftic
en motion par un membre , un décret a ſtarué ,
au moment même , que « les villes de guerre
places frontières font déclarées en état de guerre
&
7159 )
&
que
: cc
«le miniftre en fournira l'état nominatif . »
Après avoir entendu le rapport de fes comités
des finances fur toutes les parties de la dépenfe
publique pour 1792 ; confidérant qu'il eft effentiel
pour l'ordre public qu'elles foient fixées » ;
l'Affemblée a déciété , d'urgence , que le tréfor
national payera , pour les dépenfes de l'Affemblée
nationale en 1792 , la fomme de 5,700,000 liv.
fur le mandat des commiffaires de la falle. Les articles
fuivans feront difcutés une autrefois.
Environ 40 Avignonois s'étant préſentés à la
barre , M. Deleutre , parlant pour eux , a dit en
fubftance : « Meffieurs , les Avignonois qui ont
cherché , dans la capitale , un afyle contre la fu
reur la plus deftructive de routes , l'anarchie ,
fe préfentent aujourd'hui devant vous . Jour
dan , Tournal , Mainvielle & plufleurs de
leurs complices furent arrêtés ... Vous nous
donnâtes un tribunal ... Les juges fuivoient la
procédure contre les brigands .. Mais plufieurs
d'entr'eux , fugitif , accueillis par le club de
Marfile , le foulevèrert contre nous . Duprat
Paîné , décrété de prife de corps , y affembla ,
fous les drapeaux de la fédition , ces hommes fi
nombreux qui n'ont rien à perdre' , mais tout à
gagner dans les défor dres . D'autres brigands de
cette nature fomentèrent les fureurs des énergu
mènes de Marfcille , de Nîmes & de Montpellier .
Duprat le jeune , & autres chefs & complices
de nos bourreaux jouèrent le même rôle & avec
autant de fuccès à Paris... Des citoyens paifibles
occupés à pleurer leur père , leur mère , leurs
enfans , leurs frères , leurs amis , à réunir les débris
de leurs propriétés ravagées , furent traités par
les échos des fociétés populaires , par les feuilles périodiques,
& jufqu'à la barre de cette Ailemblée ,
1160 )
comme des ariftocrates , des contre - révolutionnaires.
Ce qui fe pafioit dans nos murs don.oit
Je démenti le plus formel à toutes ces calomnies ,
on ne vouloit pas le croire. En vain le député
extraordinaire de la commune d'Avigren proteſta ,
même fur la tête , du patriotifime de tes concitoyens
; en vain il produifit les preaves de leur
foumi tion à la loi , de la sureté du tribunal , de
la sû eté des détenus , de la discipline & du civilime
des troupes en garnifon à Avignon ; en vain il
annonça les futes funeftes qu'entraineroient le
chargement qu'on propofoit au dé ret du 27
novembre , & fur- tout l'amniftie , le départ des
troupes de ligne , & leur remplacement par des
gardes nationales ; la vérité ne put parven.r jufqu'a
vous les intrigues qui vous affiégoient lurprirent
votre religion. Vous rendites le décret du
Ex
26 inars. $5
ro A la nouvelle de l'amniftie , la municipalité
d'Avignon vit fa perte affuiée. M. Lefcene fe
hâta de gagner Paris . Jourdan & les complices
firent retent Avignon de leur allégretle & de
eurs menaces . On annorça hautement la prochaise
arrivée des hordes Martendoifes... On vitle for
mer un club compoté des décrétés d'ajournement
qui avoient été élags . Les troupes de ligne quit
tèr at Avignon ; les gardes nationales les remplaeèrent...
& , en plei jour , a deux heures après
midi , environ cent gardes nationales fe p éfentent
au palais , en retirent Jourdo & 27 de fes complices
, tous décrétés de prife de corps pour les
crimes des 16 & 17 octobre , & 22 détenus prévenus
de vol & d'affaffinats . Is font tous conduits
par leurs libérateurs , fur les bords du Rhône ,
embarqués , con luis à Arles , où l'armée Mar
feilloife les reçoit comme des fièrs . Bertin & Re118i
1
becqui , deux nouveaux commiffaires du directoire
Proviloire du département des Bouches- du- Rhône,
fes affarent de leur puiffante protection ... Vous
Favez'appris avec une jufle indignation ; vous avez
ordonné le raffemblement du tribunal , la continua→
tion de la procédure & la réintégration des prifonfiers
.Eh bien! ce décretn'a pas eu plus fon exécution
que le premier... Les troupes de ligne n'ont fait
qu'arriver & repartir , les généraux que paroîtie
& difparoître. Tras compagnics du régiment
Enghien qui avoient été envoyées à Cavaillon
Pour y arrêter les troubles , ont été dernièrement
e partie , défarmées , plufieurs foldats bleflés ,
trois tues... Le nouveau miniftre de la guerre
vous a propofe de retirer toute l'armée de ligne
des départemens méridionaux , de laiffer cette
vafte contrée fous la protection des gardes nationales.
Vous avez laiffé le mouvement des :
troupes fous fa refponfabilité . Ah ! qu'elle doit
être terrible cette refponfabilité à notre égard ! »
Ici une pa
partie de l'Affemblée a éclaté en murmures;
mais plufieur's voix ont dit à l'orateur : Allez
allez continuez hardiment. If a continué en ces
termes :
« Dès qu'il n'y eat plus de troupes de ligne ,
les brigands , décrétés de piife de corps , reparu
rent à Avignon , plus infolens , plas audacieux
qu'au mois d'août 1791 , ou is fupprimèrent la
première municipalité & jerrèrent les membres
dans les cachots ; plus avides de fang qu'au mois
d'octobre , ayant de plus à fe, vengr de foo
citoyens qui ont dépofé contr'eux dans la procédure...
Le fang a déjà coulé impurément . Un
décrété d'ajournement perfonnel a tué d'un coup
de fabre le nommé Fitaffier ; le meurtre d'un dépofant
dans la procédure a bientôt été la fuite de
1 162 1
e premier affaffinat... Les fieurs Bertin & Rebecqui
fans le concours de leurs collègues , ont ordonné
à la municipalité d Avignon de fe rendre auprès
d'eux à Arles . Il a fallu obéir. Ils ont notifié à
la municipalité qu'ils arriveroient le furlendemain
avec leurs troupes à Avignon & qu'elle eût à
venir les recevoir à la porte de la ville . Nous,
fommes bien éloignés de confondre les troupes
aux ordres desfieurs Bertin, & Rebecqui , qu'on appelle
ordinaitement l'armée Marfeilloife , avec la
véritable garde nationale de Marfeille , fes bataillons
des gardes nationaux avec ces raffemblemens,
fubits d'hommes fans aveu , qui fe couvrant de
l'uniforme , fe décorent du titre de gardes nationales
de la ville qu'ils habitent... Les uns
font les défenfeurs de la patrie les autres en
font les plus terribles fléaux . C'eft avecla majeure
partie de cette dernière espèce de troupes , que
feurs Bertin & Rebecqui fe préfentèrent à Avignon
le 19 avril. Peytavin , major- général de l'armée
des brigands ouvroit la marche à la tête des 1200
hommes raffemblés à Orange & aux environs , &
de 600 hommes de Marfeille ; Jourdan à cheval '
& en uniforme de commandant général.…… » A ces
mots un côté de l'Aſſemblée a fait un mouvement
d'indignation , & l'autre côté a murmuré. L'orateur
a dit que la vérité de ce qu'il affirmoit étoit
connue du miniftre de l'intérieur , & a ajouté :
« Nous nous donnons tous en ôtage... Oui , oui ;
tous , tous ont crié les membres de la députation
. »
.
les
Jourdan en habit de commandant , a-t-il
repris , précédoit les deux commiffaires ; après
eux venoient auffi à cheval Mainvielle , Tournal
& une amazone , la digne héroïne de l'armée de
Monteux , l'époufe de Duprat le jeune. Les bi-
*
7
( 163 )
gands & les bourreaux des 16 & 17 octobre venoient
enfuite , la marche étoit fermée par une
nombreuſe députation du club des décrétés d'ajournement
perfonnel . La municipalité a reçu
Bertin & Rebecqui... Pendant la marche , on n'á
entendu , de la part des brigands , que les me
naces les plus affreuſes ; on a recueilli avec horreur
ces infernales paroles : Pour cettefois la gla
cière fera pleine... Tous les habitans qui ont pu
trouver des afyles , ont abandonné leurs foyers...
Les petites villes voifines n'ofent leur accorder
Thofpitalité , tant elles redoutent les vengeances
d:Jourdan; les autres renfermés dans leurs maifons,
croient , àchaque inftant , voir leur heure dernière ,
& s'eftineroient trop heureux fi, en leur arrachant la
vie ,on leur faifoit grace des fupplices .. C'eft au mi
lieu de cette anarchie que les commiffaires Bertin
& Rebecqui vont organifer nos corps adminiftratifs
& judiciaires , & faire nommer nos repréſentans au
corps légiflatif. Duprat le jeune , & Mendès viennent
de quitter la capitale pour aller recueillir le fruit
de leurs intrigues . S'il étoit poffible , Meffients ,
que vous n'arrêtaffiez pas le cours de ces défordres
atroces , il faudroit vous refoudre à voir fiéger
parmi vous des hommes encore couverts du fang
de leurs concitoyens ( murmures, & une voix dit s
qu'ils y viennent ) , des Duprat , des Mainvielle ,
des Tournal , peut- être même Jourdan à moins
que fon ambition ne foit fatisfaite de refter général
de l'armée de Monteux qu'on traveſtira fans doute
en garde nationale Avignonoife. »
Les conclufions de l'orateur ont été d'implorer
le prompt envoi des troupes de ligne & d'un offi
cier- général ; la retraite des volontaires nationaux
dins les 24 heures ; la nomination d'autres com
milaires des Bouches- du- Rhône ; l'adjonction de
( 164 )
trois commiffaires nommés par le Roi ; 11 fufpenfion
de toute affemblée primaire , I'mcarcération
des décrétés de ptife de corps le renvoide la procédure
au tribunal crimit el. du département de la
Drôme pour y appliquer l'amniftie ou ron ; »
& la lecture d'une lettre écrite du Pont St. -Elprit ,
en date du 27 , au miniftre de la guerre , pas
M. de Montefquiou.
1 M. Lacuée , préfident , leur . a répondu que
l'Affemblée prendroit leur pétition en confidération
, & les a invités aux honneurs de la
féance .
M. Gafparin a dit qu'une lettre du 30 , d'un
adminiftraeur d'Orange , l'informoit que la garde
nationale de cette ville marche vers Avignon
& que la tranquillité y règne . Quelle tranquillité,
fe font écriés quelques membres ! c'est celle de
la mort, ont ajouré d'autres voix. Nommer l'adminiftrateur,
a répété un organs ferme . Alors
M. Gafparin a demandé que les pétitionnaires
fignaflent leur adreffe , en garantiffent toutes les .
affertions en prouvant qu'ils étoient tousAvignon
nois . Ceux-ci ont applaudi. Et la lettre , lai crioiton
? Il a protefté fur foa honneur l'avoir reçues
plufieurs membres lui ayant repliqué cela eft
faux vous êtes un menteur ; il a dit qu'il alloit
t chercher , & l'on n'en a plus entendu parler .
Après de tumekueux débats pour favoir fi M.
de Vaublanc feroit écouté , cer opinant a tiré
de « la morde & de la verta , qui funt la bafe
de la conflitution , les principales raitons qui
font qu'elle eft adoptée avec tant d'emprefement
, chérie avec tant d'amour , défendue avec
tant de courage» ; & a fourthu que , pour la rendre
indeſtruct b'e il falloir faire toujours reſpecter
cette morale & dette veitup»»» -
( 165 )
ec
Croyez-les, a- t- il ajouté , les peuples chez
qui vous portez la guerre dans ce moment - ci ,
ces peuples chez qui il s'eft manifefté des mouvemens
d'admiration pour votre conftirution
apprennent avec inqui tude & étonnement ce
qui fe paffe dans le Comtat , fe demandent ce
que c'est que ce triomphe du vice & du crime
dont ils entendent parler . » L'orateur a tenu
les faits pour confirmés par les péritionmaires -
d'Avigeon... De Paris , ont crié quelques voir.
Il faut , a t il repris , que vous faffiez rentrer
le crime dans fes repaires , & que la vertu triomphe
briliante comme votre patriotifme . » Appuyant
d'un exemple fes preuves , du darger de l'im
punité , il a annoncé que « des citoyens égarés
avoient porté des plaintes de ce qu'en informoit
contre les affffins de Simonneau , & que
ces plaintes ont été portées devant une fociété
célèbre , qui a nommé des commiffaires pour exa
miner cette pétition . Il a craint qu'on n'en fit
aurant à l'égard des coupables de Litle , & a trouvé
mauvais que le minière ait tiré des troupes de l'Alface
, & les y ait renvoyées du Midi avec une telle
promptitude que , funs avoir été d'aucune utilité ,
les hommes & les chevaux font haraffes de fa
tigue.
a Il y a fept mois , a pofément obfervé un
membre , dès qu'on a pu l'entendre , il y a fept
mois que nous fommes conftitués en Alemblée
légifla ive , & nous fommes bien éloignés encore
da caractère qui convient à des lég Ateurs . »
Ces réflexions ont été pouffées affez en avant
dans le tamulte qu'elles ont excié . Enfin ,.
a dicrété le envoi de la pétition des Avignon
nois aux comités , malgré MM. Duhem , Faucher
& d'autres. Quant aux infultes , « comme
on
( 166 )
ces douceurs font réciproques , a dit M. Léopold
, je demande qu'on paile à l'ordre du jour. »
L'Affemblée y eft paffée . M. Duhem a acculé
le préfident d'efcamoter les décrets ; & un fecrétaire
a lu une lettre de M. Dumourier , ainfi
conçue :
·
M. le préfident , je vous envoie copie de
l'extrait de diverfes dépêches ; dans les unes
vous verrez avec plaifir le langage des hommes
libres ; dans les autres , vous verrez les difpofitions
de plufieurs cours de l'Europe relativement
à la France. »
ce La cour de Vienne a beau chercher à
fufciter contre nous des ennemis ; les nations de
l'Europe apprendront malgré elles à calculer leurs
intérêts de peuple à peuple , & non de peuple à
individu . »
Cette lettre accompagnoit divers extraits de
dépêches , dont aucun n'étoit figné de perfonne. Un
anonyme lui mande de Bruxelles :
сс Le gouvernement général témoigne quelque
inquiétude relativement aux mouvemens de l'armée
du centre... On a amené dans cetteville 4 canons ,
& des prifonniers François , tous foldats de ligne.
Ils ont été retenus dans une auberge hors de la
ville , pour ne les y faire entrer que de nuit. Leur
préfence a attiré un grand nombre de curieux .
Des émigrés leur ont reproché d'avoir foutenu
une mauvaiſe caule. Nos prifonniers leur ont
répondu que le Roi ayant propofé & l'Affemblée
ayant déciété la guerre , ils ne pouvoient avoir à
foutenir de caufe plus jufte , & qu'ils étoient prêts à
lafoutenir encore. Le Gouvernement n'oublie rien
pourtirer parti de cet évènement , & fe rendre maître
de l'opinion. »
On lui écrit de Londres : « M...... a remis
( 167 )
au Lord... toutes les pièces relatives à la déclaÿ
ration de guerre... M. Pitt a fait démentit dans
toutes les gazettes le bruit de la preffe des matefots
. Il a répondu à une députation du commerce ,
que l'Angleterre ne prendroit aucune part à la
guerre... Elle ne paroît pas être du goût de la
nation . »
M. ****** lui mande confidentiellement :
ce La cour de Vienne a fait propofer à M. le
duc de Würtemberg de lever dans les Etats 8,000
hommes... M. le duc a rejetté ſes propofitions...
La neutralité la plus abfolue... rendra M. le duc
de Würtemberg à jamais précieux à l'humanité , &
digne de l'amitié & des juftes bienfaits de la nation
Françoife. »
A Munich , on eft convenu e de la folidité
de nos motifs principaux , tels que la coalition.
monstrueufe provoquée par ia maifon d'Autriche
... La neutralité la plus fincère fera fidellement
obfervée , enjointe même avec un foin
faivi... Le contingent à fournir ne fera que défenfif.
Ces vues & ce ſtyle ſont attribués à M.
Daffigny.
ל כ
i
• M. ***** affure que le befoin de repos
& d'économie empêchera le gouvernement de
Suède de prendre part à toutes les affaires
étrangères... La feule chofe à craindre , c'eſt que
Guftave III ayant pris certains engagemens dans
fon traité dernier , l'Impératrice n'en exige l'accompliffement.
"
Efpagne. - M. Lavauguyon ... affecte d'aller
dans les fociétés d'où il s'étoit retiré depuis deux
ans... Tout paroît le réunir pour faire croire
à M. Bourgoin , qu'il fera admis à la cour avec
le caractère de miniftre plénipotentiaire… M, ďA(
468 )
P randadevient chaque jour plus favorable à la nation
Françaite ....
M. Caminet a témoigné fon ingenu regret de
ne voir aucune fignature garantir l'authenticité de
ces importantes nouvelles ( bah ! ) . On eſt paſſé à
l'ordre du jour .
Des ettres de la municipalité de Valenciennes
difent que M. de Noailles eft venu , à la tête
de l'avant garde de l'armée , prier les munici
paux d'intercéler auprès de l'Allemblée & du
Roi pour obteair que M. de Rochambeau garde
le coinmandement ; M. Prouveur a voté um melfage
au Roi , on a trouvé fa motion inconftitutionnelle
: « Qu'on ne facrifie pas deux fameux
généraux , Rochambeau père , & Rochambeau fils ,
s'eft écrié M. Goffin. » M, Lafource a tremblé
que le meflage ne chargeât l'Aflemblée de la
refponfibilité des évènement , & il préfétoit que
le Roi fur refponfable. Il eft rentré dans la conf.
tirution , à l'aide des mots : pouvoir exécutif,
Enfin , priera-t- on ie Rei de prendre en confi.
dération les lettres de la municipalité , organe
de l'armée ? Les renverra - t- on au Roi en paffant
à l'ordre du jour, pour ne pas influencer Sa
Majesté ? Palera- t-on à l'ordre du jour , motivé
fur ce que le maréchal n'a perdu la confiance
d'ancundes pouvoirs ? ... L'Affemblée s'eft tirée de
cette perplexité en paſſant à l'ordre du jour pur &
fimple. Mais le motivera- t- elle ? La diſcuſſion &
le tapage recommencent , & fiffent
par un
décret qui déclare la fatisfaction avec laquelle
l'Affemblée a entendu la lecture des lettres municipales
, & que là- deflus , etie paffe à l'ordre du
jour...
Du
( 189 )
Du lundi , féance dufoir.
Après la fcène ordinaire des dons civiquer ;
M. Hennequin a dépofé 1,200 liv. pour le fol
dat de l'armée de M. de la Fayette , qui pendant
la durée de la guerre aura montré le plus
-de refpect pour la difcipline militaire ; & il a demandé
que le mode de diftribution de pareils
prix fût inceffamment préfenté par le comité
d'inftruction , chargé d'examiner s'il ne vaudroit
pas mieux convertir la fomme en une médaille.
On a renvoyé à ce comité, avec beaucoup d'applaudiffemens
, cette question qui femble peu
s'accorder avec le vrai génie militaire & l'honneur
guerrier bien entendu.
M. Clavière a écrit à l'Aſſemblée que des
nadiers de Penthièvre ont afſaffiné des employés
gre
à la douane de Dunkerque ; que fix ont été tués ,
douze bleſſés ; que des cavaliers ont préſervé
l'hôtel des douanes de l'ircendie & du pillage.
Le ministre de la juſtice rendra compte de huit
en huit jours dos mefures prifes pour punir les
-coupables.
Il avoit bien été décrété , comme loi du royaume
, qu'on ne pourroit être promu au rang de
maréchal- de-camp qu'après avoir paffé deux ans
dans le grade de colonel ; mais l'armée n'ayant
prefque plus de ces colonels de deux ans , un
décret d'urgence a difpenfé le pouvoir exécutif
de cette condition impoffible; il en fera de même
à'égard des lieutenans- colonels pour monter au
grade de colonel.
L'Affemblée a diſtribué , d'urgence , 15,825 liv.
entre plufieurs municipalités & hôpitaux dénommés
, la nation ayant bénéficié de dîmes , redevances
ou preftations qui leur appartenoient.
N. ro , 19 Mai 1792 . H
( 170 )
;
Nous parlerons dans leur temps de quelques ob
jets lus , difcutés , renvoyés , ajournés , pour
éviter les redites .
Du mardi, 8 mai .
Une lettre du miniftre de la marine annonce
que les ordres ont été donnés aux officiers commandans
les vaiffeaux de l'Etat employés dans
les mers du Levant , de ne détruire que les.co:-
faires , d'arrêter les navires fous le pavillon du
Roi de Hongrie , chargés de munitions de guerre
ou porteurs de lettres de marque , & de les
conduire dans les ports ; mais de laiffer continuer
leur route aux navires qui ne feroient chargés
que de marchandifes ; que le pavillon national
étoit encore , le 29 avril , arboré , fans trouble ,
fur plus de 20 navires François , dans le port
d'Oftende; que le 28 , la municipalité de Marfeille
a fait arrêter & mettre fous la protection
de la loi , un bâtiment Impérial qui apportoit
du bled .... On a renvoyé cette lettre aux comités
diplomatique & de la marine..
En inftallant un fous - lieutenant dans le régiment
de Caftella , Suiffe , on a employé la for
mule ufitée De par le Roi , Monfeigneur le
comte d'Artois , colonel-général , &c . , M. Merlin
demande qu'on fafle enfin connoître aux foldats
la fouveraineté nationale ; M. Chéron , que l'on
s'occupe des capitulations , pour obliger les Cantons
Suiffes à décider s'ils veulent être « les amis
de la nation fouveraine , ou les alliés du pouvoir
exécutif. Cette demande a été renvoyée
aux comités diplomatique & militaire.
Deux décrets d'urgence ont ftatué 1 °. que les
officiers des bataillons des volontaires nationaux
obtiendront , comme les officiers des troupes de
"
"
ligne , la décoration militaire , d'après les règles .
fixées par le décret du 1er janvier 1791. » →
2°. Que les commiffions ou ordres particuliers
dont feront porteurs les employés , fervans,
expres & coureurs dépêchés pour les befoins du
fervice , leur tiendront lice de paffe ports ,
même lorfqu'ils pafferont d'un commandement
l'autre. »
-
-
L'Affemblée a adopté une adreffe du corps légiflatif
à l'armée , fous ce titre : Les représentans
du peuple François , aux citoyens armés pour la
défenfe de la patrie . Cette pièce , lue par M.
Paftoret, commence ainfi : « Le fort de notre
liberté , celui peut être de la liber é du monde
et dans vos mains...... » On y a diftingué les
paffages fuivans le temps eft paflé cu les
guerriers François , inftrumens dociles des volontés
d'un feul , ne s'armoient que pour défendre
les intérêts , les caprices ou les paffions des
Rois.... Il faut vaincre ou retourner fous l'empite
de la gabelle , des aides , de la taille , de fa
dime ,, de la milice , de la corvée , des priviléges
féodaux , des emprifonnemens arbitraires , de
tous les genres d'impôts , d'oppreflions & de fervitudes...
Ces hommes que nous combattons
aujourd'hui font nos frères , demain peut- être ils
feront nos amis ... Point de triomphe fans obéiffance
abfolue du foldat à l'officier , de l'efficier
au général , & fans leur union conftaqte & fra
ternelle.... »
M. de Grave écrit à l'Affemblée qu'il a donné
ordre d'augmenter la garrifon d'Avignon ; que
loin d'avoir diminué les forces du Midi , il les
a accrues de plufieurs bataillons ; & il communique
un extrait de la lettre de M. de Montef
quiou , du 27 avril . Le général s'y félicite d'avoir
H 2
( 172 )
dégarni Avignon de troupes de ligne , confiées
à M. de Barbartanne , la veille de l'entrée triomphale
des brigands , Jourdan , &c. pour éviter le
trouble , & fur la requifition de deux feulement
des quatre commiffaires , requifition dont il ne
fe diffimule pas la nullité . Quant au triomphe ,
il fe permet des réflexions civiques que M. de
Vaublanc a relevées .
Chargé par les comités de préfenter une férie
de queftions à faire aux miniftres fur Avignon ,
M. Chaffaignac a penfé que rien ne feroit plus
inutile , les miniftres ayant fait tout ce qu'il
étoit poffible d'exiger d'eux ; & il a dit : « depuis
peu le régiment d'Enghien a été obligé de
C. quitter Avignon , parce qu'on a cru que fon depart
étoit néceffaire , à l'approche de quatre bataillons
de gardes nationales que les commiffaires
des Bouches - du - Rhône amenoient à leur fuite
pour décorer leur entrée triomphale à Avignon ...
Les commiffaires ont fait une proclamation pour
affurer la tranquillité à Avignon. Il eft à préfumer
qu'elle y fera maintenue... L'objet de la pétition
qui vous a été préfentée hier par des Avignonois
, fera l'objet d'un autre rapport . Il eft certain
que les commiffaires du département des
Bouches - du - Rhône ont fait une entrée triomphale
à Avignon ; que Jourdan , Mainvielle ,
Tournal , Mendès , &c . ont décoré ce triomphe...
Voilà dans quel état font les chefes . Les miniſtres
ne vous en diront pas davantage ..... ( & i
eft à préfumer que cette tranquillité fera maintenue
! ) . » C'eft affreux , ont crié plufieurs
membres , & quelques voix ont demandé l'ordre
du jour.
--
Si Jourdan pouvoit le faire entendre ici , a'
dit énergiquement M. Beugnos , il demanderait
( 173. )
--.
auffi l'ordre du jour. Les deux commiffaires
du département des Bouches - du-Rhône , qui font
les amis de Jourdan & de fes complices , méritent
d'êtredécrétés d'accufation , a ajouté M. Becquey. »
L'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour en ajour
nant à trois jours le rapport du comité .
Un courier extraordinaire à apporté extrait
fuivant du procès - verbal des commiffaires du
département de la Drôme , dus mai :
сс
Les commilaires , en vertu de leur miffion
autorifée par le décret du 28 mars , relatif à
l'organisation du Comtat , fe font rendus à Avi-
1
le 2 mai. En arrivant , ils ont appris furle
champ que les commiffaires du département
des Bouches- du - Rhône y étoient entrés depuis
le 29 avril avec un corne
Compreux de troupes.
A la tête de ce corps étoit Jourdan ; & à la
fpite venoient les autres accufés des crimes
commis les 16 & 17 octobre ; les uns & les autres
couronnés de lauriers . Le fieur Raphel
jige , & fon greffier , l'un & l'autre décrétés
d'ajournement perfonnel , ont été réintégrés dans
leurs fonctions , & les exercent publiquement.
Malgré le décret qui ordonne qu'ils feront remis
dans les prifons , ils fe promènent journellement
dans les rues d'Avignon , & menacent tous ceux
qui ont déposé contre eux . ( Ils font dans le
plus parfait accord avec les commiffaires des
Bouches - du - Rhône , porte l'arrêté dont nous
Parletons tout-à - l'heure ; & il retiennent à Avion
un convoi de 109 boeufs deftinés pour
farmée. >
Les commiffaires de la Drôme , après avoir
fait des représentations à leurs collègues fur leur
conduite dans cette affaire , fe four rendus au
licy indiqué pour les travaux de la commiffion

H3
( 174 )
Ja , ils one rencontré Tournal & fes autres com-
Pagnons qui , ayant recounu l'un d'eux pour avoir
été membre du tribunal criminel provifoire d'Avignon
, fe font emportés en invectives contre ce
tribunal . Alors les commiffaires fe font retirés
& font retournés à Valence , ou'ils ont rédigé leur
procès-verbal .
ود
A cet extrait étoit joint l'arrêté du directoire
du département des Bouches -du- Rhône , qui
fufpend provifoirement les fonctions des deux
commiflaires , improuve leur conduite , envoie:
un courrier au Roi , à l'Affemblée nationale , &
invite tous les départemens voifins à fe tenir prêts
à fournir des forces fuffifantes pour maintenir la
paix publique dans , ces contrées .
180

