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1792, 04, n. 14-17 (7, 14, 21, 28 avril)
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( No. 16. )
SAMEDI 21 Avril 1792.
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE , quane
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes ; & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé de
la partie politique.
Tous les Livros , Cartes , Eftampas , Mufique
& Avis divers , doivent être adreffés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n°.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv .
frane de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE
1792 .
AVRIL a 30 jours & la Lune 30. Du an 30 , les
jours croiffent , matin & foir , de so .
JOURS
du
MOIS.
NOMS DES SAINTS. de
PHASES
de la
LUNK.
Temps mo a
au Midi vrHI.
H. M. S.
116 D. Rameaux.
lundi. ,François de Paule.
42
3mardi Richard.
3 24
merc. Ambroife , Evêque.
3 6
14 2
jeudi. Vincent.
2
vend. Vendredi Saint 16
P. L 10
fam. Hégéfipe . 17
Je 7 ,
$ 3
1
8 D. PASQUES.
h.
51
3 m.
O
du mat.
18
21
10 mardi Macaire . о
S
z jeudi. Jules , Pape.
211
48
22
CD.Q.
O 32
23 le 14 , à
24 h. 2 ..
• O
125 du mat.
11 59 47
26
11 59 32
lundi Ste Matie Egyptienne.-
merc. Léon , Pape.
vend, Hermenegilde.
14 fam. Tiburce,
1 D. Quafumado.
16 lundi Fructueux.
17nardi Anicet , Pape .
18 mere. Parfait, Prêtre.
19 jeudi. Elphege.
20fvend. Ste Hildegonde.
21 Cam. Anfelme, Evêque.
2 D.Ste Opportune.
undi Georges , Martyr.
24 mardi Ste Beuve.
25 merc. Marc , Evang, Abftin
16 jeudi. Clet , Pape & Martyr.
17 vend . Policarpe, Evêque.
28 fan Vital , Martyr.
293 D. Robert , Abbé.
10 lundi . Eutrope , Evêque,
17
28
29
11 59 18
11 19
11 58
ON. L. 11 58 38
1le21,7 II 26
2 h 45 m. 11
14
3 du mat. IT 58 3.
11 57
52
11 $7
41
II 57 31
11 57 21
1.1 57 22
57 4 Je 21,10 1
10h1 m.] 11 56
laur mat.
56
MERCURE
FRANÇAIS, "
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
par
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; &
M. FRAMERY , pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN , Citoyen.
de Genève , eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique.
SAMEDI 7
AVRIL
1792.
A PARIS ,
Aah zhamung Tub , cita'] A
Au Bureau du Mercure , Hotel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Mars 1792.
V ERS.
Jl le fallait.
Charade , En. Log.
Elemens.
LE Cheval & la Fille.
Charade, En . Log.
Entretiens polémiques,
AUX
LUX Repréfentans,
Romance.
Charade, Enig. Logoz.
MERCURE.
Charade, Enig. Logog.
Le Divgree.
IMITATION.
Réponse.
Charade, Enig. Log.
3 Variétés.
5'S , ectacles.
24.
20 Notices .
231
30
33
m0.
37 'Variété.
55
39 Spectacles.
58 41 Notices.
59
61 Euvres pofthumes. 66
63 Spectacles .
80
6+ Notices, 83
8 Les Thermopyles. 98
92 Spectacles.
104
94 Notices. 107
109 Hiftoire. 114
111 Variété. 116
111 Annonces & Notices . 1.28
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni
BIBLIOTHECA
REGIA
1
MERCURE
FRANÇAIS.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
O DE
IMITÉE D'HORACE : Quò quò fcelefti ruitis?
ADRESSÉE AUX FRANÇAIS SUR LE RHIN .
Ou courez -v U courez-vous, cruels ? Quelle coupable audace
Vous tranſporte armés fur le Rhin ?
Et quel Peuple ennemi doit craindre la menace
De votre appareil affaffin ?
Allez-vous délivrer les Régions Belgiques.
De leurs fers trop appeſantis ?
Ou du Tibre écrafer les Idoles antiques
Qui foulent les Peuples foumis ?
A 2
MERCURE
Non vous voulez fervir la Ligue conjurée
De vingt Defpotes en courroux ,
Et montrer à leurs yeux la France déchirée ,
La France expirant fous vos coups .
Quatre fois le Soleil aborda les Tropiques ,
Depuis le temps qu'elle gémit
Sous le pefant fardeau des miferes publiques
Que vos difcordes ont produit,
wate
Les deux Mondes ent vu les flambeaux des Furies
Confumer vos riches tréfors
Et l'Anglais fe repaît de douces rêveries ,
En voyant vos nouveaux efforts,
Le Germain affouvit fes haines immortelles ,
En vous accordant fes fecours .
Les habitans des airs , pour finir leurs querelles ,
Vont-ils implorer les vautours ?
Si vos maux font réels , vos devoirs font féveres.
L'impétueux Coriolan ,
D'un courroux qui de Rome eût comblé les miferes ,
Sut vaincre le dernier élan.
Les Romains fous Sylla, tous bourreaux ou victimes
Glacerent l'univers d'effroi ;
Bayerische
Staatsoibliothek
München
FRANÇAIS.
Leurs yeux ne virent plus que du fang & des crimes
Subirions-nous les mêmes loix ?
g
Du lion qui rugit fous la Zone torride`, D
Surpafferez -vous la fureur ?
*
De la chair des lions , que le même inſtinct guide ,
Sa faim cruelle aurait horreur.
11
Quel inftinct plus barbare aujourd'hui vous domine
Expicz-vous quelque fo : fait ?
Ou le fort , malgré vous , hâte-t -il la ruine
Dont vous reffentirez l'effet ?
whe
Ils ne répondent point : leurs vifages pâliffent
Leurs cours font devenus d'airain.
Les partis oppofés s'ébranlent , s'affermiſſeut z
Je vois s'accomplir leur deftin .
wit
Crime de nos' aïeux ! meurtre impie & barbare
D'un Roi qui n'eut point de rivaux !
La vengeance du Ciel lentement fe prépare :
Sa main lance enfin fes carreaux .
4
( Par M. de Lilleferme , du Musée
de Bordex.)
A ;
MERCUREI
L LE FALLAIT ,
CONTE MORAL.
SECONDE PARTIE.
MADAME D'AL** , me connaiffait trop bien
pour être fans inquiétude . La bleffure de fon
Beau-frere , que l'on croyait très dangereufe
encore , lui avait appris que j'avais à coeur
l'injure faite à l'innocence ; & le ton preffant
de ma lettre acheva de l'intimider. Elle ar
riva , & j'allai la voir.
> Madame , je ne fais lui dis -je , par quel
moyen réparer le tort que j'ai fait à une
bonnête fille ; mais il faut qu'il foit réparé.
Vous êtes encore entourée de gens que vous
& moi nous avons induits en erreur ; c'eft
à vous de les détromper. C'est à vous de dé
favouer & de démentir hautement les propos
du jeune homme qui l'a calomniée ; c'eſt à
vous de faire venir ou d'aller vous même,
chercher le pere de cette innocente , d'affem
bler fon village , & de leur déclarer qu'on a
été injufte & barbare envers elle , que tout le
temps qu'elle vous a fervi , & jufqu'à ce tempslà
, fa conduite a été fans tache , & qu'on ne
l'a congédiée que pour complaire à un jeune
infolent qu'elle avait rebuté.
.
Etes -vous infenfé , me demanda la Prude
d'exiger de moi des baffeffes , & de me deman
der mon propre déshonneur ? Le mal eft fait ,
FRANÇAI S.
& il eft fans remede. J'en fuis défefpérée ,
comme vous croyez bien ; mais eſt- ce à vous
de vouloir m'en punir ? Que pouvais -je oppofer
de plus que mon filence , à celui qui difait
avoir vu de fes yeux , & qui vous atteftait
vous -même ? Il vous a compromis ; vous en
êtes vengé ; il eft mourant. Mais moi , qquel eft
mon crime ? De vous avoir aimé , d'avoir tout
immolé à ce funefte amour ; & cependant voyez
à quoi vous voulez me réduire . Une jeune imprudente
, pour quelque liberté qu'un étourdi
prend avec elle , ofe lui donner un foufflet . Dans
fon reffentiment il publie ce qu'il fait d'elle ,
ou plutôt ce qu'il croit favoir . Il en raconte les
détails ; il dit que vous-même , preſſé de lui
éclaircir ce myftere , vous lui en avez affez dit
pour ne pas l'en laiffer douter. S'il revient à
la vie , vous ne préfumez pas qu'il démente
ce qu'il a dit , ce qu'il a répété cent fois ; &
jamais fon fang ni le vôtre n'en effacera l'ini
preffion. Mais quand même il reconnaîtrait
qu'il a mal pris le fens de vos réponſes , ceffera
- t- il d'affirmer qu'il a vu ce que vous ne
pouvez nier ? Et ne ferez - vous pas réduit à
m'acculer pour juftifier cette fiile ? C'est elle
ou moi ; vous n'avez plus que le choix de
votre victime ; allez-vous me facrifier ? Sans
doute il eft cruel d'abandonner une innocente
. Mais fon obfcurité , l'éloignement ,
l'abfence la feront bientôt oublier. On pardonne
tout à fon âge ; la faute qu'on lai attribue
n'eft , parmi fes pareilles , d'ancune conféquence
; & vous pouvez , par vos b'enfaits
la dédommager amplement. Au lieu que moi ,
dans mon état , avec un mari des enfans
expofée aux regards du monde. ! ....
›
Ahi
A
4
MERCURE
dans frémir , pouvez-vous penfer au défefpoir
où vous m'allez réduire , & dans quel abîme de
Kohte & de malheur vous me plongez ?"
Alors fes larmes redoublerent , & l'horreur
de ma, fituation s'accrut de l'horreur de la
Henne car il n'y avait point de milieu , &
il fallait ou renoncer à juftifier l'innocente , ou
me réfondre à livrer la coupable au déshon
nent & au mépris . J'infiftai cependant. Non ,
Madame , lui dis -je , ni fon cbfcurité , ni tous
les avantages que vous donne fur elle votre
fortune & votre état , ne juftifieraient mon
filence, L'innocence dans le malheur , dans un
malheur dont je fuis la caufe , l'innocence cas
lomniée par inon filence même , fi j'étais af
fez lâche pour le garder , eft à mes yeux ce
qu'il ya de plus refpe&table & de plus facré
fur la terre. Je vous en avertis ; il faut que
Life foit juftifice . Ou rendez - lui . l'honneur
ou je le lui rendrai à quelque prix que ce
puiffe être. Quoi , Monfieur , au péril &
aux dépens du mien ! Qu'ai- je donc fait , grand
Dieu & à qui me fuis-je livrée ? Allez , Monfieur
, fi vous chez perdre une femme_comme
moi yous feriez vous -même perdu . D'abord
je vous démentirais , je vous dénoncerais
comme un vil impofteur ; & quand même
Fon vous croirait , celui qui dans le monde
'déshonore une femme eft un homme désho-
Boré.
Ce langage n'était pas fait pour m'attendrir.
Mais il n'en reftait pas moins vrai que je
n'avais que le choix du crime ; & quand la
vérité eft auffi terrible , elle n'a pas befoin
d'être touchante.
Dans le trouble & dans la trifteffe où me
FRANÇAI S.
plongea ce funefte entretien , n'ayant ni le courage
de laiffer une innocente fous le blâme , '
ni le courage de divulguer la honte de celle
qui s'était abandonnée à moi , je me tourmentais
à chercher quelque moyen poffible de
fortir innocemment de cet affreux détroit. Je
n'en trouvai aucun. Un mal -aife profond , une
inquiétude mortelle s'empara de mon ame : plus
de repos pour moi , & en même temps plus de
force , plus de fermeté pour agir . Cent fois je
me déterminai pour être jufte & vrai ; & cent
fois cette bonne réfolution tomba comme brifée
par la réflexion du mal que j'allais faire.
Je ne crois pas qu'il foit poffible d'imaginer
un état d'angoiffe plus cruel que l'était le
mien.
Je brûlais de favoir fi on avait retrouvé
Life . Je lui aurais parlé , je lui aurais tout dit ,
à elle & à fon pere ; je leur aurais offert de
payer mon filence à tel prix qu'ils auraient
voulu. Rien ne m'aurait coûté pour obtenir ma
grace , & pour racheter mon repos . J'envoyai
donc favor fi elle était retrouvée ; & la trifte
répoafe , qu'on n'en favait point de nouvelles
acheva de me confterner .
Vainement le devoir de mon état , en m'appe
lant aux armes , fembla venir faire à mes peines
une diverfion fecourable ; mes chagrins me fuivirent
, & ne m'abandonnerent plus . Je n'avais
vu la pauvre Life qu'ea paffant ; je n'avais fait
même qu'une attention gere à fe jeuneſe , à fa
beauté & dès-lors fon image me fut préfente
jour & nnit , tantôt dans un état d'humiliation.
& de mifere qui me déchiralt Pame ; tantôt ,
& d'après les paroles de fa petite fer , froide
A S
ΤΟ
MERCURE
& livide fur le bord de la riviere où fon
défefpoir l'aurait fait fe précipiter.
Jufque - là , grace au Ciel , les périls de la
guerre ne m'avaient point épouvanté. Tant que
j'avais été fans reproche , j'avais été fans peur ;
une vie innocente ne m'avait rien coûté à
expofer pour le fervice de mon pays & de
mon Roi en la perdant je n'aurais laiffé aucun
reproche à ma mémoire ; & libre de remords ,
je me fentais difpos à mourir dans le champ
d'honneur. Mais durant la campagne que nous
fîmes alors , mon fang - froid ne fut plus le
même . Un crime à laiffer après moi fans expiation
, fut pour mon coeur comme une lourde
chaîne qui me tenait attaché à la vie . Cette
pauvre famille , me difais-je à moi - même , va
donc refter dans l'humiliation , dans l'opprobre !
Plus de moyen pour elle de s'en tirer ; plus
aucun témoin qui dépofe en faveur de l'honnêteté
calomniée ; les cris de l'innocence me
pourfuivront dans le champ de bataille &
l'oeil de l'éternelle & fuprême Juftice faura me
difcerner dans la foule des morts. Cette penfée
toujours préfente me rendit faible , inquiet
& timide. Je ne laiffai pas de donner bon
exemple à ma troupe ; vous en fûtes témoin .
Mais plus d'une fois je fentis que durant le
combat j'étais mal à mon aiſe ; & je fus mécontent
de moi .
La prife d'Ath ayant terminé la campagne ,
je vins chercher dans ma Patrie le repos , non
celui du corps , quoique bien fatigué d'infomnie
& d'inquiétude , mais le repos d'une ame
qui depuis fix mois fans relache fouffrait le
tourment du remords .
Daus le pays , encore à mon retour 2 aucune
T
FRANÇAI S.
TA
nouvelle de Life ( ou de Louiſe , comme l'avait
nommée devant moi fa petite four ) ; fa famille
découragée avait ceffé de la chercher en
vain. Moi , fans me rebuter de même , je réſolus
de ne rien épargner pour retrouver fes
traces . J'en avais un moyen facile & fimple ,
& je n'y penfais pas ; mais il vint s'offrir de
lui-même.
Nos Curés , toutes les femaines , ſe réuniffent
par cantons , pour confulter enſemble fur
les affaires de leur état , & ils fe donnent à dîner
tour à tour. Le hafard , ou plutôt celui dont la
fageffe difpofe de tout dans la vie , voulut que
le Curé de mon village m'invitât à diner , le
jour où fe tenait chez lui la conférence , & que
dans ce diner un fimple badinage m'apprit ce
que j'étais fi impatient de favoir.
Les propos de table roulerent fur la vifite
que l'Archevêque venait de faire dans fon
Diocefe. Chacun fe loua des bontés de ce digne
Prélat . Mais les plus jeunes , s'égayant vers la
fin du repas , fe plaignirent un peu de fa févérité
fur l'article des Gouvernantes. Il n'y a,
dit l'un d'eux , que l'heureux Curé de Clerval
à qui on a paffé une Servante encore mineure.
Meffieurs , répondit le vieillard , chacun de
vous un jour obtiendra la même indulgence.
Quand Mgr. l'Archevêque a paru s'étonner du
jeune âge de ma Servante , je lui ai repréſenté
qu'entre elle & moi nous avions cent ans accomplis.
Je vous promets qu'il fera fatisfait de
cette regle de bienféance , quand vous pourrez
lui en dire autant. Au reste ne plaifantez
point fur la jeuneffe de Louife : c'eſt le privi-
,
A 6 .
12 MERCURE
lége des Anges d'être jeunes ; & en vérité ,
c'en eft un.
Ils convinrent tous qu'en effet fa beauté ,
fon air , fon regard , le caractere de pudeur &
d'innocence empreint fur fon vifage avait quelque
chofe d'angélique . Ce n'eft rien , leur dit le
vieillard , & fi vous connaiffiez les vertus de fon
ame , cette bonté , cette douceur , cette compaffion
active & fecourable , cet oubli d'ellemême,
ce tendre & vifregret de n'avoir pas plus
de moyens de foulager les malheureux ! ... Ah !
mon village aurait perdu un rare & précieux
tréfor , fi l'on m'eût obligé de me féparer de
Louife ! Et moi , jamais , je vous l'avoue , je ne
m'en ferais confolé.
Dieu ! fi cette Louife était la mienne , dis - je
en moi- même ! Et je demandai à mon Curé
quet était l'âge de celui de Clerval. Soixantedix-
neuf ans fonnés , me dit - il . Sa Lonife avait
done vingt- un ans ; & c'était l'âge que la mienne
pouvait avoir. Je demandai bien vite au bon vieillard
lui - même fi elle était née fur fa Paroiffe . It
répondit que non ; qu'il ne favait pas même en
quel lieu , & de qui elle avait pris naiffance ;
qu'il ne connaiffait d'elle que fon malheur &
les vertus .
Morfieur , lui dis - je au fortir de table ,
vons nous avez fait là un portait fi intéreffant
, que vous devez trouver tout naturel en
moi le défir d'en voir le modele . Quand il vous
plaira , me dit -il , vous le verrez chez moi ; &
vous y ferez bien reçu . Il y a , repris -je , un
air de Roman dans fa deftinée . De R man
non , mais de miracle répondit le vieillard ;
& fi je vous difais comment s'eft opéré cet effet
de la Providence , vous l'adoreriez avec moi.
FRANÇAIS. 15
Ah ! ne différez pas , lui dis -je vivement . Et
lui , touché de mon impatience , il eut la complaifance
d'y céder fur le champ . Nous étions
feuls , loin des convives , dans le verger du
presbytere ; nous nous afsîmes à l'ombre des
pommiers ; & il commença fon récit .
Un famedi au foir , que , felon ma coutume ,
j'étais dans mon Eglife , entendant à confeffe
les bonnes femmes de mon village , une jeune
perfonne , modeftement vêtue , fe préfente à
fon tour , & me fait , comme je vous l'ai dit ,
la confeßion d'un Ange : jamais avec tant d'humilité
, je n'avais vu tant d'innocence . Après.
l'abfolution , que je lui donnai de bon coeur
je la vis au pied de l'autel c'était- là qu'elle
m'attendait ; & lorfque je paffai pour m'en
aller , elle vint à moi. Monfieur le Curé , me
dit - elle en voulant me donner fa bourſe , voilà
quarante écus que je dépofe dans vos mains ,
la moitié deftinée a foulager les pauvres , l'autre
à prier pour moi & pour le repos de mon
ame. Et pour le repos de votre ame , repris-je
avec étonnement ! Oui , pour le repos de
mon ame .
Alors , en l'obfervant avec attention , je crus
appercevoir dans le fon de fa douce voix , dans
e tremblement de fa main , dans la pâleur de
fon vifage , fur-tout dans fon regard douloureufement
attendri , les indices de quelques
peines qu'elle ne m'avait point confiées. L'état
où je vous vois , lui dis- je , n'eft point votre
état narurel : vous avez l'air fouffrant , votre
ame eft abattue . Vous fentez -vous malade affez
pour croire que vous touchez à votre fin ?
Malade , non , mais malheureufe ; & le chagrin ,
me répondit- elle , eft mortel comme la douleur
14
MERCURE
Ma chere enfant , lui dis-je , dans l'affliction où
vous êtes , je ne vous laiffe point aller. Venez
chez moi . Je veux vous parler , vous entendre ;
je veux favoir de vous quel eft ce malheur
ce chagrin que vous m'avez caché , & qui
vous fait mourir. Monfieur le Curé , me ditelle
, le chagrin n'eft pas un péché : voilà pourquoi
je n'ai pas voulu , à confeffe , vous affliger
du mien. Ce que je puis vous dire , c'est qu'il
eft fans remede , & ne finira qu'avec moi . N'en
demandez pas davantage. Je pardonne , vous le
favez , à tous ceux qui m'ont fait du mal . Je .
leur pardonne auffi ma mort , & je vous prie
de publier qu'on n'en doit accufer perfonne ,
Quoi ! lui dis-je , ferait- ce une mort volontaire ?
-
-
---
Cui , volontaire ; & dans une heure , s'il
plaît à Dieu , mon ame fera devant lui .
Ciel ! qu'auriez- vous réfolu ? De finir ma
mifere , d'enfevelir ma honte , de me noyer :
c'eft pour cela que je fuis venue à confeffe .
Ah , ma fille ! gardez- vous bien d'attenter fur
vous - même , lui dis- je avec effroi ; c'cft le feul
crime irrémiffible . Ces mots la firent treffaillir
d'étonnement & de terreur. Quoi ! me demanda-
t- elle , en me donnant la vie , un Dieu
fi bon ne m'aurait pas permis de m'en délivrer ,
fi j'étais affz malheureufe pour ne pouvoir
plus la fouffrir ? Elle me dit ces mots d'un air
à me pénétrer l'ame.
Un défefpoir fi froid , fi doux & fi paifible
n'en était que plus effrayant. Je vois , lui dis -je ,
que fur l'un des plus faints de nos devoirs vous
êtes dans l'erreur . Suivez-moi . Je veux vous
inftruire . Elle obéit ; & je trouvai en elle un
coeur humble , un efprit docile. Mais quand je
Yeus perfuadée qu'il n'apparterait qu'à Dieu
FRANÇAIS. IS
feul de difpofer du don qu'il nous fait de la
vie , je la vis fondre en larmes & tomber dans
l'abattement.
Je ne dois , me dit -elle , ni ne veux accuſer
perfonne. Je ne me permets de vous dire , ni
d'où je viens , ni qui je fuis ; mais le Ciel m'eft
témoin que je n'ai rien à me reprocher d'indigne
d'une honnéte fille ; & cependant je fuis désho
norée , rebutée par ma famille , défavouée par
mon pere , & chaffée de fa maifon , fans qu'il
me refte , hélas ! feulement Fefpérance de me
tirer de l'abîme où je fuis ; car le feul homme
qui aurait pu rendre témoignage à mon innocence
, m'a refufé cette juftice. Ah ! bon jeune
homme , s'écria - t- elle , je fais pourquoi tu ne
veux point pailer : je te pardonne ton filence ;
mais fi tu peux favoir les maux que tu me
canfes , tu dois être bien malheureux ! Jugez ,
M. le Comte , de l'impreffion de ces mots fur
mon coeur !
Alors , pourfuivit le Curé , par les motifs
fublimes de confiance & d'efpérance que j'avais
à lui préfenter , je commençai à relever un peu
cette ame faible & défolée .
Votre fituation , lui dis -je , eft cruelle , je le
fens bien : mais eft- elle auffi accablante que vous
l'imaginez ? D'abord votre innocence et une
fidelle compagne , qui , en vous fuivant dans le
malheur , doit l'adoucir. C'eft beaucoup , mon
enfant , de n'avoir rien à fe reprocher. Hélas !
c'est tout pour moi , dit elle . Et puis, le tort
qu'on vous a fait peut n'être pas irréparable.
Attendez tout d'un Dieu de juftice & de vérité.
Il fait , quand il lui plait , ch. ffer & diffiper
tous les nuages du menfonge . En atten16.
MERCURE
dant , vous avez pour témoins , ce Dieu , votre
confcience , & moi.
Ah , mon charitable Paſteur ! s'écria - t - elle en
me baifant les mains , vous daignez donc me
croire & m'eftimer , tandis qu'ailleurs on me
méprife Mettez le comble à vos bontés . Puifque
vous voulez que je vive , devenez mont
refuge ; laiffez- moi me cacher auprès de vous ;
laiffez-moi vous fervir avec un zele tendre ,.
avec un faint refpe&t , avec un amour filial ;
jufqu'à ce que le Ciel me rende un pere , daignezi
m'en tenir lieu. J'y confentis avec une fenfible
joie ; & ce fut ainfi que Louife affociée à ma
vieille Servante , la remplaça , lorfque je la
perdis . Vous la vérrez encore bien trifte lei
même chagrin la confume , mais lentement &
en filence ; & fon ardeur à nous fervir , mess
pauvres malades & moi , la vivifie & la foutient.
:
Troublé , attendri , pénétré d'admiration &
de douleur de ce que je venais d'entendre , je
diffimulai autant qu'il fut poffible l'agitation de
mon ame , pour me donner le temps de confulter
avec moi - même , & de bien méditer ma
réfolution .
Deux jours après , j'arrive , je defcends de
cheval à la porte du presbytere , au moment
où Louiſe enfin , dans l'épanchement de fon
ame , confiait à fon bon Curé le récit de fon
aventure , & tâchait d'adoucir le crime de ce
filence impitoyable que fa lettre n'avait pu
vaincre. Ah ! difait le vieillard , que ce jeune
homme reflemble peu à celui que j'ai vu chez
mon voifin , le Curé d'Oreilly ! d'Oreilly !
s'éctia Louife ..... Au même inftant , je frappe ,
on vient m'ouvrir ; & c'eft Loufe que je vois .
FRANÇAIS. i7
•
>
Son étonnement fut extrême . Ah ! Monfieur ,
me dit- elle en tremblant , eft-ce vous ? Et qui
vous amene ? Le Ciel & mes remords lui
dis -je ; & à ces mots je la vis chancelante ,
aller tomber de défaillance dans la falle où était
le Curé , en s'écriant : C'eſt lui ! c'eſt lui !
Quoi , Monfieur ! que viens je d'entendre ,
dit le vieillard ? C'eft vous , dit-elle ! Oui
c'est moi qui fuis le coupable. C'est moi qui
viens auprès de vous m'accufer , me juftifier ,
& vous confulter l'un & l'autre fur les moyens
de réparer un crime involontaire qui fait le
tourment de mon coeur. Tandis que je parlais ,
le Curé était occupé à fecourir cette faible victime
, qui , dans le tremblement convulfif qui
l'avait faifie , femblait expirer fous mes coups.
Enfin , lorfqu'elle ouvrit les yeux , & qu'elle
eut repris l'ufage de fes fens : Pardonnez, Monfieur
, me dit- elle , l'émotion que vous m'avez
caufée. Ce n'eft point de la haine. Non , je
ne vous hais point. Je ne veux de mal à perfonne.
Je n'accufe que mon malheur. Alors elle
laiffa échapper quelques larmes. Mais , repritelle
, en regardant le vieillard avec des yeux
pleins de tendreffe, il me refte un pere indulgent,
un Dieu confolateur , une confcience tranquille ;
ceux qui m'ont diffamée font bien plus à plaindre
que moi.
Je tombai à fes pieds ; & les yeux attachés
fur elle , je vis cette jeuneffe , cette fleur de
beauté , qui naguere était fi vermeille , je la
vis ternie & fanée . Ah ! me dis - je à moi-même,
c'eft donc là mon ouvrage ! Alors lui adreffant la
parole & à fon bon Curé : Ma fituation , leur
dis -je , ne vous eft pas connue. Je vais à tous.
les deux vous en confier le fecret fous le
28 MERCURE
fceau de la Religion ; & je leur racontai ce qui
s'était pff . Vous voyez à préfent , pourfuivis
- je après mon récit , quelle eft la caufe de
mon filence , & que je fuis réduit au choix ou
de me taire ou de laiffer tomber le blâme fur
une autre M'y voilà réfolu , fi vous m'y con⚫
daminez. Non , me dit - elle , non . Que le Ciel
m'en préterve ! Une famille honnête ! un mari !
des enfans ce ferait un ma heur horrible ; &
je ne veux point le caufer. Seulement , repritelle
, fi mon pere , mon pauvre pere pouvait
favoir que je fuis innocente , ah ! mon coeur
ferait foulage. Il le fait , répondis - je , & vos
freres aff. Je les en ai bien affurés, Et ma
petite four Colette , en eft-elle perfuadée ?-Oui,
plus que perfonne , lui dis -je ; & même avane
que de m'entendre , elle répondait à fon pere
de l'honnêteté de fa foeur. Cher enfant , s'écria
Louife , tu ne croiras donc pas avoir en moi le
honteux exemple du vice ! eh bien , Monfieur ,
c'en eft ff z. Apprenez-leur de même que le
Ciel m'a offert un refuge honnête & tranquille ,
que je fers le plus doux , le plus refpectable
des maîtres , que je fuis inconnue au monde ,
& qu'ils n'auront plus à rougir en entendant
parler de moi.
-
Et vous , Monfieur , demandai-je au Curé ,
qui avait laiffé parler Louife , dites - moi votre
fentiment. Ma fortune eft confidérable ; & fi ,
par mes bienfaits , je puis....... Non , dit - il
en m'interrompant : fon pere & fes freres font
nés dans un état où le travail , la tempérance
& la fanté tiennent lieu de richeffes. Pour elle ,
grace au Ciel , rien ne lui manque , hormis un
bien qu'elle prefere à l'or , & dont tout l'or
du monde ne la dédommagerait pas . - Ah !
FRANÇAIS. 19
-
que ne puis- je le lui rendre ! Qui vous en
empêche ? Faut-il que j'accufe , ou du moins
que je laiffe accufer une femme , qui .... Non , me
dit-il , les faibleffes de coeur font pour celui
qui en eft l'objet , la plus intimne des confidences ,
& de tous les fecrets le p'us'inviolable : jamais
pour rien un honnête homme ne fe permet
de le trahir. Que voulez-vous donc que je
faffe ?
Un affez long filence précéda fa réponſe ;
mais fe voyant preff: de s'expliquer , il me
dit enfin : Si Louife était nie votre égale , que
feriez-vous ? -Ah ! pouvez- vous le demander ?
Mais vous favez de quelle opinion je fuis l'efclave
dans mon état. Qui , je le fais ; mais *
-
Louiſe était la fille d'un homme de fortune ,
& qu'elle eût pour dot un tréfor , cette opinion
fi févere ne conpoferait- elle pas ? Et n'a -t- elle.
jamais Alechi? Oui , trop fouvent , lui dis je ; &
pour excufe j'aurais plus d'un exemple. Eh
bien , Monfieur , eh bien , la vertu , l'innocence ,
l'honneur à réparer , font-ils des motifs moins
puiffans que les calculs de l'avarice ? Et fi l'opinion
eft affez dépravée pour préférer l'utile à
l'honnête & au jufte , la probité n'oferait- elle
s'affranchir de l'opinion ? Vous cherchez le repos
de l'ame , vous le cherchez de bonne foi ; vous,
ne le trouverez jamais , non jamais , je vous
le prédis , qu'avec elle , au pied de l'autel . On
n'en croira pas moins , lui dis-je , qu'en effet
j'ai commencé par la féduire , & que c'eft- là
le tort que j'ai cru devoir réparer. Oui ,
mais fa conduite & la vôtre démentiront cette
croyance . Refpectez votre femme ; & j'ofe vous
promettre qu'elle fe fera refpe&ter. Au refte
votre confcience interroge la mienne ; la mienne
-
20 MERCURE
lui répond ; c'eft à vous feul de décider. Je
fais qu'il vous faut du courage pour fuivre mon
avis ; mais ce courage en vaut bien un autre ;
car c'est celui de l'honneur véritable & de
l'éternelle équité.
Voilà , Monfieur le Comte , quel a été mon
juge ; & au fond de mon coeur , j'ai trouvé
fa fentence fi faintement irrévocable que je
n'en ai point appelé .
i
la
Mon digne ami , lui dit le Comte de Gifors ,
je m'en vais rejoindre l'armée. Il ne m'eft pas
permis d'y publier les motifs de votre conduité ;
mais fi l'eftime dont on m'honore peut m'y
donner quelque afcendant fur les efprits , je
vous promets de vous les concilier tous . J'attefterai
, fans m'expliquer , que la faibleffe ,
féduction , l'amour même , n'a eu aucune part
dans la réfolution de votre mariage ; qu'il n'y
a rien de plus noble & de plus généreux quel
ce qui l'a déterminé ; qu'enfin tout loyal
Gentilhomme eût fait à votre place ce que
vous avez fait . Si l'on refufe de m'en croire ,
vous continuerez , mon ami , de vivre obfcur
& pour vous-même ; mais fi , fur ma parole
& fur mon témoignage , l'eftime de vos camarades
vous eft rendue toute entiere , j'obtiendrai
de mon pere , & j'exige de vous que vous repreniez
votre pofte. Je ne veux point que la
Patrie foit plus long- temps privée d'un homme
tel que vous.
D'Orcilly qui ne demandait qu'à la fervir ,
s'y engagea fans peine. Sans peine auffi Gifors
changea l'opinion défavorable à fon ami . La
droiture , la probité , la véracité de Gifors était
parmi fes freres d'armes comme l'oracle de l'honneur.
D'Oreilly , leur dit il , vous eft connu :
FRANÇAIS.
perfonne n'a plus à coeur que lui le fentiment
de fa naiffance ; mais par un fentiment plus
refpectable encore , il l'a fait taire : il le fallait ,
je l'en eftime davantage , & je l'aurais fait comme
lui , car le premier de nos devoirs à tous , c'eft
d'être juftesi l'a été ; & c'eft ainfi qu'il eft
beau d'être noble .
Par M. Marmontel: ) ›
FIN.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Volage, celui
de l'Enigme eft Cruche, & celui du Logogriphe
eſt Hecatombe , où l'on trouve Hécate,
Hébé, Chat, Bec, Tombe, Thé, Tome, Echo,
Atome.
CHARADE.
SOUVENT le malheureux , manquant de mon
premier ,
Eft expofé l'hiver à mon dernier ;
Lecteur , lifez fouyent : vous aurez mon entier .
( Par un Abonné
MERCURE
É N I G M E.
JE fuis niais & fin , honnête & mal-honnête ,
Moins fincere à la Cour qu'en un fimple taudis.
Je fais d'un air plaifant trembler les plus hardis ;
Le fou me laiffe aller , & le fage m'arrête.
A perforne fans moi l'on ne fait jamais fête .
J'einbellis quelquefois , quelquefois j'enlaidis.
Je dédaigne tantôt , & tantôt j'applaudis ;
Et pour me bien placer il faut n'être pas bête .
Plus mon Trône eft petit , plus il a de beauté ,
Je l'agrandis pourtant d'un & d'autre côté ,
Faifant voir bien fouvent des défauts dont on glofe .
Je quitte mon éclat quand je fuis fans témoin ;
Et je me puis enfin vanter d'être la chofe
Qui contente le plus & qui coûte le moins,
Do
LOGO GRIP H E,
?
UNE étoffe je fuis les premiers fondemens
Et l'agent ignoré des grands événemens ;
Mais il faut t'exercer par des métamorphofes,
Tranche le premier chef , avec moi tu t'expofes
Sur l'élément perfide , & d'un bras vigoureux
Tu traverſes bientôt un fleuve impétueux ;
Encore de ce mot veux-tu couper la tête ?
Alors tout ce qui vit , fi ce n'eft une bête ,
FRANÇAIS. 2)
Ne pourrait exifter privé de mon fecours.
Toujours en abattant , je fuis dans tes difcours ,
Quand tu parles de toi , répété fans relâche :
Enfin veux- tu , Lecteur , pour achever ta tâche ,
De ce monofyllabe ôter encor le chef ?
Je fais ouvert , fermé , muet , ou long , ou bref.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
JULIE , ou la Religieufe de Nifmes , Drame
hiftorique en un Acte , & en profe ; par
CHARLES POUGENS . A Paris , de l'Imprimerie
de Dupont , Impr-Libr. rue de
Richelieu , N°. 14.
J
LE fujet de ce Drame eft malheureu-
-
fement trop réel ; c'eſt un des exemples de
ces atrocités ignorées qui n'éraient pas
très rares dans la tyrannie du régime Monaftique.
Le fait eft rapporté par d'Alembert
dans l'Eloge de Fléchier. Ce vertueux,
Prélat retira des cachors d'un Couvent
une malheureufe fille, qui avait été forcée
de prendre le voile , & qui ayant cédé à
fa faibleffe , devenue très - excufable après
qu'on avait contraint fon inclination , érait
renfermée depuis quinze ans dans un fou-
1
24
MERCURE
terrain , enchaînée , & au pain & à l'eau
pour toute nourriture. Elle n'eut pas le
temps de profiter des bienfaits de l'Evêque
de Nifmes ; elle mourut peu de temps
après fa délivrance.
ouvrage
M. de Pougens , en prenant cette horrible
aventure pour fujet de fon
a fuppofé qu'une fille , fruit des amours
de cette infortunée Religieufe , eft venue
au monde dans le Couvent , a été élevée
dans la maifon par l'Abbeffe , & a pris
depuis peu l'habit de Novice. Un hafard
qu'on pouvait rendre plus vraiſemblable ,
la conduit dans la prifon de Julie ( c'eft
le nom de la Religieufe captive ) : les détails
de leur converfation amenent une
reconnaiffance. Cette fiction eft très-heureuſe
& très - dramatique. Mais l'Auteur ,
occupé de travaux d'un genre tout différent
, ne paraît pas avoir affez réfléchi fur
l'art du Théâtre , pour tirer de ce fond
toutes les reffources qu'il offrait , & en
former un plan théâtral. Preffé de fe livrer
à la fenfibilité de fon ame & aux élans
de fon imagination , il n'a fait qu'une elquiffe
au lieu d'un tableau . Il n'y a dans
La Pièce , aucune action aucun noeud.
L'expofition a le grand inconvénient d'être
double une vieille Religieufe , chargée
du foin de porter la nourriture à Julie
commence par raconter fon hiftoire à la
jeune Novice qui la furprend près du
fouterrain →
,
FRANÇAIS. 29
bien comment le filence de la Nature peut
être , fuivant les circonftances , touchant ,
majeftueux , effrayant , &c . A l'égard de
fon filence animé , j'avoue que je ne laurais
m'en former une idée.
ور
> * Julie douée d'une fenfibilité pro-
" fonde , mais affigie d'une naillance illuftre
. On ne peut fe fervir ainfi du
mot affligé que pour exprimer une chofe
qui, et en elle-même un mal naturel :
or la naiflance , n'eft en elle - même ni un
bien ni un mal.
297
L'Auteur prodigue volontiers certaines
épithetes qu'il affectionne ; celle d'augufte ,
par exemple , qui revient fouvent &
prefque toujours mal placée : » C'était un
foir d'été , l'air était brûlant , & le zéphir
foufflait à peine ; un filence ' augufte
régnait autour de moi « . Qu'y a- t-il là
d'augufie ? Le filence religieux d'un temple ,
celui d'une grande affemblée peut être augufte
; mais une foirée d'été eft toute autre
chofe qu'auguste. En voulant agrandir les
objets , on les dénature , & l'on ne peint
plus rien .
ور
و د
Puiffe le Ciel inexorable verfer fur
» vous par torrens les remords & l'épouvante
! Rien ne reffemble moins à un
torrent , fous quelque rapport que ce foit ,
que le remords & l'épouvante. L'Auteur a
voulu donner de la force à fon impréca-
B 3
30 MERCURE.
tion ; il en détruit tout l'effet par une
figure faulle.
Je ne dis rien des accès de délire de
Julie , trop répétés & trop prolongés :
rien de ce qui eft violent ne doit être durable.
Je n'étendrai pas plus loin la critique
fur cet effai ; je n'ai eu d'autre
intention que d'avertir les lecteurs judicieux
de ne point juger de l'Auteur par
cette efquiffe , où il s'eft trouvé tout à
coup tranfporté dans une fphere qui n'eft
pas la fienne. Il a donné en même temps
un petit Traité fur les Cataclyfmes on
Inondations , & fur quelques autres objets
de Phyfique. On en rendra compte inceffamment
, & c'eft-là que l'on pourra voir
que M. de Pougens joint beaucoup d'efprit
à beaucoup de connaiffances , & que dans
les matieres qu'il a étudiées , il fait penſer
& écrire.
1
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA NATION .
IL s'était élevé contre le fujet de la Mort
Abel une prévention affez générale ; on parailfait
croire qu'il était trop fimple , trop peu
fufceptible d'événemens & de péripérie pour
produire l'effet qu'on attend d'une Piece de
Théâtre , & la maniere dont il a été traité juſFRANÇA
I S. 25
•
fouterrain , & Julie elle - même , un moment
après , recommence le même récit
, quand la Novice penetre jufque dans
fon cachot. La converfation qu'elles ont
enfemble forme à peu près toute la Piece.
Elle dure jufqu'au moment où l'Evêque
Fléchier vient pour brifer les fers de Julie &
la voir expirer. M. de Pougens a trop de
connaiffances pour fe diffimuler à lui -même
qu'un entretien d'une fi exceffive longueur.
quel qu'en foit le fujet & l'intérêt , ne
fauróit former un drame , & que tout
drame ( comme le mot même l'indique )
exige néceffairement une action progreflive.
Ce n'eft pas le tout d'avoir trouvé un
reffort dramatique ; il faut le mettre en
jeu & en tirer des effets . Nulle fituation ne
doit être toujours la même , quelle qu'elle
foit rien n'eft par foi - même plus antithéâtral
que cette uniformité monotone. Il
eft vrai que depuis quelques années l'oubli
de tous les principes de l'Art eft porté au
point qu'on ne fait plus guère autre chofe
que mettre tout uniment fur le Théâtre
un fait tel qu'il s'eft paffé dans la chambre ,
ou dans la rue , fans fe donner la peine
d'y joindre la moindre apparence de plan
ni d'intrigue. Il faut avouer que rien n'eft
plus commode , & c'eſt ainfi , par exemple ,
qu'on nous a donné comme une Piece, Mirabeau
à fon lit de mort , qui n'était autre
N°. 14. 7 Avril 1792.
TY
26
MERCURE
chofe que le rapport de M. Cabanis , trèsfidélement
mis en dialogue. L'indulgence
publique a favorifé la foule de ces productions
informes , où l'on ne cherchait
qu'un rapport quelconque à notre Révolution
, & dont les Auteurs étaient
d'ailleurs difpenfés non feulement de talent
, mais même d'efprit. Auffi la critique
n'a pas daigné même s'en occuper ,
bien sûre que tous ces Vaudevilles du moment
pafferaient fans laiffer plus de trace
que nos anciens Vaudevilles du Pont - Neuf.
M. de Pougens eft aufli en état que perfonne
de juger & d'apprécier ces rapfodies
éphémeres qui ne font que le dernier
terme de la dégradation de l'art. Il n'eft
sûrement pas du nombre de ceux qui le
font imaginés apparemment que la Révolution
, en changeant tout , avait auffi
changé l'effence & le caractere des beauxarts
. Ce n'eft que par occafion que l'on
parle ici de ces abus épidémiques dont
il a fans doute la même opinion que tous
les gens éclairés . Si fa Julie n'eft pas compofée
fuivant la théorie dramatique , il eft
d'ailleurs par lui -même fort au deffus de
cet effai qu'il n'a pas même penfé à
faire repréfenter. Il n'a fongé qu'à répandre,
l'indignation qu'infpirent à toutes les ames
bien nées les excès & les cruautés qui
ont donné lieu à fon ouvrage. On voit
qu'il n'a pas plus cherché à conformer
,
"
t
FRANCAIS. 29
fon ftyle aux regles communes du dialogue
dramatique , qu'à foumettre fes conceptions
à un plan régulier. La fcène eft
partagée chez lui en deux parties à peu
près égales ; l'une qu'il appelle la Strophe ,
contient les paroles du perfonnage , l'autre
en décrit la pantomime dans le plus grand
détail. Ce mot même de Strophe indique.
le caractere de fa diction , qui eft beaucoup
plus poétique , quoiqu'en profe , qu'il ne
le faudrait pour être l'expreflion fidelle de
la nature. Il y a des traits de force & de
chaleur ; mais fi M. de Pougens voulait
férieufement travailler dans ce genre ,
trop de lumieres pour ne pas s'appercevoir
que cette maniere d'écrite tient beaucoup
plus de l'ode que du diame , & reffemble
trop à ce qu'on nomme une délamation .
Engénéral fon ftyle n'en eft pas exempt. Le
récit qui précede fa Julie , offre des expreffions
qui décelent quelque penchant à
Peaflure & à l'affectation , que l'on n'a que
trop mife à la mode , & dont un homme
de fon mérite doit fe garantir. » Parvenu
و د
à cette époque critique & falutaire où la
» vie ceffe enfin d'être le roman du coeur ,
» & où commence la convalefcence de la
jeuneffe , &c. «. Il fuffit d'un peu de
réflexion pour fentir que ce n'eft pas là
un ftyle fain & raifonnable , & qu'en cherchant
des figures fortes , on rencontre aifément
le faux & l'exagéré. La maturité ,
B 2
-28- MERCURE
qui eft l'époque dont parle ici l'Auteur ,
n'eft point le temps critique de la vie :
ce ferait bien plutôt , comme on l'a dit
fouvent , la premiere jeuneffe , le moment
de la premiere effervefcence de toutes les
paffions. La convalefcenee de la jeuneſſe n'eft
pas une expreffion plus jufte ni plus claire.
Il en faudrait conclure que la jeuneſſe eſt
une maladie ; & certes ce n'en eft pas une,
pas même au moral ; on ne faurait appeler
maladie la plus belle faifon de la vie humaine
, quoique la plus voifine de l'erreur
& des abus , parce que c'eft en même
temps celle où l'homme a toute fon
énergie & toutes les espérances
c'eftà
- dire ce qu'il a de meilleur & de plus
heureux. Perfonne ne dira du printemps
que c'eft la maladie de l'année , quoique
ce foit pour nous la faifon la plus
trompeufe & la plus inégale , & que fouvent
les gelées de la nuit détruifent les
premeffes du jour. La véritable maladie de
l'homme fera toujours la vicilleffe : c'eft
alors qu'on a tout appris ; je le veux bien ;
mais c'eft alors auffi qu'on a tout perdu :
il n'y a pas là de compenfation .
و د
>
» Je lifais mes fouvenirs , & je les méditais
dans le filence animé de la Nature ".
Pour faire entendre cette expreffion recherchée
, je lifais mes fouvenirs , il faudrait
dire où on les lit ; & je comprends
FRANÇAI S. 33
C'eft le premier Ouvrage de M. Légouvé ,
fils d'un Avocat célebre , & très-jeune encore :
un début fi heureux donne l'efpérance que dans
un autre genre il méritera une égale célébrité .
ANNONCES ET NOTICES.
t
LA MÉDECINE éclairée par les Sciences Phyfiques
, ou Journal des Découvertes relatives aux
différentes parties de l'Art de guérir ; rédigé par
M. de Fourcroy. Tome II . A Paris , chez Buiffon ,
Imp-Libr. rue Haute-feuille , N° . 20.
La réputation de l'Auteur & celle de cet Ouvrage
font également confirmées , & l'éloge le
plus jufte qu'on pui faire de ce Journal , c'eft
que le talent qui a préfidé à la rédaction eft en
proportion de l'importance du fujet.
RÉCLAMATION motivée en faveur de la confervation
diftincte des Revenus & Aumônes fondés
, appartenant aux Pauvres de chacune des
Paroiffes de Paris ; par un Adminiftrateur des
Compagnies de Charité de St- Germain -l'Auxerrois
, Membre de la Commiffion de la même Paroiffe
& de celle de St- Jacques- le -Majeur . Imprimé
au profit des Pauvres de ces deux Paroiffes.
Prix , 25 f. & 33 f. franc de port . A Paris , chez
Leclere , Lib. rue St - Martin , Nº . 254.
L'importance de cette question , qui intéreffe
l'humanité fouffrante , doit attirer l'attention de
tous les hommes fenfibics , & appelle les lumieres
34 EMERCURE
暴
de tous ceux que leurs connaiffances acquifes
mettent à porté d'avoir une opinion motivée .
DE J. J. Rouffeau , confidéré comme un des
premiers auteurs de la Révolution ; par M. Mercier
. 2 Vol. in- 8 ° . A Paris , chez Buiffon , Impr-
Lib. rue Haute-feuille , No. 20 .
On rendra compte de cet Ouyrage.
ANTIQUITÉS Nationales , ou Recueil de Morymens
, pour fervir à ' Hifioire générale & patticulicre
de l'Empire Français ; tels que Tombeaux
, Infcriptions , Statues , Vitraux , Frefques ,
&c, tirés des Abbayes , Monafteres , Châteaux ,
& autres lieux devenus Domaines Nationaux :
préfentés à l'Affemblée Nationale , & favorablement
accueillis par elle ; par Aubin- L... Millin
3. & 4. Livraifons de la 2 ° . Année de Soufcription
. On foufcrit à Paris , chez M. Drouhin ,
Editeur & Propriétaire dudit Ouvrage , rue
Chriftine , N. 2 ; chez B'anchon , rue Saint-
André- des -Arts , No. 110 ; Defenne , au Palais-
Royal ; Garnery , rue Serpente , Nº. 17 ; &
chez tous les principaux Libraires de l'Europe .
>
Le prix de la Soufcription , compofée d'environ
96 feuilles , belle typographie , & d'environ 120
Eftampes ; le tout faifant deux gros Volumes
in-4° . , eft de 84 livres , & de 92 liv. franc de
port jufqu'aux frontieres.
LES Victimes du Defpotifine Epifcopal , Poëme
en fix Chants ; par M.- R... , in - 8 ° . A Paris , chez
L. F. Prault , Imp -Lib. quai des Auguftins.
FRANÇAIS . 35
2
Il n'y a peut-être en France que M. Robbé
qi puiffe s'avifer de publier aujourd'hui un ceme
en Chants , & un Poëme très- férieux fur la
Bull: Unigenitus . Ce n'eft pas là , fans doute ,
facrifier à l'à- propos , & l'on ne dira pas de lui
que c'eft l'uteur du moment . Pour compter fur
des lecteurs , il faut qu'il ait compté beaucoup
fur la lyre enchantereffe ( c'cft ainfi qu'il l'appelle ) .
Au refte , il y a long-temps qu'on fait ce que
c'eft que cette lyre , & que le talent de l'Auteur
eft apprécié ; fon âge ne nous permet pas d'en
dire davantage : il a 77 ans.
DISSERTATION fur une ancienne Infeription
Grecque , relative aux Finances des Athéniens ;
contenant létat des fommes que fournirent , pendant
une année , les Tréforiers d'une Caiffe particuliere.
Par M. 1 Abbé Barthélemy , Garde du
Cabinet des Médailles , Pierres gravées & Antiques
, de l'Académie Françaife , de celle des Infcriptions
de la Société R. de Londres , de celle
des Antiquaires de la même ville , des Académies
de Cortone , Pefro , Madrid , Aix & Marſeille.
In - 4° . A Paris , de 1 Imprimerie Royale .
Le nom de M. l'Abbé Barthélemy annonce aux
Curieux d'Antiquité qu ils trouveront ici l'étendue
des connaiffances jointe à l'agrément du flyle,
AT
BIBLIOTHEQUE PHYSICO ECONOMIQUE , inftructive
& amufonte , Année, 1792 cu 11. Année
contenant des Mémoires , Obfervations pratiques
fur Economie rurale , les nouvelles Découvertes
les plus intéreflantes dans les Arts utiles & agréables
; la Defcription & la figure des nouvelles
36 MERCURE FRANÇAIS
.
Machines , des inftrumens qu'on peut y employer ;
d'après les expériences des Auteurs qui les ont
imaginées ; des Recettes , Pratiques , Procidés
Médicamens nouveaux , externes & internes, qui
peuvent fervir aux hommes & aux animaux ; les
moyens d'arrêter & de prévenir les accidens , d'y
remédier , de fe garantir des fraudes ; de nouvelles
Vues fur plufieurs points d économie domef
tique , & ea général fur tous les objets d utilité
& d'agrément dans la vie civile & privée , &c. &c.
On y a joint des Notes que l'on a cru néceffaires
à plufieurs Articles . 2 Volumes in - 12 , avec
des Planches en taille - douce . Prix s liv. 4
brochés , francs de port par la Pofte . A Paris ,
chez Buiffon , Imp - Libr . rue Haute feuille
N° . 20 , près la rue des Cordeliers.
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Cet ouvrage forme actuellement 18 Volumes ,
avec beaucoup de Planches ; ſavoir , l'Année 1782 ,
1 Volume ; 1783 , 1 Vol. 1784 , 2 Vol . 1785 ,
1 Vol . 1786 , 2 Vol . 1787 , 2 Vol. 1788 , 2 Vol.
1789 2 Vol. 1790 , 2 Vol . 1791 , 2 Vol. ,'
& 1792 , 2 Vol . Chaque Année fe vend féparée
au prix de 2 liv. 12 fous le Volume br, franç
de port.
,
O DE.
TABLE.
It le fallait , ze. Part.
Charade, En. Log.
3 Julie. 23
6 Spectacles,
22 Notices,
3'0
33
FRANÇAIS. 31
qu'ici par quelques Auteurs , achevait de confirmer
cette opinion. On ne penfait pas affez
que plus un fujet eft fimple , & plus il offre
au contraire , aux hommes d'un talent réel , de
moyens de développement. Eft-ce par les événemens
que fe foutiennent & la Bérénice de
Racine , & le Philoctete de M. de la Harpe , &
la plupart des Tragédies Grecques , où l'on
admire fur-tout cette extrême fimplicité ?
Quoi qu'il en foit , cette prévention défavorable
a fervi au fuccès de la Tragédie de M.
Légouvé , donnée le Mardi 6 Mars dernier.
Moins le Public avait attendu de cet Ouvrage ,
& plus il a fu gré à l'Auteur de l'avoir agréablement
trompé dans fon attente. La Piece a
eu un grand fuccès .
Le jeune & tendre Abel déplore la perte de
l'amitié de fon frere Cain , dont tous fes foins ,
toutes fes prévenances ne peuvent vaincre la
haine . Celui- ci , dévoré de jaloufie , accufe fes
parens , & jufqu'à Dieu même , d'une injufte
partialité . I ne s'eft pas rendu à l'heure & au
lieu où toute fa famille raffemblée rend chaque
jour fon hommage à l'Eternel . Adam s'en inquiette,
& court chercher ce fils ingrat , dans
l'efpoir de le ramener. Le farouche Cain reſte
inflexible ; le feul nom de fon frere l'aigrit : il
s'emporte jufqu'à reprocher à fon pere fa défobéiffance
, qui le condamne lui & fa postérité
à la néceffité de travailler. Ce reproche , malheureufement
mérité , déchire le coeur d'Adam ,
& Cain lui - même , qui en fent bientôt toute
l'horreur , fe repent d'avoir fi profondément
affligé fon pere. Ce mouvement de fenfibilité
femble avoir fléchi fon ame atroce ; pour réparer
fa faute , il offre de fe réconcilier avec
*།
32
MERCURE
Abel ; & Adam , tranfporté de joie , bénie l'égarement
de fon fils , puiiqu'il a pu produire
en lui ce changement heureux Cert. fcène a
paru infiniment intéreffanre . Adam ordoane nn
facrifice pour célébrer ce te réconciliation . Abel
& Cain préfentent thacun leur offrande. Le feu
du Ciel dévore celle du premier , l'autre demeure
inta&te. Cain , plus jaloux que jamais ,
reprend toute fa fureur , & s'échappe dans le
dé ert. Abel y fuit ; mais fon frere , cruel
infenfible à fes armes , à fes prieres , talfomme
d'un coup de beche . & le fait tomber
fanglant à fes pieds. Toute fa famille voit avec
étonnement & douleur cette image nouvelle ;
c'est le prima mors , primi la&tus . Cain fe vre
aux plus affreux remords , & l'Eternel , comme
dans l'Ecriture , vient lui annoncer, fa punition.
"
Ce font les Gens de Lettres fur tout qui
ont déterminé le fuccés de cette Piece . Plus
fenfibles que d'autres aux beautés de dérail ,
ils ont admiré & fait admirer au refte du Public
les richeffes poétiques , répandus avec
profufion dans le ftyle , & dont l'Auteur a
puifé une grande partie dans G.ffaer & dans
Milton. Une verfification en général fort bien
tournée , & une foule de vers de fentiment
ont excité un enthousiasme que n'ont point refroidi
quelques incorre& ions légeres faciles à
faire difparaître à l'impreffion . 5. kater
La Piecé eft aufli très - bien jouée . M. St -Prix ,
qu'on a demandé à la fin , y a montré Feancoup
de chaleur , & a mérité de grands applau
diffemens ; M. Dupont , dans le rôle d'Abel ,
a augmenté encore l'intérêt qu'infpire la fenfibilité
du perfonnage , par la maniere dont il
l'a rendul
MERCURE
3 mi
FRANÇAIS.
SAMEDI 14 AVRIL 1792.
f
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Alfemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
Q
ÉPIGRAM ME.
U'EN fon faux zelę une Prude eft amore !
Damner le monde eft un plaifir d'élus,
Mais le Sauveur , à la femme adultere ,
Dit fans courroux : Allez , ne péchez plus,
Telle eft du Ciel la fublime indulgence
Il plaint l'erreur , il pardonne l'offenfe ,
Ne s'arme point & du fer & du feu ,
La Péchereffe cut la grace accordée
Mais fuppofez à la place de Dieu j
Prude on Docteur ; elle était lapidé
fa
Nº. 1 Seadendes
ARKETOLI
Аголя
BIRKINDAZOM
C
MERCURE
B.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriple du dernier MERCURE.
Le mot dejla Charade eft Spavent, celui
de l'Enigme eft le Rire , & celui du Logogriphe
et Trane , où l'on trouve Rame ,
Ame, Ma B116
و د
25l 100g zɔivil ag ob
Si alduah ju
CHAR A D E.
DITHOUT
19
E mon premier une Coquette
Fait un ufage journalier ;
Maislal Bergere , adolef
Ne connaît rien que mon dernier :
Femme grondeyle & d'humeur inquiet e
sp on los xust (2) KTM
Pour fon coux eft mon entier.
(Par un Abo
3lbs ommet с
"
QUI
naglubri omild sl la ub felh
ENIGME
UI ne me cherche pas me tekentte forent ,
Qui me veut éviter , mecherche avevdaranı
Et je ne fais comment fe paté pour la zima
Faifant profeffion de bleifer par devan
BIBLIOTHECA
REGIA
MONAGENSIS.
FRANÇAIS.
Je tends pour mieux furprendre un appât décevant
;
On me découvrirait fans un peu de pateffe .
Mes coups font dangereux , & jamais je ne bleſſe
Qu'une cruelle mort n'arrive auparavant.
Je quis bien me vanter de trouver. ma naiffance
Dans le propre féjour qu'a choin le filence .
Depuis , en autre lieu j'éprouve un fort divers.
Quand le malheur m'y poufle , on grimace , on
tempête...
Lecteur , vous trouvez que ceci vous arrête ,
Je vous ai dit mon nom : cherchez le dans ces
a
vers
. 30000
LOGO GRIPHE.
AVEC cinq pieds je fers l'humanité ,
Et fufpends un fléau qui dévafte la Terre ;
Avec quatre je fuis une vaine chimere ,
Et de ces quatre encor fi le chef cft ôté
Je feral femme alors , pris devant & derriere .
(Par un Abonne.)
C 2
49 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MELANIE , Drame en trois Actes & en
vers, reprefenté pour la premiere fois, au
Theatre Français de la rue de Richelieu ,
le 7 Décembre 1791. Nouvelle édition
feule conforme à la reprefentation , & avec
les changemens inferés dans la Collection
des Euvres de l'Auteur , en 1778 ; fuivie
d'une Epître fur la Poéfie defcriptive, des
Mufes rivales , du Dithyrambe couronné
en 1779 , du Camaldule , de la Réponſe
à Rancé , & de Poéfies diverfes qui n'ont
-point encore été recueillies. Par M. DE
LA HARPE , de l'Académie Françaife :
Libertas quæ fera tamen refpexit.
VIRG.
A Paris , de l'Imprimerie de Didot aîné ;
& fe vend chez Girod & Teiffier , Libr.
rue de la Harpe , Nº . 162 , près la rue
des Deux-Portes . Prix , 4 liv. en papier
ordinaire , & 6 liv. en papier vélin.
AUCUNE édition de Mélanie n'avait encore
paru avec les changemens & additions
confidérables que l'Auteur y fit on 1778 ,
lorfqu'il l'imprima dans le recueil de fes
FRANÇAIS. 41
Euvres , huit ans après la premiere publi- ,
cation. Les nombreufes éditions faites dans"
cer intervalle en France & obez l'Etranger
, avaient toutes été modelées fur la
premiere , & l'on fit de même pour les
fuivantes. C'eft pour obvier à cet inconvénient
, & mettre cet ouvrage plus à lá
portée de ceux qui ne pourraient pas acquérir
l'édition des Euvres , qu'il a pris
le parti de donner cette édition féparée
& d'y joindre , par occafion , des Pieces
dont il n'y avait plus d'exemplaires , telles
que les Mufes rivales & le Dithyrambe ;
d'autres qui n'avaient pu être imprimées
en France avant le regne de la Liberté ,
telles que la Réponse à Rancé & le Camaldule
, qui n'avaient eu place que dans les
éditions étrangeres ; & enfin quelques Poéfies
de divers genres, qui n'avaient paru que
dans les Journaux. Cette nouvelle édition,
commode pour les amateurs , eft du même
format & de la même impreffion que ceux
de nos claffiques , imprimés in- 18 , par
Didot l'aîné , d'après la grande collection
du Dauphin.
Le Rédacteur , en annonçant ici fon
propre Ouvrage , fe propofe feulement de
dire un mor fur le genre & l'objet des
morceaux qu'il y a joints , & d'abord fur
le Dithyrambe , efpece de Poéfie lyrique
alez nouvelle dans notre Langue.
c ;
42
*
MERCURE
Chez les Anciens , elle était originairement
, ainfi que la Tragédie , confacrée à
Bacchus , comme fon nom l'indique , &
s'étendit enfuite à la louange des Héros.
L'Antiquité ne nous en a laiffé aucun modele
, & nous ne pouvons en avoir d'autre
idée que celle qu'Horace nous en a donnée.
en parlant des Dithyrambes de Pindare..
Sur ce qu'il en dit , on doit croire que,
c'était un genre de Poéfie hardi ( audaces ) ,
qui n'était affujettie à aucune meſure de
vers déterminée , & pouvait les employer
routes , & qui même , plus que tout au-,
tre , autorifait le Poëte à la création de
nouvelles expreffions , ce qui dans la Langue
grecque , dont il s'agit ici , ne pouvait
fignifier qu'une nouvelle combinaison en un
feul mot de plufieurs mots connus , telle
que la comportait l'idiome grec , dont nous
avens , ain que les Latins , emprunté prefque
tous nos termes combinés ; car on
fent qu'il ferait d'ailleurs trop facile de
forger au hafard des mots baroques, comme ,
ont fait tant de mauvais Ecrivains , & de
nos jours plus que jamais ce ridicule,
néologifme , noté par tous les bons juges
comme un vice de ftyle , ne faurait , en
aucun tenips & dans aucune Langue 3" êtroj
une beauté ni une preuve de talent.
Les caracteres de de Poëme paraiffent
naturellement applicables aux fujers qui
comportant une grande variété de tons ,
م ت ت
FRANÇA,I S. · 436
peuvent s'embellir par la diverûté du métre,
& de ce nombre était , fans doute , l'Eloge
de Voltaire , qui à travaillé dans tous les
genres c'eft ce qui détermina l'Auteur à
choifir la forme dudy
n'en connaiffions point dans notre Langue ;
ear on ne de ce nom quel
ques Poéfies où l'on s'eft contenté de réu
nir plufieurs mefures de vers. Il eft difficile
de concevoir le Dithyrambe des Anelens
d'abril fans un grand fujet, puilqu'il
avait palle des Dieux aux Héros
enfurte fans la hardieffe des fictions poéti- ;
ques & la fucceflion rapide des tableaux.
C'eft la marche que l'Auteur s'eft efforcé
de tenir dans fon Dithyrambe : il offre , en
commençant, le triomphe de Voltaire & fa
mort qui le fuit immédiatement ; il réveille
, au bruit de cette mort , les Ombres
des plus grands Poëtes anciens & modernes...
peut app
yrambe . Nous
Les morts fe font émus , & les Ombres célebres
Ont paru s'ébranler fous les marbres furebres.
Sous la pierre ignorée , Homer , a treffailli ..
Aux champs de ForRoyal Racine e feveli ,
A d'un nouveau mi ranure attrifié cette enceinte
Aujourd'hui défolée , & qui jadis fur fainte .
Du Capitole antique , dù le Taffe erre en vain ,
Les rochers ont gém , frappés d'un cri foudain ..
Le aurier renaillant , à Virgile fidele ,
A courbé fes rameaux fut fi t'ge immortelle. "
Dans les caveaux facrés , dernier fejour des Rois ,
Un écho lamentable a retenti trois fois.
44 MERCURE
Trois fois , fous la noirceur des voûtes fépulérales ,
S'élevant du milieu de ces tombes royales ,
Une voix a redit dans ce morne féjour :
» Le Chantre de Henti vient de perdre le jour «
Le nom de Henri IV amene l'éloge de
la Henriade & la gloire qu'a eue Voltaire
de donner un Poëme épique à la France.
Le Poëte repréfente Calliope , defcendue .
chez les Nymphes de la Seine , pour enrendre
le Poëte épique Français , & entrelaçant
autour de leurs urnes in nouveau
laurier. Il eft tranſporté par la Mufe dans
le Temple de Melpomene , dont l'entrée
eft caractérisée par ces vers.
Deux fpeares font debout fur ce lugubre feuil ;
L'an , la tête inclinée , enveloppé de deuil ,
Exprimant fur fon front fes touchantes alarmes .,
Semble aimer fa douleur & fe plaire à fes larmes.
Sa poitrine élevée eft pleine de fanglots :
Hélas ! c'eſt la Pitié qu'attendriflent nos maux .
L'autre a le regard fixe & la bouche entr'ouverte 31
L'image du péril à fes yeux femb'e offerte .
Ses cheveux héiiffés , fa finiftre pâleur ,
Tous les traits altérés me montrent la Terreur.
Le Poëte fait voir dans l'intérieur du
Temple tous les Tragiques célebres de la
Grece & de la France : aflis dans le fanctuaire
, ils attendent leur fucceffeur.
La trompette a fonné , les voûtes en frém'ffent :
Du Pa ébranlé les portes retentiffent ,'
FRANÇAI S. 45
Et l'enceinte facrée attend dans le reſpec
Il paraît : un rayon parti du Sanctuaire ,
Se fixe fur Voltaire ;
Et cette Cour de Dieux fe leve à fon afpect.
Voltaire retrouve dans une galerie des
tableaux qui ornent le Temple , tous les
fujets de fes belles Tragédies.
Une foule attentive , avec des yeux avides ,
Voyait fe fuccéder ces peintures rapides ,
Tantôt dans le filence & tantôt dans les pleurs.
Mon ame répétait l'accent de leurs douleurs.
Tous s'écriaient : VOLTAIRE ! A leur voix , l'Immortelle
,
Sur un trône éclatant le fait affeoir près d'elle
Son nom d'un Pole à l'autre eft foudain procla né ,
Et le Temple, à grand bruit , eft fur lui refermé,
De l'Epopée & de la Tragédie , il fallait
, pour fuivre Voltaire , paffer à l'Hiftoire
& à la Philofophie . Le Poëte s'écrie :
Fuyez illuſions : la Vérité m'appelle.
Il montre Voltaire parcourant les Cieux
avec Newton, gravant avec le burin de Clio
les portraits de Charles XII & de Louis
XIV. Mais ce qui était le plus effentiel à
rappeler , c'eft cette guerre i honorable
que Voltaire ne ceffa de faire à la fuperftition
& au defpotifme ; & dans un moment
tel que celui- ci. , on permettra , fans
doute , à une ame qui a toujours été
Cs
MERCURE
libre , à un Ecrivain qui a toujours étét
patriote , le plaifir de fe rappeler le lan -i
gage qu'il ofait tenir , il y a quatorze ans
dans un temps où cette forte de hardielle
philofophique & civique n'était pas, fans.
danget . Comme il s'agit d'objets graves ,
Aureur qui jufques- là , avait entremêlé
les différentes mefures lyriques , fuivant les
convenances du fujet , choifit ici le vers
hexametre : 1.
Il montre aux-Nations , lentement éclairées ,
De leurs longues douleurs les fources révérées
Les préjugés cruels long-temps dominateurs ,
L'autorité fens frein , les Loix fans prote &eurs ,, ?
La perfition , qui , forgeant des entraves ,
Pour enchainer le maître , enchaîne les efclaves ,,
Et qui Scavironnant de l'ombre des autels ,"
Cle attacher aux Cicux la chaine des mortels.,
11 dévoue à l'opprobic & l'orgaeirtyrannique ,
Et Phypocrite audace , & l'erreur fanatique,,,
Du zele intolérant les pieux attentats :, . ,
Au deflus de leur trône , il montre aux Potentats .
Cet heureux fondement de la morale augufte , v
Cute bafe des loix , l'intérêt d'être jufte ,
Et Biou , qui, dans leurs cours vainement combattu
',
Par la voix des remords a prouvé la vertu ..
L'énergique burin que Clio lui confië
Doit la nouvelle empreinte à la Philofophie.
L'homme y lit fes deftins , fes devoirs , fes malheurss
1
Il s'agite , éveillé du fommeil des erreurs.
Beune homme rougit des crimes de fes peres ;
Le vieillard voit s'ouvrir des ficcles plus profperes,
FRANÇAIS 47.
Er tourne, fur la fin de les jours écoulés ,
Vers un bonheur lointain des regards confolés .
On voit que l'Auteur avait auffi la Ré--
volution en perfpective ; mais il eſt vrai de
dire qu'il ne la croyait pas fi prochaine ,
& ne fe flatrair pas de la voir.
Quand il en vient aux Ouvrages agréa
bles aux & Poefies familieres ,
il emploie
la mefure légere & rapide, de trois pieds &
demi & reprend enfuite le vers Alexandrin
& la ftrophe impofante de dix vers à
quatre pieds , quand il s'agit de l'influence
générale que Voltaire a eue fur fon fiecle
& de la protection que fon génie à éren
due fur les opprimés, C'eft par la que finit
la Piece dont voici fa derniere ftrophe..
Ainfi fes grandes deſtinées
Oat protégé les malheureux ,
Er de fes palmes fortunées ,
L'ipbrage eft defcendu fur eux :
Createuride tant de mérveilles
A1
ci
- Bienfaiteur du fang des Corneilles ,,
Quebouch eut uns fort plus beau
Par-tout -il grava - fa mémoire fr.TI 323″
Partout je rencontre fa gloire ......
Et mes yeux cherchent fon tombeau.
Celui qui cfait , en pleine Académie
faire ce reproche amper au Gouvernement
qui avait laille agir les Baines facerdotales
ne pouvait pas .foopconner qu'en 1723
C &
48
MERCURET
les cendres profcrites de Voltaire feraient.
portées en triomphe au Panthén National ."
On voit par cet expofé qu'il s'eft artaché
particuliérement à multiplier les fictions
& les tableaux dans un genre de
poélie où l'imagination doit dominer plus
que dans tout autre ; & le but qu'on s'eft
propofé ici , c'eft de faire connaître & d'indiquer
au talent ce genre de compofition
qui lui offre des refſources nouvelles & variées
, & qui eft un cadre naturel pour les
grands fujets. En eft - il un plus convenable
, par exemple , pour les têtes Nationales
, pour la folennité de la Fédération ?
& n'eft- il pas honteux que dans de fem-'
blables occafions nous n'ayons gueres eur.
que des lieux communs fur la liberté &
l'égalité , délayés en vers médiocres ?
Le Camaldule & la Réponse à Rancé
ont été composés dans le même efprit & à
peu près dans le même temps que Mélanie,
Ï'Auteur cherchant toutes les formes imaginables
pour infpirer l'horreur de l'efclavage
monaftique , dont il ne pouvait fupporter
l'idée. Le premier eft un Dialogue
en profe entre l'Auteur & un vieux Moine
qu'il rencontre dans les bois des Camaldules.
Cer infortuné avait été facrifié dans
fa premiere jeuneffe par une mere ambitieufe
& un pere faible. Il a voulu réclamer
depuis contre Les voeux , mais inutiFRANÇAIS.
49
lement . Son ame s'eft endurcie par le mal-'
heur , il a long- temps maudit fa mere ; il
né la maudir plus , parce qu'il a ceffé de.
croire qu'un Dieu entendît fes malédictions ;
le malheur & le défefpeir Font rendu athée
& milanthrope ; ' il dérefte le genre humain'
& la vie mais il n'a pas le courage de
finir fes miferes par la mort left un
âge où l'on ne fe défait point de la vie ;
elle nous défole fans ceffe & nous quitte
par degrés , fans que nous ayons la force.
de la rejeter : c'eft la robe de Neffus qu'on
ne peur emporter que par lambeaux «.
L'Auteur termine ainfi ce Dialogue , après:
que le Moine l'a quitté pour rentrer dans
fon couvent : » Mon ame était profondément
trifte ; je vis que le malheur , quand
il eft extrême , finit par rendre le coeur
dur , & que les plaintes du défeſpoir deviennent
des blafphemes. Ce malheureux,
qui pouvait trouver dans l'idée d'un Dicu
une confolation & un refuge , avait mieux
aimé y renoncer , pour avoir plus de droit
de hair les hommes. O Dieu ! Etre fuprême
& néceffaire , que j'ignore & que je crois,
parce que tout me l'annonce , fans que rien
me l'explique ! Tu n'as pas créé la beauté ,
pour que l'homme en détournât fes regards;
tu n'as pas déployé devant lui les richelles
de la création , pour qu'il habitat des cachors
, tu n'as pas mis dans fon coeur le
befoin d'aimer fes femblables , pour qu'il
58 MERCUREA
trompat fans , cele ce befoin fi doux &
qu'il jurat de n'aimer rien, On ja, dengute
ton ouvrage avant de nier fon Auteur ,
l'athée alors a, cfé te , dire : Tu ne mas
pas fair , & le fanatique plus coupable
t'a dit : Tu m'as fait ainfi sci
L'Auteurdellajolie Comédie des Faules
Infidéteres avait fait paraîtresumerLeredet
Boncé à un daifes Amis , dans doque
racoupe afes malheureufest audums avec las
célebre Mambazon, & juflife, autants qu'il
peut , Inakut fanatique qu'il avait fonde
ada Trape. Gete Pieceseft verfifiée aveci .
affez d'élégance mats faible d'idées &Adel
fyle ; elle me tend scilleurs qu'à notrip
un emhouſiaſme aveuglel & dangereux. Let
Solitaire qui lui répond , Tui fait féntir quer
A l'amour a fait fon malheur focer
malheur a aigri & exalté: font imagination b
ce n'eft pas une raifon pour avoir le droit
de tyrannifer dans fon couventidesoames
fenfibles & des rêtes égarées . Htrace uner
peinture effrayante. & fidelle desisexcès des
eet Inftitur , qui dénaturent & Heriffent
l'homme , & que tout à l'heure même on
vient , à la honte du fiecle , de juftifier (1 )
par les plus pitoyables raifonnemens . Voici
un morceau de la Réponse du Solitaire..
"
༈
22
(1) Dans un Ouvrage de, Metame de Sille
intitulé Leçons de Gouvernante & fes Elives.
y
FRANCIAT SI Say
Encor près d'un ami fi j'avais pu pleu er! J'I
Dans foalfein quelquefois : fi j'avais pu répandressb
Ces larmes que mes yeut répandaient fur la cens
dre !
31
Hélas ! les criminels , au fond de leurs cachots
Ont le trifte plaifir de parler de leurs maux.
Dans le coeur l'un de l'autre ils épanclient leurs
peines ;
Spyro 9:1
Ils détefients tout haut leurs malheurs & leurs
14 chaînes , vr
Dans nos cachots facrés il faut gémir tout bas
Nos trop juftes regrets feraicut des attentats
Il faut les étouffer un farouche filence
A banni de ces lieux la douce confidence .
E pâles compagn ` ns que m'a donnés le fort ,
Se parlent feulement pour s'annoncer la mort ."
On s'évite , on le crafat , & chaque Solitaires no
Spare fes douleurs des douleurs de fon frere, y
En s'ouvrant Fun à l'autre , ils pourraient les
calmer :
Tout malheureux qu'ils font ils n'oferaient ?
s'aimer.
"",
'On fait qu'à la Trape il eft févérement
défendu d'avoir un ami. La belle loi ! Aucun
Tyran'ne l'avait imaginée'; cette démence
atroce était réfervée à la tyrannie
religieufe , nécellairement la pire de toutes,
puifqu'elle a pour objet direct de détruite
la nature..
Cette Réponse à Rancé fut imprimée
dans la nouveauté , à Genève & à Laufanne
: Voltaire l'honora d'une Préface que
l'on retrouve ici….
52 MERCURET
L'Epitre au Comte Schowalow , datée
des environs de Lyon , 1779 , roule principalement
fur deux objets , l'influence des
fites & des afpects phyfiques fur les affections
morales , fur l'amour , fur le malheur
, fur le talent poétique c'eft la partie
defcriptive , de la Piece ; dans la partie
didactique , on claffe & l'on caractériſe la
Poéfie defcriptive , & l'on y joint des préceptes
fur la maniere de la traiter comme
les Anciens , qui fe font bien gardés de
l'ifoler jamais & d'en faire le fonds d'un
Ouvrage ; mais qui ont toujours eu foin
de n'en faire que l'acceffoire ou de l'action
ou de l'inftruction .
Un morceau fuffira pour donner une idée
du ftyle de cerre Piece , lue , il y a quel
ques années , dans une Séance publique de
l'Académie Françaife.
Mais d'un trait plus profond fi votre ame bleſſée ,
D'une tendre douleur occupe la penſée ,
Enfoncez-vous au fein de ces vaftes forêts ,
Dans ces bois dont le temps confacra la vieilleſſe ,
De la folitaire trifteffe
Témoins religieux & confidens muets .
Avancez fous ces voûtes fombres ,
Que charge un noir amas d'impénétrables ombres ;
Ofez , loin du monde & du brait ,
Percer leur profondeur immenfe ;
Habitez ce féjour de l'éternel filence :
Vous croirez parcourir l'Empire de la nuit :
FRANÇAIS. T
Ces grands bois parleront à votre ame infpirée ;
Vos vers feront empreints de leur horreur facrée .
C'eft-là , c'eft dans l'ol fcurité ,
Que fuyant le tumulte , & dans foi recucillie ,
Vient s'affeoir là Mélancolie
Pour y rêver en liberté.
Ses maux & fes plaifirs ne font connus que
d'elle
A fes chagrins qu'elle aime elle est toujours fidelle ,
Ne fe plaît que dans l'ombre & dans les lieux déferts
;
Elle ve: fe des pleurs qui ne font point amers ;
r
Toute entiere à l'objet dont elle eſt poſſédée ,
Ne redit qu'un feul nom , n'entretient qu'une idée ,
Et chérit fon fecret qui s'échappe à moitié.
Son regard trifte & doux implore la pitié ;
Elle étouffe fa plainte , & foupire en filence ;
Elle n'ofe qu'à peine embraffer l'efpérance ,
Et tremble en adreffant un timide délir
Vers un bonheur lointain qui toujours femble fuir .
Les Poelies légeres, dont plufieurs avaient ,
paru dans les Journaux , ont été choifies
avec un foin févere , l'Aureur ayant toujours
penſé que , même dans le choix de
ces bagarelles de fociété , on ne faurait
trop refpecter le Public.
4
54
MERCRE
9▼ 20▼ SPECTACLES
Barb hob , 19.5
LE Théâtre de la fue Feydenu vien de
donner deux Nouveautés peu importantes ,
mais agréables , & qui ont fait Eeancorp de
plaifir ce font deux Opéras Français genre
qui ne devrait être qu'acceffoire à ce Theatre, A
& qui en devient le foutien principali Il faut
avouer que c'eft avec quelque raison que
FOpéra Italien a ceff : d'y briller. Le.pen de,
foin qu'on met dans le choix des Nouveautés ,
l'abandon affecté qu'on y remarquer des Opal
vrages des grands Mitres juftifient pleinoment
la négligence du Public. Mais enfin parlons
des Opéras Français , puifque ce, font les
feuls qui réuffiffent.
15
Le premier eft intitulé les deux Salles , ou
la Piéte filiale. Un vieux Militaire Suiffe s'eft
retiré, avec fon fils , dans un lieu où ikasguei
trefois combattu vaillamment, & unde
fes amis a été bleffè en lui fauvant la vie. Le
pere & le fils apperçoivent une jeune fille
qui s'eft égrée en cherchant fon pere . On la
fait repofer. Bientôt les denx jeunes gens prennent
beaucoup d'intérêt l'un pour l'autre . Le
vieillard qui s'en apperçoit , & qui fe prête
même à faire , durer long - temps leur tére à
tête , charge fon fils de remettre Louife dans.
fon chemin. Ils reviennent bientôt Ger
mord , le pere de Louife , qui a une jambe
de bois. C'est justement cet ami , ce camarade
du vieillard , qui a été bleffé en le défendant..
On fent bien que les deux enfans fout unispar
leurs peres .
FRANCAIS.
Cette Piece eft de M. Demouſtiez , Auteur
Alcefte à la campagne , du Conciliateur , &c.
c'eft dire affez qu'elle eft écrite avec l'élégance
la plus fleurie & la plus foutenue. La
mufique eft de M. Gavaux , Actur & Chanteur ,
excellent de ce Théâtre ; elle eft jufte au toni
du fujet , d'un chint fort agréable , & fait infiiment,
d'honneur à fon goût. M. Juliet joue .
très - plaifamment le perionnage à la jambe
de bois .
ext
L'autre Opéra eft intitulé Cadichon , ou les
Bohémiennes. Cadichon eft une efpece de niais
ou plutôt un jeune payfan fimple & crédule. I
eft fort amoureux de Nicette , qui l'aime auffi
malgré fon peu d'efprit , parce qu'il a un
cellent coeur ; mais il a le défaut d'être jaloux .
Inquier des fentimens de fa Maitreſſe , il défire'
d'être laid pour un moment , afin de voir fi
celle Belle tiendrait à cette épreuve. Juftement!
des Bohémiennes arrivent dans le village . I
les prie de changer fa figure feulement pour
une heure , & leur donne un rendez-vous qù
elles pourront le rétablir dans fon état naturel.
Ces pauvres femmes , pour fe tirer d'affaire ,
mettent Nicette dans la confidence. Bientôt tout
le village le fait ; on prend le parti de s'ent
amufer , & de le corriger. En effet , lorfqu'il
croit que le charme a opéré , tout le mondes
fe moque de lui , paraît effrayé de fon horrible
figure & Nicette elle-même a l'air de
fairesun autre choix : Cadiction fe repent deu
fone épreuve. Ilva, retrouver les Bohémiennes
mais elles ne fe font pas arrêtées au
rendez-vous, Il est au désespoir. Quand l'é
preuve a duré affez , on lui fait voir qu'ital
été dupe , & que les traits n'ont pas p
ατμοίμοι
7
56
MERCURE
changé que le coeur de celle qu'il aime , & à
laquelle il s'unit .
Ce n'eft pas par un extrait qu'on peut faire
connaître un fujet auffi léger ; ce font les détails
fur-tout qui le font valoir. Ceux de cette
Piece font infiniment agréables. L'Auteur a fu
y mélanger avec beaucoup d'adreffe le fentiment
& la gaieté . Ses couplers font tournés
avec efprit , & d'un excellent ton ; ce qui n'eft"
pas commun aujourd'hui dans les Pieces en '
Vaudevilles . M. Puj nix en ef: l'Ameur. Il eft
avantageufement connu à ce Théâtre , & a & a
obrenu plufieurs fuccès mérités fur celei qu'on'
nomme Italien. M. Lefage rend le rôle de
Cidichon d'une maniere auffi naturelle que
piquante , & avec une fenfibilité qu'on ne pouvait
guere attendre d'un A&teur auffi comique.
Nous ne dirons rien de la Locandera , Opéra
Italien , donné fans fuccès ; mais il nous rappelle
que l'abondance des matieres nous empêcha
de parler dans le temps de ce même
fujet traité , avec beaucoup de fuccès , par M.
Deflins , fur le Théâtre de la rue de Richelieu , ›
fous le titre de la jeune Hôteffe. Tous deux
font tirés d'une Piece de M. Goldoni . L'Auteur
Français a eu l'adreffe de faire difparaître une
partie des vices du fujet , & de mafquer les
autres par des détails extrêmement piquans , &
par une foule de jolis vers qui ont foutenu
cette Piece , & la font revoir toujours avec
un nouveau plaifir. L'A&trice chargée de ce
rôle , Mlle. Canteille , le joue avec cet efprit
& cette grace qui lui font naturels , & qu'elle.
fait mettre à tout : elle y développe des talensi
précieux qui la rendent chaque jour plus
chere au Public , & qui contribuent au fuccès
toujours croiffant de ce Théâtre .
FRANÇA 115. 837.
ANNONCES ET NOTICES.
HISTOIRE des conditions & de l'état des
perfonnes en France & dans la plus grande partic
de l'Europe. 5 Vol. in- 12. Prix , 15 liv. br. A
Paris , chez Lavillette , Libraire , rue du Battoir ,
No. 8.
C'est un de ces Livres véritablement utiles à
quiconque lit pour s'inftruire , & qu'il faut diftinguer
de la foule de nos Productions frivoles. On
imagine bien qu'une pareille Hiftoire eft néceffairement
celle de tous les abus nés des préjugés
de l'orgueil & de cette inégalité mal - entendue
qui n'était point fondée fur les feules diſtinctions
légales attachées aux pouvoirs conſtitués pour le
maintien de la Société ; mais c'eft précisément
ce contrafte de ce qui eft & de ce qui doit être ,
de ce qui a exifté parmi nous & de ce qui n'y
renaîtra plus , de ce qui fubfifte encore ailleurs
& de ce qui fera fucceffivement réformé par les
progrès de la raifon univerfelle , c'eſt cela même
qui eft un objet d'étude & de réflexions. Il faut
connaître les faits pour établir des raisonnemens,
& le paffé , fous un double rapport , eft toujours
une école pour l'homme , qui n'a que des idées
tranfinifes , & qui en profite , foit pour s'y conformer
, fi l'expérience les démontre bonnes ,
foit pour les corriger , fi elle les reconnaît mauvaifes
.
LETTRES MAGIQUES , ou Lettres fur le Diable ;
par M. *** . , fuivies d'une Piece curieufe . En
France , chez tous les Libraires,
158
MERCURE
i.
L'objet de cette petite Feuille , qui n'eft point
du tout curieufe , eft de prouver la réalité de la
Magie & l'existence des sorciers c'eft s'y prendre
un peu tard . L'Auteur affure que fi l'on ne
parle plus de Sorciers , ce n'eft pas qu'il n'y en
ait plus ; c'eft qu'on ne les pourfuit plus dans
les Tribunaux ; comme on ne parle plus de Poffédés
, depuis qu'ils ne viennent plus à la Sainte-
Chapelle , faire leurs exercices , à jour marqué.
• L'Auteur pouvait fe difpenfer de toutes les preaves
qu'il allegue , & fè borner à une feule qui
Left fans réplique : c'eſt qu'à moins de n'être
-Chrétien , one, peut révoquer en doute l'acnition
dui Diable. furdles Créatures , & les obfef-
-bois puitque Jefus Chrift , dans l'Evangile ,
abchatte, les Démons délivre les Poilédés .
asbasis - lem biega
enonti ei ? 1.
pas
31 RÉGÉNÉRATION des Golonies , ou Moyens de
reftract graduellement aux hommes leur état po-
«Strique , & d'allurer la profpérité des Nations ;
& Moyens pour établir l'erdre dans les Colonies
Françaiſet pap A. Bonnemain , ami de la jufzxic
de la paix. A Paris , an Bureau de l'Imsprimento
da Geile Social , rue du Théâtre Franrid
) ampi & ehez Girod & Tellier , Lib. rue
derda Harpo , No. 162. Prix , 30 f..
Cette Brochure mérite d'être lue : il ne faut
pas s'arrêter au ftyle, qui eft , comme celui de
préfque toutes nos Brochures d'aujourd'hui , incorrect
& déclamatoire ; mais les vies de l'Auteur
font dictées par l'amour de la juftice & de
l'humanité celles qui font relatives à l'état préfent
des Colonies , & aux moyens d'en appaifer
les troubles, fe trouvent conformes au dernier
Décret de l'Allemblée Nationale. Quant aux moyens
:
ZIADKAHT TAUDLIM
FRANCAIS.
1 ) no barg
en guérir radicalement les maux , il propoſe
abolition de la
duel des Noir , l'affranchiflement gra
dans l'efpace de vingt ans , &
des Loix protectrices , qui , en réglant le travail
& le falaire , dé obent les Efclaves à l'arbitraire
des châtimens , affurent leur foulagement , &
ཐོད་པ །
adouciffent , autant qu'il eft poffible , le poids de
fa, fervitude . Ces mefures paraiffent ,fages ; elles
font le veu des hommes juftes & éclairés. A
regard des Etabliffemens d'un nouveau genre ,
qui propote de fubftituer au commerce de la
Traite , & qui auraient pour objet la culture des
>productions de l'Afrique , & inftruction & la
civilitation des Negres indigenes, l'exécution de ée
projceable degrades difficultés que l'ature
Pardis pas avai prévues it aft très douteux qu'aycupe,
Nationfalem fra de oftentrepriſe , &
encore plus qu'elle réuthful and 2, Sanoinar
FILE ,de Correfpondance du Libatres on
Notte Ades Ouvrages publiés dans les différens
Journaux qui circulent en France dans Breas
St & patile oyun lauten met LebaCorrefpondans
au courant des Nouveautés , dans fe
donner la peine de les recueillir . Cette Notice
purait régulièrement le & ley de chaque
mois . Le prix de l'Abonnement eft de 4 liv. 10 f.
les trente Feuilles pour Paris , & de
liv . pour
les Départemens. On fouferit chez Aubry , Libr.
& Directeur du Cabinet Bibliographique , rue de
la Monnoic , Nyprès la rue Berry
*
Cette Feuille peut être utile , fur-tout en Province,
pour connaître les Nouveautés dont on peut
délirer l'acquifition ; mais on aurait dù fe borner
au titre de chaque Ouvrage , & ne pas y joindre
MERCURE FRANÇAIS.
1.
les divers jugemens des Journaux . Quand on fait
ce que c'eft que la plupart de nos Journaux , on
peut imaginer ce que font ces jugemens , & quelle
confiance on peut y avoir.
DE LA CONJURATION Contre les Finances , &
des mefures à prendre pour en arrêter les effets ;
par E. Claviere ; in- 80. A Paris , chez les Directeurs
de l'Imprimerie du Cercle Social , rue
du Théâtre Français , No. 4 ; & chez les principaux
Libraires de l'Europe. Prix , 1 liv. 10 f.
Les connaiffances que l'Auteur a prouvées dans
cette matiere , & qui l'ont enfin élevé au Miniftere
dans les circonftances les plus difficiles , doivent
faire rechercher avec empreffement cet Ecrit,
dont le titre n'eft pas , comme tant d'autres , un
menfonge & une chimere .
Avis des Citoyens de Bordeaux , amis de la
Conftitution , aux Prêtres intolérans. A Paris ,
chez les Directeurs de l'Imprimerie du Cercle
Social , rue du Théâtre Français , 'Nº . 4. Prix ,
8 fous,
TABLE.
EPIGRAMME, 37 Specscles.
Charade, Enig. Logog. 1:38 Notices, V. Na
Melanie,
40
10
ג
54
57
37
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 21 AVRIL 1792 .
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
L'ÉLECTRICITÉ (1 ) , -
O D E.
L'AATTMMOOSSPPHHEERREE en courroux n'offre plus qu'un
nuage ;
Dans fes flancs ténébreux , les rapides éclairs , s
L'un par l'autre preffés , s'entr'ouvrent un paffage ,
Gliffent , ferpentent dans les airs :
>.
( 1 ) Nous avons inféré dans le Mercure du mois da
Septembre 1790 une Ode du même Auteur , intitulée
Flaide électrique ; celle - ci est tout- à- fait différente pour
le fonds & pour la forme : elle est pleine de beautés
poétiques , & annonce un véritable talent pour l'Ode.
N°. 16. 21 Avril 1792 D
62 MERCURE
La foudre impétueufe éclate , gronde & roule.
Sous les coups au loin tout s'écroule :
Vois ce roc dont l'orgueil femblait braver les cieux;
Il tombe en bondiffant fur la terre tremblante.
L'Univers frémit d'épouvante :
Le Savant feul eft calme , & fe rit de ces feux.
X
D'où naiffent à nos yeux ces terribles merveilles ? "
Quelle cauſe inconnue alluma ces carreaux ?
९
Dis-le nous , ô Franklin ! qui par de longues veilles,
Du Ciel brifas les arſenaux ,
Et de fes feux cruels interrogeant l'effence ,
Sus mettre un frein à leur puiflance ...
Mais pourquoi raffembler cet ambre , ces cristaux?
Pourquoi vois -je en longs jets qu'un riche azur
colore ,
Des flammes fe hâter d'éclore
Du fommet anguleux de ces brillans métaux ?
Quelle main captiva Fétincelle bruyante ( 2 ) ,
Qui , paifible d'abord , foudain part , & franchit
A l'aide d'un long fer , fa prifon tranfparente ?
Quels faifceaux ce tube vomit (3 ) ?
Là mille corps légers qu'il appelle & qu'il chaſſe (4),
Courant autour de fa furface ,
1 (2 ) Bouteille de Leyde..
z ( 3 ) Machine électrique.
(4) Attractions & répulſions
FEMA
FRANÇA IS.
63
Charment l'oeil ébloui de leur rapidité .
J'avance vers ce rube : un bruit ſe fait entendre ( 5);
Des feux fortent pour le défendre ;
Et mon doigt eft puni de fa témérité (6 ) ,
Fuis; pour quoite placer fur ce trépied fragile ( 7 ) ..?
De ces traits douloureux il n'eſt point alarmé.
Lui feul peut les braver : fous fa main immobile
Le tube fe tait défarmé.
Dans fon corps en fecret la flamme s'accumule
Avec fon fang elle circule ,
S'échappe quelquefois , & menace à l'entour.
Tel parut Jupiter en fa gloire immortelle ,
O trop malheureuſe Sémele !
Lorsque l'ambition égara ton amour,
Dieux ! quel trouble fubit s'empare de mon ame ?
Ces merveilles de l'art ont deffillé mes yeux .
C'eftun fouffle divin qui m'échauffe & m'enflamme,
Et mon efprit lit dans les cieux .
Il y voir le former la foudre , les tempêtes (8 )
Tous ces feux errans ſur nos têtes ,
Qui dans nos coeurs glacés jetaient un morne effroix
Affez & trop long-temps leur cauſe ſalutaire
(s ) Etincelle.
( 6 ) Commotion.
(7 ) Homme fur l'Iſoloir.
(8 ) Feux follets , Etoiles tombantes , &c.
D2
64
MERCURE
Refta dans la nuit du myftere' ; im
Je veux la dévoiler : Mortels , écoutez -moi.
Au fein de tous les corps , la main de la Nature
Répand un pur fluide , ame de l'Univers ;
Et de ce don facré variant la meſure ,
Produit cent miracles divers.
Bienfaifant & paifible , il opere en filence ;
Mais fouvent terrible il s'élance ,
Lorfqu'un corps agité le preffe avec effort ;
Il vomit les éclairs , s'ouvre un paffage libre (9 ) ,
.Et fous les loix de l'équilibre ,
Frappe, attire , repouffe & commande à la mort.
C'eftpar lui que jaillit la flamme pétillante
Que lance le caillou de fes flancs déchirés :
Par lui l'aftre du jour , en la courſe brillante ,
Darde les rayons épurés .
La terre fouriant à la chaleur féconde
Qui peuple & rajeunit le Monde ,
De verdure & de fruits a couronné fon front .
De nos muſcles lui feul entretient la foupleſſe ,
Avant que la froide vieilleffe ,
Des rides fur nos traits ait imprimé l'affront .
Par lui le fer docile à l'aimant qui l'appelle ,
En puife la vertu dans fes embraffemens ,
(1) Frottement.
FRANÇA I S.
Et le Pôle au fommet de l'aiguille fidelle ,
Guide les Matelo errans .
Souveraine des Cieux qui ceins de ton orbite
Cette Planete que j'habite ,
Dis -nous à qui tu dois l'humble hommage des
mers (10) ,
Quand ton regard vainqueur les traîne amoncelées,
Ou qu'il les laiffe refoulées ,
6
Sur un bord reconquis verfer leurs flors amers.
Mais lorfque le Soleil eft voilé par les: nues ,
Qu'au gré de leurs combats, les vents tumultueux
Balançant dans les airs ces maffes fufpendues ,
Déchirent leurs flancs tortueux ,
Aux quages voifins communiquant fa rage ,
Le feu du plus épais nuage (11)
S'unit avec l'éclair à des feux moins puiffans ,
O Mortels ! c'eft alors que la voix du tonnerre
Au loin épouvante la Terre,
Que la foudre en éclats court dévaſter vos champs:
Laiffez en paix l'airain qui frémit dans vos Temples.
N'allez pas d'un vain fon heurter les airs furpris :
Vous éveillez la mort . Combien d'affreux exemples
Devraient éclairer vos efprits !
( 10 ) Flux & reflux .
( 11 ) Systême de Franklin.
D ;
66
MERCURE
Voyez le fer aigu qui furmonte ce faîte ( 12 ) ,
Lui feul maîtrife la tempête ,
Il pompe tous les feux de l'éther embrafe ;
Et la foudre impuiffante , en fa courfe paifible ,
Le long de ce métal flexible ,
Va mourir au tombeau que mes mains ont creufé
Ainfi l'oeil du génie , obfervant en filence
Les prodiges féconds de la Terre & des Cieux ,
De mille corps divers faifit la différence ,
Marqua leurs effets précieux .
Il leur dit : Ecoutez , ô vous , en qui réfide ( 13)
beureux de ce fluide ,
Le germe
13
Lancez au loin ce feu par vous feuls enfanté,
Et vous qui tranfmertez une Aamme étrangere ( 14),
En la ramaffant toute entiere
Augmentez fon pouvoir & fon activité ..
Ils renaiffent enfin ceux que la maladie ( 15 )
Livrait fans efpérance aux pleurs de la pitié :
D'un corps qui raffemblait & la mort & la vie( 16),
•
Ils redemandaient la moitié.
(12 ) Paratonnerre.
( 13 ) Corps idio- électriques.
( 14 ) Corps an- électriques.
( 15 ) Electricité curative .
(16 ) Paralyfic.
FRANÇAIS.
Ce fluide à leurs voeux offre un nouveau remede :
La joie à la douleur fuccede ;
La fanté fur fes pas ramene les plaiſirs,
Revêtu d'embonpoint , de force & de nobleffe ,
Leur corps acquiert de la foupleffe ,
Et leurs fens rajeunis retrouvent les défirs .
C'eſt-là ee feu facré que jadis Prométhée
Sut par un vol heureux dérober au Soleil ,
Lorfque l'homme nouveau de la Terre enchantée
Admira l'auguſte appareil.
Bientôt , de Jupiter ſervant la jaloufie ,
Sur le tiffu d cnotre vie ,
Tous les maux à la fois fondirent en effaim ;
Mais l'homme impunément put braver leur puiffance
,
Et fe livrer à l'efpérance ,
Tant qu'il fentit ce feu qui vivait dans ſon ſein.
( Par M. Paris , de plufieurs Académies . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédens.
Le mot de la Charade eft Fardeau , celui
de l'Enigme eft Arrête de poiſſon, & celui du
Logogriphe eft Treve , où l'on trouve Rêve,
Eve. D
4
MERCURE
CH ARA D E.
TOUJOUR OUJOURS mon premier , cher Lecteur , t
A fon retour embellit la Nature ;
Mon fecond plaît dans la coiffure ;
Et mon tout eft l'objet le plus cher à ton coeur.
(Par M. Waton.)
E.
ÉN II G M E.
LÉ , par moi naiffent les rofes
Par moi naît le feuillage épais
A l'ombre duquel tu repofes ,
Quand l'été brûle nos guérets .
Veux- tu me voir fous d'autres traits ?
Charmante Églé , point de colere :
Conviens - en ; lorſque téméraire ,
Aux lis fur ten teint répandus ,
J'ofe difputer une place ,
Le deuil où me met ta diſgrace ,
Te donne une beauté de plus.
T'avouerai-je encor mon audace ?
Changeant de nature & d'emploi ,
Quand tu mets un habit de chaffe ,
A tes attraits je fais la loi.
.
FRANÇAIS.
>
HUIT
LOGOGRIP E.
UIT pieds forment mon tout en les décompofant
,
Tu trouveras, Lecteur , un , amas d'eau dormante ;
Quatre villes ; un mois charmant ;
Une plante odoriférante
Le lieu qui fert à fouler la moiffon ;
De ton canton le premier perfonnage ;
Un terme d'amitié ; deux notes ; un poiſſon ;
Une fête des Turcs ; l'inftrument du carnage 5
Le canal d'un petit ruiſſeau ;
Le fynonyme de colere ;
Ce qui fait voguer un bateau ;
Le principe vital ; une étoffe groffiere ;
Un pays de l'Afie ; un arbre ; un paſſe-temps ;
Un immenfe amas d'eau ; la mere de Mercure ;
Pour les vaiffeaux une retraite sûre ;
Le point du jour ; deux élémens ;
Un infecte rongeur ; les chemins d'une ville ;
Le logement d'un volatile ;
Ce qui termine un vers ; une négation ;
3
Deux Nymphes ; un mortel eftimable , mais rate;
Le contraire de faux ; & la chienne d'Icare
Qui fut changée en Conſtellation .
(Par M. Waton. )
DS
70
MERCURE ..
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ABRÉGÉ des Tranfactions ( 1 ) philofophiques
de la Société Royale de Londres : Ouvrage
traduit de l'Anglais , & rédigé par M.
GIBELIN , Docteur en Méd. & Membre
de la Société Médicale de Londres , &c.
DERNIERE LIVRAISON ; avec des Planehes
en taille- douce. 2 Vol. in- 8 °. Prix ,
4 liv. 10 f. le Volume br. , & liv. franc
port par la Pofte. L'Ouvrage complet
forme 14 Volumes in- 8 ° . A Paris , chez
Buiffon , Imprim- Libraire , rue Hautefeuille
, No. 20.
de
S
L'OUVRAGE immenfe dont on annonce
ici l'abrégé, date de plus d'un fiecle , & remonte
à la naiffance de la Société Royale
( 1 ) Il n'eft peut - être pas inutile d'obferver
que ce mot Tranfactions , commun aux deux
Langues , la françaiſe & l'anglaife , mais done
le fens differe dans l'une & dans l'autre , eft ici
employé dans l'acception que lui donnent les
Anglais. Parmi nous il fignifie une espece de
contrat , un acte civil ou politique ; en Anglais ,
FRANÇAIS. 71
de Londres : il fe continue depuis fon
origine avec le même fuccès , c'est-à- dire
avec la même utilité , ce qui eſt le véritable
fuccès des Livres de Sciences. Il n'y
en a peut-être point de ce genre où les
Tranfactions philofophiques ne foient citées
plus ou moins fouvent : c'eft l'hiftoire de
l'expérience , néceffairement fondée ſur les
faits , reconnus pour la feule véritable
fcience , depuis qu'on s'eft apperçu que les
Systêmes en Phyfique ne peuvent être que
des erreurs du génie ou de l'orgueil. Ce
mot même de Systême , qui fignifie plan
général de conftruction , ne peut appartenir
à l'homme raifonnant fur un Tout
dont il ne peut connaître que des parties
& fur des caufes dont il ne peut appercevoir
que des effets. Il y a , fans doute ,
un Système du monde : il eft dans la penfée
de l'Etre qui a fait le monde.
La collection anglaife eft faite pour les
Savans qui peuvent & doivent lire tout ;
l'Abrégé eſt deſtiné à ceux qui veulent s'infil
fignifie un fait , un événement , ce qui fe paffe,
Il paraît que l'on a voulu conferver dans la traduction
le titre original d'un Ouvrage célebre
parmi les Savans. Peut-être eût - il mieux valu ,
pour fe faire entendre de tout le monde , intituler
ce Livre en français : Expériences philofophiques
, recueillies par la Société Royale de
Londres.
D6
72 MERCUREtruire.
Le nombre des Savans eft petit ,
& même on ne peut gueres être véritablement
favant que dans une feule chofe ,
parce que les chofes font plus grandes que
les hommes. Il n'y a point de fcience qui
n'aille au delà de notre efprit , & c'eft pour
cela qu'heureufement il y aura toujours du
travail pour la penfée humaine , que les
fecles écoulés laifferont toujours à faire
aux fiecles fuivans, & que le génie , en aucun
genre , ne peut , quoi qu'on en dife
déshériter fes fucceffeurs .
"
La Bruyere commence fon Livre par
ces mots Tout eft dit , & l'on vient trop
tard après mille ans , &c. Son Livre même
l'a dementi depuis ce Livre on a dit
d'excellentes chofes fur le même fujet ; &
fur quelque fujet que ce foit , dans milleans
tout ne fera pas dit.
Les hommes inftruits , ou qui veulent
s'inftruire , font en bien plus grand nombre
que les Savans , & les connaiſſances
phyfiques fur- tout font affez généralement
cultivées , depuis que quelques grands Ecrivains
en ont fait fentir l'attrait . Il n'y a
point pour cette claffe de lecteurs de Livre
plus agréable & plus inftructif que cet
Abrégé des Tranfactions : c'est le recueil
des obfervations les plus curieufes faites
dans toutes les parties du Globe , depuis
plus de cent ans , par les hommes les plus
capables de l'étudier. La divifion générale
FRANÇA I S. 73
des différens objets de ce Livre fubftantiel
, donnera une idée jufte de ce qu'il
contient.
re
L'Hiftoire Naturelle précede les autres
Sciences , comme la plus intérellante de
toutes pour toute forte de lecteurs : elle
eft divifée en quatre Parties ; la 1.contient
les grands Phénomenes de la Nature,
Tremblemens de terre & Volcans ; la 2°.
les Curiofités naturelles & les Evénemens
extraordinaires ; la 3. les Foffiles & Putréfactions
; la 4 ° . la Zoologie : celle - ci eſt
fubdivifée en cinq Sections , les Quadrupedes
, les Oifeaux , les Amphibies , les
Poiffons , les Infectes & Vers.
La feconde Partie contient la Botanique,
l'Agriculture & l'Economie Rurale la
troifieme traite de la Météorologie, qui , par
les rapports qu'elle a d'un côté avec l'Agriculture
, & de l'autre avec la Phyfique
expérimentale , vient fe placer d'elle -même
entre l'une & l'autre : la quatrieme , par
conféquent , renferme la Phyfique expérimentale
: la cinquieme , la Minéralogie &
la Chimie la fixieme , l'Anatomie proprement
dite , l'Anatomie comparée , & la
Phyfique animale : la feptieme , la Médecine
& la Chirurgie : la huitieme , la Matiere
médicale & la Pharmacie : la neuvieme
, les Inventions & Machines utiles
dans les Arts : la dixieme , fous le titre de
Mélanges , réunit les Voyages & les Ob-
:
74 MERCURE
fervations en tout genre qui n'ont pu trouver
place dans les divifions précédentes :
l'onzieme enfin , tout ce qui concerne les
beaux-arts & les Antiquités.
On voit qu'il y a là de quoi apprendre ,
de quoi s'amufer , de quoi choifir.
face. "
Il ne faut pas omettre ce qu'ajoute trèsjudicieufement
le Traducteur dans fa Pré-
Quoiqu'on fe foit fait une loi de
donner les faits qui ont paru les plus intéreffans
, on n'a pas cru devoir rejeter
indiftinctement toutes les opinions , toutes
les hypothefes. Le hafard fouvent trouve
les fimples faits ; le génie fait les lier enfemble
& en déduire des corollaires
quelquefois auffi utiles que les faits mêmes .
Il peut être auffi avantageux , dans certains
cas , de favoir ce qu'ont penſé nos prédéceffeurs,
que ce qu'ils ont le mieux connu ;
& il eft telle de leurs opinions qui , par
les idées qu'elle peut faire naître , ou par
fa fingularité , mérite autant d'être confervée
que les expériences & les obſervations
fur lefquelles elle eft fondée. D'ailleurs les
perfonnes qui aiment la juftice trouveront
fans doute ici avec plaifir la fource d'un
grand nombre de points de Doctrine , &
même de Systêmes ingénieux , dont bien
des Auteurs modernes , foit par ignorance,
foit par un motif encore moins pardonnable
, n'ont pas manqué de s'attribuer le
mérite ".
FRANÇAIS. 75
• >
ÉPHÉMÉRIDES des Mouvemens Céleftes
pour le Méridien de Paris , Tome IX .
contenant les huit Années de 1793 à 1800 ,
revues & publiéespar M. DE LA LANDE,
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , de celles de Londres , de Berlin
de Pétersbourg, de Stockholm, &c. Profeffeur
R. d'Aftronomie, Inspecteur du Col
Lége Royal , & Directeur de l'Obfervatoire
de l'Ecole Royale Militaire. A Paris, rue
de la Parcheminerie , chez la veuve Hériffant
, Imprimeur ordinaire du Roi & des
Bâtimens de Sa Majesté. 1 Vol. in-4° .
de 250 pages , avec Fig. Prix , is liv.
br. & 17 liv. rel.
LES Ephémérides de l'Académie des
Sciences commencerent avec le 18 ° . fiecle .
M. de la Lande en donne le complément
dans ce IX . Volume ; le célebre Abbé
Delacaille en avait fait trois Volumes , &
M. de la Lande en a fait auffi trois. Chacun
de ces Volumes eft enrichi d'Obfervations
& de Tables nouvelles. Celui que nous
annonçons contient des Tables pour cal
culer les pofitions des Etoiles. On trouve
dans ces Ephémérides les pofitions du So
76™ MERCURE
leil , de la Lune & de toutes les Planetes ,
les Eclipfes de Soleil , de Lune , d'Etoiles ,
de Satellites , même la nouvelle Planete
Herſchel , découverte en 1781 , enfin tous
les Phénomenes qui méritent d'être obfervés
dans le Ciel , & auxquels les Aftronomes
doivent être préparés. Les Eclipſes
de Soleil vifibles en Europe font accompa
gnées de Cartes géographiques où l'on voit
la maniere dont elles paraîtront dans toutes
les parties du Monde ; la premiere eſt
celle du 5 Septembre 1793 , qui fera centrale
& annulaire dans le nord de l'Allemagne.
Les nouvelles Tables de M. de
la Lande & de M. de Lambre , qui viennent
de paraître dans la troifieme Edition
de l'Aftronomie de M. de la Lande , ont
contribué à la perfection de ces Ephémérides.
Ce Volume a été calculé principalement
par M. Le Français , parent de M.
de la Lande , né en 1766 , & qui , depuis
l'âge de 15 ans , s'occupe avec lui d'Aftronomie
; M. Duvaucel , Correfpondant
de l'Académie , actuellement Maire d'Evreux
, a fait tous les Calculs d'Eclipfes
& les Cartes qui en repréfentent les cir-
Conftances. Il avait déjà calculé les Eclipfes
du Soleil , depuis 1767 jufqu'à 1960 ,
dans le V. Volume des Mémoires préfentés
par des Savans étrangers , & jufqu'à
l'an 1000 , dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates.
FRANÇA I S. 77
Feue Mad. Lepaute , qui avait fait la
majeure partie du Volume précédent , avait
travaillé pour les deux premieres années
de celui- ci , & Mad. Le Français , à ſon
exemple , a pris part à celui- ci en calculant
les lieux de Herfchel & les conjonctions
de la Lune aux Planetes , en même
temps qu'elle travaillait aux Tables Horaires
qui font actuellement fous preffe
& qui doivent fervir fur mer , pour avoir
l'heure à toutes les latitudes par la hauteur
du Soleil & des Etoiles .
Dom Monniotte , favant Bénédictin de
la Congrégation de Saint Maur , a fourni
le Calendrier eccléfiaftique , fuivant les rubriques
du Bréviaire de Paris , dans ce
Volume d'Ephémérides , ainfi que dans les
précédens.
- Ainfi les nouvelles Ephémérides de M
de la Lande font utiles pour ceux qui
font des Almanachs dans tous les pays
du Monde , & pour tous les Aftronomes
des pays éloignés qui ne font pas à portée
de fe procurer la Connaiffance des Temps ,
que l'on publie chaque année. On doit voir
avec regret que l'Auteur & le Libraire ne
paraiffent pas difpofés à les publier au delà
de 1800.
78
MERCURE
EssAt fur la Légiflation du Mariage , par
E.... LANGLET , Juge du Tribunal de
Bapaume, Département du Pas-de- Calais .
A Paris , chez Froullé , Imp-Libr. quai
des Auguftins , Nº: 39.
ENCORE une Brochure en faveur du
Divorce , & l'on voit avec plaisir que
cette intéreffante cauſe eſt toujours plaidée
par de bons efprits . L'Auteur de ce petit
Ouvrage fe montre ici capable d'en faire
un plus grand ; il penfe & s'exprime avec
force. Il ne fe borne pas aux maux particuliers
qui accablent les victimes des
unions anal afforties ; il étend fes vues bien
plus loin il confidere dans notre vicieufe
Légiflation du Mariage une des principales
caufes de nos maladies morales & politiques
, & particuliérement de ce funefte
éguine , un des caracteres diftinctifs de
nos moeurs publiques. Il fait voir que
l'homme fait par la Nature pour les jouiffances
domeftiques , qui toujours le rendent
meilleur Citoyen en l'attachant à fes
devoirs & à fa Patrie , eft forcé le plus
fouvent , par nos inftitutions abfurdes &
cruelles , de renoncer à ce bonheur qu'il
cherchait , & finit par s'ifoler dans fon
infenfibilité , & s'égarer dans des diftractions
frivoles ou des plaifirs coupables. Ces
FRANÇAIS. 79
confidérations font auffi juftes que profondes
, & l'expérience bien réfléchie en confirme
la vérité . Là où le premier devoir
& le premier bonheur n'eft pas d'être pere
de famille , il ne faurait y avoir de moeurs ;
& l'apostrophe la plus terrible que la Philofophie
ait adreffée à nos Prêtres , en tout
temps fi étrangers à la chofe publique , eft
celle- ci : Vous n'avez point d'enfans .
Deux chofes font inftantes en fait de
Légiflation générale , & ne fauraient trop
& trop tôt occuper nos Repréfentans , la
Loi qui réglera le mode civil de conftater
les naiffances , les morts & les mariages ,
& celle qui ftatuera fur le plan d'éducation
publique , & le point capital de ces
deux Loix , je le répere , c'eft d'ôter entiérement
tous ces objets . des mains des
Prêtres, Une meilleure éducation & des.
mariages plus heureux , voilà ce qui fera
de vrais Citoyens , de vrais Patriotes : c'eft
la véritable régénération ; car pour affer-1
mir une Conftitution , pour la rendre inébranlable
, il ne fuffit pas que la raiſon
l'approuve , il faut que le coeur l'embraffe,
& c'eft l'ouvrage des premieres habitudes
& d'un bonheur journalier de ces deux
chofes , l'une dépend de l'éducation , l'au
tre du mariage.
On a ofé affurer que le Comité d'Inftruction
, chargé de ce qui concerne l'éducation
publique , ne compte pas achever ce
A
So MERCURE
travail , & nous menace de le laiffer à la
Législature fuivante. C'eft , fans doute
une calomnie répandue par nos ennemis
pour augmenter ce découragement qu'on
s'efforce de produire par tous les moyens.
Ce Comité eft compofé d'hommes affez
éclairés pour n'être pas au deffous de ce
travail , & de Citoyens trop zélés pour en
laiffer la gloire à d'autres . Ils ont entre les
mains des matériaux précieux , entre autres
, l'Ouvrage de M. de Talleyrand , l'un
des plus beaux qui aient honoré l'Affenablée
conftituante ; & l'on ne doit pas craindre
qu'une maligne jaloufie & la vanité de
refaire ce qui a été bien fait empêche le
Comité de profiter de fi grands fecours. Il
n'y a qu'une gloire réelle pour un bon
Citoyen , c'eft de faire le bien par luimême
, ou de contribuer de tout fon pouvoir
à celui que peuvent faire les autres .
ANNONCES ET NOTICES.
ÉDITION in-12 de la Vie du Maréchal de
Richelieu , co tenant fes amours , fes intrigues ,
& tout ce qui a rapport aux divers rôles qu'a
joués cet homme célebre pendant plus de 80
ans ; 2. édition , avec des corrections confidérables
& des augmentations. 3 gros Vol . Prix ,
8 liv. br. & 9 liv . francs de port par la Pofte.
A Paris , chez Buiffon , Impr - Libr . rue Hautefeuille
, N° . 20.
FRANÇAIS.
81
NOUVELLES LOIX CIVILES de France , ou Recueil
complet de tous les Décrets émanés de
l'Aflemblée Nationale - conftituante , concernant
la deſtruction du Régime féodal , les Propriétés
de toute nature , les Conventions , Succeffions ,
Teftamens , Mariages & autres Matieres de Droit
civil , difpofés méthodiquement par ordre de
Matieres , avec des Notes & explications qui
indiquent la liaifon & les rapports de tous les
Décrets entre eux , qui rappellent les motifs fur
lefquels ils ont été rendus , qui en expliquent
le vrai fens , en développent les conféquences &
les effets , & les rendent intelligibles à tout le
monde ; elles font le plus fouvent appuyées des
avis donnés par les Comités de l'Affemb'ée conftituante
, & des Réponfes des Miniftres . L'on y
a joint de plus , quand on l'a cru utile , en entier
ou par extrait , les Rapports les plus intéreffans
fur lefquels les Décrets principaux ont
´été rendus , ainfi que les Proc'amations données
par le Roi pour leur exécution. 1 gros Volume
in-4° . de 1000 pages , beau papier & fuperbe
Edition en caracteres neufs de M. Didot jeune .
Prix , 20 liv. & 25 liv. envoyé franc de port.
Se trouve à Paris , chez l'Auteur même , plac
Dauphine , No. 11.
Les demandes des Départemens feront exactement
ſervies en lui faiſant paſſer le prix , foit en
affignats , foit en refcriptions de Directeurs de
Pofte. Il faut avoir foin d'affranchir les lettres ,
& d'écrire fon adreffe correctement.
82 MERCURE
TABLEAUX , Statues , Bas - Reliefs & Camées
de la Galerie de Florence & du Palais Pitti ,
definés par M. Wicar , Peintre , fous la direction
de M. Lacombe , Peintre ; avec les explications
par M. Mongez l'aîné , de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres , &c. imprimés fur
papier vélin fupe-fin de Johannot d'Annonay.
11. Livraiſon . Prix , 18 livres . A Paris , chez
Lacombe , Peintre , Editeur de l'Ouvrage , rue
de la Harpe , Nº. 84.
-
Cette fuperbe Collection fe continue avec des
foins dignes de ſa beauté.
MÉMOIRES du Miniftere du Duc d'Aiguillon
Pair de France , & de fon Commandement en
Bretagne , pour fervir aux Regnes de Louis XV
& de Louis XVI . 1 Vo !. in - 8 ° . A Paris , chez
Buiffon , Imp- Lib . rue Haute-feuille. Prix , 4 liv.
br. & 4 liv. 10 f. franc de port par la Pofte. On
trouve auffi cet Ouvrage à Lyon , chez les Freres
Bruyfet , rue St-Dominique,
IDYLLES & autres Poéfies de Théocrite , traduites
en français , avec le texte grec , des Notes
critiques , la verfion latine & un Difcours préliminaire
; par M. Gail , Profeffeur de Littérature
grecque au Col'ége Royal , Docteur- Agrégé en
I'Univerfité de Paris , Honoraire de l'Académie
des Belles - Lettres d'Arras . In- 8 ° . A Paris , de
Imprimerie de Didot l'aîné ; & fe trouve chez
l'Auteur , rue de la Harpe , au Collège d'Harcourt
; Didot l'aîné , rue Pavée- Saint-André-des-
Arts ; Debure , rue Serpente , Nº 6 ; Barrois
fre es , rue du Hurepoix ; & Cuffac , au Palais-
Royal.
On reviendra fur ces deux Ouvrages.
FRANCAIS. - 83
DE L'HOMME des Sociétés & des Gouvernemens
, pa : François Soulès , de Boulogne- fur- Mer .
A Paris , chez Debray, Libr. au Palais - Royal ,
N°. 235 ; & chez les Marchands de Nouveautés.
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE , & du nom qu'on
devrait lui donner dans notre Langue pour s'en
faire une jufte idée ; par A. Auger . A Paris , chez
les Di ccteurs de ' Imprimerie du Cercle Social
rue du Théâtre Français , Nº. 4 ; & chez les
principaux Libraires de l'Europe.
RECHERCHES fur la Science du Gouvernement,
par M. le Comte Gorani ; Ouvrage traduit de
Italien , d'après l'Exemplaire & les corrections
de l'Auteur. A Paris , chez Guillaume junior ,
Impr-Libr . rue de Savoie-Saint-André-des- Arts
No. 17 ; & Lebour , Lib . au Palais- Royal , fous
les Arcades de bois. 2 Vol. in-8°.
LA PHILOSOPHIE du Sentiment , ou Emilie
de Fairville ; traduit de l'Anglais . A Paris , chez
Lavillette , Libr, rue du Battoir , N°, 8, 2 petits
Vol. in- 12 . Prix , 36 f. br .
LE PRINCE Philofophe , Conte Oriental , par
l'Auteur de la Piece intitulée l'Esclavage des Negres,
2 Vol. in- 12 , Prix , 3 liv. br. Même adreffe
que ci-deffus.
L'ADVERSITÉ , ou l'Ecole des Rois. 2 Volum.
in- 12 . Prix , 3 liv. broc. Même adreſſe que cideffus.
84
MERCURE
FRANÇAIS.
"
GRAVURES.
-
MARGUERITE LOUIS - FRANÇOIS DUPORT
DUTERTRE , né à Paris le 6 Mai 1754 , Avocat
en 1777 , Electeur en Avril 1789 , Lieutenant
de Maire , Subftitut du Procureur-Syndic de la
Commune en 17.90 , Miniftre de la Juftice ,
Garde du Sceau de l'Etat , le 20 Novembre 1990 ;
peint par Taffi. A Paris , chez l'Auteur , rue St-
Hyacinthe , No. 4.
PORTRAIT de Staniflas - Augufte , Roi de Pologne
, gravé au burin par Alexandre Tardieu ,
rue Saint-Hyacinthe , No. 51 , à Paris ; & chez
Jaufret , au Palais - Royal , No. 61 , à côté dụ
Café de Foy. Prix , 2 liv.
NOUVEAU PORTRAIT du Coufin - Jacques ,
avec les mains ; deffiné par M. Violet , & gravé ,
à la maniere anglaife , par M. Bureau . Prix , en
couleur , 3 liv. & en biftre , 2 liv . A Paris , chez
le Coufin - Jacques , rue Phélipeaux , No. 15 ;
Froullé , Imp - Libr . quai des Auguftins ; & Mad
Bureau , rue Montmartre , au petit Hôtel Charôt
, près l'égout ; & chez les Marchands de
Nouveautés.
L'ELECTRICI
TABLE.
'ELECTRICITÉ.
Charade, Enig . & Log.
Abrégé des Transactions.
611Ephémérides.
68 Effai.
70 Annonces & Notices.
75
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 28 AVRIL 1792.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Aſſemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port,
PIECES FUGITIVES,
MADRIGAL,
JEUNE , j'aimai ; ce temps de mon bel âge ,
Ce temps fi court , l'amour feul le remplit,
Quand j'atteignis la faifon d'être fage,
Encor j'aimai : la Raifon me le dit.
Me voilà vieux , & le plaifir s'envole
Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui
Car j'aime encor , & l'amour me confolę ;
Rien ne pourrait me confoler de lui,
No, 17, 28 Avril 1793 .
86 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du dernier MERCURE.
Le mot de-la Charade eft Maitreffe, celui
de l'Enigme eft Bouton , & celui du Logogriphe
eft Mirabeau , où l'on trouve Mare ,
Eu , Vire , Aire, Rue , Mai , Baume, Aire,
Maire, Amie, Ré, Mi, Raie , Bairam , Arme,
Ru, Ire, Rame, Ame, Bure, Arabie, Aubier,
Jeu, Mer, Maia, Baie , Aube , Air, Eau, Ver,
Rue, Mue, Rime , Mie, Ea, Téra, Ami, Vrai,
Mera.
UN
CHARADE.
N Roffignol , en certains cas ,
De mon premier peut faire l'ouverture ;
Un Roffignol au bois ne paraît pas
7
Quand mon dernier n'en fait point la parure ;
Et mon entier conferve la texture
C
D'objets fouvent très - délicats.
(Par M. Lagache fils , Rec. des Dom. Nat.)
JAD
ÉNIG M E.
ADIS j'eus place au rang des Dieux ,
Et j'anime tout fur la Terre .
Sans moi plus de jour dans les Cieux .
Tagis beaucoup en temps de guerre ;-
FRANÇA I S.
On me craint & l'on n'a pas tort ;
i fuis en furie
Affreux
quand je
Qui veut me conferver la vie ,
*Doit "m'enterrer avant ma mort.
(Par M. Hubert. )
T
LOGOGRIPHE A COEURS.
LONON me méprife avec mon coeur
Zulmis me chérit fans mon coeur
Du premier regne , avec mon coeur ,
Je fuis du fecond fans mon coeur ;
Souvent je porte avec mon coeur
Mais l'on me porte fans mon coeur ;
J'ai pieds & tête avec mon coeur
Ni pieds ni tête fans mon coeur ;
Bravant l'hiver avec mon coeur
Je le redoute fans mon coeur ;
Eſclave , hélas ! avec mon coeur
ט
J'offre une Reine fans mon coeurlucis.
De crainte d'ennuyer ton coeur , YOS
Lecteur , adieu de tout mon coeur.
2
( Par M. Lagachefils, Rec. des Dom. Nat. )
E 2
85 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES du Miniftere du Duc
d'Aiguillon , Pair de France , & de fon
Commandement en Bretagne; pour fervir à
'Hiftoire de la fin du Regne de Louis XV
& à celle du commencement du Regne de
Louis XVI. 1 Vol. in-8°. Prix , 4 liv.
broc. , & 4 liv . 10 f. franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib.
rue Haute-feuille, No. 20.
>
LE
E premier foin de tout homme impartial
, en lifant ces Mémoires
& tous ceux
du même genre c'eft d'examiner
, quel
degré de confiance
il eft permis de leur
accorder , & cet examen doit fe porter
particuliérement
fur le caractere
& les intérêts
de l'Auteur , fur le moment
où il
a écrit , & fur le but qu'il fe propofait
en
écrivant. Ici , l'Auteur
nous eft inconnu :
les Editeurs
ne nous difent pas quel il
eft , & paraiffent
eux - mêmes
l'ignorer.
Ils ne nous apprennent
pas non plus comment
ces Mémoires
leur font tombés entre
les mains ; mais ils penfent , & avec
FELICTESECA
3241A
MONASTNELS.
FRANÇAI S.
89
raifon , qu'une partie des faits qu'on y
raconte n'a pu être communiquée que par
le feu Duc d'Aiguillon ; qu'ils ont été
compofés de fon vivant & lorfque le vieux
Maurepas vivait encore , à peu près yers
l'an I 780. Ces Editeurs montrent d'ailleurs
de l'impartialité , en proteftant euxmêmes
dans des Notes contre des accufations
atroces intentées , fans preuves , au
feu Duc de Choiſeul ; & en inférant à la
fin du Livre quelques Notes particulieres
d'un homme inftruit , qui a eu le manuf
crit fous les yeux , & qui en releve quelques
erreurs plus ou moins importantes.
Quant à l'objet des Mémoires , il fe
montre de lui-même à la lecture. On voit
clairement qu'ils étaient adreffés à un
homme de la Cour , d'un rang élevé ( on
l'appelle Monfeigneur ) , & d'un crédit
confidérable auprès de la Reine. Il n'eft
pas moins évident que ces Mémoires
où tout le monde eft jugé & compromis
avec une extrême liberté , n'étaient nullement
destinés à être publics ; c'eſt une
correfpondance intime , où l'Auteur eft
trop occupé des chofes pour foigner fes
expreffions. Son ftyle eft très -négligé , &
fon récit même manque de méthode &
quelquefois de clarté foit parce qu'il
s'embarraffe dans fes phrafes , foit parce
qu'il fuppofe que certains faits font , par
avance , fuffifamment connus . Il résulte de
E3
90 MERCURElà
que l'Auteur , ne craignant rien pour
une correfpondance qui eft de nature à
être tenue très-fecrete , a pu dire toutes les
vérités , fans rien rifquer ; mais il en réfulte
auffi que , ne redoutant pas la cris
tique & les démentis , fuites de la publicité
, il a pu fe permettre impunément le
menfonge. Sa partialité n'eft pas douteufe
il eft l'admirateur paffionné du Duc d'Aiguillon
; ce Miniftre eft conftamment l'u
nique objet de fes éloges ; tous les autres
le font de fes reproches ; & fon deffein , en
rédigeant ces Mémoires pour un homme
très accrédité auprès de la Reine , eft de
la faire revenir de fes préventions contre
le Duc d'Aiguillon , de l'engager à rappe
ler à la Cour & à remettre en place le
feul homme qui ait le talent de l'Admi
niftration , les véritables principes de la
Monarchie , & qui fait capable de rétablir
& de maintenir l'autorité royale ; &
cet homme eft le Duc d'Aiguillon . Tout ,
dans ces Mémoires, tend à ce but ; & dans
les vûes de l'Auteur , on ne pouvait pas
s'y prendre mieux. Sous un Gouvernement
abfolu dans les principes , & faible dans
les moyens ( & tel était le nôtre à cette
époque , la meilleure recommandation
pour arriver au Miniftere , devait être ,
fans doute , la difpofition à donner à l'au
torité toute l'étendue & toute l'énergie
dont elle était fufceptible, L'Auteur s'oc
FRANÇA IS. 24
ا ي
cupe principalement de prouver que le Duc
de Choifeul , en s'arrogeant toute la puiffance
, avait plus d'une fois compromis &
facrifié celle du Roi , qu'il l'avait fait reculer
publiquement devant les Parlemens
qu'il foulevait en fecret ; que le Comte de
Maurepas n'avait pas moins abaiffé Louis
XVI , en faifant revenir les Parlemens
fans prendre les précautions néceffaires pour
les contenir dans de juftes barnes , & pour
prévenir des troubles femblables à ceux
qui avaient fi long- temps défolé le Royanme.
Il juge très- févérement l'Adminiftration
de M, Turgot & de M. Necker ; on
peut imaginer comment il aite tous les
autres Miniftres. Il ne parle jamais de
Louis XV qu'avec une forte de tendrelle
& ne le nomme pas autrement que le bon
Roi. Il le repréfente toujours comme
n'ayant d'autre défir que celui de rendre fon
Peuple heureux . Il eft pourtant démontré
pour tout homme inftruit , que fi quelque
chofe occupait férieufement ce Prince
c'était le maintien de fa toute- puillance ,
la feule idée dont il fût sûr , & la feule
dont fes Inftituteurs & fes Miniftres l'euffent
bien pénétré. Ce n'eft pas cependant
qu'il ne fût complétement allervi , comme
le fera toujours un Roi faible & ignorant ;
mais s'il ne fut pas fe faire conftamment
obéir comme Louis XIV , c'eft qu'il n'avait
pas les mêmes talens. Louis XIV
E 4
32 MERCURE
avait une volonté ; Louis XV n'eut jamais
que celle de fes Miniftres quand
ceux-ci ne fe fentaient plus la force de le
foutenir après l'avoir mis en avant , ils lui
faifaient entendre qu'il fallait céder , & il
cédait.
>
Au refte , on ne veut point entrer iti
dans des détails réfervés pour l'Hiftoire
ni difcuter en aucune maniere le récit &
les affertions de l'Auteur des Mémoires : il
faudrait faire un ouvrage fur fon ouvrage.
Si l'on a relevé fon jugement fur Louis
XV , c'eſt qu'il fuffifait de quelques lignes
pour rappeler une vérité affez connue. Il
n'en faut pas davantage pour réfuter ce
qu'il dit du Duc de Choifeul , que le plan
fuivi de fon ambition était de fe faire nommer
Maire du Palais. Encore une fois , je
ne veux juger ici ni le Duc de Choifeul
ni le Duc d'Aiguillon , ni aucun des per
fannages nommés dans ces Mémoires . Tout
jugement fur les hommes qui ont occupé
de grandes places , doit être motivé par les
faits c'eft un travail hiftorique dont ce
n'eft pas ici le cadre. Mais il y a des erreurs
qui fautent aux yeux ; & par exemple
, quiconque a un peu réfléchi & connaît
un peu fon fiecle , fait que le Duc
de Choifeul était trop du fien & avait trop
d'efprit pour avoir jamais eu la folle prétention
d'être Maire du Palais. Il voulait
fans doute être le maîtrẻ ; il le fur , &
FRANÇAI S. 93
-
cela même n'était pas très - difficile . D'ordinaire
, il est beaucoup plus aifé de gouverner
un Roi qu'un Royaume : il ne faut
pour l'un qu'un peu d'adreffe & l'efprit
de Courtifan ; il faut pour l'autre des lumieres
, des vertus & l'efprit d'un homme
d'Etat. Cependant il eft tel Prince plus
difficile à mener qu'un Empire , & c'eft
celui qui eft , par caractere , jaloux du Miniftre
dont il a befoin ; tel était Louis
XIII : auffi Richelieu , qui avait du génie,
quoiqu'il fût un très méchant homme
était il fouvent plus embarraffé de fon
Maître que de l'Europe , & ce même
homme, qui triomphait fans beaucoup de
peine de tant de Puiffances ennemies , lurtait
péniblement contre la Cour , & ne fut
jamais près de fuccomber que fous l'intrigue
& les Favoris . Il n'en était pas de
même de Louis XV. Dès qu'il avait
nommé un Miniftre , il le faifait Roi dans
fon département ; c'était un Subftitut qu'il
fe donnait , & tout ce qu'il lui demandait ,
c'était de le difpenfer de tout travail & de
tout embarras , & de ne lui laiffer que la
peine de figner. Perfonne ne convenait plus
à un tel Prince que le Duc de Choifeul :
n'étant jamais embarraffé de rien , il n'embarraffait
jamais le Roi ; & je lui ai ouï
dire à lui-même : Quand je m'appercevais
dans mon travail avec le Roi qu'il commençait
à s'ennuyer , je lui faifais des contes ;
ES
94
MERCURE
fur quoi un homme d'efprit , qui aimair
affez à dire des bons mots , & même à
jouer fur les mots , me dit à l'oreille : It
avait raifon ; il lui était plus aife de faire
des contes que de rendre fes comptes.
Choifeul régna donc en réuniffant à lui
feul deux Minifteres , en difpofant du troi
fieme qu'il mit entre les mains de fon
coulin , & en choififfant des Contrôleurs-
Généraux à fa dévotion . Il eut réellement
tout le pouvoir d'un premier Miniftre fans
en avoir le titre il fe peut qu'il l'ambitionnar
; & dans ce cas , la vanité l'aurait
trompé car le titre avait plus d'inconvé
niens & de dangers que la puillance ; mais
fi on lui eût dit qu'il était foupçonné de
vouloir être Maire du Palais , je crois qu'il
en aurait ri , & qu'il le ferait feulement
étonné qu'on le crût, un fot.
L'Auteur des Mémoires n'en eft pas un
non plus , certainement ; il a de l'efprit &
de la connaiffance des affaires ; il eft au fait
de la Cour de ce temps - là , & l'on ne
trouvera nulle part un plus grand nombre
d'Anecdotes curieufes , puifées à la fource ;
il fait le fond des intrigues principales , &
a fuivi la marche des partis oppofés ; mais
fon animofité contre les Choiteul le rend
injuse au point d'affirmer fans preuve &
fans honte des atrocites ; dont il ne donne
pas metce le plus léger indice. Il impuse
formellement au Duc de Choifeul la mort
FRANÇAIS.
du Dauphin , de la Dauphine , & de la
Reine , qu'il affure avoir péri par le poifon,
Il ne faut pas même prendre la peine de
repouffer de pareilles horreurs par le calcul
des invraifemblances , il fuffit de dire à
l'accufateur : alléguez vos preuves ; fi vous
ne le pouvez pas , vous êtes coupable de
la plus infame calomnie. 741
Je n'ai aucun intérêt à défendre la mémoire
du Duc de Choifeul ; je l'ai fort
peu connu , & alors il n'était plus en
place. Si j'écrivais l'Hiftoire , rien ne m'empêcherait
d'expofer les fautes de fon Adminiftration
, & de tracer avec ma véracite
accoutumée les bonnes & mauvaifes qua
lités. L'avouerais que l'Auteur des Memoi
res a raifon fur les traités faits avec les
Cours de Vienne & de Madrid , & ce qu'il
dit fur les liaifons de ce Miniftre avec ces
deux Cours , & fur les intérêts qui en
'étaient le fondement réciproque , eft de
toute vérité. Mais depuis Louvois jufqu'
nos jours , il n'était pas rare, de voir
Miniftre fubordonner les intérêts publics
aux fiens , & fonger avant tout à être toutpuiffant
; & dans ce fiecle & dans nos
moeurs , il y a encore loin d'un ambitieux
à un empoifonneur : tel homme qui e
fe fera pas fcrupule de faire un mauvais
traité pour s'affernir dans fa place, reculerait
d'horreur à la feule ce d'empoi
fonner le fils , la belle- fille, & la femme de
E 6
of MERCURE
on Roi. J'ajouterai encore qu'en approfondiffant
le caractere du Duc de Choifeul,
d'après fes actions connues , on trouvera
qu'il n'y avait en lui rien qui pût le faire
croire capable de grands crimes non plus
que de grandes vertus.
Si quelque chofe frappe finguliérement
dans ces Mémoires , où tant de perfonnages
paffent en revue , c'eft l'extrême médiocrité
, la nullité même de prefque tous
ceux qui rempliffaient les premieres places ,
y prétendaient , ou les diftribuaient. On
attend un Tacite pour peindre avec une
fidélité énergique la profonde abjection de
cette Cour de Louis XV & de tout ce qui
en approchait ; un Roi fe féparant de la
chofe publique par une infouciance avouée ;
prêtant fon nom avec indifférence à quiconque
voulait régner pour lui , fouvent
même réduit à ne favoir à qui le prêter
non par l'embarras de choifir le meilleur
ou par la crainte de choifir le pire , mais
par la difficulté d'accorder enſemble ceux
qui lui dictaient fes choix ; méprifant
tout ce qui l'entourait , non qu'il eût le
droit de rien méprifer , mais parce que les
fripons qui avaient élevé , lui avaient
perfuadé qu'il n'y avait au monde que des
fripons ; n'ayant jamais vu dans la Royauté
que les jouiffances d'un particulier riche ,
fans y joindre même celles d'un particulier
éclairé ; fi mal élevé qu'il ne favait
FRANÇAI´S. 97
accueillir convenablement ni les Etrangers
ni fes Sujets , quand ils lui étaient préſentés
, qu'il était hors d'état de leur rien
dire de fenfé , encore moins de ces mots
heureux avec lesquels du moins le Defpote
Louis XIV faifait faire de grandes chofes ,
& que quand il fallait parler en public &
répondre aux Compagnies , il avait peine à
balbutier quelques lignes dictées qu'il lifait
dans fon chapeau ; fans aucun goût pour
les plaifirs honnêtes & nobles , fans délicatelle
& fans bienféance dans ceux qu'il
faut cacher , & n'y cherchant que la multiplicité
fans fe foucier du fcandale ; fi
éloigné de tout fentiment de fa dignité
qu'il defcendait fans rougir au métier d'agioteur
, & que l'on vit pour la premiere
fois un Roi de France fpéculer fur le décri
de fes propres engagemens & fur l'avilif
fement de fa parole royale. Voilà , en partie
, fous quels traits généraux l'incorrup
tible Hiftoire fera obligée de le repréfenter.
Que pouvait être la Cour fous un tel
Maître que pouvait - on y voir ? L'intrigue,
la corruption & la baffeffe , devenues les
feuls moyens d'élévation ; l'oubli de tout
devoir & de tout principe ; la plus méprifable
inftabilité dans les vûes , dans les
opérations , dans les Ordonnances ; rien de
raifonné que l'immoralité , rien d'important
que les petites chofes ; les vices même
dégénérés , l'ambition dégradée , & ne
t
98
MERCURE
,
voyant plus dans le Miniftere que la faci
fité des rapines & la penfion de retraite
an tel dénuement de talens & de reffources,
que l'impudence des Aventuriers d'antichambre
& des Charlatans de politique
était accueillie & encouragée , comme dans
les maladies défefpérées , les Empiriques de
la populace trouvent accès dans les palais ;
des hommes connus à Paris feulenrent par
leurs ridicules , accrédités à Verfailles ;
enfin un mépris de la juftice , de l'honneur
& de la probité fi hautement affiché qu'il
fallait fe donner la réputation d'un fripon
pour n'avoir pas celle d'un fot.
Ceux qui ont étudié les caufes originelles
de notre Révolution , ne fauraient
douter qu'une des principales ne foit le profond
mépris que les 20 dernieres années de
Louis XV infpirerent généralement pour
la Royauté ; tous les efprits furent frappés
de l'excès des abus où pouvait - parvenir
une puiffance abfolue , & de tous les maux
qu'elle pouvait faire à une Nation. Louis
XIV avait rendu , pendant trente ans , les
Français idolâtres d'un defpotifme dont ils
ne voyaient que l'éclat & les fuccès qu'ils
croyaient partager ; ils finirent par en fentir
le poids ; mais ils n'allerent encore que
jufqu'à la haine du Defpore dont l'ambition
caufair- leur nifere ; & comme il fut
grand dans les infortunes , fa mémoire fe
foutint dans la Poftérité. Une cupidité efFRANÇAIS.
99.
frénée & une foif infariable de For , allus
mée pendant la Régence par un fyftême
qui bouleverfait les fortunes & confondait
les états , plaça les richelles au premier
rang. Sous le Cardinal de Fleury , l'ignorance
totale des revenus que produifait la
France , & qui n'étaient connus que de
ceux qui les percevaient , mit le Gouver
nement à la merci des :Fermiers- Généraux ,
& multiplia ces, fortunes énormes de finance
qui établirent une nouvelle' Nobleſſe
en méfalliant l'ancienne ; ainfi les, préjugés
même furent corrompus , & perdirent le
peu d'utilité qui pouvait balancer leurs
inconvéniens. Dans la erre de 1741 , les
victoires remportées par un Général étran
ger , donnerent encore aur Gouvernement
un moment d'existence dans l'opinion, parce
qu'on ne fic.pas attention que c'était déjà
une bien honteufe décadence de m'avoir
plus en France qu'un Saxon pour gagner
des Barailles , & un Danois pour prendre
des villes , tandis qu'on était battu par
tour où ils n'étaient pas. Il était prouvé
dès- lors que nous n'avions plus de Généraux
, & que Villars avait été le dernier des
-Héros Francais. La guerre de 176 acheva
-de le prouver complétement & nbs dér
fhires ignominenfes dans les quatre parties
da Munde rendirent la France un objer
de pié pour l'Europe , pendant que les
querelles du Janfénifie la rendaient ridi
100 MERCU E
*
cule, & que celles de la Cour & des Parlemens
rendaient le Gouvernement odieux .
Enfin , les dernieres années de Louis XV
porterent le dernier coup à ce qui pouvait
refter encore aux Français d'attachement
à la Royauté. On fentit qu'il était intolé
rable que le fort de tant de millions d'hommes
dépendît abfolument de l'ineptie &
des vices d'un feul : eft- il étonnant que le
fucceffeur de Louis XV , avec des moeurs
féveres , le goût de l'économie & l'amour
du bien , n'ait pu détruire cette tendance
univerfelle à un nouvel ordre de chofes ,
toujours augmentée par un nouveau regne ?
Ce qui même l'abord chérir le fien ,
c'eſt qu'il s'annonça fous l'afpect d'une
réforme prochaine. Mais l'efprit d'infouciance
& de déprédation , & la révoltante
dépravation de fa Cour l'entraîna luimême
, malgré fes bonnes intentions ; le
gouffre de la banqueroute fut ouvert à tous
les yeux ; on en vit l'horrible profondeur ;
les Etats- Généraux furent appelés pour le
combler ; & dès ce moment la Révolution
commençait dans toutes les têtes ; car
lorfqu'on veut remédier à des maux invétérés
, lorfqu'on a pris le parti de fonder
enfin la plaie , il eft naturel qu'on ne s'arrête
pas à des palliatifs , & qu'on veuille
extirper le mal dans fa racine , dût - on y
porter le fer & le feu. La Nation était
donc fur le penchant d'une Révolution ;
FRANÇA I S.
101
il ne s'agiffait que de lui donner un mouvement
qui la précipitât , & les Etats-
Généraux le donnerent. Un Miniftere éconoine
& ferme l'eût encore retardée ; mais
un grand homme , la reconnaiſfant néceffaire
& inévitable , eût voulu la faire luimême
& en eût ambitionné la gloire pour
en éviter le danger. Alors , fans doute ,
elle eût été meilleure pour nous , parce
que , reçue comme un bienfait , elle n'eût
pas excité d'orages ; mais elle eût été moins
bonne pour les générations fuivantes. Un
Roi , quel qu'il fût , n'eût pas fait pour le
Peuple ce que le Peuple à fait
pour luimême
; il aurait, juſqu'à un certain point,
compofé avec les paffions & les intérêts .
La Nation a tout renverfé impétueufement,
& en conféquence eft obligée de tout
reconftruire laborieufement. Le champ de
la Liberté eft encore ftérile , parce qu'il eft
le théâtre des combats ; mais la paix une
fois établie , ce champ , paisiblement cultivé
, fera fécond , parce que toutes les
plantes falutaires y font dépofées , & que
toutes les tiges venimeufes étant arrachées ,
il ne fera plus poffible d'y faire germer des
poifons.
On ne fera pas étonné qu'à propos de
Louis XV & de fa Cour , j'aie laffé échapper
quelques idées générales fur les cauſes ,
foit éloignées , foit prochaines , de notre
Révolution , quoique ce ne foit pas ici le
102- MERCURE
lieu ni le moment de les développer , ileft
naturel qu'un efprit rempli de ces idées
foit toujours prêt à les répandre , d'autant
plus que ces caufes d'un événernent fi extraordinaire
ne m'ont paru nulle part fuffifamment
approfondies , pas même dans
ce qu'on a écrit de mieux fur ce fujet.
Pour ce qui eft de Louis XV , je ne crois
pas que les gens inftruits me trouvent trop
févere à fon égard ; mais que diront - ils de
l'Auteur des Mémoires , qui , portant un
coup d'oeil fi rigide fur tous ceux qu'il
nomme , s'exprime ainfi fur Louis XV :
» Tout ce qu'il y a de gens inftruits en
France & en Europe , favent que la
» modeftie & le filence de Louis XV fue
» les affaires , cachaient le plus grandfens
» & l'efprit leplus jufte. Perfonne dans tous
» le Confeil n'avait le coup d'oeil plus súr ,
» ne parlait mieux & en moins de mots , ne
formait & ne réuniffait un avis avec plus
» de fagacité & de précifion que le Roi. Les
bons , les fideles Sujets de ce Prince n'au-
» raient eu rien à défirer de la part qu'un
» peu moins de défiance dans plufieurs au
ג כ
"
"
tres. La bonté de fon coeur , la droiture
» de fon caractere lui laiffait foupçonner*
» rarement la fraude & l'impofture " .
و د
Ceux qui compofent au hafard de prétendues
Hiftoires , comme il y en a tant ,
feraient bien capables de fe régler fur de
pareils Mémoires , & trouveraient ce juge!
FRANÇAIS. 103
ment d'autant moins fufpect de flatterie
qu'il eft écrit après la mort de Louis XV
& dans une correfpondance , fecrete. Ils fe
tromperaient beaucoup fur leurs motifs de
confiance & fur ceux de l'Auteur : ils ne
feraient pas réflexion que cette correfpondance
, adreffée à un Courtiſan dont on
veut capter le crédit , devait être foumiſe,
à l'efprit de Cour , qui permet de dire du
mal de tout ce qui eft ou a été en place ;
mais jamais du Roi qui doit être toujours
facré , même après la mort , par refpect
pour fon fucceffeur , à moins que fon
fucceffeur n'ait des reffentimens particuliers
contre celui qu'il remplace , comme
était le Régent à l'égard de Louis XIV
dont , en conféquence , la mémoire fut fi
peu ménagée par les Ecrivains de ce temps,
là . Hors de ce cas , c'eft toujours , à la
Cour , une faute capitale de dire du mal
du Maître , même quand il n'eft plus . Ces
éloges de Louis XV ne font donc qu'une
adulation , démentie par les faits . Il est bien
vrai qu'il n'était pas dénué de fens , & que
plus d'une fois dans le Confeil il énonça
une opinion fage : ceux qui s'extafiaient
alors d'admiration , oubliaient qu'un Roi
abfolu , n'ayant jamais, à faire le mal, l'intérêt
qu'ont fi fouvent les fubalternes , doit
naturellement avoir un avis raiſonnable , મે
moins qu'il ne foit tout-à- fait inepte , ou
que la question ne foit difficile. Mais de
104 MERCURE
ce degré de raifon , très-facile & très- commun
, au plus grand fens & à l'efprit le plus
jufte , il y a loin , & cet éloge qu'aurait
pu mériter un Henri IV , aufli bon Politique
aux yeux des obfervateurs que grand-
Guerrier , ce caractere de bonté & de droisure
, qui était celui du même Prince , il
eft ridicule de l'accorder à Louis XV . Perfonne
n'ignore que quand il lui arrivait
d'avoir un avis , ce qui n'était pas trèsfréquent
, il ne favait pas le défendre , &
fe rendait à la premiere objection , parce
qu'il n'en favait pas affez pour embraffer
un objet fous toutes les faces & réfoudre
les difficultés. Perfonne n'ignore non plus
que dans un Régime tel qu'était alors le
nôtre , l'avis du Miniftre qui a le premier
crédit , eft ordinairement celui du Confeil
& du Roi , qu'il y aurait trop de danger
à le contredire , & que cette hardieffe ,
quand elle a lieu , eft le préfage & l'avantcoureur
de la chute prochaine du Miniftre.
Quant à la bonté de coeur de Louis XV ,
tout ce qu'il y a de vrai , c'eft qu'il était
d'une humeur facile & complaifante dans
fon intérieur ; mais pour être sûr qu'il n'a
jamais rien aimé , pour apprécier cette
droiture, il fuffit de fe rappeler avec quelle
honteufe diffimulation il accabla de careffes
M. le Duc à l'inftant même où il venait
de figner l'ordre de fon exil , & l'indifférence
infultante qu'il fit voir en regardant
FRANÇAIS. διας
par fa fenêtre le convoi d'une femme aimable,
avec qui il avait paſſé vingt années
de la vie.
7
C
Je ne fais ce que fignifie qu'on aurait
feulement défiré de lui moins de défiance
dans plufieurs autres lorfqu'on nous dit
immédiatement après , qu'il foupçonnait
rarement la fraude & l'impofture. C'est une
contradiction fi évidente , qu'elle fait foupçonner
une faute d'impreffion.
no Ce Livre finit par un plan affez étendu
d'une foule
d'Etabliffemens publics , foit
pour l'encouragement des Arts & des Lettres
, foit pour la décoration de la Capitale,
&c. Tous ces projets font bien conçus ,
bien détaillés ; mais le ftyle, fouvent technique
, décele clairement la plume d'un
Artifte , empruntée par un Courtifan qui
paraît avoir eu affez d'efprit pour fentir
qu'il était d'une bonne politique d'adoucir
le fentiment de la fervitude par les jouiffances
des Arts ; & très-heureuſement ces
jouiffances peuvent fervir tout auffi bien ,
& encore mieux , à embellir la Liberté
quand la Liberté fera tranquille & éclairée.
Ce morceau eft très - intéreffant : l'Auteur
l'avait écrit pour engager la Reine à
favorifer de tout fon pouvoir ce que les
Arts & les Lettres peuvent ajouter à la
fplendeur d'un grand Empire . Il indiquait
ce moyen comme un de ceux qui étaient
les plus propres à la faire aimer, & le titre
}
7186 MERCURE
e
-de Protectrice des Arts comme celui qui
e devait le plus la flatter . Leiconfeil était fort
bon , & c'est une nouvelle preuve que celui
qui penfe ainfi mérite d'être lu.
"
1
J'ai parlé des fautes de ftyle , à peu près
indifférentes pour les intentions de l'Auteur.
Il y a pourtant telle de ces fautes
qui va jufqu'à rendre la diction à la fois
ridicule & inintelligible, celle- ci , par exemple
Pour trouver MM. de la Chalotais
coupables de quelques crimes , on
imagina d'éventrer leur Secrétaire " eft
difficile d'abord de comprendre comment
c'eft un moyen de conviction que d'éventrer
un homme. Ce n'eft qu'au bout de
quelques pages qu'on devine que le mot
de Secrétaire ne fignifie pas ici un homme,
mais un meuble. Cette double acception
eft également françaiſe , il eft vrai , mais
une locution qui ne l'eft pas , c'eft d'éventrer
un fecrétaire-meuble. Le mot enfoncer
eût été jufte & clair ; car on enfonce un
, bureau , & on éventre un homme. Qu'an
fe figure l'embarras d'un pauvre Etranger
lifant ou traduifant des Ouvrages écrits de
ce ftyle , & fe donnant la torture pour ex-
Spliquer comment on imagine de tuer un
Secrétaire pour trouver le Maître coupable.
Le terme d'éventrer ne lui fuggérerait
pas d'autre idée , & ferait , fans doute , la
matiere de commentaires curieux : ce pourrait
être auffi celle de bien des réflexions
FRANCAIS. 107
=
fur la maniere étrange dont on écrit aujourd'hui
; mais on ne finirait pas , & cet
article devrait déjà être fini .
ANNONCES ET NOTICES.
"
L'AINE ET LE CADET , Comédie en deux actes
& en profe , repréſentée pour la premiere fois
à Paris , fur le Théâtre de la rue Feydeau , le
17 Janvier 1792 ; par J.-M. Collot d'Herbois.
A Paris , chez la veuve Duchefne & Fils , Lib .
rue Saint-Jacques , nº. 47.
Quinque illuftrium Poëtarum , Antonii Panormitai
, Ramufi Ariminenfis , Pacifici Maximi
Afculani , Joannis Joviani Pontani , Joannis
Secundi Hagienfis , Lufus in venerem , partim ex
codicibus Manu-ſcriptis nunc primum editi.
On trouve chez Molini , Librairę , rue Mignon ,
quartier Saint-André- des- Ares , des Exemplaires de
ce Recueil in- 8° . imprimés fur papier d'Hollande .
Prix , 6 liv . br. Les plus célebres Auteurs des cinq
réunis ici , font Jean Second & Pontanus ; mais
les trois autres , Maxime d'Afcoli , Antoine de
Palerme , & Ramufio de Rimini , quoique moins
connus , ne font pas indignes de figurer à côté
des deux premiers. Antoine de Palerme & Ramulio ,
dont l'un vivait dans le quinzieme fiecle , & l'autre
dans le feizieme , ont laiffé quelques poéfies érotiques
qui paraiffent aujourd'hui imprimées pour
fa premiere fois . Elles ont en général l'agrément
attaché à ce genre facile , fur tout dans le latin ,
dont l'élégance fe prête aifément à voiler les images
& les idées licencieufes. Ce Recueil mérite une
108 MERCURE FRANÇAIS.
place dans la Bibliotheque des Curieux qui ont
des Collections d'Auteurs latins.
TRAITÉS DE MUNSTER DE RISWICK ET DE
VERSAILLES , des 24 Mai 1648 • 30 Octobre
1697 , & 1. Mai 1756 , entre la France , l'Empire
& la Maifon d'Autriche , ou Pieces juftificatives
de la juftice de la caufe des Français dans
Ta guerre qui fe prépare , & du droit qu'ils ont
de la déclarer. Prix , 1 liv. 10 fous pour Paris , &
1 liv. 16 f. franc de port pour tout le Royaume.
A Paris , chez Guillaume junior , Imprimeur - Lib.
rue de Savoie- Saint- André- des- Arcs , n ° . 17 ; &
Lebour , Libr. au Palais- Royal , fous les Galeries
de bois , nº . 188 ,
CODE UNIVERSEL ET MÉTHODIQUE des nouvelles
Loix Françaiſes , ou Recueil complet des Décrets
des Légiflatures , acceptés ou farctionnés par le
Roi ; divifé par ordre de Matieres , avec des
notes & explications ; publié par M. Guichard ,
Doct . M. Homme de Loi. 4me, Divifion. Droit
civil , Tome 1er . A Paris , chez l'Editeur , Place
Dauphine , no. 11. De l'Imprimerie de P... F ...
Didot le jeune ; in-4°.
L'INSTITUTEUR D'UN PRINCE ROYAL , tiré
d'un Ouvrage Irlandais , intitulé Oribeau & Oribelle
, publié en Français fous le titre des Veillées
du Marais ; 4 Vol. in- 12 . A Paris , chez Duchesne ,
Lib. rue St-Jacques , au Temple du Goût.
TABLE.
MADRIGAL
851 Mémoires.
Charade , Enig. Log. 86 Annonces & Notices.
$8
107
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 20 Mars 1792 .
Ce fut le 24 Février que le Roi de Suède
fit à Gefle la clôture de la Diète par le Difcours
fuivant..
сс
Lorfqu'à l'ouverture de cette Diète , dont je
fais fi heureufement la clôture aujourd'hui , je
vous difois , que dans un temps où une licence
effrénée ébranloit ou renverfoit des Gouverne◄
mens , je n'avois pas craint de vous convoquer ,
je me fiois à votre attachement pour moi & à
la manière noble de penfer de la Nation , pour
conduire en paix & avec tranquillité les affaires
importantes qui avoient caufé votre convocation .
Mon efpérance n'a pas été trompée ; & , après
avoir mentré dans la guerre que vous êtes le
même Peuple , dont le courage avoit autrefois.
