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1791, 12, n. 49-53 (3, 10, 17, 24, 31 décembre)
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Texte
.1 N°. 49. )
SAMEDI 3
Décembre
1791.
MERCURE
DE FRANCE .
Par M M. MARMONTEL , DE LA HARPE
& CHAMFORT , de l'Académie Françaile
; par M. GINGUENÉ , & par MM.
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs .
M. MALLET DU PAN eft fcut charg
de la partie politique.
Tous les Livres doivent être adreffés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n ° . 2 ;
La Poefic , à M. Berquin , rue & place du Théatre
Français
Les Cartes , Eftampes , la Mufique , & Avis divers ,
à M. Framery , Boulevart du Théatre Italien , au coin
de la rue Favart , n °. 342 ; & tout ce qui concerne
l'expédition & les Abonnemens , à M. GUTH
hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Tous les envois doivent être affranchis.
Le prix de l'Abonnement eft de 33 liv.
franc de port par tout le Royaume.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jas
mais dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles: On ne fait ufage que des leures frgnées
& qui rendent compte de faits bien conftatés.
*
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commin avec L'Abonnement la diftri
bution , & c . C'est à M. GUTH , feul Directeur
dir Journal , Hotel de Thou , rue des Poitevins
& ton à aucun d'eux , qu'ilfaut adrefer con : ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettrest
Jouyene importantes pourraient refler au retut
Les perfonnes qui enverront à M. Guk dest
effets fur Parts , ptur acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer; faute de
quoi ils ne ferdient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofie , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
On ne reçoit que les lettres affranchies,
( No. 50 )
SAMEDI 10 Décembre 1791 .
MERCURE
DE FRANCE .
MM
Par MM. MARMONTEL , DE LA HARPI
& CHAMFORT , de l'Académie Francaife
; par M. GINGUENÉ , & par i
FRAMERY & BERQUIN , Rédacteurs
M. MALLET DU PAN eft feul charge
de la partie politique,
Tous les Livres doivent être adreffés à M. de
Ha Harpe , rue du Hafard , n °. 2 j
La Poénie , à M. Berquin , rue & place du Théatre
Français ;
Les Cartes , Eftampes , la Mufique , & Avis diver ,
M. Framery , Boulevart du Theatre Italien , au coin
de la rue Favart , . 342 & tout ce qui concerne
l'expédition & les Abonnemens , à M. GUTH
hotel de Thou , rue des Poitevins .
Tous les envois doivent être affranchis .
Le pux de l' hannement ef de 12 liv.
frac de port par tout le Royaume .
AVIS TRES IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jamais
dans ce Journa! aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Femilles. On ne fait ufage que des lettres fignées,
qui rendent compte de faits bien conftatés.
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
vien de commun avec l'Abonnement , la diflritution
, &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thu , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'ex , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ccs objets ; autrement des teures
Jouvent importantes pourraient refler au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Gath des
elets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement
, voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contenant des Affignats , doivent dire chargées
à la Pofle , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
On ne reçoit que les lettres affranchies.
( No. 51. )
SAMEDI 17 Décembre 1791 .
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE , quant à
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes ; & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé de
la partie politique.
Tous les Livros , Cartes , Eftampes , Mufique ,
& Ais divers , doivent être adreffés à M. de
la Harpe, rue du Hafard , no. 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 36 liv.
franc de
port par tout le Royaume.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
LE Public eft prévena qu'on ne recevra jaais
dans ce Journal ouçune réclamation, aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles. On ne fait ufage que des lettresfignées
& qui rendent compte de faits bien conftatés,
On obferve encore que les Rédacteurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftri
bution , &c. C'est à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'ilfaut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
fouvent importantes pourraient refter au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonnement,
voudront bien les faire timbrer ; fante de
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofie , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer.
On ne reçoit que les lettres affranchies.
Le prix de l'abonnement eft de 36 liv , pour bes
Départemens , & de 33 pour Paris.
( N°. 52. )
SAMEDI 24
Décembre 1791 .
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSE
Composé par M. DE LA HARPE , quant à
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes , & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé
de la partie politique.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
& Avis divers, doivent être adreffés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n . 2.
Le
prix de l'Abonnement eft de 36 liv.
franc de port par tout le Royaume.
AVIS TRES IMPORTANT.
LE Public eft prévenu qu'on ne recevra jamais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Feuilles . On ne fait fage que des lettres fignées ,
& qui rendent compte de faits bien conftatés .
On obſerve encore que les Rédadleurs n'ont
rien de commun avec l'Abonnement , la diftribution
, &c. C'eft à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hotel de Thou , rue des Poitevins
& non à aucun d'eux , qu'ilfaut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
Jouvent importantes pourraient refier au rebur
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effers fur Paris , pour acquit de leur Abonne
ment , voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés. Les lettres
contenant des Affignats , doivent être chargées
à la Pofte , pour ne pas courir le rifque de
s'égarer
On ne reçoit que les lettres affranchies.
Le prix de l'abonnement est de 36 liv . pour les
Départemens, & de 33 pour Paris.
Jer. 135.
( N°. 53. ) .
SAMEDI 31 Décembre 1791 .
MERCURE
FRANÇAIS ,
COMPOSE par M. DE LA HARPE , quart
la partie littéraire ; par M. MARMONTEL
pour les Contes ; & par M. FRAMERY
pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN eft feul chargé de
la partie politique.
Tous les Livres , Cartes , Eftampes , Mufique
& Avis divers doivent être ad effés à M. de
la Harpe , rue du Hafard , n° . 2.
Le prix de l'Abonnement eft de 35 liv.
franc de port par tout le Royaume.
AVIS TRÈS - IMPORTANT.
IE Public eft prévenu qu'on ne recevra jamais
dans ce Journal aucune réclamation , aucun
détail d'intérêt particulier employé dans d'autres
Felles. On nefait ufage que des lettres figrées ,
qui rendent compte de faits bien conftatés.
On obferve encore que les Rédacteurs n'one,
in de commun avec l'Abonnement , la difirikation
, &c. C'eſt à M. GUTH , feul Directeur
du Journal , hôtel de Thou , rue des Poitevins ,
& non à aucun d'eux , qu'il faut adreffer tout ce
qui concerne ces objets ; autrement des lettres
Jouvent importantes pourraicht refter au rebut.
Les perfonnes qui enverront à M. Guth des
effets fur Paris , pour acquit de leur Abonne-
-ment , voudront bien les faire timbrer ; faute de
quoi ils ne feraient pas acquittés . Les lettres
contant des Affignats , doivent être chargées
Pofie , pour ne pas courir le rifque de
sigarer.
On ne reçoit que les lettres affranchies.
Le prix de l'a'oanem nt eft de 36 liv . pour les
Expartemens , & de 33 pour Paris. & de
Jen . 135.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ;
COMPOSÉ & rédigé , quant à la partie
Littéraire, par MM. MARMONTEL ,
DE LA HARPE , CHAMFORT , tous
trois de l'Académie Françaife , & M.
GINGUENÉ ; & par MM. FRAMERY &
BERQUIN , Rédacteurs .
M. MALLET DU PAN, Citoyen de Genève,
eft feul chargé de la partie Hiftorique &
Politique.
SAMEDI 3 DÉCEMBRE 1791 .
A PARIS ,
Au Bureau du MERCURE, Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18 .
TABLE GÉNÉRALE
Du mois de Novembre 1791 .
QUATRAIN. 3 Hiftoire.
L'Ecole de l Amitié, ze . P. 4 Variétés
Charane , En . Log.
T IRGINIE .
Envoi.
( rate , En g. Log.
Les huines .
31
29 Notices.
3.2
3.4
371 Spectacles.
63
39a iétés .
49
Notices .
68
66
1
68
LE
Printemps.
Cha de , n. iogog.
La Caufe du Pape.
Rapport.
73 Spectacles. 99
78 Variétés .
103
82
Notices 105 941
FRAGMENT. 109 Spectacles. 123
Vers à Mie Joly. 13 Variétés. 130
Crade, En. Log. 114
Eloge hifto ique.
116 Notices.
131
A Paris , de l'Imprimerie de Moutard, rue
des Mathurins , Hôtel de Cluni.
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS
.
MERCURE
DE FRANCE.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE REFRAIN DU CAMP.
VAUDEVILLE
Adreffé aux Volontaires Nationaux.
AIR : Que le Sultan Saladin , &
BRAVES Citoyens - Soldats , -
Allez , courez aux combats
Pour défendre la Patrie
Contre une Ligue ennemie
Qui fuira devant vos pas :
Marchez ,
Volez ;
Au retour vous trouverez ,
Pour couronner votre visoire ,
L'amour , la gloire ( bis. )
A &
MERCURE
MAIS fur-tout , jeunes Guerriers ,
' Obéiffez volontiers
A vos braves Capitaines ,
Qui vous conduiront aux plaines
Où croiffent les verds lauriers ,
Marchez , & c ,
LORSQU'ENFIN vous combattrez ,
Songez que vous défendrez
Vos foeurs , vos meres , vos femmes ,
Tout ce qui tient à vos ames
Par les noeuds les plus facrés .
Marchez , & c.
SOLDATS de la Liberté ,
Soldats de l'Egalité ,
Jufques à Vienne & dans Rome
Faites des beaux Droits de l'Homme
Connaître la majeſté.
Marchez ,
Volez , &c .
( Par B**. Lamothe. )
ཆུ ༧༩
DE FRANCE.
L'ÉCOLE DE L'AMITIÉ ,
FR
CONTE MORAL:
Troisieme Partie.
APRÈS qu'Alcime eut employé deux
ans , continua Madame de Néray , à me
former le caractere ; & lorfque me croyant
moi-même telle à peu près qu'il femblait
vouloir que fût fa femme , je n'attendais
que le moment où il demanderait ma main ;
je vis paraître , fous fes aufpices , au dîner
de Mad . d'Olme , & bientôt après chez
ma mere , un certain M. de Néray , tout
brillant de jeuneffe , d'efprit & d'agrément,
qu'Alcime introduifait , difait- on , dans le
monde , & dont il ne parlait qu'avec eftime
& complaifance , comme efpérant de
lui tout le bien qu'à fon âge pouvait promettre
un coeur droit & fenfible , un efprit fage
& doux , & fur- tout d'excellentes moeurs .
Tout ce que j'avais lu , tout ce que
j'avais entendu dire , tout ce que je favais ,
ou croyais favoir de l'amour , s'accordait
à me perfuader que c'était de l'amour que
j'avais pour Alcime.Je ne brûlais pas comme
Sapho je ne friffonnais pas comme elle ;
je ne fentais pas ma voix s'éteindre , mes
A ;
6 MERCURE
genoux défaillir , mes oreilles tinter , &
un feu rapide courir dans mes veines en le
voyant je n'étais point Sapho ; & je n'aurais
pr int fait le faut de Leucade comme
elle. Mais fans me croire aufli fenfible
je me flattais d'aimer Alcime autant que
je pouvais aimer. J'étais charmée de fa
figure , enchantée de fon langage , idolâtre
de fes vertus nul mortel , à ma connaiffance
, ne me femblait comparable à lui
pour l'excellence du caractere , ni pour
l'agrément de l'efprit : auprès de lui , je
ne défirais rien au monde , & par- tout cu
il n'etait pas , il manquait à mes yeux ,
il manquait à mon coeur : fes entretiens
étaient pour moi une fource intariffable de
délices ; je ne m'en raffafiais point ; je me
les rappelais fans ceffe ; j'y trouvais tous
les jours de nouvelles douceurs . On a , ce
femble , quelque raifon de fe croire amou
reufe lorfqu'on en eft là ; point du tout :-
Alcime favait mieux que moi ce qui fe
paffait dans mon ame ; & bientôt ma mere
elle-même vit fa prédiction s'accomplir.
Il est vrai qu'on femblait s'entendre pour .
faire valoir à mes yeux tout le mérite du
jeune homme. Chacun lui faifait à l'envi
l'accueil le plus flatteur ; & Alcime ne
manquait pas de faire naître ou de faifir,
Foccafion de le mettre en fcène.
D'abord il parla peu , mais bien. Enfuite
il fe laiffa infenfiblement engager à
DE FRANCE. 7
développer davantage fes fentimens & fes
idées ; & fur l'article de la jeunelle de ce
temps- là , il dit modeftement , mais ingénument
fon avis , en avonant que dans
la licence , la molleffe , l'oilivece où les
pareils paffaient leurs plus belles années ,
dans la vanité de leur luxe , dans l'avilffement
de leur galanterie , dans la baff fet
de leurs goûts & de leurs inclinations , il
avait peine à reconnaître le caractere mâle
& noble de leurs peres , & qu'il ne voyait .
plus en eux que des hommes dégénérés.
و
La fagefle de fes propos , la bienféance
de fon maintien le naturel de fes manieres
, la grace & la facilité de fon langage
, l'air dont il l'animait attira mon attention
, mais fans me diftraire d'Alcime.
Seulement dans Néray je crus entendre .
fon Dilciple. Ce jeune homme , difais-je ,
a le même bonheur que moi ; nous fommes
à la même école. Ce fut d'abord entre
lui & moi une efpece d'affinité .
Je le revis ; & ce jour-là , tandis qu'il
exprimait avec vivacité combien il était
fier & glorieux de l'amitié dont l'honorait
Alcime ; l'un de mes regards , en pallant ,
ayant effleuré fa figure , je lui trouvai de
la reffemblance avec l'image que, dans ma
fantaisie , je me faifais d'Alcibiade . Oui ,
me dis- je à moi - même , mais mon Socrate
eft beau , plus beau même que fon Difciple.
Je me fouviens que je fus fort con-
A 4
8 MERCURE
tente de lui avoir donné l'avantage ; &
pour le lui affurer mieux , je les regardai
tour à tour. En effet , Néray me parut
avoir les traits moins réguliers ; & quoique
plus jeune & plus vif , cette mobilité de
phyfionomie , cette fraîcheur de teint , ce
feu dans le regard , ne m'éblouirent pas
affez pour ne pas voir qu'Alcime eût été
pour un Peintre un beaucoup plus parfait
modele. Néray avait bien dans la taille
plus de foupleffe & d'élégance ; mais Alcime
avait plus de dignité dans le maintien
. Dans l'un , je ne voyais qu'un fimple
mortel ; & dans l'autre , je croyais voir
un Dieu . Cette comparaifon du Dieu &
du mortel me femblait fi prodigieufement
décifive en faveur d'Alcime , que dans ma
folitude je ne ceffais d'y réfléchir ; & ces
deux images fans cefle retracées à mon
efprit , devinrent prefque l'unique objet de
mes rêveries mélancoliques ; car dès - lors
je fus trifte fans foupçonner pourquoi .
Moi , qui ne m'impatiente guere , je ne
pus fans dépit entendre mes compagnes
préférer l'élégance , la grace de Néray à
la beauté d'Alcime. Je leur foutins que
l'un n'était que du joli moderne , & que
l'autre était du bel antique . Mais elles fe
moquerent de moi & de l'antiquité ; & il
n'y en eut pas une à qui l'agrément ne
párût préférable à la perfection. Du côté
de l'efprit , elles convinrent toutes qu'Al-
4
1
DE

FRANCE.
cime était plus raisonnable ; mais je vis
clairement que la raifon était ce qui les
féduifait le moins ; & parmi elles , ce fut
à qui m'abandonnerait mon Alcime , & à
qui me difputerait les attentions de Néray.
Je crus les leur céder fans regret &
fans jaloufie ; & en fongeant avec pitié à
la frivolité de ce goût de leur âge : Les
voilà , dis-je , toutes éprifes de ce jeune
arrivant ; voyons laquelle aura le bonheur
de lui plaire , & s'énorgueillira de la belle
conquête où chacune afpire en fecret.
Cette curiofité me prit fi vivement , &
fut bientôt fi inquiere , que nulle autre
penſée ne pouvait m'en diftraire. Quand
nous étions enfemble , & Néray avec nous ,
j'obfervais tout du coin de l'oeil. Comme
il était d'une policeffe exceffive , il ne négligeait
rien , il n'oubliait perfonne ; &
chacune à fon tour obtenait de lui la faveur
d'un regard obligeant , ou d'un mot
agréable . J'avais mon tour auffi , & je
trouvais plaifante l'illufion que j'étais tentée
de me faire à moi - même ; car il ne
femblait que fes yeux & le fon de fa voixavaient
, en s'adreffant à moi , quelque
chofe de fingulier qui me diftinguait de la
foule. Pour détromper mon amour-propre,
j'obfervai le jeune homme avec plus d'at
tention ; & cette fingularité , que je n'avais
d'abord que légèrement apperçue , prit à
mes yeux le caractere d'une fenfibilité dif--
A s
MERCURE
4
crete & réſervée , qui femblait ne vouloir
fe décéler qu'à moi.
O Ciel ! combien nous fommes vaines
me difais-je avec confuſion ! me voilà prefque
intimement perfuadée que ce ferait à
moi que Néray voudrait plaire. Eh bien ,
je gage que chacune de mes compagnes
croit auffi , pour fon compte , trouver dans
l'accent de fa voix & dans le feu de fes
regards la même expreflion de fenfibilité .
Heureufement j'ai le coeur épris d'un objet
qui l'occupe feul , & qui n'y laiffe aucune
place. Ces Demoifelles, courent plus de
danger que moi . Amélie eft légere , elle
lui échappera ; Rofalie eft trop nonchalante
pour s'en affecter vivement ; Adélaïde
eft fiere , & fera peu flattée d'un hommage
fi partagés mais Eléonore eft fenfible , &
quoiqu'elle n'ait pas . fort appuyé fur fon
éloge , c'est elle qui a le plus rougi quand
j'ai contrarié le bien qu'on en difait . Oh !
celle-la y fera prife ; & l'indolente Rofalie
pourrait bien s'animer pour lui . Il est riche,
& bien né : il n'eft aucane d'elles qui ne
fût très-flattée, de l'avoir pour époux. Déjà
même peut - être a - t-on fur lui quelque
deffein & fans cela , pourquoi Alcime
l'aurait-il amené ? Oh oui , dans tout ceci
je forpçonne quelque myftere. Surprife &
impatientée de voir que ces idées m'obfé-.
daient malgré moi : Eh que m'importe ,..
dis-je en roulant ma tête fur mon chevet ,
"
DE FRANCE.
qu'il époufe Amélie , Adélaïde , Eléonore ?
Laiffons - les s'envier fon choix. Le mien
n'eft - il pas fait ? Je fus donc plus tranquille
; & j'appelai tant le fommeil , qu'il
vint & acheva de calmer mes efprits ; mais je
ne fais quel fonge les troubla de nouveau .
A mon réveil , je me trouvai chagrine .
Je le fus tout le jour. Tout me contrariait .
Mes crayons étaient mal taillés , ma main
était mal affurée , mon Piano me parut
difcord , je m'ennuyai à ma toilette , &
aucun de mes livres favoris ne put m'amufer ;"
je les trouvai tous infipides . Alcime heureufement
fe préfentait à ma penfée , mais il
y revenait toujours accompagné de fon
Difciple ; & l'image de celui- ci était reçue
avec humeur. Je critiquais tantôt l'élégance
de fa parure , tantôt l'aifance de fes manieres
, tantôt cette coquetterie de fes yeux
& de fon langage qui cajolait toutes les
femmes , & perfuadait à chacune qu'elle
était l'objet préféré. Enfin je me difais de
lui tout le mal qu'il était poflible. Mais
cette cenfure elle-même ne faifait que me
retracer plus diftinctement fon objet ; &
quand j'avais tout dit , je ne fais quel
apologifte prenait en mor fi vivement , fi
éloquemment fa défenfe , que fouvent je
reftais muette & fans réplique , & d'autant
plus mal à mon aife que dans toute la
Société , j'étais feule de mon avis tout le
monde en difait du bien..
A 6
12 MERCURE
3
Cependant ce jour-là une de nos convives,
Madame Oran , femme févere , ofa dire , en
parlant d'Alcime & de Néray , qu'on s'oecupait
trop du plus jeune ; & que pour
un objet agréable à la vérité , mais un
peu vain , on en négligeait un bien plus.
intére fant , qui avait la modeftie de lui
céder la place.
",
Ma mere, à ce propos , répondit que chez
elle perfonne n'effaçait Alcime. Et en effet
Néray lui -même était fans celle à genoux
devant lui , plein de refpect pour fes vertus ,
de déférence pour les lumieres , & n'exprimant
jamais que par un modefte filence la
diverfité d'opinion qui les divifait quelquefcis.
Je trouvai donc infiniment injufte la
prud'hommie de Madame Oran , & je me
pris de dépit contre elle. Voilà donc , disje
, comme je fuis moi - même ! Et que
m'a-t- il fait ce jeune homme ? Qu'a- t -il fait
à cette pigrieche , pour lui envier fes fuccès 2
Le voyons - nous s'en prévaloir ? N'eft - il pas
toujours à fa place ? N'a-t-il pas mênie ,
au lieu de vouloir fe produire , le plus,
grand foin de s'effacer ? Et s'il a naturellement
, dans l'efprit & dans la figure , quelque
chofe de diftingué qui lui attire l'attention
eft -ce un tort à lui reprocher ?
Ainfi , une injuftice en corrigeant une
autre , je me rangeai du parti du jeune
homme ; & je me fus bon gré de prendre
pitié des abfens.
DE FRANCE. L
Le jour fuivant , nous fumes invitées à
diner chez Madame d'Olme ; & j'appris
qu'il devait y avoir un concert après le
dîner. Je m'y rendis avec ma mere , bien
réfolue à ne m'occuper que de mon vertueux
Alcime .
Placée à table à côté de lui , je ne parlai
qu'à lui fans ceffe , & pas un feul de mes.
regards ne difputa ceux de Néray à mes.
envieules compagnes. Mais ni l'orgueil
d'Adélaïde , ni l'émotion d'Eléonore , en
lui parlant , ne m'échappait ; & leur air
de fuccès rembrunit ma gaîté . Je tombai
dans la rêverie. Alcime m'y laiffa plongée:
quelques momens ; & puis , avec un air
un peu malin , il me demanda où j'étais
Auprès de vous , lui répondis - je ; & je ne
ferai jamais mieux. Alors il parla du concert
, & il me demanda fi je chanterais ..
Non. Pourquoi non ? Je ne chante.
plus que comme les oifeaux , pour égayer
ma folitude.
- C
En effet , lorfqu'on fut rangé autour du
clavecin, je laiffai mes compagnes s'emparer:
de la fcène , & je me tins à côté de ma
mere , ayant Alcime devant moi , afin de
ne penfer qu'à lui. Mais quand vint le.
moment où les belles mains d'Eléonore ,.
voltigeant fur la harpe , femblaient douner:
une ame à ces cordes harmonieufes , & que·
parmi les applaudiffemens je diftinguai ceux.
du jeune homme ; lorfqu'un .moment après,
14 MERCURE
& j'entendis éclater la voix d'Adélaïde
que Néray , peut- être offenfé de l'oubli où
je l'avais laiffé , parut fe complaire à louer
le beau chant qu'il venait d'entendre ,
j'éprouvai un faififfement que je n'avais
jamais connu, C'était comme un glaçon
dont le poids me preffait le coeur. Je me
fentais pâlir , je refpirais à peine , j'avais
un voile fur les yeux . Honteufe d'éprouver
ce mouvement d'envie , je voulus applaudir ,
il me fut impoffible de joindre mes mains
défaillantes. J'allais m'évanouir , lorfque
Mad. d'Olme vint me preffer de chanter
à mon tour.
Je lui demandai grace , en lui difant
d'une voix prefque éteinte , que je ne
chantais plus , & que depuis deux ans
j'avais tout oublié . Mais les inftances redoublerent
, & furent fi preffantes de tous
côtés , qu'Alcime & ma mere elle -même
penferent qu'un refus plus obftiné ſerait
défobligeant. Il fallut obéir. Je prïs un livre
de mufique , & demandai quelques minutes
pour aller en filence , dans le fallon voifin ,
repaffer l'air qu'il me fallait chanter. Ah !
c'était à me ranimer & à reprendre mes
efprits que ce temps m'était néceffaire ; mais
Fémulation fit en moi un prodige prefque
inoui . Mon coeur fe dilata , mon haleine
fut libre , les fons que j'effayai furent affurés
& brillans , mon ame tout entiere paffa
dans mon organe , & fe répandit dans ma
DE FRANCE. IS
voix. Je parus , je chantai un air du rôle
d'Angélique ; jamais je n'ai fi bien chanté.
Tout le monde parut dans le raviffement ;
Néray ne put diffimuler le fien. Il n'ofa
pas s'adreffer à moi; mais en s'approchant
de ma mere : Ah Madame ! dit - il , que
Médor eft heureux ! A ces mots que j'entendis
bien , confufe de fentir que le coeur:
me battait , je m'avilai de trouver mauvais
qu'il m'eut affimilée à cette folle d'Angélique.
D'ailleurs , le tour de cet éloge me
parut trop galant pour être naturel ; & jes
me dis que ce n'était point là le langage du
fentiment.
Dans le trouble de ma confcience , jer
pris pour un léger reproche l'air riant dont
Alsime vint me féliciter. Pardonnez- moi, lai
dis je , un moment d'émulation . Je ner
demandais pas à chanter , vous le favezo
bien ; mais puifqu'il l'a fallu , j'ai tâché que
ce fût le moins mal qu'il était poffible. M'en ›
voilà quitte heureufement !
J'étais bien aife , ilfaut l'avouer , d'avoir
effacé mes rivales. Mais il s'était paſſé ens
moi des mouvemens inexplicables ; & mécontente
de moi- même , je voulais aufli l'être::
de ce jeune flatteur qui nous croyait
diſais-je , affez vaines , ima mere & moir,
pour nous plaire à le voir s'extalier furt
un talent que nor , favions , grace au ciel , ..
l'une & l'autre réduire à fa jufle valeur..>
Eh, non ! je n'aime pas les louanges exa
IG MERCURE
gérées . S'il en veut favoir ma pensée , qu'il
revienne , dilais- je , me louer devant moi.
C'est ce qu'il fit le lendemain ; mais avec
tant d'adreffe qu'il n'y eut pas moyen de
m'en plaindre. Vous allez voir quel long
détour il prit pour en venir à moi .
On parlait chez ma mere de la profufion
avec laquelle la Nature avait répandu fes
richeffes. Alcime nous la faifait voir magnifique
& inépuifable dans l'épanchement de
fes dons. Il me femble à moi , dit Néray
qu'elle mérite également les noms de prodigue
& d'avare , & qu'entre fes largelles
& fon économie , il y a trop d'inégalité. Ne
remarquez-vous pas , Alcime , ajouta- t-il ,
cette extrême inégalité dans les productions.
des trois regnes , & ne trouvez- vous pas
qu'en négligeant la foule , elle a tout accordé
à quelques favoris ?
De l'or , par exemple , elle a fait une
fubftance incorruptible ; elle y a réuni l'éclat
& la beauté de la couleur ; une ductilité.
merveilleufe & prefque infinie , & à cette
extrême foupleffe une extrême folidité. Elle
a donné au diamant une dureté que rienn'effleure
, & à qui tout cede , des feux
étincelans , les traits d'une lumiere la plus
brillante & la plus pure , teinte des couleurs:
de l'iris à l'aigle un oeil perçant , une
aile étendue & rapide , & autant de vigueur
que d'intrépidité au cheval la beauté
l'agilité , la force , le courage , l'élégance
و
DE FRANCE. 17
& la majesté : à tel homme qu'elle a choifi ,
comme , par exemple , à Céfar , ou comme
à notre Charlemagne , la beauté du corps ,
le génie , les grands talens , la force d'ame ,
la valeur au plus haut degré : dans telle
femme dont elle femble avoir fait à plaifir
fon plus rare chef- d'oeuvre , n'a- t - elle pas
réuni de même tout ce qui peut énorgueillir
fon fexe , attendrir & charmer le nôtre ;
l'efprit , les graces les graces , la beauté , & les
talens les plus aimables , & les charmes
les plus touchans ? De tous ces dons accumulés
dans une feule , combien de lots
riches encore n'aurait - elle pas faits en les
diftribuant ? L'une , avec fa beauté , aurait
charmé le monde ; l'autre , avec fon efprit ,
n'eût pas eu befoin de beauté ; une autre,
avec cette raifon cultivée , embellie , eût
captivé les Sages ; une autre , avec ſa voix
mélodieufe & tendre , eût ravi , enivré ,
enflammé tous les cours . Et à chacun de
ces articles , un regard s'adreffait à moi.
Il eft bien vrai , ajouta- t-il , que dans ces
rares phénomenes , la Nature doit s'admirer
& fe trouver belle & riche elle -même ;
mais tandis qu'elle a mis tant de foins &
de complaifance à les produire , à les
former ; voyez , à l'extrême oppofé , combien
d'ouvrages que fa main négligeante
femble à peine avoir ébauchés.
Alcime lui prouva fans peine que , dans
le grand deffein de la Nature , chaque être ,
18 MERCURE
>
pour tenir fa place & remplir fa deftination ,
avait été pourvu & doué comme il devait
l'être. Mais ce dont Néray fe fouciait le
moins dans ce moment c'était d'avoir
raifon . Le trait d'éloge était parti , fes
yeux me l'avaient affené ; & je l'avais fi
bien fenti & pris pour moi , que la rougeur
m'en était montée au vifage.
Affurément je n'étais pas affez folle pour
me croire reconnaiffable dans le portrait
d'une femme accomplie. Mais enfin il était
visible que le Peintre penfair à moi ; & il
faut avouer que d'abord je lui en fus bon
gré ; car en fait d'éloge , ce n'eſt pas tant
la reffemblance que l'intention qui nous
touche. Alcime , en lui parlant de moi , lui
avait pu faire illufion ; if avait pu lui- même
s'éblouir fur mon compre ; une jeune tête
s'exalte & s'enivre de fes idées ; & fi telle
était fon erreur , ce n'était pas à moi de
ne pas la lui pardonner . Mais , comme au
bord d'un précipice la peur fait qu'on fe
penche du côté oppofé , je m'efforçai ,
pour n'être pas féduite , de voir dans cette
adulation , peu de ménagement , peu
d'eftime pour celle que l'on flatte avec tant
d'excès . Me croit- il donc , difais -je , affez
dépourvue de modeftie , pour mettre moimême
mon nom au bas de ce portrait ?
& fi l'on fe fût apperçu que j'avais la
cré ule vanité d'en rougir , à quoi fon
indifcrétion ne m'eût - t - elle pas expofée !
DE FRANCE. 19
quel ridicule il m'aurait donné ! Ah !
quoi qu'en dife Alcime , ce n'eft point là
un homme délicat & fincere ; c'eſt un de
ces trompeurs que l'on trouve par- tout.
L'effet de ces reflexions fut de me donner
avec lui un air froid , févere & chagrin .
Lorfqu'il parlait , je femblais être inattentive
; & mes regards paffaient négli
gemment fur lui , pour aller fe pofer bien.
vice fur Alcime , & s'y repofer..
Le jeune homme , qui le voyait en faveur
dans la Société , & même parmi mes compagnes
, s'appercevait fort bien qu'avec,
mei feule il était en difgrace. Il n'en pénétrait
point la caufe ; mais me croyant
frappée de quelque prévention défavorable,
à fon égard , & n'ofant ni s'en plaindre ,
ni s'en expliquer avec moi , il tomba dansune
trftelle qui avait l'air de l'abattement .
Une langueur mêlée d'un fentiment amer
fe répandit fur fon vifage. La vivacité de
fes yeux , celle de for efprit & de fon
caractere , parut s'éteindre ; je crus voir fa
brillante imagination pâlir & fe faner
comme une fleur dont la tige eft bleffée..
L'ame de tous les agrémens de la jeuneffe ,:
l'efpérance de plaire l'avait abandonné..
L'emprofiement , les prévenances de la
Société , les amitiés des meres , les regards ,
de leurs filles ni leurs fourires agaçans ,i
rien ne le ranimeit ; fon ame était comme
glacée. J'eus d'abord un foupçon , que fa
,
20 MERCURE
trifteffe venait de moi ; & me rappelant
cette prude que j'avais prife en averfion
( car elle avait , ainfi que moi , l'air de
ne le voir qu'à regret ) , je m'accuſai de
lui reffembler. N'en doutons pas , dis - je
en moi - même , c'eft d'elle ou de moi qu'il
fe plaint ; ou plutôt de l'une & de l'autre .
Me voilà bien affociée ! j'aime mille fois
mieux que ce foit de moi feule. C'eft ce que
je veux éclaircir.
Cruelle que j'étais ! Quelle épreuve le
malheureux eur à fubir une femaine entiere !
Je ne puis y penfer fans un mouvement de
pitié. Si vous avez affifté , comme moi ,
aux leçons de Phyfique de l'Abbé Nollet ,
Vous avez vu fous un dême de verre le
pauvre oifeau que l'on réduit au dernier
fouffle de la vie en lui ôtant l'air qu'il
refpire , & que l'inftant d'après on ranime
en le lui rendant. Ce fut l'expérience que
j'eus la cruauté de faire fur l'ame de nion
jeune amant , tantôt en lui parlant avec
un peu de bienveillance , tantôt en reprenant
avec lui ma froideur. En effet je
croyais le voir tour à tour expirant ou
rendu à la vie par cette alternative d'indifference
& de bonté. Ah ! vous concevez
bien qu'il me fut impoffible de ne pas
compatir à fa fituation ; & une fois perfuadée
de fon amour pour moi , j'eus beau
vouloir douter de mon amour pour lui
dans l'examen févere que je fis de moi-
ر
DE FRANCE. 21

même, tout ce qui fe paffait dans mon efprit
& dans mon ame ſe réunit pour m'accufer.
Depuis trois mois que je voyais Néray
j'avais perdu le goût du travail & de la
lecture ; l'aiguille , les crayons , les livres
me tombaient des mains : je ne déſirais
plus fi vivement les entretiens d'Alcime ; je
les prolongeais moins ; je m'y plaifais encore
, mais faiblement ; & fans regret je
les voyais finir. Si je penfais à lui en fon
abfence , fon image ne venait plus qu'à la
fuite de celle de fon jeune Difciple : encore
voyais - je celle - ci vive , colorée & brillante
comme un beau tableau de Rubens ;
l'autre tous les jours plus ternie , & comme
un paſtel effacé.
Je vous épargne ici l'ennui de mes
affligeans monologues . Vous vous imaginez
affez les reproches que je me fis , de légéreté
, d'inconftance , d'ingratitude envers un
homme qui avait pris tant de foin de moi ,
qui m'avait tant aimée , & qui m'aimait
encore ; qui m'avait inftruite & formée à
plaifir & comme pour lui & qui fans
doute avait mis en moi l'efpérance de fon
bonheur. Je l'aurai donc trompé , je l'aurai
donc trahi ! Et voilà fes louanges qui
venaient m'accabler en foule. Qui jamais
devait à mes yeux être plus aimable que
lui ? Quelle candeur ! quelle fageffe ! que
de lumieres & de vertus ! enfin que de
droits fur mon coeur ! Et comment lui
$22 MERCURE
avouer fans honte qu'un autre l'y avait
remplacé ?
Non , dis - je , ce n'eft qu'un caprice ,
qu'un egarement paffager. J'en ferai l'aveu
à ma mere, & j'obtiendrai qu'elle me dérobe
au péril de revoir ce fédufant jeune homme.
Je dine encore avec lui demain ; ce fera la
derniere fois .
>
Le lendemain , lorfque nous arrivâmes
ma mere & moi , chez Madame d’O nie ,
Nerey y érait deja ; Alcime n'y était point
encore ; & au fond de mon coeur , je me
plaignis de fon abandon dans un moment
aufli critique , comme s'il avait dû fentir
le befoin que j'avais de lui . Mais en fon
abfence , il occupa l'entretien , comme de
coutume ; & Neray , après s'être répandu
en éloges fur cet homme accompli : Qu'il
eft heureux , dit - il enfin jeune encore
il jouit de cette confideration publique &
unanime , qui pour un autre ferait à peine
le prix d'une longue fageffe . Quel don du
Ciel , que celui d'infpirer tant d'eftime ,
& de fi bonne heure ! Y a-t- il un pere cu
une mere qui , avec pleine, fécurité ,
lui confiât le deftin de fa fille la plus cherie ?
Et nous , dont rien ne repond encore & que
mille exemples acculent , nous fommies
obligés d'attendre que l'âge vienne/ enfin
détruire ces funeftes préventions . Jufquelà
nul moyen de calmer les inquiétudes
qu'autorile notre jeunelf.. En effet , qu'ane
DE FRANCE.
23
vons - nous qui dépofe en notre faveur ?
Quelques années d'une conduite fage, mais
qui , d'un jour à l'autre , peut , dira- t - on ,
fe démentir . Nous croira -t - on aff: z sûrs
de nous - mêmes pour ofer fe fier à nous ?
Plus nos fentimens feront vifs , & moins
on ofera fe promettre qu'ils foient durables .
L'excès de notre amour en fera redouter les
tranfports , la fougue & livreffe ; & pour
n'être pas rebutés , il faudra brûler en
fecret , étoufler nos foupirs , éteindre nos
regards , voir tous les jours ce que le Ciel
aura formé de plus charmant , & paraître
le voir avec indifference , enfin nous confumer
& périr fans ofer nous plaindre. Ah !
combien d'ennuis & de peines enpoifonnent
ce qu'on appelle fi fauffement
notre bel âge ! Et que ce temps d'épreuve
eft long & pénible à paffer !
En achevant ces mots , l'infortuné jeune
homine laiffa tomber fur moi un coup
d'oeil languiffant , mais fi douloureux & fi
tendre , que mon coeur en fut pénétré. Dèslors
je fus perdue , & je fentis que le
moment d'éviter le péril était paffe pour
moi. Ce n'eft plus à ma mere qu'il faut
parler, me dis -je ; c'eft aux yeux d'Alcime
lui - même que mon faible coeur doit s'ouvrir
; car je ne veux point le tromper.
Malgré ma réfolution , vous jugez quelle
répugnance je devais me fentir pour l'aveu
que j'avais à faire. Alcime , en me voyant
1
24
MERCURE
plongée dans une trifteffe profonde , n'ofant
plus lui parler , n'ofant lever les yeux fur
lui , comprit bien qu'il fallait avoir la bonté
de m'encourager.
Mademoiſelle , me dit- il , je ne fais pas
quel changement s'eft fait en vous ; mais
ce que je fais bien , c'eft que vous n'êtes
plus la même. Oh non ! lui dis -je , plus
la même ; & en baiffant les yeux je pouffai
un profond foupir. Eh bien qu'eft- il
-
donc arrivé ? Ce
-

-
que vous auriez dû
prévoir. Je n'ai jamais pour vous rien
prévu d'affligeant . Et cependant
ce qui
im'arrive , m'afflige bien , je vous affure :
je donnerais
mon fang pour avoir pu me
- l'éviter. C'est donc quelque accident bien
étrange ? - Hélas , oui ! bien étrange & bien
malheureux
! - Voyons s'il n'y a point de
remede . Oh non il n'y en a plus.
-Vous le croyez - Je fais plus , je le fens.-
C'eft donc votre coeur qui eft
malade ? - Oui , c'est lui . Vous m'avez
fouvent promis que de la vie ce coeur
n'aurait rien de caché pour moi . — Vous
voyez , je vous tiens parole. Vous allez
donc achever de me dire ce que vous avez
dans le coeur. D'abord l'eftime la plus
tendre , la plus vive reconnaiffance
, l'admiration
la plus profonde pour le plus vertueux
des hommes , & pour le meilleur des
amis. Eft- ce de moi que vous parlez ?
--
com
Hé ! de qui donc ? Ah ! jufque-là vous
n'avez
DE FRANCE.
25
و

-
Je
n'avez point de rival à craindre. Mais ,
Alcime ! ... Eh bien , mais ? ( je me mis
à pleurer ) achevez donc , & paffez ce
mais qui vous a étouffé la voix. Eh
bien , mais je n'ai plus pour vous ce fentiment
unique , & qui m'était fi cher ; ce
penchant de mon ame pour s'unir à la
vôtre , enfin ce défir d'être à vous , de ne
refpirer que pour vous. Vous l'aviez
donc pour moi ce fentiment ? Oui , je
l'avais. Et comment ne l'avez -vous plus ?
-C'eft que je l'ai pris pour un autre.
gage que ce jeune & féduifant Néray ſera ,
fans le favoir , celui qui me l'a dérobé.
Oui , c'eft lui - même. - Ah ! je l'ai
toujours dit , ce jeune homme était fait
pour vous infpirer de l'amour. Eh ! fi
vous l'avez dit , pourquoi me l'avez-vous
donc fait connaître ? C'eft qu'il ne
me fallait à moi qu'une bonne & fimple
amitié, Ah ! ne méritiez-vous , Alcime ,
que cette amitié pure & fimple ? Et fi mon
coeur était fufceptible d'un fentiment plus
vif , n'était-ce pas à vous qu'il devait être
réfervé ? Tenez , Mademoiſelle , fur
cet article - là nos coeurs en favent plus
que nous. Pour moi , j'en crois le mien ,
qui me dit d'être votre ami bien fidele
bien tendre , mais de m'en tenir là.
Dieu combien vous me foulagez !
Oui , c'eft- là mon vrai lot ; je l'ai dit
à Néray qui me croyait amoureux de vous ,
N°.49. 3 Décembre 1791 .
2
-
B
>
26 MERCURE
& qui en était inconfolable. Le bon jeune
homme il avait réfolu de s'éloigner , de
ne plus vous voir , d'aller , que fais- je ? au
bout du monde , plutôt que d'être mon
rival ; & en m'avouant tout l'amour qu'il
avait pour vous dans le coeur , il me préfentait
fon épée, & me difait de le percer,
ce coeur infidele à notre amitié.
Vous
me faites frémir . Il m'aime donc Néray ?
Oui , Mademoiselle , il vous aime comme
je n'aimerai jamais. Je crois même que
votre mere en a foupçonné quelque chofe.
Ah ! ma mere ! Eh bien ! qu'en ditelle
? Je crois pouvoir vous affurer
qu'elle penfera comme moi, Ah ! je le
vois , c'est vous qui avez tout difpofé :
homme incomparable , lui dis-je , achevez ,
& avec ma mere , décidez de ma deſtinée.
Si vous n'êtes pas un époux , vous ferez un
pere pour moi.
&
-
-
Vous jugez bien qu'entre ma mere & lui
tout fut bientôt réglé pour notre mariage :
peu de jours après je réunis en ma poffeffion
les deux plus grands biens de la
vie , l'ami le plus parfait & l'époux le plus
accompli.
( Par M. Marmontel. )
FIN.
DE FRANCE. 27
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent .
LE mot de la Charade eſt Piéton ; celui de
l'Enigme eft Epingle ; & celui du Logogriphe
eft Frontiere , où l'on trouve Roi, Reine,
Frein, Noir, Ortie, Fretin, If, Frêne, Ton,
Fer, Foie, Oie, Forêt, Rien .
CHARADE.
L'ECOLIER franchit mon premier
Pour aller cueillir mon dernier
Sans s'effrayer de mon entier.
( Par M. de Money Fainé. )
ÉNIGM E.
AssEz bizarre en mon efpece ,
Je quitte mon pays par peur ,
Quelquefois auffi par détreffe ,
Plus fouvent encor par honneur.
Des anciens Chevaliers fingeant un peu l'allure ,
Prêt à pourfendre des Géans ,
Je cours le monde à l'aventure
Très avide d'événemens.
B 2
28 MERCURE
Chaque jour en grand nombre il me vient des
Emules ,
Tous fier-à - bras , légers d'argent.
Trop méfians , ni trop crédules ,
Lecteurs , laiffez venir le dénouement
Et vous faurez fi nous fommes vraiment
Ou des Bebés , ou des Hercules .
( Par M. V... de Sarrelouis. )
LOGOGRIP HE.
MON nom fert à plufieurs emplois :
Fruit , dans les jardins je fuis belle
Mais jamais fi bonne qu'au bois ;
Gaze , la tendre Gabrielle.
Sur fon fein me mit autrefois ;
Chair , fans être un mets délectable ,
Je figure encor fur la table ;
Outil, je fuis chez l'Horloger ;
Pierre , en un fort Vauban m'a mife.
Mais c'eft affez verbiager ,
Procédons à mon analyfe.
J'ai fix pieds ; fi l'un m'eſt ôté ,
Je fuis ce qu'on cherche en été ;
De joie en moi l'on trouve un figne ;
Puis un élément ; un pays ;
Un arbre ; un terme de mépris ;
Un titre enfin d'amour bien digne
Autant que le voudra Louis.
( Par Mad. Valence, )
DE FRANCE. 29
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
TRAVAIL fur l'Éducation publique , trouvé
dans lespapiers de Mirabeau l'aîné, publié
par P. J. G. Cabanis , Doct. en Méd. &c.
A Paris , de l'Imprimerie Nationale.
C'EST un des trois Ouvragesque Mirabeau
>
a laiffés en mourant , & dont les titres
furent lus à l'Affemblée Nationale. Celuici
, recommandable par le nom de l'Auteur
fe foutiendrait fans la recommandation
de ce nom célebre. Ce n'eft pas qu'on ne
trouve dans l'ordonnance irréguliere de
fon Plan quelque trace de la précipitation
avec laquelle l'Auteur travaillait , diftrait
par une fi grande variété d'occupations.
Mais ce défaut difparaît en quelque forte
dans la facilité brillante de plufieurs morceaux
où fe retrouve tout fon talent , fa
promptitude à faifir tous les rapports de
fon fujet , à l'enrichir de toutes les confidérations
morales & politiques , & c. Fidele
aux principes , lors même que les circonftances
le forcent d'y déroger , les raifons
pour lesquelles il fe permet d'y déroger
frappent d'une évidence qu'il fait répandre
fur les principes mêmes , & amenent des

B 3
30
MERCURE
développemens qui montrent la richeffe de
fon efprit.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre Parties ,
terminées chacune par un projet de Décret
fur l'objet dont il s'agit .
La premiere eft intitulée , de l'Inftruction
Publique , ou de l'Organiſation du Corps
Enfeignant. C'eft la plus importante. 3
La feconde concerne l'Etabliffement
de Fêtes civiles & militaires. L'Auteur y
développe tous les moyens de fortifier le
principe de notre fenfibilité , d'exciter tous
·les fentimens de la bienveillance , l'enthoufiafme
de l'amitié , le dévouement à la
Patrie , enfin toutes les paffions douces ou
fublimes qui donnent fon véritable prix à la
vie. Cette partie de l'Ouvrage brille de
l'éclat d'une imagination aimable , vive &
fenfible.
La troifieme Partie a pour objet l'établiffement
d'un Lycée National , dont le
but eft de procurer à l'élite de la jeuneffe
Françaiſe les moyens de terminer une
éducation dont le complément exige , dans
l'état actuel , le concours des circonftances
les plus rares , & des fecours les plus
étendus . Son enceinte renfermerait une
immenfe Collection des produits de la
Nature , des chef- d'oeuvres du génie dans
les Sciences & dans les Arts , des machines
par lefquelles leurs découvertes fe démontrent
, ou leurs travaux s'exécutent. Tout
DE FRANCE.
3:1
ce qui peut faire éclore , agrandir , déve
lopper les facultés intellectuelles , y ferait
enfeigné dans un efprit & d'après une
méthode générale , applicable à tous les
genres , & que la concentration de tant
da lumieres , leur influence réciproque ' ,
& le carattere même de l'inftitution , rendraient
de jour en jour plus parfaite. Paris
continuerait ainfi d'être le foyer des lumieres
dont il eft le centre depuis fi long -temps.
Les Départemens regarderont fans doute
le droit d'envoyer à l'Ecole de la Nation ,
leurs fujets diftingués , comme un droit
précieux. Ici l'Auteur combat les Moraliftes
fuperficiels qui infiftent avec une complaifance
pédantefque fur la dépravation des
grandes villes ; & en convenant qu'elles
entraînent avec elles de grands inconvéniens ,
il établit que les lumieres dont elles font le
foyer , & l'efprit de la liberté qui s'y fomente,
les abfolvent dignement aux yeux du
vrai Philofophe , & les ont déjà bien acquittées
envers les champs & les hameaux.
Enfin l'éducation de l'Héritier préfomptif
de la Couronne , & la néceffité d'organiſer
le Pouvoir exécutif , eft l'objet du quatrieme
Difcours ; on fent que ces deux fujets fe
tenaient effentiellement. A l'inftant of Mirabeau
écrivait , l'incertitude où l'on était
encore fur quelques- uns des principes de
cette organiſation du Pouvoir Royal , a
jeté dans les idées de l'Auteur une
32 MERCURE
vacillation qui n'eût pas eu lieu s'il eût
compofé ce Difcours à une époque plus
reculée. Il fut écrit huit mois avant fa
mort ; & fans doute il l'eût retouché ,
s'il eût vécu & s'il l'eût prononcé à la
Tribune de l'Affemblée Nationale. Tel
qu'il eft , il fe fera lire avec l'intérêt
attaché à tout ce qui fortait de la plume de
Mirabeau.
L'HORLOGE du Laboureur , ou Méthode
très facile de connaître l'heure de la nuit à
l'afpect des Etoiles ; dédiée à M. Gérard,
Laboureur , Député à l'Aſſemblée Nationale
de 1789. A Paris , de l'Imprimerie
de Pellier , rue des Prouvaires , N. 61 .
CETTE idée ingénieuſe eft affez bien
développée par l'Auteur , dans une Brochure
in-4° . de quatorze pages ; il a joint au texte
- deux Planches & une Table qui préfente
l'heure & le quantieme du mois auxquels
les Etoiles fe montrent le matin ou le foir ,
au Méridien fupérieur & inférieur. On
voit au Frontifpice un Laboureur qui indique
l'heure à un autre , en lui défignant
du doigt une Etoile qui paffe au Méridien
: de l'Equateur célefte . Les douze Signes
du Zodiaque & les autres Conftellations
de notre hémifphere boréal , font tracés
fur le Planifphere mis à la fin de ce petit
.
2
DE FRANCE. 33
Ouvrage. En attendant que l'Auteur ait
fait adopter l'idée de fubftituer aux figures
Mythologiques des noms chers à la vertu
& à la gloire , il a arrangé , comme dans
l'Atlas célefte de Flamfteed , les Etoiles
qui forment une Conftellation fur les lignes
de triangles ou de parallélogrammes ,
où l'on reconnaît auffi bien l'ordre qu'elles
gardent entre elles , que dans l'ancienne figure.
Il n'a point négligé non plus de rendre
affez exactement leurs différentes grandeurs.
Le limbe du cercle du Planifphere
porte les noms des douze mois de l'année
, correfpondans aux douze Signes, ainfi
que les vingt-quatre heures du jour Aftronomique,
formé par la révolution réelle de
la Terre autour du Soleil, ou la révolution
apparente du Soleil autour de la Terre.
On compte , comme cela fe doit , les mois
& les heures de droite à gauche , tant fur
le Planifphere que fur une Zone placée
au deffous , & qui le développe le long de
la ligne Equinoxiale , partagée en 360 degrés
,
nombre que fa commodité a fait
adopter par nos peres , qui cherchaient le
plus divifible fans fractions.
On eft bien aile de voir à la tête de cette
Brochure le nom d'une espece de Patriarche
, qui , après avoir paffé des jours auffi
laborieux que purs fous le même ciel que
nous , habitans des villes , ne voyons, pour
ainsi dire , qu'à la dérobéc , eft venu fiéger
H
H
34
MERCURE
parmi nos Légiflateurs , & travailler avec
eux au bonheur des campagnes , oubliées
de prefque tous les Gouvernemens , qui
n'y fongent que pour en tirer des impôts
exceflifs .
NOTICES.
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire de 1789. A
Paris , chez Brunet , Libr. rue de Marivaux ,
place du Théâtre Italien . 4 Vol . in - 8 °. Prix ,
4 liv . Par une Société de Gens de Lettres .
Ces quatre Volumes contiennent l'Hiftoire
de ce qui s'eft dit & paffé de remarquable dans
le cours de cette année , la critique ou l'apologie
des morceaux de Littérature , & c. Les Atteurs
, dans tous les cas , ont eu de quoi s'étendre
; auffi n'ont-ils rien épargné pour rendre
ces Mémoires piquans.
Le Gilblas Allemand , ou Aventures de Pierre
Clans. 3 Vol . in- 12 . Prix , 4 liv. A Paris , chez
Brunet , Libr. Place du Théâtre Italien .
L'Auteur de ce Roman eft M. de Kuiagge ,
connu par d'autres Ouvrages digres de leur
fuccès. Si l'on n'y trouve pas le piquant & la
gaîté du Gilblas Efpagnol , les traits moraux y
Tent abondans , comme dans la plupart des Compofitions
Germaniques , & n'en ont pas la pefanteur
ordinaire.
DE FRANCE.
35
L'Esprit dupe du Coeur , ou Hiftoire véritable
du Philofophe Towler , écrite par lui - même.
Ouvrage édifiant & orthodoxe. 2 Vol . in- 12 ;
avec cette épigraphe :
Apprends qu'un homme fans vice
Eft un homme fans vertu .
".
A Paris , chez Lavillette , Libr. rue du Battoir
N°. 8. Prix , 4 liv.
Cet Ouvrage , écrit avec une forte de grace
& une teinte de Philofophie , peut plaire à plus
d'une claffe de Lecteurs.
Petit-Jacques & Georgette , ou les Petits Montagnards
Auvergnats ; par l'Auteur de Lolotte &
Fanfan, & d'Alexis ou la Maiſonnette dans le Bois.
( Allez, pauvres orphelins ! tâchez d'a tendrir
les coeurs fenfibles , & de rencontrer quelque
part la paix & le bonheur...)
4 Vol. in-12 , avec Fig. Prix , s liv. brochés. A
Paris , chez Maradan , Libr. rue du Cimetiere
Saint- André- des - Arts , N ° . 9 ; Perlet , Libr-Imp.
Hôtel de Châteaux- Vieux , rue Saint-André - des-
Arts ; Blanchon , Libraire , même ruę , N° 12' ;
à Genêve , chez Barde , Manger & Compagnie ,
Lib. & Impr.; & à Bruxelles , chez le Charlier ,
Libr . de la Cour.
Ce Roman , d'un ftyle fimple & attachant ,
ne le cede en rien aux deux premiers du même
Auteur , & ne peur qu'ajouter à fa réputation.
Nous reviendrons inceflamment fur cette production
agréable.
36 MERCURE
DE
FRANCE
.
MUSIQU E.
Concerto en Pot-pourri fur des Airs connus
compofé pour Violon principal & à grand orcheftre
; par M. Dufreine , Amateur , & arrangé
pour le Piano-Forté , par M. Lemierre fils ; @uv.
2c. Prix , 6 liv. A Paris , chez M. Duricu , rue
Dauphine , à côté de la rue Chriftine , au Goût
du jour , N. 40 .
A VIS.
Mlle . J. ANTEAUME , après beaucoup de recherches
& d'épreuves , eft parvenue à découvrir
'une Pommade qui reint , pour la vie , dans une
feule féance de deux heures , les cheveux roux ,
gris & blancs , en noir , brun & châtain , ainfi
que les fourcils & cils. Cette Pommade , appreuvée
par la Faculté & la Société Royale de Mé--
decine , ne tache ni le linge ni la peau , & ne
contient rien de nuifible à la fanté.
:
Ladite Demoifelle continue de teindre les
cheveux , moyennant des arrangemens convenables
elle prie les perfonnes qui lui écriront ,
d'affranchir leurs lettres , & de fe repofer fur
fon exactitude. Prix des Pots , 6 liv. & livres.
Mlle. Anteaume demeure rue des Rofiers , la 2e.
porte cochere à droite par la Vieille rue du Temple,
TABLE.
LE Refrain du Camp. 3 Trevail.
L'Ecole de l'Amitié ze . P. 5 L'Horloge.
Charade, En. Log. 27 Notices.
32
34
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 10 DÉCEMBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
A MADAME DE V ***
SUR la Calomnie & le Calomniateur.
LE fentiment , la douceur , la raifon ,
L'efprit qui plaît & ne bleffe perfonne ,
Grace fans fard , & vertu fans jargon ,
Vous avez tout ; vous êtes Belle & Bonne.
Vous cultivez les Arts & l'amitié ;
Votre coeur s'ouvre à la douce pitié ;
Et vous voulez encor qu'on vous pardonne !
Notre Apollon , bienfaiteur des Humains
Qui , dans leur ame a verfé la lumiere ;
Notre Apollon qui , par vos jeunes mains
Vit embellir la fin de fa carriere ;

Ce demi-Dieu que nous nommons Voltaire ,
Doit à vos foins tendres , confolateurs ,
L'Apothéose & des adorateurs :
Et vous voulez charmante Belle & Bonne ,
Et vous voulez encor qu'on vous pardonne !
N°. 5o. 10 Décembre 1791 . C
MERCURE
Mais entendez l'harmonieux concert
Des mille voix qui chantent vos louanges.
De vos fuccès l'Envie a trop fouffert ;
C'eft aux Dénons à blafphé ner les Anges.
I eft un lourd & venimeux frêlon
Qui , fur les fruits des talens , du génie ,
Va tout flétrir de fon fale aiguillon :
Sancho- Pança de l'Ariftocratie ,
Paris le fifle , & Coblentz le rénie.
Eh ! quel remords a -t-il jamais fenti !
Faîcheur de Flore , accords de Polymnie
Vers de Delille , accens de Baletti ,
A fon oeil louche , à fon coeur abruti ,
Tout eft fupplice : il dénigre , il dénigre
Avec la joie & le ton di Bouf- Tigre.
Du refte il n'eft méprifable à demi .
Chaffé par- tout , fans parens , fans ami ,
Par les Huifiers pourfuivi dans les rues
Et ne perdant que des femmes perdues :
Honni , rofflé pour les chanfons d'autrui
Efcroc d'efprit , d'argent , rien n'eſt à lui.
Voilà quel eft , aimable Belle & Bonne ,
De vos vertus le lâche détracteur ;
Et dans la rage où fon coeur s'abandonne
Vo là les traits du Calomniateur .
Méprifez donc , ame pure & fublime
Méprifez donc fes efforts impuiffans ,
Ses plats rébus , fa fureur anonyme.
A ce ferpent laiffez ronger la lime ;
Il doit y perdre & fa peine & fes dents.
(Par un Abonné, )
"
Quand on fait de fi jolis vers , & qu'on défend
une fi bonne caufe , nous ne concevons pas ce qui
peut engager à garder l'anonyme . ( Note des Réd. )
BIBLIOTHECA
REGIA
MONAGENSIS.
DE FRANCE. 39.
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LEE
mot de la Charade eft Murmure ; celui
de l'Enigme eft Emigrant ; celui du Logogriphe
eft Fraiſe fruit ) , Fraiſe à mettre au
cou , Fraife de veau , Fraife , lime ronde
d'Horloger , Fraife de baſtion . On y trouve
Frais, Ris, Air, Frife, If, Si, Sire.
CHARADE.
CELUI quitrop fe li re aux coups de mon premier ,
Qui, du matin au foir , ne fait que mon dernier ,
Finira , tôt ou tard , par trouver mon entier.
( Par M. Guibert. )
ÉNIGM E.
CELUI qui détruit tout eft celui qui m'engendre ,
Pourvu qu'on fache l'art de ménager le vent ,
Et que par un fouffle favant
On tire mon corps de la cendre .
( Par M. Lapert. )
C 2
40
MERCURE
JE
LOGOGRIPHE.
A Mlle. P ......
E veux bien , cher Lecteur , pour ton amuſement,
Détailler les beautés qui compofent mon être.
Si par un jufte arrangement
Tu parviens à me reconnaître ,
Tu conviendras affurément
Que je forme à tes yeux un enſemble charmant.
J'offre dans mes fept pieds une Cité de France ,
Un Roi brave & galant jadis y prit naiffance ;
Ce qui fervit à faire un tiſſu bienheureux
Qui touche de mon corps les contours gracieux;
Puis cet autre tiffu que forma la Nature ,
Et dont la blancheur fait ma plus belle parure ;
Ce teint inanimé dont la trifte couleur
Fait admirer du mien l'éclat & la fraîcheur ;
Vois-tu de- mes habits cette légere trace
Que la Mode & Zéphir font flotter avec grace
Enfin chez les Romains tu connais cet Auteur
Dont Buffon fut chez nous l'heureux imitateur
Dans la Nature il vit un plan ſublime & fage
Il en verrait en moi le plus charmant ouvrage.
(Par un Abonné. )
DE FRANCE. 41
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
MA RÉPUBLIQUE ; Auteur PLATON ,
Editeur J. DE SALES ; Ouvrage deftiné
à être publié l'an 1800. 7 Vol. in - 18 ,
imprimés avec les caracteres de Didot aíně.
Prix des 7 Volumes en papier ordinaire,
11 liv. en papier fin, 17 liv. 10f. & avec
le même papier , feuilles choifies , liffé &
fatiné, & broché en carton , 21 livres. Se
trouve à Paris , au Bureau , rue du Fauxbourg
St - Denis , No. 55 , au soin de la
rue de Paradis.
UN Homme de Lettres diftingué eut
le courage , il y a dix ans , de faire luimême,
dans le Journal des Savans , l'analyfe
de fon Hiftoire de Charlemagne : c'était
une analyſe du bon ton ; elle était dans le
goût de Bayle & de Bafnage ; le plan y
était fidélement tracé : on n'y voyait ni
critique ni éloge ; mais l'homme de goût ,
en la lifant , preffentait ce qu'on devait
louer ou blâmer dans l'Ouvrage. Cette
nouveauté fut applaudie , & , fuivant l'ufage
, elle ne fut point imitée.
Je n'ai pu jufqu'ici , comme je l'aurais
défiré , imiter de loin l'Hiftorien de Char-
C 3
42 MERCURE
lemagne , parce qu'on ne pouvait , fous un
Gouvernement oppreffeur, rendre compte
de la Philofophie de la Nature , & qu'on
n'a pas voulu laiffer annoncer l'Hiftoire des
Hommes ; mais je me dédommage aujourd'hui
de ce filence de dix ans , en analyfant
un Ouvrage de Platon , qui a parlé à mon
coeur , & , j'ofe le dire , à celui de tous les
gens de bien qui en ont lu les trois premiers
Volumes .
Il ne fera point queftion dans cette analyfe
de mérite ou de difconvenance littéraire.
Il s'agir bien d'être Homme de Lettres
quand on eft en préfence de la majeſté
des Loix , de pefer des mots dans la balance
du goût , lorfqu'on doit difcuter de
grandes théories fur lefquelles repofe la
paix du genre humain !
C'était un beau Génie que ce premier
Platon , qui traça en dialogues penſés avec
profondeur , & écrits avec grace, le plan
de la plus parfaite des Républiques ! Le
nouveau Platon , qui s'annonce pour n'avoir
de l'ancien que fon ame fenfible &
fon enthoufiafme pour la vertu , eft parti
de l'idée primitive du Difciple de Socrate ,
pour fonder, fur les bafes éternelles de la
morale & de l'harmonie des êtres , le plan
de tout Gouvernement qui a le courage.
de s'entourer des lumieres..
Cet Ouvrage porte le nom de République
comme les Dialogues du premier
s
DE FRANCE. 43
Platon , parce qu'on a ramené à fes élémens
philofophiques ce mot dont le fens
a été perverti dans nos Grammaires. En
effet , tous les Gouvernemens font fondés
fur la force publique ; doivent avoir pour
but l'intérêt public , & méritent aufli également
le nom de Républiques.
Ainfi s'explique la contradiction appafente
du titre de République donné à l'Ouvrage
qui annonce avec le plus d'énergie
& de feu , que le Républicanifme eft le
fléau des Monarchies.
Platon, qui voulait bâtir fon édifice politique
fur le roc , s'eft emparé de la nature
de l'homme , & l'a fuivi dans toutes
fes modifications fociales , pour y affeoir le
fondement de toutes les Légiflations .
و
Sa maniere d'enviſager ces grandes queftions
élémentaires , n'a aucun rapport avec
ce qu'en ont publié les Publiciſtes &
même les Philofophes . Il peut avoir eu
tort de s'être écarté des routes vulgaires ;
mais il a du moins le mérite d'être neuf :
il a jeté , par exemple , comme un aliment
à la critique , & peut-être à une critique
fage , fon Chapitre des Trois Morales
celui du Droit de conquête dans des Régénérateurs
, & fur-tout la Théorie de l'Infurrection.
Au milieu de ces grandes fpéculations
fur le pacte focial , Platon a rencontré la
Révolution Françaife , & il s'en eft faifi .
C 4
44 MERCURE
Il fentait combien fon Ouvrage acquerrait
une forme attrayante , s'il pouvait mettre
une théorie abftraite en regard avec une
Conftitution qui s'élevait lentement de
ta fange du Defpotifme à la hauteur de
l'entendement de Socrate. Ce parallele of
frait d'autant moins d'épines , que nos
Régénérateurs , ainfi que le Vieillard du
Péloponnefe , l'annonçaient pour ne confulter
qu'une raifon mûrie par les Siecles ,
dans! ' organifation de leurs Gouvernemens ;
l'Auteur de la République & ceux du Code
Français , femblaient également perfuadés
que le Légiflateur qui a eu la fageffe de
ne lier fes Loix qu'avec le ciment de la
raifon , bâtit pour l'éternité.
Ce parallele , ou ce contrafte ( car quel
quefois Platon eft feul de fon avis ) a fait
naître fon tableau de la France à l'époque
de la Révolution ; fon Hiftoire raifonnée
de l'Infurrection Parifienne , des
Comités des Recherches , de la deftruction
de la Nobleffe & du Clergé , de la nuit
dès facrifices , & de celle des régicides :
il prend la Convention Nationale à la naiffance
, & la fuit dans tous les événemens
de fon regne jufqu'à la mort.
La Convention Nationale , arrêtée dans
le cours de fes travaux , par les derniers
foupirs d'un pouvoir ufurpateur , par les
factions qui la déchiraient , & , j'ofe le
dire , par fon inexpérience dans l'art fu-
1
DE FRANCE. 45
blime des Légiflations , n'a pas fait tout
ce qu'elle pouvait faire ; elle a même fait
quelquefois le contraire de ce qu'elle avait
promis aux lumieres. Platon , qui femble
n'avoir écrit que pour un Siecle qu'il ne
verra pas , a la témérité générale de refaire
cette partie du moment de la Liberté ; &
voilà l'origine de fes deux tableaux d'une
Révolution qui n'aurait eu que la raifon
pour agent & pour modele.
Un des Chapitres de la République , où
la génération préfente abandonnera le plus
aifément le Philofophe Grec , eft celui qui
renferme l'examen philofophique de la Déclaration
des Droits de l'Homme . Je n'ai à
cet égard qu'un voeu à faire ; c'eft que la
génération préfente , libre & tranquille
ait raifon contre la génération qui doit la
fuivre c'est que Platon , revenu de fa
longue erreur & mourant au fein de la
France heureufe qui l'a adopté , brûle luimême
fur l'Autel de la Patrie cette partie
de fa République .
:
,
Si ce Chapitre effraie un Civifme vulgaire
, notre Philoſophe a eu la générosité
de mettre l'antidote avant le poifon ; car
il a fait précéder l'Examen de la Déclaration
des Droits , de l'apologie la plus forte
qu'on ait faite encore de la Convention
Nationale.
En général , fi quelque chofe peut difpofer
à l'indulgence des hommes qui s'hoMERCURE
norent du titre de Citoyens Français , c'eft
la franchiſe impartiale qui fenible carasrérifer
cet Ouvrage ; c'eft fen éloignement
de toute critique qui ne flétrit que les
.perfonnes ; c'eft l'efprit de mod ration &
de paix qui y refpire à chaque ligne : par
exemple , on ne verra pas fans furpriſe
que Platon , traitant de la Révolution de la
France , au fein des orages politiques qui
la déchiraient , ait écrit fept Volumes fans
qu'il ait laiffé échapper une feule fois les
mots de Démocrate & d'Ariftocrate.
Cependant cette modération n'eft pas de
la faibleffe. Nous vivons , comme je l'ai
obfervé dans la Préface , au milieu de
Scetes ardentes à fe détruire , & le Livre
de Platon les attaque toutes : il fait luire
un jour terrible fur toutes les erreurs dont
la France s'enivre ; il plane , comme le
Héros d'Andromede , fur toutes les chimeres
, afin de les anéantir..
Et qu'on ne croye pas qu'en préfentant
avec un doute raifonné les idées nouvelles
du Philofophe Grec , je cherche à me dérober
à un danger qu'il provoque & qui
l'honore. Platon , tout perturbateur qu'il
s'annonce des jouiffances anti- patriotiques,
n'eft pas le feul de fon opinion. Il a écrir
d'après fon ame , & moi je fais gloire de
penfer d'après la fienne : je diffimulerais,
en vain que j'adopte tous les dogmes defon
Evangile ; & s'il exiftait encore de ces
1
I
DE FRANCE. 47
.hommes terribles , qui ne veulent éclairer
les Nations qu'avec les torches des incendies
, ils auraient le droit de confondre
l'Auteur & l'Editeur , & de prendre deux
victimes.
J'ai terminé le tableau philofophique de
Platon , & j'allais oublier fa bordure. Le
Sage a une fille , du nom d'Eponine , joignant
les graces de fon fexe à la force
d'ame du nôtre , & jetée ainfi dans le
moule de ces Héroïnes dont la Grece anrique
s'honorait ; qui , après s'être offertes
de leur vivant à l'idolâtrie des Peuples
juſtifiaient encore par la mémoire de leurs
vertus leur apothéole . Ce n'eft point à moi
à décider fi ce grand caractere eft toujours
foutenu , s'il eft dans nos moeurs , & furtout
s'il n'affaiblit pas, par une forme trop
dramatique , la chaîne des grands principes
fur l'organiſation fociale , qui ne femble
comporter qu'un long & févere monologue.
Tout ce que je puis affurer ici , c'eft que
les Aventures d'Eponine font liées effentiellement
avec l'Hiftoire de la Révolution
Françaiſe , & la teinte de vérité qui les
anime a bien été reconnue par cette foule
de Lecteurs qui ont honoré des pleurs du
fentiment les infortunes de l'Héroïne : car
je ne dois pas diffimuler le feul encou
ragement que j'aye reçu , & le feul peutêtre
digne de ma fierté ; c'eft que je n'ai
trouvé aucune ame fenfible qui n'ait pris
€ 6
48 MERCURE
pour un Roman moral les Mémoires d'Eponine
, comme je n'ai rencontré aucun
efprit jufte qui ait regardé comme un Roman
philofophique la chaine d'idées heureufes
fur la Liberté Françaife , que Platon
appelle fa République .
Cet Article eft de M. de Sales. )
VARIÉTÉ S.
RÉPONSE A UN ANONYME.
IL eft auffi rare , MONSIEUR , de répondre à
une Lettre anonyme que difficile de mettre
l'adreffe fur la Réponſe . Je réponds néanmoins
à votre Lettre , parce qu'elle exprime quelques
fentimens d'un Ordre que j'ai toujours refpecté ,
& que je refpe&terai toujours . Je me croirais
dur envers vous , fi je ne vous pardonnais dans
votre malheur d'être injufte envers moi .
Il n'y a pas tant de contradiction que vous
le penfez entre le paffage , cité dans le Mercure ,
d'une Lettre de M. Chabanon , & la douleur
profonde , même accablante , dont on l'a vu pénétré
, à l'affreufe nouvelle des défaftres de St-
Domingue . Eh ! pouvait-il ne pas l'être , dans
le malheur de fa famille qu'il chérit , de plufieurs
de fes amis dignes de fon attachement ,
d'un grand nombre de fes Concitoyens Colons ,
connus par leur humanité envers leurs Efclaves ,
enfin de fa Patrie commune , la Métropole fur
DE FRANCE. 49
- laquelle définitivement retombera une partie de
ces calamités Le lien qui accorde des fentimens
qui vous paraiffent oppofés , eft le fecret
des ames telles que la fienne. Par malheur le
nombre n'en eft pas grand ; & pour le rendre ,
ce lien , viſible à tous les yeux , il eût fallu tranſcrire
, non quelques lignes d'un paffage ifolé ,
mais la Lettre même qui méritait d'être imprimée
toute entiere . Répétez - moi qu'il a pleuré ,
abondamment pleuré , qu'il eft encore plongé
dans la plus amere affliction , ce n'eft pas moi
que vous étonnerez . M. Chabanon n'eſt pas de
ceux dont on excufe la dureté envers autrui par
celle dont ils font pour eux-mêmes , & je n'ai
jamais connu d'homine qui , en fe féparant de
foi , confervât pour les autres une fenfibilité fi
vive , fi prompte & pourtant fi durable . Je penſe
donc comme vous , MONSIEUR , qu'il n'y a perfonne
, fans exception , qui fcit plus touché que
lui des malheurs récens dont gémiffent tous les
amis de l'humanité . Mais je crois fa douleur
d'un caractere très - différent de ce'ui que vous
fuppofez . J'en dis peut - être trop pour vous ,
MONSIEUR , fi vous ne le connaiffez pas ; mais
pour ceux qui le connaiffent comme moi , je
n'en dis pas affez.
Je ferai court fur l'article de votre Lettre qui
m'eft perfonnel. Je me crois difpenfé de vous
prendre pour Juge de mes principes fur la Révolution
, fuffiez - vous ou cuffiez - vous été Légiflateur
; ils tiennent à un genre de fentimens
qui paraiffent vous être peu connus , & à des
idées qui probablement ne vous font pas affez
familieres pour ne pas vous fembler un peu chimériques.
Mais , en me renfermant dans le matériel
des faits , trouvez bon que je vous demande
fi , dans l'énoncé le plus libre de mes
Fo MERCURE
pinions , je n'ai pas conftamment reffecté les
pe fonnes , déféré à tous les fouvenis , & f
dans le cas où nul ne s'offenferait d'une géné
roûté hornête , il exifte un feul individu qui
pût le timement fe plaindre de moi voilà fur
qoi vous pourriez prononcer , en fuppofant
qu'il vous für poffible d'être jufte . Si cette con--
dition vous paraît dure , fuppofez , ce qui vous
fe : a plus facile , que je ne vous aye rien de ~
7
mandé du tout.
CHAMFORT.
17910 Paris , le 1er. Décembre
SCIENCES ET ARTS.
M. REIGNIER l'aîné , Mécanicien à Semur en
Auxcis , Département de la Côte d'Or , connu
par un grand nombre d'Inventions utilis , &
dont la pl part ont obter u les fuffrages des Sociétés
favantes , en a deux fur- tour auxquelles
les cir onftances préfentes ajoutent un nouveau
degré d'utilité . La premiere eft une EPROUVETTE
à reflort . pour connaît e les forces relatives des
differentes poudres à tirer. Certe Machine , fons
la forme d'un pefon à reffort , peut, par fa graduation
, fervir de Roma ne. Elle fe vend 15 &
#8 liv. fuivant fon degré d'embelliffement. Elle
a obtenu l'approbation de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon .
La feconde eft un FUSIL de chaffe , à baffinet
de sûreté , qu'on peut tenir chargé dans une
voiture , fans qu'il puiffe partir accidentellement .
Le prix courant de ces fortes de Fufils , eft , pour
ceux à un coup , de S louis , & de 8 à 10
pour ceux à deux coups. Il en fait d'un plus
DE
FB
FRANCE.
haut prix, proportionnellement à la force & à la
richelle de l'ouvrage . L'utilité de cette Invention.
lui mérita , en : 781 , les éloges de l'Académie
des Scientes . La Société d'Emulation y joignit
une grat fication de 25 louis en faveur de M.
Reignier , & l'envoi d'une de fes Médailles.
Le mêne Auteur s'occupe auffi, d'autres ouvrages
qui ne font pas moins intéreflans , &
qu'on peut le procurer en ' s adreffant directement
à lui , ou à MM, Fefart & Comp. Négo iaus à
la Gerbe d'or , rue St-Denis , à Paris . Telles font
1. SERRURE DE COMBINAISON , à l'abri des
roffignols & des faufles clefs . La sûreté de cette
Serrure eft telle que l'Ouvrier même qui l'au air
faite ou réparée , n'aurait pas plus de facilité pour
L'ouvrir que celui qui nen connaîtrait pas le
mécanifine. Le prix eft de 100 à 120 liv. En
1777 , cette Serrure obtint la plus grande partie
des Prix propofés par la Socié é d'Emulation , &
l'Académie des Sciences en fit une mention avan-
Lageule.
2º . ANÉMOMETRE COMPARABLE , qui , par le
mécan fine d'une girouette antérieure , marque ,
dans l'intérieur d'un appartement , la force & la
direction des vents . On peut l'exécuter pour 8
ou 10 louis , ou davantage , felon l'élégance du
cadran. L'Académie des Belles - Lettres de Dijon
a fait également l'éloge le plus flat : eur de cette
Machine très-ingénieufe .
3. VERROUX DE SURETÉ à combinaifons , de
la plus grande folidité , qui peut s'appliquer aux
portes de cabinets , &c. Le prix de ces Verroux
eft de 75 liv..
4°. CONDUCTEURS DE PARATONNERRES en
fil de fer artiftenent cordelés , approuvés par M.
32
MERCURE
Franklin , & par M. de Buffon ; celui -ci en t
armer fon château de Montbard. L'expérience a
prouvé l'efficacité de ces Conducteurs. Le Sieur
Reignier a des lettres par lefquelles on lui mande
que l'on a vu la foudre fuivre ces Conducteurs
fans aucun accident , & fe perdre dans la terre
par la barre inférieure . Ces Conducteurs ſe vendent
18 à 20 fous le pied , fuivant leurs forces .
5º. CORDEAUX DE FIL DE FER pour fufpendre
folidement & avec économie les Réverberes
des villes . Ces Cordeaux fe vendent 20 fous la
toife de fix pieds , enduits d'un vernis qui les
préſerve de la rouille .
6. FUSILS A LUNETTE , à l'ufage des perfonnes
qui ont la vue courte. La lunette eft dans
la croffe , & paraît à volonté. Le prix de ces
fortes de Fufils de Maître , à deux coups , va de
10 à 12 louis .
>
7°. BRIQUETS DÉFENSIFS qui allument dans
um inftant une bougie renfermée dans une petite
lanterne à réverbere . Ce Briquet , fous la
forme d'un piftolet , préfente en avant une
baïonnette au lieu d'un canon , & la batterie
fert à allumer fubitement la bougie préparée à
cet effet dans la lanterne qui eft adaptée à ce
piftolet ; en forte que fi on était furpris la nuit
par un malfaiteur , on fe trouverait armé &
éclairé tout à la fois . Prix , 24 liv.
8 ° . PETIT BRIQUET ORDINAIRE monté de
man re à ne pouvoir fe bleffer les doigs contre
le caillou en allumant l'amadou . Prix , 24 L.
9. BOITE FULMINANTE pour détruire les
loups & autres animaux mal-faifans . Cette Boîte
renferme un piftolet à l'abri des injures de l'air ;
& par un mécanisme particulier , communiquast
DE FRANCE. 53
à la détente du piftolet, l'arme part , pour peu
qu'on touche à un fil de laiton où eft accroché
l'appât dirigé dans l'alignement du canon . Cette
même Boîte peut auffi fervir à garder les jardins ,
fi on donne au fil de laiton une longueur affez
confidérable pour régner fur un des murs par
où on préfume que l'on puiffe entrer ,
travers quelques allées du jardin : dans ce dernier
cas , il fuffit de ne charger l'arme qu'à
poudre ; c'en eft affez de l'explofion pour chaffer
le mal-intentionné . Prix , 24 liv.
ou à

10. MÉRIDIEN SONNANT à placer fur une
croifée d'appartement , préfenté , en 1783 , par
le Sr. Reignier , au Roi , qui agréa le premier
modele . Prix , 120 liv.
-MÉRIDIEN pour les jardins . Prix , 150 liv.
-MÉRIDIEN en grand , pour donner l'heure
à une ville , exécuté à l'ufage de la ville de
Semur. Le prix de cette Machine varie à raifon
de la groffeur de la cloche qui doit fervir de
timbre.
--MÉRIDIEN A BOMBE ARTIFICIELLE , qui ,
en s'élevant en l'air , annonce le midi par fon
explofion , tel que celui du Jardin Royal des
Plantes de Paris , où M. de Buffon appela le
Sr. Reignier pour l'exécution. Le prix de cette
Machine varie en proportion des formes & décorations
qu'on veut lui donner ; mais on peut
faire un fimple mécanisme pours à 6 louis.
11º. NOUVEAU LIT MÉCANIQUE , pour la
commodité des malades , à l'aide duquel on peut
les foulever en totalité ou en partie , & leur
donner différentes pofitions fans les toucher. Ce
mécanisme , qui peut s'adapter à tous les lits à
quatre colonnes , coûte 2 à 3 louis.
$4
MERCURE
SPECTACLES.
DE tous les nouveaux Théâtres qui valent la
peine d'être diftingués , le feel dont nous n'ayons
pas encore parlé ef le Théâtre de Moliere , rue
St-Martin , & c'eft cependant un de ceux qui a
le plus de droits à l'eftime publique. Ce Théâtre
parait s'ette confacié en grande partie , & plus
que tout autre , à donner des Pieces de circonftance
, des Pieces patriotiques faites pour propager
les bons principes & l'amour de la Conftitution
. De ce ger re eft un petit Ouvrage intitulé
le Fee Gerard de retour dans fa Feime .
On y préfente cet eftimable Député , rendant
compte a fa famille qui l'adore de tout ce qu'a
fait 1 Affemblée dont il était Membre . Sans avoir
l'eloquence néceffaire pour développer publiquement
& faire valoir fes principes , on voit qu'il
en a d'excellens , & la maniere naïve dont il
les expofe n'en eft que plus propre à les faire
goûter à des ames honnêtes , mais peu inftruites.
Cette Piece eft digre du Catéchisme du Pere
Gérard, que la Société des Amis de la Conftitution
vient de couronner , & qu'on doit au
patriotifine de M. Collot d'Herbois. La petite
Comédie dont nous parlons eft d'un autre Auteur
, dont on prépare au même Théâtre une
Comédie en cinq Actes. Outre fon mérite civique
, on y trouve beaucoup de gaîté , d'efprit ,
& un grand naturel ; ce qui prouve que ces deux
qualités ne s'excluent pas. Plufieurs autres Ou
vrages de ce Théâ re méritent & ont obtema
beaucoup d'applaudiffemens..

DE FRANCE. 55
La Troupe nous a paru en général compofée
de Sujets eftimables. On y diftingue l'Entrepreneur
, M. Bourfault ( ci-devant Malherbe ) , qui
porte deux noms chers au Théâtre & à la Poéfie
& qui paraît dine d'en foutenir le poids ; Mad.
fon époufe , dont la beauté eft le moindre mérite
; l'Acteur chargé du rôle du Pere Gérard ,
& plufieurs autres dont nous ignorons les noms.
La Salle eft extrêmement jolie , décorée avec
autant de goût que de fimplicité. La feule ma
gnificence qu'on y remarque , eft un fond de
glaces formant les portes des premieres & des
fecondes Loges . Elles ont l'avantage d'agrandir
la Salle à l'oeil , de multiplier les objets , & de
faciliter la vue du Spectacle aux perfonnes placées
fur les bancs de derriere Les Dames furtout
paraiffent applaudir au mérite de cette invention.
NOTICE S.
LA Gazette des Tribunaux eft un Ouvrage
dont le cours doit être univerfel : tout ce qui
peut toucher à l'Adminiſtration de la Juftice ,
Difcuffions de l'Affemblée Nationale fur nos Loix
civiles ; Ouvrages nouveaux relatifs à ces matieres
; Comparaifons approfondies du Droit ancien
& du Droit moderne ; Jugemens principaux
de la Haute - Cour Nationale , du Tribunal de
Caffation , & de tous les Tribunaux de la France
fans exception tout fera du reffort de cet Ouvrage.
Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
**
56 MERCURE
les forces d'un feul homme ; auffi l'Editeur eftil
fecondé par le zele de plufieurs Colloborateurs
remplis de talens : la partie typographique
eft furveillée par un homme connu depuis longtemps
dans la République des Lettres & comme
Ecrivain & comme Artifte , qui connaît & met
en oeuvre toutes les reflources de l'Imprimerie ;
ce dernier eft L. P. Couret , Imprimeur-Libr.
rue Chriſtine , Nº. 2 , à Paris .
On fouferit chez le Libraire & chez l'Editeur ,
Fue des Mathurins - Sorbonne , N ° . 8 , & chez
Perlet , Hôtel de Château- Vieux , rue St- Andrédes
-Arts ; 20 liv. pour l'année , 10 liv. pour fix
mois franche de port par tout le Royaume . La
Livraifon fera d'un Cahier de 24 pages par fe
maine , fans y comprendre la couverture , qui™
contiendra toujours l'annonce de tous les Ouvrages
relatifs à la Juriſprudence .
Le Fils d'Ethelwolf, Conte hiftorique ; par
l'Auteur d'Alan Fitz Osborne , &c. *
( Il n'y a point de fpectacle plus agréable aux
Dieux , que celui d'un Sage luttant contre
l'adverfité . ) Séneque.
2 Vol. in 12. Prix , 36 f. A Paris , chez Brunet ,
Libr. place du Théâtre Italien .
Ce Conte , écrit d'un ftyle élégant , mais
pourtant avec un ton de franchiſe qu'on aime
à rencontrer , même dans des morceaux d'éloquence
peut fervir d'ailleurs à nous faire connaître
des moeurs avec lesquelles nous ne ſommes
pas familiers.
?
DE FRANCE.
57
>
LE Sr. Defnos , Ing. Géog. & Libr. de S. M..
Danoife , à Paris , rue Saint-Jacques , N° . 254 ,
prévient MM. les Libraires , Mds . d'Eftampes &
Bijoutiers des Villes de France & des Etrangers
qu'il vient de mettre en vente fix nouveaux Almanachs
pour l'Année 1792 , qui , réunis à fa
Collection , la complettent à cent , compris ceux de
Géographie & d'Hiftoire. Ces Almanachs , pour
n'être pas confondus avec les autres , feront
compofés de 96 pages d'impreffion , de Chanſons ,
Ariettes , Vaudevilles , avec les Romances d'Eftelle
; ils feront enrichis de douze Gravures , à
côté defquelles les Chanfons analogues feront
gravées en taille-douce , avec pertes & gains , &
un ftylet pour écrire , qui en fait la fermeture ,
relié en maroquin , du prix de 4 liv. 10 f. pour
Paris , & de 5 liv. pour les Départemens , rendu
franc de port. Ceux qui défireront s'en procurer
, n'auront qu'à les défigner par leurs Numéros
fous lefquels ils fe trouvent dans le Catalogue
qui fe diftribue gratuitement , avec celui des
83 Ecrans Nationaux Géographiques renfermant
chacun un feul Département , qui fe vendent 30 f.
Les perfonnes qui par l'éloignement des lieux
feront embarraffées pour le choix de ces Almanachs
, pourront s'en rapporter à lui , il ne leur
enverra que des choſes honnêtes inftructives
curieufes & agréables.
? 3
Ledit Libraire affure aux Commerçans un
remiſe honnête fur le prix ; il donnera en fus à
ceux qui en prendront 12 , le 13e, gratis : il faut
que les demandes en foient faites avant le 20
de ce mois ; il n'en fera pas relié plus que le
nombre de ceux qui fe feront faits inferire d'ici
à ce temps-là : les lettres non affranchies ne feront
pas reçues .
58
MERCURE
Siecle de Louis XV1 , par J. J. Reghault ;
Tome Ier.
( L'amour de mon pays , la Liberté m'inſpirent
les grandes vérités que je vais raconter....)
Le croirez-vous , races futures ?
Se trouve à Paris , chez Cuffac , Libr. au Palais-
Royal,
mais
L'Auteur , dans cet Ouvrage , remonte à l'origine
de la Monarchie , & paffe en revue ,
rapidement , les diverfes époques où le Gouvernemert
était obligé de fe plier aux formes que
les Miniftres régnans , foit Laïcs , foit Eccléfiaftiques
, voulaient affigner à chaque partie d'Adminiftration.
Cet Ouvrage , entrepris par un ami
de la Révolution & de la Liberté , fera plaifir à
tous ceux qui partagent fes fentimens. Il eft propofé
par foufcription .
Entretiens patriotiques fur la Conflitution civile
du Clergé , où la Religion & la raifon vengent
des outrages de l'ignorance & du fanatifme les
Prêtres & les Citoyens qui ont juré ou qui jureront
dans la fuite la Conftitution Françaife , & c.
Volume in- 8 °. de 300 pages. Prix , 2 liv. 8 fous
broché , & 3 liv. franc de port par la Pofte . A
Paris , chez Buiffon , Imp- Lib. rue Haute-feuille ,
No. 20.
Cet Ouvrage , en forme d'Entretien entre un
Curé & un Catholique , eft fait pour faire fentir
que l'Affemblée Nationale , en donuant une
Conftitution civile au Clergé , n'a réellement pas
touché à la partie fpirituelle de l'Eglife Catholique
Romaine , & doit ramener à fon efprit primitif
ceux que de faux préjugés , nés dans des
fiecles d'ignorance , en avaient en quelque forte
écartés.
DE FRANCE. 59
Voyages dans l'Ile de Chypre , la Syrie & la
Palestine , avec l'Hiftoire générale du Levant ;
par M. l'Abbé Mariti , traduits de l'Italien . 2
Vol. in- 12. A Paris , chez Lavillette , Libr . rue
du Battoir , N. 8. Prix , 4 liv . 10 f.
M. l'Abbé Mariti n'a rien oublié de tout ce qui
peut rendre ces Voyages intéreffans & inftructifs
ils offriront aux Commerçans & aux Artiſtes
des objets d'étu les , & à l'Homme du Monde des
délaffemens agréables .
MUSIQUE
Journal de Guitare , dédié aux Dames , compo
é par MM Vallan , S mon & autres . Il fera
compofé des plus jolis Ars & des morceaux de
Chant les plus nouveaux , avec des paroles choifies
, & quelques pieces agréables pour la Gaitare,
dont plufieurs auront un accompagnement
de Violon. Prix de l'Abonnement , 12 liv. pour
Paris , & liv . pour les Départe nens . On recevra
une Feuille par femaine ; on pourra s'abonner
pour 3 , 6 ou 9 mois . Chaque Fuille
féparée fe vend 8 f On foufcrit chez M. Durieux
, Md de Mufique , rue Dauphine , près la
rue Chrift ne .
Airs du Mari Directeur , en partition , mufique
de M. Porro. Prix , 2 liv. 8 fous . A Paris , chez.
l'Auteur , rue Tiquetonne , No. 10.
60
MERCURE DE FRANCE.
A VIS ..
ÉTANT inftruits que des mal - inténtionnés
veulent corrompre
le fens de l'Almanach
du Pere
Gerard , dans des Contrefaçons
, & y inférer des principes qui ne font point ceux des Amis de la Conftitution
, on prévient le Public de fe tenir
& que les en garde contre cette manoeuvre , diverfes Editions faites fous les yeux de l'Auteur
, M. COLLOT D'HERBOIS , ne fe trouvent
qu'au Secrétariat
de la Société des Amis de la
Conftitution , rue Saint-Honoré ; au Bureau du
Patriote Français , rue Favart , N ° . ;; & chez
Buiffon , Libraire , rue Haute- feuille , N°. 20 ,
à Paris.
Les Sociétés d'Amis de la Conftitution , & les
Libraires qui voudront débiter les véritables
Editions , font priés de ne fe fournir qu'aux
adreffes ci-deffus .
-
Nota. Le Sr. BUISSON a fait faire auffi une
très jolie Edition de cet Almanach , avec Fig.
format in-32 , femblable à celui de la petite
Edition de la Conftitution , qui fe débite avec
tant de fuccès. Piix , 12 f . papier ordinaire , &
24 f. papier vélin . Il en coutera 20 f. pour
recevoir , francs de port par la Pofte , 12 Exemplaires
de cet Almanach , petit format in- 32 .
-
TABL E.
A▲A Mad. de 1 ***. 37 Pariétés.
Charade , Enig. Logog. 39 Spectacles.
Ma République.
4 Notices.
48
54
55
18
461
MERCURE
FRANÇAIS ,
POLITIQUE , HISTORIQUE
ET LITTÉRAIRE ;
COMPOSÉ par M. DE LA HARPE ,
quant à la partie Littéraire ; par M.
MARMONTEL , pour les Contes ; & par
M. FRAMERY , pour les Spectacles.
M. MALLET DU PAN , Citoyen
de Genève , eft feul chargé du Mercure
Politique & Hiftorique.
SAMEDI 17
DÉCEMBRE 1791 .
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou ;
rue des Poitevins , No. 18 .
AVIS.
LE prix de l'Abonnement eft
actuellement de 56 livres , franc
de port pour les Départemens ,
l'Affemblée Nationale , par un Décret
du 17 Août 1791 , ayant
doublé le port de ce Journal ; &
l'Abonnement pour Paris eft toujours
de 33 livres.
HIBLIOTHECA
REGIA
MONACINSIS
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 17 DÉCEMBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
PORTRAIT DE L'AMOUR.
·LE
E petit Dieu , dont Vénus eft la mere
De tous les Dieux eft le plus redouté :
Il regne au Ciel , il commande à la Terre ,
Tout eft foumis à fon autorité.
Nourri de fraude , il aime le myftere :
Il hait le Cloître & fa févérité ;
S'il y paraît c'est par malignité ,
C'est pour troubler toujours fa Regle auftere .
Petit Tyran , petit enfant gâté,
De fon penchant il fait fa Loi premiere :
Il ne fe fert que d'une arme légere ,
Un dard fuffit à fa dextérité.
Il hait des Cours le fafte tant vanté ,
Il aime mieux le toit dune Bergere ,

D 2
64
--MERCURE
Les champs , les bois dans leur fimplicité ,
Que tout l'éclat de la richeffe altiere.
Un coeur fuffit à fa félicité ;
Et quand l'objet que fon ardeur préfere
N'aurait ni biens , ni rang , ni dignté ,
Et pour
Fût-il vêtu d'une
laine groffiere
,
abri pas même une chaumiere ;
Fût-il de tous en tout lieu rejeté ,
Malheur qui fuit de près la pauvreté ,
Il n'en aurait pas moins l'art de lui plafre.
Ce Dieu fans doute aime la Liberté ;
Mais les Sujets ne la connaiffent guere.
Jeune Guerrier , mais expérimenté ,
Qu'il eft adroit à nous faire la guerre !
D'abord foumis , humble dans fa maniere ,
Ses yeux , fon air plein d'ingénuité ,
Gagnent les coeurs par leur aménité :
On lui croirait le plus doux caractere ;
Mais qu'il eft loin , au bout de fa carriere ,
Du premier ton dont il a débuté .
Déjà ce Dieu , par l'obftacle irrité ,
Dérobe , au lieu d'attendre fon falaire,
De plus en plus devenu téméraire ,
Il brave tout , les loix , l'honnêteté ,
Les feints mépris , le dépit , la fierté ;
Heureux enfin, fa victoire eft entiere.
Mais quel ufage à préfent va-t -il faire
De ce tréfor par tant d'art acheté ?
ར་
FRANÇAIS.
Hélas ! déjà je l'en vois dégoûté.
Il part , il fuit , il revole à Cythere.
( Par M. Menoire de Villemur. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eſt Déboire , celui
de l'Enigme eft Verre , & celui du Logogriphe
eft Pauline , où l'on trouve Pau , Lin ,
Peau , Pále , Phi , Pline.
CHARA D E.
A répéter mon premier vous engage ;
Mon fecond d'une ville exprime le pillage ;
Quant à mon tout , c'eſt mon dernier
Multiplié par mon premier.
JE
( Par un Abonné. }
ÉNIGM E.
E fuis au rang des morts en fortant de ma mere ;
Je vis après pour être dans le temps
Le mari de ma foeur , ou femme de mon frere ,
Selon la loi de mes premiers parens .
Par un Abonné. >
D 3
66 MERCURE
LOGO GRIPHE.
LECTEUR,
ECTEUR
, je fuis mâle
ou femelle
Selon
le nom dont on m'appelle
;
Mais comme je te crois du genre maſculin ,
J'adopte en ta faveur le genre féminin ;
Auffi regarde- moi déſormais comme telle.
J'ai pour frere un Tyran qui foumet à fes Loix
Moins encor les Bergers que les Grand's & les Rois ;
Ce freie eft le Défir , qui dévore & déſole ;
Plus fenfible que lui , je flatte & je confole ;
Trop fouvent les tourmens ont pour lui des
La paix & les plaifirs accompagnent mes pas ;
Du fert des malheureux j'adoucis la triſteffe ;
Des Amans dédaignés je foutiens la tendreſſe
Fût-on déçu par mes erreurs
Même en les connaiffant , elles ont des douceurs.
>
Mais , Lecteur , tu penfes peut-être
appas
;
Que je me peins trop mal pour me faire connaître e
Eh bien ! tu trouveras en me décompofant
Un mot que l'on confacre à l'arbriffeau rampant
Qui donne au fortir de la treille
Le jus délicieux qui t'anime & t'éveille ;
Ce que peut -être en moi tu vois en ce moment ;
Le membre extérieur d'un vafe domeftique ;
La liqueur qui plaît tant à tous gens de pratique ;
Ma derniere partie , avec un feul accent ,
Enfin forme le nom d'un Abbé pénitent.
FRANÇAIS. 67
NOUVELLES LITTÉRAIRES .
LA Vie de JOSEPH Second , Empereur
d'Allemagne , Roi de Hongrie & de Boheme
; ornée de fon Portrait , & fuivie de
Notes inftructives ; in - 8 ° . A Paris , chez
Cuchet , Libraire , rue & Hôtel Serpente.
LE caractere du Monarque & la nature
des événemens de fon regne , tout concou →
rait à faire de la vie de Jofeph fecond un
fujet très intéreffant dans les mains d'un
homme qui aurait mérité le titre d'Hiſtorien
; c'est-à-dire , qui aurait fu penſer &
écrire. Jofeph , fans être un grand homme ,
- n'était sûrement pas un homme ordinaire ,
& ne fera jamais confondu dans la foule des
Rois. Il avait de grandes qualités , une
activité prodigieufe , l'amour de l'ordre &
de l'équité , la paffion du travail , la haine
des abus , le déſir du bien public ; il ſavait
employer les hommes , les animer , les
récompenfer. C'eft avec tous ces moyens
qu'il briguait ardemment & qu'il obtint, à
beaucoup d'égards , la gloire d'un réformateur.
La fervitude & les corvées abolies
dans les Etats héréditaires , la fuppreffion
D 4
68 MERCURE
de nombre de maiſons religieufes , & l'application
de leurs revenus à des objets d'utilité
, les encouragemens donnés au Commerce
, des réformes dans les Loix civiles
& criminelles , qui étaient au moins aufſi
vicieuſes que les nôtres ; d'heureux efforts
pour extirper le fléau anti-focial de la mendicité
, le maintien de la difcipline dans les
armées , l'amélioration des études dans les
Ecoles , font des titres qui honorent fa
mémoire , & qui ne peuvent pas être effacés
par tous les reproches que l'on peut
joindre aux louanges qu'il a méritées.
Il cft vrai , en effet , qu'en confidérant
le revers du tableau , bien des torts , bien
des fautes , bien des erreurs lui firent payer
cher ce glorieux nom de réformateur , en
l'empêchant de remplir cet emploi avec toute
la mefure convenable ; & ce qui eft bien
pis , fes Peuples payerent encore plus cher
l'ambition qu'il eut d'être Conquérant , la
moins conciliable de toutes avec celle
d'être le bienfaiteur d'une Nation , quoique
plufieurs Princes aient voulu les réunir.
Il fut égaré par la prétention de rivalifer
avec Frédéric, & il ne s'apperçut pas
que, même en fuppofant qu'il pût foutenir
la concurrence du talent , ( ce dont il n'érait
pas permis de fe flatter légérement
& ce que dans le fait rien n'a fait préfumer
) , il n'avait aucune des excufes de
Frédéric , & que des circonstances toutes
3
FRANÇAIS.
69
différentes lui impofaient même des devoirs
tout contraires. S'il avait fu les apprécier
, il aurait vu que ce qui peut juftifier
le Roi de Pruffe , & même honorer
fon jugement , c'eft qu'il fur précisément
ce que fa firuation l'obligeait d'être. A la
tête d'une Monarchie récente , compofée
de parties disjointes , la plupart peu favorifées
de la Nature , le trouvant par hafard
héritier d'un riche tréfor & d'une grande
armée , deux fortes de forces éventuelles
& momentanées , puifqu'elles dépendent
de celui qui gouverne ; voifin d'une Puiffance
très fupérieure & naturellement prépondérante
par l'étendue & la richeffe de
fes poffeffions , il fallait fe réfoudre à n'ê →
tre qu'une Puiffance fubalterne & précaire
, ou devenir une Peiffance territoriale.
Les conjonctures s'offraient à lui
auffi favorables qu'il eft poffible fous tous
les rapports ; il en profita l'acquifition
de la Silefie , devenue la plus belle de fes
Provinces & fon meilleur rempart contre
l'Autriche , ne lui coura qu'une campagne ,
& les ci conftances le fervaient fi bien
qu'il fallur que l'Impératrice - Reine lui
cédât par un traité ce qu'il venait de conquérir
par les armes. Cependant les fuites
de cette même conquêre fi facile & fi heureufe
, pouvaient être une nouvelle lecom
pour Jofeph. Cette invafion de la Siléfie
en montrant à l'Allemagne une nouvel
DS
70 MERCUREPuiffance
qui fe rendait formidable , produifit
l'effet naturel & inévitable de toute
conquête , les alarmes & les reffentimens.
Bientôt trois Puiflances confpirerent pour
accabler la Pruffe , Frédéric les prévint &
les déconcerta par de nouveaux fuccès ;
mais d'autres ennemis fe liguerent contre
lui , & s'il n'eût pas été le plus grand
homme de guerre de fon fiecle , fi même
des hafards heureux , qu'à la vérité fon
génie & les reffources l'avaient mis à portée
d'attendre , ne l'euffent , de fon aveu ,
tiré du danger , il devenait le dernier des
Princes d'Allemagne , & livré à la merci
de ceux qui s'étaient d'avance partagé les
dépouilles , il reftait très-vraisemblablement
Marquis de Brandebourg. Ses talens & la
fortune en ordonnerent autrement ; & ayant
fu conferver , après tant de combats , &
fon armée & fon tréfor , il fe vit encore
appelé , par fon influence naturelle & par
les circonftances , au partage de la Pologne ,
& devint ainfi un des plus puiffans Souverains
d'Allemagne. Mais qui peut fe
croire fort & du même génie & du même
bonheur , qui n'arrive guere qu'au génie ?
Jofeph d'ailleurs n'en avait nul befoin.
Affez d'Etats le mettaient à portée de ne
craindre aucun voifin, & lui offraient un
champ tel qu'il pouvait le défirer pour fa
gloire de Légiflateur. Plus les Turcs
étaient faibles , plus les frontieres du Da-
0.
FRANÇAIS.
nube étaient en sûreté. L'efpoir au moins
très -douteux de les reculer pouvait- il ba
lancer tous les dangers qui le menaçaient ?
Les dépenfes énormes , une guerre toujours
deftructive dans ces contrées voisines
du Danube , renommées par leur infalubrité
, & où le fondent les plus grandes
armées , fans autres ennemis que la makdie
, & ce qui était plus décifif, la Pruffe
derriere lui avec une armée de 200,0co
hommes, fraîche & difciplinée , voyant tranquillement
fes ennemis naturels fe ruiner
& s'épuifer même par la victoire , & attendant
le moment où il lui plairait de
dicter les conditions de la paix , de maniere
à interdire tout aggrandiffement à la
Maifon d'Autriche , fous peine de voir
fondre fur elle toutes les forces d'une Monarchie
capable feule de lui en impofer :
toutes ces confidérations pouvaient- elles
échapper à Jofeph , s'il n'eût pas été aveuglé
par l'ambition ?
Pour comble de malheur , cette guerre
ne fut pas d'abord conduite plus fagement
qu'elle n'avait été entrepriſe. Il n'y eut
qu'une voix parmi tous les gens de l'art
pour blâmer un armement immenfe de
300 mille hommes & de 1200 bouches à
feu, borné à un plan défenfiffur un cordon
de 400 lieues de frontiere. Ce plan de
campagne était encore plus mauvais devant
un ennemi du caractere des Turcs , que
D 6
72 MERCURE
>
leur nombre & leur audace rendent bien
tôt redoutables , pour peu qu'on paraiffe
les redouter. Le grand Eugene avait enfeigné
la feule maniere dont il faut les
combattre. Il marchait droit aux places
fortes , sûr d'attirer à lui ces grandes armées
des Turcs qui font leur faibleffe
parce qu'elles manquent de la tactique &
de la difcipline qui décident les batailles .
C'eft ainfi qu'il arrivait promptement au
réſultat de la campagne , évitant les longs
campemens , toujours ruineux dans ces climars
, & la guerre de chicane , où les
Turcs fatigu nt leur vainqueur en fe faifant
tuer , fans que les mafficres journaliers
décident rien.
Quelque fût l'auteur de ce premier plan
de campagne ſuivi par Jofeph , on ne tarda
pas à voir combien il était funefte , & que
le meilleur moyen de garantir les Provinces:
Autrichiennes , c'était d'envahir promptement
& puiffimment celles des Turcs .
Bientôt ce cordon de défenfe fut , comme
il arrive toujours , entamé de tout côté.
Le Bannat , la Tranfilvanie furent livrés
aux plus horribles dévafta ions ; il y eur
même , malgré toute la bravoure Autrichienne
, des échecs très - fanglans , des
pertes multipliées ; on recula jufque fous
Temefwar , & les Turcs eurent tout l'avantage
de la campagn . La fuivante , dirigée
tout différemment par Laudon & le
FRANÇAIS. 73
Prince de Cobourg , répara tous ces défaltres
par des victoires . On prit Belgrade
& Orfowa , on battit le Grand Vifir ; mais
alors il arriva ce qu'on devait prévoir ; la
Pruife menaça ; & Jofeph, qui depuis deux
ans le fentait mourir , eut le chagrin , à
fes derniers momens , de prévoir que ces
triomphes feraient inutiles , & d'emporter
au tombeau le regret & peut-être le remords
d'avoir fait couler fans fruit des flots
de fang , d'avoir vu fes armées à moitié
detruites par la contagion , fes Provinces
ravagées par un ennemi qui femblait même
avoir , s'il était poffible , quelque droit
d'être barbare contre des agreffeurs injuftes.
Enfin il a fallu rendre Belgrade &
Orlowa ; & après bien du carnage , les
chofes font reftées à peu près comme elles
étaient avant la guerre , fi vous en exceptez
les hommes & l'argent qu'elle avait
courés.
Voilà de grandes fautes ; & je n'ai point
parlé de l'invafion de la Baviere , autre
faille d'ambition qui ne réuffit pas mieux,
& ne fervit qu'à manife er encore une fois
lafcendant du vieux Frédéric , & les rares
talens de fon digne frere le Prince Henri ,
qui , prefque fans combatre , rendit inutiles
toures 1s forces de l'Empereur , &
le força de renoncer à fes préventions .
Il y a une réflexion à faire qui me paraît
bien propre à arrêter les Princes ame
74
MERCURE
bitieux ; car s'ils n'ont pas de la morale ,
ils ont au moins de l'amour - propre :
l'ambition de conquérir, eût-elle du fuccès ,
eft odieufe & coupable en elle-même , &
toujours dangereufe par les fuites ; & fans
fuccès , rien n'eft plus humiliant que l'ambition
trompée. Ce n'eft pas là un jeu
égal. Faites le bien de vos Sujets , comme
Léopold fit en Tofcane : c'eft - là jouer à
jeu sûr.
-
Jofeph voulut auffi faire le bien , mais
fouvent il s'y prit mal . Sa précipitation &
fon defpotifme le jetaient fans ceffe dans
les embarras , dans les difficultés , dans les
inconféquences. Il voulait à la fois forcer
les hommes & les chofes ; il voulait que
l'exécution fût auffi prompte que fa volonté
; oubliant que la volonté ne dépendait
que de lui , & que l'exécution dépendait
plus ou moins de chofes plus fortes
que lui , des circonftances dont perfonne
n'eft maître , & du temps , qui feul peut
tout mûrir & tout achever. Toujours preffé
de commander & d'agir , avant d'avoir calculé
l'inconvénient ou l'obftacle , il s'arrêtait
, malgré lui , quand il rencontrait l'un
ou l'autre , il changeait fes opérations , il
révoquait les Edits , & perdait ainſi beaucoup
plus de temps à réparer le défaut de
prévoyance , qu'il n'en aurait employé à
prévoir il compromettait l'autorité en
altérant la confiance ; il faifait une foule
:
FRANÇA I S. 75
'de mécontens , & fufcitait une foule de
cenfeurs , faute de compofer à un certain
point avec les habitudes & les préjugés
deux puiffances qu'on n'abat point de haute
lutte , & qu'on ne foumet qu'en traitant
avec elles. C'est ainsi qu'il excita de grands
troubles dans le Brabant , pour avoir donné
trop d'importance à de petites idées , & :
avoir voulu affujettir ces Peuples à un ›
même plan d'inftruction religieufe , à une
même Théologie . Il voulut y éteindre l'efprit
dogmatique & fuperftitieux , qu'on ne
détruit point d'autorité , & il alluma l'efprit
de révolte ; ou plutôt il provoqua une
réfiſtance légitime , en violant les conventions
& les traités , fous prétexte de les
rendre plus fages & plus heureux , comme
fi un feul homme , quel qu'il foit , avait
jamais le droit de dire aux autres : Je veux
que vous foyez fages & heureux à ma
maniere. La plupart font fots , & tous font
vains ; il faut donc tâcher de les éclairer
& de les adoucir. Mais le pouvoir arbitraire
eft par lui -même fi vicieux , fi oppofé à la
Nature & au bon fens , qu'il corrompt
même l'intention du bien .
Ce qui fait le plus d'honneur à Jofeph ,
c'eftd'avoir laiffé Kaunitz dans le Miniftere ,
en montant au Trône Impérial. Pour un
Prince de ce caractere , c'était beaucoup de
fe mettre au deffus de la faibleffe jalouſe ,
& de cette crainte inquiétante pour l'amour76
MERCURE
propré , de paraître avoir un Maître & un
guide. Il relpecta du moins dans Kaunitz
la réputation du plus grand Politique de
l'Europe , & le fouvenir de fes longs
fervices , mais il ne paraît pas l'avoir affez
confulté ou affez écouté ; car certainement
Kaunitz était trop fage & trop éclairé pour
approuver tout ce qu'a fait Jofeph , & je
crois que les lumieres du vieux Miniftre
furent le plus fouvent employées à réparer
autant qu'il le pouvait , ce qu'il n'avait pu
empêcher.
Je me fuis un peu é- endu fur Jofeph ,
& d'autant plus que je répugnais davantage
à parler de l'Aureur de la Vie. Nous avons
eu d'étranges Biographes ; mais je ne crois
pas qu'il y en ait un à comparer à M.
le Marquis de Caraccioli ; c'eſt ainfi qu'il
s'intitule par un double fobriquer ; car on
fait qu'il n'est pas plus urquis mi Caraccioli
( 1 ) , qu'il n'eft Hiftorien. Mais peu
m'importe. Ce n'eft après tout qu'un
ridicule un peu plus remarquable en 1790
( date de l'Ouvrage ) , qu'il ne l'était au-
(1) Les Caracci li font une famille noble de
Niples , dont était cer Ambaffideur que nous
avons connu à Paris ; homme de beaucoup G
prit , qui ne fe confolat pas de quitter a France
pour aller occuper la pare de Vice Roi de ale,
& qui d fait que de toutes les places de monde,
celle qu'il aimait le mieux était la place Vendôme,
FRANÇAI S. 77
paravant. Ce qui peut révolter dans tous
les temps, c'eft qu'on ofe donner au Public ,
fous le nom d'Hiftoire , un tiffu d'extraits
de Gazettes , qu'on n'a pas même fu lier
enfemble ni recoudre paffablement ; où rien
n'eft développé , rien n'eft traité , rien
n'eft raconté , rien n'eft raifonné où il
n'y a pas même une date dans les événemens
les plus effentiels ; où il n'y a de
dérails que ceux d'un Gazetier fur les
cérémonies publiques en un mot , un
croquis informe , où l'on a mêlé au ftyle:
adulatoire d'un Panégyrifte mercenaire
des moralités triviales qu'on ne pafferait
pas au dernier des Rhéteurs de Collége.
Joignez à tous ces vices capitaux , qui
font le fond de l'Ouvrage , ceux de la
diction , une multitude de phraſes dénuées
defens , une foule de conftructions vicieuſes ,
& en total une ignorance honteufe de toutes
les regles & de toutes les convenances du
langage , la plus groffiere impropriété de
termes , & l'impuiffance habituelle d'exprimer
les chofes mêmes les plus communes .
Des exemples de toute efpece vont juſtifier
ce jugement.
29
Veut - on des exemples de défaut de
fens ? » Ceux qui lifent l'Hiftoire doivent
déchirer le voile des paffions , pour ne
» voir la vérité que dans la vérité même ".
Ne dirait - on pas qu'il eft poffible de la
voir ailleurs La mort , toujours aux »
78
MERCURE
prifes avec les hommes , vient troubler la
félicité de l'Archiduc , &c. «. Que fignifie
la mort toujours aux prifes avec les
»
hommes ?
"3
"
"
de
La préfence de la foeur de l'Electeur
» de Baviere fixa le coeur & les yeux
Jofeph , il la demanda en mariage ....
Mais il n'eut pour cette nouvelle épouſe
» que des attentions de bienfeance , l'Infante
» de Parme ne fortant point de fon coeur «.
Paffons fur cette jolie phrafe de madrigal
fixer le coeur & les yeux ; mais concevez ,
s'il fe peut , comment cette four fixa le
coeur & les yeux de Jofeph , qui n'eutpour
elle des intentions de bienféance , parce
que fa premiere épouſe ne fortait pas de
fon coeur. Y eût-il jamais contradiction plus
choquante ?
ور
que
Ilfaut me tuer ( diſait Marie-Théreſe ) ,
» fi l'on veut m'empêcher d'être bienfaifante ;
défaut d'autant plus excufable , qu'on le
mettrait prefque au rang des vertus ".
Qu'est-ce qui fe ferait douté que ce fût
un défaut excufable d'être bienfaiſant , &
prefque au rang des vertus ? L'Auteur a
cru peut- être parler de la prodigalité ; ce
qui eft un peu différent , & ce qui ne
rendrait pas la phrafe meilleure, car affurément
la prodigalité eft fort loin d'être une
vertu , fur-tout dans un Souverain .
"
و ر
L'Impératrice difait que s'il lui était
poffible d'ajouter à ſes momens ceux qui
FRANÇAIS. 79
» ont du temps de refte , elle le prendrait
» bien volontiers «. Devinez ce que c'eft
que des momens qui ont du temps de refte.
Veut - on des exemples de tyle mais &
ridicule ? » L'Empereur , François Ier. ,
» rentrant à neuf heures du foir , le 19
» Août 1769 , fut frappé du coup funeſte
99
qui l'emporta , fans lui donner le temps
» d'articuler une parole , accompliffant à
» la lettre ce qu'avait dit Vefpafien , qu'un
Empereur doit mourir debout ". Cette
citation ainfi placée ne peut vouloir dire
nulle chofe , fi ce n'eft qu'un Empereur
doit mourir de mort fubite ; & ceux qui
fe rappellent dans quelles circonstances
Vefpafien dit le mot qu'on rapporte ici
favent bien qu'il n'a pas dit cette fottife.
Il voulut parcourir les dehors du
Mont Véfuve & les ruines de Pompeïa ,
» cette ville atterrée , du temps de Pline
" le
le Naturalifte , fous les cendres de c
» redoutable volcan , qui néanmoins
depuis cette époque , s'eft tellement civi
life qu'il n'y a point eu d'éruption auff
effrayante ".
33
29
Une ville n'eft point atterrée fous de
cendres , elle eft abîmée , ensevelie , & c
Mais en revanche c'eſt une expreffion bie
heureufe & bien digne de l'Hiftoire , qu'u
volcan qui fe civilife . De plus , un Hif
torien , un peu plus inftruit des choſes don
il parle , faurait que le Véfuve n'eſt pa
MERCURE
tellement civilifé , qu'en 1717 des torrens
de fave n'aient dévasté plus d'une lieue de
pays jufqu'à Portici , & que les maifons de
Naples n'aient été couvertes de cendre ,
ce qui , fans parler de beaucoup d'autres
éruptions , ne laiffait pas d'en être une affez
effrayante.
"
"

Jofeph , après s'être arrêté quelque
» temps au camp de Prague , jeignit le
» Roi de Pruffe qui s'était rendu à Neuf-
» tat , où l'entrevue des deux Monarques
» fut des plus touchantes . Ils virent manoeu-
" vrer les Troupes Autrichiennes avec une
fatisfaction réciproque. Il y eut le foir un
Opéra - Comique, les plus GrandsHommes
» étant affujettis par le befoin àprendre des
» heures de récréation «.
و ر
Il faut bien en croire M. Caraccioli , qui
apparemment fut témoin de cette entrevue ,
puifqu'il la trouve fi touchante. Mais que
fignifie cette fatisfaction réciproque de deux
Monarques en voyant manoeuvrer les
Troupes Autrichiennes ? Pour qu'il y eût
réciprocité , il faudrait que les Troupes
Pruffiennes euffent manoeuvré auffi. Mais
l'Auteur , qui ne fait pas ce que veut dire
réciproque , a mis ce mot à tout hafard
comme mille autres , pour dire une égale
fatisfaction . Et cette réflexion fur le besoin
qu'ont les Grands Hommes de récréation
n'eft-elle pas bien profonde & bien placée
à propos
d'un Opéra-Comique ?