En preuve de fon opinion qu'il y avoit « un ..
deffein prémédité , ure connivence de perfonnesdont
les noms , a - t- il dit , feront un jour livrés à
l'opprobre & à l'exécration , » M. de Vaublanc a
cru pouvoir citer un article de la lettre de M.
de Montefquiou au miniftre de la guerre , du 27 .
avril , & une phrafe du chef des clubiftes de
Marfille adreffée aux jacobins de Paris & imprimée
dans le journal de ceux- ci . M. de Mon
tefquiou écrivoit à M. de Graves : ce j'espère , au
moyen de ces arrangemens ( le départ des troupes
, ) que nous n'entendrons plus parler d'Avignon
. Il s'exercera vraisemblablement quelques,
vexations dans ce malheureux pays par le parti·
quelque temps opprimé , aujourd'hui triomphant.
Je crois que c'eft là que fe borne l'ambition
Marſeilloife dont on a tant voulu nous effrayer.
Ce mal ne peut fe guérir que par de doux remèdes
; on ne pourroit employer d'autres moyens
fans renverser la conſtitution . » Les clubiftes
de Marfcille écrivoient à leurs fières de Paris ,
-0
le 17 avril , une lettre qui finit ainfi : ce nous
ne cefferons pas nos efforts que la France neš
jouiffe des bienfaits acquis par les exploits des
Brutus & des Scevola ; cela fuffie ; vous nous
entendez. »
ל כ
& n'a
Il feroit impoffible de rendre le vacarme qu'ont
excité ces dénonciations , & leur commentaire , cu
M. de Vaublanc a mis plus de chaleur que de
force & de tenue ; il a promis de nommer ces
hommes dignes de l'opprobre , s'eft laillé traiter
de calomniateur par M. Montant du Gers ,
nommé perfonne ; où fa jufte obfervation : « H
y va de votre gloire a été coupée par cette
étrange exclamation : Ah ! Bah ! la gloire ! ou
M. Charlier a dit que l'Affemblée devoit écrafer
toutes les factions & notamment celle qui paroît
s'être fait un jeu de lui faire perdre un temps
précieux en dénonciations de ce genre ; contreattaque
foutenue de longs éclats de rire , &c...
E fin on a ajourné à demain le rapport fur Avigron
& M. Merlet s'étant écrié , au fort de
Yaltercation « nous ne fommes pas dans une arêne
de gladiateurs » ; l'on eft paffé à l'ordre du jour.
Parlant du maffacre de MM. Théobalde Dillon
& Berthois , organe des comités miltaire , de
légiflation & diplomatique , M. Tardiveau a fait
confidérer que l'acte conftitutionnel , le ferment
des troupes , les loix décrétées & le ende pénal
ayant feffilamment pourvu aux droits de tous
& à la punition des délits , les généraux font ,
comme les autres citoyens , fous la fauve- garde
de la le , de Fhonneur , & de la loyauté Fran
çoife ; & l'Affemblée a décrété que , par ces
motifs , il n'y avoit pas lieu à délibérer .
:
Un autre décret rendu , fur- le -champ , à la
demande du même rapporteur , a ftatué que
H
4
( 176 )
l'Affemblée nationale délibérant fur les évè
nemens arrivés à Lille & anx environs ,
le 29
avril dernier , après avoir entendu le rapport de
Les comités de légiflation , diplomatique & militaire
, réunis :
« Confidérant que ces attentats violent toutes
les loix & toutes les règles de la sûreté publique
de la difcipline militaire & de l'ordre focial ; que
la prompte & éclatante punition des coupables
eft due à la nation & à l'armée ; qu'elle peut feule
adoucir le fentiment de douleur & d'indignation
que l'Affemblée nationale a manifefté , & qu'a
jerté dans tous les coeurs françois le récit de ces
évènemens défaftreux ;

·Décrète que le pouvoirexécutifrendra compte
de huitaine en huitaine , au corps lég flatif , de
l'état des procédures & pourfuites qui ont été &
feront faites contre les auteurs , fauteurs & compices
des attentats commis fur MM. Dillon
Berthois , Chaumont , & autres , le 29 du mois
dernier. »
« L'Affemblée nationale change fes comités de
l'inftruction publique & de l'extraordinaire des
ces de lui préſenter , dans le plus brefdélai ,
projet de décret far les réparations & indemnités
qui pourroient être dues à la mémoire &
anx familles de ceux qui ont été victimes de ces
attentats.
Le procureur-fyndic d'un diftrict de la Haue
Garonne mande au préfident avoir trouvé da: s
Is caves de M. de Vaudreuil , « l'un des plus
cupables émigrés du diftrict » , dans des toracauz
marqués : vin de Coulange , vin de Beaune ,
47,200,000 liv . en affignats vrais ou faux , mais
parfaitement femblables aux meilleurs . On lit , on
rafonne , on renvoie au comité , & ce temps
( 177 )
perdu n'aboutit qu'à la conviction que la fignature
eft fuppoféc.
Du mardi , féance du foir.
Tout le reste ayant été ajourné & devant ſe
reproduire , nous n'avons à citer que trois décrets.
Par l'un « le pouvoir exécutif eft autorisé ,
jufqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné ,
a refilier & renouveller , avec les divers fourhiffeurs
& entrepreneurs de la marine , les marchés
néceffaires pour le fervice de ce département
, aux conditions les plus avantageufes qu'il
pourra obtenir. » Par le fecond , des conclufions
d'un long rapport de M. Lacombe St. Michel
portant que le miniftre des affaires étrangères
demandera raifon à la république du Valais du
banniffement de M. de Rivas pour avoir prêté
de ferment civique , & fera expliquer les Cantons
Helvétiques ; & que M. de Rivas recevra ,
pour récompenfe , en retraite, fes appointemens de
Heutenant l'Affemblée n'a adopté que la dernière
propofition, & a ajourné les autres . Par le troisième,
elle a permis à M. de Graves de fe rendre à
l'armée , fur la lecture de la lettre où ce miniftre
de la guerre annonce la démiffion , après 30 jours
de ministère..
› Du mercredi , 9 mại.
I
On lit une lettre de M. de Rochambeau . Il y
protefte qu'il n'a été inftruit de l'expédition projettée
par le miniftre des affaires étrangères , que
par la tranfmiffion des forces néceffaires ; que
le plan de cette expédition étoit inféré dans toutes
des feuilles publiques avant qu'il en fut officiellement
informé. Le maréchal perfuite à dire qu'il
ne peut plus commander,
H
S
V
( 178 )
Du mercredi , féence du foir.
Les difcuffions ayant offert aucun intérêt ,
Nous nous bornerons à l'extrait de trois décrets
rendus dans cette féance .
1°. Le directoire du département de Seine &
Oife eft autorifé à acquérir , de la nation , le château
de Dourdan , & à faire , d'après le devis
eftimatif , 42,007 liv . 18 fous de dépenfe , po. £
établir des prifons dans cette baftille déformais
conftitutionnelle ..
er
2º. La déduction des fecours accordés aux cioyens
ci- devant employés des adminiſtrations
fupprimées , lors du paiement des penfions &
indemnités qu'ils auront obtenues , ne doit porter
que fur les fecours que les ci - devant employés
ont reçus en verts des décrets poftérieurs au 1
juillet 1791. Le miniftre des contributions fera
tenu de donner auxdits employés fupprimés communication
des pièces néceffaires pour conftater
les droits qu'ils ont à exercer envers les adminifrateurs
de la ferme & de la régie générales .
3 ° . L'article 6 du décret du 2 décembre 1790 , relatif
au corps d'artillerie , aux lieutenans en fecond
nommés anciens garçons- majors , eft abrogé. Us
feront admis dans le corps , fivant leur rang d'ancienneté
. Ceux qui ne voudront pas y refter
auront pour retraite « les appointeniens du grade
auquel le droit de prétendre leur eft enlevé par
le préfent décret . »
Du jeudi , 10 mai.
Au nom du comité de l'ordinaire des finances
M. Dieudonné a propofé & l'aflemblée a décrété
le fupplement périodique du mois précédent . Les
recettes innommées ) d'avril font montées ,
( 179 )
a-t-on dit , à 38,453,328. liv .; les dépenfes font
fixées par le décret du 18 février 1791 , à
48,666,000 1. Le déficit eft donc de 10,212,672 l .
En conféquence , il a été ordonné à la calle de
l'extraordinaire de verfer dans la tréfoterie nationale
, d'abord ces 10,212,672 liv.; enfuite ,
712,239 liv . pour dépenfes particu ires de 1791';
puis , 32,021,856 liv . pour dépentes particulières
de 1792 & de plus , 4,260,644 livres pour
avances faites aux départemens , de tout payé
dans le cours du mois d'avril dernier. Toral pour
avril , 47,207,401 liv . qui avec les$ 38 , 45 3,5 28
liv. de recette , font une déperfe de 85,660,729
livres .
1
Admis à la barre , à la tête d'une députation
du tribunal de caffation , M: Thouret , ex - conftituant
, a remis à l'Affemblée Fétat général des
travaux de ce tribunal. Dens onze meis , il y
a cu 557 affaires expédiées. L'ordre judiciaire a
paru a M. Thouret n'avoit éprouvé aucun dérangement
grave. Il a donné aux législateurs des
confeils fraternels d'union , d'énergie , de courage
; leur a demandé « force & fageffe four
déjouer toutes les hypocrifies de l'intrigue » , leur
a promis tout cela de la part du tribunal; a vu
la liberté grandir dans les obftacles , & a regu
des applaudiffemens & les lonneurs de la féance
& de l'impreffioni
guerre.
Une lettre du Roi a notifié la nomination de
M. Servan à la place de miniftre de la
Chargé du rapport fur Avignon , M. Chaf
faignac a retrasé tous les faits déjà connus ;
•"de"
l'éloignement des fur la réqui
fition illégale des deux feuls commilaires du département
des Bouches- du Rhône , avant l'arrivée
de ces commiffaites , & le triomphe de Jourdan *
=
H 6
( 180 )
de fes complices , cousormés de laurier ; deurs
schars traînés par des ânes ornés de rubans aux trois
couleurs nationales ; les fieurs Raphel & Glaife
reprenant leurs fonctions de juge & de greth.r
quoique décrérés ; les commillaires délibérant
avec les brigands & les allalans ; ceux- ci faifant
trembler & les témoins & les juges ; l'arrestation
de 109 boufs deftinés pour l'armée . M. Bréard
a parlé & propolé fes articles non adoptés . En
dufcutant le projet de décret de M. Chaffaignac ,
M. Grangeneuve a protégé de fon mieux les deux
commiffaires des Bouches- du- Rhône , & même
en quelque forte les brigands qu'il a fimplement
nommés quelques particuliers . Mais il a tonné
contre le commiffaire du Roi , qui pouvoit ailément
faire arrêter 27 particuliers dont on s'alar
moit beaucoup trop , à l'en croire ; a foutenu qu'Awignon
eft tranquille , qu'on impute mal- à-propos
cette tranquillité à la confternation qu'infpise
-Jourdan de qui la préfence n'eft pas un crime ou
n'eft que celui du commiffaire du Roi ; que les
élections feroient légales parce que , faites au
ferutin , elles ne peuvent jamais être gênées , &
parce que « ce qu'on vous dit de la confternation
que la préfence de quelques hommes inſpire à
Avignon , n'eft qu'un fantôme dont on yout
vous épouvanter... 5
M. Chaffaignac s'eft donné la peine de le réfacer
en rétabliffant les faits dénaturés , & M.
François , de Nantes , a débité de l'éloquence ,
fur l'horreur , l'indignation , l'effroi que lui a
caufés le récit du triomphe. Il a parcouru les
-faftes des nations & même la mythologie , a parlé
de Néron , des arènes de Pluton , de Minerve
il a vu dans les danfes de ces brigands , la gaîté
Provençale & les poignards d'Italic, au milieu
( 181 )
134.

de ce torrent de paroles oifeufes & incohérentes ,
nous avons faifi ce paflage :: « Tel eft l'effet des
grandes révolutions ; elles appellent fur la scène
du monde des fcélérats qui , fans elles , feroient
reftés dans leur obfcurité ; mais elles agillent auffi
avec la même puiffance fur les ames vertueuses,
& elles font naître des héros. » « Il faut ici ,
a t - il ajouré , être févère ou fe déshonorer .
Une grande mefure le préfente aujourd'hui pour
manif.fter la pureté de vos fentimens & convaincre
les plus incrédules que vous n'avez jamais
voulu que ces brigands demeuraffent impunis
puifque vous punillez même leurs protecteurs.
Vous devez dons faire arrêter les deux commilaires
des Bouches- du-Rhône , les faire traduire
fous bonne & sure garde à votre barre...
Armez -vous donc comme Minerve d'une ſévérité
inflexible... »
M. Chabot a revêtu de les moyens oratoires
connus , les vérités morales de M. Grangeneuve.
M. Merlin a fufcité le plus de chicanes qu'il a
apu aux pétitionnaires d'Avignon . M. Bigot ayant
attefté que le commiſſaire du Roi , que M. Guadet
vouloit qu'on tradui it à la barre , eft un parfait
honnête homme , MM. Guddet , Briffat & d'austres
ont crié : Bah ! bah !... On s'est débattu
démenti fur les brigands , fur les commiffaires
des Bonches- du- Rhône , feront-ils arrêtés , traduits
, ou mandés ? Longue difcuffion . M. La-
Source affirme que l'Affemblée nationale n'a jamais
fait arêter perfome fur de fimples foupçons , &
l'on applaudit M. Lafource , qui taxe tous ceux
squi ont fui d'Avignon , de lâches , de perfides ,
-de traîtres. M. Vergniaud ajoute que les commiflaires
inculpés ont mérité la confiance de leurs
concitoyens , qu'ils font pères de famille & ci:
( 182 )


toyens François ... Les applaudiffemens redoublent
. Enfin , voici le décret :
cer . Les deux commiſſaires nommés par le
département des Bouches-du-Rhône , pour l'orgamilation
des corps adminiſtratifs d'Avignon ,
comparoîtront à la barre dans quinzaine du jour
de la publication du préfent décrer. »
2. Les adminiftrateurs du département de
la Drôme hommeront provisoirement d'autres
commillaires pour procéder à l'installation du tribunal
d'Avignon & à l'organiſation des corps
adminiftratifs . »
« ´3 °. L'Affemblée annulle toutes les opérations
ou élections faites ou provoquées par les
commiffaires du département des Bouches - du-
Rhône. »
сс 4°: Les gardes nationales , appellées par
eux à Avignon , feront tenues d'en fortir & de
retourner leurs domiciles refpectifs ; feront
tenus de même de fortir d'Avignon tous gens
armés fans réquifition légale.l
сс 5°. Le tribunal qui jugera les prifonniers
fera établi à Montelimar. »
Du vendredi , 11 mai.
lit une lettre de M. de Biron à M. de
Graves ,
ainfi conçue : ,
Valenciennes , le 8 mai 1792 , l'an 4. de la liberté,
ة ي ب
MONSIEUR ,
« Mon honneur m'oblige à vous déclarer
pofitivement que l'armée du Nord doit être confidérée
comme perdue , fi M. le maréchal de
Rochambeau l'abandonne' ; qu'un très - grand nom-
*bre d'officiers diftingués , ceux qui fervent le plus
utilement , font invariablement déterminés à quise
( 183 )
per l'armée ; & qu'alors elle fera dans un tel
état , qu'on peut la regarder comme détruite fi
elle eft attaquée. Je puis m'y faire tuer en bon
foldat ; mais je puis moins qu'un autre me char
ger de l'extravagante refponfabilité d'un commandement
d'interim , pendant lequel les plus
défaftreux évènemens peuvent fe paffer . Je finirai
la campagne fous les ordres de M. de Rocham
beau. J'ai fort à coeur de lui prouver encore une
fois que la manière done mes généraux me
traitent , n'influe aucunement fur celle dont je
fers , & qu'il s'eft trompé en annonçant que
nous avions perdu tous deux la confiance des
troupes . »
Signé , le lieutenant- général BIRON.
Pour copie , GRAVES .
Le directoire du département de l'Aifne écrit
à l'Aemblée l'adreffe fuivante :
сс« Légiflateurs , il eft temps que vos regards
s'arrêtent fur le ministère actuel . Sans droits à notre
confiance , nous ne lui en connoiffons aucun à notre
eftime. C'eft ales projets , c'eſt à fon imprévoyance,
c'eft à fon peu d'égards pour un général expérimenté
que nous devons nos premiers défaftres. Il vous
a dit que tous les genres d'approvifior nement
dont nos armées ont befoin étoient faits pour
plus de trois mois . Aujourd'hui le général la
Fayette nous envoie un aide- de- camp pour fol
liciter des fecours en tout genre dont fon armée
a befoin . Tous les départemens frontières feront
fans doute comme nous. Les objets néceffaires
feront bientôt trouvés & tranfportés . Déjà des
commiffaires font nommés , les pouvoirs dornés
& tous les ordres expédiés . Dans des cirenftances
fi difficiles , que notre zèle & notre
patriotifme nous tiennent lieu de loix émanées
f. 184 )
de votre fageffe. Nous avons garanti tous les
Achats , nous avons promis de payer au compfant
. Le commiffaire-général de l'armée du centre
Fromet d'acquitter à l'inftant tous nos mandats.
Légifteurs patriotes , donnez les ordres pour
que les fonds foient fits fans délai ; les hommes
d'honneur n'entendent pas manquer à leurs
engagemens comptez fur notre dévouement.
La mort en fera le terme . »
Après la mention honorable & le renvoi de
cette adreffe au comité militaire , ainfi que de
11 queftion propofée par M. Thurict : fi l'on
doit prononcer les peines du code François contre
les foldats étrangers qui viendront commettre
des délits fur le territoire de France ; & la réception
de quelques offrandes civiques proclaécs
on es rentré dans la difcuffion de la
forme du jury & des confeils de difcipline de
Farmée. Le comité & M. Carnot le jeune , pénétés
d'admiration pour ces inftitutions éclofes du
gene de l'Affemblée conflituante , MM . dAverhoult
, Ramond, Hébert , qui a dit avoir
été foldat , frappés des inconvéniens de toure
innovation dans ce moment de crife , ont penfé
qu'il feroit prudent de ne rien changer aux loix
militaires décrétées ; M. Albitte , champion de
Tégalité , que les foldats devoient être jugés par
leurs pairs , attendu qu'il falloit à l'accufé d'autres
garans que la vertu de fes juges ; M. Gafparin
compofoit les confeils de difcipline , du commandant
, d'un capitaine , d'un lieutenant , d'un
fergent & de deux foldats. L'Affemblée a décrété
qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer.
Il fe fait à la foire de Beaucaire pour plus
de 35 millions de ventes. M. Hérault de Sechilles
, en l'affirmant , a témoigné les craintes
fil
( 185 )
que les troubles & le voisinage des brigands.
n'en éloignaffent les étrangers , ce qui feront une
perte immenfe . M. Merlin a répondu que c'étoit
dire fort mal -a-propos à l'Europe que , vu la
liberté des patriotes d'Avignon , perfonne ne
feroit en sûreté à Beaucaire ; que le pouvoir
exécutif y veillera ; & l'on eft paflé à l'ordre
du jour.
Le nouveau miniftre de la guerre , M. Servan
cft entré accompagné de M. Dumourier , & a
dit :
J'ai accepté la place à laquelle le Roi a
bien voulu me nommer convaincu qu'avec des
intentions pures on doit , dans les circonstances
actuelles , fe montrer dans les poftes les plus
périlleux , fur tout quand on effère d'être encouragé
par les reprefentans de la nation , &
foutenu par le Roi & fes miniftres. Ben décidé.
à marcher d'un pas ferme dans le chemin de la
conftitution & des loix , ai fi que je l'ai fait
བanus · a té ་-- : --
----
e dans la uice , & je
n'en fortirai que lorfque je ferai convaincu que
mes forces ne fuffifent pas à ma conſtante volonté
de faire le bien. »
Vivement applaudi d'une partie de la falle ,
M. Servan a repris la parole à peu près en ces
termes :
« Je dois donner connoiffance à l'Affemblée
nationale de l'arrivée de M , le maréchal Luckner.
Ce général patriote n'a point hésité à quitter
momentanément une armée très - bien difciplinée ,
dont il est adoré , & des départemens où il
réunit toutes les confiances pour voler au pofte
où le Roi & les dangers l'appellent . Mais il a
penfé qu'il étoit une mefure plus importante
à adopter avant qu'il acceptât la place qui
( 186 )
venoit de lui être donnée . Cette mefure eft
d'aller à Valenciennes , ranimer la confiance &
l'efpoir , faire tous les efforts pour engager ,
au nom du Roi , M. le maréchal Rochambeau,
dont il connoît les talens , les officiers découragés
& les foldats égarés , à reprendre une cor fiance
Imutuelle . M. Luckner a demandé au Roi d'aller fervir
comme aide-de- camp de M. Rochambeau , julqu'au
moment où l'union étant rétablie , il´ira
reprendre le commandement de fon armée , qui
a donné des preuves nombreuses de patriotifme .
Les miniftres du Rei ont propofé à Sa Majesté.
d'adopter cette mefure magnanime avec d'autant
plus d'empreffement , qu'ils prouveront toujours
combien ils font étrangers à toute perfonnalité
& à toute confidération particulière . M.
Luckner a demandé au Roi la permiffion de fe
faire accompagner par M. Valence , en qualité
d'aide - de - camp. Tout - à -l'heure , parlant à Sa
Maiefté . M. le maréchal lui difoit que fon armée
étoit comme des moutons ( ce font les expref
fions ) : tant il eft sûr de tous les individus qui
la compofent, » -
svacy
Ce récit a été fréquemmenr interrompu &
terminé par des applaudiffemens qui tenoient du
tranfport; & l'Aſſemblée a décrété , fur la propofition
de M. Dumas , que le préfident écriroir
M. Luckner que la nation te remercie
Un rapport de M. Dumas fur la défection
de Mons & les mesures févères qu'elle a rendues
inftantes , a retracé les fa ts tels que nous
les avons fucceflivement expofés , a prouvé la
néceffité d'un grand exemple , & a rappellé le
trait d'un grenadier , nommé Pie , qui fuccom-
Bant à fes bleffures , difoit à M. Alexandre de
Beauharnais qui paffoit auprès de lui : « ache7187
)
vez- moi , mon officier ; que je ne voie pas fa
fin de cette malheureuſe journée. Vous voyez
que je meurs à côté de mon fafil , avec le regret
de ne pouvoir plus le porter. » La falle a
retenti de batsemens de mains & de bravo ! On
a décrété , par acclamation , l'infertion du nom
de Pie au procès- verbal , & l'envoi d'un lettre
du préfident à ce grenadier heureuſement enlevé
à la mort . Enfuite , des débats découfus ont
produit le décret que l'importance de fon objet '
Nous engage à tranferire littéralement :
« L'Affemblée nationale , confidérant qu'elle
doit au falut public , à l'honneur national , au
jufte reffentiment de l'armée , de veiller à ce que
la punition de ceux qui ont abandonné la caufe
de la liberté à l'affaire de Mons , & défobéi aux
ordres du général Biron , foit prompte & éclatante
; voulant , au nom de la nation , que les
généraux foient promptement chéis ; confidérant
cette entière obéiffance comme la fauve-garde de
la liberté & de la conftitution ; voulant que
la tache de cette défection demeure aux traîtres
feuls , dont la lâche défobéiflance a porté le défordre
dans les rangs des foldats fidèles ; voulant
par cet acte de juftice confolér ceux-ci d'un
revers que leur courage va réparer ; ' après avoir
entendu le rapport de les comités militaire , diplo
matique & de légiſlation , réunis , décrète qu'il y a
Ligerce. »
ce L'Affemblée nationale , après avoir décrété
l'urgence , décrète ce qui fuit :
« Art. I. Le pouvoir exécutif donnera des .
ordres pour qu'il foit affemblé dans tel lieu que
le général de l'armée du Nord défignera , une cour
martiale , devant laquelle feront traduits les of
faciers , fous- officicis & dragoas des deux régi
( 188 )
}
mens, no. 5 & 6 , accufés d'avoir abandonné le
pofte qui leur avoit été confié dans l'ordre de bataille
du corps de troupes commandé par le général ,
Biron.»
II. Immédiatement après la publication du
préfent décret , le général de l'armée fera fommer
les 5 & 6. régimens de dragons , de déclarer & de
faire connoftre les officiers , fous - officiers au dra
gons qui , foit en prononçant le cri de trahifon , foit
en excitant leurs compagnons à la défertion , fe feroient
les premiers rendus coupables d'avoir quitté
leur pofte. »
III. Dans le cas où les deux régimens de
dragons ne déclareroient pas , dans le délai preferit
par le général , les coupables , ils fe trouveroient
par-là chargés collectivement du crime de
défertion . »
medindi
Le pouvoir exécutif donnera les ordres néceffaires
pour que ces deux régimens foient.caffés ,fans
1 ) toutefois de l'information & pourfuites qui
pourront réfulter des compies déjà rendus , & des
dénonciations qui font ou qui pourront être faites
contre les coupables , comme auffi de l'examen &
juftification légale & authentique de la conduite des
officiers , fous cfficiers & dragons qui auront fait
leur devoir, »
« IV. Ea conféquence des articles ci - deſſus ,
les 5. & 6. régimens de dragons duivent être.
caffés ; les guidons des deux régimens feront déchirés
& brûlés à la tête du camp ; & les numér‹ s
qui marquent leur rang dans l'armée , resteront à
jamais vacans .
V. Le miniftre de la juftice rendra compte
de huitaine en huitaine des poursuites que les accufateurs
publics ont dû faire en vertu de l'a
ticle III du titre III de la loi du 30 feptembre 1799,
189 )
contre toutes perfonnes fufpectes d'avoir provoqué
à commettre les crimes qui ont eu lieu dans
les journées des 29 & 30 avril , foit par des difcours
prononcés dans les lieux publics , foit fat des
placards ou bulletins affichés ou répandas , foit
par des écrits rendus públics par la voie de l'impreffion.
»
Du vendredi , féance du foir.
M. Lacuée , préfident , a lu fa lettre de remerciment
national adreffé à M. Luckner. M.
Chéron a jugé qu'il n'étoit pas de la dignité du
préfident de l'Alfemblée d'annoncer l'envoi du
procès-verbal , & vouloit qu'on remerciât M.
Luckner de fon patrict:fme auffi dé icat que
généreux. » M. Lacroix préféroit « procédé délicat
& généreux à patriotifime . On s'en eft
remis à M. Lacuée qui refera ſa lettre en conféquence.
»
L'Affemblée a renvoyé aux comités militaire ,
de légiflation & diplomatique , une relation de
l'expédition de Tournai , que M. Arthur Dillon
deftine à completter la juftification de M. Theobald
Dillon . Os a décrété deux articles d'utgence
, qui accordent une penfion de zoo liv .
aux deux veuves & 1200 liv . pour l'éducation
des enfins de citoyens tués , le 24 janvier 1791 ,
à la chapelle- lès - Saint- Denis , par des chaffeurs
dont le rapporteur , M. Elie la Cofle a cru d
voir raconter tout le délit , citer jufqu'aux paroles
, aux groffièretés , dire qu'ils fe .......
du maire & c. , détai's , prolixité , parience dés
audireurs , qui rend bien remarquables la crife
inouie & générale au milieu de laquelle on oc- .
cupe ainfi les loifirs d'un corps fégi @atif. -
( 190 )
.
Nous ne fautions tenir compte des écus , des
fous offerts ei don & des petites harangues.
Dufamedi , 12 mai.
Il s'eft d'abord établi une longue difcuffion
pour décider fur quoi l'on difcuteroit , & , après
quelques débats fur ce qu'on ditoit , on a écouté
M. Quatremère de Quincy parler fur Henri-
Guillaume Simoneau.
L'orateur a vu de merveilleux effets réfulter
du décret rendu à l'honneur de ce maire d'Etampes.
«Telle eft , m: ffieurs , a-t - il dit , votre
pofition , telle et la grandeur du pouvoir qu'une
Affemblée généreuse exerce fur tous les mouvemens
d'un vafte empire , que fans effort , d'un
feul coup- d'oeil , d'un mouvement prefqu'inapperçu
, elle peut exciter les orages ou les calmer ,
commander l'obéiffance & forcer au reſpect de
la loi... Votre comité d'inftruction publique n'a
pas oublié que les cérémonies civiques font la
leçon de tous les hommes & de tous les âges
que ces périodes folemnelles doivent devenir les
plus forts appuis de la conftitution en tirant
Jeurs élémens de fa morale..... Il a conclu par
un projet qu'on a difcuté article par article
comme en temps de paix , & décrété ainfi qu'il
fuit :
« Une cérémonie nationale , confacrée au´reſpest
dû à la loi , honoréra la mémoire de Henri-
Guillaume Simonneau , mort le 3 mars 1792 .
Les dépenfes de cette cérémonie feront acquittées
par le tréfor public ; la fomme ne pourra excéder
fix mille liv . Le pouvoir exécutif fera ouvrir
& difpofer le champ de la fedération , pour la
pompe qui doit y avoir lieu . Il donnera les ordres
les plus prompts pour l'exécution de la cérémonie ,
119
1913
--
fixée au premier dimanche de juin . -- L'Affemblée
nationale y affiftera par une députation de 72 de
fes membres, --- Le cortège fera compofé des magiftrats
nommés par le peuple , des différens fonctionnaires
publics , & de la garde nationale .
L'écharpe du maire d'Etampes fera fufpendue
aux voûtes du panthéon François . -- Le procureur-
général de la commune d'Etampes , le fieur
Blanchet , citoyen de cette ville , qui ont été bleffés
en défendant la loi , & la famille de Jacques-
Guillaume Simonneau , feront invités à la céré
monie. »
Un prêtre affermenté , vicaire confticationnel
du fauxbourg St. Antoine de Paris , eft venu fe
présenter àla barre avec la femme & leur offrande ,
& a dit qu'il avoit ufé , en fe mariant , des
droits auguftes accordés à tout citoyen par la
-conftitution pour éviter le fcandale du célibar.
-On les a couverts d'applaudiffemens , & ils ont
eu les honneurs de la féance . Des bandes de
jeunes filles des écoles du même fauxbourg
-portant une pique ornée de rubans tricolores
furmontée du bonnet rouge de la liberté Françoiſe
, des bannières & des drapeaux , font venues
auffi apporter leurs dons & recevoir les
mêmes honneurs . Enfuite s'eft engagée la lutte
ordinaire entre l'égalité & la difcipline , entre la
- crainte d'accorder trop de pouvoir aux généraux
; & celle de voir l'armée fe diffoudre.