ébranlé ou fortifié alternativement des Trônes ,
N°. 14. 7 Avril 1792 ,
A
( 2 )
}
vous donnez aujourd'hui à vos Contemporains
un exemple encore plus noble de la prudence mâle
& de l'union avec lefquelles un peuple fage &
éclairé fait conduire fes délibérations , lorfque dans
des affaires importantes le Chef de l'Etat demande
fes confeils . Cet exemple eft d'autant plus
grand , que vous êtes les feuls qui le donniez ;
que par-là vous juftifiez la confiance que j'ai
en vous ; & que vous fortifiez par cette union
mutuelle la paix & la force au -dedans de la Patrie , en
même temps que vous augmentez au-dehors la
confidération , que votre courage vous a méritée à
fi jufte titre. »
сс
Si , comme le premier Citoyen , comme celui
pour qui le bien de l'Etat & le vôtre eft le plus
intimement lié , je dois , au nom de la Pattie ,
vous en témoigner une reconnoiffance également
digne de vous & de moi , combien mon coeur
n'eft il pas fenfiblement touché de l'attachement
& de l'amour que pendant le cours de cette Diète
vous avez fait voir pour moi & mon Fils , &
combien dans fon jeune coeur l'amour , la confidération
& la confiance ne doivent-ils pas fe
fortifier pour ce Peuple généreux , qui , dès fon
enfance , lui donne tant de preuves d'attache-
´ment ? Vous l'avez vu ſuivre vos délibérations ,
& , conduit par ma main , s'inftruire à remplir
cette grande tâche à laquelle la Providence le
deftine un jour ; j'ai voulu de bonne heure l'accoutumer
aux affaires , & lui apprendre à eſtimer
un Peuple qu'il doit gouverner , à aimer ſes
loix , & refpecter fa liberté. Vous avez partagé
l'espérance de mon coeur paternel , en manifeltant
vos fouhaits de voir bientôt mon Fils augmenter
ma Famille , & donner ainfi la force &
la sûreté néceffaires à la fucceffton au Trône ,
( 3 )
•
Un tel fentiment devroit affurément augmenter
ma reconnoiffance , fi mon coeur n'en étoit déjà
rempli. »
cc Vous retournerez maintenant chez vous reprendre
en paix vos occupations , & partager
avec vos Compatriotes la fatisfaction d'avoir
concouru au bien public , & au maintien de
l'Etat. De mon côté , je vais veiller au bien de
la Patrie & au vôtre. Je tâcherai d'encourager
l'Agriculture , les progrès du Commerce , de
maintenir la fainteté des loix , l'exécution de
la juftice & le refpect pour la Religion ; enfin
je vais me donner à tous les foins que mon
devoir & mon état exigent , mais qu'exigent encore
plus cet amour & cette reconnoiffance que votre
attachement pour moi fait fentir vivement à mon
coeur. »
« Ces devoirs , qui ne ceffent pas un inftant
, qui rempliffent le cours de la vie , lorfqu'i's
font prodigués pour le bien d'un Peuple
chéri , ils deviennent faciles ; alors on eft foutenu
par un vrai zèle , par l'honneur , & plus
encore par la fatisfaction de faire tout ce qui dépend
de moi pour vous témoigner må reconnoiffance , &
conferver dans vos coeurs les fentimens avec lefquelsvous
quittez ces lieux . >>
« C'eft dans ces fentimens que je fais aujour
d'hui la clôture de cette Diète ; ce fera avec les
mêmes que je vous recevrai de nouveau devant
le Trône , lorfque nos intérêts communs pourront
exiger votre convocation. »
Ainfi a fini cette Affemblée des Etats
qui prouvera , ainfi que les précédentes ,
que lorfqu'un Roi veut payer de fa perfonne
, lorfqu'il fait allier le courage à la
A 2
( 4 )
dextérité , & fe rendre populaire fans
oublier fa dignité , il déconcerte toutes les
entrepriſes des Factieux. Les trois Ordres
du Clergé , de la Bourgeoifie , & des Payfans
, ont envoyé à S. M. S. une Députation
, pour lui réitérer leurs renierciemens
de l'acte de sûreté décrété en 1789. Ces
trois Ordres ont auffi fait frapper une médaille
en mémoire de l'établiſſement du
haut Tribunal , où fiégent des Membres de
la Bourgeoisie.
Le Comte d'Oxenfliern a été nommé
Maréchal du royaume ; le Baron de Ruuth ,
Maréchal de la Diète & le Général d'Armfeldt
font élevés à la dignité de Comtes.
S. M. a fait auffi diftribuer plufieurs rubans
de l'Ordre de l'Etoile Polaire & de
celui de Vafa.
L'année dernière , les deux tiers de la
ville de Carlfcrona furent incendiés : Gothenbourg
vient d'effuyer le même défaſtre.
Dans la nuit du 2 au 3 , 110 édifices , grands
& petits , ont été confumés : le feu a commencé
par la maifon d'un Menuifier ; un
vent violent de S. E, a rendu les fecours
inutiles.
De Vienne , le 23 Mars 1792.
Le 13 , S. M. A. a donné fa première
audience publique. Les dehors de ce Prince ,
fon accueil affectueux , l'opinion avantageufe
qu'on s'en eft formée ; enfin , le pref(
5 )
tige ordinaire d'un nouveau règne , ouvrent
au Roi tous les coeurs après les avoir
gignés , il ne s'agit plus que de juſtifier
leurs difpofitions. Tout nous promet que
S. M. ne démentira pas cette efpérance.
Peu de Monarques montèrent fur le Trône
dans des conjonctures plus propres à animer
fon émulation , à développer fes talens
, à lui procurer cette gloire folide qui
accompagne l'activité & le courage , lorfqu'ils
s'uniffent à la fageffe & à l'amour
éclairé du bien.
En les confirmant dans leurs places ,
S. M. a écrit des lettres très -amicales au
Chancelier d'Etat & au Maréchal de Lafcy.
Jufqu'ici , on n'a exécuté aucun changementdans
le Ministère. Quelques perfonnes
parlent , il eft vrai , du Comte de Cobentzel,
Ambaffadeur à Pétersbourg , conime devant
être rappellé , & adjoint au Prince de
Kaunitz ; elles défignent auffi le Comte
Philippe de Cobentzel pour occuper la place
de Miniftre Plénipotentiaire dans les Pays-
Bas. Ce ne font encore que des rumeurs
fondées fur quelques indices incertains .
.
Tout confirme d'ailleurs qu'on ne s'écartera
pas de fi - tôt des plans d'Adminiftration
intérieure & extérieure , arrêtés par
le dernier Empereur. Les variations ne
porteront vraisemblablement fur aucun
objet effentiel. Quelques fuppreffions d'un
ordre inférieur font déjà exécutées ; en¬
A
3
( 6 )
tr'autres celle de ces Commiffaires Inquifiteurs
attachés aux Départemens adminif
tratifs , pour en épier la conduite : les in-
Convéniens de cet établiffement ont paru
à jufte raiſon en furpaffer de beaucoup les
avantages. Les délations anonymes viennent
aufli d'être profcrites par une lettre du
Cabinet , ténorifée dans les termes fuivans.
ce Comme je me fuis impofé le devoir facté
de combiner le bien -être de l'Etat avec le bienêtre
des individus , & que les dénonciations
fecrettes & anonymes détruifent le repos & la
fécurité de chaque Citoyen , je veux qu'à l'ave
mir on ne fafie aucun ufage d'un avis anonyme,
& qu'on le regarde comme un libelle : mais fi
quelqu'un jugeoit important à l'intérêt de l'Etat ,
de dénoncer des faits fufpects ainfi que leurs .
auteurs , mon opinion eft qu'il convient d'examiner
avec la plus fcrupuleufe exactitude , une
pareille dénonciation , fi elle eft fignée de fon
auceur , indiquant fes qualités & fa demeure, Dans
le cas où le rapport feroit fondé , on pourra récompenfer
convenablement le dénonciateur ,
autant le calomniateur cft un objet d'exécration ,-
autant il faut eftimer celui qui , par une dénorciation
faite à propos , détourne de l'Etat le
préjudice que lui dtftineroient des mal - inten
rionnés , ou bien des Employés incapables
& négligens. »
Signé , FRANÇOIs .
car
L'Impératrice commence à fe rétablir
& depuis le 10 fa convalefcence a fait des
progrès journalfers. Quant à la fanté du
Roi , elle n'a aucunement fouffert des cha
( 7 )
grins , des inquiétudes , & des travaux aux
quels il a été livré depuis la mort de
Léopold.
Il s'eft fait la femaine dernière un nouveau
travail. confidérable dans le Confeil
Aulique de guerre . Des ordres itératifs ontété
envoyés aux Diviſions de la Bohême
& de la Moravie . Plusieurs autres Corps.
ont été avertis de fe préparer à un mouvement
: le beau régiment des Carabiniers du
Duc Albert va partir pour les Pays - Bas ,
ainsi que les Dragons de Kinsky ; enfin ,
24 mille hommes , dont 16 mille Esclavons
ou Croates , viennent d'être commandés en
Hongrie pour une marche prochaine .
De Francfort-fur- k -Mein , le 28 Mars .
En fa qualité de Chancelier de l'Empire,
T'Electeur de Mayence n'a pas perdu un
moment pour abréger , autant que poffible,
la vacance du Trône Impérial. S. A. E. a
nommé les Miniftres , chargés d'inviter les ,
Electeurs à s'affembler , & à élire le nouveau
Chefde l'Empire. Le Comte de Waldendorf
fe rend à Coblentz , à Bonn & à
Hanovre ; le Comte de Hatzfeld , à Berlin ,
à Drefde & à Prague ; enfin , le Baron de
Franckenftein remplira la même commiffion
auprès de la Cour Palatine. L'Affemblée
Electorale s'ouvrira ici le 3 Juillet.
Le Prince de Hohenlohe - Schillingfürft
ayant paffé au mois de Février , avec les
A
4
( 8.)
Princes François réfidans à Coblentz , une
convention par laquelle il s'engage à lever
un régiment pour leur fervice , les Etats
de Franconie réclament contre cet arrangement
, & ont adreffé des lettres exhortatoires
au Prince contractant , qui fe trouve
être un de leurs Membres , en lui rappellant
que les loix de l'Empire profcrivent
ces levées militaires pour des Etrangers qui
ne font pas des Puiffances. C'eft de même
fur les plaintes de l'Affemblée du Cercle
que la Légion de Mirabeau cantonnée à
Bartenftein , a été, non pas renvoyée , ni
difperfée , mais défarmée de gré à gré : les
Officiers feuls ont eu la permiffion de conferver
leurs armes. Le Corps entier restera
dans cet état fur la principauté de Hohenlohe
, jufqu'à nouvel ordre.
-
Le Landgrave de Heffe- Caffel ayant
augmenté de quelques bataillons le cordon
de troupes qu'il a formé de Rhinfels à Hanau,
ce Prince en a fait l'infpection en perfonne ,
& après quelque féjour à Darmstadt & à
Rhinfels , il retournera à Caffel . Si S. A. S.
parcourt les Gazettes qui s'impriment en
France , elle aura beaucoup ri du férieux
avec lequel elles ont annoncé une infurrection
dans fes troupes , fa retraite dans
un fouterrain , fa fuite précipitée , & c. Le
Courier de Strasbourg, Feuille qui fert d'é- -
goût général à toutes les impoftures que
fes Clubiftes d'Alface fabriquent fur l'Âl(
9)
lemagne , a le premier rapporté ce conte
imbécille ; auffi - tôt , dix Folliculaires de
Paris l'ont répété avec l'affurance qui convient
à des hommes fenfés , & les derniers
venus citoient l'autorité des premiers
copiſtes , comme une confirmation de la
nouvelle .
:
Quoique le Corps d'Autrichiens deftiné
à paffer dans le Brifgau , & formant un
peu moins de 7,000 hommes , foit encore
le feul en marche , on prévoit que ce mouvement
fera dans peu général , pour la
totalité des troupes de Bohême & de Moravie
qui , antérieurement , ont reçu l'ordre
de préparer leur départ. En Pruffe , il
n'eft queftion encore d'aucun ébranlement :
le feul bataillon d'Infanterie légère de
Renouard paffe de Halle , où il tenoit
garnifon
, dans la principauté d'Anfpach &
Bareith. Cependant , on travaille fans relâche
dans les arfenaux , & s'il devient néceffaire
de faire marcher une armée , le
Corps du Prince de Hohenlohe fe rendra
vers le Rhin par la Bohême & la Franconie
: l'on préfume de même que les
troupes de Weftphalie , fous les ordres
du Général de Schlieffen , fe rendront , au
befoin,à l'armée Autrichienne des Pays Bas .
La Chambre de guerre & les Domaines de
Siléfie viennent de publier un ordre du Roi , trèsconforme
à la Juftice , & qui porte en fubftance
« La Direction de Douane & d'Accife nous a in
A S
( 10 )
formé que les Nobles étoient dans la perfuafion ;
que la Déclaration preferite des effets & marchandifes
fujets à des droits d'entrée au premier Bureau
fur les frontières , ne regardeit que les
Marchands & autres gens de roture , & que l'on
devoit fe contenter de leur parole d'honneur ; mais
comme les Nobles ainfi que tous les autres particuliers
font fujets à la Loi , & qu'ils doivent
sty conformer , nous vous enjoignons de leur
faire connoître nos ordres , de les défabufer de
Jeur opinion erronée , & de les affujettir quant
à la Déclaration & l'acquittement des Droits d'entrée
, aux formalités prefcrites par une Loi commune
à tous les habitans , fans diftinction quel- '
conque .
Afin de ne laiffer aucun doute fur les
fauffetés qu'a débitées à l'Affemblée Natio - 1
nale de France ce prétendu Bourbon- Cre- .
qui , enfermé quelques années à Stettin ,
l'Etat Major de cette place a envoyé la
déclaration fuivante au Ministère Pruffien.
« Nous fouffignés , Général - Commandant &
Major de la place , ville & fortereffe de
Stettin , déclarons contre les affertions auffi
publiques que fauffes du fitur die de Créqui , que -
fa détention au fort de Pruffe a été auffi douce ,
qu'aucun prifonnier puifle raifonnablement défirer,
que bien loin de l'avoir jamais fait accabler d'aucune
chaîne & encore moins du poids de plus de
60 liv . nous nous fommes conftamment occu-
с
pés du foin de modérer les rigueurs de fa po .
fition , entr'autres en lui accordant certaines libertés
, que l'abus feul qu'il en faifoit nous a forcés,
de lui retirer dans la fuite ; que les neuf Soldats ,
( 11 ) ,
dont il fait fi grand bruit , & defquels, un feul
faifoit fentinelle de nuit devant la fenêtre , étoient
prépofés à la garde du Fort , & nullement à celle
de la perfonne . Qu'il a occupé , audit Fort , une
très-bonne chambre au rez - de- chauffée , & rien
moins qu'un fouterrain , & qu'il a couché dans
un très-bon lit ; qu'il a pu enfin fe nourrir &
fe faire fervir comme bon lui a femblé ,
moyennant
la penfion de 600 liv. qui lui a toujours été
régulièrement payée , & dont jamais la inoindre
partie n'a été affectée à d'autre uſage qu'à fon
entretien . Déclarons en outre , que tout ce que
le fieur dit de Créqui débite avec une coupable
affurance dans fa pétition à l'Aſſemblée nationale ,
fur ces prétendues horreurs de fa captivité à Stertin
, cft abfolument démenti par le fait , & feut
l'être à toute heure, fi befoin eft, par une foule de
témoins affermentés qui l'ont vifité dans fa prifon
, du nombre defquels nous ne faifons valoir
ici que la fignature de quelques officiers qui
ont été de garde au Fort de Pruffe pendant fa detention
.
Fait à Stettin , le 20 Février 1792 .
Signés , Major- Général, DE DAM , commandant
; EYFF , Major de la Place ; DE REBENSTOCK
, DE KEFFENBRINCK , DE STARZÍNSKY , DE
BILLERBECK , DE KNUTH , DE ESLEON , DE
LORCH , DE FLEMING , DE SCHULENBURG .
Dans le nombre immenfe des jugemens ,
diatribes , commentaires , dont les Feuilles
Allemandes entretiennent le Public au fujet
des affaires de France , on a remarqué
l'extrait fuivant d'une lettre inférée dans le
No. 24 du Courier du Bas-Rhin .
« Ces grands patriotes que l'Affemblée choific
A 6
( 12 )
pour le Ministère font fans ceffe chaffés de la
fcène en commençant leurs rôles , parce qu'ils
jouent toujours une mauvaiſe pièce , & qu'on s'en
prend à la manière dont ils la jouent. »
« Voilà M. Deleffart en état d'accufation &
d'arrestation ; l'intrépide Narbonne défarçonné , &
les autres donnant ou annonçant leur démiffion .
Déjà par un des plus jolis choix qu'on ait pu
faire , M. de Narbonne a pour Succeffeur M. le
Chevalier de Grave ; c'est un jeune homme de
la plus grande efpérance. Il s'eft préparé au Miniſtère
par une petite pièce intitulée la Folle. N'allez
pas croire que la Conftitution foit l'héroïne de
fa pièce ; mais elle est celle de fon coeur. Il eſt
bon Démagogue , & il eft tombé des Jacobins
dans le Miniitère. De plus , il eſt Colonel du
régiment de M. le Duc de Chartres , & l'ami
de Mde. de Sillery. On parle de lui donner
pour Collègues d'autres Jacobins , & fur-tout M.
Dietrich , fi fameux par toutes les fcènes qui ont eu
lieu en Alface , & que M. le Comte d'Artois
avoit fait fon Secrétaire des commandemens , &
Secrétaire des Suiffes & Grifons. M. Diétrich
s'étoit créé Baron , & il a défait fon titré, comme
il l'avoit fait. Ces nouveaux Miniftres pafferont
auffi , après avoir brillé avec le même éclat que les
autres ; non comme des étoiles fixes , mais comme
ces comètes qui , dans leurs cours irréguliers , pa
roiffent un moment pour effrayer les peuples , &
rentrent fubitement dans les eſpaces ignorés d'ou
elles étoient forties. »
« Par tout ce qu'on annonce , il paroît que les
Républicains ont repris l'afcendant fur leurs timides
Adverfaires ; qu'ils vont s'emparer du Miniſtère
& environner le Trône ; & que des gens qui ne
Meulent point de Roi compoferont le Confeil du
( 13 )
Roi. Ce trait manquoit à la tifte destinée de
ce Prince. Le nom de Jacobins qui a été donné
par hafard aux Républicains , forte avec lui la
célébrité. Les Jacobins furent pères de l'Inquifition
, foible image des Comités des Recherches
& de Surveillance. Un Jacobin affaffina Henri
III, & le Révérend Père Bourgoin , Jacobin ,
fon Supérieur , fut pendu à Paris . Un Archevêque
d'Aix vouloit, après la mort d'Henri III ,
que lebourreau fût toujours habillé en Jacobin. Ce
nom , révéré dans fon origine , a eu le fort de
tant d'autres , devenus odieux ou ridicules par la
Révolution . Tels font les mots Nation , Philofophie
, Patriotisme , Liberté , Régénération , Légiflateurs
, Conftitution , qu'on ne prononce plus
qu'avec effroi où avec détifion . On dit : les
biens du Clergé & des Emigrés font à la difpoft
on de la Nation , comme la bourſe des paffans
eft à la difpofition du plus for . La Patrio
terie a gagné les troupes ; la liberté nationale
remplit les prifons d'innocens , la France n'a plus.
ni paix , ni argent , ni crédit , ni armées , ni commerce
; c'eft ce qu'on appelle la régénération, On
voit des mâçons démolir un édifice , & l'on dit
voilà des Législateurs . On porte un paralitique,
à l'Hôpital , & l'on crie ; Venez voir paffer le
PouvoirExécutif. C'est la tolérance qui fait fouetters
les femmes Catholiques dans les Eglifes , & af→
fommer les Prêtres . Un affaffinat , un incendie ,
s'appellent des actes bien conftitutionnels . Ainfi ,
les mots les plus refpectés , ou qui fignifioient des
choles importantes ; ne fignifient plus que des chofes
atroces ou rifibles. »
( 14 )
SUISSE.
De Bafle , le 28 Mars 1792 .
La réfolution du Canton de Berne concernant
la retraite du régiment d'Ernft , ſa
fa
lettre à ce régiment , & celle écrite au Roi
ont eu l'approbation univerfelle du Corps
Helvétique. Tous les Membres fe font
fentis frappés comme leur Affocié &
pourvoiront de manière ou d'autre à la
sûreté des troupes Suiffes qui font encore
en France. Le Grand Confeil de Zurich a
rendu , le 20 , une décifion motivée par
un rapport des faits ; en voici la traduction.
La catastrophe arrivée au régiment d'Ernft ,
& la certitude acquife par M. le Comte Hirzel
de St. Gratien , Lieutenant - Colonel du régiment
de Steiner en garnifon à Lyon , que M. Dubois
de Crancé avoit opiné dans le Club des Jacobins
de cette ville , à traiter de la même manière ce
dernier régiment , engagèrent M. de St. Gratien
à déclarer publiquement , & même au Maire de
ladite ville de Lyon , que lui & tout le régiment
étoient décidés à verfer la derrière goutte de leur
fang , plutôt que rendre leurs armes , de quelque
part que l'ordre pât leur en venir . Ayant appris :
que M. de Muy, Lieutenant-Général commandant
dans cette partie , avoit le plein pouvoir de
faire marcher ce régiment vers la Provence , &:
craignant avec raifon qu'arrivé dans ce pays- là,
où l'anarchie eft à fon comble , le régiment ,
en tout , ou en partie , ne fût exposé à quel(
15
"
qu'affront , M. de St. Gratien affembla les
Capitaines de ce Corps , & dreffa avec
eux un mémoire au Canton
par lequel
ils demandent à leur Souverain , s'ils doivent ou
non fe conformer aux ordres qui pourroient leur
être donnés à ce fujet. Ils informent en même
temps leur Souverain qu'ils ont déclaré à M.
d Hallet , Maréchal- de- Camp commandant à
Lyon que , jufqu'à ce qu'ils aient reçu les ordres
du Canton , ils n'obéiront pas , fiton leur or
donne de marcher vers les Provinces Méridio
nales , & que les deux Bataillons ne fe fépareront
point l'un de l'autre , puifque cette divifion eft contraire
à leur Capitulation.
לכ
Le Confeil Souverain a remercié le Lieutenant-
Colonel de fa fermeté, & approuvé la con- ',
duite des Capitaines ; en leur prefcrivant de perfévérer
dans leur réfolution , jufqu'à ce qu'ils aient
reçu des ordres ultérieurs du Canton , »
Le Confeil Souverain a écrit au Roi
pour le fupplier de ne point employer let
régiment de Steiner dans les provinces Mé
ridionales , & d'interdire la féparation des
bataillons.
FRANCE.
De Paris , le 2 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE .
Du dimanche , 25 mars .
M. Cambon a tâché de perfuader aux auditeurs que
M. de Bertrand étoit parti fans rendre fes comptes ;
( 16 )
& il a obtenu un décret qui ne donne que is
jours à tout miniftre déplacé pour cette reddition.
Une jeune citoyenne , Madame Grandval qui ,
probablement, n'a pas pris les opinions légiflatives
dans celles de J. J. Rouffeau fur la pudeur & la
vertu des femmes , eft venue faire entendre à
la barre le voeu de fa tendreffe maternelle pour:
des bâtards , & falliciter une loi qui rende ces enfans
de la nature habiles à hériter de leur mère libre
& à recevoir des legs univerfels . Le préfident
lui a répondu que « les loix de la nature font les
premières loix d'un peuple libre » , & au bruits
d'applaudiffemens dont beaucoup de Romaines
feroient mortes de honte , elle à partagé les
honneurs de la féance avec 37 grenadiers du régiment
ci - devant Forcz , qui pour avoir ſeulement
défobéi à leur général , par pur civilme , ont
été renvoyés d'Amérique en France , par ordre
de M. de Behague , & ont reçu des cartouches
injurieufes où l'on les taxe d'infurbodination . Ces
protégés des Jacobins , couverts d'applaudiffemens
, ont reçu tous les honneurs de la falle ,
& leur pétition a été renvoyée aux comités cclonial
& militaire .
Vingt notaires s'empreffent de démentir , parécrit
, certain papier public qui prétend qu'ils
font chargés de furveiller les opérations de la
banque de M. Potin de Vauvineux qui , le
moment d'après , admis à la barre , a offert
100,000 livres qu'il a dépofées en affignats ; a
promis cent millions pour le premier de juin´; a
affirmé que le 16 avril les affignats gagneront
2 pour cent , & s'eft engagé à retirer dans
l'année les deux milliards & plus d'affignats qui
font ou feront alors en circulation . Il a reça les
( 17 )
honneurs de l'impreffion & celui de s'affeoir parmi
les législateurs.
Du lundi , 26 mars .
ود
« Avant que je meure , a dit M. Coutton ,
je prie l'Affemblée de me permettre de lui parler
affis. Et ce mourant a recueilli fes forces pour
accufer les habitans de Mende , leur garde nationale
& M. de Caftellane , leur ancien évêque ,
auffi ariftocrates que les Arléfiens . Les patriotes
de Clermont- Ferrand ont envoyé des commiffaires
dans le département de la Lozère , « qui
femble n'avoir connu notre fainte conftitution ,
que pour s'armer contr'elle , M. de Caftellane
a fait de fa maifon une fortereffe , eft devenu
général d'armée , & chef de brigands , & kes
gardes nationaux font la terreur des bons patriotes ,
& font « des patrouilles qui défolens ceux qui
defirent un meilleur ordre de chofes... Repréfentans
d'un peuple fouverain , rendez le décret
d'accufation contre ce Caftellane , ces , &c. , &
leurs criminels fauteurs. Que les corps adminif
tratifs & l'évêque ( intrus ) foient transférés fur
un fol libré , & fous une atinofplière pure. » Ces
refpectueules injonctions à l'Aſſemblée ont été
faivies de celle d'envoyer une force invincible ; &
les dénonciateurs , les accufateurs , les patriotes de
Clermont-Ferrand demandent la préférence pour
cette expédition glorieufe. » M. Couthon a obtenu
la mention honorable de leur pétition , renvoyée
au comité des douze.
ככ
Arrivés l'inftant d'après à la barre , des adminiftrateurs
du département de la Lozère ont fortifié
l'impulfion déjà donnée , en paraphrafant toutes ces
dénonciations.
Il a paru indifpenfable à MM. Hauffi de Robe
( 18 )
court & Lemontey , que des jurés inceffamment ,
établis , ou un tribunal , décidaffent quels font
les crimes relatifs à la révolution , abolis par l'amniftie
décrétée pour Avignon & le Comtat ; comme
fi les difcours de MM. Genfonné , Guadet , Lafource
, Vergniaud, pouvoient avoir laiffé quelques
doutes ! M. Creftin s'en remettoit au tribunal
chargé de connoître de ces crimes . L'Affemblée
eft paffée à l'ordre du jour , motivé par M. Goujon ,
fur ce que « l'application de la loi de l'amniftie
appartient au tribunal faifi de l'inftruction criminelle.
»
сс
Les nouveaux miniftres font entrés dans la
falle. M. de Grave a prononcé un difcours. « Il
eft de l'intérêt public , a-t- il dit , de nous réunir
fur le but que nous devons tous atteindre . Le
ministère doit être indivifible... Cleft dans fon
union la plus intime avec la majorité de l'Affemblée
nationale qu'il fonde toutes fes efpérances.
Il croira avoir fauvé le royaume le jour où
l'harmonie la plus parfaite exiſtera entre les deux
pouvoirs également conftitutionnels , également
indiffolubles ( un Roi indiffoluble ! ), qui compofent
le gouvernement de la nation françoiſe .
33
Il ne s'eft élevé des murmures qu'au mot de
majorité, l'Affemblée étant , comme le miniftère
, indivifible . M. Clavière a pris la parole , & .
a commenté les expreffions du Roi : « des hommes
accrédités par leurs opinions populaires . »
« Ces opinions , ou plutôt ces principes , a
dit le miniftre , portent en effet le feul titre que .
je puiffe & que je veuille yous préſenter , & je
ne demanderai jamais de crédit que par eux. Les .
Principes populaires font l'ame & la vie de cette
conftitution qui a fait des François une nation
libre.,, M. Clavière eft convenu des obftacles
ג כ
( 19 )
qu'éprouvent les nouvelles contributions , & a
prétendu que « par des calculs menfongers on
tâchoit de perfuader aux contribuables que l'amé
liorati de leur fort eft une illufion. » « Les
loix font faites , a - t- il dit , refpectables , & elles
repolent fur des principes fürs... Il eft auffi impoffible
de tromper long- temps des hommes libres
que de les vaincre ( bravo ! ) . » ..
M. Roland de la Platière a dit que « les
miniftres du Roi ne font & ne doivent être que
les miniftres de la conftitution par laquelle le
Roi règne , & les miniftres exiftent . » Ce qui
n'eft ni vrai , ni conftitutionnel ; car il n'y a
proprement de miniftres de la conftitution que
les repréfentans électifs ou héréditaire de la nation
; ce que les agens immédiats & fubordonnés
du Roi ne peuvent pas être. La conſtitution a
réglé le ministère , les obligations ministérielles ;
le Roi feul doit faire ou défaire fes miniftres .
La conftitution n'a créé que des pouvoirs , &
dicté des loix ; les organes de ces pouvoirs &
de ces loix font , les uns au choix des électeurs ,
les autres au choix du monarque ; les miniftres
ne font pas des pouvoirs , mais les inftrumens :
amovibles d'un pouvoir , reſponſables aux deux
premiers pouvoirs ; & leur dépendance intime
du corps législatif détruit toute reſponſabilité.
Au refle , M. Roland remplira fes fonctions
avec courage , parce que l'étendue des devoirs
n'effraie que les ames petites & froides ; ce qui
eft dire : j'ai l'ame chaude & grande. Mais il
a fait entendre auffi qu'il a moins de talens
que de vertus .... Ces trois beaux difcours ont
reçu les honneurs de l'impreffion.
Du mardi , 27 mars,
Vac lettre adreffée à l'Affemblée nationale par
( 20 )
сс
les commiffaires civils d'Avignon & les commiffaires
des départemens du Gard , de la Drôme &
de l'Hérault , réunis , repréfénte énergiquement
au corps législatif , qu'on a « égaré fa fenfibilité
aux dépens de fajjuftice , de la gloire de l'Empire ,
& de la paix des départemens méridionaux.
Qu'un grand complot menaçoit le midi de la
France , que les principes de la conftitution
alloient en triompher à Arles , Carpentras , Avignon
; mais que les malveillans y ont jetté une
pomme de difcorde , Une amni tie forpriſe à
J'Affemblée par une intrigue bien digne des crimes
qu'elle protége , veut- elle entraver tous nos fuccès ,
éveiller toutes les paffions & néceffiter une guerrecivile
?.. Ce font les (trais ) départemens.. Ce font
des fonctionnaires publics choifis par le peuple &
revêtus de fon eftime , qui vous difent : arrêtez, on
creufe l'abyme fous vos pas & fous l'édifice de la
conflitution ; on ne vous a pas bien inftruits des
faits ... Ecoutez l'impérienfe vérité . Si l'on vous a
trompés, revenez d'une erreur funcfte .. Un intérêt
coupable a confondu tous les crimes ... On vous a
caché les dépêches les plus importantes ...On vous a
fait regarder comme involontaires & irréfléchies
des fcélérateffes combinées , des crimes privés , des
combinaifons atroces qui comprennent le meurtre, le
vol, le viol, tout ce que la nature dépravée peut
offrir de plus révoltant ... Nous ne devons point
Vous cacher que la nouvelle très-incomplette de
l'amniftie a jetté l'épouvante dans Avignon,'
Comtat & les départemens voifins . Déja 300 témoins
appellés à la notification de la vérité , par
loi du 27 novembre 1791 , furent trompés par
cette loi devenue pour eux un titre de profcription .
L'expérience leur apprit à craindre les tigres que
"
A
( 21 )
•
F'amniftie va lâ her dans la fociété. Déjà dix mille
familles font près d'émigrer..
33
La même lettre annonce l'arrivée de 1200 Marfeillois
à Lambefc avec des canons . L'Aſſemblée
eft paffée à l'ordre du jour en décidant qu'elle y
paffoit fans le motiver.
Au nom du comité diplomatique , M. Ramond
a fait une longue énumération des torts du gouvernement
Espagnol envers la première nation
régénérée ; pavillon , cocarde , journaux patrioques
, & François qui ont préféré revenir mendier
dans leur patrie , plutôt que de gagner honnêtement
leur vie en Espagne en jurant d'être fidèles
au Roi qui les y auroit protégés ; aſyle accordé
aux émigrés , difpofitions hoftiles , envoi
fufpect d'un Ambaffadeur en Suiffe , répugnance
inconcevable à changer le pacte de famille en
pacte national.... Tout a été mis en ligne de
compte.
- De quel aveuglement cette Cour eft frappée ?
Elpère- t elle que l'Europe liguée contre notre
fainte liberté , n'a qu'à froncer le fourcil pour
nous faire tomber les armes des mains ? Ne voit- elle
pas que nos legions , nos vaiffeaux , nos villes ,
nos campagnes....tout fera exterminé ( quel bonheur
! ) avant que la gobleffe ait reconquis fes
priviléges & le clergé fes biens ?... Et qui alors
joindra fes flottes à fes flottes , fes armées à fes
armées ?... Qui défendra l'Eſpagne , fes colonics ,
1e Mexique , &c. ? Nous ne fommes plus au temps
de la ligue... Dans ces jours de micères & de
crimes , les François ne combattoient point pour
des chofes , mais pour des perfonnes... Ne croiton
rien rifquer de tenir en préfence d'hommes
libres , des hommes dignes de l'être ? La torre
( 22 )
qu'ils foulent eft - elle hors d'atteinte pour des
principes puifés dans la nature de l'homme ?... Le
Catalan cit - il fans impatience , l'Arragonois
fans fierté , le Navarois & le Bifcayen fans aucun
fentiment de la liberté ? ... Les Pyrénées arrêtent
des armées , & non pas des affections... Au
moindre choc qui agitera ces monts , la liberté
peut en défcendre jufqu'aux rives de l'Ebre comme
les torrens qui en groffiffent le cours. »
Après ce pompeux manifefte dont il faut croire
pour la gloire de M. Ramond, qu'il ne pense pas un
mot , l'orateur eft arrivé , des bas de foie que nous
ne vèndrions plus au Pérou , du regret de 70,000
tonneaux de fret & de 60 millions de bénéfice
que
nous perdrions , au befoin d'éclairer l'Espagne fur
fes vrais intérêts , & il a conclu par un projet 'de
décret portant que le Roi demandera des explications
, qu'il exigera qu'on retire le cordon de
troupes qui borde les frontières , & que la Cour
d'Efpagne tienne prêts les 12,000 hommes & les
18 vaiffeaux que les traités l'obligent à fournir à
la première réquifition de la France attaquée .
Des débats , animés par l'humeur économique
, ont amené un décret dans lequel l'Aflemblée
accorde fix millions de fecours provifoire
aux Colons de Saint-Domigue , en avances à
rembourfer à la métropole & mifes à la difpofition
du miniftre de la marine. Le comité y
envoyoit auffi 300 ouvriers aux frais de l'état . On
a beaucoup difcuté pour qu'ils fuffent payés fur
les fix millions. Il a été décrété que la Roi ne
pourroit , jufqu'à l'organiſation définitive , y nommer
fonctionnaire public aucun propriétaire de
fonds . Les autres articles s'adreſſant aux comités ,
fe reproduiront . La fuite de la difcuffion a bien
( 23 )
été ajournée à la féance du foir ; mais on n'y a
plus fongé.
Du mardi , féance du foir.
Forcée de taxer le pain au- deffous du prix marchand
, la municipalité de Fontainebleau qui n'a
pas la réputation in civifme brû'ant , intolérant ,
anarchique , a promis 3,000 livres d'indemnité
aux boulangers. M. Lecointre a fait décréter la
préalable.
L'ancien miniftre de la marine , M. de Bertrand
a adreffé le compte de fon miniſtère à
l'Aſſemblée qui l'a renvoyé au comité des
comptes.
On a remis au comité colonial une lettre du
gouverneur de la Guadeloupe, qui annonce la tenue
d'un congrès général pour travailler à un plan de
régime uniforme pour les Illes du Vent , & régler
l'état politique des hommes de couleur.
L'Affemblée ne s'eft plus occupée que de l'organifation
de la gendarmerie nationale , & en
décrété 10 articles d'urgence. De 1,560 brigades,
elle eft portée à 1,600 . Quand les directoires de
département craindront pour la sûreté publique ,
ils pourront requérir des réunions de plufieurs
brigades ; mais fi le déplacement dure plus de
trois jours , ils devront « en rendre compte au
corps législatif & au pouvoir exécutif , de huitaine
en huitaine . » Il fe fera , dans un mois, une
revue par lieutenances .
Du mercredi , 28 mars .
Dans le département du Cantal , de nombreux
partis de gardes nationales courent le pays ,
pillent les maifons des citoyens aifés , ont in(
24 )
1
cendié plufieurs châteaux , mettent même les
villages à contribution , exigent de l'un 1200 liv.,
de l'autre 4000 liv . Celles de Juflac , d'Arpajon
, & c. défolent , dévaftent les campagnes
voifines , & rentrèrent dernièrement en triomphe
, portant la girouette d'un des châteaux
qu'elles venoient d'incendier. M. Lagrévol auroit
bien voulu pouvoir lier avec quelque vraifemblance
ces excès de patriotes aux prétendus troubles
des aristocrates de Mende , Villefort , Arles,
&c. On a renvoyé la demande de forces fuffifantes
au comité des douze.
Plufieurs membres ont lu leurs opinions fur
les caiffes de fecours & les billets patriotiques .
M. Baignoux & le comité les foumettoient au
timbre dès le premier avril prochain. M. Creftin
a défini l'agiotage , dépeint les procédés des agioteurs
, les maux qui en font les faites ; a
Tuppolé
qu'il y a pour 400 millions de ces billets
en circulation ; établi que leur émiflion favorifoit
divers accaparemens très - funeftes ; promis
une augmentation d'impôts indirects « au moins
de 100 millions ; la fia de toutes les calamités
publiques , le retour de la paix intérieure & de
l'argent.... M. Philibert a réduit ſes motions à
la vérification des caiffes ( impoffible s'il y a de
la fraude ) , & à la défente de toute émiffion
nouvelle. M. Vincent infiftoit , avec raifon' ,
fur le danger de toute mefure qui provoqueroit
un rembouffement trop précipité ; on lui a répondu
par des huées & en criant : aux voix ,
aux voix.
Avant de juger des difpofitions à prendre ,
M. Duhem a demandé à M. Dorify où en étoir
La fabrication des coupures, M. Dorify a dit que
lus
( 25 )
les planches pour les affiguats de 25 liv , étoient
achevées , qu'on n'attendoit que le papier; que
les graveurs travailloient aux lettres pour les
affignats de 10 liv.; que 6 fabrications marchoient
de front ; que fi l'on n'avoit pas décrété
la forme des coupures , c'étoit pour ne pas décréter
ce que les artiftes n'auroient pu cxécuter ,
la pratique ayant plus de difficultés que la théotie
; mais qu'à l'inftant ou le comité propoferoit
ces formes l'émiffion pourroit commencer.
сс
C'est une réponse de charlatanerie , lui a crié
M. Lacroix qui a obtenu que le rapport fe feroit
dans trois jours. Les articles adoptés relativement
aux billets de confiance , ont ordonné des vérifications
municipales , & fufpendu toute émiffion.
M. de Grave a repréfenté que la loi fur le
remplacement des officiers , avoit de grands inconvéniens.
Elle ordonne de répartir les plas
anciens lieutenans dans les compagnies vacantes
de toute l'armée , ce qui multiplie les déplacemens
, les voyages de 100 , de 200 lieues
exige des frais énormes , des pertes de temps confdérables
, & dégoûte du fervice des officiers obligés
de quitter un régiment où ils font connus , pour
en aller joindre un où ils feront comme étrangers,
Il a auffi obfervé que les quatre onces de
Viande accordées au foldar , par jour , moyennart
une retenue de is deniers , étoient trop
chères dans les endroits où la viande ne coûte
que quatre fous la livre , 12 deniers les quatre
onces.... Le comité militaire , qui n'avoit rien
prévu de tout cela , s'occupera des objections du
miniftre.
Du mercredi , féance dufair.
M. Théodore de Lameth a lu un rapport hif
N. 14. 7 Avril 1792. B
( 26 )
1
torique & raifonné fur l'organiſation de l'artil
lerie & des troupes de la marine ; rapport ou
les miniftres & les adminiftrateurs ont été repréfentés
comme n'ayant pas foupçonné , depuis
1668 , les vrais principes de cette inftitution
cette découverte étant réſervée à MM. Carnot ,
Rouyer , &c. « Un homme autrefois célèbre ,
s'eft écrié le rapporteur , avoit dit que nous
n'aurions plus que des guerres maritimes ; il
s'étoit trompé ; il n'avoit pas prévu l'amélioration
de l'efprit humain ; & la guerre éternelle
de la raifon contre l'erreur eft défo : mais celle
où la nation Françoife cueillera des fauriers . Que
notre marine nationale ſorte du même cahos d'où
nos loix régénérées vont toutes fortir , & bientôt
notre marine matchande s'accroîtra par l'effet
des mêmes caufes . »
Quelque profonde pitié qu'infpitent cette
amélioration de l'efprit humain , ces guerres de
la raifon , ces loix régénérées , & des canons
qui n'ont qu'à gronder fur toutes les mers pour
reffufciter une marine marchande exterminée
par la ruine de l'induſtrie , du commerce & des
colonies ; le projet de décret peut contenir des
idées moins creuſes . On en a décrété l'impreſſion
& l'ajournement à huitaine .
Le miniftre de l'intérieur annonce des troubles
à Dunkerque , à Yvetot , à Caudebec .
Les commiffaires civils écrivent d'Avignon à
l'Affemblée que Beaucaire eft un lieu ouvert &
fans défenfe où les Jourdan , &c. feroient trop
près du foyer de la fermentation , pour qu'on
pûr les garder sûrement . On s'en doutoit bien;
I'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour .
Des députés de Mende font venus juſtifier à
la barre , cette ville calomniée. Leur orateur a
( 27 )
;
détaillé tous les facrifices qu'ont fait fes habi
tans par foumiffion aux nouvelles loix ; & a
' offert de prouver par une procédure légale , que
les grenadiers du 27. régiment avoient provoqué
, le fabre à la main , les citoyens - foldats
jufque dans le corps - de - garde de ceux - ci qui
ne firent que repouffer une infuite grave & un
péril imminent qu'il y a un complot formé
contre la ville de Mende.... Le préſident leur a
répondu févèrement que l'Affen blée examinera ,
jugera ; que « dans tous les temps & dans tous
les lieux , elle maintiendra l'ordre & fera refpecter
les loix. En vain a -tron réclamé pour
eux les honneurs de la féance accordés à des
foldats indifciplines , à des compagnons des
brigands de Montcux ; le préfident a dit aux
députés de Mende : « Veuillez vous retirer . »
Ils font fortis.
.
M. Lagrévol a foutenu , fans preuves , que
leurs pièces n'avoient aucun caractère de foi.
( Plufieurs membres lui ont crié : qu'en favezvous
? ) Enfuite M. Rougier de la Bergerie a
prétendu faire un rapport , en répétant tout ce
qu'avoient dit M. Coutton & les patriotes de
Clermont - Ferrand. « Mende eft en proie à la
double contagion de l'arifocratie & du fanatisme...
On y fait arborer la cocarde blanche aux adolefcens...
Les fieurs Borrel , &c. y font officiers
de la garde nationale ... Les payfans s'exercent
dans la cour du château de l'ancien évêque....
On dit qu'il leur a donné so écus ... Trois compagnies
du 27. régiment entrèrent à Mende en
chantaut ça ira , ça ira , & en criant : vive
la nation ? Les patriotes étoient allés au- devant
de ces foldats patriotes. La garde nationale répondit
: vive le Roi ! avec une telle affectation
B 2 /
( 28 )
2
que le régiment en fut pénétré d'indignation ...
Six grenadiers qui chantoient des chanfons patriotiques
furent infultés , quatre furent bleffés ,
l'un d'eux mourut le furlendemain .... La cauſe
des patriotes excitoit une vive & généreufe fermentation
dans l'efprit des amis de la liberté.
A la demande des citoyens ( moins zélés amareurs
de fermentation ) , des réquifitions légales
firent fortir les trois compagnies. On empriſonna
dix patriotes & ( voici le crime irrémiſſible ) la
falle des amis de la conftitution ne fut pas
épargnée. »
C'eſt le lendemain du jour où les adminiftrateurs
du Cantal ont mandé que de nombreux
partis de gardes nationales y pillent , volent ,
incendient ; qu'un homme a été égorgé parce
qu'il étoit fufpect d'ariftocratie , &c. que M.
Rougier de la Bergerie a eu la mal-adroite inconféquence
d'ajouter à fon rapport contre
Mende : « S'il eft affligeant de voir un auffi grand
nombre d'ennemis de la conftitution dans cette
ville , nous devons vous dire auffi que dans tous
les diftricts voifins , dans les départemens de la
Haute Loire , du Puy-de- Dôme & du Cantal ,
tous les citoyens , toutes les autorités conftituées
ont manifefté le plus ardent amour pour
la liberté , la plus brûlante énergie . »
12
Quelques foibles débats ont amené un décret
d'accufation , prononcé d'urgence , contre MM.
Borrel , Bardon , de Retz , Servière , Saillant ,
de Caftelane , ancien évêque , & Combette , maire
de Mende , qui feront tous transférés aux prifons
d'Orléans. Le confeil général du directoire
eft confirmé à Maru :jols. Les municipaux fignataires
de la délibération du 19 mars font fufpendus
, la garde nationale de Mende diffoute pour
( 29 )
être réorganisée ; la conduite des foldats approu
vée ; le heur Rivière , procureur- général- fyndic,
mandé à la barre ; & le Roi chargé d'envoyer
des forces fuffifantes pour maintenir la sûreté , au
gré des patriotes , dans une ville cù les clubiſtes
ont feuls tout bouleverfé comme ailleurs .
Du jeudi , 19 mars.
On eft revenu aux articles ajournes fur le
féquestre des biens des émigrés. MM. Thuriot
& Dumolard le font évertués pour priver ceux
qui rentreroient , da droit de citoyen actif. Leur
crainte étoit que les émigrés , forcés de rentrer ,
( dans le ftyle de M. Damolard ) ne fe changraffent
en ferpens pour devenir minifires . Ce qui
nous a paru plus fingulier que cette peur qui ne
f'eft pas mal , ç'a été d'entendre M. de Girardin
citer la déclaration des droits de l'homme & du
citoyen , contre M. Thurior qui privoit les réimmigrés
des droits de citoyen actif, s'ils étoient
fortis de France à l'époque de la loi du 9 février
1792 ; & le même M. de Girardin ajouter
J'appuie au refte l'amendement de M. Dumo-
Lard qui eft parfaitement dans mes principes. »
Or , M. Dumolard accordoit un mois , après
lequel les émigrés ne feroient citoyens actifs qu'au
bout de dix ans. Qu'a de commun la déclaration
des droits avec de pareils principes ? Nous donnerons
ailleurs les articles décrétés .
L'étrange miniftre des affaires étrangères , M.
Dumourier eft venu apporter aux publiciftes de
l'Affemblée & des galeries une lettre de M. de
Noailles & une réponse de M. le prince de
Kaunitz à M. de Noailles , du 18 de ce mois,
Il cft effentiel , a dit le miniftre , que l'Allem-
B 3
( 30 )
blée nationale ne perde pas de vue que c'eft l'époque
à laquelle j'ai fait partir ma première dépêche pour
Vienne. Ainfi , à l'inftant même où l'opinion
publique follicitoit le Roi de m'appeller au- miniftère
, le fort de la Légociation étoit déjà décidé.
Aucun membre de cette augufte Affemblée ne fe
méprendia , fans doute , fur l'opinion d'alors de
M. Kaunitz. Cette note eft terminée par un
appel à la partie faine & principale de la nation
Françoife , c'eft-à - dire à l'ariftocratie ( Bravo !
éclats de rite ; & un penfeur s'eft écrié : ce n'eft
pas là du Deleffart ). »
сс
A ce prologue M. Dumourier a cru devoir
joindre des prophéties : « Il m'eft doux , a -t -il
pourfuivi , de prédire avec confiance , que ce
concert ( des Potentats ) fera fans harmonie ;
qu'aucun citoyen François n'abandonnera la patrie
& ne renoncera à la défendre , fi les étrangerstentent
jamais d'y faire précéder la paix du defpotifme
de toutes les horreurs de la guerre. »
Jofe prier l'Affemblée nationale a ajouté
M. Dumourier, d'un ton doctoral , de retenir
fa jufte indignation , & d'attendre avec le calme
qui convient au caractère d'un grand peuple fort
de la juftice de fa caufe , la réponſe cathégorique
& décifive que j'ai demandée au nom de
Affemblée ( procédé inconftitutionnel au Roi
feul appartient , &c. ) & du Roi ; & que je
recevrai fous peu de jours »... Si MM . de Montmorin
& Deleffart avoient eu la pauvreté d'efprit
de fe permettre une de ces phrafes à prétention .
qui foifonnent d'inconvenances , on les auroit
alfaillis de huées & de dénonciations. Les Jacobins
ont applaudi leurs frères . -- M. de Noailles n'a
fait que tranferire & figner , le 11 mars , la
1
"
dernière note de M. Deleffart lue dans l'Affem
blée. Voici la réponse qu'il a reçue :
« Le gouvernement françois ayant demandé
des éclairciffemens cathégoriques fur les intentions
& les démarches de feue Sa Majefté Impériale
l'Empereur , relativement à la fituation
actuelle de la France , il étoit conféquent à la
demande de motiver fa réponſe. Je ne la regarde
que comme un acte de complaifance &
de déférence amicale , par des faits pris du
fujet de la queftion . Mais , à plus forte railon ,
conviendroit- il à la dignité d'une grande Puiffance
de réfuter avec franchife , & de ne point
traiter d'explications confidentielles qui puffent
être, diffimulées dans la réponſe , des interprétations
& des interpellations auxquelles fe trouvoient
mêlés les mots de paix ou de guerre ,
accompagnés de provocations de tout genre.
Quoi qu'il en foit , la juftice des motifs & la
vérité des faits fur lefquels les explications données
par ordre de Sa Majefté Impériale fe fondent ,
font inconteftables ; le chancelier de Cour &
d'Etat , prince Kaunitz , eft par conféquent d'autant
moins à portée d'y ajouter aujourd'hui de
nouveaux éclairciffemens, que le Roi de Hongrie
& de Bohême adopte complertement fur ce
Point les fentimens de l'Empereur , & que les
nouvelles demandes que M. l'ambaffadeur de
France a depuis été chargé de faire ici , rentrent
dans celles auxquelles il a déjà été complettement
répondu .
« On ne connoît point d'armement & de
mefure dans les Etats Autrichiens qui puiffent
juftifier des préparatifs de guerre. Les mesures
défenfives ordonnées par Sa Majesté Impériale
ne peuvent être miles en parallèle avec les me
1
B 4
( 32 )
fures hoftiles de la France ; & quant à celles
que Sa Majefté Apoftolique pourra juger néceffaires
pour la fûreté & la tranquillité de les propres
Erats , & fur-tout pour étouffer les troubles que
lés exemples de la France, & les coupables menées
du parti jacobin fomentent dans les Provinces-
Belgiques , elle ne pourra ninè voudra jamais confentirà
fe lier les mains d'avance avec qui que
ce foit ; & perfonne n'a le droit de lui preferire
des bornes à cet égard. Quant au concert dans
lequel Sa Majefte Impériale s'eft engagée avec
les plus refpectables Puiffances de l'Europe , le
Roi de Hongrie & de Bohême , & ces mêmes
Puiflances ne perfiftent pas moins dans leur
opinion & leur détermination communes. Mais
ils ne croient pas convenable ni poffible de
faire ceffer ce concert avant que la France ait
fait ceffer les caufes qui en ont provoqué &
néceffité l'ouverture . Sa Majefté s'y attend d'autant
plus , qu'elle préfume trop des fentimens
de juftice & de fageffe d'une Nation diftinguée
par fa douceur & fa raifon , pour s'interdite
l'efpoir qu'elle ne tardera pas à fouftraire fa
dignité , fon indépendance & fon repos aux atteintes
d'une faction fanguinaire & furieuse , qui,
s'acharnant de plus en plus à détruire , par la
voie des émeutes & violences populaires , tout
exercice du Gouvernement , toute efpèce d'au-
Borité , de loix & de principes , ne vife qu'à
reduire à des jeux de mots illufoires , & la liberté
du Roi Très- Chrétien , & le maintien de
la Monarchie Françoife , & l'établiſſement de
toute conftitution & de tout gouvernement régulier
, ainfi que la foi des traités les plus folemnels
, les devoirs les plus facrés du droit public .
Mais duffent leurs artifices & leurs deffeins pré-
·
( 33 )
valoir, Sa Majefté fe fatte du moins que la partie
fame & principale de la nation envifagera alors ,
dans une perfpective confolante , l'appui , l'exiftence
d'un concert dont les vues font dignes
de fa confiance , & de la crife la plus importante
qui ait jamais affecté les intérêts communs de
l'Europe.
« Voilà ce que le chancelier de Cour &
d'Etat eft chargé de répliquer à la réponse que M.
J'ambaffadeur de France devoit faire parvenir à
feue Sa Majefté Impériale ; & en le requérant
d'en rendre compte à la Cour , il a l'honneur de
lui réitérer l'affurance de la confidération la plus
diftinguée. »
Vienne, le 19 mars 1792 .
:
Signé , KAUNITZ-RITZBERG.
Aux coupables menées du parti jacobin , quelques
membres , oubliant l'exhortation du miniftre.
ont pouffé des Ah ! ah ! mais à la fin de la
lecture , l'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour ;
& la féance a fini par l'adoption , d'urgence , de
neuf articles fur les réparations à faire aux habits.
veftes & calottes des volontaires nationaux , foins
peu dignes de la providence du corps légiflatif;
raccommodages pour lefquels on avancera 15 1.
au plus à chaque individu , 6 millions pour le tout
Dujeudi , féance du ſoir.
Sa Majefté a fanctionné, le 28 mars , le décrèt
fur les palle-ports.
Les attroupemens armés dévaftent plus que
jamais le département du Cantal , y lèvent des
contributions , menacent d'égorger tous les pretres
non-affermentés & les nobles. Le directoire
envoie à l'Affemblée une liſte de châteaux pillés,
démolis ou brûlés , & demande un régiment de
régim
( 34 )
1
ligne bon patriote & bien difcipliné. M. Jean de
Bry guérira tous ces maux en prononçant une
belle harangue demain avant l'ordre du jour .
>
M. Gomord, municipal d'Arpajon , envoie aux
législateurs une lettre où quelqu'un lui déclare
en confidence , du fond d'une prifon , avoir reçu
250,000 liv. en affignats , de M. Deleffart , qui
préméditoit fon évalion , pour en faire de l'argent
à tout prix , & avoir déposé la fomme dans
Ja terre près d'Arpajon . MM. Lecointre & Chéron
ont dit que M. Deleffart étoit un traître , ou
l'auteur de la lettre un fauffaire . Le comité de
furveillance éclaircira cette affaire .
Par
A la tête de la municipalité de Paris , annoncée
les applaudiffemens des galeries , M. Pétion ,
maire , eft yenu fe plaindre des entreprifes du.
directoire du département , qui s'arroge les fonctions
de diftrict , « véritable fuperfétation , abus
dé la bureau-manie. » Le directoire adminiftre
au lieu de furveiller. Un arrêté confirme l'ufurpation
de fes commiffaires au contentieux , une
proclamation du Roi confirme l'arrêté...... M.
Pétion a reçu une réponfe careffante du préfident
& les honneurs de la fance .
Quoique rien encore ne foit déterminé fur
la conftitution & la repréſentation légale des
colonies , on a reconnu valables les pouvoirs de
M. Bertrand , député de l'ifle - de- Bourbon ; &
il fiégera au nombre des repréfentans de la
France.
Des adminiftrateurs d'Aix , mandés à la barre
Four le premier d'avril , promettent de répondre
à toutes les queftious qu'on voudra leur faire
juftifient leur conduite , & demandent des indemnités
à raifon de ce déplacement . On paffe
à l'ordre du jour , fans de décréter .
1
( 35 )
La difcuffion s'eft engagée fur l'artillerie à
cheval. Nous doutons que jamais aucun con
feil en Europe ait traité ce fujet d'une pareille
manière. Quelques traits caractériſeront & les interlocuteurs
& l'auditoire . M. Carnot l'aîné votoit
pour l'ajournement ; La guerre qui fe
prépare , a - t-il dit , ne viendra pas de vous , mais
d'une ligue de Rois qui la feront à la liberté ;
les armes des hommes libres font toutes dans
leur courage. La conftitution vous preferit uni
quement de vous tenir fur la défenfive . Or ,
quelle eft l'utilité de l'artillerie à cheval ? d'aller
engager des combats qui vous font interdits ..
Cela le démontreroit encore par le Monarque
conquérant à qui nous devons cette inftitution .
Je ne crois point que les armes qui ont fervi le
defpotifme puiffent également être utiles à la 4
défenſe de la liberté…………… » A ces raiſonnemens
qui réformeroient fufils , bayonnettes , piques
& fabres , M. Briche a répondu « Vous pouvez
avoir la guerre dans un mois ; fi vous
ajournez l'artillerie à cheval , ce fera donc après
la guerra... Wafington portoit fur lui l'inftruction
de Frédéric à fes généraux . Il ne faut
que 8 à 19 cents chevaux pour cette artillerie
ajoute , M. Rouyer ; deux mois après la cam- 4
pagne on pourra la réformer , & les chevaux
remonteront notre cavalerie. »
3
:
Un décret d'urgence forti du fein de ces éclairs ,i
a ftatué qu'il y aura neuf compagries de canonniers
à cheval , compofées de 70 hommes montés
& de 6 non montés , divifées chacune en trois
sfcouades .
Du vendredi , 30 mars .
Les officiers compofant l'état -major de la ville
B 6
36.11
d'Aix écrivent à l'Aflemblée , & réfutent vická ‚”
rieufement , par des affertions & des éloges , lesiɔ
calomniateurs de M. Pujet de Barbanzanne qu'ils
foutiennent avoir tenu, à l'égard du régiments.
d'Emft , une conduite non feulement: irréprechable
, mais très -honorable. Ce monumene de .
gloire a été renvoyé au comité, militate..
Divers objets ayant motivé des ajournemens ,
M, Ramel a fait décréter , d'urgence , attendus
que ce feroit un crime: envers le peuple , da. í
la part de les repréfentans , que de conferver
aucuns does , graces ou penfions envers ceux
qui ont déferté leur pofte de citoyen , pour aller
prendre une attitude hoftile en terre étrangère....
Qu'à l'avenir il ne fera fait aucun paiement
pour raifon de dons , penfions , gratifications ou
fecours , à aucun François , à moins qu'il ne
justifie d'un certificat expédié dans les formes .
prefcrites , & conftatant la réfidence fur le term
Fitoire François , pendant tout le temps, qui fe……,
fera écoulé depuis l'époque du dernier paiement:
qui lui aura été fait , jufqu'à celle où il fe prée
entera pour recevoir. Tous les penfionnaires
feront tenus d'adreffer d'ici au premier juillet ,
au commiffaire du Roi directeur -général de la
liquidation ou au miniftre du département , an
certificat de réfidence depuis fix mois ; ou lea
penfions feront fupprimées de fait....... Seront.
applicables au préfent décret les exceptions con
tenues au décret concernant le féquestre des
biens des émigrés.
--
Croyant férieufement développer les caufes
indiquer le remède des troubles , qui , défo
lent la France , M. Jean de Bry a révélé à
Aflemblée que le gouvernement eft paralyfé ,
qu'il y a dés malveillans , dos brouillons , que
37%
לכ
les uns violent la conflitution par des fübtilités ,
des fophifmes , que d'autres la minent fourde
mente Mais le peuple & la providence nous
fervent , Meffieurs , a-t-il dit ; ne nous expofons
pas au reproche de n'avoir pas fu profiter d'une
circonftance auffi heureufe. Pour cela , it fuffit
ſelon lui , de déjouer l'audacieux & criminel
concert des Puiffances , en établiffant en prins t
cipe qu'elles ne doivent point fe mêler de nom
affaires , & en leur fignifiant que tout nouveau
Xerces trouveroit dans toutes les 44,733 muri»
cipalités de la France libre , les Athéniens de
Marathon. La paix extérieure étant ainfi définitivement
établie en principe , M. Jean de Bry
a promené les regards perçans du même génie
fur l'intérieur.
by a vuitrop d'avocats dans les tribunaux.
Ces avocats formoient autrefois un ordre ,
tout refte d'ordre eft fatal à la liberté. Son avis::
eft d'ordonner la réélection de tous les juges dus.
royaume pour le mois de mars 1793 3 rien ne
contribuaut mieux à la tranquillité que des mil
hers de nouvelles brigues. Mais il en vient aux
grands moyens , & donne d'excellens confeils ;.
cclui de rétablir le crédit des affignats , celui
de - remonter le change. Si nous ne sommes pas
affer murs pour décréter que chacun payera le
prêtre dont il aura befoin , examinons: la conftitution
civile du clergé ; déclarons nationaux
les biens de l'ordre de Malthe ; effaçons julqu'aux
dernières traces des droits : féodaux , con
fervés comme des propriétés facrées ; corrigeons:
la loi fur les parentes... Enfin il faut éclairer le
Roi fur beaucoup objets qu'on a vus fort mal
Juſqu'au moment où MJean de Brya daigné s'en
accupurs fairereſpector di employer les clubs , 80%
( 38 )
Le tout fera imprimé & renvoyé aux comités .
compétens .
Des hommes de couleur font venus à la barre ,
M. Raymond , leur orateur , a remercié l'Affemblée
du décret obtenu par leurs amis , & jurer
d'oublier les perfécutions des blancs égorgés ou
ruinés . Ces Meffieurs ont eu la bonté d'offrir
d'aller fecourir ces blancs & de les aider à
réparer leurs pertes . On a vivement applaudi ài
cet atroce perfifflage . Le préfident : a loué les
mulâtres d'une réfolution fi généreufe , & ils ont
reçu les honneurs de la féance . L'extrait du
procès - verbal fera envoyé aux colons.
› Sur quoi délibérera - t - on ? L'ordre du jour.
M. Gamon affure que l'ordre du jour eft le
falut de la patrie qui tient à ce qu'il va dire..
Les murmures étouffent fa voix ; il traite cet
ordre de la parole d'abfurde , d'atroce , d'abo
minable. Le vacarme redouble . Vendrons- nous
les forêts ? ... M. Cambon dit que nous avons des
befoins ; mardi ou mercredi , il faudra des fonds
à la caiffe de l'extraordinaire .... Il eft important
de s'occuper des finances , répète M. Dumas.
L'ordre du jour , crie M. Bazires On le reg
pouffe. « Je demande par amendement reprend
M. Bazire , qu'il foit défendu au fucceffeur
de Léopold d'agir...
a
Nous ignorons quelle loi du royaume feroit
éclofe de ces intéreffans & lages débats , fi l'on
n'eût appris que la caille dite de fecours , de
Paris , étoit affaillie d'une foule de porteurs de
fes billets de 10 , 15 , 25 , 30 , 40 & so fous,
& qu'un des adminiftrateurs étoit décampé. Elle
a émis pour fept milions , n'a de fonds que i
pour quatre millions , & dit avoir trois millions
à Bordeaux , à Londres , à Amſterdam. La ma-
1
( 39 )
nicipalité de Paris , qui doit 39 millions & ne
paie perfonne , y a verfé des fonds , mais n'y
fuffit pas. Il y auroit du danger à paffer à l'ordre
du jour. Après une longue difcuffion , l'Affemblée
ayant refufé de lire tout haut une lettre
allarmante , pour prouver qu'on ne l'influençois
pas , a décrété , fauf rédaction , l'avance des
trois millions néceffaires à cette caiffe.
Du vendredi , féance du ſoir.
La rédaction du décret rendu le matin , n'indiquant
pas l'objet du prêt des 3 millions , M.
Lacroix a dit qu'on accordoit à la municipalité
un fecours qu'elle ne demandoit pas . M. Rouyer
a ajouté que la municipalité , & les comités auxquels
elle s'étoit adreflée , méritoient une forte
improbation. M. d'Averhoult obfervoit que fi la
municipalité , au lieu de faire des phraſes à la
barre , avoit rempli fon devoir , elle auroit rendu
compte de la fituation de Paris . M. Thuriot a
voulu parler , il s'eft fait dans la falle un tapage
inexprimable,
:
Dès que M. Thuriot a pu fe faire entendre ,
il a rappellé qu'il avoit coopéré à la révolution ,
d'où il a conclu que ce qu'il allait dire feroit la
pure vérité il a dénoncé des conjurations.
Sommé , par M, Genty , de nommer les confpirateurs
, il a foutenu que c'étoit fermer les :
yeux que demander où font les conjurés ... Le
vacarme a recommencé .
.MM. Cailhaffon & Lacroix ont rédigé chacun
un confidérant pour motiver le prêt de 3 millions .
M. Robécourt propofait le rapport du décret. M.
Briffot trouvoit & inconcevable qu'on noircît les
intentions de la municipalité ».... Epreuve doug
( (40%) !
teufe. L'appel nominal... Non , oui , non .
a Eh bien , oui , reprend M. Cagès nous auffi
nous demandons l'appel nominal . Nos commer
taas verront & l'intérêt de Paris doit l'emporter
fur celui de tous les departemens du royaume »;
Tumulte horrible. Le préfident fe couvre, fe
plaint de fa poitrine , fe recouvre , & le défordre
finit par l'adoption du projet de M. Lacroix qui ,
motivant le prêt par des inquiétudes vagues furla
caiffe de fecours , ordonne que la caiffe de
l'extraordinaire tiendra à la difpofition du ministre
de l'intérieur , fous fa refponfabilité , la
fomme de 3 millions , qu'il remettra au direetoire
du département , à titre d'avance , à la
charge d'être rembourlée par lui , pour être
verfée dans la caiffe de la municipalité . Il feroit
difficile de citer une loi rédigée plus amphibologiquement.
33
Un article additionnel au décret fur les émigrés,
a condamné les manicipaux au remboursement des
Lommes payées en vertu de faux certificats de réfidence,
& par corps ; & les faux certificateurs à lą
peine des fanffaires.
Le directoire & la municipalité de Paris font
venus difcuter , à la barre , le décret relatif à la
caiffe de fecours. M. Roederer a dit que les billers
de cette caille ayant cours dans les départemens
voifins , Paris ne devoit pas répondre feul des
trois millions , & que ce furcroft d'impôt allarmeroit
les contribuables , devenus ainfi folidaires de
ces entreprises de banques, M. Périon a repré
fenté que les coupures décrétées n'étant pas encore
en circulation , la néceffité avoir légitimé ces
billets de fecours ; que , fi on les laifoit tom
ber , une commotion étoit inévitable . On l'a ré
facé par des murmures, Il a obfervé que la muni
(41)
cipalité avoit follicité le décret , les trois millions,
mais non un emprunt qu'elle ne pourroit payer ;
& craignant pour le lendemain use multitude réduite
à manquer de pain , il a demandé un fécours
provifoire , que M. Ræderer a fixé à 500,000 liva
payables dans la nuit même.
Le miniftre de l'intérieur a divague fur le temps
néceffaire pour fanctionner , & fur ce que le moment
avoit de critique ; verbiage déplacé , qui n'a
fait que provoquer cette phrafe de M. Guadet :
Certainement le pouvoir exécutif ne doit jamais
dormir. Il veille toujours loqu'il s'agit de
la sûreté publique . » Et l'amour & la haine , & la
juftice & la mal gaité ont également applaudi
M. Guadet , dot la faillie étoit d'autant plus
gratuite , que M. Léopold , l'un des commiffaires
a la fanction , venoit d'annoncer que le Roi lui
ay it promis de prendre promptement le décret en
confidération.
Sans les billets de fecours , les artifans moura
roient de faim dans la capitale , a repris M. Thuriot
le dictoire & la municipalité ne font
pas certains de prévenir une infurrection.
l'ordre... A l'Abbaye , ont crié plufieurs voix.
--
A
Si l'Allemblée n'eft pas en sûreté à Paris , a,
dit M. Lagrevol , elle n'a qu'à le tranſporter
ailleurs ; j'en fais la motion ('appuyé , appuyé ) . »
M. Ifnard rappelloit M. Thuriot à l'ordre pour,
avoir calomnie le peuple , en fuppofant la polfi
bilité d'une infurrection ; M. Creftin y rappelloit,
le miniftre qui avoit craint un foulèvement....
Enfin , adoptant la rédaction de M. Guadet
Affemblée a décrété d'urgence , pour troifième,
édition du même décret , que ;
« Sur la fomme de trois millions dont le
veifement a été décrété dans la caiffe du dépar
*
( 42 )
que
tement de Paris , pour être , fous la furveillance
du directoire , à la difpofition de la municipalité
de Paris , il en fera provifoirement
verlé , dans le jour , celle de soo mille liv.
le directoire mettra dans l'inftant même , & fous
la même condition de remboursement , à la difpofition
de la municipalité. »
Du famedi , 31 mars..
La veuve du maire d'Etampes écrit à l'Aflemblée
« Le monuntent décrété en l'honneur de
mon époux fera l'encouragement de mes enfans,
mais ne pourra me rendre le meilleur des hommes
, le plus courageux des citoyens . Puiffe cette
perte immenfe être la dernière fur laquelle la
France ait dorénavant à gémir. Le triomphe
de la liberté eft le feul allégement qu'il me foit
permis d'efpérer. » Elle prie les légifl.teurs
d'oublier la penfion qu'ils avoient l'intention
d'accorder à elle & à fes enfans . Sa lettre ,
Louvent applaudie , fera gravée fur le monument
qu'on érigera à Etampes ; la veuve recevra le
procès-verbal & une réponſe du préſident de
I'Affemblée.
Un décret d'urgence a ordonné que «l'a caiſle
de l'extraordinaire ouvrira , dans le courant du
mois d'avril , le paiement de la fomme de
6,250,008 liv . , montant des capitaux compris
dans la 17. férie de l'emprunt de 125 millions ,
de 1784 , fortie en remboursement par le tirage
de janvier dernier . »
Organe des comités de l'ordinaire & de l'extraordinaire
des finances , M. Dupont , qui ,
depuis que les furnoms féodaux font abolis , fe
fait appeller Dupont- Grandjardin , a lu un rapport
détaillé d'où il eft réfulté que M. de Nare
( 43 )
bonne a , dans fon miniftère , difpofé d'une fomme
totale de 40,423,478 liv . 3 fous ; qu'il
« a fatisfait
au compte auquel il étoit tenu ; que la prohibition
de quitter Paris ne peut plus le regarders
mais que fa refponfabilité reftera engagée jufqu'à
ce que les commiffaires de la comptabilité aient
vérifié les pièces comptables à la fin de l'exercice.
» Non content de ce qu'un pareil prononcé
offroit de contradictoire , M. Cambon accufoit
l'ex -miniftre d'avoir foufcrit un traité pour
150,000 fufils , avec des fabriquans Angiois
au prix de 30 fchelings qu'il évaluoit , au taux
actuel du change , à 66 liv.; M. Taillefer prétendoit
que les fabriques de Talle , Montbriffon
& Saint- Etienne fourniroien d'excellens fufils à
18 liv . M. Lecointre alléguoit des avances données
pour des marchés qui n'avoient pas été
exécutés ; M. Duhem foutenoit que le réglement
envoyé aux régimens , méritoit feul que l'exminiltre
fût jetté dans les cachots d'Orléans ; M.
Rouyer trouvoit la ville de Paris une prifon trop
agréable pour des miniftres qui ont des comptes
à rendre.... Mais d'autres batteries étoient montées
contre l'ex- miniftrs .
4
M. Grangeneuve a lu une dénonciation fignée
Dubois de Crancé , appuyée des atteftations de la
municipalité de Perpignan , du directoire du département
des Hautes-Pyrénées , & du Prince Charles
deHeffe , commandant de la divifion . L'ex-miniftre
a laiffé Perpignan & ces contrées fans aucune
défenſe : fans la mort de l'Empereur , la difgrace
du miniftre d'Espagne , & la juftice faite
aux nôtres , difent ces grands politiques , la fronrière
de ce département étoit perdue pour la
France. M. Goupilleau mandoit M. de Narbonne
à la basic,
( +4 )
·
« Eh , Meffieurs ! s'est écrié M. Quinette , ce
feroit établir un privilége en faveur d'un citoyen,
& décider que vous ne voulez pas condamner
quelqu'un fans l'entendre. « Gardez - vous d'inreduire
une maxime qui n'eft point dans l'ef
prit de l'inftitution du Jury dont vous remp ifcz
les fonctions , a pourfuivi M. Quinette. Je vous
le demande ; croyez- vous que vous cuffiez rendu
le décret d'acculation contre M. Delfart , fi
vous l'aviez entendu ? il vous auroit peut- être
mis dans l'embarras , & vous n'auriez Pas frappé
un coup néceffaie. Il faut condamner l'ex- miniftre
fi vous avez les preuves fuffiantes dans
yos mains ; vous n'avez que faire de l'anous
。
tendie. »
M. Fauchet preffoit le rapport ; M. Dukem
vouloit qu'en attendant , on gardát M. de Narbonne
à vue. Des murmures ont repouffé certe
motion & terminé la féance. Le rapport eft fixé
à lundi prochain.
Du famedi , féance dufoir.
M. Dumourier a écrit à l'Aſſemblée qu'il eft
autorifé à lui communiquer , de la part du Roi ,
deux pièces dignes de la plus férieufe attention.
Ces deux pièces font :
1. Le traité paffé , le 3 février dernier , entre
S. A. S. le prince de Hohenlohe , & leurs A. R.
Mgr. le comte d'Artois & Monfieur , frères du
Roi de France , au fujet du régiment dont nous
avons parlé plus haut.
2º. Les lettres exhortatoires de l'affemblée du
Cercle de Franconic au prince de Hohenlohe ,
que nous avons annoncées . Le tout a été rcnvoyé
à la haute- cour d'Oiléars .
Au nom de la comimiflion des douze , M.
( 45 )
Goffuin a lu un rapport des troubles du Cantal.
Promenades , air fa ira , tambour , mufette ,
gaieté civique , attroupemens à Aurillac , vitres
d'ariftocrates caflées ; les municipaux & le rapporteur
trouvent que jufques- là tout étoit aficz
calme. Mais , à minuit , là comme ailleurs , dés
patriotes , accufateurs , témoins , parties , jugės
& exécuteurs , atteftent qu'il eft parti un coup
de fufil de telle fenêtre fermée . Perſonne n'eſt
bleffé , nulle preuve ; n'importe. M. Collinet
loge dans cette maifon , il arrive de Malthe ,
c'eft donc un émigré ; on le jette dans une prifon
pour la sûreté. Arrivent des patriotes de
tous les environs ; ils brûlent de venger leurs
frères ; les requifitions font inutiles ; l'aristocrate
eft arraché des cachots, égorgé , éventré , haché,
fa tête mile au bout d'une pique ; l'ordre fe
rétablit , difent les procès-verbaux , & les patriotes
d'Arpajon & ceux d'Aurillac fe livrent à
-la fraternité la plus cordiale. Depuis , des détáchemens
pillent , maſſacrent , incendient de tous
côtés , & arrachent des taxes de 300 à 5000 liv.
M. Brouffunnet a foutenu que le délit commis
en la perfonne de M. Collinet , l'avoit été
dans un moment d'effervefcence , & probablement
par des citoyens égarés. Des murmures
l'ayant interrompu , il s'eft écrié : « Vous faites
filence quand on défend les ennemis de la révolution.
Je me ferai entendre lorfque je viens
invoquer la vérité en faveur de fes défenfeurs.»
Ce raifonnement très - conféquent & très digne.
de la philofophie de M. Brouffonnet , a excité
Pimprobation de tous les gens de bien. Sepe
articles ont ftatué , d'urgence , que le pouvoir
exécutif rendra compte à l'Affemblée , fous huit
jours, des mesures qu'il aura prifes pour affurer
( 46 )
•
force à la loi ; que le directoire peut requérir les
gardes nationaux des départemens voilins . Les
auteurs des violences feront pourfuivis , la garde
nationale d'Arpajon diffoute & réorganisée . La
municipalité d'Aurillac eft improuvée & le directoire
du département approuvé.
S'il étoit néceffaire d'ajouter une preuve
furabondante , à toutes celles que nous avons
tant de fois développées de l'inexpérience
univerfelle qui a corrompu la Révolution
Françoife , en fa compofant des vieilles
erreurs condamnées par la fageffe des
Peuples libres & en lui oppofant
les préjugés d'une génération abâtardie par
un Gouvernement efféminé , nous la trouverions
dans les lieux communs fur l'autorité
defquels les Mécontens ont eſpéré
la fin des malheurs publics , fans qu'il fût
befoin d'en retarder l'accélération ,
A chacune des opérations convulfives
de la Majorité , on a vu la cohue de fes
Adverfaires attendre fon falut des écueils
fur lefquels on la précipitoit. En plaçant
fes reffources dans l'excès du mal , on a
jugé inutile de le combattre ; on s'eſt
affermi dans fa quiétude ; on s'eft fait un
plan commode d'expectative & d'inertie ;
on a évité fur tout , & très-foigneufement,
de fe mêler au mouvement général pour
en ralentir l'impétuofité. Obéiffante , fans
47
le favoir , au vou fecret de fes Perfécu
tears , la foule a préféré de fe précipiter
hors des frontières : beaucoup d'Emigrés
étoientfans doute trop juftifiés d'aller chercher
ailleurs la sûreté ; mais , cette mefure ,
que la gravité de l'anarchie prefcrivoit à
des femmes , à des vieillards , à des hommes
en évidence & menacés de la rage popu
laire , l'imitation , une politique bornée
l'ont bientôt généralifée , & convertie en
expédient de mode. Les Contrées étrangères
ont vu arriver par flots des Fugitifs
éperdus , qui , auffi- tôt la limite dépaffée ,
ont repris toute leur confiance : chaque
réveil leur a apporté une Contre-révolution
prochaine : ils ont tout fouffert , exil ,
privations , fatigues , ruine , par l'efpérance
qu'au premier jour les Puiffances Etrangères
viendroient leur reconquérir leurs
foyers & leurs titres , ou que le Peuple
défabufé s'emprefferoit de les leur rendre.
Ces illufions ont été foutenues par des
adages de brochures & de converfation :
le defordre amène l'ordre , entendoit-on de
toutes parts ; l'anarchie recompoſera le
defpotifme; Le François ne fe paffera
jamais d'un Roi ; il aime les Rois ;
-
aucune Nation ne fut plus affectionnée
à fes Rois. La Démocratie meurt d'ellemême
. Elle ne convient pas à la France;
donc , on ne pourra jamais l'y établir.
-Et mille autres pauvretés pardonnables
1:48 )
à des hommes qui n'ont jamais approché
du Gouvernement populaire , vraies peutêtre
dans leur application à la durée d'un
demi fiècle, mais fauffes dans le fens qu'elles
promettoient un terme très -court à la fièvre
républicaine des François .
Le défordre n'a jamais amené que le
défordre : c'est un effet qui devient cauſe ,
& caufe toute puiffante lorfqu'elle eft maniée
par une Faction qu'aucune force ne
contre- balance. Ilfe prolonge par le befoin
qu'ont fes Fauteurs de l'entretenir , & par
leur adreffe à y intéreffer la multitude; il
favorife leur but d'énerver & d'avilir les
Autorités légitimes , pour en tranfpofer
ailleurs l'activité ; les violences préparent
d'autres violences ; on ne fait des loix que
pour affurer le fuccès des illégalités , & le
mépris de ces mêmes loix eft commandé
par leurs inftituteurs , lorfqu'elles commencent
à contrarier le cours de leurs entreprifes.
Cette anarchie que l'on peut appeller
fyftématique , eft également forcée par la
néceflité ; car les mobiles qui fervent à la
provoquer & à l'entretenir , détruifent par
effence tous les moyens d'ordre & de ré̟-
preilion : inutilement , une Faction populaire
fubordonnée à fes inftrumens , & affervie
à la niultitude qu'elle a l'air de gouverner
, tenteroit d'en modérer l'impétuo
fité; bientôt la domination paffesoit à d'au
tres
( 49 )
tres Chefs , & de degrés en degrés , le befoin
du défordre placeroit à la tête du Peuple
ceux dont l'abjection qu la fcélérateffe lui
promettroit la certitude d'une impunité invariable.
La Révolution de France a déjà parcouru
la plupart de ces périodes. Chaque défordre
nouveau s'appuie fur celui qui l'a précédé
, il en néceffite lui - même d'ultérieurs ;
l'anarchie prend alors le caractère d'une
puiffance qui maîtrife les autorités légales,
& qui fe fert de la Légiflation même pour
étendre fes ravages .
Quelle force lui réfiftera ? L'opinion publique
? Eile la renverfe par les opinions
populaires. La Conftitution ? Elle lui oppofe
l'efprit de la Révolution . L'intérêt de
l'Etat ? Elle le place tout entier dans celui
de la Faction qui l'entretient. La crainte ?
Elle feule déce ne les fupplices , diftribue
la juftice , & a le privilége exclufif de faire
trembler. La force publique ? Quand elle
n'auroit pas pourvu à en diffoudre les élémens
, elle en intimide les Miniftres , elle
compte au rang de fes fujets , elle aflocie à
fa mal-faifance ceux dont la Loi avoit entouré
la protection de l'ordre public.
A tous ces moyens de permanence , elle
joint l'influence inapperçue d'un artifice ,
qui fert de même à alimenter une Démocratie
déréglée. Le pouvoir qu'elle comunique
à fes Agens , la tyrannie qu'elle
N°. 14. 7 Avril 1792.
C
( 50 )
exerce par fes Fauteurs , font une délégation
libre de la multitude ; celle - ci ne redoute
point une Autorité qu'elle fe fent
maîtreffe de reprendre à chaque inftant ; elle
applaudit à des Oppreffeurs qu'elle défera le
jour où l'oppreflion la menacera elle- même ;
chacun de fes individus fe comparant à ceux
auxquels elle a confié la puiffance populaire ,
& y retrouvant fes égaux , ceffe de les
redouter , confidère les attentats de leur
defpotifme comme fon patrimoine , & fe
réjouit dans la penfée qu'à fon tour , il
pourra auffi difpofer des vies & des per-
Tonnes. Croit-on qu'un feul Bourgeois de
Paris , en voyant accufer & jetter en prifon
M. Deleffart, fans plus de formes qu'on
n'en met à délivrer le protêt d'une lettre- dechange
, fe foit douté qu'une Juftice fi expé
ditive pouvoit le frapper auffi bien qu'un
Miniftre ? Non , il a vu , au contraire , un
acte de fa propre autorité dans celui de fes
Commettans , & fa vanité a été fecrettement
Alattée de l'idée qu'il lui appartenoit auffi
bien qu'à M. Briffot , de pouvoir traîner
un Adminiftrateur dans les cachots.
•
En un mot , au milieu des poignards &
des piques , des lanternes & des torches ,
des délateurs & des Inquifiteurs , tout
Patriote comerve fa fécurité , & en lifant
les noms des miniftres de l'anarchie , il fe dit
comme le Paysan à la vue d'un ivrogne ,
voilà pourtant dans quel étatje ferai demain.
"
Cette confrontation raifonnée Te propageant
plufieurs millions de fois chaque fe
maine , dans un grand Empire où les Propriétaires
feuls ont un intérêt éclairé à l'ordre
public , & à la fuite d'un renversement
complet de toute police , de tout gouvernement
, de toute fubordination , de toutes les
habitudes morales qui retenoient le Peuple
dans la foumiffion aux Loix , cette confrontation,
dis je,devient le pivot central fur
lequel les Démagogues font affurés de faire
long temps rouler l'anarchie.
D'ailleurs , ilne faut pas s'y méprendre : de
toutes les formes de gouvernement, la Démocratie,
chez les Peuples corrompus , eft celle
qui généralife le plus fortement les paffions
en les électrifant. Elle charme la vanité, elle
exalte l'ambition des ames les plus vulgaires,
elle ouvre mille portes à la cupidité , à la par
ticipation du pouvoir ; elle développe chez
' les brutes comme chez l'homme d'efprit ,
dans les greniers comme dans les fallons , cet
amour de la domination qui forme le vétitable
inftinct de l'homme; car il n'aime l'indépendance
que comme moyen d'autorité ,
& une fois fouftrait à la tyrannie , fon premier
befoin eft de l'exercer.
Jufqu'à nous , les diffentions Républi
caines ayant été à -peu -près renfermées dans
la claffe des Propriétaires , le cercle de l'ambition
populaire n'atteignoit pas les claffes
que leurs travaux , leur pauvreté , leur igno
C 1
·(-52 )
rance , excluent naturellement de l'Adminiftration;
mais ici , c'eſt à ces claffes niême ,
fermentées par la lie d'une foule immenfe
d'hommes pervers , alliés à la populace ,
qu'ont été dévolus la formation , l'empire ,
le gouvernement du nouveau fyftême politique.
Du château de Verſailles & de l'antichambre
des Courtifans , l'autorité fuprême
a paffé fans intermédiaire & fans
contre- poids dans les mains des prolétaires
& de leurs flatteurs .
Une profufion de nominations , d'Elec-
. teurs , de Fonctionnaires , de vacances continuelles
ont irrité la foif du commandement
, tendu l'amour- propre , enflaminé
l'efpérance des hommes les plus ineptes ;
une groffière & farouche préfomption a délivré
le fot & l'ignorant du fentiment de
leur nullité ; ils fe font crûs capables de
tout, parce que la Loi accordoit les fonctions
publiques à la feule capacité. Chacun
a pu entrevoir une perfpective d'ambition ;
Je Soldat n'a plus fongé qu'à déplacer l'Officier
, l'Officier qu'à devenir Général ; le
Commis qu'à fupplanter l'Adminiſtrateur
en Chef , l'Avocat d'hier qu'à fe vêtir de
pourpre , le Curé qu'à devenir Evêque ,
le Lettré le plus frivole qu'à fiéger au banc
des Législateurs. Les places , les états vacans
par la promotion de tant de Parvenus
, ont offert à leur tour une vafte carrière
aux claffes inférieures . Le moindre
733 )
Office a préfenté une dignité , la plus modique
rétribution une fortune , à des Individus
qui , dans une Démocratie bien réglée,
n'euffent jamais ofé prétendre ni à des -
Offices , ni à des honoraires.
2
Ainfi , de proche en proche , s'eft opéré
un déplacement univerfel ; ainfi , l'on a
transformé la France en une table de
joueurs où avec l'offrande de Citoyen
actif , avec du parlage , de l'audace & une
tête effervefcente , l'ambitieux le plus fubalterne
a jetté fes dez. Tous les Charlatans y
ont accouru . Voyant fortir du néant un
Fonctionnaire public , quel eft le Décroteur
dont l'ame n'a pas été remuée d'émulation ?
A l'afpect de tant d'Etres recevant les marques
de la confiance publique , fur ceux
de flétriffure dont ils étoient couverts , quel
eft l'homme méprifé qui n'a pas compté
fortir de fon aviliffement ?
1 i
Ne nous le diffimulons point. Tandis
que des Rhéteurs fur les tréteaux , des
Journalistes de Cafés , & des Femmes à
prétention attribuent aux lumières les conquêtes
de la Révolution , le véritable Philofophe
en découvre le vrai mobile , l'ali- '
ment , le foutien , dans la prife facile qu'ont
eu fur notre enfance politique, lesJongleurs
qui fe chargeoient de notre éducation . Empruntant
le levier ordinaire des Démagogues
, ils ont parlé fans ceffe áu Peuple de
fes Droits, fans lui définir jamais la Liberté ;
C 3
( 54 ).
ils font perfuadé qu'ils lui révéloient des
idées , en exaltant fes fentimens ; ils ont
fubftitué par tout fes paffions à fa raifon &
fesvolontés à fes connoiffances..
Et voilà la fource de fon fanatifme. Car ,
me fois l'autorité qui l'opprimoit étant
renverfée , fon inftinct , fes befoins le rame- ,
noient vers une autorité nouvelle ; mais on
l'a embrâlé lui- même de l'amour du роц
voir, & par une conféquence , inévitable ,
du défir de n'en fupporter aucun..
Qu'on évalue maintenant l'impulfion que
reçoit du caractère national , cette immenfe
Loterie de fortunes populaires , d'avancemens
fans titres , de fuccès fans talens
d'apothéofes fans vertus , d'emplois infinis
diftribués par le Peuple en maffe & reçus ,
par le Peuple en détail. Qu'on examine ,
l'incalculable activité d'une femblable ma
shine , chez une Nation loquace , où la
fureur d'être quelque chofe domine fur
toutes les autres affections ; où la vanité a
plus de faces qu'il ne brille d'étoiles au firmament
; où les réputations ne coûtoient
déjà que la peine de répéter fouvent qu'on
en mérite une ; où la fociété ſe trouvoit
partagée entre les Etres médiocres
& leurs prômeurs qui les divinifoient ; où
fi peu de gens fe contentent de leur fituation
, où le Marchand du coin eft plus
glorieux de fon épaulette , que le Grand
Condé ne l'étoit de fon bâton de Comman(
55 )
dement ; où l'on s'agite perpétuellement
fans moyens comme fans objet ; où, du frotteur
au Dramaturge, de l'Académicien a l'fr
nocent qui barbouille la Feuille du foir, du
Courtilan bel efprit à fon Laquais Philof
phe, chacun refait Montefquieu avec la fuff
fance d'un enfant qui fe croit favant en commençant
à lire; où l'amour de la difpute , de
l'ergoterie & dufophifme ont tué toute converfation
fenfée , où l'on ne parle que pour
enfeigner , fans fe douter qu'il faut le taire
pour apprendre ; où les triomphes de quel
ques fous ont fait fortir de leurs loges tous
les cerveaux timbrés ; où d'innombrables
bavards citent leur éloquence , où lorfqu'on
a combiné deux fottifes d'après un
livre qu'on n'a pas compris , on fe donne
des principes , où les efcrocs parlent de
morale , les femmes perdues de civisme , &
les plus infâmes des humains de la dignité
de l'efpèce humaine où le Valet affranchi
d'un grand Seigneur s'intitule Brutus ; où
le babil & l'écrivaillerie font les deux Arcsboutans
des attaques & des réfiftances ; où ,
enfin on ne trouve que chez le petit
nombre filentieux & retiré , la gravité , la
réflexion , la retenue , la modération d'efprit
qui peuvent feules tempérer le délire
d'une mauvaife Démocratie. On parle
plus en un jour dans une Section de Paris ,
que dans toutes les Affemblées politiques
de la Suiffe pendant l'année entière . - Un
--
C4
( 56 )
Anglois étudieroit fix mois ce que nous
décidons dans un quart d'heure.
C'est donc par un défaut complet d'obfervations
& de jugement , qu'en fortant de
leur loge à l'Opéra , ou fur le marche- pied
de la voiture qui va les conduire à Coblentz ,
tant d'hommes inattentifs ou paffionnés
ajournent , depuis trois ans , la fin de la
tempête au prochain trimestre. Il eft abfurde
de penfer , qu'une vafte Monarchie de quatorze
fiècles , brifée en huit jours , fe relevera
d'elle même par les progrès de l'anarchie
, ou par l'inconftance de la multitude.
Ah ! les racines du défordre ne font pas
fi près de la furface. Ceux qui les ont
plantées connoiffent mieux que leurs.Adverfaires
, le coeur humain & le caractère
du fiècle. Tandis que les Mécontens fe repofoient
fur l'illufion du fentiment Monarchique
, du retour de l'opinion , de l'expérience
des excès , de la leçon du malheur ,
les Jacobins peu alarmés de ces chimères
ont aggrandi leurs conquêtes de jour en
jour.
Je n'ai pas ceffé un inftant de préfager
leur triomphe abfolu & de l'annoncer.
Dans les viciffitudes de leur influence , après
la journée du Champ de Mars , à la fuite
de cette acceptation du Roi qui enchantoit
les Conftitutionnaires purs , Tobfervateur
découvroit les fignes de nouveaux orages ,
157
& l'alcendant des Républicains à la veille
de reparoître.
Eux feuls formoient depuis long-temps
une Faction ; les autres Partis ou végétoient
dans l'inertie, ou ne formoient que des
Cabales .
Quiconque fe féparoit d'eux pour
leur difputer l'autorité , finiffoit après des
avantages éphémères , par retomber dans
leur orbite , ou par en être écrasés . Ainsi ,
ils dépopularisèrent M. de la Fayette , MM.
Barnave , Duport , Lameth , & cent autres
moins importans ; ainfi , après quelques
femaines de lutte , ils ont maîtrifé l'Affemblée.
Remplaçant les défections par de nouvelles
recrues , fi l'opinion paroiffoit leur
retirer fes faveurs , ils lui oppofoient des
Lóix hardies. Etoient-ils gênés par la Conftitution
? au lieu de la fuivre ils l'expliquoient
par les préjugés populaires. Toujours
actifs , toujours
entreprenans , fe
fervant tour - à- tour des menaces & des
promeffes , des récompenfes & des punitions
, calculant toujours jufte fur la pufillanimité
, livrant au Peuple & à la honte
quiconque ofoit douter , conduifant les
efprits avec 40 mots, toujours extrêmes pour
fecouer fans relâche
l'attiédiffement public ,
eux feuls ont montré de la conduite , un plan
invariable , un fyftême uniforme.
L'établiſſement des Clubs leur a affervi
la France entière. A- t- il fallu opter entre
l'Empire de ces Confiftoires ou celui de la
Cs
1
1
1589
Conftitution ? Les Jacobins n'ont pas ba
lancé ; la Conftitution a été facrifiée : 1200 ›
Affociations , correfpondantes à un centre
commun , ont renouvellé le régime des
Jéfuites ; on les a mifes au-deffus des Loix ,
& l'on a fait des Loix pour légitimer enfuite
leurs infractions.
Quelles réfiftances ont combattu cette
confédération ? s'eft elle affoiblie par l'accroiffement
journalier d'une foule de Mécontens
? bien au contraire. Pendant qu'elle
ferroit le faiſceau d'Union & fe confolidoit
par des fuccès , fes Adverfaires flottoient
épars dans le vide , fans bouffole , fans Chefs ,
fans plan , fans vigueur , fans principe
d'harmonie. Peu intimidés par cette cohue
difcordante , les Jacobins marchoient impétueuſement
à leur but , en répétant avec
Narciffe :
J'ai cent fois , dans le cours de ma gloire poffée ,
Tenté leur patience , & ne l'ai pas laffée .
Toute furprife ceffe , lorfqu'on obferve les
grands Propriétaires terriens , la Nobleffe
militaire , la très- grande pluralité de ceux
à qui des places , leur ancien rang , leur
fortune , leurs connexions laiffoient quel- :
qu'influence , paffer les frontières
abandonner le royaume à la Faction qui
le bouleverfoit ; lorfqu'on apperçoit le Roi
privé de tout appui , réduit à l'extrémité
contante de cédes fans ceffe ou de périr y
( ی و )
lorfqu'on a vu des confeils pernicieux en
traîner les Fugitifs à placer exclufivement
leur reffource dans des fecours étrangers ;
folliciter ces fecours avec un éclat aufli
inutile qu'imprudent , confumer le temps ,
les efforts , les dépenfes à les attendre.
vainement, à les promettre avec une affurance
toujours trompée ( 1 ) ; & , par ces
démonftrations reftées impuiffantes , fournir
aux Jacobins de nouveaux prétextes &
de nouveaux inftrumens de domination.
Toute furprife ceffe , lorfqu'on fe rap-,
pelle ce fyflême auffi déplorable qu'erroné
, par lequel on fe félicitoit de l'accroiffement
des défordres , & des victoires des
Républicains , comme d'un acheminement
à la plus rapide contre- révolution..
Toute furprife ceffe , lorfqu'à diftance
des Royaliftes divifés , on voit d'autres
antagonistes des Jacobins fe rallier à la
Conftitution pour fauver le Gouvernement
Monarchique dont elle a coupé les artères ;
oppoſer ce fantôme à un hydre , des loix à
( 1 ) On a calculé que toutes les troupes
Autrichiennes , Pruffiennes , Sardes , Suédoifes
Ruffes, Suiffes, Impériales , Hollandoifes , qui ont
marché dans le Journal Général de l'Abbé de Fon- >
tenay , fuffent arrivées à leur deſtination ,
France feroit attaquée en ce moment par neuf
millions cent mille & quatre Soldats contre-réva
lutionnaires.
C &
( 60 )
·
une Faction au-deffus des loix , "de la métaphyfique
à des entrepriſes , des moralités
à des violences , des intrigues fouterraines
, des fafcinations patriotiques à des
millions d'Argus dont la défiance ne fommeille
jamais ; enfin , le plus honteux com
bat entre fa confcience & la crainte d'entamer
fa popularité , à des hommes audacieux
dont la doctrine eft encore plus exagérée
que les actions.
Toute furpriſe ceffe , à la vue des fcandaleufes
divifions qui partagent ceux qui
ont tout perdu & ceux qui ont tout à
perdre ; lorfqu'invefties de toutes parts par
un ennemi maître des brêches faites au
Gouvernement Monarchique , à la propriété
, à l'ordre public , à l'ordre focial ,
à la sûreté générale , aux principes confervateurs
de tous les intérêts , à la protection
des chofes & des perfonnes contre
l'avidité féroce du grand nombre indépendant
& armé , on confidère les différentes
claffes propriétaires de la fociété fe réjouiffant
de leurs défaftres réciproques ; lorfqu'on
eft témoin de leurs haines , de leurs
débats , de leurs conflits d'opinions politiques.
Pendant que la France court à fa
diffolution , pendant que la République
s'effectue , les Mécontens difputent fur la
meilleure forme de Gouvernement poffible
, fur deux Chambres & fur trois , fur
( 61 )`
le régie de la Monarchie fous Charle- :
magne & fous Philippe le Bel, fur ce qu'il
faut rendre ou retenir des deftructions opé
rées depuis trois mois.
Ainfi les poffeffeurs d'une maifon en
flammes , au lieu de courir aux pompes &
de réunir leurs forces , fe battent en deflinant
la reconſtruction de l'édifice . Quand
on n'a pu défendre ce qui eft détruit , il ne
faudroit pas cependant perdre fes forces à
vouloir ramaffer chaquel particule des débris
, ni préférer de refter dans la rue ,
l'on n'eft pas exactement logé comme on
l'étoit avant le tremblement de terre.
晨
fi
Mille queſtions oifeufes , ou infolubles ,
ou indifférentes , fourniffent des alimens
journaliers d'animofité. On ne reprochera
jamais affez vivement à quelques - uns
des Emigrés , & aux coupables, Ecrivains
qui fomentent cette difcorde fous leur
dictée , d'avoir fécondé toutes les femences
de fchifme entre les Adverfaires des Républicains
, entre les amis fincères du
Roi & de la Monarchie. Quels Confeillers
infenfés ont donc perfuadé aux
Royaliftes fugitifs , qu'il fuftifoit de leurs.
forces & de leurs opinions , pour propres
arracher la France à fa déforganiſation totale
? Lorſqu'on eft le plus foible , lorfque
tous vos moyens font ou nuls ou incertains,.
lorfqu'on eft impérieuſement primé par une
Faction décidément prépondérante , eft- il -
( 162 )
une école plus miférable que celle de l'intolérance
de parti , de repouffer , d'outrager ,
de menacer de fes vengeances ceux qui
viennent à vous fans adopter toutes vos
idées ; de déclarer une guerre impitoyable à
quiconque ne fe place pas fur tous les points
de votre ligne , & de réfe ver fa niodération
pour les ennemis ( 1 ) ?
-
-
( 1 ) C'est dans cet efprit qu'est écrite une
nouvelle brochure , attribuée à M. de Calonne ,
& qui paroît fous le titre de Réponse à un Fransois
Emigré. Des confei's donnés à la Maifon
d'Autriche font noyés dans des injures contre tout
ce qui n'eft en France ni Jacobin , ni Royaliſté
exagéré. Cet écrit ne peut être l'ouvrage de
M. de Calonne , car il y déchire ce qu'il célébroit ,
en 1790 dans fon Etat de la France. Il eft une
clafle , peu nombreuſe il eft vrai , d'hommes
tellement exaltés , qu'ils eftiment plus celui qui
brûle leurs maifons & confifque leurs propriétés ,
que ceux qui fe haſardent à les défendre. - Ils
pardonnent aux Républicains qui ne veulent ni
Roi , ni Clergé , ni Nobleffe , ni inégalité de
fortunes , ni Police , ni Gouvernement ; mais
leur indulgence expire à la vue de quiconque eft
fourçonné de defirer deux Chambres .
Dans la hiérarchie diftributive qu'ent ordonné
quelques Fugitifs ardens , & dont nous devons
la publication à leurs Ecrivains , M. de la Fayette
fe trouve à côté de Jourdan , M. de Cazalès au
niveau de M. de Talleyrand , M. Malouet audeffous
de M. Roberfpierre . L'on aimprimé, répété,
& l'on a écrit plufieurs fois , que j'étois plus I
mujfible que Gorfas , que Carra , ou Briffot
( 63 ) )
+
Quoi ! fans diftinction de caractères &
de motifs , quiconque a pu errer dans le
cours de la Révolution , quiconque eft
défabufé par l'expérience , en confervant ,
néanmoins , des opinions politiques qu'il
croit conformes à la raifon & à l'intérêt
public , fera frappé de réprobation , parce
qu'il ne facrifiera pas l'amour fi noble d'une
liberté modérée , au Parti qu'il aideroit à
fortir de fes ruines !
Si cela eft ainfi , il faut tirer le voile
fur la France ; car je le prononce hautement
, je n'entrevois une lueur de falut
que
dans la coalition des inimitiés qui fe réuniffent
à invoquer la ceffation de l'anarchie,
la fuppreffion de fes véritables caufes , & la
reftauration de l'ordre général . Que tous
ceux qui tendent à ce but , ajournent leurs
haines , leurs difputes politiques , & leurs. [
prétentions. Qu'ils fe perfuadent que la Monarchie
, les propriétés , les reffources &
même les espérances , tout périra avant que
leur métaphysique difputante ait concilié
chaque paragrafe de leurs divers fyftêmes ;
qu'ils fe pénètrent fur - tout de cette vérité ,
c'eft qu'on eft indigne de rien défendre
de louable fi l'on ne fait rien facrifier , &
qu'à la vue du gouffre fur lequel on eft
jetté , le comble du délire eft de s'opiniâtrer
à la défenfe des queftions qui nous
divifent , au lieu de s'affermir fur les points
communs à tous.
( 64 )
On fentira trop tard que , lorfqu'un
Parti eft enfoncé dans une pofition difficile
, lorfqu'il a befoin d'aides pour en
fortir , il faut fe hâter , même avec ›
la caufe la plus jufte , de la rendre acceffible
à tous ceux qui ne veulent ni en recevoir la
Loi , ni la lui dicter , de ménager une iffue
aux diffentimens , aux exagérations paffées ,
aux errreurs , aux torts politiques. Sans cette
mefure de fageile , on redonne à fes ennemis
des auxiliaires qu'on étoit maître de défarmer
, & on les force , malgré eux , de
refter fous les enfeignes qu'ils euffent déchirées
; mais ce n'eſt pas en redifant fans ceffe
tout ou rien, nos opinions ou le néant, qu'on
parvient à ce but de tout Parti conduit
des hommes éclairés .
par
Pompée écrivoit : « Ceux qui reftent en
Italie feront regardés comme traîtres à la République.
» « Ceux qui refteront en Italie ,
mandoit Cefar, partageront la bienveillance
du Vainqueur , & concouront avec moi à
fauver la liberté Romaine . » CeCe peu de
mots valoit la bataille de Pharfale. Jamais
Charles II ne fut remonté fur le Trône ,
fans la réunion des Royaliftes , des Républicains
mitigés & des Presbytériens , fous
les drapeaux du Général Monk .
A ces vérités , à ces exemples , j'entends
des Royalistes oppofer les flottes & les armèes
étrangères , dont les victoires délivreront
les Hommes exaltés du befoin
( 65 )
de la condefcendance & de la modération."
Ecartant ici tout ce que préfente d'affligeant
cette reffource d'une guerre exté- ?
rieure , dont les effets peuvent s'étendre
de la manière la plus déplorable fur la
France & fur les François , fans que la réflexion
ofe s'en promettre aucune folidité
dans la contre-révolution qu'elle opéreroit
momentanément , que nous offrent juf
qu'ici les difpofitions des Puiffances com-"
binées ?
w
Ni la Cour, de Vienne , ni celle de Ber-
Im , principales colonnes de l'édifice , n'ont
indiqué l'intention de faire la guerre
à ce qu'on nomme la Conftitution , encore
moins à la Liberté & à la Nation
Françoife, ni de paroître aux yeux de leurs
Peuples , s'armer contre une anarchic que
le vulgaire prend ftupidement pour la caufe'
du Peuple , ni de dépenfer des hommes
& des millions , pour rendre au Clergé
de France fes biens , & à la Nobleffe fes
écuffons . Nous avons cent fois énoncé'
cette opinion ; l'événement l'a confirmée.
Mais les dépêches du Prince de Kaunitz ,
& fon dernier Office en particulier , laiffent
percer des traits frappans de lumière. On y
découvre que le Cabinet de Vienne a féparé
Jes Jacobins du refte de la Nation ; qu'elle
les confidère fous la couleur d'une Faction
agitatrice , défordonnée & anti - conftitu
tionnelle
; que fi la guerre éclate , c'eft cette
166 )
Faction , & non la faine partie des François
qu'elle traitera en ennemie. Il eft faux , n'en
déplaife à M. Dumouriez, le Miniftre étran-,
ger , que le Prince de Kaunitz , entende
exclufivement les Ariftocrates par ces mots,
lafaine partie de la Nation. Ils s'adreffent à
tous ceux qui gémiffert des triomphes du
crime , d'une licence qu'aucune Loi ne peut
réprimer , de l'anéantiffement de l'Autorité
Royale , & des injuftices dont un dérèglement
forcéné s'empreffe de combler la
meſure.
Si , foit en la déclarant les premiers ,
foit en la rendant inévitable par des provocations
hoftiles , les Jacobins nous attirent
la guerre , le premier Manifefte des Cours
combinées préfentera la même diftinction.
On les verra s'annoncer comme Alliées
comme protectrices de quiconque n'eft pas
Jacobin: c'eft cette ligue & non la Nation,
qu'elles parleront d'écrafer : elles fe montreront
armées , non pour la caufe fpéciale
des Emigrés , mais en faveur des Propriétaires
vexés , ruinés , ou près à l'être , des
Amis de l'ordre , des défenfeurs d'un Gouvernement
jufte , qui maintienne dans un
fage équilibre les droits du trône , & ceux
du Peuple.
Par cette politique , dont la réalité me
paroît évidente , la France fe trouvera
fcindée en deux Partis , celui des Répu
blicains
, & celui de tous les Citoyens qui
1
1.67 )
ne voulant pas le devenir, peuvent, trouver
un point d'appui , quelles que foient d'ailleurs
leurs opinions .
Si cette conjecture touchant le plan de
Vienne n'eftpas erronée , les Jacobins fe font
précipitésdans le piége, en fe rendant maîtres.
& de l'Affemblée , & du Gouvernement , &
du Ministère , & des Corps Adminiftratifs ,
& du Royaume par les violences de leurs
Clubs. Cette concentration de pouvoirs
cette ardeur impolitique & ambitieufe à
étendre leur oppreffion même fur les Partis
qui fe difent fidèles à la Conftitution , leur
enlèvent la fauve garde contre l'Etranger ,
qu'ils tiroient du Concours du Roi , avec
une Majorité & des Miniftres Conftitu
tionnels. Seuls chargés maintenant de la
refponfabilité des évenemens , & de toute
la puiffance de l'Etat , la politique exté
rieure ne les confondra plus avec la Nation
en général , & les attaquera comme Faction
ifoléc retranchée dans les places d'où
elle a chaffé même les Amis de l'ordre
nouveau qui fervoient la Conftitution
fans vouloir fervir les Jacobins.
"
Au furplus , ces derniers ne feront pas
attendre les Puiffances coalifées ; ils ne diffi-,
mulent plus la réſolution d'aller au devant
même des projets défenfifs de toute Cour,
Etrangère. Excepté MM. Roberfpierre ,
Camille Defmoulins , & quelques autres
plus fenfés , la tourbe anarchique de cette
( 68 )
Faction veut abfolument la guerre. Son
Comité dirigeant l'a décidée dans un
nouveau pamphlet récent , M. Clavière pofe
en axiôme , que la première opération de ,
finance doit être la guerre contre les Princes
coalifes. M. Dumouriez a écrit , dit - on ,
aux premières Puiffances de l'Europe dans
le ftyle de Pompée au Roi de Cappadoce.
On peut apprécier les dépêches de ce
Miniftre par fes dernières bravades à
l'Affemblée , par fes difcours aux Jacobins
en invoquant leurs confeils , & par les choix
dont il a rempli fon Département . MM . de
Rayneval & Hennin , vieillis dans le métier ,"
ayant eu la fageffe de fe retirer , M. Dumou
riez a recrée la place de Directeur des
Affaires étrangères , éteinte , à la mort de
l'Abbé de la Ville , en faveur de M. Bonnecarrère
Minifire in partibus auprès de
l'Evêque de Liége. Les Bureaux congédiés
ont été remplacés par des Scribes du Chub
des Jacobins , par un Abbé Noël , ancient
Lecteur à l'Univerfité , & formé àla diplo-,
matie par la Chronique de Paris dont il étoit
l'un des illuftres Rédacteurs , & c.
On n'a encore que des avis contradictoires
& incertains des dernières fcènes du
Midi ; mais il n'eft pas douteux , ainfi que
nous l'avions fait preffentir , que le fupré-,
matie des Clubs Républicains va la fubju
guer. Par l'enchaînement des circonftances,
Tes forces que M. de Narbonne faisoit raffen
( 69 )
:
bler dans ces contrées , pour fauver Arles &
Avignon des expéditions de Marſeille , font
deftinées aujourd'hui à foutenir les exploits
de cette Ville. Déjà délivrés du régiment
d'Erneft, les conquérans civiques de la Provence
le font encore du régiment Allemand
de la Marck & des Huffards d'Efterhazy ,
qui offufquoient à Avignon les braves Prifonniers
& leurs Amis.
Réfutant par fa prompte faumiflion , les
caloninies auxquelles elle eft facrifiée , Arles
a ouvert fes portes à deux régimens de
ligne qu'on y a fait entrer. Plufieurs rapports
certifient la fortie de nouvelles cohortes
Marfeilloifes , pour coopérer au
défarmement de cette malheureuſe cité , &
à l'exécution de l'amniftie Avignonoife.
Nous ignorons fi en effet Arles eft déjà
défarmé, & fi les Marfeillois y ont pénétré.
Avignon eft occupé par des Gardes nationales
de Nifmes , & par trois Compagnies
du régiment de Boulonnois que la prudence
de M. de Choify en avoit écarté.
La nouvelle de l'Amniftie a frappé d'effroi
* & conſterné tous les Citoyens : le Tribunal
criminel a fufpendu fes fonctions ; laplupart
' des Familles honnêtes ont émigré de nouveau.
Certains Décrets ont la vertu de la
peftes on fuit à leur approche..
Plus de 20 Départemens participent
maintenant aux horreurs de l'anarchie , &
-d'une infurrection plus ou moins dévaftatrice.
Voici un détail exact d'une partie
7709
feulement des excès commis dans la Haute
Auvergne , Département du Cantal .
« Les affemblées de Canton , pour le recrutement
de l'armée , ont été , pour les agitateurs
du peuple, un moyen d'exciter des défordres. »
Les Paroifles du Canton d'Aurillac , cheflieu
du Département , étoient reunies dans cette
ville. Le Sieur Millau , commandant la Garde
Nationale du Pajou , fait faire à l'affemblée le
ferment de fe venger de tous ceux qui ne font
pas Patriotes. Dès l'après- dîné , les Volontaires
brifent contrevents fenêtres , meubles , des
maifons les plas confidérables de la ville. Plufieurs
honnêtes Citoyens fe fauvent par le toit
-de leurs maifons. On demande leur tête . Les
Corps Adminiftratifs reftent dans l'inaction. M.
de Nioffel, ancien Lieutenant-Criminel , qui avoit
contenu pendant longues années les garnemens
par une juftice ferme , eft menacé . Il n'ofe coucher
chez lui. Il place deux perfonnes affidées dans
fa maiſon , pour la garder. La nuit ſuivante ,
on fe porte à de nouvelles infultes. On tire de
dedans la maiſon un coup de pistoler pour éloigner
les Malfaiteurs . Ceux-ci vont fe plaindre
au Corps-de- Garde , à la Municipalité , mandent
les Paroiffes voisines , cherchent dans toute la
ville M. de Nioffel , qu'ils favent n'avoir pas
paffé la nuit chez lui , le trouvent , le mènent à
la Municipalité , qui l'envoie en prifon avec fon
fils, auffi innocent que lui.
כ כ
« Le lendemain, des Paroiffes entières le préfentent
en armes aux portes de la ville. La Mu
nicipalité va au-devant d'elles . Elles difent qu'elles
veulent avoir juftice, & venger leurs frères d'armes.
Letumulte groffit; la Municipalité confulte le Département
; la loi martiale n'eft pas proclaméc.
( 719
Aucun fentiment courageux ne donne de force à la
loi . On menace les Corps Adminiftratifs , ils s'éloignent
; on fe faifit de la victime , on l'amène
au milieu des hurlements fur la place , on lui
coupe la tête à coups de hache ; on porte cette
tête fur une fourche , on la promène dans les
rues , on la jette fur un fumier. La tête de M. FLvelli
& celle de M. Dereze, Adminiftrateurs, furent
mifes à prix , & au même moment , la maiſon
de M. Hébrard , Ex - Conflituant bien connu
fut décorée par la populace de guirlandes de fleurs .»
« Le jour fuivant , on trouve des potences
figurées fur les portes des principales maifons.
L'impunité annonce de nouveaux malheurs . Les
Paroiffes , celle du Pajou entr'autres , portent
le pillage , l'incendie , la dévaſtation a dix lieues
à la ronde ; elles fe tranſportent d'abord à la petite
ville de Montfalvi , & la puniffent de fon attachement
à fon véritable Pafteur. Pour accélérer leur
marche , les brigands fe contentent de faire faire
ferment aux Habitans des Paroiffes qu'ils traverfent
, d'incendier & de démolir les châteaux.
Auffi-tôt les Habitans mettent la main à l'oeuvre ;
nous avons déjà la lifte de 18 châteaux qui ont été
-pillés, brûlés oudémolis en partie. En voici la liste : >>
Jennezerguen , à M. Dubarra ; Juniac , à
M. de la Grange ; Montlogis , à M. de Montlogis;
la Befferette , à M. d'Humières ; Lepoux , à M.
d'Humières; la Zode , à M. de Comblac ; Longueverhe
, à M. de Comblac ; Faulas , à M. de Mialet ;
Fargues , à M. de Fargues ; Roanne , à M. de
Roanne ; Volpiliac , à M. d'Orcet ; Efpinaffol,
à M. de Roquemovel ; Lefcure, à M. de Lasfic;
Hautever , à M. de Peitronnecq ; Rochebrune ,
à M. de Rochebrune ; l'Eterne , à M, de l'Eterne ;
Convos , à M. d'Aurillac , pillé ; la Volpilière , à
• M. de Meffiliac, »
CC
(.72.)
ec La fureur populaire s'eft exercée , non-feulement
envers des Nobles & des Emigrés , mais
fur des Propriétaires qui n'ont jamais abandonné
leurs foyers , & qui fe voient forcés d'aller chercher
au loin un afyle , incertains de le trouver
nele part en France. Madame de Beauclerc , fugit
ve , emmena avec elle un de fes enfans ma-
"Jade , qui ex, ira dans fes bras , en traverſant les
montagnes. Madame de Peironencq fut obligée ,
pour fouftraire fon fi's aux brigands , de le traveftir
en payfan , & de lui faire garder les moutons
. M. d'Humières , vieillard vénérable de 80 ans,
après avoir payé fon tribut à l'Etat par des fervices
militaires diftingués , après avoir donné dans le
pays' l'exemple de toutes les vertus , & fervi de
modele aux pères de famille , s'eft va forcé de
s'éloigner pour préferver les jours . Beaucoup
d'autres familles ne favent ou porter leurs pas , &
-les débris de leur fortune , & c. »
Samedi foir , après avoir entendu le
Rapport adouci de ces brigandages , l'Affemblée
rendit un Décret dicté par un
efprit d'ordre & d'équité ; mais il falloit
rendre la juftice toute entière , effrayer les
Officiers populaires , & affurer aux Propriétaires
volés le bénéfice de la Loi , qui
read les Communes refponfables des brigandages
qu'elles n'ont pas arrêté.
P.S. Un Courier arrivé hier de Stockholm , a
apporté la nouvelle que le 16 , le Roi de Suède entrant
au bal mafqué , a été frappé à la cuiffe d'un
coup de piftolet chargé de deux balles : la bleffure
ne paroît pas être molte le. L'affaffin , dit- on , eft
arrêté ; c'eft un Officier puni dans l'affaire de Finlande
, & à qui le Roi avoit accordé la grace . Voilà
les premiers rapports : nous en donnerons de plus
circonftanciés dans huit jours.
MERCURE
HISTORIQUE
E. T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 24 Mars 1792.
LA Diète, ainfi que nous l'avonsrapporté ,
s'étoit terminée fans oppofition aux demandes
du Roi des quatre Ordres , trois
avoient perfévéré , prefqu'à l'unanimité
dans leurs fentimens invariables d'union
de fidélité , d'attachement envers le Prince
dont l'intérêt fes trouve fi intimement lié
aux leurs ; une partie affez confidérable de
l'Ordre Equeftre avoit manifefté les mêmest
difpofitions pendant la tenue des Etats :
les réfolutions de cette Affemblée font
publiques; il n'en eft aucune qui ne fût
nécefitée par les devoirs les plus facrés ,
par la foi due aux Créanciers de l'Etat ,
par le paiement des dépenfes de la guerre,
Nº. 155 14 April 1792.
querre,
.
nous
Tune des plus glorieufes , & par fes fuites
l'une des plus utiles qu'ait jamais entrepris
la Suède. Il eft abfolument faux , ROUS
le répétons , que le Roi eût exigé aucun
fubfide extraordinaire , & éprouvé des
réfiftances à cette demande. Le feul
acte d'autorité à lui reprocher , quoique
les derniers évènemens en juftifient
la prudence , eft la défenfe de rien
publier fur les Finances pendant la tenue
de la Diète. Les Conjurés qui préparoient
une cataſtrophe , n'avoient pas négligé
l'arme des libelles ; le Roi dédaigna d'en
rechercher les Auteurs ; mais il voulut
arrêter le cours de ces diatribes .
Déconcertés par la tranquillité de la
Diète , voyant leurs efforts déjoués
ne pouvant plus vendre leurs voix , leur
appui , leurs trahifons à la Ruffie, ni travailler
, avec le fecours de cette Puiffance ,
à replonger la Suède dans l'anarchie oligarchique
d'où la Révolution de 1772
Pavoit tirée , défefpérant enfin de jamais
détacher du Roi la très- grande pluralité de
la Nation , les parti fans de l'ancienne Ariftocratie
des Nobles ont tenté le dernier
crime pour la reffufciter.
Le 16 de ce mois , le Roi foupant
dans fes appartemens avant l'ouverture
d'un bal maſqué qui devoit avoir lieu
pendant la nuit , reçut un billet écrit en
françois , où on l'avertiffoit qu'il feroit
( 75)
entouré & affaffiné dans une des fallès du
bal . « Je vous hais , écrivoit l'anonyme
» je hais tous les tyrans , mais je ne veux
» pas être du nombre de vos alfaffins . Si
vos Soldats falariés euffent tenté à Gefle
» un mouvement contre la Diète , j'aurois
été le premier à vous percer le fein .
Cette lettre , conforme à tant d'autres avis
du même genre , ne fit aucune impreffion
fur le Roi : il étoit dans le caractère de
ce Prince de répondre comme Cefar & le
Duc de Guife , ils n'oferoient.
•
Jettant le billet fur fa table , & fans:
daigner même fe faire accompagner , le
Roi fe tendit au bal . A peine entré dans
la falle qu'on lui avoit défignée , il eft
entouré , preffé par plufieurs mafques en
dominos noirs ; l'un d'eux le ferre dans la
foule , lui applique un piftolet fur la
hanche ; le Roi fait un mouvement , &
donne ainfi une direction demi- verticale.
au coup qui lui eft porté , & qui pénètre
de la hanche dans la cuiffe.
.
« Je ſuis bleffé , s'écrie le Roi en ôtant
» fon mafque , qu'on me ramène dans
» mes appartemens. » Auffi - tôt plufieurs
voix crient au feu , pour occafionner une
confufion à l'aide de laquelle les coupables
puiffent s'évader ; mais l'Officier de garde
ordonne fur-le- champ de fermer les portes;
le Lieutenant de Police fait démafquer tous
les affiftans ; on les fouille fans trouver ni
D 2
( 76 )
armes , ni inftrumens tranchans. Seulement
on découvre à terre le piftolet dont s'eſt
fervi l'affaffin , & un grand couteau tel
que ceux que les Suédois font en ufage,
de porter lorfqu'ils vont à la campagne.
Dans le nombre des mafques découverts ,
l'un d'eux fe trouble à l'inſpection du Lieutenant
de Police , provoque la défiance de
ce Magiftrat en fe défignant lui - même,
comme au deffus de tout foupçon. Cette
défiance eft bientôt juftifiée, Les Armuriers
& Couteliers de la capitale ayant été
affemblés fur- le-champ , deux d'entr'eux
reconnoiffent le pistolet & le couteau , &
atteſtent les avoir raccommodés pour M.
Ankarftroëm ( 1 ) déjà foupçonné.
Dans la matinée , on conduifit ce miférable
devant le Juge de police , où il fubit
un premier interrogatoire , qui fe répéta
enfuite devant le Tribunal fuprême de
Juftice. Tout décéla en lui l'inftrument
fanatique d'un complot plus étendu ik
avoua fon crime fans héfiter , s'en glorifia ,
dit qu'il regardoit le Roi comme le fléau
de l'Etat , & perfifta à refufer les noms de
Les Complices.
Retiré d'abord dans fes petits apparte
mens , le Roi y refta couché fur un fopha
près de trois quarts d'heure , entouré de
(1) Ce nom a été défiguré dans toutes les Fenilles
de Paris,
( 77 )
plufieurs Miniftres Etrangers & de Per
fonnes de fa Cour . Il eft impoffible de
porter plus loin que ce Prince ne l'a fait ,
la férénité , le fang froid , le courage tranquille
: il n'a témoigné aucune inquiétude
fur fa vie ; toutes fes facultés & fon entretien
fe tournoient vers les effets de cet
attentat , & fur l'impreffion qu'il produiroit
en Europe , il fembloit fe confidérer
comme un nouveau titre qu'il acquerroit
à la gloire , & à l'amour de fes Sujets ; &
-c'eſt un fait très- vrai , qu'en repaffant les
prédications de régicide fi multipliées par
les preffes Françoifes , il lui échappa de
dire gaîment ; ce Briffot va bien jaſer fur
-cet évènement. Il dicta avec le même calme
des difpofitions de la Régence à la tête de
laquelle il plaça le Duc de Sudermanie.
-La fermeté du Monarque fe foutint avec
le même héroifme , pendant l'opération
confiée au premier Chirurgien de l'armée.
On ne put fortir de la plaie qu'une tête de
clou & une balle. La nuit du 17 au 18 fut
très-agitée , & la fièvre violente : quoique
la fuppuration extérieure fe fût déclarée
dans la matinée du 18 , la journée fut affez
mauvaife , & les Gens de l'art conçurent
de l'inquiétude. Ils reprirent leurs efpérances
le 19 ; le Roi dormit paiſiblement
trois heures dans la nuit précédente ; la
crainte d'un dépôt & de la gangrène intérieure
diminua ; depuis , l'état de S. M
D
3
( 78 )
seft amélioré de jour en jour ; hier la fuppuration
extérieure étoit bien établie , le
Roi prefque fans fièvre , & toutes les apparences
favorables , - Quoiqu'on n'ait
point extraitencore la totalité de la charge,
on a du moins la certitude qu'elle n'étoit
pas empoifonnée , & l'on fait qu'il n'eft pas.
rare de voir des corps étrangers ne fortir
que plufieurs années après la bleflure . Ici ,
aucun vifcère ne paroît avoir été attaqué ; le
coup a porté dans les mufcles & les chairs..
L'affaffin Ankarſtroëm fut autrefois Enfeigne
aux Gardes. On lui attribue contrele
Roi une haine perfonnelle , qui l'aura
fait choisir pour exécuteur des vengeances:
d'autrui. Il trempa déjà dans la confpiration
que formèrent contre S. M. & contre
leur patrie , pendant la dernière guerre , un
certain nombre d'Officiers que la Ruffie
avoit chargés de foulever l'armée Suédoife
, de la paralyfer , & de faciliter à
I'Impératrice la conquête de la Finlande..
Condamné à mort , il dut fa grace à la
clémence du Roi , ainfi le forfait de la
plus atroce ingratitude fe joint ici au régicide.
La réunion de plufieurs dominos noirs
dans la même falle du bal , l'inveftiffement
du Roi à fon entrée , ce qu'on connoiſſoit
des difpofitions de quelques Nobles ulcérés
, leurs projets avortés pour troubler
la Diète , enfin le choix même du meur179
)
" w -fe
trier indiquoient fuffifamment que cef altentat
formoit le premier acte d'une Confpiration
prémeditée & plus ou moins
étendue. Cette conjoncture eft aujourd'hui
une certitude. On a découvert que le billet
écrit à S. M. , l'avoit été par M. de Lillienhorn
Major aux Gardes . On a arrêté
cet Officier dont la révélation anonyme
décéloit affez la complicité : c'eft un
Militaire confidéré , qui fe diftingua
par des preuves de la plus grande intrépidité
, dans la guerre de Finlande. , &
dont il paroît que le Roi ne foupçonnoit
guères la fidélité . Le jeune Comte de
Horn qui a chargé le piftolet , & près de
60 autres Perfonnes ou impliquées dans
la Confpiration , ou fufpectes , font entprifonnés
: On a eu beaucoup de peine à
les fauver de la fureur du Peuple de la Capttale
, entièrement dévoué au Roi , ainfi que
celui des provinces où cet attentat a excité
une Irorreur inexprimable. Les portes
de la ville font encore fermées , & Pon a
peis toutes les précautions nécefiaires pour
affurer la tranquillité , & la découverte
complette de cette conjuration diffipée ,
dont le fuccès eût vraisemblablement replongé
la Nation fous le joug des abus dé--
truits , & de l'oppreffion oligarchique .
Il paroît que la Ruffe s'occupe férieu
fement du projet d'envoyer une elcadre
D 4
7.80 )
A
dans l'Océan ; on travaille fans relâche
pour cet objet à Cronstadt & même à
Archangel. Le Gouvernement Danois a été
déja informé que 29 vaiffeaux de ligne
Ruffes & un grand nombree de petits bâtimens
pafferoient le Sund l'été prochain.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Mars 1792 .
L'opinion publique favorife de fes aufpices
les commencemens du nouveau règne,
& jufqu'à ce jour la conduite du Roi juftifie
l'opinion publique. Ce Prince eft d'une
étonnante activité ; il prend connoiffance
de toutes les parties de l'Adminiſtration ;
les Finances font un des principaux objets
de fes travaux , & il n'épargne ni fon
exemple , ni fes exhortations pour infpirer
des vues fages aux Miniftres , ainfi qu'aux
Chefs des divers Départemens. Il eft
bien certain que la politique extérieure ne
fouffrira aucune variation : les connexions
formées par le dernier Empereur feront
maintenues & confolidées . - La Cour de
Berlin partage entièrement ces difpofitions ;
chaque jour rend plus étroite la relation
qui s'eft établie entre les deux Puiffances . Le
Roi de Hongrie a donné auffi à l'Electeur de
Saxe l'affurance qu'il ne changera rien aux
-
781 )
engagemens pris à Pilnitz ; engagemens qu'il
n'héliteroit pas un inftant à contracter s'ils
étoient encore à former. -Le Général
Pruffien de Bifchofswerder ne retournera à
Berlin que dans is jours : il a des entretiens
fréquens avec le Roi & les Miniftres ;
perfonne ne doute qu'on ne travaille de
concert à la prochaine exécution d'un plan
général , dont on prévoit que les nouvelles
conjonctures de la France ne tarderont
pas à faire une néceffité. -Le Baron
de Duminique , Miniftre dirigeant de l'Electeur
de Trèves eft dans cette Capitale , où
il a conféré plufieurs fois avec les Miniftres,
fur la pofition où fe trouve & cù va fe trouver
l'Electorat.
Pendant qu'on fonde à Berlin une
caiffe pour les veuves des Officiers militaires
, le Roi de Hongrie vient d'augmenter
d'un creutzer la paye du foldat , & de
rétablir l'ufage qui exiftoit fous Jofeph II ,
d'accorder à chaque Grenadier de la garde
du Palais , une demi - livre de viande & un
demi-feptier de vin par jour. L'armée déjà
fingulièrement attachée à S. M. A. , a reçu
cette faveur avec une vive reconnoiffance.
Le Confeil d'Etat pour les affaires intérieures
fera rétabli fur le pied où il étoit
fous l'Impératrice - Reine Marie- Thérèfe ;
le Roi fe propofe d'y affifter régulièrement.
S. M. fe rendra auffi fouvent aux
féances de la Chancellerie de Bohême &
Ꭰ ;
782.J
d'Autriche , de la Chambre des Domaines
& du Confeil Aulique de guerre.
Le Maréchal de Bender ayant follicité .
fa retraite , motivée par fon grand âge ,
S. M. la lui a accordée , en nommant le
Général Baron de Karaczay au Comman
dement Général de l'armée des Pays - Bas
Ce nouveau Chef eft très - avantageufement
connu par fa conduite diftinguée dans la
dernière guerre...
Lorfqu'on a appris l'excès de groffe
joie qu'avoit produit en France fur le parti
des Jacobins , la mort imprévue de Léo
pold II, on n'as éprouvé dans cette Capi- .
tale qu'un feul & même fentiment , celui
du mépris. Si le Gouvernement fage de
Léopold en Tofcane n'eût point été connu;
fice Prince n'eût point procuré la paix à
fes Etats par fa prudence & fa modération
; fi la conduite politique ne lui
cue point concilié l'eftime de fes voifins
& l'amour de toute l'Allemagne , fon rang
élevé & l'attachement connu de fes fujets
pour fa perfonue , auroient dû en impofer
a des infenfés qui s'appellent libres , tandis
qu'ils font les efclaves honteux des paffrons
les plus criminelles. Mais que peuon
efpérer d'un Pays où l'anarchie eft
complette ! Il eft impoffible que les per
fonnes qui occupent les places adminifatives
& judiciaires ne défapprouvent
7831
ces épanchemens défordonnés ; mais elles
font dans la trifte impoffibilité de les réprimer.
Des enragés croyoient voir dans
Léopold l'ennemi , le plus cruci de leur
Conftitution , tandis que , le premier , &
malgré les plus fortes repréfentations
des Emigrés , il reconnut la liberté de
Louis XVI, après fon acceptation de l'Acte
Conftitutionnel. Le temps décidera files
Révolutionnaires avoient raifon ou non
de fe réjouir fi fort de la mort de l'Em--
pereur. Ce Prince qui n'a point tefté,
lajffe une fucceflion privée très confidérabie
, & qu'on évalue à 18 millions de
florins.
GRANDE - BRETAGNE
De Londres , le 4 Avril.
Avant-hier , l'abolition de la Trafte dess
Noirs fut remife en queftion , & difcutée
dans les Communes : Chambre convo
quée par appel nominal fe trouva allez
nombreufe. M. Wilberforce fit la motion
d'abolir purement & fimplement , & à
jamais , la Traite des Nègres fon Dif
cours , ainfi que le debat , n'ayant repro
duit que des argumens déjà ufes de pare
& d'autre , nous nous börnerons aux ré
fultats de la difcuffion.
TO
THEY
Le Colonel Tarleton , Reprefentant dec
D
( 84 )'
Liverpool , l'une des Villes les plus inté
reffées au Comnierce d'Afrique , combattit
M. Wilberforce. Le projet de ce dernier
fut appuyé d'abord par M. Fox qui déclama
plus qu'il ne differta fur la matière,
& enfuite par M. Pitt. Ce Miniftre répondit
avec autant d'adreffe que de fagacité , &
fur- tout avec une bonne foi apparente,,.
aux objections , aux inquiétudes des Partifans
de la Traite . Mais avant que ces deux
Orateurs euffent pris la parole , un Acteur
non moins effentiel avoit déjà divifé les
efprits. Ce fut M. Dundas , ami de M. Pitt
& fon Collègue dans l'Adminiſtration ,
qui , par une motion modifiante , évidemment
concertée avec le Gouvernement ,
affura à M. Pitt tout le mérite d'une réfolution
populaire , fans lui faire craindre
le reffentiment trop vif des intéreflés . M.
Dundas propofa donc d'abolir la Traite ,
mais graduellement, & feulement après un
laps de temps, Cette tournure déconcerta
les adhérens fincères ou fimulés de l'abolition
fubite , fans fatisfaire entièrement
les défenfeurs de la Traite.
Trois délibérations fuivirent. La première
, pour ajourner le débat , fut rejettée
par 234 voix contre 87. La feconde en
faveur de la motion pure & fimple de
M. Wilberforce , eut contr'elle 193 fuffrages
contre 125. Enfin , la troisième ,
fur l'amendement de M. Dundas qui fut
( 85 )
adopté à la pluralité de 230 contre 8 ) ; ma
jorité , 145 .
Au moyen de cette réfolution , chacun
refte plus ou moins fur fon terrein , & il eft
aifé de preffentir qu'on laiffera une grande
marge aux Planteurs & aux Intéreſlés à la
Traite . Du refte , on foupçonne que le Miniftère
a prêté fon appui à cette fuppreffion
éventuelle , dans l'efpoir que l'impétuofité
Françoife fe hâtera d'exagérer cette décifion
, afin de montrer à l'Univers étonné ,
que fi les Anglois font le bien lentement
& avec mefure , de l'autre côté de la
Manche on l'opère par inftinct & fans
reftrictions.
FRANCE.
De Paris , le 9 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche, premier avril.
comme
M. Monneron ayant donné fa démiffion forcée,
M. Clavière qui devoit lui fuccéder ,
fon fuppléant , a déclaré que , dans les circonftances
où fe trouve la nation , il croyoit devoir
préférer la refponfabilité miniſtérielle à l'inviolabilité
légiflative . Sa place à l'Affemblée fera
remplie par M. de Kerfaint.
On s'eft livré au torrent des adreffes & des
pétitions . Grands éloges du courage & de la
( ૪ ) '
juftice qu'il a fallu pour accufer M. Deleffart
Des citoyennes viennent folliciter une éducation
plus morale que l'éducation chrétienne , plus
nationale que l'éducation domeftique , & plus
virile pour le beau fexe régénéré ; les droits
politiques , législatifs & militaires pour la plus
belle moitié du monde ; l'égalité des conjoints
& le bienfait du divorce. Un publicifte gefticulateur
propofe d'élever les cent - fuiffes de la
maifon du Roi , au rang de cent -fuiffes de Affemblée
; puis des dédicaces d'ouvrages dont on
fait mention honorable fans les lire .
Les adminiftrateurs du département des Bou--
ches-du -Rhône , mandés , par un décret , ont
tâché de juftifier leur conduite aux dépens de
leus collègues & du pouvoit exécutif . Le préfident
leur a répondu froidement , & ils n'ont
pas reçu les honneurs de la féance .
Quelques municipaux d'Arles écrivent que ,
vivant du travail de leurs mains , ils font hors
d'état de fe rendre , à leurs frais , à Paris . D'au- -
tres lettres annoncent que les patriotes marchent
en force contre Arles . Mais trois compagnies
de volontaires qui s'y rendoient , ont péri dans.
le Rhône. Les comités découvriront par l'effet
de quel complot a pu s'ouvrir & s'abymer une
barque trop chargée.
"
Un décret a permis aux directoires & au
pouvoir exécutif de requérir les gardes nationales
Pour ramener la tranquillité dans les départemens
de la Nièvre & de l'Yonne , où il s'élève de
grands troubles.
Du lundi , 2 Avril,
M. Clavière prie , par écrit , l'Aemblée de
Kautorifer à conférer officiellement avec les co—
7·847-5
J
mités des finances , fur les affaires de fon dépar
tement. On a eu le bon efprit de fentir que , le
miniſtère n'avoit préféré la refponfabilité minifté--
rielle à l'inviolabilité légiflative , qu'en feréfervant
ce moyen de rendre toute refponfabilité illufoire ..
L'ordre du jour a déjoué cette petite rufe civique..
*
L'Evêque du Calvados a déployé toutes fes
connoiffances militaires , dans un rapport fur la
dénonciation de MM . Dubois de Crance & Charles
de Heffe contre M : de Narbonne qu'il a nonfeulement
difculpé , mais même flagorné. A l'en
croire , tout prouve que Perpignan & la frontière :
font auffi bien défendus qu'il eft poffible ; hommes ,,
-fufils , canors , affuts tout neufs , & canonniers .
en nombre fuffifant , rien n'y manque. « Le pou
voir exécutif n'étoit pas mort entre les mains de
M. de Narbonne ; mais plein de mouvement & de
vie... S'il a nommé M. de Choify, c'eſt que cet
officier né dans la ci-devant claffe du peuple ,
avoit une grande réputation . On aurcit voula
par- tout des Lukner ; mais où font- ils ? ... Au furplus
, un miniftre que la coar a renvoyé quand?
elle en gardoit d'autres que l'opinion publique condamnoit
, ne peut avoir marché fur la même
figne qu'eux... La furveillance eft néceffaire
mais elle ne doit pas être exagérée . Sarctionnons
la juftice févère que nous avons dû exercer envers
dos miniftres coupables , en rendant juftice au miniftre
qui a démérité auprès des courtifans en
parlant le langage de la liberté , à un miniſtre
qui a plus fait en un mois que beaucoup d'autres
en un an ... M. de Narbonne m'eft étranger
M. de Crancé eft mon ami... un légiflateur doit
être homme de bien... »
A l'ombre , ou à l'appui d'une impartialité f
bien échafaudéc , & plus heureux que M. Degt
88 )
leffart , le miniftre étranger à M. Fauchet , s'eft
prefenté à la barre , & a donné à fon apologie le
vernis du bel efprit . Chaque grief étant leftement
difcuté , il a cru pouvoir citer les lettres d'éloges
qu'il a reçues des principales garniſons depuis fa
retraite. « C'est moi qui fuis d'intelligence avec
les ennemis de la patric ? Qu'on leur demande
donc pourquoi leurs intrigues m'ont éloigné du
miniftere ? Par quelle connivence je fais d'accord
avec ceux qui n'ont pu fupporter entre mes
mains cette puiffance qui devoir , dit - on , fervir
leurs deffeins , lorfque j'ai rifqué de déplaire au
Roi pour qui mon refpect & mon attachement ne
finiront qu'avec ma vie ? " ( Voilà ce Roi fi refpecté
, fi chéri , étrangement confondu dans le
nombre des ennemis de la patrie , puifque pour
la fervir il faut avoir la vertu de rifquer de lui
déplaire . Ici la légèreté le donne , fans y fonger ,
tout le mérite juftificatif d'une malignité réfléchie. )
M. de Narbonne a pourſuivi ;
«Ma place eft invariablement marquée , je l'efpère
, parmi les hommes honnêtes & patriotes.
Je fuis impatient d'aller la retrouver dans les
rangs de l'armée ... C'eft m'exiler que de m'en
éloigner. Les débiles armes du menfonge s'émouf
feront contre les fervices rendu au péril de fa vie.
« J'ai demandé la parole , a dit M. Duhem
quoique je fache bien que je ne ferai pas écouté
favorablement ; car l'Affemblée s'étant avilie jufqu'à...
Les galeries des deux extrémités ont applaudi
ces derniers mots avec de vrais tranfports.
Le foulèvement a été général , & la falle a longtemps
retenti des cris de plufieurs membres , & des
battemens de mains de fes galeries . M. Duhema
volé à la tribune , elles l'ont encore applaudi. La
majorité des légiflateurs témoignoit une bien
(( 891)
étonnante furptife de ce manquement de refpect
.
M. Merlin veut juftifier , excufer les galeries ,
elles le huent impitoyablement. M. Lagrevolouvre
l'avis de les faire vider , le tapage redouble .
M. Grangeneuve le déclare le champion des galeries
dupeuple on lui crie : le peuple eft par- tout ;
on n'auroit pas entendu tonner . Les citoyens des
galeries agitoient leurs chapeaux , faifoient de
violentes gefticulations qu'ailleurs on eût prifes
pour des menaces ; s'entre- appelloient en difant :
Allons-nous-en; laiffons les crier , c'eft pis que nous;
laiffons les gagner leur argent , &c . Enfin
M. Vergniaud a prétendu qu'ils n'avoient voulu
qu'applaudir au regret qui portoit M. Duhem à
la tribune. Après plus d'une heure de défordre ,
le préfident qui s'étoit couvert , décoeffé , recou-
-vert , a rappellé les galeries au refpect qu'elles
- doivent toujours à l'augufte Affemblée ; des
rumeurs ont étouffé les humbles excufes de
M. Duhem , & l'on a décrété qu'il n'y avoit
-pas lieu à accufation contre M. de Narbonne. {
I
-
Du lundi , féance dufoir.
Tour ne refpire que l'impunité civique. Le
directeur du juré de Poitiers fe refuſe à l'audition
des témoins défignés pour convaincre les
fauteurs de la dernière émeute , & a fait élargir
plufieurs féditieux . L'adreffe des trois corps adminiftratifs
eft renvoyée au comité .
A la barre , le procureur-général-fyndic du
département des Bouches - du - Rhône a rendu
compte de la conduite des adminiftrateurs dans
l'affaire d'Arles , a dit , en fubftance , que les
commiffaires civils n'avoient eu connoiffance
d'aucun trouble dans cette ville ; que , depuis
( 90 )
...
le premier janvier , M. de Barbantanne Jai écri
voit que tout y étoit tranquille ; que l'arme
ment étoit une puérilité ; mais qu'il n'étoit pas
content de l'efprit public qui régnoit à Arles. »
On a ajourné le rapport à famedi ..
L'Affemblée a décrété que les colonels de la
gendarmerie nationale feront réduits à 8 , &
feront les fonctions d'inspecteurs , & les lieute
mans- colonels à 18.
Du mardi , 3 avril.
1
Une adreffe du 5. régiment d'infanterie de
clare au corps légiflatif , que les foldats de ce
régiment n'accepteront pas l'augmentation du
tiers de la folde qu'on fe propofoit de décréter...
Tant que les foldats Romains , difent - ils ,
n'ont eu que le néceffaite & le fer dont ils étoient:
armés , ils ont été invincibles.... Nous ne voufons
pas mettre à l'enchère le facrifice de notte
fang & notre courage. » Cette adreffe étoit collective
, les régimens ne font pas des corps délibérans
, la formule.qu'on y a lue : qui le fouffre,
parfonfilence, eft coupable... Retirez donc la propofion....
n'eft rien moins que l'exprellion refpectueufe
de fujets de la loi parlant aux premiers
organes de la loi ; mais M. Boiftard y a vu un
feu électrique dont il importe de communiquer les
étincelles. On vouloit d'abord envoyer l'adreſſe
à tous les régimens ; quelqu'un plus délicat a
craint que ce procédé ne tînt d'une baffe mendication.
Le procès - verbal fera mèntion honorable
de l'injonction généreuse , & on l'enverra
au . régiment.
Quatre décrets d'urgence ont ordonné ; 1º la.
remiſe an 'miniftre de l'intérieur de 490,000 liv..
7.91 )
`pour les dépenses de l'hôtel des invalides . Ain
tout va au jour le jour.
2°. L'établissement d'une jurifdiction de prud
hommes- pêcheurs , dans chacun des ports d'An
-tibes , Bandol & Saint- Nazaire .
3. La forme des futurs affignats de 10 liv. ,
30, 25 , 15 & 10 fous ; filigramme , cadre
chaînette , carrés , lozanges , rofaces , arabes
ques. On y lira : la loi punit de mort le con
trefacteur... La nation récompenfe le dénonciateur......
La liberté ou la mort , en timbre fec.
On y verra les figures fymboliques de la loi ,
de la justice , de la prudence , de la force , & le
génie national gravant fur une table le mot confstitution
avec le fceptre de la raifon qui gouverne
aujourd'hui la France . Ces belles images feront
inimitables comme les autres ; mais les coupures.
de so fous & moindres ne pourront être distri
buées qu'au mois de juin , ce qui a excité de
violens murmures.. « Vous mettrez , fi vous
-voulez, votre comité en état d'accufation , a ditle
rapporteur. Il a dû facrifier la célérité à la
fécurité des citoyens ,
4°. La reftitution à M. Potin de Vauvineux9.
des 150,000 liv . en affignats qu'il avoit offertes .
: & déposées , attendu que « ces fommes proviennent
de pertes particulières au bénéfice def
.quelles la nation ne peut vouloir participer. » >
4 L'ordre. du jour amenoit la difcuffion des
moyens de fubvenir aux befoins de la caiffe de
L'extraordinaire . A propos de la motion du co
mité d'élever à 1,60 millions la maffe des affi
gnats en circulation , fi folemnellement , fi irré
vocablement fixée d'abord à 1200 , & enfuite à
1,600 millions ; M. Cailhaffon elt entré dans de
grands détails fur les finances , où il a voul
(1921)
prouver que le gage des affignats eft indépendane
de tous les événemens . « Il eft impoſſible , a- t-il
dit , de concevoir un ordre de chofe où une
corporation de célibataires pût dépouiller , par
un acte d'autorité , 500,000 familles de leur patrimoine,
Il a paru pencher pour la vente des
forêts ; a confeillé une nouvelle émiffion de
-300 millions d'affignats , pour leur rendre à-peuprès
leur valeur primitive; & a propofé des em-
-prunts fucceffifs , rembourfables chacun au bout
de dix ans , « en eſpèces d'or & d'argent aux
mêmes titre & poids que celles qui ont actuellement
cours en France. » On a décrété l'impreffion
& l'ajournement de ces vifions.
се
Paffant bien vîte à d'autres , M. Cambon a
Ju ce qu'il lui a plu de donner pour le tableau
des charges & des reffources de la nation. Il y
-a porté les rentes perpétuelles & les penfions
viagères que la nation doit à 276,391,141 liv .;
& il a dit qu'il n'eft pas néceflaire d'y affecter
une hypothèque , « puifque le gage en a toujours
repofé fur la rentrée des contributions &
fur la loyauté Françoife . » Ainfi , a-t-il ajouté
tous les François qui ont juré de maintenir la
conftitution , font refponfables du paiement annuel
de ces rentes . La garantie de 25 millions
d'hommes libres & de leurs propriétés eft , fans
doute , préférable à la parole d'un ministre qui
n'avoit d'autre guide que fa volonté. »
Total des reffources fur les biens nationaux
dont la vente eft ordonnée , 1,839,462,843 liv.
Les affignats en circulation , au premier mars,
ne montoient qu'à 1,531,626,152 liv .; ce qui
donneroit un excédent de 304,736,691 liv . , fi
l'on n'avoit pas dû faire de fréquens verfemens
dans la trésorerie nationale.
193 )
"
Voici quelque chofe de plus fingulier. Il reftoit
de difponible , à la fin de mars , 224,781,712 liv. ;
be cette fomme a déjà été employée à des rem- ·
bourfemens faits depuis le premier avril ; elle eft
néceffaire , j'ofe même dire indifpenfable pour
fubvenir aux dépenfes extraordinaires , & il feroit
imprudent de ne pas la conferver pour cet
unique emploi ; car les contributions qui ne font
pas établies , ne peuvent point fervir à leur paiementjournalier.
Explique , entende qui pourra,i
comment une fomme déjà employée en rembours
femens fails , peut être confervée & fubvenir
aux dépenses extraordinaires . Au reste , tout
payé, M. Cambon borne l'excédentà 81,408,730l. ;1
plus , les droits incorporels , 197,116,470 liv. ;.
plus , les biens nationaux ajournés , 396,913,9141, ; .
plus , les créances de la nation , 60,810,112 liv. :
mais l'avant dernier article fuppofe la ruine des
hôpitaux , & le peuple n'eft pas affez mûr en phie
lofophie pour que des malveillans ne puffent. pas
calomnier cette opération . Le dernier articles eft>
deftiné, par M. Cambonge à indemnifer les princes›
Allemands & l'évêque de Rome , & à fecourir les
colonies ....... de forte , dit il , qu'il fe feroit! 3 dit - il ,
opéré , par la révolution , une amélioration dé
606 millions dans l'état ordinaire des finan
ces.... » On a déciété l'impreffion de ces incon
cevables états .
Du mardi féance du foir
12
1
Une nombreuſe députation des citoyens del
Nantes a peint , à la barre , la misère que la
fituation des colonies va répandre dans cette
villes a imploré des fecours , des forces , l'envoi
d'un bon général a offert des vaiffeaux & desi
bras.. On avoit fait quelques difficultés de aless 21
( 94 ))
admettre, & d'impolitiques mouvemens d'humeur
avoient produit un vacarme d'autant plus mal ,
adroit , qu'on en a été quitte pour les honneurs .
de la féance.
Le directoire du département de Paris eft venu
répondre aux inculpations de la municipalité à
qui les loix n'attribuent point les fonctions de.
diſtrict , réservées au directoire. MM. de la
Rochefoucault & Roederer, ont foutenu que depuis
que les adminiftrateurs ſe mêlent des contributions
, les déclarations , de Paris , vont à
plus de 60,000; que la municipalité a eu tort
de fe plaindre du refus de communication ,
puifque toutes les lettres font reçues par M.
Pétion qui en a accufé la réception par écrit ;
& que les actes municipaux n'arrivent au directoire
que dans les papiers publics . Enfin M.
Pétion avoit dit à la barre que «c l'époque de la
création du comité du contentieux étoit celle
où les membres du département étoient auffi
députés à l'Affemblée nationale . La création de
ce comité eft du 5 novembre 1790 , & les élections
pour le département n'ont été faites qu'au
mois de février 1791 ... » On a déféré les honneurs
de la falle aux adminiftrateurs applaudis ,
& l'on a décrété , par affis & levé , de nombreux
articles fur la gendarmerie nationale.
Du mercredi , 4 avril.
A l'égard de l'objet effentiel de cette féance ;
Timpérieufe néceffité a tenu lieu de toute diſcuſfion
de principes. Un décret d'urgence a d'abord
ftatué que lorsque le lieutenant- colonel d'un basaillon
de gardes - volontaires nationaux , le premier
nommé , & qui , en cette qualité , a le commandément
en chef dudit bataillon , laiffera , par
( 95 )
6 B
mort,démiffion ou autrement , fon emploi vacant
le lieutenant- colonel le fecond nommé , le remplacera
dans le commandement en chef de bataillon ;
& il fera procédé de fuite au remplacement dudit
lieutenant - colonel le fecond nominé , en fe conformant
aux difpofitions du décret du 4 août
1792. » 1
Enfuite on a lu une lettre de M. Amelot , qui
peignoit l'embarras de la tréforerie nationale . Elle
réclame une avance de fix millions. Il , en a déjà
fait remettre cinq , en remplacement de fruits de
domaines nationaux . Hier foir , il ne reftoit à la
caiffe de l'extraordinaire que 16 millions. Si l'Aſfemblée
n'augmente pas la quantité des affignats
fufceptible d'être mife en circulation , le fervice de
la caiffe va devenir impoffible . Elle doit verfer fix
millions à la trésorerie , payer 2,500,000 liv . fur .
les trois millions accordés au département pour la
banque de fecours ( nous apprendrons inceffamment
que le deficit à remplir pour le mois de
mars , excède 40 millions )... Là- deffus , un décret
, bien nommé d'urgence , a porté à 1,650 mil
lions la fomme des affignats en circulation , fomme,
fixée originairement à 1,200 , & le 28 décembre.
dernier à 1,600 millions ; & a ordonné que les
nouveaux millions feront en affignats des livres ,
& que la caiffe de l'extraordinaire verfera , dans le..
jour , fix millions à la trésorerie , pour aider au
fervice de cette caiſle ,
Après un rapport de M. Tartanac , un troiſième
décret d'urgence a mis à la difpofition des direc
toires des départemens , les 5,760,000 liv . déjà
mifes à la difpofition du miniftre intérieur par un
décret précédent ; aina le don actuel n'exigera pas
une nouvelle dépenfe. Il fera délivré 150,000 1
au département de París pour le même emploi ,
( 96 )
Les 5,760,0co liv. nedonneront pas 70,000k
à chaque département. Celui de Paris contient
plus de 100,000 pauvres . La municipalité de
Paris a fucceffivement reçu 1,080,000 de fecours
provifoires , & 226,000 livres pour mois de
nourrices ; on y ajoute 150,000 livres ; total ,
1,456,000 liv. Comme Paris eft à-peu- près le
trente-unième du royaume , il faudroit que, dans
la même proportion , la totalité du ſecours fût
de 45,136,000 liv .; encore les miférables fi largement
fecourus n'auroient-ils pas de quoi vivre
trois semaines.
L'indigence nationale étant ainfi foulagée pour
deux jours , M. Saladin a lu , pendant trois
heures , une differtation fur les griefs fi fouvent
énoncés contre M. Duport du Tertre , & il a
conclu de ce fatras qu'il y avoit trois claffes de
chefs d'inculpation ; que ceux de la première ,
méritoient l'improbation de l'Affemblée ; ceux de
la feconde , une déclaration que le miniftre
( renvoyé) a pordu la confiance de la nation ;
ceux de la troiſième , un décret d'accufarion ;
ce qui eft aufli vigoureufement raifonné que fi ,
dans une fentence de mort , on ajoutoit : & fe
pendu perdra fa place ,la confiance de fes juges,"
& fera duement admoneſté & blâmé. Les membres
que l'excès de l'ennui n'avoit pas fait fortirde
la falle , ont décrété l'ajournement de cette
énorme rapfodie , que même l'affreux plaifir
d'accufer n'a pu rendre moins foporifique.
Du jeudi, s avril.
A l'époque du premier concordat entre les gens
de couleur & les blancs , 217 nègres , révoltés ,
affaffins , incendiaires , que leurs corrupteus ap
pelloient
( 97 )
pelloient infolemment des Stiffes , farent condamnés
à être déportés dans l'ifle des Moufquites.
Le capitaine Colmin , commandant le navite
1'Emmanuel , chargé de les y transférer , les dépofa
dans une colonie Angloife , d'où les gouverneurs
les ont renvoyés au Cap François , avec de
juftes plaintes d'un pareil procédé , & le compte
des dépenfes qu'ont occafionnées ces patriotes ."
Organe des comités colonial & diplomatique ,
M. Merlet a propolé de décréter que le Roi fera
invité à donner les ordres néceffaires pour pourfuivre
le fieur Colmin , & à prendre les mefures les plus
promptes pour faire régler l'indemnité due au gouvernement
Anglois , & lui donner l'affurance que
la Nation Françoile défapprouve la conduite du
capitaine Colmin.
* ཉ་ ་ ་སོ ཝོ
MM. Becquey , Mouiffet & Lefage ont repréfenté
que les relations extérieures & l'initiative
cet égard appartiennent exclufivement au Roi .
Je m'étonne, s'eft écrié M. Albitte , que les
députés du peuple , qui doivent conferver fes
droits, foutiennent que le Roi a l'initiative. Qu'ils
aillent en Angleterre ; le Roi n'a pas l'initiative .
Je demande qu'on rappelle à l'ordre le membre
qui s'eft fervi d'un mot offenfant pour les reprefentans
du peuple. On tâche en vain de francifer
ce mot- là ; il n'eft pas de notre langue . Si
quelque conteftation a pu s'élever entre une nation
quelconque & nous nous ne devons pas attendre
que le pouvoir exécutif vienne nous dire :
' cela eft arrivé. »
n
2
M. Lecointre a levé tout fcrupule en obfervant
que les députés étoient les véritables reprefentans
de la nation ; & le projet de M. Merlet a
décrété.
été
M. Dumourier eft venu communiquer à l'Af-
No. 15. 14 Avril 1792 .
E
1989
*
femblée , e attendu , a-t- il dit , que notre politique
ne doit avoir rien de mystérieux , » une lettre
de lui au chargé des affaires de France à Turin, & la
réponse de ce chargé d'affaires. Il s'agifloit d'obtenir
des explications cathégoriques fur des tranfports
de groffe artillerie , des rapprochemens de troupes
, & des raffemblemens d'émigrés . Le 31 ,
le miniftre de S. M. S. répondit par 4 articles ,
au nom du Roi fon maître. Canons , troupes ,
émigrés , tout y eft réduit à de vains bruits ; &
toujours pénétrée des mêmes fentimens pour le
Roi de France , S. M. S. espère que rien ne
troublera l'harmonie des deux Etats , & que
Roi voudra bien faire auffi qu'il ne foit porté
aucune atteinte aux loix du bon voisinage par des
moyens ouverts ou cachés..... » Au comité diplomatique.
«<le
On eft rentré dans les finances , & il faut
convenir que tout leur garantit une brillante
profpérité fi l'on peut les rétablir avec des differtations
& des zéros , applaudis & imprimés ,
Les reffources offreient moins de 100 millions
à M. Cambon. En ne comptant les forêts à
vendre que pour 1,800 millions , M. Marbet
trouve , tout payé , un excédent de 875 millions.
Ennemie des hyperboles , l'arithmétique gaſconne
de M. Lafond- Ladebat , ne porte l'excédent qu'à
un milliard & plus ; M. Fouquet demande une
difcuffion approfondie dans les comités , un ré-
Sultat imprimé « qui deviendra , avec raiſon
dit- il , le centre vers lequel fe dirigeront toutes
les méditations divigantes , de manière que tous .
les membres de l'Affemblée aient une opinion
faite fur ces grandes queſtions . » -- Il eftvrai que
cesqueftions acquièrent journellement , dans le fait,
plus de grandeur abſolue , & dans chaque diſcuſ-
>
( و و )
fion de l'Affemblée plus de grandeur relative;
M. Marbot a propofé de créer fur les forêts
nationales , des délégations qui n'auroient pas
un cours forcé , portants pour cent d'intérêts
& un emprunt de 800 millions dont un dixième
en numéraire , emprunt rembourfable en 8 an
nuités , auquel feroit attaché une loterie de huis
millions de rentes viagères pour ceux qui l'au
roient foufcrit. On a adopté l'avis de M. Fouqueta
Du jeudi , féance du foir.
Un décret folemnel avoit érigé une colonne
triangulaire à la gloire du maire d'Etampes
Simonneau ; un fecond décret l'avoit chargée
d'une quatrième infeription ; un troisième décret
a ordonné que la colonne fera quadrangulaire.
Après d'orageux débats fur l'addition de 400 la
au traitement de 3,600 liv . des lieutenans - colonels
de la gendarmerie nationale , ce qui pour
les 18 n'eût fait que 7,200 liv . ; l'augmentation
a été décrétée , difcutée , fupprimée , au bruit des
applaudiffemens , par le rapport da premier décret
en vertu d'un fecond décret , & en conféquence
de l'obfervation de M. Lacuée , que fous
le niveau de l'égalité civique on ne pouvoit
augmenter le traitement des officiers fans aug
menter la paye du foldat ; principe qui réduiroit
les généraux & les légiflateurs à 10 fous par jour.
Or , on venoit de doubler les pénibles fonctions
des lieutenans-colonels à qui l'on a difputé 400 l
au prix de 8 à 10 mille francs de frais de féance.
Le code de la gendarmerie s'eft groffi de quelques
nouveaux articles .
Du vendredi , 6 avril.
M. Merlin ayant trouvé que rien n'étoit «plug
C
E 2
100 )
argent , pour l'ordre public , » que la fuppreffion
des congrégations régulières & féculières , M.
Gaudin en alu le projet , précédé d'un confidérant
où ces congrégations enfeignantes étoient
traitées d'inutiles , & les autres taxées «d'apporter
des obftacles à la chofe publique. so
J
* Environnés de ruines , voulez-vous détruire
encore , s'eft écrié M. Lecoz , évêque du département
de Lille & Vilaine ? La religion & l'humanité
n'ont pas de plus grands fléaux que les
conquérans. L'efprit de conquête & l'efprit d'innovation
font le germe de la deftruction des empires
( Il est bien temps ! ... c'eft bien à lui !...
difoient à demi -voix nos deux voifins de la droite
& de la gauche ). Des légiflateurs , amis de l'hu-
Manité , examinent avant de renver fer un étabiffement
public , fi l'on peut mettre à la place
quelque chofe de meilleur . Ces réflexions n'ont
excité que des rifées & les farcafmes de l'indiguation.
M Albitte a prié l'orateur de paffer aux
amendemens. Un autre membre a dit ingénuement
qu'il ne s'agiffoit plus du droit de fupprimer
, mais du mode de fuppreffion . « Vous ôtez
à 600,000 enfans les moyens d'apprendre à lire
& à écrire , a repris M. Lecor. On lui a répondu
que les directoires y pourvoiroient , que
l'effentiel étoit d'arrêter le cours des poifons du
fanatifme & de l'ariftocratie. Ces raifons étant
jugées fuffilantes , la difcuffion a été fermée.