1
FRANÇA I S.
"
On ne recevait à Vienne , comme
» ailleurs , que des nouvelles incertaines
fur les petits combats qui préfageaient une
» affaire décifive. Il existe une harangue du
» célebre Jéfuite la Sante , jadis Profeffeur
" au Collége de Louis- le - Grand , fur le
» peu de confiance qu'on doit avoir dans
» les nouvelles qui fe débitent auffi - tôt
après une bataille , chaque Nation belligérante
ayant intérêt à n'en parler qu'à
fon avantage ; d'où il eft arrivé , dit cet
" Orateur , que le Te Deum fut chanté plus
d'une fois par les vainqueurs & par les
93
ور
»

» vaincus ".
Voilà ce qui s'appelle un trait d'érudition
bien choifi , bien amené & bien encadré.
Remarquez que l'Auteur vient de
nous dire , à propos de la célebre campagne
du Roi de Pruffe , & du Prince
Henri , en Boheme , contre l'Empereur ,
qui menaçait la Baviere , qu'il ne voulait
pas entrer dans des détails minutieux.
Mais il a le temps de faire une excurfion
bien autrement importante fur une
harangue du Jéfuite la Sante , qui nous
apprend qu'il ne faut pas croire toutes
les nouvelles qu'on débite après une bataille
, & que fouvent le Te Deum a été
chanté par les vainqueurs & par les vaincus
, ce que fans doute nous n'aurions
jamais vu dans les Gazettes , fi cet Orafeur
ne l'eût pas dit. Je ne crois pas
82
MERCURE
و ر
qu'en ait
jamais
pouffé
l'ineptie plus loin.
Jofeph
apperçut , à
travers les
lueurs
» de fon génie , les abus qu'il
fallait corriger
"> cs.
On
apperçoit des lueurs à
travers l'obfcurité
, à
travers les
nuages ; mais
appercevoir
à
travers des lueurs , cela eft neuf
&
digne de M. le
Marquis
Caraccioli .
» Il fe
rendit à
Léopold , où ſon
arrivée
» caufa la plus
agréable
ſenſation : il y était
»
extrêmement aimé ,
d'autant
mieux qu'il
و د
s'y
plaifait «.
Comme ce
d'autant
mieux
exprime bien la
liaifon des
idées ! On
pourrait fe plaire dans un
féjour , d'autant
mieux
qu'on y
ferait
aimé , cela fe
conçoit; mais y être aimé
d'autant
mieux
qu'on s'y plaît , c'eft une
Logique
particuliere
à
l'Auteur. "
»
s'écriait : Il y a
fûrement un
Diable
Un
Capitaine Turc
» dans le corps de
chaque
Soldat
Autrichien
; car vous ne
pouvez en
avoir
»
raifon que
quand ils vous ont tués « .
Que cette
phrafe foit de
l'efprit Turc ou
de
l'efprit de M. le
Marquis
Caraccioli ,
il est sûr que c'eft une drôle de
phrafe.
"
Les
Turcs
épiaient
tous les
moyens
»
d'abattre
leurs
ennemis ,
penfant
que la
gloire du
Croiffant y était
intéreſſée « .
Cela
n'eft- il pas bien
étonnant ?
Comment !
des
Turcs
ont
imaginé
que
leur
gloire
était
intéreffée à ce
qu'ils
vainquiffent
leurs
ennemis !
Qu'est- ce qui s'en
ferait
FRANÇAIS.
83
1
douté , fi le profond Hiftorien ne nous
l'eût appris ?
ور

Pour dédommager les miférables , qui
» n'avaient plus qu'un corps noirci par
» les flammes , il employa tous les moyens
capables de les dédommager « . Je puis
certifier au Lecteur étonné , que je tranfcris
fidélement. On peut s'arrêter après ce
dernier exemple du ftyle qu'on appelle
niais ; c'en eft le nec plus ultrà.
Quant aux fautes de Langue , elles font
fans nombre , & ce n'eft pas la peine de
s'y arrêter je craindrais d'ennuyer le Lecteur.
Mais il fera bien aiſe de voir comment
un Ecrivain de la force de M. le
Marquis Caraccioli parle de Volaire. On
fait que l'Empereur , paffant près de Ferney
, ne s'y arrêta point ; & l'on affure ,
avec beaucoup de vraiſemblance , que l'Impératrice
fa mere , qui ne voyait dans Voltaire
qu'un ennemi de la Religion , avait
fait promettre à fon fils de ne pas le vifiter.
L'Hiftorien s'exprime ainfi à ce fujet.
» On crut qu'il vifiterait Voltaire , en
côtoyant le lieu de fa retraite , & cet Au-
» teur le crut fi bien lui -même , qu'il avait
" tout préparé pour le recevoir : mais
"
l'Empereur , irrité de la maniere dont il
» en avait agi à l'égard du Roi de Pruffe ,
fon bienfaiteur , l'on pourrait dire fon
ami , paffa outre ; & dès ce moment
" les Philofophes , qui ne ceffaient de pré-
"
$4
MERCURE
» conifer Jofeph , fe rétracterent , comme
» fi l'on ne pouvait avoir des talens &
» des vertus fans avoir vu Voltaire «.
و ر
Il n'y a pas dans cette diatribe un mot
de vérité ni de fens commun. Il eft ridicule
d'imaginer que les anciens démêlés
du Roi de Prufle avec Voltaire aient pu
intéreffer l'Empereur au point de l'emporter
fur la curiofité de voir , pendant un
quart- d'heure , un homme extraordinaire ;
& l'on fait de plus que la curiofité , en
général , était une des paflions les plus
vives de Jofeph , comme de toutes les
têres ardentes. Il fallait donc , pour la
contenir , des raifons beaucoup plus fortes
. Il plaît à M. Caraccioli de décider ,
de fa pleine autorité , que Voltaire avait
eu tort avec un Roi , fon bienfaiteur ; ceux
qui font inftruits des faits penfent un
peu différemment , mais ce n'eft pas ici
le lieu d'en parler , & il importe fort peu
de juftifier Voltaire aux yeux de M. Caraccioli.
Il eft abfolument faux que les
Philofophes fe foient rétractés fur Jofeph
depuis ce moment. Leur opinion n'était
affujettie à perfonne , pas même à Voltaire ,
& je défie le Biographe de donner la plus
légere preuve de cette prétendue rétractation.
Ils ont toujours rendu juftice au
mérite de ce Prince , en convenant de fes
fautes & de fes défauts : ils n'ignoraient
pas que l'Empereur affectait de les haïr
W
&
FRANÇAIS.
C
& de les dénigrer , mais ils ne voyaient
dans ce caprice que la vanité d'un difciple
ingrat , qui , en difant du mal de fes
maîtres , fe flatte de faire oublier qu'il
leur doit tout ce qu'il fait & tout ce qu'il
a fait de bon. M. Caraccioli aime mieux
croire que c'eft l'Empereur qui a été le
guide & le précepteur de notre Affemblée
Nationale conftituante , dáns toutes les
opérations qui ont du rapport avec celles
qu'il avait effayées . Il n'y a peut-être que
' Hiftorien de Jofeph , qui ne fache , pas
que toutes les réformes qui honorent fon
regne , avaient été tracées cent fois dans
les Ouvrages de nos grands Ecrivains de
ce Siecle. Mais ce qui frappe davantage
dans le morceau de M. Caraccioli , c'eft
cette dénomination dont peut - être jamais
perfonne ne s'eft fervi en parlant de
Voltaire cet Auteur ! on voit qu'il n'a pas
ofé y joindre une épithete telle que fa
haine la lui aurait fuggérée , il ne s'eft
pas apperçu que l'épithete , quelle qu'elle
fût , n'eût été qu'une injure , & que l'expreffion
, cet Auteur , pour défigner un
homme tel que Voltaire , eft , dans toute
la force du terme une impertinence .
Peut-être auffi M. Caraccioli , en fa qualité
d'homme titré , a-t-il cru pouvoir s'exprimer
comme ce Confeiller au Parlement ,
qui , entendant parler de la confideration
perfonnelle dont jouiffait Voltaire , dit
No. 51. 17 Décembre 1791 .
E
86 MERCURE
leftement : Après tout , Voltaire n'est qu'un
Auteur. On ne peut nier qu'en effet Voltaire
ne fût un Auveur , mais comme a
très - bien dit Moliere ,
Suivant ce que l'on peut être ,
Les chofes changent de nom.
Et il eft tout auffi vrai qu'un homme
qui ne voyait dans Voltaire qu'un Auteur,
était à coup sûr un fot.
Si l'on veut une autre preuve du jugement
de M. Caraccioli , il n'y a qu'à
yoir ce qu'il dit de la guerre de l'Empereur
contre les Turcs , que l'on taxait d'être
injufte , comme fi ( s'écrie - t - il ) la
guerre de la France , en faveur des In-
Jurgens , était beaucoup plus jufte. Voilà
de ces rapprochemens où l'on ne s'attend
pas , & je me garderai bien d'en dire davantage.
Une femblable production eft , en Littérature
, un véritable fcandale. Que l'on
barbouille , pour quelques écus , une des
cent mille Brochures du moment , fans
favoir un mot de français , & fans la
moindre connaiffance quelconque, c'eſt une
épidémie que tout encourage dans les circonftances
actuelles , & fur laquelle on a
dû compter ; mais qu'on entreprenne un
Ouvrage de cette importance , qu'on s'érige
en Hiftorien avec une fi complette
FRANÇAIS.
87
ignorance & du genre , & du ftyle , &
des convenances de toute efpece , je le
répete , on n'en trouverait point d'exemple
dans le Siecle dernier. Les mauvais
Auteurs y étaient pédans , lourds , diffus ,
Rhéteurs , mais du moins ils n'ignoraient
pas ce que fait un bon Ecolier de Troiheme
; ils avaient fait quelques études
l'ignorance , le charlatanifme & l'impudence
font les caracteres particuliers des
mauvais Ecrivains de ce Siecle , & il eft
bon par fois d'en faire juftice .
( D ..... )
>
RECHERCHES fur les Coftumes & fur les
Théâtres de toutes les Nations tant
anciennes que modernes ; Ouvrage utile
aux Peintres , Statuaires , Architectes
Décorateurs , Comédiens , Coftumiers , en
un mot aux Artiftes de tous les genres ;
non moins utiles pour l'étude de l'Hiftoire
des temps reculés, des Maurs des Peuples
antiques, deleurs Ufages , de leurs Loix,
& néceffaire à l'éducation des Adolefcens :
avec des Eftampes en couleur & au lavis
deffinées par M. Chéry , & gravées par
P. M. Alix.
1
Indocti difcant, & ament meminiffe periti.
A Paris , chez M. Drouhin , Editeur &
E 2
$$ MERCURE
Propriétaire dudit Ouvrage , rue Chriftine
, N°. 2 .
Nous avons annoncé quelques Livraiſons
de cet Ouvrage magnifique , mais fans
pouvoir entre dans beaucoup de détails
fur fon mérite & fur la maniere dont il
eft compofé. Aujourd'hui
les deux preque
miers Volumes font complets , nous pouvons
en préfenter une idée plus jufte .
7
ر
Le plan de l'Auteur eft de faire un
examen de nos meilleures Tragédies reftées
au Théâtre & d'établir fes Recherches
fur la maniere dont doit être habillé chaque
Perfonnage , depuis le rôle principal
jufqu'aux moindres acceffoires , en obfervant
le temps , les lieux , les circonstances
qui accompagnent l'action . Ses modules
font tous pris dans les fources les plus
exactes : tous les Ouvrages anciens ou
modernes qui ont traité des Coftumes de
l'Antiquité , font confultés avec foin , comparés
judicieufement l'un à l'autre , & ces
Recherches favantes font préfentées avec
une exactitude qui ne laiffe rien à défirer.
L'Auteur ne fe borne pas fimplement à
décrire la forme que doivent avoir les habits
de tous les temps , de tous les états , de
toutes les Nations , il y joint encore des détails
auffi curieux qu'utiles fur les ameu
blemens , fur les bijoux , fur la poſition des
contrées , dont il donne quelquefois les
4
*
FRANÇAIS.
89
Cartes , jufque fur les attitudes des Perfonnages
; & en cela la Gravure coloriée
feconde merveilleufement le texte , qui ,
fans ce fecours , ne pourrait pas toujours
offrir des réſultats affez clairs.
A la defcription des Coftumes font ajoutés
des détails hiftoriques , des réflexions
fouvent profondes fur le caractere que
doivent avoir les rôles , & fur la maniere
dont ils étaient rendus par les Acteurs les
plus célebres & dont on a pu conferver
la tradition . Ces obfervations prouvent un
homme qui connaît à fond l'Art Dramatique
, & fès éloges comme fes critiques
peuvent être des leçons précienfes pour
les Comédiens actuels qui aiment leur Art,
& qui voudront facrifier un peu de leur
amour- propre au défir d'y faire des progrès.
L'Auteur examine fucceffivement, dans
le premier Volume, les Tragédies d'Andromaque
& d'Efther ; dans le fecond , Britannicus
, Bérénice & Ipingénie en Arlide.
On peut lui reprocher d'être un peu diffus
dans fes réflexions , de manquer de goût
quelquefois dans le choix des Anecdotes
théâtrales qu'il s'eft plu à raffembler , &
de, n'avoir pas toujours un ſtyle bien part
& bien correct. On eft fâché , par exemple
, de rencontrer des phrafes écrites
comme la fuivante , où il pretend que le
rôle d'Andromaque eft très-facile à jouer :
» Une belle figure , un ceil expreffiften-
玉る
· 7
90 MERCURE
و ر
dre , une taille fouple & moëlleufe , un
» organe frais , & fe modulant fur lui-
» même dans les accens de la plainte, quel¬
» que grace dans les développemens , & un
" peu de mémoire ; voilà tout ce qu'il faut
» à peu près pour y réuffir « .
Nous croyons qu'on peut dire une taille
moelleufe en parlant de Peinture ou de
Sculpture , parce qu'alors cette métaphore
rappelle une des qualités du pinceau ou du
cifeau ; mais nous ne croyons pas que cette
épithete puiffe être appliquée à la Nature.
Au furplus , cette taille ne nous paraît pas
effenticile pour Andromaque , qui avait eu
plufieurs enfans. Un organe frais ne nous
offre aucune idée , & nous entendons beaucoup
moins encore ce que c'eft qu'un organe
fe modulant fur lui - même dans les
accens de la plainte. Quels font les développemens
pour lefquels l'Auteur exige de
la grace ? Est - ce ceux de la taille : Non ;
il a ceffé d'en parler. Eft-ce du fentiment
dont Andromaque eft animée ? Lagrace alors
n'eft pas le mot propre ; c'eft de l'intérêt ,
c'eft de la fenfibilité qu'il lui faut. Et pourquoi
un peu de mémoire Il n'en faut ni
plus ni moins pour ce rôle que pour tous
ceux de la même longueur. La mémoire eft
une qualité néceffaire à tout Acteur , & ne
varie pas felon les rôles.
Au refte , ces taches légeres ne nuiſent
point aux connaiffances de l'Auteur- qui
FRANÇAIS. 91
montre beaucoup d'érudition , ni à l'extrême
utilité de cet Ouvrage. On ne fautait
trop applaudir à la maniere dont il
eft exécuté dans toutes fes parties. M.
Chéry , qui a deffiné toutes les Figures
fait voir par le choix , la pureté , la févérité
de fes formes , qu'il a le véritable
goût de l'Antique , & qu'il en a fait l'objet
principal de fes études . On ne doit pas
moins d'éloges à M. Alix , Eleve de M.
Janinet dans la Gravure en couleur , &
qui a porté ce genre au plus haut degré de
perfection . L'Editeur lui même mérite lat
reconnaiffance du Public , & pour avoir
fait une entrepriſe auffi difpendieufe qu'elle
eft utile aux Arts dans des temps fi périlleux
, & pour n'avoir rien négligé de tout
ce qui peut contribuer à fa magnificence.
-
Le prix de la Soufcription pour l'année,
compofée de 2 Livraifons & de 48 Eftampes
en couleur avec 48 feuilles de texte,
eft de 48 liv , pour Paris , & de 4 liv. port
franc par tout le Royaume : l'affranchiffement
des lettres & de l'argent eft de rigueur.
SPECT. A CLE S.
Li Drame de MÉLANIE parut imprimé en
1770 , dans un temps où les Productions de
M. de la Harpe fe multipliaient , où les talens
92 MERCURE
› armaient contre lui l'envie ou fon mérite offufquait
celui de fes prétendus rivaux ; fes amis
fes ennemis nombreux , & la partie la plus faine
du Public , étrangere aux débats Littéraires , fe
réunirent à convenir qu'aucune Piece de ce genre ,
qu'aucun Ouvrage Dramatique , depuis longtemps
, fans en excepter ceux de M. D. L H.
lui-même , n'offrait unſtyle plus pur , plus élégant ,
plus correct , & en même temps plus animé :
foit que l'effet de la lecture , moins brillant , mais
auffi moins dangereux que celui de la repréfentation
, produife des jugemens plus sûrs ; foit que
les malveillans , qui fe flattaient bien que cet
Ouvrage ne ferait jamais repréſenté , pardonnaflent
à M. D. L. H. une gloire qui leur paraiffait
moins éclatante , & des fuccès qu'ils avaient moins
de moyens d'étouffer.
Quoi qu'il en foit , une partie de leur attente
au moins fut déçue , car toutes les Sociétés
Dramatiques s'emparerent de certe Piece , & Fon
put admirer , dans des repréſentations particu
lieres , la chaleur du dialogue & l'énergie des
fituations , comme en la lifant on avait admiré
la beauté du Яyle. !
Au moment de la Révolution , lorsque les
troubles politiques commencerent à fe calmer ,
& que l'attention plus tranquille put le reporter
vers les Arts , le premier qui renaquit fut FArt
Dramatique , comme le plus analogue a la difpofition
des efprits , comme le plus propre à fortiher
les paffions qu'il était de l'intérêt commu d'entretenir
; & le premier Ouvrage fur lequel toutes
les idées fe réunirent , fut Mélanie . De miférables
débats d'intérêts entre les Comédiens , accoutumés
depuis trop long - temps à la vexation , & les
Auteurs , qui voulaient s'arracher enfin à leur
defpotifme , empêcherent que cet Ouvrage ne
FRANÇA I S. 93
fût repréſenté fur le Théâtre qui s'était déclaré
celui de la Nation. Le Théâtre de la rue
de Richelieu vient de rendre au Public la jouif,
fance de ce chef- d'oeuvre . Il eft inutile d'annoncer
fon fuccès , qui ne pouvait étre que trèsbrillant
, & nous ne ferons pas aux Amateurs du
Théâtre l'injure de leur en rappeler le fujet . Nous
parlerons feulement de la maniere dont il eft
repréſenté.
Mlle. Defgarcins rend le rôle de Mélanie avec
cette intelligence , cette fenfibilité touchante dont
elle anime tous fes rôles ; peut -être même met,
elle dans celui -ci encore plus de force & d'explosion,
Accoutumée au débit des vers tragiques , on
pourrait lui reprocher de n'avoir pas encore faifi
d'affez près le ton qui convient au Drame en vers ,
& qui doit former une nuance diftincte entre la
Tragédie Héroïque & la haute Comédie. Un
peu plus d'abandon , une diction un peu moins
déclamée , font le degré de perfection auquel
il doit lui être facile de parvenir.
Mme. Veftris eft chargée du rôle de la mere.
Ce rôle , d'un intérêt fecon laire , ne peut être pour
elle l'objet d'un éloge particulier . Ce n'eft pas
affez pour un talent tel que celui de Mme. Veftris ,
de dire qu'elle n'y laiffe rien à défirer ; mais elle
contribue puiflamment à la perfection de l'enfemble,
On ne pourrait que répéter pour M. Talma
les éloges qu'il mérite dans tous les rôles , fi le
dernier qu'on lui voit jouer n'était pas toujours
celui qu'il paraît jouer le mieux . Il n'y a pas
deux ans que ce jeune Acteur ne donnait encore
que de grandes efpérances , & l'on trouve néanmoins
depuis long- temps qu'il les a toutes remplies.
Le rôle du pere eft néceffairement odieux.
C'eft le but de la Piece , & l'intention de l'Auteur ,
aufli ne faut - il attribuer ni à l'Auteur , ni à
}
94
MERCURE
l'Acteur, M. Defrofieres , les murmures que quel
ques vers de ce rôle ont excités ; c'est le fentiment ,
ce font les principes établis par cet homme
aveugle , dur , infenfible aux mouvemens de la
Nature , & qui n'a que trop de modeles , qui
excitent l'indignation des Spectateurs , & ces
murmures font les efpeces d'applaudiflemens auxque's
l'Auteur & l'Acteur ont dû prétendre. C'eft
beaucoup à M. Defrofieres de faire fupporter ce
rôle , quoiqu'il le rende avec beaucoup de vérité.
M. Monvel déploie dans celui du Curé un
talent trop fupérieur , pour n'être pas fort au
deffus d'un éloge banal ; mais nous devons remarquer
qu'il donne à ce rôle une phyfionomic
tout- à - fait particuliere , & qui n'eft point celle qu'il
avait dans les Sociétés . Ce rôle avait toujours été
conçu comme celui d'un Pafteur doux & fenfible .
mais grave & calme. M. Monvel , en l'animant
de tout le feu que peut infpirer à un homme de
ce caractere , un faint zele pour fes devoirs , &
amour ardent pour l'humanité , l'a rendu
infiniment plus théâtral , fans s'écarter de la vérité.
On conçoit qu'une pareille réunion de
talens doit répandre fur cet Ouvrage un charme
inexprimable .
un
NOTICES.
LES Amours de Pfyché & de Cupidon , par
Lafontaine ; édition ornée de Figures , imprimées
en couleurs , à la maniere Anglaife , d'après les
Tableaux de M. Schall . 1 Vol . in- 4° . grand pap.
Nom de Jélus ; de l'Imprimerie de P. F. Didor
le jeune, Prix , broché en carton & ſatiné , 37-live
i
FRANÇAIS. 95.
75
10. Il y a quelques Exemplaires en pap . vélin ,
liv . A Paris , chez Defer de Maiſonneuve ,
Libr. rue du Foin- St- Jacques , la porte cochere
au coin de la rue Bouttebrie.
Cette édition eft une des plus belles qui foient
forties des preffes de la famille Didot , à qui les
Amateurs ne fauraient donner trop d'encouragemens
, puifque les circonftances les moins favorables
aux Arts ne ralentiffent point fon zele
pour la perfection du fien .
Antiquités Nationales , ou Recueil de Monumens
, pour fervir à l'Hiftoire générale & particuliere
de l'Empire Français ; tels que Tombeaux ,
Infcriptions , Statues , Vitraux , &c. tirés des
Abbayes , Châteaux & autres lieux ; par A. L...,
Millin . 12c. Livraiſon . On ſouſcrit à Paris , chez
M. Drouhin , Editeur & Propriétaire dudit Ou
vrage , rue Chriftine , No. 2. Le prix de la Soufcription
pour l'Année , compofée d'environ 96
feuilles in-4° . & de 120 Eftampes , eft de 84 liv.
pour Paris ; & par la Pofte jufqu'aux frontieres ,
on payera 8 liv . de plus : on fera libre de payer
par quartier , en donnant le premier d'avance.
Cette Collection , vraiment utile Four THif-'
toire , eft toujours de plus en plus foignée dans
toutes fes parties , & l'Auteur n'épargne rien
pour fatisfaire fes Soufcripteurs. Cette Livraiſon
termine le premier Volume.
Catalogue de la Bibliotheque de feus MM.
Lorry , dont la vente a commencé le Jeudi 15
de ce mois , & continuera jufqu'au 31- Janvier
prochain , en leur maison , rue des Poitevins ,
༡༦ MERCURE FRANÇAIS .
N°. 3 ; in - 8 °. de 248 pages. A Paris , chez
J. G. Mérigot jeune , Libr . quai des Auguftins ,
No. 38.
Memoire fur l'Inde , par M. Varren- Haftings ,
Ecuyer , ci - devant Gouverneur du Bengale ;
nouvelle édition , avec des augmentations & fon
Difcours prononcé , en préfence des Pairs , le 2
Juin 1791 , premier jour de fa défenfe , traduits
par M. de la Montagne , & publiés par M. le
Ch . de P ... Prix , 2 liv. 8 f
Ce Mémoire , écrit avec clarté par M Haftings
, ne fera pas vu avec moins d'intérêt que
out ce qui eft forti de la plume de cet illuftre
accufé .
Les Forfaits de l'Intolerance Sacerdotale
ou Calcul modéré de ce que les Hérélies , les
Pratiques prétendues pieufes , l'Ambition & la
Cupidité , tant des Papes que du Clergé , ort
produit de victimes humaines dans la Chrétienté ;
par le feu Lord *** M. de la Place. Prix , 6 (.
( Tremblez , Peuple Chrétien ? )
Du Sort actuel des Femmes. Prix , 4 fous . Ces
Ouvrages fe trouvent chez Royez , L.br. quai
des Auguftins , près le Pont- Neuf.
On trouve auffi chez le même Libr. l'Anglais
aux Indes , d'après Ome ; par M. Archenoltz ,
Auteur de l'Hifto.re de la Guerre de fept ans
3 Vol . in - 2 . Prix , 7. liv . 10 f.
PORTRAIT
TABLE.
Charade, Ene & Lag:
La Vie de Joje h II.
63 Recherches.
i
66 Speclaciesi
"
67 Notices.
Jer. 108
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 24 DÉCEMBRE 1791 .
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE,
LE TEMPS PASSÉ NE REVIENT PLUS .
Paroles de M. Reynier de Liége , Mufique de
M. Adrien l'aîné,
Andante non troppo .
Nota. Le prix de ce Journal eft actuellement
de 36 livres pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17 Août dernier ,
en ayant doublé les frais de port,
Nº, 57. 24 Décembre 1791 .
F
A
98
MERCURE
1
· Thé mi - re Vous a
P.
·

vez vingt
A
ans › ah ! pro -fi - tez
de ce Lon
tems ! fi vous tar dez d'en faire - uFRANÇAIS.
99
fa ge, d'en faire u - fa - ge ,combiende

doux mo -
mens per-dus ? jouillez
vî - te du bel
crefc
F 2
ICO MERCURE
: le tems paf - ſé
ne re -vient
P.
plus le tems paf- fé ne revient

plus .
f.
FRANÇAIS.
101
Vous avez de brillans appas ,
Mais ne vous en prévalez pas ;
Voyez le foir , la fleur nouvelle ,
Tous fes charmes font difparus ;
Thémire , on n'eft pas toujours belle ,
Le temps paffé ne revient plus , ( bis . )
PAR- TOUT , Voltigeant fur vos pas ,
Le Dieu d'Amour vous tend les bras ;
Il gémit , il pleure , il fupplie ....
Mais irrité de vos refus ,
Craignez qu'un jour il ne vous crie :
Le temps paffé ne revient plus , ( bis. )
On en trouve des Exemplaires à Paris , chez Mile . Robert,
Peintre en Miniature , Boulevart & porte St- Martip .
F3
102. MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogriphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft 'Biſſac; celui
de l'Enigme eft uf; celui du Logogriphe
cft Efpérance , où l'on trouve Sep , Encres
Rancé ( Abbé de ) . .
CHARADE.
QUALI U ALIFLÉ par mon premier ,
Un corps occupe peu de place ,
Soit en hauteur , foit en furface .
Vouloir mefurer mon dernier
Ce ferait bien peine perdue :
C'eft un étre fins étendue ,
Un être pas abûration >
Sans terme , fans di renfion ,
Qui n'offre aux yeux nulle diſtance.
Du centre à la circonférence.
Sur le plus greffier canevas ,
Rauline , émule de Pallas ,
Sit nous peindre d'une main sûre ,
Avec autant d'art que de goût ,
Les beaux tableaux de la Nature :
Ek bien ! fon ouvrage eft mon tout:
( Par un Abonné..
f
FRANÇAIS. 103
ÉNIGM E.
' AI vu , j'en fuis témoin croyable , ΑΙ
Un jeune enfant armé d'un fer vainqueur ,
Ua bandeau für les yeux tenter l'affaut d'un coeur
Auffi peu fenfible qu'aimable .
Bientô: après , le front élevé dans les airs ,
L'enfant , tout fier de fa victoire ,
D'une voix triomphante en célébrait la gloire ,
Et femblai: pour témoin voaloir tour 1 Univers.
Quel est donc cet enfast dont j'admirai l'audaco ?
O n'était pas l'Amour : cela vous embarraſe !
( Par un Abonné. )
LOGO GRIPHE
ANAGRAMMATIQUE.
JE fuis plus en horreur , plus vile que la fange ;
Mais que de mes pieds l'ordre change ,
Et j'offre use Divinité
Qui difputa , dit-on , le prix de la beauté.
( Par un Abonné. );
F
104
MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Liberté du Cloitre , Poëme , par l'Auteur
des Lettres à Einilie. A Paris , chez Bof-
Jange & Compagnie , Commiffionnaires en
Librairie, rue des Noyers , N° . 33 ; & d
Nantes , chez Louis , Libraire , Place de
Louis XVI.
Apeine la liberté de la preffe & du théâtre
s'eft- elle établie à côté de la liberté politique
, que les Moines & les Religieufes
ont été un des premiers objets dont s'eft
emparé la foule des Ecrivains : c'eût été
un beau champ pour l'imagination & le
talent ; c'était une reffource momentanée
pour la médiocrité , qui tâchait d'attacher
par la nouveauté du fujer le Lecteur.
ou le Spectateur , en s'empreffant de leur
offrir ce qui avait été jufqu'alors interdit.
Tous les Théâtres repréfenterent des Couvens
, dès que les voeux furent défendus ,
& nos Poëtes attaquerent les grilles , quand
la Loi les eut ouvertes . Le piquant du coftume
, la guimpe & le capuchon étaient
un relief d'une efpece toute neuve , & il
FRANÇAIS. 105
eft tout fimple qu'on en ait profité comme
on a pu : heureuſement la Loi qui anéantit
les voeux monaftiques durera plus longtemps
que prefque tous ces Drames , qui
font les Vaudevilles du moment , remplaçant
d'autres Vaudevilles , & bientôt oubliés
comme eux .
On pouvait espérer que l'Auteur des
Lettres mythologiques à Emilie, qui n'étaient
pas fans quelque agrément & quelque
facilité , trouverait des beautés dans un
fujet moins ufé , après avoir fu tirer parti
d'un fujet rebattu ; mais apparemment il
eft plus aifé de converfer agréablement
fur la Fable , dans des lettres mêlées de
profe & de vers , que de concevoir & d'écrire
un Poëme en quatre Chants . Il fallait
d'abord trouver une Fable quelconque , car
tout Poëme en demande une ; imaginer une
action , des perfonnages , des incidens , des
épifodes. Il n'y a rien de tout cela ; ce
font des vers & puis des vers , & ce qu'il
y a de pis , les vers ne font pas bons. C'eft
une Satyre de la vie monaftique , en ftyle
moitié férieux , moitié plaifant ; mais le mélange
de ces tons exige un art- dont l'Auteur
ne paraît pas fe douter . Au lieu
de cet art qui confifte dans le paffage délicat
& infenfible d'une nuance à l'autre
ce font des difparates brufques & trailchantes.
Rien n'eft préparé , ni motivé ,
ni ménagé , & dans la même page , PActeur
FS
1069 MERCURE
Fonte au pathétique & defcend au bouffor ;
d'où il réfalte que le pathétique fair rire
& que le bouffon révolte. Il eſt évident
que cet Ouvrage , dont Auteur annonçait
du mérite , a été fait à la hâte , & fans.
aucun foin , & ce qui le prouve encore
davantage , c'eft l'exceffive négligence du
fyle. , Voigi le début du Poëme :2
Divine Liberté , je chante tes bienfaits :
Tu viens br fer nos fors ; tu rends à la Nature-
Ces touchantes-beautés , qui , couchant fur la dures.
Is d'un rade cilige outrageant leurs attraits ,
Defendaientdentement dans la tombe profonde ,
Et vivaient pour ' lés pleurs en moürant pour le
monde,
ر د ا
Cet exorde eft défectueux dans tous les
points d'abord il ' eft d'un ton abfolument
Mérieux , & FOuvrage "étant tour à tour &
fouvent en même temps grave & comique ,
desit indifpenfable de marquer dès le
Commencement ce double caractere . Boileau
n'y a pas manqué dans le Lutrin. A
l'égard de la verification , couchant fur la
dre eft trop profaïque ; & vivre pour les
plers en mourant pour le monde , eft une
antithefe manquée ; car il n'y a point d'oppotion
réelle entre le monde, & les pleurs..
A peine quelquefois fous un noir capuchon
Ge Diu qui régénere & fair aimer la vie ,,
FRANÇAIS. 107
1. Buyait-il les pleurs de la Soeur Rofalie
Al'ombre des fecrets de la confeflion :
A peine les bailers arrêtés à la grille ,
Pouvaient fe béqueter , en filence , au parloir ;
Et qu'eft- ce qu'un baifer pour une fainte fille ?
Ceft de l'huile qui tombe au feu de l'encenfuir .
ཡིན་ པའི་
:
On ne peut fe diffimuler que tout cela
eft de fort mauvais goût . On croirait , à
la tournure de l'exorde & de quelques vers:
qui fuivent, que l'Auteur va nous intéreffer
pour de jeunes & infortunées captives , ar
rachées à la Nature & à la Liberté , & l'on
doit d'autant plus s'y attendre , que l'in
térêt le préfente ici de lui - même . Point
du tout l'Auteur étouffe cet intérêt comme
à plaifir , en faisant le plaifant hors
de propos , &, s'il faut dire tout, d'affez
mauvaile grace. Ce baifer qui eft de l'huile
fur l'encenfoir, n'eft pas de la plaifanterie:
fine & délicate ; ce n'eft pas celle de Ver
vert. De plus des baifers ne le béquetent
point , & ce n'eft pas dans de grands Alexan
drins pefamment tournés que l'on, place
heureuſement un mot tel que celui de béqueter
: ces expreflions à la fois familieres.
& pittorefques demandent à être, comme
enchâffees dans le ftyle : les connaitenrs
m'entendrout. It ce grand mop,régénere ,
parlant de l'amour , comme il eft de
placé comme il eft peu poétique Bregézere
E a
108 MERCURE
&fait aimer la vie. Que fignifie cette phraſe
régénere eft-il abfolu, ou a-t- il un régime ?
L'amour régénere-t- il la vie ? Que de fautes !
Grand Dieu ! difait Lucile , à cet âge où l'on aime,
Où notre loi nous fait un crime d'un défir....
Ce vers n'a aucune céfure : c'eſt une ligne ,
& non pas un vers.
Je me repends fans ceffe , hélas ! & n'ai pas même
L'efpérance d'avoir de quoi me repentir.
Même défaut que ci -deffus ; & je n'ai pas
même l'espérance d'avoir , quel enjambement
vicieux ! Comme il rend la phraſe
traînante ! En bonne foi, cela peut- il s'ap-.
peler des vers ?
J'aime, & feule à vingt ans, dans le chemin du Ciel,
Je ne pourrai pas faire un péché véniel !
Ce véniel, de trois fyllabes pour la mefure
, eft étrangement dur pour l'oreille ;
& qui parle ici , de Soeur Luce ou de l'Auteur
? Eft- ce la Sour Luce qui badine fur
le péché véniel ? Ce badinage dans fa bouche
et bien froid . Et que fait là le chemin
du Ciel!
Encore fallait - il de leur douleur profonde
Etouffer les accens ; finon , Soeur Cunégonde
Nafillonnait.....
FRANÇA I S. 109
Si leur douleur eft profonde , pourquoi
donc fe fervent-elles d'expreffions à fairerire,
comme le péché véniel ? Ces inconféquences
continuelles détruiſent toute illuſion , tout
effet. Cela s'appelle écrire au hafard , &
n'avoir aucun deffein ; & dès que l'Auteure
lui-même ne fait pas ce qu'il veut , le Lecteur
s'embarraffe encore moins de le favoir.
Une autre Religieufe , Urfule , s'exprime
ainfi fur le malheur de n'être ni épouſe
nį mere :
....L'ambition de fa main mercenaire ,
Sacrifie à la fois mon époux , mes enfans .
Condamnés au néant dans le fein de leur mere
Leur voix s'éleve encore : hélas ! je les entends
Ces êtres innocens me demander la vie , &c .
C'eft pouffer le mauvais goût jufqu'au .
ridicule. Le défir d'être mere , ce fentiment
fi naturel & fi intéreffant , devaitil
avoir cette expreffion burleſque ? Il faut
laiffer dire à Perrette , qui voit périr fa
couvée en laiffant tomber fon pot au lait :
Pauvres petits infortunés ,
Vous êtes morts avant que d'être nés.
On trouve encore très - bon que le Cam
pagnard du Mercure Galant dife , en avouant
fa répugnance pour le mariage :
TIO L
MERCURE
...Ma poftérité fe plaint que je l'égorge ....
J'étouffe de ma main de petits innocens.
Mais dans un morceau pathétique ( car ici.
l'Auteur veut l'être ) , faire dire à une jeune
Ferfonne qu'elle entend crierdans fon fein les
enfans qu'elle n'a pas faits ! que leur voix s'é-
I've encore ! cet en ore eft fur- tout incompréhenfible.
Il faut que les Auteurs qui entaffent
ainfi . les contre - fens avec les mots , aient
une étrange idée de l'art d'écrire , & u
beau mépris pour les Lecteurs ; & fur vingt
Auteurs , dix - neuf écrivent ainfi ! & la moitié
des Lecteurs ne s'en doute pas. O Beaux-
Arts , qui avez fait régner la France , lorfqu'elle
était efclave chez elle , cu êtes-vous ?
Allonsayons du moins la liberté , fauvons
nous par le bien faire , fi nous perdons le
bien dire , & peut-être le bien dire reviendra
auffi avec le temps.
Tout le monde connaît le gras Evrard ,
Fe Chanoine du Lutrin de Boileau. L'Au
teur n'a pas fenti tout le danger de nous rappeler
Evrard dans le P. Bombance. Celuici
peut être auffi gourmand que Pautre
mais tous deux n'ont pas été élevés à la
même école. Affurément ie ne prétends pas.
que l'Auteur du Poëme dont il eft queſtion
écrive comme Boileau . Mais pourquoi nous .
faire penfer malgré nous à ces grands mo
deles , en refaifant mal ce qu'ils ont fait
& répétant mal ce qu'ils ont dir 2 Ce n'eft
FRANÇA I S. 1 RYTE
pas malice de ma parts mais je me fauni
rais m'empêcher de revenir, ici fur les vers,
du Lutrin , ne fût -ce que pour me confoler
de ceux dont je fuis obligé de rendre compte.:
Loin du bruit cependant les Chanoines à table ,
Immolent trente mets à leur faim indomptable ;
Leur appetit fougueux , par l'objet excité , 45 ) , 5.
Parcourt tous les recoins d'un monftrucux pâté. -i-
Par le fel irritant leur foifeft allumée ..
Voilà ( felon l'expreffion de Voltaire ):
comme on faifait des vers dans le bon temps.
( des vers ; voici la plaifanterie , & la verfification
d'aujourd'hui : les objets font précifément
les mêmes que l'on compare la
maniere de les traiter..
L'Orateur , à ces mots , donnant für un pâ é ',
Sou:ient fes argumens à grands coups de mâchoire „
Et grugeant à lui feul plus que tout l'auditoire ,
Sampiffre pour le bien de la fociété.
Erard dit dans le Lutrin :
C
ur : i
Pour moi , je lis la Bible autant que l'Alcoran ;
Je fais qu'ua Fermier doit nous rendre par an ,
Sur quelle vigne à Reims nous avons hypotheque ;.
Vingi mujds rangés chez moi font ma bibliothoqué,

Da-refte , déjummons , Mefſicurs , & buyons -frais..
112 MERCURE
Le P. Bombance dit ici :
La confommation eft pourtant néceſſaire ;
Elle entretient l'Etat , nourrit la Nation ,
Fait fleurir le Commerce , excite l'induſtrie ;
Donc , plus on mange & plus on fert l'Etat : maggeons
,
Et duffions-nous crever comme des moufquetons ,
Youons notre eftomac au bien de la Patrie.
Je confeille au Lecteur de faire commet
moi , & de relire le Lutrin.
ÉLOGE de Franklin , lu à la Séance
publique de l'Académie des Sciences , le
13 Novembre 1790.
Eripuit coelo fulmen , mox fceptra
Tyrannis.
A Paris , chez Pyre , Libraire , rue de la
Harpe , No. 51 ; & chez Petit , Libr. au
Palais-Royal Nº. 250.
CIT Eloge eft à peu près ce qu'il doit
être dans le genre des Eloges hiftoriques ,
& tel que devait le faire un Secrétaire de
l'Académie des Sciences : on fait que
l'objet de ces hommages rendus par cette
illuftre Compagnie à la mémoire de fes
FRANÇAIS. 113
Membres , eft de réunir tous les titres
de leur gloire dont elle compofe la fienne.
M. de Condorcet rend ici en abrégé un
compte exact des différens efforts de Franklin
dans fes premieres années pour vaincre
la mauvaiſe fortune , & des fervices mémorables
qu'il rendir à la Philofophie , à
fa Patrie & à l'humanité. Il fe borne à
l'expofé des faits , femé de réflexions philofophiques,
qui font en général très- juſtes,
mais qui ne font pas toujours rendues avec
affez de netteté dans le ftyle , & d'exactitude
dans l'expreffion. L'Hiftoire des
» Sciences eft remplie de ces exemples :
» elle nous montre fouvent le Génie aux
prifes avec l'Adverfité ; & par l'exemple
» de ceux à qui un heureux hafard a per-
» mis d'en triompher , elle fait voir tout
» ce que l'humanité a perdu , & ce qu'elle
"
"
pourrait eſpérer d'une forme d'Inftitu-
» tion publique , qui , affurant aux pre-
» mieres lueurs du talent les moyens de fe
faire remarquer, lui offrirait enfuite ceux
» d'atteindre toute la hauteur à laquelle la
» Nature lui a permis d'afpirer «.
»
Affurer des moyens à des lueurs , & paffer
enfuite dans la même phrafe à une figure
toute différente , atteindre la hauteur , en
parlant du talent défigné d'abord par des
lueurs , ce n'eft ni choifir fes expreffions ,
ni fuivre fes métaphores.
A propos d'un Club que Franklin forma
14
MERCURE
و ر
و د
93
dans Philadelphie , voici comme l'Auteur
s'exprime n'était compofé que de
: " Il
douze perfonnes , & le nombre n'en fut
jamais augmenté. Mais, par fon confeil,.
la plupart des Men bres établirent bien-
» tôt d'autres affociations fembl blcs. Par-
» là il s'affurait qu'elles feraient animées,
du même efprit ; mais il fe gaida bien
de les ler par une confédération folen-
» nelle , & encore moins par une dépen
» dance de la premiere Sciété. Il voulait
établir entre les Citoyens une commu-
» nication plus étroite de lumieres & de
fentimens , leur faire prendre l'habitude
» de fe concerter pour leurs intérêts com-
» muns , & non propager fes opinions cu
fe donner un parti. Il croyait que fi une
affeciation privée ne doit jamais fe cacher
, elle doit encore moins fe mon-
» trer; qu'utile , lorfqu'elle agit par l'in
» Aluence féparée de fes Membres › par le
» concert de leurs intentions, par ce poids
que leurs vertus & leurs talens donnent
» à leurs opinions , elle peut devenir dan-
" gereufe , fi , agiffant en maffe & formant.
و ر
93
29
"
ود
en quelque forte une Nation au milieu
» de la Nation , elle parvient à créer une
» volonté publique qui ne foit pas celle
» du Peuple , & à placer entre les indi-
» vidus & la Puiffance Nationale une force
étrangere , qui , dirigée par un fourbe:
ambitieux , menacerait également & la
Liberté & les Loix "..
»
FRANÇAIS. IRS
· Ces réflexions font bien remarquables
dans les circonftances actuelles , & fous la
plume de M. de Condorcet : il ferait
curieux de favoir comment cette doctrine
qu'il énonçait il y a un an , & dans un
temps où les Clubs rendaient de véritables
fervices , pourrait fe concilier avec la
doctrine qu'il a depuis manifeftée par fa
conduire & par fes écrits ; il pourrait être
embarraffant pour lui de juftifier ces variations
; mais il ne ferait peut - être pas
difficile aux bons obfervateurs de les expliquer.
"3
Il n'a pas du moins changé d'avis fur
un point plus important , l'unité indivifible
du Corps Légatif , fur laquelle i
s'exprime ainfi , très - judicieufement , ce
me femble : M. Franklin n'ignorait pas
qu'on peut trouver dans la forme des
» délibérations d'une feule Affemblée tout
" ce qui eft nécellaire pour donner à fes
» décifions cette lenteur , cette maturité
qui répond de leur vérité & de leur fageffe
; au lieu que l'établiffement de deux
» Chambres ne fait éviter ces fautes nou-
» velles qu'en perpétuant les erreurs éta-
" blies. L'opinion contraire à la fienne
و د
tient à cette philofophie décourageante
22 qui regarde l'erreur & la corruption
» comine l'état habituel des Sociétés ; les
momens de vertu & de raifon. commedes
efpeces de prodiges qu'il ne faut pas
116 MERCURE
12
efpérer de rendre durables. Il était temps
» qu'une philofophie à la fois plus noble
& plus vraie préfidât aux deftins de l'ef-
" pece humaine ; M. Franklin était digne
d'en donner le premier exemple «.
Ajoutons feulement que fi cette corruption
n'eft pas un état habituel & néceffaire
, il eft au moins fort difficile d'en
guérir une Nation qui a vieilli fous le Def
potifme ; & répétons fans ceffe à ceux qui
confervent dans la Liberté l'égoïime naturel
à l'esclavage , que s'ils voient jamais
leur intérêt particulier ailleurs que dans
F'intérêt général , s'ils féparent leurs devoirs
de leurs droits , ils font précisément
ce que défirent les ennemis de la Liberté
Françaiſe , & finiront tôt ou tard par en
être la proie.
" Sa mort fut un jour de deuil pour les
" amis de la Liberté dans les deux Mondes .
» Aucun Peuple ne voyait un Etranger
dans celui dont les travaux , l'influence
» ou l'exemple avait été utile à tous les
hommes. Ses compatriotes ſe rappelaient
fes heureux efforts pour les for-
" mer à l'habitude de difcuter leurs affaires
» communes , pour répandre dans les gé-
" nérations nouvelles la connaiffance de
leurs droits & de leurs devoirs ; ils com-
22
paraient ce qu'ils étaient , lorfqu'ils le
❤ reçurent parmi eux , à ce qu'ils étaient
» devenus ; ils voyaient que fes travaux
» pour affurer leur indépendance n'étaient
FRANÇA I S.
117
"
33
ود
ود
pas le plus grand de fes bienfaits , &
qu'ils lui devaient plus que la liberté
puifque c'était par lui qu'ils étaient de-
» venus dignes d'en jouir & de la conferver
. En Angleterre, il fut pleuré par
» tous ceux qui ne font efclaves ni da
Miniftre ni des préjugés ; l'Affemblée
Nationale de France lui rendit un hom-
» mage public , & eut le noble orgueil
» d'avouer tout ce que nous devions à
l'exemple de l'Amérique , tout ce qu'une
" Nation peut devoir au génie d'un feul
» homme. Par une circonftance heureuſe ,
elle avait alors pour Préfident un Philo
" fophe ( 1 ) , qui , comme Franklin , avait
» éclairé fes Concitoyens fur leurs droits
» avant d'être choifi pour en être le répa-
» rateur, & qui , comme lui , n'a vu dans
"
»
>
cet honneur qu'une occafion précieuſe
» de réaliſer tout ce qu'une ame forte &
» un génie élevé lui ont révélé pour le
»" bonheur des hommes «.
Nous avons eu l'Eloge de Franklin, compofé
d'abord par un Déclamateur , ( M.
Fauchet ) , enfuite par un Philofophe ; il
nous reſte à le voir faire par un Orateur ,
qui joindrait la philofophie à l'éloquence ,
& bannirait la déclamation . L'Académie
Françaiſe a mis au Concours ce magnifique
fujet puiffe-t-elle trouver un homme
pour le remplir !
( 1 ) M. l'Abbé Syeys.
118
MERCURE
NOTICES.
ON viert de mettre en vente chez Plaffan
Impr-Libr. rue du Cimetiere St-André- des- Arts "
No. 10 , à Paris ,
Le se. & dernier Volume du Voyage en Nubie
& en lyfinie , par James Bruce . Če Volume eft
accompagné d'un Atlas contenant 65 Planches
& Cartes ; on a joint à ce Volume 4 Voyages
dans la Caffrerie & chez les Hottentots , par le
Lkulenart Faterfon , avec 19 Planches . Le prix
eft de 45 lv . en feuilles , & de 46 liv. 10 fous
truclé.
Les Vol. avec l'Atlas 5 . Br. 106 liv. 10 f.
Les Tomes 9 & 10 pour l'édition in - 8 ° . prix ,
10 livres.
Les to Vol . in- 8°. Br. so liv .
L'Atlas pcur l'édition in- 8°. fe vendra féparément
au mois de Février prochain.
Louise de Valrofe , ou Mémoires d'une Autrichienne
, traduit de l'Allemand fur la 3e. édit.
2 Vol . in- 12. A Paris , chez Brunet , Libr. Place
du Théâtre Italien . Frix , 30 f.
Ce Roman , dont le Traducteur a confervé la
franchife & la bonhomie Allemande , peut amufer
les Lecteurs qui voudront , à travers les bourrafques
politiques , donner quelques inftans à une
forte de lecture qui n'eft pas toujours infruc
tueufe.
FRANÇAIS.
119
Nouveautés piquantes actuellement en vente
chez Royez , Libraire , quai des Auguftins , près
Je Pont-Neuf
Le Tocfin des Politiques , par l'Abbé Sabatier
de Caftres , nouvelle édition in- 18 . Prix , 24 T.
Les Mafques arrachés , ou Hiftoire fecrete des
Révolutions & Contre- Révolutions du Brabant
& de Liége ; contenant les vies privées de Van
der Noot & autres Perfona ages fameux ; par J.Je
S... Efpion honoraire de la Policz de Paris . Nouw.
édition . 2 Vol . in- 18 . Prix , 3 lv . 12 f.
Mémoire hiporique fur les Troubles populaires
de Paris , en Acût & Septembre 1758 , avec des
Notes ; par M. Chapron . In - 8 ° . Prix , 24 [. 1
Voyages fer les bords du Rhin , depuis Maïcn : e
jufqu'à Dufleldorf ; 2 Vol . in - 8 ° . avec des Cartes
& des Figures des endroits les plus remarquables.
Prix , 8 liv...
Cet Ouvrage eft bien propre à faire plaifirà
grand nombre de perfonnes intéreliées à connaître
le local ou circulent tant de Voyageurs ou
d'Emigrans Français .
Rendez à Cefar ce qui eft à Cefar , Introduction
à une nouvelle Hiftoire philofophique des Pape?;
in- 8 ° . Cet Ouvrage eft orné du Portrait de Pie
VI , & de la petite Eftampe fi plaifante où le
Papecft reprénté au milieu de fa Cour étonnée ,
avec un Aigle lui enlevant la Tiare de la tête ,
& des enfans jouant à fes pieds avec les mules
& fes clefs, Prix , 36 f.
Caractere des Poëtes les plus diftingués de l'Al-
Lemagne , avec leurs Portraits gravés par l'Editeur
, M. P. Fenninguer , Peintre. x Vol . in - 12.
L'Eleve & Alfort & le Chirurgien de Vaiffeau ;
in-8°.
120 MERCURE FRANÇAIS.
Lettres fur divers endroits de l'Europe , de
l'Afie & de l'Afrique , parcourus en 1788 & 1789.
Į Vol. in- 8?.
ALMANACH DU PERE GÉRARD , pour l'année
1792 ; Ouvrage qui a remporté le Prix propofé
par la Société des Amis de la Conftitution , par
M. Collot d'Herbõis . A Paris , au Secrétariat de
la Société , aux Jacobins ; au Bureau du Patriote
Français , rue Favart , N. 3 ; & chez Buiffon ,
Lib-Imp. rue Haute- feuille , N°. 20. Petit in - 12 ;
prix , 6 & 12 f. 1édition augmentée du Rapport
de M. Dufaulx , & de Chanfons patriotiques. Le
Sr. Buiffon a fait faire aufli une jolie édition
petit format in- 32 , avec une Eftampe gravée par
M. Delaunay. Prix , 12. pap. ord. , & 24 f.
papier vélin,

L'habitude de dialoguer pour la Scène , & de
donner à chaque Perfonnage le ton qui convient
à fon caractere , habitude que l'Auteur a
fouvent prouvée dans de charmans Ouvrages dramatiques
, répand fur ce petit Almanach conftitutionnel
beaucoup d'agrément & de vérité. Les
principes en font auffi purs que la maniere de
les préfenter en eft agréable & intéreffante.
Le format in- 32 . de ce joli Almanach fait le
pendant de la CONSTITUTION du même format ,
qui fe débite avec tant de fuccès chez Garnery
rue Serpente , N°. 17. Les prix & les papiers font
les mêmes pour lès deux Ouvrages. Il en coutera
20 f. pour en recevoir 12 Exemplaires francs de
port par la Pofte.
LE
TABLE.
E T.mps paffe .
Charide , Enig. Log.
La Liberté dn loître.
97 Eloge de Franklin.
102 Notices.
1041
MERCURE
FRANÇAIS.
SAMEDI 31 DÉCEMBRE
1791.
Le prix de ce Journal eft actuellement.
de 36 liv. pour les Départemens , l'Affemblée
Nationale , par fon Décret du 17
Août dernier , en ayant doublé les frais
de port
.
Ilfaut toujours s'adreffer , pour foufcrire ,
au fieur Guth , rue des Poitevins , No. 18.
PIECES FUGITIVES.
COMPARAISON
D'un vaiffeau quifuit, avec le vol d'un oifeau.
FRAGMENT du se. Livre de l'Eneide.
MAIS Mnefthée , animé d'une audace nouvelle ;
Secondé par la rame & les vents qu'il appelle ,
D'un tranquille océan fillonne en paix les flots.
Telle , du creux d'un roc où fon nid eſt éclos ,
N° 53. 31 Décembre 1791 .
G
122 MERCURE
La Colombe , au vol prompt , s'échappe épouvantée.
Le roc frémit du brut de fon aile agitée .
Be tôt dans un ar libre elle prend ſon effor.
Son aile eft immobile , & l'oifeau fuit encor.
Tel au delà du but , PRISTIS ( 1 ) , d'un vol agile ,
Giffe , & fend l'onde encor quand la rame eft
tranquille.
( Par M. de Chabanon. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogriphe du Mercure précédent,
LEmot de la Charade eft petit Point, celui
de l'Enigme eft Ramoneur , & celui du Logogriphe
eft Vermine , où l'on trouve Minerve.
CHARADE.
SOUFFREZ - MMOI la facilité
De l'orthographe auriculaire ;
Du fublime à ce prix j'atteins la majeſté .
Mon premier eft l'immenfité ;
Mon fecond eſt la lumiere ,
Et mon tout eft l'éternité.
( Par un Abonné. )
( 1 ) C'eût le nom d'un des vaiffeaux d'Enée . "
BLIOTHECA
BLGIA.
FRANÇAIS. 123
NOUS
ÉNIGM E.
ous fommes plufieurs foeurs dont l'unique
partage
Eft d'amufer le genre humair.
Pour avoir nos faveurs , implorant le Deflin ,
On nous bat fouvent avec rage ;
Mais pour un feal de nos Amans ,
A qui nous fommes favorables ,
Nous en détruifons vingt , qui , peftans , blafphémans
,
Nous donneront à tous les Diables.
( Par le même. )
LOGO GRIPHE.
JE fuis en tous l'eux fort diile ,
Moins pourtant aux champs qu'à la ville .
Des fots propos d'un difcoureur
Je fers à montrer la valeur.
Si mes neuf pieds tu décompofes ,
Lecteur , que de métamorphofes !
J'offre à tes regards curieux
Un animal bien dangereux ;
Un oifeau , mais le plus fuperbe ;
Le Dieu des Bergers ; un adverbe ;
G2
124 MERCURE
1.
Une mince correction ;
De la douleur l'expreffion ;
Trois villes ; un pronom ; une mouche qui pique ;
Un inftrument bien doux ; trois notes de mufique ;
La mere d'un - Dieu , d'Apollon ;
Le nom d'un Sage ; un étalon ;
Un nouvel ornement de tête ;
Du coq orgueilleux la conquête ;
Ce qui grofit tous les objets ;
Un jeune habitant des forêts ;
Une extrémité de la Terre ;
Deux élémens ; une riviere ;
Celui qu'aux Petires - Maifons.
On met pour de bonnes raifons ;
De Notre Seigneur la monture ;
Ce qui des bâtimens dirige la ſtructure ;
Des jardins le plus grand fléau ;
Un grand Saint ; ce qui contient l'eau ;
Ce que l'on trouve en Laponie ;
Du corps humain une partie ;
L'altre qui préside à la nuit ;
Des douze mois le net produit ;
Le mets favori du village ;
La caufe de plus d'an naufrage ;
Ce qu'attire une nouveauté
Où peut êr e tu m'as porté.
Un mot avant que je me taife ,
Je te mets fouvent fort à l'aife.
( Par le même. )
FRANÇAI S.
125
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
EUVRES pofthumes de l'Abbé de MABLY.
Tomes III & IV. A Paris , chez Barrois
l'aîné , Libr. quai des Auguftins , Nº. 19.
Les deux premiers Volumes de ces
OEuvres pofthumes d'un Ecrivain dont il
eft important de tout recueillir , parurent
l'année derniere ; ceux- ci ne doivent pas être
accueillis avec moins d'intérêt . Ils contien →
nent en tout fept petits Traités ou Entretiens
, fur diverfes queftions de politique ;
car ce fut-là jufqu'à la fin de fa vie le feul &
continuel objet des méditations de l'Auteur.
De l'étude de la Politique , tel eft le
titre du premier de ces Opufcules ; & l'on
conviendra qu'il appartenait à l'Abbé de
Mably , mieux qu'à perfonne , de tracer la
route qu'on doit fuivre pour faire cette
étude avec fruit.
Le titre du fecond annonce un fujet vafte
que l'Auteur n'a pas embraffé dans toute
fon étendue , des Maladies politiques , &
de leur traitement. Il y avait là de quoi
faire tout un Ouvrage . Mably met en scène
un jeune homme de qualité , un Colonel
G3
126 MERCURE
de 32 ans , faifant bonne chere à fon Régiment
, non point par fafte , mais , comme
il le dit , pour gagner les efprits & faire
le bien plus aifément ; jetant les yeux fur
trente Livres à la fois fans en finir aucun ;
tracaffant fon Etat-Major , & n'étant jamais
content ni des chapeaux , ni des culottes
, ni des manoeuvres de fes Soldats.
Au monient où M. de St - Germain vient
d'être appelé au Miniftere , M. le Colonel
efpere qu'il va faire des changemens , des
réformes fans nombre ; tout ira bien , c'eſt
ce qu'il faut , c'eft l'homme par excellence.
Il eft furpris de voir l'Abbé refter indifférent
à cette belle perfpective , lui qu'il
connaiffait pour défapprobateur de l'état
où étaient les chofes . Mais cette froideur
vient du fentiment profond de l'inutilité
de tous ces remedes partiels , de tous ces
palliatifs dans des maux tels que les nôtres,
dans un délabrement total de la machine
fociale , dont le corps eft vicié jufque dans
fes parties internes ici l'Auteur revient à
fon grand fyftême de l'influence des moeurs
fur la profpérité des Nations , & fur la
poffibilité de leur régénération politique.
On ne peut , dit-il , rien attendre de bon
» ni de vraiment utile des Loix ou du
Gouvernement d'un Peuple dont la vie
privée a corrompu les moeurs. Ce font
" nos habitudes & nos paffions domefti-
" ques qui compofent ce venin fecret &
ود
FRANÇAI S.
127
"
fubtil, qui, circulant dans tous les mem-
» bres de l'Etat , carie & ulcere les par-
» ties nobles du Corps politique , & rend
» tout remede impraticable. Pourriez-vous
» me citer l'exemple d'un Peuple qui
» étant abîmé dans ces vices agréables qui
» nous plaifent tant , & qui nous annon-
" cent un avenir fi malheureux , ait été
و ر
و د
و د
"
ور
capable de fe prêter à une difcipline
» auftere , & de faire de grandes chofes «< ?
» Le venin politique , dit- il encore , qui
infecte , à mon gré , toute la maſſe de
l'Etat , c'eft le vice de notre vie privée.
C'eſt- là le foyer de tous nos maux , parce
que les idées & les habitudes avec lefquelles
nous fommes familiarifés , nous
» rendent incapables de remplir avec une
» certaine énergie & une certaine conftance
les devoirs que nous devons à la
Patrie . Il en conclut que toutes ces
réformes faites partiellement par tel ou
tel Miniftre , ne remédient à rien ; qu'il
faudrait une cure radicale , que la faibleffe
de notre tempérament ne nous
permettrait peut - être pas de fupporter..
Nous avons fans doute befoin de faire
» de grands changemens & de grandes réformes
; mais il faut les faire dans de
grandes chofes , dans des chofes impor-
" tantes , capitales , & qui font comme la
» fource & le foyer de tout le bien & de
ود
"
و ر
tout le mal. Pauvres gens ! il eft bien
G
4
128 MERCURE
ود
queftion de Meffageries , de coches
» d'eau , & de cent autres niaiferies pa-
» reilles ! Vous fongez à me guérir de mes
» cors aux pieds , & j'ai une fievre maligne
dont le dépôt fe fera peut-être de-
» main dans mon cerveau ou dans na
poitrine ".
33
"3
La grande crife eft venue , le remede
fondamental & univerfel eft appliqué , mais
Kulcere moral refte encore ; & nous devons
Te reconnaître avec une forte d'effrei , nul
changement dans nos Loix ne fera ſtable
tant qu'il n'en exiftera point dans nos
moeurs.
L'Abbé de Mably, qui fuivait de l'oeil
tous les événemens du commencement de
ce Regne , était loin de s'en laiffer impoſer
par une fauffe apparence de profpérité ;
nos avantages dans la guerre d'Amérique
ne l'éblouiffaient pas ; & dans un Ecrit
intitulé notre Gloire ou nos Rêves , mots
qui furent en effet trop long-temps fynonymes
pour nous , toujours effrayé de cette
maladie incurable dont il nous voyait attaqués
, il réduit à leur jufte valeur &
nos triomphes & leurs fuites ; mais il juge
peut- être moins équitablement la conduite
des Anglo -Américains , qui n'étaient alors
que les Infurgens. Il croit appercevoir dans
la Conftitution qu'ils s'étaient donnée, &
qu'ils ont perfectionnée depuis , des germes
qui devaient en altérer la folidité. Il blâme
FRANÇA I S.
129
"
ود
99
و د
I
23
fur-tout l'imitation de la Conftitution Anglaife.
Voyant , dit- il , que l'Angleterre,
dont ils ont long - temps admiré les
richeffes , le pouvoir , la politique & la
profpérité , eft repréfentée par le Parlement
, qui ne peut que propofer des
Bills qui font fans force , fi le Roi n'y
» donne fon confentement ; ils ont cru
» bonnement que leur Affemblée des Repréfentans
ne devait avoir , pour le bien
de la République , que la fimple prérogative
du Parlement Britannique , &
» pour fuppléer au Roi qui leur manque,
» ils ont ingénieufement imaginé leur
» Chambre fuprême de la Légiflation «.
"
»
"
Ce qui feir eft une nouvelle preuve de
ce qu'il penfait de cette Conftitution célebre
, qu'on a voulu nous faire adopter ,
& de ce qu'il eûr penfe de la partie qu'on
eft parvenu à en introduire dans la nôtre.
» Si je ne pardonne pas aux Anglais de
» n'avoir pas profité de la Révolution de
"
"
30
1688 , mais fur- tout de l'avènement de
» la Maifon de Hanover au Trône pour
» corriger leur Conftiruion , je pardonnerai
encore moins aux Infurgens d'avoir
transporté chez eux les vices d'un Gou-
» vernement qu'ils devaient hair, & contre
lequel ils étaient obligés de fe révol-
» ter ..... Il me femble qu'il n'était pas
befoin d'une vue bien percente pour appercevoir
que l'embarras où fe trouve la
و د
90
ود
G
S
130
MERCURE
1
"
ל כ
"3
و د
"2
Puiffance Légiflative en Angleterre ,
don-
» nait au Roi une prépondérance de pouvoir
dont il abuferait néceffairement pour avilir
leParlement, accoutumer la Nation à une
patience fervile , & rendre enfin fon Con-
» feil auffi arbitraire que celui de Verſailles.
" La prérogative royale en Angleterre eſt un
poids dont l'action continuelle & conftante
» doit enfin conduire la Nation au Deſpotifme
, & c. «
Dans ce même temps ,
l'effai des Etats-
Provinciaux du Berri occupait beaucoup
les efprits , & c'était encore, aux yeux de
l'Interlocuteur
, le garant d'une réforme
heureufe dans le Gouvernement , encore
une fource de gloire ; mais felon notre
Philofophe
clair- voyant , encore un Rêve.
C'est toujours dans fon fyftême favori
qu'il puile fes raifons d'incrédulité
, & il
obferve avec jufteffe le vice radical de
cetre opération de M. Necker : » Si l'on
» avait pris dans l'Arrêt du Confeil les
» moyens les plus efficaces pour donner
» du reffort aux ames , les élever en leur
infpirant l'amour de la Liberté , de la
gloire , du bien public , & un défintéreflement
fondé fur un jufte mépris de
l'argent , je ne réponds pas ,
dit-il , que
je n'euffe partagé cette eſpérance ; maïs
faites attention , je vous prie , que par
leur Inftitution , vos Etats ne feront occupés
que de calculs de finances & de
ور
"
و ر
93
29
و و
"
FRANÇA I S.
131
» moyens de procurer plus commodement
» aux Miniftres tout l'argent qu'ils de-
» manderont : & vous voulez qu'au milieu
99
"3
de ces occupations financieres , les Ci-
" toyens acquierent des fentimens nobles
» & relevés ! Chimere , pure chimere !
N'avez - vous pas remarqué dans toute
» l'Hiftoire que les moyens que les Peuples
ont employés pour fe rendre heu-
» reux , ont tous été conftamment inu-
" tiles , quand on n'a pas commencé par
» établir le bonheur fur le fondement de
la vertu & de la Liberté ? & c. "
ל כ
و د
Parmi les autres Ecrits qui rempliffent
ces deux Volumes , les plus confidérables
font , l'un fur le Commerce des grains
dans lequel l'Auteur , par une fuite des
préventions qu'il eut toujours contre les
Economiftes , fe déclare contre la Liberté
indéfinie de ce Commerce ; & l'autre fur
la Superftition , cù ilfoutient, non pas que
la Superftition eft un bien , mais qu'elle eft
malheureufement inhérente à la nature de
l'efprit humain. Dans cette époque de lumieres
& de philofophie où nous fommes,
nous voyons des chofes qui doivent nous
faire craindre qu'en cela l'Abbé de Mably
n'ait cu raifon. ( G ... ) !
Nota. Si cet Article n'eft point du nouveau
Rédacteur , c'eſt qu'il était déjà compofé , quand
la rédaction lui a été confiée : c'est le dernier
de l'ancien porte-feuille.
132
MERCURE
VARIÉTÉS.
LA liberté des Théâtres en a fait établit dans
cette Capitale un nombre tellement exceffif ,
qu'il ne rette plus à l'Art Dramatique qu'une
feule reffource ; c'eft que cette furabondance fe
dévore elle - même , que l'imprudence des premiers
fpéculateurs avertiffe , par leur ruise , ceux
qui pourraient lurvenir ; qu'enfin le nombre des
Spectacles que peut entretenir cette Ville eft
complet , & que la témérité de toute nouvelle
tentative de ce genre , fera déformais punie par
une inévitable deftruction .
Les Gens de Lettres , les Amateurs , les hommes
raisonnables ont tous défiré qu'il s'établît
un ſecond Théâtre Français , en rivalité avec le
premier , pour entretenir une heureuſe émulaton
, créer de nouvelles jouiffances , & renverfer
le Defpotifme qui réfultait néceffairement
de l'existence privilégiée d'un feul , & de fon
pouvoir exclufif. On a cru de là que l'on voulait
détruire l'ancien Théâtre Français , dit aujour
d'hui de la Nation , & l'on n'a pas pris garde
que le projet , s'il eût exifté réellement , eût été
diamétralement contraire au but qu'on s'était
propofé ; car en ruinant le premier en faveur
du fecond , on n'eût fait que changer de Defpotifme.
Les Auteurs font intéreffés , au contraire
, à foutenir en équilibre celui des deux qui
viendrait à chanceler.
Il fallait de même un émule au Théâtre Lyricomique
, & pour les mêmes raifons . Il s'en
FRANÇA I S. 133
eft élevé un grand nombre , mais dont aucun
ne remplit encore l'efpoir des Amateurs. Tous
ont voulu joindre la Comédie à l'Opéra- Comique
, fans confidérer que la Comédie ne peut
exifter , pour ainfi dire , que parfaite ; que pour
approcher du degré de perfection qui lui eft
néceffaire , elle a befoin de fe montrer fcule ;
car la mufique tue tout ce qui l'avoifine ; que
les fujets d'un genre font rarement propres à
l'autre , & que la dépenfe inutile , caufée par
le genre qui ne produit rien , devrait être reportée
fur le genre Lyrique , le feul lucratif ,
& auquel tout le refte devrait être facrifié . On
peut être sûr que dans tout nouvel établiffement
où la Comédie & l'Opéra- Comique font réunis ,
Ja Comélie fera toujours mauvaife , & 10péra
médiocre.
L'Opéra férieux eft peut être le feul genre
qui ne puiffe avoir de rival. La magnificence
qu'il a toujours déployée , & à laquelle on eft
bien accoutumé qu'elle en paraît inféparable ,
l'extrême difficulté de réunir des talens fupérieurs
, dans tous les genres qu'il exige , avaient
jufqu'ici paru des obftacles infurmontables . On
s'était borné à chercher les moyens de foutenir ,
à force de facrifices , un Spectacle qui n'a prefque
jamais rendu fes frais , & l'on était loi de
fonger à en élever un fecond. Cependant il
vient de paraître un Profpectus dans lequel , non
feulement on propofe un nouvel Opéra , fcus
le titre de Théâtre de la réunion des Arts
mais que l'on a deffein de rendre encore beaucoup
plus magnifique que celui qui exiſte , en y
joignant la haute Pantomime hiftorique , c'eft-àdire
, les principaux traits de la Mythologie & de
l'Hiftoire , réduits en action , en Drames muets ',
134
MERCURE
pour être exécutés par le feul fecours des gef
tes , comme le pratiquaient les Anciens.
Le doffein de l'Auteur eft de rendre cette fuite
de Pantomimes propre à former un cours d'éducation
. Moins borné que la Tragédie , ce
genre en ofrira toutes les fituations , les développerens
& l'élévation . . . . . Ce Spec-
» tacle , digne d'intéreffer le coeur & l'efprit , &
» fait pour plaire aux yeux , fera véritablement
» une école auffi attachante qu'inftructive « .
» Indépendamment de la Pantomime , l'Opéra
fera repréfenté fur ce même Théâtre , trois
» fois la femaine , avec toute la pompe & la
magnificence qu'il ex ge «. La femaine ainfi
partagée entre la Pantomime & 1 Opéra , laiffera
un jour franc , qui fera deftiné à l'exécution
» d'une Fête Parifienne , où fe réuniront les
Frangers les Citoyens & toute la Jeu-
» neffe des deux fexes «. Des Bals mafqués d'un
genre tout nouveau , attireront encore une autre
claffe d'Amateurs.
ל כ
A ces avantages , l'Auteur en joint un autre
véritablement très - précieux , s'il eft exécuté
comme il doit l'être : c'eft la création d'un
Confervatoire , c'eft-à-dire , d'une Ecole où des
jeunes gens feraient inftruits dans tous les Arts
qu'ils fe propoferaient d'exercer. L'Ecole de
chant , établie , il y a quelques années , par le
Gouvernement , avec tous les vices de l'ignorance
, & tous les abus de l'ancien Régime , &
qui , je crois , fubfifte encore , malgré les dpenfes
qu'elle abforbe , & fon inconteftable. inutilité
, cette école , dis-je , qui n'a jamais fervi
qu'à falarier quelques Profeffeurs , & qui n'a
produit aucun Eleve d'un vrai mérite , laiſſe tout
encore à défirer fur ce point . L'idée de cette fonFRANÇAIS.
135
dation peut donc être tout aufli nouvelle qu'elle.
eft néceffaire .
Ce Théâtre ferait établi au centre de la ville ,
» dans le quartier le plus favorable . La falle ,
» vafle & fuperbe , d'une forme & d'une diftribution
nouvelles , enrichira la Capitale d'un
» édifice majeftueux , vraiment digne d'étre le
» Palais des Arts «. Il eſt proposé par Soufcription
, trois mille actions de 000 liv . chacune ,
mais divifibles en plus petites portions , formant
le capital exigé pour exploiter cette entreprife ,
qui pourra être en activité dans trois ans. Nous
renvoyons au Profpectus , pour le détail des autres
conditions , & des avantages qu'il préfente.
Cette propofition impofante offre , au premier
coup d'oeil , de grandes difficultés dans fon
exécution. La premiere eft celle que nous avons
déjà infinuée . Si l'Opéra , beaucoup moins difpendieux
& magnifique , n'a jamais pu fe foutenir
par les propres forces , comment cette nouvelle
entreprife , infiniment plus étendue , peutelle
en avoir l'eſpoir ?
Il ne faut , à ce qu'il nous femble , ni fe laiffer
féduire par des promeffes pompeufes , ni fe
laiffer arrêter aux premieres objections. Nous
nous propofons , dans un autre article , d'examiner
les obftacles qui accompagnent l'idée de ce
projet , les moyens que l'Auteur peut avoir pour
les vaincre , & les nombreux avantages qui en
réfulteront , s'il en vient à bout. Toujours eft:
il vrai que le Spectacle annoncé ferait le plus
beau de l'Europe , & que s'il eft démontré pra
ticable , la Nation qu'il favoriferait fous tant
de rapports , & dont il ferait la gloire , eft intéteflée
à le foutenir par tous les moyens qui
font en fon pouvoir.
136 MERCURE
SPECTACLE S.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
UNE Mortelle trahie par un Héros perfide ,
confolée par un Dieu qui lui donne l'immortalité
, telle eft , comme on fait , le fujet de
Bacchus & Ariane. Tous les Arts fe le font approprié
; la Danfe vient à ſon tour en tirer les
tableaux , les oppofitions , les effets qui lui font
propres. Il en eft pen qui fe prêtent mieux à
une action Pant mime , parce qu'il eft fimple ,
& s'explique de lui- ême , parce qu'il eft ferti'e
en fituations pittorefques & en contraftes , parce
qu'enfin les développe nens mythologiques dont
il eft fufceptible , donnent lieu de déployer
toutes les richeffes de ce Théâ re , que l'on peut
appeler en Europe la Métropole de la Danfe.
Ariane abandonnée dans l'Ile de Naxos par
Théfée , qui enleve Phédre fa fæur ; le ré eil
de cette Amante délaiffée , fes foupçons , fes
craintes , l'horrible certitude qui leur fuccede ,
& le défefpoir où elle s'abandonne , forment la
premiere partie de l'action. Bacchus , vainqueur
de l'Inde , fur fon char traîné par des tigres ,
entouré de Soldats chargés de dépouilles & de
trophées , fuivi du vieux Silene & d'un Choeur
de Bacchantes , de Faunes armés de thyrſes ,
& faifant retentir l'air du fon des ciftres &
des tambourins ; les fêtes que célebre pour
cette Cour joyeufe ; Ariane amenée devant lui ,
les efforts du Dieu pour lui plaire , la réſiſtance
lui
FRANÇAI S. 137
de la Belle , & le parti qu'elle prend enfin de
fe laiffer confoler , rempliffent la feconde partie .
La troifieme confifte prefque toute entiere dans
l'apothéofe d'Ariane , qui eft enlevée avec fon
Amant fur des nuages , & reçue dans l'Olympe
par Jupiter entouré de toute la Cour célefte.
L'Auteur de ce Ballet eft M. Gallet , dont
l'heureux début annonce une imagination fertile ,
& la connaiffance de toutes les reffources de
fon Art. Le Public l'a demandé & applaudi : le
Machinifte , M. Bornier , a reçu les mêmes honneurs.
On a été en général très- content & des
détails de l'enfemble. M. Veftris a mis dans
le rôle de Bacchus une perfection qui caufe
toujours une nouvelle furpriſe , quoiqu'on s'y
attende toujours ; Mlle. Miller a rendu ,
infiniment d'expreffion & de grace , le rôle intéreffant
d'Ariane ; M M. Didelot , Beaupré
Huart , Goyon , Laurent ; Mefdames Perignon ,
Collomb , Chevigny , Coulon , paraiffent dans
les différens rôles acceffoires avec des avantages
divers , dont la réunion forme un tout véritablement
magique .
avec
L'ufage de M. Gardel & de plufieurs autres
Maîtres dans des Ballers de ce genre , eft d'emplover
pour la fymphonie une fui e de morceaux
connus , dont l'application aux diverfes
fituations des Acteurs eft fouvent heureufe , &
fert même à expliquer l'action . M. Ga let a préféré
de confier à un feul Muficien la compotion
de toute la mufique de Bacchus & Ariane.
Cette mufique a pau faite avec art & remplie
d'intentions : elle eft de M. de Rochefort. La
marche de Bacchus a été fur-tour fort applaudie .
La inagnificence des habits , des décorations ,
les foins donnés à l'exécution des machines &
138 MERCURE
de toutes les autres parties du Spectacle , font
une nouvelle preuve du zele infatigable de l'Adminiftration
, pour conferver à ce Théâtre fa
pompe & tout fon éclat.
THEATRE de la rue Feydeau.
APRÈS plufieurs effais de différens genres , dont
le fuccès, depuis quelque temps, n'a pas répondu au
zele des Adminiftrateurs & des Acteurs de ce Théâtre
, ils viennent enfin de donner un Opéra Italien
en deux Actes , qui a parfaitement réuffi ; c'eft
la Cofa rara , dont la mufique eft du Signor Vicenzo
Martini , Compofiteur Efpagnol , connu
en Italie par plus d'un fuccès:
Cette Chofe rare , n'en déplaife à nos Dames ,
n'eft autre chofe qu'une femme jolie & fidelle.
Lilla , jeune Villageoife , aime Lubin ; mais
fon fere veut la marier , malgré elle , au Bailli
ou Podeftat . Elle parvient à s'échapper , en fautant
par la fenêtre . La Reire & l'Infant fon fils
chaffent dans les environs. Lilla vient toute
plorée fe jeter aux pieds de la Reine , qui la
prend fous fa protection , & la confie à un
vieux Courtifan , Gouverneur de fon fils . L'Infant
devient amoureux de Lilla ; il veut que fon
Menter parle pour lui . Celui - ci eft bien tenté
de parler pour lui-même. Il tremble , bégaye ;
Ton fecret eft prêt à lui échapper ; mais il apperçoit
le Prince , & rentre dans le rôle d'ami.
Lilla ne veut rien écouter , & ne penfe qu'à
Lubin , qui , de fon côté , ne penfe qu'à elle.
Furieux de ne plus la trouver au village , il veut
battre Titta , frere de Lilla ; entre dans la maifon
, fracaffe tout ce qu'il rencontre , & faute
FRANÇAIS. 139

par la même fenêtre par où fa Maîtreffe s'eft
échappée . Titta revient avec le Podeftat & des gens
arinés qui fe faififfent de Lubin , & le conduifent
garrotté devant le Prince. Il le trouve feul
avec Lilla. Sa jaloufie & fes fureurs le reprennent
; mais Lilla fe juftifie . La Reine vient ellemême
raccommoder les Amans qui ſe marient.
La Piece pouvait finir là fans inconvénient ;
mais fans inconvénient auffi , d'après l'irrégularité
ordinaire des Drames de ce genre , elle peut
fe renouer & fournir un ſecond Acte. Titta eft
devenu mari de Ghitta , & Lubin de Lilla ; le
Prince ne fe décourage point , & cherche toujours
à fe faire écouter. Jaloufies , mal- entendus ,
fcènes de nuit , nouvelles tracafferies ; c'est ce qui
remplit tout cet Acte le vieux Gouverneur le
termine en s'accufant feul du projet de féduire
Lilla . La Reine le chaffe de fa Cour ; le Prince
renonce à fes fantaifies amoureuſes , & les quatre
époux Villageois s'en vont contens de leur fort .
:
A
La mufique joint à d'autres mérites celui d'une
teinte originale , & , pour ainfi dire , locale , qu'il
n'eft pas commun de trouver dans les Pieces
Italiennes . La Scène eft en Espagne ; & fans
compter quelques perits Airs ou Chanfons du
pays , il y a dans la plupart des morceaux de
mufique des tours de chant , des chutes de
phrafe , & des mouvemens d'orchestre qui confervent
quelque chofe du ftyle Efpagnol. On
voit que le Compofiteur a traité avec affection
ce fujet , qu'il a pu regarder comme National.
Tout le premier Acte eft conforme à la, partition
originale. Il n'y a de changemens qu'au
fecond , & il faut avoir l'oreille tres - exercée
ou être dans le fecret pour les reconnaître . Le
Rondeau de Mad. Morichelli , & le bel Air avec
140
MERCURE

un Récitatif obligé chanté par M. Simoni , font
de M. Cherubini. Les tournures piquantes , originales
, & la coupe même de ces morceaux
font bien loin d'être jetés dans le moule commun
des Airs Italiens : le dernier fur-tout eft
auffi fingulier & auffi neuf qu'il eft théâtral &
fidele à l'expreffion des paroles. L'Air fpirituel
& pittorefque , dans le genre bouffon , que l'on
fait toujours répéter à M. Brocchi , eft de Cimarofa
, & les tous Napolitains dont il eft
rempli , fortent encore de ce que quelques perfonnes
nomment la routine Italienne. Er fin le
très-joli Rondeau que chante Mlle. Baletti , eft
une Polonaife de M. Viotti , & c'eft un des
Airs les plus agréables & les moins communs de
la Piece.
Le tout eft rendu avec une perfection rare
par Mefd. Morichelli & Baletti , que l'on voit
pour la premiere fois jouer dans la même Piece ,
& qui , placées toutes deux dans des rôles con
venables à leurs moyens , paraiffent avec un
égal avantage ; par Mlle. Simonet , maintenant
Ma . Martin , qui met dans fon jeu beaucoup
de fineffe & de gaîté ; par M. Simoni , dont
on apprécie tous les jours de plus en plus l'excellente
méthode & la maniere large , noble &
gracieufe en même temps : & enfin par M.
Mandini , qui met dans le rôle de Lubin tout
le feu , test le naturel que ce rôle exige , &
cette aimable facilité qui fait l'une des qualités
diftinctives de fon talent. M. Brocchi rend d'une
maniere vraiment comique le rôle de Titta. On
doir favoir gré à M. Rovedino , fi juftement
applaudi dans d'autres rôles , de s'être chargé de
celui du Podeftat Le talent ne trouve aucune
partie d'un bel Ouvrage au deffous de lui , parce
qu'il eft sûr d'être diftingué par-tout.
FRANÇAIS. 141
THEATRE de la rue de Bondi.
LA Troupe Françaife Lyrique & Comique ne
s'était encore diftinguée que par la fameufe Piece
de Nicodême dans la Lune , qui s'y foutient toujours
après 200 repréfentations. Il vient d'exécuter
ane Piece d'un plus grand genre , & qui mérite
à plufieurs égards d'attirer les Amateurs ; elle eſt
intitulée La Veft le du Mexique , ou Fernand
Cortez. Ce fujet , déjà fouvent traité , eft pris
des Incas de M. Marmontel. Nous ne parlerons
pas du Poëme , qui fe fent un peu de la jeuneſſe
de l'Auteur pour la contexture & pour l'emphaſe
du fiyle. En étudiant davantage la Scène , il
apprendra que la boufiffure n'eft point la nobleffe
, & qu'au Théâtre le ftyle même héroïque
ne doit pas manquer de pureté ni de fimplicité.
Mais le Muficien , dont cet Ouvrage
cft auffi le début , nous a paru donner les
plus grandes e'pérances. Un chant facile & fpi- .
rituel , une excellente facture , des accompagnemens
bien entendus , bien diftribués , une maniere
formée fur les meilleurs modeles , font les
qualités qui diftinguent cet Ouvrage. Ce n'eft
pas qu'il foit entiérement exempt de critique . On
peut reprocher à ce Compofiteur un peu de recherche
, l'abus des modes mineures , & la prétention
de produire toujours des effets : mais
ces défauts qui tiennent à l'inexpérience , & qui
font communs à toutes les premieres Productions ,
difparaîtront fans doute dans de nouveaux Ouvrages
, lorfque l'Auteur , inftruit par fon fuccès
même , apprendra que ce travail fatigant n'eft
pas ce qui plaît au Théâtre , loin d'être néceffaire
pour y réuffir. On ne faurait trop encou142
. MERCURE
à ce
ager ce jeune homme , qui fe nomme ,
que nous croyons , M. Mellier ; & on peut garantir
aux Poëtes qui voudront afforier leurs
talens au fien , qu'il eft fait pour ſe diftinguer
même dans une plus vafte carriere .
L'exécution de cette Piece eft loin d'être fans
mérite ; les deux femmes fur-tout ont une voix
jufte , naturelle , fonore , & elles chantent avec
beaucoup de fenfibilité l'Ouvrage d'ailleurs eft
établi avec autant de foin que de magnificence.
NOTICE S.
Plan d'une nouvelle Adminiſtration pour les
Forêts de France , & fervir de Supplément à
notre Inftruction fur les Bois ; contenant un
abrégé des Réglemens pour adminiſtrer , conferver
& ne point défricher les Forêts , &c . : des .
Moyens de réformer , améliorer & planter les
Bois des Queſtions à faire aux Officiers des
Eaux & Forêts , pour s'inftruire de l'adminiftration
paffée , & avifer aux réformes à faire :
l'Etabliffement , à Paris , d'un Comité de Correfpondance
générale & de vingt Divifions Fo
reftieres , compofées de plufieurs Départemens ;
par M. Tellès d'Acofta , Grand - Maître honoraire
des Faux & Forêts de ' Champagne. Se trouvent
à Paris , chez Cailleau , Imprim- Libr. rue
Galande , Nº . 4 ; Cailleau , rue de Sorbonne ;
& Beaudouin , fous les galeries des Feuillans.
Les connaiffances étendues que l'Auteur a déjà
montrées plus d'une fois fur ces matieres , doivent
infpirer une confiance parfaite ,
FRANÇA I S. 143
21e. Livraiſon de l'Abrégé de l'Hiftoire Univerfelle
, en Figures deffinées & gravées par les
premiers Artistes de la Capitale ; ou Recueil d'E(-
tampes repréfentant les fujets les plus frappans
de l'Histoire , tant facrée que profane , ancienne
& moderne ; avec des explications qui s'y rapportent
par M. Vauvilliers , de l'Académie des
Infcriptions & Belles- Lettres. Le prix du Cahier
in- 8 ° . eft de 4 liv . Hiftoire facrée , Nº . 10 ,
2e. Livre des Rois. On foufcrit à Paris , chez
Didot jeune , Imprim - Libr . quai des Auguftins ;
Moutard, Imp-Lib. rue des Mathurins ; & Duflos ,
rue St - Victor , la 3e . porte cochere à gauche
en entrant par la place Maubert.
Cette Collection , précieufe dans toutes les
parties , fera toujours recherchée par les Connaiffeurs
, & le fuccès qu'elle obtient annonce
affez le mérite de ce Chef- d'oeuvre de typographie
& de gravure.
Le Porte-feuille récréatif , à l'uſage des enfans
& des adolefcens des deux fexes ; contenant des
traits de l'Hiftoire ancienne & moderne , des
Contes moraux , des morceaux de déclamation ,
des Anecdotes de bienfaifance & autres , par
lefquels la morale & l'inftruction font préfentées
fous des formes agréables à la Jeuncffe ; avec
des Figures en taille-douce ; rédigé par un ami
des Enfans. Nos. 1 & 1. Prix , 24 f. chaque Cahier
in-4 ° . Se trouve à Paris , chez Née de la Rochelle
, Libr. rue du Hurepoix , Nº . 13 ; Mérigot
jeune , quai des Auguftins , au coin de la rue Pavée
; & les principaux Libraires du Royaume .
Cet Ouvrage , d'une exécution agréable , nous
paraît propre à remplir fon but
144.
MERCURE FRANÇAIS .
Le Gilblas Français , ou Aventures de Henry
Lançon ; par M. Lemaire de Nancy. 2e. édition .
3 Vol. in 18. Prix , 5 liv . A Paris , chez Lavillette
, Libr . rue du Battoir , Nº. 8 .
·
Ce petit Roman eft rempli de traits d'une critique
agréable , & de détails piquans fur les mecurs
du pays qu'il décrit.
A VIS.
Nous fommes priés d'avertir le Public , que
les Ouvrages de Mécanique de M. REIGNIER
l'aîné , à Semur en Auxois , dont nous avons
donné la Notice dans le N ° . so de ce Journal ,
ne fe fabriquent qu'à mefure , à caufe de la diverfité
des prix & pour éviter les contrefaçons ;
en conféquence , on n'en trouve point de tout
fabriqués, ni même d'échantillon , à l'adreffe que
nous avions donnée ; mais on peut néanmoins
s'adreffer à MM . Feffard & Compagnie , Négocians
, rue St- Denis , à la Gerbe d'or , à Paris ,
pour demander les objets que l'on veut avoir.
Lorfque MM. REIGNIER auront obtenu les Patentes
qu'ils follicitent pour leurs Machines , &
que la Loi accorde aux Inventeurs , ils en établiront
un Dépôt chez les mêmes MM. Feffard .
On peut auffi s'adreffer à MM. REIGNIER freres ,
à Semur en Auxois.
TABLE.
COMPARAISON. 1211 Variétés.
Charade, Enig. Logog. 122 Spectacles.
Tuvres de Mably. 125 Notices .
132
136
343
MERCURE
2.
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
POLOG N F.
De Varfovie , le 6 Novembre 1791 .
TOUS
ous les efprits réfléchis ont applauđi à
la prudence qu'a montrée l'Electeur de Saxe,
en évitant de s'abandonner à l'impétuofité
Polonoife , & de faifir le Trône que lui
offroit la République , avant d'en avoir
affermi la bafe. L'on fe rappelle la Note
du 22 Septembre , par laquelle la Diète
preffa la réfolution définitive de S. A. E. ,
& le follicita de terminer les négociations.
La réponſe à cette Note eft arrivée. Dans
la Séance du 2 , le Chancelier Chreptowitz
l'a communiquée à la Diète , d'où l'on
avoit fait fortir les Spectateurs , fuivant la
police fage de cette Affemblée : fignée à
N°. 49. 3 Décembre 1791. A
( 2 )
Drefde , le 23 Octobre , par le Comte de
Laff; elle porte en fubftance :
« Le fouffigné s'eft empreflé de mettre fous
les yeux de l'E ecteur la note que M. le Comte
Malachowski , Envové extraordinaire & Miniftre
Piénipotentiaire de Sa Majefté le Roi & de la
République de Pologne , lui avoit adretſée le 1er .
de ce mois. »
ee Infiniment fenfible aux marques de confiance ,
qu'une connoiffance plus intime de les principes
infpire aux Etats_affemblés en Diète , Son Alteffe
Séréniffime Electorale fe flatte que toute
fa conduite fervira , dans ces occurrences , de
preuve de fa reconnoiffance envers S. M. le
Roi & l'illuftre Nation Polonoiſe , ainfi que de
l'intérêt que l'Electeur prend à leur félicité permanente.
»
сс
Or , comme cette félicité doit principalement
fe fonder fur la nouvelle Conftitution de ce
Royaume , l'Electeur , pénétré de ces fentimens ,
s'eft fcrupuleufement attaché à approfondir l'enfemble
de la même Conftitution, ainfi que des dif
pofitions ultérieures qui en font réfultées , depuis
la communication authentique qui lui ca fut
faite. »
S. A. l'Electeur trouve dans ces Loix fondamentales
de la Pologne plufieurs points , ot
des doutes importans s'arrêtent , & qui lui femblent
exiger des explications préalables , avant qu'il
puiffe fe décider à entrer dans aucune négociation
fur les Pasta Conventa . »
« Ces confidérations difpofent S. A. S. E.
à penfer, que le meilleur moyen d'éclaircir ces
doutes feroit celui qui avoit été proposé dans
( 3
la note par M. le Comte Malachowski ; favoir ,
de défigner quelques perſonnes qui , de lapart du-
Rois des Etats , entameroient ici avec celles nom→
mées par l'Electeur , tine conférence , tendante à
trouver le moyen de lever les obſtacles qui s'oppofentà
fa réfolution, »›
all paroît , au refte , que l'intérêt de la
Nation Polonoife , qui , par le zèle dont elle
eft animée & par les foins infatigables de fon
augufte Souverain , le trouve auffi folidement
cimenté , pourroit être moins exposé à quelque
danger par des retards réfultans de ces Conférences
, qu'il ne le fut par les fuites d'une réfolution
précipitée de la part de S. A. S. E. , laquelle ne
répugne pas moins à fes principes , qu'elle ne peut
Le concilier avec l'importance de l'objet. »
« Fair à Drefde , le 23 Octobre 1791. »
Signé, le Comte DE LOSS.
Après trois heures de délibérations trèsvives,
la Diète a décrété , feulement à la majorité,
que le Prince Adam de Czartoriski ,
Nonce de Lublin , & Général de Podolie, fe
rendroit à Dreſdeen qualité de Commiſſaire
Plénipotentiaire , pour y remplir avec M.
Malachowski , Miniftre de la République
auprès de l'Electeur , la miffion demandée
par ce Prince dans fa réponſe.
ALLEMAGNE.
De Hambourg, le 20 Novembre 1791 .
On eft encore fans connoillance ulté
A 2
( 4 )
rieuce du dernier Traité figné à Stockholm ,
entre le Roi de Suède & le Miniftre de.
l'impératrice de Ruffie. Le retard de fa publicité
n'a rien de furprenant , puifqu'il a
été foumis à la ratification de Catherine II:
d'ailleurs , il eft douteux qu'on en ebruïte
les claufes fur-le- champ, fi, comme plufieurs
avis s'accordent à l'annoncer , d'autres Puiffances
font au point d'y accéder. On connoît
là deffus des négociations très- vives
dans plufieurs Cours : la Czarine preffe
l'Empereur de tenir fes premiers engagemens
, & elle vient d'autorifer ſpécialement
à Vienne , en qualité de fon fecond Miniftre
auprès de S. M. I. , le Comte Rafumofski
, qu'elle a chargé de la correfpondance
politique avec l'Italie , la France ,
l'Angleterre , la Hollande , & l'Empire
Germanique. Les affaires particulières de
la Cour de Pétersbourg avec celles de
Vienne , reftent confiées exclufivement au
Prince de Gallitzin , Ambaffadeur de
Ruffie.
En partant d'Aix - la - Chapelle , le Roi
de Suede y laiffa fes équipages , qu'on n'a
point ramenés à Stockholm : au contraire ,
ce Prince a récemment donné ordre de
les conferver à Aix-la - Chapelle. Ce fait
accrédite la conjecture , qu'au Printemps
S. M. S. reviendra dans cette ville. Par
des avis certains , on cft également inft uit
qu'il entré dans un port de la Hulfande
, un navire Suédois chargé de munitions
de
guerre.
C'eft une fingularité digne de remarque,
que le départ d'un navire Norwégien ,
nommé le Prince Charles de Heffe , qui a
fait voile de Mocs pour Tranquebar dans
les Indes orientales : tout fon équipage oft
compofé de Norwégiens , & c'eft le premier
bâtiment que ce royaume du Nord
de l'Europe ait envoyé aux Indes .
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 23 Novembre .
Le Duc & la Ducheffe d' Yorck , partis
de Berlin le 17 Octobre , font arrivés ici
Samedi dernier , après avoir féjourné à
Hanovre , à Ofnabrück & à Bruxelles . Le
foir même , LL. AA. RR . furent préfentées
au Roi , à la Reine , & à la famille
Royale , par le Prince de Galles , qui pa
roît de plus en plus fe deftiner au célibat,
& s'en tenir aux liens fecrets dont la curiofité
publique fut un moment occupće.
:
On ne parle point encore d'une manière
pofitive , des fecours à envoyer aux Antilles
jufqu'à préfent , il n'eft parti que
des dépêches au Gouverneur de la Jamaïque
. Cette temporifation du Gouvernement
inquiète les Colons , & femble tenir
a un plan fecret. Beaucoup d'obfervateurs
A 3
( 6)
:
ne font pas éloignés de croire que , nos
Miniftres fongent peut-être à profiter de
la circonftance, pour étendre le patrimoine
de notre commerce maritime , par l'indépendance
générale des Colonies à fucre.
Dans les inextricables embarras cù la
France eft plongée , dans fon impuiflance
à rémédier avec l'anarchie de la Métropole
à l'anarchie de fes ifles , ces riches poffeffions
femblent prêtes à lui échapper le
défaut de protection efficace amenera cet
évènement. Nous aurions l'air du défintéreffement
, en refufant de les recevoir ,
& en les abandonnant à leurs propres
forces. En même temps , nous offririons
d'affranchir également nos ifles ; de cette
parité infidieufe il réfulteroit que , nous
conferverions leur commerce entier, en abforbant
les trois quarts de celui des ifles
Françoifes. Pour ce petit efcamotage commercial
, nous comptons fur les Amis des
Noirs , & fur leur patriotique profeffion
de foi en faveur de la perte des Colonies .
La Tribune Françoife ne manqueroit pas
de retentir de fuperbes déclamations fur ce
facrifice de l'intérêt à la philofophie : les
Gazetiers feroient des Poëmes épiques , &
nous aurions l'argent de nos voilins . Nous
n'affirmerons pas l'existence de ce plan ;
mais quelques indices décèlent qu'il n'eſt
pas imaginaire. Par fon exécution , nous
nous trouverions avoir en fix ans , & íass
( 7 )
tirer l'épée , coupé toutes les veines du
commerce maritime de France , ruiné fon
trafic aux grandes Indes , dans l'Amérique
feptentrionale , dans le Nord , dans l'Europe
entière , & enfin dans l'Archipel des
Antilles. Ce n'eft pas fi mal pour des Infulaires
auffi mal gouvernés que nous le
fommes , avec des Lords , une Chambre
Haute , des Propriétaires pour Repréfentans
, des Grands Juges nommés par le
Roi, des Jurés qu'on ne choifit point dans
la boue, & un Prince qu'on a la baffeffe
de titrer de SOUVERAIN, Avec tant de défavantages
, nous n'oferions pas regarder
nos voifins en face , s'ils favoient régir
un peu plus proprement leurs affaires ,
au lieu d'en fufciter à tous les Gouvernemens
de l'Europe.
Quelques Amateurs ont bu le mois der
n'er dans unetaverne , à la fanté de la Révo
lation Françoife , à la profpérité des maf
faces, des incendies , de la banqueroute, à la
gloire du divin Mirabeau, & àla liberté de
Lunivers. Quoique ces foux férieux euffent
battu le ban & l'arrière - ban , ils ont à peine
raſſemblé dans leur banquet , une centaine
de convives. Ces pauvres diables ont perdu
beaucoup de leurs fectateurs depuis l'année
dernière le Peuple menaçoit de les régaler
de quelques gourmades ; mais il a fu refpecter
même la Liberté en débauche. Nos
:
A 4
( 8 )
buveurs Gallomanes devroient bien , au lieu
de leurs roafts , dignes d'un paillaffe politique
, propofer cet exemple de tolérance
à la partie des François auxquels ils ont
voué leur admiration.
FRANCE.
De Paris , le 24 Novembre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 21 novembre.
A
A la lecture du procès-verbal , il s'eft élevé de
vifs & longs débats au fujet de l'adreffe de la
fectiones Lombards . On a bien obfervé qu'elle
étoit inconftitutionnelle, comme fignée d'un fecré
taire , en nom collectif , & l'on demandoit la
radiation ou le rapport du décret qui en avoit
ordonné une mention honorable ; mais perſonne
n'a fait aucune remarque fur fon contenu , plus
inconftitutionnel que fa forme. Sans égard aux
plaintes des oppofans , l'Affemblée eft paflée à
f'ordre du jour.
M. Bigot a propofé un décret , en alticles ,
portant que les tribunaux de diftrict de Montpellier
, Sommières , Saint- Hypohte , Montélimart
, Valence & Romans , saverront chacun à
Beaucaire un juge ; qu'ils nomine : ont l'un d'eux
accufateur public & fe choifirout un greffier ;
que le Roi y enverra un commiffaire ; que leur
raitement fera augmenté de 300 liv . par mois ;
qu'ils formeront là un tibudal pour juger des
191
crimes commis dans la ville & le territoie d'Avignon
, depuis l'amniftie ; que l'appel des jugemens
de ce tribunal , ( qui n'eft au fond qu'une
commiffion ) , devra être porté à l'un des fept
tribunaux des diſtricts ſuivans : Die , Villeneuvede-
Berg , Privas , Annonay , Alais , Vienne &
Béziers. La difcuffion de ce projet a été
ajournée à mercredi .
Dimanche,l'Affemblée apprit qu'on avoit arrêté
deux MM. Tardy & un M. Noirot ; mais que
ce n'étoient pas les accuſes ; un décret rendit au
plus vite la liberté aux trois innocens détenus
provifoitement au fecret , & une lettre du préfient
les confola de cette erreur . Aujourd'hui on
s'eft occupé de mettre en activité la haute cour
nationale , & cinq articles ont ſtatué que le
corps lég flatif attendra ce qui lui manque , les
noms des hauts-jurés de quelques départemens ;
que demain fe feront des tirages dont nous patlerons
alors , & que la haute - cour nationale , les
quatre grands- juges , & les deux grands- procurateurs
de la nation fe réuniront dans la ville
d'Orléans , cu M. Varnier & les autres acculės
feront transférés .
Les troubles tenaiffent dans le département de
la Vendée. Des payfans attroupés empêchent ,
en plufieurs endrois , la tenue des allemblées
primaires ; la garde nationale a été défarmée
des fentinelles de troupe de ligne maltraitées , des
curés juteurs pourfiivis & chailés. A 7 a 8 lieues
de Nantes , à Montaigu , la veille de l'inſtallation
du curé falarié , le maire , principal da
collége non-afterménté , le procureur - fyndic de
la commune & autres municipaux ont donné leur
demiffion ; enſuite Taſſemblée électorale les a
rédas & is our accepté. Leur compatriote , M.
A
( 10 )
Goupilleau a demandé , de toutes les forces ,
qu'ils fuffent mandés à la barie.
Il a été décrété que le diftrict de Montaigu
enverra , dans le plus court déki , les procèsverbaux
d'installation du curé , de démifhion &
de réélection des municipaux . L'on eft rentré
dars li diſcuſſion du projet de loi relative aux
prêtres.
fru Elle n'a offert trois difficultés . que La première
au fujet de l'article qui énonçoit un cas
où l'affemblée le formeroit en comité général .
Sur cela , M. Briffor a delayé tout ce qui a été
dit cent fois de l'extrême importance de la publicité
des opinions , & y a joint ces phrafes que
perfonne ne revendiquera : « dans les circonftances
préfentes , que craignons -nous de la publicité
? Craignez - vous de livrer au peuple le
om des prêtres réfractaires ? Ce feroit un ménagement
coupable , puifque c'est un ménagement
que vous accorderiez à des coupables .
La feconde difficulté tenoit au ferment purement
civique fubfiué , par l'article XV du
projet , an ferment que le décret du 27 novem
bre exigeoit des prêtres falariés .
La troisième difficulé a porté ſur les qualifications
de fonctionnaires publics , d'évêques & de
prêtres conftitutionnels , que l'article XV enlevoit
aux miniftres du culte falarié . Elle a provoqué
réquence de M. Lamourette , évêque conftitationnel
de Lyon. Il a peint en traits bizarres ,
le danger de neutralifer à - la-fois les affections
religieufes des peuples & leur attachement à la
conftitution que des pafteurs identifiés à la révolution
leur montrent appuyée fur les maximes
de l'évangile le calcul plus philofophique que
législatif de fubftituer le théisme à l'indeftruthi(
11
bilité du chriftianifme , qui prêche l'égalité &
la liberté conftitutionnelles. M. Lamourette a
débité que , la démocratie évangélique , plus démocratique
que la conftitution , avoit excité la
fateur des Célars ; que cette force minoit les
trônes , abattoit les couronnes , engloutiffoit des
royaumes , enlevoit le fceptre aux oppreffeurs ;
que c'eft à ce grand fyftême appellé l'évangile ,
que le genre humain eft redevable du premier
réveil de la raiſon , fur l'horreur de voir tout
fanivers à la difcrétion d'une poignée de licteurs ,
appellés Rois. 55
cc
Un évêque défigurer ainfi la religion qui con
faça les Rois légitimes ! Séparez de la conftitution
, a- t- il ajouté , la théologie , qui date de
Conftantin , de l'époque où Rome vaincue pat
l'impoffibilité d'étouffer les principes lumineux de
la démocrat e chrétienne , fit fa paix avec l'évangile
, afin de l'ariftocratifer , & de traveftir le
Sage de Nazaret , en une divinité protectrice des
raviffeurs du monde... Mais vouloir féparer de
la conftitution le fyftême évangélique tel que nous
Ja laillé fon inimitable & immortel auteur , né
feroit-ce pas détacher le trone & tous les rameaux
de vos loix , de leur racine antique & indéfectible
?... » --- Ce difcours a été applaudi avec
transport. On n'en a cependant décrété l'im
preffion , qu'au milieu de contradictions véhémentes.
Voici les IV articles adoptés dans cette
féance :
« X. Le directoire de chaque département
fera dreffer deux liftes ; la première comprenaut
les noms & demeures des miniftres du culte catholique
fermentés , avec la note de ceux qui
feront fats emploi , & qui voudront fe rendre
utiles ; la feconde , comprenant les noms & de-
A 6
( 10 )
Goupilleau a demandé , de toutes les forces ,
qu'ils fuffent mandés à la barie.
Il a été décrété que le diſtrict de Montaigu
enverra , dans le plus court déki , les procèsverbaux
d'installation du curé , de démiffion &
de réélection des municipaux . L'on eft rentré
dars 11 difcuffion du projet de loi relative aux
prêtres.
Elle n'a offert que trois difficultés . -- La première
au fujet de l'article qui énonçoit un cas
où l'affemblée le formeroit en comité général .
Sur cela , M. Briffot a délayé tout ce qui a été
dit cent fois de l'extrême importance de la publicité
des opinions , & y a joint ces phrafes que
perfonne ne revendiquera : « dans les circonftances
préfentes , que craignons - nous de la publicité
? Craignez - vous de livrer au peuple le
nom des prêtres réfractaires ? Ce feroit un ménagement
coupable, puifque c'est un ménagement
que vous accorderiez à des coupables. »
La feconde difficulté tenoit au ferment purement
civique fubfiué , par l'article XV du
projet , an ferment que le décret du 27 novem
bre exigeoit des prêtres falariés .
La troifième difficulé a porté fur les qualifications
defonctionnaires publics , d'évêques & de
prêtres conftitutionnels , que l'article XV enlevoit
aux miniftres du culte falarié . Elle a provoqué
réloquence de M. Lamourette , évêque conftitationnel
de Lyon. Il a peint en traits bizarres ,
le danger de neutraliſer à- la- fois les affections
religieufes des peuples & leur attachement à la
conftitution que des pafteurs identifiés à la révolution
leur montrent appuyée fur les maximes
de l'évangile ; le calcul plus philofophique que
législatif de fubftituer le théisme à l'indeftructi(
1 )
bilité du chriftianifme , qui prêche l'égalité &
la liberté conftitutionnelles . M. Lamourette a
débité que , la démocratie évangélique , plus démocratique
que la conftitution , avoit excité Ja
Fateur des Céfars ; que cette force minoit les
trônes , abattoit les couronnes , engloutiffoit des
royaumes , enlevoit le fceptre aux oppreffeurs ;
que « c'eft à ce grand fyftême appellé l'évangile ,
que le genre humain eft redevable du premier
réveil de la raison , fur l'horreur de voir tout
Panivers à la difcrétion d'une poignée de licteurs ,
appellés Rois. 55
Un évêque défigurer ainfi la religion qui con◄
faça les Rois légitimes ! « Séparez de la conftitution
, a- t- il ajouté , la théologie , qui date de
Conftantin , de l'époque où Rome vaincue pat
Pimpoffibilité d'étouffer les principes lumineux de
la démocrate chrétienne , fit la paix avec l'évangile
, afin de l'ariftocratifer , & de traveftir le
Sage de Nazaret , enune divinité protectrice des
raviffeurs du monde... Mais vouloir féparer de
la conftitution le fyftême évangélique tel que nous
l'a laiflé fon inimitable & immortel auteur ,
feroit-ce pas détacher le tronc & tous les rameaux
de vos loix , de leur racine antique & indéfecfible
?... » Ce difcours a été applaudi avec
transport. On n'en a cependant décrété l'im
preffion , qu'au milieu de contradictions véhé→
mentes. Voici les IV articles adoptés dans cette
féance :
---