M. Albitte vouloit « que le foldat ne dépende
- jamais de l'homme , mais de la loi feule. » M.
Dumolard a dit que chez les Romains libres , la
• haché du liceur frappoit la tête de tout foldat
défobéiffant au premier ordre du général ; &
M. Guadet lui - même eft convenu qu'il eft mille
éas imprévus où les généraux doivent exercer
( 192 )

3.
des droits févères qu'on ne peut foumettre ,
comme l'exigeoit M. Lacroix , à la ratification
de l'Affemblée... Après ces débats , on a décrété
quatre articles fur les cours martiales , les juges
de paix & la police correctionnelle militaire ,
dans le royaume & hors du royaume……… tenant
leurs féances par-tout , même en plein air. 5
M. Carnot , jeune , a fait un rapport far la
dénonciation de M. de Kerfaint entre la garde
nationale , la garde du Roi & les gardes Suiffes ;
a prouvé qu'ils n'avoient chatfé du jardin des
Thuileries que des féditieux qui tenoient des
difcours ex-crables , & que le Roi étoit maître
dans fa maiſon . Il a conclu que les gardesfaiffes
, attachés à la perſonne des Rois de France
depuis deux fiècles , devoient être employés
comme les autres régimens , mais dans l'inté
rieur jufqu'au renouvellement des capitulations
, & non comme gardes du Roi . Sen projet
a été ajourré.

·
Le miniftre de l'intérieur s'eft plaint de
raffemblemens nocturnes d'étrangers anonyines
fufpects dans Paris ; un membre
a long-temps parlé d'un homme vêtu
comme un loup qui l'avoit pris au collet au
Palais Royal & avoit fait envain l'impofble
pour qu'ils fe battiffent. M. Gunder a propoté
fi mefure inutile & difpendieufe de nouveruz dénombremens
. M. Bazire imputoit vaguement à
tous les prêtres non affermentés le deſſein de
frapper un grand coup….. Le miniſtic® & » les cġmités
diront ou tairont le refte.
-
On a demandé que tous les titres féodaux 8c
de nobleffe , dépofés aux Auguftins , à Paris,
fuffent brûlés . Qu'on les brûle auffi dans tous
ks
7193
les départemens , s'eft écrié M. Ducos . Le brûlément
de ceux de Paris eft décrété lauf ce qu'en
fouftrairont le directoire , la municipalité &
quelques favans prépofés pour en féparer les
actes de propriété & les articles précieux pour
les arts & les fciences dont la profpérité ajoute
à celle de l'Empire.
La féance a fini par un décret d'urgence qui
autorife provifoirement les commandans en chef
des armées , jufqu'à la réduction de l'armée , au
pied de paix , à nommer dans les places où
poftes de guerre , fitués dans l'étendue de leur
commandement , & qu'ils croiront menacés , des
commandans amovibles , choifis parmi les offi
ciers de toutes les armes du grade de capitaine
& au- deffus , fe trouvant en activité de fervice
; dérogeant quant à préfent à l'article III
du tit, III de la loi du 10 juillet 1791 , qui accorde
le commandement dans les places au plus ancien
officier du grade le plus élevé en activité dans la
garnifon.
Du famedi , féance du foir.
Admis à la barre , les adminiſtrateurs du département
de Rhône & Loire , ont réfuté les
inculpations faites au directoire par la municfpalité
de Lyon , & préfentées dernièrement avec
tant de partialité dans le rapport de M. Faucher.
Une deftitution fans forfaiture préalablement
jugée , ce que demandoient les abfurdes conclufions
de l'évêque du Calvados , leur a paru ,
comme à nous dans le temps , une peine trop
légère pour des confpirateurs , un procédé illégal
, une injuftice contre des citoyens irréprochables.
Nos arrêtés font là & dépofent de
notre fidélité à la loi . Voilà , Meffieurs , a dit
No, 20. 19 Mai 1792.
( 194 )
l'orateur , les vrais témoins de notre conduite
& certes , ils valent bien les pétitions de nos
accufateurs revêtues de fignatures dont rien n'attefte
l'authenticité. Et nous auffi nous aurions
pu faire plevoir ici des pétitions en notre faveur
; mais loin de nous de femblabies moyens...
Nous nous préfentons dénués de toutes les ref-
Cources de l'intrigue.
Des nombreux chefs d'accufations entaffés
contre ce directoire , cinq regardoient le directoire
qui l'a précédé ; ils ont relevé cette infigne
mauvaiſe foi & fe font chargés de répondre à tout.
Nous devons à nos lecteurs un apperçu rapide de
cette réfutation , ne fût- ce que pour offrir une
idée des miférables , des odieufes chicanes dont
on occupe les momens précieux d'un corps dégiflatif
pour qui les jours n'auroient pas affez de
cent heures.
M. Imbert , membre du directoire , lut un
difcours incivique ; fut hué , interrompu ; ce
n'étoit pas dans la féance du confeil général ,
Toute affertion contraire eft calomnieufe & démentie
par une délibération de la municipalité
qui reproche ce difcours au directoire. La correfpondance
aristocratique , imputée à M. Olivier
, l'un des employés des bureaux , n'existe
pas , & l'on refule , à M. Olivier toute communication
de l'inique procédure que lui fit
effuyer la municipalité qui l'incarcéra arbitrairement.
Le directoire avoit le droit de s'oppofer
à ce qu'elle bâtît des corps-de-garde fur
un terrein qui n'appartient pas à la commune.
De quel droit a - t- elle fait appofer des fcellés
fait fubir des interrogatoires , ufurpé la geſtion
des biens , dans les deux maifons de la provience
& de la propagation de la foi ... Ici
( 195 ).
Ï'osateur a cru devoir ajouter , pour careffer
l'efprit dominant : ce ces inftitutions font une
excroiffance monftrueufe au milieu du champ de
la liberté , & c.; mais fi la loi permet à la prétendue
philofophie à la mode d'outrager des établiffemens
pieux , elle ordonnoit aux adminiſ
trateurs de les furveiller fans le concours des
municipaux . Enfin , de peur de ne pas prouver
affez bien que la perfidie feule faifoit de la tolé
rance du directoire , un motif de le peindre en
contre-révolutionnaire , il a fupérieurement démontré
qu'il avoit été auffi patriotiquement perfécuteur
que d'autres , en n'oubliant ni réquifitions
de la force armée pour des prêtres affermentés
contre les prêtres inaffermentés , ni inftallations
manuelles de ceux - là , ni dénonciations
, ni expulfions de ceux-ci ; le tout dans la
vue « de faire ceffer la lutte du fanatifme des
inftitutions fociales. »
Quant aux licornes , M. Fauchet & les cliens
n'en ont tant parlé qu'en les fubftituant dans leurs
récits , aux armes du Roi que la municipalité fit
abattre le jour de fon inſtallation . Le fieur Challier
, municipal , vexa , arrêta , interrogea d'honnêtes
citoyens fous le prétexte d'un poignard
commandé & de faux affignats ; ils furent relâchés ,
le directoire fufpendit les fonctions du fieur Challier
qui , depuis , les a reprifes ... « Il viendra un
moment où l'on laura que quelques corporations
ne font pas l'opinion publique . De fix diftricts ,
de tant de municipalités qui compofent le département
, pourquoi la municipalité de Lyon
eft - elle la feule qui réclame ? ... » Ils s'en font
remis à la juftice de l'Affemblée qui a renvoyé
leur mémoire au comité de divifion & à celui
de furveillance que M. Merlin a dit être dé-
I 2
( 196 )
gouté de cette affaire ; & la préalable a tumal
tueulement écarté la demande de l'impretion qui
étoit de droit après l'impreffion du rapport de
M. Fauchet ; mais le refus a été vivement applaudi
des galeries .
M. de Kerfaint a beaucoup vanté les propres
connoiffances , amèrement critiqué le projet da
comité de marine , ce l'acharnement & le defir de
favorifer des vues perfonnelles , qu'il imputoit à
tous ceux qui n'étoient pas de fon opinion fur le
corps d'artillerie de la marine qui fui paroiffoit
une très - dangereufe augmentation de la puiffance
royale . Il a combattu bien long reinps MM . Cavelier
, Forfait & M. Rouyer qui lui a dit naïvement:
« Si quelqu'un devoit être ennuyé d'enrendre
M. de Kerfaint , ce feroit moi ; je l'écoute
pourtant avec tranquilité. » La fonie d'une
partie de l'auditoire , & l'ajournement à lundi
ont terminé les baillemens , les murmures , les
éclats de rire , & la féance .
Du dimanche , 13 mai.
Le département du Nord , annonce que le
gouvernement du Brabant a prohibé l'exportation
de toute dentée de première néceffité pour
la France . On a chargé le comité de commerce
d'examiner la demande en réprocité appuyée par
le miniftre,

Un petitionnaire accouru de Metz a déclamé
contre l'indifcipline , & proposé de punir
les officiers pour attacher d'autant plus le foldat
à fes devoirs. Après de nouveaux affauts entre
l'égalité , la fubordination , & le danger des
motions favorables à la licence des foldats , l'ordre
du jour a fait admettre M. Pétion à la barre.
Il venoit implorer Tajournement prochain des
( 197 )
fecours à donner à la municipalité de Paris pour
Pryer quatre mille rentiers qui font en louffrance
, fecours ajou nés au 3 & dont il n'étoit
pas encore queftion le 13. « 1 comptent les
jours & les heures... Nous favons que les travaux
les plus importans fe preffent autour de
vous. Votre zèle & votre amour pour la profpérité
de l'Empire , ne peuvent fuffire à vos
grandes occupations... Sacrifiez quelques-uns de
vos momens à une demande & jufte , i digne
d'exciter votre fenfibilité... Ce fera un nouveau
bienfait ajouté à tous ceux qui vous méritent
la reconnoiffance publique. » Le maire & la députation
municipale invités aux honneurs de la
féance , ont pu fe convaincre de l'importance
des travaux qui l'ont remplis .
Deux bataillons de Paris ont envoyé leurs députés
à l'Affenbiée. « Nous rendons hommage ,
a dit leur orateur , à la fouveraineté dont le
peuple vous a csclufivement inveftis il a
fié le corps légiflatif de décerner le fabre qu'il
a préfenté, comme une récompenfe natio.ale
au brave grenadier Pie x qui s'eft montré comune
Marius fur les ruines de Carthage , & c ..... »
M. Chéron a voté impreffion de l'adreffe &
l'envoi à l'armée . M. Guadet y a relevé un
principe inconfti.ationn & a dit : « le peuple
re nous a pas inveftis de fa fouveraineté ; il
ne nous a dégué que l'exercice d'une portion
de fes pouvois. L'adreffe corrigée fera envoyée
à l'armée.
M. François de Nantes a relu le projet de la
commifon des douze relatif aux troubles intérents
, & M. Lacroix a borné la difcuffion aux
piêtres . Plufieurs membres ont lu leurs projets ;
Bouveau ferment à exiger , fuppreffion de traite
13
( 198 )
ment & déportation , & l'on s'y refufe . Dans
le projet de M. Ifnard & d'autres , M. Rouyer
a retrouvé le décret frappé du veto , & il a obfer
que la enftitution défend d'y revenir dans
la même feffion . M. Vergniaud a foutenu qu'un
décret n'eft plus le même dès qu'on y fait un
changement quelconque . M. Rouyer vouloit que
les prêtres qui ne jureroient pas fuffent parqués
dans les chefs lieux , & qu'on rappellât à l'ordre
avec cenfure tout légiflateur qui parleroit de
prêtres. M. Lacroix demandoit que l'on décrétât
le principé que tous les citoyens François
, fufpects feroient déportés » ; M. de Vaublanc
qu'ils fignaffent à leurs municipalités des
obligations pour telles fommes au paiement defquelles
ils feroient condamnés dès qu'il y aurdit
des plaintes contre eux ; & il a prétendu tirer
l'idée de ces arrbes de fervitude des loix Angloifes,
Nous n'ofons nous demander à quoi atsoit
abouti ce débat , fi , dans l'affluence défolante
de projets analogues , la difcuffion fur la
priorité n'avoit été ajournée au lendemain .
Les Jacobins confervent au milieu des
attaques qu'on leur livre leur affurance &
leur audace ordinaires. Forts de leurs fuccès
, de l'imbécillité des moyens employés
pour les détruire , de l'irréfolution , des
-incertitudes de leurs ennemis , ils marchent
a leur but avec une conftance dont les
évènemens du dehors pourront feuls peutêtre
arrêter efficacement le cours . Supérieurs
7999 )
aux autorités conftituées , qu'ils dominent
aux Miniftres, qu'ils dirigent ; puiffans parmi
La petite Bourgeoifie que la fièvre anarchique
dévore , adroits à repouffer les traits
qu'on leur lance , zélés pour la défenſe
de leur parti , ce n'eft pas de fi -tôt qu'on
doit efpérer de les réduire, ou de diffoudre
leur affociation .
Une pétition dirigée contre eux vient
appuyer cette préfomption , & prouver
que ceux qui l'ont projettée ont mal conçu
les moyens d'arrêter les paffions politiques
quand elles font l'oeuvre d'un parti puif
fant & -long- temps idolâtré.
?
C'eft à l'Affemblée Nationale qu'on
adreffe la pétition pour obtenir la fuppreffion
de cette ligue , quand on fait que la
prefque majorité de ce Corps eft compofé
d'efprits Jacobins ; c'eft en donnant des
éloges
au Décret de guerre , follicité
obtenu par un Ministère Jacobin , qu'on
demande la fuppreffion des Jacobins ;
c'eft en faisant ufage du ftyle , des fentences
, des maximes des Jacobins , c'est
en prodiguant le mépris aux étrangers ,
c'eft en traitant les Peuples d'efclaves ,
& les Rois de tyrans ; en un mot , c'eft
en profeffant la doctrine des Jacobins
dans un préambule adulatoire , que
l'on finit dans la conclufion par demander
la fuppreffion des Jacobins . Et
l'on veut , par une démarche auffi gauche ,
1
( 2001)
auffi impuiffante , porter un coup mortel à
une auffi effrayante confédération !
en
Cette éternelle contradiction a conftamment
fait le triomphe des Jacobins ; ils
ont été trop adroits pour ne pas la fentir &
faire ufage, & pour ne pas voir qu'elle
réduifoit toutes les diatribes conftitutionnelles
dirigées contre eux , à une logomachie
de principes & de conféquences incohérentes.
C'eft une vérité du grand nombre de
celles qui ne font point fenties par le vul
gaire des raifonneurs , elle annonce, la confufion
des idées , l'aveu tacite d'une erreur
que le parti qui s'en eft rendu coupable ne
voudroit pas avouer , mais qu'il fait cependant
connoître en combattant fans fuccès
Les conféquences que la force des chofes
attache irrévocablement aux maximes im
prudentes proclaniées par lui dans des momens
de paffions , & dont il rejette aujourd'hui
les fuites funeftes fur un autre partì ,
qui n'eft peut être que plus conféquent
que lui.
Le fyftême applaniffeur , le fanatifme de
l'égalité, l'amour de la domination , le defpotisme
de la multitude , font également
Les bafes fondamentales du Gouvernement
des deux partis qui rivalifent en France
aujourd'hui , & quand on les a reconnues
dans des préambules , il eft abfurde d'en
rejetter les malheurs fur des affociations
( 2018)
qui ne font dangereules que parce qu'elles
font conféquentes , & de détruire d'une man
ce qu'on a faftueufenient élevé de l'aut.e.
Telle eft en effet l'identité des principes
des deux partis Conflitutionnel & Jacobin ,
qu'alors même que fortant des limites tracées
d'un conmun accord , ce dernier excite
quelques réclamations contre lui , bientôt
il regagne à la chaleur des difcuffions publiques
, ce qu'on croyoit qu'il alloit perdre.
au tribunal de la cenfure conftitutionnelle.
C'eſt à cette cauſe qu'on doit attribuer ,
par exemple , le peu de fuccès qu'ont eu
la femaine dernière au confeil général de
la commune , les plaintes portées contre
un placard bleu affiché dans les rues de
Paris , & nous citons ce trait fur un grand
nombre de pareils , pour donner quelqu'idée
de l'influence des Jacobins & des pouvoirs
qu'ils exercent dans Paris par l'action du
corps municipal.
1 eft partagé en parti Conftitutionnel &
Jacobin. Le premier avec la défaveur des
galeries a contre lui cet cmbroglio de principes
dont nous avons parlé , & qui forcément
le précipite , quand il veut être conféquent,
dans les opinions de l'autre , tandis
que celui - ci réunit aux avantages d'une popularité
adroite la certitude de l'appui des
principes de la révolution.
Dans cet état , le confeil- général écouta
la dénonciation du Placard intitulé : Dix
I's
( 202 )
"
millions de François à l'Aſſemblée nationale .
On y demandoit en ftyle civique , l'arniement
des ouvriers , des gens fans état &
leur incorporation dans les gardes nationales
afin d'oppofer ure réfiftance
fuffifante aux tyrans ligues contre la liberté
des peuples . Cette demande conféquente
aux maximes reçues de la fouveraineté
active du peuple , déplut au côté gauche ,
l'oppofé des Jacobins ; il en dénonça les
fignataires qui fe font trouvés être les
fecrétaires du Parquet , c'eft- à- dire
de
M. Manuel; il prétendit que la pétition étoit
dangereufe , inconftitutionnelle , injurieufe
à la garde nationale ; vains efforts ! la difcuffion
ouverte, le côté conftitutionnel a été
battu , on eft paffé à l'ordre du jour , les
Jacobins ont triomphé & emporté une
nouvelle preuve de leur afcendant , avec
les applaudiffemens de la petite Bourgeoifie
qui rempliffoit les tribunes.
Une chofe feule fait diverfion à cette lutte
Politique , c'eft la guerre.A ce mot les deux
partis fe réuniffent du moins en apparence ,
mais avec des efpérances différentes dont le
temps fera connoître les motifs & le plus
ou moins de folidité .
Cependant
les nouvelles de l'armée n'indiquent
point un retour décidé à la difcipline.
Les dernières annoncent
au con- traire une continuité
de fermentation
fondée fur l'efprit d'indépendance
& le
( 203 )
défaut de confiance dans les chefs. Au camp
de Tiercelet, près Longwy , M. de Ricce,
qui commande , s'eft vu forcé de rendre
compte des motifs qui l'avoient porté à
faire rentrer une grand garde , fommé per
des volontaires nationaux de la remettre à
fa place , menacé & provoqué à quitter le
commandement. M. Oberlin , Lieutenant-
Colonel de Huflards a eu fa voiture arrêtée
, pillée , & n'a pu fauver la vie qu'au
travers des plus grands dangers , parce que,
cette troupe de furieux avoit trouvé des
armoiries & quelques lambeaux de livrée
dans la malle de cet Officier. La défertion
continue , nombre d'Officiers & Soldats
de l'armée ont quitté & fe font retirés les
uns chez l'étranger , les autres dans l'intérieur
. A l'exception de cinquante hommes
le régiment de Royal - Allemand eft paffé du
camp près Sarguemines à l'étranger. Les
huffards de Saxe & de Berchiny ont
également déferté en grande partie , ce
font eux que M. Servan appelle les immondices
de l'armée. Malgré les affurances
de M. Luckner l'on fait que fa troupe eft aufli
dans une forte d'indifcipline dont les évènemens
peuvent feuls donner la meſure.
-Les détails de la guerre font peu intéreffans :
on les dénature au gré des partis : les
moindres efcarmouches font des batailles
& les rencontres de patrouilles , des com-
Bats . Quelques Houlans ont attaqué , le 9 ,
16
( 204 )
deux poftes avancés de la garnifon de
Condé ; obligés de céder à la force , les
nôtres le font retirés , mais après une réfiftance
qui nous a fait perdre cinq ou fix
hommes , & , à ce qu'on croit , à-peu-près
autant à l'ennemi . Cet évènement a déterminé
le Commandant à envoyer un corps
d'infanterie , de chaffeurs & du canon pour
foutenir le pofte , fitué au confluent de la
Scarpe & de l'Escaut. Ces Houlans étoient
de ceux qui couvrent un camp Autrichien
fitué à Leuze entre Mons & Tournai , quar
tier - général de l'armée des Pays - Bas .
Les nôtres tiennent toujours les mêmes
poftes à peu près ; celle de Rochambeau ,
fous la retraite de Valenciennes ; celle de
la Fayette , aux environs de Givet & le
Général Luckner , dans le Département du
Haut Rhin.
Tous les emplois publics foumis au Miniftère.
ont éprouvé des déplacemens . L'Adminiſtration
des poftes vient d'avoir fon tour . Les anciens
Adminiftrateurs font remplacés par des Patriotes ,
que l'on dit être du choix de M. Clavière.
Depuis longtemps les traitemens & l'importance
de ce Département infpiroient de violens
defirs à ces Meffieurs . M. de Richebourg , Préfident
du Directoire des Poftes a donné fa démiffon
au Roi , d : fa place , famedi dernier.
Malheureufement ces mouvemens d'employés.
n'ajoutent rien aux reffources épuisées . Les tréfois
fupérieurs à tous ceux des Rois de l'Europe ,
( 205 )
annoncés a l'époque de la déclaration de guerres
parce qu'alors on comptoit fur une prompte iffue
d: la campagne par l'n furrection du Brabant , ces
télors fort évanouis , & M. Clavière vient
de propofer au Comité des Finances , d'acheter
de l'argent fur la place il vaut 80 pour cent ,
c'eft-à- dire , qu'il faut 180 liv . en papier , pour
100 liv . en écus .
On ne doute plus ici que le Roi de
Sardaigne ne fe réuniffe aux forces Alle
mandes & Pruifiennes . La lettre de M.
Dumourier a produit l'effet qu'on devoit
en attendre , elle a ajouté aux motifs de
mécontentement que la Cour de Turin
avoit contre nous , & prouvé à toute l'Europe
l'inconfidération de notre ministèreou
fon ignorance au milieu des mouvemens qui
Se préparent. M. de la Lande fe rend à Gènes
& M. de Sémonville doit quitter Alexandrie.
Les troupes Sardes , au nombre de 7 à 8000 ,
défilent dans la Savoie & le Comté de Nice ;
& quoiqu'il paroiffe dans l'intention & dans
les intérêts de la Cour de Turin de refter
fur la défenfive , il eft cependant certain
que fes difpofitions militaires néceffiteront
un emploi de nos troupes qui tournera au
défavantage de nos moyens de défenſe
ailleus.
De leur côté , les cantons Suiffes , déjà
prononcés contre la propagation des
maxines françoifes , par les motifs les plus
puiffans de la paix & de la liberté de leur
( 206 )
·
pays , fe difpofent d'une manière pofitive à
repouffer la violence par la force , & fans
doute à fe joindre à la coalition formée
au nom de la police & du repos de l'Eupe
contre la partie du Peuple François
qui s'en eft fi imprudemment déclarée perturbatrice
depuis trois ans. Berne , le plus
près du foyer des troubles , le plus intéreſſé
à les éloigner par fon importance & fa corfidération
politique , vient d'ordonner une
nouvelle difpofition défenfive. Un train
d'artillerie & douze cents hommes de troupeş
fe rendent à Bienne , & feront augmentés
à mesure que les circonftances l'exigeront.
C'eſt mal à propos que l'on a fuppofé
que les Princes Charles & Jofeph de Lorraine
s'étoient adreffés au Gouvernement
François pour en obtenir une garantie d'exception
en faveur de leurs biens , comme
Princes étrangers , qui en cette qualité ne
doivent point être foumis au Décret qui
confifque les biens des Perfonnes que les
troubles ou d'autres motifs ont éloignées de
France.
Ces Princes n'ont point fait cette démarche,
parce qu'ils n'ont point dû la faire,
c'eft au Chef de leur Maifon , au Roi de
Hongrie & de Bohême , qu'ils ont adreffé
leurs plaintes contre les difpofitions de
l'Affemblée Nationale à cet égard. Ces
plaintes ont été entendues & accueillies ; &
.
( 207 )
M. le Comte de Merci- Argenteau a fait
paffer au Miniftre des affaires étrangères de
France une note officielle qui les contenoit,
mais qui n'eft point un mémoire en
fupplique. Cette note , préfentée à l'Affem--
blée par le Miniftre , & renvoyée au Cċmité
diplomatique , a fait dire dans le Public
que les Princes Lorrains s'étoient
adreffes à l'Affemblée Nationale ; ce qui
& ne pouvoit pas être.
n'eft pas,
C'est sûrement encore par une erreur de
fait qu'on a préfenté le Duc de Wirtemberg
comme prêt à accepter les conditions d'accommodement
qu'il plaira à M. Briffot
& au Comité diplomatique de lui propofer
, pour les réclamations qu'il fait de
fes droits en Alface , car il eft sûr que ce
Prince eft difpofé , comme Membre de
l'Empire , à fournir fon contingent double,
& à accéder à toutes les mesures des Cours
de Vienne & Berlin , relativement aux
affaires actuelles & aux moyens de foutenir
la guerre contre la France.
L'on n'en eft pas pour cela plus inquiet
à Paris ; la mobilité des fyftêmes , des
idées , des modes , des prétentions , le mépris
pour les étrangers , l'engouement , l'imprévoyance
règnent dans toutes les claffes de
la fociété , comme fi nous étions en paix
avec tout le monde .
Les Journaliſtes , les Acteurs de la révo
lution , fe font une guerre de plume , de
( 208 )
dénonciations , de décrets d'accufation.
Camille Defmoulins , Fréron , l'oratear du
Peuple , fe coalifent contre Briffot , Guadet,
Lafource. Ceux - ci font à leur tour un parti
contre Roberfpierre & les incorruptibles.
Cette lutte de cabaret feroit comique fi les
plus grands intérêts de l'Etat n'y étoient liés ,
& fi d'une intrigue de Foil culaires , de
Club ou de Harangueurs des rues , ne dépendoient
le changement des Miniftres , la
sûreté du Roi , les difpofition de la
& la fortune des individus.
guerre
Au milieu de cette agitation d'hommes
inconféquens , un feul paroît attirer quelques
regards d'inquiétude & d'attention de
la part des efprits réfléchis C'eft le Général
de la Fayette ; méprifant les hommes dɔnt
il fait fe faire des inftrumens dociles ; fucceffivenient
ennemi & ami de tous les partis,
on le foupçonne dans l'un de tendre à la
place de Généraliflime , afin d'opprimer
par- là le parti conftitutionnel ; dans l'autre ,
de protéger les contre - révolutionnaires ;
enfin un troisième craint de trouver en lui un
politique qui fort d'une réputation habilement
ménagée , égaré par des habitude républicaines
, pourroit diriger les forces &
la confiance que des circonftances mettroient
à fa difpofition , dans le fens d'un
Gouvernement incompatible avec les droits
de la Monarchie Françoife ; nous revien(
209 )
dront fur ces idéesà mesure que les évène
mens l'indiqueront.
M.: Manuel , fi célèbre par fes phrafes
fes antithefes & fon dévouement à la révo-
Jution qui l'a fait Procureur de la Commune
avec 15,000l. de traitement , & pour
autant de places à fa difpofition exclufive ,
vient d'être frappé d'un décret d'ajournement
perfonnel pour l'affaire des manufcrits
des lettres du Comte de Mirabeau . On fait
que pendant le temps de fon adminiftration
provifoire au Département de Police , M.
Manuel profita de la clef du dépôt des archives
de la Police , pour y prendre tout
ce qu'il crut bon à vendre aux Libraires ,
& qu'il fit ainfi la Police dévoilée , & lę
recueil des lettres originales de Mirabeau
Cette affaire , traitée d'abord légèrement ,
paroît prendre une tournure plus grave ,
& c'eft une grande hardieffe de la part
du Tribunal qui l'a décrété. M. Manuel
lui - même a annoncé fa ' méfaventure
mais ne s'en eft pas moins cru capable
de continuer fes fonctions. M.
Danion , qui depuis qu'il eft nommé Subf
titut du Procureur de la Commune , n'a
affifté au Confeil général que pour rendre
compte de ce qui s'y paffe au Palais Royal,
n'a pas donné fa démiffion comme on
l'avoit dit. Il veut défendre fon ami, On
( 210)
. conçoit ce que c'eft que l'amitié entre de
femblables hommes , rongés d'ambition , de
jaloufies , & prefque toujours liés à un parti
dont ils font les aveugles inftrumens .
M. Defmouffeaux , premier Subftitut da
Procureur de la Commune , abfent par
congé , va fe trouver une troifième fois
chargé du poids de cette fatigante Magif
trature , fi la procédure contre M. Manuel
a des fuites.
M. de Chaumont , Aide- de-Camp da
malheureux Dillon , fi lâchement affaffiné
par fes foldats , vient de publier un récit
authentique de l'affaire de Tourpai ; nous
croyons devoir en configner ici l'extrait ,
parce qu'il fait connoître la conduite
de cet Officier , & l'efprit de vertige atroce
qui a porté nos troupes à cet excès.
M. d'Aumont , Lieutenant- Général , Commandant
de la première divifion , ayant reçu ,
le 24 Avril , les ordres du Miniftre de la Guerre ,
pour faire porter , avant le 30 , un Corps de
troupes vers Tournay: M. Théodald Dillon ,
Maréchal - de- Camp, fur chargé du commandement
de cette expédition . M. Berthois , Colonel ,
Directeur du Génie , fut envoyé , le 25 , auprès
de M. le Maréchal de Rochambeau , pour recevoir
les ordres particuliers fur tous les objets de
détail ... Le 17 , M. le Maréchal envoie au Général
Dillon des inftructions écrites où , en fe
conformant à celles qui avoient été données par
1
( 211 )
le Miniftre , il lui indique les difpofitions qui
devoient être faites fur le terrein , d'après les
circonftances ; M. le Maréchal lui enjoint fui -touc
de ne pas engager d'affaire avec l'ennemi , dans
la crainte de fe compromettre vis- à - vis des forces
fupérieures , dans le cas oùla garnifon de Tournay,
qui avoit été confidérablement renforcée , viendroit
à fa rencontre ; fi cette ville , au contraire ,
fe trouvoit évacuée à fon approche , il lui preſcrit
d'y laiffer fon Infanterie pour l'occuper , & de
fuivre l'ennemi avec fa Cavalerie , afin dé l'in
quiéter dans fa marche , pour faciliter l'opération
de M. de Biron fur Mons ... Toutes les mesures
de précaution étant prifes ou prévenues , le Général
Dillon donne fes ordres pour le 28 , pour
mettre , dès le même foir , d'après l'inftruction
de M. le Maréchal , fes troupes en mouvement...
Elles fe mettent en marche à neuf heures , dans
l'ordre fixé , à une heure du matin , la colonne
touche au village de Baizieux que l'avant garde
occupoit déjà , & fait halte ... ; un donne de l'avoine
aux chevaux , & la troupe fe refait. MM. Berthois
& Valabris le portent en avant du village ,
& pour reconnoître la pofition de so Chaleurs
qui occupent l'avancée , & pour recueillir en
même- temps les renfeignemens qu'ils pourront
fe procurer fur celle des poftes ennemis ; le Général
s'y rend lui même , il apprend que la gar.
nifon de Tournay cft fortie dès la veille , du côté
de Liile , & que la barrière , à l'entrée du ter
Critoire Autrichien , eft occupée par les ennemis...
il étoit alors trois heures du matin , le Général
s'aflure que tout eft en ordre ; il fait obferver
les diftances & placer l'artillerie dans les inter-
Valles ; il fait avancer les deux premières com-