ןכ
32
M. Lagrévol préfumast tout de refprit philo-
Jophique national , & repouffant toutes confidé
rations pufillanimes , a defiré que le premier
article fut tourné de façon , à détruire auffi les
congrégations de filles vouées au foulagement
des malades , qu'il a qualifiées , en flyle auſſi
élégant qu'honnête de « charlatanes , avocates ,
t
( 101 )
médecines , apothicaires & chirurgiennes , ce qui
a fort égayé une partie de l'auditoire. L'opinant
a prié l'Affemblé de ne pas laiffer fubfifter « cette
vermine & des établiſſemens répaires & refuges
inpurs de prêtres refractaires ».
L'évêque de la métropole conftitutionnelle du
centre , M. Torné , a dit de l'Affemblée & des
congrégations de l'oratoire , &c «ce font ici
les difciples qui vont frapper un grand coup fúr
Luis maîtres . Puifqu'il faut brifer le berceau de
notre enfance littéraire , ne le brifons pas avec
atrocité . Soyons févères comme leg.fl.teurs ; mais
que du moins notre décret paroiffe nous attrifter
comme citoyens ... N'infultons pas des congré
gations intéreflantes , en les frappant de mort....
Pendant que nous étions élèves , nous voyions
nos maîtres à une grande hauteur . Aujourd'hui
que nous fommes plus haut , ils nous paroiffent
être defcendus ... Faut- il donner à des individus
qui ont exercé des fonctions pénibles & utiles ,
un congé fléttiflant ? ce procédé eft - il digne d'une
grande nation »
虐
Un préambule rempli d'affectation de fenfibilité
n'a conduit M. Torné qu'à demander qu'on
effaçar les deux ou trois mots que nous avons
relevés dans le confidérant ; & à généralifer
l'abolition de tout coftume religieux , hors de
Fintérieur des temples , comme un « attentat contre
Punité du contrat focial & contre l'égalité ……. parce
qu'il ne doit y avoir déformais entre les citoyens
non- fonctionnaires d'autre diftinction que celle
des vertus publiques ... Cette abolition , a - t- il die
férieuſement , fe préfente aux législateurs comme
une mefure commandée par une grande , vue
politique , tandis qu'aux yeux de l'homme fuper
ficiel , elle ne fe préfente que comine une mifé
2014 E3
7
( 102 )
rable queftion de toilette ( applaudi , bravo ! ) Si
après la fuppreffion de tous ces corps dont la
religion avoit encombré l'Etat , on voyoit des
coftumes vaguer dans nos villes & dans nos campagnes
, qui ne croiroit voir errer des ombres ?
Ces décorations pofthumes ne feroient elles pas
des pierres d'attente de contre révolution ? »
Ĉet encombrement d'un Etat fi bien balayé ,
ces coftumes qui vaguent , ces ombres , ces.
corationspofthumes , qui font des pierres- d'attente ,
ont excité le plus grand enthoufalme .
- ·
dé-
Pour prouver que l'abolition des coſtumes du
facerdoce catholique n'attaquoit pas la liberté
qu'a chaque citoyen de s'habiller à fon gré , M.
Torné a eu la candeur d'obferver que , la police
a le droit de défendre qu'un fexe porte les habits
de l'autre fexe , d'interdire les marques & les
vêtemens qui bleffent les moeurs ; & il a dir
que c'étoit préciſément à un évêque qu'il convenoit
de faire une pareille motion ; que la
conftitution eft le fecond évangile & s'accorde
merveilleufement avec le premier. «. Au lieu de
nous traîner après la conftitution , marchons en
avant , a-t-il ajouté. » Son projet de décret a
été accueilli de cris perçans & redoublés : aux
voix, aux voix ; & l'on a beaucoup ri de quelqu'un
qui s'eft avifé de penfer tout haut qu'on
ne pouvoit rendre un décret fans y avoir réfléchi.
[
M. Becquey a eu le courage d'oppofer le
fimple bon- fens , des craintes de fâcheux évènemens
dans les campagnes & d'impreffions nuifibles
, les voeux qui attachent encore des perfonnes
fcrupuleufes à leurs habits de religion ;"
de fages appréhenfions que cet acharnement
puérile ne fervit de prétexte aux ennemis du
7103 )
nouveau fyftême , d'accufer l'Affemblée nationale
du deffein de détruire la religion chrétienne
ou du moins la religion catholique . On lui a
crié : « La France n'eft pas de la congrégation
des Feuillans. » M. Mailhe lui a demandé :
Pourquoi entretenir l'Aſſemblée de religion ,
lorfqu'elle n'en parle pas ? - Loin que les
campagnes ne foient pas préparées à ce changement
, lui a dit M. Lejofne , les payfans du
département du Nord attendent avec impatience
que l'Affemblée écrafe lespréires & les moines... »
Cette indifcrétion a révolté divers membres. M.
Lejofne s'eft ingénieufement excufé en difant que
par écrafer les prêtres , il avoit entendu : déchirer
leur habit ; & des rires ont fuccèdé aux
reproches de l'humeur.
M. l'abbé Mulot a foutenu que , pour diffiper
l'erreur des religieufes , il falloit ôter le
voile qui leur couvre les yeux. M. de Girar
din profcrivoit les mafcarades ; mais abhorroit
toute vifite domiciliaire. On lui a fait obferver
qu'il n'en étoit pas queftion. Il est sûr que les
patriotes y fuffiront bien fans loi expreffe . De
peur qu'ils ne s'y méprennent , on a fubftitué le mot
prohibés au mot abolis . L'évêque de Limoges ,
M. Gaivernon , a fait hommage de fa dépouille
épifcopale & de fa croix à l'Affemblée. M. Fauchet
a jetté fa calotte , d'autres leurs rabats mis
aujourd'hui pour cette parade civique , Tout a
retenti de battemens de mains ; & l'on a rendu le
décret qui abolit toutes les congrégations pieufes
jufqu'aux foeurs de la charité , & tout veftige
de coftume facerdotal. Voilà pour quelle fcène
on avoit choifi le vendredi- faint ; car on ne s'y
eft livré qu'en violant un décret antérieur ,
que nous n'avons pas voulu tranfcrire , bien affurés
E 4
( 104 )
qu'il ne feroit point exécuté, par lequel l'Affemblée
s'étoit obligée à mettre invariablement au
grandordre de tous les jours un fujet qui devoit pa-
Foître plus important que la prohibition des calottes
, des foutannes & des guimpes , les finances ,
Du vendredi , féance du foir.
Sur des avis de nouveaux troubles , deux
décrets d'urgence ont autorifé le directoire du
département de l'Ardêche à requérir les gaides
nationales des départemens voisins , & le pouyoir
exécutif à faire pafer dans le département
de Seine & Marne un bataillon de volontaires
qui et à Compiégue; & l'on a repris la fuite
des articles relatifs aux invalides .
L'hôtel aura un confeil , un bureau , un tribanal
, des préfidens ; ces inftitutions feront
compoffes de militaires de l'hôtel élus , fachant
live & écrire , & de notables & de municipaux
de Paris , ce qui n'eft plus national . Les invalides
ne feront aucun fervice militaire. La
garde
nationale & les troupes de ligne en garnifon à
Paris , fourniront un détachement pour la garde
de l'hôtel ce détachement
fournira fentinelles
& védettes , & devra obéir au conſeil , au bufeau
& au tribunal . Cet état de vieux guerriers
dont la dernière récompenfe eft de pafler defarmés
fous le joug de municipaux , de notables
de citoyens & de fellats de Paris , eft auffi peu
analogue au vrai géule militaire , que la fubdivifion
férieufement
décrétée du jardin de l'hôtel ,
en deux ou trois mille petits carrés égaux pour
que chacun en ait un à cultiver , offre une idée
cig e le le Nowe ou de Louis le Grand.
ن ا م
} :
( 1052
Du famedi , 7 avril.
A peine les tribunaux font ils en activité
M. Lequinio propoſe d'en fupprimer 270 , ce qui
procurera fur- le- champ , dit- il , un bénéfice annuel
de 2,955,000 liv . Pour hâter la vente des biens
nationaux qui , felon lui , dans plufieurs endroits,
ne va pas ou va mal , il faut proroger d'un an
le terme du 1 mai , auquel ceffera le bénéfice
des 12 annuités accordé aux acquéreurs . Autres
refſources . Qu'avons - nous befon de monnoie
d'or ou d'argent , s'écrie - t - il ? Laiffons ce luxe
aux peuples affervis & corrompus. Vendons ces
métaux perfides ; achetons du cuivre , frappons
des fous , & payons - en nos atteliers de chatice
Mais le plus bel expédient , eft de faire pour
30 millions de fous de tous les monumens de
bronze , « monftruofités politiques répandues
dans les différentes villes de France , où elles,
infultent publiquement à la fouveraineté › nationale
, à l'égalité , à la misère des citoyens »
Ces motion's dont ' rougiroit un Calmouk ivre ,
ont été applaudies. Mais au rifque de fe voir.
rappeller à l'ordre par M. Bagire , comme l'avoit,
éré par ce même membre , la veille , M. Becquey,
pour avoir ofé douter que la nation foit toute
philofophique ; ›M. Laureau ca énergiquement
combattu M. Lequinio. «. Meffieurs , a -t- il dit ,t
c'eft en outrant les principes , que nous condui
rons la nation par l'oubli des fciences , & des
arts , à l'aveuglement , à l'anarchie , à la barbas
rie. Depuis deux ans les arts languiffent ; les
carricatures , de mauvais goût , le mauvais ftyle
qui fe propagent , font des preuves de ce que
j'avance . Il ne manque plus que de faire difpa ,
roître les vrais modèles , les chefs- d'oeuvre d'un
# b
106 )
fiècle de gloire.... Au lieu de foulager le peuple,
on lui fera un dommage irréparable………….… » Les
propofitions de M. Lequinio n'en ont pas moins
été renvoyées aux comités des finances.
On a rendu divers décrets de liquidation , &
un décret d'urgence a ſtatué qu'il ne fera délivié
ni brevet de penfion de retraite , ni certificat
de liquidation , de fecours ou indemnité à
aucan employé fupprimé comptable , « qu'il n'ait
juft fié n'avoir rien entre les mains des deniers
pub ics . A ce propos , M. François de Neufchâteau
s'eft répandu en invectives amères fur
les ci devant fermiers- généraux , & fon projet
de leur faire payer les penfions de retraite de
leurs anciens employés a été remis à huit jours.
Un tribunal de caffation eft bien organife ;
mais les procédures criminelles y restent fufpendues
; les accufés ne les pourfuivent pas ; les
avances des droits de timbre & d'enregistrement
pour l'expédition des actes de ces procédures y
font un autre obſtacle. Il n'avoit été pourvu ni
aux frais du tribunal , ni au traitement des officiers
miniftériels ,, pas même au fort du concierge.
Six articles , décrétés d'urgence , ont vîte
réparé tous ces oublis . Les expéditions fe feront
fans frais , & les dépenfes & les traitemens font
fixés , jufqu'à de nouvelles lacunes à remplir.
Tout le payera en affignats , ou en fous de
cloches , ou en fous de chevaux de bronze & de
Rois fondus , fi l'on adopte le noble expédient
de M. Lequinio ; ou en bel & bon argent , malgré
tous les dangers de ce luxe pour un peuple verzueux
& libre , dès qu'on aura exploité les mines
qu'u correfpondant de M. Cazamayor a découvertes
fort à point dans la partie des Pyrénées
Gtuée dans le diſtrict d'Oleron , mines dont les
( 107 )
échantillons feront inceffamment examinés en
préfence de 4 commiffaires de l'Affin.biée nationale
. Nous donnerons avec leur fuité l'extrait
de 8 articles propotés par M. Hérault de
Séchelles & décrétés d'urger ce , qui ont entièrement
changé les fonctions du tribunal de caf
fation.
Dufamedi , féance du foir.
Diverfes lettres inftruifent l'Affemblée que « le
calme eft rétabli dans Mende , qu'à la réquifi
tion des autorités conftituées , les Marfeillois
font entrés dans Arles , & que le drapeau de la
liberté flotte fur le rempart de cette ville. »
Une députation de négocians de la Rochelle ,
introduite à la barre , a demandé que l'Allemblée
voulût bien prendre des mesures efficaces
pour ramener l'ordre dans les colonies ; ils ont
obfervé que celles du décret du 24 mars der
nier font infuffifantes , & offert leurs vaiffeaux
& tous leurs moyens. « Je fuis étonné , s'eft
écrié , M. Albitte indigné , qu'on vienne vous
demander des fecours pour St. Domingue , après
tout ce que vous avez déjà fait pour cette coionie.
» Malgré de violentes rumeurs les pétitionnaires
ont reçu les honneurs de la féance
& leur adreffe a été renvoyée au comité colonial.
Par un décret d'urgence , l'Affemblée a proviloirement
porté les deux compagnies de gen
darmerie nationale chargées de la garde des prifons
de Paris , à 360 hommes.
Le comité militaire a fait lire les obfervations
fur le réglement repouffé par quelques foldats
élèves des clubiftes .. Or y a relevé ces mots
de par le Roi , forme qu'on a prétendu ne devoir
E 6
( 108 )
plus être fuivie depuis que la conftitution eft
acceptée. Ce commentaire & fa fuite feront imprimés.
La difcuffion en eft ajournée.
Au nom des comités des finances un membre
a fait un rapport fur les 150,000 fufils que M.
de Narbonne a demandés en Angleterre ; & il a
propofé , pour la feconde fois , de décréter que
l'ex-miniftre a fatisfait au compte auquel il étoit
tenu. M. Lecointre a débité de nouvelles diatribes
contre le même ex- miniftre , & a promis
de faire imprimer ce que deux heures ne lui
avoient pas fuffi à lire l'ajournement a été décrété
jufqu'après la diftribution .
Du dimanche , 8 avril.
Le miniftre de la marine a adreffé à l'Affemblée
les états de la revue qui a eu lieu , le is
mars dans les ports . On ne les a pas lus .
Dictant fes volontés au corps législatif & empiétant
fur les droits méconnus du chef fuprême
de l'adminiftration & de l'armée , le directoire de
Strasbourg écrit qu'il eft dangéreux d'affaiblir,
l'armée du général Luckner pour envoyer quel
ques régimens dans le midi de la France ; & té
moigne fa répugnance à voir ces régimens remplacés
par ceux d'Erneft , Vexin , Monaco , infanterie
, Bretagne , Saxe , huffards , que le directoire
accufe d'incivifme & de conduite inconftitutionnelle
. Un décret , au lieu d'improuver de
pareilles entrepriſes , a renvoyé cette initiative au
comité militaire , & preferit au pouvoir exécutif
de rendre compte.
On a décerné quelques mille francs de fecours
à de pauvres incendiés ruinés depuis 1790 , &
a un grand nombre d'autres dont les malheurs
font plus récens.
( 109 )
M. Dubayet a dit qu'un Anglois lui avoit dit
que , l'amballadeur d'Angleterre a dû être infor
mé , la veille , par un courier , que la frégate)
Françoife la Réfolution , convoyant des bâtimens
de tranfport dans la mer de l'Inde , a rencontré,
deux frégates Angloifes ; que le commodore Anglois
a voulu la foumettre à des vifites , auxquel'es
le capitaine s'eft refufé ; que le combat s'étant
engagé , la Réfolution a perdu beaucoup de monde
, a été dégréée , dématée , prife & conduite
dans un port Anglois.
Sommé de rendre compte de ce qu'il en fait , le
miniſtre des affaires étrangères dit qu'il vient de
lire cette nouvelle dans le moniteur ; il n'en fait
pas davantage . cc On ouvre en ce moment les
paquets d'aujourd'hui , a- t - il ajouté d'un air trèspolitique.
Mais ... , a- t- il repris , mais il eft conf
tant que fi cet évènement avoit quelque réalité ,
j'en aurois été averti par un courier extraordi
naire . » On l'a beaucoup applaudi , fans doute à
caufe du courier extraordinaire .
Le refte de la féance s'eft rempli de pétitions ,
déclamations , dénonciations & d'inventions admirables
...... Un moyen de remplacer le favon
à 14 quinzièmes de profits , ce qui vaudra des
millions un artilleur ou canonnier-machine qui
charge 4 canons à la fois... Nos lecteurs & nous
n'avons pas les loisirs de l'Aflemblée & de fon
auditoire.
1
M. Bertrand de Molleville , ci - devant
Miniftre de la Marine , vient de publier le
Compte rendu de fon Adminiftration , tel
qu'il a été remis à l'Affemblée Nationale. La
plupart des Feuilles publiques , même dé
cellesqui n'ont pas renoncé à toute juſt ce & à
toute modération , ont gardé le filence fur
cet ouvrage , par l'indigne crainte , ſans
doute, de concourir à répandre les vérités
qu'il renferme. Les Ecrivains , les Citoyens
timides préfèrent ainfi de fe rendre complices
de l'anarchie , en célant les preuves
de fon exiftence , plutôt que de mécontenter
fes Artifans.
Le Compte rendu de M. Bertrand eſt un
monument hiftorique : c'est le Chef principal
d'une des plus importantes Adminiftrations
, qui , à la face du Public & de
l'Affemblée dont la Majorité l'a pourfuivi
avec acharnement , témoigne de l'horrible
défordre où la licence a plongé la Marine.
Si , au lieu de flagorneries hypocrites
au Corps Légiflatif , chaque Miniftre
chaque Administrateur , avoit , à l'exemple
de M. Bertrand, le courage de lever l'ap
pareil des bleffures publiques, il ne refteroit
à l'efprit de parti & à l'impofture aucunes
reffources pour les diffimuler.
Voici les principaux fragmens de ce
Mémoire intéreffant.
Pendant le court efpace de temps que j'ai
paffe au département de la Marine , & au moment
même où j'y fuis arrivé , j'ai vu les richeffes
nationales taries dans leur fource , la
plus importante de nos Colonies dévaftée , les
autres en état d'infurrection ou de difcorde , la
commerce mariti.ne attaqué dans fes débouchés ,
la Marie Françolfe déforganifée , les chantiers ,
les artenaux , les villeaux , préfentart prefque partout
l'image eff ayante de l'indifcipline , de la licence
& du mépris des loix. »
« La caufe de tant de maux étoit fenfible à
tous les yeux ; tout ce qui devoit obéir avoit
pris un ton menaçant ; tous ceux qui devoient
commander , dépourvus des appuis de l'autorité
qui n'en avoit plus , étoient accablés impunément
de foupçons & d'outrages . Je dis impunément
, parce qu'il eft fans exemple , en effer,
qu'aucune infurrection dans les Potts ou fu ; les
vaiffeaux , qu'à cun attentat commis contre les
Officiers de la Marine ayent été punis ; la preuve .
en eft confignée dans les pièces jointes à ce
mémoire. L'acte d'autorité le plus légitime étoit
regardé comme une infulte , par des hommes
qui avoient fubitement paffé de l'état d'une foumiſſion
néceffaire , à celui de l'indépendance la plus /
abfolue, »
1
« Les Clubs de toute efpèce , ces corporations
milk fois plus puiffantes que toutes celles
que la Conftitution a anéanties , & auxquelles aucune
des autorités conftituées ne peut réfifter , ont
exercé principalement dans les Ports leur funefte
influence. »
сс« Comment , en effet , des ouvriers dont la
journée à la folde de l'Etat lui appartient toute
entière ; comment des Commis , des Maîtres
des Sos- Officiers qui font dans le même cas ,
quitous , au moment où ils ceffent d'être des
inftrumens obéiflans du Gouvernement , font
au moins des inftrumens dangereux ; comment
concevoir que de tels hommes puiflent être impunément
convertis en agitateurs , en motion
paires, en harangueurs politiques , en cenfeurs de
✓
( 112 )
l'adminiftration que peut devenir l'autorité ,
lorfque tous s'en faififfent ? à quoi fe réduifent les
moyens de direction & de commandement , lorfque
les fubordonnés peuvent faire proferire , outrager
ou mettre en fuite leurs Supérieurs ? »
>
сс Tous ces faits font de notoriété publique ,
je ne crains pas qu'on m'accufe de les exagérer ;
je rapporterai dans les pièces justificatives de ce
mémoire ceux du même genre qui ont eu moins
d'éclat , puifqu'il eft de mon devoir de n'en diffimuler
aucun. On n'oubliera jamais qu'entre les
deux plus mémorables époques de révolte contre
les Commandans , entre les outrages faits à M.
d'Albert , & l'emprifonnement, de M. de la Jaille ,
à l'arrivée du Léopard à Breft , un Commis de
la Marine , alors Procureur de la Commune ;
accumula dans un difcours public tous les genres
d'outrage , de calomnic & de menace contre les
Corps entier de la Marine , qui étoit alors dans
toute fon intégrité , & dont aucun Officier n'avoit
abandonné le fervice. Ce difcours fcandaleux
fut dénoncé dans le temps à l'Affemblée Conftituante
; & fon Auteur , devenu depuis Membre
du Corps Lég flatif, écrivoit dans les premiers
jours du mois de Décembre dernier , à la Munici
palité de Breft , en parlant de moi : « Nous
attendons l'impofteur de pied ferme , vous .
• avez raifon de l'accuſer & de le dénoncer.....
» Dans peu , vous verrez comment nous le
tra terons...... Nous m'prifons les Marigny , less
» Bertrand , &c. &c. » C'est lui qui , après une
pareille lettre , n'a pas balancéà fe charger du rap-.
port des dénonciations qu'il avoit provoquées &.
encouragées . »
- cc« C'est dans cette malheureuſe poſition que
j'ai trouvé le Corps de la Marine en arrivant au
( 113 )
Ministère ; fa patience étoit à bout , mais illui reftoit
du courage , du zèle & du patriotisme ; que devois je
faire ?»
cc Convenoit- il à un Miniftre du Roi d'accroître
le découragement en protégeant les délations
, les calomnies & la révolte ? lui convenoit-
il de fuivre la direction des motionnaires
des Ports , ou bien de fe conformer à l'efprit &
à la lettre de la Conftitution , d'eflayer le rétabliffement
de l'ordre , de la difcipline , &
d'exercer l'empire de la loi en fe montrant févère
pour tous fes infracteurs ? C'eft ce que
J'ai fait ; & lorfqu'on me reproche de l'avoir
violée par les congés que j'ai accordés , on oublie
fans doute que je les ai tous juftifiés pár le
texte même des ordonnances & règlemens , car
les trois qu'on a jugés le plus fufceptibles de
blâme , ne font pas moins légitimes que les
autres . »
« Je m'étois flatté qu'en réprimant tous les
défordres, qu'en pourſuivant la punition de tous
les actes d'infubordination & de violence, qui
rendoient la préfence des Officiers de la Marine
dans les Ports , dangereufe pour eux, & nulle
pour le fervice , je parviendrois à les rétablit
dans leurs fonctions , & à les mettre à portée
d'en fuivre les détails avec le même zèle qui
les avoit fait réfifter pendant deux ans aux outrages
, aux foupçons & aux menaces dont on
les accabloit. Je ne m'étois pas diffimulé toutes
les difficultés d'une pareille entrepriſe , & je
n'avois garde de me rebuter par les injures perfonnelles
, & les machinations dirigées contre
moi ; je les regarderai toujours comme l'honorable
prix de mon dévouement ; mais mon courage
& tous mes efforts ont été inutiles ; je ne
( 114 )
ppuvois agir que par les moyens du Gouver
nement , & par ceux de la Loi ; le Gouvernement
n'eft plus refpecté , & les Loix font chaque
jour violées ou impuiffantes. Ainfi , il ne m'eft
pas encore arrivé d'attaquer un feul abus , fans
exciter contre moi des dénonciations ou des réclamations
toujours puiffamment appuyées , parce
que le premier fentiment eſt toujours pour celui
qui fe plaint contre celui qui commande , & furtout
contre les Miniftres , quels qu'ils foient ;
parce que dans ces temps malheureux de trouble
& de défiance , il fuffit d'être appellé au Minifrère
,pour être auffi - tôt foupçonné d'erreurs , d'abus
ou d'incivifme . »
сс
Ainfi , j'ai vainement invoqué la vengeance
des loix contre les affaffins de M. de
la Jaille ; tout le monde connoît à Breft , tour
le monde nomme les auteurs de cet attentat
commis en plein jour , & dont des milliers de
témoins pourroient dépofer ; la procédure a été
commencée & décrétée , mais l'exécution des Décrets
refte fufpendue ; plus puiffans que la loi , les
motionnaires protecteurs de ces vils affaffins , effraient
ou paralyfent fes Miniftres . >>
« Ainfi , j'ai fait d'inutiles efforts pour con--
tenir & réprimer dans les Arfenaux l'audace
l'infubordination & le défordre , parce que l'efprit
de faction & d'indépendance comprime ou
annulle toutes les autorités. L'économie , la
fûreté des travaux n'exiftent plus , & j'eftime à
plufieurs millions la perte de temps & le gafpillage
des matières , par l'impuiffance de punir
ou de congédier les Ouvriers , les Maîtres , Sous-
Officiers ou Commis harangueurs féditieux , &
protégés par les Clubs dont ils forment la Ma
jorité. »
( xas )
te A bord des bâtimens , ce font d'autres défordres,
& des défordres qu'il n'eft plus poffible
d'arrêter. Une nouvelle forme de procéder a
été établie pour les délits commis fur les vaifſeaux
; cette forme aura peut- être du fuccès dans
d'autres temps , dans d'autres circonftances ,
quand les lumières feront généralement répandues,
quand les véritables principes d'une Conftitution
libre feront devenus des principes familiers
à tous les efprits ; mais avec des ames
encore neuves pour la liberté , qui fouvent la
cherchent où il n'y a que licence & anarchie ,.
il n'eft pas poffible , & l'expérience l'a déjà démontré,
il n'eft pas poffible que la forme du
juri maritime obtienne aujourd'hui le fuccès qu'en
attendoit l'Affemblée Conftituante ; le relevé que
je joins à ce mémoire , de différens jugemens rendus
par des juris, ne peut laiffer aucun doute fur la
vérité de ce fait . »
Il ne faut pas chercher ailleurs la caufe
de l'abandon du fervice par les Officiers de la
Marine ; ceux qui , fans avoir quitté la France;
ont cru néanmoins devoir donner leur démiſſion ,
n'allèguent point d'autres motifs dans les lettres
qu'ils m'ont écrites , & dont je crois devoir
adreffer des copies à l'Affemblée Nationale ;
elle verra par les fentimens exprimés dans ces
lettres , qu'il n'y a pas un feul de ces Officiers
qui ne foit prêt à verler juſqu'à la dernière
goutte de fon fang pour la Patrie , lorfqu'en
s'armant pour fa défenſe , ils pourront ne pas
craindre de compromettre leur honneur ,
jours intimement lié à celui du Pavillon Francois.
»
tou-
A la fuite de ce Mémoire , on trouvela.
notice de 21 faits d'infurrection capitale
( 116 )
dans les ports ( fans compter les colonies )
tous reftes impunis , & dont plufieurs l'ont
été niême
par fentence du Jury maritime.
M. Deleffurt a fubi fon premier interrogatoire
quelques Papiers publics ont rapporté
les demandes & les réponſes ; nous
en donnerons l'extrait quelque jour, ainfi
que de l'inftruction ultérieure de cet étrange
procès.
Dans les obfervations dont il a fait précéder
fes répondes , l'Accufé remarque , &
démontre avec beaucoup de jufteffe , que
l'accufation elle- même eft inconftitutionnelle
, & par conféquent nulle. Pour s'en
convaincre , il fuffit en effet d'en rapprocher
les articles , de la Conftitution qui déterminent
les droits de la Couronne , fes
devoirs , & la refponfabilité des Miniftres
fur le fait des négociations politiques.
Chacun peut faire cette confrontation en
ouvrant l'Acte Conftitutionnel , & en lifant
l'Acte d'Accufation tel que nous allons le
tranfcrire.
Acte d'accufation contre Claude Deleffart , Miniftre
des Affaires Etrangères , prévenu d'avoir
négligé & trahi fes devoirs , d'avoir compromis
l'indépendance , la dignité , la sûreté &
- la Conftitution de la France.
10. En n'ayant pas donné connoiffance à
l'Affemblée Nationale des différens Traités ,
kep ( 117 )
conventions , circulaires qui tendoient à prouver
le concert formé , dès le mois de Juillet 1791 ,
entre l'Empereur & diverfes Puiffances contre
la France ; & ayant au contraire infpiré de la
fécurité à l'Affemblée par les affurances fur les
difpofitions pacifiques de l'Empereur.
ce 2°. En n'ayant pas preffé la Cour de Vienne,
dans l'intervalle du 1er . Novembre au 21 Jan-'
vier , de renoncer à la partie de fes Traités qui
bleffoit la fouveraineté & la sûreté de la France . »
3 °. En ayant dérobé à la connoiffance de
l'Affemblée l'office de l'Empereur , dus Janvier
1792. "
сс
4° . En n'ayant pas , dans fa note confidentielle
du 21 Janvier 1792 , enjoint à l'Ambaffadeur
de France de remontrer à l'Empereur
combien le concert de ces Puiffances étoit contraire
à la fouveraineté & à la sûreté de laFrance
& d'en demander formellement la rupture. »
сс
5. En ayant communiqué au Ministère
Autrichien , par la note confidentielle écrite à
M. Noailles , des détails faux ou dangereux fur
la fituation de la France , propres à provoquer
plutôt ce concert des Puiflances étrangères contre
la France , & à compromettre les intérêts. »
сс
6°. En ayant avancé une doctrine inconftitutionnelle
& dangereufe fur l'époque qui a
précédé l'acceptation de la Royauté conftitutionnelle!
« 7° . En ayant demandé , dans fa note du
21 Janvier , d'une manière indigne d'un Miniftre
de la Nation Françoife , la paix & la continuation
de l'alliance avec une mailon qui outrageoit
la France ; en ayant , fur cette alliance , fait
des aveux contraires à la dignité & aux intérêts
de la Nation . »
( 118 ).
ee 8°. En ayant trompé l'Aflemblée Nationale
dans le meffage du Roi , du 29 Janvier , à l'Affemblée
Nationale , lorfqu'il a affuré qu'il s'étoit
conformé , depuis plus de quinze jours , aux
bales de l'invitation du 25 Janvier , tandis qu'il
avoit fuivi des difpofitions précisément contraires.
33
« 9°. En ayant porté tant de lenteur dans la
demande des déclarations fur ce concert , que la
France s'est trouvée au mois de Mars 1792 ,
précisément au même état d'incertitude où elle
étoit en Décembre , & ayant donné aux Puiffances
étrangères le temps de confolider leur
concert , de faire des préparatifs de guerre , de
fortifier leurs places , de faire marcher des troupes . »
10°. En ayant trahi la confiance du Roi ,
en l'ayant , par fa conduite , & par le langage
qu'il a tenu en fon nom expolé au foupçon
d'avoir voulu favoriler le concert des Puiffances
étrangères , & contribué ainfi à aliéner de lui la
confiance publique.
сс
11. En n'ayant pas pris & continué les
mefures néceffaires pour diffiper , d'une manière
réelle & efficace , les raffemblemens des émigrés ,
les priver de leurs moyens hoftiles & de leurs
approvifionnemens. »>
« 12. En n'ayant pas inftruit l'Affemblée
Nationale du concert coupable qui exiftoit entre
plufieurs Envoyés de France dans les Pays étran
gers contre les Emigrés , & en ne s'étant pas preflé
de rappeller ces Chargés d'affaires. >>
« 13. En n'ayant pris aucune meſure efficace ,
digne de la Nation Françoife , pour faire refpecter
& venger les François qui ont été outragés , emprifonnés
, dépouil és de leurs biens , & même
éxécutés dans différens Pays Etrangers , en Ef(
119 )
pagne , en Portugal , à Florence , & dans les Pays-
Bas ; en r'ayant pris aucune meſure pour faire
refpecter le Pavillon national dans tous les pays
où il a été outragé , comme en Portugal & en Hollande
; & n'ayant pas provoqué l'Affemblée Nationale
à prendre des mefures vigoureufes fur ces divers
outrages , en ne lui ayant pas même communiqué
les faits y relatifs . »
сс
14°. En ayant négligé les intérêts de la France
dans fes relations extérieures avec la Porte , la Po
logne & l'Angleterre, »
cc
15°. En ayant refuſé d'obéir aux deux décrets
de l'Affemblée Nationale , qui lui enjoignent
de communiquer les pièces de fa correfpondance
qui pouvoient être relatives à la conjuration des
Emigrés , & d'indiquer les Agens du Pouvoir Exécutif
qui pouvoient y tremper . »
« 16° . En ayant , comme Miniftre de l'Inté
rieur , différé pendant plus d'un mois d'expédier officiellement
le Décret relatif aux troubles d'Avignon
, & en ayant par-là contribué à la continuation
de ces troubles. >>
cc L'Affemblée Nationale a , dans fa Séance
du 10 Mars , décrété qu'il y avoit lieu à accufation
contre Claude Deleffart , & en conféquence
accufe , par le préfent acte , devant la
Cour Nationale , Claude Deleffart , Miniftre des
Affaires Etrangères , comme prévenu d'avoir né
gligé & trahi les devoirs , compromis l'indépendance
, la dignité , la sûreté & la Conſtitution de la
Nation Françoile. »
Nos lettres de Stockholm , en date du
23 Mars , nous ont apporté le rapport officiel
fait le 18 de ce mois au Confeil du
( 120 ) •
Gouvernement , touchant l'affaffinat commis
dans la nuit du 16 au 17 fur la perfonne
du Roi. Voici la traduction de ce Précis
qui fixe les principales circonftances de
la cataſtrophe .
« Lorfqu'à 11 heures trois quarts le Roi fut
arrivé à la falle de l'Opéra , où le donnoit un
bal mafqué , un inconnu s'étant approché de
Sa Majefté avec d'autres mafques , lui
tira un coup de piftolet au - deffus de la hanche
gauche , près de l'épine du dos.. Quoique la
bleffare fût grave , le Roi eut cependant encore
affez de force pour fe rendre dans un Cabinet
voifin . S. M. fe mit dans un fauteuil , & converfa
avec plufieurs Seigneurs de fa fuite , jufqu'à
l'arrivée des Médecins & Chirurgiens. Ceuxci
ayant examiné la bleffure & fait le premier
panfement , S. M, fut conduite au Château ,
où on la faigna à 4 heures du matin . »
191
ce On trouva dans la falle de l'Opéra deux
piftolets , l'un vide & l'autre charge ; à l'examen
du dernier , on vit que la charge confiftoit en
deux balles , & du gros plomb mêlé de pointes
de cloux. L'affaffin , qui eft le Capitaine réformé
J. J. Ankarftroëm , fut découvert le lendemain
à 10 heures du matin , & arrêté. H
avoua fur- le - champ fon crime , & déclara que
le piftolet qu'il avoit tiré fur le Roi étoit chargé
de deux balles , une ronde & l'autre quarrée ,
& en outré d'une douzaine de gros grains de
plomb & de plufieurs pointes de cloux ; que le
fecond piftolet avoit à-peu-près la même charge ;
& que de plus il s'étoit encore muni d'un grand
coûteau tranchant , auquel étoit appliqué une
efrèce
( 121 )
--- efpèce de croc. Les Médecins ont déclaré que ,
quoique la plaie ne foit pas en ièrement débar-,
raflée de la charge , ils penfoient que , fuivant
toute probabilité , le coup n'eft point mortel.
L'état du Monarque eft tel que les circonftances
peuvent le permettre ; S. M. a pu prendre un
peu de fommeil . Elle a fupporté l'opération douloureufe
de l'extraction de la charge avec la plus
grande force d'aine , & elle n'a ceffé de s'entretenir
avec la Famille Royale , les Perfonnes de
la Cour , les grands Digitaires du Royaume
& les Miniftres Etrangers . S. M. a nommé auffi
un Confeil de Régence , dicté & figné les inftructions
pour ce Confeil L'inftru&ion de ce.
crime , inoui en Suède , eft comm ncée ; fon en
rendra au Public un compte exaâ. »
Le Confeil de Régence eft compofé du
Duc de Sudermanie , frère du Roi ; du
Comte de Wachtmeister, Grand Juge du
royaume , du Comte d'Oxenflierna , Maiéchal
du royaume ; du Lieutenant général
Baron de Taube , & du Major- général Baron
d'Armfeldt.
L'affainat du Roi de Suède a développé
parmi nous une nouvelle preuve de
la dépravation de coeur & de jugement ,
qui accompagne le fanatifme politique.
Il eft peu étonnant que des hommes , pour
qui les bourreaux de la glacière d'Avignon
font des Patriotes , & qui honorent publiquement
le crime , aient applaudi à l'action
d'un fcélérat portant un piftolet parricide
fur le Roi auquel il doit la vie . Les
Nº . 15. 14 Avril 1792 .
F
( 122 )
uns l'ont nommé un Héros ; d'autres , un
tyrannicide intrépile , qui navoit_voulu
partager avec perfonne la gloire de fon entreprise.
Un Ecrivain périodique , traîtant
le Roi de Suède de Neron du Nord ,
a barbouillé deux colonnes d invectives
contre ce Prince , afin fans doute de mieux
juftifier fon affallin . Enfin , jufques dans
le Journal de Paris , & même dans la Gazette
de France , on a iu ces mots : Quelle,
leçon pour les Rois !
Je ne vois ici de leçon que pour les
tyrans , que de femblables exemples doivent
rendre plus défians & plus féroces ; car , fi
la clémence des Rois les expofe à perdre
la vie , les defpotes deviendront impitoyables.
N'y a- t-il pas autant d'ignorance que
de mauvaiſe foi , à préconifer cet attentat
comme une vengeance de la liberté , à
repréfenter la Suède comme livrée au defpotifme
, & le crime d'une cabale comme
une confpiration nationale contre un oppreffeur
? Quelle idée fe former de notre
égarement d'efprit , ou de notre ftupidité ,
en lifant dans trente Papiers publics que
la Nation Suédoife , jouiffant du droit de
confentir les loix & les impôts , eft réduite
à l'efclavage ? Quelle opinion prendre de
nos lumières , en voyant imprimer que la
Révolution de 1772 , & l'acte d'union
et de sûreté décrété en 1789 , font des ades
de tyrannie , qu'un affallin a eu la gloire
( 123 )
de faire expier au Roi de Suède ? Eft - ce à des
Welches ou à des François du 18 ° . fiècle
que l'on fait lire de femblables extravagances
? La liberté de la Suède confiftoit
donc , avant 1772 , dans l'oppreffion du
Roi & du Peuple , maitrisés par cinq ou
fix cents Nobles exclufivement inveftis des
principales places & des dignités , trafiquant
avec les Puiffances étrangères des
intérêts de leur Patrie déchirée , & arrivée
au dernier terme d'affoibliffement ? A-t-on
oublié que cet acte defpotique de 1789 , fut
confenti à l'unanimité de trois Ordres
contre la majorité d'un feul , & que par la
Conftitution même , ce triple confentement
réuni à celui du Roi donne à la décifion
de la Diète le caractère d'une loi. Dirat-
on que les trois Ordres inférieurs furent
contraints , en fe rappellant que deux des
quatre articles de cet acte rendent à tous
les Citoyens , indiftinctement , le droit d'acquérir
des terres nobles , & de parvenir à
toutes les charges quelconques , même à
celles de Sénateurs , réfervées jufqu'alors à
l'Ordre équestre ( 1 ) Sans applaudir aux
formes, quelquefois trop vives, qu'employa
Guftave III à furmonter une oppofition
( 1 ) Le Roi , il eft vrai , ſe réſerva le droit
qu'a S. M. Britannique de déclarer la paix ou
la guerre , mais fous la même limitation , c'eftà
- dire fans pouvoir ordonner les fubfides qu'exig-
toient les hoftilités .
F 2
( 124 )
factieufe , peut- on , avec quelque pudeur ,
appeller tyran , oppreffeur , ennemi de la
liberté , un Prince qui a rétabli l'égalité politique
entre les . Citoyens , qui a aboli la
torture , adouci les loix pénales , perfectionné
les formalités judiciaires en faveur
des Accufés , rendu les pourfuites gratuites
, rétabli la marine , l'armée , le commercemaritime
, la confidération extérieure
de l'Etat , & mérité ainfi le dévouement
des trois quats de la Nation ?
༡
Et quels font les calomniateurs de ce
Monarque , qui le peignent fous les traits
de Tibère , parce qu'il a diminué les prérogatives
politiques de la Nobleffe ? les deftructeurs
de la Nobleffe Françoife , ceux
qui ne peuvent entendre fans frémiffement
le mot de Gentilhomme. Le Roi de Suède
a- t-il cependant touché aux droits civils ,
aux propriétés , à l'existence de l'Ordre
Equeftre ? L'a- t- il anéanti pour réformer
les abus de fon pouvoir ? A- t- il fait
brûler les châteaux , piller les Archives
mallacrer les Poffeffeurs de fiefs , & placé
les Nobles entre la confifcation & les affaffins
? Que fignifie donc cette tendrefle hypocrite
de nos Saltimbanques politiques pour
la liberté de la Nobleffe Suédoife , & pour les
régicides qu'elle vient d'enfanter ? Si , au
lieu des outrages interminables & de
l'oppreflion auxquels on a livré celle
de France , on fe fût contenté de la ré(
125 )
duire au niveau de l'Ordre Equeftre Sué
dois , j'euffe été le plus ardent à applaudirà
cette innovation , & nul homme fenſé n'eût
ofé la défavouer.
dés
C'est également la fureur de l'efprit de
parti , qui , fans preuves ni examen , a tout
de fuite fait attribuer le régicide de Stockholm
aux Brutus de Paris. Nous avons
une claffe de Maniaques qui voyent par
tout des Propagateurs de crimes , comme
le Curé de Fontenelle voyoit dans la Lune
le clocher de fa Paroiffe. Seroit- il nécef,
faire de chercher hors des affaires de Suède ,
les motifs du dernier attentat ? Seulement ,
il peut être vrai de dire , qu'à force de
repréfenter tous les Souverains , tous les
Hommes en autorité fans diftinction ,
comme des tyrans , des oppreffeurs , des,
fcélérats , des ennemis du Peuple contre lef
quels la liberté doit appeller la rébellion
& les poignards, on provoque des affaffinats
tels que celui dont le Roi de Suède a
failli d'être victime ; il eft impoffible que
dans chaque pays , les têtes ardentes , ou
des mécontens ulcérés , ne s'enivrent de ces
poifons , & ne deviennent frénétiques en
confcience. Autrefois , on accufoit les Dé- :
vots d'attenter à la vie des Rois ; aujourd'hui
c'eft le tour des Philofophes ; mais
quels Philofophes ! Bon Dieu ! Ils ne font
pas de la religion de Cicéron , de Socrate ,
de Bacon , de Locke , de Leibnitz,
F 3
( 126 )
On peut fe rappeller que nos Folliculaires
frappèrent il y a trois femaines , le Roi de
Suède , d'une cataſtrophe analogue à celle
trop réelle dont moins de confiance l'au
roit préfervé. Ainfi , pendant qu'un affianchi
affaffinoit Domitien , le prophétique
Appollonius de Thyane haranguant le Peuple
d'Ephèfe s'écria Frappe , frappe le
tyran.
Une rixe furvenue le 28 Mars à Turin
entre les Etudians de l'Univerfité, & une
elaffe d'Ouvriers , a fourni la femaine dernière
cent paragraphes prolixes & menteurs
à nos Gazettes . Suivant la coutume , ils
n'ont pas manqué de verbiager fur les
caufes & les effets de ce mouvement , &
d'amufer de leurs romans la crédulité
publique. En deux mots , voici le fait ; il
ne mérite que quatre lignes.
Après l'émeute paffagère qu'occafionna ,
l'année dernière, l'arreftation d'un Etudiant
contre les priviléges de l'Univerfité, le Gouvernement
fit délivrer des Médailles à ces jeunes
gens, afin de les rendre plus reconnoiffables.
Cette diftinction offenfoit les Artifans :
ils fe portèrent à la promenade où les Etudians
jouoient aux barres, & leur arrachèrent
leurs médailles . Cette querelle s'aggrava le
28 ; les combattans formèrent un attroupement
confidérable : les exhortations
n'ayant pas fufi à les féparer & à rétablir
( 127 )
le calme , le Gouvernement fe décida
à déployer le plus grand appareil de
vigueur. On fit marcher des canons
les troupes à pied & à cheval inveſtirent
les Perturbateurs ; on fit feu fur eux ; troisfurent
tués , cinq ou fix bleffés , le refte
fe difperfa. Cette promptitude d'exécution ,
l'excellente difcipline des troupes , & une
Proclamation par laquelle il fut défendu à
tout Citoyen de paroître dans la rue , du
moment où le canon d'alarme feroit tiré ,
ont bientôt raffermi la tranquillité publique .
Tous les Citoyens fages ont approuvé les
mefures fermes du Gouvernement : deux
bataillons étoient arrivés des garnifons voifines
; mais ce fecours eft devenu inutile .
Douze des mutins ont été emprisonnés ; on
inftruit leur procès , & le premier de ce
mois il ne reftoit aucune trace de ce tapage ,
abfolument étranger à toute affaire politique.
Les honneurs deftinés aux 40 foldats de
Châteauvieux fortis des galères , font dans
l'efprit le plus pur de la Révolution. Tant
d'autres d'élits militaires ont été abfous &
récompenfés ! Le dogme de l'infurrection
juftifie tout , embellit les actions répréhenfibles
, & le plus effrené en ce genre a le
plus de droits aux Couronnes civiques .
Nous attendrons que cette Fête inouie ait
été célébrée Dimanche prochain , pour en
F4
( 128 )
tranfcrire les détails . ils paroîtront fabuleux
à l'Etranger & à la poftérité. Pluſieurs
Ecrivains , entr'autres , M. André Chenier
ont eu le courage de s'élever énergiquement
contre ce mépris de la Conftitution ,
des Loix militaires , de l'Affemblée Conftituante
, des Gardes Nationales , de la
difcipline , du Droit des Gens , des Traités
avec le Corps Helvétique ; mais dans ces
obfervations aufi fortes que judicieufes ,
on a omis ou altéré quelques faits importans
. D'abord , il eft injufte d'imputer
au régiment de Châteauvieux , le délit part:-
culier de 150 Bas- Officiers ou Soldats . Cent
au plus de ces rebelles fe préfentèrent dans les
rues & à la porte Stanislas , où ils tuèrent ,
entr'autres , 33 de leurs propres Compatriotes
de Caftella & de Vigier , & en
blefsèrent 53. Tout le refte du régiment
ne fortit pas de fes quartiers. Il a depuis
expié les torts de quelques Confpirateurs
par une conduite affez exemplaire , pour
mériter la diftinction que nous venons de
rappeller.
Ileft poffible que , pendant leur féjour au
Champ - de - Mars, pendant le mois de Juillet
1789, quelques foldats de ce Corps , alors &
aujourd'hui excellent , aient donné les preuves
de civilme qu'on leur attribue dans quelquesJournaux;
mais cet honneur n'eft point
dû au régiment , qui ne connoiffoit encore,
à l'exemple des troupes Suiffes dans tous les
( 129 )
temps , que les fermens conformes à leurs capitulations.
Ils quittèrent le Champ - de- Mars,
ainfi que les régimens de Salis & de Diefbach
, non par la crainte des Diftricts de
Paris , mais parce que depuis 36 heures
on les avoit laiffés fans pain , & auili complettement
oubliés que des troupes déjà
prifonnières.
On pourroit excufer jufqu'à un certain
point , l'égarement de foldats qui , dans les
fumées d'une Révolution effrenée , s'arment
contre la Loi , & réfiftent aux autorités
légitimes ; mais ce qui aggrava le délit des
foldats de Châteauvieux mis en jugement,
& néceffita la févérité de leur Tribunal
National , ce fut leur conduite particulière
envers leurs Officiers. Non contens de les
avoir maltraités & enfermés , ils profitèrent
de cette captivité forcée pour exiger d'eux
227 mille livres d'obligations payables au
mois de Septembre ; paiement effectué en
partie , & que l'Affèmblée Conftituante
confidéra comme un vol fcandaleux . Ces
faits , auxquels nous ne joindrons pas bien
d'a itres particularités peu connues du public,
font conftatés par les procès - verbaux de la
Municipalité de Nancy , par le Mémoire
de M. de Salis , Major , par les rapports
faits à l'Affemblée , enfin par la procédure.
Eh bien ces mêmes Soldats dont la
conduite faifoit dire à la Députation du
régiment de Vigier : « Nous rougiffons des
F S
( 130, ).
>>
C
-
>> revers de notre uniforme , parce qu'ils
» font à peu près les mêmes que ceux des
brigands qui vous entourent : eux feuls
» les ont fouillés ; déjà nous avons re-
» tourné ces revers pour n'avoir rien de
>> commun avec des Rebelles . >> Ces
mêmes Soldats , dis - je , auxquels un excès .
d'indulgence pouvoit pardonner leur éga
rement , vont être les objets d'une pompe
civique , femblable à celle dont les Ro-.
mains auroient honoré Camille après la
défaite des Gaulois. Pour prologue de ,
cette fcène à jamais mémorable, un décret
formel leur accorda Lundi dernier les honneurs
de la féance au milieu des Repréfentans
de l'Empire François. Verſailles
les jours précédens , leur avoit prodigué
les hommages , les banquets , les honneuis
qu'on ne rend pas aux plus éclatantes
vertus. Ils fe font rendus à l'Affemblée
avec un cortège nombreux & en pompe
triomphale : M. Collot d'Herbois , ancien
Comédien , & leur défenfeur officieux
a harangué en leur nom le Corps Légif
latif. M. de Jaucourt ayant le premier
combattu leur admiffion aux honneurs
de la féance , les Tribunes l'ont infulté,
en lui criant à bas , à bas ; vingt fois les
vociférations & les huées les plus méprifantes
l'ont interrompu . M. de Gouvion
dont le frère fut tué à l'attaque de Nancy
par ce mêmes peloton du régiment de
( 131 )
Châteauvieux , a éprouvé les mêmes outrages.
A l'inflant, où il exprimoit le fouvenir
douloureux de fon frère expirant ,
en difant qu'il ne pourroit fupporter la
vue de fes -affaffins , un Député d'Angers ,
Accufateur public de profeffion , & nommé
M. Choudieu , s'est écrié fortez. A ce trait
qu'on ne croiroit pas en le lifant dans le
procès- verbal d'une Affemblée de Tartares
Calmoucks, M. de Gouvion n'a pu contenir
fon indignation. Elle a été aufli inutile
que les difcours de deux ou trois autres
Députés qui ont parlé dans le même fens .
A la délibération , l'épreuve a paru doufeufe
; on eft paffé à l'appel nominal . Une.
multitude nombreuſe entouroit la falle ,
ainfi que dans toutes les bonnes occafions
du temps paffé des cris affreux fe faifoient
entendre ; le dehors opinoit en nieraçant
, pour les honneurs de la féance.
L'appel achevé , il s'eft trouvé 281 yoix
contre 265 , c'est - à- dire une majorité de
feize fuffrages pour honorer ceux que le
Tribunal de leurs Pairs , de leurs Compatriotes
, de leurs Souverains naturels
avoit puni . Le Préfident , M. Dorizy , a
eu le courage de prononcer un non trèsarticulé.
Auffi a t-on décrété l'impreffion
de la harangue de M. Coliot - d'Herbois
& refufé cette gloire à la réponſe circonf
pecte du Prefident. Pour achever cette
icène fans exemple , tout le cortége des
F 6
( 132 ) -
1
Soldats de Châteauvieux a défilé devant
l'Affemblée. Quelques perfonnes en habit
de Gardes Nationaux , des femmes
conduites par Mademoiſelle Theroigne ,
des enfans armés de piques ornées de
banderoles & furmontées du bonnet de la
liberté , une vingtaine d'hommes vêtus en
Gardes Suiffes , enfin un mélange de tous
les âges , de tous les fexes , & au- deffus de
toute defcription , ont formé cette proceffion
qui a traverfé la falle au bruit du
tambour , & des cris de Vive la Nation.
L'inftant d'après , un Vainqueur de la Baftille
eft venu offrir à l'Affemblée dix mille
piques qu'il avoit fait fabriquer.- Si la
lete projettée , & toutes ces démonſtrations
n'amènent pas quelque nouvelle cataftrophe
, il faudra remercier la Providence :
Nous aimons à croire que l'obftination des
Jacobins dans ce projet , malgré le voeu contraire
& très - prononcé de la Majorité de la
Garde Nationale , du Département , & d'une
grande partie du Public , tient uniquement
au deffein de montrer leur empire, ainſi que
le pouvoir qu'ils ont d'en abufer .
En lifant les réflexions que nous avons
préfentées dans le dernier Journal , fur les
caufes de cette puiffance des Républicains ,
on ne nous a pas fans doute imputé l'abfurde
opinion , qu'un pareil fyftême d'anarchie
étoit fufceptible de quelque ftabilité. Nous
n'avons voulu qu'expliquer fes refforts , fes
( 133 )
progrès , & les mobiles qui en affurent la
durée jufqu'à la diffolution de l'Empire qui
en fera le dernier terme. Cette féparation
de parties en une infinité plus ou moins
grande de peuplades Ochlocratiques , devoit
réfulter néceffairement du délire qui
conftituoit un grand Empire en République,
en prétendant , néanmoins , maintenir
l'unité de ce Coloffe. Une grande partie
des vérités que je développois , M. Malouet
vient de leur donner une autorité , une nouvelle
force , comme une nouvelle face , dans
une lettre à M. de Lally- Tolendal : en voici
le début, la fubftance, & un paffage principal.
--
« Je fuis parfaitement content du dernier écrit
que vous m'avez fait communiquer , & je vous
engage fort à le publier. C'est au moment
où le crime triomphe , où les méchans ont dit :
Emparons-nous de toutes les vérités pour les convertir
en poisons , que la réforme de tout régime
focial en foit la fubverfion , que la raifor flétrie
par notre fouffle impur , que la libertéfouillée par
nos attentats , deviennent un ouragan dévastateur ,
& que les hommes , épouvantés de tous les fléaux
qui vont fondre fur eux au nom de la liberté & de
la raifon , ne trouvent déformais du repos que dans
la tombe du defpotifme ! »
« C'est dans cet inftant d'un deuil univerfel ,
que le courage des gens de bien doit fe roidir
également contre tous les genres de périls & de perverfité,
contre les crimes du défefpoir, & les artifices
de la fcélérateffe . Le dépôt de l'incorruptible morale
leur appartient ; eux feuls , dans le déluge de maux
qui nous menacent , peuvent fe montrer comme
figne éclatant de l'éternelle Providence , & de f
( 134 )
inflexible équité. Remplifiez donc votre tâche ,
homme de bien , & ne vous allez pas de dire à
tous toutes les vérités ! » -
כ כ
L'écrit de M. de Lally paroiffant être une
réponse à toutes les imputations faites à ce que
l'on appelle la Secte des Monarchiens , dans laquelle
on confond méchamment ou bêtement ceux dont
les opinions ont été le plus fortement prononcées ,
non-feulement contre toutes les injuftices , mais
contre les bafes de la nouvelle Conftitution , --M.
Malouet ajoute à ces obfervations des argumens
fur ce qui , dans les circonstances données , étoit le
plus impérieufement preferit par la raifon aux
Membres de la Minorité . Pafant enfuite à la fituation
actuelle du Royaume , après un tableau effrayant
, mais malheureufement trop fidèle de nos
défordres , de leur caufe , de l'anarchie organiſée
en Gouvernement , qu'il compare à la Régence
d'Alger , moins le Dey , on trouve un paragraphe
inattendu fur l'utile exiftence des Jacobins.
« Vous trouverez peut- être que je fuis comme
le Prince de Kaunitz , que je n'en veux qu'aux Jacobins.
C'est avec cette difference , que je regarde
cette Faction comme le produit néceffaire d'ene
Conftitution Démocratique , dans un Empire de
Vingt- cinq millions d'Habitans ; & malgré tout
le mal que foot les Jacobins , je fuis convaincu
que s'ils n'exiltoient pas , cette Conflitution produiroit
des maux plus effroyables encore ; car le
pouvoir dont ils abufent eft néanmoins un pouvoir
, & il n'y en auroit plas ; leur anarchie fyſtématique
eft un mode de Gouvernement , & il n'y
en auroit plus ; leur existence nous aveitit que la
tyrannic eft ia, & qu'on peutla détruire avec quelque
énergi . Mais i le monftre difparoiffait , il feroit
remplacé par une hydre à deux millions de têtes .
Un Roifans autorité , un Peuple fans ficin , une
--
( 135 )
fouveraineté vagabonde , toujours armée contre
elle- même , des Départemens , de Municipalités ,
tour- 2 - tour opprimans & oppimés , fans appui ,
fans direction ; nulle elpèce de force centrale ; un
brigandige univerfel , dont les moteurs & les agens
fe confondroient dans tous les Partis ; enfis , la
plus terrible image du cahos , tel eft le fpectacle
que préfenteroit la France , livrés, fans la Régence .
de les Clubs , à l'anarchie abfolue iéfultante de fa
Conftitution , non exécutable faute de Gouvernement,
Ainfi , le plus infenté , le plus aviliflant ,
le plus tyrannique des régimes eft encore préférable
à l'euvre des Sophiftes qui nous ont conduit
à l'état où nous fommes. Ils ont DÉTRUIT
LES PROPRIÉTÉS , LE JOUR OÙ ILS ONT MIS LES .
PROPRIÉTAIRES A LA MERCI DES NON - PROPRIÉTAIRES
ILS ONT DÉTRUIT TOUT MOYEN
DE POLICE ET DE SURETÉ , EN CHARGEANT LA
MULTITUDE D'EN IMPOSER A LA MULTITUDE .
Et fi dans leur malfaifance ils n'avoient créé
les Jacobins , qu'eux feuls n'ont pas le droit d'injurier
, la Conftitution , que ceux - ci foulent aux
pieds en jurant en fon nom , n'auroit pas même un
Club pour alyle. »
La dernière partie de cette lettre préfente les
Vues & les moyens auxquels il eft à defirer que
toutes les claffes de Mécontens fe rallient. Nous
en rendrons compté dans le N°. prochair .
Nos correfpondances du Midi font ou interceptées
ou interrompues , de manière à nous
lailler dans le doute touchant l'état de ces conuées
; les informations d'autrui ne nous procurent
pas plus de lumières. Cependant , il fe confirme
que Jourdan , Tournal & leurs Collègues font
fortis de prifon les de ce mois ; ils ont été conduits
en triomphe à Arles ; les Commif(
136 )
:
faires des trois Départemens voifins , réunis à
Avignon , avoient arrêté dès le 30 Mars de fe
retirer auprès de leur Directoire . Avignon & le
Comtat font livrés aux Gardes Nationales de
Nîmes & autres Républiques des environs : M. de
Muy qui commandoit dans la contrée eſt revenu à
Paris M.de Witgenftein , fon fucceffeur , a donné
fa démiffion, comme le trouvant hors d'état de faire
reſpecter la Loi. Après avoir exigé la retraite des
troupes de ligne envoyées par M. de Muy, 4000
Marfeillois ont pris poffeffion d'Arles , d'où il eft
forti douze, cent familles : plufieurs maifons de
la ville & de la campagne ont été dévaſtées.
C'est ainsi que des cités floriffantes deviennent
des déferts Avignon , Aix , Arles , Montpellier
, & cent autres lieux redeviennent des bourgs
miférables , dont des Factieux effrenés le difputent
la poffeffion.
On prétend que le projet des Marfeillois
& de leurs Auxiliaires eft de marcher
à Lyon. Ces forces réunies aux Troupes
de ligne que le nouveau Miniftre de la
Guerre a fait paffer dans cette partie du
Midi , femblent décéler quelque grand
projet . Il ne regarderoit pas l'intérieur feul ,
s'il eft vrai , ainfi qu'on le rapporte , que
les Adminiſtrateurs actuels de la Scuveraineté
populaire ont décidé trois points
d'attaque extérieure ; favoir , Liège , Bruxelles
, & Chambery , où des intelligences ,
ajoute-t- on, leur faciliteroient des moyens de
Révolution. La réponſe attendue du
Roi de Hongrie , fera probablement éclater
ou évanouir cette grande entreprife, -
-
( 137 )
M. de Noailles quitte Vienne le 15 de ce
mois ; c'eſt un fait sûr.
Suivant l'état de fituation des matrices
de rôles pour la Contribution foncière ,
publié officiellement , il fe trouvoit au 31.
Mars
dernier que , fur 49,615 Municipalités,
14,497 feulement
avoient envoyé leurs
matrices
. Dix- huit mille de ces Municipalités
font en arrière de plus des trois quarts .
Les beaux rapports
chiffrés de M. Cambon
ne peuvent
confoler
de cet énorme
déficit ,
fur- tout lorfqu'on
analyfe
ces rapports &
qu'on les compare
avec ceux qui , anté- ,
rieurement
, font fortis du comité des Finances.
Une plume exercée , qui nous a
déjà fourni deux morceaux
précieux
fur
l'état des Finances , vient de faire ce rapprochement
dans le Mémoire
fuivant :
Sur l'état de la dette & des reffources de la France ,
préfenté , parM. CAMBON , à la Séance du Mardi
3 Avril 1792 ,
cc Aux calculs de M. de Montefquiou viennent
de fuccéder ceux de M. Cambon . Notre fituation
n'en eft pas meilleure. D'après la marche conftante
de la première & de la feconde Aſſemblée , on
devoit s'attendre qu'au moment où une nouvelle
émiffion d'affignats devenoit indifpenfable , on
ne manqueroit pas de préfenter un tableau bien
enluminé de l'état des Finances , divifé en deux
beaux chapitres de la dette & des reffources de
l'Etat . M. Cambon , qui s'est généreuſement
chargé de nos Finances , délaiffées par tout le
monde , & fur- tout par l'Affemblée , a rempli
de fon mieux le vide de ce cadre , A travers fa lo
"
( 138 )
gomachie , on diftingue des aveux précieux à
recueillir , & des exagérations qui auroient effrayé
M. de Montefquiou lui - même . »
« M. Cambon annonce que les biens du
Cle gé font finis , & que cette mine , que tant
de voeux ont envahie , & que tant de mains
ont exploitée , eft épuifée par les émiffions d'affigats
faites ou à faire , par le non- Paiement de
Pimpôt , & par les dépenfes de Mars & d'Avril.
Ces calculs fe rapportent fort bien aux états que
M. Amelot fait paffer à l'Affe.nblée fur la vente &
l'eftimation des Domaines Nationaux . Ceux qui
lés ont fuivi s'attendoient prochainement à l'annonce
que M. Cambon vient de faire. Les voilà
donc abforbés ces biens du Clergé , que l'on repréfentoit
comme capables de faire face à tous
les befoins & à tous les gafpillages . Il n'en refte
que les charges qu'ils fupportoient , & un exemple
de plus de l'anathême lancé contre tous les
envahiffemens. "
* Suivant M. Cambon , la dette exigible au
r. Avril 1792 eft de 1,518,591,270 iv. L'accroiffement
de cette dette prouve que l'on eft
bien riche quand on déménage ; car on a beau
liquider , la dette ne fait qu'augmenter , elle
réfiíte à tous les Décrets , & fe multipe par
elle- même. De 1,100,000,000 liv . , dont M. Dufrefne
de St. Léon la compofoit au mois de Décembre
dernier , la voilà au premier . Avril ,
2 1,518,591,270 liv . Quelques foient fes progrès
à venir , fuivons M. Cambon dans les reflources
qu'il indique. Il fe jette d'abord fur les arts ,
& comme il lui faut abfolument fona, te ,
il évalue le nombre & la valeur des com de
manière à les forcer de lui donner oname
dont il a befoin . Cft aiuti qu'on jus
calculé dans l'Ademblée , M. Cambes, eva.ue- le
( 139 )
fuperficie des forêts à 4,500,000 arp .; le pro
duit de vente , à 1,350,000,000 liv . C'est ici
qu'il eft permis de regretter la candeur & l'inno
ence de M. de Montefquiou , comme il étoit
réservé auprès de M. Cambon . En effet , il ne
porte la valeur des forêts Nationales qu'à
600,000,000 liv .; c'eft une différence de
750,000,000 liv. , & par conféquent de plus de
moitié. Comment ces Meffieurs peuvent- ils prétendre
à quelque confiance , lorfqu'on les voit
différer en ' eux d'une manière monſtrueuſe fur
un objet d'une étendue bornée ? » - .
« M. de Montefquiou réduit le nombre des arpens
de forêts nationales à 3,338,26 : arp . Le.
Comité des Dorsaises l'avoit évalué de même ,
Dans quelle Contrée M. Cambon a - t- il décou
vert ics 1,200,000 arpens , qu'il ajoute de fa
propre autorité à ceux dont le Comité des Domaines
a fourni l'état , fur le relevé de toutes les
Maîtrifes du Royaume ? M. Cambon autot dû
favoir que le revenu des forêts nationales n'eft
porté qu'à douze millions dans l'état des revenus
du Royaume , & que c'est d'après d'innombrables
Variations que l'ancien Comité des Impofitions
en fit le pénible aveu . Mais 12,000,000 liv . de
revenus , eftimés 1,350,000,000 liv . , n'élèvent ils
pas le prix des ventes à 120 pour un ? Sur quels
Acquéreurs M. Cambon compte- t - il done , en
élevant le prix de fon bois à cette valeur exorbitante
, & quand le difcrédit des affignats feroit
encore plus grand , peut- il raifonnablement fe
fatter de vendre auffi chèrement des bois , dont
les dégradations font repréfentées comme effrayantes?>>
«Je ne fuivrai pas M. Cambon dans tous les détails
d'où il fait fortir un excédent de 100 000,000 n il
fur les befoins actuels. Mais n'eft ce pas poufer
( 140 )
trop loin la charlatanerie, que de préfenter l'arriéré
des Contributions pour valeur effective de
300,000,000 liv . ? Quoi ! c'eft au milieu d'une
anarchie dévorante , d'une misère univerfelle ,
qu'on efpère faire payer l'arriéré des impofitions,
à un Peuple qui n'a ni le pouvoir , ni la volonté
de payer les impofitions courantes , montées
à un taux effrayant . Les trois années de la Révolution
n'ont fourni à l'impôt que 130,000,000 mil.
& l'on fe livreroit à la confiance d'obtenir à
l'avenir , le paiement de ce qui eft dû pour le
préfent & pour le paffé ! Les Affemblées Nationales
font deftinées à fupporter le poids de la
faute , que fit l'Affemblée Conftituante de diriger
le mouvement de la Révolution contre l'impôt .
Si la France retentit d'hymnes à la liberté & à
l'égalité , elle retentit encore davantage de murmures
& de refus contre l'impôt. Qu'on fe fouvienne
avec quel empreffement ,
dès que la verge
eut difparu , la France ouvrit togtes fes portes
au torrent d'une contrebande générale , & fe
refufa long- temps au paiement de les propres
befoins , & des dépenfes les plus indifpenfables .
La générofité nationale a donné la mesure en
portant les dons que le civilme offroit au fein
même de l'Affemblée , à la fomme à jamais mémorable
de quatre millions , y compris les boucles
des Députés ; qu'on ceffe donc de nous bercer
de vaines illufions fur le paiement des impôts
paffés , préfens & à venir. Ce paiement réſulte
de tant de chofes qui nous manquent , d'un
ordre fi régulier & fi impérieux à- la-fois, qu'il faue
commencer par étouffer l'anarchie , avant de fonger
à jouir de l'impôt. »>
сс
que fes
Concluons que M. Cambon , ainfi
devanciers à la Tribune , prouve par les exagérations
même un déficit annuel de 400,000,000 ,
( 141 )
& de 750,000,000 liv. de dette exigible. Le foin
d'y remédier n'a pu encore trouver place dans
les grands travaux de l'Affemblée , depuis le
Décret des fauteuils jufqu'à celui de Jourdan. »
Nous avons reçu plufieurs lettres d'Officiers
qui , foit de gré , foit de force , ont abandonné
leur Corps pour paffer la frontière . Quelquesunes
nous ont paru ne pas renfermer des motifs
fuffifans d'une femblable réfolution , & nous les
ayons paffées fous filence ; mais celles qui fuivent
méritent plus d'attention . L'état d'infubordination
, & les voies de fait reprochés au régiment
de Soiffonnois , & rappellés dans la première
de ces lettres , ont fait fortir dans le temps
la totalité des Officiers , à l'exception de deux
Lieutenans , de deux Sous - Lieutenans , & de
M. de St. Hilaire, Capitaine commandant , à qui
nous devons la lettre qu'on va lire ; elle eſt ſuivie
de celle qu'écrivit M. de Condorcet , alors
Préfident & au nom de l'Affemblée , aux Sous-
Officiers & Soldats de ce régiment de Soiſſonnois.
Grenoble, le 29 Février 1792 .
« Je vous prie , Monfieur , de vouloir bien
inférer dans le Mercure François la copie d'une
lettre que j'ai écrite hier à M. le Préfident de
l'Affemblée Nationale . »
>> M. LE PRÉSIDENT
ee Sans entrer dans les raifons qui ont déterminé
prefque tous les Officiers du 40 °. régiment d'Infanterie
, ci -devant Soiffonnois , à s'éloigner de
leurs drapeaux , je crois devoir à la place pénible
que mon dévouement à l'ordre public me prefcrit
d'occuper encore , & non à l'honneur des
Officiers de ce Corps , au deffus de toutes les calomnies
qu'on n'a ceffé de nous prodiguer , de repousfer
le dernier trait lancé contre un de mes Chefs,
( 142 )
dans une lettre luc à l'Aflemblée Nationale le 17 de
ce mois , par un Député du Département de l'Ain ,
dans laquelle il eft dit , que le Commandant du
régiment , en garniſon au Fort-Barraux , en a emporté
la caiffe contenant 200,000 liv.
ן כ
« J'affirme qu'el'e n'en contenoit point 10,000 ,
& qu'IL N'Y A RIEN MANQUÉ . »
« Je vous prie , Monfieur le Préfident , d'apprendre
à l'Alfemblée Nationale , par la lecture
de ma lettre , que je démens formellement cette
inculpation , auffi abfurde qu'injurieule .
23
Le Capitaine commandant le 40 ° . régiment
d'Infanterie , ci-devant Soiffonnois , figné BESSONIES
DE SAINT -HILAIRE .
Lettre de M. de Condorcet aux Sous - Officiers &
Soldats de Soifonnois.
De Paris , le 11 Février 1792 .
L'Affemblée Nationale , Meffieurs , a vu
avec plaisr dans les lettres des Adminiftrateurs
du Département de l'Izère , que la déſertion de
vos Officiers n'avoit ni ébranlé votre civiſme ,
nis altéré votre foumiffion aux Loix militaires ,
nis troublé votre difcipline ; & elle m'a chargé de
vous en témoigner fa fatisfaction . Elle fait qu'elle .
trouvera dans le patriotifme des fous - Officiers & .
Soldats de l'armée Françoife , un obitacie invincible
aux projets des ennemis de la Liberté ; &
qu'elle trouvera parmi vous des hommes dignes ,
par leur courage , par leurs vertus , & même par
Jeurs lumières , de remplacer ces Officiers que la
haine d'une égalité , dont ils ne font pas dignes ,
rend parjures à leurs fermens , & traîtres à la
Patrie. Avec des défenfeurs tels que vous , la
France n'aura rien à redouter ni des complots de
l'Ariftocratic , ni de la figue des Rois , »
I
( 143 )
Le Préſident de l'Affemblée Nationale , figné
CONDORCET .
Lettre au Rédacteur.
Nice , le 9 Mars 1792 .
« Nous ne doutons pas , Monfieur , que les
ennemis de l'ordre public ne calomnient la conduite
de plufieurs Officiers , dont le zèle pour
maintenir la difcipline , dans leur troupe , vient
d'échouer contre les efforts de l'anarchie . Nous
avons l'honneur de vous envoyer les détails de
l'infurrection arrivée à Monaco le 21 Février •
dans le premier Bataillon des Chafleurs , en
vous priant de vouloir bien inférer dans votre
Journal .
ود
ce Le 1er . Bataillon des Chaffeurs n'avoit
ceffé ,jufqu'au 21 Février , de donner des preuves
de fa foumiflion aux Réglemens militaires . Une
telle conduite ne pouvoit qu'éveiller l'attention
des Perturbateurs , intér fés à propager la rébellion
au milieu des Troupes , pour confommer
plus sûrement le renversement de toute organifation
fociale . »
Une correfpondance ouverte avec nos Chaffeurs
, ou leur refpect pour la difcipline étoit
traité d'incivifme ; des lettres anonymes où les
Officiers du Corps étoient accufés de vouloir
livrer la place , de l'argent répandu parmi les ›
Soldats , un plan concerté depuis deux mois pour
le renvoi des Sujets les plus faits pour protéger
l'autorité contre la fédition , tous ces moyens
viennent d'être employés avec tant de fuccès
que dans l'efpace de deux jours la troupe qu
pouvoit être citée comme d'exemple de l'Armée
en eft devenue le fcandale ; des Chaffeurs mis
en prifon pour avoir chanté avec une effectation
plus qu'indécente , l'hymme patriotique ça ira,
3.
( 144 )
fut le prétexte de l'infurrection . Brifer les portes
des prifons , fe répandre de nuit dans la Ville
le fabre à la main , avec un bruit continuel de
caiffes & d'inftrumens ; chaffer ignominieuſement
plufieurs fous- Officiers & Chaffeurs qui ne voulurent
pas fe joindre aux mutins ; les pourfuivre
hors des portes à coups de fabre & avec une
férocité fans exemple ; violer le ferment qu'exigea
M. Millo , Maréchal - des - Camps , Commandant
de la place , d'être fidèles à la Nation ,
à la Loi & au Roi ; enfoncer la porte d'un Officier
qui avoit donné afile à plufieurs Chaffeurs ,
pour les fouftraire à la fureur des féditieux ; de
pareils faits ne furent que les préludes de la
journée du 23 , où les Chaffeurs firent battre la
générale de leur propre mouvement , prirent les
armes , les chargèrent à double cartouche , confignèrent
les Officiers à la porte , firent apporter
la caife militaire au milieu de la place , ne parlant
que de pendre leurs Officiers fi l'argent ne
s'y trouvoit pas. »
ce Un tel oubli de toute difcipline parut nous
faire une loi impérieufe d'abandonner à ellemême
une foldatefque , que nous ne pûmes jamais
ramener à l'ordre malgré tous nos efforts ,
& de quitter un pays où la profeffion des fentimens
les plus honorables eft devenue un titre
de profcription. »
Les Officiers du Bataillon des Chaffeurs- Royaux
de Provence. Signés , le Comte Chiarelli , le
Chevalier Raulin , le Chevalier Flandio , Vagnon,
le , Baron d'Yferon , le Chevalier Scalvini
Gazan, le Chevalier d'Agard , Lebrun de Favas ,
le Comte de Quincenet , le Comte de Gabrielli,
le Chevalier Radulphe de Gonrnay , le Chevalier
Sigaldy.
D.sup ildag brodu
MERCURE
si
HISTORIQUE
4 bswat al .ncitmil J
POLITIQUE
POLOGNE.
13
De Varfovie , le 26 Mars 1702 .
LA Diète n'avoit point affez préſumé de
fa puiffance , pour fe paffer du confentement
de fes Commettans à la nouvelle
Conftitution . Cette approbation confir
mative qui , feule , exprime la volonté nationale
, && peut donner un caractère légal
l'ouvrage d'un Corps Conftituant , n'eut
point été repréfentée par des adreffes irrégulières
, dont on eût envoyé la rédaction
toute faite à fes créatures dans les
provinces , & qu'on eût enfuite préfentées
avec des fignatures payées , mendiées , arra
chées , & toujours partielles , comme le
voeu univerfel de la Nation . Cette fanction
définitive a eu un caractère moins dériſoire
No. 16. 21 Avril 179.2
G
18
146
moins attentatoire à la liberté publique. Ce
font les mêmes Diétines ou Affemblées Provinciales
qui avoient nommé les Nonces
& dreffé leurs inftructions , qui ont jugé
leur ouvrage la prefque totalité de ces
Comices l'a approuvé , & a promis fon
concours au but falutaire de la nouvelle
Conftitution. Le Maréchal de la Diète a
rendu compte de ces heureufes difpotions
dans la féance du 15 , four où les Etats
fe font raffemblés pour la première fois
depuis leur dernier ajournement. Sur .
Soo Membres , il ne s'en eft trouvé que 105
à l'ouverture ; les autres n'étant pas encore
de retour de leurs Palatinats. Le Maréchal
a rappellé l'engagement contracté le
Mai dernier par l'Affemblée , de confa-
Crer un temple à la Providence , & fur la
monon de M. Stoniflas Potocki , on a décidé
de pofer le 3 Mai prochain la première
pierre de cet édifice .
Les informations varient touchant l'état
des negociations avec la Cour de Drefde.
Ohles avoit dit terminées par l'accepta-
Woh finale de l'Electeur ; mais il paroît que
Cet évènement eft feulement eſpéré. Le
Prince Czartorysky qui s'étoit rendu à
Drefde eft attendu iet au premier jour ,
ainfi que le Comité de Laven , envoyé par
PElecteur.
.aoi
Launee Ruffe qui fervit contre les
( 147 )
-Turcs , eft en marche für trois colonnes
pour retourner dans les Etats de l'Impéra-
Ismaïl a été évacué , & rendu trice.
-
aux Turcs à la fin de Février.
ALLEMAGNE.
1
De Hambourg, le 6 Avril 1792. Į
1
Les malles de Stockholm n'étant pas
arrivées , nous n'avons reçu d'informations
fur l'état de la Suède & fur celui du Roi ,
que par la voie de Copenhague. Les Pêcheurs
de la Scanie & des Caboteurs ont
rapporté plufieurs fois dans l'intervalle des
nouvelles abfurdes qui fe détruifoient
elles mêmes ; mais les avis de Copenhague
, en date du 31 & du 2 , diffipent
les incertitudes. Par les bulletins du 31 Mars
qui nous tranfmettoient ceux de Stockholm
du 27 , nous apprîmes que le 21 , le 22 , le
23 , le 24, le 25 , S. M. S. avoit repris affez
-de tranquillité , que la fièvre étoit peu confidérable
, & la plaie dans une fuppuration
abondante. Le 26 , le Roi reffentit
des douleurs oppreffives dans la poitrine ,
& fut éprouvé par une toux fatigante qui
n'avoit pas dim nué le 27, Enfin , la
amalle de Copenhague arrivée içi hier , nous
a appris que ce Prince étoit mort le 129
Mars. Il n'eft plus poffible de douter de
cet évènement, Le Prince héréditaire, Guf
·
G 2
( 148 )
L
tave Adolphe , âgé de 14 ans , a été proclamé
Roi , & fon oncle le Duc de Sudermanie
eft nommé Régent du royaune.
Voici la teneur littérale de l'Edit dicté
le 17 Mars , & figné par le feu Roi pour
l'établiffement de la Régence .
cc« Nous , Guftave , &c . faiſons ſavoir par les
préfentes , que , comme d'après l'avis des Médecins
nous avons befoin de repos , à cauſe du
coup - de-feu , que nous avons reçu la nuit dernière
, de façon que nous ne pouvons point
donner tout notre temps & notre application aux
affaires du Gouvernement , ainfi que nous en
avons toujours eu coutume , nous avons remis
le Gouvernement , qui fera continué før le pied
ufité , aux Seigneurs fuivans ; favoir , à horre
cher Frère , le Duc de Suaermanie , au Sénéchal
du royaume Comte de Wachtmeißer , au
Maréchal du royaume Comte d'Oxenstierna , au
Chambellan & Lieutenant- Général Baron Taube ,
au Chambellan & Général- Major Baron d'Armfeld.
C'eftnotre volonté fuprême & gracieule , que
tous nos fidèles Sujets & Officiers remplissent avec
foumiffion ce qui leur fera ordonné par cette
Régence. En foi de quoi nous avons figné la Préfente
de notre propre main , & y avons appolé
; notre Cachet . » Fait au château de Stockholm ,
17 Mars 1792.
Signé , GUSTAVE. Plusbas , SCRODERHEIM.
Les bruits de trouble , de maſſacre , de
foulèvement à Stockholm , débités par des
Patrons qui les avoient recueillis à la mer ,
font autant de fauffetés; mais dans la crainte
d'en répéter nous mêmes en tranſcrivant
le
( 149 )
1
des informations dépourvues d'authenticité
, nous attendrons des avis directs de
Stockholm , pour raconter les détails & les
fuites de l'horrible conjuration qui s'étoit -
formée contre les jours du Roi , & contre
la Conftitution de 1772.
Le Gouvernement . Danois a le premier
donné l'exemple d'abolir la Traité des
Nègres , dans un temps prefcrit. C'eſt un
moindre facrifice pour cette Puiffance , dont
les trois petites colonies aux Antilles ne font
cultivées que par une population de trente
mille efclaves. L'Ordonnance rendue à ce
fujet renferme les difpofitions fuivantes :
1. Tout commerce des Nègres ceffera d'avoir
lieu en 1803 ; à cette époque aucun Sujet
ne pourra en acheter ni en tranfporter fur des na~ ;
vires Danois ; 2º, il fera permis à toutes les Na
tions d'importer des Nègres & des Nègreffes de la
Côte aux ifles des Indes Orientales jufqu'en
1802 ; 3°. pour chaque Nègre ou Nègreffe jouiffant
d'une bonne fanté , qui fera importé aux
poffeffions Danoifes jufqu'à ladite époque , il
féra permis d'exporter dans l'intervalle d'un an ,
2000 livres pefant de fucre brut pour un homme
ou une femme fait , & la moitié pour des individus
qui ne font pas encore parvenus à leur
degré de croiffance ; 4°. on ne payera plus de
droits pour les Nègreffes qui feront importées
mais on fera tenu d'acquitter demi pour cent de
droit additionnel fur le fucre que l'on aura reçu
pour un Nègre ou une Nègreffe , & que l'on
exportera à l'étranger ; 5º . à dater du commencement
de l'année 1795 , on ne payera plus de
6
G3
( (150 :) !
Capitation pour des Nègreffes qui travaillent dans
les plantations ; mais à compter de cette même
époque , il fera payé le double de la Capitation
Pour chaque Negre ; 6 °. il eft défendu d'exporter ,
dès à prétent , aucun Nègre ou Nègreffe des puffemons
Danones dans les Indes Occidentales . *
4OUR
De Vienne , les Avril 1797 .
3
La modération , & même l'indifférence
avec laquelle le Gouvernement enviſagea
les troubles progreflifs de la Monarchie
Françoife , la réfiftance fyftématique de
Jofeph & plus encore de fon fucceffeur
à tous les plans d'hoftilités ; la réfolution
invariable de refpecter l'affentiment libre ou
contraint donné par le Roi Louis XVI à la
nouvelle Conftitution , le fommeil où l'on
vit tomber la Convention de Pilnitz , l'attention
à maintenir une contenance pacifique
& à laiffer dégarnies une partie de nos
frontières , le refus conftant de Leopold II au
concours que follicitoient deux Puiffances
du Nord & les réfugiés François , enfin , le
défarmement preferit à ces Réfugiés , avoient
faltlaugurer qu'une réciprocité de ménagemens
préviendroit encore, cette année,
une guerre qu'on re deftroit nullement ici ,
& quon devoit croite encore moins defirable
pour la France. Les évènemens du mois de
Mais ont changé toutes ces difpofitions . Le
Gouvernement, da Cour , la Ville , l'Armée
j
•
*
1
n'ont plus qu'un nême fentiment dePeuple
même invoque hautenent la guerre contre
la France , & la confidère comme une vengeance
due à la mémoire de l'Empereur . La
connoiffance indirecte qu'on a acquile.des
dernières dépêches du nouveau Miniftere
de Paris a exalté encore l'animofité: le Roi
le Cabinet & le Public ne cachent plus que
Thonneur & la sûreté de la Monarchie
interdifent de nouveaux ménagemens : tout
François craint ici de fe montrer; il feroit
même peu prudent à l'Ambasadeur de
France d'inffter-fur des demandes qu'on le
plaît à confidérer comme un outrages g
Miniftre n'ofe plus paroître , & prépare
fon départ : il vend fes effets , la con
gédié fa Maifon, M. Gabard de Vaux
Secrétaire de Légation , & qui avoit
miérîtés icistlas confidérations univerfelle
par fancirconfpection , fa dextérité , fa fa
geffe , ne juge pas la place tenable , &
difpofe fa retraite.Engin, mot , Etous les
Obfervateurs apperçoivent fans nuages
qu'à moins d'un abandon des inftances &
des menaces qui nous arrivent de Paris ,
toutes voie de conciliation, va être décidément
fermées eginb19 AM & Duba
LeGouvernement déploye & déployeta
une inflexibilité d'autant plus grande , qu'il
s'étoit piqué jufqu'ici de plus de retenue ;
les mêmes confidérations domeftiques aux
quelles il n'avoit pas voulu faire céder faré-
G 4
( 152 )
folution de neutralité,perdronfauffi tout leur
poids,lorfque l'intérêt de l'Etat ordonnera de
sepouffer des provocations . Le plan de vigueur
qui fe développera au befoin , a fa
Bafe d'ailleurs , dans l'accord toujours plus
intime de volontés , de vues , de conve
nances , qui s'eft affermi entre notre Cour
& celle de Berlin. Leur Traité d'alliance ,
conclu & figné du vivant de l'Empereur
Léopold II , a été ratifié le 19 Mars par
S. M. A., & les ratifications ont été échangées
le Public ne connoît pas encore les
difpofitions concertées Le Général
Pruffien de Bifchofswerder continue d'avoir
des entretiens fréquens avec le Roi , avec
le Prince de Kaunitz , & d'autres Membres
du Gouvernement. Dans l'une de ces
conférences , tenues dernièrement chez le
Maréchal de Lafcy , & à laquelle affifta le
Général Prince de Hohenlohe , Commandant
de Prague , il fut question de régler la
marche des Troupes Autrichiennes & Prufhennes
vers le Rhin. Immédiatement
après ces Comités Miniftériels , le Prince
de Hohenlohe eft retourné à Prague.
Le Baron de Jacobi , Envoyé extraordinaire
& Miniftre Plénipotentiaire de la
Cour de Berlin , eut le 25 Mars une audience
particulière du Roi , dans laquelle
il remit à S. M. fes nouvelles lettres de
créance. Le même jour , le Baron Walter
Aland, Miniftre Plénipotentiaire de l'E
( 153 )
lecteur de Mayence , eut auffi une audience
du Roi pour le même objet.
J
De
Francfort -fur-le-Mein , le 12 Avril.
Dans la prife de poffeffion des Margraviats
d'Anfpach & Bareith par les Commiffaires
de S. M. P., on avoit entanié le ter
ritoire de la Ville de Nuremberg , & occupé
quelques
indépendans
Villages des deux
Principautés. Ces infractions réfultantes de
Fignorance des limites , & dans lesquelles
les Libelliftes étrangers découvroient
déjà un plan d'envahiffement univerfel ,
ont été auffi vîte réparées que connues
Le MiniAre Comitial de Brandebourg a
fait part à plufieurs Miniftres de la Diete,
qu'il avoit ordre de fa Cour de déclarer
à tous les Miniftres , & nomniément à ceux
des Etats du Cercle de Franconie , que le
Roi a appris avec un véritable méconter
tement , qu'à l'occafion de la prife de
poffeffion de fes Principautés de Bareith
& d'Anfpach , il s'eft paffé des voies de
fait dans quelques lieux fur les frontières
que S. M. les défapprouve hautement
fon intention n'ayant jamais ete d
faire
revivre des prétentions furannées , mais
feulement de fe mettre en poffeffion des
dépendances actuelles des deux Principautés
, qu'en confequence , S. M. eft prête à
faire redreffer les torts dont les Commit
G
( 154 ))
faires peuvent s'être rendus coupables ; les
parties léfées pourront s'adreifer pour cet
objet à S. M. elle même , ou à M. de
Hardenberg, fon Miniftre d'Etat dirigeant "
les Principautés d'Anfpach & de Bareith . -
Les forces militaires que le Gouvernement
Pruffien fait pafler en Cantonnement dans
les Margraviats , font compofées d'un bataillon
de Huffards , de deux régimens d'Infanterie
formant fix bataillons ) ; d'un ba
taillon de dépôt , de dettx bataillons de
fufifiers , d'une Compagnie d'Artillerie &
de trois Compagnies d'Invalides .
Nous avons parlé antérieurement de
Faccueil défavorable que la Direction & les
habitans du Cercle de Franconie firent
la Légion de Mirabeau , ainfi que de
la conteftation momentanée à laquelle l'ar
rivée de ce Corps denna lieu , entre les
Etats du Cercle & les Princes de Hohenlohe.
Quelles qu'aient été les caufes fecrettes de
cette tracafferie , exagérée par les Papiers pu
blics , il n'en refte plus de traces. La Légion
de Mirabeau a reptis fes armes , &&
grace
l'argent qu'elle répand dans le pays , les habitans
la reçoivent & la traitent aujourd'hui
avec beaucoup de cordialité . Quant àla prétendue
fuite des Princes de Hohenlohe qui
n'ont pas quitté leurs terres une minute ,
Il faut la ranger avee celle du Landgrave
de Heffe & du Roi d'Elpagne , avec la
ladie clandeftine du Roi de Pruffe , avec
( 155 )
les derniers foupirs de l'Impératrice de
Ruffie , avec les Légions de Profelytes Allemands
qui attendent les armées Françoifes
en - deçà du Rhin , avec les fourèvemens
de Rome , les rebellions des Troupes Hollandoifes
& autres, facéties, de se genre
dont les baladins périodiques de France
amufent le civisme du Peuple le plus éclairé
du globe.
ا د ا ن ا
ن ا م د
b A l'exception de la divifion des Troupes
de Bohême qui marche dans le Bridgaw ,
il ne fe fait , en ce moment , aucun autre
mouvement militaire dans l'étendue de
TEmpire. Nulégiment , Pruffien ne s'eft
encore ébranlé. On eft in ftruit feulement ,
que les Troupes du cantonnement de
Wefel doivent fe rendre inceflamment
edans la Princípacité de Liège , & de Liège
vers le Rhin, fuivant les circonstances . Ils
radiotpisom begimens venant
Teront fe places,par des
0
3
de Magdebourne estem hab siman suu’up
Min) (busj a Smukj, to mar
ㄨ Le BaronaBranchenftein , Ambaffadeur
øde l'Electeur de Mayence , Archi - Chancevlier
de l'Empire , a eu le 23 Mars à Munich
Pune aurence folennelle de lecteur Pa
laun dans laquelle il a' invité S. A. Ele .
alelection d'un nouveau Chef de l'Empire.
25 Le Tribunal Aulique du Vicariat , prefi
dé par le Comte de Linange a été ouvert
folemnellement le 75 du même mois , ma
nl the soul is cuays sachitor i ob Gligare
69 БУ
1
( 138 )
*
enquch beimsb zei
FRANCE,DANA SIY
De Paris , le 16 Avril 1792.2 k
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 9 avril.
venues des
2. Des lettres des commiffaires civils , datées du
Cap , des 15 & 20 février 1792 , ont retracé
les mêmes horreurs & de plus preffans
dangers que toutes les relations déjà
colonies. Sur 6,000 hommes de troupes qu'on
y attendoit , à peine y en eft- il arrivé 1,100 .
Les commiffaires implorent 15 à 20 mille hommes
de bonnes troupes , & 80 millions en argent. Ils
portent le nombre des révoltés à 180,000. Saint-
Domingue eft fans reffources , fans numéraire , fans
Vivres.
M. Bréard a prétendu qu'on calomnioit , chaque
Jour , les intentions de l'Affemblée nationale ;
qu'une partie des demandes étoit déjà remplic . Le
rapport eft ajourné à jeudi foir.
En paffant , dans la mer du Sad , devant les
ifles de l'Amirauté , un vaiſſeau Hollandois a vu
Hotter, à terre , l'ancien pavillon François , & y
a diftingué des hommes vêtus de l'uniforme de
Ja marine royale de France ; mais le vaiffeau
a pu approcher , & a été forcé de continue ?
fa route Four Batavia . On auguroit que ce
pourroient bien être M. de la Peyroufe & fes
compagnons de voyage. Craignant que M. d'Entrecafeaux
, qui les cherche , ne puiffe arriver
aux ifics de l'Amirauté avant 18 mois , fur la
** ཟླ
( 357 )
de payer 25,000
lecture de ces nouvelies , M. Faucher a propofe
liv. pour ajouter un troisième
bâtiment aux deux avec lefquels M. du Petit
Thouars eft prêt à remettre à la mer , ce qui l'ais
deroit à ramener enfemble ces navigateurs, que
l'on croyoit perdus . M. Rouyer a penfé que
cela méritoit d'être examiné par le comité. On a
décrété que le miniftre feroit entendu , féance
tenanțe.
Tant que MM. Condorcet , &c. n'étoient pas
législateurs , ils avoient trouvé très - julte que le
pouvoir exécutif pât nommer eux & deprs pareils
à des places très- civiques de 10 , de a semille livres
d'appointemens , comme payeurs, commiffaires, &c.
Depuis que ces places, à la nomination du Roia
font déclarées incompatibles avec des émolumens
fixes & cafuels de la légiflature , ils fe démènent
pour obtenir qu'elles foient toutes à la nomination
du peuple ,pc'est-à- dire des clubs . M. Rougier
ede la Bergeriela lu un volume de lieux communs
contre l'établiffement des 8 payeurs, généraux,
sdonty félon lui , les fonctions feraient bien mieux
remplics par les receveurs de diftri& quoique
-M. Amelot cait fouvent dit aux comités &
M. Dupont & d'autres à la tribune , que beau
coup de ces receveurs ne conçoivent rien à leng
-befogne , que certains pouffoient l'ignorance julsqu'à
écrire ; aside recette & si de dépenfe ; total , so.
Maisl'objet important étoit de s'écrierea Hâtonsenous
gofis nous voulons ftabiliter de plus en plus
notre gouvernementy de fouftraire aux agens du
pouvoir exécutiftoute l'adminiftration des finances .
Neft-ce donc pas az que le Roi des François
comme fil'on parloit à la Chine ) ait à fes ordres
les armées de terre & de mer ? »
I
2. Le miniſtre de la marine eft venu dire que la
.1.
( +$ 8 )
déclaration du , vaiffeau Hollandois ne faifoit
mention que d'étoffes rouges & blanches apper
çues de trèsloins que quatre particuliers feule
ment croient avoin entrevu des uniformes de la
marine françoiſe jamais que , fur ces avis , le
commandant de la ftatiba de Ine - de- France a
expédié une frégate au Cap de Bonne- Efpérance ,
pour en informer M. d'Entresateaux , qui y elt
attendu , afin qu'il le porte aux ifles indiquées ;
&qque l'avis eft arrive au Cap de Bonne - E périncepavant
M. d'Entrecafeaux . Le miniſtie a
fuppofé que l'autre moyen feroic fuperflu . Ces
obfervations put amené l'ordre du jour .
Cétoitti tandécrec périodique d'urgence qui
comble, fous divers prétextes & fans nul débat ,
lesdéficit des chaque mois. Il a donc été ordonné
que la caiffe , affurément fort extraordinaire ,
vedera à la trésorerie nationale sp722539 live,
pout remplacer la différence qui sieit trouvée
asentrodes recettes: ( indéfinies ) du mois de mars
* dernièg , & > les dépenfes ordinaires fixées par
len décréonduna 72 février) 279,1i ai po&) que la
même paille y ve : fera auffi 397548,01% l. iq qui ,
Jointes aux millions déjaworlés en vertu du déeret
du 24 de ce moiss forment le montant des
déple fes particulières acquittées pendant le mois
dernier par Jattétorerie nationale.supporŁe idéficit
deomars éroididont des 5572233 397 liv . de
341-48,016 ) ; & dc. 600 Ã,
47 millions 270,545 liv. Sunda différence entre
des recettes qu'on n'articule spas, lazdépense
fixée à environ 48 milion's par mois, m'étoit que
de 5,722,539 liv., if y auroit plus de 42 milliono
de recere employée , qui , joides aux 35
millions $ 48,016 liv. & aux 6 millions donnedotent
une dépenſé doplus de 8z à84 milliono dans
S
( 159 )
.
le mois demars . Mais il va s'ouvrir une fcènebien
autrement intérellante que les finances , des contri
butions l'ordre public abrétablir les colonies à
fecourir , & c. On annonce , avec des tranfpouts de
jote , les 40 foldats du régiment de Châteauvieux ,
qui arrivent des galères , que les patriotes de Veri
failles viennent de fêter , & qu'ils mènent à la barre
en triomphe .
M. de Jaucourt a penſé qu'une amniſtie n'étoit
pas une couronne civique ge Les troupes qui
périrent à Nancy , a - t- il dit , obéilfoient à la
loi , au décret du corps lég natif , qui honora
kur mémoire d'un deuil pubhe .... Vèrveze vous
dans la même enceinte , ou leur vertas for ho4
norée d'une pompe funebre , décerner des hɔns
neurs à ceux qui les ont combattus ? La nation
devroit fe couvrir de deuil avant cet acte fos
Jemnél ... Vous ne pouvez pas déshonorer les
mânes du brave Defills celles des inforronés
citoyens foldats qui , les premiers , one périspont
la patrie , faire une cenfure cruelle de l'Affembléc
conftituante , déchirer le coeur de tous ceux qui
eurent part à cet évènement déplorable , outrager
la nation Suiffe au moment de renouveller les
capitalutions... » ( let de longues rifées ont éclaté
dans l'une des extrémités de la falle. ) ∞ Craignez,
a repris l'opinane , que l'armée ne vole dans votre
conduite la récompenfe de l'infabordination que
toutes les fois qu'on lui commandera un acte de
rigueur , elle ne croie devoir réfilter à un ordic
injufte . Il a conca pour Fadmiffion à la barrel,
& pour le refas des honfieurs de la féance . Des
mors ne rendroient pas le tumu'te qui l'a fouvent
interrompu. Les galeries lui ont crié ? A bas l'ord
teur... A bas la motion . On n'a aucune idée d'un
pareil fcandale, if not suste li ; abnoqüi a
( 160 )
S'élançant à la tribune , M. de Gouvion y a
din que fon frère , bon patriote , administrateur
commandant de la garde nationale , étoit mort
à Nancy de cinq coups de fufil : « Puis- je voir
fans horreur Les affaffins ... ? Eh bien ! fortez,
lai a dit un membre de l'Affemblée ; & il s'eft fait
un long vacarme où l'on n'a plus diftingué que
les cris : à l'abbaye : « Si je ne reſpectois l'Àlfemblée,
a repris M. de Gouvion , je traiterois avec
le plus grand mépris , le lâche qui a été affcz
bass(bravo ! bravo ! )... Le malheureux n'a donc
jamais eu de frère estimable ( bravo ! bravo !
d'un côté & de l'autre des murmures horribles ) . »
Ne voulant rien perdre de ce qui lui revenoit de
droit pour la faillie : Eh bien ! fortez , M. Choudieu
s'avance au milieu de la falle en dilant : c'est moi ,
& en afpirant à la juſtifier malgré les cris : à
L'abbaye. « Ce n'eft point par civifme ou patriotifme
; obfervoir M. Foiffey , c'est pour de
l'argent que ces foldats fe foulevèrent. » M.
Coutton a foutenu que l'amnistie les ayant inno
centés , il falloit être efclave de tous les préjugés
pour refuſer à ces foldats ( étrangers ) la pléni
tude des droits de citoyens , & que « l'Affemblée
devoit les honorer autant qu'il étoit enfon pour
voir. » M. Hauffs de Robecourt a demandé , par
amendement , que le buite de Défilles ( tué par
eux ) fût placé fur le bureau . On a décrété qu'ils
feroient admis à la barre.
Sur la question des honneurs de la féance ,
honneurs dont de femblables débats achevoient
de donner l'étrange mefure , l'épreuve, a paru
affirmative au préfident & aux fecrétaires . Be
tapage a recommencé. On a exigé l'appel nomimal
. Quandon a appellé M. de Gouvion, M. Chéron
a répondu : il pleurefon frère, Plufieurs membres
((161 ))
ont crié à l'ordrei Enfin une tumultueufe majorité
de 287 voix contre z ós a décrété que les40 foldats
Seifles qui rançonnèrent & fufillèrent leurs Ociers
, le révolèrent , tuèrent le vertueux Défilles,
tirèrentfur les troupes & fur les gardes nationales ,
& que leurs juges légitimes avoient condamnés au
fupplice des galères) recevroientles honneurs de la
féance , fiégeroient parmi les repréfentans du
peuple François . La falle a retenti d'applaudiffemens
& de bravo ! d'allégreffe & de victoire.
A la tête des 40 ex - galérions , fe préfente
M. Collot dit d'Herbois , ci -devant comédien
qui harangue faugulte Affemblée . « Législateurs ,
vous voyez devant vous les . Surffes de Châteauvieux
dont vous avez brifé les fers . C'étoit pour eux
un befoin preifent que d'épancher ici leur reconnoiffance
..... Dans tous les départemens qu'ils
ont traversés , ils ont trouvé un vif intérêt
pour
leur ipfortune , & j'ole dire pour leur innocence
( Bravo ! ) . Es ont recueilli fur toute la route
un tribut qui doit vous être bien présicux , cel
font les. Bénédictions fincères , vives & prolon
gées du peuple François pour tous les décrets
que vous avez rendus ; car la fanction du peuple
fur vos décrets n'a jamais été retardée . Celui:
qui a donné la liberté aux foldats de Châteauvieux
, a été regardé comme un bienfais par la
grande majorité des citoyens François ; cela luft,
fans doute , pour répondre à leurs ennemis . Car
ocs infortunés foldats ont encore des ennemin.:
Les plus cruels, peut-être , out fiégé avant vous
dans cette enceinte . ………. Les chaînes qu'ils ont
portées étoient pefantes.... Mais leurs ames font
toujours restées libres ; elles font restées au fond_
tiptent & a la défenſe de la liberté . En prenant
l'uoifornie national , ils en ont renouvelé le
1
( 162 )
ferment , & ils le renouvellent ici devant vous ." on"
Tous les foldats ont dit nous le jurons ; &
le préfident leur a adreffé ces paroles : « Mef-.
fieurs , l'Affemblée nationale a prononcé en votres
faveur une amniftie ; elle a ajouté à ce premier :
bienfait la permiffion de paroître à la barre pour
recevoir les témoignages de votre reconnoiffance.
Elle s'eft empreffée de brifer vos fers , jouiffez ,
Meffieurs , de fa bienfaifance ( une voix a criés
dites de fa justice ) ; qu'elle foit pour vous un
motif puiffant d'amour pour vos devoits . &
d'obéiffance aux ioix . L'Aſſemblée nationale vous!
accorde les honneurs de la féance . »
1.
+ Les Suiffes & M. Collet font entrés dans la
falle couverts d'applaudiffemens . On entend le
bruit du tambour. Une centaine de gardes naw
tionaux , des fapeurs , des hommes , des femen
mes , des enfans bien ousmal vêtas , mêlés çà
& là de quelques individus habillés en invalides
& en: foldats Suifles , & les vainqueurs de la)
baftille , défilent devant le préfident , le fabre
nud à la main ou en déployant des drapeaux
donnés aux ex- galériens par leurs fières les patriotes
de divers départemens. M. Gauchon
marche à leur tête & porte une pique furmontée!
d'un bonnet rouge orné de laurier . Tous crient
Vive la nation ! vive l'Affemblée nationale !
vive Châteauvieux ! fà ira . M. Gauchon annonce
queles hommes du 14juillet ont fait fabriquer dirt
mille piques de plus ( bravo ! ) fur le modèle
qu'il préfente , & demandent à les vouer à
Affemblée . L'orateur a obfervé qu'ils s'étoient
tous enroués à crier : Vive la nation ! vivent nos
bons députés ! vive Châteauvieux (bravo ! grand
chorus ) . Le préfident leur a répondu que l'Affemblée
« partageoit les fentimens qui les avoient
( 163 ) )
כ כ
portés à accompagner les Suiffes de Châteauvieux.
Un décret ajourne la dédicace des piques
à dimanche ; un autre décret ordonne l'impreffion
du difcours du comédien Collot , & repouffe
la demande d'imprimer la réponſe du préfident , .
parce qu'il avoit parlé aux Suiffes de bienfaifance
au lieu de juftice , & d'obéiffance au leu ,
de liberté.
Du mardi , 10 avril.
Après de juftes , énergiques & inutiles obfervations
de M. Laureau , fur la fête & le triomphe.
que les patriotes & le maire de Paris promettent ,
aux Suiffes de Châteauvieux , M. Paftoret a parlé ,
du fuccès qu'a eu , dans la chambre des communes
d'Angleterre , la motion , de M. Wilberforce
fur l'abolition de la traite des negress
abolition que la chambre des communes n'a
décrétée qu'en principe & fucceffive & graduelle .
M. Paftoret a dit « étoit digne du peuple
Anglois , de donner cet exemple à tous les amis
de l'humanité. Il eft digne du peuple François ,
puifque nous n'avons pas été aflez heureux pour
donner les premiers cet exemple , de nous emprefier
de l'imiter. Hy a trois faits mal vus,
ou faux dans cet expofé. C'eft le Dannemarck ,
qui , le premier , a donné l'exemple d'abolir las
traite ; la chambre des communes n'eſt pas Tunisi
que organe des volontés légiflatives du peuple
Anglois , & il eft impoffible au peuple François
d'imiter un billides communes d'Angleterre.s
Une motion , sun rapport , n'équivaudra pasan
un bilt , & un décret d'une Affemblée unique
eft néceffairement tout autre choſe.
ཏི
M. Paftoret a demandé le renvoi de fa motion
de l'abolition de la traite des hègres , aux co
( 164 )
mités réunis des colonies & du commerce , « qui
feront chargés , a - t - il dit , de préfenter des
moyens fucceflifs & graduels pour l'opérer,
"
M. de Vaablanc invitoit l'Aflemblée à fe ·
borner au principe ; M. Merlet repréfentoit que ,
dans une Affemblée indivifible , décréter le principe
; s'il eft fanctionné , c'eſt faire une loi ; &
que lorsqu'on manque de bras pour la culture
de fes colonies , une pareille loi feroit fouverainement
impolitique . On a décrété le renvoi
aux comités .
―
M. Hérault de Séchelles fait paffer un article
additionnel à fon projet de décret , qui
refondit dernièrement , en un clin d'oeil , tout
le code du tribunal de caſſation . Voici la fubftance
de ce nouveau décret d'urgence .
bes
actes , jugemens , ordonnances dans les procès
criminels , feront expédiés fur papier non-timbré
& enregistrés fans frais. L'accufé condamné
qui , dans le déla preferit , aura déclaré
Le pourvoir en caffation , fera tenu de remettre
Ta requête dans le délai de fix jours. Il en fera
de même pour les demandes en caffation des
jugemens de tribunaux de diftricts , & les juges
foivront les anciennes formes. -La fection de
caffation ftatuera fur les requêtes en caflation
dans les affaires criminelles , & prononcera de
faite la caffation , fans jugement préalable ,
pour admettre les requêtes .
aLe miniftre des contributions , M. Clavière ,
a .Ju un long mémoire académique fur les manufactures
de poudres & de falpêtres. Sa voix
étant trop foible , M. de Kerfaint a foupiré ces
mots les talens & le patriotifine connu de
M. le miniftre , exigent & font defi´er qu'on
l'entende. M. Léopold a prié M. de Kerfaint
ee
((2165 )
de faire paffer, l'encenfoir à quelqu'autre. On a
décrété l'envoi du mémoire aux comités , malgré
les inftances de M. Merlet qui follicitoit use
prompte décificn ; les manufactures de poudres
& falpêtres étant dans un état de délabrement
qui menace de devenir funefte,
Nous reviendrons ailleurs aux opinions ajournées
de MM. le Montey & Vergniaud fur les
moyens de conftater les naiffances , les mariages
& les décès ; nous nous hâtons d'arriver
à une lettre de M. Luckner au Roi communiquée
à l'Affemblée par M. de Grave.
M. Luckner écrit aux Roi , que les témoignages
de confiance dont S. M. l'a honoré ,
Jai impofent le devoir & lui donnent le droit
de s'adreffer à elle ; qu'il lui dira la vérité ,
toute la vérité ; que pour garantir les frontières ,
il a befoin de toute fon armée d'autant plus
que les nouvelles d'Allemagne prennent un caractère
férieux ; mais qu'on vient de lui enlevez
8 bataillons de ligne , 8 efcadrons & des chevaux
d'artillerie , & que les remplacemens qu'on lui
promet , fent nuls , éloignés & infuffifans . Il ajoute :
Aucuns des équipages des vivres , d'artillerie
& d'hôpitaux ne font formés. Les effets de campement
font en mauvais état . Les fubfiftar.ces
en foutrages ne font pas affurés pour plus de
trois mois. L'approvifionnnement eft d'ailleurs
lent & infuffilant. Les officiers n'ont ni l'ordre
de faire leurs équipages , ni les fonds néceffaires
pour l'effectuer. L'indemnité fur leurs appointemens
, qui leur avoit été promife , ne s'expédie
pas. Les volontaires nationaux n'obtiennent pas
non plus , malgré la lettre très- précile des décrets
, le paiement en numéraire effectif des trois
( ( 166))
*
quarts de leur folde , qui eft néceffaire à leur
fubfiftance . »
Sous le nom d'éclairciffemens , M. de Grave
a réfuté les doléances du général . On n'a tiré
de fon armée que les forces qu'un décret ordonnoit
de taffembler dans le Midi , foit pour
l'affaire d'Arles , foit à caufe de notre pofition
vis-à-vis le Roi de Sardaigne. A la nullité des
remplacemens , le miniftre oppofe la lifte des régimens
qui font en route ; au manque d'approvifionnement
, que tout est prêt , qu'on a des
fourrages pour 4 mois , & 3000 boeufs , & 1200
qui vont être achetés. Pour le refte , les ordres
font donnés. « Qué nos ennemis , a - t - il dit ,
ceffent de fe flatter ; la nation a une richeſſe
inépuisable dans le patriotifme... Déjà plus de
7 bataillons follicitent comme une faveur de
pafler dans nos colonies .... On a renvoyé le
tout au comité militaire , afin de prouver combien
M. Luckner avoit eu raifon d'implorer les
ordres du monarque .
Du mardi , féance du foir..
Un des officiers municipaux d'Arles , mandés
à la barre par déeret , y a proteſté que la conlcience
ne lui reprochoit rien , qu'il n'avoit aucune
connoiffance des troubles dont la ville d'Arles eft
acculée , & s'eft offert à répondre à toutes les
queftions qui lui feront adreflées . Le préfident
fui a dit sèchement : « L'Aſſemblée examinera ;
` vous pouvez vous retirer . » Sous l'ancien régime ,
ces voyages , ces humiliations inutiles , auroient
paffé pour du defpotifme .
D'infignifians débats (ur des objets militaires
entre des généraux qu'ilfuffit de nommer MM. Le(((
8167 )
cuée, Thuriot , Albitte , Lacroix , Rouyer , Carnotjoune
, & Gafparin qui vouloit que l'avancement
eût lieu , dans l'armée & dans la garde
nationale mariées , au moyen d'élections faites en
provifion , parce que ce mode eft conforme à l'efprit
de la conftitution , & parce qu'il ferme la
porte à toutes les intrigues , à toutes les féductions ,
& à des abus bien plus confequens , tels que celui
d'augmenter la difficulté de l'admiffion , en ajoutant
aux connoiffances exigées... » Ces débats
n'ont produit que fept articles décrétés d'urgence.
Les voici :
« Art. I. La nomination à tous les emplois de
fous- lieutenant dans les régimens d'infanterie de
ligne & de troupes à cheval , ainfi que dans les
bataillons d'infanterie légère , fera faite jufqu'au
premier octobre prochain exclufivement conformément
aux difpofitions des articles III , IV,
V ; VI & VII , du décret du 29 novembre
1791. »
3
« II. Tous les emplois de lieutenans qui viendront
à vaquer , feront à l'avenir donnés dans
chaque régiment d'infanterie & de troupes à
cheval , ainfi que dans les bataillons d'infanterie
légère , aux premiers fous- lieutenans defdits régimens
ou bataillons . »
« III. Les emplois de capitaine vacan's & qui
viendront à vaquer dans chaque régiment d'infanterie
de ligne & dans chaque bataillon d'infantterie
légère , feront à l'avenir remplis par les premiers
lieutenans defdits régimens ou bataillons ,
ée IV. Dans les troupes à cheval , fur trois
compagnies vacantes , deux feront remplies par les
plus anciens lieutenans du régiment dans lequel
salles vaqueront ; la troisième fera déférée à´un
( ( +168 ))
capitaine réformé par les décrets de l'Affemblée
-nationale , ou à un capitaine de remplacement ,
sou à un capitaine devenu inutile .
a V. Les capitaines de remplacement ne concourront
pour la troisième compagnie , que lorſque
les capitaines refermés par les décrets de
l'Aſſemblée nationale feront tous en activité ; - &
les capitaines dits de réforme , que lorsque les capitaines
dits de remplacement auront tous été employés
. On fuivra pour les nominations le rang
d'ancienneté de commiflion de capitaine.
« VI. A compter du jour de la publication du
spréfent décret , l'avancement ou grade de colonel
& de lieutenant-colonel , pour les places destinées
¿à l'ancienneté , saura lieu en temps de paix (ur
toute l'armée , pár rang de date du premier brever
-ou première lettre d'officier. Cependant , nul ne
· pourra y être élevé s'il n'a deux ans révolus de
fervice actif dans la même arme en qualité de
lieutenant- colonel pour devenir colonel , & de
capitaine pour devenir lieutenant -colonel . »
I
VII. Si , au moment de la promulgation du
préfent décret les lieutenans d'un régiment ne
Iuffifoient pas à remplir le nombre des compa-
-gnies vacantes dans ledit régiment ; ou fi les
fous-lieutenans ne fuffifoient pas au remplace
iment des lieutenans , l'excédant des compagnies
& des lieutenans feroit rempli par des officiers
réformés ou de remplacement , qui jouiront d'une
-pension ou d'un traitement de réforme , & qui
auront produit les certificats de civilme & de
fervice dans la garde nationale , exigés par lès
articles V , VI & VII du 29 novembre 1791. »
Lupal aneb apsigh, pb ans
D&
( 169 )
Du mercredi , 11 avril.
le
Dans la ville de Crépone , département de la
haute- Loire , il exiſtoit deux clubs , l'un popu→
laire fe nommant patriote , l'autre monarchique.
Les membres de celui- ci refusèrent , dit- on ,
ferment civique ; de cette allégation , aucune
preuve. Mais les patriotes élurent feuls une municipalité
bien organifée . Les citoyens privés du
droit de voter , arguèrent l'élection de nullité ;
le directoire du district arrêta qu'il feroit envoyé
des commiffaires pour informer des faits ; le direc
toire du département a caffé l'arrêté du diſtrict ,
a caffé l'élection , & a réintégré l'ancienne muni
cipalité ; & fur parole , l'Affemblée nationale a
caffé l'arrêté du département. Dans ce conflit de
pouvoirs caffants & cette fuite d'actes caffés , une
Leule vérité eft bien évidente , c'eft que ni les par
ties , ni la municipalité , ni le diſtrict , ni le département
, ni la légiflature n'ont fongé qu'ils
avoient tous juré une conftitution , où le Gouver
nement eft monarchique.
M. la Tour du Châtel , au nom du comité
féodal, & M. Dorliac le font mis à differter à
aleur aile fur les droits féodaux , déclarés racheta-
-bles par l'Affemblée conftituante , dernier égard
pour des propriétés fi arbitrairementlacérées . Suivant
M. la Tour du Châtel , tous ces droits font
cautant d'ufurpations de la force ou de la fraude ;
les terres qu'ils grèvent ayant été conquiſes par
tous ( quoi ! par les vaincus comme par le vainqueur
qui a fu les leur céder pour des redevances
moins onéreufes que la totalité du prix payée d'a-
-bord. ) « Ges terres , dit-il, dans l'origine , n'appartenoient
pas plutôt aux chefs qu'aux foldats
le foible devoit y avoir part comme le fort , puif-
Nº. 16. 21 Avril 1792. H
170
)
qu'il les avoit acquifes comme lui , & qu'e'l: s devoient
être le prix de la valeur du foldat comme
du chef. Nous ne citerons que ce trait du favant
amphygouri qui a fervi à l'opinaut à établir , à
fa manière , non pas que tous les redevables
actuels defendent en droite ligné de foldats compagnons
des conquérans , ( ce que peut- être il eût
fallu démontrer dans le fyftême ridicule qu'on
fubftitue à la notion fimple & faine d'une poffelfion
où l'on ne peut admettre la fraude ou la force ,
fans fe charger de la mieux conftater ) ; mais ,
qu'aucun des droits déclarés rachetables par un
décret , ne découle d'une conceffion primitive ,
à moins qu'on n'en exhibe le titre.
Cette difcuffion manifefte d'autant moins de
délicatefle , qu'à la fuite de nombreuses fpoliations
légales , toute loi qui maintient eft plus
moralement obligatoire pour le lég flateur ; qu'après
tant de châteaux bûlés , tant de titres détruits,
il eft odieux d'exiger plus que l'inconteftable poffeffon
qui renoit lieu des titres ; què demander
des parchemins aux ci - devant feigneurs , c'eft
appeller encore la torche & le poignard contre
tous ceux à qui l'on a laiffé quelques titres de
-propriété. D'ailleurs on peut dire que jamais
la fureur de dépouiller les victimes de la révolution
, ne s'arma plis gratuitement de plus d'éru-
Sadition & de fophifmes . Le rapporteur à conclu
à fupprimer fans indemnité les droits déclarés
rachetables .
M. Doiliac diftinguoit les droits cafuels & les
droits fixes. L'Affemblée a décrété l'impreffion de
ces volumineux traités .
Le miniftre des affaires étrangères , M. Du
mourier, eft venu dire qu'il avoit eu «une explication
avec l'Ambaffadeur d'Angleterre » , au
1 fajet du combat entre une fregate Angloife &
unef égate Françoife. En vertu des articles XXVI
- & XXVII du traité de commerce entre les deux
nations , le commodore étoit fondé à vifiter les
vaiffeaux fufpects de porter des canons ou des
E munitions à Typpoo - Sultan ; le capitaine François
a eu tort de s'y refufer , & de commencer par
tirer deux bordées. L'ambaffadeur a penfé que le
capitaine François étoit feul coupable ; & M. Du
mourier , que tout fera aifément terminé à l'amiable
& entre deux nations que la parité de leurs
principes doit conduire à s'aimer . » M. Dubayet
alloit déclamer dans un autre ſens , mais on a renvoyé
les pièces au comité diplomatique.
J
Du mercredi , feance du foir.
Ua décret d'urgence a ftatué que , déformais
e il ne fera fait aucun payement aux François
ayant traitement , penfion ou créance für la nation
, à moins qu'ils ne juftifient avoir fatisfait
à leur contribution patriotique , on prouvé
qu'ils n'y font pas fujets . Les parties prenantes
pourront en offrir la compenſation avec ce qu'elles
Sauront à recevoir.
Tout le temps a été employé à l'adoption de
33 articles für les invalides , portant création
d'un corps de 5,000 vétérans deftinés à remplacer
les compagnies d'invalides détachées . Un
34. article propofé invitoit le Roi à faire connoître
s'il voudroit conferver pourfon uſage & à ſa
folde des compagnies de vétérans nationaux ,
& le nombre dont il auroit befoin. Il eft fuperflu
d'ajouter que l'article a été repouffé par
a préalable , & le nom de M. Rouyer s'offre
-de lui-même à la penſée de quiconque cherche
le promoteur de cette préalable.
3
H 2
r72 }
Des dragons viennent raconterà la batre ;
1 qu'ils ont paflé par les courroies , demander
être réintégrés dans le régiment qui les adrenvoyés
, à être payés de leur folde depuis le
renvoi , & une cour martiale où ils puiffent
... prendre à partie leurs perfécuteurs. On les a
Iccommandés au comité militaire.sh 21 us s
1 pobrod z. 9
?
21
2
* Du jeudi , 12 avril,
M. François accufe vaguement , M. Charrier
ex-conftituant , & M. Plombat qu'il nomme
chef de parti , d'exciter des troubles dans le département
de la Lozère. Le rapport fera mis
inceffamment à l'ordre du jour .
.
ce La conftitution Françoiſe eft adorée par tout
ce qu'il y a de gens éclairés en Hollande » a
dit férieufement M. d'Averhoult ; qui a fait
hommage à l'Affemblée de deux poemes Hollandois
où l'on célèbre les charmes de la révolution
. L'un des poëmes eft d'une dame de vingt
ans. Applaudiffemens & mention honorable fur
parole. Il manque à ces chefs-d'oeuvres le chant
du triomphe des Jourdan , &cono10 to
Une lettre des commiffaires de la trésorerie
annonce ', que le payeur- général reſponſable
de l'exécution, des loix relatives aux payemens ,
fe propofe d'affujettir les législateurs préfenter
leurs quittances des contributions comme les
autres citoyens. MM. Bréard & Chéron l'approuvent
; M. Thuriot défire plas d'un mois de
répit M. de Kerfaing invoque la préalable , la
chofe étant toute fimple , les députés n'ayant
aucun privilège ; & l'Affemblée décrète, affirmativement
en conféquence. Mais M. Lecointre
obferye que la loi pe concerne que les traitemens
, que les députés ne reçoivent point un
( (175 ) )
сс
traitement , mais une indemnité des facrifices "
qu'ils font aux travaux de la légiflature. M.
Ducos prétend qué « c'est l'aristocratie des grands
propriétaires qui cherchent à l'emporter fur les
Contribuables les moins ailés . On veut , dit -il ,
comme à la caifle d'efcompe , nous faire opiner
d'après tel nombre d'actions , tandis que nous
ne devons donner nos voix qu'à raifon de nos
talens ; & .ch vertu de la miflion que nous tenons
de la confiance de nos commettans . » On a… ”
beaucoup applaudi .
ne
Ces fophifmes qui fembloient avoir pour but
de diffimulér au payeur , & enfuite au peuple ,
que la majorité n'a rien ne poflède rien ,
paye rien & ne préfente ainfi aucun garant de
la- juftice de les opinions fur les propriétés ; ces,
chicanes d'efprits - faux ont obtenu le rapport ,
l'abolition du décret rendu le moment d'aupa
ravant. 2
L'inftant d'après , on a refufé de rapporter un
des articles décrétés fur l'avancement dans l'ar- 1
mée qui bleffe évidemment la prérogative royale !
&-la conftitution ; & l'on a fubftitué , par un ¹
décret , le mot indemnité au mot traitement dans
les mandats fur lefquels font payés les députés .
M.is le décret de la veille porte : traitement
penfion ou créance fur la nation ; or , quel elt
le député qui , fon mandat à la main , ne fe
croie pas créancier de la nation au bout de
chaque mois De pareils débats font un étrange:
exemple.ap
-Les grandes routes fe détériorent & les fonds
manquent pour les réparer. Cette obfervation
du miniftre de l'intérieur eft renvoyée aux comirés
des fecours & d'agriculture.
A la demande de M. Albige , le comité de
H
3
(1741)
1
marine a été chargé de revoir toutes les loix
faites fur la marine par l'Aſſemblée conftituante ,
laix ou M. Albitte a trouvé des défauts fans
nombre ; & fix nouveaux membres feront adjoints
ad hoc audit comité, Déjà revoir , détruire , refaire
, quelle inſtabilité !
Du jeudi , féance du foir.
Les adminiftrateurs du diſtrict d'Arles ont
rendu compte , à la barre , de leur conduite depuis
le mois de novembre. Si cette ville a pris
quelques melures de défenfe , c'étoit pour fe
mettre à l'abri de l'invafion illégale des bandes
indifciplinées de Marfeillois qui ont difperfé les
membres du directoire, & défarmé le régiment
d'Erneft. Quant à l'arreftation de quelques monnaidiers
ou patriotes , il falloit bien en inculper
les chiffoniers ou aristocrates pour fatter les préventions
de l'auditoire , & alors ne fe juftifier :
qu'en alléguant , non les délits des factieux ,
mais l'impoffibilité de requérir en leur faveur la
force armée qui les réprimoit ; puis fe louer du
moins d'avoir évité l'effufion du fang. « Au furplus
, a dit l'orateur , nous n'avons jamais ceſlé
de mériter l'honneur d'être comptés parmi les
amis de notre fublime conftitution , »
Organe des municipaux de la même ville , un
autre harangueur a fait obferver que les troubles
avoient commencé fous l'ancienne municipalité
; & il fuffifoit de nommer M. Antonelle
pour démontrer aux Jacobins que les défordres
qu'il vit naître & fe prolonger étoient inévitables
& irremédiables . Du refte les préfens s'excufent
aux dépens des abfens ; ils entrent autant
que poflible dans le fens des patriotes juges,
Parties & victorieux. Cependant tout cela ne
(173 )
;
leur vaut qu'une réponse glaciale & la permiffion
de fe retirer.
Dans un rapport au nom de la commiffion
des douze , M. François , de Nantes , a mis en
avre tout l'art des inductions pour faire attribuer
aux aristocrates , les machinations qu'on ne
peut plus cacher que des factieux trament dans
le Midi. Il a trouvé tout naturel que le dépattement
de l'Aveyron fût choifi pour fervir de
point de ralliement entre les confpirateurs d'Arles
& ceux de Mende . A l'entendre , M. Plombat
étoit chargé du rôle important , & il a dit enfaire
que a le parti de M. Plombat ne s'eft pas
montre, M. Charrier , ex- conftituant , eft à la:
tête des montagnards de la Lozère , & cette
coalition à laquelle il ne manque uniquement
que d'être prouvée , inquiette les patriotes qui
très- évidemment re demandoient pas mieux que
d'avoir un prétexte de s'allarmer .
< le 4 mars , Is arrivent en foule à St. Geniez ,
& danfent la farandolle ; les grenadiers du 31 .
régiment & les volontaires courent , la nuit ,
dans les rues , en chantant ça ira , & criant ariftocrate
fous les fenêtres de M. Plombat. Un coup
de full parti , dit- on , de fa fenêtre , tue un de ces
grenadiers dont le civifme confifte à empêcher
les citoyens paisibles de dormir , & à inſulter un
homme qui ne les infulte pas. Les patriotes ac
courent , brifent les portes , auroient arraché la
vie à Madame Plombat , & M. Camboulas ne
Weût foustraite à leur fureur . Mais un vitrier eft
foupçonné de liaifon avec M. Plombat ; vite
on vole chez le vitrier & on l'égorge.
Le rapporteur a établi , avec l'on édifiarte impartialité
, que fans les bruits de la confpiration
des fieurs Plombat & Charrier , les patriotes de
H.
( 176 )
-
TAveyron feroient reftés tranquilles ; que e
révolutionfont
toujours les excès des contre
naires qui précèdent & provoquent les
excès des patriotes ; que la confpiration eft
prouvée par une lettre trouvée , ainfi que cela
fe pratique , dans les papiers de M. Plombat
abfent ; lettre non des fieurs Plombat & Charrier,
mais qu'on attribue , a- t - il dit , à M. Borel; &
par un règlement pour l'armée des princes ,
brochure qui fe vend publiquement , & que M..
François compare « aux inftructions qui furent
trouvées fur les complices de Catilina lorſqu'il
voulut armer les efclaves de Rome contre la ré
publique. » Pour M. Charrier , il a contre lui ,
dans le rapport , des oui dire , des plaintes de
patriotes , des inquiétudes vagues , & l'opinion
des députés des départemens du midi , ce qui
forme une conviction intime. « D'ailleurs , il
eft jufte & néceffaire que ces aristocrates qui ont
protefté contre des décrets... Il eſt bon qu'ils
fachent qu'on a les yeux ouverts fur eux , &
que l'exemple de l'un d'entre eux en impofe à
tous les autres... Qu'on laiffe les crimes , & les
atrocités aux aristocrates ... Et que les patriotes
ne fe diftinguent toujours que par leurs vertus , »
a ajouté M. François à propos du vitrier lacht.
ment égorgé , & de Madame Plombat & fufpendue
fanglante par les cheveux . »>
сс
Sans plus de preuves , l'Affemblée a décrété
qu'ily a lieu à accufation contre les fieurs Plombat
& Charrier , notaire , qui feront transférés
aux prifons d'Orléans ; & approuvé la conduite
du directoire , du maire , du commandant des
grenadiers & de M. Camboulas ; & l'on a enfuite
adopté quelques articles fur l'institution d'une
artillerie à cheval.
·
( 177 )
శ
Du vendredi , 513 avril..!
3
M. Roland , miniftre de l'intérieur , écrit à
Affemblée , qu'il s'empreffe de l'informer que
les prifonniers détenus dans le palais d'Avignon
à raifon des Erimes des 16 & 17 octobre &
d'autres affaffinats , ont été délivrés , le 4 de ce
mois par 80 perfonnes dont la majeure partie
étoit vêtue en uniforme national ; que cet enlèvement
s'eft fait avec la plus grande tranquil
lité , comme fi tout le monde eût été d'accord ,
& que les citoyens de Nîmes étoient chargés
ce jour- là , de la garde des prifons . L'Affemblée
n'a rien prononcé fur cet évènement épou
vantable. Elle eft paffée à l'ordre du jour.
"
Un décret a autorifé la tréforerie nationale à
rembourfer à la municipalité de Paris fes dépenfes
non-atticulées , pour les fêtes ordonnées
lors de l'acceptation de la conftitution .
-Les adminiftrateurs de l'Yonne font venus
raconter comment leur fermeté & le courage
des fonctionnaires ont appailé les troubles de
Clamecy . On a décrété la mention honorable
de la conduite des adminiſtrateurs , & l'envoi
du procès- verbal à l'un d'eux qui a été bleſſé .
Des lettres des adminiftrateurs du département
du Gard annoncent que les ravages continuent
& redoublent. Les brigands pillent , ruinent ,"
démoliffent , incendient les châteaux , font dirigés
par des liftes , & les gardes nationaux applaudiffent
ou concourent auxactes de cet étrange !
patriotifme. On renvoie ĉes nouvelles au comité
des douze. L
+
ce Par une fauffe interprétation du décret d'am
niftie , a dit M. Genty Jourdan & les autres
affaffins d'Avignon fone fortis des priſons ; ils
#
HS
( 178 )
ont été portés en triomphe dans la ville d'Arles..
Quelques voix lui crient cela n'eft pas vrai.
Je demande , pourfuit en frémillant M.
Genty, que le miniftre de l'intérieur foit tenu
de rendre compte des mesures qu'il aura pe fes !
Pour la sûreté des citoyens ... Ici , plufieurs
membres ont éclaté de rire , on a hué l'opinant ,
des murmures ont couvert & l'accent déchirant
de l'humanité plaintive & les ricanemens ; mais,
il n'a rien été ſtatué pour mettre les citoyensà
l'abri de la fureur des Jourdan &c. •
置
Les crimes d'enrôlement & d'embauchage
doivent- ils être jugés par la haute-cour natio
nale , ou par les tribunaux criminels des dépar
temens ? Cette queſtion a exercé la fagacité de
MM. Tardiveau , Prouveur , Huat , Fauchet
Paftoret, Lagrévol, Jouffre Coutton , de Girardi . &
Mouyffet. Elle avoit été décidée pour les tribu- ·
naux par le comité de législation. Les uns trous
voient le projet inconftitutionnel parce qu'il refferroit
la jurifdiction de la haute- cour, ou plu
tôt de l'Allemblée en fait de crime de lèze - nation
c'étoit on le devine , l'opinion de M. Paftorets)
d'autres craignoient que la haute - cour ne fûr,
furchargée , & préféroient au plaifir d'accuſer ,
plus de citoyens , celui de les favoir mieux & plus
promptement jugés . Epreuves douteufes , appel ,
nominal ; enfin 30s voix fur ƒ41 , ont décrétés
qu'on pafferoit à l'ordre du jour,
Sur la nouvelle que la ville de Nantes n'a
pas de bled pour 1 jours , & d'après l'avis du
miniftre de l'intérieur qui imputoir cette difette
aux mouvemens qui ont eu lieu dans le dépar
tement de Loire & Cher , ou des bateaux ont
été arrêtés , déchargés , les grains pillés &
vendus às vil prix 3: J'Aſſembléc a permis aux
( 179 )
directoires de requerir les gardes nationaux des
départemens voilins , afin d'affuter les convois
qui feront deſtinés pour Nantes ,
*** Du vendredi , féance du foir,
Les muncipaux de Dormans ont fait arrêter
M. de Caftellane ancien évêque de Mende . On
ya conduire ce prélat dans les prifons d'Orléans ,
Mention honorable de cette capture au procèsverbalm
La préalable a écarté un projet du comité
militaire , portant création de commandans
temporaires pour les places fortes . On a ajourné
un projet de réduction fur l'indemnité due aux
officiers de l'armée pour leur logement ; réduc
sion , dont M. Crublier d'Obterre le promet uns
économie de 400,000 livres,
Du famedi , 14 avril,
Plufieurs citoyens de Sarte - Louis écrivent
l'Allemblée nous avons ouvert une
foufcription volontaire où chaque citoyen verfera
pue année de fon revenu pour les frais de la
guerre. Nous avons réfolu de farmer une compagnie
de cavalerie légère composée de 75 hommes
qui le monteront & s'équiperent à leurs frais.
Elle fervira , tant pour aller à la découverta
des ennemis , que pour furveiller celles des
proupes de ligne dont nous avons beaucoup de
raifon de nous défier , ainsi que du général....
L'un des citoyens de cette ville , membro da
Affèmblée conftituante , s'eft engagé à payer
20,000 livres d'ici au premier juin . Cets cr
conftituant eft M. la Salle qui figne l'adreſſe,
-On a demandé la mention honorable, M.
Greftin aseu la fagèffe de s'opposer à ce quele
H
( 186 )
procès -verbal confacrât ainfi des expreffions injurieufes
contre les troupes de ligne & contre
le général . « Il femble que l'on prenne à tâche
d'humilier les citoyens qui font des facrifices »
s'eft écrié M. Bréard à qui quelques mille écus
faifoient méconnoître le danger des défiances ,
des calomnies , des outrages inconfidér ment ou
méchamment prodigués aux foldats & à leur chef.
L'Affemblée a divifela propofition , décrété l'envoi
de l'adreffe au comité militaire , & la mention
honorable des offres.
M. Mayerne a demande que le miniſtre rendit
comptedes mefures qu'il adû prendre, pour remettre
dans les mains de la juftice les criminels que des vagabonds
ont délivrés des prifons d'Avignon . Cette
motion accueillie de rumeurs & des cris : à l'ordre
dujour , a paru à M. Bréard ſe trouver naturellement
compriſe dans l'exécution du décret , portant
que le miniftre rendra compte de quinzaine
en quinzaine de l'état des chofes dans Avignon
& dans le Comtat. D'après cet avis , l'Affen blée
eft paffée à l'ordre du jour.
M. Creftin a reproduit fon moyen infaillible ,
felon lui , d'éteindre l'agiotage & de procurer
Etat près de 200 millions par an. Il a foutenu
que les 240 millions de contribution foncière
effarouchoient les propriétaires ; que , fi cette
contribution eût été moins lourde , les rôles
auroient été plutôt faits. « Les biens- fonds , at-
il dit , payent , moyennant les fous 'additionnels
, un quart du revenu net ; tandis que les
revenus induſtriels ne font foumis qu'à un léger
droit de patente , & que les capitaliftes ne
payent abfolument rien. Si cette claffe continue
etre privilégiée , l'autre finira par ne plus vouloir
rien payer , & fon refus ne fera qu'une
( 181 )
*
Légitime réfiſtance à l'oppreffion... Mirabeau en
traîna l'Affemblée conftituante , par fon élo
quence , lorfqu'il prétendit qu'impofer les rentes
ce feroit faire une banqueroute. Il eſt bien vrai
que les capitaliftes parvinrent à influencer la mas
jorité de l'Affemblée... De ce que la nation
mis fous la fauve- garde des loix & de la loyauté
Françoiſe ces créanciers , s'enfuit - il qu'elle ait
voulu les exempter de concourir aux charges
communes , & leur conférer des priviléges ? ...
Nous citons d'autant plus fidèlement ces pallages
qu'ils heurtent de front les premiers & principaux
étais de la révolution , qui fe feroit combinée
bien autrement , qui peut - être même n'auroit
pas eu lieu , fi le gros des capitaliſtes & la tourbe
imbécille des rentiers n'en avoient d'abord &
ftupidement eſpéré le falut & la sûreté de leurs
créances , si 3 b n inlov
L'opinant a propofé de ne tolérer que des
billets à ordre , en les affujettiflant aux droits
de timbre & d'enregistrement ; de foumettre les
lettres - de- change . au- deilus de 1,200 livres à
2 pour cent ; les comptes courans , les journaux
des banquiers , négocians , &c. à un fixième du
produit de leur commerce mis à nud , la franchife
philofophique & la loi ne devant plus permettre
de cacher fa fortune ; d'affujettir aux
mêmes droits les acquits de prêts à intérêts... !
Quelqu'un a dit que les calculs de M. Creftin
paroiffoient plutôt conçus dans le délire d'une
fièvre patriotique , que médités de fang- froid . »
M. Lacroix a répondu qu'ils ne pouvoient trouver
de contradicteurs que dans ceux qui veulent
abfolamenti, au mépris de toutes les autres ref
fources , la vente des forêts nationales . On a
( 182 )
décrété l'impreffion & l'ajournement à huitaire
du projet de M. Creftin.
2
·
Le ministre de la guerre eft venu inviter l'Afſemblée
à raffurer les patriotes de Marſeille , qui
eroient que les troupes de ligne réunies dans le
Midi font dirigées contre eux. Il a dit qu'on
pouffoit l'exagération des craintes , jufqu'à prédire
que l'armée de 6,000 Marſeillois le porteroit
fur Avignon , fur Lyon , & de Lyon à
Paris , pour opérer une nouvelle révolution en
faveur du fyftême républicain. Voici par quels.
argumens le jacobin M. de Grave a combattu
ces prédictions , qu'il a taxées de folie : « ce
plan ne peut jamais entrer dans les deffeins des
vrais amis de la conftitution ..... On cherche à
calomnier les citoyens qui ont déjoué tous les
complots du camp de Jalès & la véritable intri
gue de contre révolution dont le Midi éto
menacé ( en difperfant le directoire d'Aix , en
défarmant le régiment d'Erneft , & c. ). L'opinion
des repréfentans du peuple fra plus que des ar
mées pour l'exécution des loix .... Je pense que
les troupes de ligne ne font pas nécefiaires pour
sétablir l'ordre dans ces départemens , puifqu'ciks
n'y ont produit que l'effroi ( parmi les brigands) ...
La loi eft la première propriété d'une nation
hbre, C'est à tous les citoyens , & non à une
portion, fpécialement destinée à la garde de l'ex
térieur , qu'il appartient de la défendre..... J'ai
propofé au Roi de retirer les troupes de la ville
de Lyon , conformément au voeu de la munici
palité de cette ville.., Cette mefure a paru dane
gereufe aux perfonnes qui doutent de l'amour
du peuple pour la conflitution , & pour les loin
Bardiennes des propriétés ; mais il m'eft" impoly
183
C
fible de partager cette crainte . C'eſt done à la
nation elle-même , qui a développé tant d'éncré
gic , que des miniftres du Roi n'héfitent "pasodo
Le confier ; c'eft par cette confiance extrême qu'ils
appellent tous les citoyens à partager leur ref
ponſabilité ( grunds applaudiffemens )...cl
3
Au moment où toutes les autorités font vio
lées , les châteaux incendiés , les campagnes
miles à contribution , es fubfiftances interceptéest
pillées , des villes conquifes par leurs voisins , les
brigands impunis , les affallins honorés , le coupe
tête & fa borde en liberté , on éloigne les troupesq
on des accufe de ne produire que l'effroi ; lon
traite toute crainte de folie ; on s'en rapporte à
l'amour des dévastateurs pour les loix gardiennes
des propriétés ; & la confiance extrême des mis
niftres fan partager leur refponfabilité à des bandes
indifciplinées , co- refponfabilité encore plus abfarde
qu'inconftitutionnelle .... La propofition
de M. de Grave a été convertie en motion par
M. Mouyffet a Quand vous avez déciété co
raffenblement de troupes , a dit M. Guadet
Arles étoit en état de révoltes ouverte , Avignon
& Carpentras menaçoient... le patriotisme étoit
écalé l'aristocratiexion phoit dans le Midi
aujourd'hui les circonftances font changées .
-olej M. Gunder a paru croire qu'on l'interrompoit
par des rifécs , M. Genty lui a pros
tefté que cevalétolear point des ritées , mais des
mouvemens d'indignation . Alors on a crie
Rappeller M, Genty à l'ordre. Celui - ci are
pliqué le changement des circonftances , en ob
Tervant qu'en effet les prifonniers d'Avignon
étoient libres , les châteaux brûlés …… A, ces motsy
univàcarme horriblera confondu toutes les voly..
Pluficuts crioient que Mi Gency avoit infuledi
2
(184 )
I
YAffemblée en fuppofant qu'elle avoit écouté
M. Guddet avec indignation . D'autres s'atta
quoient au préfident qui ne vengeoit pas les ja
cabins. Allez préfider aux feuillans ; » lui die
M. Lacroix, Vingt membres s'entre- rappellent
à l'ordre. M. Genty y eft rappellé , & M. Guadet
ſe juſtifies en ces termes : « J'ai rapporté deux
faits très- vrais ; favoir , que les opprimés d'Ailes ,
d'Avignon & du Comtat ont été délivrés de leurs
oppreffeurs ; que cette oppreffion des patriotes
étoit la feule caufe du raffemblement des trou->
pes. Les circonftances étant changées , les mêmes
mefures ne peuvent plus convenir . » Qu'auroit➡›
on dit de pinse clair pour juftifier M. Genty ?
M. Guader a fait envoyer la propofition du miniftresau
comité qui la reproduira fous trois
jours , afin de prévenir les mouvemens des
troupes. potro
+
Si les 37 co - accufés de Perpignan pfoient
shacun du droit que leur donnent les nouvelles
loix , de recufer 20 jurés , ce feroient 740 ré
cufations ; il n'y a cependant que 166 hauts
jurés en tout. Si les 137by employoient chacun
15 jours d'après les mêmes,join , ce ferait près
d'un an & demi. Le moyen que la haute- cour
expédie beaucoup d'affaires: On a chargé des
comité de légiflation de lever ces difficultés propolées
par M. Garrán de Coulon! Mais.com-¡
ment enfuite jugera-t- on en fe fervant de loixs
& de formes poltérieures aux délits à l'accum
fation ? Nul ne peut être puni . qu'en versu
d'une loi établie & promulguée antérieurement
au délit & légalement appliquée ( déclarations
des droits , art. VIII. ) »
M. Dumourier vient communiquer aux légif
lasciarsi fa Jettre du 1§lausio marsjiɔàaMaddel
( ( 185 ) 2
Noailles , portant injonction de requérir lâ di - l
minution des troupes dans les provinces Belgiques
& la difperfion des François émigrés ;
deux lettres de M. de Noailles qui demande fon
rappel , déclare fa préfence inutile , & fufpend >
la remife de fes lettres de créance au nouveau
Roi de Hongrie & de Bohêmes une feconde .
lettre du 27 mats , plus impérieufe que celle
du 195 enfin , l'envoi de M. de Maulde
comme ambaſadeur extraordinaire , avic fine
lettre de la main du Roi à S. M. " A. ; lettre?
qu'on a lue à l'Aflemblée & à fes galerics avant
que le Roi de Hongrie & de Bohême, l'ait reçue ;
M. Dumourier a ajouté que , dans 20 jours au
plus tard la réponſe fera arrivée , & qu'il faut
employer ce délai aux préparatifs néceffaires pour
entrer aufli- tôt en campagne . A moins de tranfaire
toutes les phraſes du miniftre , il eſt impoffible
de donner une idée des inconvenances .
dort fourmille fa prétendue politique libre , qui
a été fort applaudie ; mais nous copierons la
lettre du Roi de France ,
τις
Monfieur, mon frère & neveu , la tranquil
lité de l'Europe dépend de la réponse que fera
V. M. à la démarche que je dois aux grands
intérêts de la nation françoife , à fa gloire , &
au falut des malheurcufes victimes de la
guerre
dont le concert des puiffances menace la France ."
V. M. ne peut pas douter que c'eft de ma
propre volonté , & hibrement , que j'ai accepté
la conftitution ; j'ai juré de la maintenir, Mon
repos & mon honneur y font attachés ; mon
for eft lié à celui de la nation dont je fuis le
repréſentant héréditaire , & qui , malgré les ca-'
lomnies qu'on fe plaît à répandre contre elle ,
mérite & aura toujours l'eftime de tous les peuples,
( 186 )
Y
Les François ont juré de vivre libres ou de
mourir , j'ai fait le même ferment qu'eux. »
« Le fieur de Maulde , que j'envoie mon ambaffadeur
extraordinaire auprès de V. M. , luí
expliquera les moyens qui nous restent pour
empêcher & prévenir les calamités de la guerre
qui menace l'Europe . C'eit dans ces fentimens
, &c. >>
Signé , LOUIS .
M. Briche a demandé que M. de Noailles
füt décrété d'accufation , « Examinons les pièces,
a dit M. de Kerfaint, Il fe peut que la conduite
de M. de Noailles foit fpontanée ; on
connoît fon dévouement à la perfonne du Roi ,
M. Guadet a loyalement confenti à tout exa-`
men tendant « à découvrir les traîtres qui dirigeroient
M. de Noailles , » pourvu que l'ambaf-
Tadeur fut accufé fur-le - champ . M. de Noailles
a été décrété d'accufation , fans plus de formes,
& l'on a renvoyé les pièces au comité diplomatique,
Du famedi , féancé du ſoir,
Le Roi annonce , par écrit , à l'Affemblée
Ja nomination de M. Duranteau de Bordeaux
au ministère de la juftice.
Au nom des comités diplomatique & des domaines
, M. Couturier a fait charger le pouvoir.
exécutif de pourfuivre l'adjudication de l'abbaye
de Wadgars , dont les religieux retardoient la
vente en alléguant que l'abbaye dépendoit de la
Principauté de Naffau- Sarbruck. La féance a fini
par la lecture des articles relatifs à l'organiſation
de la gendarmerie nationale.
Du dimanche , 15 avril.
•M. Dumourier écrit à- l'Affemblée , qu'une
( 187 )
dépêche de M. de Noailles , arrivée à minuit
annonce que cette ambaſſadeur a donné fuite
aux négociations entamées . Que fera - t - on du
décret d'accufation fi leftement lancé la veille ?
Longs débats. Le comité diplomatique donnera "
fon avis fur cette question à une heure.
号
En attendant , organe du comité de furveil
lance , M. Lecointre veut faire décréter d'accu➡
fation 4 officiers du régiment de Guienne que
la municipalité de Bellay retient en priſon , après
avoir faifi , leurs effets & 175 louis d'or qu'ils
avoient fur eux. M. Rougier la Bergerie a fou
tenu que ces 4 officiers n'émigroient pas , qu'on
les a arrêtés mal - à -propos , que la municipalité
s'eft: très- mal conduite à leur égard , que l'un
d'eux eft mort , dit-on , des faites des mauvais
traitemens qu'ils ont reçus. On a décrété qu'il
n'y avoit pas lieu à délibérer fur le projet d'accufation
; mais on a renvoyé les 4 prifonniers
au pouvoir exécutif comme déferteurs & le
miniftre de la guerre rendra compte de l'exécution
des loix martiales .
Le miniſtre de la marine a notifié l'envoi de
6,000 hommes à St. Domingue , & de 2,000
aux les -du - Vent , moitié troupes de ligne ,
moitié gardes nationales , qui ne pourront partir
avant la fin du mois de mai. Il a propoſé d'expédier
le décret du 14 mars par un avifo. Sa
lettre a été remife au comité de marine .
!
-M. Dumolard a tu une analyſe oratoire de
beaucoup de pétitions , une raplodie dans le
style puérilement euri d'un jeune écolier de rés
thorique. Nous en tranfcrirons quelques traits
pour caractériſer & le talent du rapporteur & .
ce qu'on appelle encore l'opinion nationale .
** Il fera doux pour les représentans du peuple
( 188 ) \
d'attacher d'abord leurs regards fut les fentimens
généreux dont leurs concitoyens paroiffent
embraiés. Par-tout on provoque à grands cris
le figral meurtrier des combats ( tien n'eft fi
doux ! ) ... ... La ville de Caftres s'indigne de I
votre loogue complaifance envers les defpotesi
mitrés , qui font de leurs Etats le repaire impur
de François émigrés... Les citoyens d'An- i
gers , de Villers , du Calvados veulent une
guerre offenfive contre les Autrichiens .... Dans .
les tranfports d'une excufable ivrelle , ces pa
triotes eftimables vous préfagent des victoires ,
voient les foldats François établir entre leur pa
trie & les tyrans une barrière de peoples conei
fédérés pour le maintien des droits de l'homme
& des nations... Nous ne sommes plus fous un'
régime flétrillant & mortifère...... M. de Barbanianne
a vu de l'ingratitude & de la perfidie .
dans le récit de M. de Narbonne... Il a fu concilier
fes devoirs & la gloire du régiment d'Er- ›
neft. Adminiftratcurs , municipaux , citoyens :
d'Aix , tous jufqu'aux femmes appuient M. de
Barbantanne de leur témoignage , & le proclament
leur fauveur... L'opinion publique applau->
dit au décret qui a frappé M. Deleffart.... Les
amis de la conftitution de Vefoul dénoncent la
trahifon notoire du pouvoir exécutif ; ceux de
St Quentin demandent un décret qui transfète {
tous les prêtres inafermentés dans les cachotsat
d'Orléans . Les amis de Caen s'écrient : Hâtezvous
d'ifoler la marche des gouvernemens de
tout fyftême religieux idée fublime!! :
qui fera le bonheur des payfans que M."
Dumolard appelle honorables époux de la
Lerre..
Mais la commune de Brives ne ſe borne pas
( 189 )
"
à des phrafes. Elle preffe l'Affemblée de fup-
- primer les dénominations de Feuillans , de Jacobins
, de fe préferver de l'influence tyrannique
des clubs.
+
MM. Bazire, Saladin , Fauchet , &c. voulo:
ent que l'adreffe fûr improuvée ; d'autres
membres les rappelloient à l'ordre en s'élevant
avec ardeur contre les factieux , en les menaçant
de l'abbaye... Des éclats de rire fe mêlent aux
Linjures & au tumulte. Enfin , au milieu des
clameurs , on a décrété la mention honorable de
toutes ces adreffes.
Hier , fur deux lettres de M. de Noailles lues
& relues , l'Affemblée l'avoit décrété d'accufation ;
aujourd'hui fur une lettre du même , que per-
~ fonne n'a lue , M. Lafource propoſe , au nom du
comité diplomatique , d'abolir le décret d'accufation
, ce qui tranchoit une queſtion très- délicate
: Lesjurés peuvent- ils révoquer leur décifion
en matière de haute trahifon ? MM. de Vaublanc
& Vergniaud prétendent qu'un décret d'accufation
n'eft confommé , n'eft irrévocable que lorfqu'il
eft fuivi de l'acte d'accufation . Pour ne rien
préjuger , on a ajourné la difcuffion jufqu'après
2 connoiffance acquife de la dernière lettre de M.
de Noailles : supe
ei si , vibraı songs
&
0 st ,
> Hier au foir ( 16 ) on n'avoit encore
ici aucune nouvelle officielle de la mort
du Roi de Suède : Pavis en eft venu de
Hambourg par les lettres du commerce en
date du 6 avril ; ce qui ne formeroit pas un
garant bien refpectable s'il étoit ifolé ; mais
( ( 7196 )
:
M. le Baron de Blome, Miniftre de Dane-
-marck , reçut auffi de Copenhague , Samedi
dernier , la même annonce qui fixe
au 29 Mars le dernier jour de Gustave IH ,
& qui le fait expirer après une agonie douloureufe.
F
La fortie des malles & des Particuliers
fans paffe-ports étoit encore défendue en
Suède le 31 Mars ; ainfi , Copenhague feul
nous a inftruit des événemens jufqu'à cette
date. A Stockholm & dans les provinces ,
les Payfans & les Bourgeois ont reçu avec
horreur la nouvelle de l'attentat commis
fur la perfonne du Roi ; on craignoit pour
la Nobleffe les effets de ce reffentinient.
Le Confeil de Régence n'eft parvenu qu'avec
beaucoup de peine à appaifer le Peuple
de la capitale, dont l'agitation a fuccédé à la
douleur. Pour foulager la Garnifon & la
Bourgeoilie chargées du fervice de Stockholm
, on y a fait entrer 300 Chaffeurs du
régiment du Corps. Defirant de prévenir les
effets de la fureur publique contre les Accufés
, le Confeil de Régence rendit , le 19
Mars , l'Edit fuivant :
Nous GUSTATE, &c. , ayant été attaqué &
bleffé d'une manière lâche & vile par un Sujet
perfide & probablement féduit , nous n'avons
pargné aucune peine pour rechercher & découvrir
non- feulement le coupable qui avoit porté
les mains fur notre Perfonne , mais auffi tous
ceux qui pouvoient avoir part à ce forfait, com191
)
1
mis contre nous & la Patrié. Dans ces ^ recherches
, nous avons été appuyé par notre bon
Peuple , qui a manifefté dans toutes les occafions ,
particulièrement dans ces momens , acet amour
& ce dévouement pour fon Roi & pour là Maifon
Royale , qui ont été connus de toute ancienneté
, & que nous conferverons toujours dang
un coeur reconnoiſſant & brûlant pour fon vrai
bien, Et nous nous formons l'efpoit certain ,
qu'une partie des coupabies ayant déjà été atêés
& foumis à des Interrogatoires juridiques ,
cette affaire fera mife au jour , & retracée jufques
dans fon origine & dans tout fon enfemble de
la manière la plus complette , fi dans ces recherches
l'on procède avec cette tranquillité , & dans cet
ordre légal , que nous nous fommes propofés de
fuivre. Cependant nous ne faurions cacher combien
il nous a été donné de fujet de craindre que l'amour
& le zèle , que nous trouvons actuellement près de
nos fidèles Sujets ne fe changent bientôt en une fi
grande véhémence à l'égard des Criminels , qu'elle
Teroit capable de les fouftraire au fupplice , que la
Loi feule peut leur impofer ; & d'empêcher par- là
les éclairciffemens ultérieurs & la découverte du véritable
enſemble de ce for fait ; éclairciſſemens néanmoins
& découverte, qui font de la plus grande
importance pour notre repos & fûreté, ainfi que pour
ceux de nos chers Sujets . A ces cauſes , non moins
que pour prévenir que des innocens ne foient traités
avec violence , nous demandons , ordonnons , &
exigeons , comme la plus haute preuve de l'amour &
de l'affection de tous les Habitans de cette ville & de
nos fidèles Sujets en général , qu'ils obfervent tous
cette tranquillité , qui s'accorde avec le bon ordre
& le refpeét pour nous & pour notre gracicufa volonté;
qu'auffi long-temps que durent les recher(
192 )
ches ; ils ne s'attroupent nalle part , mais que tous
& chacun d'eux attendent avec patience , ce que
, la Loi de Suède , fous la protection de laquelle
ils font & resteront tous , pourra ftatuer fur le
fort de ceux qui fe trouveront impliqués dans
-le fus-dit délit . Chacun auffi pent s'affurer , que ,
comme une fuite de notre devoir Royal & de la
fatisfaction , que nous reffentons au sujet de
l'amour de nos fidèles Sujets , nous donucrens
-aux Loix du Royaume & à leur exécution envers
les Coupables toute la force & la vigueur , que
Dieu & nos fidèles Sujets ont mife entre nos
omains : Sur quoi tous & chacun doivent le
aregler.
7 1
1. Durant la griève maladie de S. M. notre gra-
Lieux Roi & Seigneur ; fa Régence établie.
13 Signés , CHARLES
WACHTMEISTER
,
OXENSTIERNA, TAUBE , ARMEELDT . Plus bas ,
-LAGERBRINK. EL
A la tête des Perfonnes arrêtées comme
complices, ou comme foupçonnées de com
plicité dans la conjuration , dont le régicide
devoit être le premier Acte , fe trouve le
-vieux Général -Major Baron de Pechlin ; les
divers interrogatoires de plufieurs des Prfonniers
s'accordent à le défigner chef
principal du complot ; cette imputation eft
fortifiée par le caractère & par la conduite
paffée de cet Officier , qui , à la Révolution
de 1772 , jouiſſoit de toute la confiance des
Bonnets , & fe montra leur Agent , le plus
habile , le plus actif , le plus entreprenant.
C'eft lui que ces Factieux avoient chargé
-d'arrêter le Roi, le jour même où ce Prince
"
a
délivra
1938
délivra la Suède de leur domination . Arrêté
A Gripsholm , il fut ramis en liberté du
moment où il eut prêté fonferment de fidé
lité le Roi n'en tira pas d'autre vengeance.
L'affaflinat de ce Monarque eft aujourd'hui
la récompenfe , & peut- être l'effet de la
générofité qu'il déploya dans cette Révolution
, à la fuite de laquelle perfonne ne
fut ni recherché ni puni ; où l'on ne verfa
pas une goutte de fang , & où le plus grand
nombre des hommes qui avoient accablé
& cutrages & la Couronne & Frédéric Adob
phe , confervèrent même leurs emplois.
f
Voici la lifte des Perfonnes arrêtées fucceffivement
, outre le Général Pechlin , &
J'affaffin Ankarftroëm : le Général Comte
de Horn ; le MajorComte Nicolas de Horn ;
de Capitaine Comte de Ribbing ; le Baron
de Kurk; l'Adjudant Baron d'Oernfchiold ;
le Colonel Baron de Lilienhorn ; le Lieutenant
de Troil ; le Baron de Bielke , Secrétaire
du Roi , le Négociant Biorkman , le
Négociant Ahlegreen , & le Notaire Enkærning.
Ces trois derniers n'étant pas gravement
foupçonnés , ils feront bientôt élargis.
Quant au Baron de Bielke , l'un des
principaux Conjurés , il s'eft empoisonné ,
& eft mort en prifon. Le 26 , fon cadavre
fut traîné fur la claye , & attaché à la po
tence: sid
¿ sinei
5.4
es L'Affemblée Légiflative décrète les Ci
No. 16. 21 Avril 1792. I
( ( 194 )
toyens d'accufation pour le plus grave des
délits , pour celui de haute trahifon , en
moins de temps qu'on ne prend une glace.
Les formes de notre liberté font pires encore
que celles des Pachas & des Cadis.
On a vu que Samedi dernier , M. de Noailles
fut expédié de cette manière. Deux Anglois,
témoins de cette admirable célérité , &
Membres l'un & l'autre du Parlement de
leur pays , m'avouèrent qu'ils étoient hon
teux maintenant de la pefanteur & des fcrupules
avec lefquels leur Légiflation , en
pareil cas , affure au Prévenu des moyens
préalables de défenfe , & à l'Accufateur le
temps de préparer avec mâturité un Bill
impeachment. Si l'on veut quelque chofe
de plus romanefque que cette délibération
de Samedi & fon motif, on la trouvera dans
J'arrivée du Courier nocturne qui defcend
de cheval , tout juste pour difculper le lendemain
matin M. de Noailles de fa prétendue
défobéiffance,qui méritoit peut- être
un vote de remerciement. La femaine ne fe
pailera pas fans qu'on ait découvert ou le
but de ce micmac de M. Dumourier
on la vérité des variations de ' M. de
Noailles. Une partie du Public eft convaincue
que , plufieurs jours avant les
communications du Miniftère à l'AFfemblée
, on avoit reçu une lettre sèche ,
haute , & négative du Roi de Hongrie ;
Lettre que le Gouvernement ne jugeoit pas
7 ( 495 )
prudent de produire tout de fuite. Nous n'ajoutons
pas foi à cette conjecture. Quoi qu'il
en foit , on continue d'affurer que la guerre
fera déclarée dans la femaine.
Depuis qu'il exifte une Correfpondance
diplomatique de Puiffance à Puiffance , je
doute qu'on ait jamais écrit de dépêche
plus originale , que celle dont M. Dumourier
chargea M. de Noailles de communiquer
les bafes au Cabinet de Vienne.
Après avoir lu cette Miffive , où la familiarité
, la baffeffe même du ftyle dénonce
le Scribe de quelque Feuille patriotique
, plutôt que le Miniftre d'une grande
Monarchie , on ne fera point furpris de la
réfolution de M. de Noailles : fon refus
d'entretenir de femblables ouvertures le
Prince de Kaunitz déjà irrité , eſt fuffifamment
expliqué par la Lettre Ministérielle
que voici , & où M. Dumourier s'érige en
pédagogue du Ministère Autrichien.