« X. Le directoire de chaque département
fera dreffer deux liftes ; la première comprenaut
les noms & demeures des miniftres du culte catholique
fermentés , avec la note de ceux qui
feront fats emploi , & qui voudront fe rendre
utiles ; la feconde , comprenant les noms & de-
A 6
( 12 )
meures de ceux qui auront refufé de prêtar le
ferment civique , avec les plaintes & les procèsverbaux
qui auront été dielles contre eux ; ces
deux liftes feront arrêtées inceffamment , de mani
reà être préfentées , s'il eft poffible , aux confeils
généraux de département , avant la fin de leur
Iefon actuelle . »
XI. A la fuite de ces liftes , les procureursgénéraux-
fyndics rer dont compte auxdit confcils
de département , des diligences qui ont été faites
dans leur reffort , pour l'exécution des décrets de
1'Affemblée nationale conftituante , des 12 , 24
ju llet & 27 novembre 1790 , concernant l'exe . -
cice du culte catholique falarié par la nation ;
ce compte redu préfentera le détail des bftacles
qu'a pu éprouver l'exécution de ces loix ,
& la dénonciation de ceux qui , depuis l'anniftie
, ont fait naître de nouveaux obitacles
ou les ort favolifés par prévarication ou par négligence.
»
2
XII. Le confeil général de chaque département
, ou le dirc &cire , fi le confeil eft féparé
, prendre , fur ce fujet , un arrêté motivé ,
qui fera adrefé fur- le-champ à l'Afemblée na
tionale , avec les liftes des prêtres affermentés
& non-affermentés , & les ebſervations du département
fur la conduite individuelle de ces
deniers , ou fur leur coalition féditicufe , foit
entr'eux , foit avec les François transfuges &
defertens . »
c. XIII . Si des corps ou des individus revêtus
de fonctions pub'iques , négligent ou refufent
d'emplcyer les moyens que la loi leur corfie
pour prévenir ou pour réprimer une émeute ,
ils en feront perfon ellement refponfables , pour(
13 )
Laivis , jugés & punis conformément à la loi du
3, aaoût 1791 .
ל כ
Du mardi , 22 novembre .
M. Souton , directeur de la monnoie de Pau ,
eft venu fe plaindre d'un ordre miniftériel , qui
lui enjoint de fe rendre à Pau. C'eft , à l'en
croire , un excès de , defpotifme . Il a répété
fes anciennes inculpations contre le miniftre ,
Quelqu'un de fenfé obfervoit que les agens du
pouvoir exécutif doivent obéir à ce pouvoir ;
mais , M. Ifnard a foutenu que M. Souton ne
pouvoit quitter Paris , où il étoit occupé à rédiger
une dénonciation bien détaillée contre le
miniftre , M. Tarbé ; que fi on le renvoyoit à
200 Icues , on n'aurɔit jamais de dénonciation
en forme. Les découvertes monnétaires du fieur
Souton ont été renvoyées au comité des monnoies
& fur le rette on.eft paffé à l'ordre du jour.
1
MM. Duveyrier & Bertholio , commiffaires
nominés par le Roi , pour affifter au tirage des
4 grands-juges , remettent leurs pouvoirs ; on
procede à ce tirage , & le fort défigne les départemens
de l'Aude , la Manche , la Meufe &
Ia Vicune ; en conféquence , MM . Creufé de la
Touche , Albarel , Cailmère & Marquis , font
proclamés grands - juges de la haute- cour nationale
.
* སྙ
Alors M. Kock , organe du comité diplomatique
, a occupé l'Affemblée des moyens d'empêcher
ce qu'il a nommé les artroupemens d'Ettenheim
, de Worms , de Col lentz , & c. , &
les violences dont il a dit que fe plaignert les
patriotes ; tons objets que M. Koek a cru devoir
envifager comme des violations du droit des
geas & du droit public de l'Empire. Ces moyens
( 14 )
font de faire faire par le miniftre des affaires
étrangères des démarches vigoureuſes , des re
préſentations aux princes allemands fur le danger
de parcilles liaifons pour leur gloire & pour
leur fûreté , des réquifitions formelles , officielles
à ceux des cercles du Haut & du Bas-Rhin &
de Suabe , de faire ceffer les enrôlemens ; enfin
des déclarations à la cour impériale & à Ratifbonne
contre les pinces qui n'accèderoient pas
aux réquifitions . On a décrété l'impreffion &
l'ajoursement du rapport de M. Kock,
M. Briard a dit qu'on avoit fait à un général
François , de la part des princes émigrés ,
la propofition de leur livrer Newbrilack ; que
te général , M. de Wimpfen , l'a déclaré au directoire
du département , & i'a écrit à M. Luckner.
Le directoise foupçonne que les princes émigrés
ont des correfpondances rrès -actives dans le
royaume , & frémit de voir le nombre des adminiftrateurs
qui fe refuſent à l'exécution des
loix. On a demandé les pièces probantes à M.
Bréard ; il eft convenu que le fait n'étoit pas
auffi clairement démontré qu'il devroit l'être ;
mais il a follicité le renvoi de l'annonce au
comité diplomatique , & l'envoi aux frontières ,
de commiffaires pris dans le corps légiflatif.
ee Mais , objetoit judicieuſement M. Briche ,
le général n'a pu être invité que par des émiffaires
ou par écrit ; il eft étonnant que , dans
le premier cas , il n'ait pas fait arrêter les porreurs
d'une femblable propofition ; ou que , dans
le fecond cas , il n'ait pas communiqué l'écrit . »
M. Taillefer vouloit abfolument que le miniftre
rendêt compte fur l'heure ; M. Cambon , féance
renante .
On avoit impliqué M. de Leffart dans les
( 15 )
reproches adreffés aux adminiftrateurs ; & les
amateurs de dénonciations tricraphoient déjà ca
voyant qu'on alloit lire une de fes lettres au
département du Haut - Rhin. Ii y demande des
détails fur les prêtres , fur la conftitution civile
du clergé , fur le degré de force des paris op
pofés pour mettre la vérité fous les yeux du
Roi. Ce n'étoit pas là ce qu'on attendoit. On eft
eſt
paffé à l'ordre du jour . Ainh a fini une des féances
du mardi , qu'un décret deftinoit spécialement aux
finances.
Du mardi , féance du foir.
Encore les quatre foldats du régiment de
Rouergue , incarcérés à Blois , & protégés par
l'ex-capucin , M. Chabot , qui accufe toujours
le miniftre d'avoir prolongé leur détention finies
ou provoqué leur bannitlement après l'amniſtie.
Le comité militaire a juftifié le ministre en
inculpant l'officier de gendarmerie , & il infilte
fur un mode d'exercice de la refponfabilité , ce
qui eft tout simplement une loi pour faire exécuter
les loix. L'impreffion & l'ajovrnement font décrétés,
Les municipaux de Caen fe fuppofant revêtus
du pouvoir judiciaire , informent , interrogent
les 83 prifonniers qu'ils retiennent , adreffent,
des volumes à l'Aſſemblée qui a remis le tout à
fcs comités , comme s'il n'y avoit ni tribunaux , ni
gouvernement , di conſtitution .
Du Mercredi , 23 Novembre.
Un membre a peint les provinces méridionales
menacées ou même déjà frappées d'une détreffe
effrayante dont les ennemis de la chofe publique
profisent , a- t- il dit , pour faire haïr les nouvelles
( 16 )
"
loix. Autrefois , difent - ils aux peuples , vous
trouviez des fecours dans la bienfaifance de vos
palteurs ; on les à dépouillés de tout , ils ne peuvent
rien pour vous. Ces inconteftables vérités
ont conduit l'opinant à vouloir fermer la
bouche aux ennemis en exigeant du comité des
fecours qu'il préfente inceffamment quelque projer.
On lui a répondu : « le comité s'en occupe . »
Le directoire du département de l'Hérault s'eft
tranfporté à Lunel , a fufpendu provifoirement
la municipalité de cette ville , établi des commiffaires
civils chargés d'exercer les fonctions inunicipales;
& plus prompt à excuter qu'à motiver ,
de directoire n'a pas envoyé de détails fur les troubles
de Lunel. Avant de prononcer fur la fufpenfion
des municipaux , le Roi a fait demander, fur
les lieux, de plus amples informations . M. de Lef
fart en écrit à l'Aſſemblée nationale . « Confultés
par le département , a dir M. Coutton , fur les
moyens de faire ceffer les troubles , nous avons
répondu que le feu moyen étoit d'exécuter les
Loix » ; ce qui prouve que la rorrefpondance entre
les légiflateurs & les adminiftrateurs , n'a pas
attendu le décret qui les y autorifa dimanche , &
que la défenfe de rendre une décifion n'a pas un
effet rétroactif. D'ailleurs M. Coutton a raconté
que les non- conformistes de Lunel s'étoient ariftocratiquement
réjouis de la liberté du culte en fe couronnant
de lauriers, & que les gardes nationales du
département du Gard y avoient été maltraités ; M.
Coution a propofé le renvoi de l'affaire au comité
de divifion , & l'Affemblée l'a décrété .
On a fait lecture de l'étrange lettie que voici :
M. le préfident ,
CL
Le temps d'une grande révolution eft la Kifon
( 17 )
dr crime & des vengeances. Mais le fang innocent
ne criera pas vers moi . »
Du fépulcre conftitutionnel où , depuis fix
mmooiiss je fuis enfeveli tout vivant , j'entends
crier une efpèce dejugement contre un M. Varnier.
J'en frémis pour les oracles impofteurs qui l'au
toient déjà condamné. »
du
S'il s'agit , comme je le crois fermement ,
de lettres écrites fous le nom de Varnier , d'une
correfpondance avec quelques émigrés au - delà
hin , & d'un embauchement & hommes fur
les terres de France , connoifiez le coupable . Je
vous le livre. C'eft mor , légiflateurs ! & moimême
qui , ne pouvant fuffire à tout dans l'exécution
des différens grands projets que l'on m'a
connus pour anéa tir la conftitution , ai mis tout
en oeuvre , il y a fept à huit mois , pour égarer la
main de l'individu 'qui m'a repréſenté conftamment
fous le nom de Varnier. »
cc
2 D'après cet aveu très - pofitif , qui n'a pas
befoin de commentaire , j'effère que l'on n'exigera
pas que je faffe connaitre un agent purement
paff. Il y auroit lâcheté ; & un homme
de mon caractère n'eft ni lâche , ni perfide .
Seul coupablé & criminel envers la loi , ceffez
donc de balancer fur des têtes innocentes le
glaive de fes vengeances...... Ouvrez fun livré
facré , fermé pour moi depuis fi long- temps ;
prononcez ; commandez à vos bourreaux ; plufieurs
apprendront de moi comment il faut mourir ! »
Signé , J. B. POUPART BEAUBOURG ,
Plus bas :
Bafille nationale , dite prifon de l'Abbaye ,
24 novembre 1791 .
La lettre fignée Varnier , dénoncée par M.
Bazire , étoit fuppofée lui être airfi parvenue .
( 18 )
Un garçon ferrurier travaillant chez M. Vou
lon , ferrurier à Auxonne , l'avoit trouvée &
civiquement dérobée dans la chambre de M.
Noirot abſent , en s'amafant avec la fille de l'auberge
qui faifoit le lit de M. Noirot ; &
M. Voulon l'avoit adreffée à M. Bazire. Quels
détails pour un corps légiflatif ! M. Voulon a
dépɔſé à la municipalité d'Auxonne une réponſe
de M. Bazire , qui lui mande : ce j'ai fait ufage
de la lettre; les trois dénoncés font mis en état
d'accufation . L'affaire a produit une grande fenfation
; votre nom n'eft pas forti de ma bouche . Si
vous apprenez quelque chofe de nouveau , veuillez
m'en inftruire » , & c.
D'un autre côté , l'époule de M. Noirot
Maire de Pontarlier , emprisonné par une fuite
du peu d'intelligence qu'on avoit mis dans l'ac
culation , écrit à l'Affemblée que tout attefte l'in
nocence de fon beau-frère , M. Noirot , d'Aur
xonne; que le fieur Voulon , qu'on dit avoir
envoyé à M. Bazire une lettre & reçu une rés
ponle de M. Bazire , a déposé cette réponse
chez un notaire & déclaré n'avoir aucune notion
des faits qui y font contenus . Madame Noirot
envoye une copie en forme de cette déclaration,
M. Creftin a penfé que ce pouvoit être une
rufe que le fieur Poupart Beaubourg , acculé
de contre- faction d'affignats , n'ayant plus rien
à rifquer , avoit pu fe fubitituer à Varnier pour
le fauver , & des complices arranger les manoeu
vres extérieures . On a crié de toutes parts : à l'ordre
du jour , & M. Cretin a conclu de même.
De violens murmures ont couvert les fcrupules
de M. Hauffi-Robecourt qui s'éto.noit de voir
qu'on paſsât à l'ordre du jour fur une accula(
19 )
tion majeure , appuyée de fimples indices , branlée
par des indices contradictoires .
Vifiblement embarraffé du défaveu de fa lettre
dépofée , du fort de fa cortefpondance , plus civique
que délicate , qu'il n'a point niée , M. Bagire
a dit ingénuement que l'affaite étoit malheu
rcule ; mais que la haute- cour nationale en jugeroit
( ce qui ne laiffera pas d'être difficile , les
nouvelles loix criminelles n'admetrant peint l'examen
des écritures par des experts ) . On a renvoyé
le tout aux archives .
Revenu au décret fur les Prêtres , M. François
de Neufchâteau a tenté de faire remplacer l'article
XV , par un ordre au comité de s'occuper de
la révision des loix des 12 juillet & 27 novembre
1790 , concernant le clergé . Le vacame qu'a
excité cette propofition ne peut s'exprimer. Il a
fallu raffer a l'article XVI.
« J'ai imaginé , a dit M. Lemontey , une inftruction
au peuple , qui fera certainement lue ;
car elle eft renfermée en quelques lignes . Elle l'enrichira
par la tolérance , & dégoûtera les prêtres,
négatifs ; car plus ceux qui refuferont le ferment
feront nombreux , plus le peuple fera content.
Voici l'expédient de M. Lemontey : « Il fera
composé une mafle des traitemens & des penfiens
, dont les prêtres auront été privés pour
refus du ferment ;, laquelle maffe fera proportionnellement
répartie entre les 83 départemens ,
qui la feront diftribuer, par les municipalités , aux
citoyens indigens .
رو
Or telle eft la juftice d'efprit de ceux qui dédaignent
la juftice du coeur , que cette répartition
fera plus forte pour les départemens les plus
riches , puifqu'on la proportionne aux contribu
. ( 20 )
fions foncière & mobiliaite , ainfi que nous le dirons
plus bas .
Ici s'eft fait fentir l'utilité d'une première im- ,
preffion reçue de la motion cifeufe fur la misère
publique. La falle & les galeries bien préparées
ont retenti d'applaudiffemens prolongés , & l'article
a obtenu la priorité à la prefque unanimité
des fuffrages .
M. de Girardin a eu le
courage
de dire que
cette
mefure
pouvoit
être digne
de la politique
de Machiavel
; mais
qu'elle
étoit immorale
; qu'après
avoir
réduit
des citoyens
à la plus profonde
misère
, on ne devoit
enrichir
perfonne
à leurs
dépens
: « C'eſt
une injure
faite à la générofité
du
peuple
. Il reftitueroit
, fans doute
, à ces malheureux
une partie
de la penfion
que vous
leur ôtez.
Ces
infortunés
aurcient
les premiers
droits
aux
a.mones
. >
сс
« Il faut que quelqu'un profite des penfions
qui ne feront plus payées aux prêtres , a répondu
M. Guadet. La nation ne s'honorera- t- elle pas
en rapportant ces penfions à leur véritable deftination
, au foulagement des pauvres ? ( Et el'e
en fait ! ) » - L'article de M. Lemoniey a été
décrété au milieu des tranfports de joie.
M. d'Orléans , capitaine de la frégate l'Ambfcade
, étoit expédié de la Martinique à Sainte-
Lucie où l'on s'égorge , où le commandant eft
détenu au fort; fon équipage « ne voulant pas
agir hoftilement contre des frères , & craignant
d'être dénoncé dans tous les Clubs du Royaume
( rels font les termes du procès- verbal des matelots
) » l'a forcé de revenir en France . Il arrive
à l'lfle-d'Aix; il eft prifonnier à bord de la frégate
ainfi que l'état-major. Le Roi a bien déja donné
( 21 )
des ordres ; mais le tout n'en cft pas moins -dévolu
aux comités colonial & de marine.
Voici les trois articles décrétés fur les prêtres
dans cette féance :
>
« XV. A melure que ces procès - verbaux
liftes & arrêtés feront adreffés à l'Affemblée nationale
, ils feront remis au comité de légifla ,
tion , pour en faire un rapport général , &
mettre le corps législatif à portée de prendre un
dernier parti , afin d'extirper la rébellion qui
fe déguife fous le prétexte d'opinions prétendues.
religieufes . Dans un mois le comité présentera
le tableau des adminiftrations qui auront fatisfait
aux articles précédens , & propofera les
mcfures à prendre contre celles qui feront en
retard de s'y conformer . »
" XVI. Il fera compofé. tous les ans une
maffe des pensions , dont , à la forme de l'art.
IV , les eccléfiaftiques auront été privés par
leur refus de prêter le ferment , laquelle fera ,
dans la proportion des contributions foncière &
mobiliaire , répartie entre les 83 départemens ,
pour être employée par les confeils- généraux des
communes , foit en travaux de charité pour les
indigens valdes , foit en fecours pour les indigens
invalides . »>
cc XVII . Comme il importe fur- tout d'éclairer
le peuple fur les pièges qu'on ne ceffe de lui
tendre au fujet d'opinions prétendues religieufes ,
Affemblée nationale exhorte tous les bons efprits
à renouveller leurs efforts , & à multiplier
leurs inftructions contre le fanatifme ; elle déclare
qu'elle regardera comme un bienfait public
les bous ouvrages à la portée des citoyens
des campagnes , qui lui feront adrees fur cette
matière importante , & d'après le tapport, qui
( 22 )
lui en fera fait , elle fera imprimer & diftribuer
ces ouvrages aux frais de l'état , & récompenfera
leurs auteurs . »
Du jeudi , 24 novembre.
Un décret a fixé louverture des féances à
neuf beures , à onze heures la falle ne contenoit
encore que 161 députés. Cette négligence inci
vique , obfervoit judicieufement un merabre ,
tend à faire perdre à l'Affemblée la confiance
publique , L'appel nominal eft commencé pour
que les pareffeux foient notés ; mais des ciis
l'interrompent , & l'on paffe à l'ordre du jour,
La répartition des impôts eft fi loin d'être
achevée , que M. Goffuin a fait renvoyer au
comité des contributions , la queftion de favoir
fi les maifons de village feront taxées à raifon
de leur valeur locative réelle ou préfumée , ou
à raifon de l'étendue du terrein qu'elles occupent
: ce qui artefte que les loix font ou mal
rédigées ou mal entendues ; or , le fecond de
ces maux fuppofe toujours le premier en matière
d'adminiftration univerfelle.
On avoit beaucoup applaudi l'idée abfurde
de M. Condorcet , de divifer les finances en fept
comités aujourd'hui celle de les fondre en un
feul plairoit , pour le moins autant , parce qu'il
eft impoffible d'en obtenir un plan général,
L'Affemblée a décrété un comité central compofé
de fix membres de chacun des fept , & de
fix du comité des domaines . Enfuite M. Cambon
a lu ce qu'il a nommé un petit travail , dans
les principes du difcours que M. Clavière débita
dernièrement à la barre . En voici les élémens
Total des befoins de novembre courant , environ
154 millions. Au mois de février , l'émi
( 23 )
fon affignats devra néceffairement avoir été
portée à 2 milliards 400 millions . Il eſt inftant
1°. que les directoires des diftricts foient tenus
d'envoyer l'état des biens nationaux vendus &
à vendre ; qu'à leur défaut & à leurs frais , des
commiffaires des départemens rempliffent cette
tache ; 2. de fufpendre les rembourfemens décrétés
; 3 ° . de faire paffer les titres des créanciers
en retard , de la dette exigible dans la dette.
conftituée , en leur donnant 3 pour cent d'intérêt
; 4°. que les poffeffeurs d'anciens titres
foient admis à donner la moitié de leurs offices
en paiement de biens nationaux ( ce qui ébrêchera
l'hypothèque des affignats ) ; & qu'ils
reçoivent, pour l'autre moitié , des refcriptions ,
de 1,000 liv. au moins , payables au porteur
en janvier 1793 , portant un intérêt de 4 pour
cent. Selon M. Cambon , les biens nationaux
déjà vendus montent à 1500 millions . Il
propofe de décréter encore 100 millions en
affignats de 10 liv .; 100 en affignats de 10 fols ,
Soo en affignats de s liv. , & 300 en affignats
de 25 liv. ( total , un milliard , quí , joint aux
1400 millions décrétés & émis , donneroit une
maffe de 2 milliards 400 millions d'affignats mis
en circulation , fauf ceux qu'on auroit brûlés ) ,
On a décrété l'impreffion de ce difcours.
Un des fecrétaires a fait lecture d'une lettre
du Roi , conçue en ces termes
Paris , le 24 Novembre 1791 .
Je fais informé , M. le préfident , que
l'Affemblée nationale , après avoir entendu le
rapport de fon comité diplomatique fur la propofition
contenue dans la lettre du miniftre de
la marine , en date du 31 octobre dernier , concer(
24 )
nant les demandes du Dey d'Alger , & les,
fommes à voterpour l'armement ordonné à Toulon ,,
a décrété , le is de ce mois , qu'il n'y avoit pas
lieu à délibérer , quant-a- préfent , fur cette propo
fition , attendu qu'elle n'étoit pas dans la forme
conftitutionnelle , »
« Je vous ai déjà marqué , relativement aux
fonds extraordinaires , deltinés à la dépenfe extraordinaire
qu'exigent les armemens qui doivent,
porter des fecours à Saint - Domingue , que la
conftitution ne preferivoit pas une forme diffé- ,
reate de celle que le miniftre de la marine avoit
fuivie en faifant par mon ordre les demandes
de ces fonds fous fa refponfabilité ; mais puifque'
la même difficulté fe renouvelle aujourd'hui à
Foccafion de l'armement de prévoyance follicité
par le commerce de Marfeille , l'obligation que
j'ai contractée d'employer tout le pouvoir qui
m'eft confié , à maintenir la conftitution , m'impofe
le devoir d'en rappeller ici les principes . »
En déterminant de la inanière la plus précife
les différentes relations du Roi avec le corps'
législatif, la conſtipation a effentiellement attaché
à la prérogative royale , le droit de propofer
des loix fur certains objets , & celui d'inviter le
corps législatif à en prendre d'autres en confidération
. L'acte par lequel le Roi juge à propos
d'exercer l'un & l'autre de ces droits étant toujours
un acte purement royal , de la même
niture que la fanction , n'exige , comme elle ,"
le contre-feing d'ua miniftre,, que pour attefter
la fignature du Roi , & n'emporte aucune refponfabilité
, au licu que les demandes des fonds ,
pour les depenfes , ordinaires ou extraordinaites du
gouvernement tant , évidemment des actes puremeat
( 25 )
ment exécutifs , doivent toujours émaner directe
ment des miniſtres du Roi pour avoir la garantie
de leur refponfabilité . Tel eſt l'eſprit & le ſyſtême
général de la conftitution, »
« Les difpofitions fuivantes en ont pofé les
bafes :::
« Le Roi peut feulement inviter le corps légiflatif
à prendre un objet en confidération
( chap. III , fect . I , art. I , n) . J'uferai de cette
faculté toutes les fois que la gloire , le bonheur ,
ou les intérêts de la nation l'exigeront. »
« Le paragraphe VIII du même article dé
lègue au corps législatif la faculté « de ftatuer
annuellement après la propofition du Roi fur le
nombre d'hommes & de vaiffeaux dont les armées
de terre & de mer feront composées , fur
la folde & le nombre d'individus de chaque
grade , & c. Je me conformerai à cet article
dans les états généraux que j'adrefferai au commencement
de chaque année au corps légiflatif,
& dans les propofitions particulières de là même
nature que des circonftances extraordinaires
pourroient exiger dans le cours de l'année . »
La guerre ne peut être décidée que par un
décret du corps légiflatif, rendu fur la propofi
tion formelle & néceflaire du Roi , & fanctionné
par lui ( chap . III , fect. I , art . II. ) ». J'efpère
que je ne ferai jamais dans le cas d'adreffer
une femblable propofition: au corps législatif. La
paix eft trop néceffaire au bonheur de la France
pour que je n'emploie pas à la maintenir , tous
les moyens qui pourront fe concilier avec l'honneur
de la nation. >>
cc La difpofition fuivante du même article
porte que , ce dans le cas d'hoftilités imminentes
ou commencées , d'un allié à foutenir , ou d'un
N°. 49. 3 Décembre 1791. B
( 26)
droit à conferver par la force des armes , le Roi
en donnera , ſans aucun délai , la notification aû
corps légiflatif , & en fera connoître les motifs. »
Je me conformerai toujours à certe diſpoſition ,
avec l'extrême circonfpection qu'exige l'intérêt
de l'état. Ce feroit s'en écarter d'une manière
bien dangereuſe que de notifier au corps.
législatif , comme hoftilités imminentes , de
fimples doutes fur les difpofitions d'une puiſſance
étrangère. Cette´notification inconfidérée feroit
bien plus propre à déterminer une rupture qu'à
la prévenis . Il fuffit en parcil cas , de prendre
les mcfures de prévoyance qu'exige la sûreté extérieure
du royaume , & c'est au Roi que la
conſtitution a exclufivement délégué ce ſoin important.
» ch. IV . art. I. »
« Je m'en fuis occupé & m'en occuperai toujours
avec la vigilance la plus active , & les
frais extraordinaires qu'ont exigés juſqu'à ce mcment
les différents armemens & les mouvemens
de troupes que j'ai jugés néceffaires , ont toujours
été ordonnés fur 11 fimple demande du
miniftre de la marine , faite par mes ordres
parce qu'aux termes de la conftitution , chap.
II , fec. IV , art . VII , c'eft fur l'apperçu des
dépenſes à faire dans les départemens refpectifs ,
que le corps légiflatif doit en ordonner les fonds.
Cet article ne fait mention que des depenfes
ordinaires , mais il eft impoffible de ne pas l'appliquer
aux dépenfes extraordinaires de la même
nature . »
« La conſtitution , en ne preſcrivant pas une
forme différente , relativement à ces dépenſes ,
les a néceſſairement rangées dans la même claffe ,
en leur affurant la même refponfabilité par
l'art . VIIl de la même fection ; ce qui ne pour
( 27 )
roit pas être , fi cles émaroient immédiatement
du Roi , au lieu d'être faites par les miniftres ,
qui font les agens que la conftitution lui a
donnés pour les actes purement exécutifs , »
ce L'art . IX , fec. IV , chap . III , porte que
tous les actes de la correfpondance du Roi , avec
le corps législatif , doivent être contre- fignés
par un miniftre Mais ce feroit donner à la
conftitution l'interprétation la plus contraire aux
principes qui en font la bafe , que de conclure
de cet article , qu'aucune des fonctions effentielles
confiées au pouvoir exécutif , doive néceffairement
être l'objet de la correfpondance
perfonnelle du Roi avec le corps législatif
Parce qu'il en résulteroit évidemment pour toutes
les fonctions qui feroient rangées dans cette clafle
un défaut entier de refponfabilité , & une inaction
abfolue dans la marche de l'adminiftration ,
toutes les fois qu'il plairoit au Roi de garder
le filence . La conftitution , fans déterminer aucun
cas où la correfpondance perfonnelle du Roi avec
le corps législatif feroit néceffaire , a voulu feulement
que tous les actes de cette correfpondance
fullent contre - fignés par un miniftre
elle n'a pas été plus loin ; je dois m'arrêter avec
elle , parce qu'elle interdit formellement à tous
les pouvoirs conftitués le droit de la changer.
dans fon enfemble ni dans fes parties. 33
Signé , LOUIS.
Et plus bas , par le Roi , BERTRAND.
Plufieurs voix ont demandé l'impreffion de la
lettre du Roi ; d'autres crioient l'ordre du jour.
MM. Chabot , Goupilleau & Coutton invoquoient
la préalable fur l'impreffion. « Il ne faut pas ,
difoit M. Coutten , répandre un préjugé défavonable
à la confiancé que mérite votre décifion ,
B 2
( 28 )
L'AC avant que l'on connoiffe votre réponſe
femblée a eu l'excellent efprit de méprifer ces
arguties . Elle a décrété l'impreffion , & renvoyé,
la lettre du Roi au comité.
Envain la conftitution profcrit - elle toute
adrefle ou pétition collective . Le confeil général
du département de Loir & Cher , en a écrit une
au corps législatif , dont nous croyons devoir
donner une idée à nos lecteurs.
ce Votre décret fur les émigrans vous couvre,
de gleire. Nous ne voulons pas déclamer contre
le veto du Roi , puifque la conftitution a donné
à un feul homme le droit de paralyfer la volonté de
25 millions d'individus . Le pouvoir exécutif vient
de fe charger de la refponfabilité la plus terrible
, il fera coupable des malheurs que fon refus
pourra entraîner. Votre fagefle vient encore de
fe fignaler par des mefures fages contre les fanatiques....
Ce décret fera- t- il auffi frappé du
veto fatal ? ... Nous espérons qu'après un fecond
refus , vous prendrez contre le pouvoir exécutif
une attitude ferme ; .... que fi le pouvoir exécutif
s'avile de donner des proclamations contraires
à la conftitution , votre fagefle le réprimera
...... Soit infouciance , impéritic , ou mauvaife
volonté , le pouvoir exécutif réfifte aux
volontés de la nation ; & nous dirons , avec un
de vos membres ( c'eft M. Condorcet ) , que le
royaume fera paifible le jour où le Roi & fes
miniftres le voudront . Cette franchise déplaira ,
fans doute , aux miniftériels qui , dans votre
Affemblée , remplacent le côté droit de l'Affemblée
conftituante . Tandis que nous treffons votre
couronne , nous les livrons à l'exécration contemporaine
& future. Puiffe cette déclaration
( 29 )
exciter leurs réclamations pour les mettre d'autant
plus en évidence ! »
Cet écrit dégoûtant par le ftyle , inconftitutionnel
dans fa forme & dans fes principes
anarchiques , a été couvert des fréquens applaudiffemens
des galeries & d'une partie du côté
gauche de l'Affemblée . On a demandé à grands
cris l'impreffion & mention honorable ; M.
Chabot fe diftinguoit parmi les crieurs . M. du
Bayet , membre du côté droit , a cru fort important
que la France fût qu'il n'y a pas d'ariftocrates
dans l'Affemblée : « nous offrons de
faire une profeflion de foi , difoit - il au côté
gauche ; nous formés auffi patrictes que vous .
On n'entend la profeffion de foi que des
hérétiques , lui a répondu M. Merlin » . Excédée
de tant de pauvretés , l'Affemblée a confulté la
décence & la raifon en paffant à l'ordre du jour
fur l'impreffion & fur une mention que le mot
honorable n'auroit rendue que plus honteufe ;
mais elle n'a pas cu l'énergie de défapprouver
ces violations gratuites de la conflitution , qui
met au nombre des crimes contre elle tout écrit
où l'on provoque à deffein la défobéiffance à la
loi , l'aviliffement des pouvoirs conflitués , la
réfiftance à leurs actes ( tit . III , ch . V , art . XVII ;
délits impardonnables dans le fimple citoyen
s'adreffant au corps législatif ; double forfaiture
dans des adminiftrateurs .
M. Clavière avoit ouvert la féance par l'organe
de M. Cambon ; il l'a terminée fous le
nom de M. Briffot. Celui ci a débité , d'après
fon papier , une nouvelle differtation fur les
finances , où il a reffaffé toutes les phrafes du
Genevois , tous les fophifmes de ce profeffeur
de banqueroute . Il a fuffi des affertions & de

B 3
( 30 )
сс
la morale de M. Briffot , pour écarter « les terseurs
chimériques & les faux calculs d'un homme
qui a démenti toutes les efpérances , qui s'eft
attaché à décrier , dès leur origine , les affignats,
& qui les pourfuit aujourd'hui avec un acharnement
fufpect ». C'eft de M. Bergaffe que
parle ici M. Briffot , & c'eft M. Briffot qui declare
M. Bergaffe , fufpect. Au refte les moyens
de l'opinant ont été 1 ° . de couvrir de ridicule
les opérations de l'Affemblée à l'égard des liquidations
, jufqu'à l'accufer de rendre des décrets
fans qu'on les lui life ; 2 ° . la fufpenfion des
rembourfemens au-deffus de 3000 liv . , comme
fi l'obligation d'une promeffe ceffoit au - delà de
1000 écus ; 3 °. de nouveaux affignats à fʊifon ,
& des affignats de 10 fous .... Enfin il veut un
fyftême de finance populaire , un gouvernement
pauvre & l'aifance des citoyens . Le fecond de
ces trois derniers articles eft ce qu'il opérera le
mieux.
Les deux grands - procurateurs de la nation
fent MM. Garran de Coslon & Pélicot.
Du jeudi , féance du foir.
Dans les délibérations de l'Affemblée , comme
dans les finances nationales , l'extraordinaire entraîne
, abſorbe tout , & l'ordinaire indifpenfable
s'arrière continuellement .
M. Guadet a lu une lettre de Bordeaux >
portant des nouvelles de la Guadeloupe & de
Sainte- Lucie , du 11 octob , qui confirment
les projets contre- révolutionnaires de M. d'Orlans
, capitaine de l'Embufcade , & de M. de
Béhague. Heureufement les patriotes ont vaincu
les arifocrates. M. Guadet affure que cette lettre
elt d'un colon , mais d'un colon patriote. Oa la
( 31 )
croiroit d'un nègre. Ces dépêches applaudies &
fans doute conformes à l'original , font renvoyées
au comité de marine.
Alors M. Merlin, a demandé qu'on renvoyât
à la haute- cour une autre lettre , dont il fait
lecture , datée de Paris , le 22 octobre , adreffée
à M. de Calonne , confeiller d'état à Coblentz ,
fignée Delâtre, profeffeur de droit , trouvée dans
un bâteau qui alloit à Trèves , & remife à la municipalité
de Thionville . M. Delâtre y écrit que
ne pouvant retenu par fon âge , aller fervir la
bonne caufe , il envoie fon fils unique , ágé de
25 , plein de zèle connu de M. de Neuilly &
de M. Gilbert de Voifins ; & finit par ce voeu :
Puiffent les projets que vous avez conçus ,
s'effectuer bientôt pour la délivrance de notre
Augufie Monarque , & le rétabliflement de l'ordre
& de la tranquillité dans le royaume ! » )
сс
Mêmes débats qu'aufujet du ficur Varnier. Le
préfident a mis aux voix i M. Delâtre fercit mandé
à la barre. Quelques membres ont invoqué l'ordre
du jour. « Pourquoi cet indigne ménagement » ,
s'eft écrié un député que rous fommes bien aifes
de ne pouvoir pas nommer ? A la fuite d'une
longue agitation , un décret a mandé à la barre
F'ennemi public qui defire le rétabliffement de
l'ordre & la tranquillité de fa patrie.
M. Delátre eft arrête , conduit par la garde.
M. Vergnigud, faifant les fonctions de préfident
de l'Affemblée législative , a fait l'office de
commiffaire - enquêteur : le prévenu a ſubi ce
premier, interrogatoire avec férénité .
-- --

« Votre nom , Monfieur ? Delâtre . -- Votre
profeffion ? - Profeffeur en droit . Avez-vous
des enfans ? -- J'en ai un. --· Connoiffez vous
M. Neuilly, fermier général ? -- J'ai cet honneur.
B4
( 32 )
Quelle place avoit M. votre fils ?
controlear furnuméraire des fermes .
fez -vous M. Gilbert Voisins ?
--
--
-.
--
--
31 Il étoit
Connoif-
J'ai cet hon
neur. - Savez - vous où il eft. Non , Monfieur.
:- Avez-vous écrit à M. Calonne & à M. Gilbert
Voifins ? -- Oui , Monfieur , à tous les deux ,
au commencement d'octobre ou à la fin de feptembre:
-- Ou eft M. votre fils . En Cham
pagne , où il a eu le bras caffé , il y'a huit
jours . A-t-il fait un voyage à Thionville ? --Non,
Monfieur. Savez-vous M. Calonne forme
quelques projets relatifs à Pétat de la France ? -- Je
ne pénètrepas ces mystères , Monfieur . -- En écrivant
à M. Calonne , lui avez - vous écrit que
M. Gilbert Voifins lui donneroit des renfeigneinens
fur M. votre fits ? Oui , Monfieur.-
Où avez-vous adreffe votre lettre à M. Calonne?
Je ne favois pas où il étoit . Je l'ai remife à
mon fils pour la lui rendre . Eft - ce vous qui
avez envoyé M. votre fils à M. Calonne , ou y
alloit- il de fon propre mouvement - Mon fils
a 25 ans ; il eft maître de fes actions. Mi
votre fils a-t-il rejoint M. Calonne ? -- Non }
Monfieur , il n'eft allé que jufqu'à Brejuigny ,
ou il a eu le bras caffé . - Comment art -il eu
le bras caffé ? -- Il y a huit jours , fon cheval le
jetta contre un arbre . --- Quand cft il parti ?
- Le 24, du mois dernier, Reconnoiffez- vous
eette lettre & la fignature pour être les vôtres ?
Oui , Monfieur . -- L'Affemblée vous ordonné
de vous retirer. »> - .1
--
--
+
Un Membre a dit : « cet enfemble ne me
paroît pas fuffifant pour établir le crime de lèze,
nation. Les projets de M. de Calonne doivent
être étrangers à la nation ( grands murmures ) .
C'eſt l'état d'éfclavage du Roi qui afflige le
( 33 )
fignataire , puifqu'il parle de fa délivrance . Tous
les journaux n'ont- ils pas annoncé , dans l'intérieur
des départemens , que le Roi étoit dans
l'esclavage ? Un particulier peut parler leur langage
fans être criminel de lèze- nation . Je pense
donc qu'il n'y a pas lieu à accufation . » La logique
de M. Grangeneuve a vu un double caractère ,
de délit dans un père qui abuſe de fon autorité
fur un enfant de 25 ans pour l'enrôler parmi
ceux qui s'obftinent à vouloir rendre au Roi la
liberté dont cet heureux Monarque « jouit , at
-il dit , dans toute fa plénitude . »ود
« Même dans la légiflation homicide à laquelle
nous avons échappé , a répondu M. Paftoret , la
présomption qui s'élève contre le fils , n'auroit :
pas fuffi pour l'arrêter . - La lettre étoit cachetée ,
obfervoit ingénument M. Bigot ; il pouvoit
en ignorer le contenu . Notre code pénal, a
ajouté M. Genfonné , défend d'admettre un père
en témoignage contre fon fils ,
--❤
La queftion fi peu morale , fi froidement cruelle
pour un coeur paternel : y alloit- il defon propre
mouvement ? lorfqu'il s'agit de dévouer cette vic- ,
time de plus à la mort , étoit done réprouvée .
d'avance par le code pénal , & l'on fe la permet
en préfidant le corps législatif ! Au refte , la
déclaration des droits de l'homme porte textucl
lement nul ne peut être puni qu'en vertu d'une
lai établie & promulguée antérieurement au délit
( art. VIII ) ; où eft la loi qui définit le crime ,
de lèze-nation ; qui donne le nom de ce crime
au projet vague & non -tenté de rendre la liberté
à fon Roi quand on le croit captif , & de concourir
au rétabliffement de l'ordre & de la tranquillité
dans un royaume où l'on promène encore
des têtes coupées La conftitution garantit la

B S
1
( 34 )
liberté à tout homme d'écrire fans que fes écrits
puiffent être foumis à aucune cenfure ni infpection
avant leur publication ( tit . I , § . III ) .
Nous ne pelons, ici ni l'action , ni les intentions
de M. Delâtre , mais feulement la difficulté de
le juger d'une manière irréprochablement conftitutionnelle
. La juftice philofophique fera- t-elle
parjure aux leix qu'elle a dictées ? Que prononcera-
t- elle , dins les principes , d'après l'énoncé
littéral de droits nature's & civils , en s'appuyant
fur le fecret des lettres violé , avant tout décret ,
contre ces mêmes principes ?
On a transféré M. Delátre aux prifons de
l'Abbaye , & ordonné que fes papiers inventories
fulent déposés aux archives nationales .
Du vendredi , 25 Novembre.
M. Bagire a lu une nouvelle lettre d'Auxonne ,
par laquelle le fieur Voulon nie encore l'envoi de
la lettre vraie ou faufle de M. Varnier. A cette
lecture a fuccédé celle d'une autre dépêche de Dijon
, envoyée toujours à M. Bazire , & renfermant
une lettre de crédit pour M. Varnier. Là- dellus ,
quelqu'un a obfervé que le détenu pourroit
trouver des fommes confidérables fur ce crédit.
Les prifonniers de la nation , a- t - il dit , ne manquent
de rien ( au fecret ) ; il feroit inutile cu
même dangereux de remettre cet effet à M. Varnier.
Mais la propriété , la foi publique , la
fainteté d'un dépôt de co : fiance , la déclaration des
droits qui dit tout ce qui n'eft pas défendu par la
loi nepeut être empêché (art.V ) ; tout homme étant
préfumé innocent jufqu'à ce qu'il ait été déclaré
coupable , toute rigueur qui ne feroit pas néceffaire
pour s'affurer de fa perfonne , doit être fé- .
vèrement réprimée par la loi ( art . IX ) ! Une accufation
, fur une lettre dérobée , conteſtée , apas
( 35 )
cryphe , ne déclare pas le prévenu coupable. Les
lox ne défendent pas aux prifonniers d'avoir un
crédir . --- Celui du fieur Varnier fera déposé aux
archives nationales . On n'a rien dit d'un coufin
de M. Voulon que M. Bazire avoit d'abord fuppofé
lui avoir remis la première lettre de M.
Voulon , contenant celle de M. Varnier.
M. Merlin lit une lettre d'un général comman
dant à Luxembourg , qui témoigne au maire de
Thionville fon regret que les François qu'on dit
avoir été infultés par des émigrans n'aient pas
fait connoître les auteurs de l'i falte pour que de
pareils excès fuffent réprimés . Les conclufions de
M. Merlin ont été de propofer de décréter que
les princes François émigrés , leurs agens , fau
teurs & adhérens , font en état d'accufation .
M. Ruhl a prodigué des injures à M. le Cardinal
de Rohan , & l'enveloppoit dans ce projet
de-loi , lui & les 700 brigands commandés par
Mirabeau cadet. »
CC
Les voies étant affez bien préparées , M. Bagire
a touché au but , & a demandé l'établiſſement
d'un comité de furveillance. --- Non , de sûreté ,
difoit M. Audrein . -- Non , de sûreté publique ,
ajoutoit M. Lacroix. --- Puifqu'on veut abfolument
la chofe , a dit M. Léopold, il ne faut
pas que le nom répugne . Je demande qu'on ne
fe ferve pas du mot infignifiant de comité de
Surveillance , mais du mot très - fignifiant de comité
des recherches. Quelqu'un exigeoit qu'il
fut dit que ce comité ne pourroit faire aucune
reftation ; on lui a crié que cette difpofition
étoit inutile & feroit injurieufe à l'Affemblée ,
Un décret a fur - le-champ ordonné la formation
d'un comité de furveillance compofé de douze
membres qui feront renouvellés , par moitié
B 6
( 36 )
tous les trois mois ; d'où il eſt ailé de conclure
que la feffion en durcra plus de quatre.
- Le Roi a rommé les is commiflaires de la
comptabilité , M. François de Neufchâteau a prétendu
qu'il eft d'ufage que leur nomination
(qui n'avoit jamais eu lieu ) foit notifiée à l'Affemblée
par le pouvoir exécutif ; & il a pris furlui
d'annoncer que « quelques- uns d'entr'eux ne
font pas du nombre des hommes recommandables
par leur patriotiſme & leurs lumières ... Cependant
, a-t- il ajouté , ils viendront ici , ils prononceront
un difcours , le préfident leur répondra
, & iis obtiendront les honneurs de la féance ! »
Ala demande de ce rigide cenfeur fi jaloux d'honneurs
accordés aux Drouet , aux Guillaume , aux
Rovère , aux Créqui- Bourbon - Beftuchet , aux Bolrédon
de la Seiglière , &c. ; il a été décrété qu'on
attendroit la notification officielle .
M. de Wimpfen a écrit au général Luckner ,
que l'émigrant ( anonyme ) qui lui propofoit de
livrer Newbrilack , lui avoit rappellé fon premier
ferment de fidélité au Roi , & l'auroit
qu'il feroit le bien- être de fa famille, La réponſe
de M. de Wimpfen a été : « J'ai 12 enfans , tout
mon patrimoine confifte dans les bienfaits de la
nation ; mais ayant élevé mes enfans dans mes
principes , ils préféreront la misère la plus profonde
au deshonneur de leur père. » Il mande
avoir dit à cet aventurier « Par - tout il y
a , prête à agir , une maffe de 10,000 hommes
auxquels j'ai infpiré mes fentimens . » De ces
confidences à l'inconnu , il paffe à des avis à
l'Affemblée . Sa lettre finit par ce trait. « Ta
que la legislature n'aura pas établi une liber
indéfinie des cultes , elle pourra craindre ch
que jour d'avoir à fe reprocher un bouleverfeme ne
univerfel... Coopérez à déterminer l'Affemblée
( 37)
accorder des églifes aux non- conformistes , &
vous aurez rendu à la nation de plus grands fervices
que par le gain de plufieurs batailles . »
Après l'avis des généraux fur les affaires de
l'églife , & malgré les objections théologiques de
M. Lamourette , évêque conftitutionnel de Lyon ,
qui fera peut- être plus heureux en opinant , quelque
jour , fur le militaire , M. Albite a fait décréter
, fauf rédaction , que l'ufage gratuit des
édifices nationaux fera exclufivement réfervé aux
prêtres falariés par l'état , & que les autres pour
ront , fous la furveillance de la police , pratiquer
publiquement leurs mystères dans les édifices que
toute fociété fera libre de louer ou d'acquérir. "
Refte à favoir fi ces acquifitions ou donations ,
n'auront pour effet que cette forte de propriété
dont un décret a fuffi pour priver l'ancienne '
églife ; & fi l'on n'acquerra que pour la nation .
Du famedi , 26 novembre .
Comme fi , après les riches conceptions , la
faillite civique & les affignats de 10 fols de
MM. Claviere , Cambon & Briffot , il n'y avoit
plus rien à dire fur les finances de l'Etat , envain
un décret a-t- il fpécialement confacré les mardis ,
les jeudis & les famedis à l'urgente difcuffion
de cette matière ; aujourd'hui , non plus que mardi
dernier , on n'en a pas proféré une fyllabe .
Voici les noms des douze députés élus pour
former le comité de furveillance : MM. Grangeneuve
, Ifnard , Merlin , Bazire , Fauchet ,
Goupilleau , la Cretelle , Chabot , Quinette , le'
Cointre de Verfailles , Lacroix & Chauvéton .
L'ex- capucin M. Chabot s'eft démis de la place
qu'il occupoit dans la commiffion dite des
lettres - de- cachet , pour entrer dans le comité de
farveillance ( applaudiffemens ) . MM. la Cr
( 38 )

.
telle , Lacroix & Chauveton ont donné leur démiffion
de ce comité ; & M. Daveroult , fupe
pléant de M. la Cretelle , a refufé de l'y rem-,
placer. Les trois fubftituts des démiffionnaires
font MM. Jagot , Montaut & Antonelle , ce
fameux maire d'Arles , chaffé de fa patrie par
les citoyens , & affocié aux Jourdans dans la
Roble guerre du Comtat.
:
“ ድ
A l'exception 1 °. d'une mention honorable de
la propofition qu'a faite un membre de traduire
& un autre d'imprimer à fes frais , l'acte conftitutionnel
& les loix rurales en bas - breton ;
2º. d'une lettre de madame Delâtre , qui gémit
de ce que l'incarcération de fon époux ameute
leurs créanciers & livre , pour ainfi dire , leur
maifon au pillage ; & qui implore pour la mère
du prifonnier , âgée de 94 ans , la grace de
voir fon fils ; requête déchirante fur laquelle
plufieurs des législateurs ont eu le ftoicifme
d'appeller l'ordre du jour , & l'un d'eux le fangfroid
de s'écrier : cela ne nous regarde pas ,
puifque M. Delâtre a été mis entre les mains
du pouvoirjudiciaire »; quoique les juges ne foient
pa enco re inftallés ; lettre enfi que les opinions
les plus humaines ont fait renvoyer au comité
de légiflation ; 3 ° . de dépêches du procureur.
général - fyndic du département du Vard , portant
que le défarmement des citoyens fufpects a
ramené la paix dans Montpellier ; 4° . du procèsverbal
de l'arrestation d'un cinquième M. Tardy,
ordonnée par les adminiftrateurs de Quimper ,
fur la fimple lecture des papiers publics , démarche
monstrueulement illégale , inconftitutionnelle ,
quoique ce M. Tardy fe trouve être le véritable
accufé.... A l'exception de ces quatre objets
évidemment étrangers aux grandes fonctions
( 39 )
légiflatives , l'Affemblée ne s'eft occupée que du
tribunal qui doit juger les forfaits commis à
Avignon depuis le 23 Leptembre.
La difcufion du projet de M. Bigot a pré- ,
fenté des idées vagues , foibles , ftériles contre
les attributions arbitraires & les commiffions , &
n'a pas empêché qu'on n'ait adopté tous les
articles du rapporteur , en n'y changeant que les
lieu où fiégera le tribunal . I indiquoit Beaucaire
; on a préféré Avignon . Mais ce tribunal ,
qui s'ouvrira le 10 décembre prochain , fera
compofé d'un juge pris dans chacun des fix tri-.
bunaux , de Montpellier , Sommières , Saint-
Hypolite , Montelimart , Valence & Romans ,
& d'un commiffaire que le Roi eft prié de nommer;
l'appel fera porté à l'un des fept tribunaux ,
de Die , Villeneuve - le Berg, Privas , Annonay ,
Alais , Vienne & Béziers ; les informations déjà ·
prifes ne vaudront que comme mémoires , & .
les témoins pourront être entendus de nouveau , i
s'il y a lieu , & la procédure fera envoyée à l'Affemblée
nationale . Les circonftances , la néceffité ont
éré les excufes alléguées & reçues en faveur de :
ces difpofitions.
Du famedi , féance du foir.
On a commencé la lecture d'une lettre du
Cap. Des cris : à l'ordre du jour , l'ont d'abord:
interrompue ; mais l'on a été bientôt raſſuré tou- !
chant fon contenu . Le ton affirmatif y tient lien
de preuve. « Au premier moment des troubles
difent les écrivains , l'Aſſemblée coloniale a conçu :
des projets d'indépendance , déployé l'étendard de .
la rébellion , arboré la cocarde noire , refufé jufqu'a
trois fois aux capitaines marchands la permiffion
d'expédier un avifo. » M. Ducos a pré- {
tendu qu'une pareille lettre pourroit fervir de
;
}
( 38 )\
telle , Lacroix & Chauveton ont donné leur démiffion
de ce comité ; & M. Daveroult , fupe
pléant de M. la Cretelle , a refufé de l'y rem-,
placer. Les trois fubftituts des démiffionnaires
font MM. Jagot , Montaut & Antonelle , ce
fameux maire d'Arles , chaffé de fa patrie par
les citoyens , & affocié aux Jourdans dans la
Robie guerre du Comtat.
A l'exception 1 °. d'une mention honorable de
la propofition qu'a faite un membre de traduire
& un autre d'imprimer à fes frais , l'acte conftitutionnel
& les loix rurales en bas - breton ;
2º. d'une lettre de madame Delâtre , qui gémit
de ce que l'incarcération de fon époux ameute
leurs créanciers & livre , pour ainfi dire , leur
maifon au pillage ; & qui implore your la mère
du prifonnier, âgée de 94 ans , la grace de
voir fon fils ; requête déchirante fur laquelle.
plufieurs des législateurs ont eu le ftoicifme
d'appeller l'ordre du jour , & l'un d'eux le fangfroid
de s'écrier : « cela ne nous regarde pas ,
puifque M. Delâtre a été mis entre les mains
du pouvoir judiciaire » ; quoique les juges ne foient
pa enco re inftallés ; lettre enfi que les opinions
les plus humaines ont fait renvoyer au comité
de légiflation ; 3 ° . de dépêches du procureur .
général -fyndic du département du Vard , portant
que le défarmement des citoyens fulpecs a
ramené la paix dans Montpellier ; 4° . du procèsverbal
de l'arrestation d'un cinquième M. Tardy,
ordonnée par les adminiftrateurs de Quimper ,
fur la fimple lecture des papiers publics , démarche
monstrueulement illégale , inconstitutionnelle ,
quoique ce M. Tardy fe trouve être le véritable
accute...... A l'exception de ces quatre objets
évidemment étrangers aux grandes fonctions
( 39 )
légiflatives , l'Affemblée ne s'eft occupée que du
tribunal qui doit juger les forfaits commis à
Avignon depuis le 23 Leptembre.
La difcufion du projet de M. Bigot a pré- ›
fenté des idées vagues , foibles , ftériles contre
les attributions arbitraires & les commiffions, &
n'a pas empêché qu'on n'ait adopté tous les
articles du rapporteur , en n'y changeant que le:
lieu où fiégera le tribunal. I indiquoit Beaucaire
; on a préféré Avignon . Mais ce tribunal,
qui s'ouvrira le 10 décembre prochain , fera
compofé d'un juge pris dans chacun des fix tribunaux
, de Montpellier , Sommières , Saint-
Hypolite , Montelimart , Valence & Romans ,
& d'un commiffaire que le Roi eft prié de rommer;
l'appel fera porté à l'un des fept tribunaux ,
de Die , Villeneuve- le Berg , Privas , Annonay ,
Alais , Vienne & Béziers ; les informations déjà ·
prifes ne vaudront que comme mémoires , &
les témoins pourront être entendus de nouveau , i
s'il y a lieu , & la procédure fera envoyée à l'Affemblée
nationale. Les circonftances , la néceffité ont
éré les excufes alléguées & reçues en faveur de :
ces difpofitions.
Du famedi , féance du foir.
>
On a commencé la lecture d'une lettre du
Cap . Des cris à l'ordre du jour , l'ont d'abord
interrompue ; mais l'on a été bientôt rafluré tou- {
chant fon contenu . Le ton affirmatif y tient lien
de preuve. « Au premier moment des troubles
difent les écrivains , l'Affemblée coloniale a conçu :
des projets d'indéperdance , déployé l'étendard de .
la rébellion , arboré la cocarde noire , refufé jufqu'à
trois fois aux capitaines marchands la per -i
miffion d'expédier un avifo. » M. Ducos a prétendu
qu'une pareille lettre pourroit fervir de
( 40 )
pièce de conviction , fans doute dans le grand
procès qu'il veut intenter aux colonies ruinées ;
il demandoit que l'original fût dépoté aux archives
.
L'Affemblée nationale a très -long-temps difcuté
la fingulière queftion de favoir fur quoi
porteroit la difcuffion ; enfin , des débats infignifians
& des amendemens adoptés faute d'autres
ou rejettés avant d'être approfondis , ont abouti
à l'addition de huit articles , au décret déja rendu ,
fur le remplacement des officiers de l'armée . En
voici la fubftance :
- Tout officier non -employé , tout commiffairedes
guerres , ne pourra être employé , ni obtenir
la décoration ou toute autre récompenfe , fi
dans le délai d'un mois , il n'a prêté le ferment
civique devant la municipalité de fa réfidence . Le
miniftre en fera l'état nominatif, ainfi que des
officiers déferteurs , & des officiers remplacés & de
remplacement. Le 15 décembre prochain , il fera
fait une revue générale , par les commiffaires ,
des guerres , en préfence des municipaux qui figneront
les procès -verbaux ( meſure dont on ne voit
la raifon , ni dans l'efprit militaire , qu'elle flétrit
d'une furveillance fuperflue , ni dans l'acte
conftitutionnel qui défend aux municipalités de
s'immifcer en rien de ce qui concerne l'armée ; >
nous pefons cet article comme la probité fèſe
tous les mots d'un ferment ) . Tout officier abfent
de fon corps , lors de ladite revue , fans congé,
fera deftitué & ne pourra prétendre à aucune penfion
(fi la penfion avoit été gagnée par des fervices
antérieurs , la privation feroit injufte ) .
Pour être admis aux fous-lieutenances que défère
le préfent décret , à compter du IS octobre dernier
, on devra produire un certificat de fervice
7
( 41 )
perfonnel & continu dans la garde nationale ,
depuis le premier janvier 1790 , jufqu'à ce jour ;
de foumiffion aux autorités conftituées & d'attachement
à la conftitution ; certificat figné des
municipaux , de l'état- major de la garde nationale
& de la majorité des officiers , fous-offciers
& gardes nationaux de la compagnie ou
Fon fert actuellement. Des précautions fi
multipliées n'atteftent pas dans le légiflateur une
grande confiance en la volonté générale.
914
. : Du dimanche 27 novembre,
Une adreffe de M. Sirey , vicaire de l'évêque
conftitutionnel du département de la Dordogne ,
annonce que les féminaires des affermentés fe
rempliffent ce prefque exclufivement de laboureurs
qui pofent le hoyau , d'artiſtes qui défertent
leurs ateliers , de bras caffés qui ont couru le
monde, d'hommes immoraux que rejette l'ordre
civil. Prefque tous les jeunes gens qui ont reçu ,
dès le bas âge , une éducation foignée , font
écartés de l'état eccléfiaftique ; les uns , parce
qu'ils appartiennent à une claffe ennemie du nouveau
égime ; d'autres , parce qu'ils n'ofent fe
confier dans la ftabilité du régime actuel ; d'autres
enfin , parce qu'ils croient que les erreurs de la
fuperftition & les attentats du fanatifme ont
flétri & déshonoré le facerdoce . »
L'étrange remède que ce vicaire a imagine
d'appliquer au mal , c'eft de fubvenir à cette
pénurie de candidats , en autorifant le peuple
de chaque village à fe choifir un curé parmi les
citoyens de tout état , même laïcs , fauf à l'évêque
conftitutionnel à les ordonner prêtres enfuite.
Tel étoit , dit-il , l'afage de la primitive églife .
La confiance du peuple élevoit au facerdoce
( 42 )
qu'on n'exerçoit pas comme un métier ». Ce
projet a été couvert des applaudiffemens des
fidèles des galeries , & renvoyé au comité de
légiflation .
Au nom de ce comité , M. Saladin a fait un
rapport très -fage , & qui n'avoit d'autre tort
que celui d'être néceffaire , fur la touchante lettre
de m dame Delâtre il a conclu que , conformément
aux loix , le détenu devoit avoir la liberté
de conférer avec la famille.
Une troifième fupplique de M. Varnier qui ,
détenu depuis quinze jours au fecret , implore la
grace d'écrire à fa mère , a rappellé que le décret
d'accufation contre M. Delâtre, n'ordonnoit
pas
que celui- ci fût au fecret . Néanmoins , le bulletin
de la geole portant qu'il avoit été traité comme
M. Varnier ; ce bulletin lu dans l'Aſſemblée ,
n'y avoit provoqué aucune réclamation . Cette
différence arbitraire entre deux décrets que M.
Vergniaud s'eft efforcé de prouver n'être point
des décrets de prife- de-corps , a conduit l'Allemblée
, après des préalables , des divifions , des
épreuves , des réclamations , &c . à pafler a l'ordre
du jour fur l'un & l'autre objet , au bruit des
battemes de mains des tribunes enchantées.
Alors il s'eft agi des émigrans . M. Ruhl a
répété ce qu'avoit affez longuement déduit M.
Kock ; mais en réduifant les fecours qu'ils peuvent
efpérer à 4000 hommes que leur donnera
T'Electeur de Mayence , « fi les Mayençois font
affer fois pour les fournir à 2000 hommes
de l'Electeur de Trèves , qui ont beaucoup égayé
l'auditoire , on ne fait pourquoi ; aux 700 brigands
que « le cardinal de Rohan à l'honneur de come
mander en chef ( grands applaudiffemens ) , &
Aune armée de so hommes; car c'eft à so hommes,
се
( 43 )
a dit M. Ruhl , que les loix de l'Empire Germanique
fixent le contingent qu'elles lui accordent.
( li eft dommage que , dans l'Empire , un
contingent ne foit pas ce que fes loix accordent ,
mais ce qu'elles demandent , & que nulle part
le contingent d'un prince confédéré ne fixe la
mefure de fon armée . )
« Nous n'aurons donc à combattre , a pourfuivi
le plaifant orateur , que des foldats de
l'églife , armés de chapelets & de bénédictions
( tranfports de joie des galeries ) . I feroit indigne
de la majefté d'un peuple libre , de fouffrir pius.
long- temps ce feu d'opéra , le voisinage d'un
volcan factice cont la fumée l'incommode. Un
fimple particulier pourroit méprifer ces effrontés
baladies ; mais une grande nation doit punir les.
téméraites qui veulent porter atteinte à fes loix .
Ne vous fiez pas au fommeil des defpetes qui
yous environnent. Il eft comme celui du lion qui
re ceffe de guérer la proie ( même en dormant !) .
Croyez que ce Léopold , qu'on vous peint fi
pacifique , mais dont les pratiques fecrettes ne
vous font pas connues , ne vous pardonnera
jamais d'avoir établi cette maxime incontestable
que les peuples ne font pas la propriété des Rois.
Lifez bien la lettre en réponse au Roi des François
, vous y trouverez le germe de la haine
que je viens de vous rep réfenter ... » Deux mots
en paffant , fur les fatellites du prince « qui occupe
un trône, encore ombragé des lauriers que
fon prédéceffeur y fit cloître... Mais dites que,
quatre millions de bras font aimés pour défendre
la liberté ; montrez que , pour leur conftitution
les François n'ont d'autic ambition que de defcendre
dans la tombe les armes à la main ( ce
1
( 44 )
qui revient à l'ingénieufe penfée : mourir pour
être libre ).
Ses conclufions ont été de prendre une attitude
impofante ; de décréter d'accufation M. de
Condé & M. de Rohan ; de donner trois jours
aux magiftrats de Worms , pour faire vider leur
ville aux émigrés ; quinze jours à l'électeur de
Mayence pour faire cefler les enrôlemens ; de
fignifier aux autres princes que leur refus fera
réputé un acte d'hoftilité , & de fe hârer de leur
déclarer à tous la guerre .
M. Cambon a demandé l'impreffion de cet
énergique difcours . Par épiſode , M. le Montey
a lu enfuite une adreffe des comédiens des principales
villes de France , qui prient qu'on les
difpenfe de toute rétribution envers les auteurs
dont les ouvrages font imprimés ou gravés . L'un
des comités s'occupera de cette grave queftion.
Rentré dans la politique , M. d'Averhoult a
refait le thême de M Ruhl. Il a dit que profcrit
de la Hollande , depuis que les Bataves ont perdu
lour liberté , il fait bien qu'ils feroient libres ,
s'ils avoient moins temporifé , s'ils avoient feulement
exterminé leurs ennemis . Attachant tout
le Nord aux intérêts de la Pologne , enchaînant
Léopold par la crainte de perdre les Pays- Bas ,
ce nouveau de Wit a réduit les emigrés à la
protection de l'Espagne & de la Ruffie , & fon
opinion eft que , fi la France déploie fes forces ,
il n'y aura d'amis que pour elle . Il a exhorté
l'Affemblée à tracer le cercle de Popilius autour
de chacun de ces petits princes d'Allemagne
qui , contre tous les droits humains , donnent
un afyle aux François échappés au fer & aux
torches des affaffins & des incendiaires , fi bons
patriotes,
>
( 45 )
Quoique la conftitution donne l'initiative au
Roi en fait de paix & de guerre , l'avis de l'opinant
eft qu'une députation de 24 membres aille
prier le Roi de faire des fommations , & de déclarer
la guerre au bout de la quinzaine . « II
eft impoffible , a- t- il dit en finiffant , que le Roi,
inftruit de vos intentions , ne prenne pas les
mefures efficaces que vous lui indiquerez , foutenu
par toute la force de toute la volonté nationale
» .
L'impreffion , aux voix , aux voix
s'écrient plufieurs membres , les tribunes , & plus
haut qu'eux tous M. Coutton . On demande
l'ajournement . M. de Girardin le motive fur un
befoin manifefte de maturité. Après un long
orage , l'impreffion & la diftribution font décrétécs
.& la difcuffion ajournée à mardi.
--
En acceptant le Ministère des Affaires
Etrangères , M. de Leſſart a cédé , dit - on ,
à des follicitations itératives , motivées par
l'embarras de trouver un Chef à ce Département
dont perfonne ne vouloit fe
charger. En effet , M. de Leffart a trop
de jugement pour avoir changé fponta→
nément des fonctions qui lui étoient pro→
pres , contre des fonctions qui lui font
étrangères il eft vrai que , graces à l'intervention
continuelle de l'Affemblée Lé
giſlative dans ce Miniftère , & à fon Comité
Diplomatique , le fardeau eft très- allégé ;
mais on peut craindre qu'au Printemps ,
fa refponfabilité ne devienne plus dange
( 46 )
reufe que celle de toute autre Adminiftration.
Dans le Département qu'il abandonne ,
M. de Leffart a donné des preuves fréquentes
de fon zèle malheureufement
inefficace , pour obteni : quelque refpect de
l'ordre public. En grande partie , on a dû
à fes inftances , l'ouverture des Eglifes non-
Conformistes , & l'oppofition aux Arrêtés
arbitraires & oppreffifs de plufieurs Directoires
, qui fe préparoient à chaffer tous
les Prêtres non - affermentés ; enfin , il a
multiplié fes efforts pour faire exécuter le
paiement , prefque par-tout fufpendu , du
traitement de ces Eccléfiaftiques , des Religieux
& des Religieufes.
M. Cahier de Gerville a été moins prévoyant
que M. Garnier ; il a accepté le
Ministère de l'intérieur Cet avocat eft un
ami de deux autres Avocats , du Gardedes-
Sceaux , & de fon Secrétaire Duveyrier,
avec lequel M. Cahier fit , fur l'affaire de
Nancy , un Rapport dans le fens de la
Révolution , qui mit fin aux inquiétudes
des coupables. Depuis , ce nouveau Miniftre
a exercé , avec la fageffe que comportent les
circonftances & l'efprit du temps , les fonctions
de fubftitut du Procureur- Syndic de
la Commune. Il a , d'ailleurs , mérité une
réputation de probité , de modeftie , &
d'intelligence. - M. Louis de Narbonne eſt
défigné par la voix publique au Ministère
de la guerre , dans lequel M. Duportail le
(47 )
trouve apparemment trop empêtré . Voilà
donc un Confeil d'Etat à - peu - près entièrement
neuf , & rempli d'hommes qui , à
l'exception de deux dont l'influence n'eft
que fecondaire , n'ont eu ni l'expérience ,
ni les lumières , ni les habitudes qu'exigent
les affaires générales d'un grand Empire, &
qui prennent la peine de vouloir bien le gouverner,
dans des conjonctures qui feroient
trembler un Richelieu, un Oxenstiern,un Chatham.
Nous ofons le dire, c'eft- là une dernière
calamité de ce Royaume déforganifé , dont
des Adminiftrateurs doués d'un grand ca
ractère , d'une ame intrépide , de la connoiffance
des hommes , & dutalent d'échap
per à l'autorité de toute Faction , en fachant
eux mêmes faire un Parti à la Royauté,
auroient bien de la peine à retarder la diffolution
totale ; mais il eft dans la trempe des
hommes de nos jours , formés aux affaires
par l'étude de quelques brochures , dene
fe douter d'aucunes difficultés. En cela ,
de nouveau régime a parfaitement rencontré
l'ancien .
Les véritables amis de M. de Montmorin
auroient defiré qu'il eût quitté les affaires
publiques , le jour même où ily fut rappellé ,
ainfi que M. Necker, par l'enthoufiafme factice
& éphémère, qui affecta de les redemarder
l'un & l'autre au mois de Juillet 1789.
pour donner au Roi un premier effai de
1
( 48 )
la domination de fes nouveaux Maîtres
fur le choix de fes Miniftres . M. de Montmorin
préféra de lier fon fort à celui de
M. Necker , dont il adopta , depuis , les dé,
marches & les opinions. On l'a jugé avec
toute la févérité qui , dans les temps de difcordes
civiles , attend l'homme public qu'on
voit flotter au gré des circonftances , & les
craignant trop pour entreprendre de les maî
trifer. Il feroit , néanmoins, injufte & téméraire
de précipiter dès aujourd'hui fon jugement
fur un Miniftre , dont les erreurs peutêtre
forcées , font beaucoup plus évidentes
que les motifs réels qui leur fervirent
de principe. M. Necker s'eft glorifié des
fautes que la voix publique s'accorde
maintenant à lui reprocher ; mais M. de
Montmorin n'a point ainfi mis en évidence
la raifon de fes déterminations pour les
apprécier impartialement , il faudroit donc
avoir devant foi le chapitre des occurrences
, des efforts fecrets & infructueux ,
des obftacles inconnus , du fondement des
craintes , de l'étendue des reffources alors
poffibles. Il eft enfuite équitable de tenir
compte du caractère de l'Adminiſtrateur
fur lequel on entend prononcer , & de ne
pas exiger d'un efprit doux , habitué à des
Occupations paifibles , & plus effrayé de
l'approche des dangers que raffuré par les
fauve-gardes , de ne pas en exiger , dis- je ,
la fermeté qui va au- devant des crifes , & la
hardieffe
( 49 )
hardieffe de génie qui apprend à les furmonter.
C'eft fans doute un grand tort de prendre
fa foibleffe pour de la prudence , & de
fubordonner toujours fes actions à la crainte
des évènemens ; mais lorsqu'on participe à
la garantie d'une Couronne ébranlée , &
qu'on n'eft maître , d'ailleurs , ni des momens
, ni de l'affiftance néceffaire , ni du
concours des volontés fans lequel on eſt
réduit à l'inaction , on perd toute confiance
en fes forces , on exagère fa circonfpection,
on ne croit jamais plier affez bas pour la
sûreté des intérêts dont on eft dépofitaine
Le rôle oftenfible de M. de Montmorin
a perfuadé une grande partie du Public ,
qu'il s'étoit fait le ferviteur de la Révolution
dans toute fon étendue , que l'attache
mient à fa place avoit décidé celui qu'il a
montré pour les fuccès de l'Affemblée
Conftituante , & qu'affervi par goût aux
Chefs de la Faction dominante , il leur
avoit facrifié & les devoirs de la reconnoiffance
, & ceux de fa place envers le Roi.
Cette opinion eft extrême j'ofe croire
que l'hiftoire mieux connue de nos temps
nialheureux , lui ôtera tout fondement.
J'aime à penser que M. de Montmorin a
été fort rarement l'arbitre de fes démarches,
qu'elles ont réfulté d'un fyfteme forcé; qu'il
a vraisemblablement imaginé qu'en louvoyant
entre les écueils , il en feroit tire
N°. 49. 3. Décembre 1791. C
( sa )
9
par des coups de vent inattendus, & qu'il
falloit laiffer dériver le Trône dans la
crainte qu'une impulfion forte du gouvernail
ne fît fauter le navire & les paffagers
. Les évènemens ont cruellement
trompé cette eftime ; il eft aujourd'hui
trop évident , qu'en abandonnant l'autorité
royale à l'appui de fa feule force d'inertie ,
on a accoutumé fes ennemis à ne plus la
craindre , & à tout ofer.
Mais on ne doit pas attribuer à M. de
Montmorin feul , des plans qu'il partagea
avec tant d'autres Confeillers timides , &
dictés par M. Necker , ni fe perfuader que
fon influence domina exclufivement dans
les décifions. On lui a imputé tous les
partis qu'ont pris la Cour & le Confeil ,
& l'on a eu tort ; on lui a imputé jufqu'aux
déterminations paffives de quelques Puiffances
Etrangères , & l'on a eu tort encore ;
car , depuis deux ans , nul Cabinet de l'Europe
ne pouvoit être gouverné par celui
de Paris : les vues de ce dernier ont infpiré
par-tout trop de défiance , pour acquérir
aucun crédit , & M. de Montmorin
le favoit mieux que perfonne. Nous juſtifierions
aifément ces affertions par des
faits ; mais le moment de les révéler n'eft
pas encore venu,
Au milieu des grandes agitations , le
Public toujours à diſtance des vrais refforts ,
aime à confondre les intentions d'un Mi(
51 )
niftre avec les actes , & préjuge les fecrets
de fon coeur d'après les dehors de fes opérations.
Cependant , c'eft dans les temps
de crife que l'équité repouffe ce blâme
odieux ; car alors , fort peu d'Adminiftrateurs
peuvent divulguer leurs penſées , &
faire concourir leurs deffeins avec leurs
actions. Cette règle de juftice eft applicable
àM. de Montmorin, & fi elle n'excufe aucune
de fes démarches publiques depuis la Révolution
, elle empêche d'empoifonner les
intentions , comme on l'a fait avec trop
d'acharnement.
Sans doute , M. de Montmorin eut acquis
une gloire folide , en parlant toujours
à l'Affemblée Nationale , avec le ton de
fon dernier Rapport ; elle avoit plus befoin
de fes avis que de fes careffes . Sans doute,
il a trop efpéré dela ramener à quelque modération
, en exagérant continuellement la
fienne; fans doute il s'eftmépris lorfqu'il acru
préferver les jours du Roi , ceux de la Reine,
& les derniers débris de l'AutoritéMonarchi
que, en pliant pour ne pas rompre. Il nes'agit
point ici de la jufteffe de cette politique ,
mais d'en expliquer les motifs vraifemblables
, & de décharger la mémoire d'un
Adminiftrateur malheureux , du foupçon
calomnieux d'ingratitude , de lâcheté volontaire
, de défertion des étendards de la
Couronne.
Le féjour de M. de Montmorin dans le
C 2
( 52)
1
ministèrependant l'interrègne Républicain ,
a généralement paru le plus grave des torts.
Je vais plus loin ; je le confidère dans un
autre que lui , comme un crime de félonie
; mais de ce crime , M. de Montmorin
en étoit incapable. Plus il eût renfermé de
noirceur de la part d'un homme fi longtemps
favorifé des bontés du Roi & de fa
confiance , plus il feroit abfurde de l'accufer
d'une trahifon fi gratuite , puifqu'à
cette époque , il avoit déjà donné fa démiffion.
Ce ne fut donc point la confervation
de fa place qui put le déterminer à
devenir le Miniftre des Arreſtateurs de fon
Roi. Il faut chercher la caufe de cette foibleffe
dans le danger perfonnel où M. de
Montmorin fut enveloppé : un miracle avoit
fauvé fa perfonne de la mort , & fon hôtel
du faccagement : Cent libelles populaires
l'affichoient complice de l'évafion du
Roi la multitude demandoit fa tête ;
au travers d'un flot de forcenés il étoit
obligé de fe tranfporter à l'Affemblée , où
la période d'un Tribun qui eût voulu le
perdre , eût armé , à fa fortie , deux mille
couteaux contre fes jours. Tandis que les
autres Miniftres jouiffoient d'une espèce
de triomphe par la latitude de leurs déclarations
, & par le concours de leur civiſme
avec celui de l'Affemblée , M. de
Montmorin fupportoit feul le poids des
défiances , le danger de la fureur publique.
( 53 )
S'il eût abandonné le Ministère , on eût
invoqué fa refponfabilité ; la multitude
eût dévancé & exécuté le jugement.
-Au motif de fa sûreté en peril , fe joignit
inconteftablement celui de conferver au
Roi un appui dans le Confeil , & au Miniftre
un titre pour fervir S. M. dans des conjonctures
fi menaçantes. Il eft vrai que
dans ce but , il fut obligé de recourir
des hommes bien méprifables ; mais , sûre
ment en employant leurs mains impures
il ne leur accorda pas fon eftime : quoique
la voix publique T'ait fuppofé dévoué à
ces Intrigans , il les connoiffoit trop pour
n'avoir le droit de craindre leur per-;
pas
verfité , & pour ne pas abhorrer lui-même
cette intervention de néceffité.
Sa dénion a daté du jour même où
on lui fit aigner la lettre circulaire aux
Ambaffadeurs ; acte de pudeur qui l'abſout
en partie du blâme indélébile qu'a mérité
cette démarche ridicule. Sur les inftances de
S. M. , il reprit fes fonctions jufqu'à la
réponſe de M. de Choiseul- Gouffier, que le
Comité Machiavélifte avoit appellé à les
remplir. Enfin , il s'eft trouvé le feul
homme du Confeil qui ait ofé , dernière
ment , donner au Roi quelques avis dignes
de lui , & mériter la défapprobation de fes
Collègues.
Il fe retire fans fortune , fans retraite
fans places les Meneurs d'aujourd'hui
C3
( 54 )
[
ont même craint qu'il ne reftât dans le
Confeil ( 1 ).
>
( 1 ) En rendant un compte fort abrégé de
mon opinion fur M. de Montmorin , je ne
confulte que l'impartialité. Depuis deux ans ,
je n'ai pas revu ce Miniftre , au Département
duquel mon travail étoit fubordonné avant la
Révolution , & je puis dire de lui : nec injuriâ ,
nec beneficio mihi cognitus . Mais puifque j'en
trouve l'occafion , je dois témoigner de l'efprit
de modération & d'équité qui le gouverna à mon
égard, dans une circonftance affez critique . Pendant
qu'on exploitoit en Hollande une Révolu
tion , par des coups-de- main femblables à ceux
qui font aujourd'hui la deftinée de la France
je me doutai de ce qui furvint en effet ; c'est
qu'au lieu de laiffer mourir d'elles mêmes les
prérogatives énervées du Statdhouderat , on faifoit
précisément tout ce qui étoit néceffaire à ſon
rétabliffement complet. Je penfai qu'a force de
violences , de caflations arbitraires , de délibérations
fougueules , de mépris pour toutes les loix
& pour tous les droits , on rallieroit les Régences
& la pluralité des Etats - Généraux au Statdhouder
; que les uns & les autres pouffés à bout
& attaqués à force ouverte , n'invoqueroient pas
envain le Roi de Prufle ; qu'un peu de fageffe
de la part des prétendus Patriotes défarmeroit
ce Monarque , même malgré fes inclinations , mais
que les expéditions hoftiles le forceroient à intervenir
, comme il intervint réellemenr. En
conféquence , je me gardai bien d'applaudir aux
>
( ss )
Dans fon dernier Kapport , qui ne ren
ferme pas l'ultimatum de la politique étranviolences
démocratiques par lesquelles on ftimu
loit cette intervention . Ma réferve déplut à Verfailles
, & l'on voulut me condamner à tranfcrire
dans ce Journal , les menfonges des Gazettes
venales qu'on foudoyoit en Hollande. Sur ma
réfiftance , je fus menacé de perdre la rédaction
de ce Journal , & probablement de pis encore.
Dans une lettre très- forte que j'écrivis à M. de
Montmorin à ce fujet , le 25 Mai 1787 , je lui
retraçois en ces termes mes principes invariables :
« L'Hiftoire , Monfeigneur , vous a sûrement
» convaincu airfi que moi , que la liberté d'une
République étant dans fes Loix , toute réforme
» de celles - ci , opérée à main armée , plenge
» l'Etat dans l'anarchie. Le droit que s'arrogent
» une Faction ou quelques Citoyens , de rea-
» verfer aujourd'hui par la force l'ordre confti-
33
33
39
tutif , peut être ufurpé le lendemain avec
» autant de titres , par une autre Faction ou
par d'autres Citoyens . Aucun Etat n'a réfifté
» à ce genre de corruption , & je prévois qu'il
perdra la Hellande. Si , fous prétexte d'un
fyftême hafardé de perfectionnement , ou de
» coutumes abolies depuis des fiècles , on pou-
30 voit fe jouer des Gouvernemens établis &
» maintenus fans tyrannie , car la bayonnette
» à la main ou conftituer des Régences , dépouiller
arbitrairement des Magiftrats irréprochables
, mettre la force à la place de la Loi ,
» & difputer au Souverain même l'autorité légitime
qu'elle lui a confiée , tout ordre focial ,
১০ •
و د
"
C 4
( 54 )
ont même craint qu'il ne reftât dans le
Confeil (1 ) .
( 1 ) En rendant un compte fort abrégé de
mon opinion fur M. de Montmorin , je ne
confulte que l'impartialité. Depuis deux ans ,
Je n'ai pas revu ce Miniftre , au Département
duquel mon travail étoit fubordonné avant la
Révolution, & je puis dire de lui : nec injuriâ,
nec beneficio mihi cognitus . Mais puifque j'en
trouve l'occafion , je dois témoigner de l'efprit
de modération & d'équité qui le gouverna à mon
égard , dans une circonftance affez critique . Pendant
qu'on exploitoit en Hollande une Révolu
tion , par des coups- de-main femblables à ceux
qui font aujourd'hui la deftinée de la France ,
je me doutai de ce qui furvint en effet ; c'eſt
qu'au lieu de laiffer mourir d'elles mêmes les
prérogatives énervées du Statdhouderat , on faifoit
précisément tout ce qui étoit néceffaire à fon
rétabliffement complet. Je penfai qu'a force de
violences , de caflations arbitraires , de délibérations
fougueules , de mépris pour toutes les loix
& pour tous les droits , on rallieroit les Régences
& la pluralité des Etats - Généraux au Statdhouder
; que les uns & les autres pouffés à bout ,
& attaqués à force ouverte , n'invoqueroient pas
envain le Roi de Prufle ; qu'un peu de fageffe
de la part des prétendus Patriotes défarmeroit
ce Monarque , même malgré les inclinations , mais
que les expéditions hoftiles le forceroient à intervenir
, comme il intervint réellement . En
Conféquence , je me gardai bien d'applaudir aux
( ss )
Dans fon dernier Kapport , qui ne ren
ferme pas l'ultimatum de la politique étranviolences
démocratiques par lesquelles on ſtimuloit
cette intervention . Ma réferve déplut à Ver-,
ſailles , & l'on voulut me condamner à tranſcrire
dans ce Journal , les menfonges des Gazettes
venales qu'on foudoyoit en Hollande . Sur ma
réfiſtance , je fus menacé de perdre la rédaction
de ce Journal , & probablement de pis encore.
Dans une lettre très- forte que j'écrivis à M. de
Montmorin à ce fujet , le 25 Mai 1787 , je lui
retraçois en ces termes mes principes invariables :
с
L'Hiftoire , Monfeigneur , vous a sûrement
» convaincu air.fi que moi , que la liberté d'une
République étant dans fes Loix , toute réforme
2 de celles - ci , opérée à main armée , plcnge
» l'Etat dans l'anarchie . Le droit que s'arrogent
33
35
une Faction ou quelques Citoyens , de ren-
» verfer aujourd'hui par la force l'ordre conftitutif
, peut être ufurpé le lendemain avec
» autant de titres , par une autre Faction ou
par d'autres Citoyens . Aucun Etat n'a réſiſté
» à ce genre de corruption , & je prévois qu'il
perdra la Hollande. Si , fous prétexte d'un
Tyftême hafardé de perfectionnement , ou de
coutumes abolies depuis des fiècles , on pouvoit
le jouer des Gouvernemens établis &
» maintenus fans tyrannie , car la bayonnette
» à la main ou conftituer des Régences , dépouiller
arbitrairement des Magiftrats irrépro-
→ chables , mettre la force à la place de la Loi ,
» & difputer au Souverain même l'autorité légitime
qu'elle lui a confiée , tout ordre focial ,
පා
"
1
T
C4
( 56 )
gère , M. de Montmorin n'a point foulevé
le voile de l'avenir. Il s'eft contenté de
ל כ
30
20
» toute sûreté , toute ftabilité difparoîtroient .
Y a -t-il d'ailleurs de la prudence & de la
» raifon à préfenter ces actes d'une Démocratie
tumultueufe , comme l'émanation d'une vo-
» lonté légale & vraiment générale ? Les conjonctures
politiques peuvent autorifer quelquefois
une Puiffance à fermer les yeux mo-
> mentanément fur ces vérités ; mais ces conjonctures
pafferons ; les droits feuls des Sou-
» verains légitimes , & ceux des Peuples , mutuel-
» lement enchaînés par le contrat des Loix , font
» facrés & imprefcriptibles .
ɔɔ
ל כ
33
Ma profeffion de foi n'a pas changé depuis
1787. S'il existe une vérité dont je fois pénésré
, c'eft que la doctrine actuelle de l'infurrection
eft le tombeau de toute liberté ; c'est que
les violences d'un Peuple ou d'une Faction ne
promettent pas plus de durée à des établiſſemens
opérés par contrainte , que la hache d'un defpote ;
c'eft enfin que , s'il devient fouvent néceffaire de
rétablir par la force l'empire des Loix ; jamais
la force ne parviendra à en inftituer de durables.
L'évènement juftifia mes conjectures ; mais
M, de Montmorin ne s'offenfa ni de ma réfiftance ,
ni de mes obſervations qui paffoient alors pour
d'infignes hardieffes . Un autre Miniftre m'eût
vraisemblablement envoyé en réponſe , une Lettrede-
Cachet. Peu de temps après , quelques François
vagabonds dont on ftipendioit en Hollande
les pamphlets contre le Prince & la Princeffe d'O-
-
( 57 )
rendre compte du paffé & du préfent.
Dans fes précédentes révélations , il s'étoit
attaché à fortifier les motifs de fécurité , afin
de prévenir , fans doute , des inquiétudes
qui euffent bientôt dégénéré en infurrections
, & parce que la fituation de l'Europe
n'a réellement fait craindre - qu'un
inftant , une intervention armée dans notre
anarchie. Le Miniftre n'avoit trompé
range , chaffés par la peur & les Huffards Pruffiens
, retombèrent fur les bras du Gouvernement
ils fe coalisèrent avec Mirabeau pour me
faire enlever le Mercure & fe l'approprier : ils
fatiguèrent le Département des Affaires étrangères
d'horreurs & d'impoftures contre moi ; ils me peignirent
, Mirabeau en particulier , comme un
Anglomane effréné, qui trahiffoit le Gouvernement,
en écrivant contre fes vues ; l'intérêt des Miniftres
exigeoit qu'ils m'arrachaffent la plume , & qu'elle
fût remile dans les mains fidèles de Mirabeau
& de fes Affociés . Ces manoeuvres échouèrent devant
la juſtice du Miniftre : il n'écouta point les
préventions qu'on lui avoit infpirées , & il refpecta
ma propriété. Je me plais à lui en témoigner
publiquement ma reconnoiffance , au moment
où il n'eft plus en place. On remarquera
que les honnêtes efcamoteurs qui me fervoient
ainfi auprès de lui , & qui s'efforçoient d'attirer
fur moi les vengeances du Gouvernement , font,
depuis qu'il n'y a plus de Gouvernement , des
zélateurs de la liberté de la preffe , & d'intrépides
dénonciateurs des anciens abus d'autorité .
Cs.
( 5.8 )
TAffemblée , ni le Public , lorfqu'il les
défabufa à pluſieurs reprifes de la fiction
de ces armées en marche qui n'ont point
marché ; mais il eft une claffe de Lecteurs
qui n'ajoutent foi qu'aux fauffetés , & qui
S'emportent contre les Incrédules ( 1 ).
(1 )J'étois certain , ainfi que M. de Montmorin ,
que ni la Pruffe , ni l'Empereur ne mettoient un
foldat en mouvement : mon devoir , ma vocation
étoit de le dire ; car l'utilité d'un menforge ne le
rend pas plus honorable , & j'étois loin de croire
a l'utilité de pareils contes . Dans le même-temps ,
( il y a deux mois ) un Journaliſte acharné contre
quiconque doute , examine , & ne trompe pas
l'opinion de fes Lecteurs en formant la fienne
fur des Bulletins de parti , imprimoit : « Enfin
hous avons tout ce qu'il faut pour dire qu'il
» n'y a que la mauvaiſe foi la plus infigne , qui
puiffe compromettre la parole de l'Empereur
» & du Roi de Pruffe , au point de douter de la
» marche de leurs troupes » . Un autre de ces Ecrivains
Belligérans m'accufoit de corruption &
d'ignorance , puifque je ne trouvois au Roi de
Pruffe aucun intérêt perfonn : l , ainfi que peuvent
en avoir les Souverains de la Maiſon de Bourbon ,
le Roi de Sardaigne & l'Empereur , à fecourir le
Roi de France . Le ton affirmatif de ces deux
Anonymes , fi bien informés , & qui me donnoient
des leçons fi polies en termes fi choifis , m'a valu
quarante lettres outrageantes , que leurs Auteurs
euffent mieux fait d'adreffer à Carra , à Briffot , à
Cerifier, comme un fupplément aux honnêtetés
Civiques dont ces vertueux Apôtres de la vérité
( 59 )
Sous des formes circonfpectes , M. de
Montmorin a tracé à l'Affemblée le pronoſtic
de nos deftinées , a offert des leçons
terribles à gens qui fe croyent faits pour
en donner , & divulgué plus de chofes
qu'il n'appartient aux Lecteurs groffiers
d'en appercevoir. Il a dit à un Corps
enivré de fa puiffance , & auffi confiant
que peuvent l'être des hommes fans expérience,
auxquels , juſqu'à préſent , perſonne
m'honorent depuis deux ans , avec tant de probité
& de fuccès,
Ces correspondans , fur la foi de deux Anonymes
, ne rougiffoient pas de me reprocher de
trahir ma propre caufe , parce que je me refufois
à la fervir par des impoftures; parce que je les
refpectois affez pour ne leur céler aucune vérités
parce que je regarde un Hiftorien comme obligé
de dire même les vérités défagréables , forfque
leur annonce eft impérieufement néceffaire ; parce.
que je ne me jouois pas de leur crédulité , en les
berçant d'efpérances illufoires ; parce qu'enfin
je ne faifois pas arriver des troupes qui n'ont jamais
reçu aucun ordre de marcher. Sans doute
lés Perfonnes qui m'adreffoient , fur parole , des
reproches fi véhémens , ont quelque honte maintenant
de ne m'en avoir pas eu . Quelques -unes
ont été jufqu'à me menacer de la perte de leur
eftime , fi je ne couvrois pas fur- le-champ les
bords du Rhin de Pandours & de Huffards
je leur rends leur eftime , & je les difpenfe même
de croire qu'ils me la doivent par reconnoiffance,
C 6
( 60 )
'a réfifté ; il leur a dit : « Quand on
» eft fans finances réglées , fans crédit
» public , fans armée , fans Marine , fans
» tranquillité intérieure , aucune Puiffance
ne vous craint ni ne vous reſpecte. Lorf-
» qu'on voit journellement outrager le Roi
» dans des Adreſſes, dans des Ecrits pervers
» qui restent impunis , on ne croira au-
» dehors ni au retour de la confiance , ni
» au refpect de l'autorité légitime , ni par
conféquent à celle du Roi. Tant qu'on
» affaffinera , qu'on pillera , qu'on dénon-
>>> cera , qu'on emprifonnera arbitraire-
» ment , les promeffes de sûreté par lef-
» quelles on motivera le retour des Emi-
» grans , feront fallacieufes & Inefficaces.
Tant que vous infulterez toutes les
» Puiffances , & que vous porterez chez
» elles le défordre , la fubverfion , & la
», révolte , vous les aurez pour ennemies ,
» & elles s'armeront contre une conftitution
qui ne refpecte celle d'aucun Peuple . »
Le Miniftre a fourni en même temps
l'application de ces maximes , en exhibant
la ferile correfpondance des Souverains
Etrangers avec le Roi , au fujet de fon
acceptation. En lifant leurs réponſes , il ,
et impoffible de fe méprendre fur leurs
fentimens . Ceux de l'Impératrice feront
probablement encore plus manifeftes fi
toutes fois cette Princeffe daigne répondre.
Quant aux Suiffes , M. de Montmorin n'a
1
( 61 )
notifié que la réponſe provifoire de la?
Chancellerie de Zurich ; mais celle du Corps
Helvétique n'eft ni arrivée , ni même arrêtée
, & onze Cantons fur treize ne.
font nullement difpofés à s'expliquer plus
favorablement que les autres Puiflances.
Pas une d'elles dans ces réponſes de pure
étiquette n'a fait la moindre mention de
l'Acte Conftitutionnel , quoique chacune
d'elles en ait reçu officiellement un éxemplaire.
Quant à la partie conjecturale duRapport
foit fur les forces des Emigrans , foit fur
les deffeins futurs des Etrangers , l'opinion
du Miniftre peut être attaquée ou défendue
, fuivant les informations plus ou
moins pofitives des Obfervateurs .
La marche actuelle des Cabinets de l'Europe
eft affez adroitement combinée pour
offrir des réfultats fatisfaitans à tous les'
Partis. Sans anticiper fur les temps de lu
mière , on voit les plus étroites liaiſons
fubfifter entre les Cours de Vienne & de
Pétersbourg ; on en induira plaufiblement
qu'elles ne féparent pas leurs vues ; mais
qu'en cette occafion , ainfi qu'en plufieurs
autres analogues , la feconde de ces Puiffances
fe charge du rôle oftenfible. Une
alliance dont le principal objet eft la confer
vation des droits de l'Empire & du Traité
de Weftphalie, vient de fuccéder à la longue.
inimitié qui divifa les Maifons d'Autriche &
( 62 )
*
de Brandebourg. Au même inftant , un autre
Traité unit dans le Nord deux Puillances ,
ennemies jufqu'à ce jour , & l'on ne perdra
pas de vue que , poffeffeur d'une partie de
la Pomeranie , le Roi de Suède eft en cette
qualité Membre du Corps Germanique.
On n'ignore pas les mouvemens du Cabinet
de Madrid dans plufieurs Cours étrangères.
Les Princes d'Allemagne , poffeffionnés en
France , ne fe préfentent point pour traiter
de leur indemnité. L'Electeur de Mayence ,
fi décemment qualifié par nos Tribuns ,
Archi-Chancelier de l'Empire , & Directeur
de la Diète , fe développe de manière à
donner la certitude qu'il eft incité par ceux
qui font prêts à le foutenir. Les autres Electeurs
Eccléfiaftiques , ces petits Princes , fi
arrogamment baffoués par nos Gazetiers
& nos Praticiens Légiflateurs , ne
prennent pas même le foin de cacher l'intérêt
qu'ils prennent au fort des Emigrans.
Et les étourdis , qui imaginent
d'infulter ces Electeurs & ces petits Princes,
avec la même aifance qu'ils parlent de
Condé , de Bouillé & d'Autichamp , ne favent
pas que ces offenfes font faites au Corps Germanique
tout entier , & que les grandes
Puiffances de cet Empire feroient , malgré
elles , obligées à venger ces outrages , s'ils
s'étendoient jufqu'à des hoftilités . Je ne
parle pas des Suiffes , dont toutes les capiulations
font expirées , qu'on a indifpofés .
( 63 )
par d'indignes manoeuvres , offenfés par les
mêmes infultes qu'on prodigue tour- àtour
à la Tribune , à chaque Souverain , &
dont les Corps militaires ne tiennent plus à
la France que par leur préſence momentanée.
Beaucoup plus que les déclamations in-.
confidérées de quelques Orateurs dangereux
, cette férie de faits doit fixer les têtes
attentives ; ou toutes les règles de la prévoyance
feront en défaut , ou cet amas de
circonftances nous prépare un dénouement
peu éloigné. Probablement , il a dépendu
de quelques incidens de notre politique
intérieure , qui , depuis fix feniaines , s'étudie
de toutes fes forces à le mûrir , & à
l'accélérer.
( Nous développerons plus amplement
ce raccourci , dans l'examen des rapports
de notre Révolution & de notre régime
avec les intérêts des Puiffances étrangères ;
examen qui formera le Tableau politique
dont fera compofé le premier Journal de
1792. )
La réplique aux raifonnemens de M. de
'Montmorin fur les Emigrans , fe trouveroit
déjà dans l'efquiffe précédente , & dans
l'indubitable confiance que manifeftent les
Princes François ; mais on ne peut fe raffurer
contre la certitude de leurs projets &
de leurs moyens , en lifant l'opinion qu'en
( 64 )
a l'Affemblée Légiflative . Tant de févérité
annonce de grandes frayeurs ; on ne s'emporte
pas ainfi contre des Ombres : Ces
rapports contradictoires , cet entaffement
de mefures violentes ces épithètes qui
forment un Crefcendo , cette affectation
d'affurance à côté d'une fi vive colère , ce
mépris pour les Emigrans , diverfifié par
toutes les richeffes de la langue , à côté
de cette follicitude brûlante à invoquer
toutes les reffources , & à épuifer toutes
les menaces , ne décèlent- elles pas des appréhenfions
, que les profopopées de M. Ifnard
ne peuvent diffiper ?
Dans le jugement qu'elle porte de fes
dangers extérieurs , on peut oppofer l'Affemblée
à l'Affemblée elle - même : fon
Comité diplomatique & fes Orateurs nous
ont fourni des affertions pour tous les
goûts.
Par exemple , M. Koch , Membre de ce
Comité , Député du Bas-Rhin & Profeffeur
d'Hiftoire à l'Univerfité de Strasbourg ,
débita le 22 Octobre un Rapport où il
difoit :
« Je fais certain qu'il n'a jamais exifté d'armées
d'Emigrés , finon un chétif raffemblement
fait à Ettenheim , à quelques lieues de Strasbourg..
Plus bas « Nous fommes en effet bien éloignés
de craindre ces Emigrés , les petits Princes fe
garderont bien de leur donner quelques fecours ;
ils fe rappellent encore ce que peut la Nation
Françoife. Tous les Politiques confidèrent comme
( 65 )
défefpérée la caufe de ces Rebelles ; ils ne peuvent
plus avoir de fecours effectifs , ni l'espoir de la
médiation. »
Ecoutons ce même M. Kock parlant un mois
après dans fon dernier rapport du 22 novembre
, il nous apprend qu'il exifte toujours un foyer
de contre-révolution , foutenu par quelques Princes
étrangers , & qu'il ya des Corps de troupes fur
les terres de l'Evêché de Strasbourg , a Worms,
fur les terres de l'Electorat de Mayence , à Coblentz
, & dans l'Electorat de Trèves.
Enfuite , il fe fait la queftion fuivante :
Les attroupemens , les enrôlemens & les violences
qui fe commettent fur le territoire de l'Empire ,
ne doivent-ils pas étre regardés comme une violation
manifefte du droit des gens & de l'Empire
Germanique ?
Avant toutsig
bonne logique
, le Raps porteur
devoit
vir exactement
ce qu'il faut entendre
par att demens
& enrôlemens
. Cette définition
conduiroît
à d'autres réſultats ; car le co- mité n'a adminiftré
aucunes
preuves
authentiques des enrôlemens
& des attroupemens
: les uns & les
autres fuppofent
dans le fens du Comité , des armemens
, un attirail militaire
, des magafins
;
or , les François
raffemblés
fur le territoire
de l'Empire
, n'offrent
encore rien de pareil . Les attroupemens , les enrôlemens fur le
territoire de l'Empire ne doivent - ils pas être
regardés comme une violation manifefte des
droits de l'Empire Germanique ? Nous répondrons
affirmativement avec le Rapporteur ; mais fon
principe n'eft applicable que dans les cas feulement
où des Etats de l'Empire ou leurs vaffaux
, fe plaindroient de ces mesures . Depuis .
quand une Nation étrangère peut elle s'ingérer
( 64 )
a l'Affemblée Légiſlative. Tant de févérité
annonce de grandes frayeurs ; on ne s'emporte
pas ainfi contre des Ombres : Ces
rapports contradictoires , cet entaffement
de mefures violentes , ces épithètes qui
forment un Crefcendo , cette affectation
d'affurance à côté d'une fi vive colère , ce
mépris pour les Emigrans , diverfifié par
toutes les richeffes de la langue , à côté
de cette follicitude brûlante à invoquer
toutes les reffources , & à épuifer toutes
les menaces , ne décèlent- elles pas des appréhenfions
, que les profopopées de M. Ifnard
ne peuvent diffiper ?
Dans le jugement qu'elle porte de fes
dangers extérieurs , on peut oppofer l'Affemblée
à l'Affemblée elle - même : fon
Comité diplomatique & fes Orateurs nous
ont fourni des affertions pour tous les
goûts.
Par exemple , M. Koch , Menibre de ce
Comité , Député du Bas-Rhin & Profef
feur d'Hiftoire à l'Univerfité de Strasbourg ,
débita le 22 Octobre un Rapport où il
difoit :
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« Je fais certain qu'il n'a jamais exifté d'armées
d'Emigrés , finon un chétif raffemblement
fait à Ettenheim , à quelques lieues deStrasbourg. »
Plus bas « Nous fommes en effet bien éloignés
de craindre ces Emigrés , les petits Princes fe
garderont bien de leur donner quelques fecours ;
ils fe rappellent encore ce que peut la Nation
Françoife. Tous les Politiques confidèrent comme
( 65 )
défefpérée la caufe de ces Rebelles ; ils ne peuvena ",
plus avoir de fecours effectifs , ni l'espoir de la
médiation. »
Ecoutons ce même M. Koch parlant un mois
après dans fon dernier rapport du 22 novembre
, il nous apprend qu'il exifte toujours un foyer.
de contre- révolution , foutenu par quelques Princes
étrangers , & qu'il ya des Corps de troupes fur
les terres de l'Evêché de Strasbourg , a Worms ,
fur les terres de l'Electorat de Mayence , à Coblentz
, & dans l'Electorat de Trèves.
Enfuite , il fe fait la queftion fuivante :
Les attroupemens , les enrôlemens & les violences
qui fe commettent fur le territoire de l'Empire ,
ne doivent-ils pas étre regardés comme une violation
manifefte du droit des gens & de l'Empire
Germanique ?
Avant tout ? bonne logique , le Rap
porteur devoit ir exactement ce qu'il faur
entendre par att
emens & enrôlemens . Cette
définition conduiroit à d'autres réſultats; car le comité
n'a adminiftré aucunes preuves authentiques
des enrôlemens & des attroupemens : les uns & les
autres fuppofent dans le fens du Comité , des
armemens , un attirail militaire , des magafins ;
or , les François raffemblés fur le territoire de
l'Empire , n'offrent encore rien de pareil.
Les attroupemens , les enrôlemens fur le
territoire de l'Empire ne doivent - ils pas être
regardés comme une violation manifefte des
droits de l'Empire Germanique ? Nous répondrons
affirmativement avec le Rapporteur ; mais fon
principe n'eft applicable que dans les cas feulement
où des Etats de l'Empire ou leurs vaffaux
, fe plaindroient de ces mesures . Depuis .
quand une Nation étrangère peut elle s'ingérer
s
( 66 )
dans le régime intérieur d'un autre Etat , invoquer
en fa faveur , & s'appliquer des loix générales
de police , qui concernent les Allemands ?
C'eft à eux feuls a maintenir dans leur fein la
paix publique , & à difperfer les François s'ils
tendoient à la troubler.
ec
C'eft en vain , continuoit M. Koch , que
l'on chercheroit à concilier avec le droit des
gens , les enrôlemens & les violences que tolèrent
les PETITS PRINCES. »
Cette épithète d'affection , répétée plufieurs
fois dans le rapport , contrafte avec l'exclamation
fuivante : ne vous ont-ils pas mis dans la
néceffité de faire de grands & de puiffans efforts ,
pour mettre vos frontières en état de défenfe.
Dans le nombre de ces Piginées qui néceffitent
de f grands effort fe trouvent les
Electeurs de Mayence & de yes , tous deux
en tête de la Hiérarchie po e de l'Empire.
Suivant M. Koch , la Conftion Germanique
leur défend de tolérer ces attroupemens & ces
enrôlemens . Où le rapporteur a t-il puité cette
étrange allégation ? Les Loix de l'Empire nela
juftifient aucunement . Cette hypothèfe ne fauroit
être appliquée qu'au régime intérieur de l'Allemagne.
Il ne fouffre , en effet , ni attroupeni
enrôlemens préjudiciables à la tranquillité
de l'Empire en général , ou de fes
Membres ; vcilà le véritable fens des citations
confignées dans le Rapport . L'Empire feul eft
juge de ce préjudice. Il fuffit , d'ailleurs , de
connoître les élémens de fon Droit Public , pour
favoir que fes divers Etats jouiffent , fur - tout
dans leurs relations extérieures , du droit de
faire la paix ou la guerre , & de contracter des
Alliances : Or , celui qui possède cette éminente
mens ,
( 67 )
prérogative , a certainement auffi celui de faire
ou de permettre des enrôlemens .
Je ne parle pas de la tirade de M. Koch'
fur les indemnités offertes aux Princes Allemands ,
en échange des droits que leur affure le Traité
de Weftphalie. Ce Traité n'a point auto ifé la
France à faifir d'abord les propriétés des Princes ,
en leur laiffant enfuite l'alternative d'un dédommagement.
Que diroient M. Koch & les"
Cafuiftes de fon genre , fi l'Empire s'emparoit
de l'Alface , pour nous obliger après à recevoir
quelques indennités pécuniaires ?
Toute cette déduction , qu'on a embrouillée
à deffein ou par l'embarras des
circonftances , ne pouvoit aboutir légalement
qu'à deux réfolutions ; 1º . de deman--
der juftice des violences exercées fur quelques
Citoyens de Strasbourg , après les
avoir conftatées autrement que par des
lettres de Clubiftes & des allégations de
Gazettes ; 2 °. de vérifier la nature du raffemblement
des Emigrés , de prendre chez
foi les mesures qu'autorife le danger une
fois reconnu ; enfin de réclamer contre des
armemens , s'ils exiftent , les droits du voifinage
; car on n'a plus de Traité à invoquer.
Cette marche prudente ne pouvoit plaire
à des hommes , qui ont accueilli des plus
vifs applaudiflemens les dernières perfonnalités
d'un M. Rülh , Alfacien , contre
l'Empereur , contre l'Impératrice de Ruffie
& le Roi de Pruffe , qui , fuivant ce Monfieur
, fera marcher fes Cyclopes pour nous
( 68 ),
faire rentrer dans l'antre du defpotifme. En
conféquence , hier mardi , on a décrété de
charger le Roi de requérir les Princes qui
accueillent des François fugitifs , de mettre
fin aux enrôlemens & attroupemens , & de
raffembler les forces néceffaires pour contraindre
par la voie des armes , les Princes à
refpecter le droit des gens . Dans le même
décret on a dénoncé à S. M. le befoin urgent
de changer les Agens de la France dans
le Corps diplomatique. M. Deleffart préfent
à la féance , s'eft humilié devant ces
réfolutions , & au lieu de défendre la prérogative
royale dont l'Affemblée entame
l'initiative dans l'exercice du droit de paix
& de guerre , ainfi que dans le choix des
Envoyés publics , il a complimenté les
Légiflateurs en les affurant qu'il avoit déjà
écrit dans leur fens aux Princes étrangers ,
& qu'il alloit recompofer le Corps diplomatique.
Tels font les premiers effais de
M. Deleffart dans la carrière abandonnée par
M. de Montmorin , qui certainement n'eût
jamais adhéré à des mefures fi dangereufes.
Dans la même féance de hier , pour
completter convenablement le Décret de
famine contre les Eccléfiaftiques non - a fermentés
, on leur a interdit tout exercice de
leur Culte dans les Eglifes louées ou achetées
par des Catholiques non conformistes;
enforte que ceux - ci devront célébrer lear
culte , fans Prêtres .
( 69 )
f
Cet arrêt de tolérance & d'humanité, vainement
combattu par deux ou trois Députés
fages auxquels on a interdit la parole , a
été rendu fur les déclamations d'un Auteur
de quelques Poéfies lègères , de M.
François de Neufchâteau . Si la culture des
lettres adoucit les moeurs , il paroît que
le caractère de M. François leur a réfifté .
?
Les nouveaux crimes de Montpellier font
maintenant connus & conftatés : nous en
' donnerons les détails dans huit jours . Les
affaffinats , le pillage , le défarmenient
des Citoyens honnêtes ont été exécutés par
une bande de brigands Patriotes & Calviniftes
, qui s'intitulent le Pouvoir exétif.
Voyant que la très grande majorité des
habitans Propriétaires , ou fages , s'étoit
réunie à l'Affemblée Commune , & avoit
emporté aux trois quarts des fuffrages
l'éélection de M. de Montlaur à la Mairie, &
le choix de bons Officiets Municipaux , ils
ont eu recours au meurtre pour invalider
ces nominations. Voila la valeur des promeffes
, adreffées aux Emigrans par l'es
Miniftres du Roi qui fe font bien gardés
de divulguer ces atrocités. Plufieurs Citoyens
ont été fufillés fans défenſe ; un
plus grand nombre bleffé ; des maifons
faccagées ; les Prêtres non-jureurs chaffés
de la Ville ; les Compagnies fages de la
Garde Nationale défarmées par les affaffins.
Point de Loi Martiale promulguée ;
( 70 )
deux Régimens de ligne font reftés fpectateurs
immobiles des maffacres . Le Maire
's'eft enfui : 600 familles ont déferté cette
ville de lang. Il paroît que M. de Montef
quiou qui fe trouvoit à Montpellier , &
qui eft de retour à Paris, n'a pas eu dans cette
affaire,les tortsque lui ont attribué quelques
Feuilles publiques. Les Proteftans conduifent
toutes ces violences , pour se rendre
maîtres du Midi par le délaimement des
Catholiques. Arles tient encore ; mais on
ne tardera pas à lui fufciter de nouvelles
calamités.
Les Réponses des Princes Frères du Roi
aux Lettres de S. M. font arrivées Lundi :
elles font telles qu'on a dû les' preffentir.
Divers Papiers publics , fur la foi d'un
Huffard Pruffien , dont M. Rühl dans fon
beau difcours a cité les véridiques relations ,
ont annoncé que l'Electeur de Bavière avoit
enjoint à tous les Emigrés d'évacuer fes
Etats en 24 heures , & qu'ils feront chaffés
des villes Allemandes , comme ils le font
des Pays Bas. Cette dernière affertion eſt
inconteftable ; car les Emigrés rempliffent
encore les Pays-Bas , comme ils rempliffent
les villes Allemandes. Il n'y a point d'Electeur
de Bavière : le Souverain qu'on veut
défigner eft Duc de Bavière , & Electeur
Palatin , & il n'a donné aucun ordre femblable
à celui que lui prêtent les Gazetiers.
( 72 )
cc
Lettre au Rédacteur.
Le 15 Novembra 1791 .
Qui ne feroit affligé des rapports qui af-
Aluent de toutes parts à l'Affemblée Nationale ,
que l'Affemblée elle- même femble accueillir en
raifon de leur groffièreté & de leur impudence ,
& dont fes propres Membres ne rougiffent pas
d'être les organes ? Vous avez lu , Monfieur,
celui d'un nommé Bolleredon , à qui les honneurs
de la féance ont été décernés ; car les Préfidens
penſent fans doute qu'on ne peut plus les proftituer.
Vous avez lules rapports fur les Prêtres
qui ne jurent point , fur les Miniftres , fur les
frontières. &c. »
ec La lettre écrite de Sarrelouis fur l'état de
cette place , & lue à l'Aſſemblée par l'un de
fes Membres ne vous a pas échappé , Sarrelouis
, fuivant le rapporteur , est une place
de cinq baftions , qui n'a pour déferfe que fix
-pièces de canons , & où il nefe trouve pas même
un abri contre la pluie , pour les troupes qui ont
paffé 24 heures dans l'ouvrage. Ce font les
propres expreflions du rapport. »
·
Il eft bon d'apprendre au Public & fur- tout
à l'Affemblée , que Sarrelouis eft un hexagone
que nos plus habiles Ingénieurs confidèreur
quant à la défenſe , comme une place de 8 bâftions
, à caufe de les ouvrages extérieurs ; que
cette place eft munie de 73 canons de tout calibre
& dont 59 font actuellement en batteries
fur nos remparts , de deux régimens d'Infanterie .
( Auftrafie no. 8& Sonnenberg , Suiffe ) , d'un
tégiment de Huſſards & d'une Compagnie d'Ar- (
tillerie ; qu'on y a fait pendant la dernière
campagne , malgré les obftacles & les dégoûts ,
1.
(772 )
2
tout ce qu'on pouvoit y faire pour la défenſe ,.
vu les moyens & le temps , & que ces travaux
ont eu l'approbation de tous les Généraux & des
Officiers particuliers qui les ont vus ; ce qui
ne convient peut- être pas à ceux qui font des
rapports ni à ceux qui les appuient .
גכ
ce Il eft vrai que ces ouvrages ont été exécutés
par des hommes , & fous les yeux d'une
garaifon & d'un Chef qui aiment la Patrie ,
& non par des Patriotes : un même efprit les
a animés , celui du bien public. Auffi des
hommes jaloux & ennemis de cette harmonie
viennent de leur fufciter un régiment bien Patriotique
, qui , à la faveur d'une Jacobinière , de
proceffions nocturnes & de l'air ça ira , le feul
qu'il ait fait entendre jufqu'ici , va sûrement
exécuter les plus grandes chofes , & prouver
à l'univers que Sarrelouis n'a pas befoin de muraille
pour le défendre contre les ennemis de
la Liberté. »
« Les défordres les plus affreux continuent ,
& règneront fans doute encore long- temps . L'anarchie
augmente , tous les liens font - rompus ;
& quand on confidère que les mains qui devroient
: les refferrer , en difperfent les derniers débris , en
• même temps qu'on eft frappé de ces troubles ,
. on s'étonne qu'ils ne foient pas plus grands . Des
Municipalités entières , leur Maire à la tête ,
coupent les bois qui font à leur bienséance : &
-les emportent. Comment réprimer de tels délits ?
Cela étoit facile fous le règne du defpotifme ;
mais fous le règne de la Loi , à peine peut-on
les faire conftater. »
"
« Il m'eft doux , Monfieur , de m'épancher
avec vous . Vous êtes devenu le confident des
gens qui penfent , & l'ami des gens de bien .
L. C. D. G.
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
POLOGNE.
De Varsovie, le 14 Novembre 1791 .
2
En
attendant
N attendant
que l'Electeur de Saxe ait
ou non accepté la Couronne de Pologne
cette incertitude
livre le Public à toutes
fortes de conjectures
& de fuppofitions ;
elle entretient les inquiétudes
que donnent
les difpofitions
préfumées de l'Impératrice
de Ruffie ; elle ralentit l'activité
de là .
Diète qui , depuis quelque temps , délibère
fur beaucoup
d'affaires , & en décide peu.
Notre fituation
extérieure
demeure fi précaire
, malgré la dernière
réforme
de la
Conftitution
, que la plupart des Alliances
projettées
nous échappent
. De ce nombre ,
font celles de la Porte Ottomane
& de la
Suède. Les derniers liens qui ont uni les
Nº. so . 10 Décembre 1791. D
( 74 )
Cours de Vienne & de Berlin ôtent aux
engagemens de la Pruffe avec la République
une partie de leur effet. On a répandu
& imprimé que , dans la Convention
de Pilnitz , l'Empereur & le Roi de
Pruffe ont garanti a la Pologne fes frontières
actuelles , affuré la Couronne à l'Electeur
de Saxe ; à la République , fon indépendance
, & le choix du futur époux
de l'Infante , de concert avec S. A. E.
Quoiqu'on nous préfente cette hypothèſe
comme un fait pofitif, elle n'eft encore
autre chofe qu'une opinion.