( 212 )
pagnies de Grenadiers pour enlever la barrière ;
ce qui a lieu auffi - tôr ; & elles foutiennent so
Chafleurs , qui fe portent ea avant fur la chauf
fée :le Général envoie un trompecte pour porterau
pofte ennemi , fitué à Marquin , la déclaration de
guerre...il s'engage fur le chemin une légère efcarmouche:
nos Challeurs emportés àla pourfuite d'un
pofte de cavalerie ennemi qui ſe rep'ie précipitamment,
fontaffaillis de quelques coups de fufil pas un
pofte d'infanterie qui fe tenoit couvert , un de
nos hommes eft tué & deux autres faits prifonniers
; mais ce léger échec ne fait qu'animer les
Chaffeurs . On prélente peu après au Général deux
foldats Tyroliens , fans armes , & ils font confiés
à la garde laiffée au vi'age de Baizieux ; le refte
des deux efcadrons de Chaffeurs s'avance foutenu
par les Grenadiers : il nous parut que le pofte
Autrichien en fe retirant a reçu du renfori ; en
conféquence , le Général fait porter auffi -tôt fa
colonne en avant , & fait déployer un bataillon ...
Le Général étend fon déployement à droite & à
gauche de la chauffée , en portant fa cavalerie
fur la hauteur à l'aile droite & fur deux lignes ,
il fait occuper le village de la gauche par une
compagnie de Grenadiers & un efcadron de Chaffeurs
un autre village fitué à droite eft de même
occupé par un efcadron de Cavalerie & une
compagnie de Fusiliers ; différentes parties de
troupes légères & de Cavalerie , le portent fuccellivement
en avant du fond de la ligne & furles
ales pour éclairer les ravins & les bolquers
voifs des villages ... Le Général , fatisfait de fa
polition & fe trouvant placé avec avantage pour
obferver les mouvemens de,l'ennemi , & retiner
cufuite en bon ordre , le propoloit d'y refter aflez
( 213 )
le
de temps pour refaire fes troupes ; les nouveaux
rapports que le Général reçoit , le confirment dansla
préfomption où il étoit que la garnifon de
Tournay marche toute entière fur lui , & en
forces très- fupérieures . Au moment où la tête
de la colonne des ennemis fe découvre fur la
hauteur & avant fon déployement , la diftance
étoit encore de plus de mille toiſes , & quant
mouvement de retraite des troupes Françoifes
ommença , cor formément aux ordres du Général ,
l'arrière garde fe trouvoit au- delà de la grande
portée du ganon de l'ennemi... La cavalerie reçoic
ordrede le porter en avant pour couvrir le mouvement
de l'infanterie qui fe replie en colonne par bataillon
, les régimens de cavalerie reftent en préfence
encore quelque temps , & marche fucceffivement,
ch retraite ; mais quelques efcadrons , au lieu de
refter en bataille fur la hauteur , quiftent cette
pofition très- néceffaire pour couvrir la retraite 5.
alors l'ennemi tire quelques coups de canon pour
tâcherde les ébranler,mais à une distance encore trop
grande pour que les boulets puffent les atteindre .
Ces efcadrons pouvoient fe replier lentement en
ordre fans la moindre perte ; cependant ils ſe retirent
avec précipitation , & ils communiquent
cette funefte impulfion à l'arrière - garde . Les
différentes colonnes rompues par ce choc , fe
jettent en défordre fur la chauffée , & la déroute
devient générale ; les charrettes & les bagages
font abandonnés par les charetiers... Des cris féditieux
de traîtres & de trahifon le font entendre
autour M. Dillon . Dans ce défordre , un cavalier
François , un lâche affaffin lui porte un coup de
piftolet ; au même inſtant un autre cavalier tire à
côté de lui un coup de piftolet à fon Aide-de-
*
( 14 )
Gamp qui en eft atteint & renversé , & qui n'a -
connoiffance que de ce qui s'eft paffé depuis que
par le récit qu'un payfau lui a fait des crimes
commis à Lille , il a été transporté enfuite à Valenciennes
, où il eft arrivé le 30 au matin. »
Lettre au Rédacteur.
De Tulles , Départementde la Corèze , le 4 Avril.
« MONSIEUR
1
Dans un moment où le Miniftre de la guerre
s'empreffe à répandre qu'on doit s'en rapporter
pour la défenfe des propriétés , pour le maintien
de la liberté , à ceux qui ont juré de la
défendre , je vous prie d'inférer dans votre
Journal hiftorique exact , ce qui vient de fe
paffer à Tulles en Limoufin. Depuis long- temps
le Club Jacobite de cette ville cherchoit à foulever
les Habitans des campagnes par des écrits
incendiaires , & à les engager à venir fondre
fur une ville , dont tous les Citoyens s'empreffoient
à défendre les propriétés , & à fuivre
avec un zèle religieux la Conftitution Frarçoife.
Ils avoient déjà forcé le Commiffaire du Roi
d'informer contre leurs écrits en faifant raflembler
un grand nombre d'ouvriers de la manufacture
à fafil , qui le menacèrent de lui faire
rendre compte de la conduite . ( Il écrivit au Miniftre
de la Juſtice pour lui demander la marche
qu'il devoit fuivre dans des circonflances fi difficiles
. ) La femaine dernière on a fait fonner.
le tochin , & raffemblé 6000 hommes de la cam(
215 )
pagne qui ont fondu fur la ville , & qui ont
pillé de fond en comble la maifon de M. Puyhabillier
& celle de M. Chaumont. On a défarmé
tous ceux qui pouvoient empêcher le pillage
& après avoir vexé tous ceux que le
Club Jacobite leur défignoit ils s'en . font retournés
victorieux . Voilà les faits qu'on diffi
mule tous les jours ; veuillez bien , Monfieur
én inftruire le Public .
>
Seconde Lettre.
Tulles , le 16 Avril.
« Les bonnets rouges enhardis par le fuccès
qu'ils avoient obtenu ici où ils avoient pillé ,
affommé de coups plufieurs, Citoyens , emprifonné
, défarmé les Citoyens domiciliés qui pouvoient
s'opposer à de tels défordres le font aufi - tôt
répandus dans les campagnes ; ils démoliflent ,
dévaſtent les maifons ( Scillac , Bournazel , Lagarde
, Corny , Bourguet , &c. &c. ) & menacent
tous les Propriétaires . Perfonne dans cette malheureuſe
Province ne peut efpérer de conferver fa
propriété & la vie. La Loi a perdu toute fa force.
Chaque Citoyen défefpéré fe demande quel eft
le fecours qu'il peut réclamer ; puiſque la foumiffion
aux Loix ne fournit aucun prétexte aux
mal-intentionnés. »
Par le travail fait fur la population de
Paris , il résulte qu'il y a eu dans cette
ville , en 1791 , 7410 mariages , 20,354
naiffances , dont 10,384 garçons , & 9,970
( 216 )
filles ; 17,952 morts , dont 9,504 hommes
& 8,448 femmes , il y a eu 5,140 enfans
portes aux Enfans- trouvés.
Cet état , comparé avec celui de 1790 ,
donne pour 1791 une augmentation de
1,544 mariages & de 349 naiffances ; une
diminution de 1,495 morts & de 702 enfans
portés aux Enfans- trouvés.
On voit encore par ce travail qu'il eft né
pendant 1791 , 1,330 enfans dans les hôpitaux
; c'est plus d'un vingtième des naiffances
;, ainfi , fur vingt femmes à Paris ,
il y en a plus d'une qui fait les couches à
Hotel- Dieu. Il eft mort dans les hôpitaux
3,948 individus , c'eft plus d'un fixième des
morts ; ainfi, fur fix Habitans qui meurent
à Paris , il y en a plus d'un que la misère
force à mourir à l'hôpital .
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France , du feize Mai ,
font : 26 , 16 , 10 , 62 , 72.
C.
MERCURE
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
SUÈDE
De Stockholm , le 26 Avril 1792 .
Le fupplice du régicide Ankarſtroëm a
eu lieu hier , & a été exécuté fuivant les
loix ordinaires pour un pareil crime . Sa
fentence lui a été prononcée le 18. Il fut
déclaré infâme , & déchu de fes droits de
Noble & de Citoyen ; on le conduifit le
lendemain fous l'efcorte d'un gros bataillon
à la place publique où il refta attaché
au carcan fur un échafaud pendant deux
heures , après quoi il fut battu de verges ,
attaché à un poteau . On avoit placé audeffus
un écriteau portant la nature de fon
crime & les deux inftrumens dont il s'étoit
muni pour le commettre. Le même fupplice
No. 21. 26 Mai 1792. K
( 218 )
fut réitéré trois jours de fuite , & l'on y
a mis fin en lui coupant le poing droit
& la tête , après quoi fon corps fut écar
telé & jetté au feu .
Ce malheureux a montré beaucoup de fermetéd'abord,
mais enfuite l'épuifement & la
douleur le rendirent prefqu'infenfible à ſes
derniers tourmens. Le Peuple a paru animé
de fureur à la vue du meurtrier de fon Roi;
il a fallu le contenir , fans quoi la vengeance
auroit pu caufer des défordres. Le
Duc de Sudermanie a ordonné que la confifcation
des biens d'Ankarfroëm n'eût
point d'effet , & qu'ils fuffent rendus à fes
enfans , qui changeront leur nom que la
honte qui y fera éternellement attachée ne
leur permet plus de porter.
L'affaffinat du Roi a produit l'effet que
les efprits réfléchis devoient en attendre ;
il a fait naître une horreur fecrette contre
toute faction ennemie du trône , & a affermi
l'autorité royale. Plufieurs des per
fonnes qui n'avoient point figné l'acte de
sûreté et de garantie fe font empreffées de
le faire. De nombreufes députations des
quatre Ordres portent aux pieds du Trône
les affurances des Peuples pour le maintien
du Gouvernement , & de leur inviolable
attachement à la Maifon régnante.
Il a paru un état qui , fans être officiel ,
eft cependant regardé affez généralement
( 219 )
?
comme préſentant le tableau de nos dettes
avec quelqu'exactitude. Il en porte la
fomme à 34,300,000 écus en espèces , favoir
; en billets de banque & autres dettes
du comptoir d'état , 21,500,000 ; en obligations
d'armemens , ) , 100,000 ; en óbligations
finlandoifes 1,100,000 ; pour
emprunts néceffaires à l'établiſſement des
magafins , 4,400,000.
Il eft faux , au refte , que le feu Roi ait
demandé au Comité fecret de la Diète que
l'on payât fes dettes particulières , parce
que le Roi n'en avoit point ; il a même
laiffé une fomme confidérable en eſpèces.
La demande d'ouvrir un emprunt de dix
millions eft également imaginée , puif
que Sa Majefté a montré au Comité fecret
la lettre de crédit pour une pareille fomme,
que l'avant-dernière Diete avoit laiffée á
fa difpofition , & dont le Roi n'avoit point
voulu faire ufage. Il n'eft point vrai non
plus que le Roi fe foit oppofé à ce qu'on
publiat l'état des finances , puifqu'en 1789
il avoit lui-même fait connoître à la nation
le montant de la dette & des reffources
de l'Etat. Quant à la défenſe d'écrire fur les
affaires publiques , elle ne portoit quefur
les pamphlets & libelles qui , loin d'éclairer
le public , ne font que femer la défance
& l'erreur , & par-là nuire à tout
Ki
( 220 )
moyen de tranquillité & de repos dans
l'Etat.
DANEMARCK.
De Copenhague , le 1º. Mai 1792 .
Il vient d'être ordonné des difpofitions
militaires qui n'annoncent point que nous
voulions prendre part aux hoftilités qui
fe préparent , mais qui indiquent que du
moins nous voulons tenir nos troupes en
haleine ; en conféquence , on a donné ordre
aux régimens dans la Fionie , la Jutland
& les Duchés de Slefwick & de Holftein ,
de fe préparer à fe rendre au camp qui
fera formé le 17 Juin à Haderſleben . Il
fera compofé de quatre régimens de Cavalerie
, deux de Dragons & deux efcadrons
de Huffards , huit régimens d'Infanterie &
deux corps de Chaffeurs , d'un bataillon de
Siefwick & d'un détachement d'Artilleurs ;
ce qui fera un total de 19,355 hommes ,
dont 4,250 de Cavalerie , 14,072 d'Infanterie
, & 1,043 de Chaffeurs & d'Infanterie
légère.
La Société qui vient de fe former à
Chriftiana n'eft rien moins que patriotique,
à la manière françoife ; elle a pour objet

( 221 )
de répandre des connoiffances en matière
de commerce , d'agriculture & d'arts utiles.
Il n'y eft queftion ni de patriotifme ni de
révolution ; elle eft fous la direction du
Comte de Molke , Chambellan de S. M.

POLOGNE. "
De Varfovie , le 28 Avril 1792 .
Un Prince riche & puiffant n'accepte
pas une Couronne comme un aventurier ,
fans la certitude de pouvoir gouverner en
paix , & d'obtenir des Peuples qui le choififfent
une obéiffance légitime aux loix de
la Royauté. Une autre confidération peut
encore , dans l'état actuel de l'Europe ,
fufpentre le choix d'un Prince , c'est l'incertitude
de l'opinion que les autres Couronnes
prendront de fa démarche , & la
néceffité. de la concilier avec les intérêts
refpectifs & la balance politique des Puiffances
formées depuis long- temps. Voilà
fans doute les caufes des lenteurs , des tâtonneniens
de l'Electeur de Saxe , & des conditions
que la prudence , le bien de fes Etats
& de la Pologne exigent , qu'il met à l'acceptation
de la Couronne qui lui eft offerte.
C'est dans ces principes & avec ces vues
K
3.
( 222 )
que l'Electeur vient de faire connoître à la République
fes motifs de lenteur & de circonfpection
, il n'acceptera point , a - t - il notifié aux
Commiffaires de la République ; 1º . qu'il n'ait
faffentiment des Cours environnantes , c'est -àdire
, qu'il ne foit certain qu'elles ne s'oppoferont
point à ce que l'hérédité de la Couronne de
Pologne foit tranfmife dans fa famille fuivant le
mode indiqué par la nouvelle Conftitution Polonoife
; 2 °. que l'on n'ait fait à cette Conftitution
les changemens qui peuvent être néceffaires
pour la détermination des pouvoirs & pour prévenir
Tes troubles , les rivalités qui perdroient le Gouver
nement & détruiroient toute fubordination ; 3 ° . que
la formule du ferment de fidélité des troupes
foit changé , & qu'au lieu de le prêter à la Nation ,
mot vague , & qui fignifie tout ce qu'une faction
dominante veut lui faire fignifier , on le prête an
Roi & la République ; 3 ° . que le Roi ait la
fanction des Loix & le droit exclufif de déclarer
la guerre ; 4° . que l'éducation du Prince Royal
foir abfolument & entièrement confiée au Roi ,
& , à ſon défaut , à la Reine mère ou à fes plus
proches parens , en cas de mort ; car le mode
d'éducation du Prince livré à une commiffion , "
outte qu'il répugne au droit de paternité , peut
avoir de grands inconvéniens dans des momens
d'intrigues & de factions ; 5° que le droit d'hérédité
foit concentré dans les Electeurs de Saxe
à l'exclufion des Princeffes ; qu'enfin , il ne donnera
de décifion qu'après que la République fe
fera expliquée fur tous ces points , de manière à
les reconnoître comme conditions de fon acceptation.
Cette Conftitution , au reſte , fi rapidement
propofée , & acceptée le 3 Mai 1790 , n'eft sien
223
)
moins que folidement
établic
; les meſures
mêmè
que l'on prend pour la maintenir
annoncent
qu'elle
Be convient
point à tout le monde
, ce qui eft
un grand defaut
, & qu'on veut ériger en maxime
facrée qu'elle
doit être toute confervée
, fans
aucune
modification
; opiniâtreté
auffi fâcheufe
que déplacée
, puiſqu'il
eft au - deffus
de toute
intelligence
humaine
de faire une forme de Gouvernement
, dont l'uſage
ne faffe bientôt
connoître
quelques
défauts
, que loin de refpecter
on doit ſe hâter de rectifier
. Les Loix font faites
pour les hommes
& non ceux- ci pour elles ,
l'on doit avant de répandre
du lang pour les
maintenir
, les modifier
, les changer
de manière
à se qu'elles
n'aient
point contr'elles
une oppo
fation telle qu'il faille employer
la force publique
contre
une portion
confidérable
de la Société
; car
dans ce cas cette portion
a recours
à des moyens
étrangers
, & la guerre
civile fe trouve
allumée
.
&
C'eft l'état où la Pologne craint de ſe trouver
entraînée , & qu'elle femble prévoir par les moyens
de force dont elle vient d'ordonner les difpofi
tions dans la féance de la Dière du 16 de ce
mois , tenue en conféquence de dépêches reçues
du Miniftre de la République à Pétersbourg ; on
y a arrêté 1º . de déclarer quela République ne vou
loit faire la guerre à aucune Puillance , mais vivre
en bonne intelligence avec toutes ; 2 ° . mais que
pour le maintien de fa Conftitution , de fon
indépendance & de ſa confidération au-dehors, elle
jugeoit convenable de prendre les précautions
fuivantes : Le Roi fera tout ce que les Loir
l'auto: ifent à faire & qu'il jugera néceſſaire pour
Ja défenſe de l'Etat ; il pourra nommer comme
Généraux en Chef , un , deux ou trois Géneraux
étrangers , verfés dans la ſcience de la guerre
K
4
( 224 )
il pourra auffi appeller à l'armée des Officiers
étrangers du Génie & de l'Artillerie ; il eft autorifé
à négocier dans le pays ou au - dehors une
fomme de trente millions de florins pour l'augmentation
& l'entretien des troupes ; les Miniftres
du Confeil feront refponfables de l'emploi
de ces fonds ; en attendant cette négociation , on
lui fera une avance de neuf millions . Le Confeil
rendra compte fous deux mois des fommes
qui lui feront confiées .
On a cru en même- temps utile de notifier ces
difpofitions militaires aux Miniftres étrangers réfidens
ici . Elles paroiffent avoir pour but de
s'opposer à l'intervention où la Ruffie pourroit fe
porter en faveur des mécontens Polonois dont
le nombre s'eſt accru encore , comme on devoit
s'y attendre , par la vente des ftaroſties qui font
une forte de patrimoine pour la Nobleffe Polonoife.
ESPAGNE.
De Madrid , le 1er. Mai 1792 .
3
Non-feulement on ne reconnoît point
ici le nouveau Gouvernement François
mais encore l'on refte convaincu que
S. M. T. C. eft dans une captivité de
fait qui rend toutes les démarches & les
prétendus actes qu'on lui arrache abfo-
Jument illufoires , en forte qu'on ne doit
avoir pour eux que les ménagemens qui
peuvent empêcher que le parti dominart
en France ne fe porte à quelqu'excès cri
minel envers ce Prince & fon illuftre Fa(
225 )
mille. L'on eft en conféquence bien loin
de regarder comme réelles les Princes du
Sang François qui depuis trois ans follicite
avec une tenne & un courage rares
les fecours de Europe pour ramener la
paix dans leur Patrie. La guerre qui fe
déclare en ce moment contre la France
ne nous met donc point dans le cas du
Pacle de Famille , puifque cette guerre eft
pour & non contre les Bourbons. Aufli
garderons nous une neutralité défenfive
tant que des provocations intolérables ne
nous forceront pas à faire un autre emploi`·
de nos forces. D'ailleurs la politique de
notre Cabinet fera plus utile au parti de
la contre révolution par des fecours d'argent
que par une attaque qui expoferoit nos
frontières aux incurfions des fanatiques des
Provinces méridionales de la France.
"
L'apathie apparente de notre, Cabinet
eft d'ailleurs néceffaire pour en couvrit les
deffeins & mettre notre armée en état de
tenir avantageufement la campagne , s'il
artivoit que l'année prochaine l'état des
affaires exigeât de plus grands efforts pour
le rétabliffement de la paix & du repòs
de l'Europe.