Copie de la Lettre écrite par M. Dumourier à
M. de Noailles , datée du 18 au 19 Mars.
« J'ai mis fous les yeux du Roi , Monfieur , vos
dépêches des 29 Janvier , 1er . & 3 Mars. Les
affaires doivent prendre, par la mort de Léopold ,
une nouvelle marche : ainfi le Roi n'attend pas
une réponíe très prompte à la dépêche de M. Deleffart.
La difgrace que ce Miniftre vient d'épronver
, vient en grande partie de la foibleffe de fa
négociation . Il eft fâcheux que vous ayez communiqué
à M. de Kaunitz la lettre confidentielle ,
dont un extrait bien fait n'auroit pas donné à ce
I 2
661961
Miniftre les moyens de produire une déclamation
violente , qui ne pouvoit que nuire aux négocia
tions pacifiques qu'on entrevoit , dans la dépê he
de M. de Kaunitz , avoir été dans les principes du
feu Empereur. La négociation à l'avenir va pien-
-dre une inarche simple & vraic ; telle eft l'intention
du Roi , & c'est ce qu'il n'a recommandé en entrant
au Minillère : ainfi toutes les dépêches que
vous recevrez à l'avenir , pour: ont être préſentées
fans danger au Miniftre du nouveau Souverain.
La paix ou la guerre dépendent ertièrement du
Cabinet de Vienre. Ce que vous me mandez fur
le caractère du Roi de B hême & de Hongrie ,
fait eſpèrer qu'il envifagera les horreurs d'une
guerre interminable , dont lui feul feroit dans le
cas de faire les frais & d'elluyer les pertes , quand
même il réuffiroit à ruiner la France . Je préfume
que le facrifice de l'alliance.qui a été fi utile à la
maifond'Autriche, le laitferoit , après cette guerre,
fans aucun allié , & d'autant plus en butte à fes
ennemis naturels , qu'il auroit eu peu de fuccès . »
сс
Certainement , s'il favorifoit la fureur coupable
des Emigrés qui déchirent le coeur paternel
du Roi , il n'en réfulteroit pour lui qu'un état de
foibleffe & d'épuifement , pareil à celui dans lequel
il auroit plongé la France elle- même ; & alors
il perdroit tout l'afcendant que 200 ans de poffelfion
du Trône Impérial ont donné à les prédéceffeurs.
Il perdroit peut- être auffi cette éminence
dignité ; & en cas que , par la fuite , il fût attaqué
par fes alliés du moment , ce ne feroit pas dans la
France épuisée & déchirée par une guerre civile ,
qui dureroit encore long- temps après la guerre
extérieure , qu'il trouveroit des fecours contre les
nouveaux ennemis . »
« Voilà le tableau de fes dangers en cas de fuc(
197 )
cès. Si , au contraire , la guerre qu'on femble nous
déclarer , tournoit mal pour les Puiffances atta➡
quantes , alors les fuccès de la France feroient
uniquement nuifibles au Roi de Bohême & de
Hongrie , puifque lui feul poſsède les Etats limitrophes
dans lefquels fe répandroient nos armées,
victorieules. Il eft poffible qu'on préfente pour
appât à ce Souverain un prompt couronnement , &
qu'on en fafle pour condition de hâret la guerre ,
en la faifant comme Chef de l'Empire : mais
cette diftinction de Chef de l'Empire & de Chef
de la Maifon d'Autriche ne pourroit pas fe foutenir,
une feule minute . Dès - lors tous les liens feroient
rompus , & cette guerie lui deviendroit perfonnelle
: ain tout le poids en retomberoit ſur lui,
comme je l'ai dit plus haut, »
- cc
Voyons d'ailleurs quels font les motifs de
cette guerre dont on menace la France. L'affaire .
des Princes poffeffionnés ? Mais elle peut s'arran¬
ger par des négociations , & au contraire la guerre
oteroit toutes les mesures qu'on peut prendre. La
caufe des émigrés ? Le Roi attefte qu'il a puilé
dans fon coeur tous les moyens de les faire rentrer
en France : i's font en pleine déſobéiſſance vis- àvis
de Sa Majefté , & coupables envers leur Pattie.
Le Roi de Bohême & de Hongrie pourroit - il .
prendre la défenſe des rebelles ; & cet exemple ne
feroit- il pas dangereux pour lui même ? Notre armement
? Il a été provoqué par le Traité de Pilnitz,
par l'afile menaçant donné aux Emigrés fur
nos frontières : il eft purement défenfif, & il ne
peut allarmer aucune Puiffance en : particulier
puifqu'il n'eft offenfif contre aucune . La preuve
en et que le Roi n'a ordonné aucun armement
maritime , parce que l'Angleterre n'a préſenté ausune
difpofition menaçante , »
·
I 3
(( 198 )
Je ne parlerai point des Clubs & pamphlets : ce
ne peut pas être un motif de guerre. Si c'en étoit
un depuis long- tems toutes les puiffances de
l'Europe auroient été forcées de faire une croifade
contre l'Angleterre. C'eft dans notre conftitution
, c'eſt dans nos loix nouvelles , c'eft dans
notre déclaration des droits elle- même , que les
Chefs des Nations doivent trouver nos principes
, & le fond de notre conduite . Le Roi des
François fait par coeur , aime & veut la Conftitution
. Sa conduite fera invariable , & on peut
compter entièrement fur la franchife de fa manière
de négocier . Voilà ce dont vous devez bien
perfuader te nouveau Souverain & fes Miniftres :
voilà ce qui doit anéantir les motifs de guerre
qu'on lui préfente. Chef d'une grande Nation
libre , le Roi fera tout ce qui pourra s'accorder
avec la dignité , pour éviter une guere fondée fur
des motifs aufli puérils . Si les circonstances ou
faveuglement des Chefs des Nations le forcent
a fe défendre , il préfentera à la Nation Françoife
les négociations qu'il aura faites pour avoir
la paix , & alors trouvera entelle des reffources
& Fénergie néceffaire pour faire la guerre. »
te:Le concert des Puiffances eft évidemment
dirigé contre dun Gel concert n'eſt que momentané
, parce qu'il bleffe lordre & l'intérêt politique.
Il ne peut pas durer , & il ceſſera néceſ--
fairomentou après la guerre ou pendant la guerre .
Dabs tous les cas , le Chef de la Maifon d'Autriche
restera ifolé épuifeddi finances & de
troupes Tout ce danger peut ceffer de part &
dante par une déclaration franche de la Cour
de Vienne ; & par un défarmement réciproque.
Le prétexte de la néceflité de beaucoup de troupes
dans les Pays- bas , pour empêcher l'efprit de ré--
& I
( 199 )
volution d'y pénétrer , eft un motif infuffifant ;
plus on raffemblera de troupes dans ces belles
provinces , plus les Peuples feront vexés , ruinés
& portés à l'infurrection . Les armées ne contiennent
pas les Peuples quand ils veulent être
libres . Plus on oppofe de force , plus l'énergie
s'augmente' , & devient fureur . Gênes en eft un
exemple pour la Maifon d'Autriche . Cette ville
médiocre a chaffé de fon fein une armée entière .
La Révolution Françoife en eft un exemple encore
plus frappant . Que les Belges foient heureux ,
qu'on leur maintienne leur Conftitution , & ils
feront tranquilles . La Cour de Vienne fait bien
quels ont été les agitateurs de la Belgique. Elle
fait bien que l'Affen bice Corftituante a rejetté
les Belges , parce que leur révolution theocratique
étoit l'invefe de la nôtre . Ce font les nouveaux
aliés qui dui ont rendu cè mauvais fervice , &
lorfqu'ils ne fe mêleront plus des affaires de la
Belgique , avec un bon Gouvernement , il ne
faudra que les garnifons ordinaires pour la contenir
. La diminution des troupes dans cette province
eft conc un des points Scone néceffaires pour
provoquer les bonnes intentions du Roi de Bohème
& de Hongrie , airfi que l'expulfion de tous
les Emigrés armés & attroupés , de toutes les
provinces de la domination Autrichienne . Cer
exemple entraîneroip les Souverains inférieurs de
la ligue Germanique bientôt les attronpemens
& les fourcons cefferoient de part & d'autre .
Toutes les menaces & les préparatifs de guerre
s'évanouiroient , & il ne refteroit plus qu'à ar-,
ranger à l'amiable l'affaire des Princes poffeffiou .
nés. Cette affaire ne peut pas le traiter au milieu
du tumulte des armes . Quant au concert des
Puiffances, comme il n'a qu'un objet qui n'exif-
4
( 200 )
1
teroit plus , comme c'eſt un monftre politiquez
il le détruira lui- même , & il n'en restera qu'un
moyen de plus pour maintenir l'Europe en paix. »
«Telles font , Monfieur , les bales fur lesquelles
Le Roi vous, ordonne de traiter avec la Cour de
Vienne pour avoir une réponse franche & décifive
. Je rendrai compte à Sa Majefté du fuccès de
votre négociation , & je fuis perfuadé qu'avec de
la vérité & de l'énergie en préfentant à la Cour de
Vienne ces puiflans intérêts , vous parviendrez
fous peu de temps à déterminer cette crife politique
qui ne peut pas durer, »
Voici la plusimportante & la dernière des
deux Réponses de M. de Noailles à M. Du
mourier; c'eft fur cette dépêche qu'a été
fondé le Décret d'accufation.
Seconde réponse de M. de Noailles à M. Dumourier.
J'ai reçu hier , Monfieur , par le Courier
Duclos , la lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 19 mars . C'étoit ce jour-là
même que partit la réponse à la dernière note
que j'ai été chargé de remettre ici au ministère.
Je me fuis entierement conformé à l'annonce
fre le premier mars à l'Affeinblée nationale.
Vous aurez vu , Monfieur , quel en a été le
réfultat . Il n'eft pas permis de douter qu'effectivement
les affaires n'aient pris une face nouvelle
depuis la mort de l'Empereur Léopold ; mais il
s'en faut beaucoup que le changement qui s'et
opéré , augmente les efpérances de ceux qui font
des voeux fincères pour la tranquilité générale .
Le jeuné Roi , comme je l'ai déjà marqué , fe
laiffera néceffairement guider dans le commencement
de fon règne , il montrera ; fi ce iuft*
2011
Ca
M
par fon caractère , du moins par celui de fon
miniſtère , une grande inflexibilité dans fes principes.
»
Je me fuis fervi , Monfieur de la lettre '
de M. Deleffart fous le titre d'extrait communiqué
confidentiellement . Je n'ai point commu
niqué la lettre en entior ; j'en ai confervé , il
eft vnai , une grande partie , parce que les expreffions
en étoient tellement mefurées , que je
devois en attendre route efpèce de fuccès. Une
expérience acquife ici par un féjour de peuf annécs
, m'autorifoit à porter ce jugement.. Le
Minitre Autrichien a fait tout de fuite éclater
des fentimens qu'il avoit diffimulés."
auparavant
La lettre de M. Deleffart a été mife en lambeaux
, & des paff , ges ifolés ont préfenté le fens
qu'on a voulu ,
« Ces réflexions n'ont point pour objet de me
juftifier , mais de préfenter les véritables difpofitions
de la Cour de Vienne ; ai-je donné lieu”
pat ma dernière note aux décl.mations que l'on
retrouve dans la réponſe Autrichiente , & qui
nous remet au - deffous du point où nous étions
au mois de Juillet dernier ? Je n'ai pas bebefoin a
cette heure de diffimul r tous les efforts que j'ai
faits pour perfuader ici au Miniftre , que s'il
vouloit affurer fon repus & travailler au nôtre ,
il fall it fur- tout éviter toutes obfervations
it
qui
tendroient a cenfufer norte Adminiftration in
térieure : ji fans ceffe répété que de fembl bles
critiques , tout au plus permifes dans les entretiens
particuliers , forfqu'elles étoient confignées
dans des écrits miniftériels , devenoient les of
Perfes ies plus fenfibles à l'honneur d'une Nation .
Qu'ont produit , Monfieur, mes repréfentations fi ,
fortementmotivées ? Vous avez actuellement entie
( 202 )
"
les mains pièce da 18 Mars. Le Gouvernementici
vientde donner à ette pièce & à celles qui ont précédé
toute forte de publicité , en faitant mettre
en vente , depuis hier , l'imprimé dont je joins
ici trois exemplaires , & ' en failant annoncer qu'il
en paroiroit ceflamment ane traduction exacte
en Allemand ; y a- t- il rien de plus fort en offenfe?
Quelles font les voles après cela qui reftent ouvertes
à la négociation ? je les connois fi peu ,
que je croireis manquer effentiellement à ce qui
eft du , à l'honneur de la Nation & à la dignité
du Roi , je faifois ici aucune démarche auprès
G
du Ministère , avant que vous ayez eu la borte .
de me répondre à mon expédition du 19 Mais.
Je me fuis
tale lettre Hoyer
à la
Chancellerie
, d'Etat une lettre du Roi , pour le Roi
de Hongrie & de Bohême , préfumant que c'étoit
une réponse à la notification de la mort de l'Empereur.
Je fufpendrai , Monfieur , la remife de
mes lettres de créance , par les motifs d'honneur
que je viens dec cciitteerr ;; d'ailleurs , rien ne périclite
, puifqu'il n'y a rien à négocier. »
Je diri , pour dernière raifon , que j'ai cu
l'honneur d'écrire au Roi , le 24 mars , pour
fupplier fa majefté de me permettre de me retirer .
Je follicite de nouveau cette grace par votre entremife
monfieur , & je la follicite avec toute
l'ardeur d'un ferviteur zélé pour la patrie , qui
dès qui fent , comme je fais , l'impoffibilité abfolue
d'être utile à fon pofte , doit le céder à un
autre . Je puis fort bien , comme je fuis , continuer
de vaquer aux affaires courartes , jufqu'à la fin de
ce mois , en attendant les derniers ordres de fa
majesté. »
M. Briffot tranfcrivit la femaine dernière
dans, fon Patriote François , une prétendue
1
( 203 )
P
Convention entre les Cours de Vienne & de
Berlin , dont il avoit tiré la minute d'une
Feuille Angloife , intitulé : The Wodfall's
Regifter. A moins d'être de la plus invincible
ignorance ,cou d'une bien coupable mauvaiſe
foil, le plus mince écolier de. Droit
Rublic eut apperçu le faux de cet Acte
apocryphe. M. Briffot fit mieux que de
l'examiner , il s'étudia à en prouver l'authen
ticité probable, pour jouer , dit- il , un tour à
M. Délefart, & pour démontrer le crime
de se Miniftre , qui n'ayant pú ignorer
L'existence de ce Traité , en avoit celé la
connoifiance au Corps Légiflatif. Le feut
coupable en ceci , eft la tête vide de M.
Briffor , ou la morale connue. S'il n'a pas
cu intention de conimettre une noirceur
contre l'Accufé qu'il a fait jetter dans les
priſons d'Orléans , il eſt affurement le plus
étourdi des Ecrivains .
6
) , () .
wod
Son Traité daté du 18 Février , eft figne
par le Comte de Colloredo & par le Baron
de Bifchofswerder. Or , le 18 Février M. de
Bifchofswerder, (Comte & non Baron étoit
encore à Berlin : il n'arriva à Vienne que le
28 du même mois , & ne fut préfenté à la
Cour qu'au mois de Mars après la mort de
l'Empereur . Nul Plénipotentiaire du non ,
de Colloreto na pigner cette Convention ; )
puifque le Comte François , Grand Maure
de la Maifon du Roi de Hongrie actuel,
n'eft entré dans le Confeil que depuis l'avent
16
( 204 )
nement de ce Prince à la Couronne. Le
Prince Colloredo , Vice Chancelier de l'Empire
n'a pû , en
Traité entre la cette qualité , figner un
Maifon & la
Pruffe ; eette fignature appartenant au
Prince de Kaunitz , Chancelier d'Etat , ou
au Vice -Chancelier Comte de Cobennel
-LeLess articles de cette Convention foët
un tiflu d'inepties ; on y détermine un
Congrès pour décider d'une manière conclufive
, quelles font les véritables prérogatives
de la Couronne de France , &e.
17
M. Deleffart avoit renouvelle prefque
tout le Corps Diplomatique ; fon fucceffeur
vient d'opérer un nouveau déménagement.
Il a nommé M. de Maulde , inconnu
même de ceux qui connoiflent tout
le monde , à la Haye , à la place de M. de
Gouvernet , M. de Vibraye remplace Abbé
Louis à Copenhague ; M. Villars, Secrétaire
des Jacobins pafle à Mayence. On parle de
M. Champfort pour la Diète de Ratis
bonne , &., & c.
La fête triomphale deftinée aux 40 Sol-'
dats de Châteauvieux , a pris le caractère
d'un divertiffement plus que populaire
célébré Dimanche dernier.Ily avoitbien un
Char de triomphe, mais point de Triomphateurs.
Vingr chevaux trainoient cette machine
furmontée de la Liberté en peinture
fur carton , & vacillante chemin faifant ;
1205-))
des Emblêmes , dès Bannières , des Infcriptions
, des Sarcophages ; la promenade d'un
Cortégeallez peu nombreux,du Fauxbourg
Saint-Antoine à la Baftille & de la Baftille
au Champ de Mars ; fort pet de curiofité,
encore moins de fenfation , nul intérêt de la
part du Public, au paffage de ce trifte convoi,
qui cherchoit à être gar , des cris périodiques
de Vive la Nation ! Vive la Liberté?
Viventtes Sans Culottes & que fort peu de
Spectateurs s'empreffoient de tépéter ; des
parfums ou des grailles brûlées dans des réchauds
fur Autel de la Patrie au Champde-
Mars ; ce Champ- de- Mars prefque folitaire
; je l'ai vu tel à fix heures & demie
du foir 1 une Mufique difcordante qui
jouit fauxPair ça ira , & d'autres hynines !
patriotiques de méchans vers de M. Che
nier lus ou chantés , des danfes , des cris
autour de l'Autel , & probablement quelques
cérémonies dont nous n'avons pas
été témoins , tel eft le précis de ce Dramel
qui ne fera pas oublier les Jeux Olympiques.
MM. Perion , Manuel , Roberfpierre,
d'Anton , quelques autres Municipaux &
divers Députés ont honoré le Cortège de
leur préfence.
Au paffage de la place de Louis XV , i
trouva la Statue de ce Monarque affublée
d'un bonnet rouge & d'un voile aux trois
couleurs . M. Collot d'Herbois & fes Cliens
M. de Saint Huruge exerçant l'emploi de
((206 )
Tambour-Major , des Amazones , des Soldats
, & un nombre d'Amateurs faifoient la
principale pompe de la cérémonie. Elle a
commencé & fini fans trouble ni défordre
la Garde nationale a er en prévéñant
même la poffibilité , a prouvé de nouveau
que le falut de Paris efti
dans fes mains. Ses
mefures , fa vigilance , & fes difpofitions
de vigueur contre les premiers perturbateurs
qui auroient tenté de fe déployer,
lui ont mérité l'aprobation & la reconnoif?
fances publiques Le Jardin des Tuileries
fut fermé toute la journée, Quoique la
Fête ait été un peu mutilée par les retranchemens
qu'avoit néceflité la prudence , ou
la crainte d'un choc , elle n'en a pas moins
rempli , parfa feule, exécution , l'un des
principaux buts de fes Fondateurs les Op
pofitions n'ont pu empêcher cette célébra,
tion digne de mémoire , qui reftera comme
monument de nos moeurs actuelles , de nos
principes , de l'empire de l'anarchie.
·
419
Pendant qu'on argumentoit à Paris pour
ou contre les honneurs à rendre à guarante
Galériens ; pendant que les uns phrafoient,
en faveur de la fête de la liberté , les autres
fur l'empire de la loi ; tandis qu'on differtoit
fur les droits du Peuple , ou fur le
refpect de la Conftitution ; le feul droit ,
la feule Conſtitution qui exiftent mainte-,
nant en France, couvroient le Midi de
nouveaux brigandages. L'invasion de Gene'
( 207 )
feric & d'Attila entafla moins de ruines :
nous avons vu le Département du Cantal,
faccagé le mois dernier , celui de l'Ardèche
a eu le même fort ; nombre de châteaux ,
& de maifons ont été pillés & incendiés
aujourd hui , c'eft le Département du Gard.
qui exerce le patriotisme des Brigands- Ci
toyens, Plus de 60 châteaux ou maifons de
Campagne ont été dévaftés , pillés de fond
en conible on , a brûlé leurs archives
42 de ces habitations étoient la proie des 42.99
famnies à la date des dernières nouvelles .
Ces bienfaits de la liberté font l'ouvrage
Individus qui ont prêté le ferment illufoire
de maintenir la Conftitution ; ces
mêmes Gardes Nationales qui n'ont le
droit de porter l'uniforme que pour la
défenfe des Perfonnes & des propriétés ,
coopèrent à ces faccagemens méthodiques ,
s'allient aux fcélérats qu'on a chargé de
les exécuter , ou fe contentent en divers
lieux de refufer tout fecours à la loi . Le Di- ,
rectoire du Gard , jufqu'à ce jour fi tolérant
envers les Inftigateurs & les Agens du déri
fordre dans le Bas Languedoc, a été forcé
de témoigner lui - même cette vérité ;
c'eft la crainte de voir attaquer les propriétés
de fes Membres , qui l'a rendus attentif
au danger. On obfervera qu'au même
moment l'armée Marfeilloife pourfuivoit
fes expéditions , qu'Arles tomboit entre fes ,
mains & éprouvoit les rigueurs de la con ,
( 208 )
quête ; que les gardes nationales de Nifmes
duvroient les prifons aux bourreaux de la
Glacière ; qu'au mênie moment encore ,
on difperfuit Juges , Commiffaires , Généraux
, troupes de lignes que le Départe
ment des Bouches - du- Rhône exerçant la
Souveraineté au nom de la République de
Marſeille , autorifoit l'armée de cette ville
à marcher en avant , er interdifant à M. de
Wittgenstein , Commandant du Midi , le
territoire de leur domination. Nous
préfenterons la femaine prochaine un tableau
général de cette maffe de faits , liés
par la même chaîne,& fervant'à l'exécution"
du projet depuis long - temps formé par les
Proteftans , par les Clubiftes, par une partie
des Matfeillois , d'ériger le Midi en République.
Le Miniſtère actuel fecondé-t- il lui - même
ce deffein , & celui de laiffer les Propriétaires
à la merci des brigands ? On ne pour
roit en douter un inftant , fi l'on formoit
fon opinion d'après les difcours prononcés
la femaine dernière par M. de Grave , &
par le Ministre de l'intérieur. Ce dernier,
au lieu de porter l'attention de l'Affemblée
fur les enormités du Midi , fur les propriétés
en cendres , fur la fubverfion de
toute police , de toute loi , de toute fociété, "
s'eft amufé à perfécuter quelques Prêtres
non jureurs , & à invoquer des châtimens
contre ces Infortunés. Quant à la déclama(
209 )
tion de M. de Crave , je défie d'en trouver
un premier modèle dans l'hiftoire d'aucune
adminiftration publique. C'eft un Mis
niftre qui répond aux Familles ruinées
aux plaintes d'une contrée en flamme :
« Vous follicitez des troupes de ligne
» contre les Gardes Nationales qui fac-
S
cagent vos biens & brûlent vcs maifons ;
» eh bien ! je vais délivrer les Incendiaires
» & les Pillards des troupes de ligne ; yous,
» ferez gardées & défendues par ces mêmes
» Incendiaires. I's agiront à la requête des
autorités conftituées , auxquelles ils n'o
» béiffent point , & qui n'oient plus leur
» donner des ordres , La loi eft la première
» propriété d'une Nation libre , & c'eft aux,
» Citoyens qui ont mis leur force & leurs
» crimes au- deflus de la loi , que je confie-
>> rai de foin de protéger la loi. Voila le
» grand art du Gouvernementy & la vé→
» ritable police de la fociété. »
1
Lettre de M. BERGASSE au Rédacteur dela
Correfpondance politique.
ΤΟ
xus sorola Tup aParis " le¹¹} Avril 1792.
« Il eſt deux fois queſtion de moi , Monfieur,
dans votre Feuille du famedi 14 Avril. Vous
Vous y élevez avec raifon contre un de ces diftr
buteurs de calomnies fi accrédités aujourd'hui, qui
dans fon journal a eu la méchanceté mal - adroite de
m'imputer une Pétition rédigée au nom de la Section
de la Bibliothèque , contre la Fête projettée
1
( 210 )
pour les Soldats de Châteauvieux à cet égard je
vous dois des remerciemens . Il eft certain qu'il n'y
a que la fottife même qui puiffe m'imputer un
ouvrage , quelque modéré qu'il foit d'ailleurs , où
comme dans celui- ci , on fait profeffion d'un
grand refpect pour la Conftitution. Je n'ai que
trop démontré que la Conſtitution n'eſt qu'une
grande abfurdité , je n'ai que trop prévu tous les
crimes qu'elle enfinte chaque jour , & il étoit affez
raturel de préfumer que fi je m'étois avilé d'écrire
contre la Fête de Châteauvieux , même en écrivant
pour d'autres , je ne me férois pas contredit
au point d'appuyer fur un code enfin barbare
qu'immoral , & qui , je në faurois trop le répé-.
ter , n'eft au fond qu'un code de licence & de
tyrant ie , les réflexions dont je pouvois avoir befoin
pour en autorifer une pareille Fête . »
"C
A
Mais , Monfieur , dans cette même Feuille
du 14 Avril , vous imprimez , faus aucun commentaire
, une note intitulée les Moeurs du Temps,
où je ne fuis pas moins calomnié que dans le Journal
que vous avez démenti. L'auteur de la Note ,
en rendant un compte très peu exact des divers
Partis qui fe font fuccédés pour gouverner ou
plutôt pour déchirer la France , a la bonté de
faire de MM. Mouniers de Laily & moi , une
efpèce de triumvirat , exerçant au commencement
des Etats - Généraux une grande influence dans
l'Aflemblée , & par l'impulfion qu'il a donné aux
efprits , préparant toutes les erreurs vers lesquelles
êtê entraînés & tous les crimes dont
cette malheureute Nation s'eft rendu coupable . »
« Le fait cft , qu'étranger dès le principe à tous
Les Clubs , à toutes les coalitions , à toutes les
rivalités , nous nous fommes beaucoup plus occupés
d'affurer, la liberté de la Nation & Pautorité
nous avons
3
elt ,
012403
( 211 )
du Roi que la plupart de ceux qui s'en vantent
aujourd'hui'; le fait eft, que nous avons été promp
tement déjoués par tous les partis fans exceptions,
parce que nous voulions fincèrement une autorité"
puiffante mais fans abus , une liberté forte mais
fans licence. Le fait eft , que loin de chercher à
dominer par la voie de l'intrigue comme tant
d'autres , la majorité du prémier Comité de Conftitution
ne s'eft occupée que d'aflurer la pleine indépendance
des opinions dans les Etats - Généraux ;
que loin de vouloir impofer fes opinions privées
au grand nombre , elle n'a rien négligé au contraire
pour maintenir la diftribution de l'Affemblée
en Bureaux , cu tous les plans , tous fes projets
devoient être examinés avec la plus févère
circonfpection , que fur - tour elle a marqué la plus
grande répugnance à faire fanctionner par parties
ue Conflitution qui ne devoit être déficitivement
arrêtée, qu'autant qu'on en auroit perfectionné l'enfemble
& que la Nation elle - même réunie en Baillia- '
ges l'auroit approuvée . Enfin , le fait eft , que c'eft
contre notre avis , que dès le commencement des
Etats- Généraux , on a traité , au feia de l'Affemblée
, des queftions dangereufes , dans l'étar de
fermentation où nous nous trouvious , & que fi
nous avions eu l'influence qu'on nous attri
bue , nous aurions réfervé ces queftions pour
la fin de notre travail , appercevant déjà dans les
têtes tine certaine dépravation d'idées , qui rous
annonçoit d'autres maximes & d'autres voeux'
que les voeux & les maximes de la modération"
& de la prudence . ] aged 85 48
4
On nous a blâme de nous être retirés du
premier Comité de Conflitution , on a un peu
trop oublié que nous y fiégions avec des hommes,
qui tandis que nous nous livrions à un travail pé(
212 )
nible , s'occupoient prefqu'uniquement de nous
préparer dans l'Affemblée des humiliations & des
défaites , on a un peu trop oublié qu'à l'époque
où nous nous fommes retirés , le Roi ayant perdu
Far l'inexplicable conduite de M. Necker & la
lâcheté d'une partie des Députés encore honnêtes ,"
le droit de farctionner librement , il ne nous étoit
plus poffible de faire une Conftitution_monarchique
, & qu'ayant été envoyés cependant pour
fonder une Conftitution monarchique , nous
devenions criminels , fi nous ne renoncions pas ,
à nos fonctions. On ignore de plus dans quelle
défaveur nous vivions , graces aux menées d'une
foule de gers de tous les partis , qui nous repréfentoient
fuivant leurs vues , tantôt comme
gagnés par la Cour auprès de laquelle néanmoins
on nous calumnioit à la journée , tantôt comme
vendus au Peuple , auprès duquel d'un autre
côté on nous calomnioit comme efclaves des Miniftres.
»
Il a donc bien fallu céder à tant de maroeuvres
& abandonner à des hommes plus flexibles
& moins délicats , le foin de régénérer ce
Royaume , Alors , mais feulement alors , n'en
déplaife à l'Auteur de votre note s'eft
montré à découvert cette philofophie auffi
faufle que fcandaleufe , qui a légitimé toutes les
injuftices , préparé toutes les ufurpations , encouragé
toutes les violences , juftifié tous les
attentats . Cette philofophie qui a réduit l'immoralité
en fyftême , qui a fait de l'athéïlme un
moyen focial , de l'irréligion prefqu'une loi de
police , & qui mettant en diffolution tous les
élémens des moeurs , n'a plus établi entre les
hommes d'autre , fraternité que celle des crimes ,
d'autres liens que les relations froides & mo
H
(( 2013 ))
mentapées que l'ambition produits d'autre accord
que celui que les mêmes chaines , les mêmes
fureurs , les mêmes vues d'intolérance & de
tyrannie rendent quelquefois néceffaires . »
ཝཱ
« Certes , Monfieur , je trouve qu'il y a plus
que de la hardieffe à convertir , M. Mounier ,
M. de Lally & midten Partfans ous en Précurfeurs
d'une telle philofophie . Noss Ecrits
exiftent , & il me femble qu'on peuthy remar
quer à toutes les pages des principes abfolument
opposés à ceux qu'on nous fuppofe fiogratuites
mcat. >>
En mon particulier , je puis dire que perfonae
n'eft plus convaincu que moi , & ne s'eft
plus occupé de fe convaincre , de l'erreur , de
l'ineptie , même de toutes les théories mifes en
avant , par la philofophie moderne , pour la
prétendue régénération de l'efpèce humaine. Je
ne dis pas , comme quelques -uns , que ces théories
font vraies , mais que dans la pratique il faut
recourir à d'autres maximes pour régir les hommes ,
parce que je ne dirois- là qu'une abfurdité ; je
crois au contraire ces théories effentiellement
fauffes ; je crois que fi elles ne peuvent régir
des hommes , c'eft qu'elles font abfolument en
oppofition avec la nature de l'homme , foit qu'on
le confidère d'une manière éclatante , foit qu'on le
confidère d'une maniere pofitive .
ל כ
« Rien n'eſt fi extravagant à mon fens que
tout ce qu'on nous a débité fur la Souveraineté ,
fur la loi , fur la liberté , fur la volonté générale
, fur la Société . Je vais plus loin , fi je croyois
qu'il fût poffible de fe faire remarquer par des
idées raifonnables , dans un temps comme celui-ci ,
il me feroit très- aifé de prouver , qu'avec des
principes ou le mode , on n'arrivera jamais à autre
•
1
( 214 )
•
chofe , pour peu qu'on foit conféquent , qu'au
plus miférable defpotifme , à ce defpotifme qui
met à la fois la tyrannie & la révolte dans tous
les coems, & avec lequel tout Gouvernement eſt
impoflib , parce qu'il excite lui-même les paffions
qui empêchent de gouverner.
Malheureuſement quand une nation eft afrivée
au point de dépravation où eft la nôtre ,
Ja Providence elle-même ôte aux vérités les plus
fenfibles tout leur attrait toute leur force ,
& ce feroit bien en vain qu'on tenteroit de les
produire. »
穆
« La, feule erreur de MM. Mounier & de
Lally a été de scroire au bon fens de cette
nation , de fe perfuader qu'il y exiftoit encore
quelque moralité , de fe flatter que des opinions
modérées, pouvoient avoir quelque prife fur le
grand nombre , de compter fur quelque tageffe
dans une Affemblée où il y avoit en effet beaucoup
de Sages , mais où toutes les paffions mifes
en jeu ne pouvoient que difpofer à tous les excès.
Cette erreur n'a pas été la mienne ; il y avoit
long- temps que j'avois écrit qu'une Nation vaine
& légère étoit au fond une Nation fans juſtice ,
une Nation à laquelle il ne manqueroit pour
devenir atroce que l'occafion de l'être avec impunité
; & comme il m'eft démontré que le jugement
cft toujours faux quand le coeur eft corrompu
, j'efpérois peu de la raifon publique ; j'en
efpérois d'autant moins , que je commençois à
douter de la vérité de toutes les opinions que
la moderne philofophie a fait prévaloir pour notre
ruine , & que , remarquant que le mouvement
de ces opinions tendoit à exalter toutes les têtes ,
en refroidiflant tous les coeurs , il ne m'étoit
( 215 )
que trop ailé de prévoir quel en feroit l'affreux
Téfaltat ! sup up <
Du fond d'où vient depuis quelque temps
l'achafnement d'un grand nombre de perfonnes
contre MM. Mounier , de Lally & plufieurs
hommes eftinables qui , avec les mêmes intentions
, ont eu le malheur ou l'avantage de fe
rencontrer là -peu près dans les mêmes vees , ne
cramdroit on pas par hasardoques te retour à des
jdécsofaines für zencorebpoble , & les gens qui
aiment les abus , qui veulent que la Société s'organile
pour un & non pas pour tous , n'auroient-
ils pas un intérêt puiffant à calɔmnier quiconque
a cru trouver la vérité dans des idées
contraires. Que ces gens-là fe confolent : lorfqu'une
Nation eft parvenue au degré de corruption
où eft celle- ci , lorfqu'elle fe décompofe
dans la boue de les vices , & que la feufe
fermentation qu'on y remarque , eſt la fermentation
des paffions baffes & vifes , qui aident
à fa décompofition , le temps de la fageffe
eft paffe , la raifon n'a plus de voix , les cimes
appeilent la force , & il n'appartient plus qu'à
la force de faire la deftinée des Empires . »
+
En voilà bien aflez , Monfieur , fur la note
dont,je me plains . Je fuis perfuadé que l'Auteur
de cette note n'a pas eu l'intention de nous bleffer
auffi vivement qu'il l'a fait ; mais pour peu qu'il
veuille réfléchir , il comprendra fans peine combien
il eft dur pour des hommes dont les intentions
ont toujours été droites , & qui , par aucune
manoeuvre , n'ont cherché à faire prévaloir
leurs opinions , de fe trouver confondus avec ce
vil ramas de Factieux & de Philofophes qui
vivent aujourd'hui de notre défolation & de nos
( 216 )
misères , tous exécrables & dépourvus de toute
pitié , qu'aucun défaftre n'étonne , qu'aucune infortune
n'émeut, qui rêve des crimes quand elle
ne peut en commettre , & qui exiftant fans ceffe
entre les prétentions de l'orgueil & les efpérances de
l'envie, fans ceffe armée de la bâche des syrans
ou du poiguard des révoltés , aime les confpis
sations par principes , les calamités par befoin
des victimes par goût , & ne fait jouito que du
deuil qu'elle caufe , des douleurs qu'elle étouffe ,
ou du fang qu'elle fait répandre, uda zsi 1.5.
J'ai l'honneur d'être , &£. &Q
1207 al
P. S. Un Courier arrivé Mardi dernier de
Stockholm à l'hôtel de l'Ambasadeur de
Suede , a confirmé que le Roi étoit mort
le 29 Mars à 11 heures du matin , avec la
magnanimité qui a caractérifé fa vie
entière.
1
Il paffe pour conftant que Jourdan a paru
dans la capitale la femaine dernière : le
Département donna ordre de l'arrêter ;
averti à temps , il a fui , ou s'eft caché.
312
>
.....
MERCURE
HISTORIQUE
LE
E T
POLITIQ U E.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 13 Avril 1792 .
E Roi de Suède expiré le 29 Mars à
11 heures du matin , a confervé jufqu'au
dernier moment l'héroïque fermeté dont
fa vie entière fut le modèle ; il a confolé
fes amis , entretenu le Prince Royal dés devoirs
d'un Monarque envers fes Sujets , &
pardonné à fes ennemis contre lefquels il
ne lui eft échappé aucune plainte. A l'ouverture
du cadavre , on a trouvé la balle
quadrangulaire & deux pointes de clous
entre les côtes . Le premier acte de la
Régence , préfidée par le Duc de Sudermanie
, a été de fe rendre chez le jeune Prince ,
où l'on a fait lecture du teftament de Sa
Majefté. Le Duc de Sudermanie eft ſeul
Ѻ. 17. 28 Avril 1792 .
K
--
P
218 )
titué Régent jufqu'à la majorité dujeune
Roi , fixée à l'âge de 18 ans ; tout le pou
voir néceffaire à l'adminiftration politique
, civile & militaire , eft délégué à
S. A. R. , à l'exception du droit de conférer
des Ordres , (fauf les ordres militaires
en temps de guerre & de donner la Nobleffe.
On parle auffi d'un codicile , écrit
par Gustave III la veille de fa mort , où
il recommande à fon frère de ne point
affembler la Diète avant la majorité du
Roi , & de marier ce Prince à dix -fept ans
accomplis . MM. de Watchmeißler , d'Armfelt
, de Taube , d'Oxenfierna qui jouiffoient
de toute la confiauce de Gustave III,
continueront à former le Confeil du Gouvernement
fous l'adminiſtration du Duc de
Sudermanie. Ce Prince , dont les qualités
& la bravoure fe font manifeftées
d'une manière éclatante dans les conjonctures
péril'eufes de la Révolution de 1772
& de la dernière guerre , partageoit aulfi
les opinions , les vues , les fecrets du feu
Roi, qui l'affocia conftamment à fes divers
deffeins , comme le jugeant digne de les
feconder.
Aufli-tôt après la lecture du teftament ,
le Prince-Royal âgé de 14 ans a été proclamé
Roi fous le nom de Gustave- Adolphe.
Le 30 Mars , il a reçu avec le Régent les
fermens de fidélité des Chefs de régimers ,
des Officiers civils , de la Bourgeoisie , des
( 219 )
deférens coiléges . Tous les Fonctionnaires
publics en exercice ont été confervés . La
tranquillité publique eft entièrement raffermie
à Stockholm , ainfi que dans les
provinces. On peut en induire , ou que les
moyens des Conjurés étoient très - incomplets
, ou qu'ils n'avoient guères de profélytes
, foit dans le Peuple , foit dans l'armée.
Il eft même prouvé aujourd'hui , que
cet exécrable complot , dont le fuccès eût
replongé la Suède dans une anarchie effrayante
, n'a cu pour complices qu'un petit
nombre de Nobles , la plupart aflez jeunes,
& animés foit par des reflentimens perfonnels
contre le Roi , foit par le defir de
rendre à l'Ordre Equeftre fon ancienne
autorité. La plupart des Seigneurs qui fe
fignalèrent dans leur oppofition à l'Ade
de sûreté, & qui ne diffimuloient pas leurs
fentimens contraires aux vues du Roi , fe
font hâtés de témoigner leur horreur pour
le dernier attentat. De ce nombre font les
Comtes de Ferfin & de Brahé, & le Baron
Charles de Geer. Quoique brouillés avec
S. M. , ils ont reparu à la Cour depuis la
conjuration. Le Roi fit approcher de fon
lit le Comte de Brahé , &: en lui tendänt
la main , il lui dit : « Je regarde ce jour
» " comme heureux pour moi , puifqu'il me`
donne l'occafion de me réconcilier avec
l'un de mes plus anciens amis..»
On continue la procédure fans relâche ;
•
K 2
( 220 )
il n'y a eu que 28 Prévenus d'arrêtés,
Les interrogatoires de quelques uns , &
fur- tout les aveux d'Ankarftroëm , ont
donné de grandes lumières ; mais ce qu'on
a débité dans le Public de la nature de la
confpiration , qui devoit envelopper le
Duc de Sudermanie , les Généraux de
Taube & d'Armfelt , MM. de Ruuth &
Hakanfon , Bourg- Meftre de Stockholm ,
ne repofe encore que fur des bruits dépourvus
de fondement. Six des dé e us ort
été reconnus innocens , & relâchés , ſavoir ;
le Baron de Staël de Holftein , Chef du Corps
d'Artillerie , & fon fils ; les Barons de Kurk
& de Palbitzky , MM. Stalhammer &
Bjorkman .
De Vienne , le 13 Avril 1792 .
Les arrangemens domeftiques que néceffite
la fucceifion allodiale du dernier
Empereur , va réunir ici toute la famille
de ce Monarque. L'Archiduc Ferdinand ,
Grand Duc de Tofcane , eft arrivé le 3 ;
on attend de Bruxelles l'Archiduc Charles ,
& de Drefde le Prince Antoine de Saxe ,
beau- frère de S. M. A. L'Archiduc Léopold
, Palatin de Hongrie , paroît être le
feul qui ne fe déplacera point.
Avant fon départ effectué le 4 de ce
mois , le Général de Bifchofswerder a entretenu
le Roi une demi-heure dans une
audience particulière. Non-feulement Sa
( 221 )
Maj. A. a˜ratifié toutes les difpofitions
arrêtées à Pilnitz entre l'Empereur fon
père & le Roi de Pruffe ; mais il a été
négocié , de plus , des articles additionnels
à la figrature defquels on invite l'Impératrice
de Ruffie. La correfpondance
entre notre Cour & celles de Pétersbourg
& de Berlin a redoublé d'activité.
L'opinion générale eft , qu'auffi - tôt M.
de Bifchofswerder de retour à Berlin , les
troupes Piuffiennes foit du cantonnement
de Magdebourg , foit de la haute Siléfie , fe
matront en marche pour les bords du
Rhin. On annonce que le Roi de Pruffe
commandera lui - mêmela principale armée ,
& qu'une feconde , combirée avec les
forces Autrichiennes , fera fous les ordres
du Duc de Brunswick. Le Public n'eft pas
encore informé du véritable plan que projettent
les deux Puiffances , ni du choix
des Généraux en chef nommés par notre
Souverain on croit , néanmoins , avec
certitude que l'armée, prête à fe raffembler
dans le Brifgau , aura à fa tête le Maréchal
Prince de Cobourg, & les Généraux
Princes de Hohenlohe & d'Efterhazy.
On lève à Effeck & à Péterwaradin trois
Corps de Volontaires Efclavons , commandés
par les Colonels Michalowich
Branovazky & Wakaffovich , qui fe font
diftingués dans la dernière guerre contre
les Turcs : ces Corps qui approchent de
K 3
( 222 )
leur complet , vont fe porter inceffamment
vers le Rhin & les Pays - Bas , ainfi que
plufieurs bataillons de Croates & d'autres
troupes irrélières.
27 Avant la fin de Mars , le Confeil Aulique
de guerre a envoyé à la première
divifion de troupes qui fe rend dans le
Brifgau , & qui avoit féjourné à Lints ,
Fordre d'accélérer fa marche : les deux dernières
divifions, fortes de 35 mille hommes ,
& dont le mouvement prochain étoit au
befoin difpefé depuis fix femaines , doivent
s'être mifes en route de la fin de Mars au
10 de ce mois.
De Francfort-fur- le -Mein , le 20 Avril.
-
Une grande partie des troupes Autrichiennes
cantonnées à Egra & aux environs
, en font parties le 27 Mars , elles
traverferont le Palatinat. Les Corps deftinés
pour le B.ifgau s'y rendent par la.
Bavière ; 6700 hommes de cette dernière,
divifion étoient déjà entrés dans le Cercle
de Souabe le 9 de ce mois . A l'excep
tion de ces mouveniens , du Corps de
Heffois pofté en cordon fur la frontière
méridionale du Landgraviat , & de quelques
difpofitions peu fignifiantes dans les
foibles troupes des Electeurs Palatin & de
Mayence , on n'apperçoit encore nuls indices
d'un ébranlement généra!. L'armée
des Cercles n'existe pas même encore_fur
( 223 )
le papier ; car les contingens ne font point
définitivement réglés . Cependant , on s'attend
univerfellement à une guerre générale
avec la France , qui , au milieu de l'anarchie
, montrera peut - être plus de prévoyance
, d'activité & de prefteffe , que tous
nos Gouvernemens Germaniques , endormis
dans leur fécurité , par la confiance que
la France eft hors d'état de rien entreprendre.
Le Baron d'Ompteda , Miniftre Comitial
de Brunſwick- Hanovre , a déclaré à
la Diète de Ratisbonne au nom du Roi
d'Angleterre , Electeur d'Hanovre , que les
conjonctures actuelles exigent impérieufement
de conferver l'activité de l'Affemblée
pendant l'interrègne , & que S. M. concourra
de tout fon pouvoir à foutenir la
confiance & l'union des Membres de l'Empire
, à conferver la tranquillité publique ,
à maintenir la Conftitution Germanique ,
ainfi que les droits & intérêts des divers
Etats.
FRANCE.
De Paris , le 23 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE .
Du lundi , 16 Avril.
"
Un fieur Cloftre arrive de 150 lienes pour
faire hommage à l'Affemblée d'un modèle de
piques , dontle large fer eft armé de deux pistolets ,
K
4
( 224 )
il en promet 2,000 . M. Brival obferve que
rien ne fut jamais fi patriotique , ni fi humain.
L'invention eft recommandée au comité militaire ;
& l'inventeur reçoit les honneurs du procès - verbal
& de la féance .
Les adminiftrateurs du département du Gard
écrivent que les propriétés font violées , les
maifons pillées , brûlées , les titres anéantis , les
autorités conftituées méconnues , la force publique
nulle ; que les gardes nationales partagent l'ég
rement général. Ces ravages fe communiquent
du diftrict de Sommières à ceux de Nîmes , Alais ,
Uzès , St. Hippolyte , le Vigan. Des commiffaires
n'obtiennent rien ; on menace de faire feu fur les
municipaux en écharpe . « Nous regardons ,
ajoutent - ils , comme certain que tout le mal
vient des raffemblemens dont l'armée Marfeilloife
faifoit partie , des émisfaires fortis de Marfeille
, du mouvement imprimé par cux à toutes
les fociétés patriotiques du Midi , de l'entrepriſe
fur ks prifonniers d'Avignon , de leur évafion ;
des manoeuvres de certains hommes qui , fousle
prétexte d'un patriotifme ardent , font venus
fouffler la difcorle & l'incendie ... De foi -disant
commiflaires de l'armée Marſeilloiſe étoient à la
tête des gardes nationals qui ont ravagé la commune
de Saint-Laurent fufpecie d'incivifme....
Quarante maifons de campagne ont été faccagées
& démolies ; nous vous tranfmett: ons les pièces
probantes... Le corps légiftat.f peut feul influer
efficacement fur l'opinion. »
Après avoir long temps lutte contre MM. Goupilleau
, Thuriot , & autres dont les clameurs lui
coupoient la parole , M. Genty a demandé quel effer
avoit produit l'arm´e qu'un décret ordonnoit de
raffemblers le Midi ? cu elle étoit ? S. le
( 225 )
miniftre de la guerre avoit rempli fon devcir ?...
Oui , lui a crie M. Goupilleau . Les conclufions
de M. Genty ont été que le miniftre devoit répondre
de l'exécution du décret fur la tête.
Comme dans cet excès d'anarchie les proteftans
auffi tremblant pour leurs propriétés , ceffent
d'approuver un fléau qui menace d'envelopper
jufqu'à fes caufes , M. Jeonnot Pieyre s'eft réuni
à l'opinion de M. Genty. Mais , dfant peut - être ,
plus qu'il ne vouloit , il a révélé que le dépariment
des Bouches - du - Rhône a popofé d'établit
dans une des villes de celui du Gard , un
comité central compoté de commiffaires de tous
les départemens vifios , pour veiller à la fûreté
commune; que ce comité doit être affemblé , &
qu'il proddira , fans doute , de bons effets ......
Or, un pareil comité central à l'extrémité de la
France , formé fans décret préalable du corps léflatif
fanctionné par le Roi , eft ure coalition
inconſtitutionnelle dont perfonne ne s'eft alarmé .
Quels droits , quelle action légale peuvent avoir ,
dans le département du Gard, des commiffaires
d'autres départemens qui n'ont d'exiftence politique
& légitime que dans les bornes de lear territoire ,
qui n'ont aucun caractère de repréſentation , même
dans ces limites ? ( Conftitution , tit. 3 , chap . 4 ,
art. 2. )
Défabufé trop tard des maximes révolutionnaires
, épouvanté des crimes qu'une théorie inco.
fidérée fomenta dans leurs premiers germes ,
M. de Vaublare a parlé de vérité , promis toute la
vérité , dit que la vérité feule pouvoit fauver la
France ... On lui a crié : du fait . Mèlant_toujours
de funeftes erreurs à ce que la confcience
effrayée lui arrache de plus vrai , il a dit qu'il
trouveroit un égal honneur à périr à la bouche
K
S
( 226 )
d'un canoa , ou à être déchiré par les factieux ;
que le mal venoit « de ce que l'Aſſemblée & le
Koi ne font pas les feuls à gouverner ( comme fi
Je Roi gouvernoit ! comme fi la législature devoit
gouverner ! ) » Enfuite il eft parti de la lettre
qui impute fran.he:nent aux fociétés patriotiques
l'impulfion dévaftatrice , pour expliquer combien
il étoit fimple & naturel qu'il en arivât ainsi ,
puifqu'à quelques pas de la falle un club délibéroit
d'avance fur tous les décrets , influenç it
l'opinion . de l'Affemblée , & en dénonçoit les
opinans.
-
Il faut que le peuple fache que , du jour
où la liberté des opinions de fes repréſentans ne
fera pas refpectée comme ce qu'il y a dans le
monde & fous le ciel de plus facré , il n'eft plus
fouverain , il eft efclave... Nous devons tous
périr pour établir le defpotifme de la loi......
Quand vous avez appris qu'un maire vertueux
eft mort en rempliffant fon devoir , vous deviez
punir la ville entière . » — Oui , tout le monde
a crié un inembre. Oui , MM . , a pourſuivi
M. de Vaublanc ( en rêvant continuellement des
conféquences magiques d'obéiflance & de paix ,
au milieu des principes d'infurrection , de révolte
& d'indépendance ) ; il faut que l'écharpe
municipale fuffie pour arrêter la multitude la
plus égarée... Par- tout je vois les droits du
peuple exercés ; mais il faut qu'on fache auffi
qu'il ne peut confervet fes droits qu'autant qu'il
remplit fes devoirs ... que le peuple fache que
devant l'organe de la loi , il doit obéir ; tant que
nous n'arriverons pas à ce point-là , nous n'au
rons pas de liberté . Souvenez - vous du met de
Rouffeau : « Perdue , on ne la reconquiet plus .
Laiffez faire, nous ne la perarons pas , lui 197
C
( 227 )
ont crié quelques Salons de l'extrémité de la.
falle.
сс Ce n'eft , a-t-il repris , que torfque le corps
législatif couvrira de fon exécration tous les attentats
centre la loi , contre la propriété , que
vous remplirez le peuple de cet efprit confervateur
qui doit remplacer celui de l'anarchie ......
Lorfqu'on vous a propofé de rendre le décret
d'amiftie en faveur des brigands qui avoient
fouillé les rues d'Avignon ( tumulte horrible. A
Fordre, à l'ord e )... fans doute vous ignoriez
que dans une fociété célèbre on ne cefloit , depuis
plufieurs jours , de s'occuper des moyens de
l'obterir ; & lorfque vous l'avez rendu , croyezvous
qu'il auroit été reçu ici comme il l'a été ,
s'il n'avoit été précédé par les délibérations de
cette fociété ( à l'ordre , à l'ordre ) ? ... Deviezvous
attendre que des hommes , fe colorant du
nom de patriotes , anticiperoient fur ce qu'un
tribunal devoit prononcer , qu'ils ouvriroient les
prifons où étoient renfermés ces prifonniers , les
mettroient en liberté , & les promèneroient en
triomphe dans la ville d'Arles ? » On auroit
répondre à l'orateur que ceux - là pouvoient ne
pás ignorer l'influence du club , qui étoient àla-
feis membres de ce club & légiflateurs ; que
ceux-là pouvcient s'attendre à l'élargiffement des
brigands , qui les nommoient , dans la tribune de
l'Afemblée, les héros, les martyrs de la libcrié, &c.
« J'ai lu , a-t- il pour fuivi , un court extrait
des informations ; j'ai tren-blé , j'ai frémi ( murmures
) . Certes , ce ne fera p s lorfque le cime
marche a la tête levée , que vous pourrez être
fûrs de conferver la liberté. Entre la liberté & le
cime , il n'eft rien de commen , » Les conclufions
de M. de Vaublanc (hué , fifflé ) ont été de fatter
K 6
( 228 )
S
les miniftres jacobins , & de demander qu'ils fe
concertaffent pour offrir leurs vues à l'Affemblée.
M. Bréard lui a répondu qu'on l'avoit décrété
la veille , quoiqu'on n'eût réellement décrété
que l'ordre aux miniftres de la justice &
de l'intérieur , de rendre compte des mesures ,
qu'ils auroient prifes pour remettre les Jourdan , &c.
en prifon ; ce qui n'a trait qu'indirectement & partiellement
aux horreurs des départemens du Midi ;
mais il fuffifoit , pour le moment , d'oppofer des .
mots vides à des forfaits atroces.
M. Merlet a dit qu'il étoit de l'avis du miniftre
de la guerre , qui veut éloigner les troupes
de ligne , & n'employer que les gardes nationaux
dont parle la lettre des adminiftrateurs du
Gard. Enfin , M. Garan de Coulon a demandé
que , « loifqu'un décret eft rendu ( tel que celui
de l'amniftie des brigands d'Avignon ) on ne
vienne pas ici le préfenter ni comme le réfutat
d'une faction , ni comme le réfultat d'une fociété
populaire ; parce qu'il doit être refpecté de tous les
amis de la liberté , & que dans l'Affemblée il ne
doit y avoir que de ces amis . » Ce r'fultat d'une
fociété , cette fervitude impofée aux opinions ont
été applaudis des admirateurs de M. Garan de
Coulon , qui a fait rappeller M. Jouneau à l'ordre
pouravoir ofé luidire : Allez à Orléans !...Etrange
manière de délibérer fur les dévaſtations de 25
lieues de pays enflammé !
L'Affemblée a renvoyé les diverfes propofitiors
& les nouvelles du Gard à la commiffion des
douze . On a enfuite entendu la lecture d'ure
lettre d'un juge de paix de Toulon qui a mis
aux arrêts M. de Coincy , commandant la 8º . divifion
de l'armée , pour foupçon de connivence
( ·229 )
31
entre ce général & les prétendus contre- révolutionnaires
d'Arles .
M. Lafource a débité une longue argumentation
, à l'appui du projet de M. Condorcet , pour
que les places de commiffaires à la trésorerie , à
la comptabilité , & ce les de payeurs - généraux ,
déclarées incompatibles avec les émolumens de
lég flateur , comme étant à la nomination du
Roi , foient données par une aſſemblée élecorale
ad hoc , cià- dire par les jacobins . L'opinant
, qu'il faut citer pour offiir l'étonnante &
véritable mefure des talens applaudis , a étab i
que l'Allemblée n'avoit pas à calquer les loix
fur les moeurs d'un peuple mauffade ( vouloit-il
dire nomade ? ) ; que cette élection étoit dans
la déclaration des droits ; que la nation ne nonrant
pas l'adminiftrateur de la lifte civile , le
Roi ne doit pas nommer les adminiftrateurs de
la fortune nationale , parce que le tréfor public
eft la bourfe commune des François cottifes . Si
le peuple difoit : j'ai le droit d'adminiftrer mon
bien, M. Lafource efteroit muct. « Ceux , dit - il,
qui croient que la conftitution Frar çoiſe a voulu
fire du pouvoir lég flatif & du pouvoir exécu
tf deux amis qui marcheroient enfem b'e en fe.
tenant par la main , adoptent la plus groffière
& la plus funefte des erreurs . Si les corps conf
titués s'endo :moient dans cette erreur , bientôt
il
y en auroit un qui ne fe réveilleroit qu'au moment
cu il fe fentiroit étouffer par Pautre. »
ce Perfonne ne veut régir un Empire auffi
vafte que la France avec la fimplicité d'une
ville Grecque. » Certe fimpl cité , M. Lafource
l'attribue à Montefquieu qu'il n'a jamais fu lite .
Perfonne ne veut rebâtir , à gros frais , le .
coloffe énorme des anciens abus... Le Roi eft
( 230 )
fur le trône pendant plus de 40 ans ; le pouvoit
cx'cutif n'a pas de vacances ..... L'un des pouvoirs
, fimple comme le peuple , cft entouré de
l'opinion publique qui veut ; l'autre , pompeux
comme la couronne , cft entouré de la force
armée qui peut ..... La fervitude eft comme la
pefte...... Y a t-il un homme plongé dans une
balletle profonde? Ceft fouvent lui qu'on élève
au premier emploi . Un bon choix et un phénomine
comme un bon Roi... Alors les impôts
font mal payés fiute de confiance ...... Mais la
furveillance , objcctera - t - on ! elle n'eft pas plus
redoutable que le tonacre de l'opéra ou que le
loup- garon ... » Ces platitudes & le projet analogue
ont été couverts d'applaudiemens , &
honorés de l'impreffion aux fais du peuple.
M. Bugnoty a oppofé d'excellentes raifors
froidement accuei lies . Il a prouvé que tout cela
tendoit à la confufion des pouvoirs, à la deftruction
de la royauté . Le droit de voter les impôts doit
appartenir à l'Allembée , leur geftion admin [-
trative aux agens du peuple , mais la partie cxécutive
au Roi fur lequel il eft injufte , impo'itique
, inconftitutionnel d'appeller 11 défiance
nationale ; parce que ce feroit réunir dans le
corps légiflatif l'action & la furveillance , & détruire
toute refponfabilité. Les choix du peuple
font fujets à l'intrigue au moins autant que les
choix des Ros . Les Rois ont une refponibilité
morale ; un forutin n'en préfente aucune ; chacun
des votans enfouit dans le fecret de l'urne
toute la refponf.bilité dont i ' poutto t être l'objet.
Les corps énoraux des 83 départemens ne peuvent
élire pour le royaume entier . Des életcu.s
ad hoc non més par ces électeurs ne feroient pas
les élus de la nation , fercient un corps nouveau
( 1231 )
dans la conftitution , une inftitution fort chère,
très - dangereuse , dont la création excederoit les
pouvoirs d'une législature qui n'eſt pas conftituante
; ils ne connoîtroient pas les meilleurs
fujets s'ils les prenoient à Paris , ils établiroient
le defp tifme de la capitale . C'est au repréſen- i
tant héréditaire , à l'électeur perpétuel , univerfel
, à voir l'enfemble , à nommer des agens ref- ›
ponfables & furveillés par le corps législatif.
Mille autres objets prefent bien davant ge que
ces argutics qui divifent au lieu de rapprocher.
Ce n'eft pas à M. Condorcet , choisi par le Roi
pour l'une de ces places , à dire que les Reis
ne choififfent que des intrigans , des hommes
tités de la baffeffe la plus profonde , des prévaricateurs
...... Le difcours de M. Beugnor cft
d'un homme - d'Etat: On en a diciété Yimpreflion.
Un décret a ordonné qu'il fera mis à la difpofition
du miniftre de la guerre 11,450,000 ! .
duni 2,400,0 o liv . d'ordinaire , 4,000,00, liv.
d'extraordinaire , 600,000 liv . pour Cherbourg,
& 450,cco liv. pour le Havre , &c .
> 7
M. Duranthon , le nouveau garde- du -fccau
eft venu faire fon compliment d'ouverture à
l'Affemblée . Il y a dit qu'il defitoit depuis long- :
temps la révolution , qu'ayant médité pendant
vingt ans les maximes de Voltaire , de Montefquicu
, de Rouffeau , dans le filence de la mort
politique, il n'étoit forti de fon afyle que lorfque
la liberté , mille ans oppreffée , avoit attaqué
corps à ccoorrppss llee mmoonnffiirree aux cent têtes , &c. Il
s'eft dénoncé « coinme l'être le plus incontéquent
& le plus pervers , s'il portoit la
moindre attcinte à la conftitution . « La France ,
a-t- il dit, me pardonnera d'avoir plu ô : craint
"
( 232 )
pour elle l'incivisme d'un homme de génie , que
le peu de capacité d'un citoyen vertueux……... Si
je ne me retire pas digne de vos regrets , je
me retirerai fans avoir mérité l'improbation
d'aucun homme libre . » Ces modefies vertus £.-
ront imprimées.
:
Le miniftre de l'intérieur a ertretenu l'Af- `
femblée des troubles de Milhau , Tonnerre ,
Montbriffon , Tule , & c. Toujours le fanatiſme
des perfécutés , le civifme des perfécuteurs , des
pillages de patriotes , & la proprié é deverue
aristocratie . M. Mayerne fommoi le miniftre
de répondre au dernier décret relatif aux brigands
d'Avignon ; plufieurs voix ont cré à l'ordre !
du jour. M. de Kefaint invoquoit la queftion
préalable , & fe plaignoit des propofitions incidentes
qui é oignoient la difcuffion du fublime
difcours de M. Lafource . Après avoir répondu :
je n'ai point encore reçu le décret du préopinant
, - » - vivement prefié par M. Fraiffenel qui
ne protége pas les brigands , le miniftre a dit
que juges s'étant enfuis d'Avignon , il ne
favoir à qui s'adreffer . Mais M. Ďuranthon a
trouvé une autre défaite : « j'ai écrit , a-t-il
dit , pour demander le fignalement des priforniers
, & les indiquer à la force publique..... »
A- t- on en befoin de tant de formalités lorfqu'on
a incarcéré MM. Tardy ? On a mis bien
meias de lentcur à délivrer l'ordre de traîner
l'évêque de Merde , M. de Caftellane , dans les
cat hots d'Orléans , &c.
ec
les
Du lundi , féance du foir...
Des lettres remifes aux comités , la dénonciation
de couriers arrêtés fur la route de Pans
à Maubeuge comme flecis de favoriler l'lva(
233 )
hon d'un individu ; use longue difpute pour
favoir fi l'on a lu hier , fi on lira aujourd'hui
une leure ou M. de Gouvion motive fa démiffion
fur les honneurs accordés aux afkffins de
fon fière ; des débats qui finiffent par le refus
de lire cette lettre que 5 à 6 cent membres avoient
affez entendue la veille ; la harangue , vifiblement
foufflée , d'un municipal d'Arles qui affirme
que les chiffoniftes ont voulu lui couper le cous
que les monnaidiers ou fans - culottes étoient les
feuls hommes vertueux, que lui & deux autres ,
feuls magiftrats patriotes , avoient eu l'honneur
civique d'être déteftés de tous les arifocrates ou
ch ffoniftes, de la majorité de leur ville , de tous les
propriétaires , de tous les autres magiftrats :
enfin , une déclamation de M. Lefcène- des:Maifons
où il a rendu compte ( c'est- à-dire , en embrouillant
tout à la maniére ) de la conduite des com
miffaires civils envoyés à Avignon ; cù il a foutenu.
qu'il avoit réfuté victorieufement M. l'abbé
Maury, & dort la fuite a été prorogée au len
demain tel eft l'abrégé encore trop long de:
´cette ftérile féance.
;
Du mardi , 17 avril.
Le département de la Verdée demande la déportation
de tous les prêtres non-affermentés . Sa
motion de tolérance & de liberté eft renvoyée alt
commiffion des donze . M. Goupilleau propofe de ,
les envoyer tous à Rome pour les indemnités du es
au Pape. L'effluence d'efpiit rend fi difficile , qu'à
peine cette faillie a produit quelque fenfation .
On adepte la rédaction défi itive du décret portant
création de neuf compagnies de canonniersin
cheval , de 76 hommes dont fix à pied .
Le comité de l'ordinaire des finances a propole ,
( 234 )
la fuppreffion du milion de traitement accordé
aux princes Fra çois , & la continuation du paiement
de la rente apanagée aux créanciers . M.
Goupilleau qui voit d'un cit fee 50,000 prêtres
privés de tout , ca'omniés , menacés de la déportation
, & qui plaifante , a fait les honneurs de
fon humanité en s'intéreffant tendrement au fort
de 1200 familles qui n'ont d'autre selfource que
leurs créances fur les princes . Ceux ci font des
rébelles , des traîtres , des contumaces . « La
France n'eft plus tenue aux généreux engagemens
qu'elle avoit contractés . » Il veut que tous leurs
Eiens foient régis par une adminiſtration particu
lière . M. Lovet établit que la rente apanagère eft
deſtinée à l'entretien de leur poftérité mafculine &
non au paiement des créanciers ; en conféquence ."
M. Louver fequeftre tout , attendu que l'atrocite
des princes eft démontrée. M. Baffal plaignoit les
créanciers en tant que patriotes . M. Thuriot
trouvoit indécent d'entretenir une maiſon des
princes à Paris tandis qu'ils en ont une à Coblentz
.
rien , & n'en-
Quand M. Dubayet a foutenu que l'Affemlée
ne pouvoit pas vouloir faire mou: it de faim 00
familles , il s'eft élevé de finguliers murr ures .
Le fubtil M. Vergniaud hypo-béquoit les créances
fur la rente apanagée , celle - ci fur
gageoit pas le traitement , vn quet le traitement
celle avec le décès ( qui ceffe auifi fans douse) .
ou d'une manière quelconque. » M. Vergniaud
fait décréter l'ajouraement , & l'ordre a comite
de préfenter un autre décret .
M. Cambon a lu les fonges furles finances.Il
rêvera cucore demain .
Le miniftre annonce que plufieur: régimens
comprent 6 , 7 ou 8 cents hommes d'excédant ,
( 235 )
tant le civifme & le befoin de 15 fous portent de
citoyens dans l'armée. Ces états applaudis feront
imprimés.
Du mardi , féance du foir.
Les médecins payeront- ils des patentes ? Un
décret a renvoyé leur requête en exemption au co».
mité; M. Rouyer a demandé le rapport de ce décret.
M. Brouffonnet vante leur patrictifme ; M. Merlet.
voudroit en exempter les avoués ou défenfeurs officieux.
M. Mailhe les compare aux ci- devant
avocats ; la comparaifon eft mal reçue . Auffi
quelle d fférence ! M. Tardiveau exige des patestes
de tout citoyen dont la profeffion cft iucrative
, bien entendu que celle de législateur ne
produit que l'indemnité de 18 francs parjour, qu'on
n'auroit point eus fi l'on n'avoit pas été élu député.
L'ordre du jour motivé fanctionne ces raifonnemens
.
Un membre a dirigé l'attention de l'Aſſemblée
fur l'effain de corfaires , qui , au premier coup
de canon , pourroit bien intercepter le commerce :
maritime François. Le miniftre rendra compte
des mefutes prifes pour protéger les vaiffeauxmarchands
( au moyen de frégates que monteront
les capitaines marchands . )
M. Fauchet a lu une longue differtation , fur
les 17 ou 27 griefs des municipaux ou des Jacobins
de Lyon contre le directoire du département
de Rhône & de Loire . Un tiffa d'allégations vagues
bien envenimécs ; des détails impoffibles à
jager loin des lieux , fur la poſition contestée.
de certains moulins ; des quolibers du plus mauvais
goût au sujet de licornes fervant de fupports
à des armoiries ; la tolérance nommée fanatifme ,
incivifme ; le defir d'une force armée & difcipli(
236 )
née , traité de projet de contre-révolution ; fa
perfécution des prêtres , des religieuſes , des inquifitions
domiciliaires , des incarcérations atbitraues
, des calomnies , des flagelations , diffimulées
pour ne blâmer que ceux qui défapprouvent
la tyrannie des patriotes & ne la qualifient pas
de liberté ; le tout revêtu du ſtyle connu de l'évêque
du Calvados , a fini par la propoſition abfurde,
autant qu'injufte , de deftituer les adminiſtrateurs
fur la parole de M. Fauchet . Innocens ils doivent
être maintenus ; coupables ils doivent être jugés
ou punis . Mais l'efprit de parti n'a ni morale ni
logique. On a ri des licornes & de l'orateur , &
l'on a femblé faire une épigramme en décrétant
l'impreffion de fa diatribe.
Du mercredi , 18 avril.
Guerre civile à Ilingeau , dans le département
de la Lozère ; des intentions devinées , des bourgeois
aristocrates foumis par l'héroïíme des putriotes
en plus grand nombre, & mention hɔngrable
en attendant le rapport.
Cing compagnies du- 41 °, régiment , infanterie,
embarquées, le 6 janvier , poer Saint- D . mirgus,
ont été obligées de relâcher à Breft . Les toldars
ne veulent pas le renbárquer à moins qu'on ne
leur pate deux mois de folde d avance , « J : me
flatte , écrit le miniftre de la guerre , que d'après
cet expolé , l'Aflemblée nationale approuvera le
paiement de ces deux mois de folde , que les circos -
tances ont néceffité…….. » Anx comités miiaire &
des finances.
- Après quelques délats , l'Affemblée a décrété :
1. que la loi qui exige le ferment civique des
perfonnes vouées à l' ducat on publique , cft com
mune aux doux £ x , 2º. L'ajɔurnément à trois,
( 237 )
»
cc
jours de la queftion : confervera- t- on le dernier
non.bie d'officiers généraux ? & l'ordie d'en imprimer
la lifte, Nous ne citerons que ces mots de
M. Dumas : « Ces Meffieurs veulent une armée
fans chefs , comme un gouvernement fans autorité.
3 °. Que les anciens drapeaux & guidons
feront brûlés à la tête des régimens , & que les
municipaux en drefferont le procès-verbal & l'enverront
aux archives nationales . 4° . La révocation
de la défenfe d'exporter les cotons en laine &
en grain ( décrétée le 24 février dernier ) ; & le
droit de 12 liv . par quintal fur ces cotons exportés
, élevé à go liv . par quintal , poids de mare ,
jufqu'à nouvel ordre.
4
Les fix miniftres font entrés dans la falle , & le
garde- du-fceau a dit : « Le Roi & la Reine viennent
de faire appeller les miniftres pour leur
faire part qu'ils ont nommé M. de Fleurieu gouverneur
du Prince Royal ; ils les ont chargés
en même temps , d'en venir donner communication
à l'Aſſemblée . » Puis il a lu la lettre du Roi
ainfi conçue :
›
« Je vous prie , M. le préfident , de prévenir
l'Aflemblée nationale , que mon fils ayant atteint
l'âge de fept ans , j'ai nommé pour fon gouverneur
M. de Fleurieu . Sa probité & fes lumières généralement
connues , ainfi que fon attachement
à la conftitution , ont déterminé mon choix . Je
ne cefferai de lui recommander d'infpirer an
Prince-Royal l'honneur & le refpe& pour la juftice
, l'amour de l'humanité & toutes les vertus
qui conviennent an Roi d'un peuple bre ; de lui
apprendre qu'un Roi n'exifte que pour le bonheur
de tous ; qu'appellé à maintenir l'exécution des
Joix , la plus grande force pour contraindre les
autres à obéir ; eft l'exemple qu'il leur en donne
( 238 )
lui même. J'espère que mon fils fe rendra digne
un jour de l'amour des François , par fon attachement
à la conftitution , fon relp : pour les
loix , & fon application conftante à tout ce qui
peut affurer la prospérité du royaume. »
« L'Aſſemblée nationale reconnoîtra sûrement
à ma démarche , que je laiſis toujours avec empreflement
toutes les occafions d'entretenir l'harmonie
& la confiance qui doivent exifter , pour
le bonheur des François , entre tous les repréſentans
de la Nation , »
сс
cc« Signé , LOUIS . »
Contrefigné, Duranthon. »
M. Lafource , miniftie proteftant , a obfervé
que l'Affemblée conftituante avoit décrété que les
représentans du peuple éliroient le Gouverneur de
l'héritier de la couronne ; & il n'a pas hésité de
tappeller cette lifte de candidats , dont la plupart
firent hauffer les épaules à tous les gens fenfés &
honnêtes. Il a demandé que les comités d'inftruc
tion publique & de légiflation préfentaffert inccflamment
un projet de décret fur l'éducation de
l'héritier présomptif mineur : « Parce qu'il importe
infiniment qu'on lui donne une édacation
conforme à nos voeux , à nos fentimens , & à
ceux du peuple François. Dans ce projet entrera la
queftion de favoir fi c'eft le. Roi ou l'Affemblée
nationale , qui doit nommer le gouverneur. »
- Cet avis à été celui de M. de la Cretelle , parce
qu'il a un difcours tout prêt. M. Rouyer a demandé
le envoi de la lettre du Roi au comité ,
comme cortraire à la conftitution.M . de Kerfaint
n'a vu de doute d'ancun côté , & s'eft fort étonné
de ce qu'on paffoit a l'ordre du jour au lieu de l'entendre.
Les propofitions de MM . Lafource &
Rouyer ont été décrétées.
a
( 239 )
Le miniftre des affaires étrangères a dit qu'il n'avoit
pas encore porté les dernières dépêches de M. de
Noailles au confeil du Rois que dès que le confeil
aurci: fatué , il les communique:oit à l'Aflembiée
.
M. Cambon a repris fon roman fur les finances,
qui vont toujours à merveille . Il fuffit à tout ,
comme il a rempli fa promeffe de mettre les affignats
au pair. Nous pari :rons ailleurs de ce dernier
bilan.
Du mercredi , féance du foir.
Un décret d'urgence a fixé às fous 10 deniers
par jour , pour chaque homme effectif , la portion
de folde que recevront en efpèces les troupes
de ligne & les gardes nationaux fur le pied de
gure ; augmenté d'un quart pour les fous - officiers
& foldats , lieutenans & fous lieutenans ,
& d'un fixième pour les capitaines , la quotité
qui devoit leur être payée en affignats dans certaines
places dont l'état eft annexé au décret ;
& d'un tiers les fommes deftinées au paiement
des maffes d'habillement & de recrutement...
Un fecond décret d'urgence a ordonné le dénombrement
des bères de fomme & de trait , des
chariots & charrettes exiftans chez les particuliers ,
& l'eftimation de leur valeur , leyer , indemnité
, ainfi que l'évaluation des pailles & fourrages
qui pourront être exigés pour le fervice
de l'armée. Les directoires de départemens , de
diftricts , les municipalités , & les commiffaires-.
ordonnateurs , le civil , l'adminiſtratif , le, militaire
, le miniftre & la légiflature formeront à
cet égard un enchevêtrement de pouvoirs non
moins défavorable à l'expédition que dans tout
le refte.
( 240 )
Précédemment , l'Aſſemblée faifant les fonctions
du pouvoir exécutif , avoit décrété un raffemblement
de troupes de ligne près d'Arles. Aujourd'hui
, fur la propofition de M. Grangeneuve ,
un décret a permis au pouvoir exécutif de difpofer
de ces troupes , fous fa refponſabilité , &
de les porter par- tout où il le trouvera convenable
. Voilà donc le Midi probablement livré à
la difcrétion des bandes armées qui le dévaftent
& le tyrannifent.
M. Lefcène des Maifons a repris fon difcours
fur les troubles d'Avignon , fur leurs cauſes , fur
les moyens d'y remédier . Il a annoncé que l'armée
des Marfeillois , groffie des Jourdan & complices
, remonte le Rhône avec de l'artillerie ;
il a confeillé d'y oppofer la douceur & l'opinion
plus éclairée , de belles phrafes & des patriotes
difciplinés. On a décrété l'impreffion , & que les
miniftres de l'intérieur & de la guerre rendront
compte demain , par écrit , de ce qu'ils favent .
Du jeudi , 19 avril.
сс
Au moment où la guerre imminente ajoute
encore à la néceffité de la fubordination militaire ,
l'Affemblée a décrété qu'il eft important « de remettre
dans leurs régimens , des hommes dont le
civisme eft éprouvé, & qui peuvent entretenir le
feu facré de la liberté dans le coeur de leurs camarades
; qu'en conféquence , plufieurs fousofficiers
& foldats dénommés , renvoyés du 12 .
régiment , cavalerie , par le confeil de difcipline ,
y reprendront leur rang & recevront la folde à
dater du jour de leur expulfion.
f
Par une motion d'ordre , M. Dubayet a expofé
l'intérêt qu'auroit la France à renouveller
l'alliance
( 241 ).
l'alliance prête à expirer entre elle & les Suiffes ;
peuple fidèle , a- t- il dit , qui paroît nous menacer .
de la fin de fes capitulations ... Un membre a
crié tant mieux . Quelques voix ont demandé
qu'il fut rappellé à l'ordre . L'opinant a conclu à
ce que le miniftre des affaires étrangères fit connoître
à l'Affemblée où en font les négociations
pour qu'elle fache « fi le peuple Helvétique fera
la guerre avec nous ou contre rous . »
A cette propofition diverfement applaudie
M. d'Averhoult a répondu qu'il feroit inconftitutionnel
& dangereux d'exiger & publier des
communications prématurées ; que la prudence
& la justice confeilloient de s'en remettre au
patriotifme de M. Dumourier , qui agifoit sûrement
de la manière la plus conforme à la dignité
nationale . Ladeffus on eft paffé à l'ordre du
jour.
Enfin M. Cambon a terminé la lecture de fon
volumineux travail fur les finances . Charmé des
réfaltats , M. Jacob Dupont a obfervé que fi M.
Baudouin étoit feul chargé de l'impreffion , il y
én autoit pour trois femaines ; & a propofé d'on
charger trois imprimeurs à la fois . Il attendoit
une grande influence fur le crédit public , de
l'envoi de ces tableaux comparatifs de la dette
& des refources , aux 83 départemens. « Les
puiffances étrangères , difoit - il , pourront bien
envoyer contre nous des foldats ; mais elles ne
les feront pas précéder de pareils états de fitua-
сс
on de leurs finances . I importe de leur démontrer
qu'il y a de l'extravagance de leur part
à prétendre réduire une nation qui a un revenu
annuel de deux milliards , & une maffe de richeffe
de plus de quarante milliards . Jainais l'artillerie
Nº. 17. 28 Avril 1792.-
( 242 )
des zéro ne fut ni plus férieufement ni mieux
fervie.
M. Forfait vouloit qu'on examinât ces tableaux
avant de les envoyer aux départemens . On a
décrété qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer , quant
à préfent , fur cet envoi.
Alors , on cft rentré dans la difcuffion du
projet de M. Muraire fur le moyen de conftater
les naiffances , les mariages & les décès . Nous
devons remonter ici aux féances précédentes oN
l'on a traité cette matière . Il fuffira d'une courte
notice.
M. Lemontey avoit manifefté de fages appréhenfions
qu'une innovation trop peu péparée ne
fit imputer à l'Ademblée le projet de fapper les
bafes de la religion ; & il avoit demandé qu'un
article préliminaire maintint expreffément aux
citoyens le droit de faire baptifer leurs enfans ,
benir leur mariage , célébrer les obféques de
leurs parens. Mais ces ménagemens firent fourire
de pitié des philofophes tranfcendans , qui
fuppofent toute la nation auffi indifférente qu'eux
aux idées religieufes.
сс
M. Vergniaud avoit établi que « le mariage
précédé toutes les conventions fociales , toutes
les religions , ou plutôt qu'il eft la religion de
toute la nature »... Que les premiers pontifes
chrétiens «pénétrés de cette maxime évangélique ,
que leur puiflance n'eft pas de ce monde , fe
gardoient alors de dire aux nations & aux hommes
qui vouloient s'inftruire de leur doctrine : Si
Vous ne vous mariez dans nos temples , on ne
regardera , dans l'empire , voire union que comme
un concubinage, &c... Que peuvent avoir de
commun , s'étoit il écrié , telle ou telle opinion
( 243 )
religieufe & l'état civil des citoyens ; les prine
cipes de la politique célefte , & ceux de la politique
humaine ; les cultes , qui n'ont que le
ciel pour objet , & le gouvernement des em
pires ?...
་
Mais M. Vergniaud expliqua bien autrement
fon nouveau droit civil , étranger à toute reli
gion . A l'en croire , un attroupement de Paris
ne fe porta point par intolérance à l'églife des
Théatins. « Le peuple , dit-il , vit qu'on s'y réus
niffoit au nom du ciel pour conſpirer contre la
liberté que la vergeance & la trahifon étoient
les dieux qu'on y fervoit ; il abhorra ce culte
exécrable & , dans fon indignation , il en difperfa
les perfides fectateurs. Nous ne caractériferons
pas ce trait de la philofophie de M.
Vergniaud.
Aujourd'hui M. Courtaud demandoit qu'on toléra
: tous les cultes ( même l'idolâtrie ) excepté
( même l'idolâtrie ) excepté
le culte catholique. Il a dit avec une franchiſe
défolante pour nos politiques : de ce n'eft pas fans
de puiffantes raifons que nos loix ont voulu dé
truire ce culte en détachant le clergé de l'au
torité du Pontife de Rome au moyen des élec
tions . » M. Mailhe lui a fourenu que l'Affemblée
conftituante n'avoit attenté en rien à la'
puiflance fpirituelle . Le vacarme & des huées .
ont forcé le trop indifcret M. Courtaud à quitter la
tribune.
ོ །
M. Adam raifonnoit fur Incapacité des mumcipaux
de village pour tenir des regiftres , quand
M. Dumourier eft venu apporter une lettre du
Roi où S. M. mande qu'elle compte fe rendre
à l'Affemblée nationale demain à midi ; & le
même miniftre a communiqué les dernières dé
Liz
( 244 )
pêches de M. de Noailles Nous les tranfcrirons
phis base 35
L'Affemblée eft paffée ,à l'ordre du jour. M.
Leremboure a obfervé que M. de Noailles n'étoit
pas plus coupable d'avoir différé de quelques
heures la remife des dépêches de M. Dumourier,
que celui ai d'avoir gardé pendant, trois jours
les dépêches, de M. de Noailles avant de les
préfter au confeit du Roi, Cette obfervation
aexcité les rumeurs, défapprobatives de ceux-là.
même qui avoient fait contre . Delefart un
grief d'un retard ( meins, bien, prouvé. On a
révoqué le décret d'accufation contre M. de
Noailles.
Du jeudi , féance du foir.
Dans une lettre à M. de Grave , M. Luckner
repréfente à ce Miniftre qu'en lui, pendant compte
précédemment de l'état des troupes , il ne s'attendoit
pas à la publicité qu'a reçue fa dépêche ;
publicité qu'il étoit du devoir d'un général de
ne pas y donner. Il difcute enfuite , artide par
article , la réfutation qu'es a faite le miniftre ;
il réitère fes plaintes fur infuffifance des remplacemens
, des approvifionnemens ; fur le retard
qu'éprouvent les avances ou les indemnités ; fur
le numéraire promis & non expédié ; & il annonce
à M. de Grave un mémoire relatif à
l'achèvement de l'organifation de l'armée & à
l'enfemble des opérations à concerter. Cette lettre
adreffée 34 miniftre été lue publiquement
comme la première & renvoyée au comité mí
litaire,, 916/2
MM . Baux , négocians de Marfeille , notifient
qu'un de leurs watifeaux, a fait , le 22 décembre
J
243
1791 , la découverte de plufieurs les dans la
mer du Sud ; que le capitaine , M. Marchand ,
les a nommées les îles de la Révolution ; qu'il
en a pris poffeffion , au moyen d'une plaque de
cuivre attachée à un arbre , nom de la nation
& de Louis XVI , Roi des François ; qu'il
ya laiffé trois exemplaires de la conftitution
dans trois bouteilles , & a trouvé dans ces îles
des habitans , des cochons & de la volaille.
Q
« La nation , a dit M. Quefnay, a formelle-,
ment renoncé à toute conquête. N'y eût - il qu'un
feul individu de l'efpèce humaine , cette terre lui
appartiendroit . Je demande que l'Affemblée agrée"
l'hommage d'une découverte géographique , &
qu'elle paffe à l'ordre du jour fur le furplus .
L'Affemblée eft paflée à l'ordre du jour .
U
CC
"
M. Carnot l'aîné , en diicutant le règlement
militaire de M. de Narbonne , qui étoit à l'ordre
du jour , a déployé une théorie philofophique
peu propre à former une armée . En voici les
principales bafes. Les foldats ont eu tailon
de ne point obéir , parce que ce n'étoit pas une
loi. On ne doit point exiger d'eux une théiliance
pally inconftitutionnelle... L'obéif
elle eft
fance paffive & les triomphes militaires font les
deux plus puiflans moyens de détruire la liberté...
Le foldat n'aliene pas fa liberté , elle eft inalié
nable …….. Le milieu entre l'obéiffause pallive &
l'indifcipline , entre la bête de charge & l'homme
, eft l'obéiffance raifonnée ..... Il faut punir
également l'officier & le foldat..... Si l'on fait
boire trois pintes d'eau à un foldat pour fait
d'ivrognerie , qu'on en faffe boire fix à l'offi
cier ... Que loiqu'an militaire quelconque recevra
de les chefs un ordre qu'il croira contraire
la conftitution ou à la loi , il foit autoriſé à
L 3
( 246 )
déclarer qu'en fon honneur & confcience il ne
peut y obéir; mais qu'en ce cas , il fe foumettra
aux peines de difcipline que pourra encourir fa
défobé flance fi elle n'eft pas fondée
» Ces
maximes ont été combattues par MM. Loustalot
...
Delcher , & appuyées par MM. Lecointre-
Puyraveau, Montaut , Choudieu , Albitte. On a
décrété l'ajournement à trois jours après la diftribution
du règlement qu'on difcutoit.
Du vendredi , 20 avril.
On a remis , fans la lire , au comité des douze ,
la correfpondance de M. Roland avec les commiffaires
civils envoyés à Avignon & dans les
départemens méridionaux.
Une foule d'étrangers & fur-tout de femmes ,
s'étoit emparée des places des législateurs . Cet
incident a été l'objet de plus longs débats que
la paix ou la guerre. Les uns demandoient l'appel
nominal , d'autres l'ordre du jour ; tous convenoient
qu'on ne pouvoit délibérer . Quelqu'un a
prétendu que par un décret l'Affemblée aveit
exclu de fes bancs tous les intrus. On a propofé
que tous les députés fortiffent de la falle , paffaffent
fur la terraffe des Tuileries pour qu'on fir
vider la falle. Les galeries applaudiffoient à chaque
effort ; & les ipectateurs du parterre applau
diffoient auffi chaudement au peu de fuccès , A
Poifiveté dans le vacarme on a préféré d'écouter ,
fans délibération , un rapport de M. de Condorcet
fur l'éducation nationale. Avant que ce rapport
für achevé , un huiffier a dit : Meffieurs, le
Roi.
Le Roi eft entré , accompagné des 24 membres
qui étoient allés au - devant de Sa Majellé , &
fuivi de fes miniftres . Tous les députés étanc
( 247 )
debout & découverts , le Roi eft monté s'affeoir
à la gauche du préfident , les députés fe font
affis , & Sa Majeſté affiſe , entourée de fes miniftres
reftes debout , a dit : « je viens , Meffieurs ,
au milieu de l'Affemblée nationale pour un des
objets les plus importans qui doivent occuper
l'attention des repréfentans de la nation . Mon
miniftre des affaires étrangères va vous lire le
rapport qu'il a fait dans mon confeil , fur notre
fituation politique ».
Alors , M. Dumourier a lu le rapport que
nous tranferirons plus bas. Le Roi a repris enfuite
la parole avec une émotion fenfible dans la
voix. Nous donnons ci - deffous les conclufions du
Monarque & la réponſe du préfident. Avant
l'arrivée du Roi , on avoit décrété que perfonne
n'applaudiroit ; cependant quand Sa Majesté eft
defcendue , beaucoup d'affiftans n'ont pu retenir
les témoignages de leur attendriffement ont
applaudi & crié vive le Roi !... filence , ont
crié les galeries des deux extrémités en donnant
des fignes bruyans de leur indignation . A l'ordre ,
efclaves , difoit une citoyenne patriote ; fortez ,
alley plus loin crier vos a vive le Roi ! répétoient
çà & là quelques voix. Le préfident a
levé la féance en l'ajournant à 5 heures.
Du vendredi , féance du foir.
L'important objet dont l'Aſſemblée avoit à
s'occuper , a donné lieu à une forte de difcuffion
fi extraordinaire , qu'il eft impoffible d'en tranfmettre
exactement l'idée par une courte notice &
à moins de citer fouvent les propres termes.
Nous écarterons les redites , abrégerons les déclamations
, & rendrons , fans commentaires , les
traits les plus caractéristiques .
248 )
La difcuffion fur la propofition faite le matin
par S. M. , étant ouverte , M. Hua en a demandé
, pour plus de dignité , pour plus de réflexion
, le renvoi au comité diplomatique &
l'ajournement à quelque féance du matin . « Nous
fommes Affemblée nationale , lui a- t-on répondu,
à fix heures du foir comme à dix heures du matin » .
M. Leremboure a obfervé qu'on n'avoit pas les
bafes effentielles de la délibération , ni les communications
politiques du miniftre avec la Pruffe.
De longs murmures ont éclaté dans une partie
de la falle & dans les galeries .
cc
Depuis long- temps , a dit M. Mailhe , vos
vaux & vos délibérations même appelloient la
propofition que le Roi vous a faite ce matin ...
Et , fans les manoeuvres d'un miniftre perfide ,
déjà peut- être les menaces de la maifon d'Autriche
fe trouveroient converties en fupplications...
Songez que toute la France a les yeux fixés fur
votre attitude actuelle... Faites voir au peuple
François , par une délibération prompte & unanime
... » D'un côté on a crié non , non ; de
l'autre on a crié : oui , oui ; les voix le font
confondues dans le tumuite.
« Votre délibération va décider du fort de
25 millions d'hommes , a repris M. Hua dès
qu'on a pu l'entendre ... Que les François ne
puiffent pas douter de la prudence de leurs repréfentans...
Que dira la France... ? » On lui
répétoit à grands cris : à l'ordre , à l'ordre. Il a
defiré de la gravité , du calme , du fang-froid,
un examen réfléchi ; le bruit a redoublé , s'eft
prolongé ; er fin on a décrété que la difcuffion
s'ouvriroit fur - le - champ ; elle s'eft ouverte au
milieu des tranfports du public & d'une partie
de l'Affemblée.
( 249 )
M. Paftoret a démontré qu'on devoit d'autant
plus hâter la difcuffion ; qu'il n'y avoit rien , ou
du moins rien de nouveau à difcuter ; que tout
étoit fuffifamment éclairci . « Il eft temps de nous
arracher à cette incertitude , qui , depuis deux ans ,'
fatiguoit les voeux & la penfée des amis de la
patrie ; left temps que l'Europe voie une grande
nation appuyée fur la juftice & fur fon inébran
lable volonté , défendre avec courage la cauſe
univerfelle de la liberté des peuples ... » Appuyé
fur ces phrafes , M. Paftorer a déclaré la guerre
au Roi de Bohême & de Hongrie .
M. Becquey qui avoit la parole , s'eft efforcé
de tempérer l'enthoufiafme par la raifon & par
la prévoyance . Il a confeillé de-bannir toute précipitation
, d'enchaîner les paffions ; il a prouvé
que la guerre compromettroit & la cûreté de
l'Etat & la conflitution , & qu'on pouvoit éloigner
encore ce cruel fléau ; que des inftitutions
nouvelles ne fauroient profpérer qu'au fein de la
paix qu'une nation qui vient de recréer toutes
fes autorités , doit éviter foigneufement la guer
re , fur tout lorfque rien n'eft folidement établi...
(Plufieurs voix ont crié : patience ) L'orateur
s'eft demandé « Si nos armées combattent audehors
, qui contiendra les facieux au- dedans ? »
(On lui a répondu Nous . ) << Nos finances
a-t-ilpourlaivi , one befoin de quelques années
de repos ... Vous ne les connoifiez pas , hi
a dit M. Cambon ; nous avons de , l'argent plus
qu'il n'en faut . »
:
Fréquemment interrompu par diverfes objec
tions de cette force , M. Becquey a établi que
fi la France attaquoit la mailon d'Autriche , &{
entroit dans le Brabant , la guerre deviendroit
générale , Cene vérité a été reçue par des huées ,
L S
( 250 )
Il n'en a pas moins pefé , en homme- d'Etat , la
confiance due à la neutralité de l'Angleterre pour
qui les Pays-Bas font une barrière qu'elle paya
de fon fang & de fes tréfors ; la crainte fondée
des Anglois de voir la France favoriser l'ouvertre
de l'Escaut pour prix de l'alliance des Belges
Loulevés ; de voir renaître ainfi le commerce d'Anvers,
&c. , dégagé des chaînes que lui imposèrent
les traités de Munfter en 1648 , & de
Fontainebleau en 1785 ; commerce qui ne peut
s'agrandir qu'aux dépens de celui de l'Angleterre
& de la Hollande , & plus cher à ces puillances
que toute la métaphysique du jour. Ces vues ,
les feules qu'aient offertes les débats , n'éto ent
de nature à convaincre que peu de membres..
L'opinant a peint enfuite l'Europe entière armée,
& s'eft demandé quelle puiffance réfiſteroit à tant
d'efforts combinés. Une voir lui a répondu : la
France.
« Attendez qu'on vous attaque ; on ne vous
menace pas , a fourfuivi M. Becquey. Les lettres
de Vienne annoncent que François pe ve it que
la pax . Une nation auroit - elle ' mm ralité
d'appeller fur une nation voifine les calamités
de la guerre , pour le venger des infultes d'un
miniftre ?.... Ua décret de guerre attirera la défaveur
for notre caufe aux yeux de tous les
peuples...Les princes nous repréfenteront comme
les aggrefleurs , comme un peuple inquier qui
trouble le repos de l'Europe , au mép is de fa
propre conftitution qui répugne à tout projet
d'attaque... En attaquant les nations voisines ,
Vous les rattacherez à leurs Rois qui les défendront...
Cette guerre eft l'espérance de tous les
annemis de la conftitution ..... » Il a demandé
qu'on décrétât qu'n'y avoit pas lieu à délibé(
251 )
rer fur la propofition du Roi ; que le pouvoir
exécutif cût à défendre la nation de toute hoftilité
, & à continuer les négociations de manière
à prévenir toute rupture.
M. d'Averhoult a fouhaité que tous les opi
nans fullent tenus de prouver que la France
peut maintenir la conftitution , reftituer Avignon
au Pape , & réintégrer les princes en Allace ;
d'élever leurs penfées au niveau du ſiècle ; de ne
pas compter les peuples pour rien; de ne discuter
que le comment & non la queftion : fera- t- on
la guerre ? parce que , notre fituation ne nous le
permit elle pas , il faudroit encore la faire.
Nous avons juré de vivre librès ou de mourir
; ce fera le cas de la mort . »
·
M. Guadet a obſervé que M. Becquey n'avoit
pu prouver qu'il y ait aucune nation en état de
montrer en actif un excédant de 400 millions
de créer , d'un feul mot , 100 mille recrues ; da
préfenter 4 millions de citoyens armés . - « Comment
vous allez décréter la guerre , s'eft écrié
M. Bazire . Interrompu , il a exprimé fon
étonne.nent , celui de la France , celui de l'uni
vers en voyant une queftion fi grave , décidée
A légèrement ; & au nom du fag prêt à ruiffeler
, il imploroit au moins trois féances. M.
Mailhe a parlé de contenance fière & a dir :
«vous allez décréter peut- être la liberté du monde
enticr... une guerre entreprife pour une telle
caule & dans de parcilles circonftances , ne doit
pas être regardée comme un fléau ; mais comme
Je triomphe de l'humanité ». La falle a retenti
d'acclamations ; aux voix , aux voix ; la guerre ,
la guerre. 1
MM. Dumas , Merlin , & quelques autres
contradicteurs de la guerre , ont vainement effayé
L6
7252 )
d'avoir la parole . M. Briffot a , pour ainfi dire ,
ordonné que la rédaction du décret fût apportée
féance tenante. C'est un décret d'accufation
contre l'humani é , a dit M. Merlin » . On a
beaucoup ri . « Guerre aux Rois , paix aux nations
, a repris M. Merlin » , On a décrété l'urgence.
Quelques eccléfiaftiques ayant voulu exprimer
leur opinion « ce n'eft pas aux prêtres à faire
la guerre , quand le diable y feruit , leur a fignifié
M. Rouyer .
-
L'Affemblée a décrété la propofition du Roi ,
fauf rédaction . Un nouveau manifefte de M. de
Condorcet à été ajourné à trois jours , M. Vergniaud
a fubirement enfanté le projet de faire
jurer la conftitution ou la mort dans tous les
villages . L'idée n'a pas réuffi , MM . Journu &
de Kerfaint ont propofé de fupprimer les corfaires
, d'y renoncer comme aux conquêtes. M.
Dupont Grand- Jardin a fait déciéter la totalité
de la folde en argent pour les trois armées :
enfuite la rédaction du comité diplomatique a
été adoptée en ces termes au milieu de véritables
convulfions de joie .
›
« l'Affemblée nationale délibérant fur la propofition
formelle du Roi ; confidérant que la
cour de Vienne au mépris des traités , n'a
ceffé d'accorder une protection ouverte aux François
rebelles ; qu'elle a provoqué & formé un
concert avec plufieurs puiffances de l'Europe
contre l'indépendance & la sûreté de la nation
Françoife ; »
Que François I , Roi de Hongrie & de
Bohême , a , par les notes des 18 mars & 7
avril dernier , refufé de renoncer à ce concert ; »
« Que malgré la propofition qui lui a été faite
( 253 )
par la note du 11 mars 1792 , de réduire de
part & d'autre à Pétat de paix les troupes fur
les frontières il a continué augmenté des
préparatifs hoftiles ; »
CC
Qu'il a formellement attenté à la fouveraineté
de la nation Françoife en déclarant
vouloir foutenir les prétentions des princes allemands
poffeffionnés en France , auxquels la na
tion Françoife n'a ceffé d'offrir des indemnités ;
T
#
CC
ce Qu'il a cherché à divifer les citoyens Fran
çois , & à tes armer les uns contre les autres g
rant aux mécontens un appui dans le concert
des puiffances ; ">
en offrant
ce Confidérant enfin que le refus de répondre
aux dernières dépêchés du Roi des François ,
ne laiffe plus d'espoir d'obtenir , par la voie
d'une négociation amicale , le redreffement de
ces différens griefs , & équivaut à une déclaration
de guerre , décrète qu'il y a urgence.
}
cc L'Affemblée nationale déclare que la nation
Françoife , fidelle aux principes confacrés
par la conftitution de n'entreprendre aucune
guerre dans la vue de faire des conquêtes , & de
n'employer jamdis fes forces contre la liberté
d'aucun peuple , ne prend les armes que pour
la défenfe de la liberté & de fon indépendance ;
que la guerre qu'elle eft forcée de foutenir n'eft
point une guerre de nation à nation , mais la
jufte défenfe d'un peuple Hore contre l'injufte
oppreffion d'un Roi ; »
сс
Que les François ne confondront jamais
leurs fères avec leurs véritables ennemis ; qu'ils
ne négligeront rien pour adoucir le fléau de la
guerre , pour ménager & conferver des propriétés
, & pour faire retomber fur ceux- là feuls
( 254 )
qui fe ligueront contre la liberté , tous les mal
heurs inféparables de la guerre ; »
Сс
Qu'elle adopte d'avance tous les écrargers
qui , abjurant la caufe de les ennemis , viendront fe
ranger fous fes drapeaux , & confacrer leurs
efforts à la défenfe de fa liberté , qu'eile favorifera
même , par tous les moyens qui font ca
fon pouvoir , leur établiffement en France ; »
« Délibérant fur la propofition formelle du
Roi , & après avoir décrété l'urgence , décrète la
guerre contre le Roi de Hongrie & de Bohême , »
Du famedi , 21 avril.
Le miniftre des affaires étrangères follici e un
décret qui mette la perfonne & les propriétés de
M. de Blumendorff, chargé en France des affaires
de la cour de Vienne , fous la fauve- garde de
la nation . On et paffé à Fordre du jour motivé
par MM. Merlet & Mailhe fur le reſpect des
Fra çois pour les loix & le droit des gens.
M. Treilh Pardilhan a propofé de décréter
le principe qu'il y auroit , en France , des compagnies
franches compofées des étrangers qui
viendront défendre la caufe de la liberté ; qu'au
bout de trois ans ils feroient citoyens actifs ; &
qu'on établiroit des hofpices pour retirer leurs
femmes & leurs enfans. « Il est indigne de
l'Affemblée nationale de préjuger de pareilles
défections , a dit M. Bazire. » M. Thuriot a
demandé que les enfans de tous les François qui
mourront en combattant pour la patrie , foient
élevés aux dépens de l'Etat. M. Jean Debry a
lu un projet d'adreſſe de l'Aſſemblée à l'armée,
I!y:
compare l'épée des efclaves au fer des
hommes libres ; il remarque la protection que
la providence a conftamment accordée aux révo
(1255 )
Jutionnaires ; célèbre les faintes jouiffances de
Pégalité ; peint des princes efclaves qui tuoient
le peuple & ne vivoient que de fes cadavres ; &
s'écrie : « qui pourroit balancer entre les vices
qu'ils nous ont emportés & les vertus que nous.
ayons recouyrécs , entre les chaines féodales
& le bonnet de la liberté.
M. Chéron a foupçonné qu'il vaudroit encore
mieux envoyer aux foldats des armes & des munitions
qu'une fi belle adreffe ; M. Cartier Doui
neau a ajouté que l'effentiel feroit d'abord d'étouffer
toutes les divifions inteftines de 1 Affemblée...
On lui aeré que fes confeils déplacés faifoient
perdre un temps précieux . L'Aſemblée a
décrété qu'il fera fait une ad effe a l'armée , &,
a renvoyé toutes les propofitionsux Comités..
M. Emmery a offert la totalité de fon- traitemert
de dépité , tant que durera la légiflature ,
pour contribuer à la défenfe de la patrie en
danger. Envain , M. Maran at i ' invoqué la
mention hono able . Des murmures lui ort coupé
la parole & Alen blée n'a rien tatué . M.
Gaftelier, médecin , a dépofé fur le bureau , s
médailles d'or & 80 jetons d'argent.
Le miniftre de la justice a notifié la ſanction
donnée hier au décret du jour même , portant
déclaration de guerre cot tre le Roi de Bohême
& de Hongrie ( applaudi ) . S
>
On a recommandé aux comités diplomatique
& de marine un projet de M. de Ke faint
contre les corfaires qui pourroient fortir des deux
Ports ( Olende & Tiette ) de la maifon d'Autriche
, « qui voit , a - t- il dig , le commerce maritime
comme un enfant voit la lune dans un
puits. Bientôt après , on a lu un billet fraternel
de l'orateur du genre humain , qui annonce
( 256)
fon defir d'être admis à l'audience au centre du
globe, my kovilj znanj 205
M. de Narbonne demande par une lettre , &
obtient que la lenteur de M. Lecointre à prouver
fes imputations , ne retienne plus à Paris le militaire
qui brûle de voler à Parmée , & qui promet
d'y demeurer foumis à fa refponfabilité d'ex-miniltre,
oth
M. Condorcet a achevé la lecture de fon rap
port fur l'éducation nationale. La diffiffion a
été ajournée . Malgré Tobfervation de M. Roz
yer la Bergerie , qu'on avoit firé la lifte civile
fans difcuffion ; & l'opinion de M. de Lacepède ,
qué , fous le prétexte d'une vaine économie , on
vouloit s'oppofer « à l'établissement de l'efprit
public fur la fage motion de M. Lemontey
le comité d'inftruction fera tenu d'offrir un apperçu
des frais qu'entraînera l'exécution de fon
plan.
&
V
sla ES
Du ſamedi , féance du foir,
Hier , M. Jacob Dupont propola une foulcription
volontaire par laquelle tous les citoyens
s'engageroient à fournir au tréfor public des matières
dor d'argent pour des affignats , & ,
en attendant qu'on en ait fabriqué pour des
promeffes d'alignes . De peur que les pauvres
patriotes ne fourniffent feuls de l'or & de l'ar
gent , & que les riches ariftocrates ne s'en difpenfent
, M. Cambon préféroit une contribution
forcée. Le miniftre de la guerre avoit déjà écrit
à l'Affemblée qu'on devoit abfolumbent payer les
foldats des quarre , armées en argent ; que cel
feroient 8 à 9 millions de plus par mois , mais
que trois mois de fuccès rendroient sûrement
l'acquifition du numéraire très- facile,
( 257 )
Il ne falloit ni foufeription , ni nouvelle contribution
patriotique libre- forcée , ni trois meis ,
puifque M. Dupont Grandjardin a pofitivement
affuré l'Affemblée & le public qu'il y avoit plus
d'or & d'argent dans le tréfor national que n'en
ont toutes les paiffances coalifées .
M. Anacharfis Cloots s'eft préfenté à la barre :
« Les Rois condamnés par Minerve , a - t-il dit ,
en appellent à Bellone .... Le fort du genre - humain
eft entre les mains de la France .... Nous
frapperons les defpotes , & nous délivrerons des
hommes . Chaque tyran renversé dans la pouffière
fera fortir tout un peuple de l'efclavage
(bravo ! ).... Dieu eft puiffant & il a voulu
nous fommes puiflans & nous voulons . Les
hommes libres font les Dieux de la terre... Nos
moyens doivent augmenter par l'acharnement
des mangeurs d'hommes. Les riches fe mettront
au régime des pauvres , pour approvifionner nos
armées..... Nos victoires feront nos feftins .....
Soyons fobres an an , & le nbnde fera libre à
jamais... Les Tarquin & les Porfenna redoutent
l'abſtinence & la pâleur des Brutus & des cevola
( applaudiffemens redoublés ) ... » L'orateur
a fini par « dépofer dans le fanctuaire du Dieu
conftitutionnel , 12,000 liv. , auxquelles il a joint
fa république univerfelle dont le feul titre fait
friffonner les aristocrates. Les 12,000 liv . ont
été agréées , & le donateur a reçu les honneurs
de l'impreffion & de la féance.
сс
M. Héraut de Séchelles voudroit confacrer les
dons de la philantropie unive felle , à payer des
indemnités à tous les foldats étrangers qui viendront
le ranger fous les drapeaux de la liberté.
Plus civique encore , M. Britche propoſe à l'Affemblée
de promettre so !. àtout fantaffin ou eava
(258 )
lier, 2001. pour le cheval qu'il amenera , le droit de
citoyen actif, & trois arpens de terre en friche
ou de marais . Cette invitation à déferter, à voler
des chevaux , a paru à M. Merlet d'une immoralité
fcandaleufe . L'Affemblée n'y a donné aucune
faite.
Du dimanche, 22 avril.
Le miniftre de la guerre s'eft flatté de dés
montrer dans une langue lettre , qu'en propo
fant de retirer les troupes de ligne des dépar
temens du Midi , en établifant que la loi étant
la propriété de tous c'est aux citoyens à défendre
les propriétés , il n'avoit en vue que de
ramener le calme & l'ordre dans ces contrées
'dévastées .
Un arrêté du directoire du département de
la Meurthe n'accorde le droit de s'affembler ,
fans armes , même pour le culte , qu'aux citoyens
actifs qui ont prêté le ferment civique
preferit par la bi du 26 décembre 1790 , &
I'Afemblée nationale a décrété la mention honorable
de l'arrêté de ce directoire.
Il a été ftatue , d'urgence , que la fomme
de 25,121,803 livres fera mife a la difpofition
du miniftre de la guerre , & de plus , 7,338,145 l . ,
par mois , pour le fervice extraordinaire des trois
armées du Nord. On a reçu quelques centaines
d'écus de plufieurs citoyens ; l'épée d'argent de M.
Bacon qui s'eft dit l'un des anciens amis de Voltaire
& de J.J. Rouffeau , qui ne l'étoient guère ; & 12
louisd'or d'un anony ne qui s'oblige à en payer autant
chaque année « jufqu'au moment où le dernier
enseini de la conflitution aura mordu la pouffière.
Le reste de la féance a été accordé à des ha-
Langueurs, au nombre defquels on a comprés M.
( 259))
Gauchon , organe des vainqueurs de la baftille
qui a dit que le char des galériens de Château-
Vieux étoit plus élevé que tous les trônes des
defpotes , & qu'il ne manquoit que le Roi à
cette fête exemple de décence ; & une école
d'enfans , dont le plus âgé avoit à peine dix ans ,
qui ont loué la conftitution , juré de la maintenir
de toutes leurs forces & partagé les honneurs
de la falle.
Avant de lire le rapport la Vendredi
dernier à l'Affemblée Nationa e par M. Du
mourier, il eft néceffaire de connoître les
deux dernières lettres de M. de Noailles , qui
ont achevé de décider les conclufions du
Rapport.
Première dépêche de M. de Noailles à M. Du
mourier, en date du s avril 1792.
IF
Votre expédition , Monfieur , du 27 Mars
m'a été remité le 4 Avril au matin . J'ai rempli
fur-le-champ les intentions qu'elle contenoit , en
allant trouver le Vice Chancelier de Cour &
d'Etat , M. le Comte de Cobenizel. J'ai préféré
m'adreffer a lui , parce qu'il eft plus acceffible que
M. le Prince de Kaunitz , & que j'étois sûr , par
cette voie , de faire parvenir promptement au
Souverain ce que je defirois qui vînt à ſa connoifiance.
"
CE J'ai dit au Vice Chancelier tout ce qui pou
voit conduire à une réponſe telle que vous la
fouhaitiez . Je dui ai repréſenté combien nos inquiétudes
devenoient de jour en jour plus fon
4260 260 )
dées à la vue des préparatifs hoftiles qui ſe faifoient
de tous côtés contre nous ; qu'en vain
on nous objecteroit nos propres armemens ; qu'on
n'ignoroit pas qu'ils avoient été provoqués ; que
nous defirerions pouvoir prendre autant de confiancé
dans la conduite , à notre égard , des Puiffances
étrangères , qu'elles avoient eu d'être
tranquilles furnos difpofitions ; que fi la malveillance
fe fùt moins agitée contre nous , nous aurions
achevé pacifiquement l'ouvrage de notre
régénération , fi la Cour de Vienne n'avoit commencé
à former des projets contre nous , par
accorder afyle & protection aux Emigrés , par
témoigner toutefoite d'intérêt à leurs Agers ;
qu'aujourd'hui elle reflembloit dans le Brifgaw
des forces qui nous étoient d'autant plus fufpectes,,
que la tranquillité des Pays - Bas n'exigeoit rien
་
de femblable ; que notions
berorien
1
d'être
raffures autrement que par des paroles ; que de
fimples affurances pacifiques ne nous paroîtroient
actuellement avoir pour objet que de gagner du
temps ; qu'ei fin , les chofes en étoient venues au
point , que j'ai reçu l'ordre pofitif de demander
une déclaration par laquelle la Cour de Vienne
renonceroit à fes armemens ou à fa coalition, où
d'annoncer qu'à défaut de cette déclaration , le
Roi fe trduveroit comme en état de guerre avec
Autriche , & qu'il fereit fortement foutenu par
la nation entière , qui ne foupiroit qu'après uné”
prompte déciſion . »
Le Comte de Cobentzel a entrepris de juf
tifier la Cour fur les vues hoftiles qu'on lui imputoit
. Il m'a protefté que le Roi de Hongrie &
de Bohême étoit dès- éloigné de vouloit le mêler
de nos affaires intérieurest, &ine penfoit nullement
à appuyer les intérêts des Emigrés . Il m'a
4
( 261 )
répété ce qu'il m'avoit déjà dit plufieurs fois
qu'on avoit envoyé des renforts dans le Bifgaw ,
parce qu'on les avoit jugés néceffaires pour maintenir
l'ordre & la juftice , pour être à portée de
donner des fecours aux Etats de l'Empire qui
requerront affiftance dans le voisinage .
«
ဘ
015 J'ai obfervé que tant de précautions , d'après
le concert, qui nous étoit connu , ne juftifioient
que trop nos alarmes . J'ai infiité particulièrement
fur la ceffarion de ce concert contraire à ce
que
nous aurions dû attendre de notre Allié. La
replique du Comte de Cobentzel m'a confirmé
dans l'opinion où j'ai toujours été , qu'on ne vouloit
pas nous attaquer , mais qu'on fe préparoit à
nous faire des demandes fur lefquelles il feroit peutêtre
difficile de s'entendre , avant d'avoir effayé
la force des armes . »
-815
Ι
9.
DE
DS
« Le Miniftre Autrichien m'a dit que ce concert
n'étoit plus une affaire perfonnelle au Roi
de Hongrie & de Bohême qu'il ne pouvoit
s'en retirer qu'avec les autres Cours , & que ce
concert continueroit d'avoir le même objet auffi
long- temps qu'on n'auroit pas terminé ce qui
reftait à régler avec la France . Il m'a cité trois
Pointsts ; 1 la fatisfaction des Princes poffeffionnés
; 2. la fatisfaction du Pape pour le
Comtat & Avignon ; 3. les mesures que nous
jugerions à propos de prendre , mais qui fuflent
telles , que notre Gouvernement cût une force fuffifante
pour réprimer tout ce qui pouvoit inquiéter
les autres Etats. Tous les raifonnemens
fur ces différens, objets étant épuisés de notre
part ; & le fyftême qui s'eft établi ici ne paroiffant
pas prêt à changer , j'ai demandé au Comte
de Cobenizel , fi , pour répondre aux repréfentations
que je veneis de lui faire , je pouvo
1
{ 461 )
7
mander que fa Cout s'en tenoit à fa note oficielle
du 18 Mars. »
Le Vice - Chancelier fe trouvant gêné đans
le Cercle où je le renfermois , m'a répondu qu'il
prendroit les ordres du Roi , & qu'il ne tarderoit
pas à m'informer de ce que fa Majefté le
chargeroit de me dire . » .
« M. Bifchofswerder eft parti le 9 de ce mois
pour retourner à Berlin . Il fe feroit mis plutôt
en route , mais il a attendu pendant quelques
jours la rédaction d'une lettre circulaire qui doit
être adreffée aux Cours coalifées , & vraiſem
blement aux Etats de l'Empire comme co- états ,
pour demander à chacun les fecours qu'il fé propofe
de fournir en cas de guerre , foit en hermes,
foit en argent. Je n'ai aucune certitude fur le fait
de cette circulaire . M. Bifchofswerder s'arrêtera
à Prague pour voir le Prince de Hohenlohe , &
convenir avec lui du jour & du lieu où le Général
Autrichien pourra avoir une entrevue avec
le Duc de Brunswick. On croit que cette entrevue
aura lieu à Leipfick , dans le courant du
mois. Suivant toutes mes notions , la Cour de
Vienne a adopté un plan purement défenfif
malgré les inftances de la Cour de Berlin , pour
lui en faire adopter un autre . »
Seconde dépêche de M. de Noailles à M. Dumoucondiery
en date du 7 Avril 1792800,
cc J'attendois , Monfieur , pour faire partir le
Courier , la réponſe du Vice- Chancelier Cobentzel.
Il vient de me dire , de la part du Roi
de Hongrie , que la note , en date du 18 Mars ,
contient la réponse aux demandes que j'étois
chargé de renouveller , qu'on pouvoit d'autant
moins changer les difpofitions exprimées dans
( 263 )
▸
cette Note , qu'elles rer fermoit auffi l'opinion
du Roi de Pruffe fur les affaires de France
opinion conforme en tous points à celle du Roide
Hongrie . M. le Comte de Cabentzel m'a éga
lement prévenu qu'il avoit reçu l'ordre de fa
Majefté de faire le même rapport à M. Blumendorf
à Paris. »
Signé , l'Ambaffadeur de France près la Cour
de Vienne . DE NOAILLES .
Rapportfait au Confeil , le 18 Avril 1791 , l'an 4º.
сс
de la liberté.
SIRE , lorique vous avez juré de maintenir
la Conftitution qui a affuré votre Couro: ne
lorfque votre coeur s'eft fincèrement réuni à la
volonté d'une grande Nation libie & fouveraine ,
vous êtes devenu l'objet de la haine des ennemis de
la liberté. L'orgueil & la tyrannie ont agité
toutes les Cours , aucun lien naturel , aucun
Traité n'a pu arrêter leur injustice . Vos anciens
Alliés vous ont effacé du rang des defpotes
mais les François vous ont élevé à la dignité glorieufe
& folide de Chef Suprême d'une Nation
régénérée. Nos devoirs feront tracés par la Loi
que vous avez acceptée , & vous les remplirez
tous. La Nation Françoife eft calomniée , fa
Souveraineté eft méconnue ; des Emigrés rebelles
trouvent un afile chez nos voifins , ils s'affemblent
fur nos frontières ; ils menacent ouvertement de
pénétrer dans leur Patrie , d'y porter le fer &
la famme. Leur rage feroit impuiflante , ou peutêtre
elle aura déjà fait place au repentir , s'ils n'avoieut
pas trouvé l'appui d'une Puillance qui a
brifé tous les liens avec nous , dès qu'elle a vu que
Hotre régénération changeroit la forme de notic
( 264 )
Alliance avec elle , la rendroit néceffairement plus
égale ,
сс
4
Depuis 176 , l'Autriche avoit abuſé d'un
Traité d'Alliance que la France avoit toujours
trop refpecté. Ce Traité avoit épuifé , depuis
cette époque , no re fang & nos trefors dans des
guerres injuftes , que l'ambition fufcitoit , & qui
fe terminoient par des Traités dictés par une
politique tortueule & menfongère , qui laifoit
toujours fubfifter des moyens d'exciter de nouvelles
guerres. Depuis cette fatale époque de
1756 , la France s'aviliffort au point de jouer un
rôle fubalterne dar.s les fanglantes tragédies du
defpotifme ; elle étoit affervie à l'ambition toujours
inquiette , toujours agiflante de la Maifon d'Autriche
, à qui elle avoit facrifié fes Alliances naturelles.
"
сс Dès
que la Maifon d'Autriche a vu dans
notre Conftitution que la France ne pourroit plus
être le fervile inftrument de fon ambition ; elle a
juré la deftruction de cet oeuvre de la raiſon ;
elle a oublié tous les fervices que la France lui
avoit rendus ; enfin , ne pouvant plus dominer la
Nation Françoile , elle eft devenue fon ennemie
implacable.
ג כ
1
ર 7
« La mort de Jofeph II (embloit préſager plus
de tranquillité de la part de fon Succeffeur .
Léopold , qui avoit appellé la philofophie dans
fon Gouvernement de Tofcane , paroiffoit ne
devoir s'occuper que de réparer les calamités que
l'ambition démefurée de fon Prédéceffeur avoit
attirées fur les Etats . Léopold n'a fait que paroître
fur fon Trône Impérial , & cependant c'eft
lui qui a cherché à exciter fans ceffe contre nous
toutes les Puiffances de l'Europe ; c'eft lui qui
( 26; )
a tracé dans les Conférences de Padoue , de
Reichenbach , de la Haye & de Pilaitz , les projets
les plus funeftes contre vous , projets qu'il a
couverts , Sire, du prétexte avilitant d'une faufle
compaffion pour Votre Majefté, pendant que vous
déclariez à tout l'Univers que vousétiez libre , peudantque
vous déclaricz que yous aviez accepté franchem.
nt , & que vous foutiendriez de tout vote
pouvoir la Conſtitution, »
C'eft alors que , calomniant la Nation dont
vous êtes le Repréfentant héréditaire , & vous faifant
l'outrage de feindre de ne pas croire à votre
liberté & a la pureté de vos intentions , ce Pince
employoit tous les refforts d'une politique fombie
aftucieuſe , pour groffir le nombre des ennemis
de la France , fous les prétextes les moins faits
pour autorifer une ligue auffi menaçante . C'eft
Léopold , qui , lié depuis longtemps avec la
Ruffie , pour partager les dépouilles de la Pologne
& de la Turquie , a détaché de notre alliance ce
Roi du Nord , dont l'inquiette activité n'a pu être
arrêtée que par la mort , au moment où il alloit
devenir l'inftrument de la fureur de la, maifon
d'Autriche. » 7 ...
C'eft Léopold qui a animé contre la France
Je fucceffeur de l'immortel Frédéric, contre lequel ,
par une fidélité à des traités imprudens , nous
avions , depuis près de 40 ans , défendu la Maifon
d'Autriche . C'est lui qui s'eſt rendu le chef d'une
ligue qui tend au renversement de notre Conftitution.
C'est lui qui , dans des pièces officielles
que l'Europe jugera , invite une partie de la Nasion
Françoife à s'armer contre l'autre , cherchant
à réunir fur la France les horreurs de la guerre
civile aux calamités de la guerre extérieure, »
« C'est dans cette Note Officielle , du 18 Fé
Nº. 17. 28 Avril 1791. M
( 266 )
*
•
wrier fur-tout , que fes projets hoftiles font à
découvert , cette note , qui eft une véritable déclaration
de guerre , mérite un examen réfléchi. Le
Prince de Kaunitz, qui eft l'organe de fon maître ,
commence par dire :« Jamais intention partiale &
pacifique n'a été plus clairement énoncée & conftatée
que celle de S. M. I. , dans l'affaire des raffemblemens
au pays de Frèves. » ´A´ la vérité , la
Cour de Vienne avoit alors fait fortir des Pays-
Bas les émigrés armés , de peur que le reffentiment
des François ne les portât à entrer dans les
provinces Belgiques , où les rebelles tiennent encore
un Etat- Major d'Officiers- Généraux en uniforme
& avec la cocarde blanche , à la Cour
même de Bruxelles ; où , contre les capitulations
& cartels , on recevoit & on reçoit encore journellement
des bandes nombreuſes , & même des
corps entiers avec armes , bagages , Officiers , drapeaux
& caiffe militaire , donnant ainsi une inju
protection à la déſertion la plus criminelle , accompagnée
de vol & de trahifun . Dans le même-temps ,
la Cour de Vienne , fur la demande irrégulière de
l'Evêque de Bâle , établiſſoit une garnifon dans le
pays de Porentru , pour s'ouvrir une entrée facile
dans le département du Doubs , violant , par l'établiffement
de cette garaifon , le territoire du canton
de Bâle , violant les traités qui mettent le pays
de Porentru fous la garantie de ce canton & de la
France. »
« Dans le même temps , la Cour de Vienne
augmentoit confidérablement les garnies dans
le Brifgaw. Dans le même-temps , la Cour de
Vienne donnoit des ordres au Maréchal de Bender
de le porter avec les troupes dans l'Electorat de
Trèves ,bancas où les François s'y . porteroient
pour diffiper les raffemblemens de leurs rebelles
( 267 )
-
+
émigrés . A la vérité , la Cour de Vienne fembloit
preferire à l'Electeur de Trèves de ne plus tolérer
ces raffemblemens ; à la vérité auffi ,.. ce Prince
Eccléfiaftique fembloit , pour un moment , dans
l'intention de diffiper fes attroupemens ; mais
tout cela n'étoit qu'illufoire ; on cherchoit à abuſer
votre Miniftre à Trèves par des menfonges , & à
l'intimider par des outrages. Les attroupemens ont
recommencé à Coblentz en plus grand nombre ;
leurs magafins font reftés dans le même état , & la
France n'a vu , dans toute cette affaire , qu'un jeu
perfide , des menaces & de la violence. ».
1
« M. de Kaunitz ajoute : « que la nature &
le but légitime des propofitions de concert faites
par l'Empereur au mois de Juillet 1791 , auſſi bien
que la modération & l'intention amicale de celle
qu'il fit au mois de Novembre fuivant , n'ont pu
échapper à la connoiffance du Gouvernement
1. François . Cet aveu du Prince Kaunitz confirme
les deffeins hoftiles de la Cour de Vienne ;
il prouve qu'au mépris de fon alliance , il provoquoit
les autres Puiffances de l'Europe à former
contre la France une ligue offenfive , qui n'eſt
que fufpendue par la lettr : circulaire du Prince de
Kaunitz , du 12 Novembre.
ر
»
M. de Kaunitz dit enfuite « que toute
l'Europe eft convaincue avec l'Empereur , que
ces gens notés par la dénomination du parti Jacoobin
, voulant exciter la Nation , d'abord à des ariemens
, & puis à fa rupture avec l'Empereur
1 après avoir fait fervir des raffemblemens dans les
Etats de Tièves , de prétextes au premier , cherchent
maintenant d'amener des prétextes de guerre
par les explications qu'ils ont provoquées avec
S. M. I. d'une manière aftucieufe , & accompagnées
de circonftances calculées viſiblement à ren-
M.2
1268 )
1
"
dre difficile à ce Prince de concilier dans fcs téponfes
les intentions pacifiques & amicales qui
l'animent , avec le fentiment de fa dignité blettée
& de fon repos compromis par les fruits de leur
maceuvre . »
Cette phrafe obfcure contient une fauffeté ,
une injure. Ce que M. Kaunitz déligne par des
c'eft l'Aflemblée , gents , c'eft la Nation entière
1.cxprimant fon vaca par fes Représentans ; c: n'eft
point un Club qui a demandé des explications cathégoriques
; & on voit dans la dilliacion que
fait le : Miniftre Autrichien le projet perfide de
reprefenter la France comme en proie à des factions
qui ôtent tout moyen de négocier avec elle . Le
cfte de cette Note eft une explosion de foa humeur
1 contre ce qu'il nomme le parti des Jacobins , qu'il
qualifie de fhe pernicieufe. »
臭
C
La mort de l'Empereur Léopold auroit dû
amener d'autres principes de négociations ; mais
le fyftême de la Maifon d'Autriche eft toujours
le même , & le changement des Princes qui
gouvernent n'y appoite aucune variation . »
Le Roi de Bohême & de Hongrie , follicité
de répondre cathégoriquement pour faire ceffer
les inquiétudes des deux Nations , & pour opérer
la tranquillité de l'Europe , a fait connoître fes
dernières réfolutions à Votre Majefté , par une
dernière Note du Prince Kaunitz , datée du 18
Mars. 22
Comme cette Note eft l'ultimatum de la
Cour de Vienne , comme elle eft encore plus
provocante que toutes les autres pièces de cette
négociation , elle mérite auffi un examen réfléchi .
Le premier mot de cette Note eft une injure
artificieufe : Le Gouvernement François ayant demande
des éclairciffemens cathégoriques , &c. &c.
( 269 )
Sire , il n'eft donc plus queſtion du Roi des Fran
fois . M. de Kaunit vous fépare de la Nation
pour faire croire que vous n'êtes pas libre , que
vous n'ères pour rien dans les négociations , & que
vous n'y prenez aucun intérêt . L'honneur de Votre
Majesté eft engagé à démentir cette perfide înfi- ·
nuation . »
M. de Kaunitz die enfuite : « Mais à
plus forte railon convenoit- il à la dignité de
grandes Paiffanes de réfuter avec franchiſe , &
de ne point traiter d'infinuations confidentielles
qui puiflent être diffiniulées dans la réponſe ,
des imputations & des interprétations zurquelles
fe trouvoient mêlés les mots de peix ou de
guirre , & accompagnés de provocations de tourgenre,
m
E
3
Certainement , le Miniftre des Affaires Etrane,
gères doit regretter d'avoir placé dans une telle
négociation des infinuations confidentielles ; mais
il ne pouvoit pas imaginer que le Prince Kaunitz,
auroit la perfidie de les tronquer & dé les dénáturer
pour en abuſer. Et fila négociation reprenoit
une tournure pacifique , la première démarche
de Votre Majefté froi de demander au Roi de
Bohême & de Hongrie ta punition d'un premier Mritre
infidèle , qui , par des abis de confiance , s'eft
efforcé d'aliéner le coeur de ce jeune Monarque , &
de rendre irréconciliables deux Nations faites
s'eftimer,
pour
« Le Prince de Kaunitz parle enfuite « de la
juſtice des motifs fur tefquis le fondent les explications
données par ord e de feu l'Empereur ; »
& il ajoute : « que le Roi d Ho grie adepte complettement
fur ce point les fentimens de fon
père. Il dit enfuite : & qu'on ne connoît poist
d'armement & de metures dans les Etats Autif
M32
( 270 )
chiens , qui puiffent être qualifiés de préparatifs de
guerre. »
Le contraire eft prouvé , le concert des Puif- ·
fances eft connu , les armées Autrichiennes s'affemblent
, les places fortes s'élèvent , les camps
font tracés , les Généraux & les armées font défi- ‹
gnés , & le Prince de Kaunitz oppofe à tant
de faits une dénégation dénuée de toute vraiſemblance
. C'eft à nous qu'il dit « que les troubles :
des Pays - Bas font fulcités par les exemples de
la France , & par les coupables menées des Jaco
bins. Comme fi les troubles des Pays- Bas n'avoient
pas précédé la Révolution Françoife , comme
s'il avoit pu oublier que l'Affemblée Conftituante
avoit refufé de prendre aucune part à
troubles. »
. сс
ces
« M. de Kaunitz, ajoute : Quant au concert
dans lequel feu Sa Majefté Impériale s'eft
engagée avec les plus refpectables Puiffances de
l'Europe , le Roi de Hongrie & de Bohême ne
fauroit anticiper fur leurs opinions & fur leur
détermination commune ; mais toutefois il ne
croit point qu'elles jugeront convenable ou foffible
de faire ceffer ce concert , avant que la
France ne faffe ceffer les motifs graves qui en
ont provoqué ou néceffité l'ouverture . » Vcità
donc le Roi de Bohême & de Hongrie accédant
à la ligue formée par fon Père contre la France ,
déclarant que cette ligue doit durer jufqu'à ce
que nous ayons foumis notre Conftitution à
Mon jugement & à fa révifion ; le voilà donc
avouant un Traité qui rompt formellement celui de
1756.9
Mais , duffent leurs deffeins & leurs artifices
prévaloir , Sa Majesté le farte que du moins la
partie faine & principale de la Nation envisagera
2 ( 271 )
alors , comme une perfpective confolante d'appui,
l'existence d'un concert dont les vues font dignes
de la confiance & de la crife la plus importante
qui ait jamais affecté les intérêts communs de l'Europe.
On ne diffimule pas même , dans ces perfides
expreffions , le projet d'armer les citoyens ; c'eft
aiufi que ce miniftre octogénaire lance au milieu
de nous , d'une main débile , le tifon de la
guerre civile.
«Non , Sire , les François ne fe défuniront
pas lorfque la France fera en danger . Beaucoup
d'Emigrés quitteront les étendards criminels qu'ils
ont fuivis , rougiront de leurs erreurs , & viendront
les expirer en combattant pour la Patrie.
Votre Majesté donnera, l'exemple du civifme
en reffentant les injures qui font faites à la
Natio... »
Lorfque vous m'avez chargé du Ministère
des Affaires Etrangères , j'ai dû remplir la confiance
de la Nation & la vôtre , en employant
en votre nom le langage énergique de la raifon
& de la vérité. Le Miniftre de Vienne le voyant
trop preffe par une négociation pleine de franchife
, s'eft renfermé en lui - même , & s'eſt
référé à cette Note du 18 Mars , dont je viens
de vous préfenter l'analyfe ; cette Note eft une
véritable déclaration de guerre . Les hoftilités
n'en font que la conféquence ; car l'état de
guerre ne confifte pas feulement dans le coup
de canon , mais dans les provocations , les préparatifs
& les infultes. »
Sire , il réfulte de cet expofé , 1 que le
Traité de 1756 eft rompu par le fait de la Maiſon
d'Autriche ; 2 ° . que le concert entre les Puiffances
, provoqué par l'Empereur Léopold , au
mois de Juillet 1791 , confiimé par le Roi de
MA
( 272 )
Hongrie & de Bohème , d'après la Note du Prines
de Kaunitz, du 18 Mars 1792 , quieft l'ultimatum
des négociations , étant dirigé contre la France ,
eft un acte d'hoftilité formel. 3 °. Qu'ayant
mandé , par ordre de Votre Majeſté , qu'elle fe
regarderoit décidément comme en état de guerre ,
file retour du courier n'apportoit pas une décla
ration prompte & franche en réponſe aux d:ux
dépêches des 19 & 17 Mars ; cet ultimatum
qui y répond point , équivaut à une déclara
tion de guerre . 4 ° . Que dès ce moment il faut
ordonner à M. de Noailles de revenir en France,
fans prendre congé , & ceffur toute correfpondance
avec la Cour de Vienne, »
Après tourds les réflexions qu'entraîne une
détermination auffi importante , dans laquelle il
s'agit de pefer de l'équie la p'us rigoureute d'un
côté, de ne pas foutenir & venger la fouverai
neré méconnue de la Nation Françoife ; de
l'autre , les calamités que peut entraîner la
guerre.
23
Confiderant que les circonſtances impérieufes
our nous nous trouvons , & qui deviennent de
jour en jour plus inftarts per l'approche de différens
corps de troupes Autrichienres qui s'af-
Lemblent de fortes parts fur nos frontières
nous ont amenés , au point de prendre un parti
décifif. »
Le 39 Novembre , d'putation de l'Affem- `
blic Nationale an Roi , pour l'inviter à prendre
les mefures les plus fermes pour mettre fin arx
attroppemens & en - ôlemens qui fe failsiert fur
les frontières , & pour exiger une réparation en.
faveur des Citoyens François qui avoient reçu,
des outrages ,
Le 14 Décembre , le Roi témoigne à l'Af
411
I!
( 273 )
femblée Nationale la confiance qu'il avoit encore
à cette époque dans les bonnés difpofitions de
l'Empereur , en ajoutant qu'il prenoit en mêmetemps
les melures militaires les plus propres à.
faire refpecter les déclarations ; & que fi elles
n'étoient point écoutées , il ne lui resteroit qu'à
propofer la guerre. C'eft alors que l'Affemblée
Narien decréta le d've'oppement des forces
qui garniffent les frontières de l'Empire . so
« Le 14 Jorvier , l'Aflemblée Nationale in
vite le Roi a demander à l'Empereur , au nom de
la Nation Françife , des explications claires &:
préciles far fes dilpotirions ;, cl'e fixe le terme di
ro Février pour les réponſes ; & à défant de réponíe
, ce procédé de l'Empereur fera envisage
par la Nation comme une rupture du traité de
17.56 , & comme une hoftilité.
сс
"
Le 2.5 Janvier , l'Aſſemblée Nationale donne
vn décret en 5, articles , dont le troisième pro--
lenge le terme fatal donné 2 Empereur , juf
qu'au 1. Mars , & ajoute que for silence, ainsi
que toutes réponses évafives on dilatoires , feront
regardées comme une dé laration de guerre. »
«Confidérant que l'honneur du Roi des Frargos
& fi borne foi font pe filer ent attaqués par nec--
tation marquée de le féparer de la Nation
dans la Note efficile du 18 Mars , qui répondi
a gouvernement François , au lieu de répondre
au Roi des Flançois ..
גכ
« Considérant que , depuis l''paque dè là tésgénération
, la Nation Françoife eft provoquée.
Par la Cour de Vienne & tes Agens de la ma--
wière la plus intolérable , qu'elle a cont naellement
fluyé des outrages en la perfonre de M. Du
veyrier , envoyé par le hot, & rereng indign
ment en état d'arreftation , dans celle d'un grandi
M:
( 274 )
nombre de Citoyens François , outragés ou emprifonnés
dans les différentes Provinces de la
domination Autrichienne , par haine pour notre
Conftitution , pour notre uniforme National &
pour les couleurs diftinctives de notre liberté. »
« Confidérant que , dans toute la Conftitution
, il ne fe trouve aucun article qui autorile
le Roi à déclarer que la Nation eft en état de
guerre , qu'au contraire , dans l'article II , feetion
Ier du chap . III de l'exercice du pouvoir
législatif, il eft dit ce qui fuit : » La guerie ne
peut être décidée que far un décret du Corps
Législatif , rendu fur la propofitian formelle &
néceffaire du Roi , & fanctionné par lui . »
Qu'ainfi ce n'eft pas un Confel que le Roi peut
demander , mais une propofition formelle qu'il
doit néceffairement faire à l'Affemblée Nationale.
»
Confidérant enfin que le voeu prononcé de
la Nation Françoiſe eft de ne fouffrir aucun cutrage
, ni aucune altération dans la Conftitution
qu'elle s'eft donnée ; que le Roi, par le ferment
qu'il a fait de maintenir cette Conftitution
eft devenu dépofitaire de la dignité & de la sûreté
de la Nation Françoife . Je conclus à ce que ,
forte de la juftice de ces motifs & de l'énergie du
Peuple François & de fes Repréfantans , Sa Majefté
, accompagnée de fes Miniftres , le rende à
l'Aemblée Nationale pour lui propofer la guerre
contre l'Autriche . »
Le Rapport qu'on vient de lire n'a point
'été difcuté par l'Affemblée : on a vu plus
haut que la délibération en faveur de la
278 )
guerre n'a entraîné prefqu'aucuns débats
fur le fond de la queftion. Pour fe donner
le temps de l'examiner , MM . Hua ,
Becquey , Dumas , Beugnot & quelques
autres demandoient l'ajournement au lendemain
; leurs efforts ont été inutiles , &
la réfolution la plus importante peut -être
qui ait été rendue en Europe depuis quinzé
fiècles , a été décrétée d'urgence. Soumife
à un Confeil ou à un Sénat , elle leur
eut offert dans fes bafes les moyens de
négocier plus de fix mois encore , avant
d'être obligés à une rupture.›
-
Depuis longtemps nous avions prévu &
annoncé cet événement . Puifqu'il étoit
devenu inévitable , & que la Majorité du
Corps Légiflatif defiroit la guerre , le Gouvernement
n'a pas dû balancer à lui propofer
de la faire fans délai . Le premier
prêt , le premier attaquant obtient quelquefois
l'avantage , & je n'ai pas befoin
d'indiquer les caufes acceffoires qui
dans la pofition actuelle des chofes , peuvent
feconder une expédition prompte &
inattendue.
?
Les ordres ont été envoyés aux Généraux.
On affure qu'un détachement de
l'armée de M. de Luckner doit fe rendre
maître des gorges & de la ville de Poren--
tru dans l'Evêché de Bâle , d'où probablement
ce Corps n'aura pas de peine à déloger
quatre ou cinq cents Autrichiens qui
M 6
( 276 )
•
y tiennent pofte depuis un ar . Ce défié
deviendroit important à garder , s'il exiftoit
une armée ennemie dans le Brifgau 1 ,
On annonce , & les apparences indiquent
que les deux grandes armées de MM. de
Rochambeau & de la Fayette, fortes , dit-or,
de 80 mille hommes fe porteront fur les
Provinces Belgiques , dont le Gouvernement
, ras plus que celui de Vienne , n'a
paru fe douter d'une prochaine déclaration
de guerre, & où, furi'opinion de lafoiblefe,
des craintes , des menaces fars effet , de
l'épuisement qu'on attribuoit au Gouver
nement François , on a cru qu'il n'oferoit
jamais entreprendre de paffer la frontière.
Pour la défendre de Luxembourg à Oftende
, les, Autrichiens ont au plus co mille
hommes & une feule place forte. Mons,
Namur , Oftende par les inondations, fourniflent
feulement des poftes . Les dernières
lettres de Bruxelles fe bornoient à annoncer
que'ques ordres de concentrer les troupes.
vers les frontières ; on parloit d'un camp.
fous Mons, & d'un antre vers Luxembourg ;
de marche d'a tillerie & de munitions ; ma's
d'aucunes difpofitions encore , correfpon-
4 ) Cette occupation de l'Evêché de Bâle re
fera pas nouvelle : Louis XIV en donna l'ez , mo'e
en 1675 , en mettant des troupes en quartier à
Forentru elles en fortirent par l'interceffion des
Cantons Suiffes Catholiques. "
ere
dantes à la certitude d'un dancer immédiat..
On s'attend ici que les armées Fançoifes entreront
chez l'ennemi dans la 1. quinzaine
de Mais A cette date, les forces Autrichiennes.
qui font en route , & celles de Pruffe qu'on
prétend avoir reçu l'ordre de marcher , feront
près de leur arrivée . Douze mille hommes
dars le Brifgaw , dix mille Hellois fur la
Bas -Rhin , & huitou dix mille Pruffiens du.
cantonnement de Wefel qu'on dit en marche
fur Liége ; voilà , avec l'armée . Autrichienne
des Pays Bas , les feu's Corps que
P'Etranger peut oppofer en ce moment à
colles des Généraux François..
::
La déclaration de guerre a été reçue à
Paris , avec l'indifférer ce qui accompagne:
une nouvelle attendue : on eft blâfé fur les
évènemens ; tant de menaces avortées depuis
deux ans ont accoutumé le Public à
ne plus rien craindre ; il confidère la
guerre fimplement comme un nouveau fait
de la Révolution , on comme une iffue
fale après laquelle tout le monde foupire..
On a déjà obfervé que les divers Partis
qui appelloient de leurs vaux cette
calamité , ont applaudi de concert à la
certitude de faprochaine ex fierce, Cha
cun poste dans l'avenir & fur le calcul in
cerrain des raffources refpectives , fes efpérances
où fes illufions . Dar's un an , les uns
ou les autres feront probablement tourment
tés de regrets amers.
( 278 )
*
La guerre n'éteindra sûrement pas les funeftes
divifions qui déchirent la Monarchie
, mais du moment où elle eft déclarée
, il n'eft plus permis , ce nous fenible , à
tout homme fage & fcrupuleux , quelles
que foient fes opinions , d'en manifefter
de propres à alimenter la difcorde , & à
fervir les ennemis ; ce n'eft plus aujour
d'hui une guerre d'idées , de fyftêmes , de
volontés : les plus grands, les plus chers intérêts
font maintenant dans une balance terrible
, & en confervant invariablement fes
fentimens particuliers , que le fort quelconque
des armes ne lui ôtera jamais , tout
Écrivain vivant en France , doit fe défendre
d'en exprimer aucun qui puiffe envenimer
la querelle pour laquelle le fang des François
va être verfé.
En écartant toutes obfervations contentieufes
fur le Rapport de M. Dumourier ;
obfervations qui feroient aujourd'hui dépla
cées , on doit indiquer au Miniftre quatre
principales erreurs de fait , qui pourroient
le compromettre aux yeux de l'Europe , &
qu'il lui fera aifé de rectifier dans le Manifefte
dont il s'occupe .
La première de ces trois erreurs confifte
dans le reproche fait au Traité de 1756 ,
d'avoir épuifé depuis cette époque notre fang
et nos trésors dans des guerres injuftes que
l'ambition fufcitoit , et forcé la France de
s'avilir au point de jouer un rôle fubalterne
( 279 )
dans les fanglantes tragédies du defpotifme.
Ce n'eft pas ici le lieu de difcuter les argumens
, mêlés de beaucoup d'arguties , par
lefquels M. Favier & enfuite fon école , en
tête de laquelle nous avons vu M. Peyf
fonnel , ont combattu l'alliance de la
France & de la maifon d'Autriche . On
ne peut révoquer en doute qu'en gênéral
ce Traité ait été plus utile à cette
dernière Puiffance ; mais , fi l'on en excepte
la guerre de 1756 , qu'il auroit également
fallu foutenir contre l'Angleterre, la Ruffie ,
l'Autriche & FEmpire dans l'hypothèfe .
d'une confédération avec le Roi de Pruffe ,
la France depuis la paix de 1763 n'a diffipé
ni fon fang , ni fes tréfors pour des
guerres injuftes , réfultantes de fes rapports
avec l'Autriche ; car ces guerres prétendues
n'ont jamais exifté. L'intervention de
la France concourut , à deux reprifes , à
prévenir une nouvelle rupture entre les
Cours de Vienne & de Berlin pour la querelle
de la Bavière , fans qu'ilfut befoin de
faire marcher un feul régiment. Elle
arrêta , à auffi peu de frais , les efforts de
P'Empereur Jofeph II contre les Provinces-
Unies aufujet de l'ouverture de l'Eſcant . La
France dut en grande partie à fa liaison avec
la Cour de Vienne , l'abandon général où
fe trouva l'Angleterre pendant la guerre
d'Amérique. -Ce paffage du Rapport
n'eft donc qu'une déclamation , qui sûrea
( 280 )
ment fera retranchée dans un nouvel Expofé
des griefs.
Il est encore moins exact d'accufer le
dernier Empereur d'avoir excitécontre nous
les Fuifances de l'Europe , et détaché de notre
salliance ce Roi du Nord dont l'inquiète adivité
n'a pu être arrêtée que par la mort,
au moment où il alloit devenir l'inftrument
de la fureur de la Maison d'Autriche. Trèscertainement
, Léopold II a obfervé une
:conduite diamétralement oppofée. Il eft
notoire & prouvé que le Roi de Suède
avoit abandonné motre alliance , & recherché
l'appui de l'Angleterre & de la Pruffe ,
avant l'avènement de Léopold à la Couzonne
. Nice Monarque , ni fon Prédécef
feur ne parentfonzar a entraîner Guftave IIF
dans des connexions , favorables aux inté
rêts de la Porte Ottomans que la Cour de
Vienne combattoit . L'anachronisme eft ici
trop palpable pour exiger même une dif
euffior. Il devient également fenfible, quart
anx difpofitions du Roi de Suède touchant
la Révolution de France : ce Prince les ma,
nifefta. du vivant de l'Empereur Jofeph ;
elles dérivoient de fes propres opinions.
politiques , de fes fouvenirs , de l'aviliffement
où il avoit vu & d'oùil tira. fa Couronne.
Loin que Léopold ait infué fur les
démarches , fur fes efforts pour obtenir des
f- cours en faveur des Emigrés , & pour les
faire rentrer à main armée dans leur patrie
( 281 ) "
l'Empereur contrebalança ce fyftême dans
lequel la Ruffie étoit entrée ; il refufa de reconnoître
aucun caractère public aux Princes
François , à l'infant où leurs Protecteurs du
Nord envoyoient des Miniftres à Coblentz ;
il repouffa les inftances réitérées de ces
mêmes Protecteurs pour le faire fortir de
fa neutralité; il reconnut l'acceptation libre
du Roi , tandis que la Rule & la Suède
perfiftoient dans l'inflexible opinion de la
contrainte
, de la millité politique de
Louis XVI. Nous aurioms ' a guerre depuis
neuf mois , fi Léopold n'eut contrarié les
vires que lui attribue M. Dumourier : lai
feul fit refter la Convention de Pilnitz dans
les limites d'une déclaration fans effet ,
malgré les plus actives follicitations .
M. Dumourier n'ignore point ces vérités,
& il n'ignore pas davantage qu'au lieu
d'animer le Roi de Pruffe contre nous 2
l'Empereur tempéra conftamment les dif
pofitions du Cabinet de Bertin , & le dé .
tacha du fyftême formé par la Rulie &
par la Suede. M. de Noailles témoigne luimême
de ce fait dans fa dernière dépêche ,
& il n'est démontré que , fans fes liaifons
avec la Cour de Vienne , cel'e de Berlin
depuis long- temps eût donné une impul
fion bien autrement rapide aux événemens,
Ma dernière obfervation hiftorique
tombe fur le paragraphe où le Miniftre
( 282 )
affure ; « Qu'à la demande irrégulière de
» l'Evêque de Bâle , la Cour de Vienne éta-
» blit une garnifon dans le Porentrui , pour
» s'ouvrir une facile entrée dans le Dépar-
» tement du Doubs ; violant , par l'envoi de
» cette garnifon , le territoire du Canton de
» Bâle , violant les Traités qui mettent le
» pays de Porentru fous la garantie de ce
» Canton & de la France. » J'ignore quel
Publicifte a fourni cet article au Miniftre ;
mais c'eft affurément un homme bien mal
infruit.
Toute la partie Catholique de l'Evêché
de Bâle , qui comprend entr'autres le pays
de Porentru , eft terre Impériale. L'Evêque
, Prince d'Empire , Membre , du
Cercle du Haut-Rhin , fiège à la Diète ,
paie fes mois Romains , & reçoit de l'Empereur
fon inveftiture pour le temporel.
I eft donc foumis aux Loix du Corps
Germanique , & fous fa Suzeraineté immédiate.
Le pays de Porentru ne connut
jamais la garantie du Canton de Bâle
ni celle du Corps Helvétique , avec lequel
le Prince fe trouve feulement lié par une
Alliance défenfive avec les fept Cantons
Catholiques. Le Traité de 1739 entre
la France & l'Evêque de Bâle , affure à ce
deinier les fecours du Roi pour appaifer les
troubles intérieurs qui exiftoient alors , & le
maintient dans le droit de neutralité en cas
-
de guerre entre l'Empire & la France. - Ce
( 283 )
même Traité de 1739 réferve pofitivement
les Droits de l'Empereur , de l'Empire , les
Traités de Weftphalie & les Concordats
Germaniques
.
D'où il réfulte que , l'Evêque de Bâle
a pu légitimement invoquer l'alliance
de l'Empire pour le maintien de la
tranquillité de fes Etats , & que l'Em
pereur ne pouvoit , fans manquer à fes devoirs
, lui refufer cette aflifrance. Ni le
Canton de Bâle , ni le Corps Helvé- !
tique , ni aucune Puiffance n'avoient ,
le droit de s'oppofer à cet exercice de
la Souveraineté Impériale , requife par'
l'un des Membres de l'Union Germanique.
Auffi le Canton de Bâle , par des motifs
qui furent diverfement interprêtés , fe borna
-t- il à remontrer à l'Empereur & aux
Cantons , les inconvéniens qui pouvoient
réfulter à fon égard du paffage & du
féjour des Troupes Impériales dans le
Porentru.L'Empereur répondantà ces repréfentations
, donna les éclairciffemens & les
sûretés néceffaires ; les Cantons furent d'accord
avec l'Empereur , & celui de Bâle
accorda librement le paffage qui fut demandé
& négocié dans les formes les plus
régulières ( 1 ) . Ainfi que nous l'avons dit
( 1 ) Dans le temps , nous rapportâmes les
différentes pièces officielles de cette négociation ,
On peut les confulter .
}
( 284 )
plus haut , cette garnifon Autrichienne n'a
jamais été plus forte que de 4 of 500 ,
hommes ; ce n'eft pas avec un femblable
détachement qu'on envahit la Franche-
Comté. M. Dumourier fuppofe ce def .
fein au Gouvernement Autrichien : nous
avions lu la même fuppofition dans différentes
Feuilles publiques , mais , sûrement ,
ce n'eft pas fir leur autorité que le Miniftre
des Affaires Etrangères ranouvella
aujourd'hui cette imputation , qu'on ns
peut croire fans en avoir connu les preuves.
Nous jugeons d'autant plus important
de publier ces remarques , qu'il eft d'une
mauvaife politique de donner prife à fes Ennemis
par des allégations erronnées ; elles
affoibliffent la caufe que l'on doit défendre ,
& ce n'eft pas là le but de M. Dumourier.
Le Confeil Souverain de Berne , délibérant
fur une lettre de ce Miniflre , qui
invitoit le Canton à revenir à des idees
plus calmes fur la première réfolution
relative au régiment d'Erneft , y a perfifté
a l'unanimité , & vient de fign fier fa réfolution
invariable à M. Dumourier Far ia
lettre fuivante :
« Le Confeil Souverain qui a délibéré hiez
fur l'objet de votre lettre du 27 Mars dernier ,
nous a chargés d'annoncer à V. E. , que la Republique
ne peut cha : ger une délibération qu'elle
ayoit mûrement refléchie ; qu'en conféquence ele
( 285 )
pefifte irrévocablement à rappeller fon régiment
d'Erelt , & que fa confiance en la jultice du
Rei , ainfi qu'en fon anna Cafedérale , lui
fait efpéier que S. M. voudia bien donner les
ordres néceffaires , pour que le régiment puiffe
revenir fans ´obftacie dans fa patrie , conforinément
à la demande que la République a eu l'honnear
de faire au Roi par fa lettre du 16 Mars . »
« Il en a coûté infiniment à la République ,
de prendre dans cette affaire malheureufe un
Parti qui put êue contraire aux intentions de
S. M.; mais fon honneur lui en fait une loi ,
& elle a confidéré , d'ailleurs , que l'étabiiffement
des troupes Suiffes en France , ne tenoit par aucun
lien néceffaire , ni à la paix perpétuelle , ni à
l'alliance générale qui nous attachent à cet 'Empire.
»
« Le rappel forcé de notre régiment ne peut ,"
en effet , porter la plus légère atteinte à ces
Traités ; ils font toujours intacts , & la République
n'en continuera pas moins de les oblerver
loyalement ; ainfi que le firent nos Ancêtres qui
ne ceffèrent jamais d'être les plus fidèles & les
plus anciens Alliés de la France , »
cc
Quand fon régiment lui aura été rendu de
la manière qu'elle le demande , alors elle pourra
traiter avec honneur , & fera toujours flattée de
donner au Roi Très Chrétien des preuves de
fon attachement. »
« Alors elle entendra avec le respect qu'elle
doit à S. M. , & la confiance que mérite fon
Ambaffadeur , les propofitions dont V. E. annonce
que M. Barthelemi tera chargé ,
גנ
" V. E , ne doit point douter que ces propofitions
ne foient eçues avec intérêt , fi´elles
tendent à diſſiper tous les ombrages , à adoucir
( 286 )
le fouvenir pénible du paffé , & à confolider la
bonne harmonie , d'autant plus défitable entre
deux Nations voifines , qu'elles y trouvent un
avantage & une utilité réciproques.
« Nous femmes , & c.
وو
Les très dévoués à le fervir L'ADVOYER
ET CONSEIL de la Ville & République
de Berne.
Du 12 Avril 1792 .
Le régiment d'Erneft eft actuellement à
Romans , Département de la Drôme , d'où
il est probable , que fur l'itérative réquifition
de fon Souverain , il paffera en Savoie,
& dans fa Patrie , en traverfant le Dauphiné .
Son Colonel a renvoyé le Cordon rouge
que M. de Narbonne lui avoit fait donner
par Sa Majesté.
Conformément à leurs Capitulations ,
les Cantons unanimes ont envoyé une lettre
circulaire à tous leurs régimens au fervice
de France , pour leur interdire de concourir
à aucune attaque fur le Brabant ,
ou fur tout autre territoire de l'Empereur,
de l'Empire , & de la Maifon d'Autriche.
Cette réferve , on le fait , eft formellement
exprimée dans les conventions militaires
du Corps Helvétique avec la France .
. Cette femaine , les Feuilles . Parifiennes
ont empoisonné le Roi d'Efpagne , détrôné ,
enfermé , tué l'Impératrice de Ruffie , mis le
Roi de Pruffe dans l'agonie de la terreur par
la découverte d'un complot contre les jours,
( 287 )
& enfin fufillé à la tête de fon armée le
Duc de Brunfwick qui n'a point d'armée .
Ce dernier régicide arrive de Bruxelles ,
où .à l'inftant que l'Affemblée déclaroit
la guerre , on affuroit dans les Cercles que ,
frappés de crainte , les Jacobins négocio ent
un accommodement avec le Roi de Hongrie.
L'imagination eft épouvantée de
voir à la fin du 18 ° . fiècle , à côté des
étrits de Montefquieu , de d'Agueffeau , de
J. J. Rouleau , revivre les images de poifon
, d'affallinats , & de tous les crimes que
nous préfente l'hiftoire de la barbarie. Quel
tableau de nos moeurs ! quelle réponſe à
cette foule de petits & vains fophiftes , qui
n'ont ceffé de nous annoncer que la raifon
feule gouvernoit aujourd'hui les hommes ,
& qu'à côté des grandes lumières fe trouveroient
auffi toutes les vertus ! Dieu préferve
la poftérité de femblables vertus &
de femblables lumières.
M. Hébrard , ancien Député à l'Affemblée
Conftituante , & aujourd'hui Préfident
du Tribunal Criminel du Cantal , nous
écrit d'Aurillac , le 15 Avril , contre une
Note rapportée dans ce Journal , N ° . 14.
Il affirme que l'Auteur de cette Note l'a
caloninié , en difant que le jour de l'affaffinat
de M. de Nioffel à Aurillac , on avoit
couronné de fleurs la maifon de M. Hébrard.
Nous devons rendre public le démenti de
( 288. ).
cet ancien Député , en obfervant que nous
avons rapporté la Note telle qu'elle nous a
été tranfmife. M. Hébrard nous prie auti
de répandre fur fa fignature , que fa nailon
fervit d'afyle à des Perfonnes que pourfuivoit
l'opinion publique , dans ce moment
d'infurrelion contre les ci devant
Prêtres fanatiques. Il eft étonnant
qu'un Magiftrat , écrivait , nous dit- il , avec
le témoignage d'une ame pure , appelle opinion
publique la férocité meurtrière de quelques
fcélérats, & femble excufer leurs crimes
par les épithètes qu'il diftribue à leurs victimes.
P. S. Nous recevons à l'inftant une lettre
d'Aurillac , fignée de M. le Marié d'Aubigny
, ci- devant Confeiller au Châtelet, &
qui , quoique profeffant des opinions contraires
à celle de M. Hébrard , rend témoignage
de la juftice des réclamations de
ce Député.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Avril 1792.
EFFNEATTS.
Lundi2. Mardi3.
Merc.4.
2152
1415.5 ...
1410..
435· 435.30
5 .
Actions ...... 2157
Do.es.
EmpruntO&..
Id. Décembre8z. 311
Lot. d'Octobre.
Emprunt 12.44.
Lot. d'Avril.. 4
CHANGESdu4.
Amft. 324.
Lond. 18
Ham. 305.
Mad, 25.S.
Cad. 25.5.
Liv. 168.
Gên. 158.
Lyon.1p.
Payeurs, année
Lettre L.
1791.
millioI8n.d0s..
Sans Bulletin.
Bullet.i.n.
Emprunt 120 ms
4.38
434
74
Borde. Ch
Caifle d'Efcompt. 3825.10.. 3800.2 ... 3805.808.
Do. demi- act .... 1905.5 ... 1900.905.1898.
EauxdeP...
Empr. National..1
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra ja
mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conftates.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftri
bution , &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hôtel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout se
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refler au rebut
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, vor ont bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la roj , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv
frenc de port pour la Province, l'Affemblée Na
tionale , par fon Décret du 17 Août , ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
derrière le reçu du Directeur des Poftes. On Jouf
crit Hôtel de Thou , rua des Poitevins. On s'a
dreffera in fieur GUTH , Dire& eur du Bureau du
hercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Avril 1792.
LETS NAT. Jeudi 12. Vend. 13.
Sam. 14.1
Actions. 218.77 21771 80. 2180,.
Dees 1425. 1410.
Emprant Oct. 434-35. 435. 435
Décemb3r8I1e2.d. 3.4. 3-3
Lot. d'Avril ...
CHANGESdu14.
Amft32.
Lond. 17.
Mar
315:
hand.. 25.5.
Cadia 25.5.
Liv.. 172.
Gên.. 162.
Lyon.p.
Payeurs
1791, LettreL.
année
FILY
Lot. d'Octobre..
Emprunt 125
Id. 80 millions..
Sans Bulletin.
Bull.e.t.i.n
Emprunt 120
Borde. Ch.
33-
d'33E77f67Cc503aoi..7m6f965p6l..205t.e...
Do. demi- act. 1885.90. 1875.78.. 1878.85..
EauxdeP ....
Empr. National.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
Po
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jamais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'interêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fair ufage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conflares .
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diribution
, &c. Ceft à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'ilfaut adreffer tout ce
qui correrne ces objets ; autrement des lettres
Jour importantes pourraient refler au rebut.
I rfonnes qui enverront à M. Guth des
Paris , pour acquit de leur Abonneudront
bien les faire timbrer ; faute de
ne feraient pas acquittés , Les lettres
des Affignats , dowent être chargées
à la Fojte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
effet
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Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv.
frane de port pu la Province , Affemblee Nationale
, parfon Décret du 17 Août , avant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Pifles. On fouf
erit Hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'adreffera
au feur Gorn . Directeur du Bureau da
Mercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
PEUCFBOFLUEDIA1vRT7ECr9iSSSS2l..
EFFETS NAT. Lundi 16. Mardi 17. Merc. 18. Jeali 19. Vend. 20.
Actions
Sam. 11.
CHANGEd1Su8.
Amft. 32.
Lond. 178.
Ham. 312.
Mad, 25.5.
2020.20
.
Cad
.
2.5
.
2177!
23020. 2105. 100. 2060.
D.
1395
Emprunt Oct. 434
50. 430
43 424.20
Liv. 172.
3.1. 13P 5.45
Gen. 162
5.3.
DécembrI8ed3.
Lot. d'Avtil.