Le corps du Prince Potemkin doit être
transféré à Cherfon , où on lui élevera un
Maufolée. De quelque douleur dont la perte
d'un ferviteur fi néceffaire ait frappé l'Impératrice
, cette Princeffe qui ne connoît
pas l'abattement , ne s'eft occupée que du
foin de la réparer. Lorfqu'elle en apprit
la nouvelle , elle s'enferma dans fon Cabiret
, & y travailla feule quinze heures de
fuite. Le lendemain , on expédia divers
Couriers , dont l'un au Général Kakowski,
chargé du commandement en chef , & défigné
par le Prince Potemkin. Le Général
Kamenskoi , qui s'étoit mis à la tête de
l'armée , a cédé la place à fon Concurrent ,
non fans un vif mécontentement . Au refte ,
M. Kakowski ne commandera que par
interim ; car le Général en chef, Comte
( 75 )
de Soltikof, eft nommé pour aller le remplacer
inceffamment. La même fièvre épidémique
qui a enlevé les Princes de Wirtemberg
& Potemkin , règne encore à Jaffy
où les Généraux Ribas & Samailow , le
Reis-Effendi , & le Dragoman de la Porte
Marufi font toujours malades .
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 25 Novembre 1791 .
>
· Dimanche 13 de ce mois , l'Empereur ,
adis fur fón trône, donna au Prince- Evêque
de Hildesheim & Paderborn , dans la perfonne
du Baron de Beroldingen , Chanoine
de Spire & de Hildesheim , fon Minittre
Plénipotentiaire , l'inveftiture des Fiefs &
Droits régaliens qui relèvent de l'Empire.
L'Adminiftration civile & judiciaire
des trois provinces de Stirie , Carinthie &
Carniole , réunie ſous la dénomination de
Gouvernement d'Autriche intérieure, vient
d'être féparée. Cette divifion a été exécutée
le 15 de ce mois. L'Empereur a nommé
le Comte de Sturgh, Gouverneur de la
Stirie ; le Comte de Welsberg, Préfident &
Capitaine Provincial de Carinthie ; le
Comte de Gaifruck eft chargé de ces dernières
fonctions en Carniole. Les nouveaux
Tribunaux feront établis à Graëtz , à Cla-
D 2
( 76 )
genfurt & à Laybach. Voilà , jufqu'à préfent
, le feul changement opéré dans l'Adminiftration
Provinciale.
Des conditions de la dernière paix de
Sziftowe , il ne refte à exécuter que le
réglement définitif des frontières de la
Bofnie & de la Croatie , dont dépend la
reftitution de Novi , de Dubicza & de
Gradifca. Dans la ligne de démarcation
demandée & tracée à Sziftowe par nos
Plénipotentiaires , fe trouve compriſe une
plaine contigue au triple confin du territoire
Ottoman , Vénitien & Autrichien .
Par cette extenfion de limite , nous allrions
la tranquillité des Habitans , expofés
aux brigandages des Bofniaques & des
Croates ; mais dès le commencement , les
Propriétaires fonciers de Novi & de
Dubicza proteftèrent contre cet arrangement
: ils ont même rejetté les dédommagemens
que leur offroit la Porte. Venife
réclamé également deux lieues de
territoire que lui ôteroit cette démarcation
on n'eft point cependant fans efpérance
de voir terminer ces difficultés à
T'amiable.
:
La dernière Alliance entre les Cours de
Pétersbourg & de Stockholm a été , ces
jours derniers , notifiée officiellement à
Empereur , par le Prince de Gallitzin ,
Ambaffadeur de Ruffie. En remettant la
( 77)
copie du Traité , ce Miniftre a exprimé
à S. M. I. les fentimens de fa Souveraine
au fujet du Roi de France , qu'elle continue
à regarder comme privé de fa liberté;
fentimens qui lui font comniuns avec le
Roi de Suède. Antérieurement , l'Impératrice
avoit déjà rappellé à l'Empereur
les engagemens de Pilnitz , en lui déclarant
que l'adhéfion forcée de Louis XVI
à l'Acte Conftitutionnel , étoit une preuve
additionnelle de l'anéantiffement de fes
droits légitimes , & de la contrainte exercée
fur la volonté. On attribue à notre
Souverain une réponſe , par laquelle ce
Prince , enviſageant l'acceptation de Louis
XVI fous des couleurs moins fortes ,
auroit manifefté l'éloignement d'une entreprife
hoftile contre la France , & le defir
d'y rétablir l'Autorité Monarchique &
Fordre public par des moyens plus doux ,
& auffi sûrs. Toute cette correfpondance
entre l'Impératrice & l'Empereur peut être
raiſonnablement fufpectée dans les détails
qu'on en rapporte. Il eft douteux qu'on
puiffe les connoître avec tant de préciſion :
l'impatience du Public , aiguilée encore
par l'efprit de parti , mêle fes interprétations
& fes conjectures aux faits conftans ,
& fait parler alternativement les Souverains
au gré de fes intérêts. A peine la
réponse qu'on impute à l'Empereur, pourroit
être connue à Pétersbourg : or , ima- ·
D 3
( 78 )
gine-t- on que S. M. I. ait mis les Gazettes
& les efpions dans fa confidence ,
avant l'Impératrice de Ruffie Défionsnous
donc de ces rapports plus ou moins
altérés , jufqu'à l'inftant où des faits notoires
en confirmeront l'authenticité . Ce
qu'on ne peut révoquer en doute , c'eſt
Foccupation que les affaires de France
donnent à notre Cabinet , c'eft l'incertitude
des réfolutions définitives , c'est l'ac
tivité des négociations fur cet objet , entre
la plupart des Puiffances.
M. de Vaudreuil a quitté cette Capitale
, pour retourner à Coblentz . Envoyé
ici , dit- on , par les Princes François , il ne
leur rapportera vraisemblalement aucune
décifion de l'Empereur , dont le Cabinet
femble attendre les conjonctures , ainfi que
les déterminations de fon nouvel Allié .
De Francfort-fur-le - Mein , le 30 Novembre.
I eft encore très -difficile de fixer fon
opinion fur les deftinées qui font réfervées
à la France , & fur le réſultat du
mouvement prefqu'univerfel qui a ce
Royaume pour objet. I es bords du Rhin
font le principal théâtre de cette agitation ;
mais les caufes , mais les Acteurs qui doi- .
vent lui donner un but plus déterminé
ne font pas fi voifins de nous. Ce n'eft pas
( 79 )
une chofe plus facile , de démêler quel
ques faits certains ou vraifemblables , an
milieu d'un océan de nouvelles apocryphes
, d'inventions de toute efpèce , de
pronoftics perpétuellement donnés pour
des évènemens réels.
Tous les yeux de cette partie de l'Empire
Germanique font tendus fur les François
qui s'y réuniffent , & fur les démarches
des Puiffances qui leur démontrent de l'intérêt
. L'Impératrice de Ruffie continue à
manifefter le plus énergiquement fes difpofitions
à leur égard . Ses Miniftres agiffent
pour eux dans toutes les Cours : elle a mis
les Princes François , en quelque forte , au
rang des Puiffances politiques , en faifant
réfider auprès d'eux l'un de fes Envoyés.
Ils ont reçu de cette Princeffe des fecours
en argent ; elle leur a prêté fon crédit ; enfin
, elle vient de développer fes intentions
générales , dans la lettre fuivante qu'elle a
adreffée au Maréchal de Broglie.
« M. le Maréchal , Duc de Broglie , c'eft à
vous que je m'adreffe pour faire connoî're à
la Nobleffe Françoife , expatriée & perfécutée ,
mais toujours inébranlable dans la fidélité & fon
attachement pour fon Souverain , combien j'ai
été ſenſible aux fentimens qu'elle me témoigne
dans fa lettre du 20 Septembre dernier. Les plus
illuftres de vos Rois fe glorifioient de s'appeller
les premiers Gentilshommes de leur royaume.
Henri IV fut fur- tout jaloux de porter ce titre ;
D 4
( 80 )
ce n'étoit point un vain honneur qu'il déféroit
à vos ayeux , mais il leur enfeignoit par- là que ,
fans Nobleffe , il n'y avoit point de Monarchie ,
& que leur intérêt à la défendre & à la maintenir
étoit inféparable da fien . Ils entendirent
cette leçon , & prodiguèrent leur fang & leurs
efforts pour rétablir les droits de leur Maître
& les leurs. Vous , leurs dignes defcendans ,
devant qui les malheureufes circonftances de
Votre Patrie ouvrent la même carrière , continuez
de marcher fur lears pas , & faites éclater
dans vos actions le même efprit qui les a animés ,
& dont vous paroiffez avoir hérité . Elifabeth
fecourut Henri IV, qui triompha de la ligue à
la tête de vos ancêtres ; cette Reine eft fans doute
digne de fervir de modèle à la poſtérité , & je
mériterai de lui être comparée par ma perlévérance
dans mes fentimens pour les Peits - Fils
de ce même Héros , auxquels je n'ai fait encore
que montrer ma bonne volonté & mes bonnes
intentions. En embraffant la caufe des Rois dans
cele de votie Monarque , je ne fuis que le devoir
du rang que j'occupe fur la terre ; je n'écoute
que le motif pur de l'amitié fincère &
défintéreffée pour vos Princes , Frères du Roi ,
& le defir de fervir d'appui conſtant à tout fidèle
ferviteur de votre Souverain . Telles font les difpofitions
dont j'ai chargé le Comte de Romanzow
d'affurer ces Princes . Comme jamais cauſe
plus grande , plus jufte & plus noble n'a mérité
d'exciter le zèle & le courage de tous ceux qui
fe font voués à la défendre & à combattre pour
elle , je ne puis qu'en augurer les fuccès les
plus heureux & les plus analogues aux voeux que
je forme. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait,
M. le Maréchal Duc de Broglie , & toute la
( 81 )
Nobleffe Françoife qui partage vos fentimens
& adhère à vos principes , en fá fainte & digne
garde . »
Signé , CATHERINE .
De St. Pétersbourg , le 29 Octobre 1791 .
Par la date de cette lettre authentique ,
on voit que l'acceptation du Roi de France
n'a rien changé aux fentimens ni aux projets
de l'Impératrice. l.e Roi de Suède a
été également inébranlable : le Comte
d'Oxenstiern , fon Miniftre à Ratisbonne ,
va prendre un caractère public auprès des
Princes François : il eft en ce moment ici ,
d'où il a notifié à Coblentz fa prochaine
arrivée dans cette dernière Réfidence. Le
bruit public annonce des Envoyés femblables
des Cours de Madrid , de Turin ,
& de Naples. Peut-être ces nominations ,
dont nous ne garantiffons pas encore la
certitude , concernent- elles ce Congrès général
à Aix-la- Chapelle , dont l'exiſtence à
venir eft tour-à-tour affirmée , démentie ,
& reproduite. Cette idée ne paroît pas .
être encore à fon point de maturité ; contrariée
par des diffentimens d'avis , elle
exige , d'ailleurs , des préliminaires & un
parfait accord , puifque le Congrès , à ce
qu'on prétend , fe tiendroit fous les armes.
Les François émigrés ont renouvellé
pour nos contrées les avantages de la guerre
de fept ans , en femant parmi nous un numéraire
immenfe. Quelles que foient les
DS
( 82 )
opinions de ceux qui le reçoivent fur la
Révolution de France , ils en béniffent les
effets . Nos Maifons de Banque font des
profits fabuleux , par le gain énorme du
change avec la France . Les atteliers des
Profeffions utiles ont triplé d'activité fur
les bords du Rhin.
Outre les remiſes confidérables qu'ont
touchées, & que touchent encore les Princes
François , foit ici , foit en Hollande , ils
font pourvûs de fommes , & ont payé des
dépenfes trop confidérables , pour attri
buer cette abondance à la feule générosité
de quelques Souverains étrangers.
Depuis le 12 de ce mois , Monfieur &
M. le Comte d'Artois ont quitté Schonburluft
, pour prendre leur réfidence à
Coblentz, où ils occupent l'hôtel du Conite
de Leyen. Le dernier Décret de l'Affemblée
Nationale contre les Emigrans n'a
fait , parmi eux , qu'une très -foible fenfation
il n'a rallenti aucune de leurs mefures
, ni l'émigration même , qui continue
malgré la faifon , & la très - grande
probabilité qu'il ne peut être queftion
d'aucune entreprife avant le Printemps .
Entre différentes pièces , émanées de la
Chancellerie de Schönburluft , il en eft deux
que nous avons retardé de faire connoître ,
jufqu'au moment où nous ferions plus
Certains de leur authenticité , que de celle
( 83 )
de tant d'Ecrits pfeudonymes , recueillis
par les Gazettes . La première eft une lettre
écrite par les Princes aux Chefs des divers
Cantonneniens , en leur renvoyant un fecond
Réglement d'organifation , & la feconde
une Déclaration de leurs fentimens.
« Nous vous envoyons , Monfieur , un ſecond
réglement relatif à l'organisation des Gentilshommes
& Volontaires de tous les états , qui
Le raflemblent autour de nous . Vous verrez que
nous y avons fixé les fecours que nous pouvons
offrir aux Militaires , & que nous nous fommes
occupés de tout ce qui doit affuier le bon crdre
dans leur fervice , ainfi que la tranquillité des
Habitans des lieux où ils féjourneroat. Nous
profitons de cette occafion pour vous charger
de faire connoître à tout ce qui compofe votre
Cantonement , la déclaration que nous croyons
devoir faire de nos fentimens pour détruire l'im
preffion des fauffetés abominables qu'on a affecté
& qu'on affecte encore de répandre fur nos intentions
, jufqu'a ofer nous imputer de vouloir
profiter des malheurs & de la captivité du Roi
notre Fière , pour nous approprier fon autorité
& la conferver . Une fuppofition aufli incompatible
avec les fentimens que toute la France nous
connoît , & avec la conduite que nous avons toujours
tenue , ne mériteroit de notre part aucune
attention , fi les atteliers de menforges , ftipendiés
par les ennemis de l'Etat , & qui font en poffeffion
de tromper le Peuple par une continuelle
diffémination de fauffes nouvelles , ne s'effor
çoient pas d'accréditer ce bruit odieux, non- feu - l
lement par des articles inférés dans plufieurs !
Gazettes & Papiers publics , mais même par la
D 6.
( 84 )
citation de prétendus propos , qu'ils attribuent
à des perfonnages , incapables par leur rang ,
& fort éloignés , par leur efprit de juftice , d'adopter
des idées auffi oppofées à la connoiffance qu'ils
ont de nos principes . Nous avons lieu de croire
que l'efpèce de Promulgation fignée de nous ,
que vous trouverez à la fuite de cette lettre ,
fuffira pour détruire l'effet de ces exécrables manoeuvres
; & nous vous prions de lui donner autant
de publicité qu'i fera poffible. Nous fommes avec
tous les fentimens d'eftime & d'amitié , vos bons
amis . "
Signés, LOUIS-STANISLAS-XAVIER . CHARLES
PHILIPPE .
A Schonbornfluft , le 30 Octobre 1791 .
Promulgation des fentimens des Princes , Frères du
e
Roi.
Indignés des calomnies par lefquelles on s'efforce
de rendre fufpect notre amour pour un Frère ,
& notre foumiffion pour un Roi , que fes malheurs
ne nous rendent que plus cher & plus refpectable ,
Nous croyons qu'il ne fuffit pas de livrer les calomniateurs
au mépris qu'ils méritent ; mais que
notre honneur nous engage à publier hautement
une profeffion de foi , qui fut & fera toujours
la nôtre rétablir le refpect dû à la Religion Catholique
& à fes Miniftres , rendre au Roi fa
Hiberté & fon autorité légitime , aux différens
Ordres de l'Etat leurs droits véritables , fondés
fur les Loix de la Monarchie , à chaque Citoyen
fes propriétés , au Royaume fon antique
& immuable Conftitution , à tous les François ,
& particulièrement aux Habitans des campagnes ,
la fûreté, la tranquillité & l'adminiſtration de
la justice , dont on les a privés ; c'est l'unique but
( 85 )
que nous nous propofons , & pour lequel nous
formes prêts à verfer , s'il le faut , juſqu'à
dernière goutte de notre fang. Jamais aucune
ambition perfonnelle ne fouillera des vues auffi
pures. Nous l'atteftons ici , fur notre foi de
Gentilshommes ; & nous donnons en même
temps le démenti le plus formel à tou e allégation
contraire, »
Signés, LOUIS- STANISLAS - XAVIER . CHARLESPHILIPPE.
A Schonbornfluft , le 30 Octobre 1791 .
Quoique les démarches de la Diète de
Ratisbonne aient été en partie fufpendues ,
jufqu'à la réponſe de l'Empereur au dernier
Conclufum , on fe tromperoit d'en
induire que , l'affaire des Princes poffeffionnés
en France , ne fera pas un des mobiles
, ou des prétextes d'un ralliement
plus étendu . On a aujourd'hui la prefque
certitude de cette vérité , par la notification
qu'a fait l'Electeur de Trèves à la.
Diète , de l'intervention qu'il a réclamée
& obtenue de l'Impératrice de Ruffie , en
fa qualité de Garante du Traité de Weftphalie
, violé par les Décrets de l'Affemblée
Françoife Conftituante. Cette garantie de la
Ruffie lui eft attribuée par celle du Traité
de Tefchen , où celui de Weftphalie eft,
rappellé. En même - temps , l'Impératrice a
tiré de fa retraite , le vieux Comte d'Affebourg
, fouvent employé par elle en Allemagne
, & l'a envoyé à Ratisbonne , où
il a exhibé le 16 fon caractère public.
( 86 )
·
Voilà donc, les deux Puiffances , ( la Suède
& la Ruffie ) le plus ouvertement déclarées
pour la caufe des Princes François , qui
s'affocient à la défenfe des griefs des Princes
de l'Empire , & qui fe trouvent aujourd'hui
les principaux garans du Traité de
Weftphalie. En confidérant que l'Empereur
ne peut fe difpenfer , ni ne ſe difpenfera
de partager les réfolutions de la
Diète , on aura une preuve affez évidente
de la combinaifon dont nous traçâmes les
indices la femaine dernière.
Le 22 , les Commiffaires nommés pour
régler le paffage du Régiment Autrichien
de Saxe - Cobourg , qui fe rend dans les
Pays - Bas , fe font affemblés ici , où l'on
attend ce beau Corps la femaine prochaine.
FRANCE.
De Paris , le 1. Décembre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 28 novembre.
Sur la demande réitérée par M. Varnier, de
la grace d'écrire à fa mère , un membre a foutenu
que , la diftinction arbitrairement établie entre les
décrets d'accufation portés contre MM . Varnier&
Delâtre , dont l'un eft au fecret & l'autre n'y eft
pas , étoit inconſtitutionnelle . L'Affemblée efb
paffée à l'ordre du jour.
Ayant qu'on y paſsât , quelqu'un a cru rendre
( 87 )
compte des troubles du district d'Alais , en difaneque
les deux partis en étoient venus aux mains , &
que les malveillans avoient eu le deffous ; que 30
émigrés de retour , faute de places à Coblentz ,
ont été convaincus , au moyen d'une lettre dont
l'auteur eft incarcéré , d'avoir formé le complot
de favorifer l'invafion en fe difperfant dans le diftrict
; que des biens nationaux eftimés , confcientieulement
, 400,000 liv. , ne s'en font pas moins
vendus un million . Cet ingénieux rapprochement
de combats , de cachots & de finance , a excité de
vifs applaudiffemens .
La majeure partie de la féance s'eft confumée
en débats arides qui n'ont eu pour réſultat qu'un
décret , qui attribue au ſervice des caiffes de
l'extraordinaire & de la trésorerie nationale , outre,
Les 10 milions provifoirement accordés le 11 du
courant, 15 autres millions , en affignats de 5 liv .
« Ils ne feront délivrés que par forme d'emprunt
fur les 100 millions deftinés à l'échange dans les
départemens ; & ne pourront accroître l'émiffion
actuelle portée à 1400 millions par le décret du
premier novembre ; ils feront remplacés fur les
émiffions futures pour compléter l'échange des
100 millions décrétés le premier du préfent mois » .
Les commiffaires & l'adminiſtration rendront
compte de tout. -
Deux décrets , dont l'un d'urgence , ont accordé
au ministre de la guerre 1,371,728 liv . , pour les
achats relatifs aux maffes de boulangerie , à faire
dans le mois de novembre ; 1,220,940 liv . ( total
2.592,668 liv. ) , pour achats relatifs aux m.fles
de fourrage , à faire pendant le mois de novembre
, & pareilles femmes pour les mêmes objets
payables en décembre. ( Total , 1,185,33.6 1. )
Une lettre du miniftre de la marine a notifié ,
( 88 )
de la part du Roi, à l'Affemblée nationale le fuccès
des négociations de M. Miffieffy - Guiès & du capitaine
Dommergues auprès du Dey d'Alger. Le
Dey a fait affeoir M. de Miffieffy à fon côté &
lui a dit ce Ecrivez au Roi que je vous ai fait
affeoir comme un ami , ce que je ne fais pour
aucun envoyé : je vous ferai donner trois chevaux
dont je fais préfent au Ri . Mandez - lui que j'ai
pris beaucoup de part aux troubles de France ,
& que fi mes fecours avoient pû être utiles à la
tranquillité des François , rien ne m'auroit coûté
pour prouver mon attachement à la nation Francoife
& particulièrement pour la perfonne du
Roi. »
M. de Bertrand ajoutoit que le Grand-Maître
de Malthe , fur le bruit des différends furvenus
& fans attendre l'invitation du Roi , s'étoit hâté
d'ordonner aux efcadres de la religion d'eſcorter
nos bâtimens , & que la protection de ſes forces
maritimes auroit dévancé celle de nos propres
armemens fi les difpofitions du Dey euffent été
réellement hoftiles . L'amitié du Dey , le noble.
procédé de l'ordre de Malthe , & les témoignages
de la joie du commerce de Marſeille ont été couverts
de juftes d'applaudiffemens .
Du lundi , féance du foir..
M. Tanaïs , admis à la barre , s'eft plaint
des horreurs que lui ont fait effuyer dans l'ifle
de la Martinique ; 1º . M. de Viomenil , qui
déteftoit la cocarde nationale & traitoit la révolution
de révolte ; 2 ° . M. de Damas qui remplaça
M. de Viomenil ; 3 °, les planteurs ;
4. l'Affemblée coloniale ; 5º . les mulâtres trompés
; 60. les noirs armés , tous fidèles aux infructions
que leur donnoit un député extraordi(
89 )
nai auprès de l'Affemblée conflituante , député
qui leur écrivoit , le 15 juin 1790 , a dit le
dénonciateur : « Je vous avertis que vous n'aurez
jamais que ce que vous prendrez ; prenez donc
& foyez inflexibles. Le moment des réclamations
violentes eft venu pour vous comme pour toute
la France »... 7°. Enfin M. de Behague & MM.
Rivière & d'Orléans , qui ont fecouru l'Affemblée
coloniale contre les patriotes . Or , on n'a
Ferfécuté , emprifonné , banni M. Tanais qu'en
haine de la révolution dont il fut l'un des premiers
& plus ardens promoteurs . Scul innocent au milieu
de tant de coupables , il a imploré vengeance
pour la nation cutragée dans fa perfonne , & quel
ques fecours. On lui a donné les honneurs de la
féance.
M. Rovère a plaidé la caufe des patriotes
d'Avignon calomniés , pourfuivis & jettés dans
les prifons par les ariftocrates . On a lu une
adreffe du peuple Avignonois & une délibération
des dix fections d'Avignon ; l'une affirme
que jamais le fieur Rovère ne fut légalement députés
l'autre exprime la commune alegreffe de l'arreftation
des fcélérats , qui n'ufurpèrent l'autorité
dans ces triftes contrées , que pour les défoler ,
fous le prétexte de patriotifme . La lecture des derniers
procès - verbaux a fait dite à un de ces membres
de qui l'obfcurité du nom nous foulage
quelquefois , que les commiffaires actuels & le
commandant paroiffent favorifer le parti ariftocratique.
Ce bon patriote vouloit que deux
commiffaires , pris au sein de l'Affemblee , allaffent
furveiller les opérations du pouvoir exécutif
à Avignon . Cet avis a été reçu par des battemens
de mains & l'on a décrété que M. Rovère
auroit les honneurs de la féance .
>
1901 ୨୦
Des citoyens de Toulouſe & de Nîmes com
plimentent l'Affemblée , au fujet du décret contre
les émigrans. « Honneur , trois fois honneur au
courage énergique , difent les Toulousains ! Cet
acte de vigueur vous élève à la hauteur de vos
fonctions. Il nous rappèle les triomphes fublimes ,
mais trop rares , de vos dévanciers ... Encore un
décret ferme fur la horde noire ( les prêtres )......
Encore un décret pour que la refponfabilité des
miniftres ne foit pas illufoire ... Et l'Europe s'appercevra
à peine que l'Affemblée des mois de
juin 1789 & 1791 , ait quitté le fanctuaire de
nos loix... Nous avons été étonnés de favoir que
le Roi des François avoit refufé de fanctionner...
Voyez la nation entière revêtir votre décret de
l'unanimité toute - puillante de fes fuffrages .....
Souvenez-vous de ce que vous êtes , de ce que
nous fommes... Lorfque la volonté fuprême du
véritable fouverain fe fait entendre , confolez
vous des délais momentanés fufcités par fon premier
repréſentant . Les Nimois offrent les
mêmes principes. Voilà plufieurs adreffes de ce
genre qui , fe reffemblant toutes , ont le tort
de paroître dictées par ceux mêmes qui les applaudiffent
.
--- גכ
Du mardi , 29 novembre.
On a d'abord propofé de décréter , fans défempater
, tous les articles relatifs aux prêtres ,
& le projet de M. d'Averhoult concernant les
émigrés , ainsi que les puiffances qui leur donnent
afyle. ce C'est comme fi nous promettions
de décréter fans examiner, a dit M. Chéron . » M.
le Cointre lui a férieufement répondu que tous
les départemens avoient applaudi au décret renda
de la forte contre les émigrés ; & il a été décidé
que la loi fur les prêtres feroit achevée fans
défemparer , aux applaudiffemens des galeries ,
qui ont impunément hué ceux qui s'oppofoient
à cette décision précipitée . Quant à la question
d'en faire autant à l'égard du projet de M. d'Averhoult
, on eft paffé à l'ordre du jour.
Nos lecteurs fe rappelleront l'article préfenté
par M. Albite , & décrété
fauf rédaction
. Il
fermoir les églifes
conftitutionnelles
aux prêtres
non-affermentés
, & leur permettoit
de pratiquer
leurs myftères
dans des édifices achetés ou loues
aux frais des fidèles . M. François de Neufchâteau
,
rapporteur
, en a lu une rédaction
où le fond
en étoit abfolument
dénaturé
de l'affirmative
à
la négative. On n'en a pas moins prétendu
que.
l'Affemblée
ayant décrété l'article de M. Albite ,
fauf rédaction
, celui- ci devoit être décrcté fans.
diſcuſſion
. MM . Ducaftel
, de Girardin
& d'autres
, ont eu la courageufe
bonne- foi d'obſerver
qu'on y avoit mis un objet nouveau ; que M.
Albite ne comprenoit
pas dans fon article la
prohibition
de tout exercice
du culte à défaut
du ferment
que la conftitution
n'exige que de
ceux qui veulent
être citoyens
actifs. Mais M.
Albite a déclaré que fon intention
avoit été d'inférer
cette claufe dans fon article ; intention
qui ,
ne la rendoit
certainement
ni plus jufte ni moins
nouvelle
.
..
Il feroit trop long , trop faftidieux de détailler
ici les fubtilités , les prétextes , les rappels à
l'ordre dès qu'on ofoit rajfonner ou parler de,
tolérance ; les préalables , l'état de la queftion
polé & repofé toujours de manière à éviter que
perfonne ne l'approfondit ; les clameurs , les farcafmes
, les épreuves multipliées , le vacarme
modifié de cent façons , enfin tous les moyens.
1901 ୨୦
сс
Des citoyens de Toulouſe & de Nîmes com
plimentent l'Affemblée , au fujet du décret contre
les émigrans. « Honneur , trois fois honneur au
courage énergique , difent les Toulousains ! Cet
acte de vigueur vous élève à la hauteur de vos
fonctions. Il nous rappèle les triomphes fublimes ,
mais trop rares , de vos dévanciers... Encore un
décret ferme fur la horde noire ( les prêtres ) ......
Encore un décret pour que la refponfabilité des
miniftres ne foit pas illufoire... Et T'Europe s'appercevra
à peine que l'Affemblée des mois de
juin 1789 & 1791 , ait quitté le fanctuaire de
nos loix... Nous avons été étonnés de favoir que
le Roi des François avoit refufé de fanctionner...
Voyez la nation entière revêtir votre décret de
l'unanimité toute - puillan'e de fes fuffiages .....
Souvenez -vous de ce que vous êtes , de ce que
nous fommcs... Lorfque la volonté fuprême du
véritable fouverain fe fait entendre , confoltz.
vous des délais momentanés fufcités par fon pre-
גכ
-~-
mier repréfentant .
Les Nimois offrent les
mêmes principes . Voilà plufieurs adreffes de ce
genre qui , le reffemblant toutes , ont le tort
de paroître dictées par ceux mêmes qui les applau
diffent.
Du mardi , 29 novembre.
On a d'abord propofé de décréter , fans dé
fempater , tous les articles relatifs aux prètres ,
& le projet de M. d'Averhoult concernant les
émigrés , ainsi que les puiffances qui leur donnent
afyle. ce C'est comme fi nous promettions
de décréter fans examiner, a dit M. Chéron . » M.
le Cointre lui a férieufement répondu que tous
les départemens avoient applaudi au décret renda
de la forte contre les émigrés ; & il a été décidé
que la loi fur les prêtres feroit achevée fans
défemparer , aux applaudiffemens des galeries ,
qui ont impunément hué ceux qui s'oppofoient
à cette décision précipitée. Quant à la queftion
d'en faire autant à l'égard du projet de M. d'Averhoult,
on eft pafé à l'ordre du jour .
Nos lecteurs fe rappelleront l'article préfenté
par M. Albite , & décrété fauf rédaction . Il
fermoir les églifes conftitutionnelles aux prêtres
non-affermentés , & leur permettoit de pratiquer
leurs myftères dans des édifices achetés ou loues
aux frais des fidèles . M. François de Neufchâteau ,
rapporteur , en a lu une rédaction où le fond
en étoit abfolument dénaturé de l'affirmative à
la négative . On n'en a pas moins prétendu que
l'Affemblée ayant décrété l'article de M. Albite ,
ſauf rédaction , celui- ci devoit être décreté fans.
difcuffion . MM . Ducaftel , de Girardin & d'autres
, ont eu la courageufe bonne-foi d'obſerver
qu'on y avoit mis un objet nouveau ; que
Albite ne comprenoit pas dans fon article la
prohibition de tout exercice du culte à défaut
du ferment que la conftitution n'exige que de
ceux qui veulent être citoyens actifs . Mais M.
Albite a déclaré que fon intention avoit été d'inférer
cette claufe dans fon article ; intention qui ,
ne la rendoit certainement ni plus jufte ni moins
nouvelle.
M.
Il feroit trop long , trop faftidieux de détailler,
ici les fubtilités , les prétextes , les rappels à
l'ordre dès qu'on ofoir rajfonner ou parler de
tolérance ; les préalables , l'état de la queftion
polé & repofé toujours de manière à éviter que
perfonne ne l'approfondît ; les clameurs , les farcafmes
, les épreuves multipliées , le vacarme
modifié de cent façons , enfin tous les moyens.
( 92 )
employés pour fermer la difcuffion avant qu'elle
fut ouverte , & pour faire paffer l'article tourné
du oui ou du non , de la permiffion à la prohibition
, comme une chofe déja convenue. Il
fuffira d'extraire les principaux motifs du rapport.
M. François n'a pas craint d'établir qu'il exifte
entre les prêtres catholiques & les miniftres des
autres religions , des différences qui néceffitent
une foi plus cruelle contre les premiers . Le clergé
diffident , a-t- il dit , eft feal tenu au célibat ;
feul il officie dans une largue inconnue au vulgaire
; il avoit des places pour lesquelles il exigeoit
la nobleffe ; il ne reconnoît point la fouveraineté
du peuple , mais deux puiffances & un
fouverain étranger : il a couvert la France de
perfécutions ; il a inventé l'inquifition & la cen--
Ture des livres , difperfé les cendres de Descartes,
refufé la fépulture à Molière ; un cardinal ( Richelieu
) inventa les lettres - de - cachet' ; un jéfuite
les perfectionna fous Louis XIV ; le dergé
diffident avoit l'infolence d'appeller fa contribution
don gratuit ; il avoit un droit canonique &
des tribunaux particuliers ; les miniftres des autres
cultes n'ont pas des moyens de féduction tels
que ceux que les prêtres catholiques tirent de
leurs cérémonies clandeftines.
Ceft d'après ces actes individuels , d'après ces
faits anciens , attribués à tout un corps , adaptés
à des circonftances récentes ; c'eft fur de maladroites
fauffetés , comme celle qu'en admettant
deux paiffances , fpirituelle & temporelle , le
' clergé gallican reconnoiffoit une fouverainete
étrangère ; c'eft fur de pat eilfes imputations que
M. François , le poète , a conclu que ce n'étoit
pas pour les malheureux prêtres dépouillés par
( 93 )
La révolution , que la conftitution avoit dit à
tous les François , citoyens actifs ou non- actifs ,
affermentés ou non- affermentés : nul ne fera inquiété
pour fes opinions religieufes ; les cultes
font libres ; quiconque fait xé uter des crires
arbitraires doit être puni ; les citoyens ont le
droit d'élire ou choifir les miniftres de leur
culte , &c.
Un membre a trouvé que le difcours de M.
François contenoit de fi grandes vérités qu'il
falloit en enrichir la nation . L'impreffion en a
été décrétée , ainſi que l'envoi aux $ 3 départemens,
Le premier préambule lû par le même
rapporteur avant qu'on eût difcuté ſon projet ,
pour ne point effarou :her les efprits juftes , promettoit
des difpofitions conciliatoires & pacifiques
; le fecond préambule lu & décrété à la
fuite de tous les articles , a démenti ce qu'annonçoit
l'autre , & forme un monument de machiavelifme
dont le grand nombre , les malheurs ,
les vertus des intéreffés , & l'importance de la crife
politique & religieufe de la France , nous font une
loi d'offrir le texte littéral, Le voici avec le
dernier article décrété :
cc L'Affemblée nationale , après avoir entendu
le rapport des commiflaires civils envoyés dans
Je département de la Vendée , les pétitions d'un
grand nombre de citoyens , & le rapport du
comité de légiflation civile & criminelle , fur les
troubles exi és dans plufieurs départemens du
royaume par les ennemis du bien public , fous prétexte
de religion ;
ce Confiderant que le contrat focial doit lier ;
comme il doit également protéger tous les membres
de l'Etat ; qu'il importe de définir , fans
équivoque , les termes de cet engagement , afin
( 94 )
qu'une confufion dans les mots n'en puiſſe opérer
une dans les idées ;
сс
>
Que le ferment purement civique eft la
caution que tout citoyen doit donner de fa fidélité
à la loi , & de fon attachement à la fociété
& que la différence des opinions religieufes ne
peut être un empêchement de prêter ce ferment ,
puifque la conftitution affure à tout citoyen la
liberté entière de fes opinions en matière de
religion , pourvu que leur manifeftation ne trouble
pas l'ordre , ou ne porte pas à des actes nuifibles
à la sûreté publique ;
:
ce
Que le miniftre d'un culte , en refufant de
reconnoître l'acte conftitutionnel , qui l'autorife
à profeffer les opinions religieufes , fans lur im
pofer d'autre obligation que le refpect pour l'ordre
établiparla loi & pour la sûreté publique , annoncefoit,
par ce refus-là même , que fon intention n'eſt
pas dé les refpecter ;
CC
Qu'en ne voulant pas reconnoître la loi , il
abdiqueroit volontairement les avantages que cette
loi feule peut lui garantir ;
:
сс
ce Que l'Affemblée nationale , preflée de fe livret
aux grards objets qui appel'ent fon attention
pour affermiffement du crédit , & le fystême
des finances , s'eft vu , avec regret , obligée de
tourner fes premiers regards fur des défordres
qui tendent à compromettre toutes les parties
du fervice public en empêchant l'affiette prompte
& le recouvrement paifible des contributions ;
qu'en remontant à la fource de ces défordres ,
elle a entendu que la voix de tous les citoyens
éclairés proclame dans l'empire cette grande
vérité :
сс
Que la religion n'eft qu'un prétexte pour les
ennemis de la conftitution , dont ils abuſent , &
( 95 )
un inftrument dont ils ofent fe fervir pour troubler
la terre au nom du ciel ;
cc
Que leurs délits mystérieux échappent aifément
aux mefures ordinaires qui n'ont point de
prifefurles cérémonies clandeftines dans lesquelles
leurs trames font enveloppées , & par lefque
1.s ils exercent fur les confciences un empire.
infenfible ;
ec Qu'il eft temps , enfin , de percer ces ténèbres
, afin qu'on puiffe difcerner le citoyen paifible
& de bonne foi , du prêtre turbulent & machinateur
, qui regrette les anciens abus , &
ne peut pardonner à la révolution de les avoir
détruits ;
сс
Que ces motifs exigent impérieufement que
le corps législatif prenne de grandes mefures politiques
pour réprimer les facieux qui couvrent
leurs complots d'un voile facré ;
cc
Que l'efficacité de ces nouvelles mesures dépendent
, en grande partie , du patriotifme , de
la prudence & de la fermeté des corps municipaux
& adminiftratifs , & de l'énergie que leur
impulfion peut communiquer à toutes les autres
autorités conſtituées ;
сс
Que les adminiſtrations de département furtout
peuvent , dans ces circonftances , rendre le
plus grand fervice à la nation & fe couvrir de
gloire , en s'empreffant de répondre à la confiance
de l'Affemblée nationale , qui fe plaira toujours
à diftinguer leur zèle , mais qui , en même temps ,
réprimera févèrement les fonctionnaires publics ,
dont la tiédeur dans l'exécution de la loi reffembleroit
à une connivence tacite avec les ennemis
de la conftitution ;
сс
Qu'enfin , c'eſt fur- tout aux progrès de la
faine raifon & à l'opinion publique bien dirigée ,
(196 ):
qu'il eft refervé d'achever le triomphe de la ,
foi , d'ouvrir les yeux des bons habitans des campagnes
fur la perfidie intéreffée de ceux qui veulent
leur faire accroire que les législateurs conftituans
ont touché à la religion de leurs pères , & de
Prévenir , pour l'honneur des François , dans ce
fiècle de lumières , le renouvellement des scènes
horribles dont la fuperftition n'a méchamment que
trop fouillé l'hiftoire dans les fiècles cù l'ignorance
des peuples étoit un des refforts du gouver
nement. »
Dernier article du décret fur l.s pré:res.
« Les églifes & oratoires nationaux que les
corps adminiftratifs auront déclaré n'être pas
néceffaires pour l'exercice du culte dont les fiais
font payés par la nation , pourront être achetés
ou affermés par les citoyens attachés à un autre
culte quelconque , pour y exercer publiquement
ce culte fous la furveillance de la folice & de
l'adminiftration ; mais cette faculté ne pourra.
s'étendre aux eccléfiaftiques qui fe feroient refulés
au ferment civique preferit par l'article
premier du préfent décret , ou qui l'auroie : t rétracté
, & qui , par ce refus ou cette rétractation
, font réputés , par l'article V , fufpects de
révolte contre la loi & de mauvaifes intentions
contre la pattie ; ils font déclarés incapables d'exercer
aucune fonction eccléfiaftique ni civile . »
« La yente ou la location dont il est parlé
dans l'article précédent , ne peuvent s'appliquer
aux égifes dont font en poffeffion , foit privée ,
foit fimultanée avec les catholiques , les citoyens
qui fuivent la confeffion d'Ausbourg , lefquels.
font confervés en leurs droits refpectifs dans
les départemens du Haut & Bas-Rhin , du Doubs
&
( 97 )
de la Haute - Saône , conformément aux décřets
des 17 août, 9 f- ptembre & premier décembre
il790. »
L'Affemblée a décrété que le décret rendu
feroit porté dans le jour à la ſanction du Roi. » »
Organe du comité dip omatique , M. Koch a
remanié le projet de M. d'Averhoult , & aux
fommations à faire pour diffiper les ratlemble !
mens d'émigrés , à l'opération ſi ſimple & fr ſaine,
de recompofer le corps diplomatique , il a joint
celle de traiter des indemnités dues aux princes
poffeffionnés en Alface , indemnités qui , felon
la conftitution , auroient dû être préalables . En
vain M. de Leffart , qui venoit d'adreffer loa
hommage à l'Affemblée en qualité de miniftre
des affaires étrangères , a-t-il repréfenté qu'
feroit bon d'attendre l'effet des démarches commencées
; MM. Ruhl & Ifnard out produit de
bien plus grands effets en ſe livrant à leur éloquence
connue.
I
M. Ruhl a déclaré les miniftres de France
dans l'étranger refponfables de tous les défagrémens
extérieurs ; & traitant la politique en
grand , il a accufé M. de Montezan , qui est
auprès de l'électeur Palatin , d'avoir donné à fas
domeftiques des habits cavec toutes les couleurs
& les brimborians de l'ancienne féodalité, & fait
mettre des armoiries fur fa voiture ». Il sleft
égayé à décrier l'élection de « l'évêque-curé de
la cathédrale de Spire ; il a certifié que Fré
déric le Grandn'avoit jamais été un grand homme ,
mais un conquérant, & que lorfque ce Roi avoit
befoin de ces princes , il leur envoyoit un officier
avec une lettre , geure d'ambaffade fort
économique. Le rappel des envoyés a été cou .
vert d'applaudiffemen's & de: bravo dobravo up.
No. 5o. to Décembre 1791. E
( 98 )
(
Pour M.Ifnard , fon but étoit de raffermit
les bafes de la conftitution , en déclarant la guer:
à toute l'Europe , afin de procurer à la nation
cc non pas cetre tranquillité éphémère & factice,
qui n'eft , dans le drame de la révolution , que
le repos de, l'entr'acter; mais cette tranquillité
folide qui he commence jamais que là où finiffent
les évènemens .... Attaquer bravement fon
ennemi , c'eſt l'avoir à demi vaincu ....... Cette
démarche eft propre à déterminer les grandes
puiſſances à la neutralité ........ Le François eft
devenu le peuple le plus marquant de l'univers
........ Efclave , il lutta contre une partie
de l'Europe fous le defpote Louis XIV ; aujourd'hui
que fes bras font déchaînés , craindroitil
l'Europe entière ? »
« Que prétendent nos ennemis ? ils veulent ,
par la faim , le fer & le feu , augmenter la
prérogative royale.... Le pouvoir d'un homme
dont la volonté peut paralyfer celle de toute la
nation , d'un homme qui en reçoit 30 milions ,
tandis que tant de milliers d'autres citoyens
meurent de faim ! ... Reffufciter les parlemens ,
ces tyrans orgueilleux & fanguinaires qui payoient
le droit de vendre la juftice ....... Ramener la
nobleſſe ce feul mot doit indigner tout
homme qui apprécie la majefté de fon être . Ah !
plutôt s'enlévelir mi le fois fous les décombres
de cette falle.... Mais , non ; nous électriferons
les François ; tous verfant d'une main leur or ;
& tenant le fer de l'autre , combattront cette
race orgueil!cufe , & la forceront d'endurer le
fupplice de l'égalité .
.......
33
Difons aux miniftres que la nation n'eſt
pas fatisfaite de leur conduite ... Difons au Roi
que fa couronne tient à la conftitution , que la
( 99 )
nation eft fon fouverain , & qu'il eft fujet de la
lo .... Difons à l'Europe que nous refpecterons
toutes les conftitutions ..... ; mais que fi les cabinets
fafcirent une guerre contre la France
nous leur fufciterons une guerre des peuples
contre les Rois .... ; que dix millions de François
, embrâfés du feu de la liberté , armés du
glaive , de la plume , de la raifon , de l'éloquence
, pourroient feuls , fi on les irrite , changer
la face du monde , & faire trembler tous
les tyrans fur leurs trônes d'argile .... ; que tous
les combats que fe livrent les peuples , par ordre
des defpotes , reffemblent aux coups que deux
amis , excités par un inftigateur perfide ; fe portent
dans l'obfcurité ; fi la clarté du jour vient
à paroître , ils jettent leurs armes , s'embraffent
& châtient celui qui les trompoit ....
Ces prophéties ayant excité de violens murmures
, M. Ifnard a poursuivi : Meffieurs ,
refpectez cet cathoufialme , c'eft celui de la liberté....
De même , au moment où les armées
ennemies lutteront avec les nôtres , le jour de
la philofophie frappera lears yeux , & les peuples
s'embrafferont à la face des tyrans détrônés , de
la terre confolée & du ciel fatisfait . Je conclus
par demander que l'Affemblée décrète à l'unanimité
le projet de M. d'Averhoult.... »
сс
ג כ
L'unanimité a beaucoup fait rire , les applaudiffemens
ont recommencé , & l'impreffion du
difcours a été décrétée .
M. de Vaublanc a la une harangue à prononcer
au Roi. L'Affemblée adopte le projet de
M. d'Averhoult , amendé par le comité , & le
difcours de M. de Vaublanc . Débats pour favoir
fi l'on dira meffage ou députation ; meffage l'eme
E 2
( 100 )
porte . Nous donnerons ailleurs le difcours . Voici
Te décret :
« L'Affemblée nationale décrète qu'une dépntation
de vingt- quatre de les membres fe rendra
près du Roi , four lui communiquer , au nom
de l'Affemblée , fa folli itude fut les dangers qui
menacent la patric , par la combinaiſon perfide
des François armés & attroupés au -dehors du
royaume , & de ceux qui trament des complots
au- dedans , ou excitent les citoyens à la révolte
contre la loi ; & pour déclarer au Roi que IAFfemblée
nationale regarde comme effentiellement
convenables aux intérêts & à la dignité de la
nation , toutes les mefures fages que le Roi
pourra prendre , afin de réquérir les é.ccteurs
de Trèves , Mayence , & l'évêque de Spire,,
& autres princes de l'Empire qui accueillent des
François fagi ifs , de n ettre fin aux attrou emens
& aux enrólemens qu'ils rolèrent fur la frontière
; & d'accorder réparation à tous les citoyens
François , & notamment à ceux de Strafbourg
, des outrages qui leur ont été faits dans
leur territoire refpectif ; que ce fera avec la
même confiance dans la fageffe de les mesures ,
que les répréfentans de la nation verront raffembler
les forces néceffaires pour contraindre , par
la voie des armes , ces princes à respecter le
droit des gens , au cas qu'ils perfiftent à protéger
ces attroupemens ; & a affurer la juftice qu'on
réclame ;
* « Et enfin , que l'Affemblée nationale a cru
devoir faire cette déclaration folemnelle , pour que
leRoi fût à même de prouver, dans les communications
officielles de cette démarche importante , à
Ta diète de Ratisbonne & à toutes les cours de l'Eu(
For )`
rope , que fes intentions & celles de lanation Frarçoife
ne font qu'unes. »לכ
« Décrète , en outre, que la même députation
exprimera au Roi que l'Affemblée na
tionale regarde comme une des mefutes les plus
propres à concilier ce qu'exige la dignité de la
nation , & ce que commande la juftice , la prompte
terminaifon des négociations d'indemnités entamées
avec les princes Allemands poffeffionnés
en France , en vertu des décrets de l'Affemblée
nationale conftituante ; & que les repréfentans,
de la nation , convaincus les retards apportés
aux négociations qui doivent affurer le repos.
de l'Empire , pou : roient être attribués , en grande
partie , aux intentions douteufes d'agens peu
diffofés à feconder les intentions loyales du Roi ,
lui dénoncent le befoin urgent de faire , dans le
corps diplomatique , les chargemens propres à alare
l'exécution . fi lèle & prompte defes ordres.
que
Du mardi , féance du foir.
On a demandé
que M. de Vaublanc
lût lui-´
même fon difcours
au Roi ; la perfpicacité
civique.
de M. Grangeneuve
a vu dans ce choix un dangereux
privilége
. Difcuffion
digne du fujet . Enfiu
24 députés
s'acheminent
vers le château
, & it
eft décidé
que M. de Vaublanc
portera
la pa-
Fole.
Le corps légiftatif a jugé , par un décret , que
M. Moreton- Chabrillant feroit réintégré dans ta
place , dont il fur , dit le décret , arbitrairement
deftitué ( par un corfil de guerre ) .

A propos de la pétition de la ville de Lyon
ou les patriotes ne veulert pas de troupes de
ligne , objet renvoyé au pouvoir exécutif , M.
Dumas a dénoncé un article du Journal de Lyon
E
( 102 )
ou Moniteur du département de Rhône & Loire ,
qui dit il fant s'aimer contre les adminiftrateurs
, les égorger , & fe faire des baudriers de
leurs boyaux. Quelqu'un rappeloit le lecteur à
l'ordre « pour nous venir rapporter des gazettes
». On n'a fait que cette réflexion fur
l'exécrable article du journaliste .
Nous omettrons les adreffes de Verfiilles &
d'ailleurs qui complimentent l'Affemblée fur fon
décret contre les émigrans . Ce ne font que des
variantes d'un même original qui revient à fa
fource ; & toujours mention honorable .
La députation étant revenue de chez le Roi ,
M. de Vaublanc eft monté à la tribune , &
dit : « le Roi avoit l'air trè -iant lorsqu'il nous
a reçus. Je lui ai lu le meffage que vous aviez
adopté ». ( Nous le tranfcrirons ici ) :
SIRE ,
ee A peine l'Affemblée nationale a - t - elle porté
fes regards fur la fituation du royaume , qu'elle
s'eft apperçue que les troubles qui l'agitent encore ,
ont leur fource dans les préparatifs criminels des
François émigrés .
ود
« Leur audace eft foutenue par des princes
Allemands qui méconnoiffent les traités fignés
entr'eux & fa France , & qui affectent d'oublier
qu'ils doivent à cet Empire le traité de Weftphalic ,
qui garantit leurs droits & leur fûreté, »
« Ces préparatifs hoftiles , ces menaces d'invafion
commandent des armemens qui abforbe t
des fommes immenfes que la nation auroit verfées
avec joie dans les mains de fes créanciers . »
; « C'eſt à vous , S.re , de les faire ceffer
c'eft à vous de tenir aux puiffances étrangè es
le langage qui convient au roi des François.
( 103 )
Dites- leur que par- tout où l'on fouffre des préparatifs
contre la France , la France ne peut voir
que des ennemis ; que nous garderons religieufement
le ferment de ne faire aucune conquête 5
que nous leur offrons le bon voifinage , l'amitié
inviolable d'un peuple libre & puiffant ; que nous
refpecterons leurs loix , leurs ufages , leurs conftitutions
; mais nous voulons que la nôtre foit
refpectée. Dites- leur enfin que fi des princes d'Allemagne
continuent de favo.ifer des préparatifs
dirigés contre les François , nous porterons chez
eux , non pas le fer & la flamme , mais la liberté .
C'est à eux à calculer que les peuvent être les
fuites du réveil des nations . »
J. CC
Depuis deux ans que les François patriotes
fam , perfécutés près des frontières , & que les
rebelles y trouvent des fecours , qual ambasadeur ,
a parlé , comme il le deyoit , en votre nom ?...
Aucun .
Si les François , chaffés de leur patrie pour
là révocation de l'édit de Nantes , s'étoient raffemblés
en armes fur les frontières , s'ils avoient
été protégés par des princes d'Allemagne ; Sie ,
nous vous le demandons , quelle cût été la conduite
de Louis XIV? Eût- il (ouffert ces raffemblemens
? Eût-il fouffert, des fecours donnés par
des princes qui , fous le nom d'alliés , fe conduifent
en ennemis ? Ce qu'il eût fait pour fon
autorité , que Votre Majesté le falle pour le
falut de l'Empire , pour le maintien de la conflitution
. »
C
« Sire , votre intérêt , votre dignité , la grandeur
de la nation utragée , tour vous preferit
un langage différent de celui de la diplomatic,
La nation attend de vous des déclarations éner
giques auprès des cercles , du Haut & du Bas - Rhin
E 4
( F04 )
des électeurs de Tièves , Mayence , & de l'évêque
de Spire. »>
cc
Qu'elles foient telles qe les hordes des
engrés foient à l'inftant diffipées. Preſcrivez um
terme prochain , au- delà duquel nulle réponſe di
Jatoire ne fera reçue ; que votre déclaration foit
appuyée par les mouvemens des forces qui vous?
font confiées ; & que la nation fache quels
font fes amis & fes ennemis . Nous reconnoîtrois
à cette éclatante démarche le défenfeur de
la conftitution , »
ed Voas ailurerez ainsi la tranquillité de l'Em
pire inféparable de la vôtre ; & vous hâterez
ces jours de la profpérité nationale , où la paix
fera renaître l'ordre & le règne des loix , ου
Votre bonheur le confondia dans celui de tous!
les François. » C
..Le Roi nous a répondu :
cc Je prendrai en très-grande confidération le
melage de l'Allemblée nationale . Vous favez
que je n'ai rien négligé pour affurer la tranquillité
jubique au-dedans , pour maintenir la conftitu
tion , & pour la faire refpecter au- dehors , »>
M. de Vaublanc a cru devoir ajouter ; « j'obs
ferverai qu'il n'a paru , quand nous fommes
entrés , que le Roi s'eft incliné le premier ; je
me fits incliné enfuite vers lui ; te refte s'eft
Pat ains qu'il eft d'ufage », ( On a vivement
applandî. Y
Du mercredi , 30 novembre.
M. Cahiet de Grville a effert , par écrit ,
fes hommages aux légifliteurs , en appellant
qi a fait fes preuves de patriotifare , & prosettant
de ne garde fa place de miniftre de
( ros )
l'intérieur , qu'autant qu'il pourra y concourir
au maintien de la conftitution .
2
Admis à la barre , les commiffaires de l'affen
blée générale de S. Domingue out débuté par
proteſter , au nom de la colonie , de fon attachement
à la France . & leur orateur a décrit
les commencemens , les progrès & toute l'horreur
des maux qui ravagent ces riches contrées .
Un enfant blanc empalé au bout d'une lique
fervoir de bannière aux nègres , qui ont porté
par-tout le fer & le feu. M. Gauthier avoit fait
un legs de 10,000 liv . à un de les nègres , &
lui avoit donné la liberté ce nègre alloit toucher
la fomme ; il incendie l'habitation de fon
bienfaiteur , & cette atroce ingratitude lui fert
de titre pour être élevé au généralat . Les Epagnols
repouffent les blancs , & pour quelques.
portugaifes ( cinq à fix louis ) les livrent aux
nègres qui les égorgent. Il règne parmi ceux- ci
une difcipline fi févère , qu'elle en purit beaucoup
de mort. Ils fe font un rempart des femmes
& des enfans , & biûlent les malades.
Les commiffaires évaluent les pertes à 600 millions
; les nègres morts à 15,000 ; les blancs
alfaffinés à 1000. Ils ont peint l'elclavage des
nègres , tempéré par Fintérêt. & Fhumanité des
maîtres , de manière à faire regretter le fort de
cette cafte à des millions de François ; attribué
Finfurtection aux écrits , aux motions , aux fug
geftions , aux émiffaites des amis des nous , aux
maximes incendiaires de MM. Péthion , Briffor,
Roberfpierre , & c. au cri : périffent les colonies
plutôt qu'on ne porte atteinte à nos principes !
aux lettres de M. Grégoire. Ils ont relevé Fab
farde barbarie des fourbes qui imputent, aug
colons les crimes dont les colons font les vic
E
.( 106 )
times , comme l'on accufoit les nobles de brûler
leurs propres châteaux .
Le préfident a repondu aux commiffaires :
ce Chérir fa patrie eft un doux fentiment ; c'eſt
la première vertu civique ; elle eft la vôtre....
Les malheurs des colonies font affligeans .......
1 Affemblée s'afflige de ves maux ». Après ce témoignage
touchant d'intérêt , fi burlesquement
exprimé, le préfident a invité les commiffaires
aux honneurs de la féance . « Comment , s'eſt
écrié M. Bazire ! loifqu'on vient d'outrager la
philofophie ! » -- On a demandé l'impreffion.
« Je m'oppofe à l'impreffion d'un libelle ,
s'eft encore écrié M. Bazire ». M. Briffot a
confenti qu'on imprimât ce libelle . Plufieurs
membres du côté gauche ſe font violemment
élevés contre les deux honneurs , & M. Chabot
s'eft diftingué dans cette lutte . Cependant , malgré
tous leurs efforts juftement repouflés , une
majorité fage a décrété l'impreffion , & la féance
a pris fin .
Du jeudi , premi r décembre.
M. Becquey a redoublé d'inftances afin d'ob
tenir pour M. Varnier , qui a déja paffé trois
femaines au fecret , la permiffion d'écrire à fa
mère. Tous fes motifs tirés de l'humanité , des
droits de l'homme , de l'acte conftitutionnel , de
la loi jurée qui veut que tout prifonnier foit interrogé
dans les 24 heures , n'ont excité que des
murmures , des huées , des cris : à l'ordre du jour .
M. Albite a dit qu'un décret avoit écarté « ce que
M. Becquey débitoit fi éloquemment. Enfin on
a décrété que M. Becquey ne feroit pas entendu ,
& la falle a retenti des applaudiffemens des galeries,
( Lor')
Des députés extraordinaires de la ille de
Saint- Malo , admis à la barre , ont peint en traits
énergiques & vrais les malheurs qui naîtront des
défaftres de Saint-Domingue. L'orateur a dit
« La France connois & nomme les monftres qui
fe font parés des dehors de la be huma
nité pour répandre des principes destructeurs dé
toutes les bales de la fociété... Jouiffez , philantropes
hypocrites ; jouiffez de vos fuccès ; ils
font dignes de vous... Les citoyens de Saint-
Malo n'ont point été féduits par les paradoxes
d'une fauffe philantropie , ni par les abſtractions
d'une théorie fans cefle en contradiction avec
1é at des chofes... L'intérêt du commerce s'eft
auf fit entendre , & cet interet eft celui de
toute la nation . Six millions de François n'exiftent
que par les colonies ; fi elles periffent , comme on
a ofé en former le voeu dans la tribune natio
hale ..
A ces mots un vacarme horrible l'a interrompu.
Imputant , on ne peut pas plus injuftement , à
la France entière , & très-gauchement à l'Affemblée
le délire de quelques factieux , M. Thurios
s'eft écrié que le pétitionnaire infultoit la nation',
M. Lacroix , qu'il manquoit de refpect à l'Affemblée
; M. Lagrévol , qu'il la calomnioit . Plu
fieurs perfuadés , que ce
n'étoit offenfer hi la nation ni la légiſlature , nf
calomnier' , que d'affirmer un fait notoire , ont
fagement invoqué la préalable . Mais le préfident
a rappelé l'orateur au refpect dû à l'Affemblée ,
1ui a permis de continuer.
membres , natio ans doute ,
1
33 .
32 Ses conclufions portoient fur l'urgence des fecours.
Après une réponfe analogue , les pétition
naires ont reçu', non fans de Violentes réclamations
, les honneurs de la féance .
( 108 )
Le rapport du comité colonial n'étant pas
achevé on l'a ajourné au 10 , fur l'oblervation
de M. Mentaut que les troupes deftinées aux
colonies devoient partir le 15.
Alors M. Briot sft flatté de remplir la
o'e qu'il avoit donnée de confondre les calomniaturs
des deux mondes : & il a déclamé
pendant de mortelles heures , a tordu tous les
Faits au gré de les co fiquence's forcées , a rejetté
tout l'odieux de la révolte & des maflacres même
fur les colons , fur les victimes ; n'a touché à rien
que pour l'empoifonner , n'a rommé perfonne, excepté
Oges complices , & M. Gerard , que
pour le diffamer . Les blancs fe font à deffein ,
exigéré le péril , n'ont pris que de lentes précaurions
; les nous « dont,les progrès pouvoient
enfin devenir fur eftes à ceux mêmes dont ils
avoient d'abord fervi les projets finiftres ( en
les ruinant , en les affaflinant ) ; après quelques
foibles combats , qui feroient à peine des efcarmouches
dans une armée Européenne , les noirs
battus , difperfés , ont imploré la clémence de
leurs vainqueurs & font rentrés dans le devoir,
сс
Ce début ou de foibles combats , des efcatmouches
détournent Fattention des imme les ra
vages des incendiaires , a conduit leur apologiſte à
dire de ceux qui s'eft charge d'accufer de tant
d'horreurs qu'ils pâiffent, comme dit Juvenal,
ils ont l'ame glacée par la grandeur de leurs
erimes : cui frigida mens eft criminibus . C'eft un
combat entre la liberté & le defpotifme , un com
bat donné dans le temple de la liberté même , &
fous les yeux de les miniß res , fous les yeux d'un
peuple qui l'aunele fuccès peut- il étre douscux
? »
Après et appel aix galeries , il a promis toute
( 109 )
сс
l'impartialité de ſa morale , & a diſtingué quatre
claffes d'habitats à Saint- Demingue ; 1. les
colons riches , propriétaires , économes & les
co'ons diffipteurs & endettés ; 2 °. les petits blancs,
aventuriers fans fortune , fortis de la lie d'une
nation qu'on foutencit , un jour , à M. Malouet ,
n'avoir point de lie ; 3. les hommes de couleurs
; 4. les efclaves . Un paffage remarquable
de ce difccurs , auffi dépourvu de logique & de
prudence que de vérité , c'eft celui ou re prévoyant
aucune induction poffible , M. Briffot a
fent les petits blarcs dénués de propriété cette
populace vendue à qui la paye , une foule d'hommes
perdus de dettes , qui ne vouloient que le
'défordre , fe rendant affidument aux affem! lées
primaires , fe faiſant un métier d'y affifter , l'empoitant
fur les propriétaires inférieurs en non bre,
viciant les réfolutions , les élections , la repréfentation
par leur nuifible influence » ...-- Qu'eût- ce
donc été fi là comme ailleurs les propriétaires
euffent été chaffès , ou le fuffent abfentés de
prefque toutes les Affemblées ? Beaucoup de
clubiftes valent- ils mieux que des petits blancs ?...
M.is fuivons M. Briffet dans ces importantes
d'couverte .
if a trouvé les caufes du foulèvement dans
l'amour des colons économes & des gens de cou-
Lur pour la révolution ; dans la haine des colons
prodigues & cour ifans , pour cette même révolutio
. Liberté ! fut le cri des premiers ; defpo
tife ! fut le cri des feconds ; & l'adminiftration
a connivé avec ceux qui favoritoient le maintien
de fen autorit'. Pour fecouer le joug miniftériel,
l'un des partis s'attacha à l'Assemblée nationale;
dès qu'il vit qu'elle étoit fidèle à fes principes
d'égalité , il fe fépara de la conflitution fran(
110 )
I
*
çoile. A la nouvelle du décret du 15 mai , ce
parti , dont étoit l'affemblée générale , conçut
le projet d'enlever les colonies à la métropole
de ce projet nulle preuve que de celles qui fuffilen:
a M, Briot , qui le luppole conçu d'après
le décret du 15 mai 1791 & qui l'apperçoit
dans an allêté ou décret de l'affen.blée générale
du inois de février ou de mars 1790 , où elle
Te donnei :, a-t- il dit , le caractère d'une aflemblée
conftituante , anachren.fme abfurde , exagé
ration malveillante d'un fimple défaut de ferie .
A ea croite M. Briffot , il n'y a rien de fi
extravagant que de croire que l'exiflence de
fix millions de François feroit compromife par
la perte des colonies . Selon ce profond politique ,
la deftinée de la France ' eft dans fes propres
mins , & ne dépen 1 point du fort des colons.
Son dil d'aigle voit dans la cocarde noir , prife
un inftant , par quelques colons défelpérés d'une
liberté armée de poignards & de torches , un
culte rendu au gouvernement Anglois ; & comme
chacune des caufes qu'il indique eft toujours la
principale , il impute tous les mallieurs à M. de
Blanchetande , à qui il donne des leçons d'art
militaire. Enfin il accufe auffi de tout”, ceux qui
oat parlé contre l'Aſſemblée nationale ; ceux qui
ont réfifté aux décrets ( même avant qu'ils arri
vaflent ou après qu'ils étoient rétracts ) ; ceux
qui ont mis l'embargo Ceux qui ont négligé
d'étouffer la révolte ( tandis qu'ils avoient à
s'affurer d: foldats indifciplinés , de mulâtres
fufpects , de nègres ) ; ceux qui ont arboré les
couleurs de l'aristocratie ; & tous ceux in globo
qui infultent à la raifon , à la philofophie , à
la liberté , dans le temple même de la philofophie
& de la liberté » M. Briffot applaudi avec
сс
( 111 )
tranfport , a demandé l'ajournement de la lecture
du projet de décret qu'il avoit à propofer.
Il falloit l'opinion avantageufe qu'il a de luimême
, pour avoir le front de débiter cette
rapfodie après ce qu'avoient dit , la veille ,
les commiffaires de St. Domingue , dont nous
regretions vivement que l'efpace ne nous permette
pas d'inférer ici l'excellent difcours . MM .
Guadet & Vergniaud ont propofé de fufpendre
le décret du 24 septembre , qui révoque celui
du 15 mai ; & de ratifier le concordat paffé
librement , fous peine de mort , entre les blancs
& les gens de couleur. On a décrété l'impreffion
de ce concordat , celle de la déclamation de M.
Briffor , & l'ajournement à famedi de fon projet
& de la motion de M. Guadet.
Du jeudi , féance du foir.
On annonce une lettre timbrée d'Angleterre ,
alreffée à M. Varnier. MM. Bazire & Fauchet
demandent qu'elle foit imprimée , publiée . Des
murmures ont couvert cette propofition du defpotifme
le plus immoral ; mais perfonne n'a réclamé
contre les motifs peu fatisfaifans du renvoi
de la lettre aux archives .
Ur oncle de M. Varnier écrit à l'Aſſemblée .
Quelqu'un s'eft écrié « je fais la motion , une
fois pour toutes , qu'on ne nous parle plus de
fui . Et la falle a retenti de l'ordre du jour.
Enfin , après de ces débats auxquels leur fréquence
n'ôte pas le droit d'étonner les ames
fenfibles , il a été décreté que « les deux procurateurs
nationaux & les quatre grands - juges fe
rendront , dans quatre jours , à Orléans , pour
y commencer de fuite l'exercice de leurs fonc
tions » ; quoique le crime de lèze- nation ne foit
( 112 )
pas encore défini . -- Divers autres objets ont été
ajournés & feront par conféquent reproduits ,
Le miniftré de la marine a annoncé que les
canonniers & matelots , & le détachement d'infanterie
fervant de garnifon fur le vaiffeau l'Ecle
ftationné aux ifles du vent , ont refulé , le 12
octobre , de débarquer à Sainte- Lucie cent fufils
deftinés à la défenfe des habitans de certe colo
Renvoyé au comité de marine , nie.
-1
Du vendredi , 2 décembre,
M. Turbé avoit notifié hier à l'Affemblée les
noms des nouveaux commiflaires de la compta-
Brière bilité ; ce font MM . Beaulieu , Boucher ,
de Surgy , Delle , Silléry , Surveille , Michelin ,
Choify , Parifot , Normandie , Faron des Pujets ,
le Gardin , Ducarvieils & leRocher. Aujourd'hui ,
M. François de Neufchâteau a prétendu qu'il
aroit bien quelque reproche à faire contre
chacun de ces commiffaires , mais il s'eſt borně
à l'obfervation que trois d'entr'eux étoient parens
ou beaux frères des miniftres . M. Gilbert a
propofé d'examiner fi des parens de députés à
l'Aflemblée nationale pouvoiert remplir ces places,
& fr l'on ne devoit pas réduire leur traitement
de 15000 à 5000 livres. Toutes ces questions
ont été renvoyées au comité de légiflation ; &
l'on a décrété qu'ils feront adinis à la barre
dimanche , fans rien préjuger fur les conditions
d'éligibilité dont le comité s'occupera.
»
M. Duportail a fait part à l'Affemblée de fa
démiffion que le Roi venoit d'accepter . Une voix
s'elt écriée tant mieux . Il annonce qu'il donnera
à fon fucceffeur tous les éclairciflemens néceffaires
fur la comptabilité du département de
la guerre. On a demandé qu'aucun miniftre ne
( 113 )
pût fortir du royaume avant d'avoir rendu fes
comptes , & que M. de Montmorin fut rappellé.
( Il eft à Paris , & ne l'a jamais quitté ) . La quef
tion a été renvoyée au comité de légiflation.
Un membre de ce comité a juſtifié , par la
néceffité & les circonftances , le directcire de
Quimper , de l'arteftation d'un M. Tardy furt
la lecture des papiers pul lics . En v.in M. de '
Girardin a-t-il répété que cet ordre arbitraire ?
d'adminiftrateurs étoit une violation de la conftitution.
Des débats orrgeur & prolongés n'onti
produit qu'un décret , fortant que « ce fieur.
Tardy fera transféré , fous bonne & sûre garde ,
du lieu de fon arreſtation dans les prifons d'Orléunis.
»
M. Britche a raconté que M. de Wimpfen ,
inftruit qu'un décret l'obligeoit d'aller faire fa
déclaration au directoire , avcit refufé de vrès
la lettre de l'émigrant , de l'aventurier qui le
follicitoit de livrer Newbrifack , parce qu'il avoit
effacé la fignature & qu'en déclarant le nom if
feroit délateur , ce qui ne convient point à fes
principes. On a décrété l'ajournement jufqu'à la
réponte offi.ielle du directoire.
Avant ces derniers détails , M. Hérault de
Séchelles avoit lu des reflexions & un projet de
lõi fur la refponfabilité miniftérielle . En voici la
fbftance :
Dans toutes les queftions importantes , les
mi iftres feront tenus de donner au corps légis
lat f des renfeigne mens , & d'éirer la décifion ,
fans faire cependant aucune popofition , amfi
que la conftitution le leur interdit . Ils préfen-"
teiont un état de leur département tous les If
jours. Chaque décret énoncera le délai dans
quel ils devront rendre compte des moyens
( 114 )
d'exécution . S'ils fe juftifient d'une accufation ,
le corps législatif dira qu'elle eft rejettée . Si ,
mandés à la barre ou interpellés , ils ne donnent
que des explications infuffifantes , l'Affemblée
pourra renvoyer au comité , nommer une commiffion
, ordonner un plus ample informé. Dans
le cas de négligence grave , d'inaction , de conduite
négative , de lethargie , « Décret portant
que l'état de la nation exige une adminiſtration
févère , efficace , étendue , & que la confervation
des miniftres en place eft contraire à l'union
néceffaire pour confolider la confiance du corps ,
légiflatif & de la nation . » Lorfque le corps
légiflarif aura recueilli des preuves graves &
caractérisées , il rend: a un décret d'acculation .
сс
Ce projet donneroit lieu à une multitude d'obfervations
. A quel renfeignement , fait pour éclai- ,
rer une décifion , ne pourroit - on pas donner la
qualification réprouvée de propofition miriftérielle ?
Quoi ! cinq mi iftres rendront compte tous les
15 jurs. Indépendamment des rapports ordinaires
fur l'exécutition de chaque décret , en voilà
150 par an ! Eft - il befoin de décréter qu'avant
de juger de ce qu'on faura mal , on demandera
dêtre mieux informé ? L'état de la nation n'exige-
t- il pas toujours une adminiſtration efficace ?
Qu'entendroit - on par des preuves qui ne feroient
pas caractérisées ? Condamneroit - on un
miniftre fur de pareilles preuves ? Veia pour
la rédaction . Paffons aux principes de l'opinant
& de fon projet de loi .
Eft- il rien de plus hafardé que cette maxime
de M. Hérault de Séchelles : «lorique les manquemens
font vagues & difficiles à faifi , pour
que la loi foit jufte , il faut qu'il y ait quelque
chof: de vage dans la regretion , afin qu'elle
( 115 )
lure . --4
foit plus menaçante » Des loix purement comminatoires
font méprifées & méptifables ; des
loix qui frappent aveuglément pour ne pas manquer
leur coup , peignent le defpotifme en dé ~
L'orateur a ajouté que , l'expédient de
déclarer au Roi que le miniftre a perdu la confiance
de la nation , pouvoit être adopté par la
première Affen blée : « parce que fon caractère.
d'Affemblée conftituante & les ci conftances l'auroient
juftifiée ; mais qu'il feroit dangereux
adopté par l'Aflcibé lég flative ; vu que le Roi.
pourroit dire , comme en Angleteire : mon miniftre
peut bien avoir perdu votre confiance ,
mais il n'a pas perdu celle de la nation ; je vais
donc en appeller à la nation elle-mème . » Or ,
pour éviter « un procès très fâcheux entre le
corps législatif & la nation , l'opinant propoſe
de décréter « que l'état de la nation exige ure
adminiftration févère , efficace , & c. ; que la
confervation des miniftres en place eft contraire
à l'union néceffaire pour co folider la confiance
du corps législatif & de la nation . » C'eft le même
expédient , le même danger , la même violation
du droit qu'a le Roi de choisir & garder les
miniftres.
Ce projet eft ajourné,
Du famedi , 3 décembre.
·
Il arrive tous les matins des copies mal dé
guifées d'un premier modèle d'adrele fur le décret
contre les émigrans . Aujourd'hui c'étoit le
tour de Calais & de Carcailonne. Lecture , applaudiffemens
& mention toujours honorable.
M. de la Jaille , officier de marine d'un mérite
diftingué & héréditaire dans fa famille
s'étoit rendu à Breft pour commander lua des
( 116 )
cc
vaiffeaux que le Roi vouloit envoyer an fecours
des colons de Saint - Domingue . N'eft-il pas
affreux , le font écrié les patriotes qui exercent
les pouvoirs légiſlatif , exécutif , adminiſtratif
& judiciaire dans les rues de Brett ; n'est- il pas
affreux qu'on charge d'une pareille commiffion ,
ce fcélérat qui excitera une contic - révolution
dans les colonies ! Si nous n'en faifons pas juftice
nous- mêmes , nous ferons toujours trahis ».
Ces propos , rapportés dans le procès- verbal de
la municipalité de Breft , & lus dans l'Ailemblée
, ont été vivement app'audis des galeries.
La multitude s'eft attroupée à Breft . On a pour
fuivi M. de la Jaille ; on a tenté de le déchirer
en pièces ; cn l'a maltraité . Les troupes de
ligne & la garde nationale font accourues : laj
municipalité a rendu une proclamation ; enfin ,
M. de la Jaille eft emprisonné dans le château
pour fa fùreté. L'attroupement fe diffipe , le but
des meneurs eft atteint , la ville eft tranquille.
Mention honorable des fecours , & pas le mot
d'improbation ni d'information contre les promoreurs
de telles violences .
Un membre accufe de tout , le pouvoir exécutif
qui ne choifit , dit-il , que des agens fufpects
. « Croyez - vous , pourfuit- il , qu'il n'eft
pas infiniment dur pour les corps municipaux
les adminiftrateurs , les gardes nationales & les
troupes de ligne , de s'expofer fans cefle en faveur
des ennemis de la conftitu in ? » K de²
mandoit un metfage au Roi pour 1: prier de
n'envoyer aux colonies , que des agens qui euffent
la confiance des patriotes . Alors on est tombé ,
de tout côté , fur les officiers du Port de Breft ;
& le miniftre de la marine alloit être mandé ,
fi M. Cambon ne fe fût pas rellouvenu qu'un
( 117 )
"
décret avoit fixé à trois jours le compte que le
miniftre doit rendre à cet égard .
Le directoire du Calvados s'étant plaint d'un
retard dans l'envoi du décret du 27 leptembre ,
relatif aux contributions ; M. Fauchet à déclamé
contre M. Deleffart , avec tout le civilme des
am's de Breft. « Il eft temps de fe défaire d'un
ni ftre prévaricateur & perfide . Je l'accufe de
deux grands crimes de haute trahifon ; d'avoir
négligé l'envoi du décret , & d'avoir attaqué la
première autorité conftituée , dans la proclamation
du Ri , fignée Deleffart , où il accute les
repiéfertans de la nation d'ignorer les principes
de la constitution . » ( Si le fait étoit vrai , l'acte
conftitutionnel donneroit à tout citoyen le droit
de le dire & de l'écrire ) . « Il a pris l'efprit d'agiotage
avec M. Necker... Au commencement de la
révolution , il conçut le projet d'affan er Paris ;
adriement , il a tout calculé pour réde la
France à la difette . Il ne s'occupe que du traitement
des piêtres réfractaires , life mourir de faim
les pères conftitutionnels , fait fortir les grains
par toutes les f ontières , ne dénonce aucun ariftocrate
, a refufé des forces à M. Mulot ; tous
les morts entallés à Avignon , font des victimes
immelées par Deleffart... Je voudrois que ces
ombres indignées s'attachailent éternellement à
fes pas que le remords rongeur dévorât fes
entrailles. Oui , Meffieurs , qu'il vive ; mais
que ce foit pour refpirer dans la gacière d'Avignon
l'odeur infecte des cadavres Cinglans qui
n'ont été privés de la lum bre que par la férocité……….
Nous avons cu le loungement d'entendre
quelques membres du Crédit
horreur ! c'eft indigne d'un pek
לכ
caner : quelle
d'un évéque !
( 118 )
M. Fauchet eft revenu au Calvados , aux milliers
de nobles , émigrans non - émigrés , qui tramoient
la perte de la patie , à l'ordre d'ouvrir les églifes
conforme aux décrets , à la proclination qu'il
a prétendue propre à diffamer l'Affemble nationale .
Mais la conftitution l'emportera , & les perfides
périront . Couvent de tous les honneurs des galerics
, il a demandé que M. Deleffart fût , à
l'inftant , mandé à la barre , & que le président fui
fit ces deux queftions ; 1º . eft- il vrai que vous
n'ávez envoyé au département du Calvados que
1: 25 novembre , le décret du 27 feptembre ? Eftil
vrai que vous avez dit dans une proclamation :
le Roi vient de refufer fa fanction à un décret
qui ne pouvoit pas compatir avec les moeurs Franfoifes
& avec les principes d'une conftitution libre?
Et comme ces délits ne peuvent être més , il demandoit
qu'on rendit fur - le- champ un décret d'accufation
( de bruyans tranfports ont couronné
ces conclufions ) .
Un membre a dit qu'il falloit pefer les preuves
pour juger fi le miniftre étoit coupable , ou fi
M. Fachet ne débitoit que des impoftures ; un
fecond a ajouté que 80,000 razières de bled
feroient parties de St. Omer , pour l'étranger
file peuple n'avoit eu la fageffe de s'y oppoſer ;
un troisième , que ces 80,000 razières étoient
deftinées pour les départemens du Nord , qui
manquaient de grains ; un quatrième , que ces
mênes 80,000 razières étoient impatiemment
attendues par les départemens méridionaux , que
ce retard défoloit . Tous s'enti'accufoient de faux
expofé . Une femblable difcuffion jetre une épouvantable
lum ère fur les pouvoirs aveugles , qui
fe difputent le droit de déchirer le fein de la
Patrie.
( 119 )
- M. Bernard a fait de fages, reflexions fur la
proclamation du Roi qu'il a juftifiés , fur les
dénonciations qui n'atteftent ni courage ni bonnes
intentions ; fur les applaudiffemens des tribunes
qui retentiffent à Worms & à Coblentz , « Que
ces orateurs forcenés confultent les départemens ,
ils fauront , a - t - il dit , combien on s'y afflige
de nos débats ; avec quelle impatience on y
attend
qu'une majorité fige oppofe fon énergie à ces
fcènes affligeantes , & conquière enfin aux repréfentans
du peuple françois , la confidération
dont ils ne peuvent pas fe paffer plus long- temps ».
On a demandé que Ja motion de M. Fauchet fût
adoptée. Oui , oui , fe font tumultueufement
écriées les galeries . Cependant l'Affemblée s'eft
contentée de la renvoyer au comité de légiflation
, pour en rendre compte dans trois jours .
..
L'ordre du jour ayant amené l'affaire des colonies
, il a été fait lecture d'une lettre des députés
de l'Affemblée générale de St. Domingue.
Is établiffent que la ratification législative du
concordat figné des blancs & des gens de couleur
, feroit une infraction au décret du 24 lep .
tembre , feul garant de l'existence des colons &
des colonies ; ils repréfentent le danger de faire
croire aux nègres qu'une révolte a pu décider
l'alteration des loix de St. Domingue ; ils réfutent
la fuppofition des projets prémédités d'indépendance
, & produifent un arrêté par lequel
l'affemblée coloniale a déjà promis d'améliorer le
fort des gens de couleur .
Alors M. Briffot a recommencé fa diatribe .
Je vous ai prouvé ... Je crois vous avoir fuffifamment
démontré... Vos prédéceffeurs ont pardonné
, il eft temps de punir... >>
( 120 )
En accufant l'Affemblée générale de dilapida
tions , de concuffions , d'oppreffion , il a eu l'impolitique
de parler de fommes immenfes employées
à l'achat des fuffrages , à des fêtes qui
coutoient 40,000 liv .; en diftributions d'argent
faites aux fo'dats , aux matelots , aux aventuriers
qui i f.ftoient l'ifle. « Il importe , a- t-il dit,
que la caverne ou ont été forgés tant d'inftrumens
de crimes , foit environnée d'un jour terrible
». ( Si jamais les François en viennent à l'application
plus jufte de ces mots , le règne des
jongleurs fera près de la fin ) ». Quant aux amis
des noirs, je défie de prouver leur correfpondance.
Qu'on me montre un feul émiffaire , je mar
che à l'éch fud. Des philofophes proclament la
vérité ; ils ne confeillent pas le meurtre » t .. Au
refte , le concordat cft figné , c'eſt l'initiative
des colons , on peut décréter . « Entre le décret
du 15 mai , & le concordat , il y a un fiècle ; il
y en a 20 entre le concordat & le décret du 24
leptembre. »

Ses conclufions ont été de mettre en état d'ac
cufation , & de traduire dans les prifons d'Orléans,
les membres de l'Affemblée coloniale , M. de
Blanchelande & leurs complices ; de faire , remplacer
cette Ailemblée dans la forme conftitutionnelle
; d'envoyer des commiffaires pris au fein
du corps légifiarif, & fix bataillons de gardes nationales...
Ici les réflexions feroient fuperflues. 1
Cet arrêt a reçu de grands applaudiflemens ;
l'impreffion en a été décrétée . On a débattu
enfuite les mesures provifoires . Sufpendra - t - on
Je départ des troupes ... La queftion a été remife
à une ultérieure difcuffion .
M. Deleffare s'eft préfenté en annonçant qu'il
alloit
( 1st )
aloit fe juftifier.... Le côté gauche a demandé &
obtenu qu'on levât la ſéance,
Du famedi , féance du foir.
La plus grande partie de la féance a été remplie
par une difcurfion , dont les traits fuivans
donneront une idée . M. Rouiller a accufé M.
Duportail d'avoir fait un menfonge révoltant ,
en affirmant qu'on ne pouvoit fabriquer 60 mille
fufils en France : un patriote de Saint-Etienne
lui en offre 50,000 dans trois mois . Il a propofé
de mander l'ex - miniftre à la barre , & de
l'obliger à dire comment il a payé les fufils qu'il
prétend tirer de l'étranger. « Vos écus font peutêtre
partis , ajoutoit le dénonciateur , vos fufils
ne font pas prêts d'arriver . » -- Les galeries ont
crié : bravo ! bravo ! Quelqu'un a demandé des
preuves. La autre a répondu : ce n'est pas néceffaire.
CC
« Si vous n'exigez pas des comptes , a repris
M. Rouiller , vous verrez paffer vos- miniftres
comme des ombres Chinoifes . Qu'est- ce donc que'
la refponfabilité fi vous n'avez pas au moins la
tête d'un miniftre ? » M. Lacroix veut que tout
miniftre qui partira fans rendre des comptes ,
foit déclaré banqueroutier frauduleux ; M. Coutton
exige que M. Duportail ne forte pas de Paris ,
qu'il n'ait fatisfait à la loi . La dénonciation a été
renvoyée à demain.
Les Papiers publics , nationaux & étran
gers , ont rapporté & commenté la ſemaine
dernière , le bruit répandu au dehors du
royaume , d'une feconde évafion du Roi &
de fa Famille , dans la nuit du 20 au 20
No. 5o. 10 Décembre 1791. F
( 122 )
Novembre . Cette rumeur , en effet , a éclaté
au même inftant , dans les Pays - Bas , en
Hollande , dans les Electorats du Rhin , en
Souabe , en Suiffe même. Du 20 au 24
Novembre , il fe répandit fur ces divers
points de l'Europe , avec la rapidité du
fluide électrique , que LL. MM. avoient
heureufement atteint la frontière , que la
ville de Condé leur avoit porté fes clefs ,
que Valenciennes s'étoit rendu , que douze
mille Autrichiens avoient reçu les Auguftes
Fugitifs fur les limites. Des tranfports de
joie précédèrent tout examen parmi les
Emigrans. Danr leurs divers rendez-vous ,
on s'embraffoit , on fondoit en larmes ; les
fentimens d'affection & de dévouement
pour LL. MM. fe manifeftèrent avec un
enthouſiaſme vraiment françois . A Coblentz
, on chanta le Te Deum ; on ſe piépara
à monter à cheval. Les Gazettes Allemandes
annoncèrent cet évènement, comme
le feul remède aux calamités actuelles de la
France , & aux calamités prochaines d'une
diffolution abfolue , ou d'une contre révolution
complette. L'intervalle de douze
heures fuffit à défabufer le Public. C'eſt
aujourd'hui une chofe fi profondément
ridicule qu'un intérêt enthouſiaſte
la fituation du Roi , que les Feuilles
patriotiques ont renchéri , les unes fur les
autres , de fines plaifanteries touchant l'erreur
des Emigrés.
( 123 )
Cette illufion eft expliquée , lorfqu'on
fait qu'elle a réfulté , non-feulement de rapports
verbaux , mais de fauffes lettres adref-
Tées aux Princes , dans lefquelles on avoit
contrefait la fignature même du Roi , &
celle du Comte de Metternich , Miniftre
Plénipotentiaire de l'Empereur à Bruxelles.
Mademoiſelle de Bourbon - Condé reçut
a Worms une lettre ainfi fabriquée , &
fignée de Madame Elifabeth.
A Paris où l'on oublie tout , à Paris cù
l'évènement le plus grave ne fixe pas deux
jours l'attention , où une profonde infenfibilité
fe joint à une profonde irréflexion
, où tout gliffe fur des coeurs de
glace , & où une St. Barthelémi ne feroit
pas aujourd'hui une femaine de fenfation ,
tant la légèreté s'eft habituée au récit des
crimes ; à Paris , dis-je , on n'a eu garde
d'approfondir la fource de ces faux , de
cette annonce fubite & fimultanée dans
tous les lieux étrangers qui renferment des
François. On en découvre la clef, en rap
prochant de cette fuppofition l'état de la
capitale , dont on travailloit en même temps
la multitude où d'infâmes pamphlets
contre le Roi étoient criés dans les rues
lus dans les tavernes des fauxbourgs ; ou
les dénonciations , les alarmes , les confpirations
pleuvoient à la Tribune de l'Af
femblée législative ; où l'on annonçoit l'arrivée
de fix cents brigands d'Avignon , &
F 2
( 124)
de bandes nombreufes d'honnêtes Patriotes
à pique & à coutelas ; où , enfin , le nouveau
Miniftre de l'intérieur écrivoit en ces
termes , le 30 Novembre , au Maire de
Paris.
сс
Paris , le 30 Novembre 1791 .
« Le Roi vient d'être informé , Monfieur , qu'on
répand & qu'on s'efforce d'accréditer des bruits
propres à alarmer tous les Citoyens , & à troubler
la tranquillité publique . On a dit au Roi que ,
dès demain peut - être , des Couriers fuppofés
doivent entrer dans Paris , de plufieurs côtés ,
& y publier que les Emigrans font entrés en
France , les armes à la main : on doit annoncer .
en même- temps que le Roi a quitté Paris. »
« Cet avis , donné par des perfonnes graves ,
mérite d'autant plus d'attention
, que d'autres
faits antérieurs manifeftent une intention trèscaractérisée
, d'exciter à Paris un grand mouvement.
Vous n'ignorez pas , Monfieur , qu'un
Sous - Officier , de garde chez le Roi , donna ,
il
y a une quinzaine de jours , une fauffe configne
, fous le prétexte d'un prétenda projet de
départ de Si Majefté. On a depuis employé le
même prétexte pour inquiéter la réſerve de
P'Hôtel -de- Ville . Hier , on faifoit crier dans un
fauxbourg que le Roi n'étoit plus à Paris ; enfin ,
certaines feuilles recueillent & propagent ces
rumeurs avec une affectation remarquable .
ל כ
« Le Roi , Monfieur , me charge de vous
prévenir de ces coupables manoeuvres , & ne
doute pas que vous ne preniez les mesures convenables
pour préferver la Capitale des défordres
qui pourroienr en être la fuite. »
Le Miniftre de l'Intérieur .
Signé , B. C. CAHIER,
( 125 )
Il fuffit de comparer les les dates , & le
projet des Couriers dont parle M. Cahier
de Gerville, avec les bruits fémés dans l'étran
ger , pourvoirici les différens rouages d'une
feule machine , mue par la même manivelle.
L'entrée des Couriers à Paris , & l'approche
des Princes vers les frontières faifoient
les bafes de l'entreprife. Qui doutera
que les fauffes lettres , les faux avis ,
répandus en cent lieux le même jour ,
pour faire croire à l'évafion du Roi , ne
Tuffent deftinés à pouffer les Princes &
les Emigrés à quelque mouvement für les
limites ? S'ils fef: ffènt ébranlés , les Couriers
poftiches fuffent entrés par toutes les
portes de la Capitale , avec la nouvellede
leur invafion. L'effroi eût remué toutes
les ames , on auroit crié à la trahifon , St
Ton pouvoit fe promettre un foulèvement
très - fatisfaifant , dont chacun doit appercevoir
les fuites.
Cette entrepriſe a échoué ; mais quels
entrepreneurs , quels deffeins , quels dangers
ne fuppofe - t - elle pas ? Ne donne- telle
pas le thermomètre de notre fituation
publique S'il eft permis de rire en
matière fi trifte , c'eft de la fotte bonhomie
de cette Secte rivale des - Jacobins ,
qui s'eft baptifée du fobriquet de Confistutionnaires.
A force de s'égayer de la
myftification faite aux Princes de la Mai-
Lon de Bourbon , ces Meffieurs qui exiftent
F 3
( 726 )
pour les menus plaifirs des Jacobins , ent
pardonné aux Républicomanes ce joli pro
jet , fi favorable à l'affermiflement de la
Conftitution , & à la ceffation de l'Anarchie.
Ces Jacobins ont emporté encore une
Election Municipale importante. L'un de
leurs Favoris , M. Manuel , a été nommé
Procureur- Syndic de la Commune de Paris
, où il n'a domicile que depuis quelques
femaines , & l'a été par la pluralité
de 3775 fuffrages , contre 1541 donnés à
M. Cahier de Gerville. M. d'Anton eft fur
les rangs pour la charge de Subftitut de
ce Procureur-Syndic Municipal . Fort heu
reufement pour l'induftrie ,, pour les inté
rêts domeftiques , pour le travail national
les Elections font défertées de plus en plus ;
car , depuis trois mois , les Citoyens actifsfont
occupés de fonctions politiques .
Ainfi le Peuple , pour qui le calme elt le
bonheur , & l'aifance la liberté , a changé
de vocation ; nous le voyons à l'exemple
des Spartiates paffer fes jours dans les
camps ou les comices ; mais une inftitution
fi monftrueufe de nos jours , a fon
remède dans l'abfence de la grande plu-.
ralité des Votans ; remède qui lui - même
eft la fource d'un plus grand mal , car dans
tout le Royaume , ainfi qu'à Paris , les
Elections font abandonnées aux efprits
remuans , aux défoeuvrés , aux indigens.
( 127 )
pareffeux, & les places à leurs Démagogues
L'influence des Jacobins dans les prin
cipales charges d'Adminiftration civile &
judiciaire , eft très- conféquente aux principes
& à la nature de la Conftitution .
Entièrement populaire , elle affure nécef- .
fairement le pouvoir aux Agitateurs du
Peuple. Lis tirent d'elle leurs moyens , &
fi, comme on les en accufe , ils travaillent à
Ja fubvertir , ce fera , & fort aifément , en
fe fervant de l'excédent de forces , en plus ,
que le nouveau régime attribue à la puiffance
du Peuple, ou à fes Repréfentans inviolables
& incontrôlables, contre la partie Monarchique
débile , dénuée , ifolée , de cette même.
Conftitution. Nous développerons bientôt
cette grande vérité ; plus importante que
les invectives , que les déclamations , que
les appels éternels & éternellement abfurdes
des Conftitutionnaires à la Conſtitution . II
fera peu difficile de prouver à ces myftiques ,
dont les Chefs font auli haineux , plus
vains, auffi ambitieux, & plus inconféquens
mille fois que les Clubiftes leurs rivaux ,
que la France n'évitera la République , ou
la Contre - Révolution , que par une Contre
Conftitution. Ce n'eft au refte qu'en tremblant
qu'on ofe entreprendre de contredire
ces bizarres défenfeurs d'une Monarchie
fondée fur les Inftitutions actuelles , car
I d'eux , l'Economiſte Dupont , fi fameux
par fon concours éclatant au Décret qui a
I
·
F 4
( 28 )
occafionné le défaftre de Saint- Domingue,
ce M. Dupont , dis -je , & les Gazetiers de
fa Secte, viennent d'imprinter: Iln'y ad'amis
de la liberté , de gens de bien et defens , que
parmi nous autres Conftitutionnaires. Conftitutionnaires
, voilà le commencement & la
fin , le tréfor de lumières & de probité , &
l'abrégé des révélations du Ciel à la Terre .
L'Impératrice de Ruffie étoit à peine.
confolée de la perte du Prince Potemkin ,
qu'elle a dû pleurer celle d'un Allié bien
plus augufte. Cet Allié qui ne lui a jamais
gagné de batailles , eft M, Volney. En
1788 , ce grand homme prouva dans un
Pamphlet auquel il ne manquoit que la
fignature de Mandrin , que , par amour de
T'humanité & de la philofophie , le géné
reux Jofeph II & la magnanime Catherine,
devoient exterminer tous les Turcs , purger
la terre de ces ignorans , & s'emparer de
leurs pays. Cet aimable brigandage qui
eût enlevé à la France fon commerce du
Levant , & ruiné trois de fes Provinces ,
fut le premier effai du civisme pur de M.
Volney. M. Peyffonnel tourna en ridicule
& refuta folidement ce Manifefte philan
trophique , en prouvant à fon Auteur 52
péchés d'ignorance , & fur-tout qu'il ne
avoit ni l'Arabe ni la Langue Turque ,
quoiqu'il s'en vantat à chaque page de fon
Voyage imprimé. M. Folney ayant honoré.
(( 129 ))
Impératrice d'un exemplaire de fes Ecrits,
cette Princeffe lui fit remettre une médaille :
d'or par M. le Baron de Grimm ; mais Catherine
II ayant accordé fa protection à des
Princes rebelles , M. Volney lui retire im
pitoyablement la fienne. Il vient de renvoyer
a M.deGrimm la médaille d'or , avec une lettre
dugrandgenre, en date du 4 de ce mois , où il
Jui mande qu'il ne veut plus partager cet or
avec des hommes pervers et dénaturés , avec
des champions iniques de la barbarie. Il ne:
manquoit que ce trait de défintéreffement
aux beautés de la Révolution ; mais M..
Volney n'eft -il pas plus barbare que les
champions de la barbarie ? Comment l'Impératrice
furvivra - t - elle à fa lettre , à fa
grandeur d'ame , à la hauteur de fon ftyle?
L'Empire Ruffe touche évidemment à fon
déclin. Voyez cette lettre de M. Volney, dans
le Moniteur de Lundi s Décembre ; car ce
n'eft rien que d'écrire auffi dignement, fi l'on
n'imprime pas le lendemain. & la belle
action de M. Volney perdroit la moitié de
fon prix , s'il n'avoit eu foin de la mettre en
lumière .
Nous avons promis des détails avérés:
fur les derniers affaffinats de Montpellier ;
affaffinats qui ont occupé Paris moins
qu'une farce du boulevard , & que les
Feuilles publiques , à Lexception du Journali
général de France, ont paffé fous filencer
"
R
f 130 )
Ces horribles excès n'étonnent plus , ne
frappent perfonne ; iis conftatent l'impuiffance
abfolue des Loix , la hardieffe , la
férocité de l'anarchie ; ils excufent , ils
provoquent les émigrations ; ils atteftent
que même les Affemblées primaires font
fous l'oppreifion de fer qui frappe le
Royaume & les Citoyens ; mais ce n'eft
pas tout, Voila Nîmes , Uzès , Alais ,
Sommières , St. Gilles , Lunel , Montpellier
, c'eft à- dire deux Départemens entiers,
où les Proteftans réunis aux Brigands & aux
Républicains , ont défarmé les Catholiques
foupçonnés d'attachement au Gouvernement
Monarchique. Ainfi fe prépare
dans le Midi , l'exécution d'un plan dont
1es indices ne font plus équivoques . Dans
ces maffacres , dans ce défarmement , il
n'eft plus question de Nobles & de Prêtres ;
de fimples Propriétaires , des Négocians ,
des Bourgeois paifibles font frappés. On
va le voir par la lettre fuivante :
De Montpellier , le 17 Novembre 1791 .
ce Vous avez entendu parler de cette horde
de brigands qui , fbus le nomde PouvoirExécutif,
avoient dominé par leurs violences & par la ter-
Jeur , tous les Citoyens honnêtes de cette ville ,
jufqu'au moment où l'indignation générale , &
l'excès de l'oppreffion , réunirent ces derniers , &
mirent les brigands dans l'impuiffance de commettre
de nouvelles horreurs . »
« Ce Pouvoir Exécutif vit arriver avec dou-
Jeur les Affemblées Primaires , qui alloient le priver
( 131 )
de l'appui d'une partie de la Municipalité , dévouée
au Parti Proteftant . I fe ligua avec le
Club , compofa une litte du Maire & des Officiers
Municipaux à remplacer , & la fit diftribuer .
Ce choix étant connu , la néceffité de le prévenir
coalifa tous les Citoyens fages ; mais ce parti
pacifique ne chercha fa force que dans la Majorité
des voix , & ne le tint pas même en garde contre
une attaque à force ouverte . »
« Le Dimanche 13 , les Affemblées Primaires
fe formèrent. Dès l'ouverture , les Enragés y
portèrent le trouble ; une puiflante Majorité
leur en impofa ; les plus défordonnés furent
obligés de quitter la falle , & allèrent proteſter
chez un Notaire. »
« La Majorité bien penfante confervoit toute
fa fupériorité ; & l'on fermoit les ferutins , lorfqu'on
vint nous annoncer qu'une troupe armée ,
entrée de force dans l'une des Sections , avoit
difperfé les Citoyens , & brûlé le fcrutin ; que
dans un autre on fe battoit à coups de fuit ,
& qu'on fermoit toutes les boutiques . Notre
Section requit fur- le - champ de la Municipalité
un fecours de troupes de ligne ; foible reffource ,
réduite par l'absence des Chaffeurs des Vofges , aw
feul régiment de Lyonnois, dévoué aux Clubiftes ,
Immédiatement après , le danger saccrut ;
on nous annonça une troupe de forcenés prêts
à fondre fur notre Section , & une profcription
contre fes Officiers. Soudain nous cachetâmes &
ferrâmes le fcrutin . Des coups de fufils tirés dans
le voifinage décélèrent l'approche des brigands :
nous regagnâmes nos domiciles. A dix pas de l'E
glife, un de nos Concitoyens , M. Maurice, atteint
d'un coupde faal , expira l'inftant d'après dans l'hô
tel de la Monnoie. Un fecond , fuflé fur l'Ef
F 6
( rz )
planade , bleffé à la cuiffe , s'enfuit vers la Citadelle
, & le précipite du haut des remparts. »
« Nul raffemblement , nul effort , nul mouvement
contre les brigands. La Municipalité fe
hiffe enlever par eux les canons , & ordonne à
chaque Compagnie de Garde Nationale de refter
en ftation chez les Capitaines. Cet ordre fut
fcrupuleufement obfervé par la Compagnie Co--
lonelle , par les Grenadiers no. 1 , par ceux de
St. Paul , & par les quatre Compagnies des
Artiftes . Les autres défobéirent ; elles fe rendirent
avec le Régiment de Lyonnois à la place de la
Canouigne. Peu après leur arrivée , on entend
an coup de fufl ; elles le fuppofent parti d'une
fenêtre on défigne la maifon de M. d'Artis
Capitaine des Artiftes ; on braque deux canons
contre la porte ; on l'enfonce. Le neveu de ce
malheureux. Citoyen , en butte à la fureur du
Pouvoir Executif, qu'il avoit réprimé , le fauve
par- deffus les toits : l'oncle , plus pefant dans fa
marche , ne peut échapper aux affaffins : on
parvient à la chambre , on l'enfonce , & ce
Vieillard de 60 ans eft tué dans fa ruelle par
trois coups de fufil. Són parent , M. Bertrand,
eft attaqué dans la même maiſon , frappé de
plufieurs coups de bayonnettes , & conduit cx
pirant à la Maifon Commune , au travers des
::
oris . des meurtriers . »
« Le fieur, Gabanne eft attaqué par un autre
Corps de brigands , & tombe fous vingt coups.
de bayonnettes on le traîne , on le mutile , on
arrête de cooper fa tête & de la promener en
fpectacle ; mais la recherche de nouvelles victimess
faic abandonner ce projet..
Coi Les attentats furent fufpendus par un Arrêté
sois , Corps Adminiftratifs pour différer les
( 133 )
Affemblées primaires . O déploya le Drapean .
rouge à l'extérieur de l'Hôtel- de Ville : les brigands
reftèrent feuls maîtres des rues & des
Places publiques : toutes les maiſons furent illu
minées par ordre , & les fcènes d'horreur ren--
voyées au lendemain ..»
« Ce lendemain , 14 , le Club & les Com
pagnies teintes du fang de leurs Concitoyens
exigèrent de la Municipalité le défarmement des
Aristocrates. (C'eft ainfi qu'ils défignent les Ci--
toyens paifibles , renfermés chez eux , & lés
Compagnies qui , feules , avoient été fidelles aux
ordres de la Municipalité ) . Une heure enfuite .
on apprend l'affaffinat d'un normé Jourdan à la
porte du Poitou. Il fe retiroit paifiblement avec
fa mère dans les fauxbourgs , quand une balle:
loi a ouvert le crâne . Un Soldat de Lyonnois
coupe la tête de ce malheureux ; on la porte en:
triomphe , on la fufpend à fa maiſon. Auffi-tôt
les Corps Adininiftratifs confentent au défar
& il eft exécuté fans réfiftance . »»
mement ,
Il ne refte d'armes qu'entre les mains des
brigands , qui , au nombre de 2000 , ont fait
une marche triomphale dans tous les quartiers.
Arrivés devant les maiſons de Mefdames Boucaud?
& de St. Prieft , ils tirent un coup de fufil , qui
devient le fignal d'une nouvelle attaque : ils déchargent
leurs armes contre les portes & fenêtres ,
tuent une femme , & un fieur Rolland , tein
turier. Tout fuit ; tout abandonne cet horrible.
féjour. Plus de 600 familles ont déjà émigré.
"
A la fin d'Octobre , le Cardinal Zelada,.
Secrétaire d'Etat à Rome , expédia , au
nom de S. S. , à toutes les Cours de l'Europe
qui traitent avec le St. Siége , un Mé
moire, telatif aux troubles & à l'invafion
( 134 )
d'Avignon & du Comtat. Le Cardinal
remit lui -même un exemplaire de ce Manifefte
, à tous les Miniftres ou Agens des
Cours Etrangères , réfidans à Ronie. Son
Eminence l'a fait traduire fous fes yeux ;
il paroît en François & en Italien. Avant
de le tranfcrire , nous avons voulu nous
affurer de fon authenticité : En voici la
teneur littérale.
« Le Décret , en date du 14 Septembre dernier
, par lequel l'Affemblée Nationale a prétendu
incorporer à la Monarchie Françoife là
ville d'Avignon & le Comtat Vénaiffin , & en
dépouiller le Saint-Père , qui en eft le feu ! Souverain
légitime , en accumulant les injuftices &
les fauffetés pour en impoſer au public , manifefte
en même temps la mauvaiſe foi & les
rames infidieufes & perfides de ceux qui , après
avoir publié & réitéré à toutes les Cours de
l'Europe les proteftations les plus formelles &
les plus exagérées d'avoir renoncé à toute ag
greffion & à toute conquête , ofent impudemment
aujourd'hui autorifer & ordonner la plus
violente & la plus criminelle ufurpation, »
сс
J
Dans le court efpace de dix - huit mois ,
on a quatre fois tenté , fous différens prétextes ,
de réaliser le projet d'incorporer à la France
ces Provinces, qui appartiennent au Saint- Siège. »
Tantôt on a effayé de révoquer en doute
la folidité & la validité des titres ; tantôt on a
fuppofé des prétendues réclamations des Avgnonnois
& des Comtadins , qui demandoient
d'être déclarés François ; tantôt enfin on a examiné
fi véritablement ces Provinces ne pouvoient
pas être revendiquées , comme parties intégrantes
( 135 )
de la France , & l'on n'a pas eu honte de recourir
à toutes fortes de fophifmes & d'impoftures, pour
érayer des motions toutes également tendantes à
l'accomplifiement de ces iniques projets . »
сс
ו כ
Malgré la fermentation des efprits , excités
par ces démarches infidieuſes , & malgré toute
l'activité d'un parti uniquement dirigé par la
haine , la malignité , & fur- tout par un deffein
formé de faire un outrage au St. Siège , l'évidence
de fes droits prévalut : l'atrocité de la
violence que l'on ofoit propofer , excita l'in
dignation univerfeile ; enfin la juftice triomphá ,
& l'Affemblée prononça le 24 Mai un Décret
folemnel , conforme à un autre antérieur qui
rejettoit formellement toute propofition relative
à cette prétendue incorporation .»
« Toutes les trames de la cabale qui méditoit
d'enlever cette Souveraineté au Pape , paroiffoient
entièrement déconcertés par ce Décret , & d'après
les proteftations tant de fois réitérées par l'Af
femblée de s'abftenir de toutes voies de fait , on
devoit efpérer n'avoir plus rien à craindre à cet
égard. »
"
« En conféquence , le nouveau Décret , rendu
le 14 Septembre , a dê néceffairement confondre
toutes les idées . En effet , comment le concilier
avec les fuldites proteftations , & avec les précédentes
délibérations de ladite Affemblée , qui
avoit totalement & formellement rejetté l'incorporation
projetée ? »
« On auroit de la peine à croire aux nouvelles
prétentions , imaginées par l'Aſſemblée ſur
la ville d'Avignon & le Comtat Venaiffin depuis
le Décret du 24 Mai dernier , par lequel elle
rejetta folennellement l'incorporation de ces Provinces
à la France , fi ces mêmes prétentions
713699
n'étoient avec, auffi peu de prudence que de
pudeur , annoncées dans ce dernier Décret du
14 Septembre.
ל כ
< On y voit avec étonnement , que l'on ofe
fonder cet attentat fur l'énoncé le plus vague
des prétendus droits de la France ' fur lefdites
Provinces , & fur le van libre de la plus grandepartie
des Communautés , & des Citoyens en
faveur de la fufdite incorporation . »>
ce A l'égard des prétendus droits attribués par
Affemblée à la France fur Avignon & fur le
Comtat Venaiffin , il eft évident qu'ils font def
titués de tous fondemens , & que la date eneft
très-récente , puifque en 1789 , où ils furentdifcutés
pour la première fois , & plaidés avec
la plus grande force , ils furent unanimement:
rejettés . »
Cette circonftance eft d'autant plus remar
quable , que le St. Siège s'eft bien gardé de
charger perfonne de défendre devant un Tri-
Bunal aufli incompétent , la Souveraineté qui lui
appartient fur lefdits Etats ; Souveraineté qui
ne dépend que de Dieu , également fondée fur
les titres les plus facrés , & fur la poffeffion
de plus de cinq fiècles , reconnue par tous les
Souverains de l'Europe , & notamment homolo¹
guée dans les Tribunaux de France , conftam
ment refpectée , & protégée par les auguftes Préa
déceffeurs de S. M. Très- Chrétienne . »
cc Si Louis XIV & Louis XV , en s'emparant:
à différentes époques d'Avignon & du Comtat ,
n'ont jamais formellement revendiqué les droits
de la Couronne , & n'ont jamais entrepris d'in
corporer ces Etats à la France , & fi en les reftituant
enfuite librement au St. Siège , ils fe font
abftenus de toute proteftation , ou réserves préé
( 137 )
judiciables aux droits du Saint Siège , il eft cer
tainement aifé d'apprécier d'après ces faits , les
prétentions avancees dans le Décret dont il
s'agit .
33
« Au refte , ces prétentions , bien loin de
pouvoir être juftifiées aux yeux du Públic im-'
partial , ne pourroient jamais fouter ir le paraèles
avec les monumens auffi anciens que lumineux ,
qui atteftent l'abfolue & incé endante Souveraineté
du St. Sège fur lefdires Provinces. »
сс
C'eſt à regret que l'on ne peut le diffimuler
quee ces prétendus titres , qui fervent de
bale au Décret du 14 Septembre , ne font autre
chofe que les actes de féduction & de defpotiíme ,.
que depuis deux ans l'Affemblée Nationale s'ar-
Icge , & excrce avec fuccès fur la ville d'Avignon
& fur le Comtat Venaiffin , au moyen
de fes Emiffaires , & de fes Satellites foudoyés .
59A
« Il eft notoire , que pour parvenir à fes
fins , l'Affemblée n'a pas craint de violer ouvertement
le droit public des Nations , en en
voyant des troupes dans ces Etats fans le confentement
du Souverain , & Cque cet attentat
contre lequel Sa Sainteté a réclamé plufieurs
fois inutilement , n'a fervi que de moyens pour
commettre des crimes encore plus atroces , en excitant
des infurrections & des révoltes , en ufurpant
& en pillant les propriétés , en autorifant & favo-.
rifant même , au mépris de toutes les Loix divines
& humaines , les vols , les brigandages ,
les incendies , tous les forfaits les plus énormes ,
& les plus barbares . »
"
ce Tels font en effet , & toute l'Europe en
eft témoin , les droits que l'Affemblée s'arroge ,
& qu'elle ne ceffe d'exercer fur la ville d'Avignon
, & fur le Comtat , & tels font les
( 138 )
véritables fondemens de l'irique Décret d'incorporation.
On fe croit indifpenfablement obligé
de les dénoncer à tous les Souverains , dont
l'autorité & l'exiftence même feroit toujours:
incertaine & précaire , fi par une bâmable in
différen e on diffimuloit plus long- temps , &
fi au détriment du St. Siège Apoftolique on.
pouvoit tolérer un attentat , qui ferviroit
d'exemple & de fignal aux plus déteftables perfidies ,
& aux vols les plus infâmes.»ל כ
Un tel devoir eft d'autant plus prefant
aujourd'hui , il eft d'autant moins pernis de
differer à le remplir , que l'on a des preuves
trop évidentes de la hardieffe & des efforts combinés
, avec lefquels on fème par- tout les mêmes
principes. »
Perfonne n'ignore les trames ourdies
pour les propager avec une rapidité incroyable ;
en forte qu'à peine peut- on fe perfuader , qu'il
y ait dans ce moment un Etat en Europe à
l'abri de pareilles atrocités , & où notre Ste . Religion,
cu l'autorité & la tranquillité publiques ne
foient également compromises . »
« Le prétendu veu libre du plus grand
nombre des Communautés & des Citoyens d'A-.
vignon & du Comtat , qui a fervi de prétexte
au Décret du 14 Septembre , ne fauroit être
justement apprécié , fi l'on n'eſt préalablement
inftruit que la populace d'Avignon , excitée par
quelques Emilaires de l'Affemblée , ayant dès
le mois de Juin 1790 arboré l'étendaid de la
révolte , la Nobleffe , & la plus faine partie des .
Citoyens fe voyan : outragée , & expolée aux
plus cruelles perfécutions , furent obligées de s'enfuir
d'une ville abandonnée aux meurtres , ad
carnage & aux facrilèges, a
( 139 ) 1
L'émigration augmenta encore confidéra→
blement après que l'Affemblée , fous prétexte
de r't.bir lodie & la paix, mais en effet par
une manifefte violation de territoire , eut fait
entrer dans Avignon la Milice Françoife . »
cc
Certe troupe en effet , qui n'avoit été envoyée
que pour favorifer la révolte , remplit trèsbien
fon objet , & loin de calmer les défordres ,
les multiplia à l'infini , & mit le comble aux malheurs
de cette ville défolée . »>
cc
Enfin , Avignon fut prefque entièrement
défert au retour de cette troupe d'affaffins &
de voleurs incendiaires , qui s'honoroit du nom de
l'armée de Vaucluse , & qui , après avoir brûlé
faccagé , & détruit plufieurs vill ges du Comtat ,
après avoir été pl. fieurs fois honteufement repouflée
des murs de Carpentras , & le trouvant
difperfée & réduite aux plus fâcheufes extrémi
tés , auroit enfin été forcée de s'enfuir , fi les
Commiffaires envoyés par l'Affemblée fous le titre
fpécieux de Pacificateurs , n'euffent forcé la villeà
le recevoir , dans le deffein de s'en fervir pour
opérer l'incorporation , qui étoit le van chéri de
l'Affemblée. »
ec .
Par ces moyens , c'eft- à- dire , par la fraude ,
par la force armée , par l'emprisonnement de plufieurs
Sujets fidelles , par les plus cruelles vexa-.
tions , la plus grande partie des Citoyens , ou
s'étant enfuis , ou ayant été mis hors d'état de
voter , on fe hâta d'explorer la volonté des Ha- ,
bitans d'Avignon ceux qui avoient été affez
heureux pour le fauver , furent remplacés par
une horde de brigands , de bandits & d'affaffins
, & le refte de la Commune fut formé ,
par la plus vile populace , excitée & mème fou
doyée par les Emitfaires de l'Ambe , bien
( 145 )
fondée à ne pas héfiter d'adopter ces moyens ,
par l'heureuse expérience qu'elle en avoit fair
ailleurs. >>
CC« Tel eft donc le van libre & folemnel de la
ville d'Avignon , par lequel l'Affemblée prétend
fe juftifier d'avoir enfin décrété l'incorporation ,
après en avoir trois fois rejetté la pétition
comme nule , illégale & directement contraire à
la justice . »
Au refte , ce que l'on ofe appeller le voeu
libre & folemnel des autres Commanautés du
Comtat , eft le produit des mêmes moyens. »
« La ville de Carpentras a effuyé quatre fiéges .
Cavaillon a été livré au carnage ; Sarrians , brûlé 3
Lifle & Serignan , piliés ; les Milices ont ravagé
& détruit tout le Bas- Comtat. Enfuite les garnifons
, diftribuées par les Commiffaires de l'Affemblée
dans les lieux où ils les ont jugées plus
néceffaires , ont imprimé la terreur à toute la
Province ; ainfi l'on voit affez quelle a pu être
la liberté de voter , ou plutôt il est évident que
l'Affemblée , toujours fidelle à fes principes , s'eft
fervie par-tout des mêmes moyens de féduction &
deviolence . »
cc Mais la conviction & les remords des malheureux
Habitans fi cruellement trompés , n'ont
pas tardé à faire paroître de toutes parts des
réclamations . »
Les Emigrans Avignonnois , qui par lear
naiffance , leur nombre , & l'étendue de leurs
propriétés formoient la plus grande portion de ce
peuple , fe font fait un devoir de faire parvenir à
l'envi au Pape l'hommage de leur filéité , &
de leur centante foumiffion , en lui envoyant
de leur plein gré , du fond des renaites cu'ils
avoient été forcé de choifir , les déclamations &
( 141 )
les proteftations les plus folemnelles de vouloir
vivre & mourir fidèles Sujets du St. Siège Apoftolique
, & les Communautés du Comtat ne fe
font pas moins fignalées par leur attachement ,
zèle & fidélité , ayant toutes , à l'exception de
celles qui gémiffent fous la puiffance des rebelles
, fait paffer à Sa Sainteté des déclarations
publiques , munies de la plus grande authenticité . »
ce On croit avoir affez évidemment démontré
la fauffeté des prétextes employés pour colorer
Finjuftice , ou plutôt l'infamie du vol décrété fous
le titre de la prétendue incorporation ; mais il
eft effentiel de ne pas laiffer ignorer que l'on
n'y eft parvenu , qu'après avoir de longue main
fomenté la fédition , protégé le crime , maffacré
les
gens de bien , & affure la révole par l'impunité.
Il eft effentiel que les Puiffances foient
éclairées fur l'uniformité de la marche , que
l'on fuit conftamment pour bouleverser l'Univers
entier. »
ce L'Affemblée Nationale , afia de fe laver du
reproche d'être en contradiction avec elle - même ,
a calomnié la fidélité des Sujets de Sa Sainteté ,
& fous l'apparence de leur væeu libre pour l'union
de cette Province à la France , a effayé de juftifier
la violence & l'injuftice de cette uferpation
; mais l'ambiguité de quelques phrafes myftérieufes
ne fauroit en impofer , & les Cours
de l'Europe font trop éclairées , elles ont trop
d'intérêt à l'être , pour fe fier à des proteftations
illufoires , & diffimuler un attentat fi énorme &
un exemple fi funefte ; attentat que la plus faine
partie de l'Affemblé même a détefté , ce décret
ayant été furpris dans un moment où tous les
Membres qui s'étoient conftamment oppofés à un
acte fi injufte , étoient abſens , »
( 14 )
« Cette vérité eft fi fenfible , que l'Aſſemblée
a jugé devoir ajouter au Décret qui dépouille
le Souverain Pontife de fes Etats , une cla uſe
par laquelle ele a prétendu en rendre moins
crinte l'injuftice , en décrétant que le Roi né
fe refuferoit pas à traiter avec la Cour de
Rome , pour l'indemnité & les compenſations qui
lui feroient dues . »
« A cet égard , on eft intimement perfuadé ,
que Sa Majesté Très- Chrétienne , pénétrée des
fentimens de Religion & d'équité qui l'ont toujours
animée , & imitant la juftice & la piété
de fes glorieux Ancêtres , témoignera fon horreur
pour une violation fi manifeſte du droit public ,
& fe fera un devoir de contribuer de toutes les
forces à la révocation & à l'abolition de cet injufte
Décret. »לכ
D'ailleurs , Sa Sainteté déclare hautement
à toute l'Europe , qu'elle n'écoutera aucune pro-`
pofition d'indemnité , compenfation ou échange ,
non-feulement parce qu'elle en a contracté l'obligation
par le Serment prêté à fon exaltation.
à la Tirre & par fon amour paternel envers
fes Etats d'Avignon & du Comtat Venaiflin ,
qu'elle regardera toujours comme un apanage trèsprécieux
du St. Siège ; mais parce que les droits de
la Souveraineté font inappréciables , & n'admettent
point de compenſation . »
« L'extrême confidération , & les égards dont
le Saint Père fait profeffion envers tous les
Souverains de l'Europe , & la profonde idée
qu'il a de leur droiture inaltérable , & de leur
exacte juftice, le mettent dans la néceffité de ne pas
différer à leur donner communication d'un outrage
fi grave , & de réclamer formellement leur affiftance,
»
( 143 )
ce Ces mêmes fentimens lui infpirent la plus
ferme confiance que , juftement indignés d'un tel
attentat , ils emploieront tout leur crédit , &
voudront également prêter leur puiffant appui
pour faire annuller un Décret, lequel en envahif
fant une Souveraineté appartenante au St. Siège ,
offenfe les droits les plus facrés , & compromet ou
vertement les propriétés territoriales de tous les
Souverains de l'Europe. "
Si l'Affemblée Conftituante ne nous
avoit habitué aux abus de l'autorité arbitraire
, aux excès de fon defpotifme , à une
coupable indifférence fur les délits contre
la sûreté & l'ordre publics , on feroit furpris
de voir cette protection , accordée au
crime , être encore aujourd'hui une Loi
de parti plus puiffante que les Loix de la
fociété. L'exemple de la première Affemblée
a été imité la femaine dernière , dans
le fang-froid avec lequel le Corps Légiflatif
a écouté le rapport du délit , commis à
Breft contre M. de la Jaille & contre la
Colonie de Saint- Domingue. Cet attentat ,
& les efforts qu'on a multipliés pour détourner
les foldats du devoir d'obéir aux
ordres , qui les deftinent à fecourir Saint-
Domingue , éclairent d'un jour affreux les
Auteurs des défaftres de cette Colonie . Son
fort n'eft pas encore décidé : nous verrons
qui l'emportera de la morale de Briffot , ou
de la justice & de l'intérêt public. Indignement
calomniés par ce petit Factieux,
( 144 )
les Députés de Saint Domingue ont écrit
en ces termes au Préfident de l'Affemblée
Légiflative.
CC
De Paris , ces Décembre 1791 .
Monfieur le Préfident ,
Nous avons dénoncé à la barre de l'Affemblée
nationale les amis des Noirs pour être les
<auteurs des malheurs de St. Domingue . Il n'eft
aucun homme de bonne foi , s'il eft inftruit ,
qui puiffe encore en douter. Cependant M.
Briffot , un des Membres de cette Société qui
fe font occupés fans relâche de la deftruction
des colonies , ofe nous accufer d'avoir nousmêmes
excité nos esclaves à l'infurrection, pour
invoquer le fecours & la protection des Etrangers
; & comme fi cette perficie étoit réelle &
prouvée , il a demandé avant -hier que l'Affemblée
générale de St. Domingue fût traduite à la
haute Cour nationale. »
1
« Embarraffé du poids des maux qu'il a faits
à la France , il cherche à détourner de lui l'attention
publique. Il veut lier les Représentans
de la Nation à la défenfe perfonnelle ; il fe flatte
d'égarer la juftice de l'Affemblée nationale pout
fe mettre à l'abri de fes Décrets. »
or Nous le fommons , M. le Préfident , de
-fournir les preuves ; nous fupplions l'Aſſemblée
de les exiger , & quant à nous , qu'une grande
Colonie a chargés de poursuivre la vengeance ,
nous apporterons dans cette queſtion des éclairciflemens
fi multipliés , que l'opinion publique
& la juftice n'auront pas le droit de balancer ſur
la défignation des coupables.
ל כ
« Nous fommes avec reffect , &c. »
Signés , J. B. MILLET. COUGNAC - MION.
LAGOURGUE . ST. JAMES , LEBUGNET . CHESNAUD
DE LA MÉGRIÈRE
MERCURE
HISTORIQUE
Ꭼ Ꭲ .
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Francfort-fur- le- Mein , les Déc. 1791 :
L'INTÉRÊT des
conjonctures
augmente
avec les apparences
d'évènemens
prochains ,
dont les fuites de la Révolution
de France
feront
vraisemblablement
la principale.
cauſe. Le raffemblement
des Emigrés François
prend de jour en jour un caractère ,
qui ne permet plus de douter de leurs
doffeins . Non-feulement ils s'enrégimentent
, fe cantonnent
, fe forment en véritables
Corps militaires
; mais , de plus , ils font armés
en divers lieux de l'Empire , ils ont
acheté des munitions , des chevaux , des
canons , des armés ; ils établiffent des magafins.
La tolérance
des Princes d'Allemagne
fur le territoire
defquels ces pré-
No. 51. 17 Décembre 1791. G
( 146 )
paratifs fe multiplient , n'eft donc plus aujourd'hui
une fimple hofpitalité. Quelle
que foit leur opinion touchant la légitimité
du pouvoir qui gouverne maintenant
la France , ils doivent s'attendre qu'il leur
demandera compte tôt ou tard de la réunich
& des démarches de cette foule de
Mécontens , qui le menacent d'hoftilités
prochaines. Si les infractions au Traité de
Weftphalie privent l'Affemblée Nationale
de France du droit d'invoquer légalement
les Conventions pofitives , elle réclamera
les devoirs du voifinage , qui ne permettent
à aucun Etat de tre ubler la paix d'un
Etat contigu. Il feroit difeux d'examiner
fi ces requifitions , fondées fur le droit .
des Gens , le font également fur la néceffité
urgente & fur la prudence ; fi , pour
difperfer vingt ou trente mille François
confédérés , ou près de s'armer contre la
nouvelle Conftitution , il eſt effentiel de
déchaîner peut-être 250 mille étrangers ;
fi au lieu de prémunir fes frontières par des
difpofitions faciles & étendues , il eft prés
férable d'atteindre ces Confédérés , fur les .
terres même de l'Empire ; fi , au lieu d'avoir
à combattre feuls les Emigrans
en cas d'approche , il vaut mieux courir
le rifque d'ébranler dix Puiffances en leur
faveur , de leur affurer des Alliés jufqu'à
ce jour fort incertains , de préparer ainfi
une guerre générale, en même temps qu'une
guerre civile. Quelle qu'en foit l'iffue ,
9.
#
( 147 )
probablement les Factions qui vont fe
difputer la France , fe repentiront un jour
d'être parvenues à de femblables extrémités.
Le royaume déchiré , épuifé , ruiné , réfiftera
difficilement à cette effroyable fecouffe.
Il n'y aura plus de patrie , lorfque
la victoire aura décidé à qui reftera le
droit malheureux de lui impofer des loix.
Ce qu'on auroit obtenu peut- être , par l'empire
de l'expérience , par la force des excès,
& par des négociations conciliatrices , on
ne l'obtiendra point par le défaftre d'une
guerre , qui rendra les maux actuels de la
France irrémédiables .
Une fois fommés par le Gouvernement
actuel de ce Royaume , de diffoudre ces raffemblemens
qui en menacent le régime ,
l'Empire , l'Empereur
, les Electeurs , les
Princes qui donnent afyle à ces Confédérés
Etrangers , feront obligés fans délai de les
défarmer ou de les défendre. Les dernières
réfolutions
de l'Affemblée
Nationale ne
laiffent plus d'autre alternative. Toute efpèce
d'accommodement
par l'entremiſe
d'un Congrès , étoit déjà prefque impraticable
; puifque les Royaliftes au dehors
de la France & les Démocrates
au-dedans ,
s'y refufoient également , & qu'ils n'ont
fait aucun pas de rapprochement
, pour
épargner à leur Patrie de nouvelles cataftrophes
; mais les voies de conciliation
deviendront
impoffibles , du moment où
G 2
( 148 )
la guerre aura éclaté : il faudra peut-être
des batailles indéciſes pour infpirer le deſir
de la paix.
Aini , nous allons fortir inceffamment
de la longue énigme où nous fommes
reftés ; les véritables difpofitions des Puiffances
qui , jufqu'à ce jour , s'en étoient
tenues à des démonftrations d'intérêt envers
les Princes François refugiés en Allemagne ,
vont être mises à l'épreuve & manifeftées .
Ou ces Princes abandonnés feront réduits
à tenter en France une invafion
avec leurs propres forces , ou celles de
l'Europe prefqu'entière fe développeront à
leur appui . Comme les réquifitions du
Gouvernement François à l'Empire & à
fes Souverains , n'ont pas été faites fans
deffein de les foutenir , un refus d'y déférer
le décidera à la guerre offenfive : le
jour des temporifations , des réponſes
évafives , & des milieux diplomatiques
paroît donc être fur fon déclin .
1
Au milieu des raifonnemens où l'opinion
s'égare , & des fureurs par lefquelles elle
s'envénime , il faut refter fur la ligne des
faits averés , & fe borner à fuivre d'une
femaine à l'autre , le cours des probabilités
qui en réfuitent.
Le Baron d'Oxenfliern dont nous an
nonçâmes il y a huit jours le paffage par
cette ville , s'eft , en effet , rendu à Coblentz,
où il a déployé auprès de Monfieur & de-
M. le Comte d'Artois , le caractère d'En(
149 )
voyé du Roi de Suède. Quand cette démarche
ne leveroit pas toute incertitude
fur les intentions de ce Souverain , elles
cefferoient d'être équivoques à la lecture
de la réponſe que le Baron d'Oxenfliern a
adreffée le 25 Novembre , au Maréchal de
Broglie qui l'a complimenté , en ces termes,
à la tête de la Nobleffe émigrée .
Difcours de M. le Maréchal de Broglie .
Monfieur , les matheurs de notre Monarque
n'ont point été vus avec indifférence par votre
augufte Souverain . A peine une guerre qu'il
a foutenue avec tant de gloire , a - t - elle été terminée
, qu'il a conçu le noble deffein de venir à
fon fecours , & il eft impatient de l'exécuter . »>
« Le droit de défendre la caufe de tous les Potentats
, appartenoit fans doute au Roi que la victoire
a couronné, & dont les loix fages qu'il fit fire
exécuter , affurent à fes Sujets la tranquillité & le
bonheur. >>
« L'intérêt qu'il marque dans ce moment pour
fon ancien & fidèle Allié , excite la plus vive reconnoiffance
de la Noblefle Françoife ; elle me
charge d'en offrir le refpectueux hommage à ce
Prince magnanime. Cet hommage eft digne d'être
accueilli par fon coeur généreux & fer fible . »
« J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de
le lui faire parvenir. »
« L'illuftre Chancelier Oxenfiern fe montra
conftamment l'ami de la France ; nous nous
félicitons , Monfieur , de trouver en vous les mêines
fentimens . >>
Réponse du Baron d'Oxenstiern .
« Monfieur le Maréchal , & vous Meffieurs ,
« Vous venez remercier le Roi d'une dér
G
3
'( 150` )
marche que fon coeur lui a indiquée , que la
juftice lui a preferite . Le Souverain dont le génie
& le courage rendirent heureufement au Trône
une fplendeur & une force auffi néceffaire au bonheur
des Sujets qu'au luftre de la Monarchie , ne
peut pas être indifférent aux malheurs des Bourbons
, à ceux d'un royaume dont les Guftave &
leurs Succefleurs ont été depuis des fiècles les amis
& les Alliés . "
« Les Peuples reconnoîtront enfin que leurs
vrais ennemis font ceux qui les Attent & les
égarent, qui les accablent de calamités , & les environnent
de crimes , en faifant retentir à leurs
oreilles le faint nom de liberté , que leuis vrais
amis font les Princes qui la refpectent en les gouvernant
. Le Roi eft venu chercher le trône des
Bourbons au rès des Princes généreux qui ont
proteflé contre fon aviliffement , auprès des Chevaliers
illuftres qui fe facrifieront pour le défendic.
La preuve impofante que donnent aus
jourd'hui de la hauteur de leurs fentimens les defcendans
de Turenne & de tant d'autres héros , leur
doit être garante de l'intérêt aufi vif que conftant
que le peri-neveu de Gustave Adolphe prendra toujours
à leur fort . »
« Précédé dans une fi noble carrière par une
Souveraine qui fitimprimer fur toutes les actions
un gran i caractère , le Roi a été moins jaloux, de
s'y voir devanc , que glorieux d'y marcher auprès
d'elle. L'ample meiden de gloire que renferme
cette carrière , laifle fans doute aux autres Sauverains
, que de femblables deffeins uniment , une
récolte aufli abondante que précieufe; elle n'eft point
en effet du genre de celles qui s'épuifent , fi on les
Fartage
« Ön eſt vraiment heureux , Meſſieurs , d'être
l'organe de pareils fentimens , quand on les perte
( 151 )
foi- même gravés dans fon coeur. On l'eft furtout
, quand à la fuite d'un jour où les plus douces
efpérances fe font douloureufement évanouies
où après avoir été entraînés par l'élan d'une joie
commune , tous les coeurs ont été referrés par
une égale affliction , & ont manifefté le plus bol
accord dans leurs fentimens pour un Roi chéri ,
de pouvoir exprimer ceux d'un Souverain qui
ne donna jamais d'efpérances menfongères , &
dont le dévouement à votre caufe fera auffi conftant
que votre courage . Oui , Meffieurs , je
fens vivement tout l'honneur qu'il y a à remplir
cette partie des fonctions de mon miniftère ,
devant des hommes tels que vous , Meffieurs , &
tels que le Chef i luftre qui vous conduit . »
:
Ce difcours du Baron d'Oxenfliern eft
un véritable Manifefte fi la guerre étoit
déjà déclarée à l'Affemblée Nationale de
France , le Repréfentant du Roi de Suède
ne s'exprimeroit pas différemment .
L'Impératrice de Ruffie foutient également
fes premières manifeftations . On écrit
de Pétersbourg que toute communication
avec le Gouvernement eft interdite à M.
Genêt , Chargé des affaires de France. I
n'a pu faire parvenir au Chancelier d'Osterman
ni la lettre circulaire de M. de
Montmorin, pour annoncer l'acceptation du
Roi , ni l'Acte Conftitutionnel , ni aucun ,
Mémoire. Auffi il s'attend à être promptement
rappellé ou congédié , & en conféquence
, il a prévenu tous fes Créanciers
de fe préfenter.
Ceuxqui confidèrent ces deux Puiffances
G4
( 152 )
comme les leviers d'une coalition générale
contre la Révolution Françoife , font maintenant
affurés de l'exiftence de cette coa-
Jition , aux divers Membres de laquelle
J'Empereur , dit - on , a adreffé la Déclaration
fuivante :
cc S. M. I. fait part à toutes les Cours auxquelles
elle avoit envoyé la première circulaire
datée de Padoue le 6 Juillet , en y ajoutant aujourd'hui
la Suède , le Danemarck , la Hollande
& le Portugal , que l'état actuel du Roi
de France qui donna lieu à ladite circulaire étant
changé , elle croit devoir manifefter auxdites
Puiflances fa façon de penfer actuelle . S. M. I.
croit que l'on doit regarder comme libre le Roi
de France , & par conféquent comme valides fon
acceptation & tous les actes qui s'en font enfuivis.
Elle efpère que l'effet de ladite acceptation
fera de ramener le bon ordre en France ,
& de faire prévaloir le parti des perfonnes modérées
, felon le voeu de S. M. T. C. Mais
comme ces efpérances du Roi pourroient , contre
toure apparence , être trompées , & que tous les
défordres de la licence & les excès de violence
à l'égard du Roi pourroient le renouveller , Sa
Majellé Impériale croit que toutes les Puiffances
auxquelles elle s'eft adreflée , ne doivent point
encore fe défifter des mefures concertées entre
elles , mais fe tenir en obfervation , & faire déclarer
par leurs Miniftres refpectifs à Paris , que
leur coalition fubfifte , & qu'elles feront prêtes à
foutenir de concert en toute occurrence les droits.
du Roi & de la Monarchie Françoiſe.
ג כ
Il eft furprenant que cette déclaration
paroiffe fans date ; omiffion qui en feroit
( 153
fufpecter l'authenticité , fi elle ne paroiffoit
pas fans réclamation dans tous les Papiers
publics. Au refte , on y reconnoît le ſtyle
eventuel de la Chancellerie de Vienne ; la
modération de fes vues , & l'attention
férieufe qu'elle donne aux mouvemens de
la France.
Les Gazettes ont auffi répandu , & toujours
fans date , l'extrait d'une nouvelle
lettre , ou prétendue lettre de l'Empereur
à l'Impératrice de Ruffie , dans laquelle
$ . M. 1. déclare à cette Souveraine ; « Que
» la fituation des chofes en France paroif-
» fant être toujours la même , & le projet
» de mettre des limites à l'autorité Monar-
» chique étant fuivi par la nouvelle Affem-
» blée Nationale , avec pius d'ardeur & de
» perfévérance encore que par l'ancienne ,
» il venoit enfin de fe décider à agir effica-
» cement , & conformément à fes déclarations
de Padoue & de Pilnitz , & qu'en
» conféquence il alloit prendre les melures
» néceffaires & propres à fuivre cet objet
» avec vigueur , ne doutant pas d'être fe--
couru par les efforts de toutes les Puif-
» fances intérefiées au maintien de l'Au-
» torité Monarchique. »
L'autorité des Gazettes ne fuffit pas à
faire adopter l'existence d'une femblable:
dépêche , dont la nature , rapprochée de
la Déclaration précédente , doit infpirer de
légitimes doutes. GE
( 154 )
concernant . Le Mémoire du Pape ,
Avignon & le Comtat Venaiffin , St que
nous avons ranferit la femaine dernière ,
a été remis à Vienne , le 18 Novembre ,
à tous les Membres du Corps Diploma
tique , par le Nonce de S. S. , qui a eu
plufieurs conférences avec le Miniſtère.
L'opinion que prennent les Publiciftes
Allemands , dignes de que qu'eftime , des
Corjonctures qui menacent la Révolution
Françoife , eft allez juftement rendue dans
la lettre fuivante de Ratisbonne , en date
du 26 Novembre.
« L'affaire des Princes & Eats poffeffionnés
en France n'est pas encore reprife à la Diète ; mais
ele ne tardera pas long - temps à l'occuper . - Des:
pe fonnes inftruites prétendent qu'aucune Puillance.
d'Allemagne ne foge férieufement à foutenir les
réclamations de ces Princes , ainfi que la caufe des
Emigrés François , les armes à la main . On eft)
perfuadé , ajoutent - elles , dans prefque toutes
les Cours , que la Conftitution Françoife ne
pourra fe foutenir , & que par conféquent ,
i feroit impolitique & même inhumain d'attaquer
la France , paifqu'une attaque extérieure
ne ferviroit qu'a cxciter une guerre civile , que
Toutes les ames honnêtes doivent abhorrer, »ɔ
Cette Conftitution ; & la manière dont elle
eft interprétée & exécutée , portent le germe de fa
deftruction ; on voit manifeftement que l'Affemblée
Nationale a concentré dans fon fein tous les
pouvoirs qui constituent une Monarchie , & que
par le fait , elle donne des Loix & gouverne l'Etat ;
cette manière d'exifter dans une Société n'eft autre
( 155 )
thofe que le defpo ifme . D'ailleurs , l'Acte Conftitutionnel
lui- mê ne a un défaut irrémédiable ;
il confifte dans la féparation trop abfolue des Pouvoirs
Législatif & Exécutif; il en résultera des divifions
perpétuelles , car il eft contre la nature
des chofes que la paix fe maintienne entre deux
Corps Politiques , dont l'un eft entièrement oppofé
à l'autre , fans qu'aucun intermédiaire les
balance. Ce fera tantôtla prérogative qui s'étendra ,
& fon extenfion prefera la liberté ; fi c'eft la
liberté qui s'étend , il faudra craindre l'anarchie .
Ces confidérations font préfumer que la Conftitution
Françoife fera changée , ou bien que la
Société fe diffoudra . »
PAYS- BA S.
De Bruxelles , le 9 Décembre 1791 .
Le Gouvernement a été enfin obligé
de forcer l'obftination des Etats , en employant
à cet effet l'intervention judiciaire
du Confeil de Brabant . Les Abbés de
Villers & du Parc , les Conites de Duras
& de Limmingen , tous quatre Membres-
Députés des Etats , & mis , depuis quelque
tenips , dans les liens d'un Arrêt civil ,
avoient obtenu cependant la permillion ,
d'aliifter aux Séances des Etats : fans doute
on attendoit de leurintervention dans cette
Affemb'é , un affentiment complet aux
defirs du Souverain. En effet , le 25 Novembre
, les Etats délibérèrent qu'après
i
G6
( 156 )
avoir confenti aux fubfides , ils enverroient
trois Députés à Vienne , avec la commiffion
de porter à l'Empereur l'hommage de
leur fidélité & de leur attachement , &
qu'au furplus ils reconnoiffoient la légalité
du Confeil de Brabant , excepté pour
la formation des Loix. Ces premiers actes
de foumiflion modifiée , furent accompa
gnés de la Déclaration qu'ils biffoient de.
feurs regiftres les réfolutions antérieures ,
dont le Gouvernement avoit requis la
radiation .
Une Députation ayant porté ce délibéré
au Comte de Metternich , le. Miniftre
Impérial leur fignifia le déplaifir
du Gouvernement qui , invariable dans fon
dernier ultimatum , ne fouffriroit ni réferves
, ni exceptions dans leur reconnoiffance
entière de la légalité du Confeil de
Brabant. En effet , le Confeil d'Etat ren->
voya la repréfentation fans l'ouvrir , & le
Subftitut Procureur- général de Leenherfut
autorifé d'agir à la charge des Etats Députés
. En conféquence , le foir même , à
neuf heures , les quatre Députés retenus.
en arrêt privé , furent transférés à la prifon
civile du Treuremberg , fous l'efcorte d'un
détachement de Grenadiers . Cet évène- ,
ment caufa quelque fermentation fans:
altérer la tranquillité publique deux
jours après , le 27 , fur la requête des
Prifonniers au Confeil de Brabant , ils
( 357 )
furent élargis , c'eft- à - dire , amenés &
gardés chez eux jufqu'au 28 , qu'on leur
a rendu une liberté aufli entière que leur
foumillion ; car ils fe font défiftés de leurs
dernières réferves , en reconnoiffant dans
toute fa plénitude la légalité du Confeil
de Brabant. Le Tiers- Etat , refté paflif dans
toute cette querelle , ne s'eft pas encore
expliqué fur les fubfides..
A la vue de ces tracafferies , de ces
réfiftances fuivies d'une condefcendance:
complette , quelques perfonnes font tentées
de regarder ce débat comme un jeu con--
certé entre le Gouvernement & les Etats ;
mais quel feroit le but de cette Comédie ?
Nul ne l'a encore pénétré ni expliqué . Ik
eft bien plus vraifemblable qu'on fomente
cette méfintelligence , pour inquiéter le
Gouvernement , & pour occuper les forces.
Les foi difant Patriotes ne diffimulent
point l'influence qu'ont fur eux les Révolutionnaires
François : on en a eu la preuve
dans le Difcours imprudent tenu à quel
ques - uns de ces Patriotes , par M. de Rochambeau
fils , Préfident des amis de la
Conftitution de Maubeuge . Cette Harangue
dont on attaqua injuftement l'authenticité,
lorfque nous la fimes connoître au mois
d'Octobre , & dont l'Auteur invite les
Brabançons à jetter dans les Etats de l'Empereur
, le gexme des projets bienfaifans
des Clubiftes François , a fait ici une im
( 158 )
preffion fâcheufe fur le Gouvernement. On
ne comprenoit pas que des brouillons
fuffent allez dépourvus de prudence & de
patriotifme , pour donner ainfi à l'Empe
reur & à fes Repréfentans , un nouveau grief
contre la Révolution Françoife , & pour
l'intéreffer perfonnellement à fe garantir de
fes Apôtres inconfidérés . Le Gouvernement
des Pays Bas s'étant plaint au Miniſtère
François de cette espèce de déclaration de
guerre , il n'a pas
été peu étonné d'ap¬
prendre par les Feuilles de Paris , que M.
Delefart ayant tenté quelques recherches
à ce fujet , auprès de la Municipalité de
Maubeuge , les Amis de la Conftitution
ont publiquement dans une lettre imprimée
traité la plainte d'infolence , &
rappellé M. Deleffart à fes devoirs , puifque
le livre facré de nos loix philofophiques
difent ces Meffieurs , doit être ouvert au
monde entier (1) .,
"
Nos lettres de Vienne en date du 26 Novembre
, annoncent que , deux jours au- ,
paravant,l'Ambaſſadeur defrance avoit reçu
les dernières Proclamations de S. M.T.C.,
contre les Princes fes Frères & contre les
Emigrés François . A ces pièces s'eft trouvée ,
jointe une dépêche , où le Ministère des
¿
1 ) Voyez le Moniteur , les Annales Patriotiques
, le Patriote François , &c. &c.
·( 1593 )
Tuileries , prie l'Empereur d'intervenir
auprès des Electeurs & autres Princes de
l'Empire , pour faire ceffer les raffemblemens
& les préparatifs militaires des François
qui fe trouvent fur leur territoire.
La partie de ces Emigrés qui exifte dans
nos Provinces Belgiques , n'a pas changé
de fituation. Le plus grand nombre eft
encore fans armes , à Tournay , à Ath ,
Aloft , Enghien , Namur , Leuze , & autres.
villes . Quant au rete , qui eft beaucoup
plus confidérable , il a pris une pofition
défenfive & militane , fule triangle formé
par les villes de Trèves , Coblentz & Liège ,
entre la Meufe & la Mofelle : les gens de
l'art connoiffoient depuis long-temps cet
emplacement avantageux. LePrince Evêque
de Liège a permis que 1500 François occupaffent
la Citadelle de fa réfidence. Les
Communications entre Coblentz , Trèves ,
& Worms , font couvertes de Familles
refugiées.
Quant à notre ville où il s'en trouve
également un grand nombre , elle femble .
être un rendez - vous d'intrigues relatives
aux affaires de France ; or , les intrigues
ne font pas des négociations , quoique
l'ufage les ait confondues depuis un demifiècle
, chez nos voifins comme dans le´
refte de l'Europe. Les Négociateurs ne s'occupent
que de vues générales & de l'intérêt
public qui leur eft confié. Les. Intrigans
'( 160 )
ne s'occupent que de vues particulières &
d'intérêts individuels. Janiais l'Europe ne
fut peut être dans une crife plus redoutable ,
& jamais elle n'offrit une foule auffi alarmante
d'hommes niédiocres . Cette mé :
diocrité eft une fource néceffaire de divifions
; car , moins on a l'efprit étendu ,
moins on l'a jufte ; on ne combine alors
que des petitelles , on ne fait rien facrifier;
une vanité confiante prend la place
d'une fermeté prudente ; on immofe les
plus grandes confidérations à des animofités
puériles ; on flotte fans ceffe de l'abattement
à la fureur..
GRANDE - BRETAGNE.
De Londres , le 7 Décembre.
On prépare quelques Sloops de guerre
pour le fervice des Indes Occidentales ;
mais il n'eft encore parti ni un vaiffeaur
ni un feul Soldat pour cette partie du monde
, malgré les réclamations inftantes des
Planteurs. Deux feuis Paquebots ont fait
voile dernièrement , l'un pour la Barbade ,
Fautre pour la Jamaïque , dont le Gou
verneur apparemment-i'a pas exprimé des
craintes bien vives . En effet , tous les
Habitans blancs de l'lfle font unis ; l'har
monie la plus parfaite règne entre le Gouverneur
& l'Aflemblée générale,formée non
de Citoyens actifs , mais de Propriétaires ; .
161 )
les Troupes de terre & de mer font dans
le meilleur ordre , il n'y a point là de
Droits de l'Homme , de Patriotes & de Phi-
·lantropes pour les débaucher » pour leur
apprendre à défobéir , à affaffiner leurs
Chefs , à s'allier à celui qui paie le plus chè
rement leurs crimes . Ainfi , en cas qu'il fe
manifeftât un principe de révolte parmi
les Nègres de nos Ifles , elles ont un
Gouvernement & des forces pour l'étouffer.
Le Miniftère ne perd pas de vue les
difcuffions & les efforts , par lefquels on
retarde en France l'envoi des fecours à St.
Domingue. Le Public regarde ici cette Colonie
comme perdue ; mais M. Pitt faura
peut- être la retrouver. Ce Miniftre propofera
, dit-on , au Parlement , de récom
penfer les Orateurs & les Philantropes
François qui achèvent gaîment & à grands
pas , la ruine entière du Commerce matitime
de leur Patrie .
Des nouvelles exagérées reçues de France fur
l'état des chofes dans l'Inde , n'avoient obtenu
ici que fort
peu
de crédit
. Nous
fommes
accoutumés
à ces bulletins de Pondichery , qui détruifent
périodiquement nos armées . Enfin l'on a reçu
des informations directes & authentiques de la
Présidence de Madras par le vaiffeau le Léopard ,
qui a appareillé de la côte de Coromandel le 16
Juillet , & arrivé le 28 novembre à Spithéad. Il
réfulte des dépêches du Confeil de Madras , &
de celles de Mylord Cornwallis qui y font an(
162 )
nexées , que fans être bien favorables , les rapports
de l'armée n'annoncent aucun revers .
Lord Cornwallis s'étoit avancé vers Seringapatam
, couvert à cinq milles de diftance par l'armée
de Tippoo-Saib. Un , combat opiniâtre s'eft engagé
le 15 Mai : malgré la réfiftance de Tippoo ,
nos troupes ont emporté les poftes principaux ,
& après l'avoir délogé , font reftées maitreffes
du champ de bataille . L'action a été meurtrière :
clle nous a coûté 500 hommes morts ou bleffés ,
Parmi lesquels 23 officiers. L'abondance des
pluies & les mouffons ont obligé , néanmoins ,
Lord Cornwallis à remettre à une autre faifon le
fiége de Séringapatan , & à revenir à Bengalore.
Sa retraite a été pénible , à caufe des mauvais
chemins & de la rareté des provifions . Une grande
partie des boeufs de trait a péri ; & il a f.llu détruire
des traits de groffe arti lerie . Heureufement
un Corps confidérable de Marattes s'étant
réuni à notre armée , elle lui a fourni du fourrage
& des vivres , A fon arrivée à Bengalore ,
elle y a trouvé une abondance de fecours & de
provifions. Tippoo a de nouveau offert la paix ;
peut être s'effectuerat eile dans l'intervalle
d'inaction , auquel la faifon force les parties bel
ligérantes.
·
FRANCE.
De Paris , le 8 Décembre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche , 4 décembre.
Les municipaux de Caen ont achevé l'inter(
163 )
rogatoire qu'ils n'avoient aucun droit de conmencer;
ils n'ofent pas délivrer du fecret les prifonniers
qu'ils ont ofé y metrre. Cependant les
nouvelles loix ordonnent que , l'interrogatoire
fabi , les prévenus ne feront plus au fecret. La
queftion préalable a laiffé les victimes à la merci
de ces municipaux .
Un des accufateurs publics de Paris , M. Maillard
, gémi: de ce que les citoyens défertent les
affemblées des fections , & propofe férieufement
une loi , qui ferme les fpectacles pendant le
temps de ces affemblées , où les patriotes com
mencent à s'impatienter de leur folitude. Ils n'en
diront pas moins que la majorité du peuple fait
les élections .
сс
Encore des municipaux qui informent juridiquement.
Des officiers font dénoncés à Toul
comme embaucheurs pour les émigrés ; ils nient ;
quatre témoins les accufent. Une difcuffion s'eft
élevée fur ce rapport. M. Gouvion attefte que
la ville de Toul eft infectée d'ariftocratie , mais
que le peuple ( qui fans doute ne compofe pas
la vile eft bon patriots . « Ma famille , a -t -il
dit , y eft fouvent infultée , à caufe de mon
patriotifine reconnu . Si on ne nous protége pas ,
nous deviendrons évidemment les victimes des
malveillans . Graces à Dieu ! Il n'y a ni nobles ,
ni ariftocrates dans la municipalité . Vous pouvez
y avoir toute confiance . S'il y avoit le moindre
mouvement parmi les dragons , la garde nationale
eft très - bonne & pourra leur en impofer ».
L'accufation porte fur un officier de ces dragons .
On a chargé le comité de légiflation de méditer
une nouvelle loi contre les enrôlemens
illégaux ; car , en tout , c'est comme fi les pre(
164 )
miers élémens de la fociété étoient à créer ;
voici le décret que l'Affemblée a rendu
« L'Affemblée nationale décrète qu'il y a lieu
à accufation contre Charles - François Malvoifin ,
lieutenant- colonel , commandant le treizième régiment
de dragons , Nicolas François - Xavier
Gauthier , ci -devant garde-du- corps du Roi , &
Charles-François Mare , fils mineur de Clément
Mare , ci- devant chantre de l'églife collégiale de
Toul , comme prévenus d'attentat à la sûreté de
l'état , d'enrôlemens & de complots en faveur
des ennemis de l'état ; »
сс« Décrète que le pouvoir exécutif fera chargé
d'envoyer le préfent décret à Toul , fur- le-champ ,
& par un courier extraordinaire ; que les acculés ,
auffi-tôt après leur arreftation feront transférés
féparément dans les prifons de la ville d'Orléans ,
& que les fcellés feront appofés fans délai fug
leurs papiers. »
Les commiffaires de la comptabilité font venus
préfenter leurs hommages ; le préfident les a exhortés
à feconder les intentions de l'Affemblée ,
dont la plus ferme volonté eft de connoître
l'emploi des deniers de l'état , « & de donner un
cours régulier à ce fleuve falutaire , fi longtemps
égalé dans des marais fangeux ou abreuvant
des plantes vénéneufes . » On a vivement applaudi
cette poéfie des finances.
La féance a fini par la pétition d'un nombre
de petits enfans en uniforme , & réunis en ba
taillon , lefquels , par l'organe de leurs grands-
Papas qui les conduifoient , ont demandé de
petits canons pour leur fervice militaire .
Du lundi, 5 décembre.
Le ministre de la juſtice a informé l'Aſſemblée
( 165 )
que les payfans détenus dans les prifons de Périgucux,
pour fait de pillage , ont été élargis en
vertu de l'amniſtic .
Des députés da confeil du département du
Nord , font venus impiorer des fecours pour leurs
municipalités & pour leurs hôpitaux réduits aux
dernières horreurs de la misère . Au lieu de
480,000 liv. de revenu , à peine leur en reftet-
il 10,000 liv. Les biens des communes hypothéqués
n'offrent plus de reffource . Ce département
a vendu au- delà de 40 millions de biens nationaux ,
& en a pour cent millions à vendre . En annonçant
que plus de 280 mille infortunés étoient fans
pain , que les atteliers fe trouvoient déferts , que
des propriétaires abandonnoient leur bien ne pouvant
le cultiver , &c. , ils ont réclamé l'exécution
du décret du 2 novembre 1789 , portant
que tous les biens du clergé font à la difpofition
de la nation , à la charge de pourvoir , d'une
manière convenable , aux frais du culte , à l'entretien
de ſes miniftres , & au foulagement des
pauvres. Pour fe rendre l'auditoire plus favorable
, ils ont fini par louer les mesures vigoureufes
prifes contre les prêtres diffidens . On leur
a donné les honneurs dela féance , & leur pétition
a été renvoyée au comité :
M. Sedillez a ob: e u la parole pour une
motion d'ordre. Il a dit qu'il avoit ſuivi la marche
de l'Affemblée , réfléchi fur les devoirs des légiflateurs
, & confulré l'opinion publique ; que
fa confcience lui donnoit le courage d'énoncer la
vérité, & que la juftice donneroit à l'Affemblée
celui de l'entendre . Traçant rapidement ce que
la légiflature avoit à faire , il s'eft demandé :
Qu'avons-nous fait ? » & s'eft répondu : « Rien ,
erien encore.Le citoyen cherche en vain dans nos
cc
2
( 166 )
cc
cc
сс
« féances un travail utile & fuivi ; il eft é: onné du
« "vide énorme qu'il y trouve ... Que difent nos
« ennemis ? que penfent de nous les nations
étrangères ? ... Nous nous occupons d'affaires
particulières , comme fi´nous n'étions pas
« chargés des affaires publiques ; nous donnons
« dés décifions , au lieu de faire des loix ; nous
« ne délibérons pas , nous intriguons ; nous ne
parlons pas , nous crions ; de grands mots au
« lieu de grandes chofes ; au lieu de raifons ,
« des perfonnalités ; de la tactique , au lieu d'éloquence
; des raifonpemens qui mênent à
« l'erreur ; un patriotilme qni tue la patrie . »
cc
се
сс
сс
сс
CC
сс
Après avoir établi que la législature n'avoit
pas les mêmes caufes de divifion que l'Affemblée
conftituante , il a continué : « D'où vient
« donc le défordre qui règne dans nos féances ?
Pourquoi ne voulons - nous entendre lės
que
« orateurs qui abondent dans notre fens ? ... Perfonne
n'eft entendu . Celui qui parle avec
énergie , eſt un factieux ; celui qui parle avec
prudence , eft un endormeur ; le tumulte , la
confufion , l'intolérance , telle eſt l'hiſtoire
« fcandaleufe & trop publique de nos débáts .
Cependant le peuple François nous voit &
« hous juge ; & quand je parle du peuple , je
n'entends ps celui qui vous écoute & vous
applaudit ; car toute la France n'eſt pas dans
Paris , ni Paris dans vos tribunes . Gardez - vous
« de vous laiffer féduire par des applaudiffemens
« éphémères , que fouvent il vous fera glorieux
« de ne pas obtenir . La France entière attend
« de nous fa tranquillité , fon boch :ur …………. Là
font tous nos devoirs ; la fera notre gloire ...
« Chacun de nous fortira de la carrière , cou-
« yert de la gloire ou de la honte commune, »
CC
сс
се
сс
сс
сс
( 167 )
L'orateur a excufé lés premiers tumultes par
la fermentation naturelle entre tant d'efprits divers
qui ne fe connoiffoient pas « Mais cette
« fermentation tumultueufe a un terme ; & fi
сс
elle durcit plus long-temps , a - t- il dit , elle
« nous mèneroit infailliblement à la diffolution
« de tous les élémens du corps politique ......
Quel ord: e peut- on efpérer dans l'Etat , fi le
défordre règne dans l'Aſſemblée nationale ?...
« Comment fe flattera - t - on de nous voir achever
« des travaux immenfes fi l'on nous voit perdre
« le temps de la patrie dans des difcuffions indécc
сс
centes & frivoles ? Quelle idée prendra- t - on
« de la fageffe de nos loix , fi on les voit éclore au
« milieu de folles divagations ? Comment enfe
« pourra-t- on croire à l'établiſſement de la conf-
« titution , fi les pouvoirs conftitués fe heurtent
fans ceffe , & femblent chercher à fe détruire ?
« Ils ne font que de naître ; ils marchent encore
e à peine ; le pouvoir exécutif fur- tout a befoin
ce d'être furveillé , mais ne doit plus être tenu à la
« lifière... Ou la majefté du peuple n'est qu'un
« nom , ou l'on doit en appercevoir l'image dans
l'Affemblée de fes repréfentans ; & c'eft auffi
par leurs difcours ou par leurs écrits qu'on
« doit juger du caractère public & de la probité
« nationale . » Or , voici la fubftance des moyens
qu'a propofés M. Sedillez , pour faire prendre
promptement à l'Affemblée cette attitude impofante,
ce ton de décence & de dignité qui infpirent
le refpect & la confiance.
сс
CC
ce 1º Réduire les féances du foir à deux par
femaine ; 2 °, les confacrer aux pétitions , & n'y
rendre aucun décret définitif , aucune loi de
Etat , divifer les féances du matin en trois
époques ; deftiner la première aux affaires ur(
168 )
> gentes & aux miniftres ; la feconde , à partir de
midi , à la lecture des rapports inferits & lus
dans un ordre invariable ; la troifième, à partir
de deux heures , à la difcuffion de ces rapports ;
4° . même après la difcuffion fermée , ne refuſer
la parole à aucun membre qui voudra. prouver
qu'un article eft contraire à la conftitution .
לכ
On a fouvent interrompu ce difcours par des
murmures & par des applaudiffemens ; les derniers
mots du fujet ont été couverts du cri : la question
préalable. M. Thuriot la jugé contraire à la
liberté de l'Affemblée. M. Albitte a dit avec
plus d'humeur que de logique : «Tout ce que
noys venons d'entendre eft dans les feuilles de
Royou & de Durofoy... Je demande donc que
la queftion préalable faffe juftice du difcours &
du projet de décret. » M. de Vaublanc en a
follicité l'impreffion , en y cenfurant les mots :
nous ne délibérons pas , nous intriguons . Enfin ,
une majorité victorieufe de longues criailleries ,
a fagement décrété l'impreffion , la diftribution
& le renvoi au comité de légiflation , avec ordre
d'en faire le rapport dans trois jours .
".