Nous avons ici plufieurs réfugiés François
qui jouiffent a la Cour d'une confidération
& d'un appui plus folides que
bruyans , & qui font d'un grand fecours
au , parti qui correfpond avec eux ici .
K
S.
( 226 )
La Reine eft fortie , pour la première fois ,
depuis les couches , le 21 Avril. Ĉet évènement
a été un fujet , pour la Cour , de répandre des
graces fur les perfonnes attachées au fervice de
Etat . Il a été créé auſſi un Ordre de Chevalerie
fous le nom de Marie - Louise que porte
S. M. Il fera compofé de trente Dames de la
première diftinction , au choix de la Reine. Dans
ce nombre ne feront comprifes ni la Reine , ni
les autres Dames de la Famille Royale . Elles porteront
pour marque diftinctive , de droite à
gauche , une écharpe dont le milieu fera blanc,
& les deux côtés violets , où fera le médaillon
portant l'infcription de l'Ordre. Toutes les Dames
qui y feront reçues , feront admites à baiter la
main de la Reine , & obligés de vifiter les Hôpitaux
& établiffemens de piété ; elles feront célébrer
annuellement une Meie pour le repos de chacune
d'elles qui viendroit à mourir.
ALLEMAGNE.
De Vienne , les Mai 1792.
C'est le premier de ce mois qu'on a
reçu officiellement ici la nouvelle de la
guerre que la révolution Françoiſe décare
à la Maifon d'Autriche. Quelques
perfonnes , qui ne favent pas de quoi eft
capable un peuple maîtrifé par de grandes
paffions & par tous les arts de la féduction,
qu croyent que le défordre , l'injuftice ,
Panarchie peuvent être des motifs de.circonfpection
de la part d'un pareil Peuple ,
( 227 )
:
qui par leur fauffe fécurité & leur incestitude
dangereufe nous ont expofés à une
invafion détaftreufe de la part des révo
lutionnaires François , ces perfonnes ont
paru étonnées de cette audace , comme
on l'eft , en France , depuis trois ans , da
progrès des défordres , dont on attend
aveuglément la fin de leurs excès mêmes.
<
Quoi qu'il en foit , cette déclaration ,
facile à prévoir , a ouvert les yeux à ceuk
qui ne vouloient point voir clair; il a été
tenu plufieurs confeils , & des ordres ont
été promptement adreffés tous les Chefs
de Corps Civils & Militaires de faire les
diverfes difpofitions que les circonftances
exigent ; fur- tout on apris des mesures pour
faire paffer des troupes de la Bohême & de
la Hongrie dans l'Autriche antérieure & les
Pays Bas , enforte que la précipitation de
la France à déclarer la guerre dans un moment
où elle- même y étoit mal préparée
eft devenue pour nous une sûreté contr'elle
par l'activité que l'on met dans les moyens
de défenſe,
Cette déclaration a encore donné à
la convention de Pilnitz tout l'effet qu'on
pouvoit en attendre ; d'éventuelle qu'elle
etoit , elle devient dans ce moment un acte
obligatoire & pofitif entre les Souverains
qui l'ont fignée & les Princes François qui
en font un des objets principaux.
K 6
( 228 )
L'on apprend de Conftantinople que la notification
qui a été faite au Miniſtère Ottoman du
Traité d'Alliance & de garantie entre notre Cour
& celle de Berlin , y a été très - bien reçue , & qu'en
y.voit un moyen d'aflurer le repos de l'Europe
contre la révolte & l'infurrection , les plus défaftreufes
calamités pour les Peuples & les Souverains.
*
Le Couronnement de Sa Majeſté , comme
Roi de Hongrie, aura lieu , à Bude , le 6 Juin;
celui de la Reine , le 10. Le Roi partira enfuite
pour Francfort du 20 au 30 , & l'on penſe
affez généralement que le Couronnement aura
'lieu dans le courant du mois de Juillet . Le Lardgrave
de Heffe- Caffel fournit un Corps de dix
mille Heffois pour couvrir cette ville, Le Général
Bender a ordre de mettre Coblentz & Mayence en
fûreté par un gros Corps d'armée qu'il doit y com
mander.
De Francfort-fur- le-Mein , le 10 Mai.
C'eſt une vérité confirmée par tous les
paffages de l'hiftoire , que les Etats foibles
ne s'ébranlent au moment d'une guerre ,
que lorfque quelques évènemens indiquent
de quel côté tourneront les fuccès , ou
tout au moins , quand les forces font tellement
partagées qu'on peut , avec quelque
sûreté , embraffer un parti plutôt que l'autre.
Jufques- là tous les moyens dilatoires ,
toutes les formalités diplomatiques font mi-
Les en oeuvre , pour motiver une neutralité
qui cache ou l'impuiffance des moyens
( 229 )
1
bu cet efprit de prudence qui fait la force
des foibles.
Les incertitudes du Cercle de Franconie ,
compofé d'une multitude de petites Principautés
& d'Etats particuliers , fa neutralité
apparente , fon refus diplomatique d'adhé
rer aux follicitations des Cours de Pruffe
& de Vienne , les raifons qu'il en donne
ne doivent être envifagés que comme des
démarches de prudence & tiennent aux
mêmes motifs que la dernière déclaration
de l'Electeur de Trèves.
Dans cette déclaration communiquée
aux Princes François , le 3 Mai I
dit : « qu'il ne penfe point fournir le moin
dre prétexte fondé de plaintes à la Nation
Françoife , qu'il fe flatte de ne pas être
expofé à des démarches hoftiles de la part
de la France , & qu'en ufant de fon droit
d'accorder un afyle aux émigrés , fon intention
n'eft nullement de caufer quelqu'om
bragé à des voifins avec lefquels S. A. E.
defire vivre en bonne intelligence ; qu'elle
ne veut ni ne peut fe mê er d'un projet
quelconque de contre révolution , ni de la
nouvelle Conftitution Françoife ; qu'elle
vient de donner les ordres les plus précis
& les plus férieux à fon Gouverneur de la
ville de Trèves & à fes Baillis des Bailliages
de Witlich & Phlazel 2 que tous
les François émigrés , de quelqu'état &
condition qu'ils foient , quittent & évǎ
( 230 )
6.
euent , le 8 de ce mois , la ville de Trèves,
les villes de Witlich & de Phalzel & tous
les villages appartenant aux Bailliages de
Witlich & de Phalzel ..... Cependant fi les
François émigrés , établis dans lefdites
villes , continue- t- il , étoient dans le cas de
ne pas trouver un afyle hors l'Electorat
de Trèves , S. A. S. E. ne s'oppofera pas à
ce qu'ils viennent fe rendre dans le Bas-
Archevêché au- delà du Rhin , en obfervant
cependant le réglement du 3 Janvier ,
& elle préférera même de les y recevoir
en plus grand nombre , parce qu'ils ne
pourront pas faire ombrage dans cet éloignement
des frontières , que de les laiffer
même en petit nombre près des frontiètes
de France . »
Le Miniftre de S. A. E. , le Baron de
Duminique , a remis au chargé d'affaires
du Gouvernement François à la Cour de
Trèves , M. de Bordeaux , une copie officielle
de cette déclaration , dont les perfonnes
qui connoiffent ce que les circonftances
& les évènemens commandent de
dire ,fauront apprécier les motifs & le but.
PROVINCES-UNIES.
De la Haye , le 8 Mai,
L'on s'attendoit ici , comme ailleurs , à
voir la guerre , éclater entre la France S
7231 )
l'Autriche , cependant , la nouvelle qu'on
en a reçue a produit un mouvement fenfible
dans les opinions. Les uns craignent
que la République ne fe trouve forcée à
prendre une part active dans cette guerre
S'il arrivoit que par fuite du progrès des
armes françoifes ra Cour de Vienne fe vit
obligée de réclamer le Traité de garantie
pour fes Etats des Pays Bas : d'autres femblent
defirer qu'on ait ce motif ou d'autres
de prendre part à la guerre ; rien au refte
n'indique un parti pris à cet égard de la
part du Gouvernement : ce qu'il y a de
certain feulement , c'eft que LL. HH. PP.
fe font occupées de renouveller les capitulations
pour le Corps de troupes d'Anfpach,
que les Etats Généraux ont pris à leur folde
pour quatre ans. Les Etats de Hollande &
Weftfrife ayant adreffé un Mémoire à LL.
HH.PP.en refus de fubfides pour l'entretien
de ce Corps , elles ont notifié à ces Provinces
leurs réfolutions du 24 Avril fondés
fur les motifs de conferver le Corps d'Anfpach
, en les invitant à accéder avec les
cinq autres Provinces à l'octroi du fubfide
néceffaire. La Princeffe d'Orange & le Duc
de Brunſwick font partis pour Berlin.
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 15 Mai.
Les préparatifs néceffaires aux mouve
(-232 )
mens d'une armée qui ne marche point
pour le faire chaffer & pendre fes Généraux
, a befoin de plus de temps qu'on
ne leur en donnent communément les
Journalistes , ceux qui aiment les grands
évènemens & ceux qui fouffrent , attendent
leur falut des fecours venus de loin. L'armée
Pruffienne eft dars ce cas , quoiqu'il
foit sûr , & qu'il fe confirme qu'elle ait
ordre d'avancer fur la Gueldre , que déjà
les premières difpofitions foient achevées :
cependant on n'apprend encore point qu'elle
foit toute en mouvement ; mais il eft certain
que le Roi la commandera , & que l'avantgarde
a dû fe mettre en marche le 17 de
ce mois.
On apprend de Trèves qu'il y paffe chaque jour
des Emigiés François , tart des garnifons frontières
que de l'intérieur du royaume . Les derniers évènemens
, les rigueurs de l'Affemblée contre eux , les
prómelles pofitives de fecours effectifs , mais prudemment
& à propos accordés , les encouragent ,
& donnent à leurs mouvemens une activité nouvelle
. Quelques- uns de leur Corps de troupes , mais
fur tout leur Gendarmerie , font ce qu'il y a de
mieux armé & de mieux tenu en troupes à cheval
de l'Europe . - }
Le Prince de Salm - Kirbourg , ruiné en France
par des dépenses en bâtimens , enichevaux , ayapt
voulu fervir , à ce qu'on foupçonne , le Parti
Révolutionnaire , & fomenter la révolte dans
le Brabant , vient d'y être arrêté ; mais il a été
gelâché fur- le- champ.
( 233 )
Les partifans de l'anarchie , foutenus par le Mi
niftère François , ont profité de l'abfence des
troupes dans quelques villes , pour y exciter des
défordres . A Dieft plufieurs perfonnes ont été
maltraitées & des maifons pillées . A Louvain il
y a eu une rixe fanglante entre les Etudians & les
Bourgeois ; on a publié la Loi Martiale ; plufieurs
mutins ont été tués ; il eft parti d'ici plufieurs détachemens
de troupes pour établir la tranquillité dans
ces deux villes.
Le Gouvernement a publié le 7 , un
bulletin de l'armée du Roi de Hongrie ,
commandée en chef par le Duc de Saxe
Tefchen ; Feld-Maréchal des armées de Sa
Majefté & de celles du St. Empire Romain .
En voici la teneur : .
« Son Alteffe Royale ordonna , le 4 Mai , que le
5 au matin , une partie de l'armée feroit en
campagne près de Leufe , vers Condé ; que ce
camp feroit compofé des bataillons de Grenadiers
de Loufven , de Rouffeau , de Barthodesky ,
d'en bataillon d'Alton , un de Hohenlohe , un
d'Efterhazy , un de Wurtemberg & un de Jofeph
Colloredo ; de huit efcadrons de Blankeinftein
Huffards , & de quelques compagnies de Chaffeurs
de Dondiny ; ce camp feroit commandé
par le Lieutenant- Général Lilien , Prince Ferdi
nand de Würtemberg , Général- Major d'Apponcourt
, Baroff & Biela . L'avant- garde de ce camp
feroit fous les ordres du Général - Major Boroff
& compofé de trois efcadrons de Blankeinſteim ,
& d'un efcadron de la Tour , & de dix compagnies
de Chaffeurs , tant Tyroliens que de Dondiny
mais le mauvais temps étant furvenu , ſon A. R.
à trouvé néceſſaire de retarder encore la forma
( 234 )
tion de ce camp. Les , S. A. R. s'eft mife degrand
marin en route pour aller voir le Corps qui eft du
côté de Mons , fous les ordres du Lieutenant- Général
Baron de Beaulieu , & reconnoître l'ennemi
vers Valenciennes ; elle a été aux avant- poſtes audeffus
de Quiévrain , vers Onain ; & n'a pas apperçu
l'ennemi ; nos patrouilles vont de ce côté-là , vers
Valenciennes , à une demi lieue ; il eſt très - rare
qu'elles voient celles de l'ennemi ; & lorfqu'elles en
apperçoivent , celles de l'ennemi retournent auffitôt
. Comme le temps s'eft mis au beau , en ordonna,
le 6 au matin , que les bataillons de Rouffeau ,
d'Alton , de Hohenlohe , ainfi que les huit eſcadrons
de Blankenftein entreroient au campqui leur
avoit été affigné la veille , »
FRANC E.
De Paris , le 21 Mai 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche , féance du foir.
Les offrandes civiques d'écus , d'affignats , de
fous , de boucles de fouliers , de jarretières &
d'oreilles , ont eu leur cours ordinaire ; quel
qu'un y a joint une pendule. Un pétitionnaire
qu'on a nommé M. William Newton , citoyen
Anglois , & major au fervice de l'Impératrice de
Ruffic , a demandé à combattre fous les drapeaux
de la liberté ; un orateur admis à la barre , a
prié l'Affemblée de ne pas fupprimer les droits
féodaux fans indemnité , par refpect pour des
propriétés que garantit un décret le directoire å
( 235 )
du département du Bas- Rhin follicite des mefures
févères contre les officiers déferteurs , & annonce
la déſertion du régiment ci devant Saxe , le féqueftre
des biens du colonel , & l'ardeur des citoyens
à remplacer ce régiment ...... Du tout
mention honorable ou renvoi aux comités .
M. Amelot écrit à l'Affemblée qu'il ne refte
plus en circulation que 1,656,647,681 liv . en
affignats .
Selon M. Jean de Bry , l'armée n'eft que
l'avant - garde de la nation prête à fe lever
toute entière ; mais il faut des armes à la nation.
Il obferve que le départemeet de l'Aifne eft our
vert fur une frontière de 12 lieues de large
que par cette même ouverture ; un parti péné
tra jadis jufqu'au pont de Sève & enleva M. de
Beringhen , premier écuyer , croyant enlever le
grand Dauphin . Il conclut à ce que l'article des
milliers de fufils à fournir foit traité en mêmetemps
que celui des prêtres à déporter . M. Merlin
a lu l'extrait d'une lettre du maire de Thionville.
Le régiment de Berchigny , buffards , étant af
femblé par ordre du colonel , celui - ci leur a lu une
lettre de M. de Bouillé , qui engageoit les fol
dats à paffer à l'étranger , leur promettoit qu'ils
fercient toujours traités comme régiment Fran
çois , & que bientôt ils rentreroient en France
pour y ramener l'ordre ( fourire & murmure de
pitié ) . Tous les officiers , excepté fix , & quel
ques foldats fe font joints aux Autrichiens . Ils
emportoient deux étendards , un maréchal - deslogis
leur en à enlevé un qu'il a rapporté an
quartier...... Le miniftre rendra compte de ce
fait.
Du lundi, 14 mai.
Les écoliers de Villefranche font préfent à la
( 236 )
nation du calice de leur chapelle dont ils n'ont
pius befoin , & le curé conſtitutionnel de Saint-
François du Havre . préfente aux légiflateurs fa
femine & la petite offrande ; on les comble d'applaudiffemens
, & ils reçoivent les honneurs de
la féance.
M. Lacombe-Saint - Michel a gémi de ce que
les officiers d'artillerie défertoient comme les
autres ; & pour conferver l'armée & y rétablir
la difcipline , il a appellé la rigueur des loix fur
les officiers , imputé l'infubordination à leur incivilme
, invoqué la mort , le féqueftre , la confifcation
qu'un décret exprès avoit fi folemnellement
profcrite . M. Lacroix a follicité la révocation
de ce décret pour punir les officiers qui ,
avant de déferter , ont reçu les 450 liv . que la
nation leur avançoit pour faire leur équipage
avance qui ne paie pas même un cheval. Les
comités s'occuperont de ces idées .
Quatre décrets d'urgence ont ftatué 1º . qu'il
ne fera exigé des titulaires d'offices de perruquiers
à rembourfer , que les titres en vertu defquels
ils auront été liquidés ; 2 ° . que 100,000 liv.
feront diftribuées , en fecours provifoires & à
titre d'avances , aux enfans des habitans de St.
Domingue qui fe trouvent en France pour leur
éducation , & dont les parens ont fouffert des
derniers troubles de cette colonie ; fur les certificats
de la municipalité du lien de la réfidence
des maîtres & maîtreifes de penfion , & des commiffaires
de St. Domingue auprès de l'Affemblée
nationale ; de l'emploi defquels fonds le
miniftre de la marine rendra compte tous les
mois ; & l'Affemblée recommande aux municipalités
ce de s'allurer que ces enfans font élevés
dans les principes de la conftitution ; » 3. que
I
·( 237 )
le nombre des bataillons de volontaires nationaux ,
fixé à 200 par un décret du S mai courant , fera
porté à 214 , tous de 800 hommes ; 4°. que la
fortie des beftiaux de toute efpèce à l'étranger.
eft provifoirement défendue dans les départemens
du Nord , de l'Aifne , des Ardennes , de
la Meule , de la Mofelle & de la Meurthe.
Cette dernière difpofition eft une étrange exception
aux grands ptincipes d'égalité , d'uniformité
, de liberté , de fraternité , de paix aux
chaumières , & de réciprocité de fervice de
peuple à peuple , & prouve que les plus fublimes
théories ont l'inconvénient de n'être pas conftamment
praticables .
On eft rentré dans la fâcheufe & ftérile dif
cuffion de la queftion fi les 300 derniers millions
d'affignats , déjà fenfiblement diminués ,
feront exclufivement affectés à la guerre. Les
comités des finances tenoient pour l'affirmative.
M. Lafont- Ladebat a propofé de continuer les
rembourſemens , d'émettre encore 600 nouveaux
millions d'affignats , de rembourfer 40 millions
par mois , à prendre fur les rentrées arriérées.
M. Cambon a vu que 40 millions de rembourfement
par mois , & les befoins de l'Etat , feroient
de 900 millions à un milliard par an ; ce qui
étoit d'autant moins exagéré dans le calcul de
l'opinant , qu'il mettoit la dépenfe ordinaire feulement
55 millions par mois ; or douze fois 55
font 770 ; douze fois 40 font 480 , & ces deux
fommes forment celle de 12,000 millions au lieu
du milliard ; & il trouvoit au bout de l'an , ún
deficit de 450 millions , eh admettant l'impoffible
, so millions de contribution payée ; autre
preuve de fa haine pour l'exagération ; car , aux
yeux de tout le monde , le deficit feroit au moins
( 238 )
de 650 millions . Or les biens nationaux ne vai
lent , a - t-il dit , que 2 milliards 450 millions.
& fervent d'hypothèque à 2 milliards 134 millions
d'affignats émis & à 300 millions d'affignats décrétés
. Ses conclufions ont été de réſerver les 300 mil❤
lions aux frais de la guerre , de fufpendre les
rembourfemens , & de payer l'intérêt des capitaux
non remboursés , ce qui fera une augmen
tation de la dette & un véritable emprunt forcé
fait aux créanciers qu'on avoit promis de payer.
M. Servan eft venu raconter que le 4º . régiment
de huffards , la première compagnie du
régiment de Berchigny , les chefs , prefque tous
les officiers & le régiment Royal- Allemand , font
paſſés chez l'ennemi . Mais l'Aſſemblée , a dit ce
miniftre , doit être d'autant plus raffurée que
« l'armée fe purge ainfi de fes immondices , &
qu'il faudra peut - être s'attendre encore à de pareils
bonheurs , rien n'étant plus heureux pour
les troupes , & c. ( grands applaudiffemens ) . »
Le régiment de huffards , ci - devant Saxe , eft
auffi deferté ; mais on a féqueftré les biens dù
colonel , & 150 citoyens de Strasbourg vont
voler au camp ( applaudiffemens redoublés ) . M.
Servan a ajouté que 450 liv. ne fuffifoient pas
pour l'équipage d'un officier , que beaucoup
d'officiers font réduits à aller à pied faute de
chevaux , que tout eft horriblement cher , qu'il
faut des espèces fondantes , que l'aristocratie eft
telle à Strasbourg , lauf toujours le patriotisme
inconteftables qu'on ne peut y rien acheter pour
des affignats , que les maîtres de pofte exigent
de l'argent ou ne rendent pas la monnoie d'un
affignat de liv. M. Lafource vouloit que les
électeurs éluffent "partout d'autres maîtres de
pofte ; les comités pourvoiront au refte,,
S
?
( 239 ) .
Du lundi , féance du foir.
MM. Rebecqui , Bertin & Faure , commiffaires
pour l'organiſation d'Avignon & du Comtat ,
dont les deux premiers partagèrent les honneurs
du triomphe de Jourdan , &c. , le 19 avril
écrivent àl'Affemblée nationale , & juftifient leur
efcorte par les mots civisme & calomnie. La lec
ture de
cette
récrimination
a été
interrompue
, ceux
qui
fe
la permettent
étant
mandés
à la
barre
.
L'Affemblée a décrété , d'urgence , que la
trésorerie nationale verfera , dans la caiffe de la
municipalité de Paris , & la caiffe de l'extraordinaire
à la tréforerie nationale , 991,172 liv.
10 lous , formant la moitié des arrérages des
rentes de la ville , à titre d'avance , & par imputation
fur ce que le tréfor peut devoir à la
ville , & fur le 16. des biens nationaux par elle
ácquis , à raifon de 150,000 liv . chaque. fe
maine. Les rentiers feront affujettis aux formalités
prefcrites par le décret du 13 décembre dernier.
M. Servan , miniftre de la guerre , devenu
maréchal- de-camp depuis qu'il eft miniftre ,
annonce que 72 huffards de Saxe & 88 che
vaux ont été ramenés par un maréchal- des- logis
que M. Kellermann a fait fur- le-champ officier,
On a couvert cette nouvelle d'applaudiffemens
réitérés.
Un décret d'urgence a porté , fans réclamation
, le nombre des commiffaires ordonnateurs
des guerres , fixé à 23 par la loi du 14 octobre
1791 , à 25 ; & celui des commiffaites
ordinaires des guerres , fixé à 134 par la même
loi , à 142 , à appointemens égaux. Les derniers
nommésferont réformés lorſque l'arméeſera réduite
au pied de paix .
(
240 )
Par onze articles décrétés d'urgence , on a
maintenu les règlemens que n'avoit pas abrogés
le décret du 27 ſeptembre 1791 & ordonné
que le prix du falpêtre , pour 1792 , fera ,
pour la livre , poids de marc , brut , 16 fous ;
de deux cuites , 1 liv.; de trois cuites , 1 liv.
4 fous ; le prix de la poudre , de traite , 1 liv. ;
de mine , 18 fous ; de chaffe , 2 liv . 4 fous ;
fuperfine , 3 liv. 15 fous ; & que la régie
continuera à fournir la potaffe au prix actuel
de 37 liv. 10 fous à Paris , & de 42 liv . dans
les départemens d'Iudre & Loire , Mayenne &
Loire , & dans les départemens du Midi , ou
dans ceux qui la reçoivent de Paris ou de
Lyon.
Du mardi , 15 mai.
Des troupes de petits garçons & de petites
filles , des écoles de charité , des députations de
pauvres d'hôpitaux haranguent & offrent le produit
de généreufes privations , & M. Ifnard déclame
à la tribune de l'Affemblée nationale une
pièce dont nous rapporterons quelques morceaux
littéralement :
: cc
Quels font les véritables dangers de la
patrie & les moyens de la fauver , a- t-il dit ?
voilà ce que je vais développer . Je dirai la vérité
fans acception de parti , & je me mettrai
au niveau des circonftances. Lorsque l'homme
qui réfléchit s'élève à la hauteur des objets ,
lorfqu'il revient für le paffé , & fuit le fil des
évènneemens il trouve la caufe du mal dans la
conduite du corps conftituant , qui , pouvant
tout , n'a olé qu'à demi ; qui , tenant toutes les
ames en fufion , les a laillées ſe refroidir ; qui a
laiffé
"
1
I
¦
( 241 )
laiffé , dans la même main qui nous tenoit jadis
dans l'esclavage , les deux pouvoirs , le fer qui
tue , & argent qui co rompt ; qui , pouvant
au 21 juin corriger les erreurs , n'a été depuis
qu'en rétrogradant ; qui , en émettant des affiguats
fans ménager & divifer les coupures de
manière à remplacer le numéraire , a augmenté le
difcrédit ; qui , à la veille d'une guerre qui nous
menaçoit depuis long - temps , a laiflé le former
dans l'armée un déficit de so mi'le hommes ; qui
enfin , n'ayant prefque rien fait pour allurer la fouveraineté
de la nation , a tout fait pour augmenterla
puiffance du pouvoir ex'catif. »
Je fuis bien éloigré de refuser à l'Aſſemblée
conft tuante la justice qui lui eft due . Ce qu'elle
a fit pour la na ion lui en affure à jamais la
recounoiffance . Mais au lieu de nous aider à
déraciner le grand arbre des abus & de l'ariftocratie
, ce nous a laissés au milieu de l'abime
, fans nous donner les moyens de nous
en retirer... Je compere le corps lég latif à ce
Milon de Crotone qui , attaché à l'arbre qu'il
avoit fendu , voit arriver le lion qui vient le
dévorer , & n'a aucun moyen pour fe défendre...
La révolution eft finie , mais l'effor révolutionnaire
ne fait que commencer. Une crife confervatrice
va fuccéder à la crife créatrice . Ce
n'eft pas en criant ces mots de liberté & d'égalité
, qu'une nation peut l'obtenir , fi elle a
les mains liées pour la défendre ... Les ennemis
du nouveau régime , enhardis par l'impunité ,
travaillent tous de concert à la contre - révolution .
Je crois que l'appui caché de ce fyflême , que
le cerveau de ce corps monftrueux , c'eft la cour...
J'entends par ce mot iedoutable , non-fulement le
Roi , mais fa femme , fa famille entière , le confeil
No. 21. 26 Mai 1792. L 1
( 242 )
fecret , toute la troupe nobiliaire qui l'entoure , &
cette efpèce de gens qui profitent autant de la tòyauré
que le Roi lui-même ( Ti s'est élevé quelques imurmures
, & les tribunes ont applaudi ) . O:, cette
cour féduit & égare le Roi . Elle lui dit que ſon- intérêt
exige de lai qu'il ménage les deux partis , parze
que fil'ariftocratie triomphe, il fera rétabli dans tous
fes anciens droits , & que fi c'est le parti du peuple, il
confervera toujours la royauté conftitutionnel: ...
Le Roi eft entouré d'un confeil fecret qui , fans le
confulter , travaille à la contre- rév dusion ( Les galeries
ont applaudi ces derniers traits avec tran[-
port ). »
Sc
Croyant avoir abatru toutes les têtes de l'hydre,
la France s'endormit dans une funefte fécurité ;
velle fe laiſſa féd vire , & • confia entièrement au Roi.
Sa fuite & les projets dont elle étoit la ſuite ne défillèrent
pas les yeux des François . Au lieu de conduire
cette famille aux frontières , on l'a ramena à
'Paris... ( Il s'eft élevé des murmures dans un des
côtés ) . La cour alors , qui fe fentoit coupable,
fe voyoit démafquée , tenta d'autres moyens
de féduire & de tromper . Elle dit , pour fe difculper
, qu'elle avoit cru qu'une grande partic
de la France étoit oppofée à la conftitution ,
mais que le Roi s'étant convaincu , du contraire ,
elle afluroit que pourvu qu'onmed fiât l'acte conftitutionnel
de manière qu'il pût raiſonnablement
être accepté, tout étoit dit , & que la France feroit
tranquille, »
« Le corps conftituant , qui ne vouloit pas
appeller contre la France de nouveaux ennemis ,
delirant achever le grand ouvrage de la conftitution
fansfaire verfer dufang , le lailla féduire , & tranfigea
avec la cour. C'étoit- là vraiment le calcul de
Thomme craintif, mars non pas de l'homme d'état ,
( 243 )
qui n'écoute d'autres confidérations que celles de
L'intérêt général, qui fait que la liberté n'eſtjamais
achetée trap chèrement , & que quelques gouttes de
fang verfe nefe connoiffent pas dans les veines du
corps politique ( Les galeries & une partie de l'Affemblée
ont vivement applaud. à ces quelquesgouttes
defang). »
Malheurenfement pour la France , quelques
petits intrigans verbiageurs dominoient alors l'Afemblée.
His firent innocenter le Roi & décréter la
révifion des articles conftitutionnels . Cet accord cut
lieu entre le comité de révision & le confeil fecret du
Roi . Ainfi , la cour , plus perfide que jamais , faifoit
modifier la conftitution , en attendant qu'elle pût la
détruire . Des murmures interrompent M. Ifnard;
il continue & s'écrie : « Connoiſſez les maux de la
patrie ; il n'y a que la vérité qui puiffe les guérir.
La contre- évolution plane fur vortêtes ( on bat des
mains ) . -- Celan'estpas vrai , difent plusieurs voix.
--C'est vous qui la prêchez , lui crie M. Brank ! -
לכ
A peine cet accord fut conclu , pourfuit M.-
Ifnard , le corps conftituant déclara avoii fini fon
ouvrage. Les efprits clairvoyans , les amis chauds
de la liberté , virent que la nation alloit être trompée.
Une pétition all bit paroître ; mais les chefs de
la coalition , qui avoient la force en main , étoufferent
des réclamations nailantes , & le peuple fe
rut . Le corps conftituant acheva fon ouvrage , &
impoſa aux légiflatures fe ferment que nous avons
piêté de n'y tien toucher ni changer , & la cour l'a
dopta , & embraffa alors un nouveau fyftême. Il
faut , dit-elle , appeller à notre fecours le déford ; e &
' anarchies il faut fatiguenlas citoyens , & les forcer
defoupirer après le repos & la paix . Delà eftvenue la
guerrecontre le Roi de Hongrie , qui l'auroit déclaés
finous ne l'avions pas prévenus de-là la guerre
L2
( 244 )
contre les autres puiffances , qui ne tarderont pas
à nous attaq er ; de-là la défertion des officiers , l'infubordination
des foldats , la défection de quelques
corps ; de- là les échecs de Mens & Tournay , les
écrits de Royon & de Marat , les troubles des colonies
; de-là enfin la défunion des fociétés populaires
& des bo's citoyens . On crut qu'il feroit facile , avec
de tribunes égarées , avec dés mtions incendiaires ,
de rendre ces fociétés dangereuses , & odieuſes aux
citoyens , & par- là d'établir un ( chifme entre les patriotes...
Aloe nos ennemis ont dit:nos émilaires feront
germer des femences de difcorde ; ils agiteront
Ja nation ; nos troupes prendront des villes ; le Roi
fe mettra à la tête des armées inté: icures ; il fera propofer
un a conimodement qui fera accepté par la
partic égifte de la nation , & la liberté fera faciifie
, l'égi é fera néantie ( on a applaudi ). »
ec Voilà , Meffieurs , le plan de la cour , &
notre pofitio intérieure . Voyons maintenace
notre pofitionrieure. » Ici M. Ifnard a tracé ,
à fa manière , les plans des puiffances de l'Europe
, & jufqu'aux arrières-pezfées du Roi de
Puffe & de Léopold , dont il a dit avoir des
preyes morales , ce qui a beaucoup fait rire.
Deux acteurs principaux difparoiffent . Léopold
eft jeté dans une tombe , Delegart dans une
prifon. L'un eft cité au tribunal de Dieu , l'autre
au tribunal des hommes ( grands éclats de rire ) .
Notre cour , déconcertée de cet évènement ,
ignorant les diffofitions du nouveau Roi.de
Hongrie , eff ayée de la contenance ferme de
l'Allemblée , qui venoit de faire retentir jafques
fur les marches du trône un décret d'accufation ,
affecta un air de tranquillité ; & le peuple en a
été trompé. Le nouveau Roi de Hongrie a fuiví
le fyftême de fon prédécefteur , & nous avons
( 245 )
été forcés de lui déclarer la guerre ; ce qui a de,
nouveau déconcerté la cour , qui cût voulu que ,
cent cinquante mille Autrichiens fuffect prêts
contre nous . Nous avons , it eft vrai , effuyé .
deux légers échecs. Je ne me permettrai aucune
réflexion fur ce dernier évènement ; tout ce qui
piécède explique affez ce que j'en pente. Mais la
postérité aura bien à gémir fur houe démence
( plufieurs membres lui criest : für ta vôtre ) ,~
lofqu'elle verra qu'une nation qui fe difoit
libre, forcée d'entreprendre la guerre contre une
Irgue où le trouvent tous les Bourbons ait conhe
la direction fecrette de cette guerse au chef
de cette famille , à celui même que l'on veut
réintégrer defpote ( à - l'ordre ) ……. Je vais indiquer
le reniède ( ah ! ah ! )... Vous avez vu que l'un
des plus puifians refforts de la contre révolution
c'eſt l'anarchie.... ( muimures ) . Attendez un
moment , & vous allez m'applaudir ( éclats de
rire univerfels ) . »
2
Alors M. Ifnard a dit qu'on aimci: moins la
liberté , parce qu'on voit à côté la licence ; parce
que Jourdan & fes complices font patriotes &
inpunis parce que les propriétés ne font pas
affez défendues ; il s'en en pris aux prêtres , au
peu d'énergie des loix , à la lenteur des formes.
juridiques , à l'indolence des fonctionnaires , &
à l'ignorance du peuple. Il a propoft des proelumations
expofitives hebdomadaires , d'épurer
mais de protéger les clubs & leur correspondance ,
de former un comité de l'Aflemblée tous les jours
où il n'y auroit pas de féance du ſoir ( idée de
M. Mouyffet ) , & de faire au Roi une interpellation
nationale , l'ultimatum de la volonté
fouveraine du peuple... « Il arrivera de deux
chofes l'une , a - t-il dit ; ou la cour changera de
L 3
( 2346 )
conduire , &ª notre but eft rempli ; ou elle n'en
changera pas , & alors j'espère que quelqu'orateur
animé de l'enthouffe de la liberté.….….….
vous dira que l'état eft en pésil. A ces mots ,
vous confulter z Rouſſeau que voilà , Mirabenu
qui vous regarde ( qual accouplement ! ) ; vous
interrogerez votre confcience , & ils vous diront
ce qu'il faudia faire . Car cân , quei qu'il arrive
, il faut bien que nous fauvions la patrie...
On dit qu'après les journées de Mos & de
Tournai , les traîtres de l'intérieur ont fait éclaser
leur efpérance & leur joie. Les ine fes ! ils ne
voient donc pas qu'il feroit de leur intérêt d'êt: e
vaincus parce qu'alors le peuple leur accorderðir
la vie , tandis que s'ils font vainqueurs il
Jeur donnera la mort... que nous refterons toujours
dix mille contre un... François , vous
feriez renaître la liberté de la cendre des tyrans...»
Voici la formule de l'interpellation nationale
qu'il a propofée.
« Sire , la nature vous fit homme , le hazard
de la naiffanée Roi , & l'ambition ministérielle
defpote. Vous régniez comme tel , lorfqu'en 1789,
la nation fort tout à coup d'un fommeil de plufeus
fècles , voit fes fers , s'en indigne & veut
les brifer. Votre volonté s'y oppoſe. La nobleife
Vous feconde ; on vous fait figner l'ordre d'égor
ger Paris ( 1 ). Le peuple alors te ève , renveríe le
defpotifme, détruit la nobleffe , reprend la feu
(1) Il n'eft pas inutile de faire remarquer an
lecteur que ces horribles calomnies étoient depuis
long-temps profeffées dans le g ouppes & les clubs,
& que delà elles ont été tranfmifes , fuivant l'ufage,
à la tribune de l'Allemblée,
( 247 )
ذ
Vous
veraineté , & veut fe donuer une conſtitution . A
cette époque tous vos droits devi rent nuls
ne fûtes plus qu'un citoyen , jadis & provifoirement
Roi. Cette ancienne royauté & celle de vos
ancêt : es n'étoient rien moins qu'un titre à la royauté
nouvelle. Plus la nation avoit fait pour vous &
vos ancêtres , pius vous lui devicz , mais moins
elle vous devoit. La nation fouveraine & libre , re
fe diflimula pas le danger de confier le fceptre
conftitutionel aux mêmes mains qui tenoient la
vege defpotique & qui venoient de l'en frapper.
Son premier foin fut d'excufer vos torts ; ton preinier
fentiment fut de vous rendre la confiance,
Son premier acte , de vous r picer fur le cônc.
Vous futes peu fenible à tant de générosité , &
dans les premiers jours d'octubre vous projernicz
de nous fuir. Le peuple qui l'apprend , COLIC 2
Veifailles , réclame votre préfence à Paris ...
Des murmures out coupé la parole à M. If
nard , & M. Reboul a repréſenté qu'il falloit des
chofes & non des mois , comme fi l'orateur n'cûṛ
cu a fe reprocher que de n'avoir jufques -là débité
que de vains mots. Enfin l'ordre du jour unanimement
invoqué a fait ceffer un fi malheureux abus
du droit de parler ; & l'Aſemblée a recommandé
au comité central une lettre du miniftie de la marine
qui follicite de prompts envois à Saint-Domingue
cu la faifon de l'hivernage amènercit la
famise ; & l'on eft rentié dans la difcuffion für
les 300 derniers millions en affignats , déjà réduits
à 183 , & fur les rembourfemens à continuer ou
futpendre.
M. Lafont- Ladebat avoit vu un excédant d'un
milliard , tous payé ; M. Cambon , un excédant de
4co millions. M. Tarbé conclucit de ces confolantes
vifions , & des principes de morale publi
L4
7248 )
que , & des crers antérieur , qu'il ne falloit pas
fufpendre les renb uffemens de la dette dénée
exigible, M. Cailhaffon a foutenu que ne pas
ren bourfer en affignats , ce ne feroit point fuffendre
les rembourlemens ; attendu qu'on s'occuperoit
d'un autre mode de rembourfement. Un autre
mbea dit que ce ne froit qu'un tempérameat
un ordre à y mettre & non- use tulpufin ; & ilconvenoir
qu'are fatpention the droit de l'injuf
tice & même de la faire , ce qu'on nomme
allez communément une banderoute quand -tes
pa em n, font fufpendi s jufqu'à un rere indefi
où rien ne garantit qu'on aura plus de moyens de
payer. A l'en croire , fi l'on ne paye pas d'abord
c'eft parce que l'on connoît les vrais intérêts des
créanciers mieux qu'eux- mêmes , & que les affigoats
trop multiplés ne feroient plus que des
fommes no ninales . Il n'a pas dit ce qu'il y fubfthueroit,
Selon M. Guadet , il ne refte que pour 12
millions de biens nationaux qui puiffent fervir
d'hypothèque à de nouveaux affignats , à moins
que les forêts ne foient vendues , « Le rembourfement
de fortes fommes eft une mefure pleine
d'ariftocratie , c'eft plaider la caufe des gens de
Coblentz contre les pauvres citoyens fidèles à leur
patrie . Si les gros créanciers ne font pas payés ,
tant pis pour eux ; c'eft leur faute , que n'accouroient
- ils les premiers ( l'éloquent financier
n'a pas ajouté s'ils s'étoient préfentés , nous
n'aurions fu de quoi les payer)... Ces étra ges
débats , cù l'intraitable néceffité faifoit une violence
manifefte à tous les principes du fenscommun
& aux engagemens ; où l'on a paru
croire que le montant d'une créance , & non le
titre & l'argent reçu , en détermine feul le plus
( 249 )
ou le moins de légitimité ; oublier la foule des
ia fortunés qui attendent le remboursement promis
au riche ; les innombrables tranfactions paf-
Lées de bonne foi fur l'affurance d'un paiement
garanti par la loi ; oublier le vide que toute
lufpenfion des rembourfemens exigibles caufera
dans les contributions , dans les paiemens de
biens nationaux qu'il devient injufte d'exiger de
tels qu'on ne paiera pas ; ces débats entre deux
miliards & 450 millions d'affignats dont il e
refte que 183 millions , & on ne fait encore.
quel mode oratoire de remboursement d'autres
milliards que ces premiers devoient acquitter ',
ont produit le décret fuivant :
Art . I. Les affignats de la dernière création
qui ne font pas encore employés , feront fpécialemens
deftinés à fournir aux dépenfes de la guerre
& aux befoins extraordinaires de la trésorerie nationale
; néa moins il fera pris fur ces 300 millions
les fommes néceffaires pour que les créances exigibles
de 10 , oco 1. & au-deffous , continuent d'être
rembourrées dans la forme fuivie jufqu'à ce jour
fans que les rembourfemens puiffent s'élever à plus
de 6 milions par mois. »
« II. Lorfque les reconnoiffances définitives de
liquidation excédant la fomme de 10,000 1. , dont
les poffeffeurs auront fatisfait aux formalités prefcrites
par les précédens décrets , feront préfentées à
la caiffe de l'extraordinaire , elles feront vifées &
numérotées par l'adminiftrateur de ladite caiffe , ou
fes prépofés ; l'intérêt defdites reconnoiffances
courra du jour de leur préfentation , & ceffera 15
jours après qu'elles auront été appellées en rembourfement
, dans l'ordre & d'après le mode qui feront
inceffamment décrétés par l'Affemblée natio
nale, »
LS
( 250 )
Du mardi , féance du foir.
Au nom de la nation , l'Aſſemblée accepte 300 L
que lui donne la commune étrangère de Ron dans
la principauté de Salm , & lui enverra le procèsverbal
contenant la mention honorable . Ele agrée
auffi le produit de toutes les pièces de théâtre de
M. Caron de Beaumarchais taut que durera la
guerre.
M. Bigot a lu un rapport très- vague fur l'infignifiante
dénonciation que le miniitre de l'intérieur
avoit faite d'attroupemens nocturnes d'étrangers
anonymes. Ses conclufions ont été d'exiger
de tout habitant ou portier de Paris une déclaration
de tout étranger logé dans leur ma fon ,
Lous peine d'amende , déclaration qui n'obvieroit
pas aux attroupemens noctures qu'un miniftre në
fait ni prévenir , ni diffoudre , ni prouver . M.
Carnot l'aîné a propofé de décréter que « tout
Voyageur , étranger & particulier qui n'habite
point Paris depuis le premier mars dernier , fera
Tenu , dans les 24 heures , de remettre à la policê
un bulletin figné de deux citoyens actifs contenant
l'indication de fon nom , de ſon état , de fa
demeure , fous peine de prifon , jufqu'à la fin
de la guerre. Que les citoyens actifs qui
auront figné fon bulletin feront tenus de le représenter
à toute réquifition , fous peine de 1.000 1.
d'amende. Que les citoyens qui ne juſt fesont
pas d'un féjour habituel antérieur au p.emier
mars denier , ne pourront avoir ni fur eux
ni chez eux aucune efpèce d'armes , fous peine de
3000 liv. d'amende . » Ce projet a excité les plus
Bruyans applaudiffemens ; & les auditeurs des
galeries n'ont pas hélité de dire à l'Adèmblée
35 ec
( 251 )
législative demandez l'appel nominal , après le
décret qui a ajourné la difcuffion à jeudi.
Du mercredi , 16 mai .
Tout le reste ayant été renvoyé aux divers
commés , pour revenir encore à la tribune , nous
nous boracrons aux objets conclus ou débattus
avec quelqu'intérêt .
M. Koch a fait un rapport qu'il a cru diplo
matique , au nom du comité décoré de ce nom
fur les conventions pallées le 29 du mois der-
-nier , entre le fieur Bonne - Carrère , directeur
général des affaires étrangères , au nom du Roi
des François , & les fondés de pouvoir des princes
de Salm- Salm & de Lowenftein- Wertheim , conventions
portant qu'il fera convenu d'experts des
deux parts pour évaluer les indemnités , au denier
30 du produit annuel des droits fupprimés. Un
décret a ratifié ladite convention « fauf la confirmation
du corps législatif lorfque l'indemnité
fera définitivement fixée & arrêtée . » C'eſt - àdire
que Aflemblée a perdu fon temps à ratifier
ce qui n'eft pas fait , fauf à ratifier encore lorfque
Je traité fera terini é.
On eft revenu aux prêtres inaffermentés. M.
Lecointre-Puyraveau a prouvé qu'il falloit & que
Yon pouvoit fans fcrupule exiger d'eux un nou
veau ferment , & déporter ceux qui s'y refufo
ront. Partifan non moins humain de la dépor
tation , M. Vergniaud a victoricalement réfuté
Particle II , du titre V de la conftitution qui
potic « fous aucun prétexte , les fonds nécef
faires à l'acquittement de la dette nationale...
ne pourront être ni refufés ni fufpendus . Le trai
tement des miniftres du culte catholique , Fen
Bonnés , confervés , élus ou nommés en ver