Lot. d'Oftobre.
Emprunt21
millioISn.dos..
Sans Bulletin.
Bulletin.
Emprant 120
Borde. Ch
Caifle d'Elcompt780.82. 3765.6.. 3755.6
D°. demi- act.
185.88.. 1380 70.11860
EauxdeP .....
NatiEomnpa3.rl4...
Lyon.
CHANGES du21.
Lond. 18
5.54. Amft.3
asp. b. p. aup. 23P Ham. 305
60.64 Mad. 24.10.
Cal. 2410..
Liv. 168.
- 3720.700. 3700.97.1370090•
1847 1840.
····3·³p·
Gén, 158.
Lyon.I. P.
1840.43
5.4.
+179
Pavours année
Letay M.
AVIS TRES IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra1jamais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres lignées ,
qui rendent compte de faits bien confiates ,
On obferve encore que les Rédaleurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. Ceft à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hôtel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer , faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , dowent étre chargées
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente - fix liv.
franc de port pour la Province , Affemblée Nationale
, par fon Décret du 17 Août , ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Poftes. On fouf
crit Hôtel de Thou , rue des Poitevins . On s'adreffera
au fleur GUTH , Directeur du Bureau du
Mercure. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
SAMEDI 21 Avril 1792.
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE , quane
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes ; & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé de
la partie politique.
Tous les Livros , Cartes , Eftampas , Mufique
& Avis divers , doivent être adreffés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n°.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv .
frane de port par tout le Royaume.
CALENDRIER
POUR
L'ANNÉE
1792 .
AVRIL a 30 jours & la Lune 30. Du an 30 , les
jours croiffent , matin & foir , de so .
JOURS
du
MOIS.
NOMS DES SAINTS. de
PHASES
de la
LUNK.
Temps mo a
au Midi vrHI.
H. M. S.
116 D. Rameaux.
lundi. ,François de Paule.
42
3mardi Richard.
3 24
merc. Ambroife , Evêque.
3 6
14 2
jeudi. Vincent.
2
vend. Vendredi Saint 16
P. L 10
fam. Hégéfipe . 17
Je 7 ,
$ 3
1
8 D. PASQUES.
h.
51
3 m.
O
du mat.
18
21
10 mardi Macaire . о
S
z jeudi. Jules , Pape.
211
48
22
CD.Q.
O 32
23 le 14 , à
24 h. 2 ..
• O
125 du mat.
11 59 47
26
11 59 32
lundi Ste Matie Egyptienne.-
merc. Léon , Pape.
vend, Hermenegilde.
14 fam. Tiburce,
1 D. Quafumado.
16 lundi Fructueux.
17nardi Anicet , Pape .
18 mere. Parfait, Prêtre.
19 jeudi. Elphege.
20fvend. Ste Hildegonde.
21 Cam. Anfelme, Evêque.
2 D.Ste Opportune.
undi Georges , Martyr.
24 mardi Ste Beuve.
25 merc. Marc , Evang, Abftin
16 jeudi. Clet , Pape & Martyr.
17 vend . Policarpe, Evêque.
28 fan Vital , Martyr.
293 D. Robert , Abbé.
10 lundi . Eutrope , Evêque,
17
28
29
11 59 18
11 19
11 58
ON. L. 11 58 38
1le21,7 II 26
2 h 45 m. 11
14
3 du mat. IT 58 3.
11 57
52
11 $7
41
II 57 31
11 57 21
1.1 57 22
57 4 Je 21,10 1
10h1 m.] 11 56
laur mat.
56
MERCURE
FRANÇAIS, "
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ,
par
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; &
M. FRAMERY , pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN , Citoyen.
de Genève , eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique.
SAMEDI 7
AVRIL
1792.
A PARIS ,
Aah zhamung Tub , cita'] A
Au Bureau du Mercure , Hotel de Thou ,
rue des Poitevins , No. 18 .
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Mars 1792.
V ERS.
Jl le fallait.
Charade , En. Log.
Elemens.
LE Cheval & la Fille.
Charade, En . Log.
Entretiens polémiques,
AUX
LUX Repréfentans,
Romance.
Charade, Enig. Logoz.
MERCURE.
Charade, Enig. Logog.
Le Divgree.
IMITATION.
Réponse.
Charade, Enig. Log.
3 Variétés.
5'S , ectacles.
24.
20 Notices .
231
30
33
m0.
37 'Variété.
55
39 Spectacles.
58 41 Notices.
59
61 Euvres pofthumes. 66
63 Spectacles .
80
6+ Notices, 83
8 Les Thermopyles. 98
92 Spectacles.
104
94 Notices. 107
109 Hiftoire. 114
111 Variété. 116
111 Annonces & Notices . 1.28
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard , rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni
BIBLIOTHECA
REGIA
1
MERCURE
FRANÇAIS.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
O DE
IMITÉE D'HORACE : Quò quò fcelefti ruitis?
ADRESSÉE AUX FRANÇAIS SUR LE RHIN .
Ou courez -v U courez-vous, cruels ? Quelle coupable audace
Vous tranſporte armés fur le Rhin ?
Et quel Peuple ennemi doit craindre la menace
De votre appareil affaffin ?
Allez-vous délivrer les Régions Belgiques.
De leurs fers trop appeſantis ?
Ou du Tibre écrafer les Idoles antiques
Qui foulent les Peuples foumis ?
A 2
MERCURE
Non vous voulez fervir la Ligue conjurée
De vingt Defpotes en courroux ,
Et montrer à leurs yeux la France déchirée ,
La France expirant fous vos coups .
Quatre fois le Soleil aborda les Tropiques ,
Depuis le temps qu'elle gémit
Sous le pefant fardeau des miferes publiques
Que vos difcordes ont produit,
wate
Les deux Mondes ent vu les flambeaux des Furies
Confumer vos riches tréfors
Et l'Anglais fe repaît de douces rêveries ,
En voyant vos nouveaux efforts,
Le Germain affouvit fes haines immortelles ,
En vous accordant fes fecours .
Les habitans des airs , pour finir leurs querelles ,
Vont-ils implorer les vautours ?
Si vos maux font réels , vos devoirs font féveres.
L'impétueux Coriolan ,
D'un courroux qui de Rome eût comblé les miferes ,
Sut vaincre le dernier élan.
Les Romains fous Sylla, tous bourreaux ou victimes
Glacerent l'univers d'effroi ;
Bayerische
Staatsoibliothek
München
FRANÇAIS.
Leurs yeux ne virent plus que du fang & des crimes
Subirions-nous les mêmes loix ?
g
Du lion qui rugit fous la Zone torride`, D
Surpafferez -vous la fureur ?
*
De la chair des lions , que le même inſtinct guide ,
Sa faim cruelle aurait horreur.
11
Quel inftinct plus barbare aujourd'hui vous domine
Expicz-vous quelque fo : fait ?
Ou le fort , malgré vous , hâte-t -il la ruine
Dont vous reffentirez l'effet ?
whe
Ils ne répondent point : leurs vifages pâliffent
Leurs cours font devenus d'airain.
Les partis oppofés s'ébranlent , s'affermiſſeut z
Je vois s'accomplir leur deftin .
wit
Crime de nos' aïeux ! meurtre impie & barbare
D'un Roi qui n'eut point de rivaux !
La vengeance du Ciel lentement fe prépare :
Sa main lance enfin fes carreaux .
4
( Par M. de Lilleferme , du Musée
de Bordex.)
A ;
MERCUREI
L LE FALLAIT ,
CONTE MORAL.
SECONDE PARTIE.
MADAME D'AL** , me connaiffait trop bien
pour être fans inquiétude . La bleffure de fon
Beau-frere , que l'on croyait très dangereufe
encore , lui avait appris que j'avais à coeur
l'injure faite à l'innocence ; & le ton preffant
de ma lettre acheva de l'intimider. Elle ar
riva , & j'allai la voir.
> Madame , je ne fais lui dis -je , par quel
moyen réparer le tort que j'ai fait à une
bonnête fille ; mais il faut qu'il foit réparé.
Vous êtes encore entourée de gens que vous
& moi nous avons induits en erreur ; c'eft
à vous de les détromper. C'est à vous de dé
favouer & de démentir hautement les propos
du jeune homme qui l'a calomniée ; c'eſt à
vous de faire venir ou d'aller vous même,
chercher le pere de cette innocente , d'affem
bler fon village , & de leur déclarer qu'on a
été injufte & barbare envers elle , que tout le
temps qu'elle vous a fervi , & jufqu'à ce tempslà
, fa conduite a été fans tache , & qu'on ne
l'a congédiée que pour complaire à un jeune
infolent qu'elle avait rebuté.
.
Etes -vous infenfé , me demanda la Prude
d'exiger de moi des baffeffes , & de me deman
der mon propre déshonneur ? Le mal eft fait ,
FRANÇAI S.
& il eft fans remede. J'en fuis défefpérée ,
comme vous croyez bien ; mais eſt- ce à vous
de vouloir m'en punir ? Que pouvais -je oppofer
de plus que mon filence , à celui qui difait
avoir vu de fes yeux , & qui vous atteftait
vous -même ? Il vous a compromis ; vous en
êtes vengé ; il eft mourant. Mais moi , qquel eft
mon crime ? De vous avoir aimé , d'avoir tout
immolé à ce funefte amour ; & cependant voyez
à quoi vous voulez me réduire . Une jeune imprudente
, pour quelque liberté qu'un étourdi
prend avec elle , ofe lui donner un foufflet . Dans
fon reffentiment il publie ce qu'il fait d'elle ,
ou plutôt ce qu'il croit favoir . Il en raconte les
détails ; il dit que vous-même , preſſé de lui
éclaircir ce myftere , vous lui en avez affez dit
pour ne pas l'en laiffer douter. S'il revient à
la vie , vous ne préfumez pas qu'il démente
ce qu'il a dit , ce qu'il a répété cent fois ; &
jamais fon fang ni le vôtre n'en effacera l'ini
preffion. Mais quand même il reconnaîtrait
qu'il a mal pris le fens de vos réponſes , ceffera
- t- il d'affirmer qu'il a vu ce que vous ne
pouvez nier ? Et ne ferez - vous pas réduit à
m'acculer pour juftifier cette fiile ? C'est elle
ou moi ; vous n'avez plus que le choix de
votre victime ; allez-vous me facrifier ? Sans
doute il eft cruel d'abandonner une innocente
. Mais fon obfcurité , l'éloignement ,
l'abfence la feront bientôt oublier. On pardonne
tout à fon âge ; la faute qu'on lai attribue
n'eft , parmi fes pareilles , d'ancune conféquence
; & vous pouvez , par vos b'enfaits
la dédommager amplement. Au lieu que moi ,
dans mon état , avec un mari des enfans
expofée aux regards du monde. ! ....
›
Ahi
A
4
MERCURE
dans frémir , pouvez-vous penfer au défefpoir
où vous m'allez réduire , & dans quel abîme de
Kohte & de malheur vous me plongez ?"
Alors fes larmes redoublerent , & l'horreur
de ma, fituation s'accrut de l'horreur de la
Henne car il n'y avait point de milieu , &
il fallait ou renoncer à juftifier l'innocente , ou
me réfondre à livrer la coupable au déshon
nent & au mépris . J'infiftai cependant. Non ,
Madame , lui dis -je , ni fon cbfcurité , ni tous
les avantages que vous donne fur elle votre
fortune & votre état , ne juftifieraient mon
filence, L'innocence dans le malheur , dans un
malheur dont je fuis la caufe , l'innocence cas
lomniée par inon filence même , fi j'étais af
fez lâche pour le garder , eft à mes yeux ce
qu'il ya de plus refpe&table & de plus facré
fur la terre. Je vous en avertis ; il faut que
Life foit juftifice . Ou rendez - lui . l'honneur
ou je le lui rendrai à quelque prix que ce
puiffe être. Quoi , Monfieur , au péril &
aux dépens du mien ! Qu'ai- je donc fait , grand
Dieu & à qui me fuis-je livrée ? Allez , Monfieur
, fi vous chez perdre une femme_comme
moi yous feriez vous -même perdu . D'abord
je vous démentirais , je vous dénoncerais
comme un vil impofteur ; & quand même
Fon vous croirait , celui qui dans le monde
'déshonore une femme eft un homme désho-
Boré.
Ce langage n'était pas fait pour m'attendrir.
Mais il n'en reftait pas moins vrai que je
n'avais que le choix du crime ; & quand la
vérité eft auffi terrible , elle n'a pas befoin
d'être touchante.
Dans le trouble & dans la trifteffe où me
FRANÇAI S.
plongea ce funefte entretien , n'ayant ni le courage
de laiffer une innocente fous le blâme , '
ni le courage de divulguer la honte de celle
qui s'était abandonnée à moi , je me tourmentais
à chercher quelque moyen poffible de
fortir innocemment de cet affreux détroit. Je
n'en trouvai aucun. Un mal -aife profond , une
inquiétude mortelle s'empara de mon ame : plus
de repos pour moi , & en même temps plus de
force , plus de fermeté pour agir . Cent fois je
me déterminai pour être jufte & vrai ; & cent
fois cette bonne réfolution tomba comme brifée
par la réflexion du mal que j'allais faire.
Je ne crois pas qu'il foit poffible d'imaginer
un état d'angoiffe plus cruel que l'était le
mien.
Je brûlais de favoir fi on avait retrouvé
Life . Je lui aurais parlé , je lui aurais tout dit ,
à elle & à fon pere ; je leur aurais offert de
payer mon filence à tel prix qu'ils auraient
voulu. Rien ne m'aurait coûté pour obtenir ma
grace , & pour racheter mon repos . J'envoyai
donc favor fi elle était retrouvée ; & la trifte
répoafe , qu'on n'en favait point de nouvelles
acheva de me confterner .
Vainement le devoir de mon état , en m'appe
lant aux armes , fembla venir faire à mes peines
une diverfion fecourable ; mes chagrins me fuivirent
, & ne m'abandonnerent plus . Je n'avais
vu la pauvre Life qu'ea paffant ; je n'avais fait
même qu'une attention gere à fe jeuneſe , à fa
beauté & dès-lors fon image me fut préfente
jour & nnit , tantôt dans un état d'humiliation.
& de mifere qui me déchiralt Pame ; tantôt ,
& d'après les paroles de fa petite fer , froide
A S
ΤΟ
MERCURE
& livide fur le bord de la riviere où fon
défefpoir l'aurait fait fe précipiter.
Jufque - là , grace au Ciel , les périls de la
guerre ne m'avaient point épouvanté. Tant que
j'avais été fans reproche , j'avais été fans peur ;
une vie innocente ne m'avait rien coûté à
expofer pour le fervice de mon pays & de
mon Roi en la perdant je n'aurais laiffé aucun
reproche à ma mémoire ; & libre de remords ,
je me fentais difpos à mourir dans le champ
d'honneur. Mais durant la campagne que nous
fîmes alors , mon fang - froid ne fut plus le
même . Un crime à laiffer après moi fans expiation
, fut pour mon coeur comme une lourde
chaîne qui me tenait attaché à la vie . Cette
pauvre famille , me difais-je à moi - même , va
donc refter dans l'humiliation , dans l'opprobre !
Plus de moyen pour elle de s'en tirer ; plus
aucun témoin qui dépofe en faveur de l'honnêteté
calomniée ; les cris de l'innocence me
pourfuivront dans le champ de bataille &
l'oeil de l'éternelle & fuprême Juftice faura me
difcerner dans la foule des morts. Cette penfée
toujours préfente me rendit faible , inquiet
& timide. Je ne laiffai pas de donner bon
exemple à ma troupe ; vous en fûtes témoin .
Mais plus d'une fois je fentis que durant le
combat j'étais mal à mon aiſe ; & je fus mécontent
de moi .
La prife d'Ath ayant terminé la campagne ,
je vins chercher dans ma Patrie le repos , non
celui du corps , quoique bien fatigué d'infomnie
& d'inquiétude , mais le repos d'une ame
qui depuis fix mois fans relache fouffrait le
tourment du remords .
Daus le pays , encore à mon retour 2 aucune
T
FRANÇAI S.
TA
nouvelle de Life ( ou de Louiſe , comme l'avait
nommée devant moi fa petite four ) ; fa famille
découragée avait ceffé de la chercher en
vain. Moi , fans me rebuter de même , je réſolus
de ne rien épargner pour retrouver fes
traces . J'en avais un moyen facile & fimple ,
& je n'y penfais pas ; mais il vint s'offrir de
lui-même.
Nos Curés , toutes les femaines , ſe réuniffent
par cantons , pour confulter enſemble fur
les affaires de leur état , & ils fe donnent à dîner
tour à tour. Le hafard , ou plutôt celui dont la
fageffe difpofe de tout dans la vie , voulut que
le Curé de mon village m'invitât à diner , le
jour où fe tenait chez lui la conférence , & que
dans ce diner un fimple badinage m'apprit ce
que j'étais fi impatient de favoir.
Les propos de table roulerent fur la vifite
que l'Archevêque venait de faire dans fon
Diocefe. Chacun fe loua des bontés de ce digne
Prélat . Mais les plus jeunes , s'égayant vers la
fin du repas , fe plaignirent un peu de fa févérité
fur l'article des Gouvernantes. Il n'y a,
dit l'un d'eux , que l'heureux Curé de Clerval
à qui on a paffé une Servante encore mineure.
Meffieurs , répondit le vieillard , chacun de
vous un jour obtiendra la même indulgence.
Quand Mgr. l'Archevêque a paru s'étonner du
jeune âge de ma Servante , je lui ai repréſenté
qu'entre elle & moi nous avions cent ans accomplis.
Je vous promets qu'il fera fatisfait de
cette regle de bienféance , quand vous pourrez
lui en dire autant. Au reste ne plaifantez
point fur la jeuneffe de Louife : c'eſt le privi-
,
A 6 .
12 MERCURE
lége des Anges d'être jeunes ; & en vérité ,
c'en eft un.
Ils convinrent tous qu'en effet fa beauté ,
fon air , fon regard , le caractere de pudeur &
d'innocence empreint fur fon vifage avait quelque
chofe d'angélique . Ce n'eft rien , leur dit le
vieillard , & fi vous connaiffiez les vertus de fon
ame , cette bonté , cette douceur , cette compaffion
active & fecourable , cet oubli d'ellemême,
ce tendre & vifregret de n'avoir pas plus
de moyens de foulager les malheureux ! ... Ah !
mon village aurait perdu un rare & précieux
tréfor , fi l'on m'eût obligé de me féparer de
Louife ! Et moi , jamais , je vous l'avoue , je ne
m'en ferais confolé.
Dieu ! fi cette Louife était la mienne , dis - je
en moi- même ! Et je demandai à mon Curé
quet était l'âge de celui de Clerval. Soixantedix-
neuf ans fonnés , me dit - il . Sa Lonife avait
done vingt- un ans ; & c'était l'âge que la mienne
pouvait avoir. Je demandai bien vite au bon vieillard
lui - même fi elle était née fur fa Paroiffe . It
répondit que non ; qu'il ne favait pas même en
quel lieu , & de qui elle avait pris naiffance ;
qu'il ne connaiffait d'elle que fon malheur &
les vertus .
Morfieur , lui dis - je au fortir de table ,
vons nous avez fait là un portait fi intéreffant
, que vous devez trouver tout naturel en
moi le défir d'en voir le modele . Quand il vous
plaira , me dit -il , vous le verrez chez moi ; &
vous y ferez bien reçu . Il y a , repris -je , un
air de Roman dans fa deftinée . De R man
non , mais de miracle répondit le vieillard ;
& fi je vous difais comment s'eft opéré cet effet
de la Providence , vous l'adoreriez avec moi.
FRANÇAIS. 15
Ah ! ne différez pas , lui dis -je vivement . Et
lui , touché de mon impatience , il eut la complaifance
d'y céder fur le champ . Nous étions
feuls , loin des convives , dans le verger du
presbytere ; nous nous afsîmes à l'ombre des
pommiers ; & il commença fon récit .
Un famedi au foir , que , felon ma coutume ,
j'étais dans mon Eglife , entendant à confeffe
les bonnes femmes de mon village , une jeune
perfonne , modeftement vêtue , fe préfente à
fon tour , & me fait , comme je vous l'ai dit ,
la confeßion d'un Ange : jamais avec tant d'humilité
, je n'avais vu tant d'innocence . Après.
l'abfolution , que je lui donnai de bon coeur
je la vis au pied de l'autel c'était- là qu'elle
m'attendait ; & lorfque je paffai pour m'en
aller , elle vint à moi. Monfieur le Curé , me
dit - elle en voulant me donner fa bourſe , voilà
quarante écus que je dépofe dans vos mains ,
la moitié deftinée a foulager les pauvres , l'autre
à prier pour moi & pour le repos de mon
ame. Et pour le repos de votre ame , repris-je
avec étonnement ! Oui , pour le repos de
mon ame .
Alors , en l'obfervant avec attention , je crus
appercevoir dans le fon de fa douce voix , dans
e tremblement de fa main , dans la pâleur de
fon vifage , fur-tout dans fon regard douloureufement
attendri , les indices de quelques
peines qu'elle ne m'avait point confiées. L'état
où je vous vois , lui dis- je , n'eft point votre
état narurel : vous avez l'air fouffrant , votre
ame eft abattue . Vous fentez -vous malade affez
pour croire que vous touchez à votre fin ?
Malade , non , mais malheureufe ; & le chagrin ,
me répondit- elle , eft mortel comme la douleur
14
MERCURE
Ma chere enfant , lui dis-je , dans l'affliction où
vous êtes , je ne vous laiffe point aller. Venez
chez moi . Je veux vous parler , vous entendre ;
je veux favoir de vous quel eft ce malheur
ce chagrin que vous m'avez caché , & qui
vous fait mourir. Monfieur le Curé , me ditelle
, le chagrin n'eft pas un péché : voilà pourquoi
je n'ai pas voulu , à confeffe , vous affliger
du mien. Ce que je puis vous dire , c'est qu'il
eft fans remede , & ne finira qu'avec moi . N'en
demandez pas davantage. Je pardonne , vous le
favez , à tous ceux qui m'ont fait du mal . Je .
leur pardonne auffi ma mort , & je vous prie
de publier qu'on n'en doit accufer perfonne ,
Quoi ! lui dis-je , ferait- ce une mort volontaire ?
-
-
---
Cui , volontaire ; & dans une heure , s'il
plaît à Dieu , mon ame fera devant lui .
Ciel ! qu'auriez- vous réfolu ? De finir ma
mifere , d'enfevelir ma honte , de me noyer :
c'eft pour cela que je fuis venue à confeffe .
Ah , ma fille ! gardez- vous bien d'attenter fur
vous - même , lui dis- je avec effroi ; c'cft le feul
crime irrémiffible . Ces mots la firent treffaillir
d'étonnement & de terreur. Quoi ! me demanda-
t- elle , en me donnant la vie , un Dieu
fi bon ne m'aurait pas permis de m'en délivrer ,
fi j'étais affz malheureufe pour ne pouvoir
plus la fouffrir ? Elle me dit ces mots d'un air
à me pénétrer l'ame.
Un défefpoir fi froid , fi doux & fi paifible
n'en était que plus effrayant. Je vois , lui dis -je ,
que fur l'un des plus faints de nos devoirs vous
êtes dans l'erreur . Suivez-moi . Je veux vous
inftruire . Elle obéit ; & je trouvai en elle un
coeur humble , un efprit docile. Mais quand je
Yeus perfuadée qu'il n'apparterait qu'à Dieu
FRANÇAIS. IS
feul de difpofer du don qu'il nous fait de la
vie , je la vis fondre en larmes & tomber dans
l'abattement.
Je ne dois , me dit -elle , ni ne veux accuſer
perfonne. Je ne me permets de vous dire , ni
d'où je viens , ni qui je fuis ; mais le Ciel m'eft
témoin que je n'ai rien à me reprocher d'indigne
d'une honnéte fille ; & cependant je fuis désho
norée , rebutée par ma famille , défavouée par
mon pere , & chaffée de fa maifon , fans qu'il
me refte , hélas ! feulement Fefpérance de me
tirer de l'abîme où je fuis ; car le feul homme
qui aurait pu rendre témoignage à mon innocence
, m'a refufé cette juftice. Ah ! bon jeune
homme , s'écria - t- elle , je fais pourquoi tu ne
veux point pailer : je te pardonne ton filence ;
mais fi tu peux favoir les maux que tu me
canfes , tu dois être bien malheureux ! Jugez ,
M. le Comte , de l'impreffion de ces mots fur
mon coeur !
Alors , pourfuivit le Curé , par les motifs
fublimes de confiance & d'efpérance que j'avais
à lui préfenter , je commençai à relever un peu
cette ame faible & défolée .
Votre fituation , lui dis -je , eft cruelle , je le
fens bien : mais eft- elle auffi accablante que vous
l'imaginez ? D'abord votre innocence et une
fidelle compagne , qui , en vous fuivant dans le
malheur , doit l'adoucir. C'eft beaucoup , mon
enfant , de n'avoir rien à fe reprocher. Hélas !
c'est tout pour moi , dit elle . Et puis, le tort
qu'on vous a fait peut n'être pas irréparable.
Attendez tout d'un Dieu de juftice & de vérité.
Il fait , quand il lui plait , ch. ffer & diffiper
tous les nuages du menfonge . En atten16.
MERCURE
dant , vous avez pour témoins , ce Dieu , votre
confcience , & moi.
Ah , mon charitable Paſteur ! s'écria - t - elle en
me baifant les mains , vous daignez donc me
croire & m'eftimer , tandis qu'ailleurs on me
méprife Mettez le comble à vos bontés . Puifque
vous voulez que je vive , devenez mont
refuge ; laiffez- moi me cacher auprès de vous ;
laiffez-moi vous fervir avec un zele tendre ,.
avec un faint refpe&t , avec un amour filial ;
jufqu'à ce que le Ciel me rende un pere , daignezi
m'en tenir lieu. J'y confentis avec une fenfible
joie ; & ce fut ainfi que Louife affociée à ma
vieille Servante , la remplaça , lorfque je la
perdis . Vous la vérrez encore bien trifte lei
même chagrin la confume , mais lentement &
en filence ; & fon ardeur à nous fervir , mess
pauvres malades & moi , la vivifie & la foutient.
:
Troublé , attendri , pénétré d'admiration &
de douleur de ce que je venais d'entendre , je
diffimulai autant qu'il fut poffible l'agitation de
mon ame , pour me donner le temps de confulter
avec moi - même , & de bien méditer ma
réfolution .
Deux jours après , j'arrive , je defcends de
cheval à la porte du presbytere , au moment
où Louiſe enfin , dans l'épanchement de fon
ame , confiait à fon bon Curé le récit de fon
aventure , & tâchait d'adoucir le crime de ce
filence impitoyable que fa lettre n'avait pu
vaincre. Ah ! difait le vieillard , que ce jeune
homme reflemble peu à celui que j'ai vu chez
mon voifin , le Curé d'Oreilly ! d'Oreilly !
s'éctia Louife ..... Au même inftant , je frappe ,
on vient m'ouvrir ; & c'eft Loufe que je vois .
FRANÇAIS. i7
•
>
Son étonnement fut extrême . Ah ! Monfieur ,
me dit- elle en tremblant , eft-ce vous ? Et qui
vous amene ? Le Ciel & mes remords lui
dis -je ; & à ces mots je la vis chancelante ,
aller tomber de défaillance dans la falle où était
le Curé , en s'écriant : C'eſt lui ! c'eſt lui !
Quoi , Monfieur ! que viens je d'entendre ,
dit le vieillard ? C'eft vous , dit-elle ! Oui
c'est moi qui fuis le coupable. C'est moi qui
viens auprès de vous m'accufer , me juftifier ,
& vous confulter l'un & l'autre fur les moyens
de réparer un crime involontaire qui fait le
tourment de mon coeur. Tandis que je parlais ,
le Curé était occupé à fecourir cette faible victime
, qui , dans le tremblement convulfif qui
l'avait faifie , femblait expirer fous mes coups.
Enfin , lorfqu'elle ouvrit les yeux , & qu'elle
eut repris l'ufage de fes fens : Pardonnez, Monfieur
, me dit- elle , l'émotion que vous m'avez
caufée. Ce n'eft point de la haine. Non , je
ne vous hais point. Je ne veux de mal à perfonne.
Je n'accufe que mon malheur. Alors elle
laiffa échapper quelques larmes. Mais , repritelle
, en regardant le vieillard avec des yeux
pleins de tendreffe, il me refte un pere indulgent,
un Dieu confolateur , une confcience tranquille ;
ceux qui m'ont diffamée font bien plus à plaindre
que moi.
Je tombai à fes pieds ; & les yeux attachés
fur elle , je vis cette jeuneffe , cette fleur de
beauté , qui naguere était fi vermeille , je la
vis ternie & fanée . Ah ! me dis - je à moi-même,
c'eft donc là mon ouvrage ! Alors lui adreffant la
parole & à fon bon Curé : Ma fituation , leur
dis -je , ne vous eft pas connue. Je vais à tous.
les deux vous en confier le fecret fous le
28 MERCURE
fceau de la Religion ; & je leur racontai ce qui
s'était pff . Vous voyez à préfent , pourfuivis
- je après mon récit , quelle eft la caufe de
mon filence , & que je fuis réduit au choix ou
de me taire ou de laiffer tomber le blâme fur
une autre M'y voilà réfolu , fi vous m'y con⚫
daminez. Non , me dit - elle , non . Que le Ciel
m'en préterve ! Une famille honnête ! un mari !
des enfans ce ferait un ma heur horrible ; &
je ne veux point le caufer. Seulement , repritelle
, fi mon pere , mon pauvre pere pouvait
favoir que je fuis innocente , ah ! mon coeur
ferait foulage. Il le fait , répondis - je , & vos
freres aff. Je les en ai bien affurés, Et ma
petite four Colette , en eft-elle perfuadée ?-Oui,
plus que perfonne , lui dis -je ; & même avane
que de m'entendre , elle répondait à fon pere
de l'honnêteté de fa foeur. Cher enfant , s'écria
Louife , tu ne croiras donc pas avoir en moi le
honteux exemple du vice ! eh bien , Monfieur ,
c'en eft ff z. Apprenez-leur de même que le
Ciel m'a offert un refuge honnête & tranquille ,
que je fers le plus doux , le plus refpectable
des maîtres , que je fuis inconnue au monde ,
& qu'ils n'auront plus à rougir en entendant
parler de moi.
-
Et vous , Monfieur , demandai-je au Curé ,
qui avait laiffé parler Louife , dites - moi votre
fentiment. Ma fortune eft confidérable ; & fi ,
par mes bienfaits , je puis....... Non , dit - il
en m'interrompant : fon pere & fes freres font
nés dans un état où le travail , la tempérance
& la fanté tiennent lieu de richeffes. Pour elle ,
grace au Ciel , rien ne lui manque , hormis un
bien qu'elle prefere à l'or , & dont tout l'or
du monde ne la dédommagerait pas . - Ah !
FRANÇAIS. 19
-
que ne puis- je le lui rendre ! Qui vous en
empêche ? Faut-il que j'accufe , ou du moins
que je laiffe accufer une femme , qui .... Non , me
dit-il , les faibleffes de coeur font pour celui
qui en eft l'objet , la plus intimne des confidences ,
& de tous les fecrets le p'us'inviolable : jamais
pour rien un honnête homme ne fe permet
de le trahir. Que voulez-vous donc que je
faffe ?
Un affez long filence précéda fa réponſe ;
mais fe voyant preff: de s'expliquer , il me
dit enfin : Si Louife était nie votre égale , que
feriez-vous ? -Ah ! pouvez- vous le demander ?
Mais vous favez de quelle opinion je fuis l'efclave
dans mon état. Qui , je le fais ; mais *
-
Louiſe était la fille d'un homme de fortune ,
& qu'elle eût pour dot un tréfor , cette opinion
fi févere ne conpoferait- elle pas ? Et n'a -t- elle.
jamais Alechi? Oui , trop fouvent , lui dis je ; &
pour excufe j'aurais plus d'un exemple. Eh
bien , Monfieur , eh bien , la vertu , l'innocence ,
l'honneur à réparer , font-ils des motifs moins
puiffans que les calculs de l'avarice ? Et fi l'opinion
eft affez dépravée pour préférer l'utile à
l'honnête & au jufte , la probité n'oferait- elle
s'affranchir de l'opinion ? Vous cherchez le repos
de l'ame , vous le cherchez de bonne foi ; vous,
ne le trouverez jamais , non jamais , je vous
le prédis , qu'avec elle , au pied de l'autel . On
n'en croira pas moins , lui dis-je , qu'en effet
j'ai commencé par la féduire , & que c'eft- là
le tort que j'ai cru devoir réparer. Oui ,
mais fa conduite & la vôtre démentiront cette
croyance . Refpectez votre femme ; & j'ofe vous
promettre qu'elle fe fera refpe&ter. Au refte
votre confcience interroge la mienne ; la mienne
-
20 MERCURE
lui répond ; c'eft à vous feul de décider. Je
fais qu'il vous faut du courage pour fuivre mon
avis ; mais ce courage en vaut bien un autre ;
car c'est celui de l'honneur véritable & de
l'éternelle équité.
Voilà , Monfieur le Comte , quel a été mon
juge ; & au fond de mon coeur , j'ai trouvé
fa fentence fi faintement irrévocable que je
n'en ai point appelé .
i
la
Mon digne ami , lui dit le Comte de Gifors ,
je m'en vais rejoindre l'armée. Il ne m'eft pas
permis d'y publier les motifs de votre conduité ;
mais fi l'eftime dont on m'honore peut m'y
donner quelque afcendant fur les efprits , je
vous promets de vous les concilier tous . J'attefterai
, fans m'expliquer , que la faibleffe ,
féduction , l'amour même , n'a eu aucune part
dans la réfolution de votre mariage ; qu'il n'y
a rien de plus noble & de plus généreux quel
ce qui l'a déterminé ; qu'enfin tout loyal
Gentilhomme eût fait à votre place ce que
vous avez fait . Si l'on refufe de m'en croire ,
vous continuerez , mon ami , de vivre obfcur
& pour vous-même ; mais fi , fur ma parole
& fur mon témoignage , l'eftime de vos camarades
vous eft rendue toute entiere , j'obtiendrai
de mon pere , & j'exige de vous que vous repreniez
votre pofte. Je ne veux point que la
Patrie foit plus long- temps privée d'un homme
tel que vous.
D'Orcilly qui ne demandait qu'à la fervir ,
s'y engagea fans peine. Sans peine auffi Gifors
changea l'opinion défavorable à fon ami . La
droiture , la probité , la véracité de Gifors était
parmi fes freres d'armes comme l'oracle de l'honneur.
D'Oreilly , leur dit il , vous eft connu :
FRANÇAIS.
perfonne n'a plus à coeur que lui le fentiment
de fa naiffance ; mais par un fentiment plus
refpectable encore , il l'a fait taire : il le fallait ,
je l'en eftime davantage , & je l'aurais fait comme
lui , car le premier de nos devoirs à tous , c'eft
d'être juftesi l'a été ; & c'eft ainfi qu'il eft
beau d'être noble .
Par M. Marmontel: ) ›
FIN.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
Le mot de la Charade eft Volage, celui
de l'Enigme eft Cruche, & celui du Logogriphe
eſt Hecatombe , où l'on trouve Hécate,
Hébé, Chat, Bec, Tombe, Thé, Tome, Echo,
Atome.
CHARADE.
SOUVENT le malheureux , manquant de mon
premier ,
Eft expofé l'hiver à mon dernier ;
Lecteur , lifez fouyent : vous aurez mon entier .
( Par un Abonné
MERCURE
É N I G M E.
JE fuis niais & fin , honnête & mal-honnête ,
Moins fincere à la Cour qu'en un fimple taudis.
Je fais d'un air plaifant trembler les plus hardis ;
Le fou me laiffe aller , & le fage m'arrête.
A perforne fans moi l'on ne fait jamais fête .
J'einbellis quelquefois , quelquefois j'enlaidis.
Je dédaigne tantôt , & tantôt j'applaudis ;
Et pour me bien placer il faut n'être pas bête .
Plus mon Trône eft petit , plus il a de beauté ,
Je l'agrandis pourtant d'un & d'autre côté ,
Faifant voir bien fouvent des défauts dont on glofe .
Je quitte mon éclat quand je fuis fans témoin ;
Et je me puis enfin vanter d'être la chofe
Qui contente le plus & qui coûte le moins,
Do
LOGO GRIP H E,
?
UNE étoffe je fuis les premiers fondemens
Et l'agent ignoré des grands événemens ;
Mais il faut t'exercer par des métamorphofes,
Tranche le premier chef , avec moi tu t'expofes
Sur l'élément perfide , & d'un bras vigoureux
Tu traverſes bientôt un fleuve impétueux ;
Encore de ce mot veux-tu couper la tête ?
Alors tout ce qui vit , fi ce n'eft une bête ,
FRANÇAIS. 2)
Ne pourrait exifter privé de mon fecours.
Toujours en abattant , je fuis dans tes difcours ,
Quand tu parles de toi , répété fans relâche :
Enfin veux- tu , Lecteur , pour achever ta tâche ,
De ce monofyllabe ôter encor le chef ?
Je fais ouvert , fermé , muet , ou long , ou bref.
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
JULIE , ou la Religieufe de Nifmes , Drame
hiftorique en un Acte , & en profe ; par
CHARLES POUGENS . A Paris , de l'Imprimerie
de Dupont , Impr-Libr. rue de
Richelieu , N°. 14.
J
LE fujet de ce Drame eft malheureu-
-
fement trop réel ; c'eſt un des exemples de
ces atrocités ignorées qui n'éraient pas
très rares dans la tyrannie du régime Monaftique.
Le fait eft rapporté par d'Alembert
dans l'Eloge de Fléchier. Ce vertueux,
Prélat retira des cachors d'un Couvent
une malheureufe fille, qui avait été forcée
de prendre le voile , & qui ayant cédé à
fa faibleffe , devenue très - excufable après
qu'on avait contraint fon inclination , érait
renfermée depuis quinze ans dans un fou-
1
24
MERCURE
terrain , enchaînée , & au pain & à l'eau
pour toute nourriture. Elle n'eut pas le
temps de profiter des bienfaits de l'Evêque
de Nifmes ; elle mourut peu de temps
après fa délivrance.
ouvrage
M. de Pougens , en prenant cette horrible
aventure pour fujet de fon
a fuppofé qu'une fille , fruit des amours
de cette infortunée Religieufe , eft venue
au monde dans le Couvent , a été élevée
dans la maifon par l'Abbeffe , & a pris
depuis peu l'habit de Novice. Un hafard
qu'on pouvait rendre plus vraiſemblable ,
la conduit dans la prifon de Julie ( c'eft
le nom de la Religieufe captive ) : les détails
de leur converfation amenent une
reconnaiffance. Cette fiction eft très-heureuſe
& très - dramatique. Mais l'Auteur ,
occupé de travaux d'un genre tout différent
, ne paraît pas avoir affez réfléchi fur
l'art du Théâtre , pour tirer de ce fond
toutes les reffources qu'il offrait , & en
former un plan théâtral. Preffé de fe livrer
à la fenfibilité de fon ame & aux élans
de fon imagination , il n'a fait qu'une elquiffe
au lieu d'un tableau . Il n'y a dans
La Pièce , aucune action aucun noeud.
L'expofition a le grand inconvénient d'être
double une vieille Religieufe , chargée
du foin de porter la nourriture à Julie
commence par raconter fon hiftoire à la
jeune Novice qui la furprend près du
fouterrain →
,
FRANÇAIS. 29
bien comment le filence de la Nature peut
être , fuivant les circonftances , touchant ,
majeftueux , effrayant , &c . A l'égard de
fon filence animé , j'avoue que je ne laurais
m'en former une idée.
ور
> * Julie douée d'une fenfibilité pro-
" fonde , mais affigie d'une naillance illuftre
. On ne peut fe fervir ainfi du
mot affligé que pour exprimer une chofe
qui, et en elle-même un mal naturel :
or la naiflance , n'eft en elle - même ni un
bien ni un mal.
297
L'Auteur prodigue volontiers certaines
épithetes qu'il affectionne ; celle d'augufte ,
par exemple , qui revient fouvent &
prefque toujours mal placée : » C'était un
foir d'été , l'air était brûlant , & le zéphir
foufflait à peine ; un filence ' augufte
régnait autour de moi « . Qu'y a- t-il là
d'augufie ? Le filence religieux d'un temple ,
celui d'une grande affemblée peut être augufte
; mais une foirée d'été eft toute autre
chofe qu'auguste. En voulant agrandir les
objets , on les dénature , & l'on ne peint
plus rien .
ور
و د
Puiffe le Ciel inexorable verfer fur
» vous par torrens les remords & l'épouvante
! Rien ne reffemble moins à un
torrent , fous quelque rapport que ce foit ,
que le remords & l'épouvante. L'Auteur a
voulu donner de la force à fon impréca-
B 3
30 MERCURE.
tion ; il en détruit tout l'effet par une
figure faulle.
Je ne dis rien des accès de délire de
Julie , trop répétés & trop prolongés :
rien de ce qui eft violent ne doit être durable.
Je n'étendrai pas plus loin la critique
fur cet effai ; je n'ai eu d'autre
intention que d'avertir les lecteurs judicieux
de ne point juger de l'Auteur par
cette efquiffe , où il s'eft trouvé tout à
coup tranfporté dans une fphere qui n'eft
pas la fienne. Il a donné en même temps
un petit Traité fur les Cataclyfmes on
Inondations , & fur quelques autres objets
de Phyfique. On en rendra compte inceffamment
, & c'eft-là que l'on pourra voir
que M. de Pougens joint beaucoup d'efprit
à beaucoup de connaiffances , & que dans
les matieres qu'il a étudiées , il fait penſer
& écrire.
1
SPECTACLE S.
THEATRE DE LA NATION .
IL s'était élevé contre le fujet de la Mort
Abel une prévention affez générale ; on parailfait
croire qu'il était trop fimple , trop peu
fufceptible d'événemens & de péripérie pour
produire l'effet qu'on attend d'une Piece de
Théâtre , & la maniere dont il a été traité juſFRANÇA
I S. 25
•
fouterrain , & Julie elle - même , un moment
après , recommence le même récit
, quand la Novice penetre jufque dans
fon cachot. La converfation qu'elles ont
enfemble forme à peu près toute la Piece.
Elle dure jufqu'au moment où l'Evêque
Fléchier vient pour brifer les fers de Julie &
la voir expirer. M. de Pougens a trop de
connaiffances pour fe diffimuler à lui -même
qu'un entretien d'une fi exceffive longueur.
quel qu'en foit le fujet & l'intérêt , ne
fauróit former un drame , & que tout
drame ( comme le mot même l'indique )
exige néceffairement une action progreflive.
Ce n'eft pas le tout d'avoir trouvé un
reffort dramatique ; il faut le mettre en
jeu & en tirer des effets . Nulle fituation ne
doit être toujours la même , quelle qu'elle
foit rien n'eft par foi - même plus antithéâtral
que cette uniformité monotone. Il
eft vrai que depuis quelques années l'oubli
de tous les principes de l'Art eft porté au
point qu'on ne fait plus guère autre chofe
que mettre tout uniment fur le Théâtre
un fait tel qu'il s'eft paffé dans la chambre ,
ou dans la rue , fans fe donner la peine
d'y joindre la moindre apparence de plan
ni d'intrigue. Il faut avouer que rien n'eft
plus commode , & c'eſt ainfi , par exemple ,
qu'on nous a donné comme une Piece, Mirabeau
à fon lit de mort , qui n'était autre
N°. 14. 7 Avril 1792.
TY
26
MERCURE
chofe que le rapport de M. Cabanis , trèsfidélement
mis en dialogue. L'indulgence
publique a favorifé la foule de ces productions
informes , où l'on ne cherchait
qu'un rapport quelconque à notre Révolution
, & dont les Auteurs étaient
d'ailleurs difpenfés non feulement de talent
, mais même d'efprit. Auffi la critique
n'a pas daigné même s'en occuper ,
bien sûre que tous ces Vaudevilles du moment
pafferaient fans laiffer plus de trace
que nos anciens Vaudevilles du Pont - Neuf.
M. de Pougens eft aufli en état que perfonne
de juger & d'apprécier ces rapfodies
éphémeres qui ne font que le dernier
terme de la dégradation de l'art. Il n'eft
sûrement pas du nombre de ceux qui le
font imaginés apparemment que la Révolution
, en changeant tout , avait auffi
changé l'effence & le caractere des beauxarts
. Ce n'eft que par occafion que l'on
parle ici de ces abus épidémiques dont
il a fans doute la même opinion que tous
les gens éclairés . Si fa Julie n'eft pas compofée
fuivant la théorie dramatique , il eft
d'ailleurs par lui -même fort au deffus de
cet effai qu'il n'a pas même penfé à
faire repréfenter. Il n'a fongé qu'à répandre,
l'indignation qu'infpirent à toutes les ames
bien nées les excès & les cruautés qui
ont donné lieu à fon ouvrage. On voit
qu'il n'a pas plus cherché à conformer
,
"
t
FRANCAIS. 29
fon ftyle aux regles communes du dialogue
dramatique , qu'à foumettre fes conceptions
à un plan régulier. La fcène eft
partagée chez lui en deux parties à peu
près égales ; l'une qu'il appelle la Strophe ,
contient les paroles du perfonnage , l'autre
en décrit la pantomime dans le plus grand
détail. Ce mot même de Strophe indique.
le caractere de fa diction , qui eft beaucoup
plus poétique , quoiqu'en profe , qu'il ne
le faudrait pour être l'expreflion fidelle de
la nature. Il y a des traits de force & de
chaleur ; mais fi M. de Pougens voulait
férieufement travailler dans ce genre ,
trop de lumieres pour ne pas s'appercevoir
que cette maniere d'écrite tient beaucoup
plus de l'ode que du diame , & reffemble
trop à ce qu'on nomme une délamation .
Engénéral fon ftyle n'en eft pas exempt. Le
récit qui précede fa Julie , offre des expreffions
qui décelent quelque penchant à
Peaflure & à l'affectation , que l'on n'a que
trop mife à la mode , & dont un homme
de fon mérite doit fe garantir. » Parvenu
و د
à cette époque critique & falutaire où la
» vie ceffe enfin d'être le roman du coeur ,
» & où commence la convalefcence de la
jeuneffe , &c. «. Il fuffit d'un peu de
réflexion pour fentir que ce n'eft pas là
un ftyle fain & raifonnable , & qu'en cherchant
des figures fortes , on rencontre aifément
le faux & l'exagéré. La maturité ,
B 2
-28- MERCURE
qui eft l'époque dont parle ici l'Auteur ,
n'eft point le temps critique de la vie :
ce ferait bien plutôt , comme on l'a dit
fouvent , la premiere jeuneffe , le moment
de la premiere effervefcence de toutes les
paffions. La convalefcenee de la jeuneſſe n'eft
pas une expreffion plus jufte ni plus claire.
Il en faudrait conclure que la jeuneſſe eſt
une maladie ; & certes ce n'en eft pas une,
pas même au moral ; on ne faurait appeler
maladie la plus belle faifon de la vie humaine
, quoique la plus voifine de l'erreur
& des abus , parce que c'eft en même
temps celle où l'homme a toute fon
énergie & toutes les espérances
c'eftà
- dire ce qu'il a de meilleur & de plus
heureux. Perfonne ne dira du printemps
que c'eft la maladie de l'année , quoique
ce foit pour nous la faifon la plus
trompeufe & la plus inégale , & que fouvent
les gelées de la nuit détruifent les
premeffes du jour. La véritable maladie de
l'homme fera toujours la vicilleffe : c'eft
alors qu'on a tout appris ; je le veux bien ;
mais c'eft alors auffi qu'on a tout perdu :
il n'y a pas là de compenfation .
و د
>
» Je lifais mes fouvenirs , & je les méditais
dans le filence animé de la Nature ".
Pour faire entendre cette expreffion recherchée
, je lifais mes fouvenirs , il faudrait
dire où on les lit ; & je comprends
FRANÇAI S. 33
C'eft le premier Ouvrage de M. Légouvé ,
fils d'un Avocat célebre , & très-jeune encore :
un début fi heureux donne l'efpérance que dans
un autre genre il méritera une égale célébrité .
ANNONCES ET NOTICES.
t
LA MÉDECINE éclairée par les Sciences Phyfiques
, ou Journal des Découvertes relatives aux
différentes parties de l'Art de guérir ; rédigé par
M. de Fourcroy. Tome II . A Paris , chez Buiffon ,
Imp-Libr. rue Haute-feuille , N° . 20.
La réputation de l'Auteur & celle de cet Ouvrage
font également confirmées , & l'éloge le
plus jufte qu'on pui faire de ce Journal , c'eft
que le talent qui a préfidé à la rédaction eft en
proportion de l'importance du fujet.
RÉCLAMATION motivée en faveur de la confervation
diftincte des Revenus & Aumônes fondés
, appartenant aux Pauvres de chacune des
Paroiffes de Paris ; par un Adminiftrateur des
Compagnies de Charité de St- Germain -l'Auxerrois
, Membre de la Commiffion de la même Paroiffe
& de celle de St- Jacques- le -Majeur . Imprimé
au profit des Pauvres de ces deux Paroiffes.
Prix , 25 f. & 33 f. franc de port . A Paris , chez
Leclere , Lib. rue St - Martin , Nº . 254.
L'importance de cette question , qui intéreffe
l'humanité fouffrante , doit attirer l'attention de
tous les hommes fenfibics , & appelle les lumieres
34 EMERCURE
暴
de tous ceux que leurs connaiffances acquifes
mettent à porté d'avoir une opinion motivée .
DE J. J. Rouffeau , confidéré comme un des
premiers auteurs de la Révolution ; par M. Mercier
. 2 Vol. in- 8 ° . A Paris , chez Buiffon , Impr-
Lib. rue Haute-feuille , No. 20 .
On rendra compte de cet Ouyrage.
ANTIQUITÉS Nationales , ou Recueil de Morymens
, pour fervir à ' Hifioire générale & patticulicre
de l'Empire Français ; tels que Tombeaux
, Infcriptions , Statues , Vitraux , Frefques ,
&c, tirés des Abbayes , Monafteres , Châteaux ,
& autres lieux devenus Domaines Nationaux :
préfentés à l'Affemblée Nationale , & favorablement
accueillis par elle ; par Aubin- L... Millin
3. & 4. Livraifons de la 2 ° . Année de Soufcription
. On foufcrit à Paris , chez M. Drouhin ,
Editeur & Propriétaire dudit Ouvrage , rue
Chriftine , N. 2 ; chez B'anchon , rue Saint-
André- des -Arts , No. 110 ; Defenne , au Palais-
Royal ; Garnery , rue Serpente , Nº. 17 ; &
chez tous les principaux Libraires de l'Europe .
>
Le prix de la Soufcription , compofée d'environ
96 feuilles , belle typographie , & d'environ 120
Eftampes ; le tout faifant deux gros Volumes
in-4° . , eft de 84 livres , & de 92 liv. franc de
port jufqu'aux frontieres.
LES Victimes du Defpotifine Epifcopal , Poëme
en fix Chants ; par M.- R... , in - 8 ° . A Paris , chez
L. F. Prault , Imp -Lib. quai des Auguftins.
FRANÇAIS . 35
2
Il n'y a peut-être en France que M. Robbé
qi puiffe s'avifer de publier aujourd'hui un ceme
en Chants , & un Poëme très- férieux fur la
Bull: Unigenitus . Ce n'eft pas là , fans doute ,
facrifier à l'à- propos , & l'on ne dira pas de lui
que c'eft l'uteur du moment . Pour compter fur
des lecteurs , il faut qu'il ait compté beaucoup
fur la lyre enchantereffe ( c'cft ainfi qu'il l'appelle ) .
Au refte , il y a long-temps qu'on fait ce que
c'eft que cette lyre , & que le talent de l'Auteur
eft apprécié ; fon âge ne nous permet pas d'en
dire davantage : il a 77 ans.
DISSERTATION fur une ancienne Infeription
Grecque , relative aux Finances des Athéniens ;
contenant létat des fommes que fournirent , pendant
une année , les Tréforiers d'une Caiffe particuliere.
Par M. 1 Abbé Barthélemy , Garde du
Cabinet des Médailles , Pierres gravées & Antiques
, de l'Académie Françaife , de celle des Infcriptions
de la Société R. de Londres , de celle
des Antiquaires de la même ville , des Académies
de Cortone , Pefro , Madrid , Aix & Marſeille.
In - 4° . A Paris , de 1 Imprimerie Royale .
Le nom de M. l'Abbé Barthélemy annonce aux
Curieux d'Antiquité qu ils trouveront ici l'étendue
des connaiffances jointe à l'agrément du flyle,
AT
BIBLIOTHEQUE PHYSICO ECONOMIQUE , inftructive
& amufonte , Année, 1792 cu 11. Année
contenant des Mémoires , Obfervations pratiques
fur Economie rurale , les nouvelles Découvertes
les plus intéreflantes dans les Arts utiles & agréables
; la Defcription & la figure des nouvelles
36 MERCURE FRANÇAIS
.
Machines , des inftrumens qu'on peut y employer ;
d'après les expériences des Auteurs qui les ont
imaginées ; des Recettes , Pratiques , Procidés
Médicamens nouveaux , externes & internes, qui
peuvent fervir aux hommes & aux animaux ; les
moyens d'arrêter & de prévenir les accidens , d'y
remédier , de fe garantir des fraudes ; de nouvelles
Vues fur plufieurs points d économie domef
tique , & ea général fur tous les objets d utilité
& d'agrément dans la vie civile & privée , &c. &c.
On y a joint des Notes que l'on a cru néceffaires
à plufieurs Articles . 2 Volumes in - 12 , avec
des Planches en taille - douce . Prix s liv. 4
brochés , francs de port par la Pofte . A Paris ,
chez Buiffon , Imp - Libr . rue Haute feuille
N° . 20 , près la rue des Cordeliers.
..
Cet ouvrage forme actuellement 18 Volumes ,
avec beaucoup de Planches ; ſavoir , l'Année 1782 ,
1 Volume ; 1783 , 1 Vol. 1784 , 2 Vol . 1785 ,
1 Vol . 1786 , 2 Vol . 1787 , 2 Vol. 1788 , 2 Vol.
1789 2 Vol. 1790 , 2 Vol . 1791 , 2 Vol. ,'
& 1792 , 2 Vol . Chaque Année fe vend féparée
au prix de 2 liv. 12 fous le Volume br, franç
de port.
,
O DE.
TABLE.
It le fallait , ze. Part.
Charade, En. Log.
3 Julie. 23
6 Spectacles,
22 Notices,
3'0
33
FRANÇAIS. 31
qu'ici par quelques Auteurs , achevait de confirmer
cette opinion. On ne penfait pas affez
que plus un fujet eft fimple , & plus il offre
au contraire , aux hommes d'un talent réel , de
moyens de développement. Eft-ce par les événemens
que fe foutiennent & la Bérénice de
Racine , & le Philoctete de M. de la Harpe , &
la plupart des Tragédies Grecques , où l'on
admire fur-tout cette extrême fimplicité ?
Quoi qu'il en foit , cette prévention défavorable
a fervi au fuccès de la Tragédie de M.
Légouvé , donnée le Mardi 6 Mars dernier.
Moins le Public avait attendu de cet Ouvrage ,
& plus il a fu gré à l'Auteur de l'avoir agréablement
trompé dans fon attente. La Piece a
eu un grand fuccès .
Le jeune & tendre Abel déplore la perte de
l'amitié de fon frere Cain , dont tous fes foins ,
toutes fes prévenances ne peuvent vaincre la
haine . Celui- ci , dévoré de jaloufie , accufe fes
parens , & jufqu'à Dieu même , d'une injufte
partialité . I ne s'eft pas rendu à l'heure & au
lieu où toute fa famille raffemblée rend chaque
jour fon hommage à l'Eternel . Adam s'en inquiette,
& court chercher ce fils ingrat , dans
l'efpoir de le ramener. Le farouche Cain reſte
inflexible ; le feul nom de fon frere l'aigrit : il
s'emporte jufqu'à reprocher à fon pere fa défobéiffance
, qui le condamne lui & fa postérité
à la néceffité de travailler. Ce reproche , malheureufement
mérité , déchire le coeur d'Adam ,
& Cain lui - même , qui en fent bientôt toute
l'horreur , fe repent d'avoir fi profondément
affligé fon pere. Ce mouvement de fenfibilité
femble avoir fléchi fon ame atroce ; pour réparer
fa faute , il offre de fe réconcilier avec
*།
32
MERCURE
Abel ; & Adam , tranfporté de joie , bénie l'égarement
de fon fils , puiiqu'il a pu produire
en lui ce changement heureux Cert. fcène a
paru infiniment intéreffanre . Adam ordoane nn
facrifice pour célébrer ce te réconciliation . Abel
& Cain préfentent thacun leur offrande. Le feu
du Ciel dévore celle du premier , l'autre demeure
inta&te. Cain , plus jaloux que jamais ,
reprend toute fa fureur , & s'échappe dans le
dé ert. Abel y fuit ; mais fon frere , cruel
infenfible à fes armes , à fes prieres , talfomme
d'un coup de beche . & le fait tomber
fanglant à fes pieds. Toute fa famille voit avec
étonnement & douleur cette image nouvelle ;
c'est le prima mors , primi la&tus . Cain fe vre
aux plus affreux remords , & l'Eternel , comme
dans l'Ecriture , vient lui annoncer, fa punition.
"
Ce font les Gens de Lettres fur tout qui
ont déterminé le fuccés de cette Piece . Plus
fenfibles que d'autres aux beautés de dérail ,
ils ont admiré & fait admirer au refte du Public
les richeffes poétiques , répandus avec
profufion dans le ftyle , & dont l'Auteur a
puifé une grande partie dans G.ffaer & dans
Milton. Une verfification en général fort bien
tournée , & une foule de vers de fentiment
ont excité un enthousiasme que n'ont point refroidi
quelques incorre& ions légeres faciles à
faire difparaître à l'impreffion . 5. kater
La Piecé eft aufli très - bien jouée . M. St -Prix ,
qu'on a demandé à la fin , y a montré Feancoup
de chaleur , & a mérité de grands applau
diffemens ; M. Dupont , dans le rôle d'Abel ,
a augmenté encore l'intérêt qu'infpire la fenfibilité
du perfonnage , par la maniere dont il
l'a rendul
MERCURE
3 mi
FRANÇAIS.
SAMEDI 14 AVRIL 1792.
f
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Alfemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
Q
ÉPIGRAM ME.
U'EN fon faux zelę une Prude eft amore !
Damner le monde eft un plaifir d'élus,
Mais le Sauveur , à la femme adultere ,
Dit fans courroux : Allez , ne péchez plus,
Telle eft du Ciel la fublime indulgence
Il plaint l'erreur , il pardonne l'offenfe ,
Ne s'arme point & du fer & du feu ,
La Péchereffe cut la grace accordée
Mais fuppofez à la place de Dieu j
Prude on Docteur ; elle était lapidé
fa
Nº. 1 Seadendes
ARKETOLI
Аголя
BIRKINDAZOM
C
MERCURE
B.
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriple du dernier MERCURE.
Le mot dejla Charade eft Spavent, celui
de l'Enigme eft le Rire , & celui du Logogriphe
et Trane , où l'on trouve Rame ,
Ame, Ma B116
و د
25l 100g zɔivil ag ob
Si alduah ju
CHAR A D E.
DITHOUT
19
E mon premier une Coquette
Fait un ufage journalier ;
Maislal Bergere , adolef
Ne connaît rien que mon dernier :
Femme grondeyle & d'humeur inquiet e
sp on los xust (2) KTM
Pour fon coux eft mon entier.
(Par un Abo
3lbs ommet с
"
QUI
naglubri omild sl la ub felh
ENIGME
UI ne me cherche pas me tekentte forent ,
Qui me veut éviter , mecherche avevdaranı
Et je ne fais comment fe paté pour la zima
Faifant profeffion de bleifer par devan
BIBLIOTHECA
REGIA
MONAGENSIS.
FRANÇAIS.
Je tends pour mieux furprendre un appât décevant
;
On me découvrirait fans un peu de pateffe .
Mes coups font dangereux , & jamais je ne bleſſe
Qu'une cruelle mort n'arrive auparavant.
Je quis bien me vanter de trouver. ma naiffance
Dans le propre féjour qu'a choin le filence .
Depuis , en autre lieu j'éprouve un fort divers.
Quand le malheur m'y poufle , on grimace , on
tempête...
Lecteur , vous trouvez que ceci vous arrête ,
Je vous ai dit mon nom : cherchez le dans ces
a
vers
. 30000
LOGO GRIPHE.
AVEC cinq pieds je fers l'humanité ,
Et fufpends un fléau qui dévafte la Terre ;
Avec quatre je fuis une vaine chimere ,
Et de ces quatre encor fi le chef cft ôté
Je feral femme alors , pris devant & derriere .
(Par un Abonne.)
C 2
49 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MELANIE , Drame en trois Actes & en
vers, reprefenté pour la premiere fois, au
Theatre Français de la rue de Richelieu ,
le 7 Décembre 1791. Nouvelle édition
feule conforme à la reprefentation , & avec
les changemens inferés dans la Collection
des Euvres de l'Auteur , en 1778 ; fuivie
d'une Epître fur la Poéfie defcriptive, des
Mufes rivales , du Dithyrambe couronné
en 1779 , du Camaldule , de la Réponſe
à Rancé , & de Poéfies diverfes qui n'ont
-point encore été recueillies. Par M. DE
LA HARPE , de l'Académie Françaife :
Libertas quæ fera tamen refpexit.
VIRG.
A Paris , de l'Imprimerie de Didot aîné ;
& fe vend chez Girod & Teiffier , Libr.
rue de la Harpe , Nº . 162 , près la rue
des Deux-Portes . Prix , 4 liv. en papier
ordinaire , & 6 liv. en papier vélin.
AUCUNE édition de Mélanie n'avait encore
paru avec les changemens & additions
confidérables que l'Auteur y fit on 1778 ,
lorfqu'il l'imprima dans le recueil de fes
FRANÇAIS. 41
Euvres , huit ans après la premiere publi- ,
cation. Les nombreufes éditions faites dans"
cer intervalle en France & obez l'Etranger
, avaient toutes été modelées fur la
premiere , & l'on fit de même pour les
fuivantes. C'eft pour obvier à cet inconvénient
, & mettre cet ouvrage plus à lá
portée de ceux qui ne pourraient pas acquérir
l'édition des Euvres , qu'il a pris
le parti de donner cette édition féparée
& d'y joindre , par occafion , des Pieces
dont il n'y avait plus d'exemplaires , telles
que les Mufes rivales & le Dithyrambe ;
d'autres qui n'avaient pu être imprimées
en France avant le regne de la Liberté ,
telles que la Réponse à Rancé & le Camaldule
, qui n'avaient eu place que dans les
éditions étrangeres ; & enfin quelques Poéfies
de divers genres, qui n'avaient paru que
dans les Journaux. Cette nouvelle édition,
commode pour les amateurs , eft du même
format & de la même impreffion que ceux
de nos claffiques , imprimés in- 18 , par
Didot l'aîné , d'après la grande collection
du Dauphin.
Le Rédacteur , en annonçant ici fon
propre Ouvrage , fe propofe feulement de
dire un mor fur le genre & l'objet des
morceaux qu'il y a joints , & d'abord fur
le Dithyrambe , efpece de Poéfie lyrique
alez nouvelle dans notre Langue.
c ;
42
*
MERCURE
Chez les Anciens , elle était originairement
, ainfi que la Tragédie , confacrée à
Bacchus , comme fon nom l'indique , &
s'étendit enfuite à la louange des Héros.
L'Antiquité ne nous en a laiffé aucun modele
, & nous ne pouvons en avoir d'autre
idée que celle qu'Horace nous en a donnée.
en parlant des Dithyrambes de Pindare..
Sur ce qu'il en dit , on doit croire que,
c'était un genre de Poéfie hardi ( audaces ) ,
qui n'était affujettie à aucune meſure de
vers déterminée , & pouvait les employer
routes , & qui même , plus que tout au-,
tre , autorifait le Poëte à la création de
nouvelles expreffions , ce qui dans la Langue
grecque , dont il s'agit ici , ne pouvait
fignifier qu'une nouvelle combinaison en un
feul mot de plufieurs mots connus , telle
que la comportait l'idiome grec , dont nous
avens , ain que les Latins , emprunté prefque
tous nos termes combinés ; car on
fent qu'il ferait d'ailleurs trop facile de
forger au hafard des mots baroques, comme ,
ont fait tant de mauvais Ecrivains , & de
nos jours plus que jamais ce ridicule,
néologifme , noté par tous les bons juges
comme un vice de ftyle , ne faurait , en
aucun tenips & dans aucune Langue 3" êtroj
une beauté ni une preuve de talent.
Les caracteres de de Poëme paraiffent
naturellement applicables aux fujers qui
comportant une grande variété de tons ,
م ت ت
FRANÇA,I S. · 436
peuvent s'embellir par la diverûté du métre,
& de ce nombre était , fans doute , l'Eloge
de Voltaire , qui à travaillé dans tous les
genres c'eft ce qui détermina l'Auteur à
choifir la forme dudy
n'en connaiffions point dans notre Langue ;
ear on ne de ce nom quel
ques Poéfies où l'on s'eft contenté de réu
nir plufieurs mefures de vers. Il eft difficile
de concevoir le Dithyrambe des Anelens
d'abril fans un grand fujet, puilqu'il
avait palle des Dieux aux Héros
enfurte fans la hardieffe des fictions poéti- ;
ques & la fucceflion rapide des tableaux.
C'eft la marche que l'Auteur s'eft efforcé
de tenir dans fon Dithyrambe : il offre , en
commençant, le triomphe de Voltaire & fa
mort qui le fuit immédiatement ; il réveille
, au bruit de cette mort , les Ombres
des plus grands Poëtes anciens & modernes...
peut app
yrambe . Nous
Les morts fe font émus , & les Ombres célebres
Ont paru s'ébranler fous les marbres furebres.
Sous la pierre ignorée , Homer , a treffailli ..
Aux champs de ForRoyal Racine e feveli ,
A d'un nouveau mi ranure attrifié cette enceinte
Aujourd'hui défolée , & qui jadis fur fainte .
Du Capitole antique , dù le Taffe erre en vain ,
Les rochers ont gém , frappés d'un cri foudain ..
Le aurier renaillant , à Virgile fidele ,
A courbé fes rameaux fut fi t'ge immortelle. "
Dans les caveaux facrés , dernier fejour des Rois ,
Un écho lamentable a retenti trois fois.
44 MERCURE
Trois fois , fous la noirceur des voûtes fépulérales ,
S'élevant du milieu de ces tombes royales ,
Une voix a redit dans ce morne féjour :
» Le Chantre de Henti vient de perdre le jour «
Le nom de Henri IV amene l'éloge de
la Henriade & la gloire qu'a eue Voltaire
de donner un Poëme épique à la France.
Le Poëte repréfente Calliope , defcendue .
chez les Nymphes de la Seine , pour enrendre
le Poëte épique Français , & entrelaçant
autour de leurs urnes in nouveau
laurier. Il eft tranſporté par la Mufe dans
le Temple de Melpomene , dont l'entrée
eft caractérisée par ces vers.
Deux fpeares font debout fur ce lugubre feuil ;
L'an , la tête inclinée , enveloppé de deuil ,
Exprimant fur fon front fes touchantes alarmes .,
Semble aimer fa douleur & fe plaire à fes larmes.
Sa poitrine élevée eft pleine de fanglots :
Hélas ! c'eſt la Pitié qu'attendriflent nos maux .
L'autre a le regard fixe & la bouche entr'ouverte 31
L'image du péril à fes yeux femb'e offerte .
Ses cheveux héiiffés , fa finiftre pâleur ,
Tous les traits altérés me montrent la Terreur.
Le Poëte fait voir dans l'intérieur du
Temple tous les Tragiques célebres de la
Grece & de la France : aflis dans le fanctuaire
, ils attendent leur fucceffeur.
La trompette a fonné , les voûtes en frém'ffent :
Du Pa ébranlé les portes retentiffent ,'
FRANÇAI S. 45
Et l'enceinte facrée attend dans le reſpec
Il paraît : un rayon parti du Sanctuaire ,
Se fixe fur Voltaire ;
Et cette Cour de Dieux fe leve à fon afpect.
Voltaire retrouve dans une galerie des
tableaux qui ornent le Temple , tous les
fujets de fes belles Tragédies.
Une foule attentive , avec des yeux avides ,
Voyait fe fuccéder ces peintures rapides ,
Tantôt dans le filence & tantôt dans les pleurs.
Mon ame répétait l'accent de leurs douleurs.
Tous s'écriaient : VOLTAIRE ! A leur voix , l'Immortelle
,
Sur un trône éclatant le fait affeoir près d'elle
Son nom d'un Pole à l'autre eft foudain procla né ,
Et le Temple, à grand bruit , eft fur lui refermé,
De l'Epopée & de la Tragédie , il fallait
, pour fuivre Voltaire , paffer à l'Hiftoire
& à la Philofophie . Le Poëte s'écrie :
Fuyez illuſions : la Vérité m'appelle.
Il montre Voltaire parcourant les Cieux
avec Newton, gravant avec le burin de Clio
les portraits de Charles XII & de Louis
XIV. Mais ce qui était le plus effentiel à
rappeler , c'eft cette guerre i honorable
que Voltaire ne ceffa de faire à la fuperftition
& au defpotifme ; & dans un moment
tel que celui- ci. , on permettra , fans
doute , à une ame qui a toujours été
Cs
MERCURE
libre , à un Ecrivain qui a toujours étét
patriote , le plaifir de fe rappeler le lan -i
gage qu'il ofait tenir , il y a quatorze ans
dans un temps où cette forte de hardielle
philofophique & civique n'était pas, fans.
danget . Comme il s'agit d'objets graves ,
Aureur qui jufques- là , avait entremêlé
les différentes mefures lyriques , fuivant les
convenances du fujet , choifit ici le vers
hexametre : 1.
Il montre aux-Nations , lentement éclairées ,
De leurs longues douleurs les fources révérées
Les préjugés cruels long-temps dominateurs ,
L'autorité fens frein , les Loix fans prote &eurs ,, ?
La perfition , qui , forgeant des entraves ,
Pour enchainer le maître , enchaîne les efclaves ,,
Et qui Scavironnant de l'ombre des autels ,"
Cle attacher aux Cicux la chaine des mortels.,
11 dévoue à l'opprobic & l'orgaeirtyrannique ,
Et Phypocrite audace , & l'erreur fanatique,,,
Du zele intolérant les pieux attentats :, . ,
Au deflus de leur trône , il montre aux Potentats .
Cet heureux fondement de la morale augufte , v
Cute bafe des loix , l'intérêt d'être jufte ,
Et Biou , qui, dans leurs cours vainement combattu
',
Par la voix des remords a prouvé la vertu ..
L'énergique burin que Clio lui confië
Doit la nouvelle empreinte à la Philofophie.
L'homme y lit fes deftins , fes devoirs , fes malheurss
1
Il s'agite , éveillé du fommeil des erreurs.
Beune homme rougit des crimes de fes peres ;
Le vieillard voit s'ouvrir des ficcles plus profperes,
FRANÇAIS 47.
Er tourne, fur la fin de les jours écoulés ,
Vers un bonheur lointain des regards confolés .
On voit que l'Auteur avait auffi la Ré--
volution en perfpective ; mais il eſt vrai de
dire qu'il ne la croyait pas fi prochaine ,
& ne fe flatrair pas de la voir.
Quand il en vient aux Ouvrages agréa
bles aux & Poefies familieres ,
il emploie
la mefure légere & rapide, de trois pieds &
demi & reprend enfuite le vers Alexandrin
& la ftrophe impofante de dix vers à
quatre pieds , quand il s'agit de l'influence
générale que Voltaire a eue fur fon fiecle
& de la protection que fon génie à éren
due fur les opprimés, C'eft par la que finit
la Piece dont voici fa derniere ftrophe..
Ainfi fes grandes deſtinées
Oat protégé les malheureux ,
Er de fes palmes fortunées ,
L'ipbrage eft defcendu fur eux :
Createuride tant de mérveilles
A1
ci
- Bienfaiteur du fang des Corneilles ,,
Quebouch eut uns fort plus beau
Par-tout -il grava - fa mémoire fr.TI 323″
Partout je rencontre fa gloire ......
Et mes yeux cherchent fon tombeau.
Celui qui cfait , en pleine Académie
faire ce reproche amper au Gouvernement
qui avait laille agir les Baines facerdotales
ne pouvait pas .foopconner qu'en 1723
C &
48
MERCURET
les cendres profcrites de Voltaire feraient.
portées en triomphe au Panthén National ."
On voit par cet expofé qu'il s'eft artaché
particuliérement à multiplier les fictions
& les tableaux dans un genre de
poélie où l'imagination doit dominer plus
que dans tout autre ; & le but qu'on s'eft
propofé ici , c'eft de faire connaître & d'indiquer
au talent ce genre de compofition
qui lui offre des refſources nouvelles & variées
, & qui eft un cadre naturel pour les
grands fujets. En eft - il un plus convenable
, par exemple , pour les têtes Nationales
, pour la folennité de la Fédération ?
& n'eft- il pas honteux que dans de fem-'
blables occafions nous n'ayons gueres eur.
que des lieux communs fur la liberté &
l'égalité , délayés en vers médiocres ?
Le Camaldule & la Réponse à Rancé
ont été composés dans le même efprit & à
peu près dans le même temps que Mélanie,
Ï'Auteur cherchant toutes les formes imaginables
pour infpirer l'horreur de l'efclavage
monaftique , dont il ne pouvait fupporter
l'idée. Le premier eft un Dialogue
en profe entre l'Auteur & un vieux Moine
qu'il rencontre dans les bois des Camaldules.
Cer infortuné avait été facrifié dans
fa premiere jeuneffe par une mere ambitieufe
& un pere faible. Il a voulu réclamer
depuis contre Les voeux , mais inutiFRANÇAIS.
49
lement . Son ame s'eft endurcie par le mal-'
heur , il a long- temps maudit fa mere ; il
né la maudir plus , parce qu'il a ceffé de.
croire qu'un Dieu entendît fes malédictions ;
le malheur & le défefpeir Font rendu athée
& milanthrope ; ' il dérefte le genre humain'
& la vie mais il n'a pas le courage de
finir fes miferes par la mort left un
âge où l'on ne fe défait point de la vie ;
elle nous défole fans ceffe & nous quitte
par degrés , fans que nous ayons la force.
de la rejeter : c'eft la robe de Neffus qu'on
ne peur emporter que par lambeaux «.
L'Auteur termine ainfi ce Dialogue , après:
que le Moine l'a quitté pour rentrer dans
fon couvent : » Mon ame était profondément
trifte ; je vis que le malheur , quand
il eft extrême , finit par rendre le coeur
dur , & que les plaintes du défeſpoir deviennent
des blafphemes. Ce malheureux,
qui pouvait trouver dans l'idée d'un Dicu
une confolation & un refuge , avait mieux
aimé y renoncer , pour avoir plus de droit
de hair les hommes. O Dieu ! Etre fuprême
& néceffaire , que j'ignore & que je crois,
parce que tout me l'annonce , fans que rien
me l'explique ! Tu n'as pas créé la beauté ,
pour que l'homme en détournât fes regards;
tu n'as pas déployé devant lui les richelles
de la création , pour qu'il habitat des cachors
, tu n'as pas mis dans fon coeur le
befoin d'aimer fes femblables , pour qu'il
58 MERCUREA
trompat fans , cele ce befoin fi doux &
qu'il jurat de n'aimer rien, On ja, dengute
ton ouvrage avant de nier fon Auteur ,
l'athée alors a, cfé te , dire : Tu ne mas
pas fair , & le fanatique plus coupable
t'a dit : Tu m'as fait ainfi sci
L'Auteurdellajolie Comédie des Faules
Infidéteres avait fait paraîtresumerLeredet
Boncé à un daifes Amis , dans doque
racoupe afes malheureufest audums avec las
célebre Mambazon, & juflife, autants qu'il
peut , Inakut fanatique qu'il avait fonde
ada Trape. Gete Pieceseft verfifiée aveci .
affez d'élégance mats faible d'idées &Adel
fyle ; elle me tend scilleurs qu'à notrip
un emhouſiaſme aveuglel & dangereux. Let
Solitaire qui lui répond , Tui fait féntir quer
A l'amour a fait fon malheur focer
malheur a aigri & exalté: font imagination b
ce n'eft pas une raifon pour avoir le droit
de tyrannifer dans fon couventidesoames
fenfibles & des rêtes égarées . Htrace uner
peinture effrayante. & fidelle desisexcès des
eet Inftitur , qui dénaturent & Heriffent
l'homme , & que tout à l'heure même on
vient , à la honte du fiecle , de juftifier (1 )
par les plus pitoyables raifonnemens . Voici
un morceau de la Réponse du Solitaire..
"
༈
22
(1) Dans un Ouvrage de, Metame de Sille
intitulé Leçons de Gouvernante & fes Elives.
y
FRANCIAT SI Say
Encor près d'un ami fi j'avais pu pleu er! J'I
Dans foalfein quelquefois : fi j'avais pu répandressb
Ces larmes que mes yeut répandaient fur la cens
dre !
31
Hélas ! les criminels , au fond de leurs cachots
Ont le trifte plaifir de parler de leurs maux.
Dans le coeur l'un de l'autre ils épanclient leurs
peines ;
Spyro 9:1
Ils détefients tout haut leurs malheurs & leurs
14 chaînes , vr
Dans nos cachots facrés il faut gémir tout bas
Nos trop juftes regrets feraicut des attentats
Il faut les étouffer un farouche filence
A banni de ces lieux la douce confidence .
E pâles compagn ` ns que m'a donnés le fort ,
Se parlent feulement pour s'annoncer la mort ."
On s'évite , on le crafat , & chaque Solitaires no
Spare fes douleurs des douleurs de fon frere, y
En s'ouvrant Fun à l'autre , ils pourraient les
calmer :
Tout malheureux qu'ils font ils n'oferaient ?
s'aimer.
"",
'On fait qu'à la Trape il eft févérement
défendu d'avoir un ami. La belle loi ! Aucun
Tyran'ne l'avait imaginée'; cette démence
atroce était réfervée à la tyrannie
religieufe , nécellairement la pire de toutes,
puifqu'elle a pour objet direct de détruite
la nature..
Cette Réponse à Rancé fut imprimée
dans la nouveauté , à Genève & à Laufanne
: Voltaire l'honora d'une Préface que
l'on retrouve ici….
52 MERCURET
L'Epitre au Comte Schowalow , datée
des environs de Lyon , 1779 , roule principalement
fur deux objets , l'influence des
fites & des afpects phyfiques fur les affections
morales , fur l'amour , fur le malheur
, fur le talent poétique c'eft la partie
defcriptive , de la Piece ; dans la partie
didactique , on claffe & l'on caractériſe la
Poéfie defcriptive , & l'on y joint des préceptes
fur la maniere de la traiter comme
les Anciens , qui fe font bien gardés de
l'ifoler jamais & d'en faire le fonds d'un
Ouvrage ; mais qui ont toujours eu foin
de n'en faire que l'acceffoire ou de l'action
ou de l'inftruction .
Un morceau fuffira pour donner une idée
du ftyle de cerre Piece , lue , il y a quel
ques années , dans une Séance publique de
l'Académie Françaife.
Mais d'un trait plus profond fi votre ame bleſſée ,
D'une tendre douleur occupe la penſée ,
Enfoncez-vous au fein de ces vaftes forêts ,
Dans ces bois dont le temps confacra la vieilleſſe ,
De la folitaire trifteffe
Témoins religieux & confidens muets .
Avancez fous ces voûtes fombres ,
Que charge un noir amas d'impénétrables ombres ;
Ofez , loin du monde & du brait ,
Percer leur profondeur immenfe ;
Habitez ce féjour de l'éternel filence :
Vous croirez parcourir l'Empire de la nuit :
FRANÇAIS. T
Ces grands bois parleront à votre ame infpirée ;
Vos vers feront empreints de leur horreur facrée .
C'eft-là , c'eft dans l'ol fcurité ,
Que fuyant le tumulte , & dans foi recucillie ,
Vient s'affeoir là Mélancolie
Pour y rêver en liberté.
Ses maux & fes plaifirs ne font connus que
d'elle
A fes chagrins qu'elle aime elle est toujours fidelle ,
Ne fe plaît que dans l'ombre & dans les lieux déferts
;
Elle ve: fe des pleurs qui ne font point amers ;
r
Toute entiere à l'objet dont elle eſt poſſédée ,
Ne redit qu'un feul nom , n'entretient qu'une idée ,
Et chérit fon fecret qui s'échappe à moitié.
Son regard trifte & doux implore la pitié ;
Elle étouffe fa plainte , & foupire en filence ;
Elle n'ofe qu'à peine embraffer l'efpérance ,
Et tremble en adreffant un timide délir
Vers un bonheur lointain qui toujours femble fuir .
Les Poelies légeres, dont plufieurs avaient ,
paru dans les Journaux , ont été choifies
avec un foin févere , l'Aureur ayant toujours
penſé que , même dans le choix de
ces bagarelles de fociété , on ne faurait
trop refpecter le Public.
4
54
MERCRE
9▼ 20▼ SPECTACLES
Barb hob , 19.5
LE Théâtre de la fue Feydenu vien de
donner deux Nouveautés peu importantes ,
mais agréables , & qui ont fait Eeancorp de
plaifir ce font deux Opéras Français genre
qui ne devrait être qu'acceffoire à ce Theatre, A
& qui en devient le foutien principali Il faut
avouer que c'eft avec quelque raison que
FOpéra Italien a ceff : d'y briller. Le.pen de,
foin qu'on met dans le choix des Nouveautés ,
l'abandon affecté qu'on y remarquer des Opal
vrages des grands Mitres juftifient pleinoment
la négligence du Public. Mais enfin parlons
des Opéras Français , puifque ce, font les
feuls qui réuffiffent.
15
Le premier eft intitulé les deux Salles , ou
la Piéte filiale. Un vieux Militaire Suiffe s'eft
retiré, avec fon fils , dans un lieu où ikasguei
trefois combattu vaillamment, & unde
fes amis a été bleffè en lui fauvant la vie. Le
pere & le fils apperçoivent une jeune fille
qui s'eft égrée en cherchant fon pere . On la
fait repofer. Bientôt les denx jeunes gens prennent
beaucoup d'intérêt l'un pour l'autre . Le
vieillard qui s'en apperçoit , & qui fe prête
même à faire , durer long - temps leur tére à
tête , charge fon fils de remettre Louife dans.
fon chemin. Ils reviennent bientôt Ger
mord , le pere de Louife , qui a une jambe
de bois. C'est justement cet ami , ce camarade
du vieillard , qui a été bleffé en le défendant..
On fent bien que les deux enfans fout unispar
leurs peres .
FRANCAIS.
Cette Piece eft de M. Demouſtiez , Auteur
Alcefte à la campagne , du Conciliateur , &c.
c'eft dire affez qu'elle eft écrite avec l'élégance
la plus fleurie & la plus foutenue. La
mufique eft de M. Gavaux , Actur & Chanteur ,
excellent de ce Théâtre ; elle eft jufte au toni
du fujet , d'un chint fort agréable , & fait infiiment,
d'honneur à fon goût. M. Juliet joue .
très - plaifamment le perionnage à la jambe
de bois .
ext
L'autre Opéra eft intitulé Cadichon , ou les
Bohémiennes. Cadichon eft une efpece de niais
ou plutôt un jeune payfan fimple & crédule. I
eft fort amoureux de Nicette , qui l'aime auffi
malgré fon peu d'efprit , parce qu'il a un
cellent coeur ; mais il a le défaut d'être jaloux .
Inquier des fentimens de fa Maitreſſe , il défire'
d'être laid pour un moment , afin de voir fi
celle Belle tiendrait à cette épreuve. Juftement!
des Bohémiennes arrivent dans le village . I
les prie de changer fa figure feulement pour
une heure , & leur donne un rendez-vous qù
elles pourront le rétablir dans fon état naturel.
Ces pauvres femmes , pour fe tirer d'affaire ,
mettent Nicette dans la confidence. Bientôt tout
le village le fait ; on prend le parti de s'ent
amufer , & de le corriger. En effet , lorfqu'il
croit que le charme a opéré , tout le mondes
fe moque de lui , paraît effrayé de fon horrible
figure & Nicette elle-même a l'air de
fairesun autre choix : Cadiction fe repent deu
fone épreuve. Ilva, retrouver les Bohémiennes
mais elles ne fe font pas arrêtées au
rendez-vous, Il est au désespoir. Quand l'é
preuve a duré affez , on lui fait voir qu'ital
été dupe , & que les traits n'ont pas p
ατμοίμοι
7
56
MERCURE
changé que le coeur de celle qu'il aime , & à
laquelle il s'unit .
Ce n'eft pas par un extrait qu'on peut faire
connaître un fujet auffi léger ; ce font les détails
fur-tout qui le font valoir. Ceux de cette
Piece font infiniment agréables. L'Auteur a fu
y mélanger avec beaucoup d'adreffe le fentiment
& la gaieté . Ses couplers font tournés
avec efprit , & d'un excellent ton ; ce qui n'eft"
pas commun aujourd'hui dans les Pieces en '
Vaudevilles . M. Puj nix en ef: l'Ameur. Il eft
avantageufement connu à ce Théâtre , & a & a
obrenu plufieurs fuccès mérités fur celei qu'on'
nomme Italien. M. Lefage rend le rôle de
Cidichon d'une maniere auffi naturelle que
piquante , & avec une fenfibilité qu'on ne pouvait
guere attendre d'un A&teur auffi comique.
Nous ne dirons rien de la Locandera , Opéra
Italien , donné fans fuccès ; mais il nous rappelle
que l'abondance des matieres nous empêcha
de parler dans le temps de ce même
fujet traité , avec beaucoup de fuccès , par M.
Deflins , fur le Théâtre de la rue de Richelieu , ›
fous le titre de la jeune Hôteffe. Tous deux
font tirés d'une Piece de M. Goldoni . L'Auteur
Français a eu l'adreffe de faire difparaître une
partie des vices du fujet , & de mafquer les
autres par des détails extrêmement piquans , &
par une foule de jolis vers qui ont foutenu
cette Piece , & la font revoir toujours avec
un nouveau plaifir. L'A&trice chargée de ce
rôle , Mlle. Canteille , le joue avec cet efprit
& cette grace qui lui font naturels , & qu'elle.
fait mettre à tout : elle y développe des talensi
précieux qui la rendent chaque jour plus
chere au Public , & qui contribuent au fuccès
toujours croiffant de ce Théâtre .
FRANÇA 115. 837.
ANNONCES ET NOTICES.
HISTOIRE des conditions & de l'état des
perfonnes en France & dans la plus grande partic
de l'Europe. 5 Vol. in- 12. Prix , 15 liv. br. A
Paris , chez Lavillette , Libraire , rue du Battoir ,
No. 8.
C'est un de ces Livres véritablement utiles à
quiconque lit pour s'inftruire , & qu'il faut diftinguer
de la foule de nos Productions frivoles. On
imagine bien qu'une pareille Hiftoire eft néceffairement
celle de tous les abus nés des préjugés
de l'orgueil & de cette inégalité mal - entendue
qui n'était point fondée fur les feules diſtinctions
légales attachées aux pouvoirs conſtitués pour le
maintien de la Société ; mais c'eft précisément
ce contrafte de ce qui eft & de ce qui doit être ,
de ce qui a exifté parmi nous & de ce qui n'y
renaîtra plus , de ce qui fubfifte encore ailleurs
& de ce qui fera fucceffivement réformé par les
progrès de la raifon univerfelle , c'eſt cela même
qui eft un objet d'étude & de réflexions. Il faut
connaître les faits pour établir des raisonnemens,
& le paffé , fous un double rapport , eft toujours
une école pour l'homme , qui n'a que des idées
tranfinifes , & qui en profite , foit pour s'y conformer
, fi l'expérience les démontre bonnes ,
foit pour les corriger , fi elle les reconnaît mauvaifes
.
LETTRES MAGIQUES , ou Lettres fur le Diable ;
par M. *** . , fuivies d'une Piece curieufe . En
France , chez tous les Libraires,
158
MERCURE
i.
L'objet de cette petite Feuille , qui n'eft point
du tout curieufe , eft de prouver la réalité de la
Magie & l'existence des sorciers c'eft s'y prendre
un peu tard . L'Auteur affure que fi l'on ne
parle plus de Sorciers , ce n'eft pas qu'il n'y en
ait plus ; c'eft qu'on ne les pourfuit plus dans
les Tribunaux ; comme on ne parle plus de Poffédés
, depuis qu'ils ne viennent plus à la Sainte-
Chapelle , faire leurs exercices , à jour marqué.
• L'Auteur pouvait fe difpenfer de toutes les preaves
qu'il allegue , & fè borner à une feule qui
Left fans réplique : c'eſt qu'à moins de n'être
-Chrétien , one, peut révoquer en doute l'acnition
dui Diable. furdles Créatures , & les obfef-
-bois puitque Jefus Chrift , dans l'Evangile ,
abchatte, les Démons délivre les Poilédés .
asbasis - lem biega
enonti ei ? 1.
pas
31 RÉGÉNÉRATION des Golonies , ou Moyens de
reftract graduellement aux hommes leur état po-
«Strique , & d'allurer la profpérité des Nations ;
& Moyens pour établir l'erdre dans les Colonies
Françaiſet pap A. Bonnemain , ami de la jufzxic
de la paix. A Paris , an Bureau de l'Imsprimento
da Geile Social , rue du Théâtre Franrid
) ampi & ehez Girod & Tellier , Lib. rue
derda Harpo , No. 162. Prix , 30 f..
Cette Brochure mérite d'être lue : il ne faut
pas s'arrêter au ftyle, qui eft , comme celui de
préfque toutes nos Brochures d'aujourd'hui , incorrect
& déclamatoire ; mais les vies de l'Auteur
font dictées par l'amour de la juftice & de
l'humanité celles qui font relatives à l'état préfent
des Colonies , & aux moyens d'en appaifer
les troubles, fe trouvent conformes au dernier
Décret de l'Allemblée Nationale. Quant aux moyens
:
ZIADKAHT TAUDLIM
FRANCAIS.
1 ) no barg
en guérir radicalement les maux , il propoſe
abolition de la
duel des Noir , l'affranchiflement gra
dans l'efpace de vingt ans , &
des Loix protectrices , qui , en réglant le travail
& le falaire , dé obent les Efclaves à l'arbitraire
des châtimens , affurent leur foulagement , &
ཐོད་པ །
adouciffent , autant qu'il eft poffible , le poids de
fa, fervitude . Ces mefures paraiffent ,fages ; elles
font le veu des hommes juftes & éclairés. A
regard des Etabliffemens d'un nouveau genre ,
qui propote de fubftituer au commerce de la
Traite , & qui auraient pour objet la culture des
>productions de l'Afrique , & inftruction & la
civilitation des Negres indigenes, l'exécution de ée
projceable degrades difficultés que l'ature
Pardis pas avai prévues it aft très douteux qu'aycupe,
Nationfalem fra de oftentrepriſe , &
encore plus qu'elle réuthful and 2, Sanoinar
FILE ,de Correfpondance du Libatres on
Notte Ades Ouvrages publiés dans les différens
Journaux qui circulent en France dans Breas
St & patile oyun lauten met LebaCorrefpondans
au courant des Nouveautés , dans fe
donner la peine de les recueillir . Cette Notice
purait régulièrement le & ley de chaque
mois . Le prix de l'Abonnement eft de 4 liv. 10 f.
les trente Feuilles pour Paris , & de
liv . pour
les Départemens. On fouferit chez Aubry , Libr.
& Directeur du Cabinet Bibliographique , rue de
la Monnoic , Nyprès la rue Berry
*
Cette Feuille peut être utile , fur-tout en Province,
pour connaître les Nouveautés dont on peut
délirer l'acquifition ; mais on aurait dù fe borner
au titre de chaque Ouvrage , & ne pas y joindre
MERCURE FRANÇAIS.
1.
les divers jugemens des Journaux . Quand on fait
ce que c'eft que la plupart de nos Journaux , on
peut imaginer ce que font ces jugemens , & quelle
confiance on peut y avoir.
DE LA CONJURATION Contre les Finances , &
des mefures à prendre pour en arrêter les effets ;
par E. Claviere ; in- 80. A Paris , chez les Directeurs
de l'Imprimerie du Cercle Social , rue
du Théâtre Français , No. 4 ; & chez les principaux
Libraires de l'Europe. Prix , 1 liv. 10 f.
Les connaiffances que l'Auteur a prouvées dans
cette matiere , & qui l'ont enfin élevé au Miniftere
dans les circonftances les plus difficiles , doivent
faire rechercher avec empreffement cet Ecrit,
dont le titre n'eft pas , comme tant d'autres , un
menfonge & une chimere .
Avis des Citoyens de Bordeaux , amis de la
Conftitution , aux Prêtres intolérans. A Paris ,
chez les Directeurs de l'Imprimerie du Cercle
Social , rue du Théâtre Français , 'Nº . 4. Prix ,
8 fous,
TABLE.
EPIGRAMME, 37 Specscles.
Charade, Enig. Logog. 1:38 Notices, V. Na
Melanie,
40
10
ג
54
57
37
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 21 AVRIL 1792 .
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port.
PIECES FUGITIVES.
L'ÉLECTRICITÉ (1 ) , -
O D E.
L'AATTMMOOSSPPHHEERREE en courroux n'offre plus qu'un
nuage ;
Dans fes flancs ténébreux , les rapides éclairs , s
L'un par l'autre preffés , s'entr'ouvrent un paffage ,
Gliffent , ferpentent dans les airs :
>.
( 1 ) Nous avons inféré dans le Mercure du mois da
Septembre 1790 une Ode du même Auteur , intitulée
Flaide électrique ; celle - ci est tout- à- fait différente pour
le fonds & pour la forme : elle est pleine de beautés
poétiques , & annonce un véritable talent pour l'Ode.
N°. 16. 21 Avril 1792 D
62 MERCURE
La foudre impétueufe éclate , gronde & roule.
Sous les coups au loin tout s'écroule :
Vois ce roc dont l'orgueil femblait braver les cieux;
Il tombe en bondiffant fur la terre tremblante.
L'Univers frémit d'épouvante :
Le Savant feul eft calme , & fe rit de ces feux.
X
D'où naiffent à nos yeux ces terribles merveilles ? "
Quelle cauſe inconnue alluma ces carreaux ?
९
Dis-le nous , ô Franklin ! qui par de longues veilles,
Du Ciel brifas les arſenaux ,
Et de fes feux cruels interrogeant l'effence ,
Sus mettre un frein à leur puiflance ...
Mais pourquoi raffembler cet ambre , ces cristaux?
Pourquoi vois -je en longs jets qu'un riche azur
colore ,
Des flammes fe hâter d'éclore
Du fommet anguleux de ces brillans métaux ?
Quelle main captiva Fétincelle bruyante ( 2 ) ,
Qui , paifible d'abord , foudain part , & franchit
A l'aide d'un long fer , fa prifon tranfparente ?
Quels faifceaux ce tube vomit (3 ) ?
Là mille corps légers qu'il appelle & qu'il chaſſe (4),
Courant autour de fa furface ,
1 (2 ) Bouteille de Leyde..
z ( 3 ) Machine électrique.
(4) Attractions & répulſions
FEMA
FRANÇA IS.
63
Charment l'oeil ébloui de leur rapidité .
J'avance vers ce rube : un bruit ſe fait entendre ( 5);
Des feux fortent pour le défendre ;
Et mon doigt eft puni de fa témérité (6 ) ,
Fuis; pour quoite placer fur ce trépied fragile ( 7 ) ..?
De ces traits douloureux il n'eſt point alarmé.
Lui feul peut les braver : fous fa main immobile
Le tube fe tait défarmé.
Dans fon corps en fecret la flamme s'accumule
Avec fon fang elle circule ,
S'échappe quelquefois , & menace à l'entour.
Tel parut Jupiter en fa gloire immortelle ,
O trop malheureuſe Sémele !
Lorsque l'ambition égara ton amour,
Dieux ! quel trouble fubit s'empare de mon ame ?
Ces merveilles de l'art ont deffillé mes yeux .
C'eftun fouffle divin qui m'échauffe & m'enflamme,
Et mon efprit lit dans les cieux .
Il y voir le former la foudre , les tempêtes (8 )
Tous ces feux errans ſur nos têtes ,
Qui dans nos coeurs glacés jetaient un morne effroix
Affez & trop long-temps leur cauſe ſalutaire
(s ) Etincelle.
( 6 ) Commotion.
(7 ) Homme fur l'Iſoloir.
(8 ) Feux follets , Etoiles tombantes , &c.
D2
64
MERCURE
Refta dans la nuit du myftere' ; im
Je veux la dévoiler : Mortels , écoutez -moi.
Au fein de tous les corps , la main de la Nature
Répand un pur fluide , ame de l'Univers ;
Et de ce don facré variant la meſure ,
Produit cent miracles divers.
Bienfaifant & paifible , il opere en filence ;
Mais fouvent terrible il s'élance ,
Lorfqu'un corps agité le preffe avec effort ;
Il vomit les éclairs , s'ouvre un paffage libre (9 ) ,
.Et fous les loix de l'équilibre ,
Frappe, attire , repouffe & commande à la mort.
C'eftpar lui que jaillit la flamme pétillante
Que lance le caillou de fes flancs déchirés :
Par lui l'aftre du jour , en la courſe brillante ,
Darde les rayons épurés .
La terre fouriant à la chaleur féconde
Qui peuple & rajeunit le Monde ,
De verdure & de fruits a couronné fon front .
De nos muſcles lui feul entretient la foupleſſe ,
Avant que la froide vieilleffe ,
Des rides fur nos traits ait imprimé l'affront .
Par lui le fer docile à l'aimant qui l'appelle ,
En puife la vertu dans fes embraffemens ,
(1) Frottement.
FRANÇA I S.
Et le Pôle au fommet de l'aiguille fidelle ,
Guide les Matelo errans .
Souveraine des Cieux qui ceins de ton orbite
Cette Planete que j'habite ,
Dis -nous à qui tu dois l'humble hommage des
mers (10) ,
Quand ton regard vainqueur les traîne amoncelées,
Ou qu'il les laiffe refoulées ,
6
Sur un bord reconquis verfer leurs flors amers.
Mais lorfque le Soleil eft voilé par les: nues ,
Qu'au gré de leurs combats, les vents tumultueux
Balançant dans les airs ces maffes fufpendues ,
Déchirent leurs flancs tortueux ,
Aux quages voifins communiquant fa rage ,
Le feu du plus épais nuage (11)
S'unit avec l'éclair à des feux moins puiffans ,
O Mortels ! c'eft alors que la voix du tonnerre
Au loin épouvante la Terre,
Que la foudre en éclats court dévaſter vos champs:
Laiffez en paix l'airain qui frémit dans vos Temples.
N'allez pas d'un vain fon heurter les airs furpris :
Vous éveillez la mort . Combien d'affreux exemples
Devraient éclairer vos efprits !
( 10 ) Flux & reflux .
( 11 ) Systême de Franklin.
D ;
66
MERCURE
Voyez le fer aigu qui furmonte ce faîte ( 12 ) ,
Lui feul maîtrife la tempête ,
Il pompe tous les feux de l'éther embrafe ;
Et la foudre impuiffante , en fa courfe paifible ,
Le long de ce métal flexible ,
Va mourir au tombeau que mes mains ont creufé
Ainfi l'oeil du génie , obfervant en filence
Les prodiges féconds de la Terre & des Cieux ,
De mille corps divers faifit la différence ,
Marqua leurs effets précieux .
Il leur dit : Ecoutez , ô vous , en qui réfide ( 13)
beureux de ce fluide ,
Le germe
13
Lancez au loin ce feu par vous feuls enfanté,
Et vous qui tranfmertez une Aamme étrangere ( 14),
En la ramaffant toute entiere
Augmentez fon pouvoir & fon activité ..
Ils renaiffent enfin ceux que la maladie ( 15 )
Livrait fans efpérance aux pleurs de la pitié :
D'un corps qui raffemblait & la mort & la vie( 16),
•
Ils redemandaient la moitié.
(12 ) Paratonnerre.
( 13 ) Corps idio- électriques.
( 14 ) Corps an- électriques.
( 15 ) Electricité curative .
(16 ) Paralyfic.
FRANÇAIS.
Ce fluide à leurs voeux offre un nouveau remede :
La joie à la douleur fuccede ;
La fanté fur fes pas ramene les plaiſirs,
Revêtu d'embonpoint , de force & de nobleffe ,
Leur corps acquiert de la foupleffe ,
Et leurs fens rajeunis retrouvent les défirs .
C'eſt-là ee feu facré que jadis Prométhée
Sut par un vol heureux dérober au Soleil ,
Lorfque l'homme nouveau de la Terre enchantée
Admira l'auguſte appareil.
Bientôt , de Jupiter ſervant la jaloufie ,
Sur le tiffu d cnotre vie ,
Tous les maux à la fois fondirent en effaim ;
Mais l'homme impunément put braver leur puiffance
,
Et fe livrer à l'efpérance ,
Tant qu'il fentit ce feu qui vivait dans ſon ſein.
( Par M. Paris , de plufieurs Académies . )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédens.
Le mot de la Charade eft Fardeau , celui
de l'Enigme eft Arrête de poiſſon, & celui du
Logogriphe eft Treve , où l'on trouve Rêve,
Eve. D
4
MERCURE
CH ARA D E.
TOUJOUR OUJOURS mon premier , cher Lecteur , t
A fon retour embellit la Nature ;
Mon fecond plaît dans la coiffure ;
Et mon tout eft l'objet le plus cher à ton coeur.
(Par M. Waton.)
E.
ÉN II G M E.
LÉ , par moi naiffent les rofes
Par moi naît le feuillage épais
A l'ombre duquel tu repofes ,
Quand l'été brûle nos guérets .
Veux- tu me voir fous d'autres traits ?
Charmante Églé , point de colere :
Conviens - en ; lorſque téméraire ,
Aux lis fur ten teint répandus ,
J'ofe difputer une place ,
Le deuil où me met ta diſgrace ,
Te donne une beauté de plus.
T'avouerai-je encor mon audace ?
Changeant de nature & d'emploi ,
Quand tu mets un habit de chaffe ,
A tes attraits je fais la loi.
.
FRANÇAIS.
>
HUIT
LOGOGRIP E.
UIT pieds forment mon tout en les décompofant
,
Tu trouveras, Lecteur , un , amas d'eau dormante ;
Quatre villes ; un mois charmant ;
Une plante odoriférante
Le lieu qui fert à fouler la moiffon ;
De ton canton le premier perfonnage ;
Un terme d'amitié ; deux notes ; un poiſſon ;
Une fête des Turcs ; l'inftrument du carnage 5
Le canal d'un petit ruiſſeau ;
Le fynonyme de colere ;
Ce qui fait voguer un bateau ;
Le principe vital ; une étoffe groffiere ;
Un pays de l'Afie ; un arbre ; un paſſe-temps ;
Un immenfe amas d'eau ; la mere de Mercure ;
Pour les vaiffeaux une retraite sûre ;
Le point du jour ; deux élémens ;
Un infecte rongeur ; les chemins d'une ville ;
Le logement d'un volatile ;
Ce qui termine un vers ; une négation ;
3
Deux Nymphes ; un mortel eftimable , mais rate;
Le contraire de faux ; & la chienne d'Icare
Qui fut changée en Conſtellation .
(Par M. Waton. )
DS
70
MERCURE ..
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
ABRÉGÉ des Tranfactions ( 1 ) philofophiques
de la Société Royale de Londres : Ouvrage
traduit de l'Anglais , & rédigé par M.
GIBELIN , Docteur en Méd. & Membre
de la Société Médicale de Londres , &c.
DERNIERE LIVRAISON ; avec des Planehes
en taille- douce. 2 Vol. in- 8 °. Prix ,
4 liv. 10 f. le Volume br. , & liv. franc
port par la Pofte. L'Ouvrage complet
forme 14 Volumes in- 8 ° . A Paris , chez
Buiffon , Imprim- Libraire , rue Hautefeuille
, No. 20.
de
S
L'OUVRAGE immenfe dont on annonce
ici l'abrégé, date de plus d'un fiecle , & remonte
à la naiffance de la Société Royale
( 1 ) Il n'eft peut - être pas inutile d'obferver
que ce mot Tranfactions , commun aux deux
Langues , la françaiſe & l'anglaife , mais done
le fens differe dans l'une & dans l'autre , eft ici
employé dans l'acception que lui donnent les
Anglais. Parmi nous il fignifie une espece de
contrat , un acte civil ou politique ; en Anglais ,
FRANÇAIS. 71
de Londres : il fe continue depuis fon
origine avec le même fuccès , c'est-à- dire
avec la même utilité , ce qui eſt le véritable
fuccès des Livres de Sciences. Il n'y
en a peut-être point de ce genre où les
Tranfactions philofophiques ne foient citées
plus ou moins fouvent : c'eft l'hiftoire de
l'expérience , néceffairement fondée ſur les
faits , reconnus pour la feule véritable
fcience , depuis qu'on s'eft apperçu que les
Systêmes en Phyfique ne peuvent être que
des erreurs du génie ou de l'orgueil. Ce
mot même de Systême , qui fignifie plan
général de conftruction , ne peut appartenir
à l'homme raifonnant fur un Tout
dont il ne peut connaître que des parties
& fur des caufes dont il ne peut appercevoir
que des effets. Il y a , fans doute ,
un Système du monde : il eft dans la penfée
de l'Etre qui a fait le monde.
La collection anglaife eft faite pour les
Savans qui peuvent & doivent lire tout ;
l'Abrégé eſt deſtiné à ceux qui veulent s'infil
fignifie un fait , un événement , ce qui fe paffe,
Il paraît que l'on a voulu conferver dans la traduction
le titre original d'un Ouvrage célebre
parmi les Savans. Peut-être eût - il mieux valu ,
pour fe faire entendre de tout le monde , intituler
ce Livre en français : Expériences philofophiques
, recueillies par la Société Royale de
Londres.
D6
72 MERCUREtruire.
Le nombre des Savans eft petit ,
& même on ne peut gueres être véritablement
favant que dans une feule chofe ,
parce que les chofes font plus grandes que
les hommes. Il n'y a point de fcience qui
n'aille au delà de notre efprit , & c'eft pour
cela qu'heureufement il y aura toujours du
travail pour la penfée humaine , que les
fecles écoulés laifferont toujours à faire
aux fiecles fuivans, & que le génie , en aucun
genre , ne peut , quoi qu'on en dife
déshériter fes fucceffeurs .
"
La Bruyere commence fon Livre par
ces mots Tout eft dit , & l'on vient trop
tard après mille ans , &c. Son Livre même
l'a dementi depuis ce Livre on a dit
d'excellentes chofes fur le même fujet ; &
fur quelque fujet que ce foit , dans milleans
tout ne fera pas dit.
Les hommes inftruits , ou qui veulent
s'inftruire , font en bien plus grand nombre
que les Savans , & les connaiſſances
phyfiques fur- tout font affez généralement
cultivées , depuis que quelques grands Ecrivains
en ont fait fentir l'attrait . Il n'y a
point pour cette claffe de lecteurs de Livre
plus agréable & plus inftructif que cet
Abrégé des Tranfactions : c'est le recueil
des obfervations les plus curieufes faites
dans toutes les parties du Globe , depuis
plus de cent ans , par les hommes les plus
capables de l'étudier. La divifion générale
FRANÇA I S. 73
des différens objets de ce Livre fubftantiel
, donnera une idée jufte de ce qu'il
contient.
re
L'Hiftoire Naturelle précede les autres
Sciences , comme la plus intérellante de
toutes pour toute forte de lecteurs : elle
eft divifée en quatre Parties ; la 1.contient
les grands Phénomenes de la Nature,
Tremblemens de terre & Volcans ; la 2°.
les Curiofités naturelles & les Evénemens
extraordinaires ; la 3. les Foffiles & Putréfactions
; la 4 ° . la Zoologie : celle - ci eſt
fubdivifée en cinq Sections , les Quadrupedes
, les Oifeaux , les Amphibies , les
Poiffons , les Infectes & Vers.
La feconde Partie contient la Botanique,
l'Agriculture & l'Economie Rurale la
troifieme traite de la Météorologie, qui , par
les rapports qu'elle a d'un côté avec l'Agriculture
, & de l'autre avec la Phyfique
expérimentale , vient fe placer d'elle -même
entre l'une & l'autre : la quatrieme , par
conféquent , renferme la Phyfique expérimentale
: la cinquieme , la Minéralogie &
la Chimie la fixieme , l'Anatomie proprement
dite , l'Anatomie comparée , & la
Phyfique animale : la feptieme , la Médecine
& la Chirurgie : la huitieme , la Matiere
médicale & la Pharmacie : la neuvieme
, les Inventions & Machines utiles
dans les Arts : la dixieme , fous le titre de
Mélanges , réunit les Voyages & les Ob-
:
74 MERCURE
fervations en tout genre qui n'ont pu trouver
place dans les divifions précédentes :
l'onzieme enfin , tout ce qui concerne les
beaux-arts & les Antiquités.
On voit qu'il y a là de quoi apprendre ,
de quoi s'amufer , de quoi choifir.
face. "
Il ne faut pas omettre ce qu'ajoute trèsjudicieufement
le Traducteur dans fa Pré-
Quoiqu'on fe foit fait une loi de
donner les faits qui ont paru les plus intéreffans
, on n'a pas cru devoir rejeter
indiftinctement toutes les opinions , toutes
les hypothefes. Le hafard fouvent trouve
les fimples faits ; le génie fait les lier enfemble
& en déduire des corollaires
quelquefois auffi utiles que les faits mêmes .
Il peut être auffi avantageux , dans certains
cas , de favoir ce qu'ont penſé nos prédéceffeurs,
que ce qu'ils ont le mieux connu ;
& il eft telle de leurs opinions qui , par
les idées qu'elle peut faire naître , ou par
fa fingularité , mérite autant d'être confervée
que les expériences & les obſervations
fur lefquelles elle eft fondée. D'ailleurs les
perfonnes qui aiment la juftice trouveront
fans doute ici avec plaifir la fource d'un
grand nombre de points de Doctrine , &
même de Systêmes ingénieux , dont bien
des Auteurs modernes , foit par ignorance,
foit par un motif encore moins pardonnable
, n'ont pas manqué de s'attribuer le
mérite ".
FRANÇAIS. 75
• >
ÉPHÉMÉRIDES des Mouvemens Céleftes
pour le Méridien de Paris , Tome IX .
contenant les huit Années de 1793 à 1800 ,
revues & publiéespar M. DE LA LANDE,
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , de celles de Londres , de Berlin
de Pétersbourg, de Stockholm, &c. Profeffeur
R. d'Aftronomie, Inspecteur du Col
Lége Royal , & Directeur de l'Obfervatoire
de l'Ecole Royale Militaire. A Paris, rue
de la Parcheminerie , chez la veuve Hériffant
, Imprimeur ordinaire du Roi & des
Bâtimens de Sa Majesté. 1 Vol. in-4° .
de 250 pages , avec Fig. Prix , is liv.
br. & 17 liv. rel.
LES Ephémérides de l'Académie des
Sciences commencerent avec le 18 ° . fiecle .
M. de la Lande en donne le complément
dans ce IX . Volume ; le célebre Abbé
Delacaille en avait fait trois Volumes , &
M. de la Lande en a fait auffi trois. Chacun
de ces Volumes eft enrichi d'Obfervations
& de Tables nouvelles. Celui que nous
annonçons contient des Tables pour cal
culer les pofitions des Etoiles. On trouve
dans ces Ephémérides les pofitions du So
76™ MERCURE
leil , de la Lune & de toutes les Planetes ,
les Eclipfes de Soleil , de Lune , d'Etoiles ,
de Satellites , même la nouvelle Planete
Herſchel , découverte en 1781 , enfin tous
les Phénomenes qui méritent d'être obfervés
dans le Ciel , & auxquels les Aftronomes
doivent être préparés. Les Eclipſes
de Soleil vifibles en Europe font accompa
gnées de Cartes géographiques où l'on voit
la maniere dont elles paraîtront dans toutes
les parties du Monde ; la premiere eſt
celle du 5 Septembre 1793 , qui fera centrale
& annulaire dans le nord de l'Allemagne.
Les nouvelles Tables de M. de
la Lande & de M. de Lambre , qui viennent
de paraître dans la troifieme Edition
de l'Aftronomie de M. de la Lande , ont
contribué à la perfection de ces Ephémérides.
Ce Volume a été calculé principalement
par M. Le Français , parent de M.
de la Lande , né en 1766 , & qui , depuis
l'âge de 15 ans , s'occupe avec lui d'Aftronomie
; M. Duvaucel , Correfpondant
de l'Académie , actuellement Maire d'Evreux
, a fait tous les Calculs d'Eclipfes
& les Cartes qui en repréfentent les cir-
Conftances. Il avait déjà calculé les Eclipfes
du Soleil , depuis 1767 jufqu'à 1960 ,
dans le V. Volume des Mémoires préfentés
par des Savans étrangers , & jufqu'à
l'an 1000 , dans la nouvelle Edition de
l'Art de vérifier les Dates.
FRANÇA I S. 77
Feue Mad. Lepaute , qui avait fait la
majeure partie du Volume précédent , avait
travaillé pour les deux premieres années
de celui- ci , & Mad. Le Français , à ſon
exemple , a pris part à celui- ci en calculant
les lieux de Herfchel & les conjonctions
de la Lune aux Planetes , en même
temps qu'elle travaillait aux Tables Horaires
qui font actuellement fous preffe
& qui doivent fervir fur mer , pour avoir
l'heure à toutes les latitudes par la hauteur
du Soleil & des Etoiles .
Dom Monniotte , favant Bénédictin de
la Congrégation de Saint Maur , a fourni
le Calendrier eccléfiaftique , fuivant les rubriques
du Bréviaire de Paris , dans ce
Volume d'Ephémérides , ainfi que dans les
précédens.
- Ainfi les nouvelles Ephémérides de M
de la Lande font utiles pour ceux qui
font des Almanachs dans tous les pays
du Monde , & pour tous les Aftronomes
des pays éloignés qui ne font pas à portée
de fe procurer la Connaiffance des Temps ,
que l'on publie chaque année. On doit voir
avec regret que l'Auteur & le Libraire ne
paraiffent pas difpofés à les publier au delà
de 1800.
78
MERCURE
EssAt fur la Légiflation du Mariage , par
E.... LANGLET , Juge du Tribunal de
Bapaume, Département du Pas-de- Calais .
A Paris , chez Froullé , Imp-Libr. quai
des Auguftins , Nº: 39.
ENCORE une Brochure en faveur du
Divorce , & l'on voit avec plaisir que
cette intéreffante cauſe eſt toujours plaidée
par de bons efprits . L'Auteur de ce petit
Ouvrage fe montre ici capable d'en faire
un plus grand ; il penfe & s'exprime avec
force. Il ne fe borne pas aux maux particuliers
qui accablent les victimes des
unions anal afforties ; il étend fes vues bien
plus loin il confidere dans notre vicieufe
Légiflation du Mariage une des principales
caufes de nos maladies morales & politiques
, & particuliérement de ce funefte
éguine , un des caracteres diftinctifs de
nos moeurs publiques. Il fait voir que
l'homme fait par la Nature pour les jouiffances
domeftiques , qui toujours le rendent
meilleur Citoyen en l'attachant à fes
devoirs & à fa Patrie , eft forcé le plus
fouvent , par nos inftitutions abfurdes &
cruelles , de renoncer à ce bonheur qu'il
cherchait , & finit par s'ifoler dans fon
infenfibilité , & s'égarer dans des diftractions
frivoles ou des plaifirs coupables. Ces
FRANÇAIS. 79
confidérations font auffi juftes que profondes
, & l'expérience bien réfléchie en confirme
la vérité . Là où le premier devoir
& le premier bonheur n'eft pas d'être pere
de famille , il ne faurait y avoir de moeurs ;
& l'apostrophe la plus terrible que la Philofophie
ait adreffée à nos Prêtres , en tout
temps fi étrangers à la chofe publique , eft
celle- ci : Vous n'avez point d'enfans .
Deux chofes font inftantes en fait de
Légiflation générale , & ne fauraient trop
& trop tôt occuper nos Repréfentans , la
Loi qui réglera le mode civil de conftater
les naiffances , les morts & les mariages ,
& celle qui ftatuera fur le plan d'éducation
publique , & le point capital de ces
deux Loix , je le répere , c'eft d'ôter entiérement
tous ces objets . des mains des
Prêtres, Une meilleure éducation & des.
mariages plus heureux , voilà ce qui fera
de vrais Citoyens , de vrais Patriotes : c'eft
la véritable régénération ; car pour affer-1
mir une Conftitution , pour la rendre inébranlable
, il ne fuffit pas que la raiſon
l'approuve , il faut que le coeur l'embraffe,
& c'eft l'ouvrage des premieres habitudes
& d'un bonheur journalier de ces deux
chofes , l'une dépend de l'éducation , l'au
tre du mariage.
On a ofé affurer que le Comité d'Inftruction
, chargé de ce qui concerne l'éducation
publique , ne compte pas achever ce
A
So MERCURE
travail , & nous menace de le laiffer à la
Législature fuivante. C'eft , fans doute
une calomnie répandue par nos ennemis
pour augmenter ce découragement qu'on
s'efforce de produire par tous les moyens.
Ce Comité eft compofé d'hommes affez
éclairés pour n'être pas au deffous de ce
travail , & de Citoyens trop zélés pour en
laiffer la gloire à d'autres . Ils ont entre les
mains des matériaux précieux , entre autres
, l'Ouvrage de M. de Talleyrand , l'un
des plus beaux qui aient honoré l'Affenablée
conftituante ; & l'on ne doit pas craindre
qu'une maligne jaloufie & la vanité de
refaire ce qui a été bien fait empêche le
Comité de profiter de fi grands fecours. Il
n'y a qu'une gloire réelle pour un bon
Citoyen , c'eft de faire le bien par luimême
, ou de contribuer de tout fon pouvoir
à celui que peuvent faire les autres .
ANNONCES ET NOTICES.
ÉDITION in-12 de la Vie du Maréchal de
Richelieu , co tenant fes amours , fes intrigues ,
& tout ce qui a rapport aux divers rôles qu'a
joués cet homme célebre pendant plus de 80
ans ; 2. édition , avec des corrections confidérables
& des augmentations. 3 gros Vol . Prix ,
8 liv. br. & 9 liv . francs de port par la Pofte.
A Paris , chez Buiffon , Impr - Libr . rue Hautefeuille
, N° . 20.
FRANÇAIS.
81
NOUVELLES LOIX CIVILES de France , ou Recueil
complet de tous les Décrets émanés de
l'Aflemblée Nationale - conftituante , concernant
la deſtruction du Régime féodal , les Propriétés
de toute nature , les Conventions , Succeffions ,
Teftamens , Mariages & autres Matieres de Droit
civil , difpofés méthodiquement par ordre de
Matieres , avec des Notes & explications qui
indiquent la liaifon & les rapports de tous les
Décrets entre eux , qui rappellent les motifs fur
lefquels ils ont été rendus , qui en expliquent
le vrai fens , en développent les conféquences &
les effets , & les rendent intelligibles à tout le
monde ; elles font le plus fouvent appuyées des
avis donnés par les Comités de l'Affemb'ée conftituante
, & des Réponfes des Miniftres . L'on y
a joint de plus , quand on l'a cru utile , en entier
ou par extrait , les Rapports les plus intéreffans
fur lefquels les Décrets principaux ont
´été rendus , ainfi que les Proc'amations données
par le Roi pour leur exécution. 1 gros Volume
in-4° . de 1000 pages , beau papier & fuperbe
Edition en caracteres neufs de M. Didot jeune .
Prix , 20 liv. & 25 liv. envoyé franc de port.
Se trouve à Paris , chez l'Auteur même , plac
Dauphine , No. 11.
Les demandes des Départemens feront exactement
ſervies en lui faiſant paſſer le prix , foit en
affignats , foit en refcriptions de Directeurs de
Pofte. Il faut avoir foin d'affranchir les lettres ,
& d'écrire fon adreffe correctement.
82 MERCURE
TABLEAUX , Statues , Bas - Reliefs & Camées
de la Galerie de Florence & du Palais Pitti ,
definés par M. Wicar , Peintre , fous la direction
de M. Lacombe , Peintre ; avec les explications
par M. Mongez l'aîné , de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres , &c. imprimés fur
papier vélin fupe-fin de Johannot d'Annonay.
11. Livraiſon . Prix , 18 livres . A Paris , chez
Lacombe , Peintre , Editeur de l'Ouvrage , rue
de la Harpe , Nº. 84.
-
Cette fuperbe Collection fe continue avec des
foins dignes de ſa beauté.
MÉMOIRES du Miniftere du Duc d'Aiguillon
Pair de France , & de fon Commandement en
Bretagne , pour fervir aux Regnes de Louis XV
& de Louis XVI . 1 Vo !. in - 8 ° . A Paris , chez
Buiffon , Imp- Lib . rue Haute-feuille. Prix , 4 liv.
br. & 4 liv. 10 f. franc de port par la Pofte. On
trouve auffi cet Ouvrage à Lyon , chez les Freres
Bruyfet , rue St-Dominique,
IDYLLES & autres Poéfies de Théocrite , traduites
en français , avec le texte grec , des Notes
critiques , la verfion latine & un Difcours préliminaire
; par M. Gail , Profeffeur de Littérature
grecque au Col'ége Royal , Docteur- Agrégé en
I'Univerfité de Paris , Honoraire de l'Académie
des Belles - Lettres d'Arras . In- 8 ° . A Paris , de
Imprimerie de Didot l'aîné ; & fe trouve chez
l'Auteur , rue de la Harpe , au Collège d'Harcourt
; Didot l'aîné , rue Pavée- Saint-André-des-
Arts ; Debure , rue Serpente , Nº 6 ; Barrois
fre es , rue du Hurepoix ; & Cuffac , au Palais-
Royal.
On reviendra fur ces deux Ouvrages.
FRANCAIS. - 83
DE L'HOMME des Sociétés & des Gouvernemens
, pa : François Soulès , de Boulogne- fur- Mer .
A Paris , chez Debray, Libr. au Palais - Royal ,
N°. 235 ; & chez les Marchands de Nouveautés.
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE , & du nom qu'on
devrait lui donner dans notre Langue pour s'en
faire une jufte idée ; par A. Auger . A Paris , chez
les Di ccteurs de ' Imprimerie du Cercle Social
rue du Théâtre Français , Nº. 4 ; & chez les
principaux Libraires de l'Europe.
RECHERCHES fur la Science du Gouvernement,
par M. le Comte Gorani ; Ouvrage traduit de
Italien , d'après l'Exemplaire & les corrections
de l'Auteur. A Paris , chez Guillaume junior ,
Impr-Libr . rue de Savoie-Saint-André-des- Arts
No. 17 ; & Lebour , Lib . au Palais- Royal , fous
les Arcades de bois. 2 Vol. in-8°.
LA PHILOSOPHIE du Sentiment , ou Emilie
de Fairville ; traduit de l'Anglais . A Paris , chez
Lavillette , Libr, rue du Battoir , N°, 8, 2 petits
Vol. in- 12 . Prix , 36 f. br .
LE PRINCE Philofophe , Conte Oriental , par
l'Auteur de la Piece intitulée l'Esclavage des Negres,
2 Vol. in- 12 , Prix , 3 liv. br. Même adreffe
que ci-deffus.
L'ADVERSITÉ , ou l'Ecole des Rois. 2 Volum.
in- 12 . Prix , 3 liv. broc. Même adreſſe que cideffus.
84
MERCURE
FRANÇAIS.
"
GRAVURES.
-
MARGUERITE LOUIS - FRANÇOIS DUPORT
DUTERTRE , né à Paris le 6 Mai 1754 , Avocat
en 1777 , Electeur en Avril 1789 , Lieutenant
de Maire , Subftitut du Procureur-Syndic de la
Commune en 17.90 , Miniftre de la Juftice ,
Garde du Sceau de l'Etat , le 20 Novembre 1990 ;
peint par Taffi. A Paris , chez l'Auteur , rue St-
Hyacinthe , No. 4.
PORTRAIT de Staniflas - Augufte , Roi de Pologne
, gravé au burin par Alexandre Tardieu ,
rue Saint-Hyacinthe , No. 51 , à Paris ; & chez
Jaufret , au Palais - Royal , No. 61 , à côté dụ
Café de Foy. Prix , 2 liv.
NOUVEAU PORTRAIT du Coufin - Jacques ,
avec les mains ; deffiné par M. Violet , & gravé ,
à la maniere anglaife , par M. Bureau . Prix , en
couleur , 3 liv. & en biftre , 2 liv . A Paris , chez
le Coufin - Jacques , rue Phélipeaux , No. 15 ;
Froullé , Imp - Libr . quai des Auguftins ; & Mad
Bureau , rue Montmartre , au petit Hôtel Charôt
, près l'égout ; & chez les Marchands de
Nouveautés.
L'ELECTRICI
TABLE.
'ELECTRICITÉ.
Charade, Enig . & Log.
Abrégé des Transactions.
611Ephémérides.
68 Effai.
70 Annonces & Notices.
75
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 28 AVRIL 1792.
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Aſſemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août 1791 ,
en ayant doublé les frais de port,
PIECES FUGITIVES,
MADRIGAL,
JEUNE , j'aimai ; ce temps de mon bel âge ,
Ce temps fi court , l'amour feul le remplit,
Quand j'atteignis la faifon d'être fage,
Encor j'aimai : la Raifon me le dit.
Me voilà vieux , & le plaifir s'envole
Mais le bonheur ne me quitte aujourd'hui
Car j'aime encor , & l'amour me confolę ;
Rien ne pourrait me confoler de lui,
No, 17, 28 Avril 1793 .
86 MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du dernier MERCURE.
Le mot de-la Charade eft Maitreffe, celui
de l'Enigme eft Bouton , & celui du Logogriphe
eft Mirabeau , où l'on trouve Mare ,
Eu , Vire , Aire, Rue , Mai , Baume, Aire,
Maire, Amie, Ré, Mi, Raie , Bairam , Arme,
Ru, Ire, Rame, Ame, Bure, Arabie, Aubier,
Jeu, Mer, Maia, Baie , Aube , Air, Eau, Ver,
Rue, Mue, Rime , Mie, Ea, Téra, Ami, Vrai,
Mera.
UN
CHARADE.
N Roffignol , en certains cas ,
De mon premier peut faire l'ouverture ;
Un Roffignol au bois ne paraît pas
7
Quand mon dernier n'en fait point la parure ;
Et mon entier conferve la texture
C
D'objets fouvent très - délicats.
(Par M. Lagache fils , Rec. des Dom. Nat.)
JAD
ÉNIG M E.
ADIS j'eus place au rang des Dieux ,
Et j'anime tout fur la Terre .
Sans moi plus de jour dans les Cieux .
Tagis beaucoup en temps de guerre ;-
FRANÇA I S.
On me craint & l'on n'a pas tort ;
i fuis en furie
Affreux
quand je
Qui veut me conferver la vie ,
*Doit "m'enterrer avant ma mort.
(Par M. Hubert. )
T
LOGOGRIPHE A COEURS.
LONON me méprife avec mon coeur
Zulmis me chérit fans mon coeur
Du premier regne , avec mon coeur ,
Je fuis du fecond fans mon coeur ;
Souvent je porte avec mon coeur
Mais l'on me porte fans mon coeur ;
J'ai pieds & tête avec mon coeur
Ni pieds ni tête fans mon coeur ;
Bravant l'hiver avec mon coeur
Je le redoute fans mon coeur ;
Eſclave , hélas ! avec mon coeur
ט
J'offre une Reine fans mon coeurlucis.
De crainte d'ennuyer ton coeur , YOS
Lecteur , adieu de tout mon coeur.
2
( Par M. Lagachefils, Rec. des Dom. Nat. )
E 2
85 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
MÉMOIRES du Miniftere du Duc
d'Aiguillon , Pair de France , & de fon
Commandement en Bretagne; pour fervir à
'Hiftoire de la fin du Regne de Louis XV
& à celle du commencement du Regne de
Louis XVI. 1 Vol. in-8°. Prix , 4 liv.
broc. , & 4 liv . 10 f. franc de port par la
Pofte. A Paris , chez Buiffon , Imp-Lib.
rue Haute-feuille, No. 20.
>
LE
E premier foin de tout homme impartial
, en lifant ces Mémoires
& tous ceux
du même genre c'eft d'examiner
, quel
degré de confiance
il eft permis de leur
accorder , & cet examen doit fe porter
particuliérement
fur le caractere
& les intérêts
de l'Auteur , fur le moment
où il
a écrit , & fur le but qu'il fe propofait
en
écrivant. Ici , l'Auteur
nous eft inconnu :
les Editeurs
ne nous difent pas quel il
eft , & paraiffent
eux - mêmes
l'ignorer.
Ils ne nous apprennent
pas non plus comment
ces Mémoires
leur font tombés entre
les mains ; mais ils penfent , & avec
FELICTESECA
3241A
MONASTNELS.
FRANÇAI S.
89
raifon , qu'une partie des faits qu'on y
raconte n'a pu être communiquée que par
le feu Duc d'Aiguillon ; qu'ils ont été
compofés de fon vivant & lorfque le vieux
Maurepas vivait encore , à peu près yers
l'an I 780. Ces Editeurs montrent d'ailleurs
de l'impartialité , en proteftant euxmêmes
dans des Notes contre des accufations
atroces intentées , fans preuves , au
feu Duc de Choiſeul ; & en inférant à la
fin du Livre quelques Notes particulieres
d'un homme inftruit , qui a eu le manuf
crit fous les yeux , & qui en releve quelques
erreurs plus ou moins importantes.
Quant à l'objet des Mémoires , il fe
montre de lui-même à la lecture. On voit
clairement qu'ils étaient adreffés à un
homme de la Cour , d'un rang élevé ( on
l'appelle Monfeigneur ) , & d'un crédit
confidérable auprès de la Reine. Il n'eft
pas moins évident que ces Mémoires
où tout le monde eft jugé & compromis
avec une extrême liberté , n'étaient nullement
destinés à être publics ; c'eſt une
correfpondance intime , où l'Auteur eft
trop occupé des chofes pour foigner fes
expreffions. Son ftyle eft très -négligé , &
fon récit même manque de méthode &
quelquefois de clarté foit parce qu'il
s'embarraffe dans fes phrafes , foit parce
qu'il fuppofe que certains faits font , par
avance , fuffifamment connus . Il résulte de
E3
90 MERCURElà
que l'Auteur , ne craignant rien pour
une correfpondance qui eft de nature à
être tenue très-fecrete , a pu dire toutes les
vérités , fans rien rifquer ; mais il en réfulte
auffi que , ne redoutant pas la cris
tique & les démentis , fuites de la publicité
, il a pu fe permettre impunément le
menfonge. Sa partialité n'eft pas douteufe
il eft l'admirateur paffionné du Duc d'Aiguillon
; ce Miniftre eft conftamment l'u
nique objet de fes éloges ; tous les autres
le font de fes reproches ; & fon deffein , en
rédigeant ces Mémoires pour un homme
très accrédité auprès de la Reine , eft de
la faire revenir de fes préventions contre
le Duc d'Aiguillon , de l'engager à rappe
ler à la Cour & à remettre en place le
feul homme qui ait le talent de l'Admi
niftration , les véritables principes de la
Monarchie , & qui fait capable de rétablir
& de maintenir l'autorité royale ; &
cet homme eft le Duc d'Aiguillon . Tout ,
dans ces Mémoires, tend à ce but ; & dans
les vûes de l'Auteur , on ne pouvait pas
s'y prendre mieux. Sous un Gouvernement
abfolu dans les principes , & faible dans
les moyens ( & tel était le nôtre à cette
époque , la meilleure recommandation
pour arriver au Miniftere , devait être ,
fans doute , la difpofition à donner à l'au
torité toute l'étendue & toute l'énergie
dont elle était fufceptible, L'Auteur s'oc
FRANÇA IS. 24
ا ي
cupe principalement de prouver que le Duc
de Choifeul , en s'arrogeant toute la puiffance
, avait plus d'une fois compromis &
facrifié celle du Roi , qu'il l'avait fait reculer
publiquement devant les Parlemens
qu'il foulevait en fecret ; que le Comte de
Maurepas n'avait pas moins abaiffé Louis
XVI , en faifant revenir les Parlemens
fans prendre les précautions néceffaires pour
les contenir dans de juftes barnes , & pour
prévenir des troubles femblables à ceux
qui avaient fi long- temps défolé le Royanme.
Il juge très- févérement l'Adminiftration
de M, Turgot & de M. Necker ; on
peut imaginer comment il aite tous les
autres Miniftres. Il ne parle jamais de
Louis XV qu'avec une forte de tendrelle
& ne le nomme pas autrement que le bon
Roi. Il le repréfente toujours comme
n'ayant d'autre défir que celui de rendre fon
Peuple heureux . Il eft pourtant démontré
pour tout homme inftruit , que fi quelque
chofe occupait férieufement ce Prince
c'était le maintien de fa toute- puillance ,
la feule idée dont il fût sûr , & la feule
dont fes Inftituteurs & fes Miniftres l'euffent
bien pénétré. Ce n'eft pas cependant
qu'il ne fût complétement allervi , comme
le fera toujours un Roi faible & ignorant ;
mais s'il ne fut pas fe faire conftamment
obéir comme Louis XIV , c'eft qu'il n'avait
pas les mêmes talens. Louis XIV
E 4
32 MERCURE
avait une volonté ; Louis XV n'eut jamais
que celle de fes Miniftres quand
ceux-ci ne fe fentaient plus la force de le
foutenir après l'avoir mis en avant , ils lui
faifaient entendre qu'il fallait céder , & il
cédait.
>
Au refte , on ne veut point entrer iti
dans des détails réfervés pour l'Hiftoire
ni difcuter en aucune maniere le récit &
les affertions de l'Auteur des Mémoires : il
faudrait faire un ouvrage fur fon ouvrage.
Si l'on a relevé fon jugement fur Louis
XV , c'eſt qu'il fuffifait de quelques lignes
pour rappeler une vérité affez connue. Il
n'en faut pas davantage pour réfuter ce
qu'il dit du Duc de Choifeul , que le plan
fuivi de fon ambition était de fe faire nommer
Maire du Palais. Encore une fois , je
ne veux juger ici ni le Duc de Choifeul
ni le Duc d'Aiguillon , ni aucun des per
fannages nommés dans ces Mémoires . Tout
jugement fur les hommes qui ont occupé
de grandes places , doit être motivé par les
faits c'eft un travail hiftorique dont ce
n'eft pas ici le cadre. Mais il y a des erreurs
qui fautent aux yeux ; & par exemple
, quiconque a un peu réfléchi & connaît
un peu fon fiecle , fait que le Duc
de Choifeul était trop du fien & avait trop
d'efprit pour avoir jamais eu la folle prétention
d'être Maire du Palais. Il voulait
fans doute être le maîtrẻ ; il le fur , &
FRANÇAI S. 93
-
cela même n'était pas très - difficile . D'ordinaire
, il est beaucoup plus aifé de gouverner
un Roi qu'un Royaume : il ne faut
pour l'un qu'un peu d'adreffe & l'efprit
de Courtifan ; il faut pour l'autre des lumieres
, des vertus & l'efprit d'un homme
d'Etat. Cependant il eft tel Prince plus
difficile à mener qu'un Empire , & c'eft
celui qui eft , par caractere , jaloux du Miniftre
dont il a befoin ; tel était Louis
XIII : auffi Richelieu , qui avait du génie,
quoiqu'il fût un très méchant homme
était il fouvent plus embarraffé de fon
Maître que de l'Europe , & ce même
homme, qui triomphait fans beaucoup de
peine de tant de Puiffances ennemies , lurtait
péniblement contre la Cour , & ne fut
jamais près de fuccomber que fous l'intrigue
& les Favoris . Il n'en était pas de
même de Louis XV. Dès qu'il avait
nommé un Miniftre , il le faifait Roi dans
fon département ; c'était un Subftitut qu'il
fe donnait , & tout ce qu'il lui demandait ,
c'était de le difpenfer de tout travail & de
tout embarras , & de ne lui laiffer que la
peine de figner. Perfonne ne convenait plus
à un tel Prince que le Duc de Choifeul :
n'étant jamais embarraffé de rien , il n'embarraffait
jamais le Roi ; & je lui ai ouï
dire à lui-même : Quand je m'appercevais
dans mon travail avec le Roi qu'il commençait
à s'ennuyer , je lui faifais des contes ;
ES
94
MERCURE
fur quoi un homme d'efprit , qui aimair
affez à dire des bons mots , & même à
jouer fur les mots , me dit à l'oreille : It
avait raifon ; il lui était plus aife de faire
des contes que de rendre fes comptes.
Choifeul régna donc en réuniffant à lui
feul deux Minifteres , en difpofant du troi
fieme qu'il mit entre les mains de fon
coulin , & en choififfant des Contrôleurs-
Généraux à fa dévotion . Il eut réellement
tout le pouvoir d'un premier Miniftre fans
en avoir le titre il fe peut qu'il l'ambitionnar
; & dans ce cas , la vanité l'aurait
trompé car le titre avait plus d'inconvé
niens & de dangers que la puillance ; mais
fi on lui eût dit qu'il était foupçonné de
vouloir être Maire du Palais , je crois qu'il
en aurait ri , & qu'il le ferait feulement
étonné qu'on le crût, un fot.
L'Auteur des Mémoires n'en eft pas un
non plus , certainement ; il a de l'efprit &
de la connaiffance des affaires ; il eft au fait
de la Cour de ce temps - là , & l'on ne
trouvera nulle part un plus grand nombre
d'Anecdotes curieufes , puifées à la fource ;
il fait le fond des intrigues principales , &
a fuivi la marche des partis oppofés ; mais
fon animofité contre les Choiteul le rend
injuse au point d'affirmer fans preuve &
fans honte des atrocites ; dont il ne donne
pas metce le plus léger indice. Il impuse
formellement au Duc de Choifeul la mort
FRANÇAIS.
du Dauphin , de la Dauphine , & de la
Reine , qu'il affure avoir péri par le poifon,
Il ne faut pas même prendre la peine de
repouffer de pareilles horreurs par le calcul
des invraifemblances , il fuffit de dire à
l'accufateur : alléguez vos preuves ; fi vous
ne le pouvez pas , vous êtes coupable de
la plus infame calomnie. 741
Je n'ai aucun intérêt à défendre la mémoire
du Duc de Choifeul ; je l'ai fort
peu connu , & alors il n'était plus en
place. Si j'écrivais l'Hiftoire , rien ne m'empêcherait
d'expofer les fautes de fon Adminiftration
, & de tracer avec ma véracite
accoutumée les bonnes & mauvaifes qua
lités. L'avouerais que l'Auteur des Memoi
res a raifon fur les traités faits avec les
Cours de Vienne & de Madrid , & ce qu'il
dit fur les liaifons de ce Miniftre avec ces
deux Cours , & fur les intérêts qui en
'étaient le fondement réciproque , eft de
toute vérité. Mais depuis Louvois jufqu'
nos jours , il n'était pas rare, de voir
Miniftre fubordonner les intérêts publics
aux fiens , & fonger avant tout à être toutpuiffant
; & dans ce fiecle & dans nos
moeurs , il y a encore loin d'un ambitieux
à un empoifonneur : tel homme qui e
fe fera pas fcrupule de faire un mauvais
traité pour s'affernir dans fa place, reculerait
d'horreur à la feule ce d'empoi
fonner le fils , la belle- fille, & la femme de
E 6
of MERCURE
on Roi. J'ajouterai encore qu'en approfondiffant
le caractere du Duc de Choifeul,
d'après fes actions connues , on trouvera
qu'il n'y avait en lui rien qui pût le faire
croire capable de grands crimes non plus
que de grandes vertus.
Si quelque chofe frappe finguliérement
dans ces Mémoires , où tant de perfonnages
paffent en revue , c'eft l'extrême médiocrité
, la nullité même de prefque tous
ceux qui rempliffaient les premieres places ,
y prétendaient , ou les diftribuaient. On
attend un Tacite pour peindre avec une
fidélité énergique la profonde abjection de
cette Cour de Louis XV & de tout ce qui
en approchait ; un Roi fe féparant de la
chofe publique par une infouciance avouée ;
prêtant fon nom avec indifférence à quiconque
voulait régner pour lui , fouvent
même réduit à ne favoir à qui le prêter
non par l'embarras de choifir le meilleur
ou par la crainte de choifir le pire , mais
par la difficulté d'accorder enſemble ceux
qui lui dictaient fes choix ; méprifant
tout ce qui l'entourait , non qu'il eût le
droit de rien méprifer , mais parce que les
fripons qui avaient élevé , lui avaient
perfuadé qu'il n'y avait au monde que des
fripons ; n'ayant jamais vu dans la Royauté
que les jouiffances d'un particulier riche ,
fans y joindre même celles d'un particulier
éclairé ; fi mal élevé qu'il ne favait
FRANÇAI´S. 97
accueillir convenablement ni les Etrangers
ni fes Sujets , quand ils lui étaient préſentés
, qu'il était hors d'état de leur rien
dire de fenfé , encore moins de ces mots
heureux avec lesquels du moins le Defpote
Louis XIV faifait faire de grandes chofes ,
& que quand il fallait parler en public &
répondre aux Compagnies , il avait peine à
balbutier quelques lignes dictées qu'il lifait
dans fon chapeau ; fans aucun goût pour
les plaifirs honnêtes & nobles , fans délicatelle
& fans bienféance dans ceux qu'il
faut cacher , & n'y cherchant que la multiplicité
fans fe foucier du fcandale ; fi
éloigné de tout fentiment de fa dignité
qu'il defcendait fans rougir au métier d'agioteur
, & que l'on vit pour la premiere
fois un Roi de France fpéculer fur le décri
de fes propres engagemens & fur l'avilif
fement de fa parole royale. Voilà , en partie
, fous quels traits généraux l'incorrup
tible Hiftoire fera obligée de le repréfenter.
Que pouvait être la Cour fous un tel
Maître que pouvait - on y voir ? L'intrigue,
la corruption & la baffeffe , devenues les
feuls moyens d'élévation ; l'oubli de tout
devoir & de tout principe ; la plus méprifable
inftabilité dans les vûes , dans les
opérations , dans les Ordonnances ; rien de
raifonné que l'immoralité , rien d'important
que les petites chofes ; les vices même
dégénérés , l'ambition dégradée , & ne
t
98
MERCURE
,
voyant plus dans le Miniftere que la faci
fité des rapines & la penfion de retraite
an tel dénuement de talens & de reffources,
que l'impudence des Aventuriers d'antichambre
& des Charlatans de politique
était accueillie & encouragée , comme dans
les maladies défefpérées , les Empiriques de
la populace trouvent accès dans les palais ;
des hommes connus à Paris feulenrent par
leurs ridicules , accrédités à Verfailles ;
enfin un mépris de la juftice , de l'honneur
& de la probité fi hautement affiché qu'il
fallait fe donner la réputation d'un fripon
pour n'avoir pas celle d'un fot.
Ceux qui ont étudié les caufes originelles
de notre Révolution , ne fauraient
douter qu'une des principales ne foit le profond
mépris que les 20 dernieres années de
Louis XV infpirerent généralement pour
la Royauté ; tous les efprits furent frappés
de l'excès des abus où pouvait - parvenir
une puiffance abfolue , & de tous les maux
qu'elle pouvait faire à une Nation. Louis
XIV avait rendu , pendant trente ans , les
Français idolâtres d'un defpotifme dont ils
ne voyaient que l'éclat & les fuccès qu'ils
croyaient partager ; ils finirent par en fentir
le poids ; mais ils n'allerent encore que
jufqu'à la haine du Defpore dont l'ambition
caufair- leur nifere ; & comme il fut
grand dans les infortunes , fa mémoire fe
foutint dans la Poftérité. Une cupidité efFRANÇAIS.
99.
frénée & une foif infariable de For , allus
mée pendant la Régence par un fyftême
qui bouleverfait les fortunes & confondait
les états , plaça les richelles au premier
rang. Sous le Cardinal de Fleury , l'ignorance
totale des revenus que produifait la
France , & qui n'étaient connus que de
ceux qui les percevaient , mit le Gouver
nement à la merci des :Fermiers- Généraux ,
& multiplia ces, fortunes énormes de finance
qui établirent une nouvelle' Nobleſſe
en méfalliant l'ancienne ; ainfi les, préjugés
même furent corrompus , & perdirent le
peu d'utilité qui pouvait balancer leurs
inconvéniens. Dans la erre de 1741 , les
victoires remportées par un Général étran
ger , donnerent encore aur Gouvernement
un moment d'existence dans l'opinion, parce
qu'on ne fic.pas attention que c'était déjà
une bien honteufe décadence de m'avoir
plus en France qu'un Saxon pour gagner
des Barailles , & un Danois pour prendre
des villes , tandis qu'on était battu par
tour où ils n'étaient pas. Il était prouvé
dès- lors que nous n'avions plus de Généraux
, & que Villars avait été le dernier des
-Héros Francais. La guerre de 176 acheva
-de le prouver complétement & nbs dér
fhires ignominenfes dans les quatre parties
da Munde rendirent la France un objer
de pié pour l'Europe , pendant que les
querelles du Janfénifie la rendaient ridi
100 MERCU E
*
cule, & que celles de la Cour & des Parlemens
rendaient le Gouvernement odieux .
Enfin , les dernieres années de Louis XV
porterent le dernier coup à ce qui pouvait
refter encore aux Français d'attachement
à la Royauté. On fentit qu'il était intolé
rable que le fort de tant de millions d'hommes
dépendît abfolument de l'ineptie &
des vices d'un feul : eft- il étonnant que le
fucceffeur de Louis XV , avec des moeurs
féveres , le goût de l'économie & l'amour
du bien , n'ait pu détruire cette tendance
univerfelle à un nouvel ordre de chofes ,
toujours augmentée par un nouveau regne ?
Ce qui même l'abord chérir le fien ,
c'eſt qu'il s'annonça fous l'afpect d'une
réforme prochaine. Mais l'efprit d'infouciance
& de déprédation , & la révoltante
dépravation de fa Cour l'entraîna luimême
, malgré fes bonnes intentions ; le
gouffre de la banqueroute fut ouvert à tous
les yeux ; on en vit l'horrible profondeur ;
les Etats- Généraux furent appelés pour le
combler ; & dès ce moment la Révolution
commençait dans toutes les têtes ; car
lorfqu'on veut remédier à des maux invétérés
, lorfqu'on a pris le parti de fonder
enfin la plaie , il eft naturel qu'on ne s'arrête
pas à des palliatifs , & qu'on veuille
extirper le mal dans fa racine , dût - on y
porter le fer & le feu. La Nation était
donc fur le penchant d'une Révolution ;
FRANÇA I S.
101
il ne s'agiffait que de lui donner un mouvement
qui la précipitât , & les Etats-
Généraux le donnerent. Un Miniftere éconoine
& ferme l'eût encore retardée ; mais
un grand homme , la reconnaiſfant néceffaire
& inévitable , eût voulu la faire luimême
& en eût ambitionné la gloire pour
en éviter le danger. Alors , fans doute ,
elle eût été meilleure pour nous , parce
que , reçue comme un bienfait , elle n'eût
pas excité d'orages ; mais elle eût été moins
bonne pour les générations fuivantes. Un
Roi , quel qu'il fût , n'eût pas fait pour le
Peuple ce que le Peuple à fait
pour luimême
; il aurait, juſqu'à un certain point,
compofé avec les paffions & les intérêts .
La Nation a tout renverfé impétueufement,
& en conféquence eft obligée de tout
reconftruire laborieufement. Le champ de
la Liberté eft encore ftérile , parce qu'il eft
le théâtre des combats ; mais la paix une
fois établie , ce champ , paisiblement cultivé
, fera fécond , parce que toutes les
plantes falutaires y font dépofées , & que
toutes les tiges venimeufes étant arrachées ,
il ne fera plus poffible d'y faire germer des
poifons.
On ne fera pas étonné qu'à propos de
Louis XV & de fa Cour , j'aie laffé échapper
quelques idées générales fur les cauſes ,
foit éloignées , foit prochaines , de notre
Révolution , quoique ce ne foit pas ici le
102- MERCURE
lieu ni le moment de les développer , ileft
naturel qu'un efprit rempli de ces idées
foit toujours prêt à les répandre , d'autant
plus que ces caufes d'un événernent fi extraordinaire
ne m'ont paru nulle part fuffifamment
approfondies , pas même dans
ce qu'on a écrit de mieux fur ce fujet.
Pour ce qui eft de Louis XV , je ne crois
pas que les gens inftruits me trouvent trop
févere à fon égard ; mais que diront - ils de
l'Auteur des Mémoires , qui , portant un
coup d'oeil fi rigide fur tous ceux qu'il
nomme , s'exprime ainfi fur Louis XV :
» Tout ce qu'il y a de gens inftruits en
France & en Europe , favent que la
» modeftie & le filence de Louis XV fue
» les affaires , cachaient le plus grandfens
» & l'efprit leplus jufte. Perfonne dans tous
» le Confeil n'avait le coup d'oeil plus súr ,
» ne parlait mieux & en moins de mots , ne
formait & ne réuniffait un avis avec plus
» de fagacité & de précifion que le Roi. Les
bons , les fideles Sujets de ce Prince n'au-
» raient eu rien à défirer de la part qu'un
» peu moins de défiance dans plufieurs au
ג כ
"
"
tres. La bonté de fon coeur , la droiture
» de fon caractere lui laiffait foupçonner*
» rarement la fraude & l'impofture " .
و د
Ceux qui compofent au hafard de prétendues
Hiftoires , comme il y en a tant ,
feraient bien capables de fe régler fur de
pareils Mémoires , & trouveraient ce juge!
FRANÇAIS. 103
ment d'autant moins fufpect de flatterie
qu'il eft écrit après la mort de Louis XV
& dans une correfpondance , fecrete. Ils fe
tromperaient beaucoup fur leurs motifs de
confiance & fur ceux de l'Auteur : ils ne
feraient pas réflexion que cette correfpondance
, adreffée à un Courtiſan dont on
veut capter le crédit , devait être foumiſe,
à l'efprit de Cour , qui permet de dire du
mal de tout ce qui eft ou a été en place ;
mais jamais du Roi qui doit être toujours
facré , même après la mort , par refpect
pour fon fucceffeur , à moins que fon
fucceffeur n'ait des reffentimens particuliers
contre celui qu'il remplace , comme
était le Régent à l'égard de Louis XIV
dont , en conféquence , la mémoire fut fi
peu ménagée par les Ecrivains de ce temps,
là . Hors de ce cas , c'eft toujours , à la
Cour , une faute capitale de dire du mal
du Maître , même quand il n'eft plus . Ces
éloges de Louis XV ne font donc qu'une
adulation , démentie par les faits . Il est bien
vrai qu'il n'était pas dénué de fens , & que
plus d'une fois dans le Confeil il énonça
une opinion fage : ceux qui s'extafiaient
alors d'admiration , oubliaient qu'un Roi
abfolu , n'ayant jamais, à faire le mal, l'intérêt
qu'ont fi fouvent les fubalternes , doit
naturellement avoir un avis raiſonnable , મે
moins qu'il ne foit tout-à- fait inepte , ou
que la question ne foit difficile. Mais de
104 MERCURE
ce degré de raifon , très-facile & très- commun
, au plus grand fens & à l'efprit le plus
jufte , il y a loin , & cet éloge qu'aurait
pu mériter un Henri IV , aufli bon Politique
aux yeux des obfervateurs que grand-
Guerrier , ce caractere de bonté & de droisure
, qui était celui du même Prince , il
eft ridicule de l'accorder à Louis XV . Perfonne
n'ignore que quand il lui arrivait
d'avoir un avis , ce qui n'était pas trèsfréquent
, il ne favait pas le défendre , &
fe rendait à la premiere objection , parce
qu'il n'en favait pas affez pour embraffer
un objet fous toutes les faces & réfoudre
les difficultés. Perfonne n'ignore non plus
que dans un Régime tel qu'était alors le
nôtre , l'avis du Miniftre qui a le premier
crédit , eft ordinairement celui du Confeil
& du Roi , qu'il y aurait trop de danger
à le contredire , & que cette hardieffe ,
quand elle a lieu , eft le préfage & l'avantcoureur
de la chute prochaine du Miniftre.
Quant à la bonté de coeur de Louis XV ,
tout ce qu'il y a de vrai , c'eft qu'il était
d'une humeur facile & complaifante dans
fon intérieur ; mais pour être sûr qu'il n'a
jamais rien aimé , pour apprécier cette
droiture, il fuffit de fe rappeler avec quelle
honteufe diffimulation il accabla de careffes
M. le Duc à l'inftant même où il venait
de figner l'ordre de fon exil , & l'indifférence
infultante qu'il fit voir en regardant
FRANÇAIS. διας
par fa fenêtre le convoi d'une femme aimable,
avec qui il avait paſſé vingt années
de la vie.
7
C
Je ne fais ce que fignifie qu'on aurait
feulement défiré de lui moins de défiance
dans plufieurs autres lorfqu'on nous dit
immédiatement après , qu'il foupçonnait
rarement la fraude & l'impofture. C'est une
contradiction fi évidente , qu'elle fait foupçonner
une faute d'impreffion.
no Ce Livre finit par un plan affez étendu
d'une foule
d'Etabliffemens publics , foit
pour l'encouragement des Arts & des Lettres
, foit pour la décoration de la Capitale,
&c. Tous ces projets font bien conçus ,
bien détaillés ; mais le ftyle, fouvent technique
, décele clairement la plume d'un
Artifte , empruntée par un Courtifan qui
paraît avoir eu affez d'efprit pour fentir
qu'il était d'une bonne politique d'adoucir
le fentiment de la fervitude par les jouiffances
des Arts ; & très-heureuſement ces
jouiffances peuvent fervir tout auffi bien ,
& encore mieux , à embellir la Liberté
quand la Liberté fera tranquille & éclairée.
Ce morceau eft très - intéreffant : l'Auteur
l'avait écrit pour engager la Reine à
favorifer de tout fon pouvoir ce que les
Arts & les Lettres peuvent ajouter à la
fplendeur d'un grand Empire . Il indiquait
ce moyen comme un de ceux qui étaient
les plus propres à la faire aimer, & le titre
}
7186 MERCURE
e
-de Protectrice des Arts comme celui qui
e devait le plus la flatter . Leiconfeil était fort
bon , & c'est une nouvelle preuve que celui
qui penfe ainfi mérite d'être lu.
"
1
J'ai parlé des fautes de ftyle , à peu près
indifférentes pour les intentions de l'Auteur.
Il y a pourtant telle de ces fautes
qui va jufqu'à rendre la diction à la fois
ridicule & inintelligible, celle- ci , par exemple
Pour trouver MM. de la Chalotais
coupables de quelques crimes , on
imagina d'éventrer leur Secrétaire " eft
difficile d'abord de comprendre comment
c'eft un moyen de conviction que d'éventrer
un homme. Ce n'eft qu'au bout de
quelques pages qu'on devine que le mot
de Secrétaire ne fignifie pas ici un homme,
mais un meuble. Cette double acception
eft également françaiſe , il eft vrai , mais
une locution qui ne l'eft pas , c'eft d'éventrer
un fecrétaire-meuble. Le mot enfoncer
eût été jufte & clair ; car on enfonce un
, bureau , & on éventre un homme. Qu'an
fe figure l'embarras d'un pauvre Etranger
lifant ou traduifant des Ouvrages écrits de
ce ftyle , & fe donnant la torture pour ex-
Spliquer comment on imagine de tuer un
Secrétaire pour trouver le Maître coupable.
Le terme d'éventrer ne lui fuggérerait
pas d'autre idée , & ferait , fans doute , la
matiere de commentaires curieux : ce pourrait
être auffi celle de bien des réflexions
FRANCAIS. 107
=
fur la maniere étrange dont on écrit aujourd'hui
; mais on ne finirait pas , & cet
article devrait déjà être fini .
ANNONCES ET NOTICES.
"
L'AINE ET LE CADET , Comédie en deux actes
& en profe , repréſentée pour la premiere fois
à Paris , fur le Théâtre de la rue Feydeau , le
17 Janvier 1792 ; par J.-M. Collot d'Herbois.
A Paris , chez la veuve Duchefne & Fils , Lib .
rue Saint-Jacques , nº. 47.
Quinque illuftrium Poëtarum , Antonii Panormitai
, Ramufi Ariminenfis , Pacifici Maximi
Afculani , Joannis Joviani Pontani , Joannis
Secundi Hagienfis , Lufus in venerem , partim ex
codicibus Manu-ſcriptis nunc primum editi.
On trouve chez Molini , Librairę , rue Mignon ,
quartier Saint-André- des- Ares , des Exemplaires de
ce Recueil in- 8° . imprimés fur papier d'Hollande .
Prix , 6 liv . br. Les plus célebres Auteurs des cinq
réunis ici , font Jean Second & Pontanus ; mais
les trois autres , Maxime d'Afcoli , Antoine de
Palerme , & Ramufio de Rimini , quoique moins
connus , ne font pas indignes de figurer à côté
des deux premiers. Antoine de Palerme & Ramulio ,
dont l'un vivait dans le quinzieme fiecle , & l'autre
dans le feizieme , ont laiffé quelques poéfies érotiques
qui paraiffent aujourd'hui imprimées pour
fa premiere fois . Elles ont en général l'agrément
attaché à ce genre facile , fur tout dans le latin ,
dont l'élégance fe prête aifément à voiler les images
& les idées licencieufes. Ce Recueil mérite une
108 MERCURE FRANÇAIS.
place dans la Bibliotheque des Curieux qui ont
des Collections d'Auteurs latins.
TRAITÉS DE MUNSTER DE RISWICK ET DE
VERSAILLES , des 24 Mai 1648 • 30 Octobre
1697 , & 1. Mai 1756 , entre la France , l'Empire
& la Maifon d'Autriche , ou Pieces juftificatives
de la juftice de la caufe des Français dans
Ta guerre qui fe prépare , & du droit qu'ils ont
de la déclarer. Prix , 1 liv. 10 fous pour Paris , &
1 liv. 16 f. franc de port pour tout le Royaume.
A Paris , chez Guillaume junior , Imprimeur - Lib.
rue de Savoie- Saint- André- des- Arcs , n ° . 17 ; &
Lebour , Libr. au Palais- Royal , fous les Galeries
de bois , nº . 188 ,
CODE UNIVERSEL ET MÉTHODIQUE des nouvelles
Loix Françaiſes , ou Recueil complet des Décrets
des Légiflatures , acceptés ou farctionnés par le
Roi ; divifé par ordre de Matieres , avec des
notes & explications ; publié par M. Guichard ,
Doct . M. Homme de Loi. 4me, Divifion. Droit
civil , Tome 1er . A Paris , chez l'Editeur , Place
Dauphine , no. 11. De l'Imprimerie de P... F ...
Didot le jeune ; in-4°.
L'INSTITUTEUR D'UN PRINCE ROYAL , tiré
d'un Ouvrage Irlandais , intitulé Oribeau & Oribelle
, publié en Français fous le titre des Veillées
du Marais ; 4 Vol. in- 12 . A Paris , chez Duchesne ,
Lib. rue St-Jacques , au Temple du Goût.
TABLE.
MADRIGAL
851 Mémoires.
Charade , Enig. Log. 86 Annonces & Notices.
$8
107
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 20 Mars 1792 .
Ce fut le 24 Février que le Roi de Suède
fit à Gefle la clôture de la Diète par le Difcours
fuivant..
сс
Lorfqu'à l'ouverture de cette Diète , dont je
fais fi heureufement la clôture aujourd'hui , je
vous difois , que dans un temps où une licence
effrénée ébranloit ou renverfoit des Gouverne◄
mens , je n'avois pas craint de vous convoquer ,
je me fiois à votre attachement pour moi & à
la manière noble de penfer de la Nation , pour
conduire en paix & avec tranquillité les affaires
importantes qui avoient caufé votre convocation .
Mon efpérance n'a pas été trompée ; & , après
avoir mentré dans la guerre que vous êtes le
même Peuple , dont le courage avoit autrefois.