L'Affemblée a adopté , d'urgence , onze articles
fur la troifième & nouvelle organiſation
des huit comités des finances & des domaines ,
réduits à fix ; 19. un comité des liquidations ;
2º. un comité de l'examen des comptes ; 3 °. un
comité des domaines ; 4° . un comité des affignats
& monnoies ; 5°. un comité de l'ordinaire
des finances , & 6 , un comité de l'extraordinaire
des finances ; ces deux derniers , compofés
chacun de 24 membres feront fubftitués aux
quatre comités abolis , de la dette publique ,
de la caiffe de l'extraordinaire , des contributions
publiques & des dépenfes publiques.
13
( 169 ) 1
M. Cahier de Garville , miniftre de intét .
rieur , s'eft hâté d'annoncer qu'une heure après
la remiſe du décret , un courrier étoit parti pour
porter l'ordre d'arrêter les accufés de Toul .
Les administrateurs du département du Finiftère
, mandent que les campagnes font entièrement
foulevées , que les malheurs s'y fuccèdent,
que le fang coule ; qu'ils ont ordonné « d'arrêter
tous les perturbateurs tant féculiers que réguliers
( vifs applaudiſſemens ) » . Ils imputent les
troubles à une ordonnance paftorale de M. desi
la Marche, évaque de Léon , où ce prélat dict
qu'il n'a pu voir, kes perfécutions , les violences
qui déchirent fon diocèfe , fans que les yeux
ferempliffent de larmes ... Ici de nombreux éclats
de rire ont interrompu la lecture , & l'on a
renvoyé des pleurs fiifibles à MM. Faucher , Chabot
, Ifnard , &c., au comité de furveillance .
Une lettre du ministre de la marine a informé
Ademblée qu'il avoit été embarqué fur divers
bâtimens pour fecourir les colonies , 6,300
hommes , 60 mille piaftres , des fafils , des pifto
lets des fabres & beaucoup de vivres. Après
avoir lu cette note , M. Delmas a dit que ces
mefures étoient abfolument conformes au décret ,
rendu, M. Rouillien a foutenu que cela étoit faux.
Il s'eft engagé alors un débat dont vingt pages ne
donneroient qu'une idée incomplette ; nous n'en ,
indiquerons que l'effentiel ..
Quelques membres , & M. Lacroix , ont paru
fort alarmés de la poffibilité que les troupes n'at
rivaffent aux colonies que pour y faire exácuter
le décret du 24 feptembre , & qu'elles ne
fervillent à rompte le coneurdat paffé fi librement
entre les blanes & les gens de couleur . D'autres
approuvoient l'intervention d'une force pour at
Nº . 51. 17 Décembre 1791. H
( 170 )
(
rêter le cours des meurtres & des incendies ;
mais auroient defiré des inftructions quilborealfent
à cet unique effet l'action des troupes expédiées.
On elt palé à l'ordre du jour.
M. de Bertrand eft venu répondre , avec
autant de melure & de fermeté que de nobleſſe,
aux dénonciations portées contre lui , & a foumis
à la fageffe & à la juftice de l'Affemblée d'im- >
portantes confidérations pour la déterminer à
n'accueillir qu'après le plus férieux examen · les
inculpations fans cefle renaiffantes & toujours
injuftes qu'on fe permet de hafarder dans fon
fein contre les principaux agens du pouvoir exécutif.
Entrant dans les détails des atteintes fuppolées
portées à la loi du 29 novembre , il a
prouvé que l'on y avoit ponctuellement fatisfait
, qu'aucun traitement n'étoit payé à des
fonctionnaites abfens du royaume fans miffion'
qu'à cette époque , aucun officier de la marine
n'étoit abfent du royaume que trois officiers
généraux , MM. d'Aphon , de Babry & du Cafzelet
, étoient , le premier à Spa , les deux autres
à Nice , pour leur fanté ; que M. du Caftelet ne
s'étoit fouftrait qu'avec une extrême difficulté
aux dangers dont il fut menacé au moment de
prêter fon ferment civique à Toulon ; & qu'ils
n'ont encore rien touché de leur traitement ; que
deux officiers ayant paffé dans l'étranger , avoient
été rayés , MM. ( 1 ) de la Bintinaye & le 'che-
(1 ) M. de laBintinaye en quittant le royaume ,
a renoncé de lui - même , à fon traitement &
même à la penfion qu'il avoit échangée contre un
bras emporté , & les actes de la plus memora
( 171 )
valier de Sade ( chevalier de Malthe )... A ce mot
de chevalier , des murmures ont interrompu le miniftre
, & le préfident l'a prié de s'exprimer d'une
manière plus conſtitutionnelle .
D'après la faite du difcours de M. de Bertrand
, il n'a donné que les congés d'ulage ;
aucun des officiers employés , foit à la mer , foit
dans les ports , n'a défenté fon pofte . Les nouvelles
loix même leur permettent de s'abfenter
lorfqu'ils ne font pas de fervice. Quant à la
nomination de M. de la Jaille au commandement
du vailleau le Duguay - Trouin , tous les
témoignages les plus dignes de foi fe réuniffent
en faveur des talens & da patriotifme éclairé de
cet officier , & l'Affemblée conftituante n'a pas
donné de fuite aux dénonciations portées contre
lui. Enfermé dans un cachot , il demande à être
jugé, Alors le miniftre a peint les funeftes effets
qu'auroient des violences pareilles à celles que
les perfides & lâches agitateurs du peuple viennent
d'exercer impunément à Breft ; la difficulé
de trouver des officiers qui veuillent commander
au milieu de l'infurrection des équipages & des
outrages de la populace des ports ; enfin , il a
ajoute « le Roi m'a chargé de vous inviter à
vous occuper des mefures que les circonftances .
exigent , & de pourvoir à cette partie de la force
publique. »
f
On avoit annoncé à l'Affemblée que la plupart
des officiers de la matine marchande étoient
en état & defiroient de commander des vaiffeu
ble valeur , dans le combat de la Surveillante &
du Quebec. Sa lettre au miniftre & fa déclara
tion ont été imprimées , il y a un an .
H :
( 172 )
de guerre ; le miniftre a affuré , que , malgré
les invitations fréquemment publiées , lorsque
l'examinateur annoncé depuis deux mois à Breit ,
eft arrivé le 24 novembre , aucun navigateur ne
s'eft préfenté pour l'examen d'enſeigne, & qu'il n'y
a cu que fept concurrens pour 24 places d'afpirans
. Sa Majefté engage l'Affemblée à s'occuper
inceffamment d'un mode de remplacement plus
facile , plus prompt , qui ne compromette ni la
sreté de nos vaiffeaux ni la gloire du pavillon
François , & de pourvoi , dans ce moment , au
befoin du ſervice . Enfin revenant aux dénonciations
, aux calomnies , M. de Bertrand a:
établi que c'étoit l'arme des plus grands ennemis
de la conftitution , & a protefté que cette ,
forte de peine impofée au zèle des miniftres ,,
les honoroit trop pour qu'ils vouluffent s'y dérober.
Ce difcours a été applaudi du public & d'ure
partie de l'Affemblée . On a invoqué l'ordre du
jour. Un décret a ordonné le renvoi au comité.
La demande de l'impreffion a effuyé de ces chi-,
canes qu'on croiroit impoffibles entre gens qui ,
fe refpecte . Comme le manufcrit étoit informe ,
le miniftre avoit dit au bureau qu'il alloit le
faire mettre au net. Un membre a crié ce ne
fera pas la même chofe ; d'autres : il va le
changer ; ces propos afliiniloient à tort M. de
Bertrand à M. Fauchet qui dernièrement a fupprimé
, à l'impreffion , les traits horribles qu'il
n'avoit pas rougi de prononcer contre M. de,
Leffart. L'impreffion eft décidée , mais on n'en
décrétera plus que les difcours ne foient dépofés
fur le bureau , du moins les difcours des miniftres.
173.
Du lundi , féance du foir.
Après une nuée d'adreffes laudatives fur le
décrct contre les émigrans , dont l'une dit , en
parlant du veto & du Roi , que 24 millions
d'individus ne peuvent pas être victimes de fes
caprices , & que l'Affemblée doit le rendre
refponfable ( quoiqu'inviolable ) ; un pétitionnaire
eft venu à la barre entretenir l'Affemblée d'un
plan de banque de 300 mille actions de 5,200
liv . , qui payeroit les dettes de l'Etat . Un autre
pétitionnaire , du nombre de ceux qui furent
emprifonnés pour la pétition du Champ de Mars,
au mois d'août , eft venu demander qu'on le
jugeât. Il a reçu les honneurs de la féance .
Du mardi , 6 Décembre.
Parmi un tas d'adreffes oifeufes , M. Paftorei a
fait lecture d'une lettre de quelques clubiffes Anglois
, qui s'intitulent fociété conftitutionnelle des
Whigs. Cette miffive eft une feconde édition du
pathos amphigourique dont la fociété de la révo-
Jution honora l'Affemblée conftituante .
On a crié mention honorable... Réponse à fa
fociété des Whigs ... Envoi au 83 départemens....
Envoi aux puiffances étrangères . M. Thorillon a
cependant obfervé qu'il ne falloit pas prendre les
complimens de quelques particuliers pour le fuffrage
de toute une nation. Mais M. Lacretelle a
penfé que le président devoit répondre à cette
fociété , parce qu'elle embraffe l'Angleterre entière
, & que la voix du club des Whigs eft la voix
de tous les vrais Anglois (1 ).
2
(1) M. de Lacretelle fe trompe. Le club de
Londres n'a rien de commun avec les autres fo-
H
3
( 174 )
P
LAffemblée a décrété : 1 °. que l'adreffe des
Whigs fera imprimée , envoyée au 83 départemens
qui la feront publier dans les parciffes deleur
territoire ; 2 ° . qu'elle fera inférée au procès-verbal
en Anglois & en François ; 3 °. que le préfident
eft autorifé à répondre à la fociété ; 4. que
fa réponſe fera inférée à la fuite de l'adreffe ;
que les commiflaires qui porteront le décret
la fanction du Roi , lui préfenteront une expédition
de l'adreffe des Whigs.
Une lettre des commillaires de la trésorerie a
notifié l'épuisement très - prochain des 1,800 millions
d'affignats décrétés , & follicité une nouvelle
émiffion, Cet objt bien plus important que les
infignifiantes flago reries de quelques Platons de
taverne Angloite , eft ajourné après les queftious
relatives aux colonies , dont on s'est enfin occupé.
Deux opinions ont partagé les orateurs comne
la veille . M. Dumas & le véritable ordre du jour
bornoient la délibération à la question : inviterat-
on le Roi à fufpendre l'envoi des troupes à St.
Domingue ?
M. Ducaftel a oppofé M. Briffot à M. Briffot.
En effet cet abfurde fophifte avoit fuppofé prefqu'en
même temps , que les troupes envoyées ferviroient
d'inftrumens aux blancs pour tyrannifer
les hommes de couleur ; & qu'il falloit être réciétés
du même nom ces dernières n'ont eu aucune
part à la lettre du club de Londres , écrite
non par la fociété des Whigs , mais par quelques
brouillons méprifables que dirige le fieur Paine..
Le club n'eft pas plus le peuple Anglois que leclub
des Jacobins, n'eit le peuple Franois,
( 175 )
fervé fur l'envoi des troupes , parce que les foldats
François pleins d'idées de liberté répugneroient à
fervir la caufe des blancs contre les efclaves .
C'étoit bien le moyen de ne pas manquer
de
raifons contre l'envoi de fecours implorés , promis
, décrétés. M. Ducaftel a peint les dangers
d'un retard , & la terrible refponfabilité dont fe
chargeroit l'Affemblée nationale.
Selon M. Brival , les chefs des troupes de
ligue font les complices- nés du defpotifme ; leur
patriotifme eft fufpect. Il faut envoyer des commiffaires
conciliateurs . Parce les colonies ont
que
l'initiative , les François doivent - ils feconder leurs
vues lorfqu'elles veulent enchaîner des hommes ?
Epoux d'une créole , M. Brival a taché de perfuader
qu'il ignoroit que fa femme cût des efclaves.
« On m'a dit qu'elle avoit des nègres ; je ne
l'ai jamais cru , parce que je ne pourrois jamais
me croire propriétaire d'un feul homme ».
M. Ducos a foutenu que la fufpenfion du départ
des troupes feroit fuperflue fi elles étoient déja
parties , & dangereufe fi elle n'étoit inutile ;
qu'elle fourniroit à la calomnie l'occafion d'accufer
l'Affemblée de facrifier les colons & les colonies
; que la feule nouvelle d'un délai pourroit
caufer de funeftes impreffions dans les villes maritimes.
ا ک
Ne doutant plus de la perverfité des colons ,
on ne fait fur quelles preuves, M. Blanchon croyoit
qu'il valoit mieux s'expofer à une refponfabilité
que de devenir oppreffeur. «Ou il faudra , difoitil
, que nos foldats , comme l'équipage de Lembufcade
, fe refuſent à la fubordination , ou bien
i doivent être , contre leurs fentimens les plus
chers , les inftrumens de l'injuftice la plus cruelle . »
Toute l'Europe avouera qu'un royaume ou de
H 4
( 176 )
C
pareilles difcuffions font tolérées & publiques, doit
renoncer à avoir une armée & des forces navales
).
"M. Gutades a dit que la révolte des nègres &
le carnage font des faits qu'il eft urgent d'arrêter
; que les craintes de voir les blancs employer
les troupes pour rompre le concordat paffé ontreux
& les mulâtres,ne portent que fur des probabilités;
que des doutes ne doivent point contrarier
ices mesures néceffaires , & qu'ainfi l'on doit laiffer
partir les troupes. Il n'eft plus poffible de fe
taire , a-t-il ajouté ; les colons blancs de Saint-
Domingue ne veulent pas de concordat ; ils l'ont
tous déclaré. Ils ont reproché avec aigreur , avec
indécence peut-être , à un ami de l'humanité ,
d'avoir dit dans cette tribune : périffent les colonies
plutôt que de facrifier un principe ! Eh ! ils ne
rougiffent pas de dire : périffent les colonies , s'il
fant que nous accordions aux hommes de couleur las
droits que le concordat leur affure !
ל כ
Enverra- t- on ? n'enverra- t- on pas , difoit M.
Mazulier Délibérons fur les inftructions à
donner aux troupes , difoit M. Vergniaud . MM.
Genfonné & Briffot lifent leurs projets de loi. On
fe difpute fur la priorité. Le vacarme eft au comble
, on n'entend que les clameurs confuſes :
l'appel nominal.... aux voix.... Taifez- vous...
Levez la féance... Il y a du doute... Il n'y en a
pas... M. le préfident , vous avez un chapeen ,
& l'abbaye... Déja le décret d'urgence eft rendu ,
& l'on ne fait pas encore ce qu'il eft urgent de décter.
Un grand nombre de membres courent
s'inferire au bureau pour un comité général ; le
tumulte devient effroyable , c'eft la diète de Pologne
il y a cent ans ; le préfident ſe couvre ,
Quelqu'un lui cric : à bas le chapeau ; on entend
( 177 )
le mot : fcélérats ... Le calme renaît & la difcuffion
eft prorogée au lendemain .
Du mercredi , 7 décembre.
Les adminiſtrateurs du département du Finif
tère accufant d'impoſture le miniftre de la marine
, foutiennent qu'il y a dans le nombre des
officiers un déficit de 403 , & que ce miniftre
a feul caufé les derniers troubles de Breft en
nommant M. de la Jaille. Is dénoncent tous
les miniftres comme des traîtres ; donnent des
leçons au corps législatif : « forcez - les , lui
écrivent- ils , à remplacer les officiers par des
patriotes сс
M. Lafource vouloit que le comité de ſurveil
lance examinât les dénonciations avant qu'elles
fuffent lues , pour que le défaut de preuves ne
compromît plus les légiflateuis ; mais M. Chabot
s'eft oppofé à cette motion , en áffurant que le
comité prouveroit que le miniftre « eft venu
non fe blanchir , mais fe noircir par des infolences
. Ces aménités civiques ont été renvoyées
aux comités de furveillance , de légiflation
& de marine.
Sur une lettre de M. Belin , M. Lafond-
Ladebat a demandé , au nom de M. de la Jaithe,
que le comité de marine atteftat qu'il n'exille
aucune dénonciation qui inculpes det officier ,
pour détruire la fauffe opinion qui a fervi de
prétexte aux horreurs commifes à Breft . Ila
été répondu que le comité , inftruit de la pétition
de M. de la Jaille avoit fait toutes les
- recherches &" n'avoit trouvé aucune inculpation.
J
Des députés de la ville de Saint Pierre ont
dénoncé à la barre l'affemblée coloniale ; M. de
HS.
( 178)

'Béhague , &c. C'eft une des mille , formes doanées
aux allégations de M. Briffot qui ne manquera
pas d'y trouver une nouvelle moiffon de
preuves. Ils ont reçu les honneurs de la ſéance ,
& leurs pièces enrichiront le comité colonial .
On a fait lecture de la réponſe du préſident à
la fociété des whigs . Le dernier paragraphe en
donnera une idée fuffifante :
« Salut à l'antique fociété des whigs ; falut à
VOUS , INNOMBRABLES DÉFENSEURS DE LA LIBERTE
(1) Sans doute la nation Françoife
accepte avec tranfport & vos veux & vos offres
fraternelles ; elle accepte fur- tout le grand exemple
que vous lui donnez d'un inflexible dévouement
, d'un amour fans mélange pour la conftitution
de fon pays . C'eft par de tels refforts
qu'un Etat eft vraiment impériffable , qu'il brave.
les conjurations & les revers , & qu'il fortiroit
même du naufrage , debout , & majestueux , à.
côté de fes loix. »
Apè de grands myſtères révélés par le journal:
(1) Obfervez que ces innombrables , qui of
frent de défendre la liberté Françoiſe de leur
fortune & de leur perfonae , fon une.
foixantaine d'Anglois ou prétendus . Anglois ,
auxquels le préfident répond avec la gravitéqu'on
mettroit à écrire aux trois Royaumes Britanniques
réunis . Les correfpondans Anglois d:
Affemblée font précisément à l'Angleterre , ce
qu'étoient à l'univers les vagabons complimentés
par l'Affemblée conftituante , fous le nom de
députés du genre humain, Ces méprifes d'amourpropre
jettent plus de ridicule far la France , fur.
la conftiturion , fur la révolution , que les farsafmes
de leurs adverfaires..
( 179 )
deM. Dupontde Nemours , au fujet de la miffion.
de M. Rouftan , député de St. Domingue , pour
inplorer le fecours des Etats - Unis , mystères
que la fuite expliquera ,, M. Briffot a reproduit
fon projet de la veille , auquel il a ajouté :
fans entendre rien préjuger fur le fond de la
question.
Perfonne n'a été furpris de l'entendre foutenir
que , confolider par la force armée l'état que
les gens de couleur ont ufurpé par la force armée
, au mois de feptembre , ce feroit affurer
les droits de l'affemblée cofoniale ,, confacrés
par le décret du 24 feptembre , décret , fuivant :
lui , conſtitutionnel & qui doit être refpecté.
Pour avoir la mesure de fa bonne- foi , il fuffira
de fe rappeller que ce décret , qu'il prétend
refpecter , reconnoît aux colons le drom de fixer
librement le fort des hommes de couleur. Or , à l'en
croire , les colons ont ufé librement de ce droit
avant de connoître le décret , en fignant le concordat
fous peine d'être exterminés. « Par ce
moyen , a- t- il dit , les hommes de couleur auront
un garant de leurs droits ( la force ! ) , & :
l'affemblée coloniale fera fatisfaite par la réferve
qui maintient fes d: ots ( déjà facrifiés ! ) ; ainfi
je pense qu'il ne peut plus refter de doute fur
cette question ». Telleeft la morale philantropique..
M. Garran de Coulon divaguant à loifir dans
l'encyclopécie de la nouvelle politique , a traité le:
concordat de pacte de famille bien autrement facré
que celui des Rois ; il a comparé les droits des
mulâtres à celui des Avignonois de s'unir à la
France , en établiffant que toujours les droits
sacquièrent par la force & par la révolte:
Théorie execrable qui ne laiſſe à la métropole
ni le droit d'envoyer aux colons des fecourss
H
( 180 )
contre les efclaves qui es égorgent , ni le droit
" de bâmer les colons siis le déclaroient inde .
pendans de la mère-patrie ). A ce fujet , M.
Garran a demandé fi ce n'étoit pas en fe révoltant
que les Hollandais , les Saiffes , les Anglois
, les Américairs & les François étoient
devenus libres ; il a vu dans la déclaration des
droits « le patrimoine du riche & du pauvre ,
da philofophe & de l'ignorant , de l'infulaire
& du continental , des fauvages du Nord & des
barbares du Midi , du fâtre & du Rei. "
Faifant arme de tout , & confondant fans
ceffe la liberté civile néceffaire à chaque individu
qui n'en abuſe pas ou qui peut en ultr
fans être pu miférable , & les cr its politiques
dont le plus grand nombre des ' hommes n'eft
pas fufceptible , & qu'il eft aufli dangereux
qu'abfurde de leur peindre comme l'unique élément
du bonheur , l'opinant s'eft prévalu même
des ordonnances da defpote Louis XIV, qui
donnent aux affranchis les droits communs des
François.
Les conclufions de l'orateur ont été qu'il ne
faut point laiffer aux colons la faculté de régler
l'état des perfonnes , puifqu'ils fe font déjà qualifiés
de fujets du Roi dans leur adreſſe au Roi ,
& qu'il faut fimplement maintenir le concordat ;
ce qu'on ne peut exécuter que par la force,
Le nouveau miniftre de la guerre , M. de
Narbonne est entré d'un air fort lefte & en uniforme.
Il a ouvert fa carrière par un difcours
fur fon amour four le Roi , pour la révolution ,
pour la conftitution , pour l'égalité , & fur la
néceffité de rétablir l'ordre intérieur . Ce n'e't
pas sûrement avec ce jargon démocratique qu'on
y parviendra , far- tout dans l'armée . Cependant
des hommes eftimables attribuent à M. de Nar(
181 )
K
*
bonne de l'efprit , de la loyauté , & un véritable
dévouement au bien public . En attendant que
fa conduite vérifie cette opinion voici fon dilcours
:
>
« Le Roi m'a confié le département de la
guerre vacant par la démiffion de M. Duportail.
J'ai cru voir du dévouement dans l'acceptation
de cette place , & cette penfée ne m'a pas permis
d'héfiter. J'ai cru d'ailleurs que , refufer le miniftère
de la guerre dans les circonftances cu
nous nous trouvons c'étoit paroître ne pas le
fier aux forces de la France , & montrer un
pareil doute en préfence de l'Europe ne m'a pas
femblé poffible. L'attachement que j'ai voué perfor
hellement au Roi depuis que j'exifte, ne m'a pas
empêché , dans d'autres temps , de montrer hautement
mon amour pour la révolution . Maintenant
que ces fentimens font réunis , qu'il n'eſt
plus permis à un François de les féparer , je
viens vous promettre , Meffieurs , de confacrer
tous mes efforts à rendre à l'armée l'éclat que
lui affure fa force & fon courage , que Tai affure
ce fentiment d'honneur , caractère diftinctif des
François , qui ne leur rappellant plus des idées
féodales doit devenir l'impulfion de tous , en
ceffant d'être le privilége de quelques- uns máis
la confidération politique d'une nation dépend
encore plus de l'exécution de fes loix dans l'intérieur
que de la force publique armée fur fes
frontières , & c'eft de vous , Meffieurs , que la
France attend un bien que l'Affemblée conftituante
n'a pas eu le temps d'epérer , le rétabliſ
fement de l'ordre & le maintien de la juftice .
Hâtez cette époque fi redoutable pour nos ennemis
: car ils dateront de ce jour votre triomphe
& la perte de leurs efperances . Pour moi
( 182 )
Meffieurs , je ne puis vous offrir qu'un profond
refpect pour le pouvoir dont vous êtes revêtu
par le peuple que vous repréfentez , un ferme
attachement à la conftitution que vous avez jurée;
un amour courageux pour la liberté & l'égalité ,
fceau de la conftitution françoiſe , pour l'égalité
qui trouve plus d'adverfaires ; mais ne doit pas
avoir de moins ardens défenſeurs..»>
M. Ducaftel a très-fagement établi qu'on fe
déterminoit d'après des notions incomplettes du
paffé , une ignorance abfolue du préfent , & la
plus entière imprévoyance de l'avenir ; qu'il
refteroit. à examiner fi des commiffaires des gardes
nationaux blancs & mûâtres étoient des repréfentans
du peuple munis de pouvoirs , revêtusd'un
caractère fuffifant. pour obliger leurs commettans
à perpétuité en fignant le concordas ;
que ce concordat , fuppofé légal , n'obligeroie
au plus que la partie de Saint- Domingue pour
laquelle il fut figné ; qu'ainfi la force devroit le
maintenir où il eft reconnu , l'empêcher ou le
créer où il ne l'eft pas , le reffufciter s'il eft
aboli lorfqu'elle arrivera ; vexer arbitrairement
fous prétexte des droits de l'homme ; que fi le
décret du 24 septembre porte l'Aſſemblée nationale
conftituante confidérant, &c. , décrète comme
articles conftitutionnels pour les colonies , &c. on ne
peut y toucher que par la voie conſtitutionnelle
de. la révision ..
L'opinant , & le miniftre de la justice qui a
pris la parole , ont repréfenté qu'une loi qui
contrediroit celle du 24 feptembre , ne dégageroit
pas les miniftres de la reſponſabilité à une
loi conftitutionnelle.
M.. Lacroix a long - temps argumenté épiſodiquement
fur le droit de parler, accordé aux
miniftres. Il avoit penfé qu'on ne devoit pas
mettre dans le décret : le Roi fera invité, mais
le Roi donnera des ordres. Ces fubtilités ont
abſorbé plus de deux heures..
Le tumulte toujours croiffant a prolongé lesdébats
. M. Genfonné a fupprimé du projet de
M. Briffot , le mot maintenir , en obfervant que
ce mot préjugeoit l'initiative , & y a ſubſtitué
cette périphrafe : fans qu'elles puiffent agir pour
protéger ou favorifer les atteintes qui pourroient
être portées à l'état des gens de couleur tel , &c..
Enfin , le décret éventuel d'urgence a été rapporté
pour que celui qu'on allait rendre n'eût:
que la valeur indéfinie d'une fimple invitation légiflative
, & le projet de M. Briffot , amendé
par M. Genfonné , a été adopté en ces termes ::
ce L'Affemblée nationale confidérant que
Lunion entre les blancs & les hommes de couleurlibres
a contribué principalement à arrêter la révolte
des nègres à Saint- Domingue. »
CC
"
#C
Que cette union a donné lieu à différens
accords entre les blancs & les hommes de couleur
, & à divers arrêtés pris à l'égard des hommes
: de couleur , les 20 & 25 ſeptembre dernier
par l'Affemblée coloniale féante au Cap ; »
Décrète que le. Roi fera invité à donner
des ordres , afin que les forces nationales deftipées
pour Saint - Domingue , ne puiffent êtreemployées
que pour réprimer la révolte des
noirs , fans qu'elles puiflent agir directement ni
indirectement pour protéger ou favorifer les
atteintes qui pourroient être portées à l'état :
des hommes de couleur libres , tel qu'il a été
fixé à Saint- Domingue à l'époque du mois de
feptembre dernier.ɔ
C
( 184 )
Du jeudi , 8 décembre .
Un Anglois a adreffé à l'Affemblée nationale
des obfervations , dictées par le defir de contribuer
à détourner ce qui pourroit troubler la
bonne harmonie entre la France & la Grande-
Bretagne , & tendantes à ce qu'il ne fût pas
donné trop de publicité , de folemnité à la lettre
du club des Whigs , fociété peu nombreuſe ,
établie depuis peu d'années , & dont l'opinión
ne lui paroît pas avoir tout-à- fait le poids que
lui fuppofoient MM. Paftoret , Lacretelle , &c.
M. Thuriot a dit qu'on avoit accueilli avec
tranfport l'adreffe des Whigs , qu'il ne devoit
pas dépendre d'un feul Anglois d'altérer l'opinion
publique , en faisant des obfervations déplacées ,
qu'on n'a pas voulu lire . L'Affemblée cft paffée
à Tordre du jour.
Des Bordelois écrivent au corps législatif :
« les Parifiens & la nation entière nons répondent
de la vie de chacun de vos membres. » Ils témoignent
leur admiration pour l'attitude impofante
& fière de l'Affemblée ; y mêlent des apoftrophes
aux traîtres d'outre- Rhin ... » On a crié
bravo ! & fait mention honorable de cette lettre.
Cette féance confacrée aux finances , a produit
les décrets fuivans : 1º . Renvoi au comité d'une
motion d'économie fur le traitement des 300
fignataires & numérateurs d'affignats , qui coûtent
3,000 livres par jour & ne travaillent que jufqu'à
deux heures ; 2 °. ordre de fabriquer cent millions
en affignats de 25 livres autant en affignats de
10 livres , fans retarder la fabrication des affignats
de livres ; 3 °. l'ajournement à lundi de
la queftion de favoir fi l'on fera des affignats
au-deffous des livres ( on a dit que cent mil
'( 185 )
lions d'affignats de 10 fous cou- croient dix millions
) 4. l'ajournement de la fuppreffion du
de l'emploi de 96 rames de papier deſtiné à des
affignats de 200 livres .
Du jeudi , féance du foir..
Toujours le même torrent d'adreffe fur les décrets
relatifs aux émigrars & aux prêtres . Aujourdhui
, l'une dit que les veto ne font rien auprès
de l'opinion publique ; l'autre « puiffe le veu
: ec
idu peuple frapper l'oreille de Louis XVI & lui
ouvrir les yeux ! » Une troifième : « nous avons
admiré votre juftice & votre humanité ; la patrie
fixe fur vous les regards touchans , » M. Audréin
les envoyoit au département de Paris dont les
membres ont fupplié le Roi de ne pas fanctionner
le décret contre les prêtres , qui , felon eux , èft
impolitique , injufte , inhumain , inconftitutionnel
; & M. Merlin vouloit que « la pétition des
citoyens qui fe difent adminiftrateurs du département
de Paris , fût livrée au mépris que mérite .
ún libelle L'Aflemblée a décrété la mention
honorable des adreffes qui la flattoient , fauf à
fupprimer les autres . '
... Les commiſſaires de la tréforetie nationale ont
renouvellé leurs doléances au fojet de l'épuifement
des caiffes , & demandé qu'un décret les
mît à même de répondre négativement fans qu'on
cût droit de fe plaindre d'un refus . Il leur faut
en décembre ; 1º . pour le culte , 33 millions ;
2º. pour divers autres objets qu'ils énumèrent ,
3,600,000 liv. Leur lettre eft renvoyée au comité
de l'extraordinaire , dénomination aflez convenable
à une auffi étrange manière d'adminif
trer un royaume.
Uac députation du Havre eft venue exprimer
( 186 )
:
*
fes alarmes de cette ville , touchant les calamités
que la ruine des colonies répandroit ſur la France
entière. Elle a vivement combattu le projet de
porter atteinte au décret du 14 feptembre , en
appuyant de la force armée l'exécution du concordat
, déjà arraché par la force . « Nous vous
en conjurons , s'eft écrié l'orateur ; faites fléchir
la rigueur des principes pour fauver les colonies . »
Des murmures & une réponſe glaciale du préſident
ont été fuivis , pour les pétitionnaites , des
honneurs de la féance & de l'envoi de leur adreſſe
au comité colonial.
Le directoire du département du Doubs mande
à l'Aflemblée , que les cavaliers du 22º, régiment
ont des opinions auffi favorables aux princes que
contraires à la conftitution ; que chargés d'aller:
foutenir l'églife conftitutionnelle dans les campagnes
, ils s'y montroient les protecteurs des fanatiques
; qu'ils ont maltraité des volontaires ,
& menacent de fendre la tête à tous les démocrates
. Cette lettre promet un procès-verbal des
évènemens de la malheureuſe journée du décembre
à Besançon , & inculpe M. de Toulongeon
que M. Chabot vouloit qu'on tranfportât , avec
fon régiment , dans l'intérieur du royaume. L'on
a renvoyé la lettre au comité militaire..
"
Par une nouvelle lettre dont il a été fait lecture,.
M. Amelot a rappellé que , depuis fix femaines ,
les ajournemens fe fuccédoient ; que ce n'étoit pas
affez pour faire face aux dépenfes , & a fignifié
« qu'aucun des fervices de la caiffe de l'extraordinaire
ne pourroit être continué fans les mefures,
les plus promptes. » On a mis cet objet à l'ordre
du jour.
Au nom du comité de marine , M. Cavelliera:
fait un rapport ou il a foudroyé M. de Bertrand
( 187 )
се
de toutes les inculpations entaffées dans les adrefes
lues & applaudies contre ce miniftre . Il s'agit du
nombre des officiers abfens , de quelques 1200 ou
1500 liv. payées à des émigrés ; de M. Hector
( remplacé par M. de Marigny ) ; du fieur Vaudreuil
« qui a eu l'imprudence de dire au Roi , en
prenant congé , qu'il partoit peur Coblentz ... ou
ils font allés groffir cette ridicule & criminelle.
croifade ; de la connivence du miniftre avec
les abfens , dont il a les adreffes pour leur faire
parvenir les ordres du Roi . Enfin il a été queſtion
du remplacement .

Ce rapport a été fuivi de deux projets de loix ,
l'un pour le cas où l'on admettroit l'urgence
Eautre pour le cas où l'on obferveroit les formes .
L'Affemblée a décrété l'impreffion & l'ajourne
ment à mercredi.
Du vendredi, 9 décembre.
On a renvoyé au comité militaire une demande
de MM. de Narbonne & d'Affry , pour favoir
fi le décret qui exige un nouveau ferment des
troupes , lors de la prochaine revue , concerne
auffi les Suiffes à qui leurs fouverains ont enjoint
de ne prêter aucun ferment fans . leur en
avoir donné avis , & l'on s'eft mis à lire des
pétitions.
L'affemblée électorale de Valenciennes envoie,
en cette qualité , au corps légiflatif, une adreffe
qu'elle écrit au Roi , où elle preffe fa Majefté ,
au nom de l'humanité & de la profpérité nationale
, de fanctionner le décret contre les
Prêtres , qui « dreffent au fond des cabanes des
autels à la haine & à la méchanceté » ; & le corps.
Législatif a fait mention honorable de certe
1
( 168 )
gentes & aux miniftres ; la feconde , à partir de
midi , à la lecture des rapports infcrits & lus
dans un ordre invariable ; la troisième , à partir
de deux heures , à la difcuffion de ces rapports ;
4°. même après la difcuffion fermée , ne refufer
la parole à aucun membre qui voudra prouver
qu'un article eft contraire à la conftitution . »
On a fouvent interrompu ce difcours par des
murmures & par des applaudiffemens ; les derniers
mots du fujet ont été couverts du cri : la question
préalable. M. Thuriot l'a jugé contraire à la
liberté de l'Affemblée. M. Albitte a dit avec
plus d'humeur que de logique : « Tout ce que
noys venons d'entendre elt dans les feuilles de
Royou & de Durofoy... Je demande donc que ,
la question préalable faffe juftice du difcours &
du projet de décret. » M. de Vaublanc en á
follicité l'impreffion , en y cenfurant les mots :
nous ne délibérons pas nous intriguons . Enfin
une majorité victorieufe de longues criailleries ,
a fagement décrété l'impreffion , la diftribution
& le renvoi au comité de légiflation , avec ordre
d'en faire le rapport dans trois jours .
L'Affemblée a adopté , d'urgence , onze ar.
ticles fur la troifième & nouvelle organiſation
des huit comités des finances & des domaines ,
réduits à fix ; 1º. un comité des liquidations
2º, un comité de l'examen des comptes ; 3 °. un
comité des domaines ; 4° . un comité des affignats
& monnoies ; 5° . un comité de l'ordinaire
des finances , & 6ª, un comité de l'extraordinaire
des finances ; ces deux derniers , compofés
chacun de 24 membres , feront fubftitués aux
quatre comités abolis , de la dette publique ,
de la caiffe de l'extraordinaire , des contributions
publiques & des dépenses publiques.
( 169 )

M. Cahier de Garville , miniftre de intét
rieur , s'eft hâté d'annoncer qu'une heure après
la remiſe du décret , un courrier étoit parti pour
porter l'ordre d'arrêter les accufés de Toal.
{*
Les adminiftrateurs du département du Finiftère
, mandent que les campagnes font entière--
ment foulevées , que les malheurs s'y fuccèdent ,:
que le fang coule ; qu'ils ont ordonné « d'arrêter
tous les perturbateurs tant féculiers que réguliers
( vifs applaudiffemens ) » . Ils imputent les
troubles à une ordonnance paftorale de M. de
la Marche, évaque de Léon , où ce prélat dit
qu'il n'a pu voir les perfécutions , les violences
qui déchirent fon diocèfe , fans que les yeux.
ferempliffent de larmes... Ici de nombreux éclats
de rire ont interrompu la lecture , & l'on a
renvoyé des pleurs fifiblesà MM. Fauchet , Chabot
Ifnard, c.au comité de furveillance .
Une lettre du mitre de la marine a informé
l'Ademblée qu'il avoit été embarqué fur divers
bâtimens pour fecourir les colonies ,, 6,300
hommes , 60 mille piaftres , des fafils , des pifto
lets , des
abres & beaucoup de vivres . Après .
avoir lu cette note , M. Delmas a dit que ces
mefures étoieng abfolument conformes au décret
rendu, M. Rouillen a foutenu que cela étoit faux .
Il s'eft engagé alors un débat dont vingt pages ne
donneroient qu'une idée incomplette ; nous n'en
indiquerons que l'effentiel .
Quelques membres , & M. Lacroix , ont paru
fort alarmés de la poffibilité que les troupes n'at
rivaffent aux colonies que pour y faire exácuter
le décret du 24 feptembre , & qu'elles ne
fervillent à rompte le concordat paffé fi librement ?
entre les blanes & les gens de couleur . D'autres
approuvoient l'intervention d'une force pour at
N° . 51. 17 Décembre 1791. H
( 170 )
1
rêter le cours des meurtres & des incendies ;
mais auroient defiré des inftructions quilborealfent
à cet unique effet l'action des troupes ex-:
pédiées. On elt palé à l'ordre du jour.
M. de Bertrand eft venu répondre , avec
autant de melure & de fermeté que de nobleſſe ,
aux dénonciations portées contre lui , & a ſoumis
à la fageffe & à la juftice de l'Affemblée d'importantes
confidérations pour la déterminer à
n'accueillir qu'après le plus férieux examen · les
inculpations fans cefle renaiffantes & toujours
injuftes qu'on fe permet de hafarder dans fon
fein contre les principaux agens du pouvoir exécutif.
Entrant dans les détails des atteintes fuppofées
portées à la loi du 29 novembre , il a
prouvé que l'on y avoit ponctuellement fatisfait
, qu'aucun traitement n'étoit payé à des
fonctionnaites abfens du royaume fans miffion
qu'à cette époque , aucun officier de la marine
n'étoit abfent du royaume que trois officiers
généraux , MM. d'Aphon , de Babry & du Caftelet
, étoient , le premier à Spa , les deux autres
à Nice , pour leur fanté ; que M. du Caftelet ne
s'étoit fouftrait qu'avec une extrême difficulté
aux dangers dont il fut menacé au moment de
prêter fon ferment civique à Toulon' ; & qu'ils
n'ont encore rien touché de leur traitement ; que
deux officiers ayant paffé dans l'étranger , avoient
été rayés , MM . ( 1 ) de la Bintinaye & le che
(1 ) M. de laBintinaye en quittant le royaume ,>
a renoncé de lui - même , à fon traitement &
même à la penkon qu'il avoit échangée contre un
bras emporté , & les actes de la plus memora
1
( 171 )
valier de Sade ( chevalier de Malthe )... A ce mot
de chevalier , des murmures ont interrompu le miniltre
, & le préfident l'a prié de s'exprimer d'une
manière plus conftitutionnelle .
D'après la faite du difcours de M. de Ber-..
trand , il n'a donné que les congés d'ufage ;
aucun des officiers employés , foit a la mer, foit
dans les ports , n'a déferté ſon pofte . Les nouvelles
loix même leur permettent de s'abfenter
lorfqu'ils ne font pas de fervice. Quant à la
nomination de M. de la Jaille au commandement
du vailleau le Duguay - Trouin , tous les
témoignages les plus dignes de foi fe réuniffent
en faveur des talens & da patriotifme éclairé de
cet officier , & l'Aſſemblée conftituante n'a pas
donné de fuite atix dénonciations portées
lui. Enfermé dans un cachot , il demande à être
jugé, Alors le miniftre a peint les funeftes effets
qu'auroient des violences pareilles à celles que
les petfides & lâches agitateurs du peuple viennent
d'exercer impunément à Breft ; la difficulé
de trouver des officiers qui veuillent commander
au milieu de l'inſurrection des équipages & des
outrages de la populace des ports ; enfin , il a
ajouté « le Roi m'a chargé de vous inviter à
vous occuper des mefures que les circonftances.
exigent , & de pourvoir à cette partie de la force
publique.
On avoit annoncé à l'Affemblée que la plupart
des officiers de la matine marchande étoient
en état & defiroient de commander des vailleu
[ V
ble valeur , dans le combat de la Surveillante &
du Quebec. Sa lettre au miniftre & fa déclara
tion ont été imprimées , il y a un an .
H :
1
( 172 )
de guerre ; le miniftre a affuré , que , malgré
les invitations fréquemment publiées , lorsque
l'examinateur annoncé depuis deux mois à Breit ,
eft arrivé le 24 novembre , aucun navigateur ne
s'eft préfenté pour l'examen d'enfeigne, & qu'il n'y
a eu que fept concurrens pour 24 places d'afpirans
. Sa Majefté engage l'Affemblée à s'occuper
inceffamment d'un mode de remplacement plus
facile , plus prompt , qui ne compromette ni la
sreté de nos vaiffeaux ni la gloire du pavillon
François , & de pourvoi , dans ce moment , au
befoin du fervice. Enfin revenant aux dénonciations
, aux calomnies , M. de Bertrand a :
établi que c'étoit l'arme des plus grands enne- ·
mis de la conftitution , & a protefté que cette ,
forte de peine impofée au zèle des miniftres ,
les honoroit trop pour qu'ils vouluffent s'y dérober.
Ce difcours a été applaudi du public & d'une
partie de l'Affemblée . On a invoqué l'ordre du
jour. Un décret a ordonné le renvoi au comité.
La demande de l'impreffion a effuyé de ces chi- ,
canes qu'on croiroit impoffibles entre geas qui ,
fe refpecte . Comme le manuferit étoit informe ,
le miniftre avoit dit au bureau qu'il alloit le
faire mettre au net. Un membre a crié : ce ne
fera pas la même chofe ; d'autres il va le
changer ; ces propos afliiniloient à tort M. de
Bertrand à M. Fauchet qui dernièrement a fupprimé
, à l'impreffion , les traits horribles qu'il
n'avoit pas rougi de prononcer contre M. de
Leffart. L'impreflion eft décidée , mais on n'en
décrétera plus que les difcours ne foient dépofés
fur le bureau , du moins les difcours des miniſtres.
:
1
( 173)
Du lundi , féance du foir.
Après une nuée d'adreffes laudatives fur le
décret contre les émigrans , dont l'une dit , en
parlant du veto & du Roi , que 24 millions
d'individus ne peuvent pas être victimes de fes
caprices , & que l'Affemblée doit le rendre
refponfable ( quoiqu'inviolable ) ; un pétitionnaire
eft venu à la barre entretenir l'Aflemblée d'un
plan de banque de 300 mille actions de 5,200
liv. , qui payeroit les dettes de l'Etat. Un autre
pétitionnaire , du nombre de ceux qui furent
emprisonnés pour la pétition du Champ de Mars,
au mois d'août , eft venu demander qu'on le
jugeâr . Il a reçu les honneurs de la féance .
Du mardi 6 Décembre.
Parmi un tas d'adreffes oifeufes , M. Paftorei a
fait lecture d'une lettre de quelques clubiftes Anglois
, qui s'intitulent fociété conftitutionnelle des
Whigs. Cette miffive eft une feconde édition du
pathos amphigourique dont la fociété de la révolution
honora l'Affemblée conftituante .
: On a crié mention honorable... Réponse à la
fociété des Whigs ... Envoi au 83 départemens ...
Envoi aux puiffances étrangères. M. Thorillon a
cependant obfervé qu'il ne falloit pas prendre les
complimens de quelques particuliers pour le fuffrage
de toute une nation . Mais M. Lacretelle a
penfe que le préfident devoit répondre à cette
fociété , parce qu'elle embrasse l'Angleterre en-
"tière , & que la voix du club des Whigs eft la voix
de tous les vrais Anglois (1 ).
(1) M. de Lacretelle fe trompe. Le club de
Londres n'a rien de commun avec les autresfo-
H3
( 174 )
!
LIAffemblée a décrété : 1 ° . que l'adreffe des
Whigs fera imprimée , envoyée au 83 départemens
qui la feront publier dans les parciffes deleur
territoire ; 2 °. qu'elle fera inférée au procès-verbal
en Anglois & en François ; 3 °. que le prédent
eft autorifé à répondre à la fociété ; 4. que
fa réponſe fera inférée à la fuite de l'adreſſe ;
que les commiflaires qui porteront le décret
la fanction du Roi , lui préfenteiont une expédition
de l'adreffe des Whigs.
Une lettre des commillaires de la trésorerie a
notifié l'épuisement très - prochain des 1,800 mil-
Jions d'affignats décrétés , & follicité une nouvelle
émillion . Cet objt bien plus important que les
infigaifiantes flago reries de quelques Platons de
taverne Angloite , eft ajourné après les queftious
relatives aux colonies , dont on s'est enfin occupé.
Deux opinions ont partagé les orateurs comme
la veille. M. Dumas & le véritable ordre du jour
bornoient la délibération à la question : inviterat-
on le Roi à fufpendre l'envoi des troupes à St.
Domingue ?
M. Ducaftel a oppofé M. Briffot à M. Briffot.
En effet cet abfurde fophifte avoit fuppofé prefqu'en
même temps , que les troupes envoyées ferviroient
d'inftrumens aux blancs pour tyrannifer
les hommes de couleur ; & qu'il falloit être réciétés
du même nom : ces dernières n'ont eu aucune
part à la lettre du club de Londres , écrite
non par la fociété des Whigs , mais par quelques
brouillons méprifables que dirige le fieur Paine.
Le club n'eft pas plus le peuple Anglois que leclub.
des Jacobins n'cit le peuple François,
1
( 175 )
fervé fur l'envoi des troupes, parce que les foldats
François pleins d'idées de liberté répugneroient à
fervir la caufe des blancs contre les efclaves .
C'étoit bien le moyen de ne pas manquer de
raifons contre l'envoi de fecours implorés , promis
, décrétés . M. Ducaftel a peint les dangers
d'un retard , & la terrible refponfabilité dont fe
chargeroit l'Affemblée nationale .
2
Selon M. Brival , les chefs des troupes de
ligue font les complices- nés du defpotiſme ; leur
patriotisme eft fufpect . Il faut envoyer des commillaires
conciliateurs . Parce que les colonies ont
l'initiative , les François doivent-ils feconder leurs
vues lorfqu'elles veulent enchaîner des hommes ?
Epoux d'une créole , M. Brival a taché de perqu'il
ignoroit que fa femine cût des efclaves
. « On m'a dit qu'elle avoit des nègres ; je ne
l'ai jamais cru , parce que je ne pourrois jamais
me croire propriétaire d'un feul homme » .
M. Ducos a fontenu que la fufpenfion du départ
des troupes feroit fuperflue fi elles étoient déja
parties , & dangereufe fi elle n'étoit inutile ;
qu'elle fourniroit à la calomnie l'occafion d'accufer
l'Affemblée de facrifier les colons & les colonies
; que la feule nouvelle d'un délai pourroit
caufer de funeftes impreffions dans les villes maritimes.
Ne doutant plus de la perverfité des colons ,
on ne fait fur quelles preuves , M. Blanchon.croyoit
qu'il valoit mieux s'expofer à une refponfabilité
que de devenir oppreſſeur. « Ou il faudra , difoitil
,
, que nos foldats
, comme
l'équipage
de Lembufcade
, fe refuſent
à la fubordination
, ou bien
i doivent
être , contre
leurs
fentimens
les plus
chers , les inftrumens
de l'injuftice
la plus cruelle
. »
Toute
l'Europe
avouera
qu'un
royaume
ou de
H
4
( 176)
pareilles difcuffions font colérées & publiques, doit
renoncer à avoir une armée & des forces navales
).
M. Guadet a dit que la révolte des nègres &
le carnage font des faits qu'il eft urgent d'artèter
; que les craintes de voir les blancs employer
les troupes pour rompre le concordat paflé ontreux
& les mulâtres , ne portent que fur des probabilités;
que des doutes ne doivent point contrarier
pices mesures néceffaires , & qu'ainfi l'on doit laiffer
partir les troupes . Il n'eft plus poffible de fe
taire , a - t - il ajouté ; les colons blancs de Saint-
Domingue ne veulent pas de concordat ; ils l'ont
tous déclaré . Ils ont reproché avec aigreur , avec
indécence peut-être , à un ami de l'humanité ,
d'avoir dit dans cette tribune : périffent les coloniesplutôt
que de facrifier un principe ! Eh ! ils ne
rougiffent pas de dire : périffent les colonies , s'il
faut que nous accordions aux hommes de couleur s
droits que le concordat leur affare ! »
Enverra-t- on n'enverra- t-on pas , difoit M.
Mazulier ? - Délibérons fur les inftructions à
donner aux troupes , difoit M. Vergniaud. MM.
Genfonné & Briffot lifent leurs projets de loi. On
fe difpute fur la priorité. Le vacarme eft au comble
, on n'entend que les clameurs confuſes :
l'appel nominal.... aux voix .... Taifez- vous...
Levez la féance... Il y a du doute... Il n'y en a
pas... M. le préfident , vous avez un chapeer ,
& l'abbaye... Déja le décret d'urgence eft rendu ,
& l'on ne fait pas encore ce qu'il eft urgent de déeter.
Un grand nombre de membres courent
s'inferire au bureau pour un comité général ; le
tumulte devient effroyable , c'eft la diète de Pologne
il y a cent ans ; le préfident ſe couvre ,
Quelqu'un lui crie : à bas le chapeau ; on entend
( 177 )
1
le mot : fcélérats... Le calme renaît & la difcuffion
eft prorogée au lendemain.
Du mercredi , 7 décembre.
Les adminiftrateurs du département du Finiftère
accufant d'impofture le miniftre de la matine
, foutiennent qu'il y a dans le nombre des
officiers un déficit de 403 , & que ce miniftre
a feul caufé les derniers troubles de Breft en
nommant M. de la Jaille. I's dénoncent tous
les miniftres comme des traîtres ; donnent des
leçons au corps législatif : « forcez -les , lui
écrivent- ils , à remplacer les officiers par des
patriotes «
сс
M. Lafource vouloit que le comité de furveil
lance examinât les dénonciations avant qu'elles
fuffent lues , pour que le défaut de preuves ne
compromît plus les légiflateuis ; mais M. Chabot
s'eft oppofé à cette motion en affurant que le
comité prouveroit que le miniftre « eft venu
non fe blanchir , mais fe noircir par des infolences
. Ces aménités civiques ont été renvoyées
aux comités de furveillance , de légiflation
& de marine.
274:3
>
Sur une lettre de M. Belin , M. Lafond-
Ladebat a demandé , au nom dé M. de la Jailbe,
que le comité de marine atteftât qu'il n'exille
aucune dénonciation qui inculpe det officier
pour détruire la fauffe opinion qui a fervi de
prétexte aux horreurs commifes à Breft. Ila
été répondu que le comité , inftruit de la pétition
de M. de la Jaille , avoit fait toutes les
recherches & n'avoit trouvé aucune inculpation.
Des députés de la ville de Saint Pierre ont
dénoncé à la barre l'affemblée coloniale ; M de
H S
( 178 )
'Béhague , &c. C'eft une des mille , formes données
aux allégations de M. Briffot qui ne manquera
pas d'y trouver une nouvelle moiffon de
preuves. Ils ont reçu les honneurs de la féance ,
& leurs pièces enrichiront le comité colonial .
On a fait lecture de la réponſe du préfident à
la fociété des whigs. Le dernier paragraphe en
donnera une idée fuffifante :
vous ,
Salut à l'antique fociété des whigs ; falut à
INNOMBRABLES DÉFENSEURS DE LA LIBERTÉ
( 1 ) Sans doute la nation Françoiſe
accepte avec tranfport & vos voeux & vos offres
fraternelles ; elle accepte fur- tout le grand exemple
que vous lui donnez d'un inflexible dévouement
, d'un amour fans mélange pour la conftitution
de fon pays. C'eft par de tels refforts
qu'un Etat eft vraiment impériffable , qu'il brave.
les conjurations & les revers , & qu'il fortiroit
même du naufrage , debout & majestueux , à
côté de ſes loix . »

Apè de grands myſtères révélés par le journal:
(1) Obfervez que ces innombrables , qui of..
frent de défendre la liberté Françoise de leur
fortune & de leur perfonne , fone une.
foixantaine d'Anglois ou prétendus Anglois ,.
sauxquels le préfident répond avec la gravitéqu'on
mettroit à écrire aux trois Royaumes Bri-.
tanniques réunis. Les correfpondans Anglois de
BAffemblée font précisément à l'Angleterre , ce
qu'étoient à l'univers les vagabons complimentés
par l'Affemblée conftituante , fous le nom de
députés du genre humain, Ces mépriſes d'amour .
propre jettent plus de ridicule far la France , fur
la conftiturion , fur la révolution , que les far
calmes de leurs adversaires..
( 1791 )
deM. Dupontde Nemours , au fujet de la miffion
de M. Rouftan , député de St. Domingue , pour
nplorer le fecours des Etats - Unis , mystères
que la fuite expliquera ,, M. Briffot a reproduit
fon projet de la veille , auquel il a ajouté
fans entendre rien préjuger fur le fond de la
question.
"
Perfonne n'a été furpris de l'entendre foutenir
que , confolider par la force armée l'état que
les gens de couleur ont ufurpé par la force ar
mée, au mois de feptembre , ce feroit affurer
les droits de l'affemblée coloniale confacrés
par le décret du 24 feptembre , décret , fuivant :
lui , conſtitutionnel & qui doit être refpecté..
Pour avoir la meſure de fa bonne-foi , il fuf
fira de fe rappeller que ce décret , qu'il prétend
refpecter , reconnoît aux colons le droi de fixer
librement le fort des hommes de couleur. Or , à l'en
croire , les colons ont ufé librement de ce droit
avant de connoître le décret , en fignant le con--
cordat fous peine d'être exterminés . « Par ce
moyen , a-t-il dit , les hommes de couleur auront
un garant de leurs droits ( la force ! ) , &
l'affemblée coloniale fera fatisfaite par la réferve
qui maintient fes d: ots ( déjà ſacrifiés ! ) ; ainfi
je pense qu'il ne peut plus refter de doute fur:
cette queftion ». Telleeft la morale philantropique..
M. Garran de Coulon divaguant à loifir dans
Fencyclopécie de la nouvelle politique , a traité le
concordat de pacte de famille bien autrement facré
que celui des Rois ; il a comparé les droits des
mulâtres à celui des Avignonois de s'anir à la
France , en établiffant que toujours les droits
sacquièrent par la force & par la révolte:
Théorie execrable qui ne laise à la métropole
ni le droit d'envoyer aux colons des fecourss
H 60
( 180 )
contre les efclaves qui es égorgent , ni le droit
de bâmer les colons siis fe déclaroiene inde .
pendans de la mère-patrie ). A ce fujer , M.
Garran a demandé fi ce n'étoit pas en fe révoltant
que les Hollandais , les Stiffes , les Anglois
, les Américairs & les François étoient
devenus libres ; il a vu dans la déclaration des
droits « le patrimoine du riche & du pauvre ,
du philofophe & de l'ignorant , de l'infulaire
& du continental , des fauvages du Nord & des
barbares du Midi , du fâtre & du Rci. »
се
Faifant arme de tout , & confondant fans
ceffe la liberté civile néceffaire à chaque individu
qui n'en abuſe pas ou qui peut en ultr
fans être pus miférable , & les dr its politiques
dont le plus grand nombre des ' hommes n'eft
pas fufceptible ; & qu'il eft aufli dangereux
qu'abfurde de leur peindre comme l'unique élément
du bonheur , l'opinant s'eft prévalu même
des ordonnances du defpote Louis XIV , qui
donnent aux affranchis les droits communs des
François.
Les conclufions de l'orateur ont été qu'il ne
faut point laiffer aux colons la faculté de régler
l'état des perfonnes , puifqu'ils fe font déjà qualifiés
de fujets du Roi dans leur adreſſe au Roi ,
& qu'il faut fimplement maintenir le concordat ;
ce qu'on ne peut exécuter que par la force.
Le nouveau miniftre de la guerre , M. de
Narbonne eft entré d'un air fort lefte & en uniforme.
I a ouvert fa carrière par un diſcours
fur fon amour four le Roi , pour la révolution ,
pour la conftitution , pour l'égalité , & fur la
néceffité de rétablir l'ordre intérieur . Ce n'et
pas sûrement avec ce jargon démocratique qu'on
yparviendra , fur- tout dans l'armée . Cependant
des hommes eftimables attribuent à M. de Nar1
181 )
.
bonne de l'efprit , de la loyauté , & un véritable
dévouement au bien public . En attendant que
fa conduite vérifie cette opinion voici fon difcours
:
« Le Roi m'a confié le département de la
guerre vacant par la démiffion de M. Daportail.
J'ai cru voit du dévouement dans l'acceptation
de cette place , & cette penſée ne m'a pas permis
d'héfiter . J'ai cru d'ailleurs que , refuler le ministère
de la guerre dans les circonftances cu
nous nous trouvons , c'étoit paroître ne pas le
fier aux forces de la France , & montrer un
pareil doute en préfence de l'Europe ne m'a pas
femblé poffible. L'attachement que j'ai voué perfor
nellement au Roi depuis que j'exifte, ne m'a pas
empêché , dans d'autres temps , de montrer hautement
mon amour pour la révolution . Mainte
nant que ces fentimens font réunis , qu'il n'eſt
plus permis à un François de les féparer , je
viens vous promettre , Meffieurs , de confacrer
tous mes efforts à rendre à l'armée l'éclat
que
lui affure fa force & fon courage , que lui affure
>ce fentiment d'honneur , caractère diſtinctif des
François , qui ne leur rappellant plus des idées
féodales doit devenir l'impulfion de tons , èn
ceffant d'être le privilége de quelques - uns : mais
la confidération politique d'une nation dépend
encore plus de l'exécution de fes loix dans l'intérieur
que de la force publique armée fur fes
frontières , & c'eft de vous , Meffieurs , que la
France attend un bien que l'Affemblée conftituante
n'a pas eu le temps d'epérer , le rétabliffement
de l'ordre & le maintien de la juftice .
Hâtez cette époque fi redoutable pour nos ennemis
car ils dateront de ce jour votre triomphe
& la perte de leurs efpérances . Pour moi ,
( 182 )
Meffieurs , je ne puis vous offrir qu'un profond
refpect pour le pouvoir dont vous êtes revêtu
par le peuple que vous repréfentez , un ferme
attachement à la conftitution que vous avez jurée;
un amour courageux pour la liberté & l'égalité ,
fceau de la conftitution françoiſe , pour l'égalité
qui trouve plus d'adverfaires ; mais ne doit pas
avoir de moins ardens défenſeurs.. »
M. Ducaftel a très -fagement établi qu'on fe
'déterminoit d'après des notions incomplettes du
paffé , une ignorance abfolue du préfent , & la
plus entière imprévoyance de l'avenir ; qu'il
refteroit. à examiner fi des commiffaires des gardes
nationaux blancs & mû'âtres étoient des repréfentans
du peuple munis de pouvoirs , revêtusd'un
caractère fuffifant. pour obliger leurs commertans
à perpétuité en fignant le concordas ;
que ce concordat , fuppofé légal , n'obligeroie
au plus que la partie de Saint- Domingue pour
laquelle il fut figné ; qu'ainfi la force devroit le
maintenir où il eft reconnu , l'empêcher ou le
créer où il ne l'eft pas , le reffufciter s'il eft
aboli lorfqu'elle arrivera ; vexer arbitrairement
fous prétexte des droits de l'homme ; que fi le
décret du 24 ſeptembre porte l'Affemblée nationaleconftituante
confidérant, &c. , décrète comme
articles conftitutionnels pour les colonies ,&c. on ne
peut y toucher que par la voie conftitutionnelle
de. la révifion ..
L'opinant , & le miniftre de la justice qui- a.
pris la parole , ont repréfenté qu'une loi qui
contrediroit celle du 24 feptembre , ne dégageroit
pas les miniftres de la refponfabilité à une
loi conftitutionnelle.
M.. Lacroix a long - temps argumenté épiſodiquement
fur le droit de parler. accordé aux
( 183 ).
"
T
<
3
miniftres. Il avoit penfé qu'on ne devoit pas
mettre dans le décret : le Roi fera invité , mais ::
le Roi donnera des ordres. Ces fubtilités ont
abſorbé plus de deux heures..
Le tumulte toujours croiffant a prolongé les
débats. M. Genfonné a . fupprimé du projet de
M. Briffot , le mot maintenir , en obfervant que
ce mot préjugeoit l'initiative , & y a fubftitué
cette périphrafe : fans qu'elles puiffent agir pour
protéger ou favorifer les atteintes qui pourroient
être portées à l'état des gens de couleur tel, &c...
Enfin , le décret éventuel d'urgence a été rapporté
pour que celui qu'on allait rendre n'eût
que la valeur indéfinie d'une fimple invitation légiflative
, & le projet de M. Briffot , amendé
par M. Genfonae , a été adopté en ces termes :
L'Affemblée nationale
confidérant que
Lunion entre les blancs &les hommes de couleurlibres
a contribué principalement à arrêter la révolte
des nègres à Saint- Domingue. »
"
ל כ
Je
cc. Que certe, union a donné lieu à différens
accords entre les blancs & les hommes de couleur
, & à divers arrêtés pris à l'égard des hommes
de couleur , les 20 & 25 feptembre dernier
par l'Affemblée coloniale féante au Cap ;
Décrète le Roi fera invité à donner,
que
des ordres , afin que les forces nationales deftipées
pour Saint - Domingue , ne puiffent être
employées que pour réprimer la révolte des
noirs , fans qu'elles puiflent agir directement ni
indirectement pour protéger ou favorifer les
atteintes qui pourraient être portées à l'état
des hommes de couleur libres , tel qu'il a été
fixé à Saint- Domingue à l'époque du mois de
feptembre dernier. »
( 184 )
Du jeudi , 8 décembre..
Un Anglois a adreffé à l'Aſſemblée nationale
des obfervations , dictées par le defir de contribuer
à détourner ce qui pourroit troubler la
bonne harmonie entre la France & la Grande-
Bretagne , & tendantes à ce qu'il ne fût pas
donné trop de publicité , de folemnité à la lettre
du club des Whigs , fociété peu nombreuſe ,
établie depuis peu d'années , & dont l'opinión
ne lui paroît pas avoir tout-à - fait le poids que
lui fuppofoient MM . Paftoret , Lacretelle , &c .
M. Thuriot a dit qu'on avoit accueilli avec
tranfport l'adreffe des Whigs , qu'il ne devoit
pas dépendre d'un feul Anglois d'altérer l'opinión
publique , en faisant des obfervations déplacées ,
qu'on n'a pas voulu lire . L'Affemblée cft paffée
à Tordre du jour.
Des Bordelois écrivent au corps législatif :
« les Parifiens & la nation entière nons répondent
de la vie de chacun de vos membres. » Ils témoignent
leur admiration pour l'attitude impofante
& fière de l'Affemblée ; y mêlent des apoftrophes
aux traîtres d'outre- Rhin ... » On a crié
bravo ! & fait mention honorable de cette lettre.
Cette féance confacrée aux finances , a produit
les décrets fuivans : 1º . Renvoi au comité d'une
motion d'économie fur le traitement des 300
fignataires & numérateurs d'affignars , qui coûtent
3,000 livres par jour & ne travaillent que jufqu'à
deux heures ; 2° . ordre de fabriquer cent millions
en affignats de 25 livres ; autant en affignats de
1d lives , fans retarder la fabrication des affignats
de livres ; 3 ° . l'ajournement à lundi de
la queftion de favoir fi l'on fera des affignats
au-defous des livres ( on a dit que cent mil
(( 185 )
25
"
lions d'affignats de 10 fous coûteroient dix millions
) 4° . l'ajournement de la fuppreffion du
de l'emploi de 96 rames de papier deſtiné à des
affignats de 200 livres .
Du jeudi , féance du foir..
ec
• Toujours le même torrent d'adreffe fur les décrets
relatifs aux émigrans & aux prêtres . Aujourdhui
, l'une dit que les veto ne font rien auprès
de l'opinion publique ; l'autre : « puiffe le veu
idu peuple frapper l'oreille de Louis XVI & lui
ouvrir les yeux ! » Une troifième : « nous avons
admiré votre juſtice & votre humanité ; la patrie
fixe fur vous les regards touchans , » M. Audréin
les envoyoit au département de Paris dont les
membres ont fupplié le Roi de ne pas fanctionner
le décret contre les prêtres , qui , felon eux, ift
impolitique , injufte , inhumain , inconftitutionnel
; & M. Merlin vouloit que « la pétition des
citoyens qui fe difent adminiftrateurs du département
de Paris , fût livrée au mépris que mérite .
un libelle » L'Aflemblée a décrété la mention .
honorable des adreffes qui la flattoient , fauf à
fupprimer les autres.
Les commiffaires de la tréforetie nationale ont
renouvellé leurs doléances au fojet de l'épuifement
des caiffes , & demandé qu'un décret les
mît à même de répondre négativement fans qu'on
cût droit de fe plaindre d'un refus . Il leur faut
en décembre ; 1º . pour le culte , 33 millions ;
20. pour divers autres objets qu'ils énumèrent ,
3,600, coo liv. Leur lettre eft renvoyée au comité
de l'extraordinaire , dénomination aflez convenable
à une auffi étrange manière d'adminif
trer un royaume.
Uac députation du Havre eft venue exprimer
( 186 )
:
?
44
fes alarmes de cette ville , touchant les calamités.
que la ruine des colonies répandroit fur la France
entière. Elle a vivement combattu le projet de
porter atteinte au décret du 14 ſeptembre , en
appuyant de la force armée l'exécution du concordat
, déjà arraché par la force . « Nous vous
en conjurons , s'eft écrié l'orateur ; faites fléchir
la rigueur des principes pour fauver les colonies. »
Des murmures & une réponſe glaciale du préfident
ont été fuivis , pour les pétitionnaites , des
honneurs de la féance & de l'envoi de leur adreſſe
au comité colonial ..
Le directoire du département du Doubs mande
à l'Aflemblée , que les cavaliers du 22º. régiment
ont des opinions auffi favorables aux princes que
contraires à la conftitution ; que chargés d'aller
foutenir l'églife conftitutionnelle dans les campagnes
, ils s'y montroient les protecteurs des fanatiques
; qu'ils ont maltraité des volontaires
& menacent de fendre la tête à tous les démocrates
. Cette lettre promet un procès- verbal des
évènemens de la malheureuſe journée du décembre
à Besançon , & inculpe M. de Toulongeon
que M. Chabot vouloit qu'on tranfportât , avec
fon régiment , dans l'intérieur du royaume. L'on
a renvoyé la lettre au comité militaire ..
Par une nouvelle lettre dont il a été fait lecture,
M. Amelot a rappellé que , depuis fix femaines ,
les ajournemens fe fuccédoient ; que ce n'étoit pas
affez pour faire face aux dépenfes ;, & a fignifié
« qu'aucun des fervices de la caiffe de l'extraordinaire
ne pourroit être continué fans les mefures
les plus promptes. » On a mis cet objet à l'ordre
du jour.
Au nom du comité de marine , M. Cavellier: a:
fait un rapport où il a foudroyé M. de Bertrand
H
( 187 )
de toutes les inculpations entaffées dans les adreffes
lues & applaudies contre ce miniftre . Il s'agit du
nombre des officiers abfens , de quelques 1200 ou
1500 liv. payées à des émigrés ; de M. Hector
( remplacé par M. de Marigny ) ; du fieur Vaudreuil
a qui a eu l'imprudence de dite au Roi , en
prenant congé , qu'il partoit peur Coblentz ….. ou
ils font allés groffir cette ridicule & criminelle.
croifade ; de la connivence du miniftre avec
les abfens , dont il a les adreffes pour leur faire
parvenir les ordres du Roi . Enfin il a été question.
du remplacement .