L.6
( 252 )
des décrets de l'Affemblée nationale conftituante ,
fit partie de la dette nationale. » Avec autant
de logique & d'adreffe que de pudeur & de bonne
foi , M. Vergniaud a tité fes argumens de ce
que toutes les propriétés font aufli facrées que les
penfions des prêtres , & que cela n'a point empêché
l'Allemblée de féqueftrer , de coufifquer ,
de foumettre les rentes même à des cert ficats de
réfidence ; & comme on ne paye pas ce que l'Etat
doit à titre de créance paffive & pour argent
reçu , aux François qui font hors du royaume ,
par une forte d'analogie bien abfurde , M. Vergniaud
retiroit la perfion aux prêtres non-jurés
réfidens , malgré fon ferment d'obferver l'acte
conftitutionnel , & la payoit aux piêtres déportés
hors du royaume pour refus de jurer , malgré
les décrets relatifs aux certificats de réfidence .
Auffi fcrupuleulement fidèle à fon ferment de
légiflateur M. Moy , curé de St. Laurent , de
Paris , connu par une brochure contre la religion ,
où il a affiché tout le civifme prétendu philofophique
, a gémi de voir que des débris du coloſſe
de l'ancien clergé , l'Alleinblée conftituante ait
eu la madreffe de former une ftatue fous le
nom de clergé conftitutionnel . Enfuite , cette
ftatue faite des débris dun coleffe , eft devenue
an chapitre qu'il a brement proposé d'arracher
du code des loix jurées . On a déprété l'impreffion
du difcours de M. Moy.
M. Ramond a donné fon projet qui conduifoit
moins biufquement au but du préopínant ; mais il
a comparé peu noblement l'Etat à un citoyen
actif qui , attaqué d'une maladie pédiculaire ne
doit point s'amufer à tuer en détail la vermine
qui le dévore. Cette vermine n'a pas eu le
même fuccès dans toutes les parties de l'audi
( 253 )
toire. Quelques membres ont craint de nouveaux ,
troubles fi l'on injurioit ,, alarmoit & s'aliénoit
les prêtres jareurs . Après d'orageufes altercations
on a décrété que les bafes de M. Vergniaud
feroient décrétées fans défemparer . Enfiu un
ajournement a terminé ces incroyables débats .
Du mercredi , féance du foir.
Après des offrandes honorablement mention-,
nées , on a introduit à la barre plufieurs citoyens
d'Arles , & M. Faffin , député extraordinaire de
cette ville , a expolé les excès dont les patriotes
de Marfeille fe font rendus coupables envers les
ma'heureux Arléfiens , Une biêche faite à coup
de canon par une armée à qui les portes étoient
ouvertes ; des maifons , pillées , incendiées , démolies
; des contributions exigées de force ; le triomphe
des Jourdan , Mainvielle , Duprat , &c. , fêtés
par le club ; leurs propos publics qu'ils étoient
maîtres de la France, & c; le pain renchéri jufqu'à
io fous la livre ; trois mille familles plongées dans
le deuil , réduites à la misère & même aux horreurs
de la famine ; des arreftations illégales , de
fcandaleufes violences multipliées contre des
femmes ; un officier octogénaire expirant des
fuites de coups de crofle de fufii fur l'eſtomac
& de trois ſemaines de féjour dans un cachot ;
nombre de citoyens mertellement bleffés ; un
artifan faifi dans fon lit , à qui l'on, arrache l'oeil
d'un coup de fabre ; un fieur Camoins adminiftrateur
du département , arrêté au milieu des
brigands , ayant avec lui pour dix mille écus
du produit de fes rapines , fouftrait aux tribunaux
par MM. Rertin & Rebecqui ... Tels ont
été les objets efquiffés par les pétitionnaires ,
dont les conclufions imploroient la reftitution
( 254 )
des fommes extorquées ; la folidarité des adminiftrateurs
& du commandant de l'armée Marfeilloife
; des troupes de ligne & des volontaires
de l'intérieur du royaume pour la sûreté d'Aries ;.
le défarmement oul'armement de tous les citoyens
& non d'une partie afin que l'une opprime
plus l'autre ; & de févères informations contre
les fauteurs de ces attentats colorés du nom de
civifme. Ils ont obtenu les honneurs de la
féance , & leur adreffe a été renvoyée au comité'
des pétitions .
M. Blanchard a fait décréter d'urgence & dé-´
finitivement qu'à compter du 1er du mois de
juin prochain , la diftribution de 4 onces de
viande fraîche par jour , ordonnée par la loi
du 24 février dernier , pour ch.que foldat préfent
fous les armes , ceffera d'avoir lieu dans
toutes les garnifans du royaune.
Des débats plus animés que lumineux fur la
trofième lecture du projet de décret velat.faux
créanciers des princes frères du Roi , cù M.
Cambon a dit que « fi les princes étoient condamnés
par le jury , leurs créanciers le couveroient
dans une chance malheureute » ; M. Thự
riot , que « c'eft à titre de bienfait que l'ALfemblée
conftituante accorda aux princes une
rente apanagère » ; M. Guadet , que « dans
Fancien régime on respectoit toujouts la juftice
en pareil cas , & qu'on payoit les dettes hypothéquées
fur les biens confitqués ... Ces debacs
ont amené le premier article du projet du comité
décrété d'urgence.
« ArticleI. Le traitement d'un million accordé
à chacun des frères du Roi , par les décrets des
20 & 21 décembre 1790 , pour l'entretien de
( 253 )
leurs maifons , eft fupprimé à compter du 28
féviier dernier. » Pou quoi cet effet rétroactif?
On a déciété enfuite le principe que les
créanciers feront payés en rentes viagères .
Du jeudi , 17 Mai.
Sur le rapport de M. Lecointre , au nom du
comité de furveillance , l'Affen blée a *décrété
qu'il n'y a pas lieu à accufation contre M. l'abbé¹
Gauban , civiquement incarcéré à Bordeaux de
puis plus de trois mois , fous le prétexte d'embauchage
.
Organe du comité m'litaite , M. Gafparin a
hr un rapport & on projet de décret relatifs aux
déferteurs . M. Treilh- Pardailhan a lu un autre
projet ou l'Allemblée rempie de confiance dans
le patriotifme de la nation , & forte de fes prine
cipes , permettoit à tout officier , fous- officier &
foldat qui préféreroit l'esclavage à la liberté , l'or
des defpotes à l'amour de fes frères , la honte (de
fervir fous les Bourbons ) à la gloire de l'armée
nationale, de paffer , fans obftacles , chez l'ennemi
ou de refter dans fes foyers ; punifoit de mort
tout transfuge qui emporteroit la caiffe on fes
arines , ou qui emmèneroit des chevant ; & pus
niffoit auffi de mort tout militaire qui défèrte
roit de fon pofte huit jours après cette procla
ntation. Le projet n'a pas été appuyé .
Nos lecteurs regretteront peu de ne point trou
ver ici les raifonnemens militaires de M. Lacroix,
avocat, de M. Lafource , miniftre proteftant , &
de M. Guadet , far le plus ou le moits de gra
vité relative du délit de l'officier & da délir du
foldat qui déferte . It fuffira bien des profondes
obfervations de M. Guadet , que le crime da
foldat & celui de l'officier défeiteurs font phyff(
256 )
quement égaux que la perte de l'efficier n'influe
Pas plus fur l'armée que celle du fimple foldat ,
attendu que l'officier cft auffi - tôt remplacé ; que
fi l'on puniffoit de mort le foldat , il feroit difficile
d'ajouter à la peine pour punir l'officier '
comme plus coupable ; qu'en s'en tenant aux
peines afflictives , il feroit impoffible de les graduer
du foldat au général . Cete_philoſoj hie
n'étoit point celle des armées de Turenne , de
Vendôme , de Villars.
L'Affemblée a d'abord décrété que les déferteurs
de tout grade feroient punis du même genre
de peine; puis , qu'il y auroit une gradation du
foldat à l'officier , & enfin 16 articles dont voici
la fubftance :
« L'Aflemblée nationa'e , confidérant la pref-
Lante néceffité de raff rmir la difcipline militaire ,
en rétab iffant la confiance entre les foldats &
leurs chefs ; de déjouer les éternelles espérances
des confpirateurs , & de punir le crime de parjure
& de défertion qui s'eft multiplié parmi les officlers
, décrère qu'il y a urgence , ……. & définitivement
ce qui fuit :
Art. I, Tout militaire , de quelque grade
qu'il foit , qui fe fera abfenté de fon camp ,
de fa ganiton , de fon quartier fans congé ,
ordre ou démiffion acceptée , comme il fera dit
-après , fera réputé déferteur . --- II . Tout militaire
, déferteur à l'ennemi , fera puni de mort.
III. Tout déferteur n'allant pas à l'ennemi ,
Tera puni de la peine des fers ; favoir , le ſoldat ,
pour 10 ans ; le fous- officier , pour 15 ans ; &
l'officier , pour 20 ans. - IV. Sera réputé déferteur
à l'ennemi tout militaire qui aura paſſé , ſans
en avoir reçu l'ordre , les limites fixées par le
commandant du corps de troupes dont il fait partie,
---
12579
--- V. Les congés dont devra être porteur tout
militaire , pour s'abfenter de fon camp ,
Ta garnifon
ou fon quartier , feront fignés , pour les
flats & fous- officiers , par le commandant de
..
compagnie & par le commandant du corps ..
--Pour les officiers d'un corps , de quelque grade.
qu'ils foient , par le commandant du corps &
par le chef de la divifion . Pour les chefs de
corps & -officiers géraux , pale général de l'armedont
i's font partie ; & vifés par les cémmiffaires
des guerres. -- VI. Tout chef de complot.
de défertion , quand même le complot ne feroit pas,
exécuté , fera puni de mort . -- VII. Lorsque des.
militaires de différens grades auront déferté enfemble
, ou en auront formé le complot le plus
élevé en grade , ou à grade égał le plus ancien
de fervice , fera préfumé chef du complot .
VIII. Tout complice qui découvrira un complot
de défertion , ne pourra être pour luivi ni puni
à raifon du crime qu'il aura découvert . -- IX. Les
généraux détermineront les récompenſes à accorder
Ceux qui ramèneroient les déferteurs . -- X. Les
officiers qui donneront leur démiffion , ne pour
ront pas quitter les emplois qu'ils occupent dans
l'armée , avant que cette démiffion ait été annoncée
à l'ordre du camp , de la garnifon ou du quartier
ou feront réputés déferteurs & punis comme tels,
--- XI . La dém'ffion d'un officier fera toujours ro
mife au commandant du camp, de la garnifon cu
du quartier , qui fera tenu de la faire publier à l'ord e
le lendemain. - XII . Les officiers démiffionnaires ,
même après la publication à l'ordre mentionné en
l'article précédent , n'endevront pas moins être perteurs
d'un congé militaire pour fe rendre aux lieux
qu'ilsfe propofent d'habiter ; ce congé fera mention
de la démiflion . - XIII . Lesdits congés ne pout
( 258 )
ront être délivrés que luifque les officiers démiffion
mies auront rais tous les effets militaires , ainfi
que les gratifications on avance qu'ils auroient
torchés au la campagne , fous peine de refponfab,
té réclie & pécuniaire contre les fupérieurs
fignataires des co gés . -- XIV, Tout officier qui ,
après la publication du préfest décret & pendant
lagudire , donnera fa démiflion fans caule légitime ,
jogée pour les effiliers des corps , par les confei's
dadininiftration , & pour les autres officiers , par
les cours ma.tiales , ne pourra plusàl'avenir occuper
aucun grade dans l'armée , ni obtenir aucun traite
meor eu pession à raifon de fes fervices militaires .
XV. Dans les premiers jours de chaque mois , le
pouvoir exécut ffera pubier une kfte de tous les
militaires qui auroient déferté ; leur fignalement
la désignation de leur grade & le lieu de leur naiffance
; elle fera ádrefiée à l'Affemblée nationale ,
& aux procureurs - généraux fyndics de tous les
départemens. XVI. Le pouvoir exécutif adreſfera
, dans quinzaine , à Aſſemblée nationale &
aux départetne s, une hite dexous les officiers qui
ant quitté leurs emplois fats démiffion depuis la loi
d'amnistic .
Du jeudi , féance du foir.
Les admi: iftrateurs du département du Gard
informent l'Affem lée des befoins preflans de
Varmée des frontières du midi qu'iis fuppofent
menacées par le Roi de Sardaigne ; & envoiect
copi d'une lettre de M. de Montefquiou qui leut
demande & à qui ils ont avancé , fur leurs revenus
particuliers , les fommes néceffaires pour
l'achat de cent mulets indifperfables , tout moyea
de transport manquant abfolument dans cette
année , & je tréforier des troupes ayant répondis
((259 )
au général qu'il y avoit des ordres de ne pas
payer. On décière que le miniftre de la guerres
rendra compte des approvifionnemens.
Aprés un rapport où M. de Sérane , au nom
des con tés de marine & de quidation , a dit
de M. de Bertrand, que ce miniftre « defpote
dans fon département, avoit pris fur lui d'inter
vertir l'ordre de la comptabilité en difpofant de
fonds ( entr'autres , de so, ooo liv. payées à M.
de Roftagny ) affectés à l'exercice de 1791 , pour
payer plufieurs objets compris dans l'arrière de
1790 ; » où il s'eft ¡laint des « ordres fuprêmes
de la chanbic de commerce de Marfeille plus
fouveraine , a-t- il dit , que la nation , plus puitfarte
que la loi , plus fouverai e même ) qle
l'Affeinblée nationale….. » Un dézret d'u : gence a
fatué que ce les dépe fes de la marine & des colonies
de l'année 1790 , qui n'étoient pas acquittées
le premier octobre 1791 , font exceptées
de l'exécution du décret du 29 feptembre der
nier , & continueront d'être rayées par la tréforerie
nationale , conformémeur à celui du 17
avül précédent ; ne feront point comprifes dans
l'exception de l'article ci- dellus , lès dépenfes relatives
à la négociation d'Alger & de la chambre
du commerce de Marfele , qui n'étoicht pas
payées à ladite époque da picinierectobie 17913
defquelles dépenfes le minifte de la marine re
mettra le compre détaillé & motivé avant le premier
juin prochair. »
Du vendredi , 18 mai.
Les gardes nationaux de Strasbourg qui ent
marché volontairement au camp de Nerkerck ,
recevront les mêmes folde & fournitures que les
autres volontaires , & l'Aſſembléc lég flative s'oë(
260 )
cupera , s'il y a lieu , de leur donner une organiſa- :
tion particulière .
Six races décrétés d'urgence ont pourvu à .
l'écabifle.vent d'un d't chement de gendarmerie
nationale de 33 hommes à la fuite de chacune des
armées , pour prêter main forte à l'exécution des
juge neis des cours martiales & veiller à l'ordre
dans les camps .
M. Larivière, juge de paix de celle des 48 .
fections de Paris qu'on aɔmme de Henri IV, ad-
13 à la barre , a dit : « Meſſieurs , MM. Bertrand
& Montmorin ont dénoncé devant nous le feur
Cafra comme les ayant désignés dans fa feuille
pour être membres d'un comité autrichien . Sur
cette plainte,
• Carra a été appelé devant nous ;
la déclaré avoir des preuves de ce fait , & il a
cité entr'autres les déclarations qui lui ont été
fournies par trois membres de l'Aflemblée & du
comité de furveillance , MM. Bazire , Merlin
& Chabot. Ceux - ci entendas , ont déclaré
que les faits avancés par M. Carra étoient
vrais , & qu'eux- mêmes lui en avoient fourni
les renfeignemens . Il réfulte de ces déclarations ,
que le comité de furveillance a des preuves de
l'existence d'un comité qui traverfe les opéra
rations de l'Affemblée & du ministère ; qui a
été cauſe des éch: es que nous avons effuyés devant
Mons & Tournay. Comme nous avons vu
qu'il étoit du plus grand intérêt pour le falut de
l'etat , de connoître invariablement l'exiftance
de ce comité autrichien , nous avons cru devoit
mous retirer devant l'Affemblée nationale , pour
demander qu'elle voulût bien nous faire remettre
toutes les pièces qui pourroient conftater l'exiftence
de ce comité autrichien . J'ai l'honneur d'ob.
ſerver à l'Aſſemblée que l'inſtruction de cette
( 261 )
-affai e devant être fuivie avec la plus grande célérité
, il feroir bon que ces pièces nous fuffent
remifes dans le jour. »
Certe demande , applaudie de l'un des côtés de
la falle , a été convertie en motion par M. Mcyerne
; mais M. Saladin a réclamé l'ordre du
jour , & préfé o't un rapport du comité de furveillance
, en obfervait , au milieu de violentes
rumeurs , que le juge de paix ne devoit connoître
que de la plante en calumnie & que le comité
autrichien étoit l'objet du comité de furveillance
& de l'Affemblée . Alors M. Fauchet a donné
de fingulières explications des procédés des furveillans.
L'évêque du Calvados n'a pas hésité de
dire qu'au nombre des dénonciateurs , ille trouvoit
plufieurs individus attachés à la perfonne du Roi .
Ce font , a- t- il ajouté du plus beau -fang- froid ,
des gens qui perdroient leurs places & dont la vie
froit même expofée fi l'on divulguoit les renfeignemers
qu'ils nous ont apportés . Il ne s'agit pas
de difcuter la mora ité de ces dénonciations , mais
leur utilité pour la chole publique . Les dénonciateurs
fe font bien fait connoîtie à nous ; mais
ils difent : nous ne ferons nos déclarations qu'après
que vous nous aurez fait ferment de ne pas
Pous compromettre . L'ufage que nous faifons de
ces dénonciations eft ordinairement , lorfqu'elles
nous paroiffent fondées , d'avertir le public qu'il
existe un complot , & la pub'icité des complots
eft la meilleure manière de les déjouer. >>
« Pour que la calomnic ne fût pas prouvée
par d'autres calomnies » , M. Creftin vouloit que
le comité de furveillance prouvât , par un rapport
, l'existence du comité Autrichien . M. Thuriot
voyoit dans toutes ces demandes « un piége
tendu à l'opin on publique » ; M. Calvet , qu'il
1.162 ).
ל כ
-
>
n'y auroit per d'inconvénient à communiquer aux
légif its ce qu'on avoit confi ' au fieur Carre.
On parle d'un comité Autrichien a di M.
Guudet de l'existence duquel aucun membre de
l'ATemblés ne lauror: douter ; mais les détails
qu'a le comité , à cet égard , ne fauroient mo
tiver un décret d'acculation. Ces renfeigne meas
ne peuvent int fervir que de moyen pour fuivre
le fide complars . I feroit infiniment dangereux
d: biger à divulguer des notes qui ne contiennent
pas de peuves légales ..
Nos lecteurs
n'ont pas oublié avec quel ſuccès & par
quels orateurs a été foutenue l'opinion , que pour
dézre d'accuſation il fuffi oit de la conviction
morale de l'Allemblée failant les fonctions de
juré . M. Quatremère a eu l'honnêteté de
s'élever contre une inftitution redout- b'e , odieuſe,
qui recueilleroi & répandroit avec impunité d'atroces
palomnics , qui tair sit aux légiflateurs les
preuves de ce qu'elle révéleroit à un libellifts . Il a
demandé que les pièces fuffent lues en comité
génér:).
"
mais
« Ce n'eft pas pour mon intérêt perſonnel ,
a dit M. Bazire , ni pour celui du comité ,
pour Pintérêt public, pour l'intérêt du Roi & de la
Reine me ne, que je parle . » Enfuite il a loyalement
tâché d'arquer de nullité la plainte de Mar, de
Bertrand & de Montmarin , fous de prétexte qu'ils
y avoient pris des iures , énoncé des qualités que
la conftitution a fupprimées comme celle de confillers
d'état. Sa gaucherie a excité des murmures
; on lui a fait oblerver qu'ils s'y quali
foient de minifires d'état.
M. Dumolari a pensé que fi les auteurs de
la plainte étoient coupables , ils devojcnt être
punis que file ficur Camra les avoit calompiés ,
( 263 )
>
il falloit qu'on le punît ; que le comité n'étant
pas dénonciatur , c'étoit a MM. Bazire , Merlin
, Chebot a prouver les firs La justice me
pouvant cefler d'avoir fon cours ; & il a pro
pofé de p.fler à Fordre du jour , ce qu'on a
décrété au bruit des applauditfemers ; decifion
négative qui a paru à quelques auditeurs Jaiffer
dans le doute fi l'inviolabilité des parties compromiles
accorderoit aux plaignans & au juge
toure la atitude du droit commun des François.
Revenu aux attroupemens nocturnes, après des
débats fans fuite , & fans le moindre égard pour
les plus fimples loix de la logique , on a rendu le
décret fuvant .
« L'Affemblée nationale , confidérant qu'il importe
à la tranquillité pab ique de conftarer les
noms , qualités & demeures des François nondomiciliés
& des étrangers qui font dans la ville
de Paris , aan de prendre les mesures qui feront
jugées convenables , décrète qu'il y a urgence ; ---
& , après avoir décrété l'urgence , décrète ce qui
fuit :
Art. I. Toute perfonne arrivée à Paris
depuis le 1er janvier dernier , fans y avoir eu
antérieurement fon domicile , fera tenue , dans
la huitaine qui fuivra la publication du préfent
décret , de déclarer devant le comité de la ,
fection qu'e le habite , fon nom , fon état , fon
domicile ordinaire & fa demeure à Paris , &
d'eah ber fon paffe- port , fi alle en a un. -
II. La difpofition de l'article précédent n'ayra
lieu à l'égard des voyageurs , qu'autant qu'ils
feroient à Paris un téjour de plus de trois jours ;
& à l'égard de tous ceux qui viennent à Paris pour
fon approvifionnement , qu'autant qu'ils devront y
Léjourner plus de 8 jours . - III . Tout proprié
( 264 )
taire , locataire principal , concierge ou portier,
fera tenu , dans le même délai , de déclarer égakment
au comité de fa fection tout étranger logé
dans la maifon dont il et propriétaire , locataiie
principal , concierge ou portier . --- IV . Toute perfonne
qui négligera cette déclaration , fera condamnée
par voie de police correctionnelle , à une amende
qui ne pourra excéder 300 liv. & à trois mois
d'emprisonnement ; celles qui auroient fait une
déclaration fauffe feront condamnées à`1,000 liv .
d'amende , & à fix mois d'emp ifonnement .
V. Il est défendu , fous les mêmes peines , de
donner des logemens à ceux qui , devant avoir
cu des paffe- ports , n'en feroient pas porteurs ,
fans en prévenir à l'inftant le comité de la fec
tion . VI. Chaque déclaration fra faite en
double fur les deux feuilles féparées non ſujettes
au timbre , & fignées par celui qui la préfen-
VII. I fera procédé fans délai la
pat
municipalité de Paris aux vérifiations , tant déldites
déclarativas que du recefemert qui a dû
être fait en 1791 .
VIII. Les difpofitions du
préfent décret ne font aucunement dérogatoires
aux règlemens de police concernant les maîtres
d'hôtels garnis , aubergiftes & logeurs , qui
feront exécutés felon leur forme & teneur. »
tera . 6-3
1-4
Du famedi , 19 mai.
Dernièrement une lettre miniſtérielle a annencé
à L'Aemblée nationale , que 7 à 8 des brigands
d'Avignon avoient réintégré les prifons ; aujourd'hui
le miniftre de l'intérieur écrit qu'aucun des
brigands n'a réintégré les prifons , mais que les
commiffaires ont donné ou donneront des ordres
pour les arrêter,
Jac
( 265 )
Une lettre de M. de Blanchelande du premier
avril , porte qu'un mouvement féditieux élevé
dans la ville du Cap , avoit eu pour objet fon
expulfion , fon renvoi en France ; que ce mouvement
eft appaifé ; mais que les autres parties
de St. Domingue font toujours en proie aux
horreurs de la guerre civile . Le miniftre de la
marine ajoute qu'il ne fait pourquoi les commiffaires
civils s'en reviennent , qu'ils feront
bientôt à Paris.
L'un des bataillons de Pa : is a perdu , à l'affaire
de Quiévrain , 800 chemifes , 800 louliers ,
enfin pour 15,000 liv . de ces fortes d'effets . Tel
eft l'ordre établi , que le miniftre qui difpofe de
plus de 40 millions , ne peut procéder au remplacement
d'objets de cette importance fans une
loi du royaume ad hoc , fans un décret du corps
leg flatif. Auffi la demande du bataillon & celle
du mi iftre régulièrement converties en motion
par M. Beugnot , ont elles été , fur- le- champ,
décrétées d'urgence.
M. Servan écrit à l'Affemblée qu'il eft faux
que le Roi de Sardaigne ait 60, coo hommes
Prêts à mercher , ( ce que perfonne de fer fé n'avoit
d.t ), qu'il n'en a que 28,000 ; que l'Espagne
n'a que 10,000 hommes difperlés fur plus de
cent lieues de frontières correfpondantes aux
nôtres . Puis ce miniftre fait des réflexions morales
fur les dangers & les obftacles qui peuvent
naître de la féquence des dénonciations contre
les gens en place .
f
Abufant du prétexte banal d'une motion d'ordre
, M. Lafource a dit avec emphafe : « fous
nos pieds font des volcans , à nos côtés font
des abymes , & l'Affemblée nationale , le pouvoir
cxécutif , la France entière , tout languit dans
No. 21. 26 Mai 1792. M
266 )
:
»
l'inaction, » Il a modeftement promis des mefares
qui donneroient à la patrie plus de fplendeur
qu'elle n'en déploya jamais , & nou feulement la
perfuafion d'être invincible ; mais la certitude
d'être inattaquable. Alors , de miniftre proteftant
, devenant à la fois infiniment plus que
miniftre d'état , que général , qu'amital , il s'eft
écrié tout ce que nous avons fait jufqu'ici
eft d'une infuffifance ridicule & d'une foibleffe
ignominieufe. Ce n'eft pas avec trois petites
armées dont il n'y a guère que la moitié qui
puife agir offenfivement , que nous inspirerons
a la nation de la confiance , à fes ennemis de
la terreur... N'est - il pas déshonorant de voir
nos généraux ne marcher qu'à la tête de détachemens
? ... N'eft- il pas plus inconcevable encore
que nous femblions nous repofer totalement fur
des armées ... où nous avons vu tant de foldats
déferteurs , tant d'officiers transfuges , fur des
armées enfin qui font dans la catégorie des
chofes humaines & qui , dès - lors , ne fauroient
avoir le miraculeux privilège d'être au - deſſus de
tous les évènemens ? »
Or , pour compter fur des moyens plus folides
que ce qui a le malheur d'être dans la catégorie
des chofes humaines , le théteur a propofé de transformer
tout- à- coup la France en une forêt de
bayonnettes. Arrivé dans fon rêve à l'examen
des obftacles , il les a tous levés . La France
de 1792 eft toujours la France du 14 juillet
1789 ; l'Affemblée n'a befoin que de faire une
adreife aux François & rien ne manquera. It
y a déjà à 6 cents mille fufils dont on ne fe
doutait pas dans les départemens ; des primes
de 40 fous , & c . en feront fabriquer par millions
en un clin d'oeil . La nation n'a - t-elle pas
"
( 267 )
du bois , du fer & des bras ? que faut- il davantage
? N'eft on pas fûr d'avoir , tout p yé ,
400 millions de refte , en vendant les forêts ? Que
font elles donc ces forêts dont le falut de la patrie
follicite à hauts cris l'aliénation ? Les révérerionsnous
comme les Gaulois du temps de Céfar ? I.i de
violens murmures ont réveillé M. Lafource .
M. Charlier lui a foutenu que les forêts étoient
facrées ; M. Merlet que fa prétendue motion
d'ordre n'offroit qu'une véritable motion de défordre.
D'autres ont trouvé fes propofitions inconftitutionnelles
, le Roi feul ayant l'initiative
fur de pareils objets . L'ordre du jour a ramené la
difcuffion fur les créanciers des princes frères du
Roi.
CC ce Il n'eft perfonne , a dit le rapporteur , M.
Baignoux , qui ne convienne que les fières du
Roi font déchus de leur rente apanagère , & de
tout traitement , & qu'ils n'ont plus aucun droit
aux bienfaits d'un peuple dont la générofité a
été payée par la plus infâme des trahifons . » Il
eft rélulté de longs & tumultueux débats , un
décret que nous donnerons lors de fa rédaction
définitive . La difcuffion avoit été interrompue
par la lecture des dépêches des Maréchaux Luckner
& Rochambeau , dont voici la fubftance :
Le 17 mai , après le lever du foleil , les patrouilles
du pofte de Bavey font_rentrées en
difant qu'elles n'avoient rien vu . Peu de temps
après , un corps de troupes ennemies d'environ
trois mille hommes a paru , débouchant fur trois
colonnes du bois de Sarth ; le canon mis en
batterie a fait feu fur la ville , qui a arboré le
pavillon . Le détachement françois , compofé
de 80 hommes , a montré beaucoup de bravoure
, tué & bieffé quelques hommes à l'en-
M 2
( 268 )
' nemi ; mais , fuivant la déclaration que la municipalité
a faire au maréchal Luckner , il s'eft
écarté de l'ordre ex rès du maréchal Rochambeau ,
qui lui avoit dit d'occuper l'intérieur de la ville ,
de fe replier devant des forces fupérieures , &
de ne fe regarder que comme une fimple patrouille
. Le détachement , au contraire , au lieu
de fe retirer par la porte de Louvig y , du côté
du Qucfney , s'eft compromis au point d'être fait
prifonnier de guerre.
Un officier & quelques hommes du troifième
régiment de huifards le font conduits avec
intelligence . Ils ne fe font repiés qu'après que
la ville a été rendue , Ils ont attendu derrière
Louvigny l'infanterie ; & , voyant qu'elle n'arri
voit pas , ils le font retirés par le Quefroy fur
Jallin . »
« Auffi -tôt que MM. les maréchaux ont été
inftraits des mouvemens de l'ensemi , ils ont
ordonné à M. Noailles de partir fut -le - champ
avec une avant - garde compolée de trois cfcadrons
de haffards , trois compagnies du premer
régiment de chaffcuis , deux du cinquième , deux
piquets , & deux pièces de canon . M. le ma .
ré hal Luckner s'étoit porté à l'avant-garde avec
M. Noailles.
Au même moment M. le maréchal Rock imbeau
, décidé à reprendre Bavey , quelques forces
que l'ennemi pût y avoir , avoit marché avec
les bataillons des cinquième , vingt - fequème &
foixante quatorzième régimens d'infanterie ,
deux cfcadrons du dix -fepriè.ne régiment de dragons
, quatre pièces de buit , & quatre chuhers.
M. le maréchal a fit marcher en même.
temps un détachement de Maubeuge & du Quelnoy.
Le premier avoit de l'arulierie . Il a pris
( 269 )
une pofition en avant de Jallin , tandis que les
troupes correspondantes s'avançoient , M. le maréchal
avoit ordonné à une avant- garde de reconnoître
la poficion de l'en : emi , & d'entrer dans .
Bavey s'il l'évacuoit ; ou de donner avis à MM.
les maréchaux , s'il perfilloit à s'y tenir , afin qu'il
pût marcher l'attaquer , & le chaffer de ce pofte .
M. Luckner a fit dire à M. Rochambeau par
M. Montpenfier, que l'avant garde étoit entrée
dans Bavey deux heures après ; que l'ennemi s'en
étoit retiré , ayant emmené avec lui fix voitures
chargées de fourrages & de bleffés ; qu'il étoit
entré dans Bavey deux milie - cinq cents hommes
de l'ennem , quatre pièces de canon , & deux
obufiers. On le peut donner trep d'éloges au
filence , à l'ordre & à la rapidité de la marche de
l'avant-garde aux ordres de M. Luckner , ainfi
qa'an corps de troupes de M. Rochambeau . »
-Not . & L'ennemi a voulu piler Bavey ; mais
les officiers autrichiens ont réprimé avec la pus
grande févérité leurs foldats ; ils ont enlevé les
armes des habitans du pays ; il te font repliés avec
grande diligence derrière le bois de Sarthe d'où
ils étoient partis. M. le maréchal a laillé un foſte
léger à Bivey , que l'on renforcera plus ou moins ,
fuivant les circonstances . "
сс
Signés , les maréchaux LUCKNER & ROCHAMBEAU
. »
Après ces nouvelles de gazette , M. Dumourier