ébranlé ou fortifié alternativement des Trônes ,
N°. 14. 7 Avril 1792 ,
A
( 2 )
}
vous donnez aujourd'hui à vos Contemporains
un exemple encore plus noble de la prudence mâle
& de l'union avec lefquelles un peuple fage &
éclairé fait conduire fes délibérations , lorfque dans
des affaires importantes le Chef de l'Etat demande
fes confeils . Cet exemple eft d'autant plus
grand , que vous êtes les feuls qui le donniez ;
que par-là vous juftifiez la confiance que j'ai
en vous ; & que vous fortifiez par cette union
mutuelle la paix & la force au -dedans de la Patrie , en
même temps que vous augmentez au-dehors la
confidération , que votre courage vous a méritée à
fi jufte titre. »
сс
Si , comme le premier Citoyen , comme celui
pour qui le bien de l'Etat & le vôtre eft le plus
intimement lié , je dois , au nom de la Pattie ,
vous en témoigner une reconnoiffance également
digne de vous & de moi , combien mon coeur
n'eft il pas fenfiblement touché de l'attachement
& de l'amour que pendant le cours de cette Diète
vous avez fait voir pour moi & mon Fils , &
combien dans fon jeune coeur l'amour , la confidération
& la confiance ne doivent-ils pas fe
fortifier pour ce Peuple généreux , qui , dès fon
enfance , lui donne tant de preuves d'attache-
´ment ? Vous l'avez vu ſuivre vos délibérations ,
& , conduit par ma main , s'inftruire à remplir
cette grande tâche à laquelle la Providence le
deftine un jour ; j'ai voulu de bonne heure l'accoutumer
aux affaires , & lui apprendre à eſtimer
un Peuple qu'il doit gouverner , à aimer ſes
loix , & refpecter fa liberté. Vous avez partagé
l'espérance de mon coeur paternel , en manifeltant
vos fouhaits de voir bientôt mon Fils augmenter
ma Famille , & donner ainfi la force &
la sûreté néceffaires à la fucceffton au Trône ,
( 3 )
•
Un tel fentiment devroit affurément augmenter
ma reconnoiffance , fi mon coeur n'en étoit déjà
rempli. »
cc Vous retournerez maintenant chez vous reprendre
en paix vos occupations , & partager
avec vos Compatriotes la fatisfaction d'avoir
concouru au bien public , & au maintien de
l'Etat. De mon côté , je vais veiller au bien de
la Patrie & au vôtre. Je tâcherai d'encourager
l'Agriculture , les progrès du Commerce , de
maintenir la fainteté des loix , l'exécution de
la juftice & le refpect pour la Religion ; enfin
je vais me donner à tous les foins que mon
devoir & mon état exigent , mais qu'exigent encore
plus cet amour & cette reconnoiffance que votre
attachement pour moi fait fentir vivement à mon
coeur. »
« Ces devoirs , qui ne ceffent pas un inftant
, qui rempliffent le cours de la vie , lorfqu'i's
font prodigués pour le bien d'un Peuple
chéri , ils deviennent faciles ; alors on eft foutenu
par un vrai zèle , par l'honneur , & plus
encore par la fatisfaction de faire tout ce qui dépend
de moi pour vous témoigner må reconnoiffance , &
conferver dans vos coeurs les fentimens avec lefquelsvous
quittez ces lieux . >>
« C'eft dans ces fentimens que je fais aujour
d'hui la clôture de cette Diète ; ce fera avec les
mêmes que je vous recevrai de nouveau devant
le Trône , lorfque nos intérêts communs pourront
exiger votre convocation. »
Ainfi a fini cette Affemblée des Etats
qui prouvera , ainfi que les précédentes ,
que lorfqu'un Roi veut payer de fa perfonne
, lorfqu'il fait allier le courage à la
A 2
( 4 )
dextérité , & fe rendre populaire fans
oublier fa dignité , il déconcerte toutes les
entrepriſes des Factieux. Les trois Ordres
du Clergé , de la Bourgeoifie , & des Payfans
, ont envoyé à S. M. S. une Députation
, pour lui réitérer leurs renierciemens
de l'acte de sûreté décrété en 1789. Ces
trois Ordres ont auffi fait frapper une médaille
en mémoire de l'établiſſement du
haut Tribunal , où fiégent des Membres de
la Bourgeoisie.
Le Comte d'Oxenfliern a été nommé
Maréchal du royaume ; le Baron de Ruuth ,
Maréchal de la Diète & le Général d'Armfeldt
font élevés à la dignité de Comtes.
S. M. a fait auffi diftribuer plufieurs rubans
de l'Ordre de l'Etoile Polaire & de
celui de Vafa.
L'année dernière , les deux tiers de la
ville de Carlfcrona furent incendiés : Gothenbourg
vient d'effuyer le même défaſtre.
Dans la nuit du 2 au 3 , 110 édifices , grands
& petits , ont été confumés : le feu a commencé
par la maifon d'un Menuifier ; un
vent violent de S. E, a rendu les fecours
inutiles.
De Vienne , le 23 Mars 1792.
Le 13 , S. M. A. a donné fa première
audience publique. Les dehors de ce Prince ,
fon accueil affectueux , l'opinion avantageufe
qu'on s'en eft formée ; enfin , le pref(
5 )
tige ordinaire d'un nouveau règne , ouvrent
au Roi tous les coeurs après les avoir
gignés , il ne s'agit plus que de juſtifier
leurs difpofitions. Tout nous promet que
S. M. ne démentira pas cette efpérance.
Peu de Monarques montèrent fur le Trône
dans des conjonctures plus propres à animer
fon émulation , à développer fes talens
, à lui procurer cette gloire folide qui
accompagne l'activité & le courage , lorfqu'ils
s'uniffent à la fageffe & à l'amour
éclairé du bien.
En les confirmant dans leurs places ,
S. M. a écrit des lettres très -amicales au
Chancelier d'Etat & au Maréchal de Lafcy.
Jufqu'ici , on n'a exécuté aucun changementdans
le Ministère. Quelques perfonnes
parlent , il eft vrai , du Comte de Cobentzel,
Ambaffadeur à Pétersbourg , conime devant
être rappellé , & adjoint au Prince de
Kaunitz ; elles défignent auffi le Comte
Philippe de Cobentzel pour occuper la place
de Miniftre Plénipotentiaire dans les Pays-
Bas. Ce ne font encore que des rumeurs
fondées fur quelques indices incertains .
.
Tout confirme d'ailleurs qu'on ne s'écartera
pas de fi - tôt des plans d'Adminiftration
intérieure & extérieure , arrêtés par
le dernier Empereur. Les variations ne
porteront vraisemblablement fur aucun
objet effentiel. Quelques fuppreffions d'un
ordre inférieur font déjà exécutées ; en¬
A
3
( 6 )
tr'autres celle de ces Commiffaires Inquifiteurs
attachés aux Départemens adminif
tratifs , pour en épier la conduite : les in-
Convéniens de cet établiffement ont paru
à jufte raiſon en furpaffer de beaucoup les
avantages. Les délations anonymes viennent
aufli d'être profcrites par une lettre du
Cabinet , ténorifée dans les termes fuivans.
ce Comme je me fuis impofé le devoir facté
de combiner le bien -être de l'Etat avec le bienêtre
des individus , & que les dénonciations
fecrettes & anonymes détruifent le repos & la
fécurité de chaque Citoyen , je veux qu'à l'ave
mir on ne fafie aucun ufage d'un avis anonyme,
& qu'on le regarde comme un libelle : mais fi
quelqu'un jugeoit important à l'intérêt de l'Etat ,
de dénoncer des faits fufpects ainfi que leurs .
auteurs , mon opinion eft qu'il convient d'examiner
avec la plus fcrupuleufe exactitude , une
pareille dénonciation , fi elle eft fignée de fon
auceur , indiquant fes qualités & fa demeure, Dans
le cas où le rapport feroit fondé , on pourra récompenfer
convenablement le dénonciateur ,
autant le calomniateur cft un objet d'exécration ,-
autant il faut eftimer celui qui , par une dénorciation
faite à propos , détourne de l'Etat le
préjudice que lui dtftineroient des mal - inten
rionnés , ou bien des Employés incapables
& négligens. »
Signé , FRANÇOIs .
car
L'Impératrice commence à fe rétablir
& depuis le 10 fa convalefcence a fait des
progrès journalfers. Quant à la fanté du
Roi , elle n'a aucunement fouffert des cha
( 7 )
grins , des inquiétudes , & des travaux aux
quels il a été livré depuis la mort de
Léopold.
Il s'eft fait la femaine dernière un nouveau
travail. confidérable dans le Confeil
Aulique de guerre . Des ordres itératifs ontété
envoyés aux Diviſions de la Bohême
& de la Moravie . Plusieurs autres Corps.
ont été avertis de fe préparer à un mouvement
: le beau régiment des Carabiniers du
Duc Albert va partir pour les Pays - Bas ,
ainsi que les Dragons de Kinsky ; enfin ,
24 mille hommes , dont 16 mille Esclavons
ou Croates , viennent d'être commandés en
Hongrie pour une marche prochaine .
De Francfort-fur- k -Mein , le 28 Mars .
En fa qualité de Chancelier de l'Empire,
T'Electeur de Mayence n'a pas perdu un
moment pour abréger , autant que poffible,
la vacance du Trône Impérial. S. A. E. a
nommé les Miniftres , chargés d'inviter les ,
Electeurs à s'affembler , & à élire le nouveau
Chefde l'Empire. Le Comte de Waldendorf
fe rend à Coblentz , à Bonn & à
Hanovre ; le Comte de Hatzfeld , à Berlin ,
à Drefde & à Prague ; enfin , le Baron de
Franckenftein remplira la même commiffion
auprès de la Cour Palatine. L'Affemblée
Electorale s'ouvrira ici le 3 Juillet.
Le Prince de Hohenlohe - Schillingfürft
ayant paffé au mois de Février , avec les
A
4
( 8.)
Princes François réfidans à Coblentz , une
convention par laquelle il s'engage à lever
un régiment pour leur fervice , les Etats
de Franconie réclament contre cet arrangement
, & ont adreffé des lettres exhortatoires
au Prince contractant , qui fe trouve
être un de leurs Membres , en lui rappellant
que les loix de l'Empire profcrivent
ces levées militaires pour des Etrangers qui
ne font pas des Puiffances. C'eft de même
fur les plaintes de l'Affemblée du Cercle
que la Légion de Mirabeau cantonnée à
Bartenftein , a été, non pas renvoyée , ni
difperfée , mais défarmée de gré à gré : les
Officiers feuls ont eu la permiffion de conferver
leurs armes. Le Corps entier restera
dans cet état fur la principauté de Hohenlohe
, jufqu'à nouvel ordre.
-
Le Landgrave de Heffe- Caffel ayant
augmenté de quelques bataillons le cordon
de troupes qu'il a formé de Rhinfels à Hanau,
ce Prince en a fait l'infpection en perfonne ,
& après quelque féjour à Darmstadt & à
Rhinfels , il retournera à Caffel . Si S. A. S.
parcourt les Gazettes qui s'impriment en
France , elle aura beaucoup ri du férieux
avec lequel elles ont annoncé une infurrection
dans fes troupes , fa retraite dans
un fouterrain , fa fuite précipitée , & c. Le
Courier de Strasbourg, Feuille qui fert d'é- -
goût général à toutes les impoftures que
fes Clubiftes d'Alface fabriquent fur l'Âl(
9)
lemagne , a le premier rapporté ce conte
imbécille ; auffi - tôt , dix Folliculaires de
Paris l'ont répété avec l'affurance qui convient
à des hommes fenfés , & les derniers
venus citoient l'autorité des premiers
copiſtes , comme une confirmation de la
nouvelle .
:
Quoique le Corps d'Autrichiens deftiné
à paffer dans le Brifgau , & formant un
peu moins de 7,000 hommes , foit encore
le feul en marche , on prévoit que ce mouvement
fera dans peu général , pour la
totalité des troupes de Bohême & de Moravie
qui , antérieurement , ont reçu l'ordre
de préparer leur départ. En Pruffe , il
n'eft queftion encore d'aucun ébranlement :
le feul bataillon d'Infanterie légère de
Renouard paffe de Halle , où il tenoit
garnifon
, dans la principauté d'Anfpach &
Bareith. Cependant , on travaille fans relâche
dans les arfenaux , & s'il devient néceffaire
de faire marcher une armée , le
Corps du Prince de Hohenlohe fe rendra
vers le Rhin par la Bohême & la Franconie
: l'on préfume de même que les
troupes de Weftphalie , fous les ordres
du Général de Schlieffen , fe rendront , au
befoin,à l'armée Autrichienne des Pays Bas .
La Chambre de guerre & les Domaines de
Siléfie viennent de publier un ordre du Roi , trèsconforme
à la Juftice , & qui porte en fubftance
« La Direction de Douane & d'Accife nous a in
A S
( 10 )
formé que les Nobles étoient dans la perfuafion ;
que la Déclaration preferite des effets & marchandifes
fujets à des droits d'entrée au premier Bureau
fur les frontières , ne regardeit que les
Marchands & autres gens de roture , & que l'on
devoit fe contenter de leur parole d'honneur ; mais
comme les Nobles ainfi que tous les autres particuliers
font fujets à la Loi , & qu'ils doivent
sty conformer , nous vous enjoignons de leur
faire connoître nos ordres , de les défabufer de
Jeur opinion erronée , & de les affujettir quant
à la Déclaration & l'acquittement des Droits d'entrée
, aux formalités prefcrites par une Loi commune
à tous les habitans , fans diftinction quel- '
conque .
Afin de ne laiffer aucun doute fur les
fauffetés qu'a débitées à l'Affemblée Natio - 1
nale de France ce prétendu Bourbon- Cre- .
qui , enfermé quelques années à Stettin ,
l'Etat Major de cette place a envoyé la
déclaration fuivante au Ministère Pruffien.
« Nous fouffignés , Général - Commandant &
Major de la place , ville & fortereffe de
Stettin , déclarons contre les affertions auffi
publiques que fauffes du fitur die de Créqui , que -
fa détention au fort de Pruffe a été auffi douce ,
qu'aucun prifonnier puifle raifonnablement défirer,
que bien loin de l'avoir jamais fait accabler d'aucune
chaîne & encore moins du poids de plus de
60 liv . nous nous fommes conftamment occu-
с
pés du foin de modérer les rigueurs de fa po .
fition , entr'autres en lui accordant certaines libertés
, que l'abus feul qu'il en faifoit nous a forcés,
de lui retirer dans la fuite ; que les neuf Soldats ,
( 11 ) ,
dont il fait fi grand bruit , & defquels, un feul
faifoit fentinelle de nuit devant la fenêtre , étoient
prépofés à la garde du Fort , & nullement à celle
de la perfonne . Qu'il a occupé , audit Fort , une
très-bonne chambre au rez - de- chauffée , & rien
moins qu'un fouterrain , & qu'il a couché dans
un très-bon lit ; qu'il a pu enfin fe nourrir &
fe faire fervir comme bon lui a femblé ,
moyennant
la penfion de 600 liv. qui lui a toujours été
régulièrement payée , & dont jamais la inoindre
partie n'a été affectée à d'autre uſage qu'à fon
entretien . Déclarons en outre , que tout ce que
le fieur dit de Créqui débite avec une coupable
affurance dans fa pétition à l'Aſſemblée nationale ,
fur ces prétendues horreurs de fa captivité à Stertin
, cft abfolument démenti par le fait , & feut
l'être à toute heure, fi befoin eft, par une foule de
témoins affermentés qui l'ont vifité dans fa prifon
, du nombre defquels nous ne faifons valoir
ici que la fignature de quelques officiers qui
ont été de garde au Fort de Pruffe pendant fa detention
.
Fait à Stettin , le 20 Février 1792 .
Signés , Major- Général, DE DAM , commandant
; EYFF , Major de la Place ; DE REBENSTOCK
, DE KEFFENBRINCK , DE STARZÍNSKY , DE
BILLERBECK , DE KNUTH , DE ESLEON , DE
LORCH , DE FLEMING , DE SCHULENBURG .
Dans le nombre immenfe des jugemens ,
diatribes , commentaires , dont les Feuilles
Allemandes entretiennent le Public au fujet
des affaires de France , on a remarqué
l'extrait fuivant d'une lettre inférée dans le
No. 24 du Courier du Bas-Rhin .
« Ces grands patriotes que l'Affemblée choific
A 6
( 12 )
pour le Ministère font fans ceffe chaffés de la
fcène en commençant leurs rôles , parce qu'ils
jouent toujours une mauvaiſe pièce , & qu'on s'en
prend à la manière dont ils la jouent. »
« Voilà M. Deleffart en état d'accufation &
d'arrestation ; l'intrépide Narbonne défarçonné , &
les autres donnant ou annonçant leur démiffion .
Déjà par un des plus jolis choix qu'on ait pu
faire , M. de Narbonne a pour Succeffeur M. le
Chevalier de Grave ; c'est un jeune homme de
la plus grande efpérance. Il s'eft préparé au Miniſtère
par une petite pièce intitulée la Folle. N'allez
pas croire que la Conftitution foit l'héroïne de
fa pièce ; mais elle est celle de fon coeur. Il eſt
bon Démagogue , & il eft tombé des Jacobins
dans le Miniitère. De plus , il eſt Colonel du
régiment de M. le Duc de Chartres , & l'ami
de Mde. de Sillery. On parle de lui donner
pour Collègues d'autres Jacobins , & fur-tout M.
Dietrich , fi fameux par toutes les fcènes qui ont eu
lieu en Alface , & que M. le Comte d'Artois
avoit fait fon Secrétaire des commandemens , &
Secrétaire des Suiffes & Grifons. M. Diétrich
s'étoit créé Baron , & il a défait fon titré, comme
il l'avoit fait. Ces nouveaux Miniftres pafferont
auffi , après avoir brillé avec le même éclat que les
autres ; non comme des étoiles fixes , mais comme
ces comètes qui , dans leurs cours irréguliers , pa
roiffent un moment pour effrayer les peuples , &
rentrent fubitement dans les eſpaces ignorés d'ou
elles étoient forties. »
« Par tout ce qu'on annonce , il paroît que les
Républicains ont repris l'afcendant fur leurs timides
Adverfaires ; qu'ils vont s'emparer du Miniſtère
& environner le Trône ; & que des gens qui ne
Meulent point de Roi compoferont le Confeil du
( 13 )
Roi. Ce trait manquoit à la tifte destinée de
ce Prince. Le nom de Jacobins qui a été donné
par hafard aux Républicains , forte avec lui la
célébrité. Les Jacobins furent pères de l'Inquifition
, foible image des Comités des Recherches
& de Surveillance. Un Jacobin affaffina Henri
III, & le Révérend Père Bourgoin , Jacobin ,
fon Supérieur , fut pendu à Paris . Un Archevêque
d'Aix vouloit, après la mort d'Henri III ,
que lebourreau fût toujours habillé en Jacobin. Ce
nom , révéré dans fon origine , a eu le fort de
tant d'autres , devenus odieux ou ridicules par la
Révolution . Tels font les mots Nation , Philofophie
, Patriotisme , Liberté , Régénération , Légiflateurs
, Conftitution , qu'on ne prononce plus
qu'avec effroi où avec détifion . On dit : les
biens du Clergé & des Emigrés font à la difpoft
on de la Nation , comme la bourſe des paffans
eft à la difpofition du plus for . La Patrio
terie a gagné les troupes ; la liberté nationale
remplit les prifons d'innocens , la France n'a plus.
ni paix , ni argent , ni crédit , ni armées , ni commerce
; c'eft ce qu'on appelle la régénération, On
voit des mâçons démolir un édifice , & l'on dit
voilà des Législateurs . On porte un paralitique,
à l'Hôpital , & l'on crie ; Venez voir paffer le
PouvoirExécutif. C'est la tolérance qui fait fouetters
les femmes Catholiques dans les Eglifes , & af→
fommer les Prêtres . Un affaffinat , un incendie ,
s'appellent des actes bien conftitutionnels . Ainfi ,
les mots les plus refpectés , ou qui fignifioient des
choles importantes ; ne fignifient plus que des chofes
atroces ou rifibles. »
( 14 )
SUISSE.
De Bafle , le 28 Mars 1792 .
La réfolution du Canton de Berne concernant
la retraite du régiment d'Ernft , ſa
fa
lettre à ce régiment , & celle écrite au Roi
ont eu l'approbation univerfelle du Corps
Helvétique. Tous les Membres fe font
fentis frappés comme leur Affocié &
pourvoiront de manière ou d'autre à la
sûreté des troupes Suiffes qui font encore
en France. Le Grand Confeil de Zurich a
rendu , le 20 , une décifion motivée par
un rapport des faits ; en voici la traduction.
La catastrophe arrivée au régiment d'Ernft ,
& la certitude acquife par M. le Comte Hirzel
de St. Gratien , Lieutenant - Colonel du régiment
de Steiner en garnifon à Lyon , que M. Dubois
de Crancé avoit opiné dans le Club des Jacobins
de cette ville , à traiter de la même manière ce
dernier régiment , engagèrent M. de St. Gratien
à déclarer publiquement , & même au Maire de
ladite ville de Lyon , que lui & tout le régiment
étoient décidés à verfer la derrière goutte de leur
fang , plutôt que rendre leurs armes , de quelque
part que l'ordre pât leur en venir . Ayant appris :
que M. de Muy, Lieutenant-Général commandant
dans cette partie , avoit le plein pouvoir de
faire marcher ce régiment vers la Provence , &:
craignant avec raifon qu'arrivé dans ce pays- là,
où l'anarchie eft à fon comble , le régiment ,
en tout , ou en partie , ne fût exposé à quel(
15
"
qu'affront , M. de St. Gratien affembla les
Capitaines de ce Corps , & dreffa avec
eux un mémoire au Canton
par lequel
ils demandent à leur Souverain , s'ils doivent ou
non fe conformer aux ordres qui pourroient leur
être donnés à ce fujet. Ils informent en même
temps leur Souverain qu'ils ont déclaré à M.
d Hallet , Maréchal- de- Camp commandant à
Lyon que , jufqu'à ce qu'ils aient reçu les ordres
du Canton , ils n'obéiront pas , fiton leur or
donne de marcher vers les Provinces Méridio
nales , & que les deux Bataillons ne fe fépareront
point l'un de l'autre , puifque cette divifion eft contraire
à leur Capitulation.
לכ
Le Confeil Souverain a remercié le Lieutenant-
Colonel de fa fermeté, & approuvé la con- ',
duite des Capitaines ; en leur prefcrivant de perfévérer
dans leur réfolution , jufqu'à ce qu'ils aient
reçu des ordres ultérieurs du Canton , »
Le Confeil Souverain a écrit au Roi
pour le fupplier de ne point employer let
régiment de Steiner dans les provinces Mé
ridionales , & d'interdire la féparation des
bataillons.
FRANCE.
De Paris , le 2 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE .
Du dimanche , 25 mars .
M. Cambon a tâché de perfuader aux auditeurs que
M. de Bertrand étoit parti fans rendre fes comptes ;
( 16 )
& il a obtenu un décret qui ne donne que is
jours à tout miniftre déplacé pour cette reddition.
Une jeune citoyenne , Madame Grandval qui ,
probablement, n'a pas pris les opinions légiflatives
dans celles de J. J. Rouffeau fur la pudeur & la
vertu des femmes , eft venue faire entendre à
la barre le voeu de fa tendreffe maternelle pour:
des bâtards , & falliciter une loi qui rende ces enfans
de la nature habiles à hériter de leur mère libre
& à recevoir des legs univerfels . Le préfident
lui a répondu que « les loix de la nature font les
premières loix d'un peuple libre » , & au bruits
d'applaudiffemens dont beaucoup de Romaines
feroient mortes de honte , elle à partagé les
honneurs de la féance avec 37 grenadiers du régiment
ci - devant Forcz , qui pour avoir ſeulement
défobéi à leur général , par pur civilme , ont
été renvoyés d'Amérique en France , par ordre
de M. de Behague , & ont reçu des cartouches
injurieufes où l'on les taxe d'infurbodination . Ces
protégés des Jacobins , couverts d'applaudiffemens
, ont reçu tous les honneurs de la falle ,
& leur pétition a été renvoyée aux comités cclonial
& militaire .
Vingt notaires s'empreffent de démentir , parécrit
, certain papier public qui prétend qu'ils
font chargés de furveiller les opérations de la
banque de M. Potin de Vauvineux qui , le
moment d'après , admis à la barre , a offert
100,000 livres qu'il a dépofées en affignats ; a
promis cent millions pour le premier de juin´; a
affirmé que le 16 avril les affignats gagneront
2 pour cent , & s'eft engagé à retirer dans
l'année les deux milliards & plus d'affignats qui
font ou feront alors en circulation . Il a reça les
( 17 )
honneurs de l'impreffion & celui de s'affeoir parmi
les législateurs.
Du lundi , 26 mars .
ود
« Avant que je meure , a dit M. Coutton ,
je prie l'Affemblée de me permettre de lui parler
affis. Et ce mourant a recueilli fes forces pour
accufer les habitans de Mende , leur garde nationale
& M. de Caftellane , leur ancien évêque ,
auffi ariftocrates que les Arléfiens . Les patriotes
de Clermont- Ferrand ont envoyé des commiffaires
dans le département de la Lozère , « qui
femble n'avoir connu notre fainte conftitution ,
que pour s'armer contr'elle , M. de Caftellane
a fait de fa maifon une fortereffe , eft devenu
général d'armée , & chef de brigands , & kes
gardes nationaux font la terreur des bons patriotes ,
& font « des patrouilles qui défolens ceux qui
defirent un meilleur ordre de chofes... Repréfentans
d'un peuple fouverain , rendez le décret
d'accufation contre ce Caftellane , ces , &c. , &
leurs criminels fauteurs. Que les corps adminif
tratifs & l'évêque ( intrus ) foient transférés fur
un fol libré , & fous une atinofplière pure. » Ces
refpectueules injonctions à l'Aſſemblée ont été
faivies de celle d'envoyer une force invincible ; &
les dénonciateurs , les accufateurs , les patriotes de
Clermont-Ferrand demandent la préférence pour
cette expédition glorieufe. » M. Couthon a obtenu
la mention honorable de leur pétition , renvoyée
au comité des douze.
ככ
Arrivés l'inftant d'après à la barre , des adminiftrateurs
du département de la Lozère ont fortifié
l'impulfion déjà donnée , en paraphrafant toutes ces
dénonciations.
Il a paru indifpenfable à MM. Hauffi de Robe
( 18 )
court & Lemontey , que des jurés inceffamment ,
établis , ou un tribunal , décidaffent quels font
les crimes relatifs à la révolution , abolis par l'amniftie
décrétée pour Avignon & le Comtat ; comme
fi les difcours de MM. Genfonné , Guadet , Lafource
, Vergniaud, pouvoient avoir laiffé quelques
doutes ! M. Creftin s'en remettoit au tribunal
chargé de connoître de ces crimes . L'Affemblée
eft paffée à l'ordre du jour , motivé par M. Goujon ,
fur ce que « l'application de la loi de l'amniftie
appartient au tribunal faifi de l'inftruction criminelle.
»
сс
Les nouveaux miniftres font entrés dans la
falle. M. de Grave a prononcé un difcours. « Il
eft de l'intérêt public , a-t- il dit , de nous réunir
fur le but que nous devons tous atteindre . Le
ministère doit être indivifible... Cleft dans fon
union la plus intime avec la majorité de l'Affemblée
nationale qu'il fonde toutes fes efpérances.
Il croira avoir fauvé le royaume le jour où
l'harmonie la plus parfaite exiſtera entre les deux
pouvoirs également conftitutionnels , également
indiffolubles ( un Roi indiffoluble ! ), qui compofent
le gouvernement de la nation françoiſe .
33
Il ne s'eft élevé des murmures qu'au mot de
majorité, l'Affemblée étant , comme le miniftère
, indivifible . M. Clavière a pris la parole , & .
a commenté les expreffions du Roi : « des hommes
accrédités par leurs opinions populaires . »
« Ces opinions , ou plutôt ces principes , a
dit le miniftre , portent en effet le feul titre que .
je puiffe & que je veuille yous préſenter , & je
ne demanderai jamais de crédit que par eux. Les .
Principes populaires font l'ame & la vie de cette
conftitution qui a fait des François une nation
libre.,, M. Clavière eft convenu des obftacles
ג כ
( 19 )
qu'éprouvent les nouvelles contributions , & a
prétendu que « par des calculs menfongers on
tâchoit de perfuader aux contribuables que l'amé
liorati de leur fort eft une illufion. » « Les
loix font faites , a - t- il dit , refpectables , & elles
repolent fur des principes fürs... Il eft auffi impoffible
de tromper long- temps des hommes libres
que de les vaincre ( bravo ! ) . » ..
M. Roland de la Platière a dit que « les
miniftres du Roi ne font & ne doivent être que
les miniftres de la conftitution par laquelle le
Roi règne , & les miniftres exiftent . » Ce qui
n'eft ni vrai , ni conftitutionnel ; car il n'y a
proprement de miniftres de la conftitution que
les repréfentans électifs ou héréditaire de la nation
; ce que les agens immédiats & fubordonnés
du Roi ne peuvent pas être. La conſtitution a
réglé le ministère , les obligations ministérielles ;
le Roi feul doit faire ou défaire fes miniftres .
La conftitution n'a créé que des pouvoirs , &
dicté des loix ; les organes de ces pouvoirs &
de ces loix font , les uns au choix des électeurs ,
les autres au choix du monarque ; les miniftres
ne font pas des pouvoirs , mais les inftrumens :
amovibles d'un pouvoir , reſponſables aux deux
premiers pouvoirs ; & leur dépendance intime
du corps législatif détruit toute reſponſabilité.
Au refle , M. Roland remplira fes fonctions
avec courage , parce que l'étendue des devoirs
n'effraie que les ames petites & froides ; ce qui
eft dire : j'ai l'ame chaude & grande. Mais il
a fait entendre auffi qu'il a moins de talens
que de vertus .... Ces trois beaux difcours ont
reçu les honneurs de l'impreffion.
Du mardi , 27 mars,
Vac lettre adreffée à l'Affemblée nationale par
( 20 )
сс
les commiffaires civils d'Avignon & les commiffaires
des départemens du Gard , de la Drôme &
de l'Hérault , réunis , repréfénte énergiquement
au corps législatif , qu'on a « égaré fa fenfibilité
aux dépens de fajjuftice , de la gloire de l'Empire ,
& de la paix des départemens méridionaux.
Qu'un grand complot menaçoit le midi de la
France , que les principes de la conftitution
alloient en triompher à Arles , Carpentras , Avignon
; mais que les malveillans y ont jetté une
pomme de difcorde , Une amni tie forpriſe à
J'Affemblée par une intrigue bien digne des crimes
qu'elle protége , veut- elle entraver tous nos fuccès ,
éveiller toutes les paffions & néceffiter une guerrecivile
?.. Ce font les (trais ) départemens.. Ce font
des fonctionnaires publics choifis par le peuple &
revêtus de fon eftime , qui vous difent : arrêtez, on
creufe l'abyme fous vos pas & fous l'édifice de la
conflitution ; on ne vous a pas bien inftruits des
faits ... Ecoutez l'impérienfe vérité . Si l'on vous a
trompés, revenez d'une erreur funcfte .. Un intérêt
coupable a confondu tous les crimes ... On vous a
caché les dépêches les plus importantes ...On vous a
fait regarder comme involontaires & irréfléchies
des fcélérateffes combinées , des crimes privés , des
combinaifons atroces qui comprennent le meurtre, le
vol, le viol, tout ce que la nature dépravée peut
offrir de plus révoltant ... Nous ne devons point
Vous cacher que la nouvelle très-incomplette de
l'amniftie a jetté l'épouvante dans Avignon,'
Comtat & les départemens voifins . Déja 300 témoins
appellés à la notification de la vérité , par
loi du 27 novembre 1791 , furent trompés par
cette loi devenue pour eux un titre de profcription .
L'expérience leur apprit à craindre les tigres que
"
A
( 21 )
•
F'amniftie va lâ her dans la fociété. Déjà dix mille
familles font près d'émigrer..
33
La même lettre annonce l'arrivée de 1200 Marfeillois
à Lambefc avec des canons . L'Aſſemblée
eft paffée à l'ordre du jour en décidant qu'elle y
paffoit fans le motiver.
Au nom du comité diplomatique , M. Ramond
a fait une longue énumération des torts du gouvernement
Espagnol envers la première nation
régénérée ; pavillon , cocarde , journaux patrioques
, & François qui ont préféré revenir mendier
dans leur patrie , plutôt que de gagner honnêtement
leur vie en Espagne en jurant d'être fidèles
au Roi qui les y auroit protégés ; aſyle accordé
aux émigrés , difpofitions hoftiles , envoi
fufpect d'un Ambaffadeur en Suiffe , répugnance
inconcevable à changer le pacte de famille en
pacte national.... Tout a été mis en ligne de
compte.
- De quel aveuglement cette Cour eft frappée ?
Elpère- t elle que l'Europe liguée contre notre
fainte liberté , n'a qu'à froncer le fourcil pour
nous faire tomber les armes des mains ? Ne voit- elle
pas que nos legions , nos vaiffeaux , nos villes ,
nos campagnes....tout fera exterminé ( quel bonheur
! ) avant que la gobleffe ait reconquis fes
priviléges & le clergé fes biens ?... Et qui alors
joindra fes flottes à fes flottes , fes armées à fes
armées ?... Qui défendra l'Eſpagne , fes colonics ,
1e Mexique , &c. ? Nous ne fommes plus au temps
de la ligue... Dans ces jours de micères & de
crimes , les François ne combattoient point pour
des chofes , mais pour des perfonnes... Ne croiton
rien rifquer de tenir en préfence d'hommes
libres , des hommes dignes de l'être ? La torre
( 22 )
qu'ils foulent eft - elle hors d'atteinte pour des
principes puifés dans la nature de l'homme ?... Le
Catalan cit - il fans impatience , l'Arragonois
fans fierté , le Navarois & le Bifcayen fans aucun
fentiment de la liberté ? ... Les Pyrénées arrêtent
des armées , & non pas des affections... Au
moindre choc qui agitera ces monts , la liberté
peut en défcendre jufqu'aux rives de l'Ebre comme
les torrens qui en groffiffent le cours. »
Après ce pompeux manifefte dont il faut croire
pour la gloire de M. Ramond, qu'il ne pense pas un
mot , l'orateur eft arrivé , des bas de foie que nous
ne vèndrions plus au Pérou , du regret de 70,000
tonneaux de fret & de 60 millions de bénéfice
que
nous perdrions , au befoin d'éclairer l'Espagne fur
fes vrais intérêts , & il a conclu par un projet 'de
décret portant que le Roi demandera des explications
, qu'il exigera qu'on retire le cordon de
troupes qui borde les frontières , & que la Cour
d'Efpagne tienne prêts les 12,000 hommes & les
18 vaiffeaux que les traités l'obligent à fournir à
la première réquifition de la France attaquée .
Des débats , animés par l'humeur économique
, ont amené un décret dans lequel l'Aflemblée
accorde fix millions de fecours provifoire
aux Colons de Saint-Domigue , en avances à
rembourfer à la métropole & mifes à la difpofition
du miniftre de la marine. Le comité y
envoyoit auffi 300 ouvriers aux frais de l'état . On
a beaucoup difcuté pour qu'ils fuffent payés fur
les fix millions. Il a été décrété que la Roi ne
pourroit , jufqu'à l'organiſation définitive , y nommer
fonctionnaire public aucun propriétaire de
fonds . Les autres articles s'adreſſant aux comités ,
fe reproduiront . La fuite de la difcuffion a bien
( 23 )
été ajournée à la féance du foir ; mais on n'y a
plus fongé.
Du mardi , féance du foir.
Forcée de taxer le pain au- deffous du prix marchand
, la municipalité de Fontainebleau qui n'a
pas la réputation in civifme brû'ant , intolérant ,
anarchique , a promis 3,000 livres d'indemnité
aux boulangers. M. Lecointre a fait décréter la
préalable.
L'ancien miniftre de la marine , M. de Bertrand
a adreffé le compte de fon miniſtère à
l'Aſſemblée qui l'a renvoyé au comité des
comptes.
On a remis au comité colonial une lettre du
gouverneur de la Guadeloupe, qui annonce la tenue
d'un congrès général pour travailler à un plan de
régime uniforme pour les Illes du Vent , & régler
l'état politique des hommes de couleur.
L'Affemblée ne s'eft plus occupée que de l'organifation
de la gendarmerie nationale , & en
décrété 10 articles d'urgence. De 1,560 brigades,
elle eft portée à 1,600 . Quand les directoires de
département craindront pour la sûreté publique ,
ils pourront requérir des réunions de plufieurs
brigades ; mais fi le déplacement dure plus de
trois jours , ils devront « en rendre compte au
corps législatif & au pouvoir exécutif , de huitaine
en huitaine . » Il fe fera , dans un mois, une
revue par lieutenances .
Du mercredi , 28 mars .
Dans le département du Cantal , de nombreux
partis de gardes nationales courent le pays ,
pillent les maifons des citoyens aifés , ont in(
24 )
1
cendié plufieurs châteaux , mettent même les
villages à contribution , exigent de l'un 1200 liv.,
de l'autre 4000 liv . Celles de Juflac , d'Arpajon
, & c. défolent , dévaftent les campagnes
voifines , & rentrèrent dernièrement en triomphe
, portant la girouette d'un des châteaux
qu'elles venoient d'incendier. M. Lagrévol auroit
bien voulu pouvoir lier avec quelque vraifemblance
ces excès de patriotes aux prétendus troubles
des aristocrates de Mende , Villefort , Arles,
&c. On a renvoyé la demande de forces fuffifantes
au comité des douze.
Plufieurs membres ont lu leurs opinions fur
les caiffes de fecours & les billets patriotiques .
M. Baignoux & le comité les foumettoient au
timbre dès le premier avril prochain. M. Creftin
a défini l'agiotage , dépeint les procédés des agioteurs
, les maux qui en font les faites ; a
Tuppolé
qu'il y a pour 400 millions de ces billets
en circulation ; établi que leur émiflion favorifoit
divers accaparemens très - funeftes ; promis
une augmentation d'impôts indirects « au moins
de 100 millions ; la fia de toutes les calamités
publiques , le retour de la paix intérieure & de
l'argent.... M. Philibert a réduit ſes motions à
la vérification des caiffes ( impoffible s'il y a de
la fraude ) , & à la défente de toute émiffion
nouvelle. M. Vincent infiftoit , avec raifon' ,
fur le danger de toute mefure qui provoqueroit
un rembouffement trop précipité ; on lui a répondu
par des huées & en criant : aux voix ,
aux voix.
Avant de juger des difpofitions à prendre ,
M. Duhem a demandé à M. Dorify où en étoir
La fabrication des coupures, M. Dorify a dit que
lus
( 25 )
les planches pour les affiguats de 25 liv , étoient
achevées , qu'on n'attendoit que le papier; que
les graveurs travailloient aux lettres pour les
affignats de 10 liv.; que 6 fabrications marchoient
de front ; que fi l'on n'avoit pas décrété
la forme des coupures , c'étoit pour ne pas décréter
ce que les artiftes n'auroient pu cxécuter ,
la pratique ayant plus de difficultés que la théotie
; mais qu'à l'inftant ou le comité propoferoit
ces formes l'émiffion pourroit commencer.
сс
C'est une réponse de charlatanerie , lui a crié
M. Lacroix qui a obtenu que le rapport fe feroit
dans trois jours. Les articles adoptés relativement
aux billets de confiance , ont ordonné des vérifications
municipales , & fufpendu toute émiffion.
M. de Grave a repréfenté que la loi fur le
remplacement des officiers , avoit de grands inconvéniens.
Elle ordonne de répartir les plas
anciens lieutenans dans les compagnies vacantes
de toute l'armée , ce qui multiplie les déplacemens
, les voyages de 100 , de 200 lieues
exige des frais énormes , des pertes de temps confdérables
, & dégoûte du fervice des officiers obligés
de quitter un régiment où ils font connus , pour
en aller joindre un où ils feront comme étrangers,
Il a auffi obfervé que les quatre onces de
Viande accordées au foldar , par jour , moyennart
une retenue de is deniers , étoient trop
chères dans les endroits où la viande ne coûte
que quatre fous la livre , 12 deniers les quatre
onces.... Le comité militaire , qui n'avoit rien
prévu de tout cela , s'occupera des objections du
miniftre.
Du mercredi , féance dufair.
M. Théodore de Lameth a lu un rapport hif
N. 14. 7 Avril 1792. B
( 26 )
1
torique & raifonné fur l'organiſation de l'artil
lerie & des troupes de la marine ; rapport ou
les miniftres & les adminiftrateurs ont été repréfentés
comme n'ayant pas foupçonné , depuis
1668 , les vrais principes de cette inftitution
cette découverte étant réſervée à MM. Carnot ,
Rouyer , &c. « Un homme autrefois célèbre ,
s'eft écrié le rapporteur , avoit dit que nous
n'aurions plus que des guerres maritimes ; il
s'étoit trompé ; il n'avoit pas prévu l'amélioration
de l'efprit humain ; & la guerre éternelle
de la raifon contre l'erreur eft défo : mais celle
où la nation Françoife cueillera des fauriers . Que
notre marine nationale ſorte du même cahos d'où
nos loix régénérées vont toutes fortir , & bientôt
notre marine matchande s'accroîtra par l'effet
des mêmes caufes . »
Quelque profonde pitié qu'infpitent cette
amélioration de l'efprit humain , ces guerres de
la raifon , ces loix régénérées , & des canons
qui n'ont qu'à gronder fur toutes les mers pour
reffufciter une marine marchande exterminée
par la ruine de l'induſtrie , du commerce & des
colonies ; le projet de décret peut contenir des
idées moins creuſes . On en a décrété l'impreſſion
& l'ajournement à huitaine .
Le miniftre de l'intérieur annonce des troubles
à Dunkerque , à Yvetot , à Caudebec .
Les commiffaires civils écrivent d'Avignon à
l'Affemblée que Beaucaire eft un lieu ouvert &
fans défenfe où les Jourdan , &c. feroient trop
près du foyer de la fermentation , pour qu'on
pûr les garder sûrement . On s'en doutoit bien;
I'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour .
Des députés de Mende font venus juſtifier à
la barre , cette ville calomniée. Leur orateur a
( 27 )
;
détaillé tous les facrifices qu'ont fait fes habi
tans par foumiffion aux nouvelles loix ; & a
' offert de prouver par une procédure légale , que
les grenadiers du 27. régiment avoient provoqué
, le fabre à la main , les citoyens - foldats
jufque dans le corps - de - garde de ceux - ci qui
ne firent que repouffer une infuite grave & un
péril imminent qu'il y a un complot formé
contre la ville de Mende.... Le préſident leur a
répondu févèrement que l'Affen blée examinera ,
jugera ; que « dans tous les temps & dans tous
les lieux , elle maintiendra l'ordre & fera refpecter
les loix. En vain a -tron réclamé pour
eux les honneurs de la féance accordés à des
foldats indifciplines , à des compagnons des
brigands de Montcux ; le préfident a dit aux
députés de Mende : « Veuillez vous retirer . »
Ils font fortis.
.
M. Lagrévol a foutenu , fans preuves , que
leurs pièces n'avoient aucun caractère de foi.
( Plufieurs membres lui ont crié : qu'en favezvous
? ) Enfuite M. Rougier de la Bergerie a
prétendu faire un rapport , en répétant tout ce
qu'avoient dit M. Coutton & les patriotes de
Clermont - Ferrand. « Mende eft en proie à la
double contagion de l'arifocratie & du fanatisme...
On y fait arborer la cocarde blanche aux adolefcens...
Les fieurs Borrel , &c. y font officiers
de la garde nationale ... Les payfans s'exercent
dans la cour du château de l'ancien évêque....
On dit qu'il leur a donné so écus ... Trois compagnies
du 27. régiment entrèrent à Mende en
chantaut ça ira , ça ira , & en criant : vive
la nation ? Les patriotes étoient allés au- devant
de ces foldats patriotes. La garde nationale répondit
: vive le Roi ! avec une telle affectation
B 2 /
( 28 )
2
que le régiment en fut pénétré d'indignation ...
Six grenadiers qui chantoient des chanfons patriotiques
furent infultés , quatre furent bleffés ,
l'un d'eux mourut le furlendemain .... La cauſe
des patriotes excitoit une vive & généreufe fermentation
dans l'efprit des amis de la liberté.
A la demande des citoyens ( moins zélés amareurs
de fermentation ) , des réquifitions légales
firent fortir les trois compagnies. On empriſonna
dix patriotes & ( voici le crime irrémiſſible ) la
falle des amis de la conftitution ne fut pas
épargnée. »
C'eſt le lendemain du jour où les adminiftrateurs
du Cantal ont mandé que de nombreux
partis de gardes nationales y pillent , volent ,
incendient ; qu'un homme a été égorgé parce
qu'il étoit fufpect d'ariftocratie , &c. que M.
Rougier de la Bergerie a eu la mal-adroite inconféquence
d'ajouter à fon rapport contre
Mende : « S'il eft affligeant de voir un auffi grand
nombre d'ennemis de la conftitution dans cette
ville , nous devons vous dire auffi que dans tous
les diftricts voifins , dans les départemens de la
Haute Loire , du Puy-de- Dôme & du Cantal ,
tous les citoyens , toutes les autorités conftituées
ont manifefté le plus ardent amour pour
la liberté , la plus brûlante énergie . »
12
Quelques foibles débats ont amené un décret
d'accufation , prononcé d'urgence , contre MM.
Borrel , Bardon , de Retz , Servière , Saillant ,
de Caftelane , ancien évêque , & Combette , maire
de Mende , qui feront tous transférés aux prifons
d'Orléans. Le confeil général du directoire
eft confirmé à Maru :jols. Les municipaux fignataires
de la délibération du 19 mars font fufpendus
, la garde nationale de Mende diffoute pour
( 29 )
être réorganisée ; la conduite des foldats approu
vée ; le heur Rivière , procureur- général- fyndic,
mandé à la barre ; & le Roi chargé d'envoyer
des forces fuffifantes pour maintenir la sûreté , au
gré des patriotes , dans une ville cù les clubiſtes
ont feuls tout bouleverfé comme ailleurs .
Du jeudi , 19 mars.
On eft revenu aux articles ajournes fur le
féquestre des biens des émigrés. MM. Thuriot
& Dumolard le font évertués pour priver ceux
qui rentreroient , da droit de citoyen actif. Leur
crainte étoit que les émigrés , forcés de rentrer ,
( dans le ftyle de M. Damolard ) ne fe changraffent
en ferpens pour devenir minifires . Ce qui
nous a paru plus fingulier que cette peur qui ne
f'eft pas mal , ç'a été d'entendre M. de Girardin
citer la déclaration des droits de l'homme & du
citoyen , contre M. Thurior qui privoit les réimmigrés
des droits de citoyen actif, s'ils étoient
fortis de France à l'époque de la loi du 9 février
1792 ; & le même M. de Girardin ajouter
J'appuie au refte l'amendement de M. Dumo-
Lard qui eft parfaitement dans mes principes. »
Or , M. Dumolard accordoit un mois , après
lequel les émigrés ne feroient citoyens actifs qu'au
bout de dix ans. Qu'a de commun la déclaration
des droits avec de pareils principes ? Nous donnerons
ailleurs les articles décrétés .
L'étrange miniftre des affaires étrangères , M.
Dumourier eft venu apporter aux publiciftes de
l'Affemblée & des galeries une lettre de M. de
Noailles & une réponse de M. le prince de
Kaunitz à M. de Noailles , du 18 de ce mois,
Il cft effentiel , a dit le miniftre , que l'Allem-
B 3
( 30 )
blée nationale ne perde pas de vue que c'eft l'époque
à laquelle j'ai fait partir ma première dépêche pour
Vienne. Ainfi , à l'inftant même où l'opinion
publique follicitoit le Roi de m'appeller au- miniftère
, le fort de la Légociation étoit déjà décidé.
Aucun membre de cette augufte Affemblée ne fe
méprendia , fans doute , fur l'opinion d'alors de
M. Kaunitz. Cette note eft terminée par un
appel à la partie faine & principale de la nation
Françoife , c'eft-à - dire à l'ariftocratie ( Bravo !
éclats de rite ; & un penfeur s'eft écrié : ce n'eft
pas là du Deleffart ). »
сс
A ce prologue M. Dumourier a cru devoir
joindre des prophéties : « Il m'eft doux , a -t -il
pourfuivi , de prédire avec confiance , que ce
concert ( des Potentats ) fera fans harmonie ;
qu'aucun citoyen François n'abandonnera la patrie
& ne renoncera à la défendre , fi les étrangerstentent
jamais d'y faire précéder la paix du defpotifme
de toutes les horreurs de la guerre. »
Jofe prier l'Affemblée nationale a ajouté
M. Dumourier, d'un ton doctoral , de retenir
fa jufte indignation , & d'attendre avec le calme
qui convient au caractère d'un grand peuple fort
de la juftice de fa caufe , la réponſe cathégorique
& décifive que j'ai demandée au nom de
Affemblée ( procédé inconftitutionnel au Roi
feul appartient , &c. ) & du Roi ; & que je
recevrai fous peu de jours »... Si MM . de Montmorin
& Deleffart avoient eu la pauvreté d'efprit
de fe permettre une de ces phrafes à prétention .
qui foifonnent d'inconvenances , on les auroit
alfaillis de huées & de dénonciations. Les Jacobins
ont applaudi leurs frères . -- M. de Noailles n'a
fait que tranferire & figner , le 11 mars , la
1
"
dernière note de M. Deleffart lue dans l'Affem
blée. Voici la réponse qu'il a reçue :
« Le gouvernement françois ayant demandé
des éclairciffemens cathégoriques fur les intentions
& les démarches de feue Sa Majefté Impériale
l'Empereur , relativement à la fituation
actuelle de la France , il étoit conféquent à la
demande de motiver fa réponſe. Je ne la regarde
que comme un acte de complaifance &
de déférence amicale , par des faits pris du
fujet de la queftion . Mais , à plus forte railon ,
conviendroit- il à la dignité d'une grande Puiffance
de réfuter avec franchife , & de ne point
traiter d'explications confidentielles qui puffent
être, diffimulées dans la réponſe , des interprétations
& des interpellations auxquelles fe trouvoient
mêlés les mots de paix ou de guerre ,
accompagnés de provocations de tout genre.
Quoi qu'il en foit , la juftice des motifs & la
vérité des faits fur lefquels les explications données
par ordre de Sa Majefté Impériale fe fondent ,
font inconteftables ; le chancelier de Cour &
d'Etat , prince Kaunitz , eft par conféquent d'autant
moins à portée d'y ajouter aujourd'hui de
nouveaux éclairciffemens, que le Roi de Hongrie
& de Bohême adopte complertement fur ce
Point les fentimens de l'Empereur , & que les
nouvelles demandes que M. l'ambaffadeur de
France a depuis été chargé de faire ici , rentrent
dans celles auxquelles il a déjà été complettement
répondu .
« On ne connoît point d'armement & de
mefure dans les Etats Autrichiens qui puiffent
juftifier des préparatifs de guerre. Les mesures
défenfives ordonnées par Sa Majesté Impériale
ne peuvent être miles en parallèle avec les me
1
B 4
( 32 )
fures hoftiles de la France ; & quant à celles
que Sa Majefté Apoftolique pourra juger néceffaires
pour la fûreté & la tranquillité de les propres
Erats , & fur-tout pour étouffer les troubles que
lés exemples de la France, & les coupables menées
du parti jacobin fomentent dans les Provinces-
Belgiques , elle ne pourra ninè voudra jamais confentirà
fe lier les mains d'avance avec qui que
ce foit ; & perfonne n'a le droit de lui preferire
des bornes à cet égard. Quant au concert dans
lequel Sa Majefte Impériale s'eft engagée avec
les plus refpectables Puiffances de l'Europe , le
Roi de Hongrie & de Bohême , & ces mêmes
Puiflances ne perfiftent pas moins dans leur
opinion & leur détermination communes. Mais
ils ne croient pas convenable ni poffible de
faire ceffer ce concert avant que la France ait
fait ceffer les caufes qui en ont provoqué &
néceffité l'ouverture . Sa Majefté s'y attend d'autant
plus , qu'elle préfume trop des fentimens
de juftice & de fageffe d'une Nation diftinguée
par fa douceur & fa raifon , pour s'interdite
l'efpoir qu'elle ne tardera pas à fouftraire fa
dignité , fon indépendance & fon repos aux atteintes
d'une faction fanguinaire & furieuse , qui,
s'acharnant de plus en plus à détruire , par la
voie des émeutes & violences populaires , tout
exercice du Gouvernement , toute efpèce d'au-
Borité , de loix & de principes , ne vife qu'à
reduire à des jeux de mots illufoires , & la liberté
du Roi Très- Chrétien , & le maintien de
la Monarchie Françoife , & l'établiſſement de
toute conftitution & de tout gouvernement régulier
, ainfi que la foi des traités les plus folemnels
, les devoirs les plus facrés du droit public .
Mais duffent leurs artifices & leurs deffeins pré-
·
( 33 )
valoir, Sa Majefté fe fatte du moins que la partie
fame & principale de la nation envifagera alors ,
dans une perfpective confolante , l'appui , l'exiftence
d'un concert dont les vues font dignes
de fa confiance , & de la crife la plus importante
qui ait jamais affecté les intérêts communs de
l'Europe.
« Voilà ce que le chancelier de Cour &
d'Etat eft chargé de répliquer à la réponse que M.
J'ambaffadeur de France devoit faire parvenir à
feue Sa Majefté Impériale ; & en le requérant
d'en rendre compte à la Cour , il a l'honneur de
lui réitérer l'affurance de la confidération la plus
diftinguée. »
Vienne, le 19 mars 1792 .
:
Signé , KAUNITZ-RITZBERG.
Aux coupables menées du parti jacobin , quelques
membres , oubliant l'exhortation du miniftre.
ont pouffé des Ah ! ah ! mais à la fin de la
lecture , l'Affemblée eft paffée à l'ordre du jour ;
& la féance a fini par l'adoption , d'urgence , de
neuf articles fur les réparations à faire aux habits.
veftes & calottes des volontaires nationaux , foins
peu dignes de la providence du corps légiflatif;
raccommodages pour lefquels on avancera 15 1.
au plus à chaque individu , 6 millions pour le tout
Dujeudi , féance du ſoir.
Sa Majefté a fanctionné, le 28 mars , le décrèt
fur les palle-ports.
Les attroupemens armés dévaftent plus que
jamais le département du Cantal , y lèvent des
contributions , menacent d'égorger tous les pretres
non-affermentés & les nobles. Le directoire
envoie à l'Affemblée une liſte de châteaux pillés,
démolis ou brûlés , & demande un régiment de
régim
( 34 )
1
ligne bon patriote & bien difcipliné. M. Jean de
Bry guérira tous ces maux en prononçant une
belle harangue demain avant l'ordre du jour .
>
M. Gomord, municipal d'Arpajon , envoie aux
législateurs une lettre où quelqu'un lui déclare
en confidence , du fond d'une prifon , avoir reçu
250,000 liv. en affignats , de M. Deleffart , qui
préméditoit fon évalion , pour en faire de l'argent
à tout prix , & avoir déposé la fomme dans
Ja terre près d'Arpajon . MM. Lecointre & Chéron
ont dit que M. Deleffart étoit un traître , ou
l'auteur de la lettre un fauffaire . Le comité de
furveillance éclaircira cette affaire .
Par
A la tête de la municipalité de Paris , annoncée
les applaudiffemens des galeries , M. Pétion ,
maire , eft yenu fe plaindre des entreprifes du.
directoire du département , qui s'arroge les fonctions
de diftrict , « véritable fuperfétation , abus
dé la bureau-manie. » Le directoire adminiftre
au lieu de furveiller. Un arrêté confirme l'ufurpation
de fes commiffaires au contentieux , une
proclamation du Roi confirme l'arrêté...... M.
Pétion a reçu une réponfe careffante du préfident
& les honneurs de la fance .
Quoique rien encore ne foit déterminé fur
la conftitution & la repréſentation légale des
colonies , on a reconnu valables les pouvoirs de
M. Bertrand , député de l'ifle - de- Bourbon ; &
il fiégera au nombre des repréfentans de la
France.
Des adminiftrateurs d'Aix , mandés à la barre
Four le premier d'avril , promettent de répondre
à toutes les queftious qu'on voudra leur faire
juftifient leur conduite , & demandent des indemnités
à raifon de ce déplacement . On paffe
à l'ordre du jour , fans de décréter .
1
( 35 )
La difcuffion s'eft engagée fur l'artillerie à
cheval. Nous doutons que jamais aucun con
feil en Europe ait traité ce fujet d'une pareille
manière. Quelques traits caractériſeront & les interlocuteurs
& l'auditoire . M. Carnot l'aîné votoit
pour l'ajournement ; La guerre qui fe
prépare , a - t-il dit , ne viendra pas de vous , mais
d'une ligue de Rois qui la feront à la liberté ;
les armes des hommes libres font toutes dans
leur courage. La conftitution vous preferit uni
quement de vous tenir fur la défenfive . Or ,
quelle eft l'utilité de l'artillerie à cheval ? d'aller
engager des combats qui vous font interdits ..
Cela le démontreroit encore par le Monarque
conquérant à qui nous devons cette inftitution .
Je ne crois point que les armes qui ont fervi le
defpotifme puiffent également être utiles à la 4
défenſe de la liberté…………… » A ces raiſonnemens
qui réformeroient fufils , bayonnettes , piques
& fabres , M. Briche a répondu « Vous pouvez
avoir la guerre dans un mois ; fi vous
ajournez l'artillerie à cheval , ce fera donc après
la guerra... Wafington portoit fur lui l'inftruction
de Frédéric à fes généraux . Il ne faut
que 8 à 19 cents chevaux pour cette artillerie
ajoute , M. Rouyer ; deux mois après la cam- 4
pagne on pourra la réformer , & les chevaux
remonteront notre cavalerie. »
3
:
Un décret d'urgence forti du fein de ces éclairs ,i
a ftatué qu'il y aura neuf compagries de canonniers
à cheval , compofées de 70 hommes montés
& de 6 non montés , divifées chacune en trois
sfcouades .
Du vendredi , 30 mars .
Les officiers compofant l'état -major de la ville
B 6
36.11
d'Aix écrivent à l'Aflemblée , & réfutent vická ‚”
rieufement , par des affertions & des éloges , lesiɔ
calomniateurs de M. Pujet de Barbanzanne qu'ils
foutiennent avoir tenu, à l'égard du régiments.
d'Emft , une conduite non feulement: irréprechable
, mais très -honorable. Ce monumene de .
gloire a été renvoyé au comité, militate..
Divers objets ayant motivé des ajournemens ,
M, Ramel a fait décréter , d'urgence , attendus
que ce feroit un crime: envers le peuple , da. í
la part de les repréfentans , que de conferver
aucuns does , graces ou penfions envers ceux
qui ont déferté leur pofte de citoyen , pour aller
prendre une attitude hoftile en terre étrangère....
Qu'à l'avenir il ne fera fait aucun paiement
pour raifon de dons , penfions , gratifications ou
fecours , à aucun François , à moins qu'il ne
justifie d'un certificat expédié dans les formes .
prefcrites , & conftatant la réfidence fur le term
Fitoire François , pendant tout le temps, qui fe……,
fera écoulé depuis l'époque du dernier paiement:
qui lui aura été fait , jufqu'à celle où il fe prée
entera pour recevoir. Tous les penfionnaires
feront tenus d'adreffer d'ici au premier juillet ,
au commiffaire du Roi directeur -général de la
liquidation ou au miniftre du département , an
certificat de réfidence depuis fix mois ; ou lea
penfions feront fupprimées de fait....... Seront.
applicables au préfent décret les exceptions con
tenues au décret concernant le féquestre des
biens des émigrés.
--
Croyant férieufement développer les caufes
indiquer le remède des troubles , qui , défo
lent la France , M. Jean de Bry a révélé à
Aflemblée que le gouvernement eft paralyfé ,
qu'il y a dés malveillans , dos brouillons , que
37%
לכ
les uns violent la conflitution par des fübtilités ,
des fophifmes , que d'autres la minent fourde
mente Mais le peuple & la providence nous
fervent , Meffieurs , a-t-il dit ; ne nous expofons
pas au reproche de n'avoir pas fu profiter d'une
circonftance auffi heureufe. Pour cela , it fuffit
ſelon lui , de déjouer l'audacieux & criminel
concert des Puiffances , en établiffant en prins t
cipe qu'elles ne doivent point fe mêler de nom
affaires , & en leur fignifiant que tout nouveau
Xerces trouveroit dans toutes les 44,733 muri»
cipalités de la France libre , les Athéniens de
Marathon. La paix extérieure étant ainfi définitivement
établie en principe , M. Jean de Bry
a promené les regards perçans du même génie
fur l'intérieur.
by a vuitrop d'avocats dans les tribunaux.
Ces avocats formoient autrefois un ordre ,
tout refte d'ordre eft fatal à la liberté. Son avis::
eft d'ordonner la réélection de tous les juges dus.
royaume pour le mois de mars 1793 3 rien ne
contribuaut mieux à la tranquillité que des mil
hers de nouvelles brigues. Mais il en vient aux
grands moyens , & donne d'excellens confeils ;.
cclui de rétablir le crédit des affignats , celui
de - remonter le change. Si nous ne sommes pas
affer murs pour décréter que chacun payera le
prêtre dont il aura befoin , examinons: la conftitution
civile du clergé ; déclarons nationaux
les biens de l'ordre de Malthe ; effaçons julqu'aux
dernières traces des droits : féodaux , con
fervés comme des propriétés facrées ; corrigeons:
la loi fur les parentes... Enfin il faut éclairer le
Roi fur beaucoup objets qu'on a vus fort mal
Juſqu'au moment où MJean de Brya daigné s'en
accupurs fairereſpector di employer les clubs , 80%
( 38 )
Le tout fera imprimé & renvoyé aux comités .
compétens .
Des hommes de couleur font venus à la barre ,
M. Raymond , leur orateur , a remercié l'Affemblée
du décret obtenu par leurs amis , & jurer
d'oublier les perfécutions des blancs égorgés ou
ruinés . Ces Meffieurs ont eu la bonté d'offrir
d'aller fecourir ces blancs & de les aider à
réparer leurs pertes . On a vivement applaudi ài
cet atroce perfifflage . Le préfident : a loué les
mulâtres d'une réfolution fi généreufe , & ils ont
reçu les honneurs de la féance . L'extrait du
procès - verbal fera envoyé aux colons.
› Sur quoi délibérera - t - on ? L'ordre du jour.
M. Gamon affure que l'ordre du jour eft le
falut de la patrie qui tient à ce qu'il va dire..
Les murmures étouffent fa voix ; il traite cet
ordre de la parole d'abfurde , d'atroce , d'abo
minable. Le vacarme redouble . Vendrons- nous
les forêts ? ... M. Cambon dit que nous avons des
befoins ; mardi ou mercredi , il faudra des fonds
à la caiffe de l'extraordinaire .... Il eft important
de s'occuper des finances , répète M. Dumas.
L'ordre du jour , crie M. Bazires On le reg
pouffe. « Je demande par amendement reprend
M. Bazire , qu'il foit défendu au fucceffeur
de Léopold d'agir...
a
Nous ignorons quelle loi du royaume feroit
éclofe de ces intéreffans & lages débats , fi l'on
n'eût appris que la caille dite de fecours , de
Paris , étoit affaillie d'une foule de porteurs de
fes billets de 10 , 15 , 25 , 30 , 40 & so fous,
& qu'un des adminiftrateurs étoit décampé. Elle
a émis pour fept milions , n'a de fonds que i
pour quatre millions , & dit avoir trois millions
à Bordeaux , à Londres , à Amſterdam. La ma-
1
( 39 )
nicipalité de Paris , qui doit 39 millions & ne
paie perfonne , y a verfé des fonds , mais n'y
fuffit pas. Il y auroit du danger à paffer à l'ordre
du jour. Après une longue difcuffion , l'Affemblée
ayant refufé de lire tout haut une lettre
allarmante , pour prouver qu'on ne l'influençois
pas , a décrété , fauf rédaction , l'avance des
trois millions néceffaires à cette caiffe.
Du vendredi , féance du ſoir.
La rédaction du décret rendu le matin , n'indiquant
pas l'objet du prêt des 3 millions , M.
Lacroix a dit qu'on accordoit à la municipalité
un fecours qu'elle ne demandoit pas . M. Rouyer
a ajouté que la municipalité , & les comités auxquels
elle s'étoit adreflée , méritoient une forte
improbation. M. d'Averhoult obfervoit que fi la
municipalité , au lieu de faire des phraſes à la
barre , avoit rempli fon devoir , elle auroit rendu
compte de la fituation de Paris . M. Thuriot a
voulu parler , il s'eft fait dans la falle un tapage
inexprimable,
:
Dès que M. Thuriot a pu fe faire entendre ,
il a rappellé qu'il avoit coopéré à la révolution ,
d'où il a conclu que ce qu'il allait dire feroit la
pure vérité il a dénoncé des conjurations.
Sommé , par M, Genty , de nommer les confpirateurs
, il a foutenu que c'étoit fermer les :
yeux que demander où font les conjurés ... Le
vacarme a recommencé .
.MM. Cailhaffon & Lacroix ont rédigé chacun
un confidérant pour motiver le prêt de 3 millions .
M. Robécourt propofait le rapport du décret. M.
Briffot trouvoit & inconcevable qu'on noircît les
intentions de la municipalité ».... Epreuve doug
( (40%) !
teufe. L'appel nominal... Non , oui , non .
a Eh bien , oui , reprend M. Cagès nous auffi
nous demandons l'appel nominal . Nos commer
taas verront & l'intérêt de Paris doit l'emporter
fur celui de tous les departemens du royaume »;
Tumulte horrible. Le préfident fe couvre, fe
plaint de fa poitrine , fe recouvre , & le défordre
finit par l'adoption du projet de M. Lacroix qui ,
motivant le prêt par des inquiétudes vagues furla
caiffe de fecours , ordonne que la caiffe de
l'extraordinaire tiendra à la difpofition du ministre
de l'intérieur , fous fa refponfabilité , la
fomme de 3 millions , qu'il remettra au direetoire
du département , à titre d'avance , à la
charge d'être rembourlée par lui , pour être
verfée dans la caiffe de la municipalité . Il feroit
difficile de citer une loi rédigée plus amphibologiquement.
33
Un article additionnel au décret fur les émigrés,
a condamné les manicipaux au remboursement des
Lommes payées en vertu de faux certificats de réfidence,
& par corps ; & les faux certificateurs à lą
peine des fanffaires.
Le directoire & la municipalité de Paris font
venus difcuter , à la barre , le décret relatif à la
caiffe de fecours. M. Roederer a dit que les billers
de cette caille ayant cours dans les départemens
voifins , Paris ne devoit pas répondre feul des
trois millions , & que ce furcroft d'impôt allarmeroit
les contribuables , devenus ainfi folidaires de
ces entreprises de banques, M. Périon a repré
fenté que les coupures décrétées n'étant pas encore
en circulation , la néceffité avoir légitimé ces
billets de fecours ; que , fi on les laifoit tom
ber , une commotion étoit inévitable . On l'a ré
facé par des murmures, Il a obfervé que la muni
(41)
cipalité avoit follicité le décret , les trois millions,
mais non un emprunt qu'elle ne pourroit payer ;
& craignant pour le lendemain use multitude réduite
à manquer de pain , il a demandé un fécours
provifoire , que M. Ræderer a fixé à 500,000 liva
payables dans la nuit même.
Le miniftre de l'intérieur a divague fur le temps
néceffaire pour fanctionner , & fur ce que le moment
avoit de critique ; verbiage déplacé , qui n'a
fait que provoquer cette phrafe de M. Guadet :
Certainement le pouvoir exécutif ne doit jamais
dormir. Il veille toujours loqu'il s'agit de
la sûreté publique . » Et l'amour & la haine , & la
juftice & la mal gaité ont également applaudi
M. Guadet , dot la faillie étoit d'autant plus
gratuite , que M. Léopold , l'un des commiffaires
a la fanction , venoit d'annoncer que le Roi lui
ay it promis de prendre promptement le décret en
confidération.
Sans les billets de fecours , les artifans moura
roient de faim dans la capitale , a repris M. Thuriot
le dictoire & la municipalité ne font
pas certains de prévenir une infurrection.
l'ordre... A l'Abbaye , ont crié plufieurs voix.
--
A
Si l'Allemblée n'eft pas en sûreté à Paris , a,
dit M. Lagrevol , elle n'a qu'à le tranſporter
ailleurs ; j'en fais la motion ('appuyé , appuyé ) . »
M. Ifnard rappelloit M. Thuriot à l'ordre pour,
avoir calomnie le peuple , en fuppofant la polfi
bilité d'une infurrection ; M. Creftin y rappelloit,
le miniftre qui avoit craint un foulèvement....
Enfin , adoptant la rédaction de M. Guadet
Affemblée a décrété d'urgence , pour troifième,
édition du même décret , que ;
« Sur la fomme de trois millions dont le
veifement a été décrété dans la caiffe du dépar
*
( 42 )
que
tement de Paris , pour être , fous la furveillance
du directoire , à la difpofition de la municipalité
de Paris , il en fera provifoirement
verlé , dans le jour , celle de soo mille liv.
le directoire mettra dans l'inftant même , & fous
la même condition de remboursement , à la difpofition
de la municipalité. »
Du famedi , 31 mars..
La veuve du maire d'Etampes écrit à l'Aflemblée
« Le monuntent décrété en l'honneur de
mon époux fera l'encouragement de mes enfans,
mais ne pourra me rendre le meilleur des hommes
, le plus courageux des citoyens . Puiffe cette
perte immenfe être la dernière fur laquelle la
France ait dorénavant à gémir. Le triomphe
de la liberté eft le feul allégement qu'il me foit
permis d'efpérer. » Elle prie les légifl.teurs
d'oublier la penfion qu'ils avoient l'intention
d'accorder à elle & à fes enfans . Sa lettre ,
Louvent applaudie , fera gravée fur le monument
qu'on érigera à Etampes ; la veuve recevra le
procès-verbal & une réponſe du préſident de
I'Affemblée.
Un décret d'urgence a ordonné que «l'a caiſle
de l'extraordinaire ouvrira , dans le courant du
mois d'avril , le paiement de la fomme de
6,250,008 liv . , montant des capitaux compris
dans la 17. férie de l'emprunt de 125 millions ,
de 1784 , fortie en remboursement par le tirage
de janvier dernier . »
Organe des comités de l'ordinaire & de l'extraordinaire
des finances , M. Dupont , qui ,
depuis que les furnoms féodaux font abolis , fe
fait appeller Dupont- Grandjardin , a lu un rapport
détaillé d'où il eft réfulté que M. de Nare
( 43 )
bonne a , dans fon miniftère , difpofé d'une fomme
totale de 40,423,478 liv . 3 fous ; qu'il
« a fatisfait
au compte auquel il étoit tenu ; que la prohibition
de quitter Paris ne peut plus le regarders
mais que fa refponfabilité reftera engagée jufqu'à
ce que les commiffaires de la comptabilité aient
vérifié les pièces comptables à la fin de l'exercice.
» Non content de ce qu'un pareil prononcé
offroit de contradictoire , M. Cambon accufoit
l'ex -miniftre d'avoir foufcrit un traité pour
150,000 fufils , avec des fabriquans Angiois
au prix de 30 fchelings qu'il évaluoit , au taux
actuel du change , à 66 liv.; M. Taillefer prétendoit
que les fabriques de Talle , Montbriffon
& Saint- Etienne fourniroien d'excellens fufils à
18 liv . M. Lecointre alléguoit des avances données
pour des marchés qui n'avoient pas été
exécutés ; M. Duhem foutenoit que le réglement
envoyé aux régimens , méritoit feul que l'exminiltre
fût jetté dans les cachots d'Orléans ; M.
Rouyer trouvoit la ville de Paris une prifon trop
agréable pour des miniftres qui ont des comptes
à rendre.... Mais d'autres batteries étoient montées
contre l'ex- miniftrs .
4
M. Grangeneuve a lu une dénonciation fignée
Dubois de Crancé , appuyée des atteftations de la
municipalité de Perpignan , du directoire du département
des Hautes-Pyrénées , & du Prince Charles
deHeffe , commandant de la divifion . L'ex-miniftre
a laiffé Perpignan & ces contrées fans aucune
défenſe : fans la mort de l'Empereur , la difgrace
du miniftre d'Espagne , & la juftice faite
aux nôtres , difent ces grands politiques , la fronrière
de ce département étoit perdue pour la
France. M. Goupilleau mandoit M. de Narbonne
à la basic,
( +4 )
·
« Eh , Meffieurs ! s'est écrié M. Quinette , ce
feroit établir un privilége en faveur d'un citoyen,
& décider que vous ne voulez pas condamner
quelqu'un fans l'entendre. « Gardez - vous d'inreduire
une maxime qui n'eft point dans l'ef
prit de l'inftitution du Jury dont vous remp ifcz
les fonctions , a pourfuivi M. Quinette. Je vous
le demande ; croyez- vous que vous cuffiez rendu
le décret d'acculation contre M. Delfart , fi
vous l'aviez entendu ? il vous auroit peut- être
mis dans l'embarras , & vous n'auriez Pas frappé
un coup néceffaie. Il faut condamner l'ex- miniftre
fi vous avez les preuves fuffiantes dans
yos mains ; vous n'avez que faire de l'anous
。
tendie. »
M. Fauchet preffoit le rapport ; M. Dukem
vouloit qu'en attendant , on gardát M. de Narbonne
à vue. Des murmures ont repouffé certe
motion & terminé la féance. Le rapport eft fixé
à lundi prochain.
Du famedi , féance dufoir.
M. Dumourier a écrit à l'Aſſemblée qu'il eft
autorifé à lui communiquer , de la part du Roi ,
deux pièces dignes de la plus férieufe attention.
Ces deux pièces font :
1. Le traité paffé , le 3 février dernier , entre
S. A. S. le prince de Hohenlohe , & leurs A. R.
Mgr. le comte d'Artois & Monfieur , frères du
Roi de France , au fujet du régiment dont nous
avons parlé plus haut.
2º. Les lettres exhortatoires de l'affemblée du
Cercle de Franconic au prince de Hohenlohe ,
que nous avons annoncées . Le tout a été rcnvoyé
à la haute- cour d'Oiléars .
Au nom de la comimiflion des douze , M.
( 45 )
Goffuin a lu un rapport des troubles du Cantal.
Promenades , air fa ira , tambour , mufette ,
gaieté civique , attroupemens à Aurillac , vitres
d'ariftocrates caflées ; les municipaux & le rapporteur
trouvent que jufques- là tout étoit aficz
calme. Mais , à minuit , là comme ailleurs , dés
patriotes , accufateurs , témoins , parties , jugės
& exécuteurs , atteftent qu'il eft parti un coup
de fufil de telle fenêtre fermée . Perſonne n'eſt
bleffé , nulle preuve ; n'importe. M. Collinet
loge dans cette maifon , il arrive de Malthe ,
c'eft donc un émigré ; on le jette dans une prifon
pour la sûreté. Arrivent des patriotes de
tous les environs ; ils brûlent de venger leurs
frères ; les requifitions font inutiles ; l'aristocrate
eft arraché des cachots, égorgé , éventré , haché,
fa tête mile au bout d'une pique ; l'ordre fe
rétablit , difent les procès-verbaux , & les patriotes
d'Arpajon & ceux d'Aurillac fe livrent à
-la fraternité la plus cordiale. Depuis , des détáchemens
pillent , maſſacrent , incendient de tous
côtés , & arrachent des taxes de 300 à 5000 liv.
M. Brouffunnet a foutenu que le délit commis
en la perfonne de M. Collinet , l'avoit été
dans un moment d'effervefcence , & probablement
par des citoyens égarés. Des murmures
l'ayant interrompu , il s'eft écrié : « Vous faites
filence quand on défend les ennemis de la révolution.
Je me ferai entendre lorfque je viens
invoquer la vérité en faveur de fes défenfeurs.»
Ce raifonnement très - conféquent & très digne.
de la philofophie de M. Brouffonnet , a excité
Pimprobation de tous les gens de bien. Sepe
articles ont ftatué , d'urgence , que le pouvoir
exécutif rendra compte à l'Affemblée , fous huit
jours, des mesures qu'il aura prifes pour affurer
( 46 )
•
force à la loi ; que le directoire peut requérir les
gardes nationaux des départemens voilins . Les
auteurs des violences feront pourfuivis , la garde
nationale d'Arpajon diffoute & réorganisée . La
municipalité d'Aurillac eft improuvée & le directoire
du département approuvé.
S'il étoit néceffaire d'ajouter une preuve
furabondante , à toutes celles que nous avons
tant de fois développées de l'inexpérience
univerfelle qui a corrompu la Révolution
Françoife , en fa compofant des vieilles
erreurs condamnées par la fageffe des
Peuples libres & en lui oppofant
les préjugés d'une génération abâtardie par
un Gouvernement efféminé , nous la trouverions
dans les lieux communs fur l'autorité
defquels les Mécontens ont eſpéré
la fin des malheurs publics , fans qu'il fût
befoin d'en retarder l'accélération ,
A chacune des opérations convulfives
de la Majorité , on a vu la cohue de fes
Adverfaires attendre fon falut des écueils
fur lefquels on la précipitoit. En plaçant
fes reffources dans l'excès du mal , on a
jugé inutile de le combattre ; on s'eſt
affermi dans fa quiétude ; on s'eft fait un
plan commode d'expectative & d'inertie ;
on a évité fur tout , & très-foigneufement,
de fe mêler au mouvement général pour
en ralentir l'impétuofité. Obéiffante , fans
47
le favoir , au vou fecret de fes Perfécu
tears , la foule a préféré de fe précipiter
hors des frontières : beaucoup d'Emigrés
étoientfans doute trop juftifiés d'aller chercher
ailleurs la sûreté ; mais , cette mefure ,
que la gravité de l'anarchie prefcrivoit à
des femmes , à des vieillards , à des hommes
en évidence & menacés de la rage popu
laire , l'imitation , une politique bornée
l'ont bientôt généralifée , & convertie en
expédient de mode. Les Contrées étrangères
ont vu arriver par flots des Fugitifs
éperdus , qui , auffi- tôt la limite dépaffée ,
ont repris toute leur confiance : chaque
réveil leur a apporté une Contre-révolution
prochaine : ils ont tout fouffert , exil ,
privations , fatigues , ruine , par l'efpérance
qu'au premier jour les Puiffances Etrangères
viendroient leur reconquérir leurs
foyers & leurs titres , ou que le Peuple
défabufé s'emprefferoit de les leur rendre.
Ces illufions ont été foutenues par des
adages de brochures & de converfation :
le defordre amène l'ordre , entendoit-on de
toutes parts ; l'anarchie recompoſera le
defpotifme; Le François ne fe paffera
jamais d'un Roi ; il aime les Rois ;
-
aucune Nation ne fut plus affectionnée
à fes Rois. La Démocratie meurt d'ellemême
. Elle ne convient pas à la France;
donc , on ne pourra jamais l'y établir.
-Et mille autres pauvretés pardonnables
1:48 )
à des hommes qui n'ont jamais approché
du Gouvernement populaire , vraies peutêtre
dans leur application à la durée d'un
demi fiècle, mais fauffes dans le fens qu'elles
promettoient un terme très -court à la fièvre
républicaine des François .
Le défordre n'a jamais amené que le
défordre : c'est un effet qui devient cauſe ,
& caufe toute puiffante lorfqu'elle eft maniée
par une Faction qu'aucune force ne
contre- balance. Ilfe prolonge par le befoin
qu'ont fes Fauteurs de l'entretenir , & par
leur adreffe à y intéreffer la multitude; il
favorife leur but d'énerver & d'avilir les
Autorités légitimes , pour en tranfpofer
ailleurs l'activité ; les violences préparent
d'autres violences ; on ne fait des loix que
pour affurer le fuccès des illégalités , & le
mépris de ces mêmes loix eft commandé
par leurs inftituteurs , lorfqu'elles commencent
à contrarier le cours de leurs entreprifes.
Cette anarchie que l'on peut appeller
fyftématique , eft également forcée par la
néceflité ; car les mobiles qui fervent à la
provoquer & à l'entretenir , détruifent par
effence tous les moyens d'ordre & de ré̟-
preilion : inutilement , une Faction populaire
fubordonnée à fes inftrumens , & affervie
à la niultitude qu'elle a l'air de gouverner
, tenteroit d'en modérer l'impétuo
fité; bientôt la domination paffesoit à d'au
tres
( 49 )
tres Chefs , & de degrés en degrés , le befoin
du défordre placeroit à la tête du Peuple
ceux dont l'abjection qu la fcélérateffe lui
promettroit la certitude d'une impunité invariable.
La Révolution de France a déjà parcouru
la plupart de ces périodes. Chaque défordre
nouveau s'appuie fur celui qui l'a précédé
, il en néceffite lui - même d'ultérieurs ;
l'anarchie prend alors le caractère d'une
puiffance qui maîtrife les autorités légales,
& qui fe fert de la Légiflation même pour
étendre fes ravages .
Quelle force lui réfiftera ? L'opinion publique
? Eile la renverfe par les opinions
populaires. La Conftitution ? Elle lui oppofe
l'efprit de la Révolution . L'intérêt de
l'Etat ? Elle le place tout entier dans celui
de la Faction qui l'entretient. La crainte ?
Elle feule déce ne les fupplices , diftribue
la juftice , & a le privilége exclufif de faire
trembler. La force publique ? Quand elle
n'auroit pas pourvu à en diffoudre les élémens
, elle en intimide les Miniftres , elle
compte au rang de fes fujets , elle aflocie à
fa mal-faifance ceux dont la Loi avoit entouré
la protection de l'ordre public.
A tous ces moyens de permanence , elle
joint l'influence inapperçue d'un artifice ,
qui fert de même à alimenter une Démocratie
déréglée. Le pouvoir qu'elle comunique
à fes Agens , la tyrannie qu'elle
N°. 14. 7 Avril 1792.
C
( 50 )
exerce par fes Fauteurs , font une délégation
libre de la multitude ; celle - ci ne redoute
point une Autorité qu'elle fe fent
maîtreffe de reprendre à chaque inftant ; elle
applaudit à des Oppreffeurs qu'elle défera le
jour où l'oppreflion la menacera elle- même ;
chacun de fes individus fe comparant à ceux
auxquels elle a confié la puiffance populaire ,
& y retrouvant fes égaux , ceffe de les
redouter , confidère les attentats de leur
defpotifme comme fon patrimoine , & fe
réjouit dans la penfée qu'à fon tour , il
pourra auffi difpofer des vies & des per-
Tonnes. Croit-on qu'un feul Bourgeois de
Paris , en voyant accufer & jetter en prifon
M. Deleffart, fans plus de formes qu'on
n'en met à délivrer le protêt d'une lettre- dechange
, fe foit douté qu'une Juftice fi expé
ditive pouvoit le frapper auffi bien qu'un
Miniftre ? Non , il a vu , au contraire , un
acte de fa propre autorité dans celui de fes
Commettans , & fa vanité a été fecrettement
Alattée de l'idée qu'il lui appartenoit auffi
bien qu'à M. Briffot , de pouvoir traîner
un Adminiftrateur dans les cachots.
•
En un mot , au milieu des poignards &
des piques , des lanternes & des torches ,
des délateurs & des Inquifiteurs , tout
Patriote comerve fa fécurité , & en lifant
les noms des miniftres de l'anarchie , il fe dit
comme le Paysan à la vue d'un ivrogne ,
voilà pourtant dans quel étatje ferai demain.
"
Cette confrontation raifonnée Te propageant
plufieurs millions de fois chaque fe
maine , dans un grand Empire où les Propriétaires
feuls ont un intérêt éclairé à l'ordre
public , & à la fuite d'un renversement
complet de toute police , de tout gouvernement
, de toute fubordination , de toutes les
habitudes morales qui retenoient le Peuple
dans la foumiffion aux Loix , cette confrontation,
dis je,devient le pivot central fur
lequel les Démagogues font affurés de faire
long temps rouler l'anarchie.
D'ailleurs , ilne faut pas s'y méprendre : de
toutes les formes de gouvernement, la Démocratie,
chez les Peuples corrompus , eft celle
qui généralife le plus fortement les paffions
en les électrifant. Elle charme la vanité, elle
exalte l'ambition des ames les plus vulgaires,
elle ouvre mille portes à la cupidité , à la par
ticipation du pouvoir ; elle développe chez
' les brutes comme chez l'homme d'efprit ,
dans les greniers comme dans les fallons , cet
amour de la domination qui forme le vétitable
inftinct de l'homme; car il n'aime l'indépendance
que comme moyen d'autorité ,
& une fois fouftrait à la tyrannie , fon premier
befoin eft de l'exercer.
Jufqu'à nous , les diffentions Républi
caines ayant été à -peu -près renfermées dans
la claffe des Propriétaires , le cercle de l'ambition
populaire n'atteignoit pas les claffes
que leurs travaux , leur pauvreté , leur igno
C 1
·(-52 )
rance , excluent naturellement de l'Adminiftration;
mais ici , c'eſt à ces claffes niême ,
fermentées par la lie d'une foule immenfe
d'hommes pervers , alliés à la populace ,
qu'ont été dévolus la formation , l'empire ,
le gouvernement du nouveau fyftême politique.
Du château de Verſailles & de l'antichambre
des Courtifans , l'autorité fuprême
a paffé fans intermédiaire & fans
contre- poids dans les mains des prolétaires
& de leurs flatteurs .
Une profufion de nominations , d'Elec-
. teurs , de Fonctionnaires , de vacances continuelles
ont irrité la foif du commandement
, tendu l'amour- propre , enflaminé
l'efpérance des hommes les plus ineptes ;
une groffière & farouche préfomption a délivré
le fot & l'ignorant du fentiment de
leur nullité ; ils fe font crûs capables de
tout, parce que la Loi accordoit les fonctions
publiques à la feule capacité. Chacun
a pu entrevoir une perfpective d'ambition ;
Je Soldat n'a plus fongé qu'à déplacer l'Officier
, l'Officier qu'à devenir Général ; le
Commis qu'à fupplanter l'Adminiſtrateur
en Chef , l'Avocat d'hier qu'à fe vêtir de
pourpre , le Curé qu'à devenir Evêque ,
le Lettré le plus frivole qu'à fiéger au banc
des Législateurs. Les places , les états vacans
par la promotion de tant de Parvenus
, ont offert à leur tour une vafte carrière
aux claffes inférieures . Le moindre
733 )
Office a préfenté une dignité , la plus modique
rétribution une fortune , à des Individus
qui , dans une Démocratie bien réglée,
n'euffent jamais ofé prétendre ni à des -
Offices , ni à des honoraires.
2
Ainfi , de proche en proche , s'eft opéré
un déplacement univerfel ; ainfi , l'on a
transformé la France en une table de
joueurs où avec l'offrande de Citoyen
actif , avec du parlage , de l'audace & une
tête effervefcente , l'ambitieux le plus fubalterne
a jetté fes dez. Tous les Charlatans y
ont accouru . Voyant fortir du néant un
Fonctionnaire public , quel eft le Décroteur
dont l'ame n'a pas été remuée d'émulation ?
A l'afpect de tant d'Etres recevant les marques
de la confiance publique , fur ceux
de flétriffure dont ils étoient couverts , quel
eft l'homme méprifé qui n'a pas compté
fortir de fon aviliffement ?
1 i
Ne nous le diffimulons point. Tandis
que des Rhéteurs fur les tréteaux , des
Journalistes de Cafés , & des Femmes à
prétention attribuent aux lumières les conquêtes
de la Révolution , le véritable Philofophe
en découvre le vrai mobile , l'ali- '
ment , le foutien , dans la prife facile qu'ont
eu fur notre enfance politique, lesJongleurs
qui fe chargeoient de notre éducation . Empruntant
le levier ordinaire des Démagogues
, ils ont parlé fans ceffe áu Peuple de
fes Droits, fans lui définir jamais la Liberté ;
C 3
( 54 ).
ils font perfuadé qu'ils lui révéloient des
idées , en exaltant fes fentimens ; ils ont
fubftitué par tout fes paffions à fa raifon &
fesvolontés à fes connoiffances..
Et voilà la fource de fon fanatifme. Car ,
me fois l'autorité qui l'opprimoit étant
renverfée , fon inftinct , fes befoins le rame- ,
noient vers une autorité nouvelle ; mais on
l'a embrâlé lui- même de l'amour du роц
voir, & par une conféquence , inévitable ,
du défir de n'en fupporter aucun..
Qu'on évalue maintenant l'impulfion que
reçoit du caractère national , cette immenfe
Loterie de fortunes populaires , d'avancemens
fans titres , de fuccès fans talens
d'apothéofes fans vertus , d'emplois infinis
diftribués par le Peuple en maffe & reçus ,
par le Peuple en détail. Qu'on examine ,
l'incalculable activité d'une femblable ma
shine , chez une Nation loquace , où la
fureur d'être quelque chofe domine fur
toutes les autres affections ; où la vanité a
plus de faces qu'il ne brille d'étoiles au firmament
; où les réputations ne coûtoient
déjà que la peine de répéter fouvent qu'on
en mérite une ; où la fociété ſe trouvoit
partagée entre les Etres médiocres
& leurs prômeurs qui les divinifoient ; où
fi peu de gens fe contentent de leur fituation
, où le Marchand du coin eft plus
glorieux de fon épaulette , que le Grand
Condé ne l'étoit de fon bâton de Comman(
55 )
dement ; où l'on s'agite perpétuellement
fans moyens comme fans objet ; où, du frotteur
au Dramaturge, de l'Académicien a l'fr
nocent qui barbouille la Feuille du foir, du
Courtilan bel efprit à fon Laquais Philof
phe, chacun refait Montefquieu avec la fuff
fance d'un enfant qui fe croit favant en commençant
à lire; où l'amour de la difpute , de
l'ergoterie & dufophifme ont tué toute converfation
fenfée , où l'on ne parle que pour
enfeigner , fans fe douter qu'il faut le taire
pour apprendre ; où les triomphes de quel
ques fous ont fait fortir de leurs loges tous
les cerveaux timbrés ; où d'innombrables
bavards citent leur éloquence , où lorfqu'on
a combiné deux fottifes d'après un
livre qu'on n'a pas compris , on fe donne
des principes , où les efcrocs parlent de
morale , les femmes perdues de civisme , &
les plus infâmes des humains de la dignité
de l'efpèce humaine où le Valet affranchi
d'un grand Seigneur s'intitule Brutus ; où
le babil & l'écrivaillerie font les deux Arcsboutans
des attaques & des réfiftances ; où ,
enfin on ne trouve que chez le petit
nombre filentieux & retiré , la gravité , la
réflexion , la retenue , la modération d'efprit
qui peuvent feules tempérer le délire
d'une mauvaife Démocratie. On parle
plus en un jour dans une Section de Paris ,
que dans toutes les Affemblées politiques
de la Suiffe pendant l'année entière . - Un
--
C4
( 56 )
Anglois étudieroit fix mois ce que nous
décidons dans un quart d'heure.
C'est donc par un défaut complet d'obfervations
& de jugement , qu'en fortant de
leur loge à l'Opéra , ou fur le marche- pied
de la voiture qui va les conduire à Coblentz ,
tant d'hommes inattentifs ou paffionnés
ajournent , depuis trois ans , la fin de la
tempête au prochain trimestre. Il eft abfurde
de penfer , qu'une vafte Monarchie de quatorze
fiècles , brifée en huit jours , fe relevera
d'elle même par les progrès de l'anarchie
, ou par l'inconftance de la multitude.
Ah ! les racines du défordre ne font pas
fi près de la furface. Ceux qui les ont
plantées connoiffent mieux que leurs.Adverfaires
, le coeur humain & le caractère
du fiècle. Tandis que les Mécontens fe repofoient
fur l'illufion du fentiment Monarchique
, du retour de l'opinion , de l'expérience
des excès , de la leçon du malheur ,
les Jacobins peu alarmés de ces chimères
ont aggrandi leurs conquêtes de jour en
jour.
Je n'ai pas ceffé un inftant de préfager
leur triomphe abfolu & de l'annoncer.
Dans les viciffitudes de leur influence , après
la journée du Champ de Mars , à la fuite
de cette acceptation du Roi qui enchantoit
les Conftitutionnaires purs , Tobfervateur
découvroit les fignes de nouveaux orages ,
157
& l'alcendant des Républicains à la veille
de reparoître.
Eux feuls formoient depuis long-temps
une Faction ; les autres Partis ou végétoient
dans l'inertie, ou ne formoient que des
Cabales .
Quiconque fe féparoit d'eux pour
leur difputer l'autorité , finiffoit après des
avantages éphémères , par retomber dans
leur orbite , ou par en être écrasés . Ainsi ,
ils dépopularisèrent M. de la Fayette , MM.
Barnave , Duport , Lameth , & cent autres
moins importans ; ainfi , après quelques
femaines de lutte , ils ont maîtrifé l'Affemblée.
Remplaçant les défections par de nouvelles
recrues , fi l'opinion paroiffoit leur
retirer fes faveurs , ils lui oppofoient des
Lóix hardies. Etoient-ils gênés par la Conftitution
? au lieu de la fuivre ils l'expliquoient
par les préjugés populaires. Toujours
actifs , toujours
entreprenans , fe
fervant tour - à- tour des menaces & des
promeffes , des récompenfes & des punitions
, calculant toujours jufte fur la pufillanimité
, livrant au Peuple & à la honte
quiconque ofoit douter , conduifant les
efprits avec 40 mots, toujours extrêmes pour
fecouer fans relâche
l'attiédiffement public ,
eux feuls ont montré de la conduite , un plan
invariable , un fyftême uniforme.
L'établiſſement des Clubs leur a affervi
la France entière. A- t- il fallu opter entre
l'Empire de ces Confiftoires ou celui de la
Cs
1
1
1589
Conftitution ? Les Jacobins n'ont pas ba
lancé ; la Conftitution a été facrifiée : 1200 ›
Affociations , correfpondantes à un centre
commun , ont renouvellé le régime des
Jéfuites ; on les a mifes au-deffus des Loix ,
& l'on a fait des Loix pour légitimer enfuite
leurs infractions.
Quelles réfiftances ont combattu cette
confédération ? s'eft elle affoiblie par l'accroiffement
journalier d'une foule de Mécontens
? bien au contraire. Pendant qu'elle
ferroit le faiſceau d'Union & fe confolidoit
par des fuccès , fes Adverfaires flottoient
épars dans le vide , fans bouffole , fans Chefs ,
fans plan , fans vigueur , fans principe
d'harmonie. Peu intimidés par cette cohue
difcordante , les Jacobins marchoient impétueuſement
à leur but , en répétant avec
Narciffe :
J'ai cent fois , dans le cours de ma gloire poffée ,
Tenté leur patience , & ne l'ai pas laffée .
Toute furprife ceffe , lorfqu'on obferve les
grands Propriétaires terriens , la Nobleffe
militaire , la très- grande pluralité de ceux
à qui des places , leur ancien rang , leur
fortune , leurs connexions laiffoient quel- :
qu'influence , paffer les frontières
abandonner le royaume à la Faction qui
le bouleverfoit ; lorfqu'on apperçoit le Roi
privé de tout appui , réduit à l'extrémité
contante de cédes fans ceffe ou de périr y
( ی و )
lorfqu'on a vu des confeils pernicieux en
traîner les Fugitifs à placer exclufivement
leur reffource dans des fecours étrangers ;
folliciter ces fecours avec un éclat aufli
inutile qu'imprudent , confumer le temps ,
les efforts , les dépenfes à les attendre.
vainement, à les promettre avec une affurance
toujours trompée ( 1 ) ; & , par ces
démonftrations reftées impuiffantes , fournir
aux Jacobins de nouveaux prétextes &
de nouveaux inftrumens de domination.
Toute furprife ceffe , lorfqu'on fe rap-,
pelle ce fyflême auffi déplorable qu'erroné
, par lequel on fe félicitoit de l'accroiffement
des défordres , & des victoires des
Républicains , comme d'un acheminement
à la plus rapide contre- révolution..
Toute furprife ceffe , lorfqu'à diftance
des Royaliftes divifés , on voit d'autres
antagonistes des Jacobins fe rallier à la
Conftitution pour fauver le Gouvernement
Monarchique dont elle a coupé les artères ;
oppoſer ce fantôme à un hydre , des loix à
( 1 ) On a calculé que toutes les troupes
Autrichiennes , Pruffiennes , Sardes , Suédoifes
Ruffes, Suiffes, Impériales , Hollandoifes , qui ont
marché dans le Journal Général de l'Abbé de Fon- >
tenay , fuffent arrivées à leur deſtination ,
France feroit attaquée en ce moment par neuf
millions cent mille & quatre Soldats contre-réva
lutionnaires.
C &
( 60 )
·
une Faction au-deffus des loix , "de la métaphyfique
à des entrepriſes , des moralités
à des violences , des intrigues fouterraines
, des fafcinations patriotiques à des
millions d'Argus dont la défiance ne fommeille
jamais ; enfin , le plus honteux com
bat entre fa confcience & la crainte d'entamer
fa popularité , à des hommes audacieux
dont la doctrine eft encore plus exagérée
que les actions.
Toute furpriſe ceffe , à la vue des fcandaleufes
divifions qui partagent ceux qui
ont tout perdu & ceux qui ont tout à
perdre ; lorfqu'invefties de toutes parts par
un ennemi maître des brêches faites au
Gouvernement Monarchique , à la propriété
, à l'ordre public , à l'ordre focial ,
à la sûreté générale , aux principes confervateurs
de tous les intérêts , à la protection
des chofes & des perfonnes contre
l'avidité féroce du grand nombre indépendant
& armé , on confidère les différentes
claffes propriétaires de la fociété fe réjouiffant
de leurs défaftres réciproques ; lorfqu'on
eft témoin de leurs haines , de leurs
débats , de leurs conflits d'opinions politiques.
Pendant que la France court à fa
diffolution , pendant que la République
s'effectue , les Mécontens difputent fur la
meilleure forme de Gouvernement poffible
, fur deux Chambres & fur trois , fur
( 61 )`
le régie de la Monarchie fous Charle- :
magne & fous Philippe le Bel, fur ce qu'il
faut rendre ou retenir des deftructions opé
rées depuis trois mois.
Ainfi les poffeffeurs d'une maifon en
flammes , au lieu de courir aux pompes &
de réunir leurs forces , fe battent en deflinant
la reconſtruction de l'édifice . Quand
on n'a pu défendre ce qui eft détruit , il ne
faudroit pas cependant perdre fes forces à
vouloir ramaffer chaquel particule des débris
, ni préférer de refter dans la rue ,
l'on n'eft pas exactement logé comme on
l'étoit avant le tremblement de terre.
晨
fi
Mille queſtions oifeufes , ou infolubles ,
ou indifférentes , fourniffent des alimens
journaliers d'animofité. On ne reprochera
jamais affez vivement à quelques - uns
des Emigrés , & aux coupables, Ecrivains
qui fomentent cette difcorde fous leur
dictée , d'avoir fécondé toutes les femences
de fchifme entre les Adverfaires des Républicains
, entre les amis fincères du
Roi & de la Monarchie. Quels Confeillers
infenfés ont donc perfuadé aux
Royaliftes fugitifs , qu'il fuftifoit de leurs.
forces & de leurs opinions , pour propres
arracher la France à fa déforganiſation totale
? Lorſqu'on eft le plus foible , lorfque
tous vos moyens font ou nuls ou incertains,.
lorfqu'on eft impérieuſement primé par une
Faction décidément prépondérante , eft- il -
( 162 )
une école plus miférable que celle de l'intolérance
de parti , de repouffer , d'outrager ,
de menacer de fes vengeances ceux qui
viennent à vous fans adopter toutes vos
idées ; de déclarer une guerre impitoyable à
quiconque ne fe place pas fur tous les points
de votre ligne , & de réfe ver fa niodération
pour les ennemis ( 1 ) ?
-
-
( 1 ) C'est dans cet efprit qu'est écrite une
nouvelle brochure , attribuée à M. de Calonne ,
& qui paroît fous le titre de Réponse à un Fransois
Emigré. Des confei's donnés à la Maifon
d'Autriche font noyés dans des injures contre tout
ce qui n'eft en France ni Jacobin , ni Royaliſté
exagéré. Cet écrit ne peut être l'ouvrage de
M. de Calonne , car il y déchire ce qu'il célébroit ,
en 1790 dans fon Etat de la France. Il eft une
clafle , peu nombreuſe il eft vrai , d'hommes
tellement exaltés , qu'ils eftiment plus celui qui
brûle leurs maifons & confifque leurs propriétés ,
que ceux qui fe haſardent à les défendre. - Ils
pardonnent aux Républicains qui ne veulent ni
Roi , ni Clergé , ni Nobleffe , ni inégalité de
fortunes , ni Police , ni Gouvernement ; mais
leur indulgence expire à la vue de quiconque eft
fourçonné de defirer deux Chambres .
Dans la hiérarchie diftributive qu'ent ordonné
quelques Fugitifs ardens , & dont nous devons
la publication à leurs Ecrivains , M. de la Fayette
fe trouve à côté de Jourdan , M. de Cazalès au
niveau de M. de Talleyrand , M. Malouet audeffous
de M. Roberfpierre . L'on aimprimé, répété,
& l'on a écrit plufieurs fois , que j'étois plus I
mujfible que Gorfas , que Carra , ou Briffot
( 63 ) )
+
Quoi ! fans diftinction de caractères &
de motifs , quiconque a pu errer dans le
cours de la Révolution , quiconque eft
défabufé par l'expérience , en confervant ,
néanmoins , des opinions politiques qu'il
croit conformes à la raifon & à l'intérêt
public , fera frappé de réprobation , parce
qu'il ne facrifiera pas l'amour fi noble d'une
liberté modérée , au Parti qu'il aideroit à
fortir de fes ruines !
Si cela eft ainfi , il faut tirer le voile
fur la France ; car je le prononce hautement
, je n'entrevois une lueur de falut
que
dans la coalition des inimitiés qui fe réuniffent
à invoquer la ceffation de l'anarchie,
la fuppreffion de fes véritables caufes , & la
reftauration de l'ordre général . Que tous
ceux qui tendent à ce but , ajournent leurs
haines , leurs difputes politiques , & leurs. [
prétentions. Qu'ils fe perfuadent que la Monarchie
, les propriétés , les reffources &
même les espérances , tout périra avant que
leur métaphysique difputante ait concilié
chaque paragrafe de leurs divers fyftêmes ;
qu'ils fe pénètrent fur - tout de cette vérité ,
c'eft qu'on eft indigne de rien défendre
de louable fi l'on ne fait rien facrifier , &
qu'à la vue du gouffre fur lequel on eft
jetté , le comble du délire eft de s'opiniâtrer
à la défenfe des queftions qui nous
divifent , au lieu de s'affermir fur les points
communs à tous.
( 64 )
On fentira trop tard que , lorfqu'un
Parti eft enfoncé dans une pofition difficile
, lorfqu'il a befoin d'aides pour en
fortir , il faut fe hâter , même avec ›
la caufe la plus jufte , de la rendre acceffible
à tous ceux qui ne veulent ni en recevoir la
Loi , ni la lui dicter , de ménager une iffue
aux diffentimens , aux exagérations paffées ,
aux errreurs , aux torts politiques. Sans cette
mefure de fageile , on redonne à fes ennemis
des auxiliaires qu'on étoit maître de défarmer
, & on les force , malgré eux , de
refter fous les enfeignes qu'ils euffent déchirées
; mais ce n'eſt pas en redifant fans ceffe
tout ou rien, nos opinions ou le néant, qu'on
parvient à ce but de tout Parti conduit
des hommes éclairés .
par
Pompée écrivoit : « Ceux qui reftent en
Italie feront regardés comme traîtres à la République.
» « Ceux qui refteront en Italie ,
mandoit Cefar, partageront la bienveillance
du Vainqueur , & concouront avec moi à
fauver la liberté Romaine . » CeCe peu de
mots valoit la bataille de Pharfale. Jamais
Charles II ne fut remonté fur le Trône ,
fans la réunion des Royaliftes , des Républicains
mitigés & des Presbytériens , fous
les drapeaux du Général Monk .
A ces vérités , à ces exemples , j'entends
des Royalistes oppofer les flottes & les armèes
étrangères , dont les victoires délivreront
les Hommes exaltés du befoin
( 65 )
de la condefcendance & de la modération."
Ecartant ici tout ce que préfente d'affligeant
cette reffource d'une guerre exté- ?
rieure , dont les effets peuvent s'étendre
de la manière la plus déplorable fur la
France & fur les François , fans que la réflexion
ofe s'en promettre aucune folidité
dans la contre-révolution qu'elle opéreroit
momentanément , que nous offrent juf
qu'ici les difpofitions des Puiffances com-"
binées ?
w
Ni la Cour, de Vienne , ni celle de Ber-
Im , principales colonnes de l'édifice , n'ont
indiqué l'intention de faire la guerre
à ce qu'on nomme la Conftitution , encore
moins à la Liberté & à la Nation
Françoife, ni de paroître aux yeux de leurs
Peuples , s'armer contre une anarchic que
le vulgaire prend ftupidement pour la caufe'
du Peuple , ni de dépenfer des hommes
& des millions , pour rendre au Clergé
de France fes biens , & à la Nobleffe fes
écuffons . Nous avons cent fois énoncé'
cette opinion ; l'événement l'a confirmée.
Mais les dépêches du Prince de Kaunitz ,
& fon dernier Office en particulier , laiffent
percer des traits frappans de lumière. On y
découvre que le Cabinet de Vienne a féparé
Jes Jacobins du refte de la Nation ; qu'elle
les confidère fous la couleur d'une Faction
agitatrice , défordonnée & anti - conftitu
tionnelle
; que fi la guerre éclate , c'eft cette
166 )
Faction , & non la faine partie des François
qu'elle traitera en ennemie. Il eft faux , n'en
déplaife à M. Dumouriez, le Miniftre étran-,
ger , que le Prince de Kaunitz , entende
exclufivement les Ariftocrates par ces mots,
lafaine partie de la Nation. Ils s'adreffent à
tous ceux qui gémiffert des triomphes du
crime , d'une licence qu'aucune Loi ne peut
réprimer , de l'anéantiffement de l'Autorité
Royale , & des injuftices dont un dérèglement
forcéné s'empreffe de combler la
meſure.
Si , foit en la déclarant les premiers ,
foit en la rendant inévitable par des provocations
hoftiles , les Jacobins nous attirent
la guerre , le premier Manifefte des Cours
combinées préfentera la même diftinction.
On les verra s'annoncer comme Alliées
comme protectrices de quiconque n'eft pas
Jacobin: c'eft cette ligue & non la Nation,
qu'elles parleront d'écrafer : elles fe montreront
armées , non pour la caufe fpéciale
des Emigrés , mais en faveur des Propriétaires
vexés , ruinés , ou près à l'être , des
Amis de l'ordre , des défenfeurs d'un Gouvernement
jufte , qui maintienne dans un
fage équilibre les droits du trône , & ceux
du Peuple.
Par cette politique , dont la réalité me
paroît évidente , la France fe trouvera
fcindée en deux Partis , celui des Répu
blicains
, & celui de tous les Citoyens qui
1
1.67 )
ne voulant pas le devenir, peuvent, trouver
un point d'appui , quelles que foient d'ailleurs
leurs opinions .
Si cette conjecture touchant le plan de
Vienne n'eftpas erronée , les Jacobins fe font
précipitésdans le piége, en fe rendant maîtres.
& de l'Affemblée , & du Gouvernement , &
du Ministère , & des Corps Adminiftratifs ,
& du Royaume par les violences de leurs
Clubs. Cette concentration de pouvoirs
cette ardeur impolitique & ambitieufe à
étendre leur oppreffion même fur les Partis
qui fe difent fidèles à la Conftitution , leur
enlèvent la fauve garde contre l'Etranger ,
qu'ils tiroient du Concours du Roi , avec
une Majorité & des Miniftres Conftitu
tionnels. Seuls chargés maintenant de la
refponfabilité des évenemens , & de toute
la puiffance de l'Etat , la politique exté
rieure ne les confondra plus avec la Nation
en général , & les attaquera comme Faction
ifoléc retranchée dans les places d'où
elle a chaffé même les Amis de l'ordre
nouveau qui fervoient la Conftitution
fans vouloir fervir les Jacobins.
"
Au furplus , ces derniers ne feront pas
attendre les Puiffances coalifées ; ils ne diffi-,
mulent plus la réſolution d'aller au devant
même des projets défenfifs de toute Cour,
Etrangère. Excepté MM. Roberfpierre ,
Camille Defmoulins , & quelques autres
plus fenfés , la tourbe anarchique de cette
( 68 )
Faction veut abfolument la guerre. Son
Comité dirigeant l'a décidée dans un
nouveau pamphlet récent , M. Clavière pofe
en axiôme , que la première opération de ,
finance doit être la guerre contre les Princes
coalifes. M. Dumouriez a écrit , dit - on ,
aux premières Puiffances de l'Europe dans
le ftyle de Pompée au Roi de Cappadoce.
On peut apprécier les dépêches de ce
Miniftre par fes dernières bravades à
l'Affemblée , par fes difcours aux Jacobins
en invoquant leurs confeils , & par les choix
dont il a rempli fon Département . MM . de
Rayneval & Hennin , vieillis dans le métier ,"
ayant eu la fageffe de fe retirer , M. Dumou
riez a recrée la place de Directeur des
Affaires étrangères , éteinte , à la mort de
l'Abbé de la Ville , en faveur de M. Bonnecarrère
Minifire in partibus auprès de
l'Evêque de Liége. Les Bureaux congédiés
ont été remplacés par des Scribes du Chub
des Jacobins , par un Abbé Noël , ancient
Lecteur à l'Univerfité , & formé àla diplo-,
matie par la Chronique de Paris dont il étoit
l'un des illuftres Rédacteurs , & c.
On n'a encore que des avis contradictoires
& incertains des dernières fcènes du
Midi ; mais il n'eft pas douteux , ainfi que
nous l'avions fait preffentir , que le fupré-,
matie des Clubs Républicains va la fubju
guer. Par l'enchaînement des circonftances,
Tes forces que M. de Narbonne faisoit raffen
( 69 )
:
bler dans ces contrées , pour fauver Arles &
Avignon des expéditions de Marſeille , font
deftinées aujourd'hui à foutenir les exploits
de cette Ville. Déjà délivrés du régiment
d'Erneft, les conquérans civiques de la Provence
le font encore du régiment Allemand
de la Marck & des Huffards d'Efterhazy ,
qui offufquoient à Avignon les braves Prifonniers
& leurs Amis.
Réfutant par fa prompte faumiflion , les
caloninies auxquelles elle eft facrifiée , Arles
a ouvert fes portes à deux régimens de
ligne qu'on y a fait entrer. Plufieurs rapports
certifient la fortie de nouvelles cohortes
Marfeilloifes , pour coopérer au
défarmement de cette malheureuſe cité , &
à l'exécution de l'amniftie Avignonoife.
Nous ignorons fi en effet Arles eft déjà
défarmé, & fi les Marfeillois y ont pénétré.
Avignon eft occupé par des Gardes nationales
de Nifmes , & par trois Compagnies
du régiment de Boulonnois que la prudence
de M. de Choify en avoit écarté.
La nouvelle de l'Amniftie a frappé d'effroi
* & conſterné tous les Citoyens : le Tribunal
criminel a fufpendu fes fonctions ; laplupart
' des Familles honnêtes ont émigré de nouveau.
Certains Décrets ont la vertu de la
peftes on fuit à leur approche..
Plus de 20 Départemens participent
maintenant aux horreurs de l'anarchie , &
-d'une infurrection plus ou moins dévaftatrice.
Voici un détail exact d'une partie
7709
feulement des excès commis dans la Haute
Auvergne , Département du Cantal .
« Les affemblées de Canton , pour le recrutement
de l'armée , ont été , pour les agitateurs
du peuple, un moyen d'exciter des défordres. »
Les Paroifles du Canton d'Aurillac , cheflieu
du Département , étoient reunies dans cette
ville. Le Sieur Millau , commandant la Garde
Nationale du Pajou , fait faire à l'affemblée le
ferment de fe venger de tous ceux qui ne font
pas Patriotes. Dès l'après- dîné , les Volontaires
brifent contrevents fenêtres , meubles , des
maifons les plas confidérables de la ville. Plufieurs
honnêtes Citoyens fe fauvent par le toit
-de leurs maifons. On demande leur tête . Les
Corps Adminiftratifs reftent dans l'inaction. M.
de Nioffel, ancien Lieutenant-Criminel , qui avoit
contenu pendant longues années les garnemens
par une juftice ferme , eft menacé . Il n'ofe coucher
chez lui. Il place deux perfonnes affidées dans
fa maiſon , pour la garder. La nuit ſuivante ,
on fe porte à de nouvelles infultes. On tire de
dedans la maiſon un coup de pistoler pour éloigner
les Malfaiteurs . Ceux-ci vont fe plaindre
au Corps-de- Garde , à la Municipalité , mandent
les Paroiffes voisines , cherchent dans toute la
ville M. de Nioffel , qu'ils favent n'avoir pas
paffé la nuit chez lui , le trouvent , le mènent à
la Municipalité , qui l'envoie en prifon avec fon
fils, auffi innocent que lui.
כ כ
« Le lendemain, des Paroiffes entières le préfentent
en armes aux portes de la ville. La Mu
nicipalité va au-devant d'elles . Elles difent qu'elles
veulent avoir juftice, & venger leurs frères d'armes.
Letumulte groffit; la Municipalité confulte le Département
; la loi martiale n'eft pas proclaméc.
( 719
Aucun fentiment courageux ne donne de force à la
loi . On menace les Corps Adminiftratifs , ils s'éloignent
; on fe faifit de la victime , on l'amène
au milieu des hurlements fur la place , on lui
coupe la tête à coups de hache ; on porte cette
tête fur une fourche , on la promène dans les
rues , on la jette fur un fumier. La tête de M. FLvelli
& celle de M. Dereze, Adminiftrateurs, furent
mifes à prix , & au même moment , la maiſon
de M. Hébrard , Ex - Conflituant bien connu
fut décorée par la populace de guirlandes de fleurs .»
« Le jour fuivant , on trouve des potences
figurées fur les portes des principales maifons.
L'impunité annonce de nouveaux malheurs . Les
Paroiffes , celle du Pajou entr'autres , portent
le pillage , l'incendie , la dévaſtation a dix lieues
à la ronde ; elles fe tranſportent d'abord à la petite
ville de Montfalvi , & la puniffent de fon attachement
à fon véritable Pafteur. Pour accélérer leur
marche , les brigands fe contentent de faire faire
ferment aux Habitans des Paroiffes qu'ils traverfent
, d'incendier & de démolir les châteaux.
Auffi-tôt les Habitans mettent la main à l'oeuvre ;
nous avons déjà la lifte de 18 châteaux qui ont été
-pillés, brûlés oudémolis en partie. En voici la liste : >>
Jennezerguen , à M. Dubarra ; Juniac , à
M. de la Grange ; Montlogis , à M. de Montlogis;
la Befferette , à M. d'Humières ; Lepoux , à M.
d'Humières; la Zode , à M. de Comblac ; Longueverhe
, à M. de Comblac ; Faulas , à M. de Mialet ;
Fargues , à M. de Fargues ; Roanne , à M. de
Roanne ; Volpiliac , à M. d'Orcet ; Efpinaffol,
à M. de Roquemovel ; Lefcure, à M. de Lasfic;
Hautever , à M. de Peitronnecq ; Rochebrune ,
à M. de Rochebrune ; l'Eterne , à M, de l'Eterne ;
Convos , à M. d'Aurillac , pillé ; la Volpilière , à
• M. de Meffiliac, »
CC
(.72.)
ec La fureur populaire s'eft exercée , non-feulement
envers des Nobles & des Emigrés , mais
fur des Propriétaires qui n'ont jamais abandonné
leurs foyers , & qui fe voient forcés d'aller chercher
au loin un afyle , incertains de le trouver
nele part en France. Madame de Beauclerc , fugit
ve , emmena avec elle un de fes enfans ma-
"Jade , qui ex, ira dans fes bras , en traverſant les
montagnes. Madame de Peironencq fut obligée ,
pour fouftraire fon fi's aux brigands , de le traveftir
en payfan , & de lui faire garder les moutons
. M. d'Humières , vieillard vénérable de 80 ans,
après avoir payé fon tribut à l'Etat par des fervices
militaires diftingués , après avoir donné dans le
pays' l'exemple de toutes les vertus , & fervi de
modele aux pères de famille , s'eft va forcé de
s'éloigner pour préferver les jours . Beaucoup
d'autres familles ne favent ou porter leurs pas , &
-les débris de leur fortune , & c. »
Samedi foir , après avoir entendu le
Rapport adouci de ces brigandages , l'Affemblée
rendit un Décret dicté par un
efprit d'ordre & d'équité ; mais il falloit
rendre la juftice toute entière , effrayer les
Officiers populaires , & affurer aux Propriétaires
volés le bénéfice de la Loi , qui
read les Communes refponfables des brigandages
qu'elles n'ont pas arrêté.
P.S. Un Courier arrivé hier de Stockholm , a
apporté la nouvelle que le 16 , le Roi de Suède entrant
au bal mafqué , a été frappé à la cuiffe d'un
coup de piftolet chargé de deux balles : la bleffure
ne paroît pas être molte le. L'affaffin , dit- on , eft
arrêté ; c'eft un Officier puni dans l'affaire de Finlande
, & à qui le Roi avoit accordé la grace . Voilà
les premiers rapports : nous en donnerons de plus
circonftanciés dans huit jours.
MERCURE
HISTORIQUE
E. T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 24 Mars 1792.
LA Diète, ainfi que nous l'avonsrapporté ,
s'étoit terminée fans oppofition aux demandes
du Roi des quatre Ordres , trois
avoient perfévéré , prefqu'à l'unanimité
dans leurs fentimens invariables d'union
de fidélité , d'attachement envers le Prince
dont l'intérêt fes trouve fi intimement lié
aux leurs ; une partie affez confidérable de
l'Ordre Equeftre avoit manifefté les mêmest
difpofitions pendant la tenue des Etats :
les réfolutions de cette Affemblée font
publiques; il n'en eft aucune qui ne fût
nécefitée par les devoirs les plus facrés ,
par la foi due aux Créanciers de l'Etat ,
par le paiement des dépenfes de la guerre,
Nº. 155 14 April 1792.
querre,
.
nous
Tune des plus glorieufes , & par fes fuites
l'une des plus utiles qu'ait jamais entrepris
la Suède. Il eft abfolument faux , ROUS
le répétons , que le Roi eût exigé aucun
fubfide extraordinaire , & éprouvé des
réfiftances à cette demande. Le feul
acte d'autorité à lui reprocher , quoique
les derniers évènemens en juftifient
la prudence , eft la défenfe de rien
publier fur les Finances pendant la tenue
de la Diète. Les Conjurés qui préparoient
une cataſtrophe , n'avoient pas négligé
l'arme des libelles ; le Roi dédaigna d'en
rechercher les Auteurs ; mais il voulut
arrêter le cours de ces diatribes .
Déconcertés par la tranquillité de la
Diète , voyant leurs efforts déjoués
ne pouvant plus vendre leurs voix , leur
appui , leurs trahifons à la Ruffie, ni travailler
, avec le fecours de cette Puiffance ,
à replonger la Suède dans l'anarchie oligarchique
d'où la Révolution de 1772
Pavoit tirée , défefpérant enfin de jamais
détacher du Roi la très- grande pluralité de
la Nation , les parti fans de l'ancienne Ariftocratie
des Nobles ont tenté le dernier
crime pour la reffufciter.
Le 16 de ce mois , le Roi foupant
dans fes appartemens avant l'ouverture
d'un bal maſqué qui devoit avoir lieu
pendant la nuit , reçut un billet écrit en
françois , où on l'avertiffoit qu'il feroit
( 75)
entouré & affaffiné dans une des fallès du
bal . « Je vous hais , écrivoit l'anonyme
» je hais tous les tyrans , mais je ne veux
» pas être du nombre de vos alfaffins . Si
vos Soldats falariés euffent tenté à Gefle
» un mouvement contre la Diète , j'aurois
été le premier à vous percer le fein .
Cette lettre , conforme à tant d'autres avis
du même genre , ne fit aucune impreffion
fur le Roi : il étoit dans le caractère de
ce Prince de répondre comme Cefar & le
Duc de Guife , ils n'oferoient.
•
Jettant le billet fur fa table , & fans:
daigner même fe faire accompagner , le
Roi fe tendit au bal . A peine entré dans
la falle qu'on lui avoit défignée , il eft
entouré , preffé par plufieurs mafques en
dominos noirs ; l'un d'eux le ferre dans la
foule , lui applique un piftolet fur la
hanche ; le Roi fait un mouvement , &
donne ainfi une direction demi- verticale.
au coup qui lui eft porté , & qui pénètre
de la hanche dans la cuiffe.
.
« Je ſuis bleffé , s'écrie le Roi en ôtant
» fon mafque , qu'on me ramène dans
» mes appartemens. » Auffi - tôt plufieurs
voix crient au feu , pour occafionner une
confufion à l'aide de laquelle les coupables
puiffent s'évader ; mais l'Officier de garde
ordonne fur-le- champ de fermer les portes;
le Lieutenant de Police fait démafquer tous
les affiftans ; on les fouille fans trouver ni
D 2
( 76 )
armes , ni inftrumens tranchans. Seulement
on découvre à terre le piftolet dont s'eſt
fervi l'affaffin , & un grand couteau tel
que ceux que les Suédois font en ufage,
de porter lorfqu'ils vont à la campagne.
Dans le nombre des mafques découverts ,
l'un d'eux fe trouble à l'inſpection du Lieutenant
de Police , provoque la défiance de
ce Magiftrat en fe défignant lui - même,
comme au deffus de tout foupçon. Cette
défiance eft bientôt juftifiée, Les Armuriers
& Couteliers de la capitale ayant été
affemblés fur- le-champ , deux d'entr'eux
reconnoiffent le pistolet & le couteau , &
atteſtent les avoir raccommodés pour M.
Ankarftroëm ( 1 ) déjà foupçonné.
Dans la matinée , on conduifit ce miférable
devant le Juge de police , où il fubit
un premier interrogatoire , qui fe répéta
enfuite devant le Tribunal fuprême de
Juftice. Tout décéla en lui l'inftrument
fanatique d'un complot plus étendu ik
avoua fon crime fans héfiter , s'en glorifia ,
dit qu'il regardoit le Roi comme le fléau
de l'Etat , & perfifta à refufer les noms de
Les Complices.
Retiré d'abord dans fes petits apparte
mens , le Roi y refta couché fur un fopha
près de trois quarts d'heure , entouré de
(1) Ce nom a été défiguré dans toutes les Fenilles
de Paris,
( 77 )
plufieurs Miniftres Etrangers & de Per
fonnes de fa Cour . Il eft impoffible de
porter plus loin que ce Prince ne l'a fait ,
la férénité , le fang froid , le courage tranquille
: il n'a témoigné aucune inquiétude
fur fa vie ; toutes fes facultés & fon entretien
fe tournoient vers les effets de cet
attentat , & fur l'impreffion qu'il produiroit
en Europe , il fembloit fe confidérer
comme un nouveau titre qu'il acquerroit
à la gloire , & à l'amour de fes Sujets ; &
-c'eſt un fait très- vrai , qu'en repaffant les
prédications de régicide fi multipliées par
les preffes Françoifes , il lui échappa de
dire gaîment ; ce Briffot va bien jaſer fur
-cet évènement. Il dicta avec le même calme
des difpofitions de la Régence à la tête de
laquelle il plaça le Duc de Sudermanie.
-La fermeté du Monarque fe foutint avec
le même héroifme , pendant l'opération
confiée au premier Chirurgien de l'armée.
On ne put fortir de la plaie qu'une tête de
clou & une balle. La nuit du 17 au 18 fut
très-agitée , & la fièvre violente : quoique
la fuppuration extérieure fe fût déclarée
dans la matinée du 18 , la journée fut affez
mauvaife , & les Gens de l'art conçurent
de l'inquiétude. Ils reprirent leurs efpérances
le 19 ; le Roi dormit paiſiblement
trois heures dans la nuit précédente ; la
crainte d'un dépôt & de la gangrène intérieure
diminua ; depuis , l'état de S. M
D
3
( 78 )
seft amélioré de jour en jour ; hier la fuppuration
extérieure étoit bien établie , le
Roi prefque fans fièvre , & toutes les apparences
favorables , - Quoiqu'on n'ait
point extraitencore la totalité de la charge,
on a du moins la certitude qu'elle n'étoit
pas empoifonnée , & l'on fait qu'il n'eft pas.
rare de voir des corps étrangers ne fortir
que plufieurs années après la bleflure . Ici ,
aucun vifcère ne paroît avoir été attaqué ; le
coup a porté dans les mufcles & les chairs..
L'affaffin Ankarſtroëm fut autrefois Enfeigne
aux Gardes. On lui attribue contrele
Roi une haine perfonnelle , qui l'aura
fait choisir pour exécuteur des vengeances:
d'autrui. Il trempa déjà dans la confpiration
que formèrent contre S. M. & contre
leur patrie , pendant la dernière guerre , un
certain nombre d'Officiers que la Ruffie
avoit chargés de foulever l'armée Suédoife
, de la paralyfer , & de faciliter à
I'Impératrice la conquête de la Finlande..
Condamné à mort , il dut fa grace à la
clémence du Roi , ainfi le forfait de la
plus atroce ingratitude fe joint ici au régicide.
La réunion de plufieurs dominos noirs
dans la même falle du bal , l'inveftiffement
du Roi à fon entrée , ce qu'on connoiſſoit
des difpofitions de quelques Nobles ulcérés
, leurs projets avortés pour troubler
la Diète , enfin le choix même du meur179
)
" w -fe
trier indiquoient fuffifamment que cef altentat
formoit le premier acte d'une Confpiration
prémeditée & plus ou moins
étendue. Cette conjoncture eft aujourd'hui
une certitude. On a découvert que le billet
écrit à S. M. , l'avoit été par M. de Lillienhorn
Major aux Gardes . On a arrêté
cet Officier dont la révélation anonyme
décéloit affez la complicité : c'eft un
Militaire confidéré , qui fe diftingua
par des preuves de la plus grande intrépidité
, dans la guerre de Finlande. , &
dont il paroît que le Roi ne foupçonnoit
guères la fidélité . Le jeune Comte de
Horn qui a chargé le piftolet , & près de
60 autres Perfonnes ou impliquées dans
la Confpiration , ou fufpectes , font entprifonnés
: On a eu beaucoup de peine à
les fauver de la fureur du Peuple de la Capttale
, entièrement dévoué au Roi , ainfi que
celui des provinces où cet attentat a excité
une Irorreur inexprimable. Les portes
de la ville font encore fermées , & Pon a
peis toutes les précautions nécefiaires pour
affurer la tranquillité , & la découverte
complette de cette conjuration diffipée ,
dont le fuccès eût vraisemblablement replongé
la Nation fous le joug des abus dé--
truits , & de l'oppreffion oligarchique .
Il paroît que la Ruffe s'occupe férieu
fement du projet d'envoyer une elcadre
D 4
7.80 )
A
dans l'Océan ; on travaille fans relâche
pour cet objet à Cronstadt & même à
Archangel. Le Gouvernement Danois a été
déja informé que 29 vaiffeaux de ligne
Ruffes & un grand nombree de petits bâtimens
pafferoient le Sund l'été prochain.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Mars 1792 .
L'opinion publique favorife de fes aufpices
les commencemens du nouveau règne,
& jufqu'à ce jour la conduite du Roi juftifie
l'opinion publique. Ce Prince eft d'une
étonnante activité ; il prend connoiffance
de toutes les parties de l'Adminiſtration ;
les Finances font un des principaux objets
de fes travaux , & il n'épargne ni fon
exemple , ni fes exhortations pour infpirer
des vues fages aux Miniftres , ainfi qu'aux
Chefs des divers Départemens. Il eft
bien certain que la politique extérieure ne
fouffrira aucune variation : les connexions
formées par le dernier Empereur feront
maintenues & confolidées . - La Cour de
Berlin partage entièrement ces difpofitions ;
chaque jour rend plus étroite la relation
qui s'eft établie entre les deux Puiffances . Le
Roi de Hongrie a donné auffi à l'Electeur de
Saxe l'affurance qu'il ne changera rien aux
-
781 )
engagemens pris à Pilnitz ; engagemens qu'il
n'héliteroit pas un inftant à contracter s'ils
étoient encore à former. -Le Général
Pruffien de Bifchofswerder ne retournera à
Berlin que dans is jours : il a des entretiens
fréquens avec le Roi & les Miniftres ;
perfonne ne doute qu'on ne travaille de
concert à la prochaine exécution d'un plan
général , dont on prévoit que les nouvelles
conjonctures de la France ne tarderont
pas à faire une néceffité. -Le Baron
de Duminique , Miniftre dirigeant de l'Electeur
de Trèves eft dans cette Capitale , où
il a conféré plufieurs fois avec les Miniftres,
fur la pofition où fe trouve & cù va fe trouver
l'Electorat.
Pendant qu'on fonde à Berlin une
caiffe pour les veuves des Officiers militaires
, le Roi de Hongrie vient d'augmenter
d'un creutzer la paye du foldat , & de
rétablir l'ufage qui exiftoit fous Jofeph II ,
d'accorder à chaque Grenadier de la garde
du Palais , une demi - livre de viande & un
demi-feptier de vin par jour. L'armée déjà
fingulièrement attachée à S. M. A. , a reçu
cette faveur avec une vive reconnoiffance.
Le Confeil d'Etat pour les affaires intérieures
fera rétabli fur le pied où il étoit
fous l'Impératrice - Reine Marie- Thérèfe ;
le Roi fe propofe d'y affifter régulièrement.
S. M. fe rendra auffi fouvent aux
féances de la Chancellerie de Bohême &
Ꭰ ;
782.J
d'Autriche , de la Chambre des Domaines
& du Confeil Aulique de guerre.
Le Maréchal de Bender ayant follicité .
fa retraite , motivée par fon grand âge ,
S. M. la lui a accordée , en nommant le
Général Baron de Karaczay au Comman
dement Général de l'armée des Pays - Bas
Ce nouveau Chef eft très - avantageufement
connu par fa conduite diftinguée dans la
dernière guerre...
Lorfqu'on a appris l'excès de groffe
joie qu'avoit produit en France fur le parti
des Jacobins , la mort imprévue de Léo
pold II, on n'as éprouvé dans cette Capi- .
tale qu'un feul & même fentiment , celui
du mépris. Si le Gouvernement fage de
Léopold en Tofcane n'eût point été connu;
fice Prince n'eût point procuré la paix à
fes Etats par fa prudence & fa modération
; fi la conduite politique ne lui
cue point concilié l'eftime de fes voifins
& l'amour de toute l'Allemagne , fon rang
élevé & l'attachement connu de fes fujets
pour fa perfonue , auroient dû en impofer
a des infenfés qui s'appellent libres , tandis
qu'ils font les efclaves honteux des paffrons
les plus criminelles. Mais que peuon
efpérer d'un Pays où l'anarchie eft
complette ! Il eft impoffible que les per
fonnes qui occupent les places adminifatives
& judiciaires ne défapprouvent
7831
ces épanchemens défordonnés ; mais elles
font dans la trifte impoffibilité de les réprimer.
Des enragés croyoient voir dans
Léopold l'ennemi , le plus cruci de leur
Conftitution , tandis que , le premier , &
malgré les plus fortes repréfentations
des Emigrés , il reconnut la liberté de
Louis XVI, après fon acceptation de l'Acte
Conftitutionnel. Le temps décidera files
Révolutionnaires avoient raifon ou non
de fe réjouir fi fort de la mort de l'Em--
pereur. Ce Prince qui n'a point tefté,
lajffe une fucceflion privée très confidérabie
, & qu'on évalue à 18 millions de
florins.
GRANDE - BRETAGNE
De Londres , le 4 Avril.
Avant-hier , l'abolition de la Trafte dess
Noirs fut remife en queftion , & difcutée
dans les Communes : Chambre convo
quée par appel nominal fe trouva allez
nombreufe. M. Wilberforce fit la motion
d'abolir purement & fimplement , & à
jamais , la Traite des Nègres fon Dif
cours , ainfi que le debat , n'ayant repro
duit que des argumens déjà ufes de pare
& d'autre , nous nous börnerons aux ré
fultats de la difcuffion.
TO
THEY
Le Colonel Tarleton , Reprefentant dec
D
( 84 )'
Liverpool , l'une des Villes les plus inté
reffées au Comnierce d'Afrique , combattit
M. Wilberforce. Le projet de ce dernier
fut appuyé d'abord par M. Fox qui déclama
plus qu'il ne differta fur la matière,
& enfuite par M. Pitt. Ce Miniftre répondit
avec autant d'adreffe que de fagacité , &
fur- tout avec une bonne foi apparente,,.
aux objections , aux inquiétudes des Partifans
de la Traite . Mais avant que ces deux
Orateurs euffent pris la parole , un Acteur
non moins effentiel avoit déjà divifé les
efprits. Ce fut M. Dundas , ami de M. Pitt
& fon Collègue dans l'Adminiſtration ,
qui , par une motion modifiante , évidemment
concertée avec le Gouvernement ,
affura à M. Pitt tout le mérite d'une réfolution
populaire , fans lui faire craindre
le reffentiment trop vif des intéreflés . M.
Dundas propofa donc d'abolir la Traite ,
mais graduellement, & feulement après un
laps de temps, Cette tournure déconcerta
les adhérens fincères ou fimulés de l'abolition
fubite , fans fatisfaire entièrement
les défenfeurs de la Traite.
Trois délibérations fuivirent. La première
, pour ajourner le débat , fut rejettée
par 234 voix contre 87. La feconde en
faveur de la motion pure & fimple de
M. Wilberforce , eut contr'elle 193 fuffrages
contre 125. Enfin , la troisième ,
fur l'amendement de M. Dundas qui fut
( 85 )
adopté à la pluralité de 230 contre 8 ) ; ma
jorité , 145 .
Au moyen de cette réfolution , chacun
refte plus ou moins fur fon terrein , & il eft
aifé de preffentir qu'on laiffera une grande
marge aux Planteurs & aux Intéreſlés à la
Traite . Du refte , on foupçonne que le Miniftère
a prêté fon appui à cette fuppreffion
éventuelle , dans l'efpoir que l'impétuofité
Françoife fe hâtera d'exagérer cette décifion
, afin de montrer à l'Univers étonné ,
que fi les Anglois font le bien lentement
& avec mefure , de l'autre côté de la
Manche on l'opère par inftinct & fans
reftrictions.
FRANCE.
De Paris , le 9 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche, premier avril.
comme
M. Monneron ayant donné fa démiffion forcée,
M. Clavière qui devoit lui fuccéder ,
fon fuppléant , a déclaré que , dans les circonftances
où fe trouve la nation , il croyoit devoir
préférer la refponfabilité miniſtérielle à l'inviolabilité
légiflative . Sa place à l'Affemblée fera
remplie par M. de Kerfaint.
On s'eft livré au torrent des adreffes & des
pétitions . Grands éloges du courage & de la
( ૪ ) '
juftice qu'il a fallu pour accufer M. Deleffart
Des citoyennes viennent folliciter une éducation
plus morale que l'éducation chrétienne , plus
nationale que l'éducation domeftique , & plus
virile pour le beau fexe régénéré ; les droits
politiques , législatifs & militaires pour la plus
belle moitié du monde ; l'égalité des conjoints
& le bienfait du divorce. Un publicifte gefticulateur
propofe d'élever les cent - fuiffes de la
maifon du Roi , au rang de cent -fuiffes de Affemblée
; puis des dédicaces d'ouvrages dont on
fait mention honorable fans les lire .
Les adminiftrateurs du département des Bou--
ches-du -Rhône , mandés , par un décret , ont
tâché de juftifier leur conduite aux dépens de
leus collègues & du pouvoit exécutif . Le préfident
leur a répondu froidement , & ils n'ont
pas reçu les honneurs de la féance .
Quelques municipaux d'Arles écrivent que ,
vivant du travail de leurs mains , ils font hors
d'état de fe rendre , à leurs frais , à Paris . D'au- -
tres lettres annoncent que les patriotes marchent
en force contre Arles . Mais trois compagnies
de volontaires qui s'y rendoient , ont péri dans.
le Rhône. Les comités découvriront par l'effet
de quel complot a pu s'ouvrir & s'abymer une
barque trop chargée.
"
Un décret a permis aux directoires & au
pouvoir exécutif de requérir les gardes nationales
Pour ramener la tranquillité dans les départemens
de la Nièvre & de l'Yonne , où il s'élève de
grands troubles.
Du lundi , 2 Avril,
M. Clavière prie , par écrit , l'Aemblée de
Kautorifer à conférer officiellement avec les co—
7·847-5
J
mités des finances , fur les affaires de fon dépar
tement. On a eu le bon efprit de fentir que , le
miniſtère n'avoit préféré la refponfabilité minifté--
rielle à l'inviolabilité légiflative , qu'en feréfervant
ce moyen de rendre toute refponfabilité illufoire ..
L'ordre du jour a déjoué cette petite rufe civique..
*
L'Evêque du Calvados a déployé toutes fes
connoiffances militaires , dans un rapport fur la
dénonciation de MM . Dubois de Crance & Charles
de Heffe contre M : de Narbonne qu'il a nonfeulement
difculpé , mais même flagorné. A l'en
croire , tout prouve que Perpignan & la frontière :
font auffi bien défendus qu'il eft poffible ; hommes ,,
-fufils , canors , affuts tout neufs , & canonniers .
en nombre fuffifant , rien n'y manque. « Le pou
voir exécutif n'étoit pas mort entre les mains de
M. de Narbonne ; mais plein de mouvement & de
vie... S'il a nommé M. de Choify, c'eſt que cet
officier né dans la ci-devant claffe du peuple ,
avoit une grande réputation . On aurcit voula
par- tout des Lukner ; mais où font- ils ? ... Au furplus
, un miniftre que la coar a renvoyé quand?
elle en gardoit d'autres que l'opinion publique condamnoit
, ne peut avoir marché fur la même
figne qu'eux... La furveillance eft néceffaire
mais elle ne doit pas être exagérée . Sarctionnons
la juftice févère que nous avons dû exercer envers
dos miniftres coupables , en rendant juftice au miniftre
qui a démérité auprès des courtifans en
parlant le langage de la liberté , à un miniſtre
qui a plus fait en un mois que beaucoup d'autres
en un an ... M. de Narbonne m'eft étranger
M. de Crancé eft mon ami... un légiflateur doit
être homme de bien... »
A l'ombre , ou à l'appui d'une impartialité f
bien échafaudéc , & plus heureux que M. Degt
88 )
leffart , le miniftre étranger à M. Fauchet , s'eft
prefenté à la barre , & a donné à fon apologie le
vernis du bel efprit . Chaque grief étant leftement
difcuté , il a cru pouvoir citer les lettres d'éloges
qu'il a reçues des principales garniſons depuis fa
retraite. « C'est moi qui fuis d'intelligence avec
les ennemis de la patric ? Qu'on leur demande
donc pourquoi leurs intrigues m'ont éloigné du
miniftere ? Par quelle connivence je fais d'accord
avec ceux qui n'ont pu fupporter entre mes
mains cette puiffance qui devoir , dit - on , fervir
leurs deffeins , lorfque j'ai rifqué de déplaire au
Roi pour qui mon refpect & mon attachement ne
finiront qu'avec ma vie ? " ( Voilà ce Roi fi refpecté
, fi chéri , étrangement confondu dans le
nombre des ennemis de la patrie , puifque pour
la fervir il faut avoir la vertu de rifquer de lui
déplaire . Ici la légèreté le donne , fans y fonger ,
tout le mérite juftificatif d'une malignité réfléchie. )
M. de Narbonne a pourſuivi ;
«Ma place eft invariablement marquée , je l'efpère
, parmi les hommes honnêtes & patriotes.
Je fuis impatient d'aller la retrouver dans les
rangs de l'armée ... C'eft m'exiler que de m'en
éloigner. Les débiles armes du menfonge s'émouf
feront contre les fervices rendu au péril de fa vie.
« J'ai demandé la parole , a dit M. Duhem
quoique je fache bien que je ne ferai pas écouté
favorablement ; car l'Affemblée s'étant avilie jufqu'à...
Les galeries des deux extrémités ont applaudi
ces derniers mots avec de vrais tranfports.
Le foulèvement a été général , & la falle a longtemps
retenti des cris de plufieurs membres , & des
battemens de mains de fes galeries . M. Duhema
volé à la tribune , elles l'ont encore applaudi. La
majorité des légiflateurs témoignoit une bien
(( 891)
étonnante furptife de ce manquement de refpect
.
M. Merlin veut juftifier , excufer les galeries ,
elles le huent impitoyablement. M. Lagrevolouvre
l'avis de les faire vider , le tapage redouble .
M. Grangeneuve le déclare le champion des galeries
dupeuple on lui crie : le peuple eft par- tout ;
on n'auroit pas entendu tonner . Les citoyens des
galeries agitoient leurs chapeaux , faifoient de
violentes gefticulations qu'ailleurs on eût prifes
pour des menaces ; s'entre- appelloient en difant :
Allons-nous-en; laiffons les crier , c'eft pis que nous;
laiffons les gagner leur argent , &c . Enfin
M. Vergniaud a prétendu qu'ils n'avoient voulu
qu'applaudir au regret qui portoit M. Duhem à
la tribune. Après plus d'une heure de défordre ,
le préfident qui s'étoit couvert , décoeffé , recou-
-vert , a rappellé les galeries au refpect qu'elles
- doivent toujours à l'augufte Affemblée ; des
rumeurs ont étouffé les humbles excufes de
M. Duhem , & l'on a décrété qu'il n'y avoit
-pas lieu à accufation contre M. de Narbonne. {
I
-
Du lundi , féance dufoir.
Tour ne refpire que l'impunité civique. Le
directeur du juré de Poitiers fe refuſe à l'audition
des témoins défignés pour convaincre les
fauteurs de la dernière émeute , & a fait élargir
plufieurs féditieux . L'adreffe des trois corps adminiftratifs
eft renvoyée au comité .
A la barre , le procureur-général-fyndic du
département des Bouches - du - Rhône a rendu
compte de la conduite des adminiftrateurs dans
l'affaire d'Arles , a dit , en fubftance , que les
commiffaires civils n'avoient eu connoiffance
d'aucun trouble dans cette ville ; que , depuis
( 90 )
...
le premier janvier , M. de Barbantanne Jai écri
voit que tout y étoit tranquille ; que l'arme
ment étoit une puérilité ; mais qu'il n'étoit pas
content de l'efprit public qui régnoit à Arles. »
On a ajourné le rapport à famedi ..
L'Affemblée a décrété que les colonels de la
gendarmerie nationale feront réduits à 8 , &
feront les fonctions d'inspecteurs , & les lieute
mans- colonels à 18.
Du mardi , 3 avril.
1
Une adreffe du 5. régiment d'infanterie de
clare au corps légiflatif , que les foldats de ce
régiment n'accepteront pas l'augmentation du
tiers de la folde qu'on fe propofoit de décréter...
Tant que les foldats Romains , difent - ils ,
n'ont eu que le néceffaite & le fer dont ils étoient:
armés , ils ont été invincibles.... Nous ne voufons
pas mettre à l'enchère le facrifice de notte
fang & notre courage. » Cette adreffe étoit collective
, les régimens ne font pas des corps délibérans
, la formule.qu'on y a lue : qui le fouffre,
parfonfilence, eft coupable... Retirez donc la propofion....
n'eft rien moins que l'exprellion refpectueufe
de fujets de la loi parlant aux premiers
organes de la loi ; mais M. Boiftard y a vu un
feu électrique dont il importe de communiquer les
étincelles. On vouloit d'abord envoyer l'adreſſe
à tous les régimens ; quelqu'un plus délicat a
craint que ce procédé ne tînt d'une baffe mendication.
Le procès - verbal fera mèntion honorable
de l'injonction généreuse , & on l'enverra
au . régiment.
Quatre décrets d'urgence ont ordonné ; 1º la.
remiſe an 'miniftre de l'intérieur de 490,000 liv..
7.91 )
`pour les dépenses de l'hôtel des invalides . Ain
tout va au jour le jour.
2°. L'établissement d'une jurifdiction de prud
hommes- pêcheurs , dans chacun des ports d'An
-tibes , Bandol & Saint- Nazaire .
3. La forme des futurs affignats de 10 liv. ,
30, 25 , 15 & 10 fous ; filigramme , cadre
chaînette , carrés , lozanges , rofaces , arabes
ques. On y lira : la loi punit de mort le con
trefacteur... La nation récompenfe le dénonciateur......
La liberté ou la mort , en timbre fec.
On y verra les figures fymboliques de la loi ,
de la justice , de la prudence , de la force , & le
génie national gravant fur une table le mot confstitution
avec le fceptre de la raifon qui gouverne
aujourd'hui la France . Ces belles images feront
inimitables comme les autres ; mais les coupures.
de so fous & moindres ne pourront être distri
buées qu'au mois de juin , ce qui a excité de
violens murmures.. « Vous mettrez , fi vous
-voulez, votre comité en état d'accufation , a ditle
rapporteur. Il a dû facrifier la célérité à la
fécurité des citoyens ,
4°. La reftitution à M. Potin de Vauvineux9.
des 150,000 liv . en affignats qu'il avoit offertes .
: & déposées , attendu que « ces fommes proviennent
de pertes particulières au bénéfice def
.quelles la nation ne peut vouloir participer. » >
4 L'ordre. du jour amenoit la difcuffion des
moyens de fubvenir aux befoins de la caiffe de
L'extraordinaire . A propos de la motion du co
mité d'élever à 1,60 millions la maffe des affi
gnats en circulation , fi folemnellement , fi irré
vocablement fixée d'abord à 1200 , & enfuite à
1,600 millions ; M. Cailhaffon elt entré dans de
grands détails fur les finances , où il a voul
(1921)
prouver que le gage des affignats eft indépendane
de tous les événemens . « Il eft impoſſible , a- t-il
dit , de concevoir un ordre de chofe où une
corporation de célibataires pût dépouiller , par
un acte d'autorité , 500,000 familles de leur patrimoine,
Il a paru pencher pour la vente des
forêts ; a confeillé une nouvelle émiffion de
-300 millions d'affignats , pour leur rendre à-peuprès
leur valeur primitive; & a propofé des em-
-prunts fucceffifs , rembourfables chacun au bout
de dix ans , « en eſpèces d'or & d'argent aux
mêmes titre & poids que celles qui ont actuellement
cours en France. » On a décrété l'impreffion
& l'ajournement de ces vifions.
се
Paffant bien vîte à d'autres , M. Cambon a
Ju ce qu'il lui a plu de donner pour le tableau
des charges & des reffources de la nation. Il y
-a porté les rentes perpétuelles & les penfions
viagères que la nation doit à 276,391,141 liv .;
& il a dit qu'il n'eft pas néceflaire d'y affecter
une hypothèque , « puifque le gage en a toujours
repofé fur la rentrée des contributions &
fur la loyauté Françoife . » Ainfi , a-t-il ajouté
tous les François qui ont juré de maintenir la
conftitution , font refponfables du paiement annuel
de ces rentes . La garantie de 25 millions
d'hommes libres & de leurs propriétés eft , fans
doute , préférable à la parole d'un ministre qui
n'avoit d'autre guide que fa volonté. »
Total des reffources fur les biens nationaux
dont la vente eft ordonnée , 1,839,462,843 liv.
Les affignats en circulation , au premier mars,
ne montoient qu'à 1,531,626,152 liv .; ce qui
donneroit un excédent de 304,736,691 liv . , fi
l'on n'avoit pas dû faire de fréquens verfemens
dans la trésorerie nationale.
193 )
"
Voici quelque chofe de plus fingulier. Il reftoit
de difponible , à la fin de mars , 224,781,712 liv. ;
be cette fomme a déjà été employée à des rem- ·
bourfemens faits depuis le premier avril ; elle eft
néceffaire , j'ofe même dire indifpenfable pour
fubvenir aux dépenfes extraordinaires , & il feroit
imprudent de ne pas la conferver pour cet
unique emploi ; car les contributions qui ne font
pas établies , ne peuvent point fervir à leur paiementjournalier.
Explique , entende qui pourra,i
comment une fomme déjà employée en rembours
femens fails , peut être confervée & fubvenir
aux dépenses extraordinaires . Au reste , tout
payé, M. Cambon borne l'excédentà 81,408,730l. ;1
plus , les droits incorporels , 197,116,470 liv. ;.
plus , les biens nationaux ajournés , 396,913,9141, ; .
plus , les créances de la nation , 60,810,112 liv. :
mais l'avant dernier article fuppofe la ruine des
hôpitaux , & le peuple n'eft pas affez mûr en phie
lofophie pour que des malveillans ne puffent. pas
calomnier cette opération . Le dernier articles eft>
deftiné, par M. Cambonge à indemnifer les princes›
Allemands & l'évêque de Rome , & à fecourir les
colonies ....... de forte , dit il , qu'il fe feroit! 3 dit - il ,
opéré , par la révolution , une amélioration dé
606 millions dans l'état ordinaire des finan
ces.... » On a déciété l'impreffion de ces incon
cevables états .
Du mardi féance du foir
12
1
Une nombreuſe députation des citoyens del
Nantes a peint , à la barre , la misère que la
fituation des colonies va répandre dans cette
villes a imploré des fecours , des forces , l'envoi
d'un bon général a offert des vaiffeaux & desi
bras.. On avoit fait quelques difficultés de aless 21
( 94 ))
admettre, & d'impolitiques mouvemens d'humeur
avoient produit un vacarme d'autant plus mal ,
adroit , qu'on en a été quitte pour les honneurs .
de la féance.
Le directoire du département de Paris eft venu
répondre aux inculpations de la municipalité à
qui les loix n'attribuent point les fonctions de.
diſtrict , réservées au directoire. MM. de la
Rochefoucault & Roederer, ont foutenu que depuis
que les adminiftrateurs ſe mêlent des contributions
, les déclarations , de Paris , vont à
plus de 60,000; que la municipalité a eu tort
de fe plaindre du refus de communication ,
puifque toutes les lettres font reçues par M.
Pétion qui en a accufé la réception par écrit ;
& que les actes municipaux n'arrivent au directoire
que dans les papiers publics . Enfin M.
Pétion avoit dit à la barre que «c l'époque de la
création du comité du contentieux étoit celle
où les membres du département étoient auffi
députés à l'Affemblée nationale . La création de
ce comité eft du 5 novembre 1790 , & les élections
pour le département n'ont été faites qu'au
mois de février 1791 ... » On a déféré les honneurs
de la falle aux adminiftrateurs applaudis ,
& l'on a décrété , par affis & levé , de nombreux
articles fur la gendarmerie nationale.
Du mercredi , 4 avril.
A l'égard de l'objet effentiel de cette féance ;
Timpérieufe néceffité a tenu lieu de toute diſcuſfion
de principes. Un décret d'urgence a d'abord
ftatué que lorsque le lieutenant- colonel d'un basaillon
de gardes - volontaires nationaux , le premier
nommé , & qui , en cette qualité , a le commandément
en chef dudit bataillon , laiffera , par
( 95 )
6 B
mort,démiffion ou autrement , fon emploi vacant
le lieutenant- colonel le fecond nommé , le remplacera
dans le commandement en chef de bataillon ;
& il fera procédé de fuite au remplacement dudit
lieutenant - colonel le fecond nominé , en fe conformant
aux difpofitions du décret du 4 août
1792. » 1
Enfuite on a lu une lettre de M. Amelot , qui
peignoit l'embarras de la tréforerie nationale . Elle
réclame une avance de fix millions. Il , en a déjà
fait remettre cinq , en remplacement de fruits de
domaines nationaux . Hier foir , il ne reftoit à la
caiffe de l'extraordinaire que 16 millions. Si l'Aſfemblée
n'augmente pas la quantité des affignats
fufceptible d'être mife en circulation , le fervice de
la caiffe va devenir impoffible . Elle doit verfer fix
millions à la trésorerie , payer 2,500,000 liv . fur .
les trois millions accordés au département pour la
banque de fecours ( nous apprendrons inceffamment
que le deficit à remplir pour le mois de
mars , excède 40 millions )... Là- deffus , un décret
, bien nommé d'urgence , a porté à 1,650 mil
lions la fomme des affignats en circulation , fomme,
fixée originairement à 1,200 , & le 28 décembre.
dernier à 1,600 millions ; & a ordonné que les
nouveaux millions feront en affignats des livres ,
& que la caiffe de l'extraordinaire verfera , dans le..
jour , fix millions à la trésorerie , pour aider au
fervice de cette caiſle ,
Après un rapport de M. Tartanac , un troiſième
décret d'urgence a mis à la difpofition des direc
toires des départemens , les 5,760,000 liv . déjà
mifes à la difpofition du miniftre intérieur par un
décret précédent ; aina le don actuel n'exigera pas
une nouvelle dépenfe. Il fera délivré 150,000 1
au département de París pour le même emploi ,
( 96 )
Les 5,760,0co liv. nedonneront pas 70,000k
à chaque département. Celui de Paris contient
plus de 100,000 pauvres . La municipalité de
Paris a fucceffivement reçu 1,080,000 de fecours
provifoires , & 226,000 livres pour mois de
nourrices ; on y ajoute 150,000 livres ; total ,
1,456,000 liv. Comme Paris eft à-peu- près le
trente-unième du royaume , il faudroit que, dans
la même proportion , la totalité du ſecours fût
de 45,136,000 liv .; encore les miférables fi largement
fecourus n'auroient-ils pas de quoi vivre
trois semaines.
L'indigence nationale étant ainfi foulagée pour
deux jours , M. Saladin a lu , pendant trois
heures , une differtation fur les griefs fi fouvent
énoncés contre M. Duport du Tertre , & il a
conclu de ce fatras qu'il y avoit trois claffes de
chefs d'inculpation ; que ceux de la première ,
méritoient l'improbation de l'Affemblée ; ceux de
la feconde , une déclaration que le miniftre
( renvoyé) a pordu la confiance de la nation ;
ceux de la troiſième , un décret d'accufarion ;
ce qui eft aufli vigoureufement raifonné que fi ,
dans une fentence de mort , on ajoutoit : & fe
pendu perdra fa place ,la confiance de fes juges,"
& fera duement admoneſté & blâmé. Les membres
que l'excès de l'ennui n'avoit pas fait fortirde
la falle , ont décrété l'ajournement de cette
énorme rapfodie , que même l'affreux plaifir
d'accufer n'a pu rendre moins foporifique.
Du jeudi, s avril.
A l'époque du premier concordat entre les gens
de couleur & les blancs , 217 nègres , révoltés ,
affaffins , incendiaires , que leurs corrupteus ap
pelloient
( 97 )
pelloient infolemment des Stiffes , farent condamnés
à être déportés dans l'ifle des Moufquites.
Le capitaine Colmin , commandant le navite
1'Emmanuel , chargé de les y transférer , les dépofa
dans une colonie Angloife , d'où les gouverneurs
les ont renvoyés au Cap François , avec de
juftes plaintes d'un pareil procédé , & le compte
des dépenfes qu'ont occafionnées ces patriotes ."
Organe des comités colonial & diplomatique ,
M. Merlet a propolé de décréter que le Roi fera
invité à donner les ordres néceffaires pour pourfuivre
le fieur Colmin , & à prendre les mefures les plus
promptes pour faire régler l'indemnité due au gouvernement
Anglois , & lui donner l'affurance que
la Nation Françoile défapprouve la conduite du
capitaine Colmin.
* ཉ་ ་ ་སོ ཝོ
MM. Becquey , Mouiffet & Lefage ont repréfenté
que les relations extérieures & l'initiative
cet égard appartiennent exclufivement au Roi .
Je m'étonne, s'eft écrié M. Albitte , que les
députés du peuple , qui doivent conferver fes
droits, foutiennent que le Roi a l'initiative. Qu'ils
aillent en Angleterre ; le Roi n'a pas l'initiative .
Je demande qu'on rappelle à l'ordre le membre
qui s'eft fervi d'un mot offenfant pour les reprefentans
du peuple. On tâche en vain de francifer
ce mot- là ; il n'eft pas de notre langue . Si
quelque conteftation a pu s'élever entre une nation
quelconque & nous nous ne devons pas attendre
que le pouvoir exécutif vienne nous dire :
' cela eft arrivé. »
n
2
M. Lecointre a levé tout fcrupule en obfervant
que les députés étoient les véritables reprefentans
de la nation ; & le projet de M. Merlet a
décrété.
été
M. Dumourier eft venu communiquer à l'Af-
No. 15. 14 Avril 1792 .
E
1989
*
femblée , e attendu , a-t- il dit , que notre politique
ne doit avoir rien de mystérieux , » une lettre
de lui au chargé des affaires de France à Turin, & la
réponse de ce chargé d'affaires. Il s'agifloit d'obtenir
des explications cathégoriques fur des tranfports
de groffe artillerie , des rapprochemens de troupes
, & des raffemblemens d'émigrés . Le 31 ,
le miniftre de S. M. S. répondit par 4 articles ,
au nom du Roi fon maître. Canons , troupes ,
émigrés , tout y eft réduit à de vains bruits ; &
toujours pénétrée des mêmes fentimens pour le
Roi de France , S. M. S. espère que rien ne
troublera l'harmonie des deux Etats , & que
Roi voudra bien faire auffi qu'il ne foit porté
aucune atteinte aux loix du bon voisinage par des
moyens ouverts ou cachés..... » Au comité diplomatique.
«<le
On eft rentré dans les finances , & il faut
convenir que tout leur garantit une brillante
profpérité fi l'on peut les rétablir avec des differtations
& des zéros , applaudis & imprimés ,
Les reffources offreient moins de 100 millions
à M. Cambon. En ne comptant les forêts à
vendre que pour 1,800 millions , M. Marbet
trouve , tout payé , un excédent de 875 millions.
Ennemie des hyperboles , l'arithmétique gaſconne
de M. Lafond- Ladebat , ne porte l'excédent qu'à
un milliard & plus ; M. Fouquet demande une
difcuffion approfondie dans les comités , un ré-
Sultat imprimé « qui deviendra , avec raiſon
dit- il , le centre vers lequel fe dirigeront toutes
les méditations divigantes , de manière que tous .
les membres de l'Affemblée aient une opinion
faite fur ces grandes queſtions . » -- Il eftvrai que
cesqueftions acquièrent journellement , dans le fait,
plus de grandeur abſolue , & dans chaque diſcuſ-
>
( و و )
fion de l'Affemblée plus de grandeur relative;
M. Marbot a propofé de créer fur les forêts
nationales , des délégations qui n'auroient pas
un cours forcé , portants pour cent d'intérêts
& un emprunt de 800 millions dont un dixième
en numéraire , emprunt rembourfable en 8 an
nuités , auquel feroit attaché une loterie de huis
millions de rentes viagères pour ceux qui l'au
roient foufcrit. On a adopté l'avis de M. Fouqueta
Du jeudi , féance du foir.
Un décret folemnel avoit érigé une colonne
triangulaire à la gloire du maire d'Etampes
Simonneau ; un fecond décret l'avoit chargée
d'une quatrième infeription ; un troisième décret
a ordonné que la colonne fera quadrangulaire.
Après d'orageux débats fur l'addition de 400 la
au traitement de 3,600 liv . des lieutenans - colonels
de la gendarmerie nationale , ce qui pour
les 18 n'eût fait que 7,200 liv . ; l'augmentation
a été décrétée , difcutée , fupprimée , au bruit des
applaudiffemens , par le rapport da premier décret
en vertu d'un fecond décret , & en conféquence
de l'obfervation de M. Lacuée , que fous
le niveau de l'égalité civique on ne pouvoit
augmenter le traitement des officiers fans aug
menter la paye du foldat ; principe qui réduiroit
les généraux & les légiflateurs à 10 fous par jour.
Or , on venoit de doubler les pénibles fonctions
des lieutenans-colonels à qui l'on a difputé 400 l
au prix de 8 à 10 mille francs de frais de féance.
Le code de la gendarmerie s'eft groffi de quelques
nouveaux articles .
Du vendredi , 6 avril.
M. Merlin ayant trouvé que rien n'étoit «plug
C
E 2
100 )
argent , pour l'ordre public , » que la fuppreffion
des congrégations régulières & féculières , M.