Ce rapport a été fuivi de deux projets de loix ,
l'un pour le cas où l'on admettroit l'urgence
Fautre pour le cas où l'on obfervetoit les formes.
L'Affemblée a décrété l'impreffion & l'ajourne
ment à mercredi .
Du vendredi, 9 décembre.
On a renvoyé au comité militaire une demande
de MM. de Narbonne & d'Affry , pour favoir
file décret qui exige un nouveau ferment des
troupes , lors de la prochaine revue , concerne
auffi les Suiffes à qui leurs fouverains ont enjoint
de ne prêter aucun ferment fans leur en
avoir donné avis , & l'on s'eft mis à lire des
pétitions.
L'affemblée électorale de Valenciennes envoie ,
en cette qualité , au corps législatif, une adreffe
qu'elle écrit au Roi , où elle preffe fa Majefté ,
au nom de l'humanité & de la proſpérité, nationale
, de fanctionner le décret contre les
prêtres , qui « dreffent au fond des cabanes des
autels à la haine & à la méchanceté » ; & le corps
Législatif a fait mention honorable de certe
( 188)
adreffe inconftitutionnelle , fignée collectivement
les électeurs de Valenciennes.
Une lettre du miniftre de l'intérieur a notifié
l'arreftation de M. Marc , l'un des accufés d'embauchement
à Toul. Les deux autres fort partis .
M. de Malvoifin eft auprès de fon régiment'à
Joinville ; on va l'y arrêter.
Des commiffaires députés des colons de Saint-
Domingue , introduits à la barre , ont mis à fa
place M. Briffot , par tous les moyens que
fourniffent les faits , l'intérêt des colonies , celui
de la métropole ; & i's ont gémi des criminelles
manoeuvres qui fufpendent une partie des fecours.
A ces organes de la raifon & des vrais droits
humains , a fuccédé un M. Gatereau , journalifte
aux colonies , qui a dénoncé l'aſſemblée
coloniale & les colons qui l'avoient jetté dans
un cachot , puis. embarqué de nuit . It a modeftement
retracé les importans fervices qu'il a rendus
à l'humanité en répandant les lumières au
moyen de fes feuilles. Ha foutenu que les co-
Jon préméditoient leur indépendance , & avoient
excité la révolte des nègres pour ſe ſouftraire à
-la faific réelle ; il a fini par s'en remettre à
l'Affemblée , fur les indemnités qué réclame la
perte de fon état de journaliſte au Cap.
2
L'ordre du jour a fixé l'attention fur les finances .
Loin de recourir à l'expédient de M. Clavièrereffaffé
par MM. Cambon & Briffot , zu projèt
de fufpendre les rembourſemens , M. Dority
vouloit qu'on déterminat comment le feroient
les tembourfemens , & il a proposé un décrét
dont voici le préambule : « L'Affemblée natidnale
confidérant qu'il eft de la loyauté Françoiſe
de rejetter tout projet de fufpenfion des rem(
189 ).
bouffemens ; qu'il eft de fon devoir d'en prefcrire
le mode ; & qu'il doit être de fa follicitude
pour le bien public de ne pas porter l'émiffion
des affignats à une fomme fupérieure à la
valeur qu'ils repréfentent ; mais que rien ne doit
l'arrêter lorfqu'évidemment cette valeur eft de
beaucoup fupéricure , décrète , & c. »
Dans les articles , M. Dorizy émettoit pour
cent nouveaux millions d'affignats , & ftatuoit
que le reinbourfement des liquidations ne feroit
pas fufpendu. Il eft malheureux pour la légiflature
actuelle , qui n'a rien hypothéqué , rien
examiné , rien calculé ; qui repouffe avec une
jufte horreur le honteux projet de banqueroute,
que lui préfentent des fophifies - agioteurs , de
le porter garant de ce qu'elle n'a nulle certitude
d'acquitter ; trifte conféquence du premier
tort d'avoir accepté, à l'aveugle , une redoutable
fucceffion dont le teftateur n'a voulu laiffer
aucun inventaire.
On a adopté , au milieu des applaudiffemens
& des acclamations , le préambule de M. Dorizy
, amendé , rédigé en ces termes :
L'Aflemblée nationale , confidérant qu'il ,.
eft de la loyauté Françoile de rejetter tout projet
de fufpenfion dans les rembourfemens de la dette
exigit le mais qu'en même-temps il eft de fon
devoir d'en déterminer le mode , »
« Décrète que les rembourfenens de la dette
exigible ne feront point fufpendus ; & elle
ouvre la difcuffion fur le mode defdits rembour
fémers. »
1 Puiffe un mode quelconque de rembourfement
ne pas réduire à de vains mots un décret,
dont la gloire ne fauroit être indépendante des
circonftances ultérieures .
î
( 190 )
Du famedi , 10 décembre.
2
Le 7 de ce mois , M. d'Averhoult avoit lu
à l'Affemblée légiflative une lettre inférée dans
un journal intitulé : correfpondance patriotique
ou nationale, rédigé par M. Dupont de Nemours.
M. Dupont , la lettre & M. d'Averhoult affirmoient
que M. Rouftan s'étoit rendu auprès des
Etats - Unis , en qualité d'ambaffadeur de l'Affemblée
générale de St. Domingue , pour traiter
de puiffance à puiffance , avec les Etats -Unis
& en obtenir des fecours ; que M. de Ternan
miniftre de France à Philadelphie avoit exigé
la remife des lettres de créance , & que M.
Rouftan s'étoit mal excufé en difant qu'il ignoroit
que la France eût un réfident à Philadelphie
, quoique M. de Blanchelande eût fouvent
écrit à M. de Ternan . Or , la lettre délatrice
étoit de M. Dupont , fils , fecrétaire de M. de
Ternan ; & on fait que M. Dupont le père
fut l'un des plus déraisonnables & des plus fougueux
promoteurs du décret qui a perdu St.
Domingue. Aujourd'hui M. Rouftan , admis à
la barre a porté les coups les plus vigoureux
à cet échafaudage , dont les pièces arrivent
comme d'elles- mêmes de tous côtés , & tout
ajuftées , pour fervir à élever le rempart derrière
lequel efpèrent le fauver & fe fauveront peutêtre,
les inftigateurs de la ruine des Colonies.
>
1
If a lu les proclamations de l'Aflemblée générale
& de M. de Blanchelande pour implorer
des fecours de toutes les puiffances voifines
& la lettre de l'Aflemblée coloniale au préfident
des Etats - Unis , où eft répétée à chaque période
la dénomination de partie françoise de St. Domingue
, où eft annoncé textuellement l'acte de
( 191 )
la conftitutión qui conftate la légale exiftence
de l'affemblée générale , & la déclaration de
les principes , & une expédition de cet acte ou
elle reconnoît expreffément que « St. Domingue
étant portion de l'empire François , à l'Affemblée
nationale feule appartient irrévocablement
de prononcer far les rapports politiques & com
merciaux qui uniffent St. Domingue à la France,
d'après les plans qui feront préfentés par l'Alfemblée
générale . Il a dit qu'il étoit débarqué
chez le conful de France , M. Laforêt , & n'avoit
agi que de l'aveu & accompagné de M. de Ternan.
Nos ennemis , a ajouté M. Rouftan , nos
ennemis que nous avons dénoncés à la nation
& à l'univers comme les auteurs de tous nos
maux , font autorifés à exhaler leur rage & leur
fiel contre nous. A la veille de fe voir découverts
, d'être punis de la peine due à leurs forfaits
, ils cherchent à éloigner le moment qui
doit terminer leurs complots' contre les colonies
& contre l'état ; & croyant y parvenir plus fûrement
, ils ne balancent pas fur le choix des
moyens ; la calomnie , fur- tout , leur eft une
arme très-familière...... Il falloit un aliment à
la malignité de M. Dupont , ami des noirs…….. »
( De violentes rumeurs ont interrompu l'orateur).
Il falloit , a pourfuivi M. Roustan , un aliment
à la malignité de M. Dupont , ami des
noirs , pour appuyer les délations menfongères
qui ont profané la tribune de cette Affemblée
augufte. Impoffibles ou abfurdes , toutes les combinaifons
paroiffent bonnes aux méchans , pourvu
qu'ils puiffent les préfenter avec une apparence
de- raifona Ainfi donc , la fageffe de M. Dupont,
fi fort exaltée par M. d'Averhoult , ne
la conduit qu'à apprendre au public que les
( 192 ):
T "
avis que M. fon fils , fecrétaire de M. de Ter-s '
nan , lui donne de ce qui fe paffe dans le cabinet
de ce miniftre ne méritent aucune
efpèce de confiance ... Au furplus , il faut avoir
une envie bien démesurée de trouver des .coupables
, pour fuppofer que l'affemblée générale
écrivant à la lueur des incendies qui brûloient
les propriétés de la majeure partie des membres
qui la compofoient , étourdis des cris des victimes
qui tomboient, fous le ferides affaffins ,
n'a pu manquer à une formalité à laquelle elle ,
n'étoit pas rigoureufement tenue , fans qu'on
l'accufe de vouloir fe rendre indépendante , parce
qu'elle a crié au fecours à des perfonnes qui
étoient à portée de l'entendre... Vous pouvez
juger par la nature de la démarche que j'ai faite
à la nouvelle Angleterre , & par la manière t
Porfide avec laquelle elle eft rendue par M. Du- r
pont de Nemours , fi la calompie n'eſt pas la
feule arme de nos ennemis... Eft- il poflible de
fuppofer que pour chercher à rendre la colonie
indépendante , on m'eût expreffément chargé
d'une délibération des colons qui prouvoit authentiquement
qu'ils venoient de reconroître
cette colonic comme filant partie de l'Empire
François . Mais, par quelle fatalité, ſommes- )
nous obligés de nous juftiher , nous qui lettimes
les victimes , tandis que les inculpations , hazar
dées de nos ennemis , je pourrois dire de, nosa
bourreaux , font regardées, comme des vésités
inconteftables ? De quel droit M. Briffor & .
tous ceux des membres de l'Ademblée nation i
nale... sovs 19holera as asiting aliup
De nouvelles rumeurs ont interrompus ces
plaintes énergiques , & le préfidentica mappellés
M. Routan au refpe du à l'Affembléene
» Comment
( 193 )
tans ,
ce
Comment fe fait-il , s'eft écrié celui- ci
que lorfque nos ennemis ne donnent aucune
preuve de ce qu'ils avancent nous qui offrons
des preuves , nous foyons obligés de juftifier
ce que nous avons dit ? A quel cxcès de défelpoir
ne portera pas nos infortunés commet →
le compte que nous leur devons de tout
ce qui a été dit dans vos difcuffions ? « Enfin
M. Rouftan a terminé fon difcours , par l'offre
de l'homme fans reproche : » Je me rends dans
les prifons de la haute-cour nationale , & je
prends le même engagement au nom de mes
collègues , que nos accufateurs s'y rendent auffi
pour fubir le fupplice dû à la trahiſon ou à la
calomnie. » M. Rouftan a reçu les honneurs
de la féance , malgré M. Merlin qui objectoit
délicatement qu'on les avoit refufés aux députés
d'Avignon ( aux apologiftes des brigands ) .
Le reste de la féance a été rempli par un rapport
de M. Tarbé fur les colonies . Comme les
derniers évènemens , les réflexions du comité colonial
& fes conclufions , feront l'objet d'un
nouveau rapport ajourné à mercredi prochain ,
Rous donnerons alors un apperçu du tout enfemble.
Du famedi , féance dufoir.
L'Affemblée n'a guère fait qu'entendre des
adreffes , & leur décerner des mentions honorables
.
Ce font 1º. des citoyens d'Ornans qui difent
que les lettres du Roi aux princes émigrés n'ont
eu pour but que de jetter de la poudre aux
yeux du peuple , & qu'il faut fe hâter de vendre
les couvens de religieufes ou les prêtres nonaffermentés
paffent les jours & les nuits ; 2°.
des citoyens d'Angoulême qui, infultent au ve
No. 51. 17 Décembre 1791 I
( 194 )
& follicitent des décrets d'accufation contre les
émigrés ; 3 °. des citoyens libres de la ville d'O
rient qui admirent l'humanité du décret contre
les prêtres.
: ך כ
Enfin , ce font les citoyens de la halle au
bled , de Paris , qui donnent les leçons fuivantes
au pouvoir légiſlatif Depuis le 21
juin , une tactique machiavélique a été employée
par le miniftère... Il a calculé votre inexpérience
& fon aftuticufe habileté... Les fang-fues de
l'ancien régime , les ridicules fpadaffins d'outre-
Rhin , les lâches flagorneurs d'outre-mer... ne
demandent rien moins que la diffolution de la
légiflature & la dictature pour le Roi ... Un décret
, digne de la majefté du peuple , lancé par
vous , alloit foudroyer les brigands ... Le reftaurateur
de la liberté fait ufage du veto , &
c'eft pour fauver les confpirateurs... Le veto ne
peut que fufpendre , jamais anéantir ; dans la circonftance
, le Roi ne fufpend point , il anéantit
la loi. Ce n'eft plus un appel au fouverain
, le Roi en prend la place , en ufurpe l'autorité
& le veto de la conftitution n'eft plus
qu'une lettre- de-cachet... I ! dévoue des millions
de citoyens , pour fauver deux hommes dont il
avoue les forfaits... Le jour approche cù l'on
agitera d'autres queftions qui pourront naître
de l'immenfe refponfabilité dont le Roi s'eft
grèvé gratuitement... Peut-être un nouveau veto
confervera les prêtres confpirateurs.. N'en foyez
pas ébranlés..... N'abaiffez pas vos regards juf
qu'à ces petits potentats effrayés eux -mêmes du
rôle étonnant qu'on leur fait jouer ... Faites oublier
qu'après la déclaration des droits , ce vafte
empire a été infulté , menacé par trois évêques
& un Pape... Souvenez - vous que vous avez
( 195 )
pour vous la justice , la liberté & cinq millions
de bayonnettes ».
Citons encore quelques mots des habitans de
Calais Le décret fur les émigrans a été
fanctionné par la nation entière . Nous nous attendons
que le Roi fanctionnera celui fur la horde
noire ( les prêtres ; grands éclats de rire ) ; s'il
trompeit nos cfpérances , plus de tranquillité ;
la guerre , la guerre ... » Oui , oui , le font
écriées les galeries , & l'on a vivement applaudi .
Du Dimanche , 11 Décembre.
Ce jour , plus particulièment confacré aux
pétitions , en a amené un déluge . Quelques députés
du petit nombre de citoyens qui forment
aujourd'hui les affemblées des Sections de Paris ,
font venus dénoncer fucceffivement la prière
qu'ont faite au Roi les membres du directoire
du département , de refuſer ſa ſanction au décret
contre les prêtres . L'un des orateurs , M. Legendre,
a dit « un jour le fénat François fera le confeil
de l'univers.... Souveraine de 24 millions
d'hommes , la liberté doit rouler les tyrans dans
la pouffière , & fouler les trônes qui ont écrasé
le monde.... Faites forger des millions de piques
, armiez- en tous les bras ; annoncez à tous
les départemens ce décret vraiment martial . II
ne faut que 40 millions pour fauver la France ;
elle les donne tous les ans pour précipiter fa
ruine .... Soyons armés , & nous atteindrons ces
fuyards , les mêmes que nous défîmes en 1789
au feul bruit de nos armes & de nos cris . »
Le préfident , M. Lemontey , a répondu à
cette députation : « le peuple refpecte les loix.
Il est déjà armé contre l'anarchie , il mérite de
l'être encore pour la liberté . »
I 2
( 196 )
>
·
A M. Legendre a fuccédé M. Camille des
Moulins qui , fe défiant de fa voix , a emprunté
celle de M. Fauchet « ou l'Aſſemblée ,
a - t - il dit entr'autres , regardera le veto appofé
au décret contre les émigrans , comme inconftitutionnel
& non-avenu , & le premier janvier
elle paflera outre purement & fimplement ( applaudi
) ; ou elle le regardera comme conftitutionnel
& refpectueuferent foumis à la conftitution....
Nous n'exigerons jamais du ci -devant
fouverain un amour impaflible de la fouveraineté
nationale , & ne trouverons pas mauvais
qu'il appofe fon veto précisément aux meilleurs
décrets ; parce que , fuivant Machiavel , il eft
difficile & contre nature de tomber volontairement
de fi haut... & nous prendrons exemple
de Dieu même dont les commandemens ne
font pas impoffibles .
>
,
33
D'après d'auffi bonnes raifons , toute l'indignation
des 300 co- fignataires de M. Camille Def
moulins , s'eft portée dans fon difcours , de la
perfonne du ci-devant fouverain , fur les adminiftrateurs
du département de Paris , dont la
pétition au Roi leur a paru un acte de rébellion
, « un premier feuillet d'un regiftre de
contre - révolution , une foufeription de guerre
civile , envoyée à la fignature de tous les tanaiques
, de tous les idiots , de tous les esclaves
permanens , de tous les ci - devant voleurs des
83 départemens , en tête de laquelle font les
noms exemplaires des membres du directoire du
département de Paris . »
CC La forfiiture des membres du directoire eft
établie , a di: l'orateur, Connoiffez -vous vousmêmes
, & ne doutez plus de la toute - puiffance
d'un peuple fibre . Mais la tête fommeille ,
( 197 )
comment le bras ( le peuple ! ) agira - t - il ? Ne
levez plus la maffue nationale pour écrafer des
infe&tes , un Varnier , un Delâtre. Caton &
Cicéron faifoient - ils le procès aux cfclaves de
Cetegus & de Catilina ? .... Frappez à la tête ;
fervez - vous de la foudre contre les princes
confpirateurs , de la verge contre un directoire
infolent , & cxorciíez le démon du fanatifme
par le jeure . »ן כ
La falle a retenti d'applaudiffemens rumulrueux
& redoublés . Les députés dé plufieurs
Sections de Paris ont fait entendre un langage
analogue , & vcué au mépris la pétition du
directoire. L'impreffion , l'infertion au procèsverbal
ont été décrétécs , & ceux qui étoient
enchantées de leur journée cnt ordonné l'envoi
de ce procès- verbal aux 83 départemens , malgré
les efforts impuiffans d'une minorité plus tempérée.
P. S. Dans la féance d'avant- hier lundi , M.
Quatremère de Quincy , homme plein de probité
& d'un efprit fage , s'eft élevé énergiquement
à la lecture du procès - verbal , contre l'hommage
rendu aux pétitions dont nous venons de .
préfenter la notice . Si l'Affemblée conftituante
n'avoit pas tant de fois donné le funefte exemple
de ce facrifice de la décence , du bon ordre
& de la juftice à l'efprit de parti ; les pétitionnaires
d'aujourd'hui fercient fans doute plus
réfervés , & leurs partifans dans l'Afemblée
moins hardis à couronner leur éloquence . Les
louables efforts de M. Quat emère & de quelques
autres membres ont rayé du procès- verbal , l'envoi
de la pétition aux 83 départemens ; mais la
mention honorable de ces divers chefs - d'oeuvres
de légiſlation a été confirmée . Les deux tiers de
I 3
( 198 )
la féance ont été confumés par le vacarme de
cette tumultueuſe difcuffion .
Au moment où nous écrivons , il paroit
qu'au premier jour le Roi fe rendra à l'Affemblée
, pour lui faire part des difpofitions
des Princes d'Allemagne , que les
Miniftres ont requis de difperfer les Emigrans
François. S. M. doit ajouter , qu'Elle
va réitérer ces fommations àterine fixe ,
après lequel le Gouvernement regardera
un nouveau refus comme une déclaration
de guerre.
Nous n'affirmerons pas fi le Ministère
a déjà & réellement des réponſes de l'Empereur
, de la Diète & de ceux des Electeurs
ou Princes auxquels on s'eft adreffé ;
ou fi les réfolutions qu'il chargera le Roi
de notifier à l'Aflemblée , font feulement
provifionnelles , en cas de refus. Quoi qu'il
en foit , la guerre femble inévitable . Le
Comité Jacobin , le Comité Conflitutionnaire
, le Confeil de S. M. , les Royaliftes
de différentes dénominations s'accordent
à la defirer. Une femblable uniformité de
voeux entre des Partis qui fe déteftent , eft
une preuve fans replique de l'horrible cahos
où le royaume eft plongé. La néceffité fert
peut- être de principe à cet appel meuririer
; les paffions fe hâtent d'y répondre.
( 199 )
Les uns ne favent plus comment foutenir
l'ordre de chofes actuel ; les autres s'impatientent
de le voir renverfé ; de troiſièmes
foupirent après une iffue quelconque ; l'impétuofité
nationale poule tant d'efprits
divers à un dénouement , dont fort peu
de gens calculent la nature , & encore
moins les mobiles. Chaque Parti eſt pénétré
de confiance. D'un côté , on ne doute
pas de conquérir la France en abordant
les frontières. De l'autre , on eft convaincu
qu'il fuffira de déclarer qu'on va les paffer ,
pour anéantir toute réfiftarce. Ces difpofitions
furent de tout temps dans le carac
tère de la Nation ; mais les fureurs politiques
dont eile eft agitée , augnientent
l'énergie de cette préfomption générale .
Je me permets de me féparer de la ligne
des Invocateurs quelconques de la guerre ;
il eft impoffible à un véritable ami de cette
Monarchie , d'en confidérer l'approche fans
effroi. Il eft impoffible de ne pas déplorer
qu'avant d'arriver à cette extrémité funefte ,
on n'ait cherché aucuns moyens de la prévenir
; qu'on ait depuis trois ans d'affreufes
difcordes , livré à la force feule le deſtin
de l'Etat , de fes loix , de fa liberté , de
l'ordre public , des Factions qui ne connoiffent
d'autre alternative que celle de
s'écrafer mutuellement. Il eft impoffible de
ne pas gémir , qu'aucune parole de conciliation
ne fe foit fait entendre au travers
I
4
( 200 )
"
de celles de la haine ; qu'on fe foit accordé
à ne rien céder , & à marcher de deftructions
en deftructions , fans regarder dans
l'avenir. Cette morale déplaira fans doute
à ceux qui l'ont bannie de la politi
que à ceux à qui le mot d'harmonie
donne un frémiffement de rage , &
même à cette claffe d'efprits incertains &
de coeurs faux , qui en fe parant des fymboles
hypocrites de la modération , n'ont
jamais prononcé une phrafe , ni fait une
démarche modérées.
Il faut trenier d'une guerre dont l'inévitable
réſultat , ( fi la difficulté de la foutenir
ne la réfout pas très-promptement en
négociation armée , ) dont l'inévitable réfultat
fera , dis - je , ou l'anarchie de la Ré
publique fédérative , ou une contre- révolution
abfolue. Voilà les termes néceffaires
de cette exploſion : s'en félicite qui voudra.
Laiffons les accens de joie à ceux qui
verferont bientôt des larnies amères fur l'enchaînement
des caufes dont la violence nous
a amenés à l'arbitrage des batailles .
Il eft , au refte , facile d'expliquer cet empreffement
commun des Factions oppofées
. Du moment où l'une a donné à l'autre
la certitude d'un projet d'invafion , cette
dernière n'a pas dû balancer d'aller au- devant.
La guerre offenfive , il eft vrai , peut
entraîner l'Empire & d'autres Puiffances à
foutenir les Princes & les François émi(
201
grés ; mais elle préfente l'avantage de défendre
le Peuple de la terreur , de le prémunir
contre le découragement qui pourroit
fuivre une première agreffion , & de
couper le labyrinthe de noeuds qui étranglent
aujourd'hui notre exiſtence civile ,
politique , fifcale & commerciale : pour
fortir d'une fituation défaftreufe on
courra la chance de tout perdre ou de tout
fauver.
2
Cette guerre va être décidée , à l'inftant
où le feul bruit de fa prochaine déclaration
a fait tomber les affignats à 40 pour cent
de perte ; où un louis d'or en papier perd
11 & 12 pour 100 ; où la baifſe énorme
des changes , furpaffant celle qu'opéra le
fyftêine de Law , va fufpendre néceffairement
tout commerce , toute affaire avec
l'Etranger ; où l'on eft menacé par la dépreffion
du papier- monnoie , de voir toutes
les ventes ceffer , ou doubler , tripler de
prix ; où, malgré l'épuifement de la mafle
entière de ces affignats peftiférés , il nous
refte une dette exigible qui furpaffe trois
milliards ; où, pour fubvenir à une dépense
annuelle , fixe ou variable , de 750 millions,
& à la dépenfe extraordinaire d'une guerre
dont l'aviliffement du papier , feule relfource
de l'Etat , triplera le fardeau , on n'a
que des recettes en hypothèſes , des rôles
en idée , des Contribuables en armes , des
impofitions toutes neuves à faire profiter ,
Is
( 202 )
& nulle force publique ; où l'armée , livrée
à mille fuggeftions diverfes , privée de
Chefs expérimentés , d'Officiers qu'elle
connoiffe , a échangé l'école des camps
contre celle des Clubs ; où chacun eft Miniftre
d'Etat ; où commande qui veut ; où
une multiplicité d'autorités , fans nerf &
fans confiftance , fe heurtent à chaque inftant
, & entravent toutes les opérations.
Cromwel , qu'on a cité follement à l'Affemblée
Nationale , fit refpecter la République
Angloife , & en impofa à la foibleife
de l'Europe , dont les feuls Hollandois
furent maintenir la dignité ; mais
Cromwel n'avoit pas formé fa raifon à
l'école des Journaux , ni fon ame dans la
foumiffion d'un Gouvernement abfolu.
Cromwelétoit un grand homme d'épée & un
grand homme d'Etat. Son génie ne reſſembloit
pas à celui de M. Defmeuniers ou de
M. Péthion . Il fut fe rendre maître de
toutes les factions de la même main
qui exterminoit les Applaniffeurs , il
chaffa cette canaille parlementaire qu'il méprifoit
comme la boue de fes éperons ; il
éleva fa dictature impofante & redoutable
fur les têtes foulées de ce tas de brouillons
& de Bourgeois furieux dont il s'étoit
fervi . Cromwel avoit un tréfor en bon état,
des finances bien réglées , des recettes affurées
, un Peuple foumis qui trembloit devant
fa puiffance , des Généraux enthou-
?
( 203 ).
fiaftes & dévoués , des Soldats admirablement
difciplinés , religieux , exercés par
15 ans de guerres civiles , & habitués à
la victoire : fon pavillon flottoit fur toutes
les mers ; fes mains triomphantes manioient
defpotiquement tous les refforts de la puiffance
.Voilà l'homme auquel il appartenoit
de dire Je veux que l'Inquifition foit détruite
, et que les mers foient libres . Qu'a de
commun, cet habile ufurpateur avec nos
Municipaux , nos Procureurs- Syndics , nos
Miniftres de 24 heures , nos Avocats , nos
Céfars- Journalistes , & nos Commandans ?
Qu'a de commun la fituation de l'Angleterre
fous Cromwel , avec la fituation de la
France fous le règne de M. de Montefquiou ,
de l'Abbé Sieyes & de Condorcet ? Rien ,
abfolument rien ; nous le prouvâmes , il y
a deux ans , lorfque Mirabeau hafarda le
premier , cette comparaifon pour les
galeries & pour le Journal du foir ; nous
le répétons , parce qu'on revient tous les
jours à ce burlefque parallèle , & que pour
favoir défendre la liberté , il faut commencer
par ne pas tromper la Nation .
M. de Narbonne doit partir cette femaine ,
dit-on , pour aller vifiter les places frontières.
Ce jeune Miniftre de la guerre n'a
pas encore été dénoncé , quoiqu'il foit en
place depuis huit jours . C'eft M. Bertrand
de Molleville , Miniftre de la Marine , qui
16
1204 )
a maintenant les honneurs de l'accufation
& nous pouvons affurer qu'il s'en tirera en
homme qui ne les craint guères. La noble
fermeté de fa dernière Lettre fait un étrange
contrafte avec le ftyle rampant & adulateurs
de ces Efclaves , dont l'Affemblée a fait fes
Miniftres depuis 15 mois.
On annonce le retour de M. le Comte
de Mercy , Ambaffadeur Imperial ; il a
quitté Bruxelles la femaine dernière , & il
elt attenda ici , s'il n'y eft déjà pas arrivé.
Déjà , on le rend porteur de propofitions de
l'Empereur , dont chacun explique le myf
tère , probablement comme on expliquoit
celui de la Dent d'or.
.4
Le fieur Prudhomme , Imprimeur d'un
Ouvrage périodique , fous le titre de Révolutions
de Paris, a mis en lumière dernièrement
, & annoncé par affiches en majufcules
, placardées au coin des rues , un
livre fous le nom de Crimes des Reines de
France , jufqu'à la Reine actuelle inclufivement.
Cette proclamation publique étant
foufferte , & ayant fatisfait les regards
de tous les Amateurs de la Capitale , l'Editeur
vient de rafraîchir leurs fenfations par
un nouveau placard , en gros caractères
rouges , & qu'on peut lire dans tous les
carrefours , au Palais - Royal , à la porte
même de l'Affemblée Nationale & par(
205 )
tout. Il porte : Prudhomme à tous les Peuples
de la terre.
« J'avertis que je publierai incef-
>> famment les crimes de tous les Po-
» tentats de l'Europe ; des Papes , des
» Rois d'Espagne , de Naples , de Por-
» tugal , de Suede , de Danemarck , de
» Pologne , de Ruffie , de Sardaigne ,
» d'Allemagne , de Turquie , &c. &c.;
» avec grand nombre de gravures repré-
» fentant leurs principaux forfaits . Le
» premier beſoin d'un Peuple qui veut être
» libre , eft de connoître les crimes de fes
» Rois. Malgré la vigilance des Defpotes ,
» je répandrai des milliers d'exemplaires
» dans leurs Etats , fous ma devife la liberté
» de la preffe ou la mort. »
Un pays où l'on affiche impunément ,
où chacun peut lire fur les murs , de femblables
apoftrophes , fans qu'aucune autorité
en recherche l'Auteur ou en faffe difparoître
le fcandale , eft , je ne dis pas fans
Gouvernement , je ne dis pas fans Police ,
je ne dis pas fans Loix , mais il ceffe d'être
une fociété civile. Tôt ou tard , il fera
périr tous les Souverains , ou les Souverains
l'écraferont.
On a vu dans la notice des Séances de
PAffemblée nationale l'efclandre qu'a occafionnée
la Pétition au Roi des Membres du
Directoire de Paris. Pour qu'on puiffe
( 206 )
comparer l'original avec le Portrait qu'en
ont fait les Dénonciateurs , voici cette
Pièce qui a encouru l'excommunication
civile .
SIRE ,
ce Nous avons vu les Adminiftrateurs du Département
de Paris venir vous demander il Y
a huit mois d'éloigner les perfides confeils qui
cherchoient à détourner de vous l'amour du peuple
François. Ils bravèrent , pour vous faire entendre
la vérité , jufqu'aux tourmens de votre coeur ;
c'étoit le feul effort qui pût coûter à des François
devenus libres . »
c: Nous , Citoyens Pétitionnaires , venons aujourd'hui
, non pas avec la puiffance d'opinion qui
appartient à un Corps impofant , mais forts de
notre conviction individuelle , vous adreffe un
langage parfaitement femblable dans fon principe
, quoique différent fous plufieurs rapports ,
nous venons vous dire que les difpofitions des
efprits dans la Capitale font aufli bonnes , auffi
raffurantes que Votre Majefté peut le defirer ;
que le Peuple y veut avec ardeur la Conftitution
, la paix , le retour de l'ordre & le bonheur
du Roi; qu'il manifefte ce dernier fentiment avec
la pls touchante ſenſibilité au milieu même de fes
propres peines ..>>
Mais nous vous dirons en même temps
Sire , que ceux -là vous tromperoient bien cruellement
, qui ofercient tenter de vous perfuader
que fon amour pour la Révolution s'eft affoibli ;
qu'il verroit en ce moment avec indifférence , ils
difent peut-être avec joie , le fuccès de nos implacables
ennemis , & que fa confiance dans fes Repréfentans
n'eft plus la même. »
( 207 )
« Défiez -vous , Sire , de ceux qui vous tiennent
cet odieux langage , il eft faux , il eft per fide dans
tous les points .
• دو
« Le Peuple eft calme , parce qu'il fe fie à
votre probité , à la Religion de votre Serment ,
parce que le beſoin du travail ramène toujours
les hommes vers la paix ; mais croyez , & creyɩz
bien , qu'au moindre fignal du danger pour la
Conftitution , il fe fouleveroit tout entier, avec
une force incalculable . Croyez auffi que même
un grand nombre de ceux qui fe font montiés
moins attachés à la Révolution fentiroient toutà-
coup indifpenfable néceffité de la défend: e
contre des ennemis qui , fans pouvoir guérir leurs
maux acuek , les précipiteront dans les plus horribles
malheurs , & que par conféquent il exiftera
toujours pour le maintien du nouvel ordre de
chofes la majorité la plus impofante & la plus formidable.
сс
לכ
Croyez que , quelle que puiffe être l'opinion
publique fur tel ou tel Décret du Corps Légiflatif
qui aura été furpris à fon zèle , c'eft toujours
près des Repréfentans du Peuple , élus par
lui , que retournera , que repofera néceffairement
fa confiance . »
« Vous avez attaché , Sire , votre bonheur
à la Confiitution ; nous ajoutons qu'il eft là
tort entier , & qu'il ne peut plus être déformais
que là ; que cela eft inconteftable dans
toutes les fuppofitions poffibles ; que vos ennemis ,
vos feuls ennemis font ceux qui méditent le renverfement
de l'ordre actuel , en vous livrant à
tous les périls ; que leurs démonftrations de dévouement
pour votre perfonne font fauffes , leurs
applaudiffemens hypocrites ; qu'ils ne vous pardonneront
jamais , non jamais , ce que vous avez
( 208 )
fait en faveur de la Révolution , & particulièrement
cet acte courageux de liberté , par le- -
quel , ufant du pouvoir qui vous eft délégué ,
Vous avez cru néceffaire , pour détruire plus
fûrement leurs efpérances , de 1s fauver euxmêmes
de la rigueur du Décret dont ils étoient
menacés. »
« Nous en concluons , Sire , que tout moyen
de conciliation doit vous paroître maintenant
impraticable , que trop long- temps ils ont infulté
à votre bonté , à votre patience ; qu'il cft urgent
, infiniment urgent que , par une conduite
ferme & vigoureufe , vous mettiez à l'abri de
tout danger la chofe publique , & vous qui en
êtes devenu inféparable ; que vous vous montriez
enfin tel que votre devoir & votre intérêt
vous obligent d'être , l'ami imperturbable de la
liberté , le défenfeur de la Conftitution , & le
vengeur du Peuple François que l'on outrage. »
« Nous avons fenti le beſoin , Sire , de vous
faire entendre ces vérités , elles n'ont rien qui
me foit d'accord avec les fentimens que vous avez
manifeftés .
« Un autre motif rous conduit auffi auprès
de vous. La Conftitution vous a remis un immenfe
pouvoir , quand elle vous a délégué le
droit de fufpendie les Décrets du Corps Lé
giflatif. Il eût été defirable , fans doute , qu'une
telle pu flance repofât long temps fans qu'on fût
obligé d'y recourir , & protégeât la liberté par
fa feule exiftence , fans étonner l'Empire par fon
action réitérée . Mais quand le falut public le
comm:nle , cette arme redoutable ne peut dem
ur r oifive dans vos mains , la Conftitution
vous ordonne de la déployer ; & cette même
Confiitution appelle tous les Citoyens à éclairer
( 209 )
votre religion fur ce que la Patrie attend de vous
dans des circonftances difficiles. »
CC
Nous venons donc avec un fentiment pé .
nible , il eft vrai , & pourtant avec une forte
confiance , vous dire que le dernier Décret fur
les troubles religieux nous a paru provoquer impérieufement
l'exercice du veto . »
« Nous ne craignons pas que la malveillance
ofe fe fervir de notre franchife , pour acculor
nos intentions . On perfuaderoit difficilement que
des hommes , qui , par la perfévérance de leurs
principes , pendant le cours de la Révolution ,
ont mérité des haines dont ils s'hororent ; qui
les méritent chaque jour , d'autant plus qu'ils fe
montrent les amis infatigables de l'ordre , & combattent
, fans relâche , tous les genres d'excès dont
fe nourrit avec complaifance l'efpoir des Contre-
Révolutionnaires ; que des hommes qui favent
que plufieurs d'entr'cux font à la tête des liftes de
profcription , tracées par la fureur de nos ennemis ,
veuillent fervir leurs criminels deffeins . ».
« Nous abhorrons le fanatifme , l'hypocrifie ,
les difcordes civiles excitées au nom du Ciel . Nous
fommes dévoués à jamais par nos affections les
plus intimes , plus encore , s'il eft poffible , que
par nos fermens , à la caufe de la liberté , de
l'égalité , à la défenſe de la Conftitution ; & c'eft
dans ces fentimens mêmes que nous trouvons tout
le courage néceffaire pour vous demander ce grand
acte de raifon & de juftice . 33
ee Sire , l'Affemblée Nationale a certainement
voulu le bien & ne ceffe de le vouloir ; nous
aimons à lui rendre cet hommage , & à la venger
ici de les coupables détracteurs ; elle a voulu extirer
les maux innombrables , dont en ce moment ,
far - tout , les querelles religieufes font la cauſe
( 210 )
ou le prétexte . Mais nous croyons qu'un auffi
louable deffein l'a pouffée vers des mesures que la
Conftitution , que la juftice , que la prudence ne
fauroient admet re. »
« Elle fait dépendre , pour tous les Eccléfiaftiques
Non-Fonctionnaires , le paiement de leurs
penfions , de la preftation du Serment civique ;
tundis que la Conftitution a mis expreffément
& littéralement ces penfions au rang des dettes
nationales ; or , le refus de prêter un ferment
quelconque , de prêter un ferment même le plus
légitime peut-il détruire le titre d'une créance
qu'on a reconnue ? & peut- il fuffire , dans aucun
cas , à un débiteur d'impofer une condition
pour le fouftraire à l'obligation de payer une dette
antérieure ? »
>
cc L'Affemblée Nationale Conftituante a fait ,
au fujet des Prêtres non-affermentés , ce qu'elle
pouvoit faire ; ils ont refufé le Serment preferit ;
elle les a privés de leurs fonctions , & en les dépoffedant
, elle les a réduits à une penſion . Voilà
la peice , voilà le jugement. Or , peut - on prononcer
une nouvelle peine fur un point déjà jugé ,
toutes les fois qu'aucun délit individuel ne change
pas l'état de la question ? »
« L'Aſſemblée nationale , après que les Prêtres
non - affermentés auront été dépouillés , veut encore
qu'on les déclare fufpects de révolte contre
la loi , s'ils ne prêtent pas un ferment , qu'on
n'exige d'aucun autre Citoyen non- fonctionnaire .
Or , comment une loi peut - elle déclarer des hommes
fufpects de révolte contre la loi ? A-t-on le
droit de préfumer ainfi le crime ? »
« Le décret de l'Affemblée nationale veut que
les Eccléfiaftiques qui n'ont point prêté le ferment,
ou qui l'ont rétracté , puiffent , dans tous les troubles
religieux , être éloignés provifoirement , &
( 211 )
emprisonnés , s'ils n'obéiffent à l'ordre qui leur
fera intimé. Or, n'eft - ce pas renouveller le lyftême
des ordres arbitraires , puifqu'il feroit permis de
punir de l'exil , & bientôt après de la prilon , celui
qui ne feroit pas encore convaincu d'être téfractaire
à aucune loi ? »
« Le décret ordonne que les Directoires de
Département dreffènt des liftes des Prêties nonaffermentés
, & qu'ils les fuffent parvenir au
Corps légiflatif , avec des obfervations fur la
conduite individuelle de chacun d'eux , comme
s'il etoit au pouvoir des Directoires de claffer
des homines qui , n'étant plus Fonctionnaires
publics , font confondus dans la claffe générale
des Citoyens ; comme fi des Adminiftrateurs pou
voient fe réfoudre à former & à publier des liftes ,
qui , dans des jours d'effervefcenee , pourroient
devenir des liftes fanglantes de profcription ;
comme , enfin , s'ils étoient capables de remplit
un miniftère inquifitorial qui néceffiteroit l'exécution
littérale de ce décret . »
Sire , à la lecture de ces difpofitions , tous
les individus qui vous préfentent cette pétition
fe font demandés s'ils fe fentiroient ce genre de
dévouement ; tous ont gardé le plus profond
filence . »
« Eh quoi ! il faudroit donc qu'ils tinffert ce
langage à chacun de leurs Concitoyens dires
quel eft votre culte ; rendez compte de vos
opinions religieufes ; apprenez- nous quelle profeffion
vous avez exercée , & nous verrons alers fi
vous avez droit à la protection de la loi . Nous
faurons s'il nous eft permis de vous donner la
paix . Si vous avez été Eccléfiaftique , tremblez ,
nous nous attacherons à vos pas ; nous épierons
toutes vos actions privées ; nous rechercherons
vos relations les plus intimes ; quelque régulière
( 212 )
que puiffe être votre conduite , à la première
émeute qui furviendra dans cette ville immenſe ,
& où le mot de religion aura été prononcé , nous
viendrons vous arracher à votre retraite , & malgré
votre innocence , nous pourrons impurément
vous bannir des foyers que vous vous êtes
choifis. 55
"
« Si la France , Sire , fi la France libre étoit
réduite à entendre ce langage , où eft l'homme
qui pourroit fe réfoudre à en être l'organe ? »
« L'Affemblée nationale refuſe à tous ceux qui
ne prêteroient pas le ferment civique la libre profeffion
de leur culte . Or , cette liberté ne peur
être ravie à perfonne ; aucune puiffance n'a
pu la donner ; aucune puiffance ne peut la
retirer ; c'est la première , c'eft la plus inviolable
de toutes les propriétés . Elle eft confacrée à jamais
dans la déclaration des droits , dans les articles
fondamentaux de la Conftitution . Elle eft donc
hors de toutes les atteintes, »
« L'Affen bée Nationale Conftituante ne s'eft
jamais montrée plus grande , plus impofante peutêtre
aux yeux des Nations , que forfque , au
milieu des organes mêmes du fanatifme , elle a
rendu un hommage éclatant à ce principe . Il étoit
perdu dans les fiècles d'ignorance & de fuperftition
; il devoit fe retrouver aux premiers jours
de la liberté ; mais il ne faut pas qu'il puiffe fe
perdre ; il ne faut pas que , fur ce point comme
fur tout autre , la liberté puiffe rétrograder, »
<< Vainement on dira que le Prêtre non - affermenté
eft fufpect. Et fous le règne de Louis XIV,
les Proteftans n'étoient- ils pas fufpects aux yeux
du Gouvernement , lorsqu'ils ne vouloient pas fe
foumettre à fa Religion dominante ? & les premiers
Chrétiens n'étoient - ils pas auffi fufpects
aux Empereurs Romains ? & les Catholiques
་ ་ ( 213 )
- n'ont-ils pas été long-temps fufpects en Angle
terre , & c. Sur un tel prétexte il n'eft aucune
perfécution religieufe qu'on ne puiffe juſtifier . Un
fiècle entier de philofophie n'auroit- il donc fervi
qu'à nous ramener à l'intolérance du feizième
fiècle , par les routes mêmes de la liberté ? Què
l'on furveille les Prêtres, non-affermentés ; qu'on
les frappe fans pitié au nom de la Loi , s'ils l'enfreignent
, s'ils ofent fur- tout exciter le Peuple
à lui défobéir , rien de plus jufte , rien de plus
néceffaire ; mais que jufqu'à ce moment on refpecte
leur culte comme tout autre culte , & qu'on ne les
tourmente point dans leurs opinions. Puifqu'au
cune Religion n'eſt une Loi , qu'aucune Religion
ne foit donc un crime. }
Sire , nous avons vu le Département de Paris
s'honorer d'avoir profeffé conftamment ces principes
. Nous fommes convaincus qu'il leur doit en
partie la tranquillité religieufe dont il jouit en
ce moment. Ce n'eft pas que nous ignorions qu'il
eft des hommes turbulens , par lyftême , qui
s'agiteront long- temps encore , & qu'on efpéicroit
vainement de ramener à des fentimens patrio
tiques ; mais il nous eft prouvé , par la raifon
& par l'expérience de tous les fiècles , que le
vrai moyen de les réprimer eft de ſe montrer
parfaitement jufte envers eux , & que l'intolérance
& la perfécution , loin d'étouffer le fanatilme , ne
feront qu'accroître fes fureurs.
cc Par tous ces inotifs & au nom facré de la
liberté , de la Conftitution & du bien public ,
nous vous prions , Sire , de refufer votre fauction
au décret des 29 Novembre & jours précédens
, fur les troubles religieux ; mais en mêmetemps
nous vous conjurons de feconder de tout
votre pouvoir le voeu que l'Affemblée Nationale
vient de vous exprimer avec tant de force & dè
( 214 )
raifon contre les rebelles qui confpirent fur les
frontières du royaume . Nous vous conjurons de'
prendre , fans perdre un feul inftant , des mefures
fermes , énergiques & entièrement décifives
contre ces infenfés qui ofent menacer le Peuple
François avec tant d'audace . C'eft alors , mais
alors feulement que , confondant les malveillans
& raffurant à- la - fois les bons Citoyens , vous
pourrez faire , fans obftacle , tout le bien qui
eft dans votre coeur tout celui que la Françe
attend de vous. Nous vous fupplions donc , Sire ,
d'acquiefcer à cette double demande , & de ne
pas les féparer l'une de l'autre . »
A Paris , ces Décembre 1791 .
Signé , GERMAIN , GARNIER , Membre du
Directoire de Département de Paris ; J. B.
BROUSSE , Membre , & c.; TALLEYRAND - PÉRIGORD
, Membre , & c.; BEAUMES , Membre
.& c. LA ROCHEFOUCAULD , ; Préfident du Département
de Paris ; DESMEUNIERS , Membre , & c.;
BLONDEL , Sacrétaire général du Département
de Paris ; THION DE LA CHAUME , Membre ,
& c. ;ANSON , Membre du Directoire ; DAVOUS ,
Membre.
·
Nous pourrions revendiquer le nombre
de paragraphes judicieux que renferme
cette Pétition ; car ils font tranfcrits
prefque littéralement des obfervations
qne nous préfentâmes le mois dernier fur
le Décret relatif aux Prêtres. En particu
lier , les fignataires nous ont emprunté mot
pour mot , l'objection irréſiſtible tirée du
refpect dû aux créances quelconques de
l'Etat ; mais , certes , ce que nous ne difputerons
pas au Rhéteur qui a rédigé le ver(
215 )
C
biage impérieux des trois premières pages ,
c'eft la froide cruauté avec laquelle il rappelle
au Roi les horribles fcènes du mois
d'Avril , ces fcènes qui navrèrent de douleur
, & qui plongèrent dans l'amertume
de l'humiliation , ce malheureux Prince
& fa Familie ; c'eft le ton de jactance
barbare , avec lequel ce Rhéteur glorifie
le Département , de l'adreffe qu'il
eut la férocité de porter à fon Roi , en
excufant l'attentat " commis alors fur fa
perfonne ; ce n'eft pas davantage le ſtyle
arrogant & impératif dans lequel ces fix
individus annoncent au Roi leurs volontés.
On accuſe la majorité des Miniftres d'avoir
concerté cette indécente Pétition avec leurs
amis du Directoire , pour fe donner un motif
de refufer la fanction du Décret . Quels
miférables reffources ! Bon Dieu ! Et quels
hommes que des Miniftres réduits à de par
reilsftratagêmes ! On a contefté avec jufteffe,
la légalite de cette Pétition , & cenfuré les
qualifications des fignataires qui fembloient
la préfenter comme émanée du Département
lui-même. Quel efpoir conferver
d'un meilleur ordre , lorfqu'on voit parler
au Roi avec cette irrévérence , des
hommes qui chaque jour , clabaudent contre
les Républicains , en les accufant d'affoiblir
le refpect de la dignité Royale ,
& le maintien de l'Autorité Monarchique?
M. de la Jaille eft toujours enfermé à
Breft. La Feuille du jour a rapporté à fon
( 216 )
fujet, une Anecdote dont nous nous permettrons
d'emprunter le récit.
·
cent mains effrénées
l'égorger , de le déon
fe jette fur
fabre ; l'honnête ;
« M. de la Jaille eft fur le port de Brest
entourré d'une populace affamée de fon fang.
On le preffe , on l'étouffe
fe difputent le bonheur de
chirer . Un Dragon paffe
lui , pour s'emparer de fon
le bon , le loyal Dragon , défend fon arme
qu'un meurtre eft prêt à fouiller ; mais la force
la lui ravit, Un miférable , le fabre à la main ,
fe prépare à frapper l'intrépide Officier, L'arme
tourne & coupe deux doigts à l'affaffin . Il
pouſſe un cri de douleur & fe perd dans la foule.
La rage augmente ; la foif du fang s'irrite . On
apperçoit un Chaircuitier ; fa profeffion promet
un bourreau . Des clameurs impérieuſes lui demandent
la tête de la Jaille . Il accepte le crime ,
écarte la multitude en faifant étinceler l'arme
terrible , faifit la victime d'une main , fe`renverſe
pour ramener le fer fur elle ; & tout- àcoup
d'une voix étonnante : « Vous êtes des
fcélérats ; le premier de vous qui s'approche je
lui plonge le fabre dans la poitrine. S'il y a
quelque honnête homme ici , qu'il fe joigne à
moi pour fauver ce brave homme , ce courageux
Officier. »
« Le filence & la confternation fuccèdent aux
fureurs. Le fublime libérateur de M. de la Jaille
l'enlève du milieu des tigres intimidés , & le
conduit au château fous une efcorte impofante. »
Nous favons que plufieurs Perfonnes
diftinguées forment une foufcription en
faveur du généreux Chaircuitier , & qu'un
Officier de Marine a figné pour cent louis
'd'or.
MERCURE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
SUÈDE.
De Stockholm , le 25 Novembre 1791 .
LA ratification du dersier Traité d'Alliance
que le Roi a contracté avec l'Impératrice
de Ruffie , a été figné par cette
Souveraine , & eft parvenu à S. M.: il ne
manque plus que la formalité de l'échange;
elle fera remplie au premier jour. Le
Public , néanmoins , ne fait encore rien de
pofitif fur les véritables claufes de ce
Traité , dont la durée a été provifoirement
fixée au terme de huit ans ; circonftance
qui paroît indiquer une condition
relative à des fubfides. Qu'on ait en vue
une expédition extérieure au Printemps
prochain , c'est ce qu'une réunion d'indices
démonftratifs accréditent de plus en
No. 52. 24 Décembre 1791. K
( 218 )
plus . Le Roi ne fe borne pas à des déclarations
favorables aux Princes François : une
partie des troupes vient d'être habillée à
heuf , on n'accorde plus de congés ; on
continue fans interruption les travaux de
la lotte, Audi , l'opinion publique fe foutient-
elle , qu'au Printemps douze mille
Suédois feront embarqués , & fe joindront
à un nombre égal de Ruffes , pour fervir
hors de la Bilique.. -Il feroit difficile
que le Roi fit feul des efforts plus étendus
; l'état des finances , le paiement des
dettes contractées pendant la dernière
guerre , & l'intérêt du crédit public ne le
permettroient pas . On croit même que
notre fituation fifcale néceffitera une convocation
des Etats du royaume : plufieurs
perfonnes accréditées , & dévouées au
lyftême dominant , tiennent des affenblées
dans les provinces , afin de préparer
les efprits aux réfolutions que le Gouvernement
fe propofe de demander à la
Diète.
On a reçu par Livourne l'avis que le
Dey d'Alger nous adéclaré la guerre ; mais,
probablement elle n'entraînera aucune
hoftilité ; car les préfens d'ufage , dont le
retard a excité la colère du Dey , font en
route depuis un mois.
L'on fe rappelle que la Porte , mécortente
du Traité de paix ligné à Warela
entre le Roi & l'laipératrice de Rulie ,
7.2
( 219 )
avoit témoigné , avec amertume , fon indifpofition
au Baron de Heidenftam notre
Miniftre ; la remife des préfens récroques
refta fufpendue. Cette méfintelligence
n'a pas été de durée ; notre Envoyé a fu
regagner les bonnes graces du Grand- Seigneur
, qui a fait don à Sa Maj . Suéd . de
70 mille mesures d'excellent bled de Morée
la mefure , au prix actuel du bled à
Conftantinople , vaut trois piaftres : ( c'eſt
donc un préfent d'environ 210 mille div.
tournois. )
ALLEMAGNE.
De Berlin , le 6 Décembre.
Le . 28 du mois dernier le Roi revint
ici d'une chaffe qu'il avoit faite dans la
forêt de Bieliz près de Kuneſdorf. Sa Maj . ,
accompagnée du Prince Royal & du Gé
néral Comte de Brülh , eut un entretien
particulier avec l'Electeur de Saxe qui s'étoit
rendu à Kunefdorf. On préfume que
cette conférence a eu pour objet les affaires
de Pologne . Ni la Cour de Pruffe ,
ni aucun autre n'apportent d'oppofition su
choix fait , par la République , de l'Electeur
de Saxe pour la gouverner ; mais ce
Prince veut , avec raifon , favoir , avant
d'accepter , s'il fera vraiment Roi de Pologne
, ou fimplement le Président de plu-
Ka
( 220 )
fieurs autorités rivales. Il demande qu'aucun
acte de la Diète n'ait force de Loi
avant d'être revêtu de fa fanction libre &
abfolue. On fait que le Roi de Pologne ,
plus verfé dans l'art aimable d'adoucir
les coeurs , & de diriger les efprits , que
dans les combinaiſons d'un fyftême politique
, ouvrit l'idée , & fe contenta d'un
Veto fufpenfif, dont l'exercice eft même
fubordonné à la volonté du Confeil de
furveillance. L'Electeur requiert enfuite ,
que l'armée confiée à fon autorité fuprême,
foit indépendante de tout autre commandement
; enfin , d'être feul maître de choisir
l'époux de la future Infante. Le Marquis
de Lucchesini eft allé reprendre à Varfovie
fes fonctions de Miniftre du Roi.
Cinq jours après fon avènement au
Trône , Frédéric , autrefois le Grand , mais
qui ne l'eft plus depuis que les illuftres
Régénérateurs de la France nous ont appris
à mieux l'apprécier , Frédéric permit
aux Gazettes Nationales de parler avec
franchiſe de la Cour & du Gouvernement .
La guerre de Siléfie fit , il eft vrai , modérer
l'étendue de cette indépendance ; mais ayant
fort peu craint l'opinion , Frédéric fut toujours
infenfible à fes outrages . Un de fes
Miniftres lui ayant annoncé un manuſcrit
fatyrique contre fa Perfonne Royale, manufcrit
qu'on pouvoit acquérir avec une modique
fomme, le Roi répondit qu'il n'avoit
( 221 )
pas d'argent pour acheter des libelles ; mais
que fi l'Auteur étoit embarraffé fur le lieu
de l'impreflion , il lui offroit fes Etats .
Cette liberté ne nuifit point à la puiffance
du Monarque , qui laiffa à fon Succeffeur
le Trône de l'Europe le mieux affermi.
En France , au contraire , où une Police
fantafque & mobile ne connoiffoit à
l'égard des livres imprimés , d'autre loi que
le caprice du Gouvernement ; où une armée
de Syndics , d'Argus , de Cenfeurs ,
d'Infpecteurs , de Brevetés , confondoit
tous les droits , toutes les proportions ; où
l'autorité affimiloit le Philofophe réfervé
au fceptique dangereux , l'Obfervateur au
Satyrique , le Détracteur impudent à l'Hiftorien
raifonnable ; où une femme en crédit
, un Particulier connu de quelque Commis
fuffifoit pour faire profcrire un bon
livre , & perfécuter un Auteur digne d'égards
; où enfin , la Puiffance ne connoiffant
que deux termes poffibles , la licence
effrénée ou le filence abfolu , faifoit haïr
un Gouvernement hériffé de barrières entre
l'opinion & lui , décourageoit la liberté
fage , récompenfoit l'inutilité , & multiplioit
ainfi Timmenfe bibliothèque des
compilations fcandaleufes , des fatyres perfonnelles
, & des extravagances dangereufes
, cette Puiffance eft tombée en poudre
au milieu de fes Chambres Syndicales &
de fes Cenfeurs dits Royaux.
K
3
( 222 )
Frédéric ne connut jamais ces entraves
exagérées , ni cette importance minutieufe
à écarter tout ce qui n'étoit pas vife par
an fot chargé du contrôle de l'efprit humain.
Les ouvrages étrangers , même ceux
où le Roi fe trouvoit peu ménagé ол
les débitoit publiquement à Berlin. Trèsrarement
Frédéric s'écarta -t-il de cette indifférence.
Cependant il exiftoit des Cenfeurs
; mais leur miniftère n'étoit point
arbitraire comme en France.
On jouiffoit de la même liberté fous ! e
règne actuel , lorfqu'il a plu à M. Walner,
ci-devant Eccléfiaftique , & aujourd'hui Miniftre
d'Etat , de gêner de nouveau , immodérement
, la liberté de la prefle. On
pourroit croire que fes horribles excès &
Les ravages en France , ont déterminé cette
févérité point du tout. M. Walner
eft un Illumine , un homme très-religieux ,
de moeurs auftères , & il a cru fauffement
qu'à force de cenfure & de rigueurs , il
fauveroit la morale & la Religion. Les
ouvrages licentieux fe multiplient ; on les
fabrique au-dehors , & on nous les envoie.
Le Gouvernement ne tardera pas à s'appercevoir
de la néceffité de prendre un milieu.
Son attention , & celle du Roi en par
ticulier , s'eft éveillée fur plufieurs Affemblées
particulières , dont S. M. s'eft fait
donner une lifte , ainfi que les nonis de
leurs divers Membres. On préfume que la
( 223 )
Police a reçu des ordres fecrets de les fie
veiller. Un Député de la première Affemblée
Nationale de France , fe vanta il y a
fix mois que le Club des Jacobins de Berlin
, vengeroit ceux de Paris . Ce Député
n'eft plus Jacobin ; au contraire , perfonne
ne penfe ni ne dit plus de mal de les anciens
confrères ; mais fa menace tranfmife au
Gouvernement , avec d'autres avis analogues
, a indiqué le befoin de faire mentir
le Prophète..
PAYS- BAS.
De Bruxelles , le 16 Décembre.
Suivant le règlement de la marche des
Troupes Impériales deftinées pour les Pays-
Bas & le Brifgaw , arrêté par les Commit
faires du Cercle de Franconie , & publiquement
notifié, le régiment de Cobourg
Dragons , & 200 hommes des Volontaires
d'Odonelli dont une partie eft déjà dans
nos Provinces Belgiques , doivent être arrivés
le 12 à Bareith , pour continuer leur
marche par Weiffenftadt dans l'Evêché de
Bamberg, & de Bamberg à nos Provinces :
ils ne feront donc pas aux Pays -Bas , avant
la fin de ce mois ou le commencement de
l'autre. Quant au régimeut des Cuiraffiers
d'Hohenzollern qui fe rend dans le Brit
gaw , il a dû traverfer le 3 & le 4 , le
K 4
( 224 )
Haut- Palatinat , pour entrer enfuite dans le
Cercle de Souabe.
C'est bien vainement que des brouillons ,
auxquels un Obfervateur raifonnable ne
pourroit pas trouver un feul motif légitime
de turbulence , s'efforcent d'incendier de
nouveau le Brabant. Qu'ils fe perfuadent
que la grande maffe de fes Habitans ne
veut pas d'une feconde Révolution , ni
renouveller la honte de l'année dernière ,
ni fervir à fes dépens les deffeins de quelques
Factieux , infpirés par des Protecteurs
de Coupe-têtes. L'Empereur a certainement
64 mille hommes effectifs dans nos Provinces
le Général de Beaulicu s'eft rendu
garant d'en maintenir la tranquillité avec
25 mille feulement. En effet , nous avons
vu ces armées Patriotiques , formées de
Volontaires qui avoient tous juré de vivre
libre ou de mourir , repouffées , battues ,
difperfées par quelques Bataillons qu'avoit
affoibli la défertion . -- Le Traité défenfif
projetté entre l'Empereur & les Provinces
Unies , & dont les bafes font pofées , va
être fuivi avec activité . Il ôtera le dernier
efpoir aux Factieux des deux Pays . Lorfque
le Baron de Haften , Envoyé des Etats-
Généraux à Vienne , fit l'ouverture de ce
Traité au Prince de Kaunitz , ce Chancelier
lui répondit : « l'Empereur attache
» le plus grand prix aux fentimens d'amitié
» que lui témoignent les Etats - Généraux ,
( 225)
» & il y répondra toujours parfaitement.
» Les liaiſons particulières dans lesquelles
>> les Etats- Généraux defirent d'entrer avec
» S. M. I. , deviendront des moyens sûrs
» de contenir les Méchans qui , dans les
» deux Etats refpectifs , ne ceffent d'exciter
» des troubles , & de foulever les efprits
» contre les Autorités légitimes . >>>
Le Congrès général dont on fixoit le
fiége à Aix-la - Chapelle , reffemble à une
ombre de la lanterne Magique , qui paroît
& difparoît à volonté . Aujourd'hui on en
reffufcite plus vivement le bruit : on l'annonce
commeune eſpèce de Tribunal d'Amphyctions
qui fixeront le fort des Souve
rains & des Peuples, qui affermiront la tran:
quillité de l'Europe ébranlée, qui détermineront
fous les armes la deftinée de la France ,
( s'il reste encore une deftinée à cette Monarchie
, lorfque le Tribunal aura fini d'en
délibérer ; ) enfin , qui obligera , fous peine
d'une guerre fanglante , ceux qui ont projetté
la fubverfion de la Société civile en
Europe , de terminer le cours de leurs conquêtes
fur la sûreté , la propriété , & l'ordre
publics. Affurément, ce feroit une idée digne
de l'immortalité, que celle d'une Paix publique
, établie fur la juftice & fur la modération
, qui fauveroit les Peuples de
leurs propres fureurs , & des Agitateurs qui
l'égarent aujourd'hui au nom de liberté,
K
S
( 226 )
comme ils l'égaroient il y a deux cens ans
au nom de la Divinité , & qui , fans oppreflion
, préferveroit la Société humaine.
du fléau des Novateurs incendiaires , &
des crimes de tout genre qui forment aujourd'hui
& leur morale & leurs moyens.
Quel génie donnera l'impulfion à cette
entreprife : Ceux qui en parlent & qui la
preffent font-ils en état de la conduire ?
Ceux qui la combattent ont - ils feuilleté
attentivement le livre de l'avenir , & le
chapitre des véritables caufes de la déforganifation
actuelle de la France ? Jufqu'à
préfent , cette annonce vague d'un Congrès
prochain , n'eft fortifiée par aucun indice
évident. I eft cependant aifé de prévoir
que la réfolxion prife en France de
donner la loi à une partie de l'Empire , &
de courir fus les Princes & les Réfugiés
François au travers d'un territoire Etranger ,
amenera cette négociation armée qui , en
remettant de l'équilibre dans les forces ,
conduiroit peut- être les uns & les autres
à une iffue propre à fauver la Mona: chie
Françoile , & avec elle la liberté perdue
dans les tempêtes d'une interminable Révolution
.
Les Cantonnemens des Emigrés François
n'ont point varié dans nos Provinces :
Leurs différens Chefs viennent de les pafler
en revue. Es ne font donc point difperfés
12271
comme on le dit fauffement en Francs ,
& comme on l'a fait dire au Roi lui- même
dans fon dernier Difcours à l'Affemblée'
Nationale. On s'étonne ici que les plaintes
& les préparatifs , les harangues Miniftérielles
& celles de la Tribune , aient exclufivement
attaqué les raffemblemens des
François formés en Allemagne . Il en exifte
de très- confidérables en Efpagne fur les
frontières de France. Appareniment qu'on
les a jugés moins redoutables ; mais les
Orateurs de l'Affemblée & fes Miniftres ne
paroiffent pas fort inftruits dans leurs rapports
de l'extérieur.
FRANCE.
De Paris , le 17 Décembre.
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du lundi , 12 décembre.
La lecture du procès verbal a donné lieu à
des débats criards , qui ont duré plus de trois
heures , au fujet des mentions honorables , & de
l'envoi aux 83 départemens , décernés à des péti
tions où le veto appolé au décret relatif aux émigrans
eft traité d'inconftitutionnel . Quelques
membres en defiroieat la radiation . M. Quatremè e
difoit que de tous les moyens indirects d'attaquer
là conftitution , il n'y en avoit pas de plus puiffantque
l'approbation , dans le procè - verbal , d'adreite's
qui portent atteinte aux pouvoirs conftirués: c
K 6
( 228 )
penferoit-on , ajoutoit-il , de l'Affemblée fi , faite
pour confacrer l'opinion publique , elle ne faifoit
que des mentions honorables , ou plutôt très- honteufes
, d'adreffes perfides , de pétitions contraires
à la loi , de provocations à la défobéitſance , à l'avilifement
des autorités , adreffes envoyées , & qui
teviennent avec quelques fignatures mendiées ? »
Dece que des hommes plus réfléchis afpiroient à
faire révoquer un décret de la veille , M. la Croix
concluoit qu'il y avoit une coalition de la minorité
contre la majorité ; & les mots majorité , minorité ,
coalition , flanqués du fobriquét de Feuillans ,
ont produit le long tumulte auquel on devoit
s'attendre .
сс
« Quel génie malfaifant , s'eft écrié M. Lafource,
sème la divifion au fein de l'Affemblée pour opérer
la diffolution de l'Empire François , & pour nous
perdre nous-mêmes avec la France entière ( des
buées font parties du côté gauche ) ? Unis , nous
ferons la conquête des cours , par une conduite
franche & loyale , & celle de l'univers par des loix
marquées au coin de la fageeffe.» On a battu des
mains , & le tapage a continué . M. Lacuée a parlé
de fon caractère connu , ce qui a augmenté la rumeur,
& il a propofé un comité général pour le
lendemain , ce qui l'a portée au comble. M. Vergniaud
, s'élevant contre le comité général , propofoit
l'expédient de renvoyer la difficulté au
comité de légiflation , c'eft- à- dire , de foumettre
un décret de l'Affemblée à la révision d'un de
fes comités .
Enfin , M. Cambon a dit : « N'ayons pas l'air
de mendier des adhéfions . Nous avons fait un
procès-verbal, lepeuple a manifeſté ſon væu , nous
avons, ordonné la mention honorable ici quelquespétitionnaires
font toute la nation , le peuple )à
( 229 )
c'est tout ce que nous pouvous faire . Rapportons
le décret qui ordonne l'envoi dans les 83 départemens
; voilà le point de la queftion . » Après de
nouveaux débats , certe partie du décret de la veille
a été rapportée, abolic ; & l'on s'eft trouvé à l'ordre
du jour.
Le garde-du- fceau a demandé la folution de
huit queftions relatives à la formation de la
haute-cour nationale . Ces demandes , qui prouvent
la légèreté avec laquelle on a conçu , formé
convoqué ce redoutable tribunal , ont été renvoyées
au comité de légiflation .
Après cela , on a fait lecture de la lettre fuivante ,
adreffée au préfident :
Au chef- lieu du Globe, 12 décembre , l'an troisième
de la liberté.
« Le monde oppreffeur & le monde opprimé
fe font une guerre qui me rappelle les combats
du mauvais principe avec le bon . Il s'agit de
terminer cette guerre heureufement . Souffrez que
je paroifle demain à la barre du fenat des hommes ;
& je jure , par le zèle qui m'éclaire , que l'audience
que vous m'accorderez ne fera pas perdue
pour la France & pour l'univers. » Sigré , ANACHARSIS
CLOOTS , orateur du genre humain .
M. Albitte a demandé & obtenu qu'Anacharfis
Cloots feroit admis le lendemain , & la féance a
fini par une difcuffion fur les affignats au- deffous
des liv .; difcuffion où l'on a remarqué ces mots
de M. Colon : « Multipliez les petits affignats ,
vous n'aurez plus befoin d'eſpèces , vous ôterez
tout prétexte aux ennemis du bien public de foulever
le peuple ; ils ne lui diront plus Sous
l'ancien régime l'argent étoit abondant , vous
étiez mieux payés , plus occupés , & les denrées
( 239 )
étoient moins chères. » Le projet de décret a é: é¨
ajourré.
Du mardi , 13 dicembre.
M. Ruhl a promis un excellent moyen de terminer
, fans coup ferir , toute conteftation relative
aux réclamations des princes poffeflionnés
en Alface : ce beau moyen , embelli des mots rage,
petits potentats , verge de fer & autres ornemens
oratoires , s'eft borné à décréter ; 1º . que ces
princes enverrant à Paris les titres de leurs réclamations
, dans le délai d'un mois , à compter du
jour de la fignification du désret ; 2 ° . que , paffé
ce délai , les décrets du mois d'Acût 1789 , auront
leur entière exécution à l'égard de ces princes ;
3°. que les biens de ceux qui foutiendront les
raffemblemens des émigrés , feront confifqués
& vendus au profit de la ĥation ; 4º. dans le
cas d'une guerre , ces princes feront tous
tenus d'établir leur réfidence dans le royaume ,
à la première fommation , & n'en pourront fortir
fans une permiffion exprefle du corps ég flatif,:
fous peine de féqueftration de leurs revenus , ou
de confifcation de toutes leurs poffeflion , s'ils font
légalement prévenus d'avoir favorité directement
ou indirectement les ennemis de la conftitution
Françoiſe . On a décrété l'impreffion & le renvoi
au comité diplomatique.
De la diplomatique , M. de Launay a paffé à'
une longue motion fur l'énorme perte des
affignats qui , ces jours- ci , a excédé 45 pour cent.
Nous citerons exactement l'effentiel de cette
étrange apinion qui donnera la mefute des cennoiffances
, du génie de quelques - uns de nos
hommes d'état . Les caufes du mat , felon M. de
Launay , l'aviliffement de notre change , & une
( 231 )
"
+
сс
grande conjuration formée contre nos affi
gnats . L'avidité des agioteurs la favoriſe... « La
conjuration a pour but de faire monter le prix de
toutes choſes , afin que l'opinion du peuple , qui
fait notre foutien , nous abandonne ... Nos vuifins
ne font pas aflez ineptes four confondre notre
papier territorial avec le papier - monnoie fans
hypothèque & fans époque de remboursement.
Pourquoi donc n'admettent-ils pas nos affignats.
comme nous les admettons nous- mêmes ?... Les ,
étrangers qui viennent vifiter la terre de la liberté ,
doivent balancer au moins les émigrations ......
C'eft aux agioteurs que l'on doit ce jeu terri
ble de la hauffe & de la baiffe . » - Ses remèdes
font :, de mettre l'ordre dans les finances , d'enfevelir
les émigrés aux frontières , fans compofer
fur aucun article de la conftitution de leur
dire que le peuple ne veur plus fouffrir de tyrans ,
& qu'il marche à la liberté qui donne tout , qui
eft tout ; & de décréter , entr'autres difpofitions
infaillibles , qu'on ait à payer les contributions
fous peine de défobéiffance a la loi.
" .
On a demandé l'impreffion & auffi la queſtion
préalable. M. Albite a dis qu'il y avoit d'excelkntes
vues dans ce difcours ( ou tous les effets .
font pris pour des caufes ) ; & qu'on avoit bien
ordonné l'impreffion de celui de M. Sedillez « qui
étoit plein d'invectives contre l'emblée nationale
. La préalable a piévalu .
Le miniftre de la guerre a rendu un compre
favorable & complettement jufte de la conduite,
du régiment d'Erneft , Suiffe , forti de Marfeille ,
en ordre de bataille , fans s'intimider des menaces
de quelques féditieux & des craintes de la munis
cipalité , pour le rendre à Aix où il est actucl(
232 )
lement. On a renvoyé ce rapport au comite militaire.
>
Après une harangue de M. Péthion , maire de
Paris , contre les émigrés qui viennent , dit-il ,
toucher leurs rentes & s'en retournent ; après
un rapport qui s'eft trouvé tout prêt , fur cette
matière , dans la poche d'un men bre du comité du
légiſlation , fix articles , amendés par des débats
qu'il feroit fuperflu de détailler , ont été adoptés
en ces termes :
ל כ » L'Affemblée nationale , après avoir décrété
l'urgence , confidérant qu'il eft néceffaire de
donner plus d'étendue & de précifion aux difpofitions
de la loi du 24 juin , relative aux formalités
à obferver pour les paiemens dans les différentes
caiffes nationales , décrète ce qui fuit : »
"
2
« Art. I. Tout François ayant un traitement ,
penfion créance , ou rente de quelque nature
qu'elle foit , payable fur les caifles nationales ,
ne pourra en obtenir le paiement auxdites caiffes ,
foit qu'il fe préfente en perfonne , foit qu'il
faffe préfenter un fondé de fa procuration , qu'autant
qu'il produira & joindra un. certificat qui
attefte que la perfonne qui fe préfente , ou qui
a donné fa procuration , habite actuellement dans
l'Empire François , & qu'elle y a habité fans
interruption pendant les fix mois précédens . »
« II. Ce certificat ne pourra être délivré que
par la municipalité du lieu du domicile de fait ;
il fera vifé dans la huitaine par le directoire du
diſtrict . "
ce III. Les certificats de réfidence ne feront
valables que pendant un mois , à compter de la
date du vifa du directoire de diftrict , donné dans
le délai preferit par l'article II . »
( 233 )
4
« Dans le cas où il feroit queftion d'un fonctionnaire
public , le certificat juftifiera qu'il eft
actuellement à fon pofte , & qu'il ne l'a pas quitté
pendant les fix mois précédens. »
« IV. Tout porteur de ceflion , tranfport ou
délégation de traitemens , créances , rentes ou
penfions , d'une date qui ne feroit pas authentique
& antérieure au préfent décret , ne pourra
être payé par lefdites caiffes publiques , qu'en juftifiant
des certificats ci - deflus preferits relativement
à la réfidence des cédans ou vendeurs . »
V. Les négocians font exceptés des difpofitions
ci-deflus , à la chatge de produire
un certificat de leur municipalité , vifé par
le directoire du diftrict , qui attefte qu'ils exercent
cette profeffion , & qu'ils ont pris une pa-
1 ente avant l'époque du préfent décret . »
« VI. Le préfent décret fera porté dans le jour
à la fanction . »
Du mardi , féance du foir.
>
Une lettre dont M. Fauchet a dit : elle eft
d'un de nos collègues , a annoncé que l'alarme eft
fur la frontière ; que les portes de la ville de
Metz feront ouvertes de nuit , à l'armée des
émigrans , & Sarrelouis Thionville bloqués ;
que les patriotes font d'autant plus inquiets ,
qu'on vient de leur donner pour garnifon les
régimens Royal - Allemand , Naffau , Cafiella ,
Suiffe , & autres troupes étrangères ; que le feu
a été mis aux cafernes de Thionville près du
magafin à poudre ; enfin que le Roi fe joindra
aux émigrés.
Les amis de la Conftitution de Sarrelouis témcignent
des craintes d'être maflacrés par les
ennemis de l'intérieur , lors de l'attaque des émi(
234 )
grés fe plaignent auffi de n'avoir que des étrangers
pour défenfeurs , & de ce qu'un tambourmajor
a été puni pour avoir aſſiſté à leur féance ;
ils en concluent tout fimplement que les chefs
des troupes de ligne ont des intentions perfides .
Si un long détail de leçons faites au corps du
génie , de demandes d'affuts , de canons , de feux
d'artifice , de vifites de contre - mihes . Si les
frontières étoient mal défendues , ce ne feroit
pas faute de généraux , d'inspecteurs , de dénonciations.
On a renvoyé le tout au comité mi-
1 taire.
Les adminiftrateurs du département de Seine
& Marne gémiffent de ce que le renchériffement
des fubfiftances excite le peuple à l'infurrection .
Ces doléances font renvoyées au cor..ité de commerce
& d'agriculture.
D'un côté l'on redoute la famine , de l'autre,
des maffacres , de vingt endroits on implore une
autorité protectrice contre des bandes de bigands
qui infeftent les chemins & les campagnes ;
le change eft ruineux , les affignats perdent le tiers
de leur valeur,lamisère s'aggrave à chaque heure;
au milieu de cet état des chofes , P'Affemblée a
eu le loifir d'écouter une efpèce de buffon étran
ger, quife fait appeller Anacharfis Cleotz , orateur
du genre humain. Admis à la barre , cè Mafcarille
timbré a débité une fuite d'extravagances ,
qu'il avoit oublié de dater des loges de Bedlam
« Meſſieurs , a t- il dit , on a préſenté plufieurs
plans de contre-révolution aux cours étrangères ;
celui qui femble avoir prévalu fait honneur à la
fagacité de nos ennemis . Ils ont calculé les prodiges
de la terreur panique ... Cette divinité
infernale jetta les nombreux Gaulois dans les fers
d'ure horde de Sicambres ; voici une nouvelle
( 235 )
horde barbare qui efpère triompher des Frençois
à l'aide de la terreur parique . Notre révolution
eft l'ouvrage de la peur , dit- on , & l'on ajoute
que la peur détruira fon propre ouvrage ... Montrons
à l'Europe que nous ne craignons pas la
guerre... Je propofe de fixer un jour , le 20
janvier , pour la marche de trois grandes armées
fur Bruxelles , Liège & Cobleriz ; & je réponds
que le 20 février la cocarde tricolor & l'air fa
ira feront les délices de vingt peuples délivrés
(nombreux applaudiflemens ) . Ce coup décifif
fauvera la France & le geure- humain ... Frappons
par-tout ou nulle part. Les progrès rapides de
Rochambeau , Luchner & Kellerman vers les embouchares
de l'Efcaut , de la Meufe , de la
Mofelle & du Rhin , donneront une commotion
épouvantable à tous les trônes environnans . Les
merveilles du feizième ſiècle feront effacées par les
merveilles du dix -huitième. Les payfans Allemands
& Bohémiens recommenceront leurs hoftilités
contre les feigneurs eccléfiaftiques & laïcs . » Ici
toutes les nations brifeut leurs chaînes avec
fureur. Déjà les affignats dévancent par- tout les
François , & ce le defpote Piémontois fe voit
forcé de percevoir les impôts de la Savoie en
papier timbré à l'effigie d'un Roi conftitutionnel . »
Le François plaftroné avec le livre de la
conftitution fera invincible . . . Il ne fe fervira
d'armes blanches que pour la deftruction des
nobles & pour l'inoculation des roturiers... Voici
un dilemme à propofer au Roi de Prufſe , à
l'Electeur Palatin & à tous les rajas de la
Germanic... Les Frarçois feront des agneaux
ou des lions . Dans le premier cas , félicitez la
maifon d'Autriche de récupérer le trône de Verfailles
, & de régner plus defpotiquement fur la
( 236 )

France que la cabale Anglo-Pruffienne ne règne
fur la Hollande. Léopold & Catherine le partageroient
l'Allemagne & la Pologne , après leur
promenade en France . » Dans le fecond cas , les
François lions ne laifferoient « ni un homme en
vie ni un arbre fur pied » , ils tueroient vieillards ,
femmes enfans & troupeaux ; toute la France
feroit une Sagonte ; alors l'Angleterre « ne craindra
plus l'armement de 45 vaiffeaux François , auxiliaires
de l'ingrate , de l'infolente , de l'inquifitoriale
Efpagne ( on applaudit ) ... Un commerce
univerfel mène à l'empire univerfel ; le
fort des princes de l'Europe feroit plus miférable
que celui des Nababs du Bengale .
53
Le bouffon auquel l'Affemblée donnoit audience
, a enfuite repréfenté,l'armée féodale s'approchait
des côteaux de la capitale ; il a vu des
hommes libres précédés du labarum de la patrie ,
& de l'urne facrée de Mirabeau , vaincre « par
ce figne certain tous les fignes fabuleux des croifés
,... redoubler de valeur en fongeant qu'une
défaite flétriroit les cendres du grand-homme à
la grêve , & que la victoire les rapporteroit en
triomphe au panthéon de la reconnoiffance publique
. François , vous vaincrez indubitablement ;
mais fallût- il fuccomber , nous éviterions un
défaftre ignominieux ; car nous ferions glorieulement
la banqueroute du genre- humain . »
Le préfident , M. le Montey a répondu en ces
termes :
« Monfieur , le peuple François vous adopta
au jour célèbre de la fédération . Vous lui préfentez
aujourd'hui le tribut de vos penfées , les repréfentans
l'acceptent comme l'offrande de la reconnoiffance.
Quelles que foient les déterminations
que néceflitent les citconftances , l'Aflem(
237 )
E
52
blée nationale ne mefurera les deftinées de l'Empire ,
nifur les clameurs de les ennemis , ni fur le pendule
impofteur qui ofcille dans les mains de l'agiotage .
Elle fait que la France fera toujours la clef de
la voûte politique de l'Europe , & que toutes
les puiflances font intéreflées à fa ftabilité . Non ,
les ennemis de la patrie ne fecoueront ni l'épou
vante , ni la difcorde . Ce choc des opinions dont
s'alimente la liberté , d'où jaillit la lumière
n'eft pas un combat des cours. Que le péril
approche , & tous les citoyens ralliés fe rappelleront
leurs fermens & leur gloire . Par - tout le
déploiera cet inftinet rapide du patriotifme , cer
efprit d'ordre , de force & d'union qui enfanta les
prodiges de la révolution . A la hauteur cu le peuple
François s'eft élevé , il ne peut plus voir les orages
que fous fes pieds . »
,
Un décret a ordonné l'impreffion des deux
difcours , reçus l'un & l'autre par des applaudiffemens
incxprimables .
:
La fociété patriotique de Paris eft venue appeller
les foudres de la loi fur les infâmes transfuges
, les princes François , les Broglie , Rohan ,
Bouillé, Breteuil , Mirabiau , Calonne... On a
crié hardi ! bravo ! Le harangueur ayant demandé
s'il ne feroit pas permis de retrancher de
la conftitution ce qui blefferoit la fouveraineté
nationale ; les galeries ont hué tous ceux qui
opinoient pour qu'on lui ôtâr la parole ; il a ufé
jufqu'au bout du droit facré de pétition , réclamé
par MM. Grangeneuve , Bazire , &c.
Des commiffaires chargés de porter les décrets
à la fanction , devoient aller chez le Roi à 9 heures
; le Roi étoit dans fon confeil , on les a pries
d'attendre , ils ont cru que la majesté nationale
ne le leur permettoit pas . Leur récit a donné
( 238 )
lieu à M. Grangeneuve d'annoncer un travail
tout fait fur l'étiquette . M. Lacroix érigeoit déjà
cet évènement en affaire d'état , quand on a
reconnu que les commiffaires s'étoient rendus
chez le Roi avant 9 heures . Ils y retourneront.
Alors s'eft ouverte une de ces scènes , dont
le modèle n'eft dans les faftes d'aucune dière
légiflative, & que nous ferons forces même de
caractériser imparfaitement. M. Fauchet a recueilli
toute fa gravité pour annoncer qu'enfin ,
le comité de furveillance avoit une preuve-complette
des enrôlemens qui fe font à Paris pour
Coblentz. Il a lu les procès - verbaux d'arreßation
d'un nommé Lecor , qui s'étoit vanté d'avoir
reçu 120 liv . de M. Duval , fecrétaire de M.
de la Salle ; & d'un tambour qui féduifoit des
jeunes gens dans un cabaret de la rue St, Honoré
, au Dauphin. Un décret a ordonné que
les prévenus fuffent conduits à la barie.
--
13
· 80
Vers minuit & demi , on y a introduit le
fieur Rauch , tan.bour- maître de la garde foldée
de Paris ; le préfident lui a fait fubir un interrogatoire
. En voici l'etlentiel : « Où étiez - vous.
hier à 11 heures du matin ? -- Dans ma chainbre.
N'étiez-vous pas dans un cabaret , au
Dauphin. Je ne forris hier qu'à fept heures
du foir. Et avant hier ? Non plus.
Connoillez-vous M. Lucot ? -- Non , Monfieur .
Un homme vint dans ma chambre , m'adrefla
une lettre , dont je l'ai encore dans ma poche,
en me difant je viens de la part de M. Lucot
qui me recominande à vous pour m'engager....
Je lui dis qu'on n'engageoit perfonne actuellement
pour la garde nationale ; qu'il attendit
après le jour de l'an , que je m'informerois à
mes fupérieurs. Offrez- vous la lettre ? -- Oui,
:
-~
( 239 )
84 Monfieur , de toute mon ame. Vous vou
liez done engager quelqu'un ? - Jamais . -- Connoiffez
vous M. de la Salle ? Non . M.
Richard ? -- C'eft notre fergent- major.
-- 13
69
.. M.
Duval ? Non, Comment fe fait- il que
vous ne connoilliez pas ce Lucot , & qu'il vous
écrive ? -- J'en fuis très - étonné. Mais je fuis
fort connu dans Paris . ( Il y fait beaucoup de
bruit , a dit un plaifant légiflateur . )
Vous
avez une coufine ? -- J'en ai deux » ... ( Ici longue
digteffion fur les coufines , & négatives fur tout
le refte. M. Rauch fort , & l'on raifonne de
l'importance de tant de découvertes . )
Arrive M. Richard, qui ne connoft M. Ranch
que comme tambour , ne fait rien des enrôlemens
, & a l'honneur d'être reconnu de M.
Co det. On amène M. Lucot , & les questions
recommencect . -- « Où étiez - vous à 11 heures
hier ? Dans la rue Croix - des - Petits-Champs . ---
16
Vous n'étiez donc pas dans la rue St. Honoré
? -- Non. -- Au Dauphin ? -- Non . --
Connoiffez- vous M. Rauch? -- Oui , de famedi
au foir . Je le rencontrai , je lui dis bon foir »...
Ici force complimens , invitation à boire le rogomme.
Ils en boivent chez un épicier , chez un
limonadier ; ils vont ailleurs boire de la bière.
Propofition d'engagement pour M. de la Salle ,
offre d'argent en papier refufée & chacun va
fe coucher. Le lendemain , Lucot , mandé par
un commiffaire , écrit à Rauch , & remet fa
lettre à un commißionnaire qui feint de vouloir
s'engager. Reprenons l'interrogatoire.
Vous a-t- il dic quel étoit ce M. de la Saller
Non , Monfieur. Pour quel endroit ?
Il ne m'a pas nommé le régiment. -- Vous a-t-il
--
parlé des émigrans ?
--
Une fois. De Co(
238 )
lieu à M. Grangeneuve d'annoncer un travaйf
tout fait fur l'étiquette . M. Lacroix érigeoit déjà
cet évènement en affaire d'état , quand on a
reconnu que les commiffaires s'étoient rendus
chez le Roi avant 9 heures. Ils y retourneront .
Alors s'eft ouverte une de ces scènes , done
le modèle n'eft dans les faftes d'aucune dière
légiflative , & que nous ferons forcés même de
caractériser imparfaitement . M. Fauchet a recueilli
toute fa gravité pour annoncer qu'enfin ,
le comité de furveillance avoit une preuve complette
des enrôlemens qui fe font à Paris pour
Coblentz . Il a lu les procès - verbaux d'arreßation
d'un nommé Lucot , qui s'étoit vanté d'avoir
reçu 120 liv . de M. Duval , fecrétaire de M.
de la Salle ; & d'un tambour qui féduifoit des
jeunes gens dans un cabaret de la rue St. Honoré
, au Dauphin, Un décret a ordonné que
les prévenus fuffent conduits à la barie.
bre. --
N'étiez- vous pas dans
Dauphin. Je ne fortis hier
du foir.
--
- -3
Vers minuit & demi , on y a introduit le
fieur Rauch , tan.bour- maître de la garde foidée
de Paris ; le préfident lui a fait fubir un interrogatoire.
En voici l'etlentiel : « Où étiez - vous.
hier à 11 heures du matin ? Dans ma chainun
cabaret , au
qu'à fept heures
Et avant hier ? Non plus. --
Connoillez-vous M. Lucot ? Non , Monfieur .
Un homme vint dans ma chambre , m'adreЛla
une lettre , dont je l'ai encore dans ma poche ,
en me difant je viens de la part de M. Lucot
qui me recominande à vous pour m'engager....
Je lui dis qu'on n'engageoit perfonne actuellement
pour la garde nationale ; qu'il attendit.
après le jour de l'an , que je m'informerois à
mes fupérieurs.-- Offrez- vous la lettre? Oui,
---
( 239 )
Monfieur , de toute mon ame.
liez done engager quelqu'un ?
--
-- Vous vou
Jamais. Con-
--
..
-- noiffez vous M. de la Salle ? Non . M.
Richard ? C'eft notre fergent-major.
Duval? --
2-
--
-
.. M.
Non, Comment fe fait - il que
vous ne connoitfiez pas ce Lucot , & qu'il vous
écrive ? J'en fuis très - étonné. Mais je fuis
fort connu dans Patis. ( Il y fait beaucoup de
bruit , a dit un plaifant légiflateur . )
--- Vous
avez une coufine ? -- J'en ai deux » ... ( Ici longue
digueffion fur les coufines , & négatives fur tout
le refte. M. Rauch fort , & l'on raifonne de
l'importance de tant de découvertes . )
-- --
Arrive M. Richard , qui ne connoft M. Ranch
que comme tambour , ne fait rien des enrôlemens
, & a l'honneur d'être reconnu de M.
Codet. On amène M. Lucot , & les questions
recommencest . -- Ou étiez - vous à 11 heures
hier ? Dans la rue Croix- des - Petits-Champs .
-- Vous n'étiez donc pas dans la rue St. Honoré
? Non.
Au Dauphin ? -- Non . --
Connoiffez-vous M. Rauch? -- Oui , de famedi
au foir . Je le rencontrai , je lui dis bon foir »...
Ici force complimens , invitation à boire le rogomme.
Ils en boivent chez un épicier , chez un
limonadier ; ils vont ailleurs boire de la bière .
Propofition d'engagement pour M. de la Salle ,
offre d'argent en papier refufée & chacun va
fe coucher. Le lendemain , Lucot , mandé par
un commiffaire , écrit à Rauch , & remet fa
lettre à un commiflionnaire qui feint de vouloir
s'engager. Reprenons l'interrogatoire.
--
« Vous a- t- il dit quel étoit ce M. de la Saller
Non , Monfieur. -- Pour quel endroit ?
Il ne m'a pas nommé le régiment.
parlé des émigrans ? -- Une fois.
-❤ Vous a-t-il
De Co
( 240 )
blentz ? Non. - Des, Princes ? -- Non . -- Sa
coufine étoit-el'e chez le limonadier ? - Elle
n'étoit pas là ? .... » Ces preuves paroiffoient
fuffifantes à M. Grangeneuve & à d'autres pour
porter un décret d'accufation vu le crime de
lèze-nation .
>
On a confronté M. Rauch & M. Lucot. Le
premier n'eft convenu que du rogomme ; il en
a parlé & reparlé en amateur . D'ailleurs , il ne
connoît ni M. de la Salle , ni M. Duval , &
n'a guère en papier que 20 à 30 fous . On les
fair fortir tous les deux. M. Fauchet a dit que
lorfqu'on étoit lié par des fonctions importantes
& commandé par fon devoir , on devoit être
impaffible comme la loi , & il a conclu pour le
décret d'accufation . Dans le doute , & le corps
législatif ne pouvant faire arrêter un citoyen
non - accufé , M. Hérault de Séchelles a ouvert
l'avis de livrer M. Rauch au maire , qui a le
droit d'arrêter pour un court délai ; ainfi les
moyens ne manquent pas faute de droit . M.
Dacos vouloit qu'on accusât M. de la Salle ,
qu'il traitoit de chef de parti , de confpirateur ,
d'après ces caquets au rogomme. Un décret a
ordonné d'amener le limonadier & la confine .
En attendant ; M. Lagrevol a dit qu'il venoit
du café , ou un particulier lui avoit raconté
qu'ayant paffé la nuit au corps-de-garde , manque
d'argent pour aller fe coucher , il avoit entendu
parler du tambour Rauch , d'embauchement &
de Coblentz . On mande auffi - tôt M. Ducrot à
la barre. Long interrogatoire . Il buvoit au cabaret
& gémiffoit de n'avoir pas le fou ; M.
Rauch qui buvoit auffi , lui offrit de l'argent ,
voulut l'engager ; mais M. Ducrot refufa patriotiquement
, attendu qu'il cft affligé d'un
épanchement
( 241 ) .
épanchement d'arine. « Etoit - ce pour Coblentz
? C'étoit pour la Flandre . -- La Flandre
Françoife ? Il n'a pas expliqué .
19
--
--
--
Vous
a-t-il indiqué la route ? Oh oui ; Villers-
Coterets , Soiffons , Laon , Vervins , juſqu'à
une ville que je ne me rappelle pas . Quelle
étoit la dernière ville ? - Ma fei , je ne me la
rappelle plus .... Ont fuivi l'interrogatoire du
limonadier qui ne favoit rien , la confrontation
avec MM. Lucot & Rauch ; & encore beaucoup
de rogomme ; puis la coufine qui a cu deux ma-›
tis & qui n'a qu'ane tante ; circonſtances pré- .
cieufes .
pour
cc
--
--
Ice Connoiffez-vous M. Rauch ? Pour venir
chez moi boire . Il fe dit petit- coufin de mon
mari ; je ne le connois pas. Etes- vous veuve?
-- Non , Monfieur. Eft -il parent de votre
premier mari , ou de celui ci ? -- Mon mari
n'a jamais voulu le reconnoître ... I vint famedi
à 11 heures du foir , il vouloit boire , il avoit
bu , je ne veulus pas lui en donner ; il fe retira
en bougonnant ». Confrontation de madame
Chabavarlet avec MM. Lucot & Rauch qui ne
s'eft reffouvenu de tien , & de qui la coufine
boire a dit : « il eft venu chez moi famedi,
à telle époque , fauf votre refpect , qu'il étoit
faoul comme un cochon ; il n'y vient que quand
il eft faoui ». Après des queftions auffi graves
que fubtiles du préfident fur le degré de parenté
entre M. Rauch & madame Chabavarlet , on a
ramené M. Rauch & introduit fucceffivement
MM. Carignon & Fleuret qui n'ont donné aucun
éclairciffement . M. Ducrot a répété ſon thême
; M. Rauch rentré a tout nié , a dit que les
élèves étoient des enfans de père & de mère...
« N'avez-vous point enfeigné à battre la caiſle
No. 52. 24 Décembre 1791. L
( 242 )^
1
au nommé Lucot , lui a demandé le préſident ?
-- Non , Monfieur ; je n'ai jamais enfeigné à
de grands hommes . Quel prix preniez- vous ?
--Trois liv . par mois , & fix liv. quand c'étoient
des gens opulens . -- M. Ducrot , ou allez- vous
coucher ? Dans la rue Thibautodé. -- Pourquoi
n'y avez- vous pas couché cette nuit ?
Je n'ai pas d'argent & ne puis coucher à moins
de 6 fous , à caufe que je piffe au lit 35. M.
Ducrot & les autres font renvoyés , M. Rauch
confié au maire , ainfi que M. Lucst ; M. Ri
chard congédié honorablement , & la difcuffion
s'eft engagée.
41
Un membre difoit qu'il n'y avoit pas lieu au
décret d'accufation ; M. Lagreval , que « l'A
femblée fe perdroit dans l'opinion publique , fi
elle commettoit une inconféquence auffi grof
fière » ; fi elle n'acculoir pas Rauch , après avoir
acculé M. Varnier. L'évêque du Calvados luimême
penchoit pour de plus amples informations
. M. Ducos vouloit continuer les débats
pour éclairer fa confcience ; M. de Girardin
obfervoit que Lucot s'étoit coupé. …….. Erfin un
appel nominal a prouvé que la falle ne contenoit
plus que 172 membres , & fans rien décider
, on a levé la féance à fept heures & demie
du matin , en l'ajournant à quatre heures après
midi,
Du mercredi 14 décembre, à 4 heures dufoir.
MM. les commiffaires à la fanction avoient
dit ,la veille , àl'Aflemblée : «Nous nousfommes
préfentés chez le Roi ; nous avons été reçus dans
la chambre d'honneur ; Sa Majesté nous a ac- ·
cueillis avecfraternité. » Aujourd'hui , une lettre
du Roi a annoncé que Sa Majesté fe rendroit à
( 243 )
2
PAffemblée à fix heures . M. la Croix a demandé
que le préfident répondit au difcours du
Roi , que l'Affeinblée délibéreroit fur fes propofitions
, & que , par un meffage ou autrement
elle lui feroit paffer le réfultat des délibérations .
Cette motion , appuyée de M. du Bayet & de
M. de Vaublanc , qui a cité l'Angleterre , ou
l'on ne répond certainement pas ainfi au Monarque
, a éte décrétée fans réclamations .
Des lectures & des projets ajournés ou ren-,
voyés , ayant occupés quelque temps l'auditoire ,
un huiffier a crié : Meffieurs , voilà le Roi. Tous
les membres fe font levés , découverts ; le plus
profond filence règnoit dans la falle , le Roi ,
précédé des commiffaires qui étoient allés audevant
de lui , & accompagné des miniftres
eft entré , monté au bureau , s'eft placé à la
gauche du préfident , & a prononcé debout le difcours
fuivant :
сс
Meffieurs , j'ai pris en grande confideration
votre meffage du 29 du mois dernier . Dans
une circonftance où il s'agit de l'honneur du
peuple François & de la fûreté de l'Empire , j'ai
cru devoir vous porter moi- même ma réponse ;
la nation ne peut qu'applaudir à ces communica
tions entre les répréſentans élus & fon repréſentant
héréditaire .» 23
Vous m'avez invité à prendre des mesures,
décifives pour faire ceffer enfin ces raffemblemens.
extérieurs qui entretiennent au fein de la
France une inquiétude , une fermentation fu
neftes , néceffitent une augmentation de dépenfes
qui nous épuifent , & compromettent plus dan
gereufement la liberté qu'une guerre ouverte &
déclarée. »
« Vous defirez que je falle connoître aux princes
S
L 2
( 244 )
voifins qui protegent ces raffemblemens contraires
aux règles du bon voifinage & aux principes du
droit des gens, que la nation Françoiſe ne peut
tolérer plus long-temps ce manque d'égards & ces
fourdes hoftilités . »
ce
Enfin , vous m'avez fait entendre qu'un
mouvement général entraînoit la nation , & que
le cri de tous les François étoit Plutôt la guerre,
qu'une patience ruineufe & aviliffante . »
Meffieurs , j'ai pensé long- temps que les circonftances
exigeoient une grande circonfpection
dans les mefures ; qu'à peine fortis des agitations
& des orages d'une révolution , & au milieu
des premiers effais d'une conftitution naifante ,
il ne falloit négliger aucun des moyens qui
pouvoient preferver la France des maux incalculables
de la guerre . Ces moyens , je les ai tous
employés . D'un côté , j'ai tout fait pour rappelter
les François émigrans dans le fein de leur
patrie , & les porter à fe faumettre aux nouvelles
loix que la grande majorité de la nation
ayoit adoptées ; de l'autre , j'ai employé les infinuations
amicales ; j'ai fait faire des réquifitions
formelles & précifes pour détourner les princes
voifins de leur prêter un appui propre à flatter leurs
efpérancés , & à les enhardir dans leurs téméraires
projets , s
CC
a
L'empremi ce qu'on_devoit ata
entre d'un allié fidèle , en défendant & difperfant
tout raffemblement dans fes états . Mes démarches
n'ont pas eu le même luccès auprès de
quelques autres princes ; des réponfes peu mefattes
ont été faites à mes réquifitions s ces પર હાહ tes
fjuftes refus provoquent des déterminations d'un
antre genre . La nation a manifefté fon voeu ;
vous l'avez requcilli ; vous en avez pefé les confé-
201
3
20
I
110
( 245)
1
3
quences ; vous me l'avez expr é par votre
meffage ; Meffieurs , vous ne m'avez pas prévenu
; repréfentant du peuple , j'ai fenti fon
injure , & je vais vous faire connoître la ré
Tolution que j'ai prife pour en pourfuivre la répa
ration. »
« Je fais déclarer à l'électeur de Treves , que
fi avant le 15 de janvier il ne fait pas ceffer
dans les états , tout attroupement & toutes dif
pofitions hoftiles de la part des François qui
s'y font réfugiés , je ne verrai plus en lui qu'un
ennemi de la France . Je ferai faire une femblable
déclaration à tous ceux qui favoriferoient de
même des raffemblemens contraires à la tranquillité
du royaume ; & en garantiffant aux étrangers
toute la protection qu'ils doivent attendre
de nos loix , j'aurai bien le droit de demander
que les outrages que des François peuvent
avoir reçus foient promptement & complettement
séparés .
כ כ
J'écris à l'empereur pour l'engager à continuer
fes bons offices , & , s'il le faut , à déployer
fon autorité , comme chef de l'Empire '
pour éloigner les malheurs que ne manqueroit
pas d'entraîner une plus longue obtination de
quelques membres du corps germanique . Sans
doute , on peut beaucoup attendre de fon intervention
, "appuyée du poids impofant de fon
exemple ; mais je prends en même temps les
mcfates militaires les plus propres à faire refpecter
ces déclarations ; & fi elles ne font point
écoutées , alors , Meffieurs , il ne me reftera plus
qu'à propofer la guerre , la guerre , qu'un peuple.
qui a folemnellement renoncé aux conquêtes
ne fait jamais fans néceflité ; mais qu'une natione
généreufe & libre fait entreprendre lorfque fa
L.3.
( 246 )
propre fûreté, lorfque l'honneur le commandeur. »
Mais en nous abandonnant courageulement
à cette réfolution , hâtons -nous d'employer les
moyens qui feuls peuvent en affurer le luccès .
Portez votre attention , Meffieurs , fur l'état des
finances ; affermiffez le crédit national ; veillez
fur la fortune publique ; que vos délibérations
soujours foumiſes aux principes conftitutionnels ,
prennent une marche grave , fière , impofante
la fcule qui convienne aux légiflateurs d'un grand
Empire que les pouvoirs conftitués fe refpectent
pour fe rendre refpectables ; qu'ils fe
prêtent un fecours mutuel , au lieu de fe donner
des entraves ; & qu'enfin on reconnoiffe qu'ils
font diftines & non ennemis. Il eft temps de ~
montrer aux nations étrangères que le peuple
François , fes repréfentans & fon Roi , ne font
qu'un. C'eft à cette union , c'eſt encore , ne
l'oublions jamais , au refpect que nous porterons
aux gouvernemens des autres Etats , que font
attachées la fûreté , la confidération & la gloire
de l'Empire. »
« Pour moi , Meffieurs , c'eft vainement qu'on
chercheroit à environner de dégoûts l'exercice
de l'autorité qui m'eft confiée . Je le déclare devant
la France entière , rien ne pourra laffer ma
perfévérance , ni ralentir mes efforts . Il ne tiendra
pas à moi que la loi ne devienne l'appui
des citoyens , & l'effroi des perturbateurs . Je
conferverai fidèlement le dépôt de la conftitution
, & aucune confidération ne pourra me déterminer
à fouffrir qu'il y foit porté atteinte ;
& fi des hommes qui ne veulent que le défordre
& le trouble , prennent occafion de cette fermeté
pour calomnier mes intentions , je ne m'abaiterai
pas à repouffer , par des paroles , les
( 247)
injurieufes défiances qu'ils fe plairoient à répandre
Ceux qui obfervent la marche du gouvernement
avec un oeil attentif , mais fans malveillance
, doivent reconnoître que jamais je ne m'écarte
de la ligne conftitutionnelle , & que je fens
profondément qu'il eft beau d'être Roi d'un peuple
libre. »
Plufieurs phrafes de ce difcours ont été interrompues
par des cris de vive le Roi , par les
applaudiffemens de la majorité de l'Affemblée &
des galeries ; & les derniers mots ont été ſuivis
du cri vive le Roi des François , les tribunes
des deux extrémités & une partie du côté gauche
de l'Affeniblée ont gardé le plus morne.filence.
Le préfident a répondu à Sa Majefté :
« L'Affemblée délibérera fur les propofitions
que vous venez de faire ; elle vous inftruira , Far
un meffage , des réfolutions qu'elle aura prifes. »
( On oblervera que le Roi n'avoit fait aucune
propofition ).
Le Roi eft defcendu , au bruit des mêmes
battemens de mains , des mêmes acclamations
mêlées de quelques bravo ! Les tribunes des deux
extrémités & la partie mêine du côté gauche n'y prenant
aucune part . L'on a décrété l'impreffion du difcours
du Roi & l'envoi aux 83 départemens .
138
Un membre a dit : « je demande qu'on n'im
prime pas la reponfe du préfident ; elle déshonoreroit
l'Affemblée. Je demande , s'eft écrié
M. Bazire , qu'elle foit imprimée , pour apprendre
à la France , que dans une circonftance
la plus propre à exciter fon enthouſiaſme , l'Affemblée
nationale a fû s'en défendre. » M. d'Averhoult
a penfé que cette réponſe , fi diverfement
appréciée , ne s'étoit trouvée « inférieuré
à ce qu'elle devoit être que parce qu'on avoit
L 4
( 248 )
ignoré ce que le Roi venoit dire . Un long tumulte
a fini par l'ordre dujour.
Le miniftre de la guerre, a pris la parole , & a proroncé
une harangue , dont voici les principaux
fragmens ;
CC Meffieurs , le Roi veut la paix ; & par la voie
des négociations , il n'a négligé , il ne négligera
aucun moyen de la procurer au royaume ; mais ,
avant tout, il veut la conftitution qu'il a jurée ,
& il la veut affez pour ne redouter aucune des mefures
capables de l'affermir. »
,
Sa Majefté m'a chargé , Meffieurs , de donner
les ordres néceffaires pour que 150 mille hommes
puiffent , eric raffemblés fur les frontières avant
un mois . Je me fuis affuré qu'une réunion de
forces, auffi impofante n'étoit pas impoffible ; je
crois donc qu'il nous eft permis d'avoir une confiance
bien fondée dans l'iffue de la noble entreprife
que le Roi vient de commencer . Il faut
relever cet efprit de découragement qui vou
droit repréfenter la France comme entièrement
abattue fous fes rapports politiques & militaires !
C'eft la même nation , c'eft la même puiffance
qui combattit fous Louis XIV ; voudrions - nous
laiffer penfer que notre gloire dépendoit d'un
feul homme , & qu'un fiècle ne rappelle qu'un
nom ? non , Meffieurs ; je ne l'ai pas cru , lorfque
j'ai defiré le parti que le Roi vient de prendre . Je
fais qu'on a déja voulu , je fais qu'on voudra
peut- être encore calomuier ce parti ; que parmi
les hommes qui d'abord l'avoient ardemment réclamé
, il en eft qui fe font préparés à le combattre
dès que le gouvernement a paru l'adopter. Mais
vous déconcerterez de tels fyftêmes , & l'on per-.
fade a difficilement une nation courageufe
que de vaios difcours fuffifent à la défenfe de fa
liberté, »
2
( 249 )
« Trois armées ont paru néceffaires . M. de
Rochambeau , M. de Luckner , M. de la Fayette ,
font défignés par la patrie ; & la patrie & le
Roi ne font plus qu'un . Sa Majeſté eût defiré :
que l'organiſation militaire lui permît de donner
le grade de maréchal de France à MM . de Rochambeau
& Luckner. L'Affemblée ne penferat
- elle pas qu'aujourd'hui la loi fuprême eft det
fauver la liberté , & ne m'autorifera- t - elle pas
à répondre au Roi qu'elle verra cette meſure avec:
plaifir ? »
« Un fupplément de fonds devient indifpen- ,
fable ; la France ne marchandera , pas fa liberté . -
D'ailleurs , certe augmentation de dépenfe doitmoins
effrayer les créanciers de l'Etat , que les
longs malheurs qui pourroient naître d'une prolongation
d'inquiétude fi propre à perpétuer l'anarchie.
Cette anarchie , elle va difparoître.-
Nous aurons befoin de prouver à l'Europe que
les malheurs intérieurs , dont nous avons d'autant ›
plus à gémir, que nous nous fommes , quelque--
fois peut-être , refufés à les réptimer , naifoient :
de l'ardeur inquiète de la liberté , & qu'au moment
où fa caufe appelleroit une défenſe ouverte
, la vie & les propriétés feroient en fûreté
parfaite dans l'intérieur du royaume . Nous
ne reconnoîtrons d'ennemis que ceux que nous
aurons à combattre ; & tout homme fans défenfe
fera devenu facré pour nous . Ainfi , nous
vengerons l'honneur de notre caractère , que de
longs troubles auroient pu apprendre à méconnoître.
Si le funefte cri de la guerre le fait ertendre
, il fera du moins pour nous le fignal
tant defiré de l'ordre & de la juftice ; nous ;
fentirons combien l'exact paiement des impôts ,
auquel tiennent le crédit & le fort des créan-
L S
( 250 )
ciers de l'Etat , la protection des colonies , dont
les richeffes commerciales dépendent ; l'exécution
des loix , force de toutes les autorités ; la confiance
accordée au gouvernement , pour lui donner
les moyens néceflaires d'affurer la fortune publique
& les propriétés particulières ; le refpecte
pour les puiffances qui garderoient la neutralité
; nous fentirons , dis-je , combien de tels devoirs
nous font impérieufement commandés par l'honneur
de la nation & la caufe de la liberté ».
сс« Si , dans l'entrepriſe , peut - être hardie ,
dont j'ofe tenter l'exécution , quelques détails m'étoient
échappés , je fupplie l'Affemblée de daigner
le fouvenir , que depuis huit jours que je fuis
nommé miniftre de la guerre , j'ai fortement
rempli mon temps ; j'efpère au moins qu'aucuce
grande melure ne m'échappera; & le Roi ,
dont les affections perfonnelles doivent fans doute
fouffrir dans cet inftant , n'en feconde pas moins
fon miniſtère par des efforts qui feront un jour
connus , & qui lui vaudront de nouveaux droits
au dévouement de ceux qui , s'il m'eft permis de
le dire , ont uni comme moi toute leur destinée au
fort de la liberté de la France, »
On a couvert d'applaudiffemens redoublés fe
difcours du miniftre fi fidèlement fecondé par le
Rois mais M. Briffot y a vu d'injuftes préventions
, & a defiré l'ajournement de la dif
cuffion. fur- ce compte. Ce n'eft point par Fen
tho ufalme que l'on obtient la confiance , obfervoit
M. Cambon.
-
Il s'eft engagé un combat de paroles entre
des membres qui vouloient l'expulfion des étran
gers introduits dans la falle , d'autres qui s'oppofoient
à cette exclufion , & d'autres encore
qui demandoient que la féance für levée, Do
( 251 )
ciles aux ordres du préfident , ces étrangers fe
font levés pour fortir , les deux tribunes des
extrémités ont crié : à bas , à bas ; on a exigé,
du côté droit , qu'on vidât ces tribunes ; elles
ont fait retentir la falle de leurs bruyantes huées .
Le préfident les a rappellées au respect . It eft
bien temps ! a dit un membre qu'on a rappellé
à l'ordre. Enfin , un décret a oidonné l'impreffion
du difcours du miniftre , & l'envoi aux
83 départemens , & au moment même un fecond
décret a fufpendu cet envoi jufqu'à ce que la
réponſe de l'Affemblée au Roi puiffe être expédiée
.
Le refte de la féance s'eft confumé en débats
infignifians . On a ajourné la réponte au Roi à
vendredi.
Du jeudi , 15 décembre.
On a patieniment écouté la lecture des interrogataires
& confrontations des fears Rauch, Lucer
& autres . M. Thuriot a demandé qu'on entendit ,"
à la barre , le domeftique d'un marchand de vin ,
dont les dépofitions motiveroient un décret
d'accufation contre le tambour. Après des débats
prolongés , cette propofition a été décrétée .
,
Le maire de Paris eft veru haranguer PAfémblée
lui préfenter les nouveaux officiers
élus de la garde nationale parifenne , & demander
pour eux l'honneur de défiler devant le
corps légiflatif , ce qui pourroit bien ne pas être
dans l'efprit de la conftitution qui veut que
les gardes nationales ne forment ni un corps
militaire , ni une inftitution dans l'état ( tit. IV .
art. III ) ; qui n'admet aucun acte collectif dé
corps non-conftitués , & aucune relation entre
L 6
( 252 )
272
Affemblée & la force publique armée , organifée
, qu'au moyen de loix générales ou d'urgence
. Quinze cents ou deux mille gardes nationaux
font entrés par le côté droit & fortis
par le côté gauche , au bruit d'une mufique
guerrière , d'acclamations , de bravo ! de battemens
de mains , de vrais tranfports . Ils levoient
tous la main en paffant. Le premier cri a été :
La liberté ou la mort ; mais bientôt on y a
fubftitué la conftitution ou la mort. Cette cérémonie
a duré plus de cinq quarts d'heures ,
& le procès - verbal doit en informer tout le
royaume.
:
M. de Vaublanc a propofé l'inftitution de
pompes triomphales pour les héros de la liberté ,
de leur décerner des places diftinguées dans les
fêtes nationales . Le comité d'inftru&tion publique
s'occupera de cet objet ... Perfonne ne s'eft rappelé
que , par un décret , les féances des jeudis
étoient destinées aux finances , & que chaque
heure coûte au moins cent mille livres au plus
malheureux des peuples.
M. Lemontey a fait lecture de fon projet de
réponſe au Roi . M. Grangeneuve en a critiqué deux
paffages . L'un faifoit dire aux François qu'ils ,
s'armeroient pour combattre les ennemis de l'état .
& ceux du Roi ; le cenfeur a foutenu qu'il étoit
impoffible que le peuple s'armât pour combattre
les ennemis particuliers du Roi. L'autre difoit :
voilà votre famille. « Le Roi , a objecté le
même cenfeur , eft mandataire & fujet de la
nation ; il eft contraire à tous les principes
autant qu'au bon fens de dire que la nation eft
la famille du Roi . » Ce M. Grangeneuve eft
un terrible homme pour le bon fens & les principes
!
( 253 )
1
Le projet de réponſe commençoit par ces
mots : « L'Affemblée nationale vient le foulager
du filence auquel l'avoit condamnée hier, le defir
de rendre l'expreffion de fes fentimens plus impofante
& plus profonde ».. ». C'eft faux , a
crié M. Grangeneuve . -- M. Lemontey s'eft noblement
excufé en difant que c'étoit les propres
fentimens qu'il croyoit être ceux de l'Affemblée.
M. Coutton a loué l'Affemblée d'avoir reçu le
Roi avec dignité , avec majefté , s'eft plaint de
ce qu'on paroiffoit s'en repentir . M. Lacroix &
lui ont demandé la fuppreffion des flagorneries ;
& fur ce que M. Lemontey promettoit an Roi
beaucoup plus de gloire que n'en eurent les Rois
fes ayeux , M. Coutton exigeoit la radiation de
cette phrafe. cc Vous n'avez rien à promettre au
Roi , a -t- il dit ; il doit tout gagner par fa conduite.
Son devoir ftrict eft de défendre la conf-,
titution . »
Voici la réponſe amendée , telle qu'elle a été
définitivement décrétée :
« SIRE ,
« Au langage que votre Majefté lui à fait
entendre , l'Affemblée nationale a reconnu avec
tranfpoit le Roi des François ; elle a fenti plus
que jamais le prix de l'harmonie des pouvoirs ,
de ces communications franches & mutuelles
qui font le vou , qui feront le falut de l'Em-,
pire.
« L'Affemblée nationale attachera toutes les ,
forces de fon attention fur les mesures décifives
que vous lui avez annoncées ; & fi tel eft l'ordre
des évènemens , qu'elles doivent enfin s'effectuer,
P'Afemblée nationale , Sire , promet à votre
Majefté plus de gloire qu'aucun de fes acux
( 254 )
i
n'en a obtenu : elle promet à l'Europe étonnée
le fpectacle nouveau de ce que peut un grand
peuple outragé , dont tous les bras feront mus
Par tous les coeurs , & qui , voulant fortement
la juftice & la paix , combattra pour luimême
les ennemis , qui font auffi les vôtres . »
De puifans intérêts , de dou : es jouiffances
vous font préparées du Rhin aux Pyrenées ,
des Alpes à l'Ocian , tout fera couvert dès regards
d'un bon Roi , & protégé par un rempart
d'hommes libres & fidèles . Voilà , Site
la famille à laquelle vous êtes attaché ; voilà
vos amis : ceux- là ne vous ont pas abandonné. »
« Tous les reprefentans du peuple , tous les
vrais François ont dévoué leurs têtes four foutenir
la dignité nationale , pour défendre la Conf
titution jurée & le Roi chéri dont elle a
affermi le trône. »
>
Dujeudi , féance dufoir.
Dernièrement un département da nord a demandé
2,400,000 liv . de fecours ; la ville de
Nantes avoit obtenu 600,000 liv . Aujourd'hui le
département de l'Aifne implore 1,200,000 liv .
pour des milliers de malheureux qui manquent
de pain & d'ouvrage . N'ofant convenir que la¹
fpoliation du clergé & les atrocités impunies par
lefquelles on a ruiné ou chaffé les grands proprié
taires , ont tari les antiques fources de la charité
& du travail, ces adminiftrateurs circonfpects difent
que «l'aristocratie a pétrifié le coear des riches. »
Le comité des fecours fera dimanche un rapport
fur ces befoins en général ( qui ne feroient pas
foulages pour un mois avec cent millions ) ; &
il a été décrété que demain & les jours fuivans les
Snances formeront exclufivement l'ordre de jour.
3
( 255 )
Cet objet étant ainfi arrangé , T'Affemblée s'eft
eacore trouvée avoir des heures de loifir à donner à
l'affaire du tambour Rauch . On a introduit le
garçon d'un marchand de vin , & le préfident l'a
interrogé.
Rauch , rappelé , a dit ne ſe reſſouvenir ni dự
cabaret , ni du garçon , ni de Lucot.
> Lucot eft rentré a reconnu le garçon du
cabaret , & a débité un tout autre roman que
la première fois. Ces trois particuliers étant fore
tis , on alloit encore interroger un M. Fricot &
d'autres témoins , lorfqu'enfin M. Lacroix a
commencé à foupçonner l'inconvenance de pareilles
occupations.
ce Je crois , a- t-il dit ingénuement , que nousi
faifons là des fonctions qui appartiennent plutôt
à un commiffaire de police qu'à un corps
légiflatif. Il cft temps que l'Affemblée fe fatigue
de la poſition où elle s'eft mife depuis trois jours.
Evitons de tomber dans de femblables inconvéniens.
Décrétons que le comité de furveillance ne
dénoneera jamais que fur des preuves juridiques.
Débarraffons -nous de cette mauvaife affaire de
cabaret , & rendons tous nos foins à tant d'affaires
générales qui réclament tous les inftans de nos
féances. »
ce Le comité de furveillance , obſervoit M.
Creftin , eft fans donte digne d'éloges , mais il en
eft à fon coup d'effai ; & Fon ne doit pas s'étonner
s'il a été induit en erreur. » Il eft parti quelques
éclars de rire . L'opinant n'a vu dans Rauch que le
rabachage d'un ivrogne , dans Lucot qu'un étourdi
qui vouloit fe rendre important . Ce mauvais fuccès
n'a pas empêché M. Fauchet de lire encore un
rapport de police où il s'agiffont de crimes de lèfenation
auffi bien démontrés , de chevaux envoyés
( 256 )
à létranger , d'argent diftribué à Paris , & le tout
par des anonymes . Enfin , l'impatience , la honte
des uns , la fageffe des autres , & l'ennui de tous
ont porté l'Ailemblée à décréter qu'il n'y avoit à
délibérer , ni contre Rauch , ni contre Lucot , &
que les huiffiers les mettroient en liberté .
Du vendredi , 16 Décembre.
Hier les gardes nationales , les bataillons des
enfans & des vieillards , l'Aſſen:blée nationale .
& les galeries , tous avoient crié en chorus
tous avoient entendu la conftitution ou la mort.
Dans le compte rendu de cette fête civique , le.
rédacteur du procès - verbal s'étoit borné à rapporter
le cri : vivre libre ou mourir. Il faut
qu'il y ait entre ces deux formules une diffé- ;
rence effentielle de dogme politique , car M.
Lacroix a répondu à ceux qui demandoient qu'on
rétablit la conftitution ou la mort « vous.
voulez le premier ferment nous voulons le
fecond ». La conftitution & la liberté ne feroient-
elles plus indiviâbles dans l'opinion de
tous les repréfentans de la nation ?
:
,
Le refte du temps a été rempli par une difcuffion
fur les coupures des affignats de 5 liv . ,.
& par une dénonciation fuivie d'un décret d'ac-:
cufation ..
Quant aux affignats , M. Michon a propofé
d'émettre cent millions en affignats de 25 fous ,
& cent millions en affignats de 10 fous , & de
retirer les billets de confiance ; M. Caminet , de
déciéter qu'il y aura des coupures au - deffous :
de s liv. , & d'en émettre pour 300 millions .
M. Guiton de Morveau a foumis à un examen
analytique , le projet du comité de l'extraordinaire
, de créer 100 millions en affignats de 10,
( 257 )
de 15 & de so fous . Selon lui , les affignats
au- deffous des liv. achèveront d'expulfer la
monnoie , répandront par- tout l'agiotage , exigeront
plus de temps qu'on n'en a , & des dépenfes
exorbitantes: Ajo fous le mille pour le
numérotage feulement , 100 millions en affignats
de 10 fous coûteroient 500,000 liv. A y mettre
cent jours , il faudroit un emplacement à contenir
mille numéroteurs , & des infpecteurs &
vérificateurs en proportion . Or le comptage couteroit
autant , l'application du timbre fec au
tant , & la feuille à 20 affignats , reviendroit au
moins à 20 , deniers pour papier & tirage . M.
Bergaffe avoit déjà préfenté ces: infurmontables
objections , & d'autres qui n'arrêteront pas cependant
le corps légiflatif.
Il
M. Ifnard a délayé dans fon phebus la vieille
idée du galcon qui propofoit à l'Aflemblée
conftituante de couper les affignats en fractions
égales, M. Bret eft tembé avec toutes les armes
que donne une longue expérience du véritable
commerce , fur la pétition immorale & honteufe
de M. Clavière ; il a imputé la baiffe des affiguats
& du change , en partic , à Baccueil inconfidéré
fait à cette miferable pétition.
vous a propofé , a- t- il dit , de délibérer publi
quement pour favoir fr vous payeriez ou ne
payeriez pas vos dettes ; & de décrérer des affignats
de 10 fous , c'eft à dire , de faire croire
aux nations étrangères que vous êtes réduits à
D'avoir que de telles reffources », L'opinant
affaili de murmures a foutenu que les affignats
de moins des liv . n'étoient pas néceffaires &
fercient dangereux , qu'il vaudroit mieux autoifer
les départemens à créer & furveiller desi
billets des confiance , & hâter la fabrication des
„die , in qua