eft venu dire à l'Allemblée que l'armement
de la cour de Turia n'étoit que défenfif ; que
d'ailleurs les François fauront le défendre &
vaincre; mais que les difpofitions actuelles laiffent
encore l'efpoir d'une négociation amiable qui
préviendra toute rupture.
M 3
( 270 )
Du famedi , féance du foir.
M. Romme a raconté que le juge de paix de
la fection de Henri IV avoit déccraé un mandat
d'amener centre MM . Chabot , Merlin & Bazire.
Au bruit de vifs applaudiffemens , M. Merlin a
circonflancié l'aventure après avoir protefié qu'il
porteroit fa tête ,fur un échaffáud plutôt que de
violer les fecrets que de bons citoyens confient
au comité de furveillance . « Deux fois , dit - il ,
depuis la législature , nous avons , pour déjouer
les complots , dénoncé leurs trames aux journaux.
L'un des publiciftes à qui nous avions livié
de pareils renfeignemens , M. Carra, a été .
acculé , mardé , interrogé ; nous avons atteſté
que c'étoit de nous qu'il tenoit ce qu'il avoit
avancé. Aujourd'hui , às heures & demie du
matin , trois cavaliers de la gendarmerie m'ont
amené chez M. Larivière qui étoit encore couché
. Interrogé , j'ai dit que je ne répondrois pas
( bravo ! bravo , ont crié les galefies ) ; & comme
il écrivoit a répondu qu'il ne défobéiffoit pas
à la loi , je lui ai fait rétablir : a obfervé. »
A.M. Merlin couvert d'applaudiffemens , fuccèle
M. Chabot, li affirme , fur la parole , que
le comité de furveillan e a déjoué un complot
contre les finances ; ( peut-être celui de les ruiner ;)
que lui ex - capucin ou fes collègues , ont exposé
leurfortune pour faire faifir de faux affignats ; &
oat empêché trois fois l'enlèvement du Roi , & il
a dit avoir été amené comme M. Merlin , chez
le juge de paix , avoir répondu qu'il avoit communiqué
le fait publié par M. Carra ( concernant
le comité autrichien. ) en qualité de membre de
l'Affemblée nationale qui ne lui en a pas donné
( 271 )
l'ordre , & du comité de furveillance qui ne dit motë
M. Chabot a oppofé au juge de paix les principes ,
la doctrine , la morale connue du comité de
furveillance & Tiaviolabilité des légiflatcurs , &
répondu à la remarque : le fieur Carra vous ayant
nommé , vos aveux vous rendent non - Leulement
complice mais auteur de fa calomnie ; qu'il
perfiftoit dans fa proteftation de la nulité de la
Frocédure ( bravo ont répété les galeries en
applaudiffant aux généreux ex - capucin qui facriffoir
jufqu'a fon honneur à la pattice ) .
Egalement applaudi , M. Bazire a confirmé
le récit des faits , & fort de fon innocence
de fa réputation & de la conftitution , a tout
cfpéré de la juftice de l'Affemblée . Alors une
lettre du juge de paix a demandé qu'il fût entendu
. Qu'il vienne , qu'on l'amène , qu'il foit
introduit à la barre... Ces divers cris ont été
autant de textes de longues difcuffions . M. Genfonné
a dit qu'on devoit ou approuver la conduite
du juge de paix ou l'envoyer à Orléans ( oui
oui ont crié les galeries ) . Quelques membres
fe font portés dénonciateurs de ce juge ( bravo !
bravo ! ). Qu'il ne prononce pas un difcours
préparé , a dit M. Guyton de Morveaux ; mais
quil réponde aux interrogations qui lui feront
faites grands applaudiferens ) . M. Rigot a
voulu parler de l'infâme crime de calomnie ....
Ce n'eft pas criminel , lui a crié M. Carran de
la Gironde. M. Guadet s'eft furpaffé en plattes
fubtilités pour appuyer l'opinion tranchante de
M. Guyton. MM . Hauffi de Robecourt & de Vau
blanc ont vainement rappelé l'acte conftitutionnel
qui porte expreffément : « Le miniftre de
la juftice dénoncera au tribunal de caffation
par la voie du commiffaire du Roi , & fans pré-
сс
P1
M 4 .
( 272 )
1
judice du droit des parties intéreffées , les actes
par lesquels les juges auroient excédé les bornes
de leur pouvoir. Le tribunal les annullera ; &
s'ils donnent lieu à la forfaiture , le fait fera
dénoncé au corps légiflatif , qui tendra le décret
d'accufation , s'il y a lieu , & renverra les prévenus
devant la haute cour nationale ( tit . 3. ,
chap. 5 , art. 27 ). Des fa: cafmes , d'indécentes
rumeurs des galeries , un long orage ont
réfuté MM . Hauffi , de Vaublanc & la conftitution
. Enfin en a décrété que le juge de pex
( qui attendoit le moment d'être admis ) feroit
mandé Four rendre compte de la conduité .
M. Charber n'a pas rougi de propofer de décréter
que ce juge attendroit le réfultat de la délibération
, ce qui étoit évidemment , aux tranfports
de joie on ne pouvoit s'y méprendre , un
décret d'arreftation mal déguifé . A l'appui d'une
motion aufli defpotique , M. Vergniaud a verbeufement
accufé le juge abfent d'avoir outragé
le corps lég flatif en décernant des mandats d'arrêts
contre trois de les membres ; d'avoir employé
contre eux des formes c qu'on se fe feroit pas
permifes , a - t il dit , contre le dernier des clérats
; « d'avoir envoyé trois cavaliers pour les
amene: ... Il a encore accufé le juge d'avoir reçu
dans fon lit un repréfentant du peuple tel que M.
Merlin, & de figner Etienne de la Rivière au
lieu d'Etienne tout court , quoiqu'on ne reprocke
pas au ficur Caritat , legiſlateur , patriote &
journaliste , de figner toujours Condorcet .
Après un long vacarme , M. Larivière eft entté.
Le préfident lui a intimé l'ordre de rendie
compte de la conduite .
Ce juge a répondu d'une manière auffi noble
que refpectueufe , qu'il venoit rendre hommage
( 273 )
aux principes , dite aux légifteurs que fa milhon
étoit finie , que c'étoit a l'Affeniblée a pro-
'noncer s'il y avoit lieu à accufation contre les
fiears Merlin , Bazire & Chabot publiquement
prévenus de calomnie . « Le miniftre de la juftice
, a - t - il dit , nous a écrit que la calomnic eft
un affaffinat moral , & a provoqué la furveil-
Ince des juges de paix pour réprimer les affatfins
de l'honneur , la plus précieufe propriété des
homme: libres ... La plainte fe réduit à ce dilême :
ou il exiſte un comité autrichien , dont les ficuis
Bertrand & Montmorin font membres , eu il
n'en exifte pas . S'il n'en exifte pas , fi le fieur
Carra ne prouve pas qu'il en ex fte , c'est un
calomniateur. S'il en exifte , le feur Carra n'a
pas calomnié ; mais la furveilance recommandée
à l'officier de police l'oblige à prendre les
inftructions néceffaues pour dénoncer , & même
pour agir contre les ennea is publics , contre des
hommes vendus aux puiffances ennemies de la
Fra ce. M. Larivière a déclaré qu'il avoit ent.
adu les témoins défignés. Ces témoins font
Madame de Lamballe.... ( Les tribunes ont beaucoup
ri ) & M. Regnault de Saint Jean- d'Angely.
( Nouveaux éclats de rire des tribunes . )
Le préndent leur a rappelé le respect qu'elks
devoient à Aifen blée.
Je les ai entendus , a ajoute M. Larivière ,
comme tous les membres du corps ¡ ég fl‚tif l'àuroient
fait à ma place.
ג כ
Il a enfuite la cet horrible paff ge du journal
du ficar Carra , intitulé : Annales politiques :
Nous n'avons à faire d'autre oblervation , finon
qu'il n'y a plus de doutes , & d'après cette lettre ,
& d'après ce que nous avons déjà annoncé dans
nos fudles , que le projet d'une feconde évafion
M S
( 274 )
du Roi , & le complot d'une St. Barthelemy ne
foient fortement concertés & fur le point d'éclore.
Ainfi , que tous les citoyens , dès - aujourd
hui , fe tiennent armés & fur leurs gardes ;
que toutes les fociétés des amis de la conftitution
fe raflemblent , tiennent jour & nuit leurs
féances , & préviennent , fur - tout dans le département
de l'Aifne , tous les habitans des
villes & des campagnes de veiller aux voitures
qui partiront ; c'eft ici le cas de préparer furfe-
champ des feux fur les hauteurs , les canons
& le tochin de toutes les églifes .
« Sur le projet d'enlever le Roi , a ajouté
M. Larivière , le fieur Carra a encore répondu
quil en étoit certain ; que le fait lui avoit
encore été attefté par les feurs Merlin , Bazire
& Chabot. J'ai dû appeler ces MM. pour donner
des éclairciffemens , non - feulement fur le fait
de la plainte que j'avois reçue , mais encore
fur le projet d'enlever le Roi. Ils ont déclaré
que les faits énoncés par le Tieur Carra étoient
vrais , & que ce qu'il avoit dit étcit conforme
à la vérité. Je me fuis rendu au corps législatif
hier , j'ai dû croire , d'après la déclaration des
trois repréfentans de la nation , qui m'avoient
attefté des faits , qui m'avoient dit les avoir
répétés à unjournaliste , qui m'avoient dit n'avoir
pas empêché ce journaliſte , mais l'avoir au contraire
excité à publier les déclarations qu'its lui
donnoient ; j'ai dû croire que les repréfentans
de la nation , établis dans un comité qui tient
à l'adminiftration & à la furveillance générale de
l'état , devoit avoir , finon des preuves , au moins
des présomptions tellement fortes qu'elles me
conduiroient à la découverte de la vérité . La
démarche que j'ai faite à la barre a été accueillie,
7275 )
Je me fuis demandé à moi-même fi l'AC
femblée nationale propageoit fes oracles ou ceux
de fes comités , par la voie des journaux , &
notamment par la voie de celui du fieur Garra.
Au moment où l'Affemblée venoit de m'éclairer
en déclarant qu'elle paffoit à l'ordre du jour ,
parce que le fait énoncé n'étoit pas le fait du
comité de furveillance ; mais bien celui des
fieurs Merlin , Bazire & Chabot , j'ai dû de
fuite lire l'article VIII de la conſtitution ainfi conçu
: « Ils pourromt , pour fait criminel , être faifis
en flagrant délit ou en vertu d'un mandat d'arrêt ».
Le mandat d'amener n'eft pas une accufation ;
c'eſt un appel à la police , & la loi veut que
tout citoyen s'y préfente à l'inftant... MM .
Bazire , Merlin & Chabot ne fe fout pas fervisdes
mots ettentat à la liberté. C'eſt à l'Affemblée
à décider s'ils devoient ou non obéir au
mandat de juftice. "
Le juge de paix eft forti. M. Guadet a trouvé
indécente la propofition de décider s'il y avoit
lieu à accufation contre trois membres du corps
législatif, & a dir que fi l'on approuvoit la conduite
de M. Larivière , bientôt l'Affemblée ne
feroit pas affez nombreuſe pour délibérer ; ce qui
étoit fuppofer qu'on pourroit en mander 546 membres
pour inculpation de calomnie avouée . On a
renvoyé le tout au comité de légiflation , & la
féance a fini après minuit .
Du dimanche, 20 mai.
Toute cette féance s'eft confumée en orageuz
débats fur la conduite de M. Etienne de la Ri-,
vière , & a fini par un décret d'accufation , non
contre les trois prévenus de calomnies incendiaires
, mais contre ce juge de paix ; décret
-M 6
( 278 )
rendu au bruit des apud ffemens des galeries
& de ceux qui le follicitoient & le rendoiect ,
& au bruit des huées que ces mêmes galeries
ont largement pro liguées au grand nombre des
membres qui font fortis lo fqu'on l'a mis aux
voix. Nous rendrons compte , dans le n°. prochain
, d'une fcène auffi mémorable , dernier coup
porté au refpect dû à la liberté individuelie.
par
Ce que les anciens entendoient par le
mot de tyrannie eft aujourd'hui établi
le fait en France. C'eft un pouvoir abfolu
fans autre règle de conduite que la volonté
mobile des membres qui le partagent.
Chaque jour donne un nouveau degré
d'audace & d'impunité à ce fruit coupable
du fanatifme & de l'anarchie ; chaque jour
montre, que tandis que le defpotifme de
la multitude foumet tous les points du
royaume aux attentats des individus , une
autorité formidable fe joue au nom des
loix , qu'elle fait , détruit , ou interprête à
fon gré , des propriétés & de la libert : des
hommes qu'ee a fu affervir , ou plutôt
de ceux qui n'ont point voulu en fubir le
joug oppreffeur. Les abfens dépouillés de
leurs biens , la liberté des routes détruite ,
toutes les fervitudes de police établies , la
confcription militaire ordonnée , les gênes
individuelles décrétées , tous les moyens
de parfécution érigés en loi de rigueur
n'étoient que les avant coureurs d'autres
( 277 )
la
actes d'oppreffion qui , parce qu'ils att
tent un grand mépris des hommes ,
certitude de l'impunité avec une grande
partialité , infpirent plus de haine encore ,
s'il eft poflible , que ceux qui les précèdent .
Il n'y a qu'un Peuple leger & bas qui
puiffe voir avec l'indifférence d'une mode
ce degré d'aviliffement politique , dont il
le montre fanatiquement i lolare ; il n'y a
qu'une nation fans principes de juftice qui
puiffe approuver qu'au milieu des contraditions
& des procédés palionnés, n frappe
de punition , & condamne les hommes au
gré des erreurs & des intérêts du moment.
C'eft ainfi que par une inconcevable par
tialité on a envoyé , fans l'entendre , à
Orléans , un Ministre dont le crime eft
d'avoir voulu épargner le fang & prévenir
une rupture dans un moment cù acus
n'étions pas encore prêts à la guerre, & qu'on
n'a élevé aucun doute fur la conduite du
Ministère actuel dans la malheureufe affaire
de Mons, qu'on n'a demandé aucun compte
à ce Ministère du fang François verfé , &
de la honte d'une défaite par fuite de la
méfintelligence , de l'impé : itie , & peutêtre
des paffions des nouveaux Agens
du Pouvoir exécutif de la Révolution :
c'eft ainfi qu'on a lancé un Décret d'accufation
, & envoyé à Oriéans un Juge de
Paix , parce qu'il a reçi la plainte rendue
contre des Folliculaires de parti , qu'il
( 278 )
a dévoilé les manoeuvres du Comité de
Surveillance , fait connoître & traduire
devant fon Tribunal trois Députés accufés
de calomnie , & que le lendemain elle s'eft
contentée d'envoyer à l'Abbaye , pour trois
jours , un de fes Membres qui , contre le
texte formal de la Conftitution délivre un
ordre individuel & arbitraire d'arrêter des
hommes qu'aucun motif ne pouvoit faire
Loupçonner , & qu'il expofoit à être maffacrés
après s'être vus privés de leur liberté
perfonnelle. Que dire de ceux qui applaudiffent
à ces traits ? que penfer d'une
pareille liberté ?
Tandis qu'à l'Affemblée nationale on applaudit
aux principes de perfécution & de defpotifme ,
dans les Provinces on pratique tout ce qui peut
entretenir le fanatifme de la multitude & prolonger
les maux de l'anarchie . Tels font ces ridicules
fêtes patriotiques , ces moyens de furveillance
civique, que des fociétés turbulentes provoquent ,
& qu'autorifent des Municipaux ignorans ou intimidés.
A Rennes ils ont placé le bonnet de
l'anarchie , qu'ils appellent le bonnet de la liberté ,
fur la flèche de l'horloge de la Paroiffe , comme
fi'le peuple manquoit d'aliment de fureur & d'infubordination
; à Valenciennes , à peine échappés
aux coups des ennemis , impuiffans contre eux , ils
ont tourné leur force contre les armoiries de la
Ville dont ils ont ordonné l'auto - da -fé. A Strasbourg
, tout ce que l'engoument , la déraifon
peuvent imaginer de plus propre à ranimer la
fièvre , le fanatifme & la fuperftition révolutionnaires
, ont été mis en ufage pour fêter quelques
279.1
Huffards qui n'avoient pas ofé paffer à l'étranger ,
ou pour mieux dire qu'en en a fait revenir à force
de promefles & de condefcendance pour leurs defirs .
Ces Mellieurs ont été promenés en triomphe , ornés
de bonnets & de couronnes civiques , fêtés
par les femmes , par les hommes , par 1.s orgies ,
par les clubs fraternels .
C'est un grand aveuglement de ne pas voir que ?
ces agitations , ces fcènes populaires en exaltant
les paffions du peuple lui ôtent cette tranquillité ,
cette mefure néceffaire dans des momens d'orage
comme celui où se trouve la France aujourd'hui ;
que les moyens tyranniques employés enfuite pour
découvrir les prétendus auteurs des troubles ne
peuvent qu'ajouter aux ma'heurs pub'ics par les
oppreffions & les injuftices qu'ils font naître. C'eſt
ainfi qu'à Rennes où le Peuple eft dans une véritable
confomption politique , on vient d'établir
une commiffion étoilée , pour arrêter , livrer aux
profcriptions populaires tous les hommes affez
ma heureux pour ne pas profeffer la nouvelle
doctrine ; plufieurs perfonnes ont été citées devant
ce Tribunal incompétent , envoyées en prifon
& tenues rigoureufement fans autre crime
que leur incivifme , & l'on fait ce que c'eft que le
civifme d'un Comité de Recherches.
Paris eft menacé aujourd'hui du même accident.
Cette grande Ville , cù la multitude des
opinions , la diverfié des fentimers , fur tout
l'immenfe population , laiffent à l'homme jufte
& fenfible quelque voie d'échapper aux regards
des finatiques , eft , dit - on , pleine d'hommes
dangereux , de contre- révolutionnaires fecrets
qui veulent mettre le Roi en liberté & rétablir la
Monarchie . Ces attentats contre la révolution
méritent la plus févère attention , une furveil
1
( 280 )
lance , une police d'efpions , des fonds fecrets ,
& tous les arts de la tyrannie , que l'on parviend-
a à établir fi la partie encore faire du public
ne refifte courageufement à cette faction du crime
contre la justice , l'honneur & la liberté nationate
.
C'est un abfurde , menforge , digne des trétaux
révolutionnaires que 2.vancer que Pris eft plein
d'étrangers ; qu'on y tien des conciliabules contre
a paix de l'E at ; que l'on riguife des poignards
& que les mécontens y préparent à l'ennemi des
moyens d'y établir une domination étrangère .
Paris eft comme il doit être dans un mon ent
comme celui - ci , un peu plus fou ni de Provinciaux
que dans les temps où l'on vivoit en sûreté
dans fes mifo´s de campagne ; l'on pru; presarir
les rues , & l'on verra que loin de régarger de
monde , par - tout les maifons fort garnis d'écri
teaux que les hôtels garnis ne font pas plus
plei s que de coutume. Mais ces alaim's font
afroisement femées par un prip fionné , & fou-`
tenues des démarch.s d'une Municipal té partagée
& agirée par des hommes qui la cominandent,
Les mécortens voient fû ement avec peine la vie
trifte , humiliée , qué mè .ent le P ince & f. Famille
chhaque jour outragés dans des libelles ou des difcours
reçus par les plus infole: s applaudiffemens ;
fans doute la défolation d'une grande partie de la
France , l'émigration , les poulutes pour crimes
politiques , dans un moment où tou : eft incertain
en politique , les violences & la ruise ubique
donnent aux fentimens , aux defirs des opprimés ,
toutes fortes de directions , mais il feroit impoffible
de defiguer d'une manière pofitive , de prouver
l'éxiſtence de ces Aſſemblées nocturnes dont M.
Pétion effraie l'Affemblée , & qu'il ne croit peut(
281 )
être pas Ini- même. Eh ! ne voit-on pas où le dirige
cette attaque ? c'eft encore contre la Famille
Royale qu'on fait cette levée de bouclier. L'onveut
porter fur fon afyle un régard d'inquifition
& d'autorité ; depuis lo g-temps on cherche à
faire prévaloir cette doctrine , que le Palais,
du Prince , comme licu public , eft foumis à la
police municipale.
Oa verra donc , fi l'on ne s'y oppofe , ce nouveau
fầu réuni à tant d'aut : es pour accabler un
Prince malheureux par trop de bonté ; on veira un
Commiffaire de S. Ction faire la revue dans le domicile
du Roi , & fous le prétexte d'un prétendu
recenfement , falir la royauté des formes d'une
police inquifitoriale , l'on verra une Capitale fubjuguée
par le fanatifme, & liviée à la diffipation ,
applaudir à ces attentats , fous le faux prétente de
decouvrir des Conciliabules , dont ceux qui les
dénoncent ne daignent pas même adminiftrer la
moindre preuve,
Nous avons peu de chofe à dire dans
cette partie de notre ouvrage fur les évè
nemens de la guerre ; parce que tous les
faits importans font portés à la connoiffance
de l'Affenblée par le Miniftre de la
guerre , & que le lecteur en peut connoître le
fujet dans les féances qui précèdent.
Les armées font toujours dans le même
état & gardent à- peu près les mêmes poftes.
Celle du Nord eft encore fous le commandement
de M. de Rochambeau , dont
la démiffion eft envoyée , & acceptée ,
& que remplace définitivement M.
( 282 )
Luckner. En l'absence de celui- ci , MM. de
la Morlière & Victor de Broglie commandent
dans l'armée du Rhin , vers Neukirch &
Huningue. L'avant garde de l'armée de
M. de la Fayette , fous le commandement
de M. de Gouvion , toujours fur le pays
ennemi , & forte de 3000 hommes , c'eſt
rapprochée du pefte d'Ouvai. Il ne s'eft .
rien pallé à cette armée depuis fa retraite
précipitée , fi l'on en excepte quelques
efcarmouches qui ont eu lieu entre les
patrouilles. Un train d'artillerie parti de
Metz a dû y arriver cette femaine. La
difcipline paroît y prendre quelque confiftance
, & les fournitures y font plus
abondantes depuis les plaintes du Général
à ce sujet.
Les trois Généraux font à Valenciennes ;
ils doivent y concerter un plan de campagne
& décider fi la guerre fera offenfive
ou fimplement défenfive.Autorifés à prendre
les mesures qui leur parcîtront les meilleures
, le Confeil ne fera plus que fimplement
paffif & l'intermédiaire entre l'armée
& T'Aflemblée nationale , pour en
obtenir de l'argent & des adreffes de renrercîmens
, dont au moins il s'efforcera
de s'attribuer le mérite.
Cependant le Roi réduit à la plus parfaite
nullité , n'a aucune part à ces difpo
fitions dont la sûreté du royaume dépend ;
on l'occupe à dénoncer & poufuivre.de(
283 )
vant les Tribunaux , de miférables Folli
rulaires qui le bafouent jufques fous les
fenêtres de fon château . Cet état d'opprobre
eft le dernier où puiffe être précipité un
Prince qui , comme Louis XVI , méritoit
un meilleur fort . La Reine continue d'être
P'objet du plus infolent acharnenient . Cette
Princefle , qui montre un caractère rare ,
& ces qualités courageufes qu'on retrouve
dans fon illuftre famille , a été dénoncée
comme confpiratrice aux Jacobins , on y a
propofé de l'envoyer en prifon dans une ,
Communauté Religieufe. Ces excès , & de
plus grands encore s'effectueront, on peuten
être sûr , fi les Généraux à la tête des
armées n'ont point ou affez d'afcendant fur
leurs troupes , ou affez de fidélité au Roi ,
pour les prévenir ; ou , pour mieux dire ,
l'imprudence , la foiblefle des interventions
des Nations étrangères , combinées
avec l'audace des Factions , laiflent ,
à ce débordement de crimes , le cours qu'il
a eu jufqu'ici.
Oa a fait fur la prise de poffeffion des défilés
de Porentru, un roman patriotique qui vient d'être
démenti publiquement dans les Feuilles mêmes qui '
l'avoient annoncé avec le plus d'empreffement.
Le Prince Evêque & les troupes Impériales
ayant appris qu'une multitude de François , fans
difcipline & par bandes armées , fe portoient fur
Porentru , jugèrent à propos de fe retirer , ne
( 284 )
pouvant pas expofer quatre ou cinq cents
hommes à tenir contre le nombre de François
que l'on difoit s'avancer, de leur côté; on craignoit
donc une invafion de biigends , forfqu'une
lettre de M. de Cuftine , qui commandoit, apprit
qu'il s'approchoit pour s'emparer des gorges de
Porcntru ; fi- tôt que ce te démarche a été connue ,
on s'eft empreflé de luivre ce que le diot des
gens & ks Traites exigent d'un Peuple qui fait
fes' connoître & les refpecter , mais M. de Jubin,
Confeiller Aulique , ne trouva vas ies mêmes égards
dans l'armée Françoife ; des gens bannis ou décrétés
de prife-de corps , dans les Etats de Bofle ,
manquèrent de foulever l'armée contre lui ; fa vie
fat cxpofée , & ce ne fut que par fa retraite qu'il
épargna un crime qu'on fe feroit pent - être d'aurant
plus cru antorifé de commettre , qu'on croyoit
pouvoir le faire impunément dans un pays conquis.
D'un autre côté , quelques François font
- entrés dans la vile en Conquérans , le font
fait ouvrir les portes des prifons ; & en héros
révolutionnaires , ont men.cé de leur puiffance qui
conque s'oppoferoit à ce qu'ils établitent la liberté
Françoife dans ce refuge d'efclaves & de Tyrans .
Il eſt faux , au jefte , que les Héraults d'armes
du Prince , qui n'en a point , foient allés audevant
de l'armée Françoife ; auffi faux qu'on
ait porté au bout d'une pique le bonnet de la Révolution
Françoife ; les troupes ne font point
entrées dans la ville ; trois Impériaux feulement
ont manqué aux 400 qui gardoient Porentru , &
pas un n'eft a'lé grofhir l'armée Françoife .
Le Minitire des Affaires Etrangères n'eft pas
mieux infuit , quand il parle du Chancelier de
l'Evêque de Bafle, qui n'en a point , & quand il
donne ce nom à un M. Hall , homme de la trempe
( 285 )
des Duprat, Mainville , & autres Patriotes connus.
-Les Habitans qui aimoient les François , déteftent
les Révolutioiaires , & fe regardent dans ces cir-
-conftances comme placés à côté d'un volcan dent
ils redoutent les éruptions.
Au refte , cette invaſion des défi és du Canton
de B Ae ne préfente avcu eutilité pa fitive , puifque
le Canton de Bule ayant annoncé qu'il ne livreroit
paffage à aucun Corps armé , nos troupes
fe trouveront à comme dans un cul -de - fac , fans
autre fonction que de fe faire hair des Payfans des
environs.
3
Celies de l'Empire font cartonnées à Rhinfeld
, fur la rive gauche du Rhin , viile dépendiste
de l'Auti he antérieure , & cù chaque jour
de petits Corps de troupes viennent augmenter les
400 retirés de Perentru.
Des Journaux , dont je ne dirai pas qu'on
Fale lefaratifme . parce que le fanatifne ne fe
paie pas , mais qu'on peut citer comme d'infignes
& impiuers in Arumens de délations
& de caloninies , ont argumenté de la publicité
d'une lettre de Louis XVI , remife au
Miniftre de France à Lordres , avant fon départ
, comme d'une preuve de l'existence
d'un prétendu Comité Autrichien aux
Tuileries , & qui n'en eft qu'une de la
contrainte du Koi ertraîré à appofer fon
nom à une pareille pièce. Voici cette lettre
confidentialie du Roi des François à Sa
Majefté Britannique, & remife à M. Chauvelin
, Env vé à Londres.
MONSIEUR MON FRÈRE , ·
« Je umets cette leute à M. Chauvelin que
( 286 )
. j'ai nommé mon Miniftre Plénipotentiaire auprès
de V. M. , je faifis cette occafion pour vous exprimer
combien je luis touché de toutes les marques
publiques d'affection que vous m'avez données.
Je vous remercie , de ce qu'à l'époque du
concert que quelques puiffances ont formé contre
la France , vous ne vous êtes point lié avec elles :
je vois par-là que vous avez mieux apprécié mes
véritables intérêts , & mieux jugé la poſition de la
France... Des rapports nouveaux doivent s'établir
entre nos deux Païs ; il me femble que je vois
tous les jours s'effacer les reftes de cette rivalité
qui nous a fait tant de mal . Il convient à deux
Rois qui ont marqué leur règne par un defir continuel
du borheur de leurs Peuples , de former
entr'eux des liens qui deviendront d'autant plus
durables , que I intérêt des deux Nations s'éclairera
davantage . Je n'ai qu'à me louer de l'Ambafladeur
que vous avez auprès de moi . Si je ne
donne pas le même caractère à celui que je vous
envoie , vous devez cependant fentir , qu'ayant
affocié à fa miffion M. de Taleyrand , qui ne peut
pas , aux termes de la conftitution , avoir de titre,
j'ai mis la plus grande importance au fuccès de
Talliance à laquelle je defire vous voir concourir
avec le même zèle que moi . Je la regarde comme
néceſſaire à la ſtabilité , à la conſtitution refpective
de nos deux Etats , & au maintien de leur tranquillité
intérieure , & j'ajouterai que , réunis
nous devons commander la paix à l'Europe.
Je fuis votre bon Frère ,.
Signé , LOUIS .
L'on compte fur la neutralité de l'Angleterre
, & le bruit s'accrédite que le Cabinet
de Londres a déclaré qu'il garderoit
( 287 )
la plus parfaite neutralité , tant que des
hoftilités directes ou des provocations
contraires aux intérêts de l'Etat ne le forceroient
point à fe réunir aux autres Puiffances
pour réprimer l'efprit corrupteur
& fanatique qu'emploie le Peuple François
pour troubler le repos de l'Europe depuis
trois ans.
Il paroît que le régiment de Saxe , Huffards
, refté fidèle à fon premier ferment
d'obéiffance au Roi de France , a éprouvé
quelqu'embarras à fon paffage dans l'étranger.
Mais l'on peut regarder comme une
exagération menfongère tout ce que les
Journaux de la révolution ont dit de fon
abattement & de fon repentir. Il eft faux
également que les foldats reviennent par
bandes ; tous s'empreffent de rejoindre les
princes & l'armée formée fous leur commandement
. f
Le patriotifme des Clubs de Metz , endormi
depuis quelque emps, eft tout- à - coup
forti de fa léthargie , & a fignalé fon réveil
le 15 , par une émeute dans laquelle M.
l'Abbé de Vicquemont , ancien Chanoine ,
arraché des mains de la troupe , & fortant
de chez le Juge de paix , arcufé de contrerévolution
, a été maffacré par le Peuple &
la petite Bourgeoifie de Metz. La Loi Martiale
a été enfuite publiée , & tout eft tranquille
à préfent. Quelle tranquillité !
( 288 )
Les troupes qui font à Lille ont , la
femaine dernière , exigé que l'on leur don
nât la poudre qui le trouvoit dans l'Ar
fenal ; ils s'en font diftribué to milliers
avec un gafpillage & d'une manière qui
pouvoit occafionner un accident ; tout le
patriotifme des plus forts Révolutionnaires
qui s'y trouvoient n'a pu arrêter cette infubordination
, inapperçue parini les nom
breux exemples de plus dangereufes.
O annonce un ouvrage intéreffant dans les
circonstances actuelles , & qui peut fervir à
J'hiftoire des perlonnes qui ont tenu une con❤
duite remarquable depuis trois ans : c'eſt un
Almanach des trois Ordres , contenant les noms
des perfoanes qui n'ont accepté aucune place
fous le nouveau régime . Trois livraiſons in - 8°.
prix 9 livres pour Paris , & 10 livres pour la
Province. --- On tecevra jufqu'à la fin de Jun
tous les enfeignemens relatifs à cet important
ouvrage , lefque's doivent être adreflés , francs
de pott , avec les quitances des foufcriptions ,
à M. l'Editeur de l'Almanach des trois Ordres,
rue Haute Feuille , nº. 12.
Les François qui ont fuivi pendant quelque
temps l'armée du Général Beaulieu , out reçu
l'ordre de fe replier fur Liège , & ils l'ont exécuté
; les communications font interrompues.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Mai 1792. CHANGESd12
EFTETS NAT. Mardi22, Merc.23. Jeudi 24. Vend. 25. Sam.1.6.Lundi28.
Amit30.
Lond. 16.
Masa 340.
Med. 16. 15.
A.d.i.o.n..s
Does
2140.37 2140.30 ..
1045.60.
108581.
Emprant&
DécembrsIeid.
d'AvLroitl,
d'OctoLborte.
Emprint1