Gaudin en alu le projet , précédé d'un confidérant
où ces congrégations enfeignantes étoient
traitées d'inutiles , & les autres taxées «d'apporter
des obftacles à la chofe publique. so
J
* Environnés de ruines , voulez-vous détruire
encore , s'eft écrié M. Lecoz , évêque du département
de Lille & Vilaine ? La religion & l'humanité
n'ont pas de plus grands fléaux que les
conquérans. L'efprit de conquête & l'efprit d'innovation
font le germe de la deftruction des empires
( Il est bien temps ! ... c'eft bien à lui !...
difoient à demi -voix nos deux voifins de la droite
& de la gauche ). Des légiflateurs , amis de l'hu-
Manité , examinent avant de renver fer un étabiffement
public , fi l'on peut mettre à la place
quelque chofe de meilleur . Ces réflexions n'ont
excité que des rifées & les farcafmes de l'indiguation.
M Albitte a prié l'orateur de paffer aux
amendemens. Un autre membre a dit ingénuement
qu'il ne s'agiffoit plus du droit de fupprimer
, mais du mode de fuppreffion . « Vous ôtez
à 600,000 enfans les moyens d'apprendre à lire
& à écrire , a repris M. Lecor. On lui a répondu
que les directoires y pourvoiroient , que
l'effentiel étoit d'arrêter le cours des poifons du
fanatifme & de l'ariftocratie. Ces raifons étant
jugées fuffilantes , la difcuffion a été fermée.
ןכ
32
M. Lagrévol préfumast tout de refprit philo-
Jophique national , & repouffant toutes confidé
rations pufillanimes , a defiré que le premier
article fut tourné de façon , à détruire auffi les
congrégations de filles vouées au foulagement
des malades , qu'il a qualifiées , en flyle auſſi
élégant qu'honnête de « charlatanes , avocates ,
t
( 101 )
médecines , apothicaires & chirurgiennes , ce qui
a fort égayé une partie de l'auditoire. L'opinant
a prié l'Affemblé de ne pas laiffer fubfifter « cette
vermine & des établiſſemens répaires & refuges
inpurs de prêtres refractaires ».
L'évêque de la métropole conftitutionnelle du
centre , M. Torné , a dit de l'Affemblée & des
congrégations de l'oratoire , &c «ce font ici
les difciples qui vont frapper un grand coup fúr
Luis maîtres . Puifqu'il faut brifer le berceau de
notre enfance littéraire , ne le brifons pas avec
atrocité . Soyons févères comme leg.fl.teurs ; mais
que du moins notre décret paroiffe nous attrifter
comme citoyens ... N'infultons pas des congré
gations intéreflantes , en les frappant de mort....
Pendant que nous étions élèves , nous voyions
nos maîtres à une grande hauteur . Aujourd'hui
que nous fommes plus haut , ils nous paroiffent
être defcendus ... Faut- il donner à des individus
qui ont exercé des fonctions pénibles & utiles ,
un congé fléttiflant ? ce procédé eft - il digne d'une
grande nation »
虐
Un préambule rempli d'affectation de fenfibilité
n'a conduit M. Torné qu'à demander qu'on
effaçar les deux ou trois mots que nous avons
relevés dans le confidérant ; & à généralifer
l'abolition de tout coftume religieux , hors de
Fintérieur des temples , comme un « attentat contre
Punité du contrat focial & contre l'égalité ……. parce
qu'il ne doit y avoir déformais entre les citoyens
non- fonctionnaires d'autre diftinction que celle
des vertus publiques ... Cette abolition , a - t- il die
férieuſement , fe préfente aux législateurs comme
une mefure commandée par une grande , vue
politique , tandis qu'aux yeux de l'homme fuper
ficiel , elle ne fe préfente que comine une mifé
2014 E3
7
( 102 )
rable queftion de toilette ( applaudi , bravo ! ) Si
après la fuppreffion de tous ces corps dont la
religion avoit encombré l'Etat , on voyoit des
coftumes vaguer dans nos villes & dans nos campagnes
, qui ne croiroit voir errer des ombres ?
Ces décorations pofthumes ne feroient elles pas
des pierres d'attente de contre révolution ? »
Ĉet encombrement d'un Etat fi bien balayé ,
ces coftumes qui vaguent , ces ombres , ces.
corationspofthumes , qui font des pierres- d'attente ,
ont excité le plus grand enthoufalme .
- ·
dé-
Pour prouver que l'abolition des coſtumes du
facerdoce catholique n'attaquoit pas la liberté
qu'a chaque citoyen de s'habiller à fon gré , M.
Torné a eu la candeur d'obferver que , la police
a le droit de défendre qu'un fexe porte les habits
de l'autre fexe , d'interdire les marques & les
vêtemens qui bleffent les moeurs ; & il a dir
que c'étoit préciſément à un évêque qu'il convenoit
de faire une pareille motion ; que la
conftitution eft le fecond évangile & s'accorde
merveilleufement avec le premier. «. Au lieu de
nous traîner après la conftitution , marchons en
avant , a-t-il ajouté. » Son projet de décret a
été accueilli de cris perçans & redoublés : aux
voix, aux voix ; & l'on a beaucoup ri de quelqu'un
qui s'eft avifé de penfer tout haut qu'on
ne pouvoit rendre un décret fans y avoir réfléchi.
[
M. Becquey a eu le courage d'oppofer le
fimple bon- fens , des craintes de fâcheux évènemens
dans les campagnes & d'impreffions nuifibles
, les voeux qui attachent encore des perfonnes
fcrupuleufes à leurs habits de religion ;"
de fages appréhenfions que cet acharnement
puérile ne fervit de prétexte aux ennemis du
7103 )
nouveau fyftême , d'accufer l'Affemblée nationale
du deffein de détruire la religion chrétienne
ou du moins la religion catholique . On lui a
crié : « La France n'eft pas de la congrégation
des Feuillans. » M. Mailhe lui a demandé :
Pourquoi entretenir l'Aſſemblée de religion ,
lorfqu'elle n'en parle pas ? - Loin que les
campagnes ne foient pas préparées à ce changement
, lui a dit M. Lejofne , les payfans du
département du Nord attendent avec impatience
que l'Affemblée écrafe lespréires & les moines... »
Cette indifcrétion a révolté divers membres. M.
Lejofne s'eft ingénieufement excufé en difant que
par écrafer les prêtres , il avoit entendu : déchirer
leur habit ; & des rires ont fuccèdé aux
reproches de l'humeur.
M. l'abbé Mulot a foutenu que , pour diffiper
l'erreur des religieufes , il falloit ôter le
voile qui leur couvre les yeux. M. de Girar
din profcrivoit les mafcarades ; mais abhorroit
toute vifite domiciliaire. On lui a fait obferver
qu'il n'en étoit pas queftion. Il est sûr que les
patriotes y fuffiront bien fans loi expreffe . De
peur qu'ils ne s'y méprennent , on a fubftitué le mot
prohibés au mot abolis . L'évêque de Limoges ,
M. Gaivernon , a fait hommage de fa dépouille
épifcopale & de fa croix à l'Affemblée. M. Fauchet
a jetté fa calotte , d'autres leurs rabats mis
aujourd'hui pour cette parade civique , Tout a
retenti de battemens de mains ; & l'on a rendu le
décret qui abolit toutes les congrégations pieufes
jufqu'aux foeurs de la charité , & tout veftige
de coftume facerdotal. Voilà pour quelle fcène
on avoit choifi le vendredi- faint ; car on ne s'y
eft livré qu'en violant un décret antérieur ,
que nous n'avons pas voulu tranfcrire , bien affurés
E 4
( 104 )
qu'il ne feroit point exécuté, par lequel l'Affemblée
s'étoit obligée à mettre invariablement au
grandordre de tous les jours un fujet qui devoit pa-
Foître plus important que la prohibition des calottes
, des foutannes & des guimpes , les finances ,
Du vendredi , féance du foir.
Sur des avis de nouveaux troubles , deux
décrets d'urgence ont autorifé le directoire du
département de l'Ardêche à requérir les gaides
nationales des départemens voisins , & le pouyoir
exécutif à faire pafer dans le département
de Seine & Marne un bataillon de volontaires
qui et à Compiégue; & l'on a repris la fuite
des articles relatifs aux invalides .
L'hôtel aura un confeil , un bureau , un tribanal
, des préfidens ; ces inftitutions feront
compoffes de militaires de l'hôtel élus , fachant
live & écrire , & de notables & de municipaux
de Paris , ce qui n'eft plus national . Les invalides
ne feront aucun fervice militaire. La
garde
nationale & les troupes de ligne en garnifon à
Paris , fourniront un détachement pour la garde
de l'hôtel ce détachement
fournira fentinelles
& védettes , & devra obéir au conſeil , au bufeau
& au tribunal . Cet état de vieux guerriers
dont la dernière récompenfe eft de pafler defarmés
fous le joug de municipaux , de notables
de citoyens & de fellats de Paris , eft auffi peu
analogue au vrai géule militaire , que la fubdivifion
férieufement
décrétée du jardin de l'hôtel ,
en deux ou trois mille petits carrés égaux pour
que chacun en ait un à cultiver , offre une idée
cig e le le Nowe ou de Louis le Grand.
ن ا م
} :
( 1052
Du famedi , 7 avril.
A peine les tribunaux font ils en activité
M. Lequinio propoſe d'en fupprimer 270 , ce qui
procurera fur- le- champ , dit- il , un bénéfice annuel
de 2,955,000 liv . Pour hâter la vente des biens
nationaux qui , felon lui , dans plufieurs endroits,
ne va pas ou va mal , il faut proroger d'un an
le terme du 1 mai , auquel ceffera le bénéfice
des 12 annuités accordé aux acquéreurs . Autres
refſources . Qu'avons - nous befon de monnoie
d'or ou d'argent , s'écrie - t - il ? Laiffons ce luxe
aux peuples affervis & corrompus. Vendons ces
métaux perfides ; achetons du cuivre , frappons
des fous , & payons - en nos atteliers de chatice
Mais le plus bel expédient , eft de faire pour
30 millions de fous de tous les monumens de
bronze , « monftruofités politiques répandues
dans les différentes villes de France , où elles,
infultent publiquement à la fouveraineté › nationale
, à l'égalité , à la misère des citoyens »
Ces motion's dont ' rougiroit un Calmouk ivre ,
ont été applaudies. Mais au rifque de fe voir.
rappeller à l'ordre par M. Bagire , comme l'avoit,
éré par ce même membre , la veille , M. Becquey,
pour avoir ofé douter que la nation foit toute
philofophique ; ›M. Laureau ca énergiquement
combattu M. Lequinio. «. Meffieurs , a -t- il dit ,t
c'eft en outrant les principes , que nous condui
rons la nation par l'oubli des fciences , & des
arts , à l'aveuglement , à l'anarchie , à la barbas
rie. Depuis deux ans les arts languiffent ; les
carricatures , de mauvais goût , le mauvais ftyle
qui fe propagent , font des preuves de ce que
j'avance . Il ne manque plus que de faire difpa ,
roître les vrais modèles , les chefs- d'oeuvre d'un
# b
106 )
fiècle de gloire.... Au lieu de foulager le peuple,
on lui fera un dommage irréparable………….… » Les
propofitions de M. Lequinio n'en ont pas moins
été renvoyées aux comités des finances.
On a rendu divers décrets de liquidation , &
un décret d'urgence a ſtatué qu'il ne fera délivié
ni brevet de penfion de retraite , ni certificat
de liquidation , de fecours ou indemnité à
aucan employé fupprimé comptable , « qu'il n'ait
juft fié n'avoir rien entre les mains des deniers
pub ics . A ce propos , M. François de Neufchâteau
s'eft répandu en invectives amères fur
les ci devant fermiers- généraux , & fon projet
de leur faire payer les penfions de retraite de
leurs anciens employés a été remis à huit jours.
Un tribunal de caffation eft bien organife ;
mais les procédures criminelles y restent fufpendues
; les accufés ne les pourfuivent pas ; les
avances des droits de timbre & d'enregistrement
pour l'expédition des actes de ces procédures y
font un autre obſtacle. Il n'avoit été pourvu ni
aux frais du tribunal , ni au traitement des officiers
miniftériels ,, pas même au fort du concierge.
Six articles , décrétés d'urgence , ont vîte
réparé tous ces oublis . Les expéditions fe feront
fans frais , & les dépenfes & les traitemens font
fixés , jufqu'à de nouvelles lacunes à remplir.
Tout le payera en affignats , ou en fous de
cloches , ou en fous de chevaux de bronze & de
Rois fondus , fi l'on adopte le noble expédient
de M. Lequinio ; ou en bel & bon argent , malgré
tous les dangers de ce luxe pour un peuple verzueux
& libre , dès qu'on aura exploité les mines
qu'u correfpondant de M. Cazamayor a découvertes
fort à point dans la partie des Pyrénées
Gtuée dans le diſtrict d'Oleron , mines dont les
( 107 )
échantillons feront inceffamment examinés en
préfence de 4 commiffaires de l'Affin.biée nationale
. Nous donnerons avec leur fuité l'extrait
de 8 articles propotés par M. Hérault de
Séchelles & décrétés d'urger ce , qui ont entièrement
changé les fonctions du tribunal de caf
fation.
Dufamedi , féance du foir.
Diverfes lettres inftruifent l'Affemblée que « le
calme eft rétabli dans Mende , qu'à la réquifi
tion des autorités conftituées , les Marfeillois
font entrés dans Arles , & que le drapeau de la
liberté flotte fur le rempart de cette ville. »
Une députation de négocians de la Rochelle ,
introduite à la barre , a demandé que l'Allemblée
voulût bien prendre des mesures efficaces
pour ramener l'ordre dans les colonies ; ils ont
obfervé que celles du décret du 24 mars der
nier font infuffifantes , & offert leurs vaiffeaux
& tous leurs moyens. « Je fuis étonné , s'eft
écrié , M. Albitte indigné , qu'on vienne vous
demander des fecours pour St. Domingue , après
tout ce que vous avez déjà fait pour cette coionie.
» Malgré de violentes rumeurs les pétitionnaires
ont reçu les honneurs de la féance
& leur adreffe a été renvoyée au comité colonial.
Par un décret d'urgence , l'Affemblée a proviloirement
porté les deux compagnies de gen
darmerie nationale chargées de la garde des prifons
de Paris , à 360 hommes.
Le comité militaire a fait lire les obfervations
fur le réglement repouffé par quelques foldats
élèves des clubiftes .. Or y a relevé ces mots
de par le Roi , forme qu'on a prétendu ne devoir
E 6
( 108 )
plus être fuivie depuis que la conftitution eft
acceptée. Ce commentaire & fa fuite feront imprimés.
La difcuffion en eft ajournée.
Au nom des comités des finances un membre
a fait un rapport fur les 150,000 fufils que M.
de Narbonne a demandés en Angleterre ; & il a
propofé , pour la feconde fois , de décréter que
l'ex-miniftre a fatisfait au compte auquel il étoit
tenu. M. Lecointre a débité de nouvelles diatribes
contre le même ex- miniftre , & a promis
de faire imprimer ce que deux heures ne lui
avoient pas fuffi à lire l'ajournement a été décrété
jufqu'après la diftribution .
Du dimanche , 8 avril.
Le miniftre de la marine a adreffé à l'Affemblée
les états de la revue qui a eu lieu , le is
mars dans les ports . On ne les a pas lus .
Dictant fes volontés au corps législatif & empiétant
fur les droits méconnus du chef fuprême
de l'adminiftration & de l'armée , le directoire de
Strasbourg écrit qu'il eft dangéreux d'affaiblir,
l'armée du général Luckner pour envoyer quel
ques régimens dans le midi de la France ; & té
moigne fa répugnance à voir ces régimens remplacés
par ceux d'Erneft , Vexin , Monaco , infanterie
, Bretagne , Saxe , huffards , que le directoire
accufe d'incivifme & de conduite inconftitutionnelle
. Un décret , au lieu d'improuver de
pareilles entrepriſes , a renvoyé cette initiative au
comité militaire , & preferit au pouvoir exécutif
de rendre compte.
On a décerné quelques mille francs de fecours
à de pauvres incendiés ruinés depuis 1790 , &
a un grand nombre d'autres dont les malheurs
font plus récens.
( 109 )
M. Dubayet a dit qu'un Anglois lui avoit dit
que , l'amballadeur d'Angleterre a dû être infor
mé , la veille , par un courier , que la frégate)
Françoife la Réfolution , convoyant des bâtimens
de tranfport dans la mer de l'Inde , a rencontré,
deux frégates Angloifes ; que le commodore Anglois
a voulu la foumettre à des vifites , auxquel'es
le capitaine s'eft refufé ; que le combat s'étant
engagé , la Réfolution a perdu beaucoup de monde
, a été dégréée , dématée , prife & conduite
dans un port Anglois.
Sommé de rendre compte de ce qu'il en fait , le
miniſtre des affaires étrangères dit qu'il vient de
lire cette nouvelle dans le moniteur ; il n'en fait
pas davantage . cc On ouvre en ce moment les
paquets d'aujourd'hui , a- t - il ajouté d'un air trèspolitique.
Mais ... , a- t- il repris , mais il eft conf
tant que fi cet évènement avoit quelque réalité ,
j'en aurois été averti par un courier extraordi
naire . » On l'a beaucoup applaudi , fans doute à
caufe du courier extraordinaire .
Le refte de la féance s'eft rempli de pétitions ,
déclamations , dénonciations & d'inventions admirables
...... Un moyen de remplacer le favon
à 14 quinzièmes de profits , ce qui vaudra des
millions un artilleur ou canonnier-machine qui
charge 4 canons à la fois... Nos lecteurs & nous
n'avons pas les loisirs de l'Aflemblée & de fon
auditoire.
1
M. Bertrand de Molleville , ci - devant
Miniftre de la Marine , vient de publier le
Compte rendu de fon Adminiftration , tel
qu'il a été remis à l'Affemblée Nationale. La
plupart des Feuilles publiques , même dé
cellesqui n'ont pas renoncé à toute juſt ce & à
toute modération , ont gardé le filence fur
cet ouvrage , par l'indigne crainte , ſans
doute, de concourir à répandre les vérités
qu'il renferme. Les Ecrivains , les Citoyens
timides préfèrent ainfi de fe rendre complices
de l'anarchie , en célant les preuves
de fon exiftence , plutôt que de mécontenter
fes Artifans.
Le Compte rendu de M. Bertrand eſt un
monument hiftorique : c'est le Chef principal
d'une des plus importantes Adminiftrations
, qui , à la face du Public & de
l'Affemblée dont la Majorité l'a pourfuivi
avec acharnement , témoigne de l'horrible
défordre où la licence a plongé la Marine.
Si , au lieu de flagorneries hypocrites
au Corps Légiflatif , chaque Miniftre
chaque Administrateur , avoit , à l'exemple
de M. Bertrand, le courage de lever l'ap
pareil des bleffures publiques, il ne refteroit
à l'efprit de parti & à l'impofture aucunes
reffources pour les diffimuler.
Voici les principaux fragmens de ce
Mémoire intéreffant.
Pendant le court efpace de temps que j'ai
paffe au département de la Marine , & au moment
même où j'y fuis arrivé , j'ai vu les richeffes
nationales taries dans leur fource , la
plus importante de nos Colonies dévaftée , les
autres en état d'infurrection ou de difcorde , la
commerce mariti.ne attaqué dans fes débouchés ,
la Marie Françolfe déforganifée , les chantiers ,
les artenaux , les villeaux , préfentart prefque partout
l'image eff ayante de l'indifcipline , de la licence
& du mépris des loix. »
« La caufe de tant de maux étoit fenfible à
tous les yeux ; tout ce qui devoit obéir avoit
pris un ton menaçant ; tous ceux qui devoient
commander , dépourvus des appuis de l'autorité
qui n'en avoit plus , étoient accablés impunément
de foupçons & d'outrages . Je dis impunément
, parce qu'il eft fans exemple , en effer,
qu'aucune infurrection dans les Potts ou fu ; les
vaiffeaux , qu'à cun attentat commis contre les
Officiers de la Marine ayent été punis ; la preuve .
en eft confignée dans les pièces jointes à ce
mémoire. L'acte d'autorité le plus légitime étoit
regardé comme une infulte , par des hommes
qui avoient fubitement paffé de l'état d'une foumiſſion
néceffaire , à celui de l'indépendance la plus /
abfolue, »
1
« Les Clubs de toute efpèce , ces corporations
milk fois plus puiffantes que toutes celles
que la Conftitution a anéanties , & auxquelles aucune
des autorités conftituées ne peut réfifter , ont
exercé principalement dans les Ports leur funefte
influence. »
сс« Comment , en effet , des ouvriers dont la
journée à la folde de l'Etat lui appartient toute
entière ; comment des Commis , des Maîtres
des Sos- Officiers qui font dans le même cas ,
quitous , au moment où ils ceffent d'être des
inftrumens obéiflans du Gouvernement , font
au moins des inftrumens dangereux ; comment
concevoir que de tels hommes puiflent être impunément
convertis en agitateurs , en motion
paires, en harangueurs politiques , en cenfeurs de
✓
( 112 )
l'adminiftration que peut devenir l'autorité ,
lorfque tous s'en faififfent ? à quoi fe réduifent les
moyens de direction & de commandement , lorfque
les fubordonnés peuvent faire proferire , outrager
ou mettre en fuite leurs Supérieurs ? »
>
сс Tous ces faits font de notoriété publique ,
je ne crains pas qu'on m'accufe de les exagérer ;
je rapporterai dans les pièces justificatives de ce
mémoire ceux du même genre qui ont eu moins
d'éclat , puifqu'il eft de mon devoir de n'en diffimuler
aucun. On n'oubliera jamais qu'entre les
deux plus mémorables époques de révolte contre
les Commandans , entre les outrages faits à M.
d'Albert , & l'emprifonnement, de M. de la Jaille ,
à l'arrivée du Léopard à Breft , un Commis de
la Marine , alors Procureur de la Commune ;
accumula dans un difcours public tous les genres
d'outrage , de calomnic & de menace contre les
Corps entier de la Marine , qui étoit alors dans
toute fon intégrité , & dont aucun Officier n'avoit
abandonné le fervice. Ce difcours fcandaleux
fut dénoncé dans le temps à l'Affemblée Conftituante
; & fon Auteur , devenu depuis Membre
du Corps Lég flatif, écrivoit dans les premiers
jours du mois de Décembre dernier , à la Munici
palité de Breft , en parlant de moi : « Nous
attendons l'impofteur de pied ferme , vous .
• avez raifon de l'accuſer & de le dénoncer.....
» Dans peu , vous verrez comment nous le
tra terons...... Nous m'prifons les Marigny , less
» Bertrand , &c. &c. » C'est lui qui , après une
pareille lettre , n'a pas balancéà fe charger du rap-.
port des dénonciations qu'il avoit provoquées &.
encouragées . »
- cc« C'est dans cette malheureuſe poſition que
j'ai trouvé le Corps de la Marine en arrivant au
( 113 )
Ministère ; fa patience étoit à bout , mais illui reftoit
du courage , du zèle & du patriotisme ; que devois je
faire ?»
cc Convenoit- il à un Miniftre du Roi d'accroître
le découragement en protégeant les délations
, les calomnies & la révolte ? lui convenoit-
il de fuivre la direction des motionnaires
des Ports , ou bien de fe conformer à l'efprit &
à la lettre de la Conftitution , d'eflayer le rétabliffement
de l'ordre , de la difcipline , &
d'exercer l'empire de la loi en fe montrant févère
pour tous fes infracteurs ? C'eft ce que
J'ai fait ; & lorfqu'on me reproche de l'avoir
violée par les congés que j'ai accordés , on oublie
fans doute que je les ai tous juftifiés pár le
texte même des ordonnances & règlemens , car
les trois qu'on a jugés le plus fufceptibles de
blâme , ne font pas moins légitimes que les
autres . »
« Je m'étois flatté qu'en réprimant tous les
défordres, qu'en pourſuivant la punition de tous
les actes d'infubordination & de violence, qui
rendoient la préfence des Officiers de la Marine
dans les Ports , dangereufe pour eux, & nulle
pour le fervice , je parviendrois à les rétablit
dans leurs fonctions , & à les mettre à portée
d'en fuivre les détails avec le même zèle qui
les avoit fait réfifter pendant deux ans aux outrages
, aux foupçons & aux menaces dont on
les accabloit. Je ne m'étois pas diffimulé toutes
les difficultés d'une pareille entrepriſe , & je
n'avois garde de me rebuter par les injures perfonnelles
, & les machinations dirigées contre
moi ; je les regarderai toujours comme l'honorable
prix de mon dévouement ; mais mon courage
& tous mes efforts ont été inutiles ; je ne
( 114 )
ppuvois agir que par les moyens du Gouver
nement , & par ceux de la Loi ; le Gouvernement
n'eft plus refpecté , & les Loix font chaque
jour violées ou impuiffantes. Ainfi , il ne m'eft
pas encore arrivé d'attaquer un feul abus , fans
exciter contre moi des dénonciations ou des réclamations
toujours puiffamment appuyées , parce
que le premier fentiment eſt toujours pour celui
qui fe plaint contre celui qui commande , & furtout
contre les Miniftres , quels qu'ils foient ;
parce que dans ces temps malheureux de trouble
& de défiance , il fuffit d'être appellé au Minifrère
,pour être auffi - tôt foupçonné d'erreurs , d'abus
ou d'incivifme . »
сс
Ainfi , j'ai vainement invoqué la vengeance
des loix contre les affaffins de M. de
la Jaille ; tout le monde connoît à Breft , tour
le monde nomme les auteurs de cet attentat
commis en plein jour , & dont des milliers de
témoins pourroient dépofer ; la procédure a été
commencée & décrétée , mais l'exécution des Décrets
refte fufpendue ; plus puiffans que la loi , les
motionnaires protecteurs de ces vils affaffins , effraient
ou paralyfent fes Miniftres . >>
« Ainfi , j'ai fait d'inutiles efforts pour con--
tenir & réprimer dans les Arfenaux l'audace
l'infubordination & le défordre , parce que l'efprit
de faction & d'indépendance comprime ou
annulle toutes les autorités. L'économie , la
fûreté des travaux n'exiftent plus , & j'eftime à
plufieurs millions la perte de temps & le gafpillage
des matières , par l'impuiffance de punir
ou de congédier les Ouvriers , les Maîtres , Sous-
Officiers ou Commis harangueurs féditieux , &
protégés par les Clubs dont ils forment la Ma
jorité. »
( xas )
te A bord des bâtimens , ce font d'autres défordres,
& des défordres qu'il n'eft plus poffible
d'arrêter. Une nouvelle forme de procéder a
été établie pour les délits commis fur les vaifſeaux
; cette forme aura peut- être du fuccès dans
d'autres temps , dans d'autres circonftances ,
quand les lumières feront généralement répandues,
quand les véritables principes d'une Conftitution
libre feront devenus des principes familiers
à tous les efprits ; mais avec des ames
encore neuves pour la liberté , qui fouvent la
cherchent où il n'y a que licence & anarchie ,.
il n'eft pas poffible , & l'expérience l'a déjà démontré,
il n'eft pas poffible que la forme du
juri maritime obtienne aujourd'hui le fuccès qu'en
attendoit l'Affemblée Conftituante ; le relevé que
je joins à ce mémoire , de différens jugemens rendus
par des juris, ne peut laiffer aucun doute fur la
vérité de ce fait . »
Il ne faut pas chercher ailleurs la caufe
de l'abandon du fervice par les Officiers de la
Marine ; ceux qui , fans avoir quitté la France;
ont cru néanmoins devoir donner leur démiſſion ,
n'allèguent point d'autres motifs dans les lettres
qu'ils m'ont écrites , & dont je crois devoir
adreffer des copies à l'Affemblée Nationale ;
elle verra par les fentimens exprimés dans ces
lettres , qu'il n'y a pas un feul de ces Officiers
qui ne foit prêt à verler juſqu'à la dernière
goutte de fon fang pour la Patrie , lorfqu'en
s'armant pour fa défenſe , ils pourront ne pas
craindre de compromettre leur honneur ,
jours intimement lié à celui du Pavillon Francois.
»
tou-
A la fuite de ce Mémoire , on trouvela.
notice de 21 faits d'infurrection capitale
( 116 )
dans les ports ( fans compter les colonies )
tous reftes impunis , & dont plufieurs l'ont
été niême
par fentence du Jury maritime.
M. Deleffurt a fubi fon premier interrogatoire
quelques Papiers publics ont rapporté
les demandes & les réponſes ; nous
en donnerons l'extrait quelque jour, ainfi
que de l'inftruction ultérieure de cet étrange
procès.
Dans les obfervations dont il a fait précéder
fes répondes , l'Accufé remarque , &
démontre avec beaucoup de jufteffe , que
l'accufation elle- même eft inconftitutionnelle
, & par conféquent nulle. Pour s'en
convaincre , il fuffit en effet d'en rapprocher
les articles , de la Conftitution qui déterminent
les droits de la Couronne , fes
devoirs , & la refponfabilité des Miniftres
fur le fait des négociations politiques.
Chacun peut faire cette confrontation en
ouvrant l'Acte Conftitutionnel , & en lifant
l'Acte d'Accufation tel que nous allons le
tranfcrire.
Acte d'accufation contre Claude Deleffart , Miniftre
des Affaires Etrangères , prévenu d'avoir
négligé & trahi fes devoirs , d'avoir compromis
l'indépendance , la dignité , la sûreté &
- la Conftitution de la France.
10. En n'ayant pas donné connoiffance à
l'Affemblée Nationale des différens Traités ,
kep ( 117 )
conventions , circulaires qui tendoient à prouver
le concert formé , dès le mois de Juillet 1791 ,
entre l'Empereur & diverfes Puiffances contre
la France ; & ayant au contraire infpiré de la
fécurité à l'Affemblée par les affurances fur les
difpofitions pacifiques de l'Empereur.
ce 2°. En n'ayant pas preffé la Cour de Vienne,
dans l'intervalle du 1er . Novembre au 21 Jan-'
vier , de renoncer à la partie de fes Traités qui
bleffoit la fouveraineté & la sûreté de la France . »
3 °. En ayant dérobé à la connoiffance de
l'Affemblée l'office de l'Empereur , dus Janvier
1792. "
сс
4° . En n'ayant pas , dans fa note confidentielle
du 21 Janvier 1792 , enjoint à l'Ambaffadeur
de France de remontrer à l'Empereur
combien le concert de ces Puiffances étoit contraire
à la fouveraineté & à la sûreté de laFrance
& d'en demander formellement la rupture. »
сс
5. En ayant communiqué au Ministère
Autrichien , par la note confidentielle écrite à
M. Noailles , des détails faux ou dangereux fur
la fituation de la France , propres à provoquer
plutôt ce concert des Puiflances étrangères contre
la France , & à compromettre les intérêts. »
сс
6°. En ayant avancé une doctrine inconftitutionnelle
& dangereufe fur l'époque qui a
précédé l'acceptation de la Royauté conftitutionnelle!
« 7° . En ayant demandé , dans fa note du
21 Janvier , d'une manière indigne d'un Miniftre
de la Nation Françoife , la paix & la continuation
de l'alliance avec une mailon qui outrageoit
la France ; en ayant , fur cette alliance , fait
des aveux contraires à la dignité & aux intérêts
de la Nation . »
( 118 ).
ee 8°. En ayant trompé l'Aflemblée Nationale
dans le meffage du Roi , du 29 Janvier , à l'Affemblée
Nationale , lorfqu'il a affuré qu'il s'étoit
conformé , depuis plus de quinze jours , aux
bales de l'invitation du 25 Janvier , tandis qu'il
avoit fuivi des difpofitions précisément contraires.
33
« 9°. En ayant porté tant de lenteur dans la
demande des déclarations fur ce concert , que la
France s'est trouvée au mois de Mars 1792 ,
précisément au même état d'incertitude où elle
étoit en Décembre , & ayant donné aux Puiffances
étrangères le temps de confolider leur
concert , de faire des préparatifs de guerre , de
fortifier leurs places , de faire marcher des troupes . »
10°. En ayant trahi la confiance du Roi ,
en l'ayant , par fa conduite , & par le langage
qu'il a tenu en fon nom expolé au foupçon
d'avoir voulu favoriler le concert des Puiffances
étrangères , & contribué ainfi à aliéner de lui la
confiance publique.
сс
11. En n'ayant pas pris & continué les
mefures néceffaires pour diffiper , d'une manière
réelle & efficace , les raffemblemens des émigrés ,
les priver de leurs moyens hoftiles & de leurs
approvifionnemens. »>
« 12. En n'ayant pas inftruit l'Affemblée
Nationale du concert coupable qui exiftoit entre
plufieurs Envoyés de France dans les Pays étran
gers contre les Emigrés , & en ne s'étant pas preflé
de rappeller ces Chargés d'affaires. >>
« 13. En n'ayant pris aucune meſure efficace ,
digne de la Nation Françoife , pour faire refpecter
& venger les François qui ont été outragés , emprifonnés
, dépouil és de leurs biens , & même
éxécutés dans différens Pays Etrangers , en Ef(
119 )
pagne , en Portugal , à Florence , & dans les Pays-
Bas ; en r'ayant pris aucune meſure pour faire
refpecter le Pavillon national dans tous les pays
où il a été outragé , comme en Portugal & en Hollande
; & n'ayant pas provoqué l'Affemblée Nationale
à prendre des mefures vigoureufes fur ces divers
outrages , en ne lui ayant pas même communiqué
les faits y relatifs . »
сс
14°. En ayant négligé les intérêts de la France
dans fes relations extérieures avec la Porte , la Po
logne & l'Angleterre, »
cc
15°. En ayant refuſé d'obéir aux deux décrets
de l'Affemblée Nationale , qui lui enjoignent
de communiquer les pièces de fa correfpondance
qui pouvoient être relatives à la conjuration des
Emigrés , & d'indiquer les Agens du Pouvoir Exécutif
qui pouvoient y tremper . »
« 16° . En ayant , comme Miniftre de l'Inté
rieur , différé pendant plus d'un mois d'expédier officiellement
le Décret relatif aux troubles d'Avignon
, & en ayant par-là contribué à la continuation
de ces troubles. >>
cc L'Affemblée Nationale a , dans fa Séance
du 10 Mars , décrété qu'il y avoit lieu à accufation
contre Claude Deleffart , & en conféquence
accufe , par le préfent acte , devant la
Cour Nationale , Claude Deleffart , Miniftre des
Affaires Etrangères , comme prévenu d'avoir né
gligé & trahi les devoirs , compromis l'indépendance
, la dignité , la sûreté & la Conſtitution de la
Nation Françoile. »
Nos lettres de Stockholm , en date du
23 Mars , nous ont apporté le rapport officiel
fait le 18 de ce mois au Confeil du
( 120 ) •
Gouvernement , touchant l'affaffinat commis
dans la nuit du 16 au 17 fur la perfonne
du Roi. Voici la traduction de ce Précis
qui fixe les principales circonftances de
la cataſtrophe .
« Lorfqu'à 11 heures trois quarts le Roi fut
arrivé à la falle de l'Opéra , où le donnoit un
bal mafqué , un inconnu s'étant approché de
Sa Majefté avec d'autres mafques , lui
tira un coup de piftolet au - deffus de la hanche
gauche , près de l'épine du dos.. Quoique la
bleffare fût grave , le Roi eut cependant encore
affez de force pour fe rendre dans un Cabinet
voifin . S. M. fe mit dans un fauteuil , & converfa
avec plufieurs Seigneurs de fa fuite , jufqu'à
l'arrivée des Médecins & Chirurgiens. Ceuxci
ayant examiné la bleffure & fait le premier
panfement , S. M, fut conduite au Château ,
où on la faigna à 4 heures du matin . »
191
ce On trouva dans la falle de l'Opéra deux
piftolets , l'un vide & l'autre charge ; à l'examen
du dernier , on vit que la charge confiftoit en
deux balles , & du gros plomb mêlé de pointes
de cloux. L'affaffin , qui eft le Capitaine réformé
J. J. Ankarftroëm , fut découvert le lendemain
à 10 heures du matin , & arrêté. H
avoua fur- le - champ fon crime , & déclara que
le piftolet qu'il avoit tiré fur le Roi étoit chargé
de deux balles , une ronde & l'autre quarrée ,
& en outré d'une douzaine de gros grains de
plomb & de plufieurs pointes de cloux ; que le
fecond piftolet avoit à-peu-près la même charge ;
& que de plus il s'étoit encore muni d'un grand
coûteau tranchant , auquel étoit appliqué une
efrèce
( 121 )
--- efpèce de croc. Les Médecins ont déclaré que ,
quoique la plaie ne foit pas en ièrement débar-,
raflée de la charge , ils penfoient que , fuivant
toute probabilité , le coup n'eft point mortel.
L'état du Monarque eft tel que les circonftances
peuvent le permettre ; S. M. a pu prendre un
peu de fommeil . Elle a fupporté l'opération douloureufe
de l'extraction de la charge avec la plus
grande force d'aine , & elle n'a ceffé de s'entretenir
avec la Famille Royale , les Perfonnes de
la Cour , les grands Digitaires du Royaume
& les Miniftres Etrangers . S. M. a nommé auffi
un Confeil de Régence , dicté & figné les inftructions
pour ce Confeil L'inftru&ion de ce.
crime , inoui en Suède , eft comm ncée ; fon en
rendra au Public un compte exaâ. »
Le Confeil de Régence eft compofé du
Duc de Sudermanie , frère du Roi ; du
Comte de Wachtmeister, Grand Juge du
royaume , du Comte d'Oxenflierna , Maiéchal
du royaume ; du Lieutenant général
Baron de Taube , & du Major- général Baron
d'Armfeldt.
L'affainat du Roi de Suède a développé
parmi nous une nouvelle preuve de
la dépravation de coeur & de jugement ,
qui accompagne le fanatifme politique.
Il eft peu étonnant que des hommes , pour
qui les bourreaux de la glacière d'Avignon
font des Patriotes , & qui honorent publiquement
le crime , aient applaudi à l'action
d'un fcélérat portant un piftolet parricide
fur le Roi auquel il doit la vie . Les
Nº . 15. 14 Avril 1792 .
F
( 122 )
uns l'ont nommé un Héros ; d'autres , un
tyrannicide intrépile , qui navoit_voulu
partager avec perfonne la gloire de fon entreprise.
Un Ecrivain périodique , traîtant
le Roi de Suède de Neron du Nord ,
a barbouillé deux colonnes d invectives
contre ce Prince , afin fans doute de mieux
juftifier fon affallin . Enfin , jufques dans
le Journal de Paris , & même dans la Gazette
de France , on a iu ces mots : Quelle,
leçon pour les Rois !
Je ne vois ici de leçon que pour les
tyrans , que de femblables exemples doivent
rendre plus défians & plus féroces ; car , fi
la clémence des Rois les expofe à perdre
la vie , les defpotes deviendront impitoyables.
N'y a- t-il pas autant d'ignorance que
de mauvaiſe foi , à préconifer cet attentat
comme une vengeance de la liberté , à
repréfenter la Suède comme livrée au defpotifme
, & le crime d'une cabale comme
une confpiration nationale contre un oppreffeur
? Quelle idée fe former de notre
égarement d'efprit , ou de notre ftupidité ,
en lifant dans trente Papiers publics que
la Nation Suédoife , jouiffant du droit de
confentir les loix & les impôts , eft réduite
à l'efclavage ? Quelle opinion prendre de
nos lumières , en voyant imprimer que la
Révolution de 1772 , & l'acte d'union
et de sûreté décrété en 1789 , font des ades
de tyrannie , qu'un affallin a eu la gloire
( 123 )
de faire expier au Roi de Suède ? Eft - ce à des
Welches ou à des François du 18 ° . fiècle
que l'on fait lire de femblables extravagances
? La liberté de la Suède confiftoit
donc , avant 1772 , dans l'oppreffion du
Roi & du Peuple , maitrisés par cinq ou
fix cents Nobles exclufivement inveftis des
principales places & des dignités , trafiquant
avec les Puiffances étrangères des
intérêts de leur Patrie déchirée , & arrivée
au dernier terme d'affoibliffement ? A-t-on
oublié que cet acte defpotique de 1789 , fut
confenti à l'unanimité de trois Ordres
contre la majorité d'un feul , & que par la
Conftitution même , ce triple confentement
réuni à celui du Roi donne à la décifion
de la Diète le caractère d'une loi. Dirat-
on que les trois Ordres inférieurs furent
contraints , en fe rappellant que deux des
quatre articles de cet acte rendent à tous
les Citoyens , indiftinctement , le droit d'acquérir
des terres nobles , & de parvenir à
toutes les charges quelconques , même à
celles de Sénateurs , réfervées jufqu'alors à
l'Ordre équestre ( 1 ) Sans applaudir aux
formes, quelquefois trop vives, qu'employa
Guftave III à furmonter une oppofition
( 1 ) Le Roi , il eft vrai , ſe réſerva le droit
qu'a S. M. Britannique de déclarer la paix ou
la guerre , mais fous la même limitation , c'eftà
- dire fans pouvoir ordonner les fubfides qu'exig-
toient les hoftilités .
F 2
( 124 )
factieufe , peut- on , avec quelque pudeur ,
appeller tyran , oppreffeur , ennemi de la
liberté , un Prince qui a rétabli l'égalité politique
entre les . Citoyens , qui a aboli la
torture , adouci les loix pénales , perfectionné
les formalités judiciaires en faveur
des Accufés , rendu les pourfuites gratuites
, rétabli la marine , l'armée , le commercemaritime
, la confidération extérieure
de l'Etat , & mérité ainfi le dévouement
des trois quats de la Nation ?
༡
Et quels font les calomniateurs de ce
Monarque , qui le peignent fous les traits
de Tibère , parce qu'il a diminué les prérogatives
politiques de la Nobleffe ? les deftructeurs
de la Nobleffe Françoife , ceux
qui ne peuvent entendre fans frémiffement
le mot de Gentilhomme. Le Roi de Suède
a- t-il cependant touché aux droits civils ,
aux propriétés , à l'existence de l'Ordre
Equeftre ? L'a- t- il anéanti pour réformer
les abus de fon pouvoir ? A- t- il fait
brûler les châteaux , piller les Archives
mallacrer les Poffeffeurs de fiefs , & placé
les Nobles entre la confifcation & les affaffins
? Que fignifie donc cette tendrefle hypocrite
de nos Saltimbanques politiques pour
la liberté de la Nobleffe Suédoife , & pour les
régicides qu'elle vient d'enfanter ? Si , au
lieu des outrages interminables & de
l'oppreflion auxquels on a livré celle
de France , on fe fût contenté de la ré(
125 )
duire au niveau de l'Ordre Equeftre Sué
dois , j'euffe été le plus ardent à applaudirà
cette innovation , & nul homme fenſé n'eût
ofé la défavouer.
dés
C'est également la fureur de l'efprit de
parti , qui , fans preuves ni examen , a tout
de fuite fait attribuer le régicide de Stockholm
aux Brutus de Paris. Nous avons
une claffe de Maniaques qui voyent par
tout des Propagateurs de crimes , comme
le Curé de Fontenelle voyoit dans la Lune
le clocher de fa Paroiffe. Seroit- il nécef,
faire de chercher hors des affaires de Suède ,
les motifs du dernier attentat ? Seulement ,
il peut être vrai de dire , qu'à force de
repréfenter tous les Souverains , tous les
Hommes en autorité fans diftinction ,
comme des tyrans , des oppreffeurs , des,
fcélérats , des ennemis du Peuple contre lef
quels la liberté doit appeller la rébellion
& les poignards, on provoque des affaffinats
tels que celui dont le Roi de Suède a
failli d'être victime ; il eft impoffible que
dans chaque pays , les têtes ardentes , ou
des mécontens ulcérés , ne s'enivrent de ces
poifons , & ne deviennent frénétiques en
confcience. Autrefois , on accufoit les Dé- :
vots d'attenter à la vie des Rois ; aujourd'hui
c'eft le tour des Philofophes ; mais
quels Philofophes ! Bon Dieu ! Ils ne font
pas de la religion de Cicéron , de Socrate ,
de Bacon , de Locke , de Leibnitz,
F 3
( 126 )
On peut fe rappeller que nos Folliculaires
frappèrent il y a trois femaines , le Roi de
Suède , d'une cataſtrophe analogue à celle
trop réelle dont moins de confiance l'au
roit préfervé. Ainfi , pendant qu'un affianchi
affaffinoit Domitien , le prophétique
Appollonius de Thyane haranguant le Peuple
d'Ephèfe s'écria Frappe , frappe le
tyran.
Une rixe furvenue le 28 Mars à Turin
entre les Etudians de l'Univerfité, & une
elaffe d'Ouvriers , a fourni la femaine dernière
cent paragraphes prolixes & menteurs
à nos Gazettes . Suivant la coutume , ils
n'ont pas manqué de verbiager fur les
caufes & les effets de ce mouvement , &
d'amufer de leurs romans la crédulité
publique. En deux mots , voici le fait ; il
ne mérite que quatre lignes.
Après l'émeute paffagère qu'occafionna ,
l'année dernière, l'arreftation d'un Etudiant
contre les priviléges de l'Univerfité, le Gouvernement
fit délivrer des Médailles à ces jeunes
gens, afin de les rendre plus reconnoiffables.
Cette diftinction offenfoit les Artifans :
ils fe portèrent à la promenade où les Etudians
jouoient aux barres, & leur arrachèrent
leurs médailles . Cette querelle s'aggrava le
28 ; les combattans formèrent un attroupement
confidérable : les exhortations
n'ayant pas fufi à les féparer & à rétablir
( 127 )
le calme , le Gouvernement fe décida
à déployer le plus grand appareil de
vigueur. On fit marcher des canons
les troupes à pied & à cheval inveſtirent
les Perturbateurs ; on fit feu fur eux ; troisfurent
tués , cinq ou fix bleffés , le refte
fe difperfa. Cette promptitude d'exécution ,
l'excellente difcipline des troupes , & une
Proclamation par laquelle il fut défendu à
tout Citoyen de paroître dans la rue , du
moment où le canon d'alarme feroit tiré ,
ont bientôt raffermi la tranquillité publique .
Tous les Citoyens fages ont approuvé les
mefures fermes du Gouvernement : deux
bataillons étoient arrivés des garnifons voifines
; mais ce fecours eft devenu inutile .
Douze des mutins ont été emprisonnés ; on
inftruit leur procès , & le premier de ce
mois il ne reftoit aucune trace de ce tapage ,
abfolument étranger à toute affaire politique.
Les honneurs deftinés aux 40 foldats de
Châteauvieux fortis des galères , font dans
l'efprit le plus pur de la Révolution. Tant
d'autres d'élits militaires ont été abfous &
récompenfés ! Le dogme de l'infurrection
juftifie tout , embellit les actions répréhenfibles
, & le plus effrené en ce genre a le
plus de droits aux Couronnes civiques .
Nous attendrons que cette Fête inouie ait
été célébrée Dimanche prochain , pour en
F4
( 128 )
tranfcrire les détails . ils paroîtront fabuleux
à l'Etranger & à la poftérité. Pluſieurs
Ecrivains , entr'autres , M. André Chenier
ont eu le courage de s'élever énergiquement
contre ce mépris de la Conftitution ,
des Loix militaires , de l'Affemblée Conftituante
, des Gardes Nationales , de la
difcipline , du Droit des Gens , des Traités
avec le Corps Helvétique ; mais dans ces
obfervations aufi fortes que judicieufes ,
on a omis ou altéré quelques faits importans
. D'abord , il eft injufte d'imputer
au régiment de Châteauvieux , le délit part:-
culier de 150 Bas- Officiers ou Soldats . Cent
au plus de ces rebelles fe préfentèrent dans les
rues & à la porte Stanislas , où ils tuèrent ,
entr'autres , 33 de leurs propres Compatriotes
de Caftella & de Vigier , & en
blefsèrent 53. Tout le refte du régiment
ne fortit pas de fes quartiers. Il a depuis
expié les torts de quelques Confpirateurs
par une conduite affez exemplaire , pour
mériter la diftinction que nous venons de
rappeller.
Ileft poffible que , pendant leur féjour au
Champ - de - Mars, pendant le mois de Juillet
1789, quelques foldats de ce Corps , alors &
aujourd'hui excellent , aient donné les preuves
de civilme qu'on leur attribue dans quelquesJournaux;
mais cet honneur n'eft point
dû au régiment , qui ne connoiffoit encore,
à l'exemple des troupes Suiffes dans tous les
( 129 )
temps , que les fermens conformes à leurs capitulations.
Ils quittèrent le Champ - de- Mars,
ainfi que les régimens de Salis & de Diefbach
, non par la crainte des Diftricts de
Paris , mais parce que depuis 36 heures
on les avoit laiffés fans pain , & auili complettement
oubliés que des troupes déjà
prifonnières.
On pourroit excufer jufqu'à un certain
point , l'égarement de foldats qui , dans les
fumées d'une Révolution effrenée , s'arment
contre la Loi , & réfiftent aux autorités
légitimes ; mais ce qui aggrava le délit des
foldats de Châteauvieux mis en jugement,
& néceffita la févérité de leur Tribunal
National , ce fut leur conduite particulière
envers leurs Officiers. Non contens de les
avoir maltraités & enfermés , ils profitèrent
de cette captivité forcée pour exiger d'eux
227 mille livres d'obligations payables au
mois de Septembre ; paiement effectué en
partie , & que l'Affèmblée Conftituante
confidéra comme un vol fcandaleux . Ces
faits , auxquels nous ne joindrons pas bien
d'a itres particularités peu connues du public,
font conftatés par les procès - verbaux de la
Municipalité de Nancy , par le Mémoire
de M. de Salis , Major , par les rapports
faits à l'Affemblée , enfin par la procédure.
Eh bien ces mêmes Soldats dont la
conduite faifoit dire à la Députation du
régiment de Vigier : « Nous rougiffons des
F S
( 130, ).
>>
C
-
>> revers de notre uniforme , parce qu'ils
» font à peu près les mêmes que ceux des
brigands qui vous entourent : eux feuls
» les ont fouillés ; déjà nous avons re-
» tourné ces revers pour n'avoir rien de
>> commun avec des Rebelles . >> Ces
mêmes Soldats , dis - je , auxquels un excès .
d'indulgence pouvoit pardonner leur éga
rement , vont être les objets d'une pompe
civique , femblable à celle dont les Ro-.
mains auroient honoré Camille après la
défaite des Gaulois. Pour prologue de ,
cette fcène à jamais mémorable, un décret
formel leur accorda Lundi dernier les honneurs
de la féance au milieu des Repréfentans
de l'Empire François. Verſailles
les jours précédens , leur avoit prodigué
les hommages , les banquets , les honneuis
qu'on ne rend pas aux plus éclatantes
vertus. Ils fe font rendus à l'Affemblée
avec un cortège nombreux & en pompe
triomphale : M. Collot d'Herbois , ancien
Comédien , & leur défenfeur officieux
a harangué en leur nom le Corps Légif
latif. M. de Jaucourt ayant le premier
combattu leur admiffion aux honneurs
de la féance , les Tribunes l'ont infulté,
en lui criant à bas , à bas ; vingt fois les
vociférations & les huées les plus méprifantes
l'ont interrompu . M. de Gouvion
dont le frère fut tué à l'attaque de Nancy
par ce mêmes peloton du régiment de
( 131 )
Châteauvieux , a éprouvé les mêmes outrages.
A l'inflant, où il exprimoit le fouvenir
douloureux de fon frère expirant ,
en difant qu'il ne pourroit fupporter la
vue de fes -affaffins , un Député d'Angers ,
Accufateur public de profeffion , & nommé
M. Choudieu , s'est écrié fortez. A ce trait
qu'on ne croiroit pas en le lifant dans le
procès- verbal d'une Affemblée de Tartares
Calmoucks, M. de Gouvion n'a pu contenir
fon indignation. Elle a été aufli inutile
que les difcours de deux ou trois autres
Députés qui ont parlé dans le même fens .
A la délibération , l'épreuve a paru doufeufe
; on eft paffé à l'appel nominal . Une.
multitude nombreuſe entouroit la falle ,
ainfi que dans toutes les bonnes occafions
du temps paffé des cris affreux fe faifoient
entendre ; le dehors opinoit en nieraçant
, pour les honneurs de la féance.
L'appel achevé , il s'eft trouvé 281 yoix
contre 265 , c'est - à- dire une majorité de
feize fuffrages pour honorer ceux que le
Tribunal de leurs Pairs , de leurs Compatriotes
, de leurs Souverains naturels
avoit puni . Le Préfident , M. Dorizy , a
eu le courage de prononcer un non trèsarticulé.
Auffi a t-on décrété l'impreffion
de la harangue de M. Coliot - d'Herbois
& refufé cette gloire à la réponſe circonf
pecte du Prefident. Pour achever cette
icène fans exemple , tout le cortége des
F 6
( 132 ) -
1
Soldats de Châteauvieux a défilé devant
l'Affemblée. Quelques perfonnes en habit
de Gardes Nationaux , des femmes
conduites par Mademoiſelle Theroigne ,
des enfans armés de piques ornées de
banderoles & furmontées du bonnet de la
liberté , une vingtaine d'hommes vêtus en
Gardes Suiffes , enfin un mélange de tous
les âges , de tous les fexes , & au- deffus de
toute defcription , ont formé cette proceffion
qui a traverfé la falle au bruit du
tambour , & des cris de Vive la Nation.
L'inftant d'après , un Vainqueur de la Baftille
eft venu offrir à l'Affemblée dix mille
piques qu'il avoit fait fabriquer.- Si la
lete projettée , & toutes ces démonſtrations
n'amènent pas quelque nouvelle cataftrophe
, il faudra remercier la Providence :
Nous aimons à croire que l'obftination des
Jacobins dans ce projet , malgré le voeu contraire
& très - prononcé de la Majorité de la
Garde Nationale , du Département , & d'une
grande partie du Public , tient uniquement
au deffein de montrer leur empire, ainſi que
le pouvoir qu'ils ont d'en abufer .
En lifant les réflexions que nous avons
préfentées dans le dernier Journal , fur les
caufes de cette puiffance des Républicains ,
on ne nous a pas fans doute imputé l'abfurde
opinion , qu'un pareil fyftême d'anarchie
étoit fufceptible de quelque ftabilité. Nous
n'avons voulu qu'expliquer fes refforts , fes
( 133 )
progrès , & les mobiles qui en affurent la
durée jufqu'à la diffolution de l'Empire qui
en fera le dernier terme. Cette féparation
de parties en une infinité plus ou moins
grande de peuplades Ochlocratiques , devoit
réfulter néceffairement du délire qui
conftituoit un grand Empire en République,
en prétendant , néanmoins , maintenir
l'unité de ce Coloffe. Une grande partie
des vérités que je développois , M. Malouet
vient de leur donner une autorité , une nouvelle
force , comme une nouvelle face , dans
une lettre à M. de Lally- Tolendal : en voici
le début, la fubftance, & un paffage principal.
--
« Je fuis parfaitement content du dernier écrit
que vous m'avez fait communiquer , & je vous
engage fort à le publier. C'est au moment
où le crime triomphe , où les méchans ont dit :
Emparons-nous de toutes les vérités pour les convertir
en poisons , que la réforme de tout régime
focial en foit la fubverfion , que la raifor flétrie
par notre fouffle impur , que la libertéfouillée par
nos attentats , deviennent un ouragan dévastateur ,
& que les hommes , épouvantés de tous les fléaux
qui vont fondre fur eux au nom de la liberté & de
la raifon , ne trouvent déformais du repos que dans
la tombe du defpotifme ! »
« C'est dans cet inftant d'un deuil univerfel ,
que le courage des gens de bien doit fe roidir
également contre tous les genres de périls & de perverfité,
contre les crimes du défefpoir, & les artifices
de la fcélérateffe . Le dépôt de l'incorruptible morale
leur appartient ; eux feuls , dans le déluge de maux
qui nous menacent , peuvent fe montrer comme
figne éclatant de l'éternelle Providence , & de f
( 134 )
inflexible équité. Remplifiez donc votre tâche ,
homme de bien , & ne vous allez pas de dire à
tous toutes les vérités ! » -
כ כ
L'écrit de M. de Lally paroiffant être une
réponse à toutes les imputations faites à ce que
l'on appelle la Secte des Monarchiens , dans laquelle
on confond méchamment ou bêtement ceux dont
les opinions ont été le plus fortement prononcées ,
non-feulement contre toutes les injuftices , mais
contre les bafes de la nouvelle Conftitution , --M.
Malouet ajoute à ces obfervations des argumens
fur ce qui , dans les circonstances données , étoit le
plus impérieufement preferit par la raifon aux
Membres de la Minorité . Pafant enfuite à la fituation
actuelle du Royaume , après un tableau effrayant
, mais malheureufement trop fidèle de nos
défordres , de leur caufe , de l'anarchie organiſée
en Gouvernement , qu'il compare à la Régence
d'Alger , moins le Dey , on trouve un paragraphe
inattendu fur l'utile exiftence des Jacobins.
« Vous trouverez peut- être que je fuis comme
le Prince de Kaunitz , que je n'en veux qu'aux Jacobins.
C'est avec cette difference , que je regarde
cette Faction comme le produit néceffaire d'ene
Conftitution Démocratique , dans un Empire de
Vingt- cinq millions d'Habitans ; & malgré tout
le mal que foot les Jacobins , je fuis convaincu
que s'ils n'exiltoient pas , cette Conflitution produiroit
des maux plus effroyables encore ; car le
pouvoir dont ils abufent eft néanmoins un pouvoir
, & il n'y en auroit plas ; leur anarchie fyſtématique
eft un mode de Gouvernement , & il n'y
en auroit plus ; leur existence nous aveitit que la
tyrannic eft ia, & qu'on peutla détruire avec quelque
énergi . Mais i le monftre difparoiffait , il feroit
remplacé par une hydre à deux millions de têtes .
Un Roifans autorité , un Peuple fans ficin , une
--
( 135 )
fouveraineté vagabonde , toujours armée contre
elle- même , des Départemens , de Municipalités ,
tour- 2 - tour opprimans & oppimés , fans appui ,
fans direction ; nulle elpèce de force centrale ; un
brigandige univerfel , dont les moteurs & les agens
fe confondroient dans tous les Partis ; enfis , la
plus terrible image du cahos , tel eft le fpectacle
que préfenteroit la France , livrés, fans la Régence .
de les Clubs , à l'anarchie abfolue iéfultante de fa
Conftitution , non exécutable faute de Gouvernement,
Ainfi , le plus infenté , le plus aviliflant ,
le plus tyrannique des régimes eft encore préférable
à l'euvre des Sophiftes qui nous ont conduit
à l'état où nous fommes. Ils ont DÉTRUIT
LES PROPRIÉTÉS , LE JOUR OÙ ILS ONT MIS LES .
PROPRIÉTAIRES A LA MERCI DES NON - PROPRIÉTAIRES
ILS ONT DÉTRUIT TOUT MOYEN
DE POLICE ET DE SURETÉ , EN CHARGEANT LA
MULTITUDE D'EN IMPOSER A LA MULTITUDE .
Et fi dans leur malfaifance ils n'avoient créé
les Jacobins , qu'eux feuls n'ont pas le droit d'injurier
, la Conftitution , que ceux - ci foulent aux
pieds en jurant en fon nom , n'auroit pas même un
Club pour alyle. »
La dernière partie de cette lettre préfente les
Vues & les moyens auxquels il eft à defirer que
toutes les claffes de Mécontens fe rallient. Nous
en rendrons compté dans le N°. prochair .
Nos correfpondances du Midi font ou interceptées
ou interrompues , de manière à nous
lailler dans le doute touchant l'état de ces conuées
; les informations d'autrui ne nous procurent
pas plus de lumières. Cependant , il fe confirme
que Jourdan , Tournal & leurs Collègues font
fortis de prifon les de ce mois ; ils ont été conduits
en triomphe à Arles ; les Commif(
136 )
:
faires des trois Départemens voifins , réunis à
Avignon , avoient arrêté dès le 30 Mars de fe
retirer auprès de leur Directoire . Avignon & le
Comtat font livrés aux Gardes Nationales de
Nîmes & autres Républiques des environs : M. de
Muy qui commandoit dans la contrée eſt revenu à
Paris M.de Witgenftein , fon fucceffeur , a donné
fa démiffion, comme le trouvant hors d'état de faire
reſpecter la Loi. Après avoir exigé la retraite des
troupes de ligne envoyées par M. de Muy, 4000
Marfeillois ont pris poffeffion d'Arles , d'où il eft
forti douze, cent familles : plufieurs maifons de
la ville & de la campagne ont été dévaſtées.
C'est ainsi que des cités floriffantes deviennent
des déferts Avignon , Aix , Arles , Montpellier
, & cent autres lieux redeviennent des bourgs
miférables , dont des Factieux effrenés le difputent
la poffeffion.
On prétend que le projet des Marfeillois
& de leurs Auxiliaires eft de marcher
à Lyon. Ces forces réunies aux Troupes
de ligne que le nouveau Miniftre de la
Guerre a fait paffer dans cette partie du
Midi , femblent décéler quelque grand
projet . Il ne regarderoit pas l'intérieur feul ,
s'il eft vrai , ainfi qu'on le rapporte , que
les Adminiſtrateurs actuels de la Scuveraineté
populaire ont décidé trois points
d'attaque extérieure ; favoir , Liège , Bruxelles
, & Chambery , où des intelligences ,
ajoute-t- on, leur faciliteroient des moyens de
Révolution. La réponſe attendue du
Roi de Hongrie , fera probablement éclater
ou évanouir cette grande entreprife, -
-
( 137 )
M. de Noailles quitte Vienne le 15 de ce
mois ; c'eſt un fait sûr.
Suivant l'état de fituation des matrices
de rôles pour la Contribution foncière ,
publié officiellement , il fe trouvoit au 31.
Mars
dernier que , fur 49,615 Municipalités,
14,497 feulement
avoient envoyé leurs
matrices
. Dix- huit mille de ces Municipalités
font en arrière de plus des trois quarts .
Les beaux rapports
chiffrés de M. Cambon
ne peuvent
confoler
de cet énorme
déficit ,
fur- tout lorfqu'on
analyfe
ces rapports &
qu'on les compare
avec ceux qui , anté- ,
rieurement
, font fortis du comité des Finances.
Une plume exercée , qui nous a
déjà fourni deux morceaux
précieux
fur
l'état des Finances , vient de faire ce rapprochement
dans le Mémoire
fuivant :
Sur l'état de la dette & des reffources de la France ,
préfenté , parM. CAMBON , à la Séance du Mardi
3 Avril 1792 ,
cc Aux calculs de M. de Montefquiou viennent
de fuccéder ceux de M. Cambon . Notre fituation
n'en eft pas meilleure. D'après la marche conftante
de la première & de la feconde Aſſemblée , on
devoit s'attendre qu'au moment où une nouvelle
émiffion d'affignats devenoit indifpenfable , on
ne manqueroit pas de préfenter un tableau bien
enluminé de l'état des Finances , divifé en deux
beaux chapitres de la dette & des reffources de
l'Etat . M. Cambon , qui s'est généreuſement
chargé de nos Finances , délaiffées par tout le
monde , & fur- tout par l'Affemblée , a rempli
de fon mieux le vide de ce cadre , A travers fa lo
"
( 138 )
gomachie , on diftingue des aveux précieux à
recueillir , & des exagérations qui auroient effrayé
M. de Montefquiou lui - même . »
« M. Cambon annonce que les biens du
Cle gé font finis , & que cette mine , que tant
de voeux ont envahie , & que tant de mains
ont exploitée , eft épuifée par les émiffions d'affigats
faites ou à faire , par le non- Paiement de
Pimpôt , & par les dépenfes de Mars & d'Avril.
Ces calculs fe rapportent fort bien aux états que
M. Amelot fait paffer à l'Affe.nblée fur la vente &
l'eftimation des Domaines Nationaux . Ceux qui
lés ont fuivi s'attendoient prochainement à l'annonce
que M. Cambon vient de faire. Les voilà
donc abforbés ces biens du Clergé , que l'on repréfentoit
comme capables de faire face à tous
les befoins & à tous les gafpillages . Il n'en refte
que les charges qu'ils fupportoient , & un exemple
de plus de l'anathême lancé contre tous les
envahiffemens. "
* Suivant M. Cambon , la dette exigible au
r. Avril 1792 eft de 1,518,591,270 iv. L'accroiffement
de cette dette prouve que l'on eft
bien riche quand on déménage ; car on a beau
liquider , la dette ne fait qu'augmenter , elle
réfiíte à tous les Décrets , & fe multipe par
elle- même. De 1,100,000,000 liv . , dont M. Dufrefne
de St. Léon la compofoit au mois de Décembre
dernier , la voilà au premier . Avril ,
2 1,518,591,270 liv . Quelques foient fes progrès
à venir , fuivons M. Cambon dans les reflources
qu'il indique. Il fe jette d'abord fur les arts ,
& comme il lui faut abfolument fona, te ,
il évalue le nombre & la valeur des com de
manière à les forcer de lui donner oname
dont il a befoin . Cft aiuti qu'on jus
calculé dans l'Ademblée , M. Cambes, eva.ue- le
( 139 )
fuperficie des forêts à 4,500,000 arp .; le pro
duit de vente , à 1,350,000,000 liv . C'est ici
qu'il eft permis de regretter la candeur & l'inno
ence de M. de Montefquiou , comme il étoit
réservé auprès de M. Cambon . En effet , il ne
porte la valeur des forêts Nationales qu'à
600,000,000 liv .; c'eft une différence de
750,000,000 liv. , & par conféquent de plus de
moitié. Comment ces Meffieurs peuvent- ils prétendre
à quelque confiance , lorfqu'on les voit
différer en ' eux d'une manière monſtrueuſe fur
un objet d'une étendue bornée ? » - .
« M. de Montefquiou réduit le nombre des arpens
de forêts nationales à 3,338,26 : arp . Le.
Comité des Dorsaises l'avoit évalué de même ,
Dans quelle Contrée M. Cambon a - t- il décou
vert ics 1,200,000 arpens , qu'il ajoute de fa
propre autorité à ceux dont le Comité des Domaines
a fourni l'état , fur le relevé de toutes les
Maîtrifes du Royaume ? M. Cambon autot dû
favoir que le revenu des forêts nationales n'eft
porté qu'à douze millions dans l'état des revenus
du Royaume , & que c'est d'après d'innombrables
Variations que l'ancien Comité des Impofitions
en fit le pénible aveu . Mais 12,000,000 liv . de
revenus , eftimés 1,350,000,000 liv . , n'élèvent ils
pas le prix des ventes à 120 pour un ? Sur quels
Acquéreurs M. Cambon compte- t - il done , en
élevant le prix de fon bois à cette valeur exorbitante
, & quand le difcrédit des affignats feroit
encore plus grand , peut- il raifonnablement fe
fatter de vendre auffi chèrement des bois , dont
les dégradations font repréfentées comme effrayantes?>>
«Je ne fuivrai pas M. Cambon dans tous les détails
d'où il fait fortir un excédent de 100 000,000 n il
fur les befoins actuels. Mais n'eft ce pas poufer
( 140 )
trop loin la charlatanerie, que de préfenter l'arriéré
des Contributions pour valeur effective de
300,000,000 liv . ? Quoi ! c'eft au milieu d'une
anarchie dévorante , d'une misère univerfelle ,
qu'on efpère faire payer l'arriéré des impofitions,
à un Peuple qui n'a ni le pouvoir , ni la volonté
de payer les impofitions courantes , montées
à un taux effrayant . Les trois années de la Révolution
n'ont fourni à l'impôt que 130,000,000 mil.
& l'on fe livreroit à la confiance d'obtenir à
l'avenir , le paiement de ce qui eft dû pour le
préfent & pour le paffé ! Les Affemblées Nationales
font deftinées à fupporter le poids de la
faute , que fit l'Affemblée Conftituante de diriger
le mouvement de la Révolution contre l'impôt .
Si la France retentit d'hymnes à la liberté & à
l'égalité , elle retentit encore davantage de murmures
& de refus contre l'impôt. Qu'on fe fouvienne
avec quel empreffement ,
dès que la verge
eut difparu , la France ouvrit togtes fes portes
au torrent d'une contrebande générale , & fe
refufa long- temps au paiement de les propres
befoins , & des dépenfes les plus indifpenfables .
La générofité nationale a donné la mesure en
portant les dons que le civilme offroit au fein
même de l'Affemblée , à la fomme à jamais mémorable
de quatre millions , y compris les boucles
des Députés ; qu'on ceffe donc de nous bercer
de vaines illufions fur le paiement des impôts
paffés , préfens & à venir. Ce paiement réſulte
de tant de chofes qui nous manquent , d'un
ordre fi régulier & fi impérieux à- la-fois, qu'il faue
commencer par étouffer l'anarchie , avant de fonger
à jouir de l'impôt. »>
сс
que fes
Concluons que M. Cambon , ainfi
devanciers à la Tribune , prouve par les exagérations
même un déficit annuel de 400,000,000 ,
( 141 )
& de 750,000,000 liv. de dette exigible. Le foin
d'y remédier n'a pu encore trouver place dans
les grands travaux de l'Affemblée , depuis le
Décret des fauteuils jufqu'à celui de Jourdan. »
Nous avons reçu plufieurs lettres d'Officiers
qui , foit de gré , foit de force , ont abandonné
leur Corps pour paffer la frontière . Quelquesunes
nous ont paru ne pas renfermer des motifs
fuffifans d'une femblable réfolution , & nous les
ayons paffées fous filence ; mais celles qui fuivent
méritent plus d'attention . L'état d'infubordination
, & les voies de fait reprochés au régiment
de Soiffonnois , & rappellés dans la première
de ces lettres , ont fait fortir dans le temps
la totalité des Officiers , à l'exception de deux
Lieutenans , de deux Sous - Lieutenans , & de
M. de St. Hilaire, Capitaine commandant , à qui
nous devons la lettre qu'on va lire ; elle eſt ſuivie
de celle qu'écrivit M. de Condorcet , alors
Préfident & au nom de l'Affemblée , aux Sous-
Officiers & Soldats de ce régiment de Soiſſonnois.
Grenoble, le 29 Février 1792 .
« Je vous prie , Monfieur , de vouloir bien
inférer dans le Mercure François la copie d'une
lettre que j'ai écrite hier à M. le Préfident de
l'Affemblée Nationale . »
>> M. LE PRÉSIDENT
ee Sans entrer dans les raifons qui ont déterminé
prefque tous les Officiers du 40 °. régiment d'Infanterie
, ci -devant Soiffonnois , à s'éloigner de
leurs drapeaux , je crois devoir à la place pénible
que mon dévouement à l'ordre public me prefcrit
d'occuper encore , & non à l'honneur des
Officiers de ce Corps , au deffus de toutes les calomnies
qu'on n'a ceffé de nous prodiguer , de repousfer
le dernier trait lancé contre un de mes Chefs,
( 142 )
dans une lettre luc à l'Aflemblée Nationale le 17 de
ce mois , par un Député du Département de l'Ain ,
dans laquelle il eft dit , que le Commandant du
régiment , en garniſon au Fort-Barraux , en a emporté
la caiffe contenant 200,000 liv.
ן כ
« J'affirme qu'el'e n'en contenoit point 10,000 ,
& qu'IL N'Y A RIEN MANQUÉ . »
« Je vous prie , Monfieur le Préfident , d'apprendre
à l'Alfemblée Nationale , par la lecture
de ma lettre , que je démens formellement cette
inculpation , auffi abfurde qu'injurieule .
23
Le Capitaine commandant le 40 ° . régiment
d'Infanterie , ci-devant Soiffonnois , figné BESSONIES
DE SAINT -HILAIRE .
Lettre de M. de Condorcet aux Sous - Officiers &
Soldats de Soifonnois.
De Paris , le 11 Février 1792 .
L'Affemblée Nationale , Meffieurs , a vu
avec plaisr dans les lettres des Adminiftrateurs
du Département de l'Izère , que la déſertion de
vos Officiers n'avoit ni ébranlé votre civiſme ,
nis altéré votre foumiffion aux Loix militaires ,
nis troublé votre difcipline ; & elle m'a chargé de
vous en témoigner fa fatisfaction . Elle fait qu'elle .
trouvera dans le patriotifme des fous - Officiers & .
Soldats de l'armée Françoife , un obitacie invincible
aux projets des ennemis de la Liberté ; &
qu'elle trouvera parmi vous des hommes dignes ,
par leur courage , par leurs vertus , & même par
Jeurs lumières , de remplacer ces Officiers que la
haine d'une égalité , dont ils ne font pas dignes ,
rend parjures à leurs fermens , & traîtres à la
Patrie. Avec des défenfeurs tels que vous , la
France n'aura rien à redouter ni des complots de
l'Ariftocratic , ni de la figue des Rois , »
I
( 143 )
Le Préſident de l'Affemblée Nationale , figné
CONDORCET .
Lettre au Rédacteur.
Nice , le 9 Mars 1792 .
« Nous ne doutons pas , Monfieur , que les
ennemis de l'ordre public ne calomnient la conduite
de plufieurs Officiers , dont le zèle pour
maintenir la difcipline , dans leur troupe , vient
d'échouer contre les efforts de l'anarchie . Nous
avons l'honneur de vous envoyer les détails de
l'infurrection arrivée à Monaco le 21 Février •
dans le premier Bataillon des Chafleurs , en
vous priant de vouloir bien inférer dans votre
Journal .
ود
ce Le 1er . Bataillon des Chaffeurs n'avoit
ceffé ,jufqu'au 21 Février , de donner des preuves
de fa foumiflion aux Réglemens militaires . Une
telle conduite ne pouvoit qu'éveiller l'attention
des Perturbateurs , intér fés à propager la rébellion
au milieu des Troupes , pour confommer
plus sûrement le renversement de toute organifation
fociale . »
Une correfpondance ouverte avec nos Chaffeurs
, ou leur refpect pour la difcipline étoit
traité d'incivifme ; des lettres anonymes où les
Officiers du Corps étoient accufés de vouloir
livrer la place , de l'argent répandu parmi les ›
Soldats , un plan concerté depuis deux mois pour
le renvoi des Sujets les plus faits pour protéger
l'autorité contre la fédition , tous ces moyens
viennent d'être employés avec tant de fuccès
que dans l'efpace de deux jours la troupe qu
pouvoit être citée comme d'exemple de l'Armée
en eft devenue le fcandale ; des Chaffeurs mis
en prifon pour avoir chanté avec une effectation
plus qu'indécente , l'hymme patriotique ça ira,
3.
( 144 )
fut le prétexte de l'infurrection . Brifer les portes
des prifons , fe répandre de nuit dans la Ville
le fabre à la main , avec un bruit continuel de
caiffes & d'inftrumens ; chaffer ignominieuſement
plufieurs fous- Officiers & Chaffeurs qui ne voulurent
pas fe joindre aux mutins ; les pourfuivre
hors des portes à coups de fabre & avec une
férocité fans exemple ; violer le ferment qu'exigea
M. Millo , Maréchal - des - Camps , Commandant
de la place , d'être fidèles à la Nation ,
à la Loi & au Roi ; enfoncer la porte d'un Officier
qui avoit donné afile à plufieurs Chaffeurs ,
pour les fouftraire à la fureur des féditieux ; de
pareils faits ne furent que les préludes de la
journée du 23 , où les Chaffeurs firent battre la
générale de leur propre mouvement , prirent les
armes , les chargèrent à double cartouche , confignèrent
les Officiers à la porte , firent apporter
la caife militaire au milieu de la place , ne parlant
que de pendre leurs Officiers fi l'argent ne
s'y trouvoit pas. »
ce Un tel oubli de toute difcipline parut nous
faire une loi impérieufe d'abandonner à ellemême
une foldatefque , que nous ne pûmes jamais
ramener à l'ordre malgré tous nos efforts ,
& de quitter un pays où la profeffion des fentimens
les plus honorables eft devenue un titre
de profcription. »
Les Officiers du Bataillon des Chaffeurs- Royaux
de Provence. Signés , le Comte Chiarelli , le
Chevalier Raulin , le Chevalier Flandio , Vagnon,
le , Baron d'Yferon , le Chevalier Scalvini
Gazan, le Chevalier d'Agard , Lebrun de Favas ,
le Comte de Quincenet , le Comte de Gabrielli,
le Chevalier Radulphe de Gonrnay , le Chevalier
Sigaldy.
D.sup ildag brodu
MERCURE
si
HISTORIQUE
4 bswat al .ncitmil J
POLITIQUE
POLOGNE.
13
De Varfovie , le 26 Mars 1702 .
LA Diète n'avoit point affez préſumé de
fa puiffance , pour fe paffer du confentement
de fes Commettans à la nouvelle
Conftitution . Cette approbation confir
mative qui , feule , exprime la volonté nationale
, && peut donner un caractère légal
l'ouvrage d'un Corps Conftituant , n'eut
point été repréfentée par des adreffes irrégulières
, dont on eût envoyé la rédaction
toute faite à fes créatures dans les
provinces , & qu'on eût enfuite préfentées
avec des fignatures payées , mendiées , arra
chées , & toujours partielles , comme le
voeu univerfel de la Nation . Cette fanction
définitive a eu un caractère moins dériſoire
No. 16. 21 Avril 179.2
G
18
146
moins attentatoire à la liberté publique. Ce
font les mêmes Diétines ou Affemblées Provinciales
qui avoient nommé les Nonces
& dreffé leurs inftructions , qui ont jugé
leur ouvrage la prefque totalité de ces
Comices l'a approuvé , & a promis fon
concours au but falutaire de la nouvelle
Conftitution. Le Maréchal de la Diète a
rendu compte de ces heureufes difpotions
dans la féance du 15 , four où les Etats
fe font raffemblés pour la première fois
depuis leur dernier ajournement. Sur .
Soo Membres , il ne s'en eft trouvé que 105
à l'ouverture ; les autres n'étant pas encore
de retour de leurs Palatinats. Le Maréchal
a rappellé l'engagement contracté le
Mai dernier par l'Affemblée , de confa-
Crer un temple à la Providence , & fur la
monon de M. Stoniflas Potocki , on a décidé
de pofer le 3 Mai prochain la première
pierre de cet édifice .
Les informations varient touchant l'état
des negociations avec la Cour de Drefde.
Ohles avoit dit terminées par l'accepta-
Woh finale de l'Electeur ; mais il paroît que
Cet évènement eft feulement eſpéré. Le
Prince Czartorysky qui s'étoit rendu à
Drefde eft attendu iet au premier jour ,
ainfi que le Comité de Laven , envoyé par
PElecteur.
.aoi
Launee Ruffe qui fervit contre les
( 147 )
-Turcs , eft en marche für trois colonnes
pour retourner dans les Etats de l'Impéra-
Ismaïl a été évacué , & rendu trice.
-
aux Turcs à la fin de Février.
ALLEMAGNE.
1
De Hambourg, le 6 Avril 1792. Į
1
Les malles de Stockholm n'étant pas
arrivées , nous n'avons reçu d'informations
fur l'état de la Suède & fur celui du Roi ,
que par la voie de Copenhague. Les Pêcheurs
de la Scanie & des Caboteurs ont
rapporté plufieurs fois dans l'intervalle des
nouvelles abfurdes qui fe détruifoient
elles mêmes ; mais les avis de Copenhague
, en date du 31 & du 2 , diffipent
les incertitudes. Par les bulletins du 31 Mars
qui nous tranfmettoient ceux de Stockholm
du 27 , nous apprîmes que le 21 , le 22 , le
23 , le 24, le 25 , S. M. S. avoit repris affez
-de tranquillité , que la fièvre étoit peu confidérable
, & la plaie dans une fuppuration
abondante. Le 26 , le Roi reffentit
des douleurs oppreffives dans la poitrine ,
& fut éprouvé par une toux fatigante qui
n'avoit pas dim nué le 27, Enfin , la
amalle de Copenhague arrivée içi hier , nous
a appris que ce Prince étoit mort le 129
Mars. Il n'eft plus poffible de douter de
cet évènement, Le Prince héréditaire, Guf
·
G 2
( 148 )
L
tave Adolphe , âgé de 14 ans , a été proclamé
Roi , & fon oncle le Duc de Sudermanie
eft nommé Régent du royaune.
Voici la teneur littérale de l'Edit dicté
le 17 Mars , & figné par le feu Roi pour
l'établiffement de la Régence .
cc« Nous , Guftave , &c . faiſons ſavoir par les
préfentes , que , comme d'après l'avis des Médecins
nous avons befoin de repos , à cauſe du
coup - de-feu , que nous avons reçu la nuit dernière
, de façon que nous ne pouvons point
donner tout notre temps & notre application aux
affaires du Gouvernement , ainfi que nous en
avons toujours eu coutume , nous avons remis
le Gouvernement , qui fera continué før le pied
ufité , aux Seigneurs fuivans ; favoir , à horre
cher Frère , le Duc de Suaermanie , au Sénéchal
du royaume Comte de Wachtmeißer , au
Maréchal du royaume Comte d'Oxenstierna , au
Chambellan & Lieutenant- Général Baron Taube ,
au Chambellan & Général- Major Baron d'Armfeld.
C'eftnotre volonté fuprême & gracieule , que
tous nos fidèles Sujets & Officiers remplissent avec
foumiffion ce qui leur fera ordonné par cette
Régence. En foi de quoi nous avons figné la Préfente
de notre propre main , & y avons appolé
; notre Cachet . » Fait au château de Stockholm ,
17 Mars 1792.
Signé , GUSTAVE. Plusbas , SCRODERHEIM.
Les bruits de trouble , de maſſacre , de
foulèvement à Stockholm , débités par des
Patrons qui les avoient recueillis à la mer ,
font autant de fauffetés; mais dans la crainte
d'en répéter nous mêmes en tranſcrivant
le
( 149 )
1
des informations dépourvues d'authenticité
, nous attendrons des avis directs de
Stockholm , pour raconter les détails & les
fuites de l'horrible conjuration qui s'étoit -
formée contre les jours du Roi , & contre
la Conftitution de 1772.
Le Gouvernement . Danois a le premier
donné l'exemple d'abolir la Traité des
Nègres , dans un temps prefcrit. C'eſt un
moindre facrifice pour cette Puiffance , dont
les trois petites colonies aux Antilles ne font
cultivées que par une population de trente
mille efclaves. L'Ordonnance rendue à ce
fujet renferme les difpofitions fuivantes :
1. Tout commerce des Nègres ceffera d'avoir
lieu en 1803 ; à cette époque aucun Sujet
ne pourra en acheter ni en tranfporter fur des na~ ;
vires Danois ; 2º, il fera permis à toutes les Na
tions d'importer des Nègres & des Nègreffes de la
Côte aux ifles des Indes Orientales jufqu'en
1802 ; 3°. pour chaque Nègre ou Nègreffe jouiffant
d'une bonne fanté , qui fera importé aux
poffeffions Danoifes jufqu'à ladite époque , il
féra permis d'exporter dans l'intervalle d'un an ,
2000 livres pefant de fucre brut pour un homme
ou une femme fait , & la moitié pour des individus
qui ne font pas encore parvenus à leur
degré de croiffance ; 4°. on ne payera plus de
droits pour les Nègreffes qui feront importées
mais on fera tenu d'acquitter demi pour cent de
droit additionnel fur le fucre que l'on aura reçu
pour un Nègre ou une Nègreffe , & que l'on
exportera à l'étranger ; 5º . à dater du commencement
de l'année 1795 , on ne payera plus de
6
G3
( (150 :) !
Capitation pour des Nègreffes qui travaillent dans
les plantations ; mais à compter de cette même
époque , il fera payé le double de la Capitation
Pour chaque Negre ; 6 °. il eft défendu d'exporter ,
dès à prétent , aucun Nègre ou Nègreffe des puffemons
Danones dans les Indes Occidentales . *
4OUR
De Vienne , les Avril 1797 .
3
La modération , & même l'indifférence
avec laquelle le Gouvernement enviſagea
les troubles progreflifs de la Monarchie
Françoife , la réfiftance fyftématique de
Jofeph & plus encore de fon fucceffeur
à tous les plans d'hoftilités ; la réfolution
invariable de refpecter l'affentiment libre ou
contraint donné par le Roi Louis XVI à la
nouvelle Conftitution , le fommeil où l'on
vit tomber la Convention de Pilnitz , l'attention
à maintenir une contenance pacifique
& à laiffer dégarnies une partie de nos
frontières , le refus conftant de Leopold II au
concours que follicitoient deux Puiffances
du Nord & les réfugiés François , enfin , le
défarmement preferit à ces Réfugiés , avoient
faltlaugurer qu'une réciprocité de ménagemens
préviendroit encore, cette année,
une guerre qu'on re deftroit nullement ici ,
& quon devoit croite encore moins defirable
pour la France. Les évènemens du mois de
Mais ont changé toutes ces difpofitions . Le
Gouvernement, da Cour , la Ville , l'Armée
j
•
*
1
n'ont plus qu'un nême fentiment dePeuple
même invoque hautenent la guerre contre
la France , & la confidère comme une vengeance
due à la mémoire de l'Empereur . La
connoiffance indirecte qu'on a acquile.des
dernières dépêches du nouveau Miniftere
de Paris a exalté encore l'animofité: le Roi
le Cabinet & le Public ne cachent plus que
Thonneur & la sûreté de la Monarchie
interdifent de nouveaux ménagemens : tout
François craint ici de fe montrer; il feroit
même peu prudent à l'Ambasadeur de
France d'inffter-fur des demandes qu'on le
plaît à confidérer comme un outrages g
Miniftre n'ofe plus paroître , & prépare
fon départ : il vend fes effets , la con
gédié fa Maifon, M. Gabard de Vaux
Secrétaire de Légation , & qui avoit
miérîtés icistlas confidérations univerfelle
par fancirconfpection , fa dextérité , fa fa
geffe , ne juge pas la place tenable , &
difpofe fa retraite.Engin, mot , Etous les
Obfervateurs apperçoivent fans nuages
qu'à moins d'un abandon des inftances &
des menaces qui nous arrivent de Paris ,
toutes voie de conciliation, va être décidément
fermées eginb19 AM & Duba
LeGouvernement déploye & déployeta
une inflexibilité d'autant plus grande , qu'il
s'étoit piqué jufqu'ici de plus de retenue ;
les mêmes confidérations domeftiques aux
quelles il n'avoit pas voulu faire céder faré-
G 4
( 152 )
folution de neutralité,perdronfauffi tout leur
poids,lorfque l'intérêt de l'Etat ordonnera de
sepouffer des provocations . Le plan de vigueur
qui fe développera au befoin , a fa
Bafe d'ailleurs , dans l'accord toujours plus
intime de volontés , de vues , de conve
nances , qui s'eft affermi entre notre Cour
& celle de Berlin. Leur Traité d'alliance ,
conclu & figné du vivant de l'Empereur
Léopold II , a été ratifié le 19 Mars par
S. M. A., & les ratifications ont été échangées
le Public ne connoît pas encore les
difpofitions concertées Le Général
Pruffien de Bifchofswerder continue d'avoir
des entretiens fréquens avec le Roi , avec
le Prince de Kaunitz , & d'autres Membres
du Gouvernement. Dans l'une de ces
conférences , tenues dernièrement chez le
Maréchal de Lafcy , & à laquelle affifta le
Général Prince de Hohenlohe , Commandant
de Prague , il fut question de régler la
marche des Troupes Autrichiennes & Prufhennes
vers le Rhin. Immédiatement
après ces Comités Miniftériels , le Prince
de Hohenlohe eft retourné à Prague.
Le Baron de Jacobi , Envoyé extraordinaire
& Miniftre Plénipotentiaire de la
Cour de Berlin , eut le 25 Mars une audience
particulière du Roi , dans laquelle
il remit à S. M. fes nouvelles lettres de
créance. Le même jour , le Baron Walter
Aland, Miniftre Plénipotentiaire de l'E
( 153 )
lecteur de Mayence , eut auffi une audience
du Roi pour le même objet.
J
De
Francfort -fur-le-Mein , le 12 Avril.
Dans la prife de poffeffion des Margraviats
d'Anfpach & Bareith par les Commiffaires
de S. M. P., on avoit entanié le ter
ritoire de la Ville de Nuremberg , & occupé
quelques
indépendans
Villages des deux
Principautés. Ces infractions réfultantes de
Fignorance des limites , & dans lesquelles
les Libelliftes étrangers découvroient
déjà un plan d'envahiffement univerfel ,
ont été auffi vîte réparées que connues
Le MiniAre Comitial de Brandebourg a
fait part à plufieurs Miniftres de la Diete,
qu'il avoit ordre de fa Cour de déclarer
à tous les Miniftres , & nomniément à ceux
des Etats du Cercle de Franconie , que le
Roi a appris avec un véritable méconter
tement , qu'à l'occafion de la prife de
poffeffion de fes Principautés de Bareith
& d'Anfpach , il s'eft paffé des voies de
fait dans quelques lieux fur les frontières
que S. M. les défapprouve hautement
fon intention n'ayant jamais ete d
faire
revivre des prétentions furannées , mais
feulement de fe mettre en poffeffion des
dépendances actuelles des deux Principautés
, qu'en confequence , S. M. eft prête à
faire redreffer les torts dont les Commit
G
( 154 ))
faires peuvent s'être rendus coupables ; les
parties léfées pourront s'adreifer pour cet
objet à S. M. elle même , ou à M. de
Hardenberg, fon Miniftre d'Etat dirigeant "
les Principautés d'Anfpach & de Bareith . -
Les forces militaires que le Gouvernement
Pruffien fait pafler en Cantonnement dans
les Margraviats , font compofées d'un bataillon
de Huffards , de deux régimens d'Infanterie
formant fix bataillons ) ; d'un ba
taillon de dépôt , de dettx bataillons de
fufifiers , d'une Compagnie d'Artillerie &
de trois Compagnies d'Invalides .
Nous avons parlé antérieurement de
Faccueil défavorable que la Direction & les
habitans du Cercle de Franconie firent
la Légion de Mirabeau , ainfi que de
la conteftation momentanée à laquelle l'ar
rivée de ce Corps denna lieu , entre les
Etats du Cercle & les Princes de Hohenlohe.
Quelles qu'aient été les caufes fecrettes de
cette tracafferie , exagérée par les Papiers pu
blics , il n'en refte plus de traces. La Légion
de Mirabeau a reptis fes armes , &&
grace
l'argent qu'elle répand dans le pays , les habitans
la reçoivent & la traitent aujourd'hui
avec beaucoup de cordialité . Quant àla prétendue
fuite des Princes de Hohenlohe qui
n'ont pas quitté leurs terres une minute ,
Il faut la ranger avee celle du Landgrave
de Heffe & du Roi d'Elpagne , avec la
ladie clandeftine du Roi de Pruffe , avec
( 155 )
les derniers foupirs de l'Impératrice de
Ruffie , avec les Légions de Profelytes Allemands
qui attendent les armées Françoifes
en - deçà du Rhin , avec les fourèvemens
de Rome , les rebellions des Troupes Hollandoifes
& autres, facéties, de se genre
dont les baladins périodiques de France
amufent le civisme du Peuple le plus éclairé
du globe.
ا د ا ن ا
ن ا م د
b A l'exception de la divifion des Troupes
de Bohême qui marche dans le Bridgaw ,
il ne fe fait , en ce moment , aucun autre
mouvement militaire dans l'étendue de
TEmpire. Nulégiment , Pruffien ne s'eft
encore ébranlé. On eft in ftruit feulement ,
que les Troupes du cantonnement de
Wefel doivent fe rendre inceflamment
edans la Princípacité de Liège , & de Liège
vers le Rhin, fuivant les circonstances . Ils
radiotpisom begimens venant
Teront fe places,par des
0
3
de Magdebourne estem hab siman suu’up
Min) (busj a Smukj, to mar
ㄨ Le BaronaBranchenftein , Ambaffadeur
øde l'Electeur de Mayence , Archi - Chancevlier
de l'Empire , a eu le 23 Mars à Munich
Pune aurence folennelle de lecteur Pa
laun dans laquelle il a' invité S. A. Ele .
alelection d'un nouveau Chef de l'Empire.
25 Le Tribunal Aulique du Vicariat , prefi
dé par le Comte de Linange a été ouvert
folemnellement le 75 du même mois , ma
nl the soul is cuays sachitor i ob Gligare
69 БУ
1
( 138 )
*
enquch beimsb zei
FRANCE,DANA SIY
De Paris , le 16 Avril 1792.2 k
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 9 avril.
venues des
2. Des lettres des commiffaires civils , datées du
Cap , des 15 & 20 février 1792 , ont retracé
les mêmes horreurs & de plus preffans
dangers que toutes les relations déjà
colonies. Sur 6,000 hommes de troupes qu'on
y attendoit , à peine y en eft- il arrivé 1,100 .
Les commiffaires implorent 15 à 20 mille hommes
de bonnes troupes , & 80 millions en argent. Ils
portent le nombre des révoltés à 180,000. Saint-
Domingue eft fans reffources , fans numéraire , fans
Vivres.
M. Bréard a prétendu qu'on calomnioit , chaque
Jour , les intentions de l'Affemblée nationale ;
qu'une partie des demandes étoit déjà remplic . Le
rapport eft ajourné à jeudi foir.
En paffant , dans la mer du Sad , devant les
ifles de l'Amirauté , un vaiſſeau Hollandois a vu
Hotter, à terre , l'ancien pavillon François , & y
a diftingué des hommes vêtus de l'uniforme de
Ja marine royale de France ; mais le vaiffeau
a pu approcher , & a été forcé de continue ?
fa route Four Batavia . On auguroit que ce
pourroient bien être M. de la Peyroufe & fes
compagnons de voyage. Craignant que M. d'Entrecafeaux
, qui les cherche , ne puiffe arriver
aux ifics de l'Amirauté avant 18 mois , fur la
** ཟླ
( 357 )
de payer 25,000
lecture de ces nouvelies , M. Faucher a propofe
liv. pour ajouter un troisième
bâtiment aux deux avec lefquels M. du Petit
Thouars eft prêt à remettre à la mer , ce qui l'ais
deroit à ramener enfemble ces navigateurs, que
l'on croyoit perdus . M. Rouyer a penfé que
cela méritoit d'être examiné par le comité. On a
décrété que le miniftre feroit entendu , féance
tenanțe.
Tant que MM. Condorcet , &c. n'étoient pas
législateurs , ils avoient trouvé très - julte que le
pouvoir exécutif pât nommer eux & deprs pareils
à des places très- civiques de 10 , de a semille livres
d'appointemens , comme payeurs, commiffaires, &c.
Depuis que ces places, à la nomination du Roia
font déclarées incompatibles avec des émolumens
fixes & cafuels de la légiflature , ils fe démènent
pour obtenir qu'elles foient toutes à la nomination
du peuple ,pc'est-à- dire des clubs . M. Rougier
ede la Bergeriela lu un volume de lieux communs
contre l'établiffement des 8 payeurs, généraux,
sdonty félon lui , les fonctions feraient bien mieux
remplics par les receveurs de diftri& quoique
-M. Amelot cait fouvent dit aux comités &
M. Dupont & d'autres à la tribune , que beau
coup de ces receveurs ne conçoivent rien à leng
-befogne , que certains pouffoient l'ignorance julsqu'à
écrire ; aside recette & si de dépenfe ; total , so.
Maisl'objet important étoit de s'écrierea Hâtonsenous
gofis nous voulons ftabiliter de plus en plus
notre gouvernementy de fouftraire aux agens du
pouvoir exécutiftoute l'adminiftration des finances .
Neft-ce donc pas az que le Roi des François
comme fil'on parloit à la Chine ) ait à fes ordres
les armées de terre & de mer ? »
I
2. Le miniſtre de la marine eft venu dire que la
.1.
( +$ 8 )
déclaration du , vaiffeau Hollandois ne faifoit
mention que d'étoffes rouges & blanches apper
çues de trèsloins que quatre particuliers feule
ment croient avoin entrevu des uniformes de la
marine françoiſe jamais que , fur ces avis , le
commandant de la ftatiba de Ine - de- France a
expédié une frégate au Cap de Bonne- Efpérance ,
pour en informer M. d'Entresateaux , qui y elt
attendu , afin qu'il le porte aux ifles indiquées ;
&qque l'avis eft arrive au Cap de Bonne - E périncepavant
M. d'Entrecafeaux . Le miniſtie a
fuppofé que l'autre moyen feroic fuperflu . Ces
obfervations put amené l'ordre du jour .
Cétoitti tandécrec périodique d'urgence qui
comble, fous divers prétextes & fans nul débat ,
lesdéficit des chaque mois. Il a donc été ordonné
que la caiffe , affurément fort extraordinaire ,
vedera à la trésorerie nationale sp722539 live,
pout remplacer la différence qui sieit trouvée
asentrodes recettes: ( indéfinies ) du mois de mars
* dernièg , & > les dépenfes ordinaires fixées par
len décréonduna 72 février) 279,1i ai po&) que la
même paille y ve : fera auffi 397548,01% l. iq qui ,
Jointes aux millions déjaworlés en vertu du déeret
du 24 de ce moiss forment le montant des
déple fes particulières acquittées pendant le mois
dernier par Jattétorerie nationale.supporŁe idéficit
deomars éroididont des 5572233 397 liv . de
341-48,016 ) ; & dc. 600 Ã,
47 millions 270,545 liv. Sunda différence entre
des recettes qu'on n'articule spas, lazdépense
fixée à environ 48 milion's par mois, m'étoit que
de 5,722,539 liv., if y auroit plus de 42 milliono
de recere employée , qui , joides aux 35
millions $ 48,016 liv. & aux 6 millions donnedotent
une dépenſé doplus de 8z à84 milliono dans
S
( 159 )
.
le mois demars . Mais il va s'ouvrir une fcènebien
autrement intérellante que les finances , des contri
butions l'ordre public abrétablir les colonies à
fecourir , & c. On annonce , avec des tranfpouts de
jote , les 40 foldats du régiment de Châteauvieux ,
qui arrivent des galères , que les patriotes de Veri
failles viennent de fêter , & qu'ils mènent à la barre
en triomphe .
M. de Jaucourt a penſé qu'une amniſtie n'étoit
pas une couronne civique ge Les troupes qui
périrent à Nancy , a - t- il dit , obéilfoient à la
loi , au décret du corps lég natif , qui honora
kur mémoire d'un deuil pubhe .... Vèrveze vous
dans la même enceinte , ou leur vertas for ho4
norée d'une pompe funebre , décerner des hɔns
neurs à ceux qui les ont combattus ? La nation
devroit fe couvrir de deuil avant cet acte fos
Jemnél ... Vous ne pouvez pas déshonorer les
mânes du brave Defills celles des inforronés
citoyens foldats qui , les premiers , one périspont
la patrie , faire une cenfure cruelle de l'Affembléc
conftituante , déchirer le coeur de tous ceux qui
eurent part à cet évènement déplorable , outrager
la nation Suiffe au moment de renouveller les
capitalutions... » ( let de longues rifées ont éclaté
dans l'une des extrémités de la falle. ) ∞ Craignez,
a repris l'opinane , que l'armée ne vole dans votre
conduite la récompenfe de l'infabordination que
toutes les fois qu'on lui commandera un acte de
rigueur , elle ne croie devoir réfilter à un ordic
injufte . Il a conca pour Fadmiffion à la barrel,
& pour le refas des honfieurs de la féance . Des
mors ne rendroient pas le tumu'te qui l'a fouvent
interrompu. Les galeries lui ont crié ? A bas l'ord
teur... A bas la motion . On n'a aucune idée d'un
pareil fcandale, if not suste li ; abnoqüi a
( 160 )
S'élançant à la tribune , M. de Gouvion y a
din que fon frère , bon patriote , administrateur
commandant de la garde nationale , étoit mort
à Nancy de cinq coups de fufil : « Puis- je voir
fans horreur Les affaffins ... ? Eh bien ! fortez,
lai a dit un membre de l'Affemblée ; & il s'eft fait
un long vacarme où l'on n'a plus diftingué que
les cris : à l'abbaye : « Si je ne reſpectois l'Àlfemblée,
a repris M. de Gouvion , je traiterois avec
le plus grand mépris , le lâche qui a été affcz
bass(bravo ! bravo ! )... Le malheureux n'a donc
jamais eu de frère estimable ( bravo ! bravo !
d'un côté & de l'autre des murmures horribles ) . »
Ne voulant rien perdre de ce qui lui revenoit de
droit pour la faillie : Eh bien ! fortez , M. Choudieu
s'avance au milieu de la falle en dilant : c'est moi ,
& en afpirant à la juſtifier malgré les cris : à
L'abbaye. « Ce n'eft point par civifme ou patriotifme
; obfervoir M. Foiffey , c'est pour de
l'argent que ces foldats fe foulevèrent. » M.
Coutton a foutenu que l'amnistie les ayant inno
centés , il falloit être efclave de tous les préjugés
pour refuſer à ces foldats ( étrangers ) la pléni
tude des droits de citoyens , & que « l'Affemblée
devoit les honorer autant qu'il étoit enfon pour
voir. » M. Hauffs de Robecourt a demandé , par
amendement , que le buite de Défilles ( tué par
eux ) fût placé fur le bureau . On a décrété qu'ils
feroient admis à la barre.
Sur la question des honneurs de la féance ,
honneurs dont de femblables débats achevoient
de donner l'étrange mefure , l'épreuve, a paru
affirmative au préfident & aux fecrétaires . Be
tapage a recommencé. On a exigé l'appel nomimal
. Quandon a appellé M. de Gouvion, M. Chéron
a répondu : il pleurefon frère, Plufieurs membres
((161 ))
ont crié à l'ordrei Enfin une tumultueufe majorité
de 287 voix contre z ós a décrété que les40 foldats
Seifles qui rançonnèrent & fufillèrent leurs Ociers
, le révolèrent , tuèrent le vertueux Défilles,
tirèrentfur les troupes & fur les gardes nationales ,
& que leurs juges légitimes avoient condamnés au
fupplice des galères) recevroientles honneurs de la
féance , fiégeroient parmi les repréfentans du
peuple François . La falle a retenti d'applaudiffemens
& de bravo ! d'allégreffe & de victoire.
A la tête des 40 ex - galérions , fe préfente
M. Collot dit d'Herbois , ci -devant comédien
qui harangue faugulte Affemblée . « Législateurs ,
vous voyez devant vous les . Surffes de Châteauvieux
dont vous avez brifé les fers . C'étoit pour eux
un befoin preifent que d'épancher ici leur reconnoiffance
..... Dans tous les départemens qu'ils
ont traversés , ils ont trouvé un vif intérêt
pour
leur ipfortune , & j'ole dire pour leur innocence
( Bravo ! ) . Es ont recueilli fur toute la route
un tribut qui doit vous être bien présicux , cel
font les. Bénédictions fincères , vives & prolon
gées du peuple François pour tous les décrets
que vous avez rendus ; car la fanction du peuple
fur vos décrets n'a jamais été retardée . Celui:
qui a donné la liberté aux foldats de Châteauvieux
, a été regardé comme un bienfais par la
grande majorité des citoyens François ; cela luft,
fans doute , pour répondre à leurs ennemis . Car
ocs infortunés foldats ont encore des ennemin.:
Les plus cruels, peut-être , out fiégé avant vous
dans cette enceinte . ………. Les chaînes qu'ils ont
portées étoient pefantes.... Mais leurs ames font
toujours restées libres ; elles font restées au fond_
tiptent & a la défenſe de la liberté . En prenant
l'uoifornie national , ils en ont renouvelé le
1
( 162 )
ferment , & ils le renouvellent ici devant vous ." on"
Tous les foldats ont dit nous le jurons ; &
le préfident leur a adreffé ces paroles : « Mef-.
fieurs , l'Affemblée nationale a prononcé en votres
faveur une amniftie ; elle a ajouté à ce premier :
bienfait la permiffion de paroître à la barre pour
recevoir les témoignages de votre reconnoiffance.
Elle s'eft empreffée de brifer vos fers , jouiffez ,
Meffieurs , de fa bienfaifance ( une voix a criés
dites de fa justice ) ; qu'elle foit pour vous un
motif puiffant d'amour pour vos devoits . &
d'obéiffance aux ioix . L'Aſſemblée nationale vous!
accorde les honneurs de la féance . »
1.
+ Les Suiffes & M. Collet font entrés dans la
falle couverts d'applaudiffemens . On entend le
bruit du tambour. Une centaine de gardes naw
tionaux , des fapeurs , des hommes , des femen
mes , des enfans bien ousmal vêtas , mêlés çà
& là de quelques individus habillés en invalides
& en: foldats Suifles , & les vainqueurs de la)
baftille , défilent devant le préfident , le fabre
nud à la main ou en déployant des drapeaux
donnés aux ex- galériens par leurs fières les patriotes
de divers départemens. M. Gauchon
marche à leur tête & porte une pique furmontée!
d'un bonnet rouge orné de laurier . Tous crient
Vive la nation ! vive l'Affemblée nationale !
vive Châteauvieux ! fà ira . M. Gauchon annonce
queles hommes du 14juillet ont fait fabriquer dirt
mille piques de plus ( bravo ! ) fur le modèle
qu'il préfente , & demandent à les vouer à
Affemblée . L'orateur a obfervé qu'ils s'étoient
tous enroués à crier : Vive la nation ! vivent nos
bons députés ! vive Châteauvieux (bravo ! grand
chorus ) . Le préfident leur a répondu que l'Affemblée
« partageoit les fentimens qui les avoient
( 163 ) )
כ כ
portés à accompagner les Suiffes de Châteauvieux.
Un décret ajourne la dédicace des piques
à dimanche ; un autre décret ordonne l'impreffion
du difcours du comédien Collot , & repouffe
la demande d'imprimer la réponſe du préfident , .
parce qu'il avoit parlé aux Suiffes de bienfaifance
au lieu de juftice , & d'obéiffance au leu ,
de liberté.
Du mardi , 10 avril.
Après de juftes , énergiques & inutiles obfervations
de M. Laureau , fur la fête & le triomphe.
que les patriotes & le maire de Paris promettent ,
aux Suiffes de Châteauvieux , M. Paftoret a parlé ,
du fuccès qu'a eu , dans la chambre des communes
d'Angleterre , la motion , de M. Wilberforce
fur l'abolition de la traite des negress
abolition que la chambre des communes n'a
décrétée qu'en principe & fucceffive & graduelle .
M. Paftoret a dit « étoit digne du peuple
Anglois , de donner cet exemple à tous les amis
de l'humanité. Il eft digne du peuple François ,
puifque nous n'avons pas été aflez heureux pour
donner les premiers cet exemple , de nous emprefier
de l'imiter. Hy a trois faits mal vus,
ou faux dans cet expofé. C'eft le Dannemarck ,
qui , le premier , a donné l'exemple d'abolir las
traite ; la chambre des communes n'eſt pas Tunisi
que organe des volontés légiflatives du peuple
Anglois , & il eft impoffible au peuple François
d'imiter un billides communes d'Angleterre.s
Une motion , sun rapport , n'équivaudra pasan
un bilt , & un décret d'une Affemblée unique
eft néceffairement tout autre choſe.
ཏི
M. Paftoret a demandé le renvoi de fa motion
de l'abolition de la traite des hègres , aux co
( 164 )
mités réunis des colonies & du commerce , « qui
feront chargés , a - t - il dit , de préfenter des
moyens fucceflifs & graduels pour l'opérer,
"
M. de Vaablanc invitoit l'Aflemblée à fe ·
borner au principe ; M. Merlet repréfentoit que ,
dans une Affemblée indivifible , décréter le principe
; s'il eft fanctionné , c'eſt faire une loi ; &
que lorsqu'on manque de bras pour la culture
de fes colonies , une pareille loi feroit fouverainement
impolitique . On a décrété le renvoi
aux comités .
―
M. Hérault de Séchelles fait paffer un article
additionnel à fon projet de décret , qui
refondit dernièrement , en un clin d'oeil , tout
le code du tribunal de caſſation . Voici la fubftance
de ce nouveau décret d'urgence .
bes
actes , jugemens , ordonnances dans les procès
criminels , feront expédiés fur papier non-timbré
& enregistrés fans frais. L'accufé condamné
qui , dans le déla preferit , aura déclaré
Le pourvoir en caffation , fera tenu de remettre
Ta requête dans le délai de fix jours. Il en fera
de même pour les demandes en caffation des
jugemens de tribunaux de diftricts , & les juges
foivront les anciennes formes. -La fection de
caffation ftatuera fur les requêtes en caflation
dans les affaires criminelles , & prononcera de
faite la caffation , fans jugement préalable ,
pour admettre les requêtes .
aLe miniftre des contributions , M. Clavière ,
a .Ju un long mémoire académique fur les manufactures
de poudres & de falpêtres. Sa voix
étant trop foible , M. de Kerfaint a foupiré ces
mots les talens & le patriotifine connu de
M. le miniftre , exigent & font defi´er qu'on
l'entende. M. Léopold a prié M. de Kerfaint
ee
((2165 )
de faire paffer, l'encenfoir à quelqu'autre. On a
décrété l'envoi du mémoire aux comités , malgré
les inftances de M. Merlet qui follicitoit use
prompte décificn ; les manufactures de poudres
& falpêtres étant dans un état de délabrement
qui menace de devenir funefte,
Nous reviendrons ailleurs aux opinions ajournées
de MM. le Montey & Vergniaud fur les
moyens de conftater les naiffances , les mariages
& les décès ; nous nous hâtons d'arriver
à une lettre de M. Luckner au Roi communiquée
à l'Affemblée par M. de Grave.
M. Luckner écrit aux Roi , que les témoignages
de confiance dont S. M. l'a honoré ,
Jai impofent le devoir & lui donnent le droit
de s'adreffer à elle ; qu'il lui dira la vérité ,
toute la vérité ; que pour garantir les frontières ,
il a befoin de toute fon armée d'autant plus
que les nouvelles d'Allemagne prennent un caractère
férieux ; mais qu'on vient de lui enlevez
8 bataillons de ligne , 8 efcadrons & des chevaux
d'artillerie , & que les remplacemens qu'on lui
promet , fent nuls , éloignés & infuffifans . Il ajoute :
Aucuns des équipages des vivres , d'artillerie
& d'hôpitaux ne font formés. Les effets de campement
font en mauvais état . Les fubfiftar.ces
en foutrages ne font pas affurés pour plus de
trois mois. L'approvifionnnement eft d'ailleurs
lent & infuffilant. Les officiers n'ont ni l'ordre
de faire leurs équipages , ni les fonds néceffaires
pour l'effectuer. L'indemnité fur leurs appointemens
, qui leur avoit été promife , ne s'expédie
pas. Les volontaires nationaux n'obtiennent pas
non plus , malgré la lettre très- précile des décrets
, le paiement en numéraire effectif des trois
( ( 166))
*
quarts de leur folde , qui eft néceffaire à leur
fubfiftance . »
Sous le nom d'éclairciffemens , M. de Grave
a réfuté les doléances du général . On n'a tiré
de fon armée que les forces qu'un décret ordonnoit
de taffembler dans le Midi , foit pour
l'affaire d'Arles , foit à caufe de notre pofition
vis-à-vis le Roi de Sardaigne. A la nullité des
remplacemens , le miniftre oppofe la lifte des régimens
qui font en route ; au manque d'approvifionnement
, que tout est prêt , qu'on a des
fourrages pour 4 mois , & 3000 boeufs , & 1200
qui vont être achetés. Pour le refte , les ordres
font donnés. « Qué nos ennemis , a - t - il dit ,
ceffent de fe flatter ; la nation a une richeſſe
inépuisable dans le patriotifme... Déjà plus de
7 bataillons follicitent comme une faveur de
pafler dans nos colonies .... On a renvoyé le
tout au comité militaire , afin de prouver combien
M. Luckner avoit eu raifon d'implorer les
ordres du monarque .
Du mardi , féance du foir..
Un des officiers municipaux d'Arles , mandés
à la barre par déeret , y a proteſté que la conlcience
ne lui reprochoit rien , qu'il n'avoit aucune
connoiffance des troubles dont la ville d'Arles eft
acculée , & s'eft offert à répondre à toutes les
queftions qui lui feront adreflées . Le préfident
fui a dit sèchement : « L'Aſſemblée examinera ;
` vous pouvez vous retirer . » Sous l'ancien régime ,
ces voyages , ces humiliations inutiles , auroient
paffé pour du defpotifme .
D'infignifians débats (ur des objets militaires
entre des généraux qu'ilfuffit de nommer MM. Le(((
8167 )
cuée, Thuriot , Albitte , Lacroix , Rouyer , Carnotjoune
, & Gafparin qui vouloit que l'avancement
eût lieu , dans l'armée & dans la garde
nationale mariées , au moyen d'élections faites en
provifion , parce que ce mode eft conforme à l'efprit
de la conftitution , & parce qu'il ferme la
porte à toutes les intrigues , à toutes les féductions ,
& à des abus bien plus confequens , tels que celui
d'augmenter la difficulté de l'admiffion , en ajoutant
aux connoiffances exigées... » Ces débats
n'ont produit que fept articles décrétés d'urgence.
Les voici :
« Art. I. La nomination à tous les emplois de
fous- lieutenant dans les régimens d'infanterie de
ligne & de troupes à cheval , ainfi que dans les
bataillons d'infanterie légère , fera faite jufqu'au
premier octobre prochain exclufivement conformément
aux difpofitions des articles III , IV,
V ; VI & VII , du décret du 29 novembre
1791. »
3
« II. Tous les emplois de lieutenans qui viendront
à vaquer , feront à l'avenir donnés dans
chaque régiment d'infanterie & de troupes à
cheval , ainfi que dans les bataillons d'infanterie
légère , aux premiers fous- lieutenans defdits régimens
ou bataillons . »
« III. Les emplois de capitaine vacan's & qui
viendront à vaquer dans chaque régiment d'infanterie
de ligne & dans chaque bataillon d'infantterie
légère , feront à l'avenir remplis par les premiers
lieutenans defdits régimens ou bataillons ,
ée IV. Dans les troupes à cheval , fur trois
compagnies vacantes , deux feront remplies par les
plus anciens lieutenans du régiment dans lequel
salles vaqueront ; la troisième fera déférée à´un
( ( +168 ))
capitaine réformé par les décrets de l'Affemblée
-nationale , ou à un capitaine de remplacement ,
sou à un capitaine devenu inutile .
a V. Les capitaines de remplacement ne concourront
pour la troisième compagnie , que lorſque
les capitaines refermés par les décrets de
l'Aſſemblée nationale feront tous en activité ; - &
les capitaines dits de réforme , que lorsque les capitaines
dits de remplacement auront tous été employés
. On fuivra pour les nominations le rang
d'ancienneté de commiflion de capitaine.
« VI. A compter du jour de la publication du
spréfent décret , l'avancement ou grade de colonel
& de lieutenant-colonel , pour les places destinées
¿à l'ancienneté , saura lieu en temps de paix (ur
toute l'armée , pár rang de date du premier brever
-ou première lettre d'officier. Cependant , nul ne
· pourra y être élevé s'il n'a deux ans révolus de
fervice actif dans la même arme en qualité de
lieutenant- colonel pour devenir colonel , & de
capitaine pour devenir lieutenant -colonel . »
I
VII. Si , au moment de la promulgation du
préfent décret les lieutenans d'un régiment ne
Iuffifoient pas à remplir le nombre des compa-
-gnies vacantes dans ledit régiment ; ou fi les
fous-lieutenans ne fuffifoient pas au remplace
iment des lieutenans , l'excédant des compagnies
& des lieutenans feroit rempli par des officiers
réformés ou de remplacement , qui jouiront d'une
-pension ou d'un traitement de réforme , & qui
auront produit les certificats de civilme & de
fervice dans la garde nationale , exigés par lès
articles V , VI & VII du 29 novembre 1791. »
Lupal aneb apsigh, pb ans
D&
( 169 )
Du mercredi , 11 avril.
le
Dans la ville de Crépone , département de la
haute- Loire , il exiſtoit deux clubs , l'un popu→
laire fe nommant patriote , l'autre monarchique.
Les membres de celui- ci refusèrent , dit- on ,
ferment civique ; de cette allégation , aucune
preuve. Mais les patriotes élurent feuls une municipalité
bien organifée . Les citoyens privés du
droit de voter , arguèrent l'élection de nullité ;
le directoire du district arrêta qu'il feroit envoyé
des commiffaires pour informer des faits ; le direc
toire du département a caffé l'arrêté du diſtrict ,
a caffé l'élection , & a réintégré l'ancienne muni
cipalité ; & fur parole , l'Affemblée nationale a
caffé l'arrêté du département. Dans ce conflit de
pouvoirs caffants & cette fuite d'actes caffés , une
Leule vérité eft bien évidente , c'eft que ni les par
ties , ni la municipalité , ni le diſtrict , ni le département
, ni la légiflature n'ont fongé qu'ils
avoient tous juré une conftitution , où le Gouver
nement eft monarchique.
M. la Tour du Châtel , au nom du comité
féodal, & M. Dorliac le font mis à differter à
aleur aile fur les droits féodaux , déclarés racheta-
-bles par l'Affemblée conftituante , dernier égard
pour des propriétés fi arbitrairementlacérées . Suivant
M. la Tour du Châtel , tous ces droits font
cautant d'ufurpations de la force ou de la fraude ;
les terres qu'ils grèvent ayant été conquiſes par
tous ( quoi ! par les vaincus comme par le vainqueur
qui a fu les leur céder pour des redevances
moins onéreufes que la totalité du prix payée d'a-
-bord. ) « Ges terres , dit-il, dans l'origine , n'appartenoient
pas plutôt aux chefs qu'aux foldats
le foible devoit y avoir part comme le fort , puif-
Nº. 16. 21 Avril 1792. H
170
)
qu'il les avoit acquifes comme lui , & qu'e'l: s devoient
être le prix de la valeur du foldat comme
du chef. Nous ne citerons que ce trait du favant
amphygouri qui a fervi à l'opinaut à établir , à
fa manière , non pas que tous les redevables
actuels defendent en droite ligné de foldats compagnons
des conquérans , ( ce que peut- être il eût
fallu démontrer dans le fyftême ridicule qu'on
fubftitue à la notion fimple & faine d'une poffelfion
où l'on ne peut admettre la fraude ou la force ,
fans fe charger de la mieux conftater ) ; mais ,
qu'aucun des droits déclarés rachetables par un
décret , ne découle d'une conceffion primitive ,
à moins qu'on n'en exhibe le titre.
Cette difcuffion manifefte d'autant moins de
délicatefle , qu'à la fuite de nombreuses fpoliations
légales , toute loi qui maintient eft plus
moralement obligatoire pour le lég flateur ; qu'après
tant de châteaux bûlés , tant de titres détruits,
il eft odieux d'exiger plus que l'inconteftable poffeffon
qui renoit lieu des titres ; què demander
des parchemins aux ci - devant feigneurs , c'eft
appeller encore la torche & le poignard contre
tous ceux à qui l'on a laiffé quelques titres de
-propriété. D'ailleurs on peut dire que jamais
la fureur de dépouiller les victimes de la révolution
, ne s'arma plis gratuitement de plus d'éru-
Sadition & de fophifmes . Le rapporteur à conclu
à fupprimer fans indemnité les droits déclarés
rachetables .
M. Doiliac diftinguoit les droits cafuels & les
droits fixes. L'Affemblée a décrété l'impreffion de
ces volumineux traités .
Le miniftre des affaires étrangères , M. Du
mourier, eft venu dire qu'il avoit eu «une explication
avec l'Ambaffadeur d'Angleterre » , au
1 fajet du combat entre une fregate Angloife &
unef égate Françoife. En vertu des articles XXVI
- & XXVII du traité de commerce entre les deux
nations , le commodore étoit fondé à vifiter les
vaiffeaux fufpects de porter des canons ou des
E munitions à Typpoo - Sultan ; le capitaine François
a eu tort de s'y refufer , & de commencer par
tirer deux bordées. L'ambaffadeur a penfé que le
capitaine François étoit feul coupable ; & M. Du
mourier , que tout fera aifément terminé à l'amiable
& entre deux nations que la parité de leurs
principes doit conduire à s'aimer . » M. Dubayet
alloit déclamer dans un autre ſens , mais on a renvoyé
les pièces au comité diplomatique.
J
Du mercredi , feance du foir.
Ua décret d'urgence a ftatué que , déformais
e il ne fera fait aucun payement aux François
ayant traitement , penfion ou créance für la nation
, à moins qu'ils ne juftifient avoir fatisfait
à leur contribution patriotique , on prouvé
qu'ils n'y font pas fujets . Les parties prenantes
pourront en offrir la compenſation avec ce qu'elles
Sauront à recevoir.
Tout le temps a été employé à l'adoption de
33 articles für les invalides , portant création
d'un corps de 5,000 vétérans deftinés à remplacer
les compagnies d'invalides détachées . Un
34. article propofé invitoit le Roi à faire connoître
s'il voudroit conferver pourfon uſage & à ſa
folde des compagnies de vétérans nationaux ,
& le nombre dont il auroit befoin. Il eft fuperflu
d'ajouter que l'article a été repouffé par
a préalable , & le nom de M. Rouyer s'offre
-de lui-même à la penſée de quiconque cherche
le promoteur de cette préalable.
3
H 2
r72 }
Des dragons viennent raconterà la batre ;
1 qu'ils ont paflé par les courroies , demander
être réintégrés dans le régiment qui les adrenvoyés
, à être payés de leur folde depuis le
renvoi , & une cour martiale où ils puiffent
... prendre à partie leurs perfécuteurs. On les a
Iccommandés au comité militaire.sh 21 us s
1 pobrod z. 9
?
21
2
* Du jeudi , 12 avril,
M. François accufe vaguement , M. Charrier
ex-conftituant , & M. Plombat qu'il nomme
chef de parti , d'exciter des troubles dans le département
de la Lozère. Le rapport fera mis
inceffamment à l'ordre du jour .
.
ce La conftitution Françoiſe eft adorée par tout
ce qu'il y a de gens éclairés en Hollande » a
dit férieufement M. d'Averhoult ; qui a fait
hommage à l'Affemblée de deux poemes Hollandois
où l'on célèbre les charmes de la révolution
. L'un des poëmes eft d'une dame de vingt
ans. Applaudiffemens & mention honorable fur
parole. Il manque à ces chefs-d'oeuvres le chant
du triomphe des Jourdan , &cono10 to
Une lettre des commiffaires de la trésorerie
annonce ', que le payeur- général reſponſable
de l'exécution, des loix relatives aux payemens ,
fe propofe d'affujettir les législateurs préfenter
leurs quittances des contributions comme les
autres citoyens. MM. Bréard & Chéron l'approuvent
; M. Thuriot défire plas d'un mois de
répit M. de Kerfaing invoque la préalable , la
chofe étant toute fimple , les députés n'ayant
aucun privilège ; & l'Affemblée décrète, affirmativement
en conféquence. Mais M. Lecointre
obferye que la loi pe concerne que les traitemens
, que les députés ne reçoivent point un
( (175 ) )
сс
traitement , mais une indemnité des facrifices "
qu'ils font aux travaux de la légiflature. M.
Ducos prétend qué « c'est l'aristocratie des grands
propriétaires qui cherchent à l'emporter fur les
Contribuables les moins ailés . On veut , dit -il ,
comme à la caifle d'efcompe , nous faire opiner
d'après tel nombre d'actions , tandis que nous
ne devons donner nos voix qu'à raifon de nos
talens ; & .ch vertu de la miflion que nous tenons
de la confiance de nos commettans . » On a… ”
beaucoup applaudi .
ne
Ces fophifmes qui fembloient avoir pour but
de diffimulér au payeur , & enfuite au peuple ,
que la majorité n'a rien ne poflède rien ,
paye rien & ne préfente ainfi aucun garant de
la- juftice de les opinions fur les propriétés ; ces,
chicanes d'efprits - faux ont obtenu le rapport ,
l'abolition du décret rendu le moment d'aupa
ravant. 2
L'inftant d'après , on a refufé de rapporter un
des articles décrétés fur l'avancement dans l'ar- 1
mée qui bleffe évidemment la prérogative royale !
&-la conftitution ; & l'on a fubftitué , par un ¹
décret , le mot indemnité au mot traitement dans
les mandats fur lefquels font payés les députés .
M.is le décret de la veille porte : traitement
penfion ou créance fur la nation ; or , quel elt
le député qui , fon mandat à la main , ne fe
croie pas créancier de la nation au bout de
chaque mois De pareils débats font un étrange:
exemple.ap
-Les grandes routes fe détériorent & les fonds
manquent pour les réparer. Cette obfervation
du miniftre de l'intérieur eft renvoyée aux comirés
des fecours & d'agriculture.
A la demande de M. Albige , le comité de
H
3
(1741)
1
marine a été chargé de revoir toutes les loix
faites fur la marine par l'Aſſemblée conftituante ,
laix ou M. Albitte a trouvé des défauts fans
nombre ; & fix nouveaux membres feront adjoints
ad hoc audit comité, Déjà revoir , détruire , refaire
, quelle inſtabilité !
Du jeudi , féance du foir.
Les adminiftrateurs du diſtrict d'Arles ont
rendu compte , à la barre , de leur conduite depuis
le mois de novembre. Si cette ville a pris
quelques melures de défenfe , c'étoit pour fe
mettre à l'abri de l'invafion illégale des bandes
indifciplinées de Marfeillois qui ont difperfé les
membres du directoire, & défarmé le régiment
d'Erneft. Quant à l'arreftation de quelques monnaidiers
ou patriotes , il falloit bien en inculper
les chiffoniers ou aristocrates pour fatter les préventions
de l'auditoire , & alors ne fe juftifier :
qu'en alléguant , non les délits des factieux ,
mais l'impoffibilité de requérir en leur faveur la
force armée qui les réprimoit ; puis fe louer du
moins d'avoir évité l'effufion du fang. « Au furplus
, a dit l'orateur , nous n'avons jamais ceſlé
de mériter l'honneur d'être comptés parmi les
amis de notre fublime conftitution , »
Organe des municipaux de la même ville , un
autre harangueur a fait obferver que les troubles
avoient commencé fous l'ancienne municipalité
; & il fuffifoit de nommer M. Antonelle
pour démontrer aux Jacobins que les défordres
qu'il vit naître & fe prolonger étoient inévitables
& irremédiables . Du refte les préfens s'excufent
aux dépens des abfens ; ils entrent autant
que poflible dans le fens des patriotes juges,
Parties & victorieux. Cependant tout cela ne
(173 )
;
leur vaut qu'une réponse glaciale & la permiffion
de fe retirer.
Dans un rapport au nom de la commiffion
des douze , M. François , de Nantes , a mis en
avre tout l'art des inductions pour faire attribuer
aux aristocrates , les machinations qu'on ne
peut plus cacher que des factieux trament dans
le Midi. Il a trouvé tout naturel que le dépattement
de l'Aveyron fût choifi pour fervir de
point de ralliement entre les confpirateurs d'Arles
& ceux de Mende . A l'entendre , M. Plombat
étoit chargé du rôle important , & il a dit enfaire
que a le parti de M. Plombat ne s'eft pas
montre, M. Charrier , ex- conftituant , eft à la:
tête des montagnards de la Lozère , & cette
coalition à laquelle il ne manque uniquement
que d'être prouvée , inquiette les patriotes qui
très- évidemment re demandoient pas mieux que
d'avoir un prétexte de s'allarmer .
< le 4 mars , Is arrivent en foule à St. Geniez ,
& danfent la farandolle ; les grenadiers du 31 .
régiment & les volontaires courent , la nuit ,
dans les rues , en chantant ça ira , & criant ariftocrate
fous les fenêtres de M. Plombat. Un coup
de full parti , dit- on , de fa fenêtre , tue un de ces
grenadiers dont le civifme confifte à empêcher
les citoyens paisibles de dormir , & à inſulter un
homme qui ne les infulte pas. Les patriotes ac
courent , brifent les portes , auroient arraché la
vie à Madame Plombat , & M. Camboulas ne
Weût foustraite à leur fureur . Mais un vitrier eft
foupçonné de liaifon avec M. Plombat ; vite
on vole chez le vitrier & on l'égorge.
Le rapporteur a établi , avec l'on édifiarte impartialité
, que fans les bruits de la confpiration
des fieurs Plombat & Charrier , les patriotes de
H.
( 176 )
-
TAveyron feroient reftés tranquilles ; que e
révolutionfont
toujours les excès des contre
naires qui précèdent & provoquent les
excès des patriotes ; que la confpiration eft
prouvée par une lettre trouvée , ainfi que cela
fe pratique , dans les papiers de M. Plombat
abfent ; lettre non des fieurs Plombat & Charrier,
mais qu'on attribue , a- t - il dit , à M. Borel; &
par un règlement pour l'armée des princes ,
brochure qui fe vend publiquement , & que M..
François compare « aux inftructions qui furent
trouvées fur les complices de Catilina lorſqu'il
voulut armer les efclaves de Rome contre la ré
publique. » Pour M. Charrier , il a contre lui ,
dans le rapport , des oui dire , des plaintes de
patriotes , des inquiétudes vagues , & l'opinion
des députés des départemens du midi , ce qui
forme une conviction intime. « D'ailleurs , il
eft jufte & néceffaire que ces aristocrates qui ont
protefté contre des décrets... Il eſt bon qu'ils
fachent qu'on a les yeux ouverts fur eux , &
que l'exemple de l'un d'entre eux en impofe à
tous les autres... Qu'on laiffe les crimes , & les
atrocités aux aristocrates ... Et que les patriotes
ne fe diftinguent toujours que par leurs vertus , »
a ajouté M. François à propos du vitrier lacht.
ment égorgé , & de Madame Plombat & fufpendue
fanglante par les cheveux . »>
сс
Sans plus de preuves , l'Affemblée a décrété
qu'ily a lieu à accufation contre les fieurs Plombat
& Charrier , notaire , qui feront transférés
aux prifons d'Orléans ; & approuvé la conduite
du directoire , du maire , du commandant des
grenadiers & de M. Camboulas ; & l'on a enfuite
adopté quelques articles fur l'institution d'une
artillerie à cheval.
·
( 177 )
శ
Du vendredi , 513 avril..!
3
M. Roland , miniftre de l'intérieur , écrit à
Affemblée , qu'il s'empreffe de l'informer que
les prifonniers détenus dans le palais d'Avignon
à raifon des Erimes des 16 & 17 octobre &
d'autres affaffinats , ont été délivrés , le 4 de ce
mois par 80 perfonnes dont la majeure partie
étoit vêtue en uniforme national ; que cet enlèvement
s'eft fait avec la plus grande tranquil
lité , comme fi tout le monde eût été d'accord ,
& que les citoyens de Nîmes étoient chargés
ce jour- là , de la garde des prifons . L'Affemblée
n'a rien prononcé fur cet évènement épou
vantable. Elle eft paffée à l'ordre du jour.
"
Un décret a autorifé la tréforerie nationale à
rembourfer à la municipalité de Paris fes dépenfes
non-atticulées , pour les fêtes ordonnées
lors de l'acceptation de la conftitution .
-Les adminiftrateurs de l'Yonne font venus
raconter comment leur fermeté & le courage
des fonctionnaires ont appailé les troubles de
Clamecy . On a décrété la mention honorable
de la conduite des adminiſtrateurs , & l'envoi
du procès- verbal à l'un d'eux qui a été bleſſé .
Des lettres des adminiftrateurs du département
du Gard annoncent que les ravages continuent
& redoublent. Les brigands pillent , ruinent ,"
démoliffent , incendient les châteaux , font dirigés
par des liftes , & les gardes nationaux applaudiffent
ou concourent auxactes de cet étrange !
patriotifme. On renvoie ĉes nouvelles au comité
des douze. L
+
ce Par une fauffe interprétation du décret d'am
niftie , a dit M. Genty Jourdan & les autres
affaffins d'Avignon fone fortis des priſons ; ils
#
HS
( 178 )
ont été portés en triomphe dans la ville d'Arles..
Quelques voix lui crient cela n'eft pas vrai.
Je demande , pourfuit en frémillant M.
Genty, que le miniftre de l'intérieur foit tenu
de rendre compte des mesures qu'il aura pe fes !
Pour la sûreté des citoyens ... Ici , plufieurs
membres ont éclaté de rire , on a hué l'opinant ,
des murmures ont couvert & l'accent déchirant
de l'humanité plaintive & les ricanemens ; mais,
il n'a rien été ſtatué pour mettre les citoyensà
l'abri de la fureur des Jourdan &c. •
置
Les crimes d'enrôlement & d'embauchage
doivent- ils être jugés par la haute-cour natio
nale , ou par les tribunaux criminels des dépar
temens ? Cette queſtion a exercé la fagacité de
MM. Tardiveau , Prouveur , Huat , Fauchet
Paftoret, Lagrévol, Jouffre Coutton , de Girardi . &
Mouyffet. Elle avoit été décidée pour les tribu- ·
naux par le comité de législation. Les uns trous
voient le projet inconftitutionnel parce qu'il refferroit
la jurifdiction de la haute- cour, ou plu
tôt de l'Allemblée en fait de crime de lèze - nation
c'étoit on le devine , l'opinion de M. Paftorets)
d'autres craignoient que la haute - cour ne fûr,
furchargée , & préféroient au plaifir d'accuſer ,
plus de citoyens , celui de les favoir mieux & plus
promptement jugés . Epreuves douteufes , appel ,
nominal ; enfin 30s voix fur ƒ41 , ont décrétés
qu'on pafferoit à l'ordre du jour,
Sur la nouvelle que la ville de Nantes n'a
pas de bled pour 1 jours , & d'après l'avis du
miniftre de l'intérieur qui imputoir cette difette
aux mouvemens qui ont eu lieu dans le dépar
tement de Loire & Cher , ou des bateaux ont
été arrêtés , déchargés , les grains pillés &
vendus às vil prix 3: J'Aſſembléc a permis aux
( 179 )
directoires de requerir les gardes nationaux des
départemens voilins , afin d'affuter les convois
qui feront deſtinés pour Nantes ,
*** Du vendredi , féance du foir,
Les muncipaux de Dormans ont fait arrêter
M. de Caftellane ancien évêque de Mende . On
ya conduire ce prélat dans les prifons d'Orléans ,
Mention honorable de cette capture au procèsverbalm
La préalable a écarté un projet du comité
militaire , portant création de commandans
temporaires pour les places fortes . On a ajourné
un projet de réduction fur l'indemnité due aux
officiers de l'armée pour leur logement ; réduc
sion , dont M. Crublier d'Obterre le promet uns
économie de 400,000 livres,
Du famedi , 14 avril,
Plufieurs citoyens de Sarte - Louis écrivent
l'Allemblée nous avons ouvert une
foufcription volontaire où chaque citoyen verfera
pue année de fon revenu pour les frais de la
guerre. Nous avons réfolu de farmer une compagnie
de cavalerie légère composée de 75 hommes
qui le monteront & s'équiperent à leurs frais.
Elle fervira , tant pour aller à la découverta
des ennemis , que pour furveiller celles des
proupes de ligne dont nous avons beaucoup de
raifon de nous défier , ainsi que du général....
L'un des citoyens de cette ville , membro da
Affèmblée conftituante , s'eft engagé à payer
20,000 livres d'ici au premier juin . Cets cr
conftituant eft M. la Salle qui figne l'adreſſe,
-On a demandé la mention honorable, M.
Greftin aseu la fagèffe de s'opposer à ce quele
H
( 186 )
procès -verbal confacrât ainfi des expreffions injurieufes
contre les troupes de ligne & contre
le général . « Il femble que l'on prenne à tâche
d'humilier les citoyens qui font des facrifices »
s'eft écrié M. Bréard à qui quelques mille écus
faifoient méconnoître le danger des défiances ,
des calomnies , des outrages inconfidér ment ou
méchamment prodigués aux foldats & à leur chef.
L'Affemblée a divifela propofition , décrété l'envoi
de l'adreffe au comité militaire , & la mention
honorable des offres.
M. Mayerne a demande que le miniſtre rendit
comptedes mefures qu'il adû prendre, pour remettre
dans les mains de la juftice les criminels que des vagabonds
ont délivrés des prifons d'Avignon . Cette
motion accueillie de rumeurs & des cris : à l'ordre
dujour , a paru à M. Bréard ſe trouver naturellement
compriſe dans l'exécution du décret , portant
que le miniftre rendra compte de quinzaine
en quinzaine de l'état des chofes dans Avignon
& dans le Comtat. D'après cet avis , l'Affen blée
eft paffée à l'ordre du jour.
M. Creftin a reproduit fon moyen infaillible ,
felon lui , d'éteindre l'agiotage & de procurer
Etat près de 200 millions par an. Il a foutenu
que les 240 millions de contribution foncière
effarouchoient les propriétaires ; que , fi cette
contribution eût été moins lourde , les rôles
auroient été plutôt faits. « Les biens- fonds , at-
il dit , payent , moyennant les fous 'additionnels
, un quart du revenu net ; tandis que les
revenus induſtriels ne font foumis qu'à un léger
droit de patente , & que les capitaliftes ne
payent abfolument rien. Si cette claffe continue
etre privilégiée , l'autre finira par ne plus vouloir
rien payer , & fon refus ne fera qu'une
( 181 )
*
Légitime réfiſtance à l'oppreffion... Mirabeau en
traîna l'Affemblée conftituante , par fon élo
quence , lorfqu'il prétendit qu'impofer les rentes
ce feroit faire une banqueroute. Il eſt bien vrai
que les capitaliftes parvinrent à influencer la mas
jorité de l'Affemblée... De ce que la nation
mis fous la fauve- garde des loix & de la loyauté
Françoiſe ces créanciers , s'enfuit - il qu'elle ait
voulu les exempter de concourir aux charges
communes , & leur conférer des priviléges ? ...
Nous citons d'autant plus fidèlement ces pallages
qu'ils heurtent de front les premiers & principaux
étais de la révolution , qui fe feroit combinée
bien autrement , qui peut - être même n'auroit
pas eu lieu , fi le gros des capitaliſtes & la tourbe
imbécille des rentiers n'en avoient d'abord &
ftupidement eſpéré le falut & la sûreté de leurs
créances , si 3 b n inlov
L'opinant a propofé de ne tolérer que des
billets à ordre , en les affujettiflant aux droits
de timbre & d'enregistrement ; de foumettre les
lettres - de- change . au- deilus de 1,200 livres à
2 pour cent ; les comptes courans , les journaux
des banquiers , négocians , &c. à un fixième du
produit de leur commerce mis à nud , la franchife
philofophique & la loi ne devant plus permettre
de cacher fa fortune ; d'affujettir aux
mêmes droits les acquits de prêts à intérêts... !
Quelqu'un a dit que les calculs de M. Creftin
paroiffoient plutôt conçus dans le délire d'une
fièvre patriotique , que médités de fang- froid . »
M. Lacroix a répondu qu'ils ne pouvoient trouver
de contradicteurs que dans ceux qui veulent
abfolamenti, au mépris de toutes les autres ref
fources , la vente des forêts nationales . On a
( 182 )
décrété l'impreffion & l'ajournement à huitaire
du projet de M. Creftin.
2
·
Le ministre de la guerre eft venu inviter l'Afſemblée
à raffurer les patriotes de Marſeille , qui
eroient que les troupes de ligne réunies dans le
Midi font dirigées contre eux. Il a dit qu'on
pouffoit l'exagération des craintes , jufqu'à prédire
que l'armée de 6,000 Marſeillois le porteroit
fur Avignon , fur Lyon , & de Lyon à
Paris , pour opérer une nouvelle révolution en
faveur du fyftême républicain. Voici par quels.
argumens le jacobin M. de Grave a combattu
ces prédictions , qu'il a taxées de folie : « ce
plan ne peut jamais entrer dans les deffeins des
vrais amis de la conftitution ..... On cherche à
calomnier les citoyens qui ont déjoué tous les
complots du camp de Jalès & la véritable intri
gue de contre révolution dont le Midi éto
menacé ( en difperfant le directoire d'Aix , en
défarmant le régiment d'Erneft , & c. ). L'opinion
des repréfentans du peuple fra plus que des ar
mées pour l'exécution des loix .... Je pense que
les troupes de ligne ne font pas nécefiaires pour
sétablir l'ordre dans ces départemens , puifqu'ciks
n'y ont produit que l'effroi ( parmi les brigands) ...
La loi eft la première propriété d'une nation
hbre, C'est à tous les citoyens , & non à une
portion, fpécialement destinée à la garde de l'ex
térieur , qu'il appartient de la défendre..... J'ai
propofé au Roi de retirer les troupes de la ville
de Lyon , conformément au voeu de la munici
palité de cette ville.., Cette mefure a paru dane
gereufe aux perfonnes qui doutent de l'amour
du peuple pour la conflitution , & pour les loin
Bardiennes des propriétés ; mais il m'eft" impoly
183
C
fible de partager cette crainte . C'eſt done à la
nation elle-même , qui a développé tant d'éncré
gic , que des miniftres du Roi n'héfitent "pasodo
Le confier ; c'eft par cette confiance extrême qu'ils
appellent tous les citoyens à partager leur ref
ponſabilité ( grunds applaudiffemens )...cl
3
Au moment où toutes les autorités font vio
lées , les châteaux incendiés , les campagnes
miles à contribution , es fubfiftances interceptéest
pillées , des villes conquifes par leurs voisins , les
brigands impunis , les affallins honorés , le coupe
tête & fa borde en liberté , on éloigne les troupesq
on des accufe de ne produire que l'effroi ; lon
traite toute crainte de folie ; on s'en rapporte à
l'amour des dévastateurs pour les loix gardiennes
des propriétés ; & la confiance extrême des mis
niftres fan partager leur refponfabilité à des bandes
indifciplinées , co- refponfabilité encore plus abfarde
qu'inconftitutionnelle .... La propofition
de M. de Grave a été convertie en motion par
M. Mouyffet a Quand vous avez déciété co
raffenblement de troupes , a dit M. Guadet
Arles étoit en état de révoltes ouverte , Avignon
& Carpentras menaçoient... le patriotisme étoit
écalé l'aristocratiexion phoit dans le Midi
aujourd'hui les circonftances font changées .
-olej M. Gunder a paru croire qu'on l'interrompoit
par des rifécs , M. Genty lui a pros
tefté que cevalétolear point des ritées , mais des
mouvemens d'indignation . Alors on a crie
Rappeller M, Genty à l'ordre. Celui - ci are
pliqué le changement des circonftances , en ob
Tervant qu'en effet les prifonniers d'Avignon
étoient libres , les châteaux brûlés …… A, ces motsy
univàcarme horriblera confondu toutes les voly..
Pluficuts crioient que Mi Gency avoit infuledi
2
(184 )
I
YAffemblée en fuppofant qu'elle avoit écouté
M. Guddet avec indignation . D'autres s'atta
quoient au préfident qui ne vengeoit pas les ja
cabins. Allez préfider aux feuillans ; » lui die
M. Lacroix, Vingt membres s'entre- rappellent
à l'ordre. M. Genty y eft rappellé , & M. Guadet
ſe juſtifies en ces termes : « J'ai rapporté deux
faits très- vrais ; favoir , que les opprimés d'Ailes ,
d'Avignon & du Comtat ont été délivrés de leurs
oppreffeurs ; que cette oppreffion des patriotes
étoit la feule caufe du raffemblement des trou->
pes. Les circonftances étant changées , les mêmes
mefures ne peuvent plus convenir . » Qu'auroit➡›
on dit de pinse clair pour juftifier M. Genty ?
M. Guader a fait envoyer la propofition du miniftresau
comité qui la reproduira fous trois
jours , afin de prévenir les mouvemens des
troupes. potro
+
Si les 37 co - accufés de Perpignan pfoient
shacun du droit que leur donnent les nouvelles
loix , de recufer 20 jurés , ce feroient 740 ré
cufations ; il n'y a cependant que 166 hauts
jurés en tout. Si les 137by employoient chacun
15 jours d'après les mêmes,join , ce ferait près
d'un an & demi. Le moyen que la haute- cour
expédie beaucoup d'affaires: On a chargé des
comité de légiflation de lever ces difficultés propolées
par M. Garrán de Coulon! Mais.com-¡
ment enfuite jugera-t- on en fe fervant de loixs
& de formes poltérieures aux délits à l'accum
fation ? Nul ne peut être puni . qu'en versu
d'une loi établie & promulguée antérieurement
au délit & légalement appliquée ( déclarations
des droits , art. VIII. ) »
M. Dumourier vient communiquer aux légif
lasciarsi fa Jettre du 1§lausio marsjiɔàaMaddel
( ( 185 ) 2
Noailles , portant injonction de requérir lâ di - l
minution des troupes dans les provinces Belgiques
& la difperfion des François émigrés ;
deux lettres de M. de Noailles qui demande fon
rappel , déclare fa préfence inutile , & fufpend >
la remife de fes lettres de créance au nouveau
Roi de Hongrie & de Bohêmes une feconde .
lettre du 27 mats , plus impérieufe que celle
du 195 enfin , l'envoi de M. de Maulde
comme ambaſadeur extraordinaire , avic fine
lettre de la main du Roi à S. M. " A. ; lettre?
qu'on a lue à l'Aflemblée & à fes galerics avant
que le Roi de Hongrie & de Bohême, l'ait reçue ;
M. Dumourier a ajouté que , dans 20 jours au
plus tard la réponſe fera arrivée , & qu'il faut
employer ce délai aux préparatifs néceffaires pour
entrer aufli- tôt en campagne . A moins de tranfaire
toutes les phraſes du miniftre , il eſt impoffible
de donner une idée des inconvenances .
dort fourmille fa prétendue politique libre , qui
a été fort applaudie ; mais nous copierons la
lettre du Roi de France ,
τις
Monfieur, mon frère & neveu , la tranquil
lité de l'Europe dépend de la réponse que fera
V. M. à la démarche que je dois aux grands
intérêts de la nation françoife , à fa gloire , &
au falut des malheurcufes victimes de la
guerre
dont le concert des puiffances menace la France ."
V. M. ne peut pas douter que c'eft de ma
propre volonté , & hibrement , que j'ai accepté
la conftitution ; j'ai juré de la maintenir, Mon
repos & mon honneur y font attachés ; mon
for eft lié à celui de la nation dont je fuis le
repréſentant héréditaire , & qui , malgré les ca-'
lomnies qu'on fe plaît à répandre contre elle ,
mérite & aura toujours l'eftime de tous les peuples,
( 186 )
Y
Les François ont juré de vivre libres ou de
mourir , j'ai fait le même ferment qu'eux. »
« Le fieur de Maulde , que j'envoie mon ambaffadeur
extraordinaire auprès de V. M. , luí
expliquera les moyens qui nous restent pour
empêcher & prévenir les calamités de la guerre
qui menace l'Europe . C'eit dans ces fentimens
, &c. >>
Signé , LOUIS .
M. Briche a demandé que M. de Noailles
füt décrété d'accufation , « Examinons les pièces,
a dit M. de Kerfaint, Il fe peut que la conduite
de M. de Noailles foit fpontanée ; on
connoît fon dévouement à la perfonne du Roi ,
M. Guadet a loyalement confenti à tout exa-`
men tendant « à découvrir les traîtres qui dirigeroient
M. de Noailles , » pourvu que l'ambaf-
Tadeur fut accufé fur-le - champ . M. de Noailles
a été décrété d'accufation , fans plus de formes,
& l'on a renvoyé les pièces au comité diplomatique,
Du famedi , féancé du ſoir,
Le Roi annonce , par écrit , à l'Affemblée
Ja nomination de M. Duranteau de Bordeaux
au ministère de la juftice.
Au nom des comités diplomatique & des domaines
, M. Couturier a fait charger le pouvoir.
exécutif de pourfuivre l'adjudication de l'abbaye
de Wadgars , dont les religieux retardoient la
vente en alléguant que l'abbaye dépendoit de la
Principauté de Naffau- Sarbruck. La féance a fini
par la lecture des articles relatifs à l'organiſation
de la gendarmerie nationale.
Du dimanche , 15 avril.
•M. Dumourier écrit à- l'Affemblée , qu'une
( 187 )
dépêche de M. de Noailles , arrivée à minuit
annonce que cette ambaſſadeur a donné fuite
aux négociations entamées . Que fera - t - on du
décret d'accufation fi leftement lancé la veille ?
Longs débats. Le comité diplomatique donnera "
fon avis fur cette question à une heure.
号
En attendant , organe du comité de furveil
lance , M. Lecointre veut faire décréter d'accu➡
fation 4 officiers du régiment de Guienne que
la municipalité de Bellay retient en priſon , après
avoir faifi , leurs effets & 175 louis d'or qu'ils
avoient fur eux. M. Rougier la Bergerie a fou
tenu que ces 4 officiers n'émigroient pas , qu'on
les a arrêtés mal - à -propos , que la municipalité
s'eft: très- mal conduite à leur égard , que l'un
d'eux eft mort , dit-on , des faites des mauvais
traitemens qu'ils ont reçus. On a décrété qu'il
n'y avoit pas lieu à délibérer fur le projet d'accufation
; mais on a renvoyé les 4 prifonniers
au pouvoir exécutif comme déferteurs & le
miniftre de la guerre rendra compte de l'exécution
des loix martiales .
Le miniſtre de la marine a notifié l'envoi de
6,000 hommes à St. Domingue , & de 2,000
aux les -du - Vent , moitié troupes de ligne ,
moitié gardes nationales , qui ne pourront partir
avant la fin du mois de mai. Il a propoſé d'expédier
le décret du 14 mars par un avifo. Sa
lettre a été remife au comité de marine .
!
-M. Dumolard a tu une analyſe oratoire de
beaucoup de pétitions , une raplodie dans le
style puérilement euri d'un jeune écolier de rés
thorique. Nous en tranfcrirons quelques traits
pour caractériſer & le talent du rapporteur & .
ce qu'on appelle encore l'opinion nationale .
** Il fera doux pour les représentans du peuple
( 188 ) \
d'attacher d'abord leurs regards fut les fentimens
généreux dont leurs concitoyens paroiffent
embraiés. Par-tout on provoque à grands cris
le figral meurtrier des combats ( tien n'eft fi
doux ! ) ... ... La ville de Caftres s'indigne de I
votre loogue complaifance envers les defpotesi
mitrés , qui font de leurs Etats le repaire impur
de François émigrés... Les citoyens d'An- i
gers , de Villers , du Calvados veulent une
guerre offenfive contre les Autrichiens .... Dans .
les tranfports d'une excufable ivrelle , ces pa
triotes eftimables vous préfagent des victoires ,
voient les foldats François établir entre leur pa
trie & les tyrans une barrière de peoples conei
fédérés pour le maintien des droits de l'homme
& des nations... Nous ne sommes plus fous un'
régime flétrillant & mortifère...... M. de Barbanianne
a vu de l'ingratitude & de la perfidie .
dans le récit de M. de Narbonne... Il a fu concilier
fes devoirs & la gloire du régiment d'Er- ›
neft. Adminiftratcurs , municipaux , citoyens :
d'Aix , tous jufqu'aux femmes appuient M. de
Barbantanne de leur témoignage , & le proclament
leur fauveur... L'opinion publique applau->
dit au décret qui a frappé M. Deleffart.... Les
amis de la conftitution de Vefoul dénoncent la
trahifon notoire du pouvoir exécutif ; ceux de
St Quentin demandent un décret qui transfète {
tous les prêtres inafermentés dans les cachotsat
d'Orléans . Les amis de Caen s'écrient : Hâtezvous
d'ifoler la marche des gouvernemens de
tout fyftême religieux idée fublime!! :
qui fera le bonheur des payfans que M."
Dumolard appelle honorables époux de la
Lerre..
Mais la commune de Brives ne ſe borne pas
( 189 )
"
à des phrafes. Elle preffe l'Affemblée de fup-
- primer les dénominations de Feuillans , de Jacobins
, de fe préferver de l'influence tyrannique
des clubs.
+
MM. Bazire, Saladin , Fauchet , &c. voulo:
ent que l'adreffe fûr improuvée ; d'autres
membres les rappelloient à l'ordre en s'élevant
avec ardeur contre les factieux , en les menaçant
de l'abbaye... Des éclats de rire fe mêlent aux
Linjures & au tumulte. Enfin , au milieu des
clameurs , on a décrété la mention honorable de
toutes ces adreffes.
Hier , fur deux lettres de M. de Noailles lues
& relues , l'Affemblée l'avoit décrété d'accufation ;
aujourd'hui fur une lettre du même , que per-
~ fonne n'a lue , M. Lafource propoſe , au nom du
comité diplomatique , d'abolir le décret d'accufation
, ce qui tranchoit une queſtion très- délicate
: Lesjurés peuvent- ils révoquer leur décifion
en matière de haute trahifon ? MM. de Vaublanc
& Vergniaud prétendent qu'un décret d'accufation
n'eft confommé , n'eft irrévocable que lorfqu'il
eft fuivi de l'acte d'accufation . Pour ne rien
préjuger , on a ajourné la difcuffion jufqu'après
2 connoiffance acquife de la dernière lettre de M.
de Noailles : supe
ei si , vibraı songs
&
0 st ,
> Hier au foir ( 16 ) on n'avoit encore
ici aucune nouvelle officielle de la mort
du Roi de Suède : Pavis en eft venu de
Hambourg par les lettres du commerce en
date du 6 avril ; ce qui ne formeroit pas un
garant bien refpectable s'il étoit ifolé ; mais
( ( 7196 )
:
M. le Baron de Blome, Miniftre de Dane-
-marck , reçut auffi de Copenhague , Samedi
dernier , la même annonce qui fixe
au 29 Mars le dernier jour de Gustave IH ,
& qui le fait expirer après une agonie douloureufe.
F
La fortie des malles & des Particuliers
fans paffe-ports étoit encore défendue en
Suède le 31 Mars ; ainfi , Copenhague feul
nous a inftruit des événemens jufqu'à cette
date. A Stockholm & dans les provinces ,
les Payfans & les Bourgeois ont reçu avec
horreur la nouvelle de l'attentat commis
fur la perfonne du Roi ; on craignoit pour
la Nobleffe les effets de ce reffentinient.
Le Confeil de Régence n'eft parvenu qu'avec
beaucoup de peine à appaifer le Peuple
de la capitale, dont l'agitation a fuccédé à la
douleur. Pour foulager la Garnifon & la
Bourgeoilie chargées du fervice de Stockholm
, on y a fait entrer 300 Chaffeurs du
régiment du Corps. Defirant de prévenir les
effets de la fureur publique contre les Accufés
, le Confeil de Régence rendit , le 19
Mars , l'Edit fuivant :
Nous GUSTATE, &c. , ayant été attaqué &
bleffé d'une manière lâche & vile par un Sujet
perfide & probablement féduit , nous n'avons
pargné aucune peine pour rechercher & découvrir
non- feulement le coupable qui avoit porté
les mains fur notre Perfonne , mais auffi tous
ceux qui pouvoient avoir part à ce forfait, com191
)
1
mis contre nous & la Patrié. Dans ces ^ recherches
, nous avons été appuyé par notre bon
Peuple , qui a manifefté dans toutes les occafions ,
particulièrement dans ces momens , acet amour
& ce dévouement pour fon Roi & pour là Maifon
Royale , qui ont été connus de toute ancienneté
, & que nous conferverons toujours dang
un coeur reconnoiſſant & brûlant pour fon vrai
bien, Et nous nous formons l'efpoit certain ,
qu'une partie des coupabies ayant déjà été atêés
& foumis à des Interrogatoires juridiques ,
cette affaire fera mife au jour , & retracée jufques
dans fon origine & dans tout fon enfemble de
la manière la plus complette , fi dans ces recherches
l'on procède avec cette tranquillité , & dans cet
ordre légal , que nous nous fommes propofés de
fuivre. Cependant nous ne faurions cacher combien
il nous a été donné de fujet de craindre que l'amour
& le zèle , que nous trouvons actuellement près de
nos fidèles Sujets ne fe changent bientôt en une fi
grande véhémence à l'égard des Criminels , qu'elle
Teroit capable de les fouftraire au fupplice , que la
Loi feule peut leur impofer ; & d'empêcher par- là
les éclairciffemens ultérieurs & la découverte du véritable
enſemble de ce for fait ; éclairciſſemens néanmoins
& découverte, qui font de la plus grande
importance pour notre repos & fûreté, ainfi que pour
ceux de nos chers Sujets . A ces cauſes , non moins
que pour prévenir que des innocens ne foient traités
avec violence , nous demandons , ordonnons , &
exigeons , comme la plus haute preuve de l'amour &
de l'affection de tous les Habitans de cette ville & de
nos fidèles Sujets en général , qu'ils obfervent tous
cette tranquillité , qui s'accorde avec le bon ordre
& le refpeét pour nous & pour notre gracicufa volonté;
qu'auffi long-temps que durent les recher(
192 )
ches ; ils ne s'attroupent nalle part , mais que tous
& chacun d'eux attendent avec patience , ce que
, la Loi de Suède , fous la protection de laquelle
ils font & resteront tous , pourra ftatuer fur le
fort de ceux qui fe trouveront impliqués dans
-le fus-dit délit . Chacun auffi pent s'affurer , que ,
comme une fuite de notre devoir Royal & de la
fatisfaction , que nous reffentons au sujet de
l'amour de nos fidèles Sujets , nous donucrens
-aux Loix du Royaume & à leur exécution envers
les Coupables toute la force & la vigueur , que
Dieu & nos fidèles Sujets ont mife entre nos
omains : Sur quoi tous & chacun doivent le
aregler.
7 1
1. Durant la griève maladie de S. M. notre gra-
Lieux Roi & Seigneur ; fa Régence établie.
13 Signés , CHARLES
WACHTMEISTER
,
OXENSTIERNA, TAUBE , ARMEELDT . Plus bas ,
-LAGERBRINK. EL
A la tête des Perfonnes arrêtées comme
complices, ou comme foupçonnées de com
plicité dans la conjuration , dont le régicide
devoit être le premier Acte , fe trouve le
-vieux Général -Major Baron de Pechlin ; les
divers interrogatoires de plufieurs des Prfonniers
s'accordent à le défigner chef
principal du complot ; cette imputation eft
fortifiée par le caractère & par la conduite
paffée de cet Officier , qui , à la Révolution
de 1772 , jouiſſoit de toute la confiance des
Bonnets , & fe montra leur Agent , le plus
habile , le plus actif , le plus entreprenant.
C'eft lui que ces Factieux avoient chargé
-d'arrêter le Roi, le jour même où ce Prince
"
a
délivra
1938
délivra la Suède de leur domination . Arrêté
A Gripsholm , il fut ramis en liberté du
moment où il eut prêté fonferment de fidé
lité le Roi n'en tira pas d'autre vengeance.
L'affaflinat de ce Monarque eft aujourd'hui
la récompenfe , & peut- être l'effet de la
générofité qu'il déploya dans cette Révolution
, à la fuite de laquelle perfonne ne
fut ni recherché ni puni ; où l'on ne verfa
pas une goutte de fang , & où le plus grand
nombre des hommes qui avoient accablé
& cutrages & la Couronne & Frédéric Adob
phe , confervèrent même leurs emplois.
f
Voici la lifte des Perfonnes arrêtées fucceffivement
, outre le Général Pechlin , &
J'affaffin Ankarftroëm : le Général Comte
de Horn ; le MajorComte Nicolas de Horn ;
de Capitaine Comte de Ribbing ; le Baron
de Kurk; l'Adjudant Baron d'Oernfchiold ;
le Colonel Baron de Lilienhorn ; le Lieutenant
de Troil ; le Baron de Bielke , Secrétaire
du Roi , le Négociant Biorkman , le
Négociant Ahlegreen , & le Notaire Enkærning.
Ces trois derniers n'étant pas gravement
foupçonnés , ils feront bientôt élargis.
Quant au Baron de Bielke , l'un des
principaux Conjurés , il s'eft empoisonné ,
& eft mort en prifon. Le 26 , fon cadavre
fut traîné fur la claye , & attaché à la po
tence: sid
¿ sinei
5.4
es L'Affemblée Légiflative décrète les Ci
No. 16. 21 Avril 1792. I
( ( 194 )
toyens d'accufation pour le plus grave des
délits , pour celui de haute trahifon , en
moins de temps qu'on ne prend une glace.
Les formes de notre liberté font pires encore
que celles des Pachas & des Cadis.