8258 )
fous de métal . On a décrété ce qu'on a trèsimproprement
appellé le principe , puifque ce
n'eft qu'un fait , qu'il y aura dès affignats aude
flous de S liv.
Une lettre de M. Amelot a peint ſa poſition,
auffi embarraffante que la caiffe eft extraordinaire
; il n'y refte que 10,575,000 liv. , & cile
doit 34 millions pour le mois de novembre , fans
compter le refte . On l'a renvoyée au comité .
Si les caiffes fe vident , les- prifons fe rempliffent
. Un courier du directoire du Bas-Rhin ,
féant à Strasbourg , a apporté les procès -verbaux
de l'arreftation de MM. Voilier , foldat ; de
Silly , officier de Loyauté , chevalier de St ,
Louis ; Mayer, tailleur , & c. Le fieur Voilier,
arrêté comme eux , a reçu d'importans fervices
de M. de Silly , s'eft attaché à lui , a joué l'arif-
10crate , a épié les autres pour les dénoncer
civiquement , & les accufe de l'avoir intéreffé
dans le double complot de paffer chez les émi
grés , & d'être en faction à Strasbourg pour
feur livrer cette ville dès qu'il auroit la place
de tapiffier du cardinal de Rohan. La difcuffion
s'eft animée , prolongée fans rien éclaircir. M,
Ruhl vouloit que , tandis qu'en qualité de prince
de l'Empire , le cardinal a pour délai , d'après
un décret , une proclamation , le fens commun
& le droit des gens , jufqu'au 15 janvier , on
le décrétât d'accufation en fa qualité de François
; mais l'impoffibilité de le traduire à Or
léans , a écarté cette profonde diſtinction . Le
décret d'accufation a été lancé contre MM . de
Loyauté & de Silly , contre ledit tailleur Mayer,
détenus à Strasbourg de l'ordre du fieur Roederer,
juge de paix . Ce décret a nommément excepté
Voilier, pour qui quelqu'un avoit même parlé
de récompenfe.
( 259 )
Du famedi , 17 décembre .
M. Fauchet a entretenu le corps législatif des
draps fales que les volontaires du département de
la Marne fe plaignent qu'on leur a fournis , &
dont la mal - propreté a caufé certaines maladies à
un grand nombre de ces volontaires. Quelques
ruments nous out empêchés d'entendre fi ces draps .
fales étoient renvoyés au pouvoir exécutif ou au
comité militaire.
Après une bordée d'adhéfions & d'hommages ,
tous vifiblement partis de la même fource , quoiqu'arrivant
de divers points du Royaume , M.
Laurau a dit : « En fuivant la marche que nous
avons tenue jufqu'ici , nous fortiroas de la légiflature
fans avoir entamé aucune des affaires importantes
pour le travail defquelles nous fomines
affemblés. Si on nous demande ce que nous avons
fait , nous ne pouvons montrer que des pétitions
, des difcuffions , mais aucune loi , aucun
Lèglement qui ftatue fur un point capital . » Il a été
décrété que les pétitionnaires feroient admis le dimanche
, qu'on n'en écouteroit dans la ſemaine
que pour des cas preffans , en vertu d'un décret
& feulement un extrait de leur pétition .
M. Guiten de Morveau a tapporté que le Roi
avoit reçu la députation avec cordialité & avoit
répondu en ces termes :
MESSIEURS ,
« Je reconnois le langage & le coeur des Fran
çois dans les remerciemens que vous m'adreffez.
Oui , Meffieurs , ils font ma famille ; elle fe
réunica , j'espère , toute entière fous la protection
& l'empire des loix. »
M. de Jaucourt a commencé la lecture de la
1260
juftification du miniftre de la marine . Lesi nculpations
du directoire du Finistère avoient été lues
d'un bout à l'autre ; il ne devoit pas en être de même
de l'apologies elle a été renvoyée au comité , &
l'on s'eft mis encore à lire des adreffes & des
pétitions
Effin on a traité des finances ou plutôt des
affigoats. M. Dorify a débité les paradoxes fuivans
: « vous êtes loin encore de l'évaluation de
vos domaines nationaux. S'il y avoit plus d'affi
gnats dans la circulation , fi les liquidations fe
faifoient plus vite , les ventes iroient plus rapidement.
Vous pouvez , fans erreur , apprécier ces
domaines à 3 milliards 500 millions. Qu'eft- il
befoin que des membres montent à la tribune
pour inquiéter la France en vous inquiétant vousmêmes
? Ne craignez rien ; votre gage repofe fur
une hypothèque folide . Il viendra un temps où
Affemblée reconnoîtra qu'il eft de fon devoir de
faire les finances , comme il fut du devoir de fes
prédéceffeurs de faire la conftitution . Nous de-
Vons compter que le patrio fme des François ,
en payant les contributions , empêchera , d'ici
au mois d'Avril , la confommation des 200 millions
qu'on vous propoſe de décréter. » ·
d'avril fans fufpenyu
Ces énigmes où les finances fe font comme on
a fait la conftitution ; où le civiſme répond feut
des impôts , lorfque jour & nuit on crie à l'incivifme
; ou 200 millions dont les quatre cinquièmes
font déjà dûs , fuffiroat jufqu'au mois
une maffe énorme de liquidations
de jurandes , de rembourfemens promis ,
exigibles cette évaluation romanefque des biens
nationaux , que rien ne prouve , qui a été détruite'
jufqu'a l'évidence par M. Bergaffe , & fur laquelle
aucun membre ne doit parler à la tribune
( 261 )
de peur d'inquiéter l'Afemblée & la France en
tière ; cette apocalypfe de finances , & des débats
qui n'étoient pas de nature à l'expliquer , ont
amené cinq articles décrétés , fauf reduction. En
voici la fubftance :
La fomme d'affignats à mettre en circulation ,
fixée par le décret du premier novembre , à 1,400
millions , fera portée à 1,600 millions . Pour fournir
au fervice des caiffes , jufqu'à concurrence de
ladite émiffion , & remplacer les affignats brûlés ,
l'Affemblée décrète une nouvelle émiffion de 300
millions , ce qui portera à deux milliards cent
millions la totalité des créations d'affignats déjà
faites . Ces 300 millions feront compofés de cent
millions en affignats de 25 liv .; de cent millions
en affignats de 10 liv. ; & de cent millions en
affignats des liv .; les deux derniers cents millions
à prendre fur les fabrications décrétées , &
à échanger , dans les départemens , contre des
affignats de plus forte valeur ( claufe évidemment
ou illufoire , ou deftructive d'une moitié de la
reffource qu'on paroiffoit vouloir fe procurer ,
jufqu'au mois d'avril . De 300 millions en vouer
200 à des échanges , ce n'eft en réferver que cent
pour les paiemeas ; or on en devra plus de cent
au mois de janvier. )
11
Les réfolutions exprimées par S. M. dans
fon dernier Difcours à l'Affemblée Nationale
, font conformes à ce que nous en
avions preffenti il y a huit jours ; mais ce
que nous ne préfumions guères , c'eft la
réponſe du Préfident , affurant au Roi qui
ne propofoit rien , que l'Affemblée s'oc
( 262 )
cuperoit de fes propofitions ; c'eft l'activité
de M. de Narbonne qui raffemble 150 mille
hommes dans un mois ; miracle qui eût
fort embarraffé M. de Choiseul ou Louvois ,
fous le Gouvernement actif & abfolu de
Louis XIV , commandant à 250,000
Soldats éprouvés , & à des Luxembourg,
à des Catinat, à des Villars ; c'eſt enfin la
confiance parfaite de ce Miniftre , qui a eu
bien raifon d'avertir le Corps Légiflatif ,
qu'aurément il ne perdoit pas fon temps.
Satournée aux frontières doit être de quinze
jours il eſt à fouhaiter qu'elle juftifie les
élans de M. de Narbonne , & encore plus
que les circonftances ultérieures la rendent
fuperflue.
Cela dépendra de l'appui que l'Empereur
& le Roi de Pruffe décideront d'accorder
ou de refufer , aux Princes d'Empire
mis dans les liens de la fommation.
Al'inftant oùils l'ont preffentic , les Electeurs
de Mayence & de Trèves ont envoyé des
Couriers à Berlin , à Vienne & à Ratisbonne.
Il est heureux pour l'Affemblée
Nationale , que les nouvelles liaifons des
Maifons d'Autriche & de Brandebourg
aient affoibli l'efficace de la Ligue Germanique
, dont l'Electeur de Mayence fut
l'inftigateur le plus actif , & le Roi de
Pruffe le Protecteur éminent ; car , fi le fyftême
de Frédéric- le- Grand n'avoit pas été.
entamé, cinquante mille Pruffiens euffent
( 263 )
d
marché vers le Rhin , du moment où l'Em
pereur auroit manifefté de l'indécifion .
Aujourd'hui , il eft probable que les deux
Cours concerteront leurs réfolutions quelconques.
La queftion a changé de face :
il s'agit de favoir maintenant , non fi les
premières Puiffances de l'Empire foutiendront
, ou non , les entreprifes des Emigrés
François ; mais fi ces Puiffances ſe croirent
obligées de défendre les Electeurs & les
Princes , defquels on exige l'expulfion de
ces Refugiés. Marie Thérèfe donna afyle
aux Confédérés de Bar , qui , plus d'une
fois , prirent en armes terre fur fes do
maines : la Ruffie s'en plaignit ; le Cabinet
de Vienne s'aigrit ; on fe réconcilia par le
Traité de partage. Perfonne n'a oublié les
notes & contre- notes , les plaintes & les
réponſes , les affirmations & les démentis,
dont la correfpondance de Milord Stormont
avec M. de Vergennes occupa le Pu
blic , avant la dernière rupture avec l'Angleterre.
On recevoit des vaiffeaux Amé
ricains ; on leur fourniffoit des armes , des
munitions , des bâtimens : leurs Corfaires
amenoient leurs prifes dans nos Ports : le
Gouvernement Anglois les traitoit de Rebelles
et de Confpirateurs ; le Gouverne
ment François en faifoit fes Alliés. D'un
côté on invoquoit le Droit des Gens , de :
l'aure la liberté des mers ; ces misérables ›
artifices par lefquels le Ministère cherchoit
( 264 )
à donner le change aux Anglois , & à maf
quer les fecours dont il combloit les
Infurgens , durèrent plus d'une année. Rien
de nouveau fous le foleil. En pareille con
joncture , tout dépend du fuccès : le reſpect
ou le mépris du Droit des Nations eft
attaché à l'axiôme du célèbre Wilkes : une
réfiflance qui réuffit s'appelle une Révclution
; une réfiſtance qui échoue devient
une Révolte. Ainfi le Parti que prendra
l'Allemagne , & principalement l'Empereur
dont la politique n'eft rien moins que
chevalerefque , dépendra de l'opinion qu'on
aura des forces & des efpérances des Confédérés
François.
A quelque parti que s'arrête l'Empire ,
i entraînera des conféquences inappréciables
; à moins que les Puiffances dont dépendra
l'iffue de cette crife , ne fe préfentent
comme Médiatrices , & décidées à faire
reſpecter leur intervention . Encore ce milieu
rencontreroit- il l'obftacle de deux Factions
en France & de leurs adhérens , perfuadés
qu'ayant vaincu fans combattre , ils ne doivent
rien céder avant d'avoir été battus ,
ni même après.
-Si la guerre doit avoir lieu , elle n'éclatena
qu'au Printemps : nos Harangueurs
belliqueux , qui en parlent avec tant de talent
& d'expérience , ne favent pas ce que
c'eſt que de mouvoir une armée , & de
la
( 265 )
la faire aller en hiver feulement de Thion .
ville à Trèves , ou de Landau à Worms.
A moins que les Electeurs & les Princes
abandonnés ne congédient les François ,
deux mois s'écouleront en hoftilités diplomatiques
; mais dans l'incertitude de
leurs fuccès, il eft à croire qu'alors les frontières
de l'Empire fe couvriroient de
Corps confidérables .
Les Jacobins , après avoir provoqué une
rupture par des efforts infatigables en tout
genre , ont paru fe ravifer , du moment où
le Gouvernement eft entré dans leurs
vues. Ils craignoient , fans doute , ou que
la guerre ne lui fournit des reffources , Ou
que le Roi ne fe mît à la tête des troupes ,
ou que cette démonftration vigoureufe ne
couvrît le plan fecret d'amener une négo
ciation armée . Après en avoir plus mûrement
délibéré , leur Plébicifte a confirmé
le Sénatus - Confulte le cri de guerre a
prévalu , fauf à furveiller les Agens & les,
Acteurs de ce grand mouvement ; ainfi ,
le Roi , les Miniftres & les Généraux auront
pour Infpecteurs fuprêmes de leur
conduite , 1°. l'Affemblée Nationale ; 2 °. le
Club des Jacobins de Paris ; 3 °. les Clubs
correfpondans ; 4°. les Municipalités &
Directoires chaudement patriotes ; les
Soldats ; 6°. les Journalistes. Une armée de
Dénonciateurs tout prêts , furveillant l'ar
mée combattante & fes moteurs , nulle
Nº. 52. 24 Décembre 1791 .
M
( 266 )
trahifon ne mettra en danger le Capitole .
It oft aifé de prévoir que les défiances , les
accufations & les fcènes qu'elles amèneront,
feront les meilleurs Alliés des Ennemis.
Pour commencer l'exécution des promeffes
qu'il a faites à l'Affemblée , M.
Deleffart vient de dépofer & de récréer
une partie du Corps Diplomatique. Il envoie
M. Barthelemi en Suiffe , M. de Choifeul
Gouffier à Londres , M. du Mouftier à
Conftantinople ; M. de Ségur , à Berlin ;
M. de Ste. Croix, ci -devant Chargé d'affaires
à Pétersbourg & en Suède , a Coblentz.
Ce n'eft pas tout : il faut ajouter à cette
Lifte d'Envoyés , les fucceffeurs de
MM. de Montezan , Miniftre à Munich , de
Berenger , Miniftre à Ratisbonne , ( qui
font rappellés ) & de MM . Okelly, Miniftre
à Mayence , de Talleyrand & d'Ofmont
Ambaffadeurs à Naples & à Pétersboug ,
qui ont donné lenr démiffion. Il n'y a pas
jufqu'à un intrigant , nommé l'Abbé Louis,
qui n'ait trouvé place dans cette catégorie
de remplacemens. Il pourroit fe faire que
quelques - uns de ces Ambaffadeurs euffent
rempli leurs fonctions , avant la ſignature de
leurs paffeports.
Quoi qu'en aient dit les Journaux dictés
par quelques Miniftres , M. Gauffin , Chargé
d'Affaires de France à Stockholm, a échoué
dans fa feconde, tentative à faire parvenir
( 267 )
au Roi & au Ministère de Suède , la notification
de l'acceptation de Louis XVI &,
de l'Acte Conftitutionnel : les dernières
lettres l'annoncent comme étant près de fon
départ ; en effet , il n'a plus de miſſion à
Stockholm. Onjugera des défagrémens de
fa pofition par les démarches que multiplie
le Roi de Suède , pour le rétabliſſement
de la Monarchie Françoife. Très - récemment
encore , le Miniftre de ce Prince à
la Cour de Vienne , a remis la déclaration
fuivante au Chancelier d'Etat , Prince de
Kaunitz.
ce En conféquence des ordres de fa Cour, le
Souffigné , Envoyé- extraordinaire , a l'honneur )
de déclarer officiellement au nom du Roi fon
Maître , au Ministère Impérial , que S. M. partage
avec S. M. l'Impératrice de Ruffie & Si
Maj . Catholique , les mêmes fentimens pour le
rétabliffement de la Monarchie Françoife ; que ,
comme elles , le Roi envifage S. M. T. C.
comme en état de captivité , malgré l'acceptation
qu'elle a faite ; qu'à l'uniffon des principes
& de la conduite de l'Impératrice de Ruffie , Sar
Maj . a envoyé le Baron d'Oxenftiern auprès des
Princes François , & qu'elle eft réfolue de concert
avec les Cours de St. Petersbourg & de
Madrid , à tenir une conduite qui répondra en
tout à l'exigence du cas où le trouvent la maifon
Royale & le Royaume de France . »
Signé , le Baron DE NOLCKEN .
Vienne , le 30- Novembre.
Depuis qu'il eft queſtion de faire la
M 2
( 268 )
guerre aux Emigrés , les Feuilles publiques
ont diminué le nombre des Bulletins ,
qu'elles fe faifoient écrire par des Femmesde-
Chambre , dans le but civique de révéler
à la France l'hiftoire du Cabinet &
de l'armée de Coblentz . Ces facéties devenoient
un peu monotones à force d'être
répétées , & leurs ingénieux Auteurs fe
font enfin apperçus qu'ils ennuyoient même
les Patriotes de leurs redites , & de leurs
Gafconnades . Le fait eft que le Confeil des
Princes refte tellement enveloppé , que les
Emigrés n'en favent guères plus touchant
leur fituation politique , que le Ministère
de France & le Club des Jacobins . L'unité
d'infortune n'a encore amené entre les principaux
de ces Refugiés aucune unité de
vues. Les apparences indiquent des oppofitions
entre les moyens de parvenir aux
mêmes fins. La querelle pour favoir fi le
Corps Légiflatif doit être divifé en trois
Ordres , ou en deux Chambres qui réuniroient
les intérêts des trois claffes de la hiérarchie
, fubfifte avec la même force , que
fi dans huit jours la queftion devoit être
décidée , & le chemin applani vers une
nouvelle Conftitution. On ne fe doute
guères que l'opinion eft auffi peu préparée ,
auffi peu éclairée fur cette matière importante
, qu'elle l'étoit à l'inftant de la difparution
des Etats - Généraux. Ce n'eft pas
surement en exerçant leur Démocratie
( 269 )
Royale , & leur Souveraineté populaire ,
que les Artifans des excès de la Révolution
, & les Apôtres de fes erreurs , ont
réfléchi une minute fur la divifibilité du
Pouvoir Légiflatif. Elevés à la politique
fpéculative par la lecture des Gazettes raifonnées
& des pamphlets à l'eau- de- vie , il
n'entre encore dans aucune de ces têtes
Légiflatrices , l'élément d'une idée ſur
cette queftion. Elles tiennent d'autant plus
fortement au fyftême d'unité conçu dans
l'enfance des Sociétés politiques , & abandonné
par celles qui ont acquis quelque
notion de la liberté , elles y tiennent , disje
, d'autant plus fortement , que leurs
Adverfaires ne s'entendent pas eux - mêmes
fur le mode de divifer la Légillature. Ce
diffentiment déplorable éclate par les écrits
les plus violens , par des accufations effrénées
, par des reproches réciproques fur
l'origine de nos maux. Les Auteurs infenfés
de ces diatribes amères , font plus de tort
à la caufe des Royaliftes , que les harangues
d'Ifnard,ou les écrits de Camille Defmoulins.
Pendant que des anonymes dangereux
tiennent le champ de bataille , les Princes
& les Emigrés reftent dans le filence. Cependant
ces derniers viennent d'en fortir par
une lettre au Roi , foufcrite de plufieurs
milliers d'Officiers de terre & de mer , &
autres François de tous les Ordres abfens
duroyaume , datée de Coblentz , le 1 ° . Déer
M 3
( 270 )
cembre ; cette lettre de quinze pages répond
aux différentes Proclamations publiées
fous le nom de S. M. Elle est écrite
fans fiel , fans déclamations ; elle preffe
des motifs d'une grande force : tous les
efprits fains & délintéreffés avoueront la
jufteffe des réflexions fuivantes :
« Des volumes entiers ne fuffiroient pas pour
développer l'incohérence & les vices de cette
foule de prétendues loix qui ont bouleversé la
France. Nous nous bornerons à montier à votre
Majefté combien il cft abfurde de fonder l'adminiftration
d'un grand Empire , habité par
vingt - cinq millions d'hommes dont le dixième
au plus pofsède des propriétés foncières , fur des
bafes qui n'ont jamais pu fubfifter dans les plus
petites républiques. »
ce Ch z tous les Peuples , les propriétaires
du territoire , les peffeffeurs des richeffes mcbiliaires
, ont toujours formé une claſſe diſtinguée
des autres habitans . Sans cette fage précaution
ces derniers néceffairement plus nombreux
, tiendroient dans un état fans ceffe précaire
& incertain , les propriétés foncières & mobiliaires
dont la jouiffance paifible ne peut être
garantie contre la force de la multitude , que
par l'opinion de la fupériorité des rangs & de
l'échelle des dégrés de la confidération attachée
à la naiffance & à la jouiffance héréditaire de
propriété , qui établiffent depuis les Princes de
votre fang , jufqu'au fimple journalier , des
claffes intermédiaires fans lefquelles aucun territoire
étendu & peuplé n'évitera les malheurs
du defpotifme , ou de l'anarchie . »
La nouvelle Conftitution met au contraire
( 271 )
les Propriétaires & leurs Fermiers dont les intérêts
font indiviſibles , fous l'autorité abfolue des
artifans & manouvriers . Les propriétaires forciers
ne compoferoient pas la vingtième partie
des Aflemblées primaires. Dès lors ils font exclus
de l'adminiſtration : fi quelques- uns étoient
nommés électeurs , leur petit nombre Jeur ôtero t
toute influence votre Majefté dépouillée de fa
Souveraineté ne pourroit plus les protéger ni
les défendre contre l'autorité tyrar nique de ceux
qui n'ayant rien à perdre , ne feroient retenis
par aucune confidération . »
ce Dans prefque toutes les paroiffes , quelques
habitans fans étude , fans biens & par conféquent
fans refponfabilité , réuniffant fous le
titre d'Officiers Municipaux les pouvoirs de la
Police & de l'Adminiſtration , ont acquis le
droit de difpofer de la fortune & de la tranquillité
des propriétaires qui n'ont aucun moyen
de fe défendre de leurs vexations . »
« Les Districts , les Départemens , les Membres
des Légiflatures , nommés par les Electeurs ,
la plupart fans biens & fans connoiffance , fort
compofés , en plus grande partie , de praticiens ,
regardés jufqu'ici comme le fléau des campagnes .
Devenus aujourd'hui les Maîtres & les Souverains
de ceux qui jouiffoient d'un état & d'une
propriété enviée , ils ne les garantiront pas des
attentats d'une populace , qui fera , de jour en
jour , plus dangereufe , à mesure que l'impunité
devenue plus affurée , lui fera connoître fes
forces. »
Les Juges , choifis par ceux qui ont intéret
à perpétuer le défordre & le pillage dans les
campagnes défendront-ils des propriétés qui
leur font étrangères ? & rifqueront-ils de déplaice
M 4
( 272 )
<
à cette nombreufe troupe de manoeuvres , qui ,
à l'expiration du terme limité de leur exercice
aura le dit de les faire rentrer dans le néant ?
Il faudroit à ces hommes , pris au hafard , une
vertu bien fublime , pour qu'ils puffent tenir
avec impartialité , la balance de la juftice . Airfi ,
ni les propriétaires , ni leur fermiers , qui formeront
toujours la partie la moins nombreuſe
de vos Sujets , & toujours expofée à la jalouſie
des dernières claffes , ne peuvent efpérer fous
ce régime aucune garantie raifonnable pour leur
vie & leur fortune. »
Cette lettre eft terminée par la Profeffon
fuivante :
EO Ne croyez pas , Sire , que nous ayons renoncé
à notre Patrie , nous espérons y rentrer
avec tous les Propriétaires qu'un danger commun
a forcé de quitter leurs foyers ; nous y sentrerons
pour ramener avec nous l'ordre & la paix ;
pour replacer Votre Majefté fur fon Trône , pour
jouir avec tout votre Peuple des bienfaits que vous
jugerez à propos de leur accorder librement. C'eſt
alors que nous verrons avec joie la fuppreffion de
la Gabelle, que vous aviez annoncée avant la
Convocation des Etats- Généraux ; l'abolition des
Francs- Fiefs , l'admiffion de tous vos Sujets , fans
exceptions , aux différens emplois dont ils feront
capables , & auxquels vous jugerez à propos de
les appeller , & les impôts territoriaux également
répartis entre tous les Propriétaires . Dans ces
jours de profpérité générale , nous ne nous occuperons
que des fentimens que nous infpirera la
reftauration de votre Puiffance & de la Monarchie
Françoiſe . Nos injures particulières feront oubliées
, & nous ne verrons dans vos Sujets , ci72739
devant égarés , que des Concitoyens & des amis
auxquels votre coeur aura déjà pardonné . "
L'équité forcera d'avouer qu'il y a loin
de ce langage , à la dégoûtante férocité
d'expreffions dont la Tribune , la Barre de
l'Affemblée Nationale , le Fauteuil même
de fon Préfident , & les Actes publics fourniffent
chaque jour le modèle odieux ; mais
jamais , depuis la Révolution , on n'entrevit
un éclair de générofité dans cette loquacité
furibonde & fanfaronne , qui eft
devenue parmi nous l'éloquence de la liberté.
On en découvrira facilement la
caufe dans le caractère , dans les moeurs
dans les habitudes des déclamateurs qui
ont la baffeffe dans le coeur & la fièvre fur la
langue.
On remarquera dans la lettre dont nous
venons de rapporter quelques fragmens ,
qu'il n'y eft point queſtion des prérogatives
de la Nobleffe ; mais que tous les
Signataires y invoquent un droit non
moins facré que celui de la naiffance , le
droit de propriété. L'efprit de raiſon qui
a dicté cette réponſe affurément plus que
péremptoire , auroit dû en faire retranches
une phrafe qui exprime une penſée fauffe
& dangereufe. « Nous ne croirons jamais ,
» difent les Auteurs , que V. M. ait con-
» fenti librement à renoncer à la Souve-
» raineté qu'elle tient de Dieu feul , pour
» ſe rendre l'Agent fubordonné des Ré
M $
(-274 )
» voltés qui ont ufurpé fon Trône , en
» égarant la dernière claffe de fes Sujets. >>
Les Rois ne tiennent pas plus leur Souveraineté
de Dieu , que les Démagogues.
ne tiennent la leur de la volonté générale.
M. deMaupeou pouvoit parler ainfi au Parlement
; cette doctrine eft maintenant trop
difparate , non-feulement avec les extravagances
anarchiques qui prévalent aujourd'hui
, mais encore avec le vrai principe
de toute autorité. Si Louis XVI n'avoit
eu d'autre titre à la Couronne que le Droit
Divin ; s'il n'avoit pas tenu la Royauté
du confentement unanime & de l'aveu
formel de la Nation ; fi la tranfmiffion.
héréditaire ne fût pas arrivée de fes Ayeux
jufqu'à lui , en vertu de loix fondamentales
que perfonne ne s'avifa , de contefter ; fi ,
enfin, la France entière n'avoit pas reconnu
& confacré fes droits par le voeu univerfel
de fes cahiers , l'Affemblée Conftituante .
n'auroit pas effuyé le reproche d'avoir offenfé
la juftice & la foi publique , en dif
pofant du Trône.
Nous ignorons fi la morale du Gardedu-
fceau & fon refpect pour la Conftitution ,
lui permettront de dicter la fanction du der-.
nier Décret , qui prive unive;fellement
tous les François abfens de leurs traitemens ,
penfions , rente ou créance quelconque fur le
tréſor public ; à moins qu'ils ne produifent,
( 275 )
un certificat de réfidence antérieure , pendant
les fix mois précédens . Cette fentence ,
car ce n'eft pas une Loi , cette fentence qui
dépouille arbitrairement & fans diftinction ,
plufieurs milliers de Familles de leur propriété
, a été rendue d'emblée fans examen
ni contradiction.On peut obferver à ce sujet
que , l'un des caractères des deux Affemblées:
nationales , a été , de ne rendre des Loix:
fages qu'après une longue & orageufe délibération
, & d'avoir prefque toujours confacré
leurs injuftices , ou des Décrets funeftes
, par inftinct & par acclamation.
Ce fait dont on ne peut contefter l'exactitude
, prouveroit feul l'horrible abus d'um
Corps Légiflatif indivisible..
Ce Décret de mardi dernier , porte l'empreinte
de la colère & de l'irréflexion . S'il
a été infpiré par l'envie de punir les émigrés
, de leur enlever des refources , & de
Les faire rentrer dans le Royaume , ces
trois buts font manqués. Mais , celui de
fortifier la haine , le reflentiment , les projets
hoftiles de ceux des François abfers
qui menacent de prendre les armes , ne
le fera pas.
Si l'on a eu en vue de foulager le Tréfor
public , & de l'affranchir d'une partie de fes:
dettes , c'eſt avoir efpéré d'épuifer l'Océant
avec une pompe de jardin ; c'eft avoir facri--
fié la morale , la juftice diftributive , la
foi publique , la Conftitution , à un cal
M. &
( 276 )
cul de fifcalité. Il eft fans doute fort
commode de généralifer ainfi d'un trait
de plume , une loi de confiſcation , & d'envelopper
dans la même peine , le coupable ,
le prévenu & l'innocent.
La Loi n'a le droit de défendre que les
actions nuifibles à la fociété. Tout ce qui
n'eft pas défendu par la Loi , ne peut être empêché.
Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une
Loi établie et promulguée antérieurement. La
Conftitution garantit la liberté à tout homme
d'aller , de refler , de partir. Ou ces articles
fondamentaux de la Conftitution font la
fauve- garde des Citoyens , & le Légifla
teur ne peut en enfreindre l'obligation ,
fans donner un titre à la défobéiffance ; ou
ces articles font de fimples théorêmes abftraits
, dont le Pouvoir Législatif peut à
fon gré interprêter , étendre , reftreindre ,
fuivre ou offenfer l'application ; alors ce
Pouvoir devient defpotifme.
Quelle étoit donc la mefure à fuivre
dans le cas préfent , pour allier le refpect
de la Loi , de l'équité , de la liberté individuelle
, avec le foin de la fureté publique ?
On l'eut trouvé en confultant le fens commun
, & non des paffions furieufes .
D'abord , il eft inoui , & à peine oferoiton
fe le permettre à Conftantinople , il eft
inoui de confondre les rentes & les créances
des Citoyens fur le Tréfor public , avec les
Penfions & les Traitemens qu'ils en reçoi
( 277 )
vent à titre de fonctionnaires , ou d'anciens
ferviteurs de l'Etat. J'ai prêté mes fonds à
la Nation ; elle s'eft engagée à m'en payer
fcrupuleufement les intérêts. Si , avant qu'un
Tribunal ait prononcé légalement la perte
de mes propriétés , la Nation ou fes Repréfentans
déchirent ce contrat , & m'impofent
, fous peine de fpoliation ; d'autres
conditions que celles qu'il a ftipulées , elle
commet un dol au premier Chef, elle autorife
un brigandage univerfel , elle rompt
tous les liens de la probité entre les hommes.
En s'emparant de l'Office dont j'avois confié
la valeur au Tréfor public , l'Etat s'eft engagé
, & n'a pû , fans vol , fe difpenfer de
s'engager à m'en rembourfer le capital. Le
crime feul juridiquement prouvé peut fournir
un motif de m'en dépouiller. Et parce
qu'ufant de la liberté que m'affuroit la Loi ,
j'ai abfenté le Royaume ou j'avois vécu
irréprochable , le Corps Législatiffe mettant
au-deffus de la Légiflation , & déclarant
aujourd'hui criminelle une action
qui hier étoit innocente , difpofera de mes
propriétés , & défendra à fes Tréforiers
d'acquitter les engagemens publics !
Quand tous ceux fur lefquels on exerce
une femblable violation de la foi nationale
, feroient les Ennemis de l'Etat , a-t- on
le droit de manquer de probité envers fes
Ennemis ? Nos Machiavels pourroient done
au befoin confifquer la fortune de lews
( 278 )
Créanciers étrangers , du moment où ceuxci
les menaceroient de la guerre ! Le Gouvernement
Anglois s'avifa- t- il de fermer la
caiffe de l'Echiquier ou de la Banque , aux
Procureurs fondés de Washington & de
Francklin ? Les généreufes Communes Britanniques
euffent chaffé de leur fein , le premier
qui eût ofé leur propofer la honte d'une
femblable récrimination.
Si cette faifie réelle fur les rentes &
créances des abfens , manque de nobleffe
& de juftice envers ceux - là même des
Emigrés qu'on traite de Confpirateurs &
de Rebelles , elle est une iniquité injuſtifiable
envers un grand nombre de Familles
, qui , fans fe réunir aux raſſemblemens
militaires des Emigrés , fans concourir
à aucune difpofition hoftile , ont fui en
divers lieux de l'Europe les brigands , les
Inquifiteurs , les tyrans Municipaux , les
incendiaires , les dévaftateurs , & ont cherché
fur un fol parible ce qu'on ne trouve
plus en France , la sûreté , le fommeil , & le
repos. Après les avoir forcées , par l'impunité
des plus exécrables violences , à
abandonner leur patrie , on prétend les
punir de n'être pas reftées fous le couteau
des affaffins ! Ainfi tel eft le régime auquel
nous fommes dévoués , que d'une part il
ne peut garantir la sûreté des perfonnes &
des propriétés , & que , de l'autre , il vous
condamne fous peine de confifcation: ài
1279 )
19
"
fubir le fort de l'anarchie : à la lettre , c'eft
l'équivalent de la fureur des Démons des
Milton , qui , armés de fourches , replongent
dans les flammes de l'Enfer , les ames qui
tentent d'en fortir..
Pour que rien ne manquât à l'illégalité
de cette Loi , on l'a rendue rétroactive. On
inflige la peine de la perte de fa propriété ,
à tout Citoyen qui , il y a fix mois , n'a pas
prévu qu'à la fin de cette année , le Législateur
ajouteroit un crime de plus dans la
nomenclature des délits , & confifqueroit
en Décembre les propriétés qu'il tenoit
pour inviolables au mois de Juillet.
A ces caractères , il eft impoffible de
reconnoître un Gouvernement jufte ; il eſt
impoffible de croire au maintien , à l'exiftence
d'aucune Conftitution ; il eft impoffible
d'imaginer qu'il exifte le moindre:
fentiment de liberté chez les Auteurs defemblables
loix ; il eft impoffible de ne pas
confidérer comme une fcène de théâtre ,
ces vains fermens de refpecter les engage-.
mens publics . Certes , j'aime à penfer trop
favorablement de la Municipalité qui a
provoqué ce Décret , & d'une partie de
Affemblée qui l'a délibéré , pour ne pas ,
croire qu'un inftant de retour fur euxmêmes
, fur la loyauté Françoife , lur les
bafes de la Conftitution , fur la néceffité :
dans les conjonctures actuelles , de n'im-.
primer aucune tache à la juſtice , & de ne
( 280 )
pas légitimer les réfiftances par l'oppreffion
, leur eût infpiré les confidérations
que je viens de développer.
Les difpofitions du Décret ne peuvent
être excufées qu'à l'égard des Fonctionnaires
publics : en abandonnant leur pofte ,
ils n'ont plus de droits à aucun traitement.
Quant aux Penfionnaires de l'Etat , la juſtice
prefcrivoit de diftinguer de ceux qu'on
fuppofe armés , ou agiffans contre le Code
de l'Affemblée Conftituante , les Citoyens
paifibles que les horreurs de l'anarchie ont
fait paffer au - dehors . Leurs penſions ſont
une dette facrée ; aucune Loi ne les a encore
affujettis à vivre en France ; on ne peut
donc les priver fans tyrannie de ce traitement
, & le Légiflateur , encore moins que
les Tribunaux , n'a le privilége atroce de
juger leurs actions paffées , d'après une
prohibition poftérieure de fix mois.
Jufqu'à ce que les autorités conftituées
ceffent d'être les efclaves ou les victimes
de la licence , aucun Pouvoir ne peut légitimement
aftreindre un François à réfider
dans le royaume. Le Contrat focial a
été brifé par une Révolution ; chaque
Citoyen eft refté maître de ne pas fe rattacher
au régime qu'on y a fubftitué ; il
a le droit naturel de quitter la France
dont les Loix ne lui conviennent plus ; il
n'a plus de titres aux falaires ni aux bienfaits
de l'Etat ; mais fes propriétés ne peu
( 281 )
vent lui être ravies fans brigandage , du
moment où il acquitte les contributions.
Et , n'eût-il pas renoncé au nouveau Pacte
focial ! la Nation a fait avec lui le Pacte
de sûreté. Or , je demande à M. Pethion
s'il répondroit fur fa tête de la vie de M.
de Bouillé , ou du Maréchal de Broglie
dans le cas où ils viendroient braver les
profcriptions & les profcripteurs ! Je demande
à l'Affemblée fi , après fon indifférence
fur l'attentat impuni dont M. de
la Jaille a été l'objet , aucun Officier de
Marine eft tenu à venir reprendre fon pofte?
2
Ce Décret , qu'on juftifieroit encore
moins en le repréfentant comme le fruit
d'un calcul économique , ainfi que celui
porté contre les Prêtres ; ce Décret , dont
je viens de preffer les vices , & fur- tout
l'immoralité , n'a rencontré que filence o
applaudiffemens. Les Feuilles publiques ,
même celles qui , par lâcheté , ont ufurpé
le cachet de la modération , en ont célébré
la profonde fageffe & le patriotifme.
(Voy. le Journal de Paris du Lundi 19.)
On ne peut pas dire de nous , fanctiores
erant aures Populi quam corda Sacerdotum;
car l'opinion populaire & ceux des Ecrivains
de tout ordre qui fe chargent de l'égarer,
vont toujours plus loin que les fautes
même du Législateur. Voilà le fruit d'un ré--
gime où les Propriétaires font affervis à l'au
torité d'hommes fans propriétés.
( 278 )
Créanciers étrangers , du moment où ceuxci
les menaceroient de la guerre ! Le Gouvernement
Anglois s'avifa- t- il de fermer la
caiffe de l'Echiquier ou de la Banque , aux
Procureurs fondés de Washington & de
Francklin ? Les généreufes Communes Britanniques
euffent chaffé de leur fein , le premier
qui eût ofé leur propofer la honte d'une
femblable récrimination.
Si cette faifie réelle fur les rentes &
créances des abfens , manque de nobleife
& de juftice envers ceux - là même des
Emigrés qu'on traite de Confpirateurs &
de Rebelles , elle est une iniquité injuftifiable
envers un grand nonibre de Familles
, qui , fans fe réunir aux raffemblemens
militaires des Emigrés , fans corcourir
à aucune difpofition hoftile , ont fui en
divers lieux de l'Europe les brigands , les
Inquifiteurs , les tyrans Municipaux , les
incendiaires , les dévaftateurs , & ont cher
ché fur un fol partible ce qu'on ne trouve
plus en France , la sûreté , le fommeil , & le
repos. Après les avoir forcées , par l'impunité
des plus exécrables violences , à
abandonner leur patrie , on prétend les
punir de n'être pas reftées fous le couteau
des affallins ! Ainfi tel eft le régime auquel
nous fommes dévoués , que d'une part il
ne peut garantir la sûreté des perforines &
des propriétés , & que , de l'autre , il vous
Condamne fous peine de confifcation à
1
( 279 )
fubir le fort de l'anarchie : à la lettre , c'eft
l'équivalent de la fureur des Démons de
Milton , qui , armés de fourches , replongent
dans les flammes de l'Enfer , les ames qui
tentent d'en fortir.
Pour que rien ne manquât à l'illégalité
de cette Loi , on l'a rendue rétroactive . On
inflige la peine de la perte de fa propriété ,
à tout Citoyen qui , il y a fix mois , n'a pas
prévu qu'à la fin de cette année , le Législateur
ajouteroit un crime de plus dans la
nomenclature des délits , & confifqueroit
en Décembre les propriétés qu'il tenoit
pour inviolables au mois de Juillet.
A ces caractères , il eft impoffible de
reconnoître un Gouvernement jufte ; il eſt
impoffible de croire au maintien , à l'exiftence
d'aucune Conftitution ; il eft impoffible
d'imaginer qu'il exifte le moindre:
fentiment de liberté chez les Auteurs de
femblables loix ; il eft impoffible de ne pas
confidérer comme une fcène de théâtre ,
ces vains fermens de refpecter les engage-.
mens publics . Certes , j'aime à penfer trop
favorablement de la Municipalité qui a
provoqué ce Décret , & d'une partie de
AlTemblée qui l'a délibéré , pour ne pas .
croire qu'un inftant de retour fur euxmêmes
, fur la loyauté Françoife , lur les
bafes de la Conſtitution , für la néceffité ,
dans les conjonctures actuelles , de n'imprimer
aucune tache à la juſtice , & de ne.
4
( 280 )
pas légitimer les réfiftances par l'opprefhion
, leur eût infpiré les confidérations
que je viens de développer.
Les difpofitions du Décret ne peuvent
être exculées qu'à l'égard des Fonctionnaires
publics : en abandonnant leur poſte ,
ils n'ont plus de droits à aucun traitement.
Quant aux Penfionnaires de l'Etat , la juſtice
prefcrivoit de diftinguer de ceux qu'on
fuppofe armés , ou agiffans contre le Code
de l'Affemblée Conftituante , les Citoyens
paifibles que les horreurs de l'anarchie ont
fait paffer au- dehors . Leurs penfions font
une dette facrée ; aucune Loi ne les a encore
affujettis à vivre en France ; on ne peut
donc les priver fans tyrannie de ce traitement
, & le Légiflateur , encore moins que
les Tribunaux , n'a le privilége atroce de
juger leurs actions pallées , d'après une
prohibition poftérieure de fix mois .
Jufqu'à ce que les autorités conftituées
ceffent d'être fes efclaves ou les victimes
de la licence , aucun Pouvoir ne peut légitimement
aftreindre un François à réfider
dans le royaume. Le Contrat focial a
été brifé par une Révolution ; chaque
Citoyen eft refté maître de ne pas fe rattacher
au régime qu'on y a fubftitué ; il
a le droit naturel de quitter la France ,
dont les Loix ne lui conviennent plus ; il
n'a plus de titres aux falaires ni aux bienfaits
de l'Etat ; mais fes propriétés ne peu(
281 )
vent lui être ravies fans brigandage , du
moment où il acquitte les contributions.
Et , n'eût-il pas renoncé au nouveau Pacte
focial ! la Nation a fait avec lui le Pacte
de sûreté. Or , je demande à M. Péthion
s'il répondroit fur fa tête de la vie de M.
de Bouillé , ou du Maréchal de Broglie ,
dans le cas où ils viendroient braver les
profcriptions & les profcripteurs ! Je demande
à l'Affemblée fi , après fon indifférence
fur l'attentat impuni dont M. de
la Jaille a été l'objet , aucun Officier de
Marine eft tenu à venir reprendre fon pofte?
Ce Décret , qu'on juftifieroit encore
moins en le repréfentant comme le fruit
d'un calcul économique , ainfi que celui
porté contre les Prêtres ; ce Décret , dont
je viens de preffer les vices , & fur- tout
l'immoralité , n'a rencontré que filence ou
applaudiffemens. Les Feuilles publiques ,
même celles qui , par lâcheté , ont ufurpé
le cachet de la modération , en ont célébré
la profonde fageffe & le patriotisme.
(Voy. le Journal de Paris du Lundi 19. )
On ne peut pas dire de nous , fanctiores
erant aures Populi quam corda Sacerdotum;
car l'opinion populaire & ceux des Ecrivains
de tout ordre qui fe chargent de l'égarer,
vont toujours plus loin que les fautes
même du Législateur. Voilà le fruit d'un régime
où les Propriétaires font affervis à l'au ·
torité d'hommes fans propriétés .
( 282 )
Lettre au Rédacteur.
« Si vous avez lu , Monfieur , l'Intrigue du
Cabinet dans le dernier Epilogue des Actes des
Apôtres , vous y avez vu qu'on me dévoue à
l'inimitié de tous les partis , en publiant du
ton le plus affuré , des détails parfaitement
faux en ce qui me concerne . Vous connoiffez
mieux que perfonne à quelle diftance je fuis des
intrigues & des expédiens de ce moment- ci .
Nous nous fommes rencontrés , fans nous connoître
, fur cette mer orageufe , & c'eſt au milieu
des tempêtes & des écueils de toute eſpèce , que
nous avons conftamment fuivi la même route.
J'attends donc de votre amitié que vous e
craindrez pas de vous rendre caution de la fixité
de mes principes , & de leur accord invariable
avec ma conduite. Voici ce que j'ai écrit 11
aux Rédacteurs de l'article qui me concerne. »
MALOUET .
Lettre de M. MALOUET à MM. les Auteurs
des ACTES DES APÔTRES .
--
« Vos éloges , Meffieurs , ne fauroient com→
penfer la peine que vous me faites , en m'imputant
un rôle abfurde & dangereux . Mes
liaiſons toujours indépendantes , fouvent contraires
à mes opinions politiques , font au moins
étrangères à toute influence fur les affaires publiques
lors même que j'avois l'obligation de
m'en occuper , j'étois impatient de m'en féparer.
Je ne fuis Membre d'aucun Club ; je contribuerois
plus volontiers à la deftruction de tous
ceux qui exiftent , qu'à la réſurrection d'un ſeul .
-- J'ai dit très - publiquement tout ce que je
penſe ſur la Révolution ; je me tais maintenant,
( 283 )
J'efpérois , j'avois droit à l'oubli de ceux qui
agillent , de ceux qui obfervert , & je ne dois
plus trouver place que dans votre errata . »
MALOUET .
. Il fuffiroit de dire que , dans l'Epilogue
des Alles des Apôtres , contre lequel M.
Malouet réclame , on lui attribue la fondation
de je ne fais quel Club des Feuillans
, où les Conftituiionnaires , dits Ministériels
, vont par des harangues & des
Arrêtés difputer aux Conftitutionnaires Jacobins
le Gouvernement de notre anarchie ;
il fuffiroit d'ajouter qu'on lui attribue la
direction des plans , ou des prétendues reffources
par lefquelles des hommes inexpérimentés
préfument de fauver le Monarque
& la Monarchie , pour fe convaincre que
M. Malouet ne peut , ni ne veut être con-
• fulté. Puifqu'il en appelle à mon témoi
gnage , je garantis qu'il ne fuivra jamais
d'autre ligne que la fienne propre ; qu'iné
branlable dans les opinions fages , & dans
la conduite conforme à ces opinions , qu'il
a publiquement & conftamment manifeftées
, il ne fe mêle pas plus que moi , des.
refforts d'une machine abandonnée à des
impulfions , auffi peu afforties aux circonf
tances qu'au caractère & aux talens de M.
Malouet. Il n'eft pas fait pour confumer
fon courage , fes lumières & fon génie
dans les vacillations d'une Adminiftration
incertaine , ni dans les rufes de quelques
( 184 )
Intrigans.L'Auteur ingénieux de l'Epilogue,
qui a femé d'ailleurs des vérités fines &
utiles dans cet écrit , a méconnu celles que je
viens d'énoncer. Je les figne fous ma refponfabilité
; non comme un tribut que je rends à
l'amitié , mais comme un devoir que j'acquitte
envers l'un des Hommes publics qui
a le mieux mérité & la reconnoiffance de
fa patrie , & la juftice de la poftérité , &
l'eftime de tous les Gens de bien.
Les Feuilles publiques ont cité la femaine
dernière une lettre arrivée à St. Malo,
& datée du Cap le 25 Octobre , dans laquelle
on annonçoit la ceffation de la Révolte des
Nègres.Cette nouvelle confolante eft fauſſe :
il n'eft point arrivé à St. Malo de navire
de St. Domingue. Les Commiffaires
de l'Affemblée générale , en nous certifiant
cette dénégation par leur fignature , nous
confirment qu'ils font retombés dans les
plus vives inquiétudes. Les Colons réunis
à l'Hôtel de Mafliac , ont préfenté au Roi
une nouvelle Adreffe , dont l'éloquence
mâle dédommagera le Lecteur du fatras
Oratoire que nous fommes fi fouvent obligés
de lui tranfcrire. En voici la teneur :
SIRE ,
Nos périls & nos malheurs nous ramènent
au pied du Trône ; nous venons y porter de
nouveau l'hommage de notre refpect , de notre
amour , & implorer la protection de Votre Ma
efté.»
( 285 )
Le Décret rendu le 7 de ce mois par l'Affemblée
nationale , s'il eft exécuté , eft l'arrêt définitif
de notre deftru&tion . »
« Nous allons vous démontrer , Sire , que c'eft
une loi de fang & de révolte , provoquée par des
hommes dont la philofophie eft un poignard , & la
vertu une torche enflammée . »
ce Au premier bruit de nos défaftres , la France
a vu ces mêmes hommes employer leurs Ecrivains
& leurs Clubs à en détruire l'impreffion , à détourner
la pitié que nous avions droit d'inſpirer ,
& dans le moment où s'accomplifoit leur veu
prophétique , périffent les Colonies , plutôt que
nos principes , le Sieur Condorcet publioit dans
fon Journal que ces nouvelles étoient apocryphes
, qu'elles n'avoient d'autres objets que de
créer au Roi des François , un Empire d'outremer,
dans lequel il y eût des Maitres & des Ef
claves. »
cc Lorfque les nouvelles ont été confirmées ,
lorfque les Ouvriers , les gens de mer & to:
les Commerçans du Royaume ont fait entendre
leurs plaintes & leurs alarmes , la Secte Anti-
Sociale s'eft écriée par fon organe ( le Sieur
Briffot ), que le fang de nos Frères , les cendres.
de nos Manufactures cachoient un crime de hautetrahiſon,
& cet ami de l'humanité a propofé de livrer
à la Haute-Cour Nationale tout ce qui reftoit
de Colons non-maffacrés par les Nègres.
101
33
Ces horribles propofitions ont été agitées ,
difcutées dans l'Affemblée Nationale . C'eft
peut-être la première fois qu'un Peuple policé a
fouffert, fous des formes légales , la lutte impie du
crime & de l'infortune . »
Le mépris qu'infpirent de tels Accufateurs
les a forcés de changer de marche.
874 Le ré
( 286 )
"
gime Colonial fait exception à leur ſyſtème de
fubverfion ; ils font les ennemis des grandes propriétés
, car ils n'en ont pas , ils pourfuivent
ils veulent aréantir toutes les richeffes , toutes
les autorités auxquelles ils ne peuvent avoir parts
leur hypocrifie ne confacre que la jouiffance de
la multitude , parce qu'ils en font les defpotes.
Aini , les gens de couleur dans les Colonies
étoient pour eux des inftrumens precieux auxquels
il falloit mettre les armes à la main ; ils y font parvenus.
»
« Tel eft , Sire , l'origine de nos malheurs ,
elle et prouvée par les faits , d'époque en époque ,
à dater de la première infurrection du Mulâtre
Ogé , jufqu'à la dévaſtation de la plaine du Cap ,
dirigée par les complices d'Ogé . Mais nous devons
cette juftice à la majorité des geas de couleur
, qu'au lieu d'avoir à nous en plaindre , nous
en avons reçu les plus grands fervices & des
preuves multipliées d'une fincère affection , auffi
font-ils bien fürs de l'exacte juſtice & de la reconnoiffance
des Colons blancs . »
ce Voici donc , Sire , la coupable aftuce des
promoteurs du dernier Décret . Nous fommes
unis à la majorité des gens de couleur qui n'ont
jamais pris les armes contre nous . La Minorité
compofée de non Propriétaires , ou des Propriétaires
endertés , des féditieux , des émiſfaires des
amis des Noirs ; cette Minorité s'eft avancée
contre les Blancs dans quelques quartiers . Or,
que propofe le Décret ? ce n'eft pas d'affurer
protection & juftice aux gens de couleur paiibles
qui ont été nos auxiliaires , & qui ont horreur
de la révolte , c'eft de lainer ceux qui font
en armes en infurrection , injuftes Maîtres du ter
ritoire , & de perfuader à l'univerfalité des gens
( 287 )
de couleur , que nous demandons des forces
pour agir contre eux & non contre les Nègres
révoltés . »
« Le Décret vous invite donc , Sire , à employer
la force publique dont vous êtes dépofitaire, à protéger
la révolte & l'anarchie . »
cc Le Décret annonce à tous les Habitans des
Colonies que ceux qui reſpectent l'ordre public ,
qui font fidèles aux loix , n'ont aucune protection
à en attendre ; que les feuls Difciples des Briffot
& des Grégoire feront refpectés , pourvu que lo
Décret les trouve un poignard à la main . »
. cc
« Enfin , Sire , quand ce Décret ne ferait pas
pour la Colonie un acte d'hoftilité , quand il
ne feroit qu'un acte d'adminiſtration , Votre Majefté
y reconnoîtra la violation des droits qui lui
ont été affurés , ainfi qu'aux Colonies par la Conftitution
, c'eſt- a-dire , par la Loi Conſtitutionnelle
du 24 Septembre. »
cc Mais l'immoralité de cette meſure eft encore
au-deffus du délire qui la dicte . La fageffe de
Votre Majesté , la juftice qu'elle doit à tous les
François , l'obligation de maintenir l'obéiffance
aux Loix , nous préferveront fans doute de ce
nouveau danger qui ne nous laifferoit plus aucun
efpoir de falut. »
& Déployez , Sire , l'autorité qui vous eft confiée
, nous avons befoin de cette autorité tutélaire
pour échapper aux fers de la tyrannie , & au ravage
de l'anarchie . Le defpotifme de la licence
nous accable , tout languit ; tout périt dans les
Colonies , fi vous n'environnez d'une force impo
fante , la juftice & la loi dont vous êtes toujours
pour vos Peuples , l'organe refpecté. »
14
Ramenés aux malheurs de St, Domingue
( 288 ).
nous faififfons cette occafion de détruire le bruit
d'abord accrédité , & recueilli dans plufieurs Jourmaux
de la mort de la jeune Madame Bayon
qu'on difoit s'être poignardée . Elle a heureufement
échappé à la fureur des Nègres révoltés .
P. S. Lundi dernier , le Roi a notifié à l'Aſfemblée
fon Veto fur le Décret contre les Prêtres,
On parle de nouvelles plus favorables arrivées
de St. Domingue au Havre.
Monfieur, que les Gazetiers ont frappé d'une
fièvre putride- maligne , en eft quitte pour une fièvre
fcarlatine très -bénigne. M. de Maillebois eſt
mort à Maeftrich , il y a 12 jours : cette nouvelle
eft plus authentique que celle de la mort de M.
d'Egmond Pignatelli , Lieutenant-Général , tué
par les Folliculaires , & dont la fanté cft aufh
bonne que la réputation.
:
Les Changes continuent à baiffer progreſſive
ment les louis d'or ſe vendent , aujourd'hui 21 ,
9. liv. 15 f. & 10 liv . Les affignats perdent 29 & 30,
la paffe en dedans ; 41 & 42 , la paffe en dehors.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France,du premier Décembre,
font : 8 , 17 , 4 , 1 , 88 ; & ceux du
tirage du feize du même mois , font : 5 ,
71 , 22 , 76 , 86.
Errata pour le numéro SI
Pag . 170 , ligne 21 , M. d'Aphon & de
Babry ; lifez d'Apchon & Deshayes de Cry.
Pag. 201 , ligne 14 , à l'i fant où un louis
d'or perd 11 & 12 pour 100 ; lifez , où un leuis
dor perd 11 ou 12 livres , foit 50 pour cert.
Pag. 204 , lig. 11 , s'il n'y eft pas dejs
arrivé ; effacez déjà.
MERCURE
Le
HISTORIQUE
ET
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 13 Décembre 1791 .
E Maréchal de Wallis , nommé Préfident
du Confeil Aulique de guerre , a été
inſtallé le 10 , ainſi que le Comte d'Uberracker
, nouveau Miniftre de Conférence ,
&Préfident du Confeil Aulique de l'Empire.
Depuis plufieurs années , notre Cour
n'avoit à la Haye qu'un Chargé d'affaires :
divers obftacles , nés des circonftances politiques
, décidèrent cette réferve ; mais
aujourd'hui , qu'un Traité à négocier entre
les deux Etats rappelle de plus intimes connexions
, le Comte de Stahremberg vient
d'être nommé Miniftre Plénipotentiaire à
la Haye. Les manoeuvres pratiquées dans
les Pays- Bas , l'agitation qu'on y fomente ,
N°. 53. 31 Décembre 1791. N
( 290 )
le délire qui entraîne des brouillons mercenaires
, & d'opiniâtres novateurs vers un
nouveau bouleversement de leur patrie ,
ont prefcrit , enfin , au Cabinet la néceffité
d'un plan de fermeté. En violant euxmêmes
les conditions , par lefquelles l'Empereur
les racheta du droit de conquête
qu'il pouvoit exercer , les Etats , leurs
Adhérens, & les autres Factieux rendent à
S. M. I. ce droit auquel Elle renonça : ils la
délient également des engagemens contractés
à la Haye avec la triple alliance ;
ils aboliffent la convention qui mit leurs
Conftitutions fous la garantie de la Pruffe ,
de l'Angleterre & des Etats-généraux : ce
contrat politique ne tient plus qu'à un fil ;
il est en ce moment l'objet d'une corref
pondance très-active entre notre Cabinet ,
& ceux de Londres & de Berlin.
La mort du Prince Potemkin , dont le
corps a été dépofé , par interim , dans
l'Eglife des trois Patriarches à Jally ,
retarde la pacification générale . Cependant
le Comte de Besborodko eft
arrivé le 13 Novembre à Jaffy , où
les conférences étoient déjà repriſes
entre les Commiffaires refpectifs . Le
Grand Vifir réfide toujours à Schiumla : il
a repris quelque fermeté depuis la mort
du Prince Potemkin , & ne veut point que
dans les négociations , les Plénipotentiaires
( 291 )
to
s'écartent des préliminaires fignés à Gallacz
le 11 Août dernier. Sa politique & celle
du Divan font maintenant d'empêcher
que , par le Traité définitif , les provinces
de Moldavie & de Valachie n'acquièrent
ure trop grande imprudence , c'eft - à- dire,
que la Ruffie ne s'y ménage une influence ,
qui laifferoit au Grand Seigneur l'ombre
de la Souveraineté.
De Francfort-fur- le-Mein , le 18 Décembre.
Après la conférence de Pilnitz , nous
annonçâmes que la déclaration remife aux
Princes François par l'Empereur & le Roi
de Pruffe n'étoit que l'objet fecondaire
de cette réunion , & que les deux Souverains
y avoient pofé les bafes d'une Alliance.
Nous rapportâmes enfuite la notification
faite à la Diète de Ratisbonne
par
le Miniftre Pruffien , au nom de fa Cour ,
pour démentir les bruits d'échanges qu'une
fauffe rumeur fuppofoit avoir été convenus
à Pilnitz : en déclarant que l'Alliance
des deux Monarques renfermoit un autre
but , l'Envoyé de Pruffe prouva la réalité
de l'Alliance même. Il eſt donc étrange
qu'aujourd'hui on nous en apprenne l'exiftence
, comme celle d'un évènement inat
tendu & fubit. Les fondemens de ca
Traité furent pofés à Pilnitz , difcutés
depuis dans les Cabinets de Vienne & de
NA
( 288 )
nous faififfons cette occafion de détruire le bruit
d'abord accrédité , & recueilli dans plufieurs Jourmaux
de la mort de la jeune Madame Bayon
qu'on difoit s'être poignardée. Elle a heureufement
échappé à la fureur des Nègres révoltés .
P. S. Lundi dernier , le Roi a notifié à l'Affemblée
fon Veto fur le Décret contre les Prêtres.
On parle de nouvelles plus favorables arrivées
de St. Domingue au Havre .
Monfieur, que les Gazetiers ont frappé d'une
fièvre putride- maligne , en eft quitte pour une fièvre
fcarlatine très - bénigne. M. de Maillebois eft :
mort à Maeftrich , il y a 12 jours : cette nouvelle
eft plus authentique que celle de la mort de M.
d'Egmond Pignatelli , Lieutenant-Général , tué
Apar les Folliculaires , & dont la fanté eft auffi
bonne que la réputation.
:
Les Changes continuent à baiffer progreffives
ment les louis d'or fe vendent , aujourd'hui 21 ,
liv. 15. & 10liv . Les affignats perdent 29 & 30,
la paffe en dedans ; 41 & 42 , la paſſe en dehors.
Les Numéros fortis au tirage de la Loterie
Royale de France,du premier Décembre,
font : 8 , 17 , 4 , 51 , 88 ; & ceux du
tirage du feize du même mois , font : 5 ,
71 , 22 , 76 , 86.
Errata pour le numéro 51 .
Pag. 170 , ligne 21 , M. d'Aphon & de
Babry; lifez d'Apchon & Deshayes de Cry.
Pag. 201 , ligne 14 , à l'infant où un louis
d'or perd 11 & 12 pour 100' ; lifez , où un louis
d'or perd 11 ou 12 livres , foit so pour cent.
Pag. 204 , lig. 11 , s'il n'y eft pas deja
rive ; effacez déjà,
MERCURE
LE
HISTORIQUE
E T
POLITIQUE.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 13 Décembre 1791 .
LE Maréchal de Wallis , nommé Préfident
du Confeil Aulique de guerre , a été
inſtallé le 10 , ainfi que le Comte d'Uberracker
, nouveau Miniftre de Conférence ,
&Préfident du Confeil Aulique de l'Empire.
Depuis plufieurs années , notre Cour
n'avoit à la Haye qu'un Chargé d'affaires :
divers obftacles , nés des circonftances politiques
, décidèrent cette réferve ; mais
aujourd'hui , qu'un Traité à négocier entre
les deux Etats rappelle de plus intimes connexions
, le Comte de Stahremberg vient
d'être nommé Miniftre Plénipotentiaire à
la Haye. Les manoeuvres pratiquées dans
les Pays- Bas , l'agitation qu'on y fomente ,
Nº . 53. 31 Décembre 1791. N
( 290 )
le délire qui entraîne des brouillons mercenaires
, & d'opiniâtres novateurs vers un
nouveau bouleversement de leur patrie ,
ont prefcrit , enfin , au Cabinet la néceffité
d'un plan de fermeté. En violant euxmêmes
les conditions , par lefquelles l'Empereur
les racheta du droit de conquête
qu'il pouvoit exercer , les Etats , leurs
Adhérens , & les autres Factieux rendent à
S. M. I. ce droit auquel Elle renonça : ils la
délient également des engagemens contractés
à la Haye avec la triple alliance ;
ils aboliffent la convention qui mit leurs
Conſtitutions fous la garantie de la Pruffe,
de l'Angleterre & des Etats-généraux : ce
contrat politique ne tient plus qu'à un fil ;
il eft en ce moment l'objet d'une corref
pondance très -active entre notre Cabinet ,
& ceux de Londres & de Berlin.
La mort du Prince Potemkin , dont le
corps a été dépofé , par interim , dans
l'Eglife des trois Patriarches à Jally
retarde la pacification générale. Cependant
le Comte de Besborodko eft
arrivé le 13 Novembre à Jaffy , où
les conférences étoient déjà reprifes
entre les Commiffaires refpectifs. Le
Grand Vifir réfide toujours à Schiumla : il
a repris quelque fermeté depuis la mort
du Prince Potemkin , & ne veut point que
dans les négociations , les Plénipotentiaires
( 291 )
s'écartent des préliminaires fignés à Gallacz
le 11 Août dernier. Sa politique & celle
du Divan font maintenant d'empêcher
que , par le Traité définitif, les provinces
de Moldavie & de Valachie n'acquièrent
ure trop grande imprudence , c'est- à- dire ,
que la Ruffie ne s'y ménage une influence ,
qui laifferoit au Grand Seigneur l'ombre
de la Souveraineté.
De Francfort -fur- le-Mein , le 18 Décembre.
Après la conférence de Pilnitz , nous
annonçâmes que la déclaration remife aux
Princes François par l'Empereur & le Roi
de Pruffe n'étoit que l'objet fecondaire
de cette réunion , & que les deux Souverains
y avoient pofé les bafes d'une Alliance
. Nous rapportâmes enfuite la notification
faite à la Diète de Ratisbonne par
le Miniftre Pruffien , au nom de fa Cour ,
pour démentir les bruits d'échanges qu'une
fauffe rumeur fuppofoit avoir été convenus
à Pilnitz : en déclarant que l'Alliance
des deux Monarques renfermoit un autre
but , l'Envoyé de Pruffe prouva la réalité
de l'Alliance même. Il eft donc étrange
qu'aujourd'hui on nous en apprenne l'exiftence
, comme celle d'un évènement inat
tendu & fubit. Les fondemens de co
Traité furent pofés à Pilnitz , difcutés
depuis dans les Cabinets de Vienne & de
N
( 292 )
Berlin , & enfin définitivement arrêtés . Les
articles préliminaires de cet Acte ont été
fignés à la fin de Novembre : ils déterminent
entre les deux Puiffances les
conditions d'une Alliance pour la défenfe
de leurs intérêts refpectifs , pour le
maintien du repos de l'Europe , pour la
confervation des Conftitutions & des
Droits de l'Empire Germanique dans leur
intégrité.
Ce Traité n'a pas befoin de commentaires
dans les occurrences où se trouvent
actuellement l'Empire , la France , l'Europe
entière. Il paroît clair que les deux Pufffances
contractantes ont fenti la néceflité
d'un concert , & qu'en combinant d'avance
leur rôle d'arbitres , elles s'affurent des
moyens de l'exercer fuivant le mode que
prefcriront les circonstances.
Simultanément à la fignature des Préliminaires
de cette Alliance , le Cabinet
Impérial eft enfin forti du cercle des temporifations
, au fujet des réclamations de
la Diète de Ratisbonne contre les Décrets
léfifs de l'Affemblée Conftituante de
France. Le 10 Décembre , l'Acte de ratification
& de Commiilion exécutoire du
dernier conclufum eft forti de la Chancellerie
du Conteil Aulique : le 12 , le Directoire
de Mayence l'a porté à la Dicta
ture de la Diète. Par ce Décret , dont nous
pubierons inceffamment la teneur litté(
293 )
rale , l'Empereur ratifie les points fuivans.
1. L'Empereur & l'Empire n'auront
aucun égard aux foumiffions qu'auroient
pu faire quelques Etats Germaniques aux.
indemnités offertes par la France ; les Traités
de l'Empire avec cette Puiffance devant
être maintenus dans leur intégrité.
2°. L'exécution illimitée des Décrets de
l'Affemblée Nationale , depuis le mois
d'Acût 1789 , eft une ufurpation arbitraire,
une violation de la fupériorité territoriale
de l'Empereur , de l'Empire & de leur Suzeraineté.
Les entreprifes de l'Affemblée
Nationale fur les Etats de l'Alface & de
la Lorraine , au préjudice de leurs droits
& revenus , fpirituels & temporels , font
regardés comme contraires aux Traités , &c.
3. La lettre du Roi Très - Chrétien
irrégulière dans fa forme , contient la fuppofition
erronée de croire les terres des
Princes léfés , tellement foumiſes à la fapériorité
territoriale de la France , que ,
fauf indemnité , elle puiffe en difpofer
librement , & au gré de fes intérêts .
En conféquence , l'Empereur protefte
folemnellement , en fon nom & en celui
de l'Empire. Il efpère que la jufticé connue
du Roi Très - Chrétien fera remettre
toutes chofes dans l'état où elles doivent
être , conformément aux Traités & aux
Conventions .
N 3
( 294 )
S. M. T. C. eft de plus avertie de pefer
dans fa prudence , les conféquences dont
feroient menacés fes propres titres fur
l'Alface & fur la Lorraine , fi les conditions
qui furent le prix de ces deux Provinces
, ceffoient d'être refpectées , & fi
l'Europe devoit fe convaincre que la France
méprife fes engagemens , dès que fon intérêt
lui dicte de les enfreindre.
Le Décret de ratification eft terminé par
une fommation aux Etats & Sujets de
l'Empire , de fe tenir en garde contre les
Ecrits féditieux qui provoquent la défobéiffance
& l'infurrection , de les réprimer,
& de former au plutôt l'établiffement
d'attaque & de défenſe néceffaire au
maintien de la sûreté & de la tranquillité
publique.
"
Pour l'exécution de ces mesures , Sa
Maj. Imp. a adreffé , fous la même date ,
aux Electeurs ou Princes auxquels appartient
la convocation des Cercles refpectifs
, un Monitoire par lequel les Cercles
& les Etats qui les compofent , font requis
de veiller fur les Ecrits incendiaires , de les
profcrire , de les confifquer , d'en pourfuivre
les Auteurs & Diftributeurs , de
contenir chacun dans l'obéiffance , de défendre
la paix publique à main armée s'il
eft néceffaire , & de s'entendre mutuellement
, afin de rétablir avec zèle , & fans
délai , l'état conftitutionnel de défenſe &
·( 295 )
d'attaque prefcrit par les Loix de l'Empire.
A la lecture de ces deux Refcrits , on
apperçoit qu'ils embraffent deux objets
diftincts ; 1. la querelle avec la France au
fujet des droits de l'Empire ; 2 °. une police
armée & de sûreté contre les Conquérans
qui , fous prétexte de détrôner les
Rois , & de libérer les Peuples , s'efforcent
de fubftituer à la fociété humaine régie
par des Loix , l'empire des torches & des
couteaux , de la force du grand nombre
indigent & des brigandages envers ceux
qui possèdent le territoire.
La notification Impériale circule déjà
dans tout l'Empire , dont les divers Membres
vont être fommés de fournir leur
contingent : il fera triple fuivant le Recès
de la Diète , & l'ufage dans les cas extraordinaires.
L'armée Germanique feroit alors
de 120 mille hommes. Le contingent de
l'Empereur , dans la matricule ordinaire ,
eft de 8000 hommes , Fantaflins & Cavaliers,
pour le Cercle d'Autriche feulement :
dans la circonftance actuelle , S. M. Imp.
fourniroit donc 24 mille hommes , fans
comprendre la taxe de la Bohême , de
Moravie , & du Cercle de Bourgogne.
L
La nouvelle d'une déclaration de
guerre éventuelle avec la France
(dont on n'avoit connoiffance ni à Vienne
N
4
( 296 )
ni à Ratisbonne à la date du Décret de
ratification ) ayant co- incidé avec l'arrivée
des réfolutions Impériales, on n'a pas tardé à
appercevoir des mouvemens militaires de
toutes parts. Le 10 de ce mois , le Landgrave
de Heffe-Caffel a donné ordre d'augmenter
fans délai tous les régimens de
Cavalerie. Cependant , en attendant la formation
des armées & l'envoi des fecours ,
les frontières & les Etats de l'Empire qui
avoifinent la France , font prefque entiérement
dégarnis , & expofés à des incurfions.
Depuis un an que les nuages s'affembloient
, & qu'une partie de l'Allemagne
pouvoit craindre d'être bientôt compromife
avec la France , il n'eft entré dans la
prévoyance ni du Chef de l'Empire , ni
de la Diète ni des Electeurs , ni des
Princes les plus à découvert , de prendre
aucunes précautions. Les forces de l'Empereur
dans le Brifgaw fuffiroient à peine
à contenir des détachemens de Contrebandiers.
Les troupes des Electeurs & des
Princes du Rhin n'ont point été augmen ·
tées , ni ne peuvent entrer en ligne de
compte. La feule armée Autrichienne des
Pays - Bas ferviroit à couvrir la frontière
feptentrionale de l'Allemagne. Déjà , &.
c'eft un fait certain , on vient de marquer
les logemens de 4000 Impériaux détachés
des Provinces Belgiques , a Mertzig , petite
ville de l'Electorat de Trèves , ſituée
>
( 297 )
fur la Saar , entre Trèves & Sarlouis . Ces
forces Impériales exceptées , il n'exifte en
ce moment entre la Meufe & le Rhin ,
depuis Liège à Manheim , d'autres forces
defenfives de quelque importance , que
celles des François même refugiés dans
cette contrée , & auxquels pourroient fe
joindre en peu de jours quelques régimens
de Heffe - Caffel. Néanmoins , malgré les
balivernes dont les Feuilles publiques de
Strasbourg , copiées par celles de Paris ,
amufent les badauts & les Agioteurs , les
annonces guerrières dont une partie de
l'Empire eft menacée, y ont caufé peu d'inquiétude;
mais on s'occupe avec activité des
précautions néceffaires. Le Corps de 1200
François qui fe trouve a Worms fous les
ordres de M. le Prince de Condé , & compofé
de Militaires auffi intrépides que bien
difciplinés , fuffiroit feul à garantir l'Electorat
de Mayence des incurfions partielles.
Quant à l'Electeur de Trèves , il a fait
remettre aux Princes François réfidans à
Coblentz , la Note Miniftérielle fuivante :
ce Le Souffigné , Miniftre - dirigeant d'Erat &
de Cabinet , cft chargé de répondre au Confeil
des Augufles Princes , Frères du Roi , que Son
A'teffe Séréniffime Electorale ne changera jamais
fes fentimens connus cavers les Princes , fes
Neveux , & qu'elle recevia avec plaifir les Emigrans
François , que les circonftances malheureufes
forcent de quitter leur pays natal , & qui ,
NS
( 298 )
par leur bonne conduite & le fort très - dur qui
les accable , méritent à tous égards l'eftime &
Pintérêt général ; mais elle doit perfifter dans
le fyftême de ne pas permettre , ni un raffemblement
qui pourroit faire ombrage ; ni un
Corps armé , fous quelque dénomination que cela
foit.
ود
« Son Alteffe Séréniffime Electorale eft parfaitement
tranquille fur une invafion quelconque
de la part de la Nation Françoife dans l'Electorat
, parce que ce feroit le moyen le plus für
d'attirer à la France la déclaration de guerre de
plus d'une Cour , & de renverfer la nouvelle
Conftitution , mais il devient néceffaire de raffurer
les Habitans de l'Electorat , en éloignant même
le moindre prétexte aux malveillans , d'uncinvafion
hoftile.
« Pour agir de concert , & éviter tout ce
qui pourroit caufer des méfentendus , le Souffigné
eft chargé de déclarer , 1 ° . que S. A. S. E. ,
elt très -fatisfaite de ce que les Princes , Frères
du Roi , ont interdit l'exercice & toute démonftration
militaire ; 2 °. aucun François n'étant armé,
on ne pent les regarder que comme des Etrangers
qui habitent ce pays , tel qu'on leur a accordé
l'afyle dans les Pays-Bas Autrichiens &
différentes Provinces de l'Empire ; 3 °. la féparation
des Gardes- du- Corps étant faite , fuivant
le defir de Son Altefle Séréniffime Electorale ,
il n'y a plus rien à redire à cet égard , & l'affurance
que les Princes ort donnée à l'Electeur
ne laiffe plus rien à defirer ; 4° . comme les Compagnies
Rouges ont quitté l'Electorat , ce point
ceffe de foi-même ; les cantonnemens différens
de la Nobleffe Françoife font conformes
aux arrangemens qu'on a adoptés dans les Pays(
299 )
Bas Autrichiens ; tout raffemblement qui peut
faire ombrage eft évité, & ils peuvent mieux
s'entr'aider mutuellement , étant féparés par Provinces
; 6 °. l'Electeur fe flatte que les Princes ,
Frères du Roi , voudront bien contribuer à faire
veiller ftrictement , dans la fuite , fur la défenſe
des fufils , canons , munitions de guerre , & qu'on
ne recrute pas dans l'Electorat ; 7° . Son Altelle
Séréniffime Electorale defire & efpère de
l'amitié & de l'attachement des Princes fes Neveux
, qu'ils ne feront pas difficulté de donner
leur déclaration par écrit , & dont on puiffe faire
ufage , & de vouloir bien prendre les mesures néceffaires
pour éloigner tout prétexte au Miniſtère de
France , & pour raffurer en même temps les Habi
tans de ce pays.
A Coblentz , le 8 décembre 1791. Signé, le Baron
DE DUMINIQUE.
On voit par cette Note que l'Electeur
ne confidère pas les Emigrés François
comme en raffemblemens armés , puiſqu'il
perfifte dans les réfolutions antérieures à
leur égard. Probablement , les autres Princes
requis feront des réponſes analogues : ainfi
que l'Empereur , ils laifferont les Refugiés
François le cantonner dans leurs Etats , en
leur interdifant feulement les démonftrations
militaires . Ces mefures ameneront
ou n'ameneront pas de nouvelles plaintes ;
mais l'état de chofes actuel ne changera
que dans les apparences ; on haranguera ,
on décrétera , on difputera par écrit fur
bes qualifications d'un raffemblement , &
N
( 300 )
lorfque la correfpondance contentieufe à
ce fujet , aura enfin amené une définition ,
F'hiver fera écoulé , & le Printemps fera
crever la bombe.
Pendant ces lettres & répliques , pendant
ces Notes & ces faux-fuyans , les
Emigrans François pourfuivent la formation
de leurs magafins , de leurs arfénaut ,
de leurs achats de chevaux & de munitions
de guerre : ils ont , à ce qu'on prétend
, 80 pièces de canon. M. de Bombelles
, Envoyé par les Princes à Pétersbourg,
en eft revenu avec le Prince Bariatinski
, & de nouvelles promeffes de
Impératrice de Ruffie. Ilne refte aucun
doute touchant l'intervention de cette
Puiffance & du Roi de Suède dans le
maintien du Traité de Weftphalie ; cat
le Baron de Lynker , Miniftre Comitial de
de l'Electeur de Trèves à Ratisbonne , a
notifié à tous les Miniftres de la Diète ,
que l'Electeur avoit invoqué la garantie
des Cours de Pétersbourg & de Stockholm .
Les effets fur la France foit ici , foit à
Leipfick , fe décréditent de jour en jour ,
& les négocians qui ont le malheur d'en
être chargés , ont beaucoup de peine à s'en
défaire.
:
( joi )
FRANCE.
}
De Paris, le 24 Décembre 1791 .
SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du dimanche 18 décembre.
Après quelques oppofitions , M. Dubut de
Long - Champ , colon , a été admis à expofer
fommairement à la barre , & à dépofer fur le
bureau une accufation formelle des amis des noirs ,
comme étant les canfes du défaftre des colonies .
Il a demandé qu'ils fuffent traduits à la hautecour
nationale. M. Bazire vouloit qu'on im
prouvât le pétitionnaire , quoiqu'on n'eût pas
improuvé ceux qui ont pouflé l'extravagance de
l'atrocité jufqu'à rejetter fur les colons l'horreur
des manoeuvres & des forfaits ténébreux dont les
colons font les victimes . Il a été décrété qu'il n'y
avoit pas lieu à délibérer fur la propofition d'improuver
le pétitionnaire , & on a renvoyé fon
mémoire au comité colonial.
Des Liégeois expatriés pour caufe de civifme ',
ont dit à la barre « Les tyrans ont pâi de
notre réfiftance ; nous avons été écratés par une
maffe de leurs fatellites » ; & joignant des vers
à cette profe , ils demandoient qu'il fût créé
une légion de volontaires Ligeois . Le préfident
Is a complimentés , leur a féré les honneurs
de la féance , & leur a promis que l'Affemblée
s'occuperoit de leur vou .
Le miniftre de la marine a infifté fur ce que
l'équité prefcrivcit de lire fa juftflation comme
>
( 302 )
on avoit lu les dénonciations portées contre
lui . On a ordonné l'impreffion de fon mémoire.
Il a été fait enfuite lecture d'une lettre du Roi
qui demande un fonds extraordinaire de 29
millions pour le département de la guerre.
>
M. de Narbonne a dit que la totalité des fonds
néceffaires au département de la guerre , pour
1792 , monteroit à 190 millions 862,815 liv .
non compris 10 millions $ 29,500 liv. pour la
gendarmerie nationale (total 201 millions 392,315
livres ) ; qu'il faudra 22 millions pour l'extraordinaire
de l'artillerie & du génie ; que l'armée
doit être de 420 mille hommes ; que près de
so mille hommes manquent encore au complet ;
que l'artillerie & la cavalerie font les deux armes
les moins rapprochées du complet.
Du lundi , 19 décembre.
Dans la féance de la veille , M. Dubut de
Long-Champ avoit accufé les amis des noirs d'avoir
caufé les malheurs des colonies Françoifes , &
d'être payés pour cela par les Anglois ; M. Collot
d'Herbois avoit offert à l'Affemblée un almanach
dont il eft l'auteur , en difant que « le front
de l'homme libre touche au ciel . » A la lecture
du procès- verbal , ce matin , M. Thuriot s'attachant
aux grands principes , a prouvé que les
farnoms de Long- Champ , d'Herbois , font inconftitutionnels.
Un autre membre a voulu réduire
auffi M. le marquis de Condorcet , au nom de
Caritat. Il a été décrété que , conformément
au décret du 19 juin 1790 , perfonne ne portera
plus que fon nom de famille .
Cet objet effentiel pour le bonheur du peuple
étant enfin heureuſement terminé , le préfident a
die qu'on venoit de lui adreffer une belle ra
( 303 )
P
cine de thubaibe. Veut-on purger l'Affemblée , a
dit un agréable railleur ? La racine a été renvoyée
au comité d'agriculture .
L'on eft rentré dans la difcuffion du projet
fur la diftribution des échanges des petits affignats
dans les départemens . Une délibération verbeufe
n'a produit que le décret d'urgence & l'art . I ,
portant qu'il fra remis « à la trésorerie nationale
au fur & mefure de la fabrication & d'ici
au 15 janvier , 60 millions en affignats des liv .,
en échange de ceux de plus forte fomme qui
feront brûlés & annullés . » On n'a pas oublié
que des 100 millions précédemment échangés ,
M. Amelot a déclaré qu'il n'en avoit été brûlé
que 60. Les derniers feront non--feulement brûlés ,
mais annulés .
Le miniftie de la marine . a prononcé un difcours
fur les fecours dus aux colonies . Il a pulvérifé
les abfurdes calomnies de fophiftes récriminateurs
, qui accufent les colons d'avoir foulevé
leurs nègres , pour livrer à une autre puiffance
des monceaux de cendres , ou pour mourir de
mifère , indépendans de la métropole , fur les
cadavres de leurs familles , au milieu des ruines
de leurs habitations dévaſtées . Il a trouvé des
motifs plus que vraisemblables d'imputer ces
horreurs aux maximes inconſidérées des amis des
noirs ; & leur a rappellé que ce fut par une
humanité bien entendue, que le vertueux Las
Cafas chercha le premier en Afrique des hommes
qui puffent , en changeant leur fervitude pour une
moins cruelle , remplacer les Américains trop
foibles , dans des travaux devenus depuis indifpenſablement
néceffaires à la proſpérité de la
France .
M. de Bertrand s'eft étendu fur l'intérêt , d'exif(
304 )
tence même , qui doit porter les François de toute
condition à contribuer au rétabliſſement des colonics
; fur les maux horribles que cauferoit à la
marine , au commerce , à l'induftrie , à l'agiculture
nationale , la perte où la ruine de Saint-
Don ingue. Ses conclufions ont été de propofer
la remife de toutes les créances , un plan de fortifications
intérieures qui préferveroient les colons
des infurrections , tandis que des vaiſleaux protégeroient
l'extérieur ; une gendarmerie mieux
organifée , un code qui garantit la fûreté des
propriétaires , adminiſtrateurs - nés de cet immenfe
attelier de richeffes , dont tous les François font
directement ou indirectement des co - intéreffés ,
des actionnaires . Ce difcours a fini par des réflexions
fages & fermes fur les dénonciations qui
harcellent les miniftres . Un décret en a ordonné
l'impreffion & l'envoi au comité colonial .
On a une lettre du Roi , conçue en ces
-termes :
Le 19 décembre 1791 .
« L'Affemblée nationale , par fon décret du
15 novembre , M. le préfident , a pris les me
furcs les plus fages pour accélérer la répartition
des contributions foncière & mobiliaire de 1791 ;
mais quelque defir que j'aie de donner à ce décret
la plus prompte exécution , je ne faurois y
appofer le mandement fans confacrer une viction
des loix conftitutionnelles ; & M. le gardedu
-fceau ne pourroit le fceller & le faire promulguer
fans s'expofer, d'après la conftitution , à
une refponfabilité qui dureroit fix annies . »
Ce décret fe divite naturellement en derx
parties ; la première concerne la pere prion des
contributions publiques , & l'art. Vill de la
fection III du chapitre II de la conflitution la
( 305 )
difpenfe de fanction . La feconde établit des peines
autres que des amendes & contraintes pécuniaires ,
& doit , d'après le voeu du même article , être
revêtue de ma fanction. Le décret d'urgence
préalablement rendu par le corps légiflatif , a
pu fans doute affranchir cette dernière partie
de la formalité des trois lectures ; mais la partic
purement relative à la perceptien des contributions
publiques , la partie que le dernier article
du décret déclare non fujette à la ſanction , eft
par- là même foumife à la formalité des trois
lectures à deux intervalles , dont chacun ne pourra
être moindre de huit jours. »
L'art. VIII , que j'ai déjà rappellé , le veut
impérieufement ; voici les termes : « Les décrets
concernant l'établiffement , la prorogation
& la perception des contributions publiques , ne
pourront être rendus qu'après l'obfervation des
formalités prefcrites par les articles IV , V , VI ,
VII , VIII & IX de la fection du préfent chapitre,
Ainfi la volonté de la loi conftitutionnelle
eft évidente ; les actes du corps législatif, relatifs
aux contributions , nefont pas fujets à ma fanction ,
mais elles font effentiellement foumis à la fage formalité
des trois lectures ; & le décret d'urgence ne
peut les en affranchir , 33
« Je renvoie donc à l'Affemblée nationale le
décret du 15 novembre ; je l'invite à le fon
mettre , dans le plus court délai , aux formes
conftitutionnelles preferites ; & je la préviens que
j'ai déja chargé mes miniftres de prendre à l'avance
les mefures néceffaires pour en affurer la prompte
exécution , & que j'ai fuppléé par d'autres précautions
aux difpofitions de cette loi ; de manière .
que je fuis certain que le retard qu'a apporté cet
( 306 )
examen néceffaire , n'a caufé aucun préjudice à la
chofe publique. »
Signé , LOUIS. Et plus bas , M. L. F.
DUPORT.
La leçon royale & conftitutionnelle a été reçue
dans le plus profond filence , & renvoyée au
comité de légiflation , avec ordre d'en faire
fon rapport demain . M. Fauchet ayant fait
lecture de la note des décrets revenus de la fanction
, fa voix a changé tout-à - coup , lorſqu'il a
lu que , quant au décret relatifaux prêtres , le Roi
examinera ; formule du veto
M. Cahier de Gerville a adreffé à l'Affemblée
des procès- verbaux au fujet de foi- difant patriotes
Brabançons , arrivés le 16 & le 17 à
Lille , à Douay , prefque tous jeunes gens , fans
armes , avoués de M. de Béthune de Charoft qui
répond de leurs intentions ; payés par un M.
Gouvier , ci-devant capitaine dans l'armée Brabançonne.
Ils font au nombre de 400 , difent
qu'ils fuient les profcriptions , reçoivent 10 paards
chacun par jour , & font efpérer ou craindre
qu'ils feront bientôt quatre mille. Le directoire
aanêté que les municipaux en feroient le recenfement
, & congédieroient ceux qui n'auroient pas
des paffe-ports .
Un membre a révélé à l'Aſſemblée qu'on lui
mandoit de Londres que 250 des principaux négocians
( anonymes ) de Lille s'étoient obligés ,
fous fein privé , fans doute pour éluder le droit
d'enregistrement , à foutenir la contre- révolution
prochaine. M. Coutton a trouvé là de quoi déclamer
très -conféquemment contre le veto , les princes ,
MM. de Broglie, de Bouillé, de Calonne . &c. On a
renvoyé le tout aux comités diplomatique &
.de furveillance réunis, en approuvant , fur pa-
:
( 307 )
role , la conduite des adminiftrateurs & des mu-
пісірацх .
Du mardi , 20 décembre.

L'ajournement d'un rapport à famedi ayant
tranquillifé la tendre follicitude de M. Goupilleau
pour les Suiffes du régiment de Château- vieux ,
condamnés aux galères , M. Delcher a dit à l'Affemblée
: « Vous êtes les repréfentans du peuplo
François ; c'eft à vous qu'il a confié l'exercice de
fa fouveraineté... D'après la conftitution , le Roi
a le droit de fufpendre les actes du corps légiflatif;
mais les décrets d'urgence , de circonftance,
tels que ceux que vous avez rendus .contre les
émigrés & contre les prêtres factieux ces
fortes de loix martiales n'ont pas befoin
de fa fanétion....... En vain m'objectera - t - on
que cette diftinction n'existe pas dans la conftitution
, que l'Affemblée ne peut être juge des cas
où la loi permet le veto... Alors , il faut confulter
la nation entière . Je conclus à ce qu'il foit
fait une adreffe au peuple François expofitive.....
de ce qu'a fait le pouvoir exécutif pour arrêter
l'effet de ces loix ; que les départemens foient
affemblés à la diligence des procureurs- fyndics ,
au ro janvier... Que le peuple décide en fouverain
; .l'Aſſembléc nationale prononcera ulté
rieurement ce qu'il appartiendra.
-Ce cri de haro fur leRoi, ce fignal de guerre contre
l'un des pouvoirs conftitués 5 cet appel au peuple
pour qu'il exerce une fouveraineté dont il a confié
l'exercice , délégation faite & reçue fur la foi
des fermens ; ce plan de contre - révolution qui
anéantiroit même le pouvoir des députés devant la
majorité des commettans ; ce t.s de contradic
tions où le réuniroient les inconciliables , l'ac
ion des repréfentans & celle du reprefenté; cette
( 308 )
imprudente mais ingénue propofition du plus
manifefte & du plus dangereux des parjures , ont
excité de violentes iumeurs. Quelques membres
vouloient qu'on rappellât M. Delcher à l'ordre.
Le vacarme réfultoit bien autant d'un deffein de
s'opposer à toute improbation ; & cédant à ce
mouvement l'Aſſemblée eft paflée à l'ordre du
jour fur cet outrage fait à fa confcience légiflative.
Chargé du rapport de l'émigration des patriotes.
arrivés a Lille & à Douay , M. Ramond a répété
les procès-verbaux , diftingué défavorablement
le patriotifme des Brabançons du patriotisme Fiangois
; a dit que les aristocrates du département
du Nord ont toujours eu des relations avec les révolutionnaires
du Brabant ; puis , combinant le
droit naturel , le droit des gens , les devoirs de
T'hofpitalité , la sûreté des frontières , & les égards
du bon voifinage, il a propofé de décréter que ces
aflemblemens feroient diflipés , que les perfonnes
qui les compofent , libres de vivre fous
Ja protection des loix Françoifes , feroient provifoirement
tenues de choifir leur domicile hors
des villes de guerre , à moins qu'elles ne donnent
des cautions , cu qu'elles n'y forment des établiffemens
permanens & reconnus utiles ; d'enjoindre
aux corps adminiftratifs & municipaux
d'empêcher tout raffemblenient armé ou fans
armes ; & d'approuver les arrêtés déjà pris à
cet égard.
Les cautions ne raffuroient pas M. d'Averhoult
qui craignoit que les aristocrates ne cautionnaffent
ces patriotes . Suivant M. Duhem , le bon
voifinage exige qu'on accueille , fur la garantie
de parens ou d'amis , ces bons patriotes , qui
fuyent la tyrannic de Léopold , urbanité du
( 309 ).
melllcur voisinage ; d'autant mieux , ajoutoit.
M. Dorify , que Léopold a diffous les Etats du
Brabant , & que l'émigration y eft fi forte que les
pères font obligés d'enfermer leurs fils pour les
retenir dans leur patrie , ou fans doute ces pères
ne fe croient pas tyrannifés.
M. Lacroix penfoit que les patriotes feroient
tout auffi libres en avançant de 20 lieues de
plus dans le royaume qu'en reftant où ils voudroient
être & où ils font payés . MM . Chabot & Bazire frémiffoient
de voir qu'on für fi fort empreffé de
rendre la nation Françoiſe l'inftrument des ven-`
geances de Léopold. En guife d'épifode , M.
Garran de Coulon , s'eft précipité au milieu de
la falle ; c'étoit pour demander la parole fur la
clôture de la difcuffion. Un membre le renvoyoit
à Orléans comme grand procurateur. Le préfident
a rappellé M. Garran à l'ordre ; il a tenu
tête au préfident qui a fini par menacer de rappeller
à l'ordre tous ceux qui interromproient
M. Garran. Celui- ci a répondu qu'il iroit
Orléans dès que fon devoir feroit d'y aller , &
a demandé impérieufement que le membre qui
l'avoit apoftrophé fût rappellé à l'ordre ; mais lorfqu'on
a preffé M. Garran d'énoncer l'opinion '
pour laquelle il venoit de porter le trouble dans
I'Affemblée , il n'étoit déjà plus à la tribune .
L'Affemblée a décrété l'impreffion du rapport
de M. Ramond , & l'ajournement au lendemain .
Le miniftre de la marine a rendu compte des
caufes qui ont retardé le jugement de l'équipage"
de l'embuscade. La municipalité de Rochefort a
cru que ces matelots révoltés devoient participer
au bénéfice de l'amniftie , & a proclamé cette
loi à bord de la frégate . Sa Majesté a penſé autrement
, a vu de grands inconvéniens dans une
( 310 )
impunité légale au moment où plufieurs vaiffeaux
étant en mer l'infubordination y auroit le prétexte
de l'amnistic, antérieure à tous ces délits . Au refte ,
l'état-major implore la grace de l'équipage . Pour
conftater la féparation des pouvoirs , fans laquelle
un peuple n'a pas de conftitution (Déclaration des
droits , art. XVI ) , & la réalité du pouvoir exécutif
du monarque
on a renvoyé l'affaire au
comité de marine.
>
Il n'a plus été queftion que de la diftribution
des affignats des livres , dont so millions feront
diftribués , par la voie des paiemens des
caifles , d'après les bafes de la repréſentation
nationale , & dix millions d'après les bafes de la
population effective & de la contribution directe.
Du mardi , féance du foir.
M. Goupilleau a lu un arrêté du département
de la Loire inférieure , du 9 décembre , portant
que les prêtres non-affermentés, amenés au cheflieu
, y feront reconduits , s'ils en fortent , par
la force publique , & que tous y conftateront ,
chaque jour , àmidi , leur préfence , au directoire,
en s'infcrivant dans un regiftre ; qu'expéditions
de cet arrêté feront envoyées à l'Affemblée nationale
& au Roi , pour le foumettre à leur approbation
; mais qu'il fera provifairement exécuté
, imprimé , publié , affiché , & les gardes
nationaux & la gendarmerie chargés de prêter
main-forte à fon exécution . M. Goupilleau a
demandé qu'on approuvât cet arrêté , & qu'on
en fit mention honorable.
On a invoqué l'ordre du jour. M. Jean Duval
s'eft élevé contre la mention honorable d'un arrêté
inconftitutionnel , où des adminiftrateurs
excreent des violences arbitraires & uſarpent l
( 311 )
droit de faire des loix . M. Montaut a cru juftifier
cet acte de tyrannie en difant que le directoire
ne s'étoit permis que ce qu'auroit exécuté
le corps législatif lui - même fi le fatal veto ne
l'en eût empêché ; & il infiftoit fur la mention ,
honorable , comme fi les directoires étoient autorifés
à fuppléer les décrets annullés par le veto .
Sans improuver un defpotifme qui ne tend à
rien moins qu'à la diffolution du royaume , l'Affembiée
eft paffée à l'ordre du jour.
M. le Pelletier de Saint-Fargeau , préfident du
département de l'Yonne , orateur d'une députation
de fon confeil général , eft venu débiter
à la barre , un long verbiage empoulé , qu'une ,
lettre de deux lignes auroit très- économiquement
remplacé. Suivant le harangueur , la gloire des
fucceffeurs des conftituans eft attachée à l'achèvement
des inftitutions civiles , de finances & . '
commerciales ; il faut pour cela de profondes
méditations , le concours des meilleurs efprits
le recueillement , le filence ; & ce triple code
defiré , cet ouvrage fi impofant « femblable à
Minerve , naîtra , un jour , tout armé »……. «‹ Où
eft donc , s'eft-il écrié , la puiſſance qui pourroit
vous en détourner ? Seroit- ce un Monarque lié à
la conftitution ... ? Des miniftres que la refponfabilité
menace... ? Des prêtres que votre fermeté
perfévérante va démafquer? Les clameurs dont les
echos du Rhin retentiffent ? Vous êtes couverts
de vos armes... Les Rois étrangers ? Non
loin de nous il existe un grand exemple & une
bien redoutable leçon dans les plaines de Morat
chez les Suiffes. Quatre murailles forment une
affez vafte enceinte . On y lit cette infcription ;
Le duc de Bourgogne étant entré en Suiffe , avec
fon armée , a laiffé ces feules traces de fon paf(
312 )
fage. Ces traces font les offemens de quarante
mille Bourguignons . Puiffent la juftice & la
liberté triompher dans cet Empire fans élever à
la vengeance un auffi terrible monument ! » Les
phrafes de M. le Pelletier ont été payées d'une
réponſe du préfident de l'Affemblée , des honneurs
de la féance , & de l'impreffion.
;
Sont enfuite arrivés l'inventeur d'une machine ,
avec laquelle il dit avoir enlevé 150 rochers
puis des députés du département de la Corrèze
qui déclament contre le fatal veto : « nous avons
fait cent licues , difent - ils , pour défabuſer le
Roi. L'évènement a trompé notre espoir , notre
diligence n'a pu prévenir une décifion fatale. »
Quel gouvernement ! & ils appellent cela refpecter
la loi ! On a décrèté la mention honorable ,
l'impreffion & la diftribution .
Le patriote Avignonois , M. Duprat le montre
à la barre , & l'Alfemblée perd encore une demiheure
à décider qu'elle lui en accordera le double
dimanche.
Un jage de paix de Rennes écrit que M. l'abbé
de Paulmy, accufé par deux foldats , devant la
municipalité de Saint- Brieux , d'enrôlemens pour
Coblentz , a fubi un interrogatoire , & a tout
nié ; mais qu'il n'en a pas moins été porté un
décret d'arrêt , & qu'on a mis les fcellés fur les
effets du détenu .
Tout le reste ayant été ajourné , la féance
n'a produit que divers articles relatifs aux gardest
nationaux volontaires , qui leur permettent de
choifir leurs lieutenans- colonels dans les gardes
nationales ou dans les troupes de ligne.
L'article XLI porte : « toutes les fois
gardes nationales volontaires fe trouveront réunis
que
les
( 313 )
N
à des troupes de ligne , le commandement général
reftera déféré , à grade égal , aux officiers &
fous- officiers des troupes de ligne ; mais il appartiendra
aux officiers & fous-officiers des gardes
nationales volontaires , lorfqu'ils occuperont un
grade plus élevé que les officiers ou les fous - officers
des troupes de ligne. » Une pareille difpofition ,
généralitée fans aucun égard aux proportions de
nombre & aux circonftances , peut devenir très-nuifible.
Qu'un lieutenant- colonel de l'armeé de ligne
ait conçu le projet d'une action , dont il eft feul
capable & chargé ; fi le befoin inopiné de renfort
, une occurrence accidentelle , l'ordre d'un
chef embarraffé , préoccupé , ignorant ou malveillant
, joint au détachement que commande
cet officier , le refte d'un bataillon de volontaires
réduit à peu d'hommes par des fubdivifions
antérieures , ou par le nombre des morts , des
bleffés , des déferteurs ; & qu'à la tête de cette
fraction il foit refté uncolonel ; faudra - t- il que le
fapplément d'une foixantaine de citoyens -foldats
ajoutés à mille ou deux mille foldats - citoyens ,
tranfmette le commandement du tout à l'officier
qui n'a pas une idée du projet dont le fuccès.
tient au fecret , à un enfemble intransmiffible de
lumières acquifes , de vues fpontanées & de connoiffances
locales ? ..
Mais il y auroit un volume d'autres réflexions
à faire fur ces loix militaires difcutées par des
avocats , des prêtres & quelques officiers au jugement
de qui le patriotifme motionnaire tient
Hieu de tout ; décrétées en inpromptu par des
orateurs qui s'écrient : « je demande à l'Affemblée
, à la nation , fi tous les François n'ont
pas , depuis deux ans , l'expérience du fervice
militaire pour qui des patrouilles , des corps
Nº. 53. 31 Décembre 1791. 0.
( 314 )
de - garde , le maniement d'un fufil , des parades
& des fonctious de police , font de li tactique,
des évolutions , & l'encyclopédie de la guerre .
Il eft cependant inconteftable qu'une fauffe dé.
marche peut compromettre le fort du peuple ,
& que fa vie ou fa ruine ne doivent jamais ſe
jouer ainfi à croix ou pile .
Du mercredi , 21 décembre.
M. Bertrand a fait , au nom du comité des
fecours publics , un rapport tendant à fufpendre
T'adjudication du bail de l'emplacement & des
bâtimens de l'école militaire , adjudication fixée
au 29 décembre par l'agence des domaines nationaux.
Il a infifté far le danger qu'il y auroit
à laiffer adjuger ce local au Roi qui , diton
, fe propofe d'y loger fa nouvelle garde ;
de manière que le Roi n'a pas le droit d'acheter
tel bâtiment comme tout autre citoyen. Mais
1800 hommes i près du champ de la fédération
de plus , on devra mettre en queftion fi
toute cette garde peut conftitutionnellement être
cafernée dans un feul endroit , ou fi elle ne
doit pas être prudemment divifée . Les conclufons
du rapporteur ont été de deftier l'école
militaire aux malades de l'hôtel - Dieu ; projet
ajouré à demain .
Au moment où l'on venoit de s'effrayer de
1900 hommes de la garde conftitutionnelle du
Roi , M. Codet a peint les trois armées de so
mille hommes , qui vont s'ébranler , comine un
détachement de l'armée Francoife compofée de
4 milions de citoyens qui , campés dans l'intérieur
du royaume , chacun chez foi , doivent
préfenter à l'impuiffante rage des Germains &
des émigrés le rempart formidable d'un peuple
1
( 315 )
mmenfe, redevenu nomade par une civilifation
philofophique . Après avoir fonné la victoire
avant les batailles , quittant tout - à - coup la
trompette martiale pour l'humble langage de la
pharmacie , M. Codet n'a plus parlé que de
maux & de remèdes externes & internes. Il a
d'avance annoncé que fon opinion lui étoit
commune « avec les plus grands politiques,
avec nos anciens légiflateurs ( l'Affemblée conftituante
) & il a propofé de décreter ce qui fuit :
La libre fortie du royaume ferá interdite à
tout individu , jufqu'à ce qu'il en foit ordonné
autrement. Sont exceptés les négocians , les agens
diplomatiques & les étrangers munis de paffeports
.... Enfin c'eft le décret du 21 juin 1791 ,
auquel il ajoutoit que ceux qui n'auroient pas
payé leurs contributions à tel terme , feroient
renus de payer le double ; qu'il faut déclarer
que la patrie eft en danger ; que tout citoyen
non enrôlé doit aller offrit fes fervices à fa municipalité
; & que les étrangers qui s'enrôleront
ainfi , gagneront au bout d'un an , une belle
médaille de cuivre portant ces mots : aux défenfeurs
de la conftitution. Jamais le délire de la
peur ne dicta rien de plus abfurdement injufte.
Auffi de violens murmures défapprobatifs
ont- ils brufquement amené l'ordre du jour.
Remonté à la tribune , M. Codet a dit c'est
une indignité. On lui a répondu par des huées.
De longs débats an le projet de M.
Ramond fur les émigrés du Brabant , de façon
les faire décréter en ces termes •
ont

L'Affemblée nationale , infirmité qu'il fe
fait dans les villes de Lille & Douai & autres
lieux vaifus , des raflemblemens d'hommes fe
Tasti sup sib obl . Viwu ong
( 316 )
difant Brabançors , qui paroiffent avoir des
chefs , & dont les projets font inconnus : »>
сс Voulant concilier avec les devoirs de l'hofpitalité
, la sûreté des places frontières , le droit
des gens & les égards du bon voifinage , après
avoir décrété l'urgence ; »
cc
ל כ
« Décrète que lefdits raffemblemens feront
diffipés , & que les perfonnes qui les compofent,
quoique libres de vivre fous la protection des
loix Françoiles , feront provifoirement tenues de
choifir leur domicile hors des villes de guerre. »
Enjoint aux corps adminiftratifs & municipaux
, de veiller à ce qu'en aucun licu , il ne fe
forme un raffemblement ou corps , foit armé ,
foit fans aimes ; fans que les préfentes difpo
fitions puiffent déroger aux loix intérieures qui
protègent les établiffemens des étrangers dins
le royaume. »
сс
Approuve les mefures prifes par le directoire
du département du Nord , & les diftries
& municipalités de Lille & Douai , connues par
les arrêtés des 16 , 17 & 18 de ce mois. »
Sur la propofition de M. Cambon , l'Affemblée
a décrété dix nouveaux articles relat fs à
la diftribution des affignats des liv.; difpofitions
que les payeurs eux - mêmes notifierent
fuffifamment aux intéreffés . Le feul article VI
mous a paru très- fingulier. Il est ainfi conçu :
« Les affignats de so jufqu'à 300 liv. , qui
proviendront de l'échangé des affignats de 3 hv.;
& ceux de so à 100 liv. , que la trésorerie nationale
enverra à certains départemens podr
completter les fonds du trimestre de janvier ,
feront employés au paiement des objets que les
receveurs de diftrict font chargés d'acquitter.
Ce feroit une naïveté de dire que les fommes
( 317 )

remiſes aux receveurs font deftinées à payer les
cojets qu'ils doivent acquitter ; l'article énonce
donc toute autre chofe . Mais comment des affignats
provenus d'un échange , peuvent - ils être
employés en paiement , fi réellement cette partie
de l'émiflion n'eut pour unique deftination que
l'échange qui fuppofe le paiement fait ? La même
valeur paieroit - elle deux fois ? Echanger ce n'eft
point augmenter la maffe ; payer avec ce qu'on
donne & payer encore avec ce qu'on retire en
échange , c'eft l'objet d'un double compte qu'on
n'avoit ni décrété , ni propofé auffi clairement.
Du jeudi , 22 décembre."
Au commencement de la féance , on a perdu
beaucoup de temps à faire un appel nominal
dont il n'eft réfulté ni une lifte des membres préfens
, ni celle des abfens , ni la fimple déclaration
du nombre effectif des uns & des autres , ni
amendes , ni improbation , ni mefures pour
qu'on arrive moins tard aux féances , ou pour
les peupler davantage, Seulement on a chargé
le comité dé dreffer un projet de loi fur les abfences.
Les adminiftrateurs du département de la Haute-
Loire ont informé l'Affemblée qu'un incendie
a confumé , en 3 heures , la maifon où ils tiennent
leurs affifes , & que les papiers relatifs à l'adminiftration
ont été fauvés par l'activité de la
garde nationale , des troupes de ligne & des municipaux.
M. Lagrevol a dit que des lettres officielles
lui apprenoient , qu'on avoit vu des
fufées dirigées fur la maifon , au commencement
de l'incendie , qu'il a conféquemment imputé
aux ennemis de la chofe publique . On a décrété
des témoignages de fatisfaction au di-
03
( 318 )
rectoire , pour avoir averti les départemens voilins
de fe précautionner , à la garde nationale , à
la municipalité , au détachement du régiment
de Languedoc , & renvoyé les lettres au comité
de divifion.
Organe du comité de légiflation , M. Delmas
a fait un rapport fur les queftions propofées dernièrement
par le garde- du-fceau , concernant la
haute-cour nationale , monument effrayant que
les entrepreneurs d'aujourd'hui paroiffent vouloir
conftruite d'après un tout autre plan que celui
des premiers architectes .
Selon M. Delmas , de qui nous ne ferons ici
que rapprocher les expreffions littéralement copiées
; ce doit être un tribunal exiftant par des
formes particulières……….… foumis , dans fes actes ,
aux règles communes de l'ordre judiciaire.... hois
de l'atteinte des organes du pouvoir exécutif......
qui n'eft lui-même qu'une branche de la grande
divifion des pouvoirs conftitués ... & du Roi qui ,
par la fiñion de la loi , n'eft jamais coupable
que dans la perfonne de fes agens ... Cette hautecour
eft aufli un tribunal extraordinaire , hors
des règles communes , foumis aux loix qui régiffent
l'ordre judiciaire , mais invefti , pour leur
application , de toute l'autorité nationale, & ind-
Fendant du corps législatif... La nation même doit
toujours voir ce tribunal au- deffus d'elle... Corps
purement exécuteur de la loi... créé pour juger
les délits des principaux agens dupouvoir exécutif...
& tel que la divifion du ministère de fes membres
repofe uniquement fur leur religion mutuelle......
Ces mots incohérens que nous ramallons &
tranfcrivons fans chercher à les concilier , offrent
une étrange définition de l'un des plus épouvintables
tribunaux qu'ait im- giné le defponfme.
( 319 )
Le décret du 15 mai dernier , attribuoit les
fonctions de commiffaire du Roi auprès de la
haute- cour nationale à celui du tribunal du diftrict
de l'endroit ; on les réſerve au pême officier
du tribunal criminel . La même loi ftatuoit
que quicorque aura rempli une fois les fonctions
de haut-juré , ne pourra plus les templir
pendant le refte de fa vie ; on veut qu'un hautjuré
puiffe l'être pour cent , pour mille affaires ,
fi la haute-cour en expédie cent ou mille avant
de fe féparer . D'après l'efprit de l'acte conftitu
tionnel , & le texte de la loi du 15 mai , la
nition d'une haute - cour nationale parciffot
devoir ſe borner à l'unique objet de fa convocation
; on propofe aujourd'hui de lui donner
des procès à juger , tant qu'elle fera en activité
, &c. Nous reviendrons aux autres détails
lorfqu'on difcutera les douze atticles ajournés à
lundi .
M. Deleffart eft venu fe juftifier de la manière
la plus victorieuſe , des atroces dénonciations
que n'avoit pas rougi d'articuler contre
lui le fameux évêque du Calvados . Si le duectoire
de Caen n'a reçu que tard le décret relatif
au repartement des contributions , c'eft que le
miniftre ne le reçut du garde- du- fceau que le
jour même de l'expédition.; des milliers de décrets
étant à l'impreffion , il falloit bien attendre
que celui- là fortit de la preffe. La proclamation ,
da Rei eft conforme aux principes . Si l'Affearblée
peut fe refufer à une propofition de guerre
ou ne pas ratifier un traité , en donnant fes
motifs ; le Roi peut appofer fon veto en donnant
aufli fes motifs . Les pouvoirs doivent fe
refpecter. Trouvant le décret inconfiitutionnel ,
blamant la conduite des émigrans , & tendant
3
0 43
( 3.20 ) -
au même but par d'autres moyens , le monarque
fe devoit des explications pour que fes intentions
ne fuffent pas envenimées .
L'imputation d'agiotage , de complicité dans
les manoeuvres attribuées à M. Necker , M.
Deleffart l'a repouffée par l'éloge de M. Nekr
qu'il a dit avoir vu toute fa vie aimer la liberté,
& pratiquer la vertu . Aux reproches d'exporta
tion de grains , il a oppofé leur bas prix ch.z
nos voilins . Sur l'article des prêtres , il en a
appellé à fa correfpondance qui ne refpire qu'hre
manité & juftice ; & il a ingénuement avoué
que fi l'on a favorifé quelqu'un , ce n'eft p.s
les malheureux prêtres non-affermentés . Q. a : t
aux horreurs d'Avignon , il a prouvé que fon
calomniateur avoit confondu les faits & les
époques , & que les fecours ne dépendoient pas
du miniftre. Enfin , il a repréfenté les honteer
dangers de ces dénonciations continuelles &
toujours abfurdes , a obfervé que c'eft pour les
miniftres actuels fur - tout , qu'eft vrai le cri
qu'ils adoptent la conftitution ou la mort :
« Meffieurs , a- t-il dit , le falut du peuple le
demande , rallions - nous , marchons enfemble ,
ayons les mêmes amis & les mêmes ennemi ».
:
On a beaucoup applaudi. Bien sûr que les
amateurs de l'inviolabilité des calomies lu f:-
roient une douce violence , M. Fauchet a para
vouloir abfolument répliquer. M. Bozire &
d'autres feignoient de défiter qu'il fe dife ,
& qu'il feconât le fardeau de fa honte ; mas
M. Léopold a prétendu que cette lut e ferest
indigne de l'Affemblée , & l'on eft palé Lea
vite à l'ordre du jour .
M. Cahier de Gerville a expofé que les étapiers
des frontières , « fous le prétexte de pe te
( 321 )
F
fur les affignats & de l'indifcipline » , ont déclaré
qu'ils quitteroient leur fervice au mois de
janvier ; que les régifleurs & fourniffeurs veulent
de l'argent comptant , dans une certaine proportion
avec les affignats de 5 liv .; difficultés
imprévues qui pourroient ralentir le développement
des trois armées. Il a dit auffi que les roulliers difputent
le pavé aux voyageurs dans les grandes routes,
& s'y permettent des voies de fait qu'aucune police
ne réprime..... Le tout a été envoyé aux
comités .
Le miniftre de la marine s'eft plaint de ce
qu'on ne lui avoit pas encore communiqué les
griefs auxquels un décret lui enjoint de répondre,
& de ce que , cependant , on alloit les rapporter.
On lui a dit qu'ils lui feroient communiqués
dans le comité , fans déplacer .
Du jeudi , féance du foir.
Un père gémit que fon fils a été tué
par un nommé Thomas qui trouvoit mauvais
que fon fils portât un bouton national au chapeau
. Thomas emprisonné à Tarnague , s'échappe,
eft repris à Chambonas , condamné à être pendu
-dans la ville des Vaux , & en appelle à Villefort
' où l'on le met fimplement aux arrêts . Le père
-accourt , follicite le tribunal & la municipalité de
Villefort , expofe combien il feroit facile à Thomas
de s'évader ; M. Chabert , le maire , lui répond :
« Votre fils étoit patriote & foutenoit les proteftans
; il eft mort & l'avoit mérité ». Trois
heures après , on vient annoncer que Thomas
eft difparu , & c'eft fon gardien qui s'en vante.
Te le a été la fubftance d'une longue adreffe qu'a
lue M. Delmas . Un décret en a ordonné le renvoi
aux miniftres de la juſtice & de l'intérieur , pour
OS
( 318 )
rectoire , pour avoir averti les départemens voilins
de fe précautionner , à la garde nationale , à
la municipalité , au détachement du régiment
de Languedoc , & renvoyé les lettres au comité
de divifion.
Organe du comité de légiflation , M. Delmas
a fait un rapport fur les queftions propofées der-
Dièrement par le garde- du -fceau , concernant la
haute-cour nationale , monument effrayant que
les entrepreneurs d'aujourd hui paroiffent vouloir
conftruite d'après un tout autre plan que celui
des premiers architectes .
Selon M. Delmas , de qui nous ne ferons ici
que rapprocher les expreffions littéralement copiées
ce doit être un tribunal exiftant par des
formes particulières .....foumis , dans jes alles ,
aux règles communes de l'ordrejudiciaire.... hors
de l'atteinte des organes du pouvoir exécutif.....
qui n'est lui-même qu'une branche de la grande
divifion des pouvoirs conftitués ... & du Roi qui ,
par la fion de la loi , n'eft jamais coupable
que dans la perfonne de fes agens ... Certe hautecour
eft auffi un tribunal extraordinaire , hors
des règles communes , foumis aux loix qui régiffent
l'ordre judiciaire , mais invefti , pour leur
application , de toute l'autorité nationale, & ind-
Fendant du corps légiflatif... La nation n.ême doit
toujours voir ce tribunal au- deffus d'elle... Corps
purement exécuteur de la loi... créé pour juger
les délits des principaux agens dupouvoir exécutif...
& tel que la divifion du minifière de fes membres
repofe uniquement fur leur religion mutuelle......
Ces mots incohérens que nous ramallons &
tranfcrivons fans chercher à les concilier , offrent
une étrange définition de l'un des plus épouvantables
tribunaux qu'ait im-giné le defponfme.
( 319 ) .
> Le décret du 15 mai dernier attribuoit les
fonctions de commiffaire du Roi auprès de la
haute- cour nationale à celui du tribunal du diftrict
de l'endroit ; on les réſerve au même officier
du tribunal criminel. La même loi ftatuoit
que quicorque aura rempli une fois les fonctions
de haut- juré , ne pourra plus les templir
pendant le refte de fa vie ; on veut qu'un hautjuré
puiffe l'être pour cent , pour mille affaires,
fi la haute-cour en expédie cent ou mille avant
de fe féparer. D'après l'efprit de l'acte conftitutionnel
, & le texte de la loi du 15 mai , la
nition d'une haute - cour nationale parciffot
devoir le borner à l'unique objet de fa convocation
; on propofe aujourd'hui de lui donner
des procès à juger , tant qu'elle fera en activité
, &c. Nous reviendrons aux autres détails
lorfqu'on difcutera les douze atticles ajournés à
lundi .
M. Deleffart eft venu fe juftifier de la manière
la plus victorieuſe , des atroces dénonciations
que n'avoit pas rougi d'articuler contre
lui le fameux évêque du Calvados . Si le duectoire
de Caen n'a reçu que tard le décret relatif
au repartement des contributions , c'eft que le
miniftre ne le reçut du garde- du-fceau que le
jour même de l'expédition.; des milliers de décrets
étant à l'impreffion , il falloit bien attendre
que celui- là fortit de la preffe. La proclamation ,
da Rei eft conforme aux principes . Si l'Affentblée
peut fe refufer à une propofition de guerre
ou ne pas ratifier un traité , en donnant fes
motifs ; le Roi peut appofer fon veto en donnant
aufli fes motifs . Les pouvoirs doivent fe
refpecter . Trouvant le décret inconfiitutionnel .
blamant la conduite des émigrans , & tendant
Q 4
( 3.20 )
au même but par d'autres moyens , le monarque
fe devoit des explications pour que fes intentions
ne fuffent pas envenimées .
L'imputation d'agiotage , de complicité dans
les manoeuvres attribuées à M. Necker , M.
Deleffart l'a repouffée par l'éloge de M. Necker
qu'il a dit avoir vu toute fa vie aimer la liberté ,
& pratiquer la vertu . Aux reproches d'exportation
de grains , il a oppofé leur bas prix chez
nos voilirs . Sur l'article des prêtres , il en a
appellé à fa correfpondance qui ne refpire qu'humanité
& juftice ; & il a ingénuement avoué
que fi l'on a favorifé quelqu'un , ce n'eft pas
les malheureux prêtres non - affermentés. Quant.
aux horreurs d'Avignon , il a prouvé que fon
@alomniateur avoit confondu les faits & les
époques , & que les fecours ne dépendoient pas
du miniftre. Enfin , il a repréfenté les honteux
dangers de ces dénonciations continuelles &
toujours abfurdes , a obfervé que c'eft pour les
miniftres actuels fur -tout , qu'eft vrai le cri
qu'ils adoptent la conftitution ou la mort :
« Meffieurs , a-t-il dit , le falut du peuple le
demande , rallions - nous , marchons enfemble ,
ayons les mêmes amis & les mêmes ennemis ».
On a beaucoup applaudi . Bien sûr que les
amateurs de l'inviolabilité des calomnies lui feroient
une douce violence , M. Fauchet a paru
vouloir abfolument répliquer. M. Bozire &
d'autres feignoient de defirer qu'il fe défendit ,
& qu'il feconât le fardeau de fa honte ; mais
M. Léopold a prétendu que cette lutre feroit
indigne de l'Afemblée , & l'on eſt pallé bien
vite à l'ordre du jour.
M. Cahier de Gerville a expofé que les étapiers
des frontières , « fous le prétexte de perte
( 321 )
fur les affignats & de l'indifcipline » , ont déclaré
qu'ils quitteroient leur fervice au mois de
janvier ; que les régiflcurs & foutniffeurs veulent
de l'argent comptant , dans une certaine proportion
avec les affignats de 5 liv. ; difficultés
imprévues qui pourroient ralentir le développement
des trois armées. Il a dit auffi que les roulliers difputent
le pavéaux voyageurs dans les grandes routes,
& s'y permettent des voies de fait qu'aucune police
ne réprime..... Le tout a été renvoyé aux
comités.
Le miniftre de la marine s'eft plaint de ce
qu'on ne lui avoit pas encore communiqué les
griefs auxquels un décret lui enjoint de répondre,
& de ce que , cependant , on alloit les rapporter.
On lui a dit qu'ils lui feroient
communiqués
dans le comité , fans déplacer .
1 .
Du jeudi , féance du foir.
Un père gémit que fon fils a été tué
par un nommé Thomas qui trouvoit mauvais
que fon fils portât un bouton national au chapeau.
Thomas emprisonné à Tarnague , s'échappe,
eft repris à Chambonas , condamné à être pendu
dans la ville des Vaux , & en appelle à Villefort
' où l'on le met fimplement aux arrêts . Le père
accourt , follicite le tribunal & la municipalité de
Villefort , expofe combien il feroit facile à Thomas
de s'évader ; M. Chabert , le maire, lui répond :
« Votre fils étoit patriote & foutenoit les proteftans
; il eft mort & l'avoit mérité » , Trois
heures après , on vient annoncer
eft difparu , & c'eft fon gardien qui s'en vante.
Thomas
que
Te le a été la fubftance d'une longue adreffe qu'a
lue M. Delmas. Un décret en a ordonné le renvoi
aux miniftres de la juftice & de l'intérieur , pour
( 322 )

qu'ils en rendent compte à l'Affemblée, comme fi
la France conftituée n'avoit encore ni pouvoir judiciaire
organifé , ni pouvoir exécutif, capables
d'agir fans l'immédiate & continuelle direction de
l'autorité législative.
Quoiqu'un décret ait remis toutes les pétitions
au dimanche , M. Goffuin en a communiqué, par
extrait , aujourd'hui des centaines qui ont abſorbé
plus de temps que n'en eût confumé la plus verbeufe.
C'étoit prefque par - tout des hommages ,
de l'extatique admiration pour la fageffe des décrets
frappés du veto ; des imprécations contre les
princes émigrés que l'on traite de perfides , de
monftres de fang, de lâches & d'audacieux ; des
promeffes de fanctionner tout ce que décètera
T'Affemblée ; des prières aux légiflateurs de compter
fur la plus haute confidération ; des refpects ,
des bénédictions & des bayonnettes ; & toujours
des millions de bras pour exterminer une poiguée
de méprifables efclaves . A Breft , les femmes
& les enfans jurent de voler au fecours de la
patrie , « quand leurs époux & leurs pères auront
tous eu le bonheur de mourir pour la conftitution
, Dernièrement la municipalité d'Evron écri
voit , en latin & en françois , à l'Affemblée : vous
étes des Dieux : aujourd'hui , à Ifſoudun , la coi ſtitution
eft une divinité ; & de tout côté , ce
font des amis , des fociétés affiliées , quelques
douzaines de correfpondats qu'on ne nomme ui
ne compte , & qui fe qualifient : les citoyens de
telle ville , de rel diſtrict , de tel département . Ainli
fe compofe l'opinion nationale , & le procès - verbel
fera de chaque fyllabe répétée par ces échos ,
la mention la plus honorable .
сс
Cette journée qu'une loi deftino't aux finances ,
n'a produit que trois décrets . Le premier a ca(
323 )
fin ordonné que la fomme due à l'état de Soleure ,
arrêtée , contre tout droit des gens , à Béfort
depuis le 30 juillet , forte librement du Royaume,
& que le tréfor public paye les frais & intérêts
occafionnés par l'arreftation , auxquels il faut
ajouter les frais des nombreufes féances où l'on
a délibéré fur une auffi honteufe preuve d'anarchie ,
Le fecond a accordé 12,000 liv . de fecours au
yillage de S. Sauveur , département de la Saone , où
un incendie a caufé pour plus de 200,000 liv. de
dominage ; le troisième , 10,000 liv . à M. Ariftide
du Petit-Thouars. « L'Affemblée voulant , y
eft-il dit , participer à la noble & généreuse en
trepriſe de ce marin , qui vient d'équiper deux
petits bâtimens , au moyen d'une foufcription &
de la propre fortune , four aller à la recherche
de M. de la Peyroufe & tenter d'utiles déco
vertes.
Au refte , l'Affemblée a déclaré qu'il n'y avoit
pas lieu à accufation contre M. Dutréhan , prêtre
feptuagénaire , incarcéré à Poitiers fur la banale
dénonciation , fans preuves , d'enrôlement four
Coblentz .
Du vendredi , 23 décembre.
La ville d'Avignon implore des fecours pécu
niaires ; les commiffaires y demandent auffi dès
fonds ; l'impreffion les ruine . C'eft un des fléaux
du gouvernement actuel . Huit à neuf cents mille
délégués du peuple font aujourd'hui gémir les
prelles , à fes dépens , infiniment plus qu'elles
ne rouloient, jadis pour des auteurs de profeffion
. Ces demandes & quelques mémoires des
miniftres ont été renvoyés aux comités admi
riftrateurs.
On a décrété qu'à raiſon de la fète de Noël
06
( 324 )
la féance de dimanche s'ouvriroit à fix heures
' du foir. Celle- ci n'a donné qu'un décret , portant
qu'il fera fabriqué 300 millions d'affignats
dont 40 millions en affignats de 10 fous , 60
en affignats de 15 fous , 100 en affignats de 25
fous , & 100 en affignats de 50 fous , le tour ,
a-t-on dit , pour de nouveaux échanges . En additionnant
les faux- frais fi multipliés de tant
d'échanges fucceffifs d'affignats de 100 liv . , de
so liv. , des liv . & finalement de tant de fous ,
contre de plus fortes valeurs , & du remplacement
inutile des affignats qu'on pourroit auffi
bien proclamer rentrés que brûlés , & qui ferviroient
encore ; on trouveroit que la femme
réellement en circulation coûte au pauvre peuple
un impôt , une furcharge non hypothéquée , de
plufieurs millions que des vues moins courtes lui
auroient épargnés. L'aride & prolixe débat fur
les coupures n'a offerr de remarquable que l'affertion
de M. Beugnot : «la hauffe des changes n'eft
autre chofe que le thermomètre de l'activité de
nos fabriqués & de la profpérité nationale » . D'après
cela , on ne regrettera pas l'analyte du refte .
M. Emmery a informé l'Aflemblée que les patriotes
émigrés du Brabant , voulant faire ceffer
les inquiétudes de la France armée , le font retirés
de Lille & de Douay à Orchies ; & que , fur la
dénonciation de M. de Béthune de Charoft , la
municipalité de Lille a mis en état d'arrestation
un fieur Vidal , négociant Brabarçon , porteur
d'un écrit ou M. de Biron a reconnu l'écriture de
M. de Calonne & la fignature de M. Louis - Staniftas-
Xavier , prince François. Cet écrit eft un
pouvoir d'emprunter trois millions ; on ne dit
pas fi c'eft trois millions en or , qui en vaudroient
près de fix.
( 325 )
Un autre épifode a beaucoup égayé l'Affemblée,
M. de la Collinière , ci - devant président au ci- devant
parlement de la ci- devant Bretagne , oubliant
tous ces ci-devant , a déclaré an directoire , qu'il
ne fe refufera jamais à payer les impôts légale
ment établis ; mais qu'il regarde comme une
concuffion toute levée de deniers faite en Bre
tagne , fi elle n'eft confentie par les états de la
proviece & enrégiftrée au parlement . On á ri
aux éclats de ce trait de caractère d'un ancien
magiftrat . L'un le renvoyoit au comité de falubrité
; M. Lacroix , à la municipalité de Nantes
pour mettre l'ex - préfident en tutelle . L'Affemblée
l'a renvoyé au pouvoir exécutif.
La queftion d'impofer les intérêts que paye
l'état & autres rentes a été difcutée & ajournée à
demain.
Du famedi , 24 décembre.
Par un décret , adopté d'urgence , l'Affemblée
a provifoirement fufpendu l'adjudication du bail
de l'école militaire & dépendances , & ordonné la
remife de pièces pour opérer le versement au tréfor
de l'hôtel - Dieu de Paris , du montant & des intérêts
du dixième de l'emprunt de 1787 .
Au nom du comité militaire , M. Dumas a
lu un rapport oratoire fur la queſtion : accordera-
t on le rang de maréchal de France , conformément
au defir du Roi , a MM, de Rochambeau
& Luckner , malgré la loi réglementaire qui
n'admet que fix maréchaux de France ? A la fuite
d'une excurfion politique en Amérique , & des
Jouanges des MM . de Rochambeau & Luckner ,
eft venu l'éloge de M. de la Fayette , amené
fans motifs , puifqu'il ne s'agiffoit pas encore
pour lui du bâton de maréchal, Parmi toutes ces
( 326 )
fleurs de rhétorique , M. Dumas a dit : « la
France , depuis plus d'ur demi- fiècle , n'avoit
pas déployé de telles forces , & jamais les préparatifs
de guerre n'ont été fi complets ni fi
réguliers. C'eft ainfi que parlent aujourd'hui
les bons amis du peuple & de la vérité . Ses
conclufions déféroient le rang defiré , aux deux
généraux , en ftatuant que toute place vacante ne
Tera remplie que lorfque le nombre n'excédera
plus fix . On les a ajournées à mardi foir , fur
T'obfervation de M. Lacroix qu'on n'avoit pas
befoin_tout - à - l'heure de deux maréchaux de
France , & la difcuffion s'eft engagée ſur le droit
d'impofer les rentes.