d. So millions..
43840
P
1.b ... 2.2.1b.
7b
Sans Bulletin.
..1..b.
yb ....
sib ...
Bulletin
71...7.2
Emprunt 120 me
B.o.rCd.he,
Caille d'Eicompt.
De desi-a.
EauxdeP ..
3880.92..
389290..
1935-45 .. 1940.45..
Empr. National,
P P
Cadiz 26.15.
Liv. 183.
Gen. 170
Lyon.d.p.
CHANGESCU25
Amft. sol.
Lond. 16.
Ham. 340.
Mad. 26. 15.
Cad. 26.IS.
Liv. 183.
Gen. 170.
Lyon.d.c.p.
Payeurs, année
1791, toutes Lettres,
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jemais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conftatés.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directear
du Journal , hôtel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui conce e ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut,
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , poar acquit de leur Abonnement,
voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent étre chargées
à la Pofle , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente-fix liv:
franc de port pour la Province , Affemblée Nationale
, parfon Décret du 17 Août , ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu da Directeur des Poftes. On fouf
ort Hotel de Thou , rus des Poitevins. On s'a
dreffera au fieur GUT , Diredeur du Burean du
Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu de
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Mai 1792.
Lundi7 ENTS NAT. Mardi 1er.
Merc. 2.| Jeudi3.J Vend. 4.1 Sam.5.
Actions .... 2120.47 2135.65.170.80.217275 2165 ... 27373
Des.. 1106.15 1080 92100110 1961 100 105.90.1072.87
Emprunt Oct.. 417 30.22 4361..
Id. Décembre 82.3.1p.
d'AvLro.it.l.
Lot. d'Octobre..
P
1436.491384400
CHANGESdu1.
Amft. 32
Lond. 17.
Ham. 310.12.
Mad. 25.
Cad25
Gen. 162.
LyonP
CHANGESOn7.
Emprunt 125 3118
Id. 80 millions ...b. b.
Bul.l.Se.a.r.n.ib1.s.a
b. Ib. 1600.rb. 1600. b
b ...b. b .....au p.b.
Tam 128.
Bulletin ..... 170, 70- 126od. 16.
Emprunt 120me
Cadix6.
Borde: Ch.
Caiffe d'Efcompt.
Do demi- act.
3855.25.820.30.3820.21.3820.30 ... 38.20 ...
38253038 Gen 168
1920.15. 1935.10.8 1912.11. 1910 .... 1905.190.10.9
. Lyon.2p.
EauxdeP ... 430.25 ... 43.2) ... 43025.
Empr. National
245.6.22P
430.25
Payeur
178.
AVIS TRES IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jamais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles . On ne fait ufage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conftares .
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution,
&c . C'est à M. GUTH , feul Diredcur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, vefront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils
feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv.
Franc de port pour la Province, l'Affemblée Nationale
, parfon Décrit du 17 Août , ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Peftes. On fouf
crit Hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'a
dreffera au feur GUTH Diredcur du Bureau du
Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
γα
COURS DES EFFETS PUBLICS. Mai 1792.
LETO NAT.} Mardi8, Merc.9.
CHANGESdu8.
Amft, 30;.
Lond. 16. Jeudi 10. Vend. 11. Sam. 12. Lundi 14. Ham. 335.
2140.37 2132.37. 21372730 2137.27.
1076.г90014.00314.81302400.84544.61239.
Actions. 12140
Does.
OcEtm.p1r4u3n8t
Id. Décembre 82.1p..
Lot. d'Avril ...
1436.38.39
40
440 43840
P 31. .....1
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P
b.
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171172 71 71172.
Emprunt 120m.
BorCdh.e..
d'OctoLbor.te..
Emprriunst
millio8In.0ds..
BullSeatnisn.
Bulleti.n.
Mad. 26.10.
Caffe d'Efcompt. 3833 3040 38455055 350
3040
3845.40.. 3840.5o..
D. demi- act ... 199215 1311920.22.. 1920.10. 19151213 19121415.
EauxdeP..
430.25.
Empr, National. 21p. PPp ... 1.1b .... P
Cad. 16.10.
Liv. 178.
Gen. 168.
Lyon.1p.
CHANGEdu12.
Amft. 30.1.
Lond. 16.1.
Ham
. 140.
Mad
. 27.S
Cad. 27.J.
Liv. 182.
Gen. 172.
Lyopn.
Payeurs
1731
année
Lettre P.
AVIS TRES - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'aurrer
Feuilles. On nefaut ufage que des lettres fignées,
& qui rendent compte defaits bien conftatés.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement la diftribution
, &c. C'eft à M. GUTH , feul Diredent
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'ilfaut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettret
fou importantes pourraient refler au rebut,
Les perfonnes qui enverront à M. Gush des
effers fur Paris , pour acquit de leur donne
ment , voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
La Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix lir.
Frane de port peu la Province , Affemblée Nationale
, par fon Décret du 17 Août , avant double
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente- trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lenre , & joindre à cette
demière le reçu du Dirceur des Peftes. On fouf
erit Hôtel de Thon , rue des Poitevins. On s'a
dreffera au fieur Guru , Direaehr du Bureau du
Mercure Labonnement ne peut avoir les que
pour l'année entiere.
EETS NAT. Mardi15 Merc. 16. Jeudi 17. Vend. 18.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Mai 1792. CHANGES CUS
Amit. 30.1.
Lond. 161
Sam. 19. Lundi 21. Ham. 30.
Mal. 27.
Actions ..... 2140.30. 21273-32- 21327.
2140.37 Cad. 27.5.
Dous. 101.20 103120 1039.42.
106.42 sv. 185
Emprunt Oct.. 442 ...
Décem1b..r3.I8ep.2d.
440 ..... 440 440- Gen.17
12p
2 p.
3.TP. Lyon.P
Bulletin .. .....70 ...... 71.70 ....
Emprunt 120.
Lot. d'Avril.
Lot. d'Octobre..
Emprunt 125 108
Id. 80 millions.
Sans Bulletin.
Borde. Ch.
Caifle d'Efcompt. 3850 .... $
850.45.
Do.demi-act1918 1618 1920 22 21
EauxdeP ...
Empr. National. 1.2p.... 12p..
.. ib. ip ....
7b .....
b.
b.
76.
CHANGES C121.
Amft. go.
Lond. 161.34
14b. rb.p .....
b.p..
1'b.
71.72
Ham. 140.
Mad. 26. 15.
Cad. 16.1
Liv. 18.
3850.65..
19232527
3880.75 Gen. 172.
1935-4.0. Lcy.oppn...
.P.
2P
1L7et-i1r24s.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamaton , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fuit ufage que des lettres fignees,
& qui rendent compte de farts bien confiates.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement la difribution
, &c. Cet à M. GUTH feul Directeur
du Journel, hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eix , qu'ilfaut adrefer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes por atent refter an rebut.
Les perfonnes qui exterront à M. Guk des
effets ur Paris pour acquit de leur donnement
, voudront bien les faire timbrer faute de
quoi ils ne feroient pis acquities . Les lettres
contenant des Aignats doivent être chargées
à la Polie, pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement ef de nente fix liv.
Franc de per pula Province , Affembice Nationale
parfon Décret du 17 Août , avant doublé
le port de ce Journal L'abonnement per aris
eft de trente coss liv. fal affi nchir le port
de l'argent & da letra , & padre à ceste
dernier le reg da Dirceur des Pfles . On f
crit de de Tour des Foicevens na
dreffera av for Cush Dire&eur du reau da
Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'annee ehtiere.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le