On a vu que Samedi dernier , M. de Noailles
fut expédié de cette manière. Deux Anglois,
témoins de cette admirable célérité , &
Membres l'un & l'autre du Parlement de
leur pays , m'avouèrent qu'ils étoient hon
teux maintenant de la pefanteur & des fcrupules
avec lefquels leur Légiflation , en
pareil cas , affure au Prévenu des moyens
préalables de défenfe , & à l'Accufateur le
temps de préparer avec mâturité un Bill
impeachment. Si l'on veut quelque chofe
de plus romanefque que cette délibération
de Samedi & fon motif, on la trouvera dans
J'arrivée du Courier nocturne qui defcend
de cheval , tout juste pour difculper le lendemain
matin M. de Noailles de fa prétendue
défobéiffance,qui méritoit peut- être
un vote de remerciement. La femaine ne fe
pailera pas fans qu'on ait découvert ou le
but de ce micmac de M. Dumourier
on la vérité des variations de ' M. de
Noailles. Une partie du Public eft convaincue
que , plufieurs jours avant les
communications du Miniftère à l'AFfemblée
, on avoit reçu une lettre sèche ,
haute , & négative du Roi de Hongrie ;
Lettre que le Gouvernement ne jugeoit pas
7 ( 495 )
prudent de produire tout de fuite. Nous n'ajoutons
pas foi à cette conjecture. Quoi qu'il
en foit , on continue d'affurer que la guerre
fera déclarée dans la femaine.
Depuis qu'il exifte une Correfpondance
diplomatique de Puiffance à Puiffance , je
doute qu'on ait jamais écrit de dépêche
plus originale , que celle dont M. Dumourier
chargea M. de Noailles de communiquer
les bafes au Cabinet de Vienne.
Après avoir lu cette Miffive , où la familiarité
, la baffeffe même du ftyle dénonce
le Scribe de quelque Feuille patriotique
, plutôt que le Miniftre d'une grande
Monarchie , on ne fera point furpris de la
réfolution de M. de Noailles : fon refus
d'entretenir de femblables ouvertures le
Prince de Kaunitz déjà irrité , eſt fuffifamment
expliqué par la Lettre Ministérielle
que voici , & où M. Dumourier s'érige en
pédagogue du Ministère Autrichien.
Copie de la Lettre écrite par M. Dumourier à
M. de Noailles , datée du 18 au 19 Mars.
« J'ai mis fous les yeux du Roi , Monfieur , vos
dépêches des 29 Janvier , 1er . & 3 Mars. Les
affaires doivent prendre, par la mort de Léopold ,
une nouvelle marche : ainfi le Roi n'attend pas
une réponíe très prompte à la dépêche de M. Deleffart.
La difgrace que ce Miniftre vient d'épronver
, vient en grande partie de la foibleffe de fa
négociation . Il eft fâcheux que vous ayez communiqué
à M. de Kaunitz la lettre confidentielle ,
dont un extrait bien fait n'auroit pas donné à ce
I 2
661961
Miniftre les moyens de produire une déclamation
violente , qui ne pouvoit que nuire aux négocia
tions pacifiques qu'on entrevoit , dans la dépê he
de M. de Kaunitz , avoir été dans les principes du
feu Empereur. La négociation à l'avenir va pien-
-dre une inarche simple & vraic ; telle eft l'intention
du Roi , & c'est ce qu'il n'a recommandé en entrant
au Minillère : ainfi toutes les dépêches que
vous recevrez à l'avenir , pour: ont être préſentées
fans danger au Miniftre du nouveau Souverain.
La paix ou la guerre dépendent ertièrement du
Cabinet de Vienre. Ce que vous me mandez fur
le caractère du Roi de B hême & de Hongrie ,
fait eſpèrer qu'il envifagera les horreurs d'une
guerre interminable , dont lui feul feroit dans le
cas de faire les frais & d'elluyer les pertes , quand
même il réuffiroit à ruiner la France . Je préfume
que le facrifice de l'alliance.qui a été fi utile à la
maifond'Autriche, le laitferoit , après cette guerre,
fans aucun allié , & d'autant plus en butte à fes
ennemis naturels , qu'il auroit eu peu de fuccès . »
сс
Certainement , s'il favorifoit la fureur coupable
des Emigrés qui déchirent le coeur paternel
du Roi , il n'en réfulteroit pour lui qu'un état de
foibleffe & d'épuifement , pareil à celui dans lequel
il auroit plongé la France elle- même ; & alors
il perdroit tout l'afcendant que 200 ans de poffelfion
du Trône Impérial ont donné à les prédéceffeurs.
Il perdroit peut- être auffi cette éminence
dignité ; & en cas que , par la fuite , il fût attaqué
par fes alliés du moment , ce ne feroit pas dans la
France épuisée & déchirée par une guerre civile ,
qui dureroit encore long- temps après la guerre
extérieure , qu'il trouveroit des fecours contre les
nouveaux ennemis . »
« Voilà le tableau de fes dangers en cas de fuc(
197 )
cès. Si , au contraire , la guerre qu'on femble nous
déclarer , tournoit mal pour les Puiffances atta➡
quantes , alors les fuccès de la France feroient
uniquement nuifibles au Roi de Bohême & de
Hongrie , puifque lui feul poſsède les Etats limitrophes
dans lefquels fe répandroient nos armées,
victorieules. Il eft poffible qu'on préfente pour
appât à ce Souverain un prompt couronnement , &
qu'on en fafle pour condition de hâret la guerre ,
en la faifant comme Chef de l'Empire : mais
cette diftinction de Chef de l'Empire & de Chef
de la Maifon d'Autriche ne pourroit pas fe foutenir,
une feule minute . Dès - lors tous les liens feroient
rompus , & cette guerie lui deviendroit perfonnelle
: ain tout le poids en retomberoit ſur lui,
comme je l'ai dit plus haut, »
- cc
Voyons d'ailleurs quels font les motifs de
cette guerre dont on menace la France. L'affaire .
des Princes poffeffionnés ? Mais elle peut s'arran¬
ger par des négociations , & au contraire la guerre
oteroit toutes les mesures qu'on peut prendre. La
caufe des émigrés ? Le Roi attefte qu'il a puilé
dans fon coeur tous les moyens de les faire rentrer
en France : i's font en pleine déſobéiſſance vis- àvis
de Sa Majefté , & coupables envers leur Pattie.
Le Roi de Bohême & de Hongrie pourroit - il .
prendre la défenſe des rebelles ; & cet exemple ne
feroit- il pas dangereux pour lui même ? Notre armement
? Il a été provoqué par le Traité de Pilnitz,
par l'afile menaçant donné aux Emigrés fur
nos frontières : il eft purement défenfif, & il ne
peut allarmer aucune Puiffance en : particulier
puifqu'il n'eft offenfif contre aucune . La preuve
en et que le Roi n'a ordonné aucun armement
maritime , parce que l'Angleterre n'a préſenté ausune
difpofition menaçante , »
·
I 3
(( 198 )
Je ne parlerai point des Clubs & pamphlets : ce
ne peut pas être un motif de guerre. Si c'en étoit
un depuis long- tems toutes les puiffances de
l'Europe auroient été forcées de faire une croifade
contre l'Angleterre. C'eft dans notre conftitution
, c'eſt dans nos loix nouvelles , c'eft dans
notre déclaration des droits elle- même , que les
Chefs des Nations doivent trouver nos principes
, & le fond de notre conduite . Le Roi des
François fait par coeur , aime & veut la Conftitution
. Sa conduite fera invariable , & on peut
compter entièrement fur la franchife de fa manière
de négocier . Voilà ce dont vous devez bien
perfuader te nouveau Souverain & fes Miniftres :
voilà ce qui doit anéantir les motifs de guerre
qu'on lui préfente. Chef d'une grande Nation
libre , le Roi fera tout ce qui pourra s'accorder
avec la dignité , pour éviter une guere fondée fur
des motifs aufli puérils . Si les circonstances ou
faveuglement des Chefs des Nations le forcent
a fe défendre , il préfentera à la Nation Françoife
les négociations qu'il aura faites pour avoir
la paix , & alors trouvera entelle des reffources
& Fénergie néceffaire pour faire la guerre. »
te:Le concert des Puiffances eft évidemment
dirigé contre dun Gel concert n'eſt que momentané
, parce qu'il bleffe lordre & l'intérêt politique.
Il ne peut pas durer , & il ceſſera néceſ--
fairomentou après la guerre ou pendant la guerre .
Dabs tous les cas , le Chef de la Maifon d'Autriche
restera ifolé épuifeddi finances & de
troupes Tout ce danger peut ceffer de part &
dante par une déclaration franche de la Cour
de Vienne ; & par un défarmement réciproque.
Le prétexte de la néceflité de beaucoup de troupes
dans les Pays- bas , pour empêcher l'efprit de ré--
& I
( 199 )
volution d'y pénétrer , eft un motif infuffifant ;
plus on raffemblera de troupes dans ces belles
provinces , plus les Peuples feront vexés , ruinés
& portés à l'infurrection . Les armées ne contiennent
pas les Peuples quand ils veulent être
libres . Plus on oppofe de force , plus l'énergie
s'augmente' , & devient fureur . Gênes en eft un
exemple pour la Maifon d'Autriche . Cette ville
médiocre a chaffé de fon fein une armée entière .
La Révolution Françoife en eft un exemple encore
plus frappant . Que les Belges foient heureux ,
qu'on leur maintienne leur Conftitution , & ils
feront tranquilles . La Cour de Vienne fait bien
quels ont été les agitateurs de la Belgique. Elle
fait bien que l'Affen bice Corftituante a rejetté
les Belges , parce que leur révolution theocratique
étoit l'invefe de la nôtre . Ce font les nouveaux
aliés qui dui ont rendu cè mauvais fervice , &
lorfqu'ils ne fe mêleront plus des affaires de la
Belgique , avec un bon Gouvernement , il ne
faudra que les garnifons ordinaires pour la contenir
. La diminution des troupes dans cette province
eft conc un des points Scone néceffaires pour
provoquer les bonnes intentions du Roi de Bohème
& de Hongrie , airfi que l'expulfion de tous
les Emigrés armés & attroupés , de toutes les
provinces de la domination Autrichienne . Cer
exemple entraîneroip les Souverains inférieurs de
la ligue Germanique bientôt les attronpemens
& les fourcons cefferoient de part & d'autre .
Toutes les menaces & les préparatifs de guerre
s'évanouiroient , & il ne refteroit plus qu'à ar-,
ranger à l'amiable l'affaire des Princes poffeffiou .
nés. Cette affaire ne peut pas le traiter au milieu
du tumulte des armes . Quant au concert des
Puiffances, comme il n'a qu'un objet qui n'exif-
4
( 200 )
1
teroit plus , comme c'eſt un monftre politiquez
il le détruira lui- même , & il n'en restera qu'un
moyen de plus pour maintenir l'Europe en paix. »
«Telles font , Monfieur , les bales fur lesquelles
Le Roi vous, ordonne de traiter avec la Cour de
Vienne pour avoir une réponse franche & décifive
. Je rendrai compte à Sa Majefté du fuccès de
votre négociation , & je fuis perfuadé qu'avec de
la vérité & de l'énergie en préfentant à la Cour de
Vienne ces puiflans intérêts , vous parviendrez
fous peu de temps à déterminer cette crife politique
qui ne peut pas durer, »
Voici la plusimportante & la dernière des
deux Réponses de M. de Noailles à M. Du
mourier; c'eft fur cette dépêche qu'a été
fondé le Décret d'accufation.
Seconde réponse de M. de Noailles à M. Dumourier.
J'ai reçu hier , Monfieur , par le Courier
Duclos , la lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 19 mars . C'étoit ce jour-là
même que partit la réponse à la dernière note
que j'ai été chargé de remettre ici au ministère.
Je me fuis entierement conformé à l'annonce
fre le premier mars à l'Affeinblée nationale.
Vous aurez vu , Monfieur , quel en a été le
réfultat . Il n'eft pas permis de douter qu'effectivement
les affaires n'aient pris une face nouvelle
depuis la mort de l'Empereur Léopold ; mais il
s'en faut beaucoup que le changement qui s'et
opéré , augmente les efpérances de ceux qui font
des voeux fincères pour la tranquilité générale .
Le jeuné Roi , comme je l'ai déjà marqué , fe
laiffera néceffairement guider dans le commencement
de fon règne , il montrera ; fi ce iuft*
2011
Ca
M
par fon caractère , du moins par celui de fon
miniſtère , une grande inflexibilité dans fes principes.
»
Je me fuis fervi , Monfieur de la lettre '
de M. Deleffart fous le titre d'extrait communiqué
confidentiellement . Je n'ai point commu
niqué la lettre en entior ; j'en ai confervé , il
eft vnai , une grande partie , parce que les expreffions
en étoient tellement mefurées , que je
devois en attendre route efpèce de fuccès. Une
expérience acquife ici par un féjour de peuf annécs
, m'autorifoit à porter ce jugement.. Le
Minitre Autrichien a fait tout de fuite éclater
des fentimens qu'il avoit diffimulés."
auparavant
La lettre de M. Deleffart a été mife en lambeaux
, & des paff , ges ifolés ont préfenté le fens
qu'on a voulu ,
« Ces réflexions n'ont point pour objet de me
juftifier , mais de préfenter les véritables difpofitions
de la Cour de Vienne ; ai-je donné lieu”
pat ma dernière note aux décl.mations que l'on
retrouve dans la réponſe Autrichiente , & qui
nous remet au - deffous du point où nous étions
au mois de Juillet dernier ? Je n'ai pas bebefoin a
cette heure de diffimul r tous les efforts que j'ai
faits pour perfuader ici au Miniftre , que s'il
vouloit affurer fon repus & travailler au nôtre ,
il fall it fur- tout éviter toutes obfervations
it
qui
tendroient a cenfufer norte Adminiftration in
térieure : ji fans ceffe répété que de fembl bles
critiques , tout au plus permifes dans les entretiens
particuliers , forfqu'elles étoient confignées
dans des écrits miniftériels , devenoient les of
Perfes ies plus fenfibles à l'honneur d'une Nation .
Qu'ont produit , Monfieur, mes repréfentations fi ,
fortementmotivées ? Vous avez actuellement entie
( 202 )
"
les mains pièce da 18 Mars. Le Gouvernementici
vientde donner à ette pièce & à celles qui ont précédé
toute forte de publicité , en faitant mettre
en vente , depuis hier , l'imprimé dont je joins
ici trois exemplaires , & ' en failant annoncer qu'il
en paroiroit ceflamment ane traduction exacte
en Allemand ; y a- t- il rien de plus fort en offenfe?
Quelles font les voles après cela qui reftent ouvertes
à la négociation ? je les connois fi peu ,
que je croireis manquer effentiellement à ce qui
eft du , à l'honneur de la Nation & à la dignité
du Roi , je faifois ici aucune démarche auprès
G
du Ministère , avant que vous ayez eu la borte .
de me répondre à mon expédition du 19 Mais.
Je me fuis
tale lettre Hoyer
à la
Chancellerie
, d'Etat une lettre du Roi , pour le Roi
de Hongrie & de Bohême , préfumant que c'étoit
une réponse à la notification de la mort de l'Empereur.
Je fufpendrai , Monfieur , la remife de
mes lettres de créance , par les motifs d'honneur
que je viens dec cciitteerr ;; d'ailleurs , rien ne périclite
, puifqu'il n'y a rien à négocier. »
Je diri , pour dernière raifon , que j'ai cu
l'honneur d'écrire au Roi , le 24 mars , pour
fupplier fa majefté de me permettre de me retirer .
Je follicite de nouveau cette grace par votre entremife
monfieur , & je la follicite avec toute
l'ardeur d'un ferviteur zélé pour la patrie , qui
dès qui fent , comme je fais , l'impoffibilité abfolue
d'être utile à fon pofte , doit le céder à un
autre . Je puis fort bien , comme je fuis , continuer
de vaquer aux affaires courartes , jufqu'à la fin de
ce mois , en attendant les derniers ordres de fa
majesté. »
M. Briffot tranfcrivit la femaine dernière
dans, fon Patriote François , une prétendue
1
( 203 )
P
Convention entre les Cours de Vienne & de
Berlin , dont il avoit tiré la minute d'une
Feuille Angloife , intitulé : The Wodfall's
Regifter. A moins d'être de la plus invincible
ignorance ,cou d'une bien coupable mauvaiſe
foil, le plus mince écolier de. Droit
Rublic eut apperçu le faux de cet Acte
apocryphe. M. Briffot fit mieux que de
l'examiner , il s'étudia à en prouver l'authen
ticité probable, pour jouer , dit- il , un tour à
M. Délefart, & pour démontrer le crime
de se Miniftre , qui n'ayant pú ignorer
L'existence de ce Traité , en avoit celé la
connoifiance au Corps Légiflatif. Le feut
coupable en ceci , eft la tête vide de M.
Briffor , ou la morale connue. S'il n'a pas
cu intention de conimettre une noirceur
contre l'Accufé qu'il a fait jetter dans les
priſons d'Orléans , il eſt affurement le plus
étourdi des Ecrivains .
6
) , () .
wod
Son Traité daté du 18 Février , eft figne
par le Comte de Colloredo & par le Baron
de Bifchofswerder. Or , le 18 Février M. de
Bifchofswerder, (Comte & non Baron étoit
encore à Berlin : il n'arriva à Vienne que le
28 du même mois , & ne fut préfenté à la
Cour qu'au mois de Mars après la mort de
l'Empereur . Nul Plénipotentiaire du non ,
de Colloreto na pigner cette Convention ; )
puifque le Comte François , Grand Maure
de la Maifon du Roi de Hongrie actuel,
n'eft entré dans le Confeil que depuis l'avent
16
( 204 )
nement de ce Prince à la Couronne. Le
Prince Colloredo , Vice Chancelier de l'Empire
n'a pû , en
Traité entre la cette qualité , figner un
Maifon & la
Pruffe ; eette fignature appartenant au
Prince de Kaunitz , Chancelier d'Etat , ou
au Vice -Chancelier Comte de Cobennel
-LeLess articles de cette Convention foët
un tiflu d'inepties ; on y détermine un
Congrès pour décider d'une manière conclufive
, quelles font les véritables prérogatives
de la Couronne de France , &e.
17
M. Deleffart avoit renouvelle prefque
tout le Corps Diplomatique ; fon fucceffeur
vient d'opérer un nouveau déménagement.
Il a nommé M. de Maulde , inconnu
même de ceux qui connoiflent tout
le monde , à la Haye , à la place de M. de
Gouvernet , M. de Vibraye remplace Abbé
Louis à Copenhague ; M. Villars, Secrétaire
des Jacobins pafle à Mayence. On parle de
M. Champfort pour la Diète de Ratis
bonne , &., & c.
La fête triomphale deftinée aux 40 Sol-'
dats de Châteauvieux , a pris le caractère
d'un divertiffement plus que populaire
célébré Dimanche dernier.Ily avoitbien un
Char de triomphe, mais point de Triomphateurs.
Vingr chevaux trainoient cette machine
furmontée de la Liberté en peinture
fur carton , & vacillante chemin faifant ;
1205-))
des Emblêmes , dès Bannières , des Infcriptions
, des Sarcophages ; la promenade d'un
Cortégeallez peu nombreux,du Fauxbourg
Saint-Antoine à la Baftille & de la Baftille
au Champ de Mars ; fort pet de curiofité,
encore moins de fenfation , nul intérêt de la
part du Public, au paffage de ce trifte convoi,
qui cherchoit à être gar , des cris périodiques
de Vive la Nation ! Vive la Liberté?
Viventtes Sans Culottes & que fort peu de
Spectateurs s'empreffoient de tépéter ; des
parfums ou des grailles brûlées dans des réchauds
fur Autel de la Patrie au Champde-
Mars ; ce Champ- de- Mars prefque folitaire
; je l'ai vu tel à fix heures & demie
du foir 1 une Mufique difcordante qui
jouit fauxPair ça ira , & d'autres hynines !
patriotiques de méchans vers de M. Che
nier lus ou chantés , des danfes , des cris
autour de l'Autel , & probablement quelques
cérémonies dont nous n'avons pas
été témoins , tel eft le précis de ce Dramel
qui ne fera pas oublier les Jeux Olympiques.
MM. Perion , Manuel , Roberfpierre,
d'Anton , quelques autres Municipaux &
divers Députés ont honoré le Cortège de
leur préfence.
Au paffage de la place de Louis XV , i
trouva la Statue de ce Monarque affublée
d'un bonnet rouge & d'un voile aux trois
couleurs . M. Collot d'Herbois & fes Cliens
M. de Saint Huruge exerçant l'emploi de
((206 )
Tambour-Major , des Amazones , des Soldats
, & un nombre d'Amateurs faifoient la
principale pompe de la cérémonie. Elle a
commencé & fini fans trouble ni défordre
la Garde nationale a er en prévéñant
même la poffibilité , a prouvé de nouveau
que le falut de Paris efti
dans fes mains. Ses
mefures , fa vigilance , & fes difpofitions
de vigueur contre les premiers perturbateurs
qui auroient tenté de fe déployer,
lui ont mérité l'aprobation & la reconnoif?
fances publiques Le Jardin des Tuileries
fut fermé toute la journée, Quoique la
Fête ait été un peu mutilée par les retranchemens
qu'avoit néceflité la prudence , ou
la crainte d'un choc , elle n'en a pas moins
rempli , parfa feule, exécution , l'un des
principaux buts de fes Fondateurs les Op
pofitions n'ont pu empêcher cette célébra,
tion digne de mémoire , qui reftera comme
monument de nos moeurs actuelles , de nos
principes , de l'empire de l'anarchie.
·
419
Pendant qu'on argumentoit à Paris pour
ou contre les honneurs à rendre à guarante
Galériens ; pendant que les uns phrafoient,
en faveur de la fête de la liberté , les autres
fur l'empire de la loi ; tandis qu'on differtoit
fur les droits du Peuple , ou fur le
refpect de la Conftitution ; le feul droit ,
la feule Conſtitution qui exiftent mainte-,
nant en France, couvroient le Midi de
nouveaux brigandages. L'invasion de Gene'
( 207 )
feric & d'Attila entafla moins de ruines :
nous avons vu le Département du Cantal,
faccagé le mois dernier , celui de l'Ardèche
a eu le même fort ; nombre de châteaux ,
& de maifons ont été pillés & incendiés
aujourd hui , c'eft le Département du Gard.
qui exerce le patriotisme des Brigands- Ci
toyens, Plus de 60 châteaux ou maifons de
Campagne ont été dévaftés , pillés de fond
en conible on , a brûlé leurs archives
42 de ces habitations étoient la proie des 42.99
famnies à la date des dernières nouvelles .
Ces bienfaits de la liberté font l'ouvrage
Individus qui ont prêté le ferment illufoire
de maintenir la Conftitution ; ces
mêmes Gardes Nationales qui n'ont le
droit de porter l'uniforme que pour la
défenfe des Perfonnes & des propriétés ,
coopèrent à ces faccagemens méthodiques ,
s'allient aux fcélérats qu'on a chargé de
les exécuter , ou fe contentent en divers
lieux de refufer tout fecours à la loi . Le Di- ,
rectoire du Gard , jufqu'à ce jour fi tolérant
envers les Inftigateurs & les Agens du déri
fordre dans le Bas Languedoc, a été forcé
de témoigner lui - même cette vérité ;
c'eft la crainte de voir attaquer les propriétés
de fes Membres , qui l'a rendus attentif
au danger. On obfervera qu'au même
moment l'armée Marfeilloife pourfuivoit
fes expéditions , qu'Arles tomboit entre fes ,
mains & éprouvoit les rigueurs de la con ,
( 208 )
quête ; que les gardes nationales de Nifmes
duvroient les prifons aux bourreaux de la
Glacière ; qu'au mênie moment encore ,
on difperfuit Juges , Commiffaires , Généraux
, troupes de lignes que le Départe
ment des Bouches - du- Rhône exerçant la
Souveraineté au nom de la République de
Marſeille , autorifoit l'armée de cette ville
à marcher en avant , er interdifant à M. de
Wittgenstein , Commandant du Midi , le
territoire de leur domination. Nous
préfenterons la femaine prochaine un tableau
général de cette maffe de faits , liés
par la même chaîne,& fervant'à l'exécution"
du projet depuis long - temps formé par les
Proteftans , par les Clubiftes, par une partie
des Matfeillois , d'ériger le Midi en République.
Le Miniſtère actuel fecondé-t- il lui - même
ce deffein , & celui de laiffer les Propriétaires
à la merci des brigands ? On ne pour
roit en douter un inftant , fi l'on formoit
fon opinion d'après les difcours prononcés
la femaine dernière par M. de Grave , &
par le Ministre de l'intérieur. Ce dernier,
au lieu de porter l'attention de l'Affemblée
fur les enormités du Midi , fur les propriétés
en cendres , fur la fubverfion de
toute police , de toute loi , de toute fociété, "
s'eft amufé à perfécuter quelques Prêtres
non jureurs , & à invoquer des châtimens
contre ces Infortunés. Quant à la déclama(
209 )
tion de M. de Crave , je défie d'en trouver
un premier modèle dans l'hiftoire d'aucune
adminiftration publique. C'eft un Mis
niftre qui répond aux Familles ruinées
aux plaintes d'une contrée en flamme :
« Vous follicitez des troupes de ligne
» contre les Gardes Nationales qui fac-
S
cagent vos biens & brûlent vcs maifons ;
» eh bien ! je vais délivrer les Incendiaires
» & les Pillards des troupes de ligne ; yous,
» ferez gardées & défendues par ces mêmes
» Incendiaires. I's agiront à la requête des
autorités conftituées , auxquelles ils n'o
» béiffent point , & qui n'oient plus leur
» donner des ordres , La loi eft la première
» propriété d'une Nation libre , & c'eft aux,
» Citoyens qui ont mis leur force & leurs
» crimes au- deflus de la loi , que je confie-
>> rai de foin de protéger la loi. Voila le
» grand art du Gouvernementy & la vé→
» ritable police de la fociété. »
1
Lettre de M. BERGASSE au Rédacteur dela
Correfpondance politique.
ΤΟ
xus sorola Tup aParis " le¹¹} Avril 1792.
« Il eſt deux fois queſtion de moi , Monfieur,
dans votre Feuille du famedi 14 Avril. Vous
Vous y élevez avec raifon contre un de ces diftr
buteurs de calomnies fi accrédités aujourd'hui, qui
dans fon journal a eu la méchanceté mal - adroite de
m'imputer une Pétition rédigée au nom de la Section
de la Bibliothèque , contre la Fête projettée
1
( 210 )
pour les Soldats de Châteauvieux à cet égard je
vous dois des remerciemens . Il eft certain qu'il n'y
a que la fottife même qui puiffe m'imputer un
ouvrage , quelque modéré qu'il foit d'ailleurs , où
comme dans celui- ci , on fait profeffion d'un
grand refpect pour la Conftitution. Je n'ai que
trop démontré que la Conſtitution n'eſt qu'une
grande abfurdité , je n'ai que trop prévu tous les
crimes qu'elle enfinte chaque jour , & il étoit affez
raturel de préfumer que fi je m'étois avilé d'écrire
contre la Fête de Châteauvieux , même en écrivant
pour d'autres , je ne me férois pas contredit
au point d'appuyer fur un code enfin barbare
qu'immoral , & qui , je në faurois trop le répé-.
ter , n'eft au fond qu'un code de licence & de
tyrant ie , les réflexions dont je pouvois avoir befoin
pour en autorifer une pareille Fête . »
"C
A
Mais , Monfieur , dans cette même Feuille
du 14 Avril , vous imprimez , faus aucun commentaire
, une note intitulée les Moeurs du Temps,
où je ne fuis pas moins calomnié que dans le Journal
que vous avez démenti. L'auteur de la Note ,
en rendant un compte très peu exact des divers
Partis qui fe font fuccédés pour gouverner ou
plutôt pour déchirer la France , a la bonté de
faire de MM. Mouniers de Laily & moi , une
efpèce de triumvirat , exerçant au commencement
des Etats - Généraux une grande influence dans
l'Aflemblée , & par l'impulfion qu'il a donné aux
efprits , préparant toutes les erreurs vers lesquelles
êtê entraînés & tous les crimes dont
cette malheureute Nation s'eft rendu coupable . »
« Le fait cft , qu'étranger dès le principe à tous
Les Clubs , à toutes les coalitions , à toutes les
rivalités , nous nous fommes beaucoup plus occupés
d'affurer, la liberté de la Nation & Pautorité
nous avons
3
elt ,
012403
( 211 )
du Roi que la plupart de ceux qui s'en vantent
aujourd'hui'; le fait eft, que nous avons été promp
tement déjoués par tous les partis fans exceptions,
parce que nous voulions fincèrement une autorité"
puiffante mais fans abus , une liberté forte mais
fans licence. Le fait eft , que loin de chercher à
dominer par la voie de l'intrigue comme tant
d'autres , la majorité du prémier Comité de Conftitution
ne s'eft occupée que d'aflurer la pleine indépendance
des opinions dans les Etats - Généraux ;
que loin de vouloir impofer fes opinions privées
au grand nombre , elle n'a rien négligé au contraire
pour maintenir la diftribution de l'Affemblée
en Bureaux , cu tous les plans , tous fes projets
devoient être examinés avec la plus févère
circonfpection , que fur - tour elle a marqué la plus
grande répugnance à faire fanctionner par parties
ue Conflitution qui ne devoit être déficitivement
arrêtée, qu'autant qu'on en auroit perfectionné l'enfemble
& que la Nation elle - même réunie en Baillia- '
ges l'auroit approuvée . Enfin , le fait eft , que c'eft
contre notre avis , que dès le commencement des
Etats- Généraux , on a traité , au feia de l'Affemblée
, des queftions dangereufes , dans l'étar de
fermentation où nous nous trouvious , & que fi
nous avions eu l'influence qu'on nous attri
bue , nous aurions réfervé ces queftions pour
la fin de notre travail , appercevant déjà dans les
têtes tine certaine dépravation d'idées , qui rous
annonçoit d'autres maximes & d'autres voeux'
que les voeux & les maximes de la modération"
& de la prudence . ] aged 85 48
4
On nous a blâme de nous être retirés du
premier Comité de Conflitution , on a un peu
trop oublié que nous y fiégions avec des hommes,
qui tandis que nous nous livrions à un travail pé(
212 )
nible , s'occupoient prefqu'uniquement de nous
préparer dans l'Affemblée des humiliations & des
défaites , on a un peu trop oublié qu'à l'époque
où nous nous fommes retirés , le Roi ayant perdu
Far l'inexplicable conduite de M. Necker & la
lâcheté d'une partie des Députés encore honnêtes ,"
le droit de farctionner librement , il ne nous étoit
plus poffible de faire une Conftitution_monarchique
, & qu'ayant été envoyés cependant pour
fonder une Conftitution monarchique , nous
devenions criminels , fi nous ne renoncions pas ,
à nos fonctions. On ignore de plus dans quelle
défaveur nous vivions , graces aux menées d'une
foule de gers de tous les partis , qui nous repréfentoient
fuivant leurs vues , tantôt comme
gagnés par la Cour auprès de laquelle néanmoins
on nous calumnioit à la journée , tantôt comme
vendus au Peuple , auprès duquel d'un autre
côté on nous calomnioit comme efclaves des Miniftres.
»
Il a donc bien fallu céder à tant de maroeuvres
& abandonner à des hommes plus flexibles
& moins délicats , le foin de régénérer ce
Royaume , Alors , mais feulement alors , n'en
déplaife à l'Auteur de votre note s'eft
montré à découvert cette philofophie auffi
faufle que fcandaleufe , qui a légitimé toutes les
injuftices , préparé toutes les ufurpations , encouragé
toutes les violences , juftifié tous les
attentats . Cette philofophie qui a réduit l'immoralité
en fyftême , qui a fait de l'athéïlme un
moyen focial , de l'irréligion prefqu'une loi de
police , & qui mettant en diffolution tous les
élémens des moeurs , n'a plus établi entre les
hommes d'autre , fraternité que celle des crimes ,
d'autres liens que les relations froides & mo
H
(( 2013 ))
mentapées que l'ambition produits d'autre accord
que celui que les mêmes chaines , les mêmes
fureurs , les mêmes vues d'intolérance & de
tyrannie rendent quelquefois néceffaires . »
ཝཱ
« Certes , Monfieur , je trouve qu'il y a plus
que de la hardieffe à convertir , M. Mounier ,
M. de Lally & midten Partfans ous en Précurfeurs
d'une telle philofophie . Noss Ecrits
exiftent , & il me femble qu'on peuthy remar
quer à toutes les pages des principes abfolument
opposés à ceux qu'on nous fuppofe fiogratuites
mcat. >>
En mon particulier , je puis dire que perfonae
n'eft plus convaincu que moi , & ne s'eft
plus occupé de fe convaincre , de l'erreur , de
l'ineptie , même de toutes les théories mifes en
avant , par la philofophie moderne , pour la
prétendue régénération de l'efpèce humaine. Je
ne dis pas , comme quelques -uns , que ces théories
font vraies , mais que dans la pratique il faut
recourir à d'autres maximes pour régir les hommes ,
parce que je ne dirois- là qu'une abfurdité ; je
crois au contraire ces théories effentiellement
fauffes ; je crois que fi elles ne peuvent régir
des hommes , c'eft qu'elles font abfolument en
oppofition avec la nature de l'homme , foit qu'on
le confidère d'une manière éclatante , foit qu'on le
confidère d'une maniere pofitive .
ל כ
« Rien n'eſt fi extravagant à mon fens que
tout ce qu'on nous a débité fur la Souveraineté ,
fur la loi , fur la liberté , fur la volonté générale
, fur la Société . Je vais plus loin , fi je croyois
qu'il fût poffible de fe faire remarquer par des
idées raifonnables , dans un temps comme celui-ci ,
il me feroit très- aifé de prouver , qu'avec des
principes ou le mode , on n'arrivera jamais à autre
•
1
( 214 )
•
chofe , pour peu qu'on foit conféquent , qu'au
plus miférable defpotifme , à ce defpotifme qui
met à la fois la tyrannie & la révolte dans tous
les coems, & avec lequel tout Gouvernement eſt
impoflib , parce qu'il excite lui-même les paffions
qui empêchent de gouverner.
Malheureuſement quand une nation eft afrivée
au point de dépravation où eft la nôtre ,
Ja Providence elle-même ôte aux vérités les plus
fenfibles tout leur attrait toute leur force ,
& ce feroit bien en vain qu'on tenteroit de les
produire. »
穆
« La, feule erreur de MM. Mounier & de
Lally a été de scroire au bon fens de cette
nation , de fe perfuader qu'il y exiftoit encore
quelque moralité , de fe flatter que des opinions
modérées, pouvoient avoir quelque prife fur le
grand nombre , de compter fur quelque tageffe
dans une Affemblée où il y avoit en effet beaucoup
de Sages , mais où toutes les paffions mifes
en jeu ne pouvoient que difpofer à tous les excès.
Cette erreur n'a pas été la mienne ; il y avoit
long- temps que j'avois écrit qu'une Nation vaine
& légère étoit au fond une Nation fans juſtice ,
une Nation à laquelle il ne manqueroit pour
devenir atroce que l'occafion de l'être avec impunité
; & comme il m'eft démontré que le jugement
cft toujours faux quand le coeur eft corrompu
, j'efpérois peu de la raifon publique ; j'en
efpérois d'autant moins , que je commençois à
douter de la vérité de toutes les opinions que
la moderne philofophie a fait prévaloir pour notre
ruine , & que , remarquant que le mouvement
de ces opinions tendoit à exalter toutes les têtes ,
en refroidiflant tous les coeurs , il ne m'étoit
( 215 )
que trop ailé de prévoir quel en feroit l'affreux
Téfaltat ! sup up <
Du fond d'où vient depuis quelque temps
l'achafnement d'un grand nombre de perfonnes
contre MM. Mounier , de Lally & plufieurs
hommes eftinables qui , avec les mêmes intentions
, ont eu le malheur ou l'avantage de fe
rencontrer là -peu près dans les mêmes vees , ne
cramdroit on pas par hasardoques te retour à des
jdécsofaines für zencorebpoble , & les gens qui
aiment les abus , qui veulent que la Société s'organile
pour un & non pas pour tous , n'auroient-
ils pas un intérêt puiffant à calɔmnier quiconque
a cru trouver la vérité dans des idées
contraires. Que ces gens-là fe confolent : lorfqu'une
Nation eft parvenue au degré de corruption
où eft celle- ci , lorfqu'elle fe décompofe
dans la boue de les vices , & que la feufe
fermentation qu'on y remarque , eſt la fermentation
des paffions baffes & vifes , qui aident
à fa décompofition , le temps de la fageffe
eft paffe , la raifon n'a plus de voix , les cimes
appeilent la force , & il n'appartient plus qu'à
la force de faire la deftinée des Empires . »
+
En voilà bien aflez , Monfieur , fur la note
dont,je me plains . Je fuis perfuadé que l'Auteur
de cette note n'a pas eu l'intention de nous bleffer
auffi vivement qu'il l'a fait ; mais pour peu qu'il
veuille réfléchir , il comprendra fans peine combien
il eft dur pour des hommes dont les intentions
ont toujours été droites , & qui , par aucune
manoeuvre , n'ont cherché à faire prévaloir
leurs opinions , de fe trouver confondus avec ce
vil ramas de Factieux & de Philofophes qui
vivent aujourd'hui de notre défolation & de nos
( 216 )
misères , tous exécrables & dépourvus de toute
pitié , qu'aucun défaftre n'étonne , qu'aucune infortune
n'émeut, qui rêve des crimes quand elle
ne peut en commettre , & qui exiftant fans ceffe
entre les prétentions de l'orgueil & les efpérances de
l'envie, fans ceffe armée de la bâche des syrans
ou du poiguard des révoltés , aime les confpis
sations par principes , les calamités par befoin
des victimes par goût , & ne fait jouito que du
deuil qu'elle caufe , des douleurs qu'elle étouffe ,
ou du fang qu'elle fait répandre, uda zsi 1.5.
J'ai l'honneur d'être , &£. &Q
1207 al
P. S. Un Courier arrivé Mardi dernier de
Stockholm à l'hôtel de l'Ambasadeur de
Suede , a confirmé que le Roi étoit mort
le 29 Mars à 11 heures du matin , avec la
magnanimité qui a caractérifé fa vie
entière.
1
Il paffe pour conftant que Jourdan a paru
dans la capitale la femaine dernière : le
Département donna ordre de l'arrêter ;
averti à temps , il a fui , ou s'eft caché.
312
>
.....
MERCURE
HISTORIQUE
LE
E T
POLITIQ U E.
ALLEMAGNE.
De Hambourg , le 13 Avril 1792 .
E Roi de Suède expiré le 29 Mars à
11 heures du matin , a confervé jufqu'au
dernier moment l'héroïque fermeté dont
fa vie entière fut le modèle ; il a confolé
fes amis , entretenu le Prince Royal dés devoirs
d'un Monarque envers fes Sujets , &
pardonné à fes ennemis contre lefquels il
ne lui eft échappé aucune plainte. A l'ouverture
du cadavre , on a trouvé la balle
quadrangulaire & deux pointes de clous
entre les côtes . Le premier acte de la
Régence , préfidée par le Duc de Sudermanie
, a été de fe rendre chez le jeune Prince ,
où l'on a fait lecture du teftament de Sa
Majefté. Le Duc de Sudermanie eft ſeul
Ѻ. 17. 28 Avril 1792 .
K
--
P
218 )
titué Régent jufqu'à la majorité dujeune
Roi , fixée à l'âge de 18 ans ; tout le pou
voir néceffaire à l'adminiftration politique
, civile & militaire , eft délégué à
S. A. R. , à l'exception du droit de conférer
des Ordres , (fauf les ordres militaires
en temps de guerre & de donner la Nobleffe.
On parle auffi d'un codicile , écrit
par Gustave III la veille de fa mort , où
il recommande à fon frère de ne point
affembler la Diète avant la majorité du
Roi , & de marier ce Prince à dix -fept ans
accomplis . MM. de Watchmeißler , d'Armfelt
, de Taube , d'Oxenfierna qui jouiffoient
de toute la confiauce de Gustave III,
continueront à former le Confeil du Gouvernement
fous l'adminiſtration du Duc de
Sudermanie. Ce Prince , dont les qualités
& la bravoure fe font manifeftées
d'une manière éclatante dans les conjonctures
péril'eufes de la Révolution de 1772
& de la dernière guerre , partageoit aulfi
les opinions , les vues , les fecrets du feu
Roi, qui l'affocia conftamment à fes divers
deffeins , comme le jugeant digne de les
feconder.
Aufli-tôt après la lecture du teftament ,
le Prince-Royal âgé de 14 ans a été proclamé
Roi fous le nom de Gustave- Adolphe.
Le 30 Mars , il a reçu avec le Régent les
fermens de fidélité des Chefs de régimers ,
des Officiers civils , de la Bourgeoisie , des
( 219 )
deférens coiléges . Tous les Fonctionnaires
publics en exercice ont été confervés . La
tranquillité publique eft entièrement raffermie
à Stockholm , ainfi que dans les
provinces. On peut en induire , ou que les
moyens des Conjurés étoient très - incomplets
, ou qu'ils n'avoient guères de profélytes
, foit dans le Peuple , foit dans l'armée.
Il eft même prouvé aujourd'hui , que
cet exécrable complot , dont le fuccès eût
replongé la Suède dans une anarchie effrayante
, n'a cu pour complices qu'un petit
nombre de Nobles , la plupart aflez jeunes,
& animés foit par des reflentimens perfonnels
contre le Roi , foit par le defir de
rendre à l'Ordre Equeftre fon ancienne
autorité. La plupart des Seigneurs qui fe
fignalèrent dans leur oppofition à l'Ade
de sûreté, & qui ne diffimuloient pas leurs
fentimens contraires aux vues du Roi , fe
font hâtés de témoigner leur horreur pour
le dernier attentat. De ce nombre font les
Comtes de Ferfin & de Brahé, & le Baron
Charles de Geer. Quoique brouillés avec
S. M. , ils ont reparu à la Cour depuis la
conjuration. Le Roi fit approcher de fon
lit le Comte de Brahé , &: en lui tendänt
la main , il lui dit : « Je regarde ce jour
» " comme heureux pour moi , puifqu'il me`
donne l'occafion de me réconcilier avec
l'un de mes plus anciens amis..»
On continue la procédure fans relâche ;
•
K 2
( 220 )
il n'y a eu que 28 Prévenus d'arrêtés,
Les interrogatoires de quelques uns , &
fur- tout les aveux d'Ankarftroëm , ont
donné de grandes lumières ; mais ce qu'on
a débité dans le Public de la nature de la
confpiration , qui devoit envelopper le
Duc de Sudermanie , les Généraux de
Taube & d'Armfelt , MM. de Ruuth &
Hakanfon , Bourg- Meftre de Stockholm ,
ne repofe encore que fur des bruits dépourvus
de fondement. Six des dé e us ort
été reconnus innocens , & relâchés , ſavoir ;
le Baron de Staël de Holftein , Chef du Corps
d'Artillerie , & fon fils ; les Barons de Kurk
& de Palbitzky , MM. Stalhammer &
Bjorkman .
De Vienne , le 13 Avril 1792 .
Les arrangemens domeftiques que néceffite
la fucceifion allodiale du dernier
Empereur , va réunir ici toute la famille
de ce Monarque. L'Archiduc Ferdinand ,
Grand Duc de Tofcane , eft arrivé le 3 ;
on attend de Bruxelles l'Archiduc Charles ,
& de Drefde le Prince Antoine de Saxe ,
beau- frère de S. M. A. L'Archiduc Léopold
, Palatin de Hongrie , paroît être le
feul qui ne fe déplacera point.
Avant fon départ effectué le 4 de ce
mois , le Général de Bifchofswerder a entretenu
le Roi une demi-heure dans une
audience particulière. Non-feulement Sa
( 221 )
Maj. A. a˜ratifié toutes les difpofitions
arrêtées à Pilnitz entre l'Empereur fon
père & le Roi de Pruffe ; mais il a été
négocié , de plus , des articles additionnels
à la figrature defquels on invite l'Impératrice
de Ruffie. La correfpondance
entre notre Cour & celles de Pétersbourg
& de Berlin a redoublé d'activité.
L'opinion générale eft , qu'auffi - tôt M.
de Bifchofswerder de retour à Berlin , les
troupes Piuffiennes foit du cantonnement
de Magdebourg , foit de la haute Siléfie , fe
matront en marche pour les bords du
Rhin. On annonce que le Roi de Pruffe
commandera lui - mêmela principale armée ,
& qu'une feconde , combirée avec les
forces Autrichiennes , fera fous les ordres
du Duc de Brunswick. Le Public n'eft pas
encore informé du véritable plan que projettent
les deux Puiffances , ni du choix
des Généraux en chef nommés par notre
Souverain on croit , néanmoins , avec
certitude que l'armée, prête à fe raffembler
dans le Brifgau , aura à fa tête le Maréchal
Prince de Cobourg, & les Généraux
Princes de Hohenlohe & d'Efterhazy.
On lève à Effeck & à Péterwaradin trois
Corps de Volontaires Efclavons , commandés
par les Colonels Michalowich
Branovazky & Wakaffovich , qui fe font
diftingués dans la dernière guerre contre
les Turcs : ces Corps qui approchent de
K 3
( 222 )
leur complet , vont fe porter inceffamment
vers le Rhin & les Pays - Bas , ainfi que
plufieurs bataillons de Croates & d'autres
troupes irrélières.
27 Avant la fin de Mars , le Confeil Aulique
de guerre a envoyé à la première
divifion de troupes qui fe rend dans le
Brifgau , & qui avoit féjourné à Lints ,
Fordre d'accélérer fa marche : les deux dernières
divifions, fortes de 35 mille hommes ,
& dont le mouvement prochain étoit au
befoin difpefé depuis fix femaines , doivent
s'être mifes en route de la fin de Mars au
10 de ce mois.
De Francfort-fur- le -Mein , le 20 Avril.
-
Une grande partie des troupes Autrichiennes
cantonnées à Egra & aux environs
, en font parties le 27 Mars , elles
traverferont le Palatinat. Les Corps deftinés
pour le B.ifgau s'y rendent par la.
Bavière ; 6700 hommes de cette dernière,
divifion étoient déjà entrés dans le Cercle
de Souabe le 9 de ce mois . A l'excep
tion de ces mouveniens , du Corps de
Heffois pofté en cordon fur la frontière
méridionale du Landgraviat , & de quelques
difpofitions peu fignifiantes dans les
foibles troupes des Electeurs Palatin & de
Mayence , on n'apperçoit encore nuls indices
d'un ébranlement généra!. L'armée
des Cercles n'existe pas même encore_fur
( 223 )
le papier ; car les contingens ne font point
définitivement réglés . Cependant , on s'attend
univerfellement à une guerre générale
avec la France , qui , au milieu de l'anarchie
, montrera peut - être plus de prévoyance
, d'activité & de prefteffe , que tous
nos Gouvernemens Germaniques , endormis
dans leur fécurité , par la confiance que
la France eft hors d'état de rien entreprendre.
Le Baron d'Ompteda , Miniftre Comitial
de Brunſwick- Hanovre , a déclaré à
la Diète de Ratisbonne au nom du Roi
d'Angleterre , Electeur d'Hanovre , que les
conjonctures actuelles exigent impérieufement
de conferver l'activité de l'Affemblée
pendant l'interrègne , & que S. M. concourra
de tout fon pouvoir à foutenir la
confiance & l'union des Membres de l'Empire
, à conferver la tranquillité publique ,
à maintenir la Conftitution Germanique ,
ainfi que les droits & intérêts des divers
Etats.
FRANCE.
De Paris , le 23 Avril 1792.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE .
Du lundi , 16 Avril.
"
Un fieur Cloftre arrive de 150 lienes pour
faire hommage à l'Affemblée d'un modèle de
piques , dontle large fer eft armé de deux pistolets ,
K
4
( 224 )
il en promet 2,000 . M. Brival obferve que
rien ne fut jamais fi patriotique , ni fi humain.
L'invention eft recommandée au comité militaire ;
& l'inventeur reçoit les honneurs du procès - verbal
& de la féance .
Les adminiftrateurs du département du Gard
écrivent que les propriétés font violées , les
maifons pillées , brûlées , les titres anéantis , les
autorités conftituées méconnues , la force publique
nulle ; que les gardes nationales partagent l'ég
rement général. Ces ravages fe communiquent
du diftrict de Sommières à ceux de Nîmes , Alais ,
Uzès , St. Hippolyte , le Vigan. Des commiffaires
n'obtiennent rien ; on menace de faire feu fur les
municipaux en écharpe . « Nous regardons ,
ajoutent - ils , comme certain que tout le mal
vient des raffemblemens dont l'armée Marfeilloife
faifoit partie , des émisfaires fortis de Marfeille
, du mouvement imprimé par cux à toutes
les fociétés patriotiques du Midi , de l'entrepriſe
fur ks prifonniers d'Avignon , de leur évafion ;
des manoeuvres de certains hommes qui , fousle
prétexte d'un patriotifme ardent , font venus
fouffler la difcorle & l'incendie ... De foi -disant
commiflaires de l'armée Marſeilloiſe étoient à la
tête des gardes nationals qui ont ravagé la commune
de Saint-Laurent fufpecie d'incivifme....
Quarante maifons de campagne ont été faccagées
& démolies ; nous vous tranfmett: ons les pièces
probantes... Le corps légiftat.f peut feul influer
efficacement fur l'opinion. »
Après avoir long temps lutte contre MM. Goupilleau
, Thuriot , & autres dont les clameurs lui
coupoient la parole , M. Genty a demandé quel effer
avoit produit l'arm´e qu'un décret ordonnoit de
raffemblers le Midi ? cu elle étoit ? S. le
( 225 )
miniftre de la guerre avoit rempli fon devcir ?...
Oui , lui a crie M. Goupilleau . Les conclufions
de M. Genty ont été que le miniftre devoit répondre
de l'exécution du décret fur la tête.
Comme dans cet excès d'anarchie les proteftans
auffi tremblant pour leurs propriétés , ceffent
d'approuver un fléau qui menace d'envelopper
jufqu'à fes caufes , M. Jeonnot Pieyre s'eft réuni
à l'opinion de M. Genty. Mais , dfant peut - être ,
plus qu'il ne vouloit , il a révélé que le dépariment
des Bouches - du - Rhône a popofé d'établit
dans une des villes de celui du Gard , un
comité central compoté de commiffaires de tous
les départemens vifios , pour veiller à la fûreté
commune; que ce comité doit être affemblé , &
qu'il proddira , fans doute , de bons effets ......
Or, un pareil comité central à l'extrémité de la
France , formé fans décret préalable du corps léflatif
fanctionné par le Roi , eft ure coalition
inconſtitutionnelle dont perfonne ne s'eft alarmé .
Quels droits , quelle action légale peuvent avoir ,
dans le département du Gard, des commiffaires
d'autres départemens qui n'ont d'exiftence politique
& légitime que dans les bornes de lear territoire ,
qui n'ont aucun caractère de repréſentation , même
dans ces limites ? ( Conftitution , tit. 3 , chap . 4 ,
art. 2. )
Défabufé trop tard des maximes révolutionnaires
, épouvanté des crimes qu'une théorie inco.
fidérée fomenta dans leurs premiers germes ,
M. de Vaublare a parlé de vérité , promis toute la
vérité , dit que la vérité feule pouvoit fauver la
France ... On lui a crié : du fait . Mèlant_toujours
de funeftes erreurs à ce que la confcience
effrayée lui arrache de plus vrai , il a dit qu'il
trouveroit un égal honneur à périr à la bouche
K
S
( 226 )
d'un canoa , ou à être déchiré par les factieux ;
que le mal venoit « de ce que l'Aſſemblée & le
Koi ne font pas les feuls à gouverner ( comme fi
Je Roi gouvernoit ! comme fi la législature devoit
gouverner ! ) » Enfuite il eft parti de la lettre
qui impute fran.he:nent aux fociétés patriotiques
l'impulfion dévaftatrice , pour expliquer combien
il étoit fimple & naturel qu'il en arivât ainsi ,
puifqu'à quelques pas de la falle un club délibéroit
d'avance fur tous les décrets , influenç it
l'opinion . de l'Affemblée , & en dénonçoit les
opinans.
-
Il faut que le peuple fache que , du jour
où la liberté des opinions de fes repréſentans ne
fera pas refpectée comme ce qu'il y a dans le
monde & fous le ciel de plus facré , il n'eft plus
fouverain , il eft efclave... Nous devons tous
périr pour établir le defpotifme de la loi......
Quand vous avez appris qu'un maire vertueux
eft mort en rempliffant fon devoir , vous deviez
punir la ville entière . » — Oui , tout le monde
a crié un inembre. Oui , MM . , a pourſuivi
M. de Vaublanc ( en rêvant continuellement des
conféquences magiques d'obéiflance & de paix ,
au milieu des principes d'infurrection , de révolte
& d'indépendance ) ; il faut que l'écharpe
municipale fuffie pour arrêter la multitude la
plus égarée... Par- tout je vois les droits du
peuple exercés ; mais il faut qu'on fache auffi
qu'il ne peut confervet fes droits qu'autant qu'il
remplit fes devoirs ... que le peuple fache que
devant l'organe de la loi , il doit obéir ; tant que
nous n'arriverons pas à ce point-là , nous n'au
rons pas de liberté . Souvenez - vous du met de
Rouffeau : « Perdue , on ne la reconquiet plus .
Laiffez faire, nous ne la perarons pas , lui 197
C
( 227 )
ont crié quelques Salons de l'extrémité de la.
falle.
сс Ce n'eft , a-t-il repris , que torfque le corps
législatif couvrira de fon exécration tous les attentats
centre la loi , contre la propriété , que
vous remplirez le peuple de cet efprit confervateur
qui doit remplacer celui de l'anarchie ......
Lorfqu'on vous a propofé de rendre le décret
d'amiftie en faveur des brigands qui avoient
fouillé les rues d'Avignon ( tumulte horrible. A
Fordre, à l'ord e )... fans doute vous ignoriez
que dans une fociété célèbre on ne cefloit , depuis
plufieurs jours , de s'occuper des moyens de
l'obterir ; & lorfque vous l'avez rendu , croyezvous
qu'il auroit été reçu ici comme il l'a été ,
s'il n'avoit été précédé par les délibérations de
cette fociété ( à l'ordre , à l'ordre ) ? ... Deviezvous
attendre que des hommes , fe colorant du
nom de patriotes , anticiperoient fur ce qu'un
tribunal devoit prononcer , qu'ils ouvriroient les
prifons où étoient renfermés ces prifonniers , les
mettroient en liberté , & les promèneroient en
triomphe dans la ville d'Arles ? » On auroit
répondre à l'orateur que ceux - là pouvoient ne
pás ignorer l'influence du club , qui étoient àla-
feis membres de ce club & légiflateurs ; que
ceux-là pouvcient s'attendre à l'élargiffement des
brigands , qui les nommoient , dans la tribune de
l'Afemblée, les héros, les martyrs de la libcrié, &c.
« J'ai lu , a-t- il pour fuivi , un court extrait
des informations ; j'ai tren-blé , j'ai frémi ( murmures
) . Certes , ce ne fera p s lorfque le cime
marche a la tête levée , que vous pourrez être
fûrs de conferver la liberté. Entre la liberté & le
cime , il n'eft rien de commen , » Les conclufions
de M. de Vaublanc (hué , fifflé ) ont été de fatter
K 6
( 228 )
S
les miniftres jacobins , & de demander qu'ils fe
concertaffent pour offrir leurs vues à l'Affemblée.
M. Bréard lui a répondu qu'on l'avoit décrété
la veille , quoiqu'on n'eût réellement décrété
que l'ordre aux miniftres de la justice &
de l'intérieur , de rendre compte des mesures ,
qu'ils auroient prifes pour remettre les Jourdan , &c.
en prifon ; ce qui n'a trait qu'indirectement & partiellement
aux horreurs des départemens du Midi ;
mais il fuffifoit , pour le moment , d'oppofer des .
mots vides à des forfaits atroces.
M. Merlet a dit qu'il étoit de l'avis du miniftre
de la guerre , qui veut éloigner les troupes
de ligne , & n'employer que les gardes nationaux
dont parle la lettre des adminiftrateurs du
Gard. Enfin , M. Garan de Coulon a demandé
que , « loifqu'un décret eft rendu ( tel que celui
de l'amniftie des brigands d'Avignon ) on ne
vienne pas ici le préfenter ni comme le réfutat
d'une faction , ni comme le réfultat d'une fociété
populaire ; parce qu'il doit être refpecté de tous les
amis de la liberté , & que dans l'Affemblée il ne
doit y avoir que de ces amis . » Ce r'fultat d'une
fociété , cette fervitude impofée aux opinions ont
été applaudis des admirateurs de M. Garan de
Coulon , qui a fait rappeller M. Jouneau à l'ordre
pouravoir ofé luidire : Allez à Orléans !...Etrange
manière de délibérer fur les dévaſtations de 25
lieues de pays enflammé !
L'Affemblée a renvoyé les diverfes propofitiors
& les nouvelles du Gard à la commiffion des
douze . On a enfuite entendu la lecture d'ure
lettre d'un juge de paix de Toulon qui a mis
aux arrêts M. de Coincy , commandant la 8º . divifion
de l'armée , pour foupçon de connivence
( ·229 )
31
entre ce général & les prétendus contre- révolutionnaires
d'Arles .
M. Lafource a débité une longue argumentation
, à l'appui du projet de M. Condorcet , pour
que les places de commiffaires à la trésorerie , à
la comptabilité , & ce les de payeurs - généraux ,
déclarées incompatibles avec les émolumens de
lég flateur , comme étant à la nomination du
Roi , foient données par une aſſemblée élecorale
ad hoc , cià- dire par les jacobins . L'opinant
, qu'il faut citer pour offiir l'étonnante &
véritable mefure des talens applaudis , a étab i
que l'Allemblée n'avoit pas à calquer les loix
fur les moeurs d'un peuple mauffade ( vouloit-il
dire nomade ? ) ; que cette élection étoit dans
la déclaration des droits ; que la nation ne nonrant
pas l'adminiftrateur de la lifte civile , le
Roi ne doit pas nommer les adminiftrateurs de
la fortune nationale , parce que le tréfor public
eft la bourfe commune des François cottifes . Si
le peuple difoit : j'ai le droit d'adminiftrer mon
bien, M. Lafource efteroit muct. « Ceux , dit - il,
qui croient que la conftitution Frar çoiſe a voulu
fire du pouvoir lég flatif & du pouvoir exécu
tf deux amis qui marcheroient enfem b'e en fe.
tenant par la main , adoptent la plus groffière
& la plus funefte des erreurs . Si les corps conf
titués s'endo :moient dans cette erreur , bientôt
il
y en auroit un qui ne fe réveilleroit qu'au moment
cu il fe fentiroit étouffer par Pautre. »
ce Perfonne ne veut régir un Empire auffi
vafte que la France avec la fimplicité d'une
ville Grecque. » Certe fimpl cité , M. Lafource
l'attribue à Montefquieu qu'il n'a jamais fu lite .
Perfonne ne veut rebâtir , à gros frais , le .
coloffe énorme des anciens abus... Le Roi eft
( 230 )
fur le trône pendant plus de 40 ans ; le pouvoit
cx'cutif n'a pas de vacances ..... L'un des pouvoirs
, fimple comme le peuple , cft entouré de
l'opinion publique qui veut ; l'autre , pompeux
comme la couronne , cft entouré de la force
armée qui peut ..... La fervitude eft comme la
pefte...... Y a t-il un homme plongé dans une
balletle profonde? Ceft fouvent lui qu'on élève
au premier emploi . Un bon choix et un phénomine
comme un bon Roi... Alors les impôts
font mal payés fiute de confiance ...... Mais la
furveillance , objcctera - t - on ! elle n'eft pas plus
redoutable que le tonacre de l'opéra ou que le
loup- garon ... » Ces platitudes & le projet analogue
ont été couverts d'applaudiemens , &
honorés de l'impreffion aux fais du peuple.
M. Bugnoty a oppofé d'excellentes raifors
froidement accuei lies . Il a prouvé que tout cela
tendoit à la confufion des pouvoirs, à la deftruction
de la royauté . Le droit de voter les impôts doit
appartenir à l'Allembée , leur geftion admin [-
trative aux agens du peuple , mais la partie cxécutive
au Roi fur lequel il eft injufte , impo'itique
, inconftitutionnel d'appeller 11 défiance
nationale ; parce que ce feroit réunir dans le
corps légiflatif l'action & la furveillance , & détruire
toute refponfabilité. Les choix du peuple
font fujets à l'intrigue au moins autant que les
choix des Ros . Les Rois ont une refponibilité
morale ; un forutin n'en préfente aucune ; chacun
des votans enfouit dans le fecret de l'urne
toute la refponf.bilité dont i ' poutto t être l'objet.
Les corps énoraux des 83 départemens ne peuvent
élire pour le royaume entier . Des életcu.s
ad hoc non més par ces électeurs ne feroient pas
les élus de la nation , fercient un corps nouveau
( 1231 )
dans la conftitution , une inftitution fort chère,
très - dangereuse , dont la création excederoit les
pouvoirs d'une législature qui n'eſt pas conftituante
; ils ne connoîtroient pas les meilleurs
fujets s'ils les prenoient à Paris , ils établiroient
le defp tifme de la capitale . C'est au repréſen- i
tant héréditaire , à l'électeur perpétuel , univerfel
, à voir l'enfemble , à nommer des agens ref- ›
ponfables & furveillés par le corps législatif.
Mille autres objets prefent bien davant ge que
ces argutics qui divifent au lieu de rapprocher.
Ce n'eft pas à M. Condorcet , choisi par le Roi
pour l'une de ces places , à dire que les Reis
ne choififfent que des intrigans , des hommes
tités de la baffeffe la plus profonde , des prévaricateurs
...... Le difcours de M. Beugnor cft
d'un homme - d'Etat: On en a diciété Yimpreflion.
Un décret a ordonné qu'il fera mis à la difpofition
du miniftre de la guerre 11,450,000 ! .
duni 2,400,0 o liv . d'ordinaire , 4,000,00, liv.
d'extraordinaire , 600,000 liv . pour Cherbourg,
& 450,cco liv. pour le Havre , &c .
> 7
M. Duranthon , le nouveau garde- du -fccau
eft venu faire fon compliment d'ouverture à
l'Affemblée . Il y a dit qu'il defitoit depuis long- :
temps la révolution , qu'ayant médité pendant
vingt ans les maximes de Voltaire , de Montefquicu
, de Rouffeau , dans le filence de la mort
politique, il n'étoit forti de fon afyle que lorfque
la liberté , mille ans oppreffée , avoit attaqué
corps à ccoorrppss llee mmoonnffiirree aux cent têtes , &c. Il
s'eft dénoncé « coinme l'être le plus incontéquent
& le plus pervers , s'il portoit la
moindre attcinte à la conftitution . « La France ,
a-t- il dit, me pardonnera d'avoir plu ô : craint
"
( 232 )
pour elle l'incivisme d'un homme de génie , que
le peu de capacité d'un citoyen vertueux……... Si
je ne me retire pas digne de vos regrets , je
me retirerai fans avoir mérité l'improbation
d'aucun homme libre . » Ces modefies vertus £.-
ront imprimées.
:
Le miniftre de l'intérieur a ertretenu l'Af- `
femblée des troubles de Milhau , Tonnerre ,
Montbriffon , Tule , & c. Toujours le fanatiſme
des perfécutés , le civifme des perfécuteurs , des
pillages de patriotes , & la proprié é deverue
aristocratie . M. Mayerne fommoi le miniftre
de répondre au dernier décret relatif aux brigands
d'Avignon ; plufieurs voix ont cré à l'ordre !
du jour. M. de Kefaint invoquoit la queftion
préalable , & fe plaignoit des propofitions incidentes
qui é oignoient la difcuffion du fublime
difcours de M. Lafource . Après avoir répondu :
je n'ai point encore reçu le décret du préopinant
, - » - vivement prefié par M. Fraiffenel qui
ne protége pas les brigands , le miniftre a dit
que juges s'étant enfuis d'Avignon , il ne
favoir à qui s'adreffer . Mais M. Ďuranthon a
trouvé une autre défaite : « j'ai écrit , a-t-il
dit , pour demander le fignalement des priforniers
, & les indiquer à la force publique..... »
A- t- on en befoin de tant de formalités lorfqu'on
a incarcéré MM. Tardy ? On a mis bien
meias de lentcur à délivrer l'ordre de traîner
l'évêque de Merde , M. de Caftellane , dans les
cat hots d'Orléans , &c.
ec
les
Du lundi , féance du foir...
Des lettres remifes aux comités , la dénonciation
de couriers arrêtés fur la route de Pans
à Maubeuge comme flecis de favoriler l'lva(
233 )
hon d'un individu ; use longue difpute pour
favoir fi l'on a lu hier , fi on lira aujourd'hui
une leure ou M. de Gouvion motive fa démiffion
fur les honneurs accordés aux afkffins de
fon fière ; des débats qui finiffent par le refus
de lire cette lettre que 5 à 6 cent membres avoient
affez entendue la veille ; la harangue , vifiblement
foufflée , d'un municipal d'Arles qui affirme
que les chiffoniftes ont voulu lui couper le cous
que les monnaidiers ou fans - culottes étoient les
feuls hommes vertueux, que lui & deux autres ,
feuls magiftrats patriotes , avoient eu l'honneur
civique d'être déteftés de tous les arifocrates ou
ch ffoniftes, de la majorité de leur ville , de tous les
propriétaires , de tous les autres magiftrats :
enfin , une déclamation de M. Lefcène- des:Maifons
où il a rendu compte ( c'est- à-dire , en embrouillant
tout à la maniére ) de la conduite des com
miffaires civils envoyés à Avignon ; cù il a foutenu.
qu'il avoit réfuté victorieufement M. l'abbé
Maury, & dort la fuite a été prorogée au len
demain tel eft l'abrégé encore trop long de:
´cette ftérile féance.
;
Du mardi , 17 avril.
Le département de la Verdée demande la déportation
de tous les prêtres non-affermentés . Sa
motion de tolérance & de liberté eft renvoyée alt
commiffion des donze . M. Goupilleau propofe de ,
les envoyer tous à Rome pour les indemnités du es
au Pape. L'effluence d'efpiit rend fi difficile , qu'à
peine cette faillie a produit quelque fenfation .
On adepte la rédaction défi itive du décret portant
création de neuf compagnies de canonniersin
cheval , de 76 hommes dont fix à pied .
Le comité de l'ordinaire des finances a propole ,
( 234 )
la fuppreffion du milion de traitement accordé
aux princes Fra çois , & la continuation du paiement
de la rente apanagée aux créanciers . M.
Goupilleau qui voit d'un cit fee 50,000 prêtres
privés de tout , ca'omniés , menacés de la déportation
, & qui plaifante , a fait les honneurs de
fon humanité en s'intéreffant tendrement au fort
de 1200 familles qui n'ont d'autre selfource que
leurs créances fur les princes . Ceux ci font des
rébelles , des traîtres , des contumaces . « La
France n'eft plus tenue aux généreux engagemens
qu'elle avoit contractés . » Il veut que tous leurs
Eiens foient régis par une adminiſtration particu
lière . M. Lovet établit que la rente apanagère eft
deſtinée à l'entretien de leur poftérité mafculine &
non au paiement des créanciers ; en conféquence ."
M. Louver fequeftre tout , attendu que l'atrocite
des princes eft démontrée. M. Baffal plaignoit les
créanciers en tant que patriotes . M. Thuriot
trouvoit indécent d'entretenir une maiſon des
princes à Paris tandis qu'ils en ont une à Coblentz
.
rien , & n'en-
Quand M. Dubayet a foutenu que l'Affemlée
ne pouvoit pas vouloir faire mou: it de faim 00
familles , il s'eft élevé de finguliers murr ures .
Le fubtil M. Vergniaud hypo-béquoit les créances
fur la rente apanagée , celle - ci fur
gageoit pas le traitement , vn quet le traitement
celle avec le décès ( qui ceffe auifi fans douse) .
ou d'une manière quelconque. » M. Vergniaud
fait décréter l'ajouraement , & l'ordre a comite
de préfenter un autre décret .
M. Cambon a lu les fonges furles finances.Il
rêvera cucore demain .
Le miniftre annonce que plufieur: régimens
comprent 6 , 7 ou 8 cents hommes d'excédant ,
( 235 )
tant le civifme & le befoin de 15 fous portent de
citoyens dans l'armée. Ces états applaudis feront
imprimés.
Du mardi , féance du foir.
Les médecins payeront- ils des patentes ? Un
décret a renvoyé leur requête en exemption au co».
mité; M. Rouyer a demandé le rapport de ce décret.
M. Brouffonnet vante leur patrictifme ; M. Merlet.
voudroit en exempter les avoués ou défenfeurs officieux.
M. Mailhe les compare aux ci- devant
avocats ; la comparaifon eft mal reçue . Auffi
quelle d fférence ! M. Tardiveau exige des patestes
de tout citoyen dont la profeffion cft iucrative
, bien entendu que celle de législateur ne
produit que l'indemnité de 18 francs parjour, qu'on
n'auroit point eus fi l'on n'avoit pas été élu député.
L'ordre du jour motivé fanctionne ces raifonnemens
.
Un membre a dirigé l'attention de l'Aſſemblée
fur l'effain de corfaires , qui , au premier coup
de canon , pourroit bien intercepter le commerce :
maritime François. Le miniftre rendra compte
des mefutes prifes pour protéger les vaiffeauxmarchands
( au moyen de frégates que monteront
les capitaines marchands . )
M. Fauchet a lu une longue differtation , fur
les 17 ou 27 griefs des municipaux ou des Jacobins
de Lyon contre le directoire du département
de Rhône & de Loire . Un tiffa d'allégations vagues
bien envenimécs ; des détails impoffibles à
jager loin des lieux , fur la poſition contestée.
de certains moulins ; des quolibers du plus mauvais
goût au sujet de licornes fervant de fupports
à des armoiries ; la tolérance nommée fanatifme ,
incivifme ; le defir d'une force armée & difcipli(
236 )
née , traité de projet de contre-révolution ; fa
perfécution des prêtres , des religieuſes , des inquifitions
domiciliaires , des incarcérations atbitraues
, des calomnies , des flagelations , diffimulées
pour ne blâmer que ceux qui défapprouvent
la tyrannie des patriotes & ne la qualifient pas
de liberté ; le tout revêtu du ſtyle connu de l'évêque
du Calvados , a fini par la propoſition abfurde,
autant qu'injufte , de deftituer les adminiſtrateurs
fur la parole de M. Fauchet . Innocens ils doivent
être maintenus ; coupables ils doivent être jugés
ou punis . Mais l'efprit de parti n'a ni morale ni
logique. On a ri des licornes & de l'orateur , &
l'on a femblé faire une épigramme en décrétant
l'impreffion de fa diatribe.
Du mercredi , 18 avril.
Guerre civile à Ilingeau , dans le département
de la Lozère ; des intentions devinées , des bourgeois
aristocrates foumis par l'héroïíme des putriotes
en plus grand nombre, & mention hɔngrable
en attendant le rapport.
Cing compagnies du- 41 °, régiment , infanterie,
embarquées, le 6 janvier , poer Saint- D . mirgus,
ont été obligées de relâcher à Breft . Les toldars
ne veulent pas le renbárquer à moins qu'on ne
leur pate deux mois de folde d avance , « J : me
flatte , écrit le miniftre de la guerre , que d'après
cet expolé , l'Aflemblée nationale approuvera le
paiement de ces deux mois de folde , que les circos -
tances ont néceffité…….. » Anx comités miiaire &
des finances.
- Après quelques délats , l'Affemblée a décrété :
1. que la loi qui exige le ferment civique des
perfonnes vouées à l' ducat on publique , cft com
mune aux doux £ x , 2º. L'ajɔurnément à trois,
( 237 )
»
cc
jours de la queftion : confervera- t- on le dernier
non.bie d'officiers généraux ? & l'ordie d'en imprimer
la lifte, Nous ne citerons que ces mots de
M. Dumas : « Ces Meffieurs veulent une armée
fans chefs , comme un gouvernement fans autorité.
3 °. Que les anciens drapeaux & guidons
feront brûlés à la tête des régimens , & que les
municipaux en drefferont le procès-verbal & l'enverront
aux archives nationales . 4° . La révocation
de la défenfe d'exporter les cotons en laine &
en grain ( décrétée le 24 février dernier ) ; & le
droit de 12 liv . par quintal fur ces cotons exportés
, élevé à go liv . par quintal , poids de mare ,
jufqu'à nouvel ordre.
4
Les fix miniftres font entrés dans la falle , & le
garde- du-fceau a dit : « Le Roi & la Reine viennent
de faire appeller les miniftres pour leur
faire part qu'ils ont nommé M. de Fleurieu gouverneur
du Prince Royal ; ils les ont chargés
en même temps , d'en venir donner communication
à l'Aſſemblée . » Puis il a lu la lettre du Roi
ainfi conçue :
›
« Je vous prie , M. le préfident , de prévenir
l'Aflemblée nationale , que mon fils ayant atteint
l'âge de fept ans , j'ai nommé pour fon gouverneur
M. de Fleurieu . Sa probité & fes lumières généralement
connues , ainfi que fon attachement
à la conftitution , ont déterminé mon choix . Je
ne cefferai de lui recommander d'infpirer an
Prince-Royal l'honneur & le refpe& pour la juftice
, l'amour de l'humanité & toutes les vertus
qui conviennent an Roi d'un peuple bre ; de lui
apprendre qu'un Roi n'exifte que pour le bonheur
de tous ; qu'appellé à maintenir l'exécution des
Joix , la plus grande force pour contraindre les
autres à obéir ; eft l'exemple qu'il leur en donne
( 238 )
lui même. J'espère que mon fils fe rendra digne
un jour de l'amour des François , par fon attachement
à la conftitution , fon relp : pour les
loix , & fon application conftante à tout ce qui
peut affurer la prospérité du royaume. »
« L'Aſſemblée nationale reconnoîtra sûrement
à ma démarche , que je laiſis toujours avec empreflement
toutes les occafions d'entretenir l'harmonie
& la confiance qui doivent exifter , pour
le bonheur des François , entre tous les repréſentans
de la Nation , »
сс
cc« Signé , LOUIS . »
Contrefigné, Duranthon. »
M. Lafource , miniftie proteftant , a obfervé
que l'Affemblée conftituante avoit décrété que les
représentans du peuple éliroient le Gouverneur de
l'héritier de la couronne ; & il n'a pas hésité de
tappeller cette lifte de candidats , dont la plupart
firent hauffer les épaules à tous les gens fenfés &
honnêtes. Il a demandé que les comités d'inftruc
tion publique & de légiflation préfentaffert inccflamment
un projet de décret fur l'éducation de
l'héritier présomptif mineur : « Parce qu'il importe
infiniment qu'on lui donne une édacation
conforme à nos voeux , à nos fentimens , & à
ceux du peuple François. Dans ce projet entrera la
queftion de favoir fi c'eft le. Roi ou l'Affemblée
nationale , qui doit nommer le gouverneur. »
- Cet avis à été celui de M. de la Cretelle , parce
qu'il a un difcours tout prêt. M. Rouyer a demandé
le envoi de la lettre du Roi au comité ,
comme cortraire à la conftitution.M . de Kerfaint
n'a vu de doute d'ancun côté , & s'eft fort étonné
de ce qu'on paffoit a l'ordre du jour au lieu de l'entendre.
Les propofitions de MM . Lafource &
Rouyer ont été décrétées.
a
( 239 )
Le miniftre des affaires étrangères a dit qu'il n'avoit
pas encore porté les dernières dépêches de M. de
Noailles au confeil du Rois que dès que le confeil
aurci: fatué , il les communique:oit à l'Aflembiée
.
M. Cambon a repris fon roman fur les finances,
qui vont toujours à merveille . Il fuffit à tout ,
comme il a rempli fa promeffe de mettre les affignats
au pair. Nous pari :rons ailleurs de ce dernier
bilan.
Du mercredi , féance du foir.
Un décret d'urgence a fixé às fous 10 deniers
par jour , pour chaque homme effectif , la portion
de folde que recevront en efpèces les troupes
de ligne & les gardes nationaux fur le pied de
gure ; augmenté d'un quart pour les fous - officiers
& foldats , lieutenans & fous lieutenans ,
& d'un fixième pour les capitaines , la quotité
qui devoit leur être payée en affignats dans certaines
places dont l'état eft annexé au décret ;
& d'un tiers les fommes deftinées au paiement
des maffes d'habillement & de recrutement...
Un fecond décret d'urgence a ordonné le dénombrement
des bères de fomme & de trait , des
chariots & charrettes exiftans chez les particuliers ,
& l'eftimation de leur valeur , leyer , indemnité
, ainfi que l'évaluation des pailles & fourrages
qui pourront être exigés pour le fervice
de l'armée. Les directoires de départemens , de
diftricts , les municipalités , & les commiffaires-.
ordonnateurs , le civil , l'adminiſtratif , le, militaire
, le miniftre & la légiflature formeront à
cet égard un enchevêtrement de pouvoirs non
moins défavorable à l'expédition que dans tout
le refte.
( 240 )
Précédemment , l'Aſſemblée faifant les fonctions
du pouvoir exécutif , avoit décrété un raffemblement
de troupes de ligne près d'Arles. Aujourd'hui
, fur la propofition de M. Grangeneuve ,
un décret a permis au pouvoir exécutif de difpofer
de ces troupes , fous fa refponſabilité , &
de les porter par- tout où il le trouvera convenable
. Voilà donc le Midi probablement livré à
la difcrétion des bandes armées qui le dévaftent
& le tyrannifent.
M. Lefcène des Maifons a repris fon difcours
fur les troubles d'Avignon , fur leurs cauſes , fur
les moyens d'y remédier . Il a annoncé que l'armée
des Marfeillois , groffie des Jourdan & complices
, remonte le Rhône avec de l'artillerie ;
il a confeillé d'y oppofer la douceur & l'opinion
plus éclairée , de belles phrafes & des patriotes
difciplinés. On a décrété l'impreffion , & que les
miniftres de l'intérieur & de la guerre rendront
compte demain , par écrit , de ce qu'ils favent .
Du jeudi , 19 avril.
сс
Au moment où la guerre imminente ajoute
encore à la néceffité de la fubordination militaire ,
l'Affemblée a décrété qu'il eft important « de remettre
dans leurs régimens , des hommes dont le
civisme eft éprouvé, & qui peuvent entretenir le
feu facré de la liberté dans le coeur de leurs camarades
; qu'en conféquence , plufieurs fousofficiers
& foldats dénommés , renvoyés du 12 .
régiment , cavalerie , par le confeil de difcipline ,
y reprendront leur rang & recevront la folde à
dater du jour de leur expulfion.
f
Par une motion d'ordre , M. Dubayet a expofé
l'intérêt qu'auroit la France à renouveller
l'alliance
( 241 ).
l'alliance prête à expirer entre elle & les Suiffes ;
peuple fidèle , a- t- il dit , qui paroît nous menacer .
de la fin de fes capitulations ... Un membre a
crié tant mieux . Quelques voix ont demandé
qu'il fut rappellé à l'ordre . L'opinant a conclu à
ce que le miniftre des affaires étrangères fit connoître
à l'Affemblée où en font les négociations
pour qu'elle fache « fi le peuple Helvétique fera
la guerre avec nous ou contre rous . »
A cette propofition diverfement applaudie
M. d'Averhoult a répondu qu'il feroit inconftitutionnel
& dangereux d'exiger & publier des
communications prématurées ; que la prudence
& la justice confeilloient de s'en remettre au
patriotifme de M. Dumourier , qui agifoit sûrement
de la manière la plus conforme à la dignité
nationale . Ladeffus on eft paffé à l'ordre du
jour.
Enfin M. Cambon a terminé la lecture de fon
volumineux travail fur les finances . Charmé des
réfaltats , M. Jacob Dupont a obfervé que fi M.
Baudouin étoit feul chargé de l'impreffion , il y
én autoit pour trois femaines ; & a propofé d'on
charger trois imprimeurs à la fois . Il attendoit
une grande influence fur le crédit public , de
l'envoi de ces tableaux comparatifs de la dette
& des refources , aux 83 départemens. « Les
puiffances étrangères , difoit - il , pourront bien
envoyer contre nous des foldats ; mais elles ne
les feront pas précéder de pareils états de fitua-
сс
on de leurs finances . I importe de leur démontrer
qu'il y a de l'extravagance de leur part
à prétendre réduire une nation qui a un revenu
annuel de deux milliards , & une maffe de richeffe
de plus de quarante milliards . Jainais l'artillerie
Nº. 17. 28 Avril 1792.-
( 242 )
des zéro ne fut ni plus férieufement ni mieux
fervie.
M. Forfait vouloit qu'on examinât ces tableaux
avant de les envoyer aux départemens . On a
décrété qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer , quant
à préfent , fur cet envoi.
Alors , on cft rentré dans la difcuffion du
projet de M. Muraire fur le moyen de conftater
les naiffances , les mariages & les décès . Nous
devons remonter ici aux féances précédentes oN
l'on a traité cette matière . Il fuffira d'une courte
notice.
M. Lemontey avoit manifefté de fages appréhenfions
qu'une innovation trop peu péparée ne
fit imputer à l'Ademblée le projet de fapper les
bafes de la religion ; & il avoit demandé qu'un
article préliminaire maintint expreffément aux
citoyens le droit de faire baptifer leurs enfans ,
benir leur mariage , célébrer les obféques de
leurs parens. Mais ces ménagemens firent fourire
de pitié des philofophes tranfcendans , qui
fuppofent toute la nation auffi indifférente qu'eux
aux idées religieufes.
сс
M. Vergniaud avoit établi que « le mariage
précédé toutes les conventions fociales , toutes
les religions , ou plutôt qu'il eft la religion de
toute la nature »... Que les premiers pontifes
chrétiens «pénétrés de cette maxime évangélique ,
que leur puiflance n'eft pas de ce monde , fe
gardoient alors de dire aux nations & aux hommes
qui vouloient s'inftruire de leur doctrine : Si
Vous ne vous mariez dans nos temples , on ne
regardera , dans l'empire , voire union que comme
un concubinage, &c... Que peuvent avoir de
commun , s'étoit il écrié , telle ou telle opinion
( 243 )
religieufe & l'état civil des citoyens ; les prine
cipes de la politique célefte , & ceux de la politique
humaine ; les cultes , qui n'ont que le
ciel pour objet , & le gouvernement des em
pires ?...
་
Mais M. Vergniaud expliqua bien autrement
fon nouveau droit civil , étranger à toute reli
gion . A l'en croire , un attroupement de Paris
ne fe porta point par intolérance à l'églife des
Théatins. « Le peuple , dit-il , vit qu'on s'y réus
niffoit au nom du ciel pour conſpirer contre la
liberté que la vergeance & la trahifon étoient
les dieux qu'on y fervoit ; il abhorra ce culte
exécrable & , dans fon indignation , il en difperfa
les perfides fectateurs. Nous ne caractériferons
pas ce trait de la philofophie de M.
Vergniaud.
Aujourd'hui M. Courtaud demandoit qu'on toléra
: tous les cultes ( même l'idolâtrie ) excepté
( même l'idolâtrie ) excepté
le culte catholique. Il a dit avec une franchiſe
défolante pour nos politiques : de ce n'eft pas fans
de puiffantes raifons que nos loix ont voulu dé
truire ce culte en détachant le clergé de l'au
torité du Pontife de Rome au moyen des élec
tions . » M. Mailhe lui a fourenu que l'Affemblée
conftituante n'avoit attenté en rien à la'
puiflance fpirituelle . Le vacarme & des huées .
ont forcé le trop indifcret M. Courtaud à quitter la
tribune.
ོ །
M. Adam raifonnoit fur Incapacité des mumcipaux
de village pour tenir des regiftres , quand
M. Dumourier eft venu apporter une lettre du
Roi où S. M. mande qu'elle compte fe rendre
à l'Affemblée nationale demain à midi ; & le
même miniftre a communiqué les dernières dé
Liz
( 244 )
pêches de M. de Noailles Nous les tranfcrirons
phis base 35
L'Affemblée eft paffée ,à l'ordre du jour. M.
Leremboure a obfervé que M. de Noailles n'étoit
pas plus coupable d'avoir différé de quelques
heures la remife des dépêches de M. Dumourier,
que celui ai d'avoir gardé pendant, trois jours
les dépêches, de M. de Noailles avant de les
préfter au confeit du Roi, Cette obfervation
aexcité les rumeurs, défapprobatives de ceux-là.
même qui avoient fait contre . Delefart un
grief d'un retard ( meins, bien, prouvé. On a
révoqué le décret d'accufation contre M. de
Noailles.
Du jeudi , féance du foir.
Dans une lettre à M. de Grave , M. Luckner
repréfente à ce Miniftre qu'en lui, pendant compte
précédemment de l'état des troupes , il ne s'attendoit
pas à la publicité qu'a reçue fa dépêche ;
publicité qu'il étoit du devoir d'un général de
ne pas y donner. Il difcute enfuite , artide par
article , la réfutation qu'es a faite le miniftre ;
il réitère fes plaintes fur infuffifance des remplacemens
, des approvifionnemens ; fur le retard
qu'éprouvent les avances ou les indemnités ; fur
le numéraire promis & non expédié ; & il annonce
à M. de Grave un mémoire relatif à
l'achèvement de l'organifation de l'armée & à
l'enfemble des opérations à concerter. Cette lettre
adreffée 34 miniftre été lue publiquement
comme la première & renvoyée au comité mí
litaire,, 916/2
MM . Baux , négocians de Marfeille , notifient
qu'un de leurs watifeaux, a fait , le 22 décembre
J
243
1791 , la découverte de plufieurs les dans la
mer du Sud ; que le capitaine , M. Marchand ,
les a nommées les îles de la Révolution ; qu'il
en a pris poffeffion , au moyen d'une plaque de
cuivre attachée à un arbre , nom de la nation
& de Louis XVI , Roi des François ; qu'il
ya laiffé trois exemplaires de la conftitution
dans trois bouteilles , & a trouvé dans ces îles
des habitans , des cochons & de la volaille.
Q
« La nation , a dit M. Quefnay, a formelle-,
ment renoncé à toute conquête. N'y eût - il qu'un
feul individu de l'efpèce humaine , cette terre lui
appartiendroit . Je demande que l'Affemblée agrée"
l'hommage d'une découverte géographique , &
qu'elle paffe à l'ordre du jour fur le furplus .
L'Affemblée eft paflée à l'ordre du jour .
U
CC
"
M. Carnot l'aîné , en diicutant le règlement
militaire de M. de Narbonne , qui étoit à l'ordre
du jour , a déployé une théorie philofophique
peu propre à former une armée . En voici les
principales bafes. Les foldats ont eu tailon
de ne point obéir , parce que ce n'étoit pas une
loi. On ne doit point exiger d'eux une théiliance
pally inconftitutionnelle... L'obéif
elle eft
fance paffive & les triomphes militaires font les
deux plus puiflans moyens de détruire la liberté...
Le foldat n'aliene pas fa liberté , elle eft inalié
nable …….. Le milieu entre l'obéiffause pallive &
l'indifcipline , entre la bête de charge & l'homme
, eft l'obéiffance raifonnée ..... Il faut punir
également l'officier & le foldat..... Si l'on fait
boire trois pintes d'eau à un foldat pour fait
d'ivrognerie , qu'on en faffe boire fix à l'offi
cier ... Que loiqu'an militaire quelconque recevra
de les chefs un ordre qu'il croira contraire
la conftitution ou à la loi , il foit autoriſé à
L 3
( 246 )
déclarer qu'en fon honneur & confcience il ne
peut y obéir; mais qu'en ce cas , il fe foumettra
aux peines de difcipline que pourra encourir fa
défobé flance fi elle n'eft pas fondée
» Ces
maximes ont été combattues par MM. Loustalot
...
Delcher , & appuyées par MM. Lecointre-
Puyraveau, Montaut , Choudieu , Albitte. On a
décrété l'ajournement à trois jours après la diftribution
du règlement qu'on difcutoit.
Du vendredi , 20 avril.
On a remis , fans la lire , au comité des douze ,
la correfpondance de M. Roland avec les commiffaires
civils envoyés à Avignon & dans les
départemens méridionaux.
Une foule d'étrangers & fur-tout de femmes ,
s'étoit emparée des places des législateurs . Cet
incident a été l'objet de plus longs débats que
la paix ou la guerre. Les uns demandoient l'appel
nominal , d'autres l'ordre du jour ; tous convenoient
qu'on ne pouvoit délibérer . Quelqu'un a
prétendu que par un décret l'Affemblée aveit
exclu de fes bancs tous les intrus. On a propofé
que tous les députés fortiffent de la falle , paffaffent
fur la terraffe des Tuileries pour qu'on fir
vider la falle. Les galeries applaudiffoient à chaque
effort ; & les ipectateurs du parterre applau
diffoient auffi chaudement au peu de fuccès , A
Poifiveté dans le vacarme on a préféré d'écouter ,
fans délibération , un rapport de M. de Condorcet
fur l'éducation nationale. Avant que ce rapport
für achevé , un huiffier a dit : Meffieurs, le
Roi.
Le Roi eft entré , accompagné des 24 membres
qui étoient allés au - devant de Sa Majellé , &
fuivi de fes miniftres . Tous les députés étanc
( 247 )
debout & découverts , le Roi eft monté s'affeoir
à la gauche du préfident , les députés fe font
affis , & Sa Majeſté affiſe , entourée de fes miniftres
reftes debout , a dit : « je viens , Meffieurs ,
au milieu de l'Affemblée nationale pour un des
objets les plus importans qui doivent occuper
l'attention des repréfentans de la nation . Mon
miniftre des affaires étrangères va vous lire le
rapport qu'il a fait dans mon confeil , fur notre
fituation politique ».
Alors , M. Dumourier a lu le rapport que
nous tranferirons plus bas. Le Roi a repris enfuite
la parole avec une émotion fenfible dans la
voix. Nous donnons ci - deffous les conclufions du
Monarque & la réponſe du préfident. Avant
l'arrivée du Roi , on avoit décrété que perfonne
n'applaudiroit ; cependant quand Sa Majesté eft
defcendue , beaucoup d'affiftans n'ont pu retenir
les témoignages de leur attendriffement ont
applaudi & crié vive le Roi !... filence , ont
crié les galeries des deux extrémités en donnant
des fignes bruyans de leur indignation . A l'ordre ,
efclaves , difoit une citoyenne patriote ; fortez ,
alley plus loin crier vos a vive le Roi ! répétoient
çà & là quelques voix. Le préfident a
levé la féance en l'ajournant à 5 heures.
Du vendredi , féance du foir.
L'important objet dont l'Aſſemblée avoit à
s'occuper , a donné lieu à une forte de difcuffion
fi extraordinaire , qu'il eft impoffible d'en tranfmettre
exactement l'idée par une courte notice &
à moins de citer fouvent les propres termes.
Nous écarterons les redites , abrégerons les déclamations
, & rendrons , fans commentaires , les
traits les plus caractéristiques .
248 )
La difcuffion fur la propofition faite le matin
par S. M. , étant ouverte , M. Hua en a demandé
, pour plus de dignité , pour plus de réflexion
, le renvoi au comité diplomatique &
l'ajournement à quelque féance du matin . « Nous
fommes Affemblée nationale , lui a- t-on répondu,
à fix heures du foir comme à dix heures du matin » .
M. Leremboure a obfervé qu'on n'avoit pas les
bafes effentielles de la délibération , ni les communications
politiques du miniftre avec la Pruffe.
De longs murmures ont éclaté dans une partie
de la falle & dans les galeries .
cc
Depuis long- temps , a dit M. Mailhe , vos
vaux & vos délibérations même appelloient la
propofition que le Roi vous a faite ce matin ...
Et , fans les manoeuvres d'un miniftre perfide ,
déjà peut- être les menaces de la maifon d'Autriche
fe trouveroient converties en fupplications...
Songez que toute la France a les yeux fixés fur
votre attitude actuelle... Faites voir au peuple
François , par une délibération prompte & unanime
... » D'un côté on a crié non , non ; de
l'autre on a crié : oui , oui ; les voix le font
confondues dans le tumuite.
« Votre délibération va décider du fort de
25 millions d'hommes , a repris M. Hua dès
qu'on a pu l'entendre ... Que les François ne
puiffent pas douter de la prudence de leurs repréfentans...
Que dira la France... ? » On lui
répétoit à grands cris : à l'ordre , à l'ordre. Il a
defiré de la gravité , du calme , du fang-froid,
un examen réfléchi ; le bruit a redoublé , s'eft
prolongé ; er fin on a décrété que la difcuffion
s'ouvriroit fur - le - champ ; elle s'eft ouverte au
milieu des tranfports du public & d'une partie
de l'Affemblée.
( 249 )
M. Paftoret a démontré qu'on devoit d'autant
plus hâter la difcuffion ; qu'il n'y avoit rien , ou
du moins rien de nouveau à difcuter ; que tout
étoit fuffifamment éclairci . « Il eft temps de nous
arracher à cette incertitude , qui , depuis deux ans ,'
fatiguoit les voeux & la penfée des amis de la
patrie ; left temps que l'Europe voie une grande
nation appuyée fur la juftice & fur fon inébran
lable volonté , défendre avec courage la cauſe
univerfelle de la liberté des peuples ... » Appuyé
fur ces phrafes , M. Paftorer a déclaré la guerre
au Roi de Bohême & de Hongrie .
M. Becquey qui avoit la parole , s'eft efforcé
de tempérer l'enthoufiafme par la raifon & par
la prévoyance . Il a confeillé de-bannir toute précipitation
, d'enchaîner les paffions ; il a prouvé
que la guerre compromettroit & la cûreté de
l'Etat & la conflitution , & qu'on pouvoit éloigner
encore ce cruel fléau ; que des inftitutions
nouvelles ne fauroient profpérer qu'au fein de la
paix qu'une nation qui vient de recréer toutes
fes autorités , doit éviter foigneufement la guer
re , fur tout lorfque rien n'eft folidement établi...
(Plufieurs voix ont crié : patience ) L'orateur
s'eft demandé « Si nos armées combattent audehors
, qui contiendra les facieux au- dedans ? »
(On lui a répondu Nous . ) << Nos finances
a-t-ilpourlaivi , one befoin de quelques années
de repos ... Vous ne les connoifiez pas , hi
a dit M. Cambon ; nous avons de , l'argent plus
qu'il n'en faut . »
:
Fréquemment interrompu par diverfes objec
tions de cette force , M. Becquey a établi que
fi la France attaquoit la mailon d'Autriche , &{
entroit dans le Brabant , la guerre deviendroit
générale , Cene vérité a été reçue par des huées ,
L S
( 250 )
Il n'en a pas moins pefé , en homme- d'Etat , la
confiance due à la neutralité de l'Angleterre pour
qui les Pays-Bas font une barrière qu'elle paya
de fon fang & de fes tréfors ; la crainte fondée
des Anglois de voir la France favoriser l'ouvertre
de l'Escaut pour prix de l'alliance des Belges
Loulevés ; de voir renaître ainfi le commerce d'Anvers,
&c. , dégagé des chaînes que lui imposèrent
les traités de Munfter en 1648 , & de
Fontainebleau en 1785 ; commerce qui ne peut
s'agrandir qu'aux dépens de celui de l'Angleterre
& de la Hollande , & plus cher à ces puillances
que toute la métaphysique du jour. Ces vues ,
les feules qu'aient offertes les débats , n'éto ent
de nature à convaincre que peu de membres..
L'opinant a peint enfuite l'Europe entière armée,
& s'eft demandé quelle puiffance réfiſteroit à tant
d'efforts combinés. Une voir lui a répondu : la
France.
« Attendez qu'on vous attaque ; on ne vous
menace pas , a fourfuivi M. Becquey. Les lettres
de Vienne annoncent que François pe ve it que
la pax . Une nation auroit - elle ' mm ralité
d'appeller fur une nation voifine les calamités
de la guerre , pour le venger des infultes d'un
miniftre ?.... Ua décret de guerre attirera la défaveur
for notre caufe aux yeux de tous les
peuples...Les princes nous repréfenteront comme
les aggrefleurs , comme un peuple inquier qui
trouble le repos de l'Europe , au mép is de fa
propre conftitution qui répugne à tout projet
d'attaque... En attaquant les nations voisines ,
Vous les rattacherez à leurs Rois qui les défendront...
Cette guerre eft l'espérance de tous les
annemis de la conftitution ..... » Il a demandé
qu'on décrétât qu'n'y avoit pas lieu à délibé(
251 )
rer fur la propofition du Roi ; que le pouvoir
exécutif cût à défendre la nation de toute hoftilité
, & à continuer les négociations de manière
à prévenir toute rupture.
M. d'Averhoult a fouhaité que tous les opi
nans fullent tenus de prouver que la France
peut maintenir la conftitution , reftituer Avignon
au Pape , & réintégrer les princes en Allace ;
d'élever leurs penfées au niveau du ſiècle ; de ne
pas compter les peuples pour rien; de ne discuter
que le comment & non la queftion : fera- t- on
la guerre ? parce que , notre fituation ne nous le
permit elle pas , il faudroit encore la faire.
Nous avons juré de vivre librès ou de mourir
; ce fera le cas de la mort . »
·
M. Guadet a obſervé que M. Becquey n'avoit
pu prouver qu'il y ait aucune nation en état de
montrer en actif un excédant de 400 millions
de créer , d'un feul mot , 100 mille recrues ; da
préfenter 4 millions de citoyens armés . - « Comment
vous allez décréter la guerre , s'eft écrié
M. Bazire . Interrompu , il a exprimé fon
étonne.nent , celui de la France , celui de l'uni
vers en voyant une queftion fi grave , décidée
A légèrement ; & au nom du fag prêt à ruiffeler
, il imploroit au moins trois féances. M.
Mailhe a parlé de contenance fière & a dir :
«vous allez décréter peut- être la liberté du monde
enticr... une guerre entreprife pour une telle
caule & dans de parcilles circonftances , ne doit
pas être regardée comme un fléau ; mais comme
Je triomphe de l'humanité ». La falle a retenti
d'acclamations ; aux voix , aux voix ; la guerre ,
la guerre. 1
MM. Dumas , Merlin , & quelques autres
contradicteurs de la guerre , ont vainement effayé
L6
7252 )
d'avoir la parole . M. Briffot a , pour ainfi dire ,
ordonné que la rédaction du décret fût apportée
féance tenante. C'est un décret d'accufation
contre l'humani é , a dit M. Merlin » . On a
beaucoup ri . « Guerre aux Rois , paix aux nations
, a repris M. Merlin » , On a décrété l'urgence.
Quelques eccléfiaftiques ayant voulu exprimer
leur opinion « ce n'eft pas aux prêtres à faire
la guerre , quand le diable y feruit , leur a fignifié
M. Rouyer .
-
L'Affemblée a décrété la propofition du Roi ,
fauf rédaction . Un nouveau manifefte de M. de
Condorcet à été ajourné à trois jours , M. Vergniaud
a fubirement enfanté le projet de faire
jurer la conftitution ou la mort dans tous les
villages . L'idée n'a pas réuffi , MM . Journu &
de Kerfaint ont propofé de fupprimer les corfaires
, d'y renoncer comme aux conquêtes. M.
Dupont Grand- Jardin a fait déciéter la totalité
de la folde en argent pour les trois armées :
enfuite la rédaction du comité diplomatique a
été adoptée en ces termes au milieu de véritables
convulfions de joie .
›
« l'Affemblée nationale délibérant fur la propofition
formelle du Roi ; confidérant que la
cour de Vienne au mépris des traités , n'a
ceffé d'accorder une protection ouverte aux François
rebelles ; qu'elle a provoqué & formé un
concert avec plufieurs puiffances de l'Europe
contre l'indépendance & la sûreté de la nation
Françoife ; »
Que François I , Roi de Hongrie & de
Bohême , a , par les notes des 18 mars & 7
avril dernier , refufé de renoncer à ce concert ; »
« Que malgré la propofition qui lui a été faite
( 253 )
par la note du 11 mars 1792 , de réduire de
part & d'autre à Pétat de paix les troupes fur
les frontières il a continué augmenté des
préparatifs hoftiles ; »
CC
Qu'il a formellement attenté à la fouveraineté
de la nation Françoife en déclarant
vouloir foutenir les prétentions des princes allemands
poffeffionnés en France , auxquels la na
tion Françoife n'a ceffé d'offrir des indemnités ;
T
#
CC
ce Qu'il a cherché à divifer les citoyens Fran
çois , & à tes armer les uns contre les autres g
rant aux mécontens un appui dans le concert
des puiffances ; ">
en offrant
ce Confidérant enfin que le refus de répondre
aux dernières dépêchés du Roi des François ,
ne laiffe plus d'espoir d'obtenir , par la voie
d'une négociation amicale , le redreffement de
ces différens griefs , & équivaut à une déclaration
de guerre , décrète qu'il y a urgence.
}
cc L'Affemblée nationale déclare que la nation
Françoife , fidelle aux principes confacrés
par la conftitution de n'entreprendre aucune
guerre dans la vue de faire des conquêtes , & de
n'employer jamdis fes forces contre la liberté
d'aucun peuple , ne prend les armes que pour
la défenfe de la liberté & de fon indépendance ;
que la guerre qu'elle eft forcée de foutenir n'eft
point une guerre de nation à nation , mais la
jufte défenfe d'un peuple Hore contre l'injufte
oppreffion d'un Roi ; »
сс
Que les François ne confondront jamais
leurs fères avec leurs véritables ennemis ; qu'ils
ne négligeront rien pour adoucir le fléau de la
guerre , pour ménager & conferver des propriétés
, & pour faire retomber fur ceux- là feuls
( 254 )
qui fe ligueront contre la liberté , tous les mal
heurs inféparables de la guerre ; »
Сс
Qu'elle adopte d'avance tous les écrargers
qui , abjurant la caufe de les ennemis , viendront fe
ranger fous fes drapeaux , & confacrer leurs
efforts à la défenfe de fa liberté , qu'eile favorifera
même , par tous les moyens qui font ca
fon pouvoir , leur établiffement en France ; »
« Délibérant fur la propofition formelle du
Roi , & après avoir décrété l'urgence , décrète la
guerre contre le Roi de Hongrie & de Bohême , »
Du famedi , 21 avril.
Le miniftre des affaires étrangères follici e un
décret qui mette la perfonne & les propriétés de
M. de Blumendorff, chargé en France des affaires
de la cour de Vienne , fous la fauve- garde de
la nation . On et paffé à Fordre du jour motivé
par MM. Merlet & Mailhe fur le reſpect des
Fra çois pour les loix & le droit des gens.
M. Treilh Pardilhan a propofé de décréter
le principe qu'il y auroit , en France , des compagnies
franches compofées des étrangers qui
viendront défendre la caufe de la liberté ; qu'au
bout de trois ans ils feroient citoyens actifs ; &
qu'on établiroit des hofpices pour retirer leurs
femmes & leurs enfans. « Il est indigne de
l'Affemblée nationale de préjuger de pareilles
défections , a dit M. Bazire. » M. Thuriot a
demandé que les enfans de tous les François qui
mourront en combattant pour la patrie , foient
élevés aux dépens de l'Etat. M. Jean Debry a
lu un projet d'adreſſe de l'Aſſemblée à l'armée,
I!y:
compare l'épée des efclaves au fer des
hommes libres ; il remarque la protection que
la providence a conftamment accordée aux révo
(1255 )
Jutionnaires ; célèbre les faintes jouiffances de
Pégalité ; peint des princes efclaves qui tuoient
le peuple & ne vivoient que de fes cadavres ; &
s'écrie : « qui pourroit balancer entre les vices
qu'ils nous ont emportés & les vertus que nous.
ayons recouyrécs , entre les chaines féodales
& le bonnet de la liberté.
M. Chéron a foupçonné qu'il vaudroit encore
mieux envoyer aux foldats des armes & des munitions
qu'une fi belle adreffe ; M. Cartier Doui
neau a ajouté que l'effentiel feroit d'abord d'étouffer
toutes les divifions inteftines de 1 Affemblée...
On lui aeré que fes confeils déplacés faifoient
perdre un temps précieux . L'Aſemblée a
décrété qu'il fera fait une ad effe a l'armée , &,
a renvoyé toutes les propofitionsux Comités..
M. Emmery a offert la totalité de fon- traitemert
de dépité , tant que durera la légiflature ,
pour contribuer à la défenfe de la patrie en
danger. Envain , M. Maran at i ' invoqué la
mention hono able . Des murmures lui ort coupé
la parole & Alen blée n'a rien tatué . M.
Gaftelier, médecin , a dépofé fur le bureau , s
médailles d'or & 80 jetons d'argent.
Le miniftre de la justice a notifié la ſanction
donnée hier au décret du jour même , portant
déclaration de guerre cot tre le Roi de Bohême
& de Hongrie ( applaudi ) . S
>
On a recommandé aux comités diplomatique
& de marine un projet de M. de Ke faint
contre les corfaires qui pourroient fortir des deux
Ports ( Olende & Tiette ) de la maifon d'Autriche
, « qui voit , a - t- il dig , le commerce maritime
comme un enfant voit la lune dans un
puits. Bientôt après , on a lu un billet fraternel
de l'orateur du genre humain , qui annonce
( 256)
fon defir d'être admis à l'audience au centre du
globe, my kovilj znanj 205
M. de Narbonne demande par une lettre , &
obtient que la lenteur de M. Lecointre à prouver
fes imputations , ne retienne plus à Paris le militaire
qui brûle de voler à Parmée , & qui promet
d'y demeurer foumis à fa refponfabilité d'ex-miniltre,
oth
M. Condorcet a achevé la lecture de fon rap
port fur l'éducation nationale. La diffiffion a
été ajournée . Malgré Tobfervation de M. Roz
yer la Bergerie , qu'on avoit firé la lifte civile
fans difcuffion ; & l'opinion de M. de Lacepède ,
qué , fous le prétexte d'une vaine économie , on
vouloit s'oppofer « à l'établissement de l'efprit
public fur la fage motion de M. Lemontey
le comité d'inftruction fera tenu d'offrir un apperçu
des frais qu'entraînera l'exécution de fon
plan.
&
V
sla ES
Du ſamedi , féance du foir,
Hier , M. Jacob Dupont propola une foulcription
volontaire par laquelle tous les citoyens
s'engageroient à fournir au tréfor public des matières
dor d'argent pour des affignats , & ,
en attendant qu'on en ait fabriqué pour des
promeffes d'alignes . De peur que les pauvres
patriotes ne fourniffent feuls de l'or & de l'ar
gent , & que les riches ariftocrates ne s'en difpenfent
, M. Cambon préféroit une contribution
forcée. Le miniftre de la guerre avoit déjà écrit
à l'Affemblée qu'on devoit abfolumbent payer les
foldats des quarre , armées en argent ; que cel
feroient 8 à 9 millions de plus par mois , mais
que trois mois de fuccès rendroient sûrement
l'acquifition du numéraire très- facile,
( 257 )
Il ne falloit ni foufeription , ni nouvelle contribution
patriotique libre- forcée , ni trois meis ,
puifque M. Dupont Grandjardin a pofitivement
affuré l'Affemblée & le public qu'il y avoit plus
d'or & d'argent dans le tréfor national que n'en
ont toutes les paiffances coalifées .
M. Anacharfis Cloots s'eft préfenté à la barre :
« Les Rois condamnés par Minerve , a - t-il dit ,
en appellent à Bellone .... Le fort du genre - humain
eft entre les mains de la France .... Nous
frapperons les defpotes , & nous délivrerons des
hommes . Chaque tyran renversé dans la pouffière
fera fortir tout un peuple de l'efclavage
(bravo ! ).... Dieu eft puiffant & il a voulu
nous fommes puiflans & nous voulons . Les
hommes libres font les Dieux de la terre... Nos
moyens doivent augmenter par l'acharnement
des mangeurs d'hommes. Les riches fe mettront
au régime des pauvres , pour approvifionner nos
armées..... Nos victoires feront nos feftins .....
Soyons fobres an an , & le nbnde fera libre à
jamais... Les Tarquin & les Porfenna redoutent
l'abſtinence & la pâleur des Brutus & des cevola
( applaudiffemens redoublés ) ... » L'orateur
a fini par « dépofer dans le fanctuaire du Dieu
conftitutionnel , 12,000 liv. , auxquelles il a joint
fa république univerfelle dont le feul titre fait
friffonner les aristocrates. Les 12,000 liv . ont
été agréées , & le donateur a reçu les honneurs
de l'impreffion & de la féance.
сс
M. Héraut de Séchelles voudroit confacrer les
dons de la philantropie unive felle , à payer des
indemnités à tous les foldats étrangers qui viendront
le ranger fous les drapeaux de la liberté.
Plus civique encore , M. Britche propoſe à l'Affemblée
de promettre so !. àtout fantaffin ou eava
(258 )
lier, 2001. pour le cheval qu'il amenera , le droit de
citoyen actif, & trois arpens de terre en friche
ou de marais . Cette invitation à déferter, à voler
des chevaux , a paru à M. Merlet d'une immoralité
fcandaleufe . L'Affemblée n'y a donné aucune
faite.
Du dimanche, 22 avril.
Le miniftre de la guerre s'eft flatté de dés
montrer dans une langue lettre , qu'en propo
fant de retirer les troupes de ligne des dépar
temens du Midi , en établifant que la loi étant
la propriété de tous c'est aux citoyens à défendre
les propriétés , il n'avoit en vue que de
ramener le calme & l'ordre dans ces contrées
'dévastées .
Un arrêté du directoire du département de
la Meurthe n'accorde le droit de s'affembler ,
fans armes , même pour le culte , qu'aux citoyens
actifs qui ont prêté le ferment civique
preferit par la bi du 26 décembre 1790 , &
I'Afemblée nationale a décrété la mention honorable
de l'arrêté de ce directoire.
Il a été ftatue , d'urgence , que la fomme
de 25,121,803 livres fera mife a la difpofition
du miniftre de la guerre , & de plus , 7,338,145 l . ,
par mois , pour le fervice extraordinaire des trois
armées du Nord. On a reçu quelques centaines
d'écus de plufieurs citoyens ; l'épée d'argent de M.
Bacon qui s'eft dit l'un des anciens amis de Voltaire
& de J.J. Rouffeau , qui ne l'étoient guère ; & 12
louisd'or d'un anony ne qui s'oblige à en payer autant
chaque année « jufqu'au moment où le dernier
enseini de la conflitution aura mordu la pouffière.
Le reste de la féance a été accordé à des ha-
Langueurs, au nombre defquels on a comprés M.
( 259))
Gauchon , organe des vainqueurs de la baftille
qui a dit que le char des galériens de Château-
Vieux étoit plus élevé que tous les trônes des
defpotes , & qu'il ne manquoit que le Roi à
cette fête exemple de décence ; & une école
d'enfans , dont le plus âgé avoit à peine dix ans ,
qui ont loué la conftitution , juré de la maintenir
de toutes leurs forces & partagé les honneurs
de la falle.
Avant de lire le rapport la Vendredi
dernier à l'Affemblée Nationa e par M. Du
mourier, il eft néceffaire de connoître les
deux dernières lettres de M. de Noailles , qui
ont achevé de décider les conclufions du
Rapport.
Première dépêche de M. de Noailles à M. Du
mourier, en date du s avril 1792.
IF
Votre expédition , Monfieur , du 27 Mars
m'a été remité le 4 Avril au matin . J'ai rempli
fur-le-champ les intentions qu'elle contenoit , en
allant trouver le Vice Chancelier de Cour &
d'Etat , M. le Comte de Cobenizel. J'ai préféré
m'adreffer a lui , parce qu'il eft plus acceffible que
M. le Prince de Kaunitz , & que j'étois sûr , par
cette voie , de faire parvenir promptement au
Souverain ce que je defirois qui vînt à ſa connoifiance.
"
CE J'ai dit au Vice Chancelier tout ce qui pou
voit conduire à une réponſe telle que vous la
fouhaitiez . Je dui ai repréſenté combien nos inquiétudes
devenoient de jour en jour plus fon
4260 260 )
dées à la vue des préparatifs hoftiles qui ſe faifoient
de tous côtés contre nous ; qu'en vain
on nous objecteroit nos propres armemens ; qu'on
n'ignoroit pas qu'ils avoient été provoqués ; que
nous defirerions pouvoir prendre autant de confiancé
dans la conduite , à notre égard , des Puiffances
étrangères , qu'elles avoient eu d'être
tranquilles furnos difpofitions ; que fi la malveillance
fe fùt moins agitée contre nous , nous aurions
achevé pacifiquement l'ouvrage de notre
régénération , fi la Cour de Vienne n'avoit commencé
à former des projets contre nous , par
accorder afyle & protection aux Emigrés , par
témoigner toutefoite d'intérêt à leurs Agers ;
qu'aujourd'hui elle reflembloit dans le Brifgaw
des forces qui nous étoient d'autant plus fufpectes,,
que la tranquillité des Pays - Bas n'exigeoit rien
་
de femblable ; que notions
berorien
1
d'être
raffures autrement que par des paroles ; que de
fimples affurances pacifiques ne nous paroîtroient
actuellement avoir pour objet que de gagner du
temps ; qu'ei fin , les chofes en étoient venues au
point , que j'ai reçu l'ordre pofitif de demander
une déclaration par laquelle la Cour de Vienne
renonceroit à fes armemens ou à fa coalition, où
d'annoncer qu'à défaut de cette déclaration , le
Roi fe trduveroit comme en état de guerre avec
Autriche , & qu'il fereit fortement foutenu par
la nation entière , qui ne foupiroit qu'après uné”
prompte déciſion . »
Le Comte de Cobentzel a entrepris de juf
tifier la Cour fur les vues hoftiles qu'on lui imputoit
. Il m'a protefté que le Roi de Hongrie &
de Bohême étoit dès- éloigné de vouloit le mêler
de nos affaires intérieurest, &ine penfoit nullement
à appuyer les intérêts des Emigrés . Il m'a
4
( 261 )
répété ce qu'il m'avoit déjà dit plufieurs fois
qu'on avoit envoyé des renforts dans le Bifgaw ,
parce qu'on les avoit jugés néceffaires pour maintenir
l'ordre & la juftice , pour être à portée de
donner des fecours aux Etats de l'Empire qui
requerront affiftance dans le voisinage .
«
ဘ
015 J'ai obfervé que tant de précautions , d'après
le concert, qui nous étoit connu , ne juftifioient
que trop nos alarmes . J'ai infiité particulièrement
fur la ceffarion de ce concert contraire à ce
que
nous aurions dû attendre de notre Allié. La
replique du Comte de Cobentzel m'a confirmé
dans l'opinion où j'ai toujours été , qu'on ne vouloit
pas nous attaquer , mais qu'on fe préparoit à
nous faire des demandes fur lefquelles il feroit peutêtre
difficile de s'entendre , avant d'avoir effayé
la force des armes . »
-815
Ι
9.
DE
DS
« Le Miniftre Autrichien m'a dit que ce concert
n'étoit plus une affaire perfonnelle au Roi
de Hongrie & de Bohême qu'il ne pouvoit
s'en retirer qu'avec les autres Cours , & que ce
concert continueroit d'avoir le même objet auffi
long- temps qu'on n'auroit pas terminé ce qui
reftait à régler avec la France . Il m'a cité trois
Pointsts ; 1 la fatisfaction des Princes poffeffionnés
; 2. la fatisfaction du Pape pour le
Comtat & Avignon ; 3. les mesures que nous
jugerions à propos de prendre , mais qui fuflent
telles , que notre Gouvernement cût une force fuffifante
pour réprimer tout ce qui pouvoit inquiéter
les autres Etats. Tous les raifonnemens
fur ces différens, objets étant épuisés de notre
part ; & le fyftême qui s'eft établi ici ne paroiffant
pas prêt à changer , j'ai demandé au Comte
de Cobenizel , fi , pour répondre aux repréfentations
que je veneis de lui faire , je pouvo
1
{ 461 )
7
mander que fa Cout s'en tenoit à fa note oficielle
du 18 Mars. »
Le Vice - Chancelier fe trouvant gêné đans
le Cercle où je le renfermois , m'a répondu qu'il
prendroit les ordres du Roi , & qu'il ne tarderoit
pas à m'informer de ce que fa Majefté le
chargeroit de me dire . » .
« M. Bifchofswerder eft parti le 9 de ce mois
pour retourner à Berlin . Il fe feroit mis plutôt
en route , mais il a attendu pendant quelques
jours la rédaction d'une lettre circulaire qui doit
être adreffée aux Cours coalifées , & vraiſem
blement aux Etats de l'Empire comme co- états ,
pour demander à chacun les fecours qu'il fé propofe
de fournir en cas de guerre , foit en hermes,
foit en argent. Je n'ai aucune certitude fur le fait
de cette circulaire . M. Bifchofswerder s'arrêtera
à Prague pour voir le Prince de Hohenlohe , &
convenir avec lui du jour & du lieu où le Général
Autrichien pourra avoir une entrevue avec
le Duc de Brunswick. On croit que cette entrevue
aura lieu à Leipfick , dans le courant du
mois. Suivant toutes mes notions , la Cour de
Vienne a adopté un plan purement défenfif
malgré les inftances de la Cour de Berlin , pour
lui en faire adopter un autre . »
Seconde dépêche de M. de Noailles à M. Dumoucondiery
en date du 7 Avril 1792800,
cc J'attendois , Monfieur , pour faire partir le
Courier , la réponſe du Vice- Chancelier Cobentzel.
Il vient de me dire , de la part du Roi
de Hongrie , que la note , en date du 18 Mars ,
contient la réponse aux demandes que j'étois
chargé de renouveller , qu'on pouvoit d'autant
moins changer les difpofitions exprimées dans
( 263 )
▸
cette Note , qu'elles rer fermoit auffi l'opinion
du Roi de Pruffe fur les affaires de France
opinion conforme en tous points à celle du Roide
Hongrie . M. le Comte de Cabentzel m'a éga
lement prévenu qu'il avoit reçu l'ordre de fa
Majefté de faire le même rapport à M. Blumendorf
à Paris. »
Signé , l'Ambaffadeur de France près la Cour
de Vienne . DE NOAILLES .
Rapportfait au Confeil , le 18 Avril 1791 , l'an 4º.
сс
de la liberté.
SIRE , lorique vous avez juré de maintenir
la Conftitution qui a affuré votre Couro: ne
lorfque votre coeur s'eft fincèrement réuni à la
volonté d'une grande Nation libie & fouveraine ,
vous êtes devenu l'objet de la haine des ennemis de
la liberté. L'orgueil & la tyrannie ont agité
toutes les Cours , aucun lien naturel , aucun
Traité n'a pu arrêter leur injustice . Vos anciens
Alliés vous ont effacé du rang des defpotes
mais les François vous ont élevé à la dignité glorieufe
& folide de Chef Suprême d'une Nation
régénérée. Nos devoirs feront tracés par la Loi
que vous avez acceptée , & vous les remplirez
tous. La Nation Françoife eft calomniée , fa
Souveraineté eft méconnue ; des Emigrés rebelles
trouvent un afile chez nos voifins , ils s'affemblent
fur nos frontières ; ils menacent ouvertement de
pénétrer dans leur Patrie , d'y porter le fer &
la famme. Leur rage feroit impuiflante , ou peutêtre
elle aura déjà fait place au repentir , s'ils n'avoieut
pas trouvé l'appui d'une Puillance qui a
brifé tous les liens avec nous , dès qu'elle a vu que
Hotre régénération changeroit la forme de notic
( 264 )
Alliance avec elle , la rendroit néceffairement plus
égale ,
сс
4
Depuis 176 , l'Autriche avoit abuſé d'un
Traité d'Alliance que la France avoit toujours
trop refpecté. Ce Traité avoit épuifé , depuis
cette époque , no re fang & nos trefors dans des
guerres injuftes , que l'ambition fufcitoit , & qui
fe terminoient par des Traités dictés par une
politique tortueule & menfongère , qui laifoit
toujours fubfifter des moyens d'exciter de nouvelles
guerres. Depuis cette fatale époque de
1756 , la France s'aviliffort au point de jouer un
rôle fubalterne dar.s les fanglantes tragédies du
defpotifme ; elle étoit affervie à l'ambition toujours
inquiette , toujours agiflante de la Maifon d'Autriche
, à qui elle avoit facrifié fes Alliances naturelles.
"
сс Dès
que la Maifon d'Autriche a vu dans
notre Conftitution que la France ne pourroit plus
être le fervile inftrument de fon ambition ; elle a
juré la deftruction de cet oeuvre de la raiſon ;
elle a oublié tous les fervices que la France lui
avoit rendus ; enfin , ne pouvant plus dominer la
Nation Françoile , elle eft devenue fon ennemie
implacable.
ג כ
1
ર 7
« La mort de Jofeph II (embloit préſager plus
de tranquillité de la part de fon Succeffeur .
Léopold , qui avoit appellé la philofophie dans
fon Gouvernement de Tofcane , paroiffoit ne
devoir s'occuper que de réparer les calamités que
l'ambition démefurée de fon Prédéceffeur avoit
attirées fur les Etats . Léopold n'a fait que paroître
fur fon Trône Impérial , & cependant c'eft
lui qui a cherché à exciter fans ceffe contre nous
toutes les Puiffances de l'Europe ; c'eft lui qui
( 26; )
a tracé dans les Conférences de Padoue , de
Reichenbach , de la Haye & de Pilaitz , les projets
les plus funeftes contre vous , projets qu'il a
couverts , Sire, du prétexte avilitant d'une faufle
compaffion pour Votre Majefté, pendant que vous
déclariez à tout l'Univers que vousétiez libre , peudantque
vous déclaricz que yous aviez accepté franchem.
nt , & que vous foutiendriez de tout vote
pouvoir la Conſtitution, »
C'eft alors que , calomniant la Nation dont
vous êtes le Repréfentant héréditaire , & vous faifant
l'outrage de feindre de ne pas croire à votre
liberté & a la pureté de vos intentions , ce Pince
employoit tous les refforts d'une politique fombie
aftucieuſe , pour groffir le nombre des ennemis
de la France , fous les prétextes les moins faits
pour autorifer une ligue auffi menaçante . C'eft
Léopold , qui , lié depuis longtemps avec la
Ruffie , pour partager les dépouilles de la Pologne
& de la Turquie , a détaché de notre alliance ce
Roi du Nord , dont l'inquiette activité n'a pu être
arrêtée que par la mort , au moment où il alloit
devenir l'inftrument de la fureur de la, maifon
d'Autriche. » 7 ...
C'eft Léopold qui a animé contre la France
Je fucceffeur de l'immortel Frédéric, contre lequel ,
par une fidélité à des traités imprudens , nous
avions , depuis près de 40 ans , défendu la Maifon
d'Autriche . C'est lui qui s'eſt rendu le chef d'une
ligue qui tend au renversement de notre Conftitution.
C'est lui qui , dans des pièces officielles
que l'Europe jugera , invite une partie de la Nasion
Françoife à s'armer contre l'autre , cherchant
à réunir fur la France les horreurs de la guerre
civile aux calamités de la guerre extérieure, »
« C'est dans cette Note Officielle , du 18 Fé
Nº. 17. 28 Avril 1791. M
( 266 )
*
•
wrier fur-tout , que fes projets hoftiles font à
découvert , cette note , qui eft une véritable déclaration
de guerre , mérite un examen réfléchi. Le
Prince de Kaunitz, qui eft l'organe de fon maître ,
commence par dire :« Jamais intention partiale &
pacifique n'a été plus clairement énoncée & conftatée
que celle de S. M. I. , dans l'affaire des raffemblemens
au pays de Frèves. » ´A´ la vérité , la
Cour de Vienne avoit alors fait fortir des Pays-
Bas les émigrés armés , de peur que le reffentiment
des François ne les portât à entrer dans les
provinces Belgiques , où les rebelles tiennent encore
un Etat- Major d'Officiers- Généraux en uniforme
& avec la cocarde blanche , à la Cour
même de Bruxelles ; où , contre les capitulations
& cartels , on recevoit & on reçoit encore journellement
des bandes nombreuſes , & même des
corps entiers avec armes , bagages , Officiers , drapeaux
& caiffe militaire , donnant ainsi une inju
protection à la déſertion la plus criminelle , accompagnée
de vol & de trahifun . Dans le même-temps ,
la Cour de Vienne , fur la demande irrégulière de
l'Evêque de Bâle , établiſſoit une garnifon dans le
pays de Porentru , pour s'ouvrir une entrée facile
dans le département du Doubs , violant , par l'établiffement
de cette garaifon , le territoire du canton
de Bâle , violant les traités qui mettent le pays
de Porentru fous la garantie de ce canton & de la
France. »
« Dans le même temps , la Cour de Vienne
augmentoit confidérablement les garnies dans
le Brifgaw. Dans le même-temps , la Cour de
Vienne donnoit des ordres au Maréchal de Bender
de le porter avec les troupes dans l'Electorat de
Trèves ,bancas où les François s'y . porteroient
pour diffiper les raffemblemens de leurs rebelles
( 267 )
-
+
émigrés . A la vérité , la Cour de Vienne fembloit
preferire à l'Electeur de Trèves de ne plus tolérer
ces raffemblemens ; à la vérité auffi ,.. ce Prince
Eccléfiaftique fembloit , pour un moment , dans
l'intention de diffiper fes attroupemens ; mais
tout cela n'étoit qu'illufoire ; on cherchoit à abuſer
votre Miniftre à Trèves par des menfonges , & à
l'intimider par des outrages. Les attroupemens ont
recommencé à Coblentz en plus grand nombre ;
leurs magafins font reftés dans le même état , & la
France n'a vu , dans toute cette affaire , qu'un jeu
perfide , des menaces & de la violence. ».
1
« M. de Kaunitz ajoute : « que la nature &
le but légitime des propofitions de concert faites
par l'Empereur au mois de Juillet 1791 , auſſi bien
que la modération & l'intention amicale de celle
qu'il fit au mois de Novembre fuivant , n'ont pu
échapper à la connoiffance du Gouvernement
1. François . Cet aveu du Prince Kaunitz confirme
les deffeins hoftiles de la Cour de Vienne ;
il prouve qu'au mépris de fon alliance , il provoquoit
les autres Puiffances de l'Europe à former
contre la France une ligue offenfive , qui n'eſt
que fufpendue par la lettr : circulaire du Prince de
Kaunitz , du 12 Novembre.
ر
»
M. de Kaunitz dit enfuite « que toute
l'Europe eft convaincue avec l'Empereur , que
ces gens notés par la dénomination du parti Jacoobin
, voulant exciter la Nation , d'abord à des ariemens
, & puis à fa rupture avec l'Empereur
1 après avoir fait fervir des raffemblemens dans les
Etats de Tièves , de prétextes au premier , cherchent
maintenant d'amener des prétextes de guerre
par les explications qu'ils ont provoquées avec
S. M. I. d'une manière aftucieufe , & accompagnées
de circonftances calculées viſiblement à ren-
M.2
1268 )
1
"
dre difficile à ce Prince de concilier dans fcs téponfes
les intentions pacifiques & amicales qui
l'animent , avec le fentiment de fa dignité blettée
& de fon repos compromis par les fruits de leur
maceuvre . »
Cette phrafe obfcure contient une fauffeté ,
une injure. Ce que M. Kaunitz déligne par des
c'eft l'Aflemblée , gents , c'eft la Nation entière
1.cxprimant fon vaca par fes Représentans ; c: n'eft
point un Club qui a demandé des explications cathégoriques
; & on voit dans la dilliacion que
fait le : Miniftre Autrichien le projet perfide de
reprefenter la France comme en proie à des factions
qui ôtent tout moyen de négocier avec elle . Le
cfte de cette Note eft une explosion de foa humeur
1 contre ce qu'il nomme le parti des Jacobins , qu'il
qualifie de fhe pernicieufe. »
臭
C
La mort de l'Empereur Léopold auroit dû
amener d'autres principes de négociations ; mais
le fyftême de la Maifon d'Autriche eft toujours
le même , & le changement des Princes qui
gouvernent n'y appoite aucune variation . »
Le Roi de Bohême & de Hongrie , follicité
de répondre cathégoriquement pour faire ceffer
les inquiétudes des deux Nations , & pour opérer
la tranquillité de l'Europe , a fait connoître fes
dernières réfolutions à Votre Majefté , par une
dernière Note du Prince Kaunitz , datée du 18
Mars. 22
Comme cette Note eft l'ultimatum de la
Cour de Vienne , comme elle eft encore plus
provocante que toutes les autres pièces de cette
négociation , elle mérite auffi un examen réfléchi .
Le premier mot de cette Note eft une injure
artificieufe : Le Gouvernement François ayant demande
des éclairciffemens cathégoriques , &c. &c.
( 269 )
Sire , il n'eft donc plus queſtion du Roi des Fran
fois . M. de Kaunit vous fépare de la Nation
pour faire croire que vous n'êtes pas libre , que
vous n'ères pour rien dans les négociations , & que
vous n'y prenez aucun intérêt . L'honneur de Votre
Majesté eft engagé à démentir cette perfide înfi- ·
nuation . »
M. de Kaunitz die enfuite : « Mais à
plus forte railon convenoit- il à la dignité de
grandes Paiffanes de réfuter avec franchiſe , &
de ne point traiter d'infinuations confidentielles
qui puiflent être diffiniulées dans la réponſe ,
des imputations & des interprétations zurquelles
fe trouvoient mêlés les mots de peix ou de
guirre , & accompagnés de provocations de tourgenre,
m
E
3
Certainement , le Miniftre des Affaires Etrane,
gères doit regretter d'avoir placé dans une telle
négociation des infinuations confidentielles ; mais
il ne pouvoit pas imaginer que le Prince Kaunitz,
auroit la perfidie de les tronquer & dé les dénáturer
pour en abuſer. Et fila négociation reprenoit
une tournure pacifique , la première démarche
de Votre Majefté froi de demander au Roi de
Bohême & de Hongrie ta punition d'un premier Mritre
infidèle , qui , par des abis de confiance , s'eft
efforcé d'aliéner le coeur de ce jeune Monarque , &
de rendre irréconciliables deux Nations faites
s'eftimer,
pour
« Le Prince de Kaunitz parle enfuite « de la
juſtice des motifs fur tefquis le fondent les explications
données par ord e de feu l'Empereur ; »
& il ajoute : « que le Roi d Ho grie adepte complettement
fur ce point les fentimens de fon
père. Il dit enfuite : & qu'on ne connoît poist
d'armement & de metures dans les Etats Autif
M32
( 270 )
chiens , qui puiffent être qualifiés de préparatifs de
guerre. »
Le contraire eft prouvé , le concert des Puif- ·
fances eft connu , les armées Autrichiennes s'affemblent
, les places fortes s'élèvent , les camps
font tracés , les Généraux & les armées font défi- ‹
gnés , & le Prince de Kaunitz oppofe à tant
de faits une dénégation dénuée de toute vraiſemblance
. C'eft à nous qu'il dit « que les troubles :
des Pays - Bas font fulcités par les exemples de
la France , & par les coupables menées des Jaco
bins. Comme fi les troubles des Pays- Bas n'avoient
pas précédé la Révolution Françoife , comme
s'il avoit pu oublier que l'Affemblée Conftituante
avoit refufé de prendre aucune part à
troubles. »
. сс
ces
« M. de Kaunitz, ajoute : Quant au concert
dans lequel feu Sa Majefté Impériale s'eft
engagée avec les plus refpectables Puiffances de
l'Europe , le Roi de Hongrie & de Bohême ne
fauroit anticiper fur leurs opinions & fur leur
détermination commune ; mais toutefois il ne
croit point qu'elles jugeront convenable ou foffible
de faire ceffer ce concert , avant que la
France ne faffe ceffer les motifs graves qui en
ont provoqué ou néceffité l'ouverture . » Vcità
donc le Roi de Bohême & de Hongrie accédant
à la ligue formée par fon Père contre la France ,
déclarant que cette ligue doit durer jufqu'à ce
que nous ayons foumis notre Conftitution à
Mon jugement & à fa révifion ; le voilà donc
avouant un Traité qui rompt formellement celui de
1756.9
Mais , duffent leurs deffeins & leurs artifices
prévaloir , Sa Majesté le farte que du moins la
partie faine & principale de la Nation envisagera
2 ( 271 )
alors , comme une perfpective confolante d'appui,
l'existence d'un concert dont les vues font dignes
de la confiance & de la crife la plus importante
qui ait jamais affecté les intérêts communs de l'Europe.
On ne diffimule pas même , dans ces perfides
expreffions , le projet d'armer les citoyens ; c'eft
aiufi que ce miniftre octogénaire lance au milieu
de nous , d'une main débile , le tifon de la
guerre civile.
«Non , Sire , les François ne fe défuniront
pas lorfque la France fera en danger . Beaucoup
d'Emigrés quitteront les étendards criminels qu'ils
ont fuivis , rougiront de leurs erreurs , & viendront
les expirer en combattant pour la Patrie.
Votre Majesté donnera, l'exemple du civifme
en reffentant les injures qui font faites à la
Natio... »
Lorfque vous m'avez chargé du Ministère
des Affaires Etrangères , j'ai dû remplir la confiance
de la Nation & la vôtre , en employant
en votre nom le langage énergique de la raifon
& de la vérité. Le Miniftre de Vienne le voyant
trop preffe par une négociation pleine de franchife
, s'eft renfermé en lui - même , & s'eſt
référé à cette Note du 18 Mars , dont je viens
de vous préfenter l'analyfe ; cette Note eft une
véritable déclaration de guerre . Les hoftilités
n'en font que la conféquence ; car l'état de
guerre ne confifte pas feulement dans le coup
de canon , mais dans les provocations , les préparatifs
& les infultes. »
Sire , il réfulte de cet expofé , 1 que le
Traité de 1756 eft rompu par le fait de la Maiſon
d'Autriche ; 2 ° . que le concert entre les Puiffances
, provoqué par l'Empereur Léopold , au
mois de Juillet 1791 , confiimé par le Roi de
MA
( 272 )
Hongrie & de Bohème , d'après la Note du Prines
de Kaunitz, du 18 Mars 1792 , quieft l'ultimatum
des négociations , étant dirigé contre la France ,
eft un acte d'hoftilité formel. 3 °. Qu'ayant
mandé , par ordre de Votre Majeſté , qu'elle fe
regarderoit décidément comme en état de guerre ,
file retour du courier n'apportoit pas une décla
ration prompte & franche en réponſe aux d:ux
dépêches des 19 & 17 Mars ; cet ultimatum
qui y répond point , équivaut à une déclara
tion de guerre . 4 ° . Que dès ce moment il faut
ordonner à M. de Noailles de revenir en France,
fans prendre congé , & ceffur toute correfpondance
avec la Cour de Vienne, »
Après tourds les réflexions qu'entraîne une
détermination auffi importante , dans laquelle il
s'agit de pefer de l'équie la p'us rigoureute d'un
côté, de ne pas foutenir & venger la fouverai
neré méconnue de la Nation Françoife ; de
l'autre , les calamités que peut entraîner la
guerre.
23
Confiderant que les circonſtances impérieufes
our nous nous trouvons , & qui deviennent de
jour en jour plus inftarts per l'approche de différens
corps de troupes Autrichienres qui s'af-
Lemblent de fortes parts fur nos frontières
nous ont amenés , au point de prendre un parti
décifif. »
Le 39 Novembre , d'putation de l'Affem- `
blic Nationale an Roi , pour l'inviter à prendre
les mefures les plus fermes pour mettre fin arx
attroppemens & en - ôlemens qui fe failsiert fur
les frontières , & pour exiger une réparation en.
faveur des Citoyens François qui avoient reçu,
des outrages ,
Le 14 Décembre , le Roi témoigne à l'Af
411
I!
( 273 )
femblée Nationale la confiance qu'il avoit encore
à cette époque dans les bonnés difpofitions de
l'Empereur , en ajoutant qu'il prenoit en mêmetemps
les melures militaires les plus propres à.
faire refpecter les déclarations ; & que fi elles
n'étoient point écoutées , il ne lui resteroit qu'à
propofer la guerre. C'eft alors que l'Affemblée
Narien decréta le d've'oppement des forces
qui garniffent les frontières de l'Empire . so
« Le 14 Jorvier , l'Aflemblée Nationale in
vite le Roi a demander à l'Empereur , au nom de
la Nation Françife , des explications claires &:
préciles far fes dilpotirions ;, cl'e fixe le terme di
ro Février pour les réponſes ; & à défant de réponíe
, ce procédé de l'Empereur fera envisage
par la Nation comme une rupture du traité de
17.56 , & comme une hoftilité.
сс
"
Le 2.5 Janvier , l'Aſſemblée Nationale donne
vn décret en 5, articles , dont le troisième pro--
lenge le terme fatal donné 2 Empereur , juf
qu'au 1. Mars , & ajoute que for silence, ainsi
que toutes réponses évafives on dilatoires , feront
regardées comme une dé laration de guerre. »
«Confidérant que l'honneur du Roi des Frargos
& fi borne foi font pe filer ent attaqués par nec--
tation marquée de le féparer de la Nation
dans la Note efficile du 18 Mars , qui répondi
a gouvernement François , au lieu de répondre
au Roi des Flançois ..
גכ
« Considérant que , depuis l''paque dè là tésgénération
, la Nation Françoife eft provoquée.
Par la Cour de Vienne & tes Agens de la ma--
wière la plus intolérable , qu'elle a cont naellement
fluyé des outrages en la perfonre de M. Du
veyrier , envoyé par le hot, & rereng indign
ment en état d'arreftation , dans celle d'un grandi
M:
( 274 )
nombre de Citoyens François , outragés ou emprifonnés
dans les différentes Provinces de la
domination Autrichienne , par haine pour notre
Conftitution , pour notre uniforme National &
pour les couleurs diftinctives de notre liberté. »
« Confidérant que , dans toute la Conftitution
, il ne fe trouve aucun article qui autorile
le Roi à déclarer que la Nation eft en état de
guerre , qu'au contraire , dans l'article II , feetion
Ier du chap . III de l'exercice du pouvoir
législatif, il eft dit ce qui fuit : » La guerie ne
peut être décidée que far un décret du Corps
Législatif , rendu fur la propofitian formelle &
néceffaire du Roi , & fanctionné par lui . »
Qu'ainfi ce n'eft pas un Confel que le Roi peut
demander , mais une propofition formelle qu'il
doit néceffairement faire à l'Affemblée Nationale.
»
Confidérant enfin que le voeu prononcé de
la Nation Françoiſe eft de ne fouffrir aucun cutrage
, ni aucune altération dans la Conftitution
qu'elle s'eft donnée ; que le Roi, par le ferment
qu'il a fait de maintenir cette Conftitution
eft devenu dépofitaire de la dignité & de la sûreté
de la Nation Françoife . Je conclus à ce que ,
forte de la juftice de ces motifs & de l'énergie du
Peuple François & de fes Repréfantans , Sa Majefté
, accompagnée de fes Miniftres , le rende à
l'Aemblée Nationale pour lui propofer la guerre
contre l'Autriche . »
Le Rapport qu'on vient de lire n'a point
'été difcuté par l'Affemblée : on a vu plus
haut que la délibération en faveur de la
278 )
guerre n'a entraîné prefqu'aucuns débats
fur le fond de la queftion. Pour fe donner
le temps de l'examiner , MM . Hua ,
Becquey , Dumas , Beugnot & quelques
autres demandoient l'ajournement au lendemain
; leurs efforts ont été inutiles , &
la réfolution la plus importante peut -être
qui ait été rendue en Europe depuis quinzé
fiècles , a été décrétée d'urgence. Soumife
à un Confeil ou à un Sénat , elle leur
eut offert dans fes bafes les moyens de
négocier plus de fix mois encore , avant
d'être obligés à une rupture.›
-
Depuis longtemps nous avions prévu &
annoncé cet événement . Puifqu'il étoit
devenu inévitable , & que la Majorité du
Corps Légiflatif defiroit la guerre , le Gouvernement
n'a pas dû balancer à lui propofer
de la faire fans délai . Le premier
prêt , le premier attaquant obtient quelquefois
l'avantage , & je n'ai pas befoin
d'indiquer les caufes acceffoires qui
dans la pofition actuelle des chofes , peuvent
feconder une expédition prompte &
inattendue.
?
Les ordres ont été envoyés aux Généraux.
On affure qu'un détachement de
l'armée de M. de Luckner doit fe rendre
maître des gorges & de la ville de Poren--
tru dans l'Evêché de Bâle , d'où probablement
ce Corps n'aura pas de peine à déloger
quatre ou cinq cents Autrichiens qui
M 6
( 276 )
•
y tiennent pofte depuis un ar . Ce défié
deviendroit important à garder , s'il exiftoit
une armée ennemie dans le Brifgau 1 ,
On annonce , & les apparences indiquent
que les deux grandes armées de MM. de
Rochambeau & de la Fayette, fortes , dit-or,
de 80 mille hommes fe porteront fur les
Provinces Belgiques , dont le Gouvernement
, ras plus que celui de Vienne , n'a
paru fe douter d'une prochaine déclaration
de guerre, & où, furi'opinion de lafoiblefe,
des craintes , des menaces fars effet , de
l'épuisement qu'on attribuoit au Gouver
nement François , on a cru qu'il n'oferoit
jamais entreprendre de paffer la frontière.
Pour la défendre de Luxembourg à Oftende
, les, Autrichiens ont au plus co mille
hommes & une feule place forte. Mons,
Namur , Oftende par les inondations, fourniflent
feulement des poftes . Les dernières
lettres de Bruxelles fe bornoient à annoncer
que'ques ordres de concentrer les troupes.
vers les frontières ; on parloit d'un camp.
fous Mons, & d'un antre vers Luxembourg ;
de marche d'a tillerie & de munitions ; ma's
d'aucunes difpofitions encore , correfpon-
4 ) Cette occupation de l'Evêché de Bâle re
fera pas nouvelle : Louis XIV en donna l'ez , mo'e
en 1675 , en mettant des troupes en quartier à
Forentru elles en fortirent par l'interceffion des
Cantons Suiffes Catholiques. "
ere
dantes à la certitude d'un dancer immédiat..
On s'attend ici que les armées Fançoifes entreront
chez l'ennemi dans la 1. quinzaine
de Mais A cette date, les forces Autrichiennes.
qui font en route , & celles de Pruffe qu'on
prétend avoir reçu l'ordre de marcher , feront
près de leur arrivée . Douze mille hommes
dars le Brifgaw , dix mille Hellois fur la
Bas -Rhin , & huitou dix mille Pruffiens du.
cantonnement de Wefel qu'on dit en marche
fur Liége ; voilà , avec l'armée . Autrichienne
des Pays Bas , les feu's Corps que
P'Etranger peut oppofer en ce moment à
colles des Généraux François..
::
La déclaration de guerre a été reçue à
Paris , avec l'indifférer ce qui accompagne:
une nouvelle attendue : on eft blâfé fur les
évènemens ; tant de menaces avortées depuis
deux ans ont accoutumé le Public à
ne plus rien craindre ; il confidère la
guerre fimplement comme un nouveau fait
de la Révolution , on comme une iffue
fale après laquelle tout le monde foupire..
On a déjà obfervé que les divers Partis
qui appelloient de leurs vaux cette
calamité , ont applaudi de concert à la
certitude de faprochaine ex fierce, Cha
cun poste dans l'avenir & fur le calcul in
cerrain des raffources refpectives , fes efpérances
où fes illufions . Dar's un an , les uns
ou les autres feront probablement tourment
tés de regrets amers.
( 278 )
*
La guerre n'éteindra sûrement pas les funeftes
divifions qui déchirent la Monarchie
, mais du moment où elle eft déclarée
, il n'eft plus permis , ce nous fenible , à
tout homme fage & fcrupuleux , quelles
que foient fes opinions , d'en manifefter
de propres à alimenter la difcorde , & à
fervir les ennemis ; ce n'eft plus aujour
d'hui une guerre d'idées , de fyftêmes , de
volontés : les plus grands, les plus chers intérêts
font maintenant dans une balance terrible
, & en confervant invariablement fes
fentimens particuliers , que le fort quelconque
des armes ne lui ôtera jamais , tout
Écrivain vivant en France , doit fe défendre
d'en exprimer aucun qui puiffe envenimer
la querelle pour laquelle le fang des François
va être verfé.
En écartant toutes obfervations contentieufes
fur le Rapport de M. Dumourier ;
obfervations qui feroient aujourd'hui dépla
cées , on doit indiquer au Miniftre quatre
principales erreurs de fait , qui pourroient
le compromettre aux yeux de l'Europe , &
qu'il lui fera aifé de rectifier dans le Manifefte
dont il s'occupe .
La première de ces trois erreurs confifte
dans le reproche fait au Traité de 1756 ,
d'avoir épuifé depuis cette époque notre fang
et nos trésors dans des guerres injuftes que
l'ambition fufcitoit , et forcé la France de
s'avilir au point de jouer un rôle fubalterne
( 279 )
dans les fanglantes tragédies du defpotifme.
Ce n'eft pas ici le lieu de difcuter les argumens
, mêlés de beaucoup d'arguties , par
lefquels M. Favier & enfuite fon école , en
tête de laquelle nous avons vu M. Peyf
fonnel , ont combattu l'alliance de la
France & de la maifon d'Autriche . On
ne peut révoquer en doute qu'en gênéral
ce Traité ait été plus utile à cette
dernière Puiffance ; mais , fi l'on en excepte
la guerre de 1756 , qu'il auroit également
fallu foutenir contre l'Angleterre, la Ruffie ,
l'Autriche & FEmpire dans l'hypothèfe .
d'une confédération avec le Roi de Pruffe ,
la France depuis la paix de 1763 n'a diffipé
ni fon fang , ni fes tréfors pour des
guerres injuftes , réfultantes de fes rapports
avec l'Autriche ; car ces guerres prétendues
n'ont jamais exifté. L'intervention de
la France concourut , à deux reprifes , à
prévenir une nouvelle rupture entre les
Cours de Vienne & de Berlin pour la querelle
de la Bavière , fans qu'ilfut befoin de
faire marcher un feul régiment. Elle
arrêta , à auffi peu de frais , les efforts de
P'Empereur Jofeph II contre les Provinces-
Unies aufujet de l'ouverture de l'Eſcant . La
France dut en grande partie à fa liaison avec
la Cour de Vienne , l'abandon général où
fe trouva l'Angleterre pendant la guerre
d'Amérique. -Ce paffage du Rapport
n'eft donc qu'une déclamation , qui sûrea
( 280 )
ment fera retranchée dans un nouvel Expofé
des griefs.
Il est encore moins exact d'accufer le
dernier Empereur d'avoir excitécontre nous
les Fuifances de l'Europe , et détaché de notre
salliance ce Roi du Nord dont l'inquiète adivité
n'a pu être arrêtée que par la mort,
au moment où il alloit devenir l'inftrument
de la fureur de la Maison d'Autriche. Trèscertainement
, Léopold II a obfervé une
:conduite diamétralement oppofée. Il eft
notoire & prouvé que le Roi de Suède
avoit abandonné motre alliance , & recherché
l'appui de l'Angleterre & de la Pruffe ,
avant l'avènement de Léopold à la Couzonne
. Nice Monarque , ni fon Prédécef
feur ne parentfonzar a entraîner Guftave IIF
dans des connexions , favorables aux inté
rêts de la Porte Ottomans que la Cour de
Vienne combattoit . L'anachronisme eft ici
trop palpable pour exiger même une dif
euffior. Il devient également fenfible, quart
anx difpofitions du Roi de Suède touchant
la Révolution de France : ce Prince les ma,
nifefta. du vivant de l'Empereur Jofeph ;
elles dérivoient de fes propres opinions.
politiques , de fes fouvenirs , de l'aviliffement
où il avoit vu & d'oùil tira. fa Couronne.
Loin que Léopold ait infué fur les
démarches , fur fes efforts pour obtenir des
f- cours en faveur des Emigrés , & pour les
faire rentrer à main armée dans leur patrie
( 281 ) "
l'Empereur contrebalança ce fyftême dans
lequel la Ruffie étoit entrée ; il refufa de reconnoître
aucun caractère public aux Princes
François , à l'infant où leurs Protecteurs du
Nord envoyoient des Miniftres à Coblentz ;
il repouffa les inftances réitérées de ces
mêmes Protecteurs pour le faire fortir de
fa neutralité; il reconnut l'acceptation libre
du Roi , tandis que la Rule & la Suède
perfiftoient dans l'inflexible opinion de la
contrainte
, de la millité politique de
Louis XVI. Nous aurioms ' a guerre depuis
neuf mois , fi Léopold n'eut contrarié les
vires que lui attribue M. Dumourier : lai
feul fit refter la Convention de Pilnitz dans
les limites d'une déclaration fans effet ,
malgré les plus actives follicitations .
M. Dumourier n'ignore point ces vérités,
& il n'ignore pas davantage qu'au lieu
d'animer le Roi de Pruffe contre nous 2
l'Empereur tempéra conftamment les dif
pofitions du Cabinet de Bertin , & le dé .
tacha du fyftême formé par la Rulie &
par la Suede. M. de Noailles témoigne luimême
de ce fait dans fa dernière dépêche ,
& il n'est démontré que , fans fes liaifons
avec la Cour de Vienne , cel'e de Berlin
depuis long- temps eût donné une impul
fion bien autrement rapide aux événemens,
Ma dernière obfervation hiftorique
tombe fur le paragraphe où le Miniftre
( 282 )
affure ; « Qu'à la demande irrégulière de
» l'Evêque de Bâle , la Cour de Vienne éta-
» blit une garnifon dans le Porentrui , pour
» s'ouvrir une facile entrée dans le Dépar-
» tement du Doubs ; violant , par l'envoi de
» cette garnifon , le territoire du Canton de
» Bâle , violant les Traités qui mettent le
» pays de Porentru fous la garantie de ce
» Canton & de la France. » J'ignore quel
Publicifte a fourni cet article au Miniftre ;
mais c'eft affurément un homme bien mal
infruit.
Toute la partie Catholique de l'Evêché
de Bâle , qui comprend entr'autres le pays
de Porentru , eft terre Impériale. L'Evêque
, Prince d'Empire , Membre , du
Cercle du Haut-Rhin , fiège à la Diète ,
paie fes mois Romains , & reçoit de l'Empereur
fon inveftiture pour le temporel.
I eft donc foumis aux Loix du Corps
Germanique , & fous fa Suzeraineté immédiate.
Le pays de Porentru ne connut
jamais la garantie du Canton de Bâle
ni celle du Corps Helvétique , avec lequel
le Prince fe trouve feulement lié par une
Alliance défenfive avec les fept Cantons
Catholiques. Le Traité de 1739 entre
la France & l'Evêque de Bâle , affure à ce
deinier les fecours du Roi pour appaifer les
troubles intérieurs qui exiftoient alors , & le
maintient dans le droit de neutralité en cas
-
de guerre entre l'Empire & la France. - Ce
( 283 )
même Traité de 1739 réferve pofitivement
les Droits de l'Empereur , de l'Empire , les
Traités de Weftphalie & les Concordats
Germaniques
.
D'où il réfulte que , l'Evêque de Bâle
a pu légitimement invoquer l'alliance
de l'Empire pour le maintien de la
tranquillité de fes Etats , & que l'Em
pereur ne pouvoit , fans manquer à fes devoirs
, lui refufer cette aflifrance. Ni le
Canton de Bâle , ni le Corps Helvé- !
tique , ni aucune Puiffance n'avoient ,
le droit de s'oppofer à cet exercice de
la Souveraineté Impériale , requife par'
l'un des Membres de l'Union Germanique.
Auffi le Canton de Bâle , par des motifs
qui furent diverfement interprêtés , fe borna
-t- il à remontrer à l'Empereur & aux
Cantons , les inconvéniens qui pouvoient
réfulter à fon égard du paffage & du
féjour des Troupes Impériales dans le
Porentru.L'Empereur répondantà ces repréfentations
, donna les éclairciffemens & les
sûretés néceffaires ; les Cantons furent d'accord
avec l'Empereur , & celui de Bâle
accorda librement le paffage qui fut demandé
& négocié dans les formes les plus
régulières ( 1 ) . Ainfi que nous l'avons dit
( 1 ) Dans le temps , nous rapportâmes les
différentes pièces officielles de cette négociation ,
On peut les confulter .
}
( 284 )
plus haut , cette garnifon Autrichienne n'a
jamais été plus forte que de 4 of 500 ,
hommes ; ce n'eft pas avec un femblable
détachement qu'on envahit la Franche-
Comté. M. Dumourier fuppofe ce def .
fein au Gouvernement Autrichien : nous
avions lu la même fuppofition dans différentes
Feuilles publiques , mais , sûrement ,
ce n'eft pas fir leur autorité que le Miniftre
des Affaires Etrangères ranouvella
aujourd'hui cette imputation , qu'on ns
peut croire fans en avoir connu les preuves.
Nous jugeons d'autant plus important
de publier ces remarques , qu'il eft d'une
mauvaife politique de donner prife à fes Ennemis
par des allégations erronnées ; elles
affoibliffent la caufe que l'on doit défendre ,
& ce n'eft pas là le but de M. Dumourier.
Le Confeil Souverain de Berne , délibérant
fur une lettre de ce Miniflre , qui
invitoit le Canton à revenir à des idees
plus calmes fur la première réfolution
relative au régiment d'Erneft , y a perfifté
a l'unanimité , & vient de fign fier fa réfolution
invariable à M. Dumourier Far ia
lettre fuivante :
« Le Confeil Souverain qui a délibéré hiez
fur l'objet de votre lettre du 27 Mars dernier ,
nous a chargés d'annoncer à V. E. , que la Republique
ne peut cha : ger une délibération qu'elle
ayoit mûrement refléchie ; qu'en conféquence ele
( 285 )
pefifte irrévocablement à rappeller fon régiment
d'Erelt , & que fa confiance en la jultice du
Rei , ainfi qu'en fon anna Cafedérale , lui
fait efpéier que S. M. voudia bien donner les
ordres néceffaires , pour que le régiment puiffe
revenir fans ´obftacie dans fa patrie , conforinément
à la demande que la République a eu l'honnear
de faire au Roi par fa lettre du 16 Mars . »
« Il en a coûté infiniment à la République ,
de prendre dans cette affaire malheureufe un
Parti qui put êue contraire aux intentions de
S. M.; mais fon honneur lui en fait une loi ,
& elle a confidéré , d'ailleurs , que l'étabiiffement
des troupes Suiffes en France , ne tenoit par aucun
lien néceffaire , ni à la paix perpétuelle , ni à
l'alliance générale qui nous attachent à cet 'Empire.
»
« Le rappel forcé de notre régiment ne peut ,"
en effet , porter la plus légère atteinte à ces
Traités ; ils font toujours intacts , & la République
n'en continuera pas moins de les oblerver
loyalement ; ainfi que le firent nos Ancêtres qui
ne ceffèrent jamais d'être les plus fidèles & les
plus anciens Alliés de la France , »
cc
Quand fon régiment lui aura été rendu de
la manière qu'elle le demande , alors elle pourra
traiter avec honneur , & fera toujours flattée de
donner au Roi Très Chrétien des preuves de
fon attachement. »
« Alors elle entendra avec le respect qu'elle
doit à S. M. , & la confiance que mérite fon
Ambaffadeur , les propofitions dont V. E. annonce
que M. Barthelemi tera chargé ,
גנ
" V. E , ne doit point douter que ces propofitions
ne foient eçues avec intérêt , fi´elles
tendent à diſſiper tous les ombrages , à adoucir
( 286 )
le fouvenir pénible du paffé , & à confolider la
bonne harmonie , d'autant plus défitable entre
deux Nations voifines , qu'elles y trouvent un
avantage & une utilité réciproques.
« Nous femmes , & c.
وو
Les très dévoués à le fervir L'ADVOYER
ET CONSEIL de la Ville & République
de Berne.
Du 12 Avril 1792 .
Le régiment d'Erneft eft actuellement à
Romans , Département de la Drôme , d'où
il est probable , que fur l'itérative réquifition
de fon Souverain , il paffera en Savoie,
& dans fa Patrie , en traverfant le Dauphiné .
Son Colonel a renvoyé le Cordon rouge
que M. de Narbonne lui avoit fait donner
par Sa Majesté.
Conformément à leurs Capitulations ,
les Cantons unanimes ont envoyé une lettre
circulaire à tous leurs régimens au fervice
de France , pour leur interdire de concourir
à aucune attaque fur le Brabant ,
ou fur tout autre territoire de l'Empereur,
de l'Empire , & de la Maifon d'Autriche.
Cette réferve , on le fait , eft formellement
exprimée dans les conventions militaires
du Corps Helvétique avec la France .
. Cette femaine , les Feuilles . Parifiennes
ont empoisonné le Roi d'Efpagne , détrôné ,
enfermé , tué l'Impératrice de Ruffie , mis le
Roi de Pruffe dans l'agonie de la terreur par
la découverte d'un complot contre les jours,
( 287 )
& enfin fufillé à la tête de fon armée le
Duc de Brunfwick qui n'a point d'armée .
Ce dernier régicide arrive de Bruxelles ,
où .à l'inftant que l'Affemblée déclaroit
la guerre , on affuroit dans les Cercles que ,
frappés de crainte , les Jacobins négocio ent
un accommodement avec le Roi de Hongrie.
L'imagination eft épouvantée de
voir à la fin du 18 ° . fiècle , à côté des
étrits de Montefquieu , de d'Agueffeau , de
J. J. Rouleau , revivre les images de poifon
, d'affallinats , & de tous les crimes que
nous préfente l'hiftoire de la barbarie. Quel
tableau de nos moeurs ! quelle réponſe à
cette foule de petits & vains fophiftes , qui
n'ont ceffé de nous annoncer que la raifon
feule gouvernoit aujourd'hui les hommes ,
& qu'à côté des grandes lumières fe trouveroient
auffi toutes les vertus ! Dieu préferve
la poftérité de femblables vertus &
de femblables lumières.
M. Hébrard , ancien Député à l'Affemblée
Conftituante , & aujourd'hui Préfident
du Tribunal Criminel du Cantal , nous
écrit d'Aurillac , le 15 Avril , contre une
Note rapportée dans ce Journal , N ° . 14.
Il affirme que l'Auteur de cette Note l'a
caloninié , en difant que le jour de l'affaffinat
de M. de Nioffel à Aurillac , on avoit
couronné de fleurs la maifon de M. Hébrard.
Nous devons rendre public le démenti de
( 288. ).
cet ancien Député , en obfervant que nous
avons rapporté la Note telle qu'elle nous a
été tranfmife. M. Hébrard nous prie auti
de répandre fur fa fignature , que fa nailon
fervit d'afyle à des Perfonnes que pourfuivoit
l'opinion publique , dans ce moment
d'infurrelion contre les ci devant
Prêtres fanatiques. Il eft étonnant
qu'un Magiftrat , écrivait , nous dit- il , avec
le témoignage d'une ame pure , appelle opinion
publique la férocité meurtrière de quelques
fcélérats, & femble excufer leurs crimes
par les épithètes qu'il diftribue à leurs victimes.
P. S. Nous recevons à l'inftant une lettre
d'Aurillac , fignée de M. le Marié d'Aubigny
, ci- devant Confeiller au Châtelet, &
qui , quoique profeffant des opinions contraires
à celle de M. Hébrard , rend témoignage
de la juftice des réclamations de
ce Député.
COURS DES EFFETS PUBLICS. Avril 1792.
EFFNEATTS.
Lundi2. Mardi3.
Merc.4.
2152
1415.5 ...
1410..
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Do.es.
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Id. Décembre8z. 311
Lot. d'Octobre.
Emprunt 12.44.
Lot. d'Avril.. 4
CHANGESdu4.
Amft. 324.
Lond. 18
Ham. 305.
Mad, 25.S.
Cad. 25.5.
Liv. 168.
Gên. 158.
Lyon.1p.
Payeurs, année
Lettre L.
1791.
millioI8n.d0s..
Sans Bulletin.
Bullet.i.n.
Emprunt 120 ms
4.38
434
74
Borde. Ch
Caifle d'Efcompt. 3825.10.. 3800.2 ... 3805.808.
Do. demi- act .... 1905.5 ... 1900.905.1898.
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mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conftates.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftri
bution , &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hôtel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout se
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refler au rebut
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, vor ont bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la roj , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
Le prix de l'abonnement eft de trente fix liv
frenc de port pour la Province, l'Affemblée Na
tionale , par fon Décret du 17 Août , ayant doublé
le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le port
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
derrière le reçu du Directeur des Poftes. On Jouf
crit Hôtel de Thou , rua des Poitevins. On s'a
dreffera in fieur GUTH , Dire& eur du Bureau du
hercure L'abonnement ne peut avoir lieu que
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hand.. 25.5.
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Gên.. 162.
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Payeurs
1791, LettreL.
année
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Feuilles. On ne fair ufage que des lettres fignées ,
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qui correrne ces objets ; autrement des lettres
Jour importantes pourraient refler au rebut.
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bien les faire timbrer ; faute de
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+179
Pavours année
Letay M.
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le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
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crit Hôtel de Thou , rue des Poitevins . On s'adreffera
au fleur GUTH , Directeur du Bureau du
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