MM. Dorify , Criftin , Saladin , & Vergniaud
qui n'a fait que les répéter ont combattu les
retenues fur les intérêts que paye l'état › par
toutes les raifons tirées de la bonne- foi , de la
loyauté nationales , de la diftinction des intérêts
conventionnels , monatoires & compenfatoires ;
de l'importance d'une opinion de probité ; de
beaucoup d'objets déjà liquidés fans retenue ; de
Finjuftice de traiter plus mal ceux qui auront
attendu davantage ; de celle de tout effet rétroactif
; du décret du 7 novembre 1790 , qui
fixa l'intérêt de la dette publique às pour cent ;
de l'efprit de celui du 27 août 1789 , qui déclara
que , fous aucun prétexte , il ne pourroit
être fait ni retenue ni réduction quelconque fur
aucune partie de la dette publique. MM. Guiton
de Morveau , tapporteur , Lagrévol & Guadet ,
ont étayé la doctrine fifcale des retenues , de
tous les moyens empruntés du droit qu'en vertu
des rouvel'es loix les particuliers, exercent à
l'égard des rentes qu'ils paient ; de ' inconféquence
qu'il y auroit à fe tromper encore parce qu'on
( 327 )
s'eft long tems trompé , de perdre toujours parce
qu'on a déjà pedu ; des exemples du paflé ; de la
loi commune des contributions , & de la néceffité
d'alléger le fardeau de l'Etat . De tous ces débats
il n'eit réfulté qu'un premier article ainfi conçu
« L'Affenblée nationale décrète ce qui fuit : »
Ait . I. L'intérêt de tous les capitaux liquidés
& à liquider , & des fommes dues aux créan
ciers des corps & communautés eccléfiaftiques
pour dettes exigibles , à compter du jour de cet
intérêt , & dû fuivant les loix antérieures , continuera
d'être calculé à cinq pour cent ; mais
fera fujet à la retenue des deux vingtièmes &
quatre fols four liv. du premier vingtième jufqu'au
premier janvier 1791 ; & depuis cette
époque , à la reteunte du cinquième , conformé
ment à la loi du premier janvier dernier. »
De vifs applaudiffemens ont annoncé l'arrivée
de M. de la Fayette à la barre , où il eſt venu
protefter de fon profond refpect pour les repré
fentans de la nation , de fa fenfibilité à l'appro
bation qu'ils ont donnée au choix qu'a fait dé
lui le Roi pour commander l'une des trois armées
, & de fon dévouement inaltérable au
maintien de la conftitution . Après de nouveaux
applaudiffemens , le préfident lui a répondu :
Monfieur , le nom de la Fayette rappelle la
liberté & la victoire.... Si tel eft l'aveuglement
de nos ennemis qu'ils veuillent éprouver la force
d'un grand peuple régénéré , marchez au combat.
Le peuple François qui a juré de vaincre
& de mourir libre , préfentera toujours avec
confiance aux nations & aux tyrans la conftitu→
tion & la Fayette. »
M. Deleffart a lu les réponfes ad: effées au
Roi , au fujet de la notification de fon accepta(
328 )
}
tion , par les Rois de Sardaigne , de Dane marck
& de Naples ; par l'électeur Palatin , les gouvernante
& gouverneur des Pays- Bas , le Landgrave
de Heffe - Caffel , les ducs de Mecklenbourg,
de Wartembourg , le margrave de Bade,
les républiques de Venife , de Gênes , de Valais
. Dans la lettre du Roi de Sardaigne , le
mot fujets a excité de longues rumeurs . Voici
la teneur de ces dépêches d'étiquette :
Réponse du Roi de Sardaigne , en date du 9
Novembre.
con-
<< Mon frère & coufin , j'ai reçu la lettre qu'il
a plu à votre Majefté de m'écrire , en date du
25 septembre ; j'ai vu avec plaifir qu'elle a répondu
à mes fentimens , en ne doutant pas de '
l'intérêt que je prends à tout ce qui la
cerne , ainfi qu'au bonheur de fa maifon & de
fes fujets, &je prie votre Majefté d'être également
perfuadée de l'intérêt que je mets à obtenir la
continuation de fon amitié . Celle que je lui ai
vouée ne fauroit être altérée , & rien n'égalera
mon empreffement à la lui témoigner. »
Réponse du Roi de Danemarck , en date du 11
Novembre.
« J'ai vu , par la lettre que votre Majeſté
a bien voulu m'écrire , qu'elle s'eft déterminée
à accepter la conftitution qui lui a été préfentée ;
elle a reconnu que cet acte devoit être confidéré
comme le réſultat des voeux de la grande
majorité de la nation ; j'ai toujours applaudi aux
démarches qu'elle a faites pour affermir fon
bonheur. Je prie votre Majesté de ne pas douter
de la haute confidération avec laquelle je ſuis &c . »
( 329 )
1
Réponse du Roi de Naples , en date du 11 Octobre.'
Mon fière , coufin & beau - frère , j'ai reçu
la lettre que votre Majefté a pris la peine de
m'écrire , en date du 29 feptembre , fur un
événement qui la concerne . Je l'ai reçue avec
l'intérêt fincère que je prends à tout ce qui touche
fa perfonne , & à la profpérité de la monarchie
fra çoile ; je laprie de croire à ces fentimens , &c. »
Réponse de l'Electeur Palatin , en date du` 11
Novembre.
se La lettre dont votre Majefté a bien voulu
m'honorer pour m'inftruire de fon acceptation
donnée à la nouvelle conftitution , décrétée par
la nation françoiſe , m'a été remiſe par fon réfident
M..... La proximité de nos deux Etats ,
& la bonne intelligence qui a toujours régné entr'eux
, vous font un sûr garant de l'intérêt que
je prends à cet important événement , & du d fir
que j'ai de le voir contribuer à la tranquillité
de votre Majefté & de la famille royale , & à
l'affermiffement de la monarchie françoile. »
Réponse du Duc de Saxe- Tefchen en date du
21 Novembre.
>
MONSIEUR MON BEAU FRÈRE ET COUSIN
« J'ai icçu la lettre que vous m'avez écrite
pour m'inftruire du parti que vous venez de
prendre pour accepter & foutenir la nouvelle
conftitution du royaume. J'ai éprouvé une
grande fatisfaction à apprendre cette démarche ,
& je defire qu'elle devienne pour votre Majefté ,
fa famille , & la monarchie françoife l'époque
( 330 )
du bonheur , & qu'elle n'altère en tien les rapports
de bon voifinage fubfiftans entre nos deux
états . »
M. Deleffart a dit que la réponse de l'archiducheffle
, gouvernante des Pays - Bas , cft corçue
prefque dans les mêmes termes.
Réponse du Landgrave de Heffe- Caffel , en date
du 12 Novembre.
« La part refpectueule que je prends à tous
les événemens qui intéreffent votre Majefté lui
eft un garant de l'intérêt avec lequel j'ai appris
celui qu'elle vient de m'annoncer . C'eſt en lui
renouvellant l'aſſurance de mon inviolable dévouement
que je la prie d'être affurée de la
parfaite reconnoiffance avec laquelle j'ai reçu la
lettre dont elle a daigné m'honorer . Je la prie
d'agréer les voeux ardens que je fais pour la
gloire de fa Majefté & pour le bonheur de fon
règne. »
Réponse du Duc de Mecklenbourg , du 12 Novemb.
« M'intéreffant bien fingulièrement à la prof
périté de votre Majefté , je défire que l'accep-
Tation qu'elle a donnée à la conftitution , lui
procure toute la fatisfaction poffible. Je la prie
d'agréer mes très humbles remercîmens pour la
lettre qu'elle a daigné m'envoyer , & l'afurance
de l'attachement refpectueux avec lequel je
fuis , &c. »
Réponse du Duc de Wirtemberg , en date du ......
« C'eft avec une refpectueule reconnoiffance
que j'ai reçu la lettre dont votre Majefté a dugné
nhonore . Je la prie d'être affurée de l'i téièr
que je prends à l'é é ement qu'elle m'aan
331
)
13
233
C
moncé , par une fuite naturelle des fentimens
que je lui ai voués , &c. »
Réponse du Margrave de Baden.
« La lettre dont votre Majeſté a daigné m'honorer
, eſt une nouvelle preuve de l'affection
généreuse que votre Majefté a toujours témoignée
a ma maiſon . Elle ne peut douter de mon dévouement
à tout ce qui intéreile la perfonne.
Réponse de la République de Venife.
ג כ
La notification contenue dans la précienfe
lettre de votre Majeſté , a été accueillie par le
fénat avec reconnoiffance . Il re ceffe de former
les voeux les plus aidens pour la profpénité de
votre règne il ne négligera aucune des occafions
de lui en donner les preuves fignalées . Il
fouhaite à votre Majefté une longue fuite d'années
heureuſes . »
Réponse de la République de Gênes.
Nous avons reçu la lettre que votre Majeſté
a bien voulu nous écrire , en date du 25 fepa
bien
tembre dernier , & dans laquelle elle
voulu nous faire part qu'elle a accepté l'acte
conftitutionnel . Nous avons pris une grande
part à cet événement , & nous nous faifons un
devoir d'en témoigner à votre Majeſté notre
reconnoillance. Nous lui prouverons en toutes
les occafions le puiffant intérêt que nous prenons
à tout ce qui intéreffe fon augufte perforne &
le bonheur de fon règne , P.eins de confiance
dans fes fentimens royaux , nous ne doutons pas
de la conftance à maintenir les traités , & de
fen empreffement à fortifier les rapports qui
fubfiftent entre les deux états . Nous nous ferons
( 328 )
tion , par les Rois de Sardaigne , de Dane marck
& de Naples ; par l'électeur Palatin , les gouvernante
& gouverneur des Pays- Bas , le Landgrave
de Hefe - Caffel , les dues de Mecklenbourg,
de Wurtembourg , le margrave de Bade,
les républiques de Verife , de Gênes , de Valais.
Dans la lettre du Roi de Sudaigne , le
mot fajets a excité de longues rumeurs . Voici
la teneur de ces dépêches d'étiquette :
1
Réponse du Roi de Sardaigne
Novembre.
› en date du 9
« Mon frère & confin , j'ai reçu la lettre qu'il
a plu à votre Majefté de m'écrie , en date du
25 septembre ; j'ai vu avec plaifir qu'elle a répondu
à mes fentimens , en ne doutant pas de
l'intérêt que je prends à tout ce qui la concerne
, ainfi qu'au bonheur de fa maifon & de
fesfujets, & jeprie votre Majefté d'è: re également
perfuadée de l'intérêt que je mets à obtenir la
continuation de fon amitié . Celle que je lui ai
vouée ne fauroit être altérée , & rien n'égalera
mon empreffement à la lui témoigner. »
Réponse du Roi de Danemarck , en date du 11
Novembre.
« J'ai vu , par la lettre que votre Majeſté
a bien voulu m'écrire , qu'elle s'eft déterminée
à accepter la conftitution qui lui a été prefentée ;
elle a reconnu que cet acte devoit être co fidéré
comme le résultat des voeux de la grande
majorité de la nation ; j'ai toujours applaudi aux
démar bes qu'elle a faites pour affermir fon
bonheur. Je prie votre Majesté de ne pas douter
de la haute confidération avec laquelle je tuis & c.
( 329 )
Réponse du Roi de Naples , en date du 11 Octobre.
« Mon frère , ccufin & beau - frère , j'ai reçu
la lettre que votre Majefté a pris la peine de
m'écrire , en date du 29 feptembre , fur un
événement qui la concerne . Je l'ai reçue avec
l'intérêt fincère que je prends à tout ce qui touche
fa perfonne , & à la profpérité de la monarchie
fra çoife ; je la prie de croire à ces fentimens , & c . »
Réponse de l'Electeur Palatin , en date du 11
Novembre.
La lettre dont votre Majefté a bien voulu
m'honorer pour m'inftruire de fon acceptation
donnée à la nouvelle conftitution , décrétée par
la nation françoife , m'a été remife par fon réfident
M..... La proximité de nos deux Etats
& la bonne intelligence qui a toujours régné entr'eux
, vous font un sûr garant de l'intérêt que
je prends à cet important événement , & du dific
que j'ai de le voir contribuer à la tranquillité
de votre Mjefté & de la famille royale , & à
l'affermiffement de la monarchie françoile. »
Réponse du Duc de Saxe- Tefchen
21 Novembre.
>
en date du
MONSIEUR MON BEAU FRÈRE ET COUSIN
« J'ai icçu la lettre que vous m'avez écrite
pour m'inftruire du parti que vous venez de
prendre pour accepter & foutenir la nouvelle
conftitution du royaume. J'ai éprouvé une
grande fatisfaction à apprendre cette démarche
& je defire qu'elle devienne pour votre Majefté,
fa famille , & la monarchie françoiſe l'époque
( 330 )
du bonheur , & qu'elle n'altère en lien les rapports
de bon voiſinage fubfiftans entre nos deux
états . »
M. Deleffart a dit que la réponse de l'archiducheffe
, gouvernante des Pays - Bas , eft corçue
prefque dans les mêmes termes .
Réponse du Landgrave de Heffe- Caffel , en date
du 12 Novembre.
« La part refpectueuse que je prends à tous
les événemens qui intéreffent votre Majefté lui
eft un garant de l'intérêt avec lequel j'ai appris
celui qu'elle vient de m'annoncer. C'eſt en lui
renouvellait l'affurance de mon inviolable dévouement
que je la prie d'être affurée de la
parfaite reconnoiffance avec laquelle j'ai reçu la
lettre dont elle a daigné m'honorer . Je la prie
d'agréer les voeux ardens que je fais pour la
gloire de fa Majefté & pour le bonheur de fon
règne.
ל כ
Réponse du Duc de Mecklenbourg , du 12 Novemb.
« M'intereffent bien fingulièrement à la profpérité
de votre Majefté , je défire que l'acceptation
qu'elle a donnée à la conftitution , lui
procure toute la fatisfaction poffible . Je la prie
d'agréer mes très humbles remercîmens pour la
lettre qu'elle a daigné m'envoyer , & l'afurance
de l'attachement refpectueux avec lequel je
fuis , &c. »
Réponse du Duc de Wirtemberg , en date du…………….
C'eft avec une refpectueufe reconnoiffance
que j'ai reçu la lettre dont votre Majefté a dugné
'honorer. Je la prie d'être affurée de l'i térêt
que je prends à l'évélement qu'elle m'aan
( 331 )

moncé , par une fuite naturelle des fentimens
que je lui ai voués , &c. »
Réponse du Margrave de Baden.
« La lettre dont votre Majefté a daigné m'honorer
, eft une nouvelle preuve de affection
généreuse que votre Majefté a toujours témoignée
a ma maiſon . Elle ne peut douter de mon dévouement
à tout ce qui intéreile la perfonne . »
Réponse de la République de Venise.
La notification contenue dans la précienfe
lettre de votre Majefté , a été accueillic par le
fénat avec reconnoiffance . Il ne ceffe de former
les voeux les plus aidens pour la profpérité de
votre règne il ne négligera aucune des occafions
de lui en donner les preuves fignalées . Il
fouhaite à votre Majefté une longue fuite d'années
heureuſes. »
Réponse de la République de Gênes.
Nous avons reçu la lettre que votre Majefté
a bien voulu nous écrire , en date du 25 feptembre
dernier , & dans laquelle elle a bien
voulu nous faire part qu'elle a accepté l'acte
conftitutionnel. Nous avons pris une grande
part à cet événement , & nous nous faifons un
devoir d'en témoigner à votre Majefté notre
reconnoiffance. Nous lui prouverons en toutes
les occafions le puiffant intérêt que nous prenons
à tout ce qui intéreffe fon augufte perfonne &
le bonheur de fon règne, P.eins de confiance
dans fes fentimens royaux , nous ne doutons pas
de la conftance à maintenir les traités , & de
fen empreffement à fortifier les rapports qui
fubfiftent entre les deux états . Nous nous ferons
( 332 )
toujours un devoir de lui prouver les mêmes
fentimens , &c. »
Réponse de la République de Valais.
>
« Nous avons reçu la lettre & c. nous ofons
vous affuer que nous prennons la part la plus
vive à tout ce qui peut contribuer à la gloire
& au bonheur de vote Majesté & de la nation
françoife , & des voeux fincères que nous formous
pour la proípérité -de votre angufte perfonne
& de la famille royale . Nous avons l'honneur
d'être & c. »
M. Deleffart a encore fait part au corps légiff
des ordres donnés par le Roi d'Espagne ,
aux gouverneurs de la partie efpagnole de S. Domingue.
S. M. C. leur recommande la neutralité ,
la juitice , l'humanité , & des précautions pour
écarter le fléau de l'infurrection de fon territoire.
Le miniftre a lu enfuite une lettre de
l'Empereur , & le décret de commiffion , & de
ratification adreffé à la diète de Ratisbonne. La
lettre de l'Empereur , défigurée dans la plupart
des journaux , eft de la tencur fuivante :
Traduction de la lettre au Roi , datée de Vienne ,
du 3 décembre 1791 .
Em-
« LEOPOLD II , par la grace de Dieu ,
pereur des Romains , toujours augufte , Roi de
·

( 333 )
30
I
Hongrie , de Bohêne , Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne & de Lorraine , &c . &c . &c .
Au féréniflime & très-puillant prince Louis- Augafte
, Roi très - chrétien , mon uèsicher fière ,
coufin & allié , falut & accroiflement - perpétuel
d'amour fraternel & de toute forte de profpérités
. »
c Mon très - cher frère , coufin & allié , conformément
aux principes de notre droit public ,
j'ai en foin de communiquer aux électeurs ,
princes & états de l'Empire , les plaintes des
fidèles membres du Corps Germanique , fur lefquelles
j'avois déja amicalement réclamé , le
14 décembre dernier , la juftice de Votre Majefté
, ainfi que le voeu de notre College Electoral
; & j'y ai joint la réponse de Votre Majefté
; plus j'ai apporté d'attention & de maturité
dans l'examen de tout ce qui a rapport à cet
objet , plus j'ai été affligé de voir que cette réponſe
ne répondoit pas à ma jufte attente . En
effet , indépendamment de ce qu'elle étoit écrite
dans une langue que l'ufage n'admet point dans
la correfpo dance pohti ue de la France & de
l'Empire , j'ai obfervé qu'on y doutoit encore
fi les fidèles membres du Corps Germanique
avoient le droit de requérir notre protection dans
la Dière , & d'oxigr que la prévoyance Impériale
, de même qu'elle , a veillé à leurs intérêts
dans la conclufion des traités publics avec la
France , s'occupe auffi du foin de les faire exécuter
avec la fidélité convenable . Votre Majefté
a fuppofé , comme je l'ai jugé d'après fa
lettre , que toutes les poffeflions des filèles membres
du Corps Germanique fituées dans fes Etats ,
étoient foumifes à fon autorité ; qu'elle pouvoit
2
( 334 )
en difpofer librement , fuivant que l'intérêt de
fon royaume lui paroîtroit l'exiger , pourvu qu'on
accordâ. une jufte indemnité aux propriétaires
léfés . "
« Mais le peu de fondement de cette fuppofition
n'échappera point à la pénétration de votre
Majefté , s'il lui plaît de confulter attentivement
les traités de paix & les conventions ftipulées
avec l'Empire depuis 1648 ; en y trouve clairement
én ncés tous les domaines qui fucceffivement
ont été cédés à votre couronne du con
fentement des Empereurs & des ordres de l'Empire
; d'où il fuit que toutes les autres poffeffions
des fidèles meinbres du Corps Germanique ,
lefquelles ne font point inferites , d'après un
pareil confentement , au rombre des terres qui
relèvent de votre couronne , confervent le rapport
qu'e'les avoient antérieurement avec nous
& avec notre Empire , & ne font foumises à
aucun décret émané de votre royaume . En outre ,
quant à ce qui concerne les conceffions de votre
couronne , Is mêmes traités expriment formellement
certaines réſerves & certaines reſtrictions
pour les poffeffions eccléfiaftiques ou féculières
des membres du Corps Germanique , que la
France dot regarder comme des bornes facrées
miſes à votre autorité , & qu'il n'eft pas permis
à votre nation de franchir à fon gré dans fes
nouveaux décrets ; or , la France ayant commencé
, dès le mois d'août 1789 , à porter atteinte
à ces traités & à ces conventions , je me
plains avec juice de ce qu'on a violé mes droits ,
ceux de l'Empire & de les membres fidèles ; je
protefte folennellement contre cette injuſtice ,
en mon nom & au nom du faint Empire , &
en outre je me reconnois obligé de donner du
&
A
( 335 )
{
fecours à tous ceux qui ont été lérés , de la
minière qui convient à la dignité impériale ,
comme l'exigent le lien qui unit toutes les
prties de l'Empire & les règles de notre droit
Jublic.
و د
Voilà quel eft le réfultat de la délibération
de tous les ordres de l'Empire ; tel eft le conclufum
de la D.ète , dont j'aurois déja preflé
l'exécution par les moyens les plus efficaces , fi
l'équité de votre Majefté , qui m'eft parfaitement
connue , ne m'eût fait conc.voir l'efpérance
d'obtenir par les douces voies de la perfuafion un
plein & catier rétabliffement de toutes chofes
dans leur premier état , conformément aux traités
& ftipulations avec l'Empire, »>
сс
Que votre Majefté examine & pèſe mûrement
ce qui pourroit en réfulter par rapport
au titre auquel elle poffède elle- même diverfes
parties de l'Alface & de la Lorraine , qui lui ont
été cédées fucceffivement , fi on refufoit de tenir
les promeffes que votre couronne a faites à
notre Empie, & dont elle a garanti l'accompliſ
fement pour le maintien de la paix . De quelle
conféquence il feroit pour la France , qu'au- dedans
comme au-dehors de l'Europe , tous les peuplés
qui ont fait quelque traité avec votre nation ,
fuffent perfuadés qu'elle n'a aucun respect pour
la fainteté des promeffes réciproques , & qu'elle
s'imagine être en droit de les violer , dès que fon
intérêt préfent le lui confeille . »
Votre zèle pour la juftice que les nations
doivent obferver entr'elles , & le defir de conferver
la paix avec l'Empire , l'emportera fans
doute fur l'avantage imaginaire que vos politiques
cherchent peut-être dans la violation des
traités. Cette confidération me permet à peine
( 336 )
de douter que les inftances que je réitère aujour
d'hui auprès de vous en mon propre nom &
au nom de tout le faint Empire , ne vous déterminent
efficacement à fupprimer toutes les innovations
introduites depuis le commencement
du mois d'acût 1789 , en ce qui concerne les
poffeffions des fidèles membres de notre empire.
Je me perfuade que vous ordonnerez la prompte
reftitution de tous les fruits & revenus qui leur
opt été enlevés ; & qu'en général , vous rétablirez
tout dans l'état que prefcrivent les traités
& conventions faites avec la France par mes prédéceffeurs
.
Je me flatte qu'une réponfe dans la forme
ufitée pour les affaires de notre Empire , m'aflurera
bientôt que telle eft la jufte & ferme intention
de votre Majefté , & ne me laiffera plus aucun
doute fur le defir fincère quelle a , ainfi que toute
fa nation , de vivre avec nous en bonne i telligence.
»
« Je lui fouhaite toute forte de profpérités, »
A Vienne , le 3 décembre , l'an 1791 , & Te fecond
depuis mon avènement à l'Empire & au
trône de Hongrie & de Bohème .
Une lettre du miniftre de Liège dément le
bruit que le Prince - Evêque ait accordé aux
émigrés François un couvent de Capucins pour
en faire une citadelle , & déclare qu'on ne voit
en eux que des voyageurs qui s'arrêtent où
bon leur femble.
Toutes ces confidences ministérielles de
gazettes , ont fini par la demande d'un
fupplément de fonds pour les dépenfes fecrettes
du département des affaires étrangères .
La prudence conlommée de M. Lagrévol l'a porté
à dire
Léopold II nous fait là une querelle
d'Allemand...
«
I
I
I
7337 )
Allemand.... » Des murmures ont couvert le
refte de fa phrafe , & le comité diplomatique
remplira plufieurs féances des matériaux recueillis
dans cette matinée .
Du famedi , féance du foir.
tuante ,
M. Anthoine , député à l'Affemblée confti
s'eft préfenté à la barre au nom des
citoyens actifs de Metz & pour faire avorter le
complot formé contre l'arbre conftitutionnel dont
les racines implantées s'étendront fur tout le fol
de la France ; & il a promis que les Meffins fauront
ce environner l'Aſſemblée de l'inébranlable
rempart de l'opinion publique . » Arrivant enfin
à l'effentiel , il a dit : ce Les ennemis de la
révolution ont répandu que les coupables frères
du Roi & le traître Bouillé avoient des intelligences
dans le royaume , qu'à la première attaque
la ville de Metz leur feroit livrée . Légillateurs
, Metz , jadis république , a connu la
liberté avant vous . Sa pofition , il eſt vrai , l'expofe
aux premières attaques. Ses citoyens veil
leront d'autant plus pour la défendre ; ils s'enfeveliront
fous les débris de leurs murailles plutôt
que d'ouvrir leurs portes au defpotiſme.
L'orateur a reçu tous les honneurs du procèsverbal
& de la ſéance .
-
Organe du comité diplomatique , M. Maille
a fait un nouveau rapport des affreux événemens
de Nancy. Il a établi que les Suiffes de
Château Vieux ce donnèrent , le 14 juillet
l'exemple d'une défobéiffance falutaire aux ordres
fanglans du defpotifme ( applaudi ) . » Imputant
tous les troubles à M. de Malfeigne , il n'a pas
héfité à l'accufer d'avoir plongé , de fang- froid ,
fon épée dans le corps d'un factionnaire. En-
N°. 53. 31 Décembre 172. P
( 338 )
fuite , il a voné à l'opprobre , à l'exécration
le nom du traître . Bouillé ; a excufé , prè que
Joué de civilme , les foldats, condamnés , roués ,
pendus , envoyés aux galères , zen attaquant les
formes & la légalité du jugement ; & a parlé
des cantons Suiffes en ces termes ce Aujourd'hui
que la liberté françoife a laiffé loin derrière elle
laliberté helvétique , qu'imp rte à quel dégré ces
deux nations possèdent la liberté ? Tout les
invite à persévérer dans cette eftime réciproque ,
dans cette vieille amitié qui , depuis trois fiècles
fait le défefpoir de leurs ennemis . ››
Après avoir mis , par un étrange accès d'eftime
& d'amitié , les fages gouvernemers de la
Suiffe heureufe , vertueufe & paifible , fort audeffous
de l'anarchie où le fophifme innocente
& déifie le crime ; après avoir déshonoré , autant
qu'il étoit en lui , les officiers compofant
le confeil de guerre , en fuppofant , Cans preuves ,
leurs, fentences injuftes , précipitées , illégales ,
& conféquemment leurs fouverains qui les approuvent;
M. Maille a conclu que , fuivant les
loix de la Suiffe , ce ne font ni les Cantons ni
leur confédération qui ont le droit de vie & de
mort , mais les officiers ; & que le Roi fera
chargé d'agir auprès des officiers des régimens
de Caftella & de Vigier , pour les engager à
accepter , en faveur des foldats de Château- Vieux
galériens à Breft , l'amniftie décrétée pour les
faits relatifs à la révolution Françoiſe .
Ce matin , M. Deleffart avoit lu à l'Aſſemblée
une lettre du directoire de Zurich , portant : «
Les crimes des foldats de Château- Vieux au
Service royal de France , font tellement graves ,
leur révolte blefle à tel point la fidélité , la réputation
nationale , qu'ils ont dû être condam2
( 339)
31
" ......
nés. L'exemple étoit faire ; la grace auroit
des fuites facheufes ... Sils l'obtencient , nous
ne confentirons jamais à ce que les mutins
rentrent dans leurs compagnies refpectives , &
ils ferpient condamnés Tans autre forme de
procès . » Le miniftre avoit ajouté : « L'ALfemblée
fentira que , dans ces circonftances , it
ne feroit pas prudent de prendre une réfolution
précipitée. ... Ce foir , le rapport du comité
fi plaifamment nommé diplomatique , fon
projet où chaque fait eft dénaturé , le droit public
violé , un allié refpectable déprimé , fes
officiers outragés , les feuls criminels honorés
le Roi réduit à négocier avec des particuliers
conftitués juges de leurs foldats par les traités
-paffés , entre leur fouverain & la couronne de
France , & les mêmes particuliers détifoirement
érigés en pouvoirs législatifs à qui la nation
Franç ile & le Monarque demandent la rémiffion
des peines qu'ils ont infligées en obéiffant
aux loix de leur patrie; le rapport & le projet ont été
applaudis ; on en a décrété l'impreffion & l'ajour-
: nement. Ainfi ont fini l'un des jours & l'une des
femaines où l'on devoit porter quelque lumière
dans l'abyme des finances , qui s'approfondit à
chaque inftant au milieu de difcuffions inutiles
ou dangereufes .
Réponses de dix Souverains étrangers à la
notification miniftérielle fur l'acceptation
Royale , Décret de l'Empereur , Monitoire,
armement de l'Empire , conféquences des
principes d'après lefquels il attaque les
Pa
340 )
.
fanctions de notre Corps conftituant , tout
cela n'a infpiré qu'une attention fugitive ,
qu'une follicitude de l'inftant, que du babil
dans les fociétés , & du verbiage dans les
Journaux. On n'attend pas fans doute que
mous rélevions ici les railonnemens de tous
les Publiciftes du coin , fur les dernières
réfolutions de l'Empereur. Si ce différend ,
né des infractions au Traité de Weftphalie
, ne concouroit pas avec des caufes
bien plus profondes , bien plus actives d'in
cendie , on pourroit efpérer fans doute
qu'il fe réfoudroit dans les détours d'une
politique ambiguë , qui trouveroit facilement
mille moyens d'éluder , & de retarder
l'exécution des Décrets de la Diète.
Sûrement , il fera queftion encore d'accom
modement , c'est - à - dire , de rufes pour
gagner un mois ou deux ; mais , du moins ,
voilà les termes apparens de l'affaire pofés :
ou l'Affemblée Nationale reftituera fes
conquêtes fur les droits des Princes Germaniques
, ou elle aura une guerre , & une
guerre générale à foutenir. Les Puiffances
qui fe font contentées de l'obferver , &
de préparer leur réunion , fe développeront
cette Ligue ralliera à elle les François
opprimés & les Mécontens , & d'une
queftion particulière de droit public on
arrivera au deffein d'opérer une nouvelle
Révolution en France. - Nous avions
prévu au mois de Septembre , qu'aucung
( 341 )
Puiffance de l'Europe , en répondant à la
notification des Miniftres de Louis XVI ,
ne reconnoîtroit l'Acte Conſtitutionnel
dont on leur faifoit néanmoins l'envoi
officiel , & qu'elles ne feroient aucune
mention du nouveau Pouvoir fouverain
qui tient les rênes de la France. On a vu
la preuve de cette omiffion concertée dans
les ftériles dépêches que nous avons tranfcrites.
Il ne manque plus à ce recueil que
la réponſe du Corps Helvétique , dont la ,
Diète n'eft point affenblée , & qui n'a
répondu que provifoirement par l'organe
du Directoire de Zurich .
M. de Narbonne , dont l'ardeur effraie .
fes amis , avoit eu l'imprudence d'exiger
un nouveau ferment , plus conftitutionnel ,
des Maréchaux de France réfidans actuellement
dans le royaume & en exercice . Ces
Chefs de l'armée , ces Juges de l'honneur
blanchis fous le cafque , ont refufé ce ferment.
venu après tant d'autres fermens impofés par
des hommes , qui font gloire d'afficher un
profond mépris pour tout principe religieux.
MM. de Contades , de Noailles , de Mouchy
de Mailly , de Beauveau & de Laval, ont
décliné la formule de M. de Narbonne , en
déclarant s'en tenir au ferment éternel qu'ils
avoient fait de vivre & de mourir fidèles au
Roi & à la patrie. Le feul M. de Ségur s'eft
diftingué , dit- on , de fes Collègues , en fo
P 3
(1342 )
rendant au voeu du Miniftre de la guerre ,
fous le prétexte peu exact que le fermen
propofé n'étoit autre que celui de la Fédération.
A
Jene connois , après l'impunité accordée
à la licence & au crime , qu'un effet bien
conftant de la , Révolution ; c'eft d'avoir
fubverti de fond en comble l'ordre des
talens , les droits de la capacité , & la diftribution
naturelle des places. Cette effroyable
fecouffe , dont nous n'avons reffenti
encore que les premiers ébranlemens , fe
borne en dernière analyfe à avoir fubftitué
dans la geftion des affaires publiques ,
des Avocats aux Magiftrats , des Bourgeo's
aux Miniftres d'Etat , des ci - devant Roturiers
à de ci - devant Nobles , des Citoyens
à des Soldats , des Soldats à des Officiers ,
des Officiers à des Généraux , des Curés à
des Evêques , des Vicaires à des Curés ,
des Moines à des Vicaires , des Agioteurs.
à des Financiers des Empiriques à des
Adminiftrateurs , des Journaliſtes à des
Publiciftes , des Rhéteurs à des Légiflatears
, & des Pauvres aux Riches . Voilà le
feul gain qu'ait fait jufqu'ici le Peuple par
la Révolution. Toutes les places ont vaqué
, & le Saint- Efprit en a rendu fubitement
capables tous ceux qui fe font précipités
vers cette proie. La continuation de
l'anarchie a réfulté de cette mêlée qui
tranfvafoit les lumières , les rangs , les dons
"
( 343 )

de fexpérience. Si la Conftitution eut été
livrée à des mains moins inexpertes , fes
inconvéniens auroient pû être déguifés un
fémeftre ou deux. La guerre approche ;
nous verrons l'effet que produiront dans
les champs de bataille , nos métamorphofes
militaires. Tous les Officiers Généraux qui
ont honoré les armes Françoifes , & mérité
l'eftine de nos ennemis , les Broglie , les
Caftries , les d'Egmont ,
les d'Egmont , les Narbonne
Fritzlar , les Bouillé , les Vioménil , les
Saint - Simon , les d'Autichamp , &c. &c.
font hors du Royaume. Ceux de leurs
rivaux en gloire & en talens qui y font
reftés ont refufé de fervir. Pour le
récompenfer d'avoir battu les François il
y a 3 ans , & fans qu'il ait tiré une
fule fois l'épée pour leur défenſe , ces
mêmes François vont donner à M. de
Luckner le bâton de Maréchal . MM. de
Rochambeau & de la Fayette y ont fans
doute plus de titres , pourvu toutefois
qu'on n'y range qu'en feconde ligne leur
Cumpagne d'Amérique ; car la
d'Amérique n'a produit qu'un feul exploit
digne de mémoire , à attribuer à l'armée
Françoife , favoir la Capitulation d'Yorck-
Town. La gloire en eft due aux manoeuvres
de M. de Graffe dans la Chéfapéack
& à l'active intrépidité de M. de St. - Simon
guerre
Les Décrets , les proclamations , les
P
4
( 344
menaces , les déclarations de guerre , n'ont
opéré aucun effet quelconque fur les Emigrés
, ni fur les Puiffances qui les reçoi 、
vent. C'eft maintenant le ci -devant Tiers-
Etat qui fort en foule de toutes les Provinces
, pour paffer fur les bords du Rhin.
La plupart de ces Réfugiés font des Bourgeois
, oudes Gens de la Campagne, aifés . On
affure qu'un nouveau Règlement des Princes
réunit dans les mêmes Corps les individus
de toute claffe , fans diftinction de Nobleffe.
Dix Compagnies vont paffer du
Brabant & du Hainaut à Trèves , pour
faire place à de nouvelles formations ,& peut
être pour concourir au befoin à la défenſe
de l'Electorat. Beaucoup d'Emigrés , unanimes
fur l'éloge qu'ils font des qualités ,
de l'application , de l'indépendance de M.
le Comte d'Artois devenu inacceffible aux
féductions , fe plaignent des intrigues qu'on
ménage de Paris à Coblentz , par l'entremife
d'une Femme qui fe croit encore à Verfailles .
On prétend que les Etats de Brabant ,
'dont les Gouverneurs Généraux ont diffous
la feffion , après le refus qu'a fait cette
Affemblée d'accorder les fubfides , fe font
retirés dans la France Françoiſe. On a vu
plus haut qu'il s'y raffembloit auffi des
bandes de prétendus Patriotes Brabançons.
Le Gouvernement Autrichien voit cette
réunion avec tranquillité , & laiffe fortir
librement ces Héros la plupart font des
:
1
( 345 )
vagabonds , ou des gens fans état. Suivant le
rapport fait à l'AffembléeNationale , ces nouveaux
Hôtes de la France font fous la protec-.
tion de M. de Béthune- Charoft , qu'il ne
faut pas confondre , ainfi que l'a fait Frère
Pediculofo , Dom Chabot , avec fon refpectacle
père , le Duc de même nom . Ce
dernier n'a jamais réuni que des malheureux
pour adoucir leur misère , & tout Paris fait
qu'il offre le modèle des vertus les plus
exemplaires . Il devient néceffaire de marquer
cette diftinction , parce que Frère
Pediculofo a défigné M. le Duc de Charoft ,
comme un Aristocrate enragé, ce qui eft
une impofture du Capucin , & pourroit
expofer M. de Charoft à la bienveillance
des fans Culottes .
Ce n'eft pas le tout que de tenter ou
d'exécuter la fubverfion des établiffemens
les plus effentiels à la profpérité & à la
puiffance nationales , à ces patriotiques
entrepriſes on ne joignoit celle d'en aflurer
la gloire & l'impunité , par des romans
en ftyle du jour , où de puniffables perturbateurs
fe préfentent comme les auxiliaires
de la liberté , comme les modèles
de la vertu civique , comme les régénéra
teurs bienfaifans de chaque partie de l'Empire.
La Barre de l'Affemblée Nationale
& les lectures de fes Secrétaires nous offrent
chaque jour ces contre- vérités. Il n'a pas
tenu aux deftructeurs de St. Domingue de
B.
S.
( 346.)
pafler pour des amis de l'humanité & de
la révolution , dignes de la vénération pu
blique. Les auteurs des dernis troubles de
la Martinique ne font ni moins actifs , ni
moins ingénieux . On attend inceffamment
le rapport des Commiffaires Civils , envoyés
aux ifles du Vent. Dans la crainte .
que c : rapport ne fixe définitivement Lopinion
de tout le monde fur les agitations
de la Martinique , qui depuis dix mois a
recouvré plus de tranquillité , le parti de:
la ville de St. Pierre s'eft hâté de provoquer
une décifion , avant l'arrivée des lu
mières. Divers Pétitionnaires fe font préfentés
dans ce but à la Barre de l'Aflemblée
Nationale , en fe plaignant de vexa--
tions de la part des Repréfentans du Roi
& de l'Affemblée Coloniale . On a lu dans
le temps la longue lifte de leurs griefs
& de leurs déclamations. Pour déterniner
le degré de confiance qu'ils méri
tent , & éclaircir en même temps l'hif :
toire des troubles de la Martinique , il 'fuf
fia de confulter la notice fuivante qui·
nous eft fournie des Perfonnes garantes
.
de fa fidélité.
par
*
que
La Martinique vient d'éprouver une guerre
civile qui n'a celé qu'à l'arrivée des forces
la Métropole ya envoyées. Ileft naturel qu'on falle
far cet événement les queftions fuivantes :
1º. Comment étoient compofés les Partis qui
avoient les armes à la main } »
( 347 )
2º. Quelles ont été les caufes des troublés ? » ›
* 3 °. Quels ont été les Aggreffeurs ? »
ce 4°. Qui font les Pétitionnaires qui fe préfentent
aujourd'hui ? »
ce Première queftion . Les Partis qui avoient
les aimes à la main étoient , d'un côté , la ville
de S. Pienie , prefque tous les Soldats du régiment
de la Martinique & de l'artillerie , une
grande pari de ceux du régiment de la Guadeloupe
, environ quatre-vingt du régiment de
la Sarre qui avoient déferté de Tabago pour le
rendre à St. Pierre , & une foule de ces gens
fans aveu , le rebut de l'Europe , qui abondent
dans les villes des Colonies , & que St. Pierre
avoit appellés de toutes les Antilles . Ce Parti ,
après la Lévolte des troupes , fe trouva maître
de la mer , des fortereffes , des arfenaux , des
munitions , de tous les magafins & de la caiffe
militaire . >>
cc De l'autre côté , c'étoit le Repréfentant du
Roi que les Soldats révoltés avoient forcé de
s'éloigner à coups de canon , l'Affemblée Coloniale
, les Planteurs , fauf quelques - uns vendus
au Parti de St. Pierre , les gens de couleur
libres , la Compagnie des Grenadiers du régiment
de la Martinique , reftée fidelle à fes
devoirs , & les Officiers de ce régiment , que
des infultes de leurs Soldats avoient forcé de
les abandonner. Mais la moitié de ce monde
n'avoit point d'armes ; on n'avoit ni munitions
, ni vivres , ni argent , ni aucune forte de
préparatifs .
ec
ל כ
Ainfi , du côté de St. Pierre étoient des
forces fupérieures & tous les moyens d'attaque s
P 6
( 348 )
du côté des Planteurs , toutes les autorités légitimes
, & un courage qui a fuppléé à la foibleffe.
»
qui
cc Seconde queftion . On n'a vu dans les écrits
du Parti de St. Pierre , que des inculpations affez
vagues & des plaintes fans preuves contre l'Affemblée
Coloniale & le Repréfentant du Roi.
Mais ces plaintes fuffent els fondées , il ne faloit
pas pour cela allumer le feu de la guerre
civile . Le recours au Corps Légiflatif étoit ouvert
à la vile de St. Perre , & elle y avoit
envoyé des Députés particuliers . Quant au Repréfentant
du Roi , il ne pouvoit le difpenfer
de fe tenir uni à l'Affemblée Coloniale , qu'il
regardoit comme légalement conftituée , & ik
paroît qu'il ne s'étoit pas trompé , puifque l'Affemblée
Conftituante a reconnu cette légalité
après examen fait des plaintes de St. Pierre ,
vraifemblablement lui ont paru peu fondées . »
Troisième queftion. Le 17 Septembre 1790 ,
un Détachement du Parti de St. Pierre attaqua
un pofte avancé des Planteurs. Le Sentinelle
qui étoit un Mulâtre , fut furpris & égorgé. Le
23 & le 24 du même mois , nouvelles hoftilizés
; on vint enlever à la campagne des Nègres
& des mulets. Le 25 , quinze cents hommes
avec quatre pièces d'artillerie s'avancèrent dans
Fintérieur des terres pour attaquer les Planseurs
. Ce Corps fut entièrement défait par une
poignée d'Habitans & de Mulâtres , dans des
défilés où il s'étoit engagé . Il laiffa fur le champ
de bataille plus de 300 morts , toute fon attillerie
, & environ 80 Prifonniers ; avoir empêché
long -temps pas des Corfaires armés qu'il n'arvar
aucuns vivres aux Planteurs , afin de les
4C
( 349 )
J
réduire par la famine , feut bien paffer auffi
pour une hoftilité . C'eft donc le Parti de Saint-
Pierre qui a été l'Agreffeur . Les Planteurs manquoient
tellement de moyens , qu'il n'étoit pas
poffible qu'ils fongeaffent à attaquer. C'étoit
beaucoup qu'ils le cruffent en Etat de fe défendre
; mais ils avoient pour eux les difficultés
des lieux où ils s'étoient retirés , & ce courage ,
qui naît de la confcience d'une bonne caufe ,
& de la néceffité de retirer à des ennemis implacables
qui avoient dévoué à la mort & au pillage
la plupart d'entr'eux . »
Quatrième question . « Ceux qui fe plaignent
aujourd'hui d'avoir été retenus en prifon , font du
nombre de ces prifonniers faits à l'affaire du 25
ſeptembre , les armes à la main . Deux font étran
gers ; l'un eft Génois , l'autre Anglois . Ces prifonniers
étoient fort à charge aux planteurs qui
manquèrent long- temps de vivres . Dès qu'on
put avoir un navire on les envoya en France . Si
on confidère de quel crime ils s'étoient rendus
coupables en venant fans raiſon attaquer les
Planteurs jufques dans leurs foyers , fi on fe
rappelle que le Décret du 8 mars avoit déclaré
criminels envers la Nation ceux qui formeroient
des attroupemens contre les Habitans , on trouvera
fans doute que leur peine a été bien légère.
D'autres qui ont parlé à la barre font ceux
qui étoient à la tête du parti de Saint - Pierre.
L'un d'eux a prétendu qu'il n'étoit paſſé à la Martinique
que fur un ordre du Gouverneur de la
Guadeloupe ; mais il s'est bien gardé de dire ,
que ce Gouverneur étoit alors retenu en prifon s
que cet ordre fut extorqué par la force , & révo
qué quand le Gouverneur cut recouvréſa liberté, »
1
( 350 )
Il- paroît qu'en dernier lieu , les perturba
teurs du repos. públic ont voulu exciter un mouvement
général dans toutes les lles - du - Vent.
L'équipage du vaiffeau l'Eole a fait à la Martinique
une forte d'infurrection qui a bientôt été
appaifée. Celui de l'Embuſcade a forcé fon commandant
à revenir en France.
x CL
avoient commence &
A la Guadeloupe les Grenadiers du régiment
ci-devant Forêt , en garni on à la Pointe - à- Pitre ,
une infarrection ; les habitans
ayant à leur tête le Gouverneur & le Préfident
de l'Affemblée coloniale , ont marché à eux ,
ont arrêtés &! défarmés »
les
A Sainte-Lucie la garnifon s'étoit aufli mife
eninfurrection , à l'inftigation de quelques brouillons
du Bourg de. Caftries. Les Habitans & les
gens de couleur ont pris les armes , ont envitonné
la ville & le morne fortuné. Ce mouvement
en a impofé aux foldats . Ils font rentiés
dans le devoir , & ont nommé les auteurs
du défordre. Les Habitans ont demandé aur
Commiffaites civilst l'éloignement d'un certain
nombre de foldats , & juftice des perturbateurs
du repos public , ' ce qui a été accordé . Il y a lieude
croire que ces exemples de fermeté & d'énergie
aflureront la tranquillité publique aux Iflesdu-
Vent. »
«La Guadeloupe ayant appris les dangers qu'a
courus M. de Damas en débarquant à Cherbourg.
"L'Affemblée coloniale lui a témoigné par une adreffe
Ja part qu'elle y a pris , clle a fait en même.
temps des adreffes de remerciement à la Muni-'
cipalité & à la Garde nationale de Cherbourg ,
pour la protection qu'elles avoient accordée à cet
ancien Commandant général des Lfes-du-Vent.'
( 3529
Il est très Batteur fans doute pour un bon Citoyen,
de recevoir un pareil hommage de la part des
Habitans d'un pays , où il vient d'exercer une
grande autorité.
Iheft à obferver que , lorfque les Perturbateurs
de la
Martinique font venus faire
retentir leurs
accufations & leurs inpoftures
dans la Salle de
l'Affemblée Nationale
, le préfident leur a répondu avec le
plus grand férieux : Je vous rends grace ,'
au nom de l'Ajemblée Nationale , des lumières
que votre
patriotisme lui apporteſur
les troubles des Colonies.
Le Parti qui en a conjuré la perte , s'eft
étudié , depuis trois feniaines , à repréfenter
St. Domingue comme abfolument tranquillifé
, & toute femence de révolte,
comme étouffée. Il a fait inférer dans les
Journaux de la femaine dernière de prétendues
lettres arrivées à St. Malo ; enfuite ,
on a vu paroître dans le Journal de Paris ,
& dans la Gazette
Univerfelle des lettres ›
reçues au Havre par M. Foache. Ces Correfpondances
font autant de fictions : M.
Foache n'a point reçu de lettres ; nous en
fommes certains . Ces impoftures de Jour
maux n'ont d'autre but que de faire croire ,
à l'inutilité des fecours que réclament les
Colons , & de feconder les efforts de ,
ceux qui travaillent à en arrêter l'envoi.
L'état de la Colonie n'a point ceffé d'être
( 352 )
alarmant , ni d'exiger une grande affiftance :
on verra la preuve de cette vérité dans la
lettre fuivante du Cap , dont l'original eft
entre nos mains .
Au Cap , le 18 Octobre 1791 .
cc J'ai eu l'honneur de vous marquer que les
Gens de Couleur de l'Oueſt , s'étant réunis en
force , avoient contraints les Blancs à accepter
un concordat déshonorant pour ces derniers , &
dont les avantages étoient fort au deffus de ceux ,
accordés par les Décrets de l'Affemblée Nationale
, à ces Gens de Couleur . »
« Peu de jours après , M. Caradeux , Capitaine
Général des troupes Patriotiques de
l'Ouest , homme dangereux , s'eft mis dans la
tête de marcher contre les Mulâtres , défapprouvant
le traité honteux fait avec eux , & prof
crivant tous les Blancs qui y avoient accédés
les dernières lettres du Port-au -Prince annoncent
qu'il devoit le mettre en campagne avec les deux
bataillons de Normandie , & d'Artois & les
Gardes Nationales ; mais comme les Gens de
couleur avoient foulevés plufieurs Atteliers , &
qu'ils fe trouvoient , au moyen de ces appuis,
très -fupérieurs à ceux qui vouloient les attaquer ,
les gens éclairés défapprouvent fort une pareille.
démarche , la regardent comme très- impolitique ,
& tremblent fur les fuites qu'elle doit avoir. »
>
« En effet , fi , comme tout le fait craindre ,
les gens de couleur ont le deffus , tous ceux de
cette cafte vont s'armer contre nous , & exterminer
l'efpèce blanche ; ils ont la mort d'Ogé
& de fes complices fur le coeur , ils ne cherchent
que l'occafion de la venger, & ils profiterons
( 353 )
avec empreffement de nos imprudences , de notre
foiblefle , pour le faire . »
сс Quant à ceux de la Province du Nord
ils étoient affez bien conduits jufqu'à une certaine
époque . La plupart font encore employés
à notre défenſe & à la deftruction des Noirs
révoltés ; mais il y a environ quinze jours ,
qu'ane troupe de Mu'âtres s'eft formée , qu'elle
s'eft jointe aux brigands , & qu'elle retient auprès
d'elle un fieur Charpentier , procureur de
plufieurs habitations , qui , comptant de ramener
ces gens de couleur à leurs devoirs , & fe
fiant beaucoup à l'afcendant qu'il avoit toujours
eu fur leurs efprits , s'étoit déterminé à les aller
joindre dans leur camp : on n'en n'a pas entendu
parler depuis , & plufieurs perfonnes croient qu'il
a été tué. Cependant , ces Mulâtres n'ont encore
commis aucune hoftilité ; mais ils ne répondent
rien aux propofitions qu'on leur fait ,
& ils ne forment eux- mêmes aucune demande . »
Leur conduite , leur filence annoncent pourtnt
de grands projets ; puifqu'ils augmentent
chaque jour leurs forces , foit par des gers
de leur claffe , foit par ceux de l'efpècé
noire notre pofition devient donc plus allarmatte
, & tout tend à prouver que l'infurrection
dee nos atteliers , eft l'ouvrage des gens de couleur.
Les quartiers du Fort Dauphin & de Maribaroux
font encore intacts. Les nègres y travaillent
, & fe conduifent bien ; mais on craint que
toute la Colonie ne foit embrâfée , parce que
nous n'avons aucuns moyens de réfiſter à l'orage ;
il nous faudroit 10 à 2 mille hommes de bonnes
troupes , avec un Général ferme & inftruit ; alors
nous nous tirerions peut- être de ce mauvais pas à
( 354 )
mais le danger eft trop preffant , & les fécours
trop éloignés pour avoir quelques efpérances .
Avant hier Lundi , on a communiqué
à l'Affemblée Nationale des nouvelles du
Port- au- Prince , en date du 3 Novembre ,
arrivées à Nantes. Elles nous apprennent
que le 23 Octobre les Gens de couleur ont
fait ratifier par un Traité de paix formel ,
le Concordat arraché aux Biancs de l'Ouest
au mois de Septembre . Il eft donc à croire ,
ou que l'expédition de M. de Caradeux ,
dont il eft parlé dans la lettre qu'on vient
de lire , a avorté , ou qu'elle n'a pas eu
lieu ; & que , dans tous les cas , les Gens
de couleur feront reftés les plus forts.
Les Conflitutionnaires Jacobins & les
Conftitutionnaires Miniftériels s'intitulent
chacun de leur côté , & exclufivement,
Amis de la Conftitution . Mutuellement,
ils fe traitent de parjures & de traîtres à
cette même Conftitution. La faine partie
du Public ne s'intéreffe nullement à ce
procès d'amitié ; elle s'attendoit que ces
illuftres rivaux le videroient à coups de
poing & de bâton ; ce qui nous ramène
de plus près aux temps héroïques , dont ces
Meffieurs ont toutes les vertus. La Révolution
faite en commun , ils ont procédé fans
fe confulter, au partage des lots . Les Miniftériels
ont accaparé , avec la prudence &
le défintéreffement qui les caractériſent , les
( 355 )
places , les émolumens , les gratifications.
Il eft refté aux Jacobins l'influence , la popularité,
& le pouvoir de fait. Bientôt ces
deux cabales du même Parti ont manifefté
la foif d'envahir leurs domaines refpeifs .
Les Jacobins ont emporté une grande
partie des emplois Municipaux , Adminif
tratifs , & des Siéges de la Légiflature . Leurs
Adverfaires fe font retranchés autour du
Gouvernement en le peuplant de leurs
créatures. Les Jacobins avoient leurs treteaux
; les Miniftériels ont élevé les leurs :
tous ont appellé les Paflans , en leur difant :
Ceft nous quifemmes les véritables vendeurs
d'orviétan ; nos Confrères font des fauffaires
tous ont gravé la Conftitution fur
leur étendart : ainfi , dans l'ancienne Rome,
on vit l'armée de Céfar & celle de Pompée
déployer également l'aigle foudroyant ,
Tymbole de la force , & attribut de la République.
:
C'eft aux Feuillans , à cent pas de leurs
rivaux , que les Conftitutionnaires , ci -devant
logés à l'enfeigne de 1789 , avoient
placé la métropole de leur empire. Ils ne
formoient point un corps compact comme
les Jacobins ; car il y a cent milie manières
d'adorer la Conftitution , & l'ef
prit des fidèles erre dans ces efpaces ; mais
il n'y en a qu'une de vouloir le défordre ,
& de l'opérer. On voit donc tout de fuite
que les Jacobins ont l'avantage d'un ſyf-
+
13569
tême , auffi fimple qu'utile à tous ceux qui
ont befoin de l'anarchie.
Si l'on demande de quels élémens fe
compofe ce Club des Feuillans , la réponse
n'eft pas facile. Il renferme d'abord des
Révolutionnaires modérés par principes ,
ou par caractère , & qui penfent qu'en
confcience la République a bien affez de
trois ans d'horreurs & de misère , & qu'il
faut en finir. Viennent enfuite de véritables
amis de l'ordre , qui , fans trop difputer fur
la théorie des Loix , defirent que , bonnes
ou mauvaiſes , celles que nous avons dans
les archives de M. Camus , foyent enfin
exécutées . Une troifième claffe improuve
une partie de la Conftitution , mais juge
effentiel de la défendre juſqu'à fa réforme ,
& de la préferver en même temps des
fureurs du Jacobinifme , & des contre-révolutions
de l'extérieur. Ces différens motifs
font tous également louables dans leurs
intentions , & ils fuppofent dans cette partie
des Feuillantins de fort honnêtes gens ;
mais à leur tête font d'anciens Chefs de
parti décrédités , enragés contre la fuprématie
des Jacobins , & devenus Mona →
chiftes , parce que leurs ennemis font devenus
Républicains ; des Intrigans qui ,
depuis trois ans n'ont rêvé que places &
fortune ; foudoyés par les Miniftres fous
Le règne de l'Aflemblée Conftituante , &
qui ayant épuifé la lifte civile d'une année ,
( 357 )
f
*
trouvent ce métier infiniment meilleur que
celui des Sans- Culottes ( 1 ) . Entendez dans
la fociété la plupart de ces Démagogues
détrônés ; la Conftitution eft impraticable ;
elle doit néceffairement périr ; on a trop
méconnu les dangers d'une liberté mal combinée.
Ecoutez - les en public ; ils ne veulent
que la Conflitution , rien que la Conftitution;
la Conftitution ou la mort. Sur leur parole
des Innocens prennent ces mots à la lettre ,
& les hurlent par échos , comme les Mufulmans
crient l'Alcoran , rien que l'Alcoran
, l'Alcoran ou la mort. Cette troupe
d'efprits fimples & enthouſiaſtes forment la
dernière & l'une des plus nombreuſes Sections
du Club Feuillantin. Je ne fais pas un
article Téparé de quelques - uns des Pères de
la Conftitution , que la vanité attache à leur
ouvrage , qui , par fauffe honte , n'ofent
avouer leurs erreurs , & qui fe confondent
plus ou moins avec les deux premières
claffes que nous avons défignées .
Le com at entre les Jacobins & ces Feuillans
a commencé par l'efcarmouche des
libelles ils placardoient , ils placardent
(1 ) Ce n'eft pas fans en avoir les preuves
pofitives , que je cite cette fcandaleuſe vénalité ,
& je prouverai , en temps & lieu , qu'il a regné
dans ce parti du Corps conftituant une corrup
tion de tout genre , dont le Parlement d'Angleterre
n'approcha en aucun temps ,
((-358 )
2
encore les rues des plus cruelles vérités ſir
leur compte refpectif. Ils fe dénoncent aux
Peuples comme des fcélérats. Des diffamations
ils ont paffé aux coups . Pour fe
rendre populaires , les Feuillans avoient
ouvert leurs féar ces au Public ; les Jacobins
ont garni les galeries ; ils ont infulté
quelques- uns des Differtateurs , entr'autres
M. Barnave , traité d'homme à double face ,
& MM. d'André , Chapelier , &c, Enfin ,
vendredi , le Club fut affailli par le Peuple
Jacobite ; le Peuple Conftitutionnaire appella
vainement la Garde , le Commiffaire
de Police. Celui- ci fut obligé de figner
qu'il n'étoit point Membre de la Société
Feuillantine ; celle - ci fut obligée de ſe
féparer , on prétend que quelque - ins des
anciens Conftituans reçurent des gourmades.
Lundi foir , le tapage a recommence
; mais la Garde a prévenu une
nouvelle invafion du Club ; enfin un Décret
de l'Affemblée a ordonné que cette Société
forte de fon enclos , & qu'elle aille pérorer
dans un autre local.
Nulle violation de la liberté & de la
Loi n'eft plus caractérisée . Si nous a ins
un Gouvernement , l'aggreffion des Jacobins
feroit punie ; mais il eſt aifé de comprendre
que c'est ici un combat de dogues
contre des finges , & que les Feuillans
feront écrafés comme le fut le Club
Monarchique. Or , qui plaindra ces Feu
( 359 )
lans , en fe rappellant la baffeffe & la tyrannie
de leurs Chefs , au moment où l'on
opprima les Morarchiftes ; en fe rappellant
la dénonciation de M. Barnave , &
le pain empoisonné qu'il faifoit diftribuer
Far la Société Monarchique ; & les maximes
populaires , & la fouveraineté du
Peuple , & la tendreffe Conftitutionnelle ,
dont ce niême M. Barnave , MM. de Lameth
, d'André , Beaumetz , faifoient étalage
pour exterminer cette Société , & pour
foutenir les violences commifes en plufieurs
Villes contre des réunions de même nature ?
Jadis auxiliaires des Jacobins dans leur
grand oeuvre d'oppreffion , & aujourd'hui
leurs victimes ; cela eft dans l'ordre.
Difcite juftitiam moniti .
Nous garantifors comme une nouvelle
certaine , que le 17 , on a arrêté à Worms ,
un Garde national des frontières , déguifé
en Chevalier de Malthe , & affocié à 40
autres individus , dont plufieurs font auffi
dans les fers , & qui le 18 devoient exécuter
le complot d'affaffiner M. le Prince de
Condé aux premières interrogatoires ils ont
avoué le forfait , fes Auteurs, fes moyens, &
fes circonftances. M. le Duc de Bourbon eft
parti le 20 pour avertir les Princes à Coblentz
d'être fur leurs gardes.
Plufieurs lettres de Breft en date du 17
( 360 )
& du 18 , annoncent qu'on y attend MM.
d Dillon & Malouet , pour les traiter
comme M. de la Jaille. Ces difpofitions
font la fuite de l'avis donné par Briffot
dans fa Gazette , que ces deux anciers
Députés étoient nommés par le Roi , Plénipotentiaires
à St. Domingue : il eft à
remarquer qu'ils font Colons tous les deux ;
qu'il feroit très-naturel que , pour leur propre
compte , ils vouluffent dans les circonftances
actuelles fe tranfporter fur leurs
habitations. Ce feroit alors pour
Jacobins une preuve acquife de leur miffion
, & de-là fuivroit l'exécution du Mandement
de Briffot. Peut - on voir fans
frémir un pareil ordre de chofes ? Quelle
Conftitution quel Gouvernement que
celui qui laiffe le droit au plus miférable
Gazetier , de faire affaffiner d'un bout
du Royaame à l'autre , les victimes qu'il
défigne aux Clubiftes !
-
les
AVERTISSEMENT
SUR le Mercure François , Politique
Hiftorique & Littéraire.
A compter du premier Janvier prochain ;
M. DELAHARPE fera chargé feul de toute la
partie littéraire de ce Mercure , excepté les
Spectacles , dont M. FRAMERY rendra compte.
M. MARMONTEL donnera un Conte , tous les
premiers Numéros de chaque mois.
M. MALLET- DUPAN eft feul chargé de
politique & hiftorique. "
partie
Cette partie
littéraire
fera déformais
plus
rapprochée
de fon objet particulier
, qu'elle
n'a pu
Pêtre dans le Mercure
de France
; & ce changement
eft la fuite naturelle
des circonstances
.
Sans doute
on n'a pas pu faire un reproche
à
l'Auteur
d'avoir
fuivi , à une époque
fi importante
, le mouvement
général
& irrésistible
qui
concentroit
toutes les facultés
de l'efprit
& toutes
les forces
du talent
dans le premier
de tous les
intérêts
, la Liberté
. Ses fentimens
& fes principes
font affez connus
pour que l'on doive être
bien für qu'ils feront
toujours
les mêmes
. Mais
heureuſement
la Conftitution
eft achevée
; &
ce doit être un de fes bienfaits
de nous rendre de jour en jour à la culture
des arts & aux jouiffances
de l'efprit
. Ainfi , toutes
les Productions
littéraires
qui mériteront
d'être analyſées
, feront
particulièrement
l'objet
de ce Journal
; on reviendra
même
quelquefois
fur celles qu'il avoit fallu
laiffer
en arrière
, & dont on n'avoit
pu mettre
que
les titres fur la couverture
: ces fortes
de titres
J
A
( 2 )
F'auront plus lieu ; & il y aura des notices pour
tous les Ouvrages annoncés.
Tous les Livres , la Mufique , les Eftampes.
les Cartes , les Avis , les Poéfies de toute eſpèce ,
Enigmes , Logogriphes , Charades , &c. doivent
être adreffés à M. DELAHARPE , rue du Hazard
No. 2.
Pour ce qui concerne les Abonnemens , il faut
s'adreffer à M. GUTH , au Bureau du Mercure ,
hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Le prix de ce Journal eft actuellement de
36 liv. pour les Départemens , & de 33 liv.
pour Paris.
Avis de M. PANCKOUCKE.
JE crois devoir rendre compre au Public &
aux Soufcripteurs du Mercure de France , dédié au
Roi, des motifs qui viennent de me déterminer
à rendre le brevet de ce Journal & à reprendre
le Journal de Politique & de Littérature , compoſé
d'abord par MM. Linguet & Fontanelle , enfuite
par M. de la Harpe , quant à la partie littéraire; &
par M. Mallet-Dupan , quant à la partie politique.
Ce Journal reparoît de ce jour , fous le titre de
Mercure François , Politique , Hiftorique & Littéraire.
J'ai obtenu il y a environ douze ans le Privilège
exclufif du Mercure & des Journaux
Politiques , & depuis quelques années celui de
la Gazette de France , moyennant des redevances
convenues & arrêtées par les Miniftres des dif
férens Départemens.
A l'époque où je pris le Mercure de France
il avoit ruiné mon prédéceffeur , à qui il a coûté
plus de cent mille livres. On l'offrit à toute la
Librairie , & perfonne n'en voulut, Ma pofiz
( 3 )
"
tion feule me permettoit de le fauver. Je conçus
alors l'idée de le faire paroître toutes les femaines
au lieu de tous les mois , & de le joindre au
Journal Politique & Hiftorique , dit de Bruxelles
dont je fuis propriétaire , & dont j'avois alors
près de fix mille foufcriptions. J'eus l'attention
de diftinguer les deux Journaux , afin de conferver
ma propriété en cas d'événemens. J'y
joignis pareillement les foufcriptions du Journal
des Dames , par Dorat ; du Journal des Speetacles
, par.... ; du Journal de MONSIEUR , par
M. Paliffot , &c. &c. dont j'ai acquis les propriétés
& les foufcriptions. Ces combinaifons ,
pour lesquelles je fis de grands facrifices , fauvèrent
le Mercure de France & me mirent dans le cas
d'en payer les penfions & redevances . J'ai tenu
rigoureufement mes engagemens , tant que j'ai
joui de mon privilège.
La Révolution eft arrivée , elle l'a anéanti ; &
quoique dès ce moment je ne fuffe plus tenu
à'aucune redevance , cependant je les ai payées
en 1789 , 1790 & 1791 , & même d'avance
malgré une concurrence très -dangereufe & les t
efforts multipliés que l'on a faits des 1789 , pour
m'enlever les Soufcripteurs , & faire tomber mes
Journaux ; les uns ayant cherché à corrompre
mes Commis ; les autres ayant offert de donner
leurs Journaux gratis , pendant trois mois , fi les
Soufcripteurs vouloient m'abandonner.
Je n'ai point prétendu être généreux dans la continuation
de ces paiemens & redevances , dont
tous les autres Journaliſtes fe font affranchis ; ils
m'ont paru un acte de convenance ; car mes Journaux
ayant augmenté en foufcriptions dans les
premiers mois de la Révolution , & étant content
de mon fort avant cette époque , il m'a femblé
A 2
( 4 )
qu'il y anroit de la déloyauté à ne pas m'exėcuter
à cet égard.
Mais une foule de Journaux s'étant bientôt
établie , & le Public ayant partagé les faveurs à
cet égard, le Mercure de France , qui , comme je
viens de le dire , avoit augmenté d'un certain nombre
de foufcriptions au commencement de 1789 , en
a perdu depuis plus de 2500 ; & cette année , il eft
en perte d'une fomme confidérable ( 1 ). Le fort de
la Gazette de France a été encore plus malheureux ;
ellene rend point aujourd'hui la moitié de fes frais ;
effet inévitable d'une concurrence devenue de
jour en jour plus deftructive , & dont je n'ai pas
le droit de me plaindre. Je viens de la rendre
au Département des Affaires étrangères.
Un Miniftre du Roi , inftruit de má pofition ,
m'avoit, fur mes repréſentations , accordé une diminution
fur mes redevances , qui devoit avoir
lieu au premier Janvier prochain. Ce nouvel
arrangement m'a donné , pendant quelques inftans
, l'efpérance de pouvoir continuer le paiement
des penfions ; mais une circonftance majeure
a renversé toutes mes combinaiſons à ce fujet.
L'Affemblée Nationale a décrété, dans fa Séance
du Mercredi 17 Août , ce qui fuit :
Nombre XVII. « La taxe des Journaux & autres
» Feuilles périodiques fera la même pour tout le
» Royaume ; favoir , pour ceux qui paroiffent tous
(1) Cette perte fur le Mercure , les Journaux politiques
& la Gazette de France , s'élève à 32,225 liv.
J'ai offert aux Penfionnaires du Mercure de la leur
juftifier. La Gazette de France a perdu en 1789 , 9000 1.
en 1790 , 17224 liv. , & plus de 16000 liv. dans fes dix
premiers mois de 1791 : car elle fe fait au compte du
Département depuis le premier Novembre 17 , Je puis
produire de tout ce que j'avance les comptes les plus
rigoureux , a
5)
» les jours , de huit deniers pour chaque feuille d'im
» preffion , & pour les autres , de douze deniers ».
Cette taxe ne doit avoir lieu qu'au 1er Janvier.
Ce Décret devient pour moi une nouvelle
charge annuelle de plus de quatre- vingt-dix mille
livres dans l'état des foufcriptions que je me fuis
fait rendre au 15 Octobre dernier , & m'a forcé
de prévenir les Penfionnaires du Mercure de
France & le Miniftre des Affaires étrangères ,
qu'il me mettoit dans l'impoffibilité la plus abfolue
de payer aucunes redevances , ni penſions quelconques
à l'avenir ( 2 ) . Avant d'annoncer cette
douloureuſe nouvelle aux Penfionnaires du Mercure
de France , j'ai tout tenté pour obtenir foit
une modération de là grande Pofte , foit un
Décret additionnel ; je me fuis adreffé , recommandé
par les Miniftres du Roi , à M. l'Intendant-
Général des Poftes , au Député qui a été chargé de
la rédaction des Décrets fur le port des Journaux .
Je n'ai pu rien obtenir. Le réſultat de toutes mes
démarches a été que les Penfionnaires doivent repréfenter
leurs titres au Comité des Penfions, & que
ceux qui en ont de fondés toucheroient fur le Tréfor
National ce qu'ils recevoient fur les Journaux.
La Lettre que j'ai écrite aux Penfionnaires du
Mercure , & qui contient une partie des détails
ci-deffus , étoit terminée par cette phrafe : « J'ofe
» efpérer qu'ils fe fouviendront peut-être avec
39
quelque reconnoiffance , des facrifices que j'ai
» faits pour eux pendant les trente mois les plus
( 2 ) Sur le Mercure feul , il forme un objet du
double du port. Le Journal , compofe de cinq feuilles,
ne payoit que 2 fols 6 deniers ; il paiera 5 fols . C'eft
un objet d'augmentation fur ce feul Journal de plus
de 60 mille livres. Chaque Mercure paiera de port
weize livres.
( 6 )
➜ douloureux que j'aie paffés de ma vie , ceux
» de la Révolution » .
A cette Lettre MM. Chamfort , Laplace , Darnaud
, Marin , Boiffy , ont répondu par un Mémoire
fous le titre d'Obſervations , dont voici la
fubftance (3) :
- - Un
« Nos Penfions font hypothéquées fur le Mer-
» cure. Cet Ouvrage périodique eft notre gage :
» c'est lui qui nous répond de nos Penfions. S'il
» s'évanouit , nous devons les perdre ; mais s'il
» exifte encore , nos Penfions font inconteftables.-
» Cet Ouvrage périodique eft continué ; il a des
» Soufcripteurs. Il produit un revenu.
» Journal, avec ou fans privilège exclufif , eft tou-
» jours une propriété de fon Auteur , ou de fon
» Entrepreneur. Ce qui conftitue en forme cette pro-
» priété , eft , 1 ° . le titre du Journal (4) qu'un autre ne
» peut pas prendre fans commettre un vol ; 2°. les
» volumes ou collection de ce Journal qui forment
» le fonds de la propriété ( 5 ) . — M. Panckoucke
» n'a qu'un moyen pour ſe fouftraire aux paiemens
-
(3 ) Ces obfervations n'ont été fignées que par neuf
perfonnes , quoique les Penfionnaires foient au nombre
de vingt.
(4) Il existe à Paris deux Mercures , l'un fous le
titre de Mercure univerfel , l'autre National; comme il
y a auffi deux autres Journaux , l'un fous le titre de
Journal général , par M. l'abbé Fontenai ; & l'autre fous
le titre de Journal général de France. Un fimple changement
ou fuppreffion de mots dans le titre , comme
l'obfervent très -bien les Penfionnaires du Mercure ,
en conftitue la propriété. La même chofe a lieu en
Angleterre.
( 5 ) Il n'exifte & n'a jamais exifté chez moi de volumes
ou de collections du Mercure . La plupart même
des numéros de cette année manquent.

( 7 )
>> cure . -
des Penfions; c'eft de ne plus faire le Mer
Si le Mercure étoit auffi onéreux qu'il
» le dit , il l'auroit abandonné ; fi le Mercure
» ne pouvoit pas produire de quoi payer les
» Penfionnaires , il l'auroit prouvé ( 6). Il n'éta-
» blira pas que le Mercure ne donne aucun
» produit utile. L'augmentation des frais de
» port par les Décrets de l'Affemblée Nationale
» du 17 Août , n'est qu'une diminution de profit ,
» & non une détérioration de la propriété.
» D'après ces obfervations , les Penfionnaires
» du Mercure feroient obligés de faire décider
»la queftion du gage & de l'hypothèque devant
し>> les Tribunaux » ,
Je l'avouerai , cette réponſe de quelques Penfionnaires
m'indigna. Je me bornai à leur répondre
en deux mots : « Que je ne voulois
entrer dans aucune difcuffion , que je n'avois
» point traité avec eux pour cet ouvrage , mais
» avec le Miniftre de l'Intérieur ; que je ne re-
( 6) J'ai offert de leur adminiftrer cette preuve ;
& fi l'on perd actuellement , qu'on juge de la perte
énorme qu'il y auroit , en payant aux Poftes 60 mille
livres de plus de port , & en reftant chargé de penfions .
Les Penfionnaires du Mercure de France n'ont point
fait attention que j'ai ici une grande propriété à conferver;
car j'ai acquis des parts & intérêts donnés par
les Miniftres du Roi à différens particuliers fur le
Journal hiftorique & politique , pour une forme de plus de
cent mille livres ; favoir , à M. le chevalier d'Ab.....
ou fes repréſentans , ci . 60,000 liv
A la famille de M. Buffon , 4000 livres, au
principal de.
·
40,000
A M. R... , Soo livres , au principal de. 8,000
Ces acquifitions ont été faites par des actes devant
Notaires,
( 8 )
connoiffois ni leurs titres , ni leurs hypothe
» ques ".
Quelques-uns d'entre eux ne fe font point
bornés à ces obfervations ; on m'a calomnié
chez le Miniftre & dans le public . L'un d'eux
a même ofé dire dans mes bureaux , que fi je ne
payois pas les penfions au mois de Janvier , on
viendroit enlever mes regiftres de foufcription .
Les Penfionnaires pouvoient tenir une autre
conduite avec moi . Au refte , je fuis bien loin
de les accufer tous ; il y en a qui , malgré la
fuppreffion , de leurs penfions , m'ont donné les
plus grandes marques d'eftime & d'amitié , qui
ont fenti les coups que la Révolution a dû porter
à mon état , & qui généreufement fe font offerts
de continuer pour moi leurs travaux.
Dans la pofition où je me trouve , &
voulant prévenir toutes difficultés ; ne ,voulant
pas même qu'aucun des Penfionnaires du Mercure
puiffe me faire le reproche d'avoir gardé
un Journal qu'ils regardent comme leur gage ,
leur hypothèque , je viens de remettre au Miniftre
de l'Intérieur le Brevet du Mercure de France ; lui
feul auroit pu me le redemander au nom dù Roi ,
auquel il eft dédié.
:
LIVRES NOUVEAUX.
CODE politique de la publics eccléfiaftiques du
France , ou Glection | Département de l'Ardes
Décrets de l'Affem- deche. Prix , 15f APablée
Nationale ; tom. 14 ,
depuis le 15 Mijf
qu'au Jain. A Paris ,
chez les Marchands de
Nouveautés.
Zena , on la Jaloufie
& le Bonheur ; Rêve
fentimental ; par M. Villenterque
. A Londres ;
& fe trouve à Paris ,
chez les Marchands de
Nouveauté .
Hiftoire des Révolations
d'Angleterre , pour
fervir de fuite à celle du
par M. Pere d'Orlé
Turpin ; 2 vol . in- 12. Se
trouvent à Paris , chez
Régent & Bernard , Libraires
, quai des Auguf
tins , no . 37.
Notions générales ou
encyclopédiques ; par
M. le Brigant. A Avranches
, del'Imprimerie de
le Court. 1791 .
ris , chez Froullé , Imp.-
Lib. quai des Auguftins ,
n . 39 ; & Leclere , Lib .
rue St. Martin , près la
rue aux Ours , n° . 254.
Differtation fur les
variétés naturelles qui
caractérisent la phytonomie
des hommes
des divers climats &
des différens âges ;
fuivie de kéflexions (ur
la beauté , particuliérement
fur celle de la rête ;
avec une manicre nouvelle
de deffiner toute
forte de têtes avec la plus
grande exactitude : Ouvrage
pofthume de M.
Pierre Camper ; traduit
du Hollandais par H. J.
Janfen . On y a joint une
Differtation
du même
Auteur fur la meilleure
forme des fouliers ; le
tout enrichi de II
Planches entaille-douce.
Lettre de M. l'E- Broch. in- 4º . Prix , 9 l.
vêque de Viviers à MM. A Paris , chez H. J. Janles
Curés , Vicaires , fen , Imp. Lib. Cloîre
& autres Fonctionnaires Saint-Honoré ; & à la
Haye, chez J. Van Cleef, || 24 , le Dimanche 25
Lib. fur le Spuy.
Le Club des Bonnes
Gens , ou le Curé Français
, Folie en vers & en
deux Actes , mêlée de
Vaudevilles
& d'Airs
nouveaux , repréſentée ,
pour la premiere fois ,
à Paris , au Théâtre de
MONSIEUR , le Samedi
& leLundi 26 Sept. 1791;
par le Coufin Jacques.
Prix , 24 f. Chez Froullé ,
Imp. Lib. quai des Angullins
, n°. 39 ; chez
l'Auteur
rue Phelipeaux
, nº. 15 , & à la
Salle du Spectacle , rue
Feydeau.
> .
Le prix de l'abonnement eft de trente-fix liv.
franc de port , pour la Province , l'Affemblée Nationale
, parfon Décret du 17 Acûr , ayant doublé
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente- treis liv. Il faut affranchir le por
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu do Directeur des Pofies. On fouf.
crit Hôtel de Thou rue des Poitevins. On s'adreffera
an fieur GUTH , Diredeur du Bureau de
Mercare. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois deJanvierfont
priés de renouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Its
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adreffes i
imprimées qui enveloppent le Journal.
LIVRES NOUVEAUX.
0
Paris , chez Prault
Imprimeur du Roi , quai
des Auguftins.
Hiftoire des champignons
de la France , ou
Trané élémentaire , renfermant
dans un ordre
ELOCE véridique de
Voltaire l'un des
Grands Homines qui
repofent au Temple de
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Froulle , Imprimeur Libraire
, quai des Auguftins
, n . 39, & Le- mothed que les defcripclete
, Lib. rue Saini- tions & les figures des
Martin , près la rue aux champignons qui croit-
Ours , u . 254- fnt naturellement en
Polyglot , ou Tra- France ,; par M. Bulliard;
duction de 1 Confitu tome in fol. Prix ,
tion Fra cafe dans les 14 v. bech.cn carton
Langues les pus fitées avec but Planches , dont
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He l'Imprimerie du Cer moyen de l'impreflion ;
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e Français , n . 4 & an hdmilienferchez
les principauxLib.me seferi tions . A
Troj . 19. Lan Paris , chez l'Auteur ,
de
Troifieme de la Liberté
Françaife.
Voyage à Madigafcar
Saux Ines Orientales ;
par M. l'Abbé Roch n ,
del'Académie des Sciences
de Paris & de cele
le Petersbourg , Altro
ome de la Marine ,
Sarde du Cabinet de
hyfique du Roi , Infpecur
des Machines des
Monnaies in S. A
c
Ile Saint Louis , n . 1,
en face du - Rouge ;
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quar des Auguftins ;
B. , ru Saint-Jacques ;
Bizin , ras & hôtel Serpente
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dans les campagnes ; dediée
au Roi , par M.
dél'Auteur
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Vachier , Docteur Ré- les Ecoles de Chirurgies -
gent de la Faculté de
Médecine ; tom. 12 , 13 ,
Mequignon l'amé, Lib.
rue des Cordeliers , près
& Croullebois rue des
Mathurins,
Le prix de l'abonnement eft de trente- trois liv
franc de port , tant pour Paris que pour la Pro
vince. Il faut affranchir le port de Largent &
la lettre , & joindre à cette dernière, le reps da
Directeur des Peftes. On fouferit Hôtel de Thes
The Poitevins. On s'adreffera au feur Gura
Diner du Bureau du Mercure. L'abonnement ne
peutoir lieu que pour l'année entiere .
Mieurs les Souferipteurs du mois deJanvier for
priés renouveler de bonne heure leur abonnement
fin on ait le temps d'imprimer leurs adreffes
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Ils
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'ane
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adrefes
imprimées qui enveloppent le Journal.
LIVRES NOUVEAUX.
LETTRE de M. l'E- Broch . in 4. Pix , la
vêque de Viviers à MM.
les Curés , Vicaires
& autres Fonctionnaires
publics eccléfiaftiques du
Département de l'Ardeche
. Prix , 15 f. A Pa-
A Paris , chez H. J. Jan
fen , Imp. Lib. Cloitre
Saint Honoré ; & à la
Haye, chezJ. Van Cleef
Lib. fur le Spuy.
Lettre de Jacques- Anris
, chez Froullé , Imp.- toine Creuzé Latouche
du
Député de Cha: elleraut ,
àl'Allemblée Nationale,.
aux Municipalités & aux
habitans des campagnes
Département de la
Vienne ; troifieme édition
, corrigue & aug
mentée par l'Auteur.. A
Paris , de l'Imprimetie
du Cercle focial , rue du
Theatre Français , for
l'an trofieme de la. Li
berté.
Lib. quai des Auguftins ,
no. 39; & Leclere , Lib.
rue St. Martin , près la
Lue aux Ours , no. 254
Differtation fur les
variétés naturelles qui
caractérifent la phylionomie
des honumes
des divers climas &
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fuivie de Réflexions fur
Ia beauté , particuliéreiment
fur celle de la tête,
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de deffiner toute
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grande exactitude ; Ouvrage
pofihume de M.
Pierre Camper ; traduit
du Hollandais par H. J.
Janfen. On y a joint une
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Auteur fur la meilleure
forme des fouliers ; le
tout enrichi de II
Planches en taille-douce.Prix , 24 f. Chez Froullé,
Le Club des Bonnes
Gens , ou le Curé Fran
çais, Folie en vers & en
deux Actes , mêlée de
Vaudevilles & d'Airs
nouveaux ; repréfentée ,
pour la premiere fois ,
à Paris , au Théâtre de
MONSIEUR , le Samedi
24 , le
Dimanche 25
& leLundi 26 Sept. 1791 ;
par le Coufin Jacques.
Imp.- Lib. quai des Aut- || Prix d'Eloquence de l'Aguftins
, n . 39 ; chez
l'Auteur rue Phelipeaux,
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Eloge de J.J. Rouffeau,
qui a concouru pour le
cadémie Francaife
l'année 1791 par M.
Thierry , Membre de
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Paris chez les Marchands
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la lettre , & joindre à cette dernière le res
Directeur des Poftes. On fouferlt Hôtel de
rue des Poitevins. On s'adreffera au fear Go
Directeur du Bureau du Mercure. L'abonnement ne
peut avoir lieu que pour l'année entiere.
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priés de renouveler de bonne heure leur abonnement
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Grands Hommes qui
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quai des Auguftins
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cle focial , rue du Théatre
Français , nº . 4; &
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troifieme de la Liberté
Françaife.
Eloge de J.J. Rouffeau ,
qui a concouru pour le
Prix d'Eloquence de l'Académie
Françaife , en
Thierry ,
l'année 1791 ; par M.1 habitans des campagne
Membre de du Département de la
plufieurs Academies. All Vienne ; troilemé édi
Paris chez les Marchands
de Nouveautés.
Lettre de Jacques- Anroine
Creuzé Latouche ,
Député de Chatellerau ,
àl'Affemblée Nationale,
aux Municipalités & aux
tion , corrigée & aug
mentée par l'Aurcar, A
Paris , de l'Imprimerie
du Cercle focial , rue du
Théâtre Français , nº. 4 ,
l'an troifieme de la Liberté.
prix de l'abonnement eft de trente fx liv.
de port pour la Province, Affemblés No
tionale parfon Décret du 17 Août , ayant doubl
re de ce Journal. L'abonnement pour Pois
trente-trois liv. Il faut affranchir le pors
argent & de la lettre , & joindre à cette
Miere le reçu du Directeur des Poftes, On fouf |
Hôtel de Thou , rue des Poitevins. On s'aarra
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Mure L'abonnement ne peut avoir lieu que
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afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreſſes ,
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LIVRES NOUVEAUX.
depuis le 15 Mai juf
qu'au 7 Juin . A Paris
chez les Marchands de
Nouveautés.
Zena , ou la Jaloufie
& le Bonheur ; Rêve
fentimental ; par M. Villenterque
. A Londres ;
chez les Marchands
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Nouveautés
..
TABLETTES du pre
mier Corps Légiflatif ,
remiles à un de fes
Membres le 28 Septembre
1791 ; fuivies de
quelques idées fur l'état
préfent des Finances ; &
de l'examen de celles de
MM. Montefquiou ,
Haullemann &Claviere.
Prix , liv. 41. A Paris ,
de l'Imp .de H. J. Janfen
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Hiftoire des Révolu-
Recherches fur l'érations d'Angleterre , pour
de la Pharmacie , confi - fervir de fuite à celle du
dérée dans fes rapports
Pere d'Orléans ; par M..
à la Médecine des Dé- Turpin ; 2 vol. in-12 . Se
partemens de la Mari- trouvent à Paris , chez
ne , auxquelles on a
joint des Notes , pour
fervir de réponſe au dernier
Mémoire des Chiurgiens
des vaiffeaux du
Roi ; par M. Elie de la
Poterie , Docteur en
Médecine , & premier
Médecin de la Marine
à Bre . A Paris , chez
tes Marchands de Nous
veautés.
Régent & Bernard , Libraires
, quai des Auguf
tins , n . 37.
Notions générales ou
encyclopúdiques ; par
M. le Brigant . A Avranches
, del Imprimerie de
le Court. 1791 .
Lettre de M. l'Evêqne
de Viviers à MM.
les Curés , Vicaires.
& aurres Fonctionnaires
publics ecclefiaftiques du
Département de l'Ar-
Code po que de la
France , ou Collection
des Décrets de l'Allem- deche. Prix , 15f . A Pa
blée Nationale ; tom. 14, ris , chez Froullé , Imp.
Lib. quai des Auguftins ,
no. 39 ; & Leclere , Lib.
démie Françaife ; par
M. de Leyie . A Paris ,
rue St. Martin , près la de l'Imeric de Mou-
Fue aux Outs , .254.rard , hôtel de Chirue
Elfai fur la Vie de des Mathurins ; m -8°.
M. Thomas , de l'Aca- de 300 pages.
Le prix de l'abonnamem eſt de trente- fix liv.
franc de pont pour la Province , Affemblée Nationale
, parfon Décret du 7 Août , ayant doublé
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Par
eft de trente-trois liv. Il faut affranchir le pozs
de l'argent & de la leure , & joindre à cette
dernière le reçu du Directeur des Poftes. On fouf
ari Kötet dsThou , rue des Poitevins. On s'adreffer
au fear GUTH , iredeur du Bureau da
Mara
L'abonnement ne peut avoir lieu que
pournée entiere .
Meffieurs les Sonfcripteurs du mois de Janvierfont
priés de nouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu ' ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n' rouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudrontbien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible, oujoindre à leur lettre une des aaroffes
inprimées qui enveloppent le Journal.
S
( 2 )
F'auront plus lieu ; & il y aura des notices pour
tous les Ouvrages annoncés.
Tous les Livres , la Mufique , les Eftampes ,
les Cartes , les Avis , les Poéfies de toute eſpèce
Enigmes , Logogriphes , Charades , & c. doivent
être adreffés à M. DELAHARPE , rue du Hazard ,
No. 2 .
Pour ce qui concerne les Abonnemens , il faut
s'adreffer à M. GUTH , au Bureau du Mercure ,
hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Le prix de ce Journal eft actuellement de
36 liv. pour les Départemens , & de 33 liv.
pour Paris.
Avis de M. PANCKOUCKE.
JE crois devoir rendre compre au Public &
aux Soufcripteurs du Mercure de France , dédié au
Roi , des motifs qui viennent de me déterminer
à rendre le brevet de ce Journal & à reprendre
le Journal de Politique & de Littérature , compofe
d'abord par MM. Linguet & Fontanelle , enfuite
par M. de la Harpe , quant à la partie littéraire; &
par M. Mallet-Dupan , quant à la partie politique.
Ce Journal reparoît de ce jour , fous le titre de
Mercure François , Politique , Hiftorique & Littéraire.
J'ai obtenu il y environ douze ans le Privilège
exclusif du Mercure & des Journaux
Politiques , & depuis quelques années celui de
la Gazette de France , moyennant des redevances
convenues & arrêtées par les Miniftres des différens
Départemens.
A l'époque où je pris le Mercure de France ,
il avoit ruiné mon prédéceffeur , à qui il a coûté
plus de cent mille livres. On l'effrit à toute la
Librairie , & perfonne n'en voulut, Ma pofiz
(3 )
tion feule me permettoit de le fauver. Je conçus
alors l'idée de le faire paroître toutes les femaines
au lieu de tous les mois , & de le joindre au
Journal Politique & Hiftorique , dit de Bruxelles ,
dont je fuis propriétaire , & dont j'avois alors
près de fix mille foufcriptions . J'eus l'attention
de diftinguer les deux Journaux , afin de conferver
ma propriété en cas d'événemens. J'y
joignis pareillement les foufcriptions du Journal
des Dames , par Dorat ; du Journal des Speetacles
, par.... ; du Journal de MONSIEUR , par
M. Paliffot , &c. &c. dont j'ai acquis les propriétés
& les foufcriptions. Ces combinaiſons
pour lesquelles je fis de grands facrifices , fauvèrent
le Mercure de France & me mirent dans le cas
d'en payer les penfions & redevances. J'ai tenu
rigoureufement mes engagemens , tant que j'ai
joui de mon privilège.
La Révolution eft arrivée , elle l'a anéanti ; &
quoique dès ce moment je ne fuffe plus tenu
à'aucune redevance , cependant je les ai payées
en 1789 , 1790 & 1791 , & même d'avance.
malgré une concurrence très-dangereufe & les
efforts multipliés que l'on a faits des 1789 , pour
m'enlever les Soufcripteurs , & faire tomber mes
Journaux ; les uns ayant cherché à corrompre
mes Commis ; les autres ayant offert de donner
leurs Journaux gratis , pendant trois mois , fi les
Soufcripteurs vouloient m'abandonner.
Je n'ai point prétendu être généreux dans la continuation
de ces paiemens & redevances , dont
tous les autres Journaliſtes fe font affranchis ; ils
m'ont paru un acte de convenance ; car mes Journaux
ayant augmenté en foufcriptions dans les
premiers mois de la Révolution , & étant content
de mon fort avant cette époque , il m'a femblé
A 2
( 4 )

qu'il y auroit de la déloyauté à ne pas m'exècuter
à cet égard.
Mais une foule de Journaux s'étant bientôt
établie , & le Public ayant partagé les faveurs à
cet égard, le Mercure de France , qui , comme je
viens de le dire , avoit augmenté d'un certain nombre
de foufcriptions au commencement de 1789, en
a perdu depuis plus de 2500 ; & cette année , il eft
en perte d'une fomme confidérable ( 1 ) . Le fort de
la Gazette de France a été encore plus malheureux ;
elle ne rend point aujourd'hui la moitié de fes frais ;
effet inévitable d'une concurrence devenue de
jour en jour plus deftructive , & dont je n'ai pas
le droit de me plaindre. Je viens de la rendre
au Département des Affaires étrangères.
Un Miniftre du Roi , inftruit de ma pofition ,
m'avoit, fur mes repréſentations , accordé une diminution
fur mes redevances , qui devoit avoir
lieu au premier Janvier prochain. Ce nouvel
arrangement m'a donné , pendant quelques inftans
, l'efpérance de pouvoir continuer le paiement
des penfions ; mais une circonftance majeure
a renverfé toutes mes combinaiſons à ce fujet.
L'Affemblée Nationale a décrété, dans fa Séance
du Mercredi 17 Août , ce qui fuit :
Nombre XVII. « La taxe des Journaux & autres
» Feuilles périodiques fera la même pour tout le
» Royaume ; favoir , pour ceux qui paroiffent tous
(1 ) Cette pérre fur le Mercure , les Journaux politiques
& la Gazette de France , s'élève à 32,225 liv.
J'ai offert aux Penfionnaires du Mercure de la leur
juftifier. La Gazette de France a perdu en 1789 , 9000 1.
en 1790 , 17224 liv. , & plus de 16000 liv . dans les dix
premiers mois de 1791 : car elle fe fait au compte du
Département depuis le premier Novembre 17. Je puis
produire de tout ce que j'avance les comptes les plus
rigoureux,
( 5 )
» les jours , de huit deniers pour chaque feuille d'im
» preffion , & pour les autres , de douze deniers ».
Cette taxe ne doit avoir lieu qu'au 1er Janvier.
Ce Décret devient pour moi une nouvelle
charge annuelle de plus de quatre-vingt-dix mille
livres dans l'état des foufcriptions que je me fuis
fait rendre au 15 Octobre dernier , & m'a forcé
de prévenir les Penfionnaires du Mercure de
France & le Miniftre des Affaires étrangères ,
qu'il me mettoit dans l'impoffibilité la plus abfolue
de payer aucunes redevances , ni penſions quelconques
à l'avenir ( 2 ) . Avant d'annoncer cette
douloureuſe nouvelle aux Penfionnaires du Mercure
de France , j'ai tout tenté pour obtenir foit
une modération de là grande Pofte , foit un
Décret additionnel ; je me fuis adreffé , recommandé
par les Miniftres du Roi , à M. l'Intendant-
Général des Poftes , au Député qui a été chargé de
la rédaction des Décrets fur le port des Journaux.
Je n'ai pu rien obtenir. Le réſultat de toutes mes
démarches a été que les Penfionnaires doivent repréfenter
leurs titres au Comité des Penfions, & que
ceux qui en ont de fondés toucheroient fur le Tréfor
National ce qu'ils recevoient fur les Journaux.
La Lettre que j'ai écrite aux Penfionnaires du
Mercure , & qui contient une partie des détails
ci-deffus , étoit terminée par cette phrafe : « J'ofe
» efpérer qu'ils fe fouviendront peut-être avec
" quelque reconnoiffance , des facrifices que j'ai
» faits pour eux pendant les trente mois les plus
( 2 ) Sur le Mercure , feul , il forme un objet du
double du port. Le Journal , compofe de cinq feuilles ,
ne payoit que 2 fols 6 deniers ; il paiera 5 fols. C'eft
un objet d'augmentation fur ce feul Journal de plus
de 60 mille livres. Chaque Mercure paiera de port
weize livres,
( 6 )
douloureux que j'aie paffés de ma vie , ceux
» de la Révolution ».
A cette Lettre MM. Chamfort , Laplace , Darnaud
, Marin , Boiffy , ont répondu par un Mémoire
fous le titre d'Obfervations , dont voici la
fubftance (3 ) :
« Nos Penfions font hypothéquées fur le Mercure.
Cet Ouvrage périodique eft notre gage :
» c'est lui qui nous répond de nos Penſions. S'il
» s'évanouit , nous devons les perdre ; mais s'il
» exifte encore , nos Penfions font inconteftables.-
Cet Ouvrage périodique eft continué ; il a des
» Soufcripteurs. Il produit un revenu. — Un
» Journal, avec ou fans privilège exclufif , eft tou
» jours une propriété de fon Auteur , ou de fon
» Entrepreneur. Ce qui conftitue en forme cette pro-
» priété , eſt , 1º . le titre du Journal (4) qu'un autre ne
» peut pas prendre fans commettre un vol ; 2°. les
-
volumes ou collection de ce Journal qui forment
» le fonds de la propriété ( 5 ).- M. Panckoucke
» n'a qu'un moyen pour fe fouftraire aux paiemens
(3 ) Ces obfervations n'ont été fignées que pat neuf
perfonnes , quoique les Penſionnaires foient aunombre
de vingt.
(4 ) Il exifte à Paris deux Mercures , l'un fous le
titre de Mercure univerfel , l'autre National; comme il
y a auffi deux autres Journaux , l'un ſous le titre de
Journal général , par M. l'abbé Fontenai ; & l'autre fous
le titre de Journal général de France. Un fimple changement
ou fuppreffion de mors dans le titre , comme
Jobfervent très - bien les Pentionnaires du Mercure ,
en conftitue la propriété . La mème chofe a lieu ea
Angleterre.
( 5 ) Il n'exifte & n'a jamais exifté chez moi de volumes
ou de collections du Mercure . La plupart même
des numéros de cette année manquent.
( 7 )
>> cure .
des Penfions; c'eft de ne plus faire le Mer
Si le Mercure étoit auffi onéreux qu'il
» le dit , il l'auroit abandonné ; file Mercure
» ne pouvoit pas produire de quoi payer les
» Penfionnaires , il l'auroit prouvé ( 6 ) . Il n'éta-
» blira pas que le Mercure ne donne aucun
» produit utile. L'augmentation des frais de
» port par les Décrets de l'Affemblée Nationale
» du 17 Août , n'est qu'une diminution de profit ,
» & non une détérioration de la propriété.
,,
-
D'après ces obfervations , les Penfionnaires
» du Mercure feroient obligés de faire décider
» la queftion du gage & de l'hypothèque devant
» les Tribunaux » ,
(C
Je l'avouerai , cette réponſe de quelques Penfionnaires
m'indigna . Je me bornai à leur répondre
en deux mots : Que je ne voulois
» entrer dans aucune difcuffion , que je n'avois
» point traité avec eux pour cet ouvrage , mais
» avec le Miniftre de l'Intérieur ; que je ne re-
( 6) J'ai offert de leur adminiftrer cette preuve;
& fi l'on perd actuellement , qu'on juge de la perte
énorme qu'il y auroit , en payant aux Poftes 60 mille
livres de plus de port, & en reftant chargé de penfions.
Les Penfionnaires du Mercure de France n'ont point
fait attention que j'ai ici une grande propriété à conferver;
car j'ai acquis des parts & intérêts donnés par
les Miniftres du Roi à différens particuliers fur le
Journal hiftorique & politique , pour une forme de plus de
cent mille livres , favoir , à M. le chevalier d'Ab ......
ou fes repréfentans , ci . 60,000 liv ·
A la famille de M. Buffon , 4000 livres , au
principal de. • • 40,000
· A M. R... , Soo livres , au principal de . 8,000
Ces acquifitions ont été faites par des actes devant
Notaires
( 8 )
connoiffois ni leurs titres , ni leurs hypothè
» ques ".
Quelques-uns d'entre eux ne fe font point
bornés à ces obfervations ; on m'a calomnié
chez le Miniftre & dans le public. L'un d'eux
a même ofé dire dans mes bureaux , que fi je ne
payois pas les penfions au mois de Janvier , on
viendroit enlever mes regiftres de foufcription .
Les Penfionnaires pouvoient tenir une autre
conduite avec moi . Au refte , je fuis bien loin
de les accufer tous ; il y en a qui , malgré la
fuppreffion , de leurs penfions , m'ont donné les
plus grandes marques d'eftime & d'amitié , qui
ont fenti les coups que la Révolution a dû porter
à mon état , & qui généreufement fe font offerts
de continuer pour moi leurs travaux.
Dans la pofition où je me trouve , &
voulant prévenir toutes difficultés ; ne voulant
pas même qu'aucun des Penfionnaires du Mercure
puiffe me faire le reproche d'avoir gardé
un Journal qu'ils regardent comme leur gage ,
leur hypothèque , je viens de remettre au Miniftre
de l'Intérieur le Brevet du Mercure de France ; lui
feul auroit pu me le redemander au nom du Roi ,
auquel il eft dédié.
LIVRES NOUVEAUX.
CODE politique de la publics eccléfiaftiques du
France , ou Cllection Département de l'Ardes
Décrets de l'A fem- deche. Prix , 15f A Pablée
Nationale; tom. 14 ,
depuis le 15 Meijf
qu'au Jain. A Paris ,
chez les Marchands de
Nouveautés.
Zena , on la Jaloufie
& le Bonheur ; Rêve
M.
ris , chez Froullé , Imp.-
Lib. quai des Auguftins ,
; nnoº.. 39 ; & Leclere , Lib.
rue St. Martin , près la
rue aux Ours , no . 254.
Differtation fur les
variétés naturelles qui
lenterque. A Loil caractérisent la phyfionomie
des hommes
& le trouve à Paris , des divers climats &
chez les Marchands de
Nouveautés.
des différens âges ;
fuivie de kéflexions fur
La beauté , particuliérement
fur celle de la rête ;
avec une maniere nouvelle
de definer toute.
forte de têtes avec la plus
grande exactitude : Ouvrage
pofthume de M.
du Hollandais par H. J.
Pierre Camper ; traduir
Janfen. On y a joint une
Differtation du même
Auteur fur la meilleure
forme des fouliers ; le
tout enrichi de II
Planches entaille- douce.
Lettre de M. l'E- Broch, in-4 °. Prix , 91.
, 9
vêque de Viviers à MM. A Paris , chez H. J. Janles
Curés , Vicaires , fen , Imp. Lib. Cloîre
& autres Fonctionnaires Saint-Honoré ; & à la
Hiftoire des Révolations
d'Angleterre , pour
fervir de fuite à celle du j
Pere d'Orléans ;; ppaarr M.
Turpin , 2 vol. in- 12 . Sc
trouvent à Paris , chez
Régent & Bernard , Libraires
, quai des Auguf
tins , no. 37.
Notions générales ou
encyclopédiques par
M. le Brigaut. A Avranches
, del'imprimerie de
le Court. 1791 .
Haye, chez J. Van Cleef, || 24 , le Dimanche 25
Lib. fur le Spuy.
Le Club des Bonnes
Gens , ou le Curé Français,
Folie en vers & en
deux Actes , mêlée de
Vaudevilles & d'Airs
nouveaux , repréſentée ,
pour la premiere fois ,
à Paris , au Théâtre de
MONSIEUR , le Samedi
& leLundi 26 Sept. 1791;
par le Coufin Jacques.
Prix , 24 f. Chez Froullé,
Imp. Lib. quai des Anguftins
, nº. 39 ; chez
l'Auteur
rue Phelipeaux
, nº . 15 , & à la
Salle du Spectacle , rue
Feydeau.
Le prix de l'abonnement eft de trente-fix liv.
franc de port, pour la Province , l'Affemblée Nationale
, parfon Décret du 17 Acû !, ayant doublé
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Paris
eft de trente- treis liv. Il faut affranchir le por
de l'argent & de la lettre , & joindre à cette
dernière le reçu da Directeur des Poftes. On fouf.
crit Hôtel de Thou rue des Poitevins. On s'adreffera
an fieur GUTH , Dircdeur tu Bureau du
Mercare. L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour l'année entiere .
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvierfont
priés de renouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Its
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adreffes
imprimées qui enveloppent le Journal.
LIVRES NOUVEAUX.
ELOGE véridique de
Voltaire l'un des
Grands Hommes qui
repofent au Temple de
Mémoire. A Paris , chez
Paris , chez Prault
Imprimeur du Roi , quai
des Auguftins.
Hiftoire des champi
gnons de la France , ou
Froulle , Imprimeur-Li- Trané élémentaire , renbraire
, quai des Au fermant dans un ordre
tions & les figures des
champignons qui croiffnt
naturellement en
France ; par A. Bulliard ;
tome 1. in fol. Prix
14 v. bec . or carton
guftins , n . 39; & Le- mthed qe les defcripclere
, Lib. Fue Saint-
Martin , près la rue aux
Ours, 11 , 254.
Polyglot , on Tradation
de 1 Confira ||
tion Fra cafe dans les
Langues les plus fitées avec but Planches , dont
de l'Europe. A Pa is , ng font coloriées au
moyen de l'aprellion ;
& 186 liv . avec les 177
Lash dillesferoferi
tious . A
de l'Imprimerie du Cer
de focial , rue du Théâ
tre Français , nº . 4 &
chez les principaux Lib.me as
de l'Europe . 19. L'an
troiteme de la Liberté
Françaife.
Paris , hz l'Auteur
Ile Saint Louis , no . 1 ,
en face du P - Rouge ;
>
Voyage à Madagaſcar chez Barrois le jeune
Saux In es Orientales; quai des Auguftins ;
far M. l'Abbé Roch n, .in , ruc Saint-Jacques ;
Aca mie des Scien- Diz³n , ras & hôtel Serces
de Paris & de cele
le Petersbourg , Altro
home de la Marine ,
Jarde du Cabinet de
hyfique du Roi , Infpec
ut des Machines des
Monnaies in S. A
pante ; Croullebeis , re
des Mathu iss . Le fecond
& dernier Volume
cf fous preffe.
Méthode pour traiter
toutes les Maladies , trèsutile
aux jeunes Méde14
; in- 12 . A Paris , chez
l'Auteur , tue Michelle'
Cente , nº . 14 , chez
eins , aux Chirurgiens &
aux gens charitables qui
exercent la Médecine
dans les campagnes ; dé- Mequignon l'ané , Lab,
diée au Roi ; par M. rue des Cordeliers , près
Vachier , Docteur - Ré- les Ecoles de Chirurgies
gent de la Faculté de & Croullebois , rue des
Médecine ; tom. 12 , 13 , Mathurins,
}
Le prix de l'abonnement eft de trente- trois liv
franc de port , tant pour Paris que pour la Pro
vince. Il faut affranchir le port de l'argent & de
la lettre , & joindre à cette dernière, le
Directeur des Peftes. On fouferis Hôtel de Thes
74 Poitevins. On s'adreffera au feur Guin
Direr du Bureau du Mercure . L'abonnement, ne
peut voir lieu que pour l'année entiere .
Meurs les Souferipteurs du mois de Janvier for
priés renouveler de bonne heure leur abonnement
of ' on ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudront bien donner av ffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adrefes
imprimées qui enveloppent le Journal.
LIVRES
NOUVEAUX
.
LETTRE de M. l'E- Broch. in - 4 Prix , 9-1
vêque de Viviers à MM.
les Curés Vicaire's
& autres Fonctionnaires
publics eccléfiaftiques
du
Département
de l'Ardeche
. Prix , 15 f A Pa-
A Paris , chez H. J. Jan.
fen , Imp. Lib. Clore
Saint Honoré ; & à la
Haye, chezJ. Van Cleef
Lib. fur le Spuy .
Lettre de Jacques- Anris
, chez Fronllé , Imp.- toine Creuzé Latouche ,
Lib. quai des Auguftins ,
no. 39 ; & Leclere , Lib.
rue St. Martin , près la
Lue aux Ours , no. 254
Dillerration
fur les
variétés naturelles qui
caractérifent
la phyficnomie
des homines
des divers clima s &
des différens âges
Député de Chatelleraut ,
àl'Allemblée Nationale,
aux Municipalités
& aux
habitans des campagnes
du Département
de la
Vienne ; troifieme édi
tion , corrigée & aug
mentée par Auteur.. A
Paris , de l'Imprimerie
du Cercle focial , rue du
l'an trofieme de la . Li
berté.
fuivie de Réflexions furChéâtre Français , 1 : 4
Ia beauté , particuliéreinent
fur celle de la tête;
avec une maniere nouvelle
de deffiner toute
fortede têtes avec la plus
grande exactitude ; Ouvrage
pofihume
9 de
Le Club des Bonnes
Gens , ou le Curé Fran
cais , Folie en vers & en
deux Actes , mêlée de
Vaudevilles & d'Airs
Pierre Camper ; traduit nouveaux ; repréfentée ,
du Hollandais par H. J. pour la premiere fois ,
Janfen. On y a joint une à Paris , au Théâtre de
Dilferration du même MONSIEUR , le Samedi
Auteur fur la meilleure 24 , le Dimanche 25 ,
forme des fouliers ; le & leLundi 26 Sept. 1791 ;
tout enrichi de II par le Caufin Jacques.
Planches en taille-douce.Prix , 24 f. Chez Froullé ,
Imp.- Lib. quai des Aut- ||Prix d'Eloquence de l'Aguftins
, n . 39 ; chez
l'Auteur rue Phelcadémie
Françaife , en
l'année 17913 par M.
peaux, n°. if , & à la
Salle du Spectacle , rue
Feydeau.
Eloge de J.J. Rouffeau ,
qui a concouru pour le
Thierry , Membre de
plufieurs Académies. A
Paris , chez les Marchands
de Nouveautés.
Le prix de l'abonnement eft de trente- trois liv
franc de port , tant pour Paris que pour la Pro
vince. Il faut affranchir le port de l'argens &
la lettre , & joindre à cette dernière le resu
Directeur des Poftes. On fouferit Hôtel de They
rue des Poitevins. On s'adreffera au hieur Gorn
Directeur du Bureau du Mercure. L'abonnement ne
peut avoir lieu qué pour l'année entiere.
Meffieurs les Souferipteurs du mois de Janvierfont
priés de renouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes ,
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition. Ils
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adreffes
imprimées qui enveloppent le Journal.
44
LIVRES NOUVEAUX.
TRAITÉ fur les réfor Garde du Cabiner de
mations & les aménage- Phyfique du Roi , Infpecmens
des forêts , avec
une application à celle
d'Orléans & de Montagis
, par M. Plinguet ,
Ingénieur en chef de M.
Ph. d'Orléans . A Orléans,
de l'Imprimerie de
Jacob l'aîné , rue de l'Eerivinerie,
& fe trouve
Paris , chez Defenne ,
Lib. au Palais - Royal
Prix , 6 liv . pour Paris ,
& 7 liv. 10 f. en Province
port franc...
Elémens de Cavalerie ;
Ouvrage propre auxOffi
ciers- Généraux , Adjudans
-Généraux ; par M.
d'Harambure, Maréchal
de Camp , employé à la
deuxieme Divifion des
Troupes de ligne. Se
trouve à
Voltaire
teur des Machines des
Monnoies ; in - 8 °. A
Paris , chez Prault
Imprimeur du Roi , quai
des Auguttins.
Eloge véridique de
l'un des
Grands Hommes qui
repolent au Temple de
Mémoire. A Paris , chez
Froullé , Imprimeur-Libraire
, quai des Auguftins
, n . 39; & Le
clere , Lib. rue Saint-
Martin , près la rue aux
Outs , no. 2547
Polyglote , ou Tra
duction de la Conftitution
Françaife dans les
Langues les plus ufitées
de l'Europe . A Paris
de l'Imprimerie du Cer
min Dis , chez Fircle focial , rue du Théâ- Lib
rue tre Français , n°. 4; &
chez les principaux Lib.
de l'Europe. 1791. L'an
troifieme de la Liberté
Françaife.
Dauphine , no. 126. nº.
Voyage à Madagascar
& aux Indes Orientales ;
par M. l'Abbé Rochon ,
de l'Académie des Scien- Eloge de J.J. Rouffeau,
ees de Paris & de celle qui a concouru pour le
de Petersbourg , Aftro- Prix d'Eloquence de l'Anome
de la Marine , " cadémie Françaiſe
en
l'année 1791 ; par M.11 habitans des campagne
Thierry Membre de du Département de la
plufieurs Academies. A Vienne ; troifieme édi-
Paris chez les Martion , corrigée & augchands
de Nouveautés. mentée par l'Ausear, A
Lettre de Jacques - An- Paris , de l'Imprimetie
roine Creutzé Latouche ,
Député de Chatelleraut ,
arAffemblée Nationale,
aux Municipalités & aux
du Cercle focial , rue du
Théâtre Français, nº. 4 ,
l'an troifieme de la Liberté.
rix de l'abonnement eft de trente fix liv.
de port pour la Province , Affemblée No
tionale parfon Décret du 17 Août , ayant doubl
rede ce Journal. L'abonnement pour Pais
trente-trois liv. Il faut affranchir le port
argent & de la lettre , & joindre à cette
Miere le reçu du Directeur des Poftes, On fouf
Hôtel de Thon , rue des Poitevins. On s'a
irra an keur GUTH Diredeur du Bureau da
Mure L'abonnement ne peut avoir lieu que
Why Pannée entière.
Meffieurs les Soufcripteurs du mois de Janvierfont
priés de renouveler de bonne heure lear abonnement
afin qu'on ait le temps d'imprimer leurs adreffes ,
qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition . Els
voudront biendonner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une des adreffes
imprirates qui enveloppent le Journal.
LIVRES NOUVEAUX,
TABLETTES du pre- depuis le 15 Mai jufmier
Corps Législatif , qu'au 7 Juin . A Paris ,
remiles à un de fes chez les Marchands de
Membres , le 28 Sep- Nouveautés.
tembre 1791 ; fuivies de
quelques idées fur l'état
préfent des Finances ; &
de l'examen de celles de
MM. Montefquiou
Hauflemann &Claviere.
Prix , 1 liv. 4f..A Paris ,
de l'Imp.de H. J. Janfen
, Cloître St.-Honoré.
rapports
Zena , ou la Jaloufie
& le Bonheur ; Rêve
fentimental; par M. Villenterque
. A Londres ;
& fe trouve à Paris ,
chez les Marchands de
Nouveautés..
Hiftoire des Révolu-
Pere d'Orléans ; par M..
trouvent à Paris , chez
Régent & Bernard , Libraires
, quai des Auguf
tins , 1.37.
Recherches fur l'érations d'Angleterre , pour
de la Pharmacie, confi- fervir de fuite à celle du
dérée dans fes
à la Médecine des Dé- Turpin ; 2 vol . in- 12 . Se
partemens de la Marine
auxquelles on a
joint des Notes
, pour
fervir de réponſe au dernier
Mémoire des Chiurgiens
des vaiffeaux-du-
Roi ; par M. Elie de la
Poterie , Docteur en
Médecine , & premier
Médecin de la Marine
à Breft . A Paris , chez
Les Marchands de Nous
veautés.
Code po que de la
France , ou Collection
des Décrets de l'Affemblée
Nationale ; tom. 14,
Notions générales ou
encyclopédiques ; par
M. le Brigant . A Avranches
, del Imprimerie de
le Court. 1791 .
Lettre de M. l'Evêque
de Viviers à MM..
les Curés , Vicaires
& autres Fonctionnaires
publics ecclefiaftiques du
Département de l'Ardeche.
Prix , 15 f. A Pa
ris , chez Froullé , Imp .
Lib. quai des Auguftins ,
no. 39 ; & Leclere , Lib.
rue St. Martin , près la
Elle aux Outs , 11.254.
Elfai fur la Vie de
M. Thomas , de l'Académie
Françaife par
M. de Leyie. A Paris ,
de l'Irmerie de Moutard
, hôtel de Chirue
des Mathurins ; in - 8°.
de 300 pages.
Le prix de l'abonnomen eſt de trente- fix hv,
frane de pon pour la Province , Affemblée Nationale
, parfon Décret du 7 Août , "ayan doublé
Le port de ce Journal. L'abonnement pour Par
eft de trente-trois liv. il faut affranchir le port
de l'argent & de la letre , & joindre à cette
dernière is reçu du Directeur des Poftes. On foufcru
Hôtel deThou , rue des Poitevins. On s'adreffer
au fear GUTH , Directeur du Bureau du
More L'abonnement ne peut avoir lieu que
pour i née entere .
Meurs les Sonfcripteurs du mois de Janvierfont
priés de nouveler de bonne heure leur abonnement
afin qu' ait le temps d'imprimer leurs adreffes , &
qu'ils n' rouvent aucun retard dans l'expédition. Its
voudront bien donner auffi leurs noms & qualités d'une
écriture lifible , oujoindre à leur lettre une
